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1677, 12, t. 10 (Girard)
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LE NOUVEAU
MERCURE
GALAN T.
CONTENANT LES NOUVELLES
du Mois de Decembre 1677.
& plufieurs autres,
TOME X.
A
PARIS,
Chez THEODORE GIRARD , au Palais ,
dansla Grand'Salle, á l'Envie .
M. D. LXXVII .
AVEC PRIVILEGE DV Ror.
JUBTOHI 9
Bayerische
Staatsbibliothek
Mürichen
3333333330-333300:00300
AU LECTEUR
OICY le dixième Volume
du Mercure, & le dernier
de l'année 1677.car quoy
qu'il paroiffe en lanvier,
il ne contient que les Nouvelles du
Mois de Decembre, & on ne donnera
que le premier jour de Fevrier celuy
qui commencera l'Année 1678. Le
fuccés de ce Livre a efté extraordinaire.
Ie ne doute point qu'il ne foit
deu aux prodiges de cette Campagne,
aux Vers galans &ferieux , & aux
Pieces d'Eloquence qu'on m'afait la
grace de me donner de toutes parts , &
c'eft peut- eftre le feul Livre dont un
Autheur puiffe publier le fuccés fans
paroistre vain , puis qu'en cela il ne
ã ij
AU LECTEUR .
louë que les Ouvrages d'autruy. Ie
me trouve mefme dans quelque obligation
de ne pas taire l'approbation
qu'on a donnée au Mercure, afin que
ceux qui m'ont envoyé les agreables
Pieces qui le compofent , connoiffent
qu'elles ont plù par touts ce qu'il me
freit aife de juftifier par plus de quatre
cens Lettres qui m'ont effé écrites
fur le plaifir que fa lecture a caufe.
Il eft certain que pour s'en déclarer
l'ennemy, ilfaudroit vouloir qu'il n'y
euft ny Braves ny beaux Efprits en
France,& condamner en mefme temps
toutes les Actions de valeur , & tous
lesgalans Ouvrages de ceux qui écri
vent.
Le fcay que le Titre a fait croire
d'abord que le Mercure eftoitfimplementgalant,
& qu'il ne devoit tenir
place que dans la Bibliotheque des
Femmes, mais on eft forty de cette er-
•
AU LECTEUR .
reur quand on y a veu des Pieces d'éloquence,
des Harangues , des Relations
fidelles & exaltes , des Sieges &
des Batailles , des Evenemens remar
quables, des morceaux d' Hiftoire, &
des Memoires glorieux à des Familles .
Alors il eft devenu le Livre des Sçavans
& des Braves, apres avoir efte
le divertiffement du beau Sexe; & une
marque inconteftable defon fuccés, c'eft
qu'il a efté affez heureux pour plaire
à Monfeigneur le DAUPHIN , &
que ce Grand Prince veut bienfoufrir
qu'il paroiffe toujours à l'avenirfous
fon Nom. Ainfi vous verrez ce Nom
augufte à la tefte de celuy qui contien
dra les Nouvelles de Ianvier; & pour
le rendre moins indigne d'unfi grand
honneur, il commencera en ce temps - là
àparoifire avec tous lesornemens dont
un Livre de cette nature puiffe eftre
| embelly. Onfera graver dans chaque
ā iij
AU LECTEUR.
Volume trois ou quatre Planches,fui
vant les Sujets dont le Mercure par
Leras & comme les Enigmes font devenues
un leu d'efprit qui plaift, comme
on le voit par un nombre infiny de
Gens qui cherchent ày donner des Explications
, outre celles qui feront en
Vers à l'ordinaire, on en mettra tous
les Mois une autre enFigures , dont on
laiffera le mot à deviner. On y trouvera
trois ou quatre Chanfons dont les
Notes feront gravées. Elles feront
compofees par les meilleurs Maiftres,
notées exprès pour le Mercure, de
forte qu'on peut s'affurer qu'elles auent
toute la grace de la nouveauté,
puis que perfonne ne les aura veuës
avant que le Volume où elles feront,
foit en vente. Ceux qui voudront envoyer
des Paroles, le pourront faire,
on aura foin de lesfaire noter, fi elles
Je trouvent propres à eftre chantées.
AU LECTEUR.
Ily aura des Cartes degalanterie, &
La premiere qui paroiftra , fera l'Empire
de la Poëfie, de M, de Fontenelle.
On peut croire fur ce nom qu'elle ne
manquera pas d'agrément. On donnera
auli chaque Mois des Deffeins
gravez des Modes nouvelles,& quand
on aura commencé, on ne difcontinuera
plus, mais il faut établir beaucoup de
chofes pour cela, & lier commerce avec
bien des Gens. Cefera une commodité
pour ceux qui auront inventé quelque
chofe de nouveau, dans l'envie de contribuer
au plaifir de Monfeigneur le
Dauphin, ou qui auront quelque chefd'oeuvre
d'Art à propofer au Public.
Ils pourront en apporter les Deffeins,
& on les fera graver , s'ils meritent
cette dépenfe. Elle fera grande pour
tous ces embelliffemens , & devroit faire
rencherir le Mercure de beaucoup;
cependant comme on s'attache plus à
F
AU LECTEUR .
2
P
ن م ا
la gloire qu'à l'intereft , l'augmenta
tion du prixfera tres -peu confidérable,
puis qu'il ne fe vendra chez l'Imprimeur
que feize fols en blanc , & au
Palais vingi fols en parchemin , &
vingt-cinqfols en veau. Le Public a
reçeu ce Livrefi favorablement, qu'il
eft jufte de luy en marquer de la reconnoiffance
par les nouvelles beautez
qu'on lay preftera. Mais pour eftre
affuré d'enjouir, il doit prendre garde
fi on ne luy vend point de Mercares
contrefaits. Il nefuffit pas de voir au
bas qu'ils ont efte imprimez à Pariss
c'est ce qu'on ne manque jamais d'y
mettrepour empefcher qu'on ne les re-.
jette commefaux. Ilfaudra examiner
s'ils auront les Lettres fleuronnées &
figurées, les Vignetes , le Frontispice,
& generalement toutes les Planches
que je viens de dire, quiferont à l'avenir
dans les veritables. Ceux qui fe
AU LECTEUR .
"
hazarderont à les contrefaire dans les
"Provinces, s'il s'en trouvequi s'yveüil»
Lent expofer, comme ils les debiteront
fans Figures , feront obligez d'offer
beaucoupde la matiere qui aura relation
avec les Planches, & tout le refte
demeurant fans liaiſon , fera un pur
galimatias outre qu'un Livre contrefait
eft toujours remply defautes, &
qu'un Libraire quifange à l'épargne,
en retranche beaucoup de chofes pour
y employermoins defeuilles. Il nefaut
pas s'étonner fides Livresfi défigurez
fe donnent à meilleur marché que les
veritables, & c'eft cette mediocrité de
prix quipeut encorfaire voir qu'ils ne
lefont pas. On prie ceux qui auront
des Memoires à donner, de les adreffer
au Sieur Blageart Imprimeur & Libraire,
demeurant à Paris Ruë S.Iacques,
à l'entrée de la Rue du Platre,
de faire fçavoir en quel lieu on
AU LECTEUR.
pourra eftre éclaircy des circonftances
dans le temps que les Articles feront
employez Pourles Hiftoires envoyées ·
par des Particuliers , on croit devoir
avertir une fois pour toutes , quefi any
retouche, c'eft feulement pour lesmettre
dans lefile ferré du Mercure , qui doit
eftre le mefme par tout , ou pour ofter
quelquefois des chofes qui font trop
libres, ouquifatirifant trop,pourroient
chagriner les Iniéreffez S'il arrive
qu'on difere à mettre dans le Mois les
chofes qu'on donne, ce n'est qu'à l'égard
Galanteries ,qui n'ont aucun befoin
de l'ordre du temps ; mais toſt ou tard
ony met tout ce qui eft bon, ou quand
on ne le met point, ce n'estpas qu'on n'y
trouve beaucoup d'esprit , mais il y a
des chofes tres-fpirituelles & tres bien
tournées qui ne font pas bonnes à imprimer.
On ne fçauroit avoir trop de
circonfpection à rendre le Mercure
des
AU LECTEUR .
digne d'eftre toujours lù dans des lieux
d'où la moindre liberté le banniroit.
Comme beaucoup de Perfonnes font la
grace d'écrire à l'Autheur, il les prie
denepoint trouvermauvais s'ilſe difpenfe
de leurrépondre. Outre qu'ila
befoin defon temps pour travailler&
pour s'informerdes Nouvelles de chaqueMois,
il croit répondre affezquand
il met les Ouvrages qu'on luy envoye.
LesLibraires de Provincefont avertis
qu'on leurfera bon marché à proportion
de l'éloignement des lieux, & de
ce qu'il leurpourra coufterpour le port.
Chacun n'aura qu'à envoyer fon Correfpondant
chez ledit Sieur Blageart,
&onyfera les Paquets tantpour les
Libraires que pour les Particuliers.
Le prix des dix Volumes de l'Année
1677. ne fera point augmenté. Ils
contiennent les Nouvelles des douze
Mois , parce qu'on a ramaſſé dans le
AU LECTEUR .
premier celles de Ianvier, de Fevrier,
& de Mars , jamais Conquérant
n'ayantfait de fi grandes Conqueftes
que Louis LE GRAND dans le cours
d'une feule Année. Il n'y a point
d'Hiftoire qui enfaſſe voir de pareilles,
fi on a égard à la force des Places
qui ne manquoient ny d'Hommes ny
de Munitions. Elles auroient efté im
prénables autrefois . Tant d' Actions
furprenantes rendent ces dix Tomes
confiderables. On y rend la gloire qui
eft deue à ceux qui ont fait les Conqueftes,
& à ceux qui les ont chantées,
ony ramaffe mille chofes curieufes
qu'on n'auroit pù trouver enſemble, fi
le Mercuré n'avoit jamais efté fait.
Les unes auroient efté feparées ; les
autres n'eftant qu'enfeüilles volantes,
feferoient perdues, & il y en auroit eu
beaucoup que la négligence de les recueillir
auroit empefché de conferver.
NOUVEAU
MERCURE
GALAN T
TOME X.
E vous fçay bon
gré , Madame , de
l'amitié que vous
témoignez avoir priſe pour
le Ruiffeau . Elle ne mefurprend
point. Vous avez l'efprit
délicat, & j'eftois per
Tome 10 . A
2 LE MERCURE
fuadé en vous l'envoyant,
qu'il feroit favorablement
reçeu . Comme le mérite
fait effet par tout, ce Ruiſfeau
que vous appellez le
plus galant des Ruiſſeaux ,
avoit fait un fi grand bruit
par les avantages que promettoit
l'égalité de ſon
cours , que toutes les Prairies
qui pouvoient prétendre
à fes complaiſances
,
eftoient charmées de fa réputation
. Ainfi , quoy que
ce foit quelque chofe d'af
fez fingulier qu'un Ruiſſeau
Amant , celle qui eut la
GALANT.
3
1
gloire de s'attirer fon hommage
, avoit déja entendu
parler de ce qu'il valoit , &
vous pouvez croire que l'ofre
de fes foins ne luydéplût
pas . Vous en jugerez par
cette Réponse qu'elle luy
fit , apres l'avoir écouté fans
l'interrompre.
) : *******
LA PRAIRIE
AU RUISSEAU.
Q
Ve votre éloignement m'a
fait
fouffrir de peine!
Le fechois fur le pied de me voir
loin de vous,
A iij
4 LE MERCURE
1
le n'avois plus de Fleurs, & jeftois
entre nous,
Semblable à ces guérets que
voit dans les Plaines ;
Pon
Mais puis que je vous voy, je m'en
vay refleurir,
Et feure de vosEaux, je nefçaurois
périr.
Maispuis -je meflaterque ces Eaux
fi chéries
Ne coulent que pour moy ? n'est- il
point de Prairies
Dont l'émail éclatant puiſſe arrefter
vos pas?
le crains tout , mais enfin je ne le
penfe pas.
Vous eftes defcendu d'une Source
trop pure,
Pour ternir par cette action
GALANT.
Voftre crystal & vostre nom;
Etfi en croy voftre murmure,
Vous neferezjamais inconftant ny
parjure.
Cependant la rapidité
Dontje vous voy courir le long de
ce rivage,
Eft de voftre infidelite
Vn affezfuneste préfage.
Ah, fi pour mon malheur, comme
un Ruiffean volage ,
Apres avoirfçeu m'engager,
le voyois voftre cours ailleurs fe·
partager,
De combien defoucis me verrois-je
remplie?
Mais quand on va fi vifte , ilfaut
qu'onfoit leger;
Et fi je m'en rapporte à ce qu'on en
public,
Vous eftes fujetà changer.
6 LE MERCURE
A
Iefuis jaloufe enfin, &quand l'Ocean
mefme,
Riche de tant de flots qu'il reçoit
dans fon fein,
Auroitpourmoy quelque deffein,
Sifon amour n'eftoit extréme,
l'aimerois centfois mieux un fidelle
Ruiffeau
QuipourThétis,nypourfon Dia.
dérne,
Ne voudroit pas ailleurs puifer
deux goutes d'eau i
Voila comme je fuis, & c'eſt ainfi
que j'aime.
Ne me voir qu'en courant ! ah je
n'ofe ypenfer,
Le fens à ce difcours mes Fleursfe
heriffer,
Et le cruel Hyver me donne moins
d'alarmes :
GALANT.
7
Helas , où courez- vous ? coulez
plus lentement,
-Ze Lit que je vous offre a- t-il fi
peu de charmes,
Qu'il ne puiffe fixer la courfe d'un
Amant?
Venez vous égayer au bord de nos
Fontaines ,
Leurs ondes par voftre moyen
Se trouveront en moins de rien
DesHelicons, des Hippocrenes,
Car je n'ignore pas au bruit que
vous menez
Quevous bouillezdevousy rědres
C'eft vainemet quevous tournez,
le fçay que c'estlà vostre tendre.
Que vous diray-je plus ? j'ay des
tapis de Fleurs
Sur qui vouspourezvous étendre,
L'Aurore chaque jour les baigne
de fes pleurs,
& LE MERCURE
Qui compofent un doux mélange
Qui fait hote à la fleur d'Orage..
Ah laiffez-vous tenter! au nom de
nos amours
Faitesfur vous quelques retours,
Et coulez tout au moins avec plus.
de pareffe :
Si vous n'arreftez votre cours,
Vous allezdans la Mervous perdre
pour toûjours,
Et je ne feray plus qu'un objet de
trifteffe (preffe
Mais c'eft en vain que je vous
De retarderun peu votre extréme
vifteffe,
Et qu'un vent oppofé feconde mes
fouhaits ;
L'Amour & les Ruiffeaux ne remontent
jamais.
GALANT.
Iene demade point que vous veniez
fans ceffe
Marofer nuit & jour ; non , quel
que fecherelle
સાધુ ન
5% Qui puiffe me brûler , je ne m'en
plaindray pas,
Pourveu qu'en d'autres lieux, toutjours
fidelle& tendre,
Vos Eaux , vos cheres Eaux, n'aillent
point fe répandre;
Le ne mefondepointfurmesfoibles
appas,
Quoy qu'un Fleuve pompeuxfuivy
de cent Rivieres,
Quifontfes humblesTributaires,
En fuperbe appareil me vienne tous
les ans
Apporter furmes bords cet liquides:
prefens..
.
10 LE MERCURE
Mais il faut dire tout , c'eft un
Fleuve volage
Dont les débordemens fans mefure
ny choix
S'étendent dans les Champs ainfi
que dans les Bois.
Qui peut s'accommoder d'un femblable
partage
,
Ne meresemble pas: Euffiez- vous
plus d'attraits
Que l'on ne voit d'Epis chezla
blonde Cerés,
Si vous alliez ainfi de rivage en
rivage,
Je vous prefererois le moindre Marécage,
Et deuffay-je en mourir, je romprois
pour jamais.
La netteté de ces Vers
GALANT . LE
vous fait affez voir qu'ils
viennent de Source . Ils
font d'un Gentilhomme
qui cherche la Nature dans
tout ce qu'il fait , & qui par
là ne fait jamais rien que
d'agreable . Cet Ouvrage
n'eftant pas le feul que
vous ayez veu de luy , le
ftile vous en doit faire deviner
le nom . Il a des expreffions
heureufes qui le
diftinguent affez pour ne
vous donner aucune peine
à le reconnoiftre .
Marys que vous voulez
bien que je me difpenfe de
Deux
12 LE MERCURE
vous nommer , en prennent
fouvent d'inutiles fur
des foupçons mal fondez
qui leur font paffer de méchantes
heures . Ils font
tous deux dans les Charges
, tous deux impitoyablement
délicats fur le
Point - d'honneur , & par
conféquent tous deux jaloux
, jufqu'à trouver du
crime dans les plus innocentes
converfations . La
Femme de l'un eft une
Blonde bien faite , d'une
taille fine & dégagée , l'oeil
bleu , bien fendu , & un vi
GALANT.
13
·
fage qu'on peut dire avoir
efté fait au tour. L'autre
pour Femme une grande
Brune , qui a la douceur
mefme peinte dans les
yeux , le teint uny , le nez
bien taillé , la bouche agreable
, & des dents à fe
récrier. Ces deux Dames
qui n'ont pas moins d'efprit
que de beauté , ont
encor plus de vertu que
d'efprit , mais cette vertu
n'eft point farouche ; &
comme elles font fort éloignées
de l'âge où il ſemble
qu'il y ait quelque obli14
LE MERCURE
gation de renoncer aux
plaifirs, le Jeu, la Comédie,
l'Opéra , & les Promenades
,
font des divertiffemens
qu'elles ne fe refufent point
dans l'occafion . Il y a une
étroite amitié entre elles,
& cette amitié a peut - eftre
fait la liaiſon des Marys qui
-fe font gaftez l'un l'autre,
en fe découvrant
leur jaloufie
. Vous jugez bien ,
Madame , que cette conformité
de fentimens les a
fait agir de concert pour le
remede d'un mal qui les
tient dans une continuelle
GALANT.
IS
inquiétude. C'est ce qui
embaraffe ces deux aimables
Perfonnes,qui ne fçauroient
prefque plus faire
aucune agreable Partie fans
qu'un des Marys foit leur
furveillant. A dire vray, la
trop exacte vigilance n'eſt
pas moins incommode qu'-
jurieufe. Quelque tendreſſe
qu'une Femme puiffe avoir
pour celuy à qui le Sacrement
la tient attachée , elle
n'aime point à luy voir faire
le perfonnage d'Argus .
Tout ce qui marque de la
défiance luy tient lieu d'ou16
LE MERCURE
trage, & les Marys ayant
leurs heures de referve
dont perfonne ne vient
troubler la douceur , il est
juſte qu'ils abandonnent
les inutiles à ceux qui n'en
profitent jamais fans témoins.
Les Dames dont je
vous parle devenuës inſéparables
& par leur veritable
amitié , & par le fâcheux
raport de leur fortune
, n'oublioient rien
pour fe dérober, quand elles
pouvoient, aux yeux de
leurs importuns Efpions.
Ce n'eft pas , comme je
GALANT .
17
vous l'ay déja dit , qu'elles
euffent aucune intrigue qui
pût mettre leur vertu en
péril, mais il fuffifoit qu'on
fe défiaft de leur conduite,
pour leur faire prendre
plaifir à fe débaraffer de
fleurs Jaloux, & c'eftoit pour
elles un fujet de joye incroyable
qu'une Partie d'O..
péra ou de Promenade faite
enfecret . Parmy ceux dont
le Jeu leur avoit donné la
connoiffance ( car fi elles
e ne pouvoient s'empefcher
$ d'eftre obfervées , elles s'eftoient
mifes fur le pied de
Tome 10 . B
18' LE MERCURE
faire une partie de ce qu'
elles vouloient ) deux Cavaliers
auffi civils que galants
, leur avoient fait
connoiftre par quelques
affiduitez que le plaifir de
contribuer à les divertir
eftoit un plaifir fenfible
pour eux . Elles meritoient
bien leurs complaifances,
& l'agrément de leur humeur
joint à leur beauté
qui n'eftoit pas médiocre,
pouvoit ne pas borner entierement
à l'eftime les fentimens
qu'ils tâchoient
quelquefois de leur décou-
6
GALANT. 19
vrir. Ils eftoient Amis , &
quand ces Belles trouvoient
l'occafion de quel-
&
que
divertiffement à prendre
fans leur garde accoû-.
tumée , elles n'eftoient
point fâchées d'en faire la
Partie avec eux. Dans cette
difpofition , voicy ce qui.
leur arriva pendant que les
jours eftoient les pluslongs ;
car , Madame , je croy que
le temps ne fait rien aupres
de vous à la chofe , & qu'une
avanture du Mois de juillet
que vous ignorez ne vous
plaira pas moins à écouter
Bij
20 LE MERCURE
On m'en
qu'une Avanture du Mois
de Decembre .
apprend de tous les coftez ,
& ne vous les pouvant
écrire toutes à la fois , j'en
garde les Memoires pour
vous en faire un Article
felon l'ordre de leur ancienneté.
4
Le Jeu fervant toûjours
de prétexte aux Dames à
recevoir les vifites des Cavaliers
, tantoft chez l'une,
& tantoft chez l'autre , la
Fefte d'un des deux arrive .
Elles luy envoyent chacune
un Bouquet . Cela ſe prati-
1
"GALANT. 211
que dans le monde . Il leur
en marque fa reconnoiffance
par des Vers galans,
& par une tres - inftante
priere de prendre jour pour
venir fouper dans une fort
belle Maiſon qu'il a aupres
d'une des Portes de la Ville ,
où il les attendra avec fon
Amy . Le Party eft accepté,
mais l'importance eft de
venir à bout de la défiance
des Marys qu'on ne veut
point mettre de la Feſte .
Heureufement
pour elles,
ils fe trouvent tous deux
chargez d'affaires en meſ22
LE MERCURE
me temps . On choifit ce
jour. Le Cavalier eft averty.
Les ordres font donnez ,
& il ne s'agit plus que d'executer.
Les Dames feignent
de vouloir aller furprendre
une de leurs Amies
qui eft à une lieuë de Paris ,
& d'où elles ne doivent
revenir qu'au frais . Un des
Marys les veut obliger à
remettre au lendemain ,
afin de leur tenir compagnie
, & de fe délaffer un
peu de l'accablement des
affaires. Il n'en peut rien
obtenir , & fur cette conGALANT
.
23
teſtation arriva un Laquais
de la Dame qui les avertit
de fon retour , & qu'elle
viendra jouer l'apreldînée
avec elles. Leurs mesures
font rompuës par ce contretemps.
Les deux Amies
diffimulent. Refuſer une
Partie deJeu pour en propofer
une autre qui les laiffe
difparoiftre pour tout le
refte du jour, ce feroit donner
de legitimes foupçons.
Elles joüent , demeurent à
fouper enſemble apres que
le Jeu eft finy, & feignent
d'y avoir gagné un mal de
24 LE MERCURE
tefte qui leur ofte l'appétit,
& qui ne peut eftre foulagé
que par une Promenade
aux Thuilleries . On met
les Chevaux au Caroffe . Le
Mary que leur empreffement
à vouloir faire une
Partie de Campagne fans
luy , avoit déja commencé
d'inquieter, les fait fuivre.
par un petit Homme in
connu qui entre avec elles
aux Thuilleries , & les en
voyant fortir incontinent
par la Porte qui eft du cofté
de l'eau , & monter dans
une Chaiſe Roulante qu'
elles
GALANT .
25
>
elles avoient donné ordre
qu'on y fift venir, découvre
le lieu du Rendez - vous , &
en vient donner avis au
Mary. Le coup eftoit rude.
pour un Jaloux. Il court
chez fon Affocié en jaloufie
, luy conte leur commun
defaftre, & luy faifant quitter
les Affaires qu'il n'avoit
pas encor achevé de terminer,
le mene où la Fefte.
fe donnoit. Ils trouvent
moyen d'entrer dans la
Court fans eftre veus , & fe
gliffent de là dans le Jardin ,
d'où ils peuvent aisément
Tome 10. C
1.
26 LE MERCURE
découvrir tout ce qui fe
paffe dans la Salle . Elle eftoit
éclairée d'un fort grand
nombre de Bougies . Ils
s'approchent des Feneftres
à la faveur de quelques Arbres
faits en Buiffons ; &
quoy qu'ils ne remarquent
rien qui fente l'intrigue
dans les refpectueuſes manieres
dont les Cavaliers en
uſent avec leurs Femmes,
elles leur paroiffent de trop
bonne humeur en leur abfence
, & ils voudroient
qu'elles ne fe montraſſent
aimables que pour eux . Le
J
1
27
GALANT.
Soupé s'acheve au fon des
Hautbois qui prennent le
chemin du Jardin où la
Les Dames
Compagnie les fuit . Les
Marys qui veulent voir à
quoy l'Avanture aboutira ,
fe retirent dans un Cabinet
de verdure où ils demeurent
cachez .
ont à peine fait un tour
d'Allée , qu'elles voyent
l'air tout couvert de Fufées
volantes , qui fortent du
-fonds du Jardin , les Etoilles
& les Serpentaux qu'elles
font paroiftre tout à - coup ,
les divertiffent
plus agrea
"
Cij
28 4 LE MERCURE
blement que leurs Marys,
qui ne font pas en eſtat de
goufter le plaifir de cette
furpriſe . L'aimable Brune
dont je vous ay fait le Portrait
prend une de ces Fufées,
& la veut tirer ellemelme.
Celuy qui donne
la Fefte s'y eftant inutilement
oppofé , luy met un
Mouchoir fur le cou , dans
la crainte qu'elle ne fe
brûle. Le Mary perd patience
, il veut s'échaper.
Celuy qui eft avec luy dans
leCabinet l'arrefte, & aluy
mefme befoin d'eftre arGALANT.
29
reſté au moindre mot qu'il
voit qu'on dit tout bas àfa
Femme. Jamais Jaloux ne
fouffrirent tant. Ils frapent
des pieds contre terre , ar
rachent des feuilles , les
mangent de rage , & on
pretend qu'un des deux
: penfa crever d'une Che
nille qu'il avala Apres
o quelques Menuets danfez
dans la grande Allée , on
vient dire aux Dames qu'un
Baffin de Fruitles attendoit
dans la Salle pour les rafraifchir.
Elles y retournent &
a'y tardent qu'un moment,
C iij:
30 LE MERCURE
!
parce que minuit qui ſonne
leur fait une neceffité
de fe
retirer. Les Cavaliers
les
accompagnent
jufqu'à leur
Chaife
roulante
qu'elles
quittent
pour aller reprendre
leur Caroffe qu'elles ont
laiffe à l'autre Porte des
Thuilleries
, & cependant
les Hautbois
qui ne font
point avertis de leur départ
continuent
à jouer dans le
Jardin. Leur preſence
eft
un obftacle
fâcheux
à l'impatience
des Réclus du Cabinet
de verdure
qui brû
lent d'en fortir pour s'ap
GALANT.
31
1
procher des Feneftres comme
ils ont fait pendant le
Soupé. Il eft vray qu'ils ne
demeurent pas longtemps
dans cette contrainte , mais
ils n'en font affranchis que
I pour fouffrir encor plus
cruellement. Un de ces
Meffieurs de la Mufique
champeftre eftant entré
dans la Salle pour demander
quelque chofe à celuy
= qui les employoit , revient
dire à fes Compagnons qu'il
n'y avoit plus trouvé perfonne
, & qu'il n'avoit pû
fçavoir ce que la Compa-
C iiij
32 LE MERCURE
gnie eftoit devenuë.Les
Marysdent
, & c'eſt
un coupde foudre poureux.
Leur jaloufie ne leur laiffe
rien imaginer que de funefte
pour leur honneur . Ils
peſtent contre eux- mefmes
de leur lâche patience à demeurer
filongtéps témoins
de leur honte, & ne doutant
point que leurs Femmes ne
foient dans quelque Cabinet
avec leurs Amans , ils
fortent du Jardin , montent
en haut, vont de Chambre
en Chambre , & trouvant
une Porte fermée , ils font
GALANT . 33
tous leurs efforts pour l'enfoncer.
Un Domestique
accourt à ce bruit. Ilabeau
leur demander à qui ils en
veulent. Point de réponse."
Ils continuent àdonner des
pieds contre la Porte , & le
Domestique qui n'eft point
affez fort pour les retenir,
commence à crier aux Voleurs
de toute fa force. Ces
cris mettent toutelaMaifon
en rumeur. On vient au fecours.
Chacun eft armé de
-ce qu'il a pû trouver à la
in hafte , & le Maiſtre- d'Hoftel
1 tient un Mouſqueron qu'il
34 LE MERCURE
n'y a pas plaiſir d'eſſuyer .
Nós Defefperez le craignent
. Ils moderent leur
emportement
, & on ne voit
plus que deux Hommes interdits
, qui fans s'expliquer
enragent de ce qu'on met
obftacle à leur entreprife.
Comme ils ne font connus
de perfonne, & qu'ils n'ont
point leurs Habits de Magiftrature,
on prend leurſilence
pour une conviction
de quelque deffein criminel
; & afin de les faire parler
malgré eux , le Maiſtred'Hoſtel
envoye chercher
GALANT.
35
un Commiffaire fans leur
en rien dire , & les fait garder
fort foigneufement
jufqu'à
ce qu'il foit arrivé. Cependant
les Cavaliers qui
ont remené les Dames aux
Thuilleries , reviennent au
lieu où s'eft donné le Repas ,
& font furpris de voir en entrant
qu'on amene unCommiffaire.
Ils en demandent
la caufe . On leur dit que
pendant que tout le mon
de eftoit occupé en bas à
mettre la Vaiffelle d'argent
en feûreté , deux Voleurs
s'eftoient coulez dans les
36 LE MERCURE
Chambres, & avoient vouluenfoncerun
Cabinet . Ils
y courent avec le Commif
faire qui les livre pendus
dans trois jours. Jugez de
Fétonnement où ils fe troul
vent quand on leur montre
les pretendus Criminels
Le Commiffaire qui les
reconnoift ſe tire d'affaire)
en habile Homme , & feis!
gnant de croire que ce font
cux qui l'ont envoyé chercher
, il leur demande en
quoy ils ont befoin de fon
miniftere. Ils l'obligent à
s'en retournera chez luy,
GALANT. 37
fans s'éclaircir de la béveuë
qui l'a fait appeller inutilement
; & les Cavaliers qui
devinent une partie de la
verité , ayant fait retirer
leurs Gens, leur ofrent telle
réparation qu'ils voudront
de l'infulte qu'on leur a
faite fans les connoiftre.
C'est là que le myftere de
la Fefte fe dévelope. Celuy
qui l'a donnée leur découvre
qu'elle eft la fuite d'un
Bouquet reçeu, & qu'ayant
prié les Dames d'obtenir
d'eux qu'ils luy fiffent l'honneur
d'en venir partager le
38 LE MERCURE
divertiffement avec elles,
il avoit eu le chagrin d'apprendre
qu'un embarras
impréveu d'affaires n'avoit
pas permis qu'ils les pûffent
accompagner ; qu'il venoit
de les remener chez elles,
& qu'il efperoit trouver
une occafion plus favora
ble de lier avec eux une
Partie de plaifir. Tandis
qu'il ajoûte à ces excufes
des civilitezqui adouciffent
peu à peu la colere de nos
Jaloux , fon Amy envoye
promptement avertir les
Dames de ce qui vient
GALANT.
39
d'arriver, afin qu'elles prenent
leurs meſures fur ce
qu'elles auront à dire à
leursMarys . Ils quitent les
Cavaliers fatisfaits en apparence
de cette défaite,
& fort réfolus de faire un
grand chapitre à leurs Femmes
. Elles préviennent leur
méchante humeur , & les
voyant retourner chagrins ,
elles leur content en riant
la malice qu'elles leur ont
faite de ne les mettre pas
d'une Partie dont on avoit
fouhaité qu'ils fuffent , ce
qui devoit leur faire con400
LE MERCURE
noiftre que quand les Fem
mes ont quelque deffein
en tefte , elles trouvent toû
jours moyen de l'executer.
Les Marys fe le tinrent pour
dit , & ceux qui ont fçeules
circonftances de l'Hiftoi -r
re , affurent ques depuis ce
temps - là ils ont donné à
leurs Femmes beaucoup
plus de liberté qu'ils ne
leur en laiffoient auparav
vant. C'eftoit le meilleur
party à prendre pour eux.
Le beau Sexe eft ennemy
de la contrainte , & telle
n'auroit jamais la moindre
IMM
GALANT.44
tentation de galanterie,
qui n'en refuſe pas quel
quefois l'occafion pour
punir un Mary de fa dé
fiance.
AR
Commeune peine qu'on
a meritée ne donne jamais
fujet de plaindre celuy qui
la foufre , on peut dire tous
au contraire qu'on voit ra
rement récompenfer la
Vertu fans qu'on en témoigne
de la joye. C'est ce qui
a paru depuis peur quand
Monfieur le Comte d' Ayen
a efté reçeu Duc & Pair au
Parlement. Ses belles qua
Tome 10.
D
42 LE MERCURE
3
litez luy ont acquis une eftime
figenerale, que toute
la Cour s'eft intereffée aux
avantages que luy donne
ce nouveau Rang. Il eft
Fils de Monfieur le Duc
de Noailles , & c'eft affez
dire pour faire connoiftre
qu'il partage la Pieté , qui
eft comme un Bien heré
ditaire dans toute cette ll.
luftre Maiſon . Les foins
qu'il a pris de fe rendre les
belles Lettres familieres,
ne l'ont pas empefché d'a
prendre tout ce qu'on peut
fçavoir dans la Guerre. Il
GALANT. 43
OU
commença de donner des
marques de fon courage ,
lors qu'on envoya du Secours
aux Hollandois contre
l'Evefque de Munfter.
Ola toûjours fervy depuis
ce temps- là , & le Roy vou
lant montrer la fatisfaction
qu'il avoit de fa conduite ,
le fit l'Année derniere Ma-
I
refchal de Camp.
94
Sa Majefté a fait le mefme
honneur depuis quel -`
ques jours à Ms de Tracy'
& de Rubantel. Je vous ay
appris tant de chofes avantageufes
du premier dans
Dij
44 LE MERCURE
ma Lettre du Mois d'Avril,
que je n'ay plus rien à vous
en dire , finon qu'il a continué
depuis ce temps à
fervir comme il avoit fait
auparavant . On ne peut
mieux fçavoir fon Meſtier,
avoir plus de courage , ny
prévoir de plus loin les chofes
qui doivent arriver.
M' de Rubanrel qui a le
mefme Employ que luy
dans les Gardes , a fair auffi
paroiftre beaucoup de zele,
de valeur & d'application ,
toutes les fois que l'occafion
s'eft offerte d'en donGALANTI
+45
er
20
et
uf
ele
or
ca.
>
ner des marques. Plufieursde
cette Famille ont finy
glorieufement leurs jours
& dans le Service , & ont merité
par là de vivre toû
Jajours . O JOSVANGI
C'eſt un avantage qui
refts affuré às Dom Jofeph
d'Ardenne, Comte d'Illes ,
Lieutenant General des
Armées du Roy. Ileft mort
apres avoir tres bien fervy,
en fon temps . Il eftoit d'une
Maifon fort confidérable,
& la Nobleffe du Rouffillon
avoit beaucoup de créance
en luy.
46 LE MERCURE
M. l'Abbé de Caftelan
eft mort auffi , fort regreté
de quantité de Perfonnes
de la plus haute Qualité,
qui avoient beaucoup d'eftime
pour luy. Il eftoit
Frere de M' de Caftelan
Major des Gardes , dont la
bonne mine & le
courage
eftoient connus , & que
nous avons perdu à Gigery.
Apres ces triftes Nouvelles
, voudrez - vous bien,
Madame , écouter les Plainres
d'un Malheureux
, que
plus d'une infidelité foufGALANT.
47
J.
1,
la
ue
ferte n'a pû guérir de la foibleffe
d'engager toûjours
fon coeur ? Il les fait avec
affez d'efprit pour meriter
que vous perdiez un peu de
temps à l'entendre ; & quoy
que vous vous foyez renduë
infenfible aux maux de l'Amour
, la maniere dont il
exprime les fiens vous poursa
toucher.
48 LE MERCURE
L'AMAN
T
TROMPE.
DEgoûté
pourtoujours des Beautez de la Cour,
le peftois hautement contre lear
inconftance,
Et d'un Homme, ennemy declaré
de l'Amour
,
l'affectois en tous lieux l'heureuſe
Indiference.
La Chaffe me plaifoit, & toujours
dans les Bois,
Pour mieux me garantir des furprifes
des Belles,
GALANT. 49*
L'évitois avec foin le piege des
Ruelles, (choix.
