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1678, 10, t. 4 (Extraordinaire)
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406
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Texte
EXTRAORDINAIRE I)VMERCVRE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1671-
DEDIE' AU ROY.
TO ME ITr.
A PARIS.
AV PALAIS
A PARIS, ,-
Chez GUILLAUME DE LUYNE, auPalais,
dans la Salledes Merciers, à la Justise.
(EhexCLAUDEBLAGRAPT,RuëS.I,&eques
à l'entrée de la Ruë du Plâtre,
Etensa Boutique Court-N^uveAuLPjiais^'
AU DAUPHIN. -
THEODORE GIRARD, dans la Gcaiyifr
Salle, à l'Envie,
; M. D. LIX.
PEC PRIVILEGE DV ROY.
Extrait du Privilege du W0y. pAr Grace & Privilege du Roy, Donné à.
S. Germain en Laye le 31Decembre 1677.
Signé,Parle Royen son Conseil, JUNQUIERE.
Ilest permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faireimprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT, presenté à Monseigneur
LE DAUPHIN,& tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & espace de
sixannées, à compter du jour que chacun desd.
Volumes feraachevé d'imprimerpour lapremierefois
: Comme aussidefenses sont faites
à tous Libraires,Imprimeurs, Graveurs & 2u. tre,d'imprimes,graver&debiter ledit Livre
sans le consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece,ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre separément,&
de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, &
confiscationdes Exemplaires contrefaits, ainsi
que plus au long il estporté audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communautéle 5. Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
-'8, cedé & transporté son droit de Privilege à
C.Blageart, Imprimeur-Libraire, pour en
joüir suivant l'accord fait entr'eux.
Alcehev1êd4'im.pJrimaenr pvouir lea prr1em6ièr7ef9oi.s
Avis pourplacerlesFigures.
LA Figure dans laquelle l'Epistre
au Roy est gravée
,
doit estre au
devant dela premiere Page de la matiere.
La Pallas quitient un Bouclier, doit
regarder la Page 155.
La Figure où font les Revers de
Medailles,doit regarder la Page H-?--
EXTRAORDINAIRE
DU MERCVRE
GALANT.
QUARTIER D'OCTOBRE 1678.
TOME IV.
E ne vous diray rien,
Madame,pour vous
préparer au plaisir
que vous devezrecevoir
de ce Quatrième Extraordinaire.
Ilsuffit que vous vous si"-
veniez qu'il est composé des Ouvrages
de quantité de Gens d'esprit
qui mont fait la grâce de me les
envoyer & de Paria (7 des Provinces,&
queje n'y ay aucune part
que celle de vous en faire un Recueil.
le commence p ar ce qu'on
mafaitvoir écritsur leMercure
d'Octobre.
IAttendois le Mercure avec impatience.
Z*afeirott à le voir dans toutson evjoûment
;
Ilvient m'entretenir; helas! siJesi
présence
Me donne de contentement!
Ilneparleplus de vacarmes, Iléloigne le bruit des Armes,
îl renonce aux Çombatspour annoncer laPaix.
LeplusgrandPrince de la Terre
La donne à FVnhçers pour combler
nossouhaits,
Apres alfiir esté le foudre de la
Guerre.
Les Muses de Soijjonsengoûtentles
douceurs,
Et l'on NJpeut jugerpar leurgalant
IdyUe.
La nettetédes Vers, <p* l'agrément
dustile,
Font voir que leur ouvrage est celuv
des NeufSoeurs.
Toutes les Muses heroïques
Accompagnent LOVIS dans les peftins
tragiques
Qutlafait ressentiràsesfiers ennemis
;
Etcelles dont l'espritestdoux (y*- cifique,
Chantent ce Prince magnifique
S™sefait unplaisir d'estre de
Amis. leurs
L'Ombre de Charles -Quint se fait
argez, connoistre,
Elleestd'un belEspritlechefd'oeuvre
achevé;
Iamais rien nefut mieux trouvé,
Etfatnais fiction ne mérita mieux
d'estre.
Vinfidélité'des l^uijpaux
Est naturellement écrite,
Et jeqcruaiinsttàelaf,in que Tyrcis ne me
S'ilcontinuëà boiredeleurs edàvx.
Les Lettres qu'on écritsurl'Enigme
eufigure,
Meprédisent ce changement.
Silaprédictionsemble estre une ayantur,
Ilfautvous la prouver, écoutez un
moment.
Memnon * figure mon Amant.
Pourveu que la lumiere dure, Ilmarquerafidellement.
* Le Cadran Solaire.
Mais la* ! sipar malheur quelque
nüagesombre
Obscurcit le Soleil, le couvre deson
ombre,
Memnonperdrason 1ÍIolI"emeflt
Tout de mesmede mon Amant.
FREDINIE,de Pontoise.
Les Pieces quisuivent portent
leur recommandation par ellesmesmes,&
jen'ay point à prévenir
vostrejugement en leurfaveur.
A MADEMOISELLE
D. B.
Enluy envoyant un petitAmour
de cire aux Etrennes. NE refusez pas à ce petit
Amour, belle Iris, laretraite
qu'il va chercher dans
votreMaison. Il y auroit de
la cruauté de le laisser morfondre
à vostre porte ,
luy qui va
tout nud, & dans un temps où
lesmieux fourrez ont bien de la
peine à se garantirdu froid. Au
restec'estl'Hoste du monde le
plus agréable & le moins incommode.
Ilnevouscouftera
guére à nourrir. Il ne vit que
de carresses, de baisers, de petits
mots tendres,d'esperance, fie
mesme quelquefois de soûpirs.
quoy que ce foit une viande
assez creuse pour luy. Quand
vous ferez mélancholique, il
fçaura le moyen de vous égayer.
Il vous dira cent jolies choses.
Il enferaencor deplusplaisantes,
comme de fauter dans Ton
Arc,avec uneadresse qui n'est
pas moindre que celle de ces
Singes qui fautent dans un cerceau
àla Foire Saint Germain.
Ilferaaussi des tours de passepasse,
& il joüera des Gobelets
dans son Carquois qui luy sert
deGibeciere. Il occupe si pen
de place, que vous pourrez le
loger avec tout son équipage
dansun Cabinet d'Allemagne,
& son A partement fera assez
spacieux Si assez commode,
pourveuqu'il ait un demypied
de tour. Ah croyez moy, belle
Iris,c'est un avantage trèsgrand
d'avoir ainsi un Amour
à ses gages; & sur tout une Personne
qui comme vous, veut
donner de l'amour à tout le
monde sans en prendre, a bien
besoin qu'un Amour dépende
d'elle, car autrement l'Amour
ne l'épargneroit pas: mais il
n'ose rien entreprendre sur sa
Bienfaitrice. Vous pouvez jlh.,
ger de là, que je vous fais un
present qui pourra m'estre funeste,
puis qu'ayant cet Amour
sous vostre puissance
, vous luy
commanderez ce qu'il vous
plaira, & que j'ay tout sujet
d'estre persuadé que vous ne
luy commanderez rien à monprofit.
Il n'osera vous desobeïr
dans la crainte que vous ne le
faissiez jeûner, ou que vous ne
luy retranchiez les douceurs,
dont il a accoutumé de se
nourrir. Tout ce que j'espere
donc en cette occasion,estque
considerant quelquefoisles petits
services qu'il vous rendra,
vous vous souviendrez peutestre
que celuy qui vous l'a
donné est vostre, &c.
ALCIDON,
EDIT
DE L'AMOURLAmourMaitredel'Univers,
Parlagrâce dela Nature,
A tous ceuxquiliront cesyers,
Salut&galante avanture.
7-ofit lemonde connoistassez,
Sans qu'ilsoit besoin de le dire,
Les abus quifef,,ntgleez.
Endiverslieux de notre Empire.
Nous a\cn$drferéantfbts-
'.D'y remedierpar nos Loix,
TaJitoJlperfuade^ qu'aumilieu des*
ailarmes,
Du tumulte,&du bruit des armes,
On n'entendroitpas notre -Yoie,
Et tantot occupez * vaincrepar nos
bllrmtS,
Certains coeurs refusans de nouspayer
nos droits.
Maisparce quesurtout en France,
Comme dans le Climat que noua aimons
leplus,
et l'ordinaire lieu de notre téfîdence
Ihtous est importantderegler ces aJ,w,
Quayoit des derniers temps introduit
la licence;
Apres quependantplusieurs jours
Nousavons eufil" cette ajfaire
Uayi* de Ve'nut notre Mt,,,.
Etde nos Freres les Amours;
Enfin dans notre Çou?plenieret
Séant avec les leux, les Grâces c?*
les 7(â%
Nous avons reglé la maniere
Dontnous voulons qu'on aime en l'empire
des Lys.
-
I.
Çeluy qu'auront charmé les attraits
d-amBelle,
Devra pour observer quelque forme
avec elley
Faireparlerses soins d/tns les commencement
Mais s'il veut qu'onréponde àson
ardeur extrême,
Ilsn'en parlerontpas longtemps,
Sans qu'il enparle aussi luymesme,
11.
S'abandonner à la longueur
Dans une passionnaissante,
Ejf un moyen mal-propre à s'introduire
au coeur s Lajoye estplusinsinuante.
C'estpourquoy nous Voulonsqueles
nouveaux Amans,
Malgrélaregle des Romans,
Prennentdésormais cette Voye.
Mais lors que de leurssoins ilsverront
qu'onfait cas
Certains alors de ne déplairepas,
Qu'ilsfassentsucceder la langueur à
la joye;
Qu'ilsfassent entrevoir quelques chagrinslégers
Enfinqu'ilsparlent, Cr quon ersye*
£>u'ilsneparlent point auxl^ocbcrs.' III.
Ld coâtume d'ecrire autrefois établit
PIIIr quelques timides Amans,
Quin'osoient teste-à-teste avoit leurs
tourmens,
Nousvoulosdeformatsquellefoitabolie,
Quandd'une vainepeur un Amant
alarmé
JS^oJè dire enface 'lu'iltltime, Iltrahitson devoir, ilsetrahit luymif",!,
Et n'estpasdigned'estreaimé.
IV.
Cenesont ny lessoins, ny le ,.ejfdextreme,
Ny lessoûpirs nylespleursmesme,
guifont croire quon estAmant :
Pourbienpersuader qu'on aime, Ilnefaut qu'aimerseulement.
v.
2>urefleon ne doitpass'attendre
&uc vous nous arrestions à vouloir
éclaircir
Comm il faut déclarer unepassion
tendre;
On auroit plus de peine à riy pas
rèüssir,
Qu'on rienauroit à s'ybien prendre.
Qui* ce point donc chacun suiveson,
propresens,
Assurépar l'Amourluy-mesme,
!¿tI'ilest bien mal.aise de dire que l'on
aime,
et de le dire à contretemps.
VI.
Si l'aveu qu'unAmant aurafaitde
sa flâme
Fdcbe^ ousemblefâchersaDamet
Qu'il témoigné en avoir une extrême
douleur,
Jvlais qu'ensoname illa modéré,
Comme il doitjugerqu'enson coeur
Ellemodérésa coere.
VII.
Ce n'estpas toutefois qu'ilfaille que l'Amant
AitSipeu de chagrin du couroux de
sa :PeIle,
Qu'ilse montre insensible àce qui
viendrad'elle,
Soitfierté,soit déguisement.
Se vouloirappliquer à faire une COHquejief,,
Etgarder toutesafroideur, *
C'estavoir bienplutost un desseindam
latefte^
fJ.!!'unepassion dans le coeur. VIII.
Quil luy témoignédoncqu'ilsefait
unsuplice
Desa moindrefroideur,deson moindre
caprice,
Sequ'ilcraintsa colere à l'égal du
trépas,
Maisquequelquefoisilagissè
Comme s'il ne la craignaitpas.
C'estune maxime eternelle

Onsefassetoujours un souverainbonbeur
:Pc la conqueste qu'onafaite
Vn Ennemy ou'ona réduit,
Donnesansdoute de lagloire;
Mais en vain on remporte une illustre
victoire,
Sipar sa négligence on en corrompt
lesiuit.
XI.
Quelque bien qu'opuisse estre <*Yecque saMaistresse,
Nous voulonsque l'ongarde un certain
procédé
Plein desoin, de délicatesset
Où toûjours avec la tendresse
Le respectsoit accommodé.
C'estparlà qu'un Amant dans lecoeur
s'insimeè,
Etc'estaussi pArI; qu'ilfaut qu'il
continue,
S'ilne veut que hientost on cessede
l'aimer.
Veut on d'tlll bel Objet entretenir la
flame?
Ilfaut la nourrir dansson ame
Par les mesmesmoyens qui sçeurent ,.""lilnlr.
XII.
A*(fifourexciter toutlemorde à-hien faire,
Nous desavotions hautement
Toute especed'attachement
Qui n'aura pointce cara&cre.
Lors que la Maistressecr l'Amant
Tombentdanslerelâchement
7YlltU bontense nonchalance,
Ou que leseul emportement
AféJ1'1II¿leur intelligence,
Alorspourparlerproprement
Du commerce qu'ils ont enffctmlrbhl!ee,,
Ce-n'eafJtJpflèums ebnUeyffetl'Amour qui les
Ce n'estqu'unsol amusement.
XIII.
S'ilfaut quun Démestésurvieme,
Comme il ne manquera jamais,
Quetoûjours l'Amant sesouvinne
Dechercher le premieràrefairesapasje.
On peut oupar dépit, ou par délicatesse,
Contre les autres Gens tenir jufya"
la mort;
MIIÑ ilfaut contresa Maistresse
Croire toujours que l'on a tort.
XIV.
Souventpourréchaufferuneardeur
languissante,
Vnpeu d'abfèncefaitgrandbien;
iïiaû lors qu'elle est trop longue, ou
devient tropfrequente,
Le remede alors ne faut rien.
Enfinpour dire davantage,
Il estdangereuxd'estreabsent,
Car ilestplus d'un coeurvolage,
Quipareil au miroir, ne conserve
l'image
Quetantque l'Objetestpresent.
XV.
Commesouvent lajalousie
Tl'OII¡'/e de nos Sujets la Paix&le
bonheur,
Etque nousn'avons rien qui nousfoit
plus àcoeur
Que debienassurer la douceur de leur
vie,
Nous leur recommandons à tous
'P'é.,itr/jlfil'ellt,de devenirjdloux.
C'est toutce quenouspouvons dire,
Car enfin /J.tÚfis que pouvoir ordonner,
Si loindavoirquelquechose àprescrire,
Nous nesçavonspas mesme un conseil àdonner?
XVI.
Si quelqu'un bien traitédes Belles
Faitdesfaveurs qu'ilobtientd'elles
Un trophéeàsa vanité,
Qiul'inlsoeit par toutsimaltraité, trouveque des cruelles.
Publier les bienfaitsqu'on reçoit de
quelqu'un,
C'est,suivant 1-uldge commun,
De la reconnoissance une marque tresclaire;
Enamour, c'est une autre eaire,
On lafait mieuxparoistre à les dissimuter.
Enfin l'ingratitude 11 ailleursàptaire,
En amour elle està parler.
XVII.
Ceuxquijoüant la Comédie
Sous le personnage d'Amans,
En tous lieux content des tourment
Qu'ils n'ont ressentis de leur Vie,
ont encouru par là nostre couroux
entier,
Et nousvoulonsqu'enconséquence
Tous nos Sujetsquisont en France
Leur courentsussans nulquartier.
XVIII.
Les Graces, ces Filles charmantes,
S'estant plaintes à nous que depuis
deux mille ans
Les Poëtes (j* les Amans
Ensontd'éternelles Suivantes:
NOJls) considerant meûrement
Quesans elles rien nepeutplaire,
1Etyme nous neregnons queparleur
ministere,
Mbus defendonsexpressément.
Atout Poëte,a tout Amanty
De les traiter jamais,d'une telle manierée,
Ettaxions que doresnavant,
Au lieu de demeurerderriere,
Ellespassenttoûjours devant.
X I X.
Nous Voulons que ces Ordonnances,
Reglemens, Statuts, (7" Defences,
S'observent desormaisdansl''Empire
François,
-
Comme d'inviolables Loix,
Sansqu'onpuisse aller au contraires
Car tel est nostrebonplaisir.
Quesi quelqu'un trop temeraire
Contrevientà nostre desir,
Pourvoirson audacesuivie
Du plus grand chastiment quipuisse
estre exprimé,
Qu'ilsoitAmant toutesaVie,
Etqu'ilnesoitjamais aimé.
FICTION
SUR L'ORIGINE DE
l'Horloge de Sable, traitée
par mêtamorphose.
A MADEMOISELLE ***
~SUr les bords de la Mer Egée,
assez proche dela Villed'Athenes
qui estoit alors troub* lIél e
de factions populaires, Psammette,
jeune Seigneur d"tin
grand mérite,&d'un génie aussi
subtil qu'il en fut jamais, s'éstoit
fait une paisible retraite
d'une Maisonde Campagne,où
l'étude des merveilles de la Nature
faisoit sa principale occu
pation. Lorsqu'il y penioit le
moins,uneaffairedeladerniere
importance le tira de son cher
Desert,& l'obligea d'allerà
Athenes. CommetoutSolitaire
qu'il estoit il n'avoit rien de sauvage,
& qu'au contraire il
estoit civil & commode,il vescut
à laVille comme y doit vivre
un galant Homme; 8c quand
ses affaires luy en donnoient le
loisir,il voyoit tout ce qui méritoitd'estreveu.
Ilyavoitalors
à Athenes deux Nimphes qui
effaçoient toutes les autres.
Leur esprit répondoit à leur
beauté; elles avoient un extrême
brillant, & unemerveilleuse
délicatesse,& cependant elles
estoientsi sinceres,qu'onvoyoit,
pourainsi dire, tout ce qui se
passoitdans leur coeur: mais ce'
qui estoit extraordinairemenft
surprenant &, nnvéritable prodige,
c'est qu'ellesTe ressènibloient
siparfaitement de traies,
deteint, deraille,de maniérés,
d'esprit& d'humeur, que les
Siecles passez n'ont jamais veu,.
ny la Pofleriré ne verra peutestrejamais,
une ressemblancesi
achevée. L'une s'appeloit Lamprose,&
l'autre Phanerie. Psammettelesvid
pour la premiere
fois toutes deuxensemble. 11
fut surpris & charmé, & il les
aima dés ce moment autant
que l'on peut aimer, mais également,
& sans plus de panchant
pourl'une que pour l'autre. Il
leur témoigna sa passion avec
les mesmes ardeurs, &leurrendit
dit les mesmes services & les
mesmes affiduirez. Les Nimpheide
leur cette eurent pour
luy toute l'estime qu'il pouvoit
desirer, & il fut assez heureux
pour s'appercevoir dans la
fuite, que cette estime estoit
quelque chose déplus fort que
ce qu'on fent pour les Gens
qu'onnefait simplement qu'estimer.
Vn jour qu'il vouloit
entretenir Lamprofe de son
amour) elle l'interrompit en
luy reprochant qu'il en eontoit -
tout autant àPhanerie. Estant
vertueux & sincere, il n'eue
garde de le nier. Je ne pretens,
luy dit-il en vous aimant l'une
& l'autre, que l'honneur de
vous servir, & cependant j'atr
telle les Dieux qu'il n'y eut jamais
d'amour ny plus ardent,
ny plus tendre que le mien. Je
ne voyentre vous aucune raison
de préférence j mais tout ce
queje voy m'entraîneneceffairement
vers toutes deux, &je
sens bien que j'yferay éternellement
6c également attaché,
6c queje ne Leray jamais à pas
une autre. A bien conliderer
les choses, poursuivit-il,ce n'est:
point un partage. C'est n'aimer
qu'un mesme objet. Ainsi ne
condamnez point un procédé,
qui par une merveille aussi
étrange quevostre parfaiterefsemblance,
est en moy tout à la
foisuneffort d'amour,d'équité
& de raison, & apres tout un
decret inviolable des Dieux imtportels,
JUroprofe ne répondità
ce discours de psammete
que par quelques soûpirs.Quelque
temps apres Phanerie luy
ayant fait le mesme reproche, il
luy fit aussi le mesme aveu. La
jalousie augmentoit cependant
au coeur de nos Belles, &un
jour qu'ils estoient tous trois
ensemble, & que Pfammece
agissoit avec la mesme égalitéj
Mais Pfammete) luy dit Phanerie,
vous voyez que l'une ôc
l'autre nous ne manquons pas
d'Amans, quinonobftant cette
ressemblance dont vous prétendez
fairevaloir vos raisons, s'attachent
feulement à l'une de
nous sans qu'ils s'adredent jamais
à l'autre. Ce que vous me
dites, reponditPfammete, n'a
rien qui décruife mes rairons,
au contraire c'cft ce qui me
juflifie entièrement. La détermination
de ces Amans vous
fait autant d'injure que mon
égalitévous rend dejuftice. Ils
vous distinguent parce qu'ils ne
voyent en l'une ou enl'autre
qu'une partie de vos grandes
qualirez, & qu'elles ne font
impression sur eux qu'à leur maniere,
c'est à diretres-imparfaitcment.
Il y en a beaucoup qui
leur échapentjainsi vous devez
croire que ce qu'ils reconnoiffent
en l'une, ils le trouvent à
dire en l'autre; mais s'ils
voyoientroutes vos perfections
commeje les voy ,
il faudroit de
necessïté qu'ils siflent tout ce
que je fais. Ces trois Illustres
Ferfonnes estoient de belles Se
de grandes Ames qui agissoient
de bonne.foy, & qui se rendoient
sans peine à la raison
) ce
qui fit que la fidelle égalité de
Pfammete ne fut plus contredite,
6c que les Nimphes s' y
accoutumèrent.Decetteforte
ils vivoient assez heureux dans
une intelligence qui leurfaifoit
gourer une partie des plus solides
plaisirs de l'amour, sans en
ressentir jamais les cha grins,
lors que le Peuple d'Athenes
fevitmalheureufement partagé
en deux faâ:ions,ausquelles toutes
les autres s'estoient réUnies.
LaMaison de Lamprofeeftoic
dans l'une,8c celle de Phanerie
dans l'autre. Il arriva que la
premiere de ces Facftions emportaledessusenpeu
detemps,
Quecroyez-vous que fit Pfam
mete dans une si embaraflante
occasion? Une chosequi vous
surprendra sans.dout. Il ne
hesita pas un moment à se précipiter,
pour ainsi dire) vers
Phanerie, & à luy tenir compagnie
tres-fïdelle. Lamprofe
en fut touchée, & ne put s'empefcherde
luy en témoigner du
dépit. Pfammete avec son ingénuité
ordinaire, luy donna
encor,ou du moins prétendit luy
donner de bonnes raisons. Vous
sçavez, luy dit-il, que les Loix
de Solon defendent ab[olu'#
.!l'lent de demeurer neutre, &
nous obligent indifpenfableinent
à prendre party dans de
pareilles occasions. Ce que je
fais n'en cft pourtant qu'une
limple démôftration,mon coeur
est roûjours également à vous
deux, & vousvoyez mesme que
pour ce qui est de vous je ne vous
pers jamais de veuë, jenedonne
ma presence & mes foins apparens
à Phanerie plutostqu'à
vous, que parce qu'elle est aujourd'huy
dans l'abatement Se
dans l'afflidion. Ce seul point
d'inégalité qui est prefentemenc
entre l'une & l'autre, & qui ne
change rien de tout ce quevous
estes par vous mesmes, est la
raison de la mienne qui ne fait
aussi aucun changement au dedans
de moy j & enfin ces foins
exterieurs font si peu de chose,
que vostre gloire& vostre élévation
vous en doivent consoler
derefte. A ce compte-là, rcpondit
Lamprofe, .l'onnepourroit
donc esperer le retour de
cette presence & de Tes soins,"
que par une révolution qui me.
mettroità la placedePhanerie.
& elle à la mienne? Cela pourroitbienestre,
répondit-il
,
&
je vous prie d'attendre au moinsjusques-
là à me condamnerd'inconstance.
Latendressedenos
Nimphes pour Pfammete leur
faisoit preferer son amour à tous
les avantages de la fortune.
C'efi: pourquoy ce discours donna
de la crainte à Phanerie, &
de l'esperance à Lamprofe.
L'effet suivit bien. tost aprèsj &
comme la Fanion humiliée vinc
à l'emporter à son tour sur celle
qui avoit prévalu d'abord
,
Se
que ces révolutions arrivèrent
ensuite plusieurs fois, Pfammete
fit toujours compagnie à
celle des deux qui se trouvoit
dansleparty inferieur. Detels
changemens estant toujours
l'effet de la confiante égalité
de Pfaninicte1, Lamprofe &
Phanerie k1y rendirent juflice,
èctémoignèrentd'estre fatisfaites
de luy sur ce point; mais
cequi leur tenoit au coeur eftoic
cette précipitation à faire retraite;
elleiiiarquoitàleursens
de la dureté; elles avoient,comme
je vous l'ay dit, beaucoup de
délicatesse, & elles eftoienr
pour les longs Adieux. Pfammete
de son cofté n'avoit pas
peu de chagrin de celuy que
causoità de si cheres perfonncs,,
cettefatalité par laquelle il i&
ièntoit entraîne dans ces fortes
de rencontres. Le déplaifii
qu'ils eurenc des malheurs continuels
de leur Patrie, les fit réfoudre
tous trois d'avoir recours
aux Dieux, & de remettre leurs
deftinces entre leurs mains. Ils
allèrent pour cet effet à un petit
Temple qui n'estoit 'pas éloigné,
& qui comme beaucoup
d'autres, mesme comme celuy
de Delphes, n'eftoic en ce
temps-là qu'unepetite Hutts
de feuillée & de bois, consacrés
aux Divinicezdeslieux. Celuycy
estoit dedié à Minerve deaux
Heures., Pfammete, comme
vous pouvez-bienpenser, ytalla
de compagnie avec celle des
deuxNimphes qui n'estoitpas
clt la Faction dominante. Ils
firentleurs prieres avecardeur,
& voicy comme il plût aux
Déesses d'en disposer. Pfammete
fut insensiblement changé
en Sable, & les deux Nimphesendeux
Urnes de Cristal,
chacun retenant ainsi quelquesunes
des qualitez qu'ils avoient
eües pendant leur vie. Lepetit
Templemesmedoucement détaché&
réduit a une juste proportion,
fut abandonné à ces
Illustres Métamorphosezen récompense
de leur vertu & de
leur pieté, celledes Athéniens
en ayantdéjà preparé un plus
solide ànos Déesses,lesquelles
pouravoir fait ce don,nelaisfent
pas d'y présider encor, puis
que les Heures y rendent leurs
Oracles à l'honneur de la Sagesse
& de la Science. Cette
vicissitude à laquelle nostre
Héros & nos Heroïnesavoient
estésujets, semblaà ces mesmes
Déesses quelques chose de si
rare, qu'elles ne voulurent point
la faire cesser:mais faisant reflection
sur le déplaisir de Lamprose
& de Phanerie au sujet du
trop prompt départ de PÚUTImete,
elles luy reglerent un
temps certain pour faire ses
Adieux. L'utilité qui revient de
la connoissance de cet espace
de temps, est le prix dont ils reconnoissent
celuy de qui la main
favorable& officieuse,seporte

à les consoler tous trois par de
reciproques retours; & quoy
qu'il arrive quelquefois que
l'une des Nimphes possede
longtemps Psammete
,
il est
toujours vray qu'un revers qui
ne manque pas d'arriverdonne
le mesmeavantageàl'autre. De
forte que tout bien compensé,
il se trouve que les équitantes
Déesses ont eu foin demaintenir
l'égalité que Psammete
avoit si fidellement observée.
Je souhaite, Mademoiselle,que
cette Fable puisse vous plaire;
que s'il vous restoit quelque
scrupule sur la bonté des raisons
de Psammete, songez s'il vous
plaistà cet Illustre Amant qui
s'est enfin acquis un droit legitime
sur vostre coeur, &rendez
graces au Ciel de ce qu'avec
- tant de perfections il ne vous a
point donné de semblable, &c.
Cette Fable est de Mr Gardien,
Secretaire duRoy. Mr le MarquisdeVienneduComté
de Tonnerre,
afait le premier des deux
Sonnets quilasuivent. L'autre est
de l'Hermite de Sinceny proche
Chauny.
SONNET
MAlgrémesvoeux &messermens,
Iris,jesuis prestà me rendre;
Amarillis veut entreprendre
Vt voler un de vos Amans*
Sur mon coeur dans quelques momens
Vous n'aurezplus droit deprétendre:
Sans yous ilnepeutsedefendre
Contre des appassi charmans.
En vainpour vous estrefidelle
Il tâcheàresister contr'elle
Toute laconstances'abat,
Ivtaissipoursoûtenirsagloire
Vous YOItS meslez dans le combat,
Jevous répons de la "victoire.
SUR L'INDIFERENCE.
SONNET.
TOut m'estindiférent,rienneme
touche plus.
I,ddorolk autrefois les heautez de
Silvie,
Bacchus mesçieut oster cette amoureuse
envie,
Maisjefuis maintenant çr l'Amour
Bacchus.
k trouve dans les Vers un langage
confus,
La Dance me déplaist, la Mttflque
m'ennuye,
II Chasse est un travail incommode
à ma vie,
Et le Coursny le Ieu ne mesontpas
connus.
De monsort, cher Damon, soy les divers
caprices,
Qui ne me laisseplusicy bas dedelices;
La seule Indiférence a droit de me
charmer.
Mais que dis-je? ô l'êtat 0" bizarre
&pénible!
Je nepuis pas pour elle estre mesme
sensible,
S'ilfautpourelle encormerésoudre
d'aimer.
FESTE
GALANTE.
A Rheims.
JE n'eus pas plûtost reçeu
vostre dernier Extraordinaire,
que j•'akil«lay rendre une visr»ite
à Madame de Apres les premiers
complimens je luy prefentay
vostre Livre. Elle l'ouvrit,
Se tomba sur la Feste galante
que vous proposez. Le
desseinluyenplût. Elle témoigna
mesme qu'elle vouloiry
travailler; si- bien que le lende-
~main retournantchez elle, elle
me lût ce qu'elle avoit écrit sur
cette matiere. J'obtins d'elle
la permission d'emporter son
Papier, &d'entranscrirecequi
fuit.
Tandis que tout le monde
estoit attentif à ce que la Renommée
publioit touchantles
derniersExploits de nostre Invincible
Monarque,l'Amour
s'affligeoit de ce qu'on n'en devoit
pas esperer si-tost la Paix. Il
la vit pourtant quelque-temps
apres, lors qu'une Jumiere fut
assez forte pour penetrer son
bandeau. Il voulutsçavoir d'où
partoit cette lumiere. Il leva
ce voile qui luy cache les yeux,
& reconnut la Paix. Aussi-tost
transporté de joye il vola vers
elle. Ill'aborda au milieu
acclamations publiques, &en
suiteilla conduisitdans un Palais
enchanté. N'endoutez
point, luydit-il,jen'ay pas
moins dejoyede vostre arrivée,
que les Mortels en peuvent
avoir. Si vous l'agréez,je fignaleray
le plaisir que j'en
ressenspar une Feste où j'inviteraytouteslesDivinitez.
La
Paix ayant témoigne y consentir,
l'Amour ordonna à des
Zéphirs d'aller prier les Dieux
de se trouverauxdivertissemens
qu'il préparoic, & employa le
reste de sa fuite tant à ajoûter
de nouveaux ornemens à son
Palais, &àle rendre pompeux
& brillant, qu'à accommoder
un Festin propre& magnifique.
Les Zéphirs s'estant acquitez
des ordres qu'ils avoient reçeus,
assurerent l'Amour que pasune
des Divinitez ne manqueraità
se rendre à la Feste
,
à l'exception
de Mars&dela Gloire. Ils
disoient que la Gloire s'en defendoit
sur ce qu'elle n'abandonnepoint
Louis LEGRAND,
&que Marss'estantretiréavec
Discorde dans le Palais de
l'Envie, estoit résoluàn'en
point forcir. Ce Dieu de la
Guerre, ajoûterent lesZéphirs,
esttellement chagrin de ce que
son regne se passe, qu'il n-eltplus
capable que d'estre un
Troublefeste. L'Amour content
de n'avoir rien à desirer
davantage, se disposa àrecevoir
les Dieux aurant bien qu'illuy
seroitpossible. Dés qu'ils furent
arrivez il commanda qu'on servist
sur Table de l'Ambrosie
déguisée de plusieursmanieres.
Tout y estoit régulier. Il n'y
avoit qu'une choseoù l'Amour
nedémentirpoint soncaractere,
& montra que comme un Enfant
il luy échape toujours de
badiner. Il s'estoitplûà donner
à Jupiter & à Junon des Fauteüils
de couleur de Prince; à
Cybelle, un de feüille
- morte;
à Saturne, un de couleur de
Ciel; à la Paix, un de couleur
d'Olive. plutusestoitleseulqui
en avoit un de drap d'or. Cerés
en avoit un de couleur de paille;
Neptune un de couleur perse; la
Fortuneunde couleur de gorge
de Pigeon. Le blanc estoit pour
la Vertu; le-bigarré pour Mer
cure; Bacchus avoit le rouge;
Pluton & Proserine le noir;
Vulcainlejaune; Apollon une
couleur tirat surl'orpâle;Pan&
Diane lacouleurdebois;Vénus
le gris de perle,Momus un Broccard
de lacouleur de son Bonnet,
c'estàdire de couleurverte,
& l'Amour s'estoit reservé la
couleur de chair. Quant au
Dieu Termes ilestoit debout à
l'extremitédela Table, fieSi*,
lene avoit sa place au Busser.
Aussitost qu'on futassis, Momus
remarqua que Mars estoit
absent. Il nous manque aujourd'huy,
disoit-il, un Rodomont
qui n'arien que de fier, & qui
est ennemy de la joye. Jupiter
voyantqueVulcain vouloir enchérirsurcequeMomus
a?a
çoit, & que cela iroit trop loin,
prit le party de Mars, & soûtint.
qu'on ne pouvoir trop estimer
un Dieu qui avoit rendu Louis
LE GRAND si glorieux, puis
que la Fortune elle-mesme
avouëroirqu'elle n'aeu aucune
part aux Actions de ce Héros,
que tout estoit dû à ses belles
qualitez. Jupiter ajoûtoit à
cela, que comme il ne se faisoit
pas toujours connoiflre aux
Hommes par son Tonnerre
ainsi ce Conquérant qui est né
pour la Paix aussi bien que pour
la Guerre, sesignaleroit autant
à l'avenir par sa clemence, que
jusqu'à-present il s'estoit signalé
parsa valeur; & puis montrant
que l'Aigle Impériale, dans
l'impossibilitéde nuireelleseule
aux Lys, feroit bien-tost contrainte
de recevoir la Paix, il
adressoit ces Vers au Roy.
lUufitre Conquérant, dont la brillante,
glore
jL des plus grandsHéros effacé la
mémoire,
Cette charmante Paix qu'on reçoit de
ta main, j
Désormais te rendral'amour du Genre
humain, -
Malgré les vains efforts d'un impuissant
Swpire.
