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Texte
Zugu
иду
а
BIBLIOZNAQUR
11
60 CHANTILLY
CA commence ence en 1677
STRIS
PREL
RA
SVBL
DelaBnsferre in et f

MERCURE
GALANT
Ianuier 1677
A Paris
Au Palais.
A PARIS ,
Chez GUILLAUME DE LUYNE, au Palais,
dans la Salle des Mercier s, à la Juftice .
CHARLES DE SERCY , dans la Grande
Salle, à la Bonne- Foy couronnée.
ESTIENNE LOYSON , dans la Gallerie des
Prifonniers, au Nom de Jefus .
JEAN GUIGNARD, dans la Grande Salle,
à l'Image S. Jean .
CLAUDE BARBIN, fur le fecond Perron
de la Sainte Chapelle .
THEODORE GIRARD , dans la Grande
Salle , à l'Envie .
La Veuve OLIVIER DE VARENNES, dans
la Salle Royale, au Vaſe d'Or.
CHARLES OSMONT , dans la Grande
Salle, à l'Efcu de France.
Dans la Salle Royale, à l'Image S.Louis ,
Et en la Boutique de Quinet , dans la Gallerie
des Prifonniers, a l'Ange Gabriel,
M. D. LXXVIII.
AVEC PRIVILEGE DV ROY,
A
MONSEIGNEVR
LE
DAUPHIN
ONSEIGNEVR ,
Souffrez que le Mercure
Galant vous aille enfin rendre
ã ÿj
EPISTRE.
Les hommages. Il n'approche
de Vous qu'avec une certaine
crainte qu'il n'auroitpeut- eftre
pas en s'approchant de tout au.
tre Prince aupres de qui une
auffi grande jeuneffe que la
voftre laifferoit efperer unfacile
accés. Il croiroit que les
matieres galantes qu'il luy of
friroit , feroient de nature à
l'occuper affez agreablement;
mais pour Vous , MONSEIGNEUR
, ilfçait trop que ce
qui a du rapport avec vostre
âge, n'en a aucun avec vos fentimens
, & que les chofes qui ne
feroient pas indignes d'unjeune
Prince, n'en font pas pour cela
"
EPISTRE.
plus dignes du Fils de Lours
LE GRAND . Auffi, MONSEIGNEUR,
fi leMercure n'euft
eu à vous faire que des Prefens
proportionnez à vos années, il
n'auroit jamais eu la temerité
de s'éleverjusqu'à Vous . Mais
il faut vous l'avouer. Il croit
avoir quelque droit à l'honneur
qu'il reçoit prefentement,
lors qu'ilfonge qu'il vous fera
des Prefens tels qu'on les dait
faire aux Héros. Vousjugez
bien,
MONSEIGNEVR
, que
je parle des glorieufes Actions
du Roy dont le Mercure ne
fçauroit manquer à eftre remply.
Vous y trouverez chaque
V
#
in
EPISTRE.
so a
Mois quelques traits de l'Hif
toire qui luy eft particulieres
est le Héros dont l'Hif
toire n'euft bien des vuides, fi
elle eftoit diftinguée par chaque
Mois ? Cependant il ne s'en
paffe aucun qui ne foit marqué
par quelque Exploit de ce grand
Prince , & le Mercure ne laiffe
pas d'estre Guerrier , remply
de nos Conqueftes pendant ces
temps oyfifs qui ſembloient ne
Luy pouvoir fournir que le récit
de quelques Divertiſſemens,
& qui n'estoient auparavant
deftinez qu'à rafraichir nos
Troupes dans nos Garnifons .
Ainfi, MONSEIGNEVR , le
EPISTRE.
Mercure fera toujours honoré
des Noms des deux Princes du
Monde, dont l'un execute , &
L'autre promet de plus grandes
chofes. Le Nom du Fils accompagnera
toûjours l'Hiftoire des
Exploits du Pere, & ce fera là
une marque de l'attachement
avec lequel vous vous étudiez
à imiter un fi grand Modele .
Toutes les Cours étrangeres
apprendront que vous avez
fans ceffe devant les yeux l'Illuftre
Vie de l'Incomparable
LOUIS. Quel jufte fujet de
crainte , MONSEIGNEUR,
pour tous les Ennemis de la
France ! Ils tremblent déja au
EPISTRE.
feul bruit de cette application
continuelle que vous avezà vos
Exercices. Ils fçavent que vous.
ne faites qu'y effayer vostre
adreffe & vos forces , & que
quand vous les tournerez contr'eux
, il leur en coûtera des
Provinces. Ils tremblent fi
toft que la Renommée leur an→
nonce que rien n'échape à votre
pénetration dans nos Au.
theurs anciens , & ils s'atten
dent bien que vous y puiferez
des Secrets de Politique qui
feront unjour funeftes à leurs
Eftats ; Mais ce qui les allarme,
le plus c'est le modele que vous
wouspropofez, cefont lesVertus
EPISTRE.
de Louis LE GRAND , dont
Dous eftes & l'Heritier & l'1-
mitateur. Il fuffiroit d'eftre
l'un ou l'autre, & onpeut dire
que ce feroit affez ou qu'elles
vous euffent esté infpirées par le
fung, ou que vostre ardeur à
les imiter vous les euft apprifes.
Mais ,
MONSEIGNEVR,
quoy que la Nature ait formé
en Vous un Prince digne d'eftre
Fils du plus grand Roy de la
Terre , vous avez voulu meriter
un Titre fi glorieux par
Vous mesme , & vos fuins a
cultiver vos rares talens ont
achevé ce que la naiſſance ſeule
avoit commencé fi beureuſeEPISTRE.
ment. Quel honneur ne ferapas
pour le Mercure , fi en
vous entretenant des Vertus
de noftre Augufte Monarque,
ilpeut contribuer quelque cho
fe à cette inclination naturelle .
que vous avez pour la Gloire?
LOUIS luy fert de Garant
qu'il aura de Mois en Mois des
Actions plus éclatantes à vous
préparer ; & quand meſme ce
Héros confentiroit à bornerfes
Conqueftes par la Paix , il luy
fourniroit encor tant d'exemples
dejuftice à récompenferfes
Sujets , & de fageffe dans la
difpenfation des Charges de
l'Etat , qu'il ne faudroit que
·
EPISTRE.
les fuivre pour furpaffer les
Princes les plus accomplis :
Quand vous daignerez deſcendre
jufqu'aux Mufes du Mercure,
elles tâcheront à vous dé-
Laffer l'efprit dans ces heures
que vous ne donnerez pas à des
Mufes plus ferieuses. Il y a
déja longcemps que vous avez
commerce avec les Latines, &
quand la plupart des Sçavans
de l'Europe ont travaillé avec
tant d'empreffement à vous les
rendre familieres , vous n'aviez
pas tant befoin de leur
Lecours qu'ils avoient envie de
paroistre avoir quelque part à
voftre Education. Pour moy
EPISTRE.
MONSEIGNEVR, je croiray
eftre parfaitement heureux , fi
en donnant quelques momens
au Mercure, vous voulez bien
jetter quelquefois les yeux fur
Le profond respect avec lequel
jefuis & feray toute ma vie,
MONSEIGNEVR,
C
Voftre tres -humble , tres -obeiflant
& tres-fidele Serviteur ,
D
AV LECTEVR .
Ja
E prie ceux qui ont des Parens ou
des Amis à l'Armée, de fupléer à la
modeftie qui les empefche de me
faire part eux- mefmes de tout ce
qu'ils font de remarquable. Quey
que j'aye parlé de beaucoup de Braves
depuis un an , & que j'aye fair
connoiftre quantité d'éclatantes Actions
qui feroient demeurées enfevelies
fans le Mercure , je m'apperçois
tous les jours que j'en ay beaucoup
oublié. J'ay déja dit, & je ne puis
m'empelcher de le repeter , que ne
pouvanttout fçavoir parmoy-meline,
jay befoin du fecours de ceux qui
font informez des chofes , & qu'ils
font plus à blâmer que moy , quand
leur negligence à m'envoyer un Billet
fur ce qu'ils ont appris de confidérable,
eft caufe que le Mercure ne pué
AV BECT EVR.
blie point les Actions dans lesquelles
l'amitié ou l'alliance leur fait prendre
quelque intereft. Il eſt fait pour en
donner la gloire à ceux qui l'ont meritée,
auffi- bien que pour le divertiffement
du beau Sexe ; & comme il
eft lû prefque dans toutes les Cours
du Monde , où les merveilles qui fe
paffent en France le font fouhaiter, il
eft bon que tout ce que nos Braves
font de glorieux y foit connu. Il eft fi
vray que c'eft un Livre qui va par
tout , que je fuis preffé par quantité
de Perfonnes du beau monde de donner
au Public un Recueil des Lettres
que le Mercure m'attire des Provinces
& de plufieurs Païs étrangers.
Je ne prétens point parler de celles
qui louent l'Autheur , elles feront
toutes fuprimées , & l'on m'obligera
de ne donner des louanges à l'avenir
qu'aux Ouvrages du Mercure où je
n'auray autre part que celle de les avoir
ramaflez. Ce font ces fortes de
Lettres , & celles qui me font en-
"
f
AV LECT EVR .
voyées fur les Explications des Enigmes,
& fur diférens endroits du Mercure,
qui formeront le Recueil que
que je
prétens donner auPublic . J'y joindray
les Avis que je reçois pour fon Embelliffement,
& pour l'utilité de ceux
qui prennent plaifir à le lire. J'ay
déja reçeu un Billet d'une belle Compagnie
du Palais Royal qui fouhaite
qu'en parlant des Familles Illuftres ,
j'y mette leurs Armes . C'eft ce qui
pourra arriver , pourveu que leurs
Amis prennent foin de m'en en
voyer les Planches . Mais pour re
venir aux Lettres qui font voir que
chaque Ville a fes beaux Efprits, fur ·
tout pariny le beau Sexe, j'en donneray
tous les trois Mois un Volume
qui fera intitulé Extraordinaire Ga
lant du Nouveau Mercure. Par la
j'auray l'avantage de faire connoiftre
la France à la France , & tous les
Beaux Efprits comme je fais tous les
Braves, Une feule Lettre mife à la
tefte de chaque Volume fervira de
ĕ ij
AV LECT EVR.
Réponſe & de Remerciemens à tous
ceux qui ont déja pris la peine de
m'écrire fous le nom duSecretaire des
Dames ,fur tout à celuy de Saumur, à
qui je rends mille gracespour toute fa
belle Compagnie,au nom de laquelle il
m'a fifouvent expliqué la fatisfaction
qu'elle recevoit du Mercure. Je ne
parle point dans ce Volume de Janvier
de tous ceux qui ont deviné le
mot de l'Enigme du précedent. Comme
ils ne fe font point nommez, mais
feulement les Villes d'où ils m'ont
écrit, ce que j'en dirois pourroit paroiſtre
inventé , & d'ailleurs je n'ay
rien qui leur puft faire connoiftré à
eux-mefmes que ce feroit d'eux que
je parlerois . Ceux qui ont acheté le
dixiéme Volume contrefait , & qui
n'y ont point trouvé l'Avis que j'ay
fait mettre au cominencement , font
priez pour plufieurs raifons importantes
de le lire dans quelqu'un des
veritables.
SESESESESE SESESE
過9004 of ang aph ang
Table des Matieres principales

contenues en ce Volume.
A
Vant-propos touchant toutes les
Nouvelles renfermées dans les
dix Volumes du Mercure de l'any
née 1677.. wo page 1
Noms de quelques
Braves qui avoient
efté oubliez, p.17 . & lèsfuivantes
.
Difcours
de l'Année
1677 , à l'Année
1678.
21
Sonnet de M. de la Monnoye au Roy,
26
Rondeau pour Monſeigneur le Dauphim
29
31
Ce qui s'eft paẞé le premier Iour de
l'Année à la Cour,
Divertiffement que la Cour a pris cet
Hyver, 135
M. de Bartillac rentre dans l'exercice
de la Charge de Garde du Trefor
Royal,
36
é iij
TABLE.T
Difcours fur la nature des Obelifques,
37
Figure de l'Obelifque d'Arles,\\n38
Inferiptions FrançoiſesfaitesparMeffieurs
de l'Academie d'Arles, 49
La Vertu malheureuſe, Hiftoire, $5
Laveritable Prairie à la fauffePrairie
fa Rivale, 95
Madrigalpour Mademoiſelle de V´auvineuf,
92
Madrigalpour Madame de Villeregy,
100
301
Le Roy donne audiance aux Deputez
des Etats d'Artois,
Raifons pourquoy l'on dit Villes Foreftieres
Foreft Noire, 107
Mariage de M. le Comte de Tallard
de Madem, de la Tivoliere, 11
104
Mariage du Lys & dela Roſe,
Mort de M. de S. André Treforier
general de la Marine,
Chaffes de S. Germain,
105
106 .
Sonnet du Solitairè de S. Maixent en
108
Poitou,
Etablifement d'une nouvelle Acadé
TABLE.
mie Royale proche le Palais d'Or..
leans ,
109
1224),
NouvelInftrument appellé l'Apollon, ✨
inventépar M.Prompt,
Paroles de M. de Valnay pour Monfeigneur
le Dauphin, mifes en Air
par M. le Peintre, 30125
Rondeau pour le Roy , de M. Petit, 128
Plaifante Repartie d'unBourgeois de
la Haye, * 130
Le Roy honore M. le Camus du Clos
de l'Intendance de Pignerol,
*
132
$39 L'Indiférence à Iris,
Carte & Defeription de l'Empire de
la Poefie,
Rondeaux,
145
168
Le Roy donne de nouvelles Lettres Pa
tentes à Meffieurs de l'Académie
d'Arles pour l'augmentation de dix
Gentilshommes das leur Corps . Noms
des Académiciens , leurmerite, 179
'Meffieurs d'Arles donnent un Apartement
dans leur Hoſtel de Ville à
M. de l'Académie,
Sujet
193
Penfées de la Harangue de
TABLE
M.de Roubin à MileChancelier, 194
Sonnet du mefme à M. le Chancelier,
NouvelEtabliffementd'une Académie
de Beaux Efprits àCoutance, 201
Galanterie envoyée àMadame laComteffe
de Montrevel, 207
Le Roy honore M. le Marquis de Feuquieres
d'une Place de Confeiller
d'Etat d'épée, comme il avoit fait
M. le Duc de Vitry. Plufieursparticularitezfur
cefujet, 214
Maifon de Valbelle,
219
Air noté, ™* 224
Air de M. de la Tour, 229-
Second Air noté, 230
Mois paßé,
234
Diverfes Bxplications de l'Enigme du
Rondeau fur l'Enigme du dixieme
* Volume du Mercure, 236
Explication de la mefme Enigme, 139
Enigme,
Autre Enigme,
Enigme en Figure,
242
349246
ibid.
Le Roy donne l'Abbaye du Mont
TABLET
>S. Quentin à M.Courtin, 248
Sa Majesté nommé à l'Abbaye de
Marcheroux le Pere Charton de la
Kerriere, Va 250
L'Abbaye de Charonne eft donnée d
Madame le Maiftre Abbeffe de
-Grandchamp ,
Mort du Duc de la Force,
Mart de M «dam: d: Sablé,-
25t
253
255
Mort de Madame la Ducheffe de la
Viewville, 259
Mort de Madame la Comteffe de Drabec,
Articles de Guerr?,
261
263
Depart de M.le Duc de la Feuillade,
267
268
Diverfes Charges données par Sa Majefté,
Ce qui s'eft passé à la publication des
Lettres de M. le Chancelier,
Vers de Madame de Villedien, 277
Anagramme fur le Nom de Mademoifelle,
273
1281
M. de Zuglichem & M. Huguens, »
428451
TABLE .
"Mariage de Mademoiselle de S.Aigran
avec M. le Marquis de Livry,
285
Livres nouveaux, 290
Divertiffemens donnez & promis au
Public, 291
Noms des nouveaux Officiers Generaux,
278
Bal chezM. 'Evefque de Strasbourg,
14299
LaPiele Pinçon , Fable,
Fin de la Table.
зол
2
3.