Etla Retraite eftoit mon dernier
Simes traitspoursuivoient quelque
Befte fauvage,
Je n'appréhendois point d'en eftre
mal- traité,
Et des Oyfeaux, d'accord dans leur
tendre ramage
,
l'enviois la fidelité.
De leur commerce heureux le tranquille
avantage .
Me faifoitplaindre le malheur
D'un Amant qui furpris d'une
douce langueur,
Sur la foy d'un bel ail impruden
ment s'engage
A rifquer en aimant, le repos de
fon coeur.
Tome 10 . E
so LE MERCURE
ရ
Le mien que lesdehors d'une belle
apparence
A s'en laiffer duper avoient cent
fois réduit,
En retiroit au moins ce fruit
Qu'une affez longue expérience
Le mettoit en état de n'eftre plus
féduit.
L
Mais pour ne pas aimer quandle
panchant y pouſſe,
En vain nous employons nosfoins ;
C'est une habitude fi douce,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit
le moins.
Vn jour affis furla Fougere,
le prenois des Zéphirs le frais delicieux,
Quãdj'aperçeus une jeuneBergere
Dont l'éclat éblouit mes yeux,
GALANT .
Si
雪
L'art ne luy preftoit rien ;fa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément,
Que plein d'un doux faififfement,
Au péril de ne faire encor qu'une
Infidelle,
Ie courus rendre hommage à cet`
Objet charmant.
de
Quel bonheur fut le mien ! nos
coeurs d'intelligence
Se trouverent tous deux en mefme
temps charmez;
Ilfembloit que l'Amourjaloux de
fa puissance,
L'an pourl'autre les euſtforrnéz,
Depuis ce temps , unis par les plus
belles chaines,
Nous ignorions l'ufage des foùpirsi
52 LE MERCURE
Et dans leur pureté, fans mélange
de peines,
Nous gouftions les plus doux
plaifirs.
Nos flames chaquejour devenoient
plus ardentes,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantfejours
Et des pafions violentes,
Nous n'y fentions que celle de
l'Amour.
L'ame pleinement fatisfaite,
Le n'enviois le fort ny des Rois, ny
des Dieux,
Et je préferois la Houlete
Au Deftin le plus glorieux.
Yn Habit de Berger m'en donnoit
L'innocence,
i .
GALANT.
$3
Ze ne dédaignois point de garder
des Troupeaux,
Et d'accorder des Chalumeaux,
Favorisé de l'Ombre & du Si-
Lence,
Au douxmurmure des Ruiffeaux.
1 Tel Iupiter defcedufurlaTerre,
Quitta l'eclat pompeux defa Divinité,
Etfit hommage du Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amour caufa cette métamorphofe,
D'Apollon ilfit un Pafteur,
Et fur ce grand Exemple il n'eft
Warrien que l'on n'ofe
Pourferendre maiſtre d'un coeur.
l'aurois plus fait encor pour tou
cher ma Bergere.
34 LE MERCURE
Falloit il qu'un Rival vinft corromprefa
foy,
Ou devoit- il affez luy plaire
Pour partager des voeux qui n'eftoient
dens qu'à moy ?
&
L'Ingrate me trahit ; Dieux , qui
l'auroit pû croire?
Mon feu fe repofoit fur fa fimpli
cité ;
Cent fermens m'affuroient , elle en
perd la mémoire,
Et court à l'infidelité.
Pour me väger de l'Inhumaine,
En vain d'un vif dépit j'écoute le
transport.
l'aybeau m'abadonner tout entier
à la haine,
L'Amour eft toûjours le plusfort.
GALANT.
SS
Monfort abien changé,jepers tout
ce que j'aime,
La douceur d'eftre aimé remplifoit
mes defirs 3
On me l'offe , &le Ciel dans mon
malheur extréme
Me condamne peut- etre à d'eternels
foupirs.
Amour, toy qui d'abord me fusfi
favorable,
Dans cette trifte extremité,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
Cette Piece a quelque
chofe de champestre, & je
l'ay choifie exprés de ce
caractere parmy beaucoup
E
iiij
56 LE MERCURE
d'autres que j'ay à vous
faire voir , pour donner à
ma Lettre une plus agreable
diverfité. On ne m'en
a point nommé l'Autheur .
Jay fçeu feulement qu'il
n'avoit pas un Génie moins
heureux dans les matieres
badines , que dans celles
qui font éloignées de l'enjoüement,
& qu'il achevoit
de mettre en Vers libres
le Teftament de Mademoiſelle
du Puy. Il n'en fut
jamais un plus extraordinaire.
Il fait grand bruit.
icy. Tout le monde en
GALANT .
ST
parle , tout le monde fouhaite
l'avoir, & je n'en ay
pû encor recouvrer de Copie
entiere à vous envoyer.
Mademoiſelle
du Puy eft
cette celebre Joüeufe de
Harpe qui mourut il y a
deux ou trois mois, & voicy
entr'autres Articles ce que
j'ay entendu debiter du
Teftament dont il s'agit.
Il porte qu'il n'y auroit à
fon Enterrement
ny Boffus ,
ny Boiteux , ny Borgnes , &
on y trouve marqué le
nombre d'Hommes mariez,
de Femmes & de Filles
38 LE MERCURE
faire
qu'elle fouhaitoit qu'on en
priaft . Elle ordonne que
fa Maifon ne fera loüée
pendant vingt ans qu'à
des Perfonnes qui feront
Preuve de Nobleffe , &
donne une Place pour
un Jardin, à condition que
celuy à qui elle la laiſſe n'y
fera point planter d'Arbres
nains . Vous jugez bien
par là , Madame , que la
Demoiſelle eftoit raiſonnablement
vifionnaire . Vous
en ferez encor mieux perfuadée
quand je vous auray
appris, que comme il n'y a
GALANT. $ 9
prefque perfonne qui n'ait
fon Animal favory , elle
avoit des Chats qu'elle n'a
pû oublier en mourant.
Ainfi elle a étably une
Rente pour leur nourri
ture , & un Revenu confidérable
dont doit jouir celuy
à qui elle en confie le
foin. Vous direz que cette
Rente luy affurant dequoy
vivre, il y a du moins quelqu'un
qui profite de fa folie.
La choſe ne recevroit
point de difficulté , fi c'ef
toit pour ce quelqu'un que
la Rente cuft efté faite via60
LE MERCURE
1
que
gere, mais elle ne l'eft
pour les Chats , & comme
elle s'éteint par leur mort,
il faut qu'il meure avant
eux , s'il veut empefcher
qu'elle ne luy manque
.
Elle avoit leu fans doute
que quelques Peuples avoient
autrefois étably des
Hofpitaux pour les Chiens ,
& qu'il y en a encor aujourd'huy
en Turquie
, quoy
que les Mahometans
aiment
moins les Chiens que
les Chats, pour leſquels ils
ont une grande venération
. Pour fa Harpe qui
GALANT. 6
luy avoit fait gagner tant
de Bien , elle la laiffe à un
Aveugle des Quinze -vints ,
qu'elle avoit entendu dire
qui joüoit admirablement
des Inftrumens.
·
Comme vous aimez la
Mufique , je vous fouhaitay
fort dernierement dans
une Affemblée où il y eut
un tres grand Concert .
J'y recouvray les Paroles
du dernier Air que feu M
le Camus a compofé . Vous
me les avez demandées , &
je vous les envoye . La belle
Mademoiſelle de Ville62
LE MERCURE
neuve les chanta avec une
jufteffe à laquelle on ne
peut rien ajoûter ; tout le
monde en fut charmé , &
jamais il n'y eut tant de
loüanges , ny fi juſtement
données.
AIR.
Eftes- vous point refveuſe &
trifte quelquefois ?
N'h
Devos Rochers & deos Bois
N'allez- vous point chercher les
plus fombres demeures,
Etdans ces Lieux charmans, fenfible
à mon amour,
Ne paffez vous point quelques
heures ,
Comme j'y paffe tout lejour?
GALANT.
63
Mde Frontiniere a fait
ces Paroles . Elles font
touchantes d'elles - mef
mes. Jugez ce qu'elles me
parurent dans la bouche
d'une Perfonne qui eft fi
propre
à toucher. A vous
dire vray , Madame , il y a
un peu de riſque à courir,
& la beauté de Mademoifelle
de Villeneuve jointe
à celle de fa voix , eft quelque
chofe de fidangereux,
le repos de bien
que pour
des Gens , il feroit à fouhaiter
qu'elle ne ſe laiſſaſt
point voir quand elle
64 LE MERCURE
chante . Voicy d'autres
Paroles fur un fujet tout
diférent . M Moliere en a
fait l'Air depuis peu avec
fon fuccés ordinaire .
J
AIR.
Aime l'Eau pour l'amour du
Vini
Ellefringue mon Verre,
Elle arrofe la Terre,
Et nourrit le Raifin.
I'aime l'Eau pour l'amour du
Vin.
Vous voulez bien , Madame
, que j'ajoûte quatre
Vers à ces Paroles . Une
GALANT .
6.5%
Dame qui eft encor fort
belle , quoy que dans un
âge où il femble qu'il ne
foit plus permis de prétendre
à la Beauté , difoit agreablement
ces derniers
jours , fur le fujet de fa Fefte
qui approchoit , que fa
belle faifon eftoit paffée ,
& que ce n'eftoit plus
pour elle que naiffoient les
Fleurs. Un Cavalier auffi
galant que fpirituel , l'entendit
, & le jour de cette
Fefte eftant venu , il
luy
envoya un Bouquet de
Tubéreuſes , qui font aſſez
Tome 10. F
1
66 LE MERCURE
+
rares au Mois dé Decem.
bre. Le Bouquet eftoir
accompagné de ce Quadrain.
LaBeauté que le temps croit avoir
effacée,
Ne vous doit point coufter de
pleurs s
De ces Fleurs , belle Iris , la faifon
eft paffee,
Cefont pourtant de bellesFleurs.
C'eftoir quelque chofe
d'admirable que les Jardins
enchantez du Palais
d'Armide , où il en naiffoit
en tout temps & de toutes
les façons. Quoy que vous
GALANT.
67
晶
foyez inftruite de tout ce
qui eft arrivé à cette belle
Princeffe par la lecture du
Taffe , lifez je vous prie ce
qui en a efté imprimé depuis
peu fous le titre des
Avantures d'Armide & de
Renaud. Vous en ferez
fatisfaite. Ce Livre eft fort
agreable, & vous dire qu'il
eft de Mi le Chevalier de
Meré , c'eft vous dire que
Vous y trouverez autant de
pureté de langage, que de
délicateffe d'expreffion .
Vous ne ferez pas moins
contente du Compliment
Fij
68 LE MERCURE
que M' Doujat eut l'hon
neur de faire à Monfieur
le Chancelier , lors qu'il le
fut falüer pour la Faculté
de Droit de l'Univerſité
de Paris , dont il eft le plus
ancien Docteur Régent
.
Il eftoit accompagné
de
fes Collégues , & fut prefenté
par
Monfieur Pelletier
Confeiller d'Etat, comme
il l'avoit efté en pareille
rencontre par M. de Lamoignon
à feu Monfieur
Daligre .
GALANT. 69
7
J
COMPLIMENT
A MONSIEUR
LE CHANCELIER..
MONSEIGNEUR,
Le jufte choix que le Roy
a fait de vostre Perfonne,
pour l'élever à la plus haute
Dignité de la Robe , est fans
doute laplus infaillible marque
d'un merite achevé. Mais
c'est encore une preuve bien
70 LE MERCURE
convainquante, que ce merite
eft generalement reconnu, de
voir que les Loix, qui ordinairement
font muettes au
milieu des Armes , prennent
d'abord un tel éclat entre vos
mains, qu'on n'entend de tous
coftez que des acclamations
des
applaudiffemens, pour
une action pacifique, dans un
temps où les Triomphes de
nostre invincible Monarque
font tant de bruit en tous
lieux , par des miracles de
guerre fi continuels & fifurprenans.
On peut bien , MonfeiGALANT.
71
gneur , les appeller ſurprenans
, puis qu'ils n'ontpoint
d'exemple dans toute l'Antiquité
, & que l'on n'a gueres
moins de peine à les croire
apres qu'ils font arrivez,
qu'à les imaginer avant
qu'ils arrivent. En effet, il
n'y a perfonne qui fuit capable
de les concevoir , que cet
incomparable Génie qui feul
Les fçait executer. Car enfin
peut on comprendre cettefage
conduite qui pourvoit à
tout ; cette activité qui eft
par tout ; cette intrépidité
heroïque qui anime tout ; &
72
LE MERCURE
enfin cette augufte preſence
qui vient à bout de tout ?
Mais peut-on affez admirer
les prodiges que ces.
grands refforts ont produit
dans le cours de cette
feule Année , qui n'eft pas
encore finie ? une Campagne
qui en vaut pluſieurs , ſi
hautement achevée , en la
Saifon qu'on l'ouvroit à
peine autrefois ; & recommencée
avec un pareil fuccés,
auffitoft que les Ennemis ont
finy les marches & les contremarches
qu'ils ont appellées
leur Campagne : plufieurs
GALANT. 73
fieurs Places qu'on n'avoit
osé attaquer, ou qu'on avoit
I attaquées inutilement en di-
= vers temps , emportées dans
peu de jours : une Bataille
gagnée par un autre Soymefme
pendant deux Sieges ;
ces Braves de toutes Nations
gne ;
forcez en un moment derriere
leurs plus forts Remparts,
auffi-bien qu'en rafe Campaleurs
prodigieufes
5,
Armées également défaites
en combatant & fans combatre?
Voftre zele pour le fervice
& pour lagloire du Roy,
Tome 10. G
74 LE MERCURE
mefait efperer, Monfeigneur,
que vous excuferez facilement
cette digreffion fur un
Sujetfi agreable, & où vous
les Voftres avez toûjours
eu tant de part.
Nous voyons , Monfeigneur,
dans vos fages Confeils,
dans vosfoins vigilans
& fideles , & dans toute
voftre Vie , de grandes matieres
de plufieurs Panegyriques
; & nous voudrions
bien nous pouvoir acquiter
de ce qui vous eft deû en
cette occafion . Mais le temps
d'un Compliment , dont je
GALANT.
75
vois bien que j'ay déja paßé
les bornes, ne me permet pas
defuivre cettejufte inclination
; je connois trop ma
foibleffe , pour me hazarder
à une fi difficile entreprife.
Il me fuffira de dire, en paf-
Ifant, ce qui eft connu de tout
= le monde , que vous sçavez
joindre admirablement bien
des chofes qui ne fe trouvent
gueres d'accord que dans les
Hommes extraordinaires :
1 un efprit penétrant
, avec un
jugement
folide ; une modération
fans exemple
, avec
une éminente
fortune
; & une
Gij
76 LE MERCURE
probité infléxible , qui ne
confidere perfonne quand il
faut juger , avec une affabilité
obligeante qui ne rebute
perfonne, quand ilfaut écouter.
Ainfi , Monfeigneur
, la
juftice que le Roy vient de
faire à vostre vertu , & d
vos longs & importans Services
, eft un moyen affuré
pour la rendre par uneſeule
action , au refte de fes Sujets
; & la connoiffance
que
l'on a de cette verité, dont
on voit déja les effets , répand
dans tous les Coeurs
x
GALANT .
77
une joye qui n'eft pas concevable.
Cependant , Monfeigneur,
la Faculté de Droit ofe fe
flater de l'efpérance que
dans cette commune allégreffe
vous aurez la bonté
de diftinguer fon zele parmy
celuy des autres Corps , qui
ont eudéja, ou qui auront en
fuite l'honneur de rendre de
femblables devoirs à Vostre
Grandeur.
Pour nous attirer cet avantage,
ilfuffiroit de l'at--
tachement
particulier
qu'exige
de nous la profeffion
des
G iij
78 LE MERCURE
Loix , dont vous estes l'O.
racle & l'appuy tout enſem
ble.
33 Mais outre cette dépendance
auffi glorieufe que neceffaire
, aux obligations de
laquelle nous tâchons de répondre
par une profonde véneration
, & par des voeux
ardens &
finceres ; que ne
devons - nous pas d V. G.
pour l'inclination qu'elle a
toujours témoignée de voir
rétablir l'Etude de la Fu
risprudence ; qui vous eft
chere, parce que vous la poffedez
parfaitement, & parce
•
GALANT . 79
que vous en connoiffez mieux
que perfonne l'importance
Es la neceffité ? Vousfçavez,
Monfeigneur , combien elle
eft décheuë de fa premiere
fplendeur dans ce Royaume
où on l'a veuë fi floriffante
pendantplufieurs Siecles.
Maintenant que vous eftes
en état de la vanger du mépris
injurieux qu'en font
ceux à qui elle est inconnuë;
• que pouvons- nous fouhaiter
de plus honorable pour V. G.
& de plus utile pour le Public,
fi ce n'est l'entier accompliffement
de vos grands
G
iiij
80 LE MERCURE
louables deffeins ; & que
pour en voir l'effet , vous
puiffiez fervir le Roy &
l'Etat dans les nobles fon-
Etions d'une Dignité fi éminente
auffi longuement que
dans celles de tous les autres
Emplois que vous avezfi dignement
remplis ?
Monfieur le Chancelier
reçeut cette Députation
d'une maniere toute obligeante.
Le merite particulier
de M'Doujat luy ef
roit connu , & il fçavoit la
reputation qu'il a parmy
GALANT. 81
tous ceux qui eftiment les
belles Lettres . La place
qu'on luy a donnée dans
l'Académie Françoiſe en eft
une marque. Il eft originaire
de Toulouſe , defcendu
d'un Louis Doujat , qui
fut pourveu le premier il y
à environ 160. ans de la
Charge d'Avocat General
du Grand Confeil , cette
Compagnie n'en ayant
point eu avant luy . Un de
fes Fils fe fit Confeiller au
Parlement de Toulouse ,
l'autre demeura à Paris , &
depuis ce temps - là il y a
82 LE MERCURE
toûjours eu des Officiers de
ce nom dans quelqu'une
des Cours Souveraines de
ces deux Villes .
Apres la mort de M' du
Nozet , Auditeur de Rote,
M' l'Abbé Doujat dont je
vous parle, fut proposé par
M' de Marca Archevefque
de Toulouſe , pour eftre envoyé
à fa place, & feu M ' le
Cardinal Mazarin , inftruit
de fa haute capacité
, luy avoit
fait dire qu'il fe tinft
preft à partir ; mais les
grandes Alliances & les
correfpondances
que M
rs
GALANT. 83
de Bourlemont avoient en
Italie , jointes à quelques
autres confiderations importantes
, firent tourner
les chofes , fur la priere de
Ml'Evefque de Caftres depuis
Archevefque
de Toulouſe
, en faveur de Monfieur
fon Frere qui s'eft dilieu
gnement
acquité
de cet
Employ
dans des conjonctures
affez difficiles
.. Ce
changement
n'eut pas
de le chagriner
, puis qu'il
fut caufe de l'honneur
qu'il
reçeut d'eftre employé
pan
feu M' le Prefident
de Pe
84 LE MERCURE
rigny, à donner à Monſeigneur
le Dauphin les premieres
teintures de l'Hiftoire
& de la Fable . Il fut
furpris des talens extraordinaires
qui éclatoient
en
ce jeune Prince dés l'âge de
fix ans . Il s'agiffoit de les
cultiver , & cela luy donna
occafion
de compofer
un
Abregé de l'Hiftoire
Gréque
& Romaine furVelleius
Paterculus
. Cet Ouvrage
merite l'approbation
que
luy a donnée le Public . Il a
fait imprimer
depuis ce
temps - là un Recueil én LaGALANT
.
85
tin de tout ce qui regarde le
Droit Ecclefiaftique particulier
à la France , & enfuite
une Hiftoire du Droit Canon.
Il travaille prefentement
à celle du Droit Civil
qui paroiftra bientoſt , & à
des Notes fur Tite - Live
pour l'ufage de Monſeigneur
le Dauphin . On les
imprime ; & comme le Païs
Latin n'eft pas un Païs inconnu
pour vous , je me
perfuade , Madame , que
vous ne manquerez pas de
curiofité pour les voir.
Dans le temps que tous
8% LE MERCURE
les Corps fe font empreffez
à venir faire leurs Complimens
à Monfieur le Chancelier,
fur le nouveau rang
où le Roy l'a élevé, les Mufes
ne font pas demeurées
muetes , & voicy des Vers
qui ont efté adreſſez à
M ' Calpatri , Maiſtre des
Comptes.
ASASASASYO YIASASAGAS
POUR MONSIEUR
LE CHANCELIER.
L
Oüis le Grand, & le plus
grand des Rois,
Ne peutfairequede grads choix,
GALANT.
87
Etceluy cy n'a rien, Calpatri, qui
m'étonne
C'est un grand Monarque qui
donne,
Et c'est un grand Sujet parfoy, par
fes Emplois
Qui reçoit , dés longtemps fidele a
la
Couronne,
Capable aufi plus que perfonne
Parles foins qu'il a pris des Armes
& des Loix,
De foûtenir l'éclat dont Thémis
l'envionne.
Enfin c'eft le TELLIER, tout utile
à la fois
Au Public, à l'Etat, ce Miniftre
d'élite
Dont le Prince aujourd'huy couronne
le merite,
Il eft certain que le choix
88 LE MERCURE
que le Roy a fait de Mon.
fieur le Tellier pour la plus
importante Charge de l'Etat
, a efté reçeu avec les
acclamations de toute la
France , & c'est ce qui a
donné lieu aux deux Quatrains
fuivans. La Juftice
parle dans le
premier..
I
QUATRAIN .
Ene veuxplus fonger qu'à gouferle
repos
Que vient de me donner le plus grad
des Héros:
Ainfi fi je parois n'eftre plus occupée,
Le Pere ama Balance , & le Fils
mon Epée,
1
GALANT. 89
AUTRE.
Loa
Oüis par fa rare prudence
Enfoulageant Thémis, montre que
parfon choix,
Il veut que le TELLIER en tienne
la Balance,
Quandfon Fer eft tenu par l'Illuftre
Louvois .
Je fçay , Madame , que
ces témoignages de joye &
de refpect rendus à cegrand
Miniftre, n'auront rien de
furprenant pour vous à qui
tout fon merite eft connu ;
mais il vous le fera fans doute
d'apprendre la Conver
H
Tome 10 .
90 LE MERCURE
fion de l'Indifferent à qui
vous avez tant de fois reproché
l'air tranquille qui
paroift dans toutes les actions,
& cette Philofophie
foit naturelle,foit artificiel
le dont il fe pique , quoy que
la plupart des Gens la regardent
en luy comme un defaut.
Le croirez - vous , Madame?
Il aime , & apparemment
il ne ceffera pas fi- toft
d'aimer, car quand l'Amour
s'eft une fois rendu maiſtre
de ces coeurs Philofophes
qui luy ont long - temps
refifté , comme il ne feroit
GALANT. 95
pas affuré d'y rentrer quand
il voudroit, il n'abandonne
pas aifément la place .Voicy
ce que j'en ay pû découvrir.
I voyoit fouvent une jeune
& fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir
que parce qu'elle aime les
Livres & qu'elle a l'efprit
tres- éclairé. Apres luy avoir
donné fes avis fur les
lectures qu'elle devoit faire
pour ne rien apprendre
confufément, il s'offrit à luy
fervir de Maiſtre pour l'Ita
lien ; & à force de luy faire
dire, j'aime, dans une autre
Hij
92 LE MERCURE
langue que la fienne , il ſouhaita
d'en eftre veritablement
aimé. Ses regards
parlerent , & comme c'eftoit
un langage que la Belle
n'entendoit
pas , ou qu'elle
feignoit de ne point entendre
, il ne put s'empefcher
un jour de luy reprocher
fon peu de fenfibilité . Elle
fe defendit
de ce reproche
fur l'eftime particuliere
qu '
elle avoit pour luy. Vous
fçavez , Madame , que l'ef
time ne fatisfait point un
Amant . Il luy declara qu'il
en vouloit à fon coeur , &
GALANT.
95
qu'il fe tiendroit malheureux
tant qu'elle luy en refuferoit
la tendreffe . La
Belle détourna ce difcours ,
& fit fi - bien pendant quelque
temps, qu'il ne pût trouver
aucune occafion favorable
de le pourfuivre. Il
devint chagrin , & refvoit
aux moyens de faire expliquer
celle qu'il aimoit,
quand on le vint confulter
fur des Vers écrits d'une
main qui luy eftoit inconnuë
. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de
fa façon , vous donnent
94 LE MERCURE
affez lieu de croire qu'on
s'en pouvoit rapporter à
luy. Il prit le papier qu'on
luy donna , & leut ce qui fuit
fans s'attacher qu'à la net
teté de la Poëfie.
Pourquoy
m'avoirfait con?
fidence
Que vous en vouliez à mon coeur?
Ilfaut que contre vous il fe mette
en defenfe,
Te dois vous empefcher d'en eftre le
vainqueur.
ရ
Iene m'eftois point apperçeuë
Que tous vos petits foins deuffent
m'eftre fufpects,
Et quand j'enfaifois la reveuë,
Te les prenois pour des refpects.
GALANT. 93
Ah, que ne m'avez- vous laiffée ,
Cruel Tircis, dans cette douce er--
reur!
Vousme voyez embarraffée.
On l'eft toujours quand il s'agit
du coeur.
Il faut prendre party, je ne dois
plus attendre,
Maisfi vous m'attaquez, comment
vous repouffer?
Quand on fent le befoin qu'on a de
fe defendre,
Il est déja bien tard de commencer.
Ces Vers luy parurent
d'un caractere doux & aifé.
Ille dit d'abord à celuy qui
luy en demandoit fa pen96
LE MERCURE
fée , & vous pouvez juger
de fa furpriſe quand on l'af
fura que c'eftoit le début
d'une Fille qu'il approuvoit .
Ce mot le frapa . Il fe fouvint
de la converfation
qu'il avoit eue avec ſa belle
Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit,
& cette penfée le fit entrer
dans des tranfports de joye
incroyables ; mais il ceffoit
de fe les permettre , fi- toft
qu'il faifoit reflexion que
ces Vers eftoient trop bien
tournez pour eftre le coup
d'eſſay d'une Perfonne qui
n'en
GALANT. 97
I n'en avoit jamais fait , &
qui ne fe piquoit point du
tout de s'y connoiftre.
L'incertitude luy faifant
peine, il refolut d'en fortir.
Il rendit vifite à la Belle,
luy parla d'une nouveauté
qui faifoit bruit , leut ces
Vers dont il avoit pris une
copie , l'obſerva en les li
fant , & l'en ayant veu foûrire
, il l'embaraffa fi fort,
qu'il luy fit enfin avoüer
que c'eftoit elle qui les a-
I voit faits. Elle ne luy fit
cet aveu qu'en rougiffant,
& en luy ordonnant de les
I
Tome 10 .
98 LE MERCURE
regarder comme un fimple
divertiffement que fa Muſe
naiffante s'eftoit permis, &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en
luy cachant qu'elle s'eftoit
meflée de rimer. La referve.
ne l'étonna point , il comprit
fans peine ce qu'on
vouloit bien qu'il cruſt , &
abandonna fon coeur à fa
paffion. Celle qui la caufe
en eft fort digne . Vous
eftes déja convaincuë de
fon efprit par fes Vers, & je
ne la flate point en adjoû->
tant qu'elle eft affez belle
GALANT .
99
I
pour le pouvoir paffer d'efprit
, quoy qu'il femble que
ce foit eftre belle & fpirituelle
contre les regles , que
d'eftre Fun & l'autre en
1 mefme temps. Si vous la
1 voulez connoiftre plus particulierement
, imaginezvous
une Brune qui a la
taille tres bien priſe, quoy
que mediocre , le plus bel
oeil qu'on aitjamais veu , la
bouche également belle, le
teint & la gorge admirables
, & outre tout cela un
air doux & modefte qui ne
vous la rendra nullement
I ij
100 LE MERCURE
fufpecte de faire des Versi
Voila fon veritable Por
trait . Tout ce qu'on luy reproche
pour defaut, c'eft un
peu trop de mélancolie ,
une défiance perpetuelle
d'elle - mefme , & une timidité
qu'elle a peine à vaincre,
mefme avec ceux dont
elle ne doit rien apprehender.
Les Vers d'une fi aimable
Perfonne n'eftoient
pas de nature à demeurer
fans réponſe, & quand no.
ftre Amant Philofophe
n'auroit pas efté Poëte il
avoit déja longtemps, c'efy
GALANT. 101
toit là une occafion à le devenir
. A peine deux ou
trois jours s'eftoient- ils paffez,
que la Belle reçeut un
Pacquer , dans lequel elle
ne trouva que cette Lettre .
Elle eftoit datée du Parnaſſe
& avoit pour Titre
APOLLON,
A LA JEUNE IRIS.
Os Vers , aimable Iris , ont
fait du bruit icy,
On vous nomme au Parnaffe une
petite Mufe.
I iij
102 LE MERCURE
Puis que voftre début a fi bien
réülly,
Vous irez loin, ou je m'abuse.
Nos Poëtes galans l'ont beaucoup
admiré,
Les Femmes Beaux Efprits, telles
que fut la Suze,
Pourdire tout ,l'ot unpeu cenfuré.
le fuis ravy que vous foyez des
noftres.
Eftre le Dieudes Versferoit unfort
bien doux,
Si parmy les Autheurs il n'en ef
toit point d'autres
Quedes Autheursfaits come vous.
l'ayfur les beaux Eſprits une puiffance
entiere,
Ils réconnoiffent tous ma Iurifdi-
Elion.
GALANT.
103
A vous dire levray c'est une Nation
Dont je fuis dégoûté d'une étrange
maniere.
Et mefme quelquefois dans mes
brufques tranfports,
Pen s'enfaut qu'a jamais je ne les
abandonne;
Mais fi les beaux Efprits eftoient
de jolis Corps,
Teme plairois à l'employ qu'on me
donne.
Des que vous meferezl'honneur de
m'invoquer
,
Fiez- vous- en à moy, je ne tarderay
guere,
Et lors que mon fecours vous fera
neceffaire ,
Affurez vous qu'il ne vous peut
manquer..
I iiij
104 LE MERCURE
Je vous diray pourtant un point qui
m'embaraſſe;
Vn certain petit Dieufripon ,
(lenefçayfeulementfi vousfçavez
fon nom,
Il s'appelle l'Amour ) a poußéſon
audace
Iufqu'à mefoûtenir enface,
Que vos Versfont defa façon,
Et pourvous, m'a- t -il dit, confolez
vous de grace,
Ce n'est pas vous dont elle a pris
legon.
Quoyqu'il fe pare en vain de ce
faux avantage,
Il a quelque fujet de dire ce qu'il
dit;
Vous parlez dans vos Vers un affez
doux langage,
GALANT. 105
Et peut-eftre apres tout l'Amant
dont il s'agit
Iugeroit que du coeur ces Versferoient
l'ouvrage,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
trop d'efprit.
T
N'allezpas de l'Amour devenir
l'Ecoliere,
CeMaifire dangereux conduit tout
de
travers,
(réguliere
Vous ne feriez jamais de Piece
Si ce petit Brouillon vous infpiroit
vosVers.
Adieu , charmante Iris , j'auray
foin que la Rime,
Quand vous compoſerez, ne vous
refufe rien.
Mais que cefoit moyfeul au moins
qui vous anime,
Autrementtout n'iroitpas bien.
106 LE MERCURE
La Belle n'eut pas de pei
ne à deviner qui eftoit l'Apollon
de la Lettre , mais
elle refva quelque temps
furun petit fcrupule délicat
qui luy vint. Elle n'euſt pas
efté bien- aife qu'on luy cuft
fait l'injuftice de donner à
l'Amour tout l'honneur des
Versqu'elle avoit faits, mais
elle ne pouvoit d'ailleurs
penetrer par quel intereft
fon Amant avoit tant de
peurqu'on ne les attribuât à
F'Amour, & fi elle luy avoit
defendu de croire qu'ils
fuffent autre choſe qu'un
GALANT. 107
jeu d'efprit où fon coeur n'avoit
point de part , elle trouvoit
qu'il euft pû fe difpenfer
de luy confeiller auffi
fortement qu'il faifoit de
ne fe fervir jamais que des
Leçons d'Apollon . C'ef
oit luy faire connoistre
qu'il n'avoit fouhaité que
foiblement d'eftre aimé; &
le dépit d'avoir répondu
trop favorablement à fa
premiere declaration , luy
faifoit relire fa Lettre , pour
voir fielle n'y découvriroit
point quelque fens caché
qui pût affoiblir le reproche
108 LE MERCURE
qu'elle s'en faifoit , quand
on luy en apporta une fe
conde d'une autre main.
Elle l'ouvrit avec précipita
tion, & y lût ces Vers .
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS .
A
Vez- vous lù mon nom fans
changer de couleur?
Voftre furprife, Iris, n'eft- elle pas
extrême?
Raffurez vous; mon nom fait toùjours
plus de peur
Queje n'en auroisfait moy-meme.
GALANT. 109
PoftreOuvragegalant, début aſſez
heureux,
Entre Apollon&moy met de la ja-
Loufie.
Il s'agit defçavoir lequel eft de
nous deux
Voftre Maistre de Poëfie.
Franchement , Apollon n'eft pas
d'un grand fecours,
En matiere deVers je ne le craindrois
guere
,
Et je le défierois de faire
D'aufi bons Ecoliers que j'enfais
tous lesjours.
&
Quels travaux affidus pourformer
un Poëte ,
Et quel temps ne luyfaut- ilpas?
110 LE MERCURE
On eft quite avec moy de tout cet
embarras;
Qu'on aime un peu, l'affaire eft
ရ (faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'ilferoit
longd'apprendre?
Vnerefverie unpeu tendre,
En un moment vous va tout'enfeigner.
l'inftruis d'une maniere affez courte
&facile;
Commencer par l'Esprit c'eft un
foin inutile,
Fort longdu moins, quand meſme
il réulit.
Je vais tout droit au Coeur, &fais
plusde profit,
Car quand le Coeur eft une fois
docile,
Onfaitcequ'on veutde l'Efprit.
GALANT.
LIL
Quand vousfiftes vos Vers, dites-le
moyfansfeinte,
Les fentiez- vous couler de fource
&fans contrainte?
Ie vous les infpirois , Iris , n'en doutez
pas.
Sifortant lentement
veine,
d'une froide
Sillabe apres fillabe ils marchoient
avecpeine,
C'eftoit Apollon en ce cas.
Lequel avoüez- vous, Iris, pour
voftre Maiftre ?
Je m'inquiete peu pour qui vous
prononciezi
Carenfin je le pourrois eftre
Sans quevous-mefme le feuſſiez.
Je ne penferoispas avoirperdu ma
cau
#12 LE MERCURE
Quand vous décideriez en faveur
d'un Rival; 2098 const
Et mefme incognitofij'avoisfait
la chofe,
Mes affaires chez vous n'en iroient
pasplus mal.
Mais quandje n'aurois point d'au
tre part à l'Ouvrage,
Sans conteftationj'aydonné lefujet.
C'est toujours ungrad avatage,
Belle Iris, j'en fuis fatisfait.
Cette feconde Lettre
éclaircit entierement le
doute de la Belle . Elle ne
fut pas fâchée
de
voir
que
celuy
qui avoit
fibien
parlé
pour
Apollon
, n'euft
pas
GALANT.
173
laifféle pauvre Amour indéfendu,
& elle vit bien qu'il
ne luy avoit propofé les
raifons de part & d'autre,
que pour l'engager à décider
lequel des deux avoit
plus de part à fes Vers, ou
de l'Efprit, ou du Coeur. La
Queftion eftoit délicate .
On la preffa longtemps de
donner un Jugement . Elle
fe récufoit toûjours ellemefme,
& s'eftant enfin refoluë
àprononcer, voicy un
Billet qu'elle fit rendre à
fon Amant pour Apollon.
Tome 10. K
114
LE MERCURE
Sire Apollon , ce n'est pas une af
1
faire
Que deux ou trois Quatrains que
j'ayfaits parhazard ,
Et je croy qu'apres tout vous n'y
perdriez guere
Quand l'Amour feuly devroit
avoirpart.
Ne vous alarmez point ; s'ilfaut
nommer mon Maiftre ,
Ie jureray tout haut que mes Vers
font de vous.
Ils couloiet pourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait
naiftre.
Je croy , Madame , que
fans en excepter Petrarque,
& Laure d'amoureuſe meGALANT.
15
moire , voila l'intrigue la
plus poëtique dont on ait
jamais entendu parler , car
elle l'eft des deux coftez .
