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<36603076620014
<36603076620014
Bayer. Staatsbibliothek

MERCURE
GALANT
MARS 1678 .
A PARIS ,
A PARIS,
1
Chez GUILLAUME DE LUYNE , au Palais,
dans la Salle des Merciers , à la Juftice .
CHARLES DE SERCY, dans la Grande
Salle , à la Bonne- Foy couronnée.
ESTIENNE LOYSON, dans la Gallerie des
Prifonniers , au Nom de Jeſus.
CLAUDE BARBIN , fur le fecond Perron
de la Sainte Chapelle .
JEAN, GUIGNARD , dans la Grande Salle,
à l'Image S. Jean ,
THEODORE GIRARD , dans la Grande
Salle, à l'Envie..
La Veuve OLIVIER DE VARENNES , dans
la Salle Royale, au Vafe d'Or.
CHARLES OSMONT , dans la Grande
Salle, à l'Efcu de France,
Dans la Salle Royale, à l'Image S.Louis ,
M. D. LXXVIII .
AVILEGE DY ROY..
MONSEIGNEVE
LEAKE
LE
gils2 starta si anch
DAUPHIN
AV 30 98 VIJO STIV
To £? el
THOME
ONSEIGNETRA ]
Op G.Fere -đu
AV PAT
HAB
EPISTRE.
pour avoir accés auprès de
Vous; & puis que c'est un
Ouvrage public , il est juste
qu'ilfavorise l'empressement
chacun a de vous y faire
que
fa cour. Ce qu'il a fait connoiftre
par tout de l'adreffe
merveilleuse qui vous fait fi
avantageuſement réüffirdans
vos Exercices, a donnél'idée
que vous allez voir. On n'apû
apprendre avec combien de
forces de vigueur vous
montez les Chevaux les plus
difficiles à eftre domptez, fans
s'imaginer un jufte orgus
a
aiman
EPISTRE.
a fait parler fur la gloire
qu'ils ont de fervir à vous
inftruire , & par une figure
dont l'ufage vous eft connu.
Voicy , MONSEIGNEUR,
en quels termes ils doivent
s'eftre expliquez
༤༢ མ་ ༥
Nous fommes deftinez pour
un grand PRINCE
A porter au Combat de redou
tables coups;
In'eft point de Cheval de Cour
nyde Province ,
Qui s'ofe comparer à nous.
forrestfib
EPISTRE.
Nous fommes faits d'un poil &
d'un fang éprouvé,
20014
Au celebre Pégaze, au fameux
Bucephale,
Nous ferions quiter le pavé.
$2
Le Pégaze languit aux bords de
quelques Rives,
Mal propre pour la Gloire , &
mal propre aux Combats ,
Depuis qu'il eft nourry par neuf
Filles oifives,
C'est tout s'il fçait aller le pas.
$ 2
L'autre avec ce haut prix où
nul ne pût atteindré,
N'auroit pû foûtenir por e
gards courageux :
Pot un fier Animal qui ne
rien craindre
Ste d'efire ombrageuzi
EPISTRE.
Se
Exempts de ces defauts , & faits
comme nous fommes,
Nous nous reprocherions de
prendre du repos,
Nous avons épuifé les foins des
plus grands Hommes,
Pour eftre dignes d'un Héros.
$ 2
Qu'il eft grand ce Héros : quoy
que bien jeune encore,
Il fçait pour nous domter tout
Part des mieux appris ;
Nous fommes bien trompez, fi
fon Eſprit ignore
Tart de régner fur les Efprits.
and nous fautons fous lay
' une fougueufe halein
oient effort ne
ébranler;
peut
EPISTRE
Sans menace & fans coups , il
nous force, & nous mene,
Nous l'entendons à fon parler.
S&
Tout autre en le portant, nous
peze & nous accable ;
Mais les Enfans des Roys ne
pezent jamais trop ,
Sous un fardeau fi cher on eſt
infatigable,
Allaft- on toûjours le galop.
SQ
On fe trouve animé d'une of
gueilleufe adreffe,
Quand on porte le Fils d'un
Pere triomphant;
Dût Pyrrhus en gronder , chas
cun de noftre especes
Vaut bien du moins unEléphat
EPISTRE .
25
S'il le faut couronner du gain
d'une Victoire,
A luy bien obeïr nous nous ef
forcerons ;
Quand il nous montrera le chemin
de la Gloire,
Auffitoft nous l'y porterans.
Quoy que ces Vers ne foient
pas de moy , j'ay crû, MONSEIGNEUR
, que vous ne
defaprouveriez pas la liberté
que je prens de les faire paroiftre
icy. Ils font une mar
que de l'admiration que tout
le monde a pour Vous , & je
n'en fais l'interprete avec
EPISTRE .
beaucoup de plaifir pour avoir
occafion de vous réiterer
les affurances du profond
respect avec lequel je fuis,
MONSEIGNEUR,
15
17663
32c3
do zal 200 enab
4
jol i basm
Voftre tres-humble trèsobeïllant,
& tees fidele
Serviteur, D.
нята
=
rolls :
2300%
AV LECTEVR .
AVILE
Li
Es Vers qui fervent d'E .
piftre à Monfeigneur LE
DAUPHIN , ont efté envoyez
de BordeAaUuxX,, & fontde Mdu
Matha- d'Emery , Autheur de
la Gazete Galante qu'on a veuë
dans le Volume de Fevrier.
L'Autheur du Mercure luy
rend icy la juſtice qui luy eſt
deuë , & affure qu'il donnera
dans peu les chofes qu'il a promifes
dans fa derniere Lettre.
La matiere de la Guerre l'a
mené fi loin , qu'il n'a pû tenir
parole dans celle- cy . Il prie de
nouveau ceux qui luy fontl'honneur
de luy écrire , de ne
AV LECTEVR.
fe point plaindre de fon filence .
Il a tant d'occupation dans
toutes les heures du jour , qu'il
doit eftre difpenfé de faire Réponfe.
Ce travail demanderoit
plus de temps que le Mercure ,
tant il reçoit de Lettres de tous
coftez . Les Enigmes faifant le
divertiffement de beaucoup de
Compagnies , il fera obligé à
ceux qui les ayant devinées , en
voudront bien garder le fecret
jufques à la fin du Mois . Ils publient
ce qu'ils ont trouvé , &
il fe pourroit faire que d'autres
fe ferviroient de leur fens pour
l'envoyer à l'Autheur , comme
s'ils l'avoient trouvé eux mef
mes. Moins le nombre des Devireurs
fera grand, plus on ra
de laifir d'avoir re contre le
AV LECT EVR.
Mot. On a déja fait connoiftre?
qu'il y a beaucoup de Lettres
& de Mémoires dont on ne fe
fert point, parce qu'eſtant fort
difficiles à lire , on n'a pas le
temps de les déchifrer . Îl faut
prendre garde fur tout à bien
écrire les Noms propres. Ce
manque de précaution a fajt
déja faire beaucoup de plaintes
pour des chofes qu'on a cfté
obligé de réparer dans les Volumes
fuivans.
Quand on a commencé à
travailler au Mercure , non feulement
les Figures n'y eftoient,
point employées , mais on ne
paffoit point neufou dix feuilles
d'Impreffion. Il vient prefentement
des matières en telle
ab fance qu'on efté ennAV
LECTER.
traint de le groffir de moitié,
afin de fatisfaire le Public,
Toutes les chofes qui y font
gravées eftant faites avec tant
précipitation ,demandent qu'on
employe beaucoup de Gens &
d'Ouvriers tout - à - la - fois pour
le tenir toujours preft à jour
nommé. Il eft impoffible de retrancher
les feuilles qui le grof
fiffent , à caufe de la quantité
d'Articles confidérables dont
l'Autheur eft accablé tous les
Mois . C'eft ce qui le met dans
l'impuiffance de le continuer le
Mois prochain que fur le pied
de trente fols relié en veau , de
vingt - cinq relié en parchemin,
& de vingt pris en blanc chez
le Sieur Blageart fon Imprimeur
; mais il affure que quel`
AV LECTEURque
dépenfe qu'il y faffe à l'avenir
, comme il n'épargnera
rien pour donner de plus en plus
quelque chofe de curieux pour
les Graveures, il n'en augmentera
jamais le prix, qui n'eft que
fort médiocre pour un Livre
de cette groffeur , quand mefme
il n'y auroit aucune Figure, en
comparaifon de ce qu'on vend
ordinairentent les Livres pour
lefquels il y a la moitié moins
de dépenfe à faire.
119 100A
On croyoit donner l'Extraordinaire
le 13. d'Avtil , mais les
Feltes de Pafques qui approchent,
& qui empefcheront les
Ouvriers de travailler
Il
caute qu'on le remer au 26. I
contiendra trois fois autant de
matiere qu'un Volume du MerAV
LECTEVR .
cure ; & cela ne doit pas eftre
difficile à croire , puis qu'il fera.
& beaucoup plus gros , & d'un
plus petit caractere . On y trouvera
mille chofes curieufes,
dont on ne veut point avertir
le Lecteur , afin qu'il foit plus
agreablement
furpris. On y
verra que la France n'abonde
pas moins en Gens d'Efprit,
qu'elle fait en Braves . Tous
ceux qui ont écrit touchant le
Mercure , & les Ouvrages qu'il
a recueillis depuis fon commencement,
y ont intereft. LePublic
fera étonné des Figures
qu'il y vérra , & des dépenses
extraordinaires
qu'on aura faites
pour les y placer. On y trouyera
dequoy s'exercer l'Efprit
avec autant de plaifir qu'on s'en
}
AV LECTE VR.
fait à developer les Enigmes,
& on peut croire par là qu'il y
aura beaucoup à profiter. On
promet qu'on y fatisfera entierement
ceux qui preffent l'Autheur
depuis tant de Mois fur
le Chapitre des Modes. On ne
fe contentera pas d'expliquer
en quoy elles confiftent, on adjoûtera
des Graveures qui les
reprefenteront aux yeux . Enfin
ce Livre fera galant , curieux,
plein d'érudition , profitable
pour former l'Esprit , utile au
Public par quantité de chofes.
& glorieux à la France. On ne
le vendra qu'un Ecu en veau ,
cinquante - cinq fols en parchemin,
& cinquante en blanc,
chez ledit S ' Blageart . Quand
PAutheur n'y trouveroit que.le
AV
LECTEVR.
remboursement de fes frais, il fe
tient fi obligé au Public , qu'il
<veut bien contribuer de fe
foins tous les trois Mois à la
fatisfaction qu'il aura d'apprendre
combien les Provinces renferment
de beaux Efprits qu'il
ne connoit pas.
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J
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Table des Matieres principales
contenues en ce Volume. 21
A
P nodent
3
Vant-propos, godono page 1
Lettre de Bretagne, contenant
plufieurs Nouvelles de cette Province,
Echange de Prifonniers faits en Catalogne
apres laBataille d'Epouilles, 11
Lettre de M.D. P. & Mademoiselle
P.B. meflée de Profe deVers, 14
Air nouveau, dont les Parolesfont de
Madame Desboulieres, 27
27
Mariage de M. le Chevalier d'Aubigné,
de Madem Pietre,
Nouvelle Avanture de l'Opéra, 29
Monfieur de Iauvelle eft nommé au
Gouvernement de Ham apres la
mort de M. de Riberpré,
Mariage de M. le Marquis de Genlis
BrulardavecMadem.d'Efpeville, 56
53
Loterie Galante,
61
é ij
TABLE .
L'Amourfans partage,
66
Lettre de l'Académie de Soiffons à
M. le Chancelier, 73
Nouvelles Académies de Beaux Ef
prits,
+
78
Le Bon Mary, Comedie avec des entr'-
actes de Musique, reprefente ce Carnavalchez
uneDame deQualité, 84
Belle ambition de bien dancer,
Police admirable ,
85
86
Toutes les Particularitez du Mariage
du Prince Charles de Lorraine avec
la Reyne Douairiere de Pologne, 88
Air nouveau, 105
Relation de la Cayenne , de la prife du
Fort d'Orage, de l'Ile de Gorée , de
- ce qui s'estpaßé à Tabago, avec tous
173
les Nosdesofficiers desVaiffeaux, 105
· Les Arts de l'Homme d'épée, ou le
Dictionnaire du Gentilhomme, ´17-2
Hiftoire de Laponie,
Mariage de M. le Vicomte de Pau le
de Madame de S. Hypolite,
dans une Lettre mellée de Profe &
de Vers de Madame la Viguiere
d'
Alby,
176
TABLE.
Sacre de M. l'Evefque de Rennes, 188
Mort de M. Paris Confeiller de la
Grand Chambre, la Reception
de M. Malo enfaplace.
193
Deux Epitaphes d'une Femme morte
d'amourpourfon Mary, A - 195
Hiftoire de la Dame embourbée, 198
Fefte Galante de M. de Verduron,
Viguier General de Montpellier, 215
Mort de M. de Launby,
Mort de M, de Hauffonville Comte
de Vaubecourt, ...
222
228
Mort de Madame la Marquife de
Seignelay,
23:2
237 Mort de M. l'Abbé de Ris.
Vers de Made Valnay , à Madame , 23.9
Prife de poffeffion de la Viceroyauté
de Sicile par M. le Marefihal Duc
de la Feuillade,
1
241
M. le Comte deTallard eft receu à Grenoble
Lieutenant de Roy de Dau-
・phiné,
"
245
Les Lettres de Chancelier de M. le
Tellier font publiées à la Cour des
Aydes, 250
TABLE.
251
M.de Givry eft pourvenpar Sa Ma
jefté de la Lieutenance deRoy de la
Citadellede Mets, w› »
Mariage de Mademoiſelle Chareton,
de M.d Hillain , Confeiller au
Parlement, Seigneur deBaroges,✅ 254
Paroles Italiennes de M.Ménage, notées
à Rome, 257
262
332
Siege de Gand, avec toutes les Particu
laritez, Profil Plan de la Place,
avec toutes les Attaques,
Lettre du Roy à M. le Marefchal Duc
de Villeroy,
Dialogues, Madrigaux, Sonnets , Epigrammesfur
laprise de Gand, 342
Explication en Vers de la premiere
Enigme du dernier Volume, avec les
Noms de tous ceux qui l'ont devinée,
359
Explication en Vers de la feconde
Enigme, par M. le Comte de Cliffon,
avec les Noms de tous ceux qui ont
deviné les deux,
Enigme,
Autre Enigme,
362
369
370
TABLE.
Diverfes Explications données à l'E-
372
Explication en Vers du veritable mot,
nigme de Pandore,
faiteparM.Robe,
Medee, Enigme,
373
377
Divertiffemens donnez &promis au
Public,
Air àBoire de M. Sicard,
379
382
до
S
P)
Fin de la Table .
Avis pour placerles Figures.
L'A
Air qui commence par, Le coeur
tout déchiré par un fecret martyre,
doit regarder la page 27.
L'Air qui commence par , Je ne
reconnoy plus ma charmante Lizette,
doit regarder la page 105.

Le Plan de l'Ile de Gorée doit regarder
la page 153 .
Le Plan de Tabago doit regarder
la page 163.
L'AirItalien doit regarder la page
257.
Le Plan de Gand doit regarder la
page 329 .
L'Enigme en Figure, doit regarder
la page 377 .
L'air qui commence par, Du Vin,
du Vin, doit regarder la page 382 .
MERCVRE
GALANT
T
Ovs mes foins à
m'informer exa-
Єtement des Nouvelles,
ne fuffiſent
point. Il fe paffe toûjours
bien des chofes don je
n'av point
d'affempts
av
n
Mars.
roir
dans le
temps.
1
A
2 MERCVRE
Une Lettre d'obligeans
reproches qu'on m'aporte
prefentement , vous le fera
voir. Lifez - la , Madame.
Elle vous aprendra ce que
vous auriez déja ſçeu , fi je
n'avois pas moy - meſme
ignoré ce qu'on m'écrit.
GALANT. 3
2525252525252525
POUR.
L'AVTHEVR
DU
MERCVRE
A
GALAN T.
Pparemment, Monfieur
vous n'avez point de
correspondance en Bretagne,
puis que voftre Mercure,dont
Lout le monde vous eft fi obli
, ne nous a rien dit encor
Mariage de M' le Comte
de Rieux. Il méritoit bien
A ij
MERCVRE
d'y avoir place. Le Nom de
Rieux eft trop illustre pour
ne vous eftre pas connu ; &
celuy dont je vous parle en
foûtient la gloire avec des
avantages fiparticuliers , que
je juge aifément du plaifir
que vous vous feriezfait de
luy rendre la mefme juftice
que tant d'honneftes Gens
reçoivent de vous. Il a époufé
Mademoiselle
de la fuliennée,
qui est de tres- bonne
Maifon, & riche de deux cens
mille Ecus . Le Mariage s'est
fait à Rennes , où Madame
* La Marquise de Coëtlogon eft
GALANT.
"
morte depuis peu. Elle eftoit
Femme du Marquis de ce
nom, Gouverneur de Rennes,
& Lieutenant de Roy en Bretagne.
Cette Dame y estfort
regretée ;fa pieté, ſa ſageſſe,
&fa bonté, ne la rendoient
pas moins confidérable que
fes richeffes & fa naiffance.
Elle a eu la fatisfaction de
voir avant fa mort tous fes
Enfans tres bien établis
M.le Marquis fon Fils est
receu enfurvivance , & s'eft
acquis beaucoup de réputation
dans les Armées de
Flandre d' Allemagne.
A iij
MERCVRE
Mr l'Abbéfon autre Fils , eft
Docteur de Sorbonne , & n'a
pas moins de pieté que de
Science. Le Roy luy a donné
l'Abbaye de Begarre. Madame
la Comteffe de Tournemine-
Hunaudois , eft fa Fille
aifnée Madame de Cavoye
, qui a esté Fille de la
Reyne , eft fa cadete. Elles
fuivent toutes deux les Exemples
de vertu que leur a toûjours
donnez Madame leur
Mere. Monfieur l'Evefque
de Quimper leur Oncle , eft
Fere de Mr le Marquis de
Coetlogon , auffi-bien que le
GALANT.7
Chevalier qui porte ce Nom,
& qui eft Capitaine de Vaiffeau
à Meffine. Ily asouvent
fait parler de fa bravoure.
On ne s'en étonne
point. Elle eft comme naturelle
à ceux de cette Maifon.
Vous voulezbien, Monfieur,
que j'adjoûte icy qu'on a efté
furpris que dans voftre Mercure
du Mois d'Octobre , vous
n'ayezfait aucun Article des
Etats tenus en Bretagne, où
Monfieur le Duc de Chaunes
a fi bienfervy le Roy , & confervé
les Privileges de la Province
. Tout le monde fçait
1
A iiij
8 MERCVRE
combien il y eft respecté &
honoré. Cette Affemblée fut
un peu moins remplie de Di
vertiffemens qu'à l'ordinaire,
à cause de la maladie de Madame
la Ducheffe de Chaunes,
pour laquelle on a en Bretagne
une confidération tresparticuliere.
Monfieur le
Duc de la Trimoüille préfida
à la Nobleffe avec beaucoup
d'aplaudiffement. Monfieur
l'Evefque de Saint Brieux y
charma par la force de fon
éloquence , & fenoit une Table
auffi délicate que magnifique.
Monfieur l'Evefque
GALANT 9
de Rennes parut pour lapremiere
fois dans cette Affemblée
mérita l'eftimé de
tout le monde par ces manieres
obligeantes qui ſemblent
attachées à tous ceux de l'11
luftre Maifon de Lavardin.
Si je vois , Monfieur ; que
mes avis vous foient utiles,
je continuëray à vous faire
part des Nouvelles de cette
Province. Le fuis, & c.
Les Complimens que
Monfieur 1Evefque de
Saint Brieux a faits depuis
quelques mois au Roy , à
10 MERCVRE
la Reyne , & à Monfieur,
font fi eftimez , qu'il ne
faut point d'autre preuve
de la force & de la délicateffe
de fon Efprit. Vous
fçavez , Madame , que ce
Préiat eft Neveu de feu
Monfieur de Perefixe Archevefque
de Paris , & Frere
de ce Brave de la Hoguete
qui à la tefte des Moufquetaires
entra des premiers
dans Valenciennes . Vous
vous fouvenez que les avantages
que nous eûmes la
Campagne derniere en
Flandre, furent fuivis de la
GALANT. II
Victoire que nous remportâmes
en Catalogne au
Combat d'Epoüilles. On
y fit plufieurs Prifonniers
de part & d'autre, & Monfieur
le Marefchal Duc de
Navailles ayant reçeu ordre
d'en faire l'échange,
nomma auffi -toft M' Hé
ron Commiffaire ordinaire
des Guerres , ayant le Département
du Rouffillon;
& M' de la Ribertiere, Major
de la Ville & Citadelle
de Perpignan. Le premier
eft une Perfonne d'un mé
rite extraordinaire , & fans
12 MERCVRE
aucun intereft que celuy
de faire fa Charge avec
honneur, & d'obliger tout
ce qu'il y a d'honneſtes
Gens. L'autre eft un vieil
Officier , qui en diférentes
occafions a donné des marques
de fon zele & de fa
valeur. Tous les deux s'ef
tant rendus a Figuieres
avec un Paffeport de M' le
Comte de Monterey , travaillerent
quelques jours à
cet échange , & vinrent en
fuite l'arrester à la Jonquieres
, où il fut figné de
Meffieurs les Commiffaires
GALANT. 13
de France & d'Espagne.
Autre Article arrefté dans
une folemnelle Affemblée .
La Lettre que je vous envoye
vous l'éclaircira . Elle
eft écrite par un galant
Homme, dont une fort ai-.
mable Fille a touché le
coeur. Il l'avoit veuë dif
pofée à luy donner & à recevoir
de luy un Nom qui
répondift à l'eftime particuliere
qu'ils ont l'un pour
l'autre , & c'eft là - deffus
qu'il prend occafion
de
feindre ce que vous allez
voir.
L
14 MERCVRE
LETTRE
DE MONSIEUR D. P.
A MADEMOISELLE P. B.
I
Ly a longtemps que jë
m'ennuye de vous appeller
Mademoiſelle , & d'estre
traitépar vous de Monfieur .
Le fuis ravy que vous vous
Soyez auffi ennuyée de ces
noms , & vous avez efté beureufement
inspirée de m'en
chercher un moins férieux .
A dire vray , ce terme de
Monfieur tient un peu trop
GALANT. 15
du respect , & vous pouvez
le perdre hardiment pour
moy, pourveu que vous confentiez
à le remplacer par
quelque fentiment plus agreable.
Voftre embarras fur
ce changement de noms , venoit
de la difficulté de m'en
choisir un qui fuft joly , &
point trop tendre. C'eftoit
affurément une affaire ;
Mais enfin tout est terminé,
Jem'en vay vous cauſer unefurpriſe
extréme,
Ce Nom que vous cherchiez,
l'Amour me l'a donné.
Quoy l'Amour? oüy l'Amour
luy -mefme.
16 MERCVRE
Qui fe le fuft imaginé?
Sans doute on ne s'attendoit
guere
Que dans votre confeil vous
duffiez l'appeller,
Mais le Fripon fait bien plus
d'une Affaire
Dont il n'eft pas prié de ſe
meiler.
ZMCTCM .
le gage que vous vous préparez
déja à le défavoüer de
ce qu'il a fait ; mais je vous
affure qu'il en afort bien ufe,
& vousfçavez auffi bien que
moy qu'il a plus d'égardpour
vous que pour aucune Perfonne
du monde, Voicy comme
cette négotiation a efté
traitée.
GALANT. 17
i
Quand il fçeut que vous
vouliez bien recevoir un
nom , & m'en donner un , il
affembla tous fes petits Freres
les Amours pour déliberer
Id-deffus. Il leurpropoſa
d'abord qu'il estoit temps
que nous quitaffions les noms
deMonfieure deMademoifelle.
On apporta les Regiftres
defes Conqueftes, & onfe mit
à les feuilleter. Les Regiftres
des Conqueftes de l'Amour,
vous vous imaginezbien que
ce doivent eftre force Billets
golants de toutes les manieres.
Unity dans les plus
Mars. B
18
MERCVRE
anciens les noms de Mon
Soleil Ma Chere Ame.
Les Amours s'éclaterent de
rire.
Cependãt,nevous endéplaife ,
Ces Noms furent trouvez fort
tendres & fort doux
Par quelques Amours portans
fraife ,
Dont nos Ayeux fentoient ja .
dis les coups
.
Ils regretterent fort l'antique
prud'hommie
Quine paroît plus das nos ans ,
Et les mots emmiellez de M'amour,
de M'amie,
Dont on fe fervoit au vieux
temps.
GALANT. 19
On trouva en fuite dans
des Regiftres plus modernes,
Mon Cher & Ma Chere ;
cơ là deffus
Un grosAmour au teintfleury,
Qui ne connoiffoit point de
Beauté rigoureuſe,
Qui de folides mets s'eftoit toûjours
nourry,
Et qui fçavoit duper le plus jaloux
Mary,
Et la Mere la plus fâcheufe ,
Cria tout haut , Mon Cher &
Ma Cherefont bons,
Ils expriment fort bien , ils font
du bel ufage,
Pourquoyfeuilleterdavatage?
Ordonné qu'on prendra ces
Noms.
20 MERCVRE
Tout-beau , luy répondit cer
tain Amour ſevere ,
Nos Amans n'en font pas encor
où vous pensez .
Quoy , viendroient- ils fi -toft à
Mon Cher & MaChere?
S'ils y viennent un jour , ce fera
bien affez .
Vrayment , fi j'en eftois le
Maiſtre,
Repliqua le premier, ils doubleroient
le pas,
Vous diriez qu'ils ne font que de
s'entreconnoiftre,
CesAmans - là n'avancent pas .
Malgré l'avis de cet Amour
, on continua à feuilleter.
On lút les noms de Mon
Berger & Ma Bergere . C'eft
GALANT. 21
dommage , dit- on, qu'ilsfoient
trop communs , car ilsfont
fort jolis. En mefme temps
on entendit la voix d'unpetit
Amour, qui dit prefque toutbas
, il y a remede à cela.
On fe tourna vers luy, & on
le vit qui tâchoit à ſe perdre
dans la foule des Amours où
il s'eftoit toûjours tenu caché.
Mais on l'en tira pour
luy demander qui il estoit.
Iln'eftoit connu de perfonne.
aphifionomie eftoit fpirituelle,
Le teint fort beau , l'oeil languiffant
& doux ,
La taille petite, mais belle ,
I
22 MERCVRE
En un mot tout fait comme
vous.
Fort timide , car de ſa vie
Le pauvre Enfant n'avoit paru
publiquement;
Il rougit en voyant fi belleCom
pagnie,
Et fa rougeur avoit de l'agrément.
Il dit que vous eftiezfa
Mere ; mais que comme cela
eftoitfecret, il prioit fes Freres
les Amours de n'en rien
dire , quefi on luy laiffoit
le temps de reprendre unpeu
fes efprits, il nous donneroit,
à vous & à moy s'entend
un nom dont nous aurions
e
GALANT. 23
fujet d'eftrefatisfaits. Si- toft
qu'ilfe fut remis, il adjoûta
qu'il faloit que vous m'appellaffiez
Mon Berger. Ala
verité, pourfuivit- il , le nom
eft commun, comme vous l'avez
deja remarqué , mais
voicy le moyen d'empefcher
qu'il ne le foit. Il ne l'appellera
pas fa Bergere , mais
fa Mulette , & alors Mon
Berger & Ma Mulette feront
des noms nouveaux.
Ma Mufette ? s'écrierent les
Amours . Oüy , ma Muſette,
reprit- il d'un petit air un
peu plus affuré. Ma Mere eft ,
24 MERCVRE
eft une uraye Mufette.
Elle est toute prefte à charmer
Et d'elle.mefme elle a tout ce
qu'il faut pourplaire,
Mais un Berger eft neceffaire ;
Quand il s'agit de l'animer .
Simon avis , Amours , eftoit fuivy
du voftre,
Je croy qu'il faudroit obliger
Et la Mufette & le Berger
A certains devoirs l'un vers
l'autre.
Le Berger ne dira rien d'amou
reux , de doux ,
Si ce n'eft avec fa Muſette :
Elle diftinguera fon Berger entre
tous,
Et pour tout autre elle fera.
muette .
De plus quelque tendre ChanGALANT.
25
Que le Berger à fa Mufette
inſpire,
Elle ne fe pourra diſpenſer de
la dire,
Ny de le prendre ſur ſon ton.
On fut affezfatisfait de
la Harangue dupetit Amour;
& tous les Amours fe féparerent
apres avoir réfolu
qu'on vous propoferoit le
nom de Muſette , & à moy
celuy de Berger.
Si vous acceptez le vostre,
fongez, je vous prie , que le
Berger voudroit bien quefa
Mufette ne fe fift point employer
à des Chansons triftes
26 MERCVRE
nyplaintives, mais feulement
à celles où l'on marque fa reconnoiffance
à l'Amour.
Quelque agreable Chanfon
que la Mufete faſſe retentir
, elle aura peine à
égaler ces belles Paroles de
l'incomparable
Madame
Deshoulieres
. Elles ont
efté mifes en Air par un
Homme de qualité de fes
Amis . Vous m'en ferez
fçavoir voftre fentiment
quand vous en aurez appris
la Note,
GALANT: 27
AIR NOUVEAU.
E coeur tout déchirépar unfecret
martyre,
Je ne demande point, Amour,
Quefous ton tyrannique empire
L'infenfible Tirfis s'engage quelque
jour.
Pourpunirfon ame orgueilleuse
Del'eternel affront qu'il fait à mes
attraits ,
N'arme point contre luy ta main
victorieufes
Sa tendreſſe pour moy feroit plus
dangereuse
Que tous les mauxque tu mefais.
Le Mariage de M' le
Chevalier d'Aubigné, Gou
Cij
28 MERCVRE
verneur de Cognac , & Frere
de Madame de Maintenon,
ne s'eſt point fait avec la
Perfonne que je vous nommay
dans ma Lettre du
Mois de Decembre , & il
a époufé Mademoiſelle
Pietre fur la fin de Fevrier.
Elle eſt Fille unique de feu
M' Pietre , Procureur du
Roy de la Ville , & Niéce de
M' le Clerc , Seigneur de
Chafteau des Bois , Gentilhomme
ordinaire chez le
Roy.
Les Avantures continuënt
toûjours à naiſtre
GALANT. 29
aux Repreſentations de
l'Opéra. En voicy une qui
merite bien que vous la
fçachiez.
Trois Dames de qualité,
belles, fpirituelles , & d'un
enjoüement à charmer,
apres avoir écouté pendant
tout un jour les douceurs .
de force Amans qui leur
rendoient des foins affez:
affidus , tomberent le foir
fur leur chapitre, & comme
elles cherchoient moins à
faire intrigue qu'à fe divertir
, elles plaifanterent
fur leurs diférentes décla30
MERCVRE
rations , & fe firent confidence
des proteftations les
plus empreffées que chacune
d'elles en recevoit
C'eftoit en tous une fidelité
inébranlable , des fermens
de manquer plutoft
de vie que de conftance, &
une affurance fi pofitive de
n'avoir des yeux que pour
ce qui caufoit leur attachement
, qu'à les entendre,
ils eftoient les feuls qui euffent
encor fçeu aimer. Les
Dames qui ne fe piquoient
pas d'eftre fort crédules,
prenoient tout cela pour .
GALANT. ZI
des lieux communs ; &
quoy qu'elles pûffent avec
raifon attendre beaucoup
de leur mérite , elles fe défioient
affez des Hommes
pour eftre perfuadées qu'il
n'y avoit que des paroles
dans tout ce qu'on leur
proteftoit. Sur cette penfée,
elles fe firent un plaifir
de l'éprouver , plus pour
jouir de l'embarras où elles
prétendoient mettre leurs
Amans, que pour les croire
capables de tenir bon contre
une Avanture. Parmy
le grand nombre d'Ado-
C iiij
32 MERCVRE
rateurs qu'elles s'eſtoient
faits , elles en choiſirent
cinq qui leur avoient paru
les plus enflâmez
, & ayant
imaginé un Billet de rendez-
vous , elles emprunterent
une main inconnuë
pour l'écrire , & le firent
tenir le lendemain à chacun
des cinq dont elles
vouloient tenter la fidelité
. Le Billet eftoit conçeu
en ces termes.
Ice
y a longtemps que je
cherche quelque occafion
favorable , oùje vous puiffe
GALANT. 33
faire connoiftre l'estime particuliere
que j'ay pour vous;
mais un Mary qui m'obfede
rompt toutes mes mesures.
F'efpere neantmoins pouvoir
me dérober demain Mardy
pour quelques heures. F'iray
à l'Opéra aux troisièmes
Loges, du costé de celle du
Roy , & n'auray qu'une Suivante
pour compagnie. Jy
feray en Cape, un Ruban couleur
defeu à ma Coife , & un
fur ma teste entre mes Cor
netes. Obligez- moy de vous
ytrouver. Peut- eftre ne vous
repentirez vous point de vos
pas..
34 MERCVRE
Ce Billet rendu feparément
aux cinq Cavaliers,
fit l'effet que les Dames
avoient attendu. Ils ef
toient naturellement affez
fatisfaits d'eux -mefmes , &
ce Rendez-vous offert juſ
tifiant l'eſtime qu'ils faifoient
de leur mérite , ils
réfolurent tous d'en profi
ter. Le jour venu , les Dames
allerent à l'Opéra en
habit fort negligé. Il ne
leur falloit point un plus
grand déguiſement pour
les cacher, car elles eftoient
ordinairement fort magniGALANT.
35
fiques. Elles fe firent me-.
ner aux troifiémes Loges.
Je ne fçay , Madame , fi
vous fçavez que ces Loges
n'eftant point ſéparées les
unes des autres comme les
premieres, font une efpece
de Galerie où chacun prend
telle place qu'il veut, avec
entiere liberté de s'y promener.
Les Dames en occupérent
l'entrée , & pofterent
à l'autre bout deux
Demoifelles Confidentes
de l'Intrigue . L'une avoit
le Ruban couleur de feu
qui eftoit marqué par le
· 36 MERCVRE
Billet , & on euft eu peine
à choisir une Perfonne plus
propre au Rôle qu'on luy
donnoit à jouer. Les Cavaliers
fuivirent de pres.
Le premier eftant fur le
point d'entrer , apperçeut
le Carroffe d'une des Dames
qui retournoit vuide..
Il en demanda des nouvelles
à un Laquais , &
ſe crût obligé à des précautions
extraordinaires ,
quand il apprit qu'elle &
fes deux Amies eftoient
enſemble à l'Opéra. Il
eftoit queſtion de ſe cacher
GALANT. 37
d'elles, & il n'eut pas à refver
longtemps aux moyens
d'en venir à bout. Dés les
premiers pas qu'il fit en
entrant , il apperçeut un
des Intéreſſez au Rendezvous.
Celuy-cy croyant en
avoir efté reconnu, ofte un
Manchon dont il fe cachoit
d'abord le nez , & plus par
vanité que par confiance,
luy découvre le fujet qui
l'obligeoit au déguiſement.
Pour preuve de la bonne
fortune qui l'attendoit , il
luy montre le Billet de l'Inconnue
, & luy recom
38 MERCVRE
mande de n'en point par
ler. L'autre qui en avoit
reçeu un tout femblable,
ne doute plus de la piece;
& les Dames qui font de ſi
bonne heure àl'Opéra , luy
faifant juger que c'eſt d'elles
qu'elle vient ,
il
veut
s'en tirer en habile Homme.
Ilfouhaite bonne rencontre
à celuy qui fe croit
heureux , s'en fépare , le
laiſſe aller, viſite l'Amphithéatre
& les Loges baffes,
& n'y trouvant point les
Belles qui l'ont joué , il
monte aux troifiémes , où
U
GALANT. 39
il ne doute point qu'il ne
les rencontre. En effet , il
les découvre én entrant,
& les ayant reconnuës malgré
leur négligence affeetée,
il leur dit qu'ayant
faffé chez elles pour leur
faire une fort agreable confidence
, il avoit efté heureuſement
averty qu'elles
eftoient à l'Opéra , qu'il
venoit de les y chercher par
tout , & que puis qu'il les
trouvoit dans un lieu fi
propre à faire naiftre des
Avantures , il ne tiendroit
qu'à elles de luy voir faire
40 MERCVRE
le Perfonnage d'Avanturier.
Il leur lit fon Billet
en mefme temps. Les Dames
fe mettent à rire . Le
Cavalier en prend avan
tage , & leur fait enfin
avouer la piece. Il apprend
qu'elle a efté faite à quatre
autres comme à luy , dont
l'un entretient déja la Belle
au Ruban couleur de feu ,
On achevoit de luy faire
cette confidence, quand il
en voit paroiftre un autre
avec un Manteau d'écarlate
fur le nez . Il fut bientoft
fuivy d'un troiſième,
GALANT: 41
à qui on avoit encor donné
mefme Rendez - vous ; &
comme ils ne pouvoient
avoir place aupres de la
Belle qu'ils reconnoiffoient
au Ruban marqué, les Dames
fe divertiffoient
agreablement
à les voir ſe promener
embaraffez , en attendant
que leur tour fuft
venu pour l'Audiance , car
la Demoiſelle
qui ne manquoit
pas d'efprit, trouvoit
moyen d'éloigner les uns
fous prétexte de vouloir
dire un mot aux autres
pour s'en défaire. Ainfi
Mars. D
42 MERCVRE
il y en avoit qui fe pro
menoient , il y en avoit
qui parloient , & chacun
croyant eftre le feul heureux
, attendoit toûjours le
temps favorable du tefteà-
tefte . Pendant que la
Belle les amufoit de la forte,
un de ceux qu'elle avoit
priez de la quiter un moment
, s'eftant avancé en
reſvant juſqu'à l'endroit où
eftoient les Dames , en fut
appellé. Il eftoit d'une
taille aiſée à connoiftre , &
il auroit inutilement voulu
fe cacher. Il fut furpris de
GALANT. 43
L
les voir aux troifiémes Lo
ges ; & leurs Habits négligez
luy faifant foupçonner
du myftere dans cette Partie,
il comprit aux diférentes
queſtions qui luy furent
faites , qu'elles feules luy
avoient fait donner le Rendez-
vous. Il tâcha à ne fe
point déconcerter , & leur
dit agreablement qu'il leur
eftoit obligé de luy faire
voir l'Opéra à fi bon marché
, & en meilleure compagnie
qu'il ne l'avoit crû.
a
Toute la peine qu'on luy
impofa , fut d'aller recon-
Dij
44 MERCVRE
noiftre un Manteau gris
qui s'eftoit arrefté à quelques
pas de la Demoiſelle
au Ruban. A peine l'eut- il
examiné , que l'appellant
par fon nom , il luy demanda
la raifon de cet
équipage, & s'il avoit honte
qu'on le vift dans un lieu
où les Gens à bonne fortune
eftoient fi fouvent
mandez . Le Cavalier au
Manteau ne pût ſi bien
feindre, qu'il ne paruſt interdit
de cette demande.
Il donna de méchantes raifons
à celuy qui luy parloit,
GALANT 45
& qui le conduifant infenfiblement
vers les Dames ,,
partagea le plaifir qu'elles
eurent de fon embarras.
Elles luy firent lès mefmes
queſtions qu'au premier,
& leurs éclats de rire qu'
elles ne pouvoient contenir,
aiderent à luy faire deviner
la mefme chofe . Il
ne leur déguifa point qu'il
avoit donné dans le panneau
, & leur avoüa mefme
qu'il avoit trouvé le caratere
du Billet tout femblable
à celuy d'une Dame
qu'il avoit foupçonnée du
46 MERCVRE
Rendez-vous. Il falut en
fuite reconnoiſtre le Manteau
d'écarlate. Celuy qui
en eftoit envelopé , avoit
pris place aupres de la Dame,
& profitoit de l'erreur
des autres qu'il venoit d'éloigner.
Autre Cavalier
fut député pour la découverte.
Il troubla la confi
dence en s'approchant;
& comme il obferva attentivement
les deux prétendus
Amans, le Cavalier qui
commençoit à conter des
douceurs à fon Inconnue,
aima mieux quiter la partie,
GALANT. 47
que de laiſſer découvrir qui
if eftoit . Il ſe tira brufque
ment. L'autre le fuivit , &
marchant à coté de luy,
comme fi ç'euft efté fans
deffein , il l'obligea longtemps
d'avoir le nez contre
muraille, jufqu'à ce qu'il
fe réfolut tout - à- coup à
fortir des Loges, fans écou
ter les Dames qui l'appellerent
dans l'inftant qu'il
s'échapoit. Leur voix le
jugeant bien qu'elles n'effrapa.
Il la reconnut , &
pas

toient
plaifir de la Mufique , il
pour
le feul
48 MERCVRE
voulut fçavoir s'il n'avoit
point d'intereft à ce qui les .
avoit fait monter fi haut..
Ainfi il revint un quart
d'heure apres , & fe plaça.
derriere elles pourles écou
ter , apres avoir changé de
Perruque , de Manteau &
de Chapeau. Ce quilesfurprit
, & qui furprit égale .
ment tout le monde , ce
fut un Mafque qu'il fe mit
fur le vifage. Cette nouveauté
fit garder le ſilence
aux Dames pendant quel
que temps ; mais elles l'e
xaminerent
de fi pres, que
2
la
GALANT. 49
la métamorphofe ne leur
fut pas longtemps inconnuë.
Elles luy dirent quelque
chofe de plaifant, qu'il
feignit inutilement de ne
point comprendre. Il fit de
fauffes réponfes , & voyant
qu'une d'entr'elles vouloit
ouvrir fon Manteau , afin
qu'il ne fuft plus en pouvoir
de fe cacher , il s'enfuit
avec la mefme précipi
tation qu'il avoit fait la pre
miere fois. On attendoit
le quatrième qu'on n'avoit
pû encor découvrir. Il s'ef
toit trouvé au Rendez-
Mars.
"
E
50 MERCVRE
s les autres vous avant tous les
& ménagé de telle manicre,
que fans s'eftre fait remarquer,
il avoit entretenu
la Belle pendant tout le
temps qu'elle avoit eſté en
liberté de l'écouter
. Gependant
comme il n'eftoit
pas d'humeur à s'accom .
moder de la facilité qu'elle
faifoit voir à prefter 10-
reille à tant de monde, &
que fon entretien ne luy
avoit pas paru auffi fin qu'il
l'euft fouhaité , il ne de
meura aupres d'elle que
jufqu'au troifiéme Acte de
GALANT. T
l'Opéra ; & quelque ordre
qu'il le fouvint d'aller donnerfes
Gens , l'ayant
obligé de fortir , il fuſt rez
connu des Dames , qui tâ
cherent de l'arrefter. Elles
curent beau prononcer for
nom. Il feignit de ne rien
entendre, & penfa tomben
dans l'Elcalier à force de
fuir! Les Damés en pouffe
rent des éclats de rire qui
attirerent les regards de
toute l'Allemblée de leur
cofté. On jouoit Atis , &
ceux qui s'y trouvèrent ce
jour - là n'auront pas de
E ij
$2 MERCVRE
peine à s'en fouvenir . ¿ Le
lendemain les Cavaliers
leur firent vifite. Vous ju
gez bien, Madame , qu'ils
ne furent pas épargnez , &
que le Ruban couleur de
feu qui les avoit fait courir,
fervit d'une agreable matiere
à la converfation. Co
qu'il y eut de fâcheux pour
eux d'eft que les Dames
Tes reçeurent du meſme
eil qu'à l'ordinaire , & ne
leur firent paroiftre ny cofere,
ny chagrin de ces fermens
de conftance violez
pour une fi legere occafion.
GALANT: 53
Elles eftoient bien éloi
gnées de s'en mettre en
peine. Ce font de ces Femmes
qui aiment le monde
fans s'embaraffer d'aucune
intrigue, & dont ceux qui
des voyent ne peuvent efpérer
are avantage que
celuy d'eftre foufferts. 9191
Je vous ay déja mandé
la mort de M le Marquis
de Riberpré , Gouverneur
des& Ville & Chafteau de
-Ham. Vous ne fçauriez
crone combien il y eft regreté.
Il eftoit de la Maiſon
de Mouy, & eft mort Lieu-
E iij
14 MERCVRE
tenant General des Armées
du Roy. On ne monte
point à ce Pofle, qu'on ne
sien foits rendu digne par
des Actions d'éclat Auffi
Mele Marquis de Riberpré
sieftoit- il fait diftinguer en
beaucoup d'occaſions joù
fas conduite in avoit pas
moins paru que fon cou
rage;n&ifi quelque chofe
peut confoler la Ville de
Ham de la perte qu'elle a
faite d'un Gouverneur qui
luy estoit fi cher , c'eft de
ée que le Roy a nommé
Mide Marquis de Jauvelle
BONDANT 55
Commandant des Mouf
quetaires Noirs , pour luy
fuccederau Gouvernement
de cette Place . Je ne vous
dis rien du mérite de ce
dernier. Vous le connoif
fez, & mes Lettres vous en
ont entretenuëtant de fois,
que je ne pourrois licy que
vous repéter ce que je vous
emay déja écrit. En mefme
temps qu'on m'apprend la
joyé que cette Nomination
a fait naiftre dans toute la
Ville de Ham , on me fait
part d'un Mariage qui s'eft
fait depuis quelques jours
E iuj
56 MERCVRE
dans fon voifinage , où M²
le Marquis de Genlis - Brulard
a époufé Mademoifelle
d'Elpeville. Son nom
& fes fervices font également
connus.ll eft Pere
de ces Braves Genlis qui
ont efté tuez ces dernieres
Campagnes à ela tefte du
Regiment de la Couronne .
Mademoiſelle d'Espeville
eft de la Maiſon des Bouelles
, dont la Nobleffe eft
fort ancienne . Elle est bel
le , jeune , & toute pleine
d'efprit
t
• Avant que de paſſer à
GALANT: $7
d'autres Nouvelles , il faut
vous avertir d'une erreur
où m'a fait tomber un Mé.
moire qui ne m'éclaircif
foit pas affez des choſes.
En vous parlant des nou
veaux Chevaliers de S. La
zare dans la dernière Let
tre que vous avez reçeuë de
moy, je vous bay marqué
que M' Lécoffois de Mont
thelon avoit esté reçeu dans
cer Ordre , auffi- bien que
Mr Pidou de S. Olon , Ce
font deux noms que j'ay
confondus, parce qu'on ne
les diſtinguoit pas affez
$8 MEROVRE
dans l'avis qui m'en a efté
donné. Je vous ay parlé
juſte au regard de Milde
Monthelon ; mais ilparoift
par ce que je vous en ay
écrit , qu'il s'appelle Lé
coffois de Monthelony &
cofont deux Perfonnesidio
férentes , M Lécoffois ref
tant Capitaine dans le Re
giment de Normandie
ya quelque temps
qu'on me fit auffi apperce
voir que dans ma Lettre
du Mois de Septembre ou
je vous ay parlé de la prife
du Chafteau de DimerenGALANT
59
ken, je m'eſtois trompé au
nom de Moyd Enonville
Colonel du Regiment des
Dragons de la Reyne , qui
fut envoyé pour en chaf
fer la Garniſon , & à celuy
de Mrde Courcelles quiluy
mena deux cens Hommes
d'Infanterie par l'ordre de
Monfieur le Mareschal de
Créquy. Ce nom d'Enonville
eft mal écrit. Il falloit
vous dire , M le Vicomte
de Denonville , qui eft
d'une Maifon confidérable
de Beauce , & connu pour
un des bons Officiers de
60 MERCVRE
l'Armée. Ce ne fut point
Mode Courcelles qui luy
mena du Secours , mais M
de Couvrelles , Gentilhom
Angoulmois. ll me de
eftoit Major d'Infanterie
de l'une des Brigades de
l'Armée, ûillafera difficile,
Madame, queje ne tombe
pas quelquefois dans des
fautes pareilles à celles cy
Ne me les imputez point,
je vous prie . Si dans les
Mémoires que je reçois, on
prenoit ſoin de bien écrire
les Noms, je n'aurois jamais
à me retracter.
GALANT 61
Je ne vous ay point parlé
des Loteries qui fe font til
rées dans les derniers jours
du Carnaval , Vous fçavez
que c'eft un divertiffement
qu'on fe donne icy tous les
Ans , mais vous n'auriez
peut eftrepas crû qu'on en
put faire une purement ga
lante . Cependant elle s'eft
faite le dernier Mois. On
fit des Vers pour plufieurs
Belles d'un Quartier, & ces
Vers ayant du raport avec
l'état préfent ou de leurcoeur
ou de leur fortune,
on voulut voir de quelle
62 MERCVRE
maniere le hazard les diftribuëroit.
Ily ade l'efprit
en ce nouveau genre de
Loterie ; mais comme elle
eft trop particuliere, & que
les Billets ne peuvent eftre
entendus que des Perfonnes
intéreſſées , je me contente
de vous en envoyer

trois ou quatre pour vous
faire juger de tous les au
trespais trunch naaparıb as?
BILLET POVR CANDACE.
321 00309b
Andace voßrehenreeſtuensë,
Vous allez aimer comme ilfaut.
Un Amour tout deflame a paru
dans la naë
GALANT 63
Qui va de votre coeur effacerle de
faut.
Iln'estpas encor heure induë,
Mais vous auriez mieux fait de
oilscommencer plutoft.¿ onosod
to
Billet pour Iris .
avons eftiezencorEnfant,
Ayousfoupient que votreMere
Vous dépeignoit l'Amour comme
an affreux Geant
Qui meritoit a un coeur l'averſion
& entiator ob 19
Mais depuisqu'un Amant bienfait
vous a feu plaire,
L'Amourpourvous, Iris, n'arien
de dégoûtant
,
Et ce Geant affreux dans les yeux
sant de Severe, ma
*Ne vousépouvanteplus tant. 8
64 MEROVRE
Billet pour Alcefte .
Vous laiſſerez paſſer les plus
beaux de vos jours,
Alcefte,fans goûter les doux ruits
des Amours;
Et quand vous vous verrez plus
avancée en âge,
Vous enragereztout de bon,
Et ferezpeut- eftre moins fage,
Quoy qu'on le foit alors , ou bienjamais
, dit- on,
Billet pour Diane.
I vous voulezqueľovous aime,
Diane, aimez,c'eft le plus court .
Ce n'estplus à prefent qu'on court
Apres une rigueur extréme.
On ne voit plus de ces Gens à teint
blefme,
GALANT. 6
S'attacher tant aupres d'un Objet
fourd
Qui laiffe foupirer, & ne fait pas
de mefme.
Diane, aimez , c'eft le plus court,
Sivous voulez que l'onvous aime.
Il eft naturel de vouloir
eftre aimé pour aimer , &
c'eft là- deffus que font faits
les Vers qui fuivent.
95
Mars.
66 MERCVRE
2525252525252525
LAMOV R
SANS PARTAGE.
étonner.
Ous demandez , Iris,
Pourquoy je vous
évites
Ceffez de vous en
Vous avez mille appas , & mon
caurva trop vifte
Quand il s'agit defe denner.
$2
La liberté me plaift, & vous eftes
aimables
le crains le pouvoir de vosyeux.
Malheur à qui les voit ; on affure
en tous lieux, (ble.
Qu'ils ontfaitplus d'unMiferaONLANM
67
S&
Quoy qu'ils ferablent promettre
qui voudroit s'offrir,
vous
Pamet
Ilfaut en vous aimant s'appresterà
CLA
Ce n'eft point là monfait, vous eftes
meurtriere,
Etmoy , jay grad peur de mourir.
25
Mourir pourvous fans doute eft un
fort pleindegloire,
Qui porteroit mon nom à la Pofte
rité;
Mais enfin j'aime à vivre ailleurs
que dans l Hiftoire,
Et nefuis pointjaloux de l'Immor
talité.
S&
Vn jour peut. eftre, à vous-mefme
contraire,
Fij
68 MERCVRE
Vous plaindriez mon triftefort.
Vous vous reprocheriez voftre hu
meur tropfeveren es
Mais cependant je ferois mort.
Se
Voulez- vous de mes voeux vous
affurer l'hommage ?
-Ne me refufez point une tendre
Quitez cettefroideur qui fied mal
à votre agent cal damun
Vous en vaudrez mieux de moitié.
25
Aquoy fert apres tout qu'en aimät
on foupire?
Le plaifir en eft-ilplus doux?
Croyez- moy, belle Iris , leplus leger
martire
Fait entrer Amour en couroux.
S
En le chargeat de rudes chaines,
GALANT. 69
Vous l'étoufez dans leBerceau.
Rien n'eftfidélicat lesfoucis &
les peiness gestRock
L'ontbientoft mis dans letõbeau.
Sa
Sur tout il faut dans fa naiffunce
Prendre un air avec luy qui foit
flateur & douxs
La rudeffe l'étonne ,&remplyd'innocence
rusblary91190 191
Il bait lesfieres comme vous.
Parlà cet Enfant s'intimide,
Iln'eftpoint fait àla rigueurs
La douceurfut toujours le quide
Qui le conduifit dans un coeur,
25 ST
» » Sile mien eſt à voſtre ufage,
Ilfait voeu pour jamais de vivre
fous vosloix,
70 MERCVRE
De n'adorer que vous 3 mais lors
que je m'engage, ©
Répondez- moy de votre choix.
A ces conditions puis -je eftre voftre
affaire? ca mama vez
Ie vousparle de bonnefoy.
Jetrouve tout en vous, & ne ceUX
• que vousplaire, x ) b
Pourezvous trouver tout en moy ?
Nous diferens beaucoup , l'Amour
fealnous égale,
le connois le peu que je vaux ,
Maisjefçay bien aimers vousferez
fans Rivale,
Je voudrois eftre fans Rivaux.
$2
Ie hais , à dire vray, Phumeur de ces
Coquetes a
Qui fans prendrejamais aucun attachement
GALANT. 71
• Fontleurplus doux amuferment
De tout ce qu'onleur vient debiter
defleuretes
S &
d
Peut- eftre ellesfor peud'heureux,
Quoy qu'un accueil riant femble
d'an doux préfages
Mais commej'aimefanspartage,
C'eft d'un coeur tout à moy queje
ross cherche les voeux.
Lapluralité m'incommodes
Autant qu'à leurs attraits elle
donné d'éclatsi commo391
C'eſt hufage du temps, mais jefais
délicat FIX 2
Sur le chapitre de la Mode.
52
Yn bien qu'on ofre à tous ne peut
eftre àpas- un, raspo
Lem'en siens à l'expérience,
72 MERCVRE
Et ma flame auffi-toft paffe à lin
diférence ,
Quad on ne m'aime qu'en comun.
$ 2
Montrez vous donc Amante en
vous montrant aimable,
Vn peu d'amour, Ivis , fed bien à
La beauté.
En faveur de mon feu rendez- vous
exorable ,
Peat- eftre l'a-t- il merité.
Comme je fcay que tout
ce qui regarde la gloire de
Monfieur le Tellier vous
plaiſt , je vous envoye la
Lettre que M' Guérin Secretaire
de l'Académie de
Soiffons , luy a écrite au
nom
GALANT 73
nom de fa
Compagnie fur
fa
Promotion à la Charge
de
Chancelier. Ce fut ce
mefme M ' Guérin qu'elle
employa pour remercier
MT de
l'Académie Françoife
de l'avoir reçeuë dans
leur Alliance.
LETTRE
DE
L'ACADEMIE
DE
SOISSONS ,
A Monfeigneur le Chancelier,
MONSEIGNEU ONSEIGNEUR ,
Nous
espérons que Voftre
Mars. G
74 MEROVRE
Grandeur nous permettra de
mefler des marques dejoye à
celles que vous recevez de
tous les endroits du Royaume
fur voftre Promotion . La
joye en cette conjoncture n'eft
pas moins jufte, qu'elle est
univerfelle & extraordinaire.
En effet , Monfeigneur, cette
Dignité fupréme qui affure
la bonne fortune des Etats en
y maintenant l'ordre & La
difcipline, ne pouroit de l'aveu
de tout le monde estre
mife en de meilleures mainss
& il n'y a aucune forte de
biens que l'on ne doive atGALANT
75
tendre de la fainteté de vos
intentions , de lafublimité de
vostre efprit , & du long
usage que vous avez de toutes
les Vertus Chrestiennes
& Polniques. Vous avez
par vos foins confervé la
France dans la tempefte :
vous en avezétendu lagloire
les limites par cont
feils , & fans parler des au.
tres avantages qu elle tient qu'elle
de Fous vous luy avez
donné un Miniftre dont le
puiffant génie peut comme le
vostre Jeconder le Roy dans
les prodiges deſarapide va-
Gij
76 MERCVRE
leur , & defa fageſſe incomparable.
Vous allez , Mon-
Seigneur , l'embellir ; vous
allez la rendre la plus beureufe
de toutes les Nations
de la Terre , par vostre application
à y répandre des
fruits de Justice , à y augmenter
l'amour de la Kertu,
à y faire fleurir les Lettres
& les belles Connoiffances.
Que faudroit - il louer davantage
en cette occafion , ou
Les pures , les infaillibles
Lumieres de Sa Majesté qui
vous a choify pour ce baut
Ministere , ou les qualitez
GALANT. 77

rares excellentes qui ont
merité ce jufte choix ? Peuteftre,
Mofeigneur, entrepren
drons nous quelque jour de
traiter ces grandes matieres ,
mais aujourd buy nous nous
contenterons de les regarder
avec admiration , & de vous
protefter que nous fommes
avec un respect également
profond es inviolable,
MONSEIGNEUR ,
30 De Koftre Grandeur,
sladdin Les tres-humbles , trésobeiflans
, & tres- zelez
Serviteurs ,
Les Académiciens de l'Académie
A de Soiffons.

Giij
78 MERCVRE
C'eft quelque chofe d'ad
mirable & de glorieux en
mefme temps pour la Franco
, que le tumulte des Armes
n'empeſche point que
les Lettres ne Aleuriffent
toûjours avec plus d'éclat ,
En effet , plus les foins de
la Guerre nous donnent
d'occupation , plus on s'attache
à ce qui regarde l'EL
prit. On me mande que
Monfieur L'Evefque d´Evreux
va établir des Conférences
à Vernon en forme
d'Académie. Il s'en tient
icy de tres agréables rou!
GALANT 79
tes les semaines chez Madame
M *** où fe rendent
plufieurs Perfonnes d'ef
prit, qui la regardant com
me une dixiéme Mufe, luy
donnent le Nom de leur
Protectrice dans les Affembléesjoqu'elle
n'a pu reful
fer de leur permettre chez
elle? On y lit de petits Ou
vrages tant en Vers qu'en
Profe. On y parle de tout
ce qui peut faire l'entretien
deshonneftes Gens, & chav
cuncy fait part des Nous
veautez qui luy font comb
bées entreles mains . Cette
G iiij
80 MERCVRE
Societé qui n'eftoit d'abord
compofée que de cinq ou
fix Perfonnes , groffit tous
les jours par l'envie que
ceux qui ont l'avantage d'y
eftre reçeus , donnent à
leurs Amis de connoiftre
une Dame d'un mérite fi
particulier. Elle a l'efprit
admirablement bien tourné,
l'humeur fort complaifante,
la converfation tresagreable
, & une fi grande
facilité à bien écrire , qu'il
ne faut pas s'étonner fielle
parle de tout avec autant
de juſteſſe qu'elle fait. On
GALANT S
ne peut trop cftimer le talent
qu'elle a pour la Poë-
Lie. Plufieurs Perfonnes ont
quelquefois travaillé avec
elle fur une mefme matiere
propofée pour fe divertir;
& fes Ouvrages, quoy qu'écrits
de la mefme main que
les autres , afin qu'on les
puft examinerfans les connoiſtre
, ont toûjours emporté
le prix. Avoüez , Madame
, que les Affemblées
qu'elle tient chez elle font
honneur à voftre beau Sexe ,
& que c'eſt en portersla
gloire bien loin , que de
82 MERCVRE
pouvoir mériter la premiere
place parmy des Hommes
qui paffent dans le monde
pour eftre infiniment éclairez.
Dans les derniers jours
du Carnaval , elle convia
une Compagnie de Gens
choifis à quis celle donna
trois Repréſentations d'une
petite Comédie. Une Symphonie
fort agreable que
quelques Particuliers a
voient préparée pour fon
divertiffement, formoit les
Entr'Actes . Vous jugez
bien par là que cette Dame
doit avoir beaucoup d'inGALANT.
83
clination pour la Mufique.
Rien ne luy plaift davantage
que l'harmonie des
Inftrumens dont elle touche
quelques - uns avec
beaucoup de délicateſſe.
Auffi les Concerts ne luy
manquent pas , & elle en
régale fouvent fa petite
Académie, & quelques autres
Perfonnes de fa connoiffance.
Tant de Divertiffemens
où ceux qui ont
l'avantage de la voir , ſe
trouvent heureux d'avoir
part, font regarder ſa Maifon
comme un lieu où tous
84 MERCVRE
les Plaifirs raifonnables fe
rencontrent, Chacun s'em
preffe d'y avoir accés , &
fon Quartier eft à préſent
plus connu par les Gens
d'efprit fous le nom du
Mont Parnaffe , que fous
celuy de la Montagne ide
Sainte
Genevieve.Limber
On a auſſi repreſenté ce
Carnaval une Comédie in
titulée le Bon Mary , chez
une Perfonne de qualité.
Il y avoit des Entr'Actes
dé Mufique . Les Paroles
eftoient de M' de Vaumo
riere , & les Airs de M
1
GALANT. 85
B. D. B. dont le merveil
leux génie eft connu pour la
Mufique. L'Affemblée fut
de Gens choifis , fort capables
d'en connoiftre toutes
les beautez. Il s'en eft fait
beaucoup d'autres pour le
Bal , ou l'on n'a pas moins
admiré la magnificence &
la propreté des Mafques,
que la grace qu'ils ont fait
paroiftre en dançant . Ce
talent de bien dançer eft
devenum fi confidérable,
qu'un jeune Homme qui
necroyoit pas avoir la
jambe affez droite , ſe l'eſt
1
86 MERCVRE
fait rompre dans le feul'
deffein d'avoir l'air meil.
leur quand il fe la feroit
fait raccommoder
. Ce qui
contribue fort à faire naif
tre l'envie de courir le Bal,
c'eft qu'on le peut faire
avec toute forte de feûreté.
L'ordre qu'on donne pour
l'entretenir, auffi -bien que
pour la netteté & la clarté,
eft quelque chofe d'admi
rable, Paris eft &tous des
jours embelly , & les Ruës
trop étroites qu'on conti
nuë d'élargir , le dégagent
des embarras qui estoient
0
GALANT. 87
prefque toûjours inévita
bles. Joignez à cela tant
de Reglemens
de Police
donnez avec la plus fage
prévoyance , & maintenuë
avec une fermeté qui fait
loüer par tout la juftice du
vigilant Magiftrat qui en
a le foin, fans que perfonne
puiffe avoir aucun fujer de
s'en plaindre . La Feuille
quits imprimeu tous les
Mbisyo & qui marque
nombre de Morts, de Mariages
, & de Baptefmes,
fait connoiftre plus qu'aucune
autre chofe la gran
ele
1.
1
88 MERCVRE
deur de cette Capitale du
Royaume. Cette Feuille
contient auffi le prix , le
poids, & la meſure des chofes
les plus neceffaires à la
vie , & empefche les abus
que pourroient commettre
les Vendeurs de mauvaiſe
foy.
A ammobrai
si
Vous
aurez
fans doute
appris
le Mariage
du Prince
Charles
de Lorraine
avec
la Reyne
Doüairiere
ode ;
Pologne
, mais vous en pouvez
ignorer
les particulari
,
tez. En voicy
de tres affurées.
}
GALANT. 89
*
Ce Prince ayant pris
terre à Nuftorh , Village
fur le Danube , à une petite
demy -heure de Vienne,
dépefcha un Gentilhomme
à Sa Majefté pour luy donner
avis de fon arrivée. Ce
Gentilhomme fut renvoyé
le lendemain de Fevrier
4 .
avec une réponse qui marquoit
la joye qu'on avoit
de cette nouvelle . Comme
il apprit par luy que l'Em
pereurfouhaitoit qu'il vinft
coucher ce mefme jour à
Baden, petite Ville à quatre
heures de Neuftat, il y fut
i
Mars. H
98 MEROVRE
7
mene dans un petit Carroffe
qu'on luy avoit prépare
1 Vienne of Trente
Chevaux de polte le précedoient
, montez par fes
Gentilsichement
veftus . Ses Pages mar .
choient auff devant avec
eux. Leur Livrée eftoit de
Drap verd à larges bandes
de velours cramoily &
toute parfemée de galons
d'argent. Divers Portillons
qui eltoient comme leurs
Guides , faifoient retentir
feurs Cornets par tout.
Trois Chaifes roulantes a
H
GALANT 91
asar
.
la Brandebourg fuivoient
le petit Carroffe du Prince.
Elles eftoient remplies de
Nobleffe qui s'eftoit avan
cée pour le ſalüer.
riva à Baden dans cet équi
page. Le Marquis de Gra
na, le Comte de Buguay,
& plufieurs autres des prin
cipaux de la Cour, s'y trou
yerent pour luy rendre
leurs devoirs , & l'accom
pagnerent le lendemain à
Neuftat. Le Prince rencontra
en chemin le Grand
Ecuyer de la Reyne de Pologne
, auſſi, bien que les
Hij
92 MERCVRE
Comtes d'Harac , de Walſtein
, de Mansfeld , & de
Chaffemberg, avec les deux
Capitaines des Gardes du
Corps, que Sa Majeſté Impériale
luy envoyoit pour
luy faire compliment. Ils
defcendirent de Carroffe,
s'acquiterent de l'ordre
qu'ils avoient , & précederent
le Prince à Neuftat
pour avertir qu'il y arri
voit. Il arriva dans la Ville
fur les fix heures du foir, &
alla defcendre au Chafteau.
Le Maitre d'Hoftel & les
Gentils - hommes de la
GALANT. 93
f
Chambre , le vinrent re
cevoir hors la Porte . Le
Grand Chanibellan l'at
tendoit au pied du Degré.
Ce fut luy qui le mena
dans l'Apartement de
l'Empereur. Le Grand
Maistre fe trouva dans lá
première Antichambre ; &
commerqile conduifoit le
Prince Sa Majefté Impés
riale fortit de fa Chambre,
& fit/ deux pass pour le re
cevoir Cet honneur eft
extraordinaire. Le Prince
alla en fuite complimenter
Impératrice régnante &
94 MERCVRE
enfin l'Impératrice Douai
riere avec laquelle la Reyne
de Pologne eftoit . Il en fut
reçeu avec toutes les mar
ques de joye qu'il pouvoit
attendre. Apres les premieres
Ceremonies , l'Impératrice
Douairiere prenant
quelque prétextel de
s'éloigner , les daiſfa, tous
deux quelque temps en li
berté de fe découvrir leurs
plus fecrets ſentimens. On
luy donna un Fauteüil par
tout & il fut reconduit
par les Gentilshommes de
Î'Empereur , & par les MiGALANT.
95
niftres de toutes les Cours
dans un Apartement qu'on
luy avoit préparé à l'Arfenal.
H paffa par un Corridors
fait exprés pour la
communication du Chaf
teau là cette Maifon. Les
Officiers de l'Empereur fe
prefenterent pour le fervir
a fouper, & le lendemain à
difner , mais ib gardaple Lit
à cause d'une incommodité
de piedrgnes mangea
point en public. Cepen
dant la Livrée des Nopces
qu'on avoit fait faire cà
Vienne fut diftribuée. Elle
Mars.
96 MERCVRE
confiftoit en quatre-vingts
Habits d'une fort belle
écarlate , chamarrez de larges
galons d'or part tout ;
en trente Cafaques de Gardes
aux Croix de Lorraine
devant & derriere, avec des
Chifres du nom de laReyne
& du Princeven broderie ,
& larges bandes dior , &
les Bandolieres de mefme ;
& en douze autres Cafaques
pour des Hay ducs qui
portoient des Haches cou
vertes de Tuniques & a
voient de longues Robes à
la Polonoife . Sur les huir
GALANT. 97
heures du foir ,
l'Evefque
de
Neuftat accompagné
de
deux Prélats vint dans la
Chapelle du Chateau pour
la
Cerémonie du Mariage.
Elle eftoit remplie d'Eftrades
, de Galeries , & d'Amphiteatres
qu'on by avoit
fait dreffer avec beaucoup
de magnificence
. Tout
cela eftoit occupé par un
nombre infiny de Perfon
nes fur lefquelles on voyoit
briller l'or & les pierreries
avec la plus éclatante profufion.
Le Prince & la
Reyne furent conduits
1
1
Mars.
I
98 MERCVRE
ce
dans cette Chapelle par
Leurs Majeftez Impériales,
fuivies des Chevaliers de
la Toifon , & de tout
qu'il y avoit de Seigneurs
& de Dames du plus haut
rang. Ils fe donnerent la
main , changerent de Bague
, & ne le firent qu'apres
avoir pris le confentement
de l'Empereur & des
deux Impératrices par de
profondes revérences . Le
Mariage eftant fait , on fe
rendit dans l'Apartement
de l'Empereur . Il y eut un
magnifique Souper , & un
GALANT. 99
Concert admirable . Apres
quoy, l'Empereur accompagné
des Impératrices,
édes
conduifit luy- mefme ces
Illuftres Mariez à l'Aparb
tement qu'on avoit préparé
à la Reyne dans l'Arfenal
Le Corridor dont
j'ay parlé fervit de paffage.
Il les y laiffa apres leur
avoir fouhaité toute forte
de bonheur , & s'en retourna
avec l'Impératrice
régnante. L'Impératrice
Douairiere demeura encor
un peu de temps avec la
Reyne fa Fille, & ſe retira .
Ι
Ico MERCVRE
Le Prince eftoit dans une
Chambre voifinee qui luy
avoit efté deſtinée , & attendoit
qu'il luy fuft permis
d'entrer. Le lende
fon
gros
main
il envoya
Diamant
à la Reyne
fon
a Anon
Epoufe
,
avec
un
autre
Bijou
compofe
de
fon
gros Saphir
, de
la grofle
Perle
, autrement
l'oeuf
de Pigeon ero
Ni
G DE
de
deux
moins
groffes
en forme
de
Poire
Tour
de gros
Diamans
. Le
refte
du
temps
s'eft
pafle
s
paffé en
Feftins
, en
Serenades
, en Comédies
, & en
tout
ce
Sub
& d'un
GALANT. IOI
qui peut contribuer à une
grande & folemnelle
réjoüiffance
Sa Majefté Impériale
a défrayé fplendidement
toutes les Cours ,
& perfonne ne ſe ſouvient
qu'on ait jamais fait tant
d'honneurs
à aucun Prince,
que celuy de Lorraine en
reçoit d'Elle. Il eſt traité
comme un Archiduc , &.
pas
raimange
tous les jours avec
I'Empereur. Après cela,
Madame
, n'a - t-on pas
fon de dire qu'un Efprit
bien fait ne fe doit pa
pas
étonner d'un peu de difgrace
?
102 MERCVRE
Onn'eftpas toujours malheureux,
Etfi le triflefort des Armes
Attire quelquefois des revers rigoureux,
A SVO
LaFortune pard'autres charmes
Satisfait un coeurgenereux. 7
Ce Prince dotl Hymen vient
Turer la gloire,
d'af
Napi defon party metire encor la
supitvictoire. Inamictio
Onle fçait à Cokberg, on le fait à
31173 Fribours
Mais s'il voit fon bonheur moindre
thique on
courage A
Ce chagrin touche per quand on a
-non favaningoldsome in
D'eftre avectant d'éclat couronne
noi par l'Amourn wwərdime
Le plaifir d'aimer eft
GALANT. 103
grand, mais il a fes peines.
Les Vers qui fuivent en
font une marque. Ils ont
efté envoyez à Madame la
Préfidente de la Haye-du-
Puis par une Perfonne qui
luy elt obligée, & qui fçachant
qu'elle fe connoift
parfaitement en Mufique
& en Poefie, a crû luy faire
plaifir de les faire mettre
en Air. Je ne doute point
que vous ne le trouviez
auffi agreablequ'il eft nouveau,
&vous laiſſe juger de
l'Autheur des Vers par fon
Quvrage, La Dame que je
I j
104 MERCVRE
viens de vous nommer eft
d'une des
meilleures Maifons
de
Normandie , &
proche Parente de Mon
fieur le Marefchal de Bellefond.
Elle a l'efprit tresdélicat
& tres - éclairé , &
on peut dire d'elle que fon
rang l'éleve moins que fes
belles qualitez. M de la
Haye-du -Puis , fon Mary,
eft Préfident au
Parlement
de Roüen. Sa probité &
fon exactitude pour les fontions
de fa
Charge , luy
ont acquis l'eftime de tous
ceux qui le connoiffent.
GALANT. 105 .
Voicy les Paroles dont
vous allez trouver les Notes
gravées .
AIR NOUVEAU.
Ene reconnoisplusma charmante
Lyfette.
L'ingrate l'autrejour quita noftre
Troupeau
Pour allerau bord d'un Ruiffeau
Danfer aufon d'une Muſette.
Ie nefçay fi de mon Rivil
Elle écouta trop la fleurette,
Mais depuis ce momentfatal
Iene reconnois plus ma charmante
Lyfete.
Comme les avantages
de la France vous touchent
106 MERCVRE
en quelque lieu que nous
les remportions, vous voudrez
bien me permettre de
vous mener au dela des
Mers. J'ay à vous parler de
la ruine
desHabitations qui
appartenoient aux Hollandois
fur la Riviere d'Oüyapogue,
par Mª le Chevalier
de Lezy Gouverneur de la
Cayenne ; de la prife du
Fort d'Orange , & de celle
des Iles de Gorée au Capvert
, & de Tabago en Amérique.
Mais avant que d'entrer
dans ce détail je croy
qu'il eft bon que je vous
GALANT. 107
apprenne en peu de mots
ce qui s'eft paffé en ces
Quartiers - là depuis plu
fieurs années.
La Partie du Continent
de l'Amérique joignant au
Bréfil , qui s'étend depuis
la fameuse Riviere des
Amazones jufqu'au Fleuve
de l'Orenocque , a commencé
d'eftre fréquentée
par les François du temps
deM le Cardinal de Richelieu,
qui permit à quelques
Marchands de Rouen d'y
faire des Habitations fous
le nom de la Compagnie
108 MERCVRE
du Cap de Nort
.
Elle
pri
ce nom
, parce
qu'à
deux
degrez
des
Amazones
, il
y a un
Cap
fort
celebre
,
que
les
Nations
de l'Europe
ont
toûjours
appellé
le Cap
de Nort
. C'eſt
ce
Fleuve
de
l'Orenocque
qu'on
prétend
pouvoir
fervir
de
paffage
pour
conquérir
l'opulent
Royaume
de Guyane
, & le Lac
de
Parime
, fi recherché
des
Efpagnols
& des
Anglois
,
& tant
vanté
par les
Relations
de
Vafter
-Raleig
, &
du Pere
Chriftophle
d'AGALANT.
109
cuña Jeſuite. Cette Com
pagnie qui eut feule le Pri
vilege d'aller dans ces vaf
tes Coftes, s'eftoit contentée
longtemps d'y entre
tenir quelques Habitations
compofées d'un petit nombre
de Normands. Ils ne
s'occupoient à rien autre
chofe qu'à faire un peu de
Tabac , à peſcher , &à trafiquer
de Lits de coton &
d'un Bois qui eft propre à
la teinture , avec les Sauvages
de
es de cette Cofte nom-,
mée Galybis. Mais en 1640.
M Poncet de Brétigny,
110 MERCVRE
Coufin germain de M
Poncet Confeiller d'Etat,
& Parent de M Seguier
Chancelier de France, s'af
focia dans cette Compa
gnie pour aller comman
der en ces Cantons en qua
lité de Lieutenant General
de Sa Majefté & ŷ commencer
un Etabliſſement
confidérable de plus de
trois cens François. Il defcendit
en l'Ifle de Cayenne,
feparée de terre- ferme de
deux Bras de Riviere feulement
à quatre degrez de la
Ligne. Il fit conſtruire un
GALANT. III
Fort à l'afpect de la Mer,
fur la Montagne de Seperoux
, & alla encor établir
une autre Habitation à foixante
lieuës au deffus , dans
la Riviere de Suriname,
pour le rendre maiſtre de
toute la Cofte qu'il luy
avoit efté permis d'occuper.
Cette entrepriſe n'eut
pas tout le fuccés qu'on en
devoit efperer. Les Naturels
du Païs craignirent
une domination étrangere.
Ils réfolurent de ſe défaire
de ce General, & l'ayant
furpris avec quelques Fran112
MERCVRE
çois fur un petit Ruiſſeau,
où l'ardeur d'apprendre de
leurs nouvelles l'avoit fait
aller, ils fe mirent des deux
coftez, l'attaquerent dans
fon Canot, & le perçerent
de Fleches avec la Suite,
dont il n'échapa qu'un ſeul
de vingt- cinq qui l'avoient
accompagné. Cet accident
obligea ce qui reſtoit de
cette nouvelle Colonie
fe retirerdans les Illes Françoifes
qui font proches de
ce Continent.
Les Anglois & les Hol,
landois ont étably depuis
Z
GALANT. 113
ce temps -là quelques Habitations
dans ces Coftes;
& comme les Normands
n'y envoyoient plus deVaif,
feaux, il fe forma dans Paris
une Compagnie de plufieurs
Perfonnes de qualité
& de mérite, qui demanderent
au Roy en 1652. la permiffion
d'y mener de nou
veaux Habitans , avec une
augmentationdePrivileges,
Ils firent une dépenfe tresconfidérable
de trois Vail
feaux , & de plus de huit
cens Hommes , pour aller
encor prendre poffeffion de
Mars. K
114 MERCVRE
la Cayenne . Toutes les fuites
des cet Etabliſſement
ont eſté funeftes . La mort
de Ml'Abbé de Marivaux
qui fut noyé fous le Pontrouge
en partant de Paris,
fut le premier préfage des
malheurs qui dévoient fuivre
cet > Embarquement
.
L'affaffinat de M² le Marquis
de Royville General,
qui fut fait dans la toute
par les Affociez, confirma
ce funefte augure , & les
diffentions qui s'éleverent
dans le Pais apres le débarquement
de la Flote entre
6
I

GALANT S
ceux qui eftoient
les Chefs
& le Confeil
de cette Compagnie
, allerent
fir loin,
qu'apres
y avoir demeuré
quinze mois dans une continuelle
divifion
, cette Co.
2
lonie fe diffipa. Mide Bra
gelonne Maiſtre des Requeftes,
youlut renter une
feconde entrepriſen deux
ans apros , & périràla veyë
de Bellelle , fans qu'on
puſtition ſauver de ce nau,
frage singus eflent sy
Les Etrangers , nos yoi,
fins ont continué leur com
merce, dans quelques Ri-
Kij
116 MERCVRE
vieres de ces Continent.
Cayenne fut occupée par
les Hollandois , Suriname
par les Anglois , & qué ces
premiers en chafferont ; &
Effeguebe , ou Efquipre,
vers l'Orenocque, par une
Compagnie particuliere de
Zélande Mais le Roy qui
cherche à rendre fon
Regne le plus floriffant qui
fut jamais , que pour la
vantage de fes Peuples ré
folut de remettre les François
en poffeffion de ce
nouveau Monde , & ſe ret
pofa fur Monfieur Calbett
nec
2
1
GALANT. 117
du foim de former cette
grande Compagnie vdes
Indes Occidentales, que ce
fidelle & vigilant Miniftre
compofa des Perfonnes les
plus opulentes des Finan
-ces. Les Puiffancés fépar
rées de plufieurs Particu
liers qui eftoient Seigneurs
Propriétaires de quelques
unes des principales Illes
de l'Amérique, & entr'aul
tres de la Martinique inde
S. Chriſtophley & bdella
Guardeloupe , furent réu?
niesfous une feule autorité.
On fit faire un Armement
118 MERCVRE
confidérable de plufieurs
Vaiffeaux , & M' de Tracy
Lieutenant General des
Armées du Roy fut choify
pour cette Expédition.
Chacun fçait l'expérience
qu'il a pour les Negotia
tions & combien it eft
confommé dansl'Art de la
Guerferpil eut ordre d'al
ler reprendre le Pofte de
Cayenne
que nos Vorfins
uſurpoient injuſtement, de
repaffer par les Illes Fran
çoiles , & d'y faire des Rel
glemens neceffaires
pout
le trafic & pour le bien de
GALANT. 119
ces Peuples qui ne refpiroient
qu'après une meſme
domination , & vouloient
eftredaffurez de la prote
ction de leur Souverain .
M de la Barre - le - Febvre
Maistre des Requeſtes , &
Intendant ddu Bourbonnoish
fur envoyé avec luy,
& on leur donna quelques
Troupes] reglées de vieux
Comps. 200 up any
Mir de Tracy s'acquita.
de ce qui luy avoit efte or
donné avec toute la prudence
& l'activité qu'on
pouvoit attendre d'un, fi
120 MERCVRE
grand Homme. Il obligea
les Hollandois retranchez
& fortifiez dans Cayenne,
de l'abandonnerfans combat.
M de la Barre fut
laiffé pour eftre le Chef de
cette nouvelle Colonie .
M le Chevalier de Lezy
fon cadet , qui le devoit
feconder dans les foins &
dans les fatigues d'un Etabliffement
de cette importance
, y refta feul apres le
depart de M de la Barre,
que le fervice du Roy appella
dans les Illes pour y
commander fes Armes fur
8 mer
GALANT. 121
orán mer & fur terre. Les gran2
des Actions qui luy ont
acquis tant de gloire , fone
connues de tout le monde .
Elles peuvent eſtre miſes
parmy les plus éclatantes
de noftre Siecle, foit qu'on
regando ce qu'il afait dans
l'attaque des Forts de nos
Ennemis , foit qu'on exa
mine la vigueur avec la
quelle ila défendu
nos
Hless contre toutes ‹ leurs
forces de mer ob sqb
-M de Lezy à qui la jar
loufie que les Hollandois
avdient conçeue de fóli apa
1.Mars. L
122 MERCVRE
plication à maintenir ſa
Colonie , attira la difgrace
d'eftre attaqué par des
Troupes dont le nombre
de
quipaffoit
de beaucoup celles
qu'il leur pouvoit oppofer,
fut enfin enfin contraint de
ter ce qu'il ne pouvoit défendre
, mais fon bonheur
voulut qu ' eftant fecondé
quelque temps apres d'une
Flote Royale commandée
par Monfieur le Comte
d'Eftrées Vice -Admiral , il
paya fi bien de fa perfonne
dans l'attaque du Fort de
Cayenne qu'on entreprit
part
GA
GALANT. 123
l'année derniere fur les
Hollandois , qu'il y entra
le premier l'épée à la main,
& fit le
Gouverneur prifonnier.
Il fut rétably avec
beaucoup d'avantage dans
le Commandement de
cette Ifle. Il y donne tous
les jours des marques de
fon courage & de fa conduite
, & l'on a eu nouvelles
depuis peu qu'ay
fçeu que des Hollandois
commandez par un Gentilhomme
Anglois , avoient
299
entrepris des Habitations
affez importantes , foûte-
Lij
Y
124 MERCVRE
1241
nuës de Forts & d'Artille
rie , dans les Rivieres d'Aprouaque
& Viapocque
,
vers le Cap de Nort, à deux
degrez de Cayenne
, du
cofté des Amazones
, il y
avoit promptement
couru,
& eftoit venu à bout de les
en chaffer , & avoit pris le
Fort d'Orange
, dans lequel
il y avoit feize pieces de
Canon , des Munitions
, des
Marchandifes
& des Ar .
mes.. Cette Conquefte
a
efté confidérable
, tant par
les Canons , les Habitans
,
les Négres , les Beftiaux, &
GALANT. 125
les
Uftencilles
propres aux
Sucreries , que par la prife
d'un Vaiffeau
dont le tranf
*
port
rt
dans
Cayenne a
plus
fortifié
la
Colonie
, qu'on
n'euft
ofé
l'efperer
de plufieurs
années
. Je ne vous
en
fais point
le détail
, ayant
trop
de chofes
particulieres
à vous
apprendre
de la derniere
affaire
de
Tabago
.
Je vous
diray
feulement
que ceux
qui s'y font
fignalez
avec
Mlé
Chevalier
de
Lezy
, font
Ms de Ferolles
,
de Guermont
, Décloches
,
de la Sauvagere
, & des.
Liij
126 MERCVRE
Granges. Cette fuite continuelle
de Victoires dans.
tous les lieux où nous combatons
, doit eſtre un grand
fujet de furpriſe pour nos
Ennemis , & c'eft fort injuſtement
qu'ils les veulent
rejetter fur le bonheur de
la France. Tout ce que le
Roy entreprend , eft trop
bien imaginé , conduit
avec de strop fages précautions
, & trop vaillamment
executé , pour tenir quelque
chofe du bonheur.
Nos favorables fuccés en
font l'effet neceffaire ; &
GALANT 127
fi nous n'avons rien veu
de pareil dans les autres
Regnes , c'est parce qu'il
n'y a jamais eu de Monarques
qui ayent approché
de Louis LE GRAND . La
maniere dont il concerte
les chofes pour les Affaires
de mer , n'eſt pas moins
digne d'admiration
que
ce qu'il ordonne fi judicieuſement
pour celles de
terrelatoûjours
lieu
d'en pattendre tout par la
vigilance du grand Miniſtre
qui en a ſoin, & qui
les connoit fi parfaitement
,
3
7
Liiij
128 MERCVRE
que les évenemens n'ont
jamais manqué de répondre
à fes confeils
. Voyez
ce qui eft arrivé de Tabago.
On ne pouvoit prendre de
plus juftes mefures que celles
qui ont efté priſes , ny
exécuter des ordres avec
plus de diligence & de ſecret.
L'un & l'autre eftoit
neceffaire, & il falloit faire
faire dans nos Ports divers
mouvemens à nos Vaif
feaux pour embaraſfer les
Hollandois. Ils armoient
pour Meffine , & on n'euft
pû leur faire croire qu'on
GALANT. 129
avoit deffein d'aller de ce
cofté-là , fi on n'eut fait
travailler à un grand Armement
. Ilsule fcrûrent ,
quoy qu'on armaft à Breft
& à Rochefort
, eſtant perfuadez
que la Provence
ne
pourroit fournir affez de
Matelots pour un Secours
fi confidérable
, fans les
faire venir des Mers du
Ponant. Dans cette penfée
les Hollandois
ne prefferent
point l'Armement
qu'ils fembloient avoir réfolu
pour Tabago , & que
Tobias devoit comman130
MERCVRE
der. Le temps s'écoula.
Les Efpagnols ne leur donnerent
point d'argent.
Ceux - cy ne voulurent
point entretenir l'Armement
à leurs dépens , &
defarmerent. M le Marquis
de Seignelay fit auffi
defarmer nos plus gros
Vaiffeaux à Breft & à Rochefort
, & ce fut ce qui
acheva de les tromper. Ils
ne douterent plus que tous
nos préparatifs n'euffent
efté faits pour Meſſine.
Mais ils ne fçavoient pas
que ce Marquis avoit fait
GALANT. 121
préparer d'autres Vaiffeaux
plus légers avec une diligence
incroyable. Rien ne
leur manquoit . Ils avoient
des Munitions , des Hommes
, & de l'argent . Leur
depart fut un coup de foudre
pour les Hollandois
.
Quoy qu'il n'y ait point de
Nation fi diligente
qu'ils
le font dans leurs Armemens
, tout ce qu'ils pûrent
faire quand ils fe virent
devancéz , ce fut d'envoyer
un grand Convoy
pour jetter du fecours de
Vivres & de Munitions
de
132 MERCVRE
guerre dans les Ports qu'ils
crûrent pouvoir eftre attaquez.
Cependant M ' le
Comte d'Eftrées Vice-
Adiniral de France , partit
de la Rade de Breft le
d'octobre dernier. Voicy
les noms des Vaiffeaux
qu'il commandoit, & ceux
des Officiers qui les montoient.
Le Terrible.
3 .
M' le Vice- Amiral , M
MericourtCapitaine, M'de
la
ChaboffiereCapitaine en
fecond, M' de Bleort Capitaine
Volontaire , Mrs le
GALANT. 133
D
Chevalier Darbouville &
de la Boffiere Lieutenans,
M'de la Roque, & le ChevalierDefaugers
Enfeignes,
M' Patoulet Commiffaire
General , M' le Chevalier
d'Hervaux Major , M' de
Combes Ingénieur.
Le Tonnant.
M' le Marquis de Grançey
Chef d'Efcadre , Mª de
Mafcarany Capitaine , M",
le Chevalier d'Heure & de
Courcelles Lieutenans, M
de Bellecroix & Lefcoüet
Enfeignes , 'M' du Guet
Commiffaire ordinaire, M
de S.Clair Ayde- Major,
134 MERCVRE
Le Duc
M' le Comte de Sourdis
rs
Capitaine , M Giffé & le
Chevalier
de la Guette
Lieutenans
, MS de Boulainvilliers
& de Rouvré
Enſeignes.
Le Prince.
M' le Marquis d'Infreville
S. Aubin Capitaine,
M" de Champigny & Dormanville
Lieutenans , MTS
de Tarte & Cintré , Enſeignes.
Le Belliqueux.
91
rs
M' le Comte de Blenac
Lieutenant General pour
GALANT. 135
les Ifles , M' le Chevalier de
Nefmond Capitaine, M' de
Leftoille Capitaine en ſecond
, M " de Beaugé & la
Chauffée Lieutenans , M
de Malaffis & le Chevalier
de Courcelles Enfeignes .
L'Etoille.
M' Montortier Capitaine,
M du Laffé Lieutenant,
M's de Pontac & le Chevalier
de Parifot Enfeignes,
L'Alcion.
rs
rs
M' Damblimont Capitaine,
M Defroches & Machault
Lieutenans , Mr Veron
& Lempereur Enfei
gnes.
136 MERCVRE
L'Hercule.
rs
M' le Chevalier de Flacour
Capitaine , MT Breugnon
& de Lar Lieutenans,
Mrs Des-Yleraux & Patoulet
Enfeignes.
Le Brillant.
M' de la Clocheterie Capitaine,
M' du Rivaux Lieutenant
, M' Cerpau Enſeigne.
Le Bourbon.
M' le Chevalier de Rofmadec
Capitaine , M" Julien
& Pointy Lieutenans,
Ms. Boncour & Lefcoüet
Enſeignes.
GALANT. 137
L'Emerillon.
M' du Dros Capitaine,
M' Erpin Enſeigne.
NOMS DES FLUTES
armées en Guerre .
Le Dromadaire.
M de Larteloire Capitaine
fur le Grand Eftat ,
M' Cardaillac Lieutenant,
Mr Guillierme Enfeigne.
Le Tardif.
Mr Brevedent Capitaine,
M' de Courcelles Lieutenant,
de Combes Enſeigne .
Mars . M
138 MERCVRE
NOMS DES BRULOTS.
Le Perilleux.
M ' Eftienne, Capitaine.
La Maline.
M Mefiere, Capitaine.
Le Brutal.
M
d'Hericourt , Capitainė
.
Plus une Flute pour fervir
d'Hospital.
> Une Barque longuer ...
Une Cache frauds
Je ne vous diray point
par quels lieux ces Vaiffeaux
pafferent. Il eft certain
que le 26. d'Octobre
k
GALANT. 139
ils eftoient fous le Tropique.
Une ancienne coûtume
de Mer veut qu'on y
obferve une Ceremonie
affez particuliere pour ceux
qui n'y ont jamais paffé .
Elle s'appelle baptifer ; &
voicy de quelle maniere
elle fe fait. Le Capitaine
donne quelques Bouteilles
d'Eau-de -vie aux Matelots,
fans quoy ils ont droit de
couper l'Eperon. Ceux qui
ont déja fait le Voyage
prennent
les autres , leur
liënt les mains derriere le
dos , & les ayant attachez
Mij
140 MERCVRE
par deffous les épaules , les
élevent au bout de la Vergue
du grand Maſt , & les
laiffent tomber trois fois
dans l'eau. Quelques-uns
fe font encor plonger volontairement
pour le Roy,
pour les Commis du Vaiffeau
, ou pour leurs Maîtreffes.
Cela fait on leur
donne à tous un Verre
d'Eau- de -vie , ou de Vin
d'Efpagne . Les Officiers.
mémes ne font pas exempts
de cette Ceremonie . Les
Matelots leur verfent un
peu d'eau fur la tefte , & ils
1
GALANT. 141
leur donnent dequoy boire.
Ce Baptefme maritime eftant
finy , on reprend fa
& chacun paffe le route ,
refte du jour en réjouïffances.
Ce fut ainfi qu'on
en ufa dans la Flote de
M' le Comte d'Eftrées,
On continua d'avancer , &
quelques Poiffons volans
tomberent dans les Vaif
feaux. Le 31. d'Octobresils
fe trouverent fur les cinq
heures du foir à la veuë du
Cap-vert qu'ils doublerent
le lendemain avec un petit
vent qui les porta dans le
1
142 MERCVRE
Cap. La petite Iſle nommée
Gorée que les Hollandois
poffedoient , n'eſtoit
qu'à trois lieues de là . Elle
eft feparée de terre-ferme
par un petit bras de mer,
large feulement d'une demy
lieuë , & n'a tout au plus
qu'une lieuë entiere de circuit.
Ily a deux Forts , l'un
en bas fur la pointe du Nort
où eft la defcente , & l'autre
en haut qui commande le
premier. M le Comte
d'Eftrées fit arborer le Pavillon
Hollandois à fon arrivée
pour empefcher les
GALANT. 143
Vaiſſeaux ennemis , s'il y en
avoit fous les Forts , de
prendre l'épouvante & de
fe fauver avant qu'il euft
pû les joindre. Ils ne nous
eurent pas fi - toft apperçeus
qu'ils mirent leurs Pavillons
fur les deux Forts;
mais comme les Noftres ne
purent répondre au Signal
qui leurfut fait, parce qu'ils
ne le fçavoient pas , ils reconnurent
bientoft qu'ils
alloient eſtre attaquez .. Il
falloit approcher des Forts
pour aller à l'endroit que
M ' le Vice - Admiral avoit
144 MERCVRE
choifi pour moüiller l'anchre.
Il y paffa le premier;
& quoy qu'il euft encor fon
Pavillon Hollandois , il fut
falüé à coups de Canon à
balle . Alors tous nos Vaiffeaux
arborerent la Banniere
de France & allerent
mouiller à la portée du Canon
fans tirer un feul coup.
Ils en avoient reçeu la defenfe
de M'le Vice -Admiral
. Cependant les Hollandois
connoiffant qu'ils ne
s'eftoient point mépris,continuerent
à nous canonner
.
Le foir M de Bléort Capitaine
GALANT. 145
taine de Vaiffeau , & M
de Combes Ingénieur, eurent
ordre d'aller faire le
tour de l'Ifle , reconnoiftre
les Forts , & fonder tous les
fonds pour choifir les Poftes
où l'on mettroit nos
Vaiffeaux en état de canonner
à leur tour les Ennemis .
On fit armer trois Chaloupes
pour les eſcorter ; mais
comme on découvrit qu'il
y avoit fous le Fort deux
Barques , & quelques Chaloupes
qui nous auroient
pû attaquer , on en fit encor
armer quatre autres
Mars. N
146 MERCVRE
A
pour les fuivre de loin , obferver
les Baftimens , & les
empeſcher de ſe dérober la
nuit, auffi bien que les Canots
des Negres . Le jour
fuivant on envoya fommer
le Gouverneur dés le matin.
Il répondit qu'il avoit pref
té Serment aux Etats &
à la Compagnie , de ne ſe
rendre point qu'il n'y euſt
du fang verfé .
Cette ré
ponſe donna méchante
opinion d'eux , & fut cauſe
qu'on réfolut auffi - toft
l'Attaque. On fit un Détachement
pour s'avancer
GALANT. 147
vers les Forts & les canonner
de plus pres fous les ordres
de M' le Comte de
Sourdis. Les Vaiffeaux détachez
furent le Duc , commandé
en particulier par ce
mefme Comte ; le Prince ,
par M' de S. Aubin d'Infreville
; l'Etoille , par M
de Montortier , l'Alcion ,
par M d'Amblemont;
l'Hercule , par M ' le Chevalier
de Flacour ; la Fluſte
de Dromadaire armée en
guerre , par M ' de l'Arteloire
, & le Tardif, par M
de Brevedent. M' Sauvage
Nij
148 MERCVRE
Commiffaire de l'Artillerie,
devoit commander une
Baterie de Canon , & M
l'Andoüillet une de Bombes.
On nomma M'de Saint
Clair pour faire la fonction
de Major. M' le Marquis
de Grançey qui fervoit de
Marefchal de Camp, eut la
conduite & le commandement
de la Defcente & de
l'Attaque des Forts ; & M'
le Vice - Admiral devoit
s'embarquer avec M Patoulet
pour eftre preſent à
cette Defcente. Il fut ar
refté qu'il monteroit le
GALANT. 149
Vaiffeau de M' le Comte de
Sourdis où toutes les Troupes
avoient ordre de s'affembler
en vingt- quatre
Chaloupes , le ViceAdmiral
devant donner le mouvement
à la terre & à la mer
felon les occafions qui s'offriroient
. M' le Marquis
de Grançey avoit quatre
cens cinquante Hommes
divifez en deux Corps , avec
deux Compagnies de Grenadiers
de trentee
- cinq
Hommes chacune . Le premier
Corps eftoit commandé
par M de Bléort & de
Niij
150 MERCVRE
Brevedent. Le fecond par
Mrs de Mafcarani & Chaboiffiere
; & les Grenadiers
par MilesChevaliers d'Aire
& d'Arbouville . Toutes les
Chaloupes à la teſte deſquelles
eftoit M' le Comte
d'Eftrées , marcherent en fi
bon ordre, que les Ennemis
croyant qu'elles alloient
faire la Defcente pour donner
l'affaut , en furent incontinent
épouvantez . Ils
quitérent le Fort d'en bas
apres y avoir encloüé leur
Canon , monterent à celuy
d'enhaut , & fans batre la
GALANT. 151
chamade , ny demander à fe
rendre, ils ofterent leur Pavillon
, arborerent celuy de
France , & envoyerent en
fuite une Chaloupe à M' le
Comte d'Eftrées pour le
fuplier de les recevoir à
rançon . Il ne les voulut
point écouter, & fur la menace
de les faire tailler en
pieces s'ils ne mettoient bas
les armes , ils fe rendirent à
diſcretion. M le Comte
d'Eftrées accorda la liberté
au Gouverneur. On trouva
les deux Forts bien reveftus
& beaucoup meilleurs
Niiij
152 MERCVRE
qu'on ne l'avoit crû. Le
grand avoit fon Rempart
de trente pieds d'épaiffeur,
pavé par tout ; les Bateries
en tres - bon état, quarante
deux pieces de Canon, & les
Magazins affez bien fournis
de toutes choſes pour
faire une longue reſiſtance .
Il y avoit foixante & deux
Efclaves , cinq mille Cuirs,
de l'Eau- de - vie, des Cordages,
de la Viande , des Poudres
& des Boulets. On en
chargea deux Barques que
les Ennemis avoient fous
leurs Forts , & on mit le
GALANT. 153
refte dans nos Vaiffeaux.
Voicy le Plan de cette Ifle
qui vous donnera une plus
parfaite intelligence de
tout ce que je viens de vous
en dire.
Tandis qu'on employoit
deux ou trois cens Hommes
à démolir les Forts , à
brûler les Magazins , & à
faire le degaft de ce qu'on
ne pouvoit emporter , les
Vaiffeaux travaillerent fans
relâche à fe pourvoir d'eau
pour deux mois , afin de
pouvoir aller droit à Tabago.
Cette précaution
154 MERCVRE
leur fit gagner pres de trois
femaines qu'il auroit falu
perdre dans l'Ifle de la Martinique
, s'ils n'euſſent pas
fongé à profiter de ce
temps. M' le Comte d'Ef
trées y dépeſcha
un Brulot
pour avertir M le Comte
de Blenac Gouverneur
&
Lieutenant
General de toutes
les Illes Françoiſes
, de
la réſolution
qui avoit eſté
priſe de n'y point aller. On
partit du Cap -vert le neuviéme
Novembre
, & on
arriva vingt- un jours apres
à la veuë de la Barbade
, où
GALANT. 155
l'on avoit donné rendezvous
à quatre Vaiffeaux qui
eſtoient à la Martinique.
On en apperçeut deux le
lendemain , & on apprit
que les deux autres qui portoient
plus de cinq cens
Hommes pour fervir à terre,
ne pouvoient arriver de
deux jours. On ne laiffa pas
de prendre le party de continuer
la route, & d'aller à
I'Ifle de Tabago. Les Vaiffeaux
y arriverent le 6. Decembre
, & moüillerent le
foir affez tard à une Rade
qui eft à deux lieuës du
156 MERCVRE
Fort . M' le Vice -Admiral
voulant cacher fa Defcente,
détacha auffitoft cinq à fix
cens Hommes fous M' le
Comte de Blenac. M ' le
Marquis de Grançey avoit
une extréme paffion d'eftre
du Détachement , mais fa
préfence fut jugée neceffaire
au Confeil de guerre,
& on l'obligea de demeurer.
On fit quelques Prifonniers
, & on fçeut d'eux
que les Ennemis eftoient
fortis pour empefcher la
Defcente , mais qu'ayant
appris qu'elle eftoit faite ,
GALANT. 157
B
ils eftoient rentrez dans le
Fort. Le 7. & le 8. on mit
à terre le refte des Troupes
avec tout ce qui eft necef
faire pour une Attaque.
Vous jugez bien, Madame,
que c'eft un attirail prefque
infiny, lors qu'il le faut
tranfporter à force de bras,
& fur le dos des Hommes.
Cet embarras dura une
lieuë & demie par un chemin
qu'on fut obligé de
faire avec des Serpes & des
Cognées , & qu'il falut
conduire par des Ravines
& par des Eminences fort
158 MERCVRE
droites. Les Ennemis avoient
ruiné celuy qui fut
fait l'année derniere, & les
pluyes l'avoient preſque
entierement inondé. Elles
ne cefferent point depuis
le Débarquement , & cauferent
des incommoditez
dont les Officiers Generaux
ne furent point exempts.
Le chemin qu'ils avoient
fouvent à faire deux fois en
un meſme jour , leur faifoit
rencontrer quatre ou cinq
Ravines , ou des Rivieres
débordées , & c'eſtoit une
neceffité pour eux de fe
GALANT. 159
mettre dans l'eau juſqu'à
la ceinture . Les Troupes
camperent le 9. fur la Hauteur
qui n'eſt éloignée du
Fort que de fix cens pas ,
& malgré toutes les difficultez
que je viens de dire,
on ne laiffa pas de mener
trois Mortiers une lieuë &
demie , & trois Pieces de
Canon à moitié chemin de
l'endroit où l'on avoit fait
la Defcente . On fit une
Baterie pour les Mortiers
à trois cens cinquante pas
du Fort , laquelle commença
à tirer le 12. Com160
MERCVRE
me elle avoit efté faite avec
diligence, & dans des lieux
couverts par des Arbriſfeaux
& par des Cannes
de Sucre , les Ennemis ne
s'en eftoient point apperçeus.
Le . un de nos Soldats
qui alla fe rendre, leur
ayant appris où elle eftoit,
ils commencerent à la canonner
dés le lendemain
au matin , & canonnerent
le Camp en mefme temps
avec cinq Pieces de Canon
qu'ils tournerent de ce
cofté - là. M' le Vice-Admiral
ayant ce mefme jour
GALANT. 16
commandé fur les dix heures
qu'on tiraft les Bombes,
la troifiéme tomba dans le
Fort au milieu des Pou
dres , & fit un effet fi prodigieux
, qu'elle enleva
Binkes & tous les Officiers
qui difnoient avec luy.
M' le Vice - Admiral fit
prendre auffitoft les armes,
& M' le Comte de Blenac
marcha droit au Fort pour
s'en rendre maiftre auffibien
que des Vaiffeaux, &
empeſcher le ralliëment
des Ennemis . Le Belliqueux
& le Brillant arrive-
Mars.
162 MERCVRE
rent le lendemain avec un
Renfort de plus de fix cens
Hommes. Il ne fe fauva
qu'un Officier. Tous ceux
des Vaiffeaux furent pris, à
l'exception de Radmus fameux
Corfaire, qui n'avoit
pas voulu aller difner dans
le Fort , & qui s'eſtant
échapé par les Rochers,
trouva moyen de fe jetter
dans une Galiote . Quelques
- uns difent qu'il fe
fauva au travers des Bois.
Je ne vous parle point des
Vaiffeaux que nous avons
pris . Vous n'avez qu'à jetGALANT:
163
ter les yeux fur le Plan que
je vous envoye. Il vous inf
truira de tout. Voicy ce
que porte une Relation
tres- fidelle . Elle vient d'un
lieu où l'on ne publie jamais
que des veritez. Tous
les Officiers ont tres - bien
fervy dans cette importante
occafion . Meffieurs de Gran .
çey, de Blenac, & Patoulet
Commiffaire General , ont
eu beaucoup de part aux
fatigues , on ne peut trop
louer leurs foins & leur
zele , felon leurs diférentes
fonctions. Monfieur le
O ij
164 MERCVRE
Marquis de Grançey fit des
chofes incroyables ; ſa vigilance
fut extraordinaire .
Il preffi non feulement le
travail par ſa préfence &
par fes libéralitez , mais il
aida mefme à traîner les
Mortiers . Il commanda le
premier les Troupes fous
les ordres de Mle Vice-
Admiral , & fut relevé par
M le Comte de Blenac .
On avoit reglé qu'il y auroit
toûjours deux Capitaines
pendant vingt- quatre
heures , pour comman
der fous les Officiers GeGALANT:
165
neraux avec M' de Breve- .
dent, qui eſtant ſeul de fon
ordre , n'a point diſcontinué
de fervir depuis la Def
cente , & s'eft tres - bien
acquité de fon employ.
Ces Capitaines furent
Le premier jour, M's de
Sourdis & de Bléort .
IS
S
rs
Le fecond, M de S. Aubin
& de l'Arteloire .
Le troifiéme , M de
Montortier , & de Cha
boiffiere .
Le quatrième, M" d'Amblemont
& du Drot , qui
venoient relever ces deux
166 MERCVRE
derniers lors que la Bombe
fit fon effet . Mile Chevalier
d'Hervaut a fait voir beaucoup
d'activité dans tout le
temps que les Troupes ont
efté à terre, & il ne fe peut
rien adjoûter aux fatigues
qu'il a euës . M' de Combes
Chef des Ingénieurs
, a agy
avec beaucoup de capacité
& d'intelligence . Ml'Andouillet
commandoit la
Baterie des Mortiers , comme
je vous l'ay déja marqué;
& la jufteffe avec laquelle
il fit tomber la troiéfime
Bombe dans le Fort,
GALANT. 167
fait affez connoistre qu'il
n'y a perfonne qui foit plus
habile ny plus entendu que
luy dans fon meftier. M
Sauvage eftoit deſtiné pour
commander l'Artillerie ; &
M ' Bellaire, les Mineurs .
Si vous eftes furpriſe de
cet effet extraordinaire des
Mortiers dont on s'eft fervy
fi avantageuſement à
Tabago , vous fçaurez que
l'invention en a efté trouvée
depuis un an par M
Jaugeon, qui en fit d'abord
l'épreuve en préſence de
M de Louvois. Il eft Fils
168 MERCVRE
de M ' Jaugeon de Mongy
Gentilhomme Auvergnac ,
& a fait quantité de découvertes
dans les Maté
matiques , qui ont donné
lieu à de tres-utiles fecrets
dont on a déja veu les expériences
, & que j'auray
une autre fois occafion de
vous expliquer. L'ardeur
qu'il a de travailler à la
gloire de fon Prince , ne
contribuë pas peu à le faire
fi aifément venir à bout
de toutes les chofes qu'il
imagine. C'eſt une paffion
qui luy eft commune avec
M'de
GALANT. 169
M' de
Mongy ſon Frere,
qui à l'âge de vingt- deux
ans a fait fept
Campagnes
en qualité de
Volontaire
& de
Lieutenant ,
quatre
fur terre , & trois fur mer.
La
derniere eft celle de
Tabago. Il y fervoit
ſous
M' Sauvage ,
Commiſſaire
general de
l'Artillerie
des
Vaiffeaux.
Quant aux Mortiers
dont j'ay
commencé
à vous parler , ils font fi légers
, qu'un
Homme
fuffit
pour en porter un avec fon
Affut. Il n'y a
perfonne qui
ne les puiffe
pointer fans
Mars.
P.
170 MERCVRE
avoir befoin d'un quart de
Nonante , ny d'aucun autre
Inftrument de Matématique,
& cette facilité vient
de ce que les degrez d'élevation
font gravez fur leur
Affut , & marquez , quand
on les remuë, par un Coin
qui y eft attaché. L'ufage
en eft admirable , particulierement
pour prendre les
Dehors des Places .
jette par ce moyen une
douzaine de Grenades tout
à la fois à quatre cens pas
de diftance . Elles font renfermées
dans une Boëte
On
GALANT. 171
combustible , qui brûle
tout ce qui eft au lieu où
elle tombe , apres avoir
jetté fes Grenades à plus de
trente pas tout autour , οι
elles font leur effet.
Quoy que j'évite autant
que je puis de me fervir des
termes qui font particuliers
à beaucoup d'Arts , parce
qu'ils peuvent n'eftre pas
connus de tout le monde,
s'il m'en échape quelqu'un
qui embaraffe vos Amies
à qui vous continuez de
faire part de mes Lettres,
elles en trouverent l'expli-
Pij
172 MERCVRE
cation dans un Livre trescurieux,
& tout plein d'éru
dition , qui a efté imprimé
depuis quelques jours , &
dont le titre eft , Les Arts
de l'Homme d'épée, ou le Di-
Gionnaire du Gentilhomme.
Le premier Volume contient
l'Art de monter à
Cheval ; & le fecond, celuy
de la Navigation. L'Au
theur s'appelle M Guillet.
C'est à luy que nous devons
déja Athénes & Lacédemone
, anciennes & nouvelles.
Vous fçavez l'eftime
qu'on en fait , & le
GALANT. 173
1
cours que ces deux Ouvrages
ont eu dans le monde.
On a auffi imprimé une
Hiftoire fort curieufe de la
Laponie , c'eſt à dire de la
Partie des Lapons , qui releve
du Roy de Suede. Elle
eft traduite du Latin de
M' Scheffer , que les Allemans
& les Anglois ont
mis d'abord dans leur Langue
. Apres qu'il eut reçeu
ordre de compofer cette
Hiftoire , M le Comte de
la Gardie Grand Chancelier
de Suede , luy fournit
tout ce qui luy eftoit necef-
"
P
iij
174 MERCVRE
faire pour une entrepriſe
de cette nature, & il n'oublia
rien pour la faire exaate.
Il y eft traité amplement
de l'origine de ces
Peuples , de leurs Moeurs,
de leur Religion , de leur
Magie , & des chofes rares
du Pais. Ce font des nouveautez
que je vous envoyeray,
fi vous avez deffein
de les voir. Je vous envoye
cependant les Nouvelles
galantes & amoureufes
qu'on vient de donner
au Public. Ce font diférentes
Avantures ramaſ--

GALANT. 175
fées dans une Lettre. Vous
y trouverez des incidens
dont la lecture vous diver
tira. Je vous donne en mef
me temps dequoy en faire
une fort agreable , en vous
faifant part de ce qui a efté
écrit à M' l'Abbé de la
Roque par Madame la Viguiere
d'Alby . C'eſt une
Dame d'un fort grand mérite.
Tous ceux qui ont
leu la Princeffe d'Ifambourg
, que nous avons
d'elle , connoiffent
la force
& la délicateffe de fon Efprit
. Elle s'appelle Ma
P iiij
176 MERCVRE
dame de Saliez ; & fi fa
Profe eft aiſée , on n'a pas
moins fujet d'admirer le
tour naturel qu'elle donne
aux Vers.
5252525252 sesese
LETTRE
DE MADAME
LA VIGVIERE
D'ALBY,
A Monfieur l'Abbé de la Roque.
Vou
Ous croyezfans- doute,
Monfieur, que ce n'eft
que chez les Ennemis de cet
Etat qu'on fait des ConGALANT.
177
queftes en Hyver , & vous
ferezfurpris d'entendre dire
qu'au milieu mesme de la
France on ait pris quelque
chofe dans une fi rigoureufe
Saifon. Cependant il eft certain
qu'un jeune Gentilhomme
fort brave vient d'y emporter
une Place de conféquence,
& que faifant feu de
tous coftez , il l'a réduite àfe
rendrefous de fort honneftes
conditions. Vn Amour qui a
contribué à cette victoire , en
aporté la nouvelle , & voicy
comment elle eft venue à ma
connoiffances
178 MERCVRE
L'eftois dans ma Chambre
refvant fur mes tifons , de
cette maniere douce & agreable
qui précede toûjours les
vifions que vous fçavez que
les Dieux m'envoyent quel
quefois. Les Triomphes infaillibles
au Roy dans cette
nouvelle Campagne, estoient
lefujet de ma refverie , lors
que dans ce tranquille état
je crus estre transportée dans
un Palais dont les beautez
font au deffus de toutes mes
expreffions. Celuy d' Armide,
ný mefme celuy que l'Amour
fit baftir pour Pfyché , n'efGALANT.
179
toient rien en comparaison .
Dans cette magnifique Place,
Entre le Ciel & le Parnaffe ,
La Déeffe Vénus dans fes bril.
lans atours,
Reçoit de temps en temps l'homage
des Amours.
Là, fans déguiſement , fans art ,
fans impoſture,
Chacun luy dit fon Avanture,
Et l'on yvoit les Amours fortu
nez,
Parfes belles mains courõnez,
Recevoir des Leçons de l'aimamable
Déeffe ,
Pour augmenter leur joye & leur
tendreffe ,
Elle donne courage aux Amours
malheureux ,
Elle prend foinde les inftruire ,
180 MERCVRE .
Et foûtient par ces foins tout
P'Empire
eux ,
Que la Raifo voudroitdétruire.
Une nuit que le Ciel écclairoit
foiblement
,
Vénus tenoit fon Affemblée ,
Tout s'y paffoit tranquilemet,
Quand foudain elle fut troublée
.
Un Amour qui n'aguere eftoit
pâfle & réveur ,
Dont mille ennuis troubloient
le coeur,
Par de grands cris fe faifoit faire
place;
On lifoit fur fon front ſa joye &
fon audace.
Déeffe, difoit - il, des plusvaillans
Guerriers
J'efface aujourd'huy la Victiore;
GALANT. 181
Faites que mille Amours en admirant
ma gloire,
Me viennent couronner de
Mirthe & de Lauriers,
Cette Place fi forte & fi bien
défenduë,
Que tant d'Amours affiegeoient
vainement,
Par mon adreffe s'eft renduë,
Et la charmante Iris rend heu ,
reux fon Amant .
Ces derniers mots mefur
prirent fort. Comme j'avois
L'esprit occupédes Conqueftes
quifontfiordinaires au Roy,
je croyois qu'on alloit parler
de la prise de quelque Ville
de Flandre ou d'Alface ; mais
182 MERCVRE
C
tandis que je me reprochois
mon erreur , cet Amour continuoit
ainfy.
Ce n'eft point pardes artifices,
Ny par de petites malices,
Que j'ay furpris un coeur que la
Vertu gardoit,
Et que la raifon defendoit.
Iris a beaucoup de merite ,
Elle s'eftoit prefcrite une fage
conduite,
Et j'avois vainement employé
mille Amours ,
Quand l'Hymen m'offrit fon
fecours.
Je l'accepte , luy dis-je , il m'eſt
fort neceffaire,
Mais renvoyez voſtre fuite ordinaire,
GALANT. 183
Et ne gardez point avec vous
Vos repentirs & vos dégouts,
Iris me parut toute émeuë
Quand l'Hymen s'offrit à ſa
yeuë,
Suivy des Ris , des Jeux & des
Amours conftans .
C'eft affez combatu , dit - elle, je
me rends ,
Amour ménagez bien l'employ
que je vous donne ,
Aux confeils de l'Hymen enfin
je m'abandonne ,
Guidez fes pas & conduifez- le
bien .
Si je confens à tout je ne prens
foin de rien.
L'Hymen fort content de la
Belle,
Mena l'heureux Daphnis jufques
dans fa ruelle,
184 MERCVRE
Pendant que des Amours dans
cemeftier fçavans ,
De la timide Iris denotoient les
Rubans: visa
Car eftant de pudeur & de
crainte abatuë,
Dansl'excez
de fa
retenuë
, Daphnis
auroit
perdu
cent
momens
précieux
!
Sans ces Amours officieux,
Qui s'empreffant....
A
C'eft affez, dit Vénus , en
interrompant cet Amour, je
vous entens , Daphnis eft
heureux , vous méritez
d'eftre récompenfé de vostre
perfeverance. A ces mots
elle batit des mains , & d'abord
toutfon Palais retentit
GALANT. 185
de cris d'allégreffe . L'on couronna
cet Amour victorieux,
& la Déeffeprononça ces Vers
qui font une espece d'Epita-
Lame qu'elle fait toûjours en
faveur des jeunes Mariez
qu'elle chérit.
Vivez heureux,v ivez contens,
Et paffez doucement vos ans
En goûtant les plaiſirs d'un heureux
Mariage;
Banniffez - en les noms de joug
&
d'esclavage ,
Ce beau Noeud que l'Amour a
formé de fes mains
Unira vos coeurs & vos ames,
Et la lumiere de vos flâmes
Eclaircira vos jours & les rendra
ferains.
Mars .
e.
186 MERCVRE
Tout cecy veutdire, Monfieur
, en langage humain,
comme il me fut expliqué,
qu'enfin Monfieur le Vicomte
de Paule apres avoir aimé
Mademoiselle de S. Hypolite
plufieurs années , eft devenu
le plus beureux de tous les
Hommes en l'époufant . Fe
n'ignore pas la part que vous
prendrez à cette nouvelle, &
je me hafte de vous la donner
pour vous témoigner que je
fuis voftre tres- humble servante,
LA VIGVIERE D'ALBY.
GALANT. 187
Je ne doute point que
vous ne ſouhaitiez ſouvent
de pareilles vifions à l'admirable
Perſonne qui les
explique avec tant de gra
ce. La joye de Madame de
S. Hypolite & de M¹le Vicomte
de Paule , doit eftre
grande , puis que leur Famille
eftant la mefme , ils
voyent réunir leur fang par
ce qu'ils ont de plus cher
au monde. La Maifon de
Paule eft des plus anciennes
& des plus confidérables
de tout le Languedoc .
Elle a donné en noftre
Qij
188 MERCVRE
Siecle l'Illuftre Antoine de
Paule pour Grand-Maiſtre
à la Religion de Malte.
En vous parlant au commencement
de cette Lettre
de M'l'Evefque de Rennes
qui s'eftoit trouvé pour
la premiere fois à l'Aſſem
blée des Etats de Bretagne,
j'ay oublié de vous dire
qu'il avoit efté facré depuis
peu . On l'appelloit M
l'Abbé de Beaumanoir de
Lavardin, avant que le Roy
l'euft nommé à l'Eveſché
de Dol , & incontinent .
apres à celuy de Rennes.
GALANT. 189
Il eft Docteur de Sorbonne ,
& d'un mérite qui n'éclate
pas moins dans la pieté que
dans fes autres qualitez effentielles
à un Prélat. Je
ne vous diray rien de fa
Maiſon .
L'Hiftoire a pris
foin de la
diftinguer , &
parle fi avantageufement
de M ' le Marefchal de La- t
vardin fon Grand Pere,
qu'il faut n'en avoir atıcune
connoiffance pour
ignorer qu'il paffe pour un
des plus grands Hommes
de fon temps. Il fut Colonel
de l'Infanterie Fran
190 MERCVRE
çoife, prit Villefranche en
Périgord , & Cahors &
d'Eaufé au Comté d'Armagnac.
I commanda
l'Armée du Roy en Poitou
en l'abſence du Duc de
Joyeuſe , & la Cavalerie-
Legere à la Bataille de
Courtras. Il fervit au Siege
de Mauleon fous le Duc
de Nevers , & à ceux de
Paris , de Chartres , & de
Rouen , ainſi qu'au Combat
de Chasteau Giron fous
le Comte de Soiffons , & à
celuy d'Aumale où il fut
bleffé. Il eut le GouverneGALANT.
191
ment du Maine , & fut fait
Chevalier des Ordres &
Marefchal de France dans
la mefme année . Il fit la
fonction de Grand - Maiftre
au Sacre de Louis XIII . qui
l'envoya Ambaffadeur Extraordinaire
enAngleterre
.
Il mourut au retour de cette
Ambaffade
. Je ne vous
parle point d'un nombre
infiny de grandes Alliances
dans lesquelles cette Maifon
eft entrée, ny des Gouvernemens
de Provinces,
Evefchez, & autres Dignitez
qu'on luy a toûjours
192 MERCVRE
veu poffeder. M l'Evefque
de Rennes qui donne lieu
ancot Article ,left Coufin
Germain dé M' le Marquis
de Lavardin , aujourd'huy
Lieutenant Generalau
Gouvernement de la Haute
& Baffe Bretagne. Ce Marquis
eft tres- aimé dans
cette Province, & y fert le
Roy fort utilement. Il n'y
a point de Gentilhomme
en France quifçache mieux
tout ce qu'un Homme de
qualité doit fçavoir. Perfonne
ne doute de fa brayoure.
Il en a donné de
*
fort
GALANT. 193
fort glorieufes marques au
Combat de S. Godard en
Hongrie, à laprise de Courtray,
à celle de la Franche-
Comté en 1668. & à la
Guerre faite aux Hollan
dois quatre ans apres . Il a
époufé Mademoifelle
d'Albret
, Fille aifnée de M
d'Albret Duc de Luynes,
Pair de France.
M' Paris eft mort depuis
quelques jours . Il eftoit
Confeiller de la Grand
Chambre. M' Malo eft
monté à fa place. C'eſt un
fort honnefte Homme , &
Mars. R.
194 MERCVRE
d'une tres -bonne Famille
de Paris .
Je vous ay conté la derniere
fois l'Hiftoire de la
Belle morte d'amour pour
fon Mary.Ceux qui ont crû
qu'elle n'eftoit pas veritable,
n'ont pas pris la peine
de sen informers Elle eft
fçeuë de tant de Gens du
premier rang, que je m'étonne
qu'il y ait des incrédules
fur les particularitez
que je vous en ay dites .
Voicy deux Epitaphes qui
ont efte faits pour el
pour elle par
M'Lelleron Avocat à Provins.
GALANT . 4195
2525252525252525
-TEPLA PHE
biofliHT 2001 sin
D'une Femme morte d'amour
og pourlon Mary! Silsa
Qyis not
arrele icy respet
Autre - part tu ne liras pas
ne Hiſtoire fi merveilleufe
Que celle qu'à tes yeux ce marbre
ub Rem offrire ab opt
Cy giftdefon Epoux une Femme
amoureufe
20001
Que fon chafle amourfit mourir.
Aux Dames ille a fait une leçon
zarib commune ancy of sup
De mourir en Femmes debiens
Mais elle n'a fuivy l'exemple de
inq
pas une
· Pas uño neſuivra lefien.I ba
Rijeniv
196 MERCVRE
n
prom imp
201q 25
JAUTRE
nction? F6Ppryo
Que Amour d'un Marysedmifit
up arepas un giofiH !
Seiquidoit étonner, c'eft de voir en
cecas
La premiere mode nouvelle
lebear Sexen'aime par
sing a £917 L
-Cettel mode feroit cen
"effet un peu cruelle à introduire
pour un Sexe qui
contribue tant aux doitcours
de la focieté. SilA
vanture euft efté moins ex
traordinaire , elle n'auroit
point paru fufpecte àceux
III A
EGALANT: 197
douté de
qui manquent de foy pour
les prodiges que peut caufer
l'amour conjugal.
n'a pas moins dout
l'Hiftoire du Solitaire que
beaucoup ont voulu croire
une fiction . C'eft celle du
Confeiller qui avoit choify
la retraite par un principe
d'averfion pour les Femmes,
& à qui fon Pereche
voya une Belle d'une vertu
chancelante dont il futofi
charmé, qu'il l'époufa. La
chofe eft filvraye , que de
Procés intentés pour la ru
ptures du Mariage domef
Riij
198 MERCVRE
:
tre jugé au premier jour
dans un des plus celebres
Parlemens de France Lè
Fils en pourfuït la validité
contre fon Pere, & fait le
lement fon bonheur de la
tengreffe de celle qu'ori kry
veur ofter , qu'il traite de
calomnie tout ce qui s'eſt
publié de l'égarement de
la conduite. Il eft certain
qu'il ne faut pas touri
toujours
juger ' fur les apparences .
me
l
tuy
Ce que je vay vous conter
enfer Trasy z
en fera foy.
Une Dame eltant dans
une Maifon de Campagne
GALANT, 199
aux environs de Paris , cut
le chagrin de le voir fans
équipage, dans le temps ou
il y avoit pour elle une ne
ceffité abſoluë d'y retour,
ner, Ses Cheyaux tombe.
rent, malades , & elle fut
réduite à fe fervir d'un
Carroffe de louage qu'elle
fit venir. Elle part . Le Car
roffe s'embourbe à deux
lieuës de là . On prend des
Chevaux de Meffager & de
Charetes pour le tirer. On
n'en peut venit à bout . Les
efforts qu'on fait le brifent,
U.
à pied & la Dame fe trouve & Pic
Ru
200 MERCVRE
à l'entrée d'un Village ou
elle n'a pas deffein de coucher.
Elle prend le party
d'y laiffer une Demoiselle
& une Femme de chambre
qu'elle ramenoit avec elle,
& comme des affaires pref
fantes l'obligeoient d'eftre
ce jour- là mefme à Paris,
elle fe réfout à demander
place dans le premier Carroffe
qui paffera. Elle n'at
rend pas longtemps. Elle
en voit venir un qui s'ar
refte heureufement à l'en
droit meſme où elle eft.
Celuy à qui il eftoit , avoit
GALANT 201
quelque ordre à donner
aun Laquais . Tandis
qu'il luy parle , la Dame
demande fon nom au Cob
chers hly eftoit connu
parla réputation qu'il avoit
acquife dans le monde.
C'eſtoit un Confeiller qui
paffoit pour un des plus
honneftes Hommes de
France. Il n'avoit que fon
Gendre avec luy , & la
Dame ne balance point
fejetter dans le Carroffe
avant qu'on l'ait refermé.
Un procedé fi extraordinaire
la fait regarder. Elle
202 MERCVRE
eſtoit belle , avoit l'air de
qualité , beaucoup de jeu.
ndfle , da phyfionomie heu
reuſe , & il n'y avoit pas
moyen de le réfoudre à luy
faire un compliment inciyil.
On continue à mar.
cher, & ce qu'il y a de plai,
fant, on eft plus d'un quart
d'heure à s'examiner & à
foûrire , fans que perfonne
diſe un feul mot. A la fin,
le Maiſtre du Carroſſe
rompt le filence , & ayant
demandé à la Dame où elle
prétend qu'on la mene,
elle répond qu'elle ɛn'a
»
GALANT 203
point d'autre deffein que
coluy d'aller à Paris, Il s'ing
forme du Quartier ou elle
fouhaite qu'il la conduiſe;
& lelle for defend de sten
expliquern furnice qu'unè
Chaife der Place luy ér
épargneta l'embarras. Ada
tre quart d'heure de filence.
Le Confeiller
qui luy trou
ve de l'efprit , & de cet ef
prit difé qui ne s'acquiere
que par la pratiqué du
monde, nefçait que s'imaz
giner d'une femme qui
monte dans un Carroffe
fans rien dire , & fe confié
204 MERCVRE
à la probité de deux Hom
mes qui luy doivent eſtre
inconnus. Hy fait quelques
nouvelles queſtions,
& da prie enfin de ne luy
laiffer pas ignorer à qui il
parle. Aune Perfonne, réb
pond-elle quiq ehWeuve
depuis trois ans Quoy?
dit-il, fijeune, ſi belle ; &
fans Mary Ib vous fau
droit du moins un Galant.
La Dame prend un air fi
férieux à ce mor; & melle
des termes fr remplis d'ai
greur à l'indignation qu '
elle en fait paroiftra
, que
GALANT 205
len Confeiller la croite la
Femme du monde la plus
vertueuſe. Elle ſe tail un
moment puis changeant
de ton , & baiffant la voi
comme fi ellei ne s'eftoid
d'abord gendarmée que
pour avoir plus degrade en
svadouciffant , Et de Gat
lants, dit elle, en manques
t-on ? ¿ Ces dernieres paro
les font changer de penſée
au Confeillers Ils ne peut
plus croire qu'elle foit au
tre qu'une Demoiſelle d'in
trigue, qui eftant accoûtumée
à prendrefelon l'occa
206 MEROVRE
fion toute forte de cara,
aeres , a l'adreſſe de ſe parer
quelquefois d'une vertu
étudiée pour arriver plus
feûrement à fes fins. Ceft
fur cette injurieuſe penſée
qu'il continue avec elle
une converſation
aſſez familiere.
Elle fe tire de tout
avec efprit , & l'embaraſſe
tantoft par un ton fer qui
l'empefche de luy dire tout
ce qu'il croit au defavantage
de fa vertu , & tantoft
par des radouciſſemens
qui
le
confirment de plus en
plus dans l'opinion qu'ila
EGALANT. 207
conçeue du panchant qu'-
elle doit avoir à noter commerce.
Ils arrivent enfin à
Paris. Le Confeiller veut
apprendre fonQuartier
pour ly conduire, & le demande
äveê des termes malicieux
qui font connoiſtre
à la Dame ce qu'il croit
d'elle. La Dame foûrit, luy
dit avec beaucoup de grace
que le croyant trop civil
pour ne la remettre pas jufque
dans fon Apartement,
elle veut avoir du moins un
jour pour le préparer à le
recevoir voyant des
1
208 MEROVRE
Chaifes roulantes, elle fait
arreſter pour en choisir
une Elle donne l'ordre
tout bas au Cocher pour le
lieu où elle veut qu'il la
mene, & apres avoir affuré
le Confeiller qu'il auroit de
fes nouvelles le lendemain,
elle le laiffe, fans aucun
autre éclairciffement.fi Le
Confeiller erit de l'Avan.
ture , en fait le conte chez
luy, & eft furpris de rece
voir un Billet de la Belle
dés le jour fuivant. Le Bil
let eftoit tourné de la maniere
du monde la plus ga,
M
EGALANT! 209
lante. On le prioit de fe
laiffer
conduire par le Por
tourg fans s'informer
du
lieu où il avoit ordre de le
mener avec
proteftation
que s'il n'acceptoit
pas le
Rendez vous, on iroir luy
en faire reproche chez luy
On fait entrer ce Porteur.
C'eftoit un
Laquais fans
Livrée qu'il ne fut pas pof
fible de faire parler. Le
Confeillera qui tout ce
myftere eft fufpect , & qui
fe perfuade
que la Dame l'a
cru galant fur l'entretien
enjolié qu'il avoit eu avec
Mars. S
2fo MERCVRE
elle ,luyécritque n'eftant'ny
d'un agenyd'une profeflion
compatibles avec les Ren¬
SUD il ne pouvoits
commoder
du Party ; mais
que fifa vie avanturiere lay
faifoit nailtre quelque Pro-
976
cés far lequel elle cuftienvie
de le venir confulter, il
luy donneroit des confeils
ch Homme qui luy éloit
obligé du plaifir qu'ellelay
avoit fait de prendre une
place dans fon Carrolle
fans la demander? Il crût
Avanture finie par cette
réponſe , & it en rioît Je
en
GALANT 211
lendemain avec des Amies
de la Femme qui estoient
venues luy rendr vifite,
quand il fut averty que la
Dame au 132 132016
luy parler. Les éclats de
ring furent grands. Onlay
applaudit fur l'avantage
qu'il avoit de le voir cour
des Belles , & les Dames
fouhaitant eftre témoins
de cette entreveue , on
donna l'ordre pour leur en
faire avoir le plaifir. La
Belle entra dans une pro
preté merveilleufe . Vous
jugez bien qu'on n'avois
S
212 MERCVKE
pas affez d'yeux pour la re
garder. Un Laquais de Lavrée
luy portoit la queue,
& à peine eut-elle dir au
-Confeiller d'une maniere
toute aimable que puis
qu'il n'avoit points youla
redevoirsfes remerciemens
chez ellegil eftoit gute
qu'elle vinft les faire chez
luy, qu'une des Dames de
la Compagnie s'avançavers
elle en riant , & lembraffa
fort étroitement. Cette
belle Perfonne la pria de
Ja préfenter à la Maiftreffe
de la Maiſon, à qui elle fit
GALANT 213
compliment
de la meil
leure grace du monde . Le
Confeiller ne fçavoit où il
en eftoit, non plus que les
autres Femmes , qui furola
peinture qu'il leur en avoit
faiteyavoientattendu
toute
autre chofe que ce qu'elles
voyoient. Cleftoit en effet
la Femme d'un Confeiller
de fa mefme Chambre . Sa
wertynes la rendoit pas
moins eſtimable
que fa
beauté , & fi elle enten
doit raillerie avec fes Amis,
il seftoit dangereux de fe
vouloir établiraupres
d'elle
-
214 MERCVRE
P
fur le pied d'Amant. 2916
Vous avez entendu parler
de beaucoup de Feltes,
mais il y en a peu quiégalent
la galanterie de celle
qui s'est faite à Montpellier
au commencement de
de Mois à l'occafion › d'un
Baptefme. Je ne fçay, Madame
, fi vous eſtes infor
mée de ce qui fe pratique
ence Pais- là dans ces fortes
d'occafions. Ceux qui font
choifis pour Parrains , font
ordinairement prodigues,
& on a veu des Gens à qui
·les dépenses qu'ils y out
a
GALANT 215
faites ont coufté la plus
grande partie de leur Bien
Jugez juſqu'ousvont les
choſesp quand l'Amour
s'avife d'y prendre partasi
- > MoVerduron , Viguier
general de la Ville que je
vichs de vous hommer, aimoit
pafhionnement depuis
fix mois Mademoiſellende
Portales Fille du Préfidem
de ce nom. Elle paffe pour
toplus belle Perfonneode
cette Province, & vous pour
vez croire qu'elle ne manque
point d'Adorateurs .
M Verduron ne s'eftoit
216 MERCVRE
1
point encor déclaré , foit
qu'il ne luy pas efté facile
de la trouver feule , fort
30 , of
qu'il cuſt voulu attendre
qu'il le puſt faire avec autant
d'éclat qu'il avoit d'amour.
Un fecret de cette
nature gardé fi longtemps,
le faiſoit ſoufrir , & VOLEY
par quelle rencontre il fit
enfin connoiftre les fenti
mens de fon
Coeur
.
Une
Dame de les Amies accoucha,
& il fut prié de vouloir
tenir
l'Enfant fur les Fonts
avec la belle
Mademoiſelle
de Portales, Jugez de fa
joye.
GALANT: 217
joye. Il donna fes ordres
pour une
magnificence
extraordinaire
, & le
Jour
de
la
Cérémonie eſtant arrivé,
ilfe rendit chez cette aimable
Perfonne avec tout
ce qu'il y a de plus galant
yade
y'a
à
Montpellier.
Elle avoit
affemblé fes Amies de fon
colté, & leur beauté
en eftoit
ich ers
fi
avantageufement
foûtepar
la propreté
de leurs
Habits
qu'on
peut dire
qu'il n'y cut jamais
rien de
fibrillant
. On le mit
fe mit, felon
3
que le hazard en ordonna ,
ele
quinze ou vingt Cardans
quinge $710
Mars . T
218 MERCVRE
une
roffes qui attendoient à la
Porte , & le Héros de la
Fefte mena fa Belle dans
Chaife roulante qu'il
avoit fait faire exprés . Elle
eſtoit étofée d'un riche
brocard d'or, & on y voyoit
en mille endroits les Chifres
de l'un & de l'autre entrelaffez
de la maniere du
monde la plus galantel La
Cerémonie le fit. Deux
Choeurs de Muſique chan.
terent , & vingt- quatre Va.
lets veftus des Livrées de
M Verduron , Ctenoient
des Flambeaux de cire blan
GALANT. 219
a
ché. Apres que le Baptefine
fut fait , on alla fe prome .
ner dans un Jardin à un
demy- quart de lieue de la
Ville. On fut ſurpris des
Divertiffemens qu'on ƒ
trouva préparez. On s'ad
vança au bord d'un Vivier,
où deux petites Armées
Navales commencerent
combatresenſemble. On
ne peut rien s'imaginer de
mieux ordonné. Ces petits
Bateaux portoient des Emblémes
galants à leurs Ba
nieres . Quelque Hiftoire
amoureuſe eſtoit repreſen.
Tij
220 MERCVRE
tée fur leurs bords & les
Boucliers des Soldats ou
l'on avoit peint um Bandeau,
un Arc, un Carquois,
& tout ce qui convient à
l'Amour, faifoient connoif
tre ce que M Verduron
avoit tenu filongtemps caché.
Les Matelots riche
ment veftus , prirent terve
apres qu'ils eurent finy la
Bataille. Les uns tenoient
un Baffin de Confitures,
Les autres , une Corbeille
d'Oranges. Ceux- cy, du
Roffoly, ceux-là , de l'Eau
de Grenade , du Sorbec , &
GALANT. 221

d'autres Liqueurs délicieufes
. La Colation ne pouvoit
eftre fervie plus galam
ment. Auffi fur - elle un
agreable Régal pour les
Dames. On les conduifit
en fuite dans un Cabinet
richement parés Douze
Luftres de cristal, l'éclai
roient , & trois des meil
leurs Muficiens de la Provinceny
chanterent, A ce
petit Concert fucceda celuy
d'une Bande fort nombreufe
de Violons. Onprofita
de l'occaſion, on dan ça
juſqu'à la nuit , & comme
T iij
222 MERCVRE
elle contraignit cette belle
Troupe à fe féparer , jal
mais elle ne parut arriver
fi promptement en op
29vLes Lettres ont fait une
pertessffort confidérable
dans ce Mois en la Perfonne
de M de Launoy,
qu'une affez legere indif
pofition de deux ou trois
jours a emporté. Il eftoit
un des plus anciens Doteurs
en Theologie de la
Maifon de Navarre . Les
fçavans Ouvrages qu'il a
donnez au Public faifoient
fa plus
continuelle occupa
GALANT: 223
puis
il
tion, & l'on peut dire qu'il
eft mort en quelque façon
la plume à la main ,
a
qu'un jour auparavant
corrigeoit des Epreuves
d'un Livre qu'il a fait pour
défendre les Intérefts du
Roy. C'est une Réponſe à
un Ecrivain d'Italie , qui
depuis quelque temps a
fait imprimer un Traité
contre le Droit des Princes
Séculiers touchant les empeſchemens
de Mariage.
Mi de Launoy avoit déja
foûtenu une Doctrine touto
contraire dans un Livre
Tiiij
224 MEROVRE
publié en 1674.où lesDroits
duRoy, & en mefme temps
de tous les Princes Sécu
liers , font fi folidement établis
, que cet Ouvrage peut
eftre regardé comme sun
des plus utiles à l'Etat . On
y avoit répondu en Italie,
& comme cette Réponse
oftoit aux Princes Séculiers
le Droit effentiel qu'ils ont
fur le Mariage pour rendre
leurs Sujets habiles ou in- -
habiles à contracter , ce
a
grand Homme ne s'eftoit
pas tû, & donnoit fes foins,
quand il eft mort , à l'Im-
ઓમ શ
GALANT! 225
preffion de ce qu'il a écrit
pour réfuter les erreurs de
Autheur Italien . "Ainfi
tout fon temps à toûjours
cité employé ou pour PEglife
, ou pour fon Prince
& on peut l'appeller non
feulement ubDocteur des
Droits du Roy , mais encor
Défenfeur de la juftë
rité des Evefques , Deftris .
Eteur des faux Privileges,
• Docteur des Libertez de
l'Eglife Gallicane. Son def.
intereffement a efté toujours
admirable . Il a refufé
plufieurs Benefices, &
Auto
226 MERCVRE
n'a jamais defiré de Penfions
anyvoulu queqfes
Amis en follicitaffent pour
luy, Ileft mort à l'âge de
foixante & feize ans dans
' Hoftel d'Eftrées oùvil
avoit un Logement depuis
fort longtemps. On luy a
veu jufqu'aux derniers momens
de fa vie une tran
quilité & une douceur dignes
de fa pieté & de fa
vertu. Il a nommé pour
Executeur de fon Tefta-
A
ment ,M ' le Camus Premier
Prefident de la Cour des
Aydes , comme une des
GALANT. 227
Perſonnes qu'il conſidéroit
le plus apres Monfieur le
Cardinal d ' Eftrées fon
Bienfaicteur
. On ne peut
affez louer la genérosité
avec laquelle ce Cardinal
& toute la Maifon d'Ef
trées ont traité ce fçavant
Homme. Il a laiffé la moitié
de fes Livres aux Mi.
nimes où il a eſté enterré,
& l'autre moitié au Seminaire
de Laon. Madame
de Longueville, M'le Marquis
de Coeuvres , M ' l'Ab..
bé d'Eftrées , & plufieurs
autres Perfonnes de la plus
1
228 MERCVRE
haute qualité , ont donné
des marques de l'affection
qu'ils luy portoient par les
derniers honneurs qu'ils
luy ont rendus. Mrl'Èvefque
de Rennes n'a pas elté
des moins empreffez en ce
rencontre à faire voir les
fentimens que luyƆ avdit
infpirez l'eftime particu
liere qu'il avoit pour luyes2
Cette mort a efté fuivie
de celle de M de Hauffonville
, Comte de Vaube.
court. Il eftoit Lieutenant
General des Armées du
Roy, & du Gouvernement
GALANT. 229
des Evefchez de Mets &
Verdun, & Gouverneur de
Châlons . Il avoit efté obli
gé de prendre le Nom &
les Armes de la Maiſon de
Hauffonville par l'adop
ption que luy avoit faite
Mi le Baronside Hauffon
ville, Gouverneur de Ver
dun & du Païs Verdunois .
Ses fervices ont glorieuſement
foutenu l'avantage
qu'il pouvoit tirer de fa
naiffance. Il commença à
les rendre dés l'an 1620..
Apres avoir efté Capitaine
de Chevanx- Legers , il fut
230 MERCVRE
pourveu en 1628. du Regiment
de Vaubecourt par
la Démiffion de Mon
Pere, apres la mort duquel
il eut le Gouvernement de
Châlons . Il avoit eu auparavant
ceux de Landrecies,
de la Ville Citadelle &
Chafteau de Perpignan ; &
du Comté de Rouffillon ,
eftant pour lors Marefchal
des Camps & Armées. En
1642. il fut fait Capitaine
de Cent Hommes d'armes
des Ordonnances de Sa
Majefté , & en 1650. Lieutenant
General des Armées
4
GALANT. 231
du Roy. Les Divifions arrivées
dans le Royaume, luy
donnerent lieu de faire
éclater le zele & l'attachechement
tout particulier
qu'il avoit pour le fervice
de fon Maiſtre. Il y com
manda des Corps d'Armées
ſéparez qu'il amena
en fuite en celle de Sa Ma
jefté dans des conjonctu
res fort importantes . Il a
efté bleffé en diférentes
occafions , & mefme au
Siege de Roſes, apres avoir
efté traversé d'un coup de
Moufquet , à peine fou
232 MERCVRE
frit -il le premier appareil
de fes bleffures , qu'il ret
monta à Cheval pour fe
tourner auCombat . Ibamoit
foixante & quinze ans , &
il n'y a rien qui furprenne
quand on voit mourir les
Gens dans un âge fiavancé.
Il n'en eft pas de mefme
d'une jeunePerfonne qu'on
plaint toûjours , & dont la
perte femble fraperb plus
fenfiblement. C'est ce que
celle de Madame la Mar
quife de Ségnelay vient de
nous faire connoiftre Elle
eft morte à dix - neufans,
GALANT. 233
& il ne fe peut rien adjoûter
à l'affliction où en
eft toutefa Famille osa
bonté , fa conduite, & fa
pietés luy gagnoient les
coeurs de tous ceux qui la
connoiffoient. Elle vivoit
dans une fort grande union
avec Madame la Ducheffe
de Chevreufe & Madame
la Comteffe de S. Aignan
fes deux Belle - Soeurs , &
on ne voit guére d'intelligence
plus parfaitement
établie qu'elle eftoit entre
ellel & Mile Marquis de
Ségnelay. Monfieur Col
Mars, V
(234 MERCVRE
il l'a
bertplaimoit & l'eftimoit;
mais quoy que fa more luy
hit efté tres fenfible
fuportée engrandHomme.
On ne le paroift pas moins
dans les fortes douleurs,
que dans les grandes affaires,&
il eft mefme plus rare
d'y fairevoir deda fermeté.
La Maifon d'Alegre dont
eftoit Madame de Ségnelay
eft une des plus Illuftres
d'Auvergne. Yves In Baron
d'Alegre, eft comptéparmy
les plus expérimentez Capitaines
de fon temps. Il
donna des preuves de fon
தி
GALANT. 235
courage en la Conqueſte
de Naples fousCharles VIII .
& du Regne de Louis XII.
il fut fait Lieutenant General
des Armées d'Italie.
Ilsy fic renommer avec le
Seigneur de Vivarais fon
Fils a la Journée d'Agnadel,
obrils combatirent avec
une ardeur inconcevable.
Celle de Ravenne leur fut
fatale. Ils poufferent
les
Ennemis , & perdirent enfemble
la vie dans la chaleur
du Combat pour le
fervice de leur Prince. De
cet Yves I. font fortis les
Vij
236 MERCVRE
Barons de Millaud & le
Marquis d'Alegre, Grands-
Mailtres des Eaux & Forests
de France, Prevolts de Baris
, & Chambellans de nos
Rois. Ils fe font alliez avec
leso Familles de Foixunde
Chaunes, de Bourbon, Ga.
rency, de Bourbon -Bufter,
de Miolens , d'Eftouteville,
de Mailly, de Beaufremont,
du Prat, Nantouiller, d'Au
mont, de Laval, de Seneos
terre, de Hautemer, Eervaques
, d'Arcoua, de Bethu
nes-Settes , & du Fayen
Normandie Comtende
Maulevrier.
196
GALANT: 237
Nous avons auffi perdu
Mil'Abbé de Risequi eft
niortotrés -regreté. Il eftoit
Frere de feu M'de Ris Preb
mier Prefident au Parle
ments de Rouen. Il avoit
beaucoup d'efprit da con
verfation douce & aifée, &
tout ce qui rend les honneftes
Gens propres à faire
ragreable focieté dans
Aufſi avoit il
beaucoup d'Amis confidé.
rables qu'il s'eftoit acquis
par fon mérite. A b capp
Son Alteffe Royale Ma
dame a esté indifpofée de
leAmionde
238 MERCVRE
puis le depart de Monfieur.
C'eft ce que la tendreſſe
qu'elle a pour ce Grand
Prince luy cauſe preſque
toûjours fi-toft qu'il va en
Campagne. Si ce n'eft pas
une grande maladie reglée,
c'eft du moins une langueur
qui n'eft pas moins à crain
dre que la Fiévre. M' de
Valnay dontje vous ay deja
parlé plufieurs fois , a pris
de là occafion de luy préfenter
ces Vers .
25
GALANT 239
JET POUROS . A. Ro HL
MADAME
.
Tran for
D Rincelleguerillez, c'eſt L'A- mour
qui l'ordonne
,
Pour votre Illuftre Epoux confer-
Duvez vos attraits. obs
Cherchez vous àchanger fes Lauab
priers en Cyprés, ) Duo nip
Pendant qu'aux yeux
Gloire le couronne?
de tous ha
Vous ne devez jamais efperer de
fante,

