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< 36603076650010
Bayer. Staatsbibliothek
MERCIURE
GALAN
Juin 1 67 8
BIBLIOTHER
A PARIS .
AV PALAIS.
A PARIS,
Chez GUILLAUME DE LUYNE , au Palais,
dans la Salle des Merciers, à la Juſtice .
CHARLES DE SERCY , dans la Grande
Salle,àla Bonne-Foycouronnéer
ESTIENNE LOYSON, dans laGalleriedes
Priſonniers, au Nom de Jeſus.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle)
l'Image S. Jean.
THEODORE GIRARD , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
CHARLES OSMONT , dans la Grande
Salle, à l'Eſcu de France.
Dans la Salle Royale, à l'Image S.Louls.
M. D. LXXVIII .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
BÊN TỐI CỦA
MONSEIGNEVR
Jalotabmove R ?????????
ATO
DAUPHIN
7,
ONSEIGNEVR,
Le meſme qui a déja donné
a ij
EPISTRE .
la parole aux Chevaux dont
vous vous ſervez dans vos
Exercices , met aujourd'huy
l'Epée en conversation avec
le Fleuret. La fiction est ingénieuse
, & comme elle regarde
vostre gloire , j'ay crû
que vous ne desaprouveriez
pas que je la fiſſe paroistre à
Llaa teſte de ce Volume. Elle
Supléera , MONSEIGNEUR,
à ce que jeſens
bien que je ne vous diray
jamais qu' imparfaitement,
puis que l'admiration que
jay pour vos grandes Qua-
Litezne me laiſſe point troulle
I-
4
ens
ray
ent,
que
T
EPISTRE .
ver de termes qui nefoient
beaucoup au defſous de ce
que je pense. L'oferay vous
dire cependant , que quoy
qu'elle aille au dela des plus
fortes expreſſions que mon
zele me puiſſe fournir , elle
ne peut qu'égaler laprofonde
Soumiſſion avec laquelle je
Suis,
MONSEIGNEUR,
2
Qua-
Crow-
A
Voſtre tres -humble&tres
obeïflant Serviteur, D.
2525252525252522
DIALOGVE
DU
FLEURET&DE L'EPEE
J
LE FLEVRET.
Uſqu'icy mon amour n'a voulu
vous rien dire,
Unedifcrete ardeur a retenu ma
voix,
Et fi devantvous je ſoûpire,
C'eſt que j'ay maintenant plus
d'orgueil qu'autrefois.
LEPEE
D'oùvous vient cet orgüeil,Amant
qu'õ doitpeu craindre,
Joüetd'une valeur qui cherche
vàs'expliquer, M
1
ক
S
ايرو
he
Guerrier qui ne ſçavez que
feindre,
Avec ſi peude coeur ozez- vous
m'attaquer ?
LE FLEKRET
Quoy que de ce tranchant qui
vous rend ſi terrible,
Jedoive apréhender l'éclat victorieux
Quoyque je vous ſcache invincible,
Je ne puis m'empefcherde vous
alq fuivre en tous lieux.
L'EPEE.
Quoyjuſques aux douceurs vô-
Astre amour vous engage?
MilleSabres dorez couverts de
dared Diamans
M'ot fait ofre de leur homage,
a iiij
Maisje n'aypoint reçeu lesvoeux
de ces Amans.
LE FLEVRET.
Il n'eſt point ſous le Ciel de Sabrequim'égale,
J'ay bien changé de rang depuis
cinq ou fixmois.
Je dominois dans une Sale ,
Etjeregne aujourd'huy dans le
Palais des Rois.
L'EPEE.
Ce haut degré d'honneur où
vous met la Fortune,
Nepeut dans lesCombats vous
faire redouter;
Etquand voſtre amour m'im .
portune,
Pour un peude bonheur dois -je
vous écoutere fo
ALE FLEVRET.
T
Je fais les premiers traits d'un
Maiſtre de laTerre,
Je mene à des Lauriers ſa Valeur .
86
quej'inſtruis.
Le plus ſuperbe Cimeterre
S'eftimeroit heureux d'eſtre ce
que je fuis.
LEPE' E.
Quel eſt donc ce Héros dont
vous formez l'adreſſe,
Etde qui le grand cooeur s'affer.
mit fous vos Loix ?
J'écouteray voſtre tendreſſe,
Siparundigne employ vousméritez
mon choix.
LE FLEVRET.
J'éleve un jeune Prince au fein
de la Victoire,
Etquandje le diſpoſe àdonner
degrandscoups,יזומה
Jettrraavvaaiilllleeppoouurrvvooſtregloire,
Etprépare fonBras à ſe ſervir de
L'EPEE.
Vousme faites valoirun fort petit
ſervice;
L'adreſſe qu'a cePrince, il la tiết
de fon coeur,
C'eſt un inutile exercice,
Aqui vient tout dreſſe par fa
proprevaleur.
LE FLEVRET.
Ileſt vray,mais parmoy ſa force
ingénieuſe,
Connoiſt d'unEnnemyl'endroit
qu'il faut fraperil
Et cette Main victorieuſe,
t
fa
-ce
oit
2
J'ay dumoins avant vous l'honneur
de l'occuper.
οποίοοτλοντου
Shiv SteZEREE
Jevous en ſçaybongre, Fleuret
incomparable,
Si quelque jour ce Prince aux
Combats excité,
Fait luiremon fer redoutable,
Je vous devray l'honneur qu'il
auramerité.
CALZE FLEVRET.
Jetrouvedans ſonBrasune force
invincible,
Propre à rompreunParty, propre
à le terraffer,
Aporter un coup infaillible
Sur l'heureuxEnnemyqu'ildai
gnera pouffer.
L'EPEE.
Que vous m'eſtes utile : & que
voſtre aſſiſtance
Me perfuade bien que mon fort
fera beau !
Jemeursicyd'impatience
Que fon Auguste Main me tire
du fourreau. G
LE FLEVRET.
Attendez,dans cePrince on voit
approcher l'âge
Quile doit délivrer de mes foins
fuperflus .
Aupremierfeude fon courage
Vous ferez en faveur , & je n'y
feray plus .
L'EPEE.
Dansun gros d'Eſcadrons quad
ſes Mains échauffées
Me rougirontdu ſangdes Ennemis
défaits,
Dans ma gloire & dans mes
trophées
Je me reflouviendray toûjours
de vos bienfaits,
::
LE FLEVRET..
Désquevous paroiſtrez ,d'abord
jemeretire,
Et de quelque façon que ceſſe
monbonheur,
Toujours foumis à voſtre empire,
Pourvous qui m'enflâmez j'auray
la meſme ardeur .
:
M. DU MATHA D'EMERY,
deBordeaux.
2552522525252525
PREFACE.
0
N demande des éclairciſſemens
fur bien des choſes qu'on trouvera
en lifant la Préface de l'Extraordinaire.
On est contraint d'y ren
voyer ceux qui par leurs Lettres témoignent
avoir quelques doutes, afin
den'ennuyer pas le Public en répetant
ce qu'on a déja dit pluſieurs fois
Cette Préface, &celles qu'on a miſes
juſqu'icy dans les divers Tomes du
Mercure , font plus neceſſaires qu'on
ne les croit dans les autres Livres , à
cauſedu commerce que les Nouvelles
qu'on luy envoye luy font avoir avec
tout le monde ; & que ne répondant
que par là aux Lettres qu'il reçoit, &
aux choſes qu'on luy demande , ceux
quinégligentde les voir ne sçauroient
eſtre éclaircis de leurs fcrupules . Onb
prie de nouveau qu'on ne s'impa
J
PREFACE.
+
7
C
י
V
nh
1
:
tiente point pour les Hiſtoires &pour
les Enigmes , chacun peut s'aſſurer
qu'il aura fon tour . Quant aux ArticlesduMois,
ce qu'on reçoit dans les
cinq ou fix derniers jours ne peut que
difficilement eſtre mis . Si ceux qui
envoyent des Airs avoient pris foin
de les faire donner par quelque Amy
capable d'en voir les épreuves, comme
ils en avoient eſté priez , on neſeroit
point embaraſſe pour ſçavoir fi
onpeut ſe ſervir de ceux qui reſtent,
&on s'adreſſeroit à eux pour eſtre
afluré qu'ils fuflent demeurez nouveaux
, car les Maiſtres qui ne les
voyent point dans le premier Mercure
qui paroiſt , les font chanter le
plus ſouvent,dans la penſée ou qu'on
neles a. pas reçeus, ou qu'on n'a pas
voulu leur donner place,& il eſt facheux
de donner en ſuite pour nouveauce
qui aceſſe de l'eftre par cette
raifon. Le Public témoigne ſouhaiter
des Lettres fur toute forte de matieres.
Ainſi quand on en recevra de belles,
PREFACE.
on les mettra dans l'Extraordinaire,
&ceux qui feront bien aiſes qu'elles
yparoiffent, prendrontla peine de les
travailler , rien ne les obligeant à les
faire avec précipitation . Quoy que
l'Extraordinaire qu'on a déja veu, ait
eubeaucoup deſuccés, celuy qui fera
donné le 20. deJuillet pour le remet
tre dans les Quartiers , ſera d'une autre
maniere , c'eſt à dire qu'il ſera plus
remply d'Hiſtoires & d'autres Ouvrages
, afin que la diverſité des matieres
ymefle par tout l'agrément de
Ja nouveauté. On y verra des Feſtes
Etrangeres, dont les Deffeins feront
curieux, & on n'oubliera pas de fort
galantes Réponſes ſur la Queſtion
galante propoſée dans le premier Extraordinaire.
Je ne dis rien de l'Hiftoire
Enigmatique, on ſçait qu'ellen'a
pû fournir qu'à de ſçavantes Explications
. On donnera des Sujets nouveaux
d'exercer l'eſprit dans celuy du
20. de Juillet. On ne sçauroit trop
recommander d'adreſſer toûjours ſes
PREFACE.
es
es
es
me
ait
era
:
et
aulus
11-
ma
tde
ſtes
ront
fort
tion
-Ex-
Hif
len'a
plicanouuydu
trop
urs fes
Lettres au Sieur Blageart,celles qu'on
adreſſe ailleurs ne ſontpreſque jamais
reçenës . On a dit beaucoup de choſes
dans deux Mercures touchant la penſée
qu'on a que l'Arc de Rheims a eſté
dreſſe en l'honneur deJules Céſar. II
y aura dans l'Extraordinaire un Dif
cours tout remply d'érudition, d'un
tres-ſçavantHomme qui est d'un ſentiment
contraire. Si on trouve icy
une ſeconde Relation de la priſe de
Leuve, on ne doit point en eſtre furpris
. C'eſt le morceau d'Hiſtoire le
plus exact &le plus curieux qu'on ait
veu depuis fort longtemps ; & tant
deGens du Meſtier ont conſeillé de
le mettre, qu'on n'a pû douter qu'on
ne priſt plaiſir à le lire, ſçachant qu'il
ne contient rien quede veritable.
L'aſſortiment de tous les Volumes
du Mercure , qu'on a ſouvent de la
peine à trouver ſur l'heure au Palais ,
ſe trouvera toûjours à l'avenir chez
leSieur Blageart, qui fournira en tout
temps tous leſdits Volumes en telle
e
1
PREFACE.
relieure qu'on les voudra. C'eſt un
avis qu'on donne à ceux qui n'ont pas
le loifir d'attendre, ou qui reçoivent
des commiſſions preflées pour la cam
Avis pour placer les Figures.
2
Arcade de la Voute de Remus & Ro
mulus , doit regarder la page 26.
L'Arcade des quatre Saiſons, doit regarderlapage
33 .
L'Air qui commence , si vous voulez
la
NOS
171
charmer, doit regarder la page71 .
L'Air qui commence par, Quandfur
charmans rivages, doit regarder la page 1
L'Air qui commence par, Pourunejeune
merveille, doitregarder a page22008
Le Plan de la Ville &des Attaques de
Puicerda, doit regarder la page 299 ..
L'Air qui commence par , Puls q
tornantſes Exploits en grand Louis
segarder la page 316
3
3
que
ve le
doit
Hercule&AntecEnigme , doit regarder
la page 338.
2
05
75
ne
1
de
te
oit
der
10
Extrait du Privilege duRoy.
ParGrace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677.
Signé,Par le Roy en fon Conſeil, JUNGLIERES.
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCIJRE GALANT, preſenté à Monſei
gneur LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & efpace de
fixannées, à compter du jour que chacundefd.
Volumes ſera achevé d'imprimer pour lapremiere
fois : Comme auſſi defenſes ſont faites
àtous Libraires, Imprimeurs , Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fansle confentementde l'Expoſant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
J'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende , &
confiſcation des Exemplaires contrefaits, ainfi
que plus au long il eſt porté audit Privilege
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E. COUTEROT, Syndic .
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
joüir ſuivantl'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimer pour la premierefois
le30. luin 1678.
szsszzszszszsasz
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
Avant-propos fur le sujet de la
25
Nouvellespenséessur l'Arc de Triomphe
découvert à Rheims,
L'AmourBleffe, Idylles -37
L'Heureux infortune, Histoire, 49
Airnouveau 71
NouvelleRelation de la prise de Leuve,
avec des circonstances qui n'ont point
eftéſcenes, 74. Sonnet 109
LaJonquille,
Galanteriefaite à Ath, 116
Mariage deM. de Launay deM.
Trevegat, riche Heritiere deBretagne,
122
Histoire des Faux Cheveux , 129
MortdeMadame la Princeffe deMonaco,
2
MortdeMademoiselle deMaisons, 161
StancesfurlaVanité du Monde, 163
TABLE .
Air Nouveau, 171
LeMary Patiffier, Histoire,
Madrigal
171
230186
LeRoy établitau Louvre deux Peres
Capucinstressçavans enMedecine,
23-28725 3 2 ???????
LeRoy choisit quatre Perſonnes pour
remplir la Charge d'Organiste ordinaire
desa Chapelle 193
Monfieur de Santeüilfait un Poëme à
lagloire de Monsieur le Chancelier,
194.
Reception faite à MadamelaDucheffe
de Guife àAlençon,
Versſur leſujet de la Paix,
Air Nouveau,
200
204
208
Divertiſſemens donnez par ceux qui
out effeprendre des Eaux de Vichy,
209.
t
9
3
6
1.
e-
1
19
Roy,
e
12
61
63
Lettre de M. leDuc de S.Aignan au
公
Mort de M.de Varengeville,Conseiller
203
au Parlement, 218
apyriques όλους α 220
MortSurprenante d'un Medecin EmTABLE.
M. Chommeau, Fils deM.le Profi
dentBetau, eft receu Conseiller au
Parlement
MariagedeMademoiselle le
deM
Gratot,
222
Vaffeur
d'Argouges, Marquis de
MariagedeM. de Rancy,
L'Amant Commode,
226
227
229
Magnificences faites par Madame la
Marquisede la Frézeliere dansson
ChasteaudeMons, 231
Mariagede M.le Marescbal d'Eftrades
de Madame de Vert
mont, 236. Sonnet, 242
Relation de la prisede Puycerda, 244
Ce qui s'est passé à la Reception de
M. deNovion à la ChargedePremierPrefident,
302
Cequi s'eftpafféàl'Afſsembléegenerale
desEtatsd' Artois,
Réponsedu Royà M. le Duc de
Aignan,
Air à boire,
305
313
316
Explication de l'Enigme de la Flute en
Vers,
317
TABLE .
Noms de tous ceux qui ont trouvéle
mot de la Flute 318
Explication de l'Enigme du Soleil en
ers 3281
Noms de ceux qui ont trouvéle motde
l'Enigmedu Soleil, 324
Noms de ceux qui ont trouvé lemotde
touteslesdeux, 3297
Enigme
Autre Enigme, 333
Diverssens donnezà lEnigmed'Ino,
Enigme en Figure 338
Monfieur l'Abbé Colbert prefcbe à
Sceaux 13407
Ce qui s'est paſſe en Allemagne pendantlemoisdeJuin
3434
MariagedeM.Maneffier,&deMa
demoisellede Saqueſpée, 351
LeChien, àla Musette. 355
Conclufion. ৩৬
٤١٤
Fin de la Table,
>
**********?*???
1
0
Ndonnera unVolume du Mercure
Galant , le premier jour de
chaqueMois ſans aucun retardement .
Tous les Volumes de l'année 1678. à
commencer par celuy deJanvier, fe
donneront à Vingt ſols en feuilles,
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Ruë S. Jacques , à l'entrée
de la Ruë du Plaſtre ; & au Palais à
Trente fols reliez en Veau,& àVingtcinq
ſols en Parchemin. L'Extraordinaire
ſe donnera auſſi au meſime
prix du Mercure , quoy qu'il ſoit
marqué à un Efcu dans ledit Extraordinaire.
Les dix Volumes de l'Année
1677. ſe donneront toûjours au prix
ordinaire , c'eſt à dire vingt ſols en
Veau, & quinze en Parchemin au
Palais , & dix fols en feilles chez
ledit Sieur Blageart .
MERCVRE
GALANT
UEL embarras,
Madame , & comment
ſatisfaire à
la parole que je vous ay
donnée de vous entretenir
de la Paix ? La matiere eft
grande , & je ne l'envifage
point , que je ne craigne .
auffitoft d'en eſtre accablé,
Juin. A
2 MERCVRE
Il en eſt qui quoy que belles
, animent d'autant plus
à s'y étendre , qu'on ſent
bien qu'on les peut encor
embellir en les mettant
dans leur jour ; mais il en eſt
de ſi extraordinaires, qu'on
ne les entame jamais qu'en
tremblant, parce qu'on eſt
convaincu qu'on ne peut
rien dire qui ne ſoit infiniment
au deſſous de ce qu'elles
donnent lieu de penſer.
Telle eſt la modération du
Roy. Il eſtoit en état de
vaincre tout , & il a bien
voulu arreſter le cours de
:
GALANT. 3
t
t
m
n
t
t
1-
r.
u
He
en
He
ſes Victoires pour offrir la
Paix à toute l'Europe , &
luy faire voir qu'il ne connoiſſoit
point de triomphe
plus éclatant que celuy
qu'il eſtoit capable de remporter
ſur Luy -mefme.
Quand je dis qu'il eſtoit en
état devaincre tout, je n'avance
rien dont il ne ſoit
aifé de connoiftre la verité.
Si des Chefs d'une grande
expérience , agiſſant ſous
des ordres qui ne conduiſent
pas moins ſeûrement
à la Victoire que la Valeur,
ſi de nombreuſes Troupes
A ij
4 MERCVRE
bien aguerries , & des
Fonds aſſurez peuvent
faire efperer de vaincre
toûjours , quel autre que
LOUIS LE GRAND pourroit
dire qu'en offrant la Paix,
il abandonne les Conqueftes
qu'il ſe voit afſſuré de
faire , Luy qui a rendu le
fort des Armes conſtant,
d'incertain qu'il eſtoit toûjours
, & qui l'a fixé pour
Luy ? Quelle Puiſſance parmy
toutes celles qui luy
ſont oppoſées , eſt aujourd'huy
plus redoutable fur
Mer? Il eſt le ſeul qu'on y
GALANT. 5
e
ait veu faire des Conqueftes
depuis que la Guerre a
commencé. Il eſt encor en
état d'y en faire , & toutes
nos Coſtes font remplies
d'Armateurs , ou de Gens
qui demandent la permifſion
d'armer. C'eſt ce qui
e n'eſtoit jamais arrivé en
France. Auſſi peut-on dire
que jamais Conquérant n'a
conſenty à donner la Paix
dans l'état où le Roy ſe voit
aujourd'huy. Qu'on life nos
Hiftoires , on ne trouvera
point que nous ayons encor
eu tant & de fi bonnes
,
Y
-
r
A iij
6 MERCVRE
Troupes fur pied, ny qu'el
les ayent eſte ſi bien payées.
Les Fonds de la Guerre ont
toûjours efté faits plus d'une
année avant l'ouverture
de chaque Campagne , &
on n'ignore pas qu'il y en a
toûjours eu de reſte. Toutes
choses ont eſté ordonnées
de la meſme forte qu'-
elles auroient pû l'eſtre
pendant la Paix. La Guerre
n'a point empeſché le Roy
de donner des Penſions &
des Récompenſes, comme
je vous l'ay ſouvent marqué
dans mes Lettres. Il a fait
GALANT 7
joüir ſaCotur des divertiſſe -
mens accouſtumez pour
delaſſer les Guerriers qui
l'avoient ſuivy dans ſes fatigues.
Il a fait fleurir les
beauxArts dans le Royaume,
& enfin donné des Prix
en pluſieurs endroits àceux
qui les avoient meritez..
Les Meubles, l'Argenterie,
& les Pierreries , qui ſous
d'autres Regnes ont fourny
ſouvent aux frais de la
2
e
Guerre , loin d'avoir diminué
depuis fix ans qu'elle
é
1.
t
dure , ont augmenté de
beaucoup , & le Roy s'eſt
A iiij
8 MERCVRE
toûjours trouvé en pouvoir
d'en acquerir, pendant que
l'Eſpagne n'avoit point
d'autre reffſource pour foûtenir
cette meſme Guerre.
C'eſt neantmoins avec tous
ces avantages que le Roy
veut bien donner la Paix
aux Peuples de l'Europe
qui en ont beſoin , tandis
que les Siens glorieux de
ſes Victoires qui font honneur
à la France auſſi-bien
qu'à ce grand Monarque,
ne luy demandent pas qu'il
daigne les interrompre en
leur faveur. Voyez d'ailGALANT.
9
leurs l'état des Affaires .
L'Angleterre eſt -diviſée.
La priſe de Gand, qui oblige
les Hollandois à tenir
douze mille Hommes de
garniſon dans leurs Places
frontieres , les empeſche de
mettre une forte Armée en
campagne. L'Eſpagne a
peu de Troupes, & ne ſçait
où aſſembler le peu qu'elle
en a. Nous nous ſommes
ouverts par tout des Paſſages
. Bruxelles & Anvers
tremblent. Le Roy eft à
la teſte d'une Armée nombreuſe.
Il peut entrepren10
MERCVRE
dre. Tout eſt preft. Il n'a
qu'à attaquer pour vaincre.
Il eſt entraîné à la gloire
par deux diférens panchans.
Il en peut acquerir
en donnant la Paix; mais
outre ce que la continuation
de ſes Conqueſtes luy
en aſſure, il y voit encor de
grands avantages attachez..
Cependant il choifit la
gloire la plus fterile , &
prend le party qui ſoulage
toute l'Europe. Il fait plus
qu'Alexandre , qui ne rendit
qu'à ceux qu'il avoit attaquez
ſans ſujet. Ce grand
GALANT. II
:
Prince , maistre de Luymeſme
au milieu de tous
ſes triomphes , veut bien
rendre à ceux qui luy ont
déclaré la Guerre, & il leur
ofre la Paix dans le ſein
meſme de la Victoire, puis
que ſes Armes luy foûmettent
Puycerda en mefme
temps qu'il réſout d'en arrefter
les progrés. Apres
cela, Madame, ne peut- on
pas dire que cette Paix eſt
l'effet de la plus haute modération
dont on aitjamais
entendu parler ? On a veu
des Conquérans , mais on
12 MERCVRE
n'en a point encor veu , &
on n'en verra peut- eftre
jamais , qui s'arreſtent fur
le panchant d'une courſe,
lors qu'on y eſt pouffé par
la Victoire , & qu'il faut
meſme faire des efforts
pour ne s'y pas laiſſer entraîner.
Si on avoit attendu
pour avoir la Paix , que le
grand nombre d'Ambaſſadeurs
des Intéreſſez dans
la Guerre euſt eſté d'accord,
on en auroit preſque
perdu l'eſpoir, ou du moins
les longueurs de cette Négotiation
auroient laiſſé le
GALANT. 13
Victorieux en liberté de
pourſuivre encor longtemps
ſes Conqueſtes. Il
falloit un Maiſtre tel que
leRoy, qui euſt labontéde
faire comme une Loy de
cette Paix aux Vaincus.
Pour en faire une Loy , il
falloit eſtre auſſi puiſſant
qu'il l'eſt, & il auroit efté à
craindre d'un autre qu'il ne
ſe fuſt ſervy de cette puifſance
pour impoſer des
conditions injuftes . La modération
du Roy a eſté telle,
que le repos de l'Europe
a prévalu à ſes propres in
14 MERCVRE
téreſts . Le Titre de Pacifique
ne luy a pas ſemblé
moins glorieux que celuy
de Conquérant , & il conſent
à ſe dépoüiller d'une
partie de ſes Conqueſtes,
afin de propofer une Paix
qui luy gagne l'amour de
ſes Ennemis , comme la
Guerre luy a fait gagner
leurs Places. A peine cette
Paix eft propolée , qu'on
s'écrie en Hollande fur les
bontez extraordinaires du
Roy. On imprime hautement
les Propoſitions qu'il
luy plaiſt de faire. Elles font
২৯
GALANT. 15
trouvées ſi juſtes, que ceux
à qui la Guerre eſt utile,
cherchent en vain des raifons
pour les combatre . Ce
qu'ils oppoſent n'eſt point
écouté. SaMajefté-écrit a
Etats. Sa Lettre eſt reçeuë
avec autant de joye que de
reſpect. On eft furpris de
voir un Vainqueur fi moderé
dans ce qu'il propoſe;
& les Peuples de Hollande
qui apprennent les ſentimens
favorables où il eft
pour eux, ne peuvent s'empeſcher
de crier Vive le Roy
enpluſieurs endroits. Quel
16 MERCVRE
le gloire pour la France d'a
voir un Maiſtre ſi grand,
qu'il eſt devenu l'admiration
& l'amour de ſes Ennemis
meſmes ! Les Propoſitions
font acceptées des
Etats , & M'de Beverning
Plénipotentiaire à Nimegue
eft nommé Ambaladeur
Extraordinaire pour
en venir aſſurer Sa Majefté.
Il arriva aupres d'Elle ſur le
foir du 30. & fut logé au
dela de l'Eſcaut dans une
Maiſon qui luy avoit eſté
préparée. Monfieur de
Pompone l'alla voir une
GALANT. 17
heure apres qu'il fut arrivé.
Il ent fon audience le lendemain
fur les neuf heures
du matin. Monfieur le Ma-
Creſchal de Lorges l'alla
prendre. Monfieur le Duc
de Noailles le reçeut à la
teſte des Gardes du Corps,
& tout ce qui ſe pratique
en de pareilles rencontres
fut obſervé. Il eut une Au-
S
r
e
1
a
dience ſecrete qui dura environ
une heure & demie ;
& apres avoir remercié le
Roy du repos qu'il veut
bien donner à toute l'Europe,
il prit congé de Sa
Juin. B
18 MERCVRE
Majefté dans cette mefme
Audience. Au fortirde là, il
viſita les Miniſtres , & n'eftant
point ſatisfait du peu
de temps qu'il avoit paſſé à
entretenir le Roy, il demanda
à le voir diſner pour
le pouvoir admirer plus à
loiſir. Il y fut mené incognito
avec tous ceux de fa
ſuite. Je ne vous dis point
ce qui luy a eſté accordé
pour les Etats. On a imprimé
la Réponſe de Sa
Ma
Majefté. Ils ont obtenu ce
qu'elle contient, c'eſtà dire
que pendant tout le mois
GALANT. 19
1
1
1
à
r
a
4
de Juin il y auroit Suſpenfion
d'actes d'hoftilité contre
les Places Eſpagnoles,
& que ce terme eftant expire,
la Suſpenſion d'armes
deviendroit entiere pour fix
ſemaines, afin de traiter de
la Paix generale, en cas que
5. pendant cette premiere
Suſpenſion qui doit durer
t tout le mois de Juin , les
He Alliez ſe reſoluſſent à devenir
auffi raiſonnables que
les Anglois & les Hollan-
-e dois,& qu'ils uſaſſent comme
ils le doivent des bon-
コー
a
1-
Sa
ce
re
is tez que le Roy fait paroif-
2
Bij
20 MERCVRE
tre pour toute l'Europe.
Ce grand Prince n'ayant
plus affaire dans un Camp
où ſa valeur ſeroit demeurée
oyſive , en partit pour
retourner à S. Germain , &
fit plus de foixante lieuës
enmoins d'un jour & demy.
Le lendemain qu'il fut arrivé
, il ſe leva auſſi matin
qu'il ſe leve ordinairement
quand il n'a eſſuyé aucune
fatigue. Il prit ce mefme
jour le divertiſſement de la
Chaffe, & vit faire les Exercices
àMonſeigneur leDauphin.
C'eſt un charme que
GALANT. 21
t
-
ar
&
s
de voir ce jeune Prince à
cheval . Il n'y en a point de
fi difficiles qu'il ne monte.
Il les gourmande avec une
grace & une adreſſe mer.
veilleuſes, & ne court point
de Bagues &de Teſtes qu'il
y. ne les emporte.
r- A peine le Roy fut- il arin
rivé , que par une bonté
nt vrayment paternelle , il fit
me donner plufieurs Arreſts
me pour le foulagement de fes
la Peuples. L'un porte la dier-
minution de fix millions
auue
fur les Tailles. Il y en a
d'autres qui regardent le
22 MERCVRE
rembourſement des nou
velles Rentes conſtituées
fur l'Hoſtel de Ville , &
d'autres Rentes afſignées
fur d'autres droits appartenans
à Sa Majefté.
L'ofre de ce rembourſement
accommode les affaires
de ceux qui auront
beſoin de le toucher. Il eſt
vray que Sa Majefté a reçeu
un notable ſecours des
premieres Rentes. Tout le
monde luy a porté ſon argent
en foule par la ſeûreté
qu'on a trouvée avec Elle.
Celuy qu'elle offre de renGALANT.
23
es
&
Bes
a- drepreſentement, fait affezconnoiſtre
qu'elle n'y pouvoit
eſtre plus entiere , &
prouve en meſme temps ce
ap- que je vous ay dit d'abord,
que le Roy ne cherche
-fe- point la fin de la Guerre
par aucune peine qu'il ait à
ont la foûtenir, mais ſeulement
eſt par une pure bonté pour
té.
afredes
ン
ſes Ennemis, à quiles avantages
de la Paix font necef
tle faires. Jamais Prince ne fut
ar- mieux ſervy qu'il l'a eſté.
rete Le ſuccés a répondu au zele
Elle. & au travail des Miniftres ,
en- & la Victoire aux grands
24 MEROVRE
1
projets & à la valeur de l'incomparable
Monarque qui
aa reglé leurs emplois. La
réſolution que prendront
les Alliez , occupe preſentement
toute l'Europe.
Chacun en parle felon ce
qu'il juge' des diférens intereſts
qui les doivent faire
agir ; mais tous convien--
nent que ceux qui paroiftront
les plus éloignez de la
Paix , ne pourront s'empefcher
de regarder avec admiration
lesbontez duRoy
qui ontcauſetant de joye &
de ſurpriſe à tous lesPeuples
de Hollande .
2
} GALANT. 25
1
a
t
е,
e
J'avois bien crû , Madame
, qu'apres avoir pris
plaifir à ce queje vous écrivis
ily a quelque temps ſur
les Obeliſques, vous ne ſe.
riez pas fachée d'entendre
e parler des Arcs de Triom
- phe. Vous avez veu celuy
qu'on a découvertàRheims
gravé dans ma Lettre du
dernier Mois. J'y adjoûtay
la Voûte de l'Arcade d'un
de ſes coſtez; Il faut vous
-
-
1
donner aujourd'huy les
こ
deux autres , afin que vous
ayez l'Ouvrage parfait en
quatre Pieces. Voicy l'Ar
Juin. C
26 MERCVRE
cade que je vous ay dit qui.
repreſente la Louve Romaine
avec Rémus & Romulus,
& ce que Meſſieurs
de Rheims ont marqué au
deſſous du Deſſein qu'ils
en ont fait faire.
Ceux qui veulent que ce
Monument ait efté érigé en
l'honneur de Jules César,
affurent que cet Embleme a
esté mis icy pour honorer l'origine
de cet Empereur ; mais
peut estre auſſi que ç'a esté
pour montrer que Rheims
estoitsoumise , ou plutoſt alGALANT.
27
S
liée à Rome, puis que c'estoit
Le ſymbole ordinaire des Vil
l qui estoientſous la domination
ou sous la protection
des Romains. Ce que l'on dit
•que S. Sixte & S. Sinice furent
les premiers qui s'arrefterent
à Rheims pouryprefcher
la Foy , apres qu'ils
eurent veu dans la Porte
Mars cette Histoire de leur
Nation, fait affezvoir l'antiquité
de cet Edifice. Ces
Victoires & ces Armes font
pour eterniser la memoire des
S
Conquestes de ce temps - là;
mais ces Figures qu'on voit
Cij
28 MERCVRE
distinctement en quelques
Boucliers , ne reſſemblent à
des Fleurs de Lys que par
hazard.
Ce qui fait croire que
ces Figures de Rémus & de
Romulus marquent le defſein
qu'on a eu d'honorer
par ce Monument l'Origine
de Jules.Cefar , qui
prétendoit eſtre defcendu
d'Iulus, c'eſt qu'au midy de
la Ville de Rheims,il y avoit
un autre Arc de Triomphe
où eſtoit repreſentée Vénus,
&il n'y a perſonne qui
GALANT. 29
ne ſçache quecetEmpereur
tiroit ſa plus grande gloire
d'eſtre de la Race de cette
Déeffe par cet Iulus Fils
d'Enée. Ce ſecond Arc eft
encor en veuë , mais plus
qu'àdemy ruiné. Il ne refte
plus que la Voûte du miheu
des trois Arcades qui
le compoſoient, avec quel
ques veſtiges des deux autres
fur les deux aifles . On
l'appelle Porte bafée. Cette
Arcade eſt ornée parle dehorsde
fa rondeur,de grandes
feüilles d'Achante gravées
danslesbords . Audef
C.
Ciij
30 MERCVRE
ſous de la Voûte il y a un
plat- fond quarré, dans lequel
on voit un Triton,
dont la partie qui finit en
Poiſſon fait pluſieurs tours
en forme de roulots , fur
l'un deſquels eſt aſſiſe une
Vénus toute nuë qui tient
le Triton embraffé. On ne
peut la méconnoiftre, puis
que fur le bout de la queuë
du Triton, relevée en haut,
il y a un Cupidon qui étend
ſes aifles. Il eſt certain que
Jules - Cefar faifoit tellement
vanité d'eftre forty
de Vénus, qu'il luy donnoit
GALANT. 31
• la qualitéde Venus genitrix;
- &c'eſt par cette raiſon que
• Properce priant cette Deef
ſe de conſerver Auguſte-
César, Fils adoptifde Jules,
la fait ſouvenir qu'il eſt de
ſa Race. Joignez à cela que
ce premier des Céfars, pour
marque qu'il la reconnoiffoit
pour ſa Mere , fit voeu
de luy faire baftir un Temple,
fi par ſon moyen il gagnoit
la Bataille qu'il eſtoit
preft de donner contre
Pompée dans la Plaine de
Pharſale. Il s'acquita de
ſon voeu. Ce Temple fut
C iiij
32. MERCVRE
baſty dans le Marché qui
porte ſon nom. Il l'embel.
lit de Tableaux de grand
prix, & entr'autres Statuës,
il en fit placer une de marbre
blanc dans le lieu le
plus éminent , qui repreſentoit
cette Venus genitris.
Elle estoit toute armée
comme une Pallas. Archefilaüs
, fameux Ouvrier de
fon temps , en fut le Scul
pteur. L'impatience que
Jules - Céſar eut de la dédier,
fut fi grande, qu'il ne
luy donna pas le loiſir de
l'achever.
GALANT. 33
Je viens à la Voûte de
la troifiéme Arcade que je
me fuis engagé de vous en
voyer gravée. C'eſt celle
de l'Arcade du milieu,
qu'on appelle l'Arcade des.
quatre Saiſons ou des douze
Mois. Meffieursde Rheims
qui en ont fait faire l'Eftampe
, aufli - bien que des
deux autres , ont adjoûté
ces mots au deſſous.
Les Figures qui paroiffent.
dans la clef de la Voûte de
cette Arcade, font connoistre
combien la Ville de Rheims
34 MERCVRE
s'eftimoit heureuse d'estre
Soumise à l'Empereur qui
vivoit alors. Les quatre Enfans,
& ce qu'ils tiennent,
reprefentent les quatre Saifons
de l'Année , tout de
mesme que dans une Medaille
de Commode, qui a pour Devise
, Temporum Felicitas,
La Femme afſiſe porte dans
ſes mains dequoy marquer
l'abondance de toutes choses.
Les douze Mois de l'Année
ſe voyent dans les douze Tableaux,
dont il ne nous
queſept ; les autres ayant esté
ruinezavec toute la face de
refte
GALANT: 35
S
S
2
La Porte qui regardoit le dedans
de la Ville. L'ingenuité
de ce temps ne paroist que
trop dans l'une de ces Figures.
Ceux qui rapportent ce
Monument à Fules- César, fe
contentent de dire , que cette
Arcade fait connoiſtre qu'il
a reformé le Calendrier.
Voila, Madame, tout ce
que j'avois à vous dire de
ce fameux Monument qui
. fait tant d'honneur à la
Ville de Rheims . J'ay beaucoup
de joyê d'avoir pû fatisfaire
voſtre curioſité ſur
36 MERCURE
cet article , & n'en ay pas
moins d'avoir enfin recouvré
le galant Idylle de l'Amour
bleſſé, que vous avez
envie de voir depuis ſi longtemps.
On m'a dit qu'il
n'eſt pas tout-à-fait nouveau
; mais outre qu'il le
fera pour vous , je l'ay demandé
à tant de Gens qui
n'en avoient point entendu
parler, qu'il y a grande apparencequ'on
en a fait courir
fort peu de Copies. Je
l'ay trouvé tout ce qu'on
vous a dit qu'il eſtoit. Ceux
qui vous l'ont vanté, l'ont
GALANT: 37
1-
e
1
fait avec beaucoup de juf
tice , & quoy qu'ils vous
diſent une autre fois en
matiere de Vers aisément
tournez , vous aurez ſujet
de les croire ſur leur parole.
5252525252525252
LAMOVR
BLESSE' .
IDYLLE.
1
Out aimoit autrefois,
non pas come aujourd'huy,
Que lafidelité n'est plus
qu'une chimeres
38 MERCVRE
Les coeursd'unfort amourſefaisoiet
une affaire,
Chaque Heros avoitfon Heroine
à luy,
EtchaqueBergerfa Bergere.
25
Icydans un Palais l'Amour donnoitfes
Loix,
Il'yfaisoit joüerſes refforts politiques;
Maistre du Cabinet des Rois,
Cet Enfant décidoit des Affaires
pubiques.
Et le Conseild' Etatnefuivoitque
fa voix.
25
Là dans une Cabane, il avoitfoin
: d'apprendre
A d'aimables Bergers fes plus
douces Chansons,
Et s'ils ne joüoient plus qu'un air
touchant &tendre,
1
1
GALANT. 39
C'estoit l'effet deſes Leçons.
52
Tantoſtun jeune coeur groſſiſſoitfon
empire,
Le triomphe en estoit aisé,
Etgrate au feu de l'age , il eſtoit
dispofé
Arecevoirceuxque l'Amour infpire.
Se
Tantoft ce mesme Amour enflammoit
un Vieillard,
Sur le borddu tombeau le chargeoit
deses chaines,
Et r'animant un sang tout glacé
dansſes veines,
- De ſes derniers foûpirs vouloit avoirfa
part:
as
Iamais, parle recit de leurs longues
Souffrances,
40 MERCVRE
3
Tant d'Amans des Forests n'ont
troublé le repos,
Et jamais tantde confidences
N'ont importanéles Echos.
S&
Les Romans ont dit vray, pour un
chagrin &Aftrée,
On euftven Celadon l'ame defefperée,
Dans les eaux du Lignon terminer
Sesdouleurs,
Etfidelle à Caffandre, ou plutoftà
Sesmanes, こ
Orondate à ſes pieds cuſt veu mille
Roxanes,
Sansles payerquede rigueurs.
52
Cyrus poursa Princeſſe euft couru
centRoyaumes,
Aucun Enlevementne l'en eustdégoutés
GALANT. 41
Zes Héros ſe piquoient d'une fi.
delité
Qui duroitpendant douzeTomes.
pendan
52
Maisbelas,de l' Amour l'age d'Or
est pulfe,
Zes Coeurs font maintenantd'une
trempeplus dare,
Etvoicyparquelle avanture-
L'agede Fera commencé .
Se
Quand l'Amour eut bleffe tant
d'ames,
Qu'il n'enrestoit plus à bleſſer,
Quand ilne trouva plus moyen de
s'exercer
ocher des traits,à répandredes
flamess
Quoy qu'en un plein repos il vit
avecplaifir
Sa Divinité triomphante,
Juin. D
42 MERCVRE
Comme il est d'humeuragiſſante
Il s'ennuya defon loiſir.
52
Quoy mes Fleches , dit- il , de
meurent inutiles, ( rien
Quoy l'Amour ne s'employe à
Puis qu'il n'eſt plus de coeurs
tranquilles ,
Audefautd'autres coeursje vay
percer le mien..
Se
Si j'ay fait aux Amans fentir
mille ſuplices,
Qu'ils ſe confolent tous , ma
main va les vanger;
Et fije leur ay fait goufter mille
delices,
Avec eux à montour je vais les
Partager.
S2
Là-deſſus ( car l'Amour n'a quere
de prudence,
GALANT...43
Et nesçaitpas trop ce qu'ilfait)
Luy-mefme ilſeperce d'un trait,
Sans en prévoir la conſequence..
S2
Ilfentit dans son coeur naiſtre des
Sentimens
Que luy ſeul dans les coeurs avoit
toûjours fait naiſtre ,
Par fon experience il connut des
tourmens (naistre
Que jusqu'alors il n'avoit pû con .
Queparles foûpirs des Amans.
Se
Helas, dit-ilun jour aux Oyſeaux
d'un Bocage,
C'eſtmoyqui forme vosaccés,
C'eſtmoy qui ſuis l'Amour dont
voſtredoux ramage
Seplaint en festons languiſſas.
Se
Pourquoy vous plaignez-vous ſi
j'enduremoy mefme
>
44 MERCVRE
Lesmauxqueje vous fais ſetir?
Moy-meſme à mon pouvoirj'ay
ſceu m'aſſujettir.
Le croirez - vous ? je ſuis l'A
mour, & j'aime.
52
Mais il eut le chagrin qu'à ses
trifteshelas,
Par les airs les plus quais les Oyfeauxrépondirent.
Vous par qui tant de coeurs
ſoûpirent,
Soûpirez , difoient- ils , nous ne
vous plaignons pas.
Se
Que de l'Amour bleßé l'agreable
nouvelle
Satisfit en ce jour chaque coeur mal
content!
Et qui n'eut pas trouvéſapeine
: moins cruelle,
Quadl'Amourenſouffroit autät?
GALANT. 45
Se
Celles qui conſervoientun coeurfacile&
tendre,
Quand leur age effrayoit &les
leux&lesRis,
Seconfoloient dessoins que l'A- .
mour leurfait prendre...
Pourfupléerà leurs apasflétris.
Les Belles qu'en fecret cet Enfant
tyrannise,
Oublioient tous les mauxdont leur
coeur eft atteint,
Lors quefous un calme contraint
Ilfautque l' Amourſedéguise.
LesMarys appaisezpardonnoient
à l'Amour
La disgrace dont il estcauses
Et depuis ce temps- là, dit -on , jufqu'à
ce jour,
1
46 MERCVRE
Tous les Marys ontfaitlamesme
chofe.
Se
Enfin l'Amour quérit deses en
nuis.
Pour cet aimable Enfant est- il
rienqu'on nefaſſe ?
Ah je ne ſçavois pas , dit - il , ce
que je fuis.
Enquel état les Amas főt reduis
Et qu'ils méritet bie ma grace !
Se
Il fautque deſormais dans l'Empire
amoureux
Avec plaifir les Ames foient
captives.
Dépoűillons-nous de ces traits
dangereux
Quifot des bleſſures tropvives.
L'Amour depuis ce temps nous
traite avec douceur,
GALANT. 47
Ilſe ſert contre nous de Fleches
émouffées
Quiſont aisément repoußées,
Et nefont qu'efleurer un coeur..
52
Parquelle autre raiſon croyez-vous
que l'on voye
Le regne de l'Amour coquet &
libertin?
On aime affez pour en goufſter la
joye,
Trop peu pour en sentir le plus
foiblechagrin.
S2
Aujourd'huy les Amans ignorent
lapratique
De courir à la mort pour un petit
dedain;
Et pour garder ſafoy, qui feroit
l'inhumain,
Aimeroit encor à l'antique.
48 MERCURE
Noftre Siecle renvoye à celuyde
Cyrus,
Ceux qui de leurtrepas honoreroiet
Leurs Belles
On trouve qu'on peut vivre , &
fouffrir leurs-refus,
Elles negagnent rien à faire les.
cruelles ,
Auli ne les font-elles plus
Se
Nous en ferions encor aux erreurs
du vieil age,
Sipar bonheur &Amour n'avoit
Sentyfes coups.
Toujours un mesme objet recevroit
noftre hommages
le tremble quandj'y penfe, belas
que ferions- nous
Il ſeroit à ſouhaiter pour
le
GALANT. 49
te repos de beaucoup de
Gens , qu'il n'y euſt rien
que de vray dans cet Idylle,
& qu'on aimaſt toûjours ſi
commodement , qu'il n'en
coûtaſt jamais de chagrins;
mais il y a peu d'engagemens
qui n'aillent plus loin
qu'on ne l'acrû, & les ſuires
en font le plus ſouvent fi
-facheuſes, qu'il eſt difficile
de ne les pas reffentir tresvivement.
L'Hiftoire qui
fuit le fera connoiſtre.
Un Cavalier d'une naif
-ſance fort conſidérable,
Kayant pris employ à l'Ar-
Juin. E
50 MERCVRE
méedés le commencement
de la Guerre , s'eſtoit tellement
conſacré à la gloire,
qu'il en avoit fait for unique
paffion. Rien ne l'é.
tonnoit. Il eſtoit des pre.
miers par tout , & il n'y
avoitpoint d'occaſion dan.
gereuſe où l'ardeur de fe
fignaler ne le fift courir.
Sa bravoure adjoûta beaucoup
à fon merite, qui eftoit
d'ailleurs fort lingu
lier. Chacun en parloit
avec éloge,& il commença
particulierement à con
noiſtre l'eſtime qu'ils'eſtoit
GALANT. 51
acquiſe, quand ayant eu le
bras caffé dans une ren
contre des plus importantes,
ilvit avec quel empref.
ſement les principaux Of
ficiers luy en marquerent
leur déplaifir. Il ſe fit porter
dans une Ville voiſine
où il ne manqua point de
fecours. L'incertitude de
ſa gueriſon l'obligea longtemps
à ne voir perſonne;
mais enfin ceux qui le trai
zoient, en répondirent. Ses
douleurs ceſſerent, & il ne
pût connoiſtre qu'il avoit
encor part à la vie, ſans
1
4
52 MERCVRE
chercher à ſe la rendre a
greable. Il reçeut viſite de
toutes les Perſonnes de
qualité, & on ſe fit tant de
joye de contribuer au foulagement
qui luy eſtoit neceſſaire
dans un reſte de
langueur , que les Dames
meſme ne dédaignerent
pas de le venir voir. Une
jeune Veuve, alliée du Lieutenant
de Roy de la Province,
dont il eſtoit tresproche
Parent , ſuivit l'exemple
des autres. Elle
avoit de la beauté , l'eſprit
aifé & infinuant, grand en-
)
* GALANT. 53
A
e
e
{
jouëment dans l'humeur,
& elleluy offrit de fi bonne
grace tout ce qui luy pouvoit
manquer dans une
Maiſon étrangere, que foit
par reconnoiſſance, foit par
la force du panchant, il fentit
pour elle dés ce moment
ce qu'il n'avoit encor ſenty
pour perſonne, Il s'informa
de ſa conduite ſans ſçavoir
pourquoy. Tout le monde
luy en parla avec avantage,
& il ſembla n'avoir impatience
de fortir que pour
l'aller remercier de ſes
ſoins . Ce fut par elle qu'il
E iij
14 MERCVRE
commença às'acquiter des
viſites qu'il avoit reçeuës.
Cette diftinction plût à la
Dame. Elle en fitun plus
favorable accueil au Cavalier.
Il luy dit mille chofes
obligeantes. Elle y répondit
agreablement, & la difpofition
reciproque d'une
forte eſtime où ils ſe trouverent
l'un pour l'autre,
leur ayant inſpiré l'envie de
ſe voir ſouvent, les conduifit
par degrez juſques à l'amour.
Ils s'en apperçeurent,
& ne prirent aucunes
précautions pour s'en dé
GALANT5
e!
1.
fendre. L'égalité de leur
naiſſance oſtoit tout obitaacle
à leur paſſion. La Dame
qui avoit beaucoupdebien
eſtoit en pouvoir de diſposfer
d'elle , & il ne leur ref
toit que le Pere du Cavalier
à ménager. Ce n'eſt pas
qu'il ne fuſt fatisfait de
cette alliance , & qu'il ne
témoignaſt mefme la fouhaiter,
mais il eſtoit de ces
Vieillards intéreſſez qu'un
avancement de ſucceſſion
inquiete, & qui uſent toûjours
de remiſes , quand il
s'agit de ſe dépoüiller. Ce
E iiij
56 MERCVRE
4 pendant le bruit d'une
grande entrepriſe s'eſtant
répandu , le Cavalier qui
eſtoit veritablement né
pour la gloire , ne balança
point à prendre party.
Quelquepaffion qu'il euſt
pour la Dame , il négligea
le prétexte que ſa bleſſure
luy pouvoit fournir de demeurer
encor aupres d'elle,
& il ne fongea plus qu'à ſe
rendre en diligence où fon
devoir l'appelloit. Leurs
adieux furent touchans . Ils
couſterent des pleurs à la
Belle , & jamais une ſem
GALANT 57
blable ſéparation ne fut
1
ſuivie de plus fortes affurances
de s'aimer éternel.
lement. L'Occafion fut al
vantageuſe au Cavalier. Il
s'y fit diftinguer comme il
avoit déja fait en beaucoup
d'autres, mais ce ne fut pas
fans expoſer ſa perſonne à
de grands périls. La Dame
en fut informée , & plus
elle eut ſujet de l'aimer,
plus elle craignit de le perdre.
Elle crût qu'en l'époufant,
elle ſe mettroit àcouvert
de ce malheur. Les
irréſolutions du Pere ne fi8
MERCVRE
niſſoient point. Elle prit
deſſein de ne s'y plus arrefter
; & comme elle avoit
aſſez de bien pour renoncer
aux avantages qu'il promettoit
à ſon Fils, elle luy
fit fçavoir que s'il eſtoit
Homme à ſe contenter de
fa fortune,elle estoit preſte
à la partager avec luy,
pourveu qu'il l'aimaſt afſez
pour ſe vouloir défaire
defon employ. L'ofre l'eust
charmé ſans cette condi.
tion. Il répondit à laDame
avec toutes les marques de
tendreffe & de reconnoifGALANT.
59
Di
fance que cette honneſteté
méritoit ; & luy laiſſant ef.
perer ce qu'il ne vouloitpas
luy promettre abſolument,
il la pria de faire reflexion
fur ce qu'une trop prompte
déference à ſes volontez
feroit dire de luy dans le
monde. La Belle ne pûr
goûter fes excuſes. Lagloire
de ſon Amant la flatoir;
mais outre qu'elle commençoit
à trouver ſon abfence
inſuportable, les con--
tinuellesOccaſions où il ef
roit obligé d'expoſer ſa vie,
troubloient toute la tran
60 MERCVRE
lesplu
quillité de la ſienne. Ainfi
elle voulut l'avoir aupres
d'elle à quelque prix que
ce fuft. Elle aimoit, elle ſe
connoiſſoit aimée, & apres
luy avoir inutilemét reïteré
la meſme Propofition dans
les termes les plus preſſans,
elle ne douta point qu'en
changeant de baterie, elle
n'ébranlaſt fes plus fortes
réſolutions. Le pouvoir
qu'elle avoit pris fur fon
coeur luy répondoit du ſuccés.
Elle fuprima ſes tendreſſes
accoûtumées , &
cherchant dans la froideur
GALANT. 61
}
- de ſon ſtile un nouveau
moyen de l'enflamer , elle
luy manda , qu'apres avoir
férieuſement examiné la
force de ſes raiſons , elle
avoit reconnu l'injuſtice de
ſes prieres ; Qu'elle demeuroit
d'accord que l'amour
eſtoit une paſſion indigne
de remplir une aufli grande
ame que la ſienne ; Qu'elle
approuvoit fon zele pour le
ſervice du Roy ; Qu'elle luy
conſeilloit meſme de s'y
dévoüer plus parfaitement,
en ne ſongeantplus du tout
à elle, & que de ſon coſté
ela
62 MERCVRE
elle alloit tâcher de l'ou
blier pour le mettre plus en
état de conſacrer à laGloi.
re tous les momens d'une
vie dont elle avoit crû devoir
prendre quelque foin.
Cette Lettre fit l'effet qu'-
elle en avoit attendu. Ce
fut un peu d'eau répanduë
fur un fort grand feu. Le
Cavalier ne l'avoit jamais
trouvée ſi aimable que fon
imagination la luy repreſenta
dans ce moment. La
crainte de la perdre luy fit
ramaſſer tous les charmes
de fon eſprit & de ſa per
GALANT. 63
12
fonne , & en eſtant plus
* amoureux que jamais , il
luy écrivit ce que la plus
violente paſſion peut inf
pirer de plus engageant
pour obtenir le retarde.
ment de quelques Mois,
pendant leſquels il obligeroit
fon Pere à faire pour
luy ce qu'il avoit lieu d'en
- efperer, & chercheroit un
moyen de faire avec moins
de honte ce qu'elle ſouhaitoit
de ſa complaiſance.
LaDame qui vit par là que
la victoire luy eſtoit aſſu
rée, continua ſur le meſme
64 MERCVRE
ton. Elle répondit au Cavalier
, que ce qui luy ſeroit
préjudiciable dans un
temps , luy feroit également
deſavantageux dans
un autre ; Qu'elle ne
prétendoit point qu'il ſe
fift la moindre violence
pour elle ; Qu'elle ſe rendoit
juſtice ſur le peu qu'-
elle méritoit, & qu'elle eftoit
fortie de l'erreur qui
luy avoit fait croire , que
comme elle luy vouloit
donner tout ſon coeur, elle
n'eſtoit pas indigne d'avoir
tout le ſien. Quelques au
GALANT. 65
1
e
t
tres Lettres qui ſuivirent
ces deux premieres, écrites
toûjours avec les meſmes
apparences de froideur,
acheverent de déterminer
le Cavalier. Il ne pût tenir
davantage contre les empreſſemens
de la Belle , &
il ſe trouva tellement obligé
à la maniere def- intereſſée
dont elle l'aimoit,
que le plaiſir de la ſatisfaire
P'emporta fur toute autre
choſe. Il envoya ſa démiſfion
à la Cour , renonça à
des avantages incompatibles
avec le deſſein de ſe
Juin. • F
66 MERCURE
marier, l'écrivit à la Dame
en termes qui luy marquoient
un entier détachement
de tout ce qui ne regardoit
pas fon amour , &
ſe mit en cheminquelques
jours apres pour luy confirmer
les aſſurances que fa
Lettre luy avoit portées.
Jamais Amant ne prit la
Poſte avec tant d'impatience
d'arriver où il ſe croit
ſouhaité. Le ſacrifice qu'il
venoit de faire luy promettoit
le plus tendre accueil,
& il n'eut le coeur remply
pendant ſon voyage que
GALANT. 67
des douceurs qui en de.
- voient eſtre la récompenſe.
- Il faut aimer pour conce-
- voir l'excés de ſajoye quand
il découvrit la Ville quirenfermoit
l'aimable Perſonne
qu'il venoit chercher. Il y
entra, & n'eſtant plus qu'à
cent pas de la Ruë où elle
logeoit, il fut arreſtépar un
concours extraordinaire de
Peuple que la pompe d'un
Enterrement avoit amaſſe.
Elle estoit grande , & l'accompagnement
deſignoit
affez le rang du Mort. Le
Cavalier chagrin de ſe voir
Fij
68 MERCVRE
obligé d'attendre,ou de retourner
ſur ſes pas, demanda
pour qui cette funefte
Cerémonie ſe faiſoit , & à
peine l'eut- il appris , que .
faiſant un haut cry , il embraſſa
l'encolure de fon
Cheval, &gliſſa à terre ſans
s'en pouvoir relever. Ses
Gens le porterent dans une
Maiſon voiſine, où l'on eut
beaucoup de peine à le faire
revenir d'un évanoüiffement
qu'on jugea longtemps
mortel. L'accident
fit bruit. On avertit ſes
Amis. Ils accoururent, &
GALANT. 69
e comme ſon amour leur eftoit
connu , ils ne furent
point furpris de l'état où ils
le trouverent. La jeune
Veuve qui luy avoit donné
1 tant d'amour, eftoit la Perfonne
qu'on enterroit. Une
fievre de quatre jours l'avoit
emportée,& toutes fes
eſpérances finirent au moment
que fon bonheur luy
paroiſſoit fans obſtacles . Il
quitoit tout pour ſe donner
ſans referve àce qui luy
eſtoit plus cher que la vie,
& la mort luy enlevoit ce
qui luy faifoit tout quiter.
4
70 MERCVRE
Apres qu'il fut revenu à
luy , il dit & fit des choſes
qui auroient touché les
plus inſenſibles. Ses Amis
qui ne le virent pas en état
d'eſtre conſolé , prirent le
party de ſa douleur, & luy
applaudiſſant ſur toutes les
circonſtances qui la pouvoient
augmenter , ils le
firent inſenſiblement con-
* fentir à vivre , afin qu'elle.
ne finiſt pas fi - toft.