Nous ne trouvons point les
Vers que la belle Laure a
faits pour répondre à ceux
de Petrarque , mais cette
Laure- cy paye fon Petrar
que en mefme monnoye,
& l'attachement qu'ils ont
l'un pour l'autre s'eft tellement
augmenté par cet agreable
commerce de Poëfie,
qu'ils femblent n'avoir
plus de joye qu'en fe
voyant. Je les attens au Sa-
Kij
116 LE MERCURE
crement , s'ils vont jamais
jufques- là ; caril n'yaguere
de paffions qu'il n'affoibliffe,
& l'Amour dans l'ordinaire,
demeure tellement
déconcerté par le Mariage,
qu'on a quelque raiſon d'affurer
qu'il n'a point de plus
irréconciliable Ennemy.
Ce n'eft pas pourtant une
regle abfolument generale,
& ce que je vay vous dire
d'une jeune Perfonne de la
plus haute Qualité, vous en
fera voir l'exception . Il ya
peu de temps qu'elle eft
mariée , & les belles qualiGALANT.
117
!
1
tez de l'Epoux qu'elle a fait
heureux le rendent fi digne
de poffeder tout fon coeur,
qu'elle n'a point mis de bornes
à fa tendreffe . Elle voudroit
le voir dans tous les
momens du jour , & vous
pouvez juger du plaifir
qu'elle s'en fait par le genre
de confolation qu'elle choifit
dernierement pendant
; un Voyage qu'il fut obligé
de faire fans elle à la Cour.
Elle fe fouvint d'avoir veu
fon Portrait dans un lieu où
elle avoit tout pouvoir. Elle
y courut , le détacha elle
118 LE MERCURE
mefme de l'endroit où il
avoit efté placé, le fit porter
à fa Chambre , paffa : la plus
grande partie de la nuit à le
regarder , & je ne fçay fi
elle ne luy fit point de tendres
careffes. Si toutes les
Femmes aimoient avec une
auffi forte paffion , il n'y auroit
pas un fi grand nombre
de Marys Coquets , & on
feroitravy de trouver chez
foy l'Amour Complaifant
que le chagrin engage
quelquefois à chercher ailleurs
. Quelque eftat de vie
qu'on ait embraffé , il eſt
GALANT . 119
toûjours bon d'avoir une
grande exactitude à s'aquiter
des devoirs qu'il nous
impoſe. Nous en voyons
la récompenfe en la Perfonne
de Monfieur l'Abbé
du Pleffis de Gefté de la
Broutiere , dont la longue
application à remplir toutes
les obligations de fon caractere,
luy a fait meriterle
choix que le Roy a fait de
luy pour luy confier la conduite
de l'Eglife de Xaintes
dont il fut facré Evefque ces
derniers jours. S'il fuccede
à un grand Prelat qui fut
120 LE MERCURE
fort aimé dans ce Diocéfe,
fa doctrine & fa pieté, join
tes à fon humeur honnefte
& obligeante, ne luy gagne
ront pas moins les coeurs
des Peuples qu'on luy a
commis. Il y avoit quinze
ans qu'il eftoit Grand Vi
caire de Paris. Il eft Doc₂
teur de Sorbonne , & d'une
tres - Illuftre Famille d'Anjou.
A
Le Roy qui aime à répandre
fes bienfaits par
tout , a gratifié M l'Abbé
Daquin , Fils de fon Premier
Medecin , de l'Ab .
baye
GALANT. A fut
baye de la Seube pres de
Bordeaux , & comme Sa
Majefté n'oublie jamais les
Services qu'on luy rend,
Elle a récompenfé ceux de
Mode Poyfegur , qui a eſté
longtemps Lieutenant Colonel
& Mestre de Camp
du Regiment de Piedmont ,
par une Abbaye qu'Elleluy
a donnée dans Toul. Prendre
ce party eft une manierefort
honnefte de dire
adicu au Monde apres avoir
expofé fa vie pour fon Prin
ce, pendant un fort grand
nombre d'années . Des ATome
10 . L
122 LE MERCURE
dieux de cette forte ne me
paroiftront jamais devoir
eftre retractez ; mais vous
allez voir , Madame , que
j'avois quelque fujer de n'en
pas croire entierement celuy
qui pretendoit l'avoir
dit pour toûjours aux Mufes.
Ses Amis n'ont pû foufrir
qu'il fe dérobât plus
longtemps la gloire qui luy
eft deuë. Ils l'ont fait connoiſtre
, & j'ay à vous ap
prendre qu'il s'appelle M
Ferrier. Les louanges qu'il
a reçeuës fur le tour aifé
qu'il donne à fes Vers,
$
GALANT. 123
PA.
l'ont engagé à faire un Ou
vrage Galant qu'on croit
déjà fous la Preffe . On ne
m'ena pû dire le Titre , mais
vous pouvez juger de quelle
beauté il fera par cette Elegie
qui en doit faire le
commencement . Elle donne
lieu de conjecturer que
cet Ouvrage contiendra les
manieres qui peuvent faire
acquerir l'eftime du beau
Sexe aux honneftes Gens ,
& on ne peut douter que
cette matiere ne foit traitée
delicatement par un Homme
qui penſe juſte , & qui
Lij
124 LE MERCURE
écrit avec une fort grande
netteté.
ELEGIE.
M
Aiftre de tous les Dieux döt
Les fubtiles flames
Ne brulent point les coeurs fans
éclairer les ames,
Amour, c'est à toy feul que confacrant
mes Vers,
Teway de tes fecrets inftruire l'V
nivers.
Ainfî, dans mes écrits revelant t
Science,
De tes droits fur les coeurs j'éten
dray lapuiffance,
GALANT. 125
Et ma MufeàtonTempleappellat
les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes"
Autels;
CesVers dontje te fais un heureux
facrifice,
A m'en récompenfer engagent ta
justice.
Quoy, pourrois-tu me voir Efclave
rebuté, (fierté,
D'une ingrate Maiftreffe effuyer la
Moy, qui par des avis aufi feurs
quefidelles, s
Montre l'art de toucher les Mai-
Areffes cruelles?
Non , Amour , tu le vois , qu'il eft
de ton honneur
D'employer tous tes foins au foin
de mon bonheur.
lene demandepas qu'à mes voeux
favorable,
Liij
126 LE MERCURE
A toutes les Beautez tu me rendes
aimable,
Je n'étenspasfi loin mes projets a
moureux,
Et ce n'eft que Philis que demandent
mes voeux,
Philis que j'aime en vain, & dont
l'indifference and
Par de longues froideurs éprouve
ma conftance.
Mais cette ame infenfible aux
preuves dema foy,
Le fera-t-elle encor fi su combats
• pour moy?
Si j'obtiens furfon coeurune entiere
victoire,
Le fruit que j'en auray t'en affure
la gloire.
Pour toy plus que pour moy fois
jaloux de tes droits ,
Aux coeurs indifferens fais réverer
tes Loix,
GALANTY # 7
127
Etfoumettant
Lorgueild'une
Beauté
rebelle,
• Fay luy fentir pour may ce que je
fens pour elle.
Pendant queje pouſſfois ces regrets
amoureux ,
Amour vint me promettre un
deftin plus heureux
Foy qu'un zele fi fort attache à
monfervice,
Efpere tout, dit- il, quand je te fuis
propice:
Tu m'asfait une offrande à n'onblier
jamais .
Et mes graces pour toy préviendront
tes fouhaits.
Des Dieux pour les Mortels la
bontéfans mesure,
D'un peu d'encens brûlé les paye
avec ufure; (bienfaifans,
Mais en eft - il aucun de ces Dieux
Leiiijor
128 LE
MERCURE
Qui puiffe parfes dons égaler mes
prefens?
Helene, de Paris fut le dignefalaire
Dés qu'on l'eut veujugerenfaveur
dema Mere.
Julie, auxyeux de Rome, au milieu
de la
Cour,
D'Ovide, par mes foins
favorifa
l'amour.
Crois-ta que
maintenant à tes voeux
moins
propice,
Iemanque de
puiffance, ou
manque
de
juftice,
Moy qui fans borne jufte, & puiffant
en tous lieux ,
mes Sujets compte meſ-
Aurang de
me les Dieux?
Ainfi , que ta Philis s'arme d'indiference,
Elle doit fa
tendrelle à ta
perfeverance.
GALANT
129
Ne crains rien, &fidelle auxyeux
qui t'ont charmé,
Aime, le Dieu d'Amour t'affure
d'eftre aimé.
Ah, Philis, voudrois- tu démentir
fes Oracles,
Aux biens qu'il me promet opofer
des obstacles?
Non, fans doute, & ton coeur mains
rebelle à fes loix,
Suivral'avis d'un Dieu qui parle
par ma voix.
Si tu n'écoutes point fonfidelle Interprete,
Au moins de ta raifon entens la
voix fecrete,
Qui te follicitant de te laiffer
charmer,
Te dit tout bas qu'un coeur n'eftfait
que pour aimer.
Aux douceurs de l'amour ne fois
donc plus contraire ,
$30 LE MERCURE
On ne peut en jouir qu'autant que
l'onfçaitplaire,
Et le Soleil, d'ailleursfi jufte dans
fon cours
D'un plus rapide pas mefure nos
beauxjours.
La Nature, queregle une haute
Prudence,
En joignant defi pres la mort à la
naiſſance ,
Semble nous avertirqu'il nousfaut
ménager
Jufqu'au moindre moment d'un
temps fipaffager.
Quelque courte en effet que puiffe
eftre la vie,
Ellepourroitfuffire àremplir noftre
envie,
Si donnant libre effor à nos jeunes
defirs,
Dès que l'on peut les prendre_on
prenoit les plaifirs .
GALANT. 131
Mais loin que la raison regle nos
deftinées,
Nous perdons fans aimer nos plus
belles années,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours & ne
Les trouvons pas.
Ne croy point que des ans l'inju‡
rieux
outrage
Epargne par respect les lis de ton
vifage.
Non, Philis, la beauté doit unjour
te quiter.
Avant qu'elle te quite il en faut
profiter.
C'eft affurément un fort
grand fecret en toutes cho
fes, que de fçavoir profiter
132 LE MERCURE
du temps. Ileft le maiftre
de tout , & c'eft luy qui a
fait renouveller
depuis peu
F'Alliance que le Prince
d'Orange avoit déja avec
la Maiſon Royale d'Angleterre.
La feu Princeffe d'O.
range fa Mere, eftoit Soeur
de Charles
II. qui regne
,
prefent, & vous eftes trop
fçavante dans l'Hiftoire
pour ignorer que ce jeune
Prince qui vient d'époufer
la Princeffe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eft de l'illuftre
& ancienne Maifon de
Naffau, qui a eu l'avantage
à
GALANT. 133
de donner un Empereur.
Les Princes de ce nom
n'ont
pas efté
feulement
Comtes de l'Empire, ils y
ont tenu longtemps le premier
rang, & cette Branche
particuliere , a joint à une
naiffance qui en voit peu au
deffus d'elle , un merite fi
éclatant & une valeur fi extraordinaire
, quee fi Loüis
LE GRAND n'avoit fait la
Guerre & gouverné ſes Peuples
d'une maniere qui n'a
point encor eu d'exemple,
les grands Hommes dont
le Prince d'Orange def
$34
LE MERCURE
cend , pourroient
fervir de
modele à tous ceux qui
cherchent la Gloire par la
Politique
& par les Armes .
Quant à ce qui le regarde,
on peut dire qu'il a toutes
les qualitez qui font à fouhaiter
dans une Perfonne
de fon rang. Il eft brave
autant qu'un General d'Armée
le peut eftre , & ſon
malheur
ne l'a point empeſché
de faire paroistre
fon courage dans toutes les
occafions
qu'il en a pû rencontrer.
Trouvez bon que
je m'explique
. Je n'appelle
GALANT.
135
point malheur le mauvais
fuccezd'une entrepriſe , qui
felon les évenemens ordinaires,
n'en doit point avoir
un heureux. Auffi n'eft- ce
point ce genre de malheur
que le Prince d'Orange a
éprouvé. Il n'a rien entrepris
que fur des apparences
favorables , & ayant autant
de valeur qu'il en a, il auroit
infailliblement réüffy en
d'autres temps , & contre
de plus foibles Ennemis.
Le peril ne l'étonne point .
Il s'expofe , fe trouve par
tour , & ne fait pas moins
136 LE MERCURE
l'office de Soldat quede Ca
pitaine; mais il est malhou.
reux d'eftre né dans le Sie!
cle de Louis XIV. & d'a
voir en tefte uno Conqué.
rantà qui rien n'eft capable
de refifter. C'est ce qui re
double la gloire du Roy, &
les louanges qu'on doit aux
Miniftres & aux Generaux
qui agiffent & combatent
fous les ordres Nous gaa
gnons des Batailles & pre
nons des Places en pen de
temps, mais ce n'eft point.
fans obftacle. On nous
oppoſe de grandes forces,
GALANT. ( 137
on felbar , on vient au fecours
; & fila Victoire nous
demeure , le Prince d'Orange
emporte toûjours l'hon.
neur d'avoir beaucoup entrepris.
La jeune Princeffe
qu'il a épouſée eſt grande &
bien faite, mais je ne fuis
point encor affez inftruit
de fon merite pour vous en
parler. Il eft difficile qu'elle
n'en ait beaucoup , eftant
Fille d'un Prince qui peut
regarder la naiſſance , toute
Royale qu'elle eft , pour le
moindre de fes avantages.
Heft brave , genereux , fort
Tome 10.
M
138 LE MERCURE
aimé dans l'Angleterre , &
on nele peut eltre de tout
un grand Peuple , qu'on
ne s'en foit montré digne
par les plus éminentes qua
litez.
Le Mariage qui eft le
plus fort lien de la Societé
civile , auroit de grandes
douceurs fi elles n'estoient
pas le plus fouvent troublées
par la mort. C'eſt une
cruelle peine à éprouver, &
Madame duVauroüy, Soeur
de M de Ribere , qui a
efté depuis peu Lieutenant
Civil , nous le fait connoiGALANT.
139
9
ftre. Elle a pleuré fi amerement
depuis quelques mois
la perte d'un Mary à qui elle
avoit donné toute fastendreffe
, qu'elle eſt enfin
morte elle - mefme apres
des fouffrances extraordinaires
. Elle eftoit belle ,
jeune , fpirituelle & digne
de vivre plus longtemps
qu'elle n'a fait.
★
M Mufnier de Mouli
gneuf, Confeiller au Parle
lement, eft mort auffi Is
eltoient trois Freres Confeillers
, dont il y en a un
àla Grand Chambre .
Mij
140 LE MERCURE
On meurt par tout , &
hors la guerre aufft- bien
queldans les occafions de
peril. M d'Audijaux avoit
levé un Regiment de Dragons
pour le fervice du Roy
à Mefine. C'eftoit là , les
armes à la main, que vrayfemblablement
il devoit
perir , & cependant il y eft
mort de maladie. Il avoit
du coeur, & on n'a guere veu
d'Homme plus entreprenant.
8
Cette indifpenfable ne.
ceffité de mourir doit avoir
quelque chofe de bien ri-
•
EGALANT.I 0141
goureux, puis que les Fleurs
qui ne meurente
que pour
renaiftre, ne font pas fatisfaites
de leur deftin . La réfont
à l'illuf-
Ponferrelles
. La rétre
& belle Madame Des-
Houlieres quiles avoit confolées
là- deffus avec tant
d'efprit, en eft une preuve.
Celuy qui les fait parler eft
d'Aix en Provence , & je
croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
142 LE MERCURE
$$$$$$***
REPONSE
DES FLEURS
A MADAME
DES -HOULIERES
S¹pour
I nous naiffons fouvent , c'eft
pour mourir de mefme,
Et pour mourir d'abord.
In matinpaffagernous voit chan
ger defort,
Plaignez, Amarillis, noftre malbeur
extréme.
En eft-il un plus grandpour dé jeu-
"
nes appas,
Que d'eftre le butin d'unfi foudain
trépas?
GALANT. 145
La Loy de mourir tot est une Loy
trop dure,
Ounous affujettit l'inégale Nature.
• On fait plus de pitié qu'on ne fait
dejaloux,
Quad on dure aufi peu que nous.
Ilfaut que nous mourions à la fleur
de noftre age
En attendant leretourdu Printèps..
On fe confole peu d'un futur avantage,
Quand on peutfe paffer d'attendre
un autre temps.
Que nousfert- il que le Zephire.
Si délicatement aupres de nousfoû-
~pire,
Qa'il foit infinuant , que fon efprit
foit doux,
Si dans le teps qu'il nous careffe,
Et nous marque de la tendreffe,
La mort vient, & finit tout commerce
entre nous ?
144 LE MERCURE
Vous dites cependant; Jonquilles ,
Tubéreuſes ,
Vous vivez peu de jours , mais
vous vivez heurenfes ,
Quandon a de beaux jours, ~
Iln'eft pas boqu'ilsfoient fi courts .
Nulle de nous pourtant ne conferve
L'envie
De fe voirprolongerla vie,
Quand il s'enfaut priverpour parer
vos Moutons
De Guirlandes & de Feftons.
Sans peine & fans regret chacune
alorsfe donne
Avecfesplus vives couleurs.
Pour qui peut en mourant leur fervirde
Couronne,
Mourir bientoft n'eft pas le plus
grand des malhenrs.
Voyez, Madame, comme
je
GALANT
.
145
A
je me laiffe infenfiblement
emporter à l'enchaînement
de la matiere. Je vous devois
faire part dés le Mois
paffé des Ceremonies qui
sobfervent à l'Ouverture
du Parlement. Le nouveau
fuccés, des armes du
Roy en Allemagne dont
j'ay eu à vous écrire , me les
ayant fait remetre jufqu'à
celuy cy , cet Article fembloit
devoir eftre un des
premiers de ma Lettre , &
je nevous en ay pas encore
dit la moindre chofe. On
fçait que la couftume eſt
Tome 10. N
146 LE MERCURE
9
tous les ans de faire des
Harangues à cette Ouverture.
Ceux qui n'y vont
point n'en fçavent rien davantage,
& peur- eitre mef
me que la plûpart de ceux
qui y vont n'en reviennent
gueres plus fçavans. Voicy
par ordre tout ce qui s'y
paffe.
Le lendemain de la Saint
Martin , le Parlement en
Corps & en Robes rouges
entend la Meffe dans la
Grand'Salle du Palais . C'eft
toûjours un Evefque qui la
dit. Elle a efté celebrée
GALANT
147
rà
cette année par celuy de
S. Omer. Le Parlement
rentre apres l'avoir entendue,
& remercie l'Evefque,
qui luy témoigne de fon
cofté tenir à honneur d'avoir
efté choify pour cette
Ceremonie par un fi Augufte
Corps. Les Avocats
& les Procureurs preftent
le Serment en fuite ; apres
quoy Monfieur le Premier
Prefident traite une partie
de la Compagnie , & quel
ques- uns de Meffieurs des
Enqueftes. Les Séances ne
recommencent que le Lun
Nij
148 LE MERCURE
A
dy de la huitaine franche
d'apres la S. Martin .
Le mefme jour de cette
Ouverture, Meffieurs de la
Cour des Aydes font des
Harangues entr'eux qu'on
peut appeller Mercuriales ,
puis qu'elles n'ont pour but
que de faire voir en quoy
les Juges manquent , & ce
qu'ils doivent faire pour
répondre dignement aux
obligations de leurs Charges.
Meffieurs les Prefidens
& Confeillers de cette
Cour s'eftant affemblez
cette année à leur ordiGALANT.
149
; naire , Monfieur le Camus
qui en eft le Chef prit la pa
role
, & apres s'eftre longtemps
étendu fur la diffe.
rence qu'il y avoit de l'integrité
& de la pureté de vie
des Siecles paffez , à la corruption
qui s'eft gliffée dans
celuy- cy , & avoir, montré
par un difcours fort net &
fort éloquent, que nous ef
tions tres-éloignez de cette
candeur qui eftoit infépara
ble de tout ce qui fe faifois
dans ces temps heurenx , il
fit voir les defordres qui
naiffent des Jugemens trop
N iij
150 LE MERCURE
précipitez , & marqua fortement
que les Juges ne
pouvoient apportertrop
précaution avant que de
prononcer fur l'intereft des
Parties . Võicy une comparaifon
dont il le fervit . Soude
venez- vous , Madame, que
tout ce que je vous dis eft
fort imparfait , & que les
penſées que je vous explique
perdent beaucoup de
leur grace , dénuées des vives
expreffions qui les mettoient
dans leurjour.
De mefme , dit- il , que
les Eaux qui fe répandent
GALANT.
1
dans les
Campagnes par
divers décours , y
portent
la fertilité & l'abondance ,
ainfi quand les Magiftrats
accompagnent
leurs Jugemens
de toutes les reflexions
neceffaires pour déveloper
avec foin les diffe
rens interefts
des Particuliers
, leurs Arrefts fe trouvent
foûtenus
de cette é
quité dont Dieu recommande
aux Hommes de ne
s'éloigner jamais . Au contraire
lors que ces Eaux fe
débordent avec l'impétuofité
d'un Torrent , elles les
N
iiij
152 LE MERCURE
1
gaftent, elles y mettent la
fterilité , ce qui eft en quelque
façon l'image des Juges
, qui fe laiffant emporter
au premier feu de leur
génie, & ne prenant pour
regle de leurs Décifions
que leur enteftement , &
leur opiniâtreté , confon,
dent le bon droit avec le
mauvais , & font injuftement
des malheureux.
Le fujer que M du Boifmenillet
, Avocat General
de la Cour des Aydes, prit
pour fon Difcours , fut la
connoiffance de la Verité.
T
GALANT. 153
Il montra qu'elle eftoit fi
neceffaite aux Juges , que
fans elle ils ne pouvoient
goûter de veritable plaiſir
dans le monde , ny Jouir
d'une
fortune
affurée
. Il fit voir
que
ce
que
l'Homme appelle
Fortune
, confiftoit dans
fa feule
élevation
, que
nous
cherchions
cette
élevation
par
tout
, &
que
nous
tâchions
de
nous
la procu- rer
à nous
- mefme
, en
abaif- fant
ceux
en
qui
nous
dé
couvrions
plus
de
merite
qu'en
nous
, ce
qui
eftoit cauſe
qu'il
nous
fâchoit
154 LE MERCURE
naturellement d'entendre
loüer , au lieu que la Satyre
nous donnoit toûjours de la
joye , parce qu'elle a l'adreffe
de changer les vertus
en defauts , & que nous ne
trouvons point d'abaiffe
ment pour les autres qui ne
nous femble une espece d'élevation
pour nous ; mais
qu'enfin cette Fortune eftoit
injufte fans la connoiffance
de la Verité. Il adjoûta
que la Fortune & les
Plaifirs eftoient les deux
principaux motifs qui nous
faifoient agir dans la vie,
GALANT . I 155
1
que c'eftoit fureux que tous
les autres rouloient , &
que nous eftions obligez de
prendre party . Ce raiſonnement
fur fuivy d'un
grand Eloge de Monfieur
le Chancelier, qui attira un
applaudiffement general .
Le Lundy que le Parle
recommence ment fes
Seances, qui eft le jour où
les Audiances font ouvertes
, & qu'on appelle Jour
des Harangues , M le Premier
Prefident parle aux
Avocats, & apres leur avoir
fait connoiftre leur devoir,
156 LE MERCURE
C'eft ce
il finit en adreffant la parole
aux Procureurs.
qui s'eft toûjours pratiqué,
& ce qui fe pratiqua encor
la derniere fois . Monfieur
de Lamoignon , avec cette
gravité de Magiftrat fi digne
de celuy qui tient le
premier rang dans ce grand
Corps , dit d'abord que c'ef
toit pour la vingtiéme fois
qu ' il voyoit renouveller
Fancienne Ceremonie depuis
que la Juftice s'expliquoit
par fa bouche fur toutes
les obligations que les
Avocats avoient contracGALANT.
157
tées avec elle par le Serment
de fidelité qu'ils luy
avoient folemnellement
juré , que dans cette longue
révolution d'années qui
avoit paffé comme un fon
ge, il avoit veu changer
prefque tout le Barreau , &
qu'à peine yreftoit- il encor
quelques-uns de ceux qui
eftoient alors dans une fi
haute reputation , & que
l'âge ou l'infirmité avoient
contraints d'abandonner
un employ fi laborieux . Il
exagera fort le merite de
ces Avocats celebres , &
158 LE MERCURE
dit qu'il fembloit qu'ils
n'euflent pas cu plus de durée
que ces Etoilles éle.
mentaires qu'on voit ſe dé ,
tacher du Ciel dans un
temps calme , qui marquent
par une trace de lumiere
leur chute précipitée
& qui fe perdent pour ja,
mais dans l'obfcuriré de la
nuit. Il les compara en
fuite à des Torches arden.
tes qui jettent une fort
grande lueur, qu'on ne voit
paroiftre que pour la voir
s'évanouir dans le mefme
temps. Il adjoûta que leur
GALANT.
159
memoire vivroit toûjours
dans le Parlement, où l'idée
en eftoit fi forte , & le fouve
nir fi agreable, qu'il eftoit
comme impoffiblede nepas
croire qu'ils fuffent encor
preſens , & qu'on entendiſt
leur voix parmy cette multitude
d'Avocats qui venoient
en foule pour écouter
. Illes exhorta tous à fe
rendre infatigables dans
leur employ comme a
voient fait ceux dont il leur
parloit, & leur fit voir qu'ils
eftoient d'autant plus obligez
de s'en acquiter digne160
LE MERCURE
nent , que noftre grand
Monarque ,
e , au milieu des
foins qui demandoient tou
te fon application pour ce
qui regardoit la Guerre, ne
perdoit jamais celuy de
conferver l'éclat de la Juftice
& de maintenir ſes interefts
, ce qu'il avoit encor
fait paroiftre depuis peu de
jours en luy donnant pour
Chef un grand Homme
dont le choix avoit efté prévenu
par les voeux de toute
la France , & fuivy de fes
plus finceres acclamations.
Mil'Avocat General LaGALANT.
7 161
moignon fonFilsparla apres
luy , M' Talon eftant tout
couvert de la gloire que ces
fortes de Harangues font
acquerir. Son Exorde fut
que files Difcours que la
couftume veut qu'on faffe
en de pareils temps n'ef
toient confiderez que comme
des Effais d'Eloquence
femblables à ces Concerts
de Mufique qui flatent l'o
reille fans penetrer le coeur,
ceferoit un abus de porter
la parole dans un fi Augufte
Parlement pour maintenir
les interefts de la Juftice , en
O Tome 10.
162 LE MERCURE
reprefentant aux Avocats à
quoy les oblige le Serment
qu'ils renouvellent tous les
ans. Il pourfuivit en fai
fant connoiftre que la perfection
de ce Sérment con-
+
fiftoit dans la verité, la juſtice
& le jugement ; Que
fans ces trois conditions
tous les Sermens eftoient
des Parjures , & les Parjares,
la fource de tous les mal
heurs ; Qu'ainfi les Payens
avoient dévoüé à la colere
du Ciel , & à l'execration de
la Terre , ceux qui le trou
voient coupables des deux
GALANT
163
plus grands crimes qu'on
puiffe commettre dans le
monde, l'un d'avoir méprifé
la Divinité qui préfide
aux Sermens , & l'autre d'avoir
violé la Verité , fans la
quelle les plus fages Legif
lateurs marquoient qu'il n'y
avoit point de religion par
my les Hommes, ny de fi .
delité parmy les Dieux . Il
finic par une peinture de
l'honnefte Homme qu'il
exhorta les Avocats de fe
propofer pour modelle ,afin
que s'appliquant avec plus
d'ardeur à rendre juftice
O ij
164 LE MERCURE
qu'à chercher les occafions
de s'enrichir, ils cuffent un
zele parfait à defendre la
verité . SUBCO
Le Mercredy fuivant on
tient la Mercuriale . Mle
Premier Prefident parle à
Meffieurs les Gens du Roy,
qui luy ayant adreffé la parole
enfuite, continuent en
l'adreffant aux Juges en general.
M'de Lamoignon
,
Chef de ce grand Corps,
tourna fon Difcours la derniere
fois fur laVerité. Il dit
que les Juges eftoient dans
une obligation indiſpenſaGALANT.
165
ble de la chercher fans fe
metre en peine de la calom
nie, ny de ce qu'on pourroic
dire contre eux quand ils
feroient leur devoir ; Qu'ils
eftoient dans un rang élevé
, mais exposé à tour,
Qu'en cherchant cette Verité
, ils devoient craindre
qu'on ne les perfuadât trop
aifément Que chacun
croyant avoir droit, croyoit
en mefme temps que la
Verité eftoit pour luy , &
que cependant elle ne pouvoit
eftre que d'un coſté;
Que pour la bien découvrir
4
166 LE MERCURE
au travers des voiles qui
l'envelopent , ils devoient
tout entendre , ne rebuter
perfonne, & fi cela fe peur
dire , écouter juſqu'à l'injuſtice
mefme, pour n'avoir
aucune negligence à fe reprocher
; Que tout leur devant
eſtre ſuſpect , ils le devoient
eftre à eux- mefmes;
Que les Amis fe laiffantaveugler
par leurs Amis , tâchoient
à perfuader des injuftices
aux Juges , dans la
penfée qu'ils ne leur demandoient
rien que de jufte
, & qu'ainfi ils avoient
GALANT. 167
fujet de fe défier de tout , &
particulierement d'un Sexe
qui ayant des privileges
particuliers
, vouloit toû
jours eftre creu , & ne
prioit jamais qu'avec quelqueforte
d'autorité . Il finit
par quantité de belles chofes
qu'il dit fur la grandeur
du Roy , & fur la fidelité que
les Juges doivent à leur
conſcience, à Sa Majesté, &
àleur miniftere.
Monfieur de Harlay Procureur
General parla en
fuite. Il dit que le repos
faifoit fubfifter toute la A.
168 LE MERCURE
Nature ; Que Dieu mefme
en avoit étably unjourdans
chaque Semaine ; Queles
Corps apres avoir travaillé
tout le jour, eftoient obligez
de fe délaffer la nuit
pour reprendre de nouvel.
les forces, & qu'ainfi on avoit
ordonné les Vacations
afin que l'Esprit fe repoſaſt
des fatigues de l'année , &
puft s'appliquer aux Affaires
avec une nouvelle vigueur,
mais qu'au lieu d'employer
ce relâchement
à l'ufage
auquel on l'a deſtiné, beaucoup
de Juges rentroient
auffi
GALANT 169:
auffi crus qu'auparavant , il
explique ce terme , adjoûs
tant qu'ils n'avoient point
affez digeré les preffins
devoirs qui leur fontim -j
pofez par leurs Charges ,
& qu'ils ne s'eftoient point
mis dans l'eftat où il faut
eftres pour s'en acquirer;}
Qu'il les conjuroit de mieux.
profiter du temps, & que ce
fust pour la derniere fois ,
s'ils remarquoient qu'ils en
euffent jamais abufé . Apres
cela il entra dans le détail,
de ce que doit fçavoir un
Juge, & ayant parlé des Or
Tome 10.
P
170 LE MERCURE
donnances , du Droit Civil,
&dequelques autres dont la
connoiffance luy eftoit abfolument
neceffaire, il tomba
fur la foibleffe des Hommes
fi fujets à fe tromper
eux -meſmes , ou à fe laiffer
tromper. Il leur fit connoiftre
que la prévention eftoit
la chofe du monde la plus
dangereuſe , puisque l'Innocence
en pouvoitſouffrir; &.
leurayant marqué cedefaut
comeun des plus grands &
despluspréjudiciablesqu'ils
puffent avoir, il les exhorta
à fongerférieulement à s'en
GALANT. 171
"
defendre , & à ne donner
jamais de Jugemens fans
avoir examiné jufqu'aux
moindres circonftances des
Affaires fur lesquelles ils avoient
à
prononcer
.
Jevous ay déja priée , Madame
, de ne regarder ce
que j'avois à vous dire fur
cette matiere, que comme
une ébauche quia efté faite
confufément fur des Portraits
achevez . Ce font
moins en effet les pensées
de ces grands Hommes ,
que quelque chofe de leurs
pensées. Ils leur ont donné
}
Pij
172 LE MERCURE
'
un tour qu'il ne m'eft pas
poffible de trouver , & j'en
laiffe beaucoup que la me
moire de ceux qui les ont
entenduës avec admiration
ne m'a pûfournir. fanning
[ Ce qui m'en cauſe tous
les jours , & qui en cauſe
fans doute à toute l'Europe ,
c'eft de voir qu'en quelque
lieu que ce puiffe eftre , &
pour quelque occafion que
ce foit, les Armes du Roy
portent la terreur où elles
paroiffent. Voyez ce qui
eft arrivé,quand Sa Majefté
follicitée par lesMécontens
2
GALANT.: 173
{
de Hongrie de les fecourir
dans leur oppreffion , refolut
enfin de les affifter. Elle
fit donner les ordres à M
de Boham par M le Marquis
de Bethune fon AmbaffadeurExtraordinaire
en
Pologne , & on y trouva des
François tous prefts à mar
cher. Il n'eft pas furpres
nant qu'il y en euft . Hs cou
rent partout apres laGloire ,
& dés que la Paix eft en
France, ils vont chercher à
fe fignaler chez tous les
Princes Chreftiens qu'ils
fçavent en Guerre . M' de
Piij
174 LE MERCURE
Boham qui en avoit appris
le meftier parmy les Braves
de ces deux Belliqueufes
Nations , affembla des
Troupes en peu de temps.
Il le fit avec d'autant plus
de facilité, que les Polonois
qui ne refpirent que les armes,
ne prennent fouvent
aucun autre aveu que celuy
de leur courage pour s'engager
. L'ardeur de la gloire ,
& l'activité qui eft ordinaire
aux François , luy furent
d'ailleurs un grand avantage
pour luy faire amaffer
promptement quatre mille
6.4 GALANT
. 175
盛
huit cens Hommes effectifs
avec lesquels il alla au fecours
des Mécontens . Remarquez
, Madame , que je
ne vous ay rien dit d'abord
que de veritable. Les fuccés
avoient efté balancez de
puis plufieurs années en
Hongrie . Nos François y
arrivent. Ils n'ont encor
joint que peu de Hongrois ,
& ils gagnent une celebre
Victoire. Il eft vray que les
Polonois qu'ils commandoient
y ont eu part, ayant
montré dans cette fameufe
Journée la mefme valeur
Piiij
176 LE MERCURE
qu'ils avoient fait paroiftre
tant de fois fous le Grand
Marefchal Sobieski , que
fon merite extraordinaire a
mis dans le Trône , & qui
eſtant devenu leur Roy, ne
les a pas moins accountu.
mez à vaincre qu'auparavant.
Plus de mille morts
font demeurez fur la place,
T
fans compter ceux qui fe
font noyez. Joignez à cela
plus de huit cens Priſonniers
, avec toutes les dépoüilles,
& vous avoüerez
que cet avantage peut paffer
pour une pleine VicGALANT.
177
toire. M'de Boham a fait
voir dans cette occafion
toute la prudence & toute
la conduite d'un grandChef
avec lafermeté d'un Soldat.
M le Chevalier d'Alembon
porta fes ordres pas
tout, & paya de fa perfonne
d'une maniere qui fit connoiftre
que le peril ne l'étonnoit
pas. Il ne fe peut
rien adjoûter aux marques
de courage que donna M
de Sorbual quon vit tou
jours à la tefte des Troupes
Hongroifes . Mile Marquis
de Guenegaud, ne quitta
2
178 LE MERCURE
•
point celle de la Cavalerie.
Il arrefta les Ennemis qui
voulurent forcer le Pofte
qu'il gardoit, & les empefcha
mefme de paffer. Heft
Fils de M de Guenegaud
qui a efté Treforier de l'E
pargne. M. de Clanleu
commandant l'Infanterie ,
donna l'exemple à ſon Regiment
, & allaPique baiffée
aux Ennemis . M' de Val.
cour premier Capitaine du
Regiment de Boham ne fe
fit pas moins remarquer.
Je ne vous nomme point les
Polonois , Hongrois & TarGALANT.
179
1 tares qui fe fignalerent , il
yen eut beaucoup , & vous
n'aurez pas de peine à le
croire , puis qu'ils comba.
toient avec des François , &
1
qu'il eft impoffible qu'en
leur voyant faire des chofes
forprenantes , on ne tâche
de les imiter. Leur entrée
enHongrie n'a pas efté feulement
fuivie de laVictoire,
elle a obligé deux grandes
Comtez qui foufroient fans
ofer fe declarer à fe ranger
du party des Mécontens,
dont enfin le Manifefte a
paru touchant les juftes rai180
LE MERCURE
fons qui leuront fait implo
rerl'affiftance duRoy Tres-
Chreftien. Depuis tout ce
que je viens de vous marquer,
ces Peuples oppreffez
ont encor remporté des avantages
confiderables. If
n'y a pas lieu d'en eſtre furpris
, puis que la France s'en
melle. Voyez , Madame,
ce que fait le Nom du Roy.