MERCURE
GALANT
E vous en ay déja
priée, Madame, faites
moy la grace de m'épargner
; & fi vous me
voulez perfuader que les
dix Lettres que vous avez
reçeuës de moy vous ont
donné autant de fatisfac
Fanvier. A
2 MERCVRE
tion que vous m'en témoignez
, oubliez la part que
j'y puis avoir , & ne vous
attachez qu'à la matiere.
Il eft certain, à la bien examiner,
que la Poſterité aura
peine à croire tout ce
que ces dix Lettres contiennent.
Elles renferment
les Nouvelles de
l'Année 1677. & les grandes
chofes qui s'y font faites
ne trouveront point de
croyance dans les Siecles à
venir, parce que les Siecles
paffez n'ont rien produit de
lemblable
. En effet, on
GALANT.
ne peut vanter la prife de
Troye , qu'on ne fe fou
vienne qu'elle a coûté dix
années de Siege aux Héros
de l'Antiquité. Voyez les
Romains. Ce n'a eſté qu'apres
un fort long temps
qu'ils fe font rendus maî
tres de Cartage ; & comme
la plus grande partie de la
Terre eftoit fous leur Do
mination , quand ils ont
fait des Conqueftes confiderables
, leurs Armées eftoient
remplies de mille
Nations fubjuguées qui
leur aidoient à vaincre les
A ij
4 MERCVRE
autres , mais depuis nos
dernieresGuerres, pendant
lefquelles nous avons ré
duit des Places qui paroif
foient prefque imprena
bles , nous pouvons dire
que la France n'a vaincu
qu'avec la France , & que
nous l'avons veuë triompher
tout à la fois d'un Empereur
puiffant par des
Royaumes Hereditaires ;
d'un Empire redoutable
par un nombre infiny de
Souverains , d'un Roy
d'Espagne craint dans les th
deux Mondes, & qui comGALANT.
S
pte des Sujets prefque par
tout , d'une Republique
qui a eu la vanité de fe croire
affez floriffante pour
pouvoir devenir l'Arbitre
des Rois ; & de quantité
d'autres Puiffances que la
jaloufie tient encor prefentement
liguées contre
nous. C'eft dans l'année
où le Roy a eu les forces de
tánt de Princes fur les bras,
qu'il a fait les choſes les
plus étonnantes , & que la
Victoire s'eft rendue infé
parable de fes Armes dans
tous les lieux où l'on a dé
A iij
6 MERCVRE
ployé fes Etendarts . Nous
l'avons veu partir en Fevrier
, & emporter en peu
de jours des Places beaucoup
plus fortes que celles
qui coûtoient autrefois des
années. Sa prefence femble
avoir fait tomber les
Murs de Valenciennes.
Cambray n'a pû refifter, fa
Citadelle s'eft rendue. Les
Plaines de Caffel déja celebres
par les Victoires de
deux Philippes
, ont rougy
prefque auffi-toft du fang
de nos Ennemis , & leur
Défaite a réduit S.Omer à
GALANT : 7
>
ouvrir fes Portes . Dans ce
mefme temps les Armes
de France triomphoient à
deux mille lieues de là , &
nous prenions la Cayenne
aux Hollandois . C'eſt dans
cette mefme année quenos
François ſe font rendus
mailtres de la Scalete, & de
plufieurs autres Poftes de
Sicile , qu'ils ont défait en
Catalogne toutes les forces
d'Eſpagne ramaffées de ce
cofté-là, qu'ils ont fait le.
ver le Siege de Charleroy,
étably des Contributions
en cent lieux qui n'en a-
A iiij
8 MERCVRE
voient jamais payé, détruit
la grande Armée de l'Empereur,
de l'Empire & des
autres Alliez , repouffé au
delà du Rhin le Prince de
Saxe -Eyfenach , batu en
fuite & enfermé le mefme
Prince dans une Ifle, triomphé
à la Journée de Cokberg
de l'Elite des Troupes
de l'Empereur , pris Fribourg
& Valkrik dans fes
propres Terres, fait repaſfer
le Rhin & quiter les
Quartiers d'Hyver à toute
fon Armée contrainte d'abandonner
les Poftes qu'-
GALANT. 9
elle occupoit fur la Sarre ;
& cela, dans un temps de
neiges & de gelée , & tandis
que nous achevions nos
Conqueftes en Flandre par
la prife de S. Guilain. Ce
dénombrement eft fi grand
qu'il ne paroiftprefque pas
croyable au bout de l'année
à ceux- mefmes qui ont tout
fçeu , tout veu & tout execute
; & comment l'avenir
en croira-t-il nos Hiftoires,
s'il examine le peu de
temps , laforce des Places,
& le nombre des Ennemis?
Il faut fe taire, admirer , &
10 MERCVRE
ya
s'étonner . Vous avez tou
tes ces merveilles dans les
dix Lettres qui font enfin
une Année entière de ce
Mercure que le Public a ſt
favorablement reçeu .Vous
avez les meilleurs Ouvrages
qui fe foient faits làdeffus,
& la plupart des Harangues
dans lefquelles on
a tâché de peindre ce quine
peut jamais eftre que foiblement
ébauché. Je ne
fuis point furpris que vous
vous foyez fait un plaiſir
d'apprendre les particularitez
de tant d'actions éton
GALANT. I
nantes , puis que nos Ennemis
melmes qui lifent le
Mercure , font affez juftes
pour ne refuſer pas leur admiration
au Roy apres les
Prodiges de cette Campagne
, tant il eft vray que
ce grand Prince eft au
deffus mefme de l'Envie.
Comme fon exemple n'a
pû rien infpirer que d'extraordinaire
à tant de Braves
qui ne reſpirent que
pour la gloire, j'ay tâche de
rendre juftice à tout le
monde , en n'oubliant aucun
de ceux qui ont eu l'a12
MERCVRE
vantage de fe diftinguer.
En cela je n'ay eu égard
qu'au merite, & n'ay point
regardé s'ils eſtoient du
premier rang. Un fimple
Soldat peut monter aux
plus hauts degrez où la Valeur
ait droit de pretendre,
& je me fuis d'autant plus
attaché à mettre les belles
Actions de quelques Parti
culiers dans leur jour , que
celles des Perfonnes d'une
naiſſance élevée ne demeurent
jamais inconnuës . Si
ceux qui ont les grands em
plois dans les Armées agif,
GALANT. 13
E
1
fent en mefme temps & de
la tefte & du coeur, ce font
les autres qui executent, &
j'ay crû qu'ils fouffriroient
volontiers que des Braves
qui les ont fuivis dans le
Combat , fuſſent placez
apres eux dans le Mercure.
Ce n'eftpasque malgré tou
te l'exactitude qu'on puiffe
avoir à recueillir tour ce
quife paffe de plus éclatant
dans ces Occafions impor
rantes qui donnent de la
curiofité à tout le monde,
il n'échape toûjours quel
ques Actions qui meri14
MERCVRE
teroient d'eftre publiées;
mais c'eft la faute de ceux
qui les font , ou plutoſt dė
leurs Amis, qui voyant des
Braves fi modeftes devroient
avoir foin de leur
gloire, & envoyer le Détail
de ce qui fait honneur à la
France , & dont on ne peut
priver la Pofterité fans injuftice
. Je vous ay fait tous
les Mois d'affez longs Arti
cles de Guerre , cependant
vous n'avezpoint tout fçeu,
& ce fera peut - eftre vous
dire aujourd'huy quelque
chofe que vous ignorez,
GALANT. IS
que de vous apprendre que
parmy ce grand nombre de
Volontaires qui partirent
de Paris & de la Cour, avec
toute la diligence poffible,
pour fe jetter dans Charleroy
, ou demeurer dans
nos Troupes en cas qu'il y
euft Combat , Monfieur le
le Duc de Lefdiguieres fut
des plus ardens. Són extrême
valeur eft connuë, &
l'épreuve que les Hollan
dois en ont faite leur a coû
té cher. Vous pouvez m'ac
cufer de la mefme forte de
n'avoir pas efté tout-à-fair
16 MERCVRE
exact dans la Relation que
ma derniere Lettre vous a
fait voir du Siege de S. Guilain
; je puis pourtant affurer
que les recherches
que j'en ay faites, ont efté
extraordinaires . Perfonne
n'en avoit aucun Détail entier
à Paris, on s'eftoit excufé
là - deffus de le donner
au Public , & il me l'a fallu
ramaffer de divers endroits;
mais quoy que je vous l'aye
envoyé avec des circonf
tances plus veritables
toutes celles d'aucun Siege
dont je vous aye encor par
que
GALANT. 17
lé, il ne m'a pas efté poffi
ble d'apprendre
lesActions
particulieres
de tous ceux
qui s'yfont diftinguez
. Je.
me fouviens
de vous avoir
dit que Monfieur
le Comte
de Tonnerre
, Aîné de cette
Illuftre Maiſon, y avoit efté
bleffé , mais je ne vous ay
pas marqué que ce fut en fe
jettant le premier
dans le
Foffé, où il reçeut un coup
de Moufquet
dont il eut la
jouë percée. Il eſt jeune,
bien fait , & a autant d'ef
prit que de coeur. Pendant
qu'on eftoit occupé au Sie-
Fanvier.
B
18 MERCVRE
ge de cette Place , M le
Chevalier de Bezons , Fils
du Confeiller d'Eftat de ce
nom , fit une Action d'une
affez grande vigueur. Seize
cens Chevaux des Ennemis
ayant voulu paffer la Lis
pour entrer dans la Chaſtellenie
de Lile, il les repouffa
avec huit cens Hommes,
eut fon Cheval tué fous luy,
& emporta l'avantage d'avoir
fait avorter leurs def
feins. Il femble qu'il ne
pouvoit avoir un moindre
fuccés dans un temps où
les François ont fait voir
GALANT. 19
des prodiges de tous cof
tez. Les Romains donnoient
autrefois le nom de
leurs Empereurs aux Années
remarquables par des
Conqueftes extraordinai
res, mais celle qui vient de
finir devroit eftre appellée
avec bien plus de raiſon
l'Année de Louis LE
GRAND. Ne croyez pas,
Madame , qu'elle n'ait
point tiré vanité de tout ce
qui s'eft fait d'heroïque
pendant fon cours. Ecoutez
ce qu'elle en dit à l'Année
qui luy fuccede . Le
Bij
20 MERCVRE
mefme qui a donné la pa
role aux Fleurs pour répondre
à Madame des Hou
lieres, a pris foin de la faire
parler de la maniere que
vous allez entendre . Il s'apelle
M' de Roux, & je vous
ay déja marqué qu'il eſt
Provençal.
GALANT. 21
2525252525252 $25
L'ANNEE
M. DC. LXXVII .
A L'ANNEE
M. DC. LXXVIII .
É GrädLoüis , Maiftre
de la Victoire,
Ayant comblémes jours
de bonheur de gloira,
Le me trouve à regret àlafin de mon
cours .
Soyez, no uvelle Année, encor plus
glorieufe,
Soyezencor, s'il se peut, plus heureufe.
Ie vous laiffe tous mes defirs,
22 MERCVRE
Avecque mes derniersfoûpirs:
Fiere d'avoir tant veu d'Altions
martiales,
Tant veu deprogrès éclatans,
Je vaypredreplace aux Annales,
Et braver l'orgueil des vieux
Temps.
Les premiers Heros de la Terre,
D'un courage pareil ne faifoient
point la guerre.
Ilfembleque Loüis des plus rudes
travaux
Faffe fa gloire&fon repos.
Mon Hyverfut d'abordtémoin de
fa vaillance,
"
Ses Lys dans mon Printemps remplirent
tout d'effroy,
Mon Efté vit l'effet des foins de ce
Grand Roy,
Et mon Automne enfin lesfruits de
fa prudence.
GALANT 23
Par tout, donnant l'exemple àfes
nobles Guerriers,
Ce Héros en tout temps a cüeilly
des Lauriers.
Ses Armes ont couru de Victoire en
Victoire,
Siecles qui mefuivrez, le pourrezvous
bien croire?
Demy-Lunes, Foffez, Murs , Forts,
Retranchemens,
Ne coûtoietquequelques momés..
Cambrayfeul& Valencienne,
Terniffent la valeur & la gloire
ancienne;
L'orgueilleux Saint Omer , les
Plaines de Caffel,
Dufuperbe Fribourg la defence
abatuë,
Charleroy , Saint Guilain , une
Flote batue,
Mefont un honneur eternel.
24 MERCVRE
Avec ce qui s'est fait de grand, de
difficile,
EnCatalogne, àCayëne, énSicile,
Toutmon cours eft remply de hauts
faits diferens.
L'ordre du temps me preſſe , adieu
nouvelle Année.
Le Ciel vous afans doute deftinée
Avoir encor des miracles plus
grands.
Vous jugez bien, Madame,
que c'eft l'Année Françoife
que M' de Roux a fait
parler, c'eft à dire une Anmée
qui ne s'intereffe qu'à
ce qui regarde la grandeur
du Roy. Elle eft bien cer
taine de ne fe point tromper
GALANT 25
per dans ce qu'elle promet
à l'Année qui la fuit, quand
elle affure qu'elle eſt deſtinée
à voir encor de plus
grandes chofes qu'elle n'en
a veu . Il fuffit que cet
Incomparable Monarque
veüille entreprendre pour
fe répondre d'une nouvelle
Victoire , & il nous a tellement
accouftumez aux
Conqueftes , que fi on admire
toûjours celles qu'il
fait , on ceffe prefque de
s'en étonner. C'eſt une
penfée de M' de la Monnoye.
Voyez le tour ſpiri-
Fanvier.
C
26 MERCVRE
7
tuel qu'il luy donne dans
ce Sonnet.
AUROY,
T
SONNET.
Out refonne, Grad Roy,
du bruit de tes progrés
Tun'aspointd Ennemis
que ton bras ne chatie,
Etmalgré les Ramparts , les Digues ,
les Marais,
Ta genereufe ardeur n'est jamais
rallentie.
S&
Les plus braves Guerriers , fi-toft
que tu parais ,
N'oferoient de leurs Forts tenter
une Sortie,
GALANT. 27
Laprife à ton afpectfuit l'attaque
de prés,
Et la Place eft conquife auli toft
qu'inveftie.
S&
C'est peu qu'avoirforcé trois Villes
en unmois,
Tu veux nous étonner par de nouveaux
Exploits,
Mais fans nous étonner tu peux
tout entreprendre.
$2
Que ne devons- nous pas attendre
de ton coeur?
Il faudroit , Grand Héros , pour
nouspouvoirfurprendre,
Que tu puffes combatre, & n'eftre
pas Vainqueur.
Voila de fameux exemples
pour noftre Illuftre
C₁ij
28 MERCVRE
Dauphin. On ne peut fe
préparer à les fuivre avec
plus d'ardeur qu'en fait pa
roiftre ce jeune Prince.
L'adreffe & la force qui le
font tous les jours admirer
dans fes Exercices en font
des marques. Un je ne fçay
quel feu martial qui brille
déja dans les yeux , & qui
ne diminuë rien de la douceur
de fes traits ', répond
parfaitement à ce que fon
heureuſe naiffance nous en
fait attendre , & c'eſt avec
beaucoup de juftice que
M' Lelleron Avocat à ProGALANT.
29
vins a dit dans le Rondeau
que je vous envoye.
3252525252525253
POUR MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN,
RONDEAU.
'Eft le Dauphin que la
gloire feconde,
Son Caur eftgrand , fa
Sageffe profonde,
Il eft doué d'un Efprit merveilleux,
Il eft de taille égale aux Demy-
Dieux,
Etfon vifuge en agrémens abonde.
Ciij
30 MERCVRE
25
Dans fes regards , fans que rienfe
confonde,
Cupidon rit pendant que Marsy
gronde ;
Etfiquelqu'un les accorde tousdeux
C'est le Dauphin.
25
Le Dieu du Lour nefort jamais de
l'onde
Qu'en l'admirant fous fa Perruque
blonde,
Il ne s'écrie ; O Chef d'oeuvre des
Cieux,
Apres Louis ce qui charme mes
yeux,
Et lefecond miracle de cemonde,
C'eft le Dauphin,
On a bien raifon de
foûtenir que le Roy eft la
GALANT. 31
Son
premiere des merveilles
qu'on y peut voir.
grand air & fa bonne mine
le font tellement diftinguer,
qu'il doit moins à l'é
levation de fon rang, qu'aux
avantages de fa Perfonne ,
les regards qui s'attachent
continuellement
fur luy.
On ne pouvoit affez l'admirer
le premier Jour de l'Année
. il eftoit au milieu des
Chevaliers de fes Ordres ;
& s'il efface en Habit de
Cavalier tous ceux qui ont
jamais eu la mine guerriere
, on peut dire qu'on
C iiij
32 MERCVRE
n'a jamais rien veu de fi majeftueux
en Habit à manteau.
Il en avoit un écla
tant , magnifique & modefte
tout enſemble; & de
quelque maniere qu'il foit ,
il ne paroift pas moins
Roy par ce que toute fa
Perfonne marque de grand,
qu'il l'eft veritablemement
par fa naiffance. Les Li
vrées neuves de fa Maifon
parurent ce mefme jour
dans un éclat admirable.
Quoy que ce ne foit qu'une
dépenfe ordinaire , elle
tiendroit lieu de grandes
GALANT. 33
magnificences dans d'autres
Cours ; & il eft fi vray
que les Livrées paffent par
tout pour un ornement
tres confiderable
, qu'on
ne fait jamais aucune Relation
d'Entrées publique
fans les marquer. Le nom
bre de celles de la Maiſon
du Roy eft fi grand, qu'une
infinité de Perſonnes qui
ont voyagé affurent qu'il a
plus de Pages & de Valets
de pied , qu'on ne trouve
ailleurs d'Officiers couchez
fur l'Etat des plus grands
Monarques de l'Europe. II.
34 MERCVRE
ya déja quelque temps que
ces Livrées demeurant toû
jours les mefmes pour la
couleur, changent d'année
en année pour ce qui en
fait les affortimens . Depuis
que ce changement eſt étably
, le magnifique s'y eſt
toûjours trouvé de plus en
plus. Il ne faut point s'en
étonner , les chofes fe font
avec tant d'ordre & tant de
prudence dans la Maiſon
du Roy, qu'on n'y a jamais
rien veu qui ait pu faire remarquer:
un moment que
la France ait efté en guerre,
GALANT 35
quoy qu'elle ait des Ennemis
prefque de tous coſtez
à foutenir.
L'Année ayant recommencé
comme dans la plus
profonde Paix , & tout ce
qui peut marquer la grandeur
de noftre Monarque
ayant paru à l'ordinaire ,
cette mefme année a conti
nué par quatreOpéra qu'on
reprefente alternativement
à S.Germain pour
tiffement de Leurs Majef
tez . Quoy qu'ils n'yfoient
pas nouveaux , on n'a pas
laiffé de faire de nouvelles
le Diver36
MERCVRE
dépenfes pour tout ce qui
fert à les repreſenter. Rien
n'a eſté épargné pour la
beauté des Décorations,
les Habits y font auffi bien
entendus que magnifiques,
& ces grands Spectacles
en ont reçeu
veilleux agrémens.
Tandis que nous fomde
mermes
fur l'article de la dépenfe
, je ne dois pas oublier
à vous dire que M' de
Bartillat eftrentré dans l'exercice
de la Charge de
Garde du Trefor Royal,
dont il eftoit forty pour traGALANT.
37
vailler plus facilement à
rendre fes comptes . Il avoit
efté Treforier de la Maiſon
de la Reyne Mere , & fort
eltimé de cette Princeffe.
Il me fouvient, Madame,
quand je vous parlay ily a
quelques mois de l'Obelifque
de la Ville d'Arles, que
vous me fiftes les plaintes
de vos Amies qui ne fe
trouvoient point aſſez éclaircies
fur cette matiere,
& qui auroient voulu voir
l'Eſtampe qui en avoit eſté
prefentée au Roy. Je vay
les fatisfaire fur ces deux
38 MERCVRE
points, ou plutoft elles peu
vent fe fatisfaire elles-mefmes
fur le premier en confiderant
la figure de cet
Obelifque que j'ay pris
foin de faire graver icy .
Comme c'eſt une chofe qui
regarde la gloire de noftre
Incomparable Monarque,
je fuis bien aife de commencer
par là les Embelliffemens
dont le Mercure
peut - eftre capable . On
concevra mieux par l'Infpection
de cette Figure, de
quelle beauté l'Obelifque
d'Arles peut eftre dans une
P
e

GALANT. 39
Place publique. Je vous
en ay déja marqué la hauteur,
qui eft de cinquantedeux
pieds , & fa baſe de
fept pieds de diametre tout
d'une piece. Vous jugez
bien qu'en le voyant élevé
on doit voir quelque chofe
qui contente fort la veuë.
Pour ce qui regarde la nature
de l'Obelifque, qui eft
une espece de Pyramide, il
faut vous dire avec les Geometres,
que c'eft une figure
folide, dont la bafe eft contenuepar
des triangles affis
fur un mefme plan, qui s'é40
MERCVRE
levent à un point qui leur
eft commun. Il y en a de
deux fortes , l'une eft large
& l'autre aiguë. La Pyra
mide large eft celle dont la
hauteur eft pareille à peu
pres à la largeur d'un des
coftez de fa baſe , telle que
font celles d'Egypte fi renommées
dans les Hiftoires,
& que l'on admire encor
aujourd'huy comme
une des merveilles du monde.
On les faifoit ainfilarges
, à caufe qu'eftant def.
tinées aux Sepulchres des
Roys , il falloit qu'il y euft
GALANT. 41
des voûtes au dedans ; outre
qu'eftant baſties de
cette proportion , l'Edifice
en devoit eftre bien plus
durable. Cette Figure mef
me avoit quelque chofe de
myfterieux ; & comme ces
Peuples renfermoient toutes
leurs Veritez fous des
Hyerogliphes , c'eſtoit par
là qu'ils avoient voulu nous
donner celuy de la Vie humaine,
dont le commencement
eftoit repreſenté par
la baſe , comme fa fin l'ef
toit par la pointe. La Pyra- ›
mide aiguë eft celle dont
Fanvier.
D
1
42 MERCVRE
j'ay à vous parler. Elle doit
avoir pour le moins de hauteur
quatre fois un des côtez
de la baſe pour eftre
dans fes juftes dimenfions ;
& celle -cy par l'inftitution
des Egyptiens , & par l'ufage
des Peuples , s'appelle
proprement
C'eft un mot qui fignifie
Rayon en langageEgyptien
,
parce qu'on les confacroit
ordinairement au Soleil
que ces Peuples adoroient;
& ce fut par cette raiſon
que les premiers furent élevez
à fa gloire dans la Ville
Obelifque .
GALANT. 43
d'Heliopolis, qui veut dire
Cité du Soleil . Ces fortes
deMonumens eftoient auffi
quelquefois deftinez pour
immortalifer la memoire
des Perfonnes extraordi
naires , & c'eftoit par leur
figure haute & fublime
qu'on pretendoit laiſſer à la
Pofterité
une plus grande
idée de l'élevation de leur
gloire. C'eft ainfi ( qu'au
rapport de Pline ) le Roy
Ptolomée Philadelphe
en .
fit élever un à l'honneur de
la Reyne Arfinoë fa Soeur
& fa Femme tout enfem-
Dij
44 MERCVRE
ble. Il avoit quatre-vingts
coudées de hauteur. Ön
s'en fervoit auffi comme
d'un monument eternel
que l'on confacroit à la
gloire des Conquerans apres
une fignalée Victoire ;
& c'eft de cette façon que
Tacite dit qu'apres la fanglante
Bataille qui fe donna
entre l'Elbe & le Rhin ,
dans laquelle Germanicus
défit entierement lesEnnemis
des Romains , il en fut
dreffé un à la gloire du
Vainqueur qui portoit ce
fuperbe Titre.
GALANT. 45
Des dépouilles des Nations
Qui habitent entre l'Elbe & le
Rhin,
L'Armée de l'Empereur Tybere
Aconfacrèce Monument à Mars,
à Iupiter & à Augufte.
Tous ces exemples juftifient
affez que la Ville d'Arles
ne pouvoit faire un plus
noble & plus digne ufage
de celuy que la Fortune luy
a voulu découvrir , apres l'avoir
tenu caché durant tant
de Siecles , que de l'élever
comme elle a fait à la gloire
de noftre Invincible Monarque
; & vous trouverez
46 MERCVRE
mefme que ç'a efté une
penfée fort heureuſe , que
fans s'éloigner de la coûtume
des Peuples qui confacroient
ces fortes de Monumens
au Soleil , elle ait
pris foin d'ériger celuy- cy
au Roy fous la Figure de ce
bel Aftre qu'il a choify
pour Devife, & qui eft fon
veritable Symbole . Enverité
, Madame , il femble
qu'il y ait quelque chofe de
myfterieux & qui tient mefme
du prodige, en tout ce
qui regarde la gloire de
noftre Prince. Faites-y reine.
e
1.

GALANT. 47
flexion , je vous prie. Cet
Obelifque eft venu d'Egypte,
auffi bien que ceux
que l'on voit à Rome. Tous
les autres font remplis de
Caracteres hyeroglifiques,
& celuy-cy eft demeuré
tout nud & tout uny , comme
fi par une heureuſe fatalité
il euft efté refervé
pour y graver les Victoires
& les Conqueftes de Loüis
LE GRAND .
Je ne puis
m'empefcher de vous repeter
icy les trois derniers.
Vers d'un Sonnet de M
Roubin , dont je vous fis
48 MERCVRE
part le mois d'Aouſt paſſé,
& qui expriment admirablement
cette penfée. Il dit
au Roy en parlant de l'Obelifque
d'Arles.
Il fembleque les ans ne l'ont tant
respecté,
Qu'afin de preparer une Table
d'attente
Pour y graver ton Nora à là
Pofterité.
Je n'ay pas oublié que
vous vous plaignîtes en ce
temps-là que j'avois fupprimé
les Inſcriptions qui
devoient eftre gravées aux
quatre faces du Piedeſtal .
Je
GALANT. 49
le fis parce qu'elles ef
toient Latines ; mais afin
que vous ne perdiez rien ,
en voicy quatre Françoifes
que Meffieurs de l'Acadé
mie d'Arles avoient jugées
dignes d'y eftre miles , &
qu'on y verroit aujour
dhuy fi on n'euft jugé à
propos de préferer une
Langue qui ne fçauroit
plus changer.
I. INSCRIPTION.
Tandis que Louis Le Grand
Chaftigit les Hollandois,
Qu'il vainquoit les Belges, les Efpag
gn ols , & les Allemans;
Janvier.
E
go NK
Y
Qu'il battoit par tout les Ennemis,
Qu'il les mettoit en fuite, qu'il diffi
poit leurs Armées,
Afin que rien ne fe taife
Parmy ce grand bruit d'Armes , de
Victoires & de Triomphes ,
On a trouvé l'art de faire parler les
Pierres,
L'AcademieRoyale d'Arles leurprête
des paroles;
Que la Pofterité le fcache,
Cette Illuftre Ville
Selon la couftume des Egyptiens qui
dédioient des Monumens au Soleil,
A confacré cet Obelifque
Au Soleil de la France.
11..INSCRIPTION.
A Immortelle Memoire
De LoüiS LE GRAND,
Toûjours Conquérant , toûjours
Invincible.
La Terreur de fes Ennemis , l'Appuy
de fes Alliez,
GALANT 51
Le Soûtien de la Religion,
Le Pere du Peuple,
L'Amour & les Delices de la France;
Cet augufteMonument aefté dretle
Pour inftruire la Pofterité
De la gloire & de la felicité de ſon
Regne.
Ro!
111 INSCRIPTION.
Par le zele & les foins
De tres - noble & tres- illuftré,
François de Boche,
M.Romany, A.Agar , & Jean Maure
Confuls de la Ville d'Arles,
Ce fuperbe & majeftueux Obelifque,
Refte précieux de la grandeur des
Romains,
'Apres avoir efté enfevely dás laTerre
L'efpace de feize Siecles ,
A efté élevé dans cette Place publique
Al'honneur de Louis LE GRAND,
Et à l'honneur de la Patrie,
L'an mil fix cens foixante & feize.
E ij
52 MEROVRE
IV. INSCRIPtion.
Arrefte Pallant
Et confidere cet Obelifque, G
Il est élevé à l'honneur de Louis
LE GRAND ,
Le plus aimé, & le plus aimable Roy
de la Terre.
Meſure par fa hauteur qui aboutit au
Soleil,
La fublimité de la gloire de cet Augufte
Monarque.
Juge de fon Immortalité,
Par la durée de ce Monument,
Quefeize Siecles n'ont pû détruire,
Et confefle en mefine temps
Que la Ville d'Arles
Ne pouvoit donner à fon Roy
Une marque de fon zele, de fa veneration
& de fon amour,
Ny plusgrande , ny plus durable.
Comme les Infcriptions
GALANT 53
confervent la memoire de
ce quife paffe de plus grand
au monde , on en devroit
faire pour toutes les actions
heroïques qui meritent un
long fouvenir. Je mets de
ce nombre la Retraite de
l'admirable Perfonne dont
vous me parlez. Il n'y a
rien de plus vray que cette
Retraite , & pour ne vous
laiffer rien ignorer des motifs
qui l'ont portée à ſe
mettre dans un Couvent,
il eft bon que je vous apprenne
en peu de mots ce
qui a precedé le Veuvage
E ij
54 MERCVRE
qui luy en a fait prendre la
réfolution . Vous ſçavez,
Madame, qu'elle eft d'une
des meilleures Maifons de
1
Normandie , & tres bien
alliée dans cette Province .
Elle y avoit efté élevée
Fille avec tous les foins
qu'on peut avoir d'une Heritiere
à laquelle une Succeffion
fort confidérable
ne fçauroit manquer. C'eſt
affurément beaucoup queftre
riche & de naiſſance,
pour s'attirer force Protef
tans ; mais quand elle n'auroit
point eu ces avantages,
GALANT 55
fon merite auroit fuffy pour
la faire aimer. C'eft Peu de
dire qu'on ne pouvoit decouvrir
en elle aucune mau
F
vaife qualité, elle avoit toutes
celles qu'on peut fouhaiter
dans une Perfonne
toute accomplie. Elle ef
toit belle fans fierté, civile
fans abaiffement, fpirituel
le fans affectation , complaifante
fans contrainte,
& il y avoit un je ne feay
quel charme de douceur
répandu dans toutes fes
manieres , qui touchoit le
coeur dés qu'on la voyoit.
E iij
96 MERCVRE
Vousjugez bien, Madame ,
que la Cour fut groffe en
peu de temps. Son Pere ef
foit un vieux Gentilhom.
me qui avoit toûjours tenu
fa Maifon ouverte à toute
la Nobleffe des environs;
& fa Fille ne fut pas plutoft
en âge d'eftre mariée, qu'il
reçeut plus de vifites que
jamais. Il l'aimoit tendrement
, elle eftoit unique,
& ayant du bien, il réſolut
de ne s'en défaire que pour
un Party qui l'élevaft. La
Belle qui toute charmante
qu'elle eftoit , avoit encor
GALANT. 57
plus de vértu que de beauté,
regloit fes fentimens fur
ceux de fon Pere , & recevant
civilement tous les
Prétendans, elle attendoit
qu'il choifift pour elle , &
gardoit l'entiere liberté de
fon coeur. Cependant com
me il y a de la fatalité en
toute chofe , & plus en a
mour qu'en aucune un
jeune Marquis , qui avoit
affez de naiffance pour en
prendre le titre , & trop
peu de bien pour en fou
tenir avantageufement la
qualité , vint paffer l'Au