C'estpeu qu'ilsoit encor l'ennemy de
tes Lys; .,e-
Il.!!-epeut. il,sison Aigle,&safil/dre"
&sonire,
Manquent d'un Tupiter, ou plutojc^
d'unLOVIS? 1*
Toute l'Assemblée s'étendit
ensuite sur l'Eloge du Roy,jusqu'à
ce qu'on defervit l' Ambroisie,
brosse,&que la Paixvuida les
fruits de sa Corne d'abondance.
Chaque Dieu en prit sa part,&
Jupiter se récria qu'il y avoit
lieu de dire qu'ilsestoientobligezà
ce grand Monarque, de ce
qu'euxmesmes goûtoient les
fruits de la Paix, & quedésormais
le Ciel & la Terre tiendroient
de luy leur feliciré.
Quelque-temps apres les Dieux
se leverent de table,& passerent
dansunSalonoù les Musesqui
y avoient esté conduites par
Apollon,donnerent un Concert
d'Instrumensqui suttrouvé
admirable. l'Echos'estant multiplié
en mille endroits du Palais,
contribuoit à rendre le
Concertplus beau & plus divin.
Apollon se distinguoit par 1$
douce harmonie de son Luth
Enfin les Dieux tomberent
d'accord qu'ilsn'avoientjamais
rien entendu de si mélodieux.
Apollon peu satisfaitde ce premier
divertissement, voulut encor
donner celuy de la danse à l'Assemblée.Ilsemitàlateste
des Muses, & selon sa coûtume
il dansa avec elles en rond
,
c'est
à dire qu'il commença fbs Branles
au son du Flageolet,du
Hautbois, de la Flute douce,
&delaMusete, dont jouoient
Pan, les Sylvains, & les Faunes.
Lors que les Branles furent
finis, les Zéphirs originaires
d'Espagne., danserent la Sarabande
avec une grace sans
égale. Audivertissementdela.
Danse succeda un Opéra,qui
avoir pour sujet, l'UniondesTitans
contre le Ciel; mais l'Amour
avoit changé la fin de
cette Fable,carles Titans atrlî.
rcz de leur perte,y demandoient
grâce à Jupiter,&l'obtenoient.
C'estoit afin que l'application
en fustplus juste aux Puissances
de l'Europe liguées contre
la France, lesquelles reconnoissant
que si la Guerre continuoit,
leur ruine seroitcertaine,
se trouvant heureuses de recevoir
la Paix desmainsde Louis
LE GRAND. La Simphonie de
cet Opéra ne pouvoitestreque
surprenante
,
puis que des Sireines
que Vénus avoit envoyées
à son Fils, y chantoient.
&. que l'Amourestant de tout
Païs, avoit à son service des
Zéphirs de chaque endroit où
l'on excele à joüer de quelque
Instrument; Car c'estoit un
Zéphir Italien qui y joüoit de
la Guitarre; un Espagnol, des
Cassagneres ; un Turc, de la
Flure-douce;un Allemand, de
la Trompete; unAnglois,de
la Viole; un Ecossois ,de la
Cornemuse; un Irlandois,de
la Harpe; un Basque, du Ta nbour
; un Suide, du siffre; ÔC
un François, du Luth. Sur la
fin de l'Opéra les Acteurs s'adresserent
à la Paix, afin qu'elle
rétablist le repos sur la Terre,
& que ce reposdevinst: éternel.
Cette Pièce qui durant sa representationavoit
eu des louanges
muetes par l'admiration qui
parut sur le virage des Dieux,
s'en attira une infinité de leur
bouche, puis qu'ils avoüerent
tout d'une voix qu'on ne pouvoir
mieux terminer une Feste
aussi agreable. L'Opéra finy,
ils retournerent chacun dans le
lieu de leur Empire, à la reserve
de Saturne que l'Amour& la
Paix retinrent, afin qu'ayant le
tempsà eux, ils regnassent plusieursannées
icy-bas.
Lorsqu'à la troisiéme visite
j'eus remis entre les mains dela
Damele Papierqu'ellem'avoit
presté
,
je luy dis que je ne
doutois point qu'elle n'eust
trouvé aisément l'origine de
l'Horloge deSable. Saturne,
me répondit-elle, qui selon ma
fiction, reste dans le Palais de
l'Amour, m'a fait songer que
c'estoit apparemment luy qui
avoit inventé cette Horloge.
Vous sçavez,ajoûta-t-elle, que
sa Femme Cybelleaaimé Atis,
& qu'Atis se montrant insensible
aux attraits de cette Déesse,
a esté métamorphosé en Pin.
Comme leTempsréduit toutes
chosesenpoudre, il estàcroire
quecet Arbre n'aura pas eu un
aurre fort que celuy qu'eut
Sangaride. L'Amour qu'Atis
a senty pour cette Belle, aura
esté de ces Amours quines'éteignent
jamais. Le feu de cet
Amour auracauséun perpetuel
mouvement à la poudre de cet
Arbre,&n'aura pas moins
agitéleSableavec laquelleelle
auraesté meslée& confonduë
Saturnevoyant ce Sable propre
à remonter au lieu dont il seroit
descendu, & luy estant de la
derniere consequence que les
momens soient reglez, aura
composé cette Horloge. Peutestre
qu'il la pose sur sa teste
afin qu'on remarque qu'il n'y ariend'élevéque cette Horloge
, ÔC qu'on ne croit pas que
Cybelle luy ait joüé quelque
mauvais tour; car j'ay de la
peine àme persuader que c'est
pour avoir incessamment l' Horlogeenveuë,
puis que ses yeux
font au dessous de son front.
Il échapa encor d'autres plaisanteries
que je ne vous raporteray
point, parce que je m'imaginequele
mieux estde quitter
la Fiction, & d'en venir à
la verité qui est que je suis
vostre, &c.
DE LA SALLE,
Srde Lestanz.
Ne itlge pas des Stances qui
suivent par ce qui leur sert de
commencement, ilestpeudePersonnes
nouvellement sorties des
Etudes, qui ayent des sentimens
aussi bien reglez,qu'on les trouvera
dans cet Ouvrage. Il estdu Fils
d'un Maistre des Comptes de Pétris.
Je ne vous dis rien des Vers.
Je suis affùré quevou* serezsatisfaite
de leurnetteté, & de Itus
force*
STANCES
A MONSIEUR***
DAmon, thercompagnon d'étude,
Qu'un heureux choixfitmonamy,
C'est doncaujourd*huyY, Ce jour aux Ecoliers sirude?
Tesouvient-il que l'Anpassé,
Avecun regret insensé,
Nous quittions les Chãps et" lA Chlt)/èl
Que nous nousfaisons un tourment
De retourner dans une C/Affi,
Pour nous batreà coupsd'Argument?
Ilfautjoüer un autre Rôle;
Ilfaut chanterd'un autre ton,
QuitterAristote çr Platon,
Poursuivre l'épineux '.B4rthok. Ilfautsur unfatras de Loix,
Dont Iustinien afait choix,
Gesner sesyeux fi*penjee;
Et comme un Sénateur nouveau,
D'unegrandeRobeplissée
Balayersouvent le Barreau.
NOltS4fJllS quelque conjecture,
Qu'un jour cette RobeauPalais
Fatiguantlamaind'unLaquais,
Se garantira de l'ordure.
Mais ce n'estqu'àvingt &septans
Il.!!,e nos desirsseront contens:
Ce terme est long,je le consesse.
Pour le rendre moins ennuyeux,
Occupons nostre espritsanscesse,
Et travaillons à qui mieux-mieux.
Lesplusgrandsplaisirs de nostre âge
Deviennent enfin languissans,
Lors que nous ensaoulons néssens
Par un continuel usage.
Estre tous les jours faineans,
Ne rechercher que du bon temps,
C'estrechercherl'inquiétude ;
Et nousgoustons mieux leplaisir,
-Quand deux ou trois heures d'étude
En ont engendréledesir.
D'unenragéSardanapale
Lesplus Voluptueux tranfportsi
Neproduisent que des remords
Qui rongent une Ame brutale.
Cesont autant d'affreux Vautours,
Qui d'un coeur renaissant toûjours
Sesont unesécondeproye;
tsîu Lieuqu'un travailvigoureux
Produit une solide joye
Dans lefonds d'un coeurgenéreux..
Plus nous écoutons la paresse,
Etplusnous voulons l'écouter;
Rien n'estsifort à redouter
Que lefaux jour dela moulesse.
Damon, cegrandvice abattu,
Suivons lespasde la Vertu,
Etprenons-lapournostreguide.
Ménageons le temps desormais;
De mesmequ'un torrent rapide,
Il coule,nerevientjamais.
J'adjoûte à ces Stances., un Madrigalsur
une matiere qui vous
surprendra. On a trouvé en Allem,
cigr-e certains Navets extraordinaires
qui avoient la forme de
Filles. Vous avez pû en entendre
parler
, puis que le Iournal des
Sçavans nous en a donne lafigure.
C'est là-dessus qu'on afait ces Vers.
MADRIGAL.
UNA(trepropice
aux Amans AVersésur la terre une douce influence.
LoüésoitDieu de l'abondance,
LesFilles naissentdans les Champs.
Aprenez, '.JJelllttc'{ orgueilleuses,
Qu'enfin vous devenez plus communes
que nous.
Nefaitesplus lesprêcieuses,
Nous avons desNavets quisontfaits
comme Vous.
La Lorraine Espagnolete vous
est connuë, & ce que vous avez
déja veu d'elle, vous a deu apprendre
qu'elle se divertit aux Enigmes,
qu'on ne manque point tous
les Mois de luy envoyerà Madrid.
Vous voulez bien qu'enconsidération
de la distance des lieux,je reprenne
en sa faveur une matiere
que le dernier Extraordinaire a
épuisée.
Madrid6. Octobre1678,
Sur le sens des Enigmes du Mercure
duMoisd'Aoust,reçeuësà Madrid
le dernier jour de Septembre.
Il'on en croit le sentiment
De lalorraine Espagnolete,
L'on trouvera qu'assurément
L'uneesi L'Horloge3 l'autre V£-
pinete,
Et voicy son raisonnement.
L'Epinetea le corps de bigarrefigure^
Mais quels quesoient ses ornemens
divers,
Elleplaist moinsparsaparure,
Qu'elle ne faitparsesconcerts.
Tout ce que l'on appelle ame ZS^ langue
chez elle,
N'estpas le mesmeque dans noMi
Ses cordessont d'acierjusqu'à la chan-
C'estce metal quifaitses charmes les
pl,u doux;
Maissanslaplume,l'Fpinete
Deviedroit aujlitoji muete.
L'Horloge nuit (jr jour travaille afi f:dûment,
Etbienplusrégulierement
Que le meilleur Ouvrier ne sçauroit - jamaisfaire;
Mais une .Aizui/!e est necessaire
Pourménagerson mouvement,
L'AigmI/e le regle,&sans elle
Quiluysert defemelle,
Elle travailleroitfort inutilement.
On asoin de monterl'horloge,
Quand elle est chezles Grands, ou bien
dans un Couvent;
2dais lors que le Bourgeoisla loge,
Elleestsujeteà reposersouvent.
Sur la Lettre en chiffre du second
Extraordinaire, à son Autheur. MAfiùy,Monjteur, tous yos
Loüis
Qui valent tant en France,
N'ontpointde cours en ce Tais ;
Malgréleur faux brillant, (7" leur
belleapparence,
Mesyeux n'ensontpointébloüis,
J'ay d'abord reconnusanspeine
Leur aloy,leurpeu de Y#tleur
Etc'està leurfausse lueur
Que la Çlefmaparu certaine.
L'Ec'estla Clef,leLouisd'or estnul,
LeTambour est un V, les S sont des
5îffes:
Etsuivantmonjuste calcul,
Lesfigures de tant de choses
Nepeuvent riensignifier,
Que ce que l'onva voir au bas de ce
papier.
Les Nulles qui sont au devant de
chaque E, empescheront de me descouvrir.
Mais ce Vejj n'apas eu lieupour
LA LORRAINE ESPAGNOLETE.
le vous envoye plusieurs Explications
sur les Enigmes du Mois
d'Octobre, qui estoient le Coeur
&laNefle. BeaucoupdePersonnes
ont expliqué celle du Ccettr
sur l'Amour.
1.
VOIU
avez, beau l'enveloper,
le découvre l'Amour au travers du
nüage.
Quand on a comme moy veseu dans
l'esclavage,
On n'est que trop certain de ne s'y pas
tromper.
L'amourque Berizeafait naistre,
Par des coupssipesans a troublé mon
repos,
tQue mon coeur accablé nesçauroit méconnaistre
Le cruelautheur desesmaux.
Vouslepeignezsibien, qu'on nepeut
s'y méprendre;
On le prendrarement,sanss'enlaisser
surprendre.
C'estun capricieux qui rit de tous
nos soins,
QuibienfouVentfefaitlongtemps
attendre,
Etqui vient quelquefois lors qu'ony
songe moins.
Il d toujours à.-'grandsbeJot?isy
Rien nesuffit àJes drftrsay.;d?s}
Ilfuitlejour, CJ"les témoins;
Des espoirsmalfondes^ ou dessoupçons
timides,
Le rendenttemeraire Cg- tremblant
tour-à tour: ( tile?
MAis pourquoyfaire icy ce détail inu-
Helas, est ilsidifficile
De connoistre l'Amour?
M.BROSSARD, Conseiller au
Présidial de Bourg enBresse.
II.
LE fidelleBerger, l'esprit en ,de..
sarroy,
Nepouvoitcontenter unejeuneBer-
&eret
Qui badinantsur la Fougere,
Luy demandoit le nom de vostre £fêlante
Roy.
Il en rougissoitde coure,
Quand la B'elle d'un ton humain
Luy dit;peut-estre que demain
Vouspourrezmieux mesatisfaire.
Cependantsongez-y dans vostre flérieux,
Et ne demeurez,. pas ensi noble carriere.
Ab, reprit le Berger, je connois le
Compere ;
ïïelift, "'rom estessa Mere,
C'estl'Amour,je le "voisquiparoift
dans vosyeux.
III.
DE vostre Coeursibien ctftcbé
le voudrois sçavoir le mystera
Je me trouvefirt empescbè
Comment deviner cette affaire.
MAU apres avoir bien cherché,
le tous diraysans Voks deplaire,
Quoy qu'ilsoitcouvert c,,, distret,
Qu'enfinj'aytrouvelesectet PevoflreCoeur.
Les Reformateurs de Bretagne,
IV.
DAns cette Enigmesurprenante,
Maigretes tours mystérieux,
Comm° dans lesyeuxd'Amarante,
Amour, je te connoispour leplusgrand
des Dieux.
TOURNEX, du Village de Goux.
V. VOstre Coeur&le mien, charmante
Celimene,
Sontdeux Coeurs,&c-Id megfne:
MItH maigrémonsort rigoureux,
Et toute vostre refiftancs,
_J'oJè esperer que ma constance
N'enfera qu'un de tous lesdeux.
L'Amant de sa Cousine,
d'Argentan.
A VI. Hque lit] deplaisirdans une
Solitude,
Où l'espritdégagéde toute inquiétude,
l'attache à des Objets quipeuvent le
charmer!
Ve reconnois l'Amour,sans sentirses
: allarmes;
Etsidans monDesertilvientporter
sescharmes,
rr11 ou tard, ma raison sçaura le défi,
armer.
Le Solitaire de Pontoise
VII. LAmour, cejeune Enfant, dont la
mine effrontée
Se cache dessoussonbandeau,
yintl*autre jour dans ce Hameau
Soua unefigure empruntée.,
Ceftlltjlre arvoir éptefr
pMailrleo&imstirllee;fcrets pour ne lepas
JMats quoy qu'ilfust bien deguise,
..,(C un peu depeine onsçeut bien le
connoistre.
D'abordpourtant on si trompa,
£hdcu72 examina ce bigarre assemblage,
Et chacuncrût que c'estoit l'équipage
Te quelque Compagnon du Sorcier
Agrippa,
fantene'breux voile ontrouvoitforce
bréches s
MIIÛ pour nous embarassermieux, Iln-aVoitpointalors de bandeausur
lesyeux,
Point d'arc,pointdeflambeau, de carquois,
ny defleches.
Cependant onvouloit sçavoir ce que
c'estoit,
Chacun mettoitson esperità lag^fre^
Et lors que d'un casté quelqu'une le
tastoit,
L'autre à le dévoiler mettoit toutest
peine.
Lajeune Irisdisoit,c'estquelque Vendangeur
Qui vient icypournoussurprendre:
Climene répondoit, gardons de nous méprendret
ZfYoy brillersesyeuxd'uneamoureuse
ardeur,
Sur nous iljette un regardtendre,
Et quelqu'uneagagnéson coeur.
Enfinl'Amour parla, l'Amoursefit
entendre,
Et cet Enfant aimable CI" doux
Nousdit, prenezbiengarde à vous,
Souvent jeprern ceux quipensentme
prendre.
Jesuis néRoy des Coeurs, j'aimepeu
lesTémoins,
Mes Favorisfont de tout unmysterez
Quelquefois je necouste guère,
Et quelquefois aussijecouste bien des
foins.
Ieftis ce doux trompeur quiseglisse
en vos ames,
Quisçais vaincrevos coeurspard'invinciblesflames,
Soûmets vos volontezparmesplus doux
appaty
Et triompbe de vous quandvous n'y
pellfl'{p.
On nepeut mettre enfin de borne à mon
Empire,
Etj'ètens monpouvoirsur tout ce qui
respire.
Comme à ce qu'ildisoitildonnoitun
bIIJt tour,
On voulut penétrer ses effets CJ" ses
causes,
Et consultantsoncoeur,bienmieux
que toutes choses,
Chacundit que c'estoitl'Amour.
Le Secretaire desVendangeuses
de Courbevoye.
VIII.
MOn Coeur a beaufaire lebrave,
EtseVanter.;-/ejtne'f(oy.
It.fautqu'il vivevostreEsclave,
Et ~uilf'ibJ'Jc vcjrteloy.
Quoy que petit,ilen vaut bien un
autre,
Et merite bien d'eFry.
ptlrde{ le donc,adorable, Cloris,
Et le joignez avec le vostre.
D'ABLOUVILLE,
IX.
BElleIris, vous d"Pet envie
Que je déchiffrele vrayIns
De, Enigmes;oüy,j'y consens:
Mais avant, rendez moy la vie,
Etfinissantvostre r.igu.;'ur,
Recevezsans mépris ce Coeur
Surqui vous â)'e'{ tout empire.
Entre nous que toutsoit commun,
£lfill qu'à l'avenir l'un pour l'autre
on soûpire,
Etque nos Coeurs unis nefassentjamais
quuns
v X. Iens voir, Mome, dans le Mercure
Le Coeur ensapropre nature,
Auvifill'a representé.
Tu Il'as pas besoin defenestre,
Etpour le voir CP le connestre,
Ilne fautpas à l'Homme entrouvrir
Izcofic.
RAULT,deRoüen,
D XI. Ansune Enigme du Mercure
I'ay trouvépar écrit unCoeur;
Mais un Coeur de cette nature
N'estguere augoustde mon ardeur.
Ah! j'aimerois bien mieux, à le dire
sansfeinte,
Avoir trouvéleCoeur d'Aminte.
- FEÜILLET, Avocat à Chartres.
XIL AMdns infortunez que despeines
cruelles
Tourmentent nuit jour,
Pourquelque Coeur ingratennemy de
l'Amour,
Venezvous consoler des rigueurs devos
Beles,
Cette Enigme parson vraysens
Vous veutoffrir un Coeursensible
vos tourmens.
LE PETIT Ascàgnej
XIII.
LE coeur de la Nesleest tout dur;
Vm chacunfiait qu'ilsepartage.
Le mien nefutjamais volage,
Zlneyitquepouryous> il ejl tendre,il
estpur.
Çharmanfe Iris, sile vostre est de
mesme,
Assemblons-les, nousferons bien.
N'est ce pas unplaisirextréme,
Quand deux Coeursfont unispar un
charmant lien ?
L'AmantFidele, d'Argentan.
A XIV. Moins que la Nefle çr Sylvie
N'amolissentleurdureté,
Ellesn'ont aucune ho"té,
et n'excitentpointnostre envie:
Mais du moment que la Belle & ce
Ontquitté leurrudesse,[fruit
Etpris de la tendresse,
ffay l'on voudroitlesavoirjour Cf
nuit.
FEUILLET, Avocat à Chartres.
EXPLICATION DE
l'Enigme en figure. Djlphné vers qui mon coeur a toûjours
du panchant,
!J'II"Po¡t"ré".eftrc en ce Boccage
sombre,
Au temps que leSoleilseroit danssou
couchant,
Mais je n'y trouve queson Ombre.
BONNET, deVaux.
Venise ne mérite pas moins de
privilege que Madrid; & quoy
que la Lettre que j'en ay reçeuë,
traite encor de l'origine des Mouches
galantes, je fuis assuré que
VOUA ne la pourrez lire qu'avec
plaisir, puis que vous y trouvere
la confirmation de ce que je vous
ay dit il ya quelquesmois à l'avantaqe
d'une Illustre de vostre
Sexe, qui est l'admiration de tous
les Sçavans.
, AVenise le12. Sept.1678. vOusm'avez faitdes Assai
res au Senat. Les Partisans
d'Espagne m'ont reconnu
dans vostre Lettre Extraordinaire
d'Avril. Ils se persuadent
que je fuis d'intelligence avec
vous,& mes meilleurs Amis me
conseillent de n'estreFrançois
9u-t'n Petto: Mais je ne peux me
résoudreà prendre ce party,&
puis que vous avez bien voulu
memettreau rang de ceux qui
paroissent en public fous vos.
auspices, il estjusteque jeréponde
à vos honne stetez, & que
je satisfasse à la civilité& à la
reconnoissance. Me voila en
beau chemin, & je me trouverois
fort disposé à vous expliquer
les sentimens que j'ay pour
vous, si vostre modestie ne s'opposoit
aux premieres pensées
qui viennentsur un si agreable
sujet. Je lessuprime, Monsieur,
puisquevouslesouhaitez,&je
passe à vostreQuestion galante.
Pour entrer en matiere, je dis
que Madame de Cleves me désoledans
la confidence qu'elle
fait au Prince de Cleves,de la
forte passion qu'elle a pour le
Duc de Nemours. En effet les
suites d'unedéclaration de
cette nature ne peuvent estre
quetres-dangereuses. Helena-
Lucretia Cornara, Fille de l'Illustrissime
Monsieur Cornaro,
estde cette opinion, 5c elle l'a
soutenue dans une celebre
Compagnie,avec tant d'esprit
& de vivacité, qu'elle s'est fait
admirer de tousceux quionteu
le plaisir de l'entendre. Cette
sçavanteFilleest l'ornementde
son Sexe, &la merveille de
nostre Siecle. Elle parle cinq
ou six Langues, comme si elles
luyestoient naturelles, &l'A ction
qu'elle a faite depuis peu de
jours à Padoüe doit convaincre
ses envieux, queles Eloges que
je luyrends, sont infinimentau
dessous de ses belies connoissances.
Vous pourrez luy faire
justice, & convenir avec moy
que cette Sçavante peut, pretendre
à un aplaudissement universel,
si vous voulez vous donner
la peine d'examiner ce
qu'elle a composé en Italiensur
l'origine des Mouches Galantes.
J'en ay fait une ver sion
Françoise pour en faciliterl'intelligenceaux
Curieux.
L'origine des Mouches Galantesest
si naturelle, qu'elle
se peut prouver par l'Histoire,
sans avoir recours aux Fables,
& aux Fictions. Auguste estant
entré en triomphe dans Rome
apres la Bataille d'Actium &
lesVictoiresqu'il remporta sur
les Enfans de Pompée, voulût
que le bonheur de ses Peuples
fust sa passion dominante. L'illustre
Mécene son Favory appuya
ces beaux sentimens, 6c
ces grands Hommes y travaillerent
avec tant d'application
&desuccés, qu'ils s'attirerent
l'amour des Romains, & la véneration
des Etrangers. Les
Romains charmez des vertus
d'Auguste, luy donnerent le
titre de Pere de la Patrie. Ils
appellerentMécene leurDefenseur
& leur Protecteur; &
les Etrangers surpris des conquestes
du fameux Agrippa,
Lieutenant des Armées d'Auguste,
se soûmirent à l'Empire-
Romain. Agrippa porta ses armes
victorieuses aux extrémitez
dela terre, comme Anchise l'avoir
prédit à Enée avantlafondation
de Rome. Les Indiens
se rendirent tributaires,
& ils envoyerent des Ambassadeurs
à Rome avec des présens
magnifiques.Augustepritpour
luy des Eléphans, 6c des Armes
àl'Indienne.Il donna des Perles
& des Pierres prctieufes à
Livie; &Julie Fille d'Auguste,
si recommandable fous le nom
de Corinne dans lesAmours
du charmant Ovide, se contenta
de quelques Bracelets extrémement
rares, de Parfums,
& d'un Perroquet qui parloic
Indien,&qui faifoic mille bousonneries.
Ce Perroquet mourut
peu de jours apres l'arrivée
desAmbassadeurs. Julieen fut
penérrée de douleur,&Ovide
qui estoit tres sensible à tout ce
quitouchoitsaPrincesse,fitune
Elegie sur la mort de son Perroquet,
qui fut estimée de tous
les beaux Esprits de Rome, &
quime paroist inimitable. Les
Ambassadeurs des Indescrûrent
consoler Julie de la perte
qu'elle avoit faite, en luy presentant
quelques Insectes semblables
à des Mouches, que les
Indiens appelloient Mukas.
Les Romains les ont appellées
depuis Muscas par corruption,
& ce sont nos Mouches à present.
Ces Insectes rendoient
une odeur tres-suave; &celuy
qui servoitdeTruchement aux
Ambassadeurs, dit agreablement
à Julie que les Beautez
Indiennes s'en appliquoient au
visage, pour relever la blancheur
deleur teint. Julie nepût
se tenir de rire de- cette nouveauté,
qu'elle tourna en plaisanterie.
Cependant elle résolut
de se servir de ces Mouches
galantes pour surprendreOvide
dans unevisite qu'elle attendoit
de luy.
-
Ovide la trouva plus
charmante en cet état qu'elle
ne luy avoit jamais paru, soit
qu'effectivement ces Mouches
donnassent un nouvel éclat à
Julie qui passoit pour la plus
régulier
-
Beauté de la Cour
d'Auguste, so t qu'Ovide qui
estoit naturellement volage,
trouvast des charmes dans ce
changement. Quoy qu'il en
soit, Ovide dit cent jolies choses
sur la malice de Julie. Julie se
tirad'affaireavec un enjoûementquienchantoit
Ovide; &
feignantqu'elle ne s'en rappor-
,
toit pas entierement à ses yeux,
quoy qu'ils fussent tres-déli-
Cftp, elle consulta son Miroir,
quiluyfit avoüer que cet agreable
Cavalier estoit la sincerité
mesme. Ovide poussalagalanterie
plus loin, & ayant demandé
à Julie si ces Mouches
n'avoient point devertu secrete,
elle l'assura qu'elles estoient
d'un prix inestimable pour leur
odeur. Ovide voulut en juger,
& s'approchant de Julie, il en
fit une si douce expérience,qu'il
tomba tout transporté de joye
entre les bras de cette obligeante
Princesse. Elle trouva
l'avanture si singuliere, qu'elle
engageaOvide à faire une Métamorphose
sur les Mouches
galantesquiavoient donné lieu
à ce qui venoit d'arriver. Ilest
à croire qu'Ovide qui rendoit
tous les jours des hommages
éclatansàJulie, se surpassaluymesme
pour faire ce qu'elle desiroitdeluy.
L'Histoire dit qu'il
intitula cet Ouvrage,laDéesse
desCoeurs, Se qu'il le presenta à
Julie. Julie lefitvoiràAuguste,
qui y remarqua quelques libertez
qui choquoient couvertementlerespect
qu'un Chevalier
Romain devoit avoir pour la
Fille d'un Empereur ; ce qui fut
causequ'Auguste résolut d'exilerOvide.
Mécenefittousses
efforts pour appaiser l'Empereur
, mais il demeura ferme
dans sa résolution.Ovide eut
ordre, avant son exil, de suprimer
son dernier Ouvrage. Cependant
on prétend qu'il en
resta quelques Copies à Rome,
qui firent connoistre que Julie
estoitla Déesse des Coeurs, &
que les trois Graces quil'accompagnoient
estoient les trois
Mouches dontJulie s'estoit fervie.
Le malheur des temps nous
a ravy ce chef- d'oeuvre d'Ovide,
& l'espece des Mouches
galantes de Julie s'est perduë
avec leurodeur. On les contrefait
prefentemenr avec de pedrs
morceaux de taffetasgomme,
& les Dames s'en fervent communémenten
France. Il n'ya - que les Courtisanesquien portent
àVenise,
-
parce que nos
coûtumes font diférentes de
celles des François, encor bien
que nous suivions leursinclinations,
ôc que nous aimions leurs
galanteries.
-
-
- Voila, Monsieur, ce que nôtre
admirable Venitienne dit
de l'origine des Mouches, &: ses
sentimens me paroissent tresjudicieux.
Vous voulez bien
que je vous découvre les miens
sur un oeuf de Serpent trouvé
en Provence, ou en Languedoc.
On m'écrivitdeToulon le mois
passé, que ces monosyllabes,
ou,pa,re, ma, ne, pa, sont naturellement
imprimez sur cet
oeuf mystérieux. Il y a quatre
jours que je m'applique à y
donner un sens,s en avoir
pû rencontrer aucun qui y revienne
mieux que cette pen
sée.
- -
Soitque LoüisLEGRAND aitlaTaij^
ou la Guerre, - Il "afd"point d'égalsur terre.
Vousla trouverezrenfermée
danscesparoles.
Ovans, PIt:i/ÌclJs, Regum
Atdximu$y nescietparem.
La Minerve de Venise * fait
voir sa penetration dans une
autre pensée, sur les caracteres
de l'oeuf. La voicy.
Ovopatente, Rei mltrz negotiatores,
Tacetn
()""t; Parisiorum manifestabunt,
NectendamParisis.
Lelieu oùd'oeufa estétrouvé
peut réctifier les conjectures
qu'elle en a tirées sur la Paix,
puis que l'Olivier qui en est le
symbole, vient communément
en Provence, ouen Languedoc.
Jesuisvostretres,&c.
F-REDINO. .lÍççjtrjwr^>
FICTION
SUR L'ORIGINE DE
l'HorlogedeSable.
ILn'y a personneàquilenomd'Astrée
soit connu, qui ne
connoiile aussi le Berger Hilas,
Bergeraussi fameux par ses inconstances
, que recommandable
parla vivacitéde sonefprir,
& parla facilité qu'il avoitàdire
les choses de bonne grace. Une
Bergere de sonvoisinage, dont
la main n'estoit pas destinée à
porterla Houlette, entrepritde
fixer son humeur volage. Sa
beauté 6c son mérite en firent
en peu de ( m psd'un Amant
passionne un F poux fidelle,
maissafideliténedura que quelques
jours. La possession de
son bonheurluy devint bientost
insuportable, &: le panchanr
qu'il avoità l'inconstance
luy fit trouver des charmes dans
une autre Brgere, dont lesinclinations
avoient beaucoup de
raport avec les siennes. Son
humeur enjoüée & coquette
avoir surpris la tendresse du
vieil Berger Damon qui l'avoit
tirée del'esclavage, & d'un
nombreinfiny detravaux, pour
en faire la maistresse de son
coeur. L'obligationqu'elle
avoitdesa fortune à cecharitable
Epoux ne la pûtretenirdans
sondevoir. Elle fut plus sensible
aux feux indiscrets d'un
jeune Amant, qu'aux sagescaressesd'un
Mary retenu. Sa
nouvelle passion luy fit mesme
oublierde garder certainesmefures
qu'un reste de bienseance
éxigeoit d'elle. Ce ne furent
plus que rendez-vous de part
& d'autre, & le plussouvent
dans la Cabane de l'Epoux
qu'elle trahissoit. Ainsipendant
qu'ilgardoit ses Moutons,
un
Loup plus cruel que ceux des
Forests, ravissoit je ne sçay
comment la plus chere de ses
Brebis. Cecommercene dura
pas longtemps sans que Damon
en sceust toutes les particularitez.
On luy apritque lesvisites
qu'HilasrendoitàsonInfidelle,
estoientsi fréquentes & sireglées
à certaine heure du jour
que les Bergers du voisinage luy
avoient donné le nom d' Horloge
parraillerie. Il resolut do
s'en vanger, & pour cet effet il
se rendit à sa Cabane à l'heure
qu'on pouvoit appeller fatalement
l'heure du Berger, suivy
d-e deux Dogues qui avoient
souvent mis en pieces des Loups
assez furieux. Son dessein estoit
de faire exercer leur rage sur le
Ravisseurdesachere Brebis, &
il les avoitanimezà se jetrer sur
le premier qu'ils rencontreroient.
On nesçaunoitcroire
quelle fut la surprise de ces
deux Amans-quis'estoient retirezdansun
Cabinet
,
quand ils
entendirent lesmenaces de Damon,&
les abois effroyablesde
ses Chiens. Hilasse cacha dans
une Armoire qui estoit dans ce
Cabinet,& danslaquelle il
trouva deux Phioles d'eau de
senteur dont il avoir fait present
depuis peu à sa Maitresse.