Il fe declare, & la Victoire
devient infaillible ; mais fi
fes Armes fe font redouter
par tout , fes Triomphes
fonten mefme temps l'inépuifable
matiere desElages
GALANT. 181
F
de tout le monde , & ceux
que l'embarras des Affaires
du Public oblige à rompre
commerce avec les Mules,
cherchent à le renouer
pour ne demeurer pas
muets quand il s'agit de la
gloire de ce grand Monarque.
Vous n'en douterez
point quand vous aurez leu
ce Sonnet de Mr de Brion
Confeiller au Parlement.
182 LE MERCURE
SONNET
POUR LE ROY.
Eftins, veillez toujours pour
conferver ce Roy,
D
Elins
, ve
De vosfoins afidus leplus parfait
ouvrage.
Ne l'abandonnez point, lors que
fongrand courage
Luy fait porterpartout la terreur
& l'effrey.
Quey qu'il traifne toûjours la Vi-
Etoire apresfoy,
Comme il courtfans rien craindre
où la Gloire l'engage ,
Das les diverspérils quefon grand
Coeur partage,
GALANT.
183
Dufoin de le garder faites - vous
une Loy.
Vous avez employé plus de cinq
mille années
Aformerde Loüis les nobles deftinées
;
Voftre plus grand effort nous pa
roift aujourd'huy.
ရ
Ne livrez doncjamais à lafureur
des Parques
Ce Roy victorieux , la gloire des
Monarques,
Vous ne sçauriez donner un plus
grandRoy que luy.
Cette verité eft fi conftante,
que le plaifir d'admi-
-rer fes grandes Actions a184
LE MERCURE
doucit les maux de ceux qui
fouffrent ; & cet autre Sonnet
de M ' l'Abbé Flanc arrefté
dans la Conciergerie
par fes malheurs , en eftune
marque .
R
AU ROY
SONNET.
Oyfeul de tous les Roys digne
d'eftre imité,
Tagrădeur m'éblouit ,& maMuſe
tremblante
S'égare &fe confond de voir, lors
qu'on te vante,
Ton merite plus grand que ta felicité.
GALANT. 185:
An (vinité,
Tu portes tous les traits de la Di-
Aufeul bruit de ton Nom l'Europe
s'épouvante,
Et les Faits inouis de ta main fi
(terité. puiffante
Feront l'étonnement de la Pof-
Mais lors que tu parois environné
de gloire
,
Qu'en tout temps tes Drapeaux de
vancent la Victoire,
Qu'un feul de tes deffeins fufpend
tout l'Vnivers ;
Que dufier Espagnol les Villesfont:
conquifes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles
font foumifes,
At'admirer, Grand Roy, j'adoucis
tous mesfers.
Tome 10 :
186 LE MER URE
Ce
fentiment n'eft pas
feulement commun à tous
les François . Le General
Major Harang qui fut pris
à la
Journée de Cokberg,
n'a pû s'empefcher
de trou- .
ver du bonheur dans une
difgrace qui luy a procuré
le plaifir de voir la plus belle
Cour de l'Europe , & le plus
grand Monarque du mon
de. Il enareçeu depuis peu
une Epée toute couverte
de Diamans . Entre autres
chofes que l'excez de fa
joye luy fit dire au Roy.
pour le remercier
d'une fi
GALANT
187 L
glorieufe marque de fon
eftime, il dit qu'il alloit fub-
• ftituer cette Epée dans fa
Famille , afin que fes Def.
cendans ne perdiffent jamais
le fouvenir de l'honneur
queluyavoit fait un fi
grand Prince .
Sa Majesté qui connoift
parfaitement le merite &
qui fe plaift à récompenfer
les fervices qu'on luy a rendus,
a donné la Lieutenan-
Ice- Colonelle du Regiment
Picardie à M' de Villemandor
qui en eftoit premier
Capitaine , & celle du
de
Qij
188 LE MERCURE
Regiment de Normandie
à Mr de Guilerville
qui eftoit
en la mefme qualité à la
telte de ce Corps ..
Vous avez fçeu , Madame,
que M. l'Abbé de
Grandmont qui eftoit Agent
du Clergé , avoit eſté
nommé par le Roy à l'Evef
ché de S.Papoul. Vous ap
prendrez aujourd'huy qu'il
fut facré il y a quelques
jours à Pezenas par Monfieur
le Cardinal de Bonzi,
Archevefque de Narbonne
& Prefident des Etats , af
fifté de Meffieurs les Evef
GALANT . 189
ques de Beziers & de Montpellier.
Les Etats s'y trou
verenten Corps . Monfieur
le Duc de Verneuil Gouverneur
de Languedoc , &
M' Dagueffeau Intendant
aufdits Etats , & Commiffaire
du Roy , ne manquerent
pas auffi de s'y rendre
; & comme une pareille
Cerémonie n'avoit esté
faite depuis long- temps
dans cette Province , une
infinité de Perfonnes des
Villes voifines y fut attirée
par la curiofité. Monfieur
le Cardinal de Bonzi traita
"
190 LE MERCURE
en fuite magnifiquement
Monfieur le Duc de Verneüil,
avec les Commiffaires
du Roy, & tous les Evef
ques . Celuy dont je vous
parle eft Neveu de M de
Grandmont , qui eftoit
Agent perpétuel des Etats
de Languedoc , & qui fut à
feu Monfieur le Duc d'Or
leans . Son merite l'avoit
mis dans une fort grande
confidération . M ' le Mar
quis de Montanegre n'affifta
point à cette Cerémonie
, parce qu'il eftoit party
quelques jours auparavant
*
GALANT . 1901
pour aller faire vérifier au
Parlement de Toulouſe fes
Provifions de Lieutenant
de Roy de la Province . On
ne doute point qu'elles n'y
foient reçeuës avec joye
par la connoiffance qu'on a
de fes fervices, & de la juf
tice qu'on luy a renduë .
Vous m'avez marqué que
vous l'eftimez ; & comme
je fçay que vous ferez bien
aife que je vous parle de
luy toutes les fois que l'occafion
s'en ofrira , j'auray
foin de vous fatisfaire .
Cependant apres vous
192 LE MERCURE
avoir entretenuë , de, la
grande Affemblée qui s'eft
faite à Pezenas , je ne puis
m'empefcher de vous dire.
quelque chofe de celle qui
fe fit icy dernierement au
College du Pleffis , où M
l'Abbé le Boiftel foûtint
des Thefes de Philofophie
dédiées à Monfieur le Marquis
de Louvois , qui honora
l'Acte de fa prefence ..
Un nombre infiny de Gens.
de la premiere qualité y
affifta , quelques Dames
mefme s'y trouverent , &
la capacité du Soûtenant y
parut
GALANT. 193
parut avec éclat . Il eft Fils
de M' le Boiſtel , fi connu
par l'important Employ
qu'il exerce fous ce Mi-
O niftre , mais plus encor
pour eftre un des plus obligeans
& des plus honneftes
Hommes de France . Je
fçay que la matiere des
Thefes eft peu galante , &
que ce n'eft pas un Article
qui doive eftre employé
fouvent dans mes Lettres;
mais quand les choſes ordinaires
, & dont je n'ay
pas accoûtumé de vous parler,
font accompagnées
de
Tome 10 . R
194 LE MERCURE
circonftances
extraordinai
res , elles meritent bien que
vous les fçachiez. Ce qu'il
y eur de nouveau dans cet
Acte foûtenu , c'est qu'on
donna en François à toutes
les Dames le Compliment
Latin qui eft au deſſous du
Portrait de Monfieur de
Louvois . Sans cela elles:
auroient efté privées du
plaifir que leur caufa l'éloge
de ce grand Miniftre .
Je vous ay parlé de luy dans
toutes mes Lettres , & quoy
que je ne l'aye pas toujours
nommé, il y a fi peu de PerGALANT.
195
fonnes qui luy reffemblent,
qu'il ne vous a pas dû eftre
difficile de le reconnoiftre.
Apres les glorieuſes veritez
que je vous en ay dites , il
eft bon que vous les entendiez
d'une autre bouche,
& que je vous explique au
moins en peu de mots le
fujet du Compliment de
M l'Abbé le Boiftel . Il
commence par l'élevation
de Monfieur le Tellier à la
Charge de Chancelier de
France, qu'il regarde comme
une preuve éclatante.
que le Roy a voulu donner
Rij
196 LE MERCURE
à toute l'Europe de l'amour
qu'il a pour les Peuples . Il
vient de là au merite de
Mi le Marquis de Louvois,
des travaux fans relâque
che ont entierement dévoué
à la gloire de fon
Maiftre. Il dit que jamais
Prince n'ayant couru à
l'Immortalité
à fi grands.
pas , jamaisMiniftre n'avoit
fi promptement applany,
les difficultez qui auroient
pû l'arrefter ; Qu'il venoit
plutoft à bout luy feul de
fournir aux befoins de qua- :
tre Armées , que plufieurs
GALANT.
197
J
enfemblé ne fourniffoient
autrefois aux neceffitez
d'une feule; Que quelques
deffeins qu'on euftformez,
les chofes fe trouvoient
toûjours executées avant
qu'on cuft fçeu qu'elles
fe devoient entreprendre;
Que par les foins qu'il prenoit
à maintenir la Difcipline
militaire dans toute
fon exactitude , le paffage
des Gens de guerre ne fembloit
eftre par tout que celuy
d'une Colonie d'Amis ;
& que le fomptueux Baftiment
des Invalides , ren-
R iij
198 LE MERCURE
4
droit un eternel témoigna
ge de la bonté pour les Sol,
dats aufquels il avoit prócuré
un azile glorieux pour
le refte de leurs jours,
quand l'âge ou les bleffures
les rendoient incapables de
continuer leurs fervices .
Ces pensées font beaucoup
mieux tournées dans
une Langue à laquelle la
force de
l'expreffion eft
particuliere. Vous y fuplée .
rez, s'il vous plaift , Madame
, & pour marque de la
reconnoiffance
quej'en auray
, je vous envoye une ſe.
GALANT. 199
conde Lettre de M' Petit,
écrite comme la premiere
à Monfieur le Duc de S.Aignan
. Vous aimez tout ce
qui regarde la gloire du
Roy , & fon ftile qu'il appelle
badin , ne def- honore
peut-eftre pas la matiere
qui luy fait peur. Lifez , je
vous prie , & m'en dites
voſtre penſée .
De Rouen le 9. Decembre 1677 .
MONSEIGNEUR,
Ce n'a pas efté fans fur-
Riiij
200 LE
MERCURE
prife que j'ay veu dans le
dernierTome du
Mercure les
Vers
badins qu'il y a a
ou trois mois
deux
liberté de
vous
envoyer. Ce 101s que je pris
la
m'eft ,
Monfeigneur, une
marque
bien
glorieuse
& bien
obligeante
de
l'honneur
de
voftre
fouvenir ; &
comme
ce n'a pû
eftre que
par
vos
ordres
qu'ils
ayent en
place
dans ce
Recueil
de
Pieces
Galantes , je ne
vous fuis pas
mediocrement
obligé
de la
bonté
que
vous
avez
de
vouloir
déterrer
mon
nom
enfevely
en
Province
depuis
GALANT. 201
une affez longue fuite d'années
; Mais, Monfeigneur, je
fuis fi accouftumé à recevoir
de vous des graces que je ne
merite point, que je dois peu
m'étonner de cette derniere,
qui m'engage plus que jamais
à vous honorer, & à pouſſer
jufqu'où elle peut aller la
paffion toute pleine de refpect
avec laquelle je fuis,
MONSEIGNEUR ,
Voftre tres-humble, tres - obeïffant,
& tres- obligé Serviteur , PETIT.
Her Duc, apres ce Compli
Coment ment,
Et cet bumble Remerciment
202 LE MERCURE
Vn peuferieux pour ma Plume,
Dont (vous le favez) la coûtume,
Eft d'écrire en fiyle badın,
Sans fe piquer de rien defin 3
Trouvez bon qu'elle s'y remette,
Et quema Mufe, humble Soubrette
De celle dont les chants fidoux
Vousfontfaire mille Laloux,
Vous entretienne à l'ordinaire,
Songeant que jefuis voftre Frere
En Apollon, l'aimable Dieu,
Qui de cent plaifirs me tient lieu.
Et certes, j'aurois peine àdire
Si lefeu badin qui m'infpire,
Metouche ouplus , ou moins aucoeur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur
Fait defefperer l'Idolâtre
D'une Coquette acariatre,
Quirit des traits du Dieu fripon ;
Mais il n'en eft plus , ce dit- on .
Les Coquettes fontfort daciles,
GALANT. 203
Come en buit jours onpred desvilles
( Secret de noftre Mars François,
Plus Roy luyfeul que trente Roys)
En huitjours , fans autre remife,
La plus fine Coquette eft prife...
Quoy qu'il enfait, j'aime à rimer,
Et ma Mufefait s'animer,
Quandà vous s'adreſſe fa rime;
Mais n'eftce point cămetre un crime
Que de vous dérober du temps
Aumilicu des Plaifirs charmans
Dont la plus belle Cour du monde.
Pourl'un&l'autre Sexe abonde?
Dans cette Cour où le Soleil
Brille en fon fuperbe appareil,
Où des Beautez faites àplaire,
Où des Héros hors du vulgaire
Forment un éclat quifurprend,
Iefayqu'ilfaut que toutfoit grad,
Et d'unefplendeurfans pareille.
Ainfi donc ce n'est pas merveille.
204 LE MERCURE
Sipar tout où paroift Louis
On voit des brillans inouis .
Vous tenezbien là votreplace,
Et ,fans que rien vous embarraffe ,
Voftreplus ordinaire employ.
Eft d'admirer noftre grand Roy,
Dont le Bras, fecondant la Tefte,
Ajoute Conquefte à Conquefte .
Tout le monde en eft étonné ;
Dés que fon Canon a tonné,
Les Villes en craignent la foudre,
Et depeurqu'on les mette enpoudre,
Surprifes de fes grands Exploits,
Viennent fe rangerfous fes Loix.
Si l'on voyoit des Faits femblables
Dans l'Hiftoires ce font desfables,
Et desfictions, diroit- on :
Mais, certes, le pauvre Lion ,
Et l'Aigle, battus de l'orage,
Connoiffent trop, à leurdommage,
Que ces Exploits par tout vantezGALANT.
201
Sont de feûres réalitez.
Nos Mufesfort embarallées
Vont au filence eftre forcées.
Ayant dit que ce nouveau Mars
Paffe de bien loin les Cefars,
Les Alexandres, les Achilles,
Et lesplus grads Preneurs devilles,
Elles penfent avoir
Our
diti
C'eft jufqu'où valeur bel efprit.
Puisfe trouvat loin de leur compte,
Elles confeffent, avec honte,
Qu'elles n'en ont pas dit affez,
Et que trop de Faits entaffez
De leur éclat les éblouiffent,
Etfont que leurs Rimes tariffent.
Mais , digne Duc,permettez moy
De dire icy, que ce grand Roy
N'a rien qui luyfoit comparable
Dans l'Hiftoire, ny dans la Fable.
Quelques- uns veulent qu'ilfoit né
Sous un Altre bienfortune,
106 LE MERCURE
Et fous une Etoille invincible';
Mais c'eft àce Héros terrible
Ofter defa Gloire un flcuron.
Son Aftre eft,fon coeurde Lions
Et fon Etoille, fa prudence,
Son grandfens, &fa vigilance. )
C'eft luy qui monte les Refforts.
Quifont mouvoir tout cegrädCorps
De Cobatans, fous qui tout treble ;
Et mefme dans le tempsqu'ilfemble
Que ce Héros fe divertit,
Sa Tefte inceffamment agit.
Ses Ordres fi jufte se donnent,
Que les Ennemis s'en étonnent ,
Etla mefme peur il leurfait
Quand il eft dans le Cabinet ,
Où la Gloire avec luy raiſonne,
Que quandilcomande enperfonne.
Enfin, pourfinir ce Difcours,
C'eft le Miracle de nos jours.
MaismaMufe eftbien teméraire,
GALANT.
207
Nele trouvezvous pas cher Frere?
Toujours en Apollon , s'entend,
Car il eft affez important,
Pourle refpect queje vous porte,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élever mes Vers
Au plus grand Roy de l'Vniversi
Mais fi je manque de prudence ,
Tattes de vous quelque indulgence,
Scachant que de ce Demy- Dieu
La haute Gloire vous tient lien
D'unplaifirfigrand, qu'il furpaffe
Tousceux de la premiere Claſſe,
Etque lors que le jufte Encens
Qu'on doitàfes rares talens,
Fume pour ce Prince adorable,
Rien ne vous eft plus agréable.
Ah! quen'en ay-je du meilleur!
Et que je me plairois, Seignear,
A faire le Panegyrique
De ce Grand Roy tout héroïque !
208 LE MERCURE
Je m'en trouve l'efprit fiplein,
Quej'aylaißé là le deffein
Defaire une Lettre badine ;
Mais, apres tout, je m'imagine
Que vous me le pardonnerez,
Et que mefme vous m'en louerez.
Quoy qu'il femble que
ce ftile foit trop fimple
pour eftre propre aux grandes
matieres, il ne laiffe pas
d'avoir de la grace. Je voudrois
en avoir autant à vous
conter dans le mien une
Avanture de Mufique qui a
caufé depuis peu de grands
embarras à bien des Gens .
Un Homme confiderable
GALANT. 209
& par fon bien & par l'employ
qu'il a dans la Robe,
⚫ citant demeuré veufde puis
quelque temps , avec une
Fille unique , n'avoit point
de plus forte paffion que
celle de la marier. La garde
luy en fembloit dangereufe
, & il croyoit ne pouvoir
I s'en défaire jamais affez
toft . Ce n'est pas qu'elle
n'euft beaucoup de vertu ,
: & qu'ayant eſté toûjours
élevée dans une fort grande
modeftie, elle ne fuft incapable
de manquer à rien
de ce qu'elle fe devoit à
Tome 10. S
210 LE MERCURE
elle- mefme ; mais une Fille.
quia vingt ans, de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point
faite pour eftre cachée, il y
a des mesures de bienfeance
à garder , & un Pere
que les Affaires du Public
occupent continuellement,
ne fçauroit mieux faire que
de remettre en d'autres
mains ce qui court toûjours
quelque péril entre les fiennes.
Tant de vertu qu'il
yous plaira , une jeune Perfonne
a un coeur , ce coeur
peut eſtre ſenſible , & on a
d'autant plus à craindre
GALANT. 211
4
qu'il ne le devienne, que
Efprit fe joignant à la
Beauté, attire toûjours force
Adorateurs . La Demoifelle
dont je vous parle eftoit
faite d'une maniere
n'en pas manquer files ferupules
du Pere n'y euffent
mis ordre. On la voyoit,
con l'admiroit dans les Lieux
e de devotion où il ne luy
pouvoit eftre defendu de fe
montrer, mais elle ne recevoit
chez elle aucuneVifite ,
fi vous exceptez celles de
cinq ou fix Parentes ou Voifines
qui luy tenoient com-
Sij
212 LE MERCURE
pagnie avec affez d'affiduité.
Ce qu'elle regrettoit
le plus des Divertiſſemens
Publics dont elle ne
joüiffoit que par le raport
d'autruy , c'eftoit l'Opéra .
Elle avoit la voix fort belle,
fçavoit parfaitement la Mufique,
& n'aimoit rien tant
que d'entendre bien chanter.
Deux ou trois de fes
Amies avoient le mefme
talent & la mefme inclination,
& la plus grande partie
temps qu'elles fe plaifoient
à paffer enſemble,
eftoit employé à de petits
du
GALANT.
213
{
Concerts de leur façon.
L'une d'elles avoit un Frere
grand Muficien , & c'eftoit
fur fes Leçons qu'elle apprenoit
aux autres ce qu'il
y avoit de plus agreable &
de plus touchant dans les
Opéra. La Belle brûloit
d'envie de le mettre de
leurs Concerts , on luy difoit
mille biens de luy ,
il n'en entendoit pas moins
dire d'elle à fa Soeur. Ainfi
ils furent prévenus d'eftime
l'un pour l'autre avant qu'il
leur fuft permis de fe connoiftre
, & la difficulté qu'ils
&
214 LE MERCURE
pour
y trouverent leur en aug.
menta le defir. On parla
au Pere , qui fe montra plus
traitable qu'on ne l'efperoit.
Le prétexte de la Mufique
fut le feul dont on fe
fervit
obtenir la permiffion
qu'on luy demandoit.
Il ne voulut point envier
à fa Fille l'unique plaifir
qu'il fçavoit eftre capable
de la toucher ; & le
Cavalier ne luy paroiffant
point d'une fortune à former
des pretentions d'al
liance , il confentit à la
priere que fa Soeur luy avoit
GALANT.
215
faite , de trouver bon qu'-
elle l'amenaft . Ils fe virent
donc , ils fe parlerent , ils
chanterent , & fans s'eftre
apperçeus qu'ils euffent
commencé à s'aimer , ils
#
de
temps
fentirent en peu.
qu'ils
s'aimoient
. Il n'y
avoit
rien que de tendre
dans les Airs que le Cavalier
venoit
apprendre
à la
Belle ; il les chantoit
tendrement
, & à force
de les
luy faire chanter
de mefme
, il mit dans fon ame
des difpofitions
favorables
à bien
recevoir
la declara216
LE MERCURE
tion qu'il fe hazarda enfin
à luy faire. Ses regards avoient
parlé avant luy, & ils
avoient efté entendus fans
que les Amies de la Belle en
euffent penetré le fecret .
Elles impuroient au feul
deffein d'animer
les paroles
qu'il chantoit, ce qui eftoit
une explication paffionnée
des fentimens de
fon coeur. Il trouva enfin
loccafion d'un tefte- à- tefte.
Il ne la laiffa pas échaper, &
il employa des termes fi
touchans,à faire connoiftre
toute la force de fon amour
ནཱ་
GALANT. 217
à la charmantePerfonnequit
le caufoit, qu'elle ne pût fe
defendre de luy dire qu'il
remarqueroit par la promptitude
de fon obeïlfance,
l'eftime particuliere qu'elle
avoit pour luy , s'il pouvoit
trouver moyen de luy faire"
ordonner
ļ
par
fon Pere de
le regarder comme un
Homme qu'il luy vouloit
donner pour Mary. Que de
joye pour le Cavalier! Il a
voit des Alliances fort con
fiderables , & ménagcoit
une Perfonne d'autorité
pour l'engager à venir faire
Tome 10 . T
218 LE MERCURE
la propofition pour luy,
quand il apprend de la
Belle que fon Pere la marioit
àunGentilhomme fort
riche qu'il luy avoit déja amené,
que les Articles ef
toient arreſtez, & qu'il s'en
eftoit expliqué avec elle
d'une maniere fi impérieufe,
qu'elle ne voyoit pas de
jour à fe pouvoir diſpenſer
de luy obeïr. Sa douleur eft
auffi grande quefa ſurpriſe.
Il la conjure d'apporter à
fon malheur tous les retardemens
qu'elle pourroir,
tandis que de fon coſté il
GALANT. 219
mettroit tout en ufage pour
l'empefcher. Les témoignages
qu'ils fe donnent
de leur déplaifir font interrompus
par l'arrivée de
l'Amant choify. Comme il
eftoit naturellement jaloux,
il obferve le Cavalier , &
trouve dans fon chagrin je
ne fçay quoy de fufpect qui
l'oblige à fe faire l'Eſpion
de fa Maiftreffe . Il la fuit
: par tout , & ſe rend chez
elle tous les jours de fi bonne
heure , que le Cavalier
aimé ne peut plus trouver
moyen de l'entretenir. H
Tij
220 LE MERCURE
cache le defefpoir où cet
embarras le mer, & la Mu
fique eftant le pretexte de
fes vifites , il tâche d'é
bloüir fon Rival, en continuant
à luy faire chanter à
elle & à fes Amies , tous les
endroits qu'elles fçavent
des Opéra. Quelques jours
apres ne pouvant venir à
bout de trouver un mo .
ment de tefte-à- teſte pour
fçavoir fes fentimens , il ef
faye un ftratagême pareil à
celuy de l'Amant du Mala
de Imaginaire . Il feint que
le fameux Lambert a fait un
GALANT. 221
Air à deux Parties que peu
de Perfonnes ont encor
veu , & parle fur tout d'un
Helas qui a quelque chofe
de fort touchant quand la
Baffe & le Deffus font mef
lez enſemble . L'Air & les
Paroles eftoient de luy , &
le tout fe rapportoit
à l'eftat
prefent de la fortune . La
Belle qui comme je vous ay
déja dit avoit une parfaite
connoiffance
de la Mufique
, demande
à voir cer
Airfi touchant
, & s'offre en
mefme temps à le chanter
avec luy . Il eftoit fait fur
ces Paroles .
222 LE MERCURE
Je vous l'aydit centfois , belle Iris,
je vous aime;
Comme voftre beauté , mon amour
eft extréme :
Mais je crains un Rival charmé
de vos appas .
Vous paliffez, Irw ; l'aimeriezvous
? helas !
L'Amant Muficien avoit
trouvé des cheures fi heureufes
dans la repétition de
cet Helas , que la Belle qui
avoit commencé à chanter
fans s'appercevoir du miftere
, comprit bientoft à la
maniere tendre & languiffante
dont il attachoit fes
*
GALANT.
223
3
regards fur elle , qu'il la conjuroit
de luy apprendre ce
qu'elle luy permettoit d'ef
perer. La douleur de fe voir
contrainte de facrifier fon
amour à fon devoir , la faifit
tout à coup fi fortement,
qu'elle perd la voix , tombe
évanoüye , & luy fait connoiftre
par cetaccident
que
fon malheur
ne luy eft pas
moins fenfible
qu'à luy.
C'eft alors qu'il ne peut
plus garder de mefures .
L'envie de fecourir fa belle
Maiftreffe
, le fait agir en
Amant paffionné . Il court,
Tiiij
224 LE MERCURE
il va , revient , fe met à ge.
noux devant elle , laprie de
l'entendre , & femble mourir
de l'apprehenfion: qu'il
a de fa mort. Son Rival qui
ne peut plus douter de fon
amour, en eft jaloux dans
l'excés , & le devient encor
davantage , quand la
Belle commençant à ouvrir
les yeux , prononce fon
nom , & demande triftement
s'il eft party . Il fe
plaint au Pere, en obtient
le banniffement du Muficien
, le fait fignifier à fa
Maiftreffe, & croit le triomGALANT.
225
phe affure pour luy; mais le
Pere employe inutilement
fon autorité. La Fille fe révolte
, prend pour outrage
les défiances de l'Amant
qu'elle veut qu'il épouſe , &
fous pretexte de luy laiffer
plus de temps à examiner ſa
conduite , elle recule fon
Mariage d'un mois entier,
Opendant lequel elle veut
qu'il la voye vivre avec
celuy qui luy fait ombrage
, afin qu'il fe gueriffe
de fes injuftes foupçons , ou
qu'il rompe avec elle , s'il la
croit incapable de le ren226
LE MERCURE
1
dre heureux. Ainfi les vi
fites continuent ; & comme
les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter
l'Ennemy de leur bonheur,
ils ne ménagent plus fa jaloufie
, & fe vangent de
l'inquietude qu'illeur don
ne par les méchantes heures
qu'ils luy font paffer.
Le hazard contribue à leur
en fournir les occafions.
Le Muficien qui venoit
toûjours chanter avec la
Belle , luy avoit recité des
Vers affez agreables . Elle
en demande une copic.
2
GALANT. 227
L'Amour eft induſtrieux , il
fe fait apporter dequoy
écrire , change les Vers en
bonne Profe bien fignificative
, luy explique de la maniere
du monde la plus touchante
ce que la paffion luy
fait fouffrir, luy met ce qu'il
a écrit entre les mains , & la
conjure de luy dire fans déguifement
fi ce qui a eu
quelque grace dans fa bouche,
luy enparoift conferver
fur le papier. Elle lit , foûrit,
montre de la joye , & ne
peut affez exagerer les nouvelles
beautez que la lectu
228 LE MERCURE
re luy a fait découvrir dans
cet ouvrage. L'Amant jaloux,
qui eftoit veritable.
ment amoureux & gardien
perpetuel de fa Maistreffe ,
ne s'accommode point de
cette écriture . Il demande
àlire les Vers , on le refufe .
Ily foupçonne du miftere ,
& ce qui le convainc qu'il y
en a , c'est que fon Rival
s'eftant fervy le lendemain
du mefme artifice , &
n'ayant à donner que la copie
d'un Sonnet , il luy voit
écrire plus de vingt lignes,
& remarque qu'elles font
GALANT. 229
$
toutes continuées , au lieu
que les Vers font ou plus
courts ou plus longs felon
le nombre des lettres qui
entrent dans les mots qui
les compofent. Il acheve
de perdre patience en
voyant prendre la plume à
fa Maiftreffe . Elle écrit un
affez long Billet, le cachete,
ole donne à fon Rival , comme
devant eftre rendu à
quelqu'une de fes Amies , &
le prie de luy en apporter la
réponſe le lendemain . Jugez
de la joye de l'un , & du
defefpoir de l'autre. L'A#
30 LE MERCURE
mant aimé qui ne doute pas
que la Belle n'ait répondu
par ce Billet à fon Sonnet
metamorphofé , brûle d'im
patience de le lire. Il fort.
Son Rival fort dans le mefmetemps
, le fuit, & l'ayant
joint dans une Ruëoù il paffoit
fort peu de monde , il
luy demande fierement à
voir le Billet. Ces gages
de l'amour d'une Maiſtreſſe
ne s'abandonnent
jamais
qu'avec la vie. Ils mettent
L'Epée à la main . La fureur
qui anime le Jaloux , ne luy
permet point de fe ména
GALANT.
232
ger. Il tombe d'une large
bleffure qu'il reçoit. Onla
tient mortelle , & cet accident
oblige fon Rival à ſe
cacher. Voila , Madame,
l'état où font à prefent les
choſes. Le Pere fulmine ,
la Fille protefte qu'elle ne
forcera point fon inclination
pour épouserun Jaloux
qui ne peut que la rendre
malheureuſe , & ce que je
trouve de fâcheux dans
cette Avanture, c'eſt que je
nevoy perfonne qui ait lieu
d'en eftre content.
Nous en fçaurons les fui232
LE MERCURE
島へ
tes avec le temps , c'eſt un
Avenir un peu plus obfcur
que mon Enigme du Mois '
paffé .VosAmies qui croyet
que ce foit les Orgues , n'en
ont pas découvert
le vray
fens , quoy que l'Explication
que vous m'en donnez
pour elles foit toute pleine
d'efprit. On m'en a envoyé
une autre de Rouen qui
convient à tous les Articles
fur ce mefme mot. Un bel
Efprit de Paris les a expliquez
fur une Riviere glacée
; un autre de Noyon ,
fur la Neige ; & il ne fe
GALANT .
233
peut rien de mieux tourné
qu'une Lettre que j'ay reçeuë
de Lyon des fpirituel
les Ecolieres d'Apollonius
,
qui m'avoient déja fait la
grace de m'écrire fur l'Enigme
de la lettre V, & qui
veulent que le vafte Corps
de celle- cy cache le Nuage
qui ayant plus de Bras que
le fabuleux Briarée , s'en
fert à couvrir plufieurs Provinces.
Tous ces divers
fens y font appliquez fi
juſte , qu'il ſemble que chacun
ait deviné. Je tenois
le veritable affez difficile à
V Tome 10 .
234 LE MERCURE
trouver , pour croire que
vous ne l'apprendriez que
de moy , cependant vous
l'apprendrez de Monfieur
le Duc de S.Aighan , qui
connut ce que je cachois,
incontinent apres que ma
derniere Lettre eut paru .
Ce qu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire , vous dévelopera
les obfcuritez qui
ont embaraffé vos Amics.
GALANT. 235
LETTRE DE MONSIEUR
LE DUC DE S.AIGNAN
J
A l'Autheur du Mercure..
E ne fçay , Monfieur , fi
tay trouvé le veritable
fens de vostre Enigme , mais
je ne puis eftre le maistre
d'un premier mouvement
qui me porte d'abord à vous
annoncer une Victoire que je
ne tiens pas encor trop affurée:
S'il est vray que j'aye
effectivement deviné cette
Enigme, je dois en estre plus
Vij
236 LE MERCURE
fier que vous ne pensez, car
je crois avoir découvert qu'-
elle eft de vous , & par con-
Léquent qu'elle ne pouvoit
eftre que fort fubtile. Enfin,
Monfieur , c'est à mon sens
non feulement l'Armée , mais
celle des Confederez
,puisque
je trouve tant de chefes qui
conviennent à cela , qu'il ne
fe peut pas davantage.
Ce Corps eft composé de
plufieurs Princes inégaux en
pouvoir. Avant que les
Troupes de chacun d'euxfuffent
jointes , elles avoient
esté levées feparément. Il
GALANT.
237
n'est animé que de ces mefmes
Troupes qui ne laiſſoient
pas d'eftre avant que leur
jonction formaſt un Corps.
Il n'a point de Tefte , c'est
à dire point de Chefentierement
abfolu. Les Bras font
aifez à trouver dans le grand
nombre de Soldats qui font
dans ces Troupes , & qui ef
tant d'une naiſſance fort
éloignée de celle des Commandans
, font l'illuftré &
baffe Famille dont il eft parlé
Quelque grand que foit ce
Corps , au lieu de fe rendre
formidable par le nombre,
238 LE MERCURE
il a fait voir quelquefois
qu'il n'eftoit pas fans appréhenfion
de nos armes.
Les nouveaux Membres
qui luy viennent , font les
nouvelles Troupes des Alliez,
qu'on fepare bien fouvent
pour les faire agir en divers
Lieux ; & l'heure du repos
eftant venue , c'est à dire le
temps des Quartiers d'Hyver,
ces Troupes font obligées
quelquefois en les cherchant
, d'en venir aux mains
avec ceux de leur Party qui
ne les veulent pas recevoir,
parce qu'elles font mal difciplinées
.
GALANT. 239
Ce grand Corps doit affurément
expirer unjour, l' Alliance
des Princes qui le compofent
n'estant que pour un
temps ; mais s'ils la renou
vellent avant qu'elle vienne
à expirer tout-à-fait , ils le
font revivre.
Quelques foins que prennent
tant d'Alliez pour
maintenir cette Vnion , ils
fe brouillent quelquefois , &
blament la conduite les uns
des autres , comme ont fait
depuis peu deux des plus
confiderables d'entr'eux.
Enfin le grand éclat qui
ཀ
240 LE MERCURE
bleffe ce Corps, vient du Roy,
& ce vaillant Monarque eft
le Soleil dont les brillans
rayons fe dardant contre lay,
le font tant fouffrir.
Confeffez, Monfieur , que
ƒay de viné, ou tout au moins
a tamo
que voftre Enigme a tant de
raport avec cefens, que difficilement
enpourroit on trouver
un autre qui y convinft
mieux. Mais fi ce n'est pas
une chofefacile , c'en est une
impoffible de trouver perfonne
qui foit plus que moy.
voftre, &c.
Vous
GALANT. 241
Vous n'avez prefque reçeu
aucune Lettre de moy
cette année , qui ne vous ait
parlé de Monfieur de S. Aignan;
je vous ay entretenuë
de fa valeur, de fa conduite ,
& de tout ce que cet illuftre
Duç a fait dans fon Gouvernement.
Je vous ay fait
part de fa Proſe & de fes
Vers . Le feu de fon efprit
vous a paru dans fes Inpromptu
, mais je ne vous
avois point encor fait voir,
combien il eft penétrant.
Vous le pouvez connoiftre,
par l'Explication de cette
Tome 10 . X
242 LE MERCURE
Enigme. Depuis que je l'ay
reçeue , le mefme fens a
efté trouvé par un tres -illuftre
& fpirituel Abbé, par
M du Ry de Chamdoré qui
avoit deviné le Trictrac,
par un Inconnu de Rouen ,
par un autre de Blois , &
par un Homme de qualité,
d'efprit & de merite, qui a
fait plufieurs Campagnes.
Ce dernier m'en a envoyé
l'Explication en Vers , mais
come elle eft prefque la meme,
article par article, que
celle que vous venez de lire
en Profe, je la fuprime pour
éviter la repétition
GALANT .
243
y
Il me refte beaucoup
d'Enigmes qui auront leur
tour. J'en ay dont on ne
m'a point dit le mor, & ne
ne le devinant pas , je ne
puis les mettre fans fçavoir
fi elles font juftes . On
m'en a envoyé de tres- fpirituelles
fur la lettre L ;
mais comme vous trouvez
que toutes les lettres de
l'Alphabet ne peuvent faire
qu'une feule Enigme , parce
qu'elles roulent toutes fur
le mefme tour, & que d'ailleurs
on les devine dés le
fecond Vers , je m'arreſte
X ij
244 LE MERCURE
*
ray aujourd'huy
à celle- cy,
dont vous ferez part à vos
Amies.