>
58 MERCVRE
tomne dans uneTerre qu'il
avoit , voifine de celle du
vieux Gentilhomme . Ilfur
bientoft informé du bruit
que faifoit fon aimable
Fille , qu'il n'avoit point
veuë depuis quatre ou cinq
ans qu'il s'eftoit attaché à
la Cour. Il avoit un de ces
airs qui frapent d'abord.
Rien n'eftoit plus engageant
que fon entretien,
& tout ce qu'il difoit marquoit
un efprit fi bien
tourné, qu'il eftoit difficile
de le connoiftre fans l'ef
timer. Il vit la Belle , la
GALANT. 19
Belle le vit , & s'il fut charmé
d'elle prefque auffitoft
qu'il luy eut parlé , elle
fentit apres quelques converfations
, que file choix
de fon Pere tomboit fur
luy, elle n'auroit pas befoin
de faire violence à fon
2
coeur pour l'y foûmettre.
Ainfi foit que cette premiere
impreffion one luy
paruft pas affez dangereufe
pour s'y devoir oppofer,
foit qu'il luy fut impoffible
de faire autrement, elle
n'ufa d'aucune précaution
contre le plaifir que luy
60 MERCVRE
donnoient ſes viſites , &
ayant pour luy une civilité
ouverte , elle ne prit pas
garde que la réfolution où
elle demeuroit de vouloir
en Fille bien née tout ce
qu'on jugeroit à propos
qu'elle vouluft , ne la depas
d'un engage
fendoit
A
ment fecret qu'elle ne le
roit pas toûjours en pou
voir de vaincre. Le Marquis
de fon cofté devint
éperduement amoureux de
cette belle Perfonne , mais
connoiffant que le Pere ne
fe refoudroit à s'en priver
GALANT. 61
que pour un établiſſement
confidérable
, il cacha fa
paffion par la crainte d'eſtre
banny , & tâcha feulement
de fe rendre agreable
à l'un & à l'autre par fes
foins,fans trop raifonnerfur
le peu d'apparence
qu'il y
avoit qu'on le miſt en concurrence
avec quantité
de
Partys avantageux
qui fe
preſentoient
. Il réüflit aupres
de la Fille, qui de jour
en jour fentoit redoubler
l'eftime
qu'elle
avoit pour
luy. Cet avantage
l'auroit
fort confolé
de ce qu'il fou62
MERCVRE
froit, s'il luy euſt eſté connu
; mais la Belle eftoit fi
refervée avec luy fur fes
fentimens , que comme il
n'ofoit s'expliquer de fon
amour que par fes regards,
il ne pût rien découvrir de
ce panchant favorable qui
luy donnoit fes voeux en
fecret. Les chofes eftoient
en cet état, quand unAmy
d'importance que le Marquis
avoit à la Cour le vint
furprendre inopinément.
C'eftoit un Comte des plus
qualifiez , bien fait de fa
Perfonne, & d'une converGALANT
63
fation affez aifée pour n'ennuyer
pas. Il avoit grand
équipage, & du bien à proportion
de la dépenfe qu'il
faifoit. Le
Marquis que la
civilité & l'amitié engageoient
à l'arreſter chez
luy quelques jours , n'ou
-blia rien de ce qu'il crût
capable de le divertir , &
apres une Partie de Chaffe
qui fe fit dés le lendemain ,
il le mena difner chez le
vieux Gentilhomme fon
voifin , fans luy parler ny
de la beauté de fa Fille, ny
de l'amour qu'il avoit pour
€4 MERCVRE
elle. Jamais furpriſe nefut
pareille à celle du Comte.
Il la trouva la plus belle
Perfonne qu'il cuft jamais
veuë, & apres l'avoir entre
tenue quelque temps , il
fut fi fort enchanté de fon
efprit, qu'il avoua que tout
ce qui merite d'eftre ad
mire n'eft pas renfermé
toûjours à la Cour. Il fortit
avec une je ne fçay quelle
refverie inquiete , dont il
plaifanta le foir avec fon
Amy , mais une feconde
vifite qu'il eut impatiente
de rendre le fit devenir plus
GALANT 65
férieux. Plus il vit, plus il
fut touché. Il parla, fe déclara
, & comme il eftoit
riche , & de fort grande
qualité, vous pouvez croire
que le Pere ne balança pas
fur cette Alliance. La Belle
obeit , & ne le pût faire
fans foûpirer en fecret pour
le Marquis , dont elle ne
doutoit point qu'elle ne
fuft fortement aimée. Il
fut témoin de ce Mariage,
& le fut avec une douleur
d'autant plus cruelle , que
maille railons l'obligeoient
à la cacher. Auffi n'ypût-il
Fanvier.
F
66 MERCVRE
refifter longtemps. Il tom
ba dangereufement malade
, & le Comte qui brûloit
d'envie de faire voir à
la Cour l'aimable Perfonne
qu'il avoit époufée, ne voulut
point s'éloigner qu'il ne
Peuft veu tout- à - fait hors
de péril . Il ne le quitoit
prefque jamais , & menoit
quelquefois chez luy la
jeune Comteffe , qui n'eut
pas de peine à deviner qu'-
elle eftoit la feule caufe de
fon mal. Ce n'eft pas qu'il
échapaft au Marquis la
moindre parole qui pust
GALANT. 67
6
fi
découvrir la paffion ; mais
fes yeux parloient , & la
Comteffe les avoit entendus
trop fouvent pour s'y
méprendre. Ces Illuftres
Mariez partirent. Le Mar-
› quis guérit, & n'eut pas
toft recouvré les forces,
qu'il quita la Province , &
fe rendit à la Cour. Le
Comte avoit lié une fi é
troitę amitié avec luy, que
depuis trois ou quatre ans
on les avoit prefque tou
jours veus inféparables
.
Ainfi fes viſites pûrent ef
tre fréquentes
à l'ordinai
F ij
68 MERCVRE
+
re , fans qu'elles cuffent
rien de fufpect. Il tâcha
inutilement de fe vaincre.
Tout ce qu'il pût obtenir,
ce fut de le taire. La Comreffe
eftoit toûjours ce qu'il
y avoit au monde de plus
aimable à fes yeux. 11
voyoit, il foufroit, & quoy
qu'il fe fentift confumer
par fa paffion , il aimoit
mieux foufrir , que de ne
point voir. La Comteffe
charmée de fon reſpect, en
redoubla fon eftime ; mais
comme elle avoit une vertu
fort délicate , ce redouble
GALANT. 69
ment d'eftime luy fit peur,
& fans vouloir penétrer de
quel principe partoit la pi
tié qu'elle avoit de fon
malheur , elle réfolut de
fuir tout ce qui pouvoit
l'entretenir
dans des fentimans
que la feverité de fon
devoir trouvoit condamnables.
Il n'y en avoit
point un plus feûr moyen
que de s'éloigner, Le
Comte avoit une affez bel
le Terre , en Languedoc,
elle le preffe de l'y mener.
Il difére, elle le perfécute,
porte fi haut les avan
&
70 MERCVRE
tages qu'il aura d'eftre dans
un Lieu où tout le monde
luy fera la Cour , qu'il fe
réfolut à la fatisfaire . Ils
partent, ils arrivent à cette
Terre, & c'eftapres
un peu
de fejour , que ne voyant
plus le Marquis , la Comteffe
commence
à s'appercevoir
qu'elle a plus fait
que de Feftimer. Labfence
n'efface point les impref
fions qu'elle
a crû perdre
en s'éloignant
, elle s'en
fait une honte, mais fa fcrupuleufe
vertu ne peut lemporter
fur le panchant
qui
GALANT. 771
4
%
la violente . Le Marquis luy
eft préfent à toute heure,
& plus elle tâche de l'oublier
, plus elle fe trouve
contrainte de penfer à luy.
Il n'eft pas dans un étatplus
heureux .
L'éloignement
de cette belle Perfonne le
defefpere . Il n'attend rien
d'elle , il eft mefme réfolu
de ne luy parler jamais de
fon amour , mais le plaifir
de la voir luy eft trop
fible pour en eftre toûjours
privé. Il écrit au Comte,
luy fait connoiftre que les
Affaires dont il luy a laiffé
fen72.
MERCVRE
le foin, veulent fa préfence,
& fçachant bien qu'il ne
viendra point fans fa Femme,
il envoye Lettres fur
Lettres, & ne fe laffe point
de preffer. Le Comte eft
preft de venir , fa Femme
trouve des raifons qui le
retiennent , l'Amant s'en
meurt de douleur , & ne
pouvant plus vivre ſeparé
de ce qu'il adore, il prend
le prétexte de quelque Af
faire difficile pour aller
confulter fon Amy. Jugez
de ce que foufre la Comteffe
en le revoyant . Elle
ne
GALANT·
ne craint rien pour
tu ; mais c'eft affez pour en
bleffer la délicateffe , qu'-
elle ait à fe reprocher un
fentiment
trop favorable
pour un Homme qu'il ne
luy fçauroit eftre permis
d'aimer. Dans ce fcrupule,
elle n'a point d'autre foin
que de fuir la veuë, tandis
qu'il cherche continuellement
à la voir. L'Affaire
qui a efté le prétexte du
voyage, eft miſe en délibe,
ration. Le Mary demeure
perfuadé qu'il la ruine , s'i
ne retourne à la Cour , &
73
fa ver-
Fanvier.
G
74 MERCVRE
fa Femme l'en détourne fi
fortement , qu'il eft quelques
jours fans prendre
party. Cependant il eftoit
vray qu'il hazardoit tout à
ne venir pas luy mefme
folliciter l'Affaire dont il
s'agiffoit. Ainfi il fe réfout
à partir , & un jour que le
Marquis apres s'eftre laffé
à fe promener longtemps
feul dans un Bois voifin,
s'eftoit venu enfermer dans
un Cabinet où il y avoit un
Lit de repos , le Comte entra
dans la Chambre de fa
Femme qu'une feule cloi
GALANT 75
ton
fon féparoit, & luy dit d'un
fi abfolu, qu'il vouloit
qu'elle fe préparaft à l'accompagner
à la Cour, qu'apres
avoir épuifé toutes
les raifons qu'elle avoit accoûtumé
de luy oppofer,
elle fe jette à fes genoux,
& le conjure par toute la
tendreffe qu'il luy a jamais
fait paroiftre , de trouver
bon qu'elle attende fon
retour dans cette Terre,
fans luy demander ce qui
peut l'obliger d'en ufer
ainfy. Le Comte furpris
de cette priere , la preffe
Gij
76 MERCVRÈ
de ' s'expliquer , elle s'en .
défend , & les inftances
qu'il fait font fi fortes, qu'
elle ne peut plus demeurer
maiftreffe de fon fecret .
Elle commence par les
proteftations du plus fort
amour dont une Femme
puiffe eftre capable pour
un Mary qu'elle veut aimer
feul au monde , le fu
plie d'examiner la conduite
qu'elle a tenue avec luy
depuis qu'il l'a épousée , &
apres mille affurances reiterées
d'une inviolable fi
delité, elle luy avoue qu'a
GALANT. 77
vant qu'il l'euft jamais
veuë, ny qu'elle puſt croire
qu'il duft eftre un jour fon
Mary, elle avoit fenty pour
le Marquis un panchant
qui luy avoit fait fouhaiter
que fon Pere fe vouluſt dé
clarer pour luy. Elle luy
fait là - deffus la peinture la
plus touchante de ce qu '
elle foufre par la feverité
de fa vertu. Elle ajoûte
qu'elle n'eftoit pas en peine
de fe dégager des foi
bleffes quifont quelquefois
la fuite de ces aveugles inclinations
; que le Marquis
A.
Gij
78 MERCVRE
n'avoit jamais rien connu,
ny ne connoiftroit jamais
rien de ce qui s'eftoit paffe
pour luy dans fon coeur
mais qu'enfin la veuë d'un
Homme qu'elle eftimoit
trop, & qu'elle feroit obligée
de voir fouvent fi elle
retournoit à la Cour , luy
eftoit un reproche que fon
devoir l'obligeoit de s'épargner
; & que toute affu.
rée qu'elle eftoit de la viatoire
, elle ne pouvoit fe
cacher qu'il y avoit de la
honte pour elle dans le
combat. Je ne vous dis
GALANT. 79
point, Madame, quelle fur
la joye du Marquis d'entendre
une déclaration fi
favorable. Il croit que la
Comteffe le haït , parce
qu'elle évite toutes les OC
4
cafions de luy parler , &
non feulement il apprend
qu'il eft aimé d'elle , mais
il l'apprend d'une maniere
qui le convainc beaucoup
plus de la verité de fes fentimens,
que fi elle luy avoit
dit à luy-mefme ce que le
hazard luy a fait oüir. 11
prefte l'oreille pour pren
dre fes mefures fur ce que
G
iiij
80 MERCVRE
répondra le Mary. Tant de
vertu ne pouvoit que faire
un effet avantageux pour la
Comteffe. Le Comte l'em
braffe , luy donne mille
louanges , & fe reconnoiſt
indigne de la fidelité qu'
elle luy promet, s'il en demande
un autre garand
que fa parole. Cependant
le depart eft réfolu il veur
qu'elle vienne, & la prie de
ne point s'embarafler à fuir
fon Amy. Il la quitte, & le
Marquis eftant forty du
Cabinet fans eftre veu , fe
dérobe hors du Chaſteau,
GALANT. 81
& y rentre un peu apres en
préſence de fon Amy, qu'il
empefche par là de foupçonner
qu'ilfçache rien de
ce qui s'eft dit . Ils ne laif
fent pas d'eftre tous trois
embaraſſez en ſe raſſem
blant . La Femme apres
ce qu'elle a dit à fon Mary,
n'ofe prefque le regarder.
Le Mary évite de jetter les
yeux fur la Femme, dans la
crainte qu'elle ne prenne
fes regards pour des repro
ches de l'aveu qu'elle luy a
fait, & le Marquis s'obferve
dans tout ce qu'il dit à l'un
82 MERCVRE
& à l'autre, comme s'ils fça
voient tous deux qu'il euft
appris leur derniere cons
verfation. On part , on
vient à la Cour . Les deux
Amis continuent à fe voir
à l'ordinaire , & la Com
teffe qui redouble fon attachement
pour fon Mary,
prend en mefme temps de
plus feûres précautions
pour ne fe trouver jamais
feule avec le Marquis. Il
l'aime toûjours plus éper
duëment , & ne s'explique
avec elle que par des complaifances
refpectueuses,
圈。
GALANT. 83
qui luy font connoiſtre
plus fortement combien il
eft digne d'eftre aimé. Ces
deux Amans n'eftoient pas
encor affez malheureux.
Voyez la fuite de leur dif
grace . Le Comte , tout
charmé qu'il eft de l'extra
ordinaire vertu de fa Femi
me , devient amoureux
d'une Belle qui fe fait hon
neur de fa conquefte. Il
luy rend de grandes aff
duitez , & la Comteffe
commence à le foupçonner
de quelque intrigue par
les froideurs qu'il luy fait
84 MERCVRE
paroiftre . Elle diffimule
lon chagrin, & fans fe plaindre
de fon changement
,
elle fait tout ce qu'une vertueufe
Perfonne peut faire
pour regagner le coeur d'un
Mary. Toute fa tendreffe
eft inutile. Le Comte s'abandonne
aveuglement
à
fa paffion , & elle fait tant
d'éclat , que la Comteffe
qui ne peut plus l'ignorer,
fe trouve obligée de luy en
témoigner fa douleur . Il
traite la chofe de bagatelle
,
& luy dit , que comme il ne
trouvoit point à dire qu'
}
GALANT. 85
elle euft de l'eſtime particuliere
pour le Marquis
qu'il luy permettoit de
voir , elle ne devoit point
fe fcandalifer des foins qu'il
rendoit à une fort honnefte
Perfonne qui avoit la bonté
de les foufrir. La Comteſſe
fe fent piquée jufqu'au vif
de cette réponſe. Elle verfe
quelques larmes , connoit
qu'elle ne feroit qu'aigrir
les chofes fielle portoit fes
plaintes plus loin, & fe refolvant
d'attendre fans é
clater qu'il arrive quelque
changement
dans la for
86 MERCVRE
tune , elle trouve moyen
de nouer une converfation
fecrete avec le Marquis.
Comme c'eft une grace extraordinaire
, il ne fçait que
s'en figurer. La Comteffe
luy déclare le panchant
qu'elle a toûjours eu pour
luy , les inutiles combats
qu'elle a rendus pour en
triompher , les peines où
fa veuë l'expofe encor tous
les jours , & elle finit cet
aveu par les ſujets que luy
donne fon Mary de n'eftre
pas contente de ſa fortune .
Le Marquis eft dans un
GALANT. 87
tranfport de joye qui ne fe
peut concevoir. Il fait des
proteftations à la Comteffe
qu'il auroit pouffées un peu
foin fi elle ne l'euft interrompu
, pour luy dire que
la déclaration dont il fe
montre fi fatisfait , eft intereffée
, & qu'elle a une
chofe à luy demander pour
prix du fecret qu'elle vient
de luy découvrir. Il ne la
laiffe point achever, il promet
qu'il accordera tout,
& s'y engage par les plus
forts fermens qu'un Amant
qui ne trouve rien au def88
MERCVRE
fus de fon bonheur , eſt ca
pable de faire à une Maiftreffe
, mais ce moment de
joye luy coufte cher , & il
n'a pas longtemps fujet de
fe croire heureux . La Comteffe
ajoûte que s'il veut luy
perfuader qu'il ait une veritable
eftime pour elle, il
faut qu'il luy en donne des
marques, en ne fe préſen
tant jamais à ſes. yeux. II
s'écrie , il fe plaint de fon
injuſtice, & elle luy fait de
fi preffantes prieres de ne
refufer pas à fa vertu le fecours
dont elle a befoin ,
1
GALANT. 89
dans le malheureux état où
elle fe trouve, qu'il eft enfin
contraint de luy dire
adieu
pour toûjours , apres
l'avoir conjurée de ne le
bannir pas de fon fouvenir,
fi elle eft capable de le bannir
de fon coeur. Il feint des
affaires qui l'obligent de fe
retirer à la Campagne , &
prend party à l'Armée quel
que temps apres . Le Comte
furpris de ce changement,
ne doute point que ce ne
foit un effetde ce qu'il s'eft
échapé de dire à fa Femine,
& ne fçachant par où fe juf
Janvier
Η
90 MERCVRE
tifier avec fes Amis de l'é
clat que fait fa nouvelle
paffion, il en rejette la faute
fur la Comteffe
, qui ayant
pris de l'amour pour fon
Amy, l'a porté à fe vouloir
vanger d'elle par l'attachement
qui la chagrine. L'éloignement
du Marquis
fert de prétexte à cette accufation
. Le Comte fait
croire qu'il n'a pris employ
que parce qu'il luy a défendu
de voir fa Femme.
La calomnie eft reçeuë,
cette aimable Perfonne
l'apprend , & comme fa
GALANT. 91
vertu en foufre, c'eft le plus
fenfible coup qu'elle ait
encor eu à effuyer . Les
chofes ne demeurent pas
long-temps en cet état .
Une maladie violente emporte
le Comte en quatre
jours . Le Marquis revient,
& apres l'aveu favorable
qu'on luy a fait, il ne doute
point qu'on ne foit difpofé
à le rendre heureux , mais
la Comteffe fe facrifie à la
feverité de fa vertu . Elle
oppofe que fi elle confentoit
à l'époufer apres les
bruits qu'on a fait courir,
Hij
92 MERCVRE
elle donneroit lieu de croire
qu'on n'auroit rien dit que
de veritable ; & pour faire
taire la médifance, & épar
gner au Marquis le chagrin
qu'il pourroit avoir fr
elle accordoit àun autre ce
qu'elle fe trouvoit obligée
de luy refuſer, elle luy promet
de renoncer pour jamais
au monde. Elle luy a
tenu parole, & toute jeune
& toute belle qu'elle eft
encor, elle est entrée dans
un Couvent où elle avoit
fait habitude pendant qu'-
elle eftoit en Languedoc,
GALANT. 93
& l'on m'affure qu'elle y a
pris le voile depuis quel
ques jours.
Avoüez, Madame, qu'il
eft rare de trouver tant de
vertu dans des occafions.
auffi preffantes de ne pas
fuivre fi fcrupuleufement
fes maximes. L'Amour eft
une paffion violente qui ne
fe rend pas toûjours à la
raiſon. Elle tyranniſe juf
qu'aux Prairies. Celle qui a
répondu fi favorablement
au Ruiffeau , vous l'a fait
connoiftre. Mais l'auriez
vous crû ? Cette Réponſe a
94 MERCVRE
à
fait naiftre un grand diférent.
Il y a une jeune
Prairie fort agreable , de
dix-fept ou dix -huit ans ,
laquelle s'adreffoit le Langage
allégorique du Ruif
feau. Elle eft dans des lieux
couverts où les Vers de fa
Rivale ont fait bruit . Elle
les aveus, & fe croyant engagée
d'honneur à ne pas
laiffer ufurper fes droits ,
voicy ce que fa colere luy a
dicté,
GALANT. 95
2525252525252525
LA VERITABLE
PRAIRIE,
A LA FAUSSE PRAIRIE
SA RIVALE.
Rayment , Madame
la Prairie
,
Le procede mefemble
affez nouveau,
Et ce n'eftpas manquer d'effron-
ALL terie,
Que vouloirfur vos bords arrefter
mon Ruiffeau.
Tout doucement, jevous enprie,
Ce deffein n'eft ny bon ny beau,
Je m'inquiete peu que vous soyez
fletrie,
Allez ailleurs chercher de l'eau.
96 MERCVRE
Se
Vofre Fleuve pompeux avec fes
cent Rivieres
Qui vous vifite tous les ans,
Vous rědravos Fleursprintanie-
Sas que cefoit à mes defpens .) res
Sipourtat il l'ofe entreprendre,
l'en douterois extrêmement
Fleurs printanieresfranchement
Sontfort difficiles à rendre.
S&
De vos appas fanez qu'ofez- vo
epperer?
vous
En vain à mon Ruiffeau vous vous
eftes offerte.
Pour mov jefuis jolie & verte ,
Voyez s'il doit mepreferer?
Vous devezbien jugerparla viteffe
Dontfesflotspaffentdevātvous,
Que
GALANT. 97
Que ce n'eft point pour vos burds
qu'ils'empreffe,
Et qu'il a chezmoy rendez- vous,
2S
De vos tapis de Fleurs vous perdez
l'étallage,
Monfidelle Ruiffeau n'y roulera
jamais.
Pourquoyvous eftre mife enfrais?
Cherchezqui vous en dédõmage .
Si toutes les Prairies parloient
de la forte , il y auroit
grand plaisir à les écouter.
Vous en trouverez
fans doute à lire deux Madrigaux
que je vous envoye.
L'un eft pour Mademoiſelle
de Vauvineuf, fur
Fanvier.
I
98 MERCVRE
un Peigne d'Ecaille de Tor
tue qu'on luy a donné ; &
l'autre pour Mademoiſelle
de Villeregy , qui eft préf
que toûjours malade. Ils
font tous deux de M ' de
Vaumoriere , fameux par
un grand nombre de belles
Productions d'Efprit, entre
lefquelles on peut compter
les cinq derniers Volumes
de Faramond , & beaucop
d'autres Ouvrages de Galanterie.
Il n'excelle pas
moins dans les Sujets férieux
d'Hiftoire ou de Po
litique.
GALANT. 99
SESESESZ SESESESE
POUR MADEMOISELLE
DE VAUVINEUF
MADRIGA L.
Ous avez l'efprit, la
beauté,
Mille charmesdivers,
une tendrejeuneffe,
Le Sçavoir & la qualité,
Avec uneimmenfe richeffe.
Vous ne jetterezdonc lesyeux
Quefur unde nos Demy-Dieux,
Pour en faire votre conquefte .
Ainfije n'oferois afpirer aubonheur
D'avoir place dans votre coeur,
Mais vous aurezfouvent monPrefent
àla tefte.
I ij
100 MERCVRE
2525252525252525 -
POUR MADEMOISELLES
DE VILLEREGY
MADRIGAL.
O
Vele Ciel vousfutfavorable,
Jeune & charmante
Amarillis!
Il vous fema le teint de Lys,
Il vous fit de beauxyeux, un èftrit
admirable.
Mais jaloux de tant de beauté
Il vous priva de lafanté
Depeurdevous rendre adorable.
Si ce terme d'adorable
pouuoit eſtre reçeu dans la
GALANT. 1OI
Profe comme il eft autorifé
pour lesVers, on n'en cher
cheroit point d'autre pour
exprimer ce que le Roy pa
roift à fes Peuples, dont on
peut dire qu'il ne fait
moins les delices qu'il eft la
terreur de fes Ennemis . Ce
pas
grand Prince donna dernierement
Audiance aux
Deputez des Eftats d'Artois
, & apres les avoir é
coutez favorablement , il
les affura de fa bienveil
lance avec une bonté fi
particuliere, qu'ils s'en retournerent
tous charmez .
I iij
102 MERCVRE
M' l'Abbé le Febvre, Cha
noine & Theologal d'Arras
porta la parole au nom
des trois Ordres , comme
Deputé du Clergé. Il eſt
d'une fort bonne Famille
de Paris , allié de Meffieurs
de Nogent, & d'autres Perfonnes
de confideration.
Sa vertu & fon érudition le
font eftimer de tous ceux
qui le pratiquent , & il a
fait paroiftre fon éloquence
dans toutes les occafions
qu'il a eues de ſe diftinguer.
Les furprenantes
Conqueftes que Sa Majesté
GALANT. 103
a faites dans fa derniere
Campagne, furent le fujet
de fa Harangue. Il parla,
mais avec des expreffions
tres-vives , de la joye que
toute la Province d'Artois
avoit, de ne compofer plus
qu'un Corps , heureufement
réuny fous ſon Pegne,
& de n'eftre plus fepa
rée d'elle - mefme comme
elle l'avoit efté à regret
pendant un fi grand nom
bre d'années. Ilpaffa de là
aux chofes qu'on l'avoit
chargé de remontrer à Sa
Majefté, & finit en l'aſſu
I iiij
104
MERCVRE
rant que fi l'Artois portoit
dans fes Armes des Fleurs
de Lys fans nombre , il avoit
auffi pour fon Prince
un zele fans meſure , &
une fidelité fans bornes .
M ' le Comte de Gomiecourt
eftoit Deputé de la
Nobleffe . Il eft d'une des
plus Illuftres Maiſons d'Artois,
Parent fort proche de
M' le Prince d'Ifenghien
,
& Allié des Maifons de Luxembourg
, de Montmorency
, de Poix , d'Humie
res, d'Hallwin , de Crequy,
de la Trimoüille , de BeGALANT.
105
thune, de Coucy ,de Mailly ,
de Saint Simon , de Chaf
tillon , & de plufieurs autres
, tant de France que
des Païs - Bas . Il y a plus de
cinq cens ans que le Nom
de Gomiécourt eft celebre .
Ceux qui l'ont porté ont
toûjours efté dans les
grands Emplois , & une
marque inconteftable de la
confideration qu'on a toûjours
eue pour cette Mai
fon , c'eſt que l'un d'eux
apres avoir eu les plus
grandes Charges de l'Armée
, épouſa une petite
106 MERCVRE
Fille de Charles de Blois ,
Duc de Bretagne . Ses Def
cendans ont foûtenu cet
honneur avec tout l'éclat
qui fuit les Gouvernemens
& les Ambaffades. Le Roy
donna l'année derniere
une Compagnie Franche
de Cheuaux -Legers à celuy
dont je vous parle.
Le Deputédu tiers Eftat
fut M' Palifot , Chevalier,
Seigneur d'Incourt , Confeiller
- Penfionnaire de la
Ville d'Arras . Il eft fort
confideré & par fes alliances
& par fon merite partiGALANT.
107
culier. Il fait voir tant de
probité dans la Charge
qu'il exerce , que tout le
monde luy fouhaite un
Employ plus important,
qui ne luy manquera pas
dans l'occafion .
Enfin, Madame , grace à
l'envie que vous avez euë
de fçavoir préciſement ce
que c'eſt que Foreſt-Noire
& Ville Foreftiere, dont les
Noms fe font trouvez dans
ma Lettre où je vous ay
parlé de la priſe de Fribourg
, je fuis un peu plus
fçavant que je n'eſtois fur
108 MERCVRE
cet Article , & voicy ce
qu'on m'en a appris. La
Foreft- Noire a dix ou douze
lieuës d'étendue du Septentrion
au Midy , depuis
les environs de Balle jufqu'au
voifinage de Straf
bourg. On luy donne ce
Nom, parce qu'on prétend
que ces Bois- là tirent fur le
noir. Celle-cy eft entre la
Suabe d'un cofté, & le Brifgaw
& l'Orthau de l'autre.
Il y a quatre Villes qu'on
appelle Foreftieres par la
feule raifon qu'elles ne font
pas éloignées du commen
GALANT. 10g
Į
cement de la Foreft- Noire.
Ces quatre Villes font en
Suabe , & fur la Frontiere
des Suiffes. Elles font
partie
de l'ancien Domaine
de la Maifon d'Autriche.
Leur fituation eft fur le
Rhin entre Schaffoul &
Bafle, & leurs noms Rhinfeldt
, Lautembourg , Seckinghen
& Wald'huft.
Je me retracte, Madame .
On a trop toft marié Mademoiſelle
de Froiſgny &
M le Comte d'Obigny.
Ce Mariage ne s'eft point
fait, & je vous en avois don110
MERCVRE
né la nouvelle fur la parole
de Gens qui n'en eſtoient
pas bien informez . Je vous
avois auffi marqué que M
Caftelan Major des Gardes
eftoit mort à Gigery, & on
m'apprend que c'eſt en
Candie.
Comme il m'eft impoffible
de fçavoir tout par
moy-mefme , je ne me fe
ray point une affaire de me
dédire toutes les fois qu'on
m'aura donné de méchans
Avis. Ainfiles erreurs d'u
ne Lettre feront toûjours
réparées par la fuivante, &
GALANT. m
année
ceux qui auront par
toutes celles que je vous
écris pourront s'aflurer
d'avoir des Memoires tresfidelles
de tout ce qui s'y

fera
paflé.
Si je vous ay parlé dans
ma derniere d'un Mariage
qui ne s'eft point fait , j'oubliay
à vous apprendre celuy
de Mademoiſelle de la
Tivoliere, qui fur la fin du
Mois époufa M' le Comte
de Tallard. Elle eft Fille
de M' le Comte de Villeville
Gouverneur de Montelimart
, & Heritiere uni
112 MEROVRE
verfelle de M' de la Tivo
liere, qui eftoit Lieutenant
des Gensd'armes de la feuë
Reyne Mere. M'de Ville.
ville fon grand Oncle, que
fes fervices & fa fidelité ont
rendu Illuſtre, eftoit Grand
Prieur d'Auvergne. Mademoiſelle
de la Tivoliere
eft jeune, fort fpirituelle , &
M' le Comte de Tallard ne
meritoit pas moins qu'une
Perfonne fi accomplie. Il
eft Lieutenant de Roy de
Dauphiné. Il a de l'efprit
& beaucoup de coeur , & il
l'a fait voir en tant d'occa
GALANT. 113
fions , que tout ce que je
pourrois dire là- deffus n'aprendroit
rien qui ne fuſt
connu .
A propos de Mariage , il
s'en eft fait un il y a longtemps
qui doit avoir produit
ce que vous avez tant
admiré dans cette jeune
Parente qui eft dans votre
Province depuis un Mois .
Ne diriez-vous pas que
c'eſt pour elle
drigal a efté fait?
que
ce Ma-
M' Petit
que mes deux dernieres
Lettres vous ont fait connoiſtre
en eft l'Autheur.
Fanvier.
K
114 MERCVRE
5252525252525252
LE MARIAGE
DU LYS
ET DE LA ROSE .
L
E Lys amoureux de la
Rofe,
Apres avoir bien foùpiré,
Obtint lefruit tant defiré,
Dot le Dieu des Nopces difpofe .
La Rofe n'eftoit pas moins éprife
du Lys,
Ainfi toujours la paix regna dans
leur ménage,
Et de leur heureux Mariage
Vint au monde un aimable Fils,
De tousdeux la parfaiteImage.
C'est la beau teint d'Amarillis .
GALANT. 115
Comme on ne fait point
de Mariage fans parler de
mort, j'ay à vous apprendre
celle de M' de Saint
André, qui avoit la Charge
de Treforier general de la
Marine que poffedoit feu
M' de Pelliffary. H eftoit
dans beaucoup de grandes
Affaires , eftimé de tous.
ceux qui le connoiffoient
particulierement
, & on
peut dire de luy que fes
fervices eftoient agrea
bles.
Tandis que nos Troupes
fe délaffent dans leurs.
K
116 MERCVRE
Garnifons, le Roy fait fouvent
un de fes plaifirs de la
Chaffe , & y montre beaucoup
de vigueur. Madame
luy tient prefque toûjours
compagnie. Si elle avoit
vefcu du temps des Amazones
, elle auroit efté fort
digne de leur commander .
Jamais Princeffe ne fut fi
infatigable, & n'aima tant
les pénibles Exercices . Ils
n'ont pas moins de charmes
pour Madame la Princeffe
d'Epinoy , qui n'a
guére manqué de ces Parties
.
GALANT. 117
Il y a grande apparence
que nos Ennemis n'ont pas
tant de loifir de fe divertir.
Les apprefts de la Campagne
prochaine les emba
raffent un peu plus que
nous , & s'ils eftoient fages,
its fuivroient le confeil d'un
galant Homme de Saint
Maixant en Poitou , qui
leur adreffe les Vers qui
fuivent.
118 MERCVRE
SONNET.
out s'unitvainemetpour
combatre la France,
Rien ne peut s'oppofer
aux armes defonRoy,
Ilporte enmille lieux la terreur&
l'effrey,
Et l'Vnivers eft plein du bruit de
fa vaillance.
$2
Vous qui de la Fortune attendez
Pinconftance,
Ennemis orgueilleux fansparole &
fansfoy,
Apprenez que Louis l'a mifefous
fa loy,
Et cherchez le repos dans vostre
obciffance .
GALANT. 19
$2
Vous n'avez encor veu l'effet d'au
cun deffein,
Que quand cegrand Monarque en
vous prekant la main ,
A contre l'Otoman foûtenu voſtre
gloire.
SE
Ne foyez plus ingrats, vous flechirez
fon coeur.
Il eft fier au combat, mais apres la
Victoire,
Ilparoift le Vaincu plutoft que le
Vainqueur.
Quoy que la Guerre
dure depuis fort longtemps
, il y a tant de Nobleffe
en France › que
les
Académies
Royales
qui
120 MERCVRE
font établies à Paris pour
l'inftruire ne fuffifant
pas , on en a fait depuis
peu une nouvelle proche
le Palais d'Orleans , fous la
protection de Monfieur le
Prince d'Armagnac Grand
Ecuyer de France . M' le
Chevalier de Villiers en a
la Direction . Les Maiftres
les plus experts de Paris
ont efté choifis pour les
Exercices de cette nouvelle
Académie . On n'en dou
tera point, quand on fçaura
que M ' de la Vallée de
Caen en eft l'Ecuyer , &
que
GALANT. 121
que M ' des Fontaines y eft
Maiftre d'Armes , & y enfeigne
auffi à Vol. Ce premier
eft Ecuyer ordinaire
de M' le Prince , & ce dernier
fait faire des Armes
aux Pages de la Chambre
du Roy. M' Binet y donne
des Leçons de Danfe ; &
M' de Beaulieu , S ' de Placard
, Ingénieur & Cofmographe
ordinaire de Sa
Majefté , n'y montre pas
feulement les Matématiques
, mais auffi la Geographie
, l'Hydographie,
la Marine , la Sphere , & la
Fanvier.
L
122 MERCVRE
Perſpective. M Sylveftre
y enfeigne à deffiner. Je
vous ay déja dit dans une
de mes Lettres que c'eft luy
qui a l'honneur de l'apprendre
à Monfeigneur le
Dauphin . Ceux qui font
curieux des Langues, y reçoivent
les Leçons de M
Hoftin pour l'Allemand,
& celles de M' Lager pour
l'Italien & l'Eſpagnol.
Si quelqu'un en veut
prendre d'agreables, il peut
aller chez M Prompt, qui
a inventé un Inftrument
nouveau qu'il appelle l'AGALANT.
123
*
pollon. Il a beaucoup dé
raport avec le Theorbe,
mais il eft incomparablement
plus touchant ; & ce
qu'il a de fort commode,
c'eft qu'on accorde les Baf
fes de l'étenduë du bras,
fans qu'on foit obligé de
détacher l'Inftrument pour
y toucher. Il eft compofé
de vingt cordes fimples,
l'harmonie en eſt douce,
il accompagne la voix , &
l'on y joue toute forte de
Pieces fur quelque mode
que ce puiffe eftre , fans
changer l'accord. Sa Ma-
Lij
124 MERCVRE

jefté qui l'a entendu, a témoigné
qui elle en avoit
reçeu un fort grand plaifir.
Il eft agreable feul , encor
plus en Partie , & s'accorde
admirablement
avec le
Lut, la Viole, le Claveffin,
& toute forte d'Inftrumens.
L'Autheur qui loge dans le
Cloiftre de S.Jean en Grévé
attire chez luy un grand
nombre de Perfonnes de
qualité tous les Mercredis,
C'est le jour qu'il a choify .
pour jouer publiquement
les charmantes
Pieces qu'il
a compofées.
GALANT. 125
Cet Article de Muſique
me fait fouvenir qu'il court
-icy un Air de la compofition
du fameux M ' le Peintre.
Les Paroles ont efté
faites pour Monfeigneur
le Dauphin , & font de M
de Valnay Conſeiller du
Roy , & Controlleur ordinaire
de la Maiſon de Sa
Majefté. Elles font tournées
avec tant d'efprit, que
vous auriez fujet de vous
plaindre , fi un autre que
moy vous en faifoitpart.
Se
Liij
126 MERCVRE
2525252525252525
A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
L
A Gloire permet qu'on
defire
De regnerfur un vafie
Empire,
Et l'Amourpromet des douceurs
A qui regnera furles Canys.
Quivent apprendre à les gagner
Doit eftrefait comme vous etes;
Et qui veut apprendre à regner,
Doit faire tout cequevousfaites.
C'eft faire en peu de
mots l'Eloge d'un Prince
qui eft l'amour de toute la
GALANT 127
France ; mais comment feroit
- il autre que tout ad.
mirable , eftant Fils d'un
Roy que fes merveilleufes
lumieres dans l'art de réfeule-
gner ne rendent
pas
ment
le plus grand
des
Roys
, mais
qui poffede
éminemment toutes les
qualitez qui dans celle
d'honnefte Homme le peuvent
mettre au deffus de
tout ce que le Monde a de
plus parfait ? Ce mefine
M' Petit dont je viens de
vous faire voir le Mariage
du Lys & de la Rofe , a
Liiij
128 MERCVRE
connu de quel prix eftoit ce
glorieux avantage , quand
il a fait ce Rondeau .
POUR LE ROY.
RONDEAU.
N honnefte Home eft
bien digne d'eftime,
Car la Vertu le gouverne
& l'anime,
Etfuft on Roy, fans cette qualité
O comprend tout, on eft pea ref
pectés
C'eft d'un vray Roy la folide maxime.
Se
Si donc par tout Louis le magna.
nime
GALANT. 129
Eft encense, l'encens eft legitime,
Chacunle dit , car c'eft, en verité,
Vn honnefte Homme.
$2
Ce digne Prince en qui l'efprit fu
blime
Suit la grandeur qui fur fon front .
s'exprime,
Dira säs doute, engardant l'équité,
Qu'à Roy qui n'a quefon autorité ,
La raifon veut qu'on préfere, &
fans crime,
Vn honnefte Homme.
Tout le monde fe pique
d'entre honnefte Homme
à fa maniere , mais la voix
publique ne tombe pas fur
tous ceux qui prétendent
à une fi
avantageuſe qua130
MERCVRE
lité. Il ne faut quelquefois
qu'une fierté trop pouffée
dans le haut rang , pour
faire prendre de méchantes
impreffions à ceux qui
croyent avoir fujet de s'en
plaindre ; & fi vous en voulez
un exemple , le voicy
en peu de mots . Un Bourgeois
de la Haye , mais fort
grand Seigneur, ( car vous
fçavez, Madame, qu'en ce
Païs - là les Bourgeois ont
part au Gouvernement, )
eftant allé complimenter
un des plus confidérables
Officiers de l'Armée fur
GALANT. 131
quelque avantage qu'il
avoit reçeu , l'Officier qui
eftoit dans un Fauteuil, he
fe leva point, & fe contenta
de luy ofter ſon cha
peau. Celuy-cy piqué d'une
reception fi pea civile,
fortit promptement , &
ayant rencontré dans l'Ef
calier une Perfonne de
marque qui luy demanda
ce que l'Officier faifoit , il
luy répondit qu'il l'avoit
laiffé dans fa Chambre fans
aucune affaire qui l'embaraffaft
, mais qu'il luy confeilloit
de n'y pas entrer.
132 MERCVRE
L'autre le preffant de luy
en dire la raiſon : N'y entrez
pas , vous dis -je , luy
repliqua-t-il , à moins que
vous n'ameniez quelque
François avec vous, car au
trement je fuis affuré que
vous ne luy ferez point lever
le Siege. Vous com
prenez la force de cette
réponſe. Elle fait connoiftre
que nos Ennemis ne
manquent pas d'eftime
pour nous.
Sa Majefté a fait voir
qu'elle honore M Camus
du Clos de la fienne, quand
GALANT. 133
elle luy a donné l'Intendance
de Pignerol. Il partit
il y a quelque temps
pour s'y rendre. Je ne vous
dis rien de fa Famille . Elle
eft celebre par quantité
d'excellens Hommes qui
fe font diftinguez dans les
Armes , dans la Robe , &
dans la Prélature, & iln'y a
perfonne qui ne foit inftruit
de la gloire qu'elle
tire de ce grand Evefque
du Bellay, fi renommé par
fes Vertus , & fi recommandable
par fes Ecrits .
La confiance particuliere
134 MERCVRE
que deux grands Miniftres
ont toûjours prife en Meffieurs
Camus pour l'execu
tion des plus illuftres Projets
du glorieux Monarque
qu'ils fervent tant en Italie,
en Allemagne, en Hongrie,
& en Hollande , que dans
les Provinces du Royaume
& dans les Armées , eft la
preuve de leur mérite & de
l'affurance qu'on a du zele
parfait qui les attache au
fervice de leur Prince .
Auffi Sa Majefté a depuis
longtemps efté fi perfuadée
de ces veritez , qu'elle
GALANT 135
les a prefque tous honorez
du Brevet deConfeiller d'E
tat, avant mefme qu'ils fuffent
entrez dans les Charges
éminentes où nous les
voyons aujourd'huy. M
l'Abbé Camus de la Magdelaine
, Docteur de Sorbonne,
eft l'Aifné de cette
Famille. Il remplit tresdignement
la Charge de
Chancelier - Theologal à
Tours , & il n'y a point de
Dignité dans l'Eglife que
fa pieté & fa doctrine ne
luy faffent mériter . Il a
pour Freres M' Camus Def
136 MERCVRE
touches, qui avant qu'eftre
fait Controlleur general de
l'Artillerie , a efté Inten
dant en Hainaut, & Commiffaire
general des Suiffes ;
M' Camus du Clos , Chevalier
de S. Lazare , que le
Roy vient de faire Inten
dant à Pignerol , M Camus
de Beaulieu, auffi Chevalier
de S.Lazare, Procureur General
du Confeil Souverain
de Rouffillon, & Intendant
de la Juftice , Police & Finances
dans cetteProvince;
M' Camus de Merton, Brigadier
des Armées du Roy
GALANT. 137
en Sicile ; & M' Camus
Avocat au Grand Confeil,
Ce qu'il y a d'admirable
dans tous ces Freres , c'eft
l'union qui fe rencontre
parmy-eux , la conformité
& la droiture de leurs fen
timens , cette inclination
bienfaifante
, & ce panchant
naturel qui les porte
à obliger tout le monde,
en forte que perfonne n'a
jamais eu d'affaire à démefler
avec eux, qu'il n'en
foit forty avec des fatisfactions
extraordinaires .
a
Vous devez vous en pro-
Fanvier.
M
138 MERCVRE
mettre beaucoup d'une
Galanterie de M de Fontenelle
que j'ay à vous faire
voir. Je fçay que
fon
nom
eft une grande recommandation
aupres de vous pour
un Ouvrage . Celuy - cy eft
un Adieu que l'Indiférence
fait à une jeune Perfonne
qui commence à eftre fenfible
, & voicy de quelle
maniere il la fait parler.
GALANT 139
$
25252525252525E
L'INDIFERENCE,
AIRIS
.
A IRIS
.
Ans- doute , belle Iris,
je vous aybienfervie,
Vous avez jufqu' icy
vefcu tranquillement,
Mais depuis peu dans votre train
de vie
l'apperçoy quelque changement.
S&
Cet heureux temps n'eft plus , ce
temps fifavorable,
Pour un regne comme le mien;
Ou vous ne fçaviez pas que vous
fufiez aimable,
Ou l'on ne vous en difoit rien.
Mij
146 MERCVRE
$2
Vousfouffrez maintenant des Gens
qui vous le difents
Sur ce que vous valez ils vous onvrent
les
yeux ,
Et depuisqu'ils vous en infiruiſent
Vous envalez réme encormieux.
S &
Vous voyez chaquejour votre mérite
croiftre,
Pourquoyfaut- ilqu'on vous l'ait
découvert ?
Vousvoudrez éprouverpeut - eftre
A quoy tant de merite fert.
2s
Vous voudrezvoir fila tendreffe
Ne le fçauroitpoint mieux mettre
en oeuvre que moy,
Caril eft , entre nous , d'une certaine
efpece
Afferpropre à ce doux employ.
GALANT. 141
S&
Cultiverles talens d'une jeunePerfonne,
Animerfa beauté , façonnerfon
efprit,
Cen'eft pas un meftier à quoyje fois
trop bonne;
L'Amour, dit-on ,y réüfit.
Sa
Diray-je tout ce que je penfe ?
Vous avez un Tirfis, Iris , qui me
déplaift,
Qui toujours en vostre préſence ,
Quoy que vous duffiez bien prendre
mon intereft,
Dit du malde l'Indiference.
$2
Il dit que je nefuis propre qu'àvous
gåter,
Qu'il eft mille plaifirs que vous pou
riez goûter,
142
MERCVRE
Que je vous fais perdre votre bel
... age ;
Je fuis laffe de tout cela,
Et fi vous le voulez écouterdavantage,
Debonne foy je vous quiteray là.
Se
Aufi -bienfi fon amour dure ,
Etfrächemetj'en ay grad peur)
'La victoire pour moy n'estpas choſe
trop fure,
Tant defoins, de respects, font de
mauvais augure,
Et m'annoncent toujours qu'ilfaut
fortir d'un Coeur.
Sa
Encorfi j'avois espérance
Que de voftre froideur on duft fe
rebuter,
Je ne voudrois pas vous quitter,
Etdu moins j'aurois patience.
GALANT. 143
25
Mais Tirfis n'eft pasfi- toft las,
Il a de voftre Ceur entrepris la
* \\conqueſtez
Puis qu'il s'eft mis ce deffein dans
la tefte,
Iele connois,il n'en démordrapas.
25
lufqu'à ce qu'à fonpoint il vous ait
Samenée,
Vous obfederferafonfeul employs
C'eft unehumeur tellemět obſtinée,
Qu'ilfaut qu'on l'aime, ou qu'on
Badife pourquoy.
S &
Ainfi donc j'aime mieux ceder de
bonne
grace,
Que de me voir obligée à ceder; ›
Voftre Coeur eft de plus une espece
de Place
Que fans beaucoup depeine on ne
fauroit garder.
144 MERCVRE
$2
Le prévoy qu'ilfaudroit le defendre
fans ceffes
Tout le monde l'attaquera ,
Il est plus à propos qu'enfin je vous
le laiffe,
Vous en ferez tout ce qu'il vous
plaira.
S&
Quandje m'enferayretirée,
L'en veux chercher quelqu'autre où
je demeure enpaix;
* Il en eft, & plufieurs, où je fuis
affurée
Qu'on ne m'attaquera jamais.
Vous voyez affez fouvent
des Vers de M" de Fontenelle
, il faut vous faire
voir de fa Profe. Jettez les
yeux,
GALANT. 145
yeux, je vous prie , fur cette
Carte ; & puis que la Poëfie
a tant de charmes pour
vous , examinez à loifir de
quelle étendue eft ſon Empire.
Il eft bon que vous
connoiffiez la fituation des
Provinces qui le compofent,
les Rivieres qui le traverfent
, les Villes & les
Bourgs qui font de fa dépendance
, & les Mers qui
l'environnent, avant que
vous lifiez les Remarques
qu'il nous a données fur
tant de Lieux diferens . L'i
dée que vous vous en ferez
Fanvier.
N
1
146 MERCVRE
faite en regardant attentivement
la Carte dont il a
dreffé le Plan , vous fera
prendre plus de plaifir à la
Deſcription d'un Païs hades
Gens de toute
bité
par
efpece
.
Voicy
ce
que
M'
de
Fontenelle
en
dit.
GALANT. 147
DESCRIPTION
DE L'EMPIRE
DE LA POESIE
Et Empire eft un
grand Païs trespeuplé.
Il eſt divifé
en Haute &
Baffe Poëfie, comme le font
la plupart de nos Provinces.
La Haute Poëfie eft ha
bitée par des Gens graves,
mélancoliques , refrognez,
& qui parlent un langage
Nij
148 MERCVRE
qui eft à l'égard des autres
Provinces
de la Poëfierce
qu'eſt le bas Bréton pour
le refte de la France. Tous
les Arbres de la Haute
Poefie portent leurs teftes
jufque dans les nuës. Les
Chevaux y valent mieux
que ceux qu'on nous
amene de Barbarie , puis
qu'ils vont plus vifte que
les vents ; & pour peu que
les Femmes y foient belles,
il n'y a plus de comparaifon
entr'elles & le Soleil .
Cette grande Ville que la
Carte vous reprefente
au
GALANT. 149.
dela des hautes Montagnes
que vous voyez, eft la Ca
pitale de cette Province,
& s'appelle le Poëme Epique.
Elle eft baftic fur une
terre
fablonneufe & ingrate
, qu'on ne fe donne
prefque pas la peine de
cultiver. La Ville a plufieurs
journées de chemin,
& elle eft d'une étenduë
ennuyeufe . On trouve toujours
à la fortie des Gens
qui s'entretuënt
, au lieu
que quand on paffe par le
Roman , qui eft le Fauxbourg
du Poëme Epique,
Niij
150 MERCVRE
& qui eft cependant plus
grand que la Ville , on ne
va jamais jufqu'au bout
fans rencontrer des Gens
dans la joye, & qui fe préparent
à fe marier.
Les Montagnes de la
Tragédie font auffi dans la
Province de la Haute Poefie.
Ce font des Montagnes
eſcarpées, & où il ya
des précipices tres-dangereux.
Auffi la plupart des
Gens baftiffent dans les
Vallées , & s'en trouvent
bien. On découvre encor
fur ces Montagnes de fort
GALANT. ISI
belles Ruines de quelques
Villes anciennes , & de
temps en temps on en apporte
les matéreaux dans
les Vallons , pour en faire
des Villes toutes nouvelles,
car on ne baftit prefque
plus fi haut.
La Baffe Poefie tient
beaucoup des Païs -Bas. Ce
ne font que marécages . Le
Burleſque en eft la Capitale
. C'eft une Ville fituée
dans des Etangs tres - bourbeux.
Les Princes y parlent
comme les Gens de neant,
& tous les Habitans en font
Niiij
152 MERCVRE
Tabarins nez . La Comédie
eft une Ville dont la fitua
tion eſt beaucoup plus agreable
, mais elle eft trop
voifine du Burleſque, & le
commerce qu'elle a avec
cette Ville luy fait tort, n
Remarquez,je vous prie,
dans cette Carte les vaftes
Solitudes qui font entre la
Haute & la Baffe Poëfiel
On les appelle les Deferts
du Bon Sens. Il n'y a point
de Ville dans cette grande
étendue de Païs , mais feulement
quelques Cabanes
affez éloignées les unes des
GALANT 153
autres . Le dedans du Pais
eft beaul & fertile , mais il
ne faut pas s'étonner de
ce qu'il y a fi peu de Gens
d'y aller de qui
S
meurer , c'eſt que l'entrée
en eft extrémement rude
de tous coftez, les chemins
étroits & difficiles , & on
trouve rarement des Gui
des qui puiffent y fervir
de Conducteurs . and C
D'ailleurs ce Païs confine
avec une Province ou
tout le monde s'arrefte ,
parce qu'elle paroiſt tresagreable
, & on ne fe mer
D
154 MERCVRE
plus en peine de penetrer
jufque dans les Deſerts du
Bon Sens. C'eft la Pro
vince des Penfées fauffes.
On n'y marche que e fur les
Fleurs , tout y rit , tout y
paroift enchanté , mais ce
qu'il y a d'incommode,
c'eft que
la terre' n'en ef
tant pas folide , on y enfonce
par tout, & on ny
fçauroit tenir pied. L'E
legie en eft la principale
Ville. On n'y entend que
des Gens plaintifs , mais in
diroit qu'ils fe jouent e fe
plaignant. La Ville eft
GALANT. 155
toute environnée de Bois
& de Rochers , où les Habitans
vont fe promener
feuls ; ils les prennent pour
Confidens de tous leurs fecrets,
& ils ont tant de peur
d'eftre trahis , qu'ils leur
recommandent fouvent le
filence.
Deux Rivieres arrofent
le Païs de la Poëfie. L'une
eft la Riviere de la Rime ,
qui prend fa fource aupied
des Montagnes de la Reſverie
. Ces Montagnes ont
quelques pointes fiélevées ,
qu'elles donnent prefque
156 MERCVRE
dans les nues . On les appelle
les Pointes des Penfées
fublimes . Plufieurs y
arrivent à force d'efforts
furnaturels , mais on en
voit tomber une infinité
qui font longtemps à ſe
relever , & dont la chute
attire la raillerie de ceux
qui les ont d'abord admirez
fans les connoiſtre. II
y a de grandes Efplarrades
qu'on trouve preſque au
pied de ces Montagnes, &
qui font nommées les Terraffes
des Penfées baffes .
ya

On y voit toûjours un for
GALANT. 157
grand nombre de Gens qui
le promenent. Au bout de
ces Terraffes font les Cavernes
des Refveries creufes
. Ceux qui y deſcendent,
le font infenfiblement, &
s'enveliffent fi fort dans
leurs refveries , qu'ils fe
trouvent dans ces Cavernes
fans ypenſer. Elles font
pleines de détours qui les
embaraffent, & on ne fçauroit
croire la peine qu'ils
fe donnent pour en fortir.
Sur ces mefmes Terraffes
font certaines Gens qui ne
le promenant que dans des
158 MERCVRE
Chemins faciles , qu'on
appelle Chemins des Pen
fees naturelles, fe moquent
également & de ceux qui
veulentmonter aux pointest
des Penfées fublimes, & de
ceux qui s'arreftent fur l'Ef
planade des Penfées baſſes.
Ils auroient raifon , s'ils
pouvoient ne point s'écar
ter , mais ils fuccombent
prefque auffitoft à la tentation
d'entrer dans un
Palais fort brillant quit
eft pas fort éloigné. C'eſt
celuy de la Badinerie. At
peine y eft-on entré, qu'au

GALANT. 159
lieu de Penfées naturelles
qu'on avoit d'abord , on
n'en a plus que de rampantes
. Ainfi ceux qui n'a
bandonnent point les Che
mins faciles , font les plus
raifonnables de tous. Ils
ne s'élevent qu'autant qu'il
faut, & le bonfens fe trouve
toûjours dans leurs penfées.
Outre la Riviere de la
Rime qui naiſt au pied des
Montagnes dont je viens
de faire la defcription , il y
en a une autre nommée la
Riviere de la Raiſon . Cest
160 MERCVRE
f deux Rivieres font affez
éloignées l'une de l'autre,
& comme elles ont un
cours tres -diférent , on ne
les fçauroit communiquer
que par des Canaux qui de
mandent un fortgrand tra
vail, encor ne peut- on pas
tirer ces Canaux de com
munication en tous lieux,
parce qu'il n'ya qu'un bout
de la Riviere de la Rime
qui réponde à celle de la
Raifon, & de là vient
plufieurs Villes fituées fuc
laRime, comme le Virelay,
la Ballade , & le Chant
que
GALANT 161
Royal , ne peuvent avoir
aucun commerce avec la
Raifon , quelque peine
qu'on y puiffe prendre.
De plus il faut que ces Canauxpaffent
par les Deferrs
du Bon Sens, comme vous
le voyez par la Carte , &
c'eft un Pais prefque in
connu. La Rime eft une
grande Riviere dont le
cours eft fort tortueux &
inégal, & elle fait des fauts
tres - dangereux pour ceux .
qui fe hazardent à y navi
ger. Au contraire, le cours
de la Riviere de la Raifom
Fanvier.
162 MERCVRE
eft fort égal & fort droit
inais c'eft une Riviere qui
ne porte pas toute forte de
Vaiffeaux.
1
Il y a dans le Pais de la
Poëfié une Foreft tres - ob
fcure , & où les rayons du
Soleil n'entrent jamais.
C'eſt la Foreft du Galimatias
. Les Arbres en font
épais, toufus, & tous entrelaffez
les uns dans les autres
. La Foreft eft fi an
cienne, qu'on s'eft fait une
efpece de Religion de ne
point toucher à fes Arbres ,
& il n'y a pas d'apparence .

GALANT. 163
qu'on oſe jamais la défricher.
On s'y égare auffitoft
qu'on y a fait quelques
pas , & on ne fçauroit croire
qu'on le foit égaré. Elle eſt
pleine d'une infinité de
Labyrinthes
impercepti
bles, dont il n'y a perfonne
qui puiffe fortir. C'eſt dans
cette Foreft que fe perd la
Riviere de la Raifon.
La grande Province de
Imitation eft fort fterile,
& ne produit rien . Les Ha
bitans en font tres -pauvres
, & vont glaner dans
les Campagnes
de leurs
O ij
164 MERCVRE
Voifins. Il y en a quek'
ques -uns qui s'enrichiffent
à ce meftier- là. we told
La Poëfie eft tres -froide
du cofté du Septentrion,
& par conféquent ce font
les Pais les plus peuplez .
Là font les Villes de l'Acroftiche,
de l'Anagramme,
& des Bouts-rimez .
Enfin dans cette Mer
qui borne d'un colté les
Etats de la Poëfie , eft l'Ifle
de la Satyre , toute environnée
de flots amers. On
y trouve bien des Salines,
& principalement de Sel
GALANT 165
noir . La plupart des Ruif
feaux de cette Ille reflem
blent au Nil. La Source en
eft inconnue; mais ce qu'on
y remarque de particulier
,
c'est ce qu'il n'y en a pas
un d'eau douce all
-AUne partie de la meſme
Mer s'appelle l'Archipel
des Bagatelles . Ce font
quantité de petites Illes femées
de cofté & d'autre , ou
il femble que la Nature fe
joue comme elle fait dans
la Mer Egée. Les principales
font les Ifles des Madrigaux
, des Chanfons , &
166 MERCVRE
des Inpromptu . On peut
dire qu'il n'y a rien de plus
legery puis qu'elles florent
toutes fur l'eau.
Prenez la peine , Madame
, d'examiner dans la
Carte que je vous envoye ,
de quelle maniere font
difpofez tous les lieux dont
parle cette Defcription .
Parmy les Villes du Virelay,
de la Ballade , & beau
coup d'autres , il me femble
qu'on n'a point mis
celle du Rondeau . Vous la
placerez où il vous plaira,
& cependant je croy que
GALANT. 167
vous ne ferez pas fachée
que je place icy trois Rondeaux
que j'ay encor recouvrez
de ceux que M' de
S. Gilles l'Enfant , Page du
Roy, prefenta l'Hyver paffé »
à Monfieur le Duc du Maihe.
Je vous en ay déja envoyé
quelques - uns dont
vous m'avez témoigné eftre
fatisfaite
, & quoy que
ce ne foit point par les Vers
que cejeune Gentilhomme
cherche à meriter l'eftime
des honneftes Gens , je ne
puis trop vous faire connoiſtre
fon Eſprit , apres
168 MERCVRE
vous avoir entretenue dans
une de mes premieres Lettres
des diverfes Occafions
où il a fait paroiftre fon
coeur. Il prend agreablement
le vray ftile du Rondeau,
& Fapplication de fa
Morale eft heureufe...
2525252525252525
LES POTS FLOTANS...
I
RONDEAU..
Es Pots caffez fontbrait;
oyez comment.
Entiers&fainsfur l'hu
mide Element
Deux Pots flotoient diferents de
Structure,
L'un
GALANT. 169
L'un de Metalrelevé d'encoleure,
Sansfoin, fans peur, voguoit arrø.
Samment.
25
L'autre de terre alloit plus humblement,
De fon Voifin craignant l'atttöuchement,
Et d'augmenter par une atteinte
dure
Les Pats caffez
$2
Du Pot craintif voicy l'enfeigne
ment.
Quandun Petit s'allie imprudëmët
Avec un Grand pour trop haute
avanture,
LeGrad enfort enfort bonepofure,
Et le Petitpaye ordinairement
Les Pots caffez
Fanvier.
P
170 MERCVRE
SESESESE SESZSZSZ
DE L'ASNE MALADE ,
ET DES Loups .
RONDEAU.
Ln'eft pas mort, &ne voudrois
jurer,
S'il n'en meurtpas, qu'on ne
puiffe efperer
De leguerir. Naïve repartie
Quefait l'Afnon avecque modeftie
AuxLoupsgloutons qui vont Baudet
fleurer.
S2
Nousuenos tous,difent - ils , enterrer
Defunt Baudet. Ilfaudra differer
Leur dit l'Afnon , remettez la
partie,
Il n'est pas mort.
ة ي ب ر ت
GALANT: 171
S2
Adonc covient aux Loupsføyretirer
Toutdoucement , mais nonfans murmurer.
Souvent ainsi dans longue maladie,
Pourl'Heritier avare, quoy qu'il
die,
Ces quatre mots font durs à digerer,
Il n'eft pas mort.
5E5E5Z5E52525ESE
DU
COCQ,
ET DU DIAMANT.
RONDEA U,
M
Leux il vaudroit trouvergrain
de Fromet
Dans ce Fumier, que
riche Diamant,
Difoit le Coq tranfporté de colere.
Pij
172 MERCVRE
D'un tel Bijou qu'est- ce quejepu
faire?nat
Quoy ,m'enparer? ridicule ornemet!
25
Sur mes Ergots ce brillant agrément
Nepeut avoir deprix affurément.
Entre les mains d'unfçavant Laopidaire
Mieuxil Mieux il vaudroit. il vaudroit,
$2
Ah, que le Sort me traite indignement!!
le meurs defaim pres d'un tel aliment.
Ainfi l'Avare à foy -mefme contraire,
Languit dans l'or qui ne peut fa-
$ tisfaire
Sa foifardente , & qu'il fit au.
trement
Mieux il vaudroit.
GALANT. 173
lier
fi
La profeffion de Cavaer
que M de Saint Gilles
Lenfant a choifie , n'eft
point incompatible avec
les foins de fe cultiver l'Ef
prit. C'eſt un avantage
neceffaire à laNobleffe,que
le Roy n'a foufert l'Etablif
fement de l'Académie d'Arles
dont je vous ay déja tant
de fois parlé, qu'à condition
qu'on n'y recevroit
que des Gentilshommes.
Les Lettres Patentes qui en
furent obtenues en 1668 .
reglerent d'abord à vingt
le nombre de ceux qui la
Piij
174 MERCVRE
la
devoient compofer , & M
de Roubin vient d'en obtenir
de nouvelles par
faveur de Monfieur le Duc
de S. Aignan leur Protecteur,
qui permettent à cette
Compagnie une Augmentation
de dix autres Acadé
miciens, qui feront Gentils
hommes comme les premiers
, Sa Majefté ayant
bien voulu par cette précaution
leur impofer la glorieufe
neceffité de fe conferver
un
avantage qui les
diftingue de beaucoup d'autres
Compagnies
de ce
GALANT. 175
Royaume. Jugez par là,
Madame , fi on n'aura pas
un fort grand empreffement
pour ces Places , & fi
tout ce qu'il y a de plus
éclairé parmy la Nobleſſe,
non feulement de Provence,
mais encor des Provinces
circonvoifines , ne fe
fera pas honneur d'entrer
dans un Corps où vous ne
trouvez que des Perfonnes
de merite, foit pour l'efprit,
pour la naiffance. On
y en a déja reçeu deux depuis
les Lettres d'Augmentation
obtenües . Comme
foit
Pij
176 MERCVRE
vous avez fçeu bon gré à
M Peliffon , de nous avoir
donné dans fon Hiftoire de
l'Académie Françoiſe les
Noms de tous ceux qui la
compofent , je croy que
vous ferez bien - aife d'apprendre
qui font ceux
qu'on a reçeus dans l'Académie
d'Arles depuis fon
Inftitution jufqu'à aujourd'huy.
Je n'entreprens
point de vous parler du merite
de chacun en particulier.
Je vous diray feulement
ce que je puis fçavoir
du caractere de ceux qui me
GALANT 177
font connus, ou par euxmefmes,
ou par leurs Amis,
n'ayant pû encor eftre in
formé que du nom des aut
tres. Les voicy felon l'or
dre de leur reception , unod
GM de Gageron Mejane.
Quoy qu'il ait efté élevé à
la Cour de Savoye , où fon
Pere a eu des Emplois fort
importans , il ne laiffe pas
de connoiftre admirablement
bien toutes les beautez
de noftre Langue , &
de la parler tres-purement.
M'de Sabatier . Il a efté
autrefois Page de Monfieur
178 MERCVRE
de Guife , & le Party de la
Guerre qu'il a pris au fortir
de là, ne l'a point empefché
de cultiver toûjours le talent
qu'il avoit pour les bel
les Lettres. Il a l'efprit folide
, juge fainement des
Ouvrages d'autruy , & en
fait luy - mefme de fort
beaux.
M' de Giffon. Il a lef
prit vif & actif , écrit en
Vers & en Profe avec une
facilité admirable , & il en
donna autrefois une preuextraordinaire
, lors
ve
que fur une avanture qui
GALANT. 179 .
4
arriva pendant un Carna
val qu'il eftoit allé paſſer
à Avignon , il fit en trois
jours une Comédie dont la
Repréſentation fut le di
vertiffement de toute la
Nobleffe de la Ville & de
toute la Cour du Vice-Lé
gat. Il y a trois ans qu'il
parut auffi avec beaucoup
de gloire dans l'Académie
Françoife , où ayant eſté
reçeu , ainfi que Mile Mar
quis d'Aymard - Chaſteaurenard
, en qualité de
Membres d'un Corps qui.
luy eſt affocié , apres avoir
180 MERCVRE
opiné tous deux dans les
Conférences
qui s'y tiennent
, ils eurent part l'un
& l'autre à la diftribution
des Medailles .
M' l'Abbé de Barreme .
Il eft Confeiller Clerc au
Parlement de Provence.
M'deCays , S'de la Foffete .
M ' le Marquis de Boche .
Il eft de l'Illuftre Maiſon
des Marquis des Baux, Souverains
autrefois de beaucoup
de Terres en Provence
. Il a efté Major de
Brigade de Gendarmerie ,
& Capitaine de ChevauxGALANT.
181
Legers , & l'on peut dire
de luy qu'il eft tout coeur à
la Guerre , & tout eſprit à
l'Académie.
Mr Bouvet. Il fait de tresjolis
Vers, & travaille à une
Traduction du Pétrarque.
M le Marquis de Robias
d'Eftoublon . Il eſt
Aifné de M' d'Eftoublon
Maiftre-d'Hoftel du Roy,
& Fils de feu M' d'Eftoublon
, cet illuftre Vieillard
qui avoit fervy fous trois
Roys , & qu'on nommoit
à la Cour de Louis XIII .
le Baſſompierre de Pro182
MERCVRE
vence . eft Secretaire
perpétuel de l'Académie.
On n'a jamais veu une
Perfonne
de fa qualité a
voir tant d'ardeur qu'il en a
pour les belles Lettres . Il a
l'efprit fécond & d'une
grande étendue , entend
tres-bien le Latin , l'Efpa
gnol & l'Italien , & compoſe
en Vers & en Profe
dans ces trois Langues, fans
parler de la Françoiſe , en
laquelle il a donné divers
Ouvrages que le Public a
fort approuvez , mais qui
n'ont pas paru fous fon
nom.
*
GALANT.. 183
la
M' l'Abbé de Boche. I
eft Frere du Marquis de ce
nom , & a fait connoiſtre
dés fa plus tendre jeuneſſe
le talent qu'il a pour
Chaire , ayant commencé
d'yparoiftre à l'âge devingt
ans , comme les Prédicateurs
les plus confommez.
M' de Caftillon , Senéchal
d'Arles .
M' de Manville. Il eſt
Avocat du Roy au Siege
d'Arles .
M ' le Marquis d'Aymard
Chafteau- renard . Il eſt Capitaine
dans le Regiment
184 MERCVRE
Royal , où il a fervy avec
beaucoup d'affiduité &
d'exactitude depuis le commencement
de la Guerre de
Hollande. Il ne s'y elt paffé
aucune occafion où il ne
fe foit trouvé, malgré les
bleffures qui l'en auroient
pû fouvent difpenfer , fur
tout dans les Sieges de Valenciennes
, de Cambray,
de Saint Omer, & dans la
* fameufe Bataille de Caffel,
où ayant eu par tout des
Commandemens particu
liers , il a toûjours eu le
bonheur de fe faire diftinGALANT.
185
#
fa
par
guer par la bravoure
&
la conduite
, comme
il le
fit il y a quelques
années
par fon efprit, lors qu'il fut
député
de l'Académie
d'Arles
pour venir remercier
le
Roy des Lettres
Patentes
de fon
Etabliffement
. Il
s'acquita
de cette Commiffion
avec tant de gloire,
que depuis
ce temps -là Sa
Majeſté
a dit pluſieurs
fois
à fa louange
qu'elle
n'avoit
jamais
efté complimentée
de
meilleure
grace , ny plus
fpirituellement
. Il harangua
en fuite M" de l'Aca-
Fanvier
.
186 MERCVRE
demie Françoife, pour leur
demander l'honneur de
kcur alliance & de leur affociation
, apres avoir remercié
M le Chancelier
Seguier, qui avoit fcellé les
Lettres Patentes de fa Compagnie
; mais ce fut toûjours
avec un fi heureux
fuccés , que ce dernier luy
fit la grace de l'envoyer vifiter
par un Gentilhomme
,
& de luy faire demander
les trois Complimens
qu'il
venoit de faire au Roy , à
l'Académie
Françoiſe
, &
à luy , qui furent eſtimez
GALANT. 187
trois chefs -d'oeuvres.
M' de S. Veran de Moncalin.
Il eft Confeiller au
Parlement de Toulouſe, &
a un talent extraordinaire
aux Perfonnes de fa qualité,
qui s'appliquent rarement
à fe rendre fçavans dans les
Langues mortes. Celuy-cy
eft fi profond dans la Grecque,
qu'il la parle avec autant
de facilité que fa Langue
naturelle. >
M' de Roubin . Je ne vous
en diray rien , ſon merite
vous eft connu , & je vous
en ay parlé fort au long, en
Q ij
188 MERCVRE
vous envoyant la Harangue
qu'il fit au Roy quand
il eut l'honneur
de luy prefenter
l'Eftampe de l'Obé
lifque dont vous avez la
Figure au commencement
de cette Lettre . quolm I
M' de Chambonas Evef
que de Lodeve. Il eft Frere
de M' le Marquis de Chambonas,
& Neveu de M'I'Evefque
de Viviers. Sa Di
gnité fait fon Eloge , puis
que le Roy n'y éleve que
des Perfonnes recommanle
merite
& par
dables par
la naiflance
.
GALANT. 189
M' le Pays. Les galants
Ouvrages qu'il a donnez
au Public Font affez fait
connoiftre à toute laFrance.
IM de Ranchin . Il eft
Confeiller au Parlement de
Toulouſe , & a un talent
admirable pour la Poëfie.
Toutes les Pieces que nous
ayons de luy ont un tour ›
fi fin & fi délicat , qu'elles
ne tiennent rien de l'air
qui femble attaché à la
Province .
MPAbbé de Verdier.
M'de Venel. Il eft Con
feiller au Parlement de Provence.
190 MERCVRE
M ' d'Arbaud .
M' l'Abbé d'Abeille.
M'de Beaumont des Arlatans.
C'eft un Gentil
homme d'une grande érudition,
fort fçavant dans la
belle Latinité, qui fe connoit
aux diférens caracteres
des Autheurs , & paffe
pour un Critique auffi judicieux
que délicat.
Outre les vingt - deux
Académiciens que je viens
de vous nommer , qui forment
prefentement le
Corps de l'Académie d'Arles,
il y en a d'autres qu'on
GALANT. 191
appelle externes .
Ils
en
font comme les Membres
adoptifs, & entretiennent
un étroit commerce avec
elles par leurs Lettres & par
leurs Ouvrages qu'ils luy
communiquent de temps
en temps. Ce font,
Le R. Pere Vinay , Minime
, eſtimé un des plus
délicats & des plus éloquens
Prédicateurs de fon
Ordre. Il a preſché dans
les meilleures Chaires de
France, avecun applaudiffement
general.
Ml'Abbé de Valavoire ,
192 MERCVRE
M' du Tremblay.
M' de l'Eftang, Confeil
ler au Parlement de Provence.
M' Ferrier , Autheur de
l'Adieu aux Mufes que vous
avez yeu dans une de mes
Lettres.
Quand les huit Places
qui reftent encor à donner
feront remplies
, je ne manqueray
pas à vous appren
dre le nom & le merite de
ceux qui auront eſté choifis.
La Ville d'Arles qui
met au rang de fes plus
glorieux avantages , celuy
d'avoir
GÁLANT. 193
d'avoir cette Académie,
voulant luy donner des
marques de fon affection
& de fon eftime, & contribuer
à la commodité de fes
Conférences , vient de luy
accorder un grand & magnifique
Apartement dans
cet admirable Hoſtel de
Ville qu'elle a fait baſtir,
& dont M Manfard celebre
Architecte de Paris,
avoit donné le Deffein . Je
vous ay déja dit, Madame,
que cette Académie joüit
des mefmes Privileges qui
ont efté accordez à M
Fanvier.
R
194 MERCVRE
de l'Académie Françoife.
Monfieur le Tellier qui a
toûjours fait gloire de proteger
ceux qui aiment les
belles Lettres , ayant fcellé
de la maniere du monde
la plus obligeante, les dernieres
qu'elle a obtenuës ,
M' de Roubin à qui fon
peu de fanté n'avoit pû permettre
de luy preſenter
plutoft l'Eftampe de l'Obélifque
, comme il en avoit
efté chargé depuis
long - temps par M de
la Ville d'Arles , ny d'ef
tre des premiers à luy faire
rs
GALANT. 195
compliment ſur ſa Promotion
à la Charge de Chancelier
, luy en alla faire excufe
dernierement
, & le
remercier en mefme temps
au nom de fa Compagnie
,
des graces qu'elle venoit
d'en recevoir. Son diſcours
fut extrémement aplaudy.
Apres qu'il eut épuifé toutes
les louanges que l'Eloquence
peut fournir pour
honorer un merite extraordinaire
, il luy dit , mais
en termes choifis, au regard
de fa nouvelle Dignité, que
par cette glorieufe marque
Rij
196 MERCVRE
d'eſtime noſtre incomparable
Monarque qui dif
penfe toûjours fes faveurs
& fes récompenfes avec le
plus équitable difcerne
ment, avoit voulu couronner
en fa Perfonne tous fes
bienfaits , & mettre , pour
ainfi dire, le Sceau à toutes
les Graces qu'il avoit fi liberalement
& fi juſtement
répandües fur toute fon illuftre
Famille. Il contipar
des fouhaits de le
voir jouir de cet honneur
autant de temps qu'il en
avoit employé à le meriter,
tinua
GALANT. 197
& qu'il y en avoit qu'il s'en
eftoit montré digne par fes
grands & importans fervices
qu'il continuoit encor
tous les jours de rendre à
l'Etat , avec cette application
infatigable , & cette
exacte fidelité qui luy avoient
acquis à fi jufte titre
la bienveillance du plus
Grand Roy de la Terre, &
la veneration de fes Peuples.
Des proteftations refpectueufes
de fervices de la
part de la Compagnie pour
laquelle M de Roubin
portoit la parole , & une
R iij
198 MERCVRE
tres- humble priere de luy
vouloir accorder l'honneur
de fa protection, terminerent
ce difcours que je fouhaiterois
vous pouvoir donner
entier, Vous avoüeriez
, Madame , que quoy
qu'il ne foit pas avantageux
d'eftre le dernier à
parler fur une matiere ſi
rebatüe déja par les plus
éloquentes bouches de
France , tant de Complimens
qui ont devancé celuy-
cy, ne luy ont rien fait
perdre de fa grace . Je me
contenteray d'y adjoûter
GALANT. 199
un Sonnet que cet Illuftre
Académicien preſentá à
Monfieur le Tellier pour
remercîment des Lettres
qu'il avoit fcellées.
A MONSIEUR
LE
CHANCELIER.
Nfin noftre Bonheur a
paßé noftre attente :
Voicy cet heureux jour
tant defois fouhaité,
Qui nous va tous conduire à l'Immortalité,
Et qui comble d'honneur noftre
Troupe naifante.
R iiij
200 MERCVRE
Illuftre CHANCELIER , cette grace
éclatante
Reçoit fondernierprix de ta rare
bonté;
Et tu viens achevernoftre Felicité,
En fcellant de ta main cette augufte
Patente.
C'eft toy quifurla Cire imprimant
ce Portrait,
De qui nous revérons juſques au
moindre trait,
As voulu pour jamais fignaler
noftre gloire.
Mais nous fçauronspayer ce Bienfait
fouverain,
Enfaifant que le tien au Temple
de Memoire,
D'un Burin éternel foit gravéfur
l'Airain.
GALANT. 201
Voila , Madame , ce que
j'ay crû vous devoir apprendre
de cette celebre
Académie , & je m'en fuis
fait une obligation d'autant
plus étroite , que ce
que je vous en ay déja fait
fçavoir a cauſé une loüable
émulation à Coutance , où
l'on a déja commencé depuis
deux mois à faire des
Conférences Académiques,
reglées entre un certain
nombre de Perfonnes qui
s'affemblent
toutes les Semaines
chez M ' de Pierreville,
Premier Preſident du
202 MERCVRE
Prefidial . Elles s'ouvrent
par un Difcours que chacun
fait felon le rang qui
luy eft venu par les Billets.
On parle en fuite de ce qui
paroift effentiel à la pureté
de noftre Langue . On y
prend des fujets de Morale,
de Phyſique , d’Hiſtoire &
de Geographie , & l'on y
examine les Ouvrages de
ceux qu'on a choiſis pour
ces Affemblées . Elles pourront
eftre confirmées avec
le temps par l'autorité du
Roy, & le Mercure aura du
moins l'avantage de n'avoir
GALANT. 203
pas nuy à en faire prendre
le deffein.
Vos Amies qui s'intereffent
fi fortement dans tout
ce qui regarde l'Eſprit, apprendront
cette Nouvelle
avec joye. Je leur fuis fort
obligé, auffi- bien qu'à plu
fieurs autres Belles , des
Remercîmens & des Galanteries
qu'elles m'ont envoyé
pour Eftrennes . C'eſt
trop reconnoiftre le peu
que j'ay fait pour elles , &
l'avantage de leur avoir plû
me devoit eftre une affez
glorieuſe récompenſe.
204 MERCVRE
Ce mot d'Eftrennes m'en
gage à vous parler d'un Cu
pidon qui a efté envoyé au
commencement de l'An
née à Madame la Comteffe
de Montrevel , Femme du
jeune Comte qu'on a connu
fous le nom de M' le
Marquis de Sévigny. Elle
eft de la Maifon de Lannoy
une des plus illuftres & des
plus anciennes de toute la
Flandre . Son merite & fa
beauté ont fait bruit lors
qu'elle eftoit Fille de la
Reyne, & elle auroit encor
une Cour nombreufe , fi
GALANT. 205
Ton
attachement pour celuy
qu'elle a fait heureux
ne faifoit pas l'unique fatisfaction
de fa vie. Îl eft de
la Maifon de la Baume
Montrevel , & petit - Fils de
Mr. le Comte de Montrevel
, Chevalier
des Ordres
de Sa Majeſté , & Lieutenant
de Roy en Breffe . Il
eft fort bien fait de fa Perfonne,
& a fervy non feulement
dans ces dernieres
Campagnes
, mais en Hongrie
& en Candie, avec une
application
extraordinaire
.
Ila de la bravoure
autant
206 MERCVRE
qu'on en peut avoir , & il
s'eft diftingué en mille ren
contres. Cependant
quelque
digne qu'il foit par là
de tout le coeur de Madame
la Comteffe de Montrevel
fa Femme, il le merite d'ailleurs
par une tendreſſe qui
va jufqu'aux empreffemens
d'un Amant. C'eft fur cet
attachement
réciproque
que font tournez les Vers
que vous allez voir. Ils accompagnoient
le Cupidon
qui fut envoyé pour Ef
trennes. Souvenez - vous,
Madame, que c'eft ce petit
GALANT. 207
Cupidon qui parle au nom
des Amours.
5252525252525252
A MADAME
LA COMTESSE
DE
MONTREVEL
ESTRENNES.
Dorable & jeune
Comteffe,

