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Nom du fichier
1678, 07, t. 3 (Extraordinaire)
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80.50 Mo
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437
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Texte
EXTRAORDINAIRE
MERDCUVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUH.LET lijîj
TOMS rri.
A PARIS,-.
ILLATJMEDE.LUYNE,auPalais,
dans la Salle des Merciers,à la Justice.
CHARLES DR SERCY,dans la Grandi
Salle,à laBonne-Foycouronnée.
ESTIENNE LOYSON, dans la-Gallerie des
Prisonniers, au Nom de Jesus, j
JEAN GUIGNARD, danslaGrandeSaUf
- àl'image S. Jean j
1 THfiODORH GIRARD, dans la Grandi
Salle, à l'Envie. a
JGHA"RIES OSMONT,dans la GraftiCI
"", Salle, à l'Escu de France. j
Dans
la Salle,Royale, à l'Image S.Loffi».J
M. D. LXXVIII. i
, jtTEC PRIVILEGE DV ROT,
PREFACE.
OU T ce qui porte
le titre de Lettres
dans cet Extraordinaire,
ne doitpointestre regardé
comme Lettres. La
plûpartrenferment des Réponses
à laQueftion galante,
ou d'ingénieuses Fictionssur
les Mouches; & comme chacun
a trouvé des manieres
diférentesdes'expliquer,
& a mesme pensé diféremment
, il n'y a aucun de ces
Ouvrages qui ne puisse ejlre
leu avec plaisir. On peut envoyer
des Desseins de Fables
4 limitation de celle de l'origine
des Mouches. Les
Questions & les Histoires
Enigmatiques ne font point
cefiéess maispourdiversifier
davantage les Extraordinaires,
on ne veut pas proposer
les mesmesSujetsdesuite,
& c'est ce qui a fait demandersur
lafin de celuy-cy des
Festes & des Galanteriessur
la Paix. Cette matiere est du
temps.
On s'estservy de l'idée de
la Lettre en Chifrcs3 avec
des Monnayes qu' ona reçeuëJ
de Roüen. Une Piece
mal marquée qu'on n'a, pas
comprise, a empesché de la
mettre telle qu'elle estoit.
On se serviroit du dessein
de l'Autheur de la Table
Archangélique, s'il s'estoit
donné la peine d'en envoyer
l'explication; mais on ne
propose point au Public ce
qu'on n'entendpas. Il en est
de mifml des Notes de Musique,
ou des Lettres en chifres.
On prie toujours de n'envoyerque
des Pieces courtes,
afin que plus de Gens puissentavoirplace
dans l'Extraordinaire.
C'est avec chagrin
qu'onse voit réduit à
riy mettre que les Ouvrages
de ceux qui ont esté plus
prompts que les autres à les
envoyer.
+4vU pour toûjours.
ON prie ceux qui envoyeront des
Memoires où il y aura des
Noms propres,d'écrire ces Noms en
caracteres tres-bien formez & qui
imitent l'Impression
,
s'il se peur,
afin qu'on ne foit plus sujet à s'y
tromper.
On prie aussi qu'on mette sur des
papiers diférens toutes les Pieces
qu'onenvoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye,
& l'on fait plaisir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure,les doiventchercher
dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne font dans l'un ny dans l'autre,
ils ne se doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura son
tour, & les premiers envoyez feront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne foit
AVIS.
tellement du temps, qu'on ne puisse
differer.
On ne fait réponse à personne,.
faute de temps.
On ne met point les Pieces trop
difficilesà lire.
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers, & on proposera
leurs Q2eftiolls.-
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Festes ou de Galanteries
qui se feront. passées chez
eux, on les mettra dans les Extraordinaires.
On avertit que le Sieur Blageart
a presentement une Boutique dans la
Court Neuve du Palais, vis-à-vis la
Place Dauphine, AU DAUPHIN,
où l'on ne manquera jamais de trouver
toute forte de Volumes en telle
Reliure qu'on les voudra.
Il donnera tous les Volumes de
l'année 1678. &les Extraordinaires à.
Trente sols reliez en veau, & à vingtcinq
reliez en parchemin.
AVIS.
Les dix Volumes de l'année 1677,
se donneronttoujours à Vingt fols en
veau, &à Quinze en parchemin.
On donnera un Volume nouveau
du Mercure Galant, le premier jour
de chaque Mois sans aucun retardement.
L'Extraordinaire du Quartierd'Octobre
se distribuëra le 1 5. Janvier
.1679.
On prie qu'on affran- chisse les
Ports de Lettres, & qu'on les adresse
toujours chez ledit Sieur Blageart,
Imprimeur-Libraire,Ruë S.Jacques,
à l'entrée de la Rué du Plastre.
Extrait du Triyilege du 7(oy, pAr Grace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Layele 31.Décembre 1677..
Signé,Parle Royen son Conseil, JUN(f!.URES..¡
Il est permisà J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé^*
de faire imprimer par Mois un Livre intitulés
MERCURE GALANT, presenté à Monfei<-i
gneur LE DAUPHIN, & tour ce quicOllCtr
ledit Mercure, pendant le temps & espace des
sixannées, à compterdu jour que chacun defij*t
Volumes sera achevé d'imprimer pour la premiere
fois: Comme aussi defenses sontfaite
à tous Libraires, Imprimeurs, Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livresans
le consentement de l'Exposant, ny d'en
extraire aucune Piece, ny Planches servant à
l'ornement dudit Livre, mesme d'en vendre Cc-z
parément, & de donnerà lire ledit Livre, le
tout à peine de six mille livres d'amende, iBZ
confiscation des Exemplaires contrefaits, aiafil
que plus au long il estporté audit Privilege
Registré sur le Livre de la Communauté le r-'1
Janvier 1678. Signé, E.COUTEROT, Syndic. *
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé
a (l'dé & transporté son droit de Privilege à
C. Blageart, Imprimeur-Libraire , pour crur joüirsuivantl'accord faitentr'eux.
sithevê£imlperiimfer,p.oQur lialptbremrtieirfefjo9is,j
AviiÇourplacer lesFigures.
LA Tour de Porcelaine, doit regarder
la page 136.
La Lettre en Chiffres doit regar.
der la page 286.
L'Air qui commence par, Ltiffllls-
t les Flamans t~' le P'rinced'Orange,
doit regarder la page 2,51.
L'Air qui commence par, Ife'ros
dont les grands noms ém¡'eUijfint
Clfifioirc, doit regarder la page 301,
Le Feu d'artifice doit regarder la
page 393

EXTRAORDINAIRE
DU MERCVRE
GALANT.
QUARTIER DE JUILLET it7t.
TOME III
E vu* 'if deja dit,
Mdme. MesLettrès
Extraordinaires
fontun Suplémentdes
Ordinaires,&vous les irouverez,
composées en partie de ce que je ne
puis faire entrer dans celles que
vousrecevezde moy tous les Mois,
Ainsivous les devez,regardercemme
un Recueil de ce qui mefi envoyè
de tout cofte N'y cherchez^
soins d'ordre pour lesmatières, la
diversitè en est trop grande foury
en fouvoir garderaucun. Les Vers
feront indiferemment mejle{ à lit Prose, le nom de l JAutheur
que vous verrez^aubasde chaque
ONvrdge, quandcet Autheur voudra
bien eflTe connu,fera bien fauvent
tout ce que je vous en diray.
Je commence par les Stntimens de
M. Lauffel Avocat à Montsellier,
sur quelquesendroits de
ma Lettredumoisde luin.
L'HEUREUX INFORTUNE'.
I
E Viens de lire le Mercure;
Mais quelplaisir ne M'a. t-ilplU donét
Tioûfox en un matin sen ayfait la
lellur,
Etjaypleurétroùfoisl'Heureux Infortuné.
£uand je Voyoudans cette Histoire
QuilquitoitFAmourpour laGloire,
Que n'ee-il malheureux ai/Dû-je, en fis combdts?
ts4.m&Hrjstdune mainfavorable
cruelle,
MArs qui fiait t*obéir luy caffe ellcM' le bras, IlrcViedraguérirauprès de cetteBelles Et la Telle ne mourrapas.
MAûj,eloU! mes defin ont tous esté
de reste,
L'honneurla toujours retenu, Et cet Amantriéftrevenu,
jlpres s'estre défait d'un employ si
fJiijle,
Q^'pour souffrir àfin retour
Ûï»ontdeplus cruel Alars, la Mort,
C~ l'Amour.
LA JONQUILLE.
Quant À fe'loquenteIonquitte^
EU-charme korïillz, elle rayit le cirur,
Flore n'a jamais eu deplus aimable
Fille,
Tout cede J cette beUe Fleur.
du/ns d'elle les rllhreufts
Neferoientpas lesplusbeureu/esy
Si les Zéphirsayoient les mefinesyeux
que moy.
Ils feroientpene'tre^d'une douceurJi
grande^
Et pour unsèul Zep'hir quesa beauté
demande
FSe les yerroit timsifiâmeltre àsi
Loy.
LES FAUX CHEVEUX.
Lors que la 7(ouJpdevient73Ionde
jiuxyeux du rieillardamoureux,
Quelle luy prend le coeur dyccdefaaoe
cbeyeux,
S'ilen rejJèllt une douleurfrofoi-de,
ilefien droit dese mettreen cour*
rfiux.
le ntmétonnepointquilgronde,
Mdù je métonnsroù quecda "inftd.
ycuSy
Mercureingénieuxt sans chArmertout
le monde.
LE MARY PATISSIER.
Qu'il ejlpiaffantdeyoir l'Amoureux
Officier
Mdry Surpris du AfaryT*tijftery
Apporter le Radeauy lAlkrplacer à
table!
Jamais Gensprépare^t*>eurentmoins
d'appétit,
lamais Collation nefut moins agreab!e9
St jamaisCuisinier ne feraphts maudit,
litsipourtant yray qu'onpeutdire,
29ien quetoutfitsidemeifhantgoufit e!'IÙ(/ilnofuItfait tant rire,
Jamaispompeux Trépasn'eut unmeilleur
ragoust.
LETTRE DE M. LE DUC
de S. Aignan.
Cette Lettre éloquente& belle
NOlu dit quel est le VIICgene'rettxçy
fidelle
A qui le E(O) répond,(?'" qu'ilefiime
t.tot;
Mais quand elle etsi CAcbl le Nom de
SAINT AIGNAN,
On l'auroitfçcufins effe; èqu'issaitpour Loiiis LE GRAND
Est connuparfbnNom bien moins que
parfèn zele.
L'AMOUR BLESSE'.
Mais sansysonger, faypasse
Ce "Idillegdlant quipeint L'Amour
blefie.
Qu'ilait déjàfarte, ce riejifat une
Aff,tire;
Il estspirituel heau,
Etl'Ouvrageejtto/ijoursnouveau
Lors qu'ilalesecret deflaire.
Ce que j'ay proposésurl*origine
des Mouches, a donné lieu à piu.
jiearl Personnesd'espritd'imagi-
Mer de fort agréable< choses.
roicy ce que M. Gardien SecretaireduRoyen
écrit à uneDame
d'un fort grand merite.
A MADAME
LA MARQUISE DE FL. vOus me demandez, Madame,
uneFable surl'origine
des Mouches dont le*. Dames
se parent, suivant ce qu'a
proposé l'Autheur du Mercure
Galant dans son dernier Extraordinaire.
Je vous obeïs sans
raisonner, & voicy ce que mon
foible génie m'a dicté sur ce
sujer.
1- Venus, cette Reyne des Bellesy
Vénus, la Reyne des AmolJrJ.
Ce font deux petits Vers qui
m'échapent. J'ay presque autant
de peine à retenir les Vers
quand je neles appelle pas, qu'à
les faire venir quand j'en ay befoin.
Quoy qu'il en soit, c'eil:
tout ce que vous en aurez icy.
Vénus donc estant un jour venuë
sur la terre pour quelque
affaire d'amour, comme vous
pouvezbien penser, l'esprit content,
mais un peu iafle & fatiguée,
s'endormit insensiblement
sur un Lit de gazon à l'ombre
des Myrtes, des Palmes,&des
Oliviers. Son sommeil fut tresprofond,
& les Graces qui la
suivent toujours de pres, la
voyant en cet état, ne s'en écarterent
qu'autant qu'il le faloit
pour ne pas troubler son repos.
Cependant afin de ne pas demeurer
oisives, elles employerent
le temps à discourir de
quelques Questions qu'il n'appartient
qu'à elles de bien décider.
Tandis qu'elles disputoient
entr'elles ( car il est rare
que trois Filles soient d'un mesme
sentiment) voicy, Madame,
ce qui arriva. Ce lieu qui pour
sa fraîcheur & pour son ombre,
sembloit un azile assuré contre
l'importunité des Mouches, qui
naturellement se plaisent à la
chaleur & à lalumiere,setrouva
neantmoins accessible par un
endroit, à quelques rayons du
Soleil, à la faveur desquels une
petite troupe de Mouches de
diferentesespeces eut le moyen
de voler sur le visage de noflre
Belle endormie. Elles ne s'y
placerentque dans ledessein de
l'insulter, soitqu'ellescherchassent
à faire plaisir au Soleil qui
leur avoit servy de guide, &: qui
est une Divinité peu amie de
VCOLIS, foit que la chasteré
vraye ou controuvée qu'il phjH:
aux Poëtes & aux Naturalistes
de leur attribuer, les rende ennemies
de cette D¿e{fc", qui
comme vous sçavez s'abandonne
un peu licentieufement
aux plaisirs. Ces impertinentes
Mouches qui depuis ce guet àpend
font devenuës le symbole
de l'impudence, ne demeurerent
pas longtemps sur ce beau
visage sans y laisser des marques
de leur animosité. Chacune se
servit pour cela des armes qu'
elle avoit reçeuës de la Nature.
Les moinsmalfaisantes luy causerent
des rougeurs & des elevûres
par les picotemens de
leurs petites trom pes. Le Cousin
insolent & traistre Moucheron
s'il en fut jamais, qui par une
maniere de chant lfate nos
oreil l es, au moment qu'il tient
le poignard prest pour nous
bit-lier, fut sur le point de porter
dans cette chair délicate ce
subtil venin dont l'ardeur fait
de chaque piqueure une petite
montagne de feu. Mais une
chose dont la feule pensée fait
trembler, c'est que déja une
Abeillefurieuseavoit choisy un
oeil deVénus pour y exercer sa
cruauté au travers de sa pau.
piere fermée, & cette enragée
alloit y enfoncer son aiguillon,
aux despens de sa propre vie
qu'elle s'estimoit heureuse de
sacrifier à la gloire d'un attentat
de cette importance, quand les
Graces s'appercevant de ce
péril qui les mit presque hors
d'ellesmesmes,s'avancerent en
toute diligence vers leur Souveraine.
La premiere chose
qu'ellesfirent, fut d'exterminer
sans pitie tous ces insolens Insectes
: mais comme cette foible
vengeance sur ces miserables
Victimes, ne reparoit pas le
dommage fait à la beauté de
Vénus, ces belles Filles touchées
de douleur pour son interest,
& pour le leur propre,
dans la crainte qu'estant éveillée
elle ne leur reprochait leur
peu de foin, s'aviserentd'un expédient.
Il y avoit là un Meurier
sur lequel se trouverent tout
à propos des Vers à foye, dont
quelques-unsavoient déjà fait
leurs coques. Elles en tirerent
des filets, dont en moins de rien
elles firent un ouvrage aflTez
mince, qui fut enduit d'un costé
d'un peu de gomme que fournit
un autre Arbrevoisin. 0_'py
qu'iln'ydit rien de si propreque
les Graces, neantmoins l'empressement
où elles estoient leur
fit oublier en filant cette foye,
qu'ellesavoient lesdoigts encor
teints du fang & de l'humeur
noire des Mouches exterminées.
C'est ce qui en donna la
cou leur a cette foible Etoffe
qui fut decoupée en autant de
petites pieces que les Mouches
avoient causé d'élevûres & de
rougeurs. Les Graces les appliquerent
sur ces rougeurs, &
elles ne douterent point que
tout ne fust guery, & qu'elles ne
pûssent lever ce leger appareil
avant le resveil de la Déesse;
mais elles furent trompées en
leur attente, & foit que Vénus
fust effectivement au bout de
son sommeil, foit qu'elles n'euffent
pû appliquer ces petits
morceaux découpez sans qu'-
elle en eust senty quelque chose,
elle s'éveilla un moment apres.
Jugezdesasurprise,quandayant
demandé le Miroir pour rajuster
sacoiffure,ellevit son beau
visage,ce Ciel ordinairement si
ferain, chargé pour lors de petitsAstres
tenebreux. Les Graces
luy conterent l'Avanture.
Ellereçeut la nouvelle du mal
qui luy avoit esté fait avec sa
douceur ordinaire, & loüa le
zele qui les avoit portées à y
chercher du remede. Elle admira
le bizarre effet qu'il faifoic
sur son visage, & trouva tant
d'agrément dans toutes ces petites
pieces découpées, que les
ayantappelléesses Mouches par
raport à leur origine, ellerésolut
de s'en faire honneur en de
bonnes occasions.L'Invention
futbientost perfectionnée. L'Amour
en trouva sa Mere plus
belle, &elle en plût davantage
dans les Assemblées celestes.
Les Déesses & les Dieux, à la
reserve de Mome qui enrit
quelquetemps, y donnerent
leur approbation. Le Soleil
mesme se vit oblige de faire
comme les autres, & diffitiiula
le déplaisir secret qu'il sentit
d'avoir esté cause que la beauté
deVénus fustaugmentée. Mars
le bon amy de cette Déesse, luy
fit voir sa complaisance ordinaire,
en consacrant ce qu'elle
nomma ses Mouches, par le
digneemploy de couvrir&de
marquer en mesme temps les
plus honorables cicatrices de
les Guerriers. Il (hailie pour
cela ce qu'elle en avoir de plus
grandes, &en fitfaire encor de
plus étenduës. Vénus de son
costé en accommoda les Déesses
qui voulurent se servir de cet
agrément,& permitaux Graces
d'eninspirer l'usageauxBeautez
mortelles. Elletrouva bonaussi
que ces mesmes Graces à qui
l'invention en estoit deuë, fussent
consultées pour les bien
placer. Depuis cetemps-là les
Dames s'en fervent avec l'avantage
que nous voyons; quelquefois
par necessité, & en d'autres
temps par caprice. Eneffet
il est des rencontres où ilseroit
assez difficile de pouvoir dire
quelle Mouche les a piquées;
& si l'on en veut croire bien des
Amans,elles prennent souvent
la Mouche pour peu de chose.
Je m'étendrois volontiers,Madame
, sur la diversité de ces
Mouches, & sur les raisons de
leurs nomsdiférens; mais ane!..
que divertissant que pût estre
ce détail, je craindrois enfin
qu'il nedevinstennuyeux. C'est
pourquoy je me contenteray de
vous dire sur ce sujet, que cette
Mouche teméraire & barbare
qui en vouloit aux yeux de Vénus
, en a retenu avec justice le
nomd'assassin. Au reste si vous
voulez un sens moral, il n'est pas
fortdifficileà trouver. Quiconque
outrage la Beauté, est une
Beste des plusmalignes & des
plusviles;il ne peutéchaperà
son suplice;&la Beauté offenfée,
sçait toûjours tourner àson
avantage toutes lesinjures qu'on
luy fait. Je ne sçay, Madame,
si j'ay bien rencontré, &. si cette
Fable aura le bonheur de vous
plaire; mais si une vérité trescon
stante & tres-respectueuse
venant demoy, pouvoit ne vous
déplaire pas, je serois a fluré"
d'estre heureux, puis que personne
n'estavec plus de verité
&derespect que je lesuis,vostre
tres,&c.
Tandis quenoussommes sur les
Fables, ilfautvousapprendreune
Métamorphose dont beaucoup de
Gens devroient profiter. Vous la
trouverez. dans cette L ettre.
A MADEMOISELLE
D. S. C. MOnsieur D. L. G. vous
donnera les Palettes&
les Volans quejevousavoispromis.
J'eusse bien voulu vous les
porter moy mesme, mais parun
malheur le plus grand du monde
, les Portes de Paris sont fermées
pour moy & je n'espere
pas d'en sortir detout cePrin.
temps. Je ne veux point icy
vous entretenir de mesplaintes;
c'estun fort mauvais régal pour
des personnes qui sontà la Campagne
& qui ne doivent songer
qu'a se réjoüir. le vous avertiray
feulement en qualité de-
Poëte, que si quelques-uns de
vos Amis font par hazard de la
partie quand vous joüerez au
Volant, vous estes obligée de
leur dire que ce Volant fut autrefoîsle
Coeurd'unAmant,que
l'Amour metamorphosa de la
, forte pour punir salegereté.
Oüy, l'on ditque cejeu quiflaijljifort
aux Hellesy
Et qui regne à la Ville aufji»bienqua
la Cour,
N'estqu'uneffetdu couroux del'Amour
Contre un Coeur embrasé deflames ifffidelles.
CeVagabondsansrespecterles Lotx
Vo,atl'Empireamoureux reconnoistla
putjptncey
-Sur
Couroit incejjamroent les Villes çyles-
"BoisK
Là jUi'Yllntfinlibytinltg,
Ilvoloit chaquejour
De Th'lis enPHIIW, et d'Amour en
Amour,
SAnsjamais embrasser un sincere Esdll
»dge.
C'estoitl'Amant commun de toutes les
TSeaute^
Etsansestreàpas-une,
Ilsedonnoit tour-à-tour à chacune,,
Etrépandoit airrjiJes fîux detous
cojïez.
Mais l' Amour flltfim;fis'lJrd}'ltUr
27efo'iffr?point de Volontaire,
Iflllltdepunirenfin ce teméraire,
Et de chercher pour luy des suplices.
nouveaux.
A Cinfiant. ce Çaeuryolagey
3*Wr l'ordre de ce Dieu,fut en Isolant
change';
Et chacun desAmours dans sonposte
é,
• rangé,
Aussitostàcejeufitson aj)prentijpiger
Cette Histoire obligera ces
Messieurs de penser à leur conscience,&
leur a prendra ce que
c*ctf que l'infidélité en matiere
d'amour. Je vous prie en
mesme temps, Mademoiselle,,
de faire un peu de reflexion sur
lemeritede la confiance & sur
les. récompenses qui luy sont
cteues en considérant comme
l'on -punir son contraire. C'est
làle vray moyendejoindre l'u- tile à l'agreable. le fuis vostre:
tres, &-ce - ALCIDON.
Ilfaut commencer à vousfaire
partdu commerce que jecontinuë
d'avoir avec le Public. Vous
trouverez fort peu de Lettres de
suite. l'auray soin de diversifier
par tout les matieres. C'est le
moyen de vous rendre cet Extraordinaire
plusagreable.
LETTRE I.
uiLyon. BIen en prend à vostre Mercure,
qu'il n' y a plus de
Dieux parmynous, il n'y auroit
pas grande feureré pour luy. Je
penseque le feu seroit le moindredesessuplices.
Quoy qu'il
ne le mérité pas, le crédit qu'il
s'est
s'est acquis & qu'il continue de
s'acquerir tous les jours,ne manqueroit
pas d'allumerleurjaloufie,
& sous quelquepeau qu'i l
se mist,il auroit lieu de trembler.
Mais graces au Cie! nous sommes
delivrez de toutes ces inquiétudes
pour luy. La Fable
n'est plus qu'un jeu pour nous,
& de tous ces noms fameux &
fabuleux, il n'en reste qu'un qui
conferveextrémementsa tation.C'està repu- vous,Monsieur,
à qui il en doit toute la gloire,
le foin que vous prenez de le
rendre celebre a tout le succés
possible. On n'entend par tout
quecenom, &ilestplus connu dãsceSiecle qu'il ne l'estoitdans
l'Antiquité. Aussin'est-il pas ingrat des biens qu'il reçoit de
vous, puis qu'il fait rejallir sur
vostre Extraordinaire cetéclat
que vous luy donnez,en luy
procurant des Lettres si spirituelles
& si galantesqui enfont
le plus bel ornement. Ce n'est
pas que tout le reste n'en foit
merveilleux. Les Questionsque
vous y proposez sont admirées
d'un chacun. Laderniere me
paroist fort problématique;
maiscommej'ay esté touché du
triste fort du Prince de Cleves,
je pancheplus à taire une confidence
de cette nature, qu'à la
faire. Bien que la probité d'une
Femme la mette à couvert de
tout soupçon, elle ne doit jamais
se hazarder à donner des
allarmesàunMary. La jalousie
est un Monstre tellement à
redouter, qu'on doitfuirtoutes
les voyes qui y conduisent.En
peut-on voir une plusinfaillible
qu'un aveu de cette force? Les
feux d'un Amant, quelques refpectueux
& quelques mal reconnus
qu'ils soient,font toû-L
jours trembler un Mary. Ona beaule rassurer, il craintque
la vertu d'une Femme pour se- verequ'ellesemontre,
ne fuccombe
à la tendressed'un
Amant. Eneffetilestbienmalaisédene
pas se rendre quelque
~joue ses poursuites,quand il a trouve le secrer de plaire. La
retraite peut bien donner quelquereposàunjaloux,
maisnon
pas le guérir.Ainsi leplusseur
estde travailler à étouffer passion dont une on prévoit defâcheufes
suites. Il faut éviter la
rencontre d'un Ennemy qui
nous paroist dangereux,&puis
quec'est une Femme de vertu,
elle peut bien sacrifier un peu de
son repos à celuy de son Mary,
jusqu'à ce que le temps qui est
un grand Medecin, rende la santé
àces coeurs languissans. Voila,
Monsieur, le sentimentde
vostretres, &c.
LE CELESTE ALLOBROGE.
LETTRE II.
~I L faut, Monsieur,vous faire
connoistrel'esprit d'une trescharmante
Solitaire, qui en se
faisant un plaisirde voir que
fore peu de monde,ne iaiilc
pas d'avoir toûjours quelque
agreable commerce avec des
Amis choisis. Elle en entretient
un depuis quelque temps avec
une Personne qui n'a pas moins
d'estime pour sa vertu que d'admiration
pour sa beauté,& qui
tient quelque rang dans vostre
Mercure. Ellel'appelleson Petrarque,
& ellea pris le nom de
Laure. Vouspouvezjuger par
ces noms de quel caractere leur
galanterie peut estre. Quoy
qu'elle soit fort éloignée des
folies ordinaires de l'Amour,
celuy qu'ils ont l'un pour l'autre
n'est pas si austere qu'illes
empesche de se divertir, & de
badiner quelquefois.
Son Petrarque portant le
mesme nom qu'elle , ils s'aviserontde
se faire un présent le
jour de leur Feste. Ils s'en aquiterent
avec adresse, & pour
mieux cacher le mistere,ils changerent
leurs noms & leur écriture.
Petrarque trouva dans sa
Toilletteens'habillantuneCravate
& des Manchettes d'un
Pointadmirable,accompagnées
de ces Vers. -
Graces, mon aimableTir/tsy
A l'invention du Sapate^
sose Vous presenter Mancbetes ~CF
Cravate,
Commeau meilleurde mes Amis.
Mais qttelquesoupçon 'lui'POUSjl¡;tfJ
Depeur que ceprsésentn'éclate,
Vous nesçaurezpointquijesuis.
N'tltllet ~docpointyous mettre en teste
&e-cepeut est e Aminte, Amarante,
ouCloris;
Ilestaujourd'bit) yofire Fefiey
JLfautayoir d'autresJouets.
Pdre'{-"'rousseulement du present yuoit
vous donne.
Si vous en faites C.«,
Du nom de la Personne
2Zcyous informezpas.
Pour tout remercîment,c'est ce que l'on
Jouhaite.
Onvousaime,ilsuffit,vous n'enpouvez
douter.
La chosedoit estresecrete,
rOlls ne de"'re'{p l'eventer,
Laure trouva aussi dans sa
Toillette une riche coëffure
avec ces Vers.
Comme iln'estpointde'Je!me en oisse,
On nesçauroitsur une Coiffe
FaireMadrigalny Sonnet,
Mais s'ilenfaut tlnu!cuZdine,
On lesferasur un Hcwer.
Cependant, aimableClimene,
Çeluy-cynen"vautpaslapeine.
Il me jtêjjit de quatre Vers
Pourempescber qu'àcetteFeste
Vous ne mettiezsur "lojtre teste
Vn méchantBonnet de travers.
Bonnet, quoy quesans ornement,
Coissi'{ donc anjourd'huy£limenet
Mais rossi,,-l,s hieuproprement,
Sansfoin,sanschagrinfanspeine,
Etsu'ellefoit comme une Reyne
,A..,et'(tJtmple ajufîement.
Car enfinje le dis tout net,
guandàÇltmenejevousdonne,
le voudrois aulieu d'un B"onnet
Luypresenter une Couronne.
Quelques précautions qu'ils
eussentprises,laFestenesepassa
dpéocinotuvsaenrsteq.ue la galanterie sust
Il est difficile de
cacher un grand engagemenr.
Laure aime avec chaleur, & ne
fait pas de mystere de sa tendresse.
Elle seplaignoit un jour
à Petrarque qu'il n'aimoit que
foiblement, & qu'il n'avoit
point ces empressemens qui paroissent
dans les moindres choses
qu'on fait pour la Personne
qu'on aime. Voicy ce qu'illuy
répondit.
En -.,,,i,,sur "flliet onfait de beau*
tliftours;
Laure,pour bien aimer, ilfautaimer
toujours.
On croit, di..n:J le moment qu'unfort
amour nouspresse,
Qu'on neverrajamais, lafin desa tentlrejJè;
JFfelasï qu'ilsdurentpeu ces grands
empressemens!
jiimeiplus doucement,pouraimsrpl(*s
longtemps.
Il m'est si doux de faire connoistre
le meritede cette charmante
Solitaire, que je ne finirois
pas si-tost, si je n'avoisimpatience
de vous assurer que je
fuis vostre rres, &c.
L. CH.
LETTRE III.
ji. Tottrnay.
, JE me presse, Monsieur,. de
peur que jene sois desderniers
à vous donner des marques de la
reconnoillance particulière que
j'ay de toutes les peines que
vous vous donnez pour le Public.
Vostre Mercure a passé
l'Escaut, & se lit avec tant de
plaisir par le beau Sexe de ce
Canton, qu'il est à croire qu'il
a de l'impatience de revoir le
calme que nostre Auguste Monarque
s'est proposé de remettre
dans nos Provinces. Si tant
de Personnes différentes se
font une joye d'y avoir place,
il n'est pas moins avantageux
à nos Guerriers d'yvoir immortaliser
leurs no015. Ceux
qui se font rencontrez dans les
Sieges de Puycerda&deLeuve,
en reçoivent aujourd'huy des
témoigna ges tres-grands par la
description que vous en avez
faite. Il faut avouer que s'il y
a de la gloire à combattre
fous les Etendarts d'un aussi
grand Monarque que le nostre,
il y a aussi du plaisir pour ceux
qui se signalent par leurs belles
Actions à rencontrer un Autheuraussi
exact&aussifidelle
quevous. Silestyled'unHommede
maprofession n'estoit pas
si Cavalier, je m'etendrois davantage
sur ce que je pense de
vostre Mercure, maisje dois me
contenter de vous envoyer l'Explication
de vos Enigmes, &
de vous assurer que je fuis
vostre, &c."!:.
LE BRAVE ARDENNOIS.
LETTRE IV.
A Compiegne. DEpuis que le Mercure Galantva
par route la Francjpjon
peut dire,Monsieur, qu'il
y a répandu une certaine semence
d'esprit si generale, & si
féconde,qu'il n'y a point de lieu,
si sauvage & si rude qu'il puisse
estre, qui n'en ressente l'esser.
Je commenceà m'apercevoir
parmoy-mesme de cettevérité;
car quoy que jene me foisjamais
attaché qu'aux choses de ma
profession
, & aux affaires de
mon Chapitre,je remarque depuis
quelques jours que vostre
Mercure m'a inspiré des lumières
& des sentimens que je ne
me croyois point capable d'avoir.
Je les dois à l'envie que
j'ay euëdetrouverlesens devos
Enigmes. J'en ayexpliqué plusieurs
sans me hazarder à vous
Je faire sçavoir: Mais si je fuis
assez heureux pour avoir encor
reüssy cette fois, cela me donnera
le courage d'entreprendre
davantage à l'avenir, & c'est à
vous, Monsieur, à qui j'en auray
l'obligation.Ayez donc la bonté
de voir si j'auray bien rencontré,&
me croyez vostre,&c.
CHARMOLUE, Doyende
S.Clement de Compiegne.
LETTRE V.
Des Rivesdelüine. TOut ce qu'un galant
Homme peut souhaiter,
vous l'avez obtenu, Monsieur;
C'est de plaire également aux
deux Sexes. Quoyque le mien
ne puisse voir sans jalousie que
vous soyez si bien aupres de
l'autre, il ne m'est possible de
vous cacher que nos Bergeres
n'ont plusd'oeillades pour nous.
Elles sont toutes pour le Mercure,
& cet adroit Messager
des Dieux ne s'est jamaismeramorphosé
plus heureusement
que fous la figure d'un Livre.
S'il prit autrefois celle d'un Berger
pourendormirArgusauson
de sa Fluste, il m'avouera que
fous l'habit qu'il porte, il a
trompé bien plus d'un Argus. Il
s'est attiré l'amitié de toutes nos
Bergeres au grand des-avanrage
de leurs Marys qu'elles quittent
à tous momens pour voir ce
nouueau Galant. Pour nous,
nous ne sommes jamais mieux
reçeus d'elles que quand elles
nous voyent aprocher avec un
Mercure à la main. Elles sautent
alors de joye
,
& je croy
qu'elles nous récompenferoient
volontiers d'un baiser, si leur
retenue n' y mettoit obstacle.
Mais mon dessein n'est pas de
vousinformer icy de tout ce que
vostre Mercure produit d'extra.
ordinaire en ce Païs. Il est à
propos de vous dire que la Prin.
cesse de Cleves n'yest pas inconnuë,
mesme chez les Bergers.
Quoy qu'une déclaration
pareille à celle de cette Princene
ne se soit jamaisfaite parmyeux,
ils demeurent d'accord
qu'elle a pû se faire dans un
temps où les Marys n'estoient
pas si délicats& si raffinez
qu'au jourd'huy
}
mais ils prétendent
que si Madame de
Cleves avoit autant d'esprit que
cette Histoireluy en donne,elle
en a peu manqué quand elle a
pu se résoudre d'en venir à cette
déclaration. Pourmoyjesçay,
bien que par touces les Rives
de juine
,
où l'on n'est pas plus
beste qu'ailleurs, elle ne fera
imitée d'aucune Bergere. Mais
c'estaussi ce qui fait le merite
de la Princesse de Cleves, que
de s'este rendue inimitable.

J'oubliois, Monsieur, à vous
parler de la mort du Serin d'une
de nosNymphes.Ill'avoit divertie
pendant plus de dix
années, & c'estoit le plus ancien
Domestique desa Maison.
Caliste, l'une de nos plus belles'
Bergeres, le trouva couchésur
le costé dans sa cage. Il avoir
lesaisles étenduës,&sedebatoit
encor. Elle lemit dans sonfein
pour le faire revenir, mais je
croy que si la douleur l'avoit
réduit à l'extremité, leplaisir
acheva lors de le. perdre. En
effet elle l'en retiramort peu de
temps apres l'y avoir mis, & l'on
disputa vainementdela qualité
de la maladie qui l'avelt fait
mourir. L'opinion la plus probable
& qui tomba le mieux
dans le sens dela Nymphe,, fut
que c'estoit une vapeur, puis
* qu'il avoit tant d'esprit. Une
autre qu'elle se feroit consolée
par cette reflexion,mais elle
l'avoir trop aimé pour ne le pas
regreter davantage. Apresavoir
apris qu'il estoit mort de la ma--
ladie des beauxEsprits,ellederoenra
plus de deux heures inconsolable,&
je fus obligé pour
la remettre, de luy dire, qu'à la
vériteson Serin meritoit une vie
plus longtie,mais qu'elle trouveroit
peude Personnes raisonnables
qui n'enviaient le bonheur
qu'il avoir eu, d'estre mort dans
le fein de la charmante Caliste.
Si l'on sçavoir, me réponditelle,
quel estoit le merite de
mon Serin, on me plaindroit
sans-doute plûtost que de me
consoler. Il estvray Madame,
luy repartis, je
, que tout le
monde ne peut pas venir vous
consoler, & que tout le monde
vous peut plaindre. Je sçay
rnefme un moyen assez facile
pour vous attirer la compassion
de toute la Terre. Je prieray
l'Autheur. de ce Mercure qui va*,
jusquesaux Indes,de parler de
cet accident. On ne luyrefusera
pas des larmes, s'il en demande
pour vous;il donne crop
desatisfactionà,tour le monde
pour n'en pas obtenir des plaintes
quand - il en souhaitera. Je
m'offre à luy envoyer l'EpitapheduDéfunt.
La Nymphe
goûta ma proposition. Elley
consentit, &me pria dem'aquiter
de ma promesse le plûrost
queje pourrois.Des ce momentlà
elle commençad'estre moirs;
trille,&je ne doute pas qu'elle
ne reprennesagayetéordinaire
quand elle verra son Serin im--
morcalisédansle Mercure.Voicy
l'Epitaphede cet Oyseau.
Te yin s exprésde Çanarie.
Pour leservice de Sit-rie;
le laservisfidellement,
Et cette Nymphe ejfoitJtbelle^
- gue je ne chantay que pour elle,
etpourses Amisseulement.
Enfin après dix ans de yte,
Vne secrette maladie
Mevint attaquerun matin;
Nil Mafitrejjc enfut toute trijiè,,
Caliste me mit enJonfeiny
Ie mourus auseinde £alifîe;
Fut il un plus heureux Serin?
Afin de vous faire connoistre,
Monsieur, que nos Bargeres ne
font pas des Bergeres du commun
,il faut vous dire ce que me
répondit l'autrejour une d'èlts,..
qui se pique d'estre reconnoissante
juqu'à' ne vouloir jamais
rien devoir à personne. Je luy
reprochois que c'estoit injustementqu'elle
faisoit tant la genereuse,
puis qu'elle n'aimoit point
quoy qu'elle fust fort aimée. Il
estvray, me répondit-elle, que jen'aimepas à estre long-temps rédevableaux
Gens, & que je ne
soufre qu'on m'oblige que dans le
dessein 4.61iger de mesme ; mais
commeje mets l'amour qu'on d pour
moy au nombre des injures qu'on me
peutfaire, je ne me sens pas assez
vindicative pour rendre jamais la
pareille.
Jeviens à l'origine des Mouches.
Soufrez que je vous en
dise ma pensé par ces Vers.
Vn jour Haccbus en "voyageant^ 2)amoureux d'une"Bettes Ilna~voit pas l'air engageant,
€tsa7>elleluyfut cruelle.
Ilpleure des larmes de Vin)
Ftflnjire d'une manière
ji. faire tourner un Moulin;
Sa B"ellen'en efipas moinsfiere.
Ilfait retentir les échos
Par tout du nom desa Mltiftreffi,
Et ve laijje rien en repos,
Afin que f.4Weffe l'y latjp.
1Jljlt les Maisons d'alentour
Parses soûpirssont abatucs.
Etses crû poujJè'{ nuit &loltr,
Font trembler la terre Cg- les nues;
Ses larmes du traders des Chltmps
Sefont de rapidespassages,
Et par d'invincibles torrens
,Fi.,t,'a'inent toitsgrdins,CI,-mee-Idges.
L'Amourqui dupl"of haut desCieux
Connoit que Hacchus en est causses
Efianfjitoft commis des Vieux
Pourpacifier toute chose.
Ille rencontre prèsParis
Qui fl/Jpiroit toûjours de mesme,
Ses boutons estoient défleuris,
Sesyeux mourus <3m,son teint bléme;
Alorsletirantà l' 'écart.
.A"'Pr une livre degomme,
et le secours duplus beaufard,
Ilenfiittm joly jeuneHomme;
Mais, dit "Bacchus à Cupidon,
Elle hait une rude trogne,
Et nesçauroitsouffrir bourgeon
Sur le yifitged'un TTvrogne.
Laifaire luy dit l'Amour,
I'en ay préiâ la conséquence,
JVîaù chaque chose aura fin tour,
aiye^feulement patience.
Lors illuy coupe les cheveuxy
Laisse derriere une Couleuvre,
Le poudte(yfrtf'e "fln mieux,
Et jamais du Mont n'yfit tZu.,re;
Certain jus qu'il y fait couler
JFait après luyfentt'rfa trace,
Toù ilprenddes Mouches en tdir,,
Noircit leurs ";fts& les place,
LaBonne Fatfeufea quartier
Profita de tout cemystere,
C'est là qu'elle appritson mllier.
Tant à les placerqu'a les faire.
Alorsfraiscomme un Jotftenceau,
JBacchus
TBtccbuscourtfinirfortfuflice,
.et la tcjle comme un Zoyêam,
Ilsecroitplus beau que iVarce.
àFnept, TUlis le crût tel
2>*abordelle le vit pn,jbr,
Et ne voyant rien du mortel,
îvge*bien salisnetou-roit l'estre.
Ses boutons neparoijptntph*sy
Nos-4mans unirent tekrJ !J&HCbCSj
Ainfirdet-int heureux Bacchus,
De là vint Lamode des Mouches.
- STEDROC, Bergerdes
RivesdéJüine.
LETTRE VI. I L y a quelque temps, Monsieur,
que je me mets surle
pied de bel Elprir, c'est à dire
de bel Esprit de Province
,
&
personne ne sVftoic encoravisé
de m'en disputer le Titre
,
que
dans une Compagnie où je me
trouvay hier apres ~dîné.Jetâchoislà
de débiter mes Fleuretesàdemy-
fletries entre cinq
- ou six Belles, & je me raifbts
attentivementécouterpardeux:
ou trois Sots qui se ~récrioient à
chaque parole, quand un nouveau
venu, lequel apparammentn'avoit
pas accoûtumé de
demeuter sans rien dire, ennuyé
dem'entendretoûjours parler,
& se fâchant de me voir trop
applaudy; Mon Dieu!dit-il, il
semble que Monsieur est icy
quelque Oracle;il veur faire le
bel Esprit,& son nom n'est point
dans le Mercure.Je vous avoüe,
Monsieur, que ce reproche me
toucha. Je forcis brusquement
sans répondre une parole, &
j'allaychercher un Mercure,
avec lequel je me vins enfermer
dans mon Cabinet, où a pres
avoir vû vos Enigmes avec attention
,
j'invoquay plus defix
foisApollon & les Muses, lesquelles
m'inspirerent ces pensées.
Cepetit Nain a^ecfongros teignon,
Quid'unpied en diligence,
Et comme un rude Çomfaction
Peutterrasser un Hômed'importâce
Sf*ye^-yous bien ce quel'enj'enfi/'-
Ce n'ejI","fjy quun Champignon.
-{) ;
Sans tant tourner autour dupot,
Pour trouver de ces Vers le Véritable
Mot,
«S-devinerchacunsapprefle^
~le ne me dis pas~grandr ropbete,
Mais ~cejila Barbe, ou je nefùùqu'un
~So:.
Qu'il estdouxde s'imaginer
Ce que dans ~et Tableau cette Enigme
nous maryuel
C'cft lefruit des travaux de noJl"
grandMonarque,
CId/la Paix que LOVIS l"Pi"lI
à nous donner.
Apres cela, Monsieur, je
demeuray fort satisfaitde moy,
& je pris bien dessein de me
vanger de l'Homme qui m'avoitméprisé,
enluyfaisatvoir
dans le premier Mercure,entre
les autres noms imprimez,celuy
de vostre tres-humble serviteur,
YvZ.
LETTRE VII. I 'Explique, Monsieur, l'Enigme
du Serpentd'Epidaure
sur la Paix. Elle vient
cette Paix, l'amour & les delices
des Peuples, fous la figure de ce
salutaire Serpent, qui accourt
au secours des Romains qu'une
mortelle pesteavoitréduits aux
derniers abois, a presavoir fait
mourir un si grand nombre
d'Hommes, quece vaste & orgueilleux
Empire sembloitestre
devenu celuy de la mort.
Parmy les dangereuses piqueures
du Serpent, la Medecine
seconde en puissans Remedes,
en a heureusement tiré
de grands Antidores, quin'ont
pas une mediocre ressemblance
àce divin secours, dont le Rameau
d'Olives tant desire, fut
autrefoisunsi heureux présage.
Ces Peuplesquiaccourent en
foule, ces Affligez
, ces Mourans
& ces Malades, font ces
Villes& ces Provinces réduites
aux dernieres extremitez. Ces
Figures qui portent & jettent
des fleurs en habirs longs &
courts, avec des Tambours de
Basque &des Trompetres, font
les Electeurs& Princes de l'Empire,
qui s'empressent d'honorer
le retour de cette divine
Paix, pour laquelleils ont tant
soûpiré.
Cestrois Fgures élevées sur
une espece de Trône, sont les
trois mobiles de la Guerre.
L'Empereur est placéaumilieu
portant un Monde à la main
gauche, & à costé laHollande
& l'Espagne quitémoignenten
dansant une tres -
grande joye
devoirrenaistre le repos par le
retour de la Paix.
Cet Enfant sur la cornic he
d'un Pillier,estl'Innocence qui
se vientjoindre à la Paix pour
regnerensembleavec douceur,
où la perfidie &: la ma lice ont
tant fait commettre de crimes,
L'Explication seroit fort juste
sur lesEmpiriquesou Vendeurs
d'Orvietan. Voila, Monsieur,
ce qu'a penséde cette Enigme
voftretres, &c.
PANgTHOTr,e~Tg)o.iïu.Meaâ.& College de LyonLETTRE
VIII.
I-4jwmdns. E fuis fort trompé, Monsieur
,
si la premiere de vos
deux Enigmes dumois deJuillet
n'est un Champignon. Il n'a
qu'un pied avec une grossereste.
Il vient dans une nuit, Ses Freres
bastards font les Potirons.
Q-1ind on le prend dans sa mau-,
yjife humeur
,
c'est àdire (ans
en faire forcir quelquefois une
certaine eau,ilfait beaucoup
de mal. Plusieurs Personnes
font mortes pouren avoirmangé.
Ilterrasse le plusfort,témoin
l'Empereur Claude que
tN=toa fit mourir avec des
Champignons. Il estvray qu'il
ymeslaun peude poison,&
c'est pourquoy il les appelloit
un manger de Dieux, parce
que les Empereurs morts estoient
mis au nombre des Dieux
par de superbes Apotheoses.
C'est aussice qui fit faire à Seneque
ce plaisant discours sur
la mortde Claudequ'il intitula,
.Apoco/(jk..rYltofis,,'en: à dire, Immortalité
acquise par le moyen des
Champignons. Dioscoride n'en
compte que de deux fortes, les
uns qui font bons à manger, &
les autres qui font venimeux;
mais j'ay veu un Gentilhomme
qui en connoissoitde trente- sept
especesdifférentes, & qu'ilaccommodait
d'une maniere admirable.
Je fuis vostre tresse.
DESGALLESNIERES.
I*ajouteicy quelques autres
Explicationsen Verssur cette premiere
Enigme, & sur la seconde
dont le vray Mot tft la Barbe,
Mademoiselle Vigueullem'a envoyecelle
decette derniere par ces
Vers, lis sontfortspirituellement
tournez,sur ce que l'année 1678* tillafccondeannel du Mercure.
LE vieux Aîercuredela FA;'!!'.,
Estencorjeune en nostretemps,
Çelaparoisipresqueincroyable;
Afais nefi- ilpasprIs damiraDI".
Que levostre aitdéjà de laBai be À
deuxans?
Mr Miconet de Châlons sur
Saone, a explique ainsitoutesles
deux. Il n'a pas trouvé le vray
sens de la seconde.
I. ENIGME.
LA Nature nefait qu'enSeptembre
paroistre
Le friand Champignonsipropre à
tout ragpuft;
Mais celuy qu'enJuillet le Mercure a
fait niflre,
%yiuxe[pritsLesplusfins est d'un merveilleuxgouss.
II. ENIGME. LEnigme de dix Vers tient mon cFprit
en doute,
l'attens qu'un plushabile ait tiréle
rideau;
MaissansChandelleousansFlâbeau
Teutestreriyyerra t-ongoute*
AUTRE EXPLICATION
v de la premiere Enigme. NAmour outragé des froideurs
d'uneB"elle,
7JlfI""40if à Vénus lesecret de char*
,
mer.
Vénus quifrd-toit l'art d'aimer,
yoter avoir triomphédeplus d'un Coeur
rebelle.,
Luydît ensoûriant, 1111 mon petit
mignon,
Ne tous (b.t,rrine{point de cette rejîfi
tance,
Vous br",dez Iris cg-son in'elléreffCr,
L'Amour en une nuitvientcomme un
Champignon.
AUTRE.
PIfilù,
"'DIIS mayeç ordonné
De tous dire le Afotquej'artraydelini
De l' Enigme qu'on nOMSprot°ft
l'obéis, crjecroisqueesn'ejiautre
k.-lin Champignon qui parmy les
1(?goush
£Jl Le mcittc r morceau dont on les assaisonne,
Etquelquefois dot on les empoisonne.
t'our ne \ovjpoint laisserfurpredre,
Qu'ilestdes fauxSimans commedes
CbampignonsT
%>ontfoulent on cboj'tt les maniait
pour les bons.
Jelf'dyque-vousd'yelegouj1fin, le
coeur tendre,
jLiiJtgarde^. yous bienjPbilisi de vous
meprendre.
p. Par le Fils d'un Auditeur des
Comptes de Dijon,
AUTRE. vNdesjours del*autreSematne^
En lisantl'HistoireRomaine
le remarquay qu e Claudius
finitéirang.ma>tsa trame,
Un champignon le tué & va porter
soname
Au Ciel où règne Iulius.
Ah Prince, que ton sort est bigarre en
saJourcey
Dis-je "lorJ! Il auroit bien mieuxyalu
pour toy,
gue le Ciel, de tesjours eust diffèré la
cours
Tour^i'xre heureuxsous nostre 1(oy.
SonRegneestflorissant, toutyparoist
tranquile,
L'empoisonneur riapointd'agile,-
On le punit de mort, si tost que du
poison
On voit unepreuve dreZÎeür-;
Mais on aime celuyqui donne un
Champignon
Semblable * c /vv du Mercure.
M. DU MONT, Avocat à
Chaumonc en Vexin le
François.
Explication de toutes les deux. LA Barbe nousaient au menton
Avjjiftpequun Champignon.
Achaque instant on Laf-nt croistre.
On a beau la fairepérir,
Chaque moment la "voit mourir,
Chaque momentlavoit renaistre.
NEPTUNE.
AUTRE. QVoy donc,avoirtoujours des
Enigmes en teste,
Estretoujours en quejte
D'un jfrtotqui leurcontiennebien?
Apres centvains efforts voir que l'on
netient rien,
gttunrajtre Versvousrompttoute
mesure,
Ah, je jurepar Apollon
De n'y penser jamais
,
sidu dernier
Merc re
L"u.,e n;st (lU la Barbe, C-rI'dutre
un Champignon
Me NOMAN ANopy,depoiriert.
AUTRE. LE Champignonparmyles Gensde
Guerre
Estun 7{*gouJltTcs-precicuxt
Etfil011pitla Barbetlltnscts Lieux, ,
Ccnefttju'<* coupsde Cimeterre.
Ecrit sur le dos d'un Tambour,
AuCap près duPotde Scrafbourg.
MARS.
EXPLICATION DE L'ENIGME
en Figure. QVe lefç/tyoir du Teintre est icy
rxrel
SAns s'ériger en CJu,l"t,,",
Sous cetteformesi birarre,
Ilnous donne l'Orvietan.
LEFAUXCRISANTE,
deRciLn.
Voyex^Madame, comme les
gwfisfontdifèiens. Des deux premitres
Fieces quezeus*i!le\voir%
la premiere est toutepourB*cchusy
&la fécondé fait cemeifire que le
ftaifir d"atmer doit cftre préféré à
ionr les autres plaisirs. Votis les
trouverez suivies de quelques Ouvrages
de yen- que je ne croy fa*
mdtyies de vostre approbation.
AUX CHEVALIERS
DE BACC"f-IVS;
ALCIPE ETPHHANDM.
cS*lut,lonf}u.l'Or:yin (j^-honne deet. -
Omme je prens prtà touc
ce qui vousregarde, je
crou estre oblige de vous avertir
dumauvais tour qu'une méchante
Langue VOUÂa joüe. &-
de la dangereuse accufatiott
qu'elle a formée conrre vous
devant le plus redoutableJuge
que nous autres Chevaliers de
Bacchus reconnoififons.Vous
fçaurez donc,mes chers Camarades,
que Bacchus seant hier,
sur un Tonneau à l'ombre d'un
bouchon,& affifié de six oit
sept de ses Favoris Yvrognes.
quicomposent son Confeil^une
venerable Langue de Porc, fecondéede
quelques Cervelats
ses. Complices,. vint faire de
grosses plaintes de vbus, de ce
qu'estant sommez de venir secourir
ce bon Roy dans une
ppnr.e-nÍfaannrtce. nneecc.eesOEsittéé,, lloorrss, que llaa.
Pîuveson Ennemie fèfisntfur
ses forces râchoit de 1opprimer
injuflement} & queses bons èC
fîdclles Serviteurs haussànt le
temps faisoient tous leurs efforts
pour détourner cet orage de
dcffus la teste de leur bon
Maistre
, vous vous estiez tous
deux amusez à resver dans
vostre Cabiner foticeantà toute
autre chose qu'à le secourir,
D'où elle concluoir que vous
enfliez à estre déclarez incapabes
de manier le verre fous ce
Monarque. Ùéja mcfme ces
braves Conseillers par un branlemtntdetestequi
leureftaflez
ordinaire, femlWoient approuver
la demande de vostreAccusatrice,
lors qu'ayanr demandé
d('estreentendu à mon rour, voyez ceoue valent lesAmis
au besoin (je reprefentay fort
au long le mente des deux Ac.
curez, & combien ils avoierct
servy dans les occasions; cnfuire
je fuppliayBacchas de vous
continuer & maintenirdansles
droits, privilèges 6c iminunitez
de Ces Chcv.ilicrs, à la
charge néanmoins & condition
que vous vendrez Dimanche
prochain, malgrélaPluye& la
N-ige,vou% jjftifi?r plus amplement
dans la Ch imbre où Bacchus
préssle d'ordinaire. Icy
finit mi Harangue, &sivousle
trouvezbon,icy fiaira ma Lettre.
ALCIDON.
A MADAME**
Ve la t'ifrence- que trplaiftrd?aimet
doit avoirsur tout les autret. l En'estois pastrop d'avis,Madame,
de vous vanter leplaisir
d'aimer.Vousavczeu(ipeu
de foin de me L* foire fetjtir, que
si je Vous en avois creuc, loin
qu'il piffift chez moy pour un
bien à {()uh,Ùrer, je Paurois mis
au nombre des plu*gâ.Kmmx
que nous puissions craindre. Cependanr,
à ne vous riendeguifer,
je vous Jois plus que jenepense.
J'ay eftioïc le bu-n que vous
pouviez fure, par le mal que
vous faisiez aux Gens, &,. c'est
là dessus que j'ay compté. On
m'a dit qu'on en ufoit ainsi en
Amour.
Il suffiroit pour prouver la
préférence du plaisir d'aimer
par dessus tous les autres, de
faireréflexion que les Hommes
qui portent tous un craéècre
differend, s'accordent dans la
poursuite de ce plaisir, & regardent
l'inclination qui les y
porte comme si elle eftoic néeavec
eux.
Ils ne font pas plûtost au
monde, que la Naturedécouvre
l'inftipét qu'e lle leura donné
pour aimer. Ils.s'occu pent
d'abord à lier de petits commerces
avec ceux qui les;'prochent
de quelques frxcs qu'ihfoienr,
cr la Nature qui est encor
imparfaite
,
& qui n'est
qu'ébauchée dans les Enfans,
ne leur inspire que cette premiere
inclination qui est dans
l'Homme pour la société en
général
;
mais insensiblement
elle se perfectionne. Elle démette
un sexe d'avec un autre,
& satisfaitàcette autre fin quia
fait naistre les Hommes pour les
Femmes. I!ss'yattachent,&
réparent l'insensibilité de leur
enfance par l'emp re ssement
qu'ils ont à leur plaire dans leur
jeunede.
Satis faire fond surcecontenu
temenr universel, & sans employer
les raisons qu'ilsonteiës
d'obvïrà laNature,on en trouve
d'autres qui lesontattachées à
ce plaisir dés leurs premières
années. -
Les autres passions nous vendent
bien cher les pialfir., qu'elles
nous donnent. L'on n'en
joüit qu'apres bien des peines &
biendesfatigues, & pour adoucir
ce passage l'on est obligé
d'emprunter quelquesplaisirs
sur les plaisirs de la fin. L'amour
seul nous proposed'arriver à un
but sans nous obliger a passer
par un chemin difficile & épineux
Il a ses propres plaisirs, &
danscettepassion on vadeplaisiren
plaisir,
N'est-il pas raisonnable de
donner la preserenceàun- plaisir
quis'aq uierraussi a gréablement
qu'il se possede, dont la fin
mesme n'est pas plus douce que
les moyens qui y condusent.
quin'est pointpeine pour devenir
tiir plaisir, & qui nous flate
eufflloft que nous y pensons?
Ya-tilriendeplusagreable
que de voir pourla premiere fais
l'Objet que l'on doitaimer? La
rêverie qui fuit ordinairement
cette première entreveëe recueille
& ramasse toutes les
forces de nostreimagination.
Elle oblige nos sens à raporter
ce qu'ils ont gardé de l'idée de
cette aimable Personne. Elle
conçoit & forme une passîon de
toutes ces piccesdifferentes,8c
represente ensuite un portrait
achevé à nostre esprit. Tous
les pas que nous faisons pour
informer de nostre passion la
Personne qui l'a fait naître
, ne
sont-ce pas de nouveaux plaisirs?
Le dessein que l'on prend
d'attaquer régulièrement son
coeur par un commerce de Lettres
ou de Visites; ces éclaircifTemenSj
ces esperances, ces
confidences, les douceurs de
l'amitié qui se joignent à celles
de l'amour
,
& qui nous sont
trouver une Amie aussi-bien
qu'une Maistresse; les inquiétudes
mesmes
,
les chagrins, les
alarmes que donne souventune
passion délicate, ne font que
desaiguillonsqui fortifient l'envie
de posseder le coeur de ce
que nous aimons, & nous rendent
plus précieuse cette conqueste
par toutes ces petites de
senses qu'il faut repousser, &
ces petits dehors qu'il faut
prendre pour venir à bout de
nous faire aimer.
Dans lesautres entreprises de
nos passions, pluson aprochede
la fin, plus il nous en coûte. Nos
foins croissent,&nostreesprit est
occupé du succés qui estpresque
toujours douteux dans la
recherche des autres plaisirsmais
das l' Amour,à peine faisons
nous deux ou trois visites sans esperance.
Onentre-voitaussitost:
qu'on nous sçait bon gré de nos
chagrins iltz de nos soûpirs. On
voit qu'il n'y a qu'à attaquer;
quela Dameà qui nous en voulons
ne pense plus qu'àassaisonner
le plaisir d'aimer par une
foible defence & par une résistance
étudiée. Les froideurs
qu'elle fait paroistre au dehors
font une semence de plaisirs
pournous. Ils ne font chagrins
que pour nous donner la joye
d'en faire des plaisirs
,
& de les
dissiper par de nouveaux efforts
que nous faisons pour plaire, &
donc nous sommes presque toujours
assurez qu'on nous tiendra
compte.
Ce qui augmente le plaisîr
d'aimer, est qu'on ne le reçoit.
jamais qu'on ne le donne. Ce
commercemutuel contribuë à
le rendre plus agreable. Il pique
& se fait sentir davantage
par cette communication, ,&
parcettesociété.Nous ne sommes
pas moins contens de voir
dans les autres les effets du
plaisir que nous leur donnons,
qu'à ressentir nous mesmesceluy
que nous recevons deleurpalsion.
S'ilest doux de nous voir
obligez à aimer, il nel'est pas
moins de connoistre que l'on n'a
pas plusde liberté de sedéfendre
d'avoir de l'amour pour nous.
Les autres plaisirs que nostre
vanité & nostre ambition nous
sournissent, ce font des plaisirs
farouches &solitaires qui ne
souffrent point de compagnon.
Ils ne consident le plusfouvent
que dans une superiorité qui
nous tire de pair d'avecle reste
des Hommes. Ilsnesontplaifirs
que parce qu'ils ne le font
que pournous.
Ils ne peuvent estre que faux,
puis qu'ils ne s'accommodent
pas avec la Nature, & qu'il
détruisent, pour ainsi dire,la
societé qui en est le premier
principe.Outrequ'ilsn'ont
pas tant de douceur & tant d'àgréement,
il s'en faut bien qu'il
y ait la mesme fureté à les suivre,
carils dépendent des autres, &
cessentd'estre plaisirs dés qu'ils
ne le trouvent pas à propos. Ils
ne subsistent que dans l'opinion
de ceux qui nouscroyent
heureux
,
& tous les honneurs
seroientfortà chargea un Ambitieux
,
si on ne levoit point les
yeux vers luy pour regarder
toute cette pompe.
Dan l'A mour vous estes heureux
en dépitde tout le Genre
Humain. Deux tellestiendront
bon contre toute la mauvaise
volonté des Hommes. Vous
n'esses point obligé d'estiùmer
vostre bonheur par les suffrages
de ceux qui vous croiront
heureux; ilsuffit qu'une personne
le fache avec vous,& qu'elle
y contente.
Ce n'est pas mal raisonner,
Madame, pour un Homme qui
n'a éprouvé que les chagrins
decette passion, &qui, grâces àvostre insensibilité,n'en connaît
le bien que parle mal.
LESILENCE «D'UNE
Belle qui sedéfendoird'écrire
sur ce qu'elle ne sçavoit pas
bien s'expliquer par Lettres.
Lu4. mainest engourdieoù le coeur
n'est put*pris;
Efice ainsîdeyou*,belle Irü!'
Amour estunbon Maistret&quisçait
bien inflruire;
Lessentimensquil dOll1fe, illesfait
exprimer,
Et VûMf neftayc^pas aimer,
Si VOMf ne/ça^e^pa* écrire.
On dijfienfè depetitssoins
en ctrarfse l'on ejlfeûrquirienpenfc
pas moins;
Etpour le vostre, ildoitsuffire
£ue je ne luy demande pas
DuVoiture, ou du Vaugebef.
Le brillantdu discourç, belle Iris, est un
piège;
Afarqueç-moy seulementsans ordre&
sansftf011
CepetitJ'aime de Collège
Quifait d'un ecoliertapremiere leçon.
CONSULTATION;
D'AMOUR. vVOiruneattraits,
Laregardersans csfpy etudierses
charmes,
En sentir danslecoeur d'innocentes
AittrnJes,
l'tpOtljJêrmllwlsi] quelquesJoûpirs
secrets.
Laquittertoutchagrin,yresver nuit
&jour,
Rougiren Idnommdnt, seplaire à
parler, d'elle;
dmyyfourquil'Amour riejlpaschofc
musette,
Efi.a-là ce quon nomme jimour?
Ie riay point, il ejI..,ritJ, de ces fortes-,
ardeurs
Qui mettent, dit on, tout en cendrei
Cequejesens nestquefort tendre,
Et mes plus grands chagrins ont de
grandes douceurs.
Cepentlltnt aux tranj^orts dont mes
sensfont rdïis,
Mon c,z't1' m'oj; ajjurer que c'dlilinji.
qu'on aime.
Amy,donne-m'en ton ayis,
Car je ne l'en croispas Itiy-mefîne.
ALCIDQN-
RONDEAV
.,, 1
Surun Moineau que la perte de
sa Femelle a fait mourir de
douleur.
MOurir d'amour eflunfortgOi"d!Ul
fitpLice,
Lemal de dents, lagalle,lajaunifp^
Et d'un Fievreux les acce's ravageans,
Sont moins erne/s, &bien moinsaffligeans;
D'unsigrandmalle Cielnousgarantisse.
Heureusement,pourpeu que l'on gémiJft
On trouve tt./flz quelque Tetutel"propice;
jiuJJi voit- on aujourd'huypeu de Gens
Mourir d'amour.
LeseulMoineaude l'aimableClarice,
Poursafemelle ardentcomeunNovice,
Se trouvat veuf, ce Phénix des Am/Ís,
Ilen estmort dans lafleur desesans;
Ilri*fiqu'unSoty ou qu'un Moineau,
quipuisse
Mourir d'amour.
M. DE BRETEUIL DE LA LANE,,
Conseiller du Roy,Lieutenant
General du Bas Armagnac.
SONNET.
LE coeur d'Iphisselaissaprendre
Auxyeux brillans d' une 'Beauté,
Dont lajeunesse lafierté
Ne voulurent jamais l'entendre.
Cet Amantmalheureux &tendre
Se voyant toûjours mal-traité
Etsansesseoir d'estre lcoutl,
Fut *JJe\foupour sallcrpendre.
La Belle qu'ilne pût toucher,
Fut déslors changée en Rocher,
Pour a^oir estétropfauyage.
Le Cieln'a pas moins d'équité,
Etje ne suis en "reritl
Nymoinsamoureux, nyplt#fage.
L'INCONNU, de MesleenPoitou,
-5" ~r" ? FICTION
Sur l'Origine. des Mouches
Galantes. L'Amourne pouvoitsouffrir
,
sans chagrin l'idéee..
dance des Mouches.Onsçait
qu'elles se multiplient&se conservent
sans lesecours de cette
Divinité. Il devenoit encorplus
chagrin contre elles par les plaisanteriesde
Momus, qui faisoit
rire quelquefois les Immortels
par une comparaison badine de
l'Amour&desMouches.N'ontelles
pas, disoit-il, un aiguillon
qui leur sert de flêches, & des
aisles comme luy? Il n'y aque
l'Amour& la Mouche qui
osent distraire par leur importunité
l'Homme le plus Philosophe
du Monde. L'Amour
piqué de ces railleries se fit une
affaire d'exterminer les Mouches,
comme cet Empereur
Romain, qui s'enfermoit dans
son Cabinet, pour en prendre.
La belle Vénus approuvoit la
vangeance de son Fils, &
nourrissoit de cette chasse les
Moineaux de l'attelage de son
Char. Ces Moineaux prirent
goust à ce Gibier, & c'est ce
qui les porta à faire une ligue
offensive avec P/ftnour contre
les Mouches, qui n'ont pas aujourd'huy
de plusterribles Ennemis
qu'eux. Pour ce qui est
de l'Amour,il se refervoit les
aisles des Mouches commeautant
de marques desaChasse.
Il avoit remarqué que Dianeen
usoitainsi, & que la porte de
son Palaisestoit couverte ou de
Bois de Cerfs, ou deTestesde
Renard, de Loup, ou de quelque
autre Beste. Il estoit prests
desuivre cet exemple, lors que
Vénus luy remontra que c'eftoitune
Loy établie dans tout
l'Univers de servir à l'Amour;
que les Precieuses de ce Monde
devenoientCoquettes dans l'autre,
& par conséquentqu'il
estoit à propos de faire un usage
galant de ces Aisles de Mouches.
Elle luy fit comprendre
qu'elle fourniroit assez de gomme,
pour en attacher sur toutes
celles qui dépendoient de luy,
autant qu'il seroit necessaire
pour donnerde nouveaux charmes
à leur beauté.L'Amour
obéît à sa Mere, & les Mouches
servirent si bien à la galanterie,
que l'Amour ne pouvoit
attendre une plus entiere satisfaction,
puis qu'il y en a mesmes
quiluy serventd'assassins. Pourquoy
donc resister à l'Amour,
puis que tostou tardil a de nous,
ou pied,ouaisle?
MrL'ABBEDELA VALT
eaixen Provence.
PROBLEME
Tiré du Mercure Galant du Mois
u deIuin1678. N Vieillard fort riche,
charmé des cheveux blons
d'unejeuneFillequiavoit peude
bien l'épousa. Quelquetemps
apressonMariage, ayant reconnu
l'artificedesaFemme, &
quesesbeaux cheveux n'estoient
a elle queparce qu'elle lesavoit
payez, illuy ordonna de se retirer
chez sa Mere, & depuis il
ne l'a pas voulu voir.On dit
mesme qu'il prétend que cette
tromperie estune causesuffisante
pour faire rompre (on Mariage.
Il s'agit de sçavoir s'il
estbienou mal fondé en sa prétention.
- POUR LA FEMME.
Si nous estionsau tempsdes
vieux Romains qui pouvoient
faire divorce avecleurs Femmes,
&lesrenvoyerchezleurs
Parens, lors que (sans qu'il fust
besoind'autre raison ) elles
avoientlenez trop humide, la
prétention du Mary auroit
quelque couleur,car latromperie
de cacher des cheveux
~roux sous une coeffure blonde
pourroit servir de pretexte au
divorce donc ils'agitmaiscome
nous ne l'admettons en France
que pour de fortes raisons, celle
des cheveux roux au lieu de
blonds paroist un peu trop foible,
pour que le Vieillard dupé,
puisse reüssir àfaire rompre sois
Mariage. S'il s'est laisse enchaîner
par les cheveux blonds
desa Femme, & s'il n'a point eu
de plussolide motif pour se marier
que l'agrément de sacoeffure,
il doit s'en prendre à luymesme,
den'avoir pas regardé
ses cheveux de plus près, afin
d'enremarquer la tromperie,
d'autant plus facile à découvrir,
qu'elle est depuis longtemps
très-commune .enFraNce,lx. il
ya lieude s'étonner qu'unHommedeson
âge ait e£lé, engage
par une chose qui au fond ne
vaut pas qu'on en fasse écar.
En effet, n'est-ce pasestre
de fort mauvais goust que de
faire ses délices d'un excrément
que la Nature rej ette, d'un
excrément dela troisiéme con.
coction, provenant des vapeurs
fuligineuses qui sortent par les
soupiraux ou pores étroits de
la peau, lesquelles vapeurs
estant dessechées par urie chaleur
moderée prennent la forme
de cheveux? Les plus habiles
Medecins & Chirurgiens ne
mettent pas les cheveux nonplus
que le poil & la barbe, au
nombre des parties du corps,
tant parce qu'ils font sans vie,
que parce que ce ne font que
des productions d'une humeur
visqueuse qui est attachée au
dessous de la peau, laquelle
humeur provienc de la super.
fluite des alimens- dont la plus
crasse & la plus terrestre partie
ne pouvant s'exhaler & s'évaporer,
leur sertde matiere..
Cet excrement se pousse au dehors
successivement, & quoy
qu'ilsoit gluant& humide de sa.
nature,l'air le rend sec & dur
à peu près comme le Corail qui,
n'estant dansl'eau qu'une herbe
molle, s'endurcitàmesure qu'il
fortdeseaux.
Ambroise Paré dans son,
Traitedes Monstres endépeins,
un ,qui donne nonseulementdu
dégoust, mais mesme quelque
forte d'horreur pour les cheveux,
Ce Monstredontilparle,,
dontil a eusoinde faire graver
la figure d'après nature,
ressemble àla teste de M¿duft',..
excepté qu'il a le visaged'in-.
Homme,car ses cheveux & sa
barbe font de petitsserpens qui
estoient tous vifs lors qu'il fut
découvert. CetAutheurdigne
de foy,tant par sa qualité depremier
Chirurgien du Roy-
Henry III. que par sa haute
suffisance, & par laréputationqu'il
a d'estrefortexact, dit que
ce Monstre futtrouvé à Autun
dans unoeuf le15. Mars 1569.
chez unAvocatnomme Baucheron,
par une Servante qui,
cassoitdes oeufsde l'undesquels
elle vit sortir ce Monstre, &
qu'ayantdonné de la glaire de
cetoeufi unChatlienmourut
subitement Il ajoute que le
Baron deSenecey, Chevalier
de l'Ordre, estant avercy d'une
si prodigieuse avanture , &
s'estant fait aporter ce mesme
Monstrel'envoya au Roy Charles
IX. qui estoit pour lors à
Mets.
C'estparlaraison du mépris
qu'on doit faire des cheveux,,
que les Peintres & les Sculpteurs,
qui d'ordinaire tendent
autant qu'ils peuvent à la plus
grande perfection
, nous representent
toûjours sans cheveux
Socrate, Diogene, & plusieurs
autres grands personnages
pour marquer que lasagesse est
dans les Testes chauves, ou
qu'en tout cas les Sa ges négligent
les cheveux, comme quel.--
que chose d'inutile & de superflu.
& quand les mesmes Peintres
£c Sculpteurs veulent nous
donner l'idée d'un Homme qui
médite un adultere, ou qui
mene une vie molle & effeminée,
ils le representent avec une
chevelure bien frisée & bien
poudrée, comme un ornement
necessaire à la coquetterie & au
libertinage. La raison est que
les jeunes Gens, qui font ordinairement
capables de ces fortes
d'actions, ont plus de foin de
leurs cheveux que de route autre
chose. Quand ils font ensemble,
ils ne parlent que de
leurs Perruques. L'un éxaminant
celle de l'autre, dit qu'il y
a trop ou pa assez de cheveux;
qu'elle est trop longue ou trop
courre, trop ou pas assez frisée;
trop noire ou trop blondequ'elle
a bon ou mauvais air;
Il s'informe du nom du Perruquier,
s'it a granddébitou non
en unmot la pluspartdu temps
leurs Perruques fervent d'unique
matiere à leurs entretiens,.
& leur plus ordinaire occupation
est de consulter leur Miroir
le peigne à la main. C'est sansdoutedeceux
làque Seneque
se moquedisant qu'ils aimeroient
mieuxque l'Empire Roumain
fust en desordre qu'un
seul de leurscheveux fusthors
desa place,
Mais ce qui doit acheverde
nous donner le dernier mépris
pour les cheveux, est que nous
voyons quela. cheveluren'est.
jamais,
jamais plus belle &. plusépaisse
que quand l'interieur delateste
estvuide de sens &de science;
car les cheveux tombent à l'âge
qu'on aquiertdel'expérience&
de l'habileté,de maniéré qu'il
semble quela prudence foit naturellement
incompatible avec
la belle chevelure.
Joignez à cela que lesche.
a yant de lon gs cheveux & de
longues barbes qu'ils avoient
-
laissé croistre dans la veuë de
se rendre plus terribles, & les
Persanss'estant r'assurez contre
cevain épouvantail les saisissoient
tantost aux cheveux,
tantost à la barbe, & les tuoient
fort facilement apres les avoir
renversez parterre. L'Histoire
dit que le carnage devint si
grand parce moyen,qu'Alexan.
dre honteux de sa défaite, estoit
sur le point de prendre la fuite,
& de se retirer dans la Cilicie,
& quemefmefes propres Trou.
pes commençoient à le tourneren
ridicule, pouravoirdonné
occasion à la Victoire des
Persans par l'affectation de
nourrir de longs cheveux, si
-- ayant fait lonner fort à propos la
cecraiccjt] ne le fust avisé de faire
raser ses Soldats par un grand
nombre de Barbiers qu'il dispersadans
son Camp ce qui fie
un si bon effet, que leCombat
ayantestéengage denouveau.
Les Macédoniens sur qui les
Persans navoient plus de prise.
réparerent leur perte avec
avantage.
, Avicenne,fameux Médecin,
• ditsçavoir parexpérience qu'en
se faisantcouper les cheveuxon
en voit plus clair,parce qu'ils
attirent& consument les va-*
peurs fuligineuses qui obscurcissentlaveuë.
La mesmeexpérience
fait connoistre qu'on
doitsefaireraser les.c heveux de
fort pres, d'autant que parce
moyen on évite de notables incommoditez
& quelquefois des
maladies. Celse est d'avis que
ceux qui sont sujets à la migraine,
usent de ce remede, faisant
entendre qu'il est fpecisîque&
souverain. Les Femmes
deSycionie sefaisoient couper
entierement les cheveux, & les
consacroientàHygiaFilled'Esculape,
c'est à dire, à la Santé,
Aristoteafin desemieux porter,
se faisoit raser le sommer de la
teste,&du temps de Galien les
Medecins ne nourrissoient point
de cheveux, estimant qu'ils
estoient nuisibles à la santé.
PlusieursNations se rasent entierement
les cheveux dans la
pensée qu'ilssont inutiles, &
qu'ils peuvent plutost nuire que
servir. On pourroitenraporter
un grand nombre d'Exemples
étrangers,mais on croit qu'il
vautmieux n'en citerquedefamiliers
& qui nous sont comme
domestiques. Il paroist par les
Médailles,& par les Portraits
qui restent du plus ancien de nos
Rois, qu'il n'en laissoit point
voir, ou fort peu. Chereberr,
Childeric II. Theodoric I. &
Theodoric II. Charles le Chauve,
Eude, Loüis d'Outremer,
Philippe I. Loüis le Jeune,
Charles le Bel, Jean, François
I. Charles IX. HenryIII.&
Henry IV. les faisoient couper
de fort pres. Philipe le Bon,
Duc de Bourgogne, fit unEdit
en 1460. par lequel il ordonna
à ses Courtisans de se raser les
cheveux; & cette nouvelle
mode qui pour lork parut bizarre
& ridicule dans son commencement
,
devint generale
peu de temps apres, non seulementen
Flandre, maispar toute
l'Europe. On regarde avec
horreur une Comette, parce
qu'elle est cheveluë, & l'on
croit communément que la chevelure
de ce funeste Meteore
marque lamalignité de ses influences.
Delàvientqu'ayant
paru un de ces Feux. étranges
qui sembloit présager la mort
de Vespasien, cet Empereurdit
agreablement qu'une telle menace
n'estoit pas pour luy, mais,
pour le Roy des Parthes qui
portoit une longue chevelure.
Les Sauvagesqui en ce qui regarde
l'esprit ne font que des
demy-Hommes, ont des cheveux
fort longs & font presque
entierement couverts de poil,
à peu-pres comme les Bestes
brutes.
Paimy lesChiens de chasse,
ceux là sont ordinairement les
meilleurs (au sentiment des
Chasseurs) qui font le moins
chargez de poil, au lieu que
ceux qui en ont beaucoup sont
étonnez
,
étourdis, & peu propresà
la chasse. Ovide faisant
le Portrait du monstrueux Polypheme,
dit qu'une longue &
épaisse chevelure luy cachoit
une partie de son affreuxvisage,
& luy battoirsur les épaules.
Enfin les Demons dont il est
parlé dans l'Apocalypse fous
la forme de Sauterelles,sont dépeints
avec de longs cheveux,
comme s'ils en estoient plus
laids& plus terribles.
Quantà ce qu'on dit,que la
jeune Femme que le Vieillard
veut repudier,a les cheveux
roux, c'est pldroll: un avantage
qu'un défaut, car plus leschoses
aprochent de leur premiere
nature, plusellessont parfaites.
Or le premier Homme estoit
rClx, ( & c'est par cette raison
qu'il futnommé Adam,qui en
Hebreu signifie roux) & la terre
dontil fut formé estoitde couleur
rousse. L'Ecriture parlant
deDavid,dit qu'ilavoit le visage
beau & qu'il estoit roux, ce
qui montre que la couleur
roussen'est pas contraire à la
beauté. La mesme Ecriture
semble en plusieurs endroits ne
faire aucune difference entre la
couleur blanche £cla rousse.
Ienesçay sice n'est point parce
que les roux sont d'ordinaire
fort blancs. Il est visible que les
Astres & le plus precieux des
Metaux,sont roux,ou peu s'ea
faut. Les anciens Gaulois aimoient
les Personnes rousses, &
aujourd'uy les Italiens les aiment&
les préferent aux autres.
Parmy les Orientaux & quelques
autres Peuples, la couleur
rousse a l'avantage sur lesautres
couleurs. Ainsi on peut conclure
par toutes ces raisons, que
le Vieillard quiveut abandonner
sa Femme parce qu'elle est
rousse, estun peu trop délicat,
&. qu'en tout cas il y a lieu de
faire ~compensation des cheveux
roux de sa Femmeavec lavieillesse,
quiest une maladiecontinuelle
& incurable,
On doit répondre pour le Vieillard,
& je ne doute point, Madame,
que vous nevousfaffiezjin
plaisir de voir les raisons dont on
seservira pourdemanderla rupture.
du Mariage. Les trois Sonnets
qui suiventsont une imitation de
trois autres de Petrarque
,
dont
les premiersVersvous sont marquez.
Air Chaluet Avocat à
Marseille en estl'Autheur. ila
beaucoup detalent pourla P()(ieJ
doit donner au Public avant
qu'il soit peu, la Traduction de
ce quinous reste desoeuvres de Petfllnt.
Imitation du Sonner de Pétrarque,
qui conmence,Asprè
cuore e (l'JvaIl:) e cruda vo-
,
glta,efe. .::>
SONNET,
- D1"" "ïifageJt beau le trompeuse
douceur
Cache auxyeuxd*un Amantune ame Jiftr"uche!
Si de quelquepitié ma peine nela
tQUchÇy
Mes dep'oiiittes,Irû, yous qeront peu
d'honneur.
Les larmes danslesyeux, & l'ennuy
dans le coeur.
2datsquand ilmesouvient qu'une
goûte impuissante
Peut caver les Rochers par sa chute
frequente,
Alors de quelque espoir mon ejfirit est
ifaté.
Lecoeurd'Irisestdur, mais lelong
cours des larmes
?efJt amolir enjilz toutesa duretés
Iln'est rien qui necede à desidouces
armes.
Imitation du Sonnet de Perrarque,
qui commence, Amor
che vedi ogni pensieroaperto&
Sonnet Libre. TOy qui n'ignores pas le secret de
moname,
2STy le rude cheminpar où tu me coduis;
Amour, jette lesyeux ou tu portes ta
flâme,
Jroy lefondde mon coeur que tu remplis
d'ennuis.
Sijecejjed'aimer, je doy cesser de
vivre:
Mais helasl que l'onsouffre a courir
après toy!
Tusçais queje naypas des aifiespouf
tejÙi--rrej
Ne veux-tu pas avoir quelque pitié
de moy?
jibl ne me prtffi plus;de loinje la
voyluire
Cette doucelumiere ou tu yeux me
conduire.
Pour me faire trouver un g orieux
trepas.
Laifjfe mon trAcirur, &souffrequil
"(.sir, 1
le me croy trop ¡'rl/reIlS,silors quese
foApire, (ElU.
Cellepour qui je meurs ne s'en offence
Imitation du Sonnet de Pétrarque,
qui commence, S'amor
non è, ch'è Antique quel ch'i
sente?
Sonnet Libre. s1 ce nejlpas amo er,qu'est ce donc
que sefins/'
Jdatsjtc'estoit IImollr,'])ÙNx! quelle
ejifa, ndtUrC?
Si c'ezstun mal^ d'oùvientce quifiate
messens?
Si cejl un bien, d'où "vient lapeine
queln"ur?
Tottrquêy verserdespleurs,pousser
desJoÂpirSy
Si lefiN dont je brûle a pour moy tant
de clJdrmesl
Et s'ilestsicontraireà mes libresdesirs,
Dequoypeuventservirlessoupirs &
les ktrmesl
Toison délicieux! agreable tourment!
As. fitlecoeurdu»
Amant,
Quandmspne il ne veutpas consentir
Àstpeine?
Etsi mon trisse coeur de mille maux
a teint,
Yconsent ensecret lors mesmequils'en
plaint, - Que je le trouve injuste, (jp quesa
plainte efiyaine.
Voicyd'autres pièces qui portent
leur recommandation par
elles-mesmes,j ainjt je ne vous dis
rien à leur avantage.
LE BERGER HEUREUX,
Preféré à son Rival par saMaistresse,
à ses yeux mesmes. ADieus Traîne,adieu, puis que
VingrateAnnette
Ne veutplus écouter mes chants, ny ma
Alufette;
Adieu,je yaisaiUeun conduire mes
MoutonJ.,
Tu ne les verrasplus dancer sur tes
gA'Z°ns,
JSlypaijtre ton herbette.
C'estainsique Tirjîsfeplaignait l'autre
jour
Au bordde ces Fontaines.
Sa Voixfkifoit redireaux Echos d'alentour
Le sujet defispeines.
Tandis que la Beriere itffift auprès de
moy,
Recevant mon coeur (jr mafoy,
Estoitinsensible àsesplaintes,
et voyoit sans pitiéses mortelles atteintes.
Ah!quelplaisir de -voirlonTivdl malheureux>
FI¡J'estre aiméde sa Maistresse!
lefus prestd'expirer de joye tjr de
tendresse
Quand Tircis de douleur expiroit à
mesyeux.
Ah qu'il est doux d'aimer, &J'ejlr
seul heuyreux!
ELEGIE.
Q¡Ttlf"ifl"préfltge attarme ma
franchise
Et mepréditdes maux que ma crainte
auiorife?
Nosens ont-ils jurédeperdre ma
raison?
Trament-ils en secret quelque autre
tra '.f'm,
Et mon coeur à grandpeine Ú/.,¡tpédu
naufrage?
Yeït-/l tenter encorla tempeste &
rorag;?
Funestessouvenirs de mes derniersmalheurs,
POKtf qui m'lI'Pet coul7é tant d'inutiles
pleurs,
7^fies maléfiame mourante>
*jfanime^promptementfill ardeur lan.
guijfdnte,
Et nep:rmett{p) de vostre honneur
jaloux,
Que d'autres dans mon coeur soient
finsputj'jansqueyous.
Et voussuperbe Iris, a qui tout rend
les armes,
Ne defendrevouspointlagloire de
vos charmer,
Et me permettre-vousd'offrir en
d'autres lieux
Vn Encens que l'Amourdestinoitpour
yosyeux?
J^"erre^~yous}/ans rougir de dépit Cg>,
de bonte,
Qu'unefiere loyale ",,¡ollri/'bU) Yow
surmante.
Et qu'un Coeur des longtemps captif
dansVos liens,
Enfortemalgrévous,pour entrer dans
les /:èns'?
2Zont non, je ne veuxpoint estre tout
infidelle,
Mdtsfotiffreç que mon coeurse partage
a-vec elle.
J'OuifreZ,fdws écouterunsentiment
jaloux,
cQue je brûlepourelle ensoûpirantpour
vous,
Et quepoursatisfaire à l'unetutdnt
qu'à l'autre,
J'entredans saprison sanssortir delà
vostre.
Mllú que dois-je esperer de deux ja-
'{Ott. Vainqueurs,
Tour desfOins¡Dttlge'{, que dejustes
rigueurs?
Fixeplutost,mon (}oeil/', tonpanchant
qui chancelley
Ousois tout inconstant, ou biensois tout
fidellé,
Et pour nepointsubir d'infaillibles
méprit,
N'aime rien que elimene, ou n'tllim
rien qnIrist
Entre ces dtux Beiutez d'une égale
puijfancey
Amour, dis-moypour qui doitpancher
la balance,
Etdes deuxsentimens qui partagent
mon coeur,
Déterminé celuy qui doit estre Vainqueur.
L'une(jr L'autre à mesyeuxparoist
pleine de charmes,
le me sensattaqué par de pareilles
armes.
Et mon coeuràse rendre aurait moins
Attendu,
Si parses Ennemis il riejfoit dij:ndN.
Iris le retiendraitsans effort &sans
peine,
S'il estoit moins fenjtbie aux attraits
de Climene
Et Climnc àson tour l'auroit bientost
surpris,
S'il n'estoitprevenupour les charmes,
d*Iris.
Heureuxsije pourvois étouffer dans
mon ame
La naijpince & lAji de çstU douBlt
jlame,
Combatre unfeuparL'autre>(jp travaillersi
bien,
Que Voulant trop aimer, je naimajje
plus rien.
A MONSIEUR D. M.
sous
LE NOM DE PHILANDRE.
~JAy à vous donner avis, Monsieur
,
d'uneaffaire qui vous
concerne aussi bien que moy.
Ce matin auplusfrais dujour
l'estoisdedans le Luxembourg
Assissoutunsombrefeüillage,
XJN petit 7(.oJJLgllo! écoutant le rdmdeee
Quand du milieud'un Tre tout
e'maiUe' de fleurs,
Que l'Aurore venait de moüiller
- desespleurs,
Vn Zéphir eftlenuparestre,
Etfaisant trois bonds alentour,
M'afortcivilementsouhaitéle bonjour
De lapart du PrintempssonMaistre:
Il estoit chargé dyunTaquet
QJLen mes mainsildevoit remettre,
Oùfay trouvéce mot de Lettre
"PAttédll Plessis-Picquet.
LETTRE DU PRINTEMPS,
iSÎux illustres Chevaliers des PIAifirs,
Alcidon, Alcipe &Philandre. I Lya plusdequinzejoursque
les Plaisirs vous attendent,
IllustresChevaliers.Ilssesont
rendus icy par mon ordre pour
vous y recevoir avec plus de
magnisicence. Ma Cour est
plus belle qu'elle n'a jamais esté,
& l'esperance de vous y posse.
der bien-tost ya tant attiré de
jeux, de graces & de charmes,
que vous y trouverez un second
Siecle d'or. Pour moy sans vanité
j'ayfaittoutceque je pouvois
faire, puis que malgré les
avantages que j'avoissur l'Hyver&
l'EstémesperpetuelsEnnemis,
j'ay bien voulu accorder
treve à l'un & àl'autre pour
l'amour de vous, de crainte que
pendant le sejour que vous ferez
en ces lieux, ils ne troublassentparquelque
acte d'hostilité
vostre repos, & les douceurs
dont je prétens vous régaler;
ainsi vous n'aurez point
à redouter ny le froid du matin,
ny la trop grande chaleur du
Midy. Flore s'y est aussi assez
bien employée de son cossé.
Vous ne verrez icy que de ses
Ouvrages.
ouvrages:tout mon Palais est
tendu de riches Tapissseries de
Tulipes,d'Anemones,deNarcisses
,
de Couronnes Impériales,
& de tout ce qui est jamais
party de plus beau de ses
sçavantes, mains. Le mois de
May arrivera Mardy sans faute,
accompagné de ses plus beaux
jours pour rendre la Feste plus
celebre. Le pauvre Avril vous
sçait fort mauvaisgréden'estre
pasventiscorr-mt vous luy aviez
promis pendantqu'il estoitde
quartier; mais ce sera, je vous
assure, le seul mécontent que
vous ferez. Du Plessis Piquet
le29.Avril,& denostre Regne
le. 1. signé,PRINTEMPS.
Voi la, Monsieur, une Lettre
bien obligeante & bien sa-mi-
Jiere pour venir de la part d'un
grandRoy. Ellem'atellement
surpris d'abord, que quoy que
je sufle bien cerrain de n'eltre
pas def-avoiïé,je n'ay osé rendre
aucune réponce à cet Ambalfadèur,
jel'ay feulement
prié d'assurer sots Maistre de
mes très-humbles refpens. Au
reste je ne vous envoye point
l'original de cette Lettre. Elle
estécrite sur un papier si délicat
& sifin,que je craindrois qu'on
ne larompitenvousla portant.
J'attens à vous la montrer à
nostre premiere veuë, & fuis
vollre tres, &c.
ALCIDON.
,Pour diversifier la matiere, je
fajje,Motdume^MUx nouvelles que
vous me demanJede la Foire de
S. Lautens. Elle esttoujoursceque
vous 1"avey, veuë,c'est à dire un
assemblage de Monstres, de Rarerez
&de Beautez. Les Mons
tres font aux environs des princi-
.Pllies Entrées. On lesyfait venir
.de toutes les Parties du Monde,
,& on peut fitùfaire [a curiojitè
dà-dejfué pour peu de chose. Les
Raretefnt dans les Boutiques,
& la veuë n'en coufie rien. Quant
aux Bfallte, elles se promènent
tous les (oirJ dans la Foire, &
quoy qu on les voye facilement,
<c*eft un plaisir que beaucoup de
Re^ardans achetent quelquefois
bien cher.Parmy les Raretezqui
ily ma nquentpresque jamax
,
il
oSen est veu cette année d'extraordinaires.
Cesont les Porcelaines
que Madame la Duchesse de Cleveland
y a fait vendre. Ily en
avoit d'admirables par leurs figures,
parles choses qui estoient representeesdeffii*,
& par la diversité
de leurs couleurs. Les pires rares
estoient montées ou d'or, ou de vermeildo,
é, & garnies diversement
de la mesme matiere en plusieurs
endroits. Comme on me les avoit
fort vantées, je me bastay de les
aller voir. A peine commençois-je
à c'onsiderer tant de merveilles de
la Nature & de l'Art, quand je
vis entrer une Compagnie de ma
connoissance dans la Boutique où
elles estoient exposées aux Curieux.
Vnfort galant Homme donnoit
la main à unejeune Veuve dont on
ne le cnoit pas hay; & comme la
Dame avoit toujours estimé les
Porcelaines ordinaires, elle fut
charmée de celles de Madame la
Duchesse de Cleveland(j'entens
de celles qui estoient de diverses
couleurs, & dont la figure avoit
quelque chose de particulier.) Elle
n'avoit point sçeu jUfl¡HE-là, qu'il
y eustdesPorcelainesde tant de
couleurs, & elle ne pouvoit comprendre
comment une mesme Personne
avoit amassé un si grand
nombre de Pieces si rares.Le Cavalier
luy fit connoistrequ'il n'y
avoit pas lieu de s'étonner que
Madame de Cleveland eustfait
cet amas en Angleterre, & que
c'estoit l'élite desplus belles Porcelaines
que plusieurs Vaisseauxde
ce Païsy avoient apportées Pe ndant
plusieurs années de to:i* le
lieux où ils avoient accès pour le
Commerce.On les admira tontes
en général
, & chacun parla de
celles qui luy plaisoientdavantage.
La Damefit comme les autres, &
en marqua quelques-unes où elle
trouvoit une plus ag,-eable diversité
de couleurs. On demanda en
fuite s'il falloit dire Pourcelines,
ou porcelaines. Laplûpartfurent
pour ce premier nom. Le Cavalier
qui avoit beaucoup leû, & encor
plus voyagé,soûtint que c'estoit
mal dit; que les Chinoismesmes
n'avoient point d'autre mot que
celu) de Porcelaine, & qu'on l'avoit
trouvé si facile à prononcery
que nous l'avions conservé en
France, quoy qu'il fast purement
Chinois. Il adjoùta que ce mot
estoit si vieux, qu'on ne sçavoit.
pas mesme dans le Païs pourquoy
on l'avoit donné à cette sorte de
terre dont on fait la Porcelaine,
& que la plus commune opinion
tfioit qu'ilavoitquelque raport
avec le nom de celuy qui s'avisa
le premier d'en former des Vasès.
Ce n'estpas la feule chose dont
nous ne connoiffini point l'origine.
La Dame fit une autre Quefiion^
& voulut sçavoir s'il estoit vray
que la Porcelaine eustbesoin d'estre
enterréecent ans pourestreparfaite,
comme beaucoup se le persuadent
en France& en (I/autre; lieux,
en forte que celuy qui luy donnoit
la premiereforme,navoit jamais
la joye de voir son ouvrage dans
son entiere beauté. Le Cavalier
entamoit déja cette matière, quand
plusieurs Personnes de qualité arriverent
dans cette Boutique. La
Conversation change.* par cette
augmentation de Compagnie. On
parla de Paix & de Guerre, &
comme onfit Partie pourlesdivertissemensdela
Foire, la Dame qui
vouloit estre éclaircie sur la Porcelaine
, pria le Cavalier de luy
rendrevisite le lendemain, afin de
résoudresa Question. le fusbien
aise d'entendre ce qu'il diroit, &
me rendis 'chez.. cette aimable Personne
de fortbonneheure. LeCavalier
n'y vint point, mais il en
IlJà galamment, en luy envoyant
les Porcelaines qu'elle avoit préserées
aux autres, avec une Lettre
qui luy apprenoit plus quelle n'avoit
demandé. Elle se défendit de
recevoir lePrésent; mais le Porteur
quiavoitses ordres,n'attendit
point de Reponse, & laissa outre
lesPorcelaines, un Tableau qui
representoit une magnifique Tour. la Dame, après avoir parcouru
la Lettre, ne me permitpasseulement
de la lire, mais d'en prendre
une Copie, que je la priay de me
donner. Elle estoit conçeuë en ces
termes.
A MADAME**
J E vous conjure, Madame, de
ne pas refuser les Porcelaines
que je remarquay hier
qui vous avoient plû. Ce
n'est qu'à cette condition que
je va y satisfaire vostre curiosité,
,
& vous dire tout ce que je scay
des Porcelaines en general.
Comme ellessont devenuës un
meuble quasinecessaire, vous
avezdes Amies qui serontpeutcftre
bien-aises d'apprendre de
vous, dequoy elles parlent
quandelles s'entretiennent de
ce qui fait une partie de l'ornement
des A ppartemens les plus
fomprueux. Ilestcertain quela
plusbelle, c'està dire ce qu'on
appelle veritable Porcelaine,
vienr de la Chine,& que les
Chinois qui en font beaucoup
exprés pour eux, en fontmoins
de bleües que de vertes, de
rouges.& de jaunes.
-
Ce qui est
cause que nous - n'envoyons
presqueen Europe que de cette
premiere couleur, c'est que les
Marchandsqui trafiquent dans
la Chine sçachant que nous préferons
icy lesbleues,n'enchoifissentpresque
jamais d'autres.
Cependant il semble que la
mode d'en a porter de toutes
couleurs soit sur le point de
commencer. On ne peut faire
de Porcelaine à la Chine que
dans une petite étenduë de Païs.
On va prendre la terre donton
la forme dans une autre Province
que celle où elle se fait,
car dans la Province où cette
terre se trouve, il est impossible
d'en faire de bonne, soit
que la qualité des eaux soit
contraire
,
soit que le bois ne
puisse faire un feu assez sec.
La terre dont on se sert pour
cet admirabletravailest maigre,
menuë,&luisante. Àinfi*
Madame, quand vous trouvez
icydes Porcelaines qui n'ont
point cette derniere qualité
dans la mesme perfection que
les autres, vous ne devez point
douter qu'elles n'ayentesté refaites.
Envoicy laraison, Quand
la Porcelaine est ca ssée, on en
broye & pile les morceaux, &
cesmorceaux ainsi broyez, fervent
à en fairede nouvelles qui
n'ont plus l.¿clr&la beauté des
premieres. Comme lescouleurs
qu'on y metnesontautrechose
qu'une peinture, vous jugez
bien que les rou ges, les vertes,
&les jaunes, ne doivent pas estre
plus rares que les bleuës.
Cependant il est tres vray que
la Porcelaine est fort difficile
à faire, & que le secret n'en est
pas sçeu de tous les Chinois.
Cette Science les rend extrémement
fiers, & qui en feroit
part à d'autres qu'àses Heritiers,
seroit efiÍlné tres criminel
parmy eux. La terre dont on
fait les Porcelaines, se prépare
dediférenres manieres. Les uns
en font dés qu'ils la reçoivent,
& les autres tour au contraire
la font secher jusqu'à ce qu'elle
soitdure comme un caillou. Ils
la broyent, & pilent en suite
dans des Mortiers ou Moulins,
lapétrissent avec de l'eau;&en
forment des Vases qu'ils exposent
longtemps au vent & au
Soleil, avant que d'y mettre la
derniere main. Apres qu'ilssont
bien fechez, on les metdans des
Fourneaux à bois, qu'on bouche
avec loin, & où l'on entretient
le f u p.ndanr quinze
jours. On les y laisse encore le
mesme espace de temps, afin
qu'estant refroidis lentement,
ils soient moins sujets à se caffer,
car l'expérience a fait voir
que lors qu'on les a tirez tout
rouges hors du feu, ils a voient
autant de fragilité que le verre.
Ce feu doitestre de bois sec &
clair, autrement lafuméegâte.
roit rour. Lestrentejoursestant
expirez,l'Intendant deceMestier
vient deboucher les Fourneaux,
& en tire le cinquiéme
V.dl' pour l'Empereur. Avoüz
Madame, vous quiaimez la Porcelaine
autant que vous faites,
que vous ne sçauriez lire cet
endroit sans souhaiter de vous
voir Reyne de la Chine, afin
d'estre maistresse iotie si grande
quantitédeVases exquis. La
bonne Porcelaine a toutes les
merveilleuses qualitez que vous
sçavez qu'on luyattribuë. Elle
endure le feu des viandes chaudes,
& ce feu ne la fend jamais.
Elle se rejoint si aisement,&la
matiere en est siunie, qu'estant
cassée, elle retienc l'eau, pourveu
seulement qu'on enlie les
morceaux avec un fil d'archal.
Croirez- vous apres cela ce
qu'on vous a voulu persuader,
& que beaucoup de Gens
croyent encor aujourd'huy, que
la Porcelaine ne le fait que de
callesd'oeufs, ou de coquilles
de Mer pilées, * dont la poudre
se garde en masse cent ansdans
la terre avant qu'on en forme
les Vases quenous voyons?
Quoy que la Porcelaine se fasse
à la Chine, vous pouvez connoistre
apres tout ce que je
viens de vous expliquer, qu'elle
n'y est pas si commune. Cependant
il y a un Bastiment en ce
Païs-là tout de Porcelaine, qui
passeroit icy. pour une Merveille,&
qui cousteroit des
sommes immenses, quand il ne
seroit basty que de nos-Pierres,
& mesme sur le bord de nos
Carrieres. C'estuneTourque
je vous prie de considerer dans
le Tableau que je vous envoye.
-
Elle peut passer pour la huitième
Merveille du Monde, &
passeroit peut-estre pourla première
, si elle avoit l'avantage
TOVR
DE
PORCELAINE


de l'Antiquité. Comme elleest
entièrement de ce qu'onappelle
icy veritable Porcelaine,
le prix n'en pourroit estre
estimé, si elle estoit ailleurs
que dans le Païs. Elle paroist
toute d'une piece, tant chaque
morceau en est bien joint.
Cette Tour a neuf Etages
voûtez, & chaque Etage une
Gallerie à balustrades qui regne
tout autour, & dont l'ouvrage
est si merveilleux, qu'il
n'est pas possible, d'en exprimer
la beauté. Les Fenestres
de cette Tour font rondes,
& entre chacuneil y a de petites
Ouvertures quarrées qui
sont plus élevées que ces Fenefstres.
Ces Ouvertures font fermées
comme desJalousies,d'unematiere
qui ressembleà de l'argent.
Toutes les Porcelaines qui
forment cette Tour, font verres,
rouges,&jaunes. Il n'y en a.
que tres- peu de bleues. Quand
elles font frapées du Soleil, le
luisant qu'elles ont par ellesmesmes
rend un éclat siébloüissant,
que les yeux ne le sçauroient
soûtenir. Joignez à cela
le brillant des Balustres, despetites
Fenêtres dont je vous
viens de parler, & de neuf toits,
verts qui sontaudessus de chaque
Gallerie, & que le Verny
rend luisans.Huit Solivaux
dorez & travaillez admirablement,
forcent dechaque toit
d'un espace égal, de maniere
que chaque toitestpartage en
huit pans. Au bouc de chaque
Solivau pendune petiteCloche
de cuivre attachée à une chaîne
d'or. Le vent fait quelquefois
sonner toutes ces Cloches ensemble,
& elles ont une si agréable
varieté dans leur son, que le
plus mélancolique en est diverty.
La pointe de cetteTourest
ornée d'une Pomme de Pin d'or
d'une grosseur proportionnée à
tout l'Ouvrage. Ilyaplusieurs
Cercles d'or au dessous,qui entourent
une maniere de Baston
de mesme métal, sur le bout
duquel est la Pomme de Pin.
plusieurs Chaînes d'or pendent
des premières feuilles de cette
Pomme, &retombentjusques
sur les bouts des Solivaux qui
faillent de la voûte du dernier
Etage, & ausquelles pendent
les Cloches de cette derniere
voûte. J'oubliois à vous dire
que le pied de cette Tour est
environné d'une Terrasse fort
large. Une Balustradela borde,
& regne aux collez des degrez
par lesquels on monte sur cette
Terrasse. On entre dans la Tour
par vingt-quatre Portes rondes,
au dessus desquelles est un toit
de la maniere de ceux, donc je
vous aydéja parlé, mais beaucoup
plus grand. Je ne vous dis
rien de ce qui se voit sur tout
cet Ouvrage,puis quevous pouvez
distinguer plusieurs Figures
dans leDessein que je vous envoye.
Il y a pres de huit cens
ans que les Tartaresayant envahy
le Royaume de la Chine,
obligèrent ceux du Païs de dresser
cette Tour comme un Monument
de leurs Victoires.
Il fera peut-estre peu galant
de finir ma Lettre, sans vous
parler de ce qui me tient plus
au coeur que la Porcelaine;
mais, Madame
,
si ce que je
vous auray appris sur cette matierene
vous occupe pas toutà
fait l'Esprit
,
j'espere que
vous voudrez bien entendre
dans toute sa force, la sincere
protestation que je fais d'estre
tant que je vivray ,
vostre
très, &c.
,
Apres la lecture decetteLettre,
vous éxaminâmes, la Dame &
moy, le Tableau de cette Tour.
Comme le Coloris y estoit, rien ne
parut si beau àmes yeux,lerésolus
aussi-tost de la faire graver
pour vous. le l'ay fait,le vous
l'envoye. Regardez-laàloisir, &
representez-vous les 6eautc"',-que le
Coloris y ajoûte, ou plûtost jug,e'(
de celles de la Tour mesme telle
qu'elle est dans la Chine. le tâcheray
de vous envoyer souvent
des choses aufjt curieuses.
le reviens aux Ouvrages d'esprit.
L'Ode Bachique que vous
allezvoirsera pourvos Amis de
bon goust. Elleestdesaison. Nous
sommes dans le plusfort des Ven*
danges.
ODE BACHIQUE.
DAmon,c'est une folie
rDese tourmentersifort.
Pendant le cours de la vie,
Du renom quisuit la mort.
Quelque avantagequ'on tire
Des Biens (7'" de la Grandeur,
Ont-ilsjamais pû suffire
Augouffre de nostre coeur,"
QueduGangejufpiau Tage
Un chacun nous rend hc)m;ijdge;
Que l'Amoursuive nos pas,
Cette gloire estimportune,
Siparmy tant defortune
Nous ne nouspossedonspas.
Renfermons-nousdsta Chambres
Là danslesein du repos,
EtflnJ!"si""itl maigréDécembre,
Nous pouvons vuider les Pots.
C'estparleVin qu'uneannée
Dure moins su-unejournéei
Il annoblit nos desirs,
Et c'est dans, cette Fontaine
Que l'on recouvrefltnspÛn
Lajeuflejft & lesplaisirs.
unajfaméTaraftte
D'un dirsoûmis cg- content,
Vienne affronterma Marmite,
Et s'en raille en me quittants
^uun autre Sauvage en 73efle
Contre toy gronde&tempeste,
Tourquoy s'en mettre en couroux?
Reputetons-nous injure
Un pur esset de Arattere,
Dont la cause est hors de nou.sl"
Buvons.
fuyons, & de leurfoiblesse
Ne nous inquiétons pa*.
C'estavoirpeudesagesse,
Que devouloirplaireaux Fats,
La Pierre Philosophale,
Et l'iltmitiégenérAle,
Tramperonttoujours nosyaruxf
Etje nesçay point de voye,
Loin du Vin <~' delajoye,
Quipu'JJenousrendre heureux.
Me'nageonsl*âge quipajfîy
M'enperdonspas unmoment.
L'on ne vuide point de Tltffi
Dans le sombre Monument.
Ilttejl point là de memoire
Des Xicheres, de la Gloire,
Des bons Mots, ny des Feinq,
Et pour revoir la lumiere,
Il n'estplainte ny priere
QuiflécbifTe les Destins.
A quoy bon ces soinsextr/m

LA RESERVEE- vOstre coeur, belle Iris, ejl.ilstprctieux,
Quejamais l'amourne le touche?
Et s'il ne daigne foi s'expliquerfat
la bouche,
Quefontlesbrittansdanslesyeux?
'Ah ne medites pointtantdesibelles
choses,
Irisy tr-é-red'esprit, le coeuren estjaloux;
DesHittets oùjevoislesfleuretesécloses
Me donnentfltlffOll entre nous; Ilfaut à vos discours desglosescomme
au Code. raimerois cent fois mieux,sansfaçon
FRJney méthode,
vous aime tendre&doux
L/AMOVR
POETE,
R O NDEAU. FAiredes Vers riejtpas chosefacile,
Etc'està tonnelle&jeuneAmarille,
Que yous "'olllc{ qu'on ftJfê à tout
moment
Quelque Tocme agreable(y*charmant,
Comme cust pûfaire Horace, ou bien
Virgile.
Ce meseroit unepeine inutile,
Etjeperdroisbientost le jugement,
Si je vouloissurvostreéloignement
Faire des Vers.
Mais en "'Oi/d) ce mesemble, unfragment;
*Pbèbusfians
-
doute aujourd'huy me
dément.
jihl jesens bien qu'uneflamesubtile
Pourvos beauxyeux rend ma veine
fertile,
Etque l'onpeut,désquel'on eftjimaty
Faire des Vers.
L'AMANT
INDIFERENT,
MADRIGAL.
SI/lloú
un peu délicat
Surleplaisir d'aimer,&d'eflre aimé
demefine,
le me plaindrons avec éclat
7)u jeune Aîarquis qui vousaime,
Etdontvousfaites tant d'état.
Alaisyouspovye-^raimer, inconstante
"'po/lige,
Je rienferay jamais Jaloux,
Etjesouffriraysans couroux
&ueVousluy/àjjie^bonVisage.
JvLtrque^-luymilleemprejjfèmens,
Accable^le de vos carejfts,
Vous aure^belle Iris, ungrandnombre, d'Amans,
lut -4y Siyousen A)1e'{ plus 1111 je riay de
Mllftrejfis.
LETTRE IX.
D'auprèsdeS.Maivent
en Toitoit.
~I L faut, Monsieur, que je
vous apprenne ce que j'ay
pensé de l'origine des Mouches.
Il n'y a personne qui n'ait oüy
parler des Pygmées, & de la
guerre qu'ils ont euë long-,
temps contre les Gruës;mais
on ne fait peut-estre pas ce
qui a esté la cause ec leur entiere
ruine. En voicy l'Histoire.
Ce Peuple estoit fort adonné
à l'Amour, & relevoit uniquement
de son empire; mais les
Hommes en estoient insuportablement
jaloux&médifans, &
les Femmes extrêmement coquettes.
Ainsi l'on ne voyoit
tous les jours que querelles entre
les uns & les autres, & les
Amans (quile pourroit croire?)
en venoient quelquefois jusqu'à
tirer l'épée contre leurs
Maistresses apres les avoir accablées
d'injures; mais ny les
injures, ny les coups, ne pouvoient
changer leur humeur
volage. Elles faisoient leur unique
felicité de plaire à tous
ceux quiles voyoient, & ne ne- gligeantriendetout ce qui leur
pouvoitattirer une grande foule
d'adorateurs, elles irrirerent
tellement leurs Jaloux,
qu'ilsperdirent enfin toute patience.
Ils ne se contentement
pas detraiter ces Malheureuses
de la maniere la plus indigne.
Ils s'assemblerent un jour,& refolurent
deles exterminer toutes.
Ceteffroyabledesseins'executa
peu de temps apres, & le
sangdubeau-Sexe de cette Nation
sur cruellement répandu.
L'Amourayant appris cette
desolation, en sentit une si vive
douleur, qu'ileust volontiers renoncé
à sa qualité d'I mmortel,
pour trouver la fin de son déplaisirdans
la mort; mais comme
il ne luyestoit point permis
de mourir, il chercha au moins
à se vanger de ces Scelerats.
Comme ils relevoient de luy, il
les fit tous comparoistre aux
pieds de son Tribunal, &: les
ayant regardez avec des yeux
redoutables& pleins defureur;
Miserables, leur dit-il, quel
crime avez-vous commis, &
quels tourmens peut-on inventer
quine soient moindres que
ceux que vous méritez > Vous
mourrez, Barbares, & de la
maniere la plus douloureuse,
car vous ferez découpez en
mille & mille morceaux,& la
couleur de charbon que vous
prendrez, rendra un eternel témoignage
de la noirceur de
vostreame. Lebeau Sexe aura
desormais une puissance absoluë
sur vous. Vous porterez
toûjours le nomd'Assassins, &
il n'y aura que vos Enfans qui
doivent périravec vous, à qui il
en fera donné un moins odieux,
parce qu'ils sont moins criminels.
Si.tost que l'Amour eut
achevé de parler, les Corps de
tous ces petits Hommes seseparerent
d'euxmesmes en mille
morceaux, & l'on ne vit plus
autour de luy que de grands
monceaux de Mouches detoutes
figures & de toures sortes
de grandeur. Les Graces eurentsoinde
lesfaireporter dans
les Magazins de ce Roy des
Coeurs, pour les distribuer en
fuite aux Dames, principalementaux
Belles, aux jeunes,
àcelles quiontdela qualité.
Depuis ce temps-là on n'a
point veude Pigmées; mais la
vangeance que l'Amour prit
alors de cette cruelle Nation,
devroit eftreuneleçon profitable
à nos Jaloux d'aujourd'huy
Ils peuvent connoistre par là
que ce Dieu ne trouve pas bon
qu'ils s'ecabliflenc en Argus
pour veiller incessamment sur
toutes les actions des Damey,
&qu'il traite decrime la défiancequ'ils
ont de leurvertu,qui
n'est jamais plus forte que lors
qu'elle agit librement. S'ils eftoient
sages,ilsnesemesseroient
point d'en vouloir partager la
gloire avec elles, & ils seroient
persuadez que la bonté de leur
coeur reglera toûjours mieux
leur conduite que la crainte qu'
elles pourroiêtavoir de l'injuste
éclat de leurjalousie. A-t-on veu
quelqu'un qui se soit repenty de
garder trop d'honnesteté?Celle
du Prince de Clevesaugmenta
la vertu de sa Femme, & l'estime
qu'elle conferva pour luy
toute sa vie, triompha de l'amour
queluy avoitfait prendre
le Ducde Nemours. Ilestmalaisé
de résoudre si elle fit bien
ou mal, en déclarant cet amour
à son Mary. Les fuites en pouroient
estre fort dangereures;
mais que dis je ? C'est en cela
mesmequ'elle fit paroistre que
son courage estoit invincible,
car elle voulut se soûtenir à
quelque prix que ce fust. Je
suis, Monsieur, vostretreshumble,
&c. 1 DE LA SEGUINIERE,
POIGNAND.
vLETTRE X. VOussçaurez parcette Lettre,
Monsieur, que vostre
Mercure s'acquiteparfaitement
bien de son devoir selon vos intentions,
c'est à dire qu'il parvient
régulierement jusqu'aux
extrémitez dela France, pour
nous faire part.de vos galantes
nouveautez. Si j'en demeurois
là, il n'y auroit rien d'extraordinaireàvous
aprendre. Vous
fçaurez donc que cette extrémité
dont je vous veux parler,
est une Province où sans le secours
d'autruy,on ne peut ayoit
aucun commerce, parladifficulté
qu'il y a d'en entendre
la Langue.Vous en ferez assez
persuadé, quand je vous auray
dit que nostre Païs est la Basse
Bretagne. LeMercureGalant
a besoin d'estre Mercure pour y
reüssir aussi-bien qu'il fait. En
effet, il peut vous assurer que
quoy que le Bas Brétonait la
réputation parmy les Etrangers
d'estre le langage des Démons,
il peutestre le langage des honnestes
Gens, puis que le Dieu
d'amour s'en sert. Il peut vous
certifier encor qu'il y a autant
depolitesse en ce Païs-cy qu'en
pas-un autre lieu, & qu'il disputera
engalanterie contre tous
les autres. Afin que vous soyez
persuadé de ce que je vous dis,
je vous fais part des Explications
que l'on a données icy à
vos Enigmes du Mois de Juin,
en attendant quelques traits de
l'Amour Bas Breton. Mercure
à qui toutes les Langues sont familieres,
aura le temps durant
le voyage de cette Lettre, de la
traduire en François, pour vous
la rendre intelligible.
LE CHAT de /'JjledeBa*
en Leon.
Il faut vous avertir, Madame,
quec'estaunom du DieuMercure
,
qu'on m'a envoyélaLettsuivante.
Sa lecture vous p arroit
embarasser,sivous ne sings^at
que c'est luyqui parle.
LETTRE XI.
SI je fuis jaloux de vos Ensans,
cen'est pas sans raison.
Je n'entens parler que d'eux.
Ce font des Mercures à bonne
fortune, &je ne fuis plus qu'un
Misérable abandonné de tout
Je monde. Autrefois les plus
belles Princesses de la Grece,
si l'on en croit Messieurs les
poëtesde l'Antiquité,m'accordoient
des faveurs plus que je
n'en voulois. Enfin tout s'empressoitàme
plaire. Maishelas!
cet heureux temps n'est plus,
Si la Servante d'Alcmene que
je ne voulois pas feulement regarder
lors que Jupiter mon
Pere estoit avec sa Maistresse,
revenoit à present au monde,
elle me dédaigneroit, & n'auroit
des yeux que pour ces heureuxEnfans
à qui vous avez fait
prendre mon nom. Vous leur
donnez cet aitinsinuant qui
plaisttant à cetteauguste Princesse
qui fait son plus grand foin
de l'éducation d'un Prince tout
aimable,je veux dire, Madame
Royale. J'ay oüy sortir de sa
bouche des éloges, qui quoy
que justes, me dormoient un
secret dépit, & je ne regardois
qu'avec des yeux d'envie la faveur
que vostre Mercure Galant
s'est acquise dans sa Cour
aussi-bien qu'en beaucoup d'autres
lieux. Iln-etf pas jusqu'aux
Braves qui soûtiennent si bien
la gloire de la France, qui
n'ayent de l'estime pour luy,
quinelechérissent,&quine
s'empressent à luy témoigner
les justes reconnoissances qu'ils
ont de ses bienfaits. Ils le consi
dérent comme un fidelle Monument
où leur gloire éclatera
dans les Siecles à venir, où leurs
noms vivront en seûreté,& donneront
de l'émulation à leurs
Neveux. Mais je ne confidere
pas que je me détruis moy mesme,
& qu'en voulant faire
une plainte contre vostre Mercure,
je fais son éloge. Voila ce
quec'est. Il gagne le coeur de
ses Rivaux malgré eux-mesmes,
& quelque sujet de dépit que
l'on ait contre luy, on ne peut
luy refuser ce qu'il mérite. Il
faut que je reconnoisse presentement
qu'il est le véritable
Dieu de l'Eloquence, que la
mienne n'est pas d'assez haut
goust pour l'emporter sur ses
Champignons, & qu'ilme fait
la Barbe de toutes façons par
ses Enigmes & par ses agreables
diversitez.Mais enfin, puis
qu'il m'a tant décredité dans
le monde que je n'ose plus y
paroistre seul, je vous prie de
trouver bon que je voyage en
sa compagnie. Je ne l'incommoderay
pas beaucoup, & je
vous assure que j'auray autant
de docilité qu'il le pourra souhaiter.
Vous trouverez un Billet
de Mars, où vous verrez que
les Gens de guerre ne disent pas
beaucoup. Il ne vous ennuyera
pas tant que celuydeMERCURE.
LETTREXII.
vNe Societéde Dames fort
spirituelles, &qui ne vous
ïbnr pas tout-a-fait inconnuës,
-s'est chargée, Monsieur, d'expliquer
les Enigmes en Vers
qui sont dans le Mercure du
•JWois de Juillet. Je n'entre point
en lice avec elles. Je m'attache
uniquement à l'examen de celle ui est en Figure. On a si mal
réüssy dans l'a pplication qu'on
a faite de la plupart des préce
dentes, à la Paix, queje n'oserois
la chercherdans leSerpent
d'Epidaure. Bien des Gens
pourtant sont persuadez qu'on
ne sçauroit trouver un mot qui
convienne mieux à ce qu'il nous
cache. Ce Serpent salutaire
qu'on invite avec tant d'éclar,
que des Ambassadeurs conduisent
en triomphe à Rome, ne
peut, à leur sens,s'ajuster qu'à
cette Paix si necec ssaire aux
Conséderez, qu'on negotie
avec tant d'application, &
que les Ambassadeurs des plus
grands potentats de PHurcpc
emmeneront bientost de Nimegue
, qui estfigurée par la
Ville d'Epidaure. Ces Hommes
abatus & languissans, que
la feule presence du Serpent
peut rétablir, ne peuvent marquer
que les Ennemis de la
France, qu'une Guerre fatale
a absolumentépuisez. Ceux qui
sement des Fleurs à l'approche
d'Esculape, ces Mimes quidancent,
ces Panromimes qui [au."
tent à sa veuë, sont sans-doute
une image de la joye des Peuples,
& du retour des Festes&
des Plaisirs. Cette Explication
m'a paru si naturelle, que j'ay
d'abord crû qu'il estoit impossible
d'y trouver un sens qui fust
aussi juste. Cependant, Monsieur,
le Printemps m'a semblé
dans la fuite ne convenir pas
moins naturellement à cette
Engme, que la Paix. Le Serpent
qui commence à paroistre
dans cette faison en estle symbole
L'Hyver est dans le sens
de quelques Anciens, une malade
de la nature de celles que
le retour du Printemps dissipe,
L'application des Fleurs qu'on
répand devant le Serpent, est
facile à faire. La Dance & les
Postures enjouées dont on folemnise
l'arrivéedesculape,
s'ajustent à tout ce qui paroist
au retour dela belle faison. Les
Oyseaux chantent, la Terre
fleurit, les Bergers s'animent,
l'Amour se réveille; enfin, pour
ainsi dire, l'Univers est enjoye,
la Nature rit.

7).1111 Ifyrver desolant les mortelles rigueurs,
7(A"'lIgent dans nos Champs la verdure
&lesfleurs
IPont les autres Saisons aboientparé
- la Terre.
Les cruels Aquilons qui cbajjèntIci
Ztyhirs)
Nousfiniun? cruelleguerre.
LesOyfiltltx étonnez,Pardefoieler
fo/tpirs
J\<farquent languissamment le mal qui
les accable;
Tourfuir un tempssimtf'e'rable,
L'amoureuxRossignolpasse en d'autres
Climats.
Toutfouffre,toutlanguitsla'Nature
engourdis
Voit desoler tous psappas
Par cette affreuse maladie
guifait r-gnerpar tout la glace CJ" les
frimats.
ZlfautpourlaguérirteSerpentd'Eptdaurs
;
Ç'estlePrintemps,toutchanteà sonretour.
ÙTiUe nouvellesfleurs font lefruit de
l'Amour,
tDel'empre/JeZepbireyde l'aimable
Flore.
Les,Oyseaux réveillez recommencent
leurs chants,
La
La .,rdurpare nos C¡IItmpS,
loignent leur doux murmure aux soûpirs
des Amans.
Dam nosHoisfleuris(j^cbarmans,
LeRossignolvientreprendresaplace.
Par tout à l'ombredesOrmeaux,
Sur lagaye&vertesougere,
LeBerger amoureux danse avecsa
Autendrefin des Chalumeaux.
Les ardeurs du Soleil plus "vhts (J*
plus belles,
^e'yeillent la Nature&l'animent nos
ans,
Tout étile à l'n'\1J mille !,eAllttt nouvelles,
Et tout rit icy basau retour du Trin*
temps.
Voila,Monsieur, tout ce que
j'ay pû déveloper des misteres
de vostre Enigme. le ne me
state pas d'avoir donne dans le
vraysens, aussijene vous en
parle pointaussi positivement
quedela sincerité avec laquelle
je suisvostre, &c.
Le Secretaire des Dames
de Bourg.
LETTRE XIII.
AParis.
vous proposez dans vostre dernier
Extraordinaire, touchant
la declaration que la Princesse
de Cleves fait à son Mary.
Dans toutes les affaires, je
dis toutessans exception,&particuliertment
dans celles où il
yale plus à esperer, &le plus à
craindre, quelque vertueux &
prudent qu'on soit, on ne sçauroit
trop apporter de précautions
pour en regarder les fuites,
& ce n'est que par les bons ou
mauvais évenemens qu'on réüssitou
qu'on manque,qu'on est
approuvé ou blâmé, qu'on
trouve le bien ou le mal, le plaisir
ou la peine. La Question
proposée n'est pas d'une petite
consequence. Il y va de ce
qu'une Femme a de plus cher.
Il y va d'une foy qu'elle a jurée
solemnellement,&qui ne tient
presque à rien.
-
L'honneur du
Mary y est engagé bien avant,
La bonne intelligence de l'un
&de l'autre est en danger.L'u
nion des deux qui jusqu'alors
n'a pas rcçcll la moindre attaque,
est sur le point de se rompre,&
p our comble de malheur,
il faut que ce soit cette mesme
Femme qui declare sa passion
criminelle à celuy qu'elle offence,
qui ne peut que s'en choquer,
en prendre des chagrins,
de la crainte & des déplaisirs.
C'est un Mary qui s'est coûjours
crû possesseur d'un coeur, duquelsi
à peine illuy reste l'ombre,
ce n'est que par une retenuë,
où l'inclination&l'amour
n'ont point de part. Les passionsontdesdegrez
de vigueur,
&leurs feux ontautantdediferences
qu'ils embrasent de diferens
sujets. L'amour conjugalest
un amour de choix. Il a
la liberté des yeux&des mains.
il gouverne ses mouvemens &
ses actions. Ilne fait rien sans
avoir veu & bien consideré
,
&
ne seconduit queparraison. Il
ne nous vient peint par hazard,
& nous ne le prenons qu'avec
dessein prémédité. Nous en
faisons nous-mesmes les chaisnes
plus ou moins fortes.
Il n'en est pas de mesme de
celuy que l'on sent pour un
Amanr. Iln'est point forcé,&
comme il vient insensiblement,
ilest d'inclination. Ilse forme
sans que nous y consentions. Il
frape le coeur sans y estre appellé.
Il s'en rend lemaistrepar
force& sans bruit, & s'attache
à lacomplexion desonsujet.
Le Mary est un Homme éclairé.
Il n'ignore rien de ce
que je viens dedire,&caux premiersmots
decetteconfidence,
je le vois changer de couleur.
Ses yeux s'éteignent, sa parole
se trouble,&àpeine a-t-il compris
ce qu'il vient d'entendre,
qu'il a cent pensées tout à la
fois, qui dans leurtempsnaistront
les unes apres les autres,
& qui feront autant de Bourreaux
pour le faire mourir de
tristesse & de dépit, & pour
faire repentir sa Femme toutà-
loisir de son aveu temeraire.
C'est elle-mesme qui luy donne
toutes les assurances de cette
passion étrangere; &. comme
elle ne peut aimer en deux
endroits,c'est elle-mesme
aussiquiluy persuade que celle
qu'elle avoit pour luy est entiement
ruinée. Il croit que ce
quil'apousséeà luy faire cette
declaration, a esté un mouvement
passager & un motif
d'honneur, par dessus lequel
on passe facilement quand on
est autant épris d'amour que
cette Femme le paroist estre
pour son Amant. Il ne met
point en douteque cet amour
n'augmente d'autant plus qu'il
seratraversé, & que cette retraite
demandée par un moyen
extraordinaire, ne fortifie ce
qu'elle semble vouloir bannir
desoncoeur. Ils'imagineestre
en horreur à ses Amis, & ne
croit plus avoir de part dans
leur estime, non pas mesme dans
celle de sa Femme, qu'autant
qu'elle en voudra faire paroistre
pour appaiser une jalousie
qu'il nepeur vaincre, & qui luy
faittoutoser& toutentreprendre.
Voila, Monsieur, à peu pres
les suites que je prévois devoir
arriver d'une confidence aussi
pernicieuse que celle-là. En
veriré y a-t-il apparence que ce
soit une grande vertu,que d'appeller
un Mary au secours de sa
foiblesse?Dumoins si l'onveut
faire passer cette déclaration
pour vertu, vous m'avoüerez
queceseroitune vertu sans prudence,
& qui pour vouloir trop
prévoir, manqueroit de prévoyance
dans les choses où il
luy feroit le plus avantageux
d'en avoir. C'est dans l'absence
que les passions deviennent
plusemportées. Letemps
qu'ellesontà méditerleur fournit
mille & mille stratagêmes
pour venir à bout de leurs desseins.
QuandcetteFemmegardera
le silence avec son Mary, il
estvrayqu'ellesouffrira,étoufantson
amour sans oser le declarer;
Mais souffrira-t-elle
moins dans l'absence, & f011
ame sera-t-elle moins agitée?
D'une maniere ellevoit sonAmant
des yeux, de l'autre il est
present dans son coeur. Le
voyant, elle luy parle,ne le
voyant pas, elle y pense continuellement,
cherchant dansson
cfprit mille moyens pour rompre
ses fers.
Vous pouvez bien juger
quelle est ma Conclusion. De
quelque maniere que ce soit,
j'ose dire qu'il ne faut que la volonté
de cette Femme pour succomber,
& qu'il ne faut aussi
que sa vertu pour la retenir;
Vertu, qui paroistra d'autant
plus grande, qu'elle ne fera rien
que dans le silence. Ellecachera
également son secret, & à
son Amant, &, à son Mary; à
l'Amant,pour ne pas augmenter sapassion;auMary,pour ne rien
diminuer de lasienne ; & ce silenceenfinbien
diferend d'une
confidence si dangereuse,laisfera
mourir l'amour & entretiendra
la paix. Jesuis, Mon
sieur,vostre,&c.
LETTRE XIV. LE Public vous est infiniment
obligé
,
Monsieur.
Sans vous,Paris auroit bien de la
peineàseconnoistre. LesProvinces
ne feferoient point justi-
- ce les unes aux autres, & les
galanteries des Etrangersdemeureroient
ensevelies dans un
longoubly. Ceux qui doutent
de cette verité, peuvent consulter
vostredernier Extraordinaire.
LesFestesdeTurin&les
agreables Ouvrages dont il est
remply, leur feront connoistre
quecen'est pas faas raison qu'il
a le mesmecours que vos Lettres
ordinaires. J'ay lu celle
de Juillet avec un fort grand
plaisir. Voicy mes sentimens
survostreEnigmeen figure.
LLE Serpent d'Epid"ure estLe ContrefoiJÕn.
Les Languisans donton entendes
,Plaintes,
Sont ceux qui du enin ressentent les
atteintes
Et qui demandentguérison.
'Pu Medecin fimetlx, toucbez. de
teursmiseres,
P"ortentdes herbes salutaires
Pour tacherde lessecourir;
Tendantqu'unCharlatan montésur
sa Machine
Dit pour brader la Medecine
l<!!.e son Orviétan fçaura bien les
guérir.
C'est-luy qu'on voit dans une Place,
Et tous Les Ioüeursd'Instrumens
Divertissentla Topulace,
Attendant qu'Harlequin débité les
Onguens.
Ilne reste que lit Vipere
Dont je préuns rendre rai/on,
EPndisantqu'elleestnecessaire faire le Contrepoison.
LE SOLITAIRE,
de Pontoise.
LETTRE XV.
SEnor, Como el Libro de V.M.
corre
-
todas las partes de la
tierra, sindeternese solamente en
las deFrancia, vino tambien à mi
casa,yme enseno v. M. sercurioso
de saber todo loquese compone de
nuevo para enriquecer el /ublico,
tanto lo que h;lz..!n los Franceses,
como lo que obran los Estranjeros,
segun muestran las ïiejia* de Saboya
que su pluma ha eternisados.
Creo pues quelaguerra trllvada
entre las dos NacUnes3 nofera
parte para dexar fin lugar
a/A4' copias que me atreno de em- biarla, que por cierto salen de
muy buera mano. Si las gustare
V. M. prude fer que le entregare
una corta Novela,queen verdad
es la maslindaycuriosa del mundo.
Esunjuego de lafortunapara
acabar un cafamiento de un Frances
con una Flamenca, Yo le beso
rrtiy humilmente la mane como
criado obediente de V. M.
Es Cavallero Desdichado.
le ne voudrois pas répondre,
Madame, que cetteLettre, toute
Espagnole quelle est, eust ejiJécri:
te en E/Pllgne; mais je vous puis
assurer avec une entiere certitude,
que cettequi suit, quoy que Françoisevient
de Madrid m'fme.,
d' Jou elle a esté envoyée pour moy
à un des plus fameuxBanquiers
de Paris. Comme l'éloignement
des lieux demande quelque privilege,
vous ne dcvezpa:t estre surprise
de la voir accompagnée de
quelques Explicationsquiauraient
dû estre dans le dernier Extraordinaire.
LETTRE XV.
vA Madrid. Ous serezsans- douce furpris
d'aprendre,Monsieur,
que voitre Mercure ait passé
les Pyrenées, puis que vous n'ignorez
pas les raisons qui devroient
luy defendre l'entrée de
l'Espagné: mais il faut qu'il se
fasse jour par tout, & il le fert
si bien des aisles de la Renommée
qu'il a jointes aux siennes,
qu'il n'est lieu de si difficile
accès, qu'il n'y penerre) deserts
si cachez, qu'il ne découvre, ny
montagnes si élevées, qu'il ne
passe; témoin les Alpes, dont il
y a déja longtemps qu'il a
franchy lesmauvaispas,pourse
faire admirer enItalie.L'onsçait
qu'il est connu &estiméen Allemagne,
enPologne, aux Puïs-
Bas, & en Anglererre; mais qui
se seroit imaginé qu'il le fût
aussi en Espagne? Car vous m'avouerez,
que tout galant qu'il
cft, il se trouve habillé d'une
façon à faire peur; & que pour
spiriruelsque soient ses resîts,
difficilement pourront-ils estre
bien reçeus en ce Païs. Je ne
puis vous dissimuler que jen'a ye
contribué à le faireconnoistreà
Madrid; Sequoy que je me fois
un peu exposée à la severité de
l'Inquisition
,
jen'a y pû me priver
de la satisfaction de voir
tant de belles choses que j'avoisappris
que l'on publioitde
luy, & d'en faire parc à mes
Amies de par-deça, ausquelles
son langage est connu. Il est
vray que ç'a esté un peu tard,
puis que je n'ay reçeu que depuis
peu de jours, tousensemble,
lessix premiers Volumes de
cetteannée,& l'Extraordinaire
du premier Quartier, qu'une
Personne de ma connoissancea
pris la peine de m'aporter de
Paris: mais quand l'on est si éloigné,
il est mal-aisé de faire les
chosesàtemps. Comme toutes
les Enigmes que ces Volumes
contiennent, s'y sont trouvées
expliquées, à la réserve de celles
du mois de luin & de la Lettreen
Chiffre de l'Extraordinaire
, jen'aypû m'attacher
qu'à la recherche des trois Ex.
plications que je vous envoye.
Si j'avois moins de timidité
que je n'en ay naturellement,
j'oserois me promettre que les
sens que je leur donne font les
veritables; mais jeneveux pas
me flatter de cette penétration,
& j'aime mieux vous assurer -
d'une autre vérité, qui m'est
parfaitement connue, en vous
disant, que je fuis, Monsieur,
vostre tres-humbleservante,
LA LORRAINE
ESPAGNOLETTE.
Explication de la premiere Enigme
en Vers du mois deJuin.
QVi YoudrdfçdYoir fui jesuis,
Ar'a qu'À songer aux Seaux dvnTuits:
Qui tantostpleins,& tantostvuides,
Se sontla niche tout lejour,
Se précipitant tour J tour
Au fondsde leurs cachots humides.
,Ab¡tndollne'{ à tous, chacun leurfait
la loy,
OtJipourtant leur nom sedonneaux
Sceaux du1(oy.
Çeluy qu'on veut tirer de sa sombre
demeure,
.?v-'en sort presque point qu'il ne
pleure.
Un'a n'ypieds ny bras, iln'estdechair
ny d'os,
Et si l'on l'expose à l'orage,
Ilsi plonge toujours,sans craindre
le naufrag
JEtrarement on le tllissi en repos;
Cltr aufi- tost que l'unl'arreste
Vn autre vient, qui replongesateste.
Explication dela Lettre en Chiffrede
l'Extraordinaire du premier Quartier
du Mercure Galant.
C; Essà l' Amour,ce(là la Guerre,
C'est aux secrets du Cabinet,
tl.!!e je dois tout ce qui me met
Vdri,, le ran amlerangqueje tienssur Terre:
Jtfaif maLgré tous les soins que mes
Maistresontpris,
le pejamais à de certains esprits,
Pour mieux développer les
mysteres de ce Chiffre, il ne
faut qu'assembler toutes les
premieres Lettres des noms
de chacun des Animaux quile
composent, & l'on en formera
cesmots. L'Amour, la Guerre,
&lesintrigues de Cabinet, mont
fait nai(ire, &l' Esprit desbroüille
souvent les misteres queje cache.
LA LORRAINE
'If ESPAGNOLETTE.
Z Explication suivante estoit
aubasdelamesmeLettre, mais
d'une autre écriture que les deux
en Vers. Les dernieres lignes
vota seront connoistre de qui elle
est.
Explication Allégorique de l'Enigmeenfigure
du moisde Iuin,
sur le Combat de la Philosophie
de Descartes & de celle d'Aristote.
LE Combat d'Hercule &
d'Antée pourroit à mon
avis, representer celuyqui se fait
de nos jours entre la nouvelle &
l'ancienne Philosophie. Cellecy
est parfaitement bien exprimée
parle Fils de Neptune &
de la Terre; puis que l'on peut
dire que laPhilosophie des Peripatéticiens
est la Fille des préjugez
des sens, & des disputes
de l'Ecole, &queleSimbolele
plus naturel de ces préjugez est
la Terre qui renferme tous les
objets des sens, & celuy des
Difputesde l'EcoleestNeptune
ou la Mer, qui toujours en
action s'excite, & s'emporte
pour une chose aussi legere qu'-
est le Vent;ainsi que l'on fait
dans les Collèges, où l'équivoque
d'unterme&l'explication
d'une simple parole, font tressouvent
le sujet d'une dispute
fort échauffée. Hercule au
contraire, qui est le Simbole de
la Force, represente celle de la
vericé,ou si vous voulez,laForce
est la pénetration d'esprit de
Monsieur Descartes & de ses
Disciples, qui avec leur methode,
comme avec une autre
massuë, ont déja terrassé la
plupartdes Monstres delaPhilofophied'Aristote,
en bannifl
fant tous ces termes barbares.
vuides de sens ,&intelligibles,
dont elle estoit remplie. Mais
ce combat a cela de merveil.
leux, que toutes les fois qu'An
tée tombe sur sa Mere,c'est à
dire quand l'esprit retourneà
ses prej ugez, &, qu'il s'attache
à considerer selon le rapport
des sens, ces qualitez qu'il appelle
sensîbles, il reprend de
nouvelles forces pour s'opiniâtrerdans
ses erreurs, & l'on a
plus depeineàlevaincre. Mais
quand une fois un Cartesien,
ou un Philosophe methodique,
a pûl'arracher de ses préjugez,
& tenir exposée cette Philosophieobscure
aux rayons du Soleil
de la verité, & qu'élevant
son adversaire audessus de ses
sens, illuy a fait concevoir la
- véritable
veritable nature de son Ame, &
le caractere essentiel qui la
distinguedu Corps; pour lors il
le presse par ses vives raisons,
luy fait connoistre la foiblesse
des siennes, & le peu de solidité
deses fondemens; & enfin il
étouffe dans son esprit les principes
de cette ancienne Philosophie,
qui depuis deux mille ans s'estétenduë par tout d'une
maniere beaucoup plus surprenante
, que n'estoit la hauteur
prodigieuse d'Antée.
L'on peut remarquer dansla
figure de cette Enigme une circonfiance
,
qui favorise extré
mement la vray semblance de
cette Explication. Encfft1;00.
y voit, qu'Antée se Tentant
presse par Hercule, s'attache
à sescheveux, ne pouvant plus
luy nuire d'autre façon
; & q'u'il
veut encor opposerà ses puissans
efforts cette foible & legere resistance
avant que d'expirer,
C'est ce qui arrive dans la plûpart
des Universitez. & des
Academies de l' Europe,d'où
la nouvelle methode commence
à bannir l'ancienne Philosophie;
car ceux qui retiennent
encor les principes de celle-cy,
& qui se voyent obligez de
ceder malgréeux, attaquenc
ceux qu'ils appellentNovateurs
par des endroits si peu confiderables
, qu'ils font bien con- *
uoiftre qu'ils n'ont rien quede
Ieger à dire, & que ne pou- :
vant les ébranler dans l'efentiel
de leurs principes évidens, ils
s'amusent à des bagatelles,comme
Antée s'attachoit en mourant
aux cheveux d'Hercule,
qui l'étouffoir.
Quoy qu'il fembleque l'Autheur
du Mercure ne souhaite
pas que l'on prenne des Noms
inconnus,je ne puis pourtant
me faire connoistre pour cette
fois, que par celuy du
Beaufrerede la Lorraine
Espagnolette.
LETTRE XVII. EN lisantdansvostre dernier
Extraordinairel'Articlequi
regarde Jes Mouc hes galantes,
je me fuis souvenu
, Mon
sieur, quequelques Autheurs
en atrribuënt l'origine aux
Egyptiens.Ils rapportent que
les neuf Muses estant un jour
apparuësen forme de Mouches
à Ibis, une de leurs plus fameuses
Prestresses, qui n'estoit pas
moins considerable parlabeauté
de son esprit, que par celle
de son corps, elle ordonnaaux
Egyptiens d'adorer les Mouchesàl'avenir,
pour rendre
honneur par là aux Muses qui
avoient bien voul u se montrer à
-ellede afin d'en conserver la
memoire, ellelaissaen mourant
un certain fond pour servir à
l'entretien de neuf Mouches
que les Sacrificateurs nourrissoient
soigneusement, en sorte
qu'à mesure qu'il en mouroit
une, ils en mettoient uneautre
en saplace pour en avoir [où.
jours devivantes,à l'imitation
des Vestales qui entretenoient
àRomele Feu sacré. Mais une
peste horriblequi survint,ayant
portéladésolation partout, ces
neufMouches se trouverent envelopées
dans ce ravage. Les
Egyptiens qui resterent a pres
cette Peste, leur firent de tressomptueuses
funerailles, &afin
que lamemoiren'en fust jamais
effacée, ils voulurent que leurs
Femmes portassent des Figures
de ces Mouches sur leurs visages.
Vous sçavez, Monsieur,
que les Egyptiens passoient autrefois
pour les Peuples du
monde les plus ingénieux, &
les plus polis; & que tous les
autres faisoient gloire d'imirer
ce qu'ils pratiquoient.
Aïoli il est à croire que cette
façon de porter des Mouches
a esté successivement transmise
chez toute forte de Nations,
& qu'elle nous est venuë par
une espece de tradition, quine
manquera pas d'aller à nos Descendans.
Je fuis vostre, &c.
HOUPPIN, le jeune,
de Beauvais.
LETTRE XVIII. IL n'y a plus moyen de résister
à la tentation de vous écrire;
c'est, Monsieur,une demangeatson
naturelle,à laquelleil faut
satisfaire. Quand les Femmes
font une fuis entestées de quelque
chose, c'est grand pitié.
S'il y a de la foiblesseànostre
fait, elle estsi ordinaire àcelles
de nostre Sexe, qu'on n'aura
pas de peine à nous pardonner
celle-cy. Enfin, Monsieur, chacun
en veut taster à quelque
prix que ce soit. L'honneur de
se voir tout de son long dans
vostreMercure a quelque chose
de si pressant
, qu'il n'y a pas
moyen de s'en defendre. Ce
quenousvousdisons n'estpoint
compliment. L'on vousen fait
tant tous les jours de toutes manieres
que vous devez en estre
rebuté, & puis nousnesommes
pas accoûtumées à nous faire de
feste mal à propos.
Ainsi pour ne nous mesler de
rien qui soit hors de nostre portée
,nous nous en tenons à l'Explicarion
de vos Enigmes.
Nous croyons que la premiere
n'eftatitrechofe qurleSin/, &
la seconde, la Voix ou le Chant.
La crainte de vous faire perdre
du temps,nous empesche de
vous dire tour ce que nous en
pensons. Pour l'Enigme en Figure
elle a bien du raport avec
la paix que le Roy donne à
l'Europe. Le Serpent d'Epidaure
,
à qui l'on fit tant d'honneur
à Rome ,
& qui y porta
tant de biens, est cette Paix desirée,
apres laquelle tout le
monderespire. Ellefaitlajoye
de tous les Peuples qui la souhaitent,
& qu'elle va soulager.
Nous avons bien de l'impatience
desçavoirsi nous nous
trompons, & nous voudrions
estre déja plus vieilles d'un mois
que nous ne sommes,pour voir
si nous avons bienréüssy.L'on
doit compter nostre empreilèroent
pour beaucoup, puisque
ce n'est pas trop le vice des Femmes
que de vouloir vieillir.
Nous ferons bien consolées de
ce costé là
,
si vous nous ménagez
une petite place dans vostre
Mercure,& si vous nous croyez fftmefmc temps vos tres-humbles
servantes.
Lestrois InséparablesSoeurs
duQuartier des Minimes.
LETTRE XIX.
vDu Camp devantL>cinfe. Ostre Mercure, Monsieur,
n'est pas si mignon qu'on
Je pense, Il ne fuit ny le Soleil
ny la pluye; & quoyqu'accoûtumé
aux douceurs des Ruelles
de Paris, il vient encor avec
nous partager nos fatigues. Il
s'accommode assezde nos Tentes.
Il fuir l'Armée dans tous
ses Camps. Jel'ay vu mesme
plus d'une fois dans la Tranchée
; & à force d'occasions
vous verrez qu'il deviendra brave.
Pour estrenouveau dans la
Guerre, il ne s'y prend pas mal.
Il en parle en Homme du
mestier. On ne voit pas qu'il
frÍfe d'équivoque, & parce
qu'il est fort aimé, il n'y a
pointd'Officierquine le soufre.
Tout le monde se plaist avec
luy. Il occupelesGens a greablement;
& s'il en coûte des
inquiétudes, ce nesont point
de celles qui dégoûtent. On
resve sur ses mysteres plus d'un
jour sans s'ennuyer. Heureux
qui pour les déveloper n'y passe
que vingt quatre heures. J'y
donne beaucoup plus detemps;
mais je ne m'en applaudis pas
moins quand à la fin je trouve
un sens à ses Enigmes. Voyez
si j'ay réüssy dans les Explications
que je vous envoye,& me
croyez vostre, &c.
D. L. M.
LETTRE XX.
V'un'Deslys du Perioor2. I L ya six mois, Monsieur,que
je songe à vous écrire, & que
je n'ose satisfaire ce desir par
la crainte de vous accablerd'unemechanteLettre.
Cependant
il ne ni'est*pas possible de resister
plus longtempsàl'envie
que j'ay de vous entretenir sur
vostre Mercure, qui cause le
plaisir & l'admiration des plus
beaux Esprits que nous ayons.
Quoy quelemien soitfort médiocre,&
quej'habite un Defert
le plus solitaire de la Province.-1
jenelaissepasd'y goûterpleinementl'agreable
diversité de
vos Escrits. Agréez donc, Monsieur,
que je vous fasse des remercimens
dem'avoir donne le
secretde trouverde la douceur
dans ma solitude, par le plaisir
que je prens d'y resver tous les
jours à la vie miraculeuse de
Loüis le Grand. Il y a tant de
choses surprenantes & d'un
-
éclat sinouveau,danstoutesles
Actions de ce grand Roy, &
vous les representez d'une maniere
si naturelle&si forte tout
ensemble, qu'il est aisé de voir
que vostre coeur est bien d'accord
avec vostreesprit, pour
publier les louanges de cet
incomparable Monarque. En
effvc, il paroist que la respectueuse
tendresse qu'il vous
inspire, & que vous unissez si
bien avec la connoissance de ses
admirables qualitez, vous fournit
des termes plus touchans &
plus significatifs,que ceux dont
vous vous serviriez sans doute,
si vousn'estiez animé que de
l'estime&de l'étonnement que
causent les surprenantes Conquestes
qu'il fait. Continuez
donc, Monsieur, d'écrire d'un
air si charmant la plus belle &
la plus importanteVie de l'Univers
, avec cette assurance que
le sujet que vous traitez est le
plus élevé, & le plus rare qui
se puft jamais presenter à vostre
esprit,puisque tous les siecles
passez & ceux qui viendronr,
n'aurontrien vû & ne pourront
xkn voirqui approche de ce
grand Prince. Mais comme le
récit de ses grandes & éclatantes
Victoires, prend toute l'aplicationdenostreesprit,&
que
le mien n'ttf pas capable de soutenir
l'idée continuelle de tant
de choses heroïques, on sesert
de l'invention que vous donnez siagreablementpour détourner
la veuë d'un sujet trop sublime,
& l'on descend vers cette aimable
diversité, qui se trouve à
propos dans vostre Mercure,&
quiest si propre à charmer les
peines les plus sensibles. Pour
moy, jesens bien que les soucis
demaviediminuëntde lamoitié
par ladouceurque cette Iee.
turemecause,&jemeflateméme
de la pensée que vous n en
ferez point fâché, car jeremarque
à vostrefaçon d'écrire que
vous avez de la bonté. Il faut
mcfme que j'en fois bien perfuadée,
puis que je vous écris
une Lettre si longue. Pardonnez
moy ,
Monsieur, l'ennuy
qu'elle vous causera, &croyez,
je vous fuplie ,qu'il n'y a point
- de Dame en Perigord qui soit
plus que je fuis ,vostre treshumble,
&c.
LETTRE XXI.
OA Dieppe. N est fort embarade
quand on vous écrit,Monsieur.
L'on a dans la teste mille
loüanges à vous donner, &
mille remercimens à vous faire,
& vostre modestie se cabre mal
à propos contre les belles dispositions
où l'on est de vous
dire ce qu'on pense de vous. Il
n'est permis qu'à vous seul de
faire ce que vous defendez; &
si l'on ne vous dispute pas ce
privilege ouvertement, c'est
qu'on craint de déplaire à un
galant Homme, qui n'a point
d'autre but que d'obliger toute
la Terre. Vous contraignez
ainsi les Esprits reconnoissans,
a chercher de grands détours
pour vous loüer, & cette difficulté
produic assurément une
partie des belles Lettres de
vostre Extraordinaire. La diversité
des expressions délicates
,& peu communes, surprend
agreablement ceux qui le lisent,
car il est certain qu'on fait
des effortsqu'on ne feroit pas,
si vous donniez une libre carriere
aux reconnoissances. Mais
comme je vais toûjours d'une
extrémité à l'autre, je fuis le
seul au monde assez effronté
pourvous dire que je trouve un
petit defaut dansle dernier Extraordinaire.
Dites-moy, Monsieur
, y a-t-il rien de plus à la
mode que le Mercure Galant,
& pour estre fidelle en mode,
ne deviez vous pas plûtost en
mettre un Tome dans la main
de vostre Dame burinée, que la
Canne qu'elle tient? Il n'estrien
de si vray que chacun le prend
aujourd 'hu y pour modelle. Il
détruit la Satyre chez les honagîtes.
Gens. Il ajjread. l'art de
se faire des Amis de tout le
monde, & l'on peut dire qu'il
est l'ame de la societé
,
le tombeau
de la mçdifance, & le
triomphe des Muses, puis que
chacun s'éforce à l'envie d'en
meriter une page, & d'aller
à l'immortalité sur lesaisles du
Mercure Galant. Il n'est pas
plûtost arrivé en ce PflÏSJcy)
qu'on se l'arrachedes mains
pour le devorer. En suite on se
caballe pour les Enigmes. On
s'échaufe pour soûtenir fOD. opinion
, & l'on faittoûjoursquelque
gageure qui donne une impatience
extrême de voi r le suivant.
Je fuis au nombre deces
impatiens Lecteurs, & j'ens
avec empressement le premier
qui viendra pour m'ôterl'inquiétude
que me donnent les
Enigmes du mois de Juin. La
premiere m'a fait resver plus
d'un jour; enfin un de mes Amis arencontré l'Ameçon.J'en trouve
implication assez juste. Les
deux Vers, Et toûjours mon nom sedonne à ce qui vaut mieux que
moy, nous firent un peu de
peine, mais nous les avons donnez
aux appas, qui sont d'un
plus grand prix chez une Belle,
qu'au bout d'un Filet.
La seconde est la Couronne
d'un Souverain ; & l'Enigme
en Figure, veut faire voir ( je
croy ) la Ligue étouffée par
Loüis XIV. Je prens les HollarUbis
pour Neptune,& la
Maison d'Autriche pour la
Terre. La Ligue estrepresentéeparAntée,
ce Geant formidable,
àtout autre qu'à nostre
grand Roy, à qui le nom d'Hercule
convient si bien par ses
travaux & par ses forces. Il
étoufe la Ligue entre ses bras,
c'etf à dire avec la Paix qu'il
donne à ses Ennemis. On dit
pourtant qu'elle respire encor,
mais elle ne luy peut échaper,
& de quelque maniere que ce
soit,ill'étouffera toûjours glorieusement.
Jenesuisnyassez
vain, ny sfToz patient pour
tenter l'ExplicationdelaLettre
enchiffre,maisjevais vous dire
ce que je sçay del'origine des
Mouches.
Vénus idolâtroit Adonis. Elle
descendit un jour des Cieux pour
s'humaniser avec luy, & l'on
ditqu'elle le trouva dormant
dans un Bois, si fatigué de la
Chasse, qu'une Mouche qui se
promenoit sur son visage n'estoit
pas capable de l'éveiller.
Cette Deesse se fit un scrupule
d'amour de troubler son repos.
Elles'assit aupres de luy,
& l'ayant contemplé quelque
temps, elle remarqua que cette
Mouche donnoit un nouvel
éclatà la blancheur du teint de
son Amant. Sa passion n'avoit
jamais esté si violente, parce
qu'Adonis ne luy avoit jamais
paru si beau, & ce fut pour
cette raison qu'elle mitlesMouchesau
nombre de ses Graces,
& leur donna le foin d'accompagner
son visage, mais comme
ellesne s'aquitterentpasdeleur
employ avec toute la constance
requise , Venus les métamorphofa
en petits morceaux de
taffetas noir qui retiennent encor
leur nom, & qui ont passé
jusqu'à nos Dames avec tous
les autres agréemens de cette
Déesse. Je finisparlaQuestion
proposée.
Qiioy qu'une Femme ait pour
son Mary toute l'estime imaginable,&
qu'elle soitassurée qu'il
a bonne opinion de sa. vertu,
c'est toujours une imprudence
de luy confier une chose qui
peut luy donner de grandes inquiétudes
,lx. qui est capable de
changer les sentimens de tendresse
qu'il avoit pour elle. C'est
le rendre jaloux de gayete de
coeur. Car s'il croit sa Femme
si vertueuse, il est impossible
qu'il n'ait du chagrin de n'en
estre pas aimé, &cettejalousie
le peut faire tomber dans une
autre plus cruelle,quiest de
soupçõner cette conduited'une
fausse confidence pour letromper
plus aisement ; & comme
on n'est quetrop ingénieux à se
tourmenter sur ce chapitre, il
peut croire encor que c'est
l'effet d'un dépit qui le vange
en prévenantla médisanced'un
Favory mécontent. Il va cent
autres moyens d'éloigner un
Homme dangereux. La Princesse
de Cleves estexcusable,
parcequ'elleneseroitplusl'Hé- !
roïned'un Roman si elle n'avoit
un caractere extraordinaire. Je
croy qu'elle devoit plutost se
laiflèir:
laisser tenter, que de s'exposer
à la mauvaise humeur continuelle
d'un Mary
,
parcequ'un
Hommeest plus heureux d'estre
trahy sans le sçavoir, que d'estre
le Confident d'une Femme qui
le haït le plus vertueusement
du monde. Je suis, Monsieur,
vostre,&c.
DE MERVILLE.
LETTRE XXII. I'Aysongé,Monsieur, à ce
qui avoit pû donner lieu aux
Mouches, dont les Dames font
un de leurs agreémens.Voicy
ce quej'ay trouvé. Orphée avec
sa Lyre inspira de la passion aux
choses les plus insensibles. Il
aimaEuridice, & en suraimé,
AristéeRoy d'Arcadie,soûpira.
inutilement pour elle. Ce fut
enfuyant sa violence, qu'elle
fut mordue au talon parunSerpent.
Sa blessure fut mortelle.
Toutes les Nymphes prirent
part au chagrin d'Orphée,&
pour punir Aristée de l'emportement
qu'il avoit eu, elles détruisirent
toutes ses Mouches.
C'est luy qui en estoit l'Inventeur.
Ladescription duVoyage
d'Aristéevers Cyrene saMere,
quialla consulter avecluy l'Oracle
de Prochée sur là perte
qu'il avoit faire, c'est un des
plus beaux endroits de Virgile.
Prothéerépondit,que les Nymphes
Amies d'Euridicedevoient
porter lesfigures des Mouches
sur leur visage,pour punition de
les avoir exterminées; & que
Cyrene avec les autres Nymphes
de sa cabale, porteroient
la peaud'unSerpentautourde
leurcol, pour appaiser l'ombre
d'Euridice. Du moins c'est le
sensque l'on donna à la réponse
fortobscuredel'Oracle. Mais
elles changèrentbien-tost ces
marques de vengeance en ornemens.
Elles embellirent la
r peau de Serpentd'Ambre & de
Perles, & en firent des colliers,
& changèrent aussi leur Mouches
en agréemens, pour donner
de l'éclat à leurteint, &
enfin ces agréemens en ayant
perdu la figure, n'en ont plus
retenu que le nom.
<
LEPROTHE'E,
,.
du Perche.
LETTREXXIII.
La presente set donée à Ihlll qu'en
Happel Loteur du Marcure. Oneu,Monseu. Jesome
deu sabitande.Attandé
je ne savon si je vou ledevon
dire, car j'en voion tan dan
voure Marcure qui ne voulon
pas dire com i fapelon
, que,
palsangué je nan diron rian nan
pu qu'eu. Es qui simaginon
qua caure qui son desMonsieux
& quilavon dubian pu quenou,
que je ne fron pas com i Ecran.
e si l'on tan de bian,qui safie
bone chere
,
qui mangien des
Padri, & qui desne deu fbuas,
Je somme assécontan can je
manjon des poüas o lar
;
matou
sa ne far de rian à lafere, &
snest pas acaure de sa queje
prenon la pene & la arguesse
quedevonecrire;cesmargué
que javon deviné vos Animes,
& si je voulon vou baillé des
Vars de noute façon, car jan
savon fareda. Tné, luisé.
Palsangué com dit lotre, en -.,¡ddll.
noute pot,
CoUfiN Hafquian charchonle mot
De c:s deu 2vtarcuresd'Animes,-
Boutonparescrit queuquerimes,
Peutestre je les trouvarons
Aussi bien que ceux quifaiÇons
Lesbiaux Mo".fieux les Madames,
Qui marguépenson danleu sames
Quigna qu'euxpour les devine'.
Quin JBa/quian,fanstan lantcméy
Ie quiens toufin droit la prumiere,
Ceststangin large par driere
Où tu sçaisqu'en boutilesdoüas
Etqu'enfrétillé tant defoüas,
£ui chante caricom un Orgue.
Ou des AionjïeuxÀ bonne morgue
Vontsonner desu un (ouflin.
.A.PArgllé.ldlun TrtCve/Jïn,
Et jan trouvé le motpour rire.
M'AH s'neJttout, inoufaut dire
gueuleft de lotre lefin mot,
Quan je devrion boire encor petè
Tu dise's que l"cft un Orloge.
Tasmargue'mentypartagorge,
Et j'ay bian pu d'écrit que toy
Principalement quant je boy.
g/tin, je gagerois ma caboche
Morgué, que cestun Tornsbrocht.
LETTRE XXIV.
ji. TÇjcbelietti. L'Interruption de mes Lettres
n'a estécausée, Monsieur,
que par un Voyage que
j'ay esté obligé de faire dans un'
lieu, où les affaires qui m'y
avoienrfaitaller,m'ontretenu
plus longtemps que jene pesois.
Jelesterrninay le plus promptementquejepûs,
afin de veniricy
joüir d'un Ciel plus serein, &
d'un commerce plus tranquile
& plus spirituel,Je n'y fus pas
plûtost arrive, que je trouvay
vostre Extraordinaire d'Avril,
qui me consola heureusemet de
tous les mauvais momens que
j'avois passez dans letriste sejour
dont je viens de-vous parler.
Je le lûs avec bien du plaisir:
mais comme il n'en est point de
parfait, vostre Lettre en chiffres
m'inquietafurieusement,
& me donna une migraine qui
me tient encor. Je m'en confolerois
si j'étois venu à bout de la
déchiffrer.Mais apres trois jours
de meditation
,
je ne fuis pas
plus avancé que je l'estois Je
premier. Cependant
Si l'on a peine à découvrir
DecetteLettrelemystere,
Ce n'estpasmanque de lumiere,
-
Nyftllte de clefs pourl'ouvrir.
Je laissedonc, Monsieur,
cette Lettre, où de bonnefoy
j'avoüe que je ne comprend
rien. Pour venir à la Question
qu'a fait naistrel'Histoire dela
Princesse de Cleves, & pour
entrer d'a bord en matiere, je
dis qu'une Femme qui se deffie
un peu de ses forces, & qui
croit sa vertu en danger en presence
d'un galant Homme qu'
elle aime, & qu'elle ne peut se
dispenser de voir, doit examiner
avec foin l' humeur & le
tempérament de son Mary,
avant que de luy faire une déclaration
si délicate. Carenfin
s'il se trouve des Hommes à qui
il ne seroit pas feur de faire une
semblable confidence, il en est
d'autres d'un naturel si doux, &
d'une humeur si commode, que
la mesme confidence trouveroit
credit aupresd'eux. Ileutesté
dangereux, par exemple, d'en
faire une de cette consequence à
Jules-César, qui ne vouloit pas
seulementqu'uneFemme fût
chaste en effet
,
mais qui ne
vouloit pas mesme qu'on la pût
soupçonner. Ce grand Homme
quin'avoit pas moins de délicatessed'esprit,
que de fierté
& decourage, n'eutsansdoute
rien conclu de bon d'un aveu
si ingénu. Aucontraire Caton
d'Utique,à qui son Siecle &dixsept
autres,ont donné ie titre do
Sage, eut apparemment bien
reçeu de sa Femme une confidence
de cette nature, puis
qu'il ne fit pas mesme difficulté
deladonnerenMariageàunde -
sesAmis quilaluyavoitdemandée,
&de la reprendre apres la
mort de cet Amy. Ce Sage
Ancien de l'humeur dont il
estoit, eut pris sans- doute pour
une action heroïque,ce que l'autre
eut taxé de foiblesse, &
peut-estred'infidélité. Mais
laissons l'exemple de ces grands
Hommes qui ont eu leurs defauts
comme leurs perfections,
ne consultons que la raison
,
qui
feule doit estre la regle & la
guide de tout ce que nous faisons.
rl1 Femme dans les combats
Où la questionlasuppose, 0mrrle pasglissànt où ftllllmogr
l'expose,
Dira-t- elle au Mary son secret tlllbarras?
Selon le Monde elle ne le doitpas,
MaisselonDieuc'estautre chose.
Si bien
,
Monsieur, que pour
répondre à fond à laQuestion,
je croy qu'il y faut distinguer
deux choses.Carcette Femme,
qu'on supose avoir dela vertu,
ou elle est assurée de sortir
victorieuse de tous lescombats
- quesa passion luy peut livrer,
ou sedeffiant de ses forces, elle
craint de succomber aux rentationsqui
la sollicitent. Si elle
croiten sortir victorieuse, &
qu'il n'y ait que des combats à
rendre & quelque peine à souffrir,
je soûtiens qu'elle ne doic
rien dire de sa passion àson
Mary, parce qu'elle ne le peut
faire sans luy donner une tresmauvaise
idée de sa verru ,
&
peut estre une jalousie & des -
soupçonsàl'avenir,quiseroient
capables de troubler toute la
tranquilité de leurs jours. Car
enfin il pourroit conclure par
l'aveu qu'elle luy feroit, que
bien loin d'estre veritablement
vertueuse, elleauroit une pen- te naturelle au vice, puis qu'elle
ne peut que par la fuite resister
à des tentations dont les
Personnes les plus sages ne sont
pas exemptes,& qui font mesme
necessaires pour exercer la confiance,
& les faire triompher
avec plus de gloire. Et s'il est
vray qu'on ne puisse estre couronné
qu'on n'ait vaincu, qu'on
ne puisse vaincre qu'on n'ait
cobatu
,
& qu'on ne puisse combatre
qu'on n'ait un Ennemy qui
attaque, on peut dire qu'une
Femme qui ne combat qu'en
fuyantest plus qu'àdemyvaincuë,
& quemontrant parsaretraite
plus de foiblesse que de
force, ellefait maljuger de sa
conduite àson Mary, quipeut
croire que si la vertu de sa Femme
a triomphé dans cette rencontre
en fuyant la presencede
son Amant, sa fragilité la fera
peut-estreuneautrefoissuccomber,
estant certain qu'une Personnequi
n'est pas capable de
cobattre, n'est pas capable de
vaincre,& que la Chasteré qui
n'a pas laForce & laPerseverace
pourCompagnes, n'est pas une
veritable vertu. C'est dans les
troubles denospassions,& dans
la rebellion de nos sens
, que
cette vertu se fait plus remarquer
quand apres de violentes
attaques une Femme soûmet
généreusement ces rebelles àla
raison
,
sa gloire en est plus
grande, &ellemeritedes Couronnes
&des Triomphes. Mais
si n'osant hazarder de combat,
elle lefait lâchement, & cherche
lasolitude comme une place
de retraite ,elle ne merite ny
une censure trop rigoureuse,
ny une loüange trop affectée.
Et en effet, quoyqu'il fût plus
glorieux à cette Femmede combatrede
pié ferme, que defuïr
de cette sorte, ce n'est pourtant
pas safuite que jeblâme
le plus: jecondamnedavantage
la déclaration qu'elle fait à son
Mary du sujet qui la porte à
fuir, puis qu'une Femme dans
l'extrémité où on nous reprefente
celle-cy
,
est toûjours
obligée d'éviterle plus grand
mal. Oril yasanscomparaison
plus de mal à une Femme, de
faire à son Mary la confidence
qu'on supose,quedeluy taire
sa passion au peril des combats
qu'elle est obligée de rendre,
pourveu, comme je l'ay dit,
qu'elle croye en sortir à son
avantage, puis qu'en cette occassoniln'y
auroit qu'elle qui
souffriroit, au lieu qu'après son
aveu, elle feroit souffrir son
Mary, exposeroit son Amant,
se def- honoreroit elle-mesme,
& mettroit enfin tout en desordre.
Cependant commeil n'est
pas toûjours en nostre pouvoir
de vaincre, & que la victoire
est rare où les combats sontfréquens,
sienfin cette Femme
estoit tellement assurée de succomber,
qu'elle ne pût douter
desa perte, je pensequ'il vaudroit
encormieux qu'elle déclarâtàson
Mary lapassionquiluy
fait tant de peine,afind'en éviter
les suites, que de succomber
tout à fait aux tentations qui la
persecutent;puis que par le principe
que nous venonsd'établir,
dedeuxmaux,il faut toujours
éviterlepire. Orlemalestplus
grandde succomber que de
fuir, puisque la fuite ne L'expoferoit
pas à tant de disgraces,
queledesordreoùsafragilité la
feroit tomberluy causeroit d'ignominie.
Ce n'est pas mon sentimentseul
que je découvre icy,
'efi: celuy de tous lesPeres &
des Casuistes qui traittement doctement
cette matiere, dont
vous ne prétendez faire qu'une
ucflioîi galante. J'ay mille
Passages sur ce sujet : mais ce
n'est pas icy le lieu de les citer,
c'est seulement celuy de finir ma
Lettre &: de vousassurer queje
suistoujoursvostre,&c.
DE GRAMMONT.
l'interromps ces Lettres, pour
vous en fairevoird'une autre
nature. Vous m"dvez,,.témoigné,
estresisatisfaite decellequi ont
ellé écritessur les Enigmes en Paroles,
qu'ayant découvert queM.
l'Abbé dela Valt en estoitl'Autheur,
jel'ay prié denous dire
ses Sentimenssur les Enigmes qtti
sontenFigures. Ilaeu l'honnesteté
de le faire, &je luy fut* d'autant
plus obligé de la comblaifan*
ce qu'il a euë, qu'en me donnant
par là une marque de son estime,
il me donne en mesme ternps. le
moyen de satisfaire vostre curiosîté.
Vous l'aurezpeut-estre crû Provençal,
parce que je vous ay ècrit
que c'estoit d'Aix que lavaù reçu
ses premieres Lettres,il efl vray
que quelques affaires l'y arrefient
depuis quelque temps; mais il est
de Verneüil au Perche, & fait
trop d'honneur à son Païs, pour
ne prendre pas soin de veut le
marquer.
L'ETTRES
SURLES ENIGMES
EN PEINTURE,
A. M. L. D. D. S. A
A l'Autheur du Mercure Galant.
LETTRE I. IE ferois trop difficile, Monsieur,
si je n'estois pas fort
content de l'accueil que le Publicafait
âmes premieres Lettres
sur les Enigmes en paroles.
Mais, à vra y dire, il s'en faut
beaucoup que toutes les loüanges
qu'on leur a données, ne
soientny sibelles,ny sidélicates,
que la gloire que vous avez
commencé vousmesme de leur
procurer, en les croyant adressées
à l'Illustre Duc de Saint
Aignan. Il n'y a pas de fort plus
heureux pour un petit Ouvrage
comme celuy-là,qued'avoir
esté assez estimé par une Personne
devostre merité, pour le
croire digne d'un Nom si celebre.
Je ne prétendois pas à
cette gloire; mais vous m'avez
fait naistre le desir d'y pretendre.
N'estesvous pas un peu
obligé, Monsieur, de faire le
mesme honneur à celles-cy,
presentementqueje vous en
prie, vous qui l'avez fait aux
autres, sans que je vous l'eusse
demandé? Quandmesmejen'y
éüssirois pas autant qu'aux
premieres, il suffira, pour leur
- donner du prix, que l'on sçache
qu'elles luy appartiennent. Je
sens neantmoins beaucoupd'envie
de les mettre dans un état
où elles meritentson approbation.
Je feray feûr apres cela
de la vostre, & de celle du Public.
Mais pour ne prendre pas
aupres de luy une liberté que je
n'ay pas pûluy demander, je
vous* prie d'y estre l'introducteur
de mes Lettres. Je vous'
Jes adresse pour ce fujer, & je
fais comme ces peuples, qui
n'osants'adresser aux Dieux,
parlent à leurs Interpretes pour
s'en faire entendre.
LETTRE II. pUis que vous m'obligez,
Monsieur, d'écrire surles;
Enigmes en peinture, je ne puissans
uneextrêmeincivilité,n'avoir
pas cette complaisance
pour vous,qui en avez un fond
inépuisable pour lesautres. Il
ne s'agit pas neantmoins de peu
de chose. Vousscavez que j'avois
commencé de me déclarer
contr'elles. Il faut prendre
d'autres mesures, abandonner
un party que vous n'avez pas
approuvé, & découvrir les
moyens d'en faire de régulieres,
Mais pour ne faire pas valoir
ma complaisance au dela
de son merite je vcus avoue
qu'outre la priere que vous m'avez
faite, vos Enigmes en peinture
ont beaucoup servy à me
reconcilier avec elles; & sans
m'arresterpluslongtemps à autre
chose, je vay vous direcomment.
J'estois blessé d'un de
fautuniversel des Enigmes de
l'Antiquité, dont la peinture
estoit la plus bizarre du monde.
Jugez, Monsieur, ce que l'on
devroit dire d'une Enigme en
paroles, qui seroitoubarbares,
ou dans un mauvais ordre;enfin
d'un miserable caractere. Les
belles expressions, un tour ingénieux,
le ménagementjuste
de quelques Figures, ne fervent
pas peu à leur beauté. C'est la
premiere chose qui saute aux
yeux, que l'expression de l'Enigme
nigme en traits de plume, ou en
coups de pinceau. La plus belle
pensée du monde perd beaucoupde
son prix, quand elle
paroist sans les ornemens qu'elle
merite, & son éclat est obfcurcy
par de mauvaises manieres de
la representer. Comme tout le
monde juge de l'Eloquence,
parce que le naturel y a bien
plus de part que la Rhétorique
artificielle, on ne pourroit pas
suporter les Enigmes en paroles,
si on ne les voyoit ja.
mais que dénuées des perfections
essentielles a\l-c;fcours.
Nous voyons mesme que de
toutes les expressions, celles de
la Poësie estant les plus susceptibles
d'ornemens, on a fait la
plupart des Enigmes en Vers.
Mais peu idejCjens estanc capables
dejuger^e^peinture, on
ne peut pas dirê combien on
gastoit par cet endroit l'art des
Enigmes. Onfaisoit entrer sans
discernement dans un Tableau
tout ce qui pouvoit servir à faire
un voiled'une pensée, sansnulle
refléxion aux regles dela Peinture.
Voicy, Mondieut, une
premiere découverte qui fournira
encor un sujet assez important
à la Lettre que je vous
écriray demain.
LETTRE III.
Bien quele but principal de
l'Enigmene soit pas de
s'embellir par les charmes de
la Parole, ou de la Peinture, il
est pourtant tout visible qu'elle
a un grand interest à ne parois.
tre pas dans un Tableau extravagant,
tel que celuy dont parle
Horace aux premiers Vers de
son Epistre sur la Poétique. Je
n'ose pas toucher par respect à
des Enigmes que la Religion a
consacrées, & je ne dois pas en
blâmer les Peintures, qui sont
sans doute fort extraordinaires.
Peut-estre que ce qui nous y
paroist de disproportions, de
liberté, de confusion, est plus
propre à exciter en nous mesmes
l'admiration que nous devons
aux Mysteres, que la régularité
la plus exacte. Mais que
l'on nécroye pas qu'elles ayent
échapé à ma memoire. Il me
semble que ce reproche seroit
tropgrand, &que q~ ne seroit
pas-¡uneIfaur¡:¡:ptJ,dol.ble de
rçaVoi^beaiiC^pidç^Q^s,&
denepasquj sondanslesSaintLivres,que
l'onest obligé)^]jr£,chaque
jourVMâisocdp'eft^ppjat ma ap,ypdiscoursde
purefGjyj^/ïcé,,cequi
est fantiii6ip4rn'}%nP^picde
Dieu ; & m<:fill,iJi y a beaucoup
derencontres où je croy
plusmériterparles choies que
je n'écris pas, que parcelles
dont je me fers. Qu'il me
foit donc permis icy de suivre
la methode des Physiciens modernes.
Ilsexaminent la Nature
sansaucune relation à nos mysteres,
qui font beaucoup au
dessus delaNature. Honorons 1
donc aussiparnostre silence,
les Visionsdenos Prophetes,
les Images, les Peintures qu'ils
nous ont proposées, quoy qu'-
elles paroissent fort irrégulieres.
On les pourroit justifier,
si c'en estoit le lieu. Mais a pres
les avoir mises à couvert par
l'exception que je viens de faire,
je nepuis m'empescher devous
dire que l'on s'est mis souvent
trop peu en peine de garder
quelque bienseance dans les
Peintures énignaljqtle que
l'on propofoir. Vous souvient-il,
Monsieur, de celle d'Esope?
Cet habile Maistre en cet Art
pouvoir il imaginer unTableau
plus bizarre que celuy de ce
Temple appuyé sur une Co-
Jomne, cette Colomne estant
eotooccoridcdonare Villesqui
avoienonaoâlrarérwiir:Aocs^ boutans,
saveuritèu«iEen&nnwpil'une
bJQrurluJ}1.aLttraU1oirvui parl'cHli)
iencnCfop,intbjUDO: apres autre¡p."Cacladt"1à:parrt
ft^coures ces BigurescoBFien.
nentbien.àFAnrrûejje-éemaJe,
(pl'tom peurss'empescherd'estre
furpàïfti'un assemblage aussi
étrange que celuy-là. Comme
il y a des termes qui ne sont
point faits l'un pour l'autre, il
y a certainement des Images
qui ne doivent point aussi se
rencontrer. Au reste, les plus
grandsHommes ont eu leurs
defauts. Ce n'est point par
leurs mauvais endroits qu'il faut
les imiter. Leur exemple ne
peut servir à justifïer nos manquemens
, mau:àitoirsuraidre
plus attentifsàdiscernerceux
qui dQma&tnëiHbfoewvdemoi
de\.et_- leur autoritén'estantpas
assez souveraine,pourn'estre
pas neceffkair^piQiaraifon luy
sdonunecrtecsbuer*ité&t.e? Aseregler tfpfcti de
Personnes ssonne' conviennent
que l'onne doit jamais negliger
dans un Tableau ce que les
Peintres nommentl'invention,
la dJtpolirioo;da'dessein; & les
couleurs. On aime a(Fez le
plaisir des yeux, & la jufieifc
du bon sens, pour n'entrer pas
dans cette premiere remarque.
J'ay commencé par elle avec
d'autant plusde plaisir, que les
Enigmes que vous avez données
au public font exemptes
de ce défaut. II n'y a rien qui
ne soit convenable au sujetque
vousrepresentez.Iln'y a point
trop de Figures.Elles fervent
toutes à vostre dessein.
Ilya
de la diversité dateursppitures.
Vousleur donnez des caractères
qui les font connoistre.
Vous les divisez,aussi jmac que
les Orateurs ont coûtume de
faire la division de leurs Harangues.
Mais quoy qu'elles
soient tres bien démeslées, elles
sontneantmoinsliéesensemble,
& font cette harmonie, sans
laquelle nul ouvrage n'est parfait.
Cependant il se presente
une objection assezconsidérable
contre cette remarque.
Maisilfaut une quatriéme Lettre
pour vousla proposer.
(OUk. 0il .]U£15b)_.b
LEJ'T^TROE2vnIVioi 90
QJJU/'ciil .sain^biqu IUQV Uoyi!iqlie»î^ôn-(Sithfiez1
defabdfc depuis quelque
temps, de iadoration supersti_
tieuf\qLtelfàvoir indiféremmentpour
tantesexemples1
des Anciea^tacftGr$is£que
Latins,il>yatteSnnl^frst&aâcoup
de Gens quinepeuvent
encor croire qu'ils n'a yent pas
esté infaillibles. Ils nemanqueront
pas de penser que la bizarrerie
des Tableaux énigmatiques
a este jugée necessaire
pourmarquer nettementles seciecs
quel'on avoulu reprefensenter
d'une maniere mystérieuse.
C'est ainsi, disent-ils,
qu'en ufoientles sages Egyptiens,
donc tous les Hieroglyphes
n'avoient nulle Peinture
qui ne parust fort absurde aux
yeux. Un oeil au dessus d'un
Sceptre, & centautres Figures
aussi prodigieuses,estoient de
leur usage. La necessité de se
faire entendre rectifioit tout
ce desordre, & ils reparoient
la confusion des traits de leur
Peinture, par la distinction &
la netteté des pensées qu'ils exprimoient.
Que l'on ne blâme
donc pas lesTableauxd'Esope;
au contraire, que l'on soit persuadé
que la beauté des Peintures
énigmatiques, aussi-bien
que celle des Chiffres, consiste
dans une signification juste, &
dans la relation que l'esprit découvre,
qui estentr'elles & leur
mystere, & non pas dans la
beauté des caracteres, qui ne
peuvent servir qu'à estre le spéctacle
des yeux. Celuy-cy appartientà-
îH&fprir. Permettez.
moy,jM<tofie«f!, quelques momens
de refléxion sur ce que
j'ay à répondre,. & dediferer àdemain ce qui se presente
déja à mon esprit. Un peu de
retardement ne gaste jamais
ces fortes d'affaires. Il est bon
de faire souvenir les Gens que
l'Enigme est une Question disicile,
non seulement pour en
découvrir le sens, mais pour en
parler juste. Je veux bien croire
qu'il y a des Gens qui ont le
don d'une assez grande facilité,
pour y reüssir sans aucune application.
Pourmoy, c'est tout
ce que je pourray faire, de con
tenter me Amis, en écrivant
sur ce sujet avec allez d'attention
; ce que je dis moins POUI
excuser ce quejevous écris presentement,
que pour justifier
un endroit de mes premieres
Lettres, qui n'a pas pluà quelques
Personnes. Maisj'ay assez
d'une objection, sans en faire
naiflre une autre. Je ne prétens
pas rendre compte à d'autres
qu'à vous, a pres queje me-le
fuis rendu à moy mesme.
LETTRE V. cEst Horace, Monteur,'
qui remarqueque iadiference
est toute visible entre le s
,AItsq,-ii sont destinez aux cha.1
Ces necessaires à la vie, & ceux
qui ne sont que pour le plaisir.
On se contente de tout dans Je
besoin. La necessité donne le
prix où elle setrouve. Mais il
n'y a rien de si bizarre que l'abondance.
Elle est d'un goust
tout-à-fait difficile. Il faut que
le plaisir qui la touche, n'ait
rien qui la puisse rebuter. Je
n'ay garde, Monsieur, d'aller
pousser le lieu commun au dela
de mon sujet. C'est assez que
je répondeàl'objection d'hyer,
que le commerce des Hommes
estant d'une necessité indispensable,
ce besoin peut justifier
tout ce que les Anciens se permettoient
pour
0
se faire entendre.
Mais presentement que
nous sommes dans une abondance
tres-grande de tous les
moyens qui peuventservir à
exprimer nos pensées, & en
particulier, que nostre Langue
n'a jamaisesté dans un étar plus
parfait qu'aujourd'huy, il est
certain que les Enigmes en peinture
ne 10ar que pour le plaisir
& le divertissement de l'ei prit-
Il ne faut donc pas gaster ce
plaisir par laveuë de Peintures
confuses & iregulieres. Mais
avançons, Monsieur, & disons
quelque chosedeplus nouveau
dans cette Lettre. Il est fort
necessaire de faire sçavoir que
la plûpart des Gens nesçavent
pas distinguerl'Enigme de
l'Embleme. S'ils sçavoient qu'il
n'y a qu'une feule diférence
entr'elles, qui est que l'Embléme
s'occupe à voiler la Morale,
& que les mysteres de l'Enigme
font destinez à couvrir
les ouvrages de la Nature ou
de l'Art, ils ne croiroient pas
que les noms d'une passion,
d'une vertu, ou d'un vice, pûssenc
renfermer le sens de l'Enigme.
Tous les Anciens font
convenus de cette regle. Vous
~restes le plus honneste du monde,
d'avoir pardonné cette faute.
Mais vous n'avez pas besoinde
l'indulgence qu' Horace demande
pour les Autheurs. Vous
ne l'avez pas faite, & vos Enigmes
en paroles, ou en peintures,
n'ont point eu de veritable sens,
qui n'exprimast une chose ou
naturelle, ou artificielle. Ainsi,
MonficLif) pour apprendre à
faire de belles Enigmes, la voye
la plus seûre est de prendreles
vostrespourmodeles. Sijevous
envoyé quelques remarques,
elles sont prises d'a pres vous.
Ce ne fera donc pas le précepte
qui formera les exemples, mais
les vostres auront donne occasion
aux observations que l'on
peut faire. Vous ne me ferez
donc obligé que du soin que
j'ay pris de vous étudier un peu,
& au lieudefairele perfonnage
de Precepteur, jen'ay qu'à vous
rendre compte, en bon Disciple,
de ce que vous m'avez appris.
LETTRE VI.
L n'y a rien de plus importun
,Monsieur,que les Gens
-
qui veulent dire tout. Cen'est
pas une médiocre loüange que
Pline donnoitàun Peintre, qui
avoit l'art de faire con}:ét:urer
aux yeux plus de choses qu'il
ne leuren exposoit dans sesTableaux.
C'est icy une desregles
les plus importances de tousles
Ouvrages d'esprits; il n'y ena
point où l'on ne doive se prescrire
de certaines bornes. Combien
d'Enigmes ridicules j'ay
veuës dans ma vie,par une vaine
affectationd'épuiser son sujet!
Une des plusgrandes beaurez de ':v.osEnigmes a esté,a. monavis,
le choix que vous avez fait de
quelque belle circonstance, &
de vous estre contenté d'exprimer
leur sens,parlecosté le plus
considérable. Il y aura des
Gens qui ne feront pas icy de
monavis. Ilscroyentquec'est
un Articleessentiel de bien
marquer toutes les quatre Causesde
leursujet, avec tous leurs
effets. Vostre lno ne pourroit
pas leur plaire, toute naturelle
qu'elle est. Ils auroient peint
des Jardins, pour montrer que
la cause finale des Cascades est
leurembellissement. Je ne sçay
pas s'ils n'y auroient point ajoûté
quelques Tritons, au lieude
Cause efficiente, parce que
c'estde quelque figure semblableque
l'un se sert, pour élever
en haut l'eau d'une Fontaine.
Vous jugez bien,Monsieur,au
~style dont je viens de vous écrire,
que ce font desPhilosophes
de l'Ecole d'Aristote qui font
dans cette opinion. J'en ay vû
qui m'ont assuréqu'un sens
n'estoit jamais sufisammentexprime
,que toutes les catégories
n'y fussentmarquées distinctement
; ce qui feroit sans-doute
une rare explication : mais chacun
a ses maniérés de penser.
On a bien trouvé à redire à la
definition de l'Enigme, que
c'estoit une Question difficile.
On peut bien croire aussi que le
Mot ne doit avoir aucune
propriété
,
quelle qu'elle soit,
que l'on n'exprime par quelque
symbole. Il me suffit, Monsieur,
pour n'estre pas de ce
sentiment, que vos Enigmes
soient tournées d'une manière
diffrente. Pour ne parler que
de celled'Ino,sa chute du haut
d'un Rocher est une forme touta
fait naturelle & propre à la
Cascade. Lors qu'ilse rencontre
quelque chose qui marque
aussidistinctement que cette Figure
, il est inutile de charger
les yeux & l'imagination d'un
plus grand nombre de chofes.
Tout ce qu'on exprime de trop
ne pourra jamais plaire,ce qui
mefait souvenir que jedoisaussi
finir ce sujet & ma Lettre.
LETTRE VII.
- s vous n'appreniez à nostre
Siecle, Monsieur, à estre
moinscritique que l'on n'a esté
autrefois, je dirois librement
que cette variété prodigieuse
demotsquiparoistsurl'explication
de la mesme Enigme, peut
venir de ce que beaucoup de
Gens se font meslez d'en donner,
sans sçavoirassez bien l'art
des Enigmes. Car apres tout,
j'aimerois mieux m'en prendre
à eux, que de dire quevos
Enigmes ont eu des caracteres
trop universels. On ne peut
gueres faire plus de tort à un
Tableau énigmatique
, que de le croire susceptible de tant de
formes différentes.C'est le
prendre pour ces nuages qui
font de differens spectacles au
gré des yeux, qui s'arrestent à
considerer le hazard irrégulier
de leursituation. Ainsi comme
les preuves de Philosophie qui
prouvent trop,passent pour de
mauvaises preuves, portant l'esprità
la faussetedemesme qu'à
une veritable conclusion; aussi
les Tableaux énigmatiques où
rien ne se dévelope qu'avec ineercicude,
dont les images n'ont
nul caractere qui en regle la signification,
nefontpasun ouvrage
d'esprit d'un fort plus heu.
reux que ces Sophismes.,Ilest
donc d'une dernierenecessairede
doner aux Figures des caracteres
qui les déterminent à signifier
plutost unechose qu'une autre;
comme Nealce qui representant
un Combat Naval, qui
s'estoit donné sur le Nil, peignit
un Crocodile au bord de
la Riviere, pour la faire connoistre
par ce figne qui n'appartient
qu'à elle. Lasituation des
Personnages
,
leurs postures,
quelquefois leurs noms, souvent
leurs couleurs, les ornemens
ou les armes qu'on leur
donne,appliquent heureusement
un Tableau à un sens par.
ticulier. Si on avoit fait un peu
plus de reflexion sur ces differences
que vous avez eu le foin
de marquer dans toutes vos
Enigmes en peinture, on auroic
rencontré vostre pensée, ou du
moins on en auroit trouvé qui y
auoienteu quelque raport. Au
reste on s'abuseroitaussi de
croire que chaque Figure de
l'Enigme soit Enigmatique. Il
n'y a que la Figure principale
du Tableau quel'on doitconsiderer
avec deffiance, comme
ayant ordre de lapart de l'Autheurd'imposerauxyeux.
C'est;
à elle feulement qu'il a confié
son fecrer. Car enfin, Monsieur,
si toutes lesautres estoient
égalementmysterieuses, on ne
devineroit qu'au hazard le sens
d'une Enigme , sans pouvoir
rendre compte de son explication.
Ce sens sedévelopeavec
méthode. On passeicy, comme
dans la recherche de toure au- trevérité,decelleque l'on con-
"noifiJ à celle que l'on ne connost
noift pas. On voit au pied d'un
Rocher des Statuës, ( l'exemple
devostreIno se represente toûjours,)
on les prend pour ce
qu'elles font. Ce Rocher, ces
Statuës, fervent à découvrir
que la chose qui est representée
tombantd'enhaut dans
l'eau qui est peinte au dessous,
a raport avec ce Rocher & ces
Statuës. Lors qu'en fuite on
fait refléxion aux choses disérentes
qui se précipitent de
quelque endroit élevé, la circonstance
de ces Statuës donc
on embellit ordinairement une
Cascade, porte plutostl'esprit
àcesens,qu'àceluy delapluye,
ou d'une fusée, ou du feu solet,
ou de quelqu'autre meteore de
l'air. Il est d'une plus grande
habileté que l'on ne peutcroire,
de bien marquer les dernieres
diférences des choses. On ne les
connoist presque pas. On les
peut apprendre de l'étude de
la Nature. Un trait d'Histoire
les peut fournir. A mon avis,
il est toûjours necessaire qu'avec
celles que tout le monde
connoist, il y en ait quelquesunes
qui ne puissent estre entenduës
que des habiles Gens.
Car il est vray que l'Enigme
haït les profanes, que ses mysteres
n'ont esté en usage que
pour cacher à leurs yeux la verité,
& qu'elle n'est pas l'occupation
de Gens qui ne veulent
s'appliquer à rien, mais l'entretien
agreable de cette espece
de rêverie, qui estle charme fecretde
tous ceux quiont quelque
goustdes belles Lettres.
[ LETTRE VIII..:
t1E ne prétens pas, Monsieur,
vous dire tout ce que l'on
peut penser, ou ce quise trouve
-
sur les Enigmes en quelques
endroits écartez Je parle d'endroits
écartez, car il n'est point
¡ venu jusques à present à ma
connoissance, que l'on ait traité
ex prés sur ce sujet. Aule-Gelle
en dit deux ou trois mots au
quatrième Livre de ses Nuits
Attiques. Scaligers'est contenté
d'en faire un afiez grand
nombre, sans en donner de préceptes,
luy qui ne ics épargnoit
pas. Un Allemand en fit aussi
beaucoup, qui fureur au gouil
du Siecle passé, & qui ne le se
roient pas à celuy qui regne
apjourd'huy. A vous dire vray
je dois ce que j'en sçay à quel
ques Peres de la fçavante Com
pagniedesJefuites. On propose
des Enigmes en peinture chaque
année dans leurs Colleges
C'est un exercice qui contribué
beaucoup à faire paroistrel'esprit
de leurs jeunes Maistres,
qui endonnent des Explications
publiques. Il n'y a rien
de plus achevé que ces Explications.
Ils y font entrer ce qu'il
y a de plus beau dans la Poësie
Latine, pour les embellir. Il
seroit à desirer que l'on pût en
avoir des Recueils. Il ne saudroit
point s'instruire ailleurs
des moyens d'expliquerunT'ableau
enigmatique.J'ay fouvent
souhaité que quelqu'un
de cesPeres voulust le charger
de ce foin. Je fuis surpris mesmes
que du grand nombre qu'il
yen a chaque année en France,
on ne donne un ordre de choisir
les plus belles, & d'en faire tous
les ans un Volume, qui tiendroit
sans-doute tres bien son rang
entre tant d'autres excellens
Ouvrages,&qui feroit comme
un présage de ce que l'on doit
attendre de la belle éducation
qu'ilssçâvent donner à leurs
jeunes Gens. Je croirois avoir
assez réüssy dans ces Lettres,
si la vision que je vous propose
icy,devenant publique, rencontroit
l'approbation de ceux qui
peuvent faire execurer cette
entreprise. Cependant ~qu'ilmi
foit permis, sur l'autorité de
leurs exemples, de faire encoi
une remarque. Outre les ~sym
boles dont j'ay parlé, toute la
difficulté consiste à trouver un
raport juste entre la principale
figure, & le sens qu'elle represente.
Il est vray que ce raporc
se rencontre souvent par un pur
hazard, que l'étude ya moins
de part que la bonne fortune de
l'Esprit, & que cette veuë se
presente à peu pres à luy, comme
celle du dessein d'un Discours,
de la pointe d'une Epigramme
, & d'une de ces Reparties
promptes, qui ne font
redevables de leur beauté qu'au
feu de l'Esprit, par le moyen
duquel toutes ces apparitions
ingénieuses se presentent àluy.
C'est apparemment ce que la
Ville de Ham a voulu dire.
Mais les regles que l'on a, fervent
à en découvrir la beauté,
& à en bien juger, plutost qu'à
ilinventioiii- si ce n'est que lors
que l'Esprit s'est accoutumé à
se donner des idées régulieres
des choses, elles fervent à le
conduire, lors mesme qu'il n'y
fait aucune reflexion. Comme
l'habitude de la Danse fert à
donner ces manieres libres &
aisées qui attirent une prompte
approbation, dés le moment
qu'elles paroissent en public:
Ainsi il n'a pas esté inutile d'écrire
ce que vous avez souhaité
demoy. Ilyapeudechoses qui
nesoientàvous, Monsieur, puis
queje lestQy prisessur le modele
de vos Enigmes, & qu'elles
m'ont esté dictées par la passion
de vous obliger.
On ne saurait raisonner plus
juste qu'afait M. l'Abbé dela
rIllt dans toutes ces Lettres,où.
si vous en exceptez ce qu'il dit
de trop obligeant pour moy, vous
ne trouverien qui ne contente l'esprit, & qui ne l'éclaire sur ce
qu'on doit penser des Enigmes. le
ne doute peint que ceux qui se
font un plaisir de les expliquer, n'y
cherchent à l'avenir d'autres sens
que ceux de l'Envie, de la laloufie
& de la Chasteté, puis qu'il
leur apprend que l'Enigme devant
servir de voile aux Ouvrages[euh.
de l'Art ou de la Nature, les
noms d'une paljton, d'une vertu, ou
d'unvice,n'enpeuvent jamais renfermer
le sens. le passe àunautre
genre d' Enigmes,si on peut donner
ce nom à tout ce qui cft obscur. le
parle de ma lettre en Chiffre du
dernier Extraordinaire, qui estdemeurée
un secret impénétrablepour
vous & pour vos Amies. Beaucoup
d'autres ont renonce à la déchiffrer
; ~gr d'untrès-grand nombre
de Personnes qui ont - essayè
d'y réussir, il n'yen a eu que cinq
qui ensoient venuës à bout, le
vous envoye leurs Billets pour ne
rien osterà leur gloire. rONS ferez,.
surprise,vousqui avez, cru la
chose tres-difficile, de trouver des
plaintes du contraire dans le premier.
I. BILLET.
LE plaisir que nous avons
sans peine est si peu charmant,
que je vous avcuë que
je n'en ay pris aucun à déchifrer
vostre Lettre, qui ne sigoitæ
rien autre chose que,
Les Nulles qui font au devant de
chacqueE, empescherontdemedécouvrir.
En effet,Monsieur,cessortes
de Lettres font si faciles quand
ellesne font pas plus embarassées,
qu'ellesse lisent atfque
aussi aisément que si elles cftoient
écrites avec des caracteres
ordinaires. C'est ce qui me
fait prendre la liberté de vous - - dire, que si voussouhaitezdonner
plus de satisfaction au Public,
vous devezluy en proposer
où il se trouve quelque maniere
de difficulté, puis que
c'est elle qui donne le prix à la
Victoire &à la Vertu. Je fuis
vostre,&c. GUILLOIRE.
II. BILLET.
SI l'Autheur de la Lettre en
Chifres avoit davantage
multipliéou diversifié les Nulles,
il me semble qu'il nous auroit
mieux caché son secret, &
qu'il auroit eu plus de raison
de nous dire; Les Nulles qui
ilgnt, ~é-c.F.L.FRONTEAUC.
III. BILLET.
1 E croy,Monsieur,apresavoir
bien médite sur vostre Lettre
de Chifre, & avoir remarqué
que le Loüis d'or n'est jamais
separé de la Clef,je croy,dis-je,
que l'explication est, LesNulles
~quisont,&c. LA GRANGE.
IV. BILLET. vOicy, Monsieur, l'Explication
de la Lettre enChifres
du secondTome de l'Extraordinaire;
LesNulles ~qusont,&c.
L'ABBE' BOUTIXELLE,
que '\p()N<! ~Y<*~o~f~y~ ceux
qui ont trouvé lesens de VI/iftoire
Enigmatique de la Ionction
des deux Aiers,
V. BILLET.
1 Eveux bien, Monsieur, avoüer
de bonne foy que vostre
derniere Lettre en Chifres
m'a donné plus de peine à déchifrer
que n'avoit fait la premiere.
Le caractere inutileque
j'y ay trouvé souvent repeté a
esté la cause de mon embarras.
Ce caractere que les regles de
l'Art mefaisoientprendre pour
un E,ou pour un A, y accompagne
un autre qui est repeté
de la mesme sorte, & queje pris
d'abord pour l'une de ces deux
lettres. Ainsijem'imaginay que
c'estoit du Latin que vous nous
donniez; mais cette pensée ne
s'accommodant pas aux conjectures
qu'on doit tirer de la
matiere quel'on soupçonne,
&
des Personnes à qui l'on écrit,
- je jugeay d'abord dela matière
qu'elle ne pouvoit estre que
galante, & que la Langue Latine
n'y pouvoit avoir aucune
part. Quant à la Personne,
apres avoir confideré que c'estoit
à une Femme que vous
adressiezvostre Lettre, je n'eus
point de peine à me persuader
qu'elle devoir estre écrite en
Langue naturelleduPaïs. Cette
détermination me fit examiner
- lesdeuxcaracteresdeplus pres,
&ayant remarqué que l'un accompagnoit,
toujours l'autre,
je conjecturay que les deux ensemble
ne faifoienr qu'une seule
lettre. Je n'y en remarquay aucunequi
fust feule. Cependant
(c1en: la premiere conjecture
pour trouver l'A & i'Y3 car il
- -!l'Y a que ces deux lettres feules
qui fassent un mot par ellesmesmes,
l'O vecatif n'entrant
-presquejamais dans undiscours
écrit. D'ailleurs dans la composition
des mots François,l'O
n'en termine jamais aucun, si
ce n'est des mots de Villes, de
Rivieres, &deFamilles. Apres
avoir connu avec certitude
qu'il y avoit une lettre inutile,
je n'eus pas de peine à trouver,
LesNullesquisont, &c. Je fuis
vostre, &c. ROBBE.
Vous voyex^ ,
Madame , par
la Ufture de cesBillets, 'lue-'Ü déchiffrement
de cette Lettren'a fas
confié beaucoup a ceux qui l'ont
fait. Vousne devez pas vous
étonner qu'ils soient en sipetit
nombre. Peu de Genssesont addonnez,
jusqu'icy à cette étude.
Ainsi ceux qui ne s'y f>nt fbint appliquez
ne sçauroient déveirper ,':
Chiffre le plus facile, au lieu que
les Sçavans en cette matiere,c'est
à dire, ceux qui ontprisl'habitude
de déchifrer, ne se trouveroient que
fort peu embarofez,des plus difficiles
qu on leur pourroit proposer.
Mais comme ce n'a pas esté mon
dessein de travaillerseulementpour
cepetitnombredont lapénétration
de l'espritne pouvoitm'estre inconnuës,
j'ay donné des Lettres
aisées sur le Chifre, afin que le
Public qui les voit, &les examine
apres vous, apprist peu à peuà
débrouiller lesecret qu'ellesrenferment.
Cependant quelque facilité
qu'ily ait eu à le découvrir, je voy
bien, puis que si peu de Personnes
l'ont fait, qu'on ne reiiffhoitpas
davantageà celles que je pourrois
encor donner quoy qu'également
faciles,si je ne prestois pour cela
le secours des Regles principales,
dont on se doit servir pour déchifrer.
JesuistropobligéauPublic
dufavorable accueil qu'ilfait à
mes Lettres, pour ne tacher pas
par touteforte de moyens de luy en
rendre la lectureprofitable, le ne
doute point qu'après que ces Regles
luy feront cennuës,il ne s'attache
avecplaisirà dévoiler le mystere
des nouveax Chifres que je vous
envoyeray C'est une scienceavantageuse,
qui peutservir en beaucoup
d'occasions,& par laquelleonpeut
estre utile àson Prince.
Regléspourapprendre à
déchiffrer. LA premiere chose qu'on
doit faire dans le déchifrement,
c'est de compter s'il
n'y a point plus de vingttrois
caracteres diférens dans laLettre
qu'on veut déchifrer. S'il
s'en trouve davantage, c'est une
marque qu'il y en a de doublez
oud'inutiles. Les inutiles font
ce qu'on appelle communément
des Nulles, & on doit
appliquer ses premiers foins à
lesdécouvrir, parce qu'elles
empeschent de connoistre les
autres lettres, Il faut en fuite
compter combien de fois chaque
caractere est repeté, & le
marquer à part pour en faire la
comparaison. Celuy qui l'est
davantage, est infailliblement
la lettre E, parceque c'est celle
dont on se sert le plus dans nostre
Langue.Elle entre dans
beaucoup de monofy llabes de
deux lettres, qui sont, ce,deje,
le,me,ne,se, te;& quand vous
estes une fais assuré de l'avoir
trouvée, elle vous fait connoistre
presque sans peine les consonesqui
la précedent dans
ces mesmes monosyllabes. Un
moyen infaillible de la découvrir,
c'est quand vous trouva
un caractere double à la fin
d'un mot, comme dans celuy
d'Année, car cela n'arrive qu'à
l'E dans nostre Langue. Cette
lettre estant trouvée par le
moyen des monosyllabesqueje
viens de vous marquer, si vous
la rencontrez à la fin d'un autre
monosyllabe de trois caracteres
diferens, ce mot doit
estre que. Si elle est au commencement,
ces trois caracteres
doiventsignifier cft, & par là
vous connoissez les lettres S,T,
Q&V. Si les caracteres qui
marquent ces deux dernieres
lettres, & qui vous sontdéjà
connus, sont accompagnez d'un
troisiémequi ne soit point E, ce
troisiéme est apurement un I,
& le mot est, qui. C'est un de
ceux qui liënt davantage le difcours.
Si ce mesme caractère
que vous, avez reconnu pour la
lettre E est au milieu de deux
autres qui fassent unmonosyllabe
de trois lettres, ce mot
fera ces, des, les, mes, fis, ou tes,
selon que le sens du discours le
demandera,& vous pouvez
connoistre ainsi presque toutes
les consones.
Quand on rencontre quatre
caracteres ensemble, dont le
troisiéme est semblable au premier,
ce mot est ordinairement,
Vous..
Envoilaassez, Madame,pour
vousrendrefacile le déchifrement
d'un alphabet regulier, qui ne
dépend que de la connoissance de la
Lettre E; mais comme ony mesle
presquetoujours des Nulles, &
qu'on employé tres-souventcinq ou
six caracteresdifferens pour marquer
la mesme Lettre
,
alors ce mésme déchiffrement ne se peut
faire que paruneforte application
d'esprit à trouver les CdraEleres
qui font double2; ou inutiles. le
veux bien mesme vous avoüer,
que vous durezcet embarras dans
le nouveau Chiffre que je vous en-
'Ve, & peut estre, toute avertie
que vous esses, aurez vous encor de
la peine à le débrouille.Il est
tout de vieille Monnoye d'or &
d'argent de France, & étrangere.
J' ay cru que vous ne seriez pas
fâchée d'apprendre à la connoistre
en examinant quelles lettres chaque
espece peutsignifier. l'auray
foin de vous faire voir toûjours
quelque chose de nouveau & de :
curieux danstousmes Chiffres,
Comme cette Lettreestextraordinaire,
vos Amiesme permettront
s'il leur plaist, d'y mesler extraordinairement
quelques lignes de
Latin, pour vous faire voir l'explication
que pluseursPersonnes
d'efynt ont donnée aux six monosyllabes
écrits sur l'oeuf de ce prodigieux
Serpent, dont je votes
parlay dans ma Lettredu mois de
Juillet. Ce fut au Village de
poujjan prés de Montpellier qu'on
le trouva. VOIU vous fouveffeï
que ces monosyllabes estoient ou,
pa, re , ma, ne, pa. Ce sont
autant de commencemens de mots
qui ont esté acheve, de cette forte.
Ovationem parat Rex Maximus
nectens Pacem.
Louis LE GRANDfaisantlaPaix,
Se prépare un Triomphe à n'oublier
jamais.
Vn bel Esprit de Montpellier
lesa expli'lJteain..(i.
Ovo parturito regnummanebit pacificum.
L'oeufqu'on a découvert de ce Serpent
horrible,
Rendra LeIfooyydauummeepaaiiff.î,bbllee..
MI" Brossard, Conseiller au
Presidial de Bourg en ErejJe),
apres avoir dit que piiijîeursvofitloient
que ces Caracteres signifiassent
Ovationes Regi pararæ Martem lie-*
farium pacant.
Les Triomphes au J"Çoyjuftemetit a£-
preftexj
JTO/'itfaire duDieuMars cesser les
(rllill/tez,
ajoute qu'il croit que les Syllabes
gravees
gravéessurl'oeuf de ce Serpent
monstrueux, nemarque rien autre
chose que ce que disent les anciens
Naturalistes de la nature du Vi
pere, qui en naissant donne la
mort à sa Mere, & vangecelle
de son Pere par là, la femelle cou- -
pant la teste du mâle lors de leur
accouplement.
Ovum restituit Patrem, Matet necatur
pautu.
Si l'oeuffait revivre le Pere,
L'enfantementestla mort de la Mere.
Voicy ce qu'aécritsur cesujet
lejeune Solitairede Langon.
Il estoit juste qu'une Action
aussi genéreuse que celle que
vientde faire le Roy en donnacK
la Paix à toute lEurope, éclatast
par quelque Prodige furprenant
& tout extraordinaire.
LaNature en avoulu marquer
de la joye, en imprimantsur
un oeuf, d'un caractere ineffaçable,
ces paroles, ou,pa, re, ma,
ne, pa. L'invention d'écrire est
nouvelle, & il falloit que l'encre
fust bien subtile pour penétrer
le corps d'un gros Serpent.
Cela ne s'appelle pas écrire sur
des feüilles de Chesne, comme
faisoit la Sybille de Cumes.
Aussi le sujet est-il de plus grande
importance, puis que c'est
la Prophétie de la Paix donc
nous voyons l'accomplissement.
Ovo pcatefaictfo Reigescmanieb.unt pa-
L'oeuftrouvé nous apprend queban- nidànt la Guerre,
LesRoys vont rétablir le calme sur
la Terre.
L'explication qui fuit est plus
particuliere.
Ovabit pace Refpublica, mactabuntur
Nemetes Paladino.
Quandla Ifollandeenpaixgouste un
biensans égal,
Vers Strasbourg quelsangverse un
"taiUAnt Âslarefchal
Tandis que la Paixarrestée
avec la Hollande donnoit lieu aux
Peuples qui composent cette Republique
dese réjoüir de leur bonheur,
Mr le Mareschal de Crequy
a remporté de grands avantages
sur les Allemans. Il est defigné
par ce mot de Paladin,qui
estoit autrefois une dignitéfort renommée.
C'est en effet aux anciens
Paladins que les Mareschaux
deFranceontsuccedé.Nemetes,
sont les Peuples de la Germanie
d'entre lesVilles deStrasbourg &
de Mayence, dont César dansses
Commentaires, & Pline liv. 4.
chap. I,7, ont fait mention. Ces
curieuses Observations sont deuës
à M. Allard, dont vousavezveu
plusieurs Lettres sous le nom de rHermite de S. Giraud.
Le Medecin Solitaire de Tarascon
en Provence, qui regarde les
Caracteresimprimez sur l'oeuf du
Serpent, comme un de ces Prodiges
qui n'arrivent jamais que pour
annoncerdegrands évenemens, dit
que puis que nos Modernes assurent
que toutes choses dérivent des
oeufs, que les Anciens en ont fait
ntUfir, leurs Divinité^ & queles
Augures en tiroient des conjectures.
pource qui devoit arriver, ilne
doute point que l'oeuf d'un Animal
qui estle Symbole de la Sagesse
,
&
qui a paru, dans l'Empire &sous
le Regne de Loüis le Grand, ne
nous prophetise que cet Auguste
Monarque qui n'a jamais eu d'égal
en puissance ny en vertu, sera
suivy en tous lieux dela Vtttotre.
Ovanti Palma Regi manebit nemini
pari.
Ce 9tOy qu'aucun rieg'ale en ses nobles
Conquestes,
Verra parloflt pourluy des PAlmes
toujours prestes.
Quelques-uns ont expliqué ces
Caracteressurl'impossibilité de les
expliquer.
Ovum patefacit reconditum manuscriptumneminipatens.
L'oeuf nous découvre un Manvfcrrt
caché,
Dont en -Vainlesens ejt cherché.
D'autres au contraire veulent
qu'ilny ait rien que de naturel
dans ces paroles trouvées sur l'oeuf.
Y-Qicy ce qu'ils disent. Comme
uneGroiseille ou une Cerise se
trouvent marquées sur quelque
membre d'un Enfant nouveau
né, par la force impressionque
ces sortes de choses ont faireà
l'imagination de la Mere : de
mesme quelque feüillet d'un
Breviaire ou Missel dont les
lettres font rouges en parrie,
peut avoir esté laissé parmy les
ordures d'un fumier. Le Serpent
les aura regardées fixe-
, ment, lors que le Soleil dardoit
sesrayonsdessus. Lasympathie
qu'il y a entre cette couleur
rouge,& la mesme couleur qui
est aux yeux du Serpent, aura
fait une forte impression qui aura
émeu l'imagination de cet
Animal; en forte que l'oeuf se
fera trouvé disposé à recevoir
les lettres qu'on y a veuës. Si
on demande pourquoy ces lettres
font deux à deux, on peut
répondre que pour estre les autres
lettres rouges estoient effacées
par l'ordure, ou que cela
s'est fait à diferentes reprises,
felon que les rayons visuels dennoient
par ligne droite sur deux
lettres, n'en pouvant comprendre
davantage.
Vous en croirez ce qu'il vous
plaira.Il est certain que nos Anciens
Druides prenoient pour Enseigne
un oeuf de Serpent, &
qu'ils croyaient qu'il contribuoit
beaucoup à la yiHoire. Ilsveuloient
mesme que le Serpent marquastla
Concorde, &c'estpourcela
qu'ils faisoient porter leCaducée
de Mercure en signe dePaix, parce
que deux Serpens s'y voyent
embrafjez^ Cette remarque a donné
lieu à Mr Portes, Prestre &
Dod'UT de Lyon, de faire cet Epigran,
me Latin. Vousl'expliquet't:,
à vos Amies.
Anguibus ovparis concordia nascitnrarmis.
Serpentis partusOmina pacis habet.
Le mesme M. portes a fait
l' Anagramme des six Caracteres
du Serpent par ces mots sans au-
.-cun changement de lettres,
PONE ARMA, PAVE.
Ce qu'ily a d'admirable, c'est
queplusieursPerfonncsayant entrepris
de les expliquer en des lieux
fort éloignel'un del'autre,semblents'estre
communiqué leurs pensées
en n'ycherchant aucun autre
sens que la Paix. CrNlr¡e vousy
MaJdmt) que N(jflr.tdarllU.I l'eust
prédite par cer
oeuf? Voicy ce qu'on
affire quise trouve dans ses Centuries.
PROPHETIE
DE MICHEL NOSTRADAMUS.
L'An sept & huitle Serpent concevra.
Par le cousteau l'oeuf écrit paroiftra.
Lors la valeur à nulle autre seconde,
Pourra doner la Paix à tout le monde.
On ria passeulement expliqué
ces caracteres de ioeufdu Scrplnt.
sur la Paix. L'Enfant monstrueux
deToulouse en a estéunprésage.
Vous le trouverez,dans cette Lettre.
LETTRE XXV.
A Rheims.
LUtile 1- est si heureusement
meslé avec l'agreable dans
ce que vous nous donnez tous
les Mois, que la lecture de vos
Ouvragesn'instruit pas moins
qu'elle divertit. C'est une ve
rité, Monsieur, dont vous ferez
aisément persuadé, quandje
vous auray dit dequellemanière
les Esprits ont esté exercez
par voltre Mercure de Juiller.
L'Enfant de Toulouse donc
vous nous parlez, a donné l'estre
àbien des pensées. Ilest
cause qu'un fameux Medecin
de nostre Ville a pris le dessein
de faire voir au Public un
Traité qu'il a composé sur ce
Prodige.
-
Mais d'autres sans
vouloir feuilleternyAvicennes,
ny Galien, pour découvrir les
causes d'une naissance si extraordinaire,
ont crû qu'un Enfant
si merveilleux n'estoit rien autre
chose qu'un présage de la
Paix, qui apres avoirtenu longtemps
en travail (pour me servir
del'Allégorie) tous les Plenipotentiaires
des Princes de l'Europe,
a pris enfin naissance lors
qu'on s'y atrendoit le moins
J'aurois bien des choses à vous
dire, si je voulois m'arrester s
toutes les matieres qui ont sa
icyle sujet des plusagreable
conversations. Le Procés
Chat a faurny des pensées fof
spiricuelles,aussi bien que l'oer
trouvé dans le ventre du Se
pent de Montp ellier. Je vou
en rendroiscompte,si jen'ava
impatience de vousdire que
suisvostre,&c.
ROLAND,Avocat
le vous envoye un grand A
qui louë le Roy de ce qu'il a bit
voulu nous donner la Paix.Il
de Mr FurdaulxMaistre deM
sique de la Cathédrale de Ale1
&trop du temps, pour ne vous
plU régaler extraordinairement.

RECIT.
AIR EN RECIT.
Eros, dont les grands Noms
embellissoient l'Histoire,
léxandre,César,intrépidesGueruiriers,
dans le Champ de Mars parusses
les premiers,
f;/ parmy vos Captifs enchaîniez,
la Vi[/;¡ire,
Sousdevos Exploitsfaitperdre
la memoire, t loin qu'un mesmefort menace
ses Lauriers,
e Mondedureroit mille Siecles
entiers^
ijtte le premier de tous parlera de
sa gloire.
MustresConquérans, n'en soyez,
point jatollx)
Quoy que vouçayezJaitjHaplus
fait que vous.
Chaque instant de sa vie ofre un
nouveau miracle.
Si vostre ambition mit des Peuples
aux fers,
Pourdonnerà la terre un plus digne
fpéflacle,
- D'uneseule parole il calme l'Vnivers.
FICTION
SUR LES MOUCHES. L Amour cueilloit duMiel
dans un jardin. Il prétendoit
que ses Fléches en seroient
plusdouces, &que l'onse plaindroit
moins de leurs coups. Les
Mouches, qui fonc naturellement
ses ennemies, ne pûrent
suporter Je dégast des fleurs
d'un beau Parterre qu'il mettoiten
desordre, ny son larein.
Elles bourdonnerent autour de
luy, & quelques-unes le piquerent
de leurs aiguillons. Il alla
aussitost se plaindre àVénus du
sacrilege des Mouches qui avoient
osé l'attaquer, elles qui
font les plus petites des Infectes.
Vous qui n'estes qu'unEnfant, &
le plus petit des Dieux, luy repartit
Vénus, n'attaquez-vous
pas tous les jours & Iupiter, &
moy-mesme? Cependant elleprit
foin de ses pla yes, qui estoient
fort legeres, & dont il n'auroit
pas fait tant de bruit, s'il n'estoit
accoustumé à estre fort sensible,
& à crier aisément. Elle
se servit de la Gomme que les
Anciens luy ont consacrée; &
ayant coupé de son Voile noir,
elle luyen fit quelques emplastres.
Mais j'aytortdelesnommer
ainsi. Les Graces furent
surprises du nouveléclat qu'elles
donnoient aux belles couleurs
de l'Amour. Tout le Voile
fut bientost coupé en figures
diférentes. Vénus&les Graces
s'en servirent pour paroistre
encor plus belles qu'elles n'estoient.
Il n'yavoit que le nom
d'Emplastre qui ne plaisoit pas.
Vénus ordonna qu'il seroit défendu,&
que celuy de Mouches
prendroit sa place, puis que
l'Avanture des Mouches avoit
donné l'occasion d'inventer
,--cette maniere aisée d'embellir
la Beauté mesme, s'il est permis de parler ainsy.
REPONSE
1
* A LA QUESTION GALANTE.
- LETTRE XXVI. LA fuite peut estre d'un
grand secours contre les
atteintes & les progrés de l'Amour,
s'il est vray qu'il foit aussï
funeste à un Coeur qui s'en laisse
surprendre, que tous les Amans
le publient par leurs plaintes.
Mais comme ce n'est pas à cette
belle Passion qu'il s'en faut
prendre, & qu'au contraire
c'est à ceux qui ne la fçavenr
pas ménager avec l'adresse qu'-
elle demande, on doit croireque
la Dame dont il s'agit en <
auraassez pour n'en gouster que
les douceurs. Il faut convenir
que le Mariage a ses. loix, &
qu'il est dangereuxà ceux qui
y sont engagez, de ne les pas
suivre. Mais elle ne risquera
guére en ne s'en éloignanr pas.
Elle a de la vertu, & j'ay trop
bonne opinion du beau Sexe,
pour croire que celles qui en
ont, fassent rien qui les en détourne.
Sa passion n'ira pas jusqu'à
l'excés, puis qu'elle fera
partagée avec son Mary, pour
lequelelleatoutel'estimepossible
parson merite. Ce seroit
à mon sens une espece de perfidie
contre son coeur &.CGtU¡e
sonAmantmalheureux, dese
hazarder à une confidence qui
pourroit l'exposer, & peut-estre
elle-mesmeauxemportement
de la jalousie. On ne voit pas
qu'elle avançast beaucoup par
la retraite. Souvent ellefortifie
plutost l'amour qu'elle ne l'affoiblit.
On dit qu'il est extrémement
ingénieux à trouver
des moyens. Si cet Amant fait
faire son devoir, il n'en manquera
pas apurement pour voir
ce qu'il aime, & pour en estre
veu, &alors le remede deviendroit
un poison.
Point de retraite, & encor
moinsdeconfidence. Je décide
commevous voyez, Monsieur,
sans guére hésiter. Mais je ne
sçaurois faire aucremenc;Je
fuis un des Partisans du Mercure
Galant, & je ne veux rien
luy répondre qui déroge à ses
qualitez. Rien de moins-galant
que le procédéd'une Dame qui
fait confidence à son Mary de
sa passion & de celle de son
Amant, pour ne s'occuper qu'à
sonménage. Maisriendeplus
galant & deplus agreable pour
elle, que de soûteniradroitement
& avec mystere unebelle
Passion
,
qui ne souffre jamais
d'autre déclaration que celle
qu'une cendresse toujours respectueuse
peut faire. Je fuis
vostre)&C.-
BoucHET,deGrenoble*
Voicy comme les Enigmes du
Clavessin & du Tournebroche
ont esté expliquées par diférentes
Personnes.
EXPLICATION DES DEUX.
IiFnefoaysijememeprens
Sur ces Enigmes cy; ce que je m'imagine,
C'estque cesont deuxfort bons Instrumens;
L'unestpropre à la Chambre,cp-ldutre àla(fuijine.
Quedeplaiftr nous donne lepremier
Parses cordesdeser, de ¡IItOll,OU d'acier!
Et que d'oreillessont charmées
Par tantde Langues emplumées!
Pour le second,s'il n'estbien assorty
Asa necessairefemelle,
AsaBroche, ilne peut sans elle
Faire cuire nostre T^fty.
Surl'Explication s'étendredavantages.
ce neGseroitpaas pllairae aunMercture. Avecraisonilnous deYh,,,
Le longdifcoursylefuperflulangage.
Commej'aytoujoursfaitdejfiin
¥>'évitercejuflereproche,
Fermons Viste le Clavessin.
Etfaisonsensoupant, taire It Tournebroche.
GARDIEN*
EXPLICATION
DU CLAVESSIN. MAfoy,cette Enigmemeplaijhi
ITI'OYons, ilfautquejel'explique.
A. cegradattirailje "vots ce qu'il en ejl)
C'est un Instrument de Mujiquc.
Mais quelnom luy donner? encor en faut-il un.
4£uejesuisungrandsot de me tant
gesner l'ame,
TourunFntfrtfmentsicommun!'
C'estleClavessïn demaFemme-,
BARBETTE,Echevin de Troyes..
AUTRE. LE Clavessin me charme, il riest
rien deplus doux;
Sesaccords &fin harmonie
Exercent sur mon coeur inquiet (JF
jaloux,
Vne agreahle tyrannie.
Irissçait le toucher avectantd'agrément,
Il.ue des coeurs les plus durs elle change
l'ufltge,
Et cetteBelle a/'avantage
'it"'oirsijs en joüantplus d'un enchantement
»
AUTRE.,
R O N DEA U. LE Clavessin de bizarre figure
Peuts'enrichir d'unefine peiflte
ture.
Cet ornement doit arrefierlesyeux>
2*1*ïsfèsaccords touchentles Curieux
Toutautrement que sa belleparure.
QuandChamboniere avecsa Tablature
FOllloit charmer les 2Loyi nos Demy-
Vicus,
\Autrequeluy nefaisoitparlermieux
LeClavessin.
Ses totis estoient justes,harmonieux,
Leserchangeaitd'u de IIlttld,
Et l'on voyoit ce métalodieux
"Remplirlessensdes delices desDieur,
Lors que la rpfume animoit de mesure
Le Clavessin.
AUTRE. Ctfaque chose en cetemps, ainft
qu'aufarna"val,
Se ¿ég;(ê, c^1 l'on prend. un plaijtr
sans égal,
Soit ànlesotr;tyicsf/irt, froiet à.les recon- Danscetadmirable
dessein,
ILRIEJLPASJUFQU*H Clavessin
,
Qui nesi messe aussid'enestre.
2rfaù dans le mesme Inflllntque je l'ajf
Yell parepre,
Stns lefaire beaucoup parler,
Luy voyantsibienétaller
Ses plumes, ses attraits, C5,, sa riche
parure,
A-rec ce Corps de bigarrefigure
Que de langues sans nombre on avoit
soin d'orner,
Et surtoutl'entendantsijufie re'-
sonner,
C'e.st luy.mefine,ay-se dit, il en a
l'encolure.
:Ui bien,fia'Sjepot* deviner?
La Belle du Mont Parnasse.
EXPLICATION DE L'ENIGME.
dela Statue de Memnon. LEnigme est expliquée, (9" j'en
"'N.r croire Elise.
C'efi un Cadran, il n'y fautplu»
songer;
Et ces Bergers conduitspar une 7lArb
grise,
chercbent l'Heure du B"erger.
Le faux CHRISANT.
AUTRE DE LA MESME,
Sur le Coq. LImage de Memnon dtd htauSouleil
levant,
Parloit, dit-on, comme un Ouracle,
Voilaparguenne ingrandmirdcle,
Noute Cru] enfait bian outant.
TOI" les matins par soin chantprou*
pheticle,
Le l'entendons dans noute Cour
ji. noute Minagere annoncer quilfdit
jour.
Le hiau Prouphete¡t"e'{, dira quelque
criticle.
oJ,¿ire qu'issaitjourqjtandil cr"re
lesyeux?
Targué,cest toutfin dret, ccmnedit
noute Fieux,
Ç'estdyeveinenr latFfeseie .aprèsqmalle est
>
T<n^uiaqu'aittjïn j'expliquons la
Statuë,
,* Etpalsanguequ'in outre dise mieux?
Par un Païsan d'eaupres
de Troyes.
Ceux qui ont donné les cinq
Explications suivantes, prennent
tous le titre d'Académiciens de
Boüilly lez-Troyes. vVOus demandez quelles merteilles
Font retenait ces lieux d'un accordtout
divins
'^Apollons de «T'PlïillY) n'aye$->ousflui
d'oreilles?-
ZIUIPY,n'detendeZ-Wuspas que c'est
un Clavessin?
C.BUGLET,Prevost deBouiUy:
l'Entens
bien, c'estun Clavessin,
DontMercure aujourd'huy vientm' étourdir
l'oreille.
Ah,pour lachatoüiller,l'impertinent
engin!
Passi encor,sic'estoit lesond'un Pot
de Vin,
Ou les glou-glouxd'une "Boutet'lle.
MALHERBE, Medecin. AMis, ce Clavessin dont yomt
.-
,gouftez .ZV'drienpolir-moy-d'as-sezsolide- .
Franchement, il ne mepl*ift
le ne yeux point mâcher à vuide.
Mafoy,ceTournebroche utile à nos
l^epas^
M'estplusdouxdansson bruit, quun
accord inftp?de.
MORNAC le jeune, Avocat.
SSIplussouvent qu'au Cabinet
le ne rodois dans la Cuisine,
Mdfoy je riaurots pat la mine
Devenirjustement aufait.
Mais,grace à monhumeur quisouvent
men approche,
le reconnois ce Tournebroche.
L'ABBE' SONNEAU. AMoy quifututeC-rmelûre
Les heures (7"les joursdel'An,
Si tu crois fills cettefigure
Cacherpourlongtemps un Cadran,
Parbleu tute trompes, Mercure.
CHEVALIER,Trésorier
de S. Urbain.
Le Madrigal qui suit a esté
fait à l'occasiond'une belle Dame
dont un Cavalierqu'on avait
mené chex^ellese trouva charmé à
Pentendre joüer du ÇUvefltn*
Comme on ne le peut toucher plus
délicatement qu',.,eefàit, ilfut si
sensible à cette harmonie, qu'il
paslit tout-a-coup, & tomba en
foiblesse, jusqu" perdre connois
sance. On eut recours aux remedes;
il revint à luy, & cetaccident
luy donna lieu de dire cent
jolieschosessurce quilsentoit
tour cette admirable Personne.
Cette premitre Visite en attira
d'autres. La Damefutfortement
aimée du Cavalier; mais enfin
soit qu'elle ait esté cruelle,soit que
¿'t,mour diminuë de luy-mcftne
quand il ne sçauroit plus augmentter,
cette passîon s'est ralentie depuis
quelque temps; & voicy ce
qu'il luy a répondusurl'Enigme
du CJavel/in, qu'ellel'avoitpriée etexpliquer.
FFAut- ilmécrireVers&prost
Pourm'obligeràdeviner
L7Enigme que l'Auteur du Mercure
propose?
Jrisi tout denouveaupourqouy me
chagriner,
En me representant ce quifait mon
suplice?
Je croy que c'estavecdessein
Que vostrecruautémefait cette
malice,
Pour me faire sonder encor au
Clavessin.
La Zettre que vtus afle^veir
est d'un Particulieràun Amy.
LETTREXXVII. LA Question que nous propoie
l' Extraordinaire du
Mercure, fust dernièrement
agitée dans une Compagnie où
je me trouvay. Chacun y dit
son sentiment; mais de cinq ou
six aimables Personnes qui y
estoient, il n'yen eust pas une
qui fust de vostre avis. Elles
plaignirenttoutes le malheur
de cette Femme qui se voyoit
exposée à la veuë d'un Amant
pour quiellesentoit en secret
une passionviolente qu'elle vou-
JoireroufFer;mais elles soûtinrent
que puis qu'il n'y avoit
pour cette malheureuse aucun
moyen de s'éloigner de ce qu'-
elle aimoir, qu'en confiantson
..secret à son Mary, il valoit
mieux éternellement combatre,
& mourir mesme dans les
combats, que d'aller faire une
confidence si dangereuse à une
Personne dont elle devoit toujours
dépendre. Pour moy,
Monsieur,je n'eus pas de peine
à me ranger de ce party, & toutes
lesraisonsque vous m'aviez
faitla grace de m'écrire pour
soûtenir vostre sentiment, s'évanoüirent
de devant mes veux. Jeconsiderayavec elles quelle
peine cruelle c'estoit pour une
Femme, que de se résoudre à
aller elle-mesme découvrir un
amour qui la devoit faire rougir,
&del'allerdécouvrir à celuy
des Hommes auquel elle avoit
plus d'interest qu'il fust erernellement
caché. Mais sur tout
j'examinay le coup mortel que
c'estoit porter au coeur d'un
Mary, que de luy apprendre
cette nouvelle. Il faut avoir
aimé, Monsieur, pour bien entrerdansces
sentimens, & pour
concevoir la secrete douleur
d'un honnette Homme quifait
qu'il ne possede de si Femme
que ce qu'elle ne luy peut refuser;
qui ne doit l'affection
qu'elle luy fait paroistre qu'au
lien qui les unit, &qui n'est pas
le m'aistre d'un coeurdont il ne
se sent que trop digne par son
mérité.Il est vray que sa Femmsioentcârcihmeinde'éllteo.
uffer cette pasil
en est mesnie j 1- i
convaincu, & il semble quel'aveu
qu'elle luy vient de faire
est une marque de sa vertu, &
de l'estime qu'elle a pour luy.
Mais il faut ne pas connoistre
l'Amour, pour ignorer qu'il
ferme toujours les yeux sur ce
qui peut le soulager dans son
malheur, & qu'il ne considere
que ce qui accroist ses déplaisirs.
Qui peut rassurer ce Mary
contre tout ce que son chagrin
luy va representer? Il sçait que
l'absence n'efface pas toûjours
les impressions qui se sont formées
dans un cccur, que le mal
peut s'aigrir par la violence
qu'on luy fait & quela passion
ne trouvant plusdequoy seflater,
monte quelquefois a un tel
excès, que la vertulaplus forte
qui luy resistoit au commence,
nlent, n'est plus en état dela
combatre. UneFemmequijettera
les yeux sur tous ces perils,
ne balancera pas longtemps sur
la résolution qu'elle doit prendre
; elle se déterminera sans
doute à demeurer exposée à la
veuë dangereuse de son Amant.
Il est vray qu'elle aura de rudes
combats à rendre; mais, Monsieur,
-
Ce ricjiquen ces combats yue'date
la YeYttJ,
Et l'on doute d'un Coeur qui n'a
point comblltll.
La Victoire se déclarera pour
le party le plus juste, & il est
biendifficile qu'une Femme
vertueuse qui a la force de cachersa
passionàune Personne
dont elle est tendrement aimée,
n'ait enfinlapuissance d'étouffercette
passionqui choque son
devoir. Les froideurs qu'elle
doitfaire paroistreàcetAmant,
pourront peut-estre la rebuter
dans la fuite
; & comme l'amour
se guérit souvent par le dépir,
elle doit esperer deses rigueurs
qu'elle se verra bientost libre
des cruelles attaques où l'expose
une veuë qui luy dl trop
chere. Enfin
,
Monteur, de
deux périls, ellechoisira celuy
dont sa verru, qu'elle a deja
éprouvée, la pourra toujours
garantir. Je fuis vostre, &c.
L'INSENSIBLEdeBeauvais.
1 LETTRE XXVIII.
AAngers. I'Ayleuplusieurs de vos Mercures
Galans avec tant de
satisfaction, que je puis vous
protester que la lecture de ces
Ouvrages est une des plus agreables
occupations quej'aye
en France. Elle me fait apprendre
laLangue en mesme temps
qu'elle me divertit l'esprit. Je
ne les ay leus que quelque
temps apres qu'ils ont esté faits,
à l'exception de celuy du Mois
d'Aoust. J'ay un peu resvé sur
les Enigmes que j'y ay trouvées.
La premiere m'a paru
estre le Clavessin5 &la seconde,
une Horloge à pendule. Si je n'ay
pasdevinejuste, cela doit estre
pardonné à un Etranger, qui a
de la peine à entendre lelangage.
Au moins cecymesera
une occasion de vous dire que jefuisvotfre,ôcc.
FRANCOIS-LOUISVANDER
WIELLEN, Gentilhomme
Allemand,
LETTRE XXIX.
'.A. Saumur. IE croy ,
Monsîeur,que la
Scatuë de Memnon peut
tres-bien s'expliquer de l'Astrologie.
Cette Statuë qui regarde
le Soleil, & qui ne rend
ses Oracles qIJ)en recevant ses
ra yonstrepresente les Astres,
& particulièrement les Planetes,
dont l'usage est tres- grand
dansl'Astrologie, & qui tirent
toute leur force & leur lumiere
du Soleil. La Sphere qui paroist
fous les pieds de Memnon,
peut signifier le Globe Celeste.
Le Vieillard qui confidere la
Statuë, c'est l'Astrologuequi
consulte les Astres. Ceux qui
viennent à luy, font ceux qui
veulent sçavoir l'avenir, & qui
se font dire la bonne A vanture,
& tirer l' Horoscope. Mais pour
confirmer cette Explication, il
faut encor considerer le raport
que les Prédictions de l'A strologie
ont avec les Oracles. Il
n'y avoit rien de plus ambigu
ny de plus obscur que ces ré-
;
ponfes des faux Dieux, comme
il paroistpar celles qui furent
rendues à Crésus, à Pyrrhus,
& alline autres qu'il seroit
trop long de nommer icy. De
mesme on nevoit rien de plus
embroüillé que les Prédictions
-
des Astrologues. Deplus, les
Oracles estoient presque tous
faux; & si quelquefois ils se
trouvoient veritables ce n'estoit
que par un purhazard.
Oenomanus,Philosophe &
Orateur Grec, ayant esté souvent
trompe par celuy de Delphes,
fit un Livre de ses mensonges,
qu'il intitula, De la
FavJJetc des Oracles. Et Porphyre,
ce grand Enaemy des
Chrestiens, avouë en son Traité
des Réponses & des Oracles,
que pour l'ordinaire ils se trouvoientfaux.
Ilenestdemesme
de ce que prédisent les Astrologues
; ce que je vay faire voir
en peu de mots par quelques
exemples mémorables. En l'année1179.
il courut par toute
l'Europe des Prédictions des
plus fameux A strologues, par
lesquelles ils menaçoient qu'en
l'année 1186. il arriveroit de si
effroyables tempestes, & des
vents si impétueux, que les
Tours ny les Chasteaux les plus
forts ne feroient pas capables
d'y resister. Cela jetta tout le
monde en une consternation
terrible, & la plupart s'alloient
cacher dans les creux des Rochers.
Cependant cette annéelà
fut extrêmement tranquille.
Depuis, d'autres Astrologues
publierent qu'en l'an 1514. au
mois de Février, il y auroit de
si grandes pluyes, qu'à peine
.se pourroit-on sauver de cette
espece de deluge. Mais il ar..
riva tout le contraire de ce
qu'ils avoient prédir, &le mois
de Fevrier fut extraodinairement
sec. Qui, ne sçait enfin
( car j'ay honte d'estre si long)
ce qu'on pronostiqua de l'année
1588. qu'on nommala mer,
veilieuse, àcausedes prodigieux
accidens qu'on devoit voir, êz
de la fameuse Eclypse de Soleil
de l'an 1654.Neantmoins routes
ces prédictions n'eurent
point d'effet, & elles ne servirent
qu'àconfondre la vaine
Science des Astologues. Je
fuis,&c. DELATOUSCHE.
LETTRE XXX.
A Ablouvillepresd'Argentan. I Entre d'abord en matière
touchant la Question galante
que vous propolez, & crois,
Monsieur., qu'une Femme qui
est bien persuadée du merite du
Rival de son Mary,&qui a du
penchant à luy vouloir du bien,
a lieu de craindre pour sa vertu,
si elle reste en un lieu où elle ne
peut honnestement eviter sa
veuë. Il luy rend malgré elle
mille services qu'elle ne peut
refuser. Il les assasonn d'un
langage muet qui luy dit plus
qu'elle ne voudroit entendre. Ilneperd pasla moindre.occasion
de la voir & de devenir necessaire.
Cette complaisance
achevée, son air, & ses maniérés,
donnentde terribles assauts
à la vertu de la Dame, & grand
sujet d'appréhender certaine
heure du jouus redoutable
encor pour le Mary dans un
teste à telle commode pour les
Amans: mais d'ailleurs si par
uneavanture assez rare laDame
aime tendrement son Epoux, &
que l'amour foit réciproque,
elle hazarde de le faire changer
en jalousie par un aveu trop
sincere, qu'il peut croire n'a.
voir esté fait que pour sauver
les apparences, & servir en suite
a le mieux tromper. Tout luy
devient suspect, jusqu'à la retraite
proposée. Il imagine
que loin du monde &du bruir;
les rendez voussedonnent plus
à propos. Je conseille donc à la
Dame de ne point découvrir
son foible, & de faire tout son
possible pour le vaincre. Il y a
plus de peine il y a plus
de gloire, & par une indisé..
rence un peu de longue haleine,
elle pourra obliger l'Amant à
l'imiter, & le tout sans donner
d'ombrage au Mary. Peu de
Gens feront d'un avis contraire,
mais peut-estre que les voix
feront plus partagées touchant
les Mouches dont j'attribuë
rusage à Omphale Reyne de
Lydie. Comme ellesecoëffùit
un jour devant son Miroir, une
Mouche se vint mettre sur sa
jouë. Elle vit que la couleur de
ce petit Infecte relevoit admirablement
bien l'éclat de son
teint. Elle s'avisa d'avoir des
Mouches plus fixes,& pour cela
elle se fit apporter du Taffetas
noir, dont elle tailla quelques
petits morceaux qu'elles'appliqua
en divers endroits du
visage, & donna ordre à ses
Suivantes de ne l'en pas laisser
manquer. Elles y travaillerent
avec succés, & chacune sit de
son mieux pour meriter qu'on
l'appellaft la Bonne Faiseuse.
Toutes les Dames de Lydie
suivirent l'exemple de leur
Reyne, & dans ce temps le
grand Hercule passa par la.
Jlyit la TÇeyne,&nepûtsedéfendra
Contre des attraitsstpuijptns. Ilnefutpas longtempsfknsluyfaire
comprendre,
- par mille regards Ittnguijfans,
Que L'éclatdefesyeuxleforçait defiy
rendre,
Elle eust de la joye de le voir
réduit àcette neccssité. Elle le
connoissoit sans l'avoir jamais
veu. Sa réputation parloit assez,
& son nom apprenoittoutes
choses. Elle feignit dene
se pas appercevoir de son embarras,
& traita longtemps de
galanterie pure la déclaration
qu'illuy fit enfuite. Il luy jura
queson coeur estoit surses levres;
mais dans la crainte que
sa passion ne fust aussi vagabonde
que sa gloire, qui s'atta.
choit à toute forte de grandes
entreprises,elle s'en.voulut affurer
parquelques épreuves, &-
commanda à ce nouvel Amant
- de
de prendre l'Habit de Femme,
avec une Quenouille & des
Mouches. Ille fit incontinent.
Il faisoit beau voir Alcide tel
qu'on le dépeint en cet équipage.
Voyez le prodigieux-pouvoir
de l'Amour, qui tout Enfant
qu'il est, se joüoit en ce
momentde celuyquiavoit tant
assommé deMontres:
Le Lyon Hem/en, ULfydre, leSdhglier,
Et les OyfèduxduT.MCStymphftle>
Aboientpour ce brave Guerrier
Eté'moinsdangereux flic les Mouches
d'Omphale.
La Reyne de Lydie ne se contenta
pas de cette métamorphose.
Elle luy ordonna encor
d'introduire par tout la mode
de se mettre des Mouches; ce
qui luy fit recommencer tous lesVoyages. Il établitdonc en
tous lieux cette Mode par autorité,
maiselle ne fut pas longtemps
sans plaire à toutes les
Nations, qui l'ont toujours
continuée depuis, comme nous
Je voyons encor presentement.
A son retour il persuada tout
ce qu'il voulut, & fut bien récompensé.
Je fuis vostre, &c.
D'ABLOVILLE.
L-,E1T..TRE XXXI.
IE fuis obligé,Monsieur, de
vous apprendre le bruit que
vostre Mercure fait à Madrid
-.,
parmy les Personnes de la première
qualité. Voicy ce qu'un
Homme deméritéqui estdans
cette Cour,êcàqui jel'envoyay
il y a quelque mois, m'en a écrit.Vadmire la nouvelle &
agreable maniere de s'immortalisèr,
que l'Autheur du Mercure
fournit aux Gens d'esprit,
dont je trouve qu'il fait une troisième
espece de Héros.
Car il st des Hérosde toutes les ma.;
nieres,
Etsansparler desames meurtriers,
;
Quibarbouillez depoussiere {fdefang
Sefontfaifts du premier rent,
| Sansparler des Autbeursantiques, De leurs Commantateurs, Traducteurs
I2?equoiu Critiques, lufront enguise de Guerriers,
Paroist couronnéde Lauriers,
Il est des Héros à la mode,
Quipar une adroite methode,
Soit Àfaire des Vers,soit àles APplaudir,
Sroo,i,'tta,è ttoouurrnneerrpprrooprementuneEpistrey
SeIonqueleurtalent apû les enhardir,
Pu Mrcureprendltt un titre,
Sefont ayecfacilité
Guinderàl3Immortalité'.
LE CAVALIER. ECCLÉSIASTIQUE.
DE L'ORIGINE
DE!; MOVCHES
DES DAMES. pUis que vous voulez,aima»
ble Mercure Galant, que
je vous apprenne iorigine des
Mouchesque les Dames merj
tent sur leur visage, jevous rapporteray
ce que j'en ay leu dans
un vieux Manuscrit qui n'est ny
Grec, ny Latin, ny Allemand.
Il dit que l'Amour, qui de sa
nature est inconstant & volage,
s'ennuyant un jour dans les
Cieux avec les Déesses, s'avisa
de quitter cette belle Demeure
pourvenir chercher du ragoust
dans je ne fqav quel petit Village
où il y avoit de fort jolies
Bergeres, adroites, propres,
bien faites, & mesme assez fieres.
Voussçavez ce que le
Tasse ditdelafuitedel'Amour,
de la colere de Vénus, & dès
perquisitions qu'elle fit pour le
retrouver. Voicy le reste de
l'Histoire. L'Amour ayant résolu
de se déguiser, crût qu'il
seroit moins facilement reconnu
en équipage de Bergere, que
dansl'habitde Berger. Ilcache
donc sa Torche &son Bandeau
dans une vieille Masure,
oste la pointe dorée de ses Fié..
ches, en met une autre qui pour
n'estre pas sibelle, est pourtant
d'aussi bonne trempe, replie le
mieux qu'il peut ses aisles fous
les bras, se coëfïè d'un petit
Bavolet, prend une Houlette,
&: chasse un Troupeau devant
luy. Tout favorise son déguisement,
son visage jeune, ses
cheveux blonds, ses petites manieres.
Jamaisl'Amour ne fut
plus plaisant qu'en cet équipage.
Il se regarde dans une
Fontaine. Il s'admire,& rit
luy-mesme de sa Mascarade,
bien assuré que personne ne le
reconnoistra, non pas mesme
Vénus qui le cherche. Habillé
de cette maniere, il entre dans
la Prairie, où toutes les Bergeresdu
Village estoientassemblées
autour de leurs Troupeaux
Icy le ,Manuscrit est un peu
déchiré, & c'est assurément
dommage ,car cet endroit à
mon avis devoit estre le plus
curieux, & il y auroit eu grand
plaisir de voir comment 1'A..
mour fit connoissance, & de
quelle sorte il sedémessa de ses
premiers complimens. Mais
tout ce que l'on en sçait, c'est
qu'il fit amitié particuliere avec
deux des plus belles Bergeres,
luy qu'on accuse de ne se connoiftre
pas trop en amitié. L'une
s'appelloit Aminte, & l'autre
Cloris. Pour luy il se donna le
nom de Carite. Ainsi ces trois
Belles estoient toûjours ensemble,&
ne pouvoient vivre l'une
sans l'autre. Un jour qu'elles
estoient au bord du Ruisseau
qui arrose la Prairie (c'estoit
peut-estre dans la délicieuse
Valée de Tempé, au bord du
Fleuve Pciîéej l'Histoireà la
verité ne le dit pas, mais on le
peut suposer.) Estant, dis-je,
dans la Prairie, elles virent un
Essein d'Abeilles,qui bourdonnant
en l'air, avoient quitté leur
Ruche trop pleine, & cherchoient
un nouve l endroit pour
se loger. Carite peu sçavante
dans cette forte de ménage,
courut au devant d'elles, &les
voulut arresteravec sa main;
mais cette petiteTroupe mutinée,.
qui est la feule, au sentiment
de Virgile, qui ne reconnoift
point l'Amour^ & qui ne
paye point de tribut à Vénus,
s'effarouche, se jette sur le visage
de Carite, la pique en plufictifs
endroits, &luyfaitverser
des larmes. Ses deux Compagnes
s'empressentaussitost pour
la secourir. Elles vont chercher
une Herbé dont lejus a la vertu
de guérir ces sortes de piq ueuresil&
pour hasterle remede,
& tenir la liqueur arrestée sur
les playes, elles ostent un Ruban
noir qui cenoit un Bouquet
de fleurs attaché au col d'une
jeune Brébis.Elles le coupent
par petits morceaux, les trempent
dans le jus, &lesappliquenr
si proprement & avec
tant d'art sur chaquepiqueure,
que le visage de la Bergere au
lieu d'en estre défiguré, en paroist
plus beau. Elles estoient
encor dans cette occupation,
lors que Vénus qui cherchoit
l'Amour, arrive par hazard en
ce lieu. Elle s'arreste un moment
à confidererla belleTroupe,
& principalement Carite,
qui toute honteuse de l'équipage
où elleest, & craignant
d'estre reconnuë, baisse ses
beaux yeux pleins de larmes,
& rougit de confusion. Vénus
s'informe dusujet de sa douceur,
plaint la Bergere de son avanture,
la trouve belle, &presque
aussi aimable que son Fils,
voyant en elle beaucoup de ses
traits. Ellealloitpoursuivreson
chemin, quand la tremblante
Carite ravie de la voir partir,
se prit inconsidérement à foûrire.
Alors Vénus reconnut
aussitost son Fils déguisé, car
les ris de l'Amour font si particuliers,
que personne ne les
sçauroitimiter. Elle l'embrasse,
se saisit de luy, appelle les Oyseaux
qui traînent son Char, &
le remene au Ciel avec elle.
Tous les Dieux réjoüis de son
retour, accourent pour le ca- - resser. Les uns luy ostent le
Bavolet, d'autres leraillent de
son déguisement; mais tous
conviennent que les Mouches
sont cause qu'il paroist avec un
nouvel éclat, que son teint en
est plus vif, & que ces petites
marques noires qui cachent
leurs piqueures, font des agrémens
qui augmentent sa beauté.
Ils voulurent que l'effetgardast
le nom de la cause, & donnerent
celuy de Mouches à ces agrémens.
Depuis ce temps-là ce
nom
leurest
toûjours demeuré.
C'estoit justement la veille du
jour que Pâris avoit marqué
pour juger le fameux diférent
des troisDéesses quidisputoient
leprixde la Beauté. Vénus laissantà
ses Rivales les ornemens
d'or & de pierreries, ne crût
pas que ses attraits eussent befoin
de ce secours pour les vaincre.
Chacun sçait de quelle
maniere elle voulut paroistre
devant le Juge, mais tout le
monde ne sçait pas qu'elle se
servit de Mouches pour le gagner,
& qu'elle est la premiere
qui ait employé ce petit secret
pour relever la blancheur de
son teint. Elle en mit une au
coin de sa bouche, une autre
audessusdel'oeil,&quelques
petites imperceptibles sur. ses
jouës. Il y en a qui disent qu'-
elle en mit encor sur tout le
reste de son corps, mais l'Autheurdel'Histoire
ne ledit pas.
Il ajoûte feulement que Paris
la trouva si belle avec ce nouvel
ornement, qu'il ne pûtluy
refuser la Pomme d'or, & qu'apres
qu'il eut enlevé Heleine,
dont les bonnes graces furent
un présent de Véstus, &la récompense
du Jugement qu'il
rendit en sa faveur, il enseigna
ce secret à son aimable Maistresse;
qu' Heleine estant à
Troye s'en servit; que les Dames
Troyennesl'imiterent,
que cette plaisante invention
se répandit en fuite chez les
Grecs, & par eux dans toute
l'Italie. On sçait que les Romains
ontétendu leurdomination
partout. Ainsi il n'y a pas
lieu de s'étonner que les Mouches
soient reçeuës chez toute
sorte de Nations;mais comme
c'est à l'Amour que les Dames
font redevables du secours que
leur beauté en tire, elles ne s'en
fervent que pour accroistreson
Empire, & luy acquerir de nouveaux
Sujets. Aussi voyons-nous
que celles qui ne luy peuvent
procurer de conquestes, renoncent
à cet ornement qui ne con.
vient proprement qu'aux belles
& jeunes Personnes. Voila, aimable
Mercure, ce que je sçay
sur cesujet. Je ne vous déguiferay
point mon nom, & figneray
comme on m'appelle,
HERMANITA.
Vous aurez, encor un Air nouveau
que je ne puis me resoudre à
laisser vieillir.Il est de la composition
de M. du Parc, & vous
feraconnoiifrequilfeait la Musique
à fond.C'est un Recit de
Basse avec un Dessusadjousté.
.L.'ÍI conjoncture de la Paix & des
Vendanges en rend lesParoles fort
defaifon•
AIR NOUVEAU.
LAi./fons..la les Flamans & le
Princed'Orange,
Jjaccbud nous apelleenVendage,
Pour entoner le Vin nouveau.
Amis, prenons leVerre & quittons
la Rapiere,
C'estassezfait la guerre à ces Beuveurs
de Biere,
Il lafautfaire aux Beuveurs
d'eau.
l'adjoûte icy quelques Pieces
sur la Paix, à celles que je vous
ay envoyées dans ma Lettre du
dernier mois.
POUR LE ROY,
SONNET.
DEs Roys morts la 41etlr vivante
dansVlfijloire,
Lesfaitcombattre encor, cg-forcer des
Ramparts; Et lasToaftevrited'y posur ces fameux ha- , JÇendfarfinjugementjajîtceà leur
mémoire.
Maisdparesesgproplreosmaiinsrseecou,ronner
Desarmer COttomllll) rétablirles Césars,
Venir, yoir, (y"vaincre estre enfin
comme un Mars,
Le maistre du '.J)est;n, qui donne la
Vitfoire.
dVe s'ébranler de rien, sèulrégir ses
Etats,
Seulde tousses conseilsestre l'amex?*
le brasy
Seulrépondrede tout, seul rendre ses
Oracles.
fjlre jeune, &des TÇoys le Modele
acheté;
Où peut estre le Roy quifait tous ces
miracles?
KosTeres le cherchoient, &nous Va*
vons trouvé.
AUTRE SONNET. LA Victoire, grltndPrÙlce, à tes
tltrmesjidelle
A toujours couronné tesgenereu*projets;
depuisqu'au Champde Mars tu conduis
tes Sujetsy
pUesi"frifl.ton courage &tonK.c^'
Il essais iitfie aiiJfL qu'à ton ardeursi
belle,
il.!!.i ne se proposoitqued'illustres
objets,
LaFortune asservie augrédetessouhaîtiy
Detes brades Guerrierssecondant la
querelle.-
Rien n'apûresister à l'effort de ton
bras;
Ceux qui l'ont attendu, sesontveus
mettre à bas:
Mais par tout ta clemence afui"*y tes
conquefies.
Tes Ennemis vaincus publiront tes
hautsfaits,
et qu'ayant terrassé tant desuperbes
ri"ejles,
Tu les comblé de gloire, en leur don- - nant la Taix.
- DEDOUZE.
STANCES
AU ROY.
LA Victoire pour toy n'a-t-elleplus
de charmes ?
Es-ttlTlasfdéu rTroiomsp?he, invincible
T'où"vientquetu mets basles armes,
Surlepointd'acheter tesglorieux tra-
"vaux?
De tesfiers Ennemis l'union confonduë,
EtleLyon ensuiteavecl'Aigleéper- due,
D'aucun retour heureux n'osoientplus
flater.
Tel estoitsous ton Nom le destin de la
France.
Encorunpeudepatience,
Et l't'urope à ton joug "tenaitsi présenter.
QuelCohtsue'rantjamais au feindela
- yitfoire
e~ des Pellples yaincus -.,it.on offrir
la Pixl-
Etvous, ô Filles deMemoire,
Tdns les Actes du TindeaveX--voui-
- de ces traits?
Vos Demy-'Dieux^ à qui l'on eleyades
Temples,
Et quaux Roys chaque Siecle a nurquezpourexemples,
S'abandonnaient sans honteà leurs
£xploitsguerriers.
Vlit-il du monde entier en coûter la
défaite,
Ils nefaisoientpoint la retraite,
Tant qu'ilspourvoientcourirà de nouveaux
Lauriers.
Encor si tes combats ensanglantoient
nos Tldines, SicheznoliS de la Guerre on rrffintoit
les maux,
Grand7foy;JtVexpofantfispeines3
-La frdr,,re à tes genoux t'invitoit au
repos,
On croiroit que cedantpour elle àtant
d'alarmes,
Tu quittes desLauriers *rroJez..defis':
larmeSy
Quenfaveurdel'Etat tu retires ta
main.
Tufourrais au besoin refuser des Couronnes.
JSIaispourlaTaix quetu nous donesy
A la rAifln d'Etat on arecours en
..,,,in.
Iln'en estpoint, grand'Prince, C'-' tes
Sujets tranquiles
Sans raisonpour la Paix duroient
formédesyontxs
L'Abondance regne en nos Villes;
Nousjoüissons par tout d'uncalme
bienheureux.
Dans le temps que l'Europe ouverte
à tes Conquestes,
Surses Pel/ptes Arme'{ voitfondre les
tempestes,
Seuls, de l'effroy commun affranchis
par ton "rlU,
Et d;J]0:s tes Laururs à l'abry du 1Nous ne connoissons de la Guerre
d'entendre à quelprix
tu combats.
La Science en crédit, les Atufes flerissantes,
Les beaux Artsàl'envypar tessoins
cultive
Tes Loixaujourd'htty triomphantes,
Despompeux Monumensdas laGuerre
e:l"e'{,
La Vertusur le Trône, & toûjours
couronnée,
Sous l'Empire de Mars jadis infor"
tURle,
LesSpectacles charmans,les Ieux (_?* lesPlaisirs;
Ces biens, de la Taixseule autrefois
l'apanagey m
Sont devenus nostrepartage,
Etfar unsort heureux préviennent
nos dejtrs.
guette est donc cette Paixoùton ame
s*applique?
Seur de "vaincre toûjours, pourquoy la
donnes-tu?
Tonsecret auguste s'explique,
GrandRoy; cefi un effet detaseule
vertu.
Elleseule en tes mains afit/pendu la
foudre;
Tout pre/! à te Ranger, tu nepeux t'y
résoudre;
Tes Ennemis enfin te font devenus
chers,
Et renonçantpour eux aufruit de la
J7"itfoirey
Tu'vas mettre toute tagloire
A donner déformaisle calme à l'Vnivers.
C'estlà du plusgrandcoeurl'effort le
plussublime,
C*eft parlà qu'un Iféro; merite des
Autels.
Ache-re, Prince magnanime,
Oüy, tudeVaût encorcetexemple aux
Mortels.
£rtfeigneaux Çonquêrans à dompter
leur courage,
Ase borner;c'estlà, cesi là legrand
oàvYrage,
Et ce que devant toy l'on n'avoit paé
compris.
Plus tesprogréssont stArs, plus cet
exemple est rare;
Etplus ta \ertusede'clare,
Plus de tonDiadéme elle augmente
leprix.
TÇende^Vous,fiersEtatsjSouverains}
que laFrance
Contre elle en cette Guerrea yeus se
réunirt
TÇpmpex^rompe^yofirealliance-,
Contre tant de Vertus Vous neJçaurt
tenir:
LOVISpar cet endroit ne donnepoint
d'ombrage;
Du pouvoir qu'iltous rendt, 'fne\.IIlJ
faire hommage,
éVféconde^Jesauguflesprojets, rtn{, fieins d'une noble cg- genereuse
envie,
Disputerlesoindesa vie,
Le soin de sonTriomphe, àsespropres
Sujets.
Et toy, qu'unsortplusdouxsoûmetà
son Empire,
France trop fortunée, adore ses desseins,
Le Cield-rec LOVISconspire.
Nous enavons icy des gages trop certains.
Attens tout de laPaix,sousdepareils
auspices.
tvdns un Siecle defer s'ilafait tes
delices,
Si dusein de B"ellon: il a pû te charmer,
Quenesera-cepoint, lors qu'en des
- joursplus calmes,
Ce Prince,à l'ombre deses Palmes,
K'aurd plus d'autrefoin que dese
- faireaimer?
SONNET.
QVel'Europe joüit d'un calme
prêtieuJc!
Que le Ciela d'éclat! quela Xïaturt
estbelle!
Qu'ilcroist defleurs! d'où VÙnt que
toutse renouvelle?
La Paix n'est-elle pointderetouren
ces lieux?
L'aimable Deïte'Vient de quitter les
Cieux.
Elle ameine leJ7tH &les Zeux avec
elle;
Le drouxfAmtonur lasAuit, fin.AJrc d'or Et lelÇairyMcis toiutepleinude txrain.déO
Monarque tlesLJS, à qui tout
les armest Cest vous qui ramenez ce reposçej
charmes^
TroJtrc extréme douceurremplit tous
les flu/Jllits.
F"ous n'estesplus celuy qui portant la
tempeste,
SntaJJie^chaque jourConqueste sur
Çonquefie,
yous estesaujourd'hayleHéros de
la Paix.
FEÜILLET, Avocat à Chartres.
SVR. LA PAIX.
NEcraigne{plus,petits Oyféaux
Le tintamarredela Guerre,
Pous.n'ntelltl,.'{pútSceTonnerre
Quiyous chajpfit de nos Cejleaux.
La Paix rendànos S"otsles charmes
Qua^oit bannit le bruitdes Armes,
P-nt{ revoirces Leur doux murmure yous convie
Ajoindre vostresymphonie
A l'aimable bruit de leurs eaux.
Vous rendrez à nos B"ois les charmes
gu'dyoit bannis le bruitdes Armes,
3£aJJure^-yous, petits Moutons,
La Taix doitdissipervos craintes.
CeJpZjBergers,yostrifiesplaintes,
Et Chdn,&er, voslangoureux tons;
Nos Champsvont reprendre tes charmes
Qu'avoitbannis le bruit des Armes. «
Les Tambourssont enfin mrtefJ,
'Plf/$ de Fifres,plus de Trompetes,
On n'extendplus quedes Musetes
gganiment degais Menüets,
Que des chantssidoux ont des charmes
t^fpresle bruit affreux des Armesi
DUHAMEL,de Cany en Caux.
SOMMET.
APres tant de Combats fùiH de laVtttoire,
De "Basionsy de Forts, de J"^amparts
ftllcJ!.¡fz,
Tarn de Peuples vaincus,d'Ennemis
terrassez,
Gra?idJÇoy> n'flts-..,OIJS!oint content
detantdeg!v¡re?
Oùpouront troulerplace en uneseule
iftftoire,
Tant d'/héroïques Faits l'unsurVautre entassez? Pres d;< LOÜIS LE GRAND, Héros des
temjspajfe\>
é£ue vo/ff serez petits au Temple de
JMCemotre!
Par toutinqueurfurTerre>(yvainyueursur
les Mers,
Ilauroit bientost mn-t'Europe dans
lesfers,
S'iln'eustchoisy le calme où laPaix
le convie.
Content d'avoir montrélaforce de son
'ilr#tl,
Comme Pere du Peuple,il ria plus
d'autre envie
Que defaire adorersonRegne en ses
EtAts.
L'ABBE' D'ANGERVILLE,
de Caën.
STANCES.
LA PaixVoyat tous lesyeuxébloüis
Dusurprenant amas de gloire
Dont éclatoitleCoquérantLOVIS,
En remportant Victoiresur Victoire;
Ialousedesfameux Exploits
Que duplu<sattgujle des Roys
Avoientfait en tous lieux les armes,
Se montrant avec (OtiS ses charmes,
Luyfaitentendra aniïsa voix.
GrandRoy, la merveilledesTrittîes>,
1(edonne le reposàtouteslesProvinces,
Et répondantà leursJouhaits,
Apres avoirestésur la Mer, surla
Terre,
Le Maistre de la Guerre,
Rens-toyl'Arbitre de la Taix,
Le VOÀC en tes mainsla yiffoire
Qui tegarde toutses Lauriers,
Qui t'anime A"'C tes Guerriers Aformer des dejjeinsd%immortelle
memoire;
JSÏaiije me jette entre tes bYP,
Fay-moy trouver, LOflS^aujfyÊonde
une retraite;
Quoy,n'ay-jepointpourtoy dtApp#,
Et ne dira -t-onpoint,enfin, la Paix
estplite."
P,srmy tes miracles divers
Dont on remplirales Histoires,
Ne me fera-t-on point voir à tout
l'Univers
Placéeaupres de tes riaoires?
Ne regneray-jepoint à mon tour dans
lecoeur
D'unMonarque tofyoursyainqueur?
LOVIS interrompit le cours deses
merveilles,
Si. tost que cette voix eut frdPéÎesoreilles.
Ecoutons-la,dit il,cette diyitteaix,
Et ne la négligeonsjamais.
Eiïïe ddu Ceiell,b'onOheurndedla Terre& e,
Viens réjoüirlemonde,
E*:répandant par tout la douceur des
plttifirs,
Seconde mes deftrs.
Porteà mes Snnemu lecalme (j3 Vdbondance
,
Ils ont d./fl"sènty la force de mon
"Er.u;
Faïthurgoufter enfin lesfruits de ma
préifnes>
Tu le Veuxjen ej?fdit,je renonce aux
Combats.
ce ne fut point L'ardeur de faire des
Çcnyueftes,
Qui me fit exciter ces terribles temp/
les,
Dont le l'ort', le Midy, sont encore
ItUttrmez:
C'est, ô charmantePaix(jepuisbien
te le dire)
uidessèin d'établir iry61U ton Empire,
Que noussommes armez.
le yeux doncbien quitterles IIrmJ,
l'airecesserpar tout letrouble c,,- les
alarmes;
le yais chercher la Gloire au milieu de
la P*aix.
J'ay merité le Nom de LÛT7'!Sl'Ztt*.
vincible;
Pourfavoriser tesJZubaitsy
le "Peltx porter celuy de LOVIS le
Taiftble*
SOMMET.
LOin de toy la Valeur qui cruelle
&fau"tag*
Ne respire que sang, que trépas,
qu'horreur!
La tienne,grandHéros, te défendle
carnage.
Lors que tes Ennemis tesoûmettent
la l,u,..
.A./ft'{. comme Çésar, tu regnes dans
l'orage;
Tu dois comme un Auguste arrester
saJllrulr;
Puis que Iule te cede en grandeur de
courage,
Viens triompher d'Otfaye encorfar
la douceur.
Par le tranchant dusabre, C!).J de cent
milleEpées,
On n'a yen tous les jours que des Tejles
coupées;
Tes Soldats la Mortmarchoient
d'unme/hie
Touché de ces malheurs, tCtec un trait
deplume,
Toyseuléteins unfeuque ta Vengeace
alume,
Etfkù dans an infant,plus que cent
mille 71,.44.
DE BONNECAMP de
Quinpercorantin.
S'ONETO.
GRan Ré per secondar l'indite
imprese
Onde il voftro valor si chiaro fplende:
S'aver posteinobliole fue vicende
Sembra,fatta fortuna oggiFRANCESE.
Schermo di Marre àle fatali offese
Se non hà suor chi à voivintosi rende;
SeilGERION saperhoalfincomprende
Qiianto fragili ssan le sue disese;
Dhe non piú stragi no siami permeslo
Come anume di Paceoffrirui il canto
Ch'a voinumedi guerra offrij si [petr.
E seVincerealtrui lodasi tanto
Vincer doppo inemici anco sè stesso
SiadiLUIGI incomparabil vanto.
DelDottore ALFONSO
PAJOLI, Feffarese.
LETTRE XXXII.
AMADAME DE ***
A Riom en Auvergne. IE devrois,dites-vous,à l'exemple
de beaucoup d'autres,
composer quelque Ouvrage
à la gloire de Loüis LE
GRAND,OU de Monseigneur
LE DAUPHIN. Ah, Madame,
ou vous prétendez me railler,
ou connoissant comme vous faites
& cet invincible Monarque
& cet aimable Prince, je dois
croire que vous ne me connoisfez
pas. Pour des desseins si
beaux, si relevez, il faut des
Hommes extraordinaires. Je
doute mesme qu'ils pûssent
s'en acquiter comme il faut.
Quelle voix d./ft'{ éclatante
Peutchterdignement la valeurtriomphante
D'un Roy dontles Exploits
Font trembler tantde 7(°)S?
Pour moyje me contente
De les admirermillefois.
Ce n'est pas à vous dire le
vraf, Madame, que souventje
ne fois asseztemérairepour entreprendre
de celebrerau moins
quelques-unes de ses immortelles
actions.
Centfois dans Vexcès de mon %clc,
L'esprit toutplein deseshautsfaits,
le youdrois tracer quelques traits
£resagloire immortelle;
Adais dans tousses desseins
le Voy toûjours tant d'excellence,
Que touteslesfois quej'ypense,
Le Pinceau me tombsdes mains.
La mesme chose pouroit bien
arriver à d'autres qu'à moy ; &
je puis dire, sans qu'on ait lieu
de s'en offencer, que personne
ne dira jamais rien que de foible&
quede fortaudessous des
grandes, des surprenantes qualitez
de ce Héros.
Envain laplus nobleéloquence
Etale la magnificence
Desesplussuperbestrésors;
En vain les grands E/frits/ontleurs
plusgrandsefforts;
Quandle but est trophaut,onn'ysçauroitatteindre.
Lesyeux sont e'bloiiis àforce de trop
voir,
EtFon nesçauroit bien_dep'eindr&
Cequ'onnesçauroit concevoir.
Quantà Monseigneur LE
DAUPHIN, il s'élevetellement
chaque jour, que bientost il
seraaussi trop élevépour nous.
Ifafte%yoms donc,fameuxApelles,
D'acheter vos Tortraits%
1)onne\ les derniers traits
Et les qualitézimmortelles;
Contemplezbien cetAstresanspareil,
Tandis que Vous pou.,e'{ le contempler
encore,
Car bientostcetteAurore
Seva changer en un Soleil.
Dejamesme il jette rantd'éclat,
que dans le Mercure Galant
(que vous lisez, dites. vous,
avecun plaisir extrême, &avec
un attachement qui me furprendroit)
il y a de bons yeux qui
ne sçauroient le regarder fixement.
Ainsi on se contente de
parler deson Fleuret &. de ses
Chevaux. Une autre fois, Madame,
quand vous voudrezes.
tre obeïe, songez à me commander
des chosespossibles.
Alorsje quitteray tout pour
vous faire connoistre combien jesuisvostre,&c.
CHABROL.
LETTRE XXXIII. LE bien que j'ay de vous
écrire, Monsieur, n'en est
pas moins solide, pour estre aujourd'huy
l'effet d'un Songe.
Je vous trace le recit de ce
Songe à l'instant & à l'endroit
que jel'ay eu, c'est à dire au
fond d'un Bois, où assis au bord
d'une Fontaine, &appuyé contre
un Arbre, je me fuis mis à
resver sur ce que vous proposez
dans vostre dernier Extraordi,
naire. Comme j'y refvois avec
plaisir,insensiblement le mur,
mure de l'eau
,
& le bruit des
feüillesqu'un doux Zéphire
agitoit, m'ont incité àdormir.
A peine ay je eu les yeux fermez,
quemon imagination m'a
reprefenré l' Amour allez loin
de moy, qui a pres avoir essuyé
unedesesFleches, la remettoit
dans son Carquois, & qui en
fuire s'estant approché, me renoit
ce discours.I'av percé le
coeur de cette Insensible que tu
adores; tu ne soûpireras plus en
vain, & un mesme feu consumera
vos deux coeurs> & puis jettant
les yeux sur vostre Livre ( car
alors il n'avoir point son Bandeau
) il se récrioit sur les galans
Ouvrages qui le composent.
A pparemment, adjoû.
toitil, tu en estois sur la Q:!eftion
de la confidence que fait
la Princesse de Cleves à son
Mary , & sur ce qu'on laisse à
inventertouchant l'origine des
Mouchesgalantes , puis que
l'Extraordinaire est ouvert en
ces deux endroits. Si ceia est,
je viens tout à propos te tirer
d'affaire, Lors que l'Hymen
unit deux coeurs, dont il y en a
un que je n'ay point formé pour
l'autre, & quece Dieu l'engage
par des motifs de devoir, d'estime
& d'amitié, je remarque
qu'on s'imagine quelquefois
que le plus seûr-est de déclarer
à un Mary, que l'on a toûjours
aimé éperduëment un Amant;
que l'amour que cause cet
Amant est invincible,& qu'on
ne repondroit pas de ne luy
estre point complaisante,si l'on
avoir à se rencontrer souvent
vec luy, parce qu'on soûtient
que ce procedé sincere convainc
ce Mary de la fidelité de
sa Femme,&l'oblige àenavoir
une réciproque; cequisemblene
devoir produire qu'un tresbon
effet. Il. y a d'autres Gens
qui croyenr qu'il vaut mieux
voir cet Amant combatre &
soufrir, que d'en venir à une
semblable déclaration. Ilsse
persuadent qu'elle est capable
d'inspirer.une tres-fortejalousie
à un Mary, qui se mettra ea
testeque sa Femme, q uoy qu'éloignée
de celuy qu'elle aimer
n'en fera pas moins à redouter;
Quelle ne s'est résolue à luy
faire un aveu si extraordinaire,
que pour le mieux éblouir
Quelle ne montre des sentimens
si nobles, qu'afin de n'estre
pas foupçonnée d'entretenir
de secretes correspondances.
avec son Amant; Que l'ambition
& l'interest seuls ont contracte
son Mariage; Que le
bonheur de l'Amant est préférable
au sien; & qu'enfin le
beau Sexe resistant rarement à
une galanterie, des yeuxd'Argus
auroient peine à découvrir
jusqu'où sa Femme pouffera la
sienne. Ils concluënt de là
qu'une confidence de cette naturene
peutcauserquedu trouble
& du divorce. Voila ceque j'ay à t'apprendre sur cette
Question,OledIt l'Amour. Je
ne te la décideray point, puis
aquevje nae connclutroais pgas àemon. Quant à l'origine des Mouches,
tu es heureux de ce que
je la ray mieux que personne
du monde. N'as-tu jamais leu
que Psyché fut d'une beauté
achevée, qu'elle s'attira une
partie du culte qu'on rendoit à
Vénus ma Mere, & de l'encens
qu'on luy offroit; que ma Mere
en fut indignée, &que comme
il n'y a pas loin de l'indignation
à la colere, elle la chercha par
par tout, afin de l'immoler à sa
jalousie, pendant le temps que
tout amour que je fuis, j'estois
tout amour pour cette Psyché,
& que m'estant blessé de mes
propres traits,J'entretenois
cette Belle dans un Palais enchanté?
Ce fut durant cette
recherche qu'une Mouche piqua
ma Mere au visage. Elle
porta aussitost sa main un peu
rudement sur cette Mouche.
Cela fut cause qu'ily en resta
une aislequelasueur y attacha,.
parce que l'Eté n'avoit point
encor eu de jours si chauds.
Danslemesme instant les Graces
qui n'abandonnentjamais
Vénus, tomberentd'accord que
cette aisle donnoit un nouvel
ornement à sa beauté, c'est
pourquoy elle la laissa jusqu'à
ce qu'a pres s'estre vangée de
Psyché, Jupiter accompagné
d'autresDivinitez, immortalisa
cette belle Nymphe. Tousles
yeux de ces Divinitez estant
attachez sur maMere plus que
de coutume
,
elle jugea que la
noirceur de cette aisle rehauffoie
la blancheur de son teint.
Jupiter
Jupiter la confirmaluy-mesme
dans cette pensée, & luy dit,
leVeux, croire, ma Fille, quetu ria*inventé cet agrémentqu'afin
de montrer auxMortels qu'ils ont
eu tort de mettre Psyché en comparaison
avectoy.Ils reconnoistrontsans-
doutel'erreur où ilssont
tombez, quand ils te verront de
retour dans ¡'ljle de Chypre, où
ils fontsur le point de celebrer une
grandFeste. Ilestvray quema
Mère n'a jamais esté tant admirée
qu'elle le fut dans la Feste
dont piterluyparla. Toutce
qu'il y avoit deJ uhefle galante
dans le monde s'estoir assemblé
pour la celébrer. Les Belles
surprises du nouvel éclat de la
Desse, la voulurent imiter, &
1 se servirent de petits morceaux
de Taffetas à peu pres de la
longueur de cetteaisle, ausquels
elles donnerent le nom
de Mouche, a yant sçeu des
Grâces ce quis'estoit passé en
la personne de Vénus. A peine
l'Amour achevoit-il ces derniers
mots, qu'une Mouche est
venue me piquer & me réveiller.
Il semble qu'il y air eu du
dessein, &je me persuade que
ce Dieu l'a ordonné ainsi, afin
que je n'oubliasse aucune circonstance
du Songe, & que je
ne perdisse point de temps à
vous l'écrire.Je fuis vostre,&c.
DE LA SALLE)srdeLe¡1If111g.
On a pris tant deplaisir àfaire
des Fixions sur cette origine des
Mouchesgalantes, que jenedoute
point qu'on nesi divertisseégalement
à chercher celle del'Horloys
deSable. Laversion que j'ay veu
d'une Epigramme Latine, pourra
servir d'idée à inventer quelque
chosed'agreablesurcesujet. La
voicy ALcippe dontle coeurfut autrefois
sitendre,
Compte icy les Heuresdu Iour. Ilfutconsuméde l'Amour
Qui reduisitsoncorps en cendre,
Son continuel mouvement
Fait voir qu'on n'a jamais de repos en
aimant.
FESTES GALANTES
PROPOSEES. AVlieu de proposer une flou*
velle Que(lion, veut voulez
bien,Madame, quej(invite ceux
quiliront cette Lettre, à nous donner
quelqueGalanteriesurlapaix.
Comme elle va estre au (Jîfavorable
à l'Amour, quelle est contraire
au Dieu de la Guerre ( car ils ne
sont jamais puissans l'un&l'autre
dans le mesme temps)on peutfeindre
que lepremierpourmarquersa
llJye, donne une Hesse où Mars
chagrin refuse de se trouver, &
dans laquelle on fera connoistre
tous les avantages que nous allons
tirer de la Paix. La description
de cette Feste pourra estre meslée
de Vers,selon qu'on se sentira le
génie disposé à la Poësie. Comme
tout ce qui regardel'Amour porte
l'esprit à estre galant, je ne doute
point que ce qu'on invertera sur
cette matiere, n'ait tous les agrément
qui luyfontpropres, La maniere
de convier,le choix des Assistans.,
l 'ornement dulieu, auM-bien
que les divertissemens, doivent
marquer celuy qui donne la Frflc.
Mlle pourrasepasser dans des lieux
champestres, dans des Palau enchantez,
ou dans le Cielmesme.
L'Amour estant le Maistre des
Dieux & des Hommes, tient son
Empire partout. Si quelqu'un envoyé
des Desseins de ces le(les
bien dessinez,on pourra les faire
graver. le n'en donneicy qu'une
très imparfaite idée, sur laquelle
chacun peut s'abandonner à son
imagination. Ceux qui sont de
Province, pourront faire passer
leurs Festes dans le plus beau lieu
de leur Canton, nommer les belles
Personnesquiy sont bruit, auflîbien
que ceux qui s'y distinguent
par quelques avantages particuliers,&
rendre jufttct au mérité
des uns & des autres, par la part
qu'ils leur donneront dans ces sortes
de Galanteries.
Ie croy estre oblige de vous
dverti,. que dans l'Article où je
vous ay parle de la Tour de Porcelaine,
jenemesuis pas Ilffiaf
sujety aux termes de l'Art, &.tty
mesme oublié de vous marquer plusieurs
ornemens. le vous ayditque
les Fenestres de cette Tour estoient
rondes, suivant l'usageordinaire
qui noîu fait appeller rondeune
Porte qui l'est par le haut, quoy
qu'elle soit quarrée dans tout le
reste.Cependant on ne peut dire
qu'une chose soit ronde, si elle ne
forme un cercle parfait.Il faut
seulement dire qu'elle est ceintrée,
comme le font les Fenestres de la
Tourde Porcelaine.Ajî dfjfiUdes
ceintres de ces Fenestres ily a d'autres
ceintres formez d'ornemens.
l'ay encor oublié devous marquer
que les dix toits dela Tourde Porcelaine
sont faits autrement que
ceux de ce Païs-cy. Les nostres
font tous baissez,& ceux-là sont
reltvtpdrles6(JrdsJéchancreell
aislesdeChauve-souris, & ¡'orde
d'un ornement fait en maniere de
dentelle.Lessolivauxquisortent
de ces toits sontaussirevesiusd'ornemens,
& les bouts en finissent
en testes de Dragon, ousi vous
'Voule, en ce que les Chinois
appellent Chimeres. Ces testes
de Dragon tiennent les Chaînes où
pendentles Clochetes dont je vous
ay déja parlé,sans vous avoir dit
quelles ont toutes un son diferent,
en forte que ces Ciochetesestant
accordées ensemble, selon la diversité
de leurson, elles rendent toute
l'harmonie d'un Instrumentfort
ayeable, lors quelles font agitées
du vent. On voit sur le haut de
cette Tour uneBranche d'or tournante
à viz. autour d'une tige, du
bout de laquelle tige fort une
Pommede Pin d'or. Cette deseription
estant faite dans les veritables
teimes del'Art, sera plus intelligible,
du moins aux Connoisfel/
rs. Apres vous avoir appris ce
qui s'estfait en la Chine ily aplus
de huit Siecles, atl>renezce qui s'est
fait icy ily a quelques jours en réjoüissance
de la Paix ratifiée entre
la France & les Etats Generaux.
Le Te-Deum à esté chanté par


ordre duRoy,& les Cours Souveraiici
&leCorps de Villeyassisterent.
On aallume des Feux dans toutes
les Ruës, & l'on en a fait un
devantl'Hostel de Ville, dont
vous pouvez, voir le Dessein icy
gravé. Cette Planche vous doit
tenir lieu d'un long discours ;
c'est pourquoy je vous diray seulement
que les Figure que vousvoyez,
aux quatre coins,marquent la lustice
, la loye publique, l'Abondance,
& la Felicilt. Ces quatre
Déesses accompagnent ordinairement
la Paix, &sereconnoissent
par leur symbole. La Figurequi
estsur lapointedelaPyramide du
milieu> represente cette derniere
qui biusse des Trophéesd'Armes.
le ne vous parleray poirt
des Chifres, Devises, & autrès
choses de cette nature quiqservent
d'ornemens à cette Machines
ce que vous voyez^ icy gravé vous
les represente, mais ilnevousfait
pasvoir la joye des Peuples, &ne
vous montre qu'une partie de la
dépense que la Villefit ce jour là,
Les Modes nouvelles devroient
avoir icy place, mais les beaux
jours nous ont duré si /on¡tcmpf,.
que je suis obligé de remettre cet
Article à lafin du Mois. Vous le
trouverez, dans ma premiere Lettre
, avec les Figures gravées à
l'ordinaire. VosAmies riauront
passijet de seplaindre, puis que
je ne disere à tenir parole que de
quinze jours. le remets quantité
de Pieces Galantes au premier
Extraordinaire, pour ne pas trop
grojjir celay cy. Comme ily en a
qui sont bennes en tout temps, il
y en a d'autres quifont beaucoup
meilleures dans leur faison; &
c'est par là que dans ma premiere
Lettre ordinaire, vous entrouverezdeux
qui n'ont pu avoir
placedans celle-cy. Ellessontsur
la Questionproposée touchant Madame
de Cleves. Le tour en estsi
particulier, que vous riy verre
rien qui ne soit tres -
diférent de
tout cequejevousenvoyaaujourd'huysur
cesujet. Tant d'ouvrages
si agréablement d;*verftjîez.
sur une mesme matiere
,
font connoistre
que la France n'a jamais
estésiféconde en beauxEsprits.
Permettez-moy, Madame, de
proposer icydesDesseinsd'ouvrages
d'une autre nature. Ceque
fay à dire Ill-tieffus. ne déplaira
pas à ceux qui sont %elez^ pour la
gloire de nostre Auguste Monarque.
DESSEINS PROPOSEZ
d'Arcs de Triomphe, Pyramydes
& Médaillés à la gloire
du Roy, le tout embelly de
Figures, Bas-reliefs,Devises,
Inscriptions & autres Ornemens.
faits par de bons Peintres, sans
qu'ilsoitnecessaire de les accompagner
d'aucun discours,si ce rieji
quonyveuillejoindre quelque Ouvrage
qui donne lieu de faire la
deseriptiondecesMonumens. Les
Arts en peuvent éleverdemagnifiques
pourreconnoistre ce que pendant
la Guerre mesme, ce grand
Vrinceria pas cessé defaire pour
eux. Chaque Dessein ne doit pas
estreplus grand qu'une page de cet
Extraordinaire, à cause du temps
qui pourrait manquer aux Graveurs.
Ceux des ArscdeTriomphe
peuvent estre de la grandeur de
deuxpages. QuantauxMedaillesl
ondoit au/Ii envoyer le Dessein du
Revers. Elles nedoivent elbe guère
plue grandes qu'une Piece de
Trentefils, afin qu'en mettant le
Revers à costé, l'un & l'autre
puissent estre dans la largeutd'une
page. Les Desseinsqui viendront
plus-tard que dans deux mois, ne
pourront estre gravez faute de
temps.
A Paris ce 14.d'Octobre 1678,
I'allois fermer mon Paquet,
lors que j'en ay reçeu un deLyon
qui contenoittrois Lettres. le ne
puism'empescher de vous envoyer
la premiere, & de vous dire que
vous aurez les deux autres dans
celle que vous attendez de moy le
formerjour de ceMois. Ellessont
remplies de choses si fcavantes &
si curieuses touchant l'origine des
Cadrans, & la division des Jours
& des Heures, qu'elles meritent
l'impatienceoù vous allezestre de
les recevoir.
LETTRE. vOus avez ouvert une Carriere
où l'on peut entrer
en lice, de quelqueâge, & de
quelquePaïs que l'onsoit, pour
peu qu'on ait de bon goust &
d'amour pour les belles choses.
Vous n'avez ny borné le
nombre, ny fixé les années de
ceux qui peuvent vous écrire.
Tout ce qui semesle de Literature
vous doit tribut, &j'ay
crû puis qu'on devoit vous le
payer tôt ou tard, qu'il valoit
autant que je commençasse aujourd'huy.
J'ay quelquefois deviné
vos Enigmes; mais sans
parler des passez, jecroyque
ceux du mois d'Aoust sont le
Clavessin & le Tournebroche.
Je fuis si novice à ce métier&
je voytant d'habiles Gens s'y
tromper
, que je n'oserois me
répondre d'avoir penséjuste.
Vostre Mercure de Septembre
m'aprendra ce qui en est. le
meflateaussi d'avoir rencontré
l'explication de vostre Enigme
en Figure. Deux Lettres que
j'écrivislà-dessus il y a quelques
joursà un de mes Amis,
& qu'on veut que je vous envoye,
vous apprendrontmapensée.
le les garde pour la fin.
Voulez vous bien en attendant
que je vous fasse part de ce qui
se dit hier au soirdansunepetite
compagnie de Personnes choisies,
où je me trouvay par bonheur?
Vous n'ignorezpas que
vous faites souvent le sujet des
conversations. Presque toutes
les Personnes qui composoient
nostre Troupe avoient leu le
Mercure d'Aoust & l'Extraordinaire
depuis peu dejours;ainsi
tout roula là dessus. La nouv
elle invention de l'Ordre de la
Liberté des Coeurs eût ses Defenseurs
& ses Partisans : d'autres
prétendoient qu'elle estoit
inutile.
£jte l'onse targue en yarn de cette
Liberté,
Que tôt ou tard ilfautse rendre,
Que laplusaltiereFierté
Ne sert de rien contre un COEllr
tendre;
Etque le Coeur qui riafour se defendre
griunsimaigresecours, est bien-tôt
emporté.
Cette Liberté, ajoûtoient-ils,
n'est qu'une fâcheuse indolence
qui passe toûjours tôt ou tard;
leplûtost qu'on s'en defait c'est
le meilleur; & un Capitaine
qui se mesle d'enrôler desGens
souslesEnseignes de laLiberté,
s'expose au hazard de voir bientôt
tousses Soldats devenirautant
de Transfuges& de Deserteurs
; en un mot c'est un entreprise
pernicieuse, c'est vouloir
bannir toute la douceur de la
vie, & vivre dans une espece
d'insensibilitéqui n'est bonne
qu'aux Pierres & aux Statuës.
le vous ennuyerois si je vous
rapportois tout ce qu'on dit là
dessus, & sur les autres Pieces
du Mercure. On parla beaucoup
du scrupule de l'Autheur
de l'Epistre. On s'étonna qu'il
en puft rester à un Homme qui
faisoit aussi-bien des Vers que
celuy-là. Si les Gens dequalité,
disoit-on
,
doivent avoir de la
peineà se déterminer,c'est lors
qu'ils ne font que des Vers mediocres,
parce qu'au fonds leur
élévationne lesmet jamais hors
des atteintes de la Censure ; &
si l'on n'a pas toute la severité
de ce Poëte trop farouchequi
aimoit mieux se faire mener en
prison, que de loüer les Versde
Denys le Tyran, du moins se
reserve-t-ontoûjours une liberté
de pensée qui ne fait pas plus
de grace au Noble qu'au Roturier
:mais lors qu'on les fait
aussibien tournez quecegalant
Homme, le rang ne sert qu'à
en relever le prix, & la qualité
de Poëte n'a pas semblé de
mauvais goust aux plus grands
Hommes del'Antiquiré.Nostre
Siecleest trop raisonnable pour
avoir changé de sentiment.
Nous avons veu & voyons
encor de nos jours des Gens
élevez par leur Naissance,qui
ne dédaignent pas de joindre le
Titre de Poëte à tant d'autres
belles qualitez,&de rares avantages
qu'ils possedent. Passons
àl'Extraordinaire. Ilne se trouva
personne parmy nous qui eut
deviné la Lettre en Chiffres.
On ne pût pas même bien s'accorder
sur la Question proposée,
foit parce qu'on la trouvatrop
délicate, foit parce que ny les
Hommes ny les Femmes n'ont
interest que ces confidencess'établissent.
Elles sont d'une trop
dangereuse consequence pour
tous les deux. Les Hommessur
tout ,
qui semblent d'aboid
devoir souhaiter leur établissement,
parce qu'une confidence
de cette nature est un garatbien
fort de la vertu d'une Femme,
ont d'un autre costé tant de
maux à craindre de cet aveu,
& il en cousta si cher à Monsieur
de Cleves luy même,
qu'une tranquille ignorance est
à préferer pour leur repos à une
connoissance si perilleuse. Mais
à regarder la chose en foy, de la
maniere dont vous avez posé la
Qoeftion, une Femme n'ayant
que ce moyen pour éviter un
Ennemy trop dangereux , doit
de deux grands maux choisir le
moindre, & préferer la conservation
de sa vertu,& de la tranquilité
de son coeur qui est son
premier bien, & son premier
devoir, aux égards qu'elle
pourroit avoir pour la conservation
du repos & de la confiancedeson
Mary. Au reste,
il faut bien poser lescirconstances,
car s'il en manquoit la
moindre,la prudence iroit à ne
s'engager pas à cet aveu; & il
est cerrain pour l'usage que
toutes ces circonstances ensemblese
trouvent si peu, qu'ilest
presque impossible de voir de
semblablesconfidences. Ceseroit
mal vous faire ma cour,
que de vous conter le reste de
la Conversation. Elle roula
toutesurles Mouches du visage.
On en vouluttirer l'origine du
raport qu'on prétendit qu'il y
avoit entre les Dames & les
Mouchesvericables. Cefutune
petite satire des Femmes qui
finit pourtant a ssez galammenr.
Mais vous ne goûteriez pas
celle-là, vous qui avez tant d'égards
pour le beau Sexe. On
voulut obliger quelqu'un à faire
quelque chose sur l'origine de
ces Mouches; mais on eut beau
dire qu'on le pourroit faire à
l'imitation des Poëtes,qui ont
ditde la Mouche veritable que
ç'avoit esté une Musicienne
amoureused'Endymion que
Diane avoit metamorphosée
par jalousie,personnene s'en
voulut charger. La Conversation
finit là. J'y finirayaussi ma
Lettre. Elle est déja trop longue,
& jedevroisvousavoirdit
bien plûtost que je suis avec
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le