JE
ENIGME
E fuis aimé des uns , les autres
me haiffent,
Je fais & du bien & du mal ;
Et s'il en eft à qui mon aspect foir
fatal,
I'en feay qui de me voir toûjours
Cafe réjouiffent.
Les Avares & les Ingrats
Avecque moy ne trouvent point
leur comptes 401 40
Ma prefence leur est une fecrete
bonte,
•
GALANT. 245
Quand de ce que j'attens ils ne
s'acquitent pas.
Avec plaifir les Amans ' me reçoivent,
Il en eft peudontje nefois content,
Et qui pour m'honorer ne cherchent
à l'inftant,
Lors quej'arrive, àfaire ce qu'ils
doivent.
Simon regne eft d'éclat, il eftpropt
àfinir,
Mon Cadet le termine, & mourant
pour renaiftre,
Apres quej'ayfçen difparoiftre,
Te fuis longtempsfans revenir.
Lefuisvieux, cependant mes heures
font bornées,
X iij
246 LE MERCURE
Et quiprendra le foin d'en mefarer
le cours,
Trouvera que j'auray vefcufort
peu de jours,
Quey que je fois chargé d'ungrand
nombre d'années.
Comme les Enigmes
m'ont attiré la Lettre des
deux Coufines de Poitou
dont je vous parlay la derniere
fois , je n'en puis finir
l'Article fans m'acquiter de
la parole que je vous donnay
de vous faire le Portrait
de ces aimables Perfonnes .
Elles font d'une Province
où je fçay que vous avez de
GALANT. 247
T
particulieres
habitudes. Voyez
fi ce que j'ay àvous en dire fufira
pour vous les rendre connoiffables
. Elles ne demeurent pas loin
des bords du Clin & de la Vienne,
& fe voyent quelquefois
fur
ceux d'une plus petite Riviere
qui devroit eftre fameuſe par
leurs Avantures. Un Cavalier
fort galant & encor plus brave,
ya fouvent part. Ses belles qualitez
le rendent digne de leur
eftime . Il écrit avec politeffe
en Vers & en Profe , & il y a
quelques années qu'on promettoit
en Poitou un Roman de fa
façon. L'aifnée des deux Coufines
eft d'une affez belle taille ,
qu'un peu d'embonpoint
ne
fçauroit gafter. Sa Maiſon eſt
Illuftre, & fa Perfonne pleine
X iiij
248 LE MERCURE
d'agrémens. Sa jeune Parente
eft une Demoifelle d'un beau
naturel & d'une tres - grande efperance
. Elle s'eft liée d'amitié
avec elle dés fes plus tendres années
. Si toutes ces marques ne
vous les font point connoiftre,
vous les
chercherez parmy quatre
Nymphes qui fe font bai
gnées dans la petite Riviere
dont je vous ay parlé, aufquelles
le Cavalier , qui eft rarement
oublié dans leurs agreables parties,
donna en fuite une magnifique
Collation qui parut fe
trouver là par hazard dans un
Moulin voifin , cornme fi elle
n'euſt eſté que les Reſtes d'une
Nopce qu'on feignit s'y eftre
faite quelques jours auparavant.
Je croy que vous ne m'en
GALANT. 249
"
demanderez pas davantage
pour fçavoir bientoft avec certitude
qui elles font.
Ily a plus de plaifir de s'informer
des Vivans , que d'entendre
de quel merite ont efté
ceux que la mort nous fait re.
gretter. Cependant il n'y a pas
moyen de me taire fur celuy de
Mr le Marquis de Rouville
Gouverneur d'Ardres , Lieutenant
General des Armées du
Roy , qui eft mort dans fon
Gouvernement. Le rang de
Lieutenant General fuffit pour
faire connoiftre dans quelle
confideration fon courage & fa
valeur l'avoient mis , puis qu'on
n'y peut parvenir fans avoir
paffé par tous les degrez qui
peuvent acquerir de la gloire
250 LE MERCURE
dans les armes . Mr le Marquis
de Rouville fon Fils , qui a époufé
Mademoiſelle de Bethu .
ne , n'ignore rien de tout ce
qu'un Homme de fa qualité doit
fçavoir . Il poffede les belles
Lettres, il a de l'efprit , & n'eſt
pas le feul de cette Famille qui
en ait. Mr le Comte de Rouville
vous eft connu , & vous fçavez
combien il eft eftimé de tout
ce qu'il y a d'honneftes Gens
dans le Royaumé. Cette Maifon
eftune des plus anciennes de
Normandie . Elle a porté le
Nom de Gougeüil avant celuy
de Rouville . Jean I. eftoit Che
valier Sire de Rouville dés l'an'
1319. & prit Femme dans la
Maifon des Effards . Pierre de
Rouville fut Chambellan des
GALANT.
251
Rois Charles V. & Charles VI.
Ileftoit Gouverneur du Pont de
l'Arche qu'il defendit contre les
Anglois , & fut tué à la Bataille
d'Afincour. Pierre II . de Rou
ville, époufa la Fille de Robert
Admiral de France . Charles IX .
eut pour Chambellan un Guillaume
de Rouville ; & un Louis
du mefine Nom fut Grand Véneur
de France , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Normandie. Voyez , Madame,
combien de grands Hommes,
fans vous parler de ceux de cette
Maifon qui ont efté Evefques &
Ambaffadeurs .
Cette Dignité d'Evefque ,
quoy que tres-relevée, n'a point
de privilege contre la mort qui
nous a enlevé depuis peu celuy
}
252 LE MERCURE
par
d'Alet. Il eftoit d'une tres-bon .
ne Famille de la Robe, connuë
beaucoup de merite & d'ef
prit, & ilfuffit de dire qu'il s'ap
pelloit M, Pavillon . Il fut choi
fy pour l'Epifcopat du temps du
Cardinal de Richelieu. Le peu
qu'il préfumoit de luy mcfme,
l'obligea à le refufer , comme
s'en connoiffant indigne ,
& ce grand Miniftre vainquit
fes longs refus , en luy difant
que plus il parloit contre luy ,
plus il parloit pour l'Eglife. 11
accepta la conduite de ce Dio--
cefe, fe rendit à Alet , & n'en eft
jamais revenu .
ai font fi Les morts fubites
fréquentes icy depuis quelque
temps , ont coufté un Fils a
M : Leſeau Conſeiller d'Etat, &
GALANT. 253
Doyen du Confeil . C'eftoit un
tres honnefte Homme , Chanoine
de N. Dame de Paris.
Vous fçavez combien ce Corps
eft confidérable , & qu'il eft remply
de Perfonnes de merite &
de qualité , dont il y en a plufieurs
qui font Officiers des
Cours Souveraines . On y a véu
M' de Ventadour & M' d'Au
bigny, qui tenoit rang de Prince,
eftant de la Maiſon de Stuart .
י ד
M de Miramion eft mort
prefque dans le mefme temps.
On l'appelloit Sevin de Miramion
. Il eftoit de ces Sevins
qui font d'une des plus anciennes
& des meilleures Maifons
de la Robe . La Charge de Confeiller
du Grand Confeil qu'il a
exercée vingt- un an , luy avoit
254 LE MERCURE
acquis la réputation d'un tresbon
& tres-jufte Juge , & il n'ef
toit pas moins aimé de fa Compagnie
, qu'eftimé de tous ceux
dont il avoit eu les affaires entre
les mains.
Ces diverſes pertes ont eſté
fenfibles à beaucoup de Familles
particulieres ; mais ce qui a
caufé une defolation generale,
ç'a efté celle de Monfieur le
Premier Prefident de Paris. Il
avoit efté reçeu Confeiller au
Parlement dés l'âge de dix -fept
ans ; & lors qu'il fut Maistre des
Requeftes,Sa Majesté l'envoya
pour Commiffaire aux Etats de
Bretagne,où les Efprits eftoient
Extrémement divifez . Il trouva
des tempéramens fi juftes, qu'en
executant les Ordres du Roy,
GALANT.
255
il contenta également le Gouverneur
de la Province , les
Etats , le Parlement, & le Peu.
ple. Il fut fait Premier Prefident
en 1658. & il a foûtenu la
dignité de cette Charge avec
un fuccés fi extraordinaire ,
qu'il a laiffé à la Pofterite un
exemple rare & prefque inimitable
de toutes les parties neceffaires
aux grands Magiftrats .
Il avoit une memoire tres- fidelle,
un jugement tres -folide, &
un difcernement tres jufte . Il
poffedoit les belles Lettres avec
une délicateffe inconcevable .
La force de fon raifonnement
= répondoit à la netteté qu'il avoit
à s'exprimer ; & fon éloquence
eftoit telle , qu'on peut
dire qu'il ne le falloit pas en-
3
256
LE
MERCURE
tendre quand on ne vouloit
point le laiffer perfuader. Sa
Porte eftoit ouverte aux plus
beaux Efprits , & il fentenoit
une espece d'Académie chez
luy où diférentes Queſtions
eftoient agitées. Vous en pous
vez connoiſtre la matiere par le
Livre que le P. Rapin Jefuifte
en a fait . M' le Premier Prefi
dent y difoit fes fentimens , & ne
donnoit jamais que de fort juf
tes décifions . Outre qu'il eftoit
extrémement éclairé fur tout
ce qui regarde la connoiffance
des Loix , il avoit une facilité
merveilleuse à concevoir d'a
bord une Affaire , mais quel
ques grands que fuffent ces a
vantages de fon Eſprit , fardouceur
que rien n'a jamais alterė,
GALANT. 2370
fa probité generalement reconnuë,
la grande modération , fa
modeftie , ou s'il m'eft permis,
de le faire defcendre jufque-là,
fon humilité firare avec un fi
vray merite, & fon integrité inébranlable,
eftoient encor plus.
dignes d'admiration . Jamais
perfonne ne s'eft retiré mécon
tent de luy , & jamais Plaideur
dans fa paffion n'a ofé l'accufer
d'injustice. Il eftoit plein de
zele pour le fervice de fonPrince
& pour le bien de l'Etat , & la
vie Chreftienne & toute exem
plaire qu'il menoit, mettoit fes
actions à couvert du moindre
reproche, & luy attiroit le ref
pect de tous ceux qui avoient
l'avantage de l'approcher. Il
eft mort âgé de foixante ans &
Tome 10 . Y
258 LE MERCURE
2
deux moisquelques jours moins,
& a laiffé deux Fils, dont l'un
eft Avocat General au Parle
ment, & l'autre Maistre des Requeftes.
Ils s'acquitent fi dignement
l'un & l'autre de ces
grands Emplois , que le Public
a lieu de ne point douter qu'ils
ne cherchent à imiter parfaitement
un Pere qui eftoit auffi
juſte que capable , & auffi vertueux
que fçavant. M'de Làmoignon
Pere de l'illuftre Mort
dont je vous parle , eftoit un
Homme d'une probité reconnuë,
qui fçavoit beaucoup, &
que tout le monde éftimoit pour
fa pieté. Il avoit étudié à Bourges
fous le celebre Cujas. Il fe
fit recevoir Confeiller au Par
lement, & eftant devenu Doyen
GALANT. 259
n
de la Troifiéme des Enquestes,
il traita de la Charge de Prefi
dent de cette Chambre avec un
aplaudiffement general . Quelques
années apres il entra en la
Grand'Chambre en qualité dé
Confeiller , & enfin le Roy récompenfa
fes grands fervices en
l'honorant de la Charge de Prefident
à Mortier, où il eft mort
Doyen. Il tiroit fon origine du
Païs Nivernois , d'une des plus
nobles & plus anciennes Familles
de cette Province, qui portoit
les Titres de Chevaliers,
Damoifeaux & Ecuyers , depuis
Le premier quatre cens ans.
dont on les a , prenoit celuy de
Chevalier dés le temps de Saint
Louis , & on fçait qu'il ne fe
donnoit alors qu'à ceux qui ef-
Y ij
260 LE MERCURE
toient d'une tres - illuftre Naif.
fance. On trouve un Helin de :
Lamoignon , Seigneur de Ri
viere , parmy les Tenans d'un
Tournoy qui fut fait à Paris en
1549. fous Henry II. Il y a eu
plufieurs grands Perfonnages
dans cette Maiſon. Charles de
Lamoignon , Chevalier , Seigneur
de Baville , Launay,
Courfon , & c . rendit des fervices
fi confidérables en fon
temps, que le Roy Charles IX ..
luy fit l'honneur de le vifiter
fouvent dans fa maladie , & témoigna
avoir perdu en fa Perfonne
un Serviteur auffi capable
des premieres Charges de
l'Etat qu'il y en euft dans le
Royaume. Ily feroit parvenu ,
fi la mort ne l'euft emporté à
.
GALANT . 261
९.
cinquante -cinq ans . Il avoit
pris Femme dans la Maiſon de
Besançon , qui eft une des plus
anciennes & des mieux alliées ,
de France. La Mere de feu
M' le Premier Prefident eftoit
de l'illuftre Famille des Landes .
La nobleffe en eft connuë . Il
avoit époufé Magdelaine Potier
, Fille de Meffire Nicolas
Potier , Seigneur d'Ocquerre,
Secretaire d'Etat, & Niéce de
Meffire André Potier Seigneur
de Novion, Prefident au Parlement
de Paris , & de Meffire
Auguftin Potier Evefque &
Comte de Beauvais , Pair de
France,
Qoy que la mort foit une
Image funefte , il faut vous la
laiffer encor un moment pour
262 LE MERCURE
vous apprendre que ces mefmes
morts fubites qui nous ont ofté
Mr Lefeau, nous ont fait perdre
auffi deux grands Hommes dans
ce mefme Mois. L'un eft M' de
Sainte Beuve , & l'autre M
Neuré. Le premier eftoit Do-
&teur & Profeffeur de Sorbonne
, Homme d'une tres - profonde
érudition , aimé non feulement
de tous ceux qui le connoiffoient
, mais encor de tous
ceux qui avoient entendu parler
de fon mérite, Le Clergé
de France avoit une estime
".
toute particuliere pour luy , &
luy donnoit penfion . Il regloit
un nombre infiny de confeien
ces , & il euft efté malaifé de
trouver un plus habile Cafuifte,
Quoy qu'il n'ait jamais voulu
GALANT. 263
- permettre qu'on ait fait fon
Portrait pendant la vie , nous
ne laiffons pas de l'avoir par le
3
talent merveilleux de M' Berthinet
, qui a efté Payeur des
Rentes de l'Hoftel de Ville de
Paris. Il a l'imagination ſi vive,
que fur le fouvenir qu'il a confervé
de fes traits , il en a fait la
Medaille en cire apres fa mort,
avec l'admiration & l'étonnement
de tous ceux qui l'ont
connu . On dit qu'il en a fait
une de bronze du Roy , par
cette mefme force d'imagina
tion , dont Sa Majesté a esté
tres fatisfaite. Beaucoup de
Perfonnes de la premiere Qua
lité qui ont veu cette Medaille ,
en parlent comme d'une merveille
.
264 LE MERCURE
"
M' Neuré , que je vous ay .
nomme avec M de Sainte.
Beuve , eftoit ce grand & famenx
Philofophe qui avoit efte
à feu M d'Angouleſme , à M
de Longueville , & à M' le
Marquis de Vardes . Il fçavoit
beaucoup, & meritoit la réputation
qu'il s'eftoit acquife.
Comme vous m'avez ordonné
de vous parler de tous ceux qui
ont quelque talent extraordi ..
naire , je me crois obligé de
vous dire que nous avons auffi
perdu M Michel , qui touchoit
les Orgues à S. Leu . C'eftoit
un charme que de l'entendre,
& on y venoit en foule de toutes
parts.
Le Monde fe renouvelle in,
fenfiblement, & c'eſt un changement
GALANT 265
gement imperceptible qui arrive
tous les jours par de nouveaux
établiſſemens de Familles
que le Mariage fait fucceder
d'un colté à celles qui ont
finy de l'autre par la mort.
M' le Marquis de S. Germain-
Beaupré, de la Maifon de Foucaut
, receu en furvivance du
Gouvernement de la Marche,
en a fait un depuis peu fort
confidérable, en époufant Mademoiſelle
de Janvry. Elle eft .
d'une tres -bonne Famille de la
Robe , & n'avoit pas befoin
d'eftre auffi riche qu'elle eft
pour mériter le choix d'un fort
honnefte Homme, ayant beaucoup
de bonnes qualitez qui la
rendent recommandable. Il ne
faut que la voir pour connoiſtre
Tome 10 . Ꮓ
266 LE MERCURE
qu'elle ne manque pas de
beauté.
Mademoiſelle Roullié , Fille
de M' Roullié Maistre des Requeftes
, Homme d'un grand
merite , & fort eftimé dans le
Confeil , s'eft mariée dans le
mefme temps , & a porté plus
de cent mille écus à M' le Marquis
de Bonnelle qu'elle a é .
poufé. Il eft Fils du Marquis
de ce mefme nom , qui avoit
époufé Mademoiſelle de Touffy
Soeur de Madame laMarefchale
de la Mothe Houdancour , &
Petit- Fils de feu M¹ de Bullion
qu'on a veu Prefident à Mortier
& Sur- Intendant des Finances .
Tandis que nous ſommes fur
les Articles de joye , il faut vous
apprendre celle qu'a reçeuë
·
GALANT 267
Mr Deftanchau , par l'honneur
que luy a fait le Roy de luy
donner la qualité de Secretaire
de Monfeigneur le Dauphin.
Il avoit eu jufqu'icy l'avantage
d'en faire feul les fonctions ,
il fuffit de fçavoir dans quelle
confidération l eft aupres de
Monfieur le Duc de Montaufier,
pour eftre perfuadé de ce qu'il
yaut. C'eſt un Homme fort
fage, & qui joint à beaucoup de
prudence & de politeffe , un
zele dont l'exactitude ne fe peut
affez eſtimer. Vous auriez eu
tout lieu de vous louer de la
mienne , à vous rendre compte
des Harangues qui ont efte
faites à Monfieur le Chancelier,
outre celles dont je vous ay déja
parlé, fi je n'euffe appris qu'un
·
Z ij
268 LE MERCURE
Homme de beaucoup d'efprit
qui s'eft foigneufement trouvé
à toutes , en fait un Recueil
pour le Public. Il auroit déja
paru, s'il n'avoit pas deffein d'y
joindre les Difcours qui fe doi
vent encor faire à la gloire de
ce grand Homme au Parlement
& au Grand Confeil , le zo, du
Mois prochain. Il n'y aura rien
de plus curieux que ce Recueil,
& celuy qui le fait ne pouvoit
former une entrepriſe plus noble
que de travailler à éternifer
la memoirede ce digne Chef
de la Justice. Celle des merveil .
leuſes Actions du Roy ne s'ef.
facera jamais, mais je nefçay fi
l'éloignement des temps ne les
rendra point incroyables. En
effer, il fera difficile de conce
GALANT. 269
voir qu'une Campagne ouverte
avant le Printemps, n'ait point
efté terminée par le retour de
Hyver. Ces Prodiges donnent
de l'occupation à tous ceux qui
fçavent fe diftinguer par leur
Efprit Il n'y a pas jusqu'aux
Dames qu'une fi belle matiere
n'engage à prendre la plume,
& voicy ce qu'elle a fait écrire
à Mademoiſelle de Racilly,.
GR
AU ROY .
RadRoy, quelle eft la Deftinée
Quipréside à tousvos Explois?
Les quatre Saifons de l'Année
Reglent leur courspar votre choix.
La Campagne n'eft plus bornée,
Ainfi qu'elle eftoit autrefois,
Toute la Terre eft étonnée
De la voirdurer douze Mois,
Z in
ر
THAJAR
270 LE MERCURE
Si j'avois parlé toûjours auffi
juste que celle qui a fait ces
Vers, je ne ferois pas obligé de
me dédire aujourd'huy fur la
Situation de Fribourg. Je l'ay
mis en Suiffe dans ma derniere
Lettre, & il est en Brisgau, fur
la petite Riviere de Treifeim .
Cette faute m'eft d'autant plus
pardonnable , qu'il y a deux
Villes de ce mefme nom qui ne
font pas fort éloignées l'une de
l'autre , & que deux des plus
confidérables
Chapitres de
Suiffe s'y font retirez , à fçavoir
celuy de l'Eglife Cathedrale
de Lozanne à Fribourg en
Suiffe, & celuy de Bafle à Fribourg
en Brifgau . Apres la
prife de celuy qui eft prefentement
à nous, on ne fe contenta
GALANT
. 271
G
pas de s'appliquer
à y faire de
nouvelles
Fortifications
, en
attendant
M' de Choify
Ingé
nieur de grande réputation
, qui
fut auffitoft
nommé
pour les
conduire
, on fit démolir
celles
de plufieurs
petites Villes, avec
quelques
Chafteaux
voifmus, &
on travailla
à l'établiffement
.
des Contributions
, dont les ·
grandes
fommes
rendent
cette
Conqueste
tres- confidérable
.
M' le Marquis
de Bouflairs
&
Mile Chevalier
d'Eſtrades
, qui
doivent
commander
l'un dans
la Place, & Pautre la Cavalerie
des environs
, ne manqueront
pas de foin à conferver
tous les
avantages
qu'on Pofte fi important
nous donne. Sa prifé a
produit
de grands
effers . La
Zij
272 LE MERCURE
plupart des Places que les Ennemis
ont de ce cofté - là , font
dans une alarme continuelle.
L'une fe fortifie , les Habitans
de l'autre l'abandonnent , cellecy
traite des Contributions ; &
Strasbourg que rien n'avoit encor
étonné depuis le commen
cement de la Guerre, fait fortifier
fes Forts, & fonge mefme à
en faire conftruire de nouveaux,
C'eft un coup de tonnerre dont
les Ennemis ne reviennent pas.
Ils fe font fatiguez en retournant
à grands pas au dela du
Rhin, & ont trouvé toutes leurs
mefures rompues pour leurs
Quartiers d'Hyver. Il leur en
a falu chercher d'autres
que
ceux qui leur avoient efté affignez
; & cependant nos TrouGALANT.
273
Pes apres avoir confumé tous
les Fourrages de la Vallée de
S. Pierre , ont repaffe le Rhin,
& jouiffent en repos de leurs
Quartiers , les Ennemis ayant
abandonné tous les Poftes qu'ils
tenoient fur la Sarre. Ils s'ef
toient propofez de prendre la
Petite- Pierre pour achever leur
Campagne , mais loin de venir
à bout de leurs deffeins, ils ont
perdu toutes leurs petites Conqueftes
, comme Sarbruk qui
eftoit la plus importante. Le
Chafteau en a efté pris par
M' le Marquis de Ranes apres
neuf volées de Canon. Vous
fçavez quelles cruautez les Ennemis
exercerent contre leur
parole quand nous le perdîmes.
Ceux que M'de Ranes trouva
274 LE MERCURE
dedans ne doutoient point qu'ils
ne dûffent recevoir le mefme
traitement qui avoit efté fait
aux Noftres ; mais ayant efte
envoyez à Monfieur le Maref
chal de Créquy , cet illuftre
General leur fit connoiftre que
les François avoient plus d'humanité,
qu'ils eftoient genereux
de toutes manieres , & amou
reux de cette belle gloire qui
fait aimer les Conquérans , mefme
de leurs Ennemis . Pendant
que nos Troupes fe fignalent
par tout, la valeur de la Garnifon
de Maftric ne demeure pas
oifive ; elle fait des courfes qui
luy font glorieufes & profitables,
saffure de plufieurs Chafteaux,
& fans eftre deſtinée aux
travaux de la Campagne , cn
GALANT. 275
celle
fait une plus glorieufe que
d'un monde d'Ennemis , s'il eft
permis de parler ainty. Voicy
des Vers fur celles de tant
d'Alliez . Ils ont efté faits par
M' de la Monnove Auditeur
des Comptes à Dijon . Les
Prix de l'Académie Françoiſe
qu'il a tant de fois remportez ,
Pont fait connoiftre à toute la
France.
Au milieu des Effez, au milieu des
Hyvers,
Lours de fes beaux faits étonne
PVnivers
,
Il déploye en tout temps fes Bannieresfatales.
Mais confeffons la verité,
Ses Ennemis plus fins,faus bruit &
Sansfierté,
276 LE MERCURE
Trouventbien mieux que luy toutes
Saifons égales,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hy
ver, ny l'Efté.
A peine eut- on apporté la
nouvelle de Fribourg rendu,
qu'elle fit méditer une autre
Conquefte. M' de S. Poüange
partit en pofte de la Cour pour
porter les ordres du Roy, faire
préparer toutes chofes, & pref
fer l'execution de ce qu'on avoit
réfolu . Son ardeur pour le fervice
de Sa Majesté eft connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la
gloire de fes armes à la Bataille
de Caffel , fur fi grand , qu'il
chargea luy-mefme les Ennemis
l'Epée à la main, quoy que
fon Employ l'en duft difpenfer.
GALANT,
277
Son départ fit faire de grands
raifonnemens , mais perfonne
n'en devina le veritable ſujet,
& plufieurs mefme crûrent qu'il
eftoit envoyé en Allemagne .
Peu de jours apres nos Troupes
de Flandre firent quelques mouvemens.
Elles inquiéterent les
Ennemis , qui furent bientoft
perfuadez qu'on alloit affieger'
Ypres , & c'eſtoir ce que l'on
vouloit qu'ils crûffent. Cependant
S. Guilain fe trouva in.
vefty , & le Gouverneur nel'apprit
qu'en le voyant. Le
nombre des Troupes augmenta
en peu de temps , & il y eut devant
cette Place jufques à cent
Efcadrons, & quarante Bataillons
qui ne demandoient qu'à
combatre , & qui avoient mef
278 LE MERCURE
me témoigné fouhaiter qu'on
fift un Siege, parce qu'ils com.
niençoient à s'ennuyer dans,
leurs Garnifons . Comme ils
avoient effè tirez des Places des
environs , on nomma pour Of
ficiers Generaux les Gouverneurs
de ces mefmes Places, à
caufe de la facilité que chacun
d'eux pouvoit avoir à faire venir
de fon Gouvernement toutes les
chofes neceffaires pendant le
Siege auffi n'y manqua- t -on
de rien. Toutes les Troupes furent
auffi bien nouries, & auf .
bien chaufées , qu'elles auroient
pû l'eftre dans leurs Quartiers
d'Hyver, & on ne peut trop
donner de louanges aux Gou ..
verneurs pour les foins qu'ils
ont eu de leur faire fournir tout
GALANT. 479
cé que la mauvaiſe faifon demandoit
qu'on leur donnaſt au
dela de ce qu'elles avoient accoûtumé
d'avoir dans le temps
ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous étonner
apres cela , Madame , fi on
s'eft rendu maistre de S. Guilain,
quoy que ce foit une Place
qu'on n'euft jamais crû devoir
eftre affiegée dans l'Hyver à
caufe des eaux qui l'environnent.
C'eſt ce qui ne paroiffoit
pas vray -femblable , mais les
François prennent fans menacer
, au lieu que les Ennemis
menacent & ne viennent à bour
de rien ; & il est fi vray que nos
entrepriſes réüffiffent toûjours,
& mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le
180 LE MERCURE
Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en
marque la prife , mais il faut
que je vous avoue que je man
que d'expreffions pour parler
comme il faudroit de la mer.
veilleuſe conduite de la France,
Tous les termes font épuifez,
toutes les louanges font ufées,
& cependant les refforts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec
plus de force, & cette derniere
Conquefte en eft une preuve.
Pour vous en informer plus particulierement,
il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite
Ville du Hainault, à laquelle un
Abbé quivivoit vers le feptiéme
Siecle, a donné fon nom . Elle
GALANT.
les
n'eft qu'à une bonne lieuë de
Mons, fur la Riviere de Haine.
Meffieurs de Turenne & de la
Ferte , da prirent en 1655. en
mefme temps que Condé, apres
qu'on fe fut rendu maiftre de
Landrecies. L'année ſuivante ,
le Siege de Valenciennes eftant
Jevé , & Condé repris par
Efpagnols, elle fut affiegée pendant
que M de Turenne eftoit
devant la Capelle ; mais comme
cette derniere Place refifta peu ,
M' de Turenne eut le temps
d'aller traverfer les Ennemis à
-S. Guilain. Ils leverent le Siege
fans l'attendre , & l'ayant formé
de nouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ilsen vinrent &
bout par la trahiſon de quelques
Etrangers qui leur livrerent les
A a Tome 10 .
282 LE MERCURE
Dehors qu'ils gardoient , Quant
à ce qui regarde la force de la
Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paffe au milieu , fe fepare en
trois bras dans la Ville , & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eft defendue par trois Foffez
pleins
vrage appellé le Pâré , qui eſt
une efpece de Boulevart, par
un autre Ouvrage à corne , une
Demy Lune , & plufieurs Re
doutes , dont quelques - unes
font entourées d'eau . Il me
refte à vous apprendre les noms
de tous les Officiers Generaux
“qui ont eu la conduite de ce
deau, par un
Ou- P
Siege fous Mle Marefchal de
Humieres . Les Lieutenans Ge-
«neraux furent M de Nancré
GALANT. 289
©
Gouverneur d'Ath , & M le
Comte Bardi. Magaloti, Gou
verneur de Valenciennes . On
& choific pour Marefchaux de
Camp M de Pertuis Gouver
neur de Courtray, M ' du Ran
ché Gouverneur du Quefuoy,
Mide Sainfandoux Gouverneur
de Tournay, Mile Chevalier de
Tilladet, M le Baron de Quin.
ey , M de Cezan Gouverneur
de Cambray, & M'de Rubantel
Capitaine au Regiment des
Gardes. Mrs de Vauban & du
Mez, qui ont la mefme qualité,
furent commandez pour la con
duite des Travaux & de l'Artillerie,
& l'on peut juger par là
que le fuccés de ces deux chofes
eftoit infaillible . Les Briga
diers qui ont fervy à ce Siege,,
3
Aa ij
284 LE MERCURE
"
font M'd'Aubarede Mestre de
Camp du Regiment des Vaiffeaux
, M' de S. George Meftre
de Camp du Regiment du Roy,
Mle Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre
, & M¹ Chiméne . M² de Mo.
mont y a fait les fonctions de
Major General. Un Siege en.
trepris apres de fi juftes meſures
, & qui devoit eſtre pouſſé
par tant de Braves, ne pouvoit
manquer de réüffir. Ĉ'eſt ce
qui a fait dire à un bel Eſprit
de Lile , en s'adreffant aux Ennemis,
Efpagnols , Hollandois , courezà
Saint. Guilain,
Malgré les Elemens d'Humieres
le va prendre,
GALANT. 285
=
Et l'on necroit pas que demain
La Place puiffefe defendre.
Dépefchez, & venezau moins
Voir de pluspres une Victoire As
Que vous auriez peut- eftre peine à
croire,
Si vous n'en eftiezles Témoins.
Ils ont fuivy ce confeil, & femblent
n'eftre venus fort pres de
S.Guilain que pour en apprendre
plutoft la prife. Voicy par
$ Cordre ce qui s'eft paffé au Siege
de cette Place.
Monfieur le Marefchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre, avec M ' le Marquis
de Humieres fon Fils , &
Mile Baron de Quincy. Il ef
toit accompagné de ſept Eſcadrons
de Cavalerie , & fuivy
286 LE MERCURE
de M' de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du cofté
de la Lys. M arriva le premier
de Decembre devant S. Guilain,
à la pointe du jour, Ms de
Nancre, de Magaloti, le Chevalier
de Tillader, du Ranché,
& de S. Riché , s'y trouverent
en meſme temps , fuivant les or
dres qui leur avoient eſté en
voyez le jour precedent. Its
conduifoient la Cavalerie & les
Dragons d'Ath , Condé , Valenciennes
, Douay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bouchain,
& du Qucfnoy, le tout
au nombre de cinquante Elcadrons..
Deux Pieces de Canon
arriverent le mefmejour, & furent
menées à un Moulin proche
la Redoute de Baudours.-
GALANT 287
Che
Deux cens Dragons des Regi
mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Moufquetaires
de la Garnifon d'Ath , l'attaquerent
à l'entrée de la nuit.
Elle eftoit gardée par cinquante
Hommes, qui l'abandonnerent
apres avoir tiré cinquante ou
foixante coops . Nos Gens les
pourſuivirent ,& en prirent dixe
buit ou vingt.
La Circonvalation fut reglée
le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva
au Camp . On ordonna trois
Attaques. La premiere fút celle
des Gardes, Elle devoit empor
ter une grande Redoute environnée
de Foffez remplis d'eau ,
avant que d'aprocher du Corps
de la Place, faloit en fuite
288 LE MERCURE
arracher des Paliffades qui de
fendoient le Pâté. Il ne pondɔ
voit eſtre pris qu'en pallant par
deffus une Digue fort étroite,
& fur laquelle on ne pouvoir
aller qu'un à un.org zlob sat
La feconde Attaque, appel
lée celle deNavarre, avoit deux
grandes Redoutes à prendre,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boffy eftoit la
troifiéme , & il faloit qu'elle!
gagnaft un Ouvrage à corne,
& une Demy - Lune , avane
que d'arriver au Corps de la
Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée !
à ces trois Attaques. On avança
beaucoup le travail , principale
ment à celles de Mrs duRanché
7
&
GALANT 289
& de S. George. M ' le Marefchal
de Humieres demeura juf
ques à une heure apres minuit à
les vifter continuellement de..
puis la cefte jufques à la queue.
Les deux premiers Bataillons .
des Gardes, de Navarre, & un
du Royal , monterent la Garde ,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des
melines Corps . Les Ennemis ne
tirerent que trois coups de
Moufquet , & un de Canon.
Le noftre leur répondit le 6. au
matin avec une Baterie de fix
Pieces.
Le 7. apres midy , on prie à
l'Attaque de Navarre , une
grande Redoute qui n'eftoir
qu'à quarante pas du Pâté . Elle
eftoit gardée par trois cens
Tome 10. Bb
290 LE MERCURE
Hommes , qui fe defendirent
avec beaucoup de vigueur, mais
ce ne fut que pour augmenter
la gloire de Monfieur le Comte
de Soiffons, qui s'expofa toutà-
fait à cette Attaque , où il alla
l'Epée à la main . Son Lieutenant
Colonel eut le bras caffe,
celuy du Regiment du Pleffis y
fut tué, & M' d'Aubarede dangereufement
bleffé d'un coup
de Moufquet à la teſte .
ว
Le 8. au foir, M ' de Sainfandoux
monta la Tranchée à l'Ar
taque des Gardes , avec le Re
giment de Rouffillon ; Mrs de
Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Re-'
giment de Humieres , & M' du
Ranché , avec M'de Chimene,
à celle de Boffu , avec le Regi
GALANT 291
ment de Conty. On s'établit
pendant la nuit à celle de Navarre,
dans les Logemens qu'on
avoit faits. A celle de Boffu,
on paffa l'Avant- foffe de l'Ouvrage
à corne , & l'on y fit un
Logement fur le glacis . On
dreffa la mefme nuit une Baterie
de fixPieces , qui tira dés le point
du jour , & l'on augmenta celle
de Navarre jufques au nombre
de neuf , de maniere que ces
deux Bateries qui voyoient le
Pâté à revers , incommoderent
fort chacune de fon cofté.
Le 9. apres midy , fur l'avis
que M le Marefchal de Humieres
eut que les Ennemis s'avançoient
, & qu'ils n'eftoient
qu'à troispetites lieues de Mons,
il alla choifirun Camp pour al
Bb ij
292 LE MERCURE
COL
ler au devant d'eux , & Curdonner
Bataille, s'ils ofoient com.
batre . Il réfolut en fuite l'At
taque generale des Dehors , &
comme les glaces ne fe trouverent
pas affez fortes pour porter
les Gardes qui devoient inſulter
le Pâté , ils
pafferent un a un
avec leur intrépidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet
Ouvrage, puis ils fe raffemblerent
pour donner tous enfemble
à l'heure de l'Attaque ,
Elle commença à une heure a
apres minuit. Huit coups de
Canon en furent le fignal. Tou
tes nos Troupes firent egale.
ment bien , il eftoit necellaire
qu'elles montraffent de la vigueur
pour forcer la refiftance
des Ennemis qui fut tres-grande
GALANT. 293
dans tous les endroits qu'on attaqua.
On ne peut voir un plus
grand feu de Grenades & de
Moufqueterie que celuy qu'ef
fuyerent nosGens pendant trois
heures. M'le Chevalier de Til.
ladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & fe rendit maiftre
de tous les Ouvrages jufques à
Ja Muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne
y'eftoient de garde, avec M' le
Chevalier de Souvray , qui s'y
eft particulierement diftingue,
On y avoit aufli envoyé les
Compagnies des Grenadiers dé
Humieres Navarre , & Languedoc.