Si par une douleur que vous voulez
trop croire,
Vous cedez aux langueurs d'un
efprit agité,
240 MERCVRE
Si-toft que ce Hèros ira trouver la
Gloire.
S&
Si le plus grand des Rois ne nous
defendoit pas,
On pourroit pardonner à voftre
amour extreme,
De craindre quelquefois le hazard
des Combats,
Car on peut avoir peur de perdre
ce qu'on aime.
S&
Mais, Princeffe, le Ciel conferve
voftre Epoux,
Il reviendra toûjours plus grand
& plus augufte;
Et puis que vous fçauez que noftre
Guerre eft jufte,
Vous connoiſſez auſſi
combat pournous .
25
que
Dicu
On
GALANT. 24f
On a eu nouvelles de
Mefline qui
portent que
Monfieur le Marefchal Duc
de la
Feuillade avoit pris
poffeffion de la
Viceroyauté
de Sicile, Le Senat le vint
prendre au Palais pour le
conduire à la grande Eglife
dans un Carroffe fuperbe
& tout ouvert. Les Rues
eftoient bordées d'une infinité
de Peuples qui ef
toient accourus des envi
rons . Les Dames par une
liberté toute finguliere , eus
rent permiffion de leurs
Marys de fe montrer aux
Mars. X
242 MERCVRE
Feneftres dans leurs ajuftemens
Italiens. On les y
voyoit appuyées fur de fort
riches Tapis. Monfieur le
Duc de la Feüillade eftant
arrivé à l'Eglife , allas fe
mettre à genoux fur un
magnifique Prie-Dieu qui
luy eftoit préparé: oll y fit
Serment de garder les Privileges
& Statuts duRoyaume
; & la Cerémonie ne fut
pas plutoſt achevée , qu'on
poufla de longs criss de
Vive le Roy, avec des mar
ques de joye extraordinai .
¡ X
B
GALANT
243
On en a fait paroiftre
beaucoup à Grenoble à la
Reception de Mile Comte
de Tallard Lieutenant de
Roy en Dauphiné , & de
Madame fa Femme. Vous
fçavez fans doute que ce
jeune Comte eft de la Fa
mille de Hoſtung, tres- an
cienne dans cette Province,
confiderable par plufieurs
grands Emplois , illuftre
par des Dignitez relevées,
& alliée aux Maifons de
Créquy, de Bonne, de Neufville
de la Rochefoucaut,
de Tournon , de la Tour
x ij
244 MERCVRE
de Bouillon , de Polignac,
de Pic de la Mirande , de
Gonzagues , de l'Aubefpine
, de Gadagne , & de
plufieurs autres ; Que Madame
la Marquife de la
Baume fa Mere eft une Héroïne
celebre par fon Efprit
, honorée de la bienveillance
du Roy , & eftimée
de toute la Cour ; &
que Madame la Comteffe
de Tallard , Heritiere de
feu M' de la Thivoliere fon
Ayeul maternel , & Fille
de M' le Comte de Vir
ville , apres s'eftre fignalée
GALANT: 245
par une grande conftance ,
pendant que M' le Comte
de Tallard fe fignaloit
par fa valeur, fe vit enfin
unie avec luy par l'heureux
Mariage qui fut fait il y a
environ trois mois .
Ce jeune Comte eftant
arrive en pofte, & l'avis ef
tant yenu que Madame fa
Femme devoit entrer dans
Grenoble quelques jours
apres, le Corps de Ville luy
alla à la rencontre à plus de
trois grandes lieuës , avec
une Cavalcade auffi nombreufe
que magnifique
,
X iij
246 MERCVRE
par fes Habits & par d'autres
ornemens . Le lende
main M' le Comte de Tal
lard partit pour la rencontrer
, & les Dames allerent
fort loin au devant d'elle
dans leurs Carrofles Hots
de la Porte de France » qui
eft celle par où l'on devoit
entrer , douze Capitaines
des Quartiers occupoient
une grande Place , qui eſt
"celle du Cours , oùl'on fe
promene pendant l'Eſté.
Ils ſe rangerent par plufieurs
Lignes, & donnerent
tout le plaifir qu'on pou-
ཟླ ༨
GALANT: 247
1
<
voit attendre d'un bel ordre,
& de l'éclat d'une prodigieufe
quantité de Ru
bans & d'Echarpes, Cha
que Compagnie avoit une
couleur diferente , & rien
n'eftoit plus agreable à la
veuë que cette diverſité.
Le Frontifpice de la Ville
eftoit embelly de pluſieurs
Emblemes propres au fujet.
Sur le Pont qui eft baſty fur
l'Ifere, il y avoit un Arc de
Triomphe , avec plufieurs
Infcriptions accompagnées
de diverfes Figures ; & à la
Porte de l'Hostel où ces
X üj
248 MERCVRE
Illuftres Epoux devoient
loger, on en avoit élevé un
autre qui par quelques Emblémes
& par de rares Devifes
en François, en Grec,
en Latin, & en Italien , donnerent
de l'occupation aux
Sçavans de ce Païs -là. Le
Canon & les Boëtes de la
Citadelle firent un grand
bruit , & pendant toute la
journée on continua les réjoüiffances
publiques. M
le Comte de Tallard entra
au Parlement deux jours
apres, & le lendemain à la
Chambre des Comptes, où
GALANT. 249
il eut tout fujet d'eftre content
des Difcours qui luy
furent faits. Il y répondit
d'une maniere auffi fpirituelle
que judicieufe. Il a
reçeu pendant plufieurs
jours les Complimens & les
Harangues des Corps Ec
clefiaftiques & de Magif
trature , & de ceux de toutes
les Villes de la Province ; &
les civilitez que la Nobleffe
luy rend l'obligent fouvent
à publier que la politeſſe,
l'honnefteté, & l'agrément,
font des avantages heréditaires
parmy les Gentils250
MERCVRE
hommes du Dauphiné.
Les Lettres de Monfieur
le Tellier ont efté enregif
trées à la Cour des Aydes,
comme elles l'ont efté au
Parlement & au Grand
Confeil. M Pajot fit l'Eloge
de ce grand Miniftre
avec fon éloquence ordi
naire, & montra qu'il eftoit
non feulement un fage Pere
de Famille & fidelle Amy,
mais genéreux, obligeant,
& officieux à tout le monde.
M' Ravot Avocat General
parla auffi. Je ne puis vous
dire quel fut le fujet de fon
IGALANT. 251
Difcours. On doit me l'apl
prendre, & je vous le feray
fçavoir. fl 3
„ M
st
M'de Givry a efté pourveu
de la Lieutenance de
Roy de la Citadelle deMets.
deft un Gentilhomme fort
aimé dans tout le Païs , &
qui depuis longtemps y
rend des
fervices tres-agreables
à Sa Majeſté.shotson
Vos Amies qui vous obligent
à me demander un
Article des Modes nouvelvelles
, le trouveront dans
lavLettre
Extraordinaire
que je vous prépare pour
252 MERCVRE
le quinziéme d'Avril . Cel
pendant vous pouvez voir
un Modele de la maniere
dont on s'habilloit il y a
quelques mois fur huit
Eftampes qui furent données
au Public dans ce
temps - là. Ce font des Figures
qui reprefentent quatre
Hommes
& quatreFem
mes veftues à la mode . Il
y a un An ou deux qu'il en
parut du mefme Autheur,
qui furent trouvées admirables
; & comme on ſe
perfectionne toûjours , jugez
de ce que doivent eftre
2
GALANT. 253
ces dernieres. Elles ont
tout -à-fait bon air. Les
attitudes en font belles , &
l'on voit bien que cela ne
peut venir que d'un galant
Hommequi fçait le monde.
Auffi peut-on affurerqueM
de S. Jean qui en eft l'Autheur
, le connoit parfaitement.
Il poffede les Langues
, & n'ignore rien de
ce que peut fçavoir un Cavalier
des plus accomplis .
J'ay encor à vous entre,
tenir de tant de chofes, que
je ne fonge plus à donner
aucun ordre aux Nouvelles
254 MERCVRE
que je vous écris . Comme
jevous les mande à meſure
qu'elles fe préfentent à ma
mémoire , il ſera difficile
que je n'en oublie quelqu'une
, comme j'oubliay
la dernière fois à vous faire
fçavoir le Mariage de Mademoiſelle
Charretón . Elle
a épouſé M' d'Hillain Seigneur
de Baroges , Con
feiller au Parlement de Paris.
M Charreton fon Pere
eft Doyen des Preſidens de
ce mefme Parlement . Vous
fçavez avec quelle approbation
il rend la Juftice de
4
GALANT. 255.
puis cinquante- deux ans
dans cette premiere Cour
de France. Il defcend d'un
Jean Charreton qui y fut
receu Confeiller en 1404

Et un autre de ce meſme
nom qui vivoit en 1280. &
prenoit la qualité de Chevalier,
Seigneur de la Terriere
, Bailly de Charollois ,
n'eſt pas le plus ancien de
cette noble Famille. Mais
il est inutile de chercher fi
loin des fujets dignes d'éloges
dans une Maifon qui
en fournit affez à prefent,
Pour en connoiftre l'éclat,
256 MERCVRE
il ne faut que jetter les yeux
fur M' de la Douze -Charreton
Avocat General des
Eaux & Forefts. Son efprit
& fa capacité le font admirer
dans cette Chambre,
& on ne peut fuivre plus
glorieufement qu'il fait les
traces de M' le Prefident
fon Pere, & de fes Illuftres
Anceftres.
Apres plufieurs Airs François,
je vous en envoye un
Italien. M'Ménage connu
par toute la terre à caufe de
la profonde érudition, a fait
les Paroles. Un de fes Amis
GALANT· 257
les a envoyées à Rome , &
elles y ont paru
fi belles à
un des plus fameux Maiftres
de Mufique d'Italie,
qu'il a pris plaifir à les noter.
Lifez & chantez.
Ο
AIR ITALIEN.
Vefta bella d'amor nemica é
La mia tenera Iole. (mia
Alle prime parole
Che d'amor maovo , torce fiera il
guardo,
E lieve piu che Pardo ,
Nè udir i miei mesti lamenti ,
Ne veder vuole i gravi miei tor
Dura piu che le felve,
Cruda pia che le belve,
Del tuo fido paftore
Märs.
(menti
Y
258 MERCVRE
Sudir non vuoi l'amore,1910por
hi dolorosa forte, iu
Pedi, vedi la morieber si
inor
-Si le fens de ces Paroles
échape à l'aimable Blonde
que vous avez aupres de
vous , pour peu qu'elle
vetille s'appliquer plus regulierement
qu'elle n'a fait
juſqu'icy à l'étude de cette
Langue , elle en furmontera
toutes les difficultez
en confultant unLivre
qu'on a imprimé depuis
quelques mois fous le titre
du Maitre Italien. La Méthode
en eſt aiſée par la
GALANT. 259
facile
pour fe
maniere dont M Veneroni
qui en eſt l'Autheur ,
l'a réduite en Regles. S'il
y en avoit une auffi prompte
& auffi facile
rendre parfait au Lut, je
confeillerois fort à cette
belle Perfonne de quiter
tour pour en prendre des
Leçons. Je fus charmé de
ce que j'entendis il y a
trois jours fur cet admirable
Inftrument. M' Deffanfonnieres
le touchoit , & il
le touche avec tant de force
& de délicateffe tout- enfemble
, qu'on peut dire d
Y ij
260 MERCVRE
qu'il vaut luy feul un Concert.
C'eft un plaifir qu'il
donne toutes les Semaines
à fes Amis , & à ceux qu'ils
veulent mener chez luy.
Le Jeudy eft le jour qu'il a
choify pour cela. Apres avoir
efté écouté avec applaudiffement
dans toutes
les Cours de l'Europe , if
s'eft enfin arrefté à Paris,
où les Ecoliers qu'il perfectionne
font 'admirer fa maniere
d'executer tout ce qui
a jamais efté fait de plus
achevé fur le Lut. Pour en
eſtre perſuadé , il ne faut
1.
GALANT. 261
qu'entendre Mademoiſelle
Ange , qui depuis deux mois
qu'elle a pris Leçon de
luy, a tellement augmenté
,
foit pour la methode , foit
pour la fineffe du Jeu ,
qu'il femble qu'elle ne fe
reconnoiffe plus elle - mef
me . M Deffanfonnieres
s'attache particulierement
à rendre l'ame à tous les
Ouvrages de feu M Gautier
de Lyon , par l'air & le mouvement
qui leur eft parti
culier , & il eft aifé de con .
noistre qu'il s'étudie à les
imiter dans les Picces qu'il
compofe.
262 MERCVRE
?
Je paffe au Siege de Gand .
Je ne le commenceray
point fans le finir. On ne
compte le tempsque Louis
LE GRAND employe à faire
des Sieges , que par un petit
nombre de jours ; & de
quelque coſté qu'il tourne
fes armes , on peut croire
pris tout ce qu'on luy voit
attaquer. Quoy que ces
Sieges durent peu , le recit
n'en peut eftre court o &
des Conqueftes de cette
importance n'eftant deues
ny à la foibleffe des Places,
ny à celle de la plus grande
GALANT. 263
partie de l'Europe armée
de tous coftez pour les défendre
, on ne peut nier
qu'il n'y ait quelque chofe
de miraculeux dans ce qui
en fait venir à bout avec
tant de facilité & de promptitude
. Il n'eft jamais arrivé
qu'on ait manqué de
prévoyance, jufqu'à fe laif
fer furprendre deux fois de
la mefme forte . Les Campagnes
que fait le Roy en
Hyver depuis plufieurs années
, ne laiffoient p
point
douter aux Ennemis qu'il
ne duft encor partir celle264
MERCVRE
cy dans cette mefme Sarfon,
Ils eftoient préparez à
l'attendre en Fevrier avec
autant de précaution qu'ils
en auroient pû avoir au
Mois de Juin. Ainfi il n'ef
toit plus queftion de tromper
des Gens qui n'avoient
préveu à rien , mais des
Ennemis fur leurs gardes.
Comme ils eftoient un fort
grand nombre d'Alliez , ils
devoient avoir des forces
par tout, & il ne falloit pas
fonger feulement dans le
Cabinet à combatre tant
de Puiffances unies , mais à
vaincre
GALANT. 265
vaincre auffi les Efprits de
tant de grands Politiques
liguez enfemble pour nous
refifter. C'est ce que vous
trouverez d'autant plus
glorieux au Roy, que pour
triompher en mefme temps
en pleine Campagne , &
dans le Cabinet , il faut
que l'Esprit n'ait pas moins
de part au Triomphe que
la Valeur. Trois chofes eftoient
neceffaires pour le
fuccés de nos dernieres entrepriſes
. La premiere, de
faire un Projet qui fuft
affez grand pour étonner
Mars. Ꮓ
266 MEROVRE
toute la Terre , & de s'af
furer des moyens de le faire
reüffir. La feconde , quoy
>
que dépendante encor du
Cabinet , demandoit tout
le fçavoir des plus grands
& des plus expérimentez
Capitaines , pour donner
ces ordres fecrets & publics
tout-à- la -fois , qui font faire
aux Troupes tant de mouvemens
diférens , fans que
ny elles ny les Ennemis
puiffent penétrer à quoy
elles doivent eftre, employées
. Et la troifiéme
confiftoit toute en cette
GALANT.
267.
Aude
haute
valeur qui ne
trouve
rien de fi
difficile
dont elle
ne
vienne à bout en peu de
temps . Quoy
qu'il
femble
que le
Cabinet ait
peu de
part à ce qui
regarde
ces
grandes
executions
, c'eſt à
luy pourtant qu'elles font
deuës , par le choix judicieux
qu'on y fait des Braves
, par la parfaite connoiffance
qu'on
s'attache
à y prendre de la bonté des
Troupes , par les
promptes
récompenfes qu'on y ré
fout, & par
l'abondance de
toutes choſes, que les déli-
Zij
268 MERCVRE
2
berations qu'on y fait trouvent
moyen de faire fournir.
Ce que je dis à l'avantage
du Cabinet , ' n'oſte
rien à la valeur des Braves ,
puis qu'il les fair choifir
comme tels. On peut dire
qu'il eft l'ame , qu'il eft la
tefte qui fait mouvoir tous
les bras. Cette tefte ne peut
manquer que tout ne manque,
& les bons ou mauvais
fuccés dépendent toûjours
de la maniere dont elle
agit.
Le Roy ayant arreſté les
deffeins de cette CampaGALANT.
269
gne , prit des meſures qui
paroiffoient
toutes oppofées
à celles des Années
précedentes. Pour mieux
cacher fon fecret, il affecta
de n'en point faire , contre
Fordinaire de ces fortes de
Voyages qu'on laiffe toujours
ignorer aux Ennemis .
Il fit publier le fien longtemps
avant fon depart,
& on déclara mefme le lieu
où il avoit réfolu d'aller .
Ceux qui fe meflent de raifonner,
& fur tout les En
nemis , crûrent que ce de
part n'eftoit qu'une feinte
Z
11J
270 MERCVRE
Le temps leur apprit le
contraire. La franchiſe de
ce procedé les étonna, mais
$ 900501295
bientoft que
pour trop fçavoir , ils ne
fçavoient rien . On
On tremble
depuis
Strafbourg
jufques
à Ypres
& pour
afficger
a
Gand ,
le
and
Roy
va à Mets
,
M' de Créquy
dans
le Brif
gay , &
& d'autres
Troupes
aux environs
de Strasbourg
.
Toute
l'Allemagne
eſt allarmée.
Caprara vient fe
mettre fous Offembourg
avec un Corps confidérable.
Les Allemans à peine
GALANT. 271
entrez dans leurs Quartiers
d'Hyver , en fortent . Strafbourg
envoye des Députez
au Roy , & les Allemans fe
fatiguent inutilement . On
n'eſt pas moins allarmé en
deça. Luxembourg eft in- M'de
1000
velty par Choifeuil,
Charlemont par M ' de Chaferon
, & tout ce qui eft neceffaire
fe trouve devant la
Place , juſques au Canon &
aux Bombes . Les grands
Détachemens
de la Garnifon
de Maſtric obligent les
Ennemis àà pourvoir à la
fûreté de Haffel , & le Duc
Z iiij
272 MERCVRE
i
2
de Villa
Hermofa envoye
du Secours à Leven. Pendant
ce temps M' de Montal
inveftit Namur , & pour
mieux perfuader qu'on en
veut faire le Siege, on brûle
tous les Fourrages
des environs.
Mons & Ypres
font inveftis dans le mefme
temps ; Mons par M' de
Nancré, & Ypres par M
de Monbron
& de la Trouf
fe. La plupart de la Cavalerie
de Gand fort pour fe
jetter dans cette derniere
Place , & le mefine foir
Gand eft invefty par douze
GALANT. 273

mille Chevaux , quarantehuit
Bataillons , & fept mille
Pionniers . Mi de Louvoys
fait une diligence incroyable
, & les fuit de prés . Il
avoit déja eu le plaifir de
voir inveftir les autres Pla
ces , & d'en entendre le
&
"
Canon ,
lon
le
croyoit
bien éloigné de celle- cy,
quand il arriva. Tout avoit
efte fi bien concerté, que
les Troupes qu'on menoit
à Gand apres qu'on l'eut
invefty, en apprenoient le
Siege en chemin par les
Pailans qu'ils rencon274
MERCVRE
troient.
Ce qu'il y a de
plus furprenant , c'est que
dans le mefme temps qu'on
l'inveftit, il fe trouva d'autrês
Troupes dans les Viloes
des environs , capalages
bles de s'oppofer aux Ennemis
, s'ils s'affembloient
pour jetter du monde dans
la Place. Apres cela il faut
que les Nouvelliftes renonçent
aux conjectures, & ne
faffent plus ny railonnemens
ny pâris. La crainte
des Ennemis qui avoient
appréhendé pour tant d'autres
Places, avoit efté caufe
GALANT. 275.
བསབ
que n'ayant ofé les dégarnir
, ils ne s'eftoient point
mis en
en Corps pour eftre
par tout , & c'est ce qui
donna lieu , comme on l'avoit
crû , de bien fermer
&C
les Paffages de Gand. Tant
de divers mouvemens cauferent
plufieurs fortes d'avantages.
Ils n'empeſcherent
pas feulement les Ennemis
de former un Corps,
& de rien ſoupçonner du
Siege de cette Place , mais
ils fatiguérent encor beaucoup
les Allemans. Voicy.
de quelle maniere on l'in276
MERCVRE
veftit . M' le Marefchal de
Humieres apres eſtre venu
jufqu'au Quefnoy par da
route du Hainaut, fe rendit
à Tournay le dernier de
Pevrier fur les dix heures
du matin. Il en partit une
heure apres , & arriva à l'entrée
de la nuit à Oudenarde
, d'où M de Chamilly
partit fur les cinq
heures avec un Pont volant
pour jetter fur le grand
Efcaut à Mefle. On fit partir
dans le mefme
mefme temps
un femblable Pont qui arriva
à Deins fur les onze
GALANT. 277
heures du foir. M' le Marquis
de Ranes s'y rendit
pour monter droit au Canal
de Bruges ,& établir fon
Pont à Markerke . Ces deux
Ponts furent faits avant le
jour. Ainfi Gand ſe trouva
inveſty le premier de Mars
par Mile Marefchal de Humieres
avec foixante & dix
Efcadrons. M de Ranes
l'inveſtit depuis Droghen
jufques au Canal du Sas de
Gand ; & M de Chamilly
& de Quincy , depuis le
haut Efcaut jufques à l'autre
cofté du Canal . On étars
JA
278 MERCVRE
blir le mefme jour deux
Ponts folides fur la Lys &
fur le grand Eſcaut. Jama is
il ne fe fit rien de fi furprenant
en fi peu de temps.
Les Ponts , les Digues , les
Saignées , pour fe pouvoir
communiquer & le défen
dre des inondations, font
des chofes que l'avenir ne
croira jamais , quand on
dira que foixante mille
Hommes féparez par trois
groffes Rivieres , par deux
Canaux confidérables , &
par une infinité d'autres
petits que l'abondance des
GALANT. 279
caux avoit accrus , fe font
vifitez en trois jours fans
aucun empeſchement, dans
un Camp dont la circonva
lation avoit huit lieues de
tour, Je le répete encor,
eft ce que l'avenir ne
croira, jamais, & cependant
ce n'eft que la moindre
partie de ce qui doit don
ner de l'admiration , puis
qu'il n'eft pas moins incroyable
que tant d'atti
rail , tant d'Hommes , tant
de Vivres, & tant de Four.
rages r
cela , fe foient
tout d'un
neceffaires pour tout
280 MERCVRE
coup trouvez devant une
Place , fans que ny la Ville
afficgée, ny les Ennemis ,
en ayent pû rien ſoupçonner,
le jour mefme qui préceda
l'arrivée
des Troupes
qui l'inveftirent
. J'avoue
que je ne vous dis rien qui
foit vray-femblable , mais
ce que je vous dis ne laiffe
pas d'eftre vray. Tout ce
qui devoit fervir pour les
Ponts eftoit feparé en plufieurs
endroits
; & ceux qui
avoient ordre de tenir tout
preft , ignoroient
à quel
ufage on le vouloit emGALANT.
28
ployer. On avoit fait cuire
du Biſcuit longtemps auparavant
, parce que les
&
lieux où l'on cuit le
I
Pain font deviner ordinairement
où l'on doit aller.
Mille Chevaux
d'équipages
eftoient
toûjours prefts avec
leurs Coliers pour marcher
du cofté qu'on juge
roit à propos. M' de Louvoys
ne mena aucuns équipages
, afin qu'on ne fe
doutaft pas qu'il duft paffer
fi avant. On prit mille
autres précautions dont je
laiffe le détail. Elles ne
Mars. A a
282 MERCVRE
font peut -eftre pas fçeues
de ceux- mefmess qui ont
travaillé pour l'accomplif
fement d'un fr grand def
fein. La vray femblance
s'y trouvoit fi peu, que le
Duc de Villa Hermofan'en
voulut rien croire. Cinq
ou fix Courriers luy avoient
apporté les nouvelles de
toutes les Places invefties
donr je vous ay parlézû &
comme il y avoit donné
ordre, il fe promeñoit tranquillement
à Bruxelles ,dors
qu'un nouveau Courrier
luy apprit que Gand eftoir
GALANT 283
invefty. Il répondit , qu'il
ne donnoit pas dans ce pan,
neduОn luy repartit, que
c'eftoit une nouvelle affurée,
Il dit de nouveau , qu'il ne
là croyoit pas , parce qu'elle
ne pouvoit estre orage . Et
voyant que les Courrier
continuoit à luy tenir le
meſme langage , il le menaça
de le faire punir , s'il
foûtenoit plus longtemps
des impoſtures. Le Marquis
de Borgomeinero qui
eftoit aupres du Roy d'Angleterre
, n'eut pas moins
d'incrédulitépour ce Siege ;
A a ij
284 MERCVRE
& quand le bruit en fut répandu
à Londres , il prétendit
que ce fuft une vanterie
des François
. Cependant
on difpofa les Quartiers
. Vous les comprendrez
plus aifément, quand
je vous auray dit un mot
des Rivieres des environs .
L'Efcaut qui décend d'Oudenarde
, s'appelle
le petit
Efcaut , & le grand eſt celuy
qui de Gand va à Dendermonde
. On le nomme
ainfi, à caufe de la Lys qu'il
reçoit. Le Quartier du Roy
eftoit entre le petit & le
GALANT. 285
grand Efcaut. M ' le Marefchal
de Humieres y commandoit
fous les ordres de
Sa Majesté. On avoit fait
camper vingt- deux Bataillons
fur cette Ligne. Il y
en avoit une feconde de
vingt -unEſcadrons derrière
eux , la plupart de la Maifon
du Roy ;
la
treme
eftoit compofée de vingt
autresEfcadrons . Les Mouf
quetaires & les Grenadiers
à cheval eftoient autour du
Logis du Roy. Le fecond
Quartier qui eſtoit celuy de
M le Marefchal de Schom286
MERCVRE
berg , eftant de moindre
étendue , n'avoir qu'onze
Bataillons derriere vingtun
Efcadrons, & pour troifiéme
diftance onze Efcadrons
. Ce Quartier eftoit
fitué entre le grand Efcaut
& la Durme. Le troifiéme ,
c'eſt à dire celuy de Made
Luxembourg , tenoit depuis
la Durme jufques au
Canal du Sas de Gand &
avoit vingt-trois Bataillons
fur une Ligne , foûtenus de
trente Eſcadrons pour ſeconde,
& de dix -neuf pour
troifiéme. Ces trois enGALANT.
287
droits eftoient les plus dangereux,
& laiffoient aux
Ennemis plus de facilité
d'entreprendre de nous attaquer.
Il y avoit encor
d'autres Quartiers prefque
à couvert. Comme ils ne
craignoient point ce qui
pouvoit venir du cofté de
Bruges & d'Ypres , ils eftoient
moins garnis de
Troupes & on s'eftoit
contenté d'y mettre une
feule Ligne meflée de Dra
gons d'Infanterie & de Cavalerie
. Le premier alloit
du Canal du Sas à celuy de
288 MERCVRE
Bruges , & il n'y avoit que
fix Bataillons meflez avec
huit Eſcadrons, moitié Cavalerie
& Dragons . M le
Marefchal de Lorge eftoit
pofté depuis le Canal de
Bruges jufques à la Lys,
avec huit Bataillons & huit
Eſcadrons ordonnez.comme
dans l'autre Quartier;
& Made Vendofme &
de Maulevrier occupoient
tout l'efpace qui fe trouve
depuis la Lys jufques au
petit Efcaut, avec huit Ba
taillons & huit Efcadrons
meſlez ſur la mefme Ligne .
Le
GALANT. 289
Le Pont de l'Artillerie
eftoit auffi , avec quatre Bataillons
de Fufiliers . M' le
Grand - Maiſtre commandoit
cette Artillerie, & avoit
fous luy M du Mets qui en
eft Lieutenant General.
I
Son expérience eft connuë
auffi- bien que celle de M
de Vauban qui conduifoit
les Travaux. Avant que de
vous parler de l'ouverture
de la Tranchée , il eft bon
de vous dire deux mots de
Gand. Cette grande Ville
eft fituée dans les Païs - Bas.
On les nomme ainfi, à caufe
Bb Mars .
290 MERCVRE
qu'ils font dans un plat Païs
& vers la Mer , où les Rivieres
ont leu leur pente. Le nom
de Flandres qu'on leur
donne en general , eft le
nom particulier d'une Province,
Les Païs- Bas Catholiques
font divifez en trois
Duchez , quatre Comtez,
une Seigneurie , un Evef
ché , & un Archevefché,
Fiefs de l'Empire, Bruxelles
Capitale du Brabant , l'eft
de tous les Pais - Bas, & non
de la Comté de Flandres,
qui n'en connoit point
d'autre que Gand. Plu-
મહારા
2
GALANT. 291
fieurs Hiftoriens affurent
que Jules- Céfar le fit bâtir.
Il eft à quatre lieues ou environ
de le Mer , fur trois
Rivieres. Plufieurs Sources
d'eaux vives en font pro
ches Elles y entrent , &
s'écoulent en fuite dans la
Mer par le moyen d'un
Canal de quatre lieues de
long. La bouche par où ce
Canal fe dégorge, eft ap
pellée le Sas de Gand. Il
y a vingt- fix petites Ifles &
quatre - vingts dix Ponts
danslaVille. Charles-quint
y prit naiffance, & l'Archi-
Bb ij
292 MERCVRE
ducheffe Ifabelle , petite-
Fille de ce grand Empereur,
fit dreffer fa Statue fur
une Colomne de marbre,
au milieu d'une Place públique
, tenant une Epée
dok
& unun Globe
Impérial
de l'autre. Cette
Ville eftoit autrefois
fi puiffante,
& fes Habitans
fibelliqueux
, qu'elle
n'avoit
qu'à faire paroiftre
fon
Etendard
pour
2ND
faire voir
mille Hommes
mes Charlescinquante
fous les armes.
quint
la jugeoit
d'une
tresgrande
importance
pour le
GALANT 293
SHOBIC IT
il
bien de fes affaires , & cela
parut lors qu'ayant appris
qu'elle s'eftoit mutinée ,
ne balança point à prendre
la Pofte luy quatrième , &
à paffer par Paris, pour empeſcher
les fuites de la re-
Voicy les propres
onmola
AISIR SOU
volte .
termes dont fe fert Jean-
Antoine deVeradeFigueroa
Comte de la Roca , dans
l'Hiftoire qu'il a compoſée
de cet Empereur. Charles-
-quint partit en poste d'Ef
pagne avec quatre
ventilshommes
de
J de
fa
Chambre
,
s
paſſa au travers de la
de la France
Bb iij
294 MERCVRE
fans confiderer les chofes qui
s'oppofoient à ce deffein , ne
feachant mefmes den quelle
maniere le Roy voudroit en
ufer. Il alla à Gand, & priva
cette Ville de fes Privileges
, en abolifant la Loy
qui luy donnoit pouvoir
de créer des Magiftrats . Il
l'obligea de faire bâtir une
Citadelle à fes defpens. On
y a toûjours entretenu une
Garnifon Efpagnole depuis
ce temps- là . Voyez , Madame
, combien l'envie de
fauver Gand fit hazarder à
Charles- quint , puis qu'il
da
GALANT. 295
paffa par Paris , où il pouvoitcraindre
d'eftre retenu
prifonnier. C'est ce qui eaft
pû arriver, s'il euft eu affaire
à un Roy moins genéreux
que François I. Je
ne puis m'empefcher d'adjoûter
icy ce que Mathieu
dit de ce Voyage dans fon
Hiſtoire de France. Il tapporte
une circonftance qui
répond affez à ce qu'a écrit
Hiftorien Espagnol.co
Lempereurpaffa en France
pour aller aux Pais - Bas
chaftier la mutinerie de ceux
de Gand que le Roy n'avoit
Bb iiij
296 MERCVRE
pas vouluprendre enfa protection.
Il fut reçen avec
toutes fortes d'honneurs , &
la generofité de ces deux
Princes fut admirée de tous;
car l'unfe fioit à fon Ennemy
qu'il avoit offencé , &
L'autre préferait l'honneur
de fa parole au reffentiment
de fes offences , defquelles il
ne luy parla jamais tant qu'il
fut en France, & encor cefut
en riant. Parce que perfonne
ne l'a écrit, & qu'il merite
d'eftre feen , je
u , je le rapporte
icy. Comme le Roy entretenoit
la Ducheffe d'Estampes
GALANT. 297
qu'il aimoit, l'Empereurfurvint
en fa Chambre . Le Roy
Monfieur mon luy dit.
1
Frere , il faut que vous fça
chiez le confeil que cette
belle Dame me donne . Elle
eft d'avis que je vous retienne
priſonnier juſques à
ce que vous m'ayez rendu
Milan & Naples . Vrayment,
dit l'Empereur, Monfieur
mon Frere , elle vous
confeille bien. Quoy que le
Roy cuft lâché ce mot avec la
liberté Françoife, neantmoins
l'Empereur le reçeut douteu
fement; & le lendemain la
298 MERCVRE
vant les mains pour fouper
avec le Roy, il mit enfa bouche
ungrand & précieux Diamant
qu'il laiffa choir à deffein
an pied de la Ducheffe
d'Eflampes qui tenoit la Serviette,
fià propos , qu'elle
out moyen dele releder &
•comme elle luy eut preſenté,
Il eſt en trop bonne main,
dit l'Empereur , pour l'en
ofter , il vaut mieux qu'il y
demeure , & que vous le
gardiez pour famour de
moy, & je vous en prie of
Ces deux endroits de l'Hif
toire juſtifient affez ce que
GALANT. 299
je vous ay dit de l'importance
qu'eftoit pour Charles
- quint la confervation
de Gand. Il y à grande apparence
qu'il ne fuft pas
venu rifquer fa liberté dans
une Cour étrangere , fi la
neceffité de ce Voyage ne
luy cuft paru plus forte que
le péril. Je vous ay déja dit
une partie de ce que Lours
LEGRAND a fait pour conquérir
cette Place. Il prit
d'abord fa route du coſté
de Mets ; & le dixiéme jour
apres y eftre arrivé, il fe
trouvas devant Gand de fi
300 MERCVRE
bonne heure , qu'on pou
roit n'en compter que neuf,
encor le fejour qu'il a fait
à Mers , & de temps qu'il a
employé à vifiter quelques
Places font- ils compris
dans ce peu de jours Je
reviens aufSiegev Apres
l'établiſſement des Quar
tiers dont je vous ay parlé,
on difpofartoutes chofes
pour l'ouverture de la Tranchée.
On travailla caux Lignes
. On fit venir du Canon.
On prépara les Bate !
ries. On éleva des Digues
pour la communication des
GALANT. 301
2
Quartiers. On fit dreffer
des Ponts fur les trois Rivieres
, & l'on eut foin fur
tout des Saignées neceffaires
pour faire écouler les
eaux Les inondations al
voient eſté préveuës,& tour
fe trouva preft pour s'en
garantir. Ceux de la Place
ne crûrent point jufques au
Mercredy à midy , qu'on
vouluft les affieger. Ils s'imăginoient
que M' le Marefchal
de Humieres & M
les Marquis de Chamilly
faifoient de leurs courfes
ordinaires dans le Païs de
302 MERCVRE
Vaës & aux environs, pour
brûler & piller tout er tout ce qu'ils
trouveroient, & ils ne commencerent
à fe defabufer
que lors que toute l'Armée
fut devant la Place. Dés
que M' de Chamilly y fut
arrivé , il fit attaquer par
les Dragons de la Roche-
Thulon le Fauxbourg de
Mufoté, fur le bord du Canal
du Sas, où les Ennemis
avoient un petit Fort , &
où ils s'eftoient poſtez encor
dans des Moulins. Il
les emporta , fit quelques
Prifonniers, & y mit M² de
GALANT. 303
la Roche. Le Roy eftant
arrivé au Camp le 4 avant
midy, Sa Majefté reconnut
la Place. On avoit fommé
la Ville dés le matin , & les
Afliegez ayant répondu zɔɔ
qu'ils eftoient réfolus de fe
défendre ,
commencerent
d'en donner des marques,
en brûlant un de leurs
Fauxbourgs.
La nuit du 4. aus. quatre
cens Hommes
détachez
du Regiment
des Fufiliers,
avec cinq cens des Gardes
Françoiſes
& Suiffes, furent
commandez
pour aller oc304
MERCVRE
cuper un Pofte où la Tranchée
devoit s'ouvrir , & ou
l'on vouloit faire un grand
Epaulement
pour
pour
,fed fe couvrir
du feu du Canon d'un
fort haut Cavalier des Ennemis
. Les Gardes Francoifes
& Suiffes avoient efté
poftez d'un autre cofté.
M' de Marans Brigadier &
Lieutenant Colonel des Fufiliers
qu'il commandoit,
ne fe trouvant qu'à trois
cens pas de la Contrefcarpe,
& fevoyant maiftre des
Poftes qu'il avoit
jordre
de prendre , envoya encor
GALANT. 305
5
chercher cinq cens Hommes
de fon Regiment , &
ouvrit la Tranchée ; ce que
les Ennemis luy laifferent
faire fort en repos jufques à
fept heures du matin qu'ils
firent grand feu de leur
Canon && de leurs Mouf
quets , dont ils ne tuerent
un. & blefferent
trois Soldats. Cette Tranchée
n'ayant efté ouverte
que par hazard, elle la fut
dans les formes la nuit du
5. au 6. à la droite par trois
Bataillons des Gardes Françoifes
, & à la gauche par
Mars. Cc
306 MERCVRE
deux de Navarre & un de
Bourgogne . Deux¡ ¿Efcadrons
des Gardes du Corps
eftoient de garde , & Mle
Marefchal de Humieres, de
jour. M le Grand - Mailtre
& Mide Chimilly fervoient
d'Officiers Generaux. Ils
avoient chacun leur Attaque
. M'de Chamillypouffa
la frenne jufques fur la Contrefcarpe
ou apres avoir
fait un Logement , il infulta
le Fort S. Pierre , & l'emporta,
quoyqu'il euſtquatre
Baftions, & qu'il cult pû fe
défendre longtemps. La
GALANT 307
mefme nuit M" Olier , de
Saillant, & quelques autres
Officiers & Soldats , ayant
efté détachez pourfoûtenir
les Travailleurs , le Roy
voulut voir paffer ce Détachement!
Sa Majesté fir
diftribuer quelque argent
aux Soldats, & dit aux Officiers
qu'Elle fe fouviendroit
de leurs noms. Le Travail
fut pouffe jufques au pied
d'un grand Ouvrage bien
fortifié. Mi de Vauban qui
conduifoit la Tranchée,
propofa quelque récompenfe
à un Soldat de M' de
Cc i
308 MERCVRE
Creil , s'il vouloit hazarder
la defcente du Foffé Le
Soldatoly defcendit 35nly
trouva perfonne, & monta
juſques au haut d'un Ouvrage
couronné. Une Sentinelle
qui l'apperçeût, luy
ayant demandéle Quivive?
il répondit , Vive le Regiment
des Gardes du Roy de
France , & s'avança l'Epée
à la main fur cette Sentinelle
, qui ne tira pas feulement
un coup , & s'enfuit
apres avoir jetté ſes Armes.
Le Soldat les ramafſal, &
reving. Lés GardesǝyenGALANT
309
trerent . Les Gens détachéz
pafferent par deffus les Pa
liffades, quoy qu'elles euf
fento plus de dix pieds de
haut. Ils eſſuyerent plus de
cinquante pas à découvert
un affez grand feu que les
Ennemis faifoient de deux
Demy- Lunes , dont il n'y
eut de bleffé que M' de Saillant
Lieutenant de la Colonelle
? Trois Ingénieurs fureht
bleffez cette nuit - là,
Mardez la Lande au bras ,
Mide /Brinon au talon &
M Robert à la cuiffe . On
fit une Baterie de huit Piez
310 MERCVRE
ces de Canon qui commença
à tirer à la pointe
du jour , & en démonta une
des Ennemis. Mide Rubantel
Marefchal de Camp
fut bleffé à la jouë en fortant
de las Tranchéeno Le
Fort dont jay parlé qu'attaqua
M' de Chamilly, ne
fut pris que le matin, & les
Soldats monterent les uns
fur les autres pour y entrerased
nonsob y non
Le 6. Sa Majeſté ſe rendit
au Quartier des Fusiliers ,
& monta dans un petit
Chafteau ou eftoit a logé
v
2
GALANT. 311
M'de Marans, pour décou
vrir da Tranchée , & ce que
faifoient les Ennemis. Le
Roy laiſſa ceux qui l'aċcompagnoient
chez M de
Marans , pour n'eftre pas
reconnu & s'avança juf
qu'à un autre petit Chaf
reau prefques à la queue
de la Tranchée , & qui eftoit
à la portée du Moufquet
des Ennemis. Le Canon
y donnoit beaucoup ,
& eftropia mefme un des
Fufiliers , à qui Sa Majefté
fit donner quelque argent.
Tous les Soldats bleffez en
312 MERCVRE
eurent depuis autant.
La nuit du 6. au 7. deux
Bataillons des Gardes Suif .
fes , un troifiéme Bataillon
de Navarre, & le Bataillon
du Regiment du Pleffis-
Praflin, monterent la Tranchée,
les Gardes Suiffes à la
gauche , & les autres à la
droite. Le Marefchal de
France de jour eftoit M' de
Schomberg, & les Officiers
Genéraux M'S de Maulevrier
& de la Motte. La
nuit fut tres-fâcheufe ; la
pluye & le vent ne diſcontinuerent
point. On ne
laiffa
L JE
GALANT 313
laiffa pas de gagner la Contrefcarpe.
M' Perot Ingé
nieur fut bleſſe au viſage.
Le Canon tira tout le 7.
contre la Ville.
Le mefme jour un Boulet
de la Citadelle donna dans
le lieu où M de Chamilly
s'habilloit. Son Valet
Chambre qui luy préſentoit
fes Habits , fut tué , les
Habits mis en plufieurs
pieces , & un Laquais fort
bleffé.
Le foir du mefme jour ,
M Solu de Moulineaux,
Lieutenant aux Gardes, eut
Dd Mars.
314 MERCVRÉ
la jambe emportée d'un
coup de Canon en deſcendant
de la Tranchée Te
La nuit du 7. au 8. deux
Bataillons des Gardes Françoiſes
monterent la Tranchée
à la gauche , & deux
du Regiment dų Roya
la droite. Monfieur le Marefchal
de Lorgereftoit de
jour, & fous luy Monfieur
de Tilladet Marefchalade
Camp. On étenditles
Logemens qu'on avoit
faits fous la Contrefcarpe
. Les Affiegez tirerent
beaucoup . Monfieur de
GALANT. 315
Montifon Capitaine au Re
giment de Picardie , fur
bleffé à la cuiffet oh anab
La nuit du 8. au 9. on n'entreprit
pas feulement d'infulter
le refte des Dehors
de la Place qui reſtoient à
prendre , mais encor de
commencer l'ouverture de
la Tranchée devant la
Citadelle. Les Troupes
qui l'ouvrirent, furent deux
Bataillons du Regiment
Royal , & le Bataillon de
Grançey Celles qui la
monterent du cofté de la
Ville , furent un Bataillon
+
%
Dd ij
316 MERCVRE
des Gardes Suiffes , & deux
Bataillons du Regiment
du Roy. Comme l'Attaque
des Demy- Lunes
qu'on devoit faire eftoit
confidérable , on forma
encor d'autres Bataillons
de ces mefines Regimens .
On joignit à ces Troupes
tous les Grenadiers de l'Armée,
avec une Compagnie
de la Couronne, & une de
Vermandois . Monfieur le
Marefchal de Lorge eftoit
de jour, & les Officiers Genéraux
de garde furent
Monfieur le Duc de VilGALANT.
317
leroy Lieutenant General ,
& M Ximenes Brigadier.
Le Roy qui ne fçait pas
feulement gouverner dans
le Cabinet , mais dont les
lumieres & l'expérience
font grandes pour ce qui
regarde l'exécution , réſolut
luy-mefme l'Attaque qui
fe fit cette nuit - là . Les
Troupes qui devoient agir,
furent féparées en trois
Corps pour monter par
chaque face, & par la pointe
de l'Ouvrage qu'on devoit
attaquer. On avoit mené
des Gens avec des Haches
Dd iij
318 MERCVRE
pour couper une fort groffe
& haute Paliffade liée par
des linteaux. Le
fignabdonné,
chacun marcha.Les
Ennemis jetterent pluſieurs
Grenades au bruit des Haches
qui couperent les Paliffades.
On monta quel
que temps apres affez bruf
quement, quoy que la Demy-
Lune fut fort haute &
nullement élabourée du
Canon. La maniere dont
les Noftres allerent aux Ennemis
, les épouvantaſi fort,
qu'apres avoir effuyé quel
ques coups, ils abandonneu
ba
GALANT 319
rent les Ouvrages qu'ils défendoient.
Les plus paref
feux qui ne pûrent ſe ſaub
ver,furent tuez ou pris . On
penfa mefme entrer aved
eux dans la Ville , mais ils
fermerent la fauffe Porte
par où les premiers avoient
paffé . Le refte fe jetta fous
le Pont & dans le grand
Foffé. On prit fept Dra
peaux, & quelques Officiers
& Soldats. Le feu fut égal
àall Attaque des Gardes,
mais ils eurent plus de peine
à monter, à caufe d'une
Fraiſe paliffadée , outre la
D d iiij
320 MERCVRE
Brefme. La troifiéme Attaque
eftoit fauffe , & feulement
pour amufer les Ennemis.
M de S. Georges
Brigadier d'Infanterie , &
&
Mestre de Campidu Regiment
du Roy, leur fit aban
donner une Demy - Lune,
y fut legerement
bleſſé
à la jambe. M' de Polaſtron
Major du Regiment du
Roy, y fut auffi bleffé en fe
diftinguant. Plufieurs Pages
de Sa Majefté fe font
Lignalez à ces Attaques à
la tefte de ce qui fut détaché
du Regiment des GarGALANT.
321
rs
de's . M's de Feron & Saint
Gilles - Lenfant, Pages de la
Petite Ecurie, entrerent des
premiers dans cette Démy
Lune qui eftoit fi bien fraifée
& paliffadée par le bas ,
& dans laquelle on ne pût
monter qu'en effuyant le
feu des Grenades des Ennemis.
M ' de S. Gilles defarma
d'abord une Sentinelle.
Les Ennemis avoient fait
paroiftre pendant le jour
fur le Parapet des Faux emmanchées
à revers, mais on
ne leur laiffa
pas
Is
le
temps
de s'en fervir. M de Pou
322 MERCVRE
denas & de Mazerolles Pages
de la Grande Ecurie,
avec plufieurs Volontaires,
entre lefquels eftoit Mile
Chevalier de Courcelles, fe
trouverent à cette entreprife
aupres de M ' le Duc
de Villeroy , qui demeura
un grand quart d'heure à
la tefte du Travail expofé
au feu du Rampart. Ce Duc
ayant remporté prefque
tout l'honneur de cette
Action, pour ce quiregarde
la valeur & la conduite
, on
ne peut luy donner trop de
louanges , & je ne finiray
GALANT. 323.
point ma Lettre fans vous
faire voir ce que le Roy a
écrit fur ce fujet. On ne
peut obliger une Ville
comme Gand à capituler,
fans rendre fon Nom immortel.
Elle batit la Chamade
auffitoft apres, & demanda
trois jours pour avertir
le Duc de Villa Hermofa
qu'elle fe rendroit, fi
elle n'eftoit fecourue dans
ce temps-là. Cette propo
fition fut rejettée , & elle
accepta la mefme Capitulation
qui fut faite il y a dix
ans à ceux de Tournay,
324 MERCVRE
Monfieur de
Louvoys entra
dans la Ville fur les cinq
heures du foir pour y donner
ordre à toutes chofes.
M'de Rubantel y eftoit entré
avec les Gardes un peu
auparavant. Le Roy en a
donné le
Commandement
à M' de Monbron fous M
le Marefchal de Humieres .
M'd'Ernemont
Lieutenant
de Roy de Douay , a eſté
nommé par Sa Majesté pour
y faire la mefme
fonction ,
& M' Mégron Major de
Monpezat
pour y fervir en
qualité de Major. La prife
GALANT. 325
de Gand fut fuivie de l'Attaque
de la Citadelle. M
de S. Géran qui commandoit
le jour de l'ouverture
de la Tranchée du cofté de
fit beau- la Campagne
coup plus avancer qu'on
n'avoit crû. On l'ouvrit
pareillement
du coſté de la
Ville auffitoft qu'on s'en
fut rendu maiftre , & l'on
en prit. la Contreſcarpe
.
Le ri. on fit un Logement
fur une Contregarde
, fur
laquelle on dreffa une Baterie.
Elle rompit un Pont
qui communiquoit
à une
326 MERCVRE
Demy- Lune. M ' de Ra
nes, d'Albret, & de Sourdis,
ont fervy d'Officiers Gené.
raux aux Attaques de cette
Citadelle , dont M ' de Chamilly
a fort avancé la prife.
Il demanda permiflion au
Roy d'aller perfuadereau
Gouverneur qu'il fe devoit
rendre, & il y réüffit fi bien ,
qu'il l'engagea à le faire.
La nouvelle en fut apportée
à Sa Majeſté par Mª de
Vil évra Capitaine des Gardes
de M' le Duc de Luxembourg.
La Capitulation fut
arreftée le foir du n . & le
GALANT. 327
Roy la figna à une heure
apres minuit. Le Gouverneur
fortit le lendemain à
deux heures apres midy,
avec deux Pieces de Canon ,
pour eftre conduit à Anvers.
Ils eftoient huit à neuf
cens Hommes , & Sa Majefté
les vit paffer ainfi qu'il
fe pratique en pareille occafion.
Ce Gouverneur qui
eftoit âgé de quatre- vingts
un an, luy dit en la faluant ,
Qu'ayant efté obligé de fe
rendre , il avoit l'avantage
de n'y avoir esté forcé que ·
par un grand Roy ; mais qu'il
328 MERCVRE
auroit esté plus longtemps
dans la Place, fi Sa Majesté
n'euft pas joint à la force de
Jes Armes toute l'adreffe des
plus expérimentez Capitai
nes.
Sa Majesté donna la Lieutenance
de Roy de la Citadelle
à M' le Chevalier
du Repaire Capitaine des
Grenadiers
du Regiment
de Navarre , & envoya en
mefme temps M' ie Mareí
chal de
Schomberg
prendre
le Fort Rouge qui ef
fur le Canal. On s'en ren ,
dit maiſtre ſans qu'il refif.
GALANT. 329
taſt . M' le Marefchal de
Humieres fut laiffé à Gand
avec un Corps confidérable
de Troupes . Il ne faut
Epas quiter cette Ville fans
vous la faire connoiftre de
plufieurs manieres . Vous
en pouvez voir l'élevation
dans ce Porfil qui vous en
marque la beauté ; & en
jettant les yeux à coſté, vous
en verrez le Plan avec tou
tes les Attaques . J'ay oublié
à vous dire que la gauche
a fouvent efté le Pofte
d'honneur, & que les Gardes
mefmes y ont monté.
Mars. Ee
330 MERCVRE
Cela n'arrive pas ordinai .
rement, & n'eſt arrivé pendant
ce Siege que parce
qu'il y avoit plus d'occafions
de fe fignaler de ce
cofté- là , & plus d'Ouvra
ges à prendre . Nos Troupes
eftoient à peine dans
Gand, que le Roy eftparty
pour Ypres. J'apprens mefme
que la Place eft déja
prife. Mais, Madame, vous
fçavez, & je vous l'ay déja
marqué , qu'il faut plus de
temps pour décrire les Conqueſtes
du Roy , qu'il n'en
employe à les faire . Ma
-
GALANT 331
Plume, & le Burin dont je
me fers préſentement pour
vous en donner une double
image, n'égalent point
leur rapidité, & je fuis contraint
de diférer jufqu'au
Mois prochain à vous entretenir
de ce dernier Siege.
Cependant je m'acquite de
ce que je vous ay promis au
regard de M' le Duc de Villeroy.
Voicy ce que Sa
Majefté a écrit à Monfieur
le Marefchal Duc de Villeroy
fon Pere . Cette Subfcription
eftoit fur la Lettre
E e ij
332 MERCVRE
A MON COUSIN
LE MARESCHAL
DUC DE VILLEROY.
L
E Duc de Villeroy a fait
à l'Attaque des Demy-
Lunes tout ce que l'on peut
defirer, tant pourfa conduite
que pour le courage. Elles ont
efté emportées fort vigoureufement,
& l'action qu'il a
faite a fort avancé la prife
de la Ville. F'ay efté bienaife
de vous dire may - mefme
ce qui s'eft passé, & que je
fuis content de luy autant
GALANT
333
qu'on le peut eftre. L'efpere
que la Citadelle ne m'arrif
tera pas longtemps , 5 que
dans peu de jours cette Conquefte
fera parfaite . Vous en
ferez plus aife que perfonne ,
car je fçay le zele que vous
avez pour le bien de l'Etat,
&
l'attachement particulier
que vous avez pour moy.
Eftant auffi perfuadé de ces
deux chofes là que je le fuis,
vous ne devez pas douter
que je n'aye toute l'amitié
pour vous que vous pouvez
defirer.
LOUIS.
Au Camp devant la Citadelle
de Gand, le 10.Mars 1678 .
334 MERCVRE
Ce témoignage eſt bien
glorieux à un Pere , mais
il n'eft pas au deffus du
mérite de Monfieur le Marefchal
de Villeroy. Je ne
vous dis rien de la grandeur
de cette Maifon.
L'Hiſtoire eſt pleine des
fervices qu'elle a rendus à
l'Etat. Ce fameux M de
Villeroy Secretaire d'Etat,
ce Miniftre fichéry de
Henry le Grand , qui fous
le Regne de Louis XIII.
fut rappellé dans des Af
faires d'où il avoit efté quel
que temps éloigné par les
GALANT. 335
A
cabales de ceux qui favorifoient
les mal intentionnez
de ce temps - là , n'a pas
peu relevé cette Mailon
déja illuftre. Le Marquis
d'Aliacour fon Fils , Chevalier
des Ordres du Roy,
& Gouverneur du Lyonnois
a fait connoiftre par
la maniere dont il s'eft acquité
des Emplois qui luy
ont eſté confiez , que ſi le
Ciel luy eut donné plus de
vie , il auroit eſté d'un tres .
utile fecours pour l'Etat .
Cet Homme excellent a
fait neantmoins beaucoup
336 MERCVRE
pour luy , en donnant un
grand nombre d'Enfans ,
qui font tous des Gens admirables
. Vous connoiſſez
le mérite de Monfieur
l'Archevefque
de Lyon , qui
s'eft rendu recommandable
par mille endroits dont
il ne faudroit qu'un feul
pour acquérir beaucoup de
gloire à un autre .
fçavez ce que vaut M l'Evefque
de Chartres, & combien
l'Eglife doit à tous les
deux. Pour Monfieur le
Marefchal
de Villeroy
, il
eft au deffus de toute
loüange,
Vous
GALANT. 337
loüange , & je croy qu'en
regardant de quelle maniere
il eft traité de Lours
LE GRAND , dont il a cu
l'honneur d'eftre Gouver
neur , on acheveroit fon
Panégyrique fans qu'il fuft
neceffaire de dire autre
chofe , fi ce n'eft qu'on y
vouluft adjoûter ce qu'il a
rendu au Roy pour les bienfaits
qu'il en a reçeus , en
luy donnant un Fils qui le
fert avec tant de gloire , &
qui s'eft rendu Héros à
âge où les autres ne fai
foient autrefois que comun
Mars . Ffཔ༑༑
338 MERCVRE
mencer
à porter les armes. '
-Je ne puis m'empefcher
de vous dire auffi un mot
de M le Marquis
de Chamilly,
à qui vous venez de
voir emporter
un Fauxbourg
& deux Forts devant
Gand. Ce fut luy qui fit
cette belle refiftance
dans
Grave, qu'on y doit mettre
au nombre
des prodiges
de
noftre Siecle . Je m'étonne
qu'on n'en ait donné
aucun
détail dans les formes.
Ceux qui en ont les Mémoires
, devroient
bien en
faire part au Public.onCe
T
GALANT. 339
1
brave Marquis eft Frere de
feu M' le Marquis de Chamilly
Lieutenant General,
qui a efté fi univerſellemét
regreté pour fon mérite , ſa
douceur, fa fageſſe , ſa bravoure
finguliere, & fon ef,
prit. Vous fçavez qu'il eft
mort à la teftedu Corps d'Armée
qu'il commandoit
, par
l'accident des bleffures dót
il eftoit couvert, qui fe rouvrirent
inopinément. Celuy
dont je vous parle au
jourd'huy, eft Marefchal de
Camp ,&Gouverneur d'Ou
denarde . Les Ennemis dont
Ff ij
340 MERCVRE
il est l'admiration & la terreur,
connoiffent fon Nom
à leurs defpens. Il a plu
fieurs fois paffé la Riviere
fous le Moufquet de Gand,
à la veuë des Troupes de la
Ville , & de la Milice de
tout le Païs de Vaës , qui
l'attendoient fur le bord
pour luy en difputer le paffage.
Apres avoir fait trois
courfes dans ce Païs- là pour
le mettre à contribution,
& l'avoir brulé juſques à
trois fois , il en revint la
quatrième avec des Oſta,
ges. Si la France a beau
GALANT. 341
coup de Héros , elle ne
manque pas de beaux Ef
prits pour écrire ce qui s'y
fait. Voicy des Inprom
ptus que vous ne regarde
rez que comme des Jeux
d'Efprit , ceux qui les ont
faits pouvant nous donner
des Ouvrages plus confidérables.
Si vous avez pris
autrefois plaifir à lire cent
cinquante Epigrammes de
M' de Brébeuf fur une
mefme matiere
, je croy
que les Pieces que je vous
envoye fur la prife de Gand
vous divertiront d'autant
Ff iij
342 MERCVRE
plus , qu'eftant de diféren
tes Perfonnes , elles vous
doivent rendre curieufe de
voir le tour diférent que
chacun a donné à des penfées
qui fe rapportent
.
La premiere de ces Pieces
eft un Dialogue d'un Efpagnol
& d'un Flamand fur
la marche impréveuë du
Roy, de Lorraine en Flandre,
& fur la priſe de Gand.
D
L'ESPAGNOL.
Es nouvelles, Amy , ne m'en
fçaurois-tu dire?
Le François va, dit -on, du cofté de
l'Empire,
GALANT 343
"
Et laiffe cette Année en repos le
Flamand.
LE FLAMAND.
Ouys Son Roy depuis peu s'eft em
paré de Gand.
L'ESPAGNOL.
Vrayment tu me fais rire, il eft en
Allemagne,
Et tu veux que par Gand il ouvre
fu Campagne?
Gard eft-il en Alface , ou bien au
-Luxembourg?
On t'a peut- eftre dit ou Tréves, ou
Strasbourg.
Encor le dire pris, eft - ce aller un
peu vifte.
LE FLAMAND.
L'Espagne, je lefçais , en doit eftre
interdites.
Mais il eft pris, c'eft Gand, Gand
dans le Pais- Bus ,
Ff ü
344 MERCVRE
Où le Roy s'eft trouvé, quoy qu'on
ne l'y cruft pas.
L'ESPAGNOL.
Hé, bé, te moque tu ? ma foy, tu
me fais rire,
Si tu n'expliques mieux ce que ton
Gand veut dire.
LE FLAMAND .
Gand eft Gand, & le Roy depuis
deux jours l'a pris .
L'ESPAGNOL.
L'un des deux , mon Amy , tu radotes,
ou ris
En deux lieux à lafois on ne fçauroit
fe rendre,
Et quand on eftà Mets, on nepeut
eftre en Flandre.
LE FLAMAND .
He bien vous le voulez, il eft encor
à Mets,
Mais il ne laiffe pas d'eftre encor
icy pres.
GALANT. 345
L'ESPAGNOL.
Ecoute -moy, Flamand, voy comme
je raifonne.
Peut- il eftant à Mets , eftre à Gand
en perfonne?
Sçais -tu la Carte , toy , qui t'obfines
icy?
Sçais-tu bien quel chemin de Gand
jufqu'à Nancy?
Examine, & me dy , fifans fe reproduire,
Ilpouroit estre enſemble en Flandre
& vers l'Empire ?
LE FLAMAND .
Il est où vous voudrez ; mais je
vous le redis,
Les François font dans Gand, &
c'eft luy qui l'a pris .
Les trois Epigrammes
qui fuivent font de M Lelleron
Avocat à Provins .
346 MERCVRE
SUR LA REDUCTION
DE GAND .
EPIGRAMME .
V
OftreParis n'eftpas figråd,
Qu'il netint bien das noftre
Gand,
Difoient les Espagnols , fe raillans
de la France.
Quelfujet avoient- ils d'en eftre
réjouis?
Ils voyoient par expérience ,
Que s'il reçent du Sort cette grandeur
immenfe,
C'eft qu'ille deftinoit pour la main
de LOVIS.
"
GALANT. 347
F
AUTRE.
Lamans , enfin voftre amitié
S'acquite envers le Roy de
France ;
Vous donnezà fa Main un Gand
pour récompenfe
De vous avoir donné Chauffure à
voftre Pié.
PE
AUTRE.
Eut- on plus prudemment commencerla
Campagne ?
LOVISpartaufort del'Hyver,
Et pourfe parerdu grand air,
Ilfe munit d'unGand d'Espagne.
Ces trois autres font ,
Pane, d'un Homme de qualité
, l'autre , d'un Vandômois
; & la derniere , de
M' de Roux.
348 MERCVRE
1
ESpagnols, autrefois vous aviez
Parrogance
De vouloir enfermer Paris dans
veftre Gand ;
Mais vous ne penfiez pas qu'un
jour Louis LE GRAND
Mettroit Gand, malgré vous , pour
Frontiere à la France,
E
Spagnols, parla Paixfauvez
ce qui vous refte,
La Guerre nefçauroit que vous
eftre funefte ;
L'on vous prend, l'on vous bat lors
que vous combatez.
De pouvoir vous vanger quittez
donc l'entreprife,
Carles François apres vous avoir
dégantez,
Ne manqueront jamais de vous
mettre en chemife.
GALANT 349
CE
E Gad que Charlequint vouloit
qui fut fi grand,
Commence l'heur de la Capagnes
Tu pouvois bien penfer,vainefierté
d'Espagne,
Que laMain de LOVIS entreroit
dans ce Gand.
Ce qui fuit a efté fait à
Tournay par M Briſſeau.
G
And fuperbe & puiſſante en
braves Habitans,
Quirenferme enfesMurs cent mille
Combatans,
Dont legrand Etendard fifameux
fur la Terre,
Des Roys & des Etats fut jadis la
terreur,
Qui mefme à fesDucsfit la guerre,
350 MERCVRE
Et feule ofa tenir contre un grand
Empereur,
Aujourd'huy qu'elle voit unis pour
fa défenſe
Emperears, Ducs , Etats, & Roys,
Et qu'ilfaut de LOVIS foûtenir
lapréfence,
Enquatrejours d'attaque eft foùmife
à fes Loix.
Lettre de M' de Villa-
Hermofa au Roy d'Eſpagne.
Sve
Ire, on afliege Gand,&fa prife
eft certaine,
Car on la prend au dépourveus
Je le vois à regret , mais la prudence
humaine
Nepouvoit pas avoirpréveu
Que LOVIS duft tomber à Gand
par la Loraine.
1
GALANT: 355
Extrait d'une Lettre d'un
Moufquetaire du Roy, du
Camp de Gand le 9. Mars
1678.
L
Es Alliez marchoient, & pa
roiffoient fort prochess
Mais dans le temps qu'on croit
mettre Flamberge au vent,
Ils s'en vont fans rienfaire, &les
mains dans leurs poches ,
Apres avoirperdu leur Gand,
Voicy un Sonnet de M
l'Abbé Noé, du Ponteau de
Mer,
352 MERCVRE
E
SONNET.
Nvainpour refifter aux armes
de la France,
L'Europe en Bataillons épuife fes
Tréforsi
En vain elle aguerrit fes Villes &
fes Forts,
LOVIS les attaquant , brave lear
refiftance.
Se
Le Batave orgueilleux pliefous
fa puiffance ,
En vain pour l'éviter il a faitfes
En efforts's
Il a veu defonfang le Rhin enfler
fes bords,
Et de noftreHéros feconder la vaillance.
GALANT. 353
S2
Ce miracle des Roys foùmet tout à
fon Bras,
Sa force eft animée au milieu des
frimas,
Et brave des Hyvers les finiftres
tempeftes.
$2
Eft ilrien qui ne tremble au bruit
defes Exploits ?
Efpagne, tu n'as plus qu'à foufler
à tes doigts,
Puis qu'il vient d'ajoûter tonGand
à fes Conqueftes.
Je ne fçay qui a fait le
Sonnet fuivant, ny les Epigrammes
qui l'accompagnent.
Mars. Gg
354 MERCVRE
SUR LA PRISE DE GAND,
LE
SONNET .
E Belge , le Germain , dans
Peffroy qui les glace,
Evitent la Bataille , & redoutent
l'Aſſaut:
Eft-il pourles couvrir un Rempart
affez haut?
En est- il unfifort que LOVIS
ne menace ?
allarpros
Par cent & cent détours courant
de Place en Place ,
Il en cherche avec art, & trouvF
le defaut,
Il alarme le Rhin pour furprendre
l'Efcaut,
Et quand il eft en Flandre on le
croit en Alface.
GALANT. 355
S&
Son Tonnerre enfermé dans un
nuage obfcur
Grondefur Luxembourg,fur Mons,
Ypres, Namur,
Tandis que Gand reçoit le coup de
la tempefte.
Superbes Ennemis que LOVIS
pouffe à bout,
Ne vous étonnez
conquefie,
pas d'une telle
On peut bien eftre à Gand, lors que
**l'on eft par tout.
EPIGRAMME S.
Offre Roypouvoit- il mieux
faire, No
Allant attaquer le Flamand,
Que deprendre d'abord un Gand
Gg ij
356 MERCVRE
Si commode & finéceſſaire ?
Cette précaution fait voir à l'V
nivers
Combien ce grand Héros eft poli
tique &fuge;
Gar le Gand qu'il a pris, eft defi
bon ufage,
Qu'ilpourafervir à l' Anvers.
O
Voy
Gand eft pris? c'est un
revers
Dont l'Espagne ne peut eftre aifement
remifes
Mais bien plus , depuis cette prife
Toutel'Europe a l'efprit à l'Anvers.
AVerefois lesHeros quand ils
alloient en guerre,
Se muniffoient d'un Gand defer;
Le noftre qui lafait au milieu de
l'Hyver, bet
1
En aime mieuxpredre un depierre.
GALANT. 357
N Efpagnol faifant icy
fejour, UN
Alla par un beau jour
Se promener aux Tuilleries;
Mais paffant par les Ecuries,
VnValet remarqua qu'ilfe cachoit
la main,
L'arrefta par le bras , & luy dit,
que je voye
Sivous n'avez point quelqueproyes
Mais l'Efpagnol honteux , pour
paffer fon chemin,
Luymontrafes mains dégarnies,
Et luy dit quefon Gand luy venoit
d'eftre pris.
Hébien, paffez, dit- il, vous vous
eftes acquis
Le droit d'entrer aux Tailleries.
Vous entendez le plai358
MERCVRE
fant de cette derniere Epigramme
. On prétend qu'on
eft obligé de fe déganter
quand on paffe par les Ecuries
, & que ceux qui ne le
font pas , y laiffent leurs
Gands, ou en payent la va
leur.
Comme ma Lettre eft
déja plus longue que je ne
vous en ay encor écrit aucune,
je vay trancher court
fur ce qui regarde les Enigmes
. On a devinejufte dans
voftre Province pour les
deux en Vers . L'une eft en
effet un Bafton de Marefchal
GALANT. 359