En l'absence de voſtre
Epoux,
Vn Amour exilé qui retourne chez
vous,
N'a- t-il point trop de hardieffe ,
Et ne rifque -t - ilpoint de vous met -
tre en courrrux ?
208 MERCVRE
Cet heureux Epoux qui vous aime,
Etquevous aimez tout de mérne,
Afibienfait qu'il nous a détrônez,
Nous qui luylivrames laPlace;
On nous ferme la porte aunez,
C'eft ainfique l'o nous redgrace.
Maisfans vous chagriner, ditesnous
franchement ,
Si quelqu'autre en ufoit d'unefaçon
fi rude,
Seroit- ce pas ingratitude ?
L'appelleriez- vous autrement?
Vousfçavezbienque le Dieu d'Hymenée
Nefut jamais bien d'accord avec
nous .
Cependantpourvousfaire un deftin
quifuft doux,
¿
La querelle s'eft terminée,
Vous lefavez je m'en rapporte de
vous;
GALANT 209
Vous nevous plaignezpasje pëſe
De cejour pleinement heureux
Où nous fufmes d'intelligence
Appliquez à remplirvos voeux.
Voyons un peu vostre reconnoiffance.
Si vous gouftez unfouverain bonbeur,
C'eft, dites- vous, l'Hymen qui
vous l'attire,
Ce Dieufeul en a tout l'höneur,
Les Amours n'ont rienfait,&quoy
qu'ils puiffent dire,
·
Vous les chaffez de vostre coeur.
Vnde nous eft resté parfaveurfinguliere,
Parce qu'on n'ofe le chaffer.
Si la Nopce finie on euft pù s'en
paffer,
On ne l'euftpas traité de plus douce
maniere,
Janvier.
S
210 MERCVRE
Mais Hymenfeul eft un pauvre
Seigneur,
Quandnous l'abandonnons il nebat
que d'une aifle.
Siquelqu'an de nous ne s'en mefle,
C'est bien à luy vrayment de contenter
un coeur.
l'aurois bien voulu voir, pour venger
noftre injure,
Quel'Amourquivous refte eutquité
comme nousi
Soit ditfans vous facher, le Dien
d'Hymen & vous
Eufiez faità mon fens une trifte
figure.
N'apprehendez- vous point que
dans noftre couroux
Nous l'obligions encore à quiter la
partie?
Quelque foitfon engagement,
L'Hymenée & Amourfe brouillent
aisément.
GALANT 211
Alors,ma foy, vouspafferiezla vie
Dans un terrible accablements
Plusd'ardeur plus d'empreffemët ,
Vous tomberiez dans le moment
Dans une morne indiférence,
Dans unfombre affoupiſſement,
Enfin dans certaine indolence
Qui de tout cequifait les plus charmans
plaifirs,
h
Vous offeroit le gouft, & mefme les
defirs.
Voyez unpeu quelle chute effroya,
ble ;
Eftre inutilementjeune, belle, adorable,
Pourtout lerefte de vos jours.
Voulezvous l'éviter? traitez mieux
les Amours;
L'Epoux que vousaimezavec tant
de tendreffe,
Et qui remplit tout vostre coeur,
Stij
212 MERCVRE
Neperdra rien de fon bonheur.
Je ne vois rien là qui le bleffe ,
Pourmoyjefuisfonferviteur;
Le noeud qui nous unit n'est- ce pas
noftre ouvrage?
Nous n'ironspas legafter aujour
d'buy.
Pourne vous donnerpoint d'ombrage,
On ne parlera que de lavs
Ou fi vous voulez qu'on le taife,
Onfe taira,donez- nousfeulement
Accés dans votre Apartement,
Que nous puifions entrer & vous
voir à noftre aife,
Et voler pres de vous comme des
Papillons
Qui fe vont en tournant brûler à
la chandelle;
Que vous en couste- t -il? c'est une
bagatelle,
Et c'eft tout ceque nous voulons.
GALANT. 213
Il me femble, Madame,
qu'un Amour qui fe retranche
à des conditions
auffi juftes que fait celuy
que vous venez d'entendre
parler , devroit obtenir ce
pas
qu'il demande. Le malheur
eft qu'on fe défie toûjours
de l'Amour , & qu'il
n'eft pas en réputation de
tenir parole. Je ne dois
oublier que je ne me fuis
pas encor acquité de celle
que je vous donnay en finiffant
ma derniere Lettre.
Il me fouvient que je ne
vous dis qu'un mot par
214 MERCVRE
apoftille de plufieurs Nou
velles dont on venoit de
me faire part. Elles meritent
un peu plus d'éclairciffement
; & pour commencer
par Monfieur le
Duc de Vitry qui a eſté fait
Confeiller d'Etat d'épée,
je vous diray qu'il n'y en a
que trois qui puiffent tenir
ce rang dans le mefme
temps. Monfieur le Marefchal
de Villeroy en eft
un , & la troifiéme place a
efté remplie par Monfieur
le Marquis de Feuquieres
,
Je vous ay affez parſé de laGALANT.
215
Famille & du merite de ce
dernier dans une autre occafion
, pour ne rien ajoû
ter à ce qu'une de mes Lettres
vous en a déja appris .
S'il a beaucoup d'intelligence
pour tout ce qui regarde
fon Employ , il n'en
a pas moins dans les Affai
res de la Guerre , ayant
donné des preuves de fon
courage en Suede depuis
qu'il y eft Ambaſſadeur.
y a trois Confeillers d'Etat
d'Eglife , comme il y en
a trois d'Epée. Ce font
Monfieur l'Archeveſque
216 MERCVRE
de Roüen , M' l'Evefque
de Chartres , & M¹leDoyen
de Noftre-Dame de Paris.
Monfieur le Duc de Vitry
' eft Fils de Nicolas de Lhofpital
, Marefchal - Duc de
Vitry , Capitaine des Gardes
du Corps de Louis XIII .
Chevalier de fes Ordres, &
Gouverneur de Provence .
Feu M' le Marefchal de
Lhofpital , qui eft mort
Gouverneur de Paris , eftoit
fon Oncle. Je ne vous dis
rien de cette Maiſon. Elle
eft connue pour une des
plus Illuftres que nous
ayons;
GALANT. 217
ayons ; & outre que Jean
de Lhofpital Comte de
Choify , a époufé depuis
cent ans une Leonor Stuart,
Fille de Jean Stuart Duc
d'Albanie , il n'y a perfonne
qui ne fçache qu'elle
elle alliée aux Maifons de
Coffe , de Ventadour , de
Briffac , de la Chaftre , de
Beauveau , de laTrimouille,
de Rohan, de Marigny, &c.
Tant d'avantages font glorieufement
foûtenus par
Mile Duc de Vitry dont je
vous parle. Il eft Lieute
nant General. Ce rang
Fanvier.
T
218 MERCVRE
1
marque fon courage, comme
les grands Emplois fon
efprit. Illa délicat , éclairé,
étendu & fermé . Il eſt intelligent
dans les Affaires.
Ilfçait jufqu'à celles du Palais
, & les Mufes font de
fes Amies
. On peut juger
par là qu'il n'ignore rien.
Je vous parlay auffi la
derniere fois de M'l'Abbé
de Valbelle, à qui le Roy a
donné l'Evefché d'Alet ; &
de M de Guilleragues
, qui
a efté nomméAmbaffadeur
à Conftantinople. Ce pre-
-mier eft Fils de ce fameux :
GALANT. 219
Valbelle qui eftoit Lieutenant
General de la Marine,
& qui fous le Regne de
Louis XIII. & dans les
Guerres de Provence , a
toûjours eu tant de con
duite à maintenir la Ville
de Marſeille dans la fidelité
qu'il devoit à fon Maiftre
, qu'il en a merité également
l'approbation de la
Cour & de la Province . Il
eft proche Parent de M' le
Marquis de Valbelle Cornete
des Chevaux-Legers
de la Garde , dont le Pere
a tres-bien fervy dans tou-
W
Tij.
220 MEROVRE
que
tes les Guerres de Catalo
gne fur la Galere qu'il
commandoit , & qui fuft
bleſſé à mort n'eſtant âgé
de dix-huit ans , dans
le Combat des quinze Ga
leres de France contre celles
d'Eſpagne . Son Aycul
s'appelloit Cofme de Valbelle
, qui à l'âge de foixante-
dix ans fuft tué fur
la Galere qui portoit fon
nom , apres avoir reçeu
douze bleffures , & fervy
d'exemple àtoute l'Armée .
Il eft encor Neveu de M
le Commandeur de ValGALANT.
221
belle , qui s'eft fi fort diftingué
dans les derniers
Combats qui fe font donnez
fur Mer , & à qui on
peut dire que la Ville de
Meffine doit en partie fa
confervation. Ses Ancef
tres n'ont pas fervy avec
moins de fidelité aux Batailles
de Serifolles fous
François I. & de Coutras
fous Henry III. & il s'eft
fait peu de grandes Actions
où ceux de ce nom n'ayent
eu quelque part. Sa Maifon
eft fort connue , & les
Monumens qu'elle a laiffé
Tiij
222 MEROVRE
dans les Abbayes de Montrieu
& de la Verne dés
l'an 1178. font des marques
affez autentiques de fon
ancienneté. M' l'Abbé de
Valbelle dont je vous parle
eft Agent general du Cler
gé de France , & la qualité
de Docteur de Sorbonne
qu'il a , eft une preuve du
merite qui a fait jetter les
yeux fur luy pour l'élever
à l'Epifcopat. M' l'Abbé
de Piancour, qui eft auffr
Docteur de Sorbonne , a
efté facré Evefque de Mande
ces derniers jours. Il fe
a
GALANT 223
prépare à partir pour fon
Diocefe. La connoiffance
qu'on a de fes belles qualitez
l'y fait fouhaiter avec
un empreſſement inconceuable.
Guilleragues, il a eſté Premier
Prefident de la Cour
des Aydes à Bordeaux, Secretaire
des Commandemens
de M' le Prince de
Conty, & Secretaire de la
Chambre & du Cabinet.
La réputation où il eft pour
ce qui regarde l'Efprit, devroit
m'engager à vous en
faire l'Eloge, mais les Ou
Quant à M' de
Tiiij
224 MERCVRE
vrages que nous avons de
luy en difent plus que je ne
pourrois vous en dire .
Enfin , Madame , j'ay
trouvé moyen de vous fatisfaire
, & je vous envoye
deux Airs notez que vous
ne regarderez , s'il vous
plaift, que comme un effay
de ceux que j'auray foin de
vous envoyer tous les Mois .
Voicy les Paroles du premier
que je mets icy fans
les noter, afin que vous les
puiffiez lire d'abord fans
embarras.
GALANT. 225
AIR NOUVEAU..
On Troupeau, Sylvie,
Peut feul t'engager.
Tu paffes la vie
Sansprendre unBerger.
Soupire, Cruelle,
Pour des foins plus beaux, x
Vn Berger fidelle
Vaut mille Troupeaux.
Cet Air eft d'un Maiftre
eftimé des Perfonnes de la
plus haute qualité, & comme
elles ont le gouft bon,
je ne doute point que fes
Ouvrages ne meritent les
éloges qu'elles leur donnent
, mais vous pouvez
226 MERCVRE
vous en éclaircir par vous
meſme , jettez les yeux fur
la Note. Vous fçavez parfaitement
la Mufique , &
il ne vous faut qu'un moment
pour connoiſtre la
beauté de celle-cy.
Je puis vous affurer ,
Madame , que tout eft
nouveau dans cet Air, &
que je ne vous envoyeray
rien de cette nature qui ait
efté veu dans le monde
avant que vous le receviez.
C'eft ce qui m'a empefché
de faire graver un fort bel
Air de M de la Tour , qui
1
1
gebeauxv
ille tre
lle tr

GALANT. 227
comme vous fçavez tient
rang parmy les premiers
Mailtres de Mufique. J'ay
déja entendu parler de cet
Air en quelques endroits, &
je prétens que vous puiffiez
dire que vous aurez chanté
la premiere tout ce que
Vous trouverez noté dans
mes Lettres, fi ceux qui me
le donneront me tiennent
parole. Je ne veux pas cependant
vous priver des
Paroles fur lesquelles M
de la Tour a travaillé. Elles
vous plairont beaucoup, fi
elles vous plaifent autant
228 MERCVRE
qu'elles font icy ; mais
comment ne vous plairoient-
elles pas , puis qu'el
les font de l'illuftre Perfonne
qui ne nous donne
jamais rien que d'achevé ?
Elles ont un tour qui vous
feront connoiftre aisément
le merveilleux génie de
Madame des Houlieres.
GALANT. 229
AIR.
Rris furla
Fougere,.
Dans un preffant danger,
Afon temeraire
Berger
Difoit toute en colere;
Qu'eft devenu, Tirfis , cet air ref
pectueux,
Qui d'un parfait Amant eft le vray
caractere?
Entrè deux coeurs , dit- il , brûlez
des mefmesfeux ,
Il eft certains momens heureux
Où, ma Bergere,
Il ne faut eftre qu'amoureux .
Voyez, Madame , fi rien
peut eftre plus agreablement
tourné que ces Paroles
. En voicy d'autres
:
230 MEROVRE
1
dont vous allez trouver
l'Air noté .
AIR NOUVEAU.
O
Voy, rien ne vous peut
arrefter?
L'Amour cede à la
Gloire,
Et vous voulezme quiter
Pour courirapres la Victoire?
Red- elle unvainqueurplus heureux
Que la tendreffe
D'une Maifireffe
Qui partagefes feux?
Je prétens que vous me
ferez un fort grand remerciement
de cet Air , puis
qu'il eft de M' Charpen-
1
GALANT 231:
Эху
*
mais
230 MERCVRE
GALANT 231
tier, fameux par mille Ouvrages
qui ont efté le charme
de toute la France , &
entr'autres , par l'Air des
Maures du Malade Imaginaire
, & par tous ceux de
Circé & de l'Inconnu . .Il a
demeurélongtemps en Italie,
où il voyoit fouvent le
Chariffimi,qui eftoit le plus
grand Maiftre de Mufique
que nous ayons eu depuis
longtemps . Vous avez lû les
Paroles de l'Air de M' Charpentier
, voyez les notées .
Je paffe à l'Enigme . C'eft
un Jeu d'efprit qu'il fem,
232 MERCVRE
ble que le Mercure ait mis
à la mode. Le Rondeau,
le Virelay, la Balade, & les
Bouts -rimez , n'ont jamais
tant fait de bruit en leur
temps qu'en font les Enigmes.
Elles deviennent le
divertiſſement de toute la
France ; & le grand nombre
de Lettres que je reçoy
chaque Mois de ceux qui
cherchent à les deviner,
me fait connoiftre que ce
n'eft pas fans plaifir qu'ils
s'y appliquent. A peine
vous eus - je envoyé ma
Lettre du Mois paffé, dans
GALANT: 233
laquelle vous trouvaſtes
l'Explication de celle des
Conféderez
, que j'en reçeus
encor plufieurs autres
de quelques Provinces éloignées.
Il n'y en avoit
point qui ne fuft pleine
d'efprit , mais fur tout cel
les qui en faifoient tomber
le fens fur le Melon , la Republique
de Hollande & une
: Fourmilliere , eftoient admirables
. Je ferois un long
Article, fi je vous mandois
tout ce qui m'a efté écrit
de l'Enigme du Mois de
Decembre
. Voicy ce que
Fanvier.
V
234 MEROVRE
ceux qui n'en ont pas trou
vé le Mot en ont dit, mais
avec tant de jufteffe pour
le fens qu'ils luy ont donné,
qu'il eft prefque Vers pour
Vers. M' de la Monnoye
apres l'avoir expliquée fur
le veritable , l'a tournée en
fuite fort ingénieuſement
fur le Mercure. Une Dame
de Crefpy a crû que c'ef
toit une Queſteuſe. M le
Comte de l'Aubefpin qui
a deviné toutes les autres ,
a prétendu que ce fuft
Carefme Prenant M
l'Abbé Flanc , ['Hyper, &
;
GALANT 235
une jeune Demoiſelle de
quatorze ans , qui eſt tout
efprit , en a fait une Explication
fi naturelle en faveur
de la Tubéreuse , qu'
elle m'a prefque perſuadé.
J'en ay reçeu une autre en
Vers , qui fait voir que ce
doit eftre la Mode . Cepen
dant le véritable Mot eft
celuy que vos Amies ont
trouvé. Il m'avoit efté envoyé
le jour précedent par
un Chanoine de Rheims,
qui eft le premier qui l'ait
deviné , & dés le lendemain
on m apporta ce
y ij
236 MERCVRE
Rondeau , qui l'apprendra
à ceux qui n'ont pas voulu
fe donner la peine de le
chercher, ou qui l'ont cherché
inutilement.
2525252525252525
SUR L'ENIGME DU X.
Tome du Mercure .
RONDEAU.
Eft une Enigme où
maints rares Efprits
Auront eflé peut- eſtre un
peu furpris.
Pour moy qui fuis Sorcier à la
douzaine,
A l'expliqnerj'employe en vain
ma peine,
Mal- avife de l'avoir entrepris.
T GALANT
. 237
$2
Pourdécouvrir lesdeffeinsdeLours
Onvoit ainfi refverfes Ennemis ;
Mais far ce point la recherche est
fort vaine,
C'est une Enigme.
25
Si faut-il bien trouver le fens
précis
De celle- cy; la Gloire en eft leprix.
Ah! le voicy ; j'en fuis tout hors
d'haleine.
L'Autheur nous veut donner en
bonne Etrenne
Le Jour de l'An , fi je l'ay bien
compris,
C'est une Enigme.
Je ne vous parle point
d'un Solitaire du Païs du
238 MERCVRE
Maine , d'un autre de Saint
Giraud ,
d'une
Demoifee
de Troyes , & de quantité
de Perfonnes de plufieurs
Villes diférentes qui ont
auffi connu que les Vers
de cette Enigme ne figni
fioient rien autre chofe que
le premier Four de l'Année.
En voicy l'Explication par
d'autres Vers dont vous
trouverez le tour auffi aifé
qu'agreable. Ils font de
M² Couture de Caën.
2S
GALANT. 239.
Ette Enigmefi bien
tournée
116 Eft le premier Iour de
l'Année.
$2
S'il eft aimé de l'un , de l'autre il
ne l'eft pas;
Sur tout il eft hay des Vilains, des
Ingrats,
Qui n'ont point de plus grandes
gènes
Que quand letemps arrive où l'on
parle d'Etrennes;
Au lieu qu'on voit à l'envy les
Amans·
S'expliquer tous par leurs pré
fens,
Et prendre foin de ce qu'ils doivent
faire,
Carilfaut profiterdu temps
240 MERCVRE
En matiere d'amour , plus qu'en
toute autre affaire.
S&
Tous ceux à qui l'onfait la Cour
Seroient plus heureux ,fice lour
Avoit un peu plus de durée;
Maisfon Cadet le lour qui fuit
L'attend dans lefilence , & le preſſe
à minuit,
Il ne peut plus tenir, fa perte eft
affurée.
Il meurt, mais pour renaiftre enfin
une autre fois ,
C'eft à dire apres douze Moisi
Ses heures eftoient là bornées,
> Mais comment eft- il vieux ? comment
chargé d'années ?
En un mot, tous fes Ans l'unfur
l'autre entaflez,
Ce font tous les Siecles paffez
Se
Ce
GALANT 241
Ce n'eſt pas la feule Explication
qu'on m'ait envoyée
en Vers , mais c'eſt
la premiere que j'ay reçeuë,
& fay crûluy devoir la pré
ference par cette raiſon .
Voicy cependant une nouvelle
Enigme fur laquelle
vos Amies pourront s'exercer.
Elle eft de M.Robinet
, qui avoit trouvé le
Mot du premier Jour de
l'Année , & de qui je tenois
ce que vous avez veu
il y a quelques Mois ſur la
Lettre R.
Fanvier.
X
242 MERCVRE
Séséses252525252
ENIG ME.
E fuis du Sexe aimé , du
Le Sexe feminin,
Mais tous mes membresfont
du Sexe mafculin.
Sans eftre monftrueuse ainsi que
plufieurs Beftes ,
I'ay quatrefois vingt pieds , &
quatrefois dix teftes,
Deuxfois quarante bras , autant
d'oreilles, d'yeux.
Pour mes langues, l'ufage en eft
mystérieux.
Comme à moins qu'eftre bonne on ne
m'en foufre aucune,
Toutes celles que j'ay n'agiffent que
pour une,
GALANT. 243
Qui d'un grand nombre d'ans précedant
mon employ,
Quoy que mapropre langue, eftoit
née avant moy.
Ce que je compte icy de diverfes
parties,
A quatrefois dix Corps lesfait
voir afforties ;
N
Mais ces quatre fois dix , par de
fçavants accords,
Ne me forment qu'un feul & nameraire
Corps.
Ie me vests en Manteau , Iuft aucorps
& Soutane,
le porte Habit facré , je porte
Habit profane,
Mille honneurs éclatans me met
tent en crédit,
On me voit Mortier , Mitre, &
Pourpre & Saint Efprit,
Le fuis également & de plume &
d'épée,
244
MERCVRE
Etje puis par les deux enfin eftre
occupées
L'ay place bien fouvent
dans la
Maifon
d'un Grand,
Qui n'a point fon pareil dans fon
fublime rangi
l'ay quantité d' Enfans , laplûpart
en Familles;
Mais entre tant d'Enfans j'ayfeulement
deux Filles ,
Qui tiennent deleur Mere, & qui,
dit - on, font voir
Qu'en partage
elles ont le talent
du Sçavoir
.
le compofe & m'explique
en divers
Idiomes
D'Ariftote
, j'entens
les doctes
Axiomes..
Epique , Dramatique
, Elegie &
Sonnet,
Satyre , Ode & Rondeau , fortent
de mon Cornet.
GALANT 245
Enfin rien ne me borne en mon genre
d'écrire ;
Cependantfi de moy je dois icy tour
dire,
Avec tant de talens dont j'acquiers
ungrand nom ,
L'enfuis àla premiere &plusfimple
Leçon.
Si cette Enigme embaraffe
vos Amies par fa longueur,
elles auront à choiſir
de cette autre qui n'eft que
de quatre Vers , & quia efté
faite par une belle Perfonne
de Vernon .
Xij
426 MERCVRE
J
ENIGME
.
Amaispar moy lieux bas ne furent
habitez ,
Mon Corps eft agiffant fans vie,
Et l'on me voit tournerlesyeux de
tous coftez,
Quayque de regarder je n'aye an
cune envie.
Vous n'en ferez pas quite
pour ces deux Enigmes.
Jettez les yeux fur les diverfes
Figures qui font re
prefentées dans ce que j'ay
fait graver icy. Elles compofent
un Corps Enigmatique
dont je vous laiffe le
ENIGME exo...
P. 24164
"Dela Bowser.f.,

GALANT 427
nom à trouver. Il n'y a rien
de nouveau en cela, & tous
les Ans on expofe en public
diférens Tableaux des meil
leurs Maiftres, qui font autantd'Enigmes
à expliquer.
Jay grande impatience
de fçavoir quel fens vos
Amies auront donné aux
Figures qui vous font icy.
reprefentées . Quoy qu'el
les devinent prefque toûjours
fort heureuſement,
ces fortes d'Enigmes les
doivent embaraffer un peu
davantage que celles qui
leur expliquent la nature.
X iiij
248 MERCVRE
de la chofe dont on leur
laiffe le Nom à trouver
Mais c'eft trop vous arref
ter fur des matieres obfcu
res, quand je dois mehâter
de vous apprendre ce que
je ſçay qui vous caufera de
la joye. Le Roy a donné
l'Abbaye de Mont Saint
Quentin en Picardie à M
Courtin. Il eft Fils de ce
celebre M Courtin Confeiller
d'Etat, pour qui l'ef
time particuliere que vous
avez m'eft connue. Vous
la partagez avec tous ceux
qui font cas du veritable
GALANT 249
merite , & vous eftes trop
convaincué de fes grandes
qualitez pour avoir befoin
que je m'étende fur fon
Article . Les
importantes
Négotiations pour lefquelles
il a efté plufieurs fois
envoyé Ambaffadeur Extraordinaire
en diverfes
Cours , font la preuve de
fon efprit, de fa prudence,
& de fa conduite , & je ne
vous apprendray rien en
vous difant que jamais
Homme n'aima fi fort l'équité,
& n'eut tant de pieté.
fans fafte .
250 MERCVRE
L'Abbaye Réguliere de
S. Nicolas de Marcheroux,
de l'Ordre de Prémontré,
dans le Diocefe de Rouen,
a efté donnée au P.François.
Antoine Charreton de la
Teriere , Chanoine de la
Cathédrale de Pamiers , &
Prieur de S. Jean de Fal
guay. Il eft Fils d'un Confeiller
d'Etat ordinaire , &
vient d'une des plus anciennes
& des plus nobles
Familles de la Robe. Elle a
donné depuis pres de trois
cens ans des Préfidens &
des Confeillers au Parle
GALANT: 251
ment de Paris , fans parler
des Maiftres des Requeſtes,
Intendans & Maiftres des
Comptes , qui en font fortis.
Je finis cet Article par
Madame le Maiftre de
Grandchamp, que Sa Majefté
a nommée à l'Abbaye
de Charonne . Elle eftoit
Prieure de Dofme enChampagne.
Il y a peu de Filles
d'une vertu & d'une pieté
auffi genéralement reconnues
, & vous conviendrez
de fon merite, quand vous
fçaurez qu'un de fes moin252
MERCVRE
dres avantages eft celuy
d'eftre de cette ancienne
Famille des le Maiftre , il
luftre par tant de grands
Hommes qu'on y a veus
Premiers Préfidens , Gardes
des Sceaux, Ambaffadeurs
, & Cardinaux . Ces
marques
de l'eftime
d'un
grand Roy auroient
de
quoy fatisfaire
, fi la mort
ne mettoit pas fin à toute
forte d'honneurs
. Elle
nous a enlevé pendant
ce Mois - cy Monfieur
le
Duc de la Force, Madame
la Marquiſe
de Sablé, MaGALANT
253
dame la Ducheffe de Bour
nonville , & Madame la
Comteffe de Drubec.m
Mr le Duc de la Force a
vefcu pres de quatre-vingts
ans. Nompar de Caumont
eft le Nom de fa Maifon
Il avoit fervy en pluſieurs
grandes occafions fous le
Marefchal- Duc de la Force
fon Pere , qui fut un des
plus grands Hommes de
fon Siecle. C'eft luy qui prit
Pignerol , défit les Elpa
gnols au Combat de Carignan,
contribua à la Levée
du Siege de Cafal, fe rendit
254 MERCVRE
་་
maistre de Moyenvic , prit
la Mothe en Lorraine , fit
lever le Siege de Philif
bourg, fecourut Heyldes
berg , prit Spire , défit les
Troupes du Prince Charles
de Lorraine en plufieurs
rencontres , & celles des
Comtes Picolomini & de
Naffau. Il fut fait Duc &
Pair en confidération de
tant de fervices , & commanda
les Armées du Roy
en Piémont, en Allemagne
& en Flandre. Il fe maria
trois fois , & entra par là
en plufieurs grandes Alliances.
GALANT. 255
Madame de Sablé Veuve
de Monfieur de Laval, Mar
quis de Sablé , qui fut Fils
unique du Mareſchal de
Boifdauphin Gouverneur
d'Anjou , eft morte environ
au mefme âge que
Monfieur le Duc de la
Force. Elle eftoit Fille de
Monfieur le Marefchal de
Gouverneur Souvré de
Louis XIII. Premier Gentilhomme
de fa Chambre,
& Gouverneur de Tourai
ne. Elle eut pour Fils M
les Marquis de Boifdauphin
& de Laval , & Monfieur
IS
256 MERCVRE
l'Evefque de la Rochelle,
qui vit encor aujourd'huy.
Ces deux premiers ont finy
leurs jours en fervant le
Roy dans fes Armées , où
ils ont fait voir une valeur
qui ne démentoit point
celle des Illuftres Ayeux
'dont ils defcendoient , &
le dernier eft regardé par
tout comme un de ces
grands Prélats dont la conduite
eft l'édification des
Peuples , & l'exemple une
leçon parlante à tous ceux
qui font dans la meſmeDignité.
On remarqua dés
12
GALANT: 257
fa plus tendre jeuneffe de
Madame la Marquife de
Sablé tant d'efprit, tant de
difcretion , & tant d'agré
ment dans toutes les ac
rions , qu'elle fut admirée
de tout ce qu'il y avoit de
confidérable à la Cour , &
honorée de la confiance
particuliere de Mefdames
Filles de France . La douceur
de fes moeurs , fon inclination
bienfaifante , &
fes promptes & vives lu
mieres qui luy faifoient dé
mefler en un moment les
chofes les plus embaraf
Fanvier.
X
258 MERCVRE
fées , luy avoient attiré l'ef
time & l'affection de tout
le monde . Il y avoit peu
de Perfonnes affligées qui
ne trouvaffent en elle de la
confolation , chacune felon
fa fortune. Elle compâtiffoit
à leurs peines, les foulageoit
par fes paroles, par
fes confeils , par fes Amis ,
& fouvent par fa liberalité.
Elle avoit l'ame d'une Souveraine
, & c'eft ce qui luy
avoit fait meriter la bienveillance
de Monfieur &
de Madame , qui luy en
ont fait paroiftre beaucoup
GALANT 259
jufqu'à la fin de fes jours,
comme fi Leurs Alteffes
Royales avoient voulu couronner
par leur eftime ce
qu'en ont eu pour elle les
Perfonnes du
Royaume les
plus Illuftres en naiffance,
en fçavoir & en pieté. Cet
Efprit fi éclairé qui la ren
doit capable des plus grandes
choſes , ne l'a quitée
qu'avec la vie , & elle a
donné jufqu'à la mort des
marques d'une admirable
ſageſſe & d'une folide
vertu.
Madame la Ducheffe de
Y
1J
260 MERCVRE
Bournonville , Veuve du
Duc de ce nom qui a eftéi
Gouverneur de Paris , ef
toit Fille de Monfieur de
la Vieuville , Chevalier de
l'Ordre , autrefois Sur-Intendant
des Finances , &
Soeur de Monfieur le Duc
de la Vieuville , Chevalier
d'Honneur
de la Reyne, &
Gouverneur de Poitou.
Quand elle n'auroit pas eu
toutes les bonnes qualitez
qui la rendoient confide
rable , elle l'auroit toûjours
beaucoup efté pour eftre
Mere de Madame la DuGALANT
250
cheffe d'Ayen, qu'un vray
merite joint à une tres-i
haute vertu , fait aujour
d'huy regarder comme une
Dame des plus accomplies
de fon Siecle.
Madame la Comteſſe de
Drubec eftoit de la Maifon
de Choifeul, & Soeur de feu
Mile Marefchal du Pleffis .
Elle a laiffé trois Fils , M'le
Comte de Drubec , M le
Marquis de Valfemé qui
commande les Chevaux-
Legers de Monfieur, & M
l'Abbé de Drubec. Ce der
nier a fait plufieurs grandes
262 MERCVRE
actions publiques qui luy
ont acquis beaucoup de réputation.
&
Ce feroit icy le lieu de
vous parler d'une Belle qui
eft morte d'amour pour fon
Mary. C'est une avanture
qui fait bruit , & elle eft
d'autantplus remarquable,
qu'il y a peu de Femmes
qui veuillent mourir à force
d'aimer ; mais il me faut
plus de temps qu'il ne
m'en refte pour vous écrire
toutes les circonstances
d'une Hiftoire que beau
coup de Gens croyent fça-
·
GALANT. 263
.
voir , & qu'ils défigurent
prefque tous en la racontant.
Ainfi, Madame, je la
remets jufqu'au Mois prochain
, & ne prétens point
paffer celuy-cy fans vous
dire deux mots de Guerre .
Nos Braves fe plaindroient
avec raiſon , fi je laiffois
repofer ma plume tandis
qu'ils font agir leur valeur.
M' le Marquis de Bouflairs
fait tous les jours parler de
luy à Fribourg, & on a peine
à croire ce qui fe dit des
Partis de fa Garnifon qui
s'ouvrent paffage dans des
264 MERCVRE
licux qu'on avoit crûs juſque-
là impénetrables
. M
Blanque Lieutenant Colonel
du Regiment de
Rouergue , qui commandoit
dernierement
un de
fes Partis , a fait merveilles
à la tefte de deux cens cinquante
Hommes . M' d'Artault
Capitaine des Grenadiers
, & M' de Montomer
Capitaine de la Marine , fe
font extrémement
diftinguez
; ils ont fait quantité
de Prifonniers , défait
toutes les Gardes avancées
des Ennemis , & par là ruiné
tous
GALANT 265
tous leurs deffeins. Les
Partis de Maſtric continuënt
de leur cofté à faire
des prifes ; & M' de Clainviliers
qui commandoit un
Party de la Garnifon d'Ath,
a défait trois cens Hommes
qui vouloient entrer dans
Mons . Les Ennemis employoient
tous leurs foins
à faire fortifier N. Dame
de Hal , plufieurs Perfonnes
y travailloient ; mais
quoy que cette Place qui
n'eft pas éloignée de Bruxelles
, leur foit de la derniere
importance , le feul
Fanvier.
Z
266 MEROVRE
bruit de la marche de M
le Marefchal de Humieres
les a obligez de fe retirer
avec autant de précipitation
qu'ils montroient d'ardeur
à fe mettre en état de
nous refifter. Pendantqu'ils
abandonnent leurs Fortifications,
nous en faifons de
a
nouvelles à Fribourg, Sche
leftat, & S. Guilain . Il n'appartient
qu'à la France de
faire tant de chofes à la fois,
& de triompher de tant
de Puiffances Souveraines.
Elle fonge à tout, elle pré
yoit à tout , & il fuffit quGALANT.
267
elle
entreprenne pour pou
voir ſe répondre du fuccés .
Monfieur le Marefchal-
Duc de la Feüillade eft
party pour Toulon . Il s'y
doit embarquer , & paffer
de là à Meffine. Il a mené
avec luy M' le Chevalier de
Luzancy, & M's de Candau ,
de S.Remy, & de Menevillette,
Officiers aux Gardes .
Comme il fe connoift en
Braves , il n'a choify que
des Gens capables de le
feconder. Je viens d'apprendre
prefentement
que
M' le Marquis de Bouflairs
Z ij
268 MERCVRE
a remporté de grands avantages
du cofté de la Suabe ,
mais n'eftant pas encor inf
truit des particularitez , je
les referve pour le Mois
prochain. Tous nos Braves
ne meurent pas à l'Armée,
& c'eft affez d'y braver la
mort, pour ne l'y pas rencontrer.
M' Macline Lieutenant
de Roy de Maftric,
& Colonel de Piémont,
apres trente - deux années
de fervices , pendant leſquelles
il a effuyé toute
forte de périls , a finy fes
jours dans fon Lit , & eft
GALANT 269
mort comme il a vefcu .
M Betou qui avoit la Lieutenance
de Roy de Charleroy
, a eu celle de Maftric,
& on a donné le Regiment
de Piémont à MⓇ Voifin
Capitaine aux Gardes,Frere
de M' Voifin Avocat General
du Grand Confeil, &
Oncle de M' Voifin Confeiller
d'Etat. M' de Caillavel
a efté fait Ayde- Major
des Gardes en la place
de feu M' de Pierrebaffe
;
& M ' le Cher de Romefny
a obtenu la Lieutenance
aux Gardes de M de Ci
Z iij
270 MERCVRE
gonne. C'est par ces ré
compenfes que le Roya
voulu faire connoiftre
qu'il
ferfouvenoit des fervices
qu'ils luy avoient rendus
en plufieurs Campagnes
,
où ils ont donné des marques
de leur valeur, & principalement
au Siege de
S.Guilain
.
M'd'Argonys
a
eu ala Lieutenance Colonelle
du Pleffis . J'ay oublié
juſqu'à aujourd'huy à vous
dire que lors que M. de
Rubantel & de Tracy fu
rent faits Marefchaux de
Camp, M' le Marquis de
ww
GALANT. 271
la Frezeliere Lieutenant
General de l'Artillerie , fur
auffi nommé par Sa Ma
jefté pour le mefme em
ploy. J'ay fi fouvent parlé
de luy , & des chofes fur
prenantes qu'il a faites,
qu'il n'y a point d'Officier
qui vous doive eftre moins
inconnu . M de la Plegniere
- Hebert eft party
depuis peu de jours pour
aller prendre poffeffion du
Gouvernement de la Cita
delle d'Arras que le Roy
lay a donné. Il eſt Briga
dier des Armées de Sa Ma
Z iiij
272 MERCVRE
jefté , & Lieutenant Colonel
du Regiment de Pié !
mont. Il commandoit à
Tongres dans la premiere
Année de cette Guerre ; &
la maniere dont il s'eft fi
gnalé à la défenfe de Maf
tric , & particulierement à
la repriſe du Baftion Dau
phin , a fort augmenté la
gloire qu'il s'eftoit déja ac
quife en plufieurs autres
occafions depuis plus de
vingt - cinq années de fervice.
Je vous ay déja fait fça
voir , Madame, fur ce qui
\
GALANT 273
regarde Monfieur le Tellier
, que fes Lettres de
Chancelier avoient efté en
regiftrées, &j'ay à vous entretenir
aujourd'huy de la
publication de ces mefmes
Lettres qui fut faite il y a
trois jours. M' Pajot , un
des plus celebres Avocats
du Parlement , parla fur
cette matiere avec un applaudiffement
univerfel . 11
dit que c'eftoit particulierement
dans la mauvaiſe
fortune que le Sage fe fai
foit connoiftre
; mais que
Monfieur le Tellier avoit
274 MERCVRE
toûjours paru tel & dans les
profperitez
& dans les ad
verfitez, & qu'il n'avoit pas
moins
remply
les devoirs
de Magiftrat
& d'Homme
d'Etat, qu'il avoit glorieu
fement
fatisfait
à ceux de
Pere par l'éducation
de fes
Enfans
. Il tomba
de là fur
l'Eloge de Monfieur de
Louvoys , & fit voir qu'il
executoit les Ordres du
Roy avec un zele fi prompt
& une activité fi ponctuel
le , que les chofes ſe trouvoient
prefque toûjours
faites dans le mefme temps
GALANT: 275
qu'elles avoient efté réfo
lues. Il n'oublia rien de ce
qui fe peut dire fur l'ardeur
infatigable de ce Miniſtre,
& ajoûta que fi Monfieur
le Tellier avoit donné un
Fils à l'Etat dont les grands
fervices contribuoient
tant
à fa gloire, il en avoit donné
un autre à l'Egliſe dont
elle ne tiroit pas un moindre
avantage. Il auroit
pouffé cette louange plus
loin , fans la préſence de
Monfieur l'Archeveſque
de Rheims qui l'écoutoit,
& dont il dit qui il crai276
MERCVRE
gnoit de faire foufrir la
modeftie
. L'indifpofition
de M'Talon
Premier Avocat
General, fut caufe qu'il
ne parla point , & ce qu'il
doit dire là- deffus eft remis.
Vous ne ferez point fachée
fans doute d'entendre
aujourd'huy
parler la Juftice
au lieu de luy. Oyez ce que
Madame
de Villedieu
luy
fait dire. Tant d'Ouvrages
que nous avons d'elle , écrits
avec autant de délicateffe
que de netteté , vous donnent
une affez forte affurance
qu'il ne peut rien
GALANT. 277
partir d'elle , qui ne foit
fort digne d'eftre écouté,
EXCLAMATION
de la Juftice fur le choix que
le Roy a fait de M ' le Tellier
pour eftre Chancelier de
France.
Nfin, grand Iupiter,
voicy le jourheureux,
Où depuis fe longtemps
afpiroiēt tous mesvoeux.
Te voy l'ordre Eternel qui gouverne
la France,
Remplir pour ce cher lieu ma plus
douce efperance ,
Et ta main coduifant le plus grand
defes Rois,
278 MERCVRE
Le Sage LE TELLIER administrer
mes Loix.
Deja quand par les foins que tu
prens de la Terre,
Tu fis nommerfon Fils Miniftre
de la Guerre,
Ie crûs quepour m'offrirun Empire
nouveau,
Tullas Hoftilius fortoit de fon
Tombeau.
Le droit de tout ofer, la licence im
punie,
Qui d'entre les Guerriers fembloit
m'avoir bannie,
Aufeul nom de Loüis, prononcé
par Louvoy,
Comme Ennemis vaincus s'enfuirent
devant moy;
Le vis fous l'Etendare laplusfiere
jeuneffe
Soumettre fes ardeurs aux Zoix de
la Sageffe,
GALANT 279
Les Pavillons du Prince & defon
General,
Ne fe planter au Camp qu'apres
monTribunal;
Mais que ne vois- je point dans ce
jourfalutaire?
Le voy la Loy Civile, & la Loy
Militaire,
Rangerfousmefme efprit ces deux
divers Eftats,
Et le Pere & le Fils devenir mes
deux bras.
Tu meles asdonnez, ♦ Prince incomparable,
Monarque, qui des Dieux es l'or
gane adorable.
Tu joins ce jufte choix à tant de
choix divers,
Qui t'ont deja rendu l'honneur de
Vnivers.
Qu'a jamais fur tes choix les lumieres
divines
280 MERCVRE
Prennent dufein des Dienx ainf
leurs originess up an60
Qu'àjamais tes projets de Guerre
& de Paix,
Puiffent ainfi remplir mes plus ardensfouhaits,
Et puiffeparfes Voeuxla France aux la France
fortunée,
Obtenir fi long-temps la meſme
deftinée,
Que pourun Siecle entier la préferant
aux Cieux,
lefuive de Louis tous les pas
glorieux.
J'ajoûte à ces Vers un
Anagramme qui a eſté fait
pour Mademoiſelle. L'Anagramme
, comme vous
fçavez , eft une Ville de
GALANT. 281
l'Empire de la Poëfie , & la
Carte que vous en avez
veue vous a fait connoiftre
dans quelle Province elle
eft fituée .
+
eseszsese seseses
ANAGRAMME
Sur le Nom de S. A. R.
MADEMOISELLE .
MARIE-LOUYSE D'ORLEANS ,
LIEN DE ROYALES AMOURS.
M
Erveilleufe Princeffe,
aimable &fortumée ,
Vous etes l'ornemër le
plusbeaude nos jours.
Pour fçavoir le bonheur de voſtre
destinée,
Fanvier.
A a
282 MERCVRE
Ne confultons jamais les Aftres
ny leur cours, but he
On voit dans vos beaux yeux pour
qui vous eftes née,
On lit dans votre Nom voftre heureux
Hymenée,
Puis que Lettre pour Lettre ony
verra toûjours
LIEN DE ROYALES AMOURS.
J'en croirois plutoft cer
Anagramme , qui promet
une Couronne à une Princeffe
qui eft née pour la
porter, que toutes les Prédictions
de l'Almanach de
Milan , quoy qu'il femble
que tout ce qu'il a prédit
GALANT: 283
depuis trois ans foit arrive,
& qu'il ait acquis tant de
crédit , qu'il eft devenu à
la mode pour les plus belles
Ruelles où tout le monde
le lit comme un Livre de
galanterie. Celuy de cette
Année fait voir qu'entre
plufieurs grands évenemens,
le dernier avoit marqué
le Mariage du Prince
d'Orange. Si unEpitalame
Latin pouvoit entrer dans
mes Lettres , que prefque
toutes les Dames lifent apres
vous, je vous envoye
rois celuy que M' de Zuy-
A a ij
284 MERCVRE
lichem a fait fur ce Ma
riage. On m'en fait efperer
une Traduction Fran
çoiſe , & vous ferez affûré
ment une des premieres
qui la verrez. Je croy que
je puis louer l'Autheur de
ce bel Ouvrage. Le Roy
ne fait point la guerre à
' Efprit , & il a fouvent
donné penfion à des Etrangers
pour récompenfer des
Talens extraordinaires . Celuy
dont je vous parle eft
tres -âgé. C'est ce fameux
M'de Zuylichem, à qui feu
M' de Balzac a tant adreffé
GALANT. 285
de Lettres. Il eft Pere de
M Huguens, dont la répu
tation eft fi bien établie en:
France, & qu'on tient avoir
efté l'Inventeur de la Pendule.
Ce mot de Mariage me
fait rapeler celuy de Mon
fieur le Marquis de Livry,
qui époufa Mademoiſelle
de S. Aignan au commencement
de cette Année . Il
eft d'une ancienne Nobleffe
, qui fe connoit &
par un Cardinal de fa Maifon,
& par les Charges confidérables
que fes Préde286
MERCVRE
ceffeurs ont toûjours eues
à la Cour. M' Sanguin fon
Pere eft Premier Maiftre,
d'Hoftel du Roy , & l'ef
time particuliere dont Sa
Majefté l'honore , retombe
fur M' le Marquis de Livry,
qui eft Meſtre de Camp
d'un Regiment de Cavalerie
, & qui s'eft ſignalé
dans la Guerre en diféren
tes occafions. Il a dequoy
plaire par fa Perfonne , &
on ne peut faire des galanteries
auffi à propos qu'il
en a fait pour Mademoifelle
de S. Aignan depuis
GALANT. 287
fon Mariage arrefté , fans
eftre naturellement libéral,
& avoir autant d'efprit que
d'amour. Madame la Marquife
de Livry fa Femme
eft belle, bien faite, civile,
obligeante , a de l'efprit,
beaucoup de vertu , & une
grande douceur, quoy que
meflée d'une fierté neceffaire
à celles de fon rang,
qui fait connoiftre en mefme
temps ce qu'elle eft, &
qu'elle n'ignore pas ce
qu'on doit à fa naiſſance.
L'affluence des Perfonnes
de la plus haute qualité qui
.
288 MERCVRE
font venues complimenter
Monfieur le Duc de S. Aignan
fur ce Mariage , eft
une marque de la veritable
eftime où ſon merite l'a
mis par tout. Elle eft fi genérale
, que comme il a
l'honneur d'appartenir de
fort pres aux Reynes de
Portugal & de Pologne, &
à Madame Royale de Sa
voye , leurs Réfidens ont
prévenu d'abord leurs intentions
par des civilitez
qu'ils n'ont point douté
qu'il ne leur duft eftre ordonné
de faire . La Nopce
fe
GALANT. 289
rien
fe fit à l'Hoſtel de S.Aignan
avec une magnificence
à
laquelle il ne le peut
ajoûter. Il y eut plufieurs
Tables fervies. La propreté
égala la profufion & la délicateffe
des Mets ; & fi le
gouft fut flaté , les oreilles
ne le furent
pas moins par
une fort agreable Mufique .
Il ne faut pas s'étonner de
la fomptuofité de cette
Fefte . Monfieur le Duc
de S.Aignan fait fi bien les
chofes , que tout n'y pouvoit
qu'eftre & magnifique
& bien ordonné.
Fanvier.
Bb
290 MERCVRE
Je vous envoye ce qui
s'eft imprimé de nouveau
pendant ce Mois , c'eſt à
dire la troifiéme Partie de
l'Heroine Moufquetaire ,
que vous trouverez écrite
avec le mefme agrément
que les deux premieres, &
la feconde Partie des Serva
rambes. Ce font des Peuples
que l'Autheur nous
peint affez raiſonnables
dans leurs manieres , pour
faire naiftre l'envie de les
aller connoiftre de pres , fi
c'eſtoit un Voyage aiſé. Il
diverfifie ce qu'il nous dit
GALANT 291
de leurs moeurs , d'Hiſtoires
du Païs fort divertiffantes,
& vous ne regreterez point
le temps que vous donne
rez à cette lecture .
Pour ce qui regarde le
Theatre, la Troupe de Gué
negaud a joué la Dame
Medecin de M' de Montfleury;
& celle de l'Hoftel
de Bourgogne , le Comte
d Effex , que je vous manday
la derniere fois qu'elle
promettoit. Je ne m'eſtois
point trompé , en vous difant
qu'il n'y avoit rien de
plus touchant que certe
Bb ij
292 MERCVRE
Piece. Elle a déja coufté
bien des larmes à de beaux
yeux, & c'eſt une affez forte
marque de fon fuccés . Ce
n'eft pas qu'elle n'ait eu la
deftinée de tous les Ouvra
ges qui ont le mieux réüffy.
On les critique d'abord, &
ceux qui mettent le bel Ef
prit à n'approuver jamais
rien , ou qui veulent que
tout ce que leurs Amis
n'ont pas fait foit à rejetter
, ne manquent pas de
paffer Arreft de condamnation
le premier jour.
On en a ufé de la mefme
1
P
GALANT
. 293
forte à l'égard du Comte
d'Effex. Une douzaine
de Vers qu'on a prétendu
eftre négligez , a fait dire
aux uns & aux autres ,
qu'il feroit encor plus
promptement condamné
en France , qu'il ne l'avoit
efté autrefois en Angleterre.
On l'a publié, on l'a
écrit en Province. Cependant
les grandes Affemblées
y continuent , & il n'y
a pas d'apparence qu'on les
voye fi. toft ceffer. Leurs
Alteffes Royales, Monfieur
& Madame , ont honoré
Bb iij
294 MERCVRE
la Repréſentation de cette
Picce de leur préſence ; &
apres les louanges . publi,
ques qu'ils luy ont don
nées , on peut dire qu'elle
n'a befoin d'aucun éloge,
La gloire en eft d'autant
plus grande pour M de
Corneille le jeune , que ne
prévenant jamais les fuf
frages ny par des lectures
ny par des brigues , il peut
s'affurer que ce qui réüſſit
de luy merite toûjours de
réüffir. Il eft vray que cet
Ouvrage eft admirablemét
foûtenu dans la Troupe qui
GALANT. 295
nous
le reprefente. Onfçait que
Mlle de Chammeflé n'a
jamais de Rôle touchant
qu'elle n'y charme , & celuy
du Comte d'Effex eſt
joué d'une maniere qui luy
gagne tous fes Auditeurs.
Cette mefme Troupe
promet une Tragédie
intitulée Lyncée, & une Comédie
en trois Actes fous
le nom des Nouvelliftes.
Cette Tragédie eft de M
Abeille. On en parle fort
avantageufement , & je ne
manqueray point à vous
en faire fçavoir le fuccés.
Bb
inj
296 MERCVRE
Les Nouvelliftes font de
l'Autheur de Crispin Mu
ficien , qui n'a pas moins
diverty la Cour que le Peuple
, & dont les Repréfentations
ont eu cet Hyver
tant de fuccés que fi la
Piece euft encor eu la grace
de la nouveauté .
On parle du Depart du
Roy pour un des premiers
jours de l'autre Mois . Sa
Majefté n'a point fait de
Lieutenans Generaux. Elle
a feulement nommé Monfieur
le Duc de Vendofme,
M' le Marquis de Revel
GALANT. 297
de
Broglio, & M de Gournay
& de Cayac , pour
fervir de Marefchaux de
Camp . Mes Lettres vous
ont fouvent parlé de Monfieur
le Duc de Vendofme,
& vous n'ignorez pas ce
que l'ardeur de la gloire
peut fur luy , puis qu'il n'a
jamais confideré le péril
quand il a trouvé occaſion
de fe fignaler
.
Ceux qui ferviront de
Brigadiers de Gendarmerie
, de Cavalerie , & de
Dragons cette Campagne,
font
298 MERCVRE
M' de Brufac . ammon
M' de Bufca.indb wh
DM de S. Eftéve a
M' de la Serre. Emb
M' de Neuchelle Lieu
tenant des Gardes duCorps.
9M le Marquis de Cepe
ville Capitaine-Lieutenant
des Chevaux -Legers de la
Reyne.
M' de la Roque.
M'le Chevalier deClain
villiers , Colonel de Cavalerie.
r
M' le Marquis de Teffé,
Colonel de Dragons.
M' Mathieu a auffi efté
GALANT. 299
nommé pour eftre Brigadier
d'Infanterie.
• Le choix que Sa Majeſté
a fait de tous ces Braves,
eft une marque de la connoiffance
qu'il a de leur
valeur ; & comme ils ne
manqueront pas d'occa
fons à la faire paroiftre
pendant la Campagne,
j'auray fouvent à vous parler
d'eux .
Leur depart diminuëra
fort les Affemblées qui fe
font ordinairement dans
cette Saiſon. Il y en eut
unefort grande ces derniers
300 MERCVRE
jours chez Monfieur l'E
vefque de Strasbourg , qui
donna Bal , Colation , &
Mufique.