L'Attaque des Gardes
eut tout le fuccès qu'on pouvoit
defirer. M' de Rubantel
fervoit de Marefchal de Camp,
B.b Hj
294 LE MERCURE
& M de S. Germain de la Breteche
y commandoit trois cens
Hommes détachez du Regiment
des Gardes , avec lefquels
chaffa les Ennemis des Ouvrages
qui regardent le Baſtion
de Horn , jufques à l'Artaque
de Navarre, où il joignir le Regiment
de Bourgogne, & Les
deux Bataillons des Fuziliers,
& un de Stoup , eftoient de
garde à l'Attaque de Boffu.
Mr de Quincy Marefchal de
Camp , y commandoit , ayant
fous luy M de Chimène Brigadier.
Les Troupes de cette
Attaque , avec les Grenadiers
de la Reyne qui avoient à leur
refte Mr Pafillon l'un de leurs
Capitaines, fe mitent dans l'eau
glacée jufques à la ceinture,
GALANT 295
·
& ayant paffé l'Avant- Follé
de l'Ouvrage
à corne , emporterent
cet Ouvrage
avec une
Demy Lune . C'eftoit
tout ce
qu'on leur avoit donné ordre
d'attaquer
. Trois cens Dragons
commandez
par Mr de
Fimarcon
, firent une fauffe
Attaque
à la Digue de Bodours
. Ils prirent quatre - vingts
fix Soldats , & deux Officiers
.
M de Sainfandoux
voulut fe
charger de cette Attaque , quoy
I qu'il ne fuft pas de jour. On
auroit entré dans la Ville , fi on
ávoit eu les chofes neceffaires
pour en rompre la Porte , ou
des Echelles
pour monter.
Apres la prife du Pâté , les
Troupes
des deux autres Atta.
ques fe joignirent
, & il en
Bb iijj
296 LE MERCURE
coufta aux Ennemis quatre Pie.
ces de Canon qui estoient au
bout de leur Pont.levis , & ti.
roient par des embrafures. Ces
mefmes Troupes apres avoir
fait des Retranchemens avec
des Gabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre
Pieces de Canon qu'elles ve.
noient de gagner. Il y en avoit
encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez , & tour
eftant preparé pour donner un
Affaut general la nuit du, dix
au onze, le Gouverneur qui le
fceut fit batre la Chamade à
deux heures apres midy. Mate
Marefchal fe rendit à l'inſtant
mefme à la Tranchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy
amenoit. Il convint avec eux
GALANT 197
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville, où il fit en-
Itrer auffitoft
un
Bataillon
des
Gardes
Françoiles
, & un des
Gardes
Su Suiffes. La Garniſon
de plus de mille Hommes for.
* tie le onzième au matin , avec
* Armies & Bagages, & One Piece
-de Canon , pour aller à Bru
xelles , efcortée par quatrevingts
Maiftres des Troupes du
Roy qui devoient revenir à Ath.
Les Ennemis eftoient arrivez
le 10. au foir à Mons , où ils a .
voient fait tous les préparatifs
neceffaires pour le fecours de la
Place. Ils ne manquoient pas
de Troupes, mais l'importance
eſtant de choisir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer
le Commandement , avoient
"
ㄴ 298 LE MERCURE
longtemps conferé enfemble
C
pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fift tomber. >
Monfieur le Marefchal de
Humieres a paru infatigable
pendant ce Siege ; on ne ſeauroit
exprimer la vigilance , il a
paffé les nuits entieres ou à la
Tranchée, ou à vifiter les Poftes,
ou au Biotac , & preſque tous
les jours à cheval . Il femblort
auffi que les Troupes fuffent
animées par fon exemple, Lá
rigueur du temps n'a pu les refroidir
un moment , & on a
trouvé la mefme facilité à leur
faire faire toutes chofes qu'on
auroit euë dans le Mois de Juin.
Mile Prince d'Ifenghien ayant
efté averty de ce Siege , pric
auffitoft la Pofte pour y aller
GALANT. 199
joindre M le Marefchal de Humieres
fon Beaupere, & donna
des preuves de fon courage avec
de Marquis de ce nom fon Beaufrere,
Comme l'impatience des
François eft grande , fur tout
quand il faut courir à la gloire,
dés que Mr le Marquis de Na
vailles eut appris qu'il y avoit
une Place affiegée , il s'y rendit
auffitoft en pofte , & fervit dés
le foir mefme en qualité de Volontaire
. Il monta la Tranchée
avec le fecond Bataillon des
Gardes, & il continua à faire la
mefme chofe pendant tout le
Siege. Ayant fçeu que le foir
'qu'on devoit attaquer la Contrefcarpe
, le Regiment de Na .
varre auroit le plus à foufrir l
fe mit à la tefte de ce Regiment,
300 LE MERCURE
où fon intrépidité & la valeur
fe firent admirer. M le Comte
de Tonnerre alla auffi Volontaire
à la Franchée , & il y re-
Ceut un coup de Moulquer. M*
leMarquis des Hiffars qui commande
le Regiment de Languedoc
, fit des choles furprenantes
à la tefte de ce Regiment, qur
s'eft acquis beaucoup de réputation
. Celuy du Pleffis ne s'eft
pas moins fignalé , & s'il avoit
eu des Haches pour rompre les
Portes de la Ville , il feroit entré
dedans comme nos Troupes
firent à Valenciennes, Mr du
Poncer qui en eftoit Lieutenant
Colonel , a efté tué. M
Deshoy Capitaine de ce Regi
ment , & Mª Bienfait de EBeauhieu,
sty font fignałez . M+ Cham-
1
GALANT
Sol
JOL
1
7
pagne premier Brigadier des
Gardes de Mle Marefchat de
Humieres , s'eft fort diſtingué
pendant ce Siege , ainsi que
M' Duparc Garde dans le meſ.
me Corps, & M'de Tangis qui
en eftoit forty pour agir en qualité
d'Ingénieur. On ne peut
douter qu'il n'y ait donné beaucoup
de marques de courage,
puis qu'il y fur bleffe . Me de
S. Germain de la Breteche le
fut auffi à l'Attaque des Gar
des, & comba du haut de la Digue,
apres avoir reçeu deux
bleffures . M' de Soify, Fils de
Ms le Prefident le Bailleul, fur
bleffé dans la meſme occaſion,
il tomba dans le Foffe , & paffar
la nuit fur la glace, parce qu'on
ne lepût trouver que le lende302
LE MERCURE
aux
main. Mrs de Seraucour & de
Chéviere Sous - Lieutenans a
Gardes, & M'de Torcy Enfei
gne, ont efté bleffez , & M¹ Ci.
gogne Lieutenant, tué . M' de
Pierrebaffe Ayde Major des
Gardes, a eu la tefte emportée
d'une volée de Canon.
La nouvelle de la priſe de
S.Guilain fut apportée au Roy
par M de la Taulade Ayde de
Camp de Mr le Marefchal de
Humieres . Mr le Marquis de
Louvois qui le preſenta , dit à
Sa Majefté que les Ennemis
publioient que les Anges Tutelaires
de la France luy fervoient
d'Efpions dans le Ciel
pour l'avertir des changemens
du temps qui luy eftoient prefque
toûjours favorables. Le
"
GALANT 303
Duc de Villa-Hermofa eftoit
à Haurec fort pres de la Place,
avec douze à treize mille Hommes,
faifant porter des Echelles
pour paffer les Marais , & fe
vantant qu'il attaqueroit les
Lignes. Lors qu'il entendit que
le Canon tiroit fort peu, & puis
qu'il ceffoit entierement , il crût
le Siege levé, & ayant détaché
trois cens Chevaux pour prendre
langue , ils en trouverent
cinquante des Noftres envoyez
pour le mefme deffein . Celuy
qui les commandoit ayant efté
pris pour avoir eu fon Cheval
tué fous luy , eut peine à defa .
bufer ce Duc, en l'affurant qu'il
avoit veu entrer les Troupes de.
Sa Majefté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient
104 LE THAIAS
MERCURE
la Chamade
, Monfieur
le Ma refchal
de Humieres
faifoit
monter
la Cavalerie
à cheval
pour allervers les Ennemis
don't
il venoit
d'apprendre
des nouvelles.
Le Roy a donné le Gouvernement
de S.Guilain
☀ M'Ca
tinal Capitaine
aux Gardes, qur
á fait la Campagne
paffée en
qualité de Major des Gardes.
M' de Longpré
Capitaine
au
Regiment
de Picardie, en a eſte
fait Lieutenant
de Roy , & M
de l'Apparat
Capitaine
dans
Piémont , en a eu la Majorité ,
Jamais Campagne
ne fut plus
glorieufement
finie Cette der
niere Conqueſte
aces Vers.
a
donné
lieu
ang eragit
GALANT 37 105
C'eſt à ce coupqu'ilſefant redre,
O Flandre,
Pais que contre Louis tous tes efforts
font vains.
A
SaintOmer,SaintGuilain t'en dona
nantdes exemples
Tres -amples
Tunepeuxfairemieuxque d'imiter
tes Saints.
Les Gardes du Corps fonc
de retour, & le Roy a fait de .
puis peu la Reveuë de tous
ces Braves qui font devenus
la terreur des Allemans. Sa
Majefte avoit cinq cens Gardes
nouveaux, bien montez , bien
veftus , & de tres bonne mine,
qu'elle diftribua dans les Com
les augmenter, &
pagnies pour
Tome 10 Cc
306 LE MERCURE
les rendre encor plus fortes qu
elles n'eftoient avant la Campagne.
Voicy les Noms de ceux
qu'Elle fit Exempts , & à qui
fiel
Elle voulut donner par là des
marques de la fatifaction qu '
Elle avoit reçeuë de leurs fervices.
· Dans la Compagnie de Noailles.
Mr le Marquis de S. Cha-
E
x
mant du Pefcher , Cadet . Il eft
originaire de Limouſm , d'une
tres bonne Maifon , & Parent
de Monfieur le Duc de Noailles.
M de la Meffeliere , auffi
Cader.
Mr de Tierceville , de Nor
mandie, Brigadier .
M' de Verduifant, de Guyenne.
Il a efte Lieutenant des
Gardes de feu Mrle Marefchal
GALANT. 307
Albret , & Capitaine de Cavalerie.
Y
nojo's sla
SM de Granpré Premier
Capitaine d'un Regiment de
Cavalerie, goh ioluow bli
Je vous ay déja parle , Ma,
dame , de M de la Meffeliere,
qui a fait plufieurs Campagnes.
Il eft bien fait, a du cocur,
& s'eft fignalé dans la Journée
de Cokberg. Il fort d'une des
meilleures Maifons de Poitou
& de la Marche, & eft allié de
celles de Rochechouart, de la
Rochefoucaut , de Maillé, de
Brezė, de Polignac , & de toures
les plus qualifiées de Poitou
& de Limoufin .
Pere fut nourry Enfant d'Honneur
aupres de Louis XII . &
Les Anceftres ont eu de grandes
Son Grand
Cc ij
08 LE MERCURE
Charges & des Emplois confi
dérables dans les Maifons de
nos Rois.
I
.29:0
Dans la Compagnie do Duras.
M'-Desforges Heft Neveu
de M de Chaferon Lieutenant
General des Armées du Roy,
& luy a fervy d'Ayde de Camp.
M Meffier. Il a eſté bleſſë,
MIM
& eft retourné dans l'Occafion
avec plus d'ardeur, apres avoir
efté guery de fes bleffures )
Mr Danglar, Brigadier. A1
Dans la Comp de Luxembourg.
der Mr de la Chaume , M de
S. Pierre, M, de la Tolnele, &
Male Chevalier de S. Lucé.
Je n'en ay pû apprendre que les
noms, 17655 ; si tamoxqqs
Dans la Compagnia de Large.
Mrle Chevalier de Rhodes.
BALANT &309
Hoeft Frere de Mr de Rhodes
Grand Maiftre des Cerémonies,
Моя гол
Made Saint Martin, ] }
U trente années de fervice, &c n'a
aaperdu aucune occafion de fe
Signaler. Il a efté Capitaine
diInfanterie , Brigadier des
Moufqueraires, & fut fait Major
de Nimegue dans le temps de
Leetre Conqueſte. Il'a toûjours
fervy d'Ayde de Camp dans
l'Armée du Roy fous Monfieur
de Lorge, & les manieres honneltes
lesfont eftimer de tous.
ceux qui le connoiffent.93
Boje ne puis mieux finir ce qui
vegarde la Guerre, qu'en vous.
apprenant le retour de Mon.
fieur le Marefchal de Créquy.
Ha eu l'honneur de faluer le
I
310 LE MERCURÈ
Roy, & en a esté reçeu comme
le meritoient les actions de conduite
& de vigueur qui luy ont
acquis tant de gloire dans toute
cette Campagne, 198
Sa Majesté a donné à M³ de
Tiergeville- Mahaut le Gouvernement
de Dieppe , vacant
par
la mort de Mt de Montulé.
Je vous ay déja parlé de fon
merite, & il y a peu de Perfont
nes à qui fes fervices ne foient
connus . Ha efté dés la premiere
jeuneffe Capitaine dans le
Regiment du Havre , puis Lieu
tenant Colonel dans un autre,
& en faire Lieutenant de la
Meftre de Camp , & Capitaine
du Regiment de Cavalerie
d'Armagnac durant les Guerres
de Guyenne. Il y fut fait pri
GALANT. 31
fonnier au Combat de Montanfé
, où Monfieur le Duc de
Montaufier qui commandoit
l'Armée du Roy , batir les Ennemis,
& eut le bras caffè.
Si tant d'Articles d'Armée
femblent trop férieux à vos
Amies , qui peuvent moins aimer
la Guerre que vous, voicy
un Conte d'un ftile à leur dé-
Jaffer l'efprit. left d'un Gentilhomme
de Provence , & je
croy que vous demeurerez d'ac
cord avec luy de fa Morale.
*************
DEMOSTHENE
Amoureux .
JAdisdans
Adis dans Corinthe une Dame
Etaloit des attraits que chacun admiroit,
12 LE MERCURE
Attraits,dignes de toucherkame
Des Dieux qu'alors on adoroit.
Qui ne croiroit d'abord qu'une
Beaute pareille,
Pourfes Amans n'euft beaucoup de
fierté?
Cependant on feroit grand tort à
fa banté,
Atous ellepreftoit l'oreille,
Oufi quelqu'un en eftoit rekuté,
Ilnedevoit decemalheur extrê
Søprèdre qu'àfoy-même, (me,
S'accufant d'eftre avane , ou bien
d'eftre indigent.
Lachons le mot enfin , la Belle air
moit l'argent.
Le docte &fameux Démosthene
Crût que fans unpareilſecours.
Il s'enferoit aimerfans peine,
Luy qui perfuadoit toûjoursz
Maisfon éloquencefur vaine,
On
GALANT. 3132 316
On ne luyfait grace de rien,"
Et le traitant comme un autre.
Homme- (Somme
On luy demande une affez grande
Pour prix d'unfecret entretien .
Surpris d'une telle demande,
Ilfuit, difantje ne puis confentir
D'aller donner une somefi grande
Pour n'acheter au fonds qu'un repentir
Moralisos un momětfur ceConte.
Noftre Orateur n'avoit donc point
soladebonte
6.
De contenterfa paſſion ,
Et ce n'est qu'à fon avarice
Qu'ildit fa moderation.
Quandnous nousdéfaifons d'unvice
Souvent nous nefaifons aufonds
Que changer feulement de genre de
foibleffe ,
Et cependant nous en voulons
Faire honneur à noftrefageffe.
Dd Tome 10.
314 LE MERCURE
Comme nous allons entrer
dans la Saifon des Plaiſirs , je
croy que j'auray à vous parler
le Mois prochain de plufieurs
Divertiffemens.
1
•
On n'a veu
que les anciens Opéra pendant
celuy.cy , & rien n'a paru de
nouveau fur le Théatre, à l'exception
de l'Electre de M³ Pradon
, qui a efté jouée par la
Troupe du Fauxbourg S. Germain
. Celle de l'Hoftel de
Bourgogne promet pour le lendemain
des Rois fans remife la
premiere Repreſentation du
Comte d'Effex de Mr de Cor.
neille le jeune. Ce Sujet eft
grand, & de noftre Siecle , puis
que fa difgrace arriva au commencement
de l'Année 160t
On dit qu'il n'y a rien de plus
touchant que cette Piece . Elle
GALANT.
315
a fait du moins affez de bruit
par quelques Lectures , pour
obliger l'autre Troupe à pro
mettre auffi un Comte d'Effex
qu'elle luy doit oppofer . S'il a
autant de beautez qu'on affure
qu'il y en a dans celuy dont je
vous parle , on peut fe promettre
beaucoup de plaifir de cette
oppofition . Comme l'Autheur
de ce dernier ne fe nomme
point , quelques - uns veulent
que ce foit l'ancien Comte
d'Effex de Mr de la Calprenede
raccommodé . Il eft vray qu'on
n'a fongé à remettre ce Sujet
fur le Theatre de Guenegaud
que depuis que les Affiches de
l'Hoftel ont fait connoiftre que
Mr de Corneille lejeune l'avoit
traité ; mais il importe peu du
da
temps , pourveu que l'Ouvrage
Dd ij
316 LE MERCURE R
foit affez bon pour fatisfaire le
Public .
Cependant je vous avertis
de ne point chercher à Rouen
l'Hiftoire de ma derniere Lettre
qui parle d'up Confeiller
& d'un Abbé égarez en`allant
à Dieppe. J'ay fçeu que l'Avanture
s'eltoit paffée ailleurs,
& qu'on avoit changé le lieu
de la Scene par quelques inté
refts particuliers
.
Adieu , Madame, je me tiens
bien glorieux d'avoir pû vous
faire part avec une exacte ponctualité
de toutes les Nouvelles
de cette Année. Attendez de
moy un redoublement de foins
pendant celle où nous allons
entrer, & croyez que je fuis
voftre, & c.
A Paris ce31. Decembre 1677.
GALANT. 317
Et par apoftille , Madame,
vous fçaurez que Sa Majesté
ne voulant pas moins faire pour
Mademoiſelle de la Marck que
pour toutes celles qui ont efté
Filles d'Honneur de la Reyne ,
luy a donné la Lieutenance de
Roy de Xaintonge & d'Angoulmois,
vacante par la mort
de M le Comte de Jonfac. Vous
jugez bien qu'elle tirera beaucoup
de cette Charge ; mais le
Roy qui ne fait jamais de petites
faveurs , a bien voulu luy
promettre d'ajoûter à ce qu'
elle en pourra tirer , dequoy
faire une fomme confidérable.
Vous ne doutez point , Ma ,
dame , qu'une Perfonne auffi
bien faite qu'elle eft , qui a
beaucoup de bien de patrimoine
, & dont on connoit fi
Dd iij
318 LE MER CURE
parfaitement le merite & la
vertu , ne foit tres-avantageufement
pourveuë.em Heureux
'celuy dont elle fera le partage !
Je ne vous apprendrois rien,
quand je vous parlerois de fa
naiffance. Son Nom la diftingue
fi fort , qu'il feroit inutile
de vous rien dire de plus.
Monfieur le Duc de Vitry
a efté fait Confeiller d'Etat
d'Epée .
Mr de Guilleragues a esté
nommé Ambaffadeur à Conftantinople.
Mr l'Abbé de Valbelle Aumônier
du Roy, a eu l'Eveſché
d'Alet , & M, Robert Maiſtre
de Mufique de la Chapelle,
l'Abbaye de Mr Leſeau .
Mr le Marquis d'Obigné,
Frere de Madame de MainteGALANT.
319
non , a époufé Mademoiſelle
de Froifgny
.
Souvenez vous , Madame,
que tout cela vous eft écrit par
apoſtille , c'eft à dire que ce
font Nouvelles que j'apprens
en fermant ma Lettre , fans
avoir le temps de vous dire un
mot du merite de tous ceux que
je vous nomme. J'y fupléeray
la premiere fois, & n'oublieray
pas de vous parler de l'Action
éclatante de M l'Abbé Colbert.
J'ajouteray cependant icy
que Monfieur le Marquis de
la Ferté vient d'eftre declaré
Duc & Pere . Sa Majeſté le
voyant marcher ſi dignement
fur les traces de Monfieur le
Marefchal fon Pere , dont les
grands fervices & la longue
320 LE MERC. GAL.
fuite d'Actions glorieufes font
connuës à toute la France , a
voulu faire voir par cette
marque d'honneur la bienveil
lance particuliere dont elle les
honore l'un & l'autre. Je vous
ay parlé dans la plupart de
mes Lettres des diférentes Occafions
où ce nouveau Duc
s'eft fignalé .
FIN.
N donnera un Tóme du Nou
veau Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois fans aucun
retardement . Il fe diftribuëra toûjours
en blanc chez le Sieur Blagearr,
Imprimeur-Libraire , Rue S. Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plaftre. Et au
Palais , où on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin .
RE
TABLE DES MATIERES.
Eponfe de laPrairieauRuiſſeau.
Hiftoire des deux Maris jaloux.
M. le Comted' Ayen eft reçen Duc. &
Pair de France au Parlement,
Sa Majesté nomme M. de Rubantel
deTracy Marefchaux de Camp.
Mort de Dom lofeph d'Ardennes
Comte d'Illes,
MortdeM. l'AbbéCaſtelan.
ĽAmant Trompé.
Fragment du Teftament de Mad.
du Puy, celebre Ioüeufe de Harpe.
Paroles du dernier Air de feu MonfreurleCamus..
Autre Airde M. de Moliere.
Vers envoyezavec un Bouquetde Tubereufes
au mois de Decembre.
Les Avantures d'Armide de Re-
&
naud,composées par M.le C. deMoré,
Complimentfait à Monfieur le Chan..
celier par M. Doujat , lors qu'il le
·futfalierpour la Faculté de Droit
de l'Vniverfitéde Paris.
Madrigaux Quatrains à Monfieur
le Chancelier
TABLE.
Difputed Apollon de l'Amourfur
des Vers d'Iris.
Excez d'amour d'une jeune Perfonne
nouvellement mariée.
M. l'Abbé du Pleffis eftfacré Eves.
que de Xaintes.
LeRoydonne une Abbaye à M. Abbé
d'Aquin, & une autre à M. de
Puyfegur
Elegie de M. Ferier Autheur del Adieu
aux Mufes .
Mariage du Prince d'Orange avec la
Princeffe Marie, Fille aifnée du
Duc d'Yorck.
Tout ce qui s'eftpassé de remarquable
au Parlement le lendemain de la
S.Martin ,lejour desHarangues,
celuy des Mercuriales.
Avantage remportefur les Hongrois
par le ColonelBobam.
Sonnets au Roy.
Sa Majestéfaitprefent d'une Epée au
General Major Harang, & elle
donne la Lieutenance Colonelle du
Regiment de Picardie à M. de
Villemandor, celle duRegiment
TABLE.
de Normandie à M. de Guilerville.
'M. l'Abbé de Grandmont qui avoit
efté nomme à l'Evefcbé de S.Papoul,
eft facré à Pezenas.
M. l'Abbé le Boiftel foûtient des
Thefes de Philofophie dediées à M.
le Marquis de Louvoys, où plufieurs
··Damesſe trouverent.
Lettre de M. Petit à Monfieur le
Duc de S.Aignan .
Avanture de Mufique.
Plufieurs Explications qui ont efte
données par divers Particuliers à
l'Enigme du 9. T. du Merc. Galant.
Lettre de Monfieur le Duc de S. Aignanfur
ce Sujet. Enigme.
Portrait des deux Coufines de Poitou.
Mort de M.le Marquis de Rouville.
Mort de M. l'Evefque d' Alet.
Mort de M. Lefeau, Chanoine de N.
Dame de Paris ,
Mort de M. de Miramion.
Mort de M.le Premier Prefident.
Mortde M. de Sainte Beuve.
Mortde M. Neuré de M. Michel.
Mariage de M. le Marquis de Saint
Germain Beaupré,
TABLE.
Mariage de M.leMarquis de Bonnelle.
Qualité de Secretaire de Monfeigneur
leDauphin,donnée à M.Deftanchau.
Vers de Mademoiselle deRacilly.
Prife de Sarbruc.
Vers de M. de la Monnoye.
Siege & Prife de S.Guilain.
Noms des morts des bleffez de
ceux quifefontfignalezà ce Siege.
Le Roy donne le Gouvernement de
Dieppe à M. de Tiergeville.
Noms des nouveaux Exempts nommez
parSa Majesté.
Demofthene amoureux.
Nouvelles Pieces de Theatre , dont le
Comte d'Effex de M. de Corneille
lejeune doitparoiftre lapremiere.
Sa Majefté donne la Lieutenance de
Roy de Xaintonge & d'Angoumois
à Mademoiselle de la Marck.
M. de Guilleragues eft nommé à l' Ambaffade
de Conftantinople, & M.de
Valbelle à l'Evefché d'Alet.
Le Royfait M. le Marquis de la Ferté
Duc& Pair,
Fin de la Table.
MERCURE
GALAN T.
CONTENANT LES NOUVELLES
du Mois de Decembre 1677.
& plufieurs autres,
TOME X.
A
PARIS,
Chez THEODORE GIRARD , au Palais ,
dansla Grand'Salle, á l'Envie .
M. D. LXXVII .
AVEC PRIVILEGE DV Ror.
JUBTOHI 9
Bayerische
Staatsbibliothek
Mürichen
3333333330-333300:00300
AU LECTEUR
OICY le dixième Volume
du Mercure, & le dernier
de l'année 1677.car quoy
qu'il paroiffe en lanvier,
il ne contient que les Nouvelles du
Mois de Decembre, & on ne donnera
que le premier jour de Fevrier celuy
qui commencera l'Année 1678. Le
fuccés de ce Livre a efté extraordinaire.
Ie ne doute point qu'il ne foit
deu aux prodiges de cette Campagne,
aux Vers galans &ferieux , & aux
Pieces d'Eloquence qu'on m'afait la
grace de me donner de toutes parts , &
c'eft peut- eftre le feul Livre dont un
Autheur puiffe publier le fuccés fans
paroistre vain , puis qu'en cela il ne
ã ij
AU LECTEUR .
louë que les Ouvrages d'autruy. Ie
me trouve mefme dans quelque obligation
de ne pas taire l'approbation
qu'on a donnée au Mercure, afin que
ceux qui m'ont envoyé les agreables
Pieces qui le compofent , connoiffent
qu'elles ont plù par touts ce qu'il me
freit aife de juftifier par plus de quatre
cens Lettres qui m'ont effé écrites
fur le plaifir que fa lecture a caufe.
Il eft certain que pour s'en déclarer
l'ennemy, ilfaudroit vouloir qu'il n'y
euft ny Braves ny beaux Efprits en
France,& condamner en mefme temps
toutes les Actions de valeur , & tous
lesgalans Ouvrages de ceux qui écri
vent.
Le fcay que le Titre a fait croire
d'abord que le Mercure eftoitfimplementgalant,
& qu'il ne devoit tenir
place que dans la Bibliotheque des
Femmes, mais on eft forty de cette er-
•
AU LECTEUR .
reur quand on y a veu des Pieces d'éloquence,
des Harangues , des Relations
fidelles & exaltes , des Sieges &
des Batailles , des Evenemens remar
quables, des morceaux d' Hiftoire, &
des Memoires glorieux à des Familles .
Alors il eft devenu le Livre des Sçavans
& des Braves, apres avoir efte
le divertiffement du beau Sexe; & une
marque inconteftable defon fuccés, c'eft
qu'il a efté affez heureux pour plaire
à Monfeigneur le DAUPHIN , &
que ce Grand Prince veut bienfoufrir
qu'il paroiffe toujours à l'avenirfous
fon Nom. Ainfi vous verrez ce Nom
augufte à la tefte de celuy qui contien
dra les Nouvelles de Ianvier; & pour
le rendre moins indigne d'unfi grand
honneur, il commencera en ce temps - là
àparoifire avec tous lesornemens dont
un Livre de cette nature puiffe eftre
| embelly. Onfera graver dans chaque
ā iij
AU LECTEUR.
Volume trois ou quatre Planches,fui
vant les Sujets dont le Mercure par
Leras & comme les Enigmes font devenues
un leu d'efprit qui plaift, comme
on le voit par un nombre infiny de
Gens qui cherchent ày donner des Explications
, outre celles qui feront en
Vers à l'ordinaire, on en mettra tous
les Mois une autre enFigures , dont on
laiffera le mot à deviner. On y trouvera
trois ou quatre Chanfons dont les
Notes feront gravées. Elles feront
compofees par les meilleurs Maiftres,
notées exprès pour le Mercure, de
forte qu'on peut s'affurer qu'elles auent
toute la grace de la nouveauté,
puis que perfonne ne les aura veuës
avant que le Volume où elles feront,
foit en vente. Ceux qui voudront envoyer
des Paroles, le pourront faire,
on aura foin de lesfaire noter, fi elles
Je trouvent propres à eftre chantées.
AU LECTEUR.
Ily aura des Cartes degalanterie, &
La premiere qui paroiftra , fera l'Empire
de la Poëfie, de M, de Fontenelle.
On peut croire fur ce nom qu'elle ne
manquera pas d'agrément. On donnera
auli chaque Mois des Deffeins
gravez des Modes nouvelles,& quand
on aura commencé, on ne difcontinuera
plus, mais il faut établir beaucoup de
chofes pour cela, & lier commerce avec
bien des Gens. Cefera une commodité
pour ceux qui auront inventé quelque
chofe de nouveau, dans l'envie de contribuer
au plaifir de Monfeigneur le
Dauphin, ou qui auront quelque chefd'oeuvre
d'Art à propofer au Public.
Ils pourront en apporter les Deffeins,
& on les fera graver , s'ils meritent
cette dépenfe. Elle fera grande pour
tous ces embelliffemens , & devroit faire
rencherir le Mercure de beaucoup;
cependant comme on s'attache plus à
F
AU LECTEUR .
2
P
ن م ا
la gloire qu'à l'intereft , l'augmenta
tion du prixfera tres -peu confidérable,
puis qu'il ne fe vendra chez l'Imprimeur
que feize fols en blanc , & au
Palais vingi fols en parchemin , &
vingt-cinqfols en veau. Le Public a
reçeu ce Livrefi favorablement, qu'il
eft jufte de luy en marquer de la reconnoiffance
par les nouvelles beautez
qu'on lay preftera. Mais pour eftre
affuré d'enjouir, il doit prendre garde
fi on ne luy vend point de Mercares
contrefaits. Il nefuffit pas de voir au
bas qu'ils ont efte imprimez à Pariss
c'est ce qu'on ne manque jamais d'y
mettrepour empefcher qu'on ne les re-.
jette commefaux. Ilfaudra examiner
s'ils auront les Lettres fleuronnées &
figurées, les Vignetes , le Frontispice,
& generalement toutes les Planches
que je viens de dire, quiferont à l'avenir
dans les veritables. Ceux qui fe
AU LECTEUR .
"
hazarderont à les contrefaire dans les
"Provinces, s'il s'en trouvequi s'yveüil»
Lent expofer, comme ils les debiteront
fans Figures , feront obligez d'offer
beaucoupde la matiere qui aura relation
avec les Planches, & tout le refte
demeurant fans liaiſon , fera un pur
galimatias outre qu'un Livre contrefait
eft toujours remply defautes, &
qu'un Libraire quifange à l'épargne,
en retranche beaucoup de chofes pour
y employermoins defeuilles. Il nefaut
pas s'étonner fides Livresfi défigurez
fe donnent à meilleur marché que les
veritables, & c'eft cette mediocrité de
prix quipeut encorfaire voir qu'ils ne
lefont pas. On prie ceux qui auront
des Memoires à donner, de les adreffer
au Sieur Blageart Imprimeur & Libraire,
demeurant à Paris Ruë S.Iacques,
à l'entrée de la Rue du Platre,
de faire fçavoir en quel lieu on
AU LECTEUR.
pourra eftre éclaircy des circonftances
dans le temps que les Articles feront
employez Pourles Hiftoires envoyées ·
par des Particuliers , on croit devoir
avertir une fois pour toutes , quefi any
retouche, c'eft feulement pour lesmettre
dans lefile ferré du Mercure , qui doit
eftre le mefme par tout , ou pour ofter
quelquefois des chofes qui font trop
libres, ouquifatirifant trop,pourroient
chagriner les Iniéreffez S'il arrive
qu'on difere à mettre dans le Mois les
chofes qu'on donne, ce n'est qu'à l'égard
Galanteries ,qui n'ont aucun befoin
de l'ordre du temps ; mais toſt ou tard
ony met tout ce qui eft bon, ou quand
on ne le met point, ce n'estpas qu'on n'y
trouve beaucoup d'esprit , mais il y a
des chofes tres-fpirituelles & tres bien
tournées qui ne font pas bonnes à imprimer.
On ne fçauroit avoir trop de
circonfpection à rendre le Mercure
des
AU LECTEUR .
digne d'eftre toujours lù dans des lieux
d'où la moindre liberté le banniroit.
Comme beaucoup de Perfonnes font la
grace d'écrire à l'Autheur, il les prie
denepoint trouvermauvais s'ilſe difpenfe
de leurrépondre. Outre qu'ila
befoin defon temps pour travailler&
pour s'informerdes Nouvelles de chaqueMois,
il croit répondre affezquand
il met les Ouvrages qu'on luy envoye.
LesLibraires de Provincefont avertis
qu'on leurfera bon marché à proportion
de l'éloignement des lieux, & de
ce qu'il leurpourra coufterpour le port.
Chacun n'aura qu'à envoyer fon Correfpondant
chez ledit Sieur Blageart,
&onyfera les Paquets tantpour les
Libraires que pour les Particuliers.
Le prix des dix Volumes de l'Année
1677. ne fera point augmenté. Ils
contiennent les Nouvelles des douze
Mois , parce qu'on a ramaſſé dans le
AU LECTEUR .
premier celles de Ianvier, de Fevrier,
& de Mars , jamais Conquérant
n'ayantfait de fi grandes Conqueftes
que Louis LE GRAND dans le cours
d'une feule Année. Il n'y a point
d'Hiftoire qui enfaſſe voir de pareilles,
fi on a égard à la force des Places
qui ne manquoient ny d'Hommes ny
de Munitions. Elles auroient efté im
prénables autrefois . Tant d' Actions
furprenantes rendent ces dix Tomes
confiderables. On y rend la gloire qui
eft deue à ceux qui ont fait les Conqueftes,
& à ceux qui les ont chantées,
ony ramaffe mille chofes curieufes
qu'on n'auroit pù trouver enſemble, fi
le Mercuré n'avoit jamais efté fait.
Les unes auroient efté feparées ; les
autres n'eftant qu'enfeüilles volantes,
feferoient perdues, & il y en auroit eu
beaucoup que la négligence de les recueillir
auroit empefché de conferver.
NOUVEAU
MERCURE
GALAN T
TOME X.
E vous fçay bon
gré , Madame , de
l'amitié que vous
témoignez avoir priſe pour
le Ruiffeau . Elle ne mefurprend
point. Vous avez l'efprit
délicat, & j'eftois per
Tome 10 . A
2 LE MERCURE
fuadé en vous l'envoyant,
qu'il feroit favorablement
reçeu . Comme le mérite
fait effet par tout, ce Ruiſfeau
que vous appellez le
plus galant des Ruiſſeaux ,
avoit fait un fi grand bruit
par les avantages que promettoit
l'égalité de ſon
cours , que toutes les Prairies
qui pouvoient prétendre
à fes complaiſances
,
eftoient charmées de fa réputation
. Ainfi , quoy que
ce foit quelque chofe d'af
fez fingulier qu'un Ruiſſeau
Amant , celle qui eut la
GALANT.
3
1
gloire de s'attirer fon hommage
, avoit déja entendu
parler de ce qu'il valoit , &
vous pouvez croire que l'ofre
de fes foins ne luydéplût
pas . Vous en jugerez par
cette Réponse qu'elle luy
fit , apres l'avoir écouté fans
l'interrompre.
) : *******
LA PRAIRIE
AU RUISSEAU.
Q
Ve votre éloignement m'a
fait
fouffrir de peine!
Le fechois fur le pied de me voir
loin de vous,
A iij
4 LE MERCURE
1
le n'avois plus de Fleurs, & jeftois
entre nous,
Semblable à ces guérets que
voit dans les Plaines ;
Pon
Mais puis que je vous voy, je m'en
vay refleurir,
Et feure de vosEaux, je nefçaurois
périr.
Maispuis -je meflaterque ces Eaux
fi chéries
Ne coulent que pour moy ? n'est- il
point de Prairies
Dont l'émail éclatant puiſſe arrefter
vos pas?
le crains tout , mais enfin je ne le
penfe pas.
Vous eftes defcendu d'une Source
trop pure,
Pour ternir par cette action
GALANT.
Voftre crystal & vostre nom;
Etfi en croy voftre murmure,
Vous neferezjamais inconftant ny
parjure.
Cependant la rapidité
Dontje vous voy courir le long de
ce rivage,
Eft de voftre infidelite
Vn affezfuneste préfage.