deFrance, & l'autre une Enfeigne
de Maifun. Mr Robe
de Soiffons a expliqué la
premiere par ce Madrigal.
P
Endant que nos Heros comme
autant de Cefars
Courent mille fanglans hazards
Pour un Bafton de Marefchal
de France,
Les Mufes aleur tour, dans les pai-
... fibles Arts ,
Sans répandre defung, fans forcer
de Ramparts ,
Nous enpropofent un hors de toute
apparence.
Ie l'ay trouvé sas courir de dager,
L'ay feulement combatu quelque
doute
360 MERCVRE
Qui m'a donné plus d'un jour à
fongers Mab me
C'eft là tout ce qu'au vray fa Con-
US
quefte me coute
edo я simo
Ceux qui l'ont deviné
comme luy, fans avoir de
viné celle de l'Enfeighe
,
font, Mª de la Veffiere] M
du Bois Procureur du Roy,
de Ham , M Hébert Avocat,
du Valois , M du Teil,
M'Charpentier Commis au
Domaine de Languedoc
,
M de Valnay Controlleur
de la Maifon du Roy , la
Ville de Ham en Picardie ,
M Arnoulet de Loche-
Fontaine
,
GALANT. 361
Fontaine , Prefident de la
Cour des
Monnoyes
; M
de
Chantoifeau
, de Brie-
Comte-Robert; M' Evrard;
M'd'Argingourt , M' Gau
thier ,
Mademoiſelle Portail
, Fille du
Gouverneur
de Brie - Comte -
Robert;
M'
Boulanger , de Dinan
en Bretagne , M' de la Barmondiere
, Secretaire du
Roy, & Procureur du Roy,
de
Villefranche , Mademoiſelle
Vaſtel , de Roüen;
M'
Greaume
de
Bergeromare
, Avocat du Roy au
Ponteau de Mer ; M' du
Mars .
Hh
362 MERCVRE
Mata d'Emery ; M ' le Lieutenant
General de Meaux ;
M' Coüet, & M Lagréve,
de Lyon . Plufieurs l'ont expliquée
fur Or , la Pique,
le Sceptre , & la Pierres de
Taille. Quant à la feconde
Enigme , dont le mot eſt
une Enfeigne , voicy l'Explication
qu'en a faite Mle
Comte de Cliffon qui dea
meure en Aulnis . Son efprit
& fon mérite répondent
à fa naiffance.
OPYFy,l'Enisme qu'on ; on:
propofe,
Eft une Enfeigne affurement,
GALANT. 363
Et nefign fie autre chofe ,
Du moins c'estlà monfentiment.
Commentcela ? voicy comment.
$2
Le bien, le mal, tout est le sujet
d'une Enfeignet
Devant & derriere ony peut
Reprefenter tout ce qu'on veut;
Enfers, Anges , Demons , il n'est rien
qu'on n'y peigne.
Elle feplaint avec raifon
Que fes Parens pour elle ont de la
tyrannie,
Car à peine eft ellefinie,
Qu'onla pend cötre une Maifon.
Expofee au vent, à la pluye,
Nuit &jour ilfaut qu'elle effuye
L'es'injures de la Saifon.
S2
Quoy qu'ellefoit toûjours en veuë,
Hh ij
364 MERCVRE
Puis qu'elle eft dans la Ruë,
De peur de s'y méprendre, on la
cherche avecfoin; und
Et quand on la trouvée, on trouve
d'ordinaire
La chofe dont on a befoin, 300
Ou l'Homme avec lequel on pent
avoir affaire.
$2
Vin
evtdo
Iele dis donc avec raiſon,
L' Enigme que l'on nous propoſe,
Eft une Enfeigne de Maifon,
Et ne fignifie autre chofe.on
Ce mot aefte auffi trouvé
M ' de Fontenay Capi-
MCoufinot
Abbé
de,Noftre-Dame de Sully;
Mª Baillon , M¹ Boiffel , du
Pont - Levefque , Mª TréGALANT.
365
bucher, d'Auxerre , M' Malbet
, Directeur des Poftes
de Champagne; & M'Hé-

a
bert de Rocmont. D'autres
ont prétendu que ce fuft
le Papier, la Monnoye , la
Lettre miffive , la Toile , le
Canevas à faire de la Tapif
ferie, & Impreffion . Outre
ceux que je viens de vous
nommer, il y en a eu quantité
qui ont trouvé le veritable
fens de toutes ces
deux Enigmes , & ce font,
M Baifé , M de S. Amour;
M' de Dur-Ecu , S de la
Chategneraye, Gentilhom-
Hh iij
366 MERCVRE
me du Vexin, M Drével,
M³ de Boſchar , Chanbine
en Normandie Mademoi
felle Loiffeaua del Coulom
miers , Mademoiſelle Pingré;
M le Boiteux , Cha
noine de Schs MTar Sens
tonné de Gaffendy, Prefident
au Parlement de Pro
M de Soucanie, vena Roye
Mefde
Avocat
moiſelles Nicolas , Mildė
Volonne Gentilhomme de
Provence, la Belle Bergere
Provençale, Unjeune Confeiller
, qui par de belles Explications
en Vers s'eft ra
GALANT: 367
commodé avec les Mufes ,
Mudu Bois Avocat au Par
lement ; Les Dames de Richelieu;
M l'Abbé Montel ,
de Riom ; La Dame Invifib
ble , M Potier, Fils du Lieu
tenant Particulier de Montreuil
, M Chibert de Montigny,
M Briffenu Medecin
de Tournay; Ml'Agrené
de Vruilly , Mademoiſelle
déla Salle ,Coufine duLieu .
tenant General de Blois,
La nouvelle Societé Cloif
trée deLyon ; M'Hourdaut;
Les Députez de la Jeuneffe
de Rheims , M l'Abbé Vil-
Hh iiij
368 MERCVRE
lebaut ; & M du Laurens ,
Prieur du Bois Hallebout
pres de Caën.
S'il vous paroit icy bien
des noms , vous ferez furprife
quand je vous diray
qu'ils font tirez de plus de
-huit cens Lettres que j'ay
reçeuës , ce qui vous fait
connoitre qu'il s'en faut
beaucoup que tout le monde
n'ait deviné. Exercezvous
cependant fur ces deux
nouvelles Enigmes . La premiere
eft d'un Abbé dont
vous
le Mois prochain ; & l'autre
efçaurez
le nom
que
Ri GALANT. 369
Lan de la Societé des Dames
Cloitrées de Lyon . T
2374
52525252 52SESESE
10
ENIGME.
26ub 20OV
Nconftante & legere,
Te me fais aimer conftam
ment, 192193
A
Et de plus agreable Amant
¡¡Sans moyne fçauroitplaire, coo
Fille de
Roturierobygge
Des plus nobles Galants je reçois les
hommages,
SHIVSD 10
Iecede aux Fous , & je commande
onaux Sages,
Le ne fais rien, &fuis de tout
meftier.
La Raifon contre moy n'estjamais
la plus forte.org doм 9
370 MERCVRE
Le Roy mefme a fouvent reconnu
1 mon pouvoirsh suppl
Le décide à la Cour de tout, fans
rien fçavoir,
Et malgré les Sçavans , mon fuffrage
l'emporterol er ing
Onne fçauroit compter mes ans.
aru Mon éxtrême vicilleſſe
Egale celle du temps ,
le plais pourtat par majeunesse.
AUTRE ENIGME
2102 25
On Corps petit &lourd
n'afpire qu'à la terre.
Mor Chefgrade leger
s'éleve vers les Cieux .
M
Ceux qui m'aiment le plas , mefont
le plus de guerre ;.¿
Et tant plus je leur plais , plusje
m'éloigne d'eux.
GALANT: 371
Il ne me reste plus à vous
parler que de l'Enigme en
figure. Celle de Pandore
eftant une des plus belles
qui fe foient veues depuis
longtemps , a donné lieu à
de tres-belles Explications
que vous verrez le 26. du
Mois prochain dans ma
Lettre extraordinaire . M'
des Bois Avocat , l'a appliquée
à la Faloufie dans le
Mariage,ou à la Pierre Philofophale
; M la Croix, Procureur
du Roy de Ham , an
Depart de Sa Majesté, &
l'Ouverture dela Campagne;
372 MERCVRE
Un Inconnu , à la Paix refufee
par les Espagnols, duquelrefus
touteforte de maux
font produits M Baifé, d
l'Ecuffon Un Inconnu de
Troye, au Soleil ; M Verreau
de Dijon , aux malbeurs
du mariage d'unejeune
Beauté avec un Vieillard ;
M' du Bois Avocat en Parlement,
au Mariage ; Mef
demoiſelles Nicolas, au dégouft
dans le Mariage, M' de
Roux, à l'Amour; Une tresfpirituelle
Demoiſelle du
Païs du Maine, à la Femme;
M' Couture , au Carefme;
GALANT. 373
& d'autres , à la Bombe ou
Carcaffe , à la Mine , & à la
Goute. Cependant ce n'eſt
rien de tout cela , c'eft feulement
ce que vous allez
voir dans ce Rondeau de
MRobbe, ne 10 or
C
Eft le Secret en tout fineceffaire,
Que ce Tableau reprefente à nos
yeux ;
Les miens en ont penétré le myſteres
Et Inventeur en vain le voudroit
taire,
T'explique ainfi fonfens mystérieux.
S&
Epiméthée eft le vraycaractere
D'un indiſcret & mauvais Secretaire,
374 MERCVRE
Qui garde mal ce tréførprétieux,
55 C'est le Secret & mile
Celuy qui veut dedans fon minif
tere
Ne point gliffer dans cepas péril-
Jaros leux, go here
Avec grand foin doit fuir les Carieux;
Car le moyen que la raifon fuggere
Pour réuir dans quelque grande
affaire,
C'est le Secret.
Il n'y a perfonne qui ne
foit convaincu des maux
qu'attire un Secret indif
Cretement revélé. C'eft la
Boete de Pandore ouverte .
On peut inférer de là le
GALANT. 375
8
contraire. Un fage Miniftre
à qui le fecret de fon
Maiftre n'échape jamais,
caufe fouvent tout le bonheur
d'un Etat . Les plus
grandes entrepriſes y font
glorieufement executées ;
& fans chercher l'appuy du
raifonnement , il ne faut
qu'examiner la prife de
1
Gand . Perfonne ne s'eftoit
imaginé qu'on duſt l’afſieger
, & nous pouvons dire
que cette Conqueſte eft
un des miracles du Secret .
Quoy que M' Robbe ait
deviné le veritable fens de
376 MERCVRE
cette Enigme , il n'eft pas
le premier qui l'ait trouvé.
La gloire en eft deuë àune
Demoiſelle des Galeries
du Louvre, dont l'efprit eft
brillant & vif, & qui peut
dire qu'elle a penetré d'abord
un Secret que beaucoup
d'habiles Gens ont
inutilement cherché. M
Drével , M Hourdaut , &
M' de Volonne, l'ont trouvé
comme elle. Ce dernier
eft un jeune Gentilhomme
Provençal , dont le Pere a
efté Confeiller & Avocat
General au Parlement
GALANT. 377.
d'Aix. Medée fuivra Pandore.
Examinez toutes les
Figures de cette Enigme,
& me mandez ce que vous
croyez qu'elles fignifient.
Vous fçavez la Fable . Jaſon
trahit Medée pour épouſer
Creüfe, Fille de Creon Roy
t de Corinte . Cette malheu
reufe Princeffe eut envie de
porter une des Robes de
Medée . Jafon luy en fit
I donner une . Medée avoit
empoisonné cette Robe
avant que de l'envoyer.
Creüfe n'en fut pas fi-toft
parée , qu'un feu inviſible
Mars. Ii
378 MERCVRE
นี้
la confuma. Crcon fon Pere
accourut pour la fecourir.
H fut confumé du mefme
feu en la touchant ; & Medée
fatisfaite de fa vangeance
, s'enfuit par l'air
dans fon Char. Toutes ces
chofes vous font reprefentées
dans cette Figure. Le
Chir de Medée eft traîné
1
dans l'air
1
{
par deux Serpens .
Jafon la regarde tout furpris
de la route qu'elle
prend pour fuir, & en marque
de l'effroy , auſſi-bien
que ceux qui le fuivent.
Creon & fa Fille font par
"
GALANT. 379
1
terre mort ou mourans , &
ce fera à vous à me dire le
reſte par voſtre Réponſe .
Vous trouvez la Ducheffe
de Cleves dans mon Paquet.
Vous fçavez depuis quel
temps & avec quelle favorable
préoccupation , tout
le monde l'attendoit. Elle
a remply cette attente , &
je fuis certain que je ne
vous pouvois procurer une
lecture plus agreable. On
continue à remettre les
vieilles Pieces de l'incomparable
M de Corneille
l'aîné , & fon Polyeucte
Ii ij
380 MERCVRE
eftéreprefenté tous ces derniers
jours avec une foule
& des acclamations extraordinaires.
En verité on
peut dire qu'il y ade grands
traits de Maiftre dans tout
ee qu'il fait , & que jamais
Homme n'a fi bien manié
toute forte de Sujets. Son
raiſonnement eft toûjours
jufte , il ne s'écarte point,
il dit precifément ce qu'il
faut dire , & ne vous laiffe
jamais rien à fouhaiter.
J'apprens que Pfyché a efte
mile en Opéra , & que M
Lully nous le doit donner
GALANT. 381
incontinent apres Pafques,
avec tous ces beaux Airs
quizentroient dans les divertiffemens
de cette Piece

quand la Troupe de feu
Moliere la reprefenta devant
le Roy. Vous devez
eftre laffe de lire . Adieu ,
Madame. Je fuis toûjours
voltre, & c . A magnolia
A Paris ce 31. de Mars 1678.
Cup 20
On m'apporte un Air
nouveau à boire, que je ne
puis me réfoudre à vous
garder jufqu'à l'autre Mois.
En voicy les Paroles.ybb.
382 MERCVRE
AIR A BOIRE.
AIR A
Aru Pin, du Vin, du vin. Ab, le
maudit Laquais !
Voila trois fois quej'en demåde.
Quefont- ils ? au font- ils ? je ne les
al voysjamaish tore n
L
Quoy ,faut il encor que j'attede?
Vaine parade, vain Bufet,
Que vostre mode eft déreftablet
Morblca , morbleu , vive le Cabaret,
On y met le vinfur la Table ,
Et chacun boit quand il luyplaift.
Cet Air dont vous voyez
icy la Note, eft du fameux
Mr Sicard. Il eft à fa maniere
, qui eft toûjours
GALANT. 383
pleine de feu , & qui ne
manque jamais d'avoir
quelque chofe d'extraordinaire.
ON
FIN .
N donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant , le pre
mier jour de chaque Mois fans aucun
retardement . Il fe diftribuera toujours
en blanc chez le Sieur Blageart
Imprimeur- Libraire, Rue S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plaftre , au
prix de Seize fols . Et au Palais à
vingt - cinq fols relié en Veau , &
vingt en Parchemin . Les dix Volumes
qui contiennent toutes les Nouvelles
de l'Année 1677. fe donneront
toûjours au prix ordinaire , c'eft à
dire vingt fols en Veau, & quinze en
Parchemin au Palais , & dix fols en
blanc chez ledit Sieur Blageart.
Extrait du Privilege du Roy.
Ar Grace & Privilege du Roy, Donné
S. Germain en Laye le 31.Decembre 1677
Signé, Par le Roy en fon Confeil , JUNQUIERES
Ileft permis à J. D. Ecuyer , Sieur de Vizé
de faire imprimer par Mois un Livre intitule
MERCURE GALANT , prefenté à Monfei
gneur LE DAUPHIN, & tout ce qui concerne
ledit Mercure, pendant le temps & efpace de
fix années, à compter du jour que chacun defd,
Volumes fera achevé d'imprim r pour lapre
miere fois : Comme auffi d fenfes font faites
à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs & au
tres , d'imprimer, graver & debiter ledit Livre
fans le confentement de l'Expofant , ny d'en
extraire aucune Piece , ny Planches fervant à
l'ornement dudit Livre, mefme d'en vendre fe
parément, & de donner à lire ledit Livre , le
tout à peine de fix mille livres d'amende, &
confifcation des Exemplaires contrefaits, ainf
que plus au long il eft porté audit Privilege
Regiftré fur le Livre de la Communauté le
Janvier 1678. Sigué , E.COUTEROT, Syndic,
Et ledit Sieur D, Ecuyer, Sieur de Vizé,
a cedé & tranfporté fon droit de Privilege à
C. Blageart , Imprimeur - Libraire , pour en
jouirfuivant l'accord fait entr'eux.
achevéd'imprimer pourla premiere fois
le 31. Mars 1678.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le