J'avois une Hiftoire fort
agreable à vous conter .
Des Bergers & des Bergeres
galantes y ont part,
mais ma Lettre eft déja fi
longue , & je fuis tellementpreffé
du temps, que
vous ne l'aurez que dans
celle du Mois de Fevrier. 、
J'ajouteray feulement icy,
afin que vous ne vous plaigniez
pas de moy, une petite
Fable dont vous aimeGALANT
301
rez la moralité. Elle eft de
celuy qui a fait le Conte
de Demofthene . ”
LA PIE & LE PINCON
FABLE.
N jour la Pie &
le Pinçon
S'entretenoient enfemble,&
vantoient
Leur
efpece .
Qui nefait de quelle façon
La Pie à caqueter s'empreffe?
Son intereft encor ſe venant. là
mefler,
Vous jugez bien qu'elleparlafans
ceffe ;
302 MER CVRE
Car plus que tout l'intereft fait
parler.
Que de faules raifons fontpar elle
citées,
Et d'un tour différent vainement
repetées!
Un teldifcours pourroit ennuyer le
Lecteur,
Et mefmefatiguer l' Autheur
Qui doit n'étaler de la chofe
Que le fort. Le voicy. Perfonne
prefque n'ofe,
Dit la Pie , attenter fur noßre
libertés
Das les Bois ,&parmy les Plaines
Nousfommesfort en feûreté.
Tandis
que les Cagesfontpleines
De Pinçons , fe plaignant de leur ~
captivité,
Contre vous l'Oifeleur exercefon
adreffes
GALANT.
303
Mais il respecte noftre efpece.
Le Pinçon laẞé d'écouter
Répondit de cette maniere.
De cepaisible état nefoyezpoint
fifiere,
-Et n'allez plus vous en vanter,
L'ignorezvous?voftrepeu de merite
Fait qu'aucun n'attentefurvous,
Quand noftre douce voix invite
A tendredes rets contre nous.
Belles , quand par chagrin une
Prude fans charmes
Viendra vous infulter, & dire fans
raiſon
Qu'on la voit à couvert de ces tendres
alarmes
Dont nos coeurs qu'on attaque ont
fouvent àfoifons
Si vous avez deffein de la confondre,
304 MER. GAL
Ilne vousfaut que luy répondre
Prefque de la mefmefaçon
Qu'à la Caufeufe a fait noftre
Pinçon .
Je fuis, &c.
AParis ce31. Lanvier 1678.
N donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant , le pre
mier jour de chaque Mois fans au
cun retardement . Il fe diftribuera tou
jours en blanc chez le Sieur Blageart
Imprimeur-Libraire , Rue S. Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plaftre , au
prix de Seize fols . Et au Palais à
vingt - cinq fols relié en Veau , &
vingt en Parchemin . Les dix Volumes
qui contiennent toutes les Nou
velles de l'Année 1677. fe donneront
toûjours au prix oridinaire , c'est à
dire vingt fols en Veau, & quinze en
Parchemin au Palais , & dix fols en
blanc chez ledit Sieur Blageart.
PRIVILEGE
PRIVILEGE DV ROY.
Love
OUIS
par la grace de Dieu , Roy
de France & de Navarre : A nos
amez & feaux Confeillers les Gens
tenans nos Cours de Parlement, Maî
tres desRequeſtes ordinaires de noftre
Hoftel , Baillifs , Seneſchaux , & à
tous nos Jufticiers & Officiers qu'il
appartiendra : SALVT. Noftre cher
& bien amé JEAN DANNEAV , Ecuyer
Sieur de V. Nous a fait remontrer
qu'il a cy-devant compofé LE
MERCURE GALANT, dequoy il
nous avoit plû luy accorder nos Lettres
: Mais defirant le pourfuivre plus
régulierement de Mois en Mois ,
caufe de la fatisfaction que le Publis
en reçoit, & que noftre tres -cher amé
FILS LE DAVPHIN veut bien qu'il
parroifle tous les Mois fous fon
Nom , & iceluy DANNEAV voulant
par ces raifons l'embellir de tous les
Fanvier.
Cc
Ornemens que luy pourront rrefter
les Matieres dont il traitera , & y ajoûter
plufieurs Planches leſquelles
l'obligeront à de grandes dépenfes
qu'il luy conviendra faire , & def
quelles il ne pourra eftre fi-toft rembourfé
, attendu le grand nombre qu'il
fera obligé d'en faire , à caufe de la
Tongue fuite des Volumes , nous a
tres-humblement fuplié de luy vou
loir accorder nos Lettres à ce necef
faires , où defenfes fullent faites aux
Graveurs de graver, faire graver &
imprimer , vendre & faire vendre,
meline feparément, aucunes defdites,
Planches qui feront dans les Volumes
dudit Nouveau Mercure Galant. A
CES CAUSES, defirant favorablement
traiter ledit Expofant, Nous luy
avons permis & permettons par ces
Prefentes, de faire imprimer par Mois
lefdits Volumes fous le Titre de
NOVYEAY MERCVRE GALANT , en
telles marges , caracteres , telle Langue,
tels Volumes , & autant de fois
qu'il defirera , par tout noftre Royaume,
& ce par tels de nos Imprimeurs
par Nous refervez que bon luy femblera
, & iceux faire vendre & debiter
par Mois dans tous les Lieux de
noftre obeiffance , pendant le temps
& efpace de fix années entieres & accomplies
, à compter du jour que
chacun defdits Volumes fera achevé
d'imprimer pour la premiere fois .
FAISONS tres-expreffes inhibitions &
defenfes à tous Imprimeurs, Librai
res, & à toutes Perfonnes de quelque
qualité & condition qu'elles foient,
de les imprimer , vendre, ny debiter,
fans fon confentement, ou de ceux qui
auront droit de luy, fous aucun prétexte
que ce puiffe eftre
d'augmentation, correction , changement
de Titre, & autres, & mefine
d'en vendre fous de faufles marques,
d'en extraire aucunes Pieces , d'em
compofer des Relations , d'en vendre
feparément , d'en mettre plufieurs
Volumes enfemble , ou en un feul
comme
·
Cc ij
par
Volume , d'Impreffions étrangeres &
contrefaites,comme auffi d'en apporter,
vendre & diftribuer de ceux qui
pourroient avoir efté contrefaits aux
Païs étrangers , auffi fous quelque
prétexte que ce foit, DEFENDONS aux
Graveurs de graver, faire graver, imprimer
& vendre , mefine feparément ,
aucunes des Planches dudit Nouveau
Mercure Galant , à peine de fix mille
livres d'amende, payables fans déport
chacun des Contrevenans, applicables
un tiers à l'Hofpital General,
un tiers au Dénonciateur , & l'autre à
l'Expofant, & de tous defpens , dommages
&interefts , & confifcation des
Exemplaires contrefaits . VoVLONS
que fi aucuns en font trouvez faifis ,
il foit procedé contr'eux comme s'ils
l'avoient imprimé. ET D'AVTANT
que la Lecture dont quelques Libraires
font commerce, empefche le debit
& le gain que les autres Libraires en
pourroient faire, & mefme le recouvrement
des frais qu'ilconvient faire

$
pour l'Impreffion & les Planches,
Defendons aufdits Libraires d'en
donner à lire, fous les mefmes peines ,
à condition qu'il fera mis deux Exem
plaires desdits Ouvrages dans noftre
Biblioteque publique , un dans celle
de noftre Cabinet qui eft en noftre
Chafteau du Louvre, & un autre dans
celle de noftre tres- cher & feal le Sieur
LE TELLIER , Chevalier, Chancelier
de France, avant que de les expofer
en vente, à peine de nullité des Prefentes
; du contenu defquelles vous
mandons, & nous voulons que vous
faffiez jour dans tous les Lieux de
noftre obeiffance ledit DANNEAV, OU
ceux qui auront droit de luy, fans foufrir
qu'il luy foit donné aucun empefchement
; & qu'en mettant an
commencement ou à la fin de chaque
Exemplaire un Extrait des Prefentes
, elles foient tenues pour bien
& deuement fignifiées , & qu'aux
Copies collationnées par un de nos
amez & feaux Confeillers & Secrefaires
foy y foit ajoûtée comme à?
l'Original . COMMANDONS en outrer
aupremier noftre Huiffier ou Sergent
fur ce requis , faire pour l'execution
des Prefentes tous Exploits necef
faires , fans pour ce demander autre
permiffion ; CAR TEL EST NOSTRS
PLAISIR : Nonobftant Clameur de
Haro , Chartre Normande , & autres
Lettres à ce contraires. DONNE
à Saint Germain en Laye le trente
uniéme jour de Decembre , l'An de
Grace mil fix cens foixante & dixfept
, Et de noftre Regnè le trentecinquième.
Signé , Par le Roy en
fon Confeil, JV NOVIERES..
Regiftré fur le Livre de la Communauté
des Libraires & Imprimeurs
de Paris , le s . Janvier 1678. fuivant
l'Arreft de la Cour de Parlement du
8.Avril 1653. & celuydu Confeil Pri
vé du Roy du 27.Fevrier 1665.
E. COVTEROT, Syndic.
Et ledit Sieur Danneau Ecuyer,
Sieur de V. a cedé & tranfporté fon
droit de Privilege à C. Blageart, Imprimeur
Libraire, pour en jouir fui
vant l'accord fait entr'eux .
Achevê d'imprimer pourla premierefois
legr. lanvier 1678.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le