Ah, fi pour mon malheur, comme
un Ruiffean volage ,
Apres avoirfçeu m'engager,
le voyois voftre cours ailleurs fe·
partager,
De combien defoucis me verrois-je
remplie?
Mais quand on va fi vifte , ilfaut
qu'onfoit leger;
Et fi je m'en rapporte à ce qu'on en
public,
Vous eftes fujetà changer.
6 LE MERCURE
A
Iefuis jaloufe enfin, &quand l'Ocean
mefme,
Riche de tant de flots qu'il reçoit
dans fon fein,
Auroitpourmoy quelque deffein,
Sifon amour n'eftoit extréme,
l'aimerois centfois mieux un fidelle
Ruiffeau
QuipourThétis,nypourfon Dia.
dérne,
Ne voudroit pas ailleurs puifer
deux goutes d'eau i
Voila comme je fuis, & c'eſt ainfi
que j'aime.
Ne me voir qu'en courant ! ah je
n'ofe ypenfer,
Le fens à ce difcours mes Fleursfe
heriffer,
Et le cruel Hyver me donne moins
d'alarmes :
GALANT.
7
Helas , où courez- vous ? coulez
plus lentement,
-Ze Lit que je vous offre a- t-il fi
peu de charmes,
Qu'il ne puiffe fixer la courfe d'un
Amant?
Venez vous égayer au bord de nos
Fontaines ,
Leurs ondes par voftre moyen
Se trouveront en moins de rien
DesHelicons, des Hippocrenes,
Car je n'ignore pas au bruit que
vous menez
Quevous bouillezdevousy rědres
C'eft vainemet quevous tournez,
le fçay que c'estlà vostre tendre.
Que vous diray-je plus ? j'ay des
tapis de Fleurs
Sur qui vouspourezvous étendre,
L'Aurore chaque jour les baigne
de fes pleurs,
& LE MERCURE
Qui compofent un doux mélange
Qui fait hote à la fleur d'Orage..
Ah laiffez-vous tenter! au nom de
nos amours
Faitesfur vous quelques retours,
Et coulez tout au moins avec plus.
de pareffe :
Si vous n'arreftez votre cours,
Vous allezdans la Mervous perdre
pour toûjours,
Et je ne feray plus qu'un objet de
trifteffe (preffe
Mais c'eft en vain que je vous
De retarderun peu votre extréme
vifteffe,
Et qu'un vent oppofé feconde mes
fouhaits ;
L'Amour & les Ruiffeaux ne remontent
jamais.
GALANT.
Iene demade point que vous veniez
fans ceffe
Marofer nuit & jour ; non , quel
que fecherelle
સાધુ ન
5% Qui puiffe me brûler , je ne m'en
plaindray pas,
Pourveu qu'en d'autres lieux, toutjours
fidelle& tendre,
Vos Eaux , vos cheres Eaux, n'aillent
point fe répandre;
Le ne mefondepointfurmesfoibles
appas,
Quoy qu'un Fleuve pompeuxfuivy
de cent Rivieres,
Quifontfes humblesTributaires,
En fuperbe appareil me vienne tous
les ans
Apporter furmes bords cet liquides:
prefens..
.
10 LE MERCURE
Mais il faut dire tout , c'eft un
Fleuve volage
Dont les débordemens fans mefure
ny choix
S'étendent dans les Champs ainfi
que dans les Bois.
Qui peut s'accommoder d'un femblable
partage
,
Ne meresemble pas: Euffiez- vous
plus d'attraits
Que l'on ne voit d'Epis chezla
blonde Cerés,
Si vous alliez ainfi de rivage en
rivage,
Je vous prefererois le moindre Marécage,
Et deuffay-je en mourir, je romprois
pour jamais.
La netteté de ces Vers
GALANT . LE
vous fait affez voir qu'ils
viennent de Source . Ils
font d'un Gentilhomme
qui cherche la Nature dans
tout ce qu'il fait , & qui par
là ne fait jamais rien que
d'agreable . Cet Ouvrage
n'eftant pas le feul que
vous ayez veu de luy , le
ftile vous en doit faire deviner
le nom . Il a des expreffions
heureufes qui le
diftinguent affez pour ne
vous donner aucune peine
à le reconnoiftre .
Marys que vous voulez
bien que je me difpenfe de
Deux
12 LE MERCURE
vous nommer , en prennent
fouvent d'inutiles fur
des foupçons mal fondez
qui leur font paffer de méchantes
heures . Ils font
tous deux dans les Charges
, tous deux impitoyablement
délicats fur le
Point - d'honneur , & par
conféquent tous deux jaloux
, jufqu'à trouver du
crime dans les plus innocentes
converfations . La
Femme de l'un eft une
Blonde bien faite , d'une
taille fine & dégagée , l'oeil
bleu , bien fendu , & un vi
GALANT.
13
·
fage qu'on peut dire avoir
efté fait au tour. L'autre
pour Femme une grande
Brune , qui a la douceur
mefme peinte dans les
yeux , le teint uny , le nez
bien taillé , la bouche agreable
, & des dents à fe
récrier. Ces deux Dames
qui n'ont pas moins d'efprit
que de beauté , ont
encor plus de vertu que
d'efprit , mais cette vertu
n'eft point farouche ; &
comme elles font fort éloignées
de l'âge où il ſemble
qu'il y ait quelque obli14
LE MERCURE
gation de renoncer aux
plaifirs, le Jeu, la Comédie,
l'Opéra , & les Promenades
,
font des divertiffemens
qu'elles ne fe refufent point
dans l'occafion . Il y a une
étroite amitié entre elles,
& cette amitié a peut - eftre
fait la liaiſon des Marys qui
-fe font gaftez l'un l'autre,
en fe découvrant
leur jaloufie
. Vous jugez bien ,
Madame , que cette conformité
de fentimens les a
fait agir de concert pour le
remede d'un mal qui les
tient dans une continuelle
GALANT.
IS
inquiétude. C'est ce qui
embaraffe ces deux aimables
Perfonnes,qui ne fçauroient
prefque plus faire
aucune agreable Partie fans
qu'un des Marys foit leur
furveillant. A dire vray, la
trop exacte vigilance n'eſt
pas moins incommode qu'-
jurieufe. Quelque tendreſſe
qu'une Femme puiffe avoir
pour celuy à qui le Sacrement
la tient attachée , elle
n'aime point à luy voir faire
le perfonnage d'Argus .
Tout ce qui marque de la
défiance luy tient lieu d'ou16
LE MERCURE
trage, & les Marys ayant
leurs heures de referve
dont perfonne ne vient
troubler la douceur , il est
juſte qu'ils abandonnent
les inutiles à ceux qui n'en
profitent jamais fans témoins.
Les Dames dont je
vous parle devenuës inſéparables
& par leur veritable
amitié , & par le fâcheux
raport de leur fortune
, n'oublioient rien
pour fe dérober, quand elles
pouvoient, aux yeux de
leurs importuns Efpions.
Ce n'eft pas , comme je
GALANT .
17
vous l'ay déja dit , qu'elles
euffent aucune intrigue qui
pût mettre leur vertu en
péril, mais il fuffifoit qu'on
fe défiaft de leur conduite,
pour leur faire prendre
plaifir à fe débaraffer de
fleurs Jaloux, & c'eftoit pour
elles un fujet de joye incroyable
qu'une Partie d'O..
péra ou de Promenade faite
enfecret . Parmy ceux dont
le Jeu leur avoit donné la
connoiffance ( car fi elles
e ne pouvoient s'empefcher
$ d'eftre obfervées , elles s'eftoient
mifes fur le pied de
Tome 10 . B
18' LE MERCURE
faire une partie de ce qu'
elles vouloient ) deux Cavaliers
auffi civils que galants
, leur avoient fait
connoiftre par quelques
affiduitez que le plaifir de
contribuer à les divertir
eftoit un plaifir fenfible
pour eux . Elles meritoient
bien leurs complaifances,
& l'agrément de leur humeur
joint à leur beauté
qui n'eftoit pas médiocre,
pouvoit ne pas borner entierement
à l'eftime les fentimens
qu'ils tâchoient
quelquefois de leur décou-
6
GALANT. 19
vrir. Ils eftoient Amis , &
quand ces Belles trouvoient
l'occafion de quel-
&
que
divertiffement à prendre
fans leur garde accoû-.
tumée , elles n'eftoient
point fâchées d'en faire la
Partie avec eux. Dans cette
difpofition , voicy ce qui.
leur arriva pendant que les
jours eftoient les pluslongs ;
car , Madame , je croy que
le temps ne fait rien aupres
de vous à la chofe , & qu'une
avanture du Mois de juillet
que vous ignorez ne vous
plaira pas moins à écouter
Bij
20 LE MERCURE
On m'en
qu'une Avanture du Mois
de Decembre .
apprend de tous les coftez ,
& ne vous les pouvant
écrire toutes à la fois , j'en
garde les Memoires pour
vous en faire un Article
felon l'ordre de leur ancienneté.
4
Le Jeu fervant toûjours
de prétexte aux Dames à
recevoir les vifites des Cavaliers
, tantoft chez l'une,
& tantoft chez l'autre , la
Fefte d'un des deux arrive .
Elles luy envoyent chacune
un Bouquet . Cela ſe prati-
1
"GALANT. 211
que dans le monde . Il leur
en marque fa reconnoiffance
par des Vers galans,
& par une tres - inftante
priere de prendre jour pour
venir fouper dans une fort
belle Maiſon qu'il a aupres
d'une des Portes de la Ville ,
où il les attendra avec fon
Amy . Le Party eft accepté,
mais l'importance eft de
venir à bout de la défiance
des Marys qu'on ne veut
point mettre de la Feſte .
Heureufement
pour elles,
ils fe trouvent tous deux
chargez d'affaires en meſ22
LE MERCURE
me temps . On choifit ce
jour. Le Cavalier eft averty.
Les ordres font donnez ,
& il ne s'agit plus que d'executer.
Les Dames feignent
de vouloir aller furprendre
une de leurs Amies
qui eft à une lieuë de Paris ,
& d'où elles ne doivent
revenir qu'au frais . Un des
Marys les veut obliger à
remettre au lendemain ,
afin de leur tenir compagnie
, & de fe délaffer un
peu de l'accablement des
affaires. Il n'en peut rien
obtenir , & fur cette conGALANT
.
23
teſtation arriva un Laquais
de la Dame qui les avertit
de fon retour , & qu'elle
viendra jouer l'apreldînée
avec elles. Leurs mesures
font rompuës par ce contretemps.
Les deux Amies
diffimulent. Refuſer une
Partie deJeu pour en propofer
une autre qui les laiffe
difparoiftre pour tout le
refte du jour, ce feroit donner
de legitimes foupçons.
Elles joüent , demeurent à
fouper enſemble apres que
le Jeu eft finy, & feignent
d'y avoir gagné un mal de
24 LE MERCURE
tefte qui leur ofte l'appétit,
& qui ne peut eftre foulagé
que par une Promenade
aux Thuilleries . On met
les Chevaux au Caroffe . Le
Mary que leur empreffement
à vouloir faire une
Partie de Campagne fans
luy , avoit déja commencé
d'inquieter, les fait fuivre.
par un petit Homme in
connu qui entre avec elles
aux Thuilleries , & les en
voyant fortir incontinent
par la Porte qui eft du cofté
de l'eau , & monter dans
une Chaiſe Roulante qu'
elles
GALANT .
25
>
elles avoient donné ordre
qu'on y fift venir, découvre
le lieu du Rendez - vous , &
en vient donner avis au
Mary. Le coup eftoit rude.
pour un Jaloux. Il court
chez fon Affocié en jaloufie
, luy conte leur commun
defaftre, & luy faifant quitter
les Affaires qu'il n'avoit
pas encor achevé de terminer,
le mene où la Fefte.
fe donnoit. Ils trouvent
moyen d'entrer dans la
Court fans eftre veus , & fe
gliffent de là dans le Jardin ,
d'où ils peuvent aisément
Tome 10. C
1.
26 LE MERCURE
découvrir tout ce qui fe
paffe dans la Salle . Elle eftoit
éclairée d'un fort grand
nombre de Bougies . Ils
s'approchent des Feneftres
à la faveur de quelques Arbres
faits en Buiffons ; &
quoy qu'ils ne remarquent
rien qui fente l'intrigue
dans les refpectueuſes manieres
dont les Cavaliers en
uſent avec leurs Femmes,
elles leur paroiffent de trop
bonne humeur en leur abfence
, & ils voudroient
qu'elles ne fe montraſſent
aimables que pour eux . Le
J
1
27
GALANT.
Soupé s'acheve au fon des
Hautbois qui prennent le
chemin du Jardin où la
Les Dames
Compagnie les fuit . Les
Marys qui veulent voir à
quoy l'Avanture aboutira ,
fe retirent dans un Cabinet
de verdure où ils demeurent
cachez .
ont à peine fait un tour
d'Allée , qu'elles voyent
l'air tout couvert de Fufées
volantes , qui fortent du
-fonds du Jardin , les Etoilles
& les Serpentaux qu'elles
font paroiftre tout à - coup ,
les divertiffent
plus agrea
"
Cij
28 4 LE MERCURE
blement que leurs Marys,
qui ne font pas en eſtat de
goufter le plaifir de cette
furpriſe . L'aimable Brune
dont je vous ay fait le Portrait
prend une de ces Fufées,
& la veut tirer ellemelme.
Celuy qui donne
la Fefte s'y eftant inutilement
oppofé , luy met un
Mouchoir fur le cou , dans
la crainte qu'elle ne fe
brûle. Le Mary perd patience
, il veut s'échaper.
Celuy qui eft avec luy dans
leCabinet l'arrefte, & aluy
mefme befoin d'eftre arGALANT.
29
reſté au moindre mot qu'il
voit qu'on dit tout bas àfa
Femme. Jamais Jaloux ne
fouffrirent tant. Ils frapent
des pieds contre terre , ar
rachent des feuilles , les
mangent de rage , & on
pretend qu'un des deux
: penfa crever d'une Che
nille qu'il avala Apres
o quelques Menuets danfez
dans la grande Allée , on
vient dire aux Dames qu'un
Baffin de Fruitles attendoit
dans la Salle pour les rafraifchir.
Elles y retournent &
a'y tardent qu'un moment,
C iij:
30 LE MERCURE
!
parce que minuit qui ſonne
leur fait une neceffité
de fe
retirer. Les Cavaliers
les
accompagnent
jufqu'à leur
Chaife
roulante
qu'elles
quittent
pour aller reprendre
leur Caroffe qu'elles ont
laiffe à l'autre Porte des
Thuilleries
, & cependant
les Hautbois
qui ne font
point avertis de leur départ
continuent
à jouer dans le
Jardin. Leur preſence
eft
un obftacle
fâcheux
à l'impatience
des Réclus du Cabinet
de verdure
qui brû
lent d'en fortir pour s'ap
GALANT.
31
1
procher des Feneftres comme
ils ont fait pendant le
Soupé. Il eft vray qu'ils ne
demeurent pas longtemps
dans cette contrainte , mais
ils n'en font affranchis que
I pour fouffrir encor plus
cruellement. Un de ces
Meffieurs de la Mufique
champeftre eftant entré
dans la Salle pour demander
quelque chofe à celuy
= qui les employoit , revient
dire à fes Compagnons qu'il
n'y avoit plus trouvé perfonne
, & qu'il n'avoit pû
fçavoir ce que la Compa-
C iiij
32 LE MERCURE
gnie eftoit devenuë.Les
Marysdent
, & c'eſt
un coupde foudre poureux.
Leur jaloufie ne leur laiffe
rien imaginer que de funefte
pour leur honneur . Ils
peſtent contre eux- mefmes
de leur lâche patience à demeurer
filongtéps témoins
de leur honte, & ne doutant
point que leurs Femmes ne
foient dans quelque Cabinet
avec leurs Amans , ils
fortent du Jardin , montent
en haut, vont de Chambre
en Chambre , & trouvant
une Porte fermée , ils font
GALANT . 33
tous leurs efforts pour l'enfoncer.
Un Domestique
accourt à ce bruit. Ilabeau
leur demander à qui ils en
veulent. Point de réponse."
Ils continuent àdonner des
pieds contre la Porte , & le
Domestique qui n'eft point
affez fort pour les retenir,
commence à crier aux Voleurs
de toute fa force. Ces
cris mettent toutelaMaifon
en rumeur. On vient au fecours.
Chacun eft armé de
-ce qu'il a pû trouver à la
in hafte , & le Maiſtre- d'Hoftel
1 tient un Mouſqueron qu'il
34 LE MERCURE
n'y a pas plaiſir d'eſſuyer .
Nós Defefperez le craignent
. Ils moderent leur
emportement
, & on ne voit
plus que deux Hommes interdits
, qui fans s'expliquer
enragent de ce qu'on met
obftacle à leur entreprife.
Comme ils ne font connus
de perfonne, & qu'ils n'ont
point leurs Habits de Magiftrature,
on prend leurſilence
pour une conviction
de quelque deffein criminel
; & afin de les faire parler
malgré eux , le Maiſtred'Hoſtel
envoye chercher
GALANT.
35
un Commiffaire fans leur
en rien dire , & les fait garder
fort foigneufement
jufqu'à
ce qu'il foit arrivé. Cependant
les Cavaliers qui
ont remené les Dames aux
Thuilleries , reviennent au
lieu où s'eft donné le Repas ,
& font furpris de voir en entrant
qu'on amene unCommiffaire.
Ils en demandent
la caufe . On leur dit que
pendant que tout le mon
de eftoit occupé en bas à
mettre la Vaiffelle d'argent
en feûreté , deux Voleurs
s'eftoient coulez dans les
36 LE MERCURE
Chambres, & avoient vouluenfoncerun
Cabinet . Ils
y courent avec le Commif
faire qui les livre pendus
dans trois jours. Jugez de
Fétonnement où ils fe troul
vent quand on leur montre
les pretendus Criminels
Le Commiffaire qui les
reconnoift ſe tire d'affaire)
en habile Homme , & feis!
gnant de croire que ce font
cux qui l'ont envoyé chercher
, il leur demande en
quoy ils ont befoin de fon
miniftere. Ils l'obligent à
s'en retournera chez luy,
GALANT. 37
fans s'éclaircir de la béveuë
qui l'a fait appeller inutilement
; & les Cavaliers qui
devinent une partie de la
verité , ayant fait retirer
leurs Gens, leur ofrent telle
réparation qu'ils voudront
de l'infulte qu'on leur a
faite fans les connoiftre.
C'est là que le myftere de
la Fefte fe dévelope. Celuy
qui l'a donnée leur découvre
qu'elle eft la fuite d'un
Bouquet reçeu, & qu'ayant
prié les Dames d'obtenir
d'eux qu'ils luy fiffent l'honneur
d'en venir partager le
38 LE MERCURE
divertiffement avec elles,
il avoit eu le chagrin d'apprendre
qu'un embarras
impréveu d'affaires n'avoit
pas permis qu'ils les pûffent
accompagner ; qu'il venoit
de les remener chez elles,
& qu'il efperoit trouver
une occafion plus favora
ble de lier avec eux une
Partie de plaifir. Tandis
qu'il ajoûte à ces excufes
des civilitezqui adouciffent
peu à peu la colere de nos
Jaloux , fon Amy envoye
promptement avertir les
Dames de ce qui vient
GALANT.
39
d'arriver, afin qu'elles prenent
leurs meſures fur ce
qu'elles auront à dire à
leursMarys . Ils quitent les
Cavaliers fatisfaits en apparence
de cette défaite,
& fort réfolus de faire un
grand chapitre à leurs Femmes
. Elles préviennent leur
méchante humeur , & les
voyant retourner chagrins ,
elles leur content en riant
la malice qu'elles leur ont
faite de ne les mettre pas
d'une Partie dont on avoit
fouhaité qu'ils fuffent , ce
qui devoit leur faire con400
LE MERCURE
noiftre que quand les Fem
mes ont quelque deffein
en tefte , elles trouvent toû
jours moyen de l'executer.
Les Marys fe le tinrent pour
dit , & ceux qui ont fçeules
circonftances de l'Hiftoi -r
re , affurent ques depuis ce
temps - là ils ont donné à
leurs Femmes beaucoup
plus de liberté qu'ils ne
leur en laiffoient auparav
vant. C'eftoit le meilleur
party à prendre pour eux.
Le beau Sexe eft ennemy
de la contrainte , & telle
n'auroit jamais la moindre
IMM
GALANT.44
tentation de galanterie,
qui n'en refuſe pas quel
quefois l'occafion pour
punir un Mary de fa dé
fiance.
AR
Commeune peine qu'on
a meritée ne donne jamais
fujet de plaindre celuy qui
la foufre , on peut dire tous
au contraire qu'on voit ra
rement récompenfer la
Vertu fans qu'on en témoigne
de la joye. C'est ce qui
a paru depuis peur quand
Monfieur le Comte d' Ayen
a efté reçeu Duc & Pair au
Parlement. Ses belles qua
Tome 10.
D
42 LE MERCURE
3
litez luy ont acquis une eftime
figenerale, que toute
la Cour s'eft intereffée aux
avantages que luy donne
ce nouveau Rang. Il eft
Fils de Monfieur le Duc
de Noailles , & c'eft affez
dire pour faire connoiftre
qu'il partage la Pieté , qui
eft comme un Bien heré
ditaire dans toute cette ll.
luftre Maiſon . Les foins
qu'il a pris de fe rendre les
belles Lettres familieres,
ne l'ont pas empefché d'a
prendre tout ce qu'on peut
fçavoir dans la Guerre. Il
GALANT. 43
OU
commença de donner des
marques de fon courage ,
lors qu'on envoya du Secours
aux Hollandois contre
l'Evefque de Munfter.
Ola toûjours fervy depuis
ce temps- là , & le Roy vou
lant montrer la fatisfaction
qu'il avoit de fa conduite ,
le fit l'Année derniere Ma-
I
refchal de Camp.
94
Sa Majefté a fait le mefme
honneur depuis quel -`
ques jours à Ms de Tracy'
& de Rubantel. Je vous ay
appris tant de chofes avantageufes
du premier dans
Dij
44 LE MERCURE
ma Lettre du Mois d'Avril,
que je n'ay plus rien à vous
en dire , finon qu'il a continué
depuis ce temps à
fervir comme il avoit fait
auparavant . On ne peut
mieux fçavoir fon Meſtier,
avoir plus de courage , ny
prévoir de plus loin les chofes
qui doivent arriver.
M' de Rubanrel qui a le
mefme Employ que luy
dans les Gardes , a fair auffi
paroiftre beaucoup de zele,
de valeur & d'application ,
toutes les fois que l'occafion
s'eft offerte d'en donGALANTI
+45
er
20
et
uf
ele
or
ca.
>
ner des marques. Plufieursde
cette Famille ont finy
glorieufement leurs jours
& dans le Service , & ont merité
par là de vivre toû
Jajours . O JOSVANGI
C'eſt un avantage qui
refts affuré às Dom Jofeph
d'Ardenne, Comte d'Illes ,
Lieutenant General des
Armées du Roy. Ileft mort
apres avoir tres bien fervy,
en fon temps . Il eftoit d'une
Maifon fort confidérable,
& la Nobleffe du Rouffillon
avoit beaucoup de créance
en luy.
46 LE MERCURE
M. l'Abbé de Caftelan
eft mort auffi , fort regreté
de quantité de Perfonnes
de la plus haute Qualité,
qui avoient beaucoup d'eftime
pour luy. Il eftoit
Frere de M' de Caftelan
Major des Gardes , dont la
bonne mine & le
courage
eftoient connus , & que
nous avons perdu à Gigery.
Apres ces triftes Nouvelles
, voudrez - vous bien,
Madame , écouter les Plainres
d'un Malheureux
, que
plus d'une infidelité foufGALANT.
47
J.
1,
la
ue
ferte n'a pû guérir de la foibleffe
d'engager toûjours
fon coeur ? Il les fait avec
affez d'efprit pour meriter
que vous perdiez un peu de
temps à l'entendre ; & quoy
que vous vous foyez renduë
infenfible aux maux de l'Amour
, la maniere dont il
exprime les fiens vous poursa
toucher.
48 LE MERCURE
L'AMAN
T
TROMPE.
DEgoûté
pourtoujours des Beautez de la Cour,
le peftois hautement contre lear
inconftance,
Et d'un Homme, ennemy declaré
de l'Amour
,
l'affectois en tous lieux l'heureuſe
Indiference.
La Chaffe me plaifoit, & toujours
dans les Bois,
Pour mieux me garantir des furprifes
des Belles,
GALANT. 49*
L'évitois avec foin le piege des
Ruelles, (choix.
Etla Retraite eftoit mon dernier
Simes traitspoursuivoient quelque
Befte fauvage,
Je n'appréhendois point d'en eftre
mal- traité,
Et des Oyfeaux, d'accord dans leur
tendre ramage
,
l'enviois la fidelité.
De leur commerce heureux le tranquille
avantage .
Me faifoitplaindre le malheur
D'un Amant qui furpris d'une
douce langueur,
Sur la foy d'un bel ail impruden
ment s'engage
A rifquer en aimant, le repos de
fon coeur.
Tome 10 . E
so LE MERCURE
ရ
Le mien que lesdehors d'une belle
apparence
A s'en laiffer duper avoient cent
fois réduit,
En retiroit au moins ce fruit
Qu'une affez longue expérience
Le mettoit en état de n'eftre plus
féduit.
L
Mais pour ne pas aimer quandle
panchant y pouſſe,
En vain nous employons nosfoins ;
C'est une habitude fi douce,
Qu'on la reprend lors qu'on le croit
le moins.
Vn jour affis furla Fougere,
le prenois des Zéphirs le frais delicieux,
Quãdj'aperçeus une jeuneBergere
Dont l'éclat éblouit mes yeux,
GALANT .
Si
雪
L'art ne luy preftoit rien ;fa beauté
naturelle
Brilloit avec tant d'agrément,
Que plein d'un doux faififfement,
Au péril de ne faire encor qu'une
Infidelle,
Ie courus rendre hommage à cet`
Objet charmant.
de
Quel bonheur fut le mien ! nos
coeurs d'intelligence
Se trouverent tous deux en mefme
temps charmez;
Ilfembloit que l'Amourjaloux de
fa puissance,
L'an pourl'autre les euſtforrnéz,
Depuis ce temps , unis par les plus
belles chaines,
Nous ignorions l'ufage des foùpirsi
52 LE MERCURE
Et dans leur pureté, fans mélange
de peines,
Nous gouftions les plus doux
plaifirs.
Nos flames chaquejour devenoient
plus ardentes,
Tout nous rendoit heureux dans ce
charmantfejours
Et des pafions violentes,
Nous n'y fentions que celle de
l'Amour.
L'ame pleinement fatisfaite,
Le n'enviois le fort ny des Rois, ny
des Dieux,
Et je préferois la Houlete
Au Deftin le plus glorieux.
Yn Habit de Berger m'en donnoit
L'innocence,
i .
GALANT.
$3
Ze ne dédaignois point de garder
des Troupeaux,
Et d'accorder des Chalumeaux,
Favorisé de l'Ombre & du Si-
Lence,
Au douxmurmure des Ruiffeaux.
1 Tel Iupiter defcedufurlaTerre,
Quitta l'eclat pompeux defa Divinité,
Etfit hommage du Tonnerre
Auxpieds d'une jeune Beauté.
L'Amour caufa cette métamorphofe,
D'Apollon ilfit un Pafteur,
Et fur ce grand Exemple il n'eft
Warrien que l'on n'ofe
Pourferendre maiſtre d'un coeur.
l'aurois plus fait encor pour tou
cher ma Bergere.
34 LE MERCURE
Falloit il qu'un Rival vinft corromprefa
foy,
Ou devoit- il affez luy plaire
Pour partager des voeux qui n'eftoient
dens qu'à moy ?
&
L'Ingrate me trahit ; Dieux , qui
l'auroit pû croire?
Mon feu fe repofoit fur fa fimpli
cité ;
Cent fermens m'affuroient , elle en
perd la mémoire,
Et court à l'infidelité.
Pour me väger de l'Inhumaine,
En vain d'un vif dépit j'écoute le
transport.
l'aybeau m'abadonner tout entier
à la haine,
L'Amour eft toûjours le plusfort.
GALANT.
SS
Monfort abien changé,jepers tout
ce que j'aime,
La douceur d'eftre aimé remplifoit
mes defirs 3
On me l'offe , &le Ciel dans mon
malheur extréme
Me condamne peut- etre à d'eternels
foupirs.
Amour, toy qui d'abord me fusfi
favorable,
Dans cette trifte extremité,
Rens-moy cette belle Coupable,
Ou ma premiere liberté.
Cette Piece a quelque
chofe de champestre, & je
l'ay choifie exprés de ce
caractere parmy beaucoup
E
iiij
56 LE MERCURE
d'autres que j'ay à vous
faire voir , pour donner à
ma Lettre une plus agreable
diverfité. On ne m'en
a point nommé l'Autheur .
Jay fçeu feulement qu'il
n'avoit pas un Génie moins
heureux dans les matieres
badines , que dans celles
qui font éloignées de l'enjoüement,
& qu'il achevoit
de mettre en Vers libres
le Teftament de Mademoiſelle
du Puy. Il n'en fut
jamais un plus extraordinaire.
Il fait grand bruit.
icy. Tout le monde en
GALANT .
ST
parle , tout le monde fouhaite
l'avoir, & je n'en ay
pû encor recouvrer de Copie
entiere à vous envoyer.
Mademoiſelle
du Puy eft
cette celebre Joüeufe de
Harpe qui mourut il y a
deux ou trois mois, & voicy
entr'autres Articles ce que
j'ay entendu debiter du
Teftament dont il s'agit.
Il porte qu'il n'y auroit à
fon Enterrement
ny Boffus ,
ny Boiteux , ny Borgnes , &
on y trouve marqué le
nombre d'Hommes mariez,
de Femmes & de Filles
38 LE MERCURE
faire
qu'elle fouhaitoit qu'on en
priaft . Elle ordonne que
fa Maifon ne fera loüée
pendant vingt ans qu'à
des Perfonnes qui feront
Preuve de Nobleffe , &
donne une Place pour
un Jardin, à condition que
celuy à qui elle la laiſſe n'y
fera point planter d'Arbres
nains . Vous jugez bien
par là , Madame , que la
Demoiſelle eftoit raiſonnablement
vifionnaire . Vous
en ferez encor mieux perfuadée
quand je vous auray
appris, que comme il n'y a
GALANT. $ 9
prefque perfonne qui n'ait
fon Animal favory , elle
avoit des Chats qu'elle n'a
pû oublier en mourant.
Ainfi elle a étably une
Rente pour leur nourri
ture , & un Revenu confidérable
dont doit jouir celuy
à qui elle en confie le
foin. Vous direz que cette
Rente luy affurant dequoy
vivre, il y a du moins quelqu'un
qui profite de fa folie.
La choſe ne recevroit
point de difficulté , fi c'ef
toit pour ce quelqu'un que
la Rente cuft efté faite via60
LE MERCURE
1
que
gere, mais elle ne l'eft
pour les Chats , & comme
elle s'éteint par leur mort,
il faut qu'il meure avant
eux , s'il veut empefcher
qu'elle ne luy manque
.
Elle avoit leu fans doute
que quelques Peuples avoient
autrefois étably des
Hofpitaux pour les Chiens ,
& qu'il y en a encor aujourd'huy
en Turquie
, quoy
que les Mahometans
aiment
moins les Chiens que
les Chats, pour leſquels ils
ont une grande venération
. Pour fa Harpe qui
GALANT. 6
luy avoit fait gagner tant
de Bien , elle la laiffe à un
Aveugle des Quinze -vints ,
qu'elle avoit entendu dire
qui joüoit admirablement
des Inftrumens.
·
Comme vous aimez la
Mufique , je vous fouhaitay
fort dernierement dans
une Affemblée où il y eut
un tres grand Concert .
J'y recouvray les Paroles
du dernier Air que feu M
le Camus a compofé . Vous
me les avez demandées , &
je vous les envoye . La belle
Mademoiſelle de Ville62
LE MERCURE
neuve les chanta avec une
jufteffe à laquelle on ne
peut rien ajoûter ; tout le
monde en fut charmé , &
jamais il n'y eut tant de
loüanges , ny fi juſtement
données.
AIR.
Eftes- vous point refveuſe &
trifte quelquefois ?
N'h
Devos Rochers & deos Bois
N'allez- vous point chercher les
plus fombres demeures,
Etdans ces Lieux charmans, fenfible
à mon amour,
Ne paffez vous point quelques
heures ,
Comme j'y paffe tout lejour?
GALANT.
63
Mde Frontiniere a fait
ces Paroles . Elles font
touchantes d'elles - mef
mes. Jugez ce qu'elles me
parurent dans la bouche
d'une Perfonne qui eft fi
propre
à toucher. A vous
dire vray , Madame , il y a
un peu de riſque à courir,
& la beauté de Mademoifelle
de Villeneuve jointe
à celle de fa voix , eft quelque
chofe de fidangereux,
le repos de bien
que pour
des Gens , il feroit à fouhaiter
qu'elle ne ſe laiſſaſt
point voir quand elle
64 LE MERCURE
chante . Voicy d'autres
Paroles fur un fujet tout
diférent . M Moliere en a
fait l'Air depuis peu avec
fon fuccés ordinaire .
J
AIR.
Aime l'Eau pour l'amour du
Vini
Ellefringue mon Verre,
Elle arrofe la Terre,
Et nourrit le Raifin.
I'aime l'Eau pour l'amour du
Vin.
Vous voulez bien , Madame
, que j'ajoûte quatre
Vers à ces Paroles . Une
GALANT .
6.5%
Dame qui eft encor fort
belle , quoy que dans un
âge où il femble qu'il ne
foit plus permis de prétendre
à la Beauté , difoit agreablement
ces derniers
jours , fur le fujet de fa Fefte
qui approchoit , que fa
belle faifon eftoit paffée ,
& que ce n'eftoit plus
pour elle que naiffoient les
Fleurs. Un Cavalier auffi
galant que fpirituel , l'entendit
, & le jour de cette
Fefte eftant venu , il
luy
envoya un Bouquet de
Tubéreuſes , qui font aſſez
Tome 10. F
1
66 LE MERCURE
+
rares au Mois dé Decem.
bre. Le Bouquet eftoir
accompagné de ce Quadrain.
LaBeauté que le temps croit avoir
effacée,
Ne vous doit point coufter de
pleurs s
De ces Fleurs , belle Iris , la faifon
eft paffee,
Cefont pourtant de bellesFleurs.
C'eftoir quelque chofe
d'admirable que les Jardins
enchantez du Palais
d'Armide , où il en naiffoit
en tout temps & de toutes
les façons. Quoy que vous
GALANT.
67
晶
foyez inftruite de tout ce
qui eft arrivé à cette belle
Princeffe par la lecture du
Taffe , lifez je vous prie ce
qui en a efté imprimé depuis
peu fous le titre des
Avantures d'Armide & de
Renaud. Vous en ferez
fatisfaite. Ce Livre eft fort
agreable, & vous dire qu'il
eft de Mi le Chevalier de
Meré , c'eft vous dire que
Vous y trouverez autant de
pureté de langage, que de
délicateffe d'expreffion .
Vous ne ferez pas moins
contente du Compliment
Fij
68 LE MERCURE
que M' Doujat eut l'hon
neur de faire à Monfieur
le Chancelier , lors qu'il le
fut falüer pour la Faculté
de Droit de l'Univerſité
de Paris , dont il eft le plus
ancien Docteur Régent
.
Il eftoit accompagné
de
fes Collégues , & fut prefenté
par
Monfieur Pelletier
Confeiller d'Etat, comme
il l'avoit efté en pareille
rencontre par M. de Lamoignon
à feu Monfieur
Daligre .
GALANT. 69
7
J
COMPLIMENT
A MONSIEUR
LE CHANCELIER..
MONSEIGNEUR,
Le jufte choix que le Roy
a fait de vostre Perfonne,
pour l'élever à la plus haute
Dignité de la Robe , est fans
doute laplus infaillible marque
d'un merite achevé. Mais
c'est encore une preuve bien
70 LE MERCURE
convainquante, que ce merite
eft generalement reconnu, de
voir que les Loix, qui ordinairement
font muettes au
milieu des Armes , prennent
d'abord un tel éclat entre vos
mains, qu'on n'entend de tous
coftez que des acclamations
des
applaudiffemens, pour
une action pacifique, dans un
temps où les Triomphes de
nostre invincible Monarque
font tant de bruit en tous
lieux , par des miracles de
guerre fi continuels & fifurprenans.
On peut bien , MonfeiGALANT.