Combien de fois, ne se croyant
pas assez en assûrance dans ce
lieu parfumé,demanda-t-il aux
Dieux d'estre réduit en état de
pouvoir se renfermer dans l'une
de ces deux Phioles?Onditque
l'excés de la peur luy fit attirer
toutes lesbonnes odeurs qui
estoientdedans; & que les
Dieux favorables à sa priere
métamorphoserent fonCorpsen
un Sable délié, dont le mouvementest
lesymbole de son inconstance;
qu'ils l'enfermerent
comme ill'avoit souhaité dans
une de ces Phioles, où sa crainte
- ne luy donnant presque point de
repos, il
tâcheincessammentde
passerde l'une à l'autre, s'imaginant
y trouver plus de sûreté;
que l'Armoire où il estoit luy
sert encor dePrison; qu'ily a
retenu le nom d'Horloge que
les Voisins ck- Damon luy
avoient donné auparavant,&
que par ces écoulemens sifréquemment
reïterez, il fert à
faire connoistreceuxdutemps.
Damon estant entré dans ce
Cabinet, foüilla par tour,mais
il ne trouva au lieu du Galant
qu'il cherchoit,quecettepetite
Machine qu'il examina de pres.
Il soupçonnala Métamorphose,
mais il ne laissa pas de se
contenterde lavengeanceque
les
les Dieux en avoient prise, &
afin que le crime de son Infidelle
ne demeura st pas impony,
il la condamna à faire passer
d'heure enheure le Sable d'une
de ces Phiolesdansl'autre,& i
continuer cet exercice jusqu'à
son dernier soupir; cequ'ellea
fait avec une exactitude extréme.
On voyoit quelquefois ce
Sable qui servoit de regle à
toutes ses actions, passerplus
promptement qu'il ne devoir,
afin'd'estretouché d'une main
quiluyavoitesté chere, &dans
laquelleil s'arrestoit souvent
tout court pour avoirle plaisir
d'e•n e»stre-agoité d'une maniere agréable. A son exemple plusieurs
se fervent encor de cette
petite Machinepourcompasser
le temps de leurs actions, 4
jamaisAmantqui attend l'heure
du Berger, n'a estimé trop
prompt l'écoulement de ceSable
autrefois animé, ny son
passage trop lent quandil aesté
assez heureux pour avoirtrouvé
un moment si favorable.
le vous ay fait voir dans ma
troisième Lettre Extraordinaire
la Defense de La Belle qu'un Vieil
lardvoulait abandonner apres l'avoir
épousée, parce quils'estoit
apperçeu que les beauxcheveux
qui l'avaientcharmé,n'estoient
point à elle.Ona répondu pour le
Vieillard, 4anmeje vous Auejr dit
qu'on s'y préparoit,& f)GJ' de
Quellemaniéré ondéfendsaCause
POUR LEMARY. sI le crime de faux a toûjours
esté en horreur parmy les
Hommes, &si lesPlagiaires&
les Trompeurs ont esté punis de
tout temps fort severement, a
plus forte raison doit- on condamner
la mauvaise foy de cette
Femme, qui dans le commerce
le plus important de la vie,&
dans le Contractleplus saint,au
lieu d'une parfaitesincerité,
n'aporte que l'artifice &la dissimulation.
Qui l'eust pensé
qu'un front si doux, & un visage
si modeste,eussent soustenu sans
rougir des attraits empruntez,
&que sa coëfffure au lieu de la
nature,luy eust fourny defaux
appas poursurprendre laliberté
duVieillard?
Ila donnedanslePanneau,
ti Filets blondins ont pris l'Oyseau.
La Chevelure ayant esté donnée
pour ornement à l'Homme,
il s'enfuit qu'un Homme
ou une Femme sans cheveux,
estsansornement. Ils ne font
d'aucune autre utilité que pour
embellir le visage; & comme la
bouche sert à parler, lalangue
à s'exprimer, les yeux à voir,
les mains à agir, & les pieds à
marcher,les cheveux ne font
que pour orner. C'est pour
cette raison que les Femmes
dés le berceau du monde,ont
cultivé leurs Chevelures avec
foin. Elles en faisoient une
partie de leur parure& de leur
vestement
,
5c de la maniere
qu'on nous les dépeint, elles en
estoient couvertes jusqu'aux talons.
J'ay trouvé dans un ancien
Rabin, que les Peignes
forent les premiers de tous les
Instrumens qu'elles mirent en
usage,& qu'elles se servirent
d'abord des Arrestes d'un certain
Poisson semblableà la Solle,
mais dont les ossemens estoientplus
solides & plus durs,
C'cest parcetteraison qu'on luy
donne en Hebreu un nom qui
signifie ordre ou arrangement.
Onenfitensuiteavec des Ecailles
deTortuës,& avec les dents
du premier Elephant qui mou-
.fùt)qU\H'\ nomma de l'Y voire,&£
quel'oncoupa avecla Scie dont
Thubal Caïn fut Inventeur
aussi-bienquede tous les autres
Instrumensde fer. Nos Européens,
chezqui ces Animaux
ne font si ordinaires , en firent
depuis avec des cornes assez
communes en ce Païs; & avec
des racines d'Arbres. 1 Ce fut
avec des plus beaux d'écaille de
Tortuë &. de dentsd'Elephant
que la teste blonde de la belle
Semîramis, une des premieres
&desplus grandes Reynes dcy
l' Univers, fut peignée. Lors
qu'on luy vint dire que les
Bactriens quil'affiegeoient
dans Babilone, vouloient doniù*
runAlîaut general à cette
Capitale du Monde, cette
Reyne, toute échevelée, se fie
amener un Cheval,&sans se soucierdu
desordre de ses cheveux,
pouffa droitaux Ennemis. Elle
leur parut terrible en cet état:
mais je fuis sur qu'elle ne parut
pas moins aimable, & que la
victoire qu'elle obtint sur eux
fut autant un effet de sa beauté
que de sa valeur, puis qu'on
raporte que parmy les Prisonniers
qu'elle fit en cette occasion,
il yen avoitautantde volontaires
que de bonne guerre.
Nitocris, Dinamis, Amestris,
toutes ces vaillantes Reynes qui
l'imiterentdepuis, ne paroissoient
en public que les cheveux
épars , en mémoire de cette
mémorahle Journée; & quand
elles les vouloient reduire sur
les loix de la coëffure aux
Autres tours ordinaires, elles en
laissoient voir la plus grande
partie, comme on remarque
encor aujourd'huy par les descriptions
que l'on fait de la
Coëffure Assirienne; la plus
belle& la plus superbe qui fut
jamais. Aussi ily eut une Loy
en ce Païs qui défendit de mettre
sur le Trône des Assiriens,
un Prince ou une Reyne qui
n'auroit pasdebeaux cheveux,
& ils sacrifioient au contraire à
Vénus, DéessetutelairedeBabilone,
& de qui Semiramis tiroir
son origine, les cheveux
des Hommes& des Femmes de
tous les païs qu'ils avoienr con.
quispar les armes. Cetamour
des cheveux passa dans les Nationsvoisines,
chez les Perfes,
chez les Egyptiens,& chez les
Juifs; & la Fille de Pharaon
captiva le plus fage de tous les
Rois, la gloire en est deuë à
une feule boucle de ses chevelixie:
non aux charmes de son
visage, puis qu'il écrit luymesme
que cette boucle n'estoit
pas sur son front, mais bien au
derriere de sa teste. Cette inclination
passa encor chez les
Grecs, & lesThraces, oùla
perte des cheveux a toûjours
esté repntée une marque d'esc
lava ge 6c d'ignominie. On
sçait que les Dames de Troye
se couperent les cheveux en
signededeüilapresla perte de
cette déplorable Ville,& que
la Mered'Enéenetrouva point
de meilleur moyen de le rendre
agreable à. la Reyne Didon,,
qu'en ajustant curieusement la
Chevelure de ce cher Fils
quand il fut prest d'entrer dans
Cartage. César, le grand
César, quidescendoit en droite
ligne de ce Prince Troyen,avoit
commeluy la Chevelure si belle
qu'il a laisse son nom à toutes
les belles Telles qu'on appelle
àcause de luy Césariées. Il en
avoir un foin si particulier, qu'il
n'y touchoit que du bout du
doigt, &. il trompa par là la
prévoyance de Caton qui ne
pût pas s'imaginer qu'un Homme
qui avoit tant de peur de
mêler les rangs des boucles de
sa teste, fust capable de troubler
un jour la Republique.,
Cependantilen fut le Ty ran.
Il la renversa toute, & cette It:e:,
publique périt avec ses cheveux,
puis qu'il devint chauve
par punition duCiel. C'est ce
que ses Soldats luy reprocherent
en plein Triomphe ou il
estoit permis dedire toutes les
veritez, criant, VoilaleGalant
Chauve. Les anciens Romains
avoient leurs Chevelures en si
grande recommandation,qu'on
a donné parmyeux le nom de- Cinc~ & de Cinna auxplus
grands d'entr'eux, parce
qu'ils avoient de belles Testes
&. bien bouclées; & Berenice
cetteaimable Reyne desjuifs,
qu'un Empereur Romain emmena
de son Pars, & qui posseda
lesaffections & le coeur de ce
Prince, n'auroitjamais faitcette
conqueste sans le charme inexplicablede
ses beaux cheveux,
qui ont eu l'avantaged'estre
consacrez dans le Ciel, &dont
on a fait une Constellation;honneurqui
n'estoit deferé qu'aux
c hofes dignes d'une memoire
éternelle. Mais pourquoy chercher
parmy les Nations étrans
geres des témoignages de ce qui
est de tout temps en veneration
chez nous? Une partie de noitre
Gaule n'a t-elle pas este nomméeautrefois
Cheveluë à cause
desbellesTestes de nos Ancestres
; & lors que les François
secoüerent le jougdes Romains
nelaisserent-ilspascroistreleurs
cheveux, en signe de liberté ?
N'avons nous pasun de nos
Roysde lapremière Race qui
lesavoit longs 2c beaux par excellence,
Clodion que nos anciens
Croniqueurs ont nommé
le Chevelu? Enfin cette coutume
est passée jusqu'ànous
d'aimer naturellement les cheveux,
& de lesnourriravec foin.
LaNature mesme a donné aux
Animaux les plusnobles cette
espece debeauté, comme aux
Lions,&aux Chevaux, qui femblent
se glorifier de la longueur
de leurs crins;& les Naturalistes
raportent que les derniers ne
s'aprivoisent qu'apresqu'ils leur
ont esté coupez. Ils en ont moins
de fierté, & se soumettent au
joug, aux mords &au cavesson.
Mais quand ce sentimene nous
feroit pas commun avec les plus
nobles Animaux
,
& avec tous
les Peuples de la Terre, il suffit
d'estre en France pour avoirde
l'inclination pour les cheveux.
On voit par les peines que nos
Dames sedonnent à seles conserver,
quelle estime elles en
sont, les leur oster a toujours
passé pour un suplice des plus
honteux. Ainsicen'est passans
sujet qu'un Mary demandequ'il
luy soit permis d'abandonner
une Femme qui l'a trompé par
de faux cheveux,& qui manque
delaplushonorable, & de
la plus charmante qualité que
l'on puissedesirer dansunePersonnedesonSexe.
Vous devezavoir entendupar.
ler d'une contestation qui s'est émeuë,
pour sçavoir silalangue
Lafine avoit quelques avantage
sur la Françoise en matiere d tlnJ.
criptions. Force habilesGens feu.
tiennent que cette derniere ne cede
à l'autre en aucunesorte ; & p-our
le prouver,ilsse fervent de quatre
Traductions desix Vers Latins
que Mr de Santeüil Chanoine de
S. Vctor, a faits à la priere de
laville,sur la Pompe du Pont
Nostre-Dame. liY font grave
en lettres d'or, & mériteroient la
récompense quifutdonnéeautrefois
àSannazarpour les six qu'ilfitsur
Venise à la sollicitation du Doge
decettefameuseRepublique. Soufrez,
jevousprie, que jefasse icy
grace au Latin contre ma coutume,
en voua envoyant les six Vers de
M1deSanteuil. Ilestnecessaire
que vous les voyiez, non seulement
pourdécider la Question. dont il
s'agit ; maispour en juger uneautre.
Quatre Personnes d'esprit ont
traduit ces Vers. On voudraitsçavoirlaquelledecesTradutlions
est
la plusfidelle &la mieux tournée;
Prononcez. Cequevousdirezlàdessussera
un jugement décisif.
INSCRIPTI ON
Quiselit surlaPompe
DU PONT Nie DAME,
SEquana, cum primùm Reginæ
allabitutUrbi,
Tardat précipites ambitiosusaquas,
Captus amore loci, cursum obliviscitur,
anceps
Quofluat, & dulces nectit ubique
moras.
Hinc varios implens fluctu fubeunte
canales,
Fons fieri gaudet, qui modo flumen
I,erat. f TRADUCTION. EPrise des beautezd'unsejoursi
charmant,
le coule bienplus lentement,
le m'arrestepartout, C.~ mon onde
incertaine
Semble mesme oublierson cours.
Ainsiceslongs CdIJItIl.A.') où je coule
sans peine,
Font qu'avecjoye.aj. res milledétours,.
De Fleuvequej'estois, je me change
enFontaine. II.Traduction. - AVssitost que la Seine ensa course tranquille
Zoinc les superbes Murs de la Royale Ville
Pourceslieuxfortunezelle brêle 4';
mour, "," Elle arreste ses flots,elle avance ayec
peine,
Etpar mille Çanau*sitfansfirme
, en Fontaine,
Pour nesortirjamaisd'unsicharmant
sejour.
- III.Traduction. QVe le Dteu de la Seine a
mourpour Pdrù! -
"Pcs qu'il en peut baiser les rivages
che'tit, :
Desesflotssuspendus la descentep/Ilil
- douce talJpdouter auxyeuxs*ilavance, o.
rebroujfi.
Luy-mesmeàson Canalildérobeses
eaux, Qu'ily fait rejallir p}uik secrettes
veines;
Et leplaisir qu'ilprendàvoir des lieiv-P
si beauxf
^Pigrandfieuye qu'il efitletïAm*
-
forme en Fontaines,
IV. Traduction.
AVafpecî de Ttrie, ce ËUtftê
ambitieux,
De retardersesflotsdans cetjuperhes
lieux,
Parddesésenttieors duiverrs sn*écaerte,si
Etsur luy-mesme enfin ilsemble iil
retourne.
Dans ce double panchant, onprefentc
à ses 811' ., Vne routein~(y des chemins
pouyeaux;
Ily court, &charméduplaisir qui
l'entraîne,
Ilse croit trop heureux de devenir
fontaine»
FICTION
SVR L'HORLOGE
deSable. uN Avareayantamassé le
plus qu'il luyfut possible
de grains de ce Sable d'or, qui
cil: commun sur les Rives du
Pactole, estoitdans un fort
grand embarrs,pour en tenir
un compteexact, caril n'yavoit
pas d'apparencedele compter,
comme on fait aujourd'huy l'or
ou l'argent. Il en échapoitdé
ses doigts, 6c il en mettoit souvent
deux ou trois grains,en
croyant n'en mettre qu'un. Ce
fut luy qui s'avisa de ce double
Globe de crystal,qu'ilsépara
par une ouverture si petite, qu'il
,,
n'y avoir qu'ungrain de Sable
qui pust descendre du Globe
d'enhaur dans celuy d'enbas;
& afin de ne se point tromper,
il pouvoit en le renversant, réï.
terer sa suputation, pour estre
plus assuré si elle estoit juste.
Maisvoicy un nouvelembarras.
Il n'y
--
avoit point de nombre
dansl'Arithmétique pour calculer
ce nombre infiny de grains
de Sable, & il devoit craindre
qu'en multipliant il n'y eustde
la confusion. Enfin apres yavoir
longtemps resvé, il s'imagina
que ce seroit une chose plus
commode d'en faire la suputa.
tion,enprenant gardecombien
il en passoit chaque heure du
jour; car le nombre des heures
n'estant que de vingt-quatre, il
auroit bientost fait son compte.
Cette pensée réussit plus qu'il
ne croyoit, puis qu'elle a servy
depuis à compter les heures du
jour. En effet, il y a peu de Cabinetsd'étude
, où l'Horloge de
Sable ne foit enusage, pour une
autre espece d'avarice, qui est
la feule qui foit honneste,&qui
consiste à faire profiter toutes
ses heures, sans craindre que
cette usure nesoitpas permise.
A laRuëdeBretagne, d
la Pomme de Calvile,
oude Discorde.
LessixLettres que jesaissuivre
font de Mr l'Abbé de la Faltf
dontvous aveztant estimé lesRemarques
surles Enigmes en Vers
& en Figures.C'est proprement
an Discoursseparè en six Chapitres,
qu'il ma fait l'honneur de
m'adresser,Le Titre vous enfait
connoistre la matiere.
SUR L'USAGE
:'1 1; 1 DESFICTIONS.
LETTRE I. cOndamner généralement
tout l'usage des Fictions,
c'est, Monsieur, bien de la severité.
Le fameux Aurheurdes
Satyres en juge avec beaucoup
plus dereserve. Il est vray qu'il
n'approuve pas que nous fassions
agir dans nos Vers les-Anges,
les Prophetes, les Saints
&: Dieu mesme, comme les Anciens
intéressoient à leurs poëmes
toutes leurs Divinitez. Il
sembleque c'est prophaner nos
mysteres, leur donner un air de
Fable, & que nostre Religion
est tropsainte, pour estre employée
dans desOuvragesde
pur ornement. Cette reflexion,
Donneur, ne s'est point presentée
à beaucoup d'illustres Autheurs,
qui ont crû pouvoir se
servir duSystheme de leur Religion
pour égayerleur Poësie.
Ils se font laissez conduire par
les grands exemples d'Homere
&de Virgile, sans crainte d'en-
- - é.fire:
estre trompez. Vous condamnerez
doncaussi, si vous levoulez,
&la Jerusalem,&la Pucelle
, & Constantin & tant
d'autres. Pour ce qui est des
Fictions Payennes, que l'on
mesleroit dans un Sujet Chrestien,
Sannazar l'a fait, & on le
fait tous les jours; maisc'est
encor une faute qui est remarquée
dans l'Art Poëtique, ce
chef d'oeuvre de nostre Siecle.
C'est estre, dit on, folement
idolâtre. En effet, il femblc
qu'il n'y a rien de moins régulier
que de voir cette bizarre
disproportion de Personnages.
Carenfin dans tous les Poëmes,
excepté le tragique, lePoëte
paroist avec les Acteurs qu'il
introduit, de forte que c'est
une veritable confusion devoir
un Poëte Chrestien se mesler
luy &ses mysteres avec desDivinirez
Payennes. Mais lors que
leSujetest prophane, pourquoy
n'oser pas employer, pour l'embellir,
les ornemens de la Fable?
C'est honorer la verité,que d'aimer
tout ce qui a son air. FeindreenPoëte,
ce n'est pas,comme
le vulgaire croit quelquefois,
un art de mentir, mais d'exprimerceque
laveritéadeplus
propre pour plaire à l'Esprit.
Ces Fictions font des manieres
délicates de la peindre & de
l'insinuer dans l'ame. J'espere
vous faire voir dans la Lettre
suivante, qu'à prendre les Fictions
encesens-là, ilestdifficile
,4,,cne leur ctqï=r pasquelqu.
< J. ,l:h.
rang au nombre des plus agreables
Ik des plus utiles ornement
du Discours.
LETTRE IL
1E puis vous assurer, Monsieur,
que l'Autheur qui écrivit
il y a quelques annéesune
belle Elegie Latine contre ra.
sage des Fables, y modéré sa
critique par lamesme exception
dont j'ay commencé de vous
parler. Il veut bien que Neptune,
les Tritons, Jupiter, Ôcles
autres nomsdestinezàlaPoësie,
y entrent pour animer ses expressîons,
& leur donner de la
vie & de la force. Il auroit fait
tort à la gloire que son illustre
Frere merite parles beaux Vers
de condamner des ornemens qui
font une partie considérable de
leur beauté, De plus,les Philosophes,
les Sages comme luy, se
font permis dans leurs discours
& dans leurs instructions mesmes,
l'allégorie, la metaphore,
&.esautresfigures, quinesubsistent
que par les Fictions. Il
sçait bien que le style le plus
saint en reçoit quelquefois.J'ay
pris souvent plaisir avec luy de
lire de fort beaux endroits de
S. Gregoire de Nazianze, & de
quelques autres Peres, où les
Vertus, les Vices, les Passions,
la Paix, la Guerre,ont vineame,
un corps, & des traits,qui les
distinguent, avec des mouvemens
qui leur donnent part aux
évenemensdont on parle. Mais
il est vray qu'il ne prétend pas
que les DivinitezPayénnes entrent
dans la composition du
Poëme, pour y prendre interest
aux avions qui se patient, ou
pour en avoir la conduite. Il
borne l'usagede leurs noms aux
figures qui fervent feulement à
l'expression. Ilconsent qu'on
les employe comme des termes
ausquels nous n'avons pas droit
d'oster de certaines significations
que les Anciens leur ont
données. Je puis bien vous nommer
ceux dont je vous parle,
qui font Monsieur de Santeüil
de S. Claude, & Monsieur de
Santeüilde S.Victor. Celuy-cy
qui aime avec passion les Poëtes,
ne pût fuporter qu'on donnast
des bornes si étroites à
leurs Fixions. Il crûtque son
Frère, qui les vouloit éloigner
des affaires de la Poësie, leur
faisoit un tort aussi considérable
que Platon leur avoit fait
autrefois, enles chassant de sa
Republique.. Il y eut entr'eux
une concertation sérieuse. On
choisit un Arbitre, qui est presentement
un des plus illustres.
Prélats du Royaume. On
brouilla mesme le sujet de la
querelle. C'est ce qui arrive
presque toûjours dans les contestations.
Je fis en ce temps-là
unvoyageàlaTrape,&jen'ay
pas sçeu ce qui fut prononcé par
Monseignr l'Evesque deTroyes,
qui estoit en ce temps-là Mr
l'Abbé deChavigny. Ce feroit
neantmoins l'endroit le plusimportant
de la dispute dont je
vous fais le recit; car mesme il
y a du plaisir & de l'honneur
pour ceux qui aiment les belles
Lettres, de se souvenir qu'un
Docteur d'une si profonde érudition,
neles a pas jugées indignes
de quelques- uns de [ei
loins. Mais le Public peutlire
la condamnation de Mr de
S. Claude dans l'Art Poétique.
On y déclare que dans une prophane
& riante peinture,on
peurfaire un belusage des Fictions.
On leur donne part à là
conduite du Sujet. Onfaitjuger
que cette liberté de s'arrester
au vray- semblable,est
une consolationà l'Esprit; qui
dans l'étatoù nous sommes, nô
trouve pasla vérité, ou l'ayant
trouvée, n'a rien qui l'aide à la
reconnoistre. Mais puis que
vous voulez que jedonne quelque
chose du mien, j'y consens,
& ne vous demande temps que
jusqu'à demain.
LETTRE. III.
1E ne fuis point surpris, Monsieur,
que de fort honnestes
Gens ayent esté dans lemesme
sentimentqueMrde S. Claude
& qu'ils n'ayent pas voulu que
les Fixions Payennes fussent
reçeuës dans nullePoësie. Ces
Messieurs se trouvent si bien de
leur maniere sincere, que cela
leur fait haïr tout ce qui s'en
éloigne. Ils ne pardonneroient
pas au monde l'usage des complimens,
qui sontles Fictions de
la vie civile, & la Fable dèlaÊ
conversation, si l'on peut exprimer
ainsice que j'en pense.
Toutefigure feroit interdite, si
un peu de refléxion ne modéroit
l'ardeur qu'ils ont pour la
verité. Ilsconsiderent donc que
les Hommes estant les maistres
de leurs ex pressions, ils peuvent
user des termes qu'illeurplaist,
que ce seroit une injustice de
leur oster le droit denommer
leschoses,comme elles ontesté
nommées autrefois, que personne
ne peut estre trompé par lestermes figurez, qu'ils font
d'une institution publique qui
les unit avec la verité; mais ils
neveulent point donnercours
à des Fictions chimériques, telles
que font lesPayennes,àdes
contes vagues, à des images
fausses,qui nerepresentent riende
réel. En vérité,Monsieur, ce
sentiment est sidigne des Gens
d'honneur, qu'il n'est pas possible
de n'en estre pas fort content.
Mais on peut aimer la vérité,
& ne haïr pas les Fictions.
Voicy commej'entens cette maxime.
C'est que dans Les narrations
desavantures les plus fabuleusesdel'Antiquité,
&que:
l'onfonde sur ce queles Anciens
ont crû1\ ,ou ont écrit,on peut
s'instruire aussi-bien que dans
l'Histoire la plus constante.
C'est un sens que l'onpeut donner
à ces paroles d'Aristote, que
la Poësie n'est pas moinsamie
de la Sagesse & de la Verité,
quel'Histoire. Cellecy nous
apprend ce qui s'est passé dans
la vie des Hommes. On apprend
par le moyen de l'autre
cequi s'estpassédans leurs opinions.
Il me semble, Monsieur,
que ce n'est pas une chose moinsutile
de s'instruire de ce que les
Hommesont pensé, que de ce
qu'ils ont fait ; & comme l'injustice
des avions n'empesche
pas qu'on ne les apprenne, ôc
qu'il y a un bon usage que l'on
peut faire des exemplesduVice,
comme un autre que l'on peur
tirer des exemples de la Vertu;
de mesmel'extrava gance des
opinions Poétiquessurla nature
immortelle de Dieu, &les portraits
extraordinaires qu'ils faisoient
de leurs-Demy-Dieux,
n'empeschent pas que cesportraits
& ces opinions n'ayenc
esté, & pour peu que l'on ait
envie de faire des refléxionsmorales,
qu'ils ne puissent servir
d'exemple 6c de conviction de
l'excès horrible où la foliedes
Hommes peut porter leur esprit.
Ainsion prend forr àpropos
lesujetdesSpectaclesd'aujourd'huy
, du Systheme de la
Poësie ancienne. Nous pouvons
en user avec autant de liberté,
qu'aux sieclesd'Euripide,ou de
Seneque. An d romède, Psyché,
Medée, peuvent paroistre au
milieu de nous, & touteslesFictions
dont on les embellira,
peuventplaire, sans aucun préjudice
de lavérité. La Peinture
peut s'en servir sans scrupule.
Tout cela tient lieu d'une Histoire
Poëtique. Mais de plus, si
les Anciensn'ont pas esté assez
extravagans pour entendre littéralement
la mythologie de
leurs Dieux, si ces absurditez
littérales n'estoient que pour le
Peuple, qui n'a jamais pû s'en
passer; enfin si l'on n'introduit
ces Fictions anciennesque pour
representer la Vérité par plusieurs
images, elles peuvent
nous tenirlieu de la Théologie,
dela Politique, & de la Morale
des Anciens. Il n'y a qu'à les
penétrer un peu, & s'en faire
une clef, comme d'un Chiffre
mystérieux. Si l'onveuten avoir
unmodele, il y en a un excellent
auTraité d'Isis & d'Osiris, qui
est dans les Oeuvres du fage
Plutarque. Vous voyez,Monsieur,
que sans m'éloignerde la
belle disposition dans laquelle
est Mr de S. Claude, avec ses
Amis que j'honore toujours
beaucoup, il ya des moyens de
ne defaprouverpas les Fictions
Payennesdans un Ouvrage qui
ne foit pas consacré par la sainteté
de nos Mysteres. Cependant
il faut y garder quelques
mesures,&c'estdequoy je vous
parleray une autre fois.
LETTRE IV. cOmmejevous écris,Monsieur,
sansavoir aucun Livre,
la belle Biblioteque de
l'Aurore de cetteVille m'estant
devenuë inaccessible pour quelques
interests particuliers, où la
bienséance& l'honnesteté m'obligent
de prendre part, je ne
sçay pas sije citefort juste en
vous disant que c'est leVarron
François ( vous sçavez bien que
j'entens parler du docte MonsieurMénage
) qui nous aprend
qu'il n'y a pas un seulmot dans
nostre Langue,dont on ne puisse
faire unbon usage. Pource qui
est de lamaximed'Horace, que
les plus belleschoses cessent de
l'estre, quand elles ne font pas
en leur place, j'en fuis plus certain;
& c'estsur ce pied là,Monsieur,
quen'estant distrait icy
par aucune galanterie, & prenantplaisir
quelquefoisàresver
en Philosophe, j'ay consideré
que les bonnes ou les mauvaises
mesuresque l'on prend dans l'usage
des Fictions, gastent ou
embellissent les Ouvrages où
elles font employées. Je puis
justifier ce que je vous avance
par un exemple quin'estpas indigne
de vostrecuriosité. lied;
vray que c'est une disproportion
que l'on a condamnée, de mêler
desFictions Payennes, &de
les faire entrer dans un Sujetde
Religion. ; Cependant y a-t-il
rien de plus beau que celles du
sixiéme Livre de Constantin,
du sçavant Pere Mambrun Jefuite?
On y trouve une invention
merveilleuse. Crispe y paroist
dans un sommeil profond.
Il yest transporté par un fonge
au Temple de l'Amour. Il le
voit, il y assiste aux Sacrifices.
Il en voit tous les mysteres, que
l'Amourluy explique. Toutes
les avantures de la Fable ancienney
font traitées en peu de
Vers. Tout cela n'a rien qui ne
soitd'un Maistre. Car enfin toutes
ces choses ne font que des
songes; & que ne leur permecon
pas? Mais ces songes n'arrivent
qu'à ceux qui ont dormy
sur le Parnasse,commeHesiode;
ou pour parler plus juste, qu'à
ceuxquiyontveillélongtemps.
Ce seul exemple fait voir que
l'art d'un Maistre met toutes
choses en oeuvre, que tout est
permis à celuyqui nese permet
riencontrela raison, & qu'il ne
fautsouvent qu'un tour d'imagination
pour réctifier tout un
Ouvrage, ou pour le perdre. Si
les égards que je dois à la com
plaisace générale que vous avez
pour vos Amis, ne me défendoientde
condamner personne, jevousnommerois de fortjolies
Pieces,quiontestédéfecstueuses
par la négligence que l'on s'est
permise de ne pas donner un asfez
bon caractereàdes Fictions
d'ailleurs sort ingénieuses. Je
vous diray feulement qu'il me
souvient toujours de lacompa.
raison de Plutarque, & que je
ne sçaurois estimerces toiles
d'Araignées qui font étnduës en
l'air, sans appuy, sans soûtien, &
que le vent dissipe aisément. Je
parle de ces vagues & vaines
Fictions que quelques-uns produssent
d'eux,mesmes, & qui
n'ont aucune signification solide;
qui ne contiennentny métaphore,
ny allégorie, &qui ne
font soûtenuës d'aucuneimitation
de l'Antiquité. C'est un
conte en l'air; c'est l'imaginarion
particulière d'unHomme,
à laquelle je ne ddis pas prendre
plus de part qu'à tous les autres
Phantômes dontilluyplaistde
s'entretenir. Ainsi, Monsieur,
quand quelques-uns de mes
Amis se divertiront à feindre
quelque chose ,j e les avertiray
toujours de representer dans
leurs Fictions quelque verité, 6C
de n'esperer pas que l'on aime
leurs Fables, si elles n'ont rien
de solide. Je vois bien, Monfleur,
que je vousdois presens
tement une Lettre sur l'Art
des Fictions, dont je vous promets
de m'acquiter au premier
jour. 1 LETTRE V. I E vous prie, Monsieur, de
n'attendre pas de moyque je
m'engageà.traiter de l'Art de
toutes les Fictions. Je n'écris
pas avec plaisir ce que l'on a dit
avant moy. Il y a des Poëtiques
si excellentes, que l'on
peut bien vous y renvoyer, sans
craindreque vous n'en soyez pas
fort content. Cellequi a paru
depuis quelques années avec les
fameuses Satyres, est quelque
chose de si parfait, que l'on peut
s'y arrester, sans qu'il soit necessaire
d'aller jusqu'à l'Epistre
aux Pisons de l'ingénieux Horace,
ou au Traité d'Arboré,
Afin que rien nemanquait en
ce genre.là au Parnasse François,
Apollon ainspiré le plus
agréablement du monde Monsieur
de la Fontaine de donner
au Public des Apologues, des
Fables, dont lesexemples peuvent
fupléer à tous les préceptes.
Mais je crains bien que
ces excuses qui devroient me
dégager de la promesse que je
vous ay faite, ne vous concententpas:
Il faut donc vous adjoûter,
qu'estant fortement persuadé
qu'il n'y a rien quiplaise
davantage àl'Esprit, que ce qui
estvray ( car la connoi ssance&
laveritésont l'une pour l'autre)
toute la beauté d'une Fiction
est comme celle d'un Portrair,
dont 11 perfection consiste à
bien ressembler à l'Original.-
Nous faisons icy ce qui se pratique
en amour durant- l'absence,
On se console par le
Portrait d'une belle Personne,
dont on estéloigne par les diférentes
rencontres de la vie.
On ne la voit plus onn'a pas
cet agreable plaisir que la présence
inspire ; mais plus on fent
de chagrin&d'inquiétude d'un
éloignementdontla fortune ou
le devoir nous font souvent une
necessité, plus on appelle à son
secoursle charmant souvenirde
sa Maistresse, & on se sert avec
quelque satisfaction detout ce
qui peut nous aider à retrouver
en quelque maniere les douceurs
desa présence. C'estainsi.
Monsieur,qu'estant fortéloignez
de la. vérité, qui mente
toute nostre estime
,-
de cette
forte inclination qui nous porte
à la desirer; c'est ainsi, dis.je,
que pour nous consoler de son
absence,ses Portraits nous charment,&
les Fictionssont sans
doute des extraits 5c des copies
de la Verité. Si l'on pénetre un
peu cette pensée, & que l'on découvre
toutes les instructions
qu'elle renferme, je fuis fort
persuadé que l'on verra qu'il
n'y a point de Fiction,où une
certaine unité d'action, de
temps, de lieu, & d'autres circonstances,
ne foit fort necessaire.
Si j'écrivois à une Personne
moins intelligente que
vous, je ne me servirois pas,
Monsieur, de ces termes. du
moins je les expliquerois. Mais
vous n'avez pas besoin d'explication,
&je marque seulement
icy ce qui est au dela de ce que
l'on dit communément; car je
sçaybien quedela maniere dont
vousestes, on ne sçauroitpous
fer les choses trop loin. Ainsije
n'ay qu'à conclure de ces principes
incontestables, que la
moindre irrégularité gaste toute
une Fiction. Que doit-on
penser de certaines disproportions
grossieres, qui offensent la
justesse du discernement? Cependant
on en voit souvent de
ces disproportions, non seulement
dans les Ouvrages des
Poëtes, où il seroit peut-estre
plusdifficiledelesreconnoiflre,
mais dans ceux des Peintres,
ou
où elles sautent aux yeux. Vous
estes à Paris, Monsieur, 6cfî
vous voulez y prendre garde, il
y a peu debeaux Tableaux dans
lesEglises,qui soient exemts de
ce défaut. Je connois un de mes
Amis,quien a faituneliste, où
les choses me parurent si extraordinaires,
queje le priay de
me permettre de les voir moymesme
, avant que de croire que
l'on eust osé insulter aux yeux
de tout le Royaume avec tant
de temerité. Mais je fors des
bornes où je dois me renfermer,
en entrant un peu dans la Satyre.
Je n'ay néanmoins nommé
personne. J'ay desiré seulement,
que puis quela Poësie &
la Peinture font des imitations
dela veriré, que le premier soin
des Poëtes 6c des Peintres soit
d'éviter de certaines contradictions,
qui ne peuvenc estre
quesort desagreables à des yeux
un peu fins. A pres tour je veux
bien encrer demain dans vos
sentimens, & vous faire l'éloge
de quelques Fictions qui ont
paru depuis peu. Leur exemple
fera plus utile que des preceptes,&
vous fera plus agreable
, à vous, disje, qui aimez
à considerer plûtost: les choses
parce qu'elles ont de bon, que
par cequ'elles ont de mauvais.
LETTRE VI. iL y a dans les agreables Livres
desjardins, que le Pere
Rapin a composez, plus debellesfleurs,
Monsieur, que dflDS
les Parterres les plus célébrés,
Etmesme,àvraydire,ilen
faut beaucoup qu'il y ait rien au
monde de plus fleury que les
charmantes descriptions dontil
a embelly sonOuvrage. Ce n'est
pas feulement lesujet dot il traite
quimefaitparlerainsi. C'est
que sa Muse orneroit des épines
aussibien que desroses&qu'il
est vra y que les fleurs ne reçoivent
pas de l'Astre qui les peint
des couleurs plus vives, que de
cedigne Successeur de l'incomparableVirgile.
Puis-je, Monsieur,
vous nommer un lieu plus
agreable, pour y prendreplaisir
à chercher les Fictions les plus
ingénieuses du monde? C'est là
que l'on peut en prendre sûrement
des modeles. Elles font
toutes tirées d'après nature. Ce
font des copies fidelles des plus
beaux traits dela Morale. La
Fable ancienne y est amenée
avec tant d'arc, qu'il semble que
les Grecs n'ont rien inventé d'agreable,
que pour embellir ces
jardins. Ilne faut pas que l'on
se persuade que ces jeux d'esprit,
ces honnestesdivertisse-
OlCOS)<]ui ferventde recreation
aux grands Hommes, comme
est celuy dont je vous ay parlé,
& qui préparent mesme leur
style aux Sujets les plus importans;
il ne faut pas,dis-je, que
l'on croyequ'ils se presententindifféremment
à routes fortes
d'esprits semblables à ces Sylphes,
àces Salamandres, à ces
habitans de l'Air, doncon parle
icy plus qu'en lieu du monde, la
connoissancequel'onenaestant
plus proche de sa source, puis
que le fameux Nostradamus est
d'une petite Ville de cette Province.
Il faut s'estre purisié
l'ame, pour avoir de ces apparitions.
Elles n'arrivent jamais,
qu'apres s'estre formé longtemps
le goût des bellesLettres,
& avoir eu quelques familieres
conversations avec les Mules.Sil'onvoyoit
souvent dans vostre
Mercure, Monsieur, des Fictions
aussiingénieuses que celles
de Mrde Fontenelle, on entreroit
plus aisément dans l'estime
quel'on doit à ces galans Ouvrages
,- & il arriveroit fansdouce
,que l'idée s'en formeroit
communément &d'une manie--
re fort juste dans les esprits. On
verroit apres cela avec plaisir
de fort jolies Fidions sur les
Sujets qu'il vous plaira de proposer.
On n'entreprendrait pas
d'en écrire, sans avoir quelque
connoissance de la Fable. On
auroitrecours aux Anciens. On
s'instruiroit. Jen'ose presque
vousdire qu'ilya assez. de Gens
qui se font tort à euxmesmes.
Ilscroyent qu'il n'y a qu'à devinerauhazardquelque
Enigme,
&àseservirdelacomplaisance
generale que vous avez pour
tout le monde. Ils peuvent bien
se flater aussi de quelque succés
dansles Fictions- mais il est difficile
de donner ces fortes d'avis,
&detroubler la joyeque l'on
ade se faire un commerce avec
vous. Il y a déja quelqu'un qui
nemanquera pas de se vanger
sur les Lettres que je vous écris. Ilestnéanmoins de l'honneur de
nostre Siecle, Monsieur, &: des
Provinces du Royaume, que
l'on n'expose pas mal à propos
ses Ouvrages à une infinité de
Gens qui ont beaucoup moins
de complaisance Ôc d'honnesteré
que vous. Je vous
avoueque j'ay cru contribuer
en quelque chose au bien public
écrivant quelque chose sur les
Enigme, & sur les Fictions.
Car enfin il y a lieu d'esperer, ou
que l'on prendra lapeine de
s'en bien instruire, si on veut
vous en envoyer, ou que vous
n'aurez pas celle d'en recevoir
beaucoup de mauvaises. Il est
vray neanmoins, Monsieur,que
la passion de vous rendre service
a encor plus de part à ce que je
vous écris, quel'interest public.
- A .A.¡ ce 14.-. ZJfemlw.
iVfr l'Abbé Mallementde Mersangea
trouvé une nouvellefaçon
de Cadran Solaire, par le moyen
delaquelleonpeutfaire touteforte
de Cadranssurune mesmeforte de
Plan, quelle qu'ellesoit; au lie.
quepar lafason commune onnen
peut fairequed'uneforte, déterminé.
& contrainte pour chaque
forte de Plan.
On a admiréd'autrefoisl'and'assembler
en une mesme pierre plusieurs
faces où ion pust tracerpl*,--
sieursfortes de Cadrans, une forte
surchaqueface. Onen afaitl'embellissement
des Jardins, dans les
Palais, & dans les Maisons de
plaisance;&Mrl'AbbéMallement
dont je vous parle, a trouvé
l'art d'enfaire presque une infinité
tous diférenssur un mesme Plan.
Par lemoyende cettefaçond'Orloge,
lors que le Soleil luira, on
verra dans une Chambre un Cadran
bien fait contre les Vitres,
marquer
l'heure dans la derniere
justesse; &désque le Soleil cessera
de luire, le Cadran disparoistra entierement,
sans qu'ily en resse la
moindre marque.
Presque en tous les Cadrans
qu'onfaitde cettemaniere, onpeut
metre l)((xe &lestyle ou pardessu
oupardessous le Cadran,&mesme
d'une maniere entierement contraire
à la situation de l'axe du
monde; au lieuque l'ancienne façon
l'observe si religieusement,
quelle n'oses'en écarter d'une minute.
On peutmesme enfaire quantitésans
lignes d'heures, &sans
aiguilles, &l heurese trouvera
toujours juste dans le mesme endroit.
Enfin dans lafaçon commune, les
lignes des heures sonttoujoursfixes
& ce qui les détermine est errant;
au lieu qu'icy les lignes des heures
font errantes, &ce qui les détermine
estfixe; &si l'on veut, tout
est mouvement contre le mur, l'axe
e- les heures se promenent, &font
divers toursjur la muraille.
L'Autheur de cette Invention,
furpm avec toute la terre des prodigieuses
Athons de nofire invincible
Monarque, & voyant que
tous les Arts &toutes les Sciences
luydoivent l'éclatoù ellessontaujourd'hay,
aforméun Dessein deces
Cadrons à la gloire de cet incomparable
Héros. Il represente une
Minerve tenantson Bouclier,sur
lequel la lumiere du Soleil peint
des Devises, qui selon la suite des
heures du jour, represententlasuite
dela Vie du Roy. Ce Cadran est
sans lignes d'heures & sans aiguilles.
Les Devises ont toutes le
Soleil pour corps, & ne se voyent
pas toutes àla foissurleBouclier,
mais elles sesuccedent les unes aux
autres, suivant le rang quelles
tiennent dans la Vie du Roy.
l'enayfait graver le beffein
quejevousenvoye. Examinentoutes
les Devises qui le forment, e.,
souvenez-vous que ce Cadran estant
un Cadran Solaire, ilne commence
à marquer qu'àsix heures dtt
matin, & qu'ainsivotes deve regarder
cette sixième heure comme
la premiere. le viens à l'explication
de ces Heures.
La premierequiestmarquéeVI.
dans le Cadran, est un Soleilqui en
naissantdissipelesnuagesdontilest
envelopé. Ces paroles luy fervent
d'ame, Nascensnubila dissipat.
Le Roy déssa plus grande jeunesse
a dissipé les troubles qui s'essaient
élevez dansfin Royaumeparl'emportement
inconsideré deses Sujets
que les Etrangers animoient à la
revolte. Plusieurs Batailles qu'il
gagna dans ce temps-là luyfirent
sumonter tous les obstacles que les
Armées ennemies formoient contre
luy.
Comme un Soleil naissant dans des
nuages sombres
Dégagela clarté dela nuit & des ombres,
Etparmy les débris des humides prifons
Qui formoient un obstacle à sa vive
lumiere,
Etale ensa vaste carriere
L'éclat victorieux de ses nouveaux
rayons.
AinsiLOUIS dégagea sajeunesse
Du funeste embarras de cent troubles
émeus;
Et parmy les débris dos Ennemis
vaincus,
Aux yeux de l'Univers qui l'admiroit
sans cesse,
Fit briller d'un éclat nouveau
Les triomphes de son Berceau.
Laseconde marquée VII. qui est
unSoleilseul répandantsesrayons
de toutes parts, avec ces paroles,
Proprio lumine cundavider,
represente le temps auquel le Roy
commença à prendre le maniement
des Affaires, & à voir tout par
Luy-mefmc*
Comme l'Astre duJour par sa propre
lumiere
Voit cequise passe en tous lieux,
LOUIS, sans emprunter de lumiere
étrangere,
Connoit tout parLuy-mesme,& voit
tout par ses yeux.
Latroisiéme marquée VIII. est
un Soleil qu'un Aigle regarde. Ces
mots en fontl'ame, Aquilam recreat.
Rien nesçaurait mieux representerlesecour
s que le Roy donna
à l'Empire, en chassant les Turcs
dela Hongrie,&lescontraignant
à demander instamment la P,Úx,
tous insolens qu'ils estoient de leur
victoire, apres avoir. pris quantité
de Places fortes sur l'Empereur.
Les Troupes que le Royy envoya
sous la conduite de Messieurs de
Colligny & de la Feüillade, les
batirent au Pont de Kermen, &
les désirent au Passage de la Rivierede
Raah, proche S.Godard.
Lors que LOUIS porta pour la premiere
fois
Contre les Otomans ses armes triomphantes,
Ala faveur de ses Exploits,
L'Empire réduit aux abois
Ranima ses forces mourantes,
Et luydoit encor aujourd'huy
** Celles qu'il arme contre Luy.
La quatrièmemarquéeIX.fait
connoistre l'amour du Roy pour la
justice, & l'obligation que luy a laFrance du Code nouveau qu'il a
bien voulu prendre soin de luy donner.
C'est un Soleil au dessous duquelfont
des Balances, avec ces
mots,Haberhoc signaintercoetera
signum.
Ce Symbole delajustice
Que l'on compte parmy les Signes du
Soleil,
S'applique mieux encor au Héros sans
pareil
Dont les justesEdits ont é-ibam le
vice.
La cinquiéme marquée X. est
un Soleil dans des nuages, où l'on
voit paroistre des pointesdeFoudre.
Ces paroles,Fulmina præprat,
ont un juste raport avec ces grands
desseins pour la guerre que le Roy
a fait enfin éclater contre la Hollande.
Pour réduire à la fois mille Peuples
cil poudre,
LOUIS justement irrité,
A plus souvent lancé la Foudre
(Qiie l'arder du Soleil ne l'allume
enEté.
La sixiémemarquéeXI. fait.
voir un Soleil qui répandsesfeux
sur trou côteauxélevezdevant luy.
Ces parolesfont autour, Obicibus
càlor increscit. Le Roy a rendu
inutiles tousles efforts quafaits la
TrisseAlliancepourempescherses
Conquestes.
Si lors que le Printemps ranime la
-
Nature,
Trois Coteaux élevez sur un- triple
Valon
Opposent au Soleilqui combat l'A-
qull-on.
Leurs panchans émaillez de fleurs &
de verdure;
Ils reçoivent sur eux tout l'effort de
sescoups,
Bientost ce riche émail disparoistà 1n
veuë,
Et dans leur seinbrûlé la chaleur re-
:> tenue
Forme un Foyer ardent d'un lieu char
mant&doux.
Ainsi lors que LOUIS poursuivoit
la victoire, "c 'r-è
Trois Peuples orgueilleux s'opposant
à sa gloire,
Ontrressoenty lu'effetxde son.juste cou- Ses armes sur eux arrestées
Ont consumé les Biens quiles rendoient
sifiers, Et de leurs plus riches Contrées
Ont fait lesplus tristes Deserts.
,', Laguerre que le Roy afaite aux
Hollandois, est marquée dans la
septieme heure, qui a XII. pour
chifre , par un Soleil sechant des
Marais, avec ces mots, Siccat
paludes.
Peuples marécageux, grillez dans vos
Roseaux,
Avant que le Soleil eust dissipé vos
eaux,
Vous voulustes,dit-on, l'arrester au
partage,
Et pouffiez jusqu'à luy vos cris de
tous costez,
Mais helas ! àvostredommage
Ses vifs rayons se sont trop arrestez
Sur vostrepauvremarécage.
La huitième marquée I. a périr
corps un SoleilluisantsurdesArbressansfeüilles,
& ces paroles
pour ame, Frigora non timer.
Le Royavaincu la Naturemesme
; S* les plusrigoureuses faisons
n'ont PR mettre obstacle à si's de
Jeim;
Comme la nége & les frimats
Qu'en Hyver le Soleil rencontre sur
- ses pas,
N'interrompent jamais sa rapide carriere,
L'Hyver n'arreste point le plus puissant
des Roys,
Et l'horreur des glaçons auxHéros si
contraire,
N'interrompt point le cours de ses
fameux Exploits.
La neuvième marquéeII.fait
connoistre que le Roy a émeu toute
l'Europe par la guerrequi a donné
lieu à la Triple Alliance qui s'est
formée contre Luy. ettft unSoleil
luisant sur un Globe, autour duquel
on lit ces paroles, Quae Regio
non sensit?
Si le Soleil par tout fait sentir sa cha
leur, -
LOUISvfaitaéclalteresonnuomr&: Ü.. Du Levant jusqu'aux lieux où la nuit
prend sa source,
Et dumidy jusques à l' Ourse,
La dixième marquéeIII. efl
un Soleil au dessous duquel on découvre
un Arc-en Ciel. Ces mots
en font l'ame, Irida format. La
Paix que le Roy a donnée à toute
l'Europe est representée par cette
Devise.
Cette belle & celeste Iris,
Ce Symbolede Paix qu'enfante la
Lumiere,
Reconnoit le Soleil pourPere,
Et la Paix reconnoit LOUIS.
L'onzième marquéeIV. fait
connoistre la confiance queles Peuples
pacifiez, doivent avoir à la
parole de LOÜIS LE GRAND.
Ces paroles, Solem qui dicere
falsum Audeat,ont autour d'un
Soleil, dont un CadranSolaire
reçoit les rayons.
Peuples, puis que LOUIS prest à
vous mettre en cendre,
Se laisse vaincre à vos soûpirs,
Et par une bonté que vous n'ofiez
attendre,
Accorde enfin la Paix à vos ardens
soûpirs;
Qu'un repos qu'établit sa Royale - parole
Ne soit jamais troublé par la crainte
frivole
Qued'un semblable coup il veüille
vous fraper.
S'il promet la Paix à laTerre,
On ne doit pas craindre la Guerre,
Le Soleil ne sçauroittromper.
La douzièmemarquée V. qui
est un Soleil au dessousduquelsont
des Moissons, avec ces mots, Orru
nia foecundac, nous répond de
l'abondance que leRoy va procurer
à sesSujets parla Paix qu'il a
eu la bonté de leur donner.
Celuy qui nesçait pas quelaflambeau
du Monde
Cause par sa chaleur féconde
La fertilitédesGuérets,
Peut ignorerquelle abondance
LOUIS va donner à la France,
Apres qu'al'Univers il a donné la
Paix.
La treizième & derniere heure
marquée VI. avec un Soleil sur
l'Ocean,& ces paroles, Pervius
Océanus, fait voir que la Paix
établira le Commerce.
NosVaisseaux aimez de Thétis
Vogueront sur les flots poussez, d'un,
doux Zéphire,
Et le nom du Soleil chéry dans cet
Empire
Y fera moins connu que le nom de
LOUIS.
Tous ces Verssont de l'Autheur
du Cadran dont je viens de vous
expliquer les derniers. Vous en
avezdéja veu d'autres Ouvrages
que vous avez estimez. Ils nont
pointparusousson nom, parce qu'il
m'avoit esté cachéjusqu'icy.C'est
; luy qui IlfMitle Madrigal des deux
Marys, l'untrop jeune, &l'autre
trop vieux, qui estdans maLettre
du dernier Mois.Le Menüetemployédanscelle
du Moisprécedent,
qui commence parNe croyezpas,
jeune Bergere, est ausside luy,
ainfique le Sonnet, Grand Roy,
quand tu mettrois le monde
fous ta Loy, avec le Madrigal
J
fut
sur le mesme sujet, qui lefait immédiatement
, & un autre sur le
mal de dents. Ces trois dernieres
Pieces sont dans le Mercure de
Septembre, le pourrois vous en
nommer d'autres, maisje les laisse
pour venir à ce qu'il a fait pour
l'essay des CadransSolaires, dont
j'aycommencé devous parler. Ilen
afait un dans une Maison Religieusedediée
au S. Esprit. La lumieredu
Soleil peintcontre le mur,
une Colombe environnéede rayons,
au bout desquelssont les chifresdes
Heures, peints aussi par la Lumiere.
Le rayon quia au bout le
chifre de l heure qui doit estremarquée
par le Soleil, se trouve toûjours
le long d'une raye noirepeinte
au dessous, & allant de gauche à
droite, ce rayon cede sa place à
L'heure qui vient apres luy. Le
mur represente un Ciel ouvert,
avec un Liston volant, où ces parolesselisent,
Si malumiere vous
regle, vous ne vous tromperez
poinr.
Depuiscetemps-là, ilenafait
deux portatifs. Dans le premier,
le rayon de l'heure presente se
trouve toujours au bout du bec de
la Colombe, & dans l'autre qui
est un Soleil, l'Imagedu Royest
peinte au b.M^ marquant les heures
avec le bout de son Sceptre. Les
rayons du Soleil obeïssent, &viennentse
rendre tour à tour au point
qu'il leurmarque. Cesparolessont
écrites au dessous, Imperat Aftris.
QuæTellis parere neget? Il en a encor fait deux ttfttrt.
Le premier efitJn Dauphin environné
de rayons, avec ces mots,
Recturus terras oritur Sol alter
ab undis; &ledessein dusecond
s'applique à un Grand Ministre
qui a des Etoiles dans ses Armes.
On envoit une quipardessus les
cinqrayons, en a encor quantité
d'autres qui l'environnent, avec
ces paroles, Simillima Soli.
FICTION.
L'Amour dans les premiers
Siecles ( car il a esté de
tous temps comme de rous
lieux)estant un jourdescendu
-
en Terre, pour voir de plus prés
les effets de son pouvoir, rencontra
une tendre Bergere aupres
d'une aimable Berger. Ce
petit Dieu qui fait son unique
plaisirdes coups qu'il donne, ne
voulut pas perdre ceux qu'il
avoit résolu de porter dans le
fein de quelque Mortel. Il tira
toutes ses flêches à brûle pourpoint
, comme on dit, sur ce
malheureux Bergerquisesentit
alors si fort embrasé du feu qu'il
nourrissoit dans son coeur depuis
longtemps, qu'en un moment
il setrouva reduit tout en cendres.
L'Amour surprisdel'accidentduBerger,
ramassa ces
cendres, &les ayant enfermées
dans son Carquois lui étoitdéjà
vuide de flêches, il s'assit aupres
de la Bergerepour ia consoler.
Commece Carq uois estoit trasparentn
quoy que solide, ils'aperçeut
que les cendres qui citoient
encor toutes brûlantes,
&pleines de passion, rouloient
toujours du costé de la Bergere.
Cette merveille obligea le Dieu
d'A mourd'ordonner en mémoire
d'un Amant si digne de
n'estre jamais oublié, que l'insensibilité
des plus fieres Bergeres,
ne dureroit à l'avenir pour
celuy qui auroit ce Carquois,
qu'autant de temps qu'ilen falloit
pourvoir passer ces cendres
d'un costé a l'autre. C'estoit
environ l'espace d'une heure.
On prit de là occasion d'appeller
certains momens fortunez,
l'heure du Berger. L'Horloge
où l'heure si favorable à beaucoupd'Amans
se trouvoit toûjours,
s'est conservée pendant
tous les Siecles dorez, & ç'à
esté feulement dans ceux qui
les ont suivis, que la perte d'un
gage si precieux a donné lieuà
cet autre Horloge de Sable, où
l'on ne rencontre que rarement
cette heuredesirée par toute la
Terre.
LE BERGER. DES RIVES
DU TARN.
Les Enigmes proposées dans ma
Lettredu Moisd'Octobre estoient
toutes deux sur l'Esprit. En voicy
quelques Explications.
I.
~L'Enigme la moins difficile
Me mettoità bout autrefois
Ivlais aujourd'huyjesuishabile,
I'en devine deuxà lafois.
Quedis-je deux?je n'enyoisqu'uney'
Mesme but, mesmesens, je n'ensuis
passurpris,
Et voir rencontrer deux Esprits
Est une chose arez commune.
II.
AAHpourlecoup, Galant Mercure,
On trouvera le Mot,sansyresverdeux
ftjç
Et les enigmes de ce Mois
Nedonneront point la torture.
Comment, dit-on par tout,se moque- t-ildesGens?
Ilcroit cacher l'Esprit dans ce qu'il nous
propose.
Voyez, là belle Enigme! helas députe
deux ans ilne nousfaitvoir autre chose.
Les Dames de Bourg.
0 m. Nmel'avoit toujours bien dit,
Qutlncjtoitpoint d'Ouvrageàcomparer
au vostre.
VdnS vostre dernier Livre on trouve
plus d'Esprit
Qu'on n'en avoit encor trouvé dans
aucun autre.
DE LA MARTHE, Avocat
en Parlement.
s IV. ?nigmes,sans
contredit,
Font"Voir que leurs Autheurs n'ontpas
perdu leurpeine,
Car en quelquesens qu'on lesprenne,
L'une (7 l'autreestpleine d' Esprit
Mad. NOMAN-ANORI,
dePoitiers.
V. cEtte Enigme estparticulière
Pour le tour&pourlamaniere;
11lwon la voit, plu* on la lit,
etplm ony trouve d'Esprit.
DE BLEGNY.
VI.
sI vosEnigmes enfigure
Echapent à mon jugement,
Vous me permettrez bien,agreable
Mercure,
De "VOftS dire monsentiment
Sur cellesdontles Vers m'ontfait une
peinture.
On a beau les examiner,
Etpourles expliquerpredre unepeine
extrême;
Si l'onne connoistl'Esprit mesme,
On nepourra les deviner.
VALCHERIE, de Pontoise.
VII.
~UNelumiere vive pure
Pourroit avecfacilité
DesdeuxEnigmesdu Mercure
Percer toute l'obsurité.
Mais oùprendre cette lumiere?
Lisons les Vers de bout en bout,
Vnfeu tout divin les éclaire,
Ony trouve l'Espritpartout.
LE MAUVILEU,deChauven.
Ces mesmes Enigmes ont esté expliquées
en Espagne par la spirituellePersonnequise
cachesousle
nom de la Lorraine Espagnolete.
Vousavezdéjaveu quelquechose
d'elle au commencement de cette
Lettre, & voicy ce quej'en reçois
encor presentement.
Madrid 14. vC'emh,.e 1(378.
Explication des Enigmes du Mercure
du Mois de Novembre, reçeuës à
Madrid le 9. Decembre 1678. sur
les deux Enigmes en Vers. - p~POur expliquer sanscontredit
Les deux Enigmes de No)!éhre,- Ilfautseréveillerl'esprit
Par un traitdujusde Septembre;
Etpour lors l'ondira,sanspasserpour
Devin,
L'une estlebel Esprit, CP°l'*utre c'est
leVin.
Sur l'Enigme de Méduse.
tLiAutrejour en resvant à l'Enigme
enfigure,
Que nouspropos-el-eMercure,
2,tr ce Bouclierfatal qui transforme
lesGens,
Lesentois la rigueurd'une bize piquante,
Qui parsaforcepenétrante
M'ostoit, en meglaçant, l'usage de
mes sens.
Tfa!pourquoy tant resver?Méduse,
c'est la Bife,
M'écriayjepourlors, en m'approchant
dufeuy
Cardepuis qu'ellem'asuprise,
Sijenesuis de marbre, il s'enfaut
Explication de la Lettre en Chifre de
l'Extraordinaire du troisiéme
Quartier de nvier. vOusaurez-de la p ine à tro uver
mon secret,
Dans son Billet chifré dit le Galant
Mercure:
Mais ilabeaude l'E varierlafigure,
-
Commefait un Chifreur discret,
Cetteprêcautionn'estpoint une défaite
Pourla Lorraine Espagnolete.
Cettemesme Lettre en chifre a
esté ainsi expliquée par Mr Miconet
Avocat à Châlons sur Saone.
CE
n'estpas auxplusfins Pfprits
Que s'adressent les Motssous ces Cbifres
écrits,
Mit" vous lesproposez à lire
A ceux qu'àdéchifrervousprenezsoin
d'instruire,
Qui comme moy peut-estre ont l'esprit
fort distrait,
Etc'est à nous que la Lettreveut
dire,
Vous aurez dela peine à trouver mon
secret.
Plusieurs autres ont dévelopé le
mistere des diverses especesdeMonnoye
qui cachoient ces mots, eI;-. c*
font MessieursRobbe; Seubert;
Aimés Fils, de Béziers; De Bollain,
Capitaine au Regiment de
Picardie; De Lange de Monmirel0,9Centi'I.
b, ommed'o<-)range; Dantoine,
Avocat;Des Barres;Descussolles;
Paichereau,Medecinde
Corbigny en Nivernois ; Le Coeur,
de Roüen; Les Inséparables de
Roüen; Les Inseparables Cloistrèes;
L'Esclave des Belles de la
Ville de Dieppe; Le Berger des
Rives du Tarn;LefidelleBerger
des Rives de Seine; Les trois En-
--ioüe de Tours; &le Medecinsolitaire
de Tarascon en Provence.
le vous envoye une nouvelle
Lettre à déchifrer. JToiis n'y verrezaucunesfigures.
Elleesttoute
composée de Chifres qui nefont
qu'un seul Alphabet, quoy qu'ils
parroissent tous diférens.Ansi il
n'y en a aucun qui n'aitsa marque
particulierepourfaire connoistre la
lettre dont il tient la place, & il
ne s'agit que d'en trouver lesecret.
Tout ce que je vous diraypourvous
en faciliter la connoissance, c'est
que tous les Chifres finis par un
point font autant de lettres, soit
qu'il n'y ait qu'un seul Chifre, soit
qu'ily en ait plusieurs. Les deux
pointsfont la séparation des mots.
On doit l'Invention de ce Chifre
à Mrde Monmiral Gentilhomme
d'Orange.
LETTRE EN CHIFRE.
21.19.235.45.789: 812. 81.354.
895: 765.15.33.432.294. 527.
85.371.822.95:4. 55.823.946:
505.348.65:7.35.987.798.81.
337.17.9.95:81. 66.5.76.61.
29. 712.25:8.85.7.919:425.
- 328:343.5.65. 819.928: 89.91.
213. 81. 49. 818: 12. 121.81.293.
5,5:54.6.65:523.35.726. 831.
427.313.375.75: 24. 35.829.
936 782.85: 29.324. 985. 85.
776.75 821. 889. 15:3. 65. 327:
224. 317-29--7 35: 34.
31.238.484.303-738• 112. 39
323. 989. 65.716. 25.834.985;
738.15.27.342.45:515.21.728.
237.3242.:43.304.9281. 631.
330.29:31.39.295.85.342.988.
Ilne mesuffit pas devous donner
des Chiffres à demesler, ilfaut
vous apprendre comment on peut
connoistre les Gens par la maniere
dont ilsforment leurscaractères lors
qu'ils écrivent. Cette sciencen'est
fa* de moy. Vous en trouverezles
Regles dans cetteLettre qui m'est
tombes depuispeu entre les mains.
A MADAME.
DE***
Sur les Indices qu'on eut tirer de
la maniere dont chacunforme
son écriture. vOus m'avez engagé si honnestement,
Madame, à
vousmettre par écrit quelques
Remarques que j'ay faires sur
la maniere de connoistre les
Gens par leur écriture, que je
n'ay pû me dispenserde le faire.
Voicy donc quelles font mes
conjectures. Siellesnerépondentpas
tout à fait à vostre
attente, peut-estreque lanouveauténevousendéplaira
pas..
Je supose premièrement, que
l'on peut connoistlreles person-
Des par leurscaractères, en établissant
d'abord, queles mains
suivent narure llement le mouvement
du Coeur quien estle
principe.
Je supose en second lieu,,
que ceux qui écriventne changent
point leur caractère, ou
que s'ils le changent c'est par
accident; ce qui arrive d'ordinaire,
ou parce que l'encre
& les plumes dont ils se fervent
font mauvaises, ou bien à
cause de la situation du lieuoù
ils se rencontrent, mais qu'ils
reviennent toujours à leur pre
mier caractere, & à la maniere
d'écrire qui leur est la plus naturelle.
Cela suposé,
Je distingue trois forces d'écritures,
l'une quiest grande,
l'autre médiocre, &: latroisiémequiest
petite. Outre cette
division generale, j'en fais une
particulière,& je sous-divise
celle qui est grande en deux,
l'une fort chargée d'encre &
desagreable à la veüe ,
6c l'autre
plus nette, plus lisible, 5C
plus hardie. Je dis plus hardie,
car si l'écriture n'estoit seulementque
bien peinte, & sort
égale par tout, c'est une marque
presque infaillible, non
feulement àl'égardde ce caractere,
mais mesme à l'égard
de tous les autres qui font si
bien peints &si façonnez, que
ceux qui fardentainsileurécri
-
ture ( si nous en exceptons ceux
qui font professiondela montrer
dans les Regles) n'ont pasbeaucoup
d'esprit
, ou que s'ils
enont, il est tout au. bout de
leur doigt; & comme une parure
trop affectée dans les habits
marque une foiblesse dans
les Hommes encor plus que
dans les Femmes, de mesme une
peinture trop recherchée dans
l'écriture eftunvain amusement
qui ne peut partir que d'un petit
esprit & d'un foible génie.
Je divise encor le caractère
médiore en deux, l'un qui est
grossier & chargé d'encre, &
l'autre qui ne l'est point, mais
celuy-cy peut estre confideré
en ceux manieres, ou comme
forthardy, bien net, bien lie,
&assez lisible,ou comme sort
inégale, point lié,fort mince,
&peulisibde.
Pour le demiecaractere, qui
estlepetit, je ne le divise point,
estant presque toujoursplus
noir & plus chargé d'encre,
qu'autrement.
Je viens maintenant au jugementque
l'on peut faire de ces
trois caracteres. A l'égard du
premier, qui est grand&chargé
d'encre, il est assez ordinaire
que ceux qui écrivent de cette
maniere, n'ont guère d'attention
à ce qu'ils font, & qu'ils en
font divertis par quelque paf.
sion qui leur occupe l'esprit &:
comme celle de l'amour ,& le
plaisir mesme brutal que l'on (c
fait de bien manger & de bien
boire, offusqueplus les sens, U
trouble davantage l'imagination
,
je dis que ceux qui écrivent
de cette maniere aiment
ou le Vin, ou la bonne chere,
ou la galanterie. Je croy, Madame,
qu'il n'est pas necessaire
de vous prouver cecy par d'autres
conjectures. Vous jugez
bien qu'unePersonne qui est
déregléedans sa conduite, l'est:
aussidans sa maniere d'écrire,
& qu'une autre qui est accoûtumée
à tremper ses doigts dans
des fauces, n'est guére pluspropre
dans son écriture.
A l'égard du grand caractère
qui estplus net, selon la conjecture
que j'en ay faite, il marque
beaucoup d'amour propre
&de timidité, & mesme de l'avarice,
si les lettres ne font pas
bien liées; mais quand elles le
font, c'est alors une marque de
vanité, de luxe, & d'ambition
dans les Hommes comme dans
les Femmes;&la raison de cecy
est,que pour lier ainsi ces grands
caractères, il faut uneplusgrande
liberté de main, & que l'esprit
foit mesme plus dans cette
action qui est continuée, & dans
ces traits quise font sans lever la
plume. Or comme l'espritn'est
jamais plus tendu que quand il
estoccupé de luy-mesme, jedis
que c'est une marquedevanité,
parce que ceux qui font vains se
plaisent à faire figure dans le
monde, & à se répandre au dehors);
de mesme que ceux qui
font ces grands traits,fontbien
aises que leur caracstere brille"
aux yeux de ceux à qui ils écrivent
; au lieu que ceuxqui n'ont:
pas leur caractere si lié, ont toûjours
peurdeprendre une lettre
pour une autre, cequi est une
marque de délicatesse, & par
conséquentd'amour propre,
qui ne va guère sans avarice.
Je passe au caractere médiocre.
Quandilestun peu chargé
d'encre, qu'il est bien formé 8C
fort hardy, il marque un esprit
défiant, interesse, & laborieux,
Je fonde cette conjecture sur ce
que ce caractere est plus commun
aux Gens d'affaires, & aux
Marchands, qui ont pour l'ordinaire
toutes ces qualirez. Je
dis quand l'écritureest bien formée
mée; car siellene l'estoit pas,
& que les lettres fussent allez
détachées les unes des autres
pour faire paroistre l'écriture
languissante,ceseroit alors une
marque de mélancolie, & par
conséquent d'amour pour les
Arts, comme fontlaMusique,
la Peinture, & l'Architecture.
Le caraétere médiocre qui
est fort net, fort hardy, & bien
lié, marqueordinairement de
l'efprit&delapolitcfle. Il marque
aussi de sa bonté, de la libéralité,
& del'amour pour les
Lettres. Cette conj ecture peut
n'estre pas toûjours veritable.
Neantmoinsl'experience nous
fait voir que ceux qui ont l'esprit
poly, écrivent d'ordinaire
avec plus de netteté que les a\1
'¡b¡)::,cft., quj7pe<clv\ ^encontre
,guéfesens quelquelittérature, deM l'on,rConje^tui^ qu'ils
fontmoinsattachez au brique
lesautres, & qu'ilsontlame
plusliberale, n'yayantrien(si
JeJli s'enrapporteàCiceron)
..(}W jrnarqveranc lad'un
Esprit,que d'aimer les riches-
,i«$] Le caractere médiocre quiest
inegal, point lié mince,&peu
lisible, marqueunEspritbizare,
chagrin, sourbe, èc pare(feux.
Pour entendre cecy, il faut remarquer
que ceux qui écrivent
de cette fortei ou déguisent
ainsi leur écriture, pour n'estre
passi bien entendus,oune le
forment pas allez pour n'avoir
pas bien appris à écrire, ou pour
nepasenfins'en vouloirdonntr
la peine. Si c'estpourpourdéguiser
seoiscaractere qu'ilsécrivent
dé-'cette maniere, ils ne fontpas
moinsdéguisez au dedans d'eux
mesmes,&voicy lesconséquen
cesquej'en tire. S'ils fontdeguisezdansl'intérieur,
ils ont
desveuëspour tromperlemonde;
il faut qu'ils soientmaldans
leurs affaires, ou qu'ilsfoibn,s
naturellementmalins.S'ilsfont
mafdflusleursaffaires, ilsftmc
pour ~ot-<jtnAire bizarcs Sc-cfegrins,
& prennent en nlûv-alse
parctoutcequ'on leurdit,fclon
là-penseede Térence.rQuesi
c'est æ cause qu'ils fontd'un
méchant naturel-il faucfifdon
lelangage de l'Ecriture, qu'ils
ayentun COCUF double, &par
conséquentqu'ilssoient fourbes
& m£nC£urs. Enfin sic'est a
cause qu'ils ne veulent passe
donner la peine de mieux écrire,
c'est toujours une marque de
paresse, & de làil est facilede
tirer d'autres conséqdencrsde
cette nature. S'ils sont paresfeux,
ils doivent estre malropres;
ilsaiment le jeu, &toutes
tes c hosesausquellesl'oisiveté \: incline. S'ils sontbizares&Chagrins,
vils font peufôciaWt£%'?6
sontmal dans leursaffaires
font jaloux & envieux du bonhIelur
d'autruy. ? nereste plus que lepetit
caractèrë dont nous n'avons
Zp,oint encor parlé. Je dis cfoirc
que comme ce caractere est
propre aux vieilles Gensqui
sontnaturellement avares Ôcjdcfians,
ilestassezr cuexdefians&sontaussi
fortdefians&fortavares.
Ajoûrezàcela,que commel'on
jugesouvent des grandes choses
par lespetites,c'estune côni
sequencepresqueinfaillibleque
ceux t) serrent ainsi leurécriture,
& ménagent un morceau
depapier, sont aussi ménagers
&serrez dans les autres choses;
&dela il est facile de tirer
quantité d'autres inductions,
en examinantroutes les qualitez
quel'on attribuë auxVieillards.
Cequeje dis de ce dernier ca-
»
racteredoit s'entendre detous
lesautres, où les circonstances
bien démeslées&l'adressede
ceuxqui examinent les écritures,
font toute la finessede
cet Arc.
Voila,Madame, enquoyconsiste
toute ma sciencesur les
caracteres. J'en aurois fait un
mistere à une autre Personne
qui auroitmoins de lumieres
que vous n'en avez; mais dan3
cette science,comme danstoutes
les autres, il y a longtemps
que je fuis convaincu
que rien n'échape à vostrepenétration.
CO N SE"'I.{L's
LllR,pNTM4
D'A MOUR. vVous s me demandez des
Conseils. je veux bien
vous en donner, mais je crains
que vous n'en profitiez par.
Vous estes prévenu,Ticfisyde
ces fortes de préventions qui
ne nous laissentguèrelaliberté
de gouster les raisons qui vont
à les détruire.
le connois bien quevostre coeur
Prendtropdeplaisirdasses chaînesi
Il eji dans une douce erreur,
Mt n'apourplaisirs queses peines.
,-
Apres cela,Tirsis,voyez,je
vous prie,à quoy vous m'engagez.
J'auray peut-estre lahonte
d'avoir entrepris inutilement de
vous guérir, mais n'importe, Je
me sens un si grand panchant à
vous obliger,ue jecompreray
toûjours mes interests pour rien
quanti il s'agira de travailler
pour les vostres. Une feule chose
m'embarasse.J'apprehende que
vous ne soyezde l'humeur de
la plupart des Gens qui consultcnr
leurs Amisplutost pour les
faire entrer dans leurfoiblesse,
que pour en tirer un veritable
secours.
:'Sôú-'t'iitl'onseplaint d'un martire
Dont onne loudrottpa*gxfritâ ")-
Etquoy que l'onnom pttifje Jirer
On croit qu'il cfiaoaxdtn!tJ(i(".
Si ce font là vosvéritablessentimens,
comme j'y voisbeaucoup
cTappaVcnce les remedes
ne vousserviront derien \) car
enfin,Tirfis,il est presqueimpossiblede
guérir unMalade,
quandil ne veut pas ycontri
bust)!J;MÆUs»our peu quevous
voulussiez vousaider, je nedefefpererois
pas de réussirdans
mon dessein,puis quejeconnois
déjalanature de vostre mal
VnMedecîn quinefç<*ît rien, „„ir^
c--.
Guéritcent maux sans les t'ÕnoiJI:r)
Connoissant le yojlre âlTè'{ bien,
)Ijevouse:unguériro*ispeu':.JtJ-"estre. Lt
En effet,Tirsis,je vois par les
regles de mon Art, que vostre
fievreestcontinuë,avec des redoublemens
causez par des foupçons
jaloux, descraintes,&des
depits. Il me semble quec'est
assez bien raisonner de vostre
mal, pour vous engager d'avoir
de la confiance en moy,écque
vous ne devez pas balancer à
vivre de la maniere que je vay
vous prescrire.
Venezdans nostre Solitude,
Vousvous en trouverezfortbien;
L'airde Paris ne "vous Yaut rien,
Il nourrit vostre incjuie'tude^Li ;
Jene doute pas que ce remede
ne vous paroisse violent; mais
dans l'état où vous estes, ilne
faut point stater vostremal. Ce
seroit l'entretenir, & il seroit à
craindre qu'il ne devinst incurable.
Voyez, Tirsis,si vous aimezmieux
avoir coûjours l'amepénétréesde
quelque nouveau
chagrin. que JOllfftjr un peu,
pourjoüir apres d'une tranquilité
qui selonmoy fait tout le
bonheur de la vie.
L'Amour estplein d'impatience3
RiennepeutremplirJesdeJtrs;
Prenez deuxgrains d'indiférence,
Elle a de tranquilesplaisirs.
Croyez-moy, Tirfis, abandonnez-
vous entièrement à ma
conduite,&je vous répons que
vousserez bientost le plus heureux
& le plus indiférent de
tous les Hommes.
FA'BL't
SUR
L'HORLOGE DE:SSA:&tE., ' -r', Traité,simplement parii*invention,
&commeellefeutavoir
: eji; trouvée.
MAigré l'inimitié quirortoit
entre les FarëivHesde
Phileman &de Baucis,ce B-er*
ger sçeut toucher le cocvr,:de
cette Bergere. Ils s'aiiwrqnr
tendrement,& la cootrainteiire
servit qu'àaugmenter lewfrîamour.
Il est vray qu'elleles
oblgeoit; à le cacher avecde
grandes précautions.Philemon
obtintunjour de sa Maîtresse
lafaveur de pouvoir en liberté
l'entretenir de sa passion. Ils
choisirent pour cela un Bois où
l'ombre regnoit eternellement.
Le rendez-vous fut donné pour,
une heure entiere, qui estoit
celledont Baucis pouvoit disposer.
Ses Parens estant ordinairement
engagez pendant ce
temps-là à quelques occupationsindispensables,
nos Amans
serendirent au lieu désigné.
Leurentretien y fut forttendre,
& cene fut qu'avec peine qu'ils
se quiterent, quoy que leur conversation
eustduré bien au dela
del'heure dont ils avoient esté
maistres.Ce retardement de
Baucisluyfit chez elleune
grande affaire, & le Berger ne
pouvoir pfus en
obtenirdesemblables
assignations. Quelques
promesses qu'illuy fist dene la
point retenir plus qu'il ne falloit,
elle connoissoit son foible
là.dessus; aussi bien queceluy
du Berger; & la Craintede se
méprendre à l'heure dans un
lieu où le Soleil ne pouvoir la
leur faire connoistre, estoit JOû..
jours la cause de ce refus?Philemonenestoitextrémement
affligé. Il resvoir un jour1profondement
à son malheur aupres
d'une Source qui setrouvoit
couronnée d'un tertre sablonneux,
lorsqu'un desesMoutons
en bondissant vint àdétacher
avec son pied un caillou
quiservoit commede barrière
àunepetiteveine defable. Ce
legeraccident interrompit sa
resverie.Il portadoucement sa
veuë sur les objets qui estoient
autour de luy,& l'attacha enfin
surceluy-cy. Il se mit encor à
resver, mais non pas sifort, qu'il
ne remarquait que ce fable avoit
commencé às'écouler au
moment qu'une certaine hauteur
qui n'estoit pas loin, avoit
esté éclairée du Soleil, & qu'il
avoit finy au point que les ray os
de ce belAstre avoient atteint
le tertreau dessous duquel estoit
cette Fontaine. Le progrés du
Soleil depuis le premier de ces
lieux jusques à l'autre, estoit
connu depuis longtemps de nôtre
Berger pour la marque de la
durée d'une heure. L'on sçait
assez que de tout tempsles Gens
de la campagnene se trompent
gueres à ces sortes de remarques,
& qu'ils sçavent fort bien
y apporrer les diférences necessaires
selon la diversité des fai.,
sons. Cette observation luy fit
naistre une pensée. Il mit ce
monceau defable dans une coquille
assez grande, au basde
laquelle il fit auparavant un petit
trou, & luy ayant donné la
pente necessaire,ilfut ravy de
voir que le temps de l'écoulement
de son fable avoir répondu
à peu pres à celuy d'une
heure qu'il avoirmesurée à la
faveur du Soleil,&parquelque
espacede terrain, comme je
viens de vous le dire. Cette
premiereépreuve l'encouragea
à en faire d'autres, qui enfin le
trouverent justes,: sur lesquellesayant
rasine, il en perfectionna
l'invention avec deux petits
Vases de verre, & un petit bastiment
de -bois, comme nous les
voyons aujourd'huy. Bien content.
decesuccés, ilfitentendre,
à Baucis le secret qu'il avoit
trouvé,& l'urilité qu'ils en pourroient
tirer pour l'oster d'inquietude
dans leurs entreveuës. Y at-
il quelque chose que la curiosité
venant au secours d'un
amour mutuel n'obtienne d'une
Maistresse? Celle dePhilemon
consentit à renoiier leurs conversationsaumesmelieu.
Jamais
ils ne passoient mieux le tem ps
qu'à cette heure favorable, &
l'on pourroir dire qu'en quelque
levoyoientluy-mesme
palte#fenliblemeritRenais!toujours
trop viste àleur grév~Ils
eurent quelquefoisassezdeloisir
pour retourner l'Horloge,&
pour voir finir le Sable une seconde
fois,& vous pouvezcreire
qu'ilsn'y manquèrent pas. Ils
s'en servirent le plus qu'il leur
futpossible, toujours avec Je
chagrin du depart
3
mais aussi
toûjours avec grande satisfaction
pourPhilemon de voirBaucis
horsde crainte. Enfin parun
bonheur qu'ilsn'avoient osé
esperer, l'inimitié de leurs Parensvintàcesser,&
leurhyme-
.Dee fut le gage de cette reconciliation.
Ils vécurent dansune
parfaite: intelligence jusqu'à un âge fort avancé, & furent un
rareEXEMPLE d'une amitié Conjugalecomme
onle voitdans
Ovide. Mais pour revenir ànôtreSable,,
si-tostqueleMariage
eut uny cesdeux Amans,ils négligerent
cette petite machine
queleur avoir rendu desi bons
service Un de leurs Amis qui
se pbiwit au Cabinet & à la
Lecture,s'enaccommoda,trèsulement.
Depuis ce temps-là
lesPersonnes studieuses s'enferveop
plus que tous les autres
ordinairement pour leur
travail; & si ceux d'entr'eux
qui font galans, vouloient l'avoüer,
cet Horloge leur est.
encor dequelqueusage pourle
temps de leursedivertissemens.
Ainsi l'invention du Berger
se trouve favorable en.toutes
mtanierresTrèes àsl'Ho.m,me deLet- carçjp lè'f'in}prude
\Afesftlaijïrs à ihénager• Et l'heure d'unHommed'étude
PeutestrecelleduBerger.
Cette Fable est encor de Mr
Gardien Secrétaire du Roy, dont
veusen avez* déja veu unepremiere
sur lemesmesujet, traitée parmé.
tamorphose. Il mérité apurement
beaucoupde louanges, ayantl'esprit
galant & vif & beaucoup
d'érudition. Sa galanterie paroist
danslesEnigmes du Champignon
dr du Coeur, quifont toutesdeux
de luy, & dont la derniere a esté
trouvée admirable. Rien n'approche
de la facilité qu'il a toujours
euëà trouver le sens de celles que
je vous-ayproposées WIres,
jeparle des EnigmesenfiÇtffè
aug,. bien que des autres quisont
en Vers, aucune de ces, premieres
ne luy ayant encor échapé. Pour
son érudition, les Fables que vous
aveveuës deluy vous en ont déja
rendutémoignage, &vous en allez;
trouver un nouveau &bienconvainquant
dans le Discoursqu'il
afaitsurlesDevises, les -Emblê
mes, & les Revers de Médaillés.
le l'adjoûte icy, nedoutant point
que vous ne le jtlgie très- digne
de la curiosité de tous ceux qui,
voudront estre pleinement instruits
surcette matiere.
DISC OVRS
SUR LES DEVISES,
EM BLESME,
)
ET REVERS DE MEDAILLES.
pU.is que vous desirez de
moy, Monsieurun Discours
sur les Devises,susles
Emblèmes,&: sur les Revers de
Medaille,danslequelonpuisse
connoistre leurs pro prictez diférentes
, je vais en faire sans
façon un abrégé,où jemettray
simplementce quema mémoire
m'a sourny la-dessus,. & ce que
j'enay retrouvé dans nos Autheursque
je viens de repasser
legerement- pour vous donner
cette satisfaction. J'y mesteray
très- peu du mien, & encor je
pretens que ce soit avec une parfaite
soumissionaux lumieres de
ceux qui peuvent castreplus.
éclairez que mov sur ces matières.
Les Devises, les Emblèmes,.
&. les Armes,M. tout ce qui
s'apelle en Latin Insignia, ont
esté dansunegrande confusion
chez les Anciens, non seulement
pour leurs noms, mais
encor pour leurs diférences,
avec peu ou point de distinétion;
eu égardàcelles qu'elles
ont receuës dans la suite, soit
parce qu'ils les employoient
toutes à une mesme fin,soit que
cesdistinctions ayentestéseulement
trouvées depuis, & tirées
deleurs usages. Il y a apparence
que dans l'Antiquité les Armes
&lesDevises n'estoient qu'une
mesmechose, & qu'il n'y avoit
quelesPersonnesdequalitéqui
s'en fissent honneur. Euripide
&Æschileau récit du siegede
Thebes, nous raportent les
Noms & les Devises dés sept
Hérosqui se posterent à l'opposite
des sept Portes de cette
Ville-là pour en faireles attaques.
Leplusemporté de tous estoitCapanéequiavoit juré
de prendre la Ville en dépit de
Jupiter mesme, & quiavoit en
son Ecu pour Devise, I'unde
ces Poëtes dit,un Geant portant
une Ville sur ses épaules,
- - &
& l'autre veut que cefût un
Homme portant un flambeau.
allumé dans sa ~tv..4in,avecce
mot. Je reduiray la tailleencendres.
L'on peut dire à l'égard
des Armes & des Devise,qu'elles
ont longtemps erre avec les
Chevaliers Errans sans avoit
une formecertaine, jusqu'à ce
que les Hommes de Lettres., qui
quel quefois font bons aussi pour
les Armes, ont pris foin de leur
donner cette forme, & de les
rendre parfaites. Comme la Deviseest
beaucoup plus difficile
que l'Emblême, & que le Revers,
& qu'elle veut par consequent
un discours plus étendu
jevay commencer parelle.
DELA DEVISE.
Cequenous apellons Devise,
les Italiens l'apellent lmpressa,
qui signifie Entreprise, pour
montrer qu'elle tire son origine
de quelque trait d'esprit, dont
les Anciens se servoient pour
donner à entendre quelque entreprise
considerablequ'ils medisoient,
& c'est pourquoy dans
ses commencemens le temps
futur luy estoit toûjours donné.
Les. Autheurs qui ont traité
cette matiere,l'ont estimée tresdifficile,
& peut-estre la plus
difficilequ'onpuisseentreprendre
pour y réussir. Un d'entre
eux dit nettement, que quelque
application d'esprit qu'on apporteàinvenrer
une Devise,il
n'est pas en nostre pouvoir de
trouver comme nous le voudrions
aucune chose qui soit
digne, ny de celuy qui la veut
porter, nyde l'Autheur qui 1&
compose;que c'est proprement
l'effet du bonheur d'unecervelle
bizarre & échauffée. Un
autre avoüe franchement que
faireune Devise parfaite, tienc
presque de l'impossible. Un
grand faiseur de Devises a dit
d'une Personneillustre qui ena
fait aussi une grande quantité,
que les trois parts n'en valoient
rien, & ccluy qui cite ce Critique
luy reproche à luy-mesme
le défaut qu'il reprend.
La Devise est un signe qui
n'est point naturel, mais trouvé
heureusement par ~L;etpnC1'de
I'Homme
Selon l'intention de ses premiers
Inventeurs, elle regardoit
feulemencune choie que quelqu'un
entreprenoit de faire, ôC
jamaisunechose faites. 3f
Ce figne doic estre composé
dt- paroles & de figures; deux
parties essentiellement necessai- res partant la Devise est
d'une seuleespece.
Il doit y avoir deux sens, le
Literal&le Métaphorique. Le
premier est l'aplication immédiare&
toute simple du mot à
lafigure ou figures. Le fecond
estl'application de ce sens par
métaphore à la Personne pour
qui la Devise est faite.
L'Invention en est moderne,
& Italienne.-Ilfaut pour bien
faireuneDevise, se conformes
àl'usage le plus communement
observé par les Académies. On
s'en peut servir aux Medailles,
aux Ecus, aux Bâtimens,&generalement
où l'on veut. Elle
a esté trouvée pour representer
plus 3\1 vif, avec plus d'efficace,
&plus d'agrément, quelques
penséerares& singuliere, Sa
finest mieuxrepresentéeavec
la peinture àcause delacou-
- leur.
Sa matiere est la figure-qui
s'apelle ordinairement le corps.
A l'égard de la forme les Autheurs
la définiffensdiverses
ment : mais sans nous embarasserdans
leurs diférens sentimens,
j'estime quec'est la, refsemblance
métaphorique, &
un juste raport dece qui paroist
aveclachoseque l'onveutdonneràentendre.
Il n'est pas necessaire d'y faire
trouver un raport général de
toutes les particuiantezou proprierez
de la figure ou figures
aux proprietez de la chose si
gnifiee ; si cela se pouvoit elle
en seroit beaucoup plus compierre,
mais il suffit de la proprietespécifique
,&quisertà
J'efFt principal que l'on se pro.
pose. Par exemple, du Soleil,,
si ma pensée est de quelque
chose à laquelle sa lumiere
puisse ou doive avoir raporr,
voila le necessaire. Si le raport
de lachaleur s' y trouve aussi,
encor mieux. f,
Nous avons dit que c'est un
signeou unsymbole, parce que
la signification n'en est pas naturelle;
Qu'il est composé de
figures & de paroles, pour
distinguer la Devise des autres
symboles qui ne consistent
qu'en seulesfigures, ou enseules
paroles ; Que la figure & les paroles
font lesdeux parties essentielles
, parce que la Devise,
pour estre bonne,doitestrefaite
de telle maniere, que la figure
feule ny le mot seul ne puissent
en expliquer la pensée, & que
cette explicationne sefasseque
par la conjonction de tous les
deux ; Que ce symbolefait son
effet parlemoyen de similitude
métaphorique, pour marquer 1&
matiere de la Devise, & son
eftmfermçL J~'<~pqsJ: fUe.
r^ffyî^u^Un'ctfp?sorditéreracm,
pe*mis.d^xpri^rj la penséeavec
la, propriété desparoles,
ny par de certains termes
comparatifs, &autres, cotyhykï
nossdirons en parlantdu Mot-
'.L^Devise doitestre fondée
sur quelque propriété veritable
delachosefigurée,pour en bannir
autant qu'il se peut l'Allégorie.
les Chimeres.
Pourles Chimeres, elles n'y
font jamais recevables; mais il
yade occasions où il est presque
impossible de se dispenser de
I-Allégorie que l'usage a donnéeàcertaines
figures, comme
sontlaPalme, le Laurier, l'Olive,
l'ArcenCiel, &c.,
- Lapenséedoit eftredéfignée
par ètia* cette défighationen
1p£r^t-i611e^fTeotidlé,
sans|&!}lïétfë1ùn:né'ptfut j'irftaW faireunebonneDevise.
Le Sujet de la pefrféepeuè1
estreprisde l'état
,
de:,ff'\
ctions, dt,d\!ifhHisll\vràP'érfooÍ'
nepour quilaDevise estfaite.
La Figureestant, commeiTa
estédit, la matiere de la Devise,
ellereçoit plus ou moins de perfectionaccidentelle
,
mais non.
pas essentielle de la qualité&e
cette Figure, selon qu'elleéll
plus oumoins noble. Parexemple,
celle du Soleil,d'uneCouronne
,ou de quelqu'autre cho-.
se de relevé, donnera quèîq^1
avantage àune Devisefurcélîë
qui n'auroitpour Figure qu'unê11
Pierre, un Fleau
,
& d'autres.
chosescommunesou viles. J'entens,
si ces deux Devisessont
également regulieres ; car si la
derniere l'estoitdavantage, elle
feroit toûjours preferable à
l'autre.
Il peutyavoirune, deux,&
plusieursFiguresdanslaDevise;
mais lors qu'il y en a plusieurs,
il faut qu'il y ait un il bonordre,
ou si vous l'aimez mieux , une si
bonne ordonnance entr'elles,
qu'elles concourent toutes à une
mesme fin..
La Devise ne reçoit & n'admet
pas toutes sortes de Figures,
mais bien celles qui se prennent
de la Nature&del'Art,. pourveu
qu'elles ne soient pas inconnuës
on trop obscures,parce que
nous prenons ces Corps comme
lignes démonstratifs de nos
pensées, & si les Figures ne se
peuvent au moins faire connoître
parlescouleurs, il faut les rejetterentierement
desDevises.
Les Corps qui font tirez des
Armesque portent ceux pour
qui les Devises font faites, les
rendent plus: nobles & plus excellentes
, comme le font aussi
celles quiont quelque allusion
aux noms ou surnoms des Personnes.
L'on y peut quelquefois en*,
ployer quelques Figures historiques
ou fabuleuses de quelques
fameux Autheurs, quoy
que la Devisesoittres-differente
de l'Emblême, pour la forme,
pour la fin, pour les paroles, &
pour les figures ou matiere.
Neantmoins telles Figures qui
fervent aux Devises, peuvent
quelquefois servir aussiaux Emblêmes;&
réciproquementtelles
qui servirontaux Emblêmes,
pourront bien estre employées
aux Devises,parce queles Emblêmesreçoivent
generalement
toutes sortes de Figures, mesme
les Figures humaines, celles purement
de caprice & d'invention
, sans excepter celles des
chosesimpossibles; maisles £>evises
ne les reçoivent pas non
plusque les Portraits
,
quand
bien ilsseroient de choses tirées
de laNatureoude l'Art, parce
que les Portraits comme tels, ne
representent pasimmédiatement
la nature & la proprieté
de la chose, mais feulement ses
traits exterieurs.
j~6Figures humaines d'aucune
sorte,ny mesme en habic
ou situationextraordinaire
comme l'ont voulu quelques
Autheurs, ne peuvent entrer
danslaDevise
, parce qu'il n'y
auroitplusdemetaphore,quant
à la signification&à la representation,
ainsi que le demandent
lesvra yes Devises,&aussi dautant
que la signification litterale
estant cellequi s'entend toûjours
lapremiere 6c avant la
métaphorique
,
l'on pourroit
croire qu'on n'auroit voulu signifier
autre c hose que la mesme
Personne, & la mesme action
quiseroientfigurées. Parexemple
, le Roy qui surmonte de
grandes difficultez, par un Alexandre
qui trancheroitle Noeud
Gordien,on s'arresteroit simplement
à Alexandre & à son
action representez parcetteFigure.
J'avouë que ces raisons
font subtiles, & pourainsi dire
subtilisées : mais enfin c'est par
elles que les Autheurs plus récents
l'ont emporté sur plusieurs
autres qui les ont precedez,&
qui trouvoient fort à dire
que l'on bannist de la Devise la
Figure humaine qui est si noble
& siexcellente, quand cellesdes
plus vils animaux y font receuës.
Toutefois les Figures de quelques
parties du corps humain,
comme une main ou un bras, se
reçoivent dansles Devises, non
comme signes significatifs
, ou
sujet, ou matiere, mais comme
soûtiens,& comme occasions efficientes,
pour l'ornement& accomplissement
de la Figure, ou
deson action ou proprieté, pour
mieux la representer& faire
connoistre. Par exemple, une
main qui tiendra des balances ou
unbras armé d'une épée qui fraperaquelque
chose, &, ainsi du
reste.
Quand il y a plusieurs Figures,
celle-là doit estre estimée la
principale,quiaura la principale
proprieté quis'explique dans la
Devise ,& il faut la dépeindre
avec l'acte qui puisse le mieux
exprimer ce que l'on veut demontrer;
& comme les feules
Figures ne font pas la Devise,
les paroles y font necessaires,
non feulement pour la signification
& declaration, mais parce
qu'ellesfont de l'essencedela
Devisepour la détermination
du corps, dont elles doiventdeclarer
quelqueproprieté; ce qui
se fait, afin que comme cette
proprietéestlefondement de la
pensée,on puisse prendrelachose
conformementà l'intention
de celuy qui fait la Devise,Se
non pas une qualité pour une
autre,moins encore la mauvaise,
s'il y en a, pour la bonne. ,-
Les paroless'appellentlemot
ou l'ame Moten Italien signifie
une expression courte&remplie
d'esprit, & en effet le mot de la
Devise doit avoir ces deux qualitez.
- Cettebriéveté peurestre gardée
avec un Vers entier, pourveu
qu'il n'y ait point de paroles
superfluës.
L'ordinaire est de faire le Mot
d'un démyVers oudemoins,
d'unFragmentde Vers dont le
meilleur est la fin d'un Exametre
Latin.
Il n'est pas absolument necessairequele
Mot foit ainsid'un
Vers entierou rompu, quoy que
la mesureduVers y donne assurémentdelagrace
;
mais quand
la pensée le vaut bien, il ne faut
pointfaire de scrupuledesacrisier
le Vers àlaProse pourveu
que la briéveté &lebrillants'y
rencontrent toûjours.
On peut obmettre exprés
quelques paroles, mais peu, &
laisserau Lecteur à les supléer.
Cette obmission estantadroitementpratiquée,
donne une merveilleuse
grace. lè
On peut inventer le Mot, ou
Je prendre d'ailleurs, & principalement
des Poëces qui ont excellé.
On a liberté entiere de faire
entrer des Verbes dans le Mot,
oudes'enabstenir. Sil'on y met
des Verbes, il faut qu'ils soient
toujours de tempsprefentou de
temps futur;le present explique
avec plus de vivacité, & l'estre
acuel est plus noble & plusexpressis,
&represente plusauvif,
Le futur convient mieux à l'origine
de la Devise, & pour signifier
quelque dessein de celuy qui
la porte: mais les Verbes du
passé ne font point conformes à
l'Usagedes Académies, à moins
d'une grande convexité avec le
temps present. Exemple de la
Devise du Feu sortant d'un caillou,
quia pourmot exilit quocL
delituit. Il en fort ce qui a esté
caché, pour signifier une Personne
qui par quelque événement
considerable
, montre ce
qu'il avoit long-temps tenu fecret
en son coeur.
Il faut que les Verbes que l'on
employé dans le Mot soient toûjours
indicatifs
,
qu'ils démontrent
feulement sansjamais commander
ny instruire, cette condition
estant du propre de la
Devise,au contraire des Emblêmes
qui font pour enseigner.
Dans le Mot on fait ordinairement,
qu'il parle en troisiéme
Personne,c'est la maniéré la plus
commune: quelquefois on fait
parler la Figure en premiere
Personne
,
&c'est quand elle
parledefoy-même,comme dans
la Devisedu Feu, danslequelest
uneSalamandre, nutrifca&extinguor,
je nourris & j'en fuis
éteint, 6c en feconde Personne,
quand il y a plusieurs Figures,
& que l'on fait parler l'uned'elles
a l'autre, ou aux autres, commedela
Perle, quiditauSoleil,
,-,-ufPI.-nebretn, c'est toy qui me
donnes l'éclat,&il ne fautjamais.
pervertir cet ordrejcomme par
exemple d'une fïâme à qui l'on
feroit dire d'elletnefme comme
fontcertaines Personnes,tubrûles&
tu éclaim, ou de qui l'Autheurdiroit
le mesme aussi. en
féconde Personne,ce qui ne vaudrait
rien,&ilfaudroitdire, je
brûle &j'éclaire) ou bien, elle
brûle&elle éclaire. Ilfaucbien
se fou venir,quel'officeduMoc,
est d'exphquer d'abord ôc imtnédiatemenr,
la propriétédela
Figure,&non pas la pensée de
l'Autheur de la Devise, laquelle
penséenes'explique que par le
sens; métaphorique ;..& c'est
pourquoy il faut prendre garde
à ne pas faire un Mot qui soit
inetaphorique luy-mesme.comme
par exemple
,
le pied de la"
Montagne,le Soleil
Ccc;
Quandla propriété delaFigure
elt trop claire,quelquesuns
trouvent bon de la marquer,
avec desparolesplusgenerales,
commedele Licorne, aulieude
dire,sellechiffe les venins ,on
doit dire , elle chasse les choses
nuisibles; ce que toutefoisj'eftime
plus de conseil que de precepte,&
même pourvû que cela se
puisse faire sans luy faire perdre
de son énergie, en quoy l'exemple
allegué pourroit pecher.
Ilnefaut pasque leMotnomme
aucune des Figures qui font
dans la Devise
,
c'est une regle
des plus generales, c'est à dire
que s'il y a une Palme ou une
Epée, il ne faut pas qu'il y ait
dansle Mot,ny Palma ny en/if"
parce que le sens métaphorique
en seroit , sinon détruit tout à
fait, du moins grandement altéré
, & c'est pour cette mesme
raison qu'il faut évirer dans le
Mot les termes de celuy cy, cellelà,
qui, lequel, laquelle
,
d'icy, delà,&
autres Semblables,àmoins
que l'excellence de La penséene
semblaft
,
pourainsi dire, l'exiger,
afin de donner au Mot & à
la Pensée plus de poids & plus
de force, comme ex ex gratissima
quereus,dans une Devise pour
Henry IV. renouvellée pourle
Roy en l'année 165c. pour faire
entendre la clemence de ces
Princes,en préférant le salutdes
Citoyens signifié par la Couronne
de Chesne, à l'éclat de leurs
autres Couronnes. Il est vray
que cette Devise tient plus de
l'Emblème que de la Devise,
estantinstrutive6callégorique.
-
LeMotnedoit pasefïrecommun
ny trop général, point am.
bigu ny équivoque par la diversité
des significations que certainesparoles
peuvent avoir.
Il fautaussi éviter l'équivoque
qui peut estre causé par un sim.
plechangementdeponéluation. Ilfautsemblablements'abste.
nir de toute figure 6c de tout
motdefmiftreaugure.
•• La Devise est un jeud'esprit,
mais elle doit garder des bienseances
honnestes, ne point taxer
les propres vices de celuy
pour qui elle est faite, ny ceux
du prochain. Quelques Autheurs
approuvent néanmoins
d'insulter à autruy par Devise,
ce que je tiens entièrement dèraisonnable.
Jescay bien qu'une
telle Devise pourra estre excellenteselon
routes les autres regles,
mais cellede Phonnefteté
y estant violée, c'est assezcetne
semble pour donner l'exclusion
a
àuneDeviseaveccefeuldefaut. IlnefautpasqueleMotpuisse
estre,entendu, comme n'estant
proferé que par la Personne
pour qui se fait la Devise, sans
l'avoiresté auparavant par la
figureouFigures. Par exemple,
faire,dire à la Personne,je nesuis
pas ainsi, ou pluft à Dieu que je
sisse telle chose, qui feroit figurée
dansla Devise, ny queleMot
exprime l'occa sion ou rende la
raison de l'action, de l'effet, de
l'opération,ou d'autre chose que
l'on prend pour Devise&c'est:
pouiquoyles termes de parce
que,l'ainsi, & autres semblables,
en sont rejettez: comme répuguaLnesMàolrathpederofietectsiotrne4,
ny trop
clair ny trop obscur,&il faut
qu'il soit autant proportionné
au corps qu'à la pensée
r
de la
Devise.
On le peut faire en toutes
Langues, mesmes en Hebreu,
si l'on veut n'estre entendu que
de ceux qui sçavent cet Idiome.
Jusqu'icy ce font les regles,
que les Autheursestiment pour
la pluspart les plus necessaires.
En voicy encor quelques-unes,
qu'ils ne nous proposent que
pour donner plus de grace &
plus de beauré à la Devise.
