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<36605143610017
Bayer. Staatsbibliothek


"
CRISFRÆVA TOS
AM
SVPR
SVBLI

LE
NOUVEAU
MERCURE
GALAN T.
Contenant tout ce qui s'eft paffé
de curieux au Mois de Avril
de l'Année 1678.
Suivant la Copie imprimée
A PARIS
Au Palais , l'An 1678 .
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS.
LE
MERCURE
GALANT,
A MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN.
Lors que plein de LoüIS
je viens te raconter.
PRINCE, quelques traits de
fa vie ,
Sans- doute à ce difcours tu te
fens exciter
D'une héroïque jalousie.
A ta jeune valeur , à tes premiers
efforts ,
3
La
La Fiandre auroit offert une
illuftre matiere ;
Mais Louis les dérobe à ton
ardeur guerriere ,
Tout ce que l'Espagnol perd de
Murs de Forts ,
Tu les pers d'une autre maniere.
Quand tu vois par un Pere Ypre
& Gand attaquez
,
( Ou bien pris, c'est la mef
me choſe )
Tu te plains que pour Luy la
Victoire en difpofe ,
Car ton Bras fans cela ne les
euft pas manquez.
Si tant d'Etats voisins font en
noftre puiffance ,
It
Il faudra que plus loin tu portes
tes Exploits.
Loüis a fçeu ren-
Ce
que
dre
François ,
Tu le mettras fous Luy dans
le coeur de la France,
4
PREFA C E.
uoy que
l'Extraordinaire
n'ait point eſté
donné dans le temps qu'on
l'avoit promis , on prétend
n'avoir point manqué de parole
. Toute la France ( &
meſme la plupart des Païs
Etrangers qui l'imitent en
beaucoup de choſes ) demande
qu'on luy apprenne les
Modes nouvelles, & on reçoit
peu de Lettres qui n'en
parlent. Ces Modes paroiffent
ordinairement
dans le
changement des Saifons ?
mais les beaux jours n'eftant
pas
PREFACE.
pas venus cette année avec
le Printemps , on n'a point
encor quité les Habits d'Hyver.
Comme l'Extraordinaire
contient le Quartier de
Janvier, on y verra les Modes
qui ont regné pendant
cette rigoureuſe Saiſon , afin
qu'on puiffe dire que
dans les quatre Volumes
qu'on aura tous les ans de
cet Extraordinaire , on aura
eu toutes les Modes de l'Année
courante. Cependant
on ne veut point donner ce
premier Extraordinaire qu'il
n'y en ait de toutes nouvelles
. Elles le feront , puis
qu'on
PREFACE.
qu'on n'en voit encor que
tres-peu , & que fans aucun
retardement cet Extraordinaire
fera donné le quinzieme
de May. L'Autheur efpere
par là faire la paix avec
plus de cinq cens Perfonnes,
beaucoup de Belles & des
Villes entieres , qui croyent
avoir efté oubliée . Ainfi l'on
doit s'attendre à voir un
grand nombre de belles Lettres.
On y verra que l'occupation
que donnant aujourd'huy
les Enigmes , faifoit
celle des plus grands
Princes & des pius beaux
Efprits de l'Antiquité: Mais
comPREFACE.
comme ces Lettres ferviront
à faire voir que les Enigmes
qu'on a jufques icy propofées
dans le Mercure
, ont
efté trop faciles à deviner ,
on tâchera d'en donner à
l'avenir de plus difficiles. Le
Public en auroit efté d'abord
rebuté , & puis qu'il s'eft
accouftumé à s'en faire un
Divertiffement agreable, on
n'a point prefentement à
douter qu'il ne foit bien aife
de trouver une difficulté
qui fera acquerir plus de gloire
à ceux qui devineront .
Ceux qui envoyent des
Memoires dans les derniers
jours
PREFACE.
jours du Mois , ne doivent
pas fe plaindre s'ils ne les
trouvent pas employez . La
mefme chofe eft touchant
l'Explication des Enigmes.
On leur rendroit juſtice en
les nommant fi on recevoit
leurs Lettres plûtoſt . Cet
oubly forcé fera reparé par
l'Extraordinaire
où leurs Explications
feront miſes.
Pag.
MERCURE
GALAN T.
ous ne fçauriez croire, Madame,
combienje me trouve
prefentement embarraffé à vous
écrire. Vous m'avez difpenfé de
l'exactitude du ftile. Je vous dis
fans façon les Nouvelles dont on
me fait part , & n'eftant point affujetty
avec vous aux termes choifis
, je puis me tirer d'affaire fort
commodément. Cela va le mieux
du monde pour ce qui regarde la
facilité de noftre commerce , mais
il n'en eft pas de mefme pour l'abondance
des matieres qu'on me fournit.
Mes Lettres groffiffent chaque
Mois , & elles ne fuffifent point
encor à tout ce qui m'eft envoyé
de tous côtez. Ainfi je me trouve
dans la neceffité , ou de fuprimer
quantité de chofes que je fuis affuré
Avril. A qui
1
2
MERCURE
qui vous plairoient , ou de ne les
pas mettre dans le temps qu'on me
les donne. Vous m'avez caufé cet
embarras en me rendant à la mode.
Voyez , Madame , par ce Madrigal
fi je préfume trop du cours
que vous m'avez fait avoir dans le
monde.
MADRIGAL.
Au Mercure nouveau c'eft en vain qu'on
prétend,
Iris , fans avanture on n'y peut tenir rang.
Sans la Guerre ou l'Amour on n'aura point
la gloire
De voir fon Nom dans fes Ecrits galans ,
C'eft leur unique employ de chanter la victoire,
Ou des Soldats ou des Amans ;
La Guerre apparemment a pour vous peu de
charmes ,
Et vous fuyez fes triftes coups.
Vous aimez mieux qu'en vous rendant les
armes
On ne connoiffe point d'autre vainqueur que
vous.
Hé bien fuivez l'Amour , vous irez au ›
Mercure ;
Mais
GALAN T. 3
S
Mais laiffant voftre coeur capable de fes feux,
Souvenez-vous, Iris, que pour une Avanture
Il faut tout au moins eftre deux.
Quoy qu'en dife ce Madrigal ,
il n'eft point befoin d'eftre de concert
pour ſe donner le plaifir de produire
une Avanture. Il n'en naift
que trop tous les jours que les Intereffez
ne peuvent prévoir, & qui
ont quelquefois de fâcheufes apparences
, quoy que dans le fond il
n'y ait rien de plus innocent. Ce
que vous allez entendre vous furprendra.
L'incident eft particulier ,
& l'Amour n'en caufa peut- eftre jamais
un plus bizarre.
Une Dame demeurée Veuve af
fez jeune , ayant médiocrement de
la beauté, mais beaucoup d'enjouement
, & ce qui s'appelle l'Efprit
du monde , vivoit avec une Soeur
d'un carectere tout oppofé. L'une
aimoit toutes les Parties de plaifir ,
l'autre cherchoit la retraite ; & tandis
que la premiere ne fongeoit qu'à
A 2 paffer
4
MERCURE
"
paffer agreablement fon temps , celle-
cy faifoit fa joye de la folitude.
Ce n'eft pas qu'elle n'euft tous les
avantages qui peuvent autorifer une
jeune Perfonne à fouhaiter d'eftre
veuë. Elle avoit de la beauté , la
taille bien prife , l'efprit doux , &
fi elle euft voulu fonger au Mariage
, elle ne manquoit pas de Prétendans
mais elle s'eftoit mis la
Devotion en tefte , & regardent
toutes les folies de la vie comme
paffageres , elle n'y trouvoit rien
qui duft l'attacher. Sa Soeur avec
qui la mort de fa Mere l'avoit obligée
à fe retirer , luy faifoit ſouvent
la guerre de cette humeur fauvage
qui ne s'accommodoit prefque d'aucun
divertiffement , & dans leurs
petites difputes un Habit de Religieufe
eftoit toûjours ce qu'elle luy
confeilloit de choifir. Mais elle connoiffoit
les maux de la dépendance.
Le nom de Fille ne luy paroiffoit
point honteux à garder , & fans fe
faire
GALA N T.
5.
1
faire une neceffité de la maxime reçeuë
parmy la plufpart de celles de
fon Sexe , qu'il faut ou fe marier
ou entrer dans un Couvent , elle
eftoit bien aife de demeurer maiftreffe
de fes actions , & de pouvoir
tous les jours renouveller volontairement
le facrifice qu'elle s'eftoit
refoluë à faire de ce que le monde
a de plus flateur. Elle avoit du Bien ,
& elle en employoit une partie à
foulager les Miférables dans leurs
befoins. Sa Maiſon leur eftoit toûjours
ouverte , & elle n'en pouvoit
entendre gémir fans s'intéreffer à
leurs fecours . Ces pratiques de vertu
& de charité faifoient bruit . Les
Gens auffi détrompez des vanitez
du Siecle qu'elle l'eftoit , ne pouvoient
affez loüer fa conduite . Mais
ceux qui ne diftinguent point la veritable
Devotion de l'Hypocrifie ,
en faifoient cent contes defavantageux
. Les uns l'accufoient d'orgueil,
de laiffer paroiftre ce qui devoit ef-
A. 3
tre
6
MERCURE
tre caché. Les autres difoient que
c'eftoit fa marote de vouloir qu'on
parlaft d'elle fur le pied d'une Beate
; & fa Soeur mefme apprenant
qu'elle retiroit quelquefois des Pauvres
chez elle pendant la nuit , ne
pouvoit s'empefcher de dire qu'elle
aimoit l'ordure & la faleté. Ces railleries
la trouvoient inébranlable.
Elle écoutoit tout , & ne s'embarraffoit
de rien. Elle auroit toûjours
vefcu dans cette loüable tranquillité
, fans une difgrace qui luy arriva
d'où elle devoit l'attendre le
moins. Les deux Soeurs allerent
rendre viſite à une Parente qui eftoit
intime Amie de l'Aifnée. Cette
Parente avoit un Amant avec qui
elle eftoit brouillée à demy depuis
quelques jours , & le hazard voulut
qu'il fe trouvaft chez elle dans
le temps de la Vifite. Il vit la belle
Devote. Il en fut charmé , &
ayant commencé à luy dire quelque
douceur, fi elle luy répondit civilement,
GALAN T.
7
I
ment, ce fut avec une ſeverité qui
luy fit connoiftre que ce n'eftoit
pas fur ce ton-là qu'elle accoûtumoit
les Gens à luy parler. A peine
leva-t-elle les yeux une fois fur
luy, & ce n'euft pas efté un petit
embarras pour elle s'il luy euft falu
dire au fortir de là de quelle maniere
il eftoit fait. Le Cavalier tout
Homme de Cour qu'il eftoit , en
demeura prefque déconcerté. Il s'adreffa
à l'Aifnée, qui luy fit le Portrait
de fa Cadete en riant. Cette
aufterité de vertu le furprit ; mais
comme les traits de fon viſage adouciffoient
pour luy ce qu'elle avoit
de trop rude , il fe fit un pointd'honneur
de réduire cette aimable
Perfonne à ne le traiter pas toûjours
fi fiere. C'eftoit un de ces Hommes
du grand air, qui fur la foy de leur
bonne mine , fe perfuadent qu'il
n'y a point de Belle qui foit capable
de leur refifter. Il noüa aifément
commerce avec la Veuve ,
fous
A 4
8
MERCURE
fous prétexte de la faire Juge des
fujets de plainte que luy donnoit fa
Parente , avec laquelle il rompit
entierement. Les Vifites qu'il rendit
à cette Veuve , ne produifirent
pourtant point l'effet qu'il en attendoit.
Il croyoit que fon aimable
Soeur feroit aupres d'elle , & il ne
l'y rencontra qu'une fois ou deux .
Encor fuft-ce un bonheur dont cette
belle Perfonne l'empefcha toûjours
de profiter, en fe retirant prefque
auffi- toft. Ces difficultez irritérent
fa paffion. Ne la pouvant
voir chez elle , il la chercha dans
des lieux où il eftoit feûr de la
retrouver. Elle avoit fes heures de
devotion publique , & il les paffoit
en mefme lieu qu'elle , fans en retirer
d'autre avantage que celuy
d'eftre témoin d'une modeftie , qui
le charmoit malgré fon peu de panchant
à eſtre devot. Cependant fon
amour augmentoit toûjours &
l'impoffibilité prefque vifible de
reûffir ,
"
GALAN T.
reüffir , l'engageoit plus fortement
à la pourfuite de cette conquefte.
Il n'ofoit fe découvrir à fon Aifnée,
parce qu'elle eftoit trop Amie de la
Dame qu'il abandonnoit , & qui
avoit grande peine à fe confoler de
cette rupture. A ce defaut il fit agir
une Femme de qualité qui affura
l'aymable Devote , que fi elle vouloit
avoir de la confidération pour
luy , il feroit ravy d'époufer une
Perfonne auffi vertueufe qu'il la
connoiffoit. Rien ne luy pouvoit
eftre plus avantageux. Le Gentilhomme
eftoit riche , bien fait , de
bonne Maiſon , & elle ne fut point
touchée de ce que toute autre auroit
crû un fort grand bon-heur.
Les refus qu'elle luy fit fignifier ,
auroient dû éteindre la plus violente
paffion , & il en arriva tout autrement.
Le Cavalier qui n'avoit
peut-eftre fait propofer le Mariage
que pour avoir accés aupres de la ·
Belle, fe fit une veritable affaire de
réüfir
A 5
16 MERCURE
réüffir dans ce deffein. Il crût que
s'il pouvoit luy parler luy- mefme ,
il luy peindroit fi bien ce qu'elle
pouvoit gagner en l'époufant, qu'il
viendroit à bout de fa refiftance ,
& pour en avoir une audiance infaillible
dans un temps qui la forceroit
à l'écouter , il s'avifa du plus
bizarre expédient dont l'Amour fe
foit peut - eftre jamais fervy. Son
Apartement donnoit fur la Rué . Il
fçavoit qu'elle eftoit tres- ſenſible au
malheur de Affligez qu'elle ën
avoit fouvent retiré chez elle pour
avoir entendu leurs plaintes , & ne
doutant point qu'elle n'exerçaft la
mefme charité à fon égard , s'il fe
métamorphofaft d'une maniere à
mériter fa compaſſion, il prit l'Habit
d'une pauvre Femme qui avoit
foin de nettoyer une petite Ruë
voifine , fe barboüilla un peu le vifage
qu'il avoit affez propre à autorifer
un déguiſement de cette nature
, & dans cet équipage il alla fe
9
po.
GALAN T. ff
pofter à heure induë fous les Feneftres
de la Belle qu'il vouloit tromper.
La coûtume qu'elle avoit de
méditer le foir apres avoir fait retirer
ceux qui la fervoient , luy
eftoit connue. Il commença de
joüer fon rôle, pouffa quelques tons
plaintifs , & ne les continua pas
longtemps fans voir ce qu'il avoit
crû. On ouvrit la Feneftre. On luy
fit quelques queftions , & il n'y eut
pas fitoft répondu comme Femme,
qu'on s'empreffa pour le fecourir.
La Belle qui avoit envoyé coucher
une Fille qui eftoit à elle , defcendit
en bas fans faire bruit , appella
la prétendue Miférable qu'elle croyoit
devoir paffer la nuit à fa Porte
; & fans regarder autre chofe que
fes Habits affez mal en ordre pour
foûtenir le carectere qu'elle prenoit,
la fit monter dans fa Chambre où
elle mit tous fes foins à la foulager.
Apres avoir fait grand feu , elle alla
chercher quelques reftes affez
A 6
accom12
MERCURE
1
accommodans pour une Perfonne
qui aurait eu befoin de manger; mais
ce n'eftoit pas ce qui amenoit le Cavalier.
Tous ces foins l'embarraf
foient ; & comme il n'avoit aucun
appétit pour ce qui luy eftoit offert
avec tant de charité , la Belle qui
crût que le repos luy eftoit plus neceffaire
qu'aucune autre chofe , parloit
de luy céder fon Lit , & de
fe retirer dans un petit Cabinet où
elle avoit déja paffé plus d'une nuit
en de pareilles occafions , quand le
refus qu'en fit fon Amant en termes
un peu trop civile pour la Perfonne
que fes Habits reprefentoit ,
commença à luy faire naiftre quelques
foupçons du déguisement. Elle
examina fon vifage avec plus
d'attention qu'elle n'avoit encor
fait ; & alors le Gentilhomme fe
jettant à fes genoux , fe fit connoiftre
pour ce qu'il eftoit , & la conjura
de ne point s'offencer du ftratagéme
dont l'envie de luy découvrir
GALAN T.
13 .
vrir fes fentimens , l'avoit obligé
de fe fervir. Vousjugez bien, Madame
, que toute devote qu'elle eftoit
, il luy fut impoffible de voir
qu'on luy euft fait une piece de cette
nature , fans quelque forte d'emportement.
Elle ferma l'oreille aux
juftifications du Cavalier , & fans
vouloir l'entendre un moment , elle
le preffoit de fortir avec toute
l'indignation dont une pareille injure
pouvoit la rendre capable. Mais
le Cavalier ne fe haftant pas , & luy
proteftant qu'il n'avoit pour elle
que des deffeins que la plus fevere
vertu n'euft pû condamner , il s'obftinoit
à luy demander qu'elle l'écoutaft.
Ils ne pûrent fi bien régler
leur difpute , qu'il ne leur échapaft
quelquefois de parler trop haut .
Par malheur pour eux, cette Parente
que le Cavalier avoit aimée , eftoit
demeurée ce mefme foir à coucher
avec la Veuve dont je vous ay
dit qu'elle eftoit la plus particuliere
A 7
Amie.
14.
MERCURE
Amie. La confidence qu'elles fe faifoient
ordinairement de tous leurs
fecrets , avoit fourny entre elles à
une longue converfation , & elless'alloient
mettre au Lit , quand l'une
des deux eftant fortie un moment,
entendit parler dans la Chambre
de la Devote. Celle- cy appella
l'autre , & ne doutant point que
quelque charité exercée n'euſt donné
compagnie à la jeune Soeur ,
elles réfolurent de la furprendre ,
& entrent inopinément où elle eftoit.
La veuë de la fauffe Gueufe
fit rire les deux Amies , qui ne fe
piquoient point du tout d'eftre devotes.
Elles commencerent à luy
faire des queftions. Le Gentilhomme
n'y répondit qu'en fe détournant
, pour tâcher à n'eftre point
reconnu. La Belle toute interdite
vouluft l'enfermer dans fon Cabinet
, fous prétexte de ne pouvoir
fouffrir qu'on raillaft les Malheureux.
Sa Parente le mit à l'entrée
pour
GALAN T.
15

pour s'y oppofer ; & foit que le
defordre où elle la vit luy fit croire
du miftere dans l'empreffement
qu'elle témoignoit pour cacher le
Cavalier métamorphofé , foit que
l'Amour l'éclairaft en un moment ,
elle remarqua les traits de fon Infidelle
, & fit un cry dont la raiſon
fut bientoft connue. Comme elle
fe perfuada qu'elle n'avoit efté trahie
qu'à caufe du nouvel engagement
qu'il avoit pris , & que l'équipage
où elle le furprenoit , luy
donnoit fujet de croire que la Devote
n'eftoit qu'une Hypocrite qui
choififfoit des heures commodes
pour fes plaiſirs , il n'eft rien qu'elle
ne permiſt contre elle à l'emportement
de fa paffion. Le Cavalier
eut beau protefter que cette
belle Perfonne n'avoit aucune part
au déguiſement qui faifoit foupçonner
fon innocence , rien ne fut capable
de la détromper. Elle pefta ,
fulmina, fit le conte de fon Amant
tra16
MERCURE
travefty pour la prétendue Beate ;
& vous pouvez croire , Madame ,
qu'on ne manque pas à faire d'amples
Commentaires fur le Texte ,
par le plaifir qu'on trouve toûjours
à donner le nom de grimaffes à la
plus folide Vertu . Il y a déja longtemps
que les vrais Devots foufrent
la peine qui n'eſt deuë qu'à ceux
qui les contrefont . La malignité
du Siecle n'y met prefque point de
diférence , & il ne faut pas s'étonner
fi des apparences d'une auffi forte
conviction que celles d'un Cavalier
furpris la nuit en habit de Femme
, ont fait publier que la Belle
n'avoit pas une devotion incompatible
avec le commerce des Rendezvous
. Voila comme ceux - mefmes
qui renoncent le plus veritablement
au monde, ne peuvent fouvent prévenir
des conjectures embarraffantes
qui les expofent à la calomnie.
M' de Santeuil qui préfidoit au
Bureau des Finances comme le plus
anGALA
N T. 17
ancien Tréforier de France de Paris,
s'eſt mis dans la retraite. Quoy qu'il
ait toûjours vefcu dans une pieté
exemplaire , il a crû qu'il ne pouvoit
affez fortement fonger à ce qu'il
fe devoit à luy- mefme , s'il ne fe
démettoit de fa Charge. M' de Varroquier
Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , & fecond Prefident
dans la Compagnie , eft devenu le
premier par cette Démiffion . Ce fut
luy qui porta la parole à Monfieur
le Tellier au nom de ce Corps
quand Sa Majesté le nomma Chancelier
de France . Vous vous fouvenez
, Madame , de ce que je vous
dis alors & de fa , naiffance & de fon
mérite . Vous connoiftrez celuy
d'une aimable Demoiſelle par ce
Sonnet qui m'a efté envoyé de Loudun.
Elle y doit avoir la Direction
de quelque Hofpital,, & c'eft làdeffus
qu'on a fait les Vers que vous
allez lire.
SON18
MERCURE
SONNET.
Que le Ciel, belle Hofpitaliere ,
Eut de pitié des Affligez ,
Quand il vous mit où vous logez,
Pour avoir foin de leur mifere !
Si dans quelque douleur amere
Leur mauvais fort les a plongez ,
La main dont ils font foulagez
Sfait rendre leur peine legere.
-Sage Olympe , il faut l'avouer ,
On ne sçauroit affez louer
Ces bontez , ces foins charitables.
Vous les empefchez de mourir ;
Mais il eft d'autres Miserables
Qu'il faudroit auffi fecourir.
Vous eftes fi accoûtumée à voir
éclater la juftice du Roy dans les
récompenfes qu'il fait , que vous
ne ferez point furpriſe d'aprendre
qu'il ait donné l'Abbaye de Preüilly
en Brie à Mr le Chevalier Fourbin.
Sa valeur vous eft connuë
auffi -bien que le zele infatigable
qui
ne luy laiffe négliger aucune occafion
de montrer l'attachement
qu'il
a pour le fervice de fon Maiſtre ;
& je
GALAN T.
19
& je vous en ay parlé tant de fois ,
que je ne pourrois que vous répeter
ce que je vous en ay déja dit.
Sa Majefté a auffi gratifié M" le
Pelletier & Rofe des Abbayes de S.
Vincent de Mets , & de Selangue.
Le premier eft Fils de M' le Pelletier
Confeiller d'Etat ordinaire ,
fi connu par fes grands Emplois &
par luy-mefme, & qui dans les Fonctions
de Prevoft des Marchands qu'il
a faites fi longtemps avec tant de
gloire pour luy, & tant d'avantages
pour l'embelliffement de Paris ,
a fait voir combien des Sujets qui
luy reffemblent font néceffaires à un
Etat. Mr P'Abbé Rofe eft Neveu
du Secretaire du Cabinet qui porte
ce nom , & qui par les fervices
agreables qu'il rend depuis tant
d'années ne laiffe pas lieu de s'étonner
des graces que Sa Majesté
luy accorde. Vous fçavez , Mada.
me, qu'il n'eſt pas un des moindres
ornemens de l'Académie Françoiſe .
La
20 MERCURE