71
gneur , les appeller ſurprenans
, puis qu'ils n'ontpoint
d'exemple dans toute l'Antiquité
, & que l'on n'a gueres
moins de peine à les croire
apres qu'ils font arrivez,
qu'à les imaginer avant
qu'ils arrivent. En effet, il
n'y a perfonne qui fuit capable
de les concevoir , que cet
incomparable Génie qui feul
Les fçait executer. Car enfin
peut on comprendre cettefage
conduite qui pourvoit à
tout ; cette activité qui eft
par tout ; cette intrépidité
heroïque qui anime tout ; &
72
LE MERCURE
enfin cette augufte preſence
qui vient à bout de tout ?
Mais peut-on affez admirer
les prodiges que ces.
grands refforts ont produit
dans le cours de cette
feule Année , qui n'eft pas
encore finie ? une Campagne
qui en vaut pluſieurs , ſi
hautement achevée , en la
Saifon qu'on l'ouvroit à
peine autrefois ; & recommencée
avec un pareil fuccés,
auffitoft que les Ennemis ont
finy les marches & les contremarches
qu'ils ont appellées
leur Campagne : plufieurs
GALANT. 73
fieurs Places qu'on n'avoit
osé attaquer, ou qu'on avoit
I attaquées inutilement en di-
= vers temps , emportées dans
peu de jours : une Bataille
gagnée par un autre Soymefme
pendant deux Sieges ;
ces Braves de toutes Nations
gne ;
forcez en un moment derriere
leurs plus forts Remparts,
auffi-bien qu'en rafe Campaleurs
prodigieufes
5,
Armées également défaites
en combatant & fans combatre?
Voftre zele pour le fervice
& pour lagloire du Roy,
Tome 10. G
74 LE MERCURE
mefait efperer, Monfeigneur,
que vous excuferez facilement
cette digreffion fur un
Sujetfi agreable, & où vous
les Voftres avez toûjours
eu tant de part.
Nous voyons , Monfeigneur,
dans vos fages Confeils,
dans vosfoins vigilans
& fideles , & dans toute
voftre Vie , de grandes matieres
de plufieurs Panegyriques
; & nous voudrions
bien nous pouvoir acquiter
de ce qui vous eft deû en
cette occafion . Mais le temps
d'un Compliment , dont je
GALANT.
75
vois bien que j'ay déja paßé
les bornes, ne me permet pas
defuivre cettejufte inclination
; je connois trop ma
foibleffe , pour me hazarder
à une fi difficile entreprife.
Il me fuffira de dire, en paf-
Ifant, ce qui eft connu de tout
= le monde , que vous sçavez
joindre admirablement bien
des chofes qui ne fe trouvent
gueres d'accord que dans les
Hommes extraordinaires :
1 un efprit penétrant
, avec un
jugement
folide ; une modération
fans exemple
, avec
une éminente
fortune
; & une
Gij
76 LE MERCURE
probité infléxible , qui ne
confidere perfonne quand il
faut juger , avec une affabilité
obligeante qui ne rebute
perfonne, quand ilfaut écouter.
Ainfi , Monfeigneur
, la
juftice que le Roy vient de
faire à vostre vertu , & d
vos longs & importans Services
, eft un moyen affuré
pour la rendre par uneſeule
action , au refte de fes Sujets
; & la connoiffance
que
l'on a de cette verité, dont
on voit déja les effets , répand
dans tous les Coeurs
x
GALANT .
77
une joye qui n'eft pas concevable.
Cependant , Monfeigneur,
la Faculté de Droit ofe fe
flater de l'efpérance que
dans cette commune allégreffe
vous aurez la bonté
de diftinguer fon zele parmy
celuy des autres Corps , qui
ont eudéja, ou qui auront en
fuite l'honneur de rendre de
femblables devoirs à Vostre
Grandeur.
Pour nous attirer cet avantage,
ilfuffiroit de l'at--
tachement
particulier
qu'exige
de nous la profeffion
des
G iij
78 LE MERCURE
Loix , dont vous estes l'O.
racle & l'appuy tout enſem
ble.
33 Mais outre cette dépendance
auffi glorieufe que neceffaire
, aux obligations de
laquelle nous tâchons de répondre
par une profonde véneration
, & par des voeux
ardens &
finceres ; que ne
devons - nous pas d V. G.
pour l'inclination qu'elle a
toujours témoignée de voir
rétablir l'Etude de la Fu
risprudence ; qui vous eft
chere, parce que vous la poffedez
parfaitement, & parce
•
GALANT . 79
que vous en connoiffez mieux
que perfonne l'importance
Es la neceffité ? Vousfçavez,
Monfeigneur , combien elle
eft décheuë de fa premiere
fplendeur dans ce Royaume
où on l'a veuë fi floriffante
pendantplufieurs Siecles.
Maintenant que vous eftes
en état de la vanger du mépris
injurieux qu'en font
ceux à qui elle est inconnuë;
• que pouvons- nous fouhaiter
de plus honorable pour V. G.
& de plus utile pour le Public,
fi ce n'est l'entier accompliffement
de vos grands
G
iiij
80 LE MERCURE
louables deffeins ; & que
pour en voir l'effet , vous
puiffiez fervir le Roy &
l'Etat dans les nobles fon-
Etions d'une Dignité fi éminente
auffi longuement que
dans celles de tous les autres
Emplois que vous avezfi dignement
remplis ?
Monfieur le Chancelier
reçeut cette Députation
d'une maniere toute obligeante.
Le merite particulier
de M'Doujat luy ef
roit connu , & il fçavoit la
reputation qu'il a parmy
GALANT. 81
tous ceux qui eftiment les
belles Lettres . La place
qu'on luy a donnée dans
l'Académie Françoiſe en eft
une marque. Il eft originaire
de Toulouſe , defcendu
d'un Louis Doujat , qui
fut pourveu le premier il y
à environ 160. ans de la
Charge d'Avocat General
du Grand Confeil , cette
Compagnie n'en ayant
point eu avant luy . Un de
fes Fils fe fit Confeiller au
Parlement de Toulouse ,
l'autre demeura à Paris , &
depuis ce temps - là il y a
82 LE MERCURE
toûjours eu des Officiers de
ce nom dans quelqu'une
des Cours Souveraines de
ces deux Villes .
Apres la mort de M' du
Nozet , Auditeur de Rote,
M' l'Abbé Doujat dont je
vous parle, fut proposé par
M' de Marca Archevefque
de Toulouſe , pour eftre envoyé
à fa place, & feu M ' le
Cardinal Mazarin , inftruit
de fa haute capacité
, luy avoit
fait dire qu'il fe tinft
preft à partir ; mais les
grandes Alliances & les
correfpondances
que M
rs
GALANT. 83
de Bourlemont avoient en
Italie , jointes à quelques
autres confiderations importantes
, firent tourner
les chofes , fur la priere de
Ml'Evefque de Caftres depuis
Archevefque
de Toulouſe
, en faveur de Monfieur
fon Frere qui s'eft dilieu
gnement
acquité
de cet
Employ
dans des conjonctures
affez difficiles
.. Ce
changement
n'eut pas
de le chagriner
, puis qu'il
fut caufe de l'honneur
qu'il
reçeut d'eftre employé
pan
feu M' le Prefident
de Pe
84 LE MERCURE
rigny, à donner à Monſeigneur
le Dauphin les premieres
teintures de l'Hiftoire
& de la Fable . Il fut
furpris des talens extraordinaires
qui éclatoient
en
ce jeune Prince dés l'âge de
fix ans . Il s'agiffoit de les
cultiver , & cela luy donna
occafion
de compofer
un
Abregé de l'Hiftoire
Gréque
& Romaine furVelleius
Paterculus
. Cet Ouvrage
merite l'approbation
que
luy a donnée le Public . Il a
fait imprimer
depuis ce
temps - là un Recueil én LaGALANT
.
85
tin de tout ce qui regarde le
Droit Ecclefiaftique particulier
à la France , & enfuite
une Hiftoire du Droit Canon.
Il travaille prefentement
à celle du Droit Civil
qui paroiftra bientoſt , & à
des Notes fur Tite - Live
pour l'ufage de Monſeigneur
le Dauphin . On les
imprime ; & comme le Païs
Latin n'eft pas un Païs inconnu
pour vous , je me
perfuade , Madame , que
vous ne manquerez pas de
curiofité pour les voir.
Dans le temps que tous
8% LE MERCURE
les Corps fe font empreffez
à venir faire leurs Complimens
à Monfieur le Chancelier,
fur le nouveau rang
où le Roy l'a élevé, les Mufes
ne font pas demeurées
muetes , & voicy des Vers
qui ont efté adreſſez à
M ' Calpatri , Maiſtre des
Comptes.
ASASASASYO YIASASAGAS
POUR MONSIEUR
LE CHANCELIER.
L
Oüis le Grand, & le plus
grand des Rois,
Ne peutfairequede grads choix,
GALANT.
87
Etceluy cy n'a rien, Calpatri, qui
m'étonne
C'est un grand Monarque qui
donne,
Et c'est un grand Sujet parfoy, par
fes Emplois
Qui reçoit , dés longtemps fidele a
la
Couronne,
Capable aufi plus que perfonne
Parles foins qu'il a pris des Armes
& des Loix,
De foûtenir l'éclat dont Thémis
l'envionne.
Enfin c'eft le TELLIER, tout utile
à la fois
Au Public, à l'Etat, ce Miniftre
d'élite
Dont le Prince aujourd'huy couronne
le merite,
Il eft certain que le choix
88 LE MERCURE
que le Roy a fait de Mon.
fieur le Tellier pour la plus
importante Charge de l'Etat
, a efté reçeu avec les
acclamations de toute la
France , & c'est ce qui a
donné lieu aux deux Quatrains
fuivans. La Juftice
parle dans le
premier..
I
QUATRAIN .
Ene veuxplus fonger qu'à gouferle
repos
Que vient de me donner le plus grad
des Héros:
Ainfi fi je parois n'eftre plus occupée,
Le Pere ama Balance , & le Fils
mon Epée,
1
GALANT. 89
AUTRE.
Loa
Oüis par fa rare prudence
Enfoulageant Thémis, montre que
parfon choix,
Il veut que le TELLIER en tienne
la Balance,
Quandfon Fer eft tenu par l'Illuftre
Louvois .
Je fçay , Madame , que
ces témoignages de joye &
de refpect rendus à cegrand
Miniftre, n'auront rien de
furprenant pour vous à qui
tout fon merite eft connu ;
mais il vous le fera fans doute
d'apprendre la Conver
H
Tome 10 .
90 LE MERCURE
fion de l'Indifferent à qui
vous avez tant de fois reproché
l'air tranquille qui
paroift dans toutes les actions,
& cette Philofophie
foit naturelle,foit artificiel
le dont il fe pique , quoy que
la plupart des Gens la regardent
en luy comme un defaut.
Le croirez - vous , Madame?
Il aime , & apparemment
il ne ceffera pas fi- toft
d'aimer, car quand l'Amour
s'eft une fois rendu maiſtre
de ces coeurs Philofophes
qui luy ont long - temps
refifté , comme il ne feroit
GALANT. 95
pas affuré d'y rentrer quand
il voudroit, il n'abandonne
pas aifément la place .Voicy
ce que j'en ay pû découvrir.
I voyoit fouvent une jeune
& fort aimable Perfonne , &
n'avoit commencé à la voir
que parce qu'elle aime les
Livres & qu'elle a l'efprit
tres- éclairé. Apres luy avoir
donné fes avis fur les
lectures qu'elle devoit faire
pour ne rien apprendre
confufément, il s'offrit à luy
fervir de Maiſtre pour l'Ita
lien ; & à force de luy faire
dire, j'aime, dans une autre
Hij
92 LE MERCURE
langue que la fienne , il ſouhaita
d'en eftre veritablement
aimé. Ses regards
parlerent , & comme c'eftoit
un langage que la Belle
n'entendoit
pas , ou qu'elle
feignoit de ne point entendre
, il ne put s'empefcher
un jour de luy reprocher
fon peu de fenfibilité . Elle
fe defendit
de ce reproche
fur l'eftime particuliere
qu '
elle avoit pour luy. Vous
fçavez , Madame , que l'ef
time ne fatisfait point un
Amant . Il luy declara qu'il
en vouloit à fon coeur , &
GALANT.
95
qu'il fe tiendroit malheureux
tant qu'elle luy en refuferoit
la tendreffe . La
Belle détourna ce difcours ,
& fit fi - bien pendant quelque
temps, qu'il ne pût trouver
aucune occafion favorable
de le pourfuivre. Il
devint chagrin , & refvoit
aux moyens de faire expliquer
celle qu'il aimoit,
quand on le vint confulter
fur des Vers écrits d'une
main qui luy eftoit inconnuë
. Il eſt du meſtier , &
ceux que vous avez veus de
fa façon , vous donnent
94 LE MERCURE
affez lieu de croire qu'on
s'en pouvoit rapporter à
luy. Il prit le papier qu'on
luy donna , & leut ce qui fuit
fans s'attacher qu'à la net
teté de la Poëfie.
Pourquoy
m'avoirfait con?
fidence
Que vous en vouliez à mon coeur?
Ilfaut que contre vous il fe mette
en defenfe,
Te dois vous empefcher d'en eftre le
vainqueur.
ရ
Iene m'eftois point apperçeuë
Que tous vos petits foins deuffent
m'eftre fufpects,
Et quand j'enfaifois la reveuë,
Te les prenois pour des refpects.
GALANT. 93
Ah, que ne m'avez- vous laiffée ,
Cruel Tircis, dans cette douce er--
reur!
Vousme voyez embarraffée.
On l'eft toujours quand il s'agit
du coeur.
Il faut prendre party, je ne dois
plus attendre,
Maisfi vous m'attaquez, comment
vous repouffer?
Quand on fent le befoin qu'on a de
fe defendre,
Il est déja bien tard de commencer.
Ces Vers luy parurent
d'un caractere doux & aifé.
Ille dit d'abord à celuy qui
luy en demandoit fa pen96
LE MERCURE
fée , & vous pouvez juger
de fa furpriſe quand on l'af
fura que c'eftoit le début
d'une Fille qu'il approuvoit .
Ce mot le frapa . Il fe fouvint
de la converfation
qu'il avoit eue avec ſa belle
Ecoliere. Tout ce qu'il venoit
de lire s'y appliquoit,
& cette penfée le fit entrer
dans des tranfports de joye
incroyables ; mais il ceffoit
de fe les permettre , fi- toft
qu'il faifoit reflexion que
ces Vers eftoient trop bien
tournez pour eftre le coup
d'eſſay d'une Perfonne qui
n'en
GALANT. 97
I n'en avoit jamais fait , &
qui ne fe piquoit point du
tout de s'y connoiftre.
L'incertitude luy faifant
peine, il refolut d'en fortir.
Il rendit vifite à la Belle,
luy parla d'une nouveauté
qui faifoit bruit , leut ces
Vers dont il avoit pris une
copie , l'obſerva en les li
fant , & l'en ayant veu foûrire
, il l'embaraffa fi fort,
qu'il luy fit enfin avoüer
que c'eftoit elle qui les a-
I voit faits. Elle ne luy fit
cet aveu qu'en rougiffant,
& en luy ordonnant de les
I
Tome 10 .
98 LE MERCURE
regarder comme un fimple
divertiffement que fa Muſe
naiffante s'eftoit permis, &
dont elle avoit voulu le rendre
Juge def- intereſſé , en
luy cachant qu'elle s'eftoit
meflée de rimer. La referve.
ne l'étonna point , il comprit
fans peine ce qu'on
vouloit bien qu'il cruſt , &
abandonna fon coeur à fa
paffion. Celle qui la caufe
en eft fort digne . Vous
eftes déja convaincuë de
fon efprit par fes Vers, & je
ne la flate point en adjoû->
tant qu'elle eft affez belle
GALANT .
99
I
pour le pouvoir paffer d'efprit
, quoy qu'il femble que
ce foit eftre belle & fpirituelle
contre les regles , que
d'eftre Fun & l'autre en
1 mefme temps. Si vous la
1 voulez connoiftre plus particulierement
, imaginezvous
une Brune qui a la
taille tres bien priſe, quoy
que mediocre , le plus bel
oeil qu'on aitjamais veu , la
bouche également belle, le
teint & la gorge admirables
, & outre tout cela un
air doux & modefte qui ne
vous la rendra nullement
I ij
100 LE MERCURE
fufpecte de faire des Versi
Voila fon veritable Por
trait . Tout ce qu'on luy reproche
pour defaut, c'eft un
peu trop de mélancolie ,
une défiance perpetuelle
d'elle - mefme , & une timidité
qu'elle a peine à vaincre,
mefme avec ceux dont
elle ne doit rien apprehender.
Les Vers d'une fi aimable
Perfonne n'eftoient
pas de nature à demeurer
fans réponſe, & quand no.
ftre Amant Philofophe
n'auroit pas efté Poëte il
avoit déja longtemps, c'efy
GALANT. 101
toit là une occafion à le devenir
. A peine deux ou
trois jours s'eftoient- ils paffez,
que la Belle reçeut un
Pacquer , dans lequel elle
ne trouva que cette Lettre .
Elle eftoit datée du Parnaſſe
& avoit pour Titre
APOLLON,
A LA JEUNE IRIS.
Os Vers , aimable Iris , ont
fait du bruit icy,
On vous nomme au Parnaffe une
petite Mufe.
I iij
102 LE MERCURE
Puis que voftre début a fi bien
réülly,
Vous irez loin, ou je m'abuse.
Nos Poëtes galans l'ont beaucoup
admiré,
Les Femmes Beaux Efprits, telles
que fut la Suze,
Pourdire tout ,l'ot unpeu cenfuré.
le fuis ravy que vous foyez des
noftres.
Eftre le Dieudes Versferoit unfort
bien doux,
Si parmy les Autheurs il n'en ef
toit point d'autres
Quedes Autheursfaits come vous.
l'ayfur les beaux Eſprits une puiffance
entiere,
Ils réconnoiffent tous ma Iurifdi-
Elion.
GALANT.
103
A vous dire levray c'est une Nation
Dont je fuis dégoûté d'une étrange
maniere.
Et mefme quelquefois dans mes
brufques tranfports,
Pen s'enfaut qu'a jamais je ne les
abandonne;
Mais fi les beaux Efprits eftoient
de jolis Corps,
Teme plairois à l'employ qu'on me
donne.
Des que vous meferezl'honneur de
m'invoquer
,
Fiez- vous- en à moy, je ne tarderay
guere,
Et lors que mon fecours vous fera
neceffaire ,
Affurez vous qu'il ne vous peut
manquer..
I iiij
104 LE MERCURE
Je vous diray pourtant un point qui
m'embaraſſe;
Vn certain petit Dieufripon ,
(lenefçayfeulementfi vousfçavez
fon nom,
Il s'appelle l'Amour ) a poußéſon
audace
Iufqu'à mefoûtenir enface,
Que vos Versfont defa façon,
Et pourvous, m'a- t -il dit, confolez
vous de grace,
Ce n'est pas vous dont elle a pris
legon.
Quoyqu'il fe pare en vain de ce
faux avantage,
Il a quelque fujet de dire ce qu'il
dit;
Vous parlez dans vos Vers un affez
doux langage,
GALANT. 105
Et peut-eftre apres tout l'Amant
dont il s'agit
Iugeroit que du coeur ces Versferoient
l'ouvrage,
Si parmalheur pour luy vous n'aviez
trop d'efprit.
T
N'allezpas de l'Amour devenir
l'Ecoliere,
CeMaifire dangereux conduit tout
de
travers,
(réguliere
Vous ne feriez jamais de Piece
Si ce petit Brouillon vous infpiroit
vosVers.
Adieu , charmante Iris , j'auray
foin que la Rime,
Quand vous compoſerez, ne vous
refufe rien.
Mais que cefoit moyfeul au moins
qui vous anime,
Autrementtout n'iroitpas bien.
106 LE MERCURE
La Belle n'eut pas de pei
ne à deviner qui eftoit l'Apollon
de la Lettre , mais
elle refva quelque temps
furun petit fcrupule délicat
qui luy vint. Elle n'euſt pas
efté bien- aife qu'on luy cuft
fait l'injuftice de donner à
l'Amour tout l'honneur des
Versqu'elle avoit faits, mais
elle ne pouvoit d'ailleurs
penetrer par quel intereft
fon Amant avoit tant de
peurqu'on ne les attribuât à
F'Amour, & fi elle luy avoit
defendu de croire qu'ils
fuffent autre choſe qu'un
GALANT. 107
jeu d'efprit où fon coeur n'avoit
point de part , elle trouvoit
qu'il euft pû fe difpenfer
de luy confeiller auffi
fortement qu'il faifoit de
ne fe fervir jamais que des
Leçons d'Apollon . C'ef
oit luy faire connoistre
qu'il n'avoit fouhaité que
foiblement d'eftre aimé; &
le dépit d'avoir répondu
trop favorablement à fa
premiere declaration , luy
faifoit relire fa Lettre , pour
voir fielle n'y découvriroit
point quelque fens caché
qui pût affoiblir le reproche
108 LE MERCURE
qu'elle s'en faifoit , quand
on luy en apporta une fe
conde d'une autre main.
Elle l'ouvrit avec précipita
tion, & y lût ces Vers .
L'AMOUR,
A LA BELLE IRIS .
A
Vez- vous lù mon nom fans
changer de couleur?
Voftre furprife, Iris, n'eft- elle pas
extrême?
Raffurez vous; mon nom fait toùjours
plus de peur
Queje n'en auroisfait moy-meme.
GALANT. 109
PoftreOuvragegalant, début aſſez
heureux,
Entre Apollon&moy met de la ja-
Loufie.
Il s'agit defçavoir lequel eft de
nous deux
Voftre Maistre de Poëfie.
Franchement , Apollon n'eft pas
d'un grand fecours,
En matiere deVers je ne le craindrois
guere
,
Et je le défierois de faire
D'aufi bons Ecoliers que j'enfais
tous lesjours.
&
Quels travaux affidus pourformer
un Poëte ,
Et quel temps ne luyfaut- ilpas?
110 LE MERCURE
On eft quite avec moy de tout cet
embarras;
Qu'on aime un peu, l'affaire eft
ရ (faite.
Cherchez- vous à vous épargner
Cent preceptes de l'Art , qu'ilferoit
longd'apprendre?
Vnerefverie unpeu tendre,
En un moment vous va tout'enfeigner.
l'inftruis d'une maniere affez courte
&facile;
Commencer par l'Esprit c'eft un
foin inutile,
Fort longdu moins, quand meſme
il réulit.
Je vais tout droit au Coeur, &fais
plusde profit,
Car quand le Coeur eft une fois
docile,
Onfaitcequ'on veutde l'Efprit.
GALANT.
LIL
Quand vousfiftes vos Vers, dites-le
moyfansfeinte,
Les fentiez- vous couler de fource
&fans contrainte?
Ie vous les infpirois , Iris , n'en doutez
pas.
Sifortant lentement
veine,
d'une froide
Sillabe apres fillabe ils marchoient
avecpeine,
C'eftoit Apollon en ce cas.
Lequel avoüez- vous, Iris, pour
voftre Maiftre ?
Je m'inquiete peu pour qui vous
prononciezi
Carenfin je le pourrois eftre
Sans quevous-mefme le feuſſiez.
Je ne penferoispas avoirperdu ma
cau
#12 LE MERCURE
Quand vous décideriez en faveur
d'un Rival; 2098 const
Et mefme incognitofij'avoisfait
la chofe,
Mes affaires chez vous n'en iroient
pasplus mal.
Mais quandje n'aurois point d'au
tre part à l'Ouvrage,
Sans conteftationj'aydonné lefujet.
C'est toujours ungrad avatage,
Belle Iris, j'en fuis fatisfait.
Cette feconde Lettre
éclaircit entierement le
doute de la Belle . Elle ne
fut pas fâchée
de
voir
que
celuy
qui avoit
fibien
parlé
pour
Apollon
, n'euft
pas
GALANT.
173
laifféle pauvre Amour indéfendu,
& elle vit bien qu'il
ne luy avoit propofé les
raifons de part & d'autre,
que pour l'engager à décider
lequel des deux avoit
plus de part à fes Vers, ou
de l'Efprit, ou du Coeur. La
Queftion eftoit délicate .
On la preffa longtemps de
donner un Jugement . Elle
fe récufoit toûjours ellemefme,
& s'eftant enfin refoluë
àprononcer, voicy un
Billet qu'elle fit rendre à
fon Amant pour Apollon.
Tome 10. K
114
LE MERCURE
Sire Apollon , ce n'est pas une af
1
faire
Que deux ou trois Quatrains que
j'ayfaits parhazard ,
Et je croy qu'apres tout vous n'y
perdriez guere
Quand l'Amour feuly devroit
avoirpart.
Ne vous alarmez point ; s'ilfaut
nommer mon Maiftre ,
Ie jureray tout haut que mes Vers
font de vous.
Ils couloiet pourtant, entre nous,
Comme Amour dit qu'il les fait
naiftre.
Je croy , Madame , que
fans en excepter Petrarque,
& Laure d'amoureuſe meGALANT.
15
moire , voila l'intrigue la
plus poëtique dont on ait
jamais entendu parler , car
elle l'eft des deux coftez .
Nous ne trouvons point les
Vers que la belle Laure a
faits pour répondre à ceux
de Petrarque , mais cette
Laure- cy paye fon Petrar
que en mefme monnoye,
& l'attachement qu'ils ont
l'un pour l'autre s'eft tellement
augmenté par cet agreable
commerce de Poëfie,
qu'ils femblent n'avoir
plus de joye qu'en fe
voyant. Je les attens au Sa-
Kij
116 LE MERCURE
crement , s'ils vont jamais
jufques- là ; caril n'yaguere
de paffions qu'il n'affoibliffe,
& l'Amour dans l'ordinaire,
demeure tellement
déconcerté par le Mariage,
qu'on a quelque raiſon d'affurer
qu'il n'a point de plus
irréconciliable Ennemy.
Ce n'eft pas pourtant une
regle abfolument generale,
& ce que je vay vous dire
d'une jeune Perfonne de la
plus haute Qualité, vous en
fera voir l'exception . Il ya
peu de temps qu'elle eft
mariée , & les belles qualiGALANT.
117
!
1
tez de l'Epoux qu'elle a fait
heureux le rendent fi digne
de poffeder tout fon coeur,
qu'elle n'a point mis de bornes
à fa tendreffe . Elle voudroit
le voir dans tous les
momens du jour , & vous
pouvez juger du plaifir
qu'elle s'en fait par le genre
de confolation qu'elle choifit
dernierement pendant
; un Voyage qu'il fut obligé
de faire fans elle à la Cour.
Elle fe fouvint d'avoir veu
fon Portrait dans un lieu où
elle avoit tout pouvoir. Elle
y courut , le détacha elle
118 LE MERCURE
mefme de l'endroit où il
avoit efté placé, le fit porter
à fa Chambre , paffa : la plus
grande partie de la nuit à le
regarder , & je ne fçay fi
elle ne luy fit point de tendres
careffes. Si toutes les
Femmes aimoient avec une
auffi forte paffion , il n'y auroit
pas un fi grand nombre
de Marys Coquets , & on
feroitravy de trouver chez
foy l'Amour Complaifant
que le chagrin engage
quelquefois à chercher ailleurs
. Quelque eftat de vie
qu'on ait embraffé , il eſt
GALANT . 119
toûjours bon d'avoir une
grande exactitude à s'aquiter
des devoirs qu'il nous
impoſe. Nous en voyons
la récompenfe en la Perfonne
de Monfieur l'Abbé
du Pleffis de Gefté de la
Broutiere , dont la longue
application à remplir toutes
les obligations de fon caractere,
luy a fait meriterle
choix que le Roy a fait de
luy pour luy confier la conduite
de l'Eglife de Xaintes
dont il fut facré Evefque ces
derniers jours. S'il fuccede
à un grand Prelat qui fut
120 LE MERCURE
fort aimé dans ce Diocéfe,
fa doctrine & fa pieté, join
tes à fon humeur honnefte
& obligeante, ne luy gagne
ront pas moins les coeurs
des Peuples qu'on luy a
commis. Il y avoit quinze
ans qu'il eftoit Grand Vi
caire de Paris. Il eft Doc₂
teur de Sorbonne , & d'une
tres - Illuftre Famille d'Anjou.
A
Le Roy qui aime à répandre
fes bienfaits par
tout , a gratifié M l'Abbé
Daquin , Fils de fon Premier
Medecin , de l'Ab .
baye
GALANT. A fut
baye de la Seube pres de
Bordeaux , & comme Sa
Majefté n'oublie jamais les
Services qu'on luy rend,
Elle a récompenfé ceux de
Mode Poyfegur , qui a eſté
longtemps Lieutenant Colonel
& Mestre de Camp
du Regiment de Piedmont ,
par une Abbaye qu'Elleluy
a donnée dans Toul. Prendre
ce party eft une manierefort
honnefte de dire
adicu au Monde apres avoir
expofé fa vie pour fon Prin
ce, pendant un fort grand
nombre d'années . Des ATome
10 . L
122 LE MERCURE
dieux de cette forte ne me
paroiftront jamais devoir
eftre retractez ; mais vous
allez voir , Madame , que
j'avois quelque fujer de n'en
pas croire entierement celuy
qui pretendoit l'avoir
dit pour toûjours aux Mufes.
Ses Amis n'ont pû foufrir
qu'il fe dérobât plus
longtemps la gloire qui luy
eft deuë. Ils l'ont fait connoiſtre
, & j'ay à vous ap
prendre qu'il s'appelle M
Ferrier. Les louanges qu'il
a reçeuës fur le tour aifé
qu'il donne à fes Vers,
$
GALANT. 123
PA.
l'ont engagé à faire un Ou
vrage Galant qu'on croit
déjà fous la Preffe . On ne
m'ena pû dire le Titre , mais
vous pouvez juger de quelle
beauté il fera par cette Elegie
qui en doit faire le
commencement . Elle donne
lieu de conjecturer que
cet Ouvrage contiendra les
manieres qui peuvent faire
acquerir l'eftime du beau
Sexe aux honneftes Gens ,
& on ne peut douter que
cette matiere ne foit traitée
delicatement par un Homme
qui penſe juſte , & qui
Lij
124 LE MERCURE
écrit avec une fort grande
netteté.
ELEGIE.
M
Aiftre de tous les Dieux döt
Les fubtiles flames
Ne brulent point les coeurs fans
éclairer les ames,
Amour, c'est à toy feul que confacrant
mes Vers,
Teway de tes fecrets inftruire l'V
nivers.
Ainfî, dans mes écrits revelant t
Science,
De tes droits fur les coeurs j'éten
dray lapuiffance,
GALANT. 125
Et ma MufeàtonTempleappellat
les Mortels,
Fera de toutes parts encenfer tes"
Autels;
CesVers dontje te fais un heureux
facrifice,
A m'en récompenfer engagent ta
justice.
Quoy, pourrois-tu me voir Efclave
rebuté, (fierté,
D'une ingrate Maiftreffe effuyer la
Moy, qui par des avis aufi feurs
quefidelles, s
Montre l'art de toucher les Mai-
Areffes cruelles?
Non , Amour , tu le vois , qu'il eft
de ton honneur
D'employer tous tes foins au foin
de mon bonheur.
lene demandepas qu'à mes voeux
favorable,
Liij
126 LE MERCURE
A toutes les Beautez tu me rendes
aimable,
Je n'étenspasfi loin mes projets a
moureux,
Et ce n'eft que Philis que demandent
mes voeux,
Philis que j'aime en vain, & dont
l'indifference and
Par de longues froideurs éprouve
ma conftance.
Mais cette ame infenfible aux
preuves dema foy,
Le fera-t-elle encor fi su combats
• pour moy?
Si j'obtiens furfon coeurune entiere
victoire,
Le fruit que j'en auray t'en affure
la gloire.
Pour toy plus que pour moy fois
jaloux de tes droits ,
Aux coeurs indifferens fais réverer
tes Loix,
GALANTY # 7
127
Etfoumettant
Lorgueild'une
Beauté
rebelle,
• Fay luy fentir pour may ce que je
fens pour elle.
Pendant queje pouſſfois ces regrets
amoureux ,
Amour vint me promettre un
deftin plus heureux
Foy qu'un zele fi fort attache à
monfervice,
Efpere tout, dit- il, quand je te fuis
propice:
Tu m'asfait une offrande à n'onblier
jamais .
Et mes graces pour toy préviendront
tes fouhaits.
Des Dieux pour les Mortels la
bontéfans mesure,
D'un peu d'encens brûlé les paye
avec ufure; (bienfaifans,
Mais en eft - il aucun de ces Dieux
Leiiijor
128 LE
MERCURE
Qui puiffe parfes dons égaler mes
prefens?
Helene, de Paris fut le dignefalaire
Dés qu'on l'eut veujugerenfaveur
dema Mere.
Julie, auxyeux de Rome, au milieu
de la
Cour,
D'Ovide, par mes foins
favorifa
l'amour.
Crois-ta que
maintenant à tes voeux
moins
propice,
Iemanque de
puiffance, ou
manque
de
juftice,
Moy qui fans borne jufte, & puiffant
en tous lieux ,
mes Sujets compte meſ-
Aurang de
me les Dieux?
Ainfi , que ta Philis s'arme d'indiference,
Elle doit fa
tendrelle à ta
perfeverance.
GALANT
129
Ne crains rien, &fidelle auxyeux
qui t'ont charmé,
Aime, le Dieu d'Amour t'affure
d'eftre aimé.
Ah, Philis, voudrois- tu démentir
fes Oracles,
Aux biens qu'il me promet opofer
des obstacles?
Non, fans doute, & ton coeur mains
rebelle à fes loix,
Suivral'avis d'un Dieu qui parle
par ma voix.
Si tu n'écoutes point fonfidelle Interprete,
Au moins de ta raifon entens la
voix fecrete,
Qui te follicitant de te laiffer
charmer,
Te dit tout bas qu'un coeur n'eftfait
que pour aimer.
Aux douceurs de l'amour ne fois
donc plus contraire ,
$30 LE MERCURE
On ne peut en jouir qu'autant que
l'onfçaitplaire,
Et le Soleil, d'ailleursfi jufte dans
fon cours
D'un plus rapide pas mefure nos
beauxjours.
La Nature, queregle une haute
Prudence,
En joignant defi pres la mort à la
naiſſance ,
Semble nous avertirqu'il nousfaut
ménager
Jufqu'au moindre moment d'un
temps fipaffager.
Quelque courte en effet que puiffe
eftre la vie,
Ellepourroitfuffire àremplir noftre
envie,
Si donnant libre effor à nos jeunes
defirs,
Dès que l'on peut les prendre_on
prenoit les plaifirs .
GALANT. 131
Mais loin que la raison regle nos
deftinées,
Nous perdons fans aimer nos plus
belles années,
Et lors que la vieilleffe efface nos
appas,
Nous cherchons les Amours & ne
Les trouvons pas.
Ne croy point que des ans l'inju‡
rieux
outrage
Epargne par respect les lis de ton
vifage.
Non, Philis, la beauté doit unjour
te quiter.
Avant qu'elle te quite il en faut
profiter.
C'eft affurément un fort
grand fecret en toutes cho
fes, que de fçavoir profiter
132 LE MERCURE
du temps. Ileft le maiftre
de tout , & c'eft luy qui a
fait renouveller
depuis peu
F'Alliance que le Prince
d'Orange avoit déja avec
la Maiſon Royale d'Angleterre.
La feu Princeffe d'O.
range fa Mere, eftoit Soeur
de Charles
II. qui regne
,
prefent, & vous eftes trop
fçavante dans l'Hiftoire
pour ignorer que ce jeune
Prince qui vient d'époufer
la Princeffe Marie Fille du
Duc d'Yorck , eft de l'illuftre
& ancienne Maifon de
Naffau, qui a eu l'avantage
à
GALANT. 133
de donner un Empereur.
Les Princes de ce nom
n'ont
pas efté
feulement
Comtes de l'Empire, ils y
ont tenu longtemps le premier
rang, & cette Branche
particuliere , a joint à une
naiffance qui en voit peu au
deffus d'elle , un merite fi
éclatant & une valeur fi extraordinaire
, quee fi Loüis
LE GRAND n'avoit fait la
Guerre & gouverné ſes Peuples
d'une maniere qui n'a
point encor eu d'exemple,
les grands Hommes dont
le Prince d'Orange def
$34
LE MERCURE
cend , pourroient
fervir de
modele à tous ceux qui
cherchent la Gloire par la
Politique
& par les Armes .
Quant à ce qui le regarde,
on peut dire qu'il a toutes
les qualitez qui font à fouhaiter
dans une Perfonne
de fon rang. Il eft brave
autant qu'un General d'Armée
le peut eftre , & ſon
malheur
ne l'a point empeſché
de faire paroistre
fon courage dans toutes les
occafions
qu'il en a pû rencontrer.
Trouvez bon que
je m'explique
. Je n'appelle
GALANT.
135
point malheur le mauvais
fuccezd'une entrