Nom du fichier
1679, 01, t. 5 (Extraordinaire)
Taille
89.30 Mo
Format
Nombre de pages
472
Source
Lien vers la source
Année de téléchargement
Texte
EXTRAORDINAIRE
DV MERCURE
GALANT.
A PARI S.
AV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du MercureGalant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi bienque l'Extraordinaire,
Trente fols relié en veau, 8tC
Vingt-cinq fols en parchemin.
A PARIS, ;
<5hex G. DELUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C BLAGEART, Ruë S. Jacques
à l'entrée de la RuëduPlâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
T. GIRARD, au Palais, danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXIX.
4VEC PRiVlLïGE.BV ROI.
A
MADAME
R OY ALE.
ADAME,
La liberté que je prens
d'adresser cet Extraordinaire
à VOSTREALTESSE
Ro YAL E, est une suite de
celle quej'ay déjà prisede
parler desagrandesquali,
tez en plusieurs endroits du
Mercure.Lebonheurquilé
d J,pre faverakleihent reçeu
dans toutes,lesCours de
l'Europe,luyfait une obligation
indispensable dy porter
des Nouvelles de toutce
quisi passedeplui lolal,."t,;
~si on L'encroiraitmalinformé,
sice que V, A. R. fait
tous lesjours admireren 61k,
n'estoit veuf*wven$p*rwyfes
Articles lesplus impartans.
Cette matière est des plus
illustres, ~&leplaisir quon a
pris à voirlespremieres ébauches
queje mifuishasardé
de'nfoirejmejttropglorieux,
fJ'J,wtU'whng4f"IMpouF'
ser plusloinleshautes idées
quellesmedonnent.JMaisy
MAD A MT~~-M~M~~pourvoitleiïrentpliavfihs
entrer
dansét^métïldetout ce qui
rend e.A.R. une des plus
GrandesPrincesses delaTer-
'eicfhltnm" entreprendre
àyvMt#t*$f*nsfïntird'abordeptxle^
elekplusparfait
ne sçauroit donner de
forcesquine fuient infiniment
au dessousd'undejjein
si élepé? Sije <votfsregarde
dans vos plus jeunes années\
je vous <voyVadmiration de
laCour de Frdtfcé, lontPotf
..Iftif¡'!ors un desplusconfitdérables
ornemens, Sijevous
conduitaudela desMonts, dès Monts, j' ewtens l' accfatpation des
Peuplesparhgent- .,PR!c,ff,,:r:gnt'de/¡t,-
manière du incnie laplus
empreBée les tranjj>orts de
joye queVïhéeàeV% 4R.
infipire àleurlou^erdin La
suite a fiât voir combien et
-GrandPrincese trouva char-
-'
thédeVostrePersonne. Un
tendre amoursejoignit à une
veritable estime. Les Fesies
galantesqu'il fit souvent
préparerpour evousjûrprendre,
qu'il continua de vous
donnerplusiers années Apres
son Mariage, rvOHS furent
d'agréables preuves de cet
amour. Le temps qui Itffoi,
blit les plus violentes passions,
nefit qu'augmenter la
sienne, fg)illa porta jusque
dansl'excès,parce quun mériteinfiny
en estoit l'objet.
Je passe, MADÁE, sur ce
temps depleurs quisuivitsa
perte, pour,venir a celuy de
Vostre Régence.Ilestcertain
queleRegneleplusstorissant
n'a jamais eu rien de plus
merveilleuxOnenferaconvaincudés
quonsi.rtpnfenteraque
cetteRégencraefitf
tranquille,Cesfortesdemiracles
arrivent si rarement,
qu'il ny a presque point
d'Etatsquise puijfçnt vanter
d'enavoireude pareils.
Aussi peut-on dire que ceux
que Vousgouvernez^nontpu
jouir d'un avantage sipeu
commun,sans quelaconduite
& laprudence de V. A. R..,'
ayent eu quelque chofi de
plus qu'humain. Mon esprit
si perd dans les merveilles
quellesontproduitespendant
cet heureux Gouvernement.. cetbeîïwuxl,
d%êfablWtynetranquillitéqui
fusidurable, ~g) de travailler
kïéducationdetaugufle Fils
que Dieu vous ayoit 'dollné..
Vous riave^rtenoubliépour
yîéiïfpr* LechoixdesPerformes
propres àremplirun
sigrandèntploy, estoit un
Qti^ragt%fp>%%ffyortitnt. Vne
autrèfcferoitcontentéèdele
afireffrflei aiJ) MADAME,
V. A. R. n'a, pû borner
fin Application à ces premierssoins;
Elle a voulu apprendre
à etjeune Princepar
des exempleswifibles, ce que
ceux à quiêlkwimt commiê
sonInstruction, ne luy pouvoient
montrerquepar des
paroles; (èj- afin de donner
plus de force à fis> Leçons,
Elle afaitelle-même ce qu-
Ellecherchaitaluyfaire connoistre
qu il atJtÍ/oit faire.
Ainsi, MADAME,l'Esprit de
ce jeune Souverain ne s'est
pasplutost ornentàla raison,
qiïil afqeu ce quiestoit le
plusdigne d'un GrandPrince.
Vous luy enavezenseigne les
vertus en les pratiquant; et
pour s'en fermerune idée
parfaite, etpratiquer àson
touffetesvmefines <v*rtus^ il
ria embèfom quedejetterses
regardssur Vous. atrllfi esté
sans-doute assezpour luy apprendre
à aimer, et à prote
ger les Artsrde luyendonner
l'exemple: 'mllis Vous alt't,
encor voulufaire davantage;
et pour luy mettretoujours
devant lesyoeuxlessentimens
que Vousluya<ve%infpirc£
la-dessus, Vous avenfuit
acheverle magnifiqueValais
des Exercices, ou la jeune
Noblesse estlogée et instruits
aux déspens deV, A. R. Les
Etrangersjviennentenfoule,
&pUjfeursPrincessi,
font un plaisir d'y estre reçeus.
Quelavantage> MADAME,
pour ïaimablesouverain
quifera témoinde
leuradresse,etquiprofitant
égalementdes Leçons des
Maistres, etde l'usage qu'en
feront les Eçoh&rsyjoindra
l*ardeur dJunt¡.'f»blt'.;mt4l11
tictn}aux.privilègesparticuliers
que donnela haute Naifsance
àtoutes les personnes
desonrang. MaiscetteAcadémie
ne fera,pas feulement
une Ecole où le digne Heritierde
Charles*Emanûel11.
Jeferaadmirerselleinféra
uneeterneUepmrlaIjoblejfe
deses' états. L'entrée qu'on
y a permisiaux Etrangers,
la rendratoujoursglorteufe
a la Natwn,plusglorieufi
encorpourV.A. R, puis que
Voflre augnfle Fils,,laNoblessi
deSavoye, les Etrangersy
tt)ous la doivent9 &que
Vonten tireréX.feule autant
de gloir.. qu'ilsen tireront
tous ensemble d'utilité. Mais,
MADAME,siVous en devez
attendre beaucoup de JI/nfti.
tution d'une Académie qui
n'est que pour les exercices
du Corps, que diray-je de
telle que Vousà<t/e%. établie
pourlesexercises del'Esprits?
Comme il n'y a riendeplus
noble que ce quile regarde,
Vous luy .;.rtI lhJnhé un
ApartementdansvostrePalais.
jQuelplus grand bonneurpouvoientjfiuhàherceux
qui lacompofenz,? Ils auront
l'avantage de rvoir V: A. R.
de prèsy tJ dela voir fort
souvent; maiscomme si Elle
ne les avoït eemblez. que
pour la gloire du Prince à qui
elle donne toussessoins, ils
l'auront veu presque dés sa
pluttendrejemejje9 ££témoinsdesmerveilles
dtfllt.
ils travailleront à son hif
toire,etytravaillerontavec
succés.Comme lesmarques
que cejeune Souveraindonne
tous les jours d' une Ame
toute Royale, ne permettent
point de douter que toutes
sesactions ne répondentdans
lasuite àson éducationet aux
grandes chosesquil rtJON4 a
et/t" fairt, quels miracles
,lallrQnt-ils pointun jour à
décrire? Vous les verrez
MADAME, & Vousles verrez,.
avecd'autant fins de
joye, qu'ilsferont en quelque
foçonfouvrage de vos tendres
& foges applications.
V. A. R. ne s'efi pas cunttntéede
leur donnerpourobjet
tout ce qui peut firwer le
Corps&l'Ecrit. Comme
sa vigilance égale Vamour
quElle a pourJes Peuples9
Elle a cherché à leurflirc tu
rerdes beàux Ans, tous les
avantages qu on en -peut au
tendre; & pourrendre la
Cour de Savoyeune desplus
'celtbres-Cours. du Monde,
Elleya introduit toutes les
nouveautez magnifiques qui
peuvent estre aussi utilesque
glorieuses*0nEtat. Ilne
faut point s'étonner apres
cela sila galanterie, lapoli.
téjfey etlesplaiifysrégnent
toujoursypuis que ceJZntdes
chosesinséparables d'une
Cour ou il riy a jamais rien
qui manque* Ce qu'ily a dé
plussurprenant,MADAME»,
et qu'onnedoitpasregarder
comme une des moindres merveilles
de vostreRegence,
c'est que la sterilité mesme
siAit pû chasser l'Abondance
de vos Etats. Ilsemble au
contrairequ'elle n'y Joïtarrivéedepuis
trois ans que
pour servir d^cafion à V.
A. R. defaire eclatersa prévoyance
&son extréme bonté
poursesSujets Les Grains
qu 'Elleafait venirdes Païs
les plus reCalez, n'en pouvant
trouver dans les Provinces
voisines, leur ont esté
un si prompt soulagement,
qu'à peine sesontilsapper-
S'HI decette colere du Ciels
&de cette duretédela Terre.
Van* -avegfvarny à tousleurs
be/oïnt ; €£ les largesses que
Vousavezfait répandredans
les Villes &dans 1,1 Campa*
gne ,ont esté mesme au dela
de tout ce qu'on auroit pû
recueillirdans lesannées les
plus fertiles± Tant desoins
ne <vousontpas empeschée de
songer au salut des Ames.
Les Retraites Royales que
Vous avezfait élever dans
la Savoye &dans le Piémont
pour les ,nourtJtAU« Convertis,
en ont attirébeaucoup?
quifauted'avoir où se retirer,
ne seroientpeut-estre,
jamais revenus de leurs erreurs.
Mais, MADAME, il
n'y a point à s étonner que
vostre zele produise des effets
sicharitables',Géxriefk
pas daujourdï huy, que les
Princesses de Vostre Maison
font des actions éclatantesde
pieté. AlixdeSavoye,Femme
de Loüis le Gros R-ay, de
France fondal'Abbaye de
Montmartreaupres deParis,
& elle voulutyfinirsavie..
La Savoyeria parfourny
seulement des Souveraines
dont Uvertté peut servir
d'un brillant modelle ctu&
Princessesqui les voudront
imiter, ellenous aaussifait
voir des S(JurveraÍnS' d'une
valeur dont la memoiresera
eternelle. AméV.surnommé.
le Grand, fit lever le Siege
deRhodesà Othoman J. Empereurdes
Turcs,&céji depuiste
temps-là qu'on rrJoit:
ces quatre lettres autour de
l'Ecusson de Savoye, F. E.
R.T. qui font les premieres
des quatremots Latins qui
marquentce quece Grand
PrinceafaitdevantRhodes.
LaCroixd*argentquon voit
aujourd'huy dans les Armes
de savoyefitgelmifepour
le mesmesujet dans celles de
ce fameuxCapitaine. Ilmerité
bien ce nom, puis qu'ilfit
trente-deux Siegespendant
sa vie. Les Roysde France
& d'Angleterre,le choisirent
pour Arbitre de leurs diférens,
& l'Empereur Henry
VII. luy dût son éleuion.
Je laisse les surprenantes
actionsd'AméVI. &deplusieurs
autres Souverains qui
ont regné dans l'Etat que
V. A. R. gouverne avec une
fibàtite prudence, pour venir
à Loüise de S¿¡'Voye,;Mt,."
de François I. Roy de France.
On lit dans l' Epitaphe de
cette Reym0 qu on nefiqavoit
qui luy devoit leplus, de la
France, deson paisr ou de
toute la Terre. Ce n'est pas
sans sujet, MADAME, queft
vous parleicy de cette Princesse.
Elle estoit Fille de
Philippe deSavoye, qui eut
entr'autres Enfins un Fils
appellé Comte de Genevois
& Ducde Nemours.C'est de
là qu'estvenuë la Branche
des Ducs de ce nom. Ainsice
Princedont V.A. R.desçevd.
estoit Frere de la Mere de
François I Ce quifait fl/oi,
que l'on doit ce Grand Monarque
à vostre Sang. Tous
les Princes qui sontsortis de
ce premier Duc quia portéle
nom de Nemours, ont longtemps
tenu en France le rang
qui leur estoitdeû. Ilsy ont fait éclater leur valeur en
d'importantes rencontres, &
enontpossedélesplusconsidérables
Gouvernemens.Mais
MMadame-, pourquoy m)'étendresur
desavantages communs
à tous ceux qui naissent
comme Vous parmy les Cou
ronnes, quandunnombre
infiny de Verttu Morales
Chrestiennes,difficiles à trouver
dans la mesme Personne,
que V. A. R. possede toutes,
medonne tant dequoy la
loüer par Elle-mesme? La
moindre de ces Vertus me
suffiroit pour la mancre du
plus beau Panégyrique,sije
ne m'appercevois que je passe
insensiblement les bornes ordinaires
d'une Epistre. En
effet,MADAM E, que n'aurois-
je point à dire de l
grandeur ©> de l'élévation
de Voftrt Ame , de la penétration
de Vostre Esprit, de
la juftcjfe de son discernement
en toutes choses, & de
ces inclinations toutes Royales.
qui <vous portent sans
eJft à faire du bien? Que
ne dirois-je point de cette
douceur meslée de majefié
qui charme tous ceux qui ont
l'honneur de vous approcher,
de l'amour que Vous
id'pezpour la Gloire & pour
lajuftice (5- de cettepieté
exemplairequisertde regle
â toutes vos actions ? Mais
quand je parlerois de toutes
ces choses,queferoisje que
repéter ce que tous vos Sul
jets publienthautementy &
qu'ilsont appris à toute la
Terre?Jel'avouë, MADAME.
ce meseroit un chagrin de ne
pouvoirrien dire à l'avantage
de V.A. R. qui nesust
déjà connu par tout, si ce
n'estoiten mesme temps une
fortgrande gloire pour Elle,
de tf/oir que ce qui la. rend
une desplusaccompliesPrincesses
que nous ayons, n'tjl
ignore de personne, parce
que lessolides merirez.soe
peuvent longtemps demeurer
CAçhhs. Cependant comme
on ne peut trop faire éclater
de si grandes chofesy
je [say, MADAME, que
je décrois mester ma flJoi",
aux acclamations publique;
mais la juste défiance que
j'ay de mes forces, mefait
laisser un Employ si glorieux
à ïlllufire Académie
des Beaux Esprits qui tient
fin établissement de tf/Ol
foins,@f que Vous ttJentzde
loger dans- Vostre Palais.
Elle ne peutse défendre
de travailler à l'Histoire
de V. A. R. sans mettre
la Posterité en droit de
luy- en demander compte
Toutes les Nations ïattendent
d'Elle.Elleyestobligée.
La reconnoissance le
eveut, la matiere L'excite à
le faire la beauté du
sujet L'y doit entraîner.
Tandis qu'elle travaillera au
Tableau de tant de rares
Vertus, je publieray la
bonté que V. A. R. a euë
de m'accorder de la maniere
du monde la plus obligeante
, la permission. de
mettre son Nom auguste à
lateste de ce Livre. C'est
une grace que n'oubliëra jd4l
mm celuy quisera toutesa
.lf/it avec, un profond res-
MADAME;
DEV.A.R.
Le très humble&tres
obeïssant Serviteur,
DEVIZE.
Extrait du Privilege du Roy. PAr Grâce & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le31Décembre 1677.
Signé,Par le Royen son Conseil, JUNIIiRis.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
six années, à compter du jour que chacun desd.
volumes fera achevé d'imprimer pour la première
fois: Comme aussi defensesfontfaites
àtOUS Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sans le consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre; mesme d'en vendre separément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &.
confiscation des Exemplaires contrefaits., ainsï
que plus au long il est porté audit Privilege,
Registrésur le Livre de la Communautéle 5. Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
jouir suivant l'accord fait éntr'eux.
-
le île M<tn7/. --
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1679.
TOME V.
OVS m'avez donné
unefortagreable nouvelle
,
-ftladame, en
m'apprenant que mes
Lettres Extraordinaires continuent
deplus en plus àvous divertir. L'accueil
favorablequ'on a faitpartout
à la dernière, ne m'a point surpris.
Le glorieux avantage quelle a de
porter en teste le Nom auguste de
Sa Majesté, m'estoit une assurance
desonsuccés, &je n'avonspoint à
douter qu'on ne leustavecce
que les ingénieusesMédailles qu'elle
renferme,m'ont donnefitjet depublier
des merveilleuses Actions de
ce Grand Prince. Il y a d'ailleurs
tantd'esprit dans les diversesPicces
de Vers dl" de Prose que cette Lettre
contient, &dontjevous ay nommé
les Autheurs, qu'il estoit difficileque
l'affimblagedesbd/uparties qui la
composent nefist untout qui méritast
l'approbation que vous luy donnez.
Souvenez-vous, Madame,queje
vous ay déjà dit que lesoin de les
recueillir estlaseulepart quefay aux
Lettres de cette nature, & qu'ainsi il
doit m'estrepermis d'enparleraussi
avantageusement que je fais, puis
qu'en les louant,c'est seulement
l'Ouvragedu Publicque je louë. le
croy queje nepuuffilCUX commencer
celle-cy, qu'en vous faisantvoir ce queledernierExtraordinaire
a donné
occasion de m'écrire.
SUR
L'EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
Du Jhnirticr d'Octobre IGJS. EN vzerité, Monsieur ,onest
c harme de toutes les beautez
que renferme vostre Lettre
du Quartier d'Octobre.Vous
ne pouviez finir plus extraordinairement
l'Année Extraordinaire
du Mercure, ny commencer
plus glorieusement celle cy,
qu'en donnant cet excellent
Ouvrageau Public. Ilest digne
d'estre presentéauplus Grand
Roy dela Terre. Vous y avez
ramassé pour sa gloire,tout ce
qui pouvoit la consacrer à la
Postericé. Vostre Epistre est
comme un Arc de Triomphe,
où l'on voit les Victoires qu'il
a remportées sur ses Ennemis, &
sursoy-mesme.
La Renommée en mille lieux,
Apprend de ce Héros les exploits
glorieux;
fifoeispour lesfaire entendre à la Race
future,
Ilfalloit la voix du Mercure.
Je pasle de cette belle Epistre,
à l'ingénieux Cadran,dont le
Soleil,ou plûtost Louis LE
G RAND,marquelesheures.
Le cours d'unesibelleY/V,
De tant demerveillesftjie,
Au coursde cetAstre estpareil.
Les VertusdeLOVIS, les vertus du
Soleil,
Font ce qu'onVoitdegradau mondea
Maintenantqu'unePaixprofonde
D'ulnrèegne ccalmeo&dfouxtVar-si LOris, Soleil,fèronttous nos
: beaux j'ours.
CePrince estunSoletlquipercales
nuagts, Et qui dissipe les vapeurs;
Qui répand IdJOJe en nos coeurs,
Et la metsur tous nos visages.
Enfinpartoutoù va ce Ife'rosglorieuxy
Ilyporte avec luy,l'éclat, &lalumiere
;
Ainsi,queleSoleilse dérobeà nosJell.K''
Etqu'ilfinissesa carriere,
La Terre a son Soleil, aujji-bien que
les Cieux.
Le Portrait de ce Grand Roy
environné de tant d'excellentes
Devises, & de Revers de Medailles,
a quelquechose defurprenant,
pour l'abondance, &
pour la richesse des pensées. On
pourroitappellercetteadmirable
Planche, leTrésorde Loüis
le Victorieux, & le Triomphant.
C'est là qu'on voir en
racourcy, tout ce qu'ila fait de
grand, & de merveilleux. Toutes
ces Pieces marquent admirablement
le prix de son Regne,
& de sa Vie.
Ces Médaillés,& ces Ve-rifls,
Sur les Villesqu'ilaconquises,
Font à la yeue un bel effet.
L'esprit en est charméJi-tojlquilles
remarque;
Jhlaù lors quel'on y>oit le Portrait
De cet invincible Monarque,
Onne s'etonneplusde tout ce quila
fait.
Jeneme lasse pointd'admirer
toutes ces choses, & j'ay de la
peine à en retirermaveuëpour
considerer tant de Pieces d'esprit
& de galanterie, qui composent
vostre Livre. Mais,Monsieur,
mon admiration ne cesse
pas pourcela; J'y rencontre par
tout les miracles du Regne de
- Loüis LE GRAND. En effet
fous quel Prince les Sciences
& les Arts 0nt.ilse11:é plusflorissans?
A-t-on jamais veu paroistre
la Galanterie &l'Amour
avec plus de politesse & de magnificence?
Vostre Mercure en
fournit tous les Mois des preuves
si convainquantes,qu'on
n'en peut douter. Qui n'admire
avec moy tant de Festes galantes,
& deFictions ingénieuses
dont vous nous faites part? Ces
Lettres, &ces Traitez si pleins
de doctrine& d'érudition, que
vostre Mercure a faitnaistre,&
dontil se peut dire doublement
le Pere, ne font-ce pas autant
deChefsd'oeuvres?
ContinueMufesfçd\antes>.
7-7'0.1 belles {jpgrandes Leçons;
Continuez, Musesgalantes,
Vos douces&tendres Chansons,
Apresent que LOVISrajpmble dans
la France,
L'Amourtcg-les Tlaifîrs3laTaix^çj*
l'Abondance.
Amans,du Dieu d'Amour "rene'{pn!l
drelaLoy,
Vous nepote-r,--avoirde momens plus
!p'ropices, sous le regne d'un GrandRoy;
Quifaitdeses Sujets, l'amour& les *Maisil ya toujours quelque
Grisete fiere & délicate, ( &de
cela foit ditsans faire tortà la
Chate de Madame des Houlieres
; )Il y a dis- je,toûjours
quelq ue ivilne insensible qui se
gendarme contre l'Amour):
manque de le bien connoistre.
Vousqui dites,belle Severe,
£uepourfuture les Loix que l'Amour
nous prescrit,
Onpertlaraisoin,&l'esprit,
Vous en ignorez le mistere.
S'il nous enflame, ilnous e'iiaire;
S'ilnous in/jife, il nous instruit.
Enfinsoiit le jour,soit la nuit,
Ses Loix jOntdUX Amans agréables
àsuivre.
Sans elles l'on est malheureux,
Etsans ellesl'onnepeutvivre;
Maissivous n'écoutez mesvoeux,
En vainsur cesujet je Voudrois vous
instruire.
Cependant Vofire erreur estfacile à
détruire,
Puis qu'ilnefaut j(uaimer^ourgoâtet
la douceur
Qu'on trouve à sifiûmettre à ce charmant
Trainj<ueur.
Je croyois finir icy cette
Lettre; mais,Monsieur, on ne
sçauroitquiter vostre Mercure.
Vostre Histoire Enigmatique
m'arreste encor,& voicy ce que
ma Muse m'a inspiré sur cette
spirituelleallégorie.
Cesdeux Grands Roys dont l'origine
Estcachée auxplus curieux,
Quisefontlaguerre en tous lieux,
Stdontledifïrentjamais neseterminer
C"7t?ys, leursFemmes,leursSujets,
Qtianddeprès on les exafninet
Cen'estque leJeu des Echets.
Peutestre que ma Mures'est
trompée en cette rencontre,
mais, il est toûjours certain
qu'elle ne se trompe point
quandellem'engage à vousdire
que jefuis, Vostre,&c.
DE MARPALU.
Iefuis bien aise que les six cIf?!!ef
tions propesecs dans ce me[me Extraordinaire
foierît de vastre goHsi.
Vcicy ce que M1Gardien secretairedu
Roy
y
m'a envoyésur chacune.
Tout ce que vous avez veu de luy
vous a plû, & ilsuffit que je vous
l'ttye nommé pourvousfaire attendre
beaucoupdesatisfaction de ce
qu'ilintitule
RAISONNEMENS
SUR LES QUESTIONS
proposées dans l' Extraordinaire
du Mercure du 1 5. Janvier
1679.
S'ily a plus de gloire à triompher
de soy-mesme? qu'à vaincre ses
Ennemis.
JE suppose d'abord que ce
triomphe de soy-mesme ne
s'entend pas d'une habitude,ou
d'une affection vicieuse, quoy
qu'il y ait a ssurément de la
gloire à les surmonter; mais
commece nous est une obliga.
tion indispensable, & que ce
feroit un grand sujet de blâme
pour nousdene le pas faire,
j'estime que pour donner tout
le jour necessaireà cette Proposition
,illa faut entendre de
lavictoire que nous remportons
sur une passion qui soit legitime,
ou quidu moins foit soûtenable
parraportauxqualitez que le
monde demande dans les Héros.
Ce fondement posé
,
je
veux bien con siderer un grand
Conquérant comme l'Ame de
toutes ses Troupes, & jereconnois
que qui s'en fait toujours
bien servir, donne la preuve la
pluscertained'un rare mériter
d'une excellente vertu. On peut
le regarder dans cet état comme
une testequifèule,&àson gréj
en conduit &enterrasse une infinité
d'autres,& comme un
bras qui seul fait agir, & succomber
les plus nombreuses Armées.
Quelle anité plus sensible&
plus délicate pour l'esprit
humain qui ne cherche qu'à
s'élever toûjours, non seulement
sur chacun des Hommes
en particulier, mais generalement
sur tous les Hommes s'il
se pouvoit, que de n'en voir
aucun au deiIùs de luy, & d'en
voir presque un Monde entier
fournis à ses loix
, ou par le devoirou
par la force? Si tous ne
l'estoient que de l'une, ou de
l'autre de ces deux manieres,
peut-estre qu'il ne croiroir pas
ion bonheur si achevé. Il ne
goûteroit que l'une de ces héroïquesvoluprez.
Maiscomme
tout l'aime ou le craint, il a
quelque raison des'estimerau
comblede la grandeur & de la
gloire. Cependant toutes les victoires,&
toutes les conquestes,
pour grandes que l'on puissese
les imaginer
, ne furent jamais
l'ouvrage d'un seul. Ilest sivray
que ces telles &: ces bras qui
font dans la subordination &
dans la dépendance,partagent
la gloire du Conquérant,que
luy-mesme se fait un honneur,
& une raisonnable politique, de lereconnoistre, & deleur donner
dans l'occasion les louanges
qu'il croit qu'ils ont meritées,
Onsçaitassez qu'ils ne peuvent
faire tant de grandes actions sans
Juy, que c'est sa valeur qui les
anime, saprudence qui les conduit&
ses ordres qui les rendent
capables de tour. Mais avec
toutes les grandes qualirez qu'il
possede, quel succéspourroit-il
esperersans leur bravoure, sans
leur affection,&: sans leur obeïs.
sance. LaNation, les Chefs,les
Soldats,entrent en part de la
gloire de ses triomphes
; &
quand son merite pourroit se
gloriferavec justice d'avoir pû
captiver la Fortune,celle-cy,
touteFemme qu'elle est,ne rougira
point de luyreprocher ses
faveurs. PourcequiestdesEnnenais,
ils ont perdu le pouvoir
de nuire, mais non pas la volonté
leur coeur &leuresprit font
encor libres dans les sers, pour
l'ordinaire ils défirent,ils attendent,
ils recherchent les occafions
de se soulever&. si cette
Inconfiante dont nous venonsde
parler, vient une fois par
dégoust; ou par caprice, à se
ranger de leur co(téj!s deiefL j-ne defefpereronr
pas de pouvoir vaincre
à leurtour.: Il faut des Siècles
pour les reduire à une fourmisionenlaquelleon
puisse prendre
confiance&c'est une forte
de victoire dont peu de Conquéransayenteuleplaisir.
Mais
triompher de foymesme; vaincre
un panchant qui a un fondement
raisonnable ou plausibles
le faire ceder à une verra qui
n'est pasoude nostre caractere;
ou de nostre tempérament, ou
avec laquelle nous n'avons eu
ny le temps, ny les occa fions de
contracter beaucoupd'habitude;
sedépouiller d'une passion
favorite; la sacrifîeràuneautre
touteopposée; c'est ne devoir,
après Dieu, qu'à foy & à sa
vertu, l'honneur de ses combats
&, de sa vidoire. Elle est si
complété, une victoire de cette
nature, que ny la Fortune, ny
l'Envie, nv aucune révolution,
n'ensçauroient plus troubler le
repos. Un tel Vainqueur n'a
plus rien à desirer ny à craindre.
Il estdans l'état le plus parfait
où la condition humaine puisse
parvenir. Avec laconquestede
toute la Terre, il pouvoit manquer
beaucoup de choses à son
bonheur, & à sa vertu; mais en
sesurmontant soy mesme, il a
assuré l'un & l'autre pour toujours,
& non feulement il a
affermy sa félicité, mais il a
encor fait celle des autres, puis
que ces fortes de triomphes
vont ordinairement au benefice
du Genre humain. C'estparlà
qu'il s'est élevé au dessus de sa
propre nature, ayant imité autant
qu'il luyaestépossiblel'exemple
de son Autheur,qui
veut bien (s'il m'est permis de
parler de cette forte) remporter
tous les jours deî%,Ic'loires sur
soymesmeennostrefaveur, en
permettant si souvent à sa mise
ri corde de triompher de sa
justice.
SiquanduneMaistresse déçeuèpar
les apparencesfait à fin Amant
de violens reproches d'une prétendue
infidélité,&le condamne
avec l'emportementordinairedascesfortes
d'occasions, sans vouloirsoufrirqu'ilparle
;Si, dü-je,<
cet Amant accusé injustementy.
doit ceder pour lorspar un silence
respectueux, & diférersa luftification
; ou bien aux dejpens,
d'un peu de desobeïssance,s'empresser
avec toute l'ardeur posi
sible de tirersaMaittresse de l'erreur
où il Ire voit. cErre Question m'est connuë,
mais je n'avois point
encor pensé a sa décision. Q-Iloy
qu'il semble d'abord quecessoit
quelque chose demonstreux, Se
pourainsidire un crime delezemajesté
d'Amour, qu'un coeur
desobeïssantà la Beauté dont il
s'est fait la conqueste, & qui
doit y regner aussi absolument
qu'aucun Monarque dans son
Etat; j'ôsedirenéanmoins, fansme
départirde ces justes maximes,
qu'il est desoccasions
rares à la vérité,,mais tres.
importantes comme celle-cy r
oùl'Amant peut &doit desobeïr
à sa Maistresse. Il fautconsidererer
quedepuisqu'une fois
deux coeurs se trouvent unis par
l'amour, l'interestde cet amour
doit estre leur unique affaire.
Ce n'est que par luy & pourluy
qu'ils doivent vivre. Ilsyont
une égale dépendance, & un
égalengagement, &ils deviens
nent réciproquementresponsablesTun
à l'autre de tout ce qur
peut l'entretenir ou l'alterer
L'Amante demeure bien toû
jours dans lapossessiondes honneurs
deuësàson Sexe,&dan
le pouvoirabsolude commanderai
tout ce qui va au bien de
cette charmante societé. Elie
a aussi toute l'autoritéaux choses
qui ne font qu'indiférentes
par elles-mesmes. En tout celaun
veritabieAmant ne peut
avoir trop de respect, de déference
, & desoûmissîon. Maisen
ce qui peut bleuir leur
amour,il est en droit aussi bien
qu'elle des'y opposer,ôcd'employer
tous les moyens image
nablespourdétournerun olaJs
qu'il doit regarder comme le
plus grand de tous les maux.
L'amour est en danger, il n'en
faut pas davanta ge;tout doit
estre permis, puis qu'i l s'agit de
l'empescher de périr. Croyezvous
que s'en sufr un fort bon
moyen que de s'arrester à un
vain fcru pu le, qui donneroitla
temps à cette pauvre Amante
ainsi déçene,de se fortifier dans
son opinion,& dans son ressentiment,.&
depasserensuiteà la
haine
, au changement, L'-Z au
mépris? Combien de fois avons
nous vu de simples brouilleries,
pour des suj ets fort legers,avoir
causé entre deux Amans par
cette funestegradation, la ruine
d'une intelligence qui sembloit
ce devoir finir qu'avec leurvie
& combien à plus forte raison
ce malheur est-il à craindre,
quand il est questionde lafidelité
qui estl'ame, la baze, &
le soutiende toutes les liaisons,
& sur toutde celles de l'amour?
Quiconque peut souffrir en silence
de se voir accusé de perfidie
, commence à s'en rendre
suspect. C'estestre infidelle en
quelque façon, que montrer
trop de patience dans ces rencontres.
Un grand empressement
à nous justifîer fait la
moitié de nostre justification.
Il estvray quenous voyons dans
quelques Romans des Amans
d'une obeïssance de ce caractère,
& pour ainsi parler des
Martyrs d'obeïssance; mais ce
sont des Hérosfabuleux,&de
méchans
méchans Originaux qu'il faut
¡
bien se garder de copier. Que
leurs Maitresses aussi fantastiques
qu'ils estoient scrupuleux,
leur eussent avec l'amour dans
le coeur, défendu pour jamais
de les voir
,
ç'en estoit assez
pour les mettre tous deux à la
gesne pour longtemps, & pour
leur faire commettre desextravagances
quifaisoient enfin degenerer
les Sujets héroïques eu
un comiq ue des plus ridicules.
Je voudrois bien que quelqu'une
deces éroïnessefustaviséede
défendre à son Amant de l'aimer,
pour nous donner leplaisir
devoir comment ilse seroit ciré
d'affaire
,
& de quelle maniere
il auroit accordé deux sentimens
si opposez. Je soûtiens
donc, aux termes de nostre
Question,que c'est dans cesoccasions,
où si l'Amour est aveugle,
l'obeïssancene le doit pas
estre C'est une Personne malade
;
c'est la Personne qui nous
estlapluschere. Illa saurguérir
endépitd'elle,&lepluispromptement
que nous pouvons. Que
de justes reproches ne pourroit
elle pas faire, d'avoir diféré
cette guerison ? Cruel; qu'avec
vostre indolente soûmission
vous m'avez causé de peines que
vous pouviez m'épargner, en
feignant de ne pas entendre la
défencequeje vous faisois! Si je
me fuis laissée tromper aux aparences,
j'ayau moins cet avantage
sur vousquec'estoient les
plus mortelles qui puissent alarmer
un coeur amoureux. J'avois
à foûcenir l'image de vostre
changement, & celle du bonheur
d'un Rivale. Rien ne me
parloit en vostrefaveur. Mes
propres yeux sembloient vous
convaincre; enfin j'estois desesperée.
Obeït-onàceux que l'on
voit dans ce déplorableétat?
Mais pour vous quand cesmesmes
yeux vous marquoienttant
de colere,vous assuroient d'un
violent amour,&maboucheen
vousimposantavec fureur un G..
lence si peu de saison,vous expliquoit
assez le trouble de mon
coeur, & l'extrême befojn où
j'estois que lavostremetirastde
peine. Vous vous estes aimé &
côsideré plusquemoy Vousn'aviez
rien à craindre pour vous,&
cependant ce n'est que pour
vous que vous avez craint, &
vous m'avez abandonnée à mes
souffrances. Qu'il ne craigne
donc point, cet Amant bien
aimé, de desobeïren desoccasions
de cette nature; qu'il remontre
&qu'il supplie; mais
qu'il presse & qu'il s'emporte,
s'il en est besoinautantquela
bienseance le pourra permettre.
Qu'a-t-il à craindre? Il a son
innocence pour luy; & l'injusticemesme
de sa Maistresse
luy répond avec certitude de
l'évenement. La Belle ne fera
pasplûtost sortiedeson erreur,
qu'elle rentrera en ellemesme,
elle aura de la confusion de
cetteinjustice,&ellesera bien
aise d'en faire compensation
avec cette prétenduë (mais si
utile) desobeïssance. Elle croira
mesme luy en devoir de reste,
& alors la paix se fera entr'eux,
avec les douceurs& les tendresses
que ceux-là seuls peuvent
bien compren dre qui ont
eu quelquefois le bonheur de les
éprouver.
Si la condition des Femmes cjlpltIJ
commde &plus avantageuseque
celle des Hommes. sAns faire icy un dénombrementdece
qu'il y a de commode&
d'importun, de doux&
de fâcheux dans la condition de
chacun des deux Sexes; &: sans
invoquer Tiresias quiavoitesté
de L'un &del'autre;il mesuffit
d'avoir veu quantitédeFemmes
témoigner sérieusement quelque
déplaisirde l'estre,&souhaiter
de devenir Hommes, si
cette métamorphose eust pû se
faire: mais je n'ay jamais veu
d'Hommes envier l'état du
beau Sexe, quelques privilèges,
& quelques avantages qui s' y
trouvent attachez.
,,,, Sil'owpeut haïr ce que l'onsa une
fois bien aimé. LA Personne dequalité, qui
entr'autres excellens Ou-
Vrages,nousa donné lepetit Livre
des Maximes de Morale,qui
estun Livre toutd'or,& où tou-
^rcs choses sont si dignes de la
naïssance, &. du sublime génie
deson Autheur,aditun mot admirablement
bien pensé, Que
l'sprit est ordinairement la
dupe du coeur, C'est sur ce
principe qu'on pourroit douter
si l'on haït veritablemenr ce
qu'on a une fois bien aimé, &
qu'on pourroit aussi en retournant
la Question, demander si
l'on averitablement aimé ce
qu'on est fort allure de haïr.
On pourroitencorcemesemble
rechercher, & aprofondir,si
l'on ne s'est point également
mépris à ces deux passions, en
forte qu'il n'y ait point eu de
veritable amour, &qu'iln'yait
point aussi de veritable haine,
car la Question peut s'étendre
jusqueslà. Mais puis que dans
nostre Proposition il ne s'agit
pas de ce dernier doute; que
l'affection passee y estsupposée
veritable, & qu'en effet il est
difficile que nous nousabusions
quand nous sommes persuadez
que nous aimons, au lieu que
nous nous tromponssouvent,
lors que nous croyons haïr; si
nous examinons bien leschoses,
& si nous nous examinons bien
nous mesmes,je croy que nous
ne ferons pas difficulté de nous
declarer pour l'a ffirmative.Ale
bien prendre, l'incertitude de
nostre haine n'est qu'un certain
milieu entre cette passion &
celle de l'amour. C'est le temps
du combat qui se donne dans
nostre coeur pour le faire passer
à celle là
, ou le faire retourner
à celle-cy. Jusqu'àl'entiere
détermination de ce coeur, ce
n'estny haine ny amour, & ce
font pourtant tous les deux ensemble.
On peut comparer ce
temps-là à un crépuscule qui
n'est ny jour ny nuit, & qui
participe de l'un & de l'autre.
Maisenfin cet état douteux &
confus, ne peut pas toujours
durer. Ou l'amour, comme le
Soleil au matin, gagnera le
dessus, &pour lors les tenebres
de la haine seront diflîpces-r ou
commc<un Soleil qui secouche,
il laissera former à cette noire
passion uneaffreusenuitquisera
peut-estre sans plus de retour à
la lumiere, Q2.:un galant Homme
ait un veritable amour, une
legeretéqui n'avoit point encor
échapé, une premiere offence
qu'il en reçoit, la découverte
de quelque petit défaut, luy
donnent du chagrin & de l'inquietude;
mais un soûrire, un
éclaircissement, un peu plus de
précaution, dissipent ces petits
nüages. La reconciliation sefait
bien-tost, & mesme pour l'ordinaire
avec un redoublement de
tendresse Si apres cela il reconnoist
dans l'Objetaimé dela
tiedeur, & des négligences ; s'il
voit des manieres toutes opposées
aux siennes,& la préférence
donnée à un nouveau venu, ce
pauvre coeur est vivement touché.
Mais un elllpreOEemenr
affecté
; des sermens meslez de
plaintes; plus de complaisance
à l'avenir, l'appaifent encor &
le ramenent. Que si dans la
liteil s'aperçoit d'un veritable
épris;s'il trouve qu'on luyfait
ne persidie; s'il est convaincu
uecetObjetdesonamitiéade
randes imperfections, voila
e semble à ce coup l'Amant
ui se va dégager, & la Peronne
aimée réduite à uneconusion
inévitable. Cependant
ombien de ces fortes de couables
, & principalement en
mour, sçavent se tirer de ce
nauvais pas: Un tourd'adresse
nventé sur le champ; deux ou
rois larmes répandues à propos5
une impudente fierté au
dehors qui cachera les troubles
de la conscience alarmée, feront
recevoir pour bonnes de tres,
mauvaises raisons. On démentira
ses yeux & ses oreilles, &
J'on demandera pardon d'avoir
estétrahy. Mais sices desordres
se rendent frequens , ils deviennent
enfin insuportables.
Le fonds de l'amour & de la
patience vient à s'épuiser. On se
lasse de combatre si souvent
contre soy-mesme en faveur de
l'ingratitude. On prend parcy.
Onpasse à la haine. On croit
en avoir, & l'on ne s'ytrompe
plus.Ce n'est plus ce mesme Objet
qui nous paroissoit si aimable,
&nous avons peineà nous
pardonner d'avoir esté si longtemps
de foibles idolâtres, &
de miserables captifs. Toutest
changé de part &d'autre. Dans
nos premieres querelles, nous
courions chez cette Personne,
feulement, disions-nous à noussmes,
pour luy faire des reoches;
mais en effet pour le
plaisir de la revoir & de
ous racommoder. Aujourd'huy
ousla fuyons sérieusement, &.
ous l'évitons avec foin. Sa prence
nous choque, & nous ite. Sonidée,sonsouvenir,son
om seul,nous troublent,& nous
ortirions volontiers hors de
ous-mesmes plûtost que d'y
iensouffrir qui ait du raport
vec elle, si ce n'est la haine
que nous luy portons. Nous
llons plus loin, &il est si naturel
de ne vouloir jamais rien
perdre, que quand nous venons
à faire réflexion sur tantdetendresse,
de soins, de services, de
patience, de retours, & de
souffrances que nous regreton
comme très-malemployées,
l'impossibilité où nous nous
trouvons de regagner toutcela,
est cause que nous tâchons par
un expédient ingénieux de nous
en desdommageren quelque saçon,
& de nous vanger de toutes
ces pertes, en essayant de dépouillercesnouveauxobjets
de
nostre haine, del'estime,&de
tous lesautres avantages dont
ils estoient en possession, soit
chez nous, foit chez les autres;
& comme quelques Cosmographes
tiennent que le fonds des
abismesles plus creux, répond
à la hauteur des montagnes les
plus élevées, ce qui fait, disentils,
un juste contrepoids de toute lamachine; demesmes'il nous
estoitpossible, nous abîmerions
ces Personnespour qui nous
n'avons plus que del'indignation,
& nous tâchons en toutes
manières de les mettreaussi bas
quenous avons autrefois pris
de peine à les élever, comme
n'y ayant que ce seul moyen
de mettre nostre coeur en repos,
& d'appaiser nos regrets.
Voila ce qui n'arrive que souvent trop dans le monde, &
qui n' y devroit jamais arriver.
Quelques outrages que nous ayons reçeus, il n'y a point
de haine qui soit légitimé. Il
doit suffire à un bon coeur
d'oster sa tendresse à ceux qui
en ont cruellementabusé. S'ils
font capables dequelque sentiment
raisonnable, la privation
d'une chose siprécieuse ne leur
fera pas une petite punition;
s'ils font dans l'endurcissement,
toute nostre haine nous seroit
encor plus de mal qu'à eux. Il
faut se contenter de se bien
précautionner contre leur malice.
Il faut les laisser en paix;
leur desirer, & leur faire effectivement
le bien que nous
pouvons. Quand nous sommes
assez heureux d'avoir reçeu
des sentimens aussi modérez
de celuy quiseul les peut donner
, je croy qu'il y auroit de
l'injustice à nous demander
davantage.
S'il estplusglorieux de vaincreun
coeur quifaitvanitéd'estre indisèrent,
ou d'en vaincre un qui est
prévenud'amour pour un autre
objet. FAire la conqueste d'un
coeurqui s'est déclarécontre
l'Amour; prendre celuy qui
prenoit toujours, & quise vantoit
dene pouvoir estre pris; triompher des affections d'une
belle& fiere Personne, quelle
victoire plus glorieuse que celle
d'un semblable Vainqueur! &
ne peut-il pas se glorifier d'avoir
fait ce que luy seul estoit capable
de faire! Au lieu que de
toucher un coeur prévenu en
faveur d'un autre, c'est seulement
triompher de lafoiblette;
& non pas de la force de ce
coeur, comme le premier Conquérant;
& ne pourroit-on pas
mesme dire que ce n'est tout au
plus qu'un partage? Cependant
si nous considérons que ce coeur
avec toutesa fierté passée, estoit
fait pour aimer du moins
une fois; que tost ou tard il
n'eust pu s'en dispenser; qu'en
diférant quelque temps à se
laisser prendre, il couroit peutestre
risque de se voir réduit un
jour à se donner, &à faire les
premieres avances; qu'il estoit
sans connoissance des forces
qu'il prétendoit braver, &qu'il
n'avoit que luy seul à son secours;
ces refléxions pourroient
bien tourner nostre jugement
aussi bien que nostre estime, en.
faveur de celuy qui attaque un
coeur prévenu de passion. En
effet, il entreprend un travail
bien plus rude & plus pénible,
& par conséquent plus glorieux.
Ce n'est pointun coeurdépourveu
d'expérience qu'il cherche
à soûmettre, c'est un coeur aguerry
& sçavant en l'art de se
défendre. Au lieu d'un ad ver- faire il en a deux à combatre.
Ce n'est pas assez de toucher le
coeur d'une Belle, il faut encor
seunffcithasserl'Objet aimé. Ilne
pas de la rendre susceptifble
des impressions de son me- rite,il fauteffacerchez elletoutes
cellesque le premier Vain!
queur y a déja faites; &quoy que ces deux choses se fassent
presque toujours à la fois, &
l'une par l'autre, ce sont deux
ouvragesquioccupent doublement,&
qui demandent diverses
adresses. Quediray-je deplus?
Il ne s'agit pas feulement de
combatre & de surmonter une
obstination aveugle, mais une
tendressevigilante, unattachement
qui plaist, & une fidelité
encor vierge. Enfin il faut vain- ,
cre tout ensemble & leVaincu
&le Vainqueur, unis d'uneparfaire
intelligence. En unmotje
croy que l'on peut comparer ce
coeur dans son premier état, à
une Villedont la principale désense
ne consiste qu'en la résolution
de ses Habitans,résolu- :
tion souvent passagere, & désense
toûjours peuseûre; mais
que dans la seconde suposition
il ressemble à une Place dont la
premiere prise a donné lieu d'y
reparer les endroits foibles, &
d'en rendre les Fortifications
meilleures
, pourveuë de plus
d'une bonne Garnison qui défend
les Citoyens, & qui les tenant
en bride, les empesche de
songer sitost à parlementer &
à se rendre.
Si apres avoir esté trahy d'une
Maistresse qu'on a aiméeparfaitement,
on en peut aimer une alt-.
tre avec une aussi ardentepassion. CEtteQuestion se doit,ce me
semble,résoudre par la diversitédes
humeurs&destempéramens.
Un Homme naturellement
sombre&soupçonneux;
un autre quiaura de lasagesse,
& qui se défiëra de son mérite,
pourront difficilement, apres
avoir estétrom pez par une premiere
Maîtresse, avoir la mesme
passion pour une seconde.
A ces Gens-là il suffit qu'une
chose foit arrivée une fois, pour
leur faire croire qu'ellearrivera
toûjours; mais comme la multitude
des Personnes gayes, folâtres,
& présomptueuses, surpasse
de beaucoup le nombre
de celles parlesquellesj'ay commencé,
jesoutiens quenon seulement
la chose proposée est
possible, mais quelle arrive tressouvent,
& qu'il y a des Hommes
faits d'une maniere, qu'apres
avoir esté trompez dix fois,
ils le feroient encor quarante,
s'ils passoient à autant d'engagemens,
La raison de cecy vient
à mon sens,de l'amour propre,
qui se flate toujours. La bonne
opinionquenousavonsde nousmesmes,
fait que quand nous
sommes trompez, il se mesle
avec l'indignation que nous avons
pour nos trompeurs, un
certain sentimentde mépris qui
nous les fait regarderavec une
pitié dédaigneuse. Ce font des
misérables, disonsnous,qui
n'avoient pas d'assez bons yeux
pour bien conoistre ce que nous
valons, autrement ils nous auroient
rendu justice. Ils y ont
perdu plus que nous, & se font
fait tort à eux-mesmes C'est
un extraordinaire que cela se
soit rencontré de la forte une ou
plusieursfois; ce sont des especes
de Monstres que nous ne
trouverons pas toûjours en nostre
chemin. Les Personnes éclairées
&de bon goust, en useront
sans doute autrement, &
nous traiteront plus conformement
à nostre mérite, ou du
moins à celuy de nostreaffection.
Voila jusquesoù vanostre
entestement. D'ailleurs,
selon le dire d'un excellent
Poëre, il n'est rien de si naturel
que d'esperer toûjours un meilleur
lendemain; & certainement
c'est la plus grande de
toutes les illusions de nostre vie.
C'est sur ce continuel & chimériq
ue espoirqu'elle roule depuis
son commencement jusques à f
sa fin, sans que nous puissions
jamais parvenir à ce meilleur
état dont l'attente nous sert d'amusement
jusques au dernier
soûpir. Joignez à cela que les
Personnes affectives,&quisont
portées à l'amour par la necessité
de leur panchant, font dans
l'impossibilité de s'en defendre.
C'est leur souverain plaisir qui
neseroitplusplaisir,& qui changeroit
denature, siellesestoient
tro p sujetes à la défiance & aux
soupçons. Comme ces Genslà
n'aiment pas ordinairemet avec
une extreeme dé!tcatc£f, ils ne
font presque pus de refléxion
aux infidelitez pa ssées, & ils
s'abandonnent également à l'amour&
àlaconfiance.Pourveu
que le nouvel objet de leurs
foins sçache les tromper avec
un peu plusd'adresse, & les endormir
agreablement, les voila
rengagez avec autant d'assurance&
depassion que jamais.Je
me souviens d'avoirleû ( mais je
ne puisdire presentemtenquel
endroit) qu'un Marchand qui
par une tempesteavoit fait une
perte considérable de Canelle,
ou de telle autre marchandise
que vous voudrez,estant un jour
assis sur le bord de la Mer, mais
en un jour si beau & si ferain,
qu'il sembloit rire avec elle, &
elle inviter nostre Marchand
à se rembarquer pour un semblable
trafic, il se mit à dire
en l'apostrophant: Je voy bien
ce que c'est, perfide Element,
tu me demandes encor de la Canelle,
mais par jupicer tu n'en
auras plus demoy.Qu'il est
rare de trouver un Sage qui en
fasse de mesme, & qui a pres
une premiereinfidélitésouffer»
te, ait le courage de dire à l'a.
mour ,Je le voy bien, petit Dieu
trompeur , tu veux m'engager
de nouveau à aimer, mais je
me garderay bien de remettre
moncoeiUyi tamercy. Heureux
qui prenoune si salutaire résolution
&plus heureux qui l'e.
xécute!
Les Lettres qui suiventsontsur
des mitieres diférentes. La premiere
mde'aMesrtdéeelnavSoyaéleldeSetRdheel'iEmtsa.nEgl.lVeoeusst
le trouverez,d'unjcntimentcontraire
àceluy de M*Gatdiensurlacinquième
£hiesHon.
ORIGINE
1 --- DE LA
-
SCULPTURE,
DELAPEINTURE,
ET DEL'USAGE DU COLLIER
DE
-
PERLES.
A MONSIEVR*** NE seroit-ce pas, Monsieur,
vous écrire quelque chose
de galant sur ce qui est propo se
dans le dernier Extraordinaire,
que de me servirà propos d'une
galanterie de passage, pour ainsi
dire, que Mercure eut avec la
charmante Hersé? Ce Dieu,
n'ayant pû dérober les Troupeaux
d'Adrneteconduits par
Apollon, quitta la Tlieflàlle&-
se renditàAnthenes,où soncoeur
devint la proye d'une passion
plus noble que n'est celle du
larcin. Il n'ignoroit pas sans
doute qu'on y celebroit alors la
Feste de Minerve,& que selon
la coutume,les Filles avoiene
ce jour-la leur teste chargée de
Guirlandes, & de Paniers de
fleurs, dont elles alloient faire
une offrande au Temple de la
Déesse. Il ignoroit peut-estre
encor moins qu'il estoit dans
une trop grande tranquilité,&
qu'il devoit cherchermatiere à
uneavanture amoureuse. Quoy
qu'il en soit, la belle Hersé sortoit
du Temple avec toutes ses.
Compagnes)lorsqu'il arriva en
cetendroit. Il ne l'eut pas plûtost
veuë, qu'ébloüy du vif
éclat de ses charmes, il devint
en mesme temps son Admira.
teur, & son Amant.. Mais ce
qui augmenta fort la passion
qu'il commença de sentir pour
elle, ce fust qu'en la suivantjus.
qu'au Palais de Cécrops son
Pere, il l'entendit s'expliquer
avec des agrémens tout particuliers
sur unequestionque des
Personnes de sa Compagnie
avoientavancée.
Si je ne me trompe, leur disoit
elle, il est moinsdifficile,&
parconséquent moins glorieux,
de vaincre un coeur prévenu
d'amour pour un autre Objet,
que d'en vaincre un qui fait
gloire d'estreindiférent. N'est.
ce pas une avance confidérabie
à un Amant qui veut gagner les
bonnes graces d'une Belle, que
cetteBelle sçache dèja ce que
c'est qued'aimer, & qu'il ne
foit point en peine de luy aprendre
à démêler dans tout ce qu'il
fait, & dans tout ce qu'il dit,
ce qui ne part que de l'amour?
Vous me direz que ce feroit en
effet une avance pour ce nouvel
Amanr, s'il avoit lieu d'esperer
d'aller plus loin, c'est à dire, si la
Beauté qu'il adore n'aimoit
pointailleurs sortement, & si
elle pouvoit devenir sensible à
une flâmeétrangere, quand
celle qui la confume est extrémementviolente.
Maisnem'avoüerez-
vous pas que ce qui
est violent n'est presque jamais
de durée; & que la nouveauté
pouvant avoir de l'ascendant
sur l'esprit delapersonne qu'on
aime
, cette mesme nouveauté
est capable de luy faire trouver
de la langueurdans les foins trop
reïterez qu'elle a reçeus d'un
premier Amant, & les luy montrer
comme changez de nature
aumoment qu'elle commenceroitàchanger
d'objet?N'entre..
ra-t-elle point quelquefois dans
la défiance de Ceconserver toûjours
ce premier AIllant; & dans
cette veuë
,
sans toutefois prétendre
le perdre, n'accorderat-
elle pas quelque esperance à
-un Rival,enquijesuposeun mérite
aussi rare, & aussi singulier
que dans le premier Amant?
Mais n'avoir pas la force de
hasser ce nouveau passionné,
àest-ce pas commencer à se
ndre? Et parce qu'un coeur
ui laisse esperer sa conqueste,,
a presque toujours plus loin
u'il ne pense, il ne faut pas
étonners'il arrive que le derier
venu l'emporte. Eh bien,
)rs qu'ill'emporte,est-celàce
ui rehausselagloire de ce noueau
Triomphant, que d'estre
cause d'une infidelité, que de
lire rompre les sermens peutstreles
plus inviolables, &que
'aimer& estimer une personne
our laquelle ( s'il estoit à la
lace de son Rival abandonné)
auroit tous les mépris imagiables?
Enfin sa gloire n'est
roprement qu'un faux or, qui
'a que tres peu de l'éclat du
veritable, en comparaison de;
celle qu'il y a à vaincre l'indifé:
renced'une Belle quise glorifie
d'en avoir, puis qu'il fautcombarreen
elle l'esprit & le coeur.
C'est un coup de Maistre que
de luy inspirer de L'amoury
quand elle n'a jamais répondu
que par de froides civilitez aux
déclarations les plus tendres,
ou quandellelésatoujour. évi..
tées avec beaucoup de soins,
C'est luy insinuer des sentimens
dont elle ne semble point susceptible)
& c'est sçavoir si bien.
la tourner, qu'ellele trouve disposée
à ne se pas fairedavan.
tage un merirede conserverson
coeur dans la liberté, & de ne
l'abandonner pas aux troubles
& aux inquiecudes de l'amour.
ourmoy ,
ajoûta la spirituelle
Hersé, j'en puis parler. Vous
çavez queje ne manque point
'Adorateurs: mais je crois aussi
mpossible que pasun d'eux furnonte
monindiférence, qu'il
éroit mal-aiséqu'ils ne deinssent
tous jaloux du bonheur
le celuy que je leur préfereois.
Ce discours tiny & les civiitez
estant faites de part & daure
,la Compagnie se separa.
rlcrfé estoit sur le point d'enrer
chez elle avec sa Soeur
(\ glaure, lors que Mercure l'abordant,
se fit connoistre,& de.
buta par ces Vers.
Non,je ne doutepointqu'il nesoit impojpble
Qu'unMorulilitle droit de vous rendre
fènfihle;
Vos charmes m'ontinstruit de cette
\crité:
Ils me l'ont dit, EfÙ/é) qu'une bedutj
parfaite,
Telle que vous l'A')?e{j n'ajamais est
faite
Quafind'aimer unjour quelqueDivinité.
Ensuite ce Dieu s'étenditsur
des protestations d'une amour
sincere & immuable, jusqu'à ce
qu'il eut conduit Hersé dans son
Apartement,oùilluy demanda
lapermissionde venir souventla
voir. Comme on ne passe guéres
en un instant d'une grande indisérence
à une grande amour,
elle ne consentitpastout à. fait àcettedemande. Mercurequi
s'en voulut assurerl'effet, tâcha
de mettre Aglaure dans son
arty. C'estoit une feconde
)anaé quine se gagnoit que par
es pluyes d'or. C'est pourquoy
elle luy fit entendre, que l'enrée
chez Herséestoit une grae
qu'il n'obtiendroit pointsans
acheter. Il ne manqua pas
la comblerde presens
; mais
me action si baffe & si peu dine
de la naissance d'Aglaure,
déplut tellement à Minerve,
que pour l'en punir elle la livra
aux transports les plus, furieux
de l'envie & du desespoir. La
voila aussi-tostdans de conri.
huelles aprehenfions que Mercurene
rende sa Soeur heureuse.
Cent fois elle est sur le point de
recourir au pouvoir du Royson
Pere, afin de troubler cetteamour
naissante,&d'en détourner
lesuccés. Elle persistetoutes
fois dans la volonté de rester
toujours devant la Chambre
d'Hersé,&d'employer tous les
obstacles capables d'empecher
Mercure d'y entrer. Ce Dieu
indigné de l'ingratitude de
cette Fille, & de.son manquement
de foy, la change en une
Statuë de Pierre, à l'instant
qu'elletémoigne vouloir le
chasser de cet A partement.
Peut-estre que d'ailleurs Minerve
n'avoit pris si fort à coeur
la punitiond'Aglaure, que parce
qu'elle avoir préveu que la
métamorphose de cette Mortelleseroit
l'origine dela Sculpture
& de la Peinture, & rendroit
complet le nombre des
Artslibéraux,auxquels préside
cette Déesse.Quoy qu'il en foir,
peudetemps apresque leMesagerdes
Dieuxse fut
vange de
a forte, & qu'il fut forty de la
chambred'Hersé, un Ouvrier
du Palais de Cecrops, passant
devantla Statuëd'Aglaure,s'avisa
d'en dessiner le Porfil sur
nne Pierre qui estoit contre une
muraille à l'oposite, & y suivit
avec un crayon les extrémitez
de l'ombre de cette Statuë, qui
estoit alors éclairée des rayons
du Soleil La Figure ainsi tracée
plut à l'Ouvrier, & afin
que rien ne s'en effaçât
,
il fit
des entailles dans la Pierre, &:
inspiré par je ne sçay quel
génie, il en vint jusqu'à continuer
ces mesmes entailles, & à
unitçr autant bien qu'il le pût
Aglaure petrisïée.Sonouvrage
estant achevé, il remarqua que
les habits de cette Fille,quoy
que changez de nature, n'estoient
pas changez de couleur,
& comme suivant sa naissance
elle portoit la Pourpre, il se
souvint que l'on se servoit pour
la teinture de cette couleur, du
fang d'un PoissonquelesLatins
appellent Murex. Il en c hercha
donc,& enapliqua. Enfuire
afin de resver mieux à la couleur
de chair qu'il devoit employer
sur le visage & sur les bras de la
Figure, il s'apuya contre une
Fenestre prés du vaisseauoù
estoit la Pourpre; & poussant
du coudecevaisseau,sans y penser,
il coula un peu de cette
Pourpre le long du ciment de
la Muraille. Cela le tira de
peine, car il vit que le blanc
mêlé avec le rouge faisoit une
carnation telle qu'il la souhaitoit.
A l'égard du noir qu'il
luy faloit pour colorer la prunelle
des yeux & les cheveux,
cela ne pouvoit Penibarrasser,
quandmesmeileust dûnemettreen
usage que le crayon dont
il s'estoit déja servy. Enfin son
Ouvrageattirant lacuriosité de
rout le monde, futestimé
, non
parce qu'il estoit un che fd'oeuvre,
mais parce qu'il don.
soitlieu d'en faire. Aussila
Sculpture & la Peinture font
devenuës des Artsnobles &
curieux par les foins de tantde
Nourrissons de Minerve, qui
estant animez de ce feu celeste
que déroba Prometée, ontlaissé
des Ouvrages dignes de parvenirà
la Posterité la plus reculée.
Si je ne craignois depasser
les bornes d'une Lettre,je m'étendrois
sur ce que Mercure au
sortir de la Chambre d'Hersé,
alla dans la Phénicie par l'ordre
de Jupiter, & que cet illustre
Envoyé rencontra vers le rivage
dela Mer, l'A mour, Vénus,é
les Graces, qui prenoient en cet
endroitle plaisirde la promenade.
Je montrerois au long
comme ce petit Dieu a yant à
percer des coeurs plus durs que
des rochers, éprouvoit la pointe
de toutes ses Flêches sur des
Perles à cause de leur dureté.
Je dirois que dans les Perles
qu'il avoit percées, il passoit un
filet dela corde de son Arc, qui
alors estoit usée, &que ce silet
pleindePerlesqu'il mettoit ensuiteen
badinant autourde son
col, faisoit un effet quiplaisoit
aux Grâces. Je n'oublîroispas
rqouiet Vénustémoigna qu'elleaude
la joye si la mode de
porter de semblablesColliers
s'établissoit parmy les Femmes,
puis que ce seroit uneespece
d'hommage qu'elles luy rendroient
en portantdes marques
du lieu de sa naissance. J'oublîoisencor
moinsqueMercure
s'estantoffert à servir la Déesse
dans son souhait, emporta un
Gollierdelafaçon de l'Amour,
qu'illepresentaà Europe Fille
d'A genor, que la mode s'en
établit àla Cour de ce Prince,
& qu'insensiblement cette mode
a esté suivie par toute la
Terre. Mais je doisplûtostsonger
à vous dire que je suis,
Vostre, &c.
AVANTURE
DV PARNASSE.
A MADAME D. C. vOus allez estre surprise,
Madame
,
de ce que j'ay
àvous raconter. Gardez vous
bien de le prendre pour une
imagination. Je ne vous diray
rien que de vray, & je vous le
jure,foy de Disciple du grand
pollon. Je refvois profondelentdans
ma Chambre. Vous
agezbien que c'estoit à vous,
uis que vous estes l'unique
bjet de mespensées. J'en
vois d'assez mélancoliques sur
esmaux quevousme faites fourir,
quand tout d'un coup je
le sentis enlevédu lieu où j'esois,
sans que je vous puisse dire
y comment, ny par où l'on
'en fit sortir. Ce qu'il y a de
ertain, c'est qu'apres m'avoir
traverserplu sieurs Campanes,
on me laissa sur un fort
greable Vallon que je reconus
estrelesejour le plus ordiaire
des Muses.
l'y *vis lafameujeFontaine
Que Teg'afeformasous le nom d'III!",:
pocrene,
Ifouler de tous ('ojl{ le cristaldeses
eaux.
Ce Vallon en tout tempsproduit dssr
fruits nouveaux,
que le fia..,oi' &le mérité
Ontseulement droit de cueillir.
quoyquecesfruits croissentfortviste
lamaû Mars, ny Amour, ne les laissentvieillir.
A pres avoir consideré quelquetemps
les beautez du Val-
Ion dont je vous parle, & veu
quantitéde Personnes autquel.
les on endéfendoit l'entrée, sur
ce que le nomde méchans Poëres
qu'ils s'estioient acquis, les
faisoit regarder comme prophanes,
j'avança y mon chemin pour
gagner le sommet de la Montagne.
Lasursiege degazon
Le vis le charmant Apollon>
qui des doux accords defit Lyre.
EnvironnédesdoctesSoeurs,
Hdlijjoitplus qu'on nepemèdire
Et les oreilles,&les coeurs.
J'aurois peine à vous expriner
les charmes qu'eut pour
noy cette mélodie.
*
Je me déournay
pour voir si j'estois seul
~l'entendre, & je n'apperceus
que mon amour ( c'est à dire celuy
quej'a y pour vous)quic il ne me quitte jamais,avoitesté
enlevé avec moySa beauté,&
un je ne scay quel air doux &
noble tout ensemble, le firèotremarquer
de toute la Troupe,
qui ne le pût voir sans l'admirer.
Apollon'dit que cet Amour
Ejiott un enfant de ndedffce,
etqu'iljugeoitde luy qu'unjour
Ilseroit un Amour de haute confiéqucnce.
.dlors dmfiès Parensildemande le nom
le luysis figne de se taire;
Maismalgré moy, comme il estfort
sincere, :
Sans s'étonner, regardant Apollon,
Il répondit quê vous eftie{fl Mtre..
Il n'eut pas de peine àse faire
croire. On luy trouva toute la
délicatesse de vos traits, & il
ne vous eut pas sitost nommée, qu'on s'écria qu'ilvousrenembloit
parfaitement. Toutcequi
surprit, ce fut dele voir pasle
& sans embonpoint. Il ne pût
cacher que cedéfaut venoit du
peu de nourriture que vous luy
donniez. Cette rigueur pour
unFils parut extraordinaire,&
on apprit avec beaucoup d'étonnement,
que
Quepour trois sèmaines d'absènce,
JTs¡¿s ne luy laijjîeç feulement
Que quatre ou cinqgrains d'ejperace
Aprendrejenesçay comment;
.f<!!.'il n'appaifbitfafoisquà lafaveur
des larmes.
Que m'oblige à Verser le malheur de
mesfeux,
Etquilestoittoujours dans les tristes
alarmes
que ressent mon coeur amoureux.
A dire le vray, une si cruelle
maniere d'agir fut fort condamnée.
Apollon & les Mufes en
murmurerent longtemps,&me
donnèrent enfin l'avis que je
vousenvoye, dans la penséeque
vous voudriez bien déferer à
leurs remontrances.
AVIS D'APOLLON
ET DES MUSES.
DEflrmdu,bÛ! Iris traitement
un Amour
Vont nousfçayons que YVAU dies la
Alera
Faute de nourriture, ilpeutperdre le
jour,
so.,eeK-Y, cejl là vostreaffaire.
Forts nefÇlturie'{pOlJr luy marquer trop
de bonté.
Il est bienfait, desplus beaux quise
'voyent;
Et lesfoins quilyot& rendont ":1ft\.
mérité
£ttenfafàrveurlesvostressedeployent.
Pour peu qu'onsinge à le nourrir,
Il est encor d'un âge à croistre
comme on nous enployeroit àpublier
samorty
Dés que nous aurions dit,--Iris en est
coupable,
Chacunplaignantsontristefort,
Vous traiteroit de Mere impitoyable.
Trévene^ ce reproche,§parquelques
douceurs
.fl.:!.i yous cousteerontpeu de chose
F,Ú:es cesser les injustes langueurs
Que vostreduretéluy cause
Songez, Madam, que cet
avis vous estdonne par un Dieu
& par des Déesses, qui méritent
bien qu'on les croye. Vous ne
hazardez rien en vous mettant
enétat d'en profiter,&toutest
peut-estre àcraindre pour vous,
si vous vous exposez à la vangeance
que leur indignation
vous peut attirer.
-RE-CHERCHES SUR L'ORIGINE - DUPARCHEMIN;
DU PAPIER,
ET DES TABLETES.
A MONSIEVR CE soit perdre le temps,
Monsieur, que de parler
davantage del'origine des Mouches.
Elles ne sont plus desaison,
outre que tant d'honnéstes
Gens enontditdesebelles choses.
Cherchonsplutost des couvertures
pour nous garantir du
froid. l'usage des Peaux & des
Fourrures a commencé dés les
premiers Siecles. J'avois pensé
d'abord que la seconde Enigme
duMercurede Novembre pouvoitestrela
Fourrure d'un Manteau,
qui est une Machine ronde,
dont elle occupe la moitié,
& dont un Homme de Lettres
se couvre ordinairement dans
sonCabinet, Mais après m'eftre
representé la figure d'une
Timbale, & le couvercle d'un
Livre, j'ay prisleparty du Parchemin
, dont l'invention n'est
pas si moderne que plusieurs se
font imaginé: Les Grecs qui
font les Singes des Egyptiens,
& ceux.cy des Hébreux, s'en
attribuent l'invention, larapportant
à Attalus Roy de Pergame,
qui régna pres de trois
cens ans avant Auguste. Ce riche
Roy quifit le Peuple Romain
son héritier, en envoya
quantité à Rome, où le Parchemin
commença d'entrer en
usage, quoy que d'autres disent
que son Successeur Eumenes en
distribua le premier par toute
l'Asie: mais il est tres-certain
que les Hébreux s'en estoient
servis longtemps auparavant,
puis que les Livres Sacrez que
Je Grand Prestre Eleazar envoya
en Egypte au Roy Philadelphe,
pourestre traduits en
Grec par les Septante, estoient
écrits sur du Parchemin, duquel
il admira la beauté & la déliatesse.
D'ailleurs Hérodore'
lui vivoit plus de cent datante
ans avant Attale, die
luJon écrivoit sur des Peaux de
bouton êcdeChevre, & que
a coûtume en eftoic fore anienne.
Il est bien vray que la
fille de Pergame, outre l'avanagequ'elle
avoit d'estre la Pa
rie de Galien; d'A pollodore,
xd'autres grands Personnages,
e pouvoit glorifier d'avoir doné
la premiere le plus grand
sagedu Parchemin,quienre..
ient mesme le nom jusqu'à prenr.
Un des derniers Ptolomées
iloux de la gloire ôc du merite
te Philadelphe, ruina tous les
'apyrus d'Egypte, & fit d'exreflesdéfenfesde
travailler au
.apier, pour inftalerl'usage du
Parchemin. Ce Papyruscftoiei
uoe especedeJonc&deRoseau.
qui çroifloic dans les Marais du
lSTil, dont la tige haute de dix
coudées au plus, estoit fore
grosse &triangulaire, déclinant
insensiblement de bas en haut,
de laquelle on faifoir le Papier,
enleséparantavec une aiguille.
Lè meilleur estoit le plus proche
du coeur, & tirédu milieu
de la tige, duquel on se fervoic
feulement pour les Livres. SacrZIl
Au/IîTappelloitonHiératique
, puis August,2, Livien,
& Claudien par usurpation 8C
flaterie. On luy donnoit plulieurs
surnoms, qu'il tiroir ou
du lieu où il se faisoit, comme
Amphithearrique, Sobennicique,
Saïtique,Txnionitiquej
de deson usage, comme Empoetique
;ou de Ton appreft, comne
Fannien, du nom d'un cerain
Fannius qui l'appreftoic
nerveilleusement bien à Rome.
s'en trollvoirdeplusieurs lar.
geurs ,
Ravoir de fix-, de neu f,
le dix, d'onze, & de treize
loigts pour les plus petits. Le
noyen estoit d'un pied, &. le
,lus grand, d'une coudée. L'lntention
du Papier est autant ou
)Itis ancienne que celle du Parr
hemin* Les Livres de Naima
Pompilius qui furent trouvez
ians Ton Tombeau plus de cinq
:ens ans a près sa mort, fous le
onrlllat de P. Cornelius, L.
Fulvius Cethegus, M. Biobius,
Se Fulvius Pamphylus, eftoienc
écrits sur du Papiery- ce
qui fait voir clairement qu'il
n'est pas inventé du tempsd'Alexandre
le Grand, qui régna
plus de trois cens ans apres
Numa, Ainsi donc le premier
Papier n'a pas esté fait dans
Alexandrie, comme quelquesuns
ont voulu dire. Ce Papyrus
que les Perses négligeoient,
croissoit aussi sur les bords de
l'Euphrate assez pres de Babylone,
& en Syrie dans le mesme
Marais où l'on trouvoit le Gilamus
Aromaticus, ou Canne odorante.
On en faifoic mesme du
Papier dans laVille de Tyr, lequel
s'appelloit Cartha,du nom
de la Fondatrice de cette belle
Ville. On peut remarquer en
passant, que Carrhage, qui fut
autrefois la terreur de l'Empire
Romain
, a tire son nom de ce
mot, Didon s'appellant aussi
Cartha. Avant l'usage du Papier
& du Parchemin, on écrivoit
premièrement surdes feuilles
de Palmier,maisle pourroiton
croire? on écrivoit aussi sur
des feuilles de Mauves. S. 1si.
dore en est garant avec d'autres,
apres Helvius Cinna trèsancien
Poëte. On écrivit en
suite sur desTabletes qui se faisoient
de l'assemblage de plusieurs
petites tables tirées de
l'ecorce intérieure & la plus
proche du tronc de certains Arbres,
principalement de Til,
d'Ormeau, de Citronnier, &
d'autres aisez à fendre. On les
aplanissoit fort délicatement,
& on les couvroit legerement
de cire, sur laquelle on écrivoit
avec un Styl ou Poinçon. On
en faisoitaussid'Yvoire, de
Toile, de Parchemin, & de
pluficurs autres matiere£. D'abord
ces Tabletes n'efioienc
composées que de deux feuilles,
puis de trois, de quatre, de cinq,
& de plus. Leur usage le plus
ordinaire estoit pour les affaire
domestiques, pour les Lettres,
& principalement pour lesTestamens.
La premiere feuille
contenoit ce que le Testateur
ordonnoit de ses funerailles &
des fondations de sa Sepulture.
La seconde, les parts & les noms
de ses Héritiers. La troisième
&les suivantes, les fubftirutions
& donations qu'il faisoit à quelques
Particuliers, pour récompense&
reconnoissance de leur
amitié & de leurs services. On
se servoit encor de grandesTables
de bois couvertes de cire,
pour écrire les Loix, les Ordonnances
duSenat, & autres Mo- -
numens publics. On les appelloit
Schedus ou schedulus, à proportion
de leur grandeur, duquel
nom nous nous servons
encor presentement pour signifier
une Promesse ou Cedule
que nous donnons pour assurance,
lors que nous empruntons
d'un Amy. En suite on enregistra
ces mesmes Ordonnances &
autres Aêtespublics, sur de
grandes lames ou rouleaux de
Plomb, puis sur l'Airain & le
Marbre. Onécrivitaussi dés le
commencement sur de la Toile,
principalement de Lin, comme
estoient les Livres que la Sybille]
de Cume presentaàTarquin lei
superbe. Les Perfes ne se fonti
servis autrefois que de Toile de
Soye pour tracer en broderie
toutes leurs affaires publiques
& particulières5 mais la plus
ancienne écriture s'est faite sur
la Pierre, puis que les Enfans
de Seth, Fils d'Adam, drffferent,
longtemps avant le Deluge,
deux Colomnes, l'une de
Brique, & l'autre de Pierre, sur
lesquelles ils écrivirent les plus
hauts Secrets de l'AUrologie
qu'ils avoient les premiers inventez.
Berose leChaldéenqui
enseigna les belles Sciences à
Athenes, &qui pour son merire
fut honoré d'une Statue dont la
langue estoitdorée, dit que les
pluséclairez des Hommes écrivirent
sur des Pierres,,longtemps
avant le Deluge, la perte du
Monde qui devoit arriver par
les eaux. Cette façon d'écrire
passa depuis chezlesEgyptiens
qui écrivirent les premiers sur
des Obélisques. Mitres fut le
premier de leurs Roysquiensit
(.dresserj apres luySochis. Le
troisiéme fut Ramises, qui re- gnoit du tempsde Ja guerre de Troye, &en fuite plusieurs autres.
L'industrie humaine a
passé bien plus avant. On a
marqué des caractères & des
lettres mesme sur la peau des
Hommes; ce qui se voit dans
l'Histoire d'un certain Grec
Asiatique, nommé Histius, qui
estant à la Cour de Perse, &
voulant écrire en secret à son
amy Ariftagoras, rafa la teste
d'un de ses Esclaves, fous prétexte
de le guérir d'une maladie
des yeux, & forma des lettre
autantqu'il voulut, luy piquant
la peau avec uneaiguille; &
les cheveux estant crus pardesfus,
il l'envoya à son Amy,avec
ordre de l'avertir de le raser
comme il avoit fait. Cette ingénieuse
& admirable invention
me met en memoire la Scytale
des Lacédemoniens, & les
Lettres secretes quejules César
écrività sesAmis. Ilya beaucoup
de contestation entre les
Autheurs touchant l'invention
des Lettres & Caracteres dont
les Anciens ont usé. LesPayens
attribuënt l'invention des premieres
Lettres à Mercure qui
les enseigna aux Egyptiens, ou à Menon qui se servit de ces
Hyerogliphesqui cachent, fous
la figure de divers Animaux, le
sens & le secret de leur science.
D'autres disent que les Etiopiens
les ont données aux Egyptiens
leurs Sujets. Quelquesuns
en font les Assyriens inventeurs.
D'autres soûtiennent
que les Syriens les ont données
aux Phéniciens, qui les portèrent
en Grece sous la conduite
de Cadmus, jusqu'au nombre
de seize,ausquelles Palamedes
pendant le Siege de Troye en
adjoûta quatre, & peu apres
Simonides Melicus quatre autres.
Aristote au contraire dit
qu'elles font de tout temps, &
qu'Epicharmus en adjoûta seulement
deux. Diodore les fait
auiïî tres-anciennes,disantqu'- Actinus Fils du Soleil, passant
dans l'Egypte
,
avoit enseigné
l'Astrologie aux Egyptiens,&
qu'un peu apres, un Déluge
(quiestapparemmentceluy de
Deucalion) ruina tous les Monumens
de Lettres dans la Grece,
en faisant périr la plûpart
des Hommes : mais les Juifs &
les Chrestiens tiennent qu'ellesfont
avant Noé, puis que les
Enfans de Seth s'en font servis,
comme j'ay déjà dit. Il estvray
qu'elles peuvent avoir péry par
le Deluge. Philon enrapporte
l'invention à Abraham; Eusebé
à Moïse, qui les donna auxJuifs).
quePlineappelleSyriens. Ceux
cy lesdõnerentaux Phéniciens,
qui les porterent aux Grecs
avec Cadmus, &les Grecs Pélasgiens
dans le Païs Latin; car
Nicostrate, Mere d'Evandre,
les apporta d'Arcadie, qui s'appelloit
en ce temps-là Pélasgis.
Chacun demeure d'accord que
ces Lettres n'avoient pas dans
leurs commencemens une forme
si juste qu'elles ont eu depuis.
Esdras qui estoit Scribe
& Docteur de la Loy, reforma
les Lettres Hebraïques apres le
retour de Babylone, & la reftauration
duTemple fous Zorobabel.
Les plus anciens Caracteres
Grecs estoient quasisemblables
aux Romains, com
me on pouvoir juger d'une Table
de Cuivre tirée du Temple
de Delphes, & dédiée à Minerve,
qui estoit encor à Rome
dans la Bibliothèque du Mon
Palatin, du temps de Pline. Il
est hors de doute que les Livres
des Hébreux ne soient les plus
anciens de tous. Les Egyptiens
& les Chaldéens les ont suivis
de près, quoy que les Grecs se
vantent à leur ordinaire d'estre
les premiers, disant qu'on n'avoit
veu aucun Livre avant celuy
qu'Anaxagoras mit en lumiere,
écrit de samain. Gellius
assure que Pisistrare le Tyran
fut le premier qui en presenta
pour estre leûs publiquement
&qu'en suite les Athéniens
commencerent à les rechercher
[oIt.roigneuem¡u)& en firent
un grand amas; mais Xerces- s'estant rendu maistred'Athenés,
les fit transporter en perse,
d'où ils furent aussi rapportez
& rendus aux Athéniens par
Seleucus Nicanor Roy de Macédoine
Le Roy Philadelphe
& ses Successeurs, firent une
fort belle Bibliothèque, composée
de pres de sept mille Volumes,
laquelle fut brûlée pendant
la premiere guerre d'Alexandrie.
Aristote, sélon Strabon,
a ramasse la premiere Bibliotheque,
laquelle illaissa à
Theophraste, & celuy-cy à
Neleüs. Ce dernier la transporta
à Sceps Ville de Phrigie
ainsi nommée de ce que Rhea.
Femme de Saturne, feignit
d'efire accouchée d'une Pierre
aulieu d'un Enfant. Il y en eut
aussi une fort belle à Pergame,
dressée par les foins d'Attalus;
& d'Eumenes. Afinius Polliofut
le premier qui en dédia une
à la Republique de Rome.
Celle du Temple d'Auguste
estoit enrichie de plusieursStatuës
d'or, d'argent, de bronze,
& de marbre, érigées à la gloire
des Grands Hommes.
LE MEDAILLISTE
de Saumur.
FABLE
DE LA CIGALE,
ET DE LA FOURMY. cIgale ayant hérité
La récolte d'un Eté.
à/Iaintesgoujjïsamaj?éesy,
Maintes fkuys,m/tintpetitgrAin),
Qu'un Hanetçnsongermain
Avoit en mourantlaijïe'e$y
Heritiere de ce Bien,
Fiere de fin heritage,
Elle nepensoit à rien
gu'à redoublerlonrdmdgr,
- Et de chanterfaisoit rage.
Comme "'IOUdJça've^fortbien?
Cigalen'estpas tropsage,
JVy trop habile en ménage.
Pour chantersoir matin,
'PAncer)&pirefestin,
'.Bon cela, ce badinage
Est Assi'{ à son usage.
La Fourmy qui point ne dort,
Et quisans cessemachine
Nouveau tour, nouveleffortt
Tour agrandirsa chaumine,
Cette adroite, cettefine,
AyantsçeuquesaVoisine
Enméntlg,dèpu" peu,
FAiflitd.ffè\ bonne mine
A qui luysaisitbeauf'eeti
Voila, dit nostre Aîatoif,
justement ce (p/il nous.saut
Pourvivre engrosse B"ourgeoif
Deglannerparcegrandchaud,
C'estpitié, c'estpeine extréme;
Mais quojt est exempt desoin,
Quandonpeut,sansaUtr loin,
Moijjonner IIlt Grenier mesmes
Celafut dit fttfait.
Vers la Cigale en effet
La Marmiteuse s'avance,
L'oeil
L'oeil riant, l'airaffecté.
Le CorpsmllrchAnt en cadence.
Apres mainte reférence,
Maintcompliment ,;mcerté;
Sans mentir, en "'rerit¿'
Luydit lafranche Friponne,
Vous voila toute mignonne,
A yous voir cet embonpoint,
Ce teint qui nefanepoint,
L'oeilguay,l'humeursigentille
ChacunvousprendroitpourFille,
De clJdllter rien rieflfïfin?;,
Pourmoy, jetravailleenvain;
EDetsqeu'doonnenjeïfroduu.cqhuaagnrdin/'ypenfèy
Pour am tjjfcrgraindgrain!
Flaifîr\attcil».squ'abondance.
De chanterrienn'est si doux;
Le voudrois que yeusensemble?
Aieleg;rplusprès detous,
pour que nous chantions eyêmbé. fay chez moyjeunes Fourmis,
'Beauxenfans, belle meg'nie.
C'estpour yorts autant d'amis
C^ejiplaiftr,cejtcompagnie.
Chacun d'eux 'tousaidera
si. chanter vosChansonnettes,
Ilssçavent tous l'opér.4,
La bonne Femme ensera,
Qui rira,
Chantera,
'Jlll/eerA,
Et dira
Mille jôriJettes.
Mettons bas,
L.'embaras,
Letracas;
Tîusd*ennuis,plusde miseres
Plus desoin,plus de moisson.
~Ca YoijÎne, fit Commere,
UnepetiteChanson.
Aces mots de la bonne ame,
'JJJltme CigaleJepdme,
D'aisè elle enfait trou fl/Jpirs,
S'atendà nouvelle game,
Z/rifdefortconsèntement
LaJrourmy dans ce moment,
Ettoute sa quirielle,
Vient habiter auprès d'elle,
Chantent Chanson telle-quelle,
Mangent lasuccession
Paternelle (jp maternelle
De défunt Sieur Haneton.
Jitjijtse nourrit,dit-on,
Taradrejje singuliere,
La Fourmy, lesFourmillons,
Et toute la Fourmilliere.
Sus a¡;t'Icez, nostre Heritiere,
POIlS pltJ,{ les Fïo/Jns.
L'Histoirequisuit aestéécrite
par la Dame mesme qui m'afait 1.1
grâcede me l'adresser. ~Ie nechange
rien aux termes. le suprime sculement
le commencement desa Lettre,
qui ne consiste qu'en des civilitez,
obligeantes. Elle est datée de Vienne
en Dauphiné.
HISTOIRE
DE MADAME
LA M. D. L. M. E.
J E suisnée avecassez deréputation
dans le Monde.J'ay
vécu jusqu'à seize ans dans un
étatfort tranquille. Jen'avois
des occupations que celles que
mon âge me pouvoir donner;
& goûtois indiféremment toutes
fortes de plaisirs,sans m'attacher
plus fortement aux uns;
qu'aux autres: mais ma maudire ! fortune s'est lasséedemelaisser
si longtemps en repos. Il a fallu
qu'elle soit venuë le troubler
par un Mariage qui paroissoit
assez considérable pour moy.
J'y donnay les mains comme
Une Fille bien née ~doit faire.
Mais helas ! qui auroit pensé
que de si belles apparences me
deussent estre aussi funestes
qu'elles le font à l'heure qu'il
est. Mon Mary estoit bien fair,
& fort capable d'engager un
jeune coeur qui n'a jamais rien
rerHY; maisleDestin ( sionpeut
luy donner quelque pouvoir sur
la conduite des Hommes) en
en avoit ordonné autrement.
Le Mariàge cftant fair, nous
en reçeûmes compliment de
toutes parts. Mon Maryen fut
felicité de tous ses Amis, &
entr'autres d'un jeune Cheva
lier qui se montra des plus empressez
à luy en marquer sa joye-
Helas! qu'il m'auroitesté avantageux
qu'il n'eust point eu ~ce
empressement ! Je ne sçay si je
luy plûs, mais il nous rendit
des visites fortassiduës,&insensiblement
sa veuë eut de si
grands charmes pour moy, que
j'oubliayque le devoir m'engageoità
donner moncoeur tout
entierà unautre. Plus jelevis,
plus cette paillon s'augmenta.
Mais quelque forte qu'elle pust
estre,rienne pût m'obliger
d'en
faire l'aveu. Je rachay, mais
en vain, à combatrece que je
ne connoissoisqu'à demy. Je me
faisois une si absoluë necessité
d'étoufer un amour qui pouvoit
faire tort à la vertu dont je me
pique, que je résolus d'éviter le
Chevalier. Toutcontribuoità
faire réüssircedessein.Le Chevalier
estoit pressé de retourner
en Provence dans un Employ
qui l'y tient attaché
, & il
arriva des conjonctures qui le
mirent dans la necessité de partir
sur l'heure. Il n'eut que le
temps de nous venir voir, &. il
me sembla que ses yeux m'expliquerent
cent choses dans le
moment qu'il me dit adieu. Il
n'yen a jamais eu un plus cruel
pourmoy. Je parus siinterdire,
quemonMary m'en fit quelque
raillerie mélée d'aigreur. Jen'y
répondis que par des larmes qui
estoient plûtost pour le départ
du Chevalier,que pour ce qui
m'avoitestéditde fâcheux.J'ay
une heureusemélancolie. Ainsi
je pouvois m'abandonneràtous
mes chagrins, sans que mon
Mary en puft deviner la cause.
Je vivois fort honnestement
avec luy. le crois mesme que
je l'aurois aimé plus qu'on n'a]
accoutuméd'aimer un Mary,
si le Chevaliern'avoirpointesté
au mode.J'estois toujours occu
péedesonmerite. ~Jenepensois
jamais qu'à luy. MonMary entrois
quelquefois dans des soupçons
contre moy ,
mais il ne
lq,-tvolrdeqtii il devoit estre jaloux.
Une pensoit pas au Che
lier; il yavoit longtemps que je
ne J'avois veu. le n'en parlois
jamais, & l'indiférencequeje
faisois voir pouout lerestedes
Hommes, & pour toute sorte
de plaisirs, ne luy permettoit pas
de deviner la veritable cause de
mesresveries. Aussirevenoit-il
bien-tost de ses chagrins. Tout
luy parloiren ma faveur dansle
temps que je pensois à un autre.
Estois-je coupable,d'aimer malgré
moy ? le voulois oublier le
Chevalier; je faisois de mon
mieux pour cela, mais le don
d'un coeur n'est au pouvoir de
personne. Cen'est pas la raison
qui nous guide. Ainsi j'estois
plûrost à plaindre qu'àblâmer.
Il faloit que jefusseaccabléede
tous les costez. Les AffairesdomediquesdemonMary
estoient
plus en desordre que celles de
mon coeur. Il fut obligé de me
quitter un anaprès nostre Mariage,
pour aller poursuivre un
Procès en Italie, où il s'agissoit
presquedetoutson bien. Je fus
touchée de son départ, car je
l'aimois veritablement, & ma
volonté navoit aucune partaux
égaremens de mon coeur. le
restay chez luy avecsa Parenté
qui est nombreuse, & qui ne
convenoit point à mon humeur.
le résolusd'aller à la Campagne.
l'y passay quelques jours
chez unede mes Amies. On
proposa le voyage de Provence.
Les Parentes de mon Mary,
qui la plupart me contraignoient
beaucoup, en eurent
avis, & voulurent estre de la
partie. Nous allâmes dans un
lieu ou l'Employ du Chevalier
l'appelle pendant quelques
mois. Il fut averty de nostre arrivée.
Comme ilestoit des intimes
Amis de mon Mary,& qu'il
avoit reçeu beaucoup d'honnesteté
de sa Famille, il ne
manqua point de nous donner
de fort grandes Festes. Il s'en
fit une pour nous sur laMerqui
fit bruit. Les officieuses Parentes
quim'acompagnoientne
manquerent pas de la mettre
sur mon compte. Le Chevalier
lesçeut,& s'endéfendit en galant
Homme
, voyant la canré..
quence des choses Quelques
jours apres iL se trouva dans un
Bal aupres demoy; j'estoisdans
une melancolie profonde.Il
me demanda sij'estois naturellement
chagrine, ou si c'estoit
l'absence de mon Mary qui me
rendoit si refveufe. Helas! il
ne me donna pas le cemps de répondre,
qu'il me fit un aveu qui
ne me trouva que trop crédule.
Il m'assura en termes fort respectueux,
de l'interest qu'il prenoit
dans routes les choses qui
meregardoient,&de la passion
qu'il avoir euëpour moy dés le
premier moment qu'il m'avoir
veuë.Toussesdiscours furent
accompagnez d'un air si tendre,
que je fus persuadeéqu'il disoit
laverité. On croie facilement
ce qu'on souhaite. Cependant
je fus fort interdite dans toute
cette conversation. le ne luy
répondis que par des termes
generaux. Il me demanda la
permissiondem'écrire, je la
luy accorday
,
à condition qu'il
ne me parleroit jamais de sa
prétenduë passion. Ilne tint
pas sa parole. A peine fus je
retirée dans ma Chambre,
qu'on m'aporta une Lettre. le
fus fort surprise de voir qu'elle
estoit du Chevalier, & d'un caractere
si passionné, que je ne
voulus pas luyfaireréponse. le
me plaignisà luy le lendemain,
de la Lettre qu'il m'avoit écrite
le commençay dés-lors à luy
representer qu'il devoir m'oublier
, qu'uneaffaire ne convenoit
pointà l'étatoù j'estois,
&qu'elle ne pouvoit servirqu'à
le tourmenter. Il n'entendit
pointde raisonlà-dessus, &: me
jura mille fois qu'il ne changeroit
jamais de sentimens. Cependant
six jours passent bientost
quand on aime. Il salut
quiterlelieu du monde où je
me plaifois leplus,apres y avoir
demeure ce temps-là. le ne
vous dis point tout le chagrin
que je sentis de cette séparation.
Ilsuffitd'avoiraimé quelque
chose pour enestre persuadé.
Nous allâmes plus avant
dans la Provence. Toutes les
beautez que je voyois dans
les antres Villes, jointes à la
nombreuse Compagnie qui s'y
trouve, n'avoient pas le moindre
agreément pour moy. le
quittay sans peine tous les lieux
où le Chevalier n'estoit point,
& revins dans la Ville où j'ay
accoûtumé de demeurer. Mon
voyage de Provence dura un
mois.J'eus des nouvelles de mon
Mary, qui m'écrivit qu'il quitoit
l'Italie, sans pourtant avoir mis
grand ordre à ce qui l'y avoit
mené,quoy qu'il y eust demeuré
pres d'une année. Rien neluy
auroit pû faire abandonner des
affaires aussi pressantes qu'il en
avoit, que lapassion de servir
dans les glorieuses Campagnes
du Roy. Il prit party à l'Armée,
&ayãt obtenuun Employ assez
considérable, il fut si pressé de
s'enaller, qu'il ne demeura avec
moy que huit jours. le le vis
partiravecun sensibledéplaisir.
le vous ay déja dit qu'ilestoit
fait pour estre aimé. Il témoigna
un grand cha grin de me
quiter
,
& me laissa si affligée de
son départ, que ce me fut un
présage qu'il seroit funeste. Un
an apres on me vint aporter la
cruellenouvelledesamort. l'en
fus si touchée, qu'on n'a jamais
senty une plus vive douleur. le
ferois surprise d'y avoir resisté,
si je n'avois veu dans les fuites
que j'estois destinée à d'autres
malheurs.levisdanscetempslà
mon bien en état de se perdre;
je ne pouvois le retirer que par
de grands Procès. Le Chevalierqui
estoit la feule Personne
surqui jepouvois compter,estoit
trop éloigné de moy pour
m'aidera en faire les poursuites.
Il m'écrivit sur la mort demon
Mary,mais toute la tdresseque
j'avois pour luy,ne sur point capable
de me confoier de cette
perte. Letpsquiest maistrede
toutes choses,pouvoitseul soulager
mon déplaisir. l'ay
demeuré
deuxans dansun si grand abba.
rement, que j'avois oublié tout
ce qu'il y a deplaisirs au monde.
Mais à la fin la plus forte imagination
se lasse
,
& la plus vive
douleur cesse. Insensiblement
je me retrouvay ce que j'avois
esté auparavant. le croyois
avoir oubliéle Chevalier,quoy
que j'eussedeses Lettres régulièrement
tous les Ordinaires;
mais l'ayant veu revenir auprès
de moy plus amoureux que jamais
je fus charmée de sa tendresse,&
je fenris réveiller toute
la mienne. L'étatdeVeuve
me permettoit de penser à luy,
& quoy qu'il portastlenom de
Chevalier, il pouvoitsonger à
un Mariage, puis qu'il n'avoit
pas fait ses Voeux. Il y avoit
cependant peu d'apparence
qu'on me dust permettre de l'époufer.
Je fuis d'une Famille
où l'on a ime beaucoup le bien,
& il se trouvoit le Cadet de sa
Maison. Pendant que chacun
de nous cherchoit à remedierà.
cet obstacle, il sembla que le
Ciel vouluts'interesserà nous
rendre heureux. Son Frereaînésur
rué à l'Armée.Outrerqu'il
est d'une des plusillustres Familles
de France, cette mort fit
tomber surluy le droit deplusieurs
grandes Successions. Ce
changement luy fit naistre des,
affaires. Il se hasta de les aller
terminer dans sa Province, pour
estre en état de ne plus songer
qu'àmoy. l'approuva y sondessein,
&,fusraviedeluy voir tant
d'empressement. Dans tout le
temps de son voyage j'eus de ses
Lettresde tous lesendroits d'où:
il pût m'écrire. Il est rare de
voir unepassion aussi réguliere.
Il sembloitqu'elle ne dust jamais
finir. Je le vis revenir deux
mois après, encor lemesme,
c'està dire toujours amoureux.
Je fus contente de son bien, &
ne m'y atrachay que pour pouvoir
vivre avec quelque douceur
avec luy, l'indigence estant
lasourcedetous lesmaux.
Il ne restoit donc plus pour
achever nostre Mariage, qu'à
finirune affaire qui m'obligeoit
à sortir de la Province- d'ailleurs
il devoit partir pour aller où
* sonEmploy l'apelloitincessamment.
Ainsi nous jugeâmes qu'il
faloit attendre que la Campagne
fust terminée. Cependant
il m'envoya son Portrait. le le
reçeus avec une joye sans égale.
Il eut le mien, je ne sçay par
quelmoyen,mais il est certain
qu'il le portoit par tout avec
luy,neselassant jamais de le
regarder. Il surprit un jour un
deses Amis qui avoit les yeux
attachez dessusensoûpirant,&
qui ne répondoit rien à tout ce
qu'illuydisoit. Il crût qu'il en
estoit charmé comme luy,&
résolut de cacher ce Portrait à
tout le monde. le partis quelques
jours apres luy
, parce que
mon Procès se devoit bientost
juger. Il me vint surprendre
trois mois apres son départ, dans
un temps où je le croyois bien
avantsurMer. C'estoit le jour
de laFeste deS.Laurens. La
chaleur estoit excessive. Il fut
assez malpayé detoutes les fatigues
qu'ilavoit foufertes pour
me venir voir. Il demeura un
jour entier avec moy sans mepouvoir
quasi dire un mot. ]'er..:
tois dans un Convent de Religieuses
depuis quelque temps,,
& j'en fus si fort obsedée tout
le jour, qu'il ne me pût parler
qu'unmoment.Ilme promit de
me venir voir bientost, parce
qu'on cro yoitque la Campa gne
ne seroit pas longue.' Helas!
qui auroit crû que c'estoit la
derniere fois que je le verrois,
qu'il se lasseroit de ma tendresse,
& qu'il employeroit de fausses
plaintes pour avoir un prétexte
de ne me plus voir, dans un
temps où tout ce qui avoit
quel.,
que raport avec luy me faisoit
unplaisir extréme Il avoit un
Amy, homme de merité ( jele
veux croire.) Mais helas!aime
t-on tous ceux qui en ont? Mon
Ingrat feignit d'estre persuadés
que je l'aimois
,
& là-dessus il
cessa de m'écrire dans son stile
ordinaire. Je ne receus qu'une
de ses Lettres oùjetrouvay de
marques de la plus grande indi
sérence qui fut jamais. Je
vous
ay déjàditquetoutcequiavoit
quelque raport avec luy me
faisoit plaisir. J'estoisen
commerce de Lettres avec ceu
Amy, parce qu'il ne me parloit
jamais que de luy. Jeluy
avois
un jour écrit une Lettre pleine
deraillerie,quitomba entre les
cmoaninnsodiussCohitemvoanlier. Comme il
caractere, il
ne manqua pas de l'ouvrir. Il la fitvoirensuiteà une Femme, qui
n'estantpas moins jalouse du
bonheur d'autruy, que mille autres
qu'on voit dans le monde,,
ne laissa pas échaper une si belle
occasion pour nous broülller à
jamais. Elle y a réùssy, comme
elle avoit pû lesouhaiter. Elle
a poussé lachose plus loin. Elle
m'a fait voir perfide aux yeux
du Chevalier, & a étably son
Empire sur mes ruines. Je ne
doute point que le Ciel ne me
vange bientost dela méchante
foy de la Dame, qui estant de
mes Amies, m'avoit fait esperer
toute autre chose. Pour le Cavalier,
l'aimant encor malgré
toutes ses indignitez, je sens,
bien que je n'auray jamais la
force de. rien dire contre luy.
Il est temps de vous faire voir
quelquesExplications fort ing/-1
nieufes qui m'ont este envoyées Jûr*<
les deux Enigmes du Mois de De
cembre, dont les Motscfioientla'
Pl ume ~& la Moutarde. Les troisdernieressont
sur toutes les de/lx.:
La premiere ïadrejje à l'Enigme
mesme.
1. vol'{, siV0.%R pO!¿"r''{, çy~ coure z
tout-ensembley
le n'apprébendepas beaucoup
Queyons m'e'chap¡Zd ce coup,
c yous tiens parla Plume,~fort
bien, ce mesemble.
TORNEZ, Medecin à Marseille,
II. LA Plumesertégalement
Etpourloüer,~ pour médire;
2*1.1ts c' l-ie1idil méchant instrument,
siïmé des traits de la Satire.
Elle attaque indifremmsr>t
crfex qu'elle croit luy pouvoir nuire,
Elfronde le Couycrmment
Du plus "'rajl: ~C"puijptnt Empire.
AÎCITS'puis quepar un heureuxjÕït)
7JI Vivant autantqueduMort,
elleconserve la mémoire,
Pour bien l'employe, dans nos Yen;
Traçons avec elle lagloire
DuplusGrandRoy de l'J7nive,s.
DE LA COULDRE, de Caën
III.
J Ay trouvémillefins divers
Sur la ,Preml'ereÀFn;gne en fers.
J'enpOftrroúftire ungros Volume.
Jtâatspour "Y'ONd' les écrire tous
Dlunflitéaeigalant que doux, Ilfaudrait une bonne Plume.
L'Amant fidelle
IV. cE Grainséconddevostre"veine,
Change en vosVers defualité.
Ila de lafuayité,
et l'onsefait unplaisir,de lapeine
D'eix dévoiler l'ohjèttrite:
Trayaille^to/tjours de laforte,
Arj; fFJfirits enseront contens;
Car femblabie Moutarde, encor quelle
soitforte,
Efun bonragouisen touttemps.
Du PERCHE, de Rouen.
V.
pArbleuvostre Enigmeeflgaillarde,
Elle m'embarasad'abord quandje laú;
Etpuis je m'écriay, Vieux! que de
beaux E'JPril-
Vont s'amuser à la Moutarde!
VI.
LOn estimepar tout les Andoüilles
de Troye,
Leurbonté"les met en crédit;
Les VI/mes m'esme, à ce quon dit,
S'endonnentsouvent aucoeurjoye,
Pour moy;j'ytrouvepeudegoust
Quandsans Moutarde je les mange;
JLÎAndouille sans Moutarde est un
maigreragousr,
c'estproprement manger des Perdrix
sans Orange
La Belle imaginaire de Troyes.
VII C,
['.st envain quel'onse bavarde
A "¥Jollloir pénétrerce mystere nouveau.
Peeuutt- oonn s'y rompre le cerceau,
Sans s'amr.I,èra Moutarde?
DE LACOULDRl,deCaên.
A VIII. TTrreèssaa\yo,oiirrmmaanngé d'une excellente
Soupe,
Lesixiéme del'An, chezMadame de
Choupe,
On leut avec plaisir le Mercure nouveauy
Onny trouva rien qu& debeau:
Et quand on Vint à /'Bnrgnc del.,-
xiéme,
On en cherchale Mot ayec unsoin extrême
:
Enfin, comme onfutsur de l'avoir
deyine.
On la trouva tellementagreable,
Que l'ou tombad'accord, bien qu'on
fust hors de table,
&ue la Moutarde estoitfort bonne
apres disné.
DELAMATHE,
IX.
FScond(petit Grain,j'admire tes,
miracles.
l'apprens ton nomfameuxdansnos
fttcre{ Oracles,
Tu réteilles legoust, tu caujes l'appétit.
Grain de Moutarde! si Grainfecondy *
quoy quepetit !
Hu&o, de Gournay,
x.
Fjtenyain
que l'on s'inquiète,
îFlus 071 lit une Enigme, & moins on
la comprend,
Pf t. Offrit le plus pénétrant
Ef bhnfoulent ttnfluxProphrl't.
Malgréousmes methansfiecce's,
Jdon espritobstiné tous les moisse hasarde•
jhfais je yeux bien quon mena?arde9
Si (comme on dit) ilmarrivejamais.
De m'amufir à la Moutarde.
BROSSARDDEMONTANEY.
Conseiller au Préïïdial
de Bourg en Bresse.
XI. oabeaudepuis quelquetemps
Produire desLibresgalan$>
ZIfautretenirau Mercure.
C'estmafby le meilleur de tous-,
Outre quilplaijlparsalecture,
Ifeftplein de tant de TÇagoufts,
Qu'onpeut, enyprenant biengarde,
rtrouerjufljl/à la Moutarde.
Du BOIS-ROGER, Lieutenant
Aireireur du Criminel
à Evreux.
XII. sAns lire (7 relire dixfia
L'Enigme de ce dernier Jyloii,
l'en ay trouve' le Mots maispersonn:
na garde
D1en soiier mon efprtt, carenfin, dirat-
on, Il nefiltt quayoirlene^ bon,
Tourfentir de loin la Moutarde.
DB SAURIN.
XIII, - Deviner
unchacunfèhaxardet
Comme s'il y trouyoit un talent de
grandprix.
VEnigme ejiunjeu de Moutarde
Où l'on voit lesplusfins par le nez
souventpris.
Les Boulangers de Gonnesse
XIV. Ifmorbleufaut-iltantrefyer:
L'Enigme prend au l'Ie{, je mérité
nazarde;
Et mettre plus de temps à ladeveloper,
C'est s'amuser à la Moutarde.
CHANTLEU. - XV.
MEssieurs les Magistrats,à quoy
prenez-vousgarde?
Souffrex^ousquemaigre'nos Loix
Le Mercurevende à lafois
Des Plumes eyde la Moutarde?
eut-ondoncàTaritfaireplus d'un
MejJierl
'Dites-nous ce qu'ilvousensemble.
Est-ilpermisd'estreMercier
Et Vinaigrier tout-ensemble?
Les Inséparables d'aupres
S.Estienne du Mont..
XVI. ILfautdécouvrir le mystere
Que cache lesens de ces Vers.
LaPlumeassurémentcause des maux
divers
Entre les mains de Gens qui se mefient
d'ajfaire,
Ellefait leurfou^erain bien,
Carsans elle ils neferoient rien.
Quittons cette matiere, &changeons
de langage.
La Moutarde&le Saucisson
Font un merveilleux assemblage.
7fjenriest meilleur dans lafnifbny
Quandonsistit comme ilfaut enfaire
un bon usage.
On voit que les Gens de bongoust
Enfont leurprincipal ragoust.
L'ABBE' DE SACY.
EXPLICATION DES
deux Enigmes.
XVII. J Çftoisunjourltfant quelques nouvelles
Rimes
Avec un Amyfortgalant,
Et quipour deviner toutessortes d"Ê
nigmes,
Se vantoitd'un rare talent.
Fortàproposje reçoisle Mercure
Du Afois deDecembre dernier.
yoiUt dis je, pour toy ; mais mdf,)y.,-
je tejure,
Queje le yerray lepremier.
Ie le yeuxbien,dit-il,pourveu que je
copie
Les d:fU' £nigmesquilcontient.
Ilprendplume&papier, mais enfin
il s'e'erie
Jil!,'il n'ensçauroitécrire bien.
£encreep'aijjè dufroidcomme de la
Moiretarde,
Luysoüille laplume&les doigts,
Sa plumen'encrepoint; tout cela le
retarde,
IlJoufflededansplujîeurssots.
Cependant jelifiitfor dessus son
lépaille,
Lors qu'il demdndoitunGanif.
Qu'en veux-tufaire}dis-je?Bh"va-t en àl'Ecolle.
Ie te croyois l'espritplus "fifi
Tu vois. icy les Mots, &tit n'y prens
pasgarde.
La Plume mesme est lepremier;
Le secondseûrement est le Grain de
Moutarde,
Ne broüille doncplus depapier,
FOSSECAVE, de Morlaix. en Basse Bretagne.
La Dame quiprend le nom de la
Lorraine .Ej}ûg,HÜte, aaussi expliqué
ces deux Enigmes dans leur
vraysens, & cellede Promethéesur
le Pistolet. Ces trois Explications
font renfermées dans un mesme Madrigal.
Comme elletémoigne estre
desAmies du mercure,j'espere qu'-
elle voudra bien mefaire la grace de
m'envoyer de temps en temps de
fdelies Memoires des Fesiesgalantes,
& de tout cequise passera de
curieux à la Cour d'Espagne où elle
est. Voicy ce qui m'a esté rendu de
sapart.
Mdtldtl, 8. Ft-friel-1679.-
EXPLICATIONDES
troisEnigmes du dernier Mercure
de l'an 1678. reçeuës a
Madrid sur la fin du mois de
Janvier 1679. -
SIvous tirez bien droit, Cg-, que "votif
preniezgarde,
guéL'amorceemployée a vostre Pistolet
NtJOitpde.crainsde Moutarde,
Fust-cel'Aigle, ou le T^oiteht^
Fust- ce Oyseaudeplusgrandvolume,
Ilvous laisserade sa Plume.
L'application de la plume&du
Grainde Moutarde aux deux Enigmes
en Vers du dernier Mercure
paroît si juste, qu'il n'est pas
necessaire d'en faire le détail:
mais pour celle d'Hercule &
de Promethée, que j'explique
du Coup de Pistolet, il est bon de
faire remarquer que l'action
d'Herculerepresente fort au
naturel la posture d'un Homme:
qui iâche un coup de Pistoler.
L'Aigle est l'Objet contre lequel
il tire; & lafigure de Pro..
methéeattaché surlehautd'un
Rocher, est un simboleassez:
exact de la Pierre à Fusil, qui
est fortement attachée où l'on
la place ordinairement, pour
faire son effet.
Et si l'on dit de Promethée,
Quà. déchirerson coeur ilvoit l*Aigle
arrestée,
Pour avoir dérobé lefiNfltcrl des
?>ievxt
4
Sans apprébender leurtonnerre;
Ld']>¡crre àfeufait beaucoup mieux,
Puis quesansfaire injure auxCieux,
Elleproduit lefeusurterre.
MrBrossard de Moi;rariey, Conseiller
au présidial de Bourg, a fort
[bintnettement expliquécette mesme
Enigmesur le dépitquiengagesouvent
un Amant à rompresa chaîne.
Ce Madrigal c-i-i deluy. QV'une TÇupture est bien representée
Sous la Fable de Tromethée!
Ce Malheureux dans les fers arresté,
EstunAmant quigémitsous t'E'mpir.t: une ingrate çjrfersB"eauté.
VAigle est l'Amour qui le déchire
Isercule est le Dépit qui vient à son
jècoftrs,
Et qui d'abordayant brisésachaîne,
Donne la mort au 'IiottrreilU de ses
jours.
Tout cela s'expliquesanspeine.
De touttemps le Dépit fut la mort
des Amours.
Laseconde JgueBion qui met en
doute si lacondition des Femmes est
plus commodeque celledes Hommes
a estétiréed'une Lettre queje reçus
ily a quelquesmois de Mr Taisand
Avocat au Parlement de Dijon.Elle
estoit accompagnée de ce tltIÍfuit. OQue les Femmes feroient
heureuses, si elles connoissoient
leur bonheurs Elles
ne sont occupées que des foins
du ménage; & la réputation
qui coûte tant aux Hommes à
acquérir, ne coûte aux Femmes
que de la vertu & de l'oeconomie.
On a pour elles, à parler
cn genéral, beaucoup plus
d'honnesteté, d'égards, & de
conlplaifance, que pour les
Hommes. Si elles parlent juste,
:on les admire; si elles font des
fautes enparlant, on les excuse;
>fi elles ont des Affaires & des
Procès, on les fert agreable-
, ment; on entre dans leurs interests
; les Juges leur donnent
une attention favorable, & elles
trouvent par tout de l'appuy
& de la protection. Tout conspireà
leur procurer du plaisir.
La Comédie, le Jeu, la Dance,
les belles Parties, & enfin toutes
les choses qui rendent la vie
agreable, semblent n'estre faites
que pour lesdivertir. En un
mot elles font l'ame de la Galanterie,
& les Hommes ne tâchent
d'avoir del'agrément que,
pour leur plaire. OquelesFemmes
feroient heureuses, si elles
connoissoient leur bonheur!
PREMIERE ET SECONDE QVESTIOR
DECIDEES PAR UN SONGE.
A 71é'L1Sê..
J E ne puis vous dire, aimable
Bélise, s'ily avoir longtemps
queje m'estois endormy ce loir
que vous m'eustestraité si cruellement,
lors que je crûs estre
dans laplus agreable Prairie du
monde. Un Ruisseau l'arrofoic
par mille Canaux qui formoient
sen serpentant un des plus grands
Labyrinthes qu'on ait jamais
veu. Je tâchay longtemps d'en
trouver lemilieu,mais il me fut
impossibled'enveniràbout. Au
lieu d'avancer, je m'apperçeus
que jereculois, & j'en pris un si
grand chagrin, que je me laissay
tomber par terre fondant en
larmes, & faisant mille voeux
pour trouver une seconde Ariane,
qui comme àun autre Thesée
me donnast le moyen de
percer au fonds de ce Labyrinthe.
Mes plaintes & mes soûpirs
ne furent pas inutiles, puis qu'ils
toucherent une Nymphe qui se
-
présentant à moy; Qu'as-tu,
me dit-elle, & qui t'oblige àse
plaindre & à soûpirer de cette
forte? Grande Déesse, luy
dis-je ( car vous estes sans-doute
du nombre des Divinitez) s'il
est vra y que vous connoissiez les
pensées des Hommes, vous
voyez bien que j'ay une inquiétude
mortelle denepouvoir me
rendre au milieu de ce Labyrinthe.
Que tu t'abuses, me
réponditelle, si tu crois y arriver
en suivant les détours de
ce Ruisseau! A pprensque c'est
le Mensongequi tâche à te détourner
du chemin dela Verité,
dont le Palais est au milieu de
cette Prairie. Je me nomme la
Sincerité, & fuis une des Suivantes
de laDéesse que je t'ay
nommée J'ay autrefois habité
avec les Mortels, mais ils m'ont
entierement exilée. Elle mefit
en fuite un si beau portrait du
charmant sejour de laVerité,
que je fouhaitay d'y aller avec
plus d'ardeur qu'auparavant.
l'aversion que j*ay* toujours
euë pour le Mensonge en ~redJu.
bla; ce que la Sincerité ayant
reconnu, elle voulut bien me
servirdeguide. Maisquellefut
ma surprise, lors que m'ayant
pris la main elle me mena par
un chemin que je n'avois pas
apperçeu, & qui alloit tout
droit! Nous marchions avec
une vîtesse extraordinaire. Aussi
connus- je bientost que nous
approchions par une lumière
qui augmentoit toujours, &
qui fut si grande, que l'ayant
voulu considérer lors que
nous fûmes arrivez à la premiere
Porte du Palais, j'en fus
ebloüyjusqu'à en perdre la
veuë. La Nymphe prit garde à
n10n malheur, & cherchant à
y remedier, de peur que je ne
m'égarasse, elle me frota
les yeux d'une eau si excellente
& siefficace, que je vis beaucoup
mieux qu'auparavant, &
me trouvay en état de considérerattentivement
routesles
beautez de ce Palais. Sa matiereestoitplus
brillante que le
Diamant, plus transparente que
le Cristal, & plus solide que
l'A cier.Saforme estoit un
grand quarré, au milieu duquel
j'apperçeus. la Vérité dans son
Trône. Ha! que ne m'est il
permis, ou plutost possible, de
vous peindre sa beauté! Elle
passe tout ce qu'on s'en peut
maginer,&. il n'y a point d'expression
qui en puisse faire conçevoir
lamoindre partie. Aussi
'y a-t-il rien de plus fort queamour
donc je fus épris pour
elle dâs un moment. N'en soyezpas
jalouse
,
Bélise, cet amour
~fie préjudicie point àceluy que
~ay pour vous, puis que l'un SCautre
ont la Verité pour Objet.
Cette Déesse estoit envi-
~ronnée de ses Suivantes, parmy
lesquelles la Sincerité me
~fit connoistre la Fidélité & la
pionne- foy. La Joyeestoitavec
elles. Elle faute d'abord au cou
de ceux qui ont trouvé la Verité.
Jugez du plaisir que j'eus
de me voir embrassé d'une
Nymphe si charmante.
Sidevenuëenfinsensibleà mon 4flJOf/:'
Vous enfiifie{ autant unjOflr.
Ifelasl.
Je fus conduit en suite par
une
Galerie où l'on voyoit des deux
costez les Sciences }©ccupées|
chacune à sonsujet,auTemple
delaVérité. C'estlà queserendentdes
Oracles & desRéponses
que l'expériencen'a jamais
démenties. Nousfûmes longtemps
à la Porte de ceTemple
sans pouvoir y estre reçeus,
maisenfin la Perséverance nous
ovvrit.Aumilieu est une grande
Fontaine, d'une eau la plus
pure du monde,&qui n'a point
de fond. La Connoissance.
Grande Prestreste de laVérité,
puise ses Réponses dans cette
Fontaine,
Fontaine, aupres de laquelle
elle estassise sur un grand siege
élevé fait d'une feuleEmeraude.
Cela ne m'empefcha pas de
prendre garde à un Portrait qui
estoit dans un enfoncement, avecdesenrichissemens
merveilleux,&
quiestoit si bien fait,
que je le reconnus d'abord pour
celny de LOÜISLE GRAND.
Apres l'avoir longtemps admirtrée,
sjsee,m'approchay de la Pres-
& luy demanday par
quelle raisonce Portrait estoit
leseul qu'on vist dans ce Temple.
Alors s'estant baissée, &
ayant beu de l'eau de la Fontaine-
Quitrouveroit-on, me
:
dit-elle d'une voix ferme & afsurée,
digne d'estreplacé aupres
de cepuissant Roy? Qui a
jamais aimé la Verité comme
luy? Quelle prudence, quelle
conduite, quelle sagesse, &
quelle jultice égale la sienne?
Quiajamais remporté tant de
Victoires,&triomphé de tant
d'Ennemis à la fois & en si peu
de temps? & ne/urpafle-c-il
pas tout ce qu'il y'a jamais eu de
plus fameux Cooquérans?Enfin
lors que sa gloire sembloitestre
à son plus haut période, ne l'a-,
t-il pas encor augmentée en offranrla
Paix à ses Ennemis, &
s'estant vaincuainsi luy-mesme
pour le reposdel'Europe, apres
avoir vaincu ses Ennemis? Vous
voyez, belle & charmante Belise,
que cela décide la premiere
nQiuerestionproposée dans leder-
Extraordinaire du Mercure;
ce qui me fit songer aux
autres; & comme je rapporte
tout à vous, voulant sçavoir
comment je me devois conduire,
si vous veniez un jouràme
fairedesreprochessur quelque
infidélitéprétenduë,je luy fis
la secondeQuestion.Voicysa
Réponse. Si un Amant me
croyoit, ilne diféreroit jamais
sa justification; caroutre que
ce delay[.'putJ luyestre beaucouppréjudiciable,
qu'il ne
faut pas laisser enraciner les
fou pçons, le silence en ces occasions
est plutost une marque
de froideur & d'indiférence,que
de refpecV;&l'on pardonne facilement
à un Amant une petite
desobeïssancequisert à prouver
l'excès de sa passion. Là-dessus
la Sincérité me ditqu'il estoit
temps de me rendre dans un
Sallon,oùlaVeritéavoit faitapprêterunRégalpourmoy
J e luy
demanday permission de m'informer
auparavant si l'Histoire
Enigmatique estoitla Goerre
entre la France & l'Espagne.
Vous vous souvenezde tous les
raports quej'y trouvois. Jem'estois
mépris. C'est le Jeu des
Echecs. Je fus si surpris de cela,
que je m'éveillay avec un sensible
regret de quiter un sejour
si délicieux, dont rien ne m'a
pûconsoler quel'avantage qu'a
devous dire,,'je vous aime,
vostre, ôcc.-'«il ttikvxm j
DEVILLE-CHALVER.
S'il cjlpltU glorieux de se vaincre
fty-mesme, que de triompher de
ses Ennemis. ON n'ajamais douté que la
gloire du Vainqueur ne
dustestremesurée àladifficulté
qu'il a euë de vaincre, &quela
valeur ou la foiblesse de ceux
qu'il a combatus,n'ayent beaucoup
augmente ou diminué
l'éclat
de son triomphe;puisqu'il
auroit mauvaise grace de se
plaindre d'une victoire remportée
sans péril,&qu'illuyseroit
honteux dans la fin d'un combat
de porter une Epée sans estre
teinte du fang de ses Ennemis.
On n'a pas moins estépersuadé
que la conduite d'un sage Commandant,&
sa prudence à donnerdes
ordres bien à propos dans
le jourd'uneBataille,luydevoiet
faire autant d'honneur,que de
se couvrir de fang & de poussiere,
puis qu'on n'ignorepas que
ces heureux effets du raisonnement,
font des actions aussi éclatantes
d'une ame éclairée, que
des monceaux de morts le font
d'unBrasinvincible, Lagloire
doit donc estre égale,quand l'esprit
& le corps n'ont rien à se
reprocher dans l'execution d'unechose
où toutes leurs forces
ont esté employées heureusement,
& l'on ne peut donner
trop de loüanges à celuy qui
meslant radreHe avec la force,
&la conduite avec le conrage,
a surmonté toute forte de difficultez
pourtriompher.Cesveritez
estant suposées, quel avantage
peut tirer un Vainqueur
d'avoirabatu un Ennemi qui
s'est lâchement défendu,& qui
ne resiste qu'autant qu'illuy a
permis de le faire? Se vaincre
foy- mesme , est-ce autre chose
que de remettre un Esclaveà la
chaîne? Est-ceautre chose que
de terrasser un Sujet quin'ade
forces que celles que nous luy
donnons, & qui met les armes
bas aussi-tost que nous luy en
faisonsle commandement? On
a beau dire que nos desirs sont
impetueux,que nos premiers
mouvemens semblent ne connoistrepoint
d'obstacles qu'ils
ne surmontent, & que nostre
volonté ne prétend dépendre
que d'elle-mesme; puis que la
Raison,cette Reyne imperieuse,
qui connoist la foiblesse de ses
Sujets, & le desordre qui se
trouve dans leurconduite, fçaic
si bien l'art d'a passer les seditions
de ces Revoltez, & de réduire
foûs le joug ,des Captifs
qui ne l'avoient secoüé que pendant
son absence; qu'elle aquelquefois
autant de honte d'une
victoirequiluy coûtesi peu, que
de mépris pour ses vaincus. Se
vaincre soy-mesme est donc une
chosesiaisée, qu'il ne faut que
vouloir remporter la victoire
pour cftre seur de l'obtenir, puis
qu'un peu de raison ne manque
jamais de nous rendre victorieux,
& que nous ne pouvons
cesserdel'estre, qu'en effaçant
dans nos ames le plus excellent
caractere que le Ciel leur ait
donne. Il n'y a point de fang à
répandre dans un combat si innocent,
ny d'ordres surprenans
à prescrire dans un si leger tumulte.
Commandons àuninsolentde
se raire, àunemporté de
rse moderer
,
& nous faisons
obeir; la Bataille est donnée,
les Ennemis sontdéfaits. & la
victoireest ànous. Olehonteux
triomphe, qui fuit une victoire
si facil e !
Elle a cependantl'insolence
d'entrer en comparaison avec
celle qu'on remportesurun Ennemy
aussi vaillant que les Combatans
font lâches, & osedisputer
le prix à cette Illustre, qui
seuleadroit de secouronnerde
Lauriers? Queditesvous,ma raison.
Vous vous égarez, vos propres
lumieres vous ébloüissent,
vous vous laissez séduireà un
éclat que vous croyez voir
dans une victoire, sanglante qui
n'a proche point du merite de
celle que vous remportez sur
nos passions, qui font des Ennenemisd'autant
plus redoutables
qu'ils font toujours en état de
vous combatre, quoy que vous
lesayez plusieursfoisdesarmez.
Car peut-onnier que la Fortune
n'ait souvent autantde part
que la Valeur,danslegain d'une
Bataille? Ne fautilpas quela
prudence, & la temerité se con.
fondent pour forcer des murailles?
Et sila rage& la fureur
ne font de la partie, cõment défaire
un Ennemy dont la fuite &
le carnage font les effets de cruels ces
mouvemens? O victoire
plus funeste encor, & plus honteusequela
premiere,puis qu'il
faut pour l'obtenir sedépoüiller
de l'humanité,se revenir de
la natures des T)gres & des
Lions, &détruire en soy & dans
ses Ennemis,un caractere quiest
>
l'image de la Divinité !Il ya
donc bien plus degloire à se
vaincre soymesme, puis que la
victoire en cft plusbelle& plus
difficile,plusbelle,en ce que
le Triomphe qui la fuir n'est jamais
accompagné de l'horreur
que donnent à nostre imagination
ces images affreuses d'une
Année taillée en pieces,& plus
difficile, puis qu'il y a plus de
peine à se résoudre d'étoufer un
Ennemy conçeu dans nostre
sein, formé des bouillons de
nofirt: fang, &. quinenouscombat
que par des complaisances
& desflateries,que derépandrele
fang d'un Furieux qui fait
tous ses efforts pour nous arracher
la vie. Enfin se vaincre foymesme,
est l'honneur le plus sublime
où l'on puisse s'élever,
puis qu'il est moins glorieux à un
Vainq ueur de voir des Rois enchaînez
suivre le Char de son
triomphe, que de se voir luymesmesoûmis
à la raison, dont
l'honneur d'estre l'Esclave est
préferable à celuy d'estre le
Maistre de l'Univers. C'est une
vérité que l.oülS LE GRAND fait aujourd'huy connoistre à
toute la Terre. On a veu ce
Héros triompher plusieurs fois
de l'Europe presque toute liguée
contreluy. CetAuguste
Ccroen,quérant accoutumé à vain- veaux& prest à cueillir de nou-
Lauriers,se voyant par sa
valeurl'Arbitre dela Paix &
de la Guerre, & en cet état le
Dépositaire de la felicité & de
lamilèrede plulieursNations;
sa bonté a bien voulu parcette
feule considération arrester la
rapidité de les conquestes; puis
que se laissant vaincre à une
compassion genereuse, il a permis
àla tendresse de remporter
sur luy une victoire qui estoit
impossible tous lesefforts que
pouvoir faire la Triple-Alliance.
Ce grand Roy, le
meilleur des Roys, se rendant
plus sensible à la calamité
des Peuplesqu'aux avantages
que luy prometoit le bonheur
de ses Armes, a donné à
ses Ennemis une Paix, qui le
fait reconnoistre,non feulement
pour le plus moderé des Vainqueurs,
& le plus genereux des
Conquerans, mais encor pour
le plus fage, & le plus débonnaire
de tous les Monarques.
Ces éloges exempts de flateric,
mettant nostre Héros incomparable
au comble de la
gloire, pour avoir donné le
calmeà l'Europe, prouvent in- • contestablement, qu'il est plus
glorieux de se vaincre foymesme
que de triompher deses
Ennemis.
BONNECAMP.
La Piece quej'adjoute icy est un
Miroir où beaucoup de Genssi reconnoistront.
Elle a estefaite pendant
la Guerre, & est d'une beauté
qui me fait croire qu'on a eu de
l'emprefflment pour la voir. Cependantcomme
elle ne laissepas d'estre
anjourd'hfty toute nouvelle pour
moy,j'ay crû quellepourroitl'estre
aussipourvous. En tout cas, vous
ne la pouvez avoir cui qu'ensi üille
volante, & les belles choses estant
à conserver, il est bon de la mettre
ansce Recueil, oùvontlatrouverez
quand il vous plaira.
LES
NOUVELLISTES. cEst trop de mille Fous écouter le
IAng"ge,
Le vay m'ensevelir dans quelque Antre
Jautage,
Où loin du Genre humain, je n'entendray
jamais
Tar1er mal-à-propos de Guerre, ny
de Paix.
gj/ipeut,sansendurerdessoufrances
mortelles,
Essuyer le babildes Conteursde Nouvelles?
&ambitieujejbifd'un£Jfrrit CIIrieux,
A nous persecuter les rend ingénÙux,
Et l'accès violent de leur extradagance,
*J)eUffommeleplusfroidlajje lapatience.
i,l leur terrible approche on a beau
reculer,
Dés qu'ilspeuvent "ONS voir, ils courent
"PONd' parler.
Causeursimpertinentautant qu'infatigables,
Aforce de raisons ilsfont déraison-
* nables,
Et donnant à leur langue un empiré
absolu,
Ilsglosèntamplementsur tout ce qu'ils
ont lû.
En vainpours'opposer à leurfougue naissante,
On prétexteentremblant quelque affairepressante,
Onnepeut les quiter, ny s'enfaire
quiter,
Et malgré qu'on en ait, ilfaut les
écouter.
Pourmoy, tous les matins, dés que le
jour m'éclaire,
leporte vers le Ciel mesyeux ma
priere,
Afin quepour mon bien ses Astres indulgens
Ecartent loin de moy telle sorte de
Gens.
L'Aigle épouvante moins la triste
Tourterelle,
Que ne mefait d'éfroy leur rencontre
mortelle.
De leurlong entretien éludant les ennuit,
e leur romps en visiere, ou me cacie
oùjepuis.
GrandT>ieu^ quifourpunir les crimes
de la Terre,
JL'a-ye^ livrée enproye auxfureurs de
la Guerre,
',A(cord,'{:no /Ilt"is dont le calme
profond
Peutseulguérirles maux que ces ÇtH*
seurs nousfin!:.
Quelqueardeurdeparlerqu'unDémon
Leur inJjire;,
Par fbreeUsse. tairont, riayantplut
rien à dire.
Leur caquet est lefléau leplus rude de
tous
Dont le Cielpusse à l'Homme exprimerson
couroux.
La Guerre au bras defer, la Famine,
VlaTeste,
2iefintpas en touslieux un ravage
ftnefle.
Nttil ces maudits fâcheux font par
tout leursejour,
La Province on estpleine aussi-bien,
que la Cour;
Quelque part quonpuijjè estre, au
Logis, à la Ruë,
Leurbabilsanspitiénousaccable
nous tllé.
Ny lefroid, ny le chaud, nepeut les
retenir,
Ils nouscherchentpar tout pour nous
entretenir,
Et contre leurfureurprofane (j*sacrilege,
Le Temple leplussaint n'apointde
privilege.
On ditque deses Vers un Poëte
entesté,
2DVetotouusslelessIImmportuns est le plus redouté;
JMdis ceux qui contre luy donnent cette
Sentence,
N'ontpointd'un Nouyelifleéprouve'
l'impudence.
L'horrible acidité'quila dediscourir,
Estun de cesgrands maux que rien
ne peut guérir.
Son esprit ridicule autant que temeraire,
Selonsonpetit sens regle le ministère,
Et danscet Ocean oùsaraisonsepert,
Mefeie de Politique **
A raisonner de toutson ame accoutume'ei
De Afiniflre d'Etat l'érigé en Chef
d'Armée. -
C'ejilà que triomphant aumilieu des
hAZArs,
D'une voix de tonnerre ilahat des
T.* ** auprès delHyfiditpefl l'artdes
Zatailles,
Ttfiait mieux que *** renverser des
Murailles; Et lasubtilitédeson clair jugement,
Vun Combat à donnerprévoitl'êvénement..
Teutony lors que l'onalafigejfè en
fArtAge;
Nloausntengir daegsanegf?roid unsemblable
Tlefl d'autantplussonqu'il croit ne
l'estrepas,
Ou que danssafolieiltrouve des dpd-J.,
Ce n'estpasapres tout que ma Adufe
indiserete
Defndeabfilumentde lire la GIt{ete.,
lesçay qu'un bonnesteHommeypeut
avecpla>Jtr
Tasserdetemps en temps quelque heure
deloisir.
le dis encore plus ; l'êtude en est
utile.
On s'inflruit de l'assiete C9. du nom
d'une Fille.
Ony vnoitdaeqiueslMsonatcounleutnF,le/fpâ
..A quifont lesPaïsquilarroseenpassanty
Et comment enrichy de tant d'eaux
tributaires,
Il vase perdre enfin dam.les ondes
ameres.
.i.1Etl4- quel aveuglement de s'enfaire
un msftier,
De courir tout le jourde quartier en
quartier>
Et d'alleràgrandbruitétourdir les
Ruelles
Du récitennuyeux d'un ama»de
; Nouvelles! p(!ut voirsans dêpit l'étrange emfortement
Dontchacunjusquau boutsoûtient
- sonfintiment?
L'ardeur de la dispute arme cg- met
en colere
L'Amy contre l'Amy, le Fils contre
le Pere.
ILsemble qu'il s'agit dans leur contention
%>'uneAffaired*£taty ou de Religion.
L' humeur contredisante apour eux
tant degrace,
Qu'ils quitent leurfartydes qu'un
autre /'embrassè.
onnesçaitaveceux commentsi ménager
;
Lors qu'on estpour laFrance,ilssont
pour l'Etranger;
Et quandfar un effet depure complaisance
de
On tientpour /*Etranger, ils tiennent
pour la France.
Leur bouche ensafaveurincapable
defrein,
Est un torrentsifier, qu'onluy riftJl.,
enyain,
Et dtej?-effe choquer tous les Hommes
du monde,
Sur le premierqui s'ofreilfautquelil
dêbonde.
LesNouvelles chez. eux nevieillissent
jamais,
Ils vont s'en dêchargerainsique d'un
grandfaix,
Et lors quepour parler ils manquent
de matiere,
Ilsfont comme jileurpillift une Ga^ete
entiere.
Leur audace obstinée à nousfaire enrager,
Débité éfrontementce qu'ils ontsceu
forger,
et contre la raifin leur langue opiniâtre
^Défendlesfkujpte^ qu'un autre veut
combatre.
Ce qui se faitchez eux les touchefoiblement,
LeurjoyeejldansVArme'e ainftque
leu r tourment. Qui
aipourvoitexprimerla cruelle soufrance
ue causè le Courrier à leur impatiente,
ors qu'inquietspour eux, nonplM
pourVStaty
sattendentlafin d'un Siege ou d'un
Çomhat?
fell ne les divertit, nyjeux, ny bonne
chtre,
mq ousixfois le jour ils vontà l*Ordinairey
't l'unique remede à leur repos
perdu, u,arriver le Courtier attfle
Ciel! quelplaisir pour leur ame
flotante,
uand un heureuxsuccésrépondà leur
attente!
dais artjji quel ennuy quand il n'y
répondpas !
Ifèmble quedun Fils ils pleurent
le trépas,
Ou-que d'un coupfatal la P"rq/l trop
cruelle
Aitmfûidadns leecercluelil uene E.pouse | ¥aputreos Gienss, doites-nmoyquelterrible -
\ï"rouble desesvapeurs toute vostre
rai/on?
Nteft-eepassotementprendre unsoin
inutile
7J ¡t/ler de vos recits importaner la
Ville?
Quandmesmeces recits, nous éloignai
de Vous,
2Ve nousforceroientpas à vous traiter,
desous,
, Lpeatermepis lqlue vous dérobe une étude
iDeVroitVous, conseillercequeje vous :,t,
confitlie.
Vous ni,,"'e{, dites
-
vous, ny charge,
nysoucy.
0 leplaisantdétourde me répondre
,ainl'!
avantque de conter vosfolles resveries,
"tt plutost de Choux peupler yos
Métairies,
pourpousser enfin vostre fltift à
bout,
Dumatinjusquaunefaites rien
du tout.
Vous vous esses trouvée dans le
ntiment de tout le monde, quand
vu* avez admiréll'invention toute
mlcuikre du Cadran au Soleil à
gloire du Roy, employé dans ma
mien Lettre Extraordinaire. En
oicy un autre qui n'est pasmoins
vgulier. LessurprenantesActions ,
LOÜIS LE GRAND, qui estla
erveille de nostre Siecle, font une
atiere inépuisable, & on n'apoint
craindre, en se bazardant à la
aiter, de n'avoir à dire que ce qui
a esté déja dit. Il ne sc(t jamais
veu en si peu d'espace tant de choses
extraordinaires que vous en trouverez
dans le cadran que je vous
envoyegravé. CePlanestdivisé en
quinze parties, quisont autant dej
lignes qui marquent les heures, egces
lignessont forméespar les noms
des Conquestes que le Roy a faites
depuis 16y2, Au bout de chiqiiei
ligne, vous voyez les chifres des,
htures,Ó" derriere chaqueChiffre, les
Armes du Pais où font situées les
Villes marquées sur ces lignes, on
du Souverain à qui ces Tilles appar
tiennent. Ainsi on n'apperçoitpas
seulement d'une seule veuë touteà
les Conquestes de Sa Majesté; mais
par le moyen de ces Armes, on connoist
aussi le lieu où ces Conquestes
ont estéfaites. loignezàcela que
le dernier demy -cercle du cadran
marque quinze Batailles de terre ou
de mer gagnées par les Armées du
Roy depuis la mesme année 1672. ce
qui a du raport par le nombre aux
quinze lignes formées par les noms
des Places que ce Grand Prince a
conquises; deforte que vous pouvez,
voir en unseulmoment, ce qu'ilvous
feroit difficile d'apprendre par la
lecture de plusieurs Volumes, foubliois
à vous dire que si vous trouvez
la Paix marquée au midy, on
a crû l'y pouvoir placer, puis que
le Roy a donné la Paix au milieu
deses Conquestre. le ne connois ny
le nom, ny le Pais de l'Autheur de
ceCadian.Cependantpour luy rendr
justice, je dois vous déclarer à siloir''fay adjoustési peu de
chojc a l'Ouvrage qu'il m'a fait la
grâce de m'envoyer, qu'il s'ti; pefJa
attribuer toutl'honneur. Le n'ay rktfd
épargnépoursonornement, &j'en*,
Nfilil) toûjours de la mefineforte^
avec plaisir, pour tous ceux quis
m'envoyerontdes Sujets de Planches
remplisd'autant d'invention, é*A
d'autant d'esprit.
Leplaisir que vous avezpris aUJlii
deux Lettressurles Cadrans, employées
dans la mienne, du Moifiiï
d'Octobre,m'est une assurancede
celuy que vous trouverez à lire les
quatre qui suivent. Elles font du
mesme qui aécritles premieres, &
sur desSujets qui ne sontpas indignes
de vostre curiosité.
LETTRE I.
De l'origine du Verre. DE deux choses que vous
me demandez, jene fay
si je vous en pourray accorder
aucune. Mes longues incommoditez
m'ont presque mis hors
d'état de penser à rien. Pour
la Fiction sur les Horloges de
Sable, il n'est plus tempsd'y
songer.Vostre curiosité fera
bien tost satisfaite parce qu'en
auront écrit tant de Gens délicats,&
rafinez. Vous avez pû
voir par les Fictions sur les Mouches
galantes,qu'ils sçavent s'en
acquiteren Maistres; & j'ay reconnu,
apres y avoir pensé quelques
momens, que je ne m'en
tirerois pas à mon avantage. Ma
memoire ne me fournit rien sur
la veritable origine de ces Horloges.
Combien y a-t-ildechoses
plus utiles dont on ignore les
Inventeurs: Toute l'Antiquité
est si envelopée de Fables,qu'on
ne sçait presque rien d'assuré
touchant les premiersAutheurs
des découvertes des Sciences
& des Arts. On change à tous'
momens les Maistres pour les
D ciples, & l'on donne souvent
aux Copistes& aux Imitateurs,
cequeleurs Maistresreclament
avec j ostice. Plinen'aquetrop
fait de ces bevenës Ne puis-je
point icy vous faire une de ces
tromperies qu'on voit pratiquer
aux Sçavans, qui d'une question
qui leur est obscure, détournent
adroitement dans une ma.
tierequi leur est connuë? En
vous parlant un peu duVerre,
je ne m'écarteray pastoutà fait
des Horloges de Sable,oùje
ne voy rien que je ne trouve
dans la Verrerie,& qui peuvent
fort bien estre une production
de cet Art. Jepenseà l' Autheur
dont je vous pirlois tout à
l'heure.Ilveutquelapremiere
découverte du Verre foit un
effet du hazard, & que des
Marchands,poussez à l'em bouchûre
d'une petite Riviere de
Syrie nommée Belus, ayenc
vû naistre ce noveau corps du
mélangeduNitreembrasaavec
le Sable de cette Rivière, pendant
qu'ils y préparoient leur
manger. Il est pourtant malaisé
de se persuader que le feu
mediocre de la Cuisine de quelques
Marchandsait pû produire
cet effet.Aussi Pline ne lerapporte-
t-il pas comme une chose
extrêmement fûre. Ce qu'il y à
de certain, c'est que le Sable de
cette petite Riviere a toujours
este fameux pour la composition
du Verre. Je croy qu'on y
en venoit prendre pour le porter
à Sidon. C'est- là qu'ont esté
les premieresVerreries,aumoins
qu'on sçache; Se de là cet Arc
passa dans les autres Peïs. Les
Ouvriers d'Alexandrie estoient
en réputation. On ne trouve
pas qu'il y ait eu de Verrerie à
Romeavant Tibere, quoy que
le Verre fust connu aux Romains
longtemps avant cet Empereur.
Josephe en parlant du
Sable du Fleuve Belus, rapporte
une particularité assez remarquable
du Verre qu'on en
faisoit. Si on le ra portoit sur
les bords de cette Riviere,il devenoitdu
Sable comme auparavant.
Pourroit on point dire
que cela se faisoitpar l'humidité
du lieu, comme il arrive à la
plupart du Verre ? Quand on le
tient longtemps foûs la terre ou
dans des lieux humides, il se
rompt en pieces, parce que le
seldontil est composé & qu'on
tire des cendres de quelque herbe,
cesse d'estre uny au Sable.
Le Verre ancien estoit beaucoup
plus fragile &. plusaiséà
dissoudre que le nostre. Les Inventions
ne font jamais perfectionnées
dans leur commencement.
Ce que je dis me fait
penserà une q uestion doncnous
avons parlé quelquefois, sil'on
peut donner une telle consistenceau
Verre, qu'il perde sa fragilité,&
qu'on le puissetravail.
leraumarteau. Noussommes
en cela d'un autre sentiment
que les Chymistes qui le croyent
possible.Onalleguel'Histoire
d'un Homme qui trouva cette
Invention fous l'Empire de Tibere,
& que cet Empereur fit
mourir, C'est un fondement
bien peu feur. Pline luy mesme
le premierAutheurdecetteHistoire,
luy dontvous conuoiifTcZ
legénie, qui ne fait pas trop de
scrupuled'imposer,pourvû qu'il
disedes choses extraordinaires,
ne rapporte cetteavantureque
1 d'une maniere pleinededoutes.
Peut estremesmedans le fonds
n'a-t il voulu dire autre chose,
sinon qu'il se trouva quelqu'un
qui rendit le Verre moins fragile
qu'il n'avoit esté jusqu'a
lors. Il exagere un peu la chose
selon sa cOlÎtome; ceux qui l'ont
suivi l'ont augmen ée,C'estce
que font tous les Historienspeu
fidelles, qui aiment à donner
dans l'extraordinaire. Mais je
m'engage trop aviiit; retournons
a l'origine du Verre. Il
n'est pas possible d'en assigner
le temps au juste. Si l'on en
croit l'interprétation que beaucoup
de Gens ontfaite d'un
Paiïage de Job, le Verre est
bien plus ancien que Pline n'a
crû; mais d'autres ont fort bien
remarqué, que le motque les
premiers ont traduit par celuy
de Verre est général,&signifie
toute sorte de chose précieuse,
qui est claire ou transparente.
le ne veux pas pour cela nier
l'anciennetédu Verre. lecroy
qu'on l'a trouvé plusieurs fois
par hazard, sans y faire refléxion,
ou du moins sans en faire
assez pour apprendre le moyen
d'imiter par l'Art, le concours
fortuit descausesquilefaisoient
naistre. On ne peut guére faire
de feu violent, tel qu'en faisoient
par exemple Hetmés, &
les autres Chymistes d'Egypte
dans leurs Fourneaux,sans voir
une partie de la matiere donc
ils se servoient, devenir du
Verre. On en a quelquefois
trouvé fous la terre qui ne pouvoit
avoir esté produit que par
les feux souterrains. Difonsdonc
que le Verre est aussi ancien
que l'invention de faire des
Briques. Vous le rapporterez,
si vous voulez, ou au temps de
lacon struction des fameuses Pyramides
d'Egypre par les Ensans
d'Israël, ou en remontant
davantage, à celuy de la Tour
de Babylone. N'est il pas étonnant
après cela qu'on ait esté si
longtemps sans avoir l'Art de la
Verrerie? Car le silence des Autheurs
tant sacrez que profanes,
me fait croire qu'on ne l'a eu
qu'environ le temps de Socrate
tour au plus. Seroit- il pas étrange
qu'on n'eust pas mesme mis
le nom d'une chose qui pouvoit
fournir de si belles comparaisons
aux Poëtes,&aux Orateurs?
Comment croire apres ce
que je viens de dire, qu'on ne
se feroit pas trom pé lors qu'on
nous a dit que nous devions à
Esculape l'invention des Miroirsde
Verre, luydont le Fils
Machaon estoit à la guerre de
Troye? Vous sçavez qu 'on en
faisoit d'autres d'Airain, de
Plomb, & de Fer. Qu'on le
fasse Autheur de ceux là, je
trouveray du moins la chose
possible. Ilesttempsdefinir,je
vous feray réponse une autre
fois sur vostre seconde Demande.
1LETTRE II.
Des Verirez, quisontrenfermées
dans les sables. 1
JE vay m'acquiteraujourd'huy
de ma promesse, & vous écrire
sur l'Enigme d'Eurydice. Les
Enigmes en peinture donnent
tous les Mois une nouvelle matiere
de discourir. Celuy à qui
nous les devos. y sçait joindre
tout ce qu'on peut tirer d'une
connoissance profonde & rafinée
de la Fable, à tout ce que
l'imagination peut inventer, &
aux traits les plus finis de l'Art.
Qu'ilfaudroit de feüilles pour
déveloper tous les my steres
qu'il se plaist à y tracer en racourcy
! C'est ce qui fait les
chefs-d'oeuvres, que cette maniere
industrieuse de réunir, si
je puis ainsi parler, plusieurs
Globes de lumiere sur un mesme
Objet. Il acet art pourtout
ce qu'ilfait. Prenez-y garde sur
l'Enigme dont il s'agit. Je l'explique
sur le Songe. Ce seroit
assez vous en dire, à vous qui
entendez les choses à demy mot
Je sçaymesmeque l'Esprit aime
a dissiper par sa propre lumiere
les nuages qui nous cachent la
vérité ; mais permettez-moy de
m'étendre un peu aujourd-huy,
& de fonder les raisons qui onc
pû obliger l'Autheur du Mercure
à prendre un tel sujet plutost
qu'un autre pour son Tableau
énigmatique. Iln'estrien
qui puisse conduire plusseûremenc-
a la perfection, que les reflexions
qu'on fait sur les Ouvrages
des grands Maistres. Il
semble d'abord que pour se déterminer
il suffit d'un raport
évident que l'Esprit apperçoit
entre la Figure & leMot; mais
un Esprit éclairé y peut joindre
des raisons plus fines. Pourmoy,
quand je vois les Enigmes en
figure de l'Autheur dont nous
parlons, je fuis si pénétré de la
justesse de leur raport avec ce
qu'elles signifient, que j'ay de
la peineà me persuader, que les
Anciens ayent voulu marquer
autre chose par les Fables dont
il sesert, que ce qu'il leur fait
signifier. S'il ne donne pas toûjours
dans la pensée de ces premiers
Hommes, il le devroit
pourtant toujours faire. Sesraports
font peut-estre plus jùstes
que ceux qu'ils y avoient euxmefolcs
donnez. A parler sérieusement,
je ne ray s'ilcherche
à dessein à nous déchiffrer
ces Enigmes; mais à tout hazard
il n'a qu'à laisser faire à la
bonne fortune de son Esprit
qui nous en fera plus fçavoirque
tous les foins des Commentateurs.
De combien de Sçavans
cette explication n'a-t-elle pas
fait le desespoir? Ces Fablesdontils
ont essayé de penétrer
le sens, ont esté comme ces liqueurs
subtiles, qui s'évaporent
dés qu'anveut découvrir les
Vases où l'on les tenoit renfermées.
Combien nous a-1-on
debité de rêveries puériles?
Quelle enchaînure grotesque
de Fables nous a- t. on voulu
faire passer pour des Histoires
C'estcequi a fait tomber beaucoup
de Gens dans une autre
extrémité, de penser qu'il n'y
avoit presque rien de réel dans
ces restes de l'Antiquité. Je ne
fuis pas de ceux qui veulent
chercher de la finesse dans tout
ce qu'ont écrit les Anciensmais
peut on croire, sans leur
faire tort, qu'ils n'ont penré que
des bagatelles? Peut-estre les
aimoient-ils moins qu'on ne fait
dans nostresïecle. J'avoue pourtant
qu'on a bien abusé de leur
premier dessein.Ilsnevouloient
que voiler agreablement la vérité.
Ceux qui les ont suivis,
n'ont pas eu le mesme respect
pour elle, ils y ont ajoûté bien
des Fidions inutiles; mais vous
m'avouerez qu'iiyades veritez
dans les Fables. Il y en ad'hiftoriques.
De grands Hommes
les ont débroüillées en cesiecle
d'une toute autre manicre qu'on,
n'avoit jamais fait. Ils ont fait
voir que les Romains & les
Grecs eux-mesmes,j'entens
ceux des derniers temps, n'y entendoient
presque rien. Le Peuple
ne perce guère l'écorce des
choses. Il fuir les routes les plus
batuës, qui ne font pas les plus
seûres. Il se trouveaussi dans les
Fables desveritez simples dela
Nature, Se des veritez de Morale.
C'est ce qui fait l'embarras,
que le mélange de ces trois
fortes de veritez, qui peuvent
estre quelquefois ensembledans
unmesme sujet,oudu moins le
discernement qu'il faut faire de
celle des trois qui peut estre cachée
fous la Fable qu'on exaamine.
Les veritez de Morales
tiont celles qu'on y cherche le
plus. Peut-estre y font-elles le
moins. C'est prendre la bonne
route, que s'en servirà voiler des
corps artificiels ou naturels.
C'est ce que la necessité de la
vie & du commerce obligeoit
les Anciens d'avoir le plus en
veuë. Les veritez les plus simpies
& les plus sensibles, ont
esté découvertes les premières.
Ce font donc celles qu'ils ont
peintes, & que nous devons
chercher dans leurs Flaions. La
,
Philosophie de ces premiers
Hommes n'estoit qu'un peu
d'expérience, une connoissance
Jegere des Estres naturels, &
quelques Préceptes genéraux
que lebonsensleurdictoit pour
se conduire. Comment accorder
cela avec la fine Morale
qu'on veut trouver dans leurs
Fables? L'Esprit se forme aisément
par tout les raports qu'il
veut. Les Grecs, & ceux quiles
ont suivis, imbus d'une Philosophie
bien plus tournée vers la
Morale, ont voulu se faire honneur
,en trouvant dans les Anciens
qu'onvenéroit commedes
Héros, tous les Dogmesqu'ils
enfeignoienr. Pour faire J'ap.
plication de ce que je viens de
ii1irey je trouve dans l'Histoire d'Orphée
d'Orphée des verirez histori
ques,&decellesquej'appelle
simples. Plus j'y pense, &plus
je me confirme dans ma prcmiere
opinion;queL'Autheur
de l'Enigme s'est rencontré dans
la pensée des Anciens. C'est ce
que nous a llons voir par lejuste
raport qu'a la Fabled'Eurydice
1 avec le Songe; mais jecrains de
passerles bornes légitimes d'une
Lettre. Unpeudedelay ne gâ.
tera rien.
LETTRE III.
Des Songes. HOmere, & Virgile apres
luy nousdisentqu'il ya- - dans les Enfers deux Portes par
où sortent les Songes. La première
est de Corne; c'est par
elle que viennent les véritables
images. La seconde est d'Y.
voire, & donne passage aux
trornpeuses illusions. Lucien
en ajoute deux autres, l'une de
Fer, & l'autre de Terre, par où
sortent les Songes affreux &
mélancoliques.Mais par où
ferons-nous sortir les Songes
agréables, tel qu'est celuy qui
nous est peint par le Tableau
d'Eurydice?Sera-ceparla Porte
d'Yvoire? Onnepeut pas dire
proprement que ces fortes de
Songessoient faux. Ils ont toute
la realité que des Songes peuvent
avoir. Joignons-y donc
une cinquième Porte pour les
yifioos agreables;elle fera de
Verre si vous voulez.Toutes
trompeuses que font ces Om-.
bres qui nous paroissent pendant
la nuit, elles ne laissent
pas de nous donner beaucoup
de plaisir. Ne vous estes-vous
jamais trouvé dans l'état d'Orphée
desesperé qui perd son
Epouse, je veux dire comme
vous le voyez dans le Tableau, à la sombre clarté d'un jour
naissant, les yeuxencor à demy
fermez, &.les bras vainement
étendus pourrappellerune Ombre
fuyante,qu'un fâcheux resveil
vous ravissoit avec autant
d'inhumanité que les Spectres
quienleventEurydice? On ne
peut s'empescherdehaïr ce qui
nous vole nostre feliciré
,
& il
n'y a personne alors qui n'imite
le Mycille de Lucien, quipeste
.contre son Coq, qui luy, oste
par son chant importun ses ri.
c hesses ima ginaires.Eurydice
venoitdesEnfers. C'estlà qu'-
habitent les Songes fous les
feuilles d'un vaste Ormeau.
C'est là qu'ils ont pris naissance
delaNuit&del'Erebe. C'est
là que leur Mere a sa demeure
eternelle. Là le Dieu du Sommeil
va teindre sa Ba guete au
Fleuve Lethé, pour endormir
qui bon luy semble. De là partent
à ses ordres cette multitude
corfusedeSonges de diférentes
especes. Les Anciens qui
les examinoient avec une étrangesuperstition,
&quivouloient
tirer de leurs explications des
Prédictions seûres de l'Avenir,
en ont ce me semble distingué
de quatre ou cinq fortes. Je
m'arresteroistrop,' si je voulois
vous parler de chacune. Ne
vous étonnez pas qu'ils eussent
fait un Artde deviner par les
Songes; ils en avoient bien fait
de la maniere de prédire l'Avenir,
par l'Air, parle, Feu, par la
Fumée, en un mot, par toutes
les choses qui semblent mesme
avoir le moinsdeliaison avec l' Homme.Quelleextravagance!
Tout chez eux devient
autant de Divinitez; & les chosesles
plusinsensibles s'animent,
pour décider du fort des Humains.
L'Homme sent bien
qu'il n'est pasheureux. Il attend
toûjours quelque Bienplus
réel queceluy qu'ilpossede. Il
voudroit en anticiper la possession
par l'assurance de lepossederunjour.
Dece desiravancé,
de cette curiositédepercer l'A*
venir, & de la Supestition,nâquirent
toutes ces folies. La
Prudencepeut-estre y eut quelque
part, parce que les Anciens
qui manquoient d'expéricnce
s'attachoient à tout, afin de
trouver des routes seûres pour
se conduire. L'Interest les entretint.
Il y avoit des Villes en- tieres,commeTelmesse en Lycie,
qui nvoient presque que
des Devins pour habitans. Mais - je rntécarte. Ovide que vous
aimez tant;dans la charmante
Description qu'il nous a donnée
de l'Antre du Sommeil, ne
place pas les Songes dans les
Enfers. Il veut que Morphée
Sefcs Freres regnent avec le
Sommeil proche des Cimmêriens.
Lucien leurdonne pour
demeure une Isle de l'Ocean,
mais le sentiment le plus commun
les place avec la Mort, la
Maladie, l'Envie, &leurs autres
Parens, dans le Royaume de
Pluton. La pensée d'Ovide ne
laisse pas de pouvoir donner
quelque jour à nostre Enigme.
Les Cimmériens estoient des
Peuples toujours environnez
de brouillards obscurs, à qui le
Soleil sembloit n'accorder qu'-
avec peine quelques
-
foibles
rayons de sa lumiere. Cela ne
vient pas mal au jour obscur qui
parole dans le Tableau. C'est
justement aveccette espece de
mélange de nuit & de jour que
Virgile nous décrit le chemin
du Royaume des Tenebres Les
Cimmériens d'Ovide ne marquent
peut-estre autre choses
que le Lac Averne, le lieu de ladefcenteaux Enfers. Les Peuples
d'autour de Cumes font
quelquefois appellez Cimmé-
Tiens. Quelqu'un a comparé les
Songes à ces vapeurs nébuleuses
qui s'elevent de la terre, &
queleSoleildissipeàsonOrient.
Il chasse de mesme les Songes;
ces tenébreux Enfans dela nuir,
ces obscures Divinitez, ne se
plaisent guére où il regne. Si
nous en croyons mesme Herodote,
il y a dans l'Afrique, le
sejour le plus ordinaire du Soleil,
des Peuples qui ne ressen~
tent poinrleur pouvoir. Quand
vous voyez Eurydice qui s'envole
surle point de revoir le
jour, ne voussemblet-il pas
d'entendreAnchise dans Virgile
, qui se plaint à son Fils,
qu'il venoitde visiter en fonge,
qu'il sent déjalesouffle cruel des
Chevaux du Soleil qui l'oblige
de se retirer? Les Anciens estoientsipersuadez
que leSoleil
estoit l'ennemy des Songes, que
lors qu'ils en avoient eu de sâcheux,
ils avoient soin de se lever
matin, & d'aller conter à
cet Astre naissant la vision qui
les troubloit. Ilscroyoient qu'il
pouvoir les garantir du malheurdont
ils estoient menacez,
en surmontant le Songe son ennemy.
Les Brachmanes, & les
autres Payens des Indes d'aujourd'huy.,
ont une pensée à peu
pres semblable touchant cer.
tains Deutas ennemis du Soleils
Doctrine qu'ils ont prise comme
la Metempsicose, le{Hmc
de la Vache, & beaucoup d'autrès,
des Egyptiens qui font passez
dans leur Païs. Je remarque
que toute la doctrine des Songes
vient des Sagesd'Egypte. Onla
trouve extrêmement ancienne
chez eux, puisqu'elle estoit en
vogue dés le temps deJoseph &
de Pharaon. Ilsl'avoient apparemment
puisée des Descendans
deCham,les premiers Autheurs
de la Superstition. Pitagore,
Platon, & leurs Disciples, tous
instruits dans les mysteres des
Egyptiens, vouloient qu'on prist
garde à tous les Songes, & ils
avoient une pensée sur leur origine
à quoy on n'a guère pris
arde
; peut-estre mesme que
beaucoup de ceux qui se font
nestez d'expliquer les Songes
l'ontignorée, quoy que jela
croye le premier fondement de
leur Science de les interpreter
Ces premiers Hommes avoient
appris que Dieu estoit répandu
par tout. A bufant de cette vérité,
ils voulurent que chaque
chose eust sa Divinité particuliere.
L'Homme eut pour soy
deux génies, l'un bon, l'autre
mauvais; sentiment que les Platoniciens
ont longtemps confer.
véIl y en avoit dans les Pierres,
dans les Animaux. Tout l'Air
en estoit remply. Là-defll»
Hermés & ceux qui l'ont ftlilq
bâtirent leur pensée des Ora
cles, & de la Science dedevi
ner. Ces Lares, Génies,ouDe
mons ( carils les appelloien
ainsi) estoient des Natures mi
toyennesentre Dieu &l'Hom
me. Dieu,disoientils,nepou
vdoiaittaavveocilredse commerce immé
Hommes. C'es
toient eux qui en estoient le
entremeteurs. Ils portoient le
Prieres des Humains, ilsrendoient
les réponses des Dieux.
ils donnoient les Oracles, il
animoient tous les Corps pour lebiendesHommes L'impiet
feule les en pouvoit çhaffers-i
mais sur tour c'étoit pendant lesommeil,oul'Ame n'a plus
de commerce avec les choses
sensibles, qu'ils croyoient que
ses Génies partoient à nos Esprits.
C'est ce qui leur faifoic
fort prendre gardeauxSonges
pour en entendre les réponses.
Delà venoient toutes leurs précautions
pour en avoir d' heu.
reufes, & c'est une des raisons
pourquoy Pytagore defendoit
ies Feves, parce qu'il croyoit
qu'elles faisoient avoir des visionsfâcheuses.
Ces Démons
seretiroientàla venuë duSoleil.
Toutes les Ombres s'evanoüis
soient comme la Femmed'Or.
phée,& si les Spectres enlevent
celle-cy, Proserpineelle-mesme
nous est representée eiirraïtiant
lies Ombres, & les faisant ren- trerdansles Enfers. Vous voyez
que rien ne represente mieux les
Songes que laFable d'Eurydice
en l'examinant mesme selon 1
pensée des Anciens.Jen'ay plu
que quelquesrefléxionsà ajotfj
ter pourvousfaire tomber d'a
cord que le premier sens de Fiction, cem est le mesme que nou
yavons cherché aujourd'huy.,
'¡n:..ETTR:E IV.
, 1.1
- - .1 FQurqllo) on employe la Fafclc d'Or
phée poursignifier le Songe. QU'il y a peu de Gens quii
.:lent à aprofondir les^
choses; On na guère que des
connoissances fuperficieles des
chacune. Ovideajoint tant d'à
grémens au Recueïl qu'il nous
a laissé des anciennes Metamorphoses,
qu'il est presque le
seul qu'on suit dans l'étude de
la Fable. Il est pourtant bon
d'en consulter d'autres, si on en
veut acquérir une connoissance
l'un peuexa cte. C'estun Chaos
à debroüiller que ces Fables.
iQnelle confusion Pour grossir
[leurs Héros,ilsjoignent plusieur
Personnes d'un mesme
nom. Je remarque au moins
trois Orphées. Le premier à
quionrapporte tous les autres,
&que vousne confondrez pas,
s'il vous plaist,avec celuy qui fut
rundes Argonautes, vivoitenvitron
cent ansapres Moyse. On
veutmesme qu'il ait pris quelque
chose de ses Livres. Comment
le peut-on sçavoir, si les
Pièces qu'onluyattribuer qui
font venuës jusqu'a nous, sont
suposées? Il estoitde Thrac,-;¡
Que ce nom ne vous fassepasde
peur. Ce. païsavoit eu de IM2
politesseautrefois. Ses premiers-
Habitans estoient sortis d'um
Climat doux & temperé. Ils!
avoient esté voisins des Atheniens.
Joignez à cela ce ques
diverses Colonies que les Phéniciens
avoient menées sur leurs
Côtes, leur pouvoientavoir
inspiré de douceur & de con--
noissance des Lettres. Vous2
sçvez qu'Orphée a esté grand
Poëte,grand Musicien,& grand
Philosophe. CenJefi pas mal
chercherl'Emblême du Songe,
, quede la prendre chezlepremier
Nourrisson des túres.
QJJC fontles Fictionsdela Poëfie,
que de beaux Songes? On
nous dit qu'ilestoit Fils d'Apollon&
deCalliope. Cen'estpas
un mystere difficile à penétrer.
Les Héros font autant d'Enfans
des Dieux. Estre grand poëte &
grand Musicien, c'est estre Fils
d'Apollon. Bien d'autres raisons
l'ont mis dans son Parcntage.
EstreAstrologue, Devin,Interpretedes
Songes, c'estestre
digne Fils du plus grand Prophere
d'entre les Dieux. Ces
dernieres qualitez confirment
encor la justesse du choix de
l'Enigme. Orphée apprit en
Egypte route la doctrined'Her.
més. Il l'enseigna aux Grecs.
c'est ce qui a fait dire à quel
ques Autheurs de l'Antiquité,
quec'estoit un MageEgyptien,
S'il penetra luy mesme les secrets
de ces Sages d'Orient, il
en pratiqua la methode
;
il ne
montra pas aux Grecs les veritezqu'ilavoitapirses,
danstout
leur jour.Avottons que cesanciens
Peuples, & ceux quiles
ont suivis, ont trop aimé cette
maniéré decacher les choses, Se1
defaire de grands mysteres de
rien. Il est vray qu'il y a de la
prudence à ne découvrir pas
d'abord tout ce qu'on sçait, sur
tout quand ce qu'on pense est
éloigné de l'opinion commune.
Mais faut- il crier pour la
moindre chose, loin d'icy, Prophane
? Que la Sybille de Cumés
le fasse lors qu'il faut defcendre
dans les Enfers, à la
bonne heure.Lesnoirsmystees
d'Hécate ne fonr que pour
es Iniriez. Par cette raison il
peur y avoir de l'obscurité dans
l'Histoired'Orphée, & de ces
autres premiers Héros qui con.
noissoient si bien lessentiers des
Enfers. La vérité setrouveavec
peine. On n'en doit pas envier
la lumiere aux autres, quand on
l'a soy-mesmedécouverte. Pour
coupercourt sur 1"HInoire
d'Orphée, jedisquelesFables
qu'onen conte,ontesté surtout
inventées,pourestre des Mémoriauxde
ses Inventions. Ilavoit
un Instrument à quatre cordes
qu'il rouchoit si bien, qu'il inspiroit
du mouvement aux corps
les plusinsensibles. On dit que
cela se faisoit selon la doctrine
de Pitagore, par l'accord de sa
Musique avec l'Harmonie ces
leste.Disons plûtostquec'es
luy qui parla le premier de l'u-4
nion des quatre Elemens dans
les Corps;que son Eloquence
& ses Loix produisirent tous le^i
Miracles qu'on en conte. 14
descendit aux Enfers, parce
qu'il en enseigna les
111Ynere5.
Peut-estre neit accroire qu'il y
avoit este pour authorifer davantagecequ'ildisoit
C'estoit
assez la coûtume des Anciens:
qui imprimoient du respectau
Peuple par de semblables mensonges.
On invente l'Histoire
d'Eurydice pour donner du prétexteà
son voyage. Chacun
des Heros de la Fable y va pour |
quelque sujet. Il fut le premier
Autheur parmy les Grecs de
interpretation des Songes.
Pline l'attribuë mal à Amphydion.
N'y aura-t-il que cette
: feule chose dont on n'aura point
•Jaiiïed'Emblème.,d'unechofc
estimée de tous les Peuples,&
de tant de Philosophes? Je n'y
voypoint d'apparence.Ellea
tant de connexion avec la docctrinedes
Enfers, qu'ilsont bien
pû les joindre. Et comme le sage
Virgile, apres nous avoir expliqué
amplement tout ce qui se
pafledans la demeure des Ombres,
fait sortir plaisamment son
Héros par la porte des faux
Songes, pour marquer le peu
defoy qu'il fautadjoûteràtout
ce qu'il vient de dire; n'est ce
pasaussimettre le dernier traità
l'Emblême des my steres qu'Orphéeavoit
chantez, que de la
finir par l'enlevement d'Eury
dice qui represente si naïvement
les illusions des Songes. J'aurois
encor beaucoup à vous dire touchant
les rêveries desAnciens&
des Modernes, sur cette matieres
des Songes; mais outre que celas
me meneroit trop loin, je n'aime
pas à épuisermõ sujet.Je croyois
à peine en commençant,devous
écrire une Lettre entiere; en
voicy pourtant quatre completes.
Sij'ay écrit sur des choses
peu solides, prenez vousen à
vous-niermer& permettez que
je fini(Te par une verité fort
réelle, quejesuis,&c..
Voicy quelques Madrigaux sur
les Enigmes deianvier. Leprenierestsurl'Enigme
en Jigure de
"httetonfittdroJé; &les autres sur
es deux en Vers.Ily asipeu de
Uiférctue entre l'opéra C la Comédie,
qu'il ne faut pas s'étonner
que ce dernier Mot ait esté si genéralementappliqué
à la ¡rtmicre..
D I. 'Où "rient que l'éclatdu Tonnerre
VajetterPbaëtonpar terre?
Lefins de /'Enigmeenejielair,
Ne "'foÍt.. on pas dans les orages,
-4pres le choc de deux nuages,
Jl.!!.e1le Fo?udre estsouvent devancéde RAULT, de Roëen.
D II. Epuis quepar laTaixLOVIS
nous rendheureux,
On nepariepi** que deJeux.
Cette -vérité'supose'e,
Le Mercure Galant ri4 point fait
d'autre choix
Pour les Enigmes de ce Mois,
Dtl'explication meflmhlefirtAifl
Et jegage que le vraysens
N'est autre que deux jeux des Plia
d¡"fertij/Ãns
La Comédie&la Fuzée.
1/Enfanc Bréton, deTourna
III.
JE Vous Votif, belle Iris,dans ungra
embarrasy
Vous reJYe>{, vous chercheC?°Tou*
trouve^pas,
Quelque effort que Vouspu/Jpe^fti
Quel efl1°sens de ce mystere.
Maisvoicy le brave Tircis
Qui mettra t'n à vossoucis,
jîinjtqua\ofreress?erie,
Envous donnant la Comédie.
TORNERY,Medecin à Marseill
IV.
pIOurquoy mefaire une malicet
Et vouloir cacher à mesyeux
Cequidans le Feu d'artifice
Sefait admirerentous lieux?
jibpourcecoupy GalantMercure,
Vostre Enigmefait tropde bruit,
Etdans les ombresde la nuit
La Fuzée, à monsens, tâche en "i"
estre obscure.
LE SOLITAIRE, de Pontoise.
V.
sTchacun me vieutvoir, Princes&
ilotentatc,
Gens de Guerre, Marchands, Peupks
Cg- MIIIgijlr¡tts,
C'est quepar une adrejfi à nulle autre
seconde,
Ie dépeins les "vertut & les vices du
Monde.
Alaisybêlas!unchacuninsensibleÀ
ses maux,
Y rit le plus souvent desespropres
defauts,
Croit toûjourspourautruy,par une
erreurextréme,
Les leçons quesouvent onyfaitpour
luy mesme.
Iesuis la Comédie,(~ n'ay point
d'autre objet
Que de rendre en riantle Mondeplus
parfait.
DESLIGNERIES, de Roüen.
VI.
ONest charmédela peinture
Que nous yayos dãs leMercure,
7Je tantde beaux Feuxqu'onafaits
Pourseréjoüirde la Taix;
Maisenfin ces beaux Feux qui l'ont
solemnisée,
N'égalentpoint cette Fuzée.
Le Poëte amoureux.
E VII. Nnuyéde chercher JONI un sombre
nuage
Dessens toûjours m!JltrrAjfi'{,
Etsatitsfait de l'¡l'antttge
"D'arvotr eu quelque rangaux Meretira
pttJfi"
tayoù gbdndonnéld lice,
Et regardois comme unsuplice
Le mestier fatigant de ces mornes
V..,ins
Quisedonnent mille chagrins.
Cependant aujourd'huy mon esprit
s'étudie,
Et cherche à devinerunsensqu'iln'entendpas.
Ainsitout change dans layië;
Cequiplaiftanjourd*huyidemain
naplusd*appas,
Etnousfaisonstousicy-bas
Vne eternelle Comédie.
BROSSARD,Conseiller
deBourg en Bresse.
L VIII Ors quepouf celebrer leplus gril".
des Efé,.os,
Etsolemnisercerepos
Qveparunnoble effort il accorde à la
Terre,
Mille traitsenflâmez, millehriIIans
Çclairs
ercNlcJnfltfl'mult lesairs,
Etsemblentfaireau Ciel uneinnocenteguerre
; Lors que parlesbontezd'un 2ro
victorieux
Bellone est enfin appaisée;
Lors que ïEurope enjoye allume mille
Feux,
C'est mal prendreJOli tempspourcacher
laFuzée.
LAFEE,deBourg enBresse.
D IX. Ans lasaisondu Carnaval,
jkvant les Dances&le 71i11, Iln'estpersonnequi ne die;
Que le Mercure est o¡'ligellnt,
Tués qu'il épargne nostre argent,
Etnous donne la Comédie!
TXRAULT,C1C Roiien. Outlebrillantqu'étale
la Fuzée,
2?'éblouit qu'un moment les yeux,
Mourir comme elle meurt dés qu'elle est
élevée,
C'estjoüirpeu d'un destinglorieux;
Jdats helas, queJa mort, qt/oy que
prompte, ade charmes!
Celebrerde LOVIS legrandNom (7"
les Armes,
Et les celébrerparsa mort,
N'eflcepas en mourant a-voir un heureux
sort?
Oiiy)cefOrteJI digned'envie;
Ifeureuxquipeut mourirpourlagloire
des Lys,
Aiei-bien laplus b'!"l/e vie
ÀVe )'/Iutp/U une mort soufferte pour
LOVIS
L'AbbédeS.Dominique.
XI. - p\Ourbienp*Jftf le Çama^al^
Ilsuffit de yo¡'. le Meresre,
CeDieu nousfaitunepeinture
Desjeux, des opl'rll, du '.llil/,
Les beaute^ de la Tragédie
Se rencontrentdansson Tdhledv,
Etpour avoir la Comédie,
Onna tfuà tirer le TÇideau.
LE SOLITAIRE, de Pontoise.
XII.
quej'ayeplusd'unTroce'sy
Et qu'une Enigme soit ebofe "Pt
malaisée,
Ie crois pourtant avecsuccés
Ayoirde'mefléXz Fuzée.
DE LAMATHEA.E.P.
XIII.
XiQVTS
en nous donnant la Taix,
*fiamene les Tlaijtrs
,
les jeux, la
Comédie,
Ettoutcequejadis la Grece ~F rItAlie
Eurent d'agrémens d'attraits:
Faisons retentir ces bienfaits Par des cris éc/Atllns Cg- des voix empressées,
Et n'épargnonspas les Fuzées
Pourporter ce Nomglorieux
Jusque dans le sejour des Vieux.
LE P. LA TOURNELLE,de LyoV.
XIV.
DV Mercure Galant la galante
eloquence,
ParsesEnigmes de janvier,
Al'allervoirsemble me convier; Ilmeprometdese mettre en dépense,
Et quelejourqu'ilme verra
Son amitiépour moy toujours bien
disposée,
A,oe,rpldifirrégdlerd
Mes oreillespar l'Opéra,
Etmesyeuxparmainte Fuzée. G.de-chambery
le reviens fofees.M'Paanutxbogt'&ueMfth' ns pro- Boucha
ont écritsur toutes lessix. Leursraisonnemenssontpleinsdeforce,•
mal6.
comme il estjuste que tout le monde
t'olive icysi place, je ne vous çJJvoyéque
cequ'ils ontpensésurquelquesunes,
à çausedelaquantitéd'alltres
PÙees donTj'a.!dVOItQfl.irt
P,!rt.
Si un Amantdoit diférersa
réconciliation. ON aurait sujet de croire
qu'un Amant manqueroit
d'amour, s'il laissoit passer
moment entre un la disgrace & la
réconciliation. Le moindre delayest
un crime, & ce respect
inutile est une marque d'indisérence,
qui le rend plus digne
dehaine quede pardon. Il faut
donc, puis que le retardement
est périlleux, qu'un parfait Amant,
sans s'attacher àlaformalité,
passe au dessus de certaines
considérationsquine font
ny utiles, ny necessaires
; qu'il
suive aveuglement unemportementhonneste,
qu'il presse,
qu'il importune., qu'il prote ste,
qu'il temoigne du JcK-fpûir,
enfin qu'il n'abandonne point
sa Maistresse qu'il n'ait reçue
quelques marques de raccommodement,
carl'état d'un
Amantdisgracié, pourpeu qu'il
attendeàfaire sa paix, est trop
incertain, & la colere d'une
Maistresseprévenue desappa
rences de son infidélité trop savorable
pour un Rival.
Q1lant à la Qtieftion, si on
peut haïr ce qu'on a une fois hie"
Aimé, on n'auroit jamais la dou- à
Jeur de se repentir d'avoir fait ;
un mauvais choix, & d'estre
obligé de haïr sans aucun retour
ce qu'on a aimé le plus tendrement,
si comme souhaitoit un
Philosophe, la Nature avoit
mis une Fenestre au devant du
coeur de l'Homme, pour connoistre
la vérité de ses pensées,
& voir dans tous les replis de
cette partie ses plus sinceres intentions.
L'Orateur dit que les
yeux, le front,& le visage, mentent
souvent; qu'il est aisé de
donner dans les pieges que la
persidiebien déguisée travaille
à nous cendre, & d'estre surpris
par ces faux Amis, qui savent
adroitement s'insinuer dans un
coeur crédule &, facile à s'enflâmer
; mais aussi il est aisé,
quand ces Infidellesqui nefont
de belles protestations quepour
tromper, font une fois reconnus,
il est aisé,dis-je, de les
fuir, &, de haïr la fausseté découverte)
plus qu'on n'a jamars
aimé lemensonge caché. Cette
verité n'est pas moins soûtenable
parmy les vrais Amans, que
la beauté, la vertu, la franchise,
& cette douce sympathie) a si
forcement unis; Ces illustres
Héros si sçavans en l'Art d'aimer,
& cessuperbes Héroïnes,
en l'Art de triompher, tombent
fotiverir dans une si grande in
diférence, qu'ils deviennent in.
fcnfiblement l'un à l'autre, ou
quelquefois un seul, si infupor.
tables, qu'ils se laissent emporter
sans sçavoir pourquoy , en
des haines irréconciliables, lors
que leurs feux ralentis font entièrement
éteints. Toutela Phi.
losophie ensembleauroitautant
de peine àdonner quelque raison
de la cause quia uny ces
Amans, qu'à décider celle qui
les a divisez
; & en esser, les plus
fçavansont si peu connu lesmysteres
& lessecrets qui compo.
sent les divers mouvemens que
produit l'amour, que celuy qui
en a mieux connu le caractère,
n'a point eu honte d'avouer que
:ette passionestoit une des plus
étonnantes Enigmes de la Natlre"
& que celuy là avoit raiasoyn-
qquuiolay,définissoit un je nequi
vient de je-ne-
]f^avoù,6c quis'envajene-sçay.
comment, tant il est vray que
l'amour a ses détours, & une
certaine fatalité qu'on ne peutcomprendre.
L'Origine des Colliers de
Pertes n'est pas moins diférente
dans les opinions de ceux qui
l'ont recherchée, que celle de
toutes les chosesautoriséés par
l'usa ge, &. que l'on tire des plus
obscurs Mémoires de l'Antiquité
pouren faire une mode
nouvelle. Plusieurs Peuples
sauvages que la misere réduisoit
à vivre dans la nudité, privez du
secours des Arts, des Etofes,
des Habits, & n'ayantrienpour
sedistinguer, & pourse donner
quelquesagrémens, s'aviserent
de s'orner la reste,le col, & diverses
parties du Corps, des
plus prétieufcs richesses que
leur climat eust produites. -Ces a
barbares ornemens ausquels a
l'or, l'argent, & les pierres présieuses,
donnoient un grand prix,
ont depuis servy à la pompe& !
à la magnificence des deux Se
ses, & il ne fautpoint douter
queles Femmes n'en ayent tiré
l'usage des Colliers, qui font
une de leurs plusbelles& de
leurs plus riches parures.
PANTHOT, MedecinàLyon.
Sur la V. & VI.Question. It, n'y a point à douter qu'il
n'y ait plus de gloire à vainere
un coeur déja engagé, qu'a
Ifléchir celuy d'un Indiférent;
car à bien considerer les choses,
je ne voy pas que ce dernier soit
si difficile à prendre. Je veux
que ce coeur ait esté toujours
insensible;je veux qu'il ait resisté
à tout ce qu'il y a de charmes,
& qu'aucun trait n'ait jamais
sçeu le toucher, que peut
servir cette resistance & cette
dureté? Pouroit-il s'exempter
d'avoir de l'amour? Non, non,
il faut que tout aime. Comme
nostre coeur est naturellement
amoureux, il y a une agreable
necessité de se rendre, & tost ou
tard on est obligé de le faire;
mais détacher un coeur qui tien
déja à quelqu'autre,& pouvoit
triompherde tous les deux,c'est
là ce qu'on doit nommer une
conqueste pénible. Elle de
mande autant d'adresse que d<
bonheur. Il faut livrer deux
combats tout à la fois, l'un
contre une Maistresse, &l'autre
contre un Rival; employer de
belles armes contre cellecy
pour la gagner par tout ce qu
estca pablede plaire,&enprendre
de dangereuses contre ce
luy-là, afin de le détruire & de
s'élever sur ses ruines. Il saus
encor qu'un Amant sçache bien
assurer sa conqueste, car enfin
on doit toujours craindre que!'
que revolre. Peu de chose fair
soûlever un Sujetnouvellement
& l'on a toujours de
~l'à\ pente pour ce qui a servy
d'objet à une première passion.
QuandHnejvù on asenty dans l'Ame
Les atteintes d'un tendreamour,
Le flateur souvenir d'une premiere
flame,
Vers ce premier Objet nous donne un
prompt retour.
La Question fuivanre ne me
paroist pas plus difficile à résoudre,
& je tiens qu'après avoir
esté trahy d'une Maistresse
qu'on a fortement aimée, on
n'en sçauroit plus aimer une
autre avec une égale passion.
Vouscroyez sans-doute qu'Üri
Amant abandonné ne manque
pas de retirer toute sa tendresse
quelesouvenir des outrages
qu'on luy a faits,efface tout ce
qu'il y avoit d'imprimé, &
qu'estant devenu libre par la
rupture, il est en état d'estre
aussi amoureux qu'ill'estoit auparavant.
C'est s'abuser que
d'avoir cette pensée. Un coeur
qui a pû venir à bout de brifer
ses premiers fers, n'est plus capable
d'une siforteliaison. Ila
jetté son plus beau feu, & s'il
peut en allumer un tout nouveau,
il ne fera jamais si ardent.
C'est une loy commune àtous
les coeurs, qu'ils n'ont qU"Uf1;
certain temps pour aimer parfaitement
- Dés qu'il eIlpaHé)-
ils ne font plus propres à s'engager..
La tendresse qui vient
apres, ne fait qu'une legere impression,
& les secondes amours
ne font jamais que des amours
de passage. Enfin on ne fçauroit
avoir une violente passion
qu'une feule fois en sa vie.
gupy que l'on ait le mesme coeur;
On n'aplus lamesme tendresse;
Etquandonchange de Matflrejpy
Onchange en mesme temps d'ardeur.
FEÜILLET., Avocat.
S'ily aplus d'avantage a triompher
de soy-mesme,qu'àvaincre son
Eiinemy. IL est bien moins difficile de
prendreparty sur la Question
dont il s'agit, que d'en dire
quelque chose de nouveau,
apres les beaux Discours & les
sçavantes Décisions de tant
d'habiles & d'eloquens Personnages.
RlèO de plus juste & de
plus facile que de se déclarer
pour la raison; mais rien de
moins aisé que detrouverdes
preuves nouvelles & convaincaintes
pour persuader l'équité
de son Empire à ceux qui fuivent
aveuglement les faillies
maximes que l'orgueil & l'ammbitionoonntdinterod,
uites dans le
Il semble que pour y réiïflïrr
il n'y ait qu'à découvrir quel est
le veritable & le plusdangereux
Ennemy de l' H omme,
pour en faire le sujet legitime
dfc ses victoires.
S'il est vray, comme l'a rresbien
dit un Poëte subtil de ce
temps,q ue les Animaux les pl us.
farouchesrespectent leur figure
dans un autre Animal, par une
Loy presque inviolable que la
Nature grave dans le fond de
l'essencede leurs ouvrages pour
leur conservation, il est encor
plus vray de dire que l'Homme
ne doit pas estre l'Ennemy de
J'Homme. Sa naissance & sa
mort le font paroistre foible &
misérable, & tout le cours de
sa vie renfermé dans ces deux
extrêmes, n'est remply que de
maladies & de disgraces. Ila
donc besoin sans cesse de secours
& de consolation ; & de
qui peut-ilrecevoir l'un & l'autre,
que de l'Homme, qui est
seul capable de compatir aux
maux qui le peuvent attaquer
Puis que l'Homme ne doit pas
estre l' Ennemy de l'Homme,
suivant les Loix de la Nature,
Je combat de l'un contre l'autre
ne peut estre legitime. Si
le com bat n'est pas legitime,
la victoire en est encor moins,
juste. Il doit donc chercher
ailleurs dequoy exercer sa force
k son courage. Il n'ira pas bien
loin, sans trouver son redoutable
Ennemy, puis qu'ille porte
avec luy-mesmejusqu'à sa morr..
rAeisnsseinptaesntun ne l'ignore, & tous
ses injures. C'est cet
appétit que Platon appelle un
Monstre à plusieurs testes, d'autant
plus difficileà vaincre, que
tirant de nouveaux avantages
de sa défaite, il faut un Hercule
pour en triompher. Il n'est donc
pas feulement glorieux à l'Homme
de le vaincre, mais encor il
n'y a pour luy de victoire légitime
&necessaire pendant sa vie
que celle-là,parce que s'il n'est
victorieux dans ce combat, il est
necessairement criminel. On
a beau vanter les grands exploits
d'Alexandre. Son plus digne
eloge, c'est d'avoir esté le plus
illustre Esclave,& le Tyran le
plus fameux qui fust jamais.
Son ambition n'en sitsa victime,
que pour le rendre le plus injuste
& le plus dénaturé de tous
les Hommes parses usurpations
& par sesmeurtres.
La Fablequi cache les solides
vertus de la Morale, fous des
obscuritez qui paroissent ridicu
les,a instruitlaPosteritédela
necessité de triompher de foymesmedans
la personnede Me.
dée. Cette malheureuse Princesse
qui s'estoit meslée de donner
des leçons pour vaincre les
Montres, n'en sçeutprofiter
ellemesme. Pressee desonressentiment
contre Jason, elle résolut
d'égorger ses propres Ensans,
sans, parce que son Amant infidele
en estoit le Pere. Ce motif
enflâmoit son coeur de la
plus mortelle haine contre ces
innocences Creatures; mais
parce qu'elle en estoit la Mere,
l'amour disputoit la place à la
haine avec une ardeur égale.
Il semble que la douceur qui est
naturelle à ce Sexe, en devoit
triompher. Rien moins que
cela. Sa cruauté répondit à la
défaire de sa raison.
On dira peut-estre qu'estant
question de principes naturels,
il est permis de re pousser l'injure
par l'injure,êcla force par
la force, pour se garantir de
l'insulte des méchans. Il fauc
convenir, qu'on peutdéfendre
sa vie dans le moment qu'elle
est attaquée, aux despens de
celle desonEnnemy. Maishors
de cette circonstance, quiconque
se veut vanger par les mesmes
voyes dont il a esté offensé,
éprouve premierement en luymesme
les peines & la ri gueur
de sa vangeance, parce que son
ressentiment le rendant esclave
de sa passion, il avouë tacitement
son peu de rnerire, quand
il se persuade qu'il a esté méprisé.
Le Magnanime fuit des maximes
plus dignes de l'élevation
de soncourage.Sonameestau
dessus de l'inclination des Hommes
ordinaires, parce que la
connoissance qu'il a de son merite
éloigne de sa pensée jusqu'ausoupçon
du mépris. Comme
sa conduite à l'égard de ses
passions est reglée, toutes les
actions à l'égard des vertus font
heroïques ;
si bien que s'il ressent
celles là, cen'est que pour
les faire servir à celles-cy Il
haït ouvertement ses Ennemis,
mais c'est bien moins à eux qu'il
en veut, qu'à leurs vices qu'il
cherche àdétruire. Quel avantagepourroitil
pretendre de
la défaite de son Ennemy, qui
ne pust luy e stredisputé par le
courage des Tygres & des
Lyons? Mais qu'y a-til de plus
glorieux pour luy, que d'estre
victorieux dans le combar qu'il
entreprend, puis qu'il soûtient
dignement en luy mesme l'empire
de sa raison! Que n'eust
point fait Valere-Catule, pour
reparer l'injure qu'ilavoit voulu
faire à la réputation de César,
apres que ce Prince généreux
l'eut fait appeller à satable?
Il ne faut pas douter que cette
maniere de vangeance ne le
comblast d'une confusion beaucoup
plus grande, & ne le rendist
plus soûmis, que s'il eust
laesté puny de son inlolence par juste severité decet Empereur.
La force & la puissance
peuvent exercer leur empire
sur les corps, mais il n'a ppartient
qu'au Magnanime de réagvnoeirr
sur les coeurs, apres les
vaincus parlesbienfaits.
L'Histoire fait grand bruit
de la genérosité des Princes
Payens. Cependant si on considere
leurs actions de pres, on
ne trouvera pas cette genérosité
sans defauts. Commeilsontesté
injustes dans leurs desseins,s'ils
ont vaincu les Nations,ils ont
esté eux-mesmes les esclaves de
leur ambition. Ilyenaeuqui
ont pardonnéassez facilement
les injures; mais ou une molesse
de naturel, ou une maxime de
politique, ou une vaine ostentation,
en ont esté tres-souvent
les veritables motifs. Il n'en est
pas ainsi du Grand Roy qui régne
également sur luy, & sur
nous. Lavictoire & la modération
,
font en luy ce que toute
l'Antiquité a ignoré; & deux
choses si incompatibles n'ont
jamais paru si bjen unies qu'en
sa personne.S'étonne-t on que
ses victoires égalent le nombre
des desseins qu'il médite pour
l'honneur de l'Etat, & pour le
bien de ses Peuples? C'estqu'-
ayant commencé ses triomphes
par soy-mesme,la Justice luy a
misl'Epéeàla main. C'est enfin
qu'il soûtient dignement cette
illustre Qualité de Roy Très-
ChrcHicn.
Il faut l'avoüer de bonnefoy,
sans en rougir. Il n'y a que
la Religion que nous professons
qui foit capable de produire de
parfaits Héros, & de les immortaliser.
C'est par son secours
qu'un veritable Chrestien trouve
son Ennemy aimable, & que
detoutes les choses visibles,s pasune
n'est capable d'abatre son
courage. Que tous les maux &
toutes les disgraces de la vie
s'assemblent pour le persécuter;
que les grandeurs & les plaisirs
s'empressent pour le séduire;
tous ces vains efforts ne fervent
qu'à faire mieux éclater sa
gloire. Je dis plus. Ses triomphes
s'étendentjusques sur cette
gloire, & sur le plaisir mesme
que son mérite luy pourroit
causer. Mais que ne doit-on pas
attendre de ce vaillant Magnanime,
puis qu'il commence ses
victoires par la soûmission desa
raison?
BOUCHET, de Grenoble.
l'adjoûte ce qu'a écrit Mr d'Eaucour,
d'Arruflircettemême matiere. pOur résoudre cette Question,
ilne faut que lire le
Remerciëmentque le Prince
del'Eloquence Latine fitàJules
César, du pardon accordé à
M.Marcelle, quiavoitesté contre
luy pour Pompée dans la
Guerre de Pharsale. Illuy dit
que dans tous les Combats qu'il
avoit livrez pour rendretant de
Provinces tributaires au Peuple
Romain, dans tant de Victoires
qu'il avoit remportées contre
les Nations les plus barbares,
& enfin dans tout ce qu'ilavoit
jamais fait d'éclatant & d'illustre
en fait de guerre, la Fortune,
le nombre, & la bravoure
de ses Soldats, en avoient partagé
les avantages avec luy;
mais que dans l'action genéreuse
qu'il venoit de faire en
pardonnant à un Ennemy, luy
seul en avoit toute la gloire,
ans qu'aucun autre ypust rien prétendre.
Apres le sentiment d'un Homme
aussi judicieux que l'estoit
Ciceron, j'ay tout sujet de me
persuader que je fuis assez bien
fondé à soûtenir que la victoire
qu'on remporte surses passions
est le plus glorieux de tous les
triomphes; car quoy que Ciceron
puisse estre soupçonné
de flaterie en cerencontre, il
est cependant toujours vray de
dire que son raisonnement est
fort joste, & qu'il ne loüoit
Jules Cesar que sur une verité
donc il estoit tres-convaincu
connoissant combien il estoit
plus difficile de se vaincre soymesme,
que de vaincre ses Ennemis.
En effet,sila gloire des
Triomphes se mesure à la difficulté
des Combats, il est certain
que la guerre qu'on est
obligé de se faire à soy-mesme,
est bien plus cruelle qu'aucune
autre, puisque les Ennemis font
domestiq nes,opiniâtres, coura
geux, tous d'intelligence, &
jamais entièrement défaits,
quelque diligence qu'on y apporte;
car l' Homme estant
tout composé de ces Ennemis,
qui font ses passions, il faut, s'il
en veut venir à bout, qu'il s'arme
de force & de perséverance;
de force, pour attaquer; de perséverance,
pour ne se pas rebuter
des avantages que tant
d'Ennemis prendront sur luy,
& c'est par là qu'il luy est plus
glorieux de triompher de foyesme,
que de gagner des Baillesdonc
le succés ne dépend
mvenc que de l'avantage du
eu, & de la fermeté qu'on infre
aux Troupes.
FiCTION
Sur l origine des Colliers de Perles,
1. des Br a:dets,& des Pendans
t d'Oreilles.
i1DEpuis que la Reyne des
Dieux, & la Déesse des
.bçavans, eurent reçeu l'affront
rque leur fit Pâris par le jugeitnenc
qu'il donna en faveur des
Ibeautez de Vénus, elles confleurent
une haine immortelle
contrecette heureuseRivale,&
Junon la plus vindicative & la
plus superbe des Divinitez, la
traita avec tant de sierré, que
cette charmante Mere de la
tendresse résolut de s'absenter
quelque temps de la Cour Celeste,
pour aller visiter les lieux
de sanaissance.Ellecommuniqua
son dessein à son Fils & à ses
troisaimablesFilles, qui nerespirant
que la joye & les plaisirs,
lierent incontinent cette agreable
partie, dont le -complot ne
fut pourtant pas si caché que
Mercure, qui leur faisoit régulierement
la cour, depuis qu'il
estoit devenu passionnément
amoureux d'une Nymphe, qu'il
ne pouvoir endormir ny de ses
contes, ny des coups de son Caucée,
n"en reçeûtla confidence
'unedes Graces qui estoitassez te ses Amies pour ne luy faire,
tecrec de rien. Il ne manqua
pas de faire va loir cette occaion
pour rendre un bon office ux P uissances qui font la bonne
ou la mauvaise fortune des
Amans. Il partitaussi-tost pour
ilvercirThéris que Vénus & son
Fils venoient luyrendre visite;
& l'ayant disposée à les bien recevoir,
il alla les retrouver pour
donner lamainàla Deestequ'il
reconnoissoitalorspour sa Souveraine
,
afin de la rendre au
bord de la Mer, laissant Cupidon
marcher seulsuivy des Graces
qu'ilacoûtume depreceder.
Aumomentqu'ils furent sur le
rivage, ils aperçeurentunRecher
flotant composé des plii
beaux coquillages de l'Océan
quedouzeChevaux marins traf
noient, chacun ayantun Tritor
quileguidoit. Mercure quiefl
toûjours d'un grand secours a
la Mere d'Amour, la prit fous
les bras, & à la faveur de ses
aisles la transporta jusqu'à un
TrônefaitdeNacrede Perlesj
dans un Antre pratiqué au milieu
deceRocher; & Cupidon
a yantdonné les mainsàdeuxde
ses Soeurs,&averry la troisiéme
de le prendre au mesme endroit
que le prit Psyché quand elle
vou lut l'arrester, s'envola dans
celieu délicieux,oùil prit place
dans un autre Trône a costé de
celuydesaMere. Mercure &
les Graces s'agirent à leurs
pieds.Cemagnifique &. brillant
Ecueil n'estoit pas encor bien
avant en Mer, lors queThétis
portée sur un Dauphin,suivie de
douze Tritons, &d'autant de
Syrenes, qui méloient leurs voix
au son des Cors de leurs Marys,
s'aprocha de cette divine Compagnie.
L'interprete des Dieux
qui se fait honneur de rendre
l'accès facile aupres de Vénus, offritlamainàThétisquientra
dans cette Machine flotance,
tenant entre ses bras une Corbeilletissuëde
Branches de Corail,
& remplie des Perles les
plusfines qui fussent dans son
Empire, dont elle fit presentà
la Souveraine des Coeurs. ChaqueTriton
luy donna une piece
d'Ambre gris d'une grosseur
extraordinaire, & les Syrene
luy offrirent plusieursmorceaux
d'Ambre jaune & d'Ambre
blanc, avec un compliment que
les seuls Poissons pouvoient entendre.
Cette visite faite, la
Déesse desFlots remonta sur son
Dauphin, dontlavitesse ladéroba
bien-tost à leurs yeux;
mais les Tritons & les Syrencs
firentmille plongeons en presence
de Vénus & de l'Amour,
& témoignerent par leurs caressesqueles
feux d'Amourn'estoient
pas incompatibles avec lafroideurdeleur demeure, &:
quelaMern'a point d'habitans
quin'en repententlesatteintes.
Comme l'Amour badine fouvent,
Cupidon s'amusa à joüer
avec ces Perles, dont il choific
les plus grosses, les plus rondes,
& dela plus belle eau, qu'il s'avisa
de percer avec la poinre
d'une de ses Flêches, & détachant
la corde deson Arc, les
enfila ; & pour faire honneur à
son Ouvrage, l'attacha au col
de sa Mere,dont la beauté en
reçeur rant d'éclat, que ce petit
Dieu, Mercure,&lesGraces,la
féliciterent cent fois du lustre
merveilleux que luydonnoitcet
ornement. Cupidonvoyantque
sonbadinage avoit un succés si
heureux, comme ilest dumoins
aussi ingénieux que badin,luy en
! fitencordesBracelets.LeDieu
! de l'Eloquence quiesten possession
de flater agréablement
lesoreilles,choisit deux grosses
Perles faites en poire,que les
Graces attacherent à cellesde
cette Déesse. Ces aimables
Filles à l'exemple de leurMere
n'oublierent pas de s'en parer,
& Vénus leur ordonna de prefenrer
un Collier des mesmes
Perles à Mercure pour en réga-
Jer la Nymphequ'il aimoit,
l'assurant qu'elle luy communiqueroit
une vertu secrette pour
la rencr sensible à sa passion.
pendanr que ces galanteries se
pa ssoient, les Tritons &lesSyrenes
faisoient un concert qui
divertissoit admirablement bien
la divine Troupe, qui se fit rendre
aussi tost à terre, pour remonter
au CiellOÙ Venus paroissantplus
belle que jamais
avec ces Bijouxâux yeux de ses
jalouses Rivales, leur fit venir
l'envie de s'en parer le plus
avantageusement qu'elles pourroient.
Junonne se contenta
pas d'en mertre à son col, à ses
bras,&àsesoreilles.Elleenfit
des tissus à ses cheveux, voulut
que ses habits en fussent brodez,
& s'en fit attacher tant de chaînes,
qu'il faut estre la Déesse
des Richesses pour fournir à une
dépeneaussimagnifique. Mercure
estoit trop envieux, devoir
l'effet de son Collierenchanté,
pour diférer d'en faire presentà
la Nymphe qu'il adoroit' Il
connut bientostaussi par l'heureuse
experience qu'il en fit, que
Vénus estoit de parole, & que
les faveurs qu'il recevoitde l'objetde
son Amour estoient l'accomplissement
de sa promesse.
Comme ce Dieu est celuy de
l'Industrie il fut le premier qui
s'avisa de faire tailler des Perles
d'Ambre jaune, & d'Ambre
blanc, pour en faire des Colliers
qu'ildonnaàsaMaistresse, pour
en faire part aux Nymphes.
qu'elle aimoit. C'est de là que
l'usage s'en estétably en faveur
des Belles qui n'ont pas une petite
obligation à ces riches &
nouveaux ornemens, dont leur
teint reçoit un brillantéclat.
DE BONNECAMP.
REPONSE AUX SIX
Questions proposées.
v I. Aincre ses Ennemis, c'ejlune
gloireextréme;
Mats l'on en merite bienplus,
Lors qu'on sçait se ranger au nombre
des rAilleus;
Car c'estvaincre deuxfois, que se
vaincresoy même.
II.
Attendreunautretempspourse justifier,
QuandThilii en couroux nous enfait
la defence,
Ou bien,sans nous enifuciery
Vouloir avec chaleur prouver nostra
;nnofn'C.:-,
%)lIlIS l'un on fait mieuxvoirsa modératwny
Et dans l'autresapajjion. Ilestpourtantplusseûr d'attendre,
Qu'apresavoircalméle violentcouroux
Qu'ontproduitses transportsjaloux, l'bi/Û soit en état de pouvoir nous
entendre.
III.
Sur la troisiéme Question,
Quipeut-estre n'estpas la moins considérable,
Ilfaudroitconsulter,poursadécision,
Cefameux Transforme'dontnousparle
la Fable.
Mais pour dire monsentiment
Surunsujet où chacun s'intéresse;
.A."Vllnt l'Hymenconclu,lors qu'un
Amdllt s'empresse
Afaire à ce qu'il aime un destin tout
charmant,
Ie youdroit estre la Maifîrefp;
Aîaii 1»grandmot estatdit unefors,
leferai1* le Mary, s'il estoit ellmoa choix.
IV.
Combiendefois Voit-OH dans lejiecle
où MOUSsommes,
Succedetla haine à l'amour?
Jliyter,&haiir tour-à-tour,
C'estle destin commun desHommes,
Et mesme on haitplusfortement
1Plus pour ce qu'on aimal'on eut d'attachement.
V.
Vn coeur indiférent, qui faitgloire de
l'estre,
Se déclarantd'abordennemy de
L'Ameu",
JQui ne croira quepour s'enrendre
maistre,
Ilnef,iilt--, plus de détour,
Q£iL n'enfaut pourse fairejour
1)ans un coeur où déja la tendresse a
sçeu ttaiftre?
Cependantsides deux lefoible est ¡j(,
connu,
L'on peut dire avecassurance,
4£uen matiere de refft,¡ncc,
Le coeur indiferent cede au coeurprévenu
; Carl'Amour n'adans l*unqwà combatre
laGloire;
Mais das l'autre,ilfaut touràtour
Si l'on veut remporter une entiere
yi£foirey
Combatre la Gloire&VAmour,
VI.
Aminttrdhy desa Maistresse,
A luy rendre des foins ne doitplus
s'obstiner;
Tourn:lapasabandonner,
Jlluyfaudroit a"voir un grandfond
detendresse.
Mlli¿sid'uIIlI-Urre Objet le mérite
charmant
Demande que fin coeur denouveause
soûmette
Par un secondengagement, Jlpeut bien réparés la perte epuil a
faite,
Sj^and'l le féroitseulement
Poursevanger de sa Coquette
Jdait lepoint de la Que[lion
Est de sçavoir sicette passon
Pourroit égalerlapremiere.
TouryuoynontJiVejprit^lagrâce,&
la beauté,
Le mérite,& la qualité,
guifèroient naijtre la derniere,
Demandent cette égalité?
Ces Réponsessont de la Lorraine
Espagnolete. Ce quevous avez déja
veu d'elle VOUA a fait connoiflre la
délicatesse de son Esprit. rossi ne
douterez point qu'elle ne l'ait infiniment
pénétranty après ce 'fIlej'ay
aujourd'huyàvous en dire. Vous
m'avez, mandé que la Lettre en
Chifres du dernier Extraordinaire
paroissoitinexplicable à tous vos
Amis.Beaucoup de Personnesqui
m'en ont écrit, ont renoncé à la déchifrer>
&cequiestéchapéaux lumieres
desplus éclairez, n'a eu rien
d'obscur pourlaDame dontje vous
parle. Elle merite d'autantplus que
voua partagiez,l'admiration que
j'ay pour elle,qu'elle ejllafeule qui
ait pu venir à bout de trouver lesens
de cette Lettre. Voicy ce qu'elle m'en
écrit de Madrid.
L'AmourJnter:fP' riefiantfa*de mon
goust,
Jfoftrc'BtUetcbifrémaprefque mise
à bout,
Lors qu'en le aÚbiftllnt ilm'aforcée
à dire
Ce que vous aileçlire.
Aimer sans récompense est une
étrange affaire, & on n'est jamais
blâmé de personne d'estreinteressé
en matiere d'amour. L'interest regne
parmy ceux qui aiment.
Cette etrange maxime en matiere d'a- -
, mour,
Efl put-estre de mise auprès d'une
Coquete;
MdM lors que l'interest marque une
ame malfaite,
On nefaitjamaù biensa cour
A. la Lorraine ëfpagnolctc.
Il nefitjfit pas de vous envoyer
les Paroles qui composent cette Lettre
en chifres,ilfaut vous apprendre
de quelle maniere on en pouvoit
trouver l'explication.Vous vous
fouviendrezs'il vous plaist, quen
vous envoyant ce chifre, je vous
marquay qu'il estoit forméd'un
Alphabetfixe, & que chaque lettre
avoitsa marqueparticulièrepar laquelle
elle pouvoit estre connue; car si onseservoit de quinze ou vingt
chifres diférenspour chaque lettre,
dont les deux Personnes qui s'écriroient
auroient seulement la clef
chacune des deux auroit besoind'un
trop long temps pour lire & pour
écrire, puis qu'il faudroit qu'elles
consultassent leur Alphabetsur chaque
mot, cfiant impossibledesesouvenir
de toutes les lettres dont on
seroit convenu, sans avoir recours
à cet Alphabet. M1 de Lange de
Montmirala épargné cette peine à
ceux quTje voudrontservir de ce-
IUJ-cy, en donnant um marque certaine
à chaque lettre. Lesecretn'en
cfi autre que de marquerpar le chifre
le rang que les lettrestiennent dans
l'Alphabet. La lettre A qui en estla
première,simarquepar r,lalettre B
par 2, & ainsijusqu'à 23,qui est le
nombre de nos lettres. Il ne s'agit
que de distinguer le chifre qui dois
servir, d'avecceluy quiest inutile.
Tous les Chifres uniquesjcparez des
autres par unpointfontdesNulles,
-&ne marquentaucune lettre. On ne
s'en sertquepour rendre le déchifrementplus
difficile. Dans les lettres
composées de deux Chifres, le dernier
marque le nombre, & celuy qui
leprécédé estinutile.Ainssi21Jîguifie
unAyjp un I, qui estla neuvième
lettre de l'Alphabet;4s un E, qui
en estla cinquiéinepour la dixiéme,
qui est un K, &qu'on employe
rarement en nostre Langue, on
la doit marquerpardeux zero (0 o.)
Dans les lettres où ily a trois Chifres,
il nefaut avoirégard qu'aupremier
qui marque le nombre dans l'ordre
de l'Alphabet, les deux autres ne
fermant de rien; mais il a cela de
particulier, que pour trouver la lettre,
ilfaut toujours adjoûterle nombre
de dix à cepremierchifre.
Ainsi
235 vaut la lettre M, parce qu'adjoûtantle
nombre de dix au chifre 2,
qui estle premier de ces trois, vous
trouverez,12,&que la lettre M est
la douzième lettre de l'.Alphaba.i
La mesme chose de 789, pour marquer
la lettre R
,
qui estladix-septiéme
de l'Alphabet, parce que le
nombre de dix adjoûté au Chifre 7,
qui est aussi le premier des trois,
fait IJY &aïnifdes autres. La lettreVestmarquée
par tous les Chifres
où il y a un zero,foitqu'ily ait
deux, troisy ou quatre chiftes. La
raison efiqu'ellese trouve la vingtième
de l'Alphabet, & qu'on ne
peut marquer 20 en Chifressans un
zéro. Il ne reste plut qu'à vous donner
des marques qui vous puissent
faire connoistre les lettres X, T, 7
quifont 1,1 vingt-unièmey la vingtdeuxième,
& la vingt-troisième lettres
de l'Alphabet. Ellesfont marquées
par quatre Chiffes, dont le
second & le quatrième dénotent le
rangque ces lettrestiennent das l'Alphabet.
3242 tientlaplace dela lettreY
&92S1 celle de la lettre X,
parce qu'en prenant le second & le
quatrième chifre des quatre premiersvous
trouverez, 22, &que la
lettre & estlavingt-deuxième lettre
de l'Alphabet., comme la lettre y en
estlavingt&uniéme, &qu'enprenant
aussi lesecond & le quatrième
Chifre de 9281, vous trouverez, que
les deuxfont21. Par ces réglésvota
n'avez, point de peine avoir que les
cinq premiers chifres de la lettre
employée dans le dernier Extraordi.
que de VerdunMr deScigneley
Secrétaire d'Etat, Mrd-e Co, utance,
Tresorier de la Sainte chapelle de
Paris; MrleDucdeVilltroy,Licwtenant
General des Armées de Sa
Majestél'ElecteurdeSaxe; Mrde
Hltr, Procureur General ïvfde
Gmlis, Lieutenant General des Armées
; Mr le Comte d'Etrées, Vice-
Amiral de France MxdeLouvoisj
Secretaire d'Etat; Mr l'Archevesque
deBordeauxi MrleDucdeS.Aignon,
Gentilhommedelachambrei
le RoydePologne,Mrl'Evesque
d'Auxerrei Mrl'Archivesqued'Amhrm
i Mr le Baron des. Pierredu
MontiM1dëjTilladeT,Lieutenant
General des ArméesMrdeTillards
Evesque de Masson; M1 leDucde
Ric Frormnticres.-
Evesque d'AireMe le Marerchal
on confondequelqucfois ces deux
fortes de Cadrans, il y àpourtant
cette diférence entre k Cadran Horisontal
& les autres Cadrans au
Soleil, que le fumier est propre à
estre transporté par tout; qu'estant
posé,iln'y apointde lieux ou ilne
puiJlè sèrvir,&qu'il marquetoutes
les heures que leSoleilfournit ayant
unefoisson flile au Nort, au lieu que
les autres ne marquentque d'un costé,
&feulement une partie du cours du
Soleil. Le Plan du Cadran Horisontal
est parallèle à l Horison, au,
Vertical,& au Méridien. Vn Plan
Horisontal, estce que les Ouvriers
appelant un Plan a niveau. La
Nouvelle Methode pour apprendre à
tracer les CadransSolairesfitr toutes
fertes desurfaces planes, quisevend
chez,leSieur Michalet dans la Rue
-S.lacq,,irs, vous éclairciradavantage.
le vous Venvoyeray au premier
jour.
Avant que de finir l'Article du
Chifre, ilfautqueje vous ftffi part
'yJune Nouveauté qui a fait donner
beaucoup de loüanges à Mr Chaudel
Conseiller à Troyes, qui l'atrouvée.
C'est un Recit de BaJlè que je vous
ay envoyé depuis quelques mois. Il
l'a noté en Chifresur la mesme mesure;
mais avant que de vous lefaire
voir, il faut vous expliquer toutes
les marques dontils'estservy, afin
quelles n'ayentplusrien qui vous
embarasse.
Les Chifres I, 2, S9 7,
valent autant que ut, re, mi, sa,
fol, la, si, comme il est plusamplement
remarqué dans la Nouvelle
Découverte du Plein-Chantqu'on a
imprimée icy. Il y observetrois
Octaves,• la première est marquée
avec desvirgules à chaquechifre;
lafecondeyJImpUmem> latroisiéme,
avec despoints. Les valeurs sont,
a, b, cd,e,ff. L'(a) vaut le quart
Il'ttn temps,ou la jèiziéme partie
d'unemesure. Le (b) vautundemytemps,
ou la huitième partie d'une
mesure. Le (c) vaut un temps, ou le
quartd'unemesure. Le(d) vaut
une demiemesure. L'(e) vaut une
mesure.Lepoint (.) immédiatement
apres ces valeurs, vaut la moitié de
la valeurprecédente
, ou autant que
le point quarré(*) de l'ancienne
Musique, La double (ff) vaut une
mesurefinale. Vue Etoile (*) marque
le frédon. Vne Croix ~(t ) le
demy-frédon. L'apostrophe (')fait.
ce quefaisoitle (b) mot de la Musique.
Lepointadmiratif(!) marque lesoûpir d'un (c)c'est à dire d'un
quart de mesure,ou d'un temps. Le
point interrogatif (?) vaut lesoûpir
d'un (b) c'est à dire d'un demytemps.
Le point & la virgule (;)
dénote lesoupir d'un (a) c'est à dire
d'un quart de temps. Lapremiere
répétitionestmarquée parune (R:)
avec deux points; &la fécondé repétition,
ouplutostle commencement
delaseconderepétition,parune (R.)
avec un point. La separation des
mesures a pour marque une (-) division.
Le ~() signifie la COlttinuation
de plusieurs tons sur une
mesmesyllabe. On met toujours une
cdoinrdeuleitestaruociosmtomnesnqceumiednot,mc'ienesntt à
le plus.
Apres ces avis, comme vouspossedezparafaitement
la MftjiqUC, je
croy que vousn'aurez, pas depeine à
trouver le chantdu Récit quisuit.
RECIT DE BASSE,
NOTE'EN CHIFRES.
73$'• c7 d7-c.4., C.7, bi-
~-~~-~t A-mM, puis que $,"-
d'2 CI C7,- d4 cy*c6-cj d.-+-!
chusnous*f-sembleen ce jour,
c2. ci. b7*d6 c7 c6- d5c4 c3-
cbajpms, "htl./ftns /'11- mou-reu-se fod4
d4- R:- R.! cI 2. b-(.+
li - e : Amis. Bu- vons, bu-vons,
b5 d6-c4 c.5 h6-d.7r<>-c*î,
¡'¡¿-..,ons, ceji le moyen de pascI.
C.7b6-d5 <^4-i cI c.7, bIser
nô-tre vi - c5 sans être dîc2
b$d4f-\rj c6c5 -c6 c7*c6
su - jet -IH- aux rigueurs del'amour;
d'2. c'2 c'2c.6b7-c.6b5 "+-".
un bon Bu veur ne doitpas craindre
c3-d'2 c.I 67,-"+ c7 c\.-d\. cI.
le foi-ble pou-voir de ce Dieu, de
l-j*-d6 c7 c6-d'$d^-d\ c5 c6fce
Dieu,plus l'amour al - LII - me son
IlJc.6 b5 - d4 c. 3 b'i -dI c'2 C 3
fu^plusil doit,plusil doitboi•rc
e+ c3 d4 ff7, *7ï--"cipour
l'estein-dre. dre. sans.
Je ne vous parlay point dans ma
Lettre ordinaire du dernier Mois,
des Divertissemens que la Cour de
Savoye avoir eus dans le Carnaval,
parce quejen'en estoispas encorassez
bien infirmé CetteCour estant IIUfft
galanteque mag/ûfquc, j'estois perfitadéquej'attrots
beaucoup de choses
à vous en dire. le n'ay point esté
trompé,&commevousm'avez, toujours
faitparnistre beaucoup de curiositédesçavoir
toutce quis'ypaj]e>
je croirots vous donner lieu de vous
plaindre,sije diférois à vous faire
part de ce qui m'en a esté écrit depuis
peu. le vous diray donc que le dernier
Dimanche du Carnaval,MadameRoyate
donna un grand Bal,
onlesAmbassadeursfurent conviez
Ce Balfut agréablement interrompu
par uneMascarade dont Monsicur le
Duc deSavoye voulut régaler Madame
Royale. En voicy un Récit
sidelie.
MASCARADE
!,Q:<o¡¡,4:'COUR
LADE SA—VOYE. Es Airs deDance ayant
cessé tout d'un coup, ont
entendit un grand Prélude de:
plusieurs innstrumens diférens,
quien surprenant toute i'AIIem—
blée,luy fit garder un fort grandi
silence. Tous ces Instrumens
s'estant menez formierent une.
symphonie tres-agreable, &CI
pendant que l'oreille y estoie:
arrachée,on vit sortir de l'A parrementde
S. A. R. quirépoD:':
doit dans la Salle du Bal, une
Egyptienne d'un ajustement
magnifique. Elle estoit represensée
par la Signora Cecilia.
C'est une Musicienne dont la
voix estadmirable, & extraordinaire.
Ellel'a tendre &douce
quand elle veut, & extrême,
ment forte pour une Fille,
quand il est befoir* qu"jelle.la
pousse. Elle s'avança de fort
bonne grâce jusqu'aupres du
Marchepied oùestoit Madame
Royale, &chanta les Paroles
qui suivent du ton récitatif.
Ellessont sans rimes, comme
tous les RécitatifsItaliens.
Dà lafup:rha Mensi,
Ove ilsuolosecondo
Di Tiramidi eccelse
F411110 l*Etr* aferirmoltfaftofev
Perl'ondeprocellose
7)el Tirrenospumante,
yoiLietd, men\e»ni ógran"Kegnante.
Qui mi trajjcU fama.
ChedellEgitioRegn)
UTelle contrade *<iujte
Sparse del "voftro nome
Alto ribombo,
E consublimi Canti
Spargeitdo i yojtri vanti,
Coll aurea trtm.6a un di ,
Sulesponde de nil Catòcosì.
La Chansonsuivante fiJcceda-1
auRecitarif.Ellefaitconnoistre
ce que la Renommée publie
dans tout le Monde à la gloire
de Madame Royale. L'Air en
estoïtgay, & les deux Couplets
furent separez par une tresbelle
Ritournelle que joüerent
ousles Violons.
-
Real Zonnlt ilsecol doro
Su la "Vorasiorirsà.
Son suegioit) esuotesoro
Lagrandezza e la bontà.
V(ellt Donna ilsecol doro.
Su la Dorafiorirfa*.
:." VxJ ')i"
Ite, Topoli ftrant'eri, ": ,\,).,
A yedir IÍII' jilfi il-Sol;
Cb'io del mondo a i yaffi Imperi
Lesucgloriecantoavol.
Jte,Topoltstranieri, .:'A"ì
A yederdtUrAlj>tilSol.
IJ",' •• A pres que la mesme Egyptienne
eut chanté cet Air, elle
recommença le Recitatif, dont
une Ritournelle separa tous les
Couplets. Le premier préparait
Madame Royale à la veu£ des
cinq autres Egyptiennes qui devoient
paroistre;& ceux qui le
suivent marquoienr que S.A- R.
estoit l'une d'elles.Voicy les
Paroles du second Récitatif,
AUettate dalgrido
Delvostroaugusto mertor
Dalle piagge Affricane
Afeco nobil desio
Trafe cinque T)on^eUet
eggiadrijjlme e belle;
Ermini" lagentile,
Rossane la leggiadra,
Sofonisbe l'ardita,
E Campaspre lafcaltra:y
Ttttte di cbiaro flngllcoy,
Accorte, frente e destre,
E nell' arte indoyin*
Alte maefire.
Ma tra quefie 2afirrae*
rillsi diJuayirtii
Mostra pomj?osay
QualesailS&l
Trale minute stelle.
Come Yaga 2aftrr*y
Come bella risplende,
Come i stoi tratti grandi
La palesano ogn'bor
NII!II a i commandi
Il maestoso sguardo
La belta dèlsembiante
La áicbillran regnante;
In questa Zingaretta
Scorgo impressi esegnati
Del tojtro corigenerasi tratti
Dell'vostr Animo augusto
La gravdeT^a spirante,
Infin rattttfb in ejpf
Tuttociò che di BelLuce in "yoijf*Jp»y
IfelT augurar altrui
Le felici attventure
2Vbu errailsuoprefaggtoi
Ani imitando aneh' essa Igenerosi spirits
Che nutrite nel £orey
Magnanima Soyrana,
Siben delP,./z:rpoffinle I'arte*
Ch*inaugurando i bvni
Il ben comj>4fte.
TaleinsommaeZafirra
Chesedistintamente
ossir"PlII11Ilo isuoi tratti
L'occhio e la mente
A lei"intOfno, giro,
Voi tutta in e./F',
Ed ejpt in voi rimiro.
L'Egyptienne se tourna vers lesDames de la Cour, ôcleut
adressa ces Vers.
Stelle lucenti e belle,
Che qui cTintornoassise
Inquest' aula real liete briUate^
Solecite "vegliate,
Che cpte/le Zingarette
Son ladresiperfette,
Chefprez^andoI*argento,
E le prede mi1lori,
.A..,e{x.e fbnfblarubbar i Corl.
L'Air qui fuir sur chanteaprès
ce secondRécitatif.
23rune Figlie delSol,
Vscite dunyue, ufctte.
Digit},la notte à vol
Dallegrotte romite
Sparse dolcesopor.
7)illI grotte romite
Vscite dunque, sIstit.
Suegliato Solo amor
Vibrandoildardosier,
Non dorme nò , non dorme ilcrude
-- Artier.
Il y euticy une Ritournelle,
pendantlaquelle les cinq Egyptiennes
forrirent du mesme endroit
d'où estoit sortie la premiere
qui avoit chanté. Elles
occuperent le milieu dela Salle
pour commencer le Ballet, &
comme il yenavoit une qui paroissoit
avoir de grands avantages,
cette premiere chantales
deux Vers suivans aux quatre
autres qui l'accompagnoienr.
Seguite liete l'ørm di 2Aßrrtlt immortale,
Che non conosce errori unpié reale.
Ces deux derniers Vers
n'auronil
rien d'obscur pour voit*,quandjd
vous auray dit que Son Altessè
Royale estoit lapremiere de
ces cin
Egyptiennes. Les quatre autres ell
toient Mrle Princed'Ostfrise, Comt
d'Embden, qui s'attache depuispluÀ
dTnn an àfaire la cour à ce jeuveè
Souverain; Mr le Marquis dePaÀ
lavicin, dont la Maison est a/
illustre qu'ancienne Mr le Comtes
deVerruë, Neveu de Mr Abbêi
Scaglia, Ambassadeur de Savoye
cm
France. Cejeune Seigneurn\fipas
~lementconsidérable par sa naisnce,
par le mérite de ceux qui
~st porté qui portent encor auurd'huy
son nom,mais aussi par
y-mesme, tout ce qu'ilfait estant
f dcJfus deson âge. La cinquième
gyptienne estoit representée par
le ComtedeChalan, Marquis de
noncourt, de la noble ancienne
aison de Lcnoncourt en Lorraine.
Il ne se peut rien voir de plus
reablement varié que lefurent
tir, les pas, & lafigure de cette
ntrée. Elle fut executée avec une
ifl-cJlè admirable,
quoy que le plus
gé de ces illnjhrcs jeunes Danrs
n'eustpas encor quatorze ans.
ur legeretésurprit tout le monde.
accompagnoient leurspas,tanst
du bruit de cinq Tambours de
b</que, &tântotf de celtry des Castagnetes;
maisquelque agrémen
qu'ilseussent tous, il est certain qa
S. A. R. en parut le Maistre de tou
tes manieras. Rien n'estoit plu* Yi: che,plusgalant,~plm magnifiqtk
que leurs Habits. MadameRoyas
qui s'attendoit à une Entrée
Bilet, mais qui ne s'estoitpointsa
rendrecompte de cc qu'on avoitpro
parépour luy donner de l'éclat, sa
si charmée de voirfin auguste Fia
s'acquitterpourlapremierefoisave
tant degraced'une galanterie a
cette nature, que les transports tjH'j
elleensentitparurentsursonvisage
s'expliquerent après le Baletp~
mille carressesqu'elle fit à cejeu
Prince. Madame la Princesse ne là
moigna pas moins de joye de tout
qu'elle avoitveu. VoicydiversMa~
driganx quifurentfaits pour est
lïftiribucz, à quelques Dames de la
Courpendantcette Mascarade,dont
n donna encor le div(ytiffimeiJt à
Madame Royale le dernierjour du
Carnaval LENvoyant
des Bgyftient,
VousÇcrû d'abord comme tiftje
chosesûre,
Qu'apres quelques doux entretiens
Ils yous diroientvostre botteayantufe:
Maisyou* quifaroijftxjtfeusensible
à tout, ?tquipourL'ayanturcaye^ tantde
dégoût
Çroyc^-youstjuayomfatkfaire
ces Trophetesgalans deplein grés'offriront
?
TVon, contre >osfroideurs ils ont trop
de colere:
ÏD'un*bonne ayantureoffrez-leur la
matiere,
€tpourlors ils yous Ils diront.
ii Our
autoriser voifîerie^
,¡TO"fça^e^ydites-youa} leprix de
ieautex,
Etyue leurs plu* grands coupsn'ont
rien de redoutable.
Dans cesfauxsèntimens, Tris, devos
beauxjours
Vota!tltffi'{ l'insensible cours,
Sans fçayoir ce file c'est cjùun momen
agréable,- j
Et tous les traitsperçans d'une tend)
amitié,
TOIJ c* qui rend un Amxtmiferdbteàl
Taj,lé chez ->ouspour une Fable.
EnY.-rité-vous mefaitespitié,
utforce d"efire impitoyable.
III: j
7>is,fefuis "e..,o/lre Jentimtnt; ilfautpenser bien seriuesement
A cette COntlNe/fe nouvelle
'Qui"vous offredesyceuxftpleins il'eflN,
prejjemettt.
Pne Affairede cour, un tendre engaugemnent,
jeu de hagateIle;
Pour en rendrelasuite AIJfi douce que
belle,
Tout dépend du commencement.
Teigne\doncdeftrcencorfere,ingrate,
inflexible;
IPourattacher un cerllr, c'e(tleplusfeâr
détourj
JEtplusvousparoiflre^ à l'amour in.
fenjtble,
TlusVojlre Amantfera sensible à son
amour.
MilÑ s'ils'impatiente, et*"Veutbrijèr
ses chaînes,
Tarquelques doux regards ranimeç
En attendant lessolidesplaisîrs Jetdejtrs,
~Xôt Vous deVe^, De ces heureux momens les régiesfont
certaines,
SdgeZ-J bien, le teps des Vainsfoâpiri
N*eflimitéauà troissèmaines.
vOustousplaigne^ obligeament
guAkandre tous toit rarementy
Wdù cefi de tos yeuxfiNis que tous
defte\tousplaindre
Ala retraite ils ontsceu le cotraindtej
Leur e'dat estsifoudroyant
kur tous leurs coupsftntJt ces coups
J craindre,
Qu'onnepeutparer fV't.Vfuydnt. V v. vOusditesquelaMérité
Ëfi de tous "PDS discours la compagne
fidelle
et qu'unFait important comme une
bagatelle,
JEfi déclarépar tous Otecsincerité.
le le croy: mais enfinpourplusde(t
titude,
Souffre^qu'unpeudepajjion
Jîajfe dans tofire coeur la douce, itit--
pression
D'unean&ureuifinquiétude*
Apres,Jtd'unregardou tendre, ou
plein defeuy
YOIIS confirmez le libre dyeu
Que de "ïossentimens mefera, vostre
bouche,
.Welle Aminte, jt"tous croiray,
carc'estla la pierre de touche
Oùl'on connoit sa"ooe-Femme dittray*
VI. S Voustiye^dans
la retraiter
Lesjeunesgloserontsur. yoÊjlrrce aauufjîtee».
rité:
Sicejtdans l'enjoûmentd'une ame /túfiju
Les "riei/ks blâmeront dYeC témérité
JSojlre innocente libériii
etvous appellerontCoquette.
Cloris, le mondeejlfaitainsy,
La Censure danstoutprendunpiquant^
fbucyi
Mais quoy que laCensuregrondé,
.r1J;"-.toujours les douxpanchans
Desplarf'trs quipourV9//Îferont les
plus touchans,
et moquez-Vousdeceque dit te monde,
G.
Ces quatre autres Madrigaux ont
efiéfaits aujjipour estre donnez, dans Itmrme Mafiarade. Ils sontde
MJ;si'.AttnJ".
v I. Ostre Amant irritédere loirun
7(iVal,
ChercheauprèsdeThilù un remede À
sapeine;
Maisfin dttentefera "vaine,
Le remede rieftpas arexfprtpour
lemal.
v 11. Nde yos cent Amans lofde "foffre
tiedeur,
Vous"veut osterson caettr:
La perte d'un Amant ejl toujours
chagrinante.
yofirepouvoirsur lit) Veut-issemaintenir?
Ild l'amereconnoiJptntey
La honte d'eflre ingrat pourroit le
v retenir. III. OfireAmantfànge^-yyVeutfuiVre
d'autres Loix.
Celle dont ilfait choixy
Sans-doute rieftpasficharmanta
Mais legoustdusiecle estgasse'.
IBeUe Irisy unpeuplus de douceur complaisante
Fait excuser unpeu moins de beauté.
v IV. ous ne cherchez(dit-on)quel*
gloire certaine
De mettre tousles tzrurs, Iris, dans
Vojlrechaîne.
MaisJi certain"Berger Vous nommoit
sonVainqueur,
le vous Voydtj'fiofe'e à croire,
gue mille Amans quiflatent nostre
goire
N'en sçauroientValoir un quilfatt
.ijoflre-exur.
REPONSE AUX
six Questions.
I. BAttreses Snnemù, estre toujours
Vainqueur,
Çouyreunïfe'rosdegloirele comble
d'honneur;
MatsgagnerunCombat,~crforcer une
Fille, >
N'efontpas des Faits inoiiisi
Triompher dtJoy-mesme est chose moins
faciley
Et naparticntquauGradLOVTSl
LOrs quemajalousè Mllftr
Tourquelque regarddétourné^
Fait injujfement laViableJJe,
Je n'enfuispatpins Itolllll..
Vajfefte un tranquilefilcnce,
Etfondésurmoninnocence,
l'attens defin dépittdeeable retour,
Maisquandla Paix estrétablie,
lepestecontresafolie,
s£tjefais le DiIaIbIle. à mon tour. Oit dans le Celibat, soitdam le
Mariage,
Homme crfemmeaJbnavantage,
Etpour enparlerfranc, j'ignorequi
des deux
Doitse croireleplus heureux.
En unpointseulementjescay bienqui
l'emporte;
ZupiterCIunon,surunsemblable cas,
ConsulterentTirésias,
C'està tt/Y quejem'en rapoorrttee..
LOrsquuneIaveugle
pajjîon
A mis,sans aucun choix, tleNI coeurs
diintelligencei
T>és qu'on est revenude laprévention*
lepardonne l'indiference.
Mais décktrer/Aguerre à qui nousa
charmé,
C'est,àmosen,un coup bien temérdire,-
Oublierfèulemet ce qu'on a bien aime\
ej1*Jfe\difficileàfaire.
L V. Infenfbilite' nous causè tant de.
peine,
gue le triomphe estgrand de Vaincre
une Inhumaine,
A quisanslafléchird'autresontfait
lacour.
Jvîaùcomme tostou tard un coeur est
prispourdupe,
CbajJèr unfierTÇfvald'un Toste qu'il
occupe,
C'estleplus beau Laurier qui nous
donne Amour.
A VI. Trèsavoir juréde rieftreplus
Amant,
Apresavoirsouffert unsensible toutmen
nt,
Tour sejtreyeutraby d'une LiCdllté
yolage-,
Nom confierons en "vain noflre Ame a
lafroideur,
On craintpeudupajïé lefîtneftepréflt;
Ledouxpanchant d'aimer l'emporte
dans un coeur, Et l'exemple en amourne le rendpas
plussage.
DE MERVILLE, Controlleur
des Gabelles de France à
Thiers en Auvergne.
Les quatre Lettres qui suivent
sontde Mr Brossard deMontaney,
Consciller au Tréftdial de Bourg en
Bresse. Vous les trouverez, pleines
de Recherchesfortcurieusessurl'Origine
de la Peinture. le ne vont en
dis rien davantage, pour ne point
retarder le plaisïr que cette leffure
vous donnera.
LETTRE L
D~/'f.wf~~ de la Peinture,
------- -- -- - vOus ouvrez,Monsieur,
uneample carriereà rouj
te lorte dEiprits, parle grand
nombre de diférenres macieres
que vous proposez dans vostre,
dernier Extraordinaire. Pourj
moyquiaytoujourseù une fore
grande passîon pour la Peinture,!
je prens les Recherches de fW
originel de son érabliÍfemenc.
pourmon partage. Unfameux3
Sophiste la nomme l'Art des
Sçavans Hommes,& ilmefem- ]
bleque c'est avec beaucoup de
tUfiice. Nous voyons en essec
qu'elleembraiïe toutes chofey,,
Icque rien n'est au dessus de la
ponnoifîance des habiles Pein--
rres. Je trouve encor que ce
mesme Autheurencheriflant*
sur cette pensée, ne parle point
ivcc trop d'exagération, lors
qu'ildiequelâ Peinture tirefoa
origine du Ciel, Se qu'elleeft
lel'invention des Dieux, puisqu'elle
paroist avoir quelque
chosede divine qu'ellesemble'
estre au dessus de l'esprit des
Hommes.C'est sans doute dans
tette veuë que les Poëtes nous
parlentdece feucelestequedéoba
Promethée pour animer
Homme,&ils nenous ont pronosecette
Fable que comme un
symbole de cet Art merveilleux,
quidonantl'ameàla toile Se au
couleurs, difpure en quelqu
maniere avec la Nature, & s'&
tribuë quelque chose du poc
voirdesDieux. LesAdorateur
quelaPeinturea eus parmy Il
Peuples les plus raisonnable'
justifient encor cette pensés
Les Rhodiens ont bâty un Ten
pleàun de leurs Peintres.
Grece & l'Italie ont élevé d
Staruës à ceux qui sefontdisti
guezpardesOuvragesconlidol
rables, & cesmesmes Ouvrage
ont esté regardez comme d
productionsémerveilleufes q
ne pouvoient estre sujetes à au,
cuneestimation. C'estdanso
sentimentque Polignoteàqui.
Peintureest siredevable, refut
toutes les récompenses que
iolProienc les Athéniens pour
[leuravoir peine une Galerie. Il
crût qu'on ne pouvoit luy donner
un prix qui ne fût au dessous
de son travail, & les Am-
Iphiébonsiè virent obligez pour
S'acquiter envers luy, de luy
décerner des honneurs extraordinaires,
& d'ordonner qu'il seroit
reçeuauxdépens duPublic
dans toutes les Villes de la
Grece;ce qu'ilsn'accordoient
qu'à ceux qui par des actions
éclaranres,avoient contribué
au salut de leur Patrie. Zeuxis
qui a si bien réüssy a imiter la
Nature, crût demesme qu'il ne
pouvoir fixer la valeur de ses
Ouvragessansles ravaler,&ce
fut ce qui l'obligea d'en faire
des presens, n'estimant pas que;
personne fust en état de les luyj
pa yer, Si la Peinture n'a pas
toûjours esté estimée jusqu'à:
cet excès, il est du moins certain
qu'ellea esteconsiderée dans
tous les temps partoutce qu'il y,
aeu de grands Hommes.Moïse;
Seneque,& Mahomet,ont peutestre
esté ses seuls ennemis On
peut mesme dire à l'égard dU.j
premier, qu'il ne l'a condamnée;
que pour oster aux Israëlites,
qu'il connoissoit portez àl'idolatrie,
toutes.lesoccasionsdattribueràdesDivinitez
chimed-..
ques, ce qu'ils devoientuniquement
au vray. Dieu., Seneque;
au contraireablâmé la Peinture
par un pur caprice, c'est à dire
par cet esprit de Morale épié4
neuse&sauvage,dont ce farouchePhilosophe
fait un si grand
faste dans tous ses écrits, ceux;
quil'ont précédé dans l'étude,,
&dansla recherché de la sagesse,
ayant esté beaucoup
moins austeres, ou pour mieux,
dire,moins capricieux, veu que
Socrate,& Platon mesme,ont
fait cas de la Peinture,jusqu'à
luy donner, une partie de leur
application. Enfin pourcequi
concerne Mahomet,lesextrava
gantes resveries dont il a retn:,
ply ses Loix & son Alcoran,,
font assez voir la bizarrerie de
ses sentimens; & bien qu'il semblè
àcet égard s'appuyer surles
raisonsdu Legislateur Hebreu,.,
cependantce méchant Copiste
d'unOriginal admiraable,a plûtost
condamnéles Images par.
une précaution superstitieuse&:
chimérique, ou par une fuite de
la fausse prudence des Iconoclasses,
que par un veritable motif
de Religion, & par un zele
jaloux du culte de Dieu.
Les Peintres peuvent d'ail.
leurs opposeràce petit nombre
d'ennemis, une foule des premiers
Hommes de tous les Siecles.
Les Roys&lesHérosde
l'Antiquité,ont fait leur occu.
pationde la Peinture. Elles'est
confervé cet avantage dans ces
derniers temps. Le feu Roy
Loüis XIII. a pris plaisir à s'y
appliquer dans les momens de
relâche que luy ont donné les
Armes; & malgré toutes les
défnces de la Loy des Turcs,
un des plus grands Princesdu
fang Othoman
, a trouvé des
charmes à peindre luy mesme,
& ilaménage des heures pour
cet employ parmy toutes les
occupations que luy donnoit
son ambition démesurée.
Mais la Peinture fut-elle jamais
dans une aussi haute considération
qu'elle est aujour.
d'huy? Le plus grand Roy de la
Terre la regarde favorablenlenr.
Il n'a pû l'oublier au
milieu deces Employs glorieux
qui l'ont élevé au dessus de tous
les Conquérans. Il l'aavantageusement
établie dans la premièreVilledu
Monde.Il travaille
luy
-
mesme à la gloire & à la
fortune de ceux qui s'attachent
à elle, &: par des récompenses
considérablesillespousseàégater,
& mesme à surpasser,s'ilse
peur,tous les Ouvragesde l'An.
tiquité;aussi Ces foins ne fbnt.il~
pas inutiles.. Les illustresAcadémiciens
dontce grand Prince
a bien voulu se déclarer le Pro..!
tecteur, ne font rien qui ne soit
finy, & quin'attire les yeux &
l'admiration de toute
l'Europe;
& cesTableauxanciensdonton
a donné autrefois des fommesi
immenses, n'avoient peutestre
aucun avantage sur ce qui part
des mainsde ces admirablesOu
vriers.
• C'est encor ce prix excessif
dont on a payé quelques Tableaux
dansles Siecles passez
qui fait voir combienla Peintureestoitalorsestimée..
Attale, Roy de Pergame, , qui
qui institua le Peuple Romain
heritierde son Royaume, offrit
deux cens soixantemille livres
d'unTableaud'Aristides. Mummius
apres la conquestede l'Achaye,
& la ruine deCorinthe,
cette Mere de tant de bons
Peintres,en fitexposer les depoüillés
& le butin à l'encan, &
ce fut parmy ce butin que se
trouva le Tableau d'Aristides,
qu'Attale voulut payer de cette
sommeexcessive.
Peu apres Jules.César acheta
quatre-vingts talens, c'est à dire
environ vin gt-cinq mille écus,
uneImaged'Ajax &de Medée;
&- longtemps auparavant Candaule
Roy de Lidie,avoit donné
l'or à pleinsboisseaux pour une
representation de la Bataille
des Magnetes, peinte de la
main du Peintre Bularque. Mais:
rienne me surprend àcetégardi
comme le pocedé de Dcmé—
trius. Ce Conquérant qui par
la prise de tant de Villes s'estoit
acquis le nom de Poliorcete, sacrifia
son interest & sa gloire à
sapassion pour la Peinture; car
ses Machines ayant fait ouverturedanslesMuraillesde
Rhodes,
il aima mieux renoncer à
cette Conqueste, & lever le
siege, que de mettre le feu aux
Maisons voisinesde la Breche;
ce qui l'eustinfailliblement rendu
Maistre de la Place.Il fçavoic
que dans une de ces Maisons
dont la Breche tiroit toute sa
défence, il y avoit un Tableau
admirablede ce fameux Protogenes
qui fut concurrent de la
gloire d'Appelle, & il préfera
laconservation de cet Ouvrage
à la prise d'une grande Ville.
LePeintre Etionfutencor,au.
rapport de Lucien, récompense
d'une maniere avantageuse
&: fort singuliere. Il avoir exposé
auxJeux Olympiques une
Peinture de sa façon, oùestoit
representée la Nopeed'Alexandre&
deRoxane. Elleattira
d'abord les yeux de tous les
Spectateurs;mais Proxens Intendant
des Jeux, qui avoit
du discernement, & une grande
passion pourlesballes choses,
en fut si charmé, qu'il offrit sa
FilleàEtion,& le prittfftébve..
ment pour son Gendre,bien
que ce Peintrefustun Etranger
qui n'avoit pour tout avantage
que son habileté dans son Arr.
La Peinture s'esttoujours
maintenue dans cette estime
malgré la révolution des Empires,
& la barbarie des Siecles.
Elle a trouvé toûjours des Protecteurs
& ce qui a ruiné les
autres Arts a contribué à la rendre
plus considérable, & a augmenter
son prix. En effetelle
s'est relevéeapres quelque?. Siecles
de désordre, avec plus d'éclat
qu'elle n'en avoit eu avant
ces années malheureuses. Raphaël,
Michel. Ange, Caravage,
Tempesta, Rubens,& tant d'au. 1
très, se fontappliquez à la rétablir.
Ils ont avantageusement 1
reparé tout ce qu'elle avoit perdu
par la cruauté des temps. Les
Souverains onttravailléàl'envy
àrecueillir ce qui avoir échapé
àla fureur desSiècles, & ils ont
adjoûté à cette recherche les
excellens Ouvrages des- Pein.
tres modernes, avec des foins &
desdépendes considérables. Enfinl'illustreMrle
Brun, qui dans
1 ernploy du celébre Peintre
d'Alexandre, en égale aujourd'huy
la gloire & l'habileté, ne
fait-il pas des Ouvrages qui
tiennent lieu de tout ce que la
négligence des derniers Empereurs,
ou la rage des Barbares, a
fait perdre? Ses Tableaux ont
la délicaresse& la derniere perfectiondes
Anciens, & ilscoûteroient
comm«e eux7 un prix excessif,
s'ils entroient dansJe
commerce, & si cet Appellede
ce Siecle ne travailloit pas
uniquement pour nostre Alexandre.
LETTRE II.
Dupeud'estimequ'ona eu pour la
Peinturedanslespremiers
Siecles. IL est surprenant que la Peinture
ayant eu de si grands
avantages dans la suite des
tCl ps, ait neantmoins esté si
iu"g"igce,'& si peu considerée
dans sa naissance. Elle est en
cela comparable au Nil, donc
le cours n'a point ellé tout àfait
connu pendant plusieurs
siecles, & duquel on a longtemps
ignoré la source, parce
que ses eaux coulant entre des
Montagnes &. des Deserts ste.
riles, ne produisoient aucune
utilité, qu'après avoir traversé
une partie de l'Affrique. Les
premiers Peintres estoient si
grossiers, & leurs Ouvrages si
informes, que les Historiens de
leur temps ne jugerent pas leur
découverte digne de la mémoire
des Hommes, & ne pûrent
croire que l'Inventeur de
la Peinture eust assez mérité
pour occuper un rang dans
l'Histoire. Ce mépris parut
juste pendant plusieurs siecles.
La Peinture demeuroit bornée
dans la pauvreté deson origine.
Elle ne faisoit aucun progrés,
& personne ne travailloit à la
tirer de son indigence. Mais
d'abord qu'elle eut triomph
de ces années de disgrace,
que divers Peintres travaille
rent à l'envy pour l'enrichir
elle se récompensaenpeud'an
nées de tout ce qu'elle avoit
perdu pendant un si logjemps;
- & comme ces Arbres desIndes
dont parle un celebre Voyageur,
qui languissent apres leur
naissance, & demeurent presque
la moitié d'un siecle sans
aucune augmentation, mais qui
ayant enfin attrapé le pointée
leur accroissement, augmentent
comme à veuë d'oeil, &
s'égalent en peu d'années aux plus grands Arbres de la Nature
; ainsi la Peinture ayant
après plusieurs siéclessurmonté
le malheur de sa naissance, arriva
bientost à sa perfection, &;
recevant tous les jours quelques
embellissemens,elle passa presque
sans milieu d'une extréme
indigence à la derniere élévation.
Alors cet Art qu'on avoit
méprisé, se fit par tout des Adorateurs.
On s'empressad'éclaircirson
origine, & de connoistre
son Inventeur; mais cet empressement
luyfutnuisible. Les plus
fameusesVilles de la Grece l'adoptant,
elleeutle destind'Homere,&
sa Patrie & son Pere demeurerent
incertains comme
ceuxduPrince desPoëtesGrecs.
C'est inutilement que divers
Autheursont fouillé dans l'Antiquité.
Ils n'ont pû fedéterminer
& se satisfaire. Pas-un d'eux
ne s'explique poficivementà cet
égard. La plupart mesme
contredirent, lors qu'illeur a
rive de parler deux fois sur cet
matiere. Pline veut d'abori
qu'un certain Chearema, nari:
de Morée, en foit l'ilivenreus,
Il l'attribuë ensuite à un Coc
rinthien, &oubliant cesdeux
premiers, il assure dans un autre
endroit, que Giges qui s'empara
du Sceptre de Lydie par M
meurtre de son Maistre, fitpasfer
lapremiere connoissancede
la Peinture, des Egyptiens aux
Grecs. Ces trois sentimensdi
férens de Pline ne conviennent
point avec l'opinion des autres
Autheurs. Aristote attribuë à
Euchir Cousin de Dédale, la
premiere découverte de la Peinture.
& Theophrastequinel'entime
point si ancienne, donne
la gloire de cette Invention au
Peintre Polignote dont j'ay
parlè dans ma premiere Lettre,
& qui vivoit dans la 82. Oiimpiade.
Cependant il est visible
ue les uns & les autres sesont
rompez. En effets les Loix de
Moïsejustifient que la Peinture
qu'elles condamnent,avoit pretedé
ce Legislateur, & luymesme
estoit plusieurs années
avanttouscesprétendus Inventeurs
de la Peinture, le Siege de
Troye que Pline fait affirmatvement
plus ancienque cet Art, ant arrivé trois Siecles enciersaprès
la mort deMoïse.
Mais quand les Loix de ce
grand Homme n'établiroient
pas cette ancienneté des Peintrès,
contre l'opinion des Ai
theurs que j'ay cirez, il sembe
qu'elle feroir jufiifiée en gll
que maniere par la defcriprio
que fait Homeredu Bouclie
d'Achille, qu'il nous figure re
presentant des Victoires & de
Batailles avec des ruisseaux d
fang.
Les Egyptiensqui ont toût
jours outré les choses en ma
tiere d'antiquité, & qui se glo
rifient de la premiere connoissance
de tous les Arts, assurent
qu'ils ont fait cettedécouverte
si", mille ans avant qu'elle ait
passé chez les Grecs. Dans ce
fenrimenr, les Copies ont précedé
chez eux les Originaux,:
& l'Egypte a eu des Peintres;
avant que d'avoir des Hommes.,
Mais sans nous arrester à l'exaeration
ridicule de ces Affrimains,
nous pouvons croire avec
beaucoup d'apparencequ'ils ne
connu la Peinture avant les
Grecs, leurs Hyerogliphes efant
en quelque maniéré une
épendance de cetArt.
D'ailleurs, ceux qui attribuënt
l'invention de toutes
choses aux petitsFilsd'Adam,
je manquent pas d'assigner un
premier Peintre parrmy les quatre
Enfans de Lamech. A dire
vray, toutesces diversesopinions
sontfort incerraines; ce
qu'on en peut tirer d'assuré,
c'est que la Peinture est fore
ancienne, puis qu'à bien examiner
les Autheurs,ils parlent
plutost de ceux qui l'ont communiquée
aux diverses N;
tions, que de celuy qui le premier
a fait cette avantageur
découverte. ,- Cela estant, je ne pense pas
Monsieur, que vous exigiez
qu'on vous nomme au hazarcb
& sans fondement, un Inventeur
imaginaire de cet Artdona
l'ancienneté fait une partie di
la gloire. Vous demandez plus
tost qu'on éclaircisse la manier
dont a esté fait le premier Tableau
, que le nom de celuy.
qui nous en sommes redevables
mais vous voulez bien. que je
remette cette recherche à une
autre fois, &que j'en fasse la
matiere d'une
troisiémeLettre
LETTRE III.
De la manierc^opila Pçijiturc
9111 1
1
aestétrouvée.
J 'Ay suffisamment fait voir
dans la Lettre precedente
q ue les Autheurs ne conviennent
point de ce premier Peintre,
à qui nous sommes redeva-
Ibles de la Peinture. Les plus
affirmarifsne s'estant expliquez
là-dessus qu'en Pirroniens, ilcfk
difficile de demesler la vérité
dans cette confu sion. Cependant
lesentimentdePhilostrate
est à mon sens celuy qui satisfait
davantage.Au lieu de
s'obtiner inutilement à la recherche
d'un Inventeur incom
nu, & de se perdre dans ~l'em
barras des opinions incertaines
& opposées de ceux qui ont
écrit avant luy, il dit que I;1
Peinture est un Invention de hi
Nature,& que c'est une pro<
dudion des premiers Siècles
Ce sentiment paroist d'abord un
peuvague; mais quoy qu'il semi
ble que Philostrate air voulu
gauchir à la difficulté parc"
détour, si l'on examine bien
[
pensée, on trouvera qu'il n'efll
rien de plus raisonnable. Em
effet la Nature nous a donne Ici
premieres idées de la Peinture.,
LeSoleil dés les premiers jour*"
du Monde, non feulement s'eftf
peint dans les Eaux, mais ilS'cg,
reproduit dans les Parelies quiii
~sont des portraits si fidelles, qu'à
peine les peut-on distinguer de
l'original. Sa lumiere diversement
refléchie, peint l'Irisde
jmille couleurs, & nous fait voir
dans la Mer, dans les Fleuves,
dans les Fontaines,d'admirables
portraits de tout ce qui
pare la Terre, ou qui brille dans
lesCieux. Nostreimagination
qui comme un Protée, est suseptible
de toutes les formes,
n'est-elle pas un Peintre merveilleux
qui exprime toutes
choses
,
& qui nous prefenre
des idées diférentes, & des images
fidelles de tous les objets
Nostre oeiln'est-il pasencorincessamment
occupéà la Peinture,
puis que suivant le sentiment
d'un grand nombre de
physiciens, il n'est pas fimpj
ment un miroir qui reçoit!
images, mais que les efprits^
fuels travaillent presque G;
discontinuation à ramasser M
peindre d'une maniéré admia
ble tout ce qui se presents
nostre veuë, donc ils font a
portrait en pttitdinslecryftl
lin?Il semble que la Natal
charmée de ses productions;
soit appliquée avec foinài
faire des copies. Il n'est pr
que rien qui nait servy comn
de toile à cette Ouvriere me
veilleuse pour y former sespj
traits. OnavûfurdesAgathi
des images naturellement fini
Apollon & les neufMufe
joüant du Citre, efloient a
iapptt de Pline, reprefence
sur la fameuse Agathe de Pirrhus
sans aucun secours de l'Art.
Des Ouvriers en coupant du
Marbre à Venise,ontdécouvert
un Tableau naturel d'uneTeste
ayantunelongue Barbe,&portant
une Couronne, Albertle
Grand qui raconte cette merveille,
adjoûte qu'il se trouve
communément dans le Duché
de Mansfelten Saxe, une Pierre
d'un grisobseur, qui estanttaillée
& polie, fait voir des Grenoüilles,
des Arbres, des Poissons,
&des Serpens, dont la representation
est un pur effet de
la Nature. Enfin l'Autheur de laMagieuniverselleassureavoir
veula mesmechose sur le Marbre
& sur le Jaspe ; & le Pere
~Kukerrapporte qu'un Arbre
de Gayac ayant esté coupé
dans une Contrée des Indes, on
remarqua sur le tronc un Chien
& un Oyseau peints par cette
mesme Ouvriere qui avoit pro-1
duit ce merveilleuxArbre.Mais
l'autorité de ces deux derniers
paroist assez inutile. On fait
tous les joursà l'égard duJaspe,
la mesme remarque qu'a fait le
premier; & nous voyons par
une expérience plus familière
que celle qui s'est faite dans le
nouveau Monde, que nos Arbres
les plus communs ne font
pas moins admirables que le
Gavac. En effet, les racines de
l'Olivier, du Fresne, & du
Noyer,estant travaillées& polies,
representent mille figures
bizarres qui sont l'ouvrage de
la Nature, & qui font une partie
de la beauté de ces Cabinets
de raport dont nos Chambres
fontaujourd'huy meublées. Les
Hommes qui s'appliquent volontiers
à imiter la Nature,
ayant fait ces diverses remarques,
en ont apparemment formé
leurs premiers desseins pour
la Peinture. Les objets reproduits
& copiez dans nos yeux,
dans les eaux, & sur les choses
polies, leur ontservy de modele,
& ont donné lieu à leur étude
& à leur recherche. La faculté
d'imiter, dit Apollonius de
Thyanée, vientde la Nature,
mais rien ne justifie mieux que
la Peinture est une Invention
naturelle, que la connoissance
qu'en ont les Nations les plus
inconnues & les plus barbares.
Les Relations modernes nous
assurentqueles Peuples lesplus
sauvages de l'Amérique ont des
Peintres naturels,quisans Maistre
& sans précepte, font de petites
Figures par la feule force
de leur imagination ; & ces petites
Peintures se trouvent bonnes
ou informes, suivant la portée
de leur genie. Il est d'ailleurs
peu de découvertes donc
nous n'ayons obligation à la
Nature. Ces Statues merveilleuses
qui se rencontrent aux
racines de la Mandragore & du
Satyrion, n'ont-elles point esté
les premiers modeles des Devanciers
de Phidias &. de Praxitele?
Si l'on encroitles Commentateurs
de la Fable, Tale,
Neveu d'Icare, ne forma la Scië
que sur la mâchoire d'un Serpentdont
il éprouva l'effet par
hazard. Nous sommes encor
redevables à l'Hyrondelle, de
l'Invention des Voûtes & du
Ciment. L'Aragnée nous a
inspiré le dessein de faire des-
Toiles. C'est du Cheval marin;
que les Medecins ont appris la
Saignée; &Vigenere surPhilostrate
, rapporte que Palamede
ne forma les quatre Caracteres
qu'il adjoûta a l'Alphabet
Grec, que sur les fiures'"
diférentes que font les Gruës
en volant, de qui nous tenons
encor, suivant quelques-uns,
l'ordre & la disposition des Bataillons.
A pres tant d'observations,
le sentiment de ceux qui
veulent que la découverte de
la Peinture foit un pur effet d
hazard, ne paroît pas soûtena
ble. Quelques Bergers, disent
ils, tirant avec leur Houlere de
traits surlesable,l'un d'eux s'a.
visa de suivre les extrernitezde
l'ombre de ses Moutons, & pa
ce moyen donna les commence.
mens à la Peinture. L'origine
de cetArt merveilleux est ploj
glorieuse. La Nature ayantfait
les premiers Portraits, fit au
les premiers Peintres. Elle in
pira aux Hommes le dessein d
l'imiter, & peut estre la For
tune a contribué à faire réülIi
leur recherche. C'est rout ci
qu'on peut accorder au hazard
dans l'honneur de cette Inven
tion, & c'est à mon sens,l'opi
~nio
nion de Pline, lors qu'il dit que
laFille deDebutade Corinthien
resvant à se conserver en quelque
maniere la présence de son
Amant qui devoir partir, tira
des traits sur son ombre à la lumiere
d'une Lampe; & ces traits
ayant beaucoup deraportavec
le visage de cet Amant, elle
réiïflit à ne pas perdre absolument
la veuë de ce qu'elle aimoit.
Philostrate dans la Vie
d'A pol lonius, dit que les premiers
Peintres travaillant en
suite dans ce vuide, apprirent
peu à peu à ménager le jour &
les ombres, en quoy consista,
d'abord toute l'habileté, les
Portraits n'estant alors que
d'une feule couleur. Cefut
,-
encor un Corinthien nommé
Cleophante, qui s'en servit Il
premier,&qui passant en ltalii
avec Demarate Pere de Tan
quin l'ancien, y porta la pro
miere connoissance de la Pei
ture enla34 Oliropiade. Avand
Juy, on se contentoit pour reira
plit le vuide des Portraits, d
hacher le dedans, & d'écrir
avec un artifice peu considéras1
ble le nom de ceux qu'on pra
tendoit peindre. Tous n'arri
voient pas mesme à cette finelf
&ceux q i y rcüssissoient, patj
soient dans ces premiers teml
pour des Hommes consommedj
dans IIArt. Sil'onencroitquel
ques Autheurs, les Egyprie
qui se vantent d'avoir eu d
Peintres avant la création d
Monde, n'en estoient pas
plu
habiles,puis qu'ils estoient contraints
d'écrire sous leurs Tableaux
le nom de ce qu'ils representoient,
pour éviter qu'on
ne prist un Boeuf pour un Cheval
, ou qu'on ne tombast peutestre
dans de plus ridicules
équivoques. Mais ce défaut
estoit alorscommun àtousles
Peintres, tous leurs Ouvrages
n'estant que desrepresentations
grossieres & informes.Ilspeignoient
des Monstres lors qu'ils
prétendoient former des Hommes.
Toutes leurs figures estoientmutilées.
Ellesn'eurent
nypieds,ny bras, pendant un
fort grand nombred'années.
Elles furent encor plus long
temps aveugles, & celuy qui
réiissit enfin à leur donner. des
yeux fut un prodige dans son
temps, & Ton crût dés lors qu'il
avoirépuisél'Art. S'ilnelefit
pas, on luy est du moins redeva.
ble d'avoir ouvert la carriere.
Ceux qui le suivirent adjoûterentàl'envy
quelque choreàla
Peinture. Ce Polignotedont
nous avons déja parlé, fit des
Portraits de quatre couleurs.
Apollodore d'Athenes inventa
le Pinceau, & jusqu'à Zeuxis
divers Peintresadjoûterentsuccessivement
toutes les couleurs.
Ils entreprirent mesmed'exprimer
les passions, & tout ce qui
se passedesecret dans l'ame.[Cependant
la simmetrie qui est sans
doute la baze de la Peinture,
n'estant pas encor observée,
cetArt n'estoit point dans son
-
entiere perfection. Zeuxis si
fameux d'ailleurs, péchoit dans
tous ses Ouvrages contre cette
régularité. Mais dans cemesme
temps Parraze &Timante commencerent
à l'observer, & à la
proposer comme une loy indispensable,
sans laquelle on ne
pouvoit former que des Monstres.
Le premier en acquit le
nom de Legislateur,& le second
l'observa si cxàâcmcnt, queson
Tableau du Sacrifice d'Iphigénie
n'est pas plus estimé par
l'invention que celuy de son
Cyclope,par cette proportion
qui y est siindustrieusement observée.
En effet ayant peint
Polypheme de la taille d'un
Homme ordinaire, il en fait
concevoirlagrandeur par l'op
positiondelapetitesse de quelques
Satyres, qui mesurent le
pouce du Geant avec des brins
d'herbe. Ce fut presque en ce
mesme temps que Pamphile
ayantuny la Science à la Peinture,
acheva de la rendre parfaite.
Appelle la trouvant en
cet état, se rendit en la cent
douzième Olympiade le premier
de tous les Peintres, si l'on
en exceptepeut-estre le seul
Protogene de Rhodes, avec
lequel il eut cette fameuse contention,
& dont il estima les
Ouvrages jusqu'à payer un de
ses Tableaux cinquante talens.
qui sont environ quinze mille
écusdenostremonnoye. C'est
ainsi que la Peinture depuis la
quatre-vingt-troisiéme Olyiiipiadejusqu'àlacent
douzième,
c'est à dire en moins de cent cin
quante années, arriva - à sa derniere
perfection
, a pres avoir
languydeuxSiècles entiers sans
aucun accroissement depuis sa
naissance en Grece, &: peut.
estre des milliers d'années,si l'on
attribueson origine aux Egyptiens,
comme on y voit beaucoup
d'apparence si l'on fait
réfléxion sur leurs Hyerogliphes,
& si l'on examine les Loix
deMoïse quiavoit prisson éducation
parmyeux. Mais, Monsieur,
il ne s'agit point icy de
l'antiquité de la Peinture, il s'agit
uniquement de la maniere
de sa découverte. Ce que raconte
Pline de la Fille de Débutade,
m'a paru si vray-femblable
& si naturel, quej'estime
que parin>les Nations qui on
connu la Peinture avant les
Grecs, elle a esté à peu pre
trouvée de la mesme forte. J.
me fuis attaché à ce sentiment
j'ay prislà-dessus lapenseed'en
trer dans un plus grand détail
des Amours de cette illustre Co
rinthienne, maiscette Histoire
me fournira encor dans la suite
uneoccasion de vousdireque
suis,Vostre,&c. >
LETTRE IV.
Histoire de Démarate & de
pbelünome. DEbutade, CitoyendeConthe,
s'estant appliqué
des son jeune âge à l'étude & à
l'imitation de la Nature, avoit
fait un grand nombre d'heureuses
découvertes. Non seulement
il refvoit avec succés,
mais il joignoit la pratique à la
théorie, & travaillant luy-mesme
avec beaucoup d'adresse &
une profonde méditation, il ne
laissoit aucune de ses resveries
inutile. Sa grande passion estoit
pour les Statuës ; mais comme
le Cizeau demande une
grande peine, &que le Marbre,
le Bronze,& le Bois mesme, ne
se raillent qu'avec un travail
pénible, il s'attacha à former
de petites Statues de terre, qui
pour estre formées avec peu de
bruit,nelaissoient pas d'estre
d'une beauté admirable. Ce
merveilleux Ouvrier qui ne laissoit
rien à souhaiter, imagina
encor les moyens dedéguiser la
matiere de ses Figures, qui ne
paroissoit pas digne de l'application
d'un Homme aussi habile
que luy. Il trouva une composition
qui peut en quelquesi.
estre comparée à nostre émail.
& s'en servent à enrichirses Statues,
illes rendoit par là les Ouvrages-
les plus finis & les plusi
curieux qu'on eust veus jusqu'à
ce tempslàdanstoute la Groce.
Le Cabinet de cet illastre Co-.
rinthien, remply d'un grand
nombre de ces Figures, & de
mille autres singularitez, atti..
roic chez luy tous les Etrangers;
& comme il estoit d'ailleurs &..,
fort sçavant & fort honnesse
Homme, sa Maison estoit le
lieu de toutes les Assemblées.
& le rendez-vous de toutce
qu'il yavoitdeGens dequalité
à Corinthe. Parmy cesderniers,
un jeune Homme nommé Demarate,
paroissoit le plus assidu
&. le plus empressé à loüer les
Inventions & les Ouvrages de
Debutade ; mais bien qu'il eust
de la curiosité pour les belles
choses,&qu'ileustmefmeafTez
de génie pour prositer de la conversation
du savant Corinthien,
c'estoit moins dans cette
veuë qu'il luy faisoit sa cour,
que pour avoir occasion de voir
une Fille d'une beauté admirable,
&d'unespritextrêmement
délicat,qui estoit demeurée sous
sa conduite par la mort de
Choeca sa Femme. Les occuparions
de Deburade, qui outre
son attachement pour les Arts
& pour les Sciences, avoit encor
les premiers emplois de
Corinthe,,donnerentassez d'occassons
à Demarate de s'ex pliquer,
&defairecomprendre à
Philonome (c'est ainsi qu'on
nommoit l'aimable Fille de
l'illustre Corinthien) que le
plaisir de la voir estoit la véritable
cause de ses visites. Demarate
estoit de qualité. Son
Pere tenoit un rang considérable
parmy les principaux Citoyens.
Il estoit d'ailleurs bieo
fait de sa personne, &. il avoit
un espritdoux&Jn{inuant,d('nt
il estoit difficile de te défendre.
Aussi Philonome ne resista qu'-
autant de temps qu'il en falloit
pour faire valoir le présent qu'-
elle luy fit de son coeur. L'A.
mour n'eut que des douceurs
pour l'un & l'autre de ces deux
Amans. Ils n'eurent ny obstacles
à vaincre, ny chagrins à
tTuyer, & ils se virent en peu
de jours aussi heureux que le
peuvent estre ceux qui n'aspirentqu'à
une liaison étroite d'ames,
& qu'à une parfaite correspondaacedevolontez.
Demarate
avoit d'abord regardé
cette unioncomme sa derniere
félicité, & Philoneme faisoit
aussi consister tout son bonheur
dan la tendresse & dans la fidelité
de son Amant;mais comme
l'Amour estinsatiable, leurs desirsallerent
insensiblement plus
loin. L'égalitédefortune&de
qualité, leur fit jetter les yeux
sur le Mariage, &. déslors cetu
intelligence qui avoit fait tout
leur joye,leur donna desinquio
tudes &des soins. Cependan
ces nouveaux desirs ne leur cau
serent pas de longues peines
Ils n'eurent pas plus de traven
ses à cet égard que dans la nai~
sance de leur passion, & l'Hyy
men & l'Amour semblerent si
disputeràqui seroit plus promp
à faire reüssir leurs voeux. De
marate, Fils unique d'Euridioi~
& de Prytané, estoit lesdelice
& l'unique sujet des tendresse
de l'un & de l'autre. A pein
se fut-il découvert à sa Mere~
qu'elle se chargea avec empre
sement de faire réussir.la cfeofel
Elle y travailla le jourmesmes
& engagea Euridion à proposer
ce Mariage à Debutade, qui
trouvant ses avantages dans
cette alliance, reçeut la proposition
avec joye, & ne demanda
pour rendre une réponse précise,
que le temps d'en parler à
sa Fille, qu'il jugeoit bienne
devoir pas s'opposer à ses sentimens.
Il ne sur pas trompé dans
sa conjecture, & Philonome ne
fit point naistred'obstacles. En
fuite Debutade &. Euridion estant
facilement convenus des
Articles, on prit jour pour la
solemnitédelaNopce. Tandis
qu'on en faisoit les préparatifs,
la Feste de Diane estant arrivée,
le Peuple de Corinthe qui
considéroit Debutade, souhaita
que Philonome eust avant son
mariage l'honneur de présider
à cette Solemnité. C'estoittoûjours
une Fille de qualité qui
faisoit lespremires fondions
dans cette Feste. Debutadequi
aimoit sa Patrie,reçeuc agreablementce
témoignage de l'amourduPeuple.
Il voulut que
sa Fille acceptait le choix qu'on
avoit fait d'elle, & Philonome
fut bien aise de recevoir un
honneur qui estoit fort envié à
Corinthe. Demarate eut d'abord
quelque chagrin du retardement
que cette élection
apportoit à son bonheur, mais
il fut ravy d'ailleurs de trouver
une occasion de faire agir son
amour. Les choses estoient allées
si viste, que sa galanterie
n'avoit pas eu le temps d'éclater.
Il profita d'unesifavorableconjoncture,
& fournit dans
cette Feste tout ce que la pafsion
la plus ingénieule & la plus
galante pouvoit suggerer. Le
triomphe de Philonome fut le
plus magnifique & le mieux
imaginé qu'on eustjamais veu
à Corinthe dans une pareille
Solemnité. Elle se fit autant
d'Admirateurs qu'il y eut de
Gens quila virent, & elle eust
fait à Demarate autant de Rivaux
qu'il y avoir de jeunes
HommesdanscetteVilleCapitale
de l'Achaye, si son mariage
connu detous les Corinthiens
n'eustétouffé leur amour &. leur
espérance. Jamais onne fut plus
content que Demarate. Non
feulement la gloire que s'estoit
acquise Philonome le rendoit
heureux,mais il estoitd'ailleurr
fort satisfait de luy-mesme, ses
foins n'ayant pas esté inutiles
au triomphe de son aimable
Malftrea. Philonome n'estois
pas moins sarisfaire
; mais bienque
ce jour eust esté pompeux
pour elle, rien ne la charmoi
comme la galanterie de Des
marate. Elle ne pensoit à autre
chose, & ce qu'il avoit contribué
à son triomphe la touchoit,
plus que tout l'éclat du triomph
phe mesme Cet Amant heu
jeux ne manqua pas de se rer
dre chez Philonome aussito
que la Feste sur finie. Ce fut
qu'en termes tendres & obl
geans elle luytémoigna sa r
connoissance & cette bon
tgayraaritred,e nouveau charmé De- ils se firent mille protestations
d'une amour eter- nelle & réciproque, & se témoignèrent
leur joye mutuelle
d'une maniéré passionnée, que
ceux qui aiment fortement sont
seuls capables de bien concevoir.
Tour paroissoit s'ajuster
à leurs desirs. Les choses qui
sembloient avoir apporréquelque
obstacle à leur bonheur,
contribuoient à les rendre heureux.
La Feste de Diane qui
avoir retardé leur hymenéa,
leur avoir d'ailleurs procuré
mille plaisirs. Cet obstacle esi.
toic mesme surmonté. LaSolemnité
estoitavantageusement j,etuernrensinée, 6<. il ne restoit à ces Amans qu'un jour à actendre
pour n'avoir plus rien
souhaiter. On avoit donné ca
petit delay à Philonome pour
se remettre des fatigues de
Feste; mais dans ce
mesme
jour Euridion reçeut defâcheur
ses nouvelles de Messene, qui
luy firenr prendre d'autres soins
que ceux de la Nopce de son
Fils. Quoyque laVille de Co
rinthe sust alors dans une pro
fonde paix, le reste du Pelopo
nese nVfloit pas tranquile. Les
Athéniens avoiér recommence
la guerre contre les Messeniens
Aristomene, Frere d'Euridion
commandoit ces derniers, &
comme il estoit & fort brave
de sa personne, & un des plus
grands Capitaines de la Grece
il avoit eu dans les commencemens
de la guerre, de grands
avantages sur les Arheniens,
qui avoient pour General le
Poëce Tirtée. Cependant les
choses avoient changé de face
dans la fuite, & Euridion venoit
d'apprendre qu'Aristomene
vaincu en deux Batailles, &
contraint d'abandonner Messene
à la fureur de ses Ennemis,
l'attendoit dans un lieu écarté
sur le bord de la Mer, pour
prendre avec luy des mesures
sur leurs affairesdomestiques,
avant que de s'embarquer pour
l'Italie. La chose pressoit trop
pour diférer. De l'avis mesme
de Debutadenon feulement la
Nopce fut remise, mais il suit
réglé queDemarate accompagneroit
son Pere dans ce voya
ge. Ce contretemps fut extré
mement sensible au Fils d'Eu.
ridion; mais s'il surpritl'Amant,
il pensa couster la vieà
l'Amante. Comme elle n'osoit
faire éclater toute sa douleur,
la violence qu'elle se faisoit,
rendoit cette douleur plus piquante
& plus cruelle, maisi
1JArrcfi du départ ne se pouvoit
révoquer, & Demarate & sa
Maistresse n'eurent qu'un JOUE
pour se dire adieu. Ils le donnerent
tout entier à leur tristesse
& à leur amour; & tandis qu'
Euridionestoit occupé à faire
les apprefts de son voyage, som
Fils expliquoit sa douleur aux
pieds de Philonome,&cesdeux
Amans mesloient des protestations
de fidelité inviolable au»
plaintes les plus cendres qu'une
amour violence & contrariée
pouvoir luy fournir. Demarate
à qui latendressedePhilonome
avoir d'abord esté d'une grande
consolation, fut alarmé dans la
fuite de la voir aller Ci loin, &
il fut contraint luy-mesme d'affecter
quelque confiance pour lacalmer. Ils se firent dans ces
derniers momens des présens.
réciproques pour en tirer quelque
consolation pendant l'abfence.
L'aimable Fille de Debutade
mit elle-mesme au bras
de Demarate un tissu de ses
cheveux; & le Fils d'Euridion
donna à sa charmante MaifirelfedesTabletesquin'estoient
remplies
que de Vers tendres, ou
de Chiffres amoureux. Mais ce
présent ne contentoit point Ph
lonome. Il ne pouvoit luy ten
lieu de ce qu'elle perdoir, & elle
eust voulu que son Amant eu
pû se partager, ou se reproduire
L'amour & la necessité ne trouventriend'impossible.
Cesoit
mesme, tandis que Demarate
attendoit dans le Cabinet de
Debutade les Lettres de condoleance
que ce dernier écrivoit
à Aristomene,& qu'accablé
de douleur, il estoitcomme
immobile derriere laChaire de
son prétenduBeaupere,Philonome
qui avoit lesyeux, surluy,
g&uqiusislaentr,esJajnarsdoosjejdrr'uonmapirrellaneportoitàsonPere,
remarqua
parhazardqueson Amantse
trouvant
trouvantopposéà la lumiere de
la Lampe, son ombre donnoit
contre une Table de terre fraîchement
preparéepar son Pere,
pour y faire quelque nouvelle
épreuvedeses découvertes;elle
observa que cette ombre representoitparfaitement
Démarate
quiestoit alors tourné en profil.
Dans ce moment inspirée par
son amour, elle prit un de ces
Poinçons dont on se servoit
alors pour écrire, & gravantsur
la terredestraitsajustezauxextrémitez
de l'ombre, elle vit
avec beaucoup de joye que son
Ouvrage n'estoit pas inutile,
& qu'elle avait heureusement
formé le visage de son cher Démarate.
Elle ne pût contenir
toute sa joye. Illuy échapa un
cry qui fit tourner la teste à son
Amant, & à son Pere qui sinissoit
dans ce moment sesdépesches,
&ellefut obligéepourjustifier
ce contretemps, de faire voir à
Tun6c àl'autre cequ'ellevenoit
de faire. Ils en furent tous
deuxagréablement surpris,mais
beaucoup plus Débutade, qui
jugeabien que cette découverte
pouvoir estre d'une grande utilitédansla
fuite. Il l'observa,
avec plus d'attention apres le
départ de Démarate;& soit
pour contenter sa Fille, ou pour
faire une tentative sur son Ouvrage,
il réduisit la Table de
terre qu'avoir gravée Philo.
tionie,à la juste mesure des traits
qu'elle avoit tirez. Il la couvrit
de cet émail ou de ce vernis
qu'il composoit admirablement,
& l'ayant fait cuire,il remarqua,
& fitvoiràsaFille quecetessay
estoit une representation assez
naturelle des traits &du visage
desonGendre prétendu.Ilest
ce me semble inutile d'ajoûter
icy que le voyage d'Euridion fut
court & heureux,puis qu'illaissa
Ariftome-ae en état de se faire
un glorieuxétablissement en
quelque Provincequ'il voulust
aborder. Iln'estnonplus dece
fujec d'exprimer icy la joye de
Philonome&de son Anianr ny
de faire le détail dela pompe de
leur Nopcejj'estime seulement
qu'iln'estpasinutilededireque
Cleophante,Amy de l'Epoux,
ayant veu le travail de Philonome,
traça une semblable figure,
& remplit le vuided'une couleur
qui estant diversementménagée,
fit un Porrrait asseznaturel.
Ce sur ce mesme Cleophante
qui apres la mort d'Euridion &
de Débutade, qui moururent
peu de temps apres le Mariage
de leurs Enfans, suivit Demarate&
Philonome en Italie, où
ils furent obligez de se retirer,
pour éviter les severes poursuites
des Amphictions, par devant
lesquels Démarate fut ac.
cufé d'avoir voulufavoriser le
retourd'Aristomene, au préj udice
du repos donc joüissoit
alors la Grece.
Ce fut dans cet éxil volontaire
que ces illustres Corinthiens
trouverenteurgloire&leur féliité.
Aristomene&sesEnfans
estoientpassez d'Italie en Sicile,
pour y fonder cette nouvelle
Messene,qui fous le nom de
Messine est encor aujourd'huy sifameuse.A leur exemple Démarate
& Philonomebâtirent
aussi une Villeen Toscane qu'ils
nommerent Tarquinie, du nom
de leur premier Fils, maiselle
futtroppetitepour l'arrester.
CeFils l'abandonna pourpasser àRome,où il donna de si nobles
marques desoncourage&desa
vertu, qu'apres la mort d'Ancus
Martius, il fut choisy pour luy
succedersousle nom deTarquinius
Priscus. Aucun des
SuccesseursdeRomulusnepor- taplusglorieusementleSceptre
dans cettVÜfe naissante qui se
rendit ensuiteMaistresse detout
rUnivers.-^-^-^oiinA s&jia
Il me reste un tres-beau Discour
de Mr Taijjand de Dijon, sur ~A
Peinture. Ie le reserve pour un
autre occasion, afin de ne vous don
nerpas tant de choses tout-à-la-fois
sur une mesme maticre. La diversit
plaistpar tout, & je la cherche ~exi
vous écrivant. C'est ce qui me fiA
joindre les Vers à la Prose. Ceux qu
suiventsontde MrGiffon,de
1'.4
cademie Royale d'Arles.
<
SUR LES SIX QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
-
v I. Aincre ses Snnemtf,cejt ejfre
Conquérant,
Mais triompher de soy, cgjlsi déclarera
flg
Romen'eutautrefois qu'un Caton en
partag
Des Clftrs le nombrefutgrand.
II. JEsoûtiens qu'un Amant coupable
en apparence,
D'unreproche accablant doit essuyes
lefeu.
LeJtlence emharraffe unpeu;
J&dfs dans lAflÛtelIufflprouvantson
innocence,
Son AmONrsist un coup de deux.
2P#»run momentpins tardysaB"elle
Le retrouvantAmantfidele,
LLe trouve AmIaInIt .rejJeliueus. ffcmmel'aurapetdu du cofitfdes
plaifirt,
Ilssont moinsgrands pour luy, plu*
bornez,pleinsdepeine;
Mais la Femme dlsifrteJ C!J" c'eflce
quilagesne.
Iedoisdonc décidersur les diyersdcfîrïy
Ilfaut que l'on métamorphose
ToutKommt trop OluptktUX, ',>
Et siue de toute Femme au coeur ambitieuji
Onfasse aujp la mesmechose.
L IV. Ors que la broüillerie, ou Vinfi-
,delité,-
Afait rompre aveccequ'on aime,
lamdrs jufqttÀ la haine on ne s'est
emtorté,
Ensortant d'un amour extrême.
S'il arrive à la "vérité
ép1tXn merite sechange en mal-bonneftete'y
£Objetjadis aimé cessant d'eflre le
mfiney
La haine est de necejjîté.
D V. Vseulmérite, un coeur armé
d'indrference.
Est capabled'efiretouche',
rsi coeur que \o$ts tirez d'une autre
dépendance,
N'ejtjamaitquun coeurdébauché'>
\ldfenteauchangement, l'ordinaire
peché,
JSjtavec'ïou*d'intelligence.
L VI.. E Sot aime toûjours aPtec mesme
caprice;
2vtais l'habile Homme une foisabuse,
Segarantit duprécipice,
Ets'ils'engage ailleurs,c'est en Amant
,."p..
l'tt} encor quelques autres Ou
Orages fortgalans sur ces mesmes
^ucfiions. Vous ne les aurez que
dansma Lettre ordinaire de ce Mois.
Ie viens à t>Hijlore Enigmatique.
Quelquesunsl'ont expliquée sur
les Abeilles. C'estoit le Jeu des
Echecs.Vousnefcouriez, trouver
riendeplus curieux sur cette matiere,
que la Piece dontje vous fais
part.,
,-.
',;.,.
LE-J lEU-- DES ECHECS VOttt ¡t..,ez-hlltÇ, XralafftMercure,
, Taryosdétotpsmijlerieuxy
EJfkytr de nous rendre obscure
Êbijloiredes deux TÇaysdontpour trit
Curieux
Vous aye^ tracélapeinture.
firo/erJfaVaps ce qtrilfm*tpenjef de
leurscombatsr
EtleJeu desEchecs açpom échapepas
, Tout le Monde estpersuadé
de l'Antiquité1k ce Jeu,mais
tout leMonde ne demeure pas
Raccord deson origine.Quelques
Aurheurs veulent qu'il
~oussoit venu des Perfes, comneTeixera
en son1.Livre,Chapitre36.
& que le nom Latin de
ceJeu, Scacchia, vient de celuy
deson Inventeur Persan de Nation.
Celuyd'Echecs,dontnous
nous nous servons dans nostre
Langue, est tiré du mot Chaldéen
Eschatresca, selon la Cronique
de Hainault. D'autres en
attribuent l'Invention aux Hebreux,
comme Gregoire Tholofain
en sonSyntag.Iuris. Livre
35.Chapitre4. Lesopinionsne
font pas moins partagées sur le
nom particulier& la qualité de
celuy qui en a esté le premier
Inventeur. Seneque dans son
Traité de la Colere, Livre2.
Chapitre 14. veut que ce soit
Chilon Lacedemonien,l'un
des sept Sages de Grece; &
EphoredeSparte,qui fleurissoit
environ l'an du Monde 34211,
Ammian Marcellin Livre 24
del'Histoire Romaine, & Donat
dans son Commentaire suis
Terence, l'attribuent à ~Pyrrhuii
Roy des Epirotes. Voicy commeen
parlecedernier.
Cef'ameuxT^oyd':Efiré9
Pyrrhm, ce Guer^krgénéreux,
Quilepremierparmyles autres Feux
Mit le relises EciïecsquetoutlernendeC
admise, ',\
.L'ardeurd'enseîgnerauxSoldatt
Ceq'uiregardelaMilice,
Luyfît choijtr cet exercice,
Tourbssrendre CffjolÙent rafi^dans
* ,léé£bml>ats. ç'
dStidCoinieeArprolnli-nô~iareEnvessque:
sesEpistres,&J eandeSarisbery
sanssonPolicrate Livre1. Chaitre
5 veulent que ce Jeu ait
stéinventé par Attale Roy de
ergameenAsie,l'andelafondation
de Rome 620. & l'Auheudu
Romantdela Roseest
lumesmesentiment. Ces deux
Vers lefontconnoistre. Je vous
les donne selonla politessedela
Poësiedeson temps.
&u/trt Atrtjtleyoult AthdluS)
guides Echecs controuva l'Nte
Mais la plus commune ,
&
peut-estre la plus certaine opinion
,tient que l'invention dece
jeu est deuë aux Grecs; &que
Palamede, grand Astrologue&
Geometre, Fils de Nauplius
Roy de l'Isle d'Euboëe, (àpresent
Negrepont)s'en sevi:
pour desennuyer les Soldats, &
leur faire passer plus doucement
le temps pendant la Ion
gueur de ce fameux Siege de
Troye qui dura dix ans. Cefut
environ l'an du Monde 2800.
C'estentr'autres lesentimentde
Pausanias dans ses ~Connthiaques,
de Philostratedans ses
Héroïques, de Suidas, deSaint-
Gregoire de Nazianze dans la
premiere de ses Invectives, de
Sophocle, de Cassiodore dans lai
31.deses Epistres, d'Alexander
ab Alex. Livre 3. Chapitre 21. de\
Lad.Gen. & de Servius Maurusa
dansfes Commentaires sur l'E-..¡
neïdc de Virgile, Livre 2. qui
maintient qu'on ne peutdisputerà
ce Prince ingénieux l'honleurd'avoirinventé
le premier
lejeu des Echecs. Il assure pour
prouver ce qu'il avance, que
Ce Princeayantperdula vie,
ron Echiquierfut mis dans le Tempú
-
des T>4eujc,
Commeun Monumentglorieux,
ourhonorer cegrand Génie;
:Etpour apprendre à la Posterité
Que Palamede ayoit esté
DIun•o"blveJeeruitda'Ehclhee,cs L'Intenteut
Afin 'lt/au Sieclesàvenir,
D'unsirare bjçnfaitle Monde redevable,
-
Neperdistpointlesouvenir.
C'est ceque cet Autheur raporte
à la gloire de ce Prince,
qu'on fait encor Inventeurdes
quatre Lettres ajoutées à l'Alphabet
Grec, comme aussides
Poids & Mesures, du Mot du
Guet, de la maniere de mettre
en ordre un Bataillon,&qu'on
tient enfin avoir estélepremier
qui a appris aux Hommes à regler
le nombre des jours de l'année
sur le cours annuel duSoleil,
& celuy des Mois sur le-cour,£-
deta Lune. •• Cejeu se peut avec justice appellerunJeuvrayement
Royal,
nonfeulement à causequ'ilaeu
des Rois pour ses In dicateurs,
&qu'ila esté autrefoisl'occupation
des Princes & des grandes
Seigneurs, & mesme de nos
anciens Roys, qui enfaisoient
leurs délices ordinaires, mais
encor parce que deux Roys &
deux Reynes y président, &
qu'ils en font les quatre principales
pieces.Cen'est pasmal~&
propos qu'on veut que ces deux
Roys soient Freres, & qu'ils
ayentépousé leurs Soeurs; puis
qu'il est vray qu'ils sont ordinairement
composez tous quatre
d'une mesmematiere, soit d'Yvoire,
soit de Crystal ou de
Verre, comme on les faisoit
autrefois;témoin Ovide dans
son Livre2 de l'Art d'aimer, où
il parle ainsi.
Enjouant aux Schecs dyecïue ta Maîtrer"
Gardetoy dans cette action
1>efkireyaloirtonadrejjfe;
Jvfats laijje*laJou^tenft'enlever un Thny**yÏ (guerre,
JEtfày,maisfinement, daqs cette douce
Où lesarmes dont onse bat
Nefont que des armes de "verre^
Quelle emporte toûjours lagloire du
Combat.
On les faisoit aussiquelque
fois de Cire,comme le marque
Plineau Livre9. desonHistoire
Nat.Chapitre54.d'Ebeine,de
Buis,oude matiere fcmblable.
Ils font encor bastisà peu pres
d'une même forme, & souvent
un mesme Ouvrier leur a donne
l'estre & Ja figure qu'ils ont.
Ces deux Rois commandent
chacunde leur costé une petite
Armée qui consiste en Chevaliers,
en Foux, qu'on appelloit
autrefoisSatellitesouSergens;
& en Pions. Les Troupes font
égales en nombre de part &
d'autre, & lesdeux Arméessont
distinguées par la diversitédes
couleursdont elles font revétuës;&
quifont pour l'ordinaireleblanc&
lenoir.
Lenom qu'on a donné à ces
deux petites Troupes quicomposent
le Jeu des Echecs, n'est
pas à la verité fort honorable
selon le terme Latin~Latrunculi,
qui .est proprement les appeller
Larrons, ou si on peuruser de ce
terme, Larronneaux. Cependant
ce motestant bien pris,& selon
l'anciennefaçon de parler,ne
porteavecsoy rien d'injurieux;
puis qu'il est vray quepar ce
mot Latrunculi,ouLatrones,on
entendoit les Gens de guerre,
qu'on appelloitcommunément
Laterones, ou Laterunculi, à Latere;
quodPrincipibus & Ducibus ad
Laurasemper essent;vel quòd latus
ferro armatum baberent, ou bien
à Latêre, quodadinsidias latêrent.
Ces termes ne se peuvent pas
bien naturellement exprimer en
nostre Langue, parce qu'ilsn'y
ont pas la même significationny
lemême fensqu'ilsont enLatin
On peut voir les Autheurs sur ce
sujet, comme Sexte, pompée,
& Varron dans son 6. Livre de
la Langue Latine;maisentr'autres
le ComiquePlaute dans sa
Comédie du Soldat glorieux,
Acte I. Scène I. où il fait ainsi
parler ce Rodomont--
C'estdebonà cettefîit
Qu'onva
fc*tirpartoutcequeje
enguerre tout ce ymeje tYaduuxe
Et quelAMer.&la Terre,
Vont retentir du bruit de mes rares
exploits.
Monrenom v*courir de Troy/nae en
Pt'o'linc,
Vrfçr mejme au dela des Mons,
uts quejefois chargépar Se/el/cm
mon Prince
De luy leverdesTroupes de Larrons.
C'està dire, des Soldats qu'on
nommoit Larrons en nostre
Langue dans les premiers remps
du mot Latin Latronesssoitpas
ce que ces fortes de genssont
portez à dérober; soit à cause
qu'ils, onbtaccoutumé dedresser
QfS.fmbfhes aux autres, à
la façon desVoleur&desLarrons.
Et parce que le Jeu des
Echecs ÇR04c autrefoisl'exercice
particulier-,&\lediverti(Te^
ment le plusordinairedes Gens
de guerre ,,..¡de là,cftvenu <Íù.
selonleterme Latin, onl'a appelléLatrunculorum
Ludus, commequidiroit
, leleudes Larrons;
ce quineparoistpasun nom fort
honorable à ceux qui n'en sça;
vent pointla veritable
&natui
relle signification.
Quoy qu'il ensoit, il est constant
que ce Jeu n'a rien que
d'honneste & de noble; non
feulement àcause qu'il a eu des
Instituteurs illustres, mais encor
parce que le hazard & la
fortune n'y ont point de part,
&que la feule adresse y triomphe.
Celan'empeschepourtantpas
qu'il ne se soit trouvé des
Critiquesqui enontblâmélusage
; car outre Mahomet qui l'aabsolument interdit aux;
Turcs dans son Alcoran (cependant
les Turcs ne laissent
pas d'y joüer malgréla défense,
&ilsensont leur plus ordinaire
divertissement sélon le témois
nage du Sieur Thevenot en
son Voyage du Levant, Livre I. p.i.c.25) Jacques Royd'Angleterre,
dans son Présent
Royal, l'a très, ctroitement
défendu à son Fils, alléguant
lpeouur raison que l'usage de ce
laisse le corps trop en langueur,
& fatigue trop l'esprit.
Petrarque dans ses Entretiens.
sur la bonne & mauvaise Forrune,
le desaprouve tout-a-fair,
& va jusqu'à dire qu'il ne peut
jestreque l'amusement, ou des
Enfans, ou des Foux.Lucain
est fort éloigné de ce sentiment
puis que dans un Poëme qu'il
sit autrefois pour Pison,a pres,
l'avoir exhorté à chercher quelque
relâchement d'esprit quand
il se sentiroit trop fatiguéde
Pecude, il luy proposè le Jeu
des Echecs, comme undirertissement
d'autant plus honnestes
que l'adresse plus que le hazaro
donne l'avantageauVictorieux
Ceux qui voudront avoir une
plus exacte connoissance do
tout ce qui regarde cejeu, n'ont
qu'à consulter Jerôme Vidas
Crémonois, dans un Poëme
Latin qu'il a composé sur ce
sujet, intitulé Scachia Ludus. Jo
ne m'arresteray point à l'explication
particulière de iTMoiro
Enigmartique quien aestéfaite,
Ce que j'en dirois feroit inutiles
à ceux qui sçavent ce Jeu, Ltr.,
n'en donneront pas un enrien
éclaircissement à ceux qui Pi—
gnorent Je serayseulements
cemarquer que la Partie est if-, nie
& la victoire gagnée pour
Party, quand le Roy de
utre est ferré de si près, & si
roitement assiegé, qu'il ne
y reste plus aucune voye d'élaper,
& qu'illuy est impofledefaire
aucun mouvement
sur s'empesecherd'estre pris.
'est alors que le Party qui l'a
duit à cette excremicc, deleure
vainqueur, &qu'il doncomme
on dirEchec &Mat
Il
Partyvaincu. Cesont de**-»?
rmes cirez del'Hebreu,selon
regoire Tholosain., S)!?!ta.g..
vis,Livre 39. c'nap.4.Il.dits
~ue Scach est aucunecumfDequi
~iroitvallavit,ill'aassige il a renfermé, il l'aresserré
comme prisonnier
; & que Mat
teut dire mortim,est,ilest pris,
il est vaincu, il estmort.
C'estainsi que LOVIS, le plu* Va*
lantdesTÇoif,
"Depuis queparfisgrands exploita
Ilrendfes ênneméi envieux defagtoiw
N'a jamais livrédeÇombat,
Sansavoirfureux lavicroire
Et Uurdonner Schec cg" Mat-
La Lettrequifuit ad'ou"e que
.fJlt( ebofe a ce que vous venez,
lire dans ces premièresRemarques.
SUR. LE MESMEJEU
desEchecs. - pArl'Histoire Enigmatique
devostredernier Extraon
dinaire, on ne peur qu'enrend~
leleudesEchecs. Deux Roys
•depxReynes,quatreCavaliers,
feizeFantaiTins, quatre Gardes,
& autant de Centeniers, com.
posent les deux Armées. Ilya
divers sentimens parmy les Autheurstouchant
l'origine dece
Jeu. On peut croire que les
Perfes l'ontinventé;Athenée
disant que leurs Roys vivoient
dans unesi grande volupté,ut
artifccsbaberent conquirendatumy
& comparandarum voluptatum.
Mais en mesmetempslamolefle
de ces Asiatiquess'opose à ce
sentiment. Le mot Latin Latrunculi
parlequel on entend le
Jeu des Echecs, pourroit servir
£ l'opinion de ceux quidifenc
que les Arabes ont 1succedé
aux Perfes
, ce Jeu n'estant pas
éloigné de l' humeur de ces
Peuples. Seneque neantmoins
enattribuë l'Invention à Chilon
Lacedémonien
, un des sept
Sages de Grece. Paufaniaseit
donne la gloire à Plalnede.
D'autres disentqu'Attalus R.oy
de Percames'enservir,,,,,Ft ea
ratione doccrct motum cxcrcitus.
Donat assure que Pyrrhus in. -
ventaceJeu. Cettegrandediverfité
d'opinions me fait croire
qu'il est fort ancien. Auguite
dans sa vieillesse prenoit
plaisirà y joüer. Seneque dit
en parlant des Jeux qui se pratiquoient
à la Cour de l'EmpereurNéron,
Latrunculisludimus.
Du tempsd'Adrian on y joüoit
à Rome nous en avons la preuve
dans une Epigrammme de
Martial. Quoy qu'il en foit,il y.
a longtemps qu'il est en usage
parmy nous, & je me souviens
d'avoir lûdans l'Histoire de
France de Mr de Mezeray,
qu'un des premiers Koys de
cettetroisiéme Race,ayaonrefié
batu dans un Combat par les
Anglois, un Fantassinde cette
Nationvoulant arrester son
Cheval,le Roy le tua en difanr,
qu'au leu des Echecs leRoy n'issoit
jamais pris. le fuis vostre,&c.
BEAdeUMTEon',taAuvboacnat.
Ceuxqui ontexpliqué cette me/me
Histoire Enigmatique dansson vray
fins
,
font McjjicurfGardien; de
Hault. Vcyvolct ; Baizélejeune;.
d'Ablofvilie^Argentan;Mefidi moifillesdes
Guimonels, d'Orleans; &
du Pilléde Hanvoile ; les deux In-
Jèfarables,VAfîTy du Coeur le Fidelied'Orléans
s & les Grifetes de
Compiegne. Ces derniers en ont envoyél'ExplicationenVers..
Mademoifellc
Fredinic de POlltoifè; Mesjieurs
Vuaubert,de Noyons B. M.
des Hauts champs, d'Orléans; la
Segtiiniere-Poignanty leP.de la
Tournclle,* les Captifs volontaires
de GiJors > Apollon ; &le chevalier
Inconnu, de Pontoise.
Les Grands Hommes à qui le Roy
confie les plus importans Emplois
dans le ministere, rendent tous les
jours de si conjidérables services à
tEtAr, qu'ilnefaut pass'étonnerde
Pempreffement qu'on a de travailler.
pour leur gloire. L'~-Devifls que
vous trouverez,pour eux dans cette
Planchey font des Mommens que :
tous les François voudroient voir
gravez sur le Marbre sur le
Bronze., Les cinq fremieresfontde
MrRoubin, de l'Académie Royale
d'Arles.-
EXPLICATIONDES
Les Naturalises prétendent
.que le Lezard ne peutselasser
de regarder le Soleil,6cc'efl: ce
qui en fait le ra port très juste.
2.JEqualiluminemlrent.
Ces paroles qui - accompagnent
les trois Etoiles des Ar
mes de-Mr le ChanceBer font
connoistre quesicegrandHomme
rend d'importans services à
Sa Majesté, Mr le Marquis de
Louvois, & Mr l'Archevesque
deRheims,n'en rendent pasde
moins considérables à l'Etat ôc
à l'Egljfr.
3 Gent in ccrvice Thcfaurum.
Une Couleuvre fait le corps
de cette Devise. Ontientqu'el.
le a une Escarboucle dans sa
teste; & comme MrÇolberc
porce une Couleuvre dans)(es.
Armes,l'applicationen est tresnaturelle
à ce grand Minifire,
dont les lumieres pour établir
l'ordre dans les Finances, font
un trésor qui ne peutestreassez
estimé.
4.NOft ~(ili. fed Dowi-to.
C'est un Chien couché sur
des sacs d'argent. Chacun connoist
la fidélité de cet Animal.
Elle est le symbole de celle de
MrColbert qui dans l'administration
des Finances, neregarde
que les sèuls avantages de
Sa Majesté.
•5. Tantum Litronibus HoFtIs.
C'eltencorlemeime Animal
couché auprès de la Porte d'un
Palais, dont il ne défend l'entrée
qu'aux Ennemis de son
Maisre. Rienntaunplusjnfie
raport aux foins que se donne
tee vigilant 6c zelé Ministre,
pourempercher qu'ilnefecom»
mette quelque deiordre dans les-
Finances.,
Lessix Dcvifesquifuivcntfontde
M1 Gardien, Secretairedu Roy.
6. Nunc tenet in terris caelum.
8. Victrices redditsuscepto
lumine vircs.,
C'est un Miroir ardent qui
reçoit les rayonsdu Soleil. Tout
le monde sçaitque ces rayons
pres yavoitestéconcentrez,en
_l)rteor-avec lavertu &la forcel'enflâmercequis'y
trouve op-
>>o(é. Rien ne sçauroit estre plus.
juste pour le Mr Marquis
Louvois qui a le Départeme
delaGuerre, & parconséque
des forces denostre Monarqu
Il reçoit de luy les ordres &
lumieres donr il a besoin.Tou
J'Europe admire depuis pli
sieurs années le zele ardent
infatigable,avec lequelHafOl
jours disposétoutes choses po
faire agir les Troupesavec~l
succés furprenans que ~nou
avons vûs.
9.Ad nutum Iovis.
Un Aigle au dessusdeque
ques nuës, ayant les aislespliée
& tenant la Foudredans ~s
serres,avec latesteélevéeve
le Soleil, fait entendre que c
mesme Ministre s'applique un
quement à executer les volon
tezdeson Maistre.
10. Servat, distribuit, ~augt. -
C'est une Rivieretraversée
arune Ecluse, dont la bonde
st en face dans le milieu. La
auteur au delà de la bonde patûftforc
remplie d'eau couvre ; on en l'écoulement surle
evant. Rien n'explique mieux
conduite olerveiJleufedeMr
,.Olbert dans le manîment des
inances.
1.Fideliter, prudenter, Pttrt.
Ces paroles se ra portent à
llesdela Devise précedente;
le Serpent mis entre un Chien
~nrtes Licorne,quisontles SudesArmes
de ce grand
~nistre,marquent àsa gloire
qui est connu de tout le monqueMr
Colbert conferve les
*ances duRoy fidellement,
qu'il les distribuë avec pru.
dence, & qu'il les augmente par
une conduire tres pure. j
Les six Revers ou Devises qn&
vous allez, voir, ont estéfaites poul
Monsieur Colbertpar Mr de SitueA
cane President en la Cour des J.Von
noies, & commissaire General di
Sa Majesté au Fait des MonnoyA
au DépartementdeLyon,
&danÀ'
toutes les Provinces quisont au deça
de la Riviere deLoire. Ie ne
'VO/
dis rien de l'esprit& du merite a
cet illustre Magistrat, puis que
sçay qu'il vous estconnu. Il Il)
guere de Gens de qualité qui aye
sassé par Lyon, quin'ensoient ins
truits, & qui ne sçachent la rési
tation qu'il s'estacquise dans
Emplois, & particulierement da
celuy de Prevostdes Marchands
qu'il a exercédepuis peu avec toute
lasatisfactionimaginable des Ministres,
&desa Province.
12. Et necat & vivijìCdt.
La Natureamis un principe
de mort & de vie dans la Couleuvre,
qui fait le corps des ArmesdeMrColbert.
Cela s'appliquefortjustement
àce grand
Ministre,quientrant dans le manîmentdes
Finances de Sa Majesté,
en aéteint toutes les iniquitez,
& y a rétably la fidelité
& l'ordre,qui en sont l'ame &: la
vie.
13. Collecta dispergit.
C'est un Baffin qui reçoitdes
Eauxdetoutes parts, & qui les
distribuë en mesme temps. L'application
en est naturelle. Mr
Colbert ne recueïlle avec tant
de sointoutes les Finances du
Roy,que pour les répandre heureusement
par tout le Royaume.
14. Domine, probasti me,
,
& ccrnovifli.
Ces parolesde l'Ecriture, qui
accompagnent un Fourneau
d'Essaypar lemoyenduquel on
connoistle titre de tous les Métaux,
s'appliquent admirablement
à l'epreuvequeSaMajesté
a faire delafidelité de ce grand
Ministre dans l'administration
de ses Finances.
1 5. Recipit, ut purget.
C'estlemesme Fourneau d'Esfay.
LeseffetsfontvoirqueMr
çoJPtn'a pris le manîment
des Finances que. pour lespuri-, fier.
16.Altior,utfoecundior.
Le corps de cette Devise est
un Ruisseau dont les Eaux sont
élevées par quelqueDigue,afin
qu'ellesse répandent avec plus
d'abondance ôede fertilité. L'aplicationen
fera aisément trouvée
dans lajustice que le Roy a
renduë au merite de Mr Colbert.
Lesfervices quel'Etatrevoie
continuellement de ce Miniftre,
fontassezconnoistre que
Sa Majesté ne l'a élevé aux
grands Emplois dont il est si
digne, que pour le rendre plus
utile à tout le Royaume.
17. Condit in annum.
Ce sont des Fourmis qui amasfent
du grain pour toute une
année. Rien ne marque mieux
la prévoyance de ce ce vigilant
& sageMinistre, qui nes'estjamais
laissé surprendre, & qui a
toujours préparé paravance les
fonds de chaque année, pour
toutes les necessitez de l'Etat.
Les trois Devisesfuivantcs m'ont
estéenvoyées par Mr de B. de N410-!,'
en Picardie.
18. Soils inferior Astris.
Un Lezard au dessous des.
Etoiles qui sont dans les Armes
de Mr leChancelier, fait le
corps de cetteDevise. L'application
en estjuste, & il estaisé
devoirque MfleTelliern'arien
au dessus de luy, depuis que le
Roy a récompensé son mérite
de la premiere Charge du
Royaume.
19. Abundantiæ Custos.
On ne sçauroit faire mieux
connoistre que si la France ne
manque derien,elleen est redevable
à la prudence de Mr Colbert,
quepar une Couleuvre au
tour d'une Corne d'abondance.
20. Paravit currendo COrOntf.
Cette Devise nousrepresente,
Daphnépoursuivie par Apollon.
C'est le symbole desCourses
que Mr de Louvois a faites
pendant la Guerre,pourexecuter
les, Ordres de Sa Majesté.
Tour le monde demeure d'accordque
la diligence de cetinfacigable
Ministre, à se rendre
par tout en toute forte de saisons,
a soûtenuadmirablement
les efforts du Roy, & a toujours
préparé àses Armes des victoires,
insaillibles.
21. Vel reperit, vel justa facit.
Cette derniere Devise est de
Mrdeaucourt d'Arras. C'est
une Main qui fort d'un nuage,
&qui tient une Balance, pour
montrer que Mr le Chancelier
n'a rien changé de tout ce
qu'il a trouvé justement étably;
maisque pour les coutumes
injustes, il les a toutes reformées
par l'amour que ce grand Ministreapour
l'équité.
Ilme reste àvous fairevoirquelques
Madrigauxsur les deux Enigmes
du Mois de Fevrier, dont les
Mots estoient la Carte Géographique,
&l'Echo.
C I. E quesousunsombre discours
L' E nigme dugalant Aferc/lre
Nous represente¬esfigure,
Est quelquefois un grandfecuurz
A ces Debiteurs de merveilles,
guipar des récits importuns
Deleursvoyagespeu communs,
Ve tous les Survenans fatiguent les
oreilles.
Ils 01Jtsaisys'ils sont crûs, le tour de l'r"i"'ers.;
Ilness point de Climat, de Peuple, de
Contrée
Quilsriayentyeu/bus/'Em*ire'et
Etjamais Matelot ria couru tant de
Mers,
Qui les croit cependant, a l'esprit à
l'envers9
tAY biensouvent chezeux en une Paix
profonde Ils
ont veu ces Païs dans la Carte du
Monde.
DE VAULOIS Avocat, à l'Hostel
--- des-Ursins à Paris.
II. JEsuis l'Echo,l'Air estmorr
pre,
L'Element qui leplusJe plaist au chan*
gement.
I'ay la Parolepourma Mere,
Et les 2JOH sont les lieux où je loge
fartent.
De's que l'Airagitéme touche,
Ie farlesansavoirdebouche,
Centfoisje meurs&naisparjour..
Ç'ejlaittîfque le;Dieux ontpuny mort
amour.
Pour aiïoir estétropsensible
Aux attraits d*unGarçon, ouplutost
d'un 7(!:her,
Déslors on m'ordonnade toujours me
cacher,
Et j'ay porté le nomde la Nymphe
inyif.,hle.
Souventunmalheureux Amant
Me vient raconterson martire;
tyais bien loin depourvoirappaiserfît*
tourment,
Ie nefais que le luy redire.
La Brune de Geneve,
L III,
l'Enigme du Galant Mercure,
Dont je "vous\iens defaire lalecture,
B"elleThilù, occupe yojlre esprit
7)'une attention bienprofonde.
Quoy,faut-il tant resver? cejl la Carte
du Monde;
Pdr¿onne'{,si je vous l'ay dit.
le n'aypû voir qu'avec dépit
jettegefhefrivole (yJtpeu necessaire;
Et sijenecraigno&, Philis
,
"IofJre
colere,
Je dirois 'lN'¡l"t"tlt mieux YOW Aftllcher
un jour
A connoijlre la Carte, (jr le Païs
d'Amour.
LABBE' DOUCE;
IV. TTÇotCïcray je en ces Vers unsens
qui vous contente? Tente.
N'est-ce pointun Echo que nous ayons
oiiy:' Oüy.
J'y donne donc ce senstpuisqueVon me
l'ordonne. Donne.
C*ejllEcho, cette Aîere ejtpeut-estre
la Voix. Vois.
Oùy,rirft-cepatlaVoix quisans Corps
ejt mortelle? Elle.
JrfaU quel est ce grand CorPs dont on
nous Yeutparler? L'Air.
Echo, de tous mes yeux je vous cherche
sans ce Cesse.
JVep;*is-je pas yous voir, Nymphe de
grand renom ? Non.
Faites donc pour le moins que yoffre
yoixm'enchante. Chante.
CiemenTJ d'Amiens,
V.
LE Mercure voit tant de Païs à
la fètty
QueJOBAutheur adroit craignantqu'il
ne s'écarte,
Pour Guide a bienvoulu luydonner
, une Carte
Dansl'énigmeduprefintMott,
VI. VIens voir icy;charmant NArciffi.
La Nympbequifit tonsuplice.
CetteBellepour toy fut invisible alors;
ïMaûpar un beaufecret^ l'ingénieux
Mercure
A ton Amantedonne un Corps,
XSluandilfait de l'Echo la vivant*
peinture.
.0 RAULT,deRoüen.
J VII. E ne connoissois point l'Amour,&
sapuijptncey
- - - - - Mon coeur n'avoitpoint de desirs,
- Btje ne rencontrois que dans l'indisérence
,
€tdurepos, &desplatjtrs.
Mllú le Mercure vient m'apprendre
La Cartedu PIIÏJae Tendre,
Tendantqu'un aimable Vdinjuev
Estl'Echo sois répond au transport
de mon (lrur.
POTIN,Avocat,Ruëd
laHarpeàParis.
c VIII. Loris, you* prétendez qu une Yetrditeobscure
oitdlrt lefiloN" des Amans Plut.
beureux, 1 Et quàe qulaneduunersBeflleeesut coxntr,aire
Ils doivent les cacher à toute laNature
IBt MOY,j-'dy toûjours crû que les maux
, qu'onendufe
Se doivent découvrir à l'Objetde nos
foeuXy
,Et filepourmlriter de devenir heureux.
Ilfautyoir <y*ptrier, Autantquel'a*
mour dure.
Souffre^doncy je yous prie, adorable
Claris,
Qu'un 'BercerdéiflefarVfs cruels
<méprit,
.:p,fis yiyes a(Juleur.t"'o- fasse une
peinture.
Ousiletéife-a-tejleenamouryousfait
peur, Ieconsens de meplaindre à l'Echo duMercure,
Mt yous fçaurç^parluy le secret de
mon coesr.
LE SOLITAIRE,dePontoise.
Vous cftes priée,Madame, de
demander à vos Amis de quelsenriment
ilssontsur les matieres qui
suivent.
QUESTIONS
PROPOSEES.
I. UNjeune Homme est dans
le dessein de se marier.
Onluy donnelechoix de deux
Filles. L'une a
dix-huit ans, &
l'autre cinquante,& toutes deux
ont autant de fois mille Ecus
qu'elles ont d'années. On voudroit
sçavoirs'il doit choisir la
vieille,oulajeune.
II.
Si on doit se marier, & s'il ya
plus de raison d'ysonger dans
'un des deux Sexes, que dans
l'autre.
III.
Siun Amant qui a donné son
coeur sans reserve, soufre plus de
lamort de sa Maistresse,que de
soninfidelité.
IV.
Pourquoyon donne des Graces
à Venus pour l'accompagner,
puis quelapolitiquedes
Belles n'est point d'avoir aupres
d'elles des Femmes qui puissent
plaire, & que les Graces peuvent
effacer des charmes de
cette Déesse, ne pouvant estre
Graces sans avoir je ne sçay
quoy qui plaist souvent plus
qu'une parfaite beauté.
V.
Quelle est l'Origine de l'Arhiteél:
Qre del'avùmesmedoo
On prétend,de l'avismefmt du
Public, proposer (ltilJS chaque Extraordinaire
VOrigine de qlqllllfl.,
desArts,afindeluy doiïker insen-
Jiblemcnt la connoijpince de tous.
DESSEINS
DE PLANCHES .ON ïERÀ ÇRÀVER.
N I. Ousavons plusieurs Ordres
d'Architecturedont
je ne dis point les noms, parce
qu'il n'yapersonne qui ne les
connoisse, mais nous n'en avonfc
aucun qu'onpuisseappeller Or- 1
dre François, & c'estdequoy
vous demãderez,s'il vous plaist,
des Desseinsàvos Amis. Loüis
LEGRANDayant mis la France
audessusde tout ce qu'il y a de
plus florissans Etats, les Arts
doivent contribuer à la gloire de
la Nation, & à celle de l'AuguftePrince
qui les fait fleurir
Ilsnelepeuvent mieux qu'en
inventant un Ordre nouveau,
qui ayant esté trouvé fous son
Regne,puisseservir à luy dresser
un Monument tout François, où
la Posterité verra ses Vidoires.
Ilest juste que puis qu'il a travaillé
sans l'aide des autresNarions,
on ne prenne rien chez
elles pour fairequelque choseà
sa gloire.
II.
Apres tant de belles Devises
sur des sujets Héroïques, on en
voudroitavoirde Galantes. On
en propose pour un Cachet de
mandé à un Amant par une
Maistresse,à laquelle cet Amant
auroit fait une déclaration d'àmour.
On fupofeque cette déclarationaitesté
écoutée, sans
aucune marque ny de satisfaction
ny decolere. On fera -graver tout ce qu'onenvoyera
de bonnes Devises sur ce sujet.
Ceux de vos Amis qui voudront
se donner la peine d'écriresur tous
ces Sujets, le pourront faire, & on
seservira, de tout ce qu'ils envoyeront
autant qu'on pourra. le croy
pourtant que vous neferiez, pas mal
de les avertir, quesi on en propose
beaucoup,c'est plutostafin de diverfifier
les matieres pour te plaisir du
Lecteur,qu'afinqueles mesmes écri
ventsur toutes les Propositions. Au
contraire, il seroit à souhaiter que
chacun n*êcrivifi que sur une ou
deux, parce qu'il ne choisiroit les
matieres queselon quellesluyplairoient,
&non pas à cause qu'elles^
auroient estépraposêes. ChaqueParticulierauroit
plus de temps àpolir
l'Ouvragequ'ilentreprendront, &
pourroit lefaire tenir ¡tus-toJl:, car
des trois Mois qui se passent entre
deux Extraordinaires, le dernier
s'employe àl'impression, & on est
cmbanîfê de ce qu'on reçoit plustard
que deux Mois apresqu'un Extraordinaire
a paru On ne laissera
pas defaire tout ce qu'onpourra pour
obliger ceux qui voudront se divertir
à travailler, quandmesme ils
écriroientsurtoutes les Propositions,
On en doit estre persuadé par cet
Extraordinaire, dans lequelon n'a
cherché qu'à obliger le Public,puis
qu'onpeutconnoistreparsagrojflllr
&par la dépense qu'on afaitepour
les Planches qui y sont employées,
quelesfraispassent tout ce qu'on en
urr.d retirer.
le ne puis finir sans vous dire
deux mots touchant les Modes. Le
Printemps est venu,mais il en a
fait paroistrefort peu de nouvelles,
parce qu'il ne nous a point encore
amené les beauxjours. On neporte
presque que les mesmesEtoses qu'on
a portées tout l'Hyver. Ce sont des
Robes de Gros de Tours de plusieurs
sortes de gris, brodées desoye, &
representant plusieurs fleurs au naturel.
Les Dentellessontpresentement
cousuës sur les Jupes, & on
n'yen metplus de volantes. La Broderie
des belles lupes estplate, d--
imite le naturel aussi-bien que celle
des Robes. Il n'y a point de couleurs
à la mode. C'est la fantaisie
qui les, regle. Pour ce qui est des
Robes de chambre, on va d'une extremité
à l'autre, & si on en voit
defortmagnifiques, on en voitaussi
de tres -
negligéeSr On attend les
Etoses nouvelles dans dix ou douze
jours. Iln'en estencorvenu quune*
C'estun Gros de Tours dont lefonds
est rayé en nuance, & onde, avec
de petites mouchetures houpées, pareilles
aux moucheturesque rovvoit
depuis longtempssur les Rubans.
Jly en a det?:'tercottlcurs. Les
Femmesportenttoujoursleurs Manches
fort longues sans Manches de
defioM, Les Habits de printemps
des Hommes, qtfii estoientl'année
passée de Drap gris-blanc,sont cette
année de touteforte de couleurs,
ily a une Etose nouvelle poàreuxr
appellée de la Calabroise marbrée,
dont on dit quele Roy s'estfaitfaire
un Habit. levous en apprendray
davantagedans ma Lettre ordinaire
de ce Mois. lesuis vostre, cre-
AParis,ce15.Avril1679.
Avispourplacer les Figures.
LE Portrait de Madame la Duchesse
de Savoye doit regarder
l'Epistre. - -
Le Cadran Horizontal doit regarder
la page 171.
La Lettre en chiffres doit regarder
la page 17*•
Les Devises doivent regarder la
page 391.
LEs Particuliers des Provincesqui7
voudront avoir le Mercure si-tdfi:,
qu'il fera achevé d'imprimer,n'ont
qu'a donnerleur adresse au Sieur Blageart
Imprimeur Libraire, ayant sa
Boutique dans la Court-Neuve du
Palais, au Dauphin; & ledit Sieur
Blageart aura soinde faire sur l'heure
leurs Pacquets,&de les faire porter
à laPoste, ou aux Messagersqu'ils
luy auront indiquez, sans qu'il leur
en cousteautre choseque le prix ordinaire
des Volumes - qu'ils voudront
avoir.
On prie ceuxqui envoyerontdes
Memoires où il yaura des Noms
propres,d'écrite ces Nomsen caracteres
tres-bien formez&quiimitent
l'impression, s'il se peut, afin qu'on
ne foitplus sujet à s'y tromper.
On prieaussi qu'onmette sur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera.
1
On reçoit teut ce qu'on envoye,
Sc110n fait plaisird'envoyer.
Ceuxqui ne trouvent point leurs
Ouvragesdans le Mercure, les doiventchercher
dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne sont dans l'un ny dans l'autre,
ilsne.se doivent pas croire oubliez.
pour cela. Chacun aura son
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis, à moins que lanouvelle
matiere qu'on recevra ne soit
tellement du temps, qu'on ne puillc differer.
On ne fait réponse ,3. personne,
faute de temps.
On ne met pointles Pieces trop
difficilesàlire.
On recevra les Ouvragesde tous
les Royaumes Etrangers, & on proposera
leurs Questions..
Si les Etrangers envoyent quelquesRelations
deFestes ou de Galanteries
qui se feront passées chez
eux,onles mettradansles Extraordinaires.
On prie qu'onaffranchisse les
Ports de Lettres, &qu'on les adresse
toûjours chez ledit Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire,Ruë S.Jaçques
àl' entrée de la Ruë du Plastre,
On ne met point d'Histoires qui
puissentblesser la modestie des Dames,
ou desobliger les Particuliers
par quelques traits satyriques.
On abeaucoup de Chantons. Elles
auront toutes leur tour, si on apprend
qu'elles n'ayent pas esté chantées.
C'est pourquoy si ceuxpar qui elles
ont esté faites veulent qu'on s'en serve,
ils les doivent garder sans les
chanter & sans en donner de copie
DV MERCURE
GALANT.
A PARI S.
AV PALAIS.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du MercureGalant le
premier jour de chaque Mois, & on
le vendra, aussi bienque l'Extraordinaire,
Trente fols relié en veau, 8tC
Vingt-cinq fols en parchemin.
A PARIS, ;
<5hex G. DELUYNE,au Palais, dansla
Salle des Merciers, à la Justice.
Chez C BLAGEART, Ruë S. Jacques
à l'entrée de la RuëduPlâtre,
Et en sa Boutique Court-Neuve du Palais,
AU DAUPHIN.
T. GIRARD, au Palais, danslaGrande
Salle, à l'Envie.
M. D. LXXIX.
4VEC PRiVlLïGE.BV ROI.
A
MADAME
R OY ALE.
ADAME,
La liberté que je prens
d'adresser cet Extraordinaire
à VOSTREALTESSE
Ro YAL E, est une suite de
celle quej'ay déjà prisede
parler desagrandesquali,
tez en plusieurs endroits du
Mercure.Lebonheurquilé
d J,pre faverakleihent reçeu
dans toutes,lesCours de
l'Europe,luyfait une obligation
indispensable dy porter
des Nouvelles de toutce
quisi passedeplui lolal,."t,;
~si on L'encroiraitmalinformé,
sice que V, A. R. fait
tous lesjours admireren 61k,
n'estoit veuf*wven$p*rwyfes
Articles lesplus impartans.
Cette matière est des plus
illustres, ~&leplaisir quon a
pris à voirlespremieres ébauches
queje mifuishasardé
de'nfoirejmejttropglorieux,
fJ'J,wtU'whng4f"IMpouF'
ser plusloinleshautes idées
quellesmedonnent.JMaisy
MAD A MT~~-M~M~~pourvoitleiïrentpliavfihs
entrer
dansét^métïldetout ce qui
rend e.A.R. une des plus
GrandesPrincesses delaTer-
'eicfhltnm" entreprendre
àyvMt#t*$f*nsfïntird'abordeptxle^
elekplusparfait
ne sçauroit donner de
forcesquine fuient infiniment
au dessousd'undejjein
si élepé? Sije <votfsregarde
dans vos plus jeunes années\
je vous <voyVadmiration de
laCour de Frdtfcé, lontPotf
..Iftif¡'!ors un desplusconfitdérables
ornemens, Sijevous
conduitaudela desMonts, dès Monts, j' ewtens l' accfatpation des
Peuplesparhgent- .,PR!c,ff,,:r:gnt'de/¡t,-
manière du incnie laplus
empreBée les tranjj>orts de
joye queVïhéeàeV% 4R.
infipire àleurlou^erdin La
suite a fiât voir combien et
-GrandPrincese trouva char-
-'
thédeVostrePersonne. Un
tendre amoursejoignit à une
veritable estime. Les Fesies
galantesqu'il fit souvent
préparerpour evousjûrprendre,
qu'il continua de vous
donnerplusiers années Apres
son Mariage, rvOHS furent
d'agréables preuves de cet
amour. Le temps qui Itffoi,
blit les plus violentes passions,
nefit qu'augmenter la
sienne, fg)illa porta jusque
dansl'excès,parce quun mériteinfiny
en estoit l'objet.
Je passe, MADÁE, sur ce
temps depleurs quisuivitsa
perte, pour,venir a celuy de
Vostre Régence.Ilestcertain
queleRegneleplusstorissant
n'a jamais eu rien de plus
merveilleuxOnenferaconvaincudés
quonsi.rtpnfenteraque
cetteRégencraefitf
tranquille,Cesfortesdemiracles
arrivent si rarement,
qu'il ny a presque point
d'Etatsquise puijfçnt vanter
d'enavoireude pareils.
Aussi peut-on dire que ceux
que Vousgouvernez^nontpu
jouir d'un avantage sipeu
commun,sans quelaconduite
& laprudence de V. A. R..,'
ayent eu quelque chofi de
plus qu'humain. Mon esprit
si perd dans les merveilles
quellesontproduitespendant
cet heureux Gouvernement.. cetbeîïwuxl,
d%êfablWtynetranquillitéqui
fusidurable, ~g) de travailler
kïéducationdetaugufle Fils
que Dieu vous ayoit 'dollné..
Vous riave^rtenoubliépour
yîéiïfpr* LechoixdesPerformes
propres àremplirun
sigrandèntploy, estoit un
Qti^ragt%fp>%%ffyortitnt. Vne
autrèfcferoitcontentéèdele
afireffrflei aiJ) MADAME,
V. A. R. n'a, pû borner
fin Application à ces premierssoins;
Elle a voulu apprendre
à etjeune Princepar
des exempleswifibles, ce que
ceux à quiêlkwimt commiê
sonInstruction, ne luy pouvoient
montrerquepar des
paroles; (èj- afin de donner
plus de force à fis> Leçons,
Elle afaitelle-même ce qu-
Ellecherchaitaluyfaire connoistre
qu il atJtÍ/oit faire.
Ainsi, MADAME,l'Esprit de
ce jeune Souverain ne s'est
pasplutost ornentàla raison,
qiïil afqeu ce quiestoit le
plusdigne d'un GrandPrince.
Vous luy enavezenseigne les
vertus en les pratiquant; et
pour s'en fermerune idée
parfaite, etpratiquer àson
touffetesvmefines <v*rtus^ il
ria embèfom quedejetterses
regardssur Vous. atrllfi esté
sans-doute assezpour luy apprendre
à aimer, et à prote
ger les Artsrde luyendonner
l'exemple: 'mllis Vous alt't,
encor voulufaire davantage;
et pour luy mettretoujours
devant lesyoeuxlessentimens
que Vousluya<ve%infpirc£
la-dessus, Vous avenfuit
acheverle magnifiqueValais
des Exercices, ou la jeune
Noblesse estlogée et instruits
aux déspens deV, A. R. Les
Etrangersjviennentenfoule,
&pUjfeursPrincessi,
font un plaisir d'y estre reçeus.
Quelavantage> MADAME,
pour ïaimablesouverain
quifera témoinde
leuradresse,etquiprofitant
égalementdes Leçons des
Maistres, etde l'usage qu'en
feront les Eçoh&rsyjoindra
l*ardeur dJunt¡.'f»blt'.;mt4l11
tictn}aux.privilègesparticuliers
que donnela haute Naifsance
àtoutes les personnes
desonrang. MaiscetteAcadémie
ne fera,pas feulement
une Ecole où le digne Heritierde
Charles*Emanûel11.
Jeferaadmirerselleinféra
uneeterneUepmrlaIjoblejfe
deses' états. L'entrée qu'on
y a permisiaux Etrangers,
la rendratoujoursglorteufe
a la Natwn,plusglorieufi
encorpourV.A. R, puis que
Voflre augnfle Fils,,laNoblessi
deSavoye, les Etrangersy
tt)ous la doivent9 &que
Vonten tireréX.feule autant
de gloir.. qu'ilsen tireront
tous ensemble d'utilité. Mais,
MADAME,siVous en devez
attendre beaucoup de JI/nfti.
tution d'une Académie qui
n'est que pour les exercices
du Corps, que diray-je de
telle que Vousà<t/e%. établie
pourlesexercises del'Esprits?
Comme il n'y a riendeplus
noble que ce quile regarde,
Vous luy .;.rtI lhJnhé un
ApartementdansvostrePalais.
jQuelplus grand bonneurpouvoientjfiuhàherceux
qui lacompofenz,? Ils auront
l'avantage de rvoir V: A. R.
de prèsy tJ dela voir fort
souvent; maiscomme si Elle
ne les avoït eemblez. que
pour la gloire du Prince à qui
elle donne toussessoins, ils
l'auront veu presque dés sa
pluttendrejemejje9 ££témoinsdesmerveilles
dtfllt.
ils travailleront à son hif
toire,etytravaillerontavec
succés.Comme lesmarques
que cejeune Souveraindonne
tous les jours d' une Ame
toute Royale, ne permettent
point de douter que toutes
sesactions ne répondentdans
lasuite àson éducationet aux
grandes chosesquil rtJON4 a
et/t" fairt, quels miracles
,lallrQnt-ils pointun jour à
décrire? Vous les verrez
MADAME, & Vousles verrez,.
avecd'autant fins de
joye, qu'ilsferont en quelque
foçonfouvrage de vos tendres
& foges applications.
V. A. R. ne s'efi pas cunttntéede
leur donnerpourobjet
tout ce qui peut firwer le
Corps&l'Ecrit. Comme
sa vigilance égale Vamour
quElle a pourJes Peuples9
Elle a cherché à leurflirc tu
rerdes beàux Ans, tous les
avantages qu on en -peut au
tendre; & pourrendre la
Cour de Savoyeune desplus
'celtbres-Cours. du Monde,
Elleya introduit toutes les
nouveautez magnifiques qui
peuvent estre aussi utilesque
glorieuses*0nEtat. Ilne
faut point s'étonner apres
cela sila galanterie, lapoli.
téjfey etlesplaiifysrégnent
toujoursypuis que ceJZntdes
chosesinséparables d'une
Cour ou il riy a jamais rien
qui manque* Ce qu'ily a dé
plussurprenant,MADAME»,
et qu'onnedoitpasregarder
comme une des moindres merveilles
de vostreRegence,
c'est que la sterilité mesme
siAit pû chasser l'Abondance
de vos Etats. Ilsemble au
contrairequ'elle n'y Joïtarrivéedepuis
trois ans que
pour servir d^cafion à V.
A. R. defaire eclatersa prévoyance
&son extréme bonté
poursesSujets Les Grains
qu 'Elleafait venirdes Païs
les plus reCalez, n'en pouvant
trouver dans les Provinces
voisines, leur ont esté
un si prompt soulagement,
qu'à peine sesontilsapper-
S'HI decette colere du Ciels
&de cette duretédela Terre.
Van* -avegfvarny à tousleurs
be/oïnt ; €£ les largesses que
Vousavezfait répandredans
les Villes &dans 1,1 Campa*
gne ,ont esté mesme au dela
de tout ce qu'on auroit pû
recueillirdans lesannées les
plus fertiles± Tant desoins
ne <vousontpas empeschée de
songer au salut des Ames.
Les Retraites Royales que
Vous avezfait élever dans
la Savoye &dans le Piémont
pour les ,nourtJtAU« Convertis,
en ont attirébeaucoup?
quifauted'avoir où se retirer,
ne seroientpeut-estre,
jamais revenus de leurs erreurs.
Mais, MADAME, il
n'y a point à s étonner que
vostre zele produise des effets
sicharitables',Géxriefk
pas daujourdï huy, que les
Princesses de Vostre Maison
font des actions éclatantesde
pieté. AlixdeSavoye,Femme
de Loüis le Gros R-ay, de
France fondal'Abbaye de
Montmartreaupres deParis,
& elle voulutyfinirsavie..
La Savoyeria parfourny
seulement des Souveraines
dont Uvertté peut servir
d'un brillant modelle ctu&
Princessesqui les voudront
imiter, ellenous aaussifait
voir des S(JurveraÍnS' d'une
valeur dont la memoiresera
eternelle. AméV.surnommé.
le Grand, fit lever le Siege
deRhodesà Othoman J. Empereurdes
Turcs,&céji depuiste
temps-là qu'on rrJoit:
ces quatre lettres autour de
l'Ecusson de Savoye, F. E.
R.T. qui font les premieres
des quatremots Latins qui
marquentce quece Grand
PrinceafaitdevantRhodes.
LaCroixd*argentquon voit
aujourd'huy dans les Armes
de savoyefitgelmifepour
le mesmesujet dans celles de
ce fameuxCapitaine. Ilmerité
bien ce nom, puis qu'ilfit
trente-deux Siegespendant
sa vie. Les Roysde France
& d'Angleterre,le choisirent
pour Arbitre de leurs diférens,
& l'Empereur Henry
VII. luy dût son éleuion.
Je laisse les surprenantes
actionsd'AméVI. &deplusieurs
autres Souverains qui
ont regné dans l'Etat que
V. A. R. gouverne avec une
fibàtite prudence, pour venir
à Loüise de S¿¡'Voye,;Mt,."
de François I. Roy de France.
On lit dans l' Epitaphe de
cette Reym0 qu on nefiqavoit
qui luy devoit leplus, de la
France, deson paisr ou de
toute la Terre. Ce n'est pas
sans sujet, MADAME, queft
vous parleicy de cette Princesse.
Elle estoit Fille de
Philippe deSavoye, qui eut
entr'autres Enfins un Fils
appellé Comte de Genevois
& Ducde Nemours.C'est de
là qu'estvenuë la Branche
des Ducs de ce nom. Ainsice
Princedont V.A. R.desçevd.
estoit Frere de la Mere de
François I Ce quifait fl/oi,
que l'on doit ce Grand Monarque
à vostre Sang. Tous
les Princes qui sontsortis de
ce premier Duc quia portéle
nom de Nemours, ont longtemps
tenu en France le rang
qui leur estoitdeû. Ilsy ont fait éclater leur valeur en
d'importantes rencontres, &
enontpossedélesplusconsidérables
Gouvernemens.Mais
MMadame-, pourquoy m)'étendresur
desavantages communs
à tous ceux qui naissent
comme Vous parmy les Cou
ronnes, quandunnombre
infiny de Verttu Morales
Chrestiennes,difficiles à trouver
dans la mesme Personne,
que V. A. R. possede toutes,
medonne tant dequoy la
loüer par Elle-mesme? La
moindre de ces Vertus me
suffiroit pour la mancre du
plus beau Panégyrique,sije
ne m'appercevois que je passe
insensiblement les bornes ordinaires
d'une Epistre. En
effet,MADAM E, que n'aurois-
je point à dire de l
grandeur ©> de l'élévation
de Voftrt Ame , de la penétration
de Vostre Esprit, de
la juftcjfe de son discernement
en toutes choses, & de
ces inclinations toutes Royales.
qui <vous portent sans
eJft à faire du bien? Que
ne dirois-je point de cette
douceur meslée de majefié
qui charme tous ceux qui ont
l'honneur de vous approcher,
de l'amour que Vous
id'pezpour la Gloire & pour
lajuftice (5- de cettepieté
exemplairequisertde regle
â toutes vos actions ? Mais
quand je parlerois de toutes
ces choses,queferoisje que
repéter ce que tous vos Sul
jets publienthautementy &
qu'ilsont appris à toute la
Terre?Jel'avouë, MADAME.
ce meseroit un chagrin de ne
pouvoirrien dire à l'avantage
de V.A. R. qui nesust
déjà connu par tout, si ce
n'estoiten mesme temps une
fortgrande gloire pour Elle,
de tf/oir que ce qui la. rend
une desplusaccompliesPrincesses
que nous ayons, n'tjl
ignore de personne, parce
que lessolides merirez.soe
peuvent longtemps demeurer
CAçhhs. Cependant comme
on ne peut trop faire éclater
de si grandes chofesy
je [say, MADAME, que
je décrois mester ma flJoi",
aux acclamations publique;
mais la juste défiance que
j'ay de mes forces, mefait
laisser un Employ si glorieux
à ïlllufire Académie
des Beaux Esprits qui tient
fin établissement de tf/Ol
foins,@f que Vous ttJentzde
loger dans- Vostre Palais.
Elle ne peutse défendre
de travailler à l'Histoire
de V. A. R. sans mettre
la Posterité en droit de
luy- en demander compte
Toutes les Nations ïattendent
d'Elle.Elleyestobligée.
La reconnoissance le
eveut, la matiere L'excite à
le faire la beauté du
sujet L'y doit entraîner.
Tandis qu'elle travaillera au
Tableau de tant de rares
Vertus, je publieray la
bonté que V. A. R. a euë
de m'accorder de la maniere
du monde la plus obligeante
, la permission. de
mettre son Nom auguste à
lateste de ce Livre. C'est
une grace que n'oubliëra jd4l
mm celuy quisera toutesa
.lf/it avec, un profond res-
MADAME;
DEV.A.R.
Le très humble&tres
obeïssant Serviteur,
DEVIZE.
Extrait du Privilege du Roy. PAr Grâce & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le31Décembre 1677.
Signé,Par le Royen son Conseil, JUNIIiRis.
Ilest permis à J. D. Ecuyer,Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
six années, à compter du jour que chacun desd.
volumes fera achevé d'imprimer pour la première
fois: Comme aussi defensesfontfaites
àtOUS Libraires, Imprimeurs, Graveurs & au.
tres, d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
sans le consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre; mesme d'en vendre separément,
& de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &.
confiscation des Exemplaires contrefaits., ainsï
que plus au long il est porté audit Privilege,
Registrésur le Livre de la Communautéle 5. Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
jouir suivant l'accord fait éntr'eux.
-
le île M<tn7/. --
EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
GALANT.
QUARTIER DE JANVIER 1679.
TOME V.
OVS m'avez donné
unefortagreable nouvelle
,
-ftladame, en
m'apprenant que mes
Lettres Extraordinaires continuent
deplus en plus àvous divertir. L'accueil
favorablequ'on a faitpartout
à la dernière, ne m'a point surpris.
Le glorieux avantage quelle a de
porter en teste le Nom auguste de
Sa Majesté, m'estoit une assurance
desonsuccés, &je n'avonspoint à
douter qu'on ne leustavecce
que les ingénieusesMédailles qu'elle
renferme,m'ont donnefitjet depublier
des merveilleuses Actions de
ce Grand Prince. Il y a d'ailleurs
tantd'esprit dans les diversesPicces
de Vers dl" de Prose que cette Lettre
contient, &dontjevous ay nommé
les Autheurs, qu'il estoit difficileque
l'affimblagedesbd/uparties qui la
composent nefist untout qui méritast
l'approbation que vous luy donnez.
Souvenez-vous, Madame,queje
vous ay déjà dit que lesoin de les
recueillir estlaseulepart quefay aux
Lettres de cette nature, & qu'ainsi il
doit m'estrepermis d'enparleraussi
avantageusement que je fais, puis
qu'en les louant,c'est seulement
l'Ouvragedu Publicque je louë. le
croy queje nepuuffilCUX commencer
celle-cy, qu'en vous faisantvoir ce queledernierExtraordinaire
a donné
occasion de m'écrire.
SUR
L'EXTRAORDINAIRE
DU MERCURE
Du Jhnirticr d'Octobre IGJS. EN vzerité, Monsieur ,onest
c harme de toutes les beautez
que renferme vostre Lettre
du Quartier d'Octobre.Vous
ne pouviez finir plus extraordinairement
l'Année Extraordinaire
du Mercure, ny commencer
plus glorieusement celle cy,
qu'en donnant cet excellent
Ouvrageau Public. Ilest digne
d'estre presentéauplus Grand
Roy dela Terre. Vous y avez
ramassé pour sa gloire,tout ce
qui pouvoit la consacrer à la
Postericé. Vostre Epistre est
comme un Arc de Triomphe,
où l'on voit les Victoires qu'il
a remportées sur ses Ennemis, &
sursoy-mesme.
La Renommée en mille lieux,
Apprend de ce Héros les exploits
glorieux;
fifoeispour lesfaire entendre à la Race
future,
Ilfalloit la voix du Mercure.
Je pasle de cette belle Epistre,
à l'ingénieux Cadran,dont le
Soleil,ou plûtost Louis LE
G RAND,marquelesheures.
Le cours d'unesibelleY/V,
De tant demerveillesftjie,
Au coursde cetAstre estpareil.
Les VertusdeLOVIS, les vertus du
Soleil,
Font ce qu'onVoitdegradau mondea
Maintenantqu'unePaixprofonde
D'ulnrèegne ccalmeo&dfouxtVar-si LOris, Soleil,fèronttous nos
: beaux j'ours.
CePrince estunSoletlquipercales
nuagts, Et qui dissipe les vapeurs;
Qui répand IdJOJe en nos coeurs,
Et la metsur tous nos visages.
Enfinpartoutoù va ce Ife'rosglorieuxy
Ilyporte avec luy,l'éclat, &lalumiere
;
Ainsi,queleSoleilse dérobeà nosJell.K''
Etqu'ilfinissesa carriere,
La Terre a son Soleil, aujji-bien que
les Cieux.
Le Portrait de ce Grand Roy
environné de tant d'excellentes
Devises, & de Revers de Medailles,
a quelquechose defurprenant,
pour l'abondance, &
pour la richesse des pensées. On
pourroitappellercetteadmirable
Planche, leTrésorde Loüis
le Victorieux, & le Triomphant.
C'est là qu'on voir en
racourcy, tout ce qu'ila fait de
grand, & de merveilleux. Toutes
ces Pieces marquent admirablement
le prix de son Regne,
& de sa Vie.
Ces Médaillés,& ces Ve-rifls,
Sur les Villesqu'ilaconquises,
Font à la yeue un bel effet.
L'esprit en est charméJi-tojlquilles
remarque;
Jhlaù lors quel'on y>oit le Portrait
De cet invincible Monarque,
Onne s'etonneplusde tout ce quila
fait.
Jeneme lasse pointd'admirer
toutes ces choses, & j'ay de la
peine à en retirermaveuëpour
considerer tant de Pieces d'esprit
& de galanterie, qui composent
vostre Livre. Mais,Monsieur,
mon admiration ne cesse
pas pourcela; J'y rencontre par
tout les miracles du Regne de
- Loüis LE GRAND. En effet
fous quel Prince les Sciences
& les Arts 0nt.ilse11:é plusflorissans?
A-t-on jamais veu paroistre
la Galanterie &l'Amour
avec plus de politesse & de magnificence?
Vostre Mercure en
fournit tous les Mois des preuves
si convainquantes,qu'on
n'en peut douter. Qui n'admire
avec moy tant de Festes galantes,
& deFictions ingénieuses
dont vous nous faites part? Ces
Lettres, &ces Traitez si pleins
de doctrine& d'érudition, que
vostre Mercure a faitnaistre,&
dontil se peut dire doublement
le Pere, ne font-ce pas autant
deChefsd'oeuvres?
ContinueMufesfçd\antes>.
7-7'0.1 belles {jpgrandes Leçons;
Continuez, Musesgalantes,
Vos douces&tendres Chansons,
Apresent que LOVISrajpmble dans
la France,
L'Amourtcg-les Tlaifîrs3laTaix^çj*
l'Abondance.
Amans,du Dieu d'Amour "rene'{pn!l
drelaLoy,
Vous nepote-r,--avoirde momens plus
!p'ropices, sous le regne d'un GrandRoy;
Quifaitdeses Sujets, l'amour& les *Maisil ya toujours quelque
Grisete fiere & délicate, ( &de
cela foit ditsans faire tortà la
Chate de Madame des Houlieres
; )Il y a dis- je,toûjours
quelq ue ivilne insensible qui se
gendarme contre l'Amour):
manque de le bien connoistre.
Vousqui dites,belle Severe,
£uepourfuture les Loix que l'Amour
nous prescrit,
Onpertlaraisoin,&l'esprit,
Vous en ignorez le mistere.
S'il nous enflame, ilnous e'iiaire;
S'ilnous in/jife, il nous instruit.
Enfinsoiit le jour,soit la nuit,
Ses Loix jOntdUX Amans agréables
àsuivre.
Sans elles l'on est malheureux,
Etsans ellesl'onnepeutvivre;
Maissivous n'écoutez mesvoeux,
En vainsur cesujet je Voudrois vous
instruire.
Cependant Vofire erreur estfacile à
détruire,
Puis qu'ilnefaut j(uaimer^ourgoâtet
la douceur
Qu'on trouve à sifiûmettre à ce charmant
Trainj<ueur.
Je croyois finir icy cette
Lettre; mais,Monsieur, on ne
sçauroitquiter vostre Mercure.
Vostre Histoire Enigmatique
m'arreste encor,& voicy ce que
ma Muse m'a inspiré sur cette
spirituelleallégorie.
Cesdeux Grands Roys dont l'origine
Estcachée auxplus curieux,
Quisefontlaguerre en tous lieux,
Stdontledifïrentjamais neseterminer
C"7t?ys, leursFemmes,leursSujets,
Qtianddeprès on les exafninet
Cen'estque leJeu des Echets.
Peutestre que ma Mures'est
trompée en cette rencontre,
mais, il est toûjours certain
qu'elle ne se trompe point
quandellem'engage à vousdire
que jefuis, Vostre,&c.
DE MARPALU.
Iefuis bien aise que les six cIf?!!ef
tions propesecs dans ce me[me Extraordinaire
foierît de vastre goHsi.
Vcicy ce que M1Gardien secretairedu
Roy
y
m'a envoyésur chacune.
Tout ce que vous avez veu de luy
vous a plû, & ilsuffit que je vous
l'ttye nommé pourvousfaire attendre
beaucoupdesatisfaction de ce
qu'ilintitule
RAISONNEMENS
SUR LES QUESTIONS
proposées dans l' Extraordinaire
du Mercure du 1 5. Janvier
1679.
S'ily a plus de gloire à triompher
de soy-mesme? qu'à vaincre ses
Ennemis.
JE suppose d'abord que ce
triomphe de soy-mesme ne
s'entend pas d'une habitude,ou
d'une affection vicieuse, quoy
qu'il y ait a ssurément de la
gloire à les surmonter; mais
commece nous est une obliga.
tion indispensable, & que ce
feroit un grand sujet de blâme
pour nousdene le pas faire,
j'estime que pour donner tout
le jour necessaireà cette Proposition
,illa faut entendre de
lavictoire que nous remportons
sur une passion qui soit legitime,
ou quidu moins foit soûtenable
parraportauxqualitez que le
monde demande dans les Héros.
Ce fondement posé
,
je
veux bien con siderer un grand
Conquérant comme l'Ame de
toutes ses Troupes, & jereconnois
que qui s'en fait toujours
bien servir, donne la preuve la
pluscertained'un rare mériter
d'une excellente vertu. On peut
le regarder dans cet état comme
une testequifèule,&àson gréj
en conduit &enterrasse une infinité
d'autres,& comme un
bras qui seul fait agir, & succomber
les plus nombreuses Armées.
Quelle anité plus sensible&
plus délicate pour l'esprit
humain qui ne cherche qu'à
s'élever toûjours, non seulement
sur chacun des Hommes
en particulier, mais generalement
sur tous les Hommes s'il
se pouvoit, que de n'en voir
aucun au deiIùs de luy, & d'en
voir presque un Monde entier
fournis à ses loix
, ou par le devoirou
par la force? Si tous ne
l'estoient que de l'une, ou de
l'autre de ces deux manieres,
peut-estre qu'il ne croiroir pas
ion bonheur si achevé. Il ne
goûteroit que l'une de ces héroïquesvoluprez.
Maiscomme
tout l'aime ou le craint, il a
quelque raison des'estimerau
comblede la grandeur & de la
gloire. Cependant toutes les victoires,&
toutes les conquestes,
pour grandes que l'on puissese
les imaginer
, ne furent jamais
l'ouvrage d'un seul. Ilest sivray
que ces telles &: ces bras qui
font dans la subordination &
dans la dépendance,partagent
la gloire du Conquérant,que
luy-mesme se fait un honneur,
& une raisonnable politique, de lereconnoistre, & deleur donner
dans l'occasion les louanges
qu'il croit qu'ils ont meritées,
Onsçaitassez qu'ils ne peuvent
faire tant de grandes actions sans
Juy, que c'est sa valeur qui les
anime, saprudence qui les conduit&
ses ordres qui les rendent
capables de tour. Mais avec
toutes les grandes qualirez qu'il
possede, quel succéspourroit-il
esperersans leur bravoure, sans
leur affection,&: sans leur obeïs.
sance. LaNation, les Chefs,les
Soldats,entrent en part de la
gloire de ses triomphes
; &
quand son merite pourroit se
gloriferavec justice d'avoir pû
captiver la Fortune,celle-cy,
touteFemme qu'elle est,ne rougira
point de luyreprocher ses
faveurs. PourcequiestdesEnnenais,
ils ont perdu le pouvoir
de nuire, mais non pas la volonté
leur coeur &leuresprit font
encor libres dans les sers, pour
l'ordinaire ils défirent,ils attendent,
ils recherchent les occafions
de se soulever&. si cette
Inconfiante dont nous venonsde
parler, vient une fois par
dégoust; ou par caprice, à se
ranger de leur co(téj!s deiefL j-ne defefpereronr
pas de pouvoir vaincre
à leurtour.: Il faut des Siècles
pour les reduire à une fourmisionenlaquelleon
puisse prendre
confiance&c'est une forte
de victoire dont peu de Conquéransayenteuleplaisir.
Mais
triompher de foymesme; vaincre
un panchant qui a un fondement
raisonnable ou plausibles
le faire ceder à une verra qui
n'est pasoude nostre caractere;
ou de nostre tempérament, ou
avec laquelle nous n'avons eu
ny le temps, ny les occa fions de
contracter beaucoupd'habitude;
sedépouiller d'une passion
favorite; la sacrifîeràuneautre
touteopposée; c'est ne devoir,
après Dieu, qu'à foy & à sa
vertu, l'honneur de ses combats
&, de sa vidoire. Elle est si
complété, une victoire de cette
nature, que ny la Fortune, ny
l'Envie, nv aucune révolution,
n'ensçauroient plus troubler le
repos. Un tel Vainqueur n'a
plus rien à desirer ny à craindre.
Il estdans l'état le plus parfait
où la condition humaine puisse
parvenir. Avec laconquestede
toute la Terre, il pouvoit manquer
beaucoup de choses à son
bonheur, & à sa vertu; mais en
sesurmontant soy mesme, il a
assuré l'un & l'autre pour toujours,
& non feulement il a
affermy sa félicité, mais il a
encor fait celle des autres, puis
que ces fortes de triomphes
vont ordinairement au benefice
du Genre humain. C'estparlà
qu'il s'est élevé au dessus de sa
propre nature, ayant imité autant
qu'il luyaestépossiblel'exemple
de son Autheur,qui
veut bien (s'il m'est permis de
parler de cette forte) remporter
tous les jours deî%,Ic'loires sur
soymesmeennostrefaveur, en
permettant si souvent à sa mise
ri corde de triompher de sa
justice.
SiquanduneMaistresse déçeuèpar
les apparencesfait à fin Amant
de violens reproches d'une prétendue
infidélité,&le condamne
avec l'emportementordinairedascesfortes
d'occasions, sans vouloirsoufrirqu'ilparle
;Si, dü-je,<
cet Amant accusé injustementy.
doit ceder pour lorspar un silence
respectueux, & diférersa luftification
; ou bien aux dejpens,
d'un peu de desobeïssance,s'empresser
avec toute l'ardeur posi
sible de tirersaMaittresse de l'erreur
où il Ire voit. cErre Question m'est connuë,
mais je n'avois point
encor pensé a sa décision. Q-Iloy
qu'il semble d'abord quecessoit
quelque chose demonstreux, Se
pourainsidire un crime delezemajesté
d'Amour, qu'un coeur
desobeïssantà la Beauté dont il
s'est fait la conqueste, & qui
doit y regner aussi absolument
qu'aucun Monarque dans son
Etat; j'ôsedirenéanmoins, fansme
départirde ces justes maximes,
qu'il est desoccasions
rares à la vérité,,mais tres.
importantes comme celle-cy r
oùl'Amant peut &doit desobeïr
à sa Maistresse. Il fautconsidererer
quedepuisqu'une fois
deux coeurs se trouvent unis par
l'amour, l'interestde cet amour
doit estre leur unique affaire.
Ce n'est que par luy & pourluy
qu'ils doivent vivre. Ilsyont
une égale dépendance, & un
égalengagement, &ils deviens
nent réciproquementresponsablesTun
à l'autre de tout ce qur
peut l'entretenir ou l'alterer
L'Amante demeure bien toû
jours dans lapossessiondes honneurs
deuësàson Sexe,&dan
le pouvoirabsolude commanderai
tout ce qui va au bien de
cette charmante societé. Elie
a aussi toute l'autoritéaux choses
qui ne font qu'indiférentes
par elles-mesmes. En tout celaun
veritabieAmant ne peut
avoir trop de respect, de déference
, & desoûmissîon. Maisen
ce qui peut bleuir leur
amour,il est en droit aussi bien
qu'elle des'y opposer,ôcd'employer
tous les moyens image
nablespourdétournerun olaJs
qu'il doit regarder comme le
plus grand de tous les maux.
L'amour est en danger, il n'en
faut pas davanta ge;tout doit
estre permis, puis qu'i l s'agit de
l'empescher de périr. Croyezvous
que s'en sufr un fort bon
moyen que de s'arrester à un
vain fcru pu le, qui donneroitla
temps à cette pauvre Amante
ainsi déçene,de se fortifier dans
son opinion,& dans son ressentiment,.&
depasserensuiteà la
haine
, au changement, L'-Z au
mépris? Combien de fois avons
nous vu de simples brouilleries,
pour des suj ets fort legers,avoir
causé entre deux Amans par
cette funestegradation, la ruine
d'une intelligence qui sembloit
ce devoir finir qu'avec leurvie
& combien à plus forte raison
ce malheur est-il à craindre,
quand il est questionde lafidelité
qui estl'ame, la baze, &
le soutiende toutes les liaisons,
& sur toutde celles de l'amour?
Quiconque peut souffrir en silence
de se voir accusé de perfidie
, commence à s'en rendre
suspect. C'estestre infidelle en
quelque façon, que montrer
trop de patience dans ces rencontres.
Un grand empressement
à nous justifîer fait la
moitié de nostre justification.
Il estvray quenous voyons dans
quelques Romans des Amans
d'une obeïssance de ce caractère,
& pour ainsi parler des
Martyrs d'obeïssance; mais ce
sont des Hérosfabuleux,&de
méchans
méchans Originaux qu'il faut
¡
bien se garder de copier. Que
leurs Maitresses aussi fantastiques
qu'ils estoient scrupuleux,
leur eussent avec l'amour dans
le coeur, défendu pour jamais
de les voir
,
ç'en estoit assez
pour les mettre tous deux à la
gesne pour longtemps, & pour
leur faire commettre desextravagances
quifaisoient enfin degenerer
les Sujets héroïques eu
un comiq ue des plus ridicules.
Je voudrois bien que quelqu'une
deces éroïnessefustaviséede
défendre à son Amant de l'aimer,
pour nous donner leplaisir
devoir comment ilse seroit ciré
d'affaire
,
& de quelle maniere
il auroit accordé deux sentimens
si opposez. Je soûtiens
donc, aux termes de nostre
Question,que c'est dans cesoccasions,
où si l'Amour est aveugle,
l'obeïssancene le doit pas
estre C'est une Personne malade
;
c'est la Personne qui nous
estlapluschere. Illa saurguérir
endépitd'elle,&lepluispromptement
que nous pouvons. Que
de justes reproches ne pourroit
elle pas faire, d'avoir diféré
cette guerison ? Cruel; qu'avec
vostre indolente soûmission
vous m'avez causé de peines que
vous pouviez m'épargner, en
feignant de ne pas entendre la
défencequeje vous faisois! Si je
me fuis laissée tromper aux aparences,
j'ayau moins cet avantage
sur vousquec'estoient les
plus mortelles qui puissent alarmer
un coeur amoureux. J'avois
à foûcenir l'image de vostre
changement, & celle du bonheur
d'un Rivale. Rien ne me
parloit en vostrefaveur. Mes
propres yeux sembloient vous
convaincre; enfin j'estois desesperée.
Obeït-onàceux que l'on
voit dans ce déplorableétat?
Mais pour vous quand cesmesmes
yeux vous marquoienttant
de colere,vous assuroient d'un
violent amour,&maboucheen
vousimposantavec fureur un G..
lence si peu de saison,vous expliquoit
assez le trouble de mon
coeur, & l'extrême befojn où
j'estois que lavostremetirastde
peine. Vous vous estes aimé &
côsideré plusquemoy Vousn'aviez
rien à craindre pour vous,&
cependant ce n'est que pour
vous que vous avez craint, &
vous m'avez abandonnée à mes
souffrances. Qu'il ne craigne
donc point, cet Amant bien
aimé, de desobeïren desoccasions
de cette nature; qu'il remontre
&qu'il supplie; mais
qu'il presse & qu'il s'emporte,
s'il en est besoinautantquela
bienseance le pourra permettre.
Qu'a-t-il à craindre? Il a son
innocence pour luy; & l'injusticemesme
de sa Maistresse
luy répond avec certitude de
l'évenement. La Belle ne fera
pasplûtost sortiedeson erreur,
qu'elle rentrera en ellemesme,
elle aura de la confusion de
cetteinjustice,&ellesera bien
aise d'en faire compensation
avec cette prétenduë (mais si
utile) desobeïssance. Elle croira
mesme luy en devoir de reste,
& alors la paix se fera entr'eux,
avec les douceurs& les tendresses
que ceux-là seuls peuvent
bien compren dre qui ont
eu quelquefois le bonheur de les
éprouver.
Si la condition des Femmes cjlpltIJ
commde &plus avantageuseque
celle des Hommes. sAns faire icy un dénombrementdece
qu'il y a de commode&
d'importun, de doux&
de fâcheux dans la condition de
chacun des deux Sexes; &: sans
invoquer Tiresias quiavoitesté
de L'un &del'autre;il mesuffit
d'avoir veu quantitédeFemmes
témoigner sérieusement quelque
déplaisirde l'estre,&souhaiter
de devenir Hommes, si
cette métamorphose eust pû se
faire: mais je n'ay jamais veu
d'Hommes envier l'état du
beau Sexe, quelques privilèges,
& quelques avantages qui s' y
trouvent attachez.
,,,, Sil'owpeut haïr ce que l'onsa une
fois bien aimé. LA Personne dequalité, qui
entr'autres excellens Ou-
Vrages,nousa donné lepetit Livre
des Maximes de Morale,qui
estun Livre toutd'or,& où tou-
^rcs choses sont si dignes de la
naïssance, &. du sublime génie
deson Autheur,aditun mot admirablement
bien pensé, Que
l'sprit est ordinairement la
dupe du coeur, C'est sur ce
principe qu'on pourroit douter
si l'on haït veritablemenr ce
qu'on a une fois bien aimé, &
qu'on pourroit aussi en retournant
la Question, demander si
l'on averitablement aimé ce
qu'on est fort allure de haïr.
On pourroitencorcemesemble
rechercher, & aprofondir,si
l'on ne s'est point également
mépris à ces deux passions, en
forte qu'il n'y ait point eu de
veritable amour, &qu'iln'yait
point aussi de veritable haine,
car la Question peut s'étendre
jusqueslà. Mais puis que dans
nostre Proposition il ne s'agit
pas de ce dernier doute; que
l'affection passee y estsupposée
veritable, & qu'en effet il est
difficile que nous nousabusions
quand nous sommes persuadez
que nous aimons, au lieu que
nous nous tromponssouvent,
lors que nous croyons haïr; si
nous examinons bien leschoses,
& si nous nous examinons bien
nous mesmes,je croy que nous
ne ferons pas difficulté de nous
declarer pour l'a ffirmative.Ale
bien prendre, l'incertitude de
nostre haine n'est qu'un certain
milieu entre cette passion &
celle de l'amour. C'est le temps
du combat qui se donne dans
nostre coeur pour le faire passer
à celle là
, ou le faire retourner
à celle-cy. Jusqu'àl'entiere
détermination de ce coeur, ce
n'estny haine ny amour, & ce
font pourtant tous les deux ensemble.
On peut comparer ce
temps-là à un crépuscule qui
n'est ny jour ny nuit, & qui
participe de l'un & de l'autre.
Maisenfin cet état douteux &
confus, ne peut pas toujours
durer. Ou l'amour, comme le
Soleil au matin, gagnera le
dessus, &pour lors les tenebres
de la haine seront diflîpces-r ou
commc<un Soleil qui secouche,
il laissera former à cette noire
passion uneaffreusenuitquisera
peut-estre sans plus de retour à
la lumiere, Q2.:un galant Homme
ait un veritable amour, une
legeretéqui n'avoit point encor
échapé, une premiere offence
qu'il en reçoit, la découverte
de quelque petit défaut, luy
donnent du chagrin & de l'inquietude;
mais un soûrire, un
éclaircissement, un peu plus de
précaution, dissipent ces petits
nüages. La reconciliation sefait
bien-tost, & mesme pour l'ordinaire
avec un redoublement de
tendresse Si apres cela il reconnoist
dans l'Objetaimé dela
tiedeur, & des négligences ; s'il
voit des manieres toutes opposées
aux siennes,& la préférence
donnée à un nouveau venu, ce
pauvre coeur est vivement touché.
Mais un elllpreOEemenr
affecté
; des sermens meslez de
plaintes; plus de complaisance
à l'avenir, l'appaifent encor &
le ramenent. Que si dans la
liteil s'aperçoit d'un veritable
épris;s'il trouve qu'on luyfait
ne persidie; s'il est convaincu
uecetObjetdesonamitiéade
randes imperfections, voila
e semble à ce coup l'Amant
ui se va dégager, & la Peronne
aimée réduite à uneconusion
inévitable. Cependant
ombien de ces fortes de couables
, & principalement en
mour, sçavent se tirer de ce
nauvais pas: Un tourd'adresse
nventé sur le champ; deux ou
rois larmes répandues à propos5
une impudente fierté au
dehors qui cachera les troubles
de la conscience alarmée, feront
recevoir pour bonnes de tres,
mauvaises raisons. On démentira
ses yeux & ses oreilles, &
J'on demandera pardon d'avoir
estétrahy. Mais sices desordres
se rendent frequens , ils deviennent
enfin insuportables.
Le fonds de l'amour & de la
patience vient à s'épuiser. On se
lasse de combatre si souvent
contre soy-mesme en faveur de
l'ingratitude. On prend parcy.
Onpasse à la haine. On croit
en avoir, & l'on ne s'ytrompe
plus.Ce n'est plus ce mesme Objet
qui nous paroissoit si aimable,
&nous avons peineà nous
pardonner d'avoir esté si longtemps
de foibles idolâtres, &
de miserables captifs. Toutest
changé de part &d'autre. Dans
nos premieres querelles, nous
courions chez cette Personne,
feulement, disions-nous à noussmes,
pour luy faire des reoches;
mais en effet pour le
plaisir de la revoir & de
ous racommoder. Aujourd'huy
ousla fuyons sérieusement, &.
ous l'évitons avec foin. Sa prence
nous choque, & nous ite. Sonidée,sonsouvenir,son
om seul,nous troublent,& nous
ortirions volontiers hors de
ous-mesmes plûtost que d'y
iensouffrir qui ait du raport
vec elle, si ce n'est la haine
que nous luy portons. Nous
llons plus loin, &il est si naturel
de ne vouloir jamais rien
perdre, que quand nous venons
à faire réflexion sur tantdetendresse,
de soins, de services, de
patience, de retours, & de
souffrances que nous regreton
comme très-malemployées,
l'impossibilité où nous nous
trouvons de regagner toutcela,
est cause que nous tâchons par
un expédient ingénieux de nous
en desdommageren quelque saçon,
& de nous vanger de toutes
ces pertes, en essayant de dépouillercesnouveauxobjets
de
nostre haine, del'estime,&de
tous lesautres avantages dont
ils estoient en possession, soit
chez nous, foit chez les autres;
& comme quelques Cosmographes
tiennent que le fonds des
abismesles plus creux, répond
à la hauteur des montagnes les
plus élevées, ce qui fait, disentils,
un juste contrepoids de toute lamachine; demesmes'il nous
estoitpossible, nous abîmerions
ces Personnespour qui nous
n'avons plus que del'indignation,
& nous tâchons en toutes
manières de les mettreaussi bas
quenous avons autrefois pris
de peine à les élever, comme
n'y ayant que ce seul moyen
de mettre nostre coeur en repos,
& d'appaiser nos regrets.
Voila ce qui n'arrive que souvent trop dans le monde, &
qui n' y devroit jamais arriver.
Quelques outrages que nous ayons reçeus, il n'y a point
de haine qui soit légitimé. Il
doit suffire à un bon coeur
d'oster sa tendresse à ceux qui
en ont cruellementabusé. S'ils
font capables dequelque sentiment
raisonnable, la privation
d'une chose siprécieuse ne leur
fera pas une petite punition;
s'ils font dans l'endurcissement,
toute nostre haine nous seroit
encor plus de mal qu'à eux. Il
faut se contenter de se bien
précautionner contre leur malice.
Il faut les laisser en paix;
leur desirer, & leur faire effectivement
le bien que nous
pouvons. Quand nous sommes
assez heureux d'avoir reçeu
des sentimens aussi modérez
de celuy quiseul les peut donner
, je croy qu'il y auroit de
l'injustice à nous demander
davantage.
S'il estplusglorieux de vaincreun
coeur quifaitvanitéd'estre indisèrent,
ou d'en vaincre un qui est
prévenud'amour pour un autre
objet. FAire la conqueste d'un
coeurqui s'est déclarécontre
l'Amour; prendre celuy qui
prenoit toujours, & quise vantoit
dene pouvoir estre pris; triompher des affections d'une
belle& fiere Personne, quelle
victoire plus glorieuse que celle
d'un semblable Vainqueur! &
ne peut-il pas se glorifier d'avoir
fait ce que luy seul estoit capable
de faire! Au lieu que de
toucher un coeur prévenu en
faveur d'un autre, c'est seulement
triompher de lafoiblette;
& non pas de la force de ce
coeur, comme le premier Conquérant;
& ne pourroit-on pas
mesme dire que ce n'est tout au
plus qu'un partage? Cependant
si nous considérons que ce coeur
avec toutesa fierté passée, estoit
fait pour aimer du moins
une fois; que tost ou tard il
n'eust pu s'en dispenser; qu'en
diférant quelque temps à se
laisser prendre, il couroit peutestre
risque de se voir réduit un
jour à se donner, &à faire les
premieres avances; qu'il estoit
sans connoissance des forces
qu'il prétendoit braver, &qu'il
n'avoit que luy seul à son secours;
ces refléxions pourroient
bien tourner nostre jugement
aussi bien que nostre estime, en.
faveur de celuy qui attaque un
coeur prévenu de passion. En
effet, il entreprend un travail
bien plus rude & plus pénible,
& par conséquent plus glorieux.
Ce n'est pointun coeurdépourveu
d'expérience qu'il cherche
à soûmettre, c'est un coeur aguerry
& sçavant en l'art de se
défendre. Au lieu d'un ad ver- faire il en a deux à combatre.
Ce n'est pas assez de toucher le
coeur d'une Belle, il faut encor
seunffcithasserl'Objet aimé. Ilne
pas de la rendre susceptifble
des impressions de son me- rite,il fauteffacerchez elletoutes
cellesque le premier Vain!
queur y a déja faites; &quoy que ces deux choses se fassent
presque toujours à la fois, &
l'une par l'autre, ce sont deux
ouvragesquioccupent doublement,&
qui demandent diverses
adresses. Quediray-je deplus?
Il ne s'agit pas feulement de
combatre & de surmonter une
obstination aveugle, mais une
tendressevigilante, unattachement
qui plaist, & une fidelité
encor vierge. Enfin il faut vain- ,
cre tout ensemble & leVaincu
&le Vainqueur, unis d'uneparfaire
intelligence. En unmotje
croy que l'on peut comparer ce
coeur dans son premier état, à
une Villedont la principale désense
ne consiste qu'en la résolution
de ses Habitans,résolu- :
tion souvent passagere, & désense
toûjours peuseûre; mais
que dans la seconde suposition
il ressemble à une Place dont la
premiere prise a donné lieu d'y
reparer les endroits foibles, &
d'en rendre les Fortifications
meilleures
, pourveuë de plus
d'une bonne Garnison qui défend
les Citoyens, & qui les tenant
en bride, les empesche de
songer sitost à parlementer &
à se rendre.
Si apres avoir esté trahy d'une
Maistresse qu'on a aiméeparfaitement,
on en peut aimer une alt-.
tre avec une aussi ardentepassion. CEtteQuestion se doit,ce me
semble,résoudre par la diversitédes
humeurs&destempéramens.
Un Homme naturellement
sombre&soupçonneux;
un autre quiaura de lasagesse,
& qui se défiëra de son mérite,
pourront difficilement, apres
avoir estétrom pez par une premiere
Maîtresse, avoir la mesme
passion pour une seconde.
A ces Gens-là il suffit qu'une
chose foit arrivée une fois, pour
leur faire croire qu'ellearrivera
toûjours; mais comme la multitude
des Personnes gayes, folâtres,
& présomptueuses, surpasse
de beaucoup le nombre
de celles parlesquellesj'ay commencé,
jesoutiens quenon seulement
la chose proposée est
possible, mais quelle arrive tressouvent,
& qu'il y a des Hommes
faits d'une maniere, qu'apres
avoir esté trompez dix fois,
ils le feroient encor quarante,
s'ils passoient à autant d'engagemens,
La raison de cecy vient
à mon sens,de l'amour propre,
qui se flate toujours. La bonne
opinionquenousavonsde nousmesmes,
fait que quand nous
sommes trompez, il se mesle
avec l'indignation que nous avons
pour nos trompeurs, un
certain sentimentde mépris qui
nous les fait regarderavec une
pitié dédaigneuse. Ce font des
misérables, disonsnous,qui
n'avoient pas d'assez bons yeux
pour bien conoistre ce que nous
valons, autrement ils nous auroient
rendu justice. Ils y ont
perdu plus que nous, & se font
fait tort à eux-mesmes C'est
un extraordinaire que cela se
soit rencontré de la forte une ou
plusieursfois; ce sont des especes
de Monstres que nous ne
trouverons pas toûjours en nostre
chemin. Les Personnes éclairées
&de bon goust, en useront
sans doute autrement, &
nous traiteront plus conformement
à nostre mérite, ou du
moins à celuy de nostreaffection.
Voila jusquesoù vanostre
entestement. D'ailleurs,
selon le dire d'un excellent
Poëre, il n'est rien de si naturel
que d'esperer toûjours un meilleur
lendemain; & certainement
c'est la plus grande de
toutes les illusions de nostre vie.
C'est sur ce continuel & chimériq
ue espoirqu'elle roule depuis
son commencement jusques à f
sa fin, sans que nous puissions
jamais parvenir à ce meilleur
état dont l'attente nous sert d'amusement
jusques au dernier
soûpir. Joignez à cela que les
Personnes affectives,&quisont
portées à l'amour par la necessité
de leur panchant, font dans
l'impossibilité de s'en defendre.
C'est leur souverain plaisir qui
neseroitplusplaisir,& qui changeroit
denature, siellesestoient
tro p sujetes à la défiance & aux
soupçons. Comme ces Genslà
n'aiment pas ordinairemet avec
une extreeme dé!tcatc£f, ils ne
font presque pus de refléxion
aux infidelitez pa ssées, & ils
s'abandonnent également à l'amour&
àlaconfiance.Pourveu
que le nouvel objet de leurs
foins sçache les tromper avec
un peu plusd'adresse, & les endormir
agreablement, les voila
rengagez avec autant d'assurance&
depassion que jamais.Je
me souviens d'avoirleû ( mais je
ne puisdire presentemtenquel
endroit) qu'un Marchand qui
par une tempesteavoit fait une
perte considérable de Canelle,
ou de telle autre marchandise
que vous voudrez,estant un jour
assis sur le bord de la Mer, mais
en un jour si beau & si ferain,
qu'il sembloit rire avec elle, &
elle inviter nostre Marchand
à se rembarquer pour un semblable
trafic, il se mit à dire
en l'apostrophant: Je voy bien
ce que c'est, perfide Element,
tu me demandes encor de la Canelle,
mais par jupicer tu n'en
auras plus demoy.Qu'il est
rare de trouver un Sage qui en
fasse de mesme, & qui a pres
une premiereinfidélitésouffer»
te, ait le courage de dire à l'a.
mour ,Je le voy bien, petit Dieu
trompeur , tu veux m'engager
de nouveau à aimer, mais je
me garderay bien de remettre
moncoeiUyi tamercy. Heureux
qui prenoune si salutaire résolution
&plus heureux qui l'e.
xécute!
Les Lettres qui suiventsontsur
des mitieres diférentes. La premiere
mde'aMesrtdéeelnavSoyaéleldeSetRdheel'iEmtsa.nEgl.lVeoeusst
le trouverez,d'unjcntimentcontraire
àceluy de M*Gatdiensurlacinquième
£hiesHon.
ORIGINE
1 --- DE LA
-
SCULPTURE,
DELAPEINTURE,
ET DEL'USAGE DU COLLIER
DE
-
PERLES.
A MONSIEVR*** NE seroit-ce pas, Monsieur,
vous écrire quelque chose
de galant sur ce qui est propo se
dans le dernier Extraordinaire,
que de me servirà propos d'une
galanterie de passage, pour ainsi
dire, que Mercure eut avec la
charmante Hersé? Ce Dieu,
n'ayant pû dérober les Troupeaux
d'Adrneteconduits par
Apollon, quitta la Tlieflàlle&-
se renditàAnthenes,où soncoeur
devint la proye d'une passion
plus noble que n'est celle du
larcin. Il n'ignoroit pas sans
doute qu'on y celebroit alors la
Feste de Minerve,& que selon
la coutume,les Filles avoiene
ce jour-la leur teste chargée de
Guirlandes, & de Paniers de
fleurs, dont elles alloient faire
une offrande au Temple de la
Déesse. Il ignoroit peut-estre
encor moins qu'il estoit dans
une trop grande tranquilité,&
qu'il devoit cherchermatiere à
uneavanture amoureuse. Quoy
qu'il en soit, la belle Hersé sortoit
du Temple avec toutes ses.
Compagnes)lorsqu'il arriva en
cetendroit. Il ne l'eut pas plûtost
veuë, qu'ébloüy du vif
éclat de ses charmes, il devint
en mesme temps son Admira.
teur, & son Amant.. Mais ce
qui augmenta fort la passion
qu'il commença de sentir pour
elle, ce fust qu'en la suivantjus.
qu'au Palais de Cécrops son
Pere, il l'entendit s'expliquer
avec des agrémens tout particuliers
sur unequestionque des
Personnes de sa Compagnie
avoientavancée.
Si je ne me trompe, leur disoit
elle, il est moinsdifficile,&
parconséquent moins glorieux,
de vaincre un coeur prévenu
d'amour pour un autre Objet,
que d'en vaincre un qui fait
gloire d'estreindiférent. N'est.
ce pas une avance confidérabie
à un Amant qui veut gagner les
bonnes graces d'une Belle, que
cetteBelle sçache dèja ce que
c'est qued'aimer, & qu'il ne
foit point en peine de luy aprendre
à démêler dans tout ce qu'il
fait, & dans tout ce qu'il dit,
ce qui ne part que de l'amour?
Vous me direz que ce feroit en
effet une avance pour ce nouvel
Amanr, s'il avoit lieu d'esperer
d'aller plus loin, c'est à dire, si la
Beauté qu'il adore n'aimoit
pointailleurs sortement, & si
elle pouvoit devenir sensible à
une flâmeétrangere, quand
celle qui la confume est extrémementviolente.
Maisnem'avoüerez-
vous pas que ce qui
est violent n'est presque jamais
de durée; & que la nouveauté
pouvant avoir de l'ascendant
sur l'esprit delapersonne qu'on
aime
, cette mesme nouveauté
est capable de luy faire trouver
de la langueurdans les foins trop
reïterez qu'elle a reçeus d'un
premier Amant, & les luy montrer
comme changez de nature
aumoment qu'elle commenceroitàchanger
d'objet?N'entre..
ra-t-elle point quelquefois dans
la défiance de Ceconserver toûjours
ce premier AIllant; & dans
cette veuë
,
sans toutefois prétendre
le perdre, n'accorderat-
elle pas quelque esperance à
-un Rival,enquijesuposeun mérite
aussi rare, & aussi singulier
que dans le premier Amant?
Mais n'avoir pas la force de
hasser ce nouveau passionné,
àest-ce pas commencer à se
ndre? Et parce qu'un coeur
ui laisse esperer sa conqueste,,
a presque toujours plus loin
u'il ne pense, il ne faut pas
étonners'il arrive que le derier
venu l'emporte. Eh bien,
)rs qu'ill'emporte,est-celàce
ui rehausselagloire de ce noueau
Triomphant, que d'estre
cause d'une infidelité, que de
lire rompre les sermens peutstreles
plus inviolables, &que
'aimer& estimer une personne
our laquelle ( s'il estoit à la
lace de son Rival abandonné)
auroit tous les mépris imagiables?
Enfin sa gloire n'est
roprement qu'un faux or, qui
'a que tres peu de l'éclat du
veritable, en comparaison de;
celle qu'il y a à vaincre l'indifé:
renced'une Belle quise glorifie
d'en avoir, puis qu'il fautcombarreen
elle l'esprit & le coeur.
C'est un coup de Maistre que
de luy inspirer de L'amoury
quand elle n'a jamais répondu
que par de froides civilitez aux
déclarations les plus tendres,
ou quandellelésatoujour. évi..
tées avec beaucoup de soins,
C'est luy insinuer des sentimens
dont elle ne semble point susceptible)
& c'est sçavoir si bien.
la tourner, qu'ellele trouve disposée
à ne se pas fairedavan.
tage un merirede conserverson
coeur dans la liberté, & de ne
l'abandonner pas aux troubles
& aux inquiecudes de l'amour.
ourmoy ,
ajoûta la spirituelle
Hersé, j'en puis parler. Vous
çavez queje ne manque point
'Adorateurs: mais je crois aussi
mpossible que pasun d'eux furnonte
monindiférence, qu'il
éroit mal-aiséqu'ils ne deinssent
tous jaloux du bonheur
le celuy que je leur préfereois.
Ce discours tiny & les civiitez
estant faites de part & daure
,la Compagnie se separa.
rlcrfé estoit sur le point d'enrer
chez elle avec sa Soeur
(\ glaure, lors que Mercure l'abordant,
se fit connoistre,& de.
buta par ces Vers.
Non,je ne doutepointqu'il nesoit impojpble
Qu'unMorulilitle droit de vous rendre
fènfihle;
Vos charmes m'ontinstruit de cette
\crité:
Ils me l'ont dit, EfÙ/é) qu'une bedutj
parfaite,
Telle que vous l'A')?e{j n'ajamais est
faite
Quafind'aimer unjour quelqueDivinité.
Ensuite ce Dieu s'étenditsur
des protestations d'une amour
sincere & immuable, jusqu'à ce
qu'il eut conduit Hersé dans son
Apartement,oùilluy demanda
lapermissionde venir souventla
voir. Comme on ne passe guéres
en un instant d'une grande indisérence
à une grande amour,
elle ne consentitpastout à. fait àcettedemande. Mercurequi
s'en voulut assurerl'effet, tâcha
de mettre Aglaure dans son
arty. C'estoit une feconde
)anaé quine se gagnoit que par
es pluyes d'or. C'est pourquoy
elle luy fit entendre, que l'enrée
chez Herséestoit une grae
qu'il n'obtiendroit pointsans
acheter. Il ne manqua pas
la comblerde presens
; mais
me action si baffe & si peu dine
de la naissance d'Aglaure,
déplut tellement à Minerve,
que pour l'en punir elle la livra
aux transports les plus, furieux
de l'envie & du desespoir. La
voila aussi-tostdans de conri.
huelles aprehenfions que Mercurene
rende sa Soeur heureuse.
Cent fois elle est sur le point de
recourir au pouvoir du Royson
Pere, afin de troubler cetteamour
naissante,&d'en détourner
lesuccés. Elle persistetoutes
fois dans la volonté de rester
toujours devant la Chambre
d'Hersé,&d'employer tous les
obstacles capables d'empecher
Mercure d'y entrer. Ce Dieu
indigné de l'ingratitude de
cette Fille, & de.son manquement
de foy, la change en une
Statuë de Pierre, à l'instant
qu'elletémoigne vouloir le
chasser de cet A partement.
Peut-estre que d'ailleurs Minerve
n'avoit pris si fort à coeur
la punitiond'Aglaure, que parce
qu'elle avoir préveu que la
métamorphose de cette Mortelleseroit
l'origine dela Sculpture
& de la Peinture, & rendroit
complet le nombre des
Artslibéraux,auxquels préside
cette Déesse.Quoy qu'il en foir,
peudetemps apresque leMesagerdes
Dieuxse fut
vange de
a forte, & qu'il fut forty de la
chambred'Hersé, un Ouvrier
du Palais de Cecrops, passant
devantla Statuëd'Aglaure,s'avisa
d'en dessiner le Porfil sur
nne Pierre qui estoit contre une
muraille à l'oposite, & y suivit
avec un crayon les extrémitez
de l'ombre de cette Statuë, qui
estoit alors éclairée des rayons
du Soleil La Figure ainsi tracée
plut à l'Ouvrier, & afin
que rien ne s'en effaçât
,
il fit
des entailles dans la Pierre, &:
inspiré par je ne sçay quel
génie, il en vint jusqu'à continuer
ces mesmes entailles, & à
unitçr autant bien qu'il le pût
Aglaure petrisïée.Sonouvrage
estant achevé, il remarqua que
les habits de cette Fille,quoy
que changez de nature, n'estoient
pas changez de couleur,
& comme suivant sa naissance
elle portoit la Pourpre, il se
souvint que l'on se servoit pour
la teinture de cette couleur, du
fang d'un PoissonquelesLatins
appellent Murex. Il en c hercha
donc,& enapliqua. Enfuire
afin de resver mieux à la couleur
de chair qu'il devoit employer
sur le visage & sur les bras de la
Figure, il s'apuya contre une
Fenestre prés du vaisseauoù
estoit la Pourpre; & poussant
du coudecevaisseau,sans y penser,
il coula un peu de cette
Pourpre le long du ciment de
la Muraille. Cela le tira de
peine, car il vit que le blanc
mêlé avec le rouge faisoit une
carnation telle qu'il la souhaitoit.
A l'égard du noir qu'il
luy faloit pour colorer la prunelle
des yeux & les cheveux,
cela ne pouvoit Penibarrasser,
quandmesmeileust dûnemettreen
usage que le crayon dont
il s'estoit déja servy. Enfin son
Ouvrageattirant lacuriosité de
rout le monde, futestimé
, non
parce qu'il estoit un che fd'oeuvre,
mais parce qu'il don.
soitlieu d'en faire. Aussila
Sculpture & la Peinture font
devenuës des Artsnobles &
curieux par les foins de tantde
Nourrissons de Minerve, qui
estant animez de ce feu celeste
que déroba Prometée, ontlaissé
des Ouvrages dignes de parvenirà
la Posterité la plus reculée.
Si je ne craignois depasser
les bornes d'une Lettre,je m'étendrois
sur ce que Mercure au
sortir de la Chambre d'Hersé,
alla dans la Phénicie par l'ordre
de Jupiter, & que cet illustre
Envoyé rencontra vers le rivage
dela Mer, l'A mour, Vénus,é
les Graces, qui prenoient en cet
endroitle plaisirde la promenade.
Je montrerois au long
comme ce petit Dieu a yant à
percer des coeurs plus durs que
des rochers, éprouvoit la pointe
de toutes ses Flêches sur des
Perles à cause de leur dureté.
Je dirois que dans les Perles
qu'il avoit percées, il passoit un
filet dela corde de son Arc, qui
alors estoit usée, &que ce silet
pleindePerlesqu'il mettoit ensuiteen
badinant autourde son
col, faisoit un effet quiplaisoit
aux Grâces. Je n'oublîroispas
rqouiet Vénustémoigna qu'elleaude
la joye si la mode de
porter de semblablesColliers
s'établissoit parmy les Femmes,
puis que ce seroit uneespece
d'hommage qu'elles luy rendroient
en portantdes marques
du lieu de sa naissance. J'oublîoisencor
moinsqueMercure
s'estantoffert à servir la Déesse
dans son souhait, emporta un
Gollierdelafaçon de l'Amour,
qu'illepresentaà Europe Fille
d'A genor, que la mode s'en
établit àla Cour de ce Prince,
& qu'insensiblement cette mode
a esté suivie par toute la
Terre. Mais je doisplûtostsonger
à vous dire que je suis,
Vostre, &c.
AVANTURE
DV PARNASSE.
A MADAME D. C. vOus allez estre surprise,
Madame
,
de ce que j'ay
àvous raconter. Gardez vous
bien de le prendre pour une
imagination. Je ne vous diray
rien que de vray, & je vous le
jure,foy de Disciple du grand
pollon. Je refvois profondelentdans
ma Chambre. Vous
agezbien que c'estoit à vous,
uis que vous estes l'unique
bjet de mespensées. J'en
vois d'assez mélancoliques sur
esmaux quevousme faites fourir,
quand tout d'un coup je
le sentis enlevédu lieu où j'esois,
sans que je vous puisse dire
y comment, ny par où l'on
'en fit sortir. Ce qu'il y a de
ertain, c'est qu'apres m'avoir
traverserplu sieurs Campanes,
on me laissa sur un fort
greable Vallon que je reconus
estrelesejour le plus ordiaire
des Muses.
l'y *vis lafameujeFontaine
Que Teg'afeformasous le nom d'III!",:
pocrene,
Ifouler de tous ('ojl{ le cristaldeses
eaux.
Ce Vallon en tout tempsproduit dssr
fruits nouveaux,
que le fia..,oi' &le mérité
Ontseulement droit de cueillir.
quoyquecesfruits croissentfortviste
lamaû Mars, ny Amour, ne les laissentvieillir.
A pres avoir consideré quelquetemps
les beautez du Val-
Ion dont je vous parle, & veu
quantitéde Personnes autquel.
les on endéfendoit l'entrée, sur
ce que le nomde méchans Poëres
qu'ils s'estioient acquis, les
faisoit regarder comme prophanes,
j'avança y mon chemin pour
gagner le sommet de la Montagne.
Lasursiege degazon
Le vis le charmant Apollon>
qui des doux accords defit Lyre.
EnvironnédesdoctesSoeurs,
Hdlijjoitplus qu'on nepemèdire
Et les oreilles,&les coeurs.
J'aurois peine à vous expriner
les charmes qu'eut pour
noy cette mélodie.
*
Je me déournay
pour voir si j'estois seul
~l'entendre, & je n'apperceus
que mon amour ( c'est à dire celuy
quej'a y pour vous)quic il ne me quitte jamais,avoitesté
enlevé avec moySa beauté,&
un je ne scay quel air doux &
noble tout ensemble, le firèotremarquer
de toute la Troupe,
qui ne le pût voir sans l'admirer.
Apollon'dit que cet Amour
Ejiott un enfant de ndedffce,
etqu'iljugeoitde luy qu'unjour
Ilseroit un Amour de haute confiéqucnce.
.dlors dmfiès Parensildemande le nom
le luysis figne de se taire;
Maismalgré moy, comme il estfort
sincere, :
Sans s'étonner, regardant Apollon,
Il répondit quê vous eftie{fl Mtre..
Il n'eut pas de peine àse faire
croire. On luy trouva toute la
délicatesse de vos traits, & il
ne vous eut pas sitost nommée, qu'on s'écria qu'ilvousrenembloit
parfaitement. Toutcequi
surprit, ce fut dele voir pasle
& sans embonpoint. Il ne pût
cacher que cedéfaut venoit du
peu de nourriture que vous luy
donniez. Cette rigueur pour
unFils parut extraordinaire,&
on apprit avec beaucoup d'étonnement,
que
Quepour trois sèmaines d'absènce,
JTs¡¿s ne luy laijjîeç feulement
Que quatre ou cinqgrains d'ejperace
Aprendrejenesçay comment;
.f<!!.'il n'appaifbitfafoisquà lafaveur
des larmes.
Que m'oblige à Verser le malheur de
mesfeux,
Etquilestoittoujours dans les tristes
alarmes
que ressent mon coeur amoureux.
A dire le vray, une si cruelle
maniere d'agir fut fort condamnée.
Apollon & les Mufes en
murmurerent longtemps,&me
donnèrent enfin l'avis que je
vousenvoye, dans la penséeque
vous voudriez bien déferer à
leurs remontrances.
AVIS D'APOLLON
ET DES MUSES.
DEflrmdu,bÛ! Iris traitement
un Amour
Vont nousfçayons que YVAU dies la
Alera
Faute de nourriture, ilpeutperdre le
jour,
so.,eeK-Y, cejl là vostreaffaire.
Forts nefÇlturie'{pOlJr luy marquer trop
de bonté.
Il est bienfait, desplus beaux quise
'voyent;
Et lesfoins quilyot& rendont ":1ft\.
mérité
£ttenfafàrveurlesvostressedeployent.
Pour peu qu'onsinge à le nourrir,
Il est encor d'un âge à croistre
comme on nous enployeroit àpublier
samorty
Dés que nous aurions dit,--Iris en est
coupable,
Chacunplaignantsontristefort,
Vous traiteroit de Mere impitoyable.
Trévene^ ce reproche,§parquelques
douceurs
.fl.:!.i yous cousteerontpeu de chose
F,Ú:es cesser les injustes langueurs
Que vostreduretéluy cause
Songez, Madam, que cet
avis vous estdonne par un Dieu
& par des Déesses, qui méritent
bien qu'on les croye. Vous ne
hazardez rien en vous mettant
enétat d'en profiter,&toutest
peut-estre àcraindre pour vous,
si vous vous exposez à la vangeance
que leur indignation
vous peut attirer.
-RE-CHERCHES SUR L'ORIGINE - DUPARCHEMIN;
DU PAPIER,
ET DES TABLETES.
A MONSIEVR CE soit perdre le temps,
Monsieur, que de parler
davantage del'origine des Mouches.
Elles ne sont plus desaison,
outre que tant d'honnéstes
Gens enontditdesebelles choses.
Cherchonsplutost des couvertures
pour nous garantir du
froid. l'usage des Peaux & des
Fourrures a commencé dés les
premiers Siecles. J'avois pensé
d'abord que la seconde Enigme
duMercurede Novembre pouvoitestrela
Fourrure d'un Manteau,
qui est une Machine ronde,
dont elle occupe la moitié,
& dont un Homme de Lettres
se couvre ordinairement dans
sonCabinet, Mais après m'eftre
representé la figure d'une
Timbale, & le couvercle d'un
Livre, j'ay prisleparty du Parchemin
, dont l'invention n'est
pas si moderne que plusieurs se
font imaginé: Les Grecs qui
font les Singes des Egyptiens,
& ceux.cy des Hébreux, s'en
attribuent l'invention, larapportant
à Attalus Roy de Pergame,
qui régna pres de trois
cens ans avant Auguste. Ce riche
Roy quifit le Peuple Romain
son héritier, en envoya
quantité à Rome, où le Parchemin
commença d'entrer en
usage, quoy que d'autres disent
que son Successeur Eumenes en
distribua le premier par toute
l'Asie: mais il est tres-certain
que les Hébreux s'en estoient
servis longtemps auparavant,
puis que les Livres Sacrez que
Je Grand Prestre Eleazar envoya
en Egypte au Roy Philadelphe,
pourestre traduits en
Grec par les Septante, estoient
écrits sur du Parchemin, duquel
il admira la beauté & la déliatesse.
D'ailleurs Hérodore'
lui vivoit plus de cent datante
ans avant Attale, die
luJon écrivoit sur des Peaux de
bouton êcdeChevre, & que
a coûtume en eftoic fore anienne.
Il est bien vray que la
fille de Pergame, outre l'avanagequ'elle
avoit d'estre la Pa
rie de Galien; d'A pollodore,
xd'autres grands Personnages,
e pouvoit glorifier d'avoir doné
la premiere le plus grand
sagedu Parchemin,quienre..
ient mesme le nom jusqu'à prenr.
Un des derniers Ptolomées
iloux de la gloire ôc du merite
te Philadelphe, ruina tous les
'apyrus d'Egypte, & fit d'exreflesdéfenfesde
travailler au
.apier, pour inftalerl'usage du
Parchemin. Ce Papyruscftoiei
uoe especedeJonc&deRoseau.
qui çroifloic dans les Marais du
lSTil, dont la tige haute de dix
coudées au plus, estoit fore
grosse &triangulaire, déclinant
insensiblement de bas en haut,
de laquelle on faifoir le Papier,
enleséparantavec une aiguille.
Lè meilleur estoit le plus proche
du coeur, & tirédu milieu
de la tige, duquel on se fervoic
feulement pour les Livres. SacrZIl
Au/IîTappelloitonHiératique
, puis August,2, Livien,
& Claudien par usurpation 8C
flaterie. On luy donnoit plulieurs
surnoms, qu'il tiroir ou
du lieu où il se faisoit, comme
Amphithearrique, Sobennicique,
Saïtique,Txnionitiquej
de deson usage, comme Empoetique
;ou de Ton appreft, comne
Fannien, du nom d'un cerain
Fannius qui l'appreftoic
nerveilleusement bien à Rome.
s'en trollvoirdeplusieurs lar.
geurs ,
Ravoir de fix-, de neu f,
le dix, d'onze, & de treize
loigts pour les plus petits. Le
noyen estoit d'un pied, &. le
,lus grand, d'une coudée. L'lntention
du Papier est autant ou
)Itis ancienne que celle du Parr
hemin* Les Livres de Naima
Pompilius qui furent trouvez
ians Ton Tombeau plus de cinq
:ens ans a près sa mort, fous le
onrlllat de P. Cornelius, L.
Fulvius Cethegus, M. Biobius,
Se Fulvius Pamphylus, eftoienc
écrits sur du Papiery- ce
qui fait voir clairement qu'il
n'est pas inventé du tempsd'Alexandre
le Grand, qui régna
plus de trois cens ans apres
Numa, Ainsi donc le premier
Papier n'a pas esté fait dans
Alexandrie, comme quelquesuns
ont voulu dire. Ce Papyrus
que les Perses négligeoient,
croissoit aussi sur les bords de
l'Euphrate assez pres de Babylone,
& en Syrie dans le mesme
Marais où l'on trouvoit le Gilamus
Aromaticus, ou Canne odorante.
On en faifoic mesme du
Papier dans laVille de Tyr, lequel
s'appelloit Cartha,du nom
de la Fondatrice de cette belle
Ville. On peut remarquer en
passant, que Carrhage, qui fut
autrefois la terreur de l'Empire
Romain
, a tire son nom de ce
mot, Didon s'appellant aussi
Cartha. Avant l'usage du Papier
& du Parchemin, on écrivoit
premièrement surdes feuilles
de Palmier,maisle pourroiton
croire? on écrivoit aussi sur
des feuilles de Mauves. S. 1si.
dore en est garant avec d'autres,
apres Helvius Cinna trèsancien
Poëte. On écrivit en
suite sur desTabletes qui se faisoient
de l'assemblage de plusieurs
petites tables tirées de
l'ecorce intérieure & la plus
proche du tronc de certains Arbres,
principalement de Til,
d'Ormeau, de Citronnier, &
d'autres aisez à fendre. On les
aplanissoit fort délicatement,
& on les couvroit legerement
de cire, sur laquelle on écrivoit
avec un Styl ou Poinçon. On
en faisoitaussid'Yvoire, de
Toile, de Parchemin, & de
pluficurs autres matiere£. D'abord
ces Tabletes n'efioienc
composées que de deux feuilles,
puis de trois, de quatre, de cinq,
& de plus. Leur usage le plus
ordinaire estoit pour les affaire
domestiques, pour les Lettres,
& principalement pour lesTestamens.
La premiere feuille
contenoit ce que le Testateur
ordonnoit de ses funerailles &
des fondations de sa Sepulture.
La seconde, les parts & les noms
de ses Héritiers. La troisième
&les suivantes, les fubftirutions
& donations qu'il faisoit à quelques
Particuliers, pour récompense&
reconnoissance de leur
amitié & de leurs services. On
se servoit encor de grandesTables
de bois couvertes de cire,
pour écrire les Loix, les Ordonnances
duSenat, & autres Mo- -
numens publics. On les appelloit
Schedus ou schedulus, à proportion
de leur grandeur, duquel
nom nous nous servons
encor presentement pour signifier
une Promesse ou Cedule
que nous donnons pour assurance,
lors que nous empruntons
d'un Amy. En suite on enregistra
ces mesmes Ordonnances &
autres Aêtespublics, sur de
grandes lames ou rouleaux de
Plomb, puis sur l'Airain & le
Marbre. Onécrivitaussi dés le
commencement sur de la Toile,
principalement de Lin, comme
estoient les Livres que la Sybille]
de Cume presentaàTarquin lei
superbe. Les Perfes ne se fonti
servis autrefois que de Toile de
Soye pour tracer en broderie
toutes leurs affaires publiques
& particulières5 mais la plus
ancienne écriture s'est faite sur
la Pierre, puis que les Enfans
de Seth, Fils d'Adam, drffferent,
longtemps avant le Deluge,
deux Colomnes, l'une de
Brique, & l'autre de Pierre, sur
lesquelles ils écrivirent les plus
hauts Secrets de l'AUrologie
qu'ils avoient les premiers inventez.
Berose leChaldéenqui
enseigna les belles Sciences à
Athenes, &qui pour son merire
fut honoré d'une Statue dont la
langue estoitdorée, dit que les
pluséclairez des Hommes écrivirent
sur des Pierres,,longtemps
avant le Deluge, la perte du
Monde qui devoit arriver par
les eaux. Cette façon d'écrire
passa depuis chezlesEgyptiens
qui écrivirent les premiers sur
des Obélisques. Mitres fut le
premier de leurs Roysquiensit
(.dresserj apres luySochis. Le
troisiéme fut Ramises, qui re- gnoit du tempsde Ja guerre de Troye, &en fuite plusieurs autres.
L'industrie humaine a
passé bien plus avant. On a
marqué des caractères & des
lettres mesme sur la peau des
Hommes; ce qui se voit dans
l'Histoire d'un certain Grec
Asiatique, nommé Histius, qui
estant à la Cour de Perse, &
voulant écrire en secret à son
amy Ariftagoras, rafa la teste
d'un de ses Esclaves, fous prétexte
de le guérir d'une maladie
des yeux, & forma des lettre
autantqu'il voulut, luy piquant
la peau avec uneaiguille; &
les cheveux estant crus pardesfus,
il l'envoya à son Amy,avec
ordre de l'avertir de le raser
comme il avoit fait. Cette ingénieuse
& admirable invention
me met en memoire la Scytale
des Lacédemoniens, & les
Lettres secretes quejules César
écrività sesAmis. Ilya beaucoup
de contestation entre les
Autheurs touchant l'invention
des Lettres & Caracteres dont
les Anciens ont usé. LesPayens
attribuënt l'invention des premieres
Lettres à Mercure qui
les enseigna aux Egyptiens, ou à Menon qui se servit de ces
Hyerogliphesqui cachent, fous
la figure de divers Animaux, le
sens & le secret de leur science.
D'autres disent que les Etiopiens
les ont données aux Egyptiens
leurs Sujets. Quelquesuns
en font les Assyriens inventeurs.
D'autres soûtiennent
que les Syriens les ont données
aux Phéniciens, qui les portèrent
en Grece sous la conduite
de Cadmus, jusqu'au nombre
de seize,ausquelles Palamedes
pendant le Siege de Troye en
adjoûta quatre, & peu apres
Simonides Melicus quatre autres.
Aristote au contraire dit
qu'elles font de tout temps, &
qu'Epicharmus en adjoûta seulement
deux. Diodore les fait
auiïî tres-anciennes,disantqu'- Actinus Fils du Soleil, passant
dans l'Egypte
,
avoit enseigné
l'Astrologie aux Egyptiens,&
qu'un peu apres, un Déluge
(quiestapparemmentceluy de
Deucalion) ruina tous les Monumens
de Lettres dans la Grece,
en faisant périr la plûpart
des Hommes : mais les Juifs &
les Chrestiens tiennent qu'ellesfont
avant Noé, puis que les
Enfans de Seth s'en font servis,
comme j'ay déjà dit. Il estvray
qu'elles peuvent avoir péry par
le Deluge. Philon enrapporte
l'invention à Abraham; Eusebé
à Moïse, qui les donna auxJuifs).
quePlineappelleSyriens. Ceux
cy lesdõnerentaux Phéniciens,
qui les porterent aux Grecs
avec Cadmus, &les Grecs Pélasgiens
dans le Païs Latin; car
Nicostrate, Mere d'Evandre,
les apporta d'Arcadie, qui s'appelloit
en ce temps-là Pélasgis.
Chacun demeure d'accord que
ces Lettres n'avoient pas dans
leurs commencemens une forme
si juste qu'elles ont eu depuis.
Esdras qui estoit Scribe
& Docteur de la Loy, reforma
les Lettres Hebraïques apres le
retour de Babylone, & la reftauration
duTemple fous Zorobabel.
Les plus anciens Caracteres
Grecs estoient quasisemblables
aux Romains, com
me on pouvoir juger d'une Table
de Cuivre tirée du Temple
de Delphes, & dédiée à Minerve,
qui estoit encor à Rome
dans la Bibliothèque du Mon
Palatin, du temps de Pline. Il
est hors de doute que les Livres
des Hébreux ne soient les plus
anciens de tous. Les Egyptiens
& les Chaldéens les ont suivis
de près, quoy que les Grecs se
vantent à leur ordinaire d'estre
les premiers, disant qu'on n'avoit
veu aucun Livre avant celuy
qu'Anaxagoras mit en lumiere,
écrit de samain. Gellius
assure que Pisistrare le Tyran
fut le premier qui en presenta
pour estre leûs publiquement
&qu'en suite les Athéniens
commencerent à les rechercher
[oIt.roigneuem¡u)& en firent
un grand amas; mais Xerces- s'estant rendu maistred'Athenés,
les fit transporter en perse,
d'où ils furent aussi rapportez
& rendus aux Athéniens par
Seleucus Nicanor Roy de Macédoine
Le Roy Philadelphe
& ses Successeurs, firent une
fort belle Bibliothèque, composée
de pres de sept mille Volumes,
laquelle fut brûlée pendant
la premiere guerre d'Alexandrie.
Aristote, sélon Strabon,
a ramasse la premiere Bibliotheque,
laquelle illaissa à
Theophraste, & celuy-cy à
Neleüs. Ce dernier la transporta
à Sceps Ville de Phrigie
ainsi nommée de ce que Rhea.
Femme de Saturne, feignit
d'efire accouchée d'une Pierre
aulieu d'un Enfant. Il y en eut
aussi une fort belle à Pergame,
dressée par les foins d'Attalus;
& d'Eumenes. Afinius Polliofut
le premier qui en dédia une
à la Republique de Rome.
Celle du Temple d'Auguste
estoit enrichie de plusieursStatuës
d'or, d'argent, de bronze,
& de marbre, érigées à la gloire
des Grands Hommes.
LE MEDAILLISTE
de Saumur.
FABLE
DE LA CIGALE,
ET DE LA FOURMY. cIgale ayant hérité
La récolte d'un Eté.
à/Iaintesgoujjïsamaj?éesy,
Maintes fkuys,m/tintpetitgrAin),
Qu'un Hanetçnsongermain
Avoit en mourantlaijïe'e$y
Heritiere de ce Bien,
Fiere de fin heritage,
Elle nepensoit à rien
gu'à redoublerlonrdmdgr,
- Et de chanterfaisoit rage.
Comme "'IOUdJça've^fortbien?
Cigalen'estpas tropsage,
JVy trop habile en ménage.
Pour chantersoir matin,
'PAncer)&pirefestin,
'.Bon cela, ce badinage
Est Assi'{ à son usage.
La Fourmy qui point ne dort,
Et quisans cessemachine
Nouveau tour, nouveleffortt
Tour agrandirsa chaumine,
Cette adroite, cettefine,
AyantsçeuquesaVoisine
Enméntlg,dèpu" peu,
FAiflitd.ffè\ bonne mine
A qui luysaisitbeauf'eeti
Voila, dit nostre Aîatoif,
justement ce (p/il nous.saut
Pourvivre engrosse B"ourgeoif
Deglannerparcegrandchaud,
C'estpitié, c'estpeine extréme;
Mais quojt est exempt desoin,
Quandonpeut,sansaUtr loin,
Moijjonner IIlt Grenier mesmes
Celafut dit fttfait.
Vers la Cigale en effet
La Marmiteuse s'avance,
L'oeil
L'oeil riant, l'airaffecté.
Le CorpsmllrchAnt en cadence.
Apres mainte reférence,
Maintcompliment ,;mcerté;
Sans mentir, en "'rerit¿'
Luydit lafranche Friponne,
Vous voila toute mignonne,
A yous voir cet embonpoint,
Ce teint qui nefanepoint,
L'oeilguay,l'humeursigentille
ChacunvousprendroitpourFille,
De clJdllter rien rieflfïfin?;,
Pourmoy, jetravailleenvain;
EDetsqeu'doonnenjeïfroduu.cqhuaagnrdin/'ypenfèy
Pour am tjjfcrgraindgrain!
Flaifîr\attcil».squ'abondance.
De chanterrienn'est si doux;
Le voudrois que yeusensemble?
Aieleg;rplusprès detous,
pour que nous chantions eyêmbé. fay chez moyjeunes Fourmis,
'Beauxenfans, belle meg'nie.
C'estpour yorts autant d'amis
C^ejiplaiftr,cejtcompagnie.
Chacun d'eux 'tousaidera
si. chanter vosChansonnettes,
Ilssçavent tous l'opér.4,
La bonne Femme ensera,
Qui rira,
Chantera,
'Jlll/eerA,
Et dira
Mille jôriJettes.
Mettons bas,
L.'embaras,
Letracas;
Tîusd*ennuis,plusde miseres
Plus desoin,plus de moisson.
~Ca YoijÎne, fit Commere,
UnepetiteChanson.
Aces mots de la bonne ame,
'JJJltme CigaleJepdme,
D'aisè elle enfait trou fl/Jpirs,
S'atendà nouvelle game,
Z/rifdefortconsèntement
LaJrourmy dans ce moment,
Ettoute sa quirielle,
Vient habiter auprès d'elle,
Chantent Chanson telle-quelle,
Mangent lasuccession
Paternelle (jp maternelle
De défunt Sieur Haneton.
Jitjijtse nourrit,dit-on,
Taradrejje singuliere,
La Fourmy, lesFourmillons,
Et toute la Fourmilliere.
Sus a¡;t'Icez, nostre Heritiere,
POIlS pltJ,{ les Fïo/Jns.
L'Histoirequisuit aestéécrite
par la Dame mesme qui m'afait 1.1
grâcede me l'adresser. ~Ie nechange
rien aux termes. le suprime sculement
le commencement desa Lettre,
qui ne consiste qu'en des civilitez,
obligeantes. Elle est datée de Vienne
en Dauphiné.
HISTOIRE
DE MADAME
LA M. D. L. M. E.
J E suisnée avecassez deréputation
dans le Monde.J'ay
vécu jusqu'à seize ans dans un
étatfort tranquille. Jen'avois
des occupations que celles que
mon âge me pouvoir donner;
& goûtois indiféremment toutes
fortes de plaisirs,sans m'attacher
plus fortement aux uns;
qu'aux autres: mais ma maudire ! fortune s'est lasséedemelaisser
si longtemps en repos. Il a fallu
qu'elle soit venuë le troubler
par un Mariage qui paroissoit
assez considérable pour moy.
J'y donnay les mains comme
Une Fille bien née ~doit faire.
Mais helas ! qui auroit pensé
que de si belles apparences me
deussent estre aussi funestes
qu'elles le font à l'heure qu'il
est. Mon Mary estoit bien fair,
& fort capable d'engager un
jeune coeur qui n'a jamais rien
rerHY; maisleDestin ( sionpeut
luy donner quelque pouvoir sur
la conduite des Hommes) en
en avoit ordonné autrement.
Le Mariàge cftant fair, nous
en reçeûmes compliment de
toutes parts. Mon Maryen fut
felicité de tous ses Amis, &
entr'autres d'un jeune Cheva
lier qui se montra des plus empressez
à luy en marquer sa joye-
Helas! qu'il m'auroitesté avantageux
qu'il n'eust point eu ~ce
empressement ! Je ne sçay si je
luy plûs, mais il nous rendit
des visites fortassiduës,&insensiblement
sa veuë eut de si
grands charmes pour moy, que
j'oubliayque le devoir m'engageoità
donner moncoeur tout
entierà unautre. Plus jelevis,
plus cette paillon s'augmenta.
Mais quelque forte qu'elle pust
estre,rienne pût m'obliger
d'en
faire l'aveu. Je rachay, mais
en vain, à combatrece que je
ne connoissoisqu'à demy. Je me
faisois une si absoluë necessité
d'étoufer un amour qui pouvoit
faire tort à la vertu dont je me
pique, que je résolus d'éviter le
Chevalier. Toutcontribuoità
faire réüssircedessein.Le Chevalier
estoit pressé de retourner
en Provence dans un Employ
qui l'y tient attaché
, & il
arriva des conjonctures qui le
mirent dans la necessité de partir
sur l'heure. Il n'eut que le
temps de nous venir voir, &. il
me sembla que ses yeux m'expliquerent
cent choses dans le
moment qu'il me dit adieu. Il
n'yen a jamais eu un plus cruel
pourmoy. Je parus siinterdire,
quemonMary m'en fit quelque
raillerie mélée d'aigreur. Jen'y
répondis que par des larmes qui
estoient plûtost pour le départ
du Chevalier,que pour ce qui
m'avoitestéditde fâcheux.J'ay
une heureusemélancolie. Ainsi
je pouvois m'abandonneràtous
mes chagrins, sans que mon
Mary en puft deviner la cause.
Je vivois fort honnestement
avec luy. le crois mesme que
je l'aurois aimé plus qu'on n'a]
accoutuméd'aimer un Mary,
si le Chevaliern'avoirpointesté
au mode.J'estois toujours occu
péedesonmerite. ~Jenepensois
jamais qu'à luy. MonMary entrois
quelquefois dans des soupçons
contre moy ,
mais il ne
lq,-tvolrdeqtii il devoit estre jaloux.
Une pensoit pas au Che
lier; il yavoit longtemps que je
ne J'avois veu. le n'en parlois
jamais, & l'indiférencequeje
faisois voir pouout lerestedes
Hommes, & pour toute sorte
de plaisirs, ne luy permettoit pas
de deviner la veritable cause de
mesresveries. Aussirevenoit-il
bien-tost de ses chagrins. Tout
luy parloiren ma faveur dansle
temps que je pensois à un autre.
Estois-je coupable,d'aimer malgré
moy ? le voulois oublier le
Chevalier; je faisois de mon
mieux pour cela, mais le don
d'un coeur n'est au pouvoir de
personne. Cen'est pas la raison
qui nous guide. Ainsi j'estois
plûrost à plaindre qu'àblâmer.
Il faloit que jefusseaccabléede
tous les costez. Les AffairesdomediquesdemonMary
estoient
plus en desordre que celles de
mon coeur. Il fut obligé de me
quitter un anaprès nostre Mariage,
pour aller poursuivre un
Procès en Italie, où il s'agissoit
presquedetoutson bien. Je fus
touchée de son départ, car je
l'aimois veritablement, & ma
volonté navoit aucune partaux
égaremens de mon coeur. le
restay chez luy avecsa Parenté
qui est nombreuse, & qui ne
convenoit point à mon humeur.
le résolusd'aller à la Campagne.
l'y passay quelques jours
chez unede mes Amies. On
proposa le voyage de Provence.
Les Parentes de mon Mary,
qui la plupart me contraignoient
beaucoup, en eurent
avis, & voulurent estre de la
partie. Nous allâmes dans un
lieu ou l'Employ du Chevalier
l'appelle pendant quelques
mois. Il fut averty de nostre arrivée.
Comme ilestoit des intimes
Amis de mon Mary,& qu'il
avoit reçeu beaucoup d'honnesteté
de sa Famille, il ne
manqua point de nous donner
de fort grandes Festes. Il s'en
fit une pour nous sur laMerqui
fit bruit. Les officieuses Parentes
quim'acompagnoientne
manquerent pas de la mettre
sur mon compte. Le Chevalier
lesçeut,& s'endéfendit en galant
Homme
, voyant la canré..
quence des choses Quelques
jours apres iL se trouva dans un
Bal aupres demoy; j'estoisdans
une melancolie profonde.Il
me demanda sij'estois naturellement
chagrine, ou si c'estoit
l'absence de mon Mary qui me
rendoit si refveufe. Helas! il
ne me donna pas le cemps de répondre,
qu'il me fit un aveu qui
ne me trouva que trop crédule.
Il m'assura en termes fort respectueux,
de l'interest qu'il prenoit
dans routes les choses qui
meregardoient,&de la passion
qu'il avoir euëpour moy dés le
premier moment qu'il m'avoir
veuë.Toussesdiscours furent
accompagnez d'un air si tendre,
que je fus persuadeéqu'il disoit
laverité. On croie facilement
ce qu'on souhaite. Cependant
je fus fort interdite dans toute
cette conversation. le ne luy
répondis que par des termes
generaux. Il me demanda la
permissiondem'écrire, je la
luy accorday
,
à condition qu'il
ne me parleroit jamais de sa
prétenduë passion. Ilne tint
pas sa parole. A peine fus je
retirée dans ma Chambre,
qu'on m'aporta une Lettre. le
fus fort surprise de voir qu'elle
estoit du Chevalier, & d'un caractere
si passionné, que je ne
voulus pas luyfaireréponse. le
me plaignisà luy le lendemain,
de la Lettre qu'il m'avoit écrite
le commençay dés-lors à luy
representer qu'il devoir m'oublier
, qu'uneaffaire ne convenoit
pointà l'étatoù j'estois,
&qu'elle ne pouvoit servirqu'à
le tourmenter. Il n'entendit
pointde raisonlà-dessus, &: me
jura mille fois qu'il ne changeroit
jamais de sentimens. Cependant
six jours passent bientost
quand on aime. Il salut
quiterlelieu du monde où je
me plaifois leplus,apres y avoir
demeure ce temps-là. le ne
vous dis point tout le chagrin
que je sentis de cette séparation.
Ilsuffitd'avoiraimé quelque
chose pour enestre persuadé.
Nous allâmes plus avant
dans la Provence. Toutes les
beautez que je voyois dans
les antres Villes, jointes à la
nombreuse Compagnie qui s'y
trouve, n'avoient pas le moindre
agreément pour moy. le
quittay sans peine tous les lieux
où le Chevalier n'estoit point,
& revins dans la Ville où j'ay
accoûtumé de demeurer. Mon
voyage de Provence dura un
mois.J'eus des nouvelles de mon
Mary, qui m'écrivit qu'il quitoit
l'Italie, sans pourtant avoir mis
grand ordre à ce qui l'y avoit
mené,quoy qu'il y eust demeuré
pres d'une année. Rien neluy
auroit pû faire abandonner des
affaires aussi pressantes qu'il en
avoit, que lapassion de servir
dans les glorieuses Campagnes
du Roy. Il prit party à l'Armée,
&ayãt obtenuun Employ assez
considérable, il fut si pressé de
s'enaller, qu'il ne demeura avec
moy que huit jours. le le vis
partiravecun sensibledéplaisir.
le vous ay déja dit qu'ilestoit
fait pour estre aimé. Il témoigna
un grand cha grin de me
quiter
,
& me laissa si affligée de
son départ, que ce me fut un
présage qu'il seroit funeste. Un
an apres on me vint aporter la
cruellenouvelledesamort. l'en
fus si touchée, qu'on n'a jamais
senty une plus vive douleur. le
ferois surprise d'y avoir resisté,
si je n'avois veu dans les fuites
que j'estois destinée à d'autres
malheurs.levisdanscetempslà
mon bien en état de se perdre;
je ne pouvois le retirer que par
de grands Procès. Le Chevalierqui
estoit la feule Personne
surqui jepouvois compter,estoit
trop éloigné de moy pour
m'aidera en faire les poursuites.
Il m'écrivit sur la mort demon
Mary,mais toute la tdresseque
j'avois pour luy,ne sur point capable
de me confoier de cette
perte. Letpsquiest maistrede
toutes choses,pouvoitseul soulager
mon déplaisir. l'ay
demeuré
deuxans dansun si grand abba.
rement, que j'avois oublié tout
ce qu'il y a deplaisirs au monde.
Mais à la fin la plus forte imagination
se lasse
,
& la plus vive
douleur cesse. Insensiblement
je me retrouvay ce que j'avois
esté auparavant. le croyois
avoir oubliéle Chevalier,quoy
que j'eussedeses Lettres régulièrement
tous les Ordinaires;
mais l'ayant veu revenir auprès
de moy plus amoureux que jamais
je fus charmée de sa tendresse,&
je fenris réveiller toute
la mienne. L'étatdeVeuve
me permettoit de penser à luy,
& quoy qu'il portastlenom de
Chevalier, il pouvoitsonger à
un Mariage, puis qu'il n'avoit
pas fait ses Voeux. Il y avoit
cependant peu d'apparence
qu'on me dust permettre de l'époufer.
Je fuis d'une Famille
où l'on a ime beaucoup le bien,
& il se trouvoit le Cadet de sa
Maison. Pendant que chacun
de nous cherchoit à remedierà.
cet obstacle, il sembla que le
Ciel vouluts'interesserà nous
rendre heureux. Son Frereaînésur
rué à l'Armée.Outrerqu'il
est d'une des plusillustres Familles
de France, cette mort fit
tomber surluy le droit deplusieurs
grandes Successions. Ce
changement luy fit naistre des,
affaires. Il se hasta de les aller
terminer dans sa Province, pour
estre en état de ne plus songer
qu'àmoy. l'approuva y sondessein,
&,fusraviedeluy voir tant
d'empressement. Dans tout le
temps de son voyage j'eus de ses
Lettresde tous lesendroits d'où:
il pût m'écrire. Il est rare de
voir unepassion aussi réguliere.
Il sembloitqu'elle ne dust jamais
finir. Je le vis revenir deux
mois après, encor lemesme,
c'està dire toujours amoureux.
Je fus contente de son bien, &
ne m'y atrachay que pour pouvoir
vivre avec quelque douceur
avec luy, l'indigence estant
lasourcedetous lesmaux.
Il ne restoit donc plus pour
achever nostre Mariage, qu'à
finirune affaire qui m'obligeoit
à sortir de la Province- d'ailleurs
il devoit partir pour aller où
* sonEmploy l'apelloitincessamment.
Ainsi nous jugeâmes qu'il
faloit attendre que la Campagne
fust terminée. Cependant
il m'envoya son Portrait. le le
reçeus avec une joye sans égale.
Il eut le mien, je ne sçay par
quelmoyen,mais il est certain
qu'il le portoit par tout avec
luy,neselassant jamais de le
regarder. Il surprit un jour un
deses Amis qui avoit les yeux
attachez dessusensoûpirant,&
qui ne répondoit rien à tout ce
qu'illuydisoit. Il crût qu'il en
estoit charmé comme luy,&
résolut de cacher ce Portrait à
tout le monde. le partis quelques
jours apres luy
, parce que
mon Procès se devoit bientost
juger. Il me vint surprendre
trois mois apres son départ, dans
un temps où je le croyois bien
avantsurMer. C'estoit le jour
de laFeste deS.Laurens. La
chaleur estoit excessive. Il fut
assez malpayé detoutes les fatigues
qu'ilavoit foufertes pour
me venir voir. Il demeura un
jour entier avec moy sans mepouvoir
quasi dire un mot. ]'er..:
tois dans un Convent de Religieuses
depuis quelque temps,,
& j'en fus si fort obsedée tout
le jour, qu'il ne me pût parler
qu'unmoment.Ilme promit de
me venir voir bientost, parce
qu'on cro yoitque la Campa gne
ne seroit pas longue.' Helas!
qui auroit crû que c'estoit la
derniere fois que je le verrois,
qu'il se lasseroit de ma tendresse,
& qu'il employeroit de fausses
plaintes pour avoir un prétexte
de ne me plus voir, dans un
temps où tout ce qui avoit
quel.,
que raport avec luy me faisoit
unplaisir extréme Il avoit un
Amy, homme de merité ( jele
veux croire.) Mais helas!aime
t-on tous ceux qui en ont? Mon
Ingrat feignit d'estre persuadés
que je l'aimois
,
& là-dessus il
cessa de m'écrire dans son stile
ordinaire. Je ne receus qu'une
de ses Lettres oùjetrouvay de
marques de la plus grande indi
sérence qui fut jamais. Je
vous
ay déjàditquetoutcequiavoit
quelque raport avec luy me
faisoit plaisir. J'estoisen
commerce de Lettres avec ceu
Amy, parce qu'il ne me parloit
jamais que de luy. Jeluy
avois
un jour écrit une Lettre pleine
deraillerie,quitomba entre les
cmoaninnsodiussCohitemvoanlier. Comme il
caractere, il
ne manqua pas de l'ouvrir. Il la fitvoirensuiteà une Femme, qui
n'estantpas moins jalouse du
bonheur d'autruy, que mille autres
qu'on voit dans le monde,,
ne laissa pas échaper une si belle
occasion pour nous broülller à
jamais. Elle y a réùssy, comme
elle avoit pû lesouhaiter. Elle
a poussé lachose plus loin. Elle
m'a fait voir perfide aux yeux
du Chevalier, & a étably son
Empire sur mes ruines. Je ne
doute point que le Ciel ne me
vange bientost dela méchante
foy de la Dame, qui estant de
mes Amies, m'avoit fait esperer
toute autre chose. Pour le Cavalier,
l'aimant encor malgré
toutes ses indignitez, je sens,
bien que je n'auray jamais la
force de. rien dire contre luy.
Il est temps de vous faire voir
quelquesExplications fort ing/-1
nieufes qui m'ont este envoyées Jûr*<
les deux Enigmes du Mois de De
cembre, dont les Motscfioientla'
Pl ume ~& la Moutarde. Les troisdernieressont
sur toutes les de/lx.:
La premiere ïadrejje à l'Enigme
mesme.
1. vol'{, siV0.%R pO!¿"r''{, çy~ coure z
tout-ensembley
le n'apprébendepas beaucoup
Queyons m'e'chap¡Zd ce coup,
c yous tiens parla Plume,~fort
bien, ce mesemble.
TORNEZ, Medecin à Marseille,
II. LA Plumesertégalement
Etpourloüer,~ pour médire;
2*1.1ts c' l-ie1idil méchant instrument,
siïmé des traits de la Satire.
Elle attaque indifremmsr>t
crfex qu'elle croit luy pouvoir nuire,
Elfronde le Couycrmment
Du plus "'rajl: ~C"puijptnt Empire.
AÎCITS'puis quepar un heureuxjÕït)
7JI Vivant autantqueduMort,
elleconserve la mémoire,
Pour bien l'employe, dans nos Yen;
Traçons avec elle lagloire
DuplusGrandRoy de l'J7nive,s.
DE LA COULDRE, de Caën
III.
J Ay trouvémillefins divers
Sur la ,Preml'ereÀFn;gne en fers.
J'enpOftrroúftire ungros Volume.
Jtâatspour "Y'ONd' les écrire tous
Dlunflitéaeigalant que doux, Ilfaudrait une bonne Plume.
L'Amant fidelle
IV. cE Grainséconddevostre"veine,
Change en vosVers defualité.
Ila de lafuayité,
et l'onsefait unplaisir,de lapeine
D'eix dévoiler l'ohjèttrite:
Trayaille^to/tjours de laforte,
Arj; fFJfirits enseront contens;
Car femblabie Moutarde, encor quelle
soitforte,
Efun bonragouisen touttemps.
Du PERCHE, de Rouen.
V.
pArbleuvostre Enigmeeflgaillarde,
Elle m'embarasad'abord quandje laú;
Etpuis je m'écriay, Vieux! que de
beaux E'JPril-
Vont s'amuser à la Moutarde!
VI.
LOn estimepar tout les Andoüilles
de Troye,
Leurbonté"les met en crédit;
Les VI/mes m'esme, à ce quon dit,
S'endonnentsouvent aucoeurjoye,
Pour moy;j'ytrouvepeudegoust
Quandsans Moutarde je les mange;
JLÎAndouille sans Moutarde est un
maigreragousr,
c'estproprement manger des Perdrix
sans Orange
La Belle imaginaire de Troyes.
VII C,
['.st envain quel'onse bavarde
A "¥Jollloir pénétrerce mystere nouveau.
Peeuutt- oonn s'y rompre le cerceau,
Sans s'amr.I,èra Moutarde?
DE LACOULDRl,deCaên.
A VIII. TTrreèssaa\yo,oiirrmmaanngé d'une excellente
Soupe,
Lesixiéme del'An, chezMadame de
Choupe,
On leut avec plaisir le Mercure nouveauy
Onny trouva rien qu& debeau:
Et quand on Vint à /'Bnrgnc del.,-
xiéme,
On en cherchale Mot ayec unsoin extrême
:
Enfin, comme onfutsur de l'avoir
deyine.
On la trouva tellementagreable,
Que l'ou tombad'accord, bien qu'on
fust hors de table,
&ue la Moutarde estoitfort bonne
apres disné.
DELAMATHE,
IX.
FScond(petit Grain,j'admire tes,
miracles.
l'apprens ton nomfameuxdansnos
fttcre{ Oracles,
Tu réteilles legoust, tu caujes l'appétit.
Grain de Moutarde! si Grainfecondy *
quoy quepetit !
Hu&o, de Gournay,
x.
Fjtenyain
que l'on s'inquiète,
îFlus 071 lit une Enigme, & moins on
la comprend,
Pf t. Offrit le plus pénétrant
Ef bhnfoulent ttnfluxProphrl't.
Malgréousmes methansfiecce's,
Jdon espritobstiné tous les moisse hasarde•
jhfais je yeux bien quon mena?arde9
Si (comme on dit) ilmarrivejamais.
De m'amufir à la Moutarde.
BROSSARDDEMONTANEY.
Conseiller au Préïïdial
de Bourg en Bresse.
XI. oabeaudepuis quelquetemps
Produire desLibresgalan$>
ZIfautretenirau Mercure.
C'estmafby le meilleur de tous-,
Outre quilplaijlparsalecture,
Ifeftplein de tant de TÇagoufts,
Qu'onpeut, enyprenant biengarde,
rtrouerjufljl/à la Moutarde.
Du BOIS-ROGER, Lieutenant
Aireireur du Criminel
à Evreux.
XII. sAns lire (7 relire dixfia
L'Enigme de ce dernier Jyloii,
l'en ay trouve' le Mots maispersonn:
na garde
D1en soiier mon efprtt, carenfin, dirat-
on, Il nefiltt quayoirlene^ bon,
Tourfentir de loin la Moutarde.
DB SAURIN.
XIII, - Deviner
unchacunfèhaxardet
Comme s'il y trouyoit un talent de
grandprix.
VEnigme ejiunjeu de Moutarde
Où l'on voit lesplusfins par le nez
souventpris.
Les Boulangers de Gonnesse
XIV. Ifmorbleufaut-iltantrefyer:
L'Enigme prend au l'Ie{, je mérité
nazarde;
Et mettre plus de temps à ladeveloper,
C'est s'amuser à la Moutarde.
CHANTLEU. - XV.
MEssieurs les Magistrats,à quoy
prenez-vousgarde?
Souffrex^ousquemaigre'nos Loix
Le Mercurevende à lafois
Des Plumes eyde la Moutarde?
eut-ondoncàTaritfaireplus d'un
MejJierl
'Dites-nous ce qu'ilvousensemble.
Est-ilpermisd'estreMercier
Et Vinaigrier tout-ensemble?
Les Inséparables d'aupres
S.Estienne du Mont..
XVI. ILfautdécouvrir le mystere
Que cache lesens de ces Vers.
LaPlumeassurémentcause des maux
divers
Entre les mains de Gens qui se mefient
d'ajfaire,
Ellefait leurfou^erain bien,
Carsans elle ils neferoient rien.
Quittons cette matiere, &changeons
de langage.
La Moutarde&le Saucisson
Font un merveilleux assemblage.
7fjenriest meilleur dans lafnifbny
Quandonsistit comme ilfaut enfaire
un bon usage.
On voit que les Gens de bongoust
Enfont leurprincipal ragoust.
L'ABBE' DE SACY.
EXPLICATION DES
deux Enigmes.
XVII. J Çftoisunjourltfant quelques nouvelles
Rimes
Avec un Amyfortgalant,
Et quipour deviner toutessortes d"Ê
nigmes,
Se vantoitd'un rare talent.
Fortàproposje reçoisle Mercure
Du Afois deDecembre dernier.
yoiUt dis je, pour toy ; mais mdf,)y.,-
je tejure,
Queje le yerray lepremier.
Ie le yeuxbien,dit-il,pourveu que je
copie
Les d:fU' £nigmesquilcontient.
Ilprendplume&papier, mais enfin
il s'e'erie
Jil!,'il n'ensçauroitécrire bien.
£encreep'aijjè dufroidcomme de la
Moiretarde,
Luysoüille laplume&les doigts,
Sa plumen'encrepoint; tout cela le
retarde,
IlJoufflededansplujîeurssots.
Cependant jelifiitfor dessus son
lépaille,
Lors qu'il demdndoitunGanif.
Qu'en veux-tufaire}dis-je?Bh"va-t en àl'Ecolle.
Ie te croyois l'espritplus "fifi
Tu vois. icy les Mots, &tit n'y prens
pasgarde.
La Plume mesme est lepremier;
Le secondseûrement est le Grain de
Moutarde,
Ne broüille doncplus depapier,
FOSSECAVE, de Morlaix. en Basse Bretagne.
La Dame quiprend le nom de la
Lorraine .Ej}ûg,HÜte, aaussi expliqué
ces deux Enigmes dans leur
vraysens, & cellede Promethéesur
le Pistolet. Ces trois Explications
font renfermées dans un mesme Madrigal.
Comme elletémoigne estre
desAmies du mercure,j'espere qu'-
elle voudra bien mefaire la grace de
m'envoyer de temps en temps de
fdelies Memoires des Fesiesgalantes,
& de tout cequise passera de
curieux à la Cour d'Espagne où elle
est. Voicy ce qui m'a esté rendu de
sapart.
Mdtldtl, 8. Ft-friel-1679.-
EXPLICATIONDES
troisEnigmes du dernier Mercure
de l'an 1678. reçeuës a
Madrid sur la fin du mois de
Janvier 1679. -
SIvous tirez bien droit, Cg-, que "votif
preniezgarde,
guéL'amorceemployée a vostre Pistolet
NtJOitpde.crainsde Moutarde,
Fust-cel'Aigle, ou le T^oiteht^
Fust- ce Oyseaudeplusgrandvolume,
Ilvous laisserade sa Plume.
L'application de la plume&du
Grainde Moutarde aux deux Enigmes
en Vers du dernier Mercure
paroît si juste, qu'il n'est pas
necessaire d'en faire le détail:
mais pour celle d'Hercule &
de Promethée, que j'explique
du Coup de Pistolet, il est bon de
faire remarquer que l'action
d'Herculerepresente fort au
naturel la posture d'un Homme:
qui iâche un coup de Pistoler.
L'Aigle est l'Objet contre lequel
il tire; & lafigure de Pro..
methéeattaché surlehautd'un
Rocher, est un simboleassez:
exact de la Pierre à Fusil, qui
est fortement attachée où l'on
la place ordinairement, pour
faire son effet.
Et si l'on dit de Promethée,
Quà. déchirerson coeur ilvoit l*Aigle
arrestée,
Pour avoir dérobé lefiNfltcrl des
?>ievxt
4
Sans apprébender leurtonnerre;
Ld']>¡crre àfeufait beaucoup mieux,
Puis quesansfaire injure auxCieux,
Elleproduit lefeusurterre.
MrBrossard de Moi;rariey, Conseiller
au présidial de Bourg, a fort
[bintnettement expliquécette mesme
Enigmesur le dépitquiengagesouvent
un Amant à rompresa chaîne.
Ce Madrigal c-i-i deluy. QV'une TÇupture est bien representée
Sous la Fable de Tromethée!
Ce Malheureux dans les fers arresté,
EstunAmant quigémitsous t'E'mpir.t: une ingrate çjrfersB"eauté.
VAigle est l'Amour qui le déchire
Isercule est le Dépit qui vient à son
jècoftrs,
Et qui d'abordayant brisésachaîne,
Donne la mort au 'IiottrreilU de ses
jours.
Tout cela s'expliquesanspeine.
De touttemps le Dépit fut la mort
des Amours.
Laseconde JgueBion qui met en
doute si lacondition des Femmes est
plus commodeque celledes Hommes
a estétiréed'une Lettre queje reçus
ily a quelquesmois de Mr Taisand
Avocat au Parlement de Dijon.Elle
estoit accompagnée de ce tltIÍfuit. OQue les Femmes feroient
heureuses, si elles connoissoient
leur bonheurs Elles
ne sont occupées que des foins
du ménage; & la réputation
qui coûte tant aux Hommes à
acquérir, ne coûte aux Femmes
que de la vertu & de l'oeconomie.
On a pour elles, à parler
cn genéral, beaucoup plus
d'honnesteté, d'égards, & de
conlplaifance, que pour les
Hommes. Si elles parlent juste,
:on les admire; si elles font des
fautes enparlant, on les excuse;
>fi elles ont des Affaires & des
Procès, on les fert agreable-
, ment; on entre dans leurs interests
; les Juges leur donnent
une attention favorable, & elles
trouvent par tout de l'appuy
& de la protection. Tout conspireà
leur procurer du plaisir.
La Comédie, le Jeu, la Dance,
les belles Parties, & enfin toutes
les choses qui rendent la vie
agreable, semblent n'estre faites
que pour lesdivertir. En un
mot elles font l'ame de la Galanterie,
& les Hommes ne tâchent
d'avoir del'agrément que,
pour leur plaire. OquelesFemmes
feroient heureuses, si elles
connoissoient leur bonheur!
PREMIERE ET SECONDE QVESTIOR
DECIDEES PAR UN SONGE.
A 71é'L1Sê..
J E ne puis vous dire, aimable
Bélise, s'ily avoir longtemps
queje m'estois endormy ce loir
que vous m'eustestraité si cruellement,
lors que je crûs estre
dans laplus agreable Prairie du
monde. Un Ruisseau l'arrofoic
par mille Canaux qui formoient
sen serpentant un des plus grands
Labyrinthes qu'on ait jamais
veu. Je tâchay longtemps d'en
trouver lemilieu,mais il me fut
impossibled'enveniràbout. Au
lieu d'avancer, je m'apperçeus
que jereculois, & j'en pris un si
grand chagrin, que je me laissay
tomber par terre fondant en
larmes, & faisant mille voeux
pour trouver une seconde Ariane,
qui comme àun autre Thesée
me donnast le moyen de
percer au fonds de ce Labyrinthe.
Mes plaintes & mes soûpirs
ne furent pas inutiles, puis qu'ils
toucherent une Nymphe qui se
-
présentant à moy; Qu'as-tu,
me dit-elle, & qui t'oblige àse
plaindre & à soûpirer de cette
forte? Grande Déesse, luy
dis-je ( car vous estes sans-doute
du nombre des Divinitez) s'il
est vra y que vous connoissiez les
pensées des Hommes, vous
voyez bien que j'ay une inquiétude
mortelle denepouvoir me
rendre au milieu de ce Labyrinthe.
Que tu t'abuses, me
réponditelle, si tu crois y arriver
en suivant les détours de
ce Ruisseau! A pprensque c'est
le Mensongequi tâche à te détourner
du chemin dela Verité,
dont le Palais est au milieu de
cette Prairie. Je me nomme la
Sincerité, & fuis une des Suivantes
de laDéesse que je t'ay
nommée J'ay autrefois habité
avec les Mortels, mais ils m'ont
entierement exilée. Elle mefit
en fuite un si beau portrait du
charmant sejour de laVerité,
que je fouhaitay d'y aller avec
plus d'ardeur qu'auparavant.
l'aversion que j*ay* toujours
euë pour le Mensonge en ~redJu.
bla; ce que la Sincerité ayant
reconnu, elle voulut bien me
servirdeguide. Maisquellefut
ma surprise, lors que m'ayant
pris la main elle me mena par
un chemin que je n'avois pas
apperçeu, & qui alloit tout
droit! Nous marchions avec
une vîtesse extraordinaire. Aussi
connus- je bientost que nous
approchions par une lumière
qui augmentoit toujours, &
qui fut si grande, que l'ayant
voulu considérer lors que
nous fûmes arrivez à la premiere
Porte du Palais, j'en fus
ebloüyjusqu'à en perdre la
veuë. La Nymphe prit garde à
n10n malheur, & cherchant à
y remedier, de peur que je ne
m'égarasse, elle me frota
les yeux d'une eau si excellente
& siefficace, que je vis beaucoup
mieux qu'auparavant, &
me trouvay en état de considérerattentivement
routesles
beautez de ce Palais. Sa matiereestoitplus
brillante que le
Diamant, plus transparente que
le Cristal, & plus solide que
l'A cier.Saforme estoit un
grand quarré, au milieu duquel
j'apperçeus. la Vérité dans son
Trône. Ha! que ne m'est il
permis, ou plutost possible, de
vous peindre sa beauté! Elle
passe tout ce qu'on s'en peut
maginer,&. il n'y a point d'expression
qui en puisse faire conçevoir
lamoindre partie. Aussi
'y a-t-il rien de plus fort queamour
donc je fus épris pour
elle dâs un moment. N'en soyezpas
jalouse
,
Bélise, cet amour
~fie préjudicie point àceluy que
~ay pour vous, puis que l'un SCautre
ont la Verité pour Objet.
Cette Déesse estoit envi-
~ronnée de ses Suivantes, parmy
lesquelles la Sincerité me
~fit connoistre la Fidélité & la
pionne- foy. La Joyeestoitavec
elles. Elle faute d'abord au cou
de ceux qui ont trouvé la Verité.
Jugez du plaisir que j'eus
de me voir embrassé d'une
Nymphe si charmante.
Sidevenuëenfinsensibleà mon 4flJOf/:'
Vous enfiifie{ autant unjOflr.
Ifelasl.
Je fus conduit en suite par
une
Galerie où l'on voyoit des deux
costez les Sciences }©ccupées|
chacune à sonsujet,auTemple
delaVérité. C'estlà queserendentdes
Oracles & desRéponses
que l'expériencen'a jamais
démenties. Nousfûmes longtemps
à la Porte de ceTemple
sans pouvoir y estre reçeus,
maisenfin la Perséverance nous
ovvrit.Aumilieu est une grande
Fontaine, d'une eau la plus
pure du monde,&qui n'a point
de fond. La Connoissance.
Grande Prestreste de laVérité,
puise ses Réponses dans cette
Fontaine,
Fontaine, aupres de laquelle
elle estassise sur un grand siege
élevé fait d'une feuleEmeraude.
Cela ne m'empefcha pas de
prendre garde à un Portrait qui
estoit dans un enfoncement, avecdesenrichissemens
merveilleux,&
quiestoit si bien fait,
que je le reconnus d'abord pour
celny de LOÜISLE GRAND.
Apres l'avoir longtemps admirtrée,
sjsee,m'approchay de la Pres-
& luy demanday par
quelle raisonce Portrait estoit
leseul qu'on vist dans ce Temple.
Alors s'estant baissée, &
ayant beu de l'eau de la Fontaine-
Quitrouveroit-on, me
:
dit-elle d'une voix ferme & afsurée,
digne d'estreplacé aupres
de cepuissant Roy? Qui a
jamais aimé la Verité comme
luy? Quelle prudence, quelle
conduite, quelle sagesse, &
quelle jultice égale la sienne?
Quiajamais remporté tant de
Victoires,&triomphé de tant
d'Ennemis à la fois & en si peu
de temps? & ne/urpafle-c-il
pas tout ce qu'il y'a jamais eu de
plus fameux Cooquérans?Enfin
lors que sa gloire sembloitestre
à son plus haut période, ne l'a-,
t-il pas encor augmentée en offranrla
Paix à ses Ennemis, &
s'estant vaincuainsi luy-mesme
pour le reposdel'Europe, apres
avoir vaincu ses Ennemis? Vous
voyez, belle & charmante Belise,
que cela décide la premiere
nQiuerestionproposée dans leder-
Extraordinaire du Mercure;
ce qui me fit songer aux
autres; & comme je rapporte
tout à vous, voulant sçavoir
comment je me devois conduire,
si vous veniez un jouràme
fairedesreprochessur quelque
infidélitéprétenduë,je luy fis
la secondeQuestion.Voicysa
Réponse. Si un Amant me
croyoit, ilne diféreroit jamais
sa justification; caroutre que
ce delay[.'putJ luyestre beaucouppréjudiciable,
qu'il ne
faut pas laisser enraciner les
fou pçons, le silence en ces occasions
est plutost une marque
de froideur & d'indiférence,que
de refpecV;&l'on pardonne facilement
à un Amant une petite
desobeïssancequisert à prouver
l'excès de sa passion. Là-dessus
la Sincérité me ditqu'il estoit
temps de me rendre dans un
Sallon,oùlaVeritéavoit faitapprêterunRégalpourmoy
J e luy
demanday permission de m'informer
auparavant si l'Histoire
Enigmatique estoitla Goerre
entre la France & l'Espagne.
Vous vous souvenezde tous les
raports quej'y trouvois. Jem'estois
mépris. C'est le Jeu des
Echecs. Je fus si surpris de cela,
que je m'éveillay avec un sensible
regret de quiter un sejour
si délicieux, dont rien ne m'a
pûconsoler quel'avantage qu'a
devous dire,,'je vous aime,
vostre, ôcc.-'«il ttikvxm j
DEVILLE-CHALVER.
S'il cjlpltU glorieux de se vaincre
fty-mesme, que de triompher de
ses Ennemis. ON n'ajamais douté que la
gloire du Vainqueur ne
dustestremesurée àladifficulté
qu'il a euë de vaincre, &quela
valeur ou la foiblesse de ceux
qu'il a combatus,n'ayent beaucoup
augmente ou diminué
l'éclat
de son triomphe;puisqu'il
auroit mauvaise grace de se
plaindre d'une victoire remportée
sans péril,&qu'illuyseroit
honteux dans la fin d'un combat
de porter une Epée sans estre
teinte du fang de ses Ennemis.
On n'a pas moins estépersuadé
que la conduite d'un sage Commandant,&
sa prudence à donnerdes
ordres bien à propos dans
le jourd'uneBataille,luydevoiet
faire autant d'honneur,que de
se couvrir de fang & de poussiere,
puis qu'on n'ignorepas que
ces heureux effets du raisonnement,
font des actions aussi éclatantes
d'une ame éclairée, que
des monceaux de morts le font
d'unBrasinvincible, Lagloire
doit donc estre égale,quand l'esprit
& le corps n'ont rien à se
reprocher dans l'execution d'unechose
où toutes leurs forces
ont esté employées heureusement,
& l'on ne peut donner
trop de loüanges à celuy qui
meslant radreHe avec la force,
&la conduite avec le conrage,
a surmonté toute forte de difficultez
pourtriompher.Cesveritez
estant suposées, quel avantage
peut tirer un Vainqueur
d'avoirabatu un Ennemi qui
s'est lâchement défendu,& qui
ne resiste qu'autant qu'illuy a
permis de le faire? Se vaincre
foy- mesme , est-ce autre chose
que de remettre un Esclaveà la
chaîne? Est-ceautre chose que
de terrasser un Sujet quin'ade
forces que celles que nous luy
donnons, & qui met les armes
bas aussi-tost que nous luy en
faisonsle commandement? On
a beau dire que nos desirs sont
impetueux,que nos premiers
mouvemens semblent ne connoistrepoint
d'obstacles qu'ils
ne surmontent, & que nostre
volonté ne prétend dépendre
que d'elle-mesme; puis que la
Raison,cette Reyne imperieuse,
qui connoist la foiblesse de ses
Sujets, & le desordre qui se
trouve dans leurconduite, fçaic
si bien l'art d'a passer les seditions
de ces Revoltez, & de réduire
foûs le joug ,des Captifs
qui ne l'avoient secoüé que pendant
son absence; qu'elle aquelquefois
autant de honte d'une
victoirequiluy coûtesi peu, que
de mépris pour ses vaincus. Se
vaincre soy-mesme est donc une
chosesiaisée, qu'il ne faut que
vouloir remporter la victoire
pour cftre seur de l'obtenir, puis
qu'un peu de raison ne manque
jamais de nous rendre victorieux,
& que nous ne pouvons
cesserdel'estre, qu'en effaçant
dans nos ames le plus excellent
caractere que le Ciel leur ait
donne. Il n'y a point de fang à
répandre dans un combat si innocent,
ny d'ordres surprenans
à prescrire dans un si leger tumulte.
Commandons àuninsolentde
se raire, àunemporté de
rse moderer
,
& nous faisons
obeir; la Bataille est donnée,
les Ennemis sontdéfaits. & la
victoireest ànous. Olehonteux
triomphe, qui fuit une victoire
si facil e !
Elle a cependantl'insolence
d'entrer en comparaison avec
celle qu'on remportesurun Ennemy
aussi vaillant que les Combatans
font lâches, & osedisputer
le prix à cette Illustre, qui
seuleadroit de secouronnerde
Lauriers? Queditesvous,ma raison.
Vous vous égarez, vos propres
lumieres vous ébloüissent,
vous vous laissez séduireà un
éclat que vous croyez voir
dans une victoire, sanglante qui
n'a proche point du merite de
celle que vous remportez sur
nos passions, qui font des Ennenemisd'autant
plus redoutables
qu'ils font toujours en état de
vous combatre, quoy que vous
lesayez plusieursfoisdesarmez.
Car peut-onnier que la Fortune
n'ait souvent autantde part
que la Valeur,danslegain d'une
Bataille? Ne fautilpas quela
prudence, & la temerité se con.
fondent pour forcer des murailles?
Et sila rage& la fureur
ne font de la partie, cõment défaire
un Ennemy dont la fuite &
le carnage font les effets de cruels ces
mouvemens? O victoire
plus funeste encor, & plus honteusequela
premiere,puis qu'il
faut pour l'obtenir sedépoüiller
de l'humanité,se revenir de
la natures des T)gres & des
Lions, &détruire en soy & dans
ses Ennemis,un caractere quiest
>
l'image de la Divinité !Il ya
donc bien plus degloire à se
vaincre soymesme, puis que la
victoire en cft plusbelle& plus
difficile,plusbelle,en ce que
le Triomphe qui la fuir n'est jamais
accompagné de l'horreur
que donnent à nostre imagination
ces images affreuses d'une
Année taillée en pieces,& plus
difficile, puis qu'il y a plus de
peine à se résoudre d'étoufer un
Ennemy conçeu dans nostre
sein, formé des bouillons de
nofirt: fang, &. quinenouscombat
que par des complaisances
& desflateries,que derépandrele
fang d'un Furieux qui fait
tous ses efforts pour nous arracher
la vie. Enfin se vaincre foymesme,
est l'honneur le plus sublime
où l'on puisse s'élever,
puis qu'il est moins glorieux à un
Vainq ueur de voir des Rois enchaînez
suivre le Char de son
triomphe, que de se voir luymesmesoûmis
à la raison, dont
l'honneur d'estre l'Esclave est
préferable à celuy d'estre le
Maistre de l'Univers. C'est une
vérité que l.oülS LE GRAND fait aujourd'huy connoistre à
toute la Terre. On a veu ce
Héros triompher plusieurs fois
de l'Europe presque toute liguée
contreluy. CetAuguste
Ccroen,quérant accoutumé à vain- veaux& prest à cueillir de nou-
Lauriers,se voyant par sa
valeurl'Arbitre dela Paix &
de la Guerre, & en cet état le
Dépositaire de la felicité & de
lamilèrede plulieursNations;
sa bonté a bien voulu parcette
feule considération arrester la
rapidité de les conquestes; puis
que se laissant vaincre à une
compassion genereuse, il a permis
àla tendresse de remporter
sur luy une victoire qui estoit
impossible tous lesefforts que
pouvoir faire la Triple-Alliance.
Ce grand Roy, le
meilleur des Roys, se rendant
plus sensible à la calamité
des Peuplesqu'aux avantages
que luy prometoit le bonheur
de ses Armes, a donné à
ses Ennemis une Paix, qui le
fait reconnoistre,non feulement
pour le plus moderé des Vainqueurs,
& le plus genereux des
Conquerans, mais encor pour
le plus fage, & le plus débonnaire
de tous les Monarques.
Ces éloges exempts de flateric,
mettant nostre Héros incomparable
au comble de la
gloire, pour avoir donné le
calmeà l'Europe, prouvent in- • contestablement, qu'il est plus
glorieux de se vaincre foymesme
que de triompher deses
Ennemis.
BONNECAMP.
La Piece quej'adjoute icy est un
Miroir où beaucoup de Genssi reconnoistront.
Elle a estefaite pendant
la Guerre, & est d'une beauté
qui me fait croire qu'on a eu de
l'emprefflment pour la voir. Cependantcomme
elle ne laissepas d'estre
anjourd'hfty toute nouvelle pour
moy,j'ay crû quellepourroitl'estre
aussipourvous. En tout cas, vous
ne la pouvez avoir cui qu'ensi üille
volante, & les belles choses estant
à conserver, il est bon de la mettre
ansce Recueil, oùvontlatrouverez
quand il vous plaira.
LES
NOUVELLISTES. cEst trop de mille Fous écouter le
IAng"ge,
Le vay m'ensevelir dans quelque Antre
Jautage,
Où loin du Genre humain, je n'entendray
jamais
Tar1er mal-à-propos de Guerre, ny
de Paix.
gj/ipeut,sansendurerdessoufrances
mortelles,
Essuyer le babildes Conteursde Nouvelles?
&ambitieujejbifd'un£Jfrrit CIIrieux,
A nous persecuter les rend ingénÙux,
Et l'accès violent de leur extradagance,
*J)eUffommeleplusfroidlajje lapatience.
i,l leur terrible approche on a beau
reculer,
Dés qu'ilspeuvent "ONS voir, ils courent
"PONd' parler.
Causeursimpertinentautant qu'infatigables,
Aforce de raisons ilsfont déraison-
* nables,
Et donnant à leur langue un empiré
absolu,
Ilsglosèntamplementsur tout ce qu'ils
ont lû.
En vainpours'opposer à leurfougue naissante,
On prétexteentremblant quelque affairepressante,
Onnepeut les quiter, ny s'enfaire
quiter,
Et malgré qu'on en ait, ilfaut les
écouter.
Pourmoy, tous les matins, dés que le
jour m'éclaire,
leporte vers le Ciel mesyeux ma
priere,
Afin quepour mon bien ses Astres indulgens
Ecartent loin de moy telle sorte de
Gens.
L'Aigle épouvante moins la triste
Tourterelle,
Que ne mefait d'éfroy leur rencontre
mortelle.
De leurlong entretien éludant les ennuit,
e leur romps en visiere, ou me cacie
oùjepuis.
GrandT>ieu^ quifourpunir les crimes
de la Terre,
JL'a-ye^ livrée enproye auxfureurs de
la Guerre,
',A(cord,'{:no /Ilt"is dont le calme
profond
Peutseulguérirles maux que ces ÇtH*
seurs nousfin!:.
Quelqueardeurdeparlerqu'unDémon
Leur inJjire;,
Par fbreeUsse. tairont, riayantplut
rien à dire.
Leur caquet est lefléau leplus rude de
tous
Dont le Cielpusse à l'Homme exprimerson
couroux.
La Guerre au bras defer, la Famine,
VlaTeste,
2iefintpas en touslieux un ravage
ftnefle.
Nttil ces maudits fâcheux font par
tout leursejour,
La Province on estpleine aussi-bien,
que la Cour;
Quelque part quonpuijjè estre, au
Logis, à la Ruë,
Leurbabilsanspitiénousaccable
nous tllé.
Ny lefroid, ny le chaud, nepeut les
retenir,
Ils nouscherchentpar tout pour nous
entretenir,
Et contre leurfureurprofane (j*sacrilege,
Le Temple leplussaint n'apointde
privilege.
On ditque deses Vers un Poëte
entesté,
2DVetotouusslelessIImmportuns est le plus redouté;
JMdis ceux qui contre luy donnent cette
Sentence,
N'ontpointd'un Nouyelifleéprouve'
l'impudence.
L'horrible acidité'quila dediscourir,
Estun de cesgrands maux que rien
ne peut guérir.
Son esprit ridicule autant que temeraire,
Selonsonpetit sens regle le ministère,
Et danscet Ocean oùsaraisonsepert,
Mefeie de Politique **
A raisonner de toutson ame accoutume'ei
De Afiniflre d'Etat l'érigé en Chef
d'Armée. -
C'ejilà que triomphant aumilieu des
hAZArs,
D'une voix de tonnerre ilahat des
T.* ** auprès delHyfiditpefl l'artdes
Zatailles,
Ttfiait mieux que *** renverser des
Murailles; Et lasubtilitédeson clair jugement,
Vun Combat à donnerprévoitl'êvénement..
Teutony lors que l'onalafigejfè en
fArtAge;
Nloausntengir daegsanegf?roid unsemblable
Tlefl d'autantplussonqu'il croit ne
l'estrepas,
Ou que danssafolieiltrouve des dpd-J.,
Ce n'estpasapres tout que ma Adufe
indiserete
Defndeabfilumentde lire la GIt{ete.,
lesçay qu'un bonnesteHommeypeut
avecpla>Jtr
Tasserdetemps en temps quelque heure
deloisir.
le dis encore plus ; l'êtude en est
utile.
On s'inflruit de l'assiete C9. du nom
d'une Fille.
Ony vnoitdaeqiueslMsonatcounleutnF,le/fpâ
..A quifont lesPaïsquilarroseenpassanty
Et comment enrichy de tant d'eaux
tributaires,
Il vase perdre enfin dam.les ondes
ameres.
.i.1Etl4- quel aveuglement de s'enfaire
un msftier,
De courir tout le jourde quartier en
quartier>
Et d'alleràgrandbruitétourdir les
Ruelles
Du récitennuyeux d'un ama»de
; Nouvelles! p(!ut voirsans dêpit l'étrange emfortement
Dontchacunjusquau boutsoûtient
- sonfintiment?
L'ardeur de la dispute arme cg- met
en colere
L'Amy contre l'Amy, le Fils contre
le Pere.
ILsemble qu'il s'agit dans leur contention
%>'uneAffaired*£taty ou de Religion.
L' humeur contredisante apour eux
tant degrace,
Qu'ils quitent leurfartydes qu'un
autre /'embrassè.
onnesçaitaveceux commentsi ménager
;
Lors qu'on estpour laFrance,ilssont
pour l'Etranger;
Et quandfar un effet depure complaisance
de
On tientpour /*Etranger, ils tiennent
pour la France.
Leur bouche ensafaveurincapable
defrein,
Est un torrentsifier, qu'onluy riftJl.,
enyain,
Et dtej?-effe choquer tous les Hommes
du monde,
Sur le premierqui s'ofreilfautquelil
dêbonde.
LesNouvelles chez. eux nevieillissent
jamais,
Ils vont s'en dêchargerainsique d'un
grandfaix,
Et lors quepour parler ils manquent
de matiere,
Ilsfont comme jileurpillift une Ga^ete
entiere.
Leur audace obstinée à nousfaire enrager,
Débité éfrontementce qu'ils ontsceu
forger,
et contre la raifin leur langue opiniâtre
^Défendlesfkujpte^ qu'un autre veut
combatre.
Ce qui se faitchez eux les touchefoiblement,
LeurjoyeejldansVArme'e ainftque
leu r tourment. Qui
aipourvoitexprimerla cruelle soufrance
ue causè le Courrier à leur impatiente,
ors qu'inquietspour eux, nonplM
pourVStaty
sattendentlafin d'un Siege ou d'un
Çomhat?
fell ne les divertit, nyjeux, ny bonne
chtre,
mq ousixfois le jour ils vontà l*Ordinairey
't l'unique remede à leur repos
perdu, u,arriver le Courtier attfle
Ciel! quelplaisir pour leur ame
flotante,
uand un heureuxsuccésrépondà leur
attente!
dais artjji quel ennuy quand il n'y
répondpas !
Ifèmble quedun Fils ils pleurent
le trépas,
Ou-que d'un coupfatal la P"rq/l trop
cruelle
Aitmfûidadns leecercluelil uene E.pouse | ¥aputreos Gienss, doites-nmoyquelterrible -
\ï"rouble desesvapeurs toute vostre
rai/on?
Nteft-eepassotementprendre unsoin
inutile
7J ¡t/ler de vos recits importaner la
Ville?
Quandmesmeces recits, nous éloignai
de Vous,
2Ve nousforceroientpas à vous traiter,
desous,
, Lpeatermepis lqlue vous dérobe une étude
iDeVroitVous, conseillercequeje vous :,t,
confitlie.
Vous ni,,"'e{, dites
-
vous, ny charge,
nysoucy.
0 leplaisantdétourde me répondre
,ainl'!
avantque de conter vosfolles resveries,
"tt plutost de Choux peupler yos
Métairies,
pourpousser enfin vostre fltift à
bout,
Dumatinjusquaunefaites rien
du tout.
Vous vous esses trouvée dans le
ntiment de tout le monde, quand
vu* avez admiréll'invention toute
mlcuikre du Cadran au Soleil à
gloire du Roy, employé dans ma
mien Lettre Extraordinaire. En
oicy un autre qui n'est pasmoins
vgulier. LessurprenantesActions ,
LOÜIS LE GRAND, qui estla
erveille de nostre Siecle, font une
atiere inépuisable, & on n'apoint
craindre, en se bazardant à la
aiter, de n'avoir à dire que ce qui
a esté déja dit. Il ne sc(t jamais
veu en si peu d'espace tant de choses
extraordinaires que vous en trouverez
dans le cadran que je vous
envoyegravé. CePlanestdivisé en
quinze parties, quisont autant dej
lignes qui marquent les heures, egces
lignessont forméespar les noms
des Conquestes que le Roy a faites
depuis 16y2, Au bout de chiqiiei
ligne, vous voyez les chifres des,
htures,Ó" derriere chaqueChiffre, les
Armes du Pais où font situées les
Villes marquées sur ces lignes, on
du Souverain à qui ces Tilles appar
tiennent. Ainsi on n'apperçoitpas
seulement d'une seule veuë touteà
les Conquestes de Sa Majesté; mais
par le moyen de ces Armes, on connoist
aussi le lieu où ces Conquestes
ont estéfaites. loignezàcela que
le dernier demy -cercle du cadran
marque quinze Batailles de terre ou
de mer gagnées par les Armées du
Roy depuis la mesme année 1672. ce
qui a du raport par le nombre aux
quinze lignes formées par les noms
des Places que ce Grand Prince a
conquises; deforte que vous pouvez,
voir en unseulmoment, ce qu'ilvous
feroit difficile d'apprendre par la
lecture de plusieurs Volumes, foubliois
à vous dire que si vous trouvez
la Paix marquée au midy, on
a crû l'y pouvoir placer, puis que
le Roy a donné la Paix au milieu
deses Conquestre. le ne connois ny
le nom, ny le Pais de l'Autheur de
ceCadian.Cependantpour luy rendr
justice, je dois vous déclarer à siloir''fay adjoustési peu de
chojc a l'Ouvrage qu'il m'a fait la
grâce de m'envoyer, qu'il s'ti; pefJa
attribuer toutl'honneur. Le n'ay rktfd
épargnépoursonornement, &j'en*,
Nfilil) toûjours de la mefineforte^
avec plaisir, pour tous ceux quis
m'envoyerontdes Sujets de Planches
remplisd'autant d'invention, é*A
d'autant d'esprit.
Leplaisir que vous avezpris aUJlii
deux Lettressurles Cadrans, employées
dans la mienne, du Moifiiï
d'Octobre,m'est une assurancede
celuy que vous trouverez à lire les
quatre qui suivent. Elles font du
mesme qui aécritles premieres, &
sur desSujets qui ne sontpas indignes
de vostre curiosité.
LETTRE I.
De l'origine du Verre. DE deux choses que vous
me demandez, jene fay
si je vous en pourray accorder
aucune. Mes longues incommoditez
m'ont presque mis hors
d'état de penser à rien. Pour
la Fiction sur les Horloges de
Sable, il n'est plus tempsd'y
songer.Vostre curiosité fera
bien tost satisfaite parce qu'en
auront écrit tant de Gens délicats,&
rafinez. Vous avez pû
voir par les Fictions sur les Mouches
galantes,qu'ils sçavent s'en
acquiteren Maistres; & j'ay reconnu,
apres y avoir pensé quelques
momens, que je ne m'en
tirerois pas à mon avantage. Ma
memoire ne me fournit rien sur
la veritable origine de ces Horloges.
Combien y a-t-ildechoses
plus utiles dont on ignore les
Inventeurs: Toute l'Antiquité
est si envelopée de Fables,qu'on
ne sçait presque rien d'assuré
touchant les premiersAutheurs
des découvertes des Sciences
& des Arts. On change à tous'
momens les Maistres pour les
D ciples, & l'on donne souvent
aux Copistes& aux Imitateurs,
cequeleurs Maistresreclament
avec j ostice. Plinen'aquetrop
fait de ces bevenës Ne puis-je
point icy vous faire une de ces
tromperies qu'on voit pratiquer
aux Sçavans, qui d'une question
qui leur est obscure, détournent
adroitement dans une ma.
tierequi leur est connuë? En
vous parlant un peu duVerre,
je ne m'écarteray pastoutà fait
des Horloges de Sable,oùje
ne voy rien que je ne trouve
dans la Verrerie,& qui peuvent
fort bien estre une production
de cet Art. Jepenseà l' Autheur
dont je vous pirlois tout à
l'heure.Ilveutquelapremiere
découverte du Verre foit un
effet du hazard, & que des
Marchands,poussez à l'em bouchûre
d'une petite Riviere de
Syrie nommée Belus, ayenc
vû naistre ce noveau corps du
mélangeduNitreembrasaavec
le Sable de cette Rivière, pendant
qu'ils y préparoient leur
manger. Il est pourtant malaisé
de se persuader que le feu
mediocre de la Cuisine de quelques
Marchandsait pû produire
cet effet.Aussi Pline ne lerapporte-
t-il pas comme une chose
extrêmement fûre. Ce qu'il y à
de certain, c'est que le Sable de
cette petite Riviere a toujours
este fameux pour la composition
du Verre. Je croy qu'on y
en venoit prendre pour le porter
à Sidon. C'est- là qu'ont esté
les premieresVerreries,aumoins
qu'on sçache; Se de là cet Arc
passa dans les autres Peïs. Les
Ouvriers d'Alexandrie estoient
en réputation. On ne trouve
pas qu'il y ait eu de Verrerie à
Romeavant Tibere, quoy que
le Verre fust connu aux Romains
longtemps avant cet Empereur.
Josephe en parlant du
Sable du Fleuve Belus, rapporte
une particularité assez remarquable
du Verre qu'on en
faisoit. Si on le ra portoit sur
les bords de cette Riviere,il devenoitdu
Sable comme auparavant.
Pourroit on point dire
que cela se faisoitpar l'humidité
du lieu, comme il arrive à la
plupart du Verre ? Quand on le
tient longtemps foûs la terre ou
dans des lieux humides, il se
rompt en pieces, parce que le
seldontil est composé & qu'on
tire des cendres de quelque herbe,
cesse d'estre uny au Sable.
Le Verre ancien estoit beaucoup
plus fragile &. plusaiséà
dissoudre que le nostre. Les Inventions
ne font jamais perfectionnées
dans leur commencement.
Ce que je dis me fait
penserà une q uestion doncnous
avons parlé quelquefois, sil'on
peut donner une telle consistenceau
Verre, qu'il perde sa fragilité,&
qu'on le puissetravail.
leraumarteau. Noussommes
en cela d'un autre sentiment
que les Chymistes qui le croyent
possible.Onalleguel'Histoire
d'un Homme qui trouva cette
Invention fous l'Empire de Tibere,
& que cet Empereur fit
mourir, C'est un fondement
bien peu feur. Pline luy mesme
le premierAutheurdecetteHistoire,
luy dontvous conuoiifTcZ
legénie, qui ne fait pas trop de
scrupuled'imposer,pourvû qu'il
disedes choses extraordinaires,
ne rapporte cetteavantureque
1 d'une maniere pleinededoutes.
Peut estremesmedans le fonds
n'a-t il voulu dire autre chose,
sinon qu'il se trouva quelqu'un
qui rendit le Verre moins fragile
qu'il n'avoit esté jusqu'a
lors. Il exagere un peu la chose
selon sa cOlÎtome; ceux qui l'ont
suivi l'ont augmen ée,C'estce
que font tous les Historienspeu
fidelles, qui aiment à donner
dans l'extraordinaire. Mais je
m'engage trop aviiit; retournons
a l'origine du Verre. Il
n'est pas possible d'en assigner
le temps au juste. Si l'on en
croit l'interprétation que beaucoup
de Gens ontfaite d'un
Paiïage de Job, le Verre est
bien plus ancien que Pline n'a
crû; mais d'autres ont fort bien
remarqué, que le motque les
premiers ont traduit par celuy
de Verre est général,&signifie
toute sorte de chose précieuse,
qui est claire ou transparente.
le ne veux pas pour cela nier
l'anciennetédu Verre. lecroy
qu'on l'a trouvé plusieurs fois
par hazard, sans y faire refléxion,
ou du moins sans en faire
assez pour apprendre le moyen
d'imiter par l'Art, le concours
fortuit descausesquilefaisoient
naistre. On ne peut guére faire
de feu violent, tel qu'en faisoient
par exemple Hetmés, &
les autres Chymistes d'Egypte
dans leurs Fourneaux,sans voir
une partie de la matiere donc
ils se servoient, devenir du
Verre. On en a quelquefois
trouvé fous la terre qui ne pouvoit
avoir esté produit que par
les feux souterrains. Difonsdonc
que le Verre est aussi ancien
que l'invention de faire des
Briques. Vous le rapporterez,
si vous voulez, ou au temps de
lacon struction des fameuses Pyramides
d'Egypre par les Ensans
d'Israël, ou en remontant
davantage, à celuy de la Tour
de Babylone. N'est il pas étonnant
après cela qu'on ait esté si
longtemps sans avoir l'Art de la
Verrerie? Car le silence des Autheurs
tant sacrez que profanes,
me fait croire qu'on ne l'a eu
qu'environ le temps de Socrate
tour au plus. Seroit- il pas étrange
qu'on n'eust pas mesme mis
le nom d'une chose qui pouvoit
fournir de si belles comparaisons
aux Poëtes,&aux Orateurs?
Comment croire apres ce
que je viens de dire, qu'on ne
se feroit pas trom pé lors qu'on
nous a dit que nous devions à
Esculape l'invention des Miroirsde
Verre, luydont le Fils
Machaon estoit à la guerre de
Troye? Vous sçavez qu 'on en
faisoit d'autres d'Airain, de
Plomb, & de Fer. Qu'on le
fasse Autheur de ceux là, je
trouveray du moins la chose
possible. Ilesttempsdefinir,je
vous feray réponse une autre
fois sur vostre seconde Demande.
1LETTRE II.
Des Verirez, quisontrenfermées
dans les sables. 1
JE vay m'acquiteraujourd'huy
de ma promesse, & vous écrire
sur l'Enigme d'Eurydice. Les
Enigmes en peinture donnent
tous les Mois une nouvelle matiere
de discourir. Celuy à qui
nous les devos. y sçait joindre
tout ce qu'on peut tirer d'une
connoissance profonde & rafinée
de la Fable, à tout ce que
l'imagination peut inventer, &
aux traits les plus finis de l'Art.
Qu'ilfaudroit de feüilles pour
déveloper tous les my steres
qu'il se plaist à y tracer en racourcy
! C'est ce qui fait les
chefs-d'oeuvres, que cette maniere
industrieuse de réunir, si
je puis ainsi parler, plusieurs
Globes de lumiere sur un mesme
Objet. Il acet art pourtout
ce qu'ilfait. Prenez-y garde sur
l'Enigme dont il s'agit. Je l'explique
sur le Songe. Ce seroit
assez vous en dire, à vous qui
entendez les choses à demy mot
Je sçaymesmeque l'Esprit aime
a dissiper par sa propre lumiere
les nuages qui nous cachent la
vérité ; mais permettez-moy de
m'étendre un peu aujourd-huy,
& de fonder les raisons qui onc
pû obliger l'Autheur du Mercure
à prendre un tel sujet plutost
qu'un autre pour son Tableau
énigmatique. Iln'estrien
qui puisse conduire plusseûremenc-
a la perfection, que les reflexions
qu'on fait sur les Ouvrages
des grands Maistres. Il
semble d'abord que pour se déterminer
il suffit d'un raport
évident que l'Esprit apperçoit
entre la Figure & leMot; mais
un Esprit éclairé y peut joindre
des raisons plus fines. Pourmoy,
quand je vois les Enigmes en
figure de l'Autheur dont nous
parlons, je fuis si pénétré de la
justesse de leur raport avec ce
qu'elles signifient, que j'ay de
la peineà me persuader, que les
Anciens ayent voulu marquer
autre chose par les Fables dont
il sesert, que ce qu'il leur fait
signifier. S'il ne donne pas toûjours
dans la pensée de ces premiers
Hommes, il le devroit
pourtant toujours faire. Sesraports
font peut-estre plus jùstes
que ceux qu'ils y avoient euxmefolcs
donnez. A parler sérieusement,
je ne ray s'ilcherche
à dessein à nous déchiffrer
ces Enigmes; mais à tout hazard
il n'a qu'à laisser faire à la
bonne fortune de son Esprit
qui nous en fera plus fçavoirque
tous les foins des Commentateurs.
De combien de Sçavans
cette explication n'a-t-elle pas
fait le desespoir? Ces Fablesdontils
ont essayé de penétrer
le sens, ont esté comme ces liqueurs
subtiles, qui s'évaporent
dés qu'anveut découvrir les
Vases où l'on les tenoit renfermées.
Combien nous a-1-on
debité de rêveries puériles?
Quelle enchaînure grotesque
de Fables nous a- t. on voulu
faire passer pour des Histoires
C'estcequi a fait tomber beaucoup
de Gens dans une autre
extrémité, de penser qu'il n'y
avoit presque rien de réel dans
ces restes de l'Antiquité. Je ne
fuis pas de ceux qui veulent
chercher de la finesse dans tout
ce qu'ont écrit les Anciensmais
peut on croire, sans leur
faire tort, qu'ils n'ont penré que
des bagatelles? Peut-estre les
aimoient-ils moins qu'on ne fait
dans nostresïecle. J'avoue pourtant
qu'on a bien abusé de leur
premier dessein.Ilsnevouloient
que voiler agreablement la vérité.
Ceux qui les ont suivis,
n'ont pas eu le mesme respect
pour elle, ils y ont ajoûté bien
des Fidions inutiles; mais vous
m'avouerez qu'iiyades veritez
dans les Fables. Il y en ad'hiftoriques.
De grands Hommes
les ont débroüillées en cesiecle
d'une toute autre manicre qu'on,
n'avoit jamais fait. Ils ont fait
voir que les Romains & les
Grecs eux-mesmes,j'entens
ceux des derniers temps, n'y entendoient
presque rien. Le Peuple
ne perce guère l'écorce des
choses. Il fuir les routes les plus
batuës, qui ne font pas les plus
seûres. Il se trouveaussi dans les
Fables desveritez simples dela
Nature, Se des veritez de Morale.
C'est ce qui fait l'embarras,
que le mélange de ces trois
fortes de veritez, qui peuvent
estre quelquefois ensembledans
unmesme sujet,oudu moins le
discernement qu'il faut faire de
celle des trois qui peut estre cachée
fous la Fable qu'on exaamine.
Les veritez de Morales
tiont celles qu'on y cherche le
plus. Peut-estre y font-elles le
moins. C'est prendre la bonne
route, que s'en servirà voiler des
corps artificiels ou naturels.
C'est ce que la necessité de la
vie & du commerce obligeoit
les Anciens d'avoir le plus en
veuë. Les veritez les plus simpies
& les plus sensibles, ont
esté découvertes les premières.
Ce font donc celles qu'ils ont
peintes, & que nous devons
chercher dans leurs Flaions. La
,
Philosophie de ces premiers
Hommes n'estoit qu'un peu
d'expérience, une connoissance
Jegere des Estres naturels, &
quelques Préceptes genéraux
que lebonsensleurdictoit pour
se conduire. Comment accorder
cela avec la fine Morale
qu'on veut trouver dans leurs
Fables? L'Esprit se forme aisément
par tout les raports qu'il
veut. Les Grecs, & ceux quiles
ont suivis, imbus d'une Philosophie
bien plus tournée vers la
Morale, ont voulu se faire honneur
,en trouvant dans les Anciens
qu'onvenéroit commedes
Héros, tous les Dogmesqu'ils
enfeignoienr. Pour faire J'ap.
plication de ce que je viens de
ii1irey je trouve dans l'Histoire d'Orphée
d'Orphée des verirez histori
ques,&decellesquej'appelle
simples. Plus j'y pense, &plus
je me confirme dans ma prcmiere
opinion;queL'Autheur
de l'Enigme s'est rencontré dans
la pensée des Anciens. C'est ce
que nous a llons voir par lejuste
raport qu'a la Fabled'Eurydice
1 avec le Songe; mais jecrains de
passerles bornes légitimes d'une
Lettre. Unpeudedelay ne gâ.
tera rien.
LETTRE III.
Des Songes. HOmere, & Virgile apres
luy nousdisentqu'il ya- - dans les Enfers deux Portes par
où sortent les Songes. La première
est de Corne; c'est par
elle que viennent les véritables
images. La seconde est d'Y.
voire, & donne passage aux
trornpeuses illusions. Lucien
en ajoute deux autres, l'une de
Fer, & l'autre de Terre, par où
sortent les Songes affreux &
mélancoliques.Mais par où
ferons-nous sortir les Songes
agréables, tel qu'est celuy qui
nous est peint par le Tableau
d'Eurydice?Sera-ceparla Porte
d'Yvoire? Onnepeut pas dire
proprement que ces fortes de
Songessoient faux. Ils ont toute
la realité que des Songes peuvent
avoir. Joignons-y donc
une cinquième Porte pour les
yifioos agreables;elle fera de
Verre si vous voulez.Toutes
trompeuses que font ces Om-.
bres qui nous paroissent pendant
la nuit, elles ne laissent
pas de nous donner beaucoup
de plaisir. Ne vous estes-vous
jamais trouvé dans l'état d'Orphée
desesperé qui perd son
Epouse, je veux dire comme
vous le voyez dans le Tableau, à la sombre clarté d'un jour
naissant, les yeuxencor à demy
fermez, &.les bras vainement
étendus pourrappellerune Ombre
fuyante,qu'un fâcheux resveil
vous ravissoit avec autant
d'inhumanité que les Spectres
quienleventEurydice? On ne
peut s'empescherdehaïr ce qui
nous vole nostre feliciré
,
& il
n'y a personne alors qui n'imite
le Mycille de Lucien, quipeste
.contre son Coq, qui luy, oste
par son chant importun ses ri.
c hesses ima ginaires.Eurydice
venoitdesEnfers. C'estlà qu'-
habitent les Songes fous les
feuilles d'un vaste Ormeau.
C'est là qu'ils ont pris naissance
delaNuit&del'Erebe. C'est
là que leur Mere a sa demeure
eternelle. Là le Dieu du Sommeil
va teindre sa Ba guete au
Fleuve Lethé, pour endormir
qui bon luy semble. De là partent
à ses ordres cette multitude
corfusedeSonges de diférentes
especes. Les Anciens qui
les examinoient avec une étrangesuperstition,
&quivouloient
tirer de leurs explications des
Prédictions seûres de l'Avenir,
en ont ce me semble distingué
de quatre ou cinq fortes. Je
m'arresteroistrop,' si je voulois
vous parler de chacune. Ne
vous étonnez pas qu'ils eussent
fait un Artde deviner par les
Songes; ils en avoient bien fait
de la maniere de prédire l'Avenir,
par l'Air, parle, Feu, par la
Fumée, en un mot, par toutes
les choses qui semblent mesme
avoir le moinsdeliaison avec l' Homme.Quelleextravagance!
Tout chez eux devient
autant de Divinitez; & les chosesles
plusinsensibles s'animent,
pour décider du fort des Humains.
L'Homme sent bien
qu'il n'est pasheureux. Il attend
toûjours quelque Bienplus
réel queceluy qu'ilpossede. Il
voudroit en anticiper la possession
par l'assurance de lepossederunjour.
Dece desiravancé,
de cette curiositédepercer l'A*
venir, & de la Supestition,nâquirent
toutes ces folies. La
Prudencepeut-estre y eut quelque
part, parce que les Anciens
qui manquoient d'expéricnce
s'attachoient à tout, afin de
trouver des routes seûres pour
se conduire. L'Interest les entretint.
Il y avoit des Villes en- tieres,commeTelmesse en Lycie,
qui nvoient presque que
des Devins pour habitans. Mais - je rntécarte. Ovide que vous
aimez tant;dans la charmante
Description qu'il nous a donnée
de l'Antre du Sommeil, ne
place pas les Songes dans les
Enfers. Il veut que Morphée
Sefcs Freres regnent avec le
Sommeil proche des Cimmêriens.
Lucien leurdonne pour
demeure une Isle de l'Ocean,
mais le sentiment le plus commun
les place avec la Mort, la
Maladie, l'Envie, &leurs autres
Parens, dans le Royaume de
Pluton. La pensée d'Ovide ne
laisse pas de pouvoir donner
quelque jour à nostre Enigme.
Les Cimmériens estoient des
Peuples toujours environnez
de brouillards obscurs, à qui le
Soleil sembloit n'accorder qu'-
avec peine quelques
-
foibles
rayons de sa lumiere. Cela ne
vient pas mal au jour obscur qui
parole dans le Tableau. C'est
justement aveccette espece de
mélange de nuit & de jour que
Virgile nous décrit le chemin
du Royaume des Tenebres Les
Cimmériens d'Ovide ne marquent
peut-estre autre choses
que le Lac Averne, le lieu de ladefcenteaux Enfers. Les Peuples
d'autour de Cumes font
quelquefois appellez Cimmé-
Tiens. Quelqu'un a comparé les
Songes à ces vapeurs nébuleuses
qui s'elevent de la terre, &
queleSoleildissipeàsonOrient.
Il chasse de mesme les Songes;
ces tenébreux Enfans dela nuir,
ces obscures Divinitez, ne se
plaisent guére où il regne. Si
nous en croyons mesme Herodote,
il y a dans l'Afrique, le
sejour le plus ordinaire du Soleil,
des Peuples qui ne ressen~
tent poinrleur pouvoir. Quand
vous voyez Eurydice qui s'envole
surle point de revoir le
jour, ne voussemblet-il pas
d'entendreAnchise dans Virgile
, qui se plaint à son Fils,
qu'il venoitde visiter en fonge,
qu'il sent déjalesouffle cruel des
Chevaux du Soleil qui l'oblige
de se retirer? Les Anciens estoientsipersuadez
que leSoleil
estoit l'ennemy des Songes, que
lors qu'ils en avoient eu de sâcheux,
ils avoient soin de se lever
matin, & d'aller conter à
cet Astre naissant la vision qui
les troubloit. Ilscroyoient qu'il
pouvoir les garantir du malheurdont
ils estoient menacez,
en surmontant le Songe son ennemy.
Les Brachmanes, & les
autres Payens des Indes d'aujourd'huy.,
ont une pensée à peu
pres semblable touchant cer.
tains Deutas ennemis du Soleils
Doctrine qu'ils ont prise comme
la Metempsicose, le{Hmc
de la Vache, & beaucoup d'autrès,
des Egyptiens qui font passez
dans leur Païs. Je remarque
que toute la doctrine des Songes
vient des Sagesd'Egypte. Onla
trouve extrêmement ancienne
chez eux, puisqu'elle estoit en
vogue dés le temps deJoseph &
de Pharaon. Ilsl'avoient apparemment
puisée des Descendans
deCham,les premiers Autheurs
de la Superstition. Pitagore,
Platon, & leurs Disciples, tous
instruits dans les mysteres des
Egyptiens, vouloient qu'on prist
garde à tous les Songes, & ils
avoient une pensée sur leur origine
à quoy on n'a guère pris
arde
; peut-estre mesme que
beaucoup de ceux qui se font
nestez d'expliquer les Songes
l'ontignorée, quoy que jela
croye le premier fondement de
leur Science de les interpreter
Ces premiers Hommes avoient
appris que Dieu estoit répandu
par tout. A bufant de cette vérité,
ils voulurent que chaque
chose eust sa Divinité particuliere.
L'Homme eut pour soy
deux génies, l'un bon, l'autre
mauvais; sentiment que les Platoniciens
ont longtemps confer.
véIl y en avoit dans les Pierres,
dans les Animaux. Tout l'Air
en estoit remply. Là-defll»
Hermés & ceux qui l'ont ftlilq
bâtirent leur pensée des Ora
cles, & de la Science dedevi
ner. Ces Lares, Génies,ouDe
mons ( carils les appelloien
ainsi) estoient des Natures mi
toyennesentre Dieu &l'Hom
me. Dieu,disoientils,nepou
vdoiaittaavveocilredse commerce immé
Hommes. C'es
toient eux qui en estoient le
entremeteurs. Ils portoient le
Prieres des Humains, ilsrendoient
les réponses des Dieux.
ils donnoient les Oracles, il
animoient tous les Corps pour lebiendesHommes L'impiet
feule les en pouvoit çhaffers-i
mais sur tour c'étoit pendant lesommeil,oul'Ame n'a plus
de commerce avec les choses
sensibles, qu'ils croyoient que
ses Génies partoient à nos Esprits.
C'est ce qui leur faifoic
fort prendre gardeauxSonges
pour en entendre les réponses.
Delà venoient toutes leurs précautions
pour en avoir d' heu.
reufes, & c'est une des raisons
pourquoy Pytagore defendoit
ies Feves, parce qu'il croyoit
qu'elles faisoient avoir des visionsfâcheuses.
Ces Démons
seretiroientàla venuë duSoleil.
Toutes les Ombres s'evanoüis
soient comme la Femmed'Or.
phée,& si les Spectres enlevent
celle-cy, Proserpineelle-mesme
nous est representée eiirraïtiant
lies Ombres, & les faisant ren- trerdansles Enfers. Vous voyez
que rien ne represente mieux les
Songes que laFable d'Eurydice
en l'examinant mesme selon 1
pensée des Anciens.Jen'ay plu
que quelquesrefléxionsà ajotfj
ter pourvousfaire tomber d'a
cord que le premier sens de Fiction, cem est le mesme que nou
yavons cherché aujourd'huy.,
'¡n:..ETTR:E IV.
, 1.1
- - .1 FQurqllo) on employe la Fafclc d'Or
phée poursignifier le Songe. QU'il y a peu de Gens quii
.:lent à aprofondir les^
choses; On na guère que des
connoissances fuperficieles des
chacune. Ovideajoint tant d'à
grémens au Recueïl qu'il nous
a laissé des anciennes Metamorphoses,
qu'il est presque le
seul qu'on suit dans l'étude de
la Fable. Il est pourtant bon
d'en consulter d'autres, si on en
veut acquérir une connoissance
l'un peuexa cte. C'estun Chaos
à debroüiller que ces Fables.
iQnelle confusion Pour grossir
[leurs Héros,ilsjoignent plusieur
Personnes d'un mesme
nom. Je remarque au moins
trois Orphées. Le premier à
quionrapporte tous les autres,
&que vousne confondrez pas,
s'il vous plaist,avec celuy qui fut
rundes Argonautes, vivoitenvitron
cent ansapres Moyse. On
veutmesme qu'il ait pris quelque
chose de ses Livres. Comment
le peut-on sçavoir, si les
Pièces qu'onluyattribuer qui
font venuës jusqu'a nous, sont
suposées? Il estoitde Thrac,-;¡
Que ce nom ne vous fassepasde
peur. Ce. païsavoit eu de IM2
politesseautrefois. Ses premiers-
Habitans estoient sortis d'um
Climat doux & temperé. Ils!
avoient esté voisins des Atheniens.
Joignez à cela ce ques
diverses Colonies que les Phéniciens
avoient menées sur leurs
Côtes, leur pouvoientavoir
inspiré de douceur & de con--
noissance des Lettres. Vous2
sçvez qu'Orphée a esté grand
Poëte,grand Musicien,& grand
Philosophe. CenJefi pas mal
chercherl'Emblême du Songe,
, quede la prendre chezlepremier
Nourrisson des túres.
QJJC fontles Fictionsdela Poëfie,
que de beaux Songes? On
nous dit qu'ilestoit Fils d'Apollon&
deCalliope. Cen'estpas
un mystere difficile à penétrer.
Les Héros font autant d'Enfans
des Dieux. Estre grand poëte &
grand Musicien, c'est estre Fils
d'Apollon. Bien d'autres raisons
l'ont mis dans son Parcntage.
EstreAstrologue, Devin,Interpretedes
Songes, c'estestre
digne Fils du plus grand Prophere
d'entre les Dieux. Ces
dernieres qualitez confirment
encor la justesse du choix de
l'Enigme. Orphée apprit en
Egypte route la doctrined'Her.
més. Il l'enseigna aux Grecs.
c'est ce qui a fait dire à quel
ques Autheurs de l'Antiquité,
quec'estoit un MageEgyptien,
S'il penetra luy mesme les secrets
de ces Sages d'Orient, il
en pratiqua la methode
;
il ne
montra pas aux Grecs les veritezqu'ilavoitapirses,
danstout
leur jour.Avottons que cesanciens
Peuples, & ceux quiles
ont suivis, ont trop aimé cette
maniéré decacher les choses, Se1
defaire de grands mysteres de
rien. Il est vray qu'il y a de la
prudence à ne découvrir pas
d'abord tout ce qu'on sçait, sur
tout quand ce qu'on pense est
éloigné de l'opinion commune.
Mais faut- il crier pour la
moindre chose, loin d'icy, Prophane
? Que la Sybille de Cumés
le fasse lors qu'il faut defcendre
dans les Enfers, à la
bonne heure.Lesnoirsmystees
d'Hécate ne fonr que pour
es Iniriez. Par cette raison il
peur y avoir de l'obscurité dans
l'Histoired'Orphée, & de ces
autres premiers Héros qui con.
noissoient si bien lessentiers des
Enfers. La vérité setrouveavec
peine. On n'en doit pas envier
la lumiere aux autres, quand on
l'a soy-mesmedécouverte. Pour
coupercourt sur 1"HInoire
d'Orphée, jedisquelesFables
qu'onen conte,ontesté surtout
inventées,pourestre des Mémoriauxde
ses Inventions. Ilavoit
un Instrument à quatre cordes
qu'il rouchoit si bien, qu'il inspiroit
du mouvement aux corps
les plusinsensibles. On dit que
cela se faisoit selon la doctrine
de Pitagore, par l'accord de sa
Musique avec l'Harmonie ces
leste.Disons plûtostquec'es
luy qui parla le premier de l'u-4
nion des quatre Elemens dans
les Corps;que son Eloquence
& ses Loix produisirent tous le^i
Miracles qu'on en conte. 14
descendit aux Enfers, parce
qu'il en enseigna les
111Ynere5.
Peut-estre neit accroire qu'il y
avoit este pour authorifer davantagecequ'ildisoit
C'estoit
assez la coûtume des Anciens:
qui imprimoient du respectau
Peuple par de semblables mensonges.
On invente l'Histoire
d'Eurydice pour donner du prétexteà
son voyage. Chacun
des Heros de la Fable y va pour |
quelque sujet. Il fut le premier
Autheur parmy les Grecs de
interpretation des Songes.
Pline l'attribuë mal à Amphydion.
N'y aura-t-il que cette
: feule chose dont on n'aura point
•Jaiiïed'Emblème.,d'unechofc
estimée de tous les Peuples,&
de tant de Philosophes? Je n'y
voypoint d'apparence.Ellea
tant de connexion avec la docctrinedes
Enfers, qu'ilsont bien
pû les joindre. Et comme le sage
Virgile, apres nous avoir expliqué
amplement tout ce qui se
pafledans la demeure des Ombres,
fait sortir plaisamment son
Héros par la porte des faux
Songes, pour marquer le peu
defoy qu'il fautadjoûteràtout
ce qu'il vient de dire; n'est ce
pasaussimettre le dernier traità
l'Emblême des my steres qu'Orphéeavoit
chantez, que de la
finir par l'enlevement d'Eury
dice qui represente si naïvement
les illusions des Songes. J'aurois
encor beaucoup à vous dire touchant
les rêveries desAnciens&
des Modernes, sur cette matieres
des Songes; mais outre que celas
me meneroit trop loin, je n'aime
pas à épuisermõ sujet.Je croyois
à peine en commençant,devous
écrire une Lettre entiere; en
voicy pourtant quatre completes.
Sij'ay écrit sur des choses
peu solides, prenez vousen à
vous-niermer& permettez que
je fini(Te par une verité fort
réelle, quejesuis,&c..
Voicy quelques Madrigaux sur
les Enigmes deianvier. Leprenierestsurl'Enigme
en Jigure de
"httetonfittdroJé; &les autres sur
es deux en Vers.Ily asipeu de
Uiférctue entre l'opéra C la Comédie,
qu'il ne faut pas s'étonner
que ce dernier Mot ait esté si genéralementappliqué
à la ¡rtmicre..
D I. 'Où "rient que l'éclatdu Tonnerre
VajetterPbaëtonpar terre?
Lefins de /'Enigmeenejielair,
Ne "'foÍt.. on pas dans les orages,
-4pres le choc de deux nuages,
Jl.!!.e1le Fo?udre estsouvent devancéde RAULT, de Roëen.
D II. Epuis quepar laTaixLOVIS
nous rendheureux,
On nepariepi** que deJeux.
Cette -vérité'supose'e,
Le Mercure Galant ri4 point fait
d'autre choix
Pour les Enigmes de ce Mois,
Dtl'explication meflmhlefirtAifl
Et jegage que le vraysens
N'est autre que deux jeux des Plia
d¡"fertij/Ãns
La Comédie&la Fuzée.
1/Enfanc Bréton, deTourna
III.
JE Vous Votif, belle Iris,dans ungra
embarrasy
Vous reJYe>{, vous chercheC?°Tou*
trouve^pas,
Quelque effort que Vouspu/Jpe^fti
Quel efl1°sens de ce mystere.
Maisvoicy le brave Tircis
Qui mettra t'n à vossoucis,
jîinjtqua\ofreress?erie,
Envous donnant la Comédie.
TORNERY,Medecin à Marseill
IV.
pIOurquoy mefaire une malicet
Et vouloir cacher à mesyeux
Cequidans le Feu d'artifice
Sefait admirerentous lieux?
jibpourcecoupy GalantMercure,
Vostre Enigmefait tropde bruit,
Etdans les ombresde la nuit
La Fuzée, à monsens, tâche en "i"
estre obscure.
LE SOLITAIRE, de Pontoise.
V.
sTchacun me vieutvoir, Princes&
ilotentatc,
Gens de Guerre, Marchands, Peupks
Cg- MIIIgijlr¡tts,
C'est quepar une adrejfi à nulle autre
seconde,
Ie dépeins les "vertut & les vices du
Monde.
Alaisybêlas!unchacuninsensibleÀ
ses maux,
Y rit le plus souvent desespropres
defauts,
Croit toûjourspourautruy,par une
erreurextréme,
Les leçons quesouvent onyfaitpour
luy mesme.
Iesuis la Comédie,(~ n'ay point
d'autre objet
Que de rendre en riantle Mondeplus
parfait.
DESLIGNERIES, de Roüen.
VI.
ONest charmédela peinture
Que nous yayos dãs leMercure,
7Je tantde beaux Feuxqu'onafaits
Pourseréjoüirde la Taix;
Maisenfin ces beaux Feux qui l'ont
solemnisée,
N'égalentpoint cette Fuzée.
Le Poëte amoureux.
E VII. Nnuyéde chercher JONI un sombre
nuage
Dessens toûjours m!JltrrAjfi'{,
Etsatitsfait de l'¡l'antttge
"D'arvotr eu quelque rangaux Meretira
pttJfi"
tayoù gbdndonnéld lice,
Et regardois comme unsuplice
Le mestier fatigant de ces mornes
V..,ins
Quisedonnent mille chagrins.
Cependant aujourd'huy mon esprit
s'étudie,
Et cherche à devinerunsensqu'iln'entendpas.
Ainsitout change dans layië;
Cequiplaiftanjourd*huyidemain
naplusd*appas,
Etnousfaisonstousicy-bas
Vne eternelle Comédie.
BROSSARD,Conseiller
deBourg en Bresse.
L VIII Ors quepouf celebrer leplus gril".
des Efé,.os,
Etsolemnisercerepos
Qveparunnoble effort il accorde à la
Terre,
Mille traitsenflâmez, millehriIIans
Çclairs
ercNlcJnfltfl'mult lesairs,
Etsemblentfaireau Ciel uneinnocenteguerre
; Lors que parlesbontezd'un 2ro
victorieux
Bellone est enfin appaisée;
Lors que ïEurope enjoye allume mille
Feux,
C'est mal prendreJOli tempspourcacher
laFuzée.
LAFEE,deBourg enBresse.
D IX. Ans lasaisondu Carnaval,
jkvant les Dances&le 71i11, Iln'estpersonnequi ne die;
Que le Mercure est o¡'ligellnt,
Tués qu'il épargne nostre argent,
Etnous donne la Comédie!
TXRAULT,C1C Roiien. Outlebrillantqu'étale
la Fuzée,
2?'éblouit qu'un moment les yeux,
Mourir comme elle meurt dés qu'elle est
élevée,
C'estjoüirpeu d'un destinglorieux;
Jdats helas, queJa mort, qt/oy que
prompte, ade charmes!
Celebrerde LOVIS legrandNom (7"
les Armes,
Et les celébrerparsa mort,
N'eflcepas en mourant a-voir un heureux
sort?
Oiiy)cefOrteJI digned'envie;
Ifeureuxquipeut mourirpourlagloire
des Lys,
Aiei-bien laplus b'!"l/e vie
ÀVe )'/Iutp/U une mort soufferte pour
LOVIS
L'AbbédeS.Dominique.
XI. - p\Ourbienp*Jftf le Çama^al^
Ilsuffit de yo¡'. le Meresre,
CeDieu nousfaitunepeinture
Desjeux, des opl'rll, du '.llil/,
Les beaute^ de la Tragédie
Se rencontrentdansson Tdhledv,
Etpour avoir la Comédie,
Onna tfuà tirer le TÇideau.
LE SOLITAIRE, de Pontoise.
XII.
quej'ayeplusd'unTroce'sy
Et qu'une Enigme soit ebofe "Pt
malaisée,
Ie crois pourtant avecsuccés
Ayoirde'mefléXz Fuzée.
DE LAMATHEA.E.P.
XIII.
XiQVTS
en nous donnant la Taix,
*fiamene les Tlaijtrs
,
les jeux, la
Comédie,
Ettoutcequejadis la Grece ~F rItAlie
Eurent d'agrémens d'attraits:
Faisons retentir ces bienfaits Par des cris éc/Atllns Cg- des voix empressées,
Et n'épargnonspas les Fuzées
Pourporter ce Nomglorieux
Jusque dans le sejour des Vieux.
LE P. LA TOURNELLE,de LyoV.
XIV.
DV Mercure Galant la galante
eloquence,
ParsesEnigmes de janvier,
Al'allervoirsemble me convier; Ilmeprometdese mettre en dépense,
Et quelejourqu'ilme verra
Son amitiépour moy toujours bien
disposée,
A,oe,rpldifirrégdlerd
Mes oreillespar l'Opéra,
Etmesyeuxparmainte Fuzée. G.de-chambery
le reviens fofees.M'Paanutxbogt'&ueMfth' ns pro- Boucha
ont écritsur toutes lessix. Leursraisonnemenssontpleinsdeforce,•
mal6.
comme il estjuste que tout le monde
t'olive icysi place, je ne vous çJJvoyéque
cequ'ils ontpensésurquelquesunes,
à çausedelaquantitéd'alltres
PÙees donTj'a.!dVOItQfl.irt
P,!rt.
Si un Amantdoit diférersa
réconciliation. ON aurait sujet de croire
qu'un Amant manqueroit
d'amour, s'il laissoit passer
moment entre un la disgrace & la
réconciliation. Le moindre delayest
un crime, & ce respect
inutile est une marque d'indisérence,
qui le rend plus digne
dehaine quede pardon. Il faut
donc, puis que le retardement
est périlleux, qu'un parfait Amant,
sans s'attacher àlaformalité,
passe au dessus de certaines
considérationsquine font
ny utiles, ny necessaires
; qu'il
suive aveuglement unemportementhonneste,
qu'il presse,
qu'il importune., qu'il prote ste,
qu'il temoigne du JcK-fpûir,
enfin qu'il n'abandonne point
sa Maistresse qu'il n'ait reçue
quelques marques de raccommodement,
carl'état d'un
Amantdisgracié, pourpeu qu'il
attendeàfaire sa paix, est trop
incertain, & la colere d'une
Maistresseprévenue desappa
rences de son infidélité trop savorable
pour un Rival.
Q1lant à la Qtieftion, si on
peut haïr ce qu'on a une fois hie"
Aimé, on n'auroit jamais la dou- à
Jeur de se repentir d'avoir fait ;
un mauvais choix, & d'estre
obligé de haïr sans aucun retour
ce qu'on a aimé le plus tendrement,
si comme souhaitoit un
Philosophe, la Nature avoit
mis une Fenestre au devant du
coeur de l'Homme, pour connoistre
la vérité de ses pensées,
& voir dans tous les replis de
cette partie ses plus sinceres intentions.
L'Orateur dit que les
yeux, le front,& le visage, mentent
souvent; qu'il est aisé de
donner dans les pieges que la
persidiebien déguisée travaille
à nous cendre, & d'estre surpris
par ces faux Amis, qui savent
adroitement s'insinuer dans un
coeur crédule &, facile à s'enflâmer
; mais aussi il est aisé,
quand ces Infidellesqui nefont
de belles protestations quepour
tromper, font une fois reconnus,
il est aisé,dis-je, de les
fuir, &, de haïr la fausseté découverte)
plus qu'on n'a jamars
aimé lemensonge caché. Cette
verité n'est pas moins soûtenable
parmy les vrais Amans, que
la beauté, la vertu, la franchise,
& cette douce sympathie) a si
forcement unis; Ces illustres
Héros si sçavans en l'Art d'aimer,
& cessuperbes Héroïnes,
en l'Art de triompher, tombent
fotiverir dans une si grande in
diférence, qu'ils deviennent in.
fcnfiblement l'un à l'autre, ou
quelquefois un seul, si infupor.
tables, qu'ils se laissent emporter
sans sçavoir pourquoy , en
des haines irréconciliables, lors
que leurs feux ralentis font entièrement
éteints. Toutela Phi.
losophie ensembleauroitautant
de peine àdonner quelque raison
de la cause quia uny ces
Amans, qu'à décider celle qui
les a divisez
; & en esser, les plus
fçavansont si peu connu lesmysteres
& lessecrets qui compo.
sent les divers mouvemens que
produit l'amour, que celuy qui
en a mieux connu le caractère,
n'a point eu honte d'avouer que
:ette passionestoit une des plus
étonnantes Enigmes de la Natlre"
& que celuy là avoit raiasoyn-
qquuiolay,définissoit un je nequi
vient de je-ne-
]f^avoù,6c quis'envajene-sçay.
comment, tant il est vray que
l'amour a ses détours, & une
certaine fatalité qu'on ne peutcomprendre.
L'Origine des Colliers de
Pertes n'est pas moins diférente
dans les opinions de ceux qui
l'ont recherchée, que celle de
toutes les chosesautoriséés par
l'usa ge, &. que l'on tire des plus
obscurs Mémoires de l'Antiquité
pouren faire une mode
nouvelle. Plusieurs Peuples
sauvages que la misere réduisoit
à vivre dans la nudité, privez du
secours des Arts, des Etofes,
des Habits, & n'ayantrienpour
sedistinguer, & pourse donner
quelquesagrémens, s'aviserent
de s'orner la reste,le col, & diverses
parties du Corps, des
plus prétieufcs richesses que
leur climat eust produites. -Ces a
barbares ornemens ausquels a
l'or, l'argent, & les pierres présieuses,
donnoient un grand prix,
ont depuis servy à la pompe& !
à la magnificence des deux Se
ses, & il ne fautpoint douter
queles Femmes n'en ayent tiré
l'usage des Colliers, qui font
une de leurs plusbelles& de
leurs plus riches parures.
PANTHOT, MedecinàLyon.
Sur la V. & VI.Question. It, n'y a point à douter qu'il
n'y ait plus de gloire à vainere
un coeur déja engagé, qu'a
Ifléchir celuy d'un Indiférent;
car à bien considerer les choses,
je ne voy pas que ce dernier soit
si difficile à prendre. Je veux
que ce coeur ait esté toujours
insensible;je veux qu'il ait resisté
à tout ce qu'il y a de charmes,
& qu'aucun trait n'ait jamais
sçeu le toucher, que peut
servir cette resistance & cette
dureté? Pouroit-il s'exempter
d'avoir de l'amour? Non, non,
il faut que tout aime. Comme
nostre coeur est naturellement
amoureux, il y a une agreable
necessité de se rendre, & tost ou
tard on est obligé de le faire;
mais détacher un coeur qui tien
déja à quelqu'autre,& pouvoit
triompherde tous les deux,c'est
là ce qu'on doit nommer une
conqueste pénible. Elle de
mande autant d'adresse que d<
bonheur. Il faut livrer deux
combats tout à la fois, l'un
contre une Maistresse, &l'autre
contre un Rival; employer de
belles armes contre cellecy
pour la gagner par tout ce qu
estca pablede plaire,&enprendre
de dangereuses contre ce
luy-là, afin de le détruire & de
s'élever sur ses ruines. Il saus
encor qu'un Amant sçache bien
assurer sa conqueste, car enfin
on doit toujours craindre que!'
que revolre. Peu de chose fair
soûlever un Sujetnouvellement
& l'on a toujours de
~l'à\ pente pour ce qui a servy
d'objet à une première passion.
QuandHnejvù on asenty dans l'Ame
Les atteintes d'un tendreamour,
Le flateur souvenir d'une premiere
flame,
Vers ce premier Objet nous donne un
prompt retour.
La Question fuivanre ne me
paroist pas plus difficile à résoudre,
& je tiens qu'après avoir
esté trahy d'une Maistresse
qu'on a fortement aimée, on
n'en sçauroit plus aimer une
autre avec une égale passion.
Vouscroyez sans-doute qu'Üri
Amant abandonné ne manque
pas de retirer toute sa tendresse
quelesouvenir des outrages
qu'on luy a faits,efface tout ce
qu'il y avoit d'imprimé, &
qu'estant devenu libre par la
rupture, il est en état d'estre
aussi amoureux qu'ill'estoit auparavant.
C'est s'abuser que
d'avoir cette pensée. Un coeur
qui a pû venir à bout de brifer
ses premiers fers, n'est plus capable
d'une siforteliaison. Ila
jetté son plus beau feu, & s'il
peut en allumer un tout nouveau,
il ne fera jamais si ardent.
C'est une loy commune àtous
les coeurs, qu'ils n'ont qU"Uf1;
certain temps pour aimer parfaitement
- Dés qu'il eIlpaHé)-
ils ne font plus propres à s'engager..
La tendresse qui vient
apres, ne fait qu'une legere impression,
& les secondes amours
ne font jamais que des amours
de passage. Enfin on ne fçauroit
avoir une violente passion
qu'une feule fois en sa vie.
gupy que l'on ait le mesme coeur;
On n'aplus lamesme tendresse;
Etquandonchange de Matflrejpy
Onchange en mesme temps d'ardeur.
FEÜILLET., Avocat.
S'ily aplus d'avantage a triompher
de soy-mesme,qu'àvaincre son
Eiinemy. IL est bien moins difficile de
prendreparty sur la Question
dont il s'agit, que d'en dire
quelque chose de nouveau,
apres les beaux Discours & les
sçavantes Décisions de tant
d'habiles & d'eloquens Personnages.
RlèO de plus juste & de
plus facile que de se déclarer
pour la raison; mais rien de
moins aisé que detrouverdes
preuves nouvelles & convaincaintes
pour persuader l'équité
de son Empire à ceux qui fuivent
aveuglement les faillies
maximes que l'orgueil & l'ammbitionoonntdinterod,
uites dans le
Il semble que pour y réiïflïrr
il n'y ait qu'à découvrir quel est
le veritable & le plusdangereux
Ennemy de l' H omme,
pour en faire le sujet legitime
dfc ses victoires.
S'il est vray, comme l'a rresbien
dit un Poëte subtil de ce
temps,q ue les Animaux les pl us.
farouchesrespectent leur figure
dans un autre Animal, par une
Loy presque inviolable que la
Nature grave dans le fond de
l'essencede leurs ouvrages pour
leur conservation, il est encor
plus vray de dire que l'Homme
ne doit pas estre l'Ennemy de
J'Homme. Sa naissance & sa
mort le font paroistre foible &
misérable, & tout le cours de
sa vie renfermé dans ces deux
extrêmes, n'est remply que de
maladies & de disgraces. Ila
donc besoin sans cesse de secours
& de consolation ; & de
qui peut-ilrecevoir l'un & l'autre,
que de l'Homme, qui est
seul capable de compatir aux
maux qui le peuvent attaquer
Puis que l'Homme ne doit pas
estre l' Ennemy de l'Homme,
suivant les Loix de la Nature,
Je combat de l'un contre l'autre
ne peut estre legitime. Si
le com bat n'est pas legitime,
la victoire en est encor moins,
juste. Il doit donc chercher
ailleurs dequoy exercer sa force
k son courage. Il n'ira pas bien
loin, sans trouver son redoutable
Ennemy, puis qu'ille porte
avec luy-mesmejusqu'à sa morr..
rAeisnsseinptaesntun ne l'ignore, & tous
ses injures. C'est cet
appétit que Platon appelle un
Monstre à plusieurs testes, d'autant
plus difficileà vaincre, que
tirant de nouveaux avantages
de sa défaite, il faut un Hercule
pour en triompher. Il n'est donc
pas feulement glorieux à l'Homme
de le vaincre, mais encor il
n'y a pour luy de victoire légitime
&necessaire pendant sa vie
que celle-là,parce que s'il n'est
victorieux dans ce combat, il est
necessairement criminel. On
a beau vanter les grands exploits
d'Alexandre. Son plus digne
eloge, c'est d'avoir esté le plus
illustre Esclave,& le Tyran le
plus fameux qui fust jamais.
Son ambition n'en sitsa victime,
que pour le rendre le plus injuste
& le plus dénaturé de tous
les Hommes parses usurpations
& par sesmeurtres.
La Fablequi cache les solides
vertus de la Morale, fous des
obscuritez qui paroissent ridicu
les,a instruitlaPosteritédela
necessité de triompher de foymesmedans
la personnede Me.
dée. Cette malheureuse Princesse
qui s'estoit meslée de donner
des leçons pour vaincre les
Montres, n'en sçeutprofiter
ellemesme. Pressee desonressentiment
contre Jason, elle résolut
d'égorger ses propres Ensans,
sans, parce que son Amant infidele
en estoit le Pere. Ce motif
enflâmoit son coeur de la
plus mortelle haine contre ces
innocences Creatures; mais
parce qu'elle en estoit la Mere,
l'amour disputoit la place à la
haine avec une ardeur égale.
Il semble que la douceur qui est
naturelle à ce Sexe, en devoit
triompher. Rien moins que
cela. Sa cruauté répondit à la
défaire de sa raison.
On dira peut-estre qu'estant
question de principes naturels,
il est permis de re pousser l'injure
par l'injure,êcla force par
la force, pour se garantir de
l'insulte des méchans. Il fauc
convenir, qu'on peutdéfendre
sa vie dans le moment qu'elle
est attaquée, aux despens de
celle desonEnnemy. Maishors
de cette circonstance, quiconque
se veut vanger par les mesmes
voyes dont il a esté offensé,
éprouve premierement en luymesme
les peines & la ri gueur
de sa vangeance, parce que son
ressentiment le rendant esclave
de sa passion, il avouë tacitement
son peu de rnerire, quand
il se persuade qu'il a esté méprisé.
Le Magnanime fuit des maximes
plus dignes de l'élevation
de soncourage.Sonameestau
dessus de l'inclination des Hommes
ordinaires, parce que la
connoissance qu'il a de son merite
éloigne de sa pensée jusqu'ausoupçon
du mépris. Comme
sa conduite à l'égard de ses
passions est reglée, toutes les
actions à l'égard des vertus font
heroïques ;
si bien que s'il ressent
celles là, cen'est que pour
les faire servir à celles-cy Il
haït ouvertement ses Ennemis,
mais c'est bien moins à eux qu'il
en veut, qu'à leurs vices qu'il
cherche àdétruire. Quel avantagepourroitil
pretendre de
la défaite de son Ennemy, qui
ne pust luy e stredisputé par le
courage des Tygres & des
Lyons? Mais qu'y a-til de plus
glorieux pour luy, que d'estre
victorieux dans le combar qu'il
entreprend, puis qu'il soûtient
dignement en luy mesme l'empire
de sa raison! Que n'eust
point fait Valere-Catule, pour
reparer l'injure qu'ilavoit voulu
faire à la réputation de César,
apres que ce Prince généreux
l'eut fait appeller à satable?
Il ne faut pas douter que cette
maniere de vangeance ne le
comblast d'une confusion beaucoup
plus grande, & ne le rendist
plus soûmis, que s'il eust
laesté puny de son inlolence par juste severité decet Empereur.
La force & la puissance
peuvent exercer leur empire
sur les corps, mais il n'a ppartient
qu'au Magnanime de réagvnoeirr
sur les coeurs, apres les
vaincus parlesbienfaits.
L'Histoire fait grand bruit
de la genérosité des Princes
Payens. Cependant si on considere
leurs actions de pres, on
ne trouvera pas cette genérosité
sans defauts. Commeilsontesté
injustes dans leurs desseins,s'ils
ont vaincu les Nations,ils ont
esté eux-mesmes les esclaves de
leur ambition. Ilyenaeuqui
ont pardonnéassez facilement
les injures; mais ou une molesse
de naturel, ou une maxime de
politique, ou une vaine ostentation,
en ont esté tres-souvent
les veritables motifs. Il n'en est
pas ainsi du Grand Roy qui régne
également sur luy, & sur
nous. Lavictoire & la modération
,
font en luy ce que toute
l'Antiquité a ignoré; & deux
choses si incompatibles n'ont
jamais paru si bjen unies qu'en
sa personne.S'étonne-t on que
ses victoires égalent le nombre
des desseins qu'il médite pour
l'honneur de l'Etat, & pour le
bien de ses Peuples? C'estqu'-
ayant commencé ses triomphes
par soy-mesme,la Justice luy a
misl'Epéeàla main. C'est enfin
qu'il soûtient dignement cette
illustre Qualité de Roy Très-
ChrcHicn.
Il faut l'avoüer de bonnefoy,
sans en rougir. Il n'y a que
la Religion que nous professons
qui foit capable de produire de
parfaits Héros, & de les immortaliser.
C'est par son secours
qu'un veritable Chrestien trouve
son Ennemy aimable, & que
detoutes les choses visibles,s pasune
n'est capable d'abatre son
courage. Que tous les maux &
toutes les disgraces de la vie
s'assemblent pour le persécuter;
que les grandeurs & les plaisirs
s'empressent pour le séduire;
tous ces vains efforts ne fervent
qu'à faire mieux éclater sa
gloire. Je dis plus. Ses triomphes
s'étendentjusques sur cette
gloire, & sur le plaisir mesme
que son mérite luy pourroit
causer. Mais que ne doit-on pas
attendre de ce vaillant Magnanime,
puis qu'il commence ses
victoires par la soûmission desa
raison?
BOUCHET, de Grenoble.
l'adjoûte ce qu'a écrit Mr d'Eaucour,
d'Arruflircettemême matiere. pOur résoudre cette Question,
ilne faut que lire le
Remerciëmentque le Prince
del'Eloquence Latine fitàJules
César, du pardon accordé à
M.Marcelle, quiavoitesté contre
luy pour Pompée dans la
Guerre de Pharsale. Illuy dit
que dans tous les Combats qu'il
avoit livrez pour rendretant de
Provinces tributaires au Peuple
Romain, dans tant de Victoires
qu'il avoit remportées contre
les Nations les plus barbares,
& enfin dans tout ce qu'ilavoit
jamais fait d'éclatant & d'illustre
en fait de guerre, la Fortune,
le nombre, & la bravoure
de ses Soldats, en avoient partagé
les avantages avec luy;
mais que dans l'action genéreuse
qu'il venoit de faire en
pardonnant à un Ennemy, luy
seul en avoit toute la gloire,
ans qu'aucun autre ypust rien prétendre.
Apres le sentiment d'un Homme
aussi judicieux que l'estoit
Ciceron, j'ay tout sujet de me
persuader que je fuis assez bien
fondé à soûtenir que la victoire
qu'on remporte surses passions
est le plus glorieux de tous les
triomphes; car quoy que Ciceron
puisse estre soupçonné
de flaterie en cerencontre, il
est cependant toujours vray de
dire que son raisonnement est
fort joste, & qu'il ne loüoit
Jules Cesar que sur une verité
donc il estoit tres-convaincu
connoissant combien il estoit
plus difficile de se vaincre soymesme,
que de vaincre ses Ennemis.
En effet,sila gloire des
Triomphes se mesure à la difficulté
des Combats, il est certain
que la guerre qu'on est
obligé de se faire à soy-mesme,
est bien plus cruelle qu'aucune
autre, puisque les Ennemis font
domestiq nes,opiniâtres, coura
geux, tous d'intelligence, &
jamais entièrement défaits,
quelque diligence qu'on y apporte;
car l' Homme estant
tout composé de ces Ennemis,
qui font ses passions, il faut, s'il
en veut venir à bout, qu'il s'arme
de force & de perséverance;
de force, pour attaquer; de perséverance,
pour ne se pas rebuter
des avantages que tant
d'Ennemis prendront sur luy,
& c'est par là qu'il luy est plus
glorieux de triompher de foyesme,
que de gagner des Baillesdonc
le succés ne dépend
mvenc que de l'avantage du
eu, & de la fermeté qu'on infre
aux Troupes.
FiCTION
Sur l origine des Colliers de Perles,
1. des Br a:dets,& des Pendans
t d'Oreilles.
i1DEpuis que la Reyne des
Dieux, & la Déesse des
.bçavans, eurent reçeu l'affront
rque leur fit Pâris par le jugeitnenc
qu'il donna en faveur des
Ibeautez de Vénus, elles confleurent
une haine immortelle
contrecette heureuseRivale,&
Junon la plus vindicative & la
plus superbe des Divinitez, la
traita avec tant de sierré, que
cette charmante Mere de la
tendresse résolut de s'absenter
quelque temps de la Cour Celeste,
pour aller visiter les lieux
de sanaissance.Ellecommuniqua
son dessein à son Fils & à ses
troisaimablesFilles, qui nerespirant
que la joye & les plaisirs,
lierent incontinent cette agreable
partie, dont le -complot ne
fut pourtant pas si caché que
Mercure, qui leur faisoit régulierement
la cour, depuis qu'il
estoit devenu passionnément
amoureux d'une Nymphe, qu'il
ne pouvoir endormir ny de ses
contes, ny des coups de son Caucée,
n"en reçeûtla confidence
'unedes Graces qui estoitassez te ses Amies pour ne luy faire,
tecrec de rien. Il ne manqua
pas de faire va loir cette occaion
pour rendre un bon office ux P uissances qui font la bonne
ou la mauvaise fortune des
Amans. Il partitaussi-tost pour
ilvercirThéris que Vénus & son
Fils venoient luyrendre visite;
& l'ayant disposée à les bien recevoir,
il alla les retrouver pour
donner lamainàla Deestequ'il
reconnoissoitalorspour sa Souveraine
,
afin de la rendre au
bord de la Mer, laissant Cupidon
marcher seulsuivy des Graces
qu'ilacoûtume depreceder.
Aumomentqu'ils furent sur le
rivage, ils aperçeurentunRecher
flotant composé des plii
beaux coquillages de l'Océan
quedouzeChevaux marins traf
noient, chacun ayantun Tritor
quileguidoit. Mercure quiefl
toûjours d'un grand secours a
la Mere d'Amour, la prit fous
les bras, & à la faveur de ses
aisles la transporta jusqu'à un
TrônefaitdeNacrede Perlesj
dans un Antre pratiqué au milieu
deceRocher; & Cupidon
a yantdonné les mainsàdeuxde
ses Soeurs,&averry la troisiéme
de le prendre au mesme endroit
que le prit Psyché quand elle
vou lut l'arrester, s'envola dans
celieu délicieux,oùil prit place
dans un autre Trône a costé de
celuydesaMere. Mercure &
les Graces s'agirent à leurs
pieds.Cemagnifique &. brillant
Ecueil n'estoit pas encor bien
avant en Mer, lors queThétis
portée sur un Dauphin,suivie de
douze Tritons, &d'autant de
Syrenes, qui méloient leurs voix
au son des Cors de leurs Marys,
s'aprocha de cette divine Compagnie.
L'interprete des Dieux
qui se fait honneur de rendre
l'accès facile aupres de Vénus, offritlamainàThétisquientra
dans cette Machine flotance,
tenant entre ses bras une Corbeilletissuëde
Branches de Corail,
& remplie des Perles les
plusfines qui fussent dans son
Empire, dont elle fit presentà
la Souveraine des Coeurs. ChaqueTriton
luy donna une piece
d'Ambre gris d'une grosseur
extraordinaire, & les Syrene
luy offrirent plusieursmorceaux
d'Ambre jaune & d'Ambre
blanc, avec un compliment que
les seuls Poissons pouvoient entendre.
Cette visite faite, la
Déesse desFlots remonta sur son
Dauphin, dontlavitesse ladéroba
bien-tost à leurs yeux;
mais les Tritons & les Syrencs
firentmille plongeons en presence
de Vénus & de l'Amour,
& témoignerent par leurs caressesqueles
feux d'Amourn'estoient
pas incompatibles avec lafroideurdeleur demeure, &:
quelaMern'a point d'habitans
quin'en repententlesatteintes.
Comme l'Amour badine fouvent,
Cupidon s'amusa à joüer
avec ces Perles, dont il choific
les plus grosses, les plus rondes,
& dela plus belle eau, qu'il s'avisa
de percer avec la poinre
d'une de ses Flêches, & détachant
la corde deson Arc, les
enfila ; & pour faire honneur à
son Ouvrage, l'attacha au col
de sa Mere,dont la beauté en
reçeur rant d'éclat, que ce petit
Dieu, Mercure,&lesGraces,la
féliciterent cent fois du lustre
merveilleux que luydonnoitcet
ornement. Cupidonvoyantque
sonbadinage avoit un succés si
heureux, comme ilest dumoins
aussi ingénieux que badin,luy en
! fitencordesBracelets.LeDieu
! de l'Eloquence quiesten possession
de flater agréablement
lesoreilles,choisit deux grosses
Perles faites en poire,que les
Graces attacherent à cellesde
cette Déesse. Ces aimables
Filles à l'exemple de leurMere
n'oublierent pas de s'en parer,
& Vénus leur ordonna de prefenrer
un Collier des mesmes
Perles à Mercure pour en réga-
Jer la Nymphequ'il aimoit,
l'assurant qu'elle luy communiqueroit
une vertu secrette pour
la rencr sensible à sa passion.
pendanr que ces galanteries se
pa ssoient, les Tritons &lesSyrenes
faisoient un concert qui
divertissoit admirablement bien
la divine Troupe, qui se fit rendre
aussi tost à terre, pour remonter
au CiellOÙ Venus paroissantplus
belle que jamais
avec ces Bijouxâux yeux de ses
jalouses Rivales, leur fit venir
l'envie de s'en parer le plus
avantageusement qu'elles pourroient.
Junonne se contenta
pas d'en mertre à son col, à ses
bras,&àsesoreilles.Elleenfit
des tissus à ses cheveux, voulut
que ses habits en fussent brodez,
& s'en fit attacher tant de chaînes,
qu'il faut estre la Déesse
des Richesses pour fournir à une
dépeneaussimagnifique. Mercure
estoit trop envieux, devoir
l'effet de son Collierenchanté,
pour diférer d'en faire presentà
la Nymphe qu'il adoroit' Il
connut bientostaussi par l'heureuse
experience qu'il en fit, que
Vénus estoit de parole, & que
les faveurs qu'il recevoitde l'objetde
son Amour estoient l'accomplissement
de sa promesse.
Comme ce Dieu est celuy de
l'Industrie il fut le premier qui
s'avisa de faire tailler des Perles
d'Ambre jaune, & d'Ambre
blanc, pour en faire des Colliers
qu'ildonnaàsaMaistresse, pour
en faire part aux Nymphes.
qu'elle aimoit. C'est de là que
l'usage s'en estétably en faveur
des Belles qui n'ont pas une petite
obligation à ces riches &
nouveaux ornemens, dont leur
teint reçoit un brillantéclat.
DE BONNECAMP.
REPONSE AUX SIX
Questions proposées.
v I. Aincre ses Ennemis, c'ejlune
gloireextréme;
Mats l'on en merite bienplus,
Lors qu'on sçait se ranger au nombre
des rAilleus;
Car c'estvaincre deuxfois, que se
vaincresoy même.
II.
Attendreunautretempspourse justifier,
QuandThilii en couroux nous enfait
la defence,
Ou bien,sans nous enifuciery
Vouloir avec chaleur prouver nostra
;nnofn'C.:-,
%)lIlIS l'un on fait mieuxvoirsa modératwny
Et dans l'autresapajjion. Ilestpourtantplusseûr d'attendre,
Qu'apresavoircalméle violentcouroux
Qu'ontproduitses transportsjaloux, l'bi/Û soit en état de pouvoir nous
entendre.
III.
Sur la troisiéme Question,
Quipeut-estre n'estpas la moins considérable,
Ilfaudroitconsulter,poursadécision,
Cefameux Transforme'dontnousparle
la Fable.
Mais pour dire monsentiment
Surunsujet où chacun s'intéresse;
.A."Vllnt l'Hymenconclu,lors qu'un
Amdllt s'empresse
Afaire à ce qu'il aime un destin tout
charmant,
Ie youdroit estre la Maifîrefp;
Aîaii 1»grandmot estatdit unefors,
leferai1* le Mary, s'il estoit ellmoa choix.
IV.
Combiendefois Voit-OH dans lejiecle
où MOUSsommes,
Succedetla haine à l'amour?
Jliyter,&haiir tour-à-tour,
C'estle destin commun desHommes,
Et mesme on haitplusfortement
1Plus pour ce qu'on aimal'on eut d'attachement.
V.
Vn coeur indiférent, qui faitgloire de
l'estre,
Se déclarantd'abordennemy de
L'Ameu",
JQui ne croira quepour s'enrendre
maistre,
Ilnef,iilt--, plus de détour,
Q£iL n'enfaut pourse fairejour
1)ans un coeur où déja la tendresse a
sçeu ttaiftre?
Cependantsides deux lefoible est ¡j(,
connu,
L'on peut dire avecassurance,
4£uen matiere de refft,¡ncc,
Le coeur indiferent cede au coeurprévenu
; Carl'Amour n'adans l*unqwà combatre
laGloire;
Mais das l'autre,ilfaut touràtour
Si l'on veut remporter une entiere
yi£foirey
Combatre la Gloire&VAmour,
VI.
Aminttrdhy desa Maistresse,
A luy rendre des foins ne doitplus
s'obstiner;
Tourn:lapasabandonner,
Jlluyfaudroit a"voir un grandfond
detendresse.
Mlli¿sid'uIIlI-Urre Objet le mérite
charmant
Demande que fin coeur denouveause
soûmette
Par un secondengagement, Jlpeut bien réparés la perte epuil a
faite,
Sj^and'l le féroitseulement
Poursevanger de sa Coquette
Jdait lepoint de la Que[lion
Est de sçavoir sicette passon
Pourroit égalerlapremiere.
TouryuoynontJiVejprit^lagrâce,&
la beauté,
Le mérite,& la qualité,
guifèroient naijtre la derniere,
Demandent cette égalité?
Ces Réponsessont de la Lorraine
Espagnolete. Ce quevous avez déja
veu d'elle VOUA a fait connoiflre la
délicatesse de son Esprit. rossi ne
douterez point qu'elle ne l'ait infiniment
pénétranty après ce 'fIlej'ay
aujourd'huyàvous en dire. Vous
m'avez, mandé que la Lettre en
Chifres du dernier Extraordinaire
paroissoitinexplicable à tous vos
Amis.Beaucoup de Personnesqui
m'en ont écrit, ont renoncé à la déchifrer>
&cequiestéchapéaux lumieres
desplus éclairez, n'a eu rien
d'obscur pourlaDame dontje vous
parle. Elle merite d'autantplus que
voua partagiez,l'admiration que
j'ay pour elle,qu'elle ejllafeule qui
ait pu venir à bout de trouver lesens
de cette Lettre. Voicy ce qu'elle m'en
écrit de Madrid.
L'AmourJnter:fP' riefiantfa*de mon
goust,
Jfoftrc'BtUetcbifrémaprefque mise
à bout,
Lors qu'en le aÚbiftllnt ilm'aforcée
à dire
Ce que vous aileçlire.
Aimer sans récompense est une
étrange affaire, & on n'est jamais
blâmé de personne d'estreinteressé
en matiere d'amour. L'interest regne
parmy ceux qui aiment.
Cette etrange maxime en matiere d'a- -
, mour,
Efl put-estre de mise auprès d'une
Coquete;
MdM lors que l'interest marque une
ame malfaite,
On nefaitjamaù biensa cour
A. la Lorraine ëfpagnolctc.
Il nefitjfit pas de vous envoyer
les Paroles qui composent cette Lettre
en chifres,ilfaut vous apprendre
de quelle maniere on en pouvoit
trouver l'explication.Vous vous
fouviendrezs'il vous plaist, quen
vous envoyant ce chifre, je vous
marquay qu'il estoit forméd'un
Alphabetfixe, & que chaque lettre
avoitsa marqueparticulièrepar laquelle
elle pouvoit estre connue; car si onseservoit de quinze ou vingt
chifres diférenspour chaque lettre,
dont les deux Personnes qui s'écriroient
auroient seulement la clef
chacune des deux auroit besoind'un
trop long temps pour lire & pour
écrire, puis qu'il faudroit qu'elles
consultassent leur Alphabetsur chaque
mot, cfiant impossibledesesouvenir
de toutes les lettres dont on
seroit convenu, sans avoir recours
à cet Alphabet. M1 de Lange de
Montmirala épargné cette peine à
ceux quTje voudrontservir de ce-
IUJ-cy, en donnant um marque certaine
à chaque lettre. Lesecretn'en
cfi autre que de marquerpar le chifre
le rang que les lettrestiennent dans
l'Alphabet. La lettre A qui en estla
première,simarquepar r,lalettre B
par 2, & ainsijusqu'à 23,qui est le
nombre de nos lettres. Il ne s'agit
que de distinguer le chifre qui dois
servir, d'avecceluy quiest inutile.
Tous les Chifres uniquesjcparez des
autres par unpointfontdesNulles,
-&ne marquentaucune lettre. On ne
s'en sertquepour rendre le déchifrementplus
difficile. Dans les lettres
composées de deux Chifres, le dernier
marque le nombre, & celuy qui
leprécédé estinutile.Ainssi21Jîguifie
unAyjp un I, qui estla neuvième
lettre de l'Alphabet;4s un E, qui
en estla cinquiéinepour la dixiéme,
qui est un K, &qu'on employe
rarement en nostre Langue, on
la doit marquerpardeux zero (0 o.)
Dans les lettres où ily a trois Chifres,
il nefaut avoirégard qu'aupremier
qui marque le nombre dans l'ordre
de l'Alphabet, les deux autres ne
fermant de rien; mais il a cela de
particulier, que pour trouver la lettre,
ilfaut toujours adjoûterle nombre
de dix à cepremierchifre.
Ainsi
235 vaut la lettre M, parce qu'adjoûtantle
nombre de dix au chifre 2,
qui estle premier de ces trois, vous
trouverez,12,&que la lettre M est
la douzième lettre de l'.Alphaba.i
La mesme chose de 789, pour marquer
la lettre R
,
qui estladix-septiéme
de l'Alphabet, parce que le
nombre de dix adjoûté au Chifre 7,
qui est aussi le premier des trois,
fait IJY &aïnifdes autres. La lettreVestmarquée
par tous les Chifres
où il y a un zero,foitqu'ily ait
deux, troisy ou quatre chiftes. La
raison efiqu'ellese trouve la vingtième
de l'Alphabet, & qu'on ne
peut marquer 20 en Chifressans un
zéro. Il ne reste plut qu'à vous donner
des marques qui vous puissent
faire connoistre les lettres X, T, 7
quifont 1,1 vingt-unièmey la vingtdeuxième,
& la vingt-troisième lettres
de l'Alphabet. Ellesfont marquées
par quatre Chiffes, dont le
second & le quatrième dénotent le
rangque ces lettrestiennent das l'Alphabet.
3242 tientlaplace dela lettreY
&92S1 celle de la lettre X,
parce qu'en prenant le second & le
quatrième chifre des quatre premiersvous
trouverez, 22, &que la
lettre & estlavingt-deuxième lettre
de l'Alphabet., comme la lettre y en
estlavingt&uniéme, &qu'enprenant
aussi lesecond & le quatrième
Chifre de 9281, vous trouverez, que
les deuxfont21. Par ces réglésvota
n'avez, point de peine avoir que les
cinq premiers chifres de la lettre
employée dans le dernier Extraordi.
que de VerdunMr deScigneley
Secrétaire d'Etat, Mrd-e Co, utance,
Tresorier de la Sainte chapelle de
Paris; MrleDucdeVilltroy,Licwtenant
General des Armées de Sa
Majestél'ElecteurdeSaxe; Mrde
Hltr, Procureur General ïvfde
Gmlis, Lieutenant General des Armées
; Mr le Comte d'Etrées, Vice-
Amiral de France MxdeLouvoisj
Secretaire d'Etat; Mr l'Archevesque
deBordeauxi MrleDucdeS.Aignon,
Gentilhommedelachambrei
le RoydePologne,Mrl'Evesque
d'Auxerrei Mrl'Archivesqued'Amhrm
i Mr le Baron des. Pierredu
MontiM1dëjTilladeT,Lieutenant
General des ArméesMrdeTillards
Evesque de Masson; M1 leDucde
Ric Frormnticres.-
Evesque d'AireMe le Marerchal
on confondequelqucfois ces deux
fortes de Cadrans, il y àpourtant
cette diférence entre k Cadran Horisontal
& les autres Cadrans au
Soleil, que le fumier est propre à
estre transporté par tout; qu'estant
posé,iln'y apointde lieux ou ilne
puiJlè sèrvir,&qu'il marquetoutes
les heures que leSoleilfournit ayant
unefoisson flile au Nort, au lieu que
les autres ne marquentque d'un costé,
&feulement une partie du cours du
Soleil. Le Plan du Cadran Horisontal
est parallèle à l Horison, au,
Vertical,& au Méridien. Vn Plan
Horisontal, estce que les Ouvriers
appelant un Plan a niveau. La
Nouvelle Methode pour apprendre à
tracer les CadransSolairesfitr toutes
fertes desurfaces planes, quisevend
chez,leSieur Michalet dans la Rue
-S.lacq,,irs, vous éclairciradavantage.
le vous Venvoyeray au premier
jour.
Avant que de finir l'Article du
Chifre, ilfautqueje vous ftffi part
'yJune Nouveauté qui a fait donner
beaucoup de loüanges à Mr Chaudel
Conseiller à Troyes, qui l'atrouvée.
C'est un Recit de BaJlè que je vous
ay envoyé depuis quelques mois. Il
l'a noté en Chifresur la mesme mesure;
mais avant que de vous lefaire
voir, il faut vous expliquer toutes
les marques dontils'estservy, afin
quelles n'ayentplusrien qui vous
embarasse.
Les Chifres I, 2, S9 7,
valent autant que ut, re, mi, sa,
fol, la, si, comme il est plusamplement
remarqué dans la Nouvelle
Découverte du Plein-Chantqu'on a
imprimée icy. Il y observetrois
Octaves,• la première est marquée
avec desvirgules à chaquechifre;
lafecondeyJImpUmem> latroisiéme,
avec despoints. Les valeurs sont,
a, b, cd,e,ff. L'(a) vaut le quart
Il'ttn temps,ou la jèiziéme partie
d'unemesure. Le (b) vautundemytemps,
ou la huitième partie d'une
mesure. Le (c) vaut un temps, ou le
quartd'unemesure. Le(d) vaut
une demiemesure. L'(e) vaut une
mesure.Lepoint (.) immédiatement
apres ces valeurs, vaut la moitié de
la valeurprecédente
, ou autant que
le point quarré(*) de l'ancienne
Musique, La double (ff) vaut une
mesurefinale. Vue Etoile (*) marque
le frédon. Vne Croix ~(t ) le
demy-frédon. L'apostrophe (')fait.
ce quefaisoitle (b) mot de la Musique.
Lepointadmiratif(!) marque lesoûpir d'un (c)c'est à dire d'un
quart de mesure,ou d'un temps. Le
point interrogatif (?) vaut lesoûpir
d'un (b) c'est à dire d'un demytemps.
Le point & la virgule (;)
dénote lesoupir d'un (a) c'est à dire
d'un quart de temps. Lapremiere
répétitionestmarquée parune (R:)
avec deux points; &la fécondé repétition,
ouplutostle commencement
delaseconderepétition,parune (R.)
avec un point. La separation des
mesures a pour marque une (-) division.
Le ~() signifie la COlttinuation
de plusieurs tons sur une
mesmesyllabe. On met toujours une
cdoinrdeuleitestaruociosmtomnesnqceumiednot,mc'ienesntt à
le plus.
Apres ces avis, comme vouspossedezparafaitement
la MftjiqUC, je
croy que vousn'aurez, pas depeine à
trouver le chantdu Récit quisuit.
RECIT DE BASSE,
NOTE'EN CHIFRES.
73$'• c7 d7-c.4., C.7, bi-
~-~~-~t A-mM, puis que $,"-
d'2 CI C7,- d4 cy*c6-cj d.-+-!
chusnous*f-sembleen ce jour,
c2. ci. b7*d6 c7 c6- d5c4 c3-
cbajpms, "htl./ftns /'11- mou-reu-se fod4
d4- R:- R.! cI 2. b-(.+
li - e : Amis. Bu- vons, bu-vons,
b5 d6-c4 c.5 h6-d.7r<>-c*î,
¡'¡¿-..,ons, ceji le moyen de pascI.
C.7b6-d5 <^4-i cI c.7, bIser
nô-tre vi - c5 sans être dîc2
b$d4f-\rj c6c5 -c6 c7*c6
su - jet -IH- aux rigueurs del'amour;
d'2. c'2 c'2c.6b7-c.6b5 "+-".
un bon Bu veur ne doitpas craindre
c3-d'2 c.I 67,-"+ c7 c\.-d\. cI.
le foi-ble pou-voir de ce Dieu, de
l-j*-d6 c7 c6-d'$d^-d\ c5 c6fce
Dieu,plus l'amour al - LII - me son
IlJc.6 b5 - d4 c. 3 b'i -dI c'2 C 3
fu^plusil doit,plusil doitboi•rc
e+ c3 d4 ff7, *7ï--"cipour
l'estein-dre. dre. sans.
Je ne vous parlay point dans ma
Lettre ordinaire du dernier Mois,
des Divertissemens que la Cour de
Savoye avoir eus dans le Carnaval,
parce quejen'en estoispas encorassez
bien infirmé CetteCour estant IIUfft
galanteque mag/ûfquc, j'estois perfitadéquej'attrots
beaucoup de choses
à vous en dire. le n'ay point esté
trompé,&commevousm'avez, toujours
faitparnistre beaucoup de curiositédesçavoir
toutce quis'ypaj]e>
je croirots vous donner lieu de vous
plaindre,sije diférois à vous faire
part de ce qui m'en a esté écrit depuis
peu. le vous diray donc que le dernier
Dimanche du Carnaval,MadameRoyate
donna un grand Bal,
onlesAmbassadeursfurent conviez
Ce Balfut agréablement interrompu
par uneMascarade dont Monsicur le
Duc deSavoye voulut régaler Madame
Royale. En voicy un Récit
sidelie.
MASCARADE
!,Q:<o¡¡,4:'COUR
LADE SA—VOYE. Es Airs deDance ayant
cessé tout d'un coup, ont
entendit un grand Prélude de:
plusieurs innstrumens diférens,
quien surprenant toute i'AIIem—
blée,luy fit garder un fort grandi
silence. Tous ces Instrumens
s'estant menez formierent une.
symphonie tres-agreable, &CI
pendant que l'oreille y estoie:
arrachée,on vit sortir de l'A parrementde
S. A. R. quirépoD:':
doit dans la Salle du Bal, une
Egyptienne d'un ajustement
magnifique. Elle estoit represensée
par la Signora Cecilia.
C'est une Musicienne dont la
voix estadmirable, & extraordinaire.
Ellel'a tendre &douce
quand elle veut, & extrême,
ment forte pour une Fille,
quand il est befoir* qu"jelle.la
pousse. Elle s'avança de fort
bonne grâce jusqu'aupres du
Marchepied oùestoit Madame
Royale, &chanta les Paroles
qui suivent du ton récitatif.
Ellessont sans rimes, comme
tous les RécitatifsItaliens.
Dà lafup:rha Mensi,
Ove ilsuolosecondo
Di Tiramidi eccelse
F411110 l*Etr* aferirmoltfaftofev
Perl'ondeprocellose
7)el Tirrenospumante,
yoiLietd, men\e»ni ógran"Kegnante.
Qui mi trajjcU fama.
ChedellEgitioRegn)
UTelle contrade *<iujte
Sparse del "voftro nome
Alto ribombo,
E consublimi Canti
Spargeitdo i yojtri vanti,
Coll aurea trtm.6a un di ,
Sulesponde de nil Catòcosì.
La Chansonsuivante fiJcceda-1
auRecitarif.Ellefaitconnoistre
ce que la Renommée publie
dans tout le Monde à la gloire
de Madame Royale. L'Air en
estoïtgay, & les deux Couplets
furent separez par une tresbelle
Ritournelle que joüerent
ousles Violons.
-
Real Zonnlt ilsecol doro
Su la "Vorasiorirsà.
Son suegioit) esuotesoro
Lagrandezza e la bontà.
V(ellt Donna ilsecol doro.
Su la Dorafiorirfa*.
:." VxJ ')i"
Ite, Topoli ftrant'eri, ": ,\,).,
A yedir IÍII' jilfi il-Sol;
Cb'io del mondo a i yaffi Imperi
Lesucgloriecantoavol.
Jte,Topoltstranieri, .:'A"ì
A yederdtUrAlj>tilSol.
IJ",' •• A pres que la mesme Egyptienne
eut chanté cet Air, elle
recommença le Recitatif, dont
une Ritournelle separa tous les
Couplets. Le premier préparait
Madame Royale à la veu£ des
cinq autres Egyptiennes qui devoient
paroistre;& ceux qui le
suivent marquoienr que S.A- R.
estoit l'une d'elles.Voicy les
Paroles du second Récitatif,
AUettate dalgrido
Delvostroaugusto mertor
Dalle piagge Affricane
Afeco nobil desio
Trafe cinque T)on^eUet
eggiadrijjlme e belle;
Ermini" lagentile,
Rossane la leggiadra,
Sofonisbe l'ardita,
E Campaspre lafcaltra:y
Ttttte di cbiaro flngllcoy,
Accorte, frente e destre,
E nell' arte indoyin*
Alte maefire.
Ma tra quefie 2afirrae*
rillsi diJuayirtii
Mostra pomj?osay
QualesailS&l
Trale minute stelle.
Come Yaga 2aftrr*y
Come bella risplende,
Come i stoi tratti grandi
La palesano ogn'bor
NII!II a i commandi
Il maestoso sguardo
La belta dèlsembiante
La áicbillran regnante;
In questa Zingaretta
Scorgo impressi esegnati
Del tojtro corigenerasi tratti
Dell'vostr Animo augusto
La gravdeT^a spirante,
Infin rattttfb in ejpf
Tuttociò che di BelLuce in "yoijf*Jp»y
IfelT augurar altrui
Le felici attventure
2Vbu errailsuoprefaggtoi
Ani imitando aneh' essa Igenerosi spirits
Che nutrite nel £orey
Magnanima Soyrana,
Siben delP,./z:rpoffinle I'arte*
Ch*inaugurando i bvni
Il ben comj>4fte.
TaleinsommaeZafirra
Chesedistintamente
ossir"PlII11Ilo isuoi tratti
L'occhio e la mente
A lei"intOfno, giro,
Voi tutta in e./F',
Ed ejpt in voi rimiro.
L'Egyptienne se tourna vers lesDames de la Cour, ôcleut
adressa ces Vers.
Stelle lucenti e belle,
Che qui cTintornoassise
Inquest' aula real liete briUate^
Solecite "vegliate,
Che cpte/le Zingarette
Son ladresiperfette,
Chefprez^andoI*argento,
E le prede mi1lori,
.A..,e{x.e fbnfblarubbar i Corl.
L'Air qui fuir sur chanteaprès
ce secondRécitatif.
23rune Figlie delSol,
Vscite dunyue, ufctte.
Digit},la notte à vol
Dallegrotte romite
Sparse dolcesopor.
7)illI grotte romite
Vscite dunque, sIstit.
Suegliato Solo amor
Vibrandoildardosier,
Non dorme nò , non dorme ilcrude
-- Artier.
Il y euticy une Ritournelle,
pendantlaquelle les cinq Egyptiennes
forrirent du mesme endroit
d'où estoit sortie la premiere
qui avoit chanté. Elles
occuperent le milieu dela Salle
pour commencer le Ballet, &
comme il yenavoit une qui paroissoit
avoir de grands avantages,
cette premiere chantales
deux Vers suivans aux quatre
autres qui l'accompagnoienr.
Seguite liete l'ørm di 2Aßrrtlt immortale,
Che non conosce errori unpié reale.
Ces deux derniers Vers
n'auronil
rien d'obscur pour voit*,quandjd
vous auray dit que Son Altessè
Royale estoit lapremiere de
ces cin
Egyptiennes. Les quatre autres ell
toient Mrle Princed'Ostfrise, Comt
d'Embden, qui s'attache depuispluÀ
dTnn an àfaire la cour à ce jeuveè
Souverain; Mr le Marquis dePaÀ
lavicin, dont la Maison est a/
illustre qu'ancienne Mr le Comtes
deVerruë, Neveu de Mr Abbêi
Scaglia, Ambassadeur de Savoye
cm
France. Cejeune Seigneurn\fipas
~lementconsidérable par sa naisnce,
par le mérite de ceux qui
~st porté qui portent encor auurd'huy
son nom,mais aussi par
y-mesme, tout ce qu'ilfait estant
f dcJfus deson âge. La cinquième
gyptienne estoit representée par
le ComtedeChalan, Marquis de
noncourt, de la noble ancienne
aison de Lcnoncourt en Lorraine.
Il ne se peut rien voir de plus
reablement varié que lefurent
tir, les pas, & lafigure de cette
ntrée. Elle fut executée avec une
ifl-cJlè admirable,
quoy que le plus
gé de ces illnjhrcs jeunes Danrs
n'eustpas encor quatorze ans.
ur legeretésurprit tout le monde.
accompagnoient leurspas,tanst
du bruit de cinq Tambours de
b</que, &tântotf de celtry des Castagnetes;
maisquelque agrémen
qu'ilseussent tous, il est certain qa
S. A. R. en parut le Maistre de tou
tes manieras. Rien n'estoit plu* Yi: che,plusgalant,~plm magnifiqtk
que leurs Habits. MadameRoyas
qui s'attendoit à une Entrée
Bilet, mais qui ne s'estoitpointsa
rendrecompte de cc qu'on avoitpro
parépour luy donner de l'éclat, sa
si charmée de voirfin auguste Fia
s'acquitterpourlapremierefoisave
tant degraced'une galanterie a
cette nature, que les transports tjH'j
elleensentitparurentsursonvisage
s'expliquerent après le Baletp~
mille carressesqu'elle fit à cejeu
Prince. Madame la Princesse ne là
moigna pas moins de joye de tout
qu'elle avoitveu. VoicydiversMa~
driganx quifurentfaits pour est
lïftiribucz, à quelques Dames de la
Courpendantcette Mascarade,dont
n donna encor le div(ytiffimeiJt à
Madame Royale le dernierjour du
Carnaval LENvoyant
des Bgyftient,
VousÇcrû d'abord comme tiftje
chosesûre,
Qu'apres quelques doux entretiens
Ils yous diroientvostre botteayantufe:
Maisyou* quifaroijftxjtfeusensible
à tout, ?tquipourL'ayanturcaye^ tantde
dégoût
Çroyc^-youstjuayomfatkfaire
ces Trophetesgalans deplein grés'offriront
?
TVon, contre >osfroideurs ils ont trop
de colere:
ÏD'un*bonne ayantureoffrez-leur la
matiere,
€tpourlors ils yous Ils diront.
ii Our
autoriser voifîerie^
,¡TO"fça^e^ydites-youa} leprix de
ieautex,
Etyue leurs plu* grands coupsn'ont
rien de redoutable.
Dans cesfauxsèntimens, Tris, devos
beauxjours
Vota!tltffi'{ l'insensible cours,
Sans fçayoir ce file c'est cjùun momen
agréable,- j
Et tous les traitsperçans d'une tend)
amitié,
TOIJ c* qui rend un Amxtmiferdbteàl
Taj,lé chez ->ouspour une Fable.
EnY.-rité-vous mefaitespitié,
utforce d"efire impitoyable.
III: j
7>is,fefuis "e..,o/lre Jentimtnt; ilfautpenser bien seriuesement
A cette COntlNe/fe nouvelle
'Qui"vous offredesyceuxftpleins il'eflN,
prejjemettt.
Pne Affairede cour, un tendre engaugemnent,
jeu de hagateIle;
Pour en rendrelasuite AIJfi douce que
belle,
Tout dépend du commencement.
Teigne\doncdeftrcencorfere,ingrate,
inflexible;
IPourattacher un cerllr, c'e(tleplusfeâr
détourj
JEtplusvousparoiflre^ à l'amour in.
fenjtble,
TlusVojlre Amantfera sensible à son
amour.
MilÑ s'ils'impatiente, et*"Veutbrijèr
ses chaînes,
Tarquelques doux regards ranimeç
En attendant lessolidesplaisîrs Jetdejtrs,
~Xôt Vous deVe^, De ces heureux momens les régiesfont
certaines,
SdgeZ-J bien, le teps des Vainsfoâpiri
N*eflimitéauà troissèmaines.
vOustousplaigne^ obligeament
guAkandre tous toit rarementy
Wdù cefi de tos yeuxfiNis que tous
defte\tousplaindre
Ala retraite ils ontsceu le cotraindtej
Leur e'dat estsifoudroyant
kur tous leurs coupsftntJt ces coups
J craindre,
Qu'onnepeutparer fV't.Vfuydnt. V v. vOusditesquelaMérité
Ëfi de tous "PDS discours la compagne
fidelle
et qu'unFait important comme une
bagatelle,
JEfi déclarépar tous Otecsincerité.
le le croy: mais enfinpourplusde(t
titude,
Souffre^qu'unpeudepajjion
Jîajfe dans tofire coeur la douce, itit--
pression
D'unean&ureuifinquiétude*
Apres,Jtd'unregardou tendre, ou
plein defeuy
YOIIS confirmez le libre dyeu
Que de "ïossentimens mefera, vostre
bouche,
.Welle Aminte, jt"tous croiray,
carc'estla la pierre de touche
Oùl'on connoit sa"ooe-Femme dittray*
VI. S Voustiye^dans
la retraiter
Lesjeunesgloserontsur. yoÊjlrrce aauufjîtee».
rité:
Sicejtdans l'enjoûmentd'une ame /túfiju
Les "riei/ks blâmeront dYeC témérité
JSojlre innocente libériii
etvous appellerontCoquette.
Cloris, le mondeejlfaitainsy,
La Censure danstoutprendunpiquant^
fbucyi
Mais quoy que laCensuregrondé,
.r1J;"-.toujours les douxpanchans
Desplarf'trs quipourV9//Îferont les
plus touchans,
et moquez-Vousdeceque dit te monde,
G.
Ces quatre autres Madrigaux ont
efiéfaits aujjipour estre donnez, dans Itmrme Mafiarade. Ils sontde
MJ;si'.AttnJ".
v I. Ostre Amant irritédere loirun
7(iVal,
ChercheauprèsdeThilù un remede À
sapeine;
Maisfin dttentefera "vaine,
Le remede rieftpas arexfprtpour
lemal.
v 11. Nde yos cent Amans lofde "foffre
tiedeur,
Vous"veut osterson caettr:
La perte d'un Amant ejl toujours
chagrinante.
yofirepouvoirsur lit) Veut-issemaintenir?
Ild l'amereconnoiJptntey
La honte d'eflre ingrat pourroit le
v retenir. III. OfireAmantfànge^-yyVeutfuiVre
d'autres Loix.
Celle dont ilfait choixy
Sans-doute rieftpasficharmanta
Mais legoustdusiecle estgasse'.
IBeUe Irisy unpeuplus de douceur complaisante
Fait excuser unpeu moins de beauté.
v IV. ous ne cherchez(dit-on)quel*
gloire certaine
De mettre tousles tzrurs, Iris, dans
Vojlrechaîne.
MaisJi certain"Berger Vous nommoit
sonVainqueur,
le vous Voydtj'fiofe'e à croire,
gue mille Amans quiflatent nostre
goire
N'en sçauroientValoir un quilfatt
.ijoflre-exur.
REPONSE AUX
six Questions.
I. BAttreses Snnemù, estre toujours
Vainqueur,
Çouyreunïfe'rosdegloirele comble
d'honneur;
MatsgagnerunCombat,~crforcer une
Fille, >
N'efontpas des Faits inoiiisi
Triompher dtJoy-mesme est chose moins
faciley
Et naparticntquauGradLOVTSl
LOrs quemajalousè Mllftr
Tourquelque regarddétourné^
Fait injujfement laViableJJe,
Je n'enfuispatpins Itolllll..
Vajfefte un tranquilefilcnce,
Etfondésurmoninnocence,
l'attens defin dépittdeeable retour,
Maisquandla Paix estrétablie,
lepestecontresafolie,
s£tjefais le DiIaIbIle. à mon tour. Oit dans le Celibat, soitdam le
Mariage,
Homme crfemmeaJbnavantage,
Etpour enparlerfranc, j'ignorequi
des deux
Doitse croireleplus heureux.
En unpointseulementjescay bienqui
l'emporte;
ZupiterCIunon,surunsemblable cas,
ConsulterentTirésias,
C'està tt/Y quejem'en rapoorrttee..
LOrsquuneIaveugle
pajjîon
A mis,sans aucun choix, tleNI coeurs
diintelligencei
T>és qu'on est revenude laprévention*
lepardonne l'indiference.
Mais décktrer/Aguerre à qui nousa
charmé,
C'est,àmosen,un coup bien temérdire,-
Oublierfèulemet ce qu'on a bien aime\
ej1*Jfe\difficileàfaire.
L V. Infenfbilite' nous causè tant de.
peine,
gue le triomphe estgrand de Vaincre
une Inhumaine,
A quisanslafléchird'autresontfait
lacour.
Jvîaùcomme tostou tard un coeur est
prispourdupe,
CbajJèr unfierTÇfvald'un Toste qu'il
occupe,
C'estleplus beau Laurier qui nous
donne Amour.
A VI. Trèsavoir juréde rieftreplus
Amant,
Apresavoirsouffert unsensible toutmen
nt,
Tour sejtreyeutraby d'une LiCdllté
yolage-,
Nom confierons en "vain noflre Ame a
lafroideur,
On craintpeudupajïé lefîtneftepréflt;
Ledouxpanchant d'aimer l'emporte
dans un coeur, Et l'exemple en amourne le rendpas
plussage.
DE MERVILLE, Controlleur
des Gabelles de France à
Thiers en Auvergne.
Les quatre Lettres qui suivent
sontde Mr Brossard deMontaney,
Consciller au Tréftdial de Bourg en
Bresse. Vous les trouverez, pleines
de Recherchesfortcurieusessurl'Origine
de la Peinture. le ne vont en
dis rien davantage, pour ne point
retarder le plaisïr que cette leffure
vous donnera.
LETTRE L
D~/'f.wf~~ de la Peinture,
------- -- -- - vOus ouvrez,Monsieur,
uneample carriereà rouj
te lorte dEiprits, parle grand
nombre de diférenres macieres
que vous proposez dans vostre,
dernier Extraordinaire. Pourj
moyquiaytoujourseù une fore
grande passîon pour la Peinture,!
je prens les Recherches de fW
originel de son érabliÍfemenc.
pourmon partage. Unfameux3
Sophiste la nomme l'Art des
Sçavans Hommes,& ilmefem- ]
bleque c'est avec beaucoup de
tUfiice. Nous voyons en essec
qu'elleembraiïe toutes chofey,,
Icque rien n'est au dessus de la
ponnoifîance des habiles Pein--
rres. Je trouve encor que ce
mesme Autheurencheriflant*
sur cette pensée, ne parle point
ivcc trop d'exagération, lors
qu'ildiequelâ Peinture tirefoa
origine du Ciel, Se qu'elleeft
lel'invention des Dieux, puisqu'elle
paroist avoir quelque
chosede divine qu'ellesemble'
estre au dessus de l'esprit des
Hommes.C'est sans doute dans
tette veuë que les Poëtes nous
parlentdece feucelestequedéoba
Promethée pour animer
Homme,&ils nenous ont pronosecette
Fable que comme un
symbole de cet Art merveilleux,
quidonantl'ameàla toile Se au
couleurs, difpure en quelqu
maniere avec la Nature, & s'&
tribuë quelque chose du poc
voirdesDieux. LesAdorateur
quelaPeinturea eus parmy Il
Peuples les plus raisonnable'
justifient encor cette pensés
Les Rhodiens ont bâty un Ten
pleàun de leurs Peintres.
Grece & l'Italie ont élevé d
Staruës à ceux qui sefontdisti
guezpardesOuvragesconlidol
rables, & cesmesmes Ouvrage
ont esté regardez comme d
productionsémerveilleufes q
ne pouvoient estre sujetes à au,
cuneestimation. C'estdanso
sentimentque Polignoteàqui.
Peintureest siredevable, refut
toutes les récompenses que
iolProienc les Athéniens pour
[leuravoir peine une Galerie. Il
crût qu'on ne pouvoit luy donner
un prix qui ne fût au dessous
de son travail, & les Am-
Iphiébonsiè virent obligez pour
S'acquiter envers luy, de luy
décerner des honneurs extraordinaires,
& d'ordonner qu'il seroit
reçeuauxdépens duPublic
dans toutes les Villes de la
Grece;ce qu'ilsn'accordoient
qu'à ceux qui par des actions
éclaranres,avoient contribué
au salut de leur Patrie. Zeuxis
qui a si bien réüssy a imiter la
Nature, crût demesme qu'il ne
pouvoir fixer la valeur de ses
Ouvragessansles ravaler,&ce
fut ce qui l'obligea d'en faire
des presens, n'estimant pas que;
personne fust en état de les luyj
pa yer, Si la Peinture n'a pas
toûjours esté estimée jusqu'à:
cet excès, il est du moins certain
qu'ellea esteconsiderée dans
tous les temps partoutce qu'il y,
aeu de grands Hommes.Moïse;
Seneque,& Mahomet,ont peutestre
esté ses seuls ennemis On
peut mesme dire à l'égard dU.j
premier, qu'il ne l'a condamnée;
que pour oster aux Israëlites,
qu'il connoissoit portez àl'idolatrie,
toutes.lesoccasionsdattribueràdesDivinitez
chimed-..
ques, ce qu'ils devoientuniquement
au vray. Dieu., Seneque;
au contraireablâmé la Peinture
par un pur caprice, c'est à dire
par cet esprit de Morale épié4
neuse&sauvage,dont ce farouchePhilosophe
fait un si grand
faste dans tous ses écrits, ceux;
quil'ont précédé dans l'étude,,
&dansla recherché de la sagesse,
ayant esté beaucoup
moins austeres, ou pour mieux,
dire,moins capricieux, veu que
Socrate,& Platon mesme,ont
fait cas de la Peinture,jusqu'à
luy donner, une partie de leur
application. Enfin pourcequi
concerne Mahomet,lesextrava
gantes resveries dont il a retn:,
ply ses Loix & son Alcoran,,
font assez voir la bizarrerie de
ses sentimens; & bien qu'il semblè
àcet égard s'appuyer surles
raisonsdu Legislateur Hebreu,.,
cependantce méchant Copiste
d'unOriginal admiraable,a plûtost
condamnéles Images par.
une précaution superstitieuse&:
chimérique, ou par une fuite de
la fausse prudence des Iconoclasses,
que par un veritable motif
de Religion, & par un zele
jaloux du culte de Dieu.
Les Peintres peuvent d'ail.
leurs opposeràce petit nombre
d'ennemis, une foule des premiers
Hommes de tous les Siecles.
Les Roys&lesHérosde
l'Antiquité,ont fait leur occu.
pationde la Peinture. Elles'est
confervé cet avantage dans ces
derniers temps. Le feu Roy
Loüis XIII. a pris plaisir à s'y
appliquer dans les momens de
relâche que luy ont donné les
Armes; & malgré toutes les
défnces de la Loy des Turcs,
un des plus grands Princesdu
fang Othoman
, a trouvé des
charmes à peindre luy mesme,
& ilaménage des heures pour
cet employ parmy toutes les
occupations que luy donnoit
son ambition démesurée.
Mais la Peinture fut-elle jamais
dans une aussi haute considération
qu'elle est aujour.
d'huy? Le plus grand Roy de la
Terre la regarde favorablenlenr.
Il n'a pû l'oublier au
milieu deces Employs glorieux
qui l'ont élevé au dessus de tous
les Conquérans. Il l'aavantageusement
établie dans la premièreVilledu
Monde.Il travaille
luy
-
mesme à la gloire & à la
fortune de ceux qui s'attachent
à elle, &: par des récompenses
considérablesillespousseàégater,
& mesme à surpasser,s'ilse
peur,tous les Ouvragesde l'An.
tiquité;aussi Ces foins ne fbnt.il~
pas inutiles.. Les illustresAcadémiciens
dontce grand Prince
a bien voulu se déclarer le Pro..!
tecteur, ne font rien qui ne soit
finy, & quin'attire les yeux &
l'admiration de toute
l'Europe;
& cesTableauxanciensdonton
a donné autrefois des fommesi
immenses, n'avoient peutestre
aucun avantage sur ce qui part
des mainsde ces admirablesOu
vriers.