A
La place qu'il y occupe fi dignement
, fait l'éloge de fon Efprit.
Je ne doute point que vous n'en
trouviez beaucoup dans les Vers qui
fuivent . Je les croy de M' Cordetz.
Vous avez veu fon nom parmy ceux
· qui ont deviné les Enigmes. Le
détour qu'il prend eft galant & il
feroit difficile d'imaginer une maniere
plus adroit de faire une déclaration
d'amour à une Belle , qu'en
s'adreffant d'abord comme il a fait
à un Enfant ..
A MADEMOISELLE H.
la Cadette, âgée de quatre à cinq ans.
Feeune Iris que mon coeur adore ,
Et dont tous mes fens font charmez,
Chacun me dit que vous m'aimez ,
Mais je ne le puis croire encore.
Si de ma paffion le tendre empressement
M'acquiert le bonheur de vous plaire ,
Aimez-moy paffionnément
Tandis que vous le pouvez faire.
A voftre âge l'Amour n'eftpas un grand defaut:
Aimez, puis que ce Dieu vous a fi - toft émeuë.
Le temps ne viendra que trop toft
On
C
GALAN T. 21
Où vous ferez plus retenuë.
Si l'eft quelques douceurs que vous vouliez de
moy,
Expliquez vous en fans contrainte.
Puis que je vous donne ma foy,
Vous pouvez demander tout le reste fans
crainte.
Souffrez un tel difcours de la part d'un
Amant ,
Voftre âge luy permet de dire ce qu'il penfe ,
Mais dans dix ans en récompenfe
Il fe verra réduit à parler autrement.
A MADEMOISELLE H.
l'Aifnée.
Philis , je parlay l'autre jour
A voftre Soeur de mon amour.
Eftant encor Enfant on le fouffrit fans peine,
Et l'on ne trouva point à redire à cinq ans.
Qu'elle ne fuft pas inhumaine
Et vouluft écouter les voeux de fes Amans ;
Mais s'il me fuft échapé de vous dire
Que c'est pour vous que je foûpire ,
Et que ne pouvant plus vous le diffimuler
Des peines de mon coeur j'euffe ofe vous parler,
Bien loin d'avoir de vous favorable audiance,
Dix ans que vous avez de plus
Mettent entre elle vous fi grande difference,
Que j'euffe offert des voeux qu'on n'auroit
point reçeus .
Mais
22
MERCURE
Mais cependant , Philis , vous deviez bien
m'entendre,
Et quand je luy fis voir des fentimens fi doux,
N'aviez-vous pas fujet de prendre
Une autre vous mefme pour vous ?
Un efprit fin comme le vostre
Pouvoit bien remarquer que fous le nom d'Iris
Je ne voulois pas dire une autre
Que celle qu'aujourd'huy je traite de Philis.
Ainfi donc, quoy qu'Iris ait puprendrepour elle
De fi beaux fentimens ;
Qu'elle ait dû fe flater de faire des Amans
Se connoiffant fi belle,
Si Philis confentoit à recevoir mes foins ,
Iris auroit fans doute ou Soupirant de moins.
Il me fouvient , Madame , que
dans ma derniere Lettre je me contentay
de vous marquer fimplement
que nous avions pris le Fort
d'Orange dans l'Amérique . Ce qui
s'eft paffé dans cette Action , devoit
préceder tous les Articles de
Mer qui vous ont appris que nous
nous eftions rendus maiftres de l'Ifle
de Goerée & de Tabago; mais
comme je n'avois alors ny le Plan
de ce Fort , ny aucune Relation
exacte
Plan
du Fort
d'Orange
.
24
MERCURE
7
1.
exacte de l'avantage que nous avons
remporté de ce cofté - là ,
j'ay remis jufqu'à aujourd'huy ce
que j'ay à vous en dire. Vous voudrez
bien diftinguer les temps ,
pour ne confondre pas l'ordre des
Conqueftes que nous avons faites
en des lieux qui font fi éloignez
de nous. Le Plan que j'ay fait dreffer
du Fort dont je veux prefentement
vous entretenir , vous fera
plus aifément concevoir la maniere
dont l'Attaque en a efté faite. Examinez-
le , je vous prie , avant que
de rien lire de ce qui en regarde le
détail..
Mr le Chevalier de Lezy Gouverneur
de Cayenne , n'ayant perdu
aucune des occafions qui fe font
affez fouvent prefenteés , de harceler
les Hollandois , & de ruiner les
Etabliffemens qu'ils ont voulu faire
au Vent de cette Ifle , n'eut pas
plutoft reçeu deux Compagnies
d'Infanterie que Monfieur le Comte
GALAN T.
25
te d'Eftrées luy envoya de la Martinique
fur le Navire de M'le Chevalier
de Machaut , qu'il appliqua
tous fes foins à chaffer les Ennemis
de la Riviere d'Oyapoco au Cap
d'Orange. Ils avoient commencé
de s'y établir par l'envoy d'un nombre
confidérable de Vaiffeaux , au
mois de Fevrier 1677. Leur deffein
eftoit de faire une puiffante Colonie
, qui felon leurs projets devoit
s'emparer de cette Ifle au premier
Secours qu'ils attendoient inceffamment.
Ils fe regardoient déja comme
les Maiftres de toute cette Cofte
, dont ils prétendoient faire un
fecond Bréfil . Mais Dieu qui voulut
tromper leurs efpérances , fit
concevoir à M' le Chevalier de Lezy
le deffein de leur ruine , & il
l'exécuta par des voyes auffi extraordinaires
que fes forces eftoient inégales
à celles qu'on luy devoit oppofer.
Il prit feulement foixante
& dix Soldats à Cayenne , trente
Avril.
Habi- B
26
MERCURE
Habitans , quelques Négres & Indiens
, & pour Officiers M" de Ferolles
Major , de Quermont , de
Cloches Capitaines , & de la Sauvagere
Ayde- Major. Il s'embarquerent
dans dix Canots , & la connoiffance
qu'il avoit des lieux , luy
fit juger à propos de s'embarquer
auffi luy- mefme avec eux. Outre
qu'attendant beaucoup des Indiens.
pour le fuccés de cette entrepriſe ,
il ne doutoit pas que le pouvoir
qu'ils luy avoient laiffé prendre fur
leur efprit, ne fuft d'un grand poids
à les faire agir avec vigueur . Ainfi
apres qu'il eut laiffé, à M' des Granges
premier Capitaine de la Garnifon
le Commandement de l'Ifle
qu'il couvroit en quelque façon par
fa route, il partit le 5. de Juillet
dernier, & arriva en trois jours avec
cette petite Flote à une Habitation
d'Indiens fur la Montagne d'argent .
Elle n'eftoit qu'à fix lieuës des Ennemis,
& on fut affez heureux pour
prenGALAN
T. 27
prendre fix Hollandois en ce lieulà
, par le moyen de deux Canots
qu'on avoit détachez exprés un
jour auparavant . Ils rendirent meilleur
compte de la difpofition des
Ennemis , que n'avoient fait deux:
Efpions que M' le Chevalier de Lezy
y avoit envoyez quelque temps
avant qu'il euft réfolu de les aller
attaquer. Ce qu'ils rapporterent luy
fit prendre les dernieres mefures
pour ce deffein , quoy que ces Prifonniers
luy euffent dit qu'ils croyoient
leurs Gens avertis de l'approche
des François , & que cinq
cens Hommes ne pouvoient les prendre
, parce qu'ils eftoient du moins
trois cens qui portoient les armes .
Il fut donc arrefté que M' de Ferolles
accompagné de vingt - cinq
Hommes , fe jetteroit dans le Fort
du cofté de la Riviere , où il n'y
avoit ordinairement qu'une Sentinelle
, & que M' de Lezy donneroit
en mefme temps dans le Bourg
B 2
du
28 MERCURE
du cofté des terres , pour enveloper
les Ennemis. Cette réfolution
eftant prife , on paffa un jour en ce
lieu-là pour s'y refraîchir. Les Canots
fe remirent en Mer , & entrerent
dans la Riviere de Oyapoco la
nuit , à la faveur de laquelle M' le
Chevalier de Lezy defcendit à une
demy-lieuë du Fort , avec fes Officiers
& les Soldats qui le devoient
fuivre. Les Indiens dont il s'eftoit
fait accompagner , contribuerent
fort au prompt fuccés de cette Expédition.
Non feulement ils luy
fervirent de Guides dans des Bois
pleins d'épines , & dans des Païs
noyez , qu'on fut obligé de traverfer
à la lueur de quelques chandelles
; mais ils luy donnerent lieu de
fe trouver deux heures avant le jour
avec la plus grande partie de fon
monde , aux premiers Retranchemens
des Ennemis , dont il fit ployer
la Garde. Tout ce qui fe rencontra
fut tué. M' de Ferolles s'e-
-
ftoit
GALAN T. 29
ftoit emparé du Fort dans le mefme
temps , & en défendoit les approches
avec des Grénades. Il avoit
auparavant fait mettre bas la Sentinelle
, & tué le Gouverneur qui
eftoit accouru les armes à la main.
Plufieurs Hollandois voulurent fe
rallier en divers endroits , mais on
les chargea fi promptement , qu'ils
furent contraints de prendre la fuite.
Ils fe fauverent dans les Bois
avec les autres , & en fortirent à
une heure de Soleil au nombre de
plus de trois cens , pour fe venir
rendre à difcretion . Leur confufion
fut grande , quand il reconnurent
qu'ils avoient efté pris par une fi
petite Troupe de François , ayant
un Fort défendu d'une bonne Paliffade
fur un Parapet formé de la
terre d'un large Foffé , avec feize
Pieces de Canon en baterie , d'où
les Vaiffeaux ne pouvoient approcher
faute d'eau, & qui eftoit environné
de Marais du cofté des ter-
B 3
res
30 MERCURE
res par où ils fupofoient que leur
Fort eftoit inacceffible. Il s'en fauva
quelques-uns , mais en tres -petit
nombre , au moyen d'une Barque
qui revenoit de la Peſche
dans laquelle ils ſe jetterent pour
s'échaper .
9
Mle Chevalier de Lezy apres
avoir laiffé à M' de. Ferolles le foin
de ruiner le Fort & le commencement
de leur Ville , en partit le
lendemain avec les principaux Prifonniers
, & arriva à Cayenne le 8.
jour apres fon depart. Cette Ville
contenoit déja une trentaine de
Maiſons de charpente couvertes dè
tuiles , & beaucoup d'autres à la
façon du Païs , enfermées d'une
Paliffade , avec un Parapet & un
bon Foffé. Cette démolition ayant
efté faite, M'de Ferolles revint avec
le refte des Prifonniers dans un Brigantin
qui de Cayenne s'eftoit avancé
jufques à la Montagne d'argent,
à la fuite des Canots , & en plufieurs
GALAN T.
31
fieurs voyages de ce Baftiment, toute
l'Artillerie & les Munitions de
guerre furent apportées à cette Iſle
par les foins de M' de Cloches. Le
pillage auroit efté plus confidérable
qu'il ne fut pour les François , fi
Mr le Chevalier de Leży par une
génerofité ordinaire à la Nation ,
oubliant les droits de la Guerre
& le reffentiment d'une Priſon fort
injufte , n'euft laiffé à ceux qui
s'eftoient rendus une partie de leurs
Effets ..
Il faut vous tenir icy parole ,
puis qu'on me l'a tenuë fur l'Ex-'
trait qu'on m'avoit promis du Dif
cours que fit Mr Ravot Avocat General
de la Cour des Aydes, à l'Enregiſtrement
des Lettres de Monfieur
le Chancelier.
Il fit voir d'abord que comme
les Hommes ne peuvent fe former
une idée de Dieu que par les effets
furprenans de fa bonté & de fa puiffance
, rien ne pouvoit faire affez
B 4
digne32
MERCURE
dignement connoiſtre le plus grand
de tous les Roys que les Actions
qui rendent fes Peuples heureux par
Pautorité de la Juftice , ou qui les
défendent des infultes de leurs Ennemis
, quand il fe trouve obligé
de prendre les armes. En fuite abandonnant
à d'autres l'honneur de
loüer noftre Invincible Monarque,
par le nombre , la grandeur , & la
rapidité des Victoires qu'il a remportées
Luy - mefme en perfonne ;
& ne laiffant pas de faire entrevoir
avec admiration les chofes qu'il n'ofoit
toucher , il parla des Anceftres
de Monfieur le Tellier , de fa Perfonne,
& des avantages que l'Etat
recevoit de Meffieurs fes Fils. Il regarda
fon élevation à la premiere
Dignité de la Magiftrature , comme
une récompenfe de la pieté de
fes Anceftres , & des fervices qu'ils
avoient rendus à la France ; & il
prouva par les Regiftres de fa Compagnie
, que feu M' le Tellier fon
Pere
GALAN T.
33
7
Pere avoit reçeu dans la Cour des
Aydes toutes les marques particulieres
& publiques d'eftime dont elle
pouvoit honorer un mérite extraordinaire.
En parlant de toutes les
Charges que Monfieur le Chancelier
avoit exercées depuis l'Année
1624. il fit remarquer qu'il avoit
fait paroiftre dans chacune l'expérience
d'une Vieilleffe confommée
avec toute la force d'une vigoureufe
Jeuneffe ; Qu'il s'eftoit attaché
dans toutes à rendre fon Maiſtre le
plus aimé des Roys, & le plus glorieux
des Conquérans ; Qu'il avoit
foûtenu fes premiers Emplois avec
une Politique fi judicieuſe , & des
fuccés fi heureux, que Louis LE
Jus TE l'éleva à la Dignité de Secretaire
d'Etat , pour l'attacher par
des liens plus étroits à fon fervice
& au bien de fon Royaume ; Que
depuis ce temps - là il avoit eu la direction
entiere des Affaires les plus
fecretes, avec ordre à plufieurs Ambaffa-
B 5
34
MERCURE

baffadeurs de fuivre fes avis en toutes
chofes ; Que dans les temps les
plus difficiles il s'eftoit conduit avec
tant de fageffe & de prudence, qu'il
avoit calmé le dedans du Royaume,
renverfé les deffeins & les entrepriſes
des Ennemis , qui s'eftoient
veus obligez à demander la
Paix , apres qu'il les avoit réduits
à fe repentir d'avoir pris quelque
affurance fur la difcorde & la divifion
des Mal- intentionnez .
Toutes ces chofes qu'il mit dans
leur jour avec beaucoup d'éloquence,
ayant remply fes Auditeurs d'eftime
pour une vertu auffi coutant & auffi
durable que celle de Monfieur le
Chancelier , il exhorta les Peuples à
benir le jour dans lequel le meilleur
de tous les Princes leur donnoit
pour Chef de la Juftice un Homme
qui avoit toûjours preferé leur
bien à fes intérefts particuliers , &
qui dans un temps où la maligne
influence des Aftres fembloit avoir
enGALAN
T.
35
entierement corrompu l'ufage de
leur raiſon , avoit demandé luymefme
fon éloignement de la Cour;
un Homme qui n'eftoit point élevé
à la plus importante de toutes les
Charges, ou pour luy-mefme , ou
pour fa Famille , mais feulement
pour faire revivre dans l'efprit des
Magiftrats l'ordre de la Difcipline
& l'amour de la Juftice. Ce fut
alors qu'il compara Meffieurs fes
Fils à des Aftres indépendans & du
premier ordre, qui brillent fans ceffe
fur nos Teftes , fans eftre obligez
d'emprunter leurs rayons de la
Lumiere. Il dit que le Roy perfuadé
qu'un fi grand Homme ne pouvoit
avoir rien produit où l'on ne
trouvaft l'abregé de fes vertus, avoit
comblé de bienfaits Monfieur l'Archevefque
de Rheims, pour l'application
continuelle qu'il avoit donnée
à fe perfectionner dans les Sciences
fublimes des Prélats ; Que Sa
Majefté ayant pris foin de former
B 6 Elle36
MERCURE
Elle -mefme l'Eſprit de Monfieur
de Louvoys , l'avoit rendu capable
d'exercer dignement la Charge de
Secretaire d'Etat dans un âge où les
autres peuvent s'acquiter à peine des
moindres Emplois ; Que tant d'Actions
furprenantes qui nous font
tous les jours admirer ce Grand
Miniftre, eftoient une glorieuſe fuite
des foins du plus grand des Roys
qui avoit voulu Luy- mefme donner
la derniere main à un Ouvrage qué
la nature & le travail des autres
n'auroient jamais fçeù mettre dans
un fi haut point de perfection.
Il finit en exhortant fa Compagnie
à tenir les yeux inceffamment
attachez fur Monfieur le Chancelier
, comme fur le Modelle le plus
parfait qu'elle puft fe propofer , &
à faire pour luy les mefmes voeux
que firent autrefois les Romains
pour le plus jufte de leurs . Empereurs.
Il y avoit dans tout fon difcours
un
GALA N Τ .
37
un air fi naturel , fi délicat , fi fu- :
blime , & fi refpectueux pour le
Roy, foit dans les chofes, foit dans
les manieres de les exprimer, & tout
ce qu'il dit eftoit accompagné de
traits d'efprit & d'érudition femez
fi agreablement dans prefque toutes
fes périodes , qu'il fut aifé d'y reconnoiftre
le merveilleux génie
de feu M' Ravot fon Pere. Je ne
fçay , Madame , fi vous connoiffez
affez cette Famille , pour avoir appris
qu'il a poffedé longtemps la
mefme Charge d'Avocat General de
la Cour des Aydes , & qu'apres en
avoir fait les fonctions avec beaucoup
de zele pour le fervice du Roy,
& une extréme application pour le
Public , il la remit entre les mains
de M' fon Fils , & fut honoré de
celle de Premier Préfident au Parlement
de Mets. Il l'a exercée jufqu'à
fa mort avec une eſtime toute
particuliere de Sa Majefté , qui
la conferve encor aujourd'huy en-
B 7
tiere
38 MERCURE
tiere pour celuy dont je vous parle.
Il eft temps de vous donner à
mon ordinaire dequoy exercer vỏ-
ftre belle voix . Lifez ces Paroles
que vous trouverez en fuite notées.
Elles ont efté mifes en Air par M
Martin le Fils. Le mérite du Pere
eft connu de tous ceux qui aiment
la Mufique ; & ce que je vous
envoye du Fils vous perſuadera aifément
qu'on a eu raiſon d'attendre
beaucoup de luy . Il s'eft acquis de
l'eftime par la maniere dont il jouë
du Claveffin , de la Baffe & du Def
fus de Viole, & il eft à croire qu'il
n'en acquerra pas moins en s'appliquant
à la compofition des Airs.
CHANSON.
Reffignols , que pretendez- vous
Par vos Chants languiffans & doux ?
Quepouvez-vous encor ou defirer , ou craindre?
Si voftre coeur est enflamé,
Vous n'avez pas lieu de vous plaindre ,
Il n'appartient qu'à moy qui ne fuis point aimé.
Il
Roffignols ,
6
que pretendez-
76
crain- dre ? Si vo- ftre coeur
4 3
* *
moy qui ne fuis point ay- mé. qui n
6
3
Avril,

GALAN T.
39
"
Il n'y a rien de fi intéreſſé que
l'Amour. Vous le voyez par les
plaintes continuelles des Amans
& vous l'allez encor mieux voir
par les Vers qui fuivent. S'ils vous
plaifent, quoy qu'on ne m'en nomme
point l'Autheur , on me fait efpérer
qu'il n'en demeurera pas là ,
& qu'on m'en envoyera de temps
en temps de ce carectere.
L'A MMOUR
INTERESSE .
Iris, l'an & jour eſt paſſe .
Apres un fi longtemps, il eft bon, ce me femble,
Que dujour qu'entre nous l'amour a commencé,
Nous fongions à compter ensemble.
Je fuis exact, vous le fçavez ,
Je payeray, fi je dois, avec un foin extréme;
Mais auffi , fi vous me devez ,
Je veux eftre payé de mesme.
Comme je ne prétens nulle grace, à mon tour
Je vous le dis avec franchife ,
Si, tout bien calculé, vous m'eftes de retour ;
Point de quartier , point de remife.
S'α-
40
MERCURE
S'agissant d'articles de frais ,
Je fray bien qu'an tout autre compte
Y vouloir avec vous regarder de fi pres ,
Ce feroit me couvrir de honte.
Mais en mifes d'amour la rigueur ſe permet ,
C'est un étroit commerce où l'intereft engage ,
Tout fe compte, & qui plus y met
Prétend retirer davantage.
Pendant trois mois entiers , comme au feul
nom d'amour
Vous paroiffiez toute tygreſſe ,
Fay penfe , pour n'ofer mettre ma flâme au
jour ,
Mourir fuffoqué de tendreffe.
J'en avois des acces à me mettre aux abois ,
Faute de leur donner liberté dé paroiftre ;
Et fi quelques foupirs m'échapoient quelquefois,
Vous feigniez de n'y rien connoiftre.
Quoy que cette contrainte euft de cruel pour
moy ,
Fay voulu languir pour vous plaire,
Et regarder comme une douce loy
La neceffité de me taire.
A la fin vos regards s'eftant humaniſez ,,
M'ont permis de vous dire , j'aimez
J'en ay trouvé mes fers à porter plus aifez
Vous l'avez remarqué vous-même.
C&
GALAN T. 4.I
Ce mot à prononcer ſi doux ,
Quand je vous le difois , me donnoit tant de
joye ,
Que je nommois lesjours paffez aupres de vous,
Des jours filez d'or & de foye.
Mais dire, je vous aime, & le dire toûjours,
Apres tout ce n'est rien que dire,
Et qui n'a dans fes maux que ce foible fecours,
N'a pas trop de fujet de rire.
Mon amour meritoit un peu plus de bonheur;
Mais pour peu qu'il ofe entreprendre ,
Vous luy mettez en tefte un fi farouche honneur,
Qu'il nefait plus par où s'y prendre.
Voila ce qui me fait demander qu'à l'inftant
Nous faffions un calcul qui me tire d'affaire.
Si je veux de mes foins eftre payé comptant,
Toute peine requiert falaire,
Depuis un an entier je vous en ay rendu
A toute heure & de toute forte ,
Et jamais Amant affidu
N'eut une paffion &fi tendre & fi forte.
Vous me devez mille & mille foupirs
Dont j'ay fait l'inutile avance ,
Un indigefie amas d'impetueux defirs
Eftoffez par ma complaifance .
Vous me devez des tranfports , des langueurs,
Des chagrins , des inquietudes ,
Et 29
42
MERCURE
Et tout ce qu'un amour qu'on nourit de rigueurs,
Soufre de peines les plus rudes.
Sur cela , j'ay reçeu pour tout foulagement ,
De voftre Gand baiffé la faveur nompareille ,
Et devant mes Rivaux , une fois feulement,
Vousm'avez en riant dit trois mots à l'oreille.
Je ne veux point le déguifer ,
Baifer un Gand d'abord, c'eft aller affez vifte;
Mais n'avoir par delà jamais rien à baiſer,
C'eft demeurer au premier gifte.
Ainfi commej'ay plus avancé que reçeu ,
Arreftons, s'il vous plaift,ce qu'il mefaut de refte:
Ne voulant que ce qui m'eft deu,
Je ne croy pas qu'on le contefte.
Peut- eftre vous direz que l'on n'apas toûjours
De quoy fatisfaire fur l'heure,
Et qu'il n'eft pas nouveau qu'apres mille détours,
Tout d'un coup le plus riche en arriere demeure.
J'en fçay qui là-deffus pourroient s'inquieter;
Mais que cet embarras n'ait rien qui vous
retienne ,
Vous avez des trefors capables d'acquiter
Bien d'autres debtes que la mienne.
Laiffez moy me payer, j'yfçauray bienfournir,
Et fi je prens de vous plus queje ne dois prendre,
A tout bon compte revenir ,
Je feray toûjouss preſt à rendre.
Je
GALAN T.
43
Je vous ay déja dit , Madame ,
que Monfieur Colbert avoit fait
Phonneur à l'Académie Royale de
Peinture & de Sculpture , d'y venir
diftribuer les Prix que Sa Majefté
y a établis. Voicy ce qui s'y.
paffa . Il confidéra d'abord les Ouvrages
des Etudians qu'on y avoit
expofez . C'eſtoient trois Tableaux
& trois bas Reliefs fur un meſme
fujet. Adam & Eve s'y voyoient
reprefentez dans la peine dont leur
defobeïffance les a rendus dignes .
Ce grand Miniftre prit féance en
fuite ; & le Secretaire luy ayant
prefenté l'Acte du jugement des
Prix qu'il approuva , il fit appeller
ceux qui les devoient recevoir. M
Chéron eut le premier Prix de la
Peinture , & Mr Vivien le fecond .
Ceux de la Sculpture furent donnez
à M ' l'Aviron & à M' Huliot.
Ils font tous François . Cette diftribution
eftant faite , le mefme Secretaire
reprefenta à M' Colbert les
ma44
MERCURE
matieres & les raifonnemens des
Conférences qui s'eſtoient tenuës
l'Année derniere dans l'Académie
fur les belles Proportions en general
, avec les Obfervations principales
du deffein de l'Homme , &
beaucoup de thoſes qui regardent
la grandeur des Contours , & la
forme & le mouvement des Mufcles
. Il luy fit voir ce qui s'eftoit
dit fur les beautez de la Figure antique
du Gladiateurs, fur fes diverfes
manieres , & fur la diférence du
travail de la Sculpture. Plufieurs
Préceptes pour les bas Reliefs у eftoient
joints avec quelques Queftions
fur la Peinture & fur l'étendue
des Etudes du Peintre. Cet
Examen finit par ce qu'on avoit
agité fur deux matieres tres confidérables
, l'une de la difpofition
des Lumieres , & l'autre de l'expreffion
des Paffions. M' le Brun
qui avoit fait des Deffeins fur cette
derniere en confidération d'une 2
recherGALAN
T.
45
recherche fi neceffaire & fi curieufe ,
les fit voir à Monfieur Colbert
qui témoigna en eftre fort fatisfait.
Če fage Miniftre qui cherche tout
ce qui peut augmenter l'amour des
beaux Arts , luy confeilla de les
faire graver pour les donner au Public.
Il s'y engagea , & promit d'y
joindre d'autres Obfervations qu'il
a faites fur la Phyfionomie. Il y a
long-temps que vous eftes inftruite
de fon rare mérite. La qualité qu'il
a de Premier Peintre du Roy vous
eft connue ; mais vous ne fçavez
peut- eftre pas que d'un confentement
univerfel il fut éleu Prince
de la celebre Académie de Rome ,
dite deS. Luc, pour l'Année 1676.
& confirmé pour 1677. quoy que
ce foit un honneur qu'on n'a jamais
fait à d'autres Perfonnes abfentes.
Le Roy qui aime a récompenfer
le mérite auffi-bien dans les Païs
Etrangers que dans fon Royaume ,
envoye des Prix tous les ans à l'Acadé46
MERCURE
cadémie dont je vous parle , & je
ne doute point que vous ne foyez
bien-aife d'apprendre ce qui fe paffa
dans la derniere diftribution qui
s'en fit. Comme ils devoient eftre
donnez à ceux qui réüffiroient le
mieux dans le travail qu'on propoferoit
à la Jeuneffe , Mr Bellori fut
nommé pour choifir les Hiftoires
qui feroient traitées . Aléxandre le
Grand coupant le noeud Gordien ,
fervit de fujet aux Peintres ; & les
Sculpteurs eurent celuy du fameux
Dinocrate fe préfentant devant le
mefme Aléxandre habillé en Hercule
, & luy portant le Plan du
Mont Athos. Quant aux Architectes,
un des plus celebres Profeffeurs
en cet Art , leur donna pour Sujet
la conftruction d'un magnifique
Temple tant en Geométral qu'en
Perfpectif. On prit pour Juges de
leur travail les plus confidérables de
la Compagnie dans ces divers Arts ;
& le jour du Jugement eftant arrivé
,
GALAN T.
47
vé , le Vice- Prince & le Secretaire
de l'Académie , fe rendirent avec
eux dans le lieu deftiné à y travailler.
Toute la Jeuneffe s'y trouva
le matin . Les Prétendans furent
fept Peintres , huit Sculpteurs , &
quatre Architectes ; & pour connoiftre
avec certitude fi les Ouvrages
qu'ils aportoient eftoient de leur
main, on les éprouva fur le champ
par un effay à l'improvifte fur un
Sujet donné de la Création de
l'Homme , pour eftre executé tant
en Deffeins qu'en bas Reliefs. On
mit les Architectes à la mefme épreuve
, & ils acheverent tous leur travail
avec une merveilleufe diligence.
Apres qu'ils fe furent retirez ,
on examina leurs Ouvrages , & le
Jugement s'en fit dans la plus rigoureuſe
exactitude. Ils furent expofez
dans la grande Salle de l'Académie
le jour de la diftribution
des Prix.. Elle eftoit ornée des quatre
fçavantes Hiftoires que M le
Brun
48 MERCURE
Brun à fait graver , & fur lefquelles
il avoit exercé auparavant fon
fameux Pinceau . Il avoit encor divers
Tableaux de la main des Académiciens
vivans , & jamais il ne
s'eftoit veu une fi grande affluence
de monde à cette Čerémonie. Elle
fut telle , qu'à peine Meffieurs les
Cardinaux Nini, Rofpigliofi, Carpegna
, & Spada , y pûrent entrer.
Mr Bellori fit d'abord un difcours
trés - éloquent & tres-recherché fur
les avantages des Arts qui faifoient
l'employ de l'Académie , & fur
l'eftime que les Roys & les Républiques
en avoient toûjours marquée.
Il parla des honneurs qu'ils
leur avoient accordez , exagera l'utilité
que les Villes en recevoient,
& paffant des exemples des derniers
Siecles à ceux de nos jours , il s'étendit
fur les graces dont le Roy
fait continuellement fentir les effets
aux Académies, & rapporta les termes
des Lettres Patentes que Sa
MaGALAN
T.
49
1
Majefté a données pour la jonction
qui s'en eft faite. On leût en fuite
quantité de Vers à la loüange des
Arts dont il s'agiffoit . Le mérite
de Mr le Brun Prince de cette Académie
, fut fort élevé , & l'heure
s'avançant infenfiblement , fit penfer
à donner les Prix . Ils confiftoient
en de riches Medailles d'or ;
& ceux qui en avoient eſté jugez
dignes , les reçeurent de la main
du Vice-Prince ; Arnaud Bucci de
S. Omer , jeune Etudiant de l'Académie
Royale de France , Aléxandre
Parifien , & Louis Boulogne
Etudiant de la mefme Académie ,
emporterent ceux de la Peinture .
Ceux qui eftoient deſtinez pour les
Sculpteurs , furent donnez à Simon
Hurterel de la mefme Académie
Françoiſe , à François Nouheiri
de la Ville d'Ancone , Eleve
du S' Guide , & à Jean Thirdon
jeune François de la mefme Académie
; & ceux des Architectes , à
Avril. C
Simon
50 MERCURE
Simon Sejupagne, à Auguftin d'Arelier,
& à Claude de Go , tous
trois jeunes Etudians de la mefme
Académie Royale.
Je quite Rome pour vous apprendre
le malheur qu'ont eu depuis
un mois deux jeunes Amans
que vous plaindrez . Une Belle d'Epernon
qui avoit accoûtumé de paffer
à Paris la plus grande partie de
l'Année , y eftoit venue l'Eté dernier
; & comme elle n'avoit pas
moins d'efprit que de beauté , on
ne doit pas eftre furpris fi elle s'attira
un grand nombre d'Adorateurs.
Elle eftoit éclairée fur le vray mérite
, & ne pût eftre infenfible à
celuy d'un jeune Proteſtant qui l'emporta
dans fon coeur fur tous les autres.
Il eftoit bien fait, galant, fpirituel
, & tellement charmé de la
Belle , qu'il ne luy fut pas difficile
de la convaincre de fon amour. Il
luy rendoit de tres-fréquentes vifites
, & paffoit fouvent des journées
enGALAN
T.
51
4 .
us
me }
entieres aupres d'elle . Vous fçavez ,
Madame , à quoy la reconnoiffance
oblige. Elle ne pût recevoir de fi
obligeantes preuves de fa tendreffe ,
fans luy faire connoiftre qu'il ne luy
eftoit pas indiférent . S'il faifoit con-
ร fifter tout fon bonheur à la voir
J.
S.
. L
elle trouvoit un plaifir fenfible à
fl'écouter. Leurs entretiens avoient
de toûjours de nouveaux charmes pour
eux , parce qu'ils ne parloient jaas
mais que de leur amour ; & fi des
Fâcheux les obligeoient quelquefois
à fe féparer avant que de s'eftre
reiterez les affurances d'une eterneléle
fidelité , c'eftoit pour eux le fuà
jet d'un chagrin inconcevable. Vous
pouvez vous figurer par là jufqu'où
l'amour porta leur douleur , quand
la Belle fut obligée de s'en retourner
à Epernon. Jamais il n'y eut
ile rien de fi tendre ny de fi touchant
que leurs adieux. Les larmes quals
verferent en abondance, fembloient
préfager qu'ils fe quitoient pour
U
Di
la
4.
C 2
toû52
MERCURE
toûjours. Un coup fi cruel mit l'Amant
au defefpoir . Il s'abandonna
tellement à fon déplaifir , qu'il fut
incontinent furpris d'une groffe fiévre,
accompagnée d'un crachement
de fang prefque continuel; & pour
furcroift de maux , il apprit que
les Parens de fa Maiftreffe la preffoient
d'époufer un Lyonnois qui
n'oublioit rien pour s'en faire aimer
Elle luy avoit juré tant de fois que
fon coeur ne feroit jamais qu'à luy,
qu'il ne la pût croire capable de violer
les fermens qu'il avoit reçeus . Il
voulut pourtant luy en faire paroiftre
quelque jaloufie ;. & comme
il eft difficile d'eftre Amant fans
devenir Poëte , quoy qu'il n'euft
jamais fait de Vers , il fit ceux- cy
qu'il luy envoya, dmo l
TY R S IS, &in
A ba
SON AIMABLE SYLVIE
Dans ces beaux lieux, ma Sylvie, où vous eftés,
Vous qui portez le Printemps avec vous , 9%2
Quand
GALAN T.
53
Quand vous voyez ces belles Violettes ,
Ah! tout au moins fouvenez- vous de nous.
Souvenez- vous que j'ay le teint plus blême,
Quand vous voyez leur aimable paleur.
Si ce n'eftoit , helas ! que je vous aime,
Je n'aurois pas auffi peu de couleur.
Je n'aurois pas enduré tant de peine
Pour me réfoudre à vous laiffer partir.
Je fuis resté fans poulx & fans haleine ,
Mon ame eftoit toute preste à fortir.
Je vis encor, car l'Amour me fait vivre ,
Mais des Mourans je fuis au premier rang ,
Et mon coeur fait des efforts pour vous fuivre,
Qui m'ont coufté le plus beau de mon fang.
Ce coeur , helas ! fe fait aimer des Belles
Qui font effort pour vous le débaucher ;
Mais , ma Sylvie, il eft des plus fidelles ,
Rien icy bas ne peut vous l'arracher.
Rien icy bas ne me répond du voftre ;
Comme vos yeux , peut-eftre il m'aquité ;
Mais fi l'Ingrat me change pour un autre ,
Il payera bien fon infidelité.
La Belle qui entendoit raillerie,
& à qui l'amour ne fut pas moins
favorable pour luy infpirer un peu
de facilité à faire des Vers , fuivit
les mouvemens de fon coeur, & luy
répondit de cette forte.
C 3
SYL54
MERCURE
SYLVIE ,
A SON CHER TYRSIS .
S'il est vray que je fois ton aimable Sylvie,
Cher Tyrfis, prens bien foin de oonferver ta vie,
Le temps qui fuit la mort n'eft pas le temps
d'aimer.
Viens , viens voir dans ces Bois nos belles Violettes
Qu'à l'envy les Zephirs qui s'en laiſſant charmer,
Par leurs tendres baifers s'efforcent d'enflamer.
Il n'en eft point (finon quelques jeunes Coquettes
)
Qui puiffe à fon Zéphir refifter plus d'unjour.
Ah Tyrfis ! c'est ainsi que tu viens me furprendre
,
Et mon coeur aujourd'huy qui cede à ton amour,
Ne me paroiffoit pas fi-toft preft à fe rendre.
Sois trifte & languiffant, fois pale & fans
couleur ,
Sois un Homme mourant , fans poulx , &
fans haleine ;
Mais que Sylvie au moins foit toûjours dans
ton coeur,
Elle aura foin dans peu de foulager ta peine.
Cependant elle va chercher l'ombre des Bois.
Faloufe de l'Amour elle n'a qu'une envie ,
Elle veut deformais ta fidelle Sylvie
Qu'asGALAN
T.
55
Qu'affure de fon coeur tu luy difes cent fois ,
Dans mon plus grand amour fi je n'ay
pû te fuivre ,
Dans mon plus grand malheur toy feule
me fais vivre.
Hé bien, Tyrfis, malgré tes fentimens jaloux,
Croiras-tu que fans toy rien me puft eftre doux?
Cependant les injuftes Parens de
la Belle qui favorifoient la recherche
du Lyonnois, vouloient abſolument
qu'elle fe réfolut à l'époufer; & cette
perfécution jointe à l'inquiétude
que luy caufoit la maladie de fon
Amant , la fit tomber elle- mefme
dans une fiévre continuë qui l'emporta
en quatre jours. Jugez de fon
defefpoir à une fi funefte nouvelle.
Il la reçeut comme un coup de foudre
dont il demeura écrafé. Son mal
redoubla, & comme il n'avoit fongé
à conferver fa vie que pour celle
qu'il aimoit , il ceffa d'en prendre
in quand il s'en vit fi cruellement
privé , & mourut preſque
dans le mefme temps. Dites apres
C 4
cela
56 MERCURE
cela , Madame , que les Hommes
ne fçavent point aimer, & qu'il ne
faut que huit jours d'abfence pour
les guérir de la plus violente paffion .
Il en eft que ny l'ardeur de la
Gloire , ny les grandes Actions qui
y menent , ne font point capables
de faire manquer aux proteftations
de n'oublier jamais ce qu'ils aiment ,
& on connoit une Perfonne de qualité
que fa valeur a élevé à une des
plus confidérables Charges de l'Armée
, qui ayant pris de l'attachement
depuis quatre ans pour une
Dame d'un fort grand mérite , fait
fa joye de luy donner des marques
de fon fouvenir au milieu de fes plus
importantes occupations . Leur réciproque
tendreffe qui n'eft point
cachée aux Gens du grand monde ,
a donné lieu à ces Vers.
MADRIGA L.
Leses Beautez qu'on voit à la Cour ,
Cherchent bien moius un tendre amour ,
Qu'un Héros tout couvert de gloire.
Il
GALAN T.
57
Il fied bien à leurs traits de vaincre des Céfars;
Mais peu comme Philis affurent leur victoire
Par la captivité d'un des Fils du Dieu Mars .
Je ne prens point affez le party
des Hommes pour décider en leur
faveur fur le mérite de la conftance.
Il eft bon fouvent de ne s'en
pas rapporter à leurs fermens ; mais
( & cecy foit dit fans vous chagriner
) il n'y a pas auffi toûjours feûreté
entiere avec celles de voſtre
beau Sexe ; & la Lettre qui fuit
d'un Amant trompé, vous fera connoiftre
que les Belles n'aiment pas
avec un fcrupule fi délicat , qu'elles
s'embaraffent des Malheureux
qu'elles font.
A LA PLUS COQUETTE
FEMME DE FRANCE.
ILy a tant de Perfonnes à qui ce titre
convient, qu'il eft difficile que le Public
devine à qui il s'adreffe . Quelques Amans
jaloux foupçonneront que c'est à
C 5
leur
58 MERCU
URÉ

leur Maiftreffe ; mais vous ne pouvez
douter que ce ne foit à vous. S'il vous
reftoit quelque incertitude , je n'ay qu'à
vous dire que jay efté l'Homme du
monde le plus amoureux & le plus
trompé. Ces deux noms que j'ay pris fi
fouvent en vous donnant celuy de la
plus coquette Femme de France , vous
empefcheront de nous méconnoiftre l'un
& l'autre. Je croy que vous feriez, bien
fachée que l'on puft vous difputer cette
qualité , & que vous fouffririez avec
peine qu'il y euft une autre Femme qui·
Sceuft comme vous rendre un Homme
amoureux & miférable. Vous avez
inventé une forte de coquetterie ferienfe
& modefte qui n'eftoit point encor connuë
, & que vous cachez fous une apparence
fi trompeuse , que l'on n'en decouvre
l'artifice que lors qu'il a fait fon
effet , & qu'il n'est plus poffible de s'en
défendre. Fay payé le tribut que vous
doivent tous ceux qui vous approchent.
Je fuis hors de votre pouvoir , mais
je fuis encor fenfible aux plaisirs de
Vous
GALAN T.
59
vous écrire, fans que vous puissiez faire
de facrifice de mes Lettres. Le moyen
dont je me fers eft le feul qui peut m'en
défendre. Je m'en ferviray peut- eftre
auffi pour faire imprimer les voftres. Fe
vous en ay fouvent menacée, & le Pu
blic les verra fans que je manque à la
difcretion que je vous ay tant promife ,
& que que vous méritez fi peu.
Comme on n'aime que pour ef
tre aimé , il ne faut pas s'étonner
fi on cherche quelquefois à faire
fes conditions. Voyez par ces Vers
que j'ay reçeus de Bordeaux , fi un
Amant qui craignoit de s'engager
inutilement , a eu raifon de faire expliquer
fa Belle.
DEMANDE A IRIS
Serez-vous pitoyable , ou ferez- vous cruellè ,
Quand je vous parleray de l'ardeur de mes
feux ?
.
Ce doute m'embaraffe, en vous voyant fi belle ,
Et me fait diférer de vous ofrir mes voeux.
Si vous les refufez, ma fortune eft a plaindre,
Si vous les recevez , mon fort eft glorieux;
C 6
Mais
бо MERCURE
Mais je n'ay pas fujet de craindre ,
Si vous avez le coeur auffi doux que
REPONSE
les yeux.
D'IRIS.
Amant présomptueux , cherchez qui vous
écoute ,
Vous attendrez longtemps à parler de vosfeux ,
Si vous croyez me voir éclaircir voftre doute.
Avant que de m'ofrir vos voeux.
Vous vous déclarez trop en Ame intéreſſée ;
Et quand je conviendrois que mes yeux fuſſent
doux ,
C'est vous flater d'une injufte penfee ,
De croire que mon coeurfuft de mefmepour vous.
REPLIQU E.
Pourquoy me blâmez -vous , adorable Climene
,
De vous avoir fi toft fait connoistre mes feux?
Le tendre hommage de mes voeux
Doit-il m'attirer voftre haine ?
Ab jugez mieux par vos rigueurs
Du trifte fujet de ma plainte .
Voyez l'excés de mes triftes langueurs ,
Et de quels maux j'ay l'ame atteinte ;
Alors plaignant un malheureux Amant
Qui jufques au tombeau veut vous eftrefidelle,
Sans doute vous direz qu'une flame fi belle
Mérite un plus deux traitement,
REGALAN
T. 61
REPONSE D'I RI S.
NE parlez plus , cruel Lyfandre,
Vous triomphez à votre tour.
Allez-je ne puis m'en défendre ,
Il faut ceder toft ou tard à l'Amour.
Il
y a eu plufieurs Prétendans
pour la Charge de Lieutenant- Amiral
de Dunquerque , qui avoit toûjours
efté exercée par commiffion ,
& que le Roy n'a érigée en titre
d'Office que depuis la mort de M'
Boutrouë dernier pourveu . M' de
la Heftroy a efté du nombre de ceux
qui fe font préfentez pour la remplir.
Il eft Fils de M' le Potier Lieutenant
Particulier de Montreüil fur
Mer. Son éloquence a paru dans
plufieurs Plaidoyers qu'il a faits depuis
quatre ou cinq ans qu'il a efté
reçeu Avocat en Parlement. Feu Mr
le Premier Préfident , qui faifoit
tout avec une fi exacte juſtice, luy
a fouvent donné des loüanges ; &
fon mérite luy auroit fait obtenir
l'a-
C 7
62 MERCURE
l'agrément du Roy pour cette Charge
, fi fon peu d'âge n'y avoit pas
apporté un obftacle effentiel . Mi le
Potier fon Pere , qui eftant le plus
riche de la Ville, avoit efté en pouvoir
de poffeder les plus confidérables
Emplois , & les avoit toûjours
refufez par modeftie , a fait par la
confidération d'un Fils qui en eft
fi digne, ce qu'il n'avoit jamais voulu
faire pour luy- mefme. Il a demandé
qu'il pluſt au Roy de le faire
Lieutenant- Amiral de Dunquerque
; & les fervices qu'il a rendus ,
& cette admirable intégrité qui eft.
originaire dans fa Famille , l'ont
fait préferer à tous les autres. C'eſt
à dire , Madame , qu'on peut regarder
cette importante Charge comme
en dépoft entre fes mains , juf
qu'à ce que Sa Majefté luy veüille
permettre de s'en défaire en faveur
de M' de la Heftroy fon Fils. Voila
ce qu'a produit l'amour de Pere.
Il s'engage à travailler plus que jamais
GALAN T.
65
"
mais dans un temps où le feul foin
de fon repos devroit l'occuper.
Ces fortes d' Emplois obligent
d'autant plus à de grands foins
que les occafions de Mer font fréquentes.
Les François ne s'y font.
pas moins craindre que fur terre ;
& quand leurs Ennemis ne font.
plus forts que des deux tiers , ils
n'ofent jamais les attendre. Nous
en eufmes encor une marque dernierement.
Douze gros Vaiffeaux
de guerre Hollandois, trois Fluftes,.
deux Frégates , & fix Brûlots , le
tout commandé par le meilleur Homme
de Mer qu'ils ayent , n'oferent
combatre M le Chevalier de Chafteaurenaut
, dont l'Eſcadre n'eftoit
compofée que de fix Vaiffeaux . M
le Chevalier de Chasteaurenaut montoit
le Courtisan; M' de la Bréteche,
le Bon ; M de Bellifferard , le S.
Louis; M le Chevalier de Bellefontaine
, l'Invincible ; M de la Mote-
Jenoüiller , le Foudroyant ; & Mr
de
64
MERCURE
de Réal , le Superbe. Tous ces Braves
qui ne cherchoient qu'à fe fignaler
, eurent le chagrin de voir
fuir leurs Ennemis apres les avoir
attaquez ; & tout ce qu'ils pûrent ,
ce fut de mettre le defordre parmy
eux , & de les pourſuivre jufqu'a la
nuit. Ils leur tuerent des Officiers
& des Matelots , & le Canon des
Vaiffeaux de noftre Eſcadre defagréa
quatre des plus gros de ceux
dont elle entreprit l'attaque. Celuy
d'Everzen fut démâté de deux de
fes Mâts . Mr le Chevalier de Chafteaurenaut
porta fes feux toute la
nuit. C'eft par là qu'on fait connoiſtre
aux Ennemis qu'on ne les
fuit pas , & qu'on les invite à venir
combatre s'ils en ont envie.
Tandis que nous fommes fur le
Chapitre des Vaiffeaux , il faut vous
dire une Avanture de Mer qui m'a
efté mandée de Bretagne. Mr Bréart
S' de Boifagé, Capitaine d'une Frégate
armée en courſe , eſtant forty
du
GALAN T.
65
du Port- Loüis avec une petite Flote
de Barques chargées de Bled qu'il
convoyoit jufques à Bayonne , fut
furpris d'une fi rude tempefte à la
veuë de cette Ville , qu'il fe trouvå
obligé de gagner le large pour
éviter la Cofte qui eft toûjours à
appréhender pendant le gros temps .
L'orage ayant duré deux jours &
deux nuits, le pouffa fi pres du Portugal
, qu'il y relâcha pour faire
radouber fon Baftiment. Si - toft que
le vent luy parut favorable pour
fortir , il mit à la vole , dans le
deffein de croiſer le long des Coftes
d'Eſpagne ; & à la hauteur de la
Galice il apperçeut deux grands
Vaiffeaux qui portoient Pavillon
Turc ou d'Alger. La crainte de
tomber dans l'Esclavage , luy fit
ranger la Cofte. Les deux Vaiffeaux
l'approcherent, & il remarqua qu'ils
avoient chacun vingt- quatre Pieces
de Canon. La partie n'eftoit pas
égale. Sa Frégate eftoit montée
feu66
MERCURE
feulement de huit , & il n'y avoit
pas d'apparence qu'il fongeaft à refifter.
La feule réfolution qu'il eut
à prendre , fut d'aller donner aux
Coftes de Galice quand il fe vit
preft d'eftre abordé. Il y brifa , &
fut auffi-toft arrefté par les Efpagnols
avec tout fon équipage. Il
évita les chaînes des Algériens, mais
il ne pût fléchir la dureté de ceux
qui le prirent , & qui le traitant de
Corfaire fur fa commiffion pour
mettre en courſe dont ils le trouverent
faify , luy firent éprouver
tout ce que la Prifon a de cruel.
N'avoir que du pain , & coucher
fur la terre , c'eftoit prefque la
moindre peine qu'il euft à foufrir.
Vous jugez bien , Madame , que
ce mauvais traitement joint à Famour
qu'on a naturellement pour
la liberté , luy fit chercher avec
foin des moyens de la recouvrer.
Il luy falut du temps , mais enfin
il en vint à bout. On luy fournit
deGALAN
T. 67
dequoy dégarnir quelques pierres
des murailles de fa Prifon . Ses Matelots
qui estoient enfermez avec
luy , prefterent les mains à ce travail,
& le tout fut fi heureufement
executé, qu'à l'aide de quelqus cordes
qu'ils s'eftoient fait apporter ,
ils defcendirent tous par l'ouverture
qu'ils firent , & fe rendirent au
Port. Six Matelots fe jetterent à la
nage , & allerent chercher deux
Chaloupes qu'ils amenerent à terre.
Tout le monde s'y eftant embarqué,
le Capitaine dont je vous parle
vouloit enlever un Navire du
Roy qui eftoit dans ce Port ; mais
tous fes Gens s'y oppoferent , dans
la crainte de n'y trouver pas les
Apparaux dont ils auroient eu befoin
pour le conduire . Ainfi on
changea ce deffein en celuy de fe
rendre maiſtre d'une Barque. On
s'en approcha. On monta dedans .
Les Gens de cette Barque s'éveillerent
au brut, & voulurent fe mettre
68 MERCURE
tre en defenſe. On leur preſenta le
couteau ; & la mort dont on les
menaça s'ils refiftoient , les obligea
de ceder au nombre . Nos Fugitifs
leverent l'anchre , defcendirent une
petite Riviere qu'ils ne connoiffoient
point , avec grande appréhenfion
d'échouer ou à la Cofte , ou fur
quelque Banc de fable , & arriverent
heureuſement en pleine Mer.
Ils voulurent mettre à la voile ;
mais il y avoit fi peu de vent, qu'il
leur fut impoffible d'avancer. Ils fe
crûrent perdus , ne doutant point
qu'on n'envoyaft apres eux fi- toft
qu'on s'apercevroit de leur fuite.
En effet , ils virent incontinent dix .
ou douze Chaloupes chargées de
Gens armez qui s'approcherent
à force de Rames. Leur évafion
ne leur laiffant efperer aucune grace
des Eſpagnols
, & n'ayant point
d'armes pour fe défendre , ils arrefterent
qu'ils fe tiendroient en pofture
de Suplians quand ils verroient
les
GALAN T.
69
les Chaloupes aborder leur Barque ;
& que fi - toft que leurs Ennemis
commenceroient à y monter , ils
fe jetteroient fur eux & dans leurs
Chaloupes pour les defarmer. Auffi-
bien il valoit autant mourir en
combatant, que de fe laiffer ramener
dans une Prifon d'où ils n'auroient
forty que pour aller au fuplice.
Le defefpoir fait venir à bout
de bien des chofes , & cette réfolution
qu'il leur fit prendre auroit
peut - eftre eu quelque bon effet ,
mais le vent qui s'éleva tout- à - coup
les tira d'inquiétude. Il fut fi fort ,
que les Chaloupes ne pûrent fuivre.
Ainfi ils prirent la route de France ,
& arriverent heureuſement à la
Rochelle , où la Barque qu'ils avoient
enlevée fut vendue , avec
huit Tonneaux de Vin de Ribedani
dont elle eftoit chargée , & qui
eft le meiller Vin d'Eſpagne.ản
Monfieur le Marquis de Montal ,
Fils de Monfieur le Comte de Mon-
2 )
tal
70 MERCURE
tal Lieutenant General des Armées
du Roy , Commandant General
pour Sa Majefté au Païs de Hainaut,
& Gonverneur de Chaleroy,
époufa dans les derniers jours du
Mois paffé Mademoiſelle de Tavanes
, Fille du feu Marquis de ce
nom . La Maifon de Tavanes eft
tres -illuftre, & une des plus anciennes
de Bourgogne. Gafpard de Saulx,
Seigneur de Tavanes , fut élevé
Page de François I. Il fervit dans
Foffan lors qu'il fut affiegé par les
Impériaux , eut employ dans la
Guerre de Provence , & fe trouva
à la défenfe de Théroüanne . Il fer.
vit auffi aux prifes de Damvilliers ,
d'Yvoy , de Luxembourg , & fe
fignala aux Batailles de Serizoles &
de Renty, Le Roy le fit Chevalier
de fes Ordres au retour de cette
derniere. Apres la prife de Calais
à laquelle il contribua , Sa Ma
jefté le gratifia de la Lieutenance
Generale du Gouvernement de
BourGALANT.
71
Bourgogne. L' Hiftoire nous fait
connoiftre qu'il ne s'eft paffé aucune
occafion pendant les Guerres
Civiles contre les Huguenots , où
il n'ait donné des marques de fa valeur.
Il fauva l'Armée du Roy pres
de Pamprou en Poitou , fervit aux
Combats de Jarnac & de la Roche-
Abeille , & à la Bataille de Moncontour
, & fut en fuite honoré
du Bafton de Marefchal de France.
Peu de temps apres on le fit Gouverneur
de Provence , & Admiral
des Mers du Levant. Jamais Homme
n'eut tant de zele pour les Catholiques.
Il eftoit originaire d'Allemagne,
& avoit efté naturalifé . C'eſt
vous faire un affez grand éloge de
fes Defcendans, que vous dire qu'ils
ſe font tous montrez dignes d'eftre
fortis d'un fi grand Homme. Ils
ont fait alliance avec les plus confidérables
Maifons du Royaume , &
font entrez dans celles de la Baume-
Montrével , de Rochehoüart ,
de
72
MERCURE
de Poiffes , Chabot , Brulart , Potier,
d'Apres, de Montpefat, d'Apchon
, d'Albon , Grimaldi , de la
Tour-accors , & autres. Le Mariage
qui me donne lieu de vous en
parler , s'eft fait au Chafteau de la
Marche appartenant à Madame la
Marquife de Tavanes. On peut dire
qu'il eft rare de voir unir de plus
grands mérites. Celuy de M le
Marquis de Montal eſt trop connu
par les fervices qu'il rend depuis
huit ou dix Campagnes dans les Armées
de Sa Majefté, pour avoir befoin
que je l'exagere. C'eft un Gentilhomme
tres-bien fait , & qui fuit,
admirablement les traces de Mr fon
Pere. Quant à Mademoiſelle de Tavanes
, elle paffe dans fa Province
pour une Beauté achevée, mais cette
beauté n'eft pas le plus grand de
fes avantages. Ses belles qualitez
ont des charmes qui l'emportent
fur tous les agrémens de fa Perfonne,
& quoy qu'elle foit tres-riche ,
il
GALAN T.
73
il eft certain que fa douceur & la
délicateffe de fon Efprit ont toûjours
efté les plus preffans motifs qui ayent
engagé à fa recherche plufieurs
Perfonnes de la premiere qualité.
Que ne peut -on point attendre de
tant de vertus jointes enſemble ?
Il eft impoffible qu'un Sang fi noble
des deux coftez , ne produife
des Heros dignes de la gloire que
Pilluftre Mr le Comte de Montal
s'eft acquife.
Madame d'Ernoton accoucha dernierement
de trois Filles , qui furent
nommées les trois Maries . Elle
eft belle, jeune, fpirituelle, & Femme
de M' d'Ernoton Confeiller de
la Quatriéme des Enqueftes.
Je vous envoye un Sonnet qui
vous obligera fans doute à vous déclarer
pour une Mufe naiffante. Il
eft de M' le Marquis de Maduran ,
petit-Fils de feu M' le Marefchal
de la Force. Sa lecture vous perfuadera
de fon Efprit . Il l'a vif &
Avril. D déli74
MERCURE
délicat ; & quoy qu'il n'ait encor
que quinze ans , vous m'avouerez.
qu'il tourne déja les chofes d'une
maniere tres fine. Il fut élevé en
Angleterre dés fon bas âge , & il
y aprit la Langue du Païs qu'il parle
avec une facilité admirable. Il
repaffa en France à dix ans , & y
commença fes Exercices dans le
Chafteau de la Force en Périgord .
11 les acheve prefentement à Bordeaux
dans le College de Guyenne,
où il prend des Leçons Philofophie
avec un fuccés merveilleux . Ce
jeune Marquis a fait le Sonnet que
vous allez voir pour une Demoifelle
toute aimable par fa beauté & par
fon efprit.
SONNET.
PASSION NAISSANTE.
D'où viennent ces chagrins & ces inquietudes
Qui femblent avoir pris l'empire de mon coeur ?
Pourquoy chercher par tout les triftes folitudes
Dont
GALANT.
75
Dont le profond filence augmente ma langueur?
Je change malgré moy toutes mes habitudes,
Malgré moy je melivre en proye à la douleur.
Dieux , dois-je reffentir des atteintes fi rudes,
Sans que ma raifon puiſſe adoucir leur rigueur?
F'épronve chaque jour quelque nouvelle peine,
Fen cherche le fujet, mais ma recherche eft vaine,
Fe refue, je foupire, & je ne fay pourquoy.
Plus pour moy de plaiſirs, tout me nuit, tout
me bleffe,
Mille troubles confus m'accompagnent fans ceffe,
Et tout cela , Philis, depuis que je vous voy.
La belle Perfonne qui a donné
occafion à ces Vers , y a répondu
de cette forte.
Sortez de ce chagrin , Lyfandre ,
Et ne fongez qu'à vous guérir ,
Fay le coeur bienfaifant & tendre ,
= " Eft-ce affez pour vous fecourir ?
J'adoûte icy quelques Inpromptu
que vous ne defaprouverez pas.
PROTESTATION A UNE
Belle qui accufoit fon Amant
d'Infidelité.
Si le Ciel me privoit du jour ,
Vous verriez, belle Iris, la fin de mon amour,
D 2
Mais
76 MERCURE
Mais pour eftre infidelle
Je fuis trop amoureux, & vous eftes trop belle.
A PHILIS QUI NE
vouloit pas s'engager à eſtre Conftante
.
Quand pour prix de l'amour que vous m'avez
fait naiftre.
Je vous demande un coeur conftant ,
Vous me repondez par , peut- eftre ;
Hé bien , Philis , je vous en offre autant.
DECLARATION
d'Indiférence.
Aimez , ou n'aimez pas , il m'eft indiferent ,
Mon coeur eft revenu de toute fa foibleffe .
On ne le verra plus pres de vous foûpirant ,
A moins que vous n'ayez pour luy quelque
tendreffe ,
Et deformais il aimera
Selon le bien qu'on luy fera.
POUR UNE BELLE QUI
avoit un Amant d'une Religion
contraire à la fienne.
Tant
ant que je feray Proteftant ,
Vous ne pouvez fouffrir que mon amɔur s'explique.
Quelle bigote politique !
Que
Pag. 7.
ne dit
6
dé- ja que vous eſtes ai- ma-
6 87
6
5 65b 4 7
he- las , le moyen de s'ar- le
moyen ,
6 6
7b 3944
61
6
6 3674 3
pa- roit agre- a- ble ?
3* 6 43

GALAN T. 77
Que craignez- vous, Iris ? à moins d'eftre inconftant
,
Selon les Loix d'Amour on n'eft point Heritique.
DISPOSITION D'UNE
Belle à aimer.
Si vous poursuivez de m'aimer ,
Je vous trouve affez redoutable
Mon coeur me dit déja que vous eftes aimable,
Fe devrois bien m'en allarmer ;
Mais le moyen, helas, le moyen de s'armer
Contre un péril qui paroift agreable ?
Ces dernieres Paroles ont efté mifes
en Air par un fort habile Homme
de Rouen , dont l'employ marque
affez combien on eft perfuadé
du talent qu'il a pour la Mufique.
Les voicy notées.
Je fuis furpris que vous n'ayez
point encor veu l'Hiftoire de Ta-.
merlan. Il y a trois mois qu'elle eſt
imprimé. Je vous l'envoye. Elle
eft de M' de Saintyon Secretaire de
feu M' de Guife Henry de Lorraine
, qui l'a dédiée au Roy. Ce Livre
fut reçeu de toute la Cour avec
D 3 ap78
MERCURE
applaudiffement quand il eut l'honneur
de le préfenter à Sa Majeſté.
Vous y trouverez quantité de chofes
qui vous plairont , foit pour la
maniere dont elles font tournées
foit pour les recherches curieufes de
plufieurs particularitez qui ne fe rencontrent
pas aifément ailleurs.
On acheve un petit Roman dont
on m'a fait voir une partie. C'eft
une Nouveauté que je ne manqueray
pas à vous envoyer fi -toft qu'elle
paroiftra. Elle a efté caufe d'un
incident affez particulier. L' Autheur
eft Amy d'un fort galant
Homme, qu'il pria de luy vouloir
faire un Billet tendre pour une Hé
roïne de fon Roman , & il luy fit
cette priere non - feulement parce
qu'il luy connoiffoit l'Efprit tresdélicat
, mais parce que le fçachant
attaché depuis fort long - temps à
une tres - aimable Perfonne , il ne
doutoit point qu'il ne fçeût s'expliquer
plus galamment qu'un autre
en
GALAN T.
79
en matieres de tendreffe . Cet Amy
fit le Billet , le mit dans fa poche
écrit de fa main , & ayant paffé
chez la Belle qui a tous fes foins ,
avant que de le porter chez celuy
qui l'avoit prié de le faire , il le laiffa
tomber par mégarde. La mefme
chofe luy feroit arrivée ailleurs par
le peu de précaution qu'il avoit crû
devoir prendre pour le cacher. La
Belle le ramaffa fans qu'il en viſt
rien , fortit un moment fur quelque
prétexte , l'alla lire en liberté
& revint pleine d'une jaloufie qui
ne devoit pas déplaire à fon Amant.
Elle avoit crû qu'il écrivoit à une
Rivale . Jugez des reproches . Il les
a effuyez plus d'un jour , quoy que
fon innocence parlaft pour luy , &
je ne fçay mefme fi la Belle ne continue
point encor à gronder.
Je fuis ravy, Madame, que vous
foyez fatisfaite de ce que je vous ay
écrit du Siege de Gand . Avant les
Conqueftes de noftre incomparable
D 4
Mo80
MERCURE
Monarque , on n'auroit pas fait un
pareil compliment à celles de voftre
Sexe. Elles lifoient peu de Relations
de Sieges & de Combats ; mais les
particularitez qui s'y rencontrent
aujourd'huy ont quelque chofe de
fi furprenant , que les Dames ne
peuvent fe défendre d'avoir de la
curiofité tout pour tout ce qui traite
d'une matiere dont le feul nom leur
faifoit peur autrefois. Le plaifir que
vous me témoignez prendre à la
lecture de ces grands morceaux
d' Hiftoire qui feront l'admiration
& l'étonnement des Siecles à venir ,
me paye bien de la peine que je me
donne à les ramaffer. Ce font tren-.
te Relations que je vous envoye en
une , ou plutoft ce font toutes celles
qui ont efté écrites fur le mefme
fujet. Je tire de l'une ce que je
ne trouve point en l'autre, & quoy
que j'oublie rarement aucune particularité
d'un Siége , il feroit à fouhaiter
pour voftre fatisfaction què
le
GALAN T.
817
le peu de temps que je puis ménager
chaque Mois pour de fi grandes
matieres ne m'obligeaft point à
refferrer beaucoup de chofes qui demanderoient
plus d'étendue. J'au
rois deû vous marquer la derniere
fois que la fituation de Gand luy
fourniffant de grands avantages pour
fa défence, & nous ayant mis dans
la neceffité d'en faire l'attaque par
l'endroit le plus fortifié , on pouvoit
dire à l'égard du Roy , que
c'eftoit une tres- forte Place qu'il
avoit prife . Si le deffein de s'en
rendre maiſtre n'avoit pas eu de
tres-grandes difficultez , on n'auroit
pas préparé avec tant d'ordre
& de promptitude tout ce qui eftoit
neceffaire pour le faire réüffir.
Qu'on examine les grands travaux
qu'il à coûtez , & le peu de temps
qu'on employe à les faire , on fera
obligé d'avouer que dans une pareille
occafion , l'Antiquité ne fe
peut vanter d'avoir jamais rien veu
D 5
de
82 MERCURE
de femblable. Je ne le dis qu'apres
un grand Prince plus connu encor
par le nombre de fes Victoires que
par l'éclat de fon Sang , quoy qu'il
n'y en ait point en France de plus
Augufte. Il eft certain que fi les
Affiegez euffent efté en pouvoir de
faire une refiftance plus éclatante
& plus opiniâtrée , la prife de cette
Place auroit paffé tout ce que
les Hiftoires fabuleufes nous racontent
des Sieges les plus étonnans.
Ces prodigieux préparatifs , & les
moyens de les executer, eftant l'ef
fet de la prévoyance de la grande
conduite & de l'expérience du Cabinet
, il vaut mieux fe taire que
d'afoiblir ce qui eft au deffus de
toute forte d'expreffions. On donna
les ordres pour la marche de nos
Troupes , & les mouvemens qu'elles
firent fans en fçavoir la raifon
un peu auparavant qu'on affiegeaft
Gand , furent caufe que quatre
mille Hommes qui y avoient paffé
l'HyGALAN
T. 83
l'Hyver , en fortirent. Vingt deux
Bataillons Hollandois qui eftoient
à Malines, marcherent à Haffelt fur
le mouvement que M de Calvo
eut ordre de faire. Il faudroit trop
de temps pour vous écrire toutes
les particularitez qui fe découvrent
de jour en jour touchant nos fuccés
, & qui font connoiftre que
nos Ennemis imputent injuftement
au bonheur ce qui n'eft deû qu'à
la valeur & à la conduite . Admirez
cependant la bonté du Roy.
Gand pouvoit eftre pris d'affaut.
Noftre Armée fe fuft enrichie par
là en peu d'heures , & ce grand
Prince qui veut conquérir les coeurs
des nouveaux Sujets que fes armes
luy foûmettent , fit dire à fes Habitans
, que s'ils ne fe rendoient
pas , il ne pouvoit répondre du
pillage , à caufe de la grandeur de
la Ville. Les avantages que nous
retirons de fa prife font tres-grands.
Sa fituation en rend la conquefte
D 6
fi con84
MERCURE
fi confidérable , qu'elle rompt toutes
les mefures que les Ennemis avoient
prifes pour cette Campagne,
Ils font obligez de mettre Garnifon
dans dix Places qui n'en avoient .
pas befoin auparavant . Il leur faut
une Armée pour les remplir , &
ces meſmes Places ne laifferont pas
d'eftre inquiétées par la Garnifon
de Gand. Si fa confervation nous
oblige d'y en entretenir une grande
, nous en tirerons beaucoup de
contributions , & d'ailleurs nous
oftons aux Ennemis un favorable
Quartier d'Affemblée . Nous les embaraffons
pour la communication
de plufieurs Places de Mer', & de
beaucoup d'autres qui fe trouvent
enfermées entre les noftres . Le
grand nombre de Rivieres qui s'uniffent
à Gand y font d'une grande
utilité. Les lieux où il y a des
Rivieres ne manquent jamais de
rien , & c'est par cette raifon que
cette Ville a toûjours efté appellé
la
GALAN T
85
la Mere Nourrice de la Flandre.
On peut juger de quelle importance
le Duc de Villa - Hermoſa l'a jugée
pour le Roy fon Maiftre , par
les termes de fa Lettre au Gouverneur.
Elle a efté donnée au Public,
& vous fçavez , Madame, qu'il luy
mandoit que du fuccés de ce Siege
dépendoit ou le falut , ou la perte
entiere des Païs -Bas. La Citadelle
en a efté trouvée beaucoup meilleure
qu'on ne l'avoit crû. Les Foffez
en font larges & profonds , &
nous ne tirerons pas moins d'avantages
de cette prife , qu'elle caufe
de dommages à nos Ennemis . Ils
font obligez de rompre tous les
jous des Digues , d'inonder des
Païs , de rafer des Chafteaux , &
de lâcher des Eclufes. Le Duc de
Villa- Hermofa, qui comme je vous
ay marqué connoiffot l'importance
de cette Place , n'en eut pas fi- toft
appris le Siege , qu'il cria Bataille.
Il en dreffa mefme un ordre , & ne
dou-
D 7
86 MERCURE
doutant point que la Place ne puſt
fe défendre deux mois , il crût avoir
beaucoup de temps à s'y préparer.
Il eut là-deffus une Conférence
à Malines avec le Prince d'Orange.
Ce Prince qui a beaucoup
de coeur , & qui eft naturellement
entreprenant , demeura d'accord de
fecourir Gand , & dit que pour en
venir à bout , il falloit tirer toute
l'Infanterie des Places Efpagnoles.
Mais , luy dit le Duc de Villa-Hermofa
, fi on les dégarnit , les François
qui font vigilans , ne manqueront point
à les affieger. Ils font en mefme temps
par tout , ne laiſſent échaper aucune
occafion favorable fans en profiter.
Laiffons done prendre Gand , répondit
le Prince d'Orange , & ces' paroles
finirent la converfation . Si
tant de pertes ont ofté le coeur aux
Ennemis
, elles leur ont laiffé l'ef
prit. On le connoit
par plufieurs
reparties
agreables
. Un Capitaine
Efpagnol
ayant demandé
fon congé
au
GALAN T. 87
au Duc de Villa -Hermofa apres la
priſe de Gand. Ne vous haftez point,
luy dit ce Duc. Le Roy de France
pourra bien toft nous renvoyer tous en-
Jemble en Espagne. Le Prince de Vaudemont
ne répondit pas moins agreablement
à ceux qui luy difoient
que le Roy d'Efpagne l'avoit fait
Amiral des Coftes de Flandre fans
employ. N'en raillez point , leur répondit-
il. Tous les Espagnols qui font
en Flandre , auront peut- eftre bientoft
befoin de moy pour les remener en Efpagne.
Vous voyez par là que nos
Ennemis mefmes demeurent d'accord
que la prife de Gand met tous
les Païs - Bas en péril. Quand Sa
Majefté partit pour cette conquefte ,
on fit les Vers que vous allez voir.
La crainte que vous y trouverez
marquée , ne doit pas vous étonner.
Le Roy eft l'amour & les delices
de tous fes Peuples , & dans
de femblables occafions , il eft naturel
de craindre pour ce qu'on aime.
Ton88
MERCURE
Tooute la Terre eft en effroy
De la marche de ce Grand Roy ,
A fes Ennemis fi terrible.
L'amour qu'on a pour luy, fait trembler les
François.
L'Espagnol qui déja croit fe voir aux abois ,
Tremble devant Louis, à qui tout eſt poſſible;
Et dans tout l'Univers qui regarde ſes pas ,
Avec une frayeur horrible ,
Ce Prince toujours invincible
·Eft le feul qui ne tremble pas.
Si ces Vers eftoient de faifon dans
le temps du depart du Roy, ceuxcy
font fort juftes apres la prife de
Gand.
Envain , fiers Ennemis du plus grand de
nos Roys ,
Vous voulez arrefter le Soleil des François ,
Il court toûjours, de Victoire en Victoire.
Toujoursfur vos Rampars il grave fon Hiftoire;
Malgré vous fa valeur comblera nos fouhaits,
Et la France par luy vous fera bien comprendre
Qu'elle fait triompher encor plus que jamais,
Ayant plus qu'un PHILIPPE , & plus
qu'un ALEXANDRE.
2: Voicy d'autres Vers qui ont efté
fait fur la prife de cette importante
Place.
SUR
GALAN T. 89
SUR LA PRISE
DE GA N D.
Tous les Ans , de Loüis éterniſent la gloire,
Et chaque Mois de Mars luy doit une Victoire.
A peine ce Grand Roy fufpend- il quelques
jours ,
De fes Exploits Guerriers , le progrés , & le
cours ,
Que l'ardeur de Héros qui toûjours l'accom-.
pagne,
Le preffe de nouveau de fe mettre en campagne.
Rien ne peut arrefter un fi noble defir,
Ny faifon, ny repos , ny douleur, ny plaifir ;
Il part , ce Grand Roy d'un courage intrépide
,
Court malgré le danger, où la Gloire le guide.
Une pareille ardeur anime fes Guerriers ,
Et leur marche en tous lieux, eft feconde en
Lauriers .
Mais toujours le fecret regne dans fon Armée,
Et fes plus grands deffeins trompent la Renommée.
On s'apprefte, on le fuit, & loin de difcourir,
On fe met feulement en état d'obeïr .
A ces préparatifs , l'Europe eft dans le doute,
Aucun ne fait encor quelle fera fa route.
L'Empire eft en fufpens , & le Belge effrayé ,
Déja vers tous les deux, le chemin eft frayé.
Cet
go
MERCURE
Cet Augufte Vainqueur , qui fait tout fans
rien dire ,
Sçait comme ilfaut furprendre le Belge ,
l'Empire.
Qui fçauroit fa penfée , & le deffein qu'il
prend ?
Il s'achemine à Mets , doit aller à Gand.
Tel marche le Soleil caché fous une nuë,
Aux yeux les plus perçans , fa route eft inconnue.
Mais l'obfcurité ceffe , on découvre fes pas ,
C'est alors qu'il paroift, où l'on ne le croitpas,
Ainfi ce Conquérant paffant deMets en Flandre
,
Arrive devant Gand, & le force à fe rendre.
L'Armée en le voyant , redouble fes efforts.
Et dés les premiers jours, emporte les Dehors.
L'orgueilleufe Cité par d'inutiles rufes,
A l'ardeur des François , oppofe fes Ecluses .
L'Eau coule, fe répand, & va groffir l'Escaut,
Sans pouvoir empefcher qu'on ne donne l'affaut.
Quoy ! tu veux refifter ? quelle audace eft
la tienne ?
"
Regarde Saint Omer, Cambray, Valencienne ,
Et depnis quelques mois , Fribourg, & Saint
Guilain ;
Ces Villes comme toy , refifterent en vain.
Soumifes à Louis , la derniere Campagne,
Heureufes maintenant d'avoir quité l'Espagne.
Imite cet exemple , écoute cette voix,
Та
GALAN T. 91
Ta feûreté confifte à recevoir fes Loix.
Malgré les Elemens , le Fer, le Salpestre ,
Louis victoirieux , va devenir ton Maistre .
Mais il l'eft, je te vois embraffant fes genoux,
Implorer fa clemence, & flechir fon couroux .
Contraint à luy ceder Rampars & Fortereffe,
Reconnois fon pouvoir , reconnois ta foibleſſe ,
Et te prépare à voir malgré fes Ennemis,
Le refte de la Flandre à fes armes foûmis,
Ce Conquérant s'y prend de la mefme maniere
Qu'il avoit commencé la Campagne derniere,
Ft l'on doit efperer d'une fi noble ardeur,
Et le mefme avantage, & le mefme bonheur.
On fe trompe en croyant qu'une telle entrepriſe
Retardera la Paix que l'on s'eftoit promife,
Et que tant de Combats ne finiront jamais ;
Si Louis fait la Guerre, il avancela Paix .
Une fi gloirieufe Conquefte a
donné auffi occafion de faire les Vers
qui fuivent.
Autrefois le plus puissant Roy
Aux Citoyens Romains faifoit la revérence ;
Al'Univers Rome faifoit la loy.
Voyez un peu quelle infolence ,
Pour abaiffer fa vanité ,
La moleffe la volupté
Succederent à fa vaillance.
La Gloire ne fut plus l'objet de fon amour ,
Et
92 MERCURE
Et Mars paffa dans noftre France ,
Sfachant bien que Loüis y regneroit unjour.
Adieu Rome la venérable ,
Vous n'avez plus tant de renom ,
Louis efface vostre nom
Par fa valeur inimitable,
La mémoire de vos Céfars
Court aujourd'huy bien des hazards ,
On n'admire plus leur Hiftoire ;
Mais on dit feulement , vaillant Peuple Romain
,
Que Rome dans toute fa gloire
N'a jamais valu Saint Germain.
Dans le temps du Départ , M
Robbe fit ce Madrigal pour Monfeigneur
le Dauphin.
LE Printemps vient a peine de renaiftre ,
Et mille deffeins glorieux
Emportent noftre Augufte Maistre
Déja bien loin de ces aimables lieux ;
Et cependant la joye & l'abondance,
Les feux, les Plaifirs , les Amours ,
Par voftre charmante préfence ,
Y regnent toujours.
Cecy eft du mefme Mr Robbe.
POUR
GALAN T.
93
POUR MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
Jeune Soleil qui brillez
Sur nos Campagnes fleuries ,
Et faites de nos Prairies
Des Parterres émaillez ;
Quelle Nymphe fi légere
Tiendra contre vos attraits ?.
Non , la plus fiere Bergere
Ne s'en défendra jamais.
Vos voeux feront fortunez ,
Soyez feur de la Victoire ;
Mais craignez pour votre gloire
De trouver peu de Daphnez ,
Car les refpects du Tonnerre
Un jour pour vos faits guerriers
Ne laifferont fur la Terre
Famais affez de Lauriers.
Je reçois un Aïr de M' du Buiffon,
dont je croy que la reputation
vous eft connuë. Je vous l'envoye.
Les Paroles font d'une Perfonne de
Qualité qui fit l'an paffé , Non Printemps
, &c. & Soit le Printemps , foit
PHyver , foit l'Automne. C'eft luy
qui a fait prefque toutes les jolies
Pa
94
MERCURE
Paroles qui fe chantent à Paris. Lifez
celles- cy avant que de jetter les
yeux fur la Note,
AIR NOUVEA U.
L'on vous dit tous les Ans
Au retour du Printemps ,
Aimez , jeune Silvie ,
Les beaux jours de la vie
Ne durent pas longtemps.
Vous n'aurez pas toujours le pouvoir de charmer
,
Et la beauté paffe comme une Rofe.
Haftez vous donc , Silvie , haftez vous donc
d'aimer,
Faut-il vous repéter cent fois la mefme chofe?
C'eſt trop diférer à fatisfaire l'impatience
où vous m'avez témoigné
que vous eftes de voir une Relation
exacte de ce qui s'eft paffé à Ypres .
A peine Gand fe fut- il rendu , que
le Roy qui avoit pris des mefures
pour un autre Siege , commença à
s'en fervir. H avoit rompu toutes
celles des Ennemis en allant à Mets
pour affieger Gand , & il voulut
faire
du Buiffon.
WITT
L'on vous dit tous les Ans Au re
£
L'on vous dit :
T
6
rent pas longtemps lon : vous temps.
6 6
T
fe. Haftez vous donc , Silvie , haſtez
65
Avril.
Pag. 94

tour
(ie Ne du-
Vomme une Ro-
6
fe ? vour
43
*
GALAN T.
95
faire voir qu'au milieu d'eux il pouvoit
encor tromper leur vigilance ,
& faire faire des
mouvemens à fes.
Troupes qui les déconcerteroient
de nouveau. Ypres eftoit demeuré
comme invefty depuis long-temps ;
& pour en former le Siege , le Roy
fit retirer les Troupes qu'il avoit
autour. Cette conduite perfuada
aux Ennemis qu'on n'avoit plus aucun
deffein fur cette Place. Sá Majefté
fit plus. Elle envoya deux mille
Chevaux devant Bruges, & quinze
cens devant Dixmude ; ce qui
acheva fi bien de faire croire aux
Ennemis qu'Ypres eftoit en feûreté,
qu'ils en firent fortir quelque Cavalerie
pour la jetter dans Bruges. Les
Troupes du Roy s'en rapprocherent
alors, & on connut par là qu'elles
ne s'eftoient éloignées que pour ouvrir
paffage à celles qu'on s'imagina
bien que les Ennemis en tireroient.
Les trois mille cinq cens
Chevaux qui s'eftoient venus camper
96 MERCURE
per devant Bruges & devant Dixmude
par l'ordre de Sa Majefté , y demeurerent
encor quelque temps pour
empefcher le Secours que les Gouverneurs
de ces deux Places auroient
pû envoyer à Ypres avant que les
Quartiers euffent efté entierement
occupez par nos Troupes. Je ne
fçay , Madame , fi cette Ville vous
eft parfaitement connue. Le hazard
donne quelquefois des noms , & elle
tiene le fien d'un Torrent appellé
Ypres , qui l'a fouvent traversée.
Elle commencoit à fleurir dés l'An
960. & elle doít fes premiers fondemens
au Comte Baudouin , Fils.
du Comte Arnoult. Elle eſt à neuf
lieuës de Bruges & à treize de
Gand. Guicciardin dans fa Defcription
des Païs- Bas , dit qu'elle ne
peut eftre affiegée à caufe de fon
affiete. Le Comte Arnoult ( à ce
que rapporte le mefme Autheur )
luy donna pour Armoiries , auffibien
qu'à Gand & à Bruges , une
douGALAN
T. 97
double-Croix fous un Mauteau fourré,
pour marquer qu'elles pouvoient
garder la Flandre, quoy qu'en trouble.
Deux de ces Places qui font
déja au Roy , peuvent fervir à la
confervation de toutes les autres
qu'il y poffede. Ypres eft une Vicomté,
& le Siege d'un Evefque.
Sa Jurifdiction eft de tres - grande
étendue , & la Ville fort marchande.
Du temps de la Comteffe
Marguerite , on y compta jufques
à deux cens mille Habitans.
Ĉette Ville fut prife en 1648. par
Monfieur le Prince , & elle fut
repriſe fur nous l' Année fuivante
par l'Archiduc Leopold . Mr de
Beaujeu la défendoit alors . Les
Ennemis furent douze jours devant
la Place avant que d'ouvrir
la Tranchée , & apres qu'ils l'eurent
ouverte , elle tint encor vingthuit
jours , quoy qu'elle n'euſt
point de Citadelle , & que la Garniſon
fuft à peine de deux mille
Avril. E Hom98
MERCURE
Hommes. Jugez par là de la gloire
de Louis LE GRAND , qui
malgré la fureur des Elémens qu'il
trouve à combatre , s'en rend le
maiſtre prefque auffitoft qu'il l'affiege
, & cela , dans un temps où elle
ne manque de rien, & qu'elle eft
fortifiée d'une Citadelle , & défenduë
par plus de quatre mille Hommes
de Garnifon.
Sa Majefté ayant donné fes ordres
à Mr le Marquis de la Trouffe
pour aller inveftir Ypres , divifa
fon Armée en trois Corps. Celuy
qu'elle commandoit , fe campa du
cofté de Dixmude ; celuy de M'de
Schomberg, du cofté de Poperingue
; & celuy de M' le Duc de
Luxembourg , du cofté de Varneton.
Le Roy ayant difpofé les Quartiers
, reconnu la place , réfolu les
Attaques , & fait travailler aux Lignes.
La Tranchée fut ouverte contre
la Citadelle le Vendredy au foir
18. de Mars , quoy que les Lignes
ne
GALAN T.
99
ne fuffent pas achevées. Elle fut commencé
de loin , à caufe de la fituation
de la Citadelle qui eft affez élevée.
Les Officiers Generaux qui la monfurent
Mr de Maulevrier- terent
Colbert , M' le Marquis de Chamilly,
& M' de S. Georges. Deux
Bataillons des Gardes eftoient à la
droite , & le premier & le dernier
de Navarre à la gauche. On avoit
de l'eau jufqu'aux genoux dans la
Tranchée. Cela fut caufe qu'on y
fit porter nuit & jour des Fafcines
par la Cavalerie , qui s'expofa avec
une intrépidité toute Françoife.
Noftre Canon n'eftoit pas encor arrivé
, à caufe du mauvais temps.
La Tranchée fut conduite de maniere
, que les deux Boyaux fe joignirent
par de grandes traverſes que
Pon fit principalement pour s'oppofer
aux fréquentes Sorties de la
Garnifon. Il fe fit un grand Travail
dans les deux Attaques , & la
Tranchée fut pouffée jufqu'à deux
E 2
cens
100 MERCURE
cens pas de la Contrefcarpe , fans
que ccux de la Ville s'en apperçeuffent
, faute d'avoir fait des Patroüilles
fur leurs glacis. On remarqua
des places qui pouvoient eftre
fort avantageufes pour faire des Bateries
. On réfolut d'en mettre une
dans le milieu des deux Tranchées,
une autre à la droite , & une troifiéme
à la gauche , pour batre
en écharpe les Dehors de la Place .
A la pointe du jour les Ennemis
commencerent à faire grand feu
tant de la Moufqueterie que du
Canon , qui emporta un Commiffaire
d'Artillerie , bleffa quelques
Soldats, avec un Officier aux Gardes
& un Lieutenant de Navarre
& emporta un Timbalier de la Premiere
Compagnie des Gardes du
Corps . M de Chamilly voulant
faire voir à M' de Dangeau qu'on
eftoit déja fort avancé vers la Contrefcarpe,
reçeut un coup de Moufquet
à la tefte qui luy fit une gran-
9
de
GALAN T. ΙΘΙ
de contufion. Un coup de Canon
de la Place donna dans des Tonneaux
de Grenades qui eftoient dans
le Parc de l'Artillerie , & y mit le
feu . Cet accident en fit crever un
grand nombre , mais il ne fut pas
de conféquence , parce que nous
en avions plus qu'il n'en falloit pour
le Siege. Perfonne n'en fut tué .
Un Officier de l'Artillerie qui eftoit
au milieu de ces Tonneaux , fe jetta
par terre , & évita d'en eftre bleffé.
La nuit du 19. au 20. la Garde
de la Tranchée fut relevée par deux
Bataillons des Gardes Suiffes , un
de Navarre , & celuy du Regiment
de Humieres. Les Officiers Generaux
qui la monterent , furent Mr
le Comte du Pleffis, M' de la Motte
& M' le Marquis d'Uxelles.
Six cens Travailleurs eftoient à
chaque Attaque. On ne trouva pas
à propos d'avancer beaucoup le travail
de la Tranchée , parce que noftre
Canon n'eftoit pas venu. On
E 3
tra102
MERCURE
travailla feulement à la rendre plus
profonde & plus large, & l'on pouffa
une grande Ligne fur la droite ,
en s'approchant de l'Angle faillant
de la Contrefcarpe d'environ cent
pas. La Place d'Armes qu'on fit au
bout , en avoit quarante ou cinquante.
On travailla à une Baterie
de cinq Pieces fur la droite , & à
une de fept fur la gauche. Toute
la nuit fe paffa dans l'attente de
quelque Sortie. Douze ou quinze
des Affiegez parurent feulement .
Ils s'avancerent jufques fur le glacis
de la Contrefcarpe , & fe retirerent
en mefme temps. Ils crûrent que
P'on vouloit attaquer leurs Dehors ,
& firent un feu de Grenades extraordinaire,
mais il n'eut aucun effet.
Leur Canon tira inceffamment ,
& fut tres- bien fervy. Il tua & bleffa
quelques Soldats . M' de Lapara
Ingénieur fut bleffé d'un coup de
Moufquet. On travailla à une Baterie
de Mortiers pour jetter des
BomGALAN
T. 103
Bombes & des Carcaffes dans la Citadelle
.
Le Dimanche pendant le jour ,
M' de Vauban voyant que le Canon
des Ennemis tiroit toûjours
dans la Tranchée , & mefme dans les
Camps voifins , fit travailler à la
demy-fape , & ce travail fut avancé
de cent toifes. Le mefme jour un
Capitaine de Navarre, dont le nom
eft échapé aux Relations que j'ay
veuës , fit une action furprenante .
Il n'avoit que quinze Hommes avec
luy , & avec ce petit nombre il en
chaffa deux cens d'un des Fauxbourgs
de la Ville , & les obligea
de fe retirer dans la Contrefcarpe.
Il fut bleffé en cette occafion .
M' le Comte d'Auvergne , Mr
Stoup , & M' le Chevalier de Souvré
, releverent la Tranchée la nuit
du 20. au 21. avec deux Bataillons
des Gardes , & deux du Regiment
du Roy. On travailla à découvert
aux deux Attaques , & l'on appro-
E 4 cha
104
MERCURE
cha fi pres de la Contrefcarpe à la
gauche , que les Affiegez jetterent
des Grenades dans noftre Tranchée.
Ils firent cette nuit- là un tres- grand
feu. Il fut de longue duré, & nous
tua ou bleffa vingt - cinq à trente
Hommes. Comme leurs glacis eftoient
extrémement roides , on fit
des Logemens fi proches d'eux ,
qu'ils ne pûrent plonger en tirant
jufques à nous que par hazard M
de la Filée Ingénieur reçeut un
coup de Moufquet à la tefte. Les
Ennemis perdirent beaucoup de
coups , leur Canon eftant tiré trop
haut . Ceux de la Ville en tirerent
auffi dans le Camp à toute volée ,
qui ne firent aucun mal , & cela
s'appelle tirer en l'air.
Le 21. à la pointe du jour ,
deux de nos Bateries commencerent
à tirer dans les Ouvrages détachez
des Ennemis. Noftre Canon fit taire
le leur, & leur en démonta quelques
Pieces.
La
GALAN T. 105
·
r
La nuit du 21. au 22. M' le Duc de
Villeroy & M'de S.Géran monterent
la Tranchée avec un Bataillon des
Gardes Françoiſes , un des Gardes
Suiffes , & deux du Regiment du
Roy. Le terrain fe trouva fi mauvais
cette nuit à la Tranchée , qu'on në
pût avancer affez le Travail pour
joindre les deux Attaques . Il y avoit
deux Mares d'eau à l'endroit des deux
Boyaux qui fe devoient joindre pour
fe difpofer à l'Attaque de la Ĉontrefcarpe.
Une de ces Mares qui
eftoit à la droite fut évitée , en la
laiffant derriere. Il eftoit plus difficile
de faire la mefme choſe pour
celle de la gauche , parce qu'elle
eftoit plus grande , & qu'elle s'étendoit
davantage du cofté de la
Ville. On fit charier des Planches
à la Tranchée, pour mettre en plufieurs
endroits. On ne pouvoit fortir
des boües , mais ces Planches
furent un favorable fecours , & on
en fit porter une fi grande quantité,
E 5 qu'on
106 MERCURE
qu' on furmonta toutes les difficultez
.
Le 22. on travailla aux demy-fapes
, afin de faire la communication
des deux Attaques , & d'enveloper
les Ouvrages de Ennemis par une
Place d'Armes deſtinée à pofter les
Gens qui devoient donner dans le
Chemin couvert , & les Travailleurs
commandez pour le Logement de
la Contrefcarpe. Dix-huit Pieces de
Canon tirerent dés le matin. Elles.
furent fi bien fervies , qu'elles ruinerent
la Baterie de la gauche des
Affiegez , placée fur un Cavalier qui
incommodoit fort dans la Plaine.
Six Mortiers commencerent dés fix
heures du matin à jetter des Bombes
. Ils en jetterent cent cinquante
pendant la journée. L'une tomba
fur un monceau de Grenades, & y
mit le feu . J'ay oublié de marquer
que le 21. en montant la Tranchée,
Mile Duc de Villeroy reçeut
un coup de Moufquet dans une des
bouGALAN
T. 107
boutonnieres de fon Just ' au corps .
La nuit du 22. au 23. les Officiers
Generaux qui releverent la
Tranchée , furent M' le Prince de
Soubife , M le Marquis de Tilladet
, & M' de Marans , avec deux
Bataillons des Gardes Françoiles ,
& deux du Regiment Dauphin .
On s'appliqua à fairejoindre les communications
des deux Attaques .
Le 23. au matin , M' de Vauban
ayant changé de deffein pour
celle des deux Attaques à l'endroit
des deux Mares d'eau , on les laiffa
devant , au lieu qu'il avoit efté réfolu
d'abord qu'on les laifferoit derriere
, Cette communication fut
faite à la faveur de noftre Canon &
de la Moufqueterie , qui firent un
tresgrand feu pendant que l'on travailla
à découvert. Noftre Canon
démonta prefque tout celuy des
Ennemis , & tua la plus grande partie
de leurs Canonniers . Leurs Soldats
en furent fi épouvantez , qu'ils
E 6
n'o108
MERCURE
n'oferent quafi tirer toute la journée.
Une nouvelle Baterie de fix Mortiers
tira le meſme jour. On donna
les ordres pour infulter la Paliffade
& gagner la Contrefcarpe . Les Ennemis
s'en douterent , & parurent
toute l'aprefdînée avec des Faux .
Ils dirent en les montrant , qu'ils
fçavoient bien qu'on les devoit attaquer
l'Epée à la main , mais que
ces Faux leur ferviroient à répondre.
Sur les dix heures du foir de
ce mefme jour , un Page de M'le
Duc de Villeroy fut emporté d'un
coup de Canon dans le Quartier du
Roy. On difpofa toutes chofes pour
l'ouverture de la Tranchée du cofté
de la Ville .
La nuit du 23 au 24. la Tranchée
fut ouverte contre la Ville par
les Gardes. M'le Chevalier de Sourdis
& Mr de Rubantel eftoient de
jour. On pouffa le Travail juſques
à la Paliffade , & l'on commença
d'entrer dans le Chemin couvert ,

GALAN T. 109
où l'on ne trouva perfonne. Comme
on n'avoit pas ordre d'aller plus
loin ,
, on fe contenta de fe loger
fur le glacis . Quelques Ingénieurs
prirent leurs mefures pour les Travaux
qu'ils devoient faire le lendemain
. Les Ennemis furent fort
furpris à la pointe du jour , & firent
paffer beaucoup de monde pour
garder leurs Dehors , ce qui comà
divifer leurs forces..
mença
La mefme nuit Mr le Comte de
Maulevrier-Colbert , & M d'Albret
, monterent la Tranchée du
cofté de la Citadelle. On ruina les
Fléches qui eftoient aux Angles de
la Contrefcarpe des Demy- Lunes.
M' Pomarin Capitaine dans les
Dauphins ,
, reçeut une contufion
à la tefte.
La nuit du 24. au 25. les Officiers
Generaux qui releverent la
Tranchée , furent M' de la Cardonniere
, M' le Chevalier de Tilladet
, & M' de Montigny , avec
E 7
les
IIO MERCURE
les Regimens de la Couronne &
d'Alface. On leur donna à chacun
des Troupes de Gens choifis , &
des Grenadiers à leur tefte , pour
chaffer les Ennemis des Dehors.
L'Attaque fe fit à trois Rédans par
trois cens Hommes à chacun , partagez
par cent cinquante , qui alloient
chaque Troupe à fon cofté
des Rédans . M' de Montazel Capitaine
de Navarre , avoit la droite
, avec les Grenadiers de ce Regiment
, & cent Hommes détachez.
Les Grenadiers de la Couronne
eftoient à la gauche du mefme
Rédant avec pareil nombre pour
les fecourir. Les Grenadiers à cheval
eftoient à celuy du milieu , féparez
en deux Troupes , dont chacune
eftoit auffi foûtenue de cent
Hommes. Le Rédant de la gauche
eftoit difpofé de mefme, & le refte
des Grenadiers eftoient répandus à
la tefte des Boyaux de chaque Attaque
, avec cinquante , Moufque-
F
taiGALAN
T. ILI
taires du Roy à chacune , & le Corps
partagé en deux devant les Bataillons ,
rien de cette reſerve ne devant fortir
qu'en cas qu'on fuft repouffé.
Les Moufquetaires eftant en marche
pour aller à la Tranchée , le
Canon de la Citadelle tira fur eux,
bleffa legrement un de ces Braves ,
& tua fon Cheval. Le Marefchal
de France de jour eftoit M' de
Luxembourg, & le Mot de ralliëment
, le Roy. On fortit à la feptiéme
décharge des Bombes , pour
furprendre d'avantage les Ennemis ,
qui fçavoient qu'on fe fert ordinairement
du Canon . M' le Prince
d'Elbeuf, M' le Chevalier de Savoye
, M' de Beaumont , & quelques
autres Volontaires , fe déroberent
de M' de Luxembourg , &
vinrent trouver Mr de Riotot ;
mais M' de Luxembourg les alla
chercher luy - mefme , & employa
jufqu'à la menace , s'ils fe hazardoient
à s'échaper , M' de Beaumont
112 MERCURE
mont ne laiffa pas de le faire une
feconde
fois avec quelques autres ,
& ils revinrent
où eftoit Mr de
Riotot.
La feptiéme décharge des Bombes
eftant faite entre onze heures
& minuit, la Paliffade fut attaquée
avec une vigueur incroyable. Plufieurs
Volontaires , & mefme quelques
Officiers qui n'eftoient point
commandez , fe mirent à la tefte
des Grenadiers. M' le Comte d'Hoftel
Ayde de Camp de Mr le Comte
du Pleffis , fut du nombre de
ces derniers. M' de Beaumont fe
fignala parmy les autres , auffi-bien
que M" de Féron & de S. Gilles-
Lenfant , Pages de la Petite Ecurie.
Les Ennemis qui fe tenoient
fur leurs gardes , avoient allumé
quantité de Godrons , & jettoient
inceffamment des Feux d'artifice
pour voir clair , de forte que les
Grenadiers furent découverts d'abord
, & effuyerent un fort grand
"
feu.
GALAN T.
113
feu. Ils forcerent la Paliffade du
Glacis , & en trouverent une feconde
à un pied de la Banquette
du Chemin couvert , qu'ils pafferent
encor , quoy qu'elle fuft fort
haute. Les Ennemis apres avoir fait
leurs décharges du Moufquet , jetterent
grand nombre de Grenades ,
& lâcherent le pied. Ceux qu'on
joignit furent tuez. Plufieurs fe
jetterent dans le Foffé plein d'eau ,
où ils fe noyerent ; & quelquesuns
fe fauverent dans les Demy-
Lunes, où il fut impoffible de les
fuivre. Cependant le feu avoit efté
fi grand, que M' de Riotot s'eftant
trouvé dangereufement bleffé , auffi-
bien que M" de la Motte & de
la Pommeraye Marefchaux des Logis
, les Grenadiers demeurerent
prefque fans Officiers . Ils tinrent
ferme pourtant , malgré un tresgrand
feu que les Ennemis faifoient
de leurs Demy- Lunes & de leur
Rampart. Les Affiegez reprirent
coeur
114
MERCURE
coeur à la gauche , & tâcherent de
rentrer dans la Coutrefcarpe. M' de
Luxembourg qui agiffoit par tout
avec une activité incroyable, fortit
de la Tranchée , & fit marcher
un Détachement des Moufquetaires
blancs commandez par M' de
la Barre Marefchal des Logis . Mr
de Tilladet fit fortir à la gauche le
premier Détachement de la feconde
Compagnie , commandé par Mr
Tayac Marefchal des Logis , par
M Sartous Brigadier , & par M"
Launay & le Chevalier de Coulombe
Sous - Brigadiers . M' le Prince
d'Elbeuf qui pendant le Siege faifoit
la fonction d'Ayde de Camp
du Roy , s.eftant échapé , malgré
les foins de M' le Duc de Luxembourg,
fe mit à la tefte d'un petit
Détachement de Moufquetaires qui
précedoit celuy de M❜ de la Barre.
Ce Secours s'eftant joint aux Grenadiers
, ils chafferent les Ennemis,
& fe rendirent entierement maiſtres
de
GALAN T. 115
[
de la Contrefcarpe , où l'on affura
un Logement. Il fut fait par les
foins de M' de Luxembourg , qui
donna de l'argent aux Soldats pour
les obliger à travailler plus vifte ,
afin de garder le terrain qu'ils a
voient gagné , & fe couvrir du feu
des Demy-Lunes. Ce fut la
que Mr
le Prince d'Elbeuf fut bleffé . Il re-.
çeut un coup de Moufquet qui luy
caffa le gros os de la jambe droite ,
un peu au deffous de la cheville du
pied. Il tomba entre les bras de M"
de Féron & de S. Gilles , qui l'avoient
toûjours fuivy depuis qu'ils
l'avoient rencontré dans la Contrefcarpe.
Ils ne l'abandonnerent
point , & le porterent à la Tranchée
à l'aide de M' d'Alvimar fon Ecuyer.
Ily fut panfé . Le Roy l'alla
voir le lendemain , & luy dit plufieurs
chofes obligeantes . Ce Prince
n'a pas dix-fept ans , & il s'eft déja
trouvé à plufieurs Sieges & à trois Batailles.
Mr Tayac Marefchal des Logis
116 MERCURE
gis de la Seconde Compagnie fut tué
en cette occaſion , & Sa Majefté marqua
la fatisfaction qu'Elle avoit des
fervices de M' de Sartous Brigadier,
en luy donnant la Charge de Marefchal
des Logis. Les deux Sous-
Brigadiers furent bleffez . Le Roy
ayant fait fommer le Marquis de
Conffans Gouverneur de la Place ,
il repondit , Que tout fon Bien eftoit
déjad Sa Majefté , & qu'il croyoity
eftre bien-toft luy-mefme ; mais qu'il la
fuplioit de trouver bon qu'en faisant fon
devoir , il puft fe rendre digne de fon
eftime.
Les prifes des Villes fuivent ordinairement
de pareilles réponſes , &
c'eſt le reſte d'un feu qui ſemble, briller
davantage lors qu'il eſt tout prefte
à s'éteindre. En effet , de grandes
Demy-Lunes environnées d'eau , &
un Avant-Foffé devant le Glacis ,
n'empefcherent point les Ennemis
de batre la Chamade auffi - toft
que le jour parut . Ils craignirent
que
GALAN T.
117
que fi les François faifoient une
feconde Attaque , ils ne fuffent
emportez d'affaut. C'eftoit la penfée
de M de Vauban qui dit
qu'ils ne s'eftoient point rendus trop
toft. Ils envoyerent un Officier à
la pointe du Baftion . Il demanda
à parler à Mr le Chevalier de Tilladet
, qui capitula. Le Roy accorda
les mefmes Articles qu'il avoit
accordez à la Ville de Gand;
& la Garnifon compofée encor de
plus de trois mille Hommes , &
de plus de trois cens Officiers reformez
, fortit le 26. Sa Majefté
mit dans Ypres cinq Bataillons
qui furent un de Humieres , un du
Regiment Ducal , & trois de celuy
de Salis , avec le Regiment de
Dragons de Phimarcon. M de la
Cardonniere prit poffeffion de la
Citadelle pour le Roy , qui donna
le Gouvernement de cette nouvelle
Conquefte à M' le Marquis de la
Trouffe , dont la valeur & l'acti-
"
vité
118 MERCURE
vité font connuës.
La priſe d' Ypres nous rend
maiftres de la Scarpe , du Lis , de
PEſcaut , & des principaux Canaux
des Païs- Bas. Tant qu'a duré le
Siege , l'abondance a efté dans le
Camp . On a toûjours veu la Chauffée
qui eft du cofté de Lile , couverte
de Chariots . Tous les Villages
joüiffoient d'une auffi grande
tranquilité qu ' en pleine Paix .
Les Beftiaux eftoient aux Champs .
Les Enfans dançoient , & les Artifans
travailloient dans leurs Boutiques
avec autant de repos que fi
la Guerre euft efté à cent lieuës
d'eux . Ils n'auroient pas eu ces avantages
( à ce qu'ils difent ) s'ils euffent
efté aux Ennemis . Ils publioient
hautement qu'ils ſe tenoient aſſurez
que fi un Soldat François leur faifoit
le moindre tort , il feroit auffitoft
puny , & que c'eftoit ce qui les faifoit
venir tous les jours dans le Camp
chargez de Provifions. Les Ennemis
ont
GALA N T.
119
ont perdu une Doüane tres confidérable
en perdant Ypres. Les Marchands
de Lile qui eſtoient obligez
de leur porter fouvent de l'argent , fe
réjoüiffent de la prife de cette Ville ,
autant que les Efpagnols s'en chagrinent.
Pendant qu'elle eftoit aux
abois , ces derniers tinrent un grand
Confeil de guerre , où le Duc de
Villa Hermofa ne fit point appeller
leComte de Rache Maiſtre de Camp
General. Il s'en plaignit. On luy dit
que les Efpagnols vouloient délibererpar
quel chemin ils s'en retourneroient en
Efpagne, & qu'iln'avoit aucun intereft à
cette déliberation , puis qu'il estoit Flamand.
C'eft vous parler longtemps
d'Ypres fans vous en faire voir le
Plan. Le voicy. Si vous avez efté
fatisfaite de celuy de Gand , vous
devez l'eftre encor davantage de ce
dernier. Vous y verrez les Attaques
de la Ville & de la Citadelle , & tout
le Campement marqué avec tant
d'exactitude , qu'il n'y a pas un Efcadron
120 MERCURE
dron & un Bataillon que vous n'y
trouviez nommé. Il ne s'eft fait aucun
mouvement pendant le Siege où
le Roy n'ait efté préfent. Il a donné
fes ordres par tout. M' de Luxembourg
qui l'Année derniere & cellecy
s'eft toûjours rencontré de jour
quand les Places que Sa Majefté a
prifes ont cherché à capituler , ajoint
tant de conduite & tant d'activité à
fa valeur ordinaire , qu'on ne peut
douter qu'il n'ait beaucoup contribué
à leur priſe . M' de Tilladet
qui eftoit de jour dans le temps que
cette derniere s'eft renduë , a fait voir
beaucoup de tefte & de coeur , auffibien
que M' de Rubantel. Ce dernier
demanda permiffion au Roy de
faire un Logement fur la Contrefcarpe
de la Ville , s'il voyoit jour à
l'entreprife. Il obtint ce qu' il fouhaitoit
, & fit le Logement. M' Catinat
Capitaine aux Gardes , & Major
General , a rendu des fervices
tres-agreables. M' le Comte d'Hoftel
s'éGALAN
T. 121
t
14
s'eftant mis à la tefte des Grenadiers
du Regiment de Navarre , pour donner
avec eux à l'Attaque de la Contrefcarpe
, comme je vous ay déja
marqué , il s'y jetta le premier , &
fervit d'exemple à ceux qui furent
détachez. Les Ennemis ayant fait
alors jouer un Fourneau , plufieurs
des Noftres fe retirerent. Quelquesuns
furent enlevez , & il demeura
avec deux Soldats qui furent tuez
aupres de luy. Il défendit avec une
Pertuifanne , jufqu'à ce qu'elle luy
fut rompue dans la main par plufieurs
coups de Moufquet tirez à bouts portans
, dont l'un lejetta à la renverſe,
& le bleffa à la tefte affez favorablement.
Je ne vous ay point encor parlé
de ce jeune Comte. Quoy qu'il n'ait
que dixneuf ans , il a déja fait plufieurs
Campagnes en qualité d'Ayde
de Camp de M' le Comte du Pleffis.
Il s'eft fignalé à la prife de Valenciennes
& à la Bataille de Caffel. Il eſt
de la Maiſon de Choifeüil , Fils de
Avril. F feu
122 MER CURE
feu M' le Comte d'Hoftel , qui eftoit
Premier Gentilhomme de la Chambre
de feu Monfieur le Duc d'Orleans
, & Petit- Fils de M' le Comte
d'Hoftel qui poffedoit la mefme
Charge , & qu'on a veu Lieutenant
General & Gouverneur de Béthune.
Mr le Marefchal Duc du Pleffis-
Praflin eftoit fon Oncle. Les Pages
de Sa Majesté ont auffi fait leur devoir.
M' de Féron Page de la Petite
Ecurie , reçeut un coup dans fon
Chapeau, comme il en avoit deja
réçeu un à Gand. Il donna avec les
Grenadiers du Roy ; & M" de la
Grange , de Laval , & de Renanfart ,
Pages de la meſme Ecurie , donnerent
avec les Grenadiers de Navarre .
Un Pere Capucin qui a efté autrefois
Moufquetaire , fit paroiftre en cette
occafion tout ce qu'un grand zele &
une extréme charité peuvent produire
dans un courage que la veuë
de la mort n'ebranle point. Il entra
dans la Contrefcarpe en mefme temps
que
GALAN T.
123
que M' de Riotot , & fe trouva dans
les endroits les plus périlleux , où il
affifta également Amis & Ennemis. Il
reçeut plufieurs coups dans fon Man-
= teau & dans fa Robe , qui luy firent
des contufions. Il eft aifé de croire
qu'il y eut beaucoup de Bleffez , les
Ennemis ayant mis déux mille Hommes
dans leurs Contrefcarpes.
Mr le Chevalier de Cauviffon
Lieutenant aux Gardes , fut bleffé
d'un coup de Moufquet.
M' d'Atilly Commandant les Chevaux-
Legers de la Reyne , le fut au
vifage , M' de Vauban à la jambe ,
& Mr le Chevalier d'Efcars eut la
main percée.
M de Plancy - Guene - gaud fut
bleffé en fe fignalant, auffi- bien que
M' de Villeneuve Capitaine au Regiment
de la Reyne , & Ingénieur,
qui le fut dangereufement.
M" Evrard & Répond furent auffi
bleffez . Le premier eft Lieutenant
du Regiment de la Couronne ; &
Pau-
F 2
124
MERCURE
l'autre , Officier de ce mefme Regiment
.
Mile Comte de Limoges , Fils de
Mr de Chandenier , eft mort à Lile
de fes bleffures.
Mr de Vareil Lieutenant Colonel
du Regiment d'Alface, en reçeut une,
dont l'impatience qu'il avoit de donner
fut la caufe.
Mr de Seraucour Lieutenant aux
Gard s , a efté tué.
Me de Naugaret & de la Boulfe
Lieutenans au mefme Corps, ont efté
bleffez .
Mr de Boitiroux Capitaine des
Grenadiers de Navarre , qui avoit
efté bleffé le ſecond jour de la Tranchée
, fut tué dans l'occafion de l'Attaque
des Contreſcarpes.
Mr de Montafelle Capitaine des
Grenadiers du Regiment du Roy ,
fut auffi tué.
Mr Defcrochets Capitaine du Regiment
Dauphin , & Volontaire en
cette occafion, & M de Singlas
CapiGALAN
T. 125
Capitaine du mefme Regiment , ont
efté bleffez , auffi bien que M' Paigne
Capitaine de Dragons , & M'Ripert
Lieutenant de la Couronne.
M' de Meulan Capitaine des Grenadiers
de Humieres , a efté bleffé
de trois coups.
M'de Riotot Capitaine des Grenadiers
à cheval , l'a efté à la teſte.
M' Piat Capitaine des Grenadiers
du Roy, M' de Blecour Capitaine des
Grenadiers de la Couronne , & M
de Mondefir Lieutenant des Grenadiers
du Roy , ont efté auffi bleffez.
Md'Ecuilly Lieutenant des Grenadiers
de la Reyne , a reçeu un coup
de Moufquet.
Mr le Raigre Capitaine de Dragons
, a efté bleffé.
Mr de la Mothe Lieutenant des Grenadiers
à cheval , l'a efté à mort d'un
éclat de Grenade à la tefte , & d'un
coup de Moufquet.
Sept ou huit Moufquetaires blancs,
ont efté auffi bleffez en donnant des
E
3
mar126
MERCURE
marques d'un courage extraordinaire.
Voicy les noms des Moufquetaires
noirs qui fe font fignalez , & qui ont
efté tuez ou bleffez .
Mr de la Barre Marefchal des Logis
, bleffé d'un coup de Moufquet
au cofté , avec une contufion aubras.
M ' de Vincheguerre Brigadier ,
une contufion à la tefte d'un coup de
Moufquet .
M' du Rollet Sous- Brigadier, bleffé
à la tefte d'un coup de Moufquet.
M' de Viben eftant à la Barriere,
y fut tué en fe fignalant.
M' de S. Didier reçeut un coup
de Faux , un coup de Moufquet ,
& un coup de Grenade . Il fut emporté
au Camp , & mourut deux
heures apres .
Mr de Planc , bleffé au bras.
M' de la Mamille , bleffé d'un
coup de Moufquet à la jambe.
M' Blegier , bleffé d'un coup de
Moufquet à la main .
M' de
Villepreux a eu un doigt
emGALAN
T..
127
emporté d'un coup de Moufquet.
M' de Buffy , bleffé d'un coup
de Moufquet dans l'épaule.
Mr de Bufferolle , une contufion
à la jambe d'un coup de Moufquet.
Mr Doreau , bleffé d'un coup de
Moufquet au travers du bras.
M' de Quevrecour , & M' de S.
Loup , bleffez.
Mr le Chevalier de Vaubreüil entra
dans la Barriere , & en chaffa les
Ennemis.
Comme les Mufes s'exercent toûjours
fur de fi grandes Actions , il
s'eft fait quantité de Vers fur cette
derniere conquefte , parmy lefquels
on a trouvé fort agreable ce que M
Briffault fupofe que le Duc de Villa
-Hermofa a écrit aux Bourgeois
d'Ypres. La Lettre eft courte , &
ne vous ennuyera pas . Voicy ce qu'il
luy fait dire.
J'espere de vous davantage
Que des lâches Gantois rendus en quatre jours:
Voftre zele & voftre courage
F
4
Sans
128
MERCURE
Sans doute donneront plus de temps au Secours.
Croyez que je le preffe avec un foin extréme,
Et qu'il doit avancer en bonne intention
Le lendemain, ou le jour mefme De la Capitulation.
J'adjoûte deux Sonnets à cette
Lettre. Le premier eft de M' de
Poclagny , & l'autre de M' Lelleron.
AURO Y,
SUR LA PRISE DE GAND
ET D'YPRES.
SONNE T.
Tout le monde fe plaint ,
O Grand Roy , de ta Victoire,
Enfin la Renommé eft laffe de crier ,
Ta Valeur enfait plus qu'on ne peut publier,
Et le peu qu'elle en dit
croire.
on ne veut pas le
Le Parnaffe à fon tour accablé de ta gloire ,
Pour couronner ton front épuiſe ſon Laurier;
Et les Mufes par tout difent qu'aucun Guerrier
N'exerça jamais tant leur voix & leur memoire.
Pour moy révant déja fur la prife de Gand,
Feffayois de trouver quelque chofe de grand,
Mais
CAM P
de l'Armée du F
D' Y P.
Quartier de M. le
Marefchal
de
l'Orge.
1. Regiment du Roy.
2. Gardes Ecoffoiffes.
3. Gendarmes Anglois.
14. Regiment du Roy.
5. Gendar. de Bourgogne.
6. Gendarmes Flamans.
7. Regiment du Roy.
8. Gendar. de la Reyne.
9. Gendarmes d'Orleans.
10. La Couronne.
11. Ch.Legers de la Reyne.
12. Ch. Legers d'Orleans.
13 La Couronne.
14. Gendarmes Dauphins.
15. Vermandois.
16. Ch. Legers Dauphins .
17. Gendarmes d'Anjou.
18. Gardes Suiffes.
19. Ch. Legers du Roy.
20. de l'Orge.
21. Gardes Suiffes.
22. de l'Orge.
Le Village de Veeck
quartier du Roy.
22. de l'Orge.
23. Gardes Suiffes..
à commence
28. Duras.
29. Gardes Françoifes,
30. Duras.
Quartier de S.
Monfeigneur
le Duc .
31. Gardes Françoiſes.
32. Nouailles .
33. Gardes Françoiſes.
34. Noailles .
35. Gardes Françoiſes.
36. Tilladet.
37. Dauphin.
La Seconde Brig
ou eft le quart
de M. le Marefc
de Luxembourg
38. Tilladet.
39. de Humires.
40. Villeroy.
41. Piedmon
42. Salaffe.
43 Villeroy.
44 Varenne."
14.s.. Alfaca
1 E
MENT
Koy autour de la Ville
Soy
R E S,
r depuis le Canal.
La Village de Hol- 70. Dudot.
lebercke eft l'Ho- 71. Pargontal.
fpital.
A. so. Bezons.
51. La Reyne.
52. Bezons.
53. La Reyne.
54. Craffin.
72. Phiffer.
73. Hennequin.
Quartier de Mr.
Marefchal de
Schomberg.
Le Moulin de Hol - 74. Stoupa.
lebercke.
55. Greder.
56. Dureffé.
58. Dureffe.
ade
57. Greder.
75. Florenfac.
76. Stoupa.
77. du Torail.
78. Magaloty.
79. Dumont.
80. Magaloty.
81. Rozen.
82. Navarre .
ier
Quartier du commun
des Vivres. La
hal
;
59. Leftang.
Leftang.
60. Salis.
61.
Mongommery.
62. Salis .
63.
Mongommery.
64. Salis.
65. Courron.
66. Mellot.
2. Ligne qui
couvre le Quartier
du Roy.
83. le Colonel General.
84. Orleans.
85.
Bordage.
86.
Cravates .
87.
Mousquetaires blanc
98.
Mousquetaires noire,
Gunadi da
GALAN T. 129
Mais à ce feul Exploit ma Mufe en vai s'arrefte.
Ypres fuit , on l'attaque, il eft pris, c'en estfait,
Et mon efprit confus par cette autre Conquefte,
A peine a-t-il le temps de te faire un Sonnet.
Y PRRES
AU ROY ,
J'ay fait tous mes efforts , n'en doute pas ,
Grand Roy,
Pour arrefter long-temps ta rapide vaillance ,
Quoy queje feuſſe bien qu'il n'est point de
defence ,
Que ne force fans peine un Héros comme Toy.
Je n'apprehendois pas la rigueur de ta Loy ,
Ta bonté m'exemtoit de craindre ta vangeance,
Et j'auroisfans combat fuby le joug de France;
Mais enffes-tu gardé quelque estime pour moy?
Simes Forts attaquez ne t'avoient pas fait tefte,
Ton courage en auroit méprifé la Conquefte,
Fay voulu rehauffer ta gloire en refiftant.
Par tout ce que ma priſe a pûfoufrir d'obstacles,
F'ay retardé fix jours le cours de tes miracles,
Et je doute qu'une autre en puiſſe faire autant .
Les Vers dont le tour & les nobles
expreffions donnent fouvent aux
F 5
Aca
130
MERCURE
Actions qu'on décrit un air pompeux
qui les fait paroiftre plus éclatantes ,
n'ont point affez de force pour bien
dépeindre les furprenantes Conqueftes
du Roy , & ne feront point
appeller les Poëtes menteurs fur ce
qui regarde fa gloire. Les prifes des
plus importantes Places de la Flandre
que ce Grand Prince foûmet en cinq
ou fix jours , ne font point des
fictions . Ce font des réalitez qui ne
donnent pas moins d'admiration que
d'étonnement à toute l'Europe ; &
les Te Deum folemnels qu'on fait
chanter fi fouvent pour rendre graces
à Dieu de tant de Victoires ; font
connoiftre avec quelle rapidité ce
glorieux Conquérant vient à bout de
toutes fes entrepriſes . Je ne vous parle
jamais de ces fortes de Cerémonies,
parce que je ne vous en puis rien dire
que vous ne cachiez . Ily a eu cependant
une circonftance particuliere
dans le Te Deum qu'on a chanté pour
Ypres , que je ne vous fçaurois laiffer
ignoGALAN
T.
131
ignorer. Apres que le Parlement fut
placé dans le Choeur de l'Eglife de
Noftre-Dame , le Grand Maiſtre de
Cerémonies , qui en avoit reçeu l'ordre
exprés du Roy , alla prendre
Monfieur le Chancelier dans le petit
Archevefché , & l'amena en fa place .
C'eſt ce qui ne s'eftoit point encor
pratiqué en pareille occafion ; mais il
ne faut pas s'étonner qu'on faffe des
chofes extraordinaires pour des Hommes
d'un mérite fi peu commun .
Auffi - toft que Gand fut pris ;
Monfieur le Duc de S. Aignan qui
ne laiffe échaper aucune occafion de
faire paroiftre au Roy l'attachement
particulier qu'il a pour fa gloire &
pour fon fervice , luy témoigna par
cette Lettre la joye qu'il reffentoit
de la continuation de fes Conqueftes.
F 6 LET132
MERCURE
LETTRE
DE MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN ,
AURO Y.
SIRE ,
Je m'estimerois fort heureux , fi je
pouvois auffi-bien inventer de nouveaux
termes pour feliciter V. M. fur la grandeur
defes Conqueftes, comme Ellefçait
trouver les moyens de les augmenter tous
les jours. La gloire de l'Eloquence , &
celle de la Valeur , font bien diferentes;
la premiere confisteprincipalementà n'ufer
point de redites , & l'autre à prendre de
fortes Places , & àgagner des Combats.
Vous eftes , SIRE , toujours femblable à
Vous- mefmes ; c'est à dire toujours Conquerant
& Victorieux. Aucun ne vous
ajamais égalé , & nul ne vous égalera
jamais. Mais on trouve bien plus de
difficulté à vous lover , que vous n'en
avezà vous rendre loüable . Je me contenteray
donc d'admirer V. M1. dans un
reGALAN
T. 133
refpectueux filence ; & nauray deparoles
que pour luy témoiger ma joye des merveilleux
effets de fa prudence & de fon
courage, fansy rien adjoûter que les proteftations
tres-foumifes d'eftre à jamais ,
SIRE ,
De Voftre Majefté ,
Le tres-humble , tres- obeïffant &
tres-fidelle Sujet & Serviteur ,
L. D. D. S. A.
Le Roy luy fit l'honneur de luy
répondre en ces termes.
REPONSE DU ROY.
A M' le Duc de S. Aignan .
Mon Coufin , Jay là votre derniere
Lettre avec la mefme fatisfaction que
toutes les autres que vous m'avez écrites
en divers temps fur la profperité de mes
armes . Vous devez mefme vous tenir
affuré par avance d'un pareil agrément
pour celles que vous pourrez m'écrire à
Pavenir fur ce fujet là , fçachant qu'il
n'y a perfonne qui s'intereſſe plus que vous
à ma gloire & à monfervice. C'est dans
F 7
cette
134 MERCURE
cette confiance que je prie Dieu qu'il vous
ait , Mon Confin, enfa fainte & digne
garde. Au Camp devant Ypres le
24. Mars 1678.
Signé, LOUIS.
Il y avoit pour Sufcription ,
A Mon Coufin le Duc de S. Aignan , Pair de
France.
En vous faifant le détail du Siegé
d'Ypres , j'ay oublié de vous parler
de M' le Chevalier de Thoury , qui
s'y eft diftingué aux principales Attaques.
Il eft de la Maifon de ClermontTonnerre,
& fervoit en qualité
de Volontaire. Apres que cette Place
eut efté reçeuë à capituler , M'
de la Cardonniere le choifit pour
aller préfenter au Roy les Oftages
qu'envoya le Gouverneur. Sa Majefté
ne s'en eftant pas contentée ,
parce qu'on ne donnoit que deux
Capitaines d'Infanterie , ce Chevalier
eut ordre d'en aller demander
d'autres. Il n'eft âgé que de vingtdeux
ans ; & le Roy pour luy marquer
GALAN T.
135
quer l'eftimé qu'il fait & de fa naiffance
& de fon mérite , luy a donné
une Compagnie de Chevaux - Legers
avec des paroles tres- obligeantes. On
la peut compter entre ce qu'il y en a
de plus leftes dans fes Armées . Elle
eft dans le Regiment de M' le Marquis
d'Eftampes , dont Mr le Chèvalier
de Thoury eft Parent , auffibien
que de Meffieurs les Ducs de
Luxembourg ; d'Ufés , S. Aignan,
& de Noailles , non feulement du
cofté de la Maifon de Clermont dont
il eft forty , mais auffi par fa Bifayeule
Claude de Rohan , qui luy
donne alliance avec tous les Princes
Chreftiens.
Je vous ay fait part de quantité
d'Avantures dont j'ay eu foin de vous
éclaircir les plus effentielles particularitez
. L'amour en a produit une
depuis peu que je ne commenceray à
vous déveloper aujourd'huy que par
fa derniere circonftance. Au moins
ce que vous y comprendrez ne vous
fera
136
MERCURE
fera pas fufpect d'eſtre inventé , puis
que pour ſe mettre à couvert de quel - ¨
ques pourfuites qui ont pû ſembler à
craindre , on a eu recours à une Perfonne
du plus haut rang. La Lettre
qui fuit vous en apprendra davantage.
Elle eft écrite par un Inconnu à
Monfieur le Duc de S. Aignan.
MONSEIGNEUR
Il n'eft pas bien étrange que je vous
connoiße fans eftre connu de vous . Vous
eftes un fort grand Seigneur , je fuis un
Gentilhomme affez malaisé. Vous eftes
fansparler de voftre Dignité , remarquable
par cent beaux endroits qu'il n'eft pas
permis d'ignorer à quiconque a mis le
pied dans le monde , & l'on ne peut
trouver chez moy qu'une mediocrité languiffante
, qui fait qu'à peine fuis-je diftingué
dans mon Village . Ie fuis toutefois
fingulier en cecy ; c'est , Monfeigneur
, qu'à l'âge de quarante-cinq ans
que j'ay fur la tefte , je fuis tout auſſi
fou qu'un Homme de quinze , & fur
le
+
GALART .
137
le tout auffi amoureux que vous l'eftiez
peut- eftre à vingt. Ce qui mefauve un
peu du ridicule là-dedans , c'est que par
toutes les apparences du monde, je fuis
aimé , puis que la Perfonne que j'aime
veut tout abandonner , & paffer en
Angleterre avec moy. C'eft affez vous
en dire
pour vous faire entendre que ma
paffion n'est pas generalement approuvée.
Mais l'Amour n'a- t- il pas fes droits ?
& quelqu'autre les connoift - il mieux
que vous ? Sur cela , je vous demande
voftreprotection , de cent cinquantelieuës,
je vousfuplie tres- humblement, Monfeigneur,
que nous puissions trouver un
feur azile dans votre Gouvernement ,
attendant une bonne occafionpour mettre
la Mer entre nous & nos Ennemis. Ce
qu'il y a de rare en cette conjoncture ,
c'est que je m'adreſſe à vous qui ne me
connoiffez pas , par préference à quelques
fameux Ingrats qui pourroient me fervir
à la pareille. C'est un coup de vostre
afcendant & de la bizarreriede mon Etoile.
Pour mon Nom , vous ne lefçaurez
138
"
MERCURE
rez point , Monfeigneur , que vous ne
m'ayez donné le courage de vous le dire,
& voicy comment. Si cette nouveauté
trouve grace devant vous , il ne faut
que me le faire fçavoir en adreffant vos
ordres au Maiftrede la Pofte de *** pour
les faire tenir au Chevalier Inconnu. Je
les recevray feurement , & vous entendrez
bientoft parler de moy. Il ne me
reste plus qu'à vous Juplier tres-humblement,
Monfeigneur, que cette audacieufe
Lettre ne vous donne point une idée
libertine du tres- humble refpect queje prétens
vous rendre toute ma vie, duquel
vos bontez mefmes ne feroient pas
capables de me faire écarter. Jefuis une
efpece de Provincial unpeu dépaisé , qui
Sçay ce qu'on doit à un Homme durang
que vous tenez en France , & ce qu'on
doit encor à meilleur titre à voftre vertu.
Ce feront toujours lesfentimens , Monfeigneur
De voftre tes-humble & tresobeïffant
Serviteur.
MonGALAN
T. 139
Monfieur le Duc de S. Aignan qui
toûjours efté auffi galant que civil,
n'a pû ſe défendre d'accorder fa protection
à cet Inconnu . Voyez -le par
cette Réponſe .
Voous ne vous eftes point trompé , Chevalier
inconnu ; je fuis Homme à tenter
toutes les avantures qui ne chaquent point
le fervice du Roy , ny la droite juftice. Si
mon peu de mérite m'a empefché de bien
connoiftre l'Amour par moy-mefme , je
n'ignore pas quel est fon pouvoir dans les
quatre Parties du Monde . La maniere
obligeante dont vous me préferez à ces
fameux Ingrats de qui vous me parlez
fi galamment , eft digne de tous les foins
de tous les fervices que je pourrois
vous rendre. Venez voir
par
Pépreuve
fi la Renommée m'a flaté en vous di-
Jant du bien de moy, &fi elle vous
donnera lieu de vous repentir de voftre
confiance. Raffurez le courage peut- eftre
encor chancelant de voftre fidelle Maiftreffe
, fi elle doute de trouver un azile
chez
140
MERCURE
chez moy, & remarquez, fur l'un de
mes Cachets, que le Havre eft un Port
pour les Mal-heureux , comme un Ecueil
pour les Superbes. Apres cela partez
, heureux Couple d'Amans , &
vous connoiftrez que lors qu'on a l'honneur
de fervir la Perfonne d'un Grand
Roy le plus honnefte Homme du monde,
on deviendroit civil quand on ne le feroit
pas naturellement. La maniere
dont vous m'écrivez , me fait voir que
vons l'eftes beaucoup ; & fi voftre Dame
a autant de beauté que vous avez
d'efprit , je vous tiens auſſi fortuné d'eftre
bien aupres d'elle , que je le fuis
d'eftre employé par vous de qui je veux
toujours eftre le tres-humble, &c.
Monſeigneur le Dauphin qui eſt
merveilleuſement bien à cheval , s'y
fit admirer il y a quelques jours en
courant la Bague pour la premiere
fois. Il l'emporta dés la feconde
courſe qu'il fit , & j'ay fçeu qu'ayant
continué depuis à fe donner
ce
GALAN T.
141
ce mefme divertiffement , il l'avoit
fouvent emportée plufieurs fois de
fuite, avec une adreffe qui ne charme
pas moins qu'elle furprend.
"
Je vous envoye un Sonnet qu'a
fait M' du Mats pour ce jeune Prince.
Il eſt Secretaire de Monfieur le
Duc de Cruffol Premier Pair de France
, & a du talent pour la Poëfie.
Il n'avoit pourtant fait jufque-là que
de petits Vers qui n'eftoient veus
que de fes Amis. On en parla à Monfeigneur
le Dauphin qui luy ordonna
de faire un Sonnet pour luy.
Il s'en défendit fur ce que le Sonnet
eftant l'ouvrage le plus difficile,
il n'avoit pas affez d'habitude à faire
des Vers pour s'y hazarder ; mais ce
Prince n'ayant point voulu recevoir
fes excufes, il fut obligé de luy obeïr,
& voicy ce qu'il luy donna avec
beaucop d'applaudiffement de tous
ceux qui l'entendirent .
A MON142
MERCURE
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
SONNE T.
Vous l'ordonnez , Grand Prince , il faut
vous fatisfaire ,
Excitons noftre veine & tâchons de rimer ,
Un tel commandement a droit de me charmer;
Mais il n'eft pas aisé pour un esprit vulgaire.
Où prendray-je un Sonnet ? comment le puisje
faire ?
Par mille vains efforts je cherche à m'animer,
Nulle favante ardeur ne me vint enflâmer ,
Du brillant Dieu des Vers nul
claire.
rayon ne m'é-
Charmant & digne Fils du plus puiſſant des´
Roys,
Qui prenez vos leçons fur fes fameux Exploits,
Et qui brûlez déja de les mettre en pratiques
Si ma Mufe aujourd' huy pour vous n'ofe
chanter ,
Quand vous exercerez voftre ardeur beroïque ,
Seray-je affez hardy pour ofer le tenter ;
Cet autre Sonnet a efté adreffé
au Roy fur ce mefme Prince .
A U
GALAN T.
143
AURO Y.
SONNE T.
LE jeune Loüis est tout preft.
Parle, Grand Roy. Sa marche étonnéra`l’Ejpagne,
Tu le voulois tel qu'il pareft ,
Avant qu'il commençat fa premiere Campagne.
du coeur, on le conneft , Il a
Mais pour apprendre à vaincre , il faut qu'il
t'accompagne.
Tu gagnas plus jeune qu'il n'eft
Bien plus d'une Victoire, il eft temps qu'il engagne.
Tes foins luy nuifent aujourd'huy ,
Retire pour un temps ta tendresse de luy.
Si tu ne veux pas qu'il commande,
Accepte fon fervice au moins en tes projets ,
Car ne vouloir pas qu'il ten rende ,
C'eft luy faire envier le fort de tes Sujets.
Le Madrigal fuivant eft de M'
de Roux .
A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN,
Sur le Retour du Roy.
Grand Prince , le Ciel débonnaire'
Nous fait voir de retour voftre Invincible Pere.
Des
144
MERCURE
!
Des Flamans fubjuguez les trop heureux Ramparts
Nous avoient trop long - temps dérobé ſes regards.
Apres quele plaifir qu'ilprendparmy les armes
Nous a donné pour luy les plus vives alarmes,
Ce Grand Roy fi chery des Dieux
Revint à nous victorieux ,
Afa valeur tout doit hommage
Rien ne peut plus luy refifter.
Tous les Héros pourront admirer fon courage,
Mais vous feul pourrez l'imiter.
La Déclaration du Ruisseau qui
vous a tant plû ; a fait parler plus
d'une Prairie , & je n' attens pas
moins de l'ingénieuſe fiction qui a
fait donner le nom de Mufette à
une Belle dans une Affemblée des
Amours. Le galant & fpirituel Berger
qui l'a tournée d'une maniere fi
fine & fi délicate , a déja trouvé
un Rival. Voyez par ce qu'il luy
écrit , s'il y a lieu de penfer que
l'Avanture demeure fans fuites.
A. M.
GALAN T. 145
A. M. D. P.
Sur la Lettre qui a paru de luy , à
Mademoiſelle P. B. dáns le Mercure
du mois de Mars .
C'eft un joly petit Bijou qu'une Mufette
, vous ne pouviez donner à
voftre Maiftreffe un nom qui luy convinst
mieux, & qui euft plus de raport
à celuy de fon Berger que vous vouliez
porter,
Si ce n'eft qu'appeller Mufette
Celle qui vous fit faire un difcours fi
charmant ,
Soit parler d'elle foiblement .
Quand elle peut paffer pour une Muſe
faite.
Ma qualité de Rival ne me permet
pas de vous louer de tout ce que vous
avez dit fur elle , & je ne trouve pas
qu'il foit difficile de bien chanter fur un
fi bel Inftrument. Pour moy qui n'eus
jamais voftre adreffe , Pinclination que
je me fens pour luy ne me feroit pas
defefperer den remporter le prix fur
vous , fi la voix publique ne vous l'a-
Avril.
G voit
i
146
MERCURE
voit donné avant mefme qu'on fçeuft
s'il ne fe prefenteroit perfonne pour vous
le difputer. Il est vray que c'est aux
Bergers qui vous reffemblent à bien toucher
les Mufettes , & que ceux à qui
elles font chanter d'auffi belles chofes qu'à
vous, fe peuvent vanter d'exeller en
cet Art : mais s'il fe trouvoit des Gens
qui fans fe piquer de le fçavoir fi parfaitement
, ne laiffaffent pas de pouvoir
dire d'agreables chofes fur elles, & chez
qui l'inclination enft fait ce que l'habitude
feule a peut - eftre fait chez vous ,
n'avouriez vous pas qu'ils feroient en
droit de ne vous le pas ceder ?
Il en eft ainfi de nous deux ,
Vous eftes plus adroit , & moy plus
amoureux ,
Et le coeur de noftre Maiftreffe
Que vous touchâtes par adreffe
Saily peut- eftre quelque jour
D'une moins aveugle tendreffe ;
Rendra juftice à mon amour.
Ne croyez donc pas que vous faffiez
toujours d'elle ce qu'un Berger peut
faire de fa Mufette. Elle ne fera pas
d'buGALAN
T.
147
d'humeur à vous fuivre par tout , &
à fe laiffer infpirer tout ce que vous
voudrez. J'efpere mefme qu'elle reconnoiftra
bientoft qu'il y eut de la préfomption
& de la temerité de votre part
à luy donner le nom de votre Mufette ,
· à prendre celuy de fon Berger. En
ce cas, j'ay lieu de croire qu'elle ouvrira
les yeux fur la refpectueuse paffion
qui me fait foûpirer pour elle , & qui
borne mes avantages à la qualité que
je prens de fon Serviteur. Peut - eftre
douterez- vous au peu d'emportement que
Je vous fais paroistre que je fois un veritable
Rival , & que je combate vos
fentimens par intereft plutoft que par
divertiffement; mais fçachez que je fuis
de ceux qui fe laiffent plus gouverner
leur raifon qu'à leur paffion, & qui ne
fouffrent patiemment qu'un autre fe dife
heureux aupres de leur Maiftreffe , que
parce qu'ils n'en croyent rien , ou qu'effectivement
ils ne defefperent pas d'avoir
leur tour. Pendant que Vous avez
fait paroiftre la noftre fous le nom d'une
G 2
à
Prai148
MERCURE
Prairie , & que vous luy avez declaré
voftre amour en qualité de Ruiffeau,
j'ay gardé le filence ; mais quand j'ay
veu que le fien vous rendoit audacieux
& temeraire, j'ay crû que le titre de
fon Amant qui m' eftoit comun avec
vous , m'obligeoit à vous parler pour
elle & pour moy, & à vous faire remarquer
que tout accomply que vous
eftes , voftre merite a moins contribué
à luy faire accepter le nom de vostre
Mufette , que fa douceur & le panchant
qu'elle a de vous obliger.
Vous eftes fur ce pied pres d'elle ,
Qu'elle trouve tout bon ce qui luy
vient de vous ,
Ménagez bien pourtant une flame fi
belle ,
Et craignez toûjours fon couroux ;
Une liberté criminelle ,
Irrite quelquefois le Juge le plus doux
Non , mon Rival, ne vous prévavalez
pas tant de fa douceur , elle remarquera
quelque jour elle- mefme qu'elle
a en trop d'indulgence pour vous ;
&
conGALAN
T.
149
& confufe de l'autorité qu'elle vous aura
laiſſe prendre fur fon efprit , loin de
vous permettre encor de l'appeller voftre
Mufette, & de vous reconnoiftre pour
fon Berger , elle s'offençera de la continuation
de vos hommages. Cet avis eft
plus d'un Amy que d'un Rival, &
quand il vous apprend à vous maintenir
dans les bonnes graces de la Perfonne
que nous aimons tous deux , vons
aurez de la peine à croire qu'il vienne
de moy, ou du moins vous chercherez
long temps le motifqui me fait vous par-
·ler de cette forte.
Mais vous ne trouverez jamais
Que j'époufe les interefts
D'autre en cela que de Silvie ,
Je fuis jaloux de fon honneur ,
Et m'en dût - il coufter la vie >
Je ne fouffriray pas qu'elle foit mal
fervie ,
De qui fe dit fon Serviteur.
Il femble mefme que vous ayez eu
deffein de faire voir le pouvoir que vous
croyez vous eftre acquis fur elle , & que
vous ne luy ayez donné le nom de votre
Mu150
MERCURE
Mufette que pour nous apprendre qu'elle
vous appartient , & que vous eftes le
Berger qui vous en fervez. Pour moy
J'aurois mieux aimé l'appeller ma Bergere
, & prendre le nom de fon Chien ,
puis qu'au moins elle auroit conferve par
là le droit de fupériorité que vous luy
oftez.
Elle feroit toûjours maiſtreſſe ,
Et quand je la fervirois bien ,
Le moyen qu'elle puſt refuſer fa tendreffe
Aux foins affidus de fon Chien ?
Ce ne feroit pourtant pas l'intereft
qui me la feroit fervir en cette qualité ;
auffi ne croy je pas que cet Animal envifage
dans ce qu'il fait pour fon Maiftre
le bon traitement qu'il en doit attendre
pour Pavenir. C'est plutoft un attachement
genereux qu'il a pour luy ; qui
Pengage afaire toutfon bonheurduplaifir
de luy prouver fa fidelité.
C'est ainsi que j'agis pour la Belle que
j'aime ,
Je luy fuis obligé du beau feu que je
fens ,
L'honGALAN
T. 151
L'honneur de la fervir m'eſt une gloire
extréme ,
Et comme je n'ay point de defirs plus
preffans ,
Que de luy faire affez connoiſtre
Que je la reçois pour mon Maiſtre ,
Mon coeur par tant d'amour attaquera
le fien ,
Qu'un jour ma Bergere peut- eftre
Voudra confiderer fon Chien ,
Mais quoy que cette qualité de fon
Chien ait quelque chofe de fort foumis ,
je doute qu'elle me permift de la-prendre.
Tout le monde n'a pas les mefmes privileges
que Vous , & l'air dont il mefemble
qu'elle me regarde me fait croire que
ce qui nous conviendroit le mieux , ſe
roit que je l'appellaffe ma Joye & qu'elle
m'appellaft fon Chagrin. En effet , je
m'apperçois que ma vene ne luy eft pas
moins infuportable que fa prefence m'eft
chere. Fay donc tort , puis que je ne
fuis pas mieux aupres d'elle , de vousy
vouloir faire paffer pour temeraire , &
je voy bien que quoy que je falſe , elle
fera toujours voftre Mufette , & vous
toujours fon Berger.
Mon-
A
G4
152
MERCURE
Monfieur le Marefchal Duc de la
Feüillade arriva à Toulon au commencement
de ce Mois , avec les
Troupes que le Roy avoit longtemps
entretenues au Secours des Meffinois.
Plufieurs Familles de ce Païs-là l'ont
voulu accompagner en France. Il
eftoit monté fur le Monarque , &
fuivy du Pompeux , du S. Michel ,
du Lys , du Vermandois , de l'Aimable
, & de quantité de Baftimens
de charge. L'Aẞuré , le Furieux ,
& le Parfait , arriverent quelques
jours apres. Dix Vaiffeaux ont eſté
nommez pour aller en Catalogne ,
où M de Montauban & M' de
Cafaux vont fervir. Ces Vaiffeaux
font le Monarque , le Pompeux , l'Affuré,
l'Eclatant , le Fougueux , le
Vaillant, le Fleuron, l'Aquilon, le Sanspareil,
& Heureux.
Le Roy a nommé Monfieur de
Varangeville pour l'Ambaffade de
Venife , qui eft une des plus belles
de France. Il a la naiffance , l'efprit,
& tout
1
1
GALAN T.
153
& toutes les autres bonnes qualitez
qui font neceffaires pour en foûtenir
Phonneur , & répondre dignement
au choix de Sa Majesté.
Quant à ce qui regarde le Mariage
de Mademoiſelle Charreton dont je
vous parlay la derniere fois , vous
avez raifon de me dire qu'il faut
qu'on fe foit trompé au nom de M '
d'Hillain Seigneur de Baroges , parce
que ny vous ny vos Amis , vous
ne connoiffez aucun Confeiller dans
le Parlement qui porte ce nom. Je
vous ay déja avertie qu'il eftoit quelquefois
malaifé de ne faire pas ces
fortes de fautes par le peu de foin
qu'on prend de bien écrire les Noms
propres dans les Mémoires qu'on
m'envoye. Au lieu de M ' d'Hillain,
vous avez dû lire M d'Hillerin ,
Seigneur de Bazoges , Confeiller &
Sous-Doyen de la Cinquiéme des
Enqueftes. Il s'eft acquis beaucoup
de réputation dans fa Compagnie ,
& eft Neveu de feu M' d'Hillerin ,
G5
qui
154
MERCURE
qui eft mort Confeiller Clerc de la
Grand' Chambre.
J'auray beaucoup de chofes à
vous dire fur les Complimens
qui ont
efté faits au Roy apres fon retour
par toutes les Compagnies
Souveraines.
En attendant que j'en fois entierement
informé pour finir ma
Lettre par cet Article , je vous.fais
part de ce qui a efté dit à Leurs Majeftez
par Monfieur l'Envoyé de Portugal
, dans les mefmes termes dont
il s'eft fervy en leur parlant. La Langue
Eſpagnole ne vous eft pas moins
familiere que l'Italienne
. Vous expliquerez
ces Complimens
à vos Amies.
Voicy celuy qu'il fit au Roy,
ayant efté conduit à l'Audiance
avec
les cerémonies
accoûtumées
.
En nombre del Principe mi Senor , doy
à V. M. el parabien de haverfe recogido
defta Campana tan gloriofo. Bien entendia
el Principe mi Senor que avia de
Ser ally, porque fabe que en las acciones
de
GALAN T.
155
de V. M. no tiene parte la Fortuna . El
orden admirable con que V. M. fabe dif
poner fus altas empresas , bazelos fucceffos
de la guerra no dudofosy contingentes
, fino ciertos è infalibles. Peroyo,
Senor , no doy à V.M.folamente elparabien
de las vitorias confeguidas , fino
tambieny con mucha razon , de que entre
tantos Laureles efcuchaffe V. M. benignamente
la platica de la Paz, porque
con efta accion moftrò V. M. que tiene
valor para fufpender efte rayo , para
embaynar efta efpada vencedora. Moftrò
V. M. que tiene grande amor àfus Pueblos,
y mucha piedad ya de fus Enemigos,
y finalmente moftrò V. M. que puede
vencerfe à fi mifmo , vitoria que algun
otro Monarca jamas pudo confeguir.
Logre V. M. infinitos los triumfos ,
que todos eftimarafumamente el Principe
mi Senor , y fus Miniftros los fabran
aplaudir por todo el mundo.
Apres que cet Envoyé eut ainfi
parlé au Roy , il fut conduit à l'Audian-
G 6
156
MERCURE
diance de la Reyne , à laquelle il fit
ce Compliment.
1
En nombre de los Principes mis Senores
doy à V. M. el parabien de fu venida.
Cierto era que V. M. avia de recogerfe
triumfante, porque poco o nada podian
efta vez impedir las fombras de refiftencias,
pues todas las vence el Solquando
Sale ; y fi el de un Polo influye en el
otro , infalible quedava que llegando fe
V.M. à las conquistas , avia de influir
ardimientos que affeguraffen vitorias . En
efta occafion viò la Francia y conociò la
Europa que es verdad en V. M. en efte
figlo lo que en los paffados fingiò la Gentilidad
en Palas Diofa de la Guerre.
V.M. ha confeguido efte titulo , y
los
Principes mis Senores eftimaran que le
logre muchos anos entre crecidos triumfos.
La délicateffe a fes charmes , mais
il cft quelquefois dangereux d'en
avoir trop en amour. Deux Perfonnes
d'un fort grand mérite avoient
pris
GALAN T.
157
pris l'un pour l'autre un attachement
tres- particulier. Ils en faifoient tout
leur bonheur , mais ce bonheur
n'eftoit pas toûjours tranquile , parce
que la moindre bagatelle fuffifoit
pour le troubler. Une civilité trop
complaifante que le Cavalier auroit
eue dans l'occafion pour quelque
Dame, luy auroit attiré des reproches
de fa Belle ; & fi la Belle euft
fait quelque Partie de Comédie ou'
de Promenade fans le Cavalier , il fe
feroit plaint de la préference qu'elle
auroit donnée à fes Rivaux. Ils s'eftoient
promis fur tout de ne point
courir le Bal l'un fans l'autre dans le
Carnaval dernier. La liberté qui femble
eftre plus grande fous le Maſque
ou pour parler, ou pour écouter, leur
eftoit fufpecte ; & pour éviter tout
fujet de plainte , ils s'eftoient engagez
à fe rendre témoins l'un l'autre
de tout ce qui leur pourroit arriver
en fe déguifant. Cet accord avoit efté
fçeu d'un Rival caché , qui fans avoir
G 7
fait
158
MERCURE
fait connoiftre fa paffion , cherchoit
à broüiller les deux Amans pour profiter
du defordre. Il fe fervit de la
premiere occafion qu'il en trouva.
La Dame avoit rendu vifite affez
tard à une Amie qui la retint à fouper.
Il en fut témoin , & ayant remarqué
qu'elle n'avoit pas renvoyé
fes Gens , parce qu'eftant maîtreffe
d'elle-mefme, elle n'avoit à rendre
compte de fes actions à perfonne , il
prit ce temps pour chercher le Cavalier
qui ne le foupçonnoit pas
d'eftre fon Rival. Apres quelque entretien
fur plufieurs chofes indiférentes
, ils tomberent fur les Divertiffemens
de la Saifon . On n'oublia
pas les Bals. L'adroit Rival demanda
au Cavalier s'il n'accompagnoit pas
fa Belle qui y devoit aller ce foir- là .
Il feignit d'avoir entendu parler de
cette Partie, fans qu'on luy euft
nommé ceux qui en eftoient . Le
Cavalier fort furpris , diffimula fon
chagrin. Courir le Bal fans l'en
averGALAN
T.
159
avertir , apres ce qui avoit efté arrefté
entre la Perfonne qu'il aimoit
& luy , c'eftoit un crime de Leze-
Amour qui ne fe pouvoit pardonner.
Il fe dégage de fon Rival , court
chez fa Belle , l'attend plus d'une
heure , & l'attendant inutilement
fans qu'on luy puiffe dire où elle eft,
il ne doute point qu'il ne foit trahy.
Il fort , retourne chez luy , fe déguife
, & va dans un lieu où il y
avoit un de ces grands Bals qui attirent
ordinairement tout Paris. Il y
danfe , fe fait remarquer , examine
tout le monde , & ne découvrant
point ce qu'il cherche , il fe met en
tefte qu'on l'a fuy fi-toft qu'on l'a
reconnu , & qu'on eft allé joüir
d'une converfation agreable dans
quelque Affemblée de moindre éclat .
Il va par tout où il peut aprendre
qu'il y en a , & perdant fes pas & fes
foins par tout , il revient chez luy
avec tous les fentimens de rage que
la plus forte jaloufie puiffe infpirer.
Ce160
MERCURE
Cependant fon Rival qui employe
des Eſpions, découvre qu'il eſt allé au
Bal. C'eftoit par là qu'il avoit crû
le brouiller avec fa Maiſtreffe. Il
envoye quelques Amis au heu mefme
où elle a efté retenue à fouper .
On met devant elle les plaifirs du
Carnaval fur le tapis. On luy propofe
une Partie de Mafques qu'elle
refufe ; & comme fans affectation on
luy fait connoiftre que fon Amant
eft allé chercher les Affemblées , elle
fort jaloufe , revient chez elle , &
paffe comme luy une tres- mefchante
nuit par l'inquiétude d'une prétendue
infidelité dont ils fe foupçonnent
l'un l'autre , & dont aucun des
deux n'eft coupable. Le lendemain
dés neuf heures du matin , l'Amant
va trouver fa Belle. Il eft reçeu d'un
air froid qui augmente fa jaloufie. Il
fe , perfuade que les proteftations de
quelque Rival le font regarder d'un
autre ceil qu'on ne le regardoit toûjours.
Il fe plaint. On luy répond
d'un
GALAN T. 161
d'un air férieux que la plainte luy
fied bien. Grands reproches de part
& d'autre , fans rien expliquer. La
Dame foûtient qu'il faut eftre auffi
bonne qu'elle eft pour le foufrir un
moment apres qu'il eft capable de
l'oublier au point qu'il a fait. Iljure
que depuis le foir précedent elle a
occupé tout fon temps fans qu'il ait
fongé qu'à elle feule. On rejette fes
fermens . Il offre la preuve. On l'accepte,
parce qu'on la croit impoffible.
Il s'y foûmet , & ne voulant
pas fe contenter de la parole , il demande
une Ecritoire & du papier,
afin que juftifiant l'employ de tout
fon temps par articles , la Belle puiffe
examiner à loifir de quelle maniere
il a toûjours pensé à elle , fans qu'aucun
autre foin ait pû l'occuper. Il
entre dans le Cabinet de la Dame ,
& y fait plus que d'écrire , Comme
il fçavoit fort bien deffiner , il trace
une espece de Cadran marqué
dans le haut , qu'elle doit commencer
162 MERCU RE
cer à lire par ce qu'elle trouvera écrit
entre neuf & dix heures ; & ayant
expliqué fur chacune tout ce qu'il a
fait depuis le foir , il fort en l'affurant
qu'il ne s'eftoit jamais rendu un
compte fi jufte ny fi veritable que
celuy qu'il luy laiffoit. La Dame
qui ne s'attendoit qu'à un Billet ,
fut fort furpriſe de trouver le Cadran
dont je vous parle. La maniere dont
il eftoit deffiné , luy parut galante,
& elle cherchoit par où il falloit qu'el
le commençaft à lire ce qui eftoit
écrit tout autour , quand deux ou
trois de fes Amies la vinrent furprendre
dans fon Cabinet . Le Cadran
leur frapa les yeux. Elles de-.
manderent à le voir de pres ; & la
Dame qui le crût une galanterie à
luy faire honneur par l'amour qu'elle
s'imaginoit y devoir trouver marqué,
ne fe défendit point de la
confidence. On y lût ce que vous
pouvez lire vous mefme autour
des douze heures du Deffein
que
je
vous
V
equis
bure
surs

GALAN T. 163
vous envoye. La proteftation d'eftre
venu dire adieu pour jamais , fit rougir
la Dame. Elle croyoit avoir déja
grand fujet de fe plaindre de fon
Amant , & au lieu de la fatisfaire
fur le Bal couru fans elle , il fait
gloire de s'eftre paré pour y aller , &
d'avoir cherchéà s'y faire diftinguer
par fa danfe. Elle ne peut rien comprendre
à fon procedé , & moins encor
à la réfolution qu'il femble prendre
de s'éloigner d'elle pour toûjours.
Elle fait une plaifanterie de la choſe
en préſence de fes Amies , en qui
elle n'avoit pas affez de confiance
pour leur découvrir fes jaloux chagrins
; & fi toft qu'elle en eſt débaraffée
, elle court chez une, Perfonne
qu'elle avoit choifie dés l'abord
pour confidente de fa paffion . L'Amy
le plus intime de fon Amant y
vient en mefme temps qu'elle. Illa.
voit chagrine , luy en demande la
caufe , & elle le prie d'examiner le
préfent que luy a fait fon Amy. Il
com164
MERCURE
commence à lire ce titre tel que
vous le voyez gravé dans le Deffein.
Comte dun Amant rendu à ſa Maiftreffe
de l'employ de fon temps pendant
douze heures.
Apparemment, dit-il , cette galanterie
fera pleine des plus tendres
foins où puiffe engager l'Amour. Il
continue la lecture , & tout interdit
de ce qu'il voit ; Il faut pour
fuit-il , apres avoir leu , qu'il y ait
là-deffous quelque miftere caché que
nous n'entendions pas , car cela ne
peut eftre vray au pied de la lettre.
L'Amante marqua avec cette ardeur
qui ne fe peut exprimer , & qui eft
fi naturelle à ceux qui aiment fortement
, le plaifir qu'elle auroit de
s'eftre trompée , & employa des termes
fi preflans à conjurer cet Amy
d'éclarcir promptement ce qui leur
paroiffoit obfcurà l'un & à l'autre ,
que la Confidente qui l'obfervoit ,
dit en riant , qu'elle n'avoit jamais
aimé ny voulu aimer ; mais que par
l'imGALAN
T.
165
l'impatience que fon Amie témoignoit
pour le raccommodement , elle
en jugeoit le plaifir fi grand , que
comme il n'y avoit que l'Amour qui
le puft caufer , il luy prenoit envie
de connoiftre par elle- mefme quelles
en pouvoient eftre les douceurs.
Pluft au Ciel , s'écria l'Amy d'un
air plein de joye & tout tranſporté!
Il s'arrefta là , & ces deux mots
ayant fait penétrer une partie de fes
fentimens , on railla la Confidente
fur ce qu'elle avoit dit , & on adjouta
qu'afin que tout le plaifir d'aimer
luy fuft connu , il faudroit
l'Amant qu'elle auroit choify euft
foin de fe broüiller fouvent avec elle .
Je voy bien , reprit-elle avec fon
premier enjoüement , qu'il faut
qu'on fe faffe des ragoufts en amour,
comme on s'en fait ordinairement
en toute autre chofe ; & je fuis perfuadée
par ce qui arrive aujourd'huy,
que le raccommodement doit avoir
de grandes douceurs. Encor un coup
que
c'eſt
166 MERCURE
c'eſt ce que j'ay envie d'éprouver.
On trouva l'avanture plaifante , qui
obligeoit une Infenfible à prendre le
party d'aimer , fur cette maxime que
tour devoit eftre charmant en amour,
jufques aux querelles . Ce qui m'embaraffera
, pourfuivit la mefme Perfonne
, c'est que je fens bien que
je ne pourray jamais aimer qu'un
Homme d'efprit , & que pour m'y
engager , il faudra qu'il me faffe
connoiftre à tous momens qu'il en
ait. Mais , luy répondit l'Amy ,
qui l'aimoit depuis long-temps fans
luy en avoir rien dit jufque-là , vous
mettriez un Amant dans un furieux
embarras ; car enfin fi l'Amour permet
qu'on étale fa tendreffe & qu'on
dife mille fois en un quartd'heure,
qu'on aime avec la plus violente
paffion ; ce qu'on fe doit à foy-meſme
ne foufre pas qu'on dife qu'on a
de l'efprit, & moins encor qu'on le repete
autant de fois qu'il eft obligeant
de repéter à une Maiftreffe , qu'on
fait
GALANT.
167
fait tout fon bonheur de l'aimer.
Ne vous y trompez point , repliqua
la Confidente. En difant qu'on
a de l'amour , quoy qu'on ne parle
point d'efprit , d'efprit on le dit fouvent
d'une maniere qui ne fait fait pas moins
paroiftre d'efprit que d'amour. La
Compagniegroffit peu à peu ,
& l'Amour
qui avoit commencé d'eftre le
fujet de la converfation , le fut encor
dans la fuite. On parla de Femmes
de toute forte de caracteres , de
fieres qui s'eftoient renduës , de laides
qui trouvoient le fecret de fe faire
aimer , d'autres que leur infidelité ou
leur conftance rendoit remarquables ;
& le réſultat fut qu'il n'y avoit rien
qui n'aimaft. Cette converfation ayant
infpiré le deffein d'une galanterie à
l'Amant caché de la Confidente , il
fortit & emporta ce qu'on luy avoit
donné à lire de fon Amy. Plufieurs
autres fortirent un peu apres, & il
ne refta que quelques Amis particuliers
à qui la Dame & fa Confi
den168
MERCURE
.
dente ne faifoient miſtere de rien.
Le Rival qui l'avoit broüillée avec
fon Amant par les fupofitions
du Bal , eftoit de ce nombre. Il
découvrit avec joye que fa fourbe
avoit reüffy , & ne cherchant qu'à
aigrir la Dame , il appuya fortement
toutes les plaintes qu'elle faifoit. Le
Cavalier entre dans ce meſme temps.
Il venoit fe plaindre à ſon tour , la
Confidente chez qui il ne croyoit pas
trouver fa Maiftreffe La Confidente
l'entreprend , & fur les reproches
qu'elle luy fait de ce qu'il ofe courir
le Bal fans fa Maiſtreffe , quand fa
Maiftreffe refuſe d'y aller fans luy,
il fe tourne vers fon Rival. Le Rival
demeure embaraffé , & le Cavalier
jugeant de fon deffein par cet
embarras , n'ouble rien pour juftifier
fon procedé à la belle Perſonne
qu'il aime. Tout ce que vous
croyez avoir leû de defobligeant
luy dit-il , vous donne de nouvelles
preuves de mon amour. Jamais
Amant
GALAN T. 169
Amant n'en a tant montré, & voicy
comment , car il mefouvient de tout
ce que j'ay écrit.
Fe fuis venu chez vous à neuf heures
du foir, & n'en fuis forty qu'à dix.
On m'affure que vous avez fait
une Partie de Bal . Je viens chez
vous pour m'en éclaircir . On ne me
peut dire où vous eftes . Je vous attens
une heure inutilement , & perfuadé
qu'il y a pour vous d'agreables
divertiffemens fans moy , je fors le plus jaloux
& par conféquent
le plus
amoureux
de tous les Hommes
.
Depuis
dix jufqu'à
onze, je me fuis paré pour aller au Bal.
Pour qui me fuis-je donné lapeine
de changer d'Habit ? L'aurois -je
fait , fi je vous euffe trouvée chez
yous , & n'a-ce pas efté pour vous
chercher ?
Depuis onze jufqu'à une, j'ay tâché
à me faire distinguer par madanfe, &
je n'ay cherché qu'à plaire.
Eft-il défendu à un Amant auffi
Avril.
H
de170
MERCURE
defefperé que jaloux , de fe vouloir
vanger en donnant de la jaloufie ?
Depuis une jufqu'à deux , je fuis
revenu chez moy , & me fuis couché
avec refolution de vous hair toute ma vie.
Rien ne marque plus un violent
amour qu'une réfolution de haine.
Si on n'aimoit pas , il ne faudroit
point d'effort pour hair.
Depuis deux jufqu'à trois, j'ay continué
dans le mefme deffein.
A- t-on befoin de tant de temps
pour s'affermir dans une réfolution
qu'on prend aifément ?
J'aydormy depuis trois jusques àfept.
J'eftois affez accablé pour cela ;
mais quel fommeil , & de quels
fonges pleins d'emportement & de
jaloufie n'a - t - il pas efté troublé ?
Voila ce que j'appelle avoir dormy,
quoy que je n'en aye pas moins penfé
à vous.
Depuis fept jufques à huit , je me
fuis habille & me fuis affermy dans la
refolution de vous hair éternellement .
C'eſt
GALAN T. 171
C'est à dire que je vous ay aimée
plus que jamais , puis qu'il m'a falu
faire de nouveaux efforts pour
me perfuader que j'eftois capable de
vous haïr.
Depuis buit jufqu'à neuf, j'ay chers
ché des Chevaux de Poste , & je fuis
venu vous dire adieu pour jamais.
Rien ne prouve tant qu'on aime
beaucoup , que d'avoir befoin de fuir
pour ceffer d'aimer. Ainfi je prétens
que ce que j'ay écrit fait connoiftre
que perfonne n'a jamais tant
aimé que moy, puis que je ne fuis
point party malgré toutes mes réfolutions
, & que celle de haïr dans
un Amant qui croit qu'on l'a outragé,
va au dela de toutes les marques
d'amour qu'on puiffe donner.
Ĥé bien, s'écria la Confidente, me
blâmerez-vous de ne vouloir aimer
que des Gens d'efprit ? Ils n'ont
jamais tort , & quand ils tournent
fi bien les chofes , qu'on a la fatisfaction
de croire qu'ils ne le font
H2 pas
172
MERCURE
pas dés qu'ils ont parlé. Plus de colere,
raccommodez -vous; auffi -bien
ne trouverez - vous jamais voſtre
compte à vous brouiller avec un
Amant qui aura toûjours raifon.
Que n'obtient - on point quand on
eft foûmis ? Le Cavalier pria , la
Dame le regarda tendrement , la
paix fut faite, & le Rival eut le déplaifir
de voir que fa fourbe n'avoit
fervy qu'à les mieux unir. L'Amy
qui eftoit forty depuis trois heures ,
rentra dans le temps qu'ils fe faifoient
de nouvelles proteftations de s'aimer
toûjours. Il les congratula de s'eftre
fi promptement raccommodez . La
Confidente voulut revoir le Cadran
qui avoit caufé leur broüillerie. Il
feignit de l'avoir emporté par mégarde
, & au lieu de le rendre , il
donna un papier où il y avoit une
Horloge deffinée. La galanterie furprit.
On l'examina , & l'attention
qu'on eut à la regarder fut fi grande
, qu'on ne ſe fouvint plus de ce
qu'on


GALAN T. 173
qu'on luy avoit demandé . Vous
pouvez examiner vous - mefme ce
qu'il donna. Voicy l'Horloge gravée.
Vous avez à voftre tour dequoy regarder.
Le mot de Tout aime fut le premier
qui frapa. Il eft vray, dit l'Amie
à fa Confidente , tout aime , &
vous aimerez auffy. Ne vous ay-je pas
déja dit, répondit elle fort plaifamment,
que j'y eftois toute réfoluë .
Chacun s'empreffa de lire tout ce qui
fe trouva écrit dans le Rond où vous
voyez douze Coeurs qui accompagnent
les heures. L'invention en parut
galante; & ce qu'on eftima particulierement,
c'eft que fans faire d'application
aux paroles qui regardoient
chaque Coeur, elles avoient un fens
general qui divertiffoit par luy- mefme,
quoy qu'on n'en penétraft pas le
myftere cependant le myftere fut expliqué
par celuy qui avoit apporté
l'Horloge ; & comme il le fut d'une
maniere un peu fatyrique , rien
ne pouvoit eftre plus réjouiffant . Il
H 3·
com174
MERCURE
commença par ces paroles, je finiray
comme j'ay commencé , & il en fit
tomber le fens fur une Dame qui
n'ayant jamais eu d'Amans que par
fes avances, eftoit d'un âge à en faire
plus que jamais , fi elle vouloit
encor eſtre aimée . Il expliqua toutes
les autres paroles de fuite auffi
malicieuſement , & s'eftant arrefté
fans rien dire fur les dernieres , qui
eftoient , je devrois l'avoir bleffe plutoft;
Achevez, luy dit la Maiſtreſſe
de la Maifon , & nous apprenez à
qui cet Amour s'adreffe. A vous ,
Madame, luy répondit-il . Vous ne
vous attendiez pas à trouver icy
voftre coeur parmy tant d'autres.
Cependant vous avez témoigné tantoft
que vous aviez quelque envie
d'aimer , & il eft difficile de l'avoir
qu'on n'aime déja. J'ignore qui fera
l'Heureux que vous choifirez ;
mais quel qu'il puiffe eftre , je fuis
affuré qu'il ne vous aimera jamais
tant que je ferois , fi vous vouliez
receGALAN
T.
175
recevoir mes voeux . Ces mots furent
prononcez d'une maniere fi tendre,
qu'on jugea bien que la galanterie
n'avoit elté inventée que pour
donner lieu à cette déclaration . Les
Amans raccommodez applaudirent ,
la principale Intereffee rougit ; & celuy
qui avoit veu avorter fa fourbe,
ne fçachant fur quoy jetter fon chagrin;
on veut que tout aime , ditil
, & pour le marquer dans les
quatre coins de cette Figure , on
fait paroiftre l'Amour qui bleffe
tout ce qui eft dans le Ciel , dans
l'air , fur la terre , & dans les eaux .
En verité , continua- t- il , ce feroit
quelque chofe de plaiſant à voir ,
qu'un Oyfeau que l'Amour auroit
percé d'une de fes fleches. Cette
raillerie obligea l'Autheur de l'Horloge
à répondre , & il dit de fi belles
chofes fur les diférentes amitiez
des Animaux , que la fatyre n'alla
pas plus loin . Tout ce qu'il rapporta
là deffus eftoit auffi fpirituel
H 4 qu'a176
MERCURE
qu'agreable, & ce fut par où la Dame
fit prefque une neceſſité à ſon Amie
de le choifir pour Amant, puis qu'elle
eftoit réfoluë à aimer , & qu'elle
ne vouloit aimer qu'un Homme
d'efprit. L'engagement fut formé avant
qu'on le féparaft. Les deux
Parties en parurent fort fatisfaites ,
& ce qu'on n'avoit commencé qu'en
badinant, fut finy fort ferieufement
par la difpofition fecrete qu'ils avoient
tous deux depuis long - temps
à prendre de l'attachement l'un pour
l'autre.
Je m'acquite de ce que vous attendez
de moy fur les Complimens
des Cours Souveraines. En allant
féliciter le Roy de fes Conqueftes ,
elles ont eu a parler fur les mefmes
chofes, fans que leurs Illuftres Chefs
ayent dit les mefmes chofes. Ils avoient
tous le mefme Prince à loüer,
mais il eft loüable par tant d'endroits
, que chacun ne manquoit
pas de matiere diférente ; & fi les
mefGALAN
T.
177
mefmes actions s'ofroient pour fujet
de leurs difcours , tant de merveilleufes
circonftances les accompagnent
, que chacune auroit pu
fuffire feparément au plus étendu Panégyrique.
Les fatigues que ce Grand
Prince a effuyées en allant de Mets
à Gand en fi peu de jours , qu'il
n'a prefque efté accompagné de perfonne
par l'impoffibilité de le fuivre;
la longueur du chemin , & le mauvais
temps qui n'a point efté capable
de l'arreſter, font des chofes qui
rendent cette Conquefte d'autant
plus glorieufe pour luy , qu'on peut
dire que c'eft prefque à fa feule préfence
qu'elle eft deue . Les grandes
Armées peuvent venir à bout des
grands deffeins ; mais s'ils font fuivis
d'un heureux fuccés , il dépend
toûjours plus de la prudence de celuy
qui les conduit , que des nombreufes
Troupes qui les exécutent .
Les Hiftoires font pleines des malheurs
qu'ont eu les Chefs de ces
H 5 gran
178
MERCURE
,
grandes Armées quand ils ont mis
toute leur confiance dans leurs feules
forces. Charles - quint affiegea
Mets en perfonne avec cent Pieces
de Canon & fix- vingts mille Hommes
& ayant efté contraint de lever
le Siege , parce que les veritables
lumieres du Cabinet luy avoient
manqué , il ne mérita point à fon
retour les refpectueuſes congratulations
que LoüIS LE GRAND
vient de recevoir . Voicy les penſées
fur lefquelles a roulé le Compliment
de M' le Preſident de Novion. Vous
fçavez avec combien d'éclat il s'acquite
des fonctions de Premier Préfident.
Il a dit , Que la Fable nous dépeignoit
la Gloire comme eftant la Filte du
Travail, & qu'on en voyoit un excmple
en Sa Majefté ; Qu'Hercule n'auroit
point efté mis au rang des Dieux
fans les Combats qu'il avoit rendus, &
que fi l'on comptoit encor aujourd'huy
fes travaux , on comptoit ceux du Roy
à plus
GALAN T.
179
à plus jufte titre; Que lors que les Herbes
n'eftoient pas encor fur la terre , &
qu'on eftoit à peine revenu de l'étonnement
de fes dernieres Conqueftes , fans
qu'on puft s'imaginer qu'il fut fi- toft en
état d'en entreprendre de nouvelles , il
avoit fait trembler le Rhin & la Lis,
& que malgré les Hyvers , on entendoit
toûjours gronder fon Tonnerre fans
Sçavoir où il tomberoit. Vous pouvez
vous imaginer , Madame , ce que
de pareilles penfées ont pû fournir.
Son Compliment fut court , ferré ,
fort, & digne d'un grand Magiftrat.
Mr Nicolaï Premier Préſident de
la Chambre des Comptes dit , Que
le Roy ne furprenoit plus quepar lagrandeur
de fes Actions; Qu'on eftoit accoûtumé
à luy voir faire fes Campagnes dans
une faifon où les Nations les plus endurcies
aux rigueurs du temps n'avoient jamais
ofe faire la moindre entreprise ;
Qu'il avoit amufe toute l'Europe par
fon Voyage de Mets, lors qu'il eftoit venu
fondre tout-à-coup fur une Ville qui
H 6 au180
MERCURE
auroit effrayé les plus grands Conquérans
par la feule réputation de fa grandeur
, & qu'il n'avoit pas laiffe de la
foumettre en auffi peu de jours qu'il en
faudroit pour obferver fa fituation; Que
les Armes du Roy s'eftoient renduës fi
redoutables par tout , que quoy que les
Ennemis viffent prefque leur perte certaine
attachée à celle de cette Place, ils
n'avoient pas mefme ofè former une entreprise
pour la fecourir . Ilfit en fuite des
reflections fur les mesures que Sa Ma-.
jefté prenoit pour l'avenir , & dit que
Jupiter ayant fait tomber une Chaîne
du Ciel, tous les Dieux s'unirent contre
luy, & firent leurs efforts pour l'entraîner
, mais que Jupiter les enleva
tous par cette puillance fupérieure qu'il
avoit fur eux; Que de mefme la Chatne
de la Guerre unifoit en vain tous
les Princes contre le Roy; Qu'il fçavoit
leur refifter à tous , & que leur union
ne fervoit qu'à donner plus de matiere
à fes triomphes. Il adjoûta que tous les
Princes de la Terre eftoient comme les
Geans ,
GALAN T. 181
Geans , qui avoient entaßé Montagne
fur Montagne pour affieger Jupiter ;
Qu'ils mettoient Royaumes fur Royaumes
contre le Roy , mais inutilement ,
& que la vertu lemportoit toûjours fur
la multitude.
Mr le Camus Premier Préfident
de la Cour des Aydes , prononça
fon Compliment avec cet air honnefte
& engageant qu'ont tous ceux
de cette Famille. Il dit , Qu'il eftoit
difficile de décider ce qui devoit caufer
plus d'étonnement, ou de la modération
du Roy, ou de la temerité de fes Ennemis
, qui refufoient les conditions de
la Paix apres tant de pertes , tandis
que Sa Majesté confentoit à s'arrefter au
milieu de fes Victoires , & à mépriſer
des triomphes aẞurez, dans la feule veuë
du foulagement que la fin de la Guerre
pouvoit apporter à fes Peuples; Qu'ainfi
on pouvoit dire que c'eftoit avec quelque
forte de regret qu'il s'eftoit réfolu à
faire de nouvelles Conqueftes ; Que l'opiniâtreté
de fes Ennemis l'avoit forcé
H
7
à les
182 MERCURE
.
à les vaincre encor dans le commencement
de cette Campagne , quoy qu'ils
duffent eftre auffi perfuadez de leurfoibleffe
, que des nouveaux avantages
que fes Armes devoient remporter fur
eux; Que fi quelque chofe pouvoit fatisfaire
une auffi grande Ame que celle de
Sa Majefté s'eftoit la venération que
les Nations Etrangeres avoient conçenë
pour fon mérite , & la tendreße qu'une
conduite remplie de tant de gloire &
de tant de bonté, avoit fait naistre dans
le coeur de fes Sujets. Il adjoûta quantité
de belles chofes dont je n'ay pû
eftre affez particulierement inftruit.
M'de Chauvry Premier Préfident
de la Cour des Monnoyes, complimenta
le Roy en ces propres termes,
SIRE ,
Lors que nous avons l'honneur de paroiftre
devant V. Majesté , fa prefence
nous remet en memoire toutes les Actions
qui rendent fon Nom redoutable à
toute la Terre.
·Des
GALAN T.
183
Des Places forcées en grand nombre,
le fameux Paffage du Rhin , & une
infinité d'Exploits , nous reviennent en
foule ; & comme fi nous avions vefcu
dans les tenebres pendant fon abfence ,
nos yeux s'éblouiffent à la veuë de fa
Perfonne environnée de tant de Lauriers.
Mais puis que V. Majesté pour comble
de fa gloire, apres un fecret merveil
leux de fes Deffeins qui n'ont paru que
dans l'exécution , a réduit une grande
Ville de la plus haute réputation , &
emporté les plus dangereux Ramparts
de fes Ennemis; apres que de tous co-
Stez fes Etats fe trouvent affermis par
Péloignement des Frontieres , ne pouvant
mieux montrer nostre reconnoiſſance &
noftre zele que par nos foûmillions, nous
les rendons , SIRE , à V. Majesté ,
avec le mefme refpect que toute la France
s'incline devant Elle pour tant de
bien -faits.
Mr de Pommereüil Prévost des
Marchands , ayant eſte mené à l'audian184
MERCURE
.
diance , dit au Roy , Qu'il ne pouvoit
refufer les honneurs du Triomphe
dans la Capitale de fon Royaume , ces.
honneurs ayant efté autrefois déferez aux
Céfars dont il furpaffoit la valeur , &
aux Tites & aux Antonins dont il égaloit
la modération, Il continua en exagérant
la joye qu'auroit la Ville au nom de laquelle
il parloit de luy voir élever les Arcs
de Triomphe que tant de Conqueftes luy
avoient fait meriter , & de fuivre fon
Char dans les Rues de Paris au bruit
des acclamations des fes Peuples. Ce
Compliment tres -fort de luy- mefme,
reçeut beaucoup de grace de la maniere
dont il fut prononcé.
Mr Barentin Premier Préſident
du Grand Confeil , dit, Que les Actions
de Sa Majesté eftoient fi grandes
& fi extraordinaires , que l'Esprit ne
pouvoit ny les comprendre ny les louer
autant qu'elles meritoient d'eftre louées ;
Qu'il eftoit inutile d'avoir recours à l'Hi-
Stoire; Qu'on n'y trouvoit rien de femblable,
parce que les Conqueftes du Roy
pas
GALAN T. 185
paffoient tout ce qui s'estoit jamais fait
de plus éclatant; & que ce qui donnoit
davantage d'étonnement, c'eftoit de voir
un fuccés auffi heureux & auffi facile
de fes enterprifes dans des temps fi rigoureux,
mais qu'il avoit rendu toutes
les Saifons de l'Année égales , &
qu'on ne pourroit jamais affez admirer
qu'apres la prife de S. Guilain , il euft
offert une Sufpenfion d'Armes dans un
temps de Victoires & de Triomphes ;
Qu'il n'appartenoit qu'à Luy feul de fe
pouvoir vaincre Luy-mefme ; mais que
les Ennemis ayant refufé une Paix offerte
à des conditions qui marquoient la
grandeur de fa moderation , il avoit
fuivy les mouvemens de fa valeur , &
que pour reparer le temps perdu , il avoit
pris une Place en quatre jours qui
eftoit l'origine de toute la Grandeur d'ESpagne
; Que les approches difficiles de
cette grande Ville, Pinondation des Eaux
arreftées par une Digue qui paroiffoit
plutoft l'ouvrage de la Nature que de
l'Art , la fubfiftance d'une Armée de
plus
186 MERCURE
plus de foixante mille Hommes , & en
fuite la prise d'Ypres , eftoient des chofes,
fi furprenantes , qu'elles auroient peine
à trouver créance dans l'Avenir, Qu'il
n'y avoit point de paroles capables de les
exprimer, & que tout ce qu'on pouvoit
faire, c'eftoit de les honorer dans un filence
refpectueux , & de témoigner en
mefme temps une joye & une reconnoif-
Sance publique.
Je ne vous dis rien , Madame ,
de tous ces Illuftres Chefs de la Juftice.
Il y a long-temps que je vous
ay entretenuë de chacun d'eux en
particulier , & vous fçavez que de
Magiftrats fi connus & dont on parle
tous les jours avec admiration ,
on ne pourroit répeter que les mefmes
chofes.
M" de l'Académie Françoiſe allerent
faire leur Compliment quelques
jours apres les Cours Souveraines.
Les Cerémonies qui s'obfervent
en ces rencontres vous font connuës
auffi bien que les honneurs qu'on
fait
GALANT. 187
fait à cet Illuftre Corps. M' Perraut
qui en eft prefentement Directeur
porta la parole en ces termes.
SIRE,
Quelques grandes & merveilleufes
que foient les nouvelles Conqueftes de
Voftre Majefté , il femble que vos Peuples
devroient en eftre moins tranfportez
dejoye & d'admiration , accoûtumez
qu'ils font à vous voir revenir
tous les ans Victorieux de vos Ennemis.
Mais outre que les biens les plus
ordinaires , lors qu'ils font univerfels ,
ne manquent jamais de caufer une` allégreffe
univerfelle, & que la Nature fe
réjouit toûjours également au retour
du Printemps , quoy qu'il revienne couronné
des mefmes fleurs , il faut confiderer
qu'on ne s'accoûtume point aux
miracles , fur tout quand ils ont quelque
caractere particulier de grandeur
qui les diftingue.
Tous les Exploits de Voftre Majesté
ont efté des prodiges de Valeur, de Pruden188
MERCURE
dence, de Vigilance, & des autres Vertus
héroiques , qui apres vous avoir acquis
la Victoire , ont combatu entr'elles
fur la part qu'elles y avoient , & dont
il y en a toûjours eu quelqu'une qui a
remporté quelque avantage fur les autres.
Elles recommencent aujourd'huy
cette mefme difpute , où l'on peut dire
que fi l'on ne sçauroit trop admirer
les effets furprenans de la plus haute Va
leur qui fut jamais , & cette maniere
rapide de conquérir qui n'a point d'exemples
, l'efprit fe perd & fe confond dans
la profondeur de la fageffe qui a conçû ,
qui a préparé , & qui a conduit à leur
fin tant de fi grandes choſes.
Quelque attention qu'ait eu toute
l'Europe fur les deffeins de V. M. Elle
ne les a connus qu'au moment de leur
exécution . Ces Politiques consommez qui
prétendent voir les effets dans le fein de
leurs caufes , & qui croyent que leur
prudence penetre tout l'Avenir de mefme
que leur ambition embraffe toute la
Terre, n'ont fçeu prévoir ces prodigieux
éveGALAN
T. 189
évenemens qui fe préparoient & fe formoient
dans leur Païs mefme , & Sous
leurs yeux ; femblables aux Philofophes,
qui malgré l'étude continuelle qu'ils font
de la Nature , n'en connoiffent ny les
fecrets ny les refforts cachez dont elle
opere fes merveilles.
Les Troupes marchent fans qu'elles
Scachent où elles vont, ny quelle est l'expédition
qu'on leur demande, contentes de
Sçavoir qu'elles vont vaincre en quelque
part que l'on les meine . Mais lors que
le temps marqué pour faire éclater vostre
puiffance eft accomply, cinq Villes font invefties
toutes à la fois par des Troupes innombrables
qui femblent eftre forties de
terre avec l'abondance des Vivres & des
Munitions qui les accompagnent . La furprife
des Ennemis eft incroyable ; mais
lors qu'ils voyent que la Flandre eft attaquée
, leur étonnement n'a plus de bornes,
& il eft tel que la Ville eft prefte à je
renare, qu'ils ne conçoivent pas bien encore
qu'elle foit affiegée ; Voftre Maje-
Sté ne tarde guéres d'en achever la conque190
MERCURE
quefte pour paſſer à une Place plus digne
encor, quoy que moins grande, d'exercer
fes armes invincibles. Les Affiegez
forts d'Hommes & de Ramparts
font toute la refiftance que de braves Soldats
peuvent faire ; mais les attaques
font fi vives , & les actions de valeur
des Affiegeans fi extraordinaires & fi
fréquentes, qu'ils trouvent quelque for-
´te d'honneur à en eftre furmontez : Et
en effet , la gloire du Vainqueur eft fi
grande , qu'elle fe répand mefme fur
ceux qu'elle a vaincus .
Cette gloire, SIRE, vous doit eftre
d'autant plus prétienfe, qu'elle vous
appartient toute entiere , & qu'elle ne
peut eftre légitimement partagée par ceuxmefmes
que V. M. a employez dans fes
Conqueftes , puis qu'il eft vray que ce
font des Inftrumens qu'elle a faits
& formez Elle- mefme, & que
prudence des uns & la valeur des autres
n'est que le fruit de fon Exemple
& de fes Inftructions . Les Princes
font beaucoup quand ils choififfent des
la
Hom?
GALAN T.
191
Hommes capables des Emplois qu'ils
leur donnent ; Voftre Majefté fait davantage,
Elle leur donne & les emplois
&les qualitez neceffaires pour y réüffir,
Elle a une vertu qui les éleve au deffus
d'eux-mefmes , & qui les tranformant
en d'autres Hommes , leur fait faire de
fi grandes chofes, qu'ils ont peine à croire
apres l'execution que ce foient eux qui
ayent faites.
les
Il est aisé de juger quelles feront les
fuites d'une Campagne fi glorieusement
commencée: Cependant, SIRE, nous
fommes perfuadez que fi Dieu ouvroit
les yeux à vos Ennemis, & qu'en leur
faifant voir leur perte prochaine & inévitable
dans la continuation de la Guerre
, il difpofaft leur coeur à la Paix ;
nous fommes , dis-je , perfuadez que V.
M. bien qu'Elle voye la Victoire qui
l'appelle de tous coftez , & qui luyprépare
des Couronnes en tous les lieux où
Elle voudra tourner fes Armes , auroit
neantmoins la force de s'arrefter au milieu
du cours rapide de fes Conqueftes ,
са-