Les uns foufrent par la
mort , les autres par l'infidelité.
Cependant toutes
les peines qui ſuivent l'aGALANT.
71
mour, n'empeſchent point
qu'on ne conſeille toûjours
d'aimer. Voyez - le par les
Vers qui ſuivent. M'Leſgu
-les a mis en Air.
AIR NOUVEAU.
I vous voulez charmer,
NeSoyezplus cruelle:
Une Beaute rebelle
Nepeutsefaire aimer.
Pour donnerde l'amour,
Iris, il en faut prendre ;
Quin'a point le coeurtendre,
N'ajamais un beau jour.
Je change de matiere,
&je croy en changer ſelon
voftre gouft, puis qu'appa
72 MERCVRE
remment apres une Hiftoire
d'amour , une Relation
de guerre ne vous déplaira
pas . Rien n'eſt ſi rare
que d'en faire une parfaite
d'un Siege ou d'une Bataille
, particulierement
quand on la fait fur les premieres
nouvelles qui s'en
reçoivent. J'oſe dire mefme
qu'il n'y en a jamais eu .
Tout ce qu'on écrit peut
eftre vray ; mais il y a toûjours
beaucoup de particularitez
qui échapent. Vous
en avez appris par mes Lettres
qui ne vous auroient
jamais
GALANT. 73
jamais eſté connuës , ſi je
ne-les euſſe pas ramaſſées
pour vous. J'ay tâché de
rendre juſtice à tous ceux à
qui elle eſtoit deuë, &vous
vous eſtes ſouvent loüée de
mon exactitudeàvous marquer
quantité de circonftances
eſſentielles des plus
grandes Occaſions, qui ne
ſe trouvoient point ailleurs .
Cependant quoy que j'aye
pris tous les foins imaginables
pour n'oublier rien,
j'avoue que je n'aypas toujours
eſte d'abord informé
de tout. Cela vient de ce
Juin. G
A
:
ز
74 MERCVRE
que ceux qui écrivent ne
peuvent eſtre en diférens
lieux tout-à- la - fois , & que
dans l'action un Homme
ignore ſouvent ce qui ſe
paſſe à vingt pas de luy.
L'entrepriſe de Leuve vous
a paru ſurprenante. Elle
feroit incroyable dans un
autre Siecle que dans celuy
de LOUIS LE GRAND ; &
comme je croy qu'on ne
vous ſçauroit trop parler
de ce qui merite toute voftre
admiration , je ne puis
garder pour moy ſeul la
plus exacte & la plus fidelle
GALANT. 75
Relation qui ſe ſoit encor
veuë de la priſe de cette
Place. Quoy que celle que
je vous ay déja envoyée
vous ait paru fort particuliere
, vous ne douterez
point que cette derniere
ne l'emporte , quand vous
ſçaurez qu'elle eſt d'un intime
Amy de M² de la Breteche
, qui a veu naiſtre
le deſſein , qui a tout veu
préparer pour l'execution,
qui s'eſt trouvé preſque par
tout dans le temps qu'on
a fait l'attaque , & à qui il
eſtoit impoſſible que rien
Gij
76 MERCVRE
fuft caché. Ainſi ce n'eſt
point vous écrire deux fois
lamefme chofe. C'est donner
un ordre reglé à une
des plus belles Actions
qu'on ait faites depuis long
temps, & vous la faire voir
dans une certaine ſuite que
tout ce qui s'en est écrit
d'ailleurs ne nous marque
point. Cette Relation rend
justice au Gouverneur , en
faiſant connoiſtre qu'il a
fait tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de
coeur qui ne ſe rend qu'à
l'extremité, & c'eſt ce qui
GALANT. 77
a rehauſſé la gloire de nos
François. Je ne vous envoye
point de nouveau
Plan. Je vous diray ſeulement
que dans celuy que
vous avez veu, on a donné
des Baſtions à la Ville en
plus grand nombre qu'elle
n'en a, & un de moins à la
Citadelle , & qu'il y a des
Redoutes de pierre aux environs
de la Place qu'on a
oublié d'y marquer.
*
Giij
78 MERCVRE
5252525252225252
RELATION
EXACTE DE LA PRISE
DE LEVVE.
C
EttePlace eſt ſituée
fur l'un des deux
Géetes , à l'entrée
du Brabant. Elle est toute
inondée à la portée du Canon
par de grands & profonds
Marais , à la referve
d'une Avenuë appellée le
Chemin de Saintron. Le
Comte de Monterey Gouverneur
desPaïsBas, a forti.
GALANT. 79
fiécette Avenuë depuis dix
ans d'une Citadelle à cinq
Baſtions,& fait faire en mé-
- me temps deux grands Baftions
àlaVille. LesFoſſez de
toute cette Fortification
font profonds de 16. à 18.
pieds, le tout environné de
double Foffé & de double
Contreſcarpe. Il y a beaucoup
de diſtance entre la
Ville & la Citadelle. Cette
entrepriſe eſt l'effet d'une
application de 18. mois.
L'execution enfut retardée
par une jambe que perdit
M² de la Breteche quand
r
G iiij
80 MERCVRE
Maſtric fut aſſiegé. Elle
ne s'eſt pas faite ſans beaucoup
d'allées & de venuës
dont perſonne ne penétroit
les raifons . Toutes choſes
ayant paru aſſez heureuſe.
ment diſpoſées pour efperer
un favorable ſuccés, les
Troupes qu'on choiſit pour
executer ce grand deſſein,
fortirent de Maſtric le premier
& le ſecond de May
par diverſes Portes & ſous
diférens prétextes, afin d'en
oſter la connoiſſance au
Public. M de la Breteche
fortit luy - meſme comme
GALANT. 81
un Homme qui alloit à la
Chaffe , & trouva ſept ou
huit de ſes Amis , auſquels
il avoit fait entendre ſeparément
qu'ils pouvoient
luy rendrequelque ſervice.
L'Aſſemblée de tous les diférens
Partys.fut à la Cenſe
de Meniſcoffe, à cinq lieuës
de Maſtric , & à quatre de
Leuve. Ils y arriverent la
nuit du deux au trois une
heure avant le jour , & y
demeurerent enfermez jufques
à ſept heures du ſoir.
Apres ce tempss ,, M² de la
Breteche fit aſſembler tous
82 MERCVRE
les Officiers , & leur montra
le Plan de l'Attaque.
Tous les Détachemens furent
faits . Il donna l'ordre
à chacun, & mit toutes ſes
Troupes en marche à l'entrée
de la nuit , & au rang
où elles devoient combatre.
Elles eſtoient compoſées
de quatre cens ſept
Hommes de pied , de cent
Grenadiers , de fix- vingts
Dragons , & de deux cens
Chevaux. On arriva à deux
heures apres minuit au Village
de Vire, à trois quartd'heures
de Leuve. Tous
GALANT. 83
les Officiers & Dragons
mirent pied à terre. On
déchargea quatre Charetes,
dont trois portoient vingt
Pontons faits de deux ais
-de Sapin, & le fond de Jonc
naté, le tout couvert d'une
toile gaudronnée , chaque
Ponton de la figure d'un
-quarré , long de dix pieds ,
& large de trois. Dix de
ces Pontons attachez les
uns aux autres par une petite
chaîne de fer , formoient
un Pont de cent
pieds. Ils avoient chacun
deux anneaux de fer aux
J
84 MERCVRE
deux coſtez , dans lesquels
paſſoit une corde de chaque
coſté, qu'on appelle
Singuenelle. Ainſi apres
avoir attaché le premier
Bateau à une Paliſſade , il
ne falloit que tirer les deux
cordes au bord du Foffé, &
on avoit preſque auffitoft
un Pont ferme &folide, en
bandant ces cordes avec
un Capeſtan . M'de la Breteche
avoit employé beaucoup
de temps à s'imaginer
cette maniere de Pont,
& apres en avoir fait faire
pluſieurs eſſais à cent Dra
GALANT. 85
gons ſur les Foſſez de Maftric
, il les avoit rendus fi
habiles à le jetter, qu'il n'y
avoit point de Foffé ny de
Contreſcarpe avec la Paliſ
fade , qu'il ne s'aſſuraſt de
paſſer en demy quartd'heure.
Apres que toutes
choſes eurent eſté biendif
poſées , & que chacun eut
reçeu ce qu'il avoit à porter
, on marcha de cette
forte. Quinze Hommes
choiſis , commandez par
M'des Bordes Ingénieur,
alloient à la teſte de tout,
- avec M' Barbier Commif86
MERCVRE
faire d'Artillerie . Quarante
Nageurs tous nus, le Sabre
au bras, ſuivoient ces quinze
Hommes. M² de Cremeau
& M² Brunet , tous
deux Capitaines dans Piémont
, les commandoient
avec Mª du Péron Lieutenant
au Regiment Royal,
M S. André Lieutenant
reformé de Bourbonnois,
M' le Roy Sergent de Piémont
, & M Hanſuvillan
Volontaire. Six des Nageurs
portoient fix Chevalets
pour mettre ſur la
pointe des Paliſſades , afin
GALANT. 87
UL
de pouvoir monter aifément
deſſus ; & comme il
■ y avoit deux rangs de Paliſſades
hautes de huit pieds
& armées de pointes de fer,
on portoit auffi des Echelles,
afin que les mettant ſur
les Chevalets , on puſt paffer
promptement. M de
Valeils Capitaine des Grenadiers
du Regiment de
Piémont , ſoûtenoit cette 4
Troupe de Nageurs avec
foixante Grenadiers . Il
avait pour Lieutenant M
d'Abelic , avec ordre de
s'arreſter ſur le bord du
88 MERCVRE
Foſſé du Corps de la Place,
&de faire feu aux Defenſes
pour favoriſfer ceux qui tendroient
le Pont, & les Nageurs
qui devoient ſe jetter
à la Berme du Baſtion , &
en couper les Paliſſades.
M'de Piblar Capitaine dans
Bourbonnois,& M ' Tirbon
Capitaine dans Picardie,
ſuivirent M de Vareils,
ayant pour Lieutenans M
le Chevalier de la Rocque
Lieutenant dans Piemont,
& M de Launois Volontaire
. Leur ordre eſtoit de
couler àdroit quand ils ſeGALANT
89
te
e
roient dans la feconde
Contreſcarpe , & de s'aller
mettre entre la Ville & la
Citadelle pour s'oppoſer à
tout ce qui s'y jetteroit.
M' Daugis Capitaine dans
Piemont , M. Camberlan
Lieutenant des Grenadiers,
&M Brunet Lieutenant de
Piémont , devoient border
la Contreſcarpe avec cinquante
Hommes , & dix
Grenadiers, pour paffer incontinent
que le Pont ſe
roit tendu. M² Prevoſt &
M Marenne , l'un Capi
taine, & l'autre Lieutenant
r
Juin. H
90 MERCVRE
de Piémont, avoient ordre
de demeurer entre les deux
Foſſez avec so..Hommes,
pour ofter la communication
du Chemin couvert
qui envelope la Ville & la
Citadelle. M³ de Manegre
Capitaine dans la Marine,
&M de Carron Lieutenant
dans le meſme Corps , faifoient
l'Arrieregarde de
toute l'Infanterie,avec cent
Hommes de pied. Mde
Nave Lieutenant Colonel
de Bourbonnois, commandoit
toute cette Infanterie,
& M de Pinfac Capitaine
GALANT. 91
dans Piemont faifoit la
Charge de Major de toutes
les Troupes. Quatre-vingts
Dragons avec leurs Fufils
* paſſez par deſſus le dos, &
ayant chacun une bricolle
au col, portoient les vingt
Bateaux , à ſçavoir quatre
à chaque Bateau , peſant
cinquante livres . Quatre
Capitaines de Dragons,qui
feftoient Male Chevalier de
la Breteche, Frere de M'de
↑ la Breteche Conducteur de
cette fameuſe Entrepriſe,
& Mrs Montbrifon , Longueville,
& la Sague , quatre
Hij
92 MERCVRE
Lieutenans , M³ de la Cochardiere
, Belleville , Cadaillan,&
la Morliere Ayde
Major ; quatre Cornetes,
M² Grignonier , Gaffion,
Bafbos, & Mepirac ; quatre
Volontaires , Mrs Coblaf
fault, la Salle, le Chevalier
de Lorier & du Magny,
avec deux Mareſchaux des
Logis , tous Officiers de
Dragons , ſe tenoient aupres
des Pontons, afin que
par leur fermeté ils pûſſent
reparer le deſordre qui s'y
pouvoit mettre pendant un
grand feu de Canon & de
GALANT 93
Mouſqueterie qui estoit à
C craindre . Deux cens Chevaux
marchoient à la queuë
Et de tout . Leurs Commandans
eſtoient M de Rive
Major du Regiment de
Melac, M'Collombec Capitaine
du Regiment de
Lozier , M Coullon Capi
taine dans Melac, M' Dor.
ferolle Capitaine dans Bethune,
M'Daugis Capitaine
dans Charlus, quatre Lieurenans
dont je n'ay pûfça
voir le nom , M'Aldevous
Cornete dans Lozier , M
de Manirac Cornetende
94 MERCVRE
Dragons , & M² de Frontigny.
Cette Cavalerie devoit
s'oppoſer à tout ce qui
pourroit fortir de la Place,
pendant qu'on s'occuperoit
à l'attaquer. Toutes
cesTroupes marchant dans
cet ordre , arriverent à la
premiere Paliſſade juſtement
à la pointe du jour.
La Sentinelle cria Qui vive?
dans le temps qu'on mettoit
le premier Chevalet.
M'de Launois Volontaire
répondit , Deserteur , &
monta furla Paliſſade. La
Sentinelle appella le Ca
1
GATANT. 95
poral , tira ſon coup , &
bleſſa un Soldat. On paſſa
la premiere & feconde Paliffade
aſſez bruſquement.
Cependant on jettoit les
Bateaux dans l'Avantfoffé,
& à mesure que ceux qui
les avoient portez ſe trouvoient
au dela de la Palif-
↑ fade, ils les venoient retirer
de l'eau pour les remettre
fur le glacis entre les deux
Contrefcarpes. M'des Bor-
↑ des trouva moyen d'arra-
| cher quatre Paliſſades du
Chemin couvert du grand
Foffé, pour faire entrer les
96 MERCVRE
Bateaux dans la Contref
carpe. Les premiers qui y
entrerent, ſuivirent fi bruf
quement un Corps - degarde
de vingt Hommes,
que ne leur ayant donné
que le temps de tirer cinq
ou fix coups , ils ne leur laif
ferent pas celuy de fermer
la Barriere apres eux. Les
Détachemens ayant pris
leurs Poſtes marquez, tout
ſe fit ſi juſte, que les Ennemis
voulant ſe jetter dans,
la Citadelle trouverent
Ms de Piblar & Tirbon,
qui les reçeurent à coups
de
GALANT. 97
de Fuſil, & tuerent un Capitaine
& pluſieurs Officiers
au coſté du Gouverneur
qui les animoit par
ſon exemple. M Barbier
à qui on avoit donné le
ſoin de tendre le Pont avec
ſept ou huit Hommes de
l'Artillerie qui avoient porté
deux Capeſtans , s'y attacha
avec tant de zele &
de fermeté , qu'il fut fait
auſſi promptement qu'on
le pouvoit ſouhaiter , malgré
le feu de quatorze Pieces
de Canon, & de plus de
cent Hommes des Enne-
Juin.
98 MERCVRE
mis . Outre le Pont , il y
avoit dix Bateaux ſéparez,
afin de jetter toûjours plus
de monde dans la Place, &
de reparer les inconveniens
qui pourroient arriver au
Pont. M' Daugis eut la
cuiffe percée d'un coup de
Moufquet en montant fur
le Baſtion . Mr Brunet fut
tué dans la Contreſcarpe .
M² de Carron eut auffi la
cuiſſe percée, & M² de Longueville
le front éfleuré
d'un coup de Mouſquet.
Nous n'avons pas eu plus
de vingt ou trente Homr
GALANT. 99
11
mes tuez ou bleſſez. Le
Combat a duré pres d'une
heure . M le Chevalierde
la Breteche eut l'avantage
de ſe trouver le premier au
Parapet. Ily entra par une
embraſure de Canon , &
fut ſuivy de pluſieurs Nageurs
& Officiers , crians
tous, Vive le Roy. Tout ce
qui estoit dans la Citadelle
plia, & chacun ne fongeoit
plus コン dantqcue'tàeſmepsca, clheeGro. uPveenr--
neur accompagné de cinquante
Officiers , du Regiment
des Cravates à che
I ij
100 MERCVRE
val , & de plus de ſoixante
Hommes ramaſſez , fit trois
tentatives pour forcer le
paſſage de la Citadelle,
mais il les fit inutilement.
Ainſi voyant qu'il perdoit
du monde , qu'il eſtoit
bleſſé luy-mefme, & qu'on
pointoit l'Artillerie fur
eux, il recula dans la Ville.
M de la Breteche s'en apperçeut
, & ordonna à M
de Vareils, de Manegre, &
de Montbriſon , ſuivis de
cent Hommes , de fortir à
la Barriere , & de pouffer
lesEnnemis à mesure qu'
ES
GALANT. IOI
ils ſe retireroient. Cet ordre
qui fut vigoureuſement
executé, leur fit prendre le
party d'entrer à cheval
dans la grande Eglife , &
dans l'Hoſtel de Ville. Ils
nous tuerent de là cinq ou
fix Soldats, & demanderent
en ſuite à capituler. Ils furent
tous prifonniers de
guerre, ſçavoir D. Hernandez
Gouverneur, pris dans
la Maiſon de Ville ; M
Oüergue , Lieutenant de
Roy, pris dans la Citadelle;
le Major de la Place ; M²
Palnoüis Colonel des Crar
r
I iij
102 MERCVRE
vates ; M² Chaftelain Lieutenant
Colonel ; M² Champeftre
Major ; M'Palnoüis
Fils, & M Hedre, Capitaines
, avec l'Ajudante , tous
Officiers de ce mefme
Corps ; quatre Capitaines
du Regiment d'Oftige ;
M' le Prince , Capitaine
Commandant de celuy de
Sors; M le Baron de Palan
, M'Doigny , & le Frere
de M' le Prince , tous trois
Capitaines de ce dernier
Regiment ; M ' Leveſque
Major du Regiment d'Otis
; M Senave, Gueman,
rs
GALANT. 103
e
1
i
de Libere Racou , & Ravent
, tous cinq Capitaines
de ce mefme Regiment
d'Otis ; M² de la Grange
Lieutenant de la Compagnie
de M d'Auverkve ;
M' Tresfrert Capitaine
d'une Compagnie franche,
fon Alfier ; le Sergent de
la Compagnie de M² de
Meziere ; fon Lieutenant;
fon Alfier ; quatre Sergens,
& trois Soldats ; M² de Nefvelin
Capitaine d'une Compagnie
franche ; M² Mouton
Capitaine ; fon Conneſtable
, & fept Soldats,
r
I. iii
104 MERCVRE
1
pluſieurs autres Officiers
fubalternes, & pres de quatre
cens Hommes de la Garnifon.
On a emporté dix
Drapeaux , quatre Etendards
, & les Timbales du
Regiment des Cravates.
Les Drapeaux & les Prifonniers
ont eſté remis entre
les mains de ME de
Calvo, qui arriva une heure
apres avec environ mille
Chevaux. Cette grande &
heureuſe Action s'est faite
à trois lieuës de l'Armée du
Prince d'Orange , qui envoya
inveſtir la Place par
GALANT. 105
quatre mille Chevaux deux
-jours apres qu'elle eut eſté
priſe ; mais n'ayant veu
aucune poſſibilité d'en faire
le Siege , il contremanda
-trente Pieces de Canon qui
eſtoient forties deMalines,
& toutes les Troupes qui
marchoient déja pour cette
Expédition. Me de Calvo
pourveut Leuve de toutes
choſes. La Garniſon des
Ennemis eftoit compofée.
du Regiment de Sors , de
ſept Compagnies de celuy
- d'Otiche , de fix du Regi-
-ment du Marquis d'Iuft,
r
1
1
106 MERCVRE
1
de treize autres Compagnies
, de quatre de Cavalerie
des Cravates , & de
fſept Compagnies franches .
Tous nos Officiers , commandez
pour cette Action,
ont fait des choſes ſurprenantes
; la conduite a égalé
la bravoure , & jamais il
n'eſt arrivé moins de confuſion
pour une Affaire de
cette importance. Elle a
étonné tout le monde ; &
ceux - mefines qui en ont
ené témoins , ont peine à
croire ce qu'ils ont veu.
M' de la Breteche s'eſt toûGALANT.
107
jours trouvé à cheval, marchant
ſur le glacis de la
Contreſcarpe pendant l'AAion
.
Le Regne de LoÜIS LE
GRAND nous a tellement
accoûtumez aux Prodiges,
-que ſi nous ne ceffons pas
de les admirer , nous ceffons
du moins d'en eſtre
- furpris. Ces miracles qui
commencent à devenir fi
communs pour nous , ont
fait faire le Sonnetqui fuit.
Je ne vous l'envoye pas
ſeulement pour la matiere,
mais parce qu'il enferme
108 MERCVRE
un miſtere de galanterie
qu'il ne m'eſt pas encor
permis de vous éclaircir.
Comme il doit avoir de la
ſuite , & que je ne doute
pas que l'Autheur ne m'en
faſſe part , je vous apprendray
l'Avanture entiere , &
vous connoiſtrez alors que
mes Lettres produiſent
quelquefois d'autres effets
que celuy de vous divertir.
GALANT. 109
- 5252525252525225
SUR LES
!
CONQVESTES
DU ROY,
FAITES EN HYVER,
SONNET .
Lfaut tous quiter leMeftier,
Grands Supputeurs d' Ephemerides;
Vous perdezle fruit de vos rides
Abarboüiller tant depapier.
S2
De vray vous purriezen lanvier,
Prefagerfurraisonsfolides,
Qu'onn'auroit nuls glaços liquides,
Comme dit Mathurin Questier.
110 MERCVRE
Se
Mais n'annõserque pluye&glace,
Sans afſaut ,fans priſe de Place,
L'Almanachfſeerva ruiner.
Se
'Les prédire eſtoit difficile.
Prendre en Hyver Villefur Ville,
Qui diable euftpù le deviner?
Voicy d'autres Vers qui
doivent avoir auſſi leur
miſtere . Ils m'ont eſté envoyez
de Loudun ſous le
titre de la Jonquille de
Madame *** L'Ouvrage
me paroiſt allégorique, &il
y a grande aparence qu'on
a ſes veuës , quand on y
parle de Zéphirs & de Tubéreuſes
.
GALANT. III
-2525252525252522
LA IONQVILLE.
'Eclatois autrefois dans un
petit Parterre,
On me reconnoiffoit pour la
Reyne des Flears ;
- Cent Rivales en vain me decla
:
roient la guerres
Le plus beau luftre , & les vives
couleurs,
Dont brille la Tulipe , & que la
Rose étale,
Cedoient à la douceur des Parfums
que j'exhale.
Se
Tous les Zephirt de ce ſejour,
A l'envys'empreſſfoientà me faire
la cour,
112 MERCVRE
Et d'unairfi galant, ſiſoumis &
fi tendre,
M'offroient leursfoupirs chaque
jour,
Queje ne pouvois me défendre
D'eftreſenſibleà leur amour.
52
Dequels plaisirs,de quellegloire
Ne combloit point mes jours ce
commerceflateur!
Toutes les Fleurs envioient mon
borbeur;
Mais pourquoy rapeller dans ma
trifte memoire,
Pardes regrets cuiſans&fuperflus,
Leſouvenirdes biësquej'ay perdus?
Se
Vngrandnombre deTubereuſes,
Fleurs étrangeres dans ces lieux,
Que quidoit un Zephir content &
glorieux
GALANT. 113
D'applanirſous leurspas des rou.
tes épineuſes ,
Aupres demoy vinrentse reposer,
Etdetout mon éclat bientoſt victorieuses
,
Firent plus contre moy, que ne devoient
ozer
Des Fleurs nobles &genereuſes.
/ 52
TousmesZephirs en furët ébloüis,
Ils furent tous dés - lors ſouftraits à
mon empire,.
Confufe &desolée , àpresent je
Soûpire.
evanoüis.
Gloire, plaifirs , honneursfefont
Mon deſtin doit apprendre aux
Belles,
Qu'il n'est point d'Amans fifidelles
delles,
Qui ne puiffent estre ſeduits,
Juin. K
114 MERCVRE
Et qu'un Objet nouveau souvent
triomphe d'elles.
25
Helas ! d'où vient qu'à m'in
Sulter,
Tubereuſes , par tout je vous voy
toûjours preſtes?
Vous nepouvezvous écarter
Des lieuxoù vous m'avezenlevé
mes Conquestes ,
On vousy trouve tous lesjours.
Vousy faites venir tant de nouveaux
fecours,
Querienn'échape au pouvoir de
leurs charmes.
Tout leurparoistsoumis,&je veux
aujourd'huy
Moy-mémemettre basles armes,
Et bien loin de me plaindre, implo
: rer vostre appuy.
GALANT. 115
S2
Le Sçay que pour punir des Fleurs
présomptueuses,
Qui croyoient attirer les Zephirs
les plus doux,
On envoya les Tubereuses, J
Qui lesfirent voler en foule à leurs
genoux,
Et laiſſerent ces malheureuſes
En proye àleurs träſportsjaloux.
Mais s'ilfaut maltraiter quelques
fleurettes vaines,
La Jonquille n'est pas une fleur du
commun,
Ellen'apasmeritèmesmes peines;
Ilest tant de Zephirs dans nosBois,
dans nos Plaines,
Que le nombre pourra vous en estre
importun;
L'estois accoustumée à leurs tendres
haleines, * (laiſſer un .
Tubercuſes, au moins daignezm'en
116 MERCVR
r
La galanterie eſt tellement
née avec les François,
qu'ils la font regner dans
les lieux meſme d'où le
voiſinage de la Guerre l'auroit
deû bannir. Ath eft
une Ville dont vous avez
ſouvent entendu parler.
M le Comte de Nancré en
eft Gouverneur. Quelques
jours avant que les Dragons
Dauphins de laMeſtre
de Camp generale & de la
Cornete blanche , euffent
reçéu ordre d'en partir, les
plus conſidérables Officiers
de ces Compagnies l'eſtant
GALANT. 117
allezvoir, il ſe fit une Partie
de Jeu entre Mademoiſelle
de Nancré & Mademoiselle
de S. Yon. La premiere
avoit de ſon coſté Mª le
Marquis de S. Eran , M² le
Marquis de Bougis , & M
le Comte de Longueval.
M'le Comte de Nancré,
M'le Chevalier du Terrier
Capitaine dans le Regiment
du Roy , & M de
Chevilly , prirent le party
de l'autre. Il ne s'agiſſoit
que d'une Difcretion. Mademoiselle
de Nancré la
gagna ; & M le Chevalier
ر
118 MERCVRE
du Terrier qui ne fut peut
eftre pas fâché de la perdre
en ſuite contre les deux
Hommes de fon party, crût
qu'il ne s'en pouvoit mieux
acquiter qu'en offrant le
Bal à cette aimable Perfonne
. Il fit cette offre de
fi bonne grace , qu'elle ſe
trouva obligée de l'accepter.
Comme elle en choifit
le temps pour le ſoir de
ce meſme jour , il n'eſtoit
pas obligé à de grands appreſts.
Cependant les chofes
furent ordonnées avec
une magnificence qui fur
GALANT. 119
- prit , & jamais il n'y eut
moins lieu de s'appercevoir
de l'Inpromptu. Toutes les
-Dames ſe rendirent dans
le Chaſteau qui estoit éclairé
de tous coſtez d'une
tres - grande quantité de
Bougies. Tous les Officiers
de remarque s'y trouverent,
& les Violons avoient
déja joüé pluſieurs Entrées
de Ballet, quandM le Chevalier
du Terrier entra. La
galanterie de ſon Habit répondoit
à ſa bonne mine.
C'eſtoit un Habit d'Ete
qu'il n'avoit point encor
120 MERCVRE
mis,& dont il avoit inventé
le deſſein . Le fond en estoit
aurore , avec des boutonnieres
entremeflées d'oeillets
tous entrelaſſez & piquez
de ſoye. Un cordonnet
aurore & blanc y faifoit
des noeuds d'amour & des
chifres. Undouble ouvrage
fervoit d'ornement aux
manches. Le tour des Canons
en eſtoit remply. Il
avoit une Garniture auffi
magnifique que bien entenduë
, avec des Plume's
des mefmes couleurs, c'eſt
à dire , blanc , vert , & au
rore.
GATANT. 121
rore. Ce qu'il y eut de particulier
, c'eſt que cette
Garniture avoit un entier
raport avec celle de Mademoiselle
de Nancré. On
ne peut mieux ſoûtenir la
qualité de Reyne du Bal
qu'elle fit dans celuy dont
je vous parle. Elle s'y fit
diftinguer par ſa danſe auſſi
bien que Mademoiselle
-de S. Yyon, & on donna à
celle de M'le Chevalier du
Terrier toutes les loüanges
qu'elle méritoit. La Col.
lation fut de cinq grands
Baffins , où toutes choſes
Juin. L
122 MERCVRE
ſe trouverent en profuſion.
On recommença la Danſe.
Elle dura juſqu'au jour , &
il euſt eſté difficile de mieux
régler une Feſte, quand on
auroit eu huit jours à s'y
préparer.
Ce qui s'eſt fait à Ath
pour une Difcretion perduë,
s'eſt fait depuis peu en
Bretagne, pour marquer la
joye qu'on y a euë du Mariage
de Mº de Launay Capitaine
au Regiment du
Roy , avec Mademoiſelle
de Trevegat , riche Heritiere
de cette Province . Il
GALANT. 123
r
eſt Fils de M² de la Chapelle-
Coquerie , Gouverneur
pour le Roy des Villes
& Chaſteau du Croiſic &
Guerende , & petit- Fils de
feu M' de la Coquerie Préfident
à Mortier au Parlement
de Bretagne. La
Nopce s'eſt faite à Guerende
avec des réjoüiſſances
qui ont duré quinze
jours. Le grand concours
de Nobleſſe qui s'y eſt afſemblée
de toutes parts,eft
un témoignage avanta
geux de l'eſtime qu'on y
fait des Mariez. Les Di-
ン
Lij
124 MERCVRE
vertiſſemens n'y ont point
ceſſé ; mais quoy qu'il y en
ait eu de toutes fortes, rien
n'a égalé une Feſte qui ſe
fit pour eux au Croiſic, lors
que M' de Launay alla s'y
faire recevoir à la Survivance
du Gouvernement
de M' de la Chapelle fon
Pere , que le Roy avoit eu
la bonté de luy accorder,
Il eſtoit avec Madame ſa
Femme. Pluſieurs Perfonnes
qualifiées de l'un & de
l'autre Sexe les accompagnoient.
Ils arriverent au
Lieu que je vous marque
r
GALANT. 125
au bruit du Canon & dela
Mouſqueterie, &reçeurent
les Complimens qui font
ordinaires en pareilles occafions.
Ils furent priez en
ſuite d'aller prendre le
plaiſir de la promenade fur
la Mer. L'extréme chaleur
-du jour les y convioit , &
jamais Divertiſſement ne
pouvoit eſtre plus de ſaiſon.
Ils s'embarquerent ſur des
Chaloupes équipées exprés.
Elles eſtoient couvertes
de verdure, avec quantité
de Feſtons de fleurs.
On avoit preparé une tres-
?
(
Liij
126 MERCVRE
magnifique Collation dans
celle où la Compagnie entra.
C'eſtoit un Ambigu
ſervy avec une propreté admirable
. L'abondance &
la délicateſſe des mets s'y
trouvoient enſemble, & on
ne pouvoit regarder fans
plaiſir l'arrangement d'une
infinitéde Porcelaines remplies
de tout ce qui estoit
capable de flater le gouft.
Il y avoit un Bufet tresbien
garny dans la Chaloupe
voiſine. Celle - cy
tournoit autour de l'autre,
& facilitoit le moyen de
GALANT. 127
P
1
donner à boire à ceux qui
en ſouhaitoient. On pouvoit
choiſir de Liqueurs .
Elles y estoient en profufion,
& de toutes fortes .
Un Concert de Muſique,
vingt - quatre Violons , &
douze Hautbois , rempliffoient
une troifiéme Chaloupe.
Leur Symphonie ſe
joignant au bruit de la Mer,
faifoit retentir agreablement
les Echos que produiſent
les Rochers de cette
Coſte , & donnoit une
extréme fatisfaction à toute
cette belle Compagnie. La
L iiij
128 MERCVRE
1
nuit qui arriva plutoſt
qu'on n'auroit voulu , l'obligea
à ſe débarquer pour
ſe promener à pied le long
de la Cofte. Les meſmes
plaiſirs les y ſuivirent , &
ils furent augmentez par
celuy qu'ils eurent de voir
une quantité prodigieuſe
de Fuſées ſur la Mer, comme
fi cet Element les euſt
pouſſées de luy - meſme
dans les airs pour prendre
part à leur joye. On fe retira
en ſuite chez M le
r
Gouverneur, où le reſte de
la nuit fut employé à dan.
fer.
GALANT. 129
Des commencemens fi
heureux ne préſagent qu'-
une heureuſe ſuite. Il s'eſt
fait icy un autre Mariage
depuis quelques mois , qui
en a déja eu de chagrinantes
. Il n'y a rien de rare en
cela , mais il y a quelque
choſe d'aſſez peu commun
dans ce qui a caufé la diviſion.
Voicy l'Histoire.
Un Cavalier fort capable
de ſe faire aimer & par
fa bonne mine & par fon
eſprit, logeoit depuis quelque
temps dans le Quartier
de S. Honoré, quand
130 MERCVRE
car
une belle Perſonne . vint
occuper la Maiſon voifine.
Elle quitoit celuy de S.Paul
& avoit une raiſon effen
tielle pour faire cette longue
tranfmigration ;
vous ſçavez , Madame, que
quiter S. Paul pour S. Honoré
, c'eſt en quelque façon
changer de Ville . Cette
raiſon ne regardoit point
fa vertu . Elle estoit à l'épreuve
des belles paroles,
& vivant ſous la conduite
de ſa Mere, elle l'avoit pour
témoin de toutes fes actions
; mais comme elle
GALANT: 131
cherchoit un Mary plutoſt
qu'un Amant, elle fut perfuadée
que pour le trouver
plus facilement , il falloit
qu'on ne la connuſt pas
pour ce qu'elle eſtoit. Son
Bien estoit médiocre, & ne
luy laiſſoit pas eſperer de
grands avantages , ſi on ne
faifoit entrer ſa beauté en
ligne de compte. Une
grande vivacité de teint,
aſſez de jeuneſſe , des yeux
pleins de feu , & un coloris
de levres admirable , quoy
qu'elle euſt la bouche un
peu grande , efſtoient des
132 MERCVRE
charmes qui ne ſe trouvoient
pas dans toutes les
Filles , mais fur tout elle
avoit une teſte qu'on ne
pouvoit aſſez admirer. C'eftoient
des cheveux d'un
blond qui ébloüifſoit. Jamais
on n'en avoit veu de
ſi beaux. Ils luy donnoient
un éclat qui relevoit merveilleuſement
celuy de fon
teint; &tous ceux avec qui
elle fit habitude dans ce
nouveau Quartier qu'elle
avoit choiſy, ne les euſſent
pas crû naturels , ſi en les
touchant ils n'euſſent reGALANT.
133
connu qu'il n'y avoit point
d'artifice. Le Cavalier
n'eut pas longtemps une ſi
aimable Voiſine ſans faire
connoiſſance avec elle , &
- cette connoiſſance fut bien
-toſt ſuivie de quelques ſentimens
tendres qu'il luy
expliqua. Ils furent affez
agreablement reçeus , &
quoy qu'il ne fuft pas fort
riche , comme il avoit du
merite, elle ſe fuſt aisément
contentée de ſa fortune,
s'il euſt eſté Homme à s'engager
tout de bon , mais il
n'eſtoit pas fort zelé pour
134 MERCVRE
le Sacrement. Une conver
ſation agreable luy plaifoit,
& il eſtoit de ces Gens qui
aiment volontiers toute
leur vie , pourveu qu'ils ne
s'y obligent point par Contract.
La Belle ne s'accommodoit
point de cette
referve. Elle employa toute
forte d'artifices pour l'amener
où elle vouloit , &
voyant qu'elle n'y pouvoit
réüffir , elle crût qu'en le
piquant de jaloufie , elle
viendroit plus aisément à
ſes fins. Elle vit du monde,
reçeut d'autres viſites que
GALANT. 135
les ſiennes , & témoigna
n'eſtre pas inſenſible à
quelques hommages qu'on
luy offrit. Il en murmura,
mais il aima mieux prendre
patience , qu'y apporter le
remede qui luy eftoit ſeûr.
11 ſe rendit compatible
avec d'autres Soupirans,
parmy leſquels un Vieillard
demeuré veuf depuis
deux années , ſe montra des
plus empreſſez . Son âge
C
r
Ur
er
On
pouvoit dégoûter la Belle,.
mais il eſtoit extrémement
riche ; & comme l'amour
donne de la liberalité , il
136 MERCVRE
fit de la dépenſe qui fat
fuivie de tant d'aſſurances
de tendreſſe , qu'elle ne
deſeſpera pas d'en faire un
Mary. Les avantages qu'.
elle en pouvoit efperer,
meritoient bien la préference
qu'on luy donna. Le
Cavalier que la Belle commença
de traiter plus froidement,
s'apperçeut bientoſt
du nouveau commerce.
Il en fut furpris, & ne pouvant
croire qu'on fuft capable
de ſe remarier à l'âge
où il voyoit le bon Homme,
il fit quelque raillerie à la
GALANT. 127
belle Blonde de l'acquiſition
de cet Amant ſuranné.
Elle en fut piquée , s'emporta
contre le Cavalier,
luy défendit ſa Maiſon , &
fit valoir au Vieillard ſon
exclufion de la bonne forte.
Le Cavalier en eut du chagrin
; mais comme il eſtoit
honneſte , il ne ſe vangea
de la maniere impétueuſe
dont il fut traité,
que par ces Vers qu'il luy
fittenir.
Q
Voy,me preferer un Rival?
Climene, mon coeur
pire.
Fuin.
enfois
M
138 MERCVRE
Mais oferay-je vous le dire?
Pourquoy choififfez- vous fimal?
as
Si d'un jeune Blondin charmée,
L'Amour en ſa faveur vous rangeoitfous
fes loix,
Atoutes vos rigueurs mon ame accoustumée,
Respecteroit un fibeau choix .
S2 1
Ce doux je ne ſçay quoy qui
plaiſt lors qu'il engage ,
Ses manieres , ſon air, tout cela
vaut ſon prix,
Dirois- je, il faut ceder : maisrecevoirl'hommage
D'un Protestant àcheveuxgris!
Parlons à coeur ouvert , Climene,
estes-vous ſage?
Se
Quel rapport entrevosfoûpirs?
GALANT. 139
Quandles unsfont defeu,lesautres
font de glace,
Vous entrez dans le monde , alors
que tout l'en chaffe ,
Vous vivezpour la joye, il estmort
auxplaisirs.
S2
Si quelque vieux reſte de flame,
Semble encor quelquefois luy réveillerles
sens,
En vain ce doux tranſport vient
chatoüiller fon ame ,
Les efforts enfont languiſſans.
Se
Ilestvray que l'experience,
Comme le fruit de l'age en estune
vertus
Mais c'est un poids ſous qui l'Amourestabbatu,
Et le trop lay tient lieu d'offence.
Mij
140 MERCVRE
Ainſiquand un Galant dans l'ar-
:
riereſaiſon,
Vientpardes voeux uſezluy rendre
encorhommage,
Ils'en fait une honte , & voudroit
qu'à cet age
On priſtſoin d'entendre raiſon.
Se
C'estun triste ragoust qu'un Amant
à Lunetes;
Climene, apprenez nous comme il
Sgeut vous charmer.
Vn Visage fané , meſme des plus
mal fuites,
Estmalpropre à lefaire aimer.
25
Mais lors qu'enſafaveurvostre
coeurſe déclare,
N'aimeriezvous point ſes trefors?
Il est riche , dit- on, &fon argent
repare
GALANT. 141
Lemanque des graces du corps.
Se
Ce feul trait de beauté rajuſte la
vieilleffe,
Sabourſe , j'en conviens, ledoit
mettre en credit.
Eft- elle bien fournie ? Il a trop de
jeunesse,
Etnefçauroit manquer d'eſprit.
S2
Peut-on luy comparer ces Amans
du bel age,
Qui laiſſant à leurs yeux expliquer
leur langueur,
Quand ils vous ofrent leurhommage,
Nevous apportentque leur coeur?
se
Vn,jememeurs, chezvous, ne peut
estre de miſe,
levois àquoy tout le com reted.
142 MERCVRE
Petitsfoins, Billets doux, Offres de
fafranchise,
Nefont pointde l'argët coptant.
S2
Vous ne vous payez point deſem.
blable monnoye,
Vous demädezd'autres Bijoux;
Lesdonnant àpropos, c'est unefeûre
voye
Pour reüffir aupres devous.
Se
Mais quand vojtre Galant vous
prépare une Feste,
Quà choisir des Préfens it paroiſt
empefché,
Sur tout à bien haut prix mettez
voſtre conqueſte,
Vousfereztoujours bon marché,
Se
A- t-il dequoy payer une de vos
oeillades?
GALANT. 143
Leplaisirdevous voirnedura- t- il
qu'un jour,
Ila beau dépenser en Feſtins, Serenades,
Ilvous doit encordu retour.
S2
Menagezſes tranſports, ila bonne
finance,
Prenezde temps en temps un air
plein defierté,
Faites-luy bien valoir la moindre
complaisance,
Et qu'enfin tout ſoit bien compté.
Se
Vouspouvezestre charitable,
Sans mettre en hazard voſtre
honneurs
Vos bontezn'en fçauroient faire
qu'un misérable,
Ie n'envieray pointfon bonheur.
144 MERCVRE
52
C'eſt dequoy me vanger de la
cruelle injure
Quevoſtre choixfait à mesfeux,
Etje laiſſe à juger qui dans cette
avanture
Eft de nous le plus malheureux .
Cette petite Satyre obligea
la Belle à n'oublier
rien , pour faire voir qu'en
foufrant les affiduitez du
Vieillard, elle avoit eu lieu
d'en eſperer autre choſe
que des Préfens. Toutes
ſes complaiſances luy furent
données . Elle ne recevoit
perſonne quand il
eſtoit aupres d'elle. Cette
conduite
GALANT. 145
conduite fit un effet merveilleux.
Son humeur ne
luy plaiſoit pas moins que
ſon viſage . Elle avoit d'ailleurs
ce qui avoit eſté ſon
*charme toute la vie, je veux
dire ces beaux cheveux
qu'il admiroit tous les
jours, & qui l'enchaînerent
ſi bien , qu'il ſe réſolut
enfin à l'épouſer. Elle
avoit de la vertu , & il ne
ſe peut rien de plus honneſte
que la maniere dont
elle veſcut avec luy. Le Cavalier
voulut la revoir. Il
luy écrivit, il luy fit parler,
Juin. N
:
146 MERCVRE
& n'en pût obtenir la permiffion.
Son Mary eſtoit
fort âgé. Elle luy eſtoit
obligée d'un établiſſement
qui dans le peu de bien
qu'elle avoit , la mettoit à
couvert de quantité d'embarras
; & pour luy en
marquer ſa reconnoiffance,
elle ſe fit un plaifir d'éloi-
1
gner tout ce qui luy auroit
pû donner de l'ombrage.
Elle estoit propre , & fe
coifoit tous les jours, parce
qu'elle ſçavoit que c'eſtoit
luy plaire ; & ils vivroient
encor dans l'union où ils
GALANT. 147
paſſerent les quatre premiers
mois de leur Mariage
, ſi ce qui avoit contribué
à le faire , n'en euſt
malheureuſement troublé
la paix. Le bon Homme
eſtoit forty un matin pour
une affaire qui devoit l'arrefter
indiſpenſablement
juſqu'au foir. La Belle qui
ſe coifoit toûjours ſeule,
s'eſtoit enfermée dans fon
Cabinet , d'où elle fortit
imprudemment pour aller
chercher quelque choſe
dont elle eut beſoin dans
une Chambre voiſine . Elle
Nij
148 MERCVRE
négligea d'en fermer la
Porte , parce qu'aucun de
ſes Gens ne montoit ja
mais fans eſtre appellé. Le
Mary revint dans ce mo
ment pour un papier qui
luy eſtoit neceſſaire. Il entra
dans le Cabinet de fa
Femme qu'il trouva ouvert,
& vit ſur ſa Table cette
belle Teſte qui l'avoit
charmé. Jamais ſurpriſe ne
fut pareille à la ſienne , fi
vous en exceptez celle de
la Dame , qui revenant un
moment apres , & voyant
ſa tromperie découverte,
GALANT. 149
demeura dans une confuion
qui ne ſe peut exprimer.
La verité eſt que ces
cheveux blonds qui luy attiroient
tant de regards,
n'eſtoient à elle que parce
qu'elle les avoit payez à
Madame le Toufé. Tout
le monde connoit l'adreſſe
de cette fameuſe Ouvriere..
qui a inventéles Perruques
au Meſtier , qui ne pelent
que deux onces , & qui
réüflit toûjours fi bien
pour les coifures des Fem.
mes . La maniere dont elle...
applique les faux cheveux
Niij
150 MERCVRE
ノ
\
eſt quelque choſe de ſurprenant.
On les tire , on
les regarde de pres , & il
n'y a perſonne qui ne
croye que c'eſt ſur la teſte
meſme qu'ils font appliquez
. Le bon Homme qui
ſe vit trompé dans ce qui
touchoit le plus fon coeur,
voulut voir les veritables
cheveux de ſa Femme . Elle
les avoit de la couleur la
plus dégoûtante, & c'eftoit
par cette raiſon qu'eftant
devenuë une Perſonne
toute nouvelle apres l'acquifition
d'un blond qui
3
GALANT. 151
ne luy eſtoit pas naturel,
elle avoit changé de Quartier,
s'imaginant bien que
dans celuy où on l'avoit
veuë dés ſon bas âge, il luy
feroit impoffible d'empef
cher qu'en s'informant
d'elle , on ne fuſt inſtruit
de ce defaut. Cette cou-
- leur qui ne plaift en France
à perſonne , choqua fi fort
le Vieillard, que quoy qu'-
-elle puſt faire pour s'excuſer
, il luy ordonna de ſe
retirer chez ſa Mere , fans
qu'il l'ait voulu recevoir
depuis ce temps - là chez
N iiij
152 MERCVRE
luy. Ses Amis s'employent
inutilement à l'adoucir. Il
dit toûjours qu'il a épousé
une Blonde , qu'il ne veut
point d'autre Femme ; &
ſi l'on en croit le bruit commun
, il a déja conſulté les,
plus habiles Avocats pour
fçavoir fi une tromperie
de cette nature n'eſt point
une cauſe ſuffiſante pour
faire rompre fon Mariage.
Madame la Princeſſe de
Monaco, Surintendante de..
la Maiſon de Madame, eſt
morte dans les premiers
jours de ce Mois apres une
GALANT. 153
longue maladie, qui n'a pas
moins fait éclater ſa patience
à ſoufrir , que fon
entiere réſignation aux ordres
d'Enhaut. Elle a eſté
fort regretée de toute la
Cour , & particulierement
de Leurs Alteſſes Royales,
qui avoient pour elle de
tres - grandes confiderations.
Feu Madame l'avoit
fort aimée . Entre les
belles qualitez qui luy attiroient
l'eſtime de tout le
monde , celle de conftante
& fidelle Amie eſtoit une
des premieres. Je ne vous
L
154. MERCVRE
parle point de ſa beauté.
Vous l'avez veuë, & il ne
falloit qu'avoir des yeux
pour connoiſtre les avantages
qu'elle avoit reçeus
de la Nature. La vivacité
& la délicateſſe de fon Ef
prit répondoient aux charmes
de fa Perfonne, & elle
n'avoit rien à envier de ce
coſté-là. Elle estoit Fille
de M'le Mareſchal Duc de
Gramont, qui joint à une
haute naiſſance tout ce qui
a jamais fait les grands
Hommes. Il s'eſt toûjours
diftingué dans les diférens
GALANT. 155
Emplois qu'il a eus ; & fi
on l'a veu ſouvent avec admiration
faire éprouver ſa
conduite & fa valeur aux
Ennemis de fonMaiitre, à la
teſte des Armées de France,
on ne l'a pas moins admiré
dans les importantes Ambaſſades
pour leſquelles - il
a eſté choify. Il s'en eſt
acquité par tout avec gloire
, & joignant l'adreſſe à
l'eſprit pour faire réüffir les
Negotiations qui luy ont
eſté confiées , il n'a jamais
traité avec perſonne fans
s'en attirer la confiance.
/
156 MERCVRE
Il n'épargnoit rien pour
ſoûtenir la dignité de fon
Rang & de ſes Emplois.
Son équipage eſtoit auſſi
magnifique que galant , &
ſa Table toûjours ſomptueuſe.
Il n'y a eu aucun
temps , quoy qu'il y en ait
eu de tres-difficiles , où fa
fidelité ne ſe ſoit montrée
inébranlable . Auſſi a- t- elle
eſté récompenfée par les
bienfaits du plus grand
Roy de la Terre. Les bontez
particulieres qu'il luy
témoigne encor tous les
jours , font des témoignaGALANT.
157
:
ges ſi éclatans de fon mérite
, qu'il ne s'y peut rien
adjoûter. Madame la Prin.
ceffe de Monaco ne tiroit
pas ſeulement ſa gloire d'un
Pere recommandable par
tant d'endroits diférens,
&d'un grand nombre d'Illuftres
Ayeux ; elle la tiroit
encor d'une Mere aufli
conſidérable par ſa pieté
que par la nobleſſe de ſon
fang. Vous ſçavez , Madame,
qu'elle eſt Niéce du
fameux Cardinal de Richelieu.
On fait ſon éloge
en le nommant. Cette
158 MERCVRE
vertueuſe Mere avec une
conſtance digne de la grandeur
& de la fermeté de
ſon ame , fut la premiere
qui annonça à ſa Fille qu'il
falloit qu'elle ſe préparaſt
à mourir. Le détachement
qu'elle a pour le monde
fut un exemple aſſez fort
pour l'inſpirer à cette Princeſſe.
Elle reçeut cette
nouvelle fans s'en ébranler,
& n'eut plus d'autres penfées
que de ménager pour
l'Eternité le peu qui pouvoit
encor luy refter de vie.
Elle fut fortifiée dans cette
GALANT. 159
refignation toute Chreftienne
par les ſoins d'un
des plus celebres Prédicateurs
de ce Siecle. Tout le
monde connoit ſon mérite.
Il faut en avoir beaucoup
pour ſe faire diftinguer
dans une Societé où il n'y
a que de grands Hommes.
Cette Princeſſe ayant eſté
longtemps à l'extremité
avec des ſoufrances qui ne
ſe peuvent concevoir, Monſieur
le Prince de Monaco
-ſon Mary fit pour la revoir
la meſme diligence que Sa
Majefté avoit faite pour
:
160 MERCVRE
fon retour. Il parut vive.
ment touché de ſon mal,
&accompagna-ce qu'il luy
dit de toutes les marques
de douleur qui ſuivent ces
cruelles ſéparations. Elle
luy fit connoiſtre , autant
que l'état où elle ſe trouvoit
l'en laiſſoit capable,
qu'elle recevoit avec plaifir
ces derniers témoignages
de ſa bonté & de fa tendreffe,
& mourut le lendemain
, âgée ſeulement de
trente-neufans. Monfieur
de Monaco eſt Fils d'Honoré
Grimaldi II. du nom,
GALANT. 161
3
Prince Souverain de Mo
naco , que le feu Roy fit
Duc de Valentinois &Che
valier de ſes Ordres , &
d'Hipolite Trivulce. Cette
Maiſon eſt alliée aux Maiſons,
Impériale,de Spinola,
& de Livourne. Madame
la Princeſſe de Monaco a
laiſſe un Fils qui prend le
Titre de Duc de Valenti
nois . Ilpeut avoir ſeize ou
dix- sept ans,& paroiſt fort
accomply dans un âge fi
peu avancé.
Mademoiselle de Maifons
qui vientode mourir,
Juin. Ο
162 MERCVRE
n'en avoit pas davantage.
Elle estoit Fille de Monfieur
de Longueil, Marquis
de Maiſons , & Préſident à
Mortier. Une fievre de
quatre jours l'a emportée.
On ne peut eſtre plus civile
qu'elle l'eſtoit. Cette
qualité ſoûtenuë des avantages
de l'Eſprit & de la
Beauté, luy attiroit l'eſtime
de tous ceux quila connoiffoient.
Ces morts prématurées
quiſemblent renverſer l'ordre
de la Nature, engagent
à des reflexions que je ne
GALANT. 163
doute point que vous ne
trouviez heureuſement exprimées
dans les Vers qui
ſuivent..
5252525252522525
STANCES
SUR LA VANITE
DU MONDE.
Aphnis quifuis entout
laplushauteſageffe,
Contemple ce Tableau
de l'humainefoibleſſe,
Queleſoinde te plairea tiré de mes
mains.
Tu pourras remarquer de combien
de licences
O ij
164 MERCVRE
La Fortune l'Amour, deux a..
veugles Puiſſances,
Font regner le defordre en l'Etat
desHumains .
S2
Depuisque les Mortels aux Sceptresfont
hommage,
Cette Reyne du Monde , infolente
volage,
Des Princes les plus grands renverſe
les projets.
Laſſe de les flater, elle leur fait la
guerre,
Et funs distinction tous ces Dieux
de la Terre
Sont de mesme que nous aurang de
fes Sujets.
S2
Ils ont beau partager la conduite
duMonde,
Et par une valeur en merveilles feconde,
GALANT. 165
AuTemple de l'HonneurdesPalmesacquerir.
Ils éprouvent enfin la Fortune &
l'Envie,
Et lesGardes commis pourdefendre .
• leurvie,
Ne peuvent rien pour eux dans
L'heure de mourir.
as
LeursfuperbesGrandeurs aux Aftres
parvenuës,
Parlasuitedesans deviennent inconnuës;
Leur orgueilafa Tombe aufibien
queleurcorps,
Et ces grands Monumens d'eternelle
memoire,
Ne s'élevent par tout pour maintenir
lear gloire,
Qu'afin de declarer aux autres
qu'ilsfont morts.
166 MERCVRE
Se
Tant de charmans Objets dont le
mondesepique,
Cette beauté d'Olympe,&cesyeux
d'Angelique,
Seront dans quelques jours lapature
des Vers.
Cloris n'aplus ce teint qui la ren.
doitfivaine,
Et l'on'ne voit plus rien des mer.
veilles d' Helene,
Quifitpourfa querelle armer tout
L'Univers.
$2
Pauvre Amant , tu fais voir que
tu n'esquereſage,
Quandpour quelques attraits qui
parentunvisage,
Tu languis jour &nuit detriſteſſe
&d'amour.
Songe qu'au moindre vent ces gracesſefletriffent,
GALANT. 167
Etque fi des Vergers lesRofes refleuriſſent,
Cellesdela beautén'ontjamais de
retour.
52
Malheureux qui dreſſant un fuperbe
Edifice,
Employez tant deſoin de peine &
d'artifice,
Afin de vous ofter du nombre des
Mortels,
Doutez- vous que le temps à lafin
n'endispose,
Quandles Divinitez qui peuvent
toute chose,
Nepeuvent deſes coups affranchir
leurs Autels?
Se
Invincibles Cefars, Hercules indomptables,
Orgueilleux Conquerans, Puiſſan
ces redoutables,
168 MERCVRE
Que l'ardeur de la Gloire aux a-
し
Larmes nourrit ;
En vain vous triomphezdes plus
fuperbes Teſtes,
Vous nesçaurieztirer de toutes vos
Conquestes,
Qu'un rameau de Laurter quijamais
nefleurit.
Se
Retirez-vous, defirs de ces Pompes
Supremes,
Ilfaut vous élever, mais c'est contre
vous- meſmes,
Etrendrefous nos pieds voſtre orgueil
abbati .
Ne cherchons qu'en nous feuls des
Conquestes nouvelles,
Et croyons qu'il n'eftpoint de Pa!-
mes eternelles,
Que celles qu'on reçoit des mains de
laVertu.
Ce
GALANT. 169
Ce fuperbe Alexandre , esclave de
fagloire ,
Quide tout l'Univers nefit qu'une
victoire,
Dont fon ambition luy ravit le
plaisir,
Auroit pû se vanter d'avoir en la
puiſſance
Defaire toutflechirfousſon obeïf-
Sance, (defir.
S'il euft pù commander àsonpropre
S2
Daphnis,n'aspirons plus aux grandeurs
de la Terre,
Combatons, s'ilſe pent,d'une mortelle
querre
Toutes les Paſſions que la Raiſon
defend.
Changeons les foins du monde en des
Soinsplus utiles;
Juin. P
170 MERCVRE
La Fortune&l'Amouràvaincre
fontfaciles,
L'une n'est qu'une Femme,&l'autrequ'un
Enfant.
Heureux qui pourroit ſe
ſervir de ces leçons ! On ſe
mettroit à couvert de bien
des chagrins, & particulierement
de ceux que cauſe
le changement qui eſt prefque
toûjours inevitable en
amour. Nous n'avons rien
à reprocher là-deſſus à voſtre
Sexe, ſi on s'en rapporte
à ces Vers que j'ay reçeus
de Puyperlan en Xaintonge.
Ils m'ont eſté envoyez
ar
GALANT. 171
avec la Note, au nom d'une
tres - fpirituelle Communauté.
C'eſt le moindre
éloge que je luy puiſſe donner
ſur la Lettre dont ils
eſtoient accompagnez .
AIR NOUVEAU.
Vandfurnos charmäs rivages
Tirfis faisoit mille tours,
Et chantoitque les amours
Des Bergeresfont volages ;
Philis ſous nos Orangers
Répondoit, ſi les Bergeres
En amourfontfilegeres,
Tirfis, croy moy, les Bergers
Sont encore plus legers.
L'exemple des malheu
Pij
172 MERCURE
reux en tendreſſe n'empefpeſche
point qu'il ne ſe
faffe tous les jours des engagemens
nouveaux. On
voit bien qu'il feroit mieux
de ne point aimer ; mais
quand on aime avec innocence,
on a bien de la peine
à déferer aux bizareries
d'un Mary qui en fait quelquefois
ſa peine mal àpropos
. L'Avanture que j'ay
à vous conter vous le fera
voir. Deux ou trois Bataillons
d'Infanterie ayant eſté
mis en Quartier d'Hyver
dans une Ville des plus
GALANT. 173
éloignées de Paris , un des
Officiers , fort bien fait de
ſa perſonne , ſe fit aſſez favorablement
écouter de la
Maiſtreſſe du Logis qui luy
fut donné. Le Mary s'en
apperçeut. Il ne déguiſa
point à ſa Femme le chagrin
qu'il recevoit de certaines
converſations qui
luy paroiſſoient ſuſpectes,
Elle luy promit d'y mettre
ordre , & n'en fit rien.
L'Officier luy plaiſoit. Il
avoit beaucoup d'eſprit ;
& comme elle ne pût s'imaginer
qu'il y euſt du
Piij
174 MERCVRE
م
crime dans un entretien
où elle ne recherchoit
point le teſte-à-teſte , elle
laiſſa gronder le Mary , &
ne s'embaraſſa qu'aſſez
médiocrement de ſes plaintes.
Il eſtoit jaloux juſqu'à
l'excés . Les chimeres qu'il
ſe mit en teſte , allerent ſi
loin , qu'il ſe crût perdu,
s'il ne trouvoit moyen de
faire déloger l'Officier. II
en vintà bout à force d'argent
& de prieres . Jamais
Victoire ne fut plus
Pius
charmante pour un Conquérant.
Il en inſulta fa
GALANT. 175
Femme. Ce fut affez pour
l'aigrir. Comme la difficulté
fait ſouvent le prix des
chofes , l'éloignement redoubla
l'eſtime qu'elle
avoit pour l'Officier. Il demanda
à la voir. Elle y
confentit malgré l'expreffe
defenſe qui luy en fut faite.
Le commerce eſtoit tou
jours innocent , & fa vertu
ne luy reprochant rien, elle
ſe fit un plaiſir de vaincre
les obſtacles qu'on y ap
portoit. Il n'y avoit pas
moyen de voir l'Officier
chez elle. Son jaloux Mary
Piiij
176 MEROVRE
l'obſervoit de trop pres
pour luy en laiſſer la liberté.
Une Confidente ne
manque jamais au beſoin.
Elle découvrit ſon ſecret à
une Amie qui luy offrit ſa
Maiſon. La commodité en
eſtoit grande. Elle ouvroit
fur deux Ruës diférentes.
La Belle s'y rendoit par
une porte , l'Officier par
l'autre, & cette précaution
mettoit leur fecret en feûreté.
Les Rendez -vous ef
toient agreables , mais ils
devinrent un peu trop fréquens.
Le Mary s'en alarGALANT.
177
ma. Il voulut ſçavoir où
alloit ſa Femme . Il auroit
mieux fait ſans - doute de
fermer les yeux pour quelque
temps. La Saiſon eftoit
déja avancée , & il ſe
fuft épargné bien des peines,
s'il euſt voulu attendre
Troupes.
paiſiblement le depart des
Aquoy bon apres tout la recherche
fevere
De mille petits tours qu'une Femmepeutfaire?
Il estdangereux bien souvent
Qu'un Mary là deſſusſerendetrop
fçavanti
:
178 MERCVRE
Et vouloirs'éclaircir enfait de ja
loufie,
C'eſt n'aimerpas le repos deſa
vie.
Noſtre Jaloux épia fa
Femme aux deſpens du
fien. Elle ne luy cachoit
pas qu'elle alloit ſouvent
chez ſon Amie, mais elle y
alloit trop propre pour luy
donner lieu de croire qu'il
n'y euſt point de deſſein
Il découvrit que l'Officier
connoiſſoit auffi cette Amie,
& il ne douta plus que
les viſites ne ſe fiſſent pour
luy. Il y alla pluſieurs fois
GALANT. 179
pour tâcherde les ſurprendre
, mais on y mettoit ordre.
Il y avoit toûjours
quelqu'un en ſentinelle, &
dés qu'il entroit, on faiſoit
cacher l'Officier qui fortoit
en ſuite par la fauſſe
porte. La Confidente à qui
ſes ſoupçons eſtoient connus,
le railloit ſur la peine
qu'il ſe donnoit d'épier ſa
Femme , & elles luy ſoûtenoient
ſi obſtinément toutes
deux que l'Officier n'eftoit
jamais de leurs converſations
, qu'il voulut
venir à bout de les confon
3
180 MERCVRE
r
4
dre. Il prit pour cela la plus
bizarre réſolution dont un
Jaloux puiſſe eſtre capable.
Les Eſpions qu'il mit en
campagne , l'avertirent
qu'un Patiſſier voiſin de la
Confidente , portoit pref
que toûjours la Collation
chez elle quand ſa Femme
luy rendoit viſite. Il alla
trouver le Patifſfier , & fur
le prétexte d'une gageure
qu'il pouvoit gagner par
fon moyen , il l'engagea à
foufrir qu'il priſt l'équipage
de fon Garçon pour
porter chez l'Amie la preGALANT.
181
miere Collation dont il recevroit
les ordres . On obtient
tout avec de l'argent.
Le Patiffier l'avertit. Il ſe
défit d'une Perruque , ſe
barboüilla un peu le viſage
; & comme il n'y avoit
que la Ruë à traverſer, il
entra chez la Confidente
avec la Patiſferie qu'il portoit
, ſans que perſonne
prift garde à luy. Il monta
où il crût trouver la Compagnie.
Aucun Domeftique
ne l'en empefcha , &
en entrant dans la Chambre
, il vit l'Amie qui ſe
182 MERCVRE
promenoit, & l'Officier qui
entretenoit ſa Femme aupres
des feneſtres . La Belle
qui ne jetta les yeux que
fur l'équipage du faux Patiffier,
dit tout haut que
c'eſtoient toûjours de nouveaux
Régales . On mit le
tout fur laTable ; & comme
le Patiſfier ne ſe haftoit
pas de fortir , l'Officier
crût qu'il attendoit dequoy
boire. Il ſe préparoit à luy
faire liberalité , quand il
luy vit prendre un ſiege.
Cette familiarité un peu
furprenante les obligea
- GALANT. 183
tous trois à obſerver fon
viſage. La Femme fit un
haut cry , la Confidente
demeura interdite, &l'Officier
ſe mit en état de ne
les laiſſer pas inſulter. Le
Mary qui avoit concerté
fon rôle , & medité ſérieuſement
ce qu'il devoit faire
, les confidera quelque
temps ſans leur rien dire.
Ils garderent le filence
comme luy , & dans ce
meſme ſilence apres avoir
regardé ſa Femme avec des
yeux où tout ce qu'il avoit
dans le coeur eſtoit peint,
184 MERCVRE
il ſe retira de la Chambre,
& alla reprendre ſa Perruque
chez le Patiffier. On
tint conſeil apres ſon depart.
Sa Femme qui le
connoiſſoit, &qui ne trouva
point de ſeûreté à retourner
avec luy, alla conter
l'avanture à ſes Parens.
Ils ſe ſont employez , &
s'employent encor tous les
jours à faire ſa paix. Le
Mary répond qu'il n'a ny
mal - traité ny chaſſe ſa
Femme, & qu'elle peut revenir
quand il luy plaira;
mais comme il y a tou
GALANT. 185
jours de l'aigreur dans ſes.
réponſes , & qu'il ne promet
rien depoſitifſur l'oubly
qu'on luy demande de
tout ce qui s'eſt paſſé , elle
n'a ofé juſqu'icy quitter.
lazile que luy ont donné
ſes Parens , & elle attend
toûjours chez eux qu'il arrive
quelque changement
dans ſa fortune.
L'inconſiderée jaloufie
de certains Marys engage
ſouvent les Femmes à une
conduite fort éloignée de
leurs propres fentimens .
L'honneſteté eſt née avec
Juin
186 MERCVRE
elles ; & fi on les abandonnoit
à leur vertu , je ne
doute point qu'on n'eust
fujet de dire prefque de
toutes ce que vous allez
voir dans ce Madrigal. Il
m'a eſté envoyé de Niſmes
fans qu'on m'ait appris le
nom de l'Autheur.
S255225252525252
MADRIGAL.
N
On,non, de mes Rivaux
jenefuispoint
jaloux,
Ils n'ont aucunepart
àmon chagrin extréme.
Aimable Iris, aupres devous
GALANT. 187
Le ne dois craindre que vousmesme.
Cette fiertéqui fçait étoufer vos
Soupirs,
Cette raiſon qui regle vos defirs,
Et vous fait refuser tout ce qu'on
vousdemande,
Cette auftere verta dontvous fuivezla
loy,
Cefont là les Rivaux , Iris, que
j'apprehende,
Et qui font en tout temps mieux
écoutezquemoy.
4
Je ſuis bien-aiſe que la
réputation des deux Peres
Capucins que le Roya
établis dans le Louvre , ait
eſté juſques à vous. Quoy
qu'ils foient tres-capables.
Qij
188 MERCVRE
de l'employ qui leur a eſté
donné, ils ne fongeoient à
rien moins qu'à le demander.
Ils follicitoient une
Miſſion en Ethiopie, où fur
le raport qui leur en avoit
efté fait en Egypte dans le
temps qu'ils y ont demeu
ré, ils ſçavoient qu'il y avoit
beaucoup à travailler pour
le falut de ces Peuples , infectez
depuis plus d'un demy
fiecle de l'Hereſie de
Diofcore. Sa Majefté avertie
des hautes lumieres
qu'ils ont dans la Medecine,
a jugé à propos de les
GALANT. 189
arrefter. La longue étude
qu'ils en ont faite , n'en a
rien laiſſé échaper à leur
connoiſſance. Ils apportent
une application toute particuliere
à la préparationde
leurs Remedes qui opérent
avec une grande douceur;
de forte que les Malades
qui s'en fervent pour les
fievres , en font délivrez en
peu de jours , ſans ſe trouver
apres cela dans la foibleſſe
ordinaire des Convalefcens
. Ils ont leurs maximes
qu'ils ſuivent pour
regles , fans s'aſſujetir aux
190 MERCVRE
ſentimens d'Hipocrate,
qu'ils ne laiſſent pas d'avoir
leû, mais dans ſon entiere
pureté , & fans eftre
alteré par Gallien. Ils ont
faitune étude tres-férieuſe
de Paracelſe & de Van-
Elmon , & on dit que peu
de leurs fecrets leur font
inconnus. Platon à qui les
Anciens ontdonné le nom
de Divin, eſt preſque leur
ſeul Philofophe , & ils ont
pour luy la meſme admiration
que S. Auguſtin , qui
en parle fi avantageuſement
dans pluſieurs en
GATANT. 191
droits de ſes Confeffions.
Il y a lieu d'attendre beaucoup
de ces bons Religieux
qui n'ont d'intereſt
que celuy d'exercer leur
charité envers le Prochain,
& qui loin d'avoir de l'empreſſement
pour l'honneur
que le Roy leur fait , s'en
font défendus autant que
l'honneſteré l'a pû permettre.
J'ay oüy dire qu'ils
= avoient éprouvé la plus
- grande partie de leurs Remedes
, & que dans le
- commerce qu'ils ont eu
- avec tous les Sçavans des
192 MERCVRE
lieux où ils ont eſté , la
connoiſſance qu'ils avoient
de la Langue Arabe leur
a donné moyen de faire de
belles découvertes . Je connois
quelques-uns de vos
Amis qui ſe promettent
beaucoup d'eux pour la
guériſoonn ddee leurs vapeurs.
C'eſt un mal toûjours à la
mode , & qu'ils traitent
diféremment ſelon ſa cauſe.
Je ne vous dis rien que
je n'aye appris par des Perſonnes
tres - ſçavantes &
tres - éclairées , & qui peuvent
eftre Juges competens
Cur ces matieres .
GALANT. 193
LaPlace de M'l'Abbé de la
Barre, Organiſte ordinaire
de laChapelle du Roy,a efte
remplie. Pluſieurs furent
propoſez quand il fut queftion
de la donner , & l'on
fit joüer les plus habiles
Maiſtres de France. On en
trouva beaucoup d'excellens,
& le Roy en demeura
ſi ſatisfait , qu'il en choiſir
quatre au lieu d'un. Ainfi
cette Charge qui estoit Ordinaire
, va eſtre ſervie par
quartier. Le premier , qui
eſt celuy de Janvier , ſera
ſervy par M Tomelin ; le
Juin. R
194 MERCVRE
ſecond , par M'le Begue;
le troiſieme , par M Buterne
; & le dernier , par
M² Nivers .
A ce que je voy , Madame
, vous devez avoir
grand commerce avec le
Païs Latin, puis qu'on vous
a déja envoyé le beau
Poëme que M² de Santeüil
Chanoine de S. Victor , a
fait depuis peu en cette
Langue à la gloire de Monfieur
le Chancelier. N'avez-
vous point admiré en
le lifant, avec combien de
force il ſe ſoûtient par luyGALANT.
195
meſme ſans aucun ſecours
des Fables ? Il eſt vray qu'en
parlant d'un Miniſtre auffi
Illuſtre que Monfieur le
Tellier, il ſuffit de dire nuëment
ce qu'il a fait , pour
eſtre aſſuré de dire de tresgrandes
choses . Ce Poëme
qui
qui fut leû dernierement
dans l'Académie Françoiſe,
y reçeut les meſmes loüanges
que vous luy donnez.
Il y a beaucoup de grandeur
dans les Vers , & on
1 ne voit guére d'expreſſions
plus majestueuſes. Aufſi
Me de Santeüil n'a-t-il pas
Rij
196 MERCVRE
épargné ſon temps à le po
lir. Il y a employé plus de
fix mois , & il ne croit pas
qu'il luy doive eſtre honteux
de l'avoüer. A propos
de Latin , ſçavez-vous que
le demy Vers de Virgile qui
finit ma derniere Lettre,
m'a preſque fait une affaire
avec les Sçavans ? Ils m'accuſent
d'une contradiction
qui m'eſt encor inconnuë,
&prétendentque ce demy
Vers qui m'a fait vous dire
que les belles Langues vous
font familieres , ne s'ac
corde point avec ce que je
GALANT. 197
vous avois dit auparavant
fur l'Arc de Triomphe, en
vous faiſant connoiſtre que
je ſuprimois les fix Vers
Latins que Meſſieurs de
Rheims y ont fait graver,
à cauſe que les Dames de
voſtre Province ne s'ac
commodoient point de
cette Langue. Ils ne fon
gent pas que quoy que
vous l'entendiez parfaitement
, elle n'eſt point reçeuë
parmy celles de voſtre
Sexe , à qui vous avez bien
voulu rendre mes Lettres
communes , & que n'y
Rij
198 MERCVRE
ayant rien de moins galant
que de parler Latin devant
elles , tout ce que je puis
avec vous -meſme qui l'entendez
, c'eſt d'en laiſſer
quelquefois échaper deux
ou trois mots, felon que la
matiere m'y oblige. Ce.
pendant afin que vosAmies
ne foient pas privées du
plaiſir de ſçavoir ce que
M de Santeüil a dit ſur
r
l'Arc de Rheims dans ces
fix Vers Latins que j'ay fuprimez,
primez , je vous en envoye
la Verfion faite par un autre
Chanoine de S. Victor.
L
GALANT. 199
1
Elle vous fera connoiftre
que ces Meſſieurs n'ont pas
moins d'accés aupres des
Muſes Françoiſes , qu'aupres
des Latines ; & que la
Doctrine , les belles Lettres,
& les plus beaux Arts
meſme , ſont joints dans
cette Maiſon avec la Vertы
& la Pieté.
R
Heims étonnéde voirla Difcorde
étoufee,
A l'honneur des Romains érigea ce
Trophée,
Et l'Ombrede Cefar est encor aujourd'huy
Errante autourdes Arcs que l'on
dreffa pourluy.
/
Rij
200 MERCVRE
Si tost qu'il eust éteint une Guerre
cruelle,
Alloupy tousfes mouvemens,
Il confacra dans Rheims ces pompeux
Monumens,
Pourgages immortels d'une Paix
eternelle.
Madame la Duchefſe de
Guiſe eſtà Alençon depuis
quelque temps. C'eſt un
grand ſujer de joye pour
cette Ville qui eſt dans de
continuelles admirations.
de ſa vertu. Elle y donne
de grands exemples de pieté,
& s'employe particulierement
à faire des Converfions
. Elle est déja venuë à
GALANT. 201
boutdepluſieurs. Celle de
M* de Montpinfon qui fir
abjuration dernierement,
eſt remarquable. Il y a peu
de Gentilhommes dans la
Province plus éclairez qu'il
l'eft, & on peut dire qu'eſ
tantundes principauxArcsboutans
de la Religion Pretenduë
Reformée, elle a
fait en luy une perte tresconſidérable.
Meſſieurs
d'Alençon , pour marquer
leur zele à Madame de
Guyſe , ont fait faire une
nouvelle Porte à leurVille,
- qui va en droite ligne de
202 MERCVRE
fon Palais à la grande Eglife.
Ainfi du haut du Fauxbourg
S Blaiſe , on décou
vre preſentement le fond
de la grande Ruë,&la veuë
y trouve une Perſpective
en éloignement tres- agreable.
Cette augmentation
de Porte a fourny la matiere
de ces quatre Vers.
Toute noftre Ville s'empreſſse-
A marquerfa fidelle ardeur,
Etpour mieux recevoir noſtre Illuftre
Princeffe,
Elle ouvre en mesme temps&fes
murs&fon coeur.
On travaille ày faire un
1
1
GALANT. 203
Cours , qui dans la ſuite
pourra égaler le Jarre de'
Châlons en Champagne.
Il occupe tout l'eſpace qui
ſe trouve fur les Ramparts
depuis la nouvelle Porte
dont je vous viens de parler,
juſqu'à celle de Lancrel.
On a beſoin de fortifier
les Villes ailleurs ; &
ſous le Regne de Loürs
LE GRAND , nous pouvons
nous diſpenſer de tout autre
ſoin que de celuy de les
embeller. La Paix qu'on a
tout lieu d'eſperer , nous
produira d'autres avanta
204MERCVRE
ges. Il y a longtemps que
nos Ennemis reconnoif
foient qu'elle leur eſtoit
neceſſaire ; mais ſçavezvous
pourquoy elle com.
mençoit à le devenir pour
nous ? Vous l'allez appren.
dre par les Vers qui fuivent..
A
Pres tant de Combats qu'a
fuivis la Victoire,
On a grand beſoin de la Paix,
Carle Parnassedeformais
Nefçait coment chaterlagloire
DuplusGrädRoyqui futjamais.
L'Hipocrene estàſec,&les Vallons
Poëtiques
Ont centfois retenty des vieux Pa-
-negyriques
GALANT. 205
Qu'onn preſentoit jadis aux plus
fameuxGuerriers. ア
Loüis aflétry leurs Lauriers.
Ilfaitplus qu'on nepeut écrire,
Chacun est épuisé, l'on nesçaitplus
quedire,
Apollon est confus,& Pegase recrú.
Mais graces à la Paix il va reprendrehaleine.
Noftre GrandRoy, dit-on , quand
on l'a lemoins crû,
PlantedesOliviersfur lesbords de
LaSeine.
:
Las devaincre, il renonce enfin à
foudroyer.
Courage, Beaux Esprits, reprenez
l'Ecritoire,
Conſacrezà l'envyvostalens àſa
gloire ,
Ilsne peuvent mieux s'employer.
206 MERCVRE
Ces Vers m'ont eſté en
voyez de Dieppe , & font
de M Merville , qui dans
une fort grande jeuneſſe
fait connoiſtre par tout ce
qu'il fait qu'il eſt né pour
la Poësie . Il faut vous apprendre
le nom qu'il donna
aux Lettres que je vous
écris. Je croy le pouvoir
faire ſans qu'on ait lieu de
m'accuſer de préſomption,
puis que ce qu'il en dit d'avantageux
regarde les Ouvrages
des Beaux Eſprits
! dont elles ſont compoſées,
& qui ſeuls leur ont fait
GALANT. 207
avoir le cours extraordinaire
que vous leur voyez .
Voicy de quelle maniere il
enparle.
I
EdispartoutqueleMercure
Estuunneeagreable voiture
Qui conduit aisément à l'Immortalité.
C'est lechemin frayédu Templede
Memoire,
Où chacun peut trouverlagloire
Quefon talent a merité.
Il faut achever de vous
faire connoiftre celuy de
M Merville par ces Paroles
que je vous envoye notées
pour exercer voſtre belle
208 MERCVRE
:
voix. Elles ont eſté mifes
en Air par M'l'Abbé Maiftre
de Muſique de S. Jacques
à Dieppe. C'eſt un
tres-habile Homme, & qui
s'eſt acquis aſſez de réputation
pour faire dire qu'il
y a peu de Muſiciens qui
foient de ſa force dans la
Province.
AIR NOUVEAU.
Ourune jeuneMerveille
Lefoupire nuit&jour,
Etquelquefois laBouteille
Me fait oublier l'Amour.
L'accorde la goinfrerie
*
t
men
jur, t quelque fois la bourie
Avec les ten- dyes nont.
J'accor..
ADRE
?
t
GALANT. 209
Avec les tendres momens,
Etfuis de la Confrairie
Des Beuveurs&des Amans.
Les Eaux de Vichy en
Bourbonnois dont je vous
parlay la derniere fois que
je vous écrivis , ont faitdes
effets admirables . Le beau
monde qui s'y eft affemblé
, a bien contribué à la
guériſon des Malades, en y
amenant les plaiſirs qui ne
les ont preſque point quitez.
Lejeu, la bonne chere,
la promenade , & les Concerts
de Muſique , ont eſté
les divertiſſemens de tous
Juin S.
210 MERCVRE
;
les jours. Il y a eu Bal fort
ſouvent. La belle Mademoiſelle
de Seve de Lyon
y a paru avec beaucoup
d'avantage , & ne s'eſt pas
moins fait admirer par la
juſteſſe de ſa danſe, que par
les charmes de fa Perſonne.
Monfieur le Chevalier de
Lorraine eſt party de ce
Païs - là fort fatisfait des
Remedes , de la beauté du
Lieu, & du bon air qu'ony
reſpire. Ce Prince y a eſté
viſitéde tout ce qu'il y a de
Gens de marque dans les
quatre Provinces voiſines.
GALANT. 211
Il a toûjours tenu table ouverte
chez M² de Pontgibaud,
oùje vous ay dit qu'il
eftoit fort commodément
logé, & l'on ne doute point
que le ſoulagement qu'il a
reçeu de ces Eaux, ainſi que
tous les autres qui en ont
beu, n'y attire dans le mois
de Septembre quantité de
Gens de la Cour que le
Voyage du Roy en Flandre
a empeſchez d'y venir dans
celuy deMay.
Si - toſt que Sa Majesté
fut de retour de ce Voyage,
la nouvelle qui s'eſtoit ré-
Sij
212 MERCVRE
~
panduë de la Paix arreſtée
avec laHollande , obligea
Monfieur le Duc de S. Aignan
de donner au Roy de
nouvelles marques de fon
zele, en luy faiſant paroif
tre ſon admiration par la
Lettre que vous allez voir.
2
5252525252525225
3.
LETTRE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S.AIGNAN,
AV- ROY.
SIRE,
Ie cherche à me distinguer
GALANT. 213
.
entre ceux qui vont témoi
gner de toutes parts à Vostre
Majesté leur admiration &
Leurjoye. La Paix qu'elle
vient de donner à une partie
de ſes Ennemis , & d'offrir
aux autres , fait cette diftin-
Etion que je ne pouvois esperer
dansſes Armées,par mon
attachement à garder une
Place importante. Perſonne
ne peut regarder avec plus
d'interest & de plaisir que
moy ce que V. M. vient de
faire de grand &de merveil
leux. Je vous voy , SIRE,
• apres tant de belles Actions
214 MERCVRE
de vostre part , & tant de
voeux & d'inquietudes de la
mienne , enfin hors des dangers
continuels où V. M. expoſoit
à toute heure fa Per-
Sonne Royale. Je vous voy
couvert d'une gloire immortelle,
& moy delivréde cette
émulation inquietequi mefaifoit
envierlefortdu moindre
Soldat qui expofoit sa vie
pourvostreſervice. En verité,
SIRE,jene penſois pas me
pouvoir réjoüirfi fort de la
Paix, ayant esté élevé defi
bonne beure dans la Guerre.
Mais quelfidelleServiteurne
GALANT. 215
Seroit pas charmé en voyant
Son AugusteMonarque triomphant
& victorieux, preferer
lerepos de l' Europe à untravail
auffi utile & auſſi illuftre
que le fien? De luy voir terminer
ſes Conquestes à la
veille d'en faire encor de
plus grandes, & remettre en
fin dans lefourreau cette redoutable
Epée dont tant de
Braves auroient fenty les
coups ? Que n'aurois -je point
à dire fur un Sujet auſſi rare
& auſſi éclatant que celuy-cy?
Mais , SIRE , il faut retenir
ma Plume, comme V. M. ar216
MERCVRE
reſteſes Armes, &faireplace
aux Ecrits de quelques au .
tres plus élegantes , & aux
Discours éloquens qu'un éve
nement fi fingulier va fans
doute faire naistre de toutes
parts. Il me doitfuffire que
V. M. foit bien persuadée
qu'en tout temps & en tous
Lieux Elle me trouvera toujours
également & Sans re
Serve,
SIRE,
Sontres-humble, tres obeïflant,
&tres - fideile Sujet & Serviteur,
LE DUC DE S.AIGNAN.
GALANT. 217
Le ſoin que prend cet
Illuftre Duc de tout ce qui
regarde ſon Gouvernement
& ſa vigilance pour le fervice
du Roy , ont garanty
le Havre d'un tres -grand
malheur dont il a eſte menacé
ces derniers jours. On
fut ſurpris de voir un grand
feu qui s'élevoit tout-àcoup
, & qui en ſuite ſembloit
étoufé par une fort
épaiſſe fumée. On prit l'alarme.
Monfieur de S. Aignan
y courut , & trouva
que le feu eſtoir dans un
Vaiſſeau de S. Malo chargé
Fuin.
T
218 MERCVRE
de Soulfre, dont il avoit fait
tirer quinze cens livres de
Poudre depuis fixjours . Ce
feu eſtoit entre les deux
Ponts. Sa préſence, le détachement
de dix Hommes
de chaque Porte , & la diligence
avec laquelle il fit
remedier à cet accident,
ſauverent avec ce Vaiſſeau
tous ceux du Havre , la
Ville , & peut- eſtre la Citadelle
, où il y a plus de
deux cens milliers de Poudre.
Vous avez ſçeu la mort
deM'de Varangeville Con
GALANT. 219
feiller au Parlement. Elle
eft arrivée dés les derniers
jours de l'autre Mois , &
fut un grand ſujet de furpriſe
pour ſes Amis , puis
qu'il mourut d'une apoplexie
de ſang qui l'étoufa
en un moment. Il eſtoit
jeune , fort eſtimé dans ſa
Compagnie , & Frere de
M' de Varangeville Ambaſſadeur
Extraordinaire à
Veniſe. Il en partageoit l'efprit
&le merite, &l'a laiſſé
par ſa mort dans une affli-
Aion inconcevable. Aufſi
avoient-ils toûjours vefcu
1
:
Tij
220 MERCVRE
enſemble avec toute l'ul
nion qui peut eſtre à ſou
haiter entre des Freres .
Une autre mort a fait
bruit icy. Les circonftances
en font particulieres , &
mériteroient un long difcours
, fi la quantité de
choſes que j'ay encor à vous
dire me permettoit de m'étendre
. Un Medecin Empirique
qui s'eſtoit acquis
de la réputation par ſes Secrets
, donna deux Bouteilles
de Tiſane à un de ſes
Amis , qui en avoit demandé
par précaution. Cet
GALANT. 221
Amy n'en prit qu'un verre,
& en fut malade à l'extrémité.
La violence du mal
l'obligea de recourir au
contrepoifon. On alla ſur
l'heure en avertir l'Empirique.
Il ne fit aucune dif
ficulté de venir. On luy demanda
raiſon de ſa Tifane .
Il ſoûtint qu'elle ne pouvoit
faire que du bien , &
pour le prouver , il en prit
deux verres en préſence de
ceux qui l'accuſoient. Il
voulut en fuite retourner
chez luy , & ne pouvant
gagner ſa Maiſon , il entra
Tiij
222 MERCVRE
dans la premiere qu'il trou
va ouverte , & y mourut
dans le meſme inſtant.
L'avanture n'eſt pas moins
furprenante que tragique.
Elle fait raiſonner diverſement.
Si elle a des fuites,
je ne manqueray pas à vous
les apprendre.
M Chommeau Fils de
M le Préſident Bétau , a
eſté reçeu depuis peu Confeiller
au Parlement. Il eſt
jeune , & auffi bien fait de
ſaperſonnequ'on le puiſſe
eftre. Son peu d'âge n'empeſche
point qu'il ne ſçaGALANT.
223
che tout ce qu'on peut ſçavoir
dans les Loix & dans
les Couſtumes . La maniere
dont il a répondu
quand on l'a examiné , luy
a attiré de grands éloges.
Il n'y a point de Maiſtre
de Droit qui euſt pû mieux
ſoûtenir cet examen. La
fatisfaction avec laquelle
il a eſté reçeu dans cette
Charge, eſt une marquede
fon merite. Il ſeroit furprenantqu'il
en manquaft,
eſtant d'une Maiſon qui
en eſt toute remplie. Tout
le monde ſçait quel eft ce
T iiij
224 MERCVRE
luy de M' le Préfident fon
Pere ; & Madame de Bétau
ſa Mere eſt un exemple fi
fingulier de pieté & de
vertu , qu'elle n'eſt inconnüe
à perſonne. Celuy dont
je vous parle a un jeune
Frere Jeſuite, qui eſt encor
au Novitiat , & qui a un
fort grand talent pour la
Chaire. Madame de Poncet
eſt ſa Scoeur , auffi -bien que
Madame de Creil , & Madame
de Molé Femme de
M' de Molé Conſeiller au
Parlement , dont le mérite
eft connu. Je vous ay déja
GALANT. 225
parlé de Madame de Poncet
dans quelqu'une de mes
Lettres. Madame de Creil,
Femme du Maiſtre des Requeſtes
de ce nom qui a
eſté Intendant enNormandie,
eſt une Dame d'autant
demérite&d'eſprit qu'il y
en ait en France. Elle joüe
admirablement bien du
Lut, du Théorbe, du Cla-
• veffin, & de la Guitarre. II
y a une quatriéme Soeur,
fort belle & bien faite, qui
- a pris le party du Couvent
malgré ſa Famille , apres
avoir refufé des Partys tres
226 MERCVRE
conſidérables. Elle a fait
Profeſſion depuis quinze
jours aux Cordelieres de la
Rüe des Francs-Bourgeois.
LaCerémonie ſe fit enpréfence
d'un tres-grand nombre
de Perſonnes de qualité....
Il n'y en a pas eu moins
aux Noces de Mademoiſelle
le Vaſſeur , Fille de
M'le Vaſſeur Conſeiller au
Parlement, & de M' d'Argouges
Marquis de Gratot,
Homme d'une fort grande
naiſſance . Elles ſe font fai
tes à S. Urain proche de
GALANT. 227
Paris, avec toute la magnificence
& toute la joye accoûtumée
dans une ſemblable
occafion.
Autre Mariage. Mademoiſelle
Colbert , Fille du
Maiſtre des Requeſtes de
ce nom, que vous avez veu
Intendant à Alençon , a
épousé Mª de Rancy.. Il a
beaucoup de mérite , & il
eſt difficile de le voir ſans
l'eſtimer . M² Brunet ſi connu
dans le monde par ſes
Emplois, eſt ſon Frere, auſſi
bien que M'l'Abbé Brunet
& M de Montforan. Ces
228 MERCVRE
1
deux derniers ſont Conſeil.
lers en la Cour .
On a voulu faire un engagement
d'une autre nature.
Iln'eſtoit que de coeur
àcoeur, & l'Amour y devoit
eſtre ſeul appellé. Comme
il eft bon de connoiſtre
avant que d'aimer , il fut
queſtion de ſçavoir ce
qu'on pouvoit attendre de
l'Amant qui ofroit ſes
voeux , & voicy de quelle
maniere il s'expliqua.
Se 1
GALANT. 229
1
Voulez vous ſavoir ma méthode,
Avantque de vous engager?
Le fuis,belle Philis, enamour trescommode,
Comme onveut, conftant,ou leger.
Quadj'ay dit unefois quej'aime,
C'eſt pour toûjours , mais conftamment.
Ie veux qu'on en faſſe de meſmes
Lehaypartout lechangement.
Si la Beauté la plus parfaite
(M'eust- elle comblé defaveurs)
Vouloit de mon amour estre bientoft
défaite,
La Belleferoitfatisfaite
Dès que j'aurois fenty ſes pre
mieres rigueurs.
1
Mon remede alors est l'absence;
C'est le port de l'indiférence,
230 MERCVRE
On la trouve là ſurement.
Au retour, pointd'engagements
Renoüer, c'est double inconstance.
Duft- on me demander la paix,
Quadjay rõpu,c'eſtpourjamais.
J'aurois beaucoup à vous
dire fur ce qui s'eſt fait d'éclatant
dans les deux jours
deſtinez aux plus ſolemnelles
Proceffions. Il y a eu
une tres agreable Symphonie
aux Gobelins ; & ce qui
s'eſt fait avec beaucoup de
magnificence en pluſieurs
endroits de Paris, s'eſt également
pratiqué dans les
Provinces . Madame la
GALANT. 231
Marquiſe de la Frézeliere
fit faire un Repoſoir admirable
dans la Court de fon
Chaſteau de Monts qui eft
entre Richelieu & Loudun.
Il y eut un tres-grand concours
de Peuple , & on y
tira plus de vingt volées de
Canon. Cette Dame eft
d'un mérite tres-particulier.
Elle compoſe admirablement
bien en Vers &
enProſe,ſçait parfaitement
'Hiſtoire , & ne voit guére
de Perſonnes de fon Sexe
qui ſoient de ſa force fur
les belles Connoiſſances.
232 MERCVRE
L'illuſtre Nom de la Fréze:
liere eſt un Nom qu'elle
porte par elle - mesme , eftant
de la Branche aiſnée
de cette Maiſon. Son ancienneté
ne la rend pas
moins conſidérable queſes
Alliances . Elle eſt deſcenduë
des Frézels Ducs d'Ecoſſe
du coſté des Femmes,
des Ducs de Bretagne &de
Conan; & fes dernieres Alliances
font celles des Maiſons
de Montmorency &
de Savonniere , dont eftoient
les deux Meres de
Monfieur & de Madame
GALANT. 233
de la Frézeliere d'aujourd'huy.
Elle avoit toûjours
produit des Maſles de Pere
en Fils pour en poſſeder les
honneurs, juſqu'à feu M'le
Marquis de la Frézeliere
Mareſchal de Camp , qui
mourut au Siege de Hédin,
& laiſſa deux Filles , dont
l'une eft Madame de la Frézeliere
, & l'autre eft demeurée
Veuve de M² le
Comte de la Roche. Mª de
la Frézeliere d'aujourd'huy
fortoit d'une des Branches
de cette Illuſtre Maiſon,
& il en eſt devenu la Tige
Juin. V
234MERCVRE
-en époufant la Fille aiſnée
edu Marquis dont je vous
viens de parler. Il eſt Lieu-
2tenant General de l'Artil
lerie , & Sa Majesté l'a fait
auſſi depuis peu Mareſchal
de Camp. Il ſert ordinairement
en Allemagne. Ily
commande encor à préſent
l'Artillerie dans l'Armée de
Monfieur le Mareſchal de
Créquy. Il fut bleſſé au
Siege de Fribourg dans la
✓ derniere Campagne, apres
avoir perdu deux Fils aiſnez
qui ont eſté ſucceſſivement
Colonels du Regiment de
GALANT. 235
Touraine. Le dernier fut
tué au Siege de S. Omer,
& avoit eſté déja bleſſé à la
Bataille de Caſſel , où il
commandoit l'Artillerie en
la place de M'le Marquis
de la Frézeliere ſon Pere,
qui estoit demeuré dans les
Lignes. Il en a encor perdu
un troiſieme entre ces deux
qui estoit Capitaine dans
le meſme Regiment,& tous
trois dans l'eſpace de vingt.
fix mois. Il ne luy en reſte
plus qu'un. Il eſt Page de
la Grande Ecurie, &fait ſes
Exercices avec une appli-
Vij
236 MERCVRE
?
r
cation admirable. On l'appelle
M le Marquis de
Monts. Il donne de tresgrandes
eſpérances. Il eſt
difficile qu'il ne les rempliffe
avec le ſecours des
beaux exemples qu'il a , &
les inſtructions qu'il reçoit
d'un Pere conſommé dans
le Meſtier de la Guerre.
On m'apprend un Mariage
qui unit deux Perſonnes
fort illuftres , & je
vous en fais part dans le
meſme inftant. M² le Marquis
d'Eſtrades épouſa ces
jours paffez Madame de
GALANT, 237
Vertamont Veuve de M
de Vertamont de Preau,
Maistre des Requeſtes , au
nom de Monfieur le Mareſchal
d'Estrades fon Pere.
Vous ſçavez qu'elle eſt
Fille de feu M d'Aligre,
dont Monfieur le Tellier
remplit aujourd'huy laplace
avec tant d'éclat. La
Cerémonie s'en fit dans la
Chapelle de l'Hoſtel de
Sourdis , où furent préfens
M d'Aligre Conſeiller d'Etat,
& M² l'Abbé d'Aligre,
avec beaucoup d'autres Pa-
A
rens. Cette Dame qui a
238 MERCVRE
tout le mérite des honneftes
Femmes, le ſoûtient par
un fort grand agrément de
ſa Perſonne , & elle s'eſt
toûjours autant diftinguée
par elle-meſme, qu'elle l'eſt
par les avantages d'eftre
Fille &petite-Fille de deux
Chanceliers de France.
Monfieur le Mareſchal
d'Eſtrades eſt d'une Maifon
qui luy en donne de
fort grands du coſté de la
naiſſance ; mais quelques
conſidérables qu'ils ſoient,
ils font beaucoup au deffousde
ce qu'il nedoit qu'à
GALANT. 239
luy-meſme. Il a paſſé par
toutes les Charges militaires
, & il y a longtemps
qu'il feroit dans le rang où
nous le voyons élevé, s'il
avoit toûjours eu autant de
fortune qu'on luy a recon-
-nu de mérite. On ſçait avec
quelle gloire pour la France
il a commandé les Armes
du Roy , & avec combien
de ſuccés ila eſté employé
dans les plus importantes
Ambaſſades. On peut dire
que pendant le Regne de
LOUIS LE JUSTE, on l'aveu
le lien de l'étroite intelli240
MERCVRE
;
gence qui estoit entre le
fameux Henry Prince d'Orange
, & le grand Cardinal
de Richelieu. La ſageſſe &
la valeur de ce Mareſchal
avoient fait jetter les yeux
fur luy pour un des plus
grands Emplois du Royaume
; mais la mort du Roy
qui fuivit celle de ſon Miniftre
, changea les affaires
& ſa fortune. Les ſervices
qu'il a rendus au Roy qui
regne aujourd'huy ſi glorieuſement
, ont eſté d'autant
plus utiles à l'Etat,
-qu'il les a rendus avec la
plus
GALANT. 241
plus exacte fidelitédansdes
temps fort difficiles . L'Hiftoire
vous apprendra quelque
jour le détail de ſes
actions , & fera connoiftre
à toute l'Europe qu'il n'a
pas peu contribué à la Paix
generale qu'elle attend
avec tant d'impatience.
Voicy un Sonnet qui m'a
eſté envoyé ſur cette Paix,
ſous le nom de M² de la
Tuilerie.
r
Juin.
242 MERCVRE
5252525252225252
SONNET.
Vousqu'unvain orgueil
arme contre la Frace,
Tropfoibles Ennemis du
plus puiſſant des Rois,
Peuples Confederez, reprenezl'efperance,
Loiis veut bien ceſſer de vous
donnerdes Loix.
S2
En vous offrant la Paix avec fon
Alliance, 17
Il ne pretend pas mesme user de
tousfes droits,
Sa bontégenereuse arreſteſa vaillance,
E
Et cette bontéſeule interromptfes
Exploits.
GALANT. 243
Il veut finir enfin cette cruelle
Guerre,
Qui répand la terreur aux deux
boutsde la Terre,
Et qui couste dusangpresqueàtout
l'Univers,
se
Sur lay -mesmeLoürs remporte la
victoire,
Et prest de voir entrer l'Europe
dansfes fers,
Alamaintenir libre ilmet toutefa
gloire.
Je vous ay dit dés le
Commencement de cette
Lettre , que le Roy par
une modération dont les
Conquérans ont ignoré
Xij
244MERCVRE
し
juſqu'icy l'uſage , avoit offert
la Paix à ſes Ennemis
dans le ſein meſme de la
Victoire . Vous l'allez voir,
Madame , par ce que j'ay
à vous dire , & de la priſe
de Puycerda, & de l'importance
de cette Conqueſte.
Cependant ce bruit de la
Paix qu'on ne doute point
qui ne foit bientoft concluë
generale, fait faire par
tout des raiſonnemens fi
glorieux pour ce grand
Monarque, dont la plupart
des Alliez reconnoiffent
chaque jour la bonté, que
GALANT. 245
je ne ſçay ſi je pourray
m'empefcher d'y prefter
l'oreille, quoy que je doive
toute mon application à
vousdécrire ce dernier Sie
ge. Le détail en doit eftre
long ſur le papier, ſi on le
meſure au temps que la
reſiſtance des Affiegez l'a
fait durer,& il me faudroit
trois Volumes aufli gros
que chacune de mes Lettres
, ſi j'entreprenois de
vous le donner dans le
meſme ordre où j'ay mis
ceux qui ne nous ont arreſtez
que peu de jours, &
X- iij
246MERCVRE
meſme que peu de quarts
d'heure, tel qu'a eſte celuy
de Leuve ; mais cette exa-
Aitude ne me paroiſt pas
neceſſaire dans un Siege de
plus de trente jours, où les
meſmes OfficiersGeneraux
& les meſmes Corps ont
alternativement monté la
Tranchée. Ainſi quand je
vous les auray nommez
tous à la fois , fans m'affujetir
à vous repéter leurs
noms ſeparément ſelon
l'ordre de chaque jour,
j'auray fort accourcy ce
que vous attendez de moy,
GALANT. 247
L
& ne vous auray pourtant
pas moins dit que ce que
vous avez pû voir ailleurs .
Je vous marqueray toutes
les Actions principales détachées
de ce qui pourroit
les rendre ennuyeuſes ; &
je vous apprendray meſme
beaucoup de choſes nouvelles
, quoy qu'il ſemble
qu'on n'ait rien oublié
dans les Relationsqui vous
peuvent avoir efté envoyées
, & qui font remplies
d'un tres -grand détail.
Joignez à cela que je
vous ay faitgraver un Plan
X iiij
248MERCVRE
qui ſeul vous dira autant
que la Relation la plus
étenduë , parce que rien.
n'aide tant à faire concevoir
ce qu'on lit, que de le
repreſenter aux yeux. A
raiſonner un peu juſte ſur
les chofes, euffiez-vous crû,
Madame , que j'euſſe dû
vous parler de la priſe d'une
Place en Catalogne , & au-
Catalog
rois-je pû me l'imaginer
moy - mefme ? Il ſembloit
que toutes les Troupes
d'Eſpagne devoient fondre
de ce coſté-là, à cauſe
du voiſinage. Ceux qui préGALANT.
249
tendent juger le mieux des
deſſeins qui font à prendre,
eftoient perfuadez qu'il
ſuffiſoit pour le bien de nos
affaires de s'y tenir ſur la
défenſive. Iln'en eſtoitpas
de meſme pour les Eſpagnols.
Il leur importoit
- beaucoup d'y acquerir de
la réputation par leurs con
ou du moins de
quettes,
nous empeſcherd'y enfaire.
On en connoiſſoit fi bien
la conféquence à Madrid,
qu'on n'y parloit que des
projets des Armées de Catalogne.
On y faifoit des
:
1 250 MERCVRE
appreſts pour cela. Le
jeune Roy , à ce qu'on publioit
hautement, y devoit
aller en perſonne , & c'eftoit
par là qu'il vouloitouvrir
ſa premiere Campagne
, que les grands Roys
comme luy ne doivent jamais
faire fans triompher.
Cependant tous ces grands
projets ſe ſont évanoüis.
Les Eſpagnols ont menacé,
&nous avons pris . La conduite
qu'a tenuë Monfieur
le Mareſchal Duc de Na
vailles, a eſté merveilleuſe.
Il avoit affaire à des Enne
GALANT. 251
mis qui au defaut de la
force, ont de l'eſprit , de
l'adreffe,& de la prévoyan
ce , & qu'il eſt plus facile
de batre que de tromper..
Il eſtoit pourtant queſtion
de les ſurprendre, pour venir
plus aisément à bout de
les vaincre. La choſe n'eftoit
pas facile , une Armée
ne pouvant jamais marcher
qu'à grand bruit. Leparty
qu'il prit, fut celuy de ca.
cher fa route. Ce deſſein
l'obligea à de grandes précautions.
La premiere fut
de faire paſſer M'le Bret
252 MERCVRE
Lieutenant General
Lampourdan , avec
en
l'Avantgarde
de l'Armée ; &
comme de pareilles contremarches
ſont ordinaires,
& qu'elles ne font fouvent
qu'embarafſfer quelque
temps les Ennemis
ſans les tromper , il fit fuivre
un autre Détachement
quelques jours apres , &
ordonna en ſuite que le
Canon priſt la meſme route.
L'execution de ces deux
derniers ordres acheva de
faire croire auxEnnemis ce
qu'on leur vouloit perfuaGALANT.
253
der. Je pourrois vous marquer
encor vingt circonftances
qui les abuferent ;
mais comme elles dépendent
toutes de ces trois premieres
, & que ce ſeroit
groſſir ma Lettre de choſes
aſſez inutiles , je vous
diray ſeulement que noftre
General fut plutoſt en Cerdaigne
, qu'on ne ſceut
qu'il en euſt pris le chemin,
& que noftre Armée
eſtoit devant Puycerda,
qu'on la croyoit encor dans
le Lampourdan. Son arrivée
ſurprit tellement les
.
1
254 MERCVRE
Ennemis , qu'ils n'eurent
que le temps qu'il leur faloit
pour ſe retirer dans la
Ville , ſans avoir celuy
d'emporter quantité de
Foin , d'Avoine , de Lard,
de Bled, de Farine, dePain,
& de Vin , qu'ils laiſſerent
dans les Villages circonvoifins.
On fut d'abord jour
& nuit à cheval à la portée
du Piſtolet de la Place,
croyant que les Ennemis
feroient des Sorties ; mais
leur ſurpriſe ne les laiſſoit
pas en état de rien entreprendre.
Si- toſt qu'on fut
GALANT. 255
0
r devant Puycerda , M' de
Navailles envoya un Courrier
en toute diligence pour
faire aſſembler les Milices
du Païs de Foix, afin d'aller,
avec des Troupes du Roy
ſur la Frontiere d'Eſpagne
qui répond à cette Place...
Il fit venir du haut Lan
guedoc trois cens Beſtiaux,
outre ceux du Païs que le
Roy paye ordinairement.
Ils estoient neceſſaires . Le
temps eſtoit mauvais, les
chemins meſchans naturellement,
& le Canon devoit
paſſer par des lieux où
256 MERCVRE
l'on n'en avoit jamais me
né,& fur le bord d'un grand
nombre de précipices épouvantables
. M² de Navailles
envoya auſſi dans le
haut Languedoc pour avoir
du Bled , fit arreſter des
Chevaux de tous coſtez
pour le voiturer , & donna
tous les ordres neceſſaires
afin d'empeſcher qu'on ne
manquaſt de Fourrages.
Quand on a tant de difficultez
pour faire un Siege,
& qu'on vient à bout de les
furmonter , on n'acquiert
pas moins de gloire par là
GALANT. 257
L
que par la priſe de la Place
qu'on affiege. Ce font deux
choſes diferentes , & on ne
peut réüffir à l'une & à
l'autre ſans mériter des
loüanges pour toutes les
deux. Puycerda , comme
vous le ſçavez ſans-doute,
eft une Place fituée dans
une Plaine ; mais cette
Plaine eſt fur le plus haut
des Monts Pyrenées. Si
vous me demandez ce qui
leur a donné ce nom , je
vous diray que les uns le
tirent d'une Fille du Roy
Bebrix , nommée Pyrené
Fsin.
Y
258 MERCVRE
(
qui fut enſevelie dans ces
Monts apres avoir eſtéviolée
par Hercule , & les au
tres d'un motGrec qui fignifie
le feu , & qui a un
entier raport avec la premiere
ſyllabe de ce mot de
Pyrenées , foit à cauſe que
la foudre tombe ordinainairement
fur les lieux les
plus élevez , foit parce
qu'on rapporte que des
Bergers mirent autrefois
le feu aux Forefts qui ſe
trouvent dans ces Montagnes.
Je viens aux Noms
des Officiers Generaux qui
GALANT. 259
ont commandé pendant
ce Sige ſous les ordres de
M' le Mareſchal Duc de
Navailles, General de l'Armée
du Roy en Catalogne.
Lieutenans Genéraux.
MileBret ,M'de Gaffion,
&M le Marquis de Mon.
tauban admorsian)
al. Mareschaux de Camp.
501M² de Caſaux , M² de la
Rabliere, & M' le Marquis
de la Villedieu .
ipaBrigadiers.sit
M. de S. André , M'de
Surlaube, M² de Murlat, &
M'd'Urban
r
Yij
260 MERCVRE
Regimens de Cavalerie.
Sauzeay , la Valette , la
Rabliere , la Chauffée ,
Chevreau , Gaffion , Gril-
Ion , le Bret , Villeneuve,
Colligny - Chaftillon ,
verolle , les Dragons de la
Reyne , les Dragons du
Languedoc.
Regimens d' Infanterie.
Ri-
Saulx , Furſtemberg , Erlac,
Navailles, Caftres, Liftenay
, Viercet - Liegeois,
Noailles , Famechon , Milices
du Païs, quatre Compagnies
de Suiffes fran
chest poste
GALANT. 261
On affigna quatre Quartiers
diférens à toutes ces
Troupes. Elles ont alternativement
monté la Tranchéependant
tout le Siege
avec les Officiers Genéraux
que je vous viens de marquer.
Vous voulez bien
que je me diſpenſe de vous
les nommer autant de fois
que le Siege a duré de
jours, dont je vous ay déja
dit que le nombre eſt de
plus de trente.
Le premier ſoin d'un
General eſtant de reconnoiſtre
la Place qu'il doit
262 MERCVRE
attaquer , M¹ le Mareſchal
de Navailles s'en acquita
avec M¹ de Caſaux , &M
de la Motte- la- Mire ; &
pour eſtre plus afſurez de
l'état des Fortifications de
Puycerda , ils y retournerent
plus d'une fois enfemble&
feparément, accompagnez
de M d'Urban
Brigadier , qui connoiffoit
le Païs. Les Ennemis câ
cherent de s'y oppofer,
mais l'empefchement qu'
ilsy crûrent mettre ne fervit
qu'à les faire batre. On
les repouſſa juſqu'aux Pa
GALANT. 263
liffades. Ils y perdirent
deux Capitaines , & M de
Cafaux fon Cheval , qu'un .
coup de Piſtolet renverfa.
On ne fit point de Lignes.
Il auroit falu trop deTroupes
pour les garder, à cauſe
de l'étendue de la Circonvalation.
Un Siege qui ſe
fait de cette forte , eft un
redoublement d'affaires
pour leGeneral. Son exatitude
& fes précautions
doivent tenir lieu de Lignes,
& il ne ſe peut qu'il
n'aye & beaucoup plus de
foins à prendre , & beau-
A
264MEROVRE
coup plus d'ordres à donner.
On délibera pour ſçavoir
de quel coſté on feroit
l'Attaque. M' de Navailles
trouva celuy des Marais le
plus commode. Son ſentiment
fut ſuivy , & il ordonna
aufli -toſt à M² de la
Motte-la - Mire principal
Ingénieur de l'Armée , de
faire un Pont ſur la Segre
avant la nuit , pour faire
paſſer l'Infanterie qui devoit
monter la Tranchée.
Cet habile Ingénieur eut
beſoin d'adreſſe. Les contremarches
qu'on avoit eſte
obligé
GALANT. 265
obligé de faire pour mieux
-garder le ſecret , eſtoient
cauſe qu'on n'avoit pû apporter
ſi viſte toutes les
choſes neceſſaires. Rien
n'eſtoit encor arrivé. Cependant
Me de la Motte,
fans. bois , fans outils , &
ſans Charpentiers, aidé feulement
des Cavaliers du
Regiment de la Valette, &
de M' de Grillon Brigadier
& Colonel de Cavalerie,
baſtit ce Pont dans le temps
preſcrit. M de Navailles
prit fon quartier vis- à - vis ,
pour eftre & plus pres de
Juin .
is-a -vis,
Z
266 MERCVRE
la Tranchée , & plus pres
du coſté par où les Ennemis
pouvoient tenter le paſſage .
La Tranchée fut ouverte à
minuit, & beaucoup avácée
fans perte. On la pouſſa
auſſi heureuſement le 2. &
le 3. jour. Le 4. fut encor
plus heureux. M² le Marquis
de Navailles à la teſte
de ſon Regiment , s'expoſa
beaucoup, & fit avancer la
Tranchée juſqu'à cent cinquante
pas de la Contrefcarpe.
Il y perdit M² de la
Roche Capitaine de fon
Regiment , qui fut extréGALANT.
267
mement regreté. Le s. la
Contreſcarpe devant eftre
attaquée, le ſignal fut donné
avec des Flambeaux allumez,
parce qu'on n'avoit
point encor de Canon. On
attaqua de tous coſtez . On
entra dans le Chemin couvert
, d'où la Cavalerie fut
chaſſée . Me de Surlaube y
fit tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de la
derniere intrépidité. Le
Regiment de Furſtemberg
y eut cinq Capitaines tuez.
Le Regiment de Saulx inſulta
le Chemin couvert,
r
L
Zij
268 MERCVRE
tua à coups d'Epée tout ce
qu'il trouva, &fit deux Capitaines
prifonniers. M'de
S. André s'y diftingua , &
fit un Logement ſur laContreſcarpe,
qu'on abandonna
pourtant , parce qu'on
ne pût achever la Ligne de
communication pour y aller
de la Tranchée. M² de
Bardonche Capitaine dans
ce Regiment, & M² du Mas
Capitaine dans Navailles,
furent tuez, & on prit une
Contreſcarpe ſans Canon,
-ce que d'autres que des
François n'ont point encor
GALANT. 269
fait. Il ne ſe paſſa rien de
conſidérable le 6. jour de
Tranchée. Le 7. on s'élargit.
On fit des Banquetes .
Onplaça force Sacs àterre.
Trois Pieces de feize , &
une de vingt-quatre , arriverent
au Camp,& tirerent
la meſme nuit, leur Baterie
êtant faite auparavant. On
apprit par une Lettre qu'un
Eſpion portoit au Gouverneur
, que le Comte de
Monterey eſperoit bientoſt
ſecourir la Place. Le 8.
les Regimens de Navailles,
de Caftres , & de Liftenay,
Z iij
270 MERCVRE
1
firent des Travaux ſurprenans.
Celuy de Navailles
envelopa & embraſſa toute
la Contreſcarpe juſqu'à la
Courtine , avec une diligence
&un ordre tout particulier.
M'le Marquis de
Navailles ſon Colonel,
montra toute la netteté de
jugement , & tout le courage
poffible. Le 9. on prépara
toutes choſes pour attacher
le Mineur , & l'on
eut nouvelles que les Ennemis
ſe mettoient en état
de venir ſecourir les Affiegez
. Le 10. on fit deuxBate
GALANT. 271
ries de deux Pieces chacune
pour batre la Courtine &
des Maiſons qui ſont en
- amphitheatre , & d'où tous
les Miquelets Eſpagnols &
les Habitans tiroient en
plongeant dans la Tranchée.
Le 11. on travailla à
un Logement dans le Rédan
du milieu de la Courtine
pour y conduire le Mi.
neur. On fut contraint de
l'abandonner. Le Mineur
de main droite avança jufques
à quatre toiſes, & celuy
de main gauche une &
demie. Le 12. une Baterie
Z iiij
272 MERCVRE
de deux Pieces commença
à batre l'épaule du flanc du
Baſtion de main gauche,
pour empefcher qu'il ne
puſt flanquer la bréche du
Baſtion de main droite,
quand elle feroit faite. Le
13. fut employé à faire deux
Logemens ſous les angles
flanquans de la Contrefcarpe,
& les Mineurs avancerent
beaucoup leurTravail
. On dreſſa une Baterie
de deux Pieces aupres de
celle du jour precédent.
Le 14. on fit un Epaulement
pour s'oppoſer au
GALANT. 273
Canon qui donnoit fur la
droite , tirant du flanc du
Baſtion qui flanque laPorte
de Livia. Ms de Cafaux, la
Motte- la- Mire , & Lauvilliers
, eſtant ſur le bord du
Chemin couvert qui fert
de Foſſe,&parlant auxEnnemis
, furent chargez de
Feux d'artifice, de Bombes
& de Grenades . M de Caſaux
y fut bleſſé d'un éclat
au deſſus de l'oeil . Le 15. on
fit ſortir le Mineur de main
gauche hors de la ſappe,
pour l'appliquer fous des
Madriers à la face du Baf274
MERCVRE
tion du meſme coſté; mais
on n'en pût venir à bout,
à cauſe de la prodigieufe
quantité de Feux d'artifice,
de Bombes , & de Barils 1
foudroyans, que les Ennemis
jetterent. Deux Mineurs,&
tous les Madriers,
en furent brûlez. Le 16. la
Mine du Baſtion de main
droite joüa , & fit la plus
grande bréche qui ſe ſoit
jamais veuë ; mais comme
c'eſtoit de la nouvelle maçonnerie,
au lieu de ſe partager
& de ſe fendre en
gros quartiers , elle ſe ſéGALANT.
275
para toute en autant de
morceaux qu'il y avoit de
pierres & de moillon. Ils
furent pouſſez fortloin par
la violence de la poudre, &
tuerent beaucoup de Soldats.
Les Ennemis nous
repouſſerent , & apres un
combat opiniâtré , ils ſe
retrancherent , parce que
nous n'avions point de
Canon qui viſt la Bréche .
- Des Matelas & des Sacs de
laine leur fervirent à ſe remparer.
M² le Marquis de
Navailles s'y diftingua par
fon courage , & M'le Bret
۱
276 MERCVRE
eut toutes les peines du
monde à le faire retirer.
On ne sçauroit affez exagerer
la conduite & le courage
des Officiers Genéraux
, & particulierement
de M'le Bret qui eſtoit de
jour, ainſi que M de la Villedieu.
M² de Caſaux qui
couchoit toûjours dans la
Tranchée , pour ne perdre
aucune occafion de ſe ſignaler,
y fit paroiſtre ſa bravoure
accoûtumée. Deux
Pieces de Canon arriverent
encor ce jour-là au Camp..
Le 17. on fit de nouveaux:
GALANT. 277
efforts pour appliquer le
Mineur , & pour l'attacher
ſous des Madriers au Baf
tion de main gauche . On
ſe ſervit meſmes des Portes
de fer d'une Egliſe qu'on
avoit trouvées. Le grand
feu des Ennemis renverſa
tout. Un Garde de M² de
Navailles , tres - brave &
tres- intrépide, y fut tué, &
pluſieurs autres. Le feu demeura
tout le lendemain
juſqu'à la hauteur de la
moitié des Ramparts , de
forte qu'on prit réſolution.
d'attacher le Mineur par
278 MERCVRE
r
la ſappe . M Doudreville
Major de Viercet , qui eft
plein de zele & de coeur,
s'en chargea. Les Ennemis
parurent le ſoir ſur les Montagnes
, & il y eut pluſieurs
eſcarmouches entr'eux &
nos Miquelets. Le 18. la
feconde Mine du Baſtion
de main droite eſtant prête
à joüer , on fomma les Ennemis
de ſe rendre . On ne
parla point au Gouverneur;
mais il fit répondre par un
des Officiers de la Place,
Qu'il ne s'attendoit pas à
estre afſiegé par un auſſi grand
GALANT. 279
Capitaine que M le Marefchal
Duc de Navailles ; Que
puis qu'il avoit reçen cet
honneur , il ne devoit pas
trouver mauvais qu'il fift
tout son poffible pour défendre
sa Place aux defpens
de tout son sang , & pour
Soûtenir les interests de fon
Prince , dont il efperoit à
chaque moment du secours;
Que plus il connoiſſoit le mérite
& la valeur des François
, plus il ſe ſentoit animé
àſeſignaler par sa défence,
& qu'il n'avoit point autre
chose à répondre. On mit le
280 MERCVRE
feu à la Mine à trois heures
apres midy. On joignit à
la Tranchée un Détachement
de deux cens Dragons
& de cinquante Hommes
de Saulx. On donna
l'aſſaut à pluſieurs repriſes.
Les Ennemis jetterent continuellement
des Bombes,
des Grenades , des Sacs à
poudre , & des Barils foudroyans
. M'de la Villedieu
fut bleſſé à mort , & M
Murat legerement au pied.
Les Officiers Suifſſes y firent
tres-bien leur devoir. M
de Melane monta l'Epée à
• GALANT. 281
la main ſur la Bréche. On
-ne peut montrer plus de
courage qu'en firent paroiſtre
les Officiers de Saulx
& les Officiers des Dragons.
Les Ennemis parurent
encor pour le ſecours
de la Place. Ils avoient pris
fur nos Miquelets la Tour
de Ripe, qui eſt un paſſage
dans les Montagnes. M'le
es . M'le
Mareſchal y alla avec une
petite Piece de Canon , la
reprit, & fit cinquante Soldats
prifonniers. Les Lieutenans
Genéraux ceſſerent
de monter la Tranchée ce
Juin.
Aa
282 MERCVRE
:
jour - là , & demeurerent
dans leurs Quartiers pour
eftre en état de s'oppofer
au Secours. Le 19. on fit de
nouvelles Sorties pour aller
à la bréche du Baſtion
de main droite. Trois Efcadrons
des Ennemis parurent
ce jour- là . Le Comte
de Monterey eſtoit General
de leur Armée. Il devoit
avoir plus d'expérience qu'-
aucun autre qui fuft en Efpagne
, ayant longtemps
commandé en Flandres, où
il s'eſtoit trouvé en pluſieurs
occafions importan
GALANT. 283
tes , & où il avoit appris le
Meſtier de la Guerre à ſes
deſpens , par la maniere
dont il l'avoit veu faire aux
François. Il eſtoit difficile
qu'il n'en euſt retenu des
leçons , la conduite & l'intrépidité
de ces Braves en
donnant toûjours de grandes
à ſuivre . ' D'un autre
cofté , ce General qui eft
fort eſtimé de D. Juan , ne
pouvoit manquer de forces
plus que fuffiſantes pour
venir à bout de fon deſſein.
Il eſtoit fur les Frontieres
d'Eſpagne , & avoit eu or
Aa ij
284 MERCVRE
dre d'aſſembler toute la
Nobleffe & toutes les Milices
du Païs , de tirer des
Troupes de toutes les Garnifons
, & de faire fortir de
Barcelone la grande Baniere
de S. Eulalie , c'eſt à
dire de faire marcher tout
ce qu'il y avoit d'Homines
au deſſus de quatorze ans .
Tout cela s'eſtoit execute.
Joignez à cela des Troupes
qu'on luy avoit envoyées
du fonds de l'Eſpagne. Le
Marquis de Leganés , &
pluſieurs autres Grandso
avoient ſuivy les Officiers
1
GALANT. 285
Genéraux , & l'eſtoient venus
joindre en pofte. Ainfi
on auroit eu peine à faire
des appreſts plus confidérables,
fi le Roy d'Eſpagne
euſt efté affiegé dans Madrid,&
qu'il euſt eſtéquef
tion de courir àfon ſecours.
Je ne ſçay ce qui fut réſolu
dans le Conſeil du Comte
de Monterey , mais il eſt
certain que tant de forces
aſſemblées ne nous empef
cherent pointde continuer
le Siege, qui dura encor
neuf ou dix jours de Tranchée.
Aucune Relation pu
286 MERCVRE
blique ny particuliere n'a
parlé de ces derniers jours ;
& c'eſt par là , & par d'autres
particularitez que vous
n'avez point ſçeuës, & dont
je vous viens de marquer
quelques-unes , que cette
Relationſera la ſeule qu'il y
ait encor euë entiere du Siege
de Puycerda. Je vous en
ayrendu cóptejuſqu'au 19.
jour. Le 20. on fit un Boyau
nouveau pour accourcir le
chemin qui pouvoit mener
au Baſtion de main gauche.
M d'Urban contribuant
de toutes ſes forces & de
GALANT. 287
tout ſon génie au ſervice du
Roy, ſe chargea d'une nouvelle
Mine au Baſtion de la
droite, qui devoit penétrer
juſques ſous les Retranchemens
des Ennemis , & les
prendre par derriere. Le 21 .
on continua le meſme Travail
. Le 22. on fit une Place
d'armes contre les Sorties
des Ennemis. On mit deux
Pieces de Canon qui enfiloient
& qui flanquoient la
Bréche . Le 23. on fut averty
que les Ennemis ſoufroient
beaucoup , qu'ils.
manquoient de Pain , &
288 MERCVRE
que leur Milice les quitoit.
Le 24. on continua la Ligne
paralelle à la face du Baftion
de main gauche qui
avoit eſté commencée dés
le 20. afin de faire aller cinquante
Hommes de front
à l'aſſaut quand la bréche
du Baſtion ſeroit faite . M
de Cafaux qui avoit toûjours
montré une activité
fans pareille , ſe chargea
d'une Mine au milieu de la
Courtine. On eut le meſme
jour nouvelle que les Ennemis
ſe retiroient. Le 25.
on continua les meſmes
Travaux,
GALANT. 289
Travaux , & l'on eut avis
certain que les Ennemis
ayant quité le deſſein de
ſecourir Puycerda, avoient
renvoyé les Garniſons de
Rozes & de Palamos . M
de Navailles qui prévoit à
tout , renvoya Mal'Intendant
à Perpignan pour
pourvoir au Roufſfillon, en
cas que les Ennemis prifſent
cette route, avec ordre
d'arreſter un Regiment
Anglois qui venoit au
Camp , & de s'en ſervir.
Mais les Ennemis avoient
aſſez fait de s'eſtre fatiguez
Juin. Bb
290 MERCVRE
en yain. Ils ne vouloient
point eſtre attaquans en
quelque lieu que ce fuft,
&ils voyoient par tout des
ordres ſi biendonnez pour
les recevoir , qu'ils aimerent
mieux ſe retirer tranquillement,
que de fe ha
zarder à eſtre contraints de
faire une retraite précipi
tée, ou à ſe voir repouſſez
des Lieux qu'ils auroient
pû attaquer pour faire diverſion.
Le 26. le 27. &
le 28. la Tranchéefut montée
à l'ordinaire, ſans qu'il
s'y paſſaſt rien de confidé
GALANT. 291
rable. On y joignit ſeulement
un Détachement de
deux cens Dragons. Le 29.
les Ennemis batirent la
Chamade àuneheure apres
midy,& envoyerentleChevalier
de Maſcarille pour
Oſtage, avec pouvoir de capituler.
Pendant ce temps
le Regiment d'Hamilton
arriva au Camp. On con
vint d'envoyer à Ripoüil
un Officier des Ennemis,
avec un Trompete , cinq
Cavaliers & autant des
Noftres , pour voir fi leur
,
Armée estoit retirée, & s'il
Bb ij
292 MERCVRE
y avoit du Secours à eſpe
rer. Cependant la Capitulation
fut ſignée , & il leur
fut accordé de fortir le 31.
deMay àdix heures du matin
, en cas que dans ce
temps ils ne fuſſent puifſamment
ſecourus, & qu'il
ne faluſt lever le Siege. On
monta la Tranchée à l'ordinaire
pendant ces trois
jours. La Capitulation fut
executée au jour marqué.
Les Articles furent tels
qu'on a accoûtumé d'accorder
à ceux qui fe font
défendus en braves Gens .
GALANT. 293
A
On ne leur accorda point
de Canon, & il leur fut ſeulement
permis d'emmener
dix - neuf Perſonnes maf
quées. Voicy une Lifte fi
delle de tout ce qui fortit
par laBréche. AL 2.
Cavalerie, 150Hommes .
Infanterie jaune, 500
Infanterie verte, 1365
Miquelets ,
Walons& Italiens, 2216
Le tout monte à 1281
Hommes en armes,
Miquelets maſquez, 4
Parmy les jaunes,
20 Parmy les verts,
Bb iij
294 MERCVRE
2
Parmy les Walons,
Parmy les Femmes,
MS 1 19masquez.
M de Navailles reçeut
les foûmiflions de la Ville
& du Clergé ; & Mode
S. André Brigadier partit
en pofte pour porter cette
nouvelle à la Cours
Dom Sanche de la Mirande
General de l'Artillerie
d'Eſpagne, Lieutenant
General de la Cavalerie, &
Gouverneur de toute la
Cerdagne, eftoit auſſiGouverneur
de Puycerda. Cinq
ifons principales d'o ad'ont
GALANT. 295
obligé à faire la vigoureuſe
reſiſtance qui luyvient d'aquerir
tant de réputation.
Il ſçavoit qu'on ne peut
refifter longtemps à des
François ſans beaucoup de
gloire. Sa Place ne manquoit
point d' Hommes.
Elle abondoit en Muni
tions. Il avoit acheté &
payé fon Gouvernement
en argent comptant. Il
venoit d'époufer une Heritiere
de Puycerda qui avoit
tout fon Bien dans la Ville
& aux environs ; & dans le
temps où il fut aſſiegé , on
Bb iiij
24
296 MERCVRE
folemnifoit encor ſes Nôces
, où il avoit prié quantité
de Nobleſſe du Païs
qui estoit demeurée dans
ſa Place . Ainſi outre l'honneur
qu'il trouvoit à acquerir
, il avoit beaucoup
de Bien à défendre. Il
voyoit d'ailleurs toutes les
forces d'Eſpagne à une
lieuë & demie de luy , & il
avoit ſujet d'eſperer qu'-
elles tenteroient du moins
quelque choſe pour ſon ſecours.
Cependant il ſemble
qu'elles ne foient venuëslà
que pour fatiguer M' de
GALANT. 297
Navailles , qui n'avoit pas
ſeulement l'occupationque
le Siege luy donnoit , mais
qui fongeoit continuellement
à ſe mettre hors d'état
d'eſtre ſurpris. Auſſi ne
doute-t- on pas que ſi les
Ennemis n'ont rien tenté,
c'eſt ſa vigilance toûjours
active qui en aefté la
Tous les Officiers Genéraux
ont fait des choſes
furprenantes. L'on ne peut
affez admirer M le Mar
quis de Navailles, qui dans
un âge ſi peu avancé a tant
donnédepreuves de valeur D
caufe.
/
298 MERCVRE
& de conduite. On peut
dire que toutes lesTroupes
ont eſté au feu, puis qu'en
un mois de temps jamais
Place n'a tant confomme
de poudre. Ainfi nosTroupes
nevoyoient que du feu
d'un coſté, &des neiges de
l'autre. Il ne falloit pas devant
cette Place un moins
habile Ingénieur queMde
laMotte-la-Mire. Les Sources
qui l'embaraſſoient par
tout dans les Travaux, luy
ont caufé des difficultez qui
e npouvoient eſtre ſurmontées
que par un zele com
GALANT. 299
me le ſien. Tous ceux qui
ont agy pour le ſervice du
Roy, y ont merité beaucoup
de gloire , & M'le
Camus -Beaulieu , Intendant
de l'Armée, a faitvoir
une continuelle activité en
tout ce qui regardoit fon
miniftere. C'eſt trop vous
parler de cette Place fans
vous en faire voir le Plan
Examinez - le , Madame... II.
eft tres - exact , & vous y
verrez toutes les Attaques
tres-fidellement marquées.
Vous pouvez Juger par là
de la capacité de M² de la
300 MERCVRE
Motte- la- Mire ; auſſi a- t- il
toutes les lumieres qu'on
peut avoir dans les choſes
dont il ſe mefle , & vous
n'en douterez pas quand
vous ſçaurez que c'eſt luy
qui a fortifié Pignerol, qui
paſſe pour un des plus
beaux Ouvrages de Fortifications
qui ſoient dans le
monde. Je ne vous parle
point des avantages qu'on
peut tirer de la conqueſte
de Puycerda. On ſçait afſez
, fans qu'il ſoit beſoin
de le dire , que la Capitale
d'un Païs en donne toû
GALANT. 301
jours beaucoup ; mais comme
celle-cy eſt d'une grande
importance au Roy d'Efpagne,
je croy qu'on peut
compter parmy les avantages
qu'elle nous aſſure,
celuy de contribuer au repos
de toute l'Europe. Le
Roy n'attendoitpas ſa priſe
pour luy offrir cette Paix
tant defirée, puis que dans
le meſme jour & à la mef
me heure que la Garniſon
de Puycerda ſortoit, l'Am- '
baſſadeur de Hollande eftoit
à l'audiance du Roy.
Ainſi l'on peut dire que la
302 MERCVRE
Victoire a toûjours accom
pagné cegrandMonarque,
&qu'ellel'a ſuivy juſqu'au
moment que ſes Ennemis
ont reconnu ſes bontez.
On a chanté le Te- Deum
pour la priſe de Puycerda.
Toutes les Cours Souveraines
y ont aſſiſté. M le
Premier Préſident de Novion
s'y eſt trouvé pour la
premiere fois en cette qualité.
Il avoit eſté reçeu le
mefme jour. Comme il
avoit accoutumé d'aller au
Palais de grand matin , il
s'y eſtoit rendu à l'heure
GALANT. 303
ordinaire. QuantitédePerfonnes
de qquuaalliittéé l'attendoient
à Ll''eennttrrééee ddee llaa..
Grand Chambre pour le
falüer. Il y entra , & tra
vailla avec ceux qui compoſent
cer Auguſte Corps.
Meſſieurs les Ducs de Foix,
de Coiflin , de Geſvres , &
pluſieurs autres , juſqu'au
nombre de douze , y vinrent
dans le meſme temps.
Si - toſt que Monfieur le
Duc fut arrivé , Monfieur
le Premier Préſident alla
au Greffe de la Cour accompagnédes
meſmes Per-す。
304MERCVRE
fonnes de qualité qu'il avoit
trouvées en entrant.
Pendant le temps qu'il y
demeura , Mile Coq rapporta
ſes Proviſions à la
Cour , avec ſon Enqueste
de vie & moeurs. Apres
que le tout eut eſté leû, on
prit les Conclufions deM
le Procureur General. On
demanda les Avis , &ion
affembla les Chambres .En
fuite deux Conſeillers alle
rent prendre Monfieur de
Novion, auquel en entrant
dans le Barreau , Monfieur
le Préſident leCogneux fit
20
GALANT. 305
faire le ferment accoûtumé.
Cela fait , il prit ſa
place, & fortit à la teſte de
la Compagnie pour aller à
laTournelle, d'où il revint
ſuivy de Meſſieurs les Préfidens
àMortier avec leurs
Robes rouges. On tint
l'Audience en ſuite , à laquelle
Monfieur le Duc
aſſiſta , ainſi que les autres
Ducs qui avoient eſté préfens
à cette Reception.
L' Aſſemblée generale
des Etats d'Artois s'eſt tenuë
le premier jour de ce
Mois. Ceux qui en firent
Juin.
Cc
:
306 MERCVRE
L'ouverture de la part du
Roy , furent Monfieur le
Duc d'Elbeuf Gouverneur
de la Province, M'deBréreüil
qui en eſt Intendant,
M deMontplaifir Lieutenant
de Roy d'Arrassen
l'absence de M'le Comte
deMonbron qui ne s'y pût
rencontrer , & M. Scaron
de Longue Préſident du
Confeild'Artois . Monfieur
le Duc du Lude , & M
Courtin, qui paſſoient à
Arras dans ce temps- là, s'y
rouverent . Ces dernier
conſervant beaucoup d'af
GALANT. 307
&
fectionpour cetteProvince
dont il a eſté un des pre
miers Intendans, fut bien
aiſe de luy en donner ce
témoignage, qui fut reçeu
dentour le monde avec
grande joye. Deux Evef
ques, plus de vingtAbbez,
& pres de cent Gentilshommes
, copoſerent l'Affemblée.
Apres que Mon
fieur le Duc d'Elbeuf leur
cut expliqué en peu de
mots les intentionsduRoy,
M' de Bréteüil les harangua
avec fon éloquence
ordinaire. Il leur fit com-
1
Cc ij
308 MERCVRE
prendre l'obligation qu'ils
avoient à Sa Majesté , non
ſeulement de ce que par les
Conqueſtes qu'Elle avoit
faites en perſonne , Elle
avoit acquis à leurs Villes
l'avantage de ne plus eſtre
Frontieres, mais de ce qu'a
elle vouloit encor les meti
tre en état de ne plus rien
craindre des Ennemis, en
retenant par la Paixydeş
Places qui les laiſſeront à
couvertde toute forte d'infultes.
Monfieur l'Evefque
d'Arras , de la Maiſon de
Seve-Rochechotiart, Fils
GALANT. 309
r
de M de Seve qui a efté
Prevoſt des Marchands, les
remercia au nom de l'Af
ſemblée ,& les pria d'aſſu
rer le Roy duzele&de l'af
fection qu'ils avoient pour
ſon ſervice, ce qu'ils tâche
roient de faire paroiftre par
les promptes réſolutions
qu'ils alloient prendre fur
ce qui leur venoit d'eſtre
propofel of sq a
Comme Sa Majesté de
voit paffer en Artois pour
s'en retourner àS.Germain,
& qu'à cause de cetteAl
ſemblée chacun ne pouvoit
310 MERCVRE
en ſon particulier luy aller
rendre ſes reſpects , on dé.
puta M ' le Comte de Belle
foriere, Parent de Mle
Marquis de Soyecourt, qui
P'alla complimenter à fon
paſſage , & qui s'acquita
tres-bien de cette commif
fion. On a renouvellé cette
année les Députez Genéraux.
Ce changement ne ſe
fait que tous les trois ans.
Le Clergé a nommé M
l'Abbé de Choques , la
Nobleſſe , M' le Comte de
Maure , de la Maiſon de
Bernage; & le Tiers Etar,
GALANT. 1
M' Paliſot - d'Incourt. Ce
font trois Perſonnes d'un
fort grand mérite. Ils ont
eſté pluſieurs fois députez
aupres de Sa Majefté, & ſe
font toûjours acquitez de
cetEmploy à la fatisfaction
de laProvince.ebandon
1911Outre ces Députez Genéraux,
on en fait trois autres
chaque année pour alleren
Cour. On a choiſy
celle- cy M'l'Abbéde Suze
Eveſque de S. Omer, M'le
Vicomte de la Thieuloye
de la Maiſon de Saluces,
qui font préſentement de
312 MERCVRE
&
laDéputation Generale, &
le meſme M² d'Incourt qui
eft fait Député General ,
qui l'eſtoit l'année derniere
pour la Cour, avec Ma l'Abbé
le Febvre,&M le Comte
de Gomiecourt. Je vous ay
déja parlé de ces trois derniers.
On ne peut trop dire
à l'avantage des autres. M'
l'Eveſque de S. Omer s'eſt
toûjours fait diftinguer par
tout, & fon mérite répond
à ſa Dignité.
Le Roy a fait l'honneur
à M'le Duc de S. Aignan ,
de luy témoigner par la
Réponce
GALANT. 313
Réponce qui ſuit , la fatisfaction
qu'il avoit reçeuë
de ſa Lettre,
REPONSE
DV ROY
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
On Cousin, Vous ne
Mdedveevezzpplluuss vous mettre
en peine de vous distinguer
auprès de moy ; ily a
long- temps que vostre zele
pour tout ce qui me regarde
Juin.
Dd
314 MERCVRE
a fait cette distinction. le
fuis fort persuadé qu'ilſe ſi
gnalera toûjours dans la Paix
comme dans la Guerre . Ie
ne doute pas mesmes que les
effets ne furpaſſent encor
vos expreſſions , & j'ay bien
voulu vous dire que c'est avec
cet agrément & cette
confiance que j'ay leu vostre
derniere Lettre . Priant Dieu
1 au fürplus qu'il vous ait,
mon Cousin , en ſa ſainte &
digne garde. A S. Germain
en Laye Le 15. Inin 1678 .
Signé, LOUIS.
GALANT. 315
Je vous envoye les Préceptes
Galans. Ils font de
M Ferrier . L'Adieu aux
Muſes, & l'Elegie du commencement
de ce Livre
que je vous fis voir il y a
quatre ou cinq mois , ne
-vous laiſſent point douter
de la facilité de ſon Génie
pour les Vers. Il ſemble
qu'il ait eſté animé de l'efprit
d'Ovide en compoſant
cet Ouvrage. Il en a retranché
toutes les libertez qui
pouvoient bleſſer, & ce qui
eft de luy ne def-honore
point ce qui n'eſtque Traduction.
316 MERCVRE
Les uns fongent à l'a
mour , les autres à boire.
Cette Chanſon qui s'adreſſe
à nos Amis les Hollandois
, a eſté faite pour les
derniers. L'Air eft de M
Rigautde Tours.
AIR A BOIRE .
Vis que le grand Loüis en bor.
nantfes Exploits,
Vous apermisdequiter la rapiere,
Venez, pauvres Beuveurs de
Biere, :
Boire nos Vins comme autrefois.
Sortezde vos Marais,venezrougir
vos trognes;
Nous n'avos plus d'autresfoucis
Que de trouver affezd'Yvrognes
GALANT. 317
Pour vuider promptement nos
Muids.
Les Enigmes continuënt
toûjours à exercer agreablement
les Eſprits . M
Robbe qui a trouvé le vray
ſens des deux en Vers de ma
Lettre du Mois de May , a
expliqué ainſi la premiere..
Adis Pan inventa la Fluſte,
Pourexpliquerſon amoureux tourment.
Touchant l'invention d'un fi bel
Instrument,
Perſonne avec luy ne diſpute;
Mais en voyant l'Enigme d'au
jourd'huy
4
Didiij
318 MERCVRE
Le doute qui des deux merite da--
vantage,
Ou du Dieu Pan, ou de celuy
Qui nous en aſçeu faire unefi belle
image.
Ceux qui ont trouvé ce
meſme Mot de Flufte , de
Flageolet , de Hautbois , ou
de Chalumeau ( car ce n'eſt
qu'une meſme choſe ) font
Meſdames les Marquiſes
de Montbrun & de Briards;,
Meſdames de Nancour ; de
Fontenay, de la Parroiſſe de
Prefle en Brie ; de Couvrigny
, proche de Falaiſe;
Sarnet, de Picardie ; MefGALANT.
319
demoiselles Hebert , Ruë
Quinquempoix ; Riviere ;
Merles ; & Odinet, d'Auxerre
; Artemiſe, du Mont;
Crifto, de Bourges ; Iris, de
Gien ; de la Salle, de Blois;
du Colombier, pres deMadame
la Comteſſe de Torigny
, de la Chapelle, Ruë
Guenegaud; de Sommelfdirks
. de Chaſtillon en Batois
, dans le Nivernois ;
Meſſieurs de la Salle , de
Rheims ; Malbert ; Aymés,
de Beziers ; Tapprel, S¹ du
Creux; Vaglier, de Mouffy;
Mignot de Buffy , Gentil-
Dd iiij
220 MERCVRE
homme de Villefranche en
Beaujollois ; de Recul,Gentilhomme
de Picardie ; de
la Heſtroy ; de Gaillonnet,
L'Amant conſtant de la
Belle N. P. Préaudeau, Avocat
en Parlement àParis;
Vautier, Avocat de Roüen ;
de Courteville , de Paris;
Buglet, de Troyes ; de l'Arbriſſeau
, & le Solitaire de
l'Oratoire; Bodin,de Lyon,
de S. Antoine le Brun , de
Lyon ; Baifé le jeune , de
Paris ; Gayet-Tarlet , d'Avignon
; de Villedieu , de
Pontoiſe; Gardien, Secre-.
GALANT. 321
taire duRoy; Le Lyonnois,
de Paris ; L'Abbé de Jully ,
du Havre ; Le Chevalier de
Clerville ; Faverel, de Paris;
Comiers , Prevoſt du Chapitre
de Ternand ; Berout,
Medecin de Conches ; Les
Hermites de S.Giraud & de
Fontainebleau ; Le jeune
Medecin desBelles de Ren
nes ; Les trois Freres , de
Blois; Le Berger Alcandre;
Julie,de la Place Royale; La
Ville de Compiegne ; Les
Bergeres deLoches; La Bergere
Catin; La Societé.
Cloiſtrée de Paris .
322 MERCVRE
rs
Ms Chantoiſeau , de
Brie - Comte - Robert ; Le
Chevalier de l'Etoile ; du
Vaucel, d'Evreux ; Roland,
Avocat à Rheims ; Bazin ,
Chanoine deTroyes; Duval
l'aîné , Medecin d'Evreux;
du Matha- d'Emery ;
bloville , proche d'Argentan
; & Mademoiselle Gathier
, de Chaftillon fur
Marne , l'ont expliquée en
Vers .
2
d'ALa
ſeconde Enigme a
eſté ainſi expliquée dans
fon vray ſens par M¹ Gardien
Secretaire du Roy.
GALANT. 323
Toyquifais la beauté de toute
Toy dont l'on ne peutfaire une juſte
peinture,
Qui tedevances, qui te ſuis,
Qui donnes les jours & les nuits ,
Dont chaque instant commence
finit la carriere,
Soleil, éclatante lumiere,
Quandpardes ordres eternels
Ta courſe enfaveur des Mortels,
Pourroit devenir eternelle,
Ferois- tuvoir encor comme chezles
François,
Le plus grand de tous les Rois,
Avec tant de vertus la Reyne la
plus belle,
Les Miniſtres lesplus prudens,
Les Guerriersles plus vaillans
EtlePeuple leplusfidelle ?
324 MERCVRE
Mrs Robbe ; Faverel ;
Franco de Tibivilier ; des
Avaris , Secretaire de M
de Matignon , Lieutenant
General de Sa Majesté au
Gouvernemet de Normandie
; & le Satyre Troyen,
ont auffi trouvé le soleil.
La Ville de Nefle l'a
expliquée en Vers. M
du Vaucel ; Aymés , Fils;
Mignot, de Buſſy ; de Gaillonnet
; Roland , Avocat
à Rheims ; de S. Antoine
le Brun ; Le Chevalier de
Clerville ; & de la Salle,
Fils d'un Secretaire du Roy
rs
GALANT. 325
r
àRheims, ont crû que c'eftoit
le lour ; M² Chantoiſeau,
l'Horloge ; Midu Matha-
d'Emery , l'Enigme de
I' Enigme en Vers ; M² d'Abloville
, l'or ; M Berout,
& l'Hermite de S. Giraud,
le Feu ; Télamire , le lour;
Les Bergeres de Loches, la
Chandelle ; Madame la Marquife
de Briards, l'Aurore;
Mademoiselle Hebert, Ruë
Quinquempoix , la Lune;
Mademoiselle Grimpé, d'Amiens,
l'Arc-en-Ciel ; & Mademoiſelle
Joüet, de la Ruë
des Roſiers, l'Argent. 1
326 MERCVRE
Le
Voicy les noms de ceux
qui ont trouvé le vray ſens
de toutes les deux. Mts Foineau
, Sous -Chantre de la
Cathédrale de Vannes ; Le
Duc, Avocat ; Carolet, A.
vocat en Parlement ; Monnereau,
de Xaintonge ;
Chevalier , de la Ruë Chapon
; de la Barre, St du Plefſis
, Conſeiller à Chinon ;
Pagés, de Sedan ; des Prez ,
Maiſtre de Muſique ; Lagrené
de Vrilly; de Launay,
de.Caën ; Grandin , Doyen
de Vendoſme ; Broſſard,
d'Argentan ; Griffon, Con
GALANT. 327
ſeiller au Siege Prefidial de
la Rochelle ; Michellet de
Bellefontaine ; Renaud, S
de Foriers en Champagne;
Maze, de Roüen ; Treblad
de Fonfrouſſe , d'Aix ; du
Sephin , pres de Saumur ;
Céliſandre , G. P. de la
Coudre ; Hermophile de
Médicis, de Beauvais ; Virreau
; de la Salle, Sª de Létang,
de Rheims ; LaGrive,
de Lyon ; Loyſeau , de
Coulommiers ; Le Chevalier
de la Heronne , de
Roüen ; de la Foſſe de Vaudevire
, de S. Lo ; Valter,
328 MERCVRE
Gentilhomme Allemand,
Bouchet, de Lyon ; Roux,
Medecin de Vienne en
Dauphiné ; Durand de
Clerbec , proche le Pont-
Leveſque ; Laſſon le jeune,
Medecin à Châlons en
Champagne ; de la Barre,
de Roüen ; de Cohon, d'Alençon
; Pantot , de Lyon;
Fleury , de Durſet enNormandie
; de Conſtantin, de
Bordeaux ; L'Abbé de Landevennet
; Thabaud des
Ferronds ; Madame du Val,
Cloiſtre S. Nicolas du Louvre
; Madame du Carron
GALANT. 329
de Pierreval , de Dieppe;
Les Dames de Mons ; Mef
demoiselles Raince , de la
Ruë Chapon ; Pezé la Cadete
, du Mans ; Renavaly,
de Breſt en Bretagne ; Lochon.
& Rocheboüet , de
Mondoubleau ; Herblin la
Fille ; Brijon ; Le Solitaire
de Paris ; Le Secretaire des
Dames de Saumur ; Les
Bergers de la Fontaine-
Arſon, de Noyon ; Les Bergers
ſans Moutons, du Païs
Moutons,
de Caux ; Les Alliez du
Mont S.Hilaire, de Noyon
en Picardie ; Le Pareffeux,
Juin. Ee
330MERCURE
de Villars en Bourbonnois
; Neptune ; La Dame
Inviſible; La Belle Malade,
de la Ruë de S. Pére ; Sans
vous je n'aime rien ; M. N.
de Bordeaux ; La Belle Infante
, du Quartier S. Euftache
. Meſdemoiſelles de
Launay, de Chaftillon, ont
expliqué l'une & l'autre en
Vers , ainſi que Mrs Germain
, Preſtre de Caën ;
Houppin lejeune, de Beauvais
; du Mont , Avocat à
Chaumont le François ;
& un Chanoine de S. Vi-
Ctor.
GALANT. 331
Nouvelles Enigmes que
je vous propoſe. La premiere
eſt d'une Perſonne
de la premiere qualité.
5252525225525252
ENIGME.
Antoft pauvre , tantoft
riche,
Presque tout le long du
jour
Amon voisin jefais niche,
Ilme lafaitàson tour.
A chacun jem'abandonne,
Le moindre mefait la loy,
Et toûjours mon nomsedonne
A ce qui vautmieux que moy.
Dans une fombre demeure
Eeij
332 MERCVRE
Sans regret je fuis caché,
Etmesmeſouvent je pleure
Lorsque j'enfuis arraché.
Quandonm'exposeàl'orage
Sur un perfide Element,
Jenecrains point lenaufrage,
Etmenayeàtout moment.
Jen'ay bras, ny pieds, ny teſte.
Lene fuis de chair, ny d'os,
Etfi toft que l'anm'arreste,
L'autre trouble mon repos.
AUTRE ENIGME.
VeclesRais je prens
naiſſance,
Ils ont besoin de moy,
jenefuisrien säs eux,
Lefersa leurgrandeur, j'éleve leur
puiffance,
Scion leur volonté je puis eftre en
tous lieux.
GALANT 333
==}}
S2
Isfuis par tout d'une mesmenature,
1
lefuis d'un plus ou moindre prix,
Souvent je change defigure,
Selon la mode des Païs.
Se
Si l'on me voit toûjours de miſe.
Chezles Rois &les Empercurs.
Icfuisfoûmis dedans l'Eglife
AuxAbbez, Prelats&Pasteurs...
52
Plus on mefoule aux pieds, plusj'en
tire avantage,
Plus c'eſtma pompe&mo honeur
Bienloindemevanger de celuy qui
moutrage,
Lefaisfagloire&sa grandeur.
Je commence l'Enigme
d'Ino par les divers ſens
!
334 MERCVRE
:
:
qu'on luy a donnez. MS
de la Salle Fils , la Foudre;
Le Duc , Avocat , la Tempeste
; Le Chevalier , de la
Ruë Chapon , le Tonnerre;
Nicolaif Nippuoh de Mariffel,
le naufrage d'un Vaif-
Seau, la Macreuse, une Pierre
prétieuse , ou un Favory ;
Maze , de Roüen , La Fontaine
qui fort d'un Rocher;
du Mont , Avocat à Chaumont
, la Pluye; Laſſon le
jeune, la Glace ; Pantot , la
Pluye précedée du Tonnerre ,
l'Infidelité punie, l'Inondation
&priſe d'Ypres ; Chan
GALANT. 335
toiſeau, la prise de Gand;
Gardien , la Révolution de
la Hollande ; Aymés Fils, la
Paix de la Hollande ; des
Bois, la Hollande ſe jettant
dans les bras de la France ;
Renaud , S de Foriers , la
Hollande humiliée parleRoy;
Broſſard , l'Arc -en - Ciel;
Bonnet, de Vaux , la Nége,
Franco de Tibivilier , le
Cristal; du Vaucel, la Seine;
de Cohon , l'Ambre , ou la
Gomme de quelque Arbre;
de la Salle , S de Leſtang,
la Fonte; de la Barre, S' du
Pleffis , Conſeiller à Chi
336 MERCVRE
non, l'Epervier; Butor , la
Pierre ddee Courteville,, de
Paris, la Folie; du Matha.
d'Emery, la Gelée, le Rbsme,
ou Versailles ; Berout,
VAlchimie ; Meſdemoiselles
le Pelletier , de Meaux , la
Mort, la Ialoufie, ou les Simptomes
de la Fievre; Hebert,
Ruë Quinquempoix, le Bla-
Son; Merles & Audiner,
d'Auxerre, le Croiſſant de la
Lune ; de Launay, de Chaftillon,
la Perle, ou la Rosée;
Penavaly , la Bombe; La
Belle Malade ,la Foudres
Les Bergeres de Loches,
une
GALANT. 337
S
une Fontaine ; Sans vous je
n'aime rien , l'Imprimerie,
L'Indiférent, de S.Quentin,
La Banqueroute ; le Berger
Alcandre , la laloufie ; le
jeune Medecin de Rennes,
la Paix avec la Hollande;
L'Amant conſtant de la
Belle N. P. le Croiſſant de
la Lune ; Neptune, une Comete
; Le faux Criſante , le
Froid ; Les Bergeres ſans
Moutons, le Flux & le Reflux
de la Mer ; Le Secretaire
des Dames de Saumur,
La Tempeste.
La Belle Captive de la
Juin.
Ff
238 MERCVRE
rs
Ruë S. Antoine , la Salamandre
prifonniere, le Satyre
Troyen , Celiſandre,
& M Lagrené de Vrilly,
& Gigaut de Caën, qui ont
expliqué cette Enigme fur
La Cascade, en ont trouvé le
vray fens. Ino qui ſe précipite
dans la Mer, la repreſente
; & les Nymphes qui
demeurent changées en
pierres en courant apres
elle pour l'arreſter, ſont les
Statuës qui en ſont ordinairement
les ornemens .
La Figure d' Hercule qui
tientAntée en l'air dans ſes
:
Da
HERCULEET.ANTEE
ENIGM
GALANT. 339
bras, vous fournira un nouveau
ſujet d'exercer vos refveries.
Vous ſçavez trop
bien les Fables pour ignorer
qu'Antée Fils de Neptune
& de la Terre , avoit
quarante coudées de hau- .
teur , & qu'en combatant
avec Hercule , le ſecours
que luy preſtoit la Terre
dés qu'il la touchoit , luy
donnoit de nouvelles forces.
AinſiHercule n'auroit
pû le vaincre , s'il n'euſt
eu l'adreſſe de le faifir de
la maniere que vous le
voyez dans ce Tableau. Il
If ij
340 MERCVRE
l'éleva en l'air, le preſſa
entre ſes bras , & l'étoufa .
M l'Abbé Colbert a
preſché pour la premiere
fois , & ce Sermon a fait
tant de bruit , qu'il eſt difficile
que vous n'en ayez
déja entendu parler. Il
choiſit pour cela le jour de
la Fefte de S. Jean- Baptifte
Patron de Monfieur Colbert
ſon Pere , & preſcha
à Sceaux , où il fut admiré
d'une des plus Illuſtres Afſemblées
qu'on ait veuës
depuis longtemps, & pour
fon éloquence , & pour la
GALANT. 341
grace avec laquelle il prononça
le Panegyrique du
Saint. On ne pouvoit moins
attendre de luy, apres l'avoir
veu s'acquiter fi dignement
de toutes les Actions
qu'il a faites en Sorbonne.
Je vous en ay parlé pluſieurs
fois . Entre un grand nombre
de Perſonnes confidérables
qui ſe trouverent à
ce Sermon, celles qui te
noient le premier rang, fu
rentMademoiselle deBlois ,
Monfieur l'Admiral fon
Frere, Madame la Princeſſe
de Chevreuſe, Monfieur le
F f iij
342 MERCVRE
Duc de Luynes , Madame
la Ducheſſe ſa Femme,
Monfieur & Madame Colbert,
Monfieur & Madame
de Chevreuſe , Madame la
Comteſſe de Saint Aignan,
Monfieur le Marquis de
Seignelay , M Puffor avec
toute ſa Famille, Monfieur
l'Archeveſque de Sens,
Monfieur le Coadjuteur
d'Arles ; Meffieurs les Evef
ques d'Evreux , d'Orleans,
d'Angouleſme , de Montauban
, de S. Papoul , de
S. Brieu , & un tres -grand
nombre d'Abbez de quaGALANT.
343
m
lité. On y vit beaucoup
d'Illuſtres Prédicateurs , le
P. Girou , le P. Bourdalouë,
M'l'Abbé de S. Martin,&c.
avec une partie de Meffieurs
de l'Académie Françoiſe
. Je ne vous parle
point de pluſieurs Maiſtres
des Requeſtes , Conſeillers
Sens du Parlement , & autres
# Magiftrats,& d'une infinité
d'autres Perſonnes de qualité
& de mérite que la curioſité
avoit attirez .
Quoy que la Paix genérale
dont on eſpere bientoſt
la conclufion, ſoit pref-
Ff inj
344 MERCVRE
que la ſeule matiere qui s'agite
preſentement , je ne
puis finir ſans vous dire encor
trois mots de Guerre.
Ils ſerviront à vous faire
mieux connoiſtre que le
Roy renonce à pourſuivre
ſes Victoires dans un temps
où il eſt en pouvoir de vaincre
par tout. La Campagne
eſt à moitié faite du coſté
d'Allemagne . Cependant
le grand nombre d'Alliez
qui agiſſent de ce coſté,
loin d'eſtre en état de rien
entreprendre, ſont tous les
jours dans la crainte d'eſtre
1
GALANT. 345
attaquez , & leurs Conqueſtes
ont eſté auſſi imaginaires
que celles qu'ils
font tous les Hyvers dans
le Cabinet. Ils ont fort peu
d'Infanterie,& en tres- mauvais
ordre, & font toûjours
fort refferrez dans leur
Camp. Le 9. de ce mois
il y eut une petite eſcarmouche
, dans laquelle ils
furent repouſſez juſqu'à la
tefte de leur Camp. Les
Gardes du Corps firent des
merveilles à leur ordinaire .
Il y en eut trois de fort
bleſſez . Un Lieutenant de
;
346 MERCVRE
Noailles eut ſon Cheval
tué ſous luy , & fe retira
en croupe derriere M de
Briaille. M'du Vivier Ayde
de Camp, y reçeut un coup
fort favorable au petit ventre,
& en fut quite pour une
legere contufion . Le 13. au
matin , dés que le broüillard
& le jour pûrent permettre
de jetter les yeux
fur le Camp des Ennemis,
Male Mareſchal de Créquy
vit luy-méme qu'ils avoient
décaimpé , & ayant fuivy
leur marche, il s'apperçeut
qu'ilsvenoient pour fefe pof
1
GALANT. 347
ter entre Briſac & luy, &
que la teſte de leur Armée
eſtoit tournée pour gagner
les Hauteurs de Leyle. Il
fit marcher ſonAvantgarde
avec tant de diligence,
qu'il les prevint ; ce qui les
obligea de demeurer en
Bataille fur les. Hauteurs
d'Echeſſet. Ils décamperent
le 14. à quatre heures
du foir, comme pour venir
à nous , & voulurent faire
pouffer nos Gardes qui les
repoufferent. Le choc fut
aſſez rude , mais heureux
pour nous , puis que nous
348 MEROVRE
n'y perdîmes perſonne.
Nous les ſuivîmes le ſoir
d'aſſez pres pour reconnoiſtre
que toute leur Armée
estoit en marche. Ils
camperent à demy lieuë de
la noſtre . Les Gardes du
Roy, au nombre de trentecinq
, commandez par un
Garde du Corps nommé
M'de la Roſe, leur ont pris
quarante- ſept Chevaux, &
renversé pluſieurs Chariots
chagez de Vin & de Farines
. Les Ennemis voudroient
nous ofter la communication
de Brifac ; mais
GALANT. 349
r
-M de Créquy eſt ſi vigilant
, que des qu'ils prétendent
s'emparer de quel
que Poſte, ils ſont étonnez
de l'y voir. On a furpris
une Fille habillée en Soldat
qui s'alloit jetter dans leur
Camp. Depuis le commencement
du mois jufques
au 17. qu'on s'eſt approché
de l'Armée des Ennemis
, M² de Créquy ne
s'eſt point couché. M² le
Marquis de Créquy effuye
les meſmes fatigues. Les
Ennemis apréhendent fort
d'eſtre attaquez , à ce que
r
r
350 MERCVRE
diſent les Rendus qui arri.
vent tous les jours dans
noftre Camp. On a ſçeu
par eux que le Pain commence
à devenir fort rare
dans leur Quartier. Un fi
beau commencement de
Campagne ne leur en doit
pas laiſſer eſperer des ſuites
trop avantageuſes. Il eſt
vray qu'il leur vient du
renfort , mais le Détachement
de Flandres devoit
joindre M'le Mareſchal de
Créquy le 20. ou 22. de ce
mois. Ainfi la partie fera
toûjours égale , ſi l'on en
GALANT. 351
el
?
1
r
excepte la valeur des Troupes,
la conduite des Chefs,
&les ordres qui font mouvoir
les uns & les autres.
M de Luxembourg fait
beaucoup ſans rien faire,
& les Troupes qu'il commande
ne contribuënt pas
peu à la Paix. Pluſieurs
Dames de Bruxelles ont
eſté voir ſon Camp. Il les
a régalées , & elles ont admire
la galanterie des François
.
r
M Maneffier, Seigneur
d'Auxy, Franqueville, Lierval
, &c. a épousé Made
352 MEROVRE
moiſelle de Saqueſpée. Elle
eft Fille de Male Vicomte
de Selincourt , qui commande
la Venerie de Monſeigneur
le Dauphin. Ce
jeune Prince leur a fait
l'honneur de ſigner au
Contract de Mariage. Ils
font tous deux fort jeunes,
& l'un & l'autre d'une tresnoble
& ancienne Famille
de Picardie .
Je n'avois point oüyparler
de ce quevous me dites
que vous avez leû dans la
Gazete de Hollande , des
honneſtetez que quelques
GALANT. 353
Of
e
V
1
r
Priſonniers Hollandois avoient
reçeuës de M le
Duc de S. Aignan. Je m'en
fuis informé, & j'ay ſçeu
que de ceux qui furent pris
à la Bataille de Caſſel , on
en avoit envoyé trois cens
au Havre. Ils y firent quelque
ſejour avant qu'on les
en retiraſt ; & les vents
contraires les ayant obligez
d'y relâcher apres leur
embarquement , I'Illuſtre
Duc qui eſt Gouverneur
de cette Place , traita les
Officiers avec tant de civi-
Lité, & donna tant de mar-
Juin.
>
Gg
354 MERCVRE
ques de bonté aux Soldats
pendant quelques jours
qu'ils paſſerent à la Rade,
qu'on ne doit pas eftre furpris
ſi les Hollandois ſe
font fait une gloire de le
publier. Il eſt certain qu'ils
ne pouvoient mieux juftifier
qu'en parlant de luy,
ce qu'ils font dire à leur
Gazete dans l'Article qui
le regarde , qu'on voit rarement
qu'on foit brave
fans eftre civil .
Vous avez veu ce que la
Muſete a écrit au Chien
pour fon Berger. Voyez la
Réponſe.
1
GALANT. 355
ةلا
}
i
1
1
2525252525252525
LE CHIEN.
A LA MUSETTE ..
Ous , Mufete , qui ne
m'eſtes pas tant incon- VOR
nuë queje vous le fuis, vous
ne devez pas estre surprise
fi en répondant d'abord pour
vous à vostre Berger , je
n'ay pû voirfans murmure
qu'il vous obligeaſt à porter
un nom qui meparoiſſoit peu
digne de vous . Ie ne doute
point que vous n'ayez bien
Ggij
356 MERCVRE
examiné les ſuites avant que
de vous résoudre à l'accepter;
mais puis que l'Amour
vous l'a donné, comme vous
en demeurez d'accord , il eft
à craindre qu'on ne se perfunde
que ce soit ce mesme
Amour qui vous ait engagée
à le recevoir. Pour moy qui
ne connoiſſois pas mon Rival
ily a quelque temps , je me
préparois à vous dire qu'il
est beaucoup de Bergeres qui
préfereroient un bon Chien
àun meschant Berger ; mais
depuis qu'on m'a fçeu informer
de ce qu'il vaut , je voy
GALANT. 357
bien qu'entre le choix d'un
0 Chien ,
bon Berger ou d'un bon
vous ne trouverez
guére à balancer.
Cependant on n'ajamais veu
De Chien devenir infidelle ;
Au lieu que ce n'eſt pas une
choſe nouvelle
Qu'un Berger change à l'im-
Pourveu,
1
コメ
ل
Et ſe faſſe unebagatelle
D'en conter àquelqu'autre auſſi
bien qu'à ſa Belle ,
Quand il le peut à ſon inſçeu.
Vous ne l'ignorezpas, belle
Musete (car il faut chercher
à vous plaire en vous don
358 MERCVRE
nant un nom qui vous plaist)
mais vous n'aimezpas , ditesvous
, à estre careßée d'un
Chien. Si l'inclination de
carreffer est le seul defaut
que vous me trouviez, il ne
feroit pas difficile de nous
accorder. Ie ne suis pas de
ces Chiens dont la groffeur
embaraffe , & dont le peu de
propreté rend les flateries
dangereuses pour les fupes;
mais quand je ſerois de ces
Barbets mal peignez , qui
font toûjours dans les crotes,
vous neferiezpas recevable
à vous défendre de me pren
GALANT. 359
dre à voſtre ſervice , fur
L'importunité de mes carreffes
, puis que je conſens à
me contenter du plaisir de
vous regarder de loin,fivous
craignez qu'en vous regardant
de trop pres, je ne vous
fois plus incommode que
L'heureux Berger dont vous
voulez bien eſtre la Muſete.
Il est vray qu'ilsçait exprimersa
tendreffe. d'une maniere
bien plus fpirituelle que
par des carreſſes , & qu'un
Chien, tel qu'ilfoit , ne peut
estre compté que pour une
Beste ; mais auffi ne pré
360 MER.CVRE
tens -je vous servir qu'en
qualité d'un Domestique affectionné
qui sçaura vous
défendre de l'approche de
tous ceux que vous n'aimez
pasplus que moy.
On fuit des Soûpirans dont le
fot entretien
Eft quelquefois plus incommode
Que le badinage d'un Chien
Qu'on peut toujours faire à
fa mode.
Vous ne pouvez laiſſer le ſoin
De leur défedre voſtre porte;
Par mavoix clapiſsate & forte
Je vous promets de faire en
forte
Qu'ils n'en approchent que
de loin.
GALANT. 361
-
و ہ
Vous dites auſſi qu' un
Berger peut chanter avecſa
Musete tant de Chansons
qu'il luy plaira , tendres ou
tristes , fans qu'elle en ſoit
touchée. Mais il me paroiſt
difficile qu'un Berger qui
vousferoit dire ce qu'ilpense
ne vous fistjamais penser ce
qu'il vous feroit dire ; car
enfin une Bergere qui peut
comme vous faire choix d'un
Berger pour la toucher, peut
bien auſſi luy répondre Sans
Son aide. Il est des Inftrumens
qui joüent d'eux- mesmes
, ſans qu'on en connoiffe
Juin.
Hh
362 MERCURE
les refforts ; &fi l'on en croit
quelques Philosophes modernes
, les Animaux enfont
des Exemples . Ie nose pas
cependant me déclarer pour
eux, car un Chien auroit trop
de raport avec une Muſete ,
& je n'ay garde de me mettre
au mesme rang avec vous.
Mais pour achever de vous
répondre , quand vous adjoûtezqu'
en qualité de Chien
vous ne me rendriezjamais
heureux , parce que c'est un
Animal qui ne vous toucheroit
pas je tombe d'accord
qu'on ne voit guére qu'un
GALANT. 363
Berger qui ſçache toucher
une Musete , maisje ne voy
pas aussi que je fuffe un malheureux
Chien d'eftre le
vostre .
Sije puisvous ſervir, fans-doute
Mon fort ſera toûjours fort
doux;
Et si c'eſt un bie qui me couſte,
On nepeut trop payer le plaifir
d'eſtre à vous,
Vous nesçauriezfaire de
misérable , quoy que vous
difiez, & c'eſt aſſez qu'on
vous appartienne , pour ne
vouloir changersa condition
à aucune a autre. Vous ne dif-
1
Hh ij
364 MERCVRE
convenez pas auffi que je ne
fois fidelle, mais vostre Berger
ne vous le ſemble pas
moins , & vous voulez attendre
qu'il soit inconstant
pourfonger mesme à m'écouter.
Cette réſolution est bien
avantageuse pour luy ; & s'il
estoit vray que vous ne dif.
fiezque ce qu'il vous fait dire
Sans en rien sentir , vous ne
me renvoyeriezpas àſon inconstance.
Je ne laiſſferay pas
d'attendre qu'elle vous oste
voſtre ſcrupule ; & fi vous
croyez ne pouvoir estre ma
Bergere pendant que vous
GALANT. 365
زا
Serezsa Musete, quoy que le
plus jaloux de mon espece,
je voy bien qu'il me faudra
laiſſer juſque- là laplus charmante
de toutes les Muſetes,
au plus spirituel de tous les
Bergers .
J'allois fermer mon Paquet
, lors que j'ay encor
reçeupluſieurs Lettres touchant
l'explication des EN
nigmes . Je croy que vous
ne ſerez pas fachée de trouver
icy les noms de ceux qui
les ont expliquez .
Meſſieurs de Foreſta de Colongue,
de Marseille , Criffon ,
366 MERCVRE
de l'Académie Royale d'Arles;
& Pierre- Antoine Baron de
Hocques, ont expliqué la Flufte
en Vers. Meſſieurs Miconet,
Avocat à Châlons fur Saône;
Ranchain , de Montpellier ; de
Fontaines ; Dupré ; Rudon,
Juge de Chasteaubas en Agé.
nois ; Hébert de Rocmont, le
Marquis de Beauregard ; de
Queville , de Caën ; Baré , de
Bordeaux ; l'Abbé Deniau ;
de la meſme Ville; le Nouvelliſte
Gaſcon ; Momus ; Mefdemoiſelles
Ragueneau, de Bordeaux;
& Meſdemoiselles de
Senas &de Buridan, ont trouvé
le Mot des deux. Ceux qui
n'ont trouvé que celuy de la
Flufte font , Meſſieurs de Lef.
trois Freres, de Blois ; M' DaGALANT.
367
1
t
lonne de Chalançay ; d'Hermilly
; le Chevalier de Barre,
de Bordeaux ; & M' Cadet, de
Langon. Les deux ont eſté expliquées
en Vers par M'de Silvecane
le Fils , de Lyon ; M
Couldre , de Caën ; le Berger
Medecin ; & les Bergeres de
Montplaiſant pres de Bourg en
Breffe. Le Mot du Soleil a eſté
trouvé par Me de Pomiers , de
Bordeaux, Mr Rault,deRoüen,
a expliqué l'Enigme d'Ino fur
le let d'Eau ; & M' Hébert de
Rocmont, ſur la Cascade. :
Il me reſte encor à vous entretenir
de l'Opéra deM' Boifſet
, qui fut repreſenté Lundy
dernier à S. Germain devant
Leurs Majeſtez, &de la mort
deMeſſieursd'Apremont,Roujault
, & Marin , mais je fuis
368 MER. GAL.
4
obligé de remettre cesArticles,
ainſi que pluſieurs autres . Je
finis par celuy de la confirmation
de la Paix de l'Eſpagne &
de la Hollande. Je ne doute pas
que le bonheur dont elles vont
joüir, n'excite bientoſt tous les
Potentats qui font en guerre, à
-conclure une Paix generale,
Comme ils la dévront au Roy,
toute l'Europe poura alors retentirdu
bruit de ces Vers.
Apres tant deſuccèsfurla Terre
&fur l'Onde,
Sur ses propres Exploits LOVIS
Sçait rencherirs
Cet Auguste Vainqueur donne la
Paix au Monde,
C'estplus que dele conquérir.
Jeſuis voſtre
< 36603076650010
Bayer. Staatsbibliothek
MERCIURE
GALAN
Juin 1 67 8
BIBLIOTHER
A PARIS .
AV PALAIS.
A PARIS,
Chez GUILLAUME DE LUYNE , au Palais,
dans la Salle des Merciers, à la Juſtice .
CHARLES DE SERCY , dans la Grande
Salle,àla Bonne-Foycouronnéer
ESTIENNE LOYSON, dans laGalleriedes
Priſonniers, au Nom de Jeſus.
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle)
l'Image S. Jean.
THEODORE GIRARD , dans la Grande
Salle, à l'Envie .
CHARLES OSMONT , dans la Grande
Salle, à l'Eſcu de France.
Dans la Salle Royale, à l'Image S.Louls.
M. D. LXXVIII .
AVEC PRIVILEGE DV ROY.
BÊN TỐI CỦA
MONSEIGNEVR
Jalotabmove R ?????????
ATO
DAUPHIN
7,
ONSEIGNEVR,
Le meſme qui a déja donné
a ij
EPISTRE .
la parole aux Chevaux dont
vous vous ſervez dans vos
Exercices , met aujourd'huy
l'Epée en conversation avec
le Fleuret. La fiction est ingénieuse
, & comme elle regarde
vostre gloire , j'ay crû
que vous ne desaprouveriez
pas que je la fiſſe paroistre à
Llaa teſte de ce Volume. Elle
Supléera , MONSEIGNEUR,
à ce que jeſens
bien que je ne vous diray
jamais qu' imparfaitement,
puis que l'admiration que
jay pour vos grandes Qua-
Litezne me laiſſe point troulle
I-
4
ens
ray
ent,
que
T
EPISTRE .
ver de termes qui nefoient
beaucoup au defſous de ce
que je pense. L'oferay vous
dire cependant , que quoy
qu'elle aille au dela des plus
fortes expreſſions que mon
zele me puiſſe fournir , elle
ne peut qu'égaler laprofonde
Soumiſſion avec laquelle je
Suis,
MONSEIGNEUR,
2
Qua-
Crow-
A
Voſtre tres -humble&tres
obeïflant Serviteur, D.
2525252525252522
DIALOGVE
DU
FLEURET&DE L'EPEE
J
LE FLEVRET.
Uſqu'icy mon amour n'a voulu
vous rien dire,
Unedifcrete ardeur a retenu ma
voix,
Et fi devantvous je ſoûpire,
C'eſt que j'ay maintenant plus
d'orgueil qu'autrefois.
LEPEE
D'oùvous vient cet orgüeil,Amant
qu'õ doitpeu craindre,
Joüetd'une valeur qui cherche
vàs'expliquer, M
1
ক
S
ايرو
he
Guerrier qui ne ſçavez que
feindre,
Avec ſi peude coeur ozez- vous
m'attaquer ?
LE FLEKRET
Quoy que de ce tranchant qui
vous rend ſi terrible,
Jedoive apréhender l'éclat victorieux
Quoyque je vous ſcache invincible,
Je ne puis m'empefcherde vous
alq fuivre en tous lieux.
L'EPEE.
Quoyjuſques aux douceurs vô-
Astre amour vous engage?
MilleSabres dorez couverts de
dared Diamans
M'ot fait ofre de leur homage,
a iiij
Maisje n'aypoint reçeu lesvoeux
de ces Amans.
LE FLEVRET.
Il n'eſt point ſous le Ciel de Sabrequim'égale,
J'ay bien changé de rang depuis
cinq ou fixmois.
Je dominois dans une Sale ,
Etjeregne aujourd'huy dans le
Palais des Rois.
L'EPEE.
Ce haut degré d'honneur où
vous met la Fortune,
Nepeut dans lesCombats vous
faire redouter;
Etquand voſtre amour m'im .
portune,
Pour un peude bonheur dois -je
vous écoutere fo
ALE FLEVRET.
T
Je fais les premiers traits d'un
Maiſtre de laTerre,
Je mene à des Lauriers ſa Valeur .
86
quej'inſtruis.
Le plus ſuperbe Cimeterre
S'eftimeroit heureux d'eſtre ce
que je fuis.
LEPE' E.
Quel eſt donc ce Héros dont
vous formez l'adreſſe,
Etde qui le grand cooeur s'affer.
mit fous vos Loix ?
J'écouteray voſtre tendreſſe,
Siparundigne employ vousméritez
mon choix.
LE FLEVRET.
J'éleve un jeune Prince au fein
de la Victoire,
Etquandje le diſpoſe àdonner
degrandscoups,יזומה
Jettrraavvaaiilllleeppoouurrvvooſtregloire,
Etprépare fonBras à ſe ſervir de
L'EPEE.
Vousme faites valoirun fort petit
ſervice;
L'adreſſe qu'a cePrince, il la tiết
de fon coeur,
C'eſt un inutile exercice,
Aqui vient tout dreſſe par fa
proprevaleur.
LE FLEVRET.
Ileſt vray,mais parmoy ſa force
ingénieuſe,
Connoiſt d'unEnnemyl'endroit
qu'il faut fraperil
Et cette Main victorieuſe,
t
fa
-ce
oit
2
J'ay dumoins avant vous l'honneur
de l'occuper.
οποίοοτλοντου
Shiv SteZEREE
Jevous en ſçaybongre, Fleuret
incomparable,
Si quelque jour ce Prince aux
Combats excité,
Fait luiremon fer redoutable,
Je vous devray l'honneur qu'il
auramerité.
CALZE FLEVRET.
Jetrouvedans ſonBrasune force
invincible,
Propre à rompreunParty, propre
à le terraffer,
Aporter un coup infaillible
Sur l'heureuxEnnemyqu'ildai
gnera pouffer.
L'EPEE.
Que vous m'eſtes utile : & que
voſtre aſſiſtance
Me perfuade bien que mon fort
fera beau !
Jemeursicyd'impatience
Que fon Auguste Main me tire
du fourreau. G
LE FLEVRET.
Attendez,dans cePrince on voit
approcher l'âge
Quile doit délivrer de mes foins
fuperflus .
Aupremierfeude fon courage
Vous ferez en faveur , & je n'y
feray plus .
L'EPEE.
Dansun gros d'Eſcadrons quad
ſes Mains échauffées
Me rougirontdu ſangdes Ennemis
défaits,
Dans ma gloire & dans mes
trophées
Je me reflouviendray toûjours
de vos bienfaits,
::
LE FLEVRET..
Désquevous paroiſtrez ,d'abord
jemeretire,
Et de quelque façon que ceſſe
monbonheur,
Toujours foumis à voſtre empire,
Pourvous qui m'enflâmez j'auray
la meſme ardeur .
:
M. DU MATHA D'EMERY,
deBordeaux.
2552522525252525
PREFACE.
0
N demande des éclairciſſemens
fur bien des choſes qu'on trouvera
en lifant la Préface de l'Extraordinaire.
On est contraint d'y ren
voyer ceux qui par leurs Lettres témoignent
avoir quelques doutes, afin
den'ennuyer pas le Public en répetant
ce qu'on a déja dit pluſieurs fois
Cette Préface, &celles qu'on a miſes
juſqu'icy dans les divers Tomes du
Mercure , font plus neceſſaires qu'on
ne les croit dans les autres Livres , à
cauſedu commerce que les Nouvelles
qu'on luy envoye luy font avoir avec
tout le monde ; & que ne répondant
que par là aux Lettres qu'il reçoit, &
aux choſes qu'on luy demande , ceux
quinégligentde les voir ne sçauroient
eſtre éclaircis de leurs fcrupules . Onb
prie de nouveau qu'on ne s'impa
J
PREFACE.
+
7
C
י
V
nh
1
:
tiente point pour les Hiſtoires &pour
les Enigmes , chacun peut s'aſſurer
qu'il aura fon tour . Quant aux ArticlesduMois,
ce qu'on reçoit dans les
cinq ou fix derniers jours ne peut que
difficilement eſtre mis . Si ceux qui
envoyent des Airs avoient pris foin
de les faire donner par quelque Amy
capable d'en voir les épreuves, comme
ils en avoient eſté priez , on neſeroit
point embaraſſe pour ſçavoir fi
onpeut ſe ſervir de ceux qui reſtent,
&on s'adreſſeroit à eux pour eſtre
afluré qu'ils fuflent demeurez nouveaux
, car les Maiſtres qui ne les
voyent point dans le premier Mercure
qui paroiſt , les font chanter le
plus ſouvent,dans la penſée ou qu'on
neles a. pas reçeus, ou qu'on n'a pas
voulu leur donner place,& il eſt facheux
de donner en ſuite pour nouveauce
qui aceſſe de l'eftre par cette
raifon. Le Public témoigne ſouhaiter
des Lettres fur toute forte de matieres.
Ainſi quand on en recevra de belles,
PREFACE.
on les mettra dans l'Extraordinaire,
&ceux qui feront bien aiſes qu'elles
yparoiffent, prendrontla peine de les
travailler , rien ne les obligeant à les
faire avec précipitation . Quoy que
l'Extraordinaire qu'on a déja veu, ait
eubeaucoup deſuccés, celuy qui fera
donné le 20. deJuillet pour le remet
tre dans les Quartiers , ſera d'une autre
maniere , c'eſt à dire qu'il ſera plus
remply d'Hiſtoires & d'autres Ouvrages
, afin que la diverſité des matieres
ymefle par tout l'agrément de
Ja nouveauté. On y verra des Feſtes
Etrangeres, dont les Deffeins feront
curieux, & on n'oubliera pas de fort
galantes Réponſes ſur la Queſtion
galante propoſée dans le premier Extraordinaire.
Je ne dis rien de l'Hiftoire
Enigmatique, on ſçait qu'ellen'a
pû fournir qu'à de ſçavantes Explications
. On donnera des Sujets nouveaux
d'exercer l'eſprit dans celuy du
20. de Juillet. On ne sçauroit trop
recommander d'adreſſer toûjours ſes
PREFACE.
es
es
es
me
ait
era
:
et
aulus
11-
ma
tde
ſtes
ront
fort
tion
-Ex-
Hif
len'a
plicanouuydu
trop
urs fes
Lettres au Sieur Blageart,celles qu'on
adreſſe ailleurs ne ſontpreſque jamais
reçenës . On a dit beaucoup de choſes
dans deux Mercures touchant la penſée
qu'on a que l'Arc de Rheims a eſté
dreſſe en l'honneur deJules Céſar. II
y aura dans l'Extraordinaire un Dif
cours tout remply d'érudition, d'un
tres-ſçavantHomme qui est d'un ſentiment
contraire. Si on trouve icy
une ſeconde Relation de la priſe de
Leuve, on ne doit point en eſtre furpris
. C'eſt le morceau d'Hiſtoire le
plus exact &le plus curieux qu'on ait
veu depuis fort longtemps ; & tant
deGens du Meſtier ont conſeillé de
le mettre, qu'on n'a pû douter qu'on
ne priſt plaiſir à le lire, ſçachant qu'il
ne contient rien quede veritable.
L'aſſortiment de tous les Volumes
du Mercure , qu'on a ſouvent de la
peine à trouver ſur l'heure au Palais ,
ſe trouvera toûjours à l'avenir chez
leSieur Blageart, qui fournira en tout
temps tous leſdits Volumes en telle
e
1
PREFACE.
relieure qu'on les voudra. C'eſt un
avis qu'on donne à ceux qui n'ont pas
le loifir d'attendre, ou qui reçoivent
des commiſſions preflées pour la cam
Avis pour placer les Figures.
2
Arcade de la Voute de Remus & Ro
mulus , doit regarder la page 26.
L'Arcade des quatre Saiſons, doit regarderlapage
33 .
L'Air qui commence , si vous voulez
la
NOS
171
charmer, doit regarder la page71 .
L'Air qui commence par, Quandfur
charmans rivages, doit regarder la page 1
L'Air qui commence par, Pourunejeune
merveille, doitregarder a page22008
Le Plan de la Ville &des Attaques de
Puicerda, doit regarder la page 299 ..
L'Air qui commence par , Puls q
tornantſes Exploits en grand Louis
segarder la page 316
3
3
que
ve le
doit
Hercule&AntecEnigme , doit regarder
la page 338.
2
05
75
ne
1
de
te
oit
der
10
Extrait du Privilege duRoy.
ParGrace & Privilege du Roy, Donné à
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677.
Signé,Par le Roy en fon Conſeil, JUNGLIERES.
Il eſt permis à J. D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCIJRE GALANT, preſenté à Monſei
gneur LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & efpace de
fixannées, à compter du jour que chacundefd.
Volumes ſera achevé d'imprimer pour lapremiere
fois : Comme auſſi defenſes ſont faites
àtous Libraires, Imprimeurs , Graveurs & autres,
d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fansle confentementde l'Expoſant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches ſervant à
J'ornement dudit Livre, meſme d'en vendre ſeparément,
& de donner à lire ledit Livre, le
tout à peine de fix mille livres d'amende , &
confiſcation des Exemplaires contrefaits, ainfi
que plus au long il eſt porté audit Privilege
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le s.
Janvier 1678. Signé, E. COUTEROT, Syndic .
Et ledit Sieur D. Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
joüir ſuivantl'accord fait entr'eux.
Achevéd'imprimer pour la premierefois
le30. luin 1678.
szsszzszszszsasz
TABLE DES MATIERES
contenues en ce Volume.
Avant-propos fur le sujet de la
25
Nouvellespenséessur l'Arc de Triomphe
découvert à Rheims,
L'AmourBleffe, Idylles -37
L'Heureux infortune, Histoire, 49
Airnouveau 71
NouvelleRelation de la prise de Leuve,
avec des circonstances qui n'ont point
eftéſcenes, 74. Sonnet 109
LaJonquille,
Galanteriefaite à Ath, 116
Mariage deM. de Launay deM.
Trevegat, riche Heritiere deBretagne,
122
Histoire des Faux Cheveux , 129
MortdeMadame la Princeffe deMonaco,
2
MortdeMademoiselle deMaisons, 161
StancesfurlaVanité du Monde, 163
TABLE .
Air Nouveau, 171
LeMary Patiffier, Histoire,
Madrigal
171
230186
LeRoy établitau Louvre deux Peres
Capucinstressçavans enMedecine,
23-28725 3 2 ???????
LeRoy choisit quatre Perſonnes pour
remplir la Charge d'Organiste ordinaire
desa Chapelle 193
Monfieur de Santeüilfait un Poëme à
lagloire de Monsieur le Chancelier,
194.
Reception faite à MadamelaDucheffe
de Guife àAlençon,
Versſur leſujet de la Paix,
Air Nouveau,
200
204
208
Divertiſſemens donnez par ceux qui
out effeprendre des Eaux de Vichy,
209.
t
9
3
6
1.
e-
1
19
Roy,
e
12
61
63
Lettre de M. leDuc de S.Aignan au
公
Mort de M.de Varengeville,Conseiller
203
au Parlement, 218
apyriques όλους α 220
MortSurprenante d'un Medecin EmTABLE.
M. Chommeau, Fils deM.le Profi
dentBetau, eft receu Conseiller au
Parlement
MariagedeMademoiselle le
deM
Gratot,
222
Vaffeur
d'Argouges, Marquis de
MariagedeM. de Rancy,
L'Amant Commode,
226
227
229
Magnificences faites par Madame la
Marquisede la Frézeliere dansson
ChasteaudeMons, 231
Mariagede M.le Marescbal d'Eftrades
de Madame de Vert
mont, 236. Sonnet, 242
Relation de la prisede Puycerda, 244
Ce qui s'est passé à la Reception de
M. deNovion à la ChargedePremierPrefident,
302
Cequi s'eftpafféàl'Afſsembléegenerale
desEtatsd' Artois,
Réponsedu Royà M. le Duc de
Aignan,
Air à boire,
305
313
316
Explication de l'Enigme de la Flute en
Vers,
317
TABLE .
Noms de tous ceux qui ont trouvéle
mot de la Flute 318
Explication de l'Enigme du Soleil en
ers 3281
Noms de ceux qui ont trouvéle motde
l'Enigmedu Soleil, 324
Noms de ceux qui ont trouvé lemotde
touteslesdeux, 3297
Enigme
Autre Enigme, 333
Diverssens donnezà lEnigmed'Ino,
Enigme en Figure 338
Monfieur l'Abbé Colbert prefcbe à
Sceaux 13407
Ce qui s'est paſſe en Allemagne pendantlemoisdeJuin
3434
MariagedeM.Maneffier,&deMa
demoisellede Saqueſpée, 351
LeChien, àla Musette. 355
Conclufion. ৩৬
٤١٤
Fin de la Table,
>
**********?*???
1
0
Ndonnera unVolume du Mercure
Galant , le premier jour de
chaqueMois ſans aucun retardement .
Tous les Volumes de l'année 1678. à
commencer par celuy deJanvier, fe
donneront à Vingt ſols en feuilles,
chez le Sieur Blageart , Imprimeur-
Libraire, Ruë S. Jacques , à l'entrée
de la Ruë du Plaſtre ; & au Palais à
Trente fols reliez en Veau,& àVingtcinq
ſols en Parchemin. L'Extraordinaire
ſe donnera auſſi au meſime
prix du Mercure , quoy qu'il ſoit
marqué à un Efcu dans ledit Extraordinaire.
Les dix Volumes de l'Année
1677. ſe donneront toûjours au prix
ordinaire , c'eſt à dire vingt ſols en
Veau, & quinze en Parchemin au
Palais , & dix fols en feilles chez
ledit Sieur Blageart .
MERCVRE
GALANT
UEL embarras,
Madame , & comment
ſatisfaire à
la parole que je vous ay
donnée de vous entretenir
de la Paix ? La matiere eft
grande , & je ne l'envifage
point , que je ne craigne .
auffitoft d'en eſtre accablé,
Juin. A
2 MERCVRE
Il en eſt qui quoy que belles
, animent d'autant plus
à s'y étendre , qu'on ſent
bien qu'on les peut encor
embellir en les mettant
dans leur jour ; mais il en eſt
de ſi extraordinaires, qu'on
ne les entame jamais qu'en
tremblant, parce qu'on eſt
convaincu qu'on ne peut
rien dire qui ne ſoit infiniment
au deſſous de ce qu'elles
donnent lieu de penſer.
Telle eſt la modération du
Roy. Il eſtoit en état de
vaincre tout , & il a bien
voulu arreſter le cours de
:
GALANT. 3
t
t
m
n
t
t
1-
r.
u
He
en
He
ſes Victoires pour offrir la
Paix à toute l'Europe , &
luy faire voir qu'il ne connoiſſoit
point de triomphe
plus éclatant que celuy
qu'il eſtoit capable de remporter
ſur Luy -mefme.
Quand je dis qu'il eſtoit en
état devaincre tout, je n'avance
rien dont il ne ſoit
aifé de connoiftre la verité.
Si des Chefs d'une grande
expérience , agiſſant ſous
des ordres qui ne conduiſent
pas moins ſeûrement
à la Victoire que la Valeur,
ſi de nombreuſes Troupes
A ij
4 MERCVRE
bien aguerries , & des
Fonds aſſurez peuvent
faire efperer de vaincre
toûjours , quel autre que
LOUIS LE GRAND pourroit
dire qu'en offrant la Paix,
il abandonne les Conqueftes
qu'il ſe voit afſſuré de
faire , Luy qui a rendu le
fort des Armes conſtant,
d'incertain qu'il eſtoit toûjours
, & qui l'a fixé pour
Luy ? Quelle Puiſſance parmy
toutes celles qui luy
ſont oppoſées , eſt aujourd'huy
plus redoutable fur
Mer? Il eſt le ſeul qu'on y
GALANT. 5
e
ait veu faire des Conqueftes
depuis que la Guerre a
commencé. Il eſt encor en
état d'y en faire , & toutes
nos Coſtes font remplies
d'Armateurs , ou de Gens
qui demandent la permifſion
d'armer. C'eſt ce qui
e n'eſtoit jamais arrivé en
France. Auſſi peut-on dire
que jamais Conquérant n'a
conſenty à donner la Paix
dans l'état où le Roy ſe voit
aujourd'huy. Qu'on life nos
Hiftoires , on ne trouvera
point que nous ayons encor
eu tant & de fi bonnes
,
Y
-
r
A iij
6 MERCVRE
Troupes fur pied, ny qu'el
les ayent eſte ſi bien payées.
Les Fonds de la Guerre ont
toûjours efté faits plus d'une
année avant l'ouverture
de chaque Campagne , &
on n'ignore pas qu'il y en a
toûjours eu de reſte. Toutes
choses ont eſté ordonnées
de la meſme forte qu'-
elles auroient pû l'eſtre
pendant la Paix. La Guerre
n'a point empeſché le Roy
de donner des Penſions &
des Récompenſes, comme
je vous l'ay ſouvent marqué
dans mes Lettres. Il a fait
GALANT 7
joüir ſaCotur des divertiſſe -
mens accouſtumez pour
delaſſer les Guerriers qui
l'avoient ſuivy dans ſes fatigues.
Il a fait fleurir les
beauxArts dans le Royaume,
& enfin donné des Prix
en pluſieurs endroits àceux
qui les avoient meritez..
Les Meubles, l'Argenterie,
& les Pierreries , qui ſous
d'autres Regnes ont fourny
ſouvent aux frais de la
2
e
Guerre , loin d'avoir diminué
depuis fix ans qu'elle
é
1.
t
dure , ont augmenté de
beaucoup , & le Roy s'eſt
A iiij
8 MERCVRE
toûjours trouvé en pouvoir
d'en acquerir, pendant que
l'Eſpagne n'avoit point
d'autre reffſource pour foûtenir
cette meſme Guerre.
C'eſt neantmoins avec tous
ces avantages que le Roy
veut bien donner la Paix
aux Peuples de l'Europe
qui en ont beſoin , tandis
que les Siens glorieux de
ſes Victoires qui font honneur
à la France auſſi-bien
qu'à ce grand Monarque,
ne luy demandent pas qu'il
daigne les interrompre en
leur faveur. Voyez d'ailGALANT.
9
leurs l'état des Affaires .
L'Angleterre eſt -diviſée.
La priſe de Gand, qui oblige
les Hollandois à tenir
douze mille Hommes de
garniſon dans leurs Places
frontieres , les empeſche de
mettre une forte Armée en
campagne. L'Eſpagne a
peu de Troupes, & ne ſçait
où aſſembler le peu qu'elle
en a. Nous nous ſommes
ouverts par tout des Paſſages
. Bruxelles & Anvers
tremblent. Le Roy eft à
la teſte d'une Armée nombreuſe.
Il peut entrepren10
MERCVRE
dre. Tout eſt preft. Il n'a
qu'à attaquer pour vaincre.
Il eſt entraîné à la gloire
par deux diférens panchans.
Il en peut acquerir
en donnant la Paix; mais
outre ce que la continuation
de ſes Conqueſtes luy
en aſſure, il y voit encor de
grands avantages attachez..
Cependant il choifit la
gloire la plus fterile , &
prend le party qui ſoulage
toute l'Europe. Il fait plus
qu'Alexandre , qui ne rendit
qu'à ceux qu'il avoit attaquez
ſans ſujet. Ce grand
GALANT. II
:
Prince , maistre de Luymeſme
au milieu de tous
ſes triomphes , veut bien
rendre à ceux qui luy ont
déclaré la Guerre, & il leur
ofre la Paix dans le ſein
meſme de la Victoire, puis
que ſes Armes luy foûmettent
Puycerda en mefme
temps qu'il réſout d'en arrefter
les progrés. Apres
cela, Madame, ne peut- on
pas dire que cette Paix eſt
l'effet de la plus haute modération
dont on aitjamais
entendu parler ? On a veu
des Conquérans , mais on
12 MERCVRE
n'en a point encor veu , &
on n'en verra peut- eftre
jamais , qui s'arreſtent fur
le panchant d'une courſe,
lors qu'on y eſt pouffé par
la Victoire , & qu'il faut
meſme faire des efforts
pour ne s'y pas laiſſer entraîner.
Si on avoit attendu
pour avoir la Paix , que le
grand nombre d'Ambaſſadeurs
des Intéreſſez dans
la Guerre euſt eſté d'accord,
on en auroit preſque
perdu l'eſpoir, ou du moins
les longueurs de cette Négotiation
auroient laiſſé le
GALANT. 13
Victorieux en liberté de
pourſuivre encor longtemps
ſes Conqueſtes. Il
falloit un Maiſtre tel que
leRoy, qui euſt labontéde
faire comme une Loy de
cette Paix aux Vaincus.
Pour en faire une Loy , il
falloit eſtre auſſi puiſſant
qu'il l'eſt, & il auroit efté à
craindre d'un autre qu'il ne
ſe fuſt ſervy de cette puifſance
pour impoſer des
conditions injuftes . La modération
du Roy a eſté telle,
que le repos de l'Europe
a prévalu à ſes propres in
14 MERCVRE
téreſts . Le Titre de Pacifique
ne luy a pas ſemblé
moins glorieux que celuy
de Conquérant , & il conſent
à ſe dépoüiller d'une
partie de ſes Conqueſtes,
afin de propofer une Paix
qui luy gagne l'amour de
ſes Ennemis , comme la
Guerre luy a fait gagner
leurs Places. A peine cette
Paix eft propolée , qu'on
s'écrie en Hollande fur les
bontez extraordinaires du
Roy. On imprime hautement
les Propoſitions qu'il
luy plaiſt de faire. Elles font
২৯
GALANT. 15
trouvées ſi juſtes, que ceux
à qui la Guerre eſt utile,
cherchent en vain des raifons
pour les combatre . Ce
qu'ils oppoſent n'eſt point
écouté. SaMajefté-écrit a
Etats. Sa Lettre eſt reçeuë
avec autant de joye que de
reſpect. On eft furpris de
voir un Vainqueur fi moderé
dans ce qu'il propoſe;
& les Peuples de Hollande
qui apprennent les ſentimens
favorables où il eft
pour eux, ne peuvent s'empeſcher
de crier Vive le Roy
enpluſieurs endroits. Quel
16 MERCVRE
le gloire pour la France d'a
voir un Maiſtre ſi grand,
qu'il eſt devenu l'admiration
& l'amour de ſes Ennemis
meſmes ! Les Propoſitions
font acceptées des
Etats , & M'de Beverning
Plénipotentiaire à Nimegue
eft nommé Ambaladeur
Extraordinaire pour
en venir aſſurer Sa Majefté.
Il arriva aupres d'Elle ſur le
foir du 30. & fut logé au
dela de l'Eſcaut dans une
Maiſon qui luy avoit eſté
préparée. Monfieur de
Pompone l'alla voir une
GALANT. 17
heure apres qu'il fut arrivé.
Il ent fon audience le lendemain
fur les neuf heures
du matin. Monfieur le Ma-
Creſchal de Lorges l'alla
prendre. Monfieur le Duc
de Noailles le reçeut à la
teſte des Gardes du Corps,
& tout ce qui ſe pratique
en de pareilles rencontres
fut obſervé. Il eut une Au-
S
r
e
1
a
dience ſecrete qui dura environ
une heure & demie ;
& apres avoir remercié le
Roy du repos qu'il veut
bien donner à toute l'Europe,
il prit congé de Sa
Juin. B
18 MERCVRE
Majefté dans cette mefme
Audience. Au fortirde là, il
viſita les Miniſtres , & n'eftant
point ſatisfait du peu
de temps qu'il avoit paſſé à
entretenir le Roy, il demanda
à le voir diſner pour
le pouvoir admirer plus à
loiſir. Il y fut mené incognito
avec tous ceux de fa
ſuite. Je ne vous dis point
ce qui luy a eſté accordé
pour les Etats. On a imprimé
la Réponſe de Sa
Ma
Majefté. Ils ont obtenu ce
qu'elle contient, c'eſtà dire
que pendant tout le mois
GALANT. 19
1
1
1
à
r
a
4
de Juin il y auroit Suſpenfion
d'actes d'hoftilité contre
les Places Eſpagnoles,
& que ce terme eftant expire,
la Suſpenſion d'armes
deviendroit entiere pour fix
ſemaines, afin de traiter de
la Paix generale, en cas que
5. pendant cette premiere
Suſpenſion qui doit durer
t tout le mois de Juin , les
He Alliez ſe reſoluſſent à devenir
auffi raiſonnables que
les Anglois & les Hollan-
-e dois,& qu'ils uſaſſent comme
ils le doivent des bon-
コー
a
1-
Sa
ce
re
is tez que le Roy fait paroif-
2
Bij
20 MERCVRE
tre pour toute l'Europe.
Ce grand Prince n'ayant
plus affaire dans un Camp
où ſa valeur ſeroit demeurée
oyſive , en partit pour
retourner à S. Germain , &
fit plus de foixante lieuës
enmoins d'un jour & demy.
Le lendemain qu'il fut arrivé
, il ſe leva auſſi matin
qu'il ſe leve ordinairement
quand il n'a eſſuyé aucune
fatigue. Il prit ce mefme
jour le divertiſſement de la
Chaffe, & vit faire les Exercices
àMonſeigneur leDauphin.
C'eſt un charme que
GALANT. 21
t
-
ar
&
s
de voir ce jeune Prince à
cheval . Il n'y en a point de
fi difficiles qu'il ne monte.
Il les gourmande avec une
grace & une adreſſe mer.
veilleuſes, & ne court point
de Bagues &de Teſtes qu'il
y. ne les emporte.
r- A peine le Roy fut- il arin
rivé , que par une bonté
nt vrayment paternelle , il fit
me donner plufieurs Arreſts
me pour le foulagement de fes
la Peuples. L'un porte la dier-
minution de fix millions
auue
fur les Tailles. Il y en a
d'autres qui regardent le
22 MERCVRE
rembourſement des nou
velles Rentes conſtituées
fur l'Hoſtel de Ville , &
d'autres Rentes afſignées
fur d'autres droits appartenans
à Sa Majefté.
L'ofre de ce rembourſement
accommode les affaires
de ceux qui auront
beſoin de le toucher. Il eſt
vray que Sa Majefté a reçeu
un notable ſecours des
premieres Rentes. Tout le
monde luy a porté ſon argent
en foule par la ſeûreté
qu'on a trouvée avec Elle.
Celuy qu'elle offre de renGALANT.
23
es
&
Bes
a- drepreſentement, fait affezconnoiſtre
qu'elle n'y pouvoit
eſtre plus entiere , &
prouve en meſme temps ce
ap- que je vous ay dit d'abord,
que le Roy ne cherche
-fe- point la fin de la Guerre
par aucune peine qu'il ait à
ont la foûtenir, mais ſeulement
eſt par une pure bonté pour
té.
afredes
ン
ſes Ennemis, à quiles avantages
de la Paix font necef
tle faires. Jamais Prince ne fut
ar- mieux ſervy qu'il l'a eſté.
rete Le ſuccés a répondu au zele
Elle. & au travail des Miniftres ,
en- & la Victoire aux grands
24 MEROVRE
1
projets & à la valeur de l'incomparable
Monarque qui
aa reglé leurs emplois. La
réſolution que prendront
les Alliez , occupe preſentement
toute l'Europe.
Chacun en parle felon ce
qu'il juge' des diférens intereſts
qui les doivent faire
agir ; mais tous convien--
nent que ceux qui paroiftront
les plus éloignez de la
Paix , ne pourront s'empefcher
de regarder avec admiration
lesbontez duRoy
qui ontcauſetant de joye &
de ſurpriſe à tous lesPeuples
de Hollande .
2
} GALANT. 25
1
a
t
е,
e
J'avois bien crû , Madame
, qu'apres avoir pris
plaifir à ce queje vous écrivis
ily a quelque temps ſur
les Obeliſques, vous ne ſe.
riez pas fachée d'entendre
e parler des Arcs de Triom
- phe. Vous avez veu celuy
qu'on a découvertàRheims
gravé dans ma Lettre du
dernier Mois. J'y adjoûtay
la Voûte de l'Arcade d'un
de ſes coſtez; Il faut vous
-
-
1
donner aujourd'huy les
こ
deux autres , afin que vous
ayez l'Ouvrage parfait en
quatre Pieces. Voicy l'Ar
Juin. C
26 MERCVRE
cade que je vous ay dit qui.
repreſente la Louve Romaine
avec Rémus & Romulus,
& ce que Meſſieurs
de Rheims ont marqué au
deſſous du Deſſein qu'ils
en ont fait faire.
Ceux qui veulent que ce
Monument ait efté érigé en
l'honneur de Jules César,
affurent que cet Embleme a
esté mis icy pour honorer l'origine
de cet Empereur ; mais
peut estre auſſi que ç'a esté
pour montrer que Rheims
estoitsoumise , ou plutoſt alGALANT.
27
S
liée à Rome, puis que c'estoit
Le ſymbole ordinaire des Vil
l qui estoientſous la domination
ou sous la protection
des Romains. Ce que l'on dit
•que S. Sixte & S. Sinice furent
les premiers qui s'arrefterent
à Rheims pouryprefcher
la Foy , apres qu'ils
eurent veu dans la Porte
Mars cette Histoire de leur
Nation, fait affezvoir l'antiquité
de cet Edifice. Ces
Victoires & ces Armes font
pour eterniser la memoire des
S
Conquestes de ce temps - là;
mais ces Figures qu'on voit
Cij
28 MERCVRE
distinctement en quelques
Boucliers , ne reſſemblent à
des Fleurs de Lys que par
hazard.
Ce qui fait croire que
ces Figures de Rémus & de
Romulus marquent le defſein
qu'on a eu d'honorer
par ce Monument l'Origine
de Jules.Cefar , qui
prétendoit eſtre defcendu
d'Iulus, c'eſt qu'au midy de
la Ville de Rheims,il y avoit
un autre Arc de Triomphe
où eſtoit repreſentée Vénus,
&il n'y a perſonne qui
GALANT. 29
ne ſçache quecetEmpereur
tiroit ſa plus grande gloire
d'eſtre de la Race de cette
Déeffe par cet Iulus Fils
d'Enée. Ce ſecond Arc eft
encor en veuë , mais plus
qu'àdemy ruiné. Il ne refte
plus que la Voûte du miheu
des trois Arcades qui
le compoſoient, avec quel
ques veſtiges des deux autres
fur les deux aifles . On
l'appelle Porte bafée. Cette
Arcade eſt ornée parle dehorsde
fa rondeur,de grandes
feüilles d'Achante gravées
danslesbords . Audef
C.
Ciij
30 MERCVRE
ſous de la Voûte il y a un
plat- fond quarré, dans lequel
on voit un Triton,
dont la partie qui finit en
Poiſſon fait pluſieurs tours
en forme de roulots , fur
l'un deſquels eſt aſſiſe une
Vénus toute nuë qui tient
le Triton embraffé. On ne
peut la méconnoiftre, puis
que fur le bout de la queuë
du Triton, relevée en haut,
il y a un Cupidon qui étend
ſes aifles. Il eſt certain que
Jules - Cefar faifoit tellement
vanité d'eftre forty
de Vénus, qu'il luy donnoit
GALANT. 31
• la qualitéde Venus genitrix;
- &c'eſt par cette raiſon que
• Properce priant cette Deef
ſe de conſerver Auguſte-
César, Fils adoptifde Jules,
la fait ſouvenir qu'il eſt de
ſa Race. Joignez à cela que
ce premier des Céfars, pour
marque qu'il la reconnoiffoit
pour ſa Mere , fit voeu
de luy faire baftir un Temple,
fi par ſon moyen il gagnoit
la Bataille qu'il eſtoit
preft de donner contre
Pompée dans la Plaine de
Pharſale. Il s'acquita de
ſon voeu. Ce Temple fut
C iiij
32. MERCVRE
baſty dans le Marché qui
porte ſon nom. Il l'embel.
lit de Tableaux de grand
prix, & entr'autres Statuës,
il en fit placer une de marbre
blanc dans le lieu le
plus éminent , qui repreſentoit
cette Venus genitris.
Elle estoit toute armée
comme une Pallas. Archefilaüs
, fameux Ouvrier de
fon temps , en fut le Scul
pteur. L'impatience que
Jules - Céſar eut de la dédier,
fut fi grande, qu'il ne
luy donna pas le loiſir de
l'achever.
GALANT. 33
Je viens à la Voûte de
la troifiéme Arcade que je
me fuis engagé de vous en
voyer gravée. C'eſt celle
de l'Arcade du milieu,
qu'on appelle l'Arcade des.
quatre Saiſons ou des douze
Mois. Meffieursde Rheims
qui en ont fait faire l'Eftampe
, aufli - bien que des
deux autres , ont adjoûté
ces mots au deſſous.
Les Figures qui paroiffent.
dans la clef de la Voûte de
cette Arcade, font connoistre
combien la Ville de Rheims
34 MERCVRE
s'eftimoit heureuse d'estre
Soumise à l'Empereur qui
vivoit alors. Les quatre Enfans,
& ce qu'ils tiennent,
reprefentent les quatre Saifons
de l'Année , tout de
mesme que dans une Medaille
de Commode, qui a pour Devise
, Temporum Felicitas,
La Femme afſiſe porte dans
ſes mains dequoy marquer
l'abondance de toutes choses.
Les douze Mois de l'Année
ſe voyent dans les douze Tableaux,
dont il ne nous
queſept ; les autres ayant esté
ruinezavec toute la face de
refte
GALANT: 35
S
S
2
La Porte qui regardoit le dedans
de la Ville. L'ingenuité
de ce temps ne paroist que
trop dans l'une de ces Figures.
Ceux qui rapportent ce
Monument à Fules- César, fe
contentent de dire , que cette
Arcade fait connoiſtre qu'il
a reformé le Calendrier.
Voila, Madame, tout ce
que j'avois à vous dire de
ce fameux Monument qui
. fait tant d'honneur à la
Ville de Rheims . J'ay beaucoup
de joyê d'avoir pû fatisfaire
voſtre curioſité ſur
36 MERCURE
cet article , & n'en ay pas
moins d'avoir enfin recouvré
le galant Idylle de l'Amour
bleſſé, que vous avez
envie de voir depuis ſi longtemps.
On m'a dit qu'il
n'eſt pas tout-à-fait nouveau
; mais outre qu'il le
fera pour vous , je l'ay demandé
à tant de Gens qui
n'en avoient point entendu
parler, qu'il y a grande apparencequ'on
en a fait courir
fort peu de Copies. Je
l'ay trouvé tout ce qu'on
vous a dit qu'il eſtoit. Ceux
qui vous l'ont vanté, l'ont
GALANT: 37
1-
e
1
fait avec beaucoup de juf
tice , & quoy qu'ils vous
diſent une autre fois en
matiere de Vers aisément
tournez , vous aurez ſujet
de les croire ſur leur parole.
5252525252525252
LAMOVR
BLESSE' .
IDYLLE.
1
Out aimoit autrefois,
non pas come aujourd'huy,
Que lafidelité n'est plus
qu'une chimeres
38 MERCVRE
Les coeursd'unfort amourſefaisoiet
une affaire,
Chaque Heros avoitfon Heroine
à luy,
EtchaqueBergerfa Bergere.
25
Icydans un Palais l'Amour donnoitfes
Loix,
Il'yfaisoit joüerſes refforts politiques;
Maistre du Cabinet des Rois,
Cet Enfant décidoit des Affaires
pubiques.
Et le Conseild' Etatnefuivoitque
fa voix.
25
Là dans une Cabane, il avoitfoin
: d'apprendre
A d'aimables Bergers fes plus
douces Chansons,
Et s'ils ne joüoient plus qu'un air
touchant &tendre,
1
1
GALANT. 39
C'estoit l'effet deſes Leçons.
52
Tantoſtun jeune coeur groſſiſſoitfon
empire,
Le triomphe en estoit aisé,
Etgrate au feu de l'age , il eſtoit
dispofé
Arecevoirceuxque l'Amour infpire.
Se
Tantoft ce mesme Amour enflammoit
un Vieillard,
Sur le borddu tombeau le chargeoit
deses chaines,
Et r'animant un sang tout glacé
dansſes veines,
- De ſes derniers foûpirs vouloit avoirfa
part:
as
Iamais, parle recit de leurs longues
Souffrances,
40 MERCVRE
3
Tant d'Amans des Forests n'ont
troublé le repos,
Et jamais tantde confidences
N'ont importanéles Echos.
S&
Les Romans ont dit vray, pour un
chagrin &Aftrée,
On euftven Celadon l'ame defefperée,
Dans les eaux du Lignon terminer
Sesdouleurs,
Etfidelle à Caffandre, ou plutoftà
Sesmanes, こ
Orondate à ſes pieds cuſt veu mille
Roxanes,
Sansles payerquede rigueurs.
52
Cyrus poursa Princeſſe euft couru
centRoyaumes,
Aucun Enlevementne l'en eustdégoutés
GALANT. 41
Zes Héros ſe piquoient d'une fi.
delité
Qui duroitpendant douzeTomes.
pendan
52
Maisbelas,de l' Amour l'age d'Or
est pulfe,
Zes Coeurs font maintenantd'une
trempeplus dare,
Etvoicyparquelle avanture-
L'agede Fera commencé .
Se
Quand l'Amour eut bleffe tant
d'ames,
Qu'il n'enrestoit plus à bleſſer,
Quand ilne trouva plus moyen de
s'exercer
ocher des traits,à répandredes
flamess
Quoy qu'en un plein repos il vit
avecplaifir
Sa Divinité triomphante,
Juin. D
42 MERCVRE
Comme il est d'humeuragiſſante
Il s'ennuya defon loiſir.
52
Quoy mes Fleches , dit- il , de
meurent inutiles, ( rien
Quoy l'Amour ne s'employe à
Puis qu'il n'eſt plus de coeurs
tranquilles ,
Audefautd'autres coeursje vay
percer le mien..
Se
Si j'ay fait aux Amans fentir
mille ſuplices,
Qu'ils ſe confolent tous , ma
main va les vanger;
Et fije leur ay fait goufter mille
delices,
Avec eux à montour je vais les
Partager.
S2
Là-deſſus ( car l'Amour n'a quere
de prudence,
GALANT...43
Et nesçaitpas trop ce qu'ilfait)
Luy-mefme ilſeperce d'un trait,
Sans en prévoir la conſequence..
S2
Ilfentit dans son coeur naiſtre des
Sentimens
Que luy ſeul dans les coeurs avoit
toûjours fait naiſtre ,
Par fon experience il connut des
tourmens (naistre
Que jusqu'alors il n'avoit pû con .
Queparles foûpirs des Amans.
Se
Helas, dit-ilun jour aux Oyſeaux
d'un Bocage,
C'eſtmoyqui forme vosaccés,
C'eſtmoy qui ſuis l'Amour dont
voſtredoux ramage
Seplaint en festons languiſſas.
Se
Pourquoy vous plaignez-vous ſi
j'enduremoy mefme
>
44 MERCVRE
Lesmauxqueje vous fais ſetir?
Moy-meſme à mon pouvoirj'ay
ſceu m'aſſujettir.
Le croirez - vous ? je ſuis l'A
mour, & j'aime.
52
Mais il eut le chagrin qu'à ses
trifteshelas,
Par les airs les plus quais les Oyfeauxrépondirent.
Vous par qui tant de coeurs
ſoûpirent,
Soûpirez , difoient- ils , nous ne
vous plaignons pas.
Se
Que de l'Amour bleßé l'agreable
nouvelle
Satisfit en ce jour chaque coeur mal
content!
Et qui n'eut pas trouvéſapeine
: moins cruelle,
Quadl'Amourenſouffroit autät?
GALANT. 45
Se
Celles qui conſervoientun coeurfacile&
tendre,
Quand leur age effrayoit &les
leux&lesRis,
Seconfoloient dessoins que l'A- .
mour leurfait prendre...
Pourfupléerà leurs apasflétris.
Les Belles qu'en fecret cet Enfant
tyrannise,
Oublioient tous les mauxdont leur
coeur eft atteint,
Lors quefous un calme contraint
Ilfautque l' Amourſedéguise.
LesMarys appaisezpardonnoient
à l'Amour
La disgrace dont il estcauses
Et depuis ce temps- là, dit -on , jufqu'à
ce jour,
1
46 MERCVRE
Tous les Marys ontfaitlamesme
chofe.
Se
Enfin l'Amour quérit deses en
nuis.
Pour cet aimable Enfant est- il
rienqu'on nefaſſe ?
Ah je ne ſçavois pas , dit - il , ce
que je fuis.
Enquel état les Amas főt reduis
Et qu'ils méritet bie ma grace !
Se
Il fautque deſormais dans l'Empire
amoureux
Avec plaifir les Ames foient
captives.
Dépoűillons-nous de ces traits
dangereux
Quifot des bleſſures tropvives.
L'Amour depuis ce temps nous
traite avec douceur,
GALANT. 47
Ilſe ſert contre nous de Fleches
émouffées
Quiſont aisément repoußées,
Et nefont qu'efleurer un coeur..
52
Parquelle autre raiſon croyez-vous
que l'on voye
Le regne de l'Amour coquet &
libertin?
On aime affez pour en goufſter la
joye,
Trop peu pour en sentir le plus
foiblechagrin.
S2
Aujourd'huy les Amans ignorent
lapratique
De courir à la mort pour un petit
dedain;
Et pour garder ſafoy, qui feroit
l'inhumain,
Aimeroit encor à l'antique.
48 MERCURE
Noftre Siecle renvoye à celuyde
Cyrus,
Ceux qui de leurtrepas honoreroiet
Leurs Belles
On trouve qu'on peut vivre , &
fouffrir leurs-refus,
Elles negagnent rien à faire les.
cruelles ,
Auli ne les font-elles plus
Se
Nous en ferions encor aux erreurs
du vieil age,
Sipar bonheur &Amour n'avoit
Sentyfes coups.
Toujours un mesme objet recevroit
noftre hommages
le tremble quandj'y penfe, belas
que ferions- nous
Il ſeroit à ſouhaiter pour
le
GALANT. 49
te repos de beaucoup de
Gens , qu'il n'y euſt rien
que de vray dans cet Idylle,
& qu'on aimaſt toûjours ſi
commodement , qu'il n'en
coûtaſt jamais de chagrins;
mais il y a peu d'engagemens
qui n'aillent plus loin
qu'on ne l'acrû, & les ſuires
en font le plus ſouvent fi
-facheuſes, qu'il eſt difficile
de ne les pas reffentir tresvivement.
L'Hiftoire qui
fuit le fera connoiſtre.
Un Cavalier d'une naif
-ſance fort conſidérable,
Kayant pris employ à l'Ar-
Juin. E
50 MERCVRE
méedés le commencement
de la Guerre , s'eſtoit tellement
conſacré à la gloire,
qu'il en avoit fait for unique
paffion. Rien ne l'é.
tonnoit. Il eſtoit des pre.
miers par tout , & il n'y
avoitpoint d'occaſion dan.
gereuſe où l'ardeur de fe
fignaler ne le fift courir.
Sa bravoure adjoûta beaucoup
à fon merite, qui eftoit
d'ailleurs fort lingu
lier. Chacun en parloit
avec éloge,& il commença
particulierement à con
noiſtre l'eſtime qu'ils'eſtoit
GALANT. 51
acquiſe, quand ayant eu le
bras caffé dans une ren
contre des plus importantes,
ilvit avec quel empref.
ſement les principaux Of
ficiers luy en marquerent
leur déplaifir. Il ſe fit porter
dans une Ville voiſine
où il ne manqua point de
fecours. L'incertitude de
ſa gueriſon l'obligea longtemps
à ne voir perſonne;
mais enfin ceux qui le trai
zoient, en répondirent. Ses
douleurs ceſſerent, & il ne
pût connoiſtre qu'il avoit
encor part à la vie, ſans
1
4
52 MERCVRE
chercher à ſe la rendre a
greable. Il reçeut viſite de
toutes les Perſonnes de
qualité, & on ſe fit tant de
joye de contribuer au foulagement
qui luy eſtoit neceſſaire
dans un reſte de
langueur , que les Dames
meſme ne dédaignerent
pas de le venir voir. Une
jeune Veuve, alliée du Lieutenant
de Roy de la Province,
dont il eſtoit tresproche
Parent , ſuivit l'exemple
des autres. Elle
avoit de la beauté , l'eſprit
aifé & infinuant, grand en-
)
* GALANT. 53
A
e
e
{
jouëment dans l'humeur,
& elleluy offrit de fi bonne
grace tout ce qui luy pouvoit
manquer dans une
Maiſon étrangere, que foit
par reconnoiſſance, foit par
la force du panchant, il fentit
pour elle dés ce moment
ce qu'il n'avoit encor ſenty
pour perſonne, Il s'informa
de ſa conduite ſans ſçavoir
pourquoy. Tout le monde
luy en parla avec avantage,
& il ſembla n'avoir impatience
de fortir que pour
l'aller remercier de ſes
ſoins . Ce fut par elle qu'il
E iij
14 MERCVRE
commença às'acquiter des
viſites qu'il avoit reçeuës.
Cette diftinction plût à la
Dame. Elle en fitun plus
favorable accueil au Cavalier.
Il luy dit mille chofes
obligeantes. Elle y répondit
agreablement, & la difpofition
reciproque d'une
forte eſtime où ils ſe trouverent
l'un pour l'autre,
leur ayant inſpiré l'envie de
ſe voir ſouvent, les conduifit
par degrez juſques à l'amour.
Ils s'en apperçeurent,
& ne prirent aucunes
précautions pour s'en dé
GALANT5
e!
1.
fendre. L'égalité de leur
naiſſance oſtoit tout obitaacle
à leur paſſion. La Dame
qui avoit beaucoupdebien
eſtoit en pouvoir de diſposfer
d'elle , & il ne leur ref
toit que le Pere du Cavalier
à ménager. Ce n'eſt pas
qu'il ne fuſt fatisfait de
cette alliance , & qu'il ne
témoignaſt mefme la fouhaiter,
mais il eſtoit de ces
Vieillards intéreſſez qu'un
avancement de ſucceſſion
inquiete, & qui uſent toûjours
de remiſes , quand il
s'agit de ſe dépoüiller. Ce
E iiij
56 MERCVRE
4 pendant le bruit d'une
grande entrepriſe s'eſtant
répandu , le Cavalier qui
eſtoit veritablement né
pour la gloire , ne balança
point à prendre party.
Quelquepaffion qu'il euſt
pour la Dame , il négligea
le prétexte que ſa bleſſure
luy pouvoit fournir de demeurer
encor aupres d'elle,
& il ne fongea plus qu'à ſe
rendre en diligence où fon
devoir l'appelloit. Leurs
adieux furent touchans . Ils
couſterent des pleurs à la
Belle , & jamais une ſem
GALANT 57
blable ſéparation ne fut
1
ſuivie de plus fortes affurances
de s'aimer éternel.
lement. L'Occafion fut al
vantageuſe au Cavalier. Il
s'y fit diftinguer comme il
avoit déja fait en beaucoup
d'autres, mais ce ne fut pas
fans expoſer ſa perſonne à
de grands périls. La Dame
en fut informée , & plus
elle eut ſujet de l'aimer,
plus elle craignit de le perdre.
Elle crût qu'en l'époufant,
elle ſe mettroit àcouvert
de ce malheur. Les
irréſolutions du Pere ne fi8
MERCVRE
niſſoient point. Elle prit
deſſein de ne s'y plus arrefter
; & comme elle avoit
aſſez de bien pour renoncer
aux avantages qu'il promettoit
à ſon Fils, elle luy
fit fçavoir que s'il eſtoit
Homme à ſe contenter de
fa fortune,elle estoit preſte
à la partager avec luy,
pourveu qu'il l'aimaſt afſez
pour ſe vouloir défaire
defon employ. L'ofre l'eust
charmé ſans cette condi.
tion. Il répondit à laDame
avec toutes les marques de
tendreffe & de reconnoifGALANT.
59
Di
fance que cette honneſteté
méritoit ; & luy laiſſant ef.
perer ce qu'il ne vouloitpas
luy promettre abſolument,
il la pria de faire reflexion
fur ce qu'une trop prompte
déference à ſes volontez
feroit dire de luy dans le
monde. La Belle ne pûr
goûter fes excuſes. Lagloire
de ſon Amant la flatoir;
mais outre qu'elle commençoit
à trouver ſon abfence
inſuportable, les con--
tinuellesOccaſions où il ef
roit obligé d'expoſer ſa vie,
troubloient toute la tran
60 MERCVRE
lesplu
quillité de la ſienne. Ainfi
elle voulut l'avoir aupres
d'elle à quelque prix que
ce fuft. Elle aimoit, elle ſe
connoiſſoit aimée, & apres
luy avoir inutilemét reïteré
la meſme Propofition dans
les termes les plus preſſans,
elle ne douta point qu'en
changeant de baterie, elle
n'ébranlaſt fes plus fortes
réſolutions. Le pouvoir
qu'elle avoit pris fur fon
coeur luy répondoit du ſuccés.
Elle fuprima ſes tendreſſes
accoûtumées , &
cherchant dans la froideur
GALANT. 61
}
- de ſon ſtile un nouveau
moyen de l'enflamer , elle
luy manda , qu'apres avoir
férieuſement examiné la
force de ſes raiſons , elle
avoit reconnu l'injuſtice de
ſes prieres ; Qu'elle demeuroit
d'accord que l'amour
eſtoit une paſſion indigne
de remplir une aufli grande
ame que la ſienne ; Qu'elle
approuvoit fon zele pour le
ſervice du Roy ; Qu'elle luy
conſeilloit meſme de s'y
dévoüer plus parfaitement,
en ne ſongeantplus du tout
à elle, & que de ſon coſté
ela
62 MERCVRE
elle alloit tâcher de l'ou
blier pour le mettre plus en
état de conſacrer à laGloi.
re tous les momens d'une
vie dont elle avoit crû devoir
prendre quelque foin.
Cette Lettre fit l'effet qu'-
elle en avoit attendu. Ce
fut un peu d'eau répanduë
fur un fort grand feu. Le
Cavalier ne l'avoit jamais
trouvée ſi aimable que fon
imagination la luy repreſenta
dans ce moment. La
crainte de la perdre luy fit
ramaſſer tous les charmes
de fon eſprit & de ſa per
GALANT. 63
12
fonne , & en eſtant plus
* amoureux que jamais , il
luy écrivit ce que la plus
violente paſſion peut inf
pirer de plus engageant
pour obtenir le retarde.
ment de quelques Mois,
pendant leſquels il obligeroit
fon Pere à faire pour
luy ce qu'il avoit lieu d'en
- efperer, & chercheroit un
moyen de faire avec moins
de honte ce qu'elle ſouhaitoit
de ſa complaiſance.
LaDame qui vit par là que
la victoire luy eſtoit aſſu
rée, continua ſur le meſme
64 MERCVRE
ton. Elle répondit au Cavalier
, que ce qui luy ſeroit
préjudiciable dans un
temps , luy feroit également
deſavantageux dans
un autre ; Qu'elle ne
prétendoit point qu'il ſe
fift la moindre violence
pour elle ; Qu'elle ſe rendoit
juſtice ſur le peu qu'-
elle méritoit, & qu'elle eftoit
fortie de l'erreur qui
luy avoit fait croire , que
comme elle luy vouloit
donner tout ſon coeur, elle
n'eſtoit pas indigne d'avoir
tout le ſien. Quelques au
GALANT. 65
1
e
t
tres Lettres qui ſuivirent
ces deux premieres, écrites
toûjours avec les meſmes
apparences de froideur,
acheverent de déterminer
le Cavalier. Il ne pût tenir
davantage contre les empreſſemens
de la Belle , &
il ſe trouva tellement obligé
à la maniere def- intereſſée
dont elle l'aimoit,
que le plaiſir de la ſatisfaire
P'emporta fur toute autre
choſe. Il envoya ſa démiſfion
à la Cour , renonça à
des avantages incompatibles
avec le deſſein de ſe
Juin. • F
66 MERCURE
marier, l'écrivit à la Dame
en termes qui luy marquoient
un entier détachement
de tout ce qui ne regardoit
pas fon amour , &
ſe mit en cheminquelques
jours apres pour luy confirmer
les aſſurances que fa
Lettre luy avoit portées.
Jamais Amant ne prit la
Poſte avec tant d'impatience
d'arriver où il ſe croit
ſouhaité. Le ſacrifice qu'il
venoit de faire luy promettoit
le plus tendre accueil,
& il n'eut le coeur remply
pendant ſon voyage que
GALANT. 67
des douceurs qui en de.
- voient eſtre la récompenſe.
- Il faut aimer pour conce-
- voir l'excés de ſajoye quand
il découvrit la Ville quirenfermoit
l'aimable Perſonne
qu'il venoit chercher. Il y
entra, & n'eſtant plus qu'à
cent pas de la Ruë où elle
logeoit, il fut arreſtépar un
concours extraordinaire de
Peuple que la pompe d'un
Enterrement avoit amaſſe.
Elle estoit grande , & l'accompagnement
deſignoit
affez le rang du Mort. Le
Cavalier chagrin de ſe voir
Fij
68 MERCVRE
obligé d'attendre,ou de retourner
ſur ſes pas, demanda
pour qui cette funefte
Cerémonie ſe faiſoit , & à
peine l'eut- il appris , que .
faiſant un haut cry , il embraſſa
l'encolure de fon
Cheval, &gliſſa à terre ſans
s'en pouvoir relever. Ses
Gens le porterent dans une
Maiſon voiſine, où l'on eut
beaucoup de peine à le faire
revenir d'un évanoüiffement
qu'on jugea longtemps
mortel. L'accident
fit bruit. On avertit ſes
Amis. Ils accoururent, &
GALANT. 69
e comme ſon amour leur eftoit
connu , ils ne furent
point furpris de l'état où ils
le trouverent. La jeune
Veuve qui luy avoit donné
1 tant d'amour, eftoit la Perfonne
qu'on enterroit. Une
fievre de quatre jours l'avoit
emportée,& toutes fes
eſpérances finirent au moment
que fon bonheur luy
paroiſſoit fans obſtacles . Il
quitoit tout pour ſe donner
ſans referve àce qui luy
eſtoit plus cher que la vie,
& la mort luy enlevoit ce
qui luy faifoit tout quiter.
4
70 MERCVRE
Apres qu'il fut revenu à
luy , il dit & fit des choſes
qui auroient touché les
plus inſenſibles. Ses Amis
qui ne le virent pas en état
d'eſtre conſolé , prirent le
party de ſa douleur, & luy
applaudiſſant ſur toutes les
circonſtances qui la pouvoient
augmenter , ils le
firent inſenſiblement con-
* fentir à vivre , afin qu'elle.
ne finiſt pas fi - toft.
Les uns foufrent par la
mort , les autres par l'infidelité.
Cependant toutes
les peines qui ſuivent l'aGALANT.
71
mour, n'empeſchent point
qu'on ne conſeille toûjours
d'aimer. Voyez - le par les
Vers qui ſuivent. M'Leſgu
-les a mis en Air.
AIR NOUVEAU.
I vous voulez charmer,
NeSoyezplus cruelle:
Une Beaute rebelle
Nepeutsefaire aimer.
Pour donnerde l'amour,
Iris, il en faut prendre ;
Quin'a point le coeurtendre,
N'ajamais un beau jour.
Je change de matiere,
&je croy en changer ſelon
voftre gouft, puis qu'appa
72 MERCVRE
remment apres une Hiftoire
d'amour , une Relation
de guerre ne vous déplaira
pas . Rien n'eſt ſi rare
que d'en faire une parfaite
d'un Siege ou d'une Bataille
, particulierement
quand on la fait fur les premieres
nouvelles qui s'en
reçoivent. J'oſe dire mefme
qu'il n'y en a jamais eu .
Tout ce qu'on écrit peut
eftre vray ; mais il y a toûjours
beaucoup de particularitez
qui échapent. Vous
en avez appris par mes Lettres
qui ne vous auroient
jamais
GALANT. 73
jamais eſté connuës , ſi je
ne-les euſſe pas ramaſſées
pour vous. J'ay tâché de
rendre juſtice à tous ceux à
qui elle eſtoit deuë, &vous
vous eſtes ſouvent loüée de
mon exactitudeàvous marquer
quantité de circonftances
eſſentielles des plus
grandes Occaſions, qui ne
ſe trouvoient point ailleurs .
Cependant quoy que j'aye
pris tous les foins imaginables
pour n'oublier rien,
j'avoue que je n'aypas toujours
eſte d'abord informé
de tout. Cela vient de ce
Juin. G
A
:
ز
74 MERCVRE
que ceux qui écrivent ne
peuvent eſtre en diférens
lieux tout-à- la - fois , & que
dans l'action un Homme
ignore ſouvent ce qui ſe
paſſe à vingt pas de luy.
L'entrepriſe de Leuve vous
a paru ſurprenante. Elle
feroit incroyable dans un
autre Siecle que dans celuy
de LOUIS LE GRAND ; &
comme je croy qu'on ne
vous ſçauroit trop parler
de ce qui merite toute voftre
admiration , je ne puis
garder pour moy ſeul la
plus exacte & la plus fidelle
GALANT. 75
Relation qui ſe ſoit encor
veuë de la priſe de cette
Place. Quoy que celle que
je vous ay déja envoyée
vous ait paru fort particuliere
, vous ne douterez
point que cette derniere
ne l'emporte , quand vous
ſçaurez qu'elle eſt d'un intime
Amy de M² de la Breteche
, qui a veu naiſtre
le deſſein , qui a tout veu
préparer pour l'execution,
qui s'eſt trouvé preſque par
tout dans le temps qu'on
a fait l'attaque , & à qui il
eſtoit impoſſible que rien
Gij
76 MERCVRE
fuft caché. Ainſi ce n'eſt
point vous écrire deux fois
lamefme chofe. C'est donner
un ordre reglé à une
des plus belles Actions
qu'on ait faites depuis long
temps, & vous la faire voir
dans une certaine ſuite que
tout ce qui s'en est écrit
d'ailleurs ne nous marque
point. Cette Relation rend
justice au Gouverneur , en
faiſant connoiſtre qu'il a
fait tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de
coeur qui ne ſe rend qu'à
l'extremité, & c'eſt ce qui
GALANT. 77
a rehauſſé la gloire de nos
François. Je ne vous envoye
point de nouveau
Plan. Je vous diray ſeulement
que dans celuy que
vous avez veu, on a donné
des Baſtions à la Ville en
plus grand nombre qu'elle
n'en a, & un de moins à la
Citadelle , & qu'il y a des
Redoutes de pierre aux environs
de la Place qu'on a
oublié d'y marquer.
*
Giij
78 MERCVRE
5252525252225252
RELATION
EXACTE DE LA PRISE
DE LEVVE.
C
EttePlace eſt ſituée
fur l'un des deux
Géetes , à l'entrée
du Brabant. Elle est toute
inondée à la portée du Canon
par de grands & profonds
Marais , à la referve
d'une Avenuë appellée le
Chemin de Saintron. Le
Comte de Monterey Gouverneur
desPaïsBas, a forti.
GALANT. 79
fiécette Avenuë depuis dix
ans d'une Citadelle à cinq
Baſtions,& fait faire en mé-
- me temps deux grands Baftions
àlaVille. LesFoſſez de
toute cette Fortification
font profonds de 16. à 18.
pieds, le tout environné de
double Foffé & de double
Contreſcarpe. Il y a beaucoup
de diſtance entre la
Ville & la Citadelle. Cette
entrepriſe eſt l'effet d'une
application de 18. mois.
L'execution enfut retardée
par une jambe que perdit
M² de la Breteche quand
r
G iiij
80 MERCVRE
Maſtric fut aſſiegé. Elle
ne s'eſt pas faite ſans beaucoup
d'allées & de venuës
dont perſonne ne penétroit
les raifons . Toutes choſes
ayant paru aſſez heureuſe.
ment diſpoſées pour efperer
un favorable ſuccés, les
Troupes qu'on choiſit pour
executer ce grand deſſein,
fortirent de Maſtric le premier
& le ſecond de May
par diverſes Portes & ſous
diférens prétextes, afin d'en
oſter la connoiſſance au
Public. M de la Breteche
fortit luy - meſme comme
GALANT. 81
un Homme qui alloit à la
Chaffe , & trouva ſept ou
huit de ſes Amis , auſquels
il avoit fait entendre ſeparément
qu'ils pouvoient
luy rendrequelque ſervice.
L'Aſſemblée de tous les diférens
Partys.fut à la Cenſe
de Meniſcoffe, à cinq lieuës
de Maſtric , & à quatre de
Leuve. Ils y arriverent la
nuit du deux au trois une
heure avant le jour , & y
demeurerent enfermez jufques
à ſept heures du ſoir.
Apres ce tempss ,, M² de la
Breteche fit aſſembler tous
82 MERCVRE
les Officiers , & leur montra
le Plan de l'Attaque.
Tous les Détachemens furent
faits . Il donna l'ordre
à chacun, & mit toutes ſes
Troupes en marche à l'entrée
de la nuit , & au rang
où elles devoient combatre.
Elles eſtoient compoſées
de quatre cens ſept
Hommes de pied , de cent
Grenadiers , de fix- vingts
Dragons , & de deux cens
Chevaux. On arriva à deux
heures apres minuit au Village
de Vire, à trois quartd'heures
de Leuve. Tous
GALANT. 83
les Officiers & Dragons
mirent pied à terre. On
déchargea quatre Charetes,
dont trois portoient vingt
Pontons faits de deux ais
-de Sapin, & le fond de Jonc
naté, le tout couvert d'une
toile gaudronnée , chaque
Ponton de la figure d'un
-quarré , long de dix pieds ,
& large de trois. Dix de
ces Pontons attachez les
uns aux autres par une petite
chaîne de fer , formoient
un Pont de cent
pieds. Ils avoient chacun
deux anneaux de fer aux
J
84 MERCVRE
deux coſtez , dans lesquels
paſſoit une corde de chaque
coſté, qu'on appelle
Singuenelle. Ainſi apres
avoir attaché le premier
Bateau à une Paliſſade , il
ne falloit que tirer les deux
cordes au bord du Foffé, &
on avoit preſque auffitoft
un Pont ferme &folide, en
bandant ces cordes avec
un Capeſtan . M'de la Breteche
avoit employé beaucoup
de temps à s'imaginer
cette maniere de Pont,
& apres en avoir fait faire
pluſieurs eſſais à cent Dra
GALANT. 85
gons ſur les Foſſez de Maftric
, il les avoit rendus fi
habiles à le jetter, qu'il n'y
avoit point de Foffé ny de
Contreſcarpe avec la Paliſ
fade , qu'il ne s'aſſuraſt de
paſſer en demy quartd'heure.
Apres que toutes
choſes eurent eſté biendif
poſées , & que chacun eut
reçeu ce qu'il avoit à porter
, on marcha de cette
forte. Quinze Hommes
choiſis , commandez par
M'des Bordes Ingénieur,
alloient à la teſte de tout,
- avec M' Barbier Commif86
MERCVRE
faire d'Artillerie . Quarante
Nageurs tous nus, le Sabre
au bras, ſuivoient ces quinze
Hommes. M² de Cremeau
& M² Brunet , tous
deux Capitaines dans Piémont
, les commandoient
avec Mª du Péron Lieutenant
au Regiment Royal,
M S. André Lieutenant
reformé de Bourbonnois,
M' le Roy Sergent de Piémont
, & M Hanſuvillan
Volontaire. Six des Nageurs
portoient fix Chevalets
pour mettre ſur la
pointe des Paliſſades , afin
GALANT. 87
UL
de pouvoir monter aifément
deſſus ; & comme il
■ y avoit deux rangs de Paliſſades
hautes de huit pieds
& armées de pointes de fer,
on portoit auffi des Echelles,
afin que les mettant ſur
les Chevalets , on puſt paffer
promptement. M de
Valeils Capitaine des Grenadiers
du Regiment de
Piémont , ſoûtenoit cette 4
Troupe de Nageurs avec
foixante Grenadiers . Il
avait pour Lieutenant M
d'Abelic , avec ordre de
s'arreſter ſur le bord du
88 MERCVRE
Foſſé du Corps de la Place,
&de faire feu aux Defenſes
pour favoriſfer ceux qui tendroient
le Pont, & les Nageurs
qui devoient ſe jetter
à la Berme du Baſtion , &
en couper les Paliſſades.
M'de Piblar Capitaine dans
Bourbonnois,& M ' Tirbon
Capitaine dans Picardie,
ſuivirent M de Vareils,
ayant pour Lieutenans M
le Chevalier de la Rocque
Lieutenant dans Piemont,
& M de Launois Volontaire
. Leur ordre eſtoit de
couler àdroit quand ils ſeGALANT
89
te
e
roient dans la feconde
Contreſcarpe , & de s'aller
mettre entre la Ville & la
Citadelle pour s'oppoſer à
tout ce qui s'y jetteroit.
M' Daugis Capitaine dans
Piemont , M. Camberlan
Lieutenant des Grenadiers,
&M Brunet Lieutenant de
Piémont , devoient border
la Contreſcarpe avec cinquante
Hommes , & dix
Grenadiers, pour paffer incontinent
que le Pont ſe
roit tendu. M² Prevoſt &
M Marenne , l'un Capi
taine, & l'autre Lieutenant
r
Juin. H
90 MERCVRE
de Piémont, avoient ordre
de demeurer entre les deux
Foſſez avec so..Hommes,
pour ofter la communication
du Chemin couvert
qui envelope la Ville & la
Citadelle. M³ de Manegre
Capitaine dans la Marine,
&M de Carron Lieutenant
dans le meſme Corps , faifoient
l'Arrieregarde de
toute l'Infanterie,avec cent
Hommes de pied. Mde
Nave Lieutenant Colonel
de Bourbonnois, commandoit
toute cette Infanterie,
& M de Pinfac Capitaine
GALANT. 91
dans Piemont faifoit la
Charge de Major de toutes
les Troupes. Quatre-vingts
Dragons avec leurs Fufils
* paſſez par deſſus le dos, &
ayant chacun une bricolle
au col, portoient les vingt
Bateaux , à ſçavoir quatre
à chaque Bateau , peſant
cinquante livres . Quatre
Capitaines de Dragons,qui
feftoient Male Chevalier de
la Breteche, Frere de M'de
↑ la Breteche Conducteur de
cette fameuſe Entrepriſe,
& Mrs Montbrifon , Longueville,
& la Sague , quatre
Hij
92 MERCVRE
Lieutenans , M³ de la Cochardiere
, Belleville , Cadaillan,&
la Morliere Ayde
Major ; quatre Cornetes,
M² Grignonier , Gaffion,
Bafbos, & Mepirac ; quatre
Volontaires , Mrs Coblaf
fault, la Salle, le Chevalier
de Lorier & du Magny,
avec deux Mareſchaux des
Logis , tous Officiers de
Dragons , ſe tenoient aupres
des Pontons, afin que
par leur fermeté ils pûſſent
reparer le deſordre qui s'y
pouvoit mettre pendant un
grand feu de Canon & de
GALANT 93
Mouſqueterie qui estoit à
C craindre . Deux cens Chevaux
marchoient à la queuë
Et de tout . Leurs Commandans
eſtoient M de Rive
Major du Regiment de
Melac, M'Collombec Capitaine
du Regiment de
Lozier , M Coullon Capi
taine dans Melac, M' Dor.
ferolle Capitaine dans Bethune,
M'Daugis Capitaine
dans Charlus, quatre Lieurenans
dont je n'ay pûfça
voir le nom , M'Aldevous
Cornete dans Lozier , M
de Manirac Cornetende
94 MERCVRE
Dragons , & M² de Frontigny.
Cette Cavalerie devoit
s'oppoſer à tout ce qui
pourroit fortir de la Place,
pendant qu'on s'occuperoit
à l'attaquer. Toutes
cesTroupes marchant dans
cet ordre , arriverent à la
premiere Paliſſade juſtement
à la pointe du jour.
La Sentinelle cria Qui vive?
dans le temps qu'on mettoit
le premier Chevalet.
M'de Launois Volontaire
répondit , Deserteur , &
monta furla Paliſſade. La
Sentinelle appella le Ca
1
GATANT. 95
poral , tira ſon coup , &
bleſſa un Soldat. On paſſa
la premiere & feconde Paliffade
aſſez bruſquement.
Cependant on jettoit les
Bateaux dans l'Avantfoffé,
& à mesure que ceux qui
les avoient portez ſe trouvoient
au dela de la Palif-
↑ fade, ils les venoient retirer
de l'eau pour les remettre
fur le glacis entre les deux
Contrefcarpes. M'des Bor-
↑ des trouva moyen d'arra-
| cher quatre Paliſſades du
Chemin couvert du grand
Foffé, pour faire entrer les
96 MERCVRE
Bateaux dans la Contref
carpe. Les premiers qui y
entrerent, ſuivirent fi bruf
quement un Corps - degarde
de vingt Hommes,
que ne leur ayant donné
que le temps de tirer cinq
ou fix coups , ils ne leur laif
ferent pas celuy de fermer
la Barriere apres eux. Les
Détachemens ayant pris
leurs Poſtes marquez, tout
ſe fit ſi juſte, que les Ennemis
voulant ſe jetter dans,
la Citadelle trouverent
Ms de Piblar & Tirbon,
qui les reçeurent à coups
de
GALANT. 97
de Fuſil, & tuerent un Capitaine
& pluſieurs Officiers
au coſté du Gouverneur
qui les animoit par
ſon exemple. M Barbier
à qui on avoit donné le
ſoin de tendre le Pont avec
ſept ou huit Hommes de
l'Artillerie qui avoient porté
deux Capeſtans , s'y attacha
avec tant de zele &
de fermeté , qu'il fut fait
auſſi promptement qu'on
le pouvoit ſouhaiter , malgré
le feu de quatorze Pieces
de Canon, & de plus de
cent Hommes des Enne-
Juin.
98 MERCVRE
mis . Outre le Pont , il y
avoit dix Bateaux ſéparez,
afin de jetter toûjours plus
de monde dans la Place, &
de reparer les inconveniens
qui pourroient arriver au
Pont. M' Daugis eut la
cuiffe percée d'un coup de
Moufquet en montant fur
le Baſtion . Mr Brunet fut
tué dans la Contreſcarpe .
M² de Carron eut auffi la
cuiſſe percée, & M² de Longueville
le front éfleuré
d'un coup de Mouſquet.
Nous n'avons pas eu plus
de vingt ou trente Homr
GALANT. 99
11
mes tuez ou bleſſez. Le
Combat a duré pres d'une
heure . M le Chevalierde
la Breteche eut l'avantage
de ſe trouver le premier au
Parapet. Ily entra par une
embraſure de Canon , &
fut ſuivy de pluſieurs Nageurs
& Officiers , crians
tous, Vive le Roy. Tout ce
qui estoit dans la Citadelle
plia, & chacun ne fongeoit
plus コン dantqcue'tàeſmepsca, clheeGro. uPveenr--
neur accompagné de cinquante
Officiers , du Regiment
des Cravates à che
I ij
100 MERCVRE
val , & de plus de ſoixante
Hommes ramaſſez , fit trois
tentatives pour forcer le
paſſage de la Citadelle,
mais il les fit inutilement.
Ainſi voyant qu'il perdoit
du monde , qu'il eſtoit
bleſſé luy-mefme, & qu'on
pointoit l'Artillerie fur
eux, il recula dans la Ville.
M de la Breteche s'en apperçeut
, & ordonna à M
de Vareils, de Manegre, &
de Montbriſon , ſuivis de
cent Hommes , de fortir à
la Barriere , & de pouffer
lesEnnemis à mesure qu'
ES
GALANT. IOI
ils ſe retireroient. Cet ordre
qui fut vigoureuſement
executé, leur fit prendre le
party d'entrer à cheval
dans la grande Eglife , &
dans l'Hoſtel de Ville. Ils
nous tuerent de là cinq ou
fix Soldats, & demanderent
en ſuite à capituler. Ils furent
tous prifonniers de
guerre, ſçavoir D. Hernandez
Gouverneur, pris dans
la Maiſon de Ville ; M
Oüergue , Lieutenant de
Roy, pris dans la Citadelle;
le Major de la Place ; M²
Palnoüis Colonel des Crar
r
I iij
102 MERCVRE
vates ; M² Chaftelain Lieutenant
Colonel ; M² Champeftre
Major ; M'Palnoüis
Fils, & M Hedre, Capitaines
, avec l'Ajudante , tous
Officiers de ce mefme
Corps ; quatre Capitaines
du Regiment d'Oftige ;
M' le Prince , Capitaine
Commandant de celuy de
Sors; M le Baron de Palan
, M'Doigny , & le Frere
de M' le Prince , tous trois
Capitaines de ce dernier
Regiment ; M ' Leveſque
Major du Regiment d'Otis
; M Senave, Gueman,
rs
GALANT. 103
e
1
i
de Libere Racou , & Ravent
, tous cinq Capitaines
de ce mefme Regiment
d'Otis ; M² de la Grange
Lieutenant de la Compagnie
de M d'Auverkve ;
M' Tresfrert Capitaine
d'une Compagnie franche,
fon Alfier ; le Sergent de
la Compagnie de M² de
Meziere ; fon Lieutenant;
fon Alfier ; quatre Sergens,
& trois Soldats ; M² de Nefvelin
Capitaine d'une Compagnie
franche ; M² Mouton
Capitaine ; fon Conneſtable
, & fept Soldats,
r
I. iii
104 MERCVRE
1
pluſieurs autres Officiers
fubalternes, & pres de quatre
cens Hommes de la Garnifon.
On a emporté dix
Drapeaux , quatre Etendards
, & les Timbales du
Regiment des Cravates.
Les Drapeaux & les Prifonniers
ont eſté remis entre
les mains de ME de
Calvo, qui arriva une heure
apres avec environ mille
Chevaux. Cette grande &
heureuſe Action s'est faite
à trois lieuës de l'Armée du
Prince d'Orange , qui envoya
inveſtir la Place par
GALANT. 105
quatre mille Chevaux deux
-jours apres qu'elle eut eſté
priſe ; mais n'ayant veu
aucune poſſibilité d'en faire
le Siege , il contremanda
-trente Pieces de Canon qui
eſtoient forties deMalines,
& toutes les Troupes qui
marchoient déja pour cette
Expédition. Me de Calvo
pourveut Leuve de toutes
choſes. La Garniſon des
Ennemis eftoit compofée.
du Regiment de Sors , de
ſept Compagnies de celuy
- d'Otiche , de fix du Regi-
-ment du Marquis d'Iuft,
r
1
1
106 MERCVRE
1
de treize autres Compagnies
, de quatre de Cavalerie
des Cravates , & de
fſept Compagnies franches .
Tous nos Officiers , commandez
pour cette Action,
ont fait des choſes ſurprenantes
; la conduite a égalé
la bravoure , & jamais il
n'eſt arrivé moins de confuſion
pour une Affaire de
cette importance. Elle a
étonné tout le monde ; &
ceux - mefines qui en ont
ené témoins , ont peine à
croire ce qu'ils ont veu.
M' de la Breteche s'eſt toûGALANT.
107
jours trouvé à cheval, marchant
ſur le glacis de la
Contreſcarpe pendant l'AAion
.
Le Regne de LoÜIS LE
GRAND nous a tellement
accoûtumez aux Prodiges,
-que ſi nous ne ceffons pas
de les admirer , nous ceffons
du moins d'en eſtre
- furpris. Ces miracles qui
commencent à devenir fi
communs pour nous , ont
fait faire le Sonnetqui fuit.
Je ne vous l'envoye pas
ſeulement pour la matiere,
mais parce qu'il enferme
108 MERCVRE
un miſtere de galanterie
qu'il ne m'eſt pas encor
permis de vous éclaircir.
Comme il doit avoir de la
ſuite , & que je ne doute
pas que l'Autheur ne m'en
faſſe part , je vous apprendray
l'Avanture entiere , &
vous connoiſtrez alors que
mes Lettres produiſent
quelquefois d'autres effets
que celuy de vous divertir.
GALANT. 109
- 5252525252525225
SUR LES
!
CONQVESTES
DU ROY,
FAITES EN HYVER,
SONNET .
Lfaut tous quiter leMeftier,
Grands Supputeurs d' Ephemerides;
Vous perdezle fruit de vos rides
Abarboüiller tant depapier.
S2
De vray vous purriezen lanvier,
Prefagerfurraisonsfolides,
Qu'onn'auroit nuls glaços liquides,
Comme dit Mathurin Questier.
110 MERCVRE
Se
Mais n'annõserque pluye&glace,
Sans afſaut ,fans priſe de Place,
L'Almanachfſeerva ruiner.
Se
'Les prédire eſtoit difficile.
Prendre en Hyver Villefur Ville,
Qui diable euftpù le deviner?
Voicy d'autres Vers qui
doivent avoir auſſi leur
miſtere . Ils m'ont eſté envoyez
de Loudun ſous le
titre de la Jonquille de
Madame *** L'Ouvrage
me paroiſt allégorique, &il
y a grande aparence qu'on
a ſes veuës , quand on y
parle de Zéphirs & de Tubéreuſes
.
GALANT. III
-2525252525252522
LA IONQVILLE.
'Eclatois autrefois dans un
petit Parterre,
On me reconnoiffoit pour la
Reyne des Flears ;
- Cent Rivales en vain me decla
:
roient la guerres
Le plus beau luftre , & les vives
couleurs,
Dont brille la Tulipe , & que la
Rose étale,
Cedoient à la douceur des Parfums
que j'exhale.
Se
Tous les Zephirt de ce ſejour,
A l'envys'empreſſfoientà me faire
la cour,
112 MERCVRE
Et d'unairfi galant, ſiſoumis &
fi tendre,
M'offroient leursfoupirs chaque
jour,
Queje ne pouvois me défendre
D'eftreſenſibleà leur amour.
52
Dequels plaisirs,de quellegloire
Ne combloit point mes jours ce
commerceflateur!
Toutes les Fleurs envioient mon
borbeur;
Mais pourquoy rapeller dans ma
trifte memoire,
Pardes regrets cuiſans&fuperflus,
Leſouvenirdes biësquej'ay perdus?
Se
Vngrandnombre deTubereuſes,
Fleurs étrangeres dans ces lieux,
Que quidoit un Zephir content &
glorieux
GALANT. 113
D'applanirſous leurspas des rou.
tes épineuſes ,
Aupres demoy vinrentse reposer,
Etdetout mon éclat bientoſt victorieuses
,
Firent plus contre moy, que ne devoient
ozer
Des Fleurs nobles &genereuſes.
/ 52
TousmesZephirs en furët ébloüis,
Ils furent tous dés - lors ſouftraits à
mon empire,.
Confufe &desolée , àpresent je
Soûpire.
evanoüis.
Gloire, plaifirs , honneursfefont
Mon deſtin doit apprendre aux
Belles,
Qu'il n'est point d'Amans fifidelles
delles,
Qui ne puiffent estre ſeduits,
Juin. K
114 MERCVRE
Et qu'un Objet nouveau souvent
triomphe d'elles.
25
Helas ! d'où vient qu'à m'in
Sulter,
Tubereuſes , par tout je vous voy
toûjours preſtes?
Vous nepouvezvous écarter
Des lieuxoù vous m'avezenlevé
mes Conquestes ,
On vousy trouve tous lesjours.
Vousy faites venir tant de nouveaux
fecours,
Querienn'échape au pouvoir de
leurs charmes.
Tout leurparoistsoumis,&je veux
aujourd'huy
Moy-mémemettre basles armes,
Et bien loin de me plaindre, implo
: rer vostre appuy.
GALANT. 115
S2
Le Sçay que pour punir des Fleurs
présomptueuses,
Qui croyoient attirer les Zephirs
les plus doux,
On envoya les Tubereuses, J
Qui lesfirent voler en foule à leurs
genoux,
Et laiſſerent ces malheureuſes
En proye àleurs träſportsjaloux.
Mais s'ilfaut maltraiter quelques
fleurettes vaines,
La Jonquille n'est pas une fleur du
commun,
Ellen'apasmeritèmesmes peines;
Ilest tant de Zephirs dans nosBois,
dans nos Plaines,
Que le nombre pourra vous en estre
importun;
L'estois accoustumée à leurs tendres
haleines, * (laiſſer un .
Tubercuſes, au moins daignezm'en
116 MERCVR
r
La galanterie eſt tellement
née avec les François,
qu'ils la font regner dans
les lieux meſme d'où le
voiſinage de la Guerre l'auroit
deû bannir. Ath eft
une Ville dont vous avez
ſouvent entendu parler.
M le Comte de Nancré en
eft Gouverneur. Quelques
jours avant que les Dragons
Dauphins de laMeſtre
de Camp generale & de la
Cornete blanche , euffent
reçéu ordre d'en partir, les
plus conſidérables Officiers
de ces Compagnies l'eſtant
GALANT. 117
allezvoir, il ſe fit une Partie
de Jeu entre Mademoiſelle
de Nancré & Mademoiselle
de S. Yon. La premiere
avoit de ſon coſté Mª le
Marquis de S. Eran , M² le
Marquis de Bougis , & M
le Comte de Longueval.
M'le Comte de Nancré,
M'le Chevalier du Terrier
Capitaine dans le Regiment
du Roy , & M de
Chevilly , prirent le party
de l'autre. Il ne s'agiſſoit
que d'une Difcretion. Mademoiselle
de Nancré la
gagna ; & M le Chevalier
ر
118 MERCVRE
du Terrier qui ne fut peut
eftre pas fâché de la perdre
en ſuite contre les deux
Hommes de fon party, crût
qu'il ne s'en pouvoit mieux
acquiter qu'en offrant le
Bal à cette aimable Perfonne
. Il fit cette offre de
fi bonne grace , qu'elle ſe
trouva obligée de l'accepter.
Comme elle en choifit
le temps pour le ſoir de
ce meſme jour , il n'eſtoit
pas obligé à de grands appreſts.
Cependant les chofes
furent ordonnées avec
une magnificence qui fur
GALANT. 119
- prit , & jamais il n'y eut
moins lieu de s'appercevoir
de l'Inpromptu. Toutes les
-Dames ſe rendirent dans
le Chaſteau qui estoit éclairé
de tous coſtez d'une
tres - grande quantité de
Bougies. Tous les Officiers
de remarque s'y trouverent,
& les Violons avoient
déja joüé pluſieurs Entrées
de Ballet, quandM le Chevalier
du Terrier entra. La
galanterie de ſon Habit répondoit
à ſa bonne mine.
C'eſtoit un Habit d'Ete
qu'il n'avoit point encor
120 MERCVRE
mis,& dont il avoit inventé
le deſſein . Le fond en estoit
aurore , avec des boutonnieres
entremeflées d'oeillets
tous entrelaſſez & piquez
de ſoye. Un cordonnet
aurore & blanc y faifoit
des noeuds d'amour & des
chifres. Undouble ouvrage
fervoit d'ornement aux
manches. Le tour des Canons
en eſtoit remply. Il
avoit une Garniture auffi
magnifique que bien entenduë
, avec des Plume's
des mefmes couleurs, c'eſt
à dire , blanc , vert , & au
rore.
GATANT. 121
rore. Ce qu'il y eut de particulier
, c'eſt que cette
Garniture avoit un entier
raport avec celle de Mademoiselle
de Nancré. On
ne peut mieux ſoûtenir la
qualité de Reyne du Bal
qu'elle fit dans celuy dont
je vous parle. Elle s'y fit
diftinguer par ſa danſe auſſi
bien que Mademoiselle
-de S. Yyon, & on donna à
celle de M'le Chevalier du
Terrier toutes les loüanges
qu'elle méritoit. La Col.
lation fut de cinq grands
Baffins , où toutes choſes
Juin. L
122 MERCVRE
ſe trouverent en profuſion.
On recommença la Danſe.
Elle dura juſqu'au jour , &
il euſt eſté difficile de mieux
régler une Feſte, quand on
auroit eu huit jours à s'y
préparer.
Ce qui s'eſt fait à Ath
pour une Difcretion perduë,
s'eſt fait depuis peu en
Bretagne, pour marquer la
joye qu'on y a euë du Mariage
de Mº de Launay Capitaine
au Regiment du
Roy , avec Mademoiſelle
de Trevegat , riche Heritiere
de cette Province . Il
GALANT. 123
r
eſt Fils de M² de la Chapelle-
Coquerie , Gouverneur
pour le Roy des Villes
& Chaſteau du Croiſic &
Guerende , & petit- Fils de
feu M' de la Coquerie Préfident
à Mortier au Parlement
de Bretagne. La
Nopce s'eſt faite à Guerende
avec des réjoüiſſances
qui ont duré quinze
jours. Le grand concours
de Nobleſſe qui s'y eſt afſemblée
de toutes parts,eft
un témoignage avanta
geux de l'eſtime qu'on y
fait des Mariez. Les Di-
ン
Lij
124 MERCVRE
vertiſſemens n'y ont point
ceſſé ; mais quoy qu'il y en
ait eu de toutes fortes, rien
n'a égalé une Feſte qui ſe
fit pour eux au Croiſic, lors
que M' de Launay alla s'y
faire recevoir à la Survivance
du Gouvernement
de M' de la Chapelle fon
Pere , que le Roy avoit eu
la bonté de luy accorder,
Il eſtoit avec Madame ſa
Femme. Pluſieurs Perfonnes
qualifiées de l'un & de
l'autre Sexe les accompagnoient.
Ils arriverent au
Lieu que je vous marque
r
GALANT. 125
au bruit du Canon & dela
Mouſqueterie, &reçeurent
les Complimens qui font
ordinaires en pareilles occafions.
Ils furent priez en
ſuite d'aller prendre le
plaiſir de la promenade fur
la Mer. L'extréme chaleur
-du jour les y convioit , &
jamais Divertiſſement ne
pouvoit eſtre plus de ſaiſon.
Ils s'embarquerent ſur des
Chaloupes équipées exprés.
Elles eſtoient couvertes
de verdure, avec quantité
de Feſtons de fleurs.
On avoit preparé une tres-
?
(
Liij
126 MERCVRE
magnifique Collation dans
celle où la Compagnie entra.
C'eſtoit un Ambigu
ſervy avec une propreté admirable
. L'abondance &
la délicateſſe des mets s'y
trouvoient enſemble, & on
ne pouvoit regarder fans
plaiſir l'arrangement d'une
infinitéde Porcelaines remplies
de tout ce qui estoit
capable de flater le gouft.
Il y avoit un Bufet tresbien
garny dans la Chaloupe
voiſine. Celle - cy
tournoit autour de l'autre,
& facilitoit le moyen de
GALANT. 127
P
1
donner à boire à ceux qui
en ſouhaitoient. On pouvoit
choiſir de Liqueurs .
Elles y estoient en profufion,
& de toutes fortes .
Un Concert de Muſique,
vingt - quatre Violons , &
douze Hautbois , rempliffoient
une troifiéme Chaloupe.
Leur Symphonie ſe
joignant au bruit de la Mer,
faifoit retentir agreablement
les Echos que produiſent
les Rochers de cette
Coſte , & donnoit une
extréme fatisfaction à toute
cette belle Compagnie. La
L iiij
128 MERCVRE
1
nuit qui arriva plutoſt
qu'on n'auroit voulu , l'obligea
à ſe débarquer pour
ſe promener à pied le long
de la Cofte. Les meſmes
plaiſirs les y ſuivirent , &
ils furent augmentez par
celuy qu'ils eurent de voir
une quantité prodigieuſe
de Fuſées ſur la Mer, comme
fi cet Element les euſt
pouſſées de luy - meſme
dans les airs pour prendre
part à leur joye. On fe retira
en ſuite chez M le
r
Gouverneur, où le reſte de
la nuit fut employé à dan.
fer.
GALANT. 129
Des commencemens fi
heureux ne préſagent qu'-
une heureuſe ſuite. Il s'eſt
fait icy un autre Mariage
depuis quelques mois , qui
en a déja eu de chagrinantes
. Il n'y a rien de rare en
cela , mais il y a quelque
choſe d'aſſez peu commun
dans ce qui a caufé la diviſion.
Voicy l'Histoire.
Un Cavalier fort capable
de ſe faire aimer & par
fa bonne mine & par fon
eſprit, logeoit depuis quelque
temps dans le Quartier
de S. Honoré, quand
130 MERCVRE
car
une belle Perſonne . vint
occuper la Maiſon voifine.
Elle quitoit celuy de S.Paul
& avoit une raiſon effen
tielle pour faire cette longue
tranfmigration ;
vous ſçavez , Madame, que
quiter S. Paul pour S. Honoré
, c'eſt en quelque façon
changer de Ville . Cette
raiſon ne regardoit point
fa vertu . Elle estoit à l'épreuve
des belles paroles,
& vivant ſous la conduite
de ſa Mere, elle l'avoit pour
témoin de toutes fes actions
; mais comme elle
GALANT: 131
cherchoit un Mary plutoſt
qu'un Amant, elle fut perfuadée
que pour le trouver
plus facilement , il falloit
qu'on ne la connuſt pas
pour ce qu'elle eſtoit. Son
Bien estoit médiocre, & ne
luy laiſſoit pas eſperer de
grands avantages , ſi on ne
faifoit entrer ſa beauté en
ligne de compte. Une
grande vivacité de teint,
aſſez de jeuneſſe , des yeux
pleins de feu , & un coloris
de levres admirable , quoy
qu'elle euſt la bouche un
peu grande , efſtoient des
132 MERCVRE
charmes qui ne ſe trouvoient
pas dans toutes les
Filles , mais fur tout elle
avoit une teſte qu'on ne
pouvoit aſſez admirer. C'eftoient
des cheveux d'un
blond qui ébloüifſoit. Jamais
on n'en avoit veu de
ſi beaux. Ils luy donnoient
un éclat qui relevoit merveilleuſement
celuy de fon
teint; &tous ceux avec qui
elle fit habitude dans ce
nouveau Quartier qu'elle
avoit choiſy, ne les euſſent
pas crû naturels , ſi en les
touchant ils n'euſſent reGALANT.
133
connu qu'il n'y avoit point
d'artifice. Le Cavalier
n'eut pas longtemps une ſi
aimable Voiſine ſans faire
connoiſſance avec elle , &
- cette connoiſſance fut bien
-toſt ſuivie de quelques ſentimens
tendres qu'il luy
expliqua. Ils furent affez
agreablement reçeus , &
quoy qu'il ne fuft pas fort
riche , comme il avoit du
merite, elle ſe fuſt aisément
contentée de ſa fortune,
s'il euſt eſté Homme à s'engager
tout de bon , mais il
n'eſtoit pas fort zelé pour
134 MERCVRE
le Sacrement. Une conver
ſation agreable luy plaifoit,
& il eſtoit de ces Gens qui
aiment volontiers toute
leur vie , pourveu qu'ils ne
s'y obligent point par Contract.
La Belle ne s'accommodoit
point de cette
referve. Elle employa toute
forte d'artifices pour l'amener
où elle vouloit , &
voyant qu'elle n'y pouvoit
réüffir , elle crût qu'en le
piquant de jaloufie , elle
viendroit plus aisément à
ſes fins. Elle vit du monde,
reçeut d'autres viſites que
GALANT. 135
les ſiennes , & témoigna
n'eſtre pas inſenſible à
quelques hommages qu'on
luy offrit. Il en murmura,
mais il aima mieux prendre
patience , qu'y apporter le
remede qui luy eftoit ſeûr.
11 ſe rendit compatible
avec d'autres Soupirans,
parmy leſquels un Vieillard
demeuré veuf depuis
deux années , ſe montra des
plus empreſſez . Son âge
C
r
Ur
er
On
pouvoit dégoûter la Belle,.
mais il eſtoit extrémement
riche ; & comme l'amour
donne de la liberalité , il
136 MERCVRE
fit de la dépenſe qui fat
fuivie de tant d'aſſurances
de tendreſſe , qu'elle ne
deſeſpera pas d'en faire un
Mary. Les avantages qu'.
elle en pouvoit efperer,
meritoient bien la préference
qu'on luy donna. Le
Cavalier que la Belle commença
de traiter plus froidement,
s'apperçeut bientoſt
du nouveau commerce.
Il en fut furpris, & ne pouvant
croire qu'on fuft capable
de ſe remarier à l'âge
où il voyoit le bon Homme,
il fit quelque raillerie à la
GALANT. 127
belle Blonde de l'acquiſition
de cet Amant ſuranné.
Elle en fut piquée , s'emporta
contre le Cavalier,
luy défendit ſa Maiſon , &
fit valoir au Vieillard ſon
exclufion de la bonne forte.
Le Cavalier en eut du chagrin
; mais comme il eſtoit
honneſte , il ne ſe vangea
de la maniere impétueuſe
dont il fut traité,
que par ces Vers qu'il luy
fittenir.
Q
Voy,me preferer un Rival?
Climene, mon coeur
pire.
Fuin.
enfois
M
138 MERCVRE
Mais oferay-je vous le dire?
Pourquoy choififfez- vous fimal?
as
Si d'un jeune Blondin charmée,
L'Amour en ſa faveur vous rangeoitfous
fes loix,
Atoutes vos rigueurs mon ame accoustumée,
Respecteroit un fibeau choix .
S2 1
Ce doux je ne ſçay quoy qui
plaiſt lors qu'il engage ,
Ses manieres , ſon air, tout cela
vaut ſon prix,
Dirois- je, il faut ceder : maisrecevoirl'hommage
D'un Protestant àcheveuxgris!
Parlons à coeur ouvert , Climene,
estes-vous ſage?
Se
Quel rapport entrevosfoûpirs?
GALANT. 139
Quandles unsfont defeu,lesautres
font de glace,
Vous entrez dans le monde , alors
que tout l'en chaffe ,
Vous vivezpour la joye, il estmort
auxplaisirs.
S2
Si quelque vieux reſte de flame,
Semble encor quelquefois luy réveillerles
sens,
En vain ce doux tranſport vient
chatoüiller fon ame ,
Les efforts enfont languiſſans.
Se
Ilestvray que l'experience,
Comme le fruit de l'age en estune
vertus
Mais c'est un poids ſous qui l'Amourestabbatu,
Et le trop lay tient lieu d'offence.
Mij
140 MERCVRE
Ainſiquand un Galant dans l'ar-
:
riereſaiſon,
Vientpardes voeux uſezluy rendre
encorhommage,
Ils'en fait une honte , & voudroit
qu'à cet age
On priſtſoin d'entendre raiſon.
Se
C'estun triste ragoust qu'un Amant
à Lunetes;
Climene, apprenez nous comme il
Sgeut vous charmer.
Vn Visage fané , meſme des plus
mal fuites,
Estmalpropre à lefaire aimer.
25
Mais lors qu'enſafaveurvostre
coeurſe déclare,
N'aimeriezvous point ſes trefors?
Il est riche , dit- on, &fon argent
repare
GALANT. 141
Lemanque des graces du corps.
Se
Ce feul trait de beauté rajuſte la
vieilleffe,
Sabourſe , j'en conviens, ledoit
mettre en credit.
Eft- elle bien fournie ? Il a trop de
jeunesse,
Etnefçauroit manquer d'eſprit.
S2
Peut-on luy comparer ces Amans
du bel age,
Qui laiſſant à leurs yeux expliquer
leur langueur,
Quand ils vous ofrent leurhommage,
Nevous apportentque leur coeur?
se
Vn,jememeurs, chezvous, ne peut
estre de miſe,
levois àquoy tout le com reted.
142 MERCVRE
Petitsfoins, Billets doux, Offres de
fafranchise,
Nefont pointde l'argët coptant.
S2
Vous ne vous payez point deſem.
blable monnoye,
Vous demädezd'autres Bijoux;
Lesdonnant àpropos, c'est unefeûre
voye
Pour reüffir aupres devous.
Se
Mais quand vojtre Galant vous
prépare une Feste,
Quà choisir des Préfens it paroiſt
empefché,
Sur tout à bien haut prix mettez
voſtre conqueſte,
Vousfereztoujours bon marché,
Se
A- t-il dequoy payer une de vos
oeillades?
GALANT. 143
Leplaisirdevous voirnedura- t- il
qu'un jour,
Ila beau dépenser en Feſtins, Serenades,
Ilvous doit encordu retour.
S2
Menagezſes tranſports, ila bonne
finance,
Prenezde temps en temps un air
plein defierté,
Faites-luy bien valoir la moindre
complaisance,
Et qu'enfin tout ſoit bien compté.
Se
Vouspouvezestre charitable,
Sans mettre en hazard voſtre
honneurs
Vos bontezn'en fçauroient faire
qu'un misérable,
Ie n'envieray pointfon bonheur.
144 MERCVRE
52
C'eſt dequoy me vanger de la
cruelle injure
Quevoſtre choixfait à mesfeux,
Etje laiſſe à juger qui dans cette
avanture
Eft de nous le plus malheureux .
Cette petite Satyre obligea
la Belle à n'oublier
rien , pour faire voir qu'en
foufrant les affiduitez du
Vieillard, elle avoit eu lieu
d'en eſperer autre choſe
que des Préfens. Toutes
ſes complaiſances luy furent
données . Elle ne recevoit
perſonne quand il
eſtoit aupres d'elle. Cette
conduite
GALANT. 145
conduite fit un effet merveilleux.
Son humeur ne
luy plaiſoit pas moins que
ſon viſage . Elle avoit d'ailleurs
ce qui avoit eſté ſon
*charme toute la vie, je veux
dire ces beaux cheveux
qu'il admiroit tous les
jours, & qui l'enchaînerent
ſi bien , qu'il ſe réſolut
enfin à l'épouſer. Elle
avoit de la vertu , & il ne
ſe peut rien de plus honneſte
que la maniere dont
elle veſcut avec luy. Le Cavalier
voulut la revoir. Il
luy écrivit, il luy fit parler,
Juin. N
:
146 MERCVRE
& n'en pût obtenir la permiffion.
Son Mary eſtoit
fort âgé. Elle luy eſtoit
obligée d'un établiſſement
qui dans le peu de bien
qu'elle avoit , la mettoit à
couvert de quantité d'embarras
; & pour luy en
marquer ſa reconnoiffance,
elle ſe fit un plaifir d'éloi-
1
gner tout ce qui luy auroit
pû donner de l'ombrage.
Elle estoit propre , & fe
coifoit tous les jours, parce
qu'elle ſçavoit que c'eſtoit
luy plaire ; & ils vivroient
encor dans l'union où ils
GALANT. 147
paſſerent les quatre premiers
mois de leur Mariage
, ſi ce qui avoit contribué
à le faire , n'en euſt
malheureuſement troublé
la paix. Le bon Homme
eſtoit forty un matin pour
une affaire qui devoit l'arrefter
indiſpenſablement
juſqu'au foir. La Belle qui
ſe coifoit toûjours ſeule,
s'eſtoit enfermée dans fon
Cabinet , d'où elle fortit
imprudemment pour aller
chercher quelque choſe
dont elle eut beſoin dans
une Chambre voiſine . Elle
Nij
148 MERCVRE
négligea d'en fermer la
Porte , parce qu'aucun de
ſes Gens ne montoit ja
mais fans eſtre appellé. Le
Mary revint dans ce mo
ment pour un papier qui
luy eſtoit neceſſaire. Il entra
dans le Cabinet de fa
Femme qu'il trouva ouvert,
& vit ſur ſa Table cette
belle Teſte qui l'avoit
charmé. Jamais ſurpriſe ne
fut pareille à la ſienne , fi
vous en exceptez celle de
la Dame , qui revenant un
moment apres , & voyant
ſa tromperie découverte,
GALANT. 149
demeura dans une confuion
qui ne ſe peut exprimer.
La verité eſt que ces
cheveux blonds qui luy attiroient
tant de regards,
n'eſtoient à elle que parce
qu'elle les avoit payez à
Madame le Toufé. Tout
le monde connoit l'adreſſe
de cette fameuſe Ouvriere..
qui a inventéles Perruques
au Meſtier , qui ne pelent
que deux onces , & qui
réüflit toûjours fi bien
pour les coifures des Fem.
mes . La maniere dont elle...
applique les faux cheveux
Niij
150 MERCVRE
ノ
\
eſt quelque choſe de ſurprenant.
On les tire , on
les regarde de pres , & il
n'y a perſonne qui ne
croye que c'eſt ſur la teſte
meſme qu'ils font appliquez
. Le bon Homme qui
ſe vit trompé dans ce qui
touchoit le plus fon coeur,
voulut voir les veritables
cheveux de ſa Femme . Elle
les avoit de la couleur la
plus dégoûtante, & c'eftoit
par cette raiſon qu'eftant
devenuë une Perſonne
toute nouvelle apres l'acquifition
d'un blond qui
3
GALANT. 151
ne luy eſtoit pas naturel,
elle avoit changé de Quartier,
s'imaginant bien que
dans celuy où on l'avoit
veuë dés ſon bas âge, il luy
feroit impoffible d'empef
cher qu'en s'informant
d'elle , on ne fuſt inſtruit
de ce defaut. Cette cou-
- leur qui ne plaift en France
à perſonne , choqua fi fort
le Vieillard, que quoy qu'-
-elle puſt faire pour s'excuſer
, il luy ordonna de ſe
retirer chez ſa Mere , fans
qu'il l'ait voulu recevoir
depuis ce temps - là chez
N iiij
152 MERCVRE
luy. Ses Amis s'employent
inutilement à l'adoucir. Il
dit toûjours qu'il a épousé
une Blonde , qu'il ne veut
point d'autre Femme ; &
ſi l'on en croit le bruit commun
, il a déja conſulté les,
plus habiles Avocats pour
fçavoir fi une tromperie
de cette nature n'eſt point
une cauſe ſuffiſante pour
faire rompre fon Mariage.
Madame la Princeſſe de
Monaco, Surintendante de..
la Maiſon de Madame, eſt
morte dans les premiers
jours de ce Mois apres une
GALANT. 153
longue maladie, qui n'a pas
moins fait éclater ſa patience
à ſoufrir , que fon
entiere réſignation aux ordres
d'Enhaut. Elle a eſté
fort regretée de toute la
Cour , & particulierement
de Leurs Alteſſes Royales,
qui avoient pour elle de
tres - grandes confiderations.
Feu Madame l'avoit
fort aimée . Entre les
belles qualitez qui luy attiroient
l'eſtime de tout le
monde , celle de conftante
& fidelle Amie eſtoit une
des premieres. Je ne vous
L
154. MERCVRE
parle point de ſa beauté.
Vous l'avez veuë, & il ne
falloit qu'avoir des yeux
pour connoiſtre les avantages
qu'elle avoit reçeus
de la Nature. La vivacité
& la délicateſſe de fon Ef
prit répondoient aux charmes
de fa Perfonne, & elle
n'avoit rien à envier de ce
coſté-là. Elle estoit Fille
de M'le Mareſchal Duc de
Gramont, qui joint à une
haute naiſſance tout ce qui
a jamais fait les grands
Hommes. Il s'eſt toûjours
diftingué dans les diférens
GALANT. 155
Emplois qu'il a eus ; & fi
on l'a veu ſouvent avec admiration
faire éprouver ſa
conduite & fa valeur aux
Ennemis de fonMaiitre, à la
teſte des Armées de France,
on ne l'a pas moins admiré
dans les importantes Ambaſſades
pour leſquelles - il
a eſté choify. Il s'en eſt
acquité par tout avec gloire
, & joignant l'adreſſe à
l'eſprit pour faire réüffir les
Negotiations qui luy ont
eſté confiées , il n'a jamais
traité avec perſonne fans
s'en attirer la confiance.
/
156 MERCVRE
Il n'épargnoit rien pour
ſoûtenir la dignité de fon
Rang & de ſes Emplois.
Son équipage eſtoit auſſi
magnifique que galant , &
ſa Table toûjours ſomptueuſe.
Il n'y a eu aucun
temps , quoy qu'il y en ait
eu de tres-difficiles , où fa
fidelité ne ſe ſoit montrée
inébranlable . Auſſi a- t- elle
eſté récompenfée par les
bienfaits du plus grand
Roy de la Terre. Les bontez
particulieres qu'il luy
témoigne encor tous les
jours , font des témoignaGALANT.
157
:
ges ſi éclatans de fon mérite
, qu'il ne s'y peut rien
adjoûter. Madame la Prin.
ceffe de Monaco ne tiroit
pas ſeulement ſa gloire d'un
Pere recommandable par
tant d'endroits diférens,
&d'un grand nombre d'Illuftres
Ayeux ; elle la tiroit
encor d'une Mere aufli
conſidérable par ſa pieté
que par la nobleſſe de ſon
fang. Vous ſçavez , Madame,
qu'elle eſt Niéce du
fameux Cardinal de Richelieu.
On fait ſon éloge
en le nommant. Cette
158 MERCVRE
vertueuſe Mere avec une
conſtance digne de la grandeur
& de la fermeté de
ſon ame , fut la premiere
qui annonça à ſa Fille qu'il
falloit qu'elle ſe préparaſt
à mourir. Le détachement
qu'elle a pour le monde
fut un exemple aſſez fort
pour l'inſpirer à cette Princeſſe.
Elle reçeut cette
nouvelle fans s'en ébranler,
& n'eut plus d'autres penfées
que de ménager pour
l'Eternité le peu qui pouvoit
encor luy refter de vie.
Elle fut fortifiée dans cette
GALANT. 159
refignation toute Chreftienne
par les ſoins d'un
des plus celebres Prédicateurs
de ce Siecle. Tout le
monde connoit ſon mérite.
Il faut en avoir beaucoup
pour ſe faire diftinguer
dans une Societé où il n'y
a que de grands Hommes.
Cette Princeſſe ayant eſté
longtemps à l'extremité
avec des ſoufrances qui ne
ſe peuvent concevoir, Monſieur
le Prince de Monaco
-ſon Mary fit pour la revoir
la meſme diligence que Sa
Majefté avoit faite pour
:
160 MERCVRE
fon retour. Il parut vive.
ment touché de ſon mal,
&accompagna-ce qu'il luy
dit de toutes les marques
de douleur qui ſuivent ces
cruelles ſéparations. Elle
luy fit connoiſtre , autant
que l'état où elle ſe trouvoit
l'en laiſſoit capable,
qu'elle recevoit avec plaifir
ces derniers témoignages
de ſa bonté & de fa tendreffe,
& mourut le lendemain
, âgée ſeulement de
trente-neufans. Monfieur
de Monaco eſt Fils d'Honoré
Grimaldi II. du nom,
GALANT. 161
3
Prince Souverain de Mo
naco , que le feu Roy fit
Duc de Valentinois &Che
valier de ſes Ordres , &
d'Hipolite Trivulce. Cette
Maiſon eſt alliée aux Maiſons,
Impériale,de Spinola,
& de Livourne. Madame
la Princeſſe de Monaco a
laiſſe un Fils qui prend le
Titre de Duc de Valenti
nois . Ilpeut avoir ſeize ou
dix- sept ans,& paroiſt fort
accomply dans un âge fi
peu avancé.
Mademoiselle de Maifons
qui vientode mourir,
Juin. Ο
162 MERCVRE
n'en avoit pas davantage.
Elle estoit Fille de Monfieur
de Longueil, Marquis
de Maiſons , & Préſident à
Mortier. Une fievre de
quatre jours l'a emportée.
On ne peut eſtre plus civile
qu'elle l'eſtoit. Cette
qualité ſoûtenuë des avantages
de l'Eſprit & de la
Beauté, luy attiroit l'eſtime
de tous ceux quila connoiffoient.
Ces morts prématurées
quiſemblent renverſer l'ordre
de la Nature, engagent
à des reflexions que je ne
GALANT. 163
doute point que vous ne
trouviez heureuſement exprimées
dans les Vers qui
ſuivent..
5252525252522525
STANCES
SUR LA VANITE
DU MONDE.
Aphnis quifuis entout
laplushauteſageffe,
Contemple ce Tableau
de l'humainefoibleſſe,
Queleſoinde te plairea tiré de mes
mains.
Tu pourras remarquer de combien
de licences
O ij
164 MERCVRE
La Fortune l'Amour, deux a..
veugles Puiſſances,
Font regner le defordre en l'Etat
desHumains .
S2
Depuisque les Mortels aux Sceptresfont
hommage,
Cette Reyne du Monde , infolente
volage,
Des Princes les plus grands renverſe
les projets.
Laſſe de les flater, elle leur fait la
guerre,
Et funs distinction tous ces Dieux
de la Terre
Sont de mesme que nous aurang de
fes Sujets.
S2
Ils ont beau partager la conduite
duMonde,
Et par une valeur en merveilles feconde,
GALANT. 165
AuTemple de l'HonneurdesPalmesacquerir.
Ils éprouvent enfin la Fortune &
l'Envie,
Et lesGardes commis pourdefendre .
• leurvie,
Ne peuvent rien pour eux dans
L'heure de mourir.
as
LeursfuperbesGrandeurs aux Aftres
parvenuës,
Parlasuitedesans deviennent inconnuës;
Leur orgueilafa Tombe aufibien
queleurcorps,
Et ces grands Monumens d'eternelle
memoire,
Ne s'élevent par tout pour maintenir
lear gloire,
Qu'afin de declarer aux autres
qu'ilsfont morts.
166 MERCVRE
Se
Tant de charmans Objets dont le
mondesepique,
Cette beauté d'Olympe,&cesyeux
d'Angelique,
Seront dans quelques jours lapature
des Vers.
Cloris n'aplus ce teint qui la ren.
doitfivaine,
Et l'on'ne voit plus rien des mer.
veilles d' Helene,
Quifitpourfa querelle armer tout
L'Univers.
$2
Pauvre Amant , tu fais voir que
tu n'esquereſage,
Quandpour quelques attraits qui
parentunvisage,
Tu languis jour &nuit detriſteſſe
&d'amour.
Songe qu'au moindre vent ces gracesſefletriffent,
GALANT. 167
Etque fi des Vergers lesRofes refleuriſſent,
Cellesdela beautén'ontjamais de
retour.
52
Malheureux qui dreſſant un fuperbe
Edifice,
Employez tant deſoin de peine &
d'artifice,
Afin de vous ofter du nombre des
Mortels,
Doutez- vous que le temps à lafin
n'endispose,
Quandles Divinitez qui peuvent
toute chose,
Nepeuvent deſes coups affranchir
leurs Autels?
Se
Invincibles Cefars, Hercules indomptables,
Orgueilleux Conquerans, Puiſſan
ces redoutables,
168 MERCVRE
Que l'ardeur de la Gloire aux a-
し
Larmes nourrit ;
En vain vous triomphezdes plus
fuperbes Teſtes,
Vous nesçaurieztirer de toutes vos
Conquestes,
Qu'un rameau de Laurter quijamais
nefleurit.
Se
Retirez-vous, defirs de ces Pompes
Supremes,
Ilfaut vous élever, mais c'est contre
vous- meſmes,
Etrendrefous nos pieds voſtre orgueil
abbati .
Ne cherchons qu'en nous feuls des
Conquestes nouvelles,
Et croyons qu'il n'eftpoint de Pa!-
mes eternelles,
Que celles qu'on reçoit des mains de
laVertu.
Ce
GALANT. 169
Ce fuperbe Alexandre , esclave de
fagloire ,
Quide tout l'Univers nefit qu'une
victoire,
Dont fon ambition luy ravit le
plaisir,
Auroit pû se vanter d'avoir en la
puiſſance
Defaire toutflechirfousſon obeïf-
Sance, (defir.
S'il euft pù commander àsonpropre
S2
Daphnis,n'aspirons plus aux grandeurs
de la Terre,
Combatons, s'ilſe pent,d'une mortelle
querre
Toutes les Paſſions que la Raiſon
defend.
Changeons les foins du monde en des
Soinsplus utiles;
Juin. P
170 MERCVRE
La Fortune&l'Amouràvaincre
fontfaciles,
L'une n'est qu'une Femme,&l'autrequ'un
Enfant.
Heureux qui pourroit ſe
ſervir de ces leçons ! On ſe
mettroit à couvert de bien
des chagrins, & particulierement
de ceux que cauſe
le changement qui eſt prefque
toûjours inevitable en
amour. Nous n'avons rien
à reprocher là-deſſus à voſtre
Sexe, ſi on s'en rapporte
à ces Vers que j'ay reçeus
de Puyperlan en Xaintonge.
Ils m'ont eſté envoyez
ar
GALANT. 171
avec la Note, au nom d'une
tres - fpirituelle Communauté.
C'eſt le moindre
éloge que je luy puiſſe donner
ſur la Lettre dont ils
eſtoient accompagnez .
AIR NOUVEAU.
Vandfurnos charmäs rivages
Tirfis faisoit mille tours,
Et chantoitque les amours
Des Bergeresfont volages ;
Philis ſous nos Orangers
Répondoit, ſi les Bergeres
En amourfontfilegeres,
Tirfis, croy moy, les Bergers
Sont encore plus legers.
L'exemple des malheu
Pij
172 MERCURE
reux en tendreſſe n'empefpeſche
point qu'il ne ſe
faffe tous les jours des engagemens
nouveaux. On
voit bien qu'il feroit mieux
de ne point aimer ; mais
quand on aime avec innocence,
on a bien de la peine
à déferer aux bizareries
d'un Mary qui en fait quelquefois
ſa peine mal àpropos
. L'Avanture que j'ay
à vous conter vous le fera
voir. Deux ou trois Bataillons
d'Infanterie ayant eſté
mis en Quartier d'Hyver
dans une Ville des plus
GALANT. 173
éloignées de Paris , un des
Officiers , fort bien fait de
ſa perſonne , ſe fit aſſez favorablement
écouter de la
Maiſtreſſe du Logis qui luy
fut donné. Le Mary s'en
apperçeut. Il ne déguiſa
point à ſa Femme le chagrin
qu'il recevoit de certaines
converſations qui
luy paroiſſoient ſuſpectes,
Elle luy promit d'y mettre
ordre , & n'en fit rien.
L'Officier luy plaiſoit. Il
avoit beaucoup d'eſprit ;
& comme elle ne pût s'imaginer
qu'il y euſt du
Piij
174 MERCVRE
م
crime dans un entretien
où elle ne recherchoit
point le teſte-à-teſte , elle
laiſſa gronder le Mary , &
ne s'embaraſſa qu'aſſez
médiocrement de ſes plaintes.
Il eſtoit jaloux juſqu'à
l'excés . Les chimeres qu'il
ſe mit en teſte , allerent ſi
loin , qu'il ſe crût perdu,
s'il ne trouvoit moyen de
faire déloger l'Officier. II
en vintà bout à force d'argent
& de prieres . Jamais
Victoire ne fut plus
Pius
charmante pour un Conquérant.
Il en inſulta fa
GALANT. 175
Femme. Ce fut affez pour
l'aigrir. Comme la difficulté
fait ſouvent le prix des
chofes , l'éloignement redoubla
l'eſtime qu'elle
avoit pour l'Officier. Il demanda
à la voir. Elle y
confentit malgré l'expreffe
defenſe qui luy en fut faite.
Le commerce eſtoit tou
jours innocent , & fa vertu
ne luy reprochant rien, elle
ſe fit un plaiſir de vaincre
les obſtacles qu'on y ap
portoit. Il n'y avoit pas
moyen de voir l'Officier
chez elle. Son jaloux Mary
Piiij
176 MEROVRE
l'obſervoit de trop pres
pour luy en laiſſer la liberté.
Une Confidente ne
manque jamais au beſoin.
Elle découvrit ſon ſecret à
une Amie qui luy offrit ſa
Maiſon. La commodité en
eſtoit grande. Elle ouvroit
fur deux Ruës diférentes.
La Belle s'y rendoit par
une porte , l'Officier par
l'autre, & cette précaution
mettoit leur fecret en feûreté.
Les Rendez -vous ef
toient agreables , mais ils
devinrent un peu trop fréquens.
Le Mary s'en alarGALANT.
177
ma. Il voulut ſçavoir où
alloit ſa Femme . Il auroit
mieux fait ſans - doute de
fermer les yeux pour quelque
temps. La Saiſon eftoit
déja avancée , & il ſe
fuft épargné bien des peines,
s'il euſt voulu attendre
Troupes.
paiſiblement le depart des
Aquoy bon apres tout la recherche
fevere
De mille petits tours qu'une Femmepeutfaire?
Il estdangereux bien souvent
Qu'un Mary là deſſusſerendetrop
fçavanti
:
178 MERCVRE
Et vouloirs'éclaircir enfait de ja
loufie,
C'eſt n'aimerpas le repos deſa
vie.
Noſtre Jaloux épia fa
Femme aux deſpens du
fien. Elle ne luy cachoit
pas qu'elle alloit ſouvent
chez ſon Amie, mais elle y
alloit trop propre pour luy
donner lieu de croire qu'il
n'y euſt point de deſſein
Il découvrit que l'Officier
connoiſſoit auffi cette Amie,
& il ne douta plus que
les viſites ne ſe fiſſent pour
luy. Il y alla pluſieurs fois
GALANT. 179
pour tâcherde les ſurprendre
, mais on y mettoit ordre.
Il y avoit toûjours
quelqu'un en ſentinelle, &
dés qu'il entroit, on faiſoit
cacher l'Officier qui fortoit
en ſuite par la fauſſe
porte. La Confidente à qui
ſes ſoupçons eſtoient connus,
le railloit ſur la peine
qu'il ſe donnoit d'épier ſa
Femme , & elles luy ſoûtenoient
ſi obſtinément toutes
deux que l'Officier n'eftoit
jamais de leurs converſations
, qu'il voulut
venir à bout de les confon
3
180 MERCVRE
r
4
dre. Il prit pour cela la plus
bizarre réſolution dont un
Jaloux puiſſe eſtre capable.
Les Eſpions qu'il mit en
campagne , l'avertirent
qu'un Patiſſier voiſin de la
Confidente , portoit pref
que toûjours la Collation
chez elle quand ſa Femme
luy rendoit viſite. Il alla
trouver le Patifſfier , & fur
le prétexte d'une gageure
qu'il pouvoit gagner par
fon moyen , il l'engagea à
foufrir qu'il priſt l'équipage
de fon Garçon pour
porter chez l'Amie la preGALANT.
181
miere Collation dont il recevroit
les ordres . On obtient
tout avec de l'argent.
Le Patiffier l'avertit. Il ſe
défit d'une Perruque , ſe
barboüilla un peu le viſage
; & comme il n'y avoit
que la Ruë à traverſer, il
entra chez la Confidente
avec la Patiſferie qu'il portoit
, ſans que perſonne
prift garde à luy. Il monta
où il crût trouver la Compagnie.
Aucun Domeftique
ne l'en empefcha , &
en entrant dans la Chambre
, il vit l'Amie qui ſe
182 MERCVRE
promenoit, & l'Officier qui
entretenoit ſa Femme aupres
des feneſtres . La Belle
qui ne jetta les yeux que
fur l'équipage du faux Patiffier,
dit tout haut que
c'eſtoient toûjours de nouveaux
Régales . On mit le
tout fur laTable ; & comme
le Patiſfier ne ſe haftoit
pas de fortir , l'Officier
crût qu'il attendoit dequoy
boire. Il ſe préparoit à luy
faire liberalité , quand il
luy vit prendre un ſiege.
Cette familiarité un peu
furprenante les obligea
- GALANT. 183
tous trois à obſerver fon
viſage. La Femme fit un
haut cry , la Confidente
demeura interdite, &l'Officier
ſe mit en état de ne
les laiſſer pas inſulter. Le
Mary qui avoit concerté
fon rôle , & medité ſérieuſement
ce qu'il devoit faire
, les confidera quelque
temps ſans leur rien dire.
Ils garderent le filence
comme luy , & dans ce
meſme ſilence apres avoir
regardé ſa Femme avec des
yeux où tout ce qu'il avoit
dans le coeur eſtoit peint,
184 MERCVRE
il ſe retira de la Chambre,
& alla reprendre ſa Perruque
chez le Patiffier. On
tint conſeil apres ſon depart.
Sa Femme qui le
connoiſſoit, &qui ne trouva
point de ſeûreté à retourner
avec luy, alla conter
l'avanture à ſes Parens.
Ils ſe ſont employez , &
s'employent encor tous les
jours à faire ſa paix. Le
Mary répond qu'il n'a ny
mal - traité ny chaſſe ſa
Femme, & qu'elle peut revenir
quand il luy plaira;
mais comme il y a tou
GALANT. 185
jours de l'aigreur dans ſes.
réponſes , & qu'il ne promet
rien depoſitifſur l'oubly
qu'on luy demande de
tout ce qui s'eſt paſſé , elle
n'a ofé juſqu'icy quitter.
lazile que luy ont donné
ſes Parens , & elle attend
toûjours chez eux qu'il arrive
quelque changement
dans ſa fortune.
L'inconſiderée jaloufie
de certains Marys engage
ſouvent les Femmes à une
conduite fort éloignée de
leurs propres fentimens .
L'honneſteté eſt née avec
Juin
186 MERCVRE
elles ; & fi on les abandonnoit
à leur vertu , je ne
doute point qu'on n'eust
fujet de dire prefque de
toutes ce que vous allez
voir dans ce Madrigal. Il
m'a eſté envoyé de Niſmes
fans qu'on m'ait appris le
nom de l'Autheur.
S255225252525252
MADRIGAL.
N
On,non, de mes Rivaux
jenefuispoint
jaloux,
Ils n'ont aucunepart
àmon chagrin extréme.
Aimable Iris, aupres devous
GALANT. 187
Le ne dois craindre que vousmesme.
Cette fiertéqui fçait étoufer vos
Soupirs,
Cette raiſon qui regle vos defirs,
Et vous fait refuser tout ce qu'on
vousdemande,
Cette auftere verta dontvous fuivezla
loy,
Cefont là les Rivaux , Iris, que
j'apprehende,
Et qui font en tout temps mieux
écoutezquemoy.
4
Je ſuis bien-aiſe que la
réputation des deux Peres
Capucins que le Roya
établis dans le Louvre , ait
eſté juſques à vous. Quoy
qu'ils foient tres-capables.
Qij
188 MERCVRE
de l'employ qui leur a eſté
donné, ils ne fongeoient à
rien moins qu'à le demander.
Ils follicitoient une
Miſſion en Ethiopie, où fur
le raport qui leur en avoit
efté fait en Egypte dans le
temps qu'ils y ont demeu
ré, ils ſçavoient qu'il y avoit
beaucoup à travailler pour
le falut de ces Peuples , infectez
depuis plus d'un demy
fiecle de l'Hereſie de
Diofcore. Sa Majefté avertie
des hautes lumieres
qu'ils ont dans la Medecine,
a jugé à propos de les
GALANT. 189
arrefter. La longue étude
qu'ils en ont faite , n'en a
rien laiſſé échaper à leur
connoiſſance. Ils apportent
une application toute particuliere
à la préparationde
leurs Remedes qui opérent
avec une grande douceur;
de forte que les Malades
qui s'en fervent pour les
fievres , en font délivrez en
peu de jours , ſans ſe trouver
apres cela dans la foibleſſe
ordinaire des Convalefcens
. Ils ont leurs maximes
qu'ils ſuivent pour
regles , fans s'aſſujetir aux
190 MERCVRE
ſentimens d'Hipocrate,
qu'ils ne laiſſent pas d'avoir
leû, mais dans ſon entiere
pureté , & fans eftre
alteré par Gallien. Ils ont
faitune étude tres-férieuſe
de Paracelſe & de Van-
Elmon , & on dit que peu
de leurs fecrets leur font
inconnus. Platon à qui les
Anciens ontdonné le nom
de Divin, eſt preſque leur
ſeul Philofophe , & ils ont
pour luy la meſme admiration
que S. Auguſtin , qui
en parle fi avantageuſement
dans pluſieurs en
GATANT. 191
droits de ſes Confeffions.
Il y a lieu d'attendre beaucoup
de ces bons Religieux
qui n'ont d'intereſt
que celuy d'exercer leur
charité envers le Prochain,
& qui loin d'avoir de l'empreſſement
pour l'honneur
que le Roy leur fait , s'en
font défendus autant que
l'honneſteré l'a pû permettre.
J'ay oüy dire qu'ils
= avoient éprouvé la plus
- grande partie de leurs Remedes
, & que dans le
- commerce qu'ils ont eu
- avec tous les Sçavans des
192 MERCVRE
lieux où ils ont eſté , la
connoiſſance qu'ils avoient
de la Langue Arabe leur
a donné moyen de faire de
belles découvertes . Je connois
quelques-uns de vos
Amis qui ſe promettent
beaucoup d'eux pour la
guériſoonn ddee leurs vapeurs.
C'eſt un mal toûjours à la
mode , & qu'ils traitent
diféremment ſelon ſa cauſe.
Je ne vous dis rien que
je n'aye appris par des Perſonnes
tres - ſçavantes &
tres - éclairées , & qui peuvent
eftre Juges competens
Cur ces matieres .
GALANT. 193
LaPlace de M'l'Abbé de la
Barre, Organiſte ordinaire
de laChapelle du Roy,a efte
remplie. Pluſieurs furent
propoſez quand il fut queftion
de la donner , & l'on
fit joüer les plus habiles
Maiſtres de France. On en
trouva beaucoup d'excellens,
& le Roy en demeura
ſi ſatisfait , qu'il en choiſir
quatre au lieu d'un. Ainfi
cette Charge qui estoit Ordinaire
, va eſtre ſervie par
quartier. Le premier , qui
eſt celuy de Janvier , ſera
ſervy par M Tomelin ; le
Juin. R
194 MERCVRE
ſecond , par M'le Begue;
le troiſieme , par M Buterne
; & le dernier , par
M² Nivers .
A ce que je voy , Madame
, vous devez avoir
grand commerce avec le
Païs Latin, puis qu'on vous
a déja envoyé le beau
Poëme que M² de Santeüil
Chanoine de S. Victor , a
fait depuis peu en cette
Langue à la gloire de Monfieur
le Chancelier. N'avez-
vous point admiré en
le lifant, avec combien de
force il ſe ſoûtient par luyGALANT.
195
meſme ſans aucun ſecours
des Fables ? Il eſt vray qu'en
parlant d'un Miniſtre auffi
Illuſtre que Monfieur le
Tellier, il ſuffit de dire nuëment
ce qu'il a fait , pour
eſtre aſſuré de dire de tresgrandes
choses . Ce Poëme
qui
qui fut leû dernierement
dans l'Académie Françoiſe,
y reçeut les meſmes loüanges
que vous luy donnez.
Il y a beaucoup de grandeur
dans les Vers , & on
1 ne voit guére d'expreſſions
plus majestueuſes. Aufſi
Me de Santeüil n'a-t-il pas
Rij
196 MERCVRE
épargné ſon temps à le po
lir. Il y a employé plus de
fix mois , & il ne croit pas
qu'il luy doive eſtre honteux
de l'avoüer. A propos
de Latin , ſçavez-vous que
le demy Vers de Virgile qui
finit ma derniere Lettre,
m'a preſque fait une affaire
avec les Sçavans ? Ils m'accuſent
d'une contradiction
qui m'eſt encor inconnuë,
&prétendentque ce demy
Vers qui m'a fait vous dire
que les belles Langues vous
font familieres , ne s'ac
corde point avec ce que je
GALANT. 197
vous avois dit auparavant
fur l'Arc de Triomphe, en
vous faiſant connoiſtre que
je ſuprimois les fix Vers
Latins que Meſſieurs de
Rheims y ont fait graver,
à cauſe que les Dames de
voſtre Province ne s'ac
commodoient point de
cette Langue. Ils ne fon
gent pas que quoy que
vous l'entendiez parfaitement
, elle n'eſt point reçeuë
parmy celles de voſtre
Sexe , à qui vous avez bien
voulu rendre mes Lettres
communes , & que n'y
Rij
198 MERCVRE
ayant rien de moins galant
que de parler Latin devant
elles , tout ce que je puis
avec vous -meſme qui l'entendez
, c'eſt d'en laiſſer
quelquefois échaper deux
ou trois mots, felon que la
matiere m'y oblige. Ce.
pendant afin que vosAmies
ne foient pas privées du
plaiſir de ſçavoir ce que
M de Santeüil a dit ſur
r
l'Arc de Rheims dans ces
fix Vers Latins que j'ay fuprimez,
primez , je vous en envoye
la Verfion faite par un autre
Chanoine de S. Victor.
L
GALANT. 199
1
Elle vous fera connoiftre
que ces Meſſieurs n'ont pas
moins d'accés aupres des
Muſes Françoiſes , qu'aupres
des Latines ; & que la
Doctrine , les belles Lettres,
& les plus beaux Arts
meſme , ſont joints dans
cette Maiſon avec la Vertы
& la Pieté.
R
Heims étonnéde voirla Difcorde
étoufee,
A l'honneur des Romains érigea ce
Trophée,
Et l'Ombrede Cefar est encor aujourd'huy
Errante autourdes Arcs que l'on
dreffa pourluy.
/
Rij
200 MERCVRE
Si tost qu'il eust éteint une Guerre
cruelle,
Alloupy tousfes mouvemens,
Il confacra dans Rheims ces pompeux
Monumens,
Pourgages immortels d'une Paix
eternelle.
Madame la Duchefſe de
Guiſe eſtà Alençon depuis
quelque temps. C'eſt un
grand ſujer de joye pour
cette Ville qui eſt dans de
continuelles admirations.
de ſa vertu. Elle y donne
de grands exemples de pieté,
& s'employe particulierement
à faire des Converfions
. Elle est déja venuë à
GALANT. 201
boutdepluſieurs. Celle de
M* de Montpinfon qui fir
abjuration dernierement,
eſt remarquable. Il y a peu
de Gentilhommes dans la
Province plus éclairez qu'il
l'eft, & on peut dire qu'eſ
tantundes principauxArcsboutans
de la Religion Pretenduë
Reformée, elle a
fait en luy une perte tresconſidérable.
Meſſieurs
d'Alençon , pour marquer
leur zele à Madame de
Guyſe , ont fait faire une
nouvelle Porte à leurVille,
- qui va en droite ligne de
202 MERCVRE
fon Palais à la grande Eglife.
Ainfi du haut du Fauxbourg
S Blaiſe , on décou
vre preſentement le fond
de la grande Ruë,&la veuë
y trouve une Perſpective
en éloignement tres- agreable.
Cette augmentation
de Porte a fourny la matiere
de ces quatre Vers.
Toute noftre Ville s'empreſſse-
A marquerfa fidelle ardeur,
Etpour mieux recevoir noſtre Illuftre
Princeffe,
Elle ouvre en mesme temps&fes
murs&fon coeur.
On travaille ày faire un
1
1
GALANT. 203
Cours , qui dans la ſuite
pourra égaler le Jarre de'
Châlons en Champagne.
Il occupe tout l'eſpace qui
ſe trouve fur les Ramparts
depuis la nouvelle Porte
dont je vous viens de parler,
juſqu'à celle de Lancrel.
On a beſoin de fortifier
les Villes ailleurs ; &
ſous le Regne de Loürs
LE GRAND , nous pouvons
nous diſpenſer de tout autre
ſoin que de celuy de les
embeller. La Paix qu'on a
tout lieu d'eſperer , nous
produira d'autres avanta
204MERCVRE
ges. Il y a longtemps que
nos Ennemis reconnoif
foient qu'elle leur eſtoit
neceſſaire ; mais ſçavezvous
pourquoy elle com.
mençoit à le devenir pour
nous ? Vous l'allez appren.
dre par les Vers qui fuivent..
A
Pres tant de Combats qu'a
fuivis la Victoire,
On a grand beſoin de la Paix,
Carle Parnassedeformais
Nefçait coment chaterlagloire
DuplusGrädRoyqui futjamais.
L'Hipocrene estàſec,&les Vallons
Poëtiques
Ont centfois retenty des vieux Pa-
-negyriques
GALANT. 205
Qu'onn preſentoit jadis aux plus
fameuxGuerriers. ア
Loüis aflétry leurs Lauriers.
Ilfaitplus qu'on nepeut écrire,
Chacun est épuisé, l'on nesçaitplus
quedire,
Apollon est confus,& Pegase recrú.
Mais graces à la Paix il va reprendrehaleine.
Noftre GrandRoy, dit-on , quand
on l'a lemoins crû,
PlantedesOliviersfur lesbords de
LaSeine.
:
Las devaincre, il renonce enfin à
foudroyer.
Courage, Beaux Esprits, reprenez
l'Ecritoire,
Conſacrezà l'envyvostalens àſa
gloire ,
Ilsne peuvent mieux s'employer.
206 MERCVRE
Ces Vers m'ont eſté en
voyez de Dieppe , & font
de M Merville , qui dans
une fort grande jeuneſſe
fait connoiſtre par tout ce
qu'il fait qu'il eſt né pour
la Poësie . Il faut vous apprendre
le nom qu'il donna
aux Lettres que je vous
écris. Je croy le pouvoir
faire ſans qu'on ait lieu de
m'accuſer de préſomption,
puis que ce qu'il en dit d'avantageux
regarde les Ouvrages
des Beaux Eſprits
! dont elles ſont compoſées,
& qui ſeuls leur ont fait
GALANT. 207
avoir le cours extraordinaire
que vous leur voyez .
Voicy de quelle maniere il
enparle.
I
EdispartoutqueleMercure
Estuunneeagreable voiture
Qui conduit aisément à l'Immortalité.
C'est lechemin frayédu Templede
Memoire,
Où chacun peut trouverlagloire
Quefon talent a merité.
Il faut achever de vous
faire connoiftre celuy de
M Merville par ces Paroles
que je vous envoye notées
pour exercer voſtre belle
208 MERCVRE
:
voix. Elles ont eſté mifes
en Air par M'l'Abbé Maiftre
de Muſique de S. Jacques
à Dieppe. C'eſt un
tres-habile Homme, & qui
s'eſt acquis aſſez de réputation
pour faire dire qu'il
y a peu de Muſiciens qui
foient de ſa force dans la
Province.
AIR NOUVEAU.
Ourune jeuneMerveille
Lefoupire nuit&jour,
Etquelquefois laBouteille
Me fait oublier l'Amour.
L'accorde la goinfrerie
*
t
men
jur, t quelque fois la bourie
Avec les ten- dyes nont.
J'accor..
ADRE
?
t
GALANT. 209
Avec les tendres momens,
Etfuis de la Confrairie
Des Beuveurs&des Amans.
Les Eaux de Vichy en
Bourbonnois dont je vous
parlay la derniere fois que
je vous écrivis , ont faitdes
effets admirables . Le beau
monde qui s'y eft affemblé
, a bien contribué à la
guériſon des Malades, en y
amenant les plaiſirs qui ne
les ont preſque point quitez.
Lejeu, la bonne chere,
la promenade , & les Concerts
de Muſique , ont eſté
les divertiſſemens de tous
Juin S.
210 MERCVRE
;
les jours. Il y a eu Bal fort
ſouvent. La belle Mademoiſelle
de Seve de Lyon
y a paru avec beaucoup
d'avantage , & ne s'eſt pas
moins fait admirer par la
juſteſſe de ſa danſe, que par
les charmes de fa Perſonne.
Monfieur le Chevalier de
Lorraine eſt party de ce
Païs - là fort fatisfait des
Remedes , de la beauté du
Lieu, & du bon air qu'ony
reſpire. Ce Prince y a eſté
viſitéde tout ce qu'il y a de
Gens de marque dans les
quatre Provinces voiſines.
GALANT. 211
Il a toûjours tenu table ouverte
chez M² de Pontgibaud,
oùje vous ay dit qu'il
eftoit fort commodément
logé, & l'on ne doute point
que le ſoulagement qu'il a
reçeu de ces Eaux, ainſi que
tous les autres qui en ont
beu, n'y attire dans le mois
de Septembre quantité de
Gens de la Cour que le
Voyage du Roy en Flandre
a empeſchez d'y venir dans
celuy deMay.
Si - toſt que Sa Majesté
fut de retour de ce Voyage,
la nouvelle qui s'eſtoit ré-
Sij
212 MERCVRE
~
panduë de la Paix arreſtée
avec laHollande , obligea
Monfieur le Duc de S. Aignan
de donner au Roy de
nouvelles marques de fon
zele, en luy faiſant paroif
tre ſon admiration par la
Lettre que vous allez voir.
2
5252525252525225
3.
LETTRE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S.AIGNAN,
AV- ROY.
SIRE,
Ie cherche à me distinguer
GALANT. 213
.
entre ceux qui vont témoi
gner de toutes parts à Vostre
Majesté leur admiration &
Leurjoye. La Paix qu'elle
vient de donner à une partie
de ſes Ennemis , & d'offrir
aux autres , fait cette diftin-
Etion que je ne pouvois esperer
dansſes Armées,par mon
attachement à garder une
Place importante. Perſonne
ne peut regarder avec plus
d'interest & de plaisir que
moy ce que V. M. vient de
faire de grand &de merveil
leux. Je vous voy , SIRE,
• apres tant de belles Actions
214 MERCVRE
de vostre part , & tant de
voeux & d'inquietudes de la
mienne , enfin hors des dangers
continuels où V. M. expoſoit
à toute heure fa Per-
Sonne Royale. Je vous voy
couvert d'une gloire immortelle,
& moy delivréde cette
émulation inquietequi mefaifoit
envierlefortdu moindre
Soldat qui expofoit sa vie
pourvostreſervice. En verité,
SIRE,jene penſois pas me
pouvoir réjoüirfi fort de la
Paix, ayant esté élevé defi
bonne beure dans la Guerre.
Mais quelfidelleServiteurne
GALANT. 215
Seroit pas charmé en voyant
Son AugusteMonarque triomphant
& victorieux, preferer
lerepos de l' Europe à untravail
auffi utile & auſſi illuftre
que le fien? De luy voir terminer
ſes Conquestes à la
veille d'en faire encor de
plus grandes, & remettre en
fin dans lefourreau cette redoutable
Epée dont tant de
Braves auroient fenty les
coups ? Que n'aurois -je point
à dire fur un Sujet auſſi rare
& auſſi éclatant que celuy-cy?
Mais , SIRE , il faut retenir
ma Plume, comme V. M. ar216
MERCVRE
reſteſes Armes, &faireplace
aux Ecrits de quelques au .
tres plus élegantes , & aux
Discours éloquens qu'un éve
nement fi fingulier va fans
doute faire naistre de toutes
parts. Il me doitfuffire que
V. M. foit bien persuadée
qu'en tout temps & en tous
Lieux Elle me trouvera toujours
également & Sans re
Serve,
SIRE,
Sontres-humble, tres obeïflant,
&tres - fideile Sujet & Serviteur,
LE DUC DE S.AIGNAN.
GALANT. 217
Le ſoin que prend cet
Illuftre Duc de tout ce qui
regarde ſon Gouvernement
& ſa vigilance pour le fervice
du Roy , ont garanty
le Havre d'un tres -grand
malheur dont il a eſte menacé
ces derniers jours. On
fut ſurpris de voir un grand
feu qui s'élevoit tout-àcoup
, & qui en ſuite ſembloit
étoufé par une fort
épaiſſe fumée. On prit l'alarme.
Monfieur de S. Aignan
y courut , & trouva
que le feu eſtoir dans un
Vaiſſeau de S. Malo chargé
Fuin.
T
218 MERCVRE
de Soulfre, dont il avoit fait
tirer quinze cens livres de
Poudre depuis fixjours . Ce
feu eſtoit entre les deux
Ponts. Sa préſence, le détachement
de dix Hommes
de chaque Porte , & la diligence
avec laquelle il fit
remedier à cet accident,
ſauverent avec ce Vaiſſeau
tous ceux du Havre , la
Ville , & peut- eſtre la Citadelle
, où il y a plus de
deux cens milliers de Poudre.
Vous avez ſçeu la mort
deM'de Varangeville Con
GALANT. 219
feiller au Parlement. Elle
eft arrivée dés les derniers
jours de l'autre Mois , &
fut un grand ſujet de furpriſe
pour ſes Amis , puis
qu'il mourut d'une apoplexie
de ſang qui l'étoufa
en un moment. Il eſtoit
jeune , fort eſtimé dans ſa
Compagnie , & Frere de
M' de Varangeville Ambaſſadeur
Extraordinaire à
Veniſe. Il en partageoit l'efprit
&le merite, &l'a laiſſé
par ſa mort dans une affli-
Aion inconcevable. Aufſi
avoient-ils toûjours vefcu
1
:
Tij
220 MERCVRE
enſemble avec toute l'ul
nion qui peut eſtre à ſou
haiter entre des Freres .
Une autre mort a fait
bruit icy. Les circonftances
en font particulieres , &
mériteroient un long difcours
, fi la quantité de
choſes que j'ay encor à vous
dire me permettoit de m'étendre
. Un Medecin Empirique
qui s'eſtoit acquis
de la réputation par ſes Secrets
, donna deux Bouteilles
de Tiſane à un de ſes
Amis , qui en avoit demandé
par précaution. Cet
GALANT. 221
Amy n'en prit qu'un verre,
& en fut malade à l'extrémité.
La violence du mal
l'obligea de recourir au
contrepoifon. On alla ſur
l'heure en avertir l'Empirique.
Il ne fit aucune dif
ficulté de venir. On luy demanda
raiſon de ſa Tifane .
Il ſoûtint qu'elle ne pouvoit
faire que du bien , &
pour le prouver , il en prit
deux verres en préſence de
ceux qui l'accuſoient. Il
voulut en fuite retourner
chez luy , & ne pouvant
gagner ſa Maiſon , il entra
Tiij
222 MERCVRE
dans la premiere qu'il trou
va ouverte , & y mourut
dans le meſme inſtant.
L'avanture n'eſt pas moins
furprenante que tragique.
Elle fait raiſonner diverſement.
Si elle a des fuites,
je ne manqueray pas à vous
les apprendre.
M Chommeau Fils de
M le Préſident Bétau , a
eſté reçeu depuis peu Confeiller
au Parlement. Il eſt
jeune , & auffi bien fait de
ſaperſonnequ'on le puiſſe
eftre. Son peu d'âge n'empeſche
point qu'il ne ſçaGALANT.
223
che tout ce qu'on peut ſçavoir
dans les Loix & dans
les Couſtumes . La maniere
dont il a répondu
quand on l'a examiné , luy
a attiré de grands éloges.
Il n'y a point de Maiſtre
de Droit qui euſt pû mieux
ſoûtenir cet examen. La
fatisfaction avec laquelle
il a eſté reçeu dans cette
Charge, eſt une marquede
fon merite. Il ſeroit furprenantqu'il
en manquaft,
eſtant d'une Maiſon qui
en eſt toute remplie. Tout
le monde ſçait quel eft ce
T iiij
224 MERCVRE
luy de M' le Préfident fon
Pere ; & Madame de Bétau
ſa Mere eſt un exemple fi
fingulier de pieté & de
vertu , qu'elle n'eſt inconnüe
à perſonne. Celuy dont
je vous parle a un jeune
Frere Jeſuite, qui eſt encor
au Novitiat , & qui a un
fort grand talent pour la
Chaire. Madame de Poncet
eſt ſa Scoeur , auffi -bien que
Madame de Creil , & Madame
de Molé Femme de
M' de Molé Conſeiller au
Parlement , dont le mérite
eft connu. Je vous ay déja
GALANT. 225
parlé de Madame de Poncet
dans quelqu'une de mes
Lettres. Madame de Creil,
Femme du Maiſtre des Requeſtes
de ce nom qui a
eſté Intendant enNormandie,
eſt une Dame d'autant
demérite&d'eſprit qu'il y
en ait en France. Elle joüe
admirablement bien du
Lut, du Théorbe, du Cla-
• veffin, & de la Guitarre. II
y a une quatriéme Soeur,
fort belle & bien faite, qui
- a pris le party du Couvent
malgré ſa Famille , apres
avoir refufé des Partys tres
226 MERCVRE
conſidérables. Elle a fait
Profeſſion depuis quinze
jours aux Cordelieres de la
Rüe des Francs-Bourgeois.
LaCerémonie ſe fit enpréfence
d'un tres-grand nombre
de Perſonnes de qualité....
Il n'y en a pas eu moins
aux Noces de Mademoiſelle
le Vaſſeur , Fille de
M'le Vaſſeur Conſeiller au
Parlement, & de M' d'Argouges
Marquis de Gratot,
Homme d'une fort grande
naiſſance . Elles ſe font fai
tes à S. Urain proche de
GALANT. 227
Paris, avec toute la magnificence
& toute la joye accoûtumée
dans une ſemblable
occafion.
Autre Mariage. Mademoiſelle
Colbert , Fille du
Maiſtre des Requeſtes de
ce nom, que vous avez veu
Intendant à Alençon , a
épousé Mª de Rancy.. Il a
beaucoup de mérite , & il
eſt difficile de le voir ſans
l'eſtimer . M² Brunet ſi connu
dans le monde par ſes
Emplois, eſt ſon Frere, auſſi
bien que M'l'Abbé Brunet
& M de Montforan. Ces
228 MERCVRE
1
deux derniers ſont Conſeil.
lers en la Cour .
On a voulu faire un engagement
d'une autre nature.
Iln'eſtoit que de coeur
àcoeur, & l'Amour y devoit
eſtre ſeul appellé. Comme
il eft bon de connoiſtre
avant que d'aimer , il fut
queſtion de ſçavoir ce
qu'on pouvoit attendre de
l'Amant qui ofroit ſes
voeux , & voicy de quelle
maniere il s'expliqua.
Se 1
GALANT. 229
1
Voulez vous ſavoir ma méthode,
Avantque de vous engager?
Le fuis,belle Philis, enamour trescommode,
Comme onveut, conftant,ou leger.
Quadj'ay dit unefois quej'aime,
C'eſt pour toûjours , mais conftamment.
Ie veux qu'on en faſſe de meſmes
Lehaypartout lechangement.
Si la Beauté la plus parfaite
(M'eust- elle comblé defaveurs)
Vouloit de mon amour estre bientoft
défaite,
La Belleferoitfatisfaite
Dès que j'aurois fenty ſes pre
mieres rigueurs.
1
Mon remede alors est l'absence;
C'est le port de l'indiférence,
230 MERCVRE
On la trouve là ſurement.
Au retour, pointd'engagements
Renoüer, c'est double inconstance.
Duft- on me demander la paix,
Quadjay rõpu,c'eſtpourjamais.
J'aurois beaucoup à vous
dire fur ce qui s'eſt fait d'éclatant
dans les deux jours
deſtinez aux plus ſolemnelles
Proceffions. Il y a eu
une tres agreable Symphonie
aux Gobelins ; & ce qui
s'eſt fait avec beaucoup de
magnificence en pluſieurs
endroits de Paris, s'eſt également
pratiqué dans les
Provinces . Madame la
GALANT. 231
Marquiſe de la Frézeliere
fit faire un Repoſoir admirable
dans la Court de fon
Chaſteau de Monts qui eft
entre Richelieu & Loudun.
Il y eut un tres-grand concours
de Peuple , & on y
tira plus de vingt volées de
Canon. Cette Dame eft
d'un mérite tres-particulier.
Elle compoſe admirablement
bien en Vers &
enProſe,ſçait parfaitement
'Hiſtoire , & ne voit guére
de Perſonnes de fon Sexe
qui ſoient de ſa force fur
les belles Connoiſſances.
232 MERCVRE
L'illuſtre Nom de la Fréze:
liere eſt un Nom qu'elle
porte par elle - mesme , eftant
de la Branche aiſnée
de cette Maiſon. Son ancienneté
ne la rend pas
moins conſidérable queſes
Alliances . Elle eſt deſcenduë
des Frézels Ducs d'Ecoſſe
du coſté des Femmes,
des Ducs de Bretagne &de
Conan; & fes dernieres Alliances
font celles des Maiſons
de Montmorency &
de Savonniere , dont eftoient
les deux Meres de
Monfieur & de Madame
GALANT. 233
de la Frézeliere d'aujourd'huy.
Elle avoit toûjours
produit des Maſles de Pere
en Fils pour en poſſeder les
honneurs, juſqu'à feu M'le
Marquis de la Frézeliere
Mareſchal de Camp , qui
mourut au Siege de Hédin,
& laiſſa deux Filles , dont
l'une eft Madame de la Frézeliere
, & l'autre eft demeurée
Veuve de M² le
Comte de la Roche. Mª de
la Frézeliere d'aujourd'huy
fortoit d'une des Branches
de cette Illuſtre Maiſon,
& il en eſt devenu la Tige
Juin. V
234MERCVRE
-en époufant la Fille aiſnée
edu Marquis dont je vous
viens de parler. Il eſt Lieu-
2tenant General de l'Artil
lerie , & Sa Majesté l'a fait
auſſi depuis peu Mareſchal
de Camp. Il ſert ordinairement
en Allemagne. Ily
commande encor à préſent
l'Artillerie dans l'Armée de
Monfieur le Mareſchal de
Créquy. Il fut bleſſé au
Siege de Fribourg dans la
✓ derniere Campagne, apres
avoir perdu deux Fils aiſnez
qui ont eſté ſucceſſivement
Colonels du Regiment de
GALANT. 235
Touraine. Le dernier fut
tué au Siege de S. Omer,
& avoit eſté déja bleſſé à la
Bataille de Caſſel , où il
commandoit l'Artillerie en
la place de M'le Marquis
de la Frézeliere ſon Pere,
qui estoit demeuré dans les
Lignes. Il en a encor perdu
un troiſieme entre ces deux
qui estoit Capitaine dans
le meſme Regiment,& tous
trois dans l'eſpace de vingt.
fix mois. Il ne luy en reſte
plus qu'un. Il eſt Page de
la Grande Ecurie, &fait ſes
Exercices avec une appli-
Vij
236 MERCVRE
?
r
cation admirable. On l'appelle
M le Marquis de
Monts. Il donne de tresgrandes
eſpérances. Il eſt
difficile qu'il ne les rempliffe
avec le ſecours des
beaux exemples qu'il a , &
les inſtructions qu'il reçoit
d'un Pere conſommé dans
le Meſtier de la Guerre.
On m'apprend un Mariage
qui unit deux Perſonnes
fort illuftres , & je
vous en fais part dans le
meſme inftant. M² le Marquis
d'Eſtrades épouſa ces
jours paffez Madame de
GALANT, 237
Vertamont Veuve de M
de Vertamont de Preau,
Maistre des Requeſtes , au
nom de Monfieur le Mareſchal
d'Estrades fon Pere.
Vous ſçavez qu'elle eſt
Fille de feu M d'Aligre,
dont Monfieur le Tellier
remplit aujourd'huy laplace
avec tant d'éclat. La
Cerémonie s'en fit dans la
Chapelle de l'Hoſtel de
Sourdis , où furent préfens
M d'Aligre Conſeiller d'Etat,
& M² l'Abbé d'Aligre,
avec beaucoup d'autres Pa-
A
rens. Cette Dame qui a
238 MERCVRE
tout le mérite des honneftes
Femmes, le ſoûtient par
un fort grand agrément de
ſa Perſonne , & elle s'eſt
toûjours autant diftinguée
par elle-meſme, qu'elle l'eſt
par les avantages d'eftre
Fille &petite-Fille de deux
Chanceliers de France.
Monfieur le Mareſchal
d'Eſtrades eſt d'une Maifon
qui luy en donne de
fort grands du coſté de la
naiſſance ; mais quelques
conſidérables qu'ils ſoient,
ils font beaucoup au deffousde
ce qu'il nedoit qu'à
GALANT. 239
luy-meſme. Il a paſſé par
toutes les Charges militaires
, & il y a longtemps
qu'il feroit dans le rang où
nous le voyons élevé, s'il
avoit toûjours eu autant de
fortune qu'on luy a recon-
-nu de mérite. On ſçait avec
quelle gloire pour la France
il a commandé les Armes
du Roy , & avec combien
de ſuccés ila eſté employé
dans les plus importantes
Ambaſſades. On peut dire
que pendant le Regne de
LOUIS LE JUSTE, on l'aveu
le lien de l'étroite intelli240
MERCVRE
;
gence qui estoit entre le
fameux Henry Prince d'Orange
, & le grand Cardinal
de Richelieu. La ſageſſe &
la valeur de ce Mareſchal
avoient fait jetter les yeux
fur luy pour un des plus
grands Emplois du Royaume
; mais la mort du Roy
qui fuivit celle de ſon Miniftre
, changea les affaires
& ſa fortune. Les ſervices
qu'il a rendus au Roy qui
regne aujourd'huy ſi glorieuſement
, ont eſté d'autant
plus utiles à l'Etat,
-qu'il les a rendus avec la
plus
GALANT. 241
plus exacte fidelitédansdes
temps fort difficiles . L'Hiftoire
vous apprendra quelque
jour le détail de ſes
actions , & fera connoiftre
à toute l'Europe qu'il n'a
pas peu contribué à la Paix
generale qu'elle attend
avec tant d'impatience.
Voicy un Sonnet qui m'a
eſté envoyé ſur cette Paix,
ſous le nom de M² de la
Tuilerie.
r
Juin.
242 MERCVRE
5252525252225252
SONNET.
Vousqu'unvain orgueil
arme contre la Frace,
Tropfoibles Ennemis du
plus puiſſant des Rois,
Peuples Confederez, reprenezl'efperance,
Loiis veut bien ceſſer de vous
donnerdes Loix.
S2
En vous offrant la Paix avec fon
Alliance, 17
Il ne pretend pas mesme user de
tousfes droits,
Sa bontégenereuse arreſteſa vaillance,
E
Et cette bontéſeule interromptfes
Exploits.
GALANT. 243
Il veut finir enfin cette cruelle
Guerre,
Qui répand la terreur aux deux
boutsde la Terre,
Et qui couste dusangpresqueàtout
l'Univers,
se
Sur lay -mesmeLoürs remporte la
victoire,
Et prest de voir entrer l'Europe
dansfes fers,
Alamaintenir libre ilmet toutefa
gloire.
Je vous ay dit dés le
Commencement de cette
Lettre , que le Roy par
une modération dont les
Conquérans ont ignoré
Xij
244MERCVRE
し
juſqu'icy l'uſage , avoit offert
la Paix à ſes Ennemis
dans le ſein meſme de la
Victoire . Vous l'allez voir,
Madame , par ce que j'ay
à vous dire , & de la priſe
de Puycerda, & de l'importance
de cette Conqueſte.
Cependant ce bruit de la
Paix qu'on ne doute point
qui ne foit bientoft concluë
generale, fait faire par
tout des raiſonnemens fi
glorieux pour ce grand
Monarque, dont la plupart
des Alliez reconnoiffent
chaque jour la bonté, que
GALANT. 245
je ne ſçay ſi je pourray
m'empefcher d'y prefter
l'oreille, quoy que je doive
toute mon application à
vousdécrire ce dernier Sie
ge. Le détail en doit eftre
long ſur le papier, ſi on le
meſure au temps que la
reſiſtance des Affiegez l'a
fait durer,& il me faudroit
trois Volumes aufli gros
que chacune de mes Lettres
, ſi j'entreprenois de
vous le donner dans le
meſme ordre où j'ay mis
ceux qui ne nous ont arreſtez
que peu de jours, &
X- iij
246MERCVRE
meſme que peu de quarts
d'heure, tel qu'a eſte celuy
de Leuve ; mais cette exa-
Aitude ne me paroiſt pas
neceſſaire dans un Siege de
plus de trente jours, où les
meſmes OfficiersGeneraux
& les meſmes Corps ont
alternativement monté la
Tranchée. Ainſi quand je
vous les auray nommez
tous à la fois , fans m'affujetir
à vous repéter leurs
noms ſeparément ſelon
l'ordre de chaque jour,
j'auray fort accourcy ce
que vous attendez de moy,
GALANT. 247
L
& ne vous auray pourtant
pas moins dit que ce que
vous avez pû voir ailleurs .
Je vous marqueray toutes
les Actions principales détachées
de ce qui pourroit
les rendre ennuyeuſes ; &
je vous apprendray meſme
beaucoup de choſes nouvelles
, quoy qu'il ſemble
qu'on n'ait rien oublié
dans les Relationsqui vous
peuvent avoir efté envoyées
, & qui font remplies
d'un tres -grand détail.
Joignez à cela que je
vous ay faitgraver un Plan
X iiij
248MERCVRE
qui ſeul vous dira autant
que la Relation la plus
étenduë , parce que rien.
n'aide tant à faire concevoir
ce qu'on lit, que de le
repreſenter aux yeux. A
raiſonner un peu juſte ſur
les chofes, euffiez-vous crû,
Madame , que j'euſſe dû
vous parler de la priſe d'une
Place en Catalogne , & au-
Catalog
rois-je pû me l'imaginer
moy - mefme ? Il ſembloit
que toutes les Troupes
d'Eſpagne devoient fondre
de ce coſté-là, à cauſe
du voiſinage. Ceux qui préGALANT.
249
tendent juger le mieux des
deſſeins qui font à prendre,
eftoient perfuadez qu'il
ſuffiſoit pour le bien de nos
affaires de s'y tenir ſur la
défenſive. Iln'en eſtoitpas
de meſme pour les Eſpagnols.
Il leur importoit
- beaucoup d'y acquerir de
la réputation par leurs con
ou du moins de
quettes,
nous empeſcherd'y enfaire.
On en connoiſſoit fi bien
la conféquence à Madrid,
qu'on n'y parloit que des
projets des Armées de Catalogne.
On y faifoit des
:
1 250 MERCVRE
appreſts pour cela. Le
jeune Roy , à ce qu'on publioit
hautement, y devoit
aller en perſonne , & c'eftoit
par là qu'il vouloitouvrir
ſa premiere Campagne
, que les grands Roys
comme luy ne doivent jamais
faire fans triompher.
Cependant tous ces grands
projets ſe ſont évanoüis.
Les Eſpagnols ont menacé,
&nous avons pris . La conduite
qu'a tenuë Monfieur
le Mareſchal Duc de Na
vailles, a eſté merveilleuſe.
Il avoit affaire à des Enne
GALANT. 251
mis qui au defaut de la
force, ont de l'eſprit , de
l'adreffe,& de la prévoyan
ce , & qu'il eſt plus facile
de batre que de tromper..
Il eſtoit pourtant queſtion
de les ſurprendre, pour venir
plus aisément à bout de
les vaincre. La choſe n'eftoit
pas facile , une Armée
ne pouvant jamais marcher
qu'à grand bruit. Leparty
qu'il prit, fut celuy de ca.
cher fa route. Ce deſſein
l'obligea à de grandes précautions.
La premiere fut
de faire paſſer M'le Bret
252 MERCVRE
Lieutenant General
Lampourdan , avec
en
l'Avantgarde
de l'Armée ; &
comme de pareilles contremarches
ſont ordinaires,
& qu'elles ne font fouvent
qu'embarafſfer quelque
temps les Ennemis
ſans les tromper , il fit fuivre
un autre Détachement
quelques jours apres , &
ordonna en ſuite que le
Canon priſt la meſme route.
L'execution de ces deux
derniers ordres acheva de
faire croire auxEnnemis ce
qu'on leur vouloit perfuaGALANT.
253
der. Je pourrois vous marquer
encor vingt circonftances
qui les abuferent ;
mais comme elles dépendent
toutes de ces trois premieres
, & que ce ſeroit
groſſir ma Lettre de choſes
aſſez inutiles , je vous
diray ſeulement que noftre
General fut plutoſt en Cerdaigne
, qu'on ne ſceut
qu'il en euſt pris le chemin,
& que noftre Armée
eſtoit devant Puycerda,
qu'on la croyoit encor dans
le Lampourdan. Son arrivée
ſurprit tellement les
.
1
254 MERCVRE
Ennemis , qu'ils n'eurent
que le temps qu'il leur faloit
pour ſe retirer dans la
Ville , ſans avoir celuy
d'emporter quantité de
Foin , d'Avoine , de Lard,
de Bled, de Farine, dePain,
& de Vin , qu'ils laiſſerent
dans les Villages circonvoifins.
On fut d'abord jour
& nuit à cheval à la portée
du Piſtolet de la Place,
croyant que les Ennemis
feroient des Sorties ; mais
leur ſurpriſe ne les laiſſoit
pas en état de rien entreprendre.
Si- toſt qu'on fut
GALANT. 255
0
r devant Puycerda , M' de
Navailles envoya un Courrier
en toute diligence pour
faire aſſembler les Milices
du Païs de Foix, afin d'aller,
avec des Troupes du Roy
ſur la Frontiere d'Eſpagne
qui répond à cette Place...
Il fit venir du haut Lan
guedoc trois cens Beſtiaux,
outre ceux du Païs que le
Roy paye ordinairement.
Ils estoient neceſſaires . Le
temps eſtoit mauvais, les
chemins meſchans naturellement,
& le Canon devoit
paſſer par des lieux où
256 MERCVRE
l'on n'en avoit jamais me
né,& fur le bord d'un grand
nombre de précipices épouvantables
. M² de Navailles
envoya auſſi dans le
haut Languedoc pour avoir
du Bled , fit arreſter des
Chevaux de tous coſtez
pour le voiturer , & donna
tous les ordres neceſſaires
afin d'empeſcher qu'on ne
manquaſt de Fourrages.
Quand on a tant de difficultez
pour faire un Siege,
& qu'on vient à bout de les
furmonter , on n'acquiert
pas moins de gloire par là
GALANT. 257
L
que par la priſe de la Place
qu'on affiege. Ce font deux
choſes diferentes , & on ne
peut réüffir à l'une & à
l'autre ſans mériter des
loüanges pour toutes les
deux. Puycerda , comme
vous le ſçavez ſans-doute,
eft une Place fituée dans
une Plaine ; mais cette
Plaine eſt fur le plus haut
des Monts Pyrenées. Si
vous me demandez ce qui
leur a donné ce nom , je
vous diray que les uns le
tirent d'une Fille du Roy
Bebrix , nommée Pyrené
Fsin.
Y
258 MERCVRE
(
qui fut enſevelie dans ces
Monts apres avoir eſtéviolée
par Hercule , & les au
tres d'un motGrec qui fignifie
le feu , & qui a un
entier raport avec la premiere
ſyllabe de ce mot de
Pyrenées , foit à cauſe que
la foudre tombe ordinainairement
fur les lieux les
plus élevez , foit parce
qu'on rapporte que des
Bergers mirent autrefois
le feu aux Forefts qui ſe
trouvent dans ces Montagnes.
Je viens aux Noms
des Officiers Generaux qui
GALANT. 259
ont commandé pendant
ce Sige ſous les ordres de
M' le Mareſchal Duc de
Navailles, General de l'Armée
du Roy en Catalogne.
Lieutenans Genéraux.
MileBret ,M'de Gaffion,
&M le Marquis de Mon.
tauban admorsian)
al. Mareschaux de Camp.
501M² de Caſaux , M² de la
Rabliere, & M' le Marquis
de la Villedieu .
ipaBrigadiers.sit
M. de S. André , M'de
Surlaube, M² de Murlat, &
M'd'Urban
r
Yij
260 MERCVRE
Regimens de Cavalerie.
Sauzeay , la Valette , la
Rabliere , la Chauffée ,
Chevreau , Gaffion , Gril-
Ion , le Bret , Villeneuve,
Colligny - Chaftillon ,
verolle , les Dragons de la
Reyne , les Dragons du
Languedoc.
Regimens d' Infanterie.
Ri-
Saulx , Furſtemberg , Erlac,
Navailles, Caftres, Liftenay
, Viercet - Liegeois,
Noailles , Famechon , Milices
du Païs, quatre Compagnies
de Suiffes fran
chest poste
GALANT. 261
On affigna quatre Quartiers
diférens à toutes ces
Troupes. Elles ont alternativement
monté la Tranchéependant
tout le Siege
avec les Officiers Genéraux
que je vous viens de marquer.
Vous voulez bien
que je me diſpenſe de vous
les nommer autant de fois
que le Siege a duré de
jours, dont je vous ay déja
dit que le nombre eſt de
plus de trente.
Le premier ſoin d'un
General eſtant de reconnoiſtre
la Place qu'il doit
262 MERCVRE
attaquer , M¹ le Mareſchal
de Navailles s'en acquita
avec M¹ de Caſaux , &M
de la Motte- la- Mire ; &
pour eſtre plus afſurez de
l'état des Fortifications de
Puycerda , ils y retournerent
plus d'une fois enfemble&
feparément, accompagnez
de M d'Urban
Brigadier , qui connoiffoit
le Païs. Les Ennemis câ
cherent de s'y oppofer,
mais l'empefchement qu'
ilsy crûrent mettre ne fervit
qu'à les faire batre. On
les repouſſa juſqu'aux Pa
GALANT. 263
liffades. Ils y perdirent
deux Capitaines , & M de
Cafaux fon Cheval , qu'un .
coup de Piſtolet renverfa.
On ne fit point de Lignes.
Il auroit falu trop deTroupes
pour les garder, à cauſe
de l'étendue de la Circonvalation.
Un Siege qui ſe
fait de cette forte , eft un
redoublement d'affaires
pour leGeneral. Son exatitude
& fes précautions
doivent tenir lieu de Lignes,
& il ne ſe peut qu'il
n'aye & beaucoup plus de
foins à prendre , & beau-
A
264MEROVRE
coup plus d'ordres à donner.
On délibera pour ſçavoir
de quel coſté on feroit
l'Attaque. M' de Navailles
trouva celuy des Marais le
plus commode. Son ſentiment
fut ſuivy , & il ordonna
aufli -toſt à M² de la
Motte-la - Mire principal
Ingénieur de l'Armée , de
faire un Pont ſur la Segre
avant la nuit , pour faire
paſſer l'Infanterie qui devoit
monter la Tranchée.
Cet habile Ingénieur eut
beſoin d'adreſſe. Les contremarches
qu'on avoit eſte
obligé
GALANT. 265
obligé de faire pour mieux
-garder le ſecret , eſtoient
cauſe qu'on n'avoit pû apporter
ſi viſte toutes les
choſes neceſſaires. Rien
n'eſtoit encor arrivé. Cependant
Me de la Motte,
fans. bois , fans outils , &
ſans Charpentiers, aidé feulement
des Cavaliers du
Regiment de la Valette, &
de M' de Grillon Brigadier
& Colonel de Cavalerie,
baſtit ce Pont dans le temps
preſcrit. M de Navailles
prit fon quartier vis- à - vis ,
pour eftre & plus pres de
Juin .
is-a -vis,
Z
266 MERCVRE
la Tranchée , & plus pres
du coſté par où les Ennemis
pouvoient tenter le paſſage .
La Tranchée fut ouverte à
minuit, & beaucoup avácée
fans perte. On la pouſſa
auſſi heureuſement le 2. &
le 3. jour. Le 4. fut encor
plus heureux. M² le Marquis
de Navailles à la teſte
de ſon Regiment , s'expoſa
beaucoup, & fit avancer la
Tranchée juſqu'à cent cinquante
pas de la Contrefcarpe.
Il y perdit M² de la
Roche Capitaine de fon
Regiment , qui fut extréGALANT.
267
mement regreté. Le s. la
Contreſcarpe devant eftre
attaquée, le ſignal fut donné
avec des Flambeaux allumez,
parce qu'on n'avoit
point encor de Canon. On
attaqua de tous coſtez . On
entra dans le Chemin couvert
, d'où la Cavalerie fut
chaſſée . Me de Surlaube y
fit tout ce qu'on peut attendre
d'un Homme de la
derniere intrépidité. Le
Regiment de Furſtemberg
y eut cinq Capitaines tuez.
Le Regiment de Saulx inſulta
le Chemin couvert,
r
L
Zij
268 MERCVRE
tua à coups d'Epée tout ce
qu'il trouva, &fit deux Capitaines
prifonniers. M'de
S. André s'y diftingua , &
fit un Logement ſur laContreſcarpe,
qu'on abandonna
pourtant , parce qu'on
ne pût achever la Ligne de
communication pour y aller
de la Tranchée. M² de
Bardonche Capitaine dans
ce Regiment, & M² du Mas
Capitaine dans Navailles,
furent tuez, & on prit une
Contreſcarpe ſans Canon,
-ce que d'autres que des
François n'ont point encor
GALANT. 269
fait. Il ne ſe paſſa rien de
conſidérable le 6. jour de
Tranchée. Le 7. on s'élargit.
On fit des Banquetes .
Onplaça force Sacs àterre.
Trois Pieces de feize , &
une de vingt-quatre , arriverent
au Camp,& tirerent
la meſme nuit, leur Baterie
êtant faite auparavant. On
apprit par une Lettre qu'un
Eſpion portoit au Gouverneur
, que le Comte de
Monterey eſperoit bientoſt
ſecourir la Place. Le 8.
les Regimens de Navailles,
de Caftres , & de Liftenay,
Z iij
270 MERCVRE
1
firent des Travaux ſurprenans.
Celuy de Navailles
envelopa & embraſſa toute
la Contreſcarpe juſqu'à la
Courtine , avec une diligence
&un ordre tout particulier.
M'le Marquis de
Navailles ſon Colonel,
montra toute la netteté de
jugement , & tout le courage
poffible. Le 9. on prépara
toutes choſes pour attacher
le Mineur , & l'on
eut nouvelles que les Ennemis
ſe mettoient en état
de venir ſecourir les Affiegez
. Le 10. on fit deuxBate
GALANT. 271
ries de deux Pieces chacune
pour batre la Courtine &
des Maiſons qui ſont en
- amphitheatre , & d'où tous
les Miquelets Eſpagnols &
les Habitans tiroient en
plongeant dans la Tranchée.
Le 11. on travailla à
un Logement dans le Rédan
du milieu de la Courtine
pour y conduire le Mi.
neur. On fut contraint de
l'abandonner. Le Mineur
de main droite avança jufques
à quatre toiſes, & celuy
de main gauche une &
demie. Le 12. une Baterie
Z iiij
272 MERCVRE
de deux Pieces commença
à batre l'épaule du flanc du
Baſtion de main gauche,
pour empefcher qu'il ne
puſt flanquer la bréche du
Baſtion de main droite,
quand elle feroit faite. Le
13. fut employé à faire deux
Logemens ſous les angles
flanquans de la Contrefcarpe,
& les Mineurs avancerent
beaucoup leurTravail
. On dreſſa une Baterie
de deux Pieces aupres de
celle du jour precédent.
Le 14. on fit un Epaulement
pour s'oppoſer au
GALANT. 273
Canon qui donnoit fur la
droite , tirant du flanc du
Baſtion qui flanque laPorte
de Livia. Ms de Cafaux, la
Motte- la- Mire , & Lauvilliers
, eſtant ſur le bord du
Chemin couvert qui fert
de Foſſe,&parlant auxEnnemis
, furent chargez de
Feux d'artifice, de Bombes
& de Grenades . M de Caſaux
y fut bleſſé d'un éclat
au deſſus de l'oeil . Le 15. on
fit ſortir le Mineur de main
gauche hors de la ſappe,
pour l'appliquer fous des
Madriers à la face du Baf274
MERCVRE
tion du meſme coſté; mais
on n'en pût venir à bout,
à cauſe de la prodigieufe
quantité de Feux d'artifice,
de Bombes , & de Barils 1
foudroyans, que les Ennemis
jetterent. Deux Mineurs,&
tous les Madriers,
en furent brûlez. Le 16. la
Mine du Baſtion de main
droite joüa , & fit la plus
grande bréche qui ſe ſoit
jamais veuë ; mais comme
c'eſtoit de la nouvelle maçonnerie,
au lieu de ſe partager
& de ſe fendre en
gros quartiers , elle ſe ſéGALANT.
275
para toute en autant de
morceaux qu'il y avoit de
pierres & de moillon. Ils
furent pouſſez fortloin par
la violence de la poudre, &
tuerent beaucoup de Soldats.
Les Ennemis nous
repouſſerent , & apres un
combat opiniâtré , ils ſe
retrancherent , parce que
nous n'avions point de
Canon qui viſt la Bréche .
- Des Matelas & des Sacs de
laine leur fervirent à ſe remparer.
M² le Marquis de
Navailles s'y diftingua par
fon courage , & M'le Bret
۱
276 MERCVRE
eut toutes les peines du
monde à le faire retirer.
On ne sçauroit affez exagerer
la conduite & le courage
des Officiers Genéraux
, & particulierement
de M'le Bret qui eſtoit de
jour, ainſi que M de la Villedieu.
M² de Caſaux qui
couchoit toûjours dans la
Tranchée , pour ne perdre
aucune occafion de ſe ſignaler,
y fit paroiſtre ſa bravoure
accoûtumée. Deux
Pieces de Canon arriverent
encor ce jour-là au Camp..
Le 17. on fit de nouveaux:
GALANT. 277
efforts pour appliquer le
Mineur , & pour l'attacher
ſous des Madriers au Baf
tion de main gauche . On
ſe ſervit meſmes des Portes
de fer d'une Egliſe qu'on
avoit trouvées. Le grand
feu des Ennemis renverſa
tout. Un Garde de M² de
Navailles , tres - brave &
tres- intrépide, y fut tué, &
pluſieurs autres. Le feu demeura
tout le lendemain
juſqu'à la hauteur de la
moitié des Ramparts , de
forte qu'on prit réſolution.
d'attacher le Mineur par
278 MERCVRE
r
la ſappe . M Doudreville
Major de Viercet , qui eft
plein de zele & de coeur,
s'en chargea. Les Ennemis
parurent le ſoir ſur les Montagnes
, & il y eut pluſieurs
eſcarmouches entr'eux &
nos Miquelets. Le 18. la
feconde Mine du Baſtion
de main droite eſtant prête
à joüer , on fomma les Ennemis
de ſe rendre . On ne
parla point au Gouverneur;
mais il fit répondre par un
des Officiers de la Place,
Qu'il ne s'attendoit pas à
estre afſiegé par un auſſi grand
GALANT. 279
Capitaine que M le Marefchal
Duc de Navailles ; Que
puis qu'il avoit reçen cet
honneur , il ne devoit pas
trouver mauvais qu'il fift
tout son poffible pour défendre
sa Place aux defpens
de tout son sang , & pour
Soûtenir les interests de fon
Prince , dont il efperoit à
chaque moment du secours;
Que plus il connoiſſoit le mérite
& la valeur des François
, plus il ſe ſentoit animé
àſeſignaler par sa défence,
& qu'il n'avoit point autre
chose à répondre. On mit le
280 MERCVRE
feu à la Mine à trois heures
apres midy. On joignit à
la Tranchée un Détachement
de deux cens Dragons
& de cinquante Hommes
de Saulx. On donna
l'aſſaut à pluſieurs repriſes.
Les Ennemis jetterent continuellement
des Bombes,
des Grenades , des Sacs à
poudre , & des Barils foudroyans
. M'de la Villedieu
fut bleſſé à mort , & M
Murat legerement au pied.
Les Officiers Suifſſes y firent
tres-bien leur devoir. M
de Melane monta l'Epée à
• GALANT. 281
la main ſur la Bréche. On
-ne peut montrer plus de
courage qu'en firent paroiſtre
les Officiers de Saulx
& les Officiers des Dragons.
Les Ennemis parurent
encor pour le ſecours
de la Place. Ils avoient pris
fur nos Miquelets la Tour
de Ripe, qui eſt un paſſage
dans les Montagnes. M'le
es . M'le
Mareſchal y alla avec une
petite Piece de Canon , la
reprit, & fit cinquante Soldats
prifonniers. Les Lieutenans
Genéraux ceſſerent
de monter la Tranchée ce
Juin.
Aa
282 MERCVRE
:
jour - là , & demeurerent
dans leurs Quartiers pour
eftre en état de s'oppofer
au Secours. Le 19. on fit de
nouvelles Sorties pour aller
à la bréche du Baſtion
de main droite. Trois Efcadrons
des Ennemis parurent
ce jour- là . Le Comte
de Monterey eſtoit General
de leur Armée. Il devoit
avoir plus d'expérience qu'-
aucun autre qui fuft en Efpagne
, ayant longtemps
commandé en Flandres, où
il s'eſtoit trouvé en pluſieurs
occafions importan
GALANT. 283
tes , & où il avoit appris le
Meſtier de la Guerre à ſes
deſpens , par la maniere
dont il l'avoit veu faire aux
François. Il eſtoit difficile
qu'il n'en euſt retenu des
leçons , la conduite & l'intrépidité
de ces Braves en
donnant toûjours de grandes
à ſuivre . ' D'un autre
cofté , ce General qui eft
fort eſtimé de D. Juan , ne
pouvoit manquer de forces
plus que fuffiſantes pour
venir à bout de fon deſſein.
Il eſtoit fur les Frontieres
d'Eſpagne , & avoit eu or
Aa ij
284 MERCVRE
dre d'aſſembler toute la
Nobleffe & toutes les Milices
du Païs , de tirer des
Troupes de toutes les Garnifons
, & de faire fortir de
Barcelone la grande Baniere
de S. Eulalie , c'eſt à
dire de faire marcher tout
ce qu'il y avoit d'Homines
au deſſus de quatorze ans .
Tout cela s'eſtoit execute.
Joignez à cela des Troupes
qu'on luy avoit envoyées
du fonds de l'Eſpagne. Le
Marquis de Leganés , &
pluſieurs autres Grandso
avoient ſuivy les Officiers
1
GALANT. 285
Genéraux , & l'eſtoient venus
joindre en pofte. Ainfi
on auroit eu peine à faire
des appreſts plus confidérables,
fi le Roy d'Eſpagne
euſt efté affiegé dans Madrid,&
qu'il euſt eſtéquef
tion de courir àfon ſecours.
Je ne ſçay ce qui fut réſolu
dans le Conſeil du Comte
de Monterey , mais il eſt
certain que tant de forces
aſſemblées ne nous empef
cherent pointde continuer
le Siege, qui dura encor
neuf ou dix jours de Tranchée.
Aucune Relation pu
286 MERCVRE
blique ny particuliere n'a
parlé de ces derniers jours ;
& c'eſt par là , & par d'autres
particularitez que vous
n'avez point ſçeuës, & dont
je vous viens de marquer
quelques-unes , que cette
Relationſera la ſeule qu'il y
ait encor euë entiere du Siege
de Puycerda. Je vous en
ayrendu cóptejuſqu'au 19.
jour. Le 20. on fit un Boyau
nouveau pour accourcir le
chemin qui pouvoit mener
au Baſtion de main gauche.
M d'Urban contribuant
de toutes ſes forces & de
GALANT. 287
tout ſon génie au ſervice du
Roy, ſe chargea d'une nouvelle
Mine au Baſtion de la
droite, qui devoit penétrer
juſques ſous les Retranchemens
des Ennemis , & les
prendre par derriere. Le 21 .
on continua le meſme Travail
. Le 22. on fit une Place
d'armes contre les Sorties
des Ennemis. On mit deux
Pieces de Canon qui enfiloient
& qui flanquoient la
Bréche . Le 23. on fut averty
que les Ennemis ſoufroient
beaucoup , qu'ils.
manquoient de Pain , &
288 MERCVRE
que leur Milice les quitoit.
Le 24. on continua la Ligne
paralelle à la face du Baftion
de main gauche qui
avoit eſté commencée dés
le 20. afin de faire aller cinquante
Hommes de front
à l'aſſaut quand la bréche
du Baſtion ſeroit faite . M
de Cafaux qui avoit toûjours
montré une activité
fans pareille , ſe chargea
d'une Mine au milieu de la
Courtine. On eut le meſme
jour nouvelle que les Ennemis
ſe retiroient. Le 25.
on continua les meſmes
Travaux,
GALANT. 289
Travaux , & l'on eut avis
certain que les Ennemis
ayant quité le deſſein de
ſecourir Puycerda, avoient
renvoyé les Garniſons de
Rozes & de Palamos . M
de Navailles qui prévoit à
tout , renvoya Mal'Intendant
à Perpignan pour
pourvoir au Roufſfillon, en
cas que les Ennemis prifſent
cette route, avec ordre
d'arreſter un Regiment
Anglois qui venoit au
Camp , & de s'en ſervir.
Mais les Ennemis avoient
aſſez fait de s'eſtre fatiguez
Juin. Bb
290 MERCVRE
en yain. Ils ne vouloient
point eſtre attaquans en
quelque lieu que ce fuft,
&ils voyoient par tout des
ordres ſi biendonnez pour
les recevoir , qu'ils aimerent
mieux ſe retirer tranquillement,
que de fe ha
zarder à eſtre contraints de
faire une retraite précipi
tée, ou à ſe voir repouſſez
des Lieux qu'ils auroient
pû attaquer pour faire diverſion.
Le 26. le 27. &
le 28. la Tranchéefut montée
à l'ordinaire, ſans qu'il
s'y paſſaſt rien de confidé
GALANT. 291
rable. On y joignit ſeulement
un Détachement de
deux cens Dragons. Le 29.
les Ennemis batirent la
Chamade àuneheure apres
midy,& envoyerentleChevalier
de Maſcarille pour
Oſtage, avec pouvoir de capituler.
Pendant ce temps
le Regiment d'Hamilton
arriva au Camp. On con
vint d'envoyer à Ripoüil
un Officier des Ennemis,
avec un Trompete , cinq
Cavaliers & autant des
Noftres , pour voir fi leur
,
Armée estoit retirée, & s'il
Bb ij
292 MERCVRE
y avoit du Secours à eſpe
rer. Cependant la Capitulation
fut ſignée , & il leur
fut accordé de fortir le 31.
deMay àdix heures du matin
, en cas que dans ce
temps ils ne fuſſent puifſamment
ſecourus, & qu'il
ne faluſt lever le Siege. On
monta la Tranchée à l'ordinaire
pendant ces trois
jours. La Capitulation fut
executée au jour marqué.
Les Articles furent tels
qu'on a accoûtumé d'accorder
à ceux qui fe font
défendus en braves Gens .
GALANT. 293
A
On ne leur accorda point
de Canon, & il leur fut ſeulement
permis d'emmener
dix - neuf Perſonnes maf
quées. Voicy une Lifte fi
delle de tout ce qui fortit
par laBréche. AL 2.
Cavalerie, 150Hommes .
Infanterie jaune, 500
Infanterie verte, 1365
Miquelets ,
Walons& Italiens, 2216
Le tout monte à 1281
Hommes en armes,
Miquelets maſquez, 4
Parmy les jaunes,
20 Parmy les verts,
Bb iij
294 MERCVRE
2
Parmy les Walons,
Parmy les Femmes,
MS 1 19masquez.
M de Navailles reçeut
les foûmiflions de la Ville
& du Clergé ; & Mode
S. André Brigadier partit
en pofte pour porter cette
nouvelle à la Cours
Dom Sanche de la Mirande
General de l'Artillerie
d'Eſpagne, Lieutenant
General de la Cavalerie, &
Gouverneur de toute la
Cerdagne, eftoit auſſiGouverneur
de Puycerda. Cinq
ifons principales d'o ad'ont
GALANT. 295
obligé à faire la vigoureuſe
reſiſtance qui luyvient d'aquerir
tant de réputation.
Il ſçavoit qu'on ne peut
refifter longtemps à des
François ſans beaucoup de
gloire. Sa Place ne manquoit
point d' Hommes.
Elle abondoit en Muni
tions. Il avoit acheté &
payé fon Gouvernement
en argent comptant. Il
venoit d'époufer une Heritiere
de Puycerda qui avoit
tout fon Bien dans la Ville
& aux environs ; & dans le
temps où il fut aſſiegé , on
Bb iiij
24
296 MERCVRE
folemnifoit encor ſes Nôces
, où il avoit prié quantité
de Nobleſſe du Païs
qui estoit demeurée dans
ſa Place . Ainſi outre l'honneur
qu'il trouvoit à acquerir
, il avoit beaucoup
de Bien à défendre. Il
voyoit d'ailleurs toutes les
forces d'Eſpagne à une
lieuë & demie de luy , & il
avoit ſujet d'eſperer qu'-
elles tenteroient du moins
quelque choſe pour ſon ſecours.
Cependant il ſemble
qu'elles ne foient venuëslà
que pour fatiguer M' de
GALANT. 297
Navailles , qui n'avoit pas
ſeulement l'occupationque
le Siege luy donnoit , mais
qui fongeoit continuellement
à ſe mettre hors d'état
d'eſtre ſurpris. Auſſi ne
doute-t- on pas que ſi les
Ennemis n'ont rien tenté,
c'eſt ſa vigilance toûjours
active qui en aefté la
Tous les Officiers Genéraux
ont fait des choſes
furprenantes. L'on ne peut
affez admirer M le Mar
quis de Navailles, qui dans
un âge ſi peu avancé a tant
donnédepreuves de valeur D
caufe.
/
298 MERCVRE
& de conduite. On peut
dire que toutes lesTroupes
ont eſté au feu, puis qu'en
un mois de temps jamais
Place n'a tant confomme
de poudre. Ainfi nosTroupes
nevoyoient que du feu
d'un coſté, &des neiges de
l'autre. Il ne falloit pas devant
cette Place un moins
habile Ingénieur queMde
laMotte-la-Mire. Les Sources
qui l'embaraſſoient par
tout dans les Travaux, luy
ont caufé des difficultez qui
e npouvoient eſtre ſurmontées
que par un zele com
GALANT. 299
me le ſien. Tous ceux qui
ont agy pour le ſervice du
Roy, y ont merité beaucoup
de gloire , & M'le
Camus -Beaulieu , Intendant
de l'Armée, a faitvoir
une continuelle activité en
tout ce qui regardoit fon
miniftere. C'eſt trop vous
parler de cette Place fans
vous en faire voir le Plan
Examinez - le , Madame... II.
eft tres - exact , & vous y
verrez toutes les Attaques
tres-fidellement marquées.
Vous pouvez Juger par là
de la capacité de M² de la
300 MERCVRE
Motte- la- Mire ; auſſi a- t- il
toutes les lumieres qu'on
peut avoir dans les choſes
dont il ſe mefle , & vous
n'en douterez pas quand
vous ſçaurez que c'eſt luy
qui a fortifié Pignerol, qui
paſſe pour un des plus
beaux Ouvrages de Fortifications
qui ſoient dans le
monde. Je ne vous parle
point des avantages qu'on
peut tirer de la conqueſte
de Puycerda. On ſçait afſez
, fans qu'il ſoit beſoin
de le dire , que la Capitale
d'un Païs en donne toû
GALANT. 301
jours beaucoup ; mais comme
celle-cy eſt d'une grande
importance au Roy d'Efpagne,
je croy qu'on peut
compter parmy les avantages
qu'elle nous aſſure,
celuy de contribuer au repos
de toute l'Europe. Le
Roy n'attendoitpas ſa priſe
pour luy offrir cette Paix
tant defirée, puis que dans
le meſme jour & à la mef
me heure que la Garniſon
de Puycerda ſortoit, l'Am- '
baſſadeur de Hollande eftoit
à l'audiance du Roy.
Ainſi l'on peut dire que la
302 MERCVRE
Victoire a toûjours accom
pagné cegrandMonarque,
&qu'ellel'a ſuivy juſqu'au
moment que ſes Ennemis
ont reconnu ſes bontez.
On a chanté le Te- Deum
pour la priſe de Puycerda.
Toutes les Cours Souveraines
y ont aſſiſté. M le
Premier Préſident de Novion
s'y eſt trouvé pour la
premiere fois en cette qualité.
Il avoit eſté reçeu le
mefme jour. Comme il
avoit accoutumé d'aller au
Palais de grand matin , il
s'y eſtoit rendu à l'heure
GALANT. 303
ordinaire. QuantitédePerfonnes
de qquuaalliittéé l'attendoient
à Ll''eennttrrééee ddee llaa..
Grand Chambre pour le
falüer. Il y entra , & tra
vailla avec ceux qui compoſent
cer Auguſte Corps.
Meſſieurs les Ducs de Foix,
de Coiflin , de Geſvres , &
pluſieurs autres , juſqu'au
nombre de douze , y vinrent
dans le meſme temps.
Si - toſt que Monfieur le
Duc fut arrivé , Monfieur
le Premier Préſident alla
au Greffe de la Cour accompagnédes
meſmes Per-す。
304MERCVRE
fonnes de qualité qu'il avoit
trouvées en entrant.
Pendant le temps qu'il y
demeura , Mile Coq rapporta
ſes Proviſions à la
Cour , avec ſon Enqueste
de vie & moeurs. Apres
que le tout eut eſté leû, on
prit les Conclufions deM
le Procureur General. On
demanda les Avis , &ion
affembla les Chambres .En
fuite deux Conſeillers alle
rent prendre Monfieur de
Novion, auquel en entrant
dans le Barreau , Monfieur
le Préſident leCogneux fit
20
GALANT. 305
faire le ferment accoûtumé.
Cela fait , il prit ſa
place, & fortit à la teſte de
la Compagnie pour aller à
laTournelle, d'où il revint
ſuivy de Meſſieurs les Préfidens
àMortier avec leurs
Robes rouges. On tint
l'Audience en ſuite , à laquelle
Monfieur le Duc
aſſiſta , ainſi que les autres
Ducs qui avoient eſté préfens
à cette Reception.
L' Aſſemblée generale
des Etats d'Artois s'eſt tenuë
le premier jour de ce
Mois. Ceux qui en firent
Juin.
Cc
:
306 MERCVRE
L'ouverture de la part du
Roy , furent Monfieur le
Duc d'Elbeuf Gouverneur
de la Province, M'deBréreüil
qui en eſt Intendant,
M deMontplaifir Lieutenant
de Roy d'Arrassen
l'absence de M'le Comte
deMonbron qui ne s'y pût
rencontrer , & M. Scaron
de Longue Préſident du
Confeild'Artois . Monfieur
le Duc du Lude , & M
Courtin, qui paſſoient à
Arras dans ce temps- là, s'y
rouverent . Ces dernier
conſervant beaucoup d'af
GALANT. 307
&
fectionpour cetteProvince
dont il a eſté un des pre
miers Intendans, fut bien
aiſe de luy en donner ce
témoignage, qui fut reçeu
dentour le monde avec
grande joye. Deux Evef
ques, plus de vingtAbbez,
& pres de cent Gentilshommes
, copoſerent l'Affemblée.
Apres que Mon
fieur le Duc d'Elbeuf leur
cut expliqué en peu de
mots les intentionsduRoy,
M' de Bréteüil les harangua
avec fon éloquence
ordinaire. Il leur fit com-
1
Cc ij
308 MERCVRE
prendre l'obligation qu'ils
avoient à Sa Majesté , non
ſeulement de ce que par les
Conqueſtes qu'Elle avoit
faites en perſonne , Elle
avoit acquis à leurs Villes
l'avantage de ne plus eſtre
Frontieres, mais de ce qu'a
elle vouloit encor les meti
tre en état de ne plus rien
craindre des Ennemis, en
retenant par la Paixydeş
Places qui les laiſſeront à
couvertde toute forte d'infultes.
Monfieur l'Evefque
d'Arras , de la Maiſon de
Seve-Rochechotiart, Fils
GALANT. 309
r
de M de Seve qui a efté
Prevoſt des Marchands, les
remercia au nom de l'Af
ſemblée ,& les pria d'aſſu
rer le Roy duzele&de l'af
fection qu'ils avoient pour
ſon ſervice, ce qu'ils tâche
roient de faire paroiftre par
les promptes réſolutions
qu'ils alloient prendre fur
ce qui leur venoit d'eſtre
propofel of sq a
Comme Sa Majesté de
voit paffer en Artois pour
s'en retourner àS.Germain,
& qu'à cause de cetteAl
ſemblée chacun ne pouvoit
310 MERCVRE
en ſon particulier luy aller
rendre ſes reſpects , on dé.
puta M ' le Comte de Belle
foriere, Parent de Mle
Marquis de Soyecourt, qui
P'alla complimenter à fon
paſſage , & qui s'acquita
tres-bien de cette commif
fion. On a renouvellé cette
année les Députez Genéraux.
Ce changement ne ſe
fait que tous les trois ans.
Le Clergé a nommé M
l'Abbé de Choques , la
Nobleſſe , M' le Comte de
Maure , de la Maiſon de
Bernage; & le Tiers Etar,
GALANT. 1
M' Paliſot - d'Incourt. Ce
font trois Perſonnes d'un
fort grand mérite. Ils ont
eſté pluſieurs fois députez
aupres de Sa Majefté, & ſe
font toûjours acquitez de
cetEmploy à la fatisfaction
de laProvince.ebandon
1911Outre ces Députez Genéraux,
on en fait trois autres
chaque année pour alleren
Cour. On a choiſy
celle- cy M'l'Abbéde Suze
Eveſque de S. Omer, M'le
Vicomte de la Thieuloye
de la Maiſon de Saluces,
qui font préſentement de
312 MERCVRE
&
laDéputation Generale, &
le meſme M² d'Incourt qui
eft fait Député General ,
qui l'eſtoit l'année derniere
pour la Cour, avec Ma l'Abbé
le Febvre,&M le Comte
de Gomiecourt. Je vous ay
déja parlé de ces trois derniers.
On ne peut trop dire
à l'avantage des autres. M'
l'Eveſque de S. Omer s'eſt
toûjours fait diftinguer par
tout, & fon mérite répond
à ſa Dignité.
Le Roy a fait l'honneur
à M'le Duc de S. Aignan ,
de luy témoigner par la
Réponce
GALANT. 313
Réponce qui ſuit , la fatisfaction
qu'il avoit reçeuë
de ſa Lettre,
REPONSE
DV ROY
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN,
On Cousin, Vous ne
Mdedveevezzpplluuss vous mettre
en peine de vous distinguer
auprès de moy ; ily a
long- temps que vostre zele
pour tout ce qui me regarde
Juin.
Dd
314 MERCVRE
a fait cette distinction. le
fuis fort persuadé qu'ilſe ſi
gnalera toûjours dans la Paix
comme dans la Guerre . Ie
ne doute pas mesmes que les
effets ne furpaſſent encor
vos expreſſions , & j'ay bien
voulu vous dire que c'est avec
cet agrément & cette
confiance que j'ay leu vostre
derniere Lettre . Priant Dieu
1 au fürplus qu'il vous ait,
mon Cousin , en ſa ſainte &
digne garde. A S. Germain
en Laye Le 15. Inin 1678 .
Signé, LOUIS.
GALANT. 315
Je vous envoye les Préceptes
Galans. Ils font de
M Ferrier . L'Adieu aux
Muſes, & l'Elegie du commencement
de ce Livre
que je vous fis voir il y a
quatre ou cinq mois , ne
-vous laiſſent point douter
de la facilité de ſon Génie
pour les Vers. Il ſemble
qu'il ait eſté animé de l'efprit
d'Ovide en compoſant
cet Ouvrage. Il en a retranché
toutes les libertez qui
pouvoient bleſſer, & ce qui
eft de luy ne def-honore
point ce qui n'eſtque Traduction.
316 MERCVRE
Les uns fongent à l'a
mour , les autres à boire.
Cette Chanſon qui s'adreſſe
à nos Amis les Hollandois
, a eſté faite pour les
derniers. L'Air eft de M
Rigautde Tours.
AIR A BOIRE .
Vis que le grand Loüis en bor.
nantfes Exploits,
Vous apermisdequiter la rapiere,
Venez, pauvres Beuveurs de
Biere, :
Boire nos Vins comme autrefois.
Sortezde vos Marais,venezrougir
vos trognes;
Nous n'avos plus d'autresfoucis
Que de trouver affezd'Yvrognes
GALANT. 317
Pour vuider promptement nos
Muids.
Les Enigmes continuënt
toûjours à exercer agreablement
les Eſprits . M
Robbe qui a trouvé le vray
ſens des deux en Vers de ma
Lettre du Mois de May , a
expliqué ainſi la premiere..
Adis Pan inventa la Fluſte,
Pourexpliquerſon amoureux tourment.
Touchant l'invention d'un fi bel
Instrument,
Perſonne avec luy ne diſpute;
Mais en voyant l'Enigme d'au
jourd'huy
4
Didiij
318 MERCVRE
Le doute qui des deux merite da--
vantage,
Ou du Dieu Pan, ou de celuy
Qui nous en aſçeu faire unefi belle
image.
Ceux qui ont trouvé ce
meſme Mot de Flufte , de
Flageolet , de Hautbois , ou
de Chalumeau ( car ce n'eſt
qu'une meſme choſe ) font
Meſdames les Marquiſes
de Montbrun & de Briards;,
Meſdames de Nancour ; de
Fontenay, de la Parroiſſe de
Prefle en Brie ; de Couvrigny
, proche de Falaiſe;
Sarnet, de Picardie ; MefGALANT.
319
demoiselles Hebert , Ruë
Quinquempoix ; Riviere ;
Merles ; & Odinet, d'Auxerre
; Artemiſe, du Mont;
Crifto, de Bourges ; Iris, de
Gien ; de la Salle, de Blois;
du Colombier, pres deMadame
la Comteſſe de Torigny
, de la Chapelle, Ruë
Guenegaud; de Sommelfdirks
. de Chaſtillon en Batois
, dans le Nivernois ;
Meſſieurs de la Salle , de
Rheims ; Malbert ; Aymés,
de Beziers ; Tapprel, S¹ du
Creux; Vaglier, de Mouffy;
Mignot de Buffy , Gentil-
Dd iiij
220 MERCVRE
homme de Villefranche en
Beaujollois ; de Recul,Gentilhomme
de Picardie ; de
la Heſtroy ; de Gaillonnet,
L'Amant conſtant de la
Belle N. P. Préaudeau, Avocat
en Parlement àParis;
Vautier, Avocat de Roüen ;
de Courteville , de Paris;
Buglet, de Troyes ; de l'Arbriſſeau
, & le Solitaire de
l'Oratoire; Bodin,de Lyon,
de S. Antoine le Brun , de
Lyon ; Baifé le jeune , de
Paris ; Gayet-Tarlet , d'Avignon
; de Villedieu , de
Pontoiſe; Gardien, Secre-.
GALANT. 321
taire duRoy; Le Lyonnois,
de Paris ; L'Abbé de Jully ,
du Havre ; Le Chevalier de
Clerville ; Faverel, de Paris;
Comiers , Prevoſt du Chapitre
de Ternand ; Berout,
Medecin de Conches ; Les
Hermites de S.Giraud & de
Fontainebleau ; Le jeune
Medecin desBelles de Ren
nes ; Les trois Freres , de
Blois; Le Berger Alcandre;
Julie,de la Place Royale; La
Ville de Compiegne ; Les
Bergeres deLoches; La Bergere
Catin; La Societé.
Cloiſtrée de Paris .
322 MERCVRE
rs
Ms Chantoiſeau , de
Brie - Comte - Robert ; Le
Chevalier de l'Etoile ; du
Vaucel, d'Evreux ; Roland,
Avocat à Rheims ; Bazin ,
Chanoine deTroyes; Duval
l'aîné , Medecin d'Evreux;
du Matha- d'Emery ;
bloville , proche d'Argentan
; & Mademoiselle Gathier
, de Chaftillon fur
Marne , l'ont expliquée en
Vers .
2
d'ALa
ſeconde Enigme a
eſté ainſi expliquée dans
fon vray ſens par M¹ Gardien
Secretaire du Roy.
GALANT. 323
Toyquifais la beauté de toute
Toy dont l'on ne peutfaire une juſte
peinture,
Qui tedevances, qui te ſuis,
Qui donnes les jours & les nuits ,
Dont chaque instant commence
finit la carriere,
Soleil, éclatante lumiere,
Quandpardes ordres eternels
Ta courſe enfaveur des Mortels,
Pourroit devenir eternelle,
Ferois- tuvoir encor comme chezles
François,
Le plus grand de tous les Rois,
Avec tant de vertus la Reyne la
plus belle,
Les Miniſtres lesplus prudens,
Les Guerriersles plus vaillans
EtlePeuple leplusfidelle ?
324 MERCVRE
Mrs Robbe ; Faverel ;
Franco de Tibivilier ; des
Avaris , Secretaire de M
de Matignon , Lieutenant
General de Sa Majesté au
Gouvernemet de Normandie
; & le Satyre Troyen,
ont auffi trouvé le soleil.
La Ville de Nefle l'a
expliquée en Vers. M
du Vaucel ; Aymés , Fils;
Mignot, de Buſſy ; de Gaillonnet
; Roland , Avocat
à Rheims ; de S. Antoine
le Brun ; Le Chevalier de
Clerville ; & de la Salle,
Fils d'un Secretaire du Roy
rs
GALANT. 325
r
àRheims, ont crû que c'eftoit
le lour ; M² Chantoiſeau,
l'Horloge ; Midu Matha-
d'Emery , l'Enigme de
I' Enigme en Vers ; M² d'Abloville
, l'or ; M Berout,
& l'Hermite de S. Giraud,
le Feu ; Télamire , le lour;
Les Bergeres de Loches, la
Chandelle ; Madame la Marquife
de Briards, l'Aurore;
Mademoiselle Hebert, Ruë
Quinquempoix , la Lune;
Mademoiselle Grimpé, d'Amiens,
l'Arc-en-Ciel ; & Mademoiſelle
Joüet, de la Ruë
des Roſiers, l'Argent. 1
326 MERCVRE
Le
Voicy les noms de ceux
qui ont trouvé le vray ſens
de toutes les deux. Mts Foineau
, Sous -Chantre de la
Cathédrale de Vannes ; Le
Duc, Avocat ; Carolet, A.
vocat en Parlement ; Monnereau,
de Xaintonge ;
Chevalier , de la Ruë Chapon
; de la Barre, St du Plefſis
, Conſeiller à Chinon ;
Pagés, de Sedan ; des Prez ,
Maiſtre de Muſique ; Lagrené
de Vrilly; de Launay,
de.Caën ; Grandin , Doyen
de Vendoſme ; Broſſard,
d'Argentan ; Griffon, Con
GALANT. 327
ſeiller au Siege Prefidial de
la Rochelle ; Michellet de
Bellefontaine ; Renaud, S
de Foriers en Champagne;
Maze, de Roüen ; Treblad
de Fonfrouſſe , d'Aix ; du
Sephin , pres de Saumur ;
Céliſandre , G. P. de la
Coudre ; Hermophile de
Médicis, de Beauvais ; Virreau
; de la Salle, Sª de Létang,
de Rheims ; LaGrive,
de Lyon ; Loyſeau , de
Coulommiers ; Le Chevalier
de la Heronne , de
Roüen ; de la Foſſe de Vaudevire
, de S. Lo ; Valter,
328 MERCVRE
Gentilhomme Allemand,
Bouchet, de Lyon ; Roux,
Medecin de Vienne en
Dauphiné ; Durand de
Clerbec , proche le Pont-
Leveſque ; Laſſon le jeune,
Medecin à Châlons en
Champagne ; de la Barre,
de Roüen ; de Cohon, d'Alençon
; Pantot , de Lyon;
Fleury , de Durſet enNormandie
; de Conſtantin, de
Bordeaux ; L'Abbé de Landevennet
; Thabaud des
Ferronds ; Madame du Val,
Cloiſtre S. Nicolas du Louvre
; Madame du Carron
GALANT. 329
de Pierreval , de Dieppe;
Les Dames de Mons ; Mef
demoiselles Raince , de la
Ruë Chapon ; Pezé la Cadete
, du Mans ; Renavaly,
de Breſt en Bretagne ; Lochon.
& Rocheboüet , de
Mondoubleau ; Herblin la
Fille ; Brijon ; Le Solitaire
de Paris ; Le Secretaire des
Dames de Saumur ; Les
Bergers de la Fontaine-
Arſon, de Noyon ; Les Bergers
ſans Moutons, du Païs
Moutons,
de Caux ; Les Alliez du
Mont S.Hilaire, de Noyon
en Picardie ; Le Pareffeux,
Juin. Ee
330MERCURE
de Villars en Bourbonnois
; Neptune ; La Dame
Inviſible; La Belle Malade,
de la Ruë de S. Pére ; Sans
vous je n'aime rien ; M. N.
de Bordeaux ; La Belle Infante
, du Quartier S. Euftache
. Meſdemoiſelles de
Launay, de Chaftillon, ont
expliqué l'une & l'autre en
Vers , ainſi que Mrs Germain
, Preſtre de Caën ;
Houppin lejeune, de Beauvais
; du Mont , Avocat à
Chaumont le François ;
& un Chanoine de S. Vi-
Ctor.
GALANT. 331
Nouvelles Enigmes que
je vous propoſe. La premiere
eſt d'une Perſonne
de la premiere qualité.
5252525225525252
ENIGME.
Antoft pauvre , tantoft
riche,
Presque tout le long du
jour
Amon voisin jefais niche,
Ilme lafaitàson tour.
A chacun jem'abandonne,
Le moindre mefait la loy,
Et toûjours mon nomsedonne
A ce qui vautmieux que moy.
Dans une fombre demeure
Eeij
332 MERCVRE
Sans regret je fuis caché,
Etmesmeſouvent je pleure
Lorsque j'enfuis arraché.
Quandonm'exposeàl'orage
Sur un perfide Element,
Jenecrains point lenaufrage,
Etmenayeàtout moment.
Jen'ay bras, ny pieds, ny teſte.
Lene fuis de chair, ny d'os,
Etfi toft que l'anm'arreste,
L'autre trouble mon repos.
AUTRE ENIGME.
VeclesRais je prens
naiſſance,
Ils ont besoin de moy,
jenefuisrien säs eux,
Lefersa leurgrandeur, j'éleve leur
puiffance,
Scion leur volonté je puis eftre en
tous lieux.
GALANT 333
==}}
S2
Isfuis par tout d'une mesmenature,
1
lefuis d'un plus ou moindre prix,
Souvent je change defigure,
Selon la mode des Païs.
Se
Si l'on me voit toûjours de miſe.
Chezles Rois &les Empercurs.
Icfuisfoûmis dedans l'Eglife
AuxAbbez, Prelats&Pasteurs...
52
Plus on mefoule aux pieds, plusj'en
tire avantage,
Plus c'eſtma pompe&mo honeur
Bienloindemevanger de celuy qui
moutrage,
Lefaisfagloire&sa grandeur.
Je commence l'Enigme
d'Ino par les divers ſens
!
334 MERCVRE
:
:
qu'on luy a donnez. MS
de la Salle Fils , la Foudre;
Le Duc , Avocat , la Tempeste
; Le Chevalier , de la
Ruë Chapon , le Tonnerre;
Nicolaif Nippuoh de Mariffel,
le naufrage d'un Vaif-
Seau, la Macreuse, une Pierre
prétieuse , ou un Favory ;
Maze , de Roüen , La Fontaine
qui fort d'un Rocher;
du Mont , Avocat à Chaumont
, la Pluye; Laſſon le
jeune, la Glace ; Pantot , la
Pluye précedée du Tonnerre ,
l'Infidelité punie, l'Inondation
&priſe d'Ypres ; Chan
GALANT. 335
toiſeau, la prise de Gand;
Gardien , la Révolution de
la Hollande ; Aymés Fils, la
Paix de la Hollande ; des
Bois, la Hollande ſe jettant
dans les bras de la France ;
Renaud , S de Foriers , la
Hollande humiliée parleRoy;
Broſſard , l'Arc -en - Ciel;
Bonnet, de Vaux , la Nége,
Franco de Tibivilier , le
Cristal; du Vaucel, la Seine;
de Cohon , l'Ambre , ou la
Gomme de quelque Arbre;
de la Salle , S de Leſtang,
la Fonte; de la Barre, S' du
Pleffis , Conſeiller à Chi
336 MERCVRE
non, l'Epervier; Butor , la
Pierre ddee Courteville,, de
Paris, la Folie; du Matha.
d'Emery, la Gelée, le Rbsme,
ou Versailles ; Berout,
VAlchimie ; Meſdemoiselles
le Pelletier , de Meaux , la
Mort, la Ialoufie, ou les Simptomes
de la Fievre; Hebert,
Ruë Quinquempoix, le Bla-
Son; Merles & Audiner,
d'Auxerre, le Croiſſant de la
Lune ; de Launay, de Chaftillon,
la Perle, ou la Rosée;
Penavaly , la Bombe; La
Belle Malade ,la Foudres
Les Bergeres de Loches,
une
GALANT. 337
S
une Fontaine ; Sans vous je
n'aime rien , l'Imprimerie,
L'Indiférent, de S.Quentin,
La Banqueroute ; le Berger
Alcandre , la laloufie ; le
jeune Medecin de Rennes,
la Paix avec la Hollande;
L'Amant conſtant de la
Belle N. P. le Croiſſant de
la Lune ; Neptune, une Comete
; Le faux Criſante , le
Froid ; Les Bergeres ſans
Moutons, le Flux & le Reflux
de la Mer ; Le Secretaire
des Dames de Saumur,
La Tempeste.
La Belle Captive de la
Juin.
Ff
238 MERCVRE
rs
Ruë S. Antoine , la Salamandre
prifonniere, le Satyre
Troyen , Celiſandre,
& M Lagrené de Vrilly,
& Gigaut de Caën, qui ont
expliqué cette Enigme fur
La Cascade, en ont trouvé le
vray fens. Ino qui ſe précipite
dans la Mer, la repreſente
; & les Nymphes qui
demeurent changées en
pierres en courant apres
elle pour l'arreſter, ſont les
Statuës qui en ſont ordinairement
les ornemens .
La Figure d' Hercule qui
tientAntée en l'air dans ſes
:
Da
HERCULEET.ANTEE
ENIGM
GALANT. 339
bras, vous fournira un nouveau
ſujet d'exercer vos refveries.
Vous ſçavez trop
bien les Fables pour ignorer
qu'Antée Fils de Neptune
& de la Terre , avoit
quarante coudées de hau- .
teur , & qu'en combatant
avec Hercule , le ſecours
que luy preſtoit la Terre
dés qu'il la touchoit , luy
donnoit de nouvelles forces.
AinſiHercule n'auroit
pû le vaincre , s'il n'euſt
eu l'adreſſe de le faifir de
la maniere que vous le
voyez dans ce Tableau. Il
If ij
340 MERCVRE
l'éleva en l'air, le preſſa
entre ſes bras , & l'étoufa .
M l'Abbé Colbert a
preſché pour la premiere
fois , & ce Sermon a fait
tant de bruit , qu'il eſt difficile
que vous n'en ayez
déja entendu parler. Il
choiſit pour cela le jour de
la Fefte de S. Jean- Baptifte
Patron de Monfieur Colbert
ſon Pere , & preſcha
à Sceaux , où il fut admiré
d'une des plus Illuſtres Afſemblées
qu'on ait veuës
depuis longtemps, & pour
fon éloquence , & pour la
GALANT. 341
grace avec laquelle il prononça
le Panegyrique du
Saint. On ne pouvoit moins
attendre de luy, apres l'avoir
veu s'acquiter fi dignement
de toutes les Actions
qu'il a faites en Sorbonne.
Je vous en ay parlé pluſieurs
fois . Entre un grand nombre
de Perſonnes confidérables
qui ſe trouverent à
ce Sermon, celles qui te
noient le premier rang, fu
rentMademoiselle deBlois ,
Monfieur l'Admiral fon
Frere, Madame la Princeſſe
de Chevreuſe, Monfieur le
F f iij
342 MERCVRE
Duc de Luynes , Madame
la Ducheſſe ſa Femme,
Monfieur & Madame Colbert,
Monfieur & Madame
de Chevreuſe , Madame la
Comteſſe de Saint Aignan,
Monfieur le Marquis de
Seignelay , M Puffor avec
toute ſa Famille, Monfieur
l'Archeveſque de Sens,
Monfieur le Coadjuteur
d'Arles ; Meffieurs les Evef
ques d'Evreux , d'Orleans,
d'Angouleſme , de Montauban
, de S. Papoul , de
S. Brieu , & un tres -grand
nombre d'Abbez de quaGALANT.
343
m
lité. On y vit beaucoup
d'Illuſtres Prédicateurs , le
P. Girou , le P. Bourdalouë,
M'l'Abbé de S. Martin,&c.
avec une partie de Meffieurs
de l'Académie Françoiſe
. Je ne vous parle
point de pluſieurs Maiſtres
des Requeſtes , Conſeillers
Sens du Parlement , & autres
# Magiftrats,& d'une infinité
d'autres Perſonnes de qualité
& de mérite que la curioſité
avoit attirez .
Quoy que la Paix genérale
dont on eſpere bientoſt
la conclufion, ſoit pref-
Ff inj
344 MERCVRE
que la ſeule matiere qui s'agite
preſentement , je ne
puis finir ſans vous dire encor
trois mots de Guerre.
Ils ſerviront à vous faire
mieux connoiſtre que le
Roy renonce à pourſuivre
ſes Victoires dans un temps
où il eſt en pouvoir de vaincre
par tout. La Campagne
eſt à moitié faite du coſté
d'Allemagne . Cependant
le grand nombre d'Alliez
qui agiſſent de ce coſté,
loin d'eſtre en état de rien
entreprendre, ſont tous les
jours dans la crainte d'eſtre
1
GALANT. 345
attaquez , & leurs Conqueſtes
ont eſté auſſi imaginaires
que celles qu'ils
font tous les Hyvers dans
le Cabinet. Ils ont fort peu
d'Infanterie,& en tres- mauvais
ordre, & font toûjours
fort refferrez dans leur
Camp. Le 9. de ce mois
il y eut une petite eſcarmouche
, dans laquelle ils
furent repouſſez juſqu'à la
tefte de leur Camp. Les
Gardes du Corps firent des
merveilles à leur ordinaire .
Il y en eut trois de fort
bleſſez . Un Lieutenant de
;
346 MERCVRE
Noailles eut ſon Cheval
tué ſous luy , & fe retira
en croupe derriere M de
Briaille. M'du Vivier Ayde
de Camp, y reçeut un coup
fort favorable au petit ventre,
& en fut quite pour une
legere contufion . Le 13. au
matin , dés que le broüillard
& le jour pûrent permettre
de jetter les yeux
fur le Camp des Ennemis,
Male Mareſchal de Créquy
vit luy-méme qu'ils avoient
décaimpé , & ayant fuivy
leur marche, il s'apperçeut
qu'ilsvenoient pour fefe pof
1
GALANT. 347
ter entre Briſac & luy, &
que la teſte de leur Armée
eſtoit tournée pour gagner
les Hauteurs de Leyle. Il
fit marcher ſonAvantgarde
avec tant de diligence,
qu'il les prevint ; ce qui les
obligea de demeurer en
Bataille fur les. Hauteurs
d'Echeſſet. Ils décamperent
le 14. à quatre heures
du foir, comme pour venir
à nous , & voulurent faire
pouffer nos Gardes qui les
repoufferent. Le choc fut
aſſez rude , mais heureux
pour nous , puis que nous
348 MEROVRE
n'y perdîmes perſonne.
Nous les ſuivîmes le ſoir
d'aſſez pres pour reconnoiſtre
que toute leur Armée
estoit en marche. Ils
camperent à demy lieuë de
la noſtre . Les Gardes du
Roy, au nombre de trentecinq
, commandez par un
Garde du Corps nommé
M'de la Roſe, leur ont pris
quarante- ſept Chevaux, &
renversé pluſieurs Chariots
chagez de Vin & de Farines
. Les Ennemis voudroient
nous ofter la communication
de Brifac ; mais
GALANT. 349
r
-M de Créquy eſt ſi vigilant
, que des qu'ils prétendent
s'emparer de quel
que Poſte, ils ſont étonnez
de l'y voir. On a furpris
une Fille habillée en Soldat
qui s'alloit jetter dans leur
Camp. Depuis le commencement
du mois jufques
au 17. qu'on s'eſt approché
de l'Armée des Ennemis
, M² de Créquy ne
s'eſt point couché. M² le
Marquis de Créquy effuye
les meſmes fatigues. Les
Ennemis apréhendent fort
d'eſtre attaquez , à ce que
r
r
350 MERCVRE
diſent les Rendus qui arri.
vent tous les jours dans
noftre Camp. On a ſçeu
par eux que le Pain commence
à devenir fort rare
dans leur Quartier. Un fi
beau commencement de
Campagne ne leur en doit
pas laiſſer eſperer des ſuites
trop avantageuſes. Il eſt
vray qu'il leur vient du
renfort , mais le Détachement
de Flandres devoit
joindre M'le Mareſchal de
Créquy le 20. ou 22. de ce
mois. Ainfi la partie fera
toûjours égale , ſi l'on en
GALANT. 351
el
?
1
r
excepte la valeur des Troupes,
la conduite des Chefs,
&les ordres qui font mouvoir
les uns & les autres.
M de Luxembourg fait
beaucoup ſans rien faire,
& les Troupes qu'il commande
ne contribuënt pas
peu à la Paix. Pluſieurs
Dames de Bruxelles ont
eſté voir ſon Camp. Il les
a régalées , & elles ont admire
la galanterie des François
.
r
M Maneffier, Seigneur
d'Auxy, Franqueville, Lierval
, &c. a épousé Made
352 MEROVRE
moiſelle de Saqueſpée. Elle
eft Fille de Male Vicomte
de Selincourt , qui commande
la Venerie de Monſeigneur
le Dauphin. Ce
jeune Prince leur a fait
l'honneur de ſigner au
Contract de Mariage. Ils
font tous deux fort jeunes,
& l'un & l'autre d'une tresnoble
& ancienne Famille
de Picardie .
Je n'avois point oüyparler
de ce quevous me dites
que vous avez leû dans la
Gazete de Hollande , des
honneſtetez que quelques
GALANT. 353
Of
e
V
1
r
Priſonniers Hollandois avoient
reçeuës de M le
Duc de S. Aignan. Je m'en
fuis informé, & j'ay ſçeu
que de ceux qui furent pris
à la Bataille de Caſſel , on
en avoit envoyé trois cens
au Havre. Ils y firent quelque
ſejour avant qu'on les
en retiraſt ; & les vents
contraires les ayant obligez
d'y relâcher apres leur
embarquement , I'Illuſtre
Duc qui eſt Gouverneur
de cette Place , traita les
Officiers avec tant de civi-
Lité, & donna tant de mar-
Juin.
>
Gg
354 MERCVRE
ques de bonté aux Soldats
pendant quelques jours
qu'ils paſſerent à la Rade,
qu'on ne doit pas eftre furpris
ſi les Hollandois ſe
font fait une gloire de le
publier. Il eſt certain qu'ils
ne pouvoient mieux juftifier
qu'en parlant de luy,
ce qu'ils font dire à leur
Gazete dans l'Article qui
le regarde , qu'on voit rarement
qu'on foit brave
fans eftre civil .
Vous avez veu ce que la
Muſete a écrit au Chien
pour fon Berger. Voyez la
Réponſe.
1
GALANT. 355
ةلا
}
i
1
1
2525252525252525
LE CHIEN.
A LA MUSETTE ..
Ous , Mufete , qui ne
m'eſtes pas tant incon- VOR
nuë queje vous le fuis, vous
ne devez pas estre surprise
fi en répondant d'abord pour
vous à vostre Berger , je
n'ay pû voirfans murmure
qu'il vous obligeaſt à porter
un nom qui meparoiſſoit peu
digne de vous . Ie ne doute
point que vous n'ayez bien
Ggij
356 MERCVRE
examiné les ſuites avant que
de vous résoudre à l'accepter;
mais puis que l'Amour
vous l'a donné, comme vous
en demeurez d'accord , il eft
à craindre qu'on ne se perfunde
que ce soit ce mesme
Amour qui vous ait engagée
à le recevoir. Pour moy qui
ne connoiſſois pas mon Rival
ily a quelque temps , je me
préparois à vous dire qu'il
est beaucoup de Bergeres qui
préfereroient un bon Chien
àun meschant Berger ; mais
depuis qu'on m'a fçeu informer
de ce qu'il vaut , je voy
GALANT. 357
bien qu'entre le choix d'un
0 Chien ,
bon Berger ou d'un bon
vous ne trouverez
guére à balancer.
Cependant on n'ajamais veu
De Chien devenir infidelle ;
Au lieu que ce n'eſt pas une
choſe nouvelle
Qu'un Berger change à l'im-
Pourveu,
1
コメ
ل
Et ſe faſſe unebagatelle
D'en conter àquelqu'autre auſſi
bien qu'à ſa Belle ,
Quand il le peut à ſon inſçeu.
Vous ne l'ignorezpas, belle
Musete (car il faut chercher
à vous plaire en vous don
358 MERCVRE
nant un nom qui vous plaist)
mais vous n'aimezpas , ditesvous
, à estre careßée d'un
Chien. Si l'inclination de
carreffer est le seul defaut
que vous me trouviez, il ne
feroit pas difficile de nous
accorder. Ie ne suis pas de
ces Chiens dont la groffeur
embaraffe , & dont le peu de
propreté rend les flateries
dangereuses pour les fupes;
mais quand je ſerois de ces
Barbets mal peignez , qui
font toûjours dans les crotes,
vous neferiezpas recevable
à vous défendre de me pren
GALANT. 359
dre à voſtre ſervice , fur
L'importunité de mes carreffes
, puis que je conſens à
me contenter du plaisir de
vous regarder de loin,fivous
craignez qu'en vous regardant
de trop pres, je ne vous
fois plus incommode que
L'heureux Berger dont vous
voulez bien eſtre la Muſete.
Il est vray qu'ilsçait exprimersa
tendreffe. d'une maniere
bien plus fpirituelle que
par des carreſſes , & qu'un
Chien, tel qu'ilfoit , ne peut
estre compté que pour une
Beste ; mais auffi ne pré
360 MER.CVRE
tens -je vous servir qu'en
qualité d'un Domestique affectionné
qui sçaura vous
défendre de l'approche de
tous ceux que vous n'aimez
pasplus que moy.
On fuit des Soûpirans dont le
fot entretien
Eft quelquefois plus incommode
Que le badinage d'un Chien
Qu'on peut toujours faire à
fa mode.
Vous ne pouvez laiſſer le ſoin
De leur défedre voſtre porte;
Par mavoix clapiſsate & forte
Je vous promets de faire en
forte
Qu'ils n'en approchent que
de loin.
GALANT. 361
-
و ہ
Vous dites auſſi qu' un
Berger peut chanter avecſa
Musete tant de Chansons
qu'il luy plaira , tendres ou
tristes , fans qu'elle en ſoit
touchée. Mais il me paroiſt
difficile qu'un Berger qui
vousferoit dire ce qu'ilpense
ne vous fistjamais penser ce
qu'il vous feroit dire ; car
enfin une Bergere qui peut
comme vous faire choix d'un
Berger pour la toucher, peut
bien auſſi luy répondre Sans
Son aide. Il est des Inftrumens
qui joüent d'eux- mesmes
, ſans qu'on en connoiffe
Juin.
Hh
362 MERCURE
les refforts ; &fi l'on en croit
quelques Philosophes modernes
, les Animaux enfont
des Exemples . Ie nose pas
cependant me déclarer pour
eux, car un Chien auroit trop
de raport avec une Muſete ,
& je n'ay garde de me mettre
au mesme rang avec vous.
Mais pour achever de vous
répondre , quand vous adjoûtezqu'
en qualité de Chien
vous ne me rendriezjamais
heureux , parce que c'est un
Animal qui ne vous toucheroit
pas je tombe d'accord
qu'on ne voit guére qu'un
GALANT. 363
Berger qui ſçache toucher
une Musete , maisje ne voy
pas aussi que je fuffe un malheureux
Chien d'eftre le
vostre .
Sije puisvous ſervir, fans-doute
Mon fort ſera toûjours fort
doux;
Et si c'eſt un bie qui me couſte,
On nepeut trop payer le plaifir
d'eſtre à vous,
Vous nesçauriezfaire de
misérable , quoy que vous
difiez, & c'eſt aſſez qu'on
vous appartienne , pour ne
vouloir changersa condition
à aucune a autre. Vous ne dif-
1
Hh ij
364 MERCVRE
convenez pas auffi que je ne
fois fidelle, mais vostre Berger
ne vous le ſemble pas
moins , & vous voulez attendre
qu'il soit inconstant
pourfonger mesme à m'écouter.
Cette réſolution est bien
avantageuse pour luy ; & s'il
estoit vray que vous ne dif.
fiezque ce qu'il vous fait dire
Sans en rien sentir , vous ne
me renvoyeriezpas àſon inconstance.
Je ne laiſſferay pas
d'attendre qu'elle vous oste
voſtre ſcrupule ; & fi vous
croyez ne pouvoir estre ma
Bergere pendant que vous
GALANT. 365
زا
Serezsa Musete, quoy que le
plus jaloux de mon espece,
je voy bien qu'il me faudra
laiſſer juſque- là laplus charmante
de toutes les Muſetes,
au plus spirituel de tous les
Bergers .
J'allois fermer mon Paquet
, lors que j'ay encor
reçeupluſieurs Lettres touchant
l'explication des EN
nigmes . Je croy que vous
ne ſerez pas fachée de trouver
icy les noms de ceux qui
les ont expliquez .
Meſſieurs de Foreſta de Colongue,
de Marseille , Criffon ,
366 MERCVRE
de l'Académie Royale d'Arles;
& Pierre- Antoine Baron de
Hocques, ont expliqué la Flufte
en Vers. Meſſieurs Miconet,
Avocat à Châlons fur Saône;
Ranchain , de Montpellier ; de
Fontaines ; Dupré ; Rudon,
Juge de Chasteaubas en Agé.
nois ; Hébert de Rocmont, le
Marquis de Beauregard ; de
Queville , de Caën ; Baré , de
Bordeaux ; l'Abbé Deniau ;
de la meſme Ville; le Nouvelliſte
Gaſcon ; Momus ; Mefdemoiſelles
Ragueneau, de Bordeaux;
& Meſdemoiselles de
Senas &de Buridan, ont trouvé
le Mot des deux. Ceux qui
n'ont trouvé que celuy de la
Flufte font , Meſſieurs de Lef.
trois Freres, de Blois ; M' DaGALANT.
367
1
t
lonne de Chalançay ; d'Hermilly
; le Chevalier de Barre,
de Bordeaux ; & M' Cadet, de
Langon. Les deux ont eſté expliquées
en Vers par M'de Silvecane
le Fils , de Lyon ; M
Couldre , de Caën ; le Berger
Medecin ; & les Bergeres de
Montplaiſant pres de Bourg en
Breffe. Le Mot du Soleil a eſté
trouvé par Me de Pomiers , de
Bordeaux, Mr Rault,deRoüen,
a expliqué l'Enigme d'Ino fur
le let d'Eau ; & M' Hébert de
Rocmont, ſur la Cascade. :
Il me reſte encor à vous entretenir
de l'Opéra deM' Boifſet
, qui fut repreſenté Lundy
dernier à S. Germain devant
Leurs Majeſtez, &de la mort
deMeſſieursd'Apremont,Roujault
, & Marin , mais je fuis
368 MER. GAL.
4
obligé de remettre cesArticles,
ainſi que pluſieurs autres . Je
finis par celuy de la confirmation
de la Paix de l'Eſpagne &
de la Hollande. Je ne doute pas
que le bonheur dont elles vont
joüir, n'excite bientoſt tous les
Potentats qui font en guerre, à
-conclure une Paix generale,
Comme ils la dévront au Roy,
toute l'Europe poura alors retentirdu
bruit de ces Vers.
Apres tant deſuccèsfurla Terre
&fur l'Onde,
Sur ses propres Exploits LOVIS
Sçait rencherirs
Cet Auguste Vainqueur donne la
Paix au Monde,
C'estplus que dele conquérir.
Jeſuis voſtre
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