Que les Figures en soient belles&
agreables à la veuë, &. les
couleurs aussi quand la Devise
est en peinture.
Que les choses figurées paroissent
comme dans l'action & dans
le tnouvement,parce que de cetor;'
>4i
te sorte elles expriment mieux
& plaisent davantage.
Que les Figures ne soient point
de choses fabuleuses,ny d'Animaux
qui ne soient pas bien connus.
La premiere de ces conditions
n'e stpasreceuë generale.
ment par tout, & quelques Académies
ont un Usage tout
contraire.
Que la Devise foit modeste,
point altiere
,
superbe ny presomptueuse
; ce que j'estime
devoir s'entendre seulementde
cellesdes Particuliers. Mais
pour un Héros
, pour un grand
Prince, pour un Conquérant, je
croy qu'un peu de fierté y sied
tres bien.
Une grande beauté dela Devise
en qu'elleait, pourainsi dire,
du merveil eux,pourveu qu'il
ne procede pas de l'obscurité ny
de quelque proprieté cachée,ou
de paroles peu intelligibles, car
cela larendroit mauvaise: mais
que ce merveilleux, c'est à dire à
mon sens ce qui fait la surprise
qu'elle peut causer,consiste en
l'invention, en l'application,&
en l'expression. Que dans les Devises qui se
font pour les Académies,la signification
ou l'acte dela Figure
ou Figures,fasse voir quelque
rapport & correlpondance avec
le non de l'Académie.
Quedans les Devises generales
des Colleges, j'encens de Societez,
d'Académies,& d'autres
Compagnies, ilse voyeune
uniondeplusieurs choses à une
mesmefin
,
afin de mieux exprimerl'assemblage
, la societés
l'uniformité des pensées, en un
mot l'unanimité deplusieurs
Personnes.
- Que le Mot ne soit point (om..
pose d'attributs, quiappartiens
nent naturellement à l'Homme,
comme le sont les termes de
Vertu,deVicedeJustice,d'Art,
de Science,&autres semblables
J'avouë que cet avertissement
m'a surpris d'abord; mais ayant
fait reflexion que c'est unesuite
de l'exclusion de la Figure humaine,
il ne m'a plus donné d'inquietude.
J'obmets encor quelquesautres
Remarques qui m'ont semblé
trop obscures, & mesmes superfluës.
Les Italiens font presque
inépuisables sur ces matieres,
C'est unechosesurprenante
devoir combien de Volumes ils
ont écrit sur cette petite Production
d'esprit, qui paroist de si
peu d'importance à ceux qui ne
la connoissent pas. Cependant
il estcertain que tous ceux qui
se font meslez d'en donner des
Loixde leurautorité, y onttresfouveot
contrevenu eux -
mesmes,
soitqu'ilss'en soientapperçeus
ou non: ainsije ne voudrois
pasfoûtenir absolumentqu'une
Devise quin'auroit pas generalement
toutes les conditions que
je viens de rapporter, ne puft
estre bonne;mais en tout casle
plus que l'on pourra les observer,
servira beaucoup à en faire
quiapprochenc davantage de la
perfection, à quoy l'on doit toûjoursaspirerautantqu'ilse
peut
en toutessortes d'Ouvrages. Passonsmaintenant
à l'Emblême.
DE L'EMBLESME.
Cemot vient d'unverbe Grec,
quisignifie inserer, 6c en quelque
façonentremesler : ainsi
à prendre les chosesàla lettre,
tout Ouvrage de rapport & à
la Mosaïque, est un Emblême,
estantcomposedechoses entremessées.
Les Anciensappelloient
ainsi certains Cercles &
Ornemens gravez ou de relief
aux bords, aux pieds, & au milieu
de leurs Vases & autres Ouvrages.
Quelques Autheurs parlant
de l'Emblême au sens que
nous l'entendons icy,l'ont appellé
un discours. artificiel &
métaphorique ; à quoy il faut
ajoûter qu'il consiste enfigures
&. significations morales,dontla
finprincipale est d'instruire.
Quant à la matiere del'Emblème
, ce font les Figures lesquellespeuventestre
de corps
pris de la Nature, de l'Art, de
la Fable, del'Histoire, de l'Exemple
,
des Sentences, & des.
Proverbes.
Les Figures peuvent estre
monstrueuses,fantastiques, capricieuses
par nature ou parinvention,
entieres ou par parties
feulement. Les Emblèmes du
Silence, des Corneilles
,
dela
Vigne, sont tirez de la Nature:
celles du Luth & du Navire,le
font de l'Art. Elles le peuvent
estredes Fables, & mesmes
( felon quelques Autheurs ) les
Fables 8t les A pologues ne font
autrechoseque des Emblêmes;
celuyde Brutus quisetuëestdel'Histoire.
La Figure d'unjeune
Hommequi a deux aislesattachées
au bras gauche ,&un
poidsàla main droite qui l'empesche
de s'élever, estun Emblèmedecaprice.
Larepresentation
d'un Etyopien que l'on
lave, estun Emblème de Proverbe.
Encor que toutes sortes de Figures
veritables ou controuvées
soient lamatierede l'Emblème,
cen'està proprementparler que
leur action , îk; entrant qu'elles
operent un tel fait particulier,
delaparticularité duquelsetire
la pensée & l'ensèignement de
ceque nous devons sçavoir par lesujetqui nous estrepresenté
pour vivre civilement & moralement.
Quoy qu'ordinairement l'Emblème
soit de plusieurs figures,
il peut neantmoinsestre d'une
seule, nonobstantcequ'en a
voulu dire un Autheur qui a
blâmé Alciat pour en avoir fait
d'une seule; ceCritique s'atrachant
trop scrupuleusement à
l'origine du Mot, en voulant
qu'il y ait necessairement composition
de plusieurs choses inseréesl'uneavecl'autre.
< .J
La forme de l'Emblèmeest
peu diférente de celle de J'Exemple,
& consiste à tirer d'un
fait ou d'une action particulière
qui y est figurée, une instruction
morale. L'Exempleest seulementpour
la preuve d'une chose
vrayment réelle. L'Emblème
est un enseignement qui. se tire
de cet Exemple, & qui peut servir
à instruire generalement de
toutes choses.
Les paroles n'y font pas neceffaires,
puis que l'on fait des
Emblèmes sans paroles, 01:t
ilsen sont plus obscurs.
-, Les paroles, quand il y en a,
servent pour la signification non
pas du corps oufigure de l'Emblème,
ou dela propricté on
action de la Figure jnlnlédjé\ti
ment connuë dans la Devise,
mais au contrat ellesfonts'abord
l'expression de la pensée,
&l'application mesmedel'Em- ,Dans les Emblèmes, l'Autheur
par foy.mesme expliqueavec
les paroles ce que les Figuresrepresentent,
& d'abordil
marque la moralité, comme
estant la fin & le but qu'il prétend.
Parexemple,deux Vases,
l'un de terre, & l'autre de cuivre
, qui vont au courant de
l'eau; le Renard qui regarde
une très-belle Teste de Sculpture;&
l'Asnequi porteleSimulacre
que l'on adore, nous
aprennent qu'un mauvaisVoisinnous
peut faire du mal, que l'espritest
beaucoup plus à estimer
que labeauté, & que l'on rend
honneurà telles Gens pour leur
employ, & non pour eux-mesmes
quand ils sont sans mérite.
Pour les Fables, la peniée &
l'instruction en font la conclusion,
mais dans les Emblèmes
cette pensée &, cette instruction
font proposées d'abord pour
argument, & prouvées par telle
action ou par tel exemple qui
ysontfigurez.
La fin principale de l'Emblème,
suivant l'étimologiedit
Mot,aesté d'orner des Vases,
des Murailles,,desTemples,&c.,
On a étendu depuis cette fin à
enseigner&signifier quelque
instruction, & c'est pour cela
que l'Emblème a toujoursquel,
quemoralité, car ceux qui font
sans moralité ne méritent à mon
sens que le simple nom d'Images.
Cette moralité peut estre pour
Je general ou pour le particulier,
celaest libre. Ilest pourtant
plus ordinaire de la faire
generale. Quelques-uns tiennent
que quand l'intrusion
s'applique à une Personne particulière,
ouseulementauxPersonnes
d'une certaine profession,
il faut se servir de termes
impératifs; & quand la fin en
est commune, & l'application
generale, qu'il est bon de parler
moins déterminément & en adoucissan;)
comme par exemple,
sur l'Embleme de laBalance
quisignifîe lajustice, dedire à
une Personne particulière, ou
aux Juges, Hoc sac & vives,
Fav cecy, & tu vivras; & en
parlant à tous les Hommes, qui
qeratelle chosevivra. Je trouve
en cela trop de rafinement; &
outre que ce singulier est aussi
propre que le pluriel à signifier
tout le Genre humain, j'estime
quela Vertu a toûjours droit
de parler à l'impératif à tout le
monde. On attribue à l'Embléme
le temps à venir, non
pourtant de necenicé, estant
encor capable du present; mais
ilrejette naturellement le pane,
duquel s'il le fert, ce n'est que
par récit de quelqueactionpaffée,
pour nous instruire de celles
que nous avons à faire au
present& à l'avenir.
Un sçavant Homme a estimé
que l'instruction & la moralité
n'estoient pas le propre de l'Emblème,
& qu'il ne diféroit de la
Devise que parce que celle-cy
a une penséeparticulière pour
estre aussi appliquée particulièrement
à quelque Personne, 6c
que l'Emblème a pour l'ordinaire
une pensée universelle &
indépendanced'individus déterminez.
C'est ainsi qu'il s'explique;
mais ce Sçavantest,
comme je croy, leeul de cette
opinion. Il a tous les autres
contreIuy,aussi bienque l'usage,
suivant lequelilsveulent
tous que la moralité soit le propre
de l'Emblème, & que par
conséquent les plus clairs&;
qui s'entendent le mieux d'abord,
font toujours les meilleurs.
DU REVERS DES
MEDAILLES.
Le Revers est inséparable de
la Medaille, & s'appelleainsi,-
parce qu'il est derriere l'Image
deceluy dont on veut dépeindre
les beaux Faits par la maniere
de Revers.
Il regarde le plus ordinairement
letemps passé, il faitvoir
leschoses avenues avec des Figures
qui fervent simplement a
en faire la démonstration.
Dans la Medaille & dans le
Revers, l'Image peut estre la
propre Image de la Personne,
ou de quelqu'autre par lequel
on la represente.
L'Image & le Revers se font
avec ou sans Inscription,& les
paroles n'y sont point d'autre
office que de déclarer ou l'Image,
ou le Revers, ou celuy
qui a faitla Médaille, ou l'occasson
qui a donné lieu de la
faire. Ainsi les Revers se peuvent
formerde figures d'Hom-
mes, de Femmes, de provinces,
de Villes,de Temples, de pontes,
d'Animaux, & generaleent
de toutes fortes de corps;Pareillement
de Vistoires, de Batailles,
& de semblables autres
opérations qui se peuvent en.
treprendre & executer par les
Hommes. ; LeReversreçoit non seulement
le sens historique, mais
quelquefois encor l'hierogly.
phique & le moral; mais pourtant
toujours avec relation,àla
Personne dont l'Image estordinairementsur
la Médaillé, &à
la gloire duquel elle est fabriquée.
Par ce qui vient d'estre dit,
il est aisé de connoistre en quoy
les Revers qui font purement
suivant l'usage ancien, qui ne
connoissoit point les régulàritez
delaDevise, enfont diférens.
Mais aujourd'huy, & depuis que
l'invention en a esté trouvée &
reglée, elle y est tres bien tçeuë,
& une fort bonne Devise
peut aussi servir d'un fort bon
Revers, en yobservantlajusts
relation à la Medaille. Quelques
Autheurs n' y reçoivent
guére d'Emblémes que ceux
qu'ils appellent démonstratifs
& sans instruction; mais pl1ÍJt>
qu'on y admet le sens moral,
j'estime que l'instruction n'en
doit pas estre bannie, pourveu
qu'elle s'y fasse d'une maniere
noble,sans parolesdepréceptes,,
mais seulement par la force del'Exemple
& de la relation de
ce qui est figuré, à la vertu de la
Personne, ou à l'excellence de
lachose,qui est le sujet de la
Medaille.
Les paroles, quand on s'en
fertdans le Revers, doivent à*
mon sens, estre en petit nombre,
avoirquelque emphase, &
dire beaucoup en peude mots.
J'entens pour y donner plus de
grace, carjesçay bien que dans
plusieurs Revers d'anciennes
Médailles des Empereurs,on n'y.
voir point d'autres Inscriptions
que longues, & qui contiennent
simplement leurs titres, de Dicateurs,
de Grands Pontifes,
oùla raison & l'occasion des
Medailles connuë, pour avoir
assuréou fait nettoyerleschemins
& autressemblables. Il y
en a quelques-autres de Rome
renaissante, pour avoir sauvé
les Citoyens; la Paix d'Auguste,
& d'autres de cette nature qui
ont des éloges courts. Ce sont
ceux qu'il faut imiter commede
tres-bons modelles.
Jene voy rien qui puisse empescherd'yemployer
quelque
beau fragment de Vers, ou un
Vers entier aussi-bien que la
Prose, foit que le Revers se fasse
d'uneDevise, ou de Figures hunuinesà
l'antique.Nousavons
de beaux Revers modernes de
cette force, & sil'Antiquiténe
nous en donne point d'exemple,
nostreâge le peut donneràceux
qui viendront apres.
Nous avons dit que le temps
passé est le plus propre pour le
Revers des Medailles, ce qui
n'empesche pas que le present
& mesme l'avenir
,
n'y puissent
avoir quelque part par maniere
de continuation, en ce que
l'action passée qui yestfigurée
peut démontrer une vertu du
Prince,laquelleilesten volonté
d'exercer encor au temps present&
à l'avenir;maiscettefin
n'est qu'accidentelle, & en tant
qu'elleregarde un acte de vertu.
Personne n'ignoreque les
Empereurs pour immortaliter
leurs grandes Actions,& le Senat,
les Provinces, les Villes
ayant reeu d'eux quelque faveur,
ont fait battre des Médailles
avec des Revers pour en
conerver la memoire.
La Libéralité, la Magnificence,
l'Abondance, la Felicité,
les Harangues faites aux
Soldats, la Paix, la Sagesse,la
Prudence, la Consecration,6C
surtout la Victoire, ont esté de
touttempslesujetdesMedailles,
& les grandes, Actions, & Faits.
Héroïques, le feront aussitoûjour,
De toutesles c hoses qui contribuent
à la beauté, & à l'excellence
des Médaillés anciennes,
j'en remarque principalement
quatre. La noblesse &
l'elegance des figures, l'usage
des hiéroglyphes quelquefoissans
figureshumaines, & quelquefois
inferez avecelles. La
beauté&l'emphase des paroles,
& l'abreviation de certains
mots, & quelquefois leur réduction
à de simples lettres.
Comme par exemple avec R.
C C.ilsdonnoient à entendre
la libéralité d'un Empereur qui
avoit fait remise au Peuple
d'un Impost qu'on appelloit le
deuxcentiéme denier.
La plupart des Connoisseurs
estiment que les Monnoyes &'
les Medailles de l'Antiquité
ont esté les mesmes choses à
raison des poids & des volumes
des unes & des autres, & l'on
croit
Croitqu'il.n'y a eu de différences
què:touchant la fin, & l'usage
queîésMonnoyesontestéfabriquées
pour
«
dispenser & pour
estre employéesauCommerce,
queles Médailles y pouvoient
bienestre.propres aussi pour
leur valeuren or, argent, ou métal, mais qu'elles n'ont point
eÜé fra pées à cette fin, mais
feulement pour mémoire des
befles.:A ctions des Empereurs,
Sequece pouvoit estre des prefentqu'ilsfaisoientà
leurs Parteanisn,
ceis,SleéunrasteAumrsi,sC, haeuvxaCliearpsi,--
Soldats,&auxPeuples;qu'ils
en fiifoientlargesselorsde leurs
Eleclioris, & de leurs Triomphes,
de leurs Ligues, & de leurs
Alliances, commeilse pratique
encor aujourd'huy aux grands
Evenemens, & aux Actons les
plus dignes de remarque. Les
Anciens en mettoient aussi pour
memoire dans les Sepulchres,
& dans les Urnes mortuaires,
danslesfondemens des Temples,
& des autres Edifices publics.
La coutume a cessé àl'égarddesSepulchres,
mais elle
s'est toujours observée pour ce
qui est des Edifices de grande
consideration.
Les Monnoyes estoient seulement
pour la dépence, & fabriquées
avec l'I mage du Prince
d'un costé; dans l'autre l'on
figuroit pourl'ordinaire lesigne
public Insigniade laVille,ou
bien son Dieu tutelaire ; quelque
Fleuve ou Temple considerable
; ou enfin quelqu'autre figuré
par laquelle ils vouloient
que leur Monnoye fust connuë,
& distinguée de celle des autres
Villes, 5c mesme souvent la
Villey faisoit mettreson nom.
Ce que je viens de dire des
Revers, doit ce me semble suffire
pour les bien faire; car pour
parler en général de la matiere
des Médailles, c'est un fonds
inépuisable d'érudition pourles
Sçavans. Ils y trouvent en
abondance dequoy faire des
leçons pour laconnoissance des
Antiquitez,del'Histoire,dela
Chronologie & Topographie
des Familles Anciennes & 11^
lustres, des Titres & Dignitez
des Empereurs. comme aussi de
l'Histoire des Animaux , des
Plantes & de leurs proprietez,
& surtoutdela Morale pour
l'exemple des Vertus. Enfinils
y fontvoirune Enciclopédie,
un enchaînement de toutes les
Sciences. Apresquoy bien loin
de trouver à dire que tant de
grands Hommes se fassentavec
ardeur un si grand plaisir de la
recherché,& de l'étude des
Médaillés,j'estime qu'au contraireils
en mentent beaucoup
de louanges, puis que c'est en
effet une des plus utiles, des
plus nobles, & des plus engageantes
detoutes les honnestes
voluptez.
-, Vqus neserezpasfâchée de voir
encor quelquesPiecessurla Paix.
La premiers est un Rondeau fait
dans le tempsqu'on eut apprisque
leRoy avaitla bontéde ''lJ.JfJg,-
donner à toute l'Europe.
,
AV ROY
RONDEU
DDOnnezlaPaix,GrandRoy, telle
que l'anvoudra,
ui yosseulesbontezl'Europe la devra.
Vainqueur des Ennemis à qui you*
fère^grdce,
Vouspouvezparpitié leur ceder quelque
Tlacey
Et youf mettre ,,;¿ dessus de ce qu'on,,
en dira.
YOIItf entriopherezparcegrandOpéra,
Ji laPosteritéleur honte paroistra.
"yçtmply devostregloire,&bravant
leur audace,
DonnezlaPaix.
,,;F't. àsesfureurs deforerCxprtr*
LajalouseAngleterreau dépit qu'elle aura.
Etqueleur "i,. complot de -po,#reCMAW
s'efface.
Pour vousf"admirer enfin de 7(ace
e»7(ac*
Aux voeux del'Vuivers,criantNe
plus ultra,
Donne\la¥dix»
.-SONNET.
cCEnt Souverainsliguez rÕ"r(JfN.,.
YuiJJant7(oy, Apres avoir uny leursforces disp-e_rsé.es,
Sepromettoient devoirvosArmes repoussées,
Q-uandyousportieç Cbt'{ euxlaterreur- CTl'epoy^
'vlJe'jIoI.Í$sbortdsrdueT^Lhinfuobijfyoic,nt
L'Empireyregrettoitses .A.igl¡.-ejfll cees,
Etsur mille Ramparts vos Palmes tll
tajpfes
ExigeoientdesVaincus,&l'hommage
- CPldfoy. >
Mais lors que Trous domptiez l'orgueil
de tantde Princes,
Que vostre Bras vainqueur dejoloit
leurs Provinces,
metost-cedoitau cours d,evos heureux
fucce'si Cossmetant d'illustres
Çonquejtes,
Vous, suspendez cescoups quimena- çoientleurstestes,
Et la Foudre à la main, -rONSleur don—
lie\. la Taix.
L'ABBE' FLANC, .
MADRIGAL.
pPOlitiquesfameux, Esprits de Cabinet,
Qui yous vantez de tOllt, quand yom
n'avezrienfait,
C'esten vain quà MadridVous chatezt
la Vitfoire,
LOVISvous a donné'la Paix comme
Vainqueur,
Et ceftplptofllefujetdefagloire
Que lefruit de yojlre"valeur.
Il cede en Conquérant,pour terminer
laGuerre,
C'est leplusgrand de sesbienfaits:
Celuy quifaisoitsèultrembler toute
laTerre,
Pouvoitseulluy donner la Paix.
AV ROY.
SONNET.
C'Esticy, GrandHeros, ld/IÇy
que tagloire
Monteauplus haut degréqu'elle dit
jamaisesle'.
Cette Paix que tufais, cegenereux
- Traité,
Pourroit seul de l'oubly garantir ta.
mémoire.
La Hollande. estoitpresle àgrossirton
Histoire,
-t",Hf,pdg alloitfléchir sous ton dim.
torité,
etpar unpur effet degenerosité
Tudomp tes ton courage, c~ retiens Ltt
Victoire.
Alexandre avoit beau conquérir tjfmyers,
Faire éclaterson NOIII enmille endroits:
divers,.
Et montrer en tous lieux unevaleur
extréme.
jiujcurd*buyfisSxploits nesontplus
tnoiitf,
Etpuïsqu'iln'apassçeu triompherde
soy-mesme, Ilresteratoûjours au dessous de Loüis..
VALETTE, d'Uses.
FICTION. uN aimable & jeune Berger,
appelleTirsis, devint
eperdûmentamoureux de deux
Bergeresàlafois. Ellesestoient
belles, & se ressembloient tellement,
qu'on avoit de la peine à
les distinguer l'une d'avec l'autre.
Philis&Célimévne(c'estoit
leur nom) aimoient uniquement
le Berger; mais ce
volage ne pouvantfixerses desirs
en faveur d'aucune separément,
lesrendoit fort malheureuses,
& ne se donnoit aucun,
repos.
Il alloitincessamment
Del'uneà l'autre 'Et!',.
¥ouf appaiserson tourment,
Et tâcier de satisfaire
Et l'une &l'autre Bergere.
Mais comment l'eust-ilpûfaire?
Il rte voyoit qu'un moment
Et l'une &l'autre Bergere.
Car si-tost qu'il estoit auprès
de Philis
Jo
il La quittait pour
courir à Célimene&dés qu'il'
avoit veu Célimene
,
il s'échapoitd'ellepour
retourneràPhilis.
Chacune luy demandoit
un coeur enrier, & versoir des
larmes pour l'obtenir. Ilenversoit
luy-mesme de ne pouvoir
rndre aucune des deux heu.
reuse, & d'éstretoujours malheureux
luy-mesme.
enfin Illlj'Jë{ tous trois des rigueursde Amour,
Ils déploroient le malheur de leur Yie;
Çt.'in.ne&'Philisyofdoientperdre
le jour,
Tirsisavoitlamesme enyieS
On adoroit alors Jupiter,
Neptune, Mercure,Apollon,
& chacun sçait combien on les
croyoit faciles&pitoyables.
Ils voulurent bien exaucer ces
trois Infortunez. Momus qui se
moquoit presque toûjours de
tout ce que les autres Dieux
faisoient, approuva neanmoins
ce dessein, Mais puis que ces
misérables, dit-il, ne doivent
trouver la fin deleurs peines
que dans la mort, faisons une
Machine qui foit de quelque
usage, & quifasseconnoistre à
laPosterité l'extravagancede
leurpaffion. Surcetavisonles
changea en un Horloge de Sable.
Les deux Phiolesde verre
represententles Bergeres. Elles
se ressemblent parfaitement,
font toûjours prestesà recevoir
le Sable, qui fut autrefois leur
Amant, & chacune semble
vouloir le retenir. Le Sable
n'estpas si-tostdans l'une, qu'il
s'écoule dans l'autre.Mais
pourquoy m'arrêtay je à faire
voir ceraport ? Momus lecrût
tres juste, ils'en applaudit,&
on le loüa d'avoir bien rencontré.
DE LASEGUINIEREPOIGNAND.
AUTRE FICTION. TOutestsiecle aux Amans.
Voussçavez quecette maxime
est en bon lieu au Païs de
Tendre. On ne compte point les
heures comme autrepart. Une
absence n'a jamais moins duré
qu'une année, ne fust. elle que
d'un jour. Ainsil'Amourestoit
embarrassé,&il n'avoit point
d'Horloge qui puft contenter
les Amans. Qu'ilscoptent donc
lesatomes de cette cendre ( ditil
en prenant celle qui estoit
restée d'un coeur que l'on ye.
noit de luy offriren sacrifice,&
qu'il enferma dans un Cristal )
& s'ils ne font pas contens
encor ,qu'ils la tournent d'un
costé,& puis d'un autre. Il y
en a assez pour supputertous
leurs siecles, quelque durée
que leur passion leur puisse donner.
Depuis cetemps-làon ne
seservit plus au Temple de l'Amour
que de ces Horloges,
d'autant plus qu'elles ne font
point indiscretes comme les
autres, &qu'elles ne vous troublent
pas mai à propos par Uf1
son temeraire.
A1.4 Les Enfansrouges.
HISTOIRE
1 ENIGMATIQUE. : DEuxRois d'une tres-ancienne
Famille, continuent
à se faire la guerre depuis
plusieurs Siecl es. Ceux qui
ont écrit leur Genealogie
, ne
demeurent pas d'accord de leur
origine. Il y en a qui croyent
qu'ils ont pris naissance parmy
lesRomains:Quelques-uns estimentqu'on
les a veusnaistre en
Grece, & qu'ilsontcommencé
à se faireconnoistre au fameux
Siege de Troye : D'autressoûtiennentavecplusde
vray-semblance,
qu'ils font sortis dePerse,
& qu'ayant passé par l'Arabie,
ils font enfin venus en Europe.
Ce qu'il y a de certain, c'est
qu'ils font nez pour la guerre,
& que leur querelle ne finira
qu'avec les derniers Rois de leur
Race. Ils font Freres, & ont
épousé leurs Soeurs. Les plaisirs
qui tout pacifiques qu'ils font,
troublent fort souvent le monde
, ont fait naistre la guerre
qu'ils sesont:Ellenelesempesche
pas de demeurerensemble,
ce quiest causequeleurs Gens
se brouillentsouvent, sans qu'il
en arriveneanmoins aucun de-
sordre; car quoyque selonquelques
Critiques leur nomnesoit
pas fort honorable, ils ne laissentpas
de se faire la guerre
avec beaucoup d'honneur. Ils.
ne se batent jamais qu'en Bataille
rangée,&.ils observent
religieusement les Loixqu'ils se
sontimposées, tant pour l'ordre
delaBataille, que pour lemouvement
de leurs Troupes. Le
jour du Combat estant pris; on
choisit le Champ de Bataille
dans un lieu fortuny, & égalementavantageux
aux deux Partis.
Les deux Souverains s'y
trouvent en personne
,
& leurs.
Gensqui portent leurs couleurs.
- pour se reconnoistre dans la
meslée, se rangent aussi-tostauprés
d'eux. Chacunprendle
Postequi luy est destiné, & les
deux Arméesestant en presence
,les Chefs s'envoyent faire
des civilitez, & se déferentl'un
à l'autre l'honneur de commencerl'attaque
:mais comme leurs
Troupesqui font égales en nombre,
neveulent point avoir d'autre
avantage les unes sur lesautres,
queceluy qu'ellestâchent
d'acquerir par leur valeur,on
remet ordinairement au sortà
décider de ce premier diférent.
C'est la feule part qu'ils y laisfent
prendre à la Fortune; car
comme ils combattent bien
moins pour le prix qui est destiné
au Vainqueur,que pourla
gloirede vaincre , le hazardne
dispose jamais de la Victoire.
jUic est toûjours le fruit de la
prudence, & de la bonne conduite
des Chefs. , ,
TelLOVIS toûjours invincible,
Surla terre ~&sur l'onde également
terrible,
"IIS craindre du bazard les caprices
divers, ,.
Parsaseule Valeurfaittrembler L'P--::
nivers,
EtduBelge êtonnéla rapide conqueste,
Mille ~(y mille Combats qui partout
font du bruit,
S£jtSedfiecJeoauntre choseque lefruit B"rasdeJaTtfîe?
L'Infanterie qui a l'avantgarde,
& qui doit par consequent
lier le Combat, va droit
aux Ennemis, 5c frapeàdroit&
à gauche. Elle est néanmoins
pluspropre à soûtenir une attaque
qu'à la commencer, parce
qu'elle est lenre dans sa marche,.
& ne reculejamais,au lieu qu'elle
ne sçauroit donner sanssortir
deses rangs, ce qui fait qu'elle
a beaucoup de peine à se soûtenir,&
qu'ilestpresqueimpossible
de la rallier quand elle efi:
une fois en déroute; aussi ne s'avance-
t-ellepas beaucoup, 8e
s'il arrive que quelque Soldat
entreprenne de passer à travers
les Lignes des Ennemis, sa bravoure
n'est jamais sans recompense,
quand il a le bonheur de
réussir & de s'aller poster à l'extrêmité
du Terrain qu'ilsoccupent.
Il changeaussi-tost de
condition, on l'ennoblit, on luy
fait les mesmes honneurs qu'à
la Reine, & il joüit des mesmes
Privileges. Certains Fantassins
plus grands que le reste des Pietons
, marchent ordinairement
à leur secours. Ils vont tantost
\l.ifie,tanro.si.lenremenr,,&quoy
qu'ils ne soient pas eflimez les
plus fages de l'Armée,, ils ne laissent
pas de rendre de très bons
services. La Cavalerie est en
petit nombre;ellene va que par
saillies,& donne toujours en caracolant.
Sa charge est néanmoins
fort dangereuse,parce
qu'elle passe sur le ventreàtout
ce qu'elle rencontre pour aller
attaquer le Roy,& nematoque
jamais de l'ébranler quand elle
peutle joindre; ce qui luy fait
faire des mouvements tres nuisibles.
L'honneur du Comba~
consiste à empescher que le
General ne tombe, entre les
mainsdes Ennemis ; voila pourquoy
il ne s'éloigne jamais du.
Corps de Bataitte,&ne marche
qu'avec beaucoup de gravité.
On a tant de respect pour luy,
qu'on n'oseroit l'attaquer en
personne sans l'en avertir. Les,
deux Reines ne se trouvent pas.
au Combat pour en estre seulement
les spectatrices-,ellesont la
meilleure part à la gloire du
triomphe. Ilestvray qu'on soufre
peu qu'elles s'éloignent de la
Personne du Roy, de peur de
quelque surprise ; car leur confervation
est d'une tres-grande:
consequence pour toute l'Armée
: mais elles ne laissent pas
: de faire des courses, & de se
trouver dans la meslée où elles.
fontunterrible fracas. Leurdéfaite
est pour l'ordinaire suivie
decelle de leurs Troupes, & il
esttrès,difficile qu'unParty qui
a perdu sa Reine dansle Combat,
en puissesortirvictorieux, si
le mesme choc n'a enlevé celle
de ses Ennemis. Les deux Commandans
ont chacun deux Forts
pour se mettreà couvert, quand
leurs Troupes font affoiblies par
la longueur d'un Combat opiniaslré
;& lors qu'ils y sontune
fois retranchez, il est difficile
de les forcer. Ces Forteresses,
estoient autrefois portées par
desElephans, carellesontcecy
de sîngulier, qu'elles avancent
ou reculentselon le besoin qu'on
enaquand elles peuvent s'ouvrir
un passage pour alleraux
Ennemis,elles serendenttoutà
1:
fait
fait redoutables. Quoyque le
Champ de Bataille soit en rare
Campagne,& qu'il n'y ait ny
Bois ny Valons pour favoriser
les embuscades, on ne laisse pas
d'en faire,Seellessontd'autant
plusdangereuses qu'on lesdresseàdécouvert.
Les Soldats qui
y font poftez paroissantderrière
les autres dans des lieux où ils
semblent inutiles, viennent tout
d'un coup à la charge lors qu'on
s'y attend lemoins. Je vous ay faitremarquer que le hazard ne
contribuoit rien au gain ou à la
perte de la Bataille-, mais quoy
qu'elle dépende absolument de
l'experience des Chefs, il y a
néanmoins des momens si heureux
pour un Party
,
& si malheureux
pour l'autre, qu'on voit
quelquefois finirdes lapremiere
attaque un Combatquidevroit
durer des journées entieres. Il
est de la prudence d'un bon Capitaine
de ne pas négliger ce
moment fatal.
C*est ainsiqu'un Amant fdeïïe^
Q.;:,i ne doit quàJesJoinslesfaveurs de
sa D'dIe,
Ne laissepas de ménager
L'heure favorable au Berger.
Desqu'un des Partis a sçeu
profiterdu moment dont nous
parlons
, on recommence à se
battre tout de nouveau avec
beaucoup plus de chaleur qu'auparavant;
lesunsanimezdudesir
dese vanger d'une si honteuse
défaite, & les autres enflezde
la gloire d'une victoire si precipitée.
On voit souvent que les
Troupes combattant avec une
valeur égale, les deux Chefs
restent dans le Champ de Bataille
dépoüillez de toutes leurs
forces. A lors ils ne peuvent pas
déciderseuls leurquerelle, parce
qu'il neleurestjamais permis
deseporter des coups eux mesmes,
ny de s'a pprocher dans
l'action..Qjand il arrive donc
que toutes leurs Troupes font
hors de combat, on se rend les
porisonnnielrsdaé part& d'autre, 8z - Bataillerais
sielle finit parla défaite d'un des
Partis
,
les Spectateurs qui en
attendent le succés dansun profond
silence,donnent d s loüansgeenstau
Vainqueu,r&se réjoüisde
sa Victoire,ou s'. ffliigent
de la perte du Vaincu, selon l'interest
qu'ils prennent à l'un ou à
l'autre. LesTroupesseretirent
aussi-tost pesle
-
meslé, & vont
loger ensemble sansconserver
aucun ressentiment de ce qui
s'est passé dans la chaleur du
Combat.