• C'est encor ce prix excessif
dont on a payé quelques Tableaux
dansles Siecles passez
qui fait voir combienla Peintureestoitalorsestimée..
Attale, Roy de Pergame, , qui
qui institua le Peuple Romain
heritierde son Royaume, offrit
deux cens soixantemille livres
d'unTableaud'Aristides. Mummius
apres la conquestede l'Achaye,
& la ruine deCorinthe,
cette Mere de tant de bons
Peintres,en fitexposer les depoüillés
& le butin à l'encan, &
ce fut parmy ce butin que se
trouva le Tableau d'Aristides,
qu'Attale voulut payer de cette
sommeexcessive.
Peu apres Jules.César acheta
quatre-vingts talens, c'est à dire
environ vin gt-cinq mille écus,
uneImaged'Ajax &de Medée;
&- longtemps auparavant Candaule
Roy de Lidie,avoit donné
l'or à pleinsboisseaux pour une
representation de la Bataille
des Magnetes, peinte de la
main du Peintre Bularque. Mais:
rienne me surprend àcetégardi
comme le pocedé de Dcmé—
trius. Ce Conquérant qui par
la prise de tant de Villes s'estoit
acquis le nom de Poliorcete, sacrifia
son interest & sa gloire à
sapassion pour la Peinture; car
ses Machines ayant fait ouverturedanslesMuraillesde
Rhodes,
il aima mieux renoncer à
cette Conqueste, & lever le
siege, que de mettre le feu aux
Maisons voisinesde la Breche;
ce qui l'eustinfailliblement rendu
Maistre de la Place.Il fçavoic
que dans une de ces Maisons
dont la Breche tiroit toute sa
défence, il y avoit un Tableau
admirablede ce fameux Protogenes
qui fut concurrent de la
gloire d'Appelle, & il préfera
laconservation de cet Ouvrage
à la prise d'une grande Ville.
LePeintre Etionfutencor,au.
rapport de Lucien, récompense
d'une maniere avantageuse
&: fort singuliere. Il avoir exposé
auxJeux Olympiques une
Peinture de sa façon, oùestoit
representée la Nopeed'Alexandre&
deRoxane. Elleattira
d'abord les yeux de tous les
Spectateurs;mais Proxens Intendant
des Jeux, qui avoit
du discernement, & une grande
passion pourlesballes choses,
en fut si charmé, qu'il offrit sa
FilleàEtion,& le prittfftébve..
ment pour son Gendre,bien
que ce Peintrefustun Etranger
qui n'avoit pour tout avantage
que son habileté dans son Arr.
La Peinture s'esttoujours
maintenue dans cette estime
malgré la révolution des Empires,
& la barbarie des Siecles.
Elle a trouvé toûjours des Protecteurs
& ce qui a ruiné les
autres Arts a contribué à la rendre
plus considérable, & a augmenter
son prix. En effetelle
s'est relevéeapres quelque?. Siecles
de désordre, avec plus d'éclat
qu'elle n'en avoit eu avant
ces années malheureuses. Raphaël,
Michel. Ange, Caravage,
Tempesta, Rubens,& tant d'au. 1
très, se fontappliquez à la rétablir.
Ils ont avantageusement 1
reparé tout ce qu'elle avoit perdu
par la cruauté des temps. Les
Souverains onttravailléàl'envy
àrecueillir ce qui avoir échapé
àla fureur desSiècles, & ils ont
adjoûté à cette recherche les
excellens Ouvrages des- Pein.
tres modernes, avec des foins &
desdépendes considérables. Enfinl'illustreMrle
Brun, qui dans
1 ernploy du celébre Peintre
d'Alexandre, en égale aujourd'huy
la gloire & l'habileté, ne
fait-il pas des Ouvrages qui
tiennent lieu de tout ce que la
négligence des derniers Empereurs,
ou la rage des Barbares, a
fait perdre? Ses Tableaux ont
la délicaresse& la derniere perfectiondes
Anciens, & ilscoûteroient
comm«e eux7 un prix excessif,
s'ils entroient dansJe
commerce, & si cet Appellede
ce Siecle ne travailloit pas
uniquement pour nostre Alexandre.
LETTRE II.
Dupeud'estimequ'ona eu pour la
Peinturedanslespremiers
Siecles. IL est surprenant que la Peinture
ayant eu de si grands
avantages dans la suite des
tCl ps, ait neantmoins esté si
iu"g"igce,'& si peu considerée
dans sa naissance. Elle est en
cela comparable au Nil, donc
le cours n'a point ellé tout àfait
connu pendant plusieurs
siecles, & duquel on a longtemps
ignoré la source, parce
que ses eaux coulant entre des
Montagnes &. des Deserts ste.
riles, ne produisoient aucune
utilité, qu'après avoir traversé
une partie de l'Affrique. Les
premiers Peintres estoient si
grossiers, & leurs Ouvrages si
informes, que les Historiens de
leur temps ne jugerent pas leur
découverte digne de la mémoire
des Hommes, & ne pûrent
croire que l'Inventeur de
la Peinture eust assez mérité
pour occuper un rang dans
l'Histoire. Ce mépris parut
juste pendant plusieurs siecles.
La Peinture demeuroit bornée
dans la pauvreté deson origine.
Elle ne faisoit aucun progrés,
& personne ne travailloit à la
tirer de son indigence. Mais
d'abord qu'elle eut triomph
de ces années de disgrace,
que divers Peintres travaille
rent à l'envy pour l'enrichir
elle se récompensaenpeud'an
nées de tout ce qu'elle avoit
perdu pendant un si logjemps;
- & comme ces Arbres desIndes
dont parle un celebre Voyageur,
qui languissent apres leur
naissance, & demeurent presque
la moitié d'un siecle sans
aucune augmentation, mais qui
ayant enfin attrapé le pointée
leur accroissement, augmentent
comme à veuë d'oeil, &
s'égalent en peu d'années aux plus grands Arbres de la Nature
; ainsi la Peinture ayant
après plusieurs siéclessurmonté
le malheur de sa naissance, arriva
bientost à sa perfection, &;
recevant tous les jours quelques
embellissemens,elle passa presque
sans milieu d'une extréme
indigence à la derniere élévation.
Alors cet Art qu'on avoit
méprisé, se fit par tout des Adorateurs.
On s'empressad'éclaircirson
origine, & de connoistre
son Inventeur; mais cet empressement
luyfutnuisible. Les plus
fameusesVilles de la Grece l'adoptant,
elleeutle destind'Homere,&
sa Patrie & son Pere demeurerent
incertains comme
ceuxduPrince desPoëtesGrecs.
C'est inutilement que divers
Autheursont fouillé dans l'Antiquité.
Ils n'ont pû fedéterminer
& se satisfaire. Pas-un d'eux
ne s'explique poficivementà cet
égard. La plupart mesme
contredirent, lors qu'illeur a
rive de parler deux fois sur cet
matiere. Pline veut d'abori
qu'un certain Chearema, nari:
de Morée, en foit l'ilivenreus,
Il l'attribuë ensuite à un Coc
rinthien, &oubliant cesdeux
premiers, il assure dans un autre
endroit, que Giges qui s'empara
du Sceptre de Lydie par M
meurtre de son Maistre, fitpasfer
lapremiere connoissancede
la Peinture, des Egyptiens aux
Grecs. Ces trois sentimensdi
férens de Pline ne conviennent
point avec l'opinion des autres
Autheurs. Aristote attribuë à
Euchir Cousin de Dédale, la
premiere découverte de la Peinture.
& Theophrastequinel'entime
point si ancienne, donne
la gloire de cette Invention au
Peintre Polignote dont j'ay
parlè dans ma premiere Lettre,
& qui vivoit dans la 82. Oiimpiade.
Cependant il est visible
ue les uns & les autres sesont
rompez. En effets les Loix de
Moïsejustifient que la Peinture
qu'elles condamnent,avoit pretedé
ce Legislateur, & luymesme
estoit plusieurs années
avanttouscesprétendus Inventeurs
de la Peinture, le Siege de
Troye que Pline fait affirmatvement
plus ancienque cet Art, ant arrivé trois Siecles enciersaprès
la mort deMoïse.
Mais quand les Loix de ce
grand Homme n'établiroient
pas cette ancienneté des Peintrès,
contre l'opinion des Ai
theurs que j'ay cirez, il sembe
qu'elle feroir jufiifiée en gll
que maniere par la defcriprio
que fait Homeredu Bouclie
d'Achille, qu'il nous figure re
presentant des Victoires & de
Batailles avec des ruisseaux d
fang.
Les Egyptiensqui ont toût
jours outré les choses en ma
tiere d'antiquité, & qui se glo
rifient de la premiere connoissance
de tous les Arts, assurent
qu'ils ont fait cettedécouverte
si", mille ans avant qu'elle ait
passé chez les Grecs. Dans ce
fenrimenr, les Copies ont précedé
chez eux les Originaux,:
& l'Egypte a eu des Peintres;
avant que d'avoir des Hommes.,
Mais sans nous arrester à l'exaeration
ridicule de ces Affrimains,
nous pouvons croire avec
beaucoup d'apparencequ'ils ne
connu la Peinture avant les
Grecs, leurs Hyerogliphes efant
en quelque maniéré une
épendance de cetArt.
D'ailleurs, ceux qui attribuënt
l'invention de toutes
choses aux petitsFilsd'Adam,
je manquent pas d'assigner un
premier Peintre parrmy les quatre
Enfans de Lamech. A dire
vray, toutesces diversesopinions
sontfort incerraines; ce
qu'on en peut tirer d'assuré,
c'est que la Peinture est fore
ancienne, puis qu'à bien examiner
les Autheurs,ils parlent
plutost de ceux qui l'ont communiquée
aux diverses N;
tions, que de celuy qui le premier
a fait cette avantageur
découverte. ,- Cela estant, je ne pense pas
Monsieur, que vous exigiez
qu'on vous nomme au hazarcb
& sans fondement, un Inventeur
imaginaire de cet Artdona
l'ancienneté fait une partie di
la gloire. Vous demandez plus
tost qu'on éclaircisse la manier
dont a esté fait le premier Tableau
, que le nom de celuy.
qui nous en sommes redevables
mais vous voulez bien. que je
remette cette recherche à une
autre fois, &que j'en fasse la
matiere d'une
troisiémeLettre
LETTRE III.
De la manierc^opila Pçijiturc
9111 1
1
aestétrouvée.
J 'Ay suffisamment fait voir
dans la Lettre precedente
q ue les Autheurs ne conviennent
point de ce premier Peintre,
à qui nous sommes redeva-
Ibles de la Peinture. Les plus
affirmarifsne s'estant expliquez
là-dessus qu'en Pirroniens, ilcfk
difficile de demesler la vérité
dans cette confu sion. Cependant
lesentimentdePhilostrate
est à mon sens celuy qui satisfait
davantage.Au lieu de
s'obtiner inutilement à la recherche
d'un Inventeur incom
nu, & de se perdre dans ~l'em
barras des opinions incertaines
& opposées de ceux qui ont
écrit avant luy, il dit que I;1
Peinture est un Invention de hi
Nature,& que c'est une pro<
dudion des premiers Siècles
Ce sentiment paroist d'abord un
peuvague; mais quoy qu'il semi
ble que Philostrate air voulu
gauchir à la difficulté parc"
détour, si l'on examine bien
[
pensée, on trouvera qu'il n'efll
rien de plus raisonnable. Em
effet la Nature nous a donne Ici
premieres idées de la Peinture.,
LeSoleil dés les premiers jour*"
du Monde, non feulement s'eftf
peint dans les Eaux, mais ilS'cg,
reproduit dans les Parelies quiii
~sont des portraits si fidelles, qu'à
peine les peut-on distinguer de
l'original. Sa lumiere diversement
refléchie, peint l'Irisde
jmille couleurs, & nous fait voir
dans la Mer, dans les Fleuves,
dans les Fontaines,d'admirables
portraits de tout ce qui
pare la Terre, ou qui brille dans
lesCieux. Nostreimagination
qui comme un Protée, est suseptible
de toutes les formes,
n'est-elle pas un Peintre merveilleux
qui exprime toutes
choses
,
& qui nous prefenre
des idées diférentes, & des images
fidelles de tous les objets
Nostre oeiln'est-il pasencorincessamment
occupéà la Peinture,
puis que suivant le sentiment
d'un grand nombre de
physiciens, il n'est pas fimpj
ment un miroir qui reçoit!
images, mais que les efprits^
fuels travaillent presque G;
discontinuation à ramasser M
peindre d'une maniéré admia
ble tout ce qui se presents
nostre veuë, donc ils font a
portrait en pttitdinslecryftl
lin?Il semble que la Natal
charmée de ses productions;
soit appliquée avec foinài
faire des copies. Il n'est pr
que rien qui nait servy comn
de toile à cette Ouvriere me
veilleuse pour y former sespj
traits. OnavûfurdesAgathi
des images naturellement fini
Apollon & les neufMufe
joüant du Citre, efloient a
iapptt de Pline, reprefence
sur la fameuse Agathe de Pirrhus
sans aucun secours de l'Art.
Des Ouvriers en coupant du
Marbre à Venise,ontdécouvert
un Tableau naturel d'uneTeste
ayantunelongue Barbe,&portant
une Couronne, Albertle
Grand qui raconte cette merveille,
adjoûte qu'il se trouve
communément dans le Duché
de Mansfelten Saxe, une Pierre
d'un grisobseur, qui estanttaillée
& polie, fait voir des Grenoüilles,
des Arbres, des Poissons,
&des Serpens, dont la representation
est un pur effet de
la Nature. Enfin l'Autheur de laMagieuniverselleassureavoir
veula mesmechose sur le Marbre
& sur le Jaspe ; & le Pere
~Kukerrapporte qu'un Arbre
de Gayac ayant esté coupé
dans une Contrée des Indes, on
remarqua sur le tronc un Chien
& un Oyseau peints par cette
mesme Ouvriere qui avoit pro-1
duit ce merveilleuxArbre.Mais
l'autorité de ces deux derniers
paroist assez inutile. On fait
tous les joursà l'égard duJaspe,
la mesme remarque qu'a fait le
premier; & nous voyons par
une expérience plus familière
que celle qui s'est faite dans le
nouveau Monde, que nos Arbres
les plus communs ne font
pas moins admirables que le
Gavac. En effet, les racines de
l'Olivier, du Fresne, & du
Noyer,estant travaillées& polies,
representent mille figures
bizarres qui sont l'ouvrage de
la Nature, & qui font une partie
de la beauté de ces Cabinets
de raport dont nos Chambres
fontaujourd'huy meublées. Les
Hommes qui s'appliquent volontiers
à imiter la Nature,
ayant fait ces diverses remarques,
en ont apparemment formé
leurs premiers desseins pour
la Peinture. Les objets reproduits
& copiez dans nos yeux,
dans les eaux, & sur les choses
polies, leur ontservy de modele,
& ont donné lieu à leur étude
& à leur recherche. La faculté
d'imiter, dit Apollonius de
Thyanée, vientde la Nature,
mais rien ne justifie mieux que
la Peinture est une Invention
naturelle, que la connoissance
qu'en ont les Nations les plus
inconnues & les plus barbares.
Les Relations modernes nous
assurentqueles Peuples lesplus
sauvages de l'Amérique ont des
Peintres naturels,quisans Maistre
& sans précepte, font de petites
Figures par la feule force
de leur imagination ; & ces petites
Peintures se trouvent bonnes
ou informes, suivant la portée
de leur genie. Il est d'ailleurs
peu de découvertes donc
nous n'ayons obligation à la
Nature. Ces Statues merveilleuses
qui se rencontrent aux
racines de la Mandragore & du
Satyrion, n'ont-elles point esté
les premiers modeles des Devanciers
de Phidias &. de Praxitele?
Si l'on encroitles Commentateurs
de la Fable, Tale,
Neveu d'Icare, ne forma la Scië
que sur la mâchoire d'un Serpentdont
il éprouva l'effet par
hazard. Nous sommes encor
redevables à l'Hyrondelle, de
l'Invention des Voûtes & du
Ciment. L'Aragnée nous a
inspiré le dessein de faire des-
Toiles. C'est du Cheval marin;
que les Medecins ont appris la
Saignée; &Vigenere surPhilostrate
, rapporte que Palamede
ne forma les quatre Caracteres
qu'il adjoûta a l'Alphabet
Grec, que sur les fiures'"
diférentes que font les Gruës
en volant, de qui nous tenons
encor, suivant quelques-uns,
l'ordre & la disposition des Bataillons.
A pres tant d'observations,
le sentiment de ceux qui
veulent que la découverte de
la Peinture foit un pur effet d
hazard, ne paroît pas soûtena
ble. Quelques Bergers, disent
ils, tirant avec leur Houlere de
traits surlesable,l'un d'eux s'a.
visa de suivre les extrernitezde
l'ombre de ses Moutons, & pa
ce moyen donna les commence.
mens à la Peinture. L'origine
de cetArt merveilleux est ploj
glorieuse. La Nature ayantfait
les premiers Portraits, fit au
les premiers Peintres. Elle in
pira aux Hommes le dessein d
l'imiter, & peut estre la For
tune a contribué à faire réülIi
leur recherche. C'est rout ci
qu'on peut accorder au hazard
dans l'honneur de cette Inven
tion, & c'est à mon sens,l'opi
~nio
nion de Pline, lors qu'il dit que
laFille deDebutade Corinthien
resvant à se conserver en quelque
maniere la présence de son
Amant qui devoir partir, tira
des traits sur son ombre à la lumiere
d'une Lampe; & ces traits
ayant beaucoup deraportavec
le visage de cet Amant, elle
réiïflit à ne pas perdre absolument
la veuë de ce qu'elle aimoit.
Philostrate dans la Vie
d'A pol lonius, dit que les premiers
Peintres travaillant en
suite dans ce vuide, apprirent
peu à peu à ménager le jour &
les ombres, en quoy consista,
d'abord toute l'habileté, les
Portraits n'estant alors que
d'une feule couleur. Cefut
,-
encor un Corinthien nommé
Cleophante, qui s'en servit Il
premier,&qui passant en ltalii
avec Demarate Pere de Tan
quin l'ancien, y porta la pro
miere connoissance de la Pei
ture enla34 Oliropiade. Avand
Juy, on se contentoit pour reira
plit le vuide des Portraits, d
hacher le dedans, & d'écrir
avec un artifice peu considéras1
ble le nom de ceux qu'on pra
tendoit peindre. Tous n'arri
voient pas mesme à cette finelf
&ceux q i y rcüssissoient, patj
soient dans ces premiers teml
pour des Hommes consommedj
dans IIArt. Sil'onencroitquel
ques Autheurs, les Egyprie
qui se vantent d'avoir eu d
Peintres avant la création d
Monde, n'en estoient pas
plu
habiles,puis qu'ils estoient contraints
d'écrire sous leurs Tableaux
le nom de ce qu'ils representoient,
pour éviter qu'on
ne prist un Boeuf pour un Cheval
, ou qu'on ne tombast peutestre
dans de plus ridicules
équivoques. Mais ce défaut
estoit alorscommun àtousles
Peintres, tous leurs Ouvrages
n'estant que desrepresentations
grossieres & informes.Ilspeignoient
des Monstres lors qu'ils
prétendoient former des Hommes.
Toutes leurs figures estoientmutilées.
Ellesn'eurent
nypieds,ny bras, pendant un
fort grand nombred'années.
Elles furent encor plus long
temps aveugles, & celuy qui
réiissit enfin à leur donner. des
yeux fut un prodige dans son
temps, & Ton crût dés lors qu'il
avoirépuisél'Art. S'ilnelefit
pas, on luy est du moins redeva.
ble d'avoir ouvert la carriere.
Ceux qui le suivirent adjoûterentàl'envy
quelque choreàla
Peinture. Ce Polignotedont
nous avons déja parlé, fit des
Portraits de quatre couleurs.
Apollodore d'Athenes inventa
le Pinceau, & jusqu'à Zeuxis
divers Peintresadjoûterentsuccessivement
toutes les couleurs.
Ils entreprirent mesmed'exprimer
les passions, & tout ce qui
se passedesecret dans l'ame.[Cependant
la simmetrie qui est sans
doute la baze de la Peinture,
n'estant pas encor observée,
cetArt n'estoit point dans son
-
entiere perfection. Zeuxis si
fameux d'ailleurs, péchoit dans
tous ses Ouvrages contre cette
régularité. Mais dans cemesme
temps Parraze &Timante commencerent
à l'observer, & à la
proposer comme une loy indispensable,
sans laquelle on ne
pouvoit former que des Monstres.
Le premier en acquit le
nom de Legislateur,& le second
l'observa si cxàâcmcnt, queson
Tableau du Sacrifice d'Iphigénie
n'est pas plus estimé par
l'invention que celuy de son
Cyclope,par cette proportion
qui y est siindustrieusement observée.
En effet ayant peint
Polypheme de la taille d'un
Homme ordinaire, il en fait
concevoirlagrandeur par l'op
positiondelapetitesse de quelques
Satyres, qui mesurent le
pouce du Geant avec des brins
d'herbe. Ce fut presque en ce
mesme temps que Pamphile
ayantuny la Science à la Peinture,
acheva de la rendre parfaite.
Appelle la trouvant en
cet état, se rendit en la cent
douzième Olympiade le premier
de tous les Peintres, si l'on
en exceptepeut-estre le seul
Protogene de Rhodes, avec
lequel il eut cette fameuse contention,
& dont il estima les
Ouvrages jusqu'à payer un de
ses Tableaux cinquante talens.
qui sont environ quinze mille
écusdenostremonnoye. C'est
ainsi que la Peinture depuis la
quatre-vingt-troisiéme Olyiiipiadejusqu'àlacent
douzième,
c'est à dire en moins de cent cin
quante années, arriva - à sa derniere
perfection
, a pres avoir
languydeuxSiècles entiers sans
aucun accroissement depuis sa
naissance en Grece, &: peut.
estre des milliers d'années,si l'on
attribueson origine aux Egyptiens,
comme on y voit beaucoup
d'apparence si l'on fait
réfléxion sur leurs Hyerogliphes,
& si l'on examine les Loix
deMoïse quiavoit prisson éducation
parmyeux. Mais, Monsieur,
il ne s'agit point icy de
l'antiquité de la Peinture, il s'agit
uniquement de la maniere
de sa découverte. Ce que raconte
Pline de la Fille de Débutade,
m'a paru si vray-femblable
& si naturel, quej'estime
que parin>les Nations qui on
connu la Peinture avant les
Grecs, elle a esté à peu pre
trouvée de la mesme forte. J.
me fuis attaché à ce sentiment
j'ay prislà-dessus lapenseed'en
trer dans un plus grand détail
des Amours de cette illustre Co
rinthienne, maiscette Histoire
me fournira encor dans la suite
uneoccasion de vousdireque
suis,Vostre,&c. >
LETTRE IV.
Histoire de Démarate & de
pbelünome. DEbutade, CitoyendeConthe,
s'estant appliqué
des son jeune âge à l'étude & à
l'imitation de la Nature, avoit
fait un grand nombre d'heureuses
découvertes. Non seulement
il refvoit avec succés,
mais il joignoit la pratique à la
théorie, & travaillant luy-mesme
avec beaucoup d'adresse &
une profonde méditation, il ne
laissoit aucune de ses resveries
inutile. Sa grande passion estoit
pour les Statuës ; mais comme
le Cizeau demande une
grande peine, &que le Marbre,
le Bronze,& le Bois mesme, ne
se raillent qu'avec un travail
pénible, il s'attacha à former
de petites Statues de terre, qui
pour estre formées avec peu de
bruit,nelaissoient pas d'estre
d'une beauté admirable. Ce
merveilleux Ouvrier qui ne laissoit
rien à souhaiter, imagina
encor les moyens dedéguiser la
matiere de ses Figures, qui ne
paroissoit pas digne de l'application
d'un Homme aussi habile
que luy. Il trouva une composition
qui peut en quelquesi.
estre comparée à nostre émail.
& s'en servent à enrichirses Statues,
illes rendoit par là les Ouvrages-
les plus finis & les plusi
curieux qu'on eust veus jusqu'à
ce tempslàdanstoute la Groce.
Le Cabinet de cet illastre Co-.
rinthien, remply d'un grand
nombre de ces Figures, & de
mille autres singularitez, atti..
roic chez luy tous les Etrangers;
& comme il estoit d'ailleurs &..,
fort sçavant & fort honnesse
Homme, sa Maison estoit le
lieu de toutes les Assemblées.
& le rendez-vous de toutce
qu'il yavoitdeGens dequalité
à Corinthe. Parmy cesderniers,
un jeune Homme nommé Demarate,
paroissoit le plus assidu
&. le plus empressé à loüer les
Inventions & les Ouvrages de
Debutade ; mais bien qu'il eust
de la curiosité pour les belles
choses,&qu'ileustmefmeafTez
de génie pour prositer de la conversation
du savant Corinthien,
c'estoit moins dans cette
veuë qu'il luy faisoit sa cour,
que pour avoir occasion de voir
une Fille d'une beauté admirable,
&d'unespritextrêmement
délicat,qui estoit demeurée sous
sa conduite par la mort de
Choeca sa Femme. Les occuparions
de Deburade, qui outre
son attachement pour les Arts
& pour les Sciences, avoit encor
les premiers emplois de
Corinthe,,donnerentassez d'occassons
à Demarate de s'ex pliquer,
&defairecomprendre à
Philonome (c'est ainsi qu'on
nommoit l'aimable Fille de
l'illustre Corinthien) que le
plaisir de la voir estoit la véritable
cause de ses visites. Demarate
estoit de qualité. Son
Pere tenoit un rang considérable
parmy les principaux Citoyens.
Il estoit d'ailleurs bieo
fait de sa personne, &. il avoit
un espritdoux&Jn{inuant,d('nt
il estoit difficile de te défendre.
Aussi Philonome ne resista qu'-
autant de temps qu'il en falloit
pour faire valoir le présent qu'-
elle luy fit de son coeur. L'A.
mour n'eut que des douceurs
pour l'un & l'autre de ces deux
Amans. Ils n'eurent ny obstacles
à vaincre, ny chagrins à
tTuyer, & ils se virent en peu
de jours aussi heureux que le
peuvent estre ceux qui n'aspirentqu'à
une liaison étroite d'ames,
& qu'à une parfaite correspondaacedevolontez.
Demarate
avoit d'abord regardé
cette unioncomme sa derniere
félicité, & Philoneme faisoit
aussi consister tout son bonheur
dan la tendresse & dans la fidelité
de son Amant;mais comme
l'Amour estinsatiable, leurs desirsallerent
insensiblement plus
loin. L'égalitédefortune&de
qualité, leur fit jetter les yeux
sur le Mariage, &. déslors cetu
intelligence qui avoit fait tout
leur joye,leur donna desinquio
tudes &des soins. Cependan
ces nouveaux desirs ne leur cau
serent pas de longues peines
Ils n'eurent pas plus de traven
ses à cet égard que dans la nai~
sance de leur passion, & l'Hyy
men & l'Amour semblerent si
disputeràqui seroit plus promp
à faire reüssir leurs voeux. De
marate, Fils unique d'Euridioi~
& de Prytané, estoit lesdelice
& l'unique sujet des tendresse
de l'un & de l'autre. A pein
se fut-il découvert à sa Mere~
qu'elle se chargea avec empre
sement de faire réussir.la cfeofel
Elle y travailla le jourmesmes
& engagea Euridion à proposer
ce Mariage à Debutade, qui
trouvant ses avantages dans
cette alliance, reçeut la proposition
avec joye, & ne demanda
pour rendre une réponse précise,
que le temps d'en parler à
sa Fille, qu'il jugeoit bienne
devoir pas s'opposer à ses sentimens.
Il ne sur pas trompé dans
sa conjecture, & Philonome ne
fit point naistred'obstacles. En
fuite Debutade &. Euridion estant
facilement convenus des
Articles, on prit jour pour la
solemnitédelaNopce. Tandis
qu'on en faisoit les préparatifs,
la Feste de Diane estant arrivée,
le Peuple de Corinthe qui
considéroit Debutade, souhaita
que Philonome eust avant son
mariage l'honneur de présider
à cette Solemnité. C'estoittoûjours
une Fille de qualité qui
faisoit lespremires fondions
dans cette Feste. Debutadequi
aimoit sa Patrie,reçeuc agreablementce
témoignage de l'amourduPeuple.
Il voulut que
sa Fille acceptait le choix qu'on
avoit fait d'elle, & Philonome
fut bien aise de recevoir un
honneur qui estoit fort envié à
Corinthe. Demarate eut d'abord
quelque chagrin du retardement
que cette élection
apportoit à son bonheur, mais
il fut ravy d'ailleurs de trouver
une occasion de faire agir son
amour. Les choses estoient allées
si viste, que sa galanterie
n'avoit pas eu le temps d'éclater.
Il profita d'unesifavorableconjoncture,
& fournit dans
cette Feste tout ce que la pafsion
la plus ingénieule & la plus
galante pouvoit suggerer. Le
triomphe de Philonome fut le
plus magnifique & le mieux
imaginé qu'on eustjamais veu
à Corinthe dans une pareille
Solemnité. Elle se fit autant
d'Admirateurs qu'il y eut de
Gens quila virent, & elle eust
fait à Demarate autant de Rivaux
qu'il y avoir de jeunes
HommesdanscetteVilleCapitale
de l'Achaye, si son mariage
connu detous les Corinthiens
n'eustétouffé leur amour &. leur
espérance. Jamais onne fut plus
content que Demarate. Non
feulement la gloire que s'estoit
acquise Philonome le rendoit
heureux,mais il estoitd'ailleurr
fort satisfait de luy-mesme, ses
foins n'ayant pas esté inutiles
au triomphe de son aimable
Malftrea. Philonome n'estois
pas moins sarisfaire
; mais bienque
ce jour eust esté pompeux
pour elle, rien ne la charmoi
comme la galanterie de Des
marate. Elle ne pensoit à autre
chose, & ce qu'il avoit contribué
à son triomphe la touchoit,
plus que tout l'éclat du triomph
phe mesme Cet Amant heu
jeux ne manqua pas de se rer
dre chez Philonome aussito
que la Feste sur finie. Ce fut
qu'en termes tendres & obl
geans elle luytémoigna sa r
connoissance & cette bon
tgayraaritred,e nouveau charmé De- ils se firent mille protestations
d'une amour eter- nelle & réciproque, & se témoignèrent
leur joye mutuelle
d'une maniéré passionnée, que
ceux qui aiment fortement sont
seuls capables de bien concevoir.
Tour paroissoit s'ajuster
à leurs desirs. Les choses qui
sembloient avoir apporréquelque
obstacle à leur bonheur,
contribuoient à les rendre heureux.
La Feste de Diane qui
avoir retardé leur hymenéa,
leur avoir d'ailleurs procuré
mille plaisirs. Cet obstacle esi.
toic mesme surmonté. LaSolemnité
estoitavantageusement j,etuernrensinée, 6<. il ne restoit à ces Amans qu'un jour à actendre
pour n'avoir plus rien
souhaiter. On avoit donné ca
petit delay à Philonome pour
se remettre des fatigues de
Feste; mais dans ce
mesme
jour Euridion reçeut defâcheur
ses nouvelles de Messene, qui
luy firenr prendre d'autres soins
que ceux de la Nopce de son
Fils. Quoyque laVille de Co
rinthe sust alors dans une pro
fonde paix, le reste du Pelopo
nese nVfloit pas tranquile. Les
Athéniens avoiér recommence
la guerre contre les Messeniens
Aristomene, Frere d'Euridion
commandoit ces derniers, &
comme il estoit & fort brave
de sa personne, & un des plus
grands Capitaines de la Grece
il avoit eu dans les commencemens
de la guerre, de grands
avantages sur les Arheniens,
qui avoient pour General le
Poëce Tirtée. Cependant les
choses avoient changé de face
dans la fuite, & Euridion venoit
d'apprendre qu'Aristomene
vaincu en deux Batailles, &
contraint d'abandonner Messene
à la fureur de ses Ennemis,
l'attendoit dans un lieu écarté
sur le bord de la Mer, pour
prendre avec luy des mesures
sur leurs affairesdomestiques,
avant que de s'embarquer pour
l'Italie. La chose pressoit trop
pour diférer. De l'avis mesme
de Debutadenon feulement la
Nopce fut remise, mais il suit
réglé queDemarate accompagneroit
son Pere dans ce voya
ge. Ce contretemps fut extré
mement sensible au Fils d'Eu.
ridion; mais s'il surpritl'Amant,
il pensa couster la vieà
l'Amante. Comme elle n'osoit
faire éclater toute sa douleur,
la violence qu'elle se faisoit,
rendoit cette douleur plus piquante
& plus cruelle, maisi
1JArrcfi du départ ne se pouvoit
révoquer, & Demarate & sa
Maistresse n'eurent qu'un JOUE
pour se dire adieu. Ils le donnerent
tout entier à leur tristesse
& à leur amour; & tandis qu'
Euridionestoit occupé à faire
les apprefts de son voyage, som
Fils expliquoit sa douleur aux
pieds de Philonome,&cesdeux
Amans mesloient des protestations
de fidelité inviolable au»
plaintes les plus cendres qu'une
amour violence & contrariée
pouvoir luy fournir. Demarate
à qui latendressedePhilonome
avoir d'abord esté d'une grande
consolation, fut alarmé dans la
fuite de la voir aller Ci loin, &
il fut contraint luy-mesme d'affecter
quelque confiance pour lacalmer. Ils se firent dans ces
derniers momens des présens.
réciproques pour en tirer quelque
consolation pendant l'abfence.
L'aimable Fille de Debutade
mit elle-mesme au bras
de Demarate un tissu de ses
cheveux; & le Fils d'Euridion
donna à sa charmante MaifirelfedesTabletesquin'estoient
remplies
que de Vers tendres, ou
de Chiffres amoureux. Mais ce
présent ne contentoit point Ph
lonome. Il ne pouvoit luy ten
lieu de ce qu'elle perdoir, & elle
eust voulu que son Amant eu
pû se partager, ou se reproduire
L'amour & la necessité ne trouventriend'impossible.
Cesoit
mesme, tandis que Demarate
attendoit dans le Cabinet de
Debutade les Lettres de condoleance
que ce dernier écrivoit
à Aristomene,& qu'accablé
de douleur, il estoitcomme
immobile derriere laChaire de
son prétenduBeaupere,Philonome
qui avoit lesyeux, surluy,
g&uqiusislaentr,esJajnarsdoosjejdrr'uonmapirrellaneportoitàsonPere,
remarqua
parhazardqueson Amantse
trouvant
trouvantopposéà la lumiere de
la Lampe, son ombre donnoit
contre une Table de terre fraîchement
preparéepar son Pere,
pour y faire quelque nouvelle
épreuvedeses découvertes;elle
observa que cette ombre representoitparfaitement
Démarate
quiestoit alors tourné en profil.
Dans ce moment inspirée par
son amour, elle prit un de ces
Poinçons dont on se servoit
alors pour écrire, & gravantsur
la terredestraitsajustezauxextrémitez
de l'ombre, elle vit
avec beaucoup de joye que son
Ouvrage n'estoit pas inutile,
& qu'elle avait heureusement
formé le visage de son cher Démarate.
Elle ne pût contenir
toute sa joye. Illuy échapa un
cry qui fit tourner la teste à son
Amant, & à son Pere qui sinissoit
dans ce moment sesdépesches,
&ellefut obligéepourjustifier
ce contretemps, de faire voir à
Tun6c àl'autre cequ'ellevenoit
de faire. Ils en furent tous
deuxagréablement surpris,mais
beaucoup plus Débutade, qui
jugeabien que cette découverte
pouvoir estre d'une grande utilitédansla
fuite. Il l'observa,
avec plus d'attention apres le
départ de Démarate;& soit
pour contenter sa Fille, ou pour
faire une tentative sur son Ouvrage,
il réduisit la Table de
terre qu'avoir gravée Philo.
tionie,à la juste mesure des traits
qu'elle avoit tirez. Il la couvrit
de cet émail ou de ce vernis
qu'il composoit admirablement,
& l'ayant fait cuire,il remarqua,
& fitvoiràsaFille quecetessay
estoit une representation assez
naturelle des traits &du visage
desonGendre prétendu.Ilest
ce me semble inutile d'ajoûter
icy que le voyage d'Euridion fut
court & heureux,puis qu'illaissa
Ariftome-ae en état de se faire
un glorieuxétablissement en
quelque Provincequ'il voulust
aborder. Iln'estnonplus dece
fujec d'exprimer icy la joye de
Philonome&de son Anianr ny
de faire le détail dela pompe de
leur Nopcejj'estime seulement
qu'iln'estpasinutilededireque
Cleophante,Amy de l'Epoux,
ayant veu le travail de Philonome,
traça une semblable figure,
& remplit le vuided'une couleur
qui estant diversementménagée,
fit un Porrrait asseznaturel.
Ce sur ce mesme Cleophante
qui apres la mort d'Euridion &
de Débutade, qui moururent
peu de temps apres le Mariage
de leurs Enfans, suivit Demarate&
Philonome en Italie, où
ils furent obligez de se retirer,
pour éviter les severes poursuites
des Amphictions, par devant
lesquels Démarate fut ac.
cufé d'avoir voulufavoriser le
retourd'Aristomene, au préj udice
du repos donc joüissoit
alors la Grece.
Ce fut dans cet éxil volontaire
que ces illustres Corinthiens
trouverenteurgloire&leur féliité.
Aristomene&sesEnfans
estoientpassez d'Italie en Sicile,
pour y fonder cette nouvelle
Messene,qui fous le nom de
Messine est encor aujourd'huy sifameuse.A leur exemple Démarate
& Philonomebâtirent
aussi une Villeen Toscane qu'ils
nommerent Tarquinie, du nom
de leur premier Fils, maiselle
futtroppetitepour l'arrester.
CeFils l'abandonna pourpasser àRome,où il donna de si nobles
marques desoncourage&desa
vertu, qu'apres la mort d'Ancus
Martius, il fut choisy pour luy
succedersousle nom deTarquinius
Priscus. Aucun des
SuccesseursdeRomulusnepor- taplusglorieusementleSceptre
dans cettVÜfe naissante qui se
rendit ensuiteMaistresse detout
rUnivers.-^-^-^oiinA s&jia
Il me reste un tres-beau Discour
de Mr Taijjand de Dijon, sur ~A
Peinture. Ie le reserve pour un
autre occasion, afin de ne vous don
nerpas tant de choses tout-à-la-fois
sur une mesme maticre. La diversit
plaistpar tout, & je la cherche ~exi
vous écrivant. C'est ce qui me fiA
joindre les Vers à la Prose. Ceux qu
suiventsontde MrGiffon,de
1'.4
cademie Royale d'Arles.
<
SUR LES SIX QUESTIONS
du dernier Extraordinaire.
-
v I. Aincre ses Snnemtf,cejt ejfre
Conquérant,
Mais triompher de soy, cgjlsi déclarera
flg
Romen'eutautrefois qu'un Caton en
partag
Des Clftrs le nombrefutgrand.
II. JEsoûtiens qu'un Amant coupable
en apparence,
D'unreproche accablant doit essuyes
lefeu.
LeJtlence emharraffe unpeu;
J&dfs dans lAflÛtelIufflprouvantson
innocence,
Son AmONrsist un coup de deux.
2P#»run momentpins tardysaB"elle
Le retrouvantAmantfidele,
LLe trouve AmIaInIt .rejJeliueus. ffcmmel'aurapetdu du cofitfdes
plaifirt,
Ilssont moinsgrands pour luy, plu*
bornez,pleinsdepeine;
Mais la Femme dlsifrteJ C!J" c'eflce
quilagesne.
Iedoisdonc décidersur les diyersdcfîrïy
Ilfaut que l'on métamorphose
ToutKommt trop OluptktUX, ',>
Et siue de toute Femme au coeur ambitieuji
Onfasse aujp la mesmechose.
L IV. Ors que la broüillerie, ou Vinfi-
,delité,-
Afait rompre aveccequ'on aime,
lamdrs jufqttÀ la haine on ne s'est
emtorté,
Ensortant d'un amour extrême.
S'il arrive à la "vérité
ép1tXn merite sechange en mal-bonneftete'y
£Objetjadis aimé cessant d'eflre le
mfiney
La haine est de necejjîté.
D V. Vseulmérite, un coeur armé
d'indrference.
Est capabled'efiretouche',
rsi coeur que \o$ts tirez d'une autre
dépendance,
N'ejtjamaitquun coeurdébauché'>
\ldfenteauchangement, l'ordinaire
peché,
JSjtavec'ïou*d'intelligence.
L VI.. E Sot aime toûjours aPtec mesme
caprice;
2vtais l'habile Homme une foisabuse,
Segarantit duprécipice,
Ets'ils'engage ailleurs,c'est en Amant
,."p..
l'tt} encor quelques autres Ou
Orages fortgalans sur ces mesmes
^ucfiions. Vous ne les aurez que
dansma Lettre ordinaire de ce Mois.
Ie viens à t>Hijlore Enigmatique.
Quelquesunsl'ont expliquée sur
les Abeilles. C'estoit le Jeu des
Echecs.Vousnefcouriez, trouver
riendeplus curieux sur cette matiere,
que la Piece dontje vous fais
part.,
,-.
',;.,.
LE-J lEU-- DES ECHECS VOttt ¡t..,ez-hlltÇ, XralafftMercure,
, Taryosdétotpsmijlerieuxy
EJfkytr de nous rendre obscure
Êbijloiredes deux TÇaysdontpour trit
Curieux
Vous aye^ tracélapeinture.
firo/erJfaVaps ce qtrilfm*tpenjef de
leurscombatsr
EtleJeu desEchecs açpom échapepas
, Tout le Monde estpersuadé
de l'Antiquité1k ce Jeu,mais
tout leMonde ne demeure pas
Raccord deson origine.Quelques
Aurheurs veulent qu'il
~oussoit venu des Perfes, comneTeixera
en son1.Livre,Chapitre36.
& que le nom Latin de
ceJeu, Scacchia, vient de celuy
deson Inventeur Persan de Nation.
Celuyd'Echecs,dontnous
nous nous servons dans nostre
Langue, est tiré du mot Chaldéen
Eschatresca, selon la Cronique
de Hainault. D'autres en
attribuent l'Invention aux Hebreux,
comme Gregoire Tholofain
en sonSyntag.Iuris. Livre
35.Chapitre4. Lesopinionsne
font pas moins partagées sur le
nom particulier& la qualité de
celuy qui en a esté le premier
Inventeur. Seneque dans son
Traité de la Colere, Livre2.
Chapitre 14. veut que ce soit
Chilon Lacedemonien,l'un
des sept Sages de Grece; &
EphoredeSparte,qui fleurissoit
environ l'an du Monde 34211,
Ammian Marcellin Livre 24
del'Histoire Romaine, & Donat
dans son Commentaire suis
Terence, l'attribuent à ~Pyrrhuii
Roy des Epirotes. Voicy commeen
parlecedernier.
Cef'ameuxT^oyd':Efiré9
Pyrrhm, ce Guer^krgénéreux,
Quilepremierparmyles autres Feux
Mit le relises EciïecsquetoutlernendeC
admise, ',\
.L'ardeurd'enseîgnerauxSoldatt
Ceq'uiregardelaMilice,
Luyfît choijtr cet exercice,
Tourbssrendre CffjolÙent rafi^dans
* ,léé£bml>ats. ç'
dStidCoinieeArprolnli-nô~iareEnvessque:
sesEpistres,&J eandeSarisbery
sanssonPolicrate Livre1. Chaitre
5 veulent que ce Jeu ait
stéinventé par Attale Roy de
ergameenAsie,l'andelafondation
de Rome 620. & l'Auheudu
Romantdela Roseest
lumesmesentiment. Ces deux
Vers lefontconnoistre. Je vous
les donne selonla politessedela
Poësiedeson temps.
&u/trt Atrtjtleyoult AthdluS)
guides Echecs controuva l'Nte
Mais la plus commune ,
&
peut-estre la plus certaine opinion
,tient que l'invention dece
jeu est deuë aux Grecs; &que
Palamede, grand Astrologue&
Geometre, Fils de Nauplius
Roy de l'Isle d'Euboëe, (àpresent
Negrepont)s'en sevi:
pour desennuyer les Soldats, &
leur faire passer plus doucement
le temps pendant la Ion
gueur de ce fameux Siege de
Troye qui dura dix ans. Cefut
environ l'an du Monde 2800.
C'estentr'autres lesentimentde
Pausanias dans ses ~Connthiaques,
de Philostratedans ses
Héroïques, de Suidas, deSaint-
Gregoire de Nazianze dans la
premiere de ses Invectives, de
Sophocle, de Cassiodore dans lai
31.deses Epistres, d'Alexander
ab Alex. Livre 3. Chapitre 21. de\
Lad.Gen. & de Servius Maurusa
dansfes Commentaires sur l'E-..¡
neïdc de Virgile, Livre 2. qui
maintient qu'on ne peutdisputerà
ce Prince ingénieux l'honleurd'avoirinventé
le premier
lejeu des Echecs. Il assure pour
prouver ce qu'il avance, que
Ce Princeayantperdula vie,
ron Echiquierfut mis dans le Tempú
-
des T>4eujc,
Commeun Monumentglorieux,
ourhonorer cegrand Génie;
:Etpour apprendre à la Posterité
Que Palamede ayoit esté
DIun•o"blveJeeruitda'Ehclhee,cs L'Intenteut
Afin 'lt/au Sieclesàvenir,
D'unsirare bjçnfaitle Monde redevable,
-
Neperdistpointlesouvenir.
C'est ceque cet Autheur raporte
à la gloire de ce Prince,
qu'on fait encor Inventeurdes
quatre Lettres ajoutées à l'Alphabet
Grec, comme aussides
Poids & Mesures, du Mot du
Guet, de la maniere de mettre
en ordre un Bataillon,&qu'on
tient enfin avoir estélepremier
qui a appris aux Hommes à regler
le nombre des jours de l'année
sur le cours annuel duSoleil,
& celuy des Mois sur le-cour,£-
deta Lune. •• Cejeu se peut avec justice appellerunJeuvrayement
Royal,
nonfeulement à causequ'ilaeu
des Rois pour ses In dicateurs,
&qu'ila esté autrefoisl'occupation
des Princes & des grandes
Seigneurs, & mesme de nos
anciens Roys, qui enfaisoient
leurs délices ordinaires, mais
encor parce que deux Roys &
deux Reynes y président, &
qu'ils en font les quatre principales
pieces.Cen'est pasmal~&
propos qu'on veut que ces deux
Roys soient Freres, & qu'ils
ayentépousé leurs Soeurs; puis
qu'il est vray qu'ils sont ordinairement
composez tous quatre
d'une mesmematiere, soit d'Yvoire,
soit de Crystal ou de
Verre, comme on les faisoit
autrefois;témoin Ovide dans
son Livre2 de l'Art d'aimer, où
il parle ainsi.
Enjouant aux Schecs dyecïue ta Maîtrer"
Gardetoy dans cette action
1>efkireyaloirtonadrejjfe;
Jvfats laijje*laJou^tenft'enlever un Thny**yÏ (guerre,
JEtfày,maisfinement, daqs cette douce
Où lesarmes dont onse bat
Nefont que des armes de "verre^
Quelle emporte toûjours lagloire du
Combat.
On les faisoit aussiquelque
fois de Cire,comme le marque
Plineau Livre9. desonHistoire
Nat.Chapitre54.d'Ebeine,de
Buis,oude matiere fcmblable.
Ils font encor bastisà peu pres
d'une même forme, & souvent
un mesme Ouvrier leur a donne
l'estre & Ja figure qu'ils ont.
Ces deux Rois commandent
chacunde leur costé une petite
Armée qui consiste en Chevaliers,
en Foux, qu'on appelloit
autrefoisSatellitesouSergens;
& en Pions. Les Troupes font
égales en nombre de part &
d'autre, & lesdeux Arméessont
distinguées par la diversitédes
couleursdont elles font revétuës;&
quifont pour l'ordinaireleblanc&
lenoir.
Lenom qu'on a donné à ces
deux petites Troupes quicomposent
le Jeu des Echecs, n'est
pas à la verité fort honorable
selon le terme Latin~Latrunculi,
qui .est proprement les appeller
Larrons, ou si on peuruser de ce
terme, Larronneaux. Cependant
ce motestant bien pris,& selon
l'anciennefaçon de parler,ne
porteavecsoy rien d'injurieux;
puis qu'il est vray quepar ce
mot Latrunculi,ouLatrones,on
entendoit les Gens de guerre,
qu'on appelloitcommunément
Laterones, ou Laterunculi, à Latere;
quodPrincipibus & Ducibus ad
Laurasemper essent;vel quòd latus
ferro armatum baberent, ou bien
à Latêre, quodadinsidias latêrent.
Ces termes ne se peuvent pas
bien naturellement exprimer en
nostre Langue, parce qu'ilsn'y
ont pas la même significationny
lemême fensqu'ilsont enLatin
On peut voir les Autheurs sur ce
sujet, comme Sexte, pompée,
& Varron dans son 6. Livre de
la Langue Latine;maisentr'autres
le ComiquePlaute dans sa
Comédie du Soldat glorieux,
Acte I. Scène I. où il fait ainsi
parler ce Rodomont--
C'estdebonà cettefîit
Qu'onva
fc*tirpartoutcequeje
enguerre tout ce ymeje tYaduuxe
Et quelAMer.&la Terre,
Vont retentir du bruit de mes rares
exploits.
Monrenom v*courir de Troy/nae en
Pt'o'linc,
Vrfçr mejme au dela des Mons,
uts quejefois chargépar Se/el/cm
mon Prince
De luy leverdesTroupes de Larrons.
C'està dire, des Soldats qu'on
nommoit Larrons en nostre
Langue dans les premiers remps
du mot Latin Latronesssoitpas
ce que ces fortes de genssont
portez à dérober; soit à cause
qu'ils, onbtaccoutumé dedresser
QfS.fmbfhes aux autres, à
la façon desVoleur&desLarrons.
Et parce que le Jeu des
Echecs ÇR04c autrefoisl'exercice
particulier-,&\lediverti(Te^
ment le plusordinairedes Gens
de guerre ,,..¡de là,cftvenu <Íù.
selonleterme Latin, onl'a appelléLatrunculorum
Ludus, commequidiroit
, leleudes Larrons;
ce quineparoistpasun nom fort
honorable à ceux qui n'en sça;
vent pointla veritable
&natui
relle signification.
Quoy qu'il ensoit, il est constant
que ce Jeu n'a rien que
d'honneste & de noble; non
feulement àcause qu'il a eu des
Instituteurs illustres, mais encor
parce que le hazard & la
fortune n'y ont point de part,
&que la feule adresse y triomphe.
Celan'empeschepourtantpas
qu'il ne se soit trouvé des
Critiquesqui enontblâmélusage
; car outre Mahomet qui l'aabsolument interdit aux;
Turcs dans son Alcoran (cependant
les Turcs ne laissent
pas d'y joüer malgréla défense,
&ilsensont leur plus ordinaire
divertissement sélon le témois
nage du Sieur Thevenot en
son Voyage du Levant, Livre I. p.i.c.25) Jacques Royd'Angleterre,
dans son Présent
Royal, l'a très, ctroitement
défendu à son Fils, alléguant
lpeouur raison que l'usage de ce
laisse le corps trop en langueur,
& fatigue trop l'esprit.
Petrarque dans ses Entretiens.
sur la bonne & mauvaise Forrune,
le desaprouve tout-a-fair,
& va jusqu'à dire qu'il ne peut
jestreque l'amusement, ou des
Enfans, ou des Foux.Lucain
est fort éloigné de ce sentiment
puis que dans un Poëme qu'il
sit autrefois pour Pison,a pres,
l'avoir exhorté à chercher quelque
relâchement d'esprit quand
il se sentiroit trop fatiguéde
Pecude, il luy proposè le Jeu
des Echecs, comme undirertissement
d'autant plus honnestes
que l'adresse plus que le hazaro
donne l'avantageauVictorieux
Ceux qui voudront avoir une
plus exacte connoissance do
tout ce qui regarde cejeu, n'ont
qu'à consulter Jerôme Vidas
Crémonois, dans un Poëme
Latin qu'il a composé sur ce
sujet, intitulé Scachia Ludus. Jo
ne m'arresteray point à l'explication
particulière de iTMoiro
Enigmartique quien aestéfaite,
Ce que j'en dirois feroit inutiles
à ceux qui sçavent ce Jeu, Ltr.,
n'en donneront pas un enrien
éclaircissement à ceux qui Pi—
gnorent Je serayseulements
cemarquer que la Partie est if-, nie
& la victoire gagnée pour
Party, quand le Roy de
utre est ferré de si près, & si
roitement assiegé, qu'il ne
y reste plus aucune voye d'élaper,
& qu'illuy est impofledefaire
aucun mouvement
sur s'empesecherd'estre pris.
'est alors que le Party qui l'a
duit à cette excremicc, deleure
vainqueur, &qu'il doncomme
on dirEchec &Mat
Il
Partyvaincu. Cesont de**-»?
rmes cirez del'Hebreu,selon
regoire Tholosain., S)!?!ta.g..
vis,Livre 39. c'nap.4.Il.dits
~ue Scach est aucunecumfDequi
~iroitvallavit,ill'aassige il a renfermé, il l'aresserré
comme prisonnier
; & que Mat
teut dire mortim,est,ilest pris,
il est vaincu, il estmort.
C'estainsi que LOVIS, le plu* Va*
lantdesTÇoif,
"Depuis queparfisgrands exploita
Ilrendfes ênneméi envieux defagtoiw
N'a jamais livrédeÇombat,
Sansavoirfureux lavicroire
Et Uurdonner Schec cg" Mat-
La Lettrequifuit ad'ou"e que
.fJlt( ebofe a ce que vous venez,
lire dans ces premièresRemarques.
SUR. LE MESMEJEU
desEchecs. - pArl'Histoire Enigmatique
devostredernier Extraon
dinaire, on ne peur qu'enrend~
leleudesEchecs. Deux Roys
•depxReynes,quatreCavaliers,
feizeFantaiTins, quatre Gardes,
& autant de Centeniers, com.
posent les deux Armées. Ilya
divers sentimens parmy les Autheurstouchant
l'origine dece
Jeu. On peut croire que les
Perfes l'ontinventé;Athenée
disant que leurs Roys vivoient
dans unesi grande volupté,ut
artifccsbaberent conquirendatumy
& comparandarum voluptatum.
Mais en mesmetempslamolefle
de ces Asiatiquess'opose à ce
sentiment. Le mot Latin Latrunculi
parlequel on entend le
Jeu des Echecs, pourroit servir
£ l'opinion de ceux quidifenc
que les Arabes ont 1succedé
aux Perfes
, ce Jeu n'estant pas
éloigné de l' humeur de ces
Peuples. Seneque neantmoins
enattribuë l'Invention à Chilon
Lacedémonien
, un des sept
Sages de Grece. Paufaniaseit
donne la gloire à Plalnede.
D'autres disentqu'Attalus R.oy
de Percames'enservir,,,,,Ft ea
ratione doccrct motum cxcrcitus.
Donat assure que Pyrrhus in. -
ventaceJeu. Cettegrandediverfité
d'opinions me fait croire
qu'il est fort ancien. Auguite
dans sa vieillesse prenoit
plaisirà y joüer. Seneque dit
en parlant des Jeux qui se pratiquoient
à la Cour de l'EmpereurNéron,
Latrunculisludimus.
Du tempsd'Adrian on y joüoit
à Rome nous en avons la preuve
dans une Epigrammme de
Martial. Quoy qu'il en foit,il y.
a longtemps qu'il est en usage
parmy nous, & je me souviens
d'avoir lûdans l'Histoire de
France de Mr de Mezeray,
qu'un des premiers Koys de
cettetroisiéme Race,ayaonrefié
batu dans un Combat par les
Anglois, un Fantassinde cette
Nationvoulant arrester son
Cheval,le Roy le tua en difanr,
qu'au leu des Echecs leRoy n'issoit
jamais pris. le fuis vostre,&c.
BEAdeUMTEon',taAuvboacnat.
Ceuxqui ontexpliqué cette me/me
Histoire Enigmatique dansson vray
fins
,
font McjjicurfGardien; de
Hault. Vcyvolct ; Baizélejeune;.
d'Ablofvilie^Argentan;Mefidi moifillesdes
Guimonels, d'Orleans; &
du Pilléde Hanvoile ; les deux In-
Jèfarables,VAfîTy du Coeur le Fidelied'Orléans
s & les Grifetes de
Compiegne. Ces derniers en ont envoyél'ExplicationenVers..
Mademoifellc
Fredinic de POlltoifè; Mesjieurs
Vuaubert,de Noyons B. M.
des Hauts champs, d'Orléans; la
Segtiiniere-Poignanty leP.de la
Tournclle,* les Captifs volontaires
de GiJors > Apollon ; &le chevalier
Inconnu, de Pontoise.
Les Grands Hommes à qui le Roy
confie les plus importans Emplois
dans le ministere, rendent tous les
jours de si conjidérables services à
tEtAr, qu'ilnefaut pass'étonnerde
Pempreffement qu'on a de travailler.
pour leur gloire. L'~-Devifls que
vous trouverez,pour eux dans cette
Planchey font des Mommens que :
tous les François voudroient voir
gravez sur le Marbre sur le
Bronze., Les cinq fremieresfontde
MrRoubin, de l'Académie Royale
d'Arles.-
EXPLICATIONDES
Les Naturalises prétendent
.que le Lezard ne peutselasser
de regarder le Soleil,6cc'efl: ce
qui en fait le ra port très juste.
2.JEqualiluminemlrent.
Ces paroles qui - accompagnent
les trois Etoiles des Ar
mes de-Mr le ChanceBer font
connoistre quesicegrandHomme
rend d'importans services à
Sa Majesté, Mr le Marquis de
Louvois, & Mr l'Archevesque
deRheims,n'en rendent pasde
moins considérables à l'Etat ôc
à l'Egljfr.
3 Gent in ccrvice Thcfaurum.
Une Couleuvre fait le corps
de cette Devise. Ontientqu'el.
le a une Escarboucle dans sa
teste; & comme MrÇolberc
porce une Couleuvre dans)(es.
Armes,l'applicationen est tresnaturelle
à ce grand Minifire,
dont les lumieres pour établir
l'ordre dans les Finances, font
un trésor qui ne peutestreassez
estimé.
4.NOft ~(ili. fed Dowi-to.
C'est un Chien couché sur
des sacs d'argent. Chacun connoist
la fidélité de cet Animal.
Elle est le symbole de celle de
MrColbert qui dans l'administration
des Finances, neregarde
que les sèuls avantages de
Sa Majesté.
•5. Tantum Litronibus HoFtIs.
C'eltencorlemeime Animal
couché auprès de la Porte d'un
Palais, dont il ne défend l'entrée
qu'aux Ennemis de son
Maisre. Rienntaunplusjnfie
raport aux foins que se donne
tee vigilant 6c zelé Ministre,
pourempercher qu'ilnefecom»
mette quelque deiordre dans les-
Finances.,
Lessix Dcvifesquifuivcntfontde
M1 Gardien, Secretairedu Roy.
6. Nunc tenet in terris caelum.
8. Victrices redditsuscepto
lumine vircs.,
C'est un Miroir ardent qui
reçoit les rayonsdu Soleil. Tout
le monde sçaitque ces rayons
pres yavoitestéconcentrez,en
_l)rteor-avec lavertu &la forcel'enflâmercequis'y
trouve op-
>>o(é. Rien ne sçauroit estre plus.
juste pour le Mr Marquis
Louvois qui a le Départeme
delaGuerre, & parconséque
des forces denostre Monarqu
Il reçoit de luy les ordres &
lumieres donr il a besoin.Tou
J'Europe admire depuis pli
sieurs années le zele ardent
infatigable,avec lequelHafOl
jours disposétoutes choses po
faire agir les Troupesavec~l
succés furprenans que ~nou
avons vûs.
9.Ad nutum Iovis.
Un Aigle au dessusdeque
ques nuës, ayant les aislespliée
& tenant la Foudredans ~s
serres,avec latesteélevéeve
le Soleil, fait entendre que c
mesme Ministre s'applique un
quement à executer les volon
tezdeson Maistre.
10. Servat, distribuit, ~augt. -
C'est une Rivieretraversée
arune Ecluse, dont la bonde
st en face dans le milieu. La
auteur au delà de la bonde patûftforc
remplie d'eau couvre ; on en l'écoulement surle
evant. Rien n'explique mieux
conduite olerveiJleufedeMr
,.Olbert dans le manîment des
inances.
1.Fideliter, prudenter, Pttrt.
Ces paroles se ra portent à
llesdela Devise précedente;
le Serpent mis entre un Chien
~nrtes Licorne,quisontles SudesArmes
de ce grand
~nistre,marquent àsa gloire
qui est connu de tout le monqueMr
Colbert conferve les
*ances duRoy fidellement,
qu'il les distribuë avec pru.
dence, & qu'il les augmente par
une conduire tres pure. j
Les six Revers ou Devises qn&
vous allez, voir, ont estéfaites poul
Monsieur Colbertpar Mr de SitueA
cane President en la Cour des J.Von
noies, & commissaire General di
Sa Majesté au Fait des MonnoyA
au DépartementdeLyon,
&danÀ'
toutes les Provinces quisont au deça
de la Riviere deLoire. Ie ne
'VO/
dis rien de l'esprit& du merite a
cet illustre Magistrat, puis que
sçay qu'il vous estconnu. Il Il)
guere de Gens de qualité qui aye
sassé par Lyon, quin'ensoient ins
truits, & qui ne sçachent la rési
tation qu'il s'estacquise dans
Emplois, & particulierement da
celuy de Prevostdes Marchands
qu'il a exercédepuis peu avec toute
lasatisfactionimaginable des Ministres,
&desa Province.
12. Et necat & vivijìCdt.
La Natureamis un principe
de mort & de vie dans la Couleuvre,
qui fait le corps des ArmesdeMrColbert.
Cela s'appliquefortjustement
àce grand
Ministre,quientrant dans le manîmentdes
Finances de Sa Majesté,
en aéteint toutes les iniquitez,
& y a rétably la fidelité
& l'ordre,qui en sont l'ame &: la
vie.
13. Collecta dispergit.
C'est un Baffin qui reçoitdes
Eauxdetoutes parts, & qui les
distribuë en mesme temps. L'application
en est naturelle. Mr
Colbert ne recueïlle avec tant
de sointoutes les Finances du
Roy,que pour les répandre heureusement
par tout le Royaume.
14. Domine, probasti me,
,
& ccrnovifli.
Ces parolesde l'Ecriture, qui
accompagnent un Fourneau
d'Essaypar lemoyenduquel on
connoistle titre de tous les Métaux,
s'appliquent admirablement
à l'epreuvequeSaMajesté
a faire delafidelité de ce grand
Ministre dans l'administration
de ses Finances.
1 5. Recipit, ut purget.
C'estlemesme Fourneau d'Esfay.
LeseffetsfontvoirqueMr
çoJPtn'a pris le manîment
des Finances que. pour lespuri-, fier.
16.Altior,utfoecundior.
Le corps de cette Devise est
un Ruisseau dont les Eaux sont
élevées par quelqueDigue,afin
qu'ellesse répandent avec plus
d'abondance ôede fertilité. L'aplicationen
fera aisément trouvée
dans lajustice que le Roy a
renduë au merite de Mr Colbert.
Lesfervices quel'Etatrevoie
continuellement de ce Miniftre,
fontassezconnoistre que
Sa Majesté ne l'a élevé aux
grands Emplois dont il est si
digne, que pour le rendre plus
utile à tout le Royaume.
17. Condit in annum.
Ce sont des Fourmis qui amasfent
du grain pour toute une
année. Rien ne marque mieux
la prévoyance de ce ce vigilant
& sageMinistre, qui nes'estjamais
laissé surprendre, & qui a
toujours préparé paravance les
fonds de chaque année, pour
toutes les necessitez de l'Etat.
Les trois Devisesfuivantcs m'ont
estéenvoyées par Mr de B. de N410-!,'
en Picardie.
18. Soils inferior Astris.
Un Lezard au dessous des.
Etoiles qui sont dans les Armes
de Mr leChancelier, fait le
corps de cetteDevise. L'application
en estjuste, & il estaisé
devoirque MfleTelliern'arien
au dessus de luy, depuis que le
Roy a récompensé son mérite
de la premiere Charge du
Royaume.
19. Abundantiæ Custos.
On ne sçauroit faire mieux
connoistre que si la France ne
manque derien,elleen est redevable
à la prudence de Mr Colbert,
quepar une Couleuvre au
tour d'une Corne d'abondance.
20. Paravit currendo COrOntf.
Cette Devise nousrepresente,
Daphnépoursuivie par Apollon.
C'est le symbole desCourses
que Mr de Louvois a faites
pendant la Guerre,pourexecuter
les, Ordres de Sa Majesté.
Tour le monde demeure d'accordque
la diligence de cetinfacigable
Ministre, à se rendre
par tout en toute forte de saisons,
a soûtenuadmirablement
les efforts du Roy, & a toujours
préparé àses Armes des victoires,
insaillibles.
21. Vel reperit, vel justa facit.
Cette derniere Devise est de
Mrdeaucourt d'Arras. C'est
une Main qui fort d'un nuage,
&qui tient une Balance, pour
montrer que Mr le Chancelier
n'a rien changé de tout ce
qu'il a trouvé justement étably;
maisque pour les coutumes
injustes, il les a toutes reformées
par l'amour que ce grand Ministreapour
l'équité.
Ilme reste àvous fairevoirquelques
Madrigauxsur les deux Enigmes
du Mois de Fevrier, dont les
Mots estoient la Carte Géographique,
&l'Echo.
C I. E quesousunsombre discours
L' E nigme dugalant Aferc/lre
Nous represente¬esfigure,
Est quelquefois un grandfecuurz
A ces Debiteurs de merveilles,
guipar des récits importuns
Deleursvoyagespeu communs,
Ve tous les Survenans fatiguent les
oreilles.
Ils 01Jtsaisys'ils sont crûs, le tour de l'r"i"'ers.;
Ilness point de Climat, de Peuple, de
Contrée
Quilsriayentyeu/bus/'Em*ire'et
Etjamais Matelot ria couru tant de
Mers,
Qui les croit cependant, a l'esprit à
l'envers9
tAY biensouvent chezeux en une Paix
profonde Ils
ont veu ces Païs dans la Carte du
Monde.
DE VAULOIS Avocat, à l'Hostel
--- des-Ursins à Paris.
II. JEsuis l'Echo,l'Air estmorr
pre,
L'Element qui leplusJe plaist au chan*
gement.
I'ay la Parolepourma Mere,
Et les 2JOH sont les lieux où je loge
fartent.
De's que l'Airagitéme touche,
Ie farlesansavoirdebouche,
Centfoisje meurs&naisparjour..
Ç'ejlaittîfque le;Dieux ontpuny mort
amour.
Pour aiïoir estétropsensible
Aux attraits d*unGarçon, ouplutost
d'un 7(!:her,
Déslors on m'ordonnade toujours me
cacher,
Et j'ay porté le nomde la Nymphe
inyif.,hle.
Souventunmalheureux Amant
Me vient raconterson martire;
tyais bien loin depourvoirappaiserfît*
tourment,
Ie nefais que le luy redire.
La Brune de Geneve,
L III,
l'Enigme du Galant Mercure,
Dont je "vous\iens defaire lalecture,
B"elleThilù, occupe yojlre esprit
7)'une attention bienprofonde.
Quoy,faut-il tant resver? cejl la Carte
du Monde;
Pdr¿onne'{,si je vous l'ay dit.
le n'aypû voir qu'avec dépit
jettegefhefrivole (yJtpeu necessaire;
Et sijenecraigno&, Philis
,
"IofJre
colere,
Je dirois 'lN'¡l"t"tlt mieux YOW Aftllcher
un jour
A connoijlre la Carte, (jr le Païs
d'Amour.
LABBE' DOUCE;
IV. TTÇotCïcray je en ces Vers unsens
qui vous contente? Tente.
N'est-ce pointun Echo que nous ayons
oiiy:' Oüy.
J'y donne donc ce senstpuisqueVon me
l'ordonne. Donne.
C*ejllEcho, cette Aîere ejtpeut-estre
la Voix. Vois.
Oùy,rirft-cepatlaVoix quisans Corps
ejt mortelle? Elle.
JrfaU quel est ce grand CorPs dont on
nous Yeutparler? L'Air.
Echo, de tous mes yeux je vous cherche
sans ce Cesse.
JVep;*is-je pas yous voir, Nymphe de
grand renom ? Non.
Faites donc pour le moins que yoffre
yoixm'enchante. Chante.
CiemenTJ d'Amiens,
V.
LE Mercure voit tant de Païs à
la fètty
QueJOBAutheur adroit craignantqu'il
ne s'écarte,
Pour Guide a bienvoulu luydonner
, une Carte
Dansl'énigmeduprefintMott,
VI. VIens voir icy;charmant NArciffi.
La Nympbequifit tonsuplice.
CetteBellepour toy fut invisible alors;
ïMaûpar un beaufecret^ l'ingénieux
Mercure
A ton Amantedonne un Corps,
XSluandilfait de l'Echo la vivant*
peinture.
.0 RAULT,deRoüen.
J VII. E ne connoissois point l'Amour,&
sapuijptncey
- - - - - Mon coeur n'avoitpoint de desirs,
- Btje ne rencontrois que dans l'indisérence
,
€tdurepos, &desplatjtrs.
Mllú le Mercure vient m'apprendre
La Cartedu PIIÏJae Tendre,
Tendantqu'un aimable Vdinjuev
Estl'Echo sois répond au transport
de mon (lrur.
POTIN,Avocat,Ruëd
laHarpeàParis.
c VIII. Loris, you* prétendez qu une Yetrditeobscure
oitdlrt lefiloN" des Amans Plut.
beureux, 1 Et quàe qulaneduunersBeflleeesut coxntr,aire
Ils doivent les cacher à toute laNature
IBt MOY,j-'dy toûjours crû que les maux
, qu'onendufe
Se doivent découvrir à l'Objetde nos
foeuXy
,Et filepourmlriter de devenir heureux.
Ilfautyoir <y*ptrier, Autantquel'a*
mour dure.
Souffre^doncy je yous prie, adorable
Claris,
Qu'un 'BercerdéiflefarVfs cruels
<méprit,
.:p,fis yiyes a(Juleur.t"'o- fasse une
peinture.
Ousiletéife-a-tejleenamouryousfait
peur, Ieconsens de meplaindre à l'Echo duMercure,
Mt yous fçaurç^parluy le secret de
mon coesr.
LE SOLITAIRE,dePontoise.
Vous cftes priée,Madame, de
demander à vos Amis de quelsenriment
ilssontsur les matieres qui
suivent.
QUESTIONS
PROPOSEES.
I. UNjeune Homme est dans
le dessein de se marier.
Onluy donnelechoix de deux
Filles. L'une a
dix-huit ans, &
l'autre cinquante,& toutes deux
ont autant de fois mille Ecus
qu'elles ont d'années. On voudroit
sçavoirs'il doit choisir la
vieille,oulajeune.
II.
Si on doit se marier, & s'il ya
plus de raison d'ysonger dans
'un des deux Sexes, que dans
l'autre.
III.
Siun Amant qui a donné son
coeur sans reserve, soufre plus de
lamort de sa Maistresse,que de
soninfidelité.
IV.
Pourquoyon donne des Graces
à Venus pour l'accompagner,
puis quelapolitiquedes
Belles n'est point d'avoir aupres
d'elles des Femmes qui puissent
plaire, & que les Graces peuvent
effacer des charmes de
cette Déesse, ne pouvant estre
Graces sans avoir je ne sçay
quoy qui plaist souvent plus
qu'une parfaite beauté.
V.
Quelle est l'Origine de l'Arhiteél:
Qre del'avùmesmedoo
On prétend,de l'avismefmt du
Public, proposer (ltilJS chaque Extraordinaire
VOrigine de qlqllllfl.,
desArts,afindeluy doiïker insen-
Jiblemcnt la connoijpince de tous.
DESSEINS
DE PLANCHES .ON ïERÀ ÇRÀVER.
N I. Ousavons plusieurs Ordres
d'Architecturedont
je ne dis point les noms, parce
qu'il n'yapersonne qui ne les
connoisse, mais nous n'en avonfc
aucun qu'onpuisseappeller Or- 1
dre François, & c'estdequoy
vous demãderez,s'il vous plaist,
des Desseinsàvos Amis. Loüis
LEGRANDayant mis la France
audessusde tout ce qu'il y a de
plus florissans Etats, les Arts
doivent contribuer à la gloire de
la Nation, & à celle de l'AuguftePrince
qui les fait fleurir
Ilsnelepeuvent mieux qu'en
inventant un Ordre nouveau,
qui ayant esté trouvé fous son
Regne,puisseservir à luy dresser
un Monument tout François, où
la Posterité verra ses Vidoires.
Ilest juste que puis qu'il a travaillé
sans l'aide des autresNarions,
on ne prenne rien chez
elles pour fairequelque choseà
sa gloire.
II.
Apres tant de belles Devises
sur des sujets Héroïques, on en
voudroitavoirde Galantes. On
en propose pour un Cachet de
mandé à un Amant par une
Maistresse,à laquelle cet Amant
auroit fait une déclaration d'àmour.
On fupofeque cette déclarationaitesté
écoutée, sans
aucune marque ny de satisfaction
ny decolere. On fera -graver tout ce qu'onenvoyera
de bonnes Devises sur ce sujet.
Ceux de vos Amis qui voudront
se donner la peine d'écriresur tous
ces Sujets, le pourront faire, & on
seservira, de tout ce qu'ils envoyeront
autant qu'on pourra. le croy
pourtant que vous neferiez, pas mal
de les avertir, quesi on en propose
beaucoup,c'est plutostafin de diverfifier
les matieres pour te plaisir du
Lecteur,qu'afinqueles mesmes écri
ventsur toutes les Propositions. Au
contraire, il seroit à souhaiter que
chacun n*êcrivifi que sur une ou
deux, parce qu'il ne choisiroit les
matieres queselon quellesluyplairoient,
&non pas à cause qu'elles^
auroient estépraposêes. ChaqueParticulierauroit
plus de temps àpolir
l'Ouvragequ'ilentreprendront, &
pourroit lefaire tenir ¡tus-toJl:, car
des trois Mois qui se passent entre
deux Extraordinaires, le dernier
s'employe àl'impression, & on est
cmbanîfê de ce qu'on reçoit plustard
que deux Mois apresqu'un Extraordinaire
a paru On ne laissera
pas defaire tout ce qu'onpourra pour
obliger ceux qui voudront se divertir
à travailler, quandmesme ils
écriroientsurtoutes les Propositions,
On en doit estre persuadé par cet
Extraordinaire, dans lequelon n'a
cherché qu'à obliger le Public,puis
qu'onpeutconnoistreparsagrojflllr
&par la dépense qu'on afaitepour
les Planches qui y sont employées,
quelesfraispassent tout ce qu'on en
urr.d retirer.
le ne puis finir sans vous dire
deux mots touchant les Modes. Le
Printemps est venu,mais il en a
fait paroistrefort peu de nouvelles,
parce qu'il ne nous a point encore
amené les beauxjours. On neporte
presque que les mesmesEtoses qu'on
a portées tout l'Hyver. Ce sont des
Robes de Gros de Tours de plusieurs
sortes de gris, brodées desoye, &
representant plusieurs fleurs au naturel.
Les Dentellessontpresentement
cousuës sur les Jupes, & on
n'yen metplus de volantes. La Broderie
des belles lupes estplate, d--
imite le naturel aussi-bien que celle
des Robes. Il n'y a point de couleurs
à la mode. C'est la fantaisie
qui les, regle. Pour ce qui est des
Robes de chambre, on va d'une extremité
à l'autre, & si on en voit
defortmagnifiques, on en voitaussi
de tres -
negligéeSr On attend les
Etoses nouvelles dans dix ou douze
jours. Iln'en estencorvenu quune*
C'estun Gros de Tours dont lefonds
est rayé en nuance, & onde, avec
de petites mouchetures houpées, pareilles
aux moucheturesque rovvoit
depuis longtempssur les Rubans.
Jly en a det?:'tercottlcurs. Les
Femmesportenttoujoursleurs Manches
fort longues sans Manches de
defioM, Les Habits de printemps
des Hommes, qtfii estoientl'année
passée de Drap gris-blanc,sont cette
année de touteforte de couleurs,
ily a une Etose nouvelle poàreuxr
appellée de la Calabroise marbrée,
dont on dit quele Roy s'estfaitfaire
un Habit. levous en apprendray
davantagedans ma Lettre ordinaire
de ce Mois. lesuis vostre, cre-
AParis,ce15.Avril1679.
Avispourplacer les Figures.
LE Portrait de Madame la Duchesse
de Savoye doit regarder
l'Epistre. - -
Le Cadran Horizontal doit regarder
la page 171.
La Lettre en chiffres doit regarder
la page 17*•
Les Devises doivent regarder la
page 391.
LEs Particuliers des Provincesqui7
voudront avoir le Mercure si-tdfi:,
qu'il fera achevé d'imprimer,n'ont
qu'a donnerleur adresse au Sieur Blageart
Imprimeur Libraire, ayant sa
Boutique dans la Court-Neuve du
Palais, au Dauphin; & ledit Sieur
Blageart aura soinde faire sur l'heure
leurs Pacquets,&de les faire porter
à laPoste, ou aux Messagersqu'ils
luy auront indiquez, sans qu'il leur
en cousteautre choseque le prix ordinaire
des Volumes - qu'ils voudront
avoir.
On prie ceuxqui envoyerontdes
Memoires où il yaura des Noms
propres,d'écrite ces Nomsen caracteres
tres-bien formez&quiimitent
l'impression, s'il se peut, afin qu'on
ne foitplus sujet à s'y tromper.
On prieaussi qu'onmette sur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'on envoyera.
1
On reçoit teut ce qu'on envoye,
Sc110n fait plaisird'envoyer.
Ceuxqui ne trouvent point leurs
Ouvragesdans le Mercure, les doiventchercher
dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne sont dans l'un ny dans l'autre,
ilsne.se doivent pas croire oubliez.
pour cela. Chacun aura son
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis, à moins que lanouvelle
matiere qu'on recevra ne soit
tellement du temps, qu'on ne puillc differer.
On ne fait réponse ,3. personne,
faute de temps.
On ne met pointles Pieces trop
difficilesàlire.
On recevra les Ouvragesde tous
les Royaumes Etrangers, & on proposera
leurs Questions..
Si les Etrangers envoyent quelquesRelations
deFestes ou de Galanteries
qui se feront passées chez
eux,onles mettradansles Extraordinaires.
On prie qu'onaffranchisse les
Ports de Lettres, &qu'on les adresse
toûjours chez ledit Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire,Ruë S.Jaçques
àl' entrée de la Ruë du Plastre,
On ne met point d'Histoires qui
puissentblesser la modestie des Dames,
ou desobliger les Particuliers
par quelques traits satyriques.
On abeaucoup de Chantons. Elles
auront toutes leur tour, si on apprend
qu'elles n'ayent pas esté chantées.
C'est pourquoy si ceuxpar qui elles
ont esté faites veulent qu'on s'en serve,
ils les doivent garder sans les
chanter & sans en donner de copie
Qualité de la reconnaissance optique de caractères