192
MERCURE

capable d'entraîner toute Ame moins
grande que la fienne. Voftre Majefté
Seait que la gloire dont brillent les Conquérans
lors mefme qu'elle eft parvenuë
au plus haut point de fa fplendeur , &
telle qu'elle eclate aujourd'huy en fon
augufte Perfonne , n'est pourtant qu'une
portion de la gloire des Grands Roys qui
luy reffemblent . Elle fçait que fi la Paix
impofe quelque repos à fa Valeur , elle
permettra un plus libre exercice à fes
autres Vertus ; à fa Justice , qui fera
mieux encor entendre fa voix lors que le
bruit des Armes fera ceffe; à famagnificence
, qui toute Royale & incompréhenfible
qu'elle eft au milieu de la
Guerre , pourra plus facilement encor
laiffer des Monumens eternels de la
grandeur de fon Regne ; & fur tout à
cette Vertu bien-faifante qui fait le veritable
caractere des Roys , je veux dire
ce defir ardent qu'a Voftre Majesté
de rendre fes Peuples parfaitement heureux
par une entiere tranquillité & une
pleine abondance.
VoiGALAN
T. 193
1
que
Voila , SIRE , quelle eft l'idée
l'Académie Françoife fe forme de Vostre
Majefté ; Elle vous regarde comme un
Modelle parfait dont tous les afpects font
admirables , & dont elle s'éforce fans
ceffe à tirer des images fidelles qui ne périffent
jamais , non feulement pour fatisfaire
à la reconnoiffance qu'elle doit
à vos bienfaits & à vostre protection
glorieufe, mais afin que ces mefmes vertus
qui font la felicité prefente de vos
Peuples , deviennent encor utiles à la
Posterité , par les grands exemples
qu'elles donneront aux Princes des Siecles
à venir.
Le Roy témoigna eftre tres -fatisfait
de ce Difcours , & il luy donna
tant de louanges , que Monfieur
l'Archevefque de Paris, dit à M' Perraut
qu'il ne pouvoit rien adjoûter à
ce que Sa Majefté luy en avoit dit.
Vous voulez bien , Madame , que
ie me taiſe apres de fi glorieux témoignages.
Avril. I Pfy194
MERCURE
Pfyché dont je vous parlay la derniere
fois , a efté repreſentée par
l'Académic Royale de Mufique. Elle
a la meſme deſtinée de tout ce qu'on
a veu de ce genre. On y court en
foule , & le merveilleux talent de M'
Lully ne paroift pas moins dans cet
Opéra que dans tous ceux que nous
avons admirez de luy. Ce qu'il y a
de furprenant , c'eft que les Vers ont
efté faits & mis en Mufique en trois
femaines. Cependant la Mufique ny
les Vers n'ont rien qui donne lieu
de s'appercevoir de cette précipitation
de travail ; & la beauté de la
Symphonie & des Airs qui entrent
dans cet Ouvrage , fait connoiftre
plus que jamais que M' Lully ne peut
rien produire que de parfait.
.
On fe prépare à l'Hoſtel à jouer
bientoft le Belifaire. Ce nom eft fameux
& promet beaucoup. La Piece
eft de deux Autheurs que je nommeray
fi-toft qu'ils confentiront à
eftre connus.
MaGALAN
T.
195
Madame la Marquife de Piennes
mourut il y a huit ou dix jours. Elle
eftoit fort vertueufe , & avoit beaucoup
d'efprit. Feu M' le Marquis de
Piennes fon Mary , de la Maiſon de
Broüilly en Picardie ,, eftoit Chevalier
des Ordres du Roy , & Gouverneur
de Pignerol.
M' de Breda Curé de S. André
des Arcs , Doyen des Docteurs & des
Curez de Paris , mourut quelques
jours apres. Son intégrité & fa grande
érudition luy avoient acquis beaucoup
d'eftime. Les Quatre Facultez
de Paris , qui font celles de
Theologie , du Droit Canon de
Medecine , & des Arts , c'eſt à dire
des Bacheliers & Maiftres és Arts ,
nomment tour à tour à cette Cure.
Elle eft préfentement litigieufe entre
la Faculté du Droit Canon & la
Faculte de Medecine. La premiere
y nommé Mr Robert Docteur de
Sorbonne , Fils du fameux Avocat
qui porte ce nom ; & celle- cy , Mr
Mat-
I 2
·
196
MERCURE
Mathieu Docteur, Fils d'un Medecin
de la mefme Faculté , & Beaufrere
de M' Pajot , Avocat fi celebre dans
le Barreau .
M'Hardy , Sous- Doyen des Confeillers
du Chaftelet , eft mort auffi
depuis peu. Il ne fçavoit pas feulement
ce qui regardoit fa Charge. Il
poffedoit les Langues Orientales , &
eftoit fort eftimé en pluſieurs Païs
Etrangers où il avoit des corefpondances
Je paffe aux Mercuriales qui viennent
d'eftre faites au Parlement . On
en fait quelques-unes à Pafques ,
quoy qu'on n'y prefte pas le Serment
dans ce temps-là comme on fait à
la Saint Martin . Celle de Monfieur
le Préſident de Novion a efté fur le
Travail. Il a dit , Que Dieu ayant
commencé par faire , tout avoit esté
affujety au Travail, & que le Trône
mefme n'en eftoit pas exempt ; Que le
Roy travailloit pour la Victoire , & la
Victoire pour Luy; Que les plus grands
HomGALAN
T.
197
Hommes qui n'avoient rien que de ru
de, s'eftoient polis par le travail, Qu'il
donnoit entrée aux Sciences , & perfectionnoit
les heureux talens ; Qu'il
falloit travailler beaucoup pour connoiftre
bien la Justice, & qu'on ne pouvoit
affez le fouvenir qu'elle devoit
eftre comme la Mer , qui rejette tout ce
qui eft impur.
a
Le Sujet de la Mercuriale de M
le Procureur General a efté , Que le
premier devoir d'un Magiftrat eftoit le
Service de fon Roy, & que nous eftions
obligez de fervir celuy que Dieu nous
donné pour Maistre, & par devoir
& par reconnoiffance , puis qu'il travaille
fans ceffe pour le bien de fes Sujets.
Il a parlé de la fermeté de feu M²
le Premier Prefident Molé pour le fervice
du Roy dans les temps les plus difficiles.
Il a décrit en fuite les Vertus
neceffaires à un parfait Magiftrat ,"
jufqu'à fes Vertus domestiques , & a
fait connoistre qu'elles estoient toutes en
feu Mr le Premier Préfident de La-
13
1
mei
198 MERCURE
moignon, & qu'il poßedoit une éloquence
naturelle, comme on l'avoit ven tres-
Louvent.
Ne cherchez plus d'ordre dans ma
Lettre. Elle eft déja longue , & le
dernier jour du Mois m'oblige à finir .
Je ne veux pourtant pas oublier à
vous faire part d'un Air qui eft fort
approuvé des Connoiffeurs. Il eft de
Mr Berthet. Je vous laiſſe juger des
Paroles .
AIR NOUVEAU.
La
tendreffe
D'une Maiftreffe
,
Fait le Printemps
Des Amans.
Si la divine Amarante
Quelque jour ne m'aimoit pas ,
La Saifon la plus charmante
Seroit pour moy fans appas.
La tendreffe
D'ane Maiſtreſſe,
Fait le Printemps
Des Amans.
Au moment que cette Belle
Me
8
4

GALAN T.
199
Mefit le don de fa foy,
La Saifon la plus cruelle
Fut pleine d'attraits pour moy .
La tendreffe , & c.
Pour les deux Enigmes en Vers
voicy l'Explication de la premiere
fur les mefmes Rimes. Elle eſt de M'
Gauthier.
La Mode eft inconftante auſſi bien que legere.
Cependant on la fuit par tout fort conftamment,
Et je crois qu'il n'est point d'Amant
Qui fans fon fecours puiffe plaire.
L'Artifan qui l'invente eft un vray Roturier.
Nobles, Riches Grands luyrendent des
Tout luy cede icy bas, les Fous
hommages .
les
Sages,
forte
pouvoir,
Ce qu'elle a decredit vient de chaque Meftier.
En un mot la Mode eftfe
Et fi feûre de fon·
Que contre la Raifon , les Loix & le Scavoir
"
Elle difpute un rangque toûjours elle emporté.
L'empire qu'elle exerce eft depuis plusieurs Ans,
Et quoy qu'enfin fujette à la vieilleffe ,
On la voit depuis tres long ¿arn temps
Reprendre pour nous plaire une entiere jeu-
I 4
neffe.
Ceux
200 MERCURE
Ceux qui ont trouvé ce mefme
Mot de la Mode , font M' Lagrené
de Vrilly ; Mademoiſelle de Clerbourg
; Une Belle de Thouars ;
L'Oedipe Boulonnois ; M' de Lefcar ,
d'Avignon ; M' de la Vigne , de Nifmes
; M' de Cohon , Gentilhomme
d'Alençon , Chevalier de l'Ordre du
Roy de Portugal ; M'Doguet , Avocat
à Brie-Comte- Robert; Mr Lelleron
; Mr Aubert , Avocat de Lyon;
M' Guillet , Ecclefiaftique de Lyon ;
M' de Maurry ; Mademoiſelle de la
Salle , de Blois ; Une Belle Suiffeffe
; M' de Lardenay ; M' du Mont,
Avocat à Chaumont; Mademoiſelle
Chreftien , d'Auxerre ; M Rolant ,
Avocat à Rheims; M'Briffault, Medecin
de Tournay ; M Malbet ,
Directeur des Poftes de Champagne;
M' l'Epine , de Bordeaux ; M Dauvillier
de Baffe bourg , Avocat ; M
Denys , Chanoine de la Cathedrale
d'Orleans ; Télamire , de Troyes ;
M Charpentier , Commis au Do-
1
maine
GALAN T. 201
maine de Languedoc ; M' l'Abbé
Sanguin ; Mr Baiſé le jeune ; Mademoiſelle
la Fileufe ; M' du Pleffis ,
Confeiller à Chinon ; Les deux Inféparables
de la Ruë de Mouffy ;
M' de Lantages ; Les Penfionnaires
du Cloitre de Lyon ; Les Beaux
Efprits du Canton de Lile ; M'le
Moine , de Forefts ; L'agreable Demoiſelle
de la Rue de Mouffy ; M
de Soucanie , Avocat à Roye ; M'
Thabaud des Ferrons , de Berry ; &
M' Potier de Lauge.
J'oubliois à vous dire que cette
Enigme de la Mode a efté faite par
M' Ï'Abbé de la Chapelle. Elle a reçeu
divers fens de plefieurs Particuliers.
M' le Baron de Hoques , Mr
le Roy , le Solitaire de Caën , M²
Bafın Chanoine de l'Eglife de Troyes,
M' Hourdaut, M'Herpy de Rheims ,
Mr du Laurens Prieur du Boishallebout
, Mademoifelle Souchu , M'
Gelan , & M Palleron , ons crû
que c'eftoit la Fortune; Mr Bourg de
Vil202
MERCURE
Villiere , Avocat à Cofne fur Loire,
Eftime M de Boisgirad , l'Heure ;
Mademoiſelle Camufet de Rheims ,
P'Epée; M' Godefroy le jeune , S ' de
Maubuiffon , & Mile Jay , la Beauté;
& Mr du Foffey de Rouen , la Monnoye.
Quant à la feconde Enigme , vous
en trouverez le Mot dans le Sonnet
que voicy. Il fut fait autrefois en
envoyant des Volants à une jeune &
belle Perfonne de la permiere qualité
, qui eft aujourd'huy Madame la
Comteffe de Poitiers , de la Franche-
Comté.
SONNET.
Petits Volans allez aupres de cette Belle ,
Qu'une douceur charmante accompagne toûjours:
Vous y rencontrerez mille petits Amours
Qui fans ceffe luy font une garde fidelle.
reçeus
d'elle ,
Puis que vous defirez eftre bien
Il faut bien galamment leur demander fecours.
Comme ils pourront jouer avec vous tous les
jours ,
Ils
GALAN T.
203
Ils voudront bien fans doute appuyer voſtre,
zele..
Ne prenez point d'orgueilfi vous eftes flatez.
Ne vous rebutez pas pour eftre rebutez ,
La peine & le plaifir fuccedent l'un à l'autre :
Et quand l'un de vous mort à fes pieds tomberoit
,
Vift-on jamais bonheur qui fuft égal au vostre
Puis que fa belle main le reffuffiteroit ¿
Ce mefme Mot du Volant a eſté
trouvé par beaucoup de Particuliers,
qui font M' de Roux ; Le Solitaire
de Caën ; Un Inconnu de Rheims ;
La ville de Ham; L'Illuftre Fille de
Village d'entre Tours & Saumur ;
L'Athis de Thouars ; M' de Boisgirand;
M'Godefroy le jeune , S'de
Maubuiffon ; Mademoiſelle de la
Borde ; M'l'Abbé Baugy; M'le Jay;
M ' du Foffey, de Rouen , Mademoiſelle
de Chennevarin , Fille d'un
Auditeur des Comptes de Normandie
; M' le Roy ; M' de la Foffe de
Baudevire , de S. Lo ; Une Dame
du Païs du Maine ; Mr du Mont ;
La
204
MERCURE
La Societé Cloiftrée de Paris ; Mr
Maze , de Roüen ; M Rouffel ,
Preftre, Aumônier ordinaire du Roy;
Mr Laifné; M' Hourdaut ; M ' du
Laurens , Prieur du Bois Hallebout;
Mr Graffet ; La Belle Climene; Mademoiſelle
Mariane , pres la Place
Royale ; Mr Palleron ; & M' de Leftac
, Avocat en Parlement.
Mr Panthot , Docteur & Profeffeur
en Medecine à Lyon, a expliqué
cette Enigme du Volant , fur la
Gibier en plume ; M' de la Vigne , de
Nifmes , fur un Arbre ; Mademoifelle
de la Salle de Blois , & Mr
Lelleron , fur la Fusée ; Mr de Lardenay
, fur le Feu ; Une Belle Suiffeffe
, fur le Balon ; M' Roland , Avocat
à Rheims , fur la Bombe ou la
Fusée Volante ; M' Dauvillier de Baffebourg
Avocat , M' du Tel , M'
de Lantages , fur la mefme Fusée
Volante ; & M' de Soucanie Avocat
à Roye, fur le Héron.
Voicy les noms de ceux qui ont
trouGALAN
T.
205
trouvé le vray Mot de l'une & de
l'autre Enigme. M' de Moucéaux ,
de la Ruë de Paradis ; La Salamandre
du Havre de Grace ; M' le Chevalier
de Marles , de Rouen ; M' de
Prével , de la Place Royale ; M' de la
Couldre , de Caën ; M'Bernier , de
Blois, Medecin à Paris ; M' de Rionville
, de Mets ; La Belle Angéliqué
, Le Solitaire de Champagne ;
M de Saintfrie, Prieur de S. Jofeph;
M'de Billedeſtru, d'Auxerre; Mademoiſelle
Loiſeau , de
Coulommiers ;
Mademoiſelle le Vignon ; M' le Comte
de l'Aubepin ; Mademoiſelle Raince
, de la Rue Chapon ; Mefdemoifelles
de Lochefontaine ; M' d'Auberville
; Le petit Gormont ; Un
Gentilhomme de Verdun ; Mademoifelle
de Rebécour , de Loudun ; Mr
de Rocmont ; M'de Robbe ; Mrle
Grand, de Troyes ; M' du Tremblay
, de Caën ; M' Rouffel , Preftre
, Aumônier ordinaire du Roy ;
M' Mignot de Buffy , Gentilhomme
Avril. K Lyon206
MERCURE
Lyonnois ; Les Dames de Richelieu ;
M' Seffrie , d'Andely en Véxin ; M'
Trigodet; M' Proaudeau, d'Auxerre;
Le Solitaire de Caën ; M' Marquis
S' de Chevigny , de la Charité fur
Loire ; M' Charpentier ; Mademoifelle
Lenfant ; Mademoiſelle Nomman-
Anory, de Poitiers ; M' l'Abbé
de la Tanerie , de Poitiers ; La Belle
Solitaire ; M l'Abbé Montel ; Mr
du Tilieu; M' L. B. des Aunais ; M
des Boquets Rabots , du Ponteaude-
Mer ; Madame Vincent , Femme
d'un Procureur en Parlement ;
Mr Bonnet , Fermier des Devoirs
de Fougeres en Bretagne ; Un
Chanoine Régulier de l'Abbaye
S. Victor ; Une Belle d' Etampes
; Mr l'Abbé Droüin ; M' P'Ab
bé Boffart Chanoine de Vannes ;
Mademoiſelle la Salle, de Blois; Mr
de Boulainvilliers , Chanoine Régulier
; M'd'Hermilly ; M ' de Florimont,
de Caën, M'des Bois, Avocat
en Parlement ; Mr Marchand ,
AvoGALAN
T. 207
Avocat au Préfidial de la Rochelle.
Je me reſerve à vous faire voir
dans mes Lettres extraordinaires les
belles Explications des Enigmes ,
dont la plûpart font en Vers , &
me contente aujourd' huy de vous
apprendre les noms de ceux qui les
ont devinées. J'en uferay toûjours
de la mefme forte à l'avenir , &
cependant je vous envoye deux
autres Enigmes que vous pourrez
propofer à vos Amies. La premiere
eft de Mr de Poclagnis ; & l'autre de
M' du Matha- d'Emery.
ENIGM E.
Parmy les Courtisans j'ay la premiereplace,
F'approche de fort pres la Perfonne du Roy.
Bientoft une Rivale auffi belle que moy ,
Dans ce lieu plein d'honneur me fuccede &
m'en chaffe,
Mabeauté,ma faveur, ne durent pas long-temps,
Mais je deviens bientoft encore plus charmante.
Comme il n'eft point fans moy deparure éclatante
,
Quand on n'a que moy feule , on eft fans
ornement..
K 2 A U
208 MERCURE
AUTRE ENIG ME.
Je viens d'un Pais étranger ,
Fay le Corps droit , fec , & leger ;
Autrefois dans un Camp prenant beaucoup
d'empire,
Sans Tefte j'estois crainte alors ,
Mais maintenant j'ay honte de le dire ,
Ma Tefte vaut mieux que mon Corps.
Medée Enigme en Figures a efté
diverſement expliquée . M'du Tremblay
, M' de la Foffe de Baudevire
de S. Lo , & M' le Roy , ont crû
que c'eftoit la Médifance ; La Ville
de Ham , le Boulet de Canon , ou la
Bombe ; Un Inconnu de Rheims ,
Amour ; La Salamandre du Havre
de Grace ; la Guerre de Flandre ; Mr
Panthot Profeffeur en Medecine à
Lyon , les Soufleurs ; Mr Trébuchet
Avocat d'Auxerre , la Flame du Foudre
; M'de Prével de la Place Royale,
une Vangeance fatisfaite ; L'Athys de
Thouars , les Conqueftes du Roy ; M
de la Vigne de Nifmes , les Préfens
des
GALAN T.
209
des Ennemis ; M' Doguet , la Fievre,
ou la Grenade ; M'Prevoft & Mr Lelleron
, le Tonnerre ; Mr Maury , la
France dans la conjoncture préfente des
Affaires de ce temps ; M' le Baron de
Hogues , un Feu de joye pour la prise
de Gand; M' Collineau , Confeiller
au Siege Royal de Loches, la Guerre,
M de Rocmont , la Faloufie ; M'
Robbe , la Guerre d'aujourd'huy; M'
Robert , de Châlons en Champagne,
la Vangeance ; Une Dame du Païs du
Maine, le Triomphe du Vice ; M' du
Mont, la Pefte; M'l'Abbé Sanguin
P'Amour méprifé , l'Indifcretion , ou la
Vangeance ; M l'Abbé Montel , le
Mépris , la Gloire, ou le Sacrifice ;
Un Chanoine Régulier de l'Abbaye
de S. Victor , la Fauffe Monnoye ;
Mr de Lantages , l'Image du Temps ;
M' de la Houffaye de Rouen , une
Belle d'Etampes , un Ecclefiaftique
du Véxin , M ' Denys Chanoine de
la Cathédrale d'Orleans , & M' des
Bois Avocat en Parlement , la Comete;
K 3
Les
210 MERCURE
Les Penfionnaires du Cloitre de
Lyon , la France ; Mr Hourdaut ,
la Jaloufie ; M P'Abbé Droüin , la
Foudre ; M' du Laurens , Prieur du
BoisHallebout , la Sageffe ; M' de
Soucanie Avocat à Roye , le Triomphe
de la France ; & M ' Palleron , Envie.
M' de Lagrené de Vrilly , M'de
Riouville de Mets , Mr de Cohon
d'Alençon , Mademoiſelle Lenfant;
une Belle Captive , & un Gentilhomme
de Verdun , qui l'ont expliquée
fur la Fufèe Volante , en ont
trouvé le vray fens. La Robe enflâmée
qui confomme Créon & Creüfe,
marque le Feu qui fe met d'abord à
la Fufée que Medée reprefente en
traverfant l'air dansfon Char , comme
la Fufée s'y éleve rapidement fitoft
qu'elle a commencé à eſtre embrafée
par le Feu . Les Dragons du
Char font ce que nous appellons des
Serpenteaux ; & Jafon , & ceux
qui l'accompagnent , nous figurent
les Spéctateurs des Feux d'artifice.
Le
MARSYE ENIGME
212 MERCURE
Le Satyre Marfyas lié à un Arbre
pour y eftre écorché vif, à caufe de
l'infolence qu'il avoit euë de prétendre
qu'il égaloit Apollon à bien
jouër de la Flute , eft le fujet de la
nouvelle Enigme que je vous propofe.
Prenez la peine d'en bien examiner
toutes les Figures , & ne grondez
pas de ce que je remets jufqu'au 15.
de May la Lettre extraordinaire que
je vous ay promife. Je fuis Madame,
voftre , & c.
AParis ce 30. d'Avril 1678 .
ONN donnera un Volume du Mercure
Galant , le premier jour de chaque
Mois fans aucun retardement.
C
t
TABL E.
des Matieres contenues en ce
Avant-propos ,
Madrigal à Iris ,
Volume.
L'Amant réchauffé ,
2
4
Sonnet à une Belle qui avoit la Direction d'un
Hofpital ,
Vers à Iris ,
Abbayes données par le Roy,
Vers à Philis ,
18
ibid.
20
21
Ce qui s'eft paffé à la prise du Fort d'Orange,22
Plan du Fort d'Orange ,
Extrait de la Harangue du Difcours que fit
24
M. Ravot Avocat General de la Cour des
Aydes à l'Enregistrement des Lettres de M.
le Chancelier ,
Chanfon notée ,

38
L'Amour intereffe, 39
Ce qui s'eft paffé dans les Académies Royales
de Peinture & de Sculpture de Paris & de
Rome le jour de la diftribution des Prix ,
& les Noms de ceux qui les ont emportez
dans l'une & dans l'autre ,
43
Mort de deux Amans morts d'amour , &
leurs derniers Vers ,
Madrigal,
50
56
e,57
59
Répon
Lettre à la plus Coquette Femme de France,
Demande à Iris,
TABL E.
Réponse d'Iris ,
Replique,
60
ibid.
61 Réponse ,
Le Roy donne à M. le Portier la Charge de
Lieutenant- Admiral de Dunquerque , ibid.
M. le Chevalier de Chafteaurenaut donne la
chaffe à l'Efcadre d'Evertſen ,
Surprenante Action de M. Bréart fieur de
Boisfagé ,
6323
64
69
Mariage de M. le Marquis du Montal & de
Mademoiselle de Tavanes ,
Madame d'Ernoton accouche de trois Filles , 73
Paffio naiffante , Sonnet,
Réponse,
Plufieurs Inpromptus ,
Chanfon,
74
75
ibid.
77
Avanture cauféepar une Lettre de Roman , 78
Nouvelles Particularitez touchant le Siege de
Gand,
Plufieurs Pieces de Vers fur ce fujet ,
80
88
Vers de M.Robbe à Monfeigneur le Dauphiu, 92
Air nouveau , 94
Siege d'Ypres , avec les Noms des Morts &
des Bleffez, de tous ceux qui fe font
fignalex , ibid.
Plufieurs Pieces de Versfur laprise d'Ypres, 127
Lettre de M. le Duc de S. Aignan au Roy
fur la prise d'Ypres , 132
Réponse du Roy à M. le Duc de Saint Aignan
, 133
Le Roy donne une Compagnie de Chevaux
LeTAB
L E.
Legers à M. le Chevalier de Thoury , 134
Lettre d'un Chevalier inconnu à M. le Duc
de S. Aignan , 136
Réponse de M. le Duc de S. Aignan au Chevalier
inconnu , 139
142
Plufieurs Sonnets autres Pieces en Vers à
Monfeigneur le Dauphin,
AMD. P. fur la Lettre qui a paru de luy à
Mademoiselle P. B. dans le Mercure du
Mois de Mars , 145
Arrivée de M. le Duc de la Feuillade à Touibid.
Lon .
152
Le Roy nomme M. de Varangeville à l'Ambaffade
de Venife,
Compliment fait au Roy par l'Envoye de
Portugal , 155
156
Compliment fait à la Reyne par le mefme
Envoyé,
Hiftoire du Cadran & de l'Horloge d'Amour,
162
Extraits des Harangues des Complimensfaits
au Roy par les Cours Souveraines, 178
Compliment fait au Roy au nom de l'Academie
Françoife par M. Perraut Directeur de
la mefme Compagnie, 187
Divertiffemens donnez & promis au Public ,
194.
Mort de Madame la Marquise de Piennes ,
195
Mort de M. de Breda Curé de S. André des
Arcs ,
ibid.
Mort
TABLE.
Mort de M. Hardy Sous-Doyen des Confeillers
du Chastelet , 196
-Mercuriales faites au Parlement par M. le
Prefident de Novion & M. le Procureur General
,
Air nouveau .
196
198
Explication de la premiere Enigme du Mois
passé,
Noms de ceux qui l'ont expliquée ,-
199
200
Explication de la feconde Enigme du Mois
passé,
Noms de ceux qui l'ont expliquée ,
202
203
Noms de ceux qui ont expliquée les deux Enigmes
,
Enigme,
Autre Enigme ,
Enigme en Figures ,
FIN.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le