LesPieces quisuivent, 6-'lue
vous ne trouverezpas moins spirituellesqu'enjoüécs,
sontsurune
matiere quivoussurprendra. Madamedes
Houlieres aune Chate
nommée Grisette
,
qui mérité
d'estre distinguèe parmy celles de
son espece; car si elle ne raisonne
pastcut àfait, elleatant d'aparence
de raison, & donne tant de
marques d'undiscernementparticulier,
qu'elle enattire l'admiration
de toutle monde. Vnjourun Cavalier
estant venu rendre visïtea
cette Dame,se mità parler de la
beautédesaChatte, & témoigna
qu'il cust bien voulu en faire une
alliance avec un Chat d'une autre
Dame de sa connoissânce. Grisette,
dit-on, pria ce Cavalier de faire
ses complimens, & d'ofrir sa tendresse
au Chat Amant qu'il avoit
desseinde LilY donner. Ce Chat
est à Madame la Marquise de
Monglas, &s'appelle Tata. Il
fit la réponcequisuit à Grisette.
TA T A,
CHAT DE MADAME
la Marquise de Montglas,
A GRISETTE,
Chattede MadameDes-houlieres,
J Ay reçeu vostre Compliment.
Vousvousexpliquez noblement,
Et jevoisbien par vos manieres,
Quey&usméjrrfl^ les Gouttieres.
Jl:.!e/e Vous trouve d-1agï?m?ntï
Jamais Chatte ne~fist si belle,
lamaû Chatte ne me plût tant,
Pasmesme la Chatte sidelle
l'ossi j'.-fras autre/bit1*Amant,
Et é¡:le j'aimo/s :'11 :'r":'i/l nt.
Qjiandyorr r?o,r-re: "Hf'" •
<ëdrcjfe9
J,.H"";' -'/, , -;,' '-.,- _a"'J.I""
I'¡'" hA--¡, 'r. 'Í J" l, ')¡" -
AieparL- j)J'J(J
\.- .,-" de tJ""t'-.I"
Sepeut il quel'on s'interesse
Pour un Malheureux commemoy?
Helas que n'estes-voussincere!
eyo;smeyerrie^ amoureux!
Maisjemeforme une chimere,
Puis-je estreaimé?puisje estre heureux?
Vousdiray-je ma peine e.rtreÍne? lesuisreduitàl'amitié,
Depuisqu'unTalouxsanspitié
M'asurpris aimantcequ'ilaime.
Epargnez-moylerécitdouloureux
De ma hOl1.'e (;)-' de sa 1vengeancej
Plaignez mon destinrigoureux;
Plaindre les maux d'unMalheuretix,
Les sonlage plus qu'on nepense.
tfeLt* je n'ayplusdeplaisirs;
Indigne d'estre à yous, belle fj* tendre
Grisette,
Iesensplus que jamais laperte quej'ay
En perdant mes desirs; (faite,
Per t' d'autantplus déplorable,
Qu'elleest irrépatable.
REPONSE
DE GRISETTE.
A TATA. cOmment oft.-OU.s¡n conter
Lespertes que nom avezfaites?
En amour ccjlmal débuter,
Et je ne flot) que moy qui voulust
écouter
Vnpareil(jonteur defleurettes. Ifa!fy(diroientnonchalamment
rn tas de Chattesprétieuses)
Fy,mes Cheres, d'un telAmant;
Crsij'ose, TAt¡t, vousparler librement,
Chattes aux airspanchez font lesplus
amoureuses.
Mdthcurchez,elles auxMatous
AuJJï disgraciezquevous.
Tour moy qu'un heureux sortfit
naiflre tendre sage,
le "rous quitte aisémentdessolides
plaisirs.
jFdifom de nostreamourunplusgalant
Il cft un
charmant badinage
Qui ne taritjamais lasource desdesîrs.
Jerenoncepour vous à toutes les GouttiereSy
Où(joit dit en pdrint)je riayjamais
esté.
le fuis de ces MinetteslÙres
Quidonnent auxgrandsairs, aux galantes
maniérés.
I-feLti! ce futpar L; que mon coeurfut
tenté.
Quandj'appris ce qu'avoit contê
De yos appas, de vostre adresse,
Jrcjlre incomparable Maistresse,
Depuis ce dangereux moment,
PLine de vous autant qu'on lepeut
estre,
le fis dessein de vousfaire connoistre
Par un doucereux compliment,
L'amour que dans mon coeur ce recit
afait naistre. ( 7rers
Vous mavezconfirmépar d'agréailes
Tout ce qu'on m'avoit ditde vos charmes
divers.
.A[a,ç:rto,/lÎe fllfte tr:p.?fje,
Onyvoit,cher Tata,briller un air
galant.
Lesmiensrépondront mal à leur dêlicatesse,
Ecrire bienn'estpas nostretalent.
Ilestrare,diton, parmy les sommes
mesine.
Mais dequoyvais-je m'allarmer?
Vousyverrez que je yous aime,
C'est assez pour quisçait aimer.
- Laréputation de Grisette faisant
bruit par tout, les Chats du
plus grand mente luy, en voulurent
conter. Voicy les Billets de quelques-
uns.
BLONDIR
CHAT DES J.
A saVoisine
GRISETTE,
Surles Rimes de la Piece précédente.
J E ne veuxpointvousen conter;
Tans legr.ïdfrac.isejueyousfaites^
le11 aypas dequoy débuter
jiffiz"j>lenpouryouspla:r,CJ'"messir
écottter,
Des Chattes comme yous friandes de
feur-tes. 1 JV^oouussjjoQüueez\aayveeefc»mooyyt mais cesinon-
,
mak c'ejq rien-
J"osh:ure ou-sJo?itprétieuses.
Ilyousfautbien un autre Amant
¡TOK'( miolez, dit-on, trop librement
Apres lessaveurs amoureuses.
EnfinvosvisinslesMatous
Sont unpeu tropsobrespour vous.
Enfinvous eteffectezdans vos Vers un
Airsage,
Ce n'estpas en rimant Iftion renonce
aux plaisirs,
C'est en ne mettantpluscesplaisirs en
usage,
C'est en quittant le badinage,
Sansenconserver les desirs.
Onseperdbiensouventsanscourirles
Goutrieres;
Oüy, dans ces lieux d'honneur vous
Il'A.,et point eslé,
Voussuivez en cepoint lesprudes cglesfieres;
Mais detant de Matous de toutes les
manieres,
Qu'on vous cherche avecsoin, vostre
cxur esttenté,
C'està ce qui vousgaste à ce qu'on
m'a conté,
Et que vousdéguisezavec Assi'{ d'adresse.
Imitez, imiteç vrostre illustre Maistresse,
Qui n'aimajamais un moment.
A son coeur noble ~&grand^ autant
qu'un coeurpentl'estre,
L'Amour n'ose esperer desifaire connoistre,
Vous luyferezpourmoy ce copliment.
Tour captiver lescoeurs, le Cielqui la
fit naistre,
Luydonna le talent de la Prose
Vers.
Elle a mille charmes divers;
Vne tendre langueur, une aimable
(rlft1ft)
N'ostre rien danssesyeuxd'un airfin
~(..<;-Jgalant Riennepeutéchape;rasàafadédléilciradtetesrsee,.
LE belEsprit n'ejtpasftm seultalent,
Elle cf! la complaisance, elle est la bonté
mesme;
Mais il nefautpasl'alarmer,
La ~loüange&l*édat ne sontpas ce
qu'elle Aime.
Bienheureuxle Matouqu'elle voudroit
aimerl
DOMGRIS
CHAT DE MADAME
la Duchesse deBéthune,
A GRISETTE.
Gt.riJrtte,sçavez-vousqui yous
p..rrlo dst;t;our.p
Qui '1 ous cherchezdepuis anj<wr?
£'ejli."?i Chat acc¡jl'{y,pltt' beau '/1:11
Chat d C;/'f.'Jé:,
Vu (fhit qu'tvcsjjamivznt la Fortune
accompagne,
¿;(¿:iflftù admirer des Chattesde la
Çour»
Voilace qu'ilvous faut, nonpas ce -
Chat/,---'vd.e,,
Ce Tata, qui languitaumilieu des
plaisirs,
.fl.!!,i ne sçauroitauplus aller au badinage,
Qui nesçauroitjamais contenter vos
desirs,
et qui mourroit defaimsur un tas de
F"romage.
£erieftpa* apres tout, qu'ilnepuisse
amuser,
Qu'ilnesoitpropre à quelquechose,
Cuomsmeedefreu Bertaud on pouroit en
Mais qu'en sf»i- 6b!t,aduu cchbeemlliliivnoYJ-0Ifrltr:e
amourse repojfet)
Quoy que 'ÿDItS en disiez, on ne "vous
croirapas.
Pour vouscroire une Chatte àsimaigres
ébats,
Surquoy yotde~yvousqu'onfcfonde?
Sur vospeu de b soins ? }TOIlJ vous moquez
du monde.
A d'autres ; c'est troploin pousser le
prétieux.
Ce n'estpas avec moyqu'ilfaut qu'on
dissimule,
- Aussi-bien aVe^y-oroutess des yyecuu,xr
A détromper leplus credule.
GardezpourcesjeunesChattons
Qui ne vont encor qu'à tâtons,
D'unefaussevertule rusépréambule;
Ne tournezpoint en ridicule
Ces ahfy, ces airs nonchalans,
Qui cachent quelquefois des desirs violens.
Loin de les condamner, je blâme les
manieres
Des Chattes qui d'abordnousdisent mia-ou.
Depuis quepour la Cour j'ay quitté les
Gouttieres,
Ie md/rift beaucoup unprocédéfîfou.
ToutAiïatou que je ftiis,j'ay l'ame
délicate,
le yeux qu'en certain temps on donne
de 1ft patte,
Et je n'aimeroispas qu'on me sautast
aucou;
Mais defaire la Chatte-mite,
D'affectercomevous un minoissérieux,
Tandis que nous sçavons qu'Amour
voussollicite,
Et quÀ de certains Chats vous faites
les douxyeux,
Ievous ledis toutnet,Grisette,j'aime
Vnefollequ'une hypocrite.(mieux
Mettez-vousavecmoydessusunautre
pil,
Si vous voulez longtempsgarder vostre
conqueste,
Iesuis un Coureur de Clapié;
Cbllt qui prenddes Lapins, nepasse
pas pourbeste.
Adieujusqu'aupremierSabat,
C'estlà quej'attendray réponseàcette
Lettre
Et que vous connoistre si je livre
combat,
Que je sçay plus tenir que je ne frit;
promettre.
MMITfITl)N
CHAT DE MlleBOQUET,
A GRISETTE.
G7?!f'tte,Vousfaitesdubruit,
Non de en bruit quefontd>'.r£tlan
Les AU:-'-testropamoureuses,-
C'esi' un bruitquelagloire fuity
Et quefont
prétieuseesn.tout temps les Chattes
o bruit eft*tenujufqt:àmoy, - Il a troublé masolitude;
l'e yiyo/i libre, exempt de l'amoureuse
loy,
Etjefinsde l'inquiétude.
lime revient de tous costez
gvcyous avez cent raresqualitez
On dit que vous avezle regard doux
(.?" tendre,
et quepour enfaire comprendre
La charmantedouceur, (JF le brillant
éclat,
Vous n),¡)?e'{plU desyeux de Chat.
On dit quela Nature adroite Cg- bienfaisante,
Vous afaitdesa main uneRobe luisante
D'unpetitgris beaucoupplusfin
Que lepetitgris deLapin ;
gue vous ¡¡,,"'e'{ dYeC cent tours d14.
dresse
Chasser lesplusfâcheux ennuis,
Faire des jours heureux, d'agreables
nuits
A vostresçavante Maistresse.
On vous voit quelquefoisd'un manege
leger
Sauter, bondir, Cg, voltiger,
Et quelquefois engalante Minete
Vous drejprsur vos piedspour atteindre
au Miroir,
Trendreplaisir à vousy voi r,
Tonfaltervos traitsen illustre Co-
1
quette,
En Chatted'importance, nonpas en
Grisette.
Vousn'aVe^ rien de brutalvde bas.
On ne vous vit jamais soüiller v os
pates
Innocentes (y* délicates,
Dusangdes Sourisvdes Rats.
En amour vous "t'{ les plusb:!L-$
manieres ;
VousriaUe^pointpar des crisscandaleux
Promener sur les toits la honte de vos
f-u*,
Ny vous livreraux Matous des Gouttieres.
Par un tendre miolement
Vous expliquez vostre tourment,
Etvoussçavezsibien, dans l'ardeur
qui vousprejje
Touchervostre illustre Maiflro/fi,
Qu'elleprendsoin de vosplaifîrs*
Etd'un digneGalantrégalevos desirs.
J'en,pourrois dire davantage
Sur le bruitqu'onfait tous lesjours
De yos charmans appas de yos tendres
amours;
On n'endit que trop, dontj'enrage.
l'enrage de bon coeur, Grisette, quand
jevoy
Tant d'appas tant d'amour, qui ne
sontpas pour moy.
Je sensque le bruit quevousfaites
Allume dans mon coeur des passions
secretes,
Que dans tout lePaïsdesplus tendres
Matous
Il Nulle autre n'allume que vous.
Maiséivl eisdt teemnpsceenfin de mettre en
Et m':'s talens vmes exploits.
JWrfolitude -9^monsïlence
M'ont oflc- jttfyu'icy l'honneur de
"ro/lr!: choix.
Ilfaut vousfaire ma peinture,
J-^OUJ dire que je suis un Chat des
mieux appris;
C'esttrop languirdasune vie obscure;
Et comme en la nuit tous Chats
sont gris, ilfautmettre aujour mafigure.
J'ay la mine areî. haute, C~ l'airfort
glorieux;
Tantd'eclat brille dans mes yeux,
Qu'onprendmes ardentesprunelles
Pour des Astres ou des Chandelles.
Je ne sauics pcoinitdsujeetnauxsfacheux
Où tombentles Chatsimprudens,
Ma conduite n'a rien de brutal, de
sauvage,
Et je nefis jamais aucun mauvais
usage
De mesgriffes, ny de mesdents,
Quoy que mon sérieux marque trop
dsfaZ*JP>
Et me donne tout l'aird'un severe
Docteur,
Quandilfautplaire à ma Maistresse,
Jesuis badin,jesuis flateur,
Je la baise,je la (Arejft,
Etlaplus enjoüéevbrillatejeunesse
L'est bien moins que ma belle humeur.
Sf\'e{-"faits de quel air discretv
raisonnable
J'ay mapart dans un bon Repas ?
J'apuye adroitemetma patesurles bras
De ceux qui sont assis à table.
Si leurfaim est inéxorable,
Mafaim neserebute pas,
Et d'un air toujours agreable
Je tire du moins charitable
Lesmorceauxlesplus délicats.
/<,uoJ que je fois servy d'une main
liberalee), Et que jesois un Chat des mieux
nourris,
Je chasse d'une ardeurqui n'eutjamais
d'égale;
JSLUIMatou mieux que moy ne chasse
dans Paris,
Et je prétens qu'un jour mon amour
"fOus régale
D'unebécatomhe de Souris.
REEG("iN'.NAAV"\1">LTT
CHAT DES A.
A GRISETTE.
JEne tourneray point ma cervelle à
l'envers
Pourvousdépeindre tcy mafigureparfaite;
mais c'estpour vous parler de mes exploits
divers
qu'avec tant de Matous je m'érige en
Poëte.
Un adutrlefenidiotuxeja;rgon vanteroitfl
mais moy qui jour nuit mets des
Chattes auxfers
N'en déplaise aux Matous, je vous
apprens, Grisette,
Quejefais des Chatons mieux qu'ils
nefontdes Vers.
SECONDE LETTRE DE TATA,
A GRISETTE.
Gfètu,avec raisonjesuis charmé
de )OUJ.
vousavezdeL'esprit plus que tous k,
Matous;
LAmaÛ) à cequ'on dit, Chatte nefut
mieuxfaite:
jtâat*)cccysoit dit entrenous, :
N^efles-Vouspointunpet coquette?
porejou..,e{ l*amenerp.nsparo'Jlrc.
ïnd'fcrete>
Le mal n'estpasgrand en effet,
Et s'ilfaut toutdire, Grisette,
Moy mesme,franchement,jesuis u"
peu coquet,
MalgYrlaperte que/ayfaite\
( peut biensans amour écrire gaiam*
ment,
Quand on a comme voustant de belles lumières
:
'MttiJ croyez-moy, pourparlersçavamment,
Sur tout en certaine matière,
llfdmtd-toirtfefuentéirs Gouttieres;
On ne devientpas habile autrement.
Apres tout c'est une faiblesse
A 110US tI. n'oser coquetter;
Sur cepointpourquoy nousflater?
Les, Matous roiuettentfanscee,
Ç'estla leur vray talent,à quoy bonlecacher?
Iln'estpointde Chatte Lucrece,
Etl'onne vit jamaisdeprude en nosire
ejfcece y
Celasoitditsansvousfâcher.
Coquettons, cherchons à nousplaire,
Puisquelefort le veutainsy,
Çrt un mot, aimons-nous, nous nefçau-
- ri9Ttstnieuxfitrre,
ous avez de l'esprit, j'en ay sansdouteaussi
lecroy quejesuisvotre affaire.
Avec moyvostre boneur ne court aucun
dllnger,
C'est un malheur dont quelquefois fenrage,
Et c'estpour vous, Grisette, un petit
avantage;
Car s'il estvray que voussoyezsisage
len'auroispûvous engager A.vousm'entendez bien: mais cla*-
geons de langage,
Jepourrois vous desobliger.
El; biendonc,ma chereGrisette,
EttftIJlijJôlls uncommerceentre nous;
Foy de Matouvousserezsatisfaite
Des respects quej'auraypour -vous..
REPONSE
DE GRISETTE,
A TATA.
LSur les mesimesRimes, fabandonne pojir"tous
..y).e charmansde tendres MatousQuandje é; pense établirune amitié'par*>
faite
( Car c'eest tout, ce quonpeutétablir
entrenous ) -,
Touretioy ",'Appeliez-"'Ou.! (°tJ*etN/
La réprimande est indiscrete
7?une biytfe humeurejl;paroifîfessa.
Est-cesur le nom de Grisette
Que vous me soupçonnez d'avoir le
coeur (OfMtl
Monnom necontientpoint à l'airdont
je[MNfieiH.
f'01**'gdMmmrttè^
Falloit-il kffùrer qu'on nepeutfi*-
vamment
Parlersur certains mdrto'cm,
Sans avoircourules GvMttàe&j? -
0>*tsc&7tVhffèttrsenfngctrt*atttlftètel
2&xisqu*mdihejmt vn WmWt epttSyfttc
doucefôii>teffèy
£st-ee tlWç W!N helas! qu'on veudroit
,
.-,._thr?"
TOIIS Aimez trop à yousJhtter,
UÇft tempsxptcy^firevrrekrvessës £Ùem'outrage enfin,pourquoy vous le
qtcber?
S'il nestpointde chatte Lucrece
iln'estpoint de Tarquins, Tata de
votreespece;
, 1
-
Celasoitditsansvousfâcher.
gHfndun chat commetoussepropojk
deplaire,
Il devroit sauser ainsy,
¡ Desjalouxfoupçonsfedéfairey
Et desesairsgrondeurs auffyi
Sans cela, Tata, point d'affaire
Je ne veuxpointdu tout m'aller mettre
en danger
ZJ'elltna,., tous lesjoursdire, morbleu
j'enragey Ilnenfaudroitpas davantage
Pour me rebuterd'estresage
£tfoulentfutrdep'it onsepeutengager
quelquebagatelle au dela du tan- t~ Cecyfaitdit encorsans vous desobliger.
dAedGieuriTsaètat,tseoy de Grisette, comme- nous ;
Je ne-DevostreLettre, que deVous*
LA DEFENSE
DES CHEVEUX,
Par M. Bouchet, de Grenoble,
Pour le Vieillard dont il est parlé
dans l' Extraordinaire du
••y Moi* de Iuillet.
LE richeVieillard dont il s'agit,
épousant une jeuneFille
qui n'a pas de bien, mais qui luy
paroist blonde & bien faite, fait
fondsur toutes ses bonnes qualitez,
comme surautant de biens
qui doivent érablir sa Dot. Il
seflate enquelque maniered'un
retourdejeunesse,parlasocieté
de cette aimable Personne. Il
luy semble déja que ses cheveux
de blancs qu'ilssont,vontdevenirce
qu'ils estoientdans les premiers
tempsde sa jeunesse.Enfin
la beautéde sanouvelleEpouse
le charme siagréablement,qu'il
secroit le plusheureux Mary du
monde; mais le bon Homme se
trouveabusé
5
elleal'adressedes
Metanaorphoses, comme les
Dieux de la Fable enavoientle
pouvoir ;& au lieu d'une belle
Blondequ'il croit avoir épousée,
il se voit malheureusement l'Epoux
d'une Femme qui a les
cheveuxd'une couleur qui le
dégouste, 6c pour laquelle il a
naturellement de l'antipatie.
Aprés-cela,nedoit-il pasestre
recevable dans sa demande, puis
que les maux qu'un femblabie
mariage luy procurera,sontplus
dangereux que ceux à laconsideration
desquels les Loixseparent
tous les jours des Parties
mal unies? Il est vray que la Loy Divine
estexpresse surcela,&qu'ibest
dangereux de luy donner des
bornes; mais icy elle demeure
,
dans sesdroits. Ce n'estpas la
Loy Civile qui separe ce quela
Di vine a uny;c'est celle de l'une
des deux Parties qui par sa
mauvaise foy a eu l'audace de
faire un tout avecuneautrequi
ne luy estoit pas destinée,& ce
font ces sortesde mariagesdont
la division faitdire, que le Ciel
ne s'en est pasmeslé.
La Loy Temporelle qui tient
en terre la place de la Divine,
n'est-elle pas alors obligée
d'employer son autorité, pour
remedier à ces inconveniens
dangereux, & demettrenostre
infortuné Vieillard en état de
prendre pour Femme celle que
le Cielluy destine?
:.' Ce n'est point au reste estre
de mauvais goust que desouhairer
des cheveux, mais sur
tout de ceux dont la couleur ne
présageny malheurny fâcheuses
instuences. La Nature qui
ne fait rien d'inutile
,
les fait
croistre dansles parties du corps
plusou moins grands, selon l'utilité
ou l'ornement qu'elle juge
necessaire. On recevroit denotables
incommoditez
,
& l'on
feroit défiguréàfaire peur,sile
poil des sourcils& des cils estoit,
ou rasé,ou aussi long que les cheveux
de la teste;& comme cellecy
est la partie la plus noble du
corps humain,àl'égard de la fanté
& de la raisonquand elle souffre,
toutes les autres parties fooffrent
avec elle: ainsi cette mesme
Nature aussi fage pour la
conservation de ses ouvrages,
qu'elle est industrieuse pour leur
production
, a pris foin de la
couvrir & de la parer à mesme
temps. Il est vrayque quelques
Personnes qui se resolvent à
toutpour leur fanté,se font raser
la teste
,
dans l'esperance de se
mieux porter;mais ce petit nombre
ne conclut rien contre le
general. Pour un qui se fert de
ce prétenduremède ,mille le
rejettent comme uu malquidétruiroitleursanté,
s'ils laissoient
Sleu~r tebsteoexspo.sée à l'injure des ; .TL
- Ceuxqui font profession de
suivre les Conseils Evangeliques,
necondamnent pasabsolument
les cheveux,en seprivant
d'un ornement qui pourroit
leur inspirer quelque sentimentdevanité.
Laplûpartporrent
au menton cequ'ilsostentà
leurreste,& parcechangement
qui lesrendbeaucoup plus venerables,
afin de la mettre à couvert,
ils luy font une espece de
nicheavec du drap.
LeMonstreallegué parAmbroise
Paré qui futtrouvé dans
un oeufde poule, ne peutservir
de preuve contraire dans cette
occasion; c'étoit une production
contrel'ordre & l'intention de
la Nature &de ce Principe, on
n'en peut tirer aucune consequence
qui soit capable de détruirecequ'elle
produit ordinai
rement, & regulierement par sa
sageconduite,outre quel'Homme
& la Femme n'ont eu aucune
part à une production si bizarre
& siextravagante.
JulesCesar,dont le seul nom
fait l'éloge, se seroitépargne le
chagrin qu'il avoit d'estre chauve,
si cette qualité eut esté une
marque de sagesse; elle en estoit
plûtostunedu contraire, à ce
qeue disoient ses Soldats le jour son Triomphe à Rome,à son
retour des Gaules. Citoyens,
4tteient
-
il*,çrtntz^çarcU;àyos
Femmes, nous amenons un Chauve
adultere qui a prodigué dans les
Gaules l'argent qu'il avoit empruntéàRome.
Apresceladoiton
s'étonner si les Perruques
sont si fort en usage en France,
& si on s'empresse tant de cacher
un defautqui est lapunition
ordinaire de la débauche?
C'est pourcela que les Loix Civiles
qui se conforment à ceHrs:
de la Nature, & qui font les
marques les plus évidentes dela
juste conduite des Souverains,
condamnent les Femmes débauchées
à perdre leurs cheveux
avant que d'estre renfermées
,
punissant par ce chastiment
une infamie parune autre
infamie.
On raseles Criminels, &par
làon leur oste ce qui reste en eux
de marque d'honneur & de liberté
, avant que de lesenchaîner
dans les Galeres comme des
Captifs,
L'Empire des Ottomans qui
ne commande qu'à des Esclaves,
n'y souffre point de cheveux, &
ne permet la longue barbe au,
menton qu'à ceux qui par leur
merite & par leurs emplois, ont
acquis quelque autorité sur les
autres.
Chez les Romains, Mécenas
l'Amy & le premier Ministre
d'Auguste
,
le Protecteur des
belles Lettres, le Bienfaicteur
des Sçavans, en un motle par.
fait Modele de l'honneste Homme
, ne méprisoit pas la parure
& la propreté des cheveux: Il
falloit au contraire qu'il 'l'efii..
mastbeaucoup,puis qu'Horace
en l'invitant à mangerchezluy,
lepreparoit particulièrementà
desBaumes& à des Parfums exquis
pour ses cheveux
, comme
àutorégaliiecelfaire/anslequel
il n'eut pas crû lerecevoir comrnil
meritoit d'estrereceu.
Le reste,disoit ce Poëte e-e passera
fa* les bornes d'unehonneste
.t: ¡ 1. , , (-)., mzdliiè.-• On ne doit pas estre surpris-,
que les Peintres representent
Diogene& les autres sanscheveux
;
ils font si jaloux des régiesdeleurArtqui
lesapplique
sanscesse à copier les parties du
corps les plusessentielles, qu'ils
aimentmieux peindreun Hom- rnedegniiu'*
quer à luy faire paroistre ie3
oreilles,&uneFemme sans
dra peries ,
draperies quedenepasfaire ,quedene pasfaire
paradede leur adresse, aux dépens
mesmedelabien-seance
&de l'honnesteté.
Mais quand les Peintres r.
roienttoûjours fidéles ( ce qui
estassez rare) leur peinture dans
cetteoccasion ne dévroit pas
estre uneLeçon pour les honnettes
Gens. Ces anciens Philosophes
estoient la pluspart
gens chagrins & sauvages,My,
santropes de profession à plus
juste titre que Philosophes, Sc
qui par leur conduite sembloient
avoir juré divorce avec le genre
humain
,
qui pouvoit voir sans
horreur un Diogéne sale& crasseux
dans son Tonneauqui étoit
sa demeure ordinaire ,n'ayant
qu'une Ecuelle de bois pour tout
meuble. Dans cet état ilavoit
raison dese faire couper les
cheveux ;sanscette précaution,
faute d'un Peigne, il s'exposoit
a bien des disgraces.
Lequel desdeux,àvostreavis
croirons-nousqu'il failleimiter,
Mécenas, ou Diogéne ? Jesuis
assuré qu'il n'y a point d'honneste
Homme en Francequine
sedeclarepour le plus honneste
Homme des Romains.
Dire que la prudence est incompatible
avec la belle Chevelure
, c'est dire que lors que
les jeunes Gens jouissent de la
beauté,del'agrément, de la santé,
de laforce, de l'heureux succesdans
leurs
quela Fortune les favorise ;U
dela vivacité de l'esprit, les
Vieilardsne peuvent se consoler
de la perte de tous ces biens que
par un peu de prudenceacquise
parmillefâcheusesexpériences,
laquelle les rendant des timides
malheureux
,
s'évanoüit peu à
peu à mesure qu'un âge trop
avancé les fait revenir à leur
premiere enfance.- ,
..:
Les bonnes & les bellesqualirez
de l'Homme, nesubsistent
donc que dans son bel âge qui
consiste danslejuste milieu des
deux enfances, & c'est alors que
1 la solidité defon jugement,fofttenue
par la vigueur de ses organes,
est dans sa plus grande
force, &qu'il fait voir enluy un
assemblagemerveilleux de \x
beauté & dela bonté, qui est la
perfection de sa nature, )
DE L'ORIGINE
DE L'HORLOGE
DE SABLE.
.A Madame la Marquise de R**
A Arles. vousm'avez demandé;
Madame,l'origine de
l'Horloge de Sable. Envérité
cette Question est digne d'ure
Héroïne qui sçaitmesurer le
temps,&l'employeravecautant
dejustesse& d'utilité quevos
le faites; car puis qu'il faut le
dire, Madame, quelleestla
Personne du monde qui sceust
jamais en devenir meilleur ménagere
que vous, ny en faire un
si bon usage? Agréez s'il vous
plaist, cette petite digression el
vostre demande,&cette insulte
à vostre modestie, vous M'avez,
mis en trop beau chemin, pour
m'en tirer sansrendre au Public
cet autentique témoignage de
vostre sublime vertu, & àvous,
Madame, celuy de mon respect:
& de ma véritable estime
Quelle est, dis-je la Personne
de vostre rang, & de vostre
sexe, qui parmy le nombre infiny
des plus hautes perfections
del'ame & du corps, que vous
possedez avec tant d'avantage,
se soit fait comme vous trfte rcgleinviolable
des'appliquerdes
la plus rendre jeunesse àl'étude
des plus hautes Sciences,avec
une assiduité
,
& une pénétration
qui n'eust presque jamais
d'exemple. La Philosophiearcienne&
moderne, n'a point
de secret qui ne vous soit parfaitement
connu; la Mathématique
point de partie, jusqu'à;
l'Algebre t-iiefiiie,q-tie vous ne
penétriez ; & la Morale Chiêtienne
&, Civile, poinr de Maxime
que vous nemettiez: en
pratique d'une maniéré surprenante.
Il ne faut qu'avoir eu
l'honneur, Madame, d'entrer
dans ce prétieux Cabiner, ow
vous passez les plus belles heures
du jour & de la nuit pour
estre convaincu de cetteverité.
Onle trouve plus enrichyde
vos Ouvragesque deceuxdes
plus sçavans Autheurs de tous
les Siecles dont ilestsipompeusementassorty.
Je dismal, Ma,.
dame; sans entrer dans ce sanctuaire
de vostre Esprit, ilne
faut que meriter l'honneur de
vos moindres entretiens sur toute
forte de matieres,pourne
douter jamais que vostre Génie
ne soit une des plus rares mer.
veilles de nostre âge, 6c la plus
digne récompensedu merite de
cetIllustre Epoux à qui le Ciel
vous, a donnée. Que j'aurois
dechosesà dire, Madame,&
de l'un &: de l'autre ( moy qui
ay receu depuis longtemps
l'bonneurd'unsi précieux coov
inerce!) si toute la France n'avoit
admiré plusieurs fois lesexcellens
& divers Ouvragesde
cette moitiéde vous-mesme,sur
tout depuisqueleplusgrad&le
plus éclairé des Monarques, en
a voulu faire le Secretaire perpetuel
deson Académie Royale
d'Arles. Mais, Madame
,
je
nem'aperçois pas que nostre
Horloge coule, & que je tiens
trop longtemps en halaine vôtre
curioficé sur la Question que
vous m'en avez faite. Je ne
douce pointque l'on nefoüille
bien avant dans l'Histoiredes
Temps, pour en découvrir l'origine,
& que bien des Gens
ne s'empressent pour en tirer
quelque éclaircissement,s'ils
peuvent par làs'assurerde vous
-
faire
faireplaisir. Je sçay bien que
plusieursveulent qu'onen
doive invention à l'Egipte, &
à un certain Anéxandre qui s'amusa
durant le temps d'un long
éxil"a faire couler du sablon
d'un longroseau qu'ilperça par lebout pour faire couler son
ennuy par cet amusement. En
toutcas, Madame, la matiere
ne luy manqua pas dans un Pais
qui s'en trouve si bien muny.
D'autresfaflurent que Julien
l'Apostat,quifut aussibonPhilosophe
que sçavant Guerrier,
emprunta de Lucien cette Invention
, &queceluy-cyla
tira de l'applicationqu'il avoit
euëà voir Coulerdans sa Chambre
quelquemenu débrisqu'une
Sourisde,fâ taniere,
cequi fourme d'idée à ion esprit
pour mesurer & reparer le
temps qu'il avoit employé à
cette forte d'occupation. Je
sçay aussi qu'un fameux Amy
de Neron & des plus sçavans
de sa Cour, nous a parlé fort
expressement de cet Alcandre
malheureux, qui s'estant veu
consumé d'amour pour sa Lisse,
fournit par sa cendre de matiere
à un Horloge, duquel il a
fait une Epigramme si celebre,
que tant de beaux Esprits ont
si fort estimée, & dont vous
avez vû de si belles Traductions.
Je n'auroisosé, Madame,
apres de telles autoritez
vous rien dire du mien, si
vous ne m'aviez imposé la necessité
de vous faire part de
mes recherches, que vous trouverezbon,
s'il vous plaist, que
je vous communique dans ce
langage, que vous avez toûjours
trouvé si propre à convaincre
la plus forte incrédu- lité.
AutrefoIriosis dJdstnnss lIadTheJptlie,
La femme d'un Faucheur,jeune,propre,
(. jolie,
PO;'âlltfn Mary presl à s'en aller
fStvchsr,
Luy dit, Ftél mon amy, prens soin de
me clrrJJtr
Du Sablcn pour tenir ta Marmite bien
nete ?
Lors ÇUtonrépondit ( ilse nommoit
ainsy )
'1J*,ns qttoyytuar- tu queje lemette?
12rem cette Guaîns que \01cy (Luyrepartit sa Femme.) Crc'estoit
ur,çGuaîjie
J'aice,Jt-vous OIl!eV 0:: de B'uystou
de Frefte,
ADopnotCrtleitrosnanPeiesrerseervoitplus
Sans laquellesaFauxraiffeilfalnotiet,guère
tranchante.
Il rieujlgarde en cecy d'userd'aucun /-~
1 Sçachant combien sa Femme estoit
d'humeur diablesse,
Il actepte cetordre avecgrandesou-
Plese,
Et pour tostagiràsongré,
Ilprendla Guaîne, CJ'" marche au Pr;
T^encontrant du Sablon, ilchoisit du
moinsfltle, ey
Duplu* fin,&duplus menu,
guefour rendre plussec, au Soleilil
Itllle,
IPuis ils'en vafaucher ayeèquesa
(Idbtie;
Et le temps du Disner venu,
Chaque Faucheur courut s'attablersous
un Chesne.
Clitonfut un peu détenu
A mettre son Sablon propre c.5,, nèt
danssa Guaîne;
Ce qu'ayantfait, il la pendit
Au bout d'une brancheprochaine,
Apresquoy ne songeantqu'àremplir
sa bedaine,
uiyccses Compagnons à l'ombrage il
s'assit.
Le Disnerachevé, qui dure une heure
entiere,
( Nefust-ce quà manger des Oignons
ou des Aulx)
Clilon va reprendre sa P;ttl'.,
Et regarde enpassantsa Guaîne sablonnieres
Il s'apperçeutdeslorsquepar un bout
percé
Son Sablonsur la terre avoit presque
PaJTé*
Et le voyant encor comme un filet rêpandre,
Il luyfutaiséde comprendre
Que ce Sablon îTtPS
couler
L'heurejuste employée à manger, ott
.parler^
L.;n'Pl.'nti"l! pourroit tres-utile se
rendre. Ilruminalongtempssur cet événement,
Et concludce raisonnement,
Qunv*jours où le Soleil estcouvert
d'unnuage,
Où le Ciel nebuleux cache toutfout
,
l'ombrage,
Ce Sdb/011 decoulantfiniroitles débats
Quel'on voit arriverpour l'heure dmrepas
EntrelesFaucheurs C-,le mdiae"
Quandl'ombre &le Soleilne lesaccordent
pas,
ea quesa Guaînepourroitestre
La juste mesure du temps,
Dont ils pourroient estre contens.
Ainsile Undemainseconde epreuvefaite
Çenfwnalefitccéî de cette invention,
Que Clitonmitaprès en réputation,
La rendantbeaucoupplusparfa te,4
Carau lieu desa Guaîne, ilprit
Deux Ampouletesabouchées,
Toutes deuxensemble attachées,
Entre lesquelles deux il mit
Quelque mince& bassè monnoye
Qu'ilperça d'un aigu poinçon,
P()Ut'flire UJJe ouverture, (7 donner
mesmevoye
Au decoulementdu Sablons
Dés lors lebon Cliton dans toute la*
Contrée,
Fut appelléde tous, le Mesureur du
Temps,
Portant toûjours enmainfin heurt
mesurée;
Delà dans les Siecles/bilans
L'onnous a peint le Temps fous la
mesms figure
D'un Faucheur qui s'envafdàvcher,
Portant avec sa Faux cette mesme
figure
guece mesme Clitonsçeutsibien e%aucher.
Voila, Madame,laveritéde
l'Histoire,& l'entiere assurance
que je vous donne d'estre autant
queje le dois,Vostre
,
&c.
GIFFON, de l'Acedémie
Royale d'Arles.
Les grandes Aflions du Roy
fournissent une si ample matiere
pourtoutessortesd'ouvrages, qu'on
n'écritpresque rien aujourd'huy
qui ne regarde ce grand Monarque.
Onnedoitpasenestre surpris,
puis ques'ilamerité des loüanges
detout temps, elles doivent redoubler
après la ;Pabe qu'il vient de
donner à la plus grande partie de
l'Europe. C'est unde ces grands
Evenemens qui ont autrefois fait
publier tant de Médaillés. On en
a de Vespastan, de Domitian, &
de Tite;de plus anciennes, de
Tioere & d'Auguste. Ce dernier
a donné lieu à trois differentes
sur le mesme sujet, & nous
en avons une de Néron dont le
Revers fait voir un Temple de
Ianus fermé, qui n'estdifferent
de celuy de la Medailled'Auguste,
qu'en quelque chose de la Facedu
Bâtiment, Cependant quoy que
la Paix aitdonné lieu à un grand
nombre de Médaillés, jamais elle
n'en a fait publier si justement
q.'âu)()ura'hIlY. Le Temple de
Ianusfermé sous Augustepour la
Pais, de toutela Terre,&pour la
troisième fois seulement depuis la
naissance de Rome
, a quelque
chose de fort remarquable; liJ411
cette PaixVniverfl'e nefut pas
accompagnée de toutes les glorieseuses
circonstances de celle cy. Les
Peuplesépuisez par la longueur
d'une Guerre Civile, que Pompée,
les Enfans, ou ceux, qui le
voulurent vanger, traînerent de
Royaume en Royaume pendant
tantd'années,estoient alors tranquilles
par necessité. Antoine
amolly par ses voluptez, & p,ir
ses longues habitudes avec Cleopatre,
n'arma unepartieduMonde
que pour assembler des Spectateurs
de sa fuite&desafoiblesse.
A peinesoûtint illes aprests de la
Bataille d'Actium. Brutus, &
Cassius n'opposerent à la puissance
d''Auguste que des Troupes tumultueusement
assemblées. Leur revolte
ne tira aucun secours des
PeuplesEtrangers; & Auguste
eutla liberte de tournercontre eux
toutes les Forces de l'Empire qu'il
employa ensuite contre Antoine, ce
dernier ne s'efantdeclaréqu'apres
avoir contribue à la défaite des
autres. AinsiAuguste n'eutjamais
qu'un Ennemy à combatre. La
Paix Vniversellene luy confia que
deux Batailles,& cefurent moins
ses Armes quil'étalirent, que les
Guerres de César & de Pompée,
qui avoient abbatu tous les Peuples
de L'Univers.Enfin l'on peut
direque l'horreur, &la cruautédet
Guerres Civiles, la longueur des
maux, & la crainte d'y retomber,
firent alors cette Paix, & quAuytfte
acheta peu la floire de fermer
le Temple de sanus. Il rt'en'
efîpas demesmeaujourd'huy. La
Paix estvéritablement l'Ouvrage
duRoy. Presquetous les Peuples
de l'Europesefont liguez,pour s'y
opposer. On a vû en mesmetemps
armer contre luy douze ou quini^
Souverains. Sagloireluy attiroit
de nouveaux Ennemis de jour en
jour, & cessoient autant d'Armées
nouvelles,quissejoiqnoient à
celles qu'ilaavoit deja à combatre.
Tant d'Ennemisn'ontpû étonner ce
grandPrince,lia triomphédetous,
&lors qu'il les a enfin réduits à la
facheuseneecessitê de n'esperer leur
salut que de cette Paix à laquelle
ils s'estoientapposez, &quUsriosoient
demader,illes a prévenus, &
par une genérosité sans exemple,il
la leura offerte àdes conditionsraisonnables
, dans le temps que leurs
Affaires desesperées luy donnaient
lieu de tout entreprendre.Des Evenemenssiextraordinairesontdonné
lieu aux quarante-deuxMédailles
que vous verrez,enjettantlesyeux
sur cette Planche. Comme elle
n'ejl remplie que de Revers, j'ay
crû devoir mettre le Portrait du
Royaumilieu. Ondoitsupposer
qu'il occupe la Face droite detous
ces Revers. Vous ne le trouvera
pas de Porfil comme on le met ordinairement
dans les Medailles,
c'est parce que je ne le dormepoint
comme Médaillé
, mais comme le
Portrait du grand Prince,dontles
Actions ont fourny la matiere de
tous les Revers qu'on voit dans la
Planchequejevous envoye.Il m*en
reste beaucoup sur la Paix, que je
n'ay point employezicyfautedeplace.
Ils auront leurtour dansuneautre
occasion. l'ay chosi pour cette
fois ceux qui ont leplus de raport à
la Personne duRoy. Lessix premierssont
de Mr Brossard de
Montaney, Conseiller au Siege
présidial de Bourgen Bresse. Il
faut vous les expliquer tous.
EXPLICATION DES
42. Reversdecette Planche.
I. Ipsesibi metas posuit.
Le Revers de cette Médaille
represente Herculeassis sur un
Faisceau de Lauriers entre ses
deux Colomnes,qu'il planta
après avoir fait admirer Ces Exploitsà
toute laTerre.L'application
en est juste à ce que le
Roy vient de faire, en imposant
luy-mesme des bornes à sa valeur.
2. Impunequit excittf.
C'est un Hercule appuyé &
dormant sur sa Massuë au pied
d'un Olivier. Gerion est étendu
près de luy. Ce dernier marque laTriple Alliance,&. l'on trouve
aisément le Roy dans cet Hercule,
qu'on ne peut attaquer impunément.
3. ViEhris dementia.
On voit une Paix qui retient
une petite Victoire. Les mots
font aussi simples que le Felicitas
populi, ou Securitas publica
desRomains. Cerre belle fim.
plicite, qui ne laisse pas de dire
beaucoup, est difficile à trouver.
4. Vnde labor requies.
C'est une Gloire appuyée sur
une Palme,& assise sur des Lauriers.
Cela s'entendassez..
5. Et vincit cum dat Olivam.
1 On voit une Pallas qui d'un
coup de Lance fait naistre un
Olivier. Pallas fit autrefois ce
prodige, lors qu'elle remporta
sa victoire sur Neptune qui luy
difputoit l'avantagede donner
le nom à Athenes. AinsileRoy
estant vittorieux lors mesme
qu'il accorde la Paix, il petit
estre comparé à cette Déesse.
6. Si Leo cefefrit ardorem minuet.
Un Soleil paroist dans le Zodiaque
au Signe du Lyon. Par
le premier on connoist assezle
Roy. La Hollande& l'Espagne
font deffignées par le dernier.
Ce Revers marque que comme
le Soleil, aussitost qu'il est forty
du Signe du Lyon, & qu'il a
surmonté cet obstacle, suivant
l'opiniondes Poëtes (ce qui arrive
environ le 10.ou 12.d' Aoust)
commence d'adoucir la brûlante
ardeur de Ces ra yons ; de
mesme lors que la Hollande
s'est soûmise aux conditions offertes
par le Roy, ce qui estarrivé
le 10. du mesme mois, ce
magnanime Vainqueur a bien
voulu mettre une borne à ses,
Conquestes.
Les seize Revers suivans font
du mesme Mr Gardien dont vous
venez, de lire tm scavantDiscours
sur les Devises, les Emblèmes,&,
les Médailles, i. 1
7. Vnamhabeatquoemillededit
Ce Revers represente laVictoire,
qui apres avoir mixaux
pieds du Roy quantitédeCou-
,: tonnes de Laurier,estcouronnée
elle-mesme par ce grand
Monarque, qui luy donne une
Couronne d'Olives pour marquerla
Paix. "', : -
8. Magnanimity.tfe.Pdffij
Lodoïcis
t La Magnanimité est represensée
par une Dame couronnée,
ayant le Sceptre en main,
&; un Lyonauprès d'elle. La
Couronne qu'elle a sur la teste
sigmsie l'intention &. l.'esprit
toujours porté à faire des chosesmagnanimes
; Le Sceptre à
sa main, le pouvoir de les executer
; 5c le Lyon, la generosité
& le grand coeur. Elle tient des
Balances de la gauche;dans un

des Bassins il ya unefeule branche
d'Olive. La Magnanimité
fefert de son Sceptre pour faire
pancherceBassin,qui
l'emporte
sur l'autre,quoy que chargé de
Couronnes de Laurier. Ce Revers
fait voir que le Roy préférantla
Paixaux conquestesqu'il
pouvoir faire, donne en cela
un grand exemple de magnanimité.
9. Pacatsuperando.
C'estun Soleil au dessusdes
Vents, qui cessent de coussler,
pourmontrer que le Roy donne
la Paix au Vainqueur.
10. Fortitudine Prudentia.
On voit la Paix qui monte
dans un Char de Triomphe, aidée
de la Force, representée à
sadroite par Hercule, & de la
Prudence à sa gauche.
11. Beare quam domare.
CeRevers est d'un Globe entouré
de deux Cornes d'abondance;
le tout posé sur une
Pierre quarrée hiéroglipke de
la Tranquilité. L'Arc &laMaffuë
parantàterre,& liez ensemble,
pourmontrer lacessation
de leur employ, font connoistre
queleRoyen arrestant le cours
de ses Conquestes,préféré le
repos du Monde au plaisir de
vaincre.
12. Salusvobisymihi gloria
Cen'est qu'uneDevise.dont
le corps cft une Mer agitéelfur
laquelle flote un Radeau où
lonc l'Aigle Impérial, & les
deux LyonsdtEspagne Sede
Hollande, qui prennent terre à
une Rade qui s'éleve en Promontoire.
Il y.aunOlivierdans
cette Rade, & un Coq qui leur
die, vobttsalus mihi gloria, pour
montrer que le Roy trouve sa:
gloire à donner la Paix, puis
qu'il estoit en état d'étendre fes-
Conquelles, &:quecetteniefme
Paix estl'unique faiuc defesÇpnemis.
13. Adversa voce fugantur.
Ceux qui [Gavent que la voix
du Coq fait fuir les Lyons* eil'
tendent assez le sujet detceRevers.
- ~l.,
,
14. Silente quiescunt.
Ces mesmes Lyons font en
paix quand le Coq setaist. -
15. Inter amica quiescent.,
Les Fléchés de Hollandesont
en bas sur un terrain. Un Château
àtroisTours qui representent
les Armes d'Espagne, Se
l'Aigle Impérial, font audessus,
Le tout est environnéd'une
Couronné de Lys & d'Olives.
Les mots font connoistre que la
France les a environnez de toutes
parts,& qu'ils ne peuvent estre enPaix que quand ils l'auront
pour Amie,
-
16.Nostris sociarecoronis.
On voit un Olivier au milieu
d'un Lysà droit, & d'un Laurier
à gauche, qui luy disent ces
trois mots, pour montrer que
le Roy, tout viétorieux qu'il
estoit, a bien voulu inviter la
Paix, &: luy donner moyen de
paroistre.
17. Meliusfuperadditajungam.
Les trois mesmes Figures
paroissent en mesme situation,
excepré qu'il part deux branches
de l'Olivier, dont l'une
se joint avec le Lys, & l'autre
avec le Laurier, pour signifier
que la Paix assure pour toûjours
jours les Conquestes par ses
Traitez.
1 8.Nuliibi pulchrior ulla.
On voit dans cette Devisse
l'accompiilfenlent des deuxautres.
C'est une Coutonne mefléedeLys,
d'Olive, & de Laurier,
posée sur un Socle ou
Pierre quarrée, pour faire entendre
qu'iln'y a point de
Royaume plus heureux que la
France, à qui le Roy a donne
la Paix par ses Victoires.
19. Martæ &Artoe
On voit un Olivier noüé par
latige, &environne d'autres
noeuds au travers defqoels d'une
parr,&àlambindroite,eftpaflç
unGlaivç, &un Caducéede
l'autre. C'est la mesme pcnfte
du Revers réduite enDevife.
20. Ob tributa mlJdtratit.
1 La France prefenre au Rey.
des Monnoyes dans un Bassîn,
dont il luy remet une partie
Les parples& les six millions
des Tailles que le Jloyaremis,
expliquent assez ce Revers, .a
21. Vix orta levamen.
Ce Revers fait voir un jeune
Olivier bien formé, dont là tige
ne fort de terre qu'autant qu'il
faut pour appuyer le bout d'un
Joug , pourmontrer que leftoy
n'a qu'à peine assuréla Paix,
qu'il en fait sentir du foulagement
à les Peuples.
2.1. Priscus Regis dmor liberto*
frisca reftrgens.
Ce Revers represente le Roy
qui rend Ton amitié à la Hollande,&
qui par ce moyen rafermit
sa liberté, deffignée par
le Bonnet au haut d'une Pique.
23
Ce Revers contient une Inscription
avec des lettres numérales.
Il faut de l'application
pour trouver l'année qu'elles
marquent. J'ay déja expliqué
dans unede mes Lettres ceque
c est que lettres numerales.
Cette Jnfcripteon efi de M1 Miconet
Avocat; & lesJïx Revers
fuivamfont deM1 l'Abbè Mal.
lement de Meffange, Autheur du
Cadran Solaire.
2 4. Hie Tartara,nofler
Olympum.
Hercule estrepresenté dans
ce Revers, & les paroles font
voir que si Hercule a cherché
de la gloire dans les Enfers,
celle de Loüis LE GRAND,
l'Hercule François,est montée
jusques dans lesCieux.
25. Antetriplex fadesquam
lem attingere possit definet in
nihilum.
Le corps de cette Médaille
est une pyramide, representant
par ses trois Faces la Triple Alliance,
qui avant qu'elle aitpû
donner la moindre atteinte au
Roy,s'est dissipée d'elle-mesme,
ses efforts s'estant terminez à
rien.
26. Victusmel habebit in ore.
C'est un Lyon vaincu par
Samson. Ce Lyon represente
laHollande, qui estant vaincuë
parle Roy, changera ses paroles
piq uantes en paroles d'estime
&de respect.
27. Quis vigilantior.
Le Coq qui paroit dans ce
Revers, represente la France.
QuiditlaFrance, dit le Royen
cette occasion; & sa grande vigilance
estant connue, personne
ne doit douter de lajustesse de
ce Revers.
28. Ornatur victi exuviis.
Hercule qui paroist dans ce
Revers, est revestu de la peau
d'un Lyon. Il reprefenteleRoy
enrichy des dépoüilles de l'Espagne,
qui a un Lyon pour armes,
à cause du Royaume de
Léon. Ce mesme Lyon sert
d'armes à quelquesunes des
Villes que Sa Majesté a prises.
29. Creverantviribus Astri.
C'est une Tige de Lys, au
haut de laquelle sont trois fleurs.
Elles represententla France, M
marquent de quelle maniere le
Royaume s'est augmenté par la
valeur de Louis LE GRAND,
representé parleSoleil.
Le Revers suivant est deMr
Robbe.C'est un nom qui ne voue
est pu inconnu.
30.SicLodoïxinterReges.
Toute la Terre connoit la
puissancedu Roy, & il n'y a
personne qui ne sçache que cet
auguste Monarque ne paroit
pas moins au dessus des autres
Roys, que le Lys qui est dans
ce Revers paroit au dessus des
Epines.
Les quatre Revers que vous
allezvoirsont de Mr Roubin, de
l'AcadémieRoyaled'Arles.C'est
ce mesme Mr Roubin qui s'acquit
tant de réputation par le Compliment
qu'ilfît auRoy, comme Député
de la Ville d'Arles, en luy
presentant le fameux Obélifqus
que cette Ville là afait élever 4:
sa gloire.
31. Clauditque aperitque.
Le Temple de Janus estant
representé dans ce Revers
avec une main qui l'ouvre, &
qui le ferme,il est aiséde connoistre
que cette gloire n'estoit
reservée qu'au Roy.Aucun
Monarque avant luy ne l'avoit
jamais ouvert ny fermé avec
tant d'éclat, ny mesme ne s'estoitveu
en étatde le faire de la,.
maniere qu'a fait le Roy.
32.Ncubiobuserxcuussiss mcajoari lutc.e
_C'.e\t.unSoJeil qui paroitplus
brillant,apres avoir dissipé trois
nuages.
- 33. - Irridet magis istadomus.
On voit le Soleil dans le Signe
de la Balance. Les Reglemensque
le Roy a faits pour la
justice, marquent assez le soin
qu'il a
-
de la faire rendre exadement
à ses Sujets.
34. Or'urn dabitesseserenum.
te Soleil paroitavec un Arcen
Ciel. L'application est aisée.
Jvr Roubin dequifontces quatre
Revers, avoit aussiappliqué au
Roy,des le temps qu'ilme les dennd,
ces parDÙ, que l'Ecriture applique
au Soleil,Nemo est qui se abscondatàcaloreejus,
&celles-cy
qui ne conviennent pas moins au
Roy qu'à ce bel AJire, Cursum
mora nulla detardat Comme
elles font déja dans la Plancheoù
est l'Epistre adressee à ce Grand
Monarque, j'ay crû ne les devoir
point mettre parmy ces Revers,
pour ne pasfaire voir deuxfos* lte
mesmechose.
Le Revers &l'Inscription qui
suivent,sontde Mr de Bonnecamp
Medecin de Quimper.
35. Tonat atqueserenat.
On voit dans ce Revers- un
Soleil qui dissipe la moitié d'un
Nuagequi éclate en Tonnerres
& en Eclairs, & qui perce de
ses rayons l'autre moitié, pour
les faire briller sur la terre. En
prenant le Soleil pour le ROYal'explication
de cette Devise
est claire.
36.
L'Inscriptionqui paroirdans
ce Revers est d'autant plus belle
qu'elle est véritable.
Le Revers suivant est de Mr
d'Ablouville.
37. Par lumen utrinque.
C'est un Soleil éclairant un
Laurier & un Olivier également.
Le Royestantaussi grand
en paix qu'en guerre, cette Devise
est tres juste. ,
Des cinqRevers dont il me reste
àvous parler, Mrde Roux afait
les quatre premiers, & MrAbbé
Mallement de Messange, le dernier.
38. Milites amat etiam inutiles
La Façade du Bastimentdes
Invalides paroit dans ce Revers,
& les paroles font voir que le
Roy aime tellement ses Soldats,
qu'il a mesme foin de ceux qui
font incapables deleservir.
39. EademSede Imperium &
Eloquentia.
La Façade du Bastiment du
Louvre occupe ceRevers, pour
faire connoistre que le Roy n'a
pas dédaigné d'y loger l'Académie
Françoise.
40. Et rapidior.
On voit le Rhin dans ce Revers,
& les paroles font voir que
le Royest encor plus rapide
dans ses Conquestes.
41. Docendafacit &secsenda
docet.
Un Livre fermé, couvert de
Fleurs de Lys, & posé sur un
Carreau, represente les Mémoires
du Roy pour Monseigneur
le Dauphin, & nous apprend
que ce grand Monarque
enseigne ce qu'il faut faire, 2C
qu'il fait ce qu'il enseigne.
41. Mirarinondefinet.
C'est un Aiglequi regarde le
Soleil. Cet Aigle represente
l'Empire, à qui le Roy donne
tous les jours de nouveaux fujecs
de l'admirer.
Apres tant de Médaillés pour
le Roy,sivosAmia m'enveulent
envoyer pour les Minières les
Généraux qui l'ont servysiutilement.
je vous les seray voir gravées
dans mapremiere LettreExtraordinaire,
Voicy quelques Explications des
Eniqmes proposees dans maLettre
du Moisde Novembre, Vousvotit
souvenez, que les Mots estoient la
Mouche galante, &la Calote.
EXPLICATION DE L'ENIGME
dela Mouche,par une autre Enigme.
I.
\2\T/enJthle,/ombre,
(7J volage,
Desplus r"res'Bellllte'{jefiait mefaire
aimers
Il en estpeu quipour charmer
Osent dédaigner mon usage.
Que l'on me laisse à l'ombre,ou que
jefois IItt jour,
le fsrs à donner de l'amour,
Si-tostquej'ay reçeu quelque baiser
pourgage.
Si l'on ne me connoistaprès ce dernier
trait,
le ne parois pas moins que le liez au
visage,
Ou qu'uneMouche dans dulait.
v 11. Olebelle Mouche, -,olez..,
jil rcure vousfournit des aisles;
Dans chaquePaislesplusbelles
Sçaventbien ce quevous *valez.
Vous relevezl'éclatpar vostre couleur
noire,
Tes beautez de laRose, CJ" de celle
de' Lys.
Lesvisages par yotts depembellis,
Font nargue aux Beautez de l'Histoire.
Maissouventvous aidez bienfaire
"II mal,
Etsans blesser les lieux où vousestes
dee,
Non moinsqu'un Basilic, d'un certain
airfataly
Aidant à dérober laplus chèrefrandise,
Vouspiquezle coeurparlesyeux
Dei premier Curieux.
L'ABBE DE LA HERVIAYS.
ni.
JEsuis fâché contre moymesme
De mon emportement extrême
le Prensfeusifacilement,
o£ue la moindrechose me touche;
Je voy mesme qu'à ce moment
Mon espritaprendre la Mouche.
Vous voussouviendrez, s'il vous
plaist, que l'Enigme de la Mouche
a estéfaite par Madamede Rambey.
IV. LOrsque cette Veuvecharmante,
Autant en effrritqu'en beauté,
Fit une Enigmesegalante
Aufondde la Franche-Comté,
La matière aussitost J'enerit auprès
d'elles
sonMiroirdérobant un moment d'entretien?
lecorfesse, dit-il, que "vous estes tresb"_
ie.
l/ne Mouche pourtant Vous siéroit
assèz bien.
LE MAUVILEII, deChauven.
c V. Ette Enigme est aussiparfaite
Que le bel Esprit qui t'afaite;
Et1ua•: o1)fonte à ce Trônedefleurs,
Je pensequ'il ¡¡'lfpJiïlt de bouche
.2..!!; ¡je¡:: crût au comb'edes de ceurs,
D'avoir laplace d (c Mouche.
LE COQDE BOISRIVEY.
Q VI. Voy tout de bon, est-cechosecertaire,
QuecetteEnigmeVientdelaFranche
Comté?
AVous dire leVray, sen ay bienfort
Apres tout, efloitce la peine douté.
De nous envoyer desiloin
rne Mouche avec tant desoin.
- MAILLET LE VERD;
Echevin de Troyes.
VII. vOstre Enigme meplaist, j'enfàk
beaucoup d'état;
Mais au trahirs d'un Marque où l'on
Voit tantd'adresse,
Une Mouche a le mesme éclat
Quesur le teintde ma MAÙrejJè.
COUSINET, FilsdeM.Cousinet
Maistre des Comptes à Paris.
D VIII. Ans cette Enigme on a décrit
De lamoucheunnouvel usages
Elle,qui ne donnoit de l'éclat qu'au
visage,
Fait briller dans ces Yeri la beautede
l'esprit.
p IX. Hillis, cette Enigmevous touche,
Elle oggrandcommerce avecvous,
Et quadvous laplace^Jigrèsdeyojfrc
bouche,
Qt^oyque ce ate'.-eiie OJ Cjtte neJ ad 1ft tllle l\LOCCllC,
D'un bonheursicharmantVous me rendez
jaloux.
NEPTUNE,
s X,
Vivant le COtt'-J de la Nature.
L'Hyverchasse la Mouche,ou luy
donne la mort:
JSIaû unplusfavorablesort
Regarde celle du Mercure;
Car l' hyveret l' E't¿, dans toutes les
Saisons,
On la yoii, habiterles plus riches MaijÕns,
Et reposersouvent sur le teint de nos
Dames,
Qui s'enfontmesmeunornement,
Pour conquérirdes Coeurs, oupour nOIl;'
rir lesflâmes
Oud'unEpoux. ou d'un Arunf.
GERMAIN,de Caën;
SUR L'ENIGME DE
la Calote.
Q I. Vi pourrois-tu bien estre, Sritgms
dontle corps
Par le moyen d'Iln" main assassine
t'jlAnt mis au nombre des morts,
Renferme apres souvent une haute
Doctrine;
Toy qui na\oisjaduquunfentirnejit
brutal,
Etqu'on voitsouvent en ce monde
Habiter la moitié d'une Machine
ronde,
Depuis qu'on t'II donnélecou
Comment débroüiller ce m.Y.stre."
\Mafoy c'efl ma Calote ; enfinjel'ay
trouve',
Apresavoir longtempsresté,
Apres avoir gratê ma teste par derriere.
DE MANSEC, S, de Pontdouble,
II.
LACalote siedbienà tous Prédicateurs,
Aux Avocats,aux Moines, aux Do*
cteurs;
j\ï4is une chosefortsote,
C'estun Amant à Calote.
DELUTEL. III.
AChaqueEnigmedetouttemps
On a veu donnerplusieurssens.
Chacun dusi~faitsa Marote,
Onseplaist toûjours d'enparler.
Pourmoy, je ne lepuis celer,
lesuiscoëffede la Calote.
L'INCONNU, D'Evreux.
Sur les deux Enigmes. ,,; EniOMes.
I. JEnesçay quelDémonmanimey
De youà ir expliquer ces Vers;
Monpauvre est rit est èzlenversy
Aforce de chercher larime.
Ttf"ho1/spourtant d'yparvenir,
,4 la fin je Id-)-o "r?f!Ír.
La Mouche d'Irisestfort noire,
La'JRc.'z?sa /c,!J/,f.r-.pn/z,n.
J^'ettons!apitons en l\-critoire,
La Cal orc :p pour le Grison.
L'ABBÉ DE
SACY,de Roüen.
Iî. S * Vr le teintfleury d'une Dame,
Sur la t'f*sd'anyieujc Docteur,
De ces Unièmeson^oitTame^
C'estàdire kjfJS, ou le mot de l'Au-
!¡'p -r- LaMouche "¡?;}1?" de la bõne F'.âfè:!fè
La Calote est (l't,',F'IJ:'d" ¡7:'¥: 'f/P.
MIC ONET,AvocatàChâlons
sur Saône.
sI III. l'uneestla Mouchegalante,
Amant en emporte le "vent.
L'autreestune Enigme importante,
C'estla Calote d'un Sçavant.
Mad. FREDINIE,dePontoise.
p IV. Hilis, vous m'ordonnez en vain
que ces deux Enigmes j'explique.
Ffelai quelle Mouche"touspÙlue!
'Pefiv"e{
- moy plutost de faire le
Devin,
Jrous me maudiriezdésdemain.
Sij'avoisl'esprit prophétique,
lesçaurois tout, Philis, c'est troppour
un Amant
qui vous chantesouvent uneplaintive
note.
le laisse cette gloire à ceux dont la
Calote
Renferme unplusseûrjugement.
DELORNE.
V. LA belle çr charmante J"fambay
Kous dõne pourson coup d'essay
Dans cettesaison une Mouche;
Te?nJdnty/y'un charitable Autheur
Taitprcf(ntdans ce tempsfarouche
*2^*t:71 Calore de Docteur.
La meilleureAmieduZéphir.
v VI. Ostre JMcrcure court (7 par terre
<y-• par eau;
211put* qu'ilaejtpas népourgarder
vostre Chambre,
J'eus ')e\.eur.tifim dans le Mois de
Novembre,
Où lefroidestfâcheux, parce qu'ilest
nouveau,
De luy bien couvrir le cerveau.
Quoy qu'il nesoitqu'en lafleur dj son
S -
La Calote qu'ilporte estdefort bon
usage;
Maisje n'auro#pas crû qu'un Courrier
comme luy,
QsLe chacun en tous Lieux écoutesans
ennuy,
Portastcomme une Fille une Mouche
auvisage.
DuCHAMPET,de Clermont
en Auvergne.
SUR L'ENIGME DU SONGE,
figuré par Euridice & Orphée.
c I. E Spectre quepresente un objet
sichery
Auxyeux "roil'{ de ce Mary,
Euridice àsoncherOrphée,
N'est autre chose que .f.\-rorphÚ,
Quilevientdivertirdansunprofond
sommeil
"Parunagreablemensonge;
Mais iljoüit bien peu du plaisir de ce
Songe,
Puis qu'ilperddenouveausa Femme
àsonréveil.
DESFOSSES, Avocat
en Parlement.
II.
T.Jes horreurs de la nuit nous marquent
les enfers
Qu; crûtcharnerle malbeureuxOrphe'e
Quãdprenãtpour PlutonMorphée,
IlMpeanisscaerreitijreefrtsootntqAum'uannptuerdmeesnffeornsg.e^
Luy-mesme ille remarqua ¡'ÙlJ,
Lors qu'en ouvrant les yeux iln'apperçeutplus
rien
Que lestristes effets d'un Songe.
LE COQDE BOISRIVEY.
L II. Enigme enfigurefait peur,
Et ria rien qui soit agréable.
Euridice doit estreun Phãtômeeffroya
Quipasse comme une vapeur. (ble,
T III. Anetàt que je rumine, (.:) que mes
doigtsje ronge, Il mevient certaine clarté
Q,ui de cefabuleux mensonge V¿.,elopeÚ"n-ites.

ceunSonge.
CARRE' D'ANSEY.
lereçoispresentementune Leàtre,
toute belle 6' toute sçouvante
du Medalliste de Saumur; mais
jela reçoissitard, que jesuis obligé
de vous la garder pour une autre
occasion
,
fjit du Mercure
,
soit de
l'Extraordinaire. Cependantje
vay me servir du conseil que vous
me donnez, de proposerdiférentes
Questions
,
sur lesquelles chacun
pourra s'exercer selon son génie.
Vousavez raison de dire que
quandplusieursPersonnes travaillent
sur une mesme matiere
,
il est
difficile que leurs Ouvrages ne se.
raportent l'un à l'autreen beaucoup
d'endroits, lesçayque ladiversitéplaisitpartout,&
particulierementenFrance.
Ainsij'entre
dansvos sentimens,&afin quema
premiere Lettre Extraordinaire
soit plus variée, vous demanderez,
s'il vous plaîst, à vos Amis, quel
party ils prennentsur les Questions
quisuivent.
QU ESTIONS
PROPOSEES.
T. S'il y a plus de gloire à
triompher de soy-mesme, qu'à
vaincre ses Ennemis.
II. Siquand une Maistresse
déçeuë par lesapparences, fait
à son Amant de violens reproches
d'une prétenduëinfidelité,
& le condamne avec l'emportement
ordinaire dans ces sortesd'occasions
sans vouloir soufrir
qu'il pale: Si, dis.je, cet
Amantaccuséinjustement doit
ceder pour lors par un silence
respectueux, & diférer sa juftification
ou bien aux dépens
d'un peu de desobeïssance, s'empresser
avec toute l'ardeur possible
de tirer sa Maistresse de
l'erreur où il la voit.
III. Si la condition des Femmesest
plus commode& plus
avantageuse que celle des
Hommes,
IV. Si l'on peut haïr ce que
l'on a une fois bien aimé.
V. S'il est plus glorieux de
vaincre un coeur qui fait gloire
d'estre indiférent, ou d'en vaincreun
qui est prévenu d'amour
pour un autre objet.
VI. Si apres avoir esté trahy
d'une Maistresse qu'on a aimée
parfaitement,on en peut aimer
une autre avec uneaussi ardente
passion.
Vous demanderez aussi à ces
mesmesAmis,d'oùilscroyentque
soitvenue l'origine dela Peinture,
& celle des Coliers de Perles que
les Dames portent pour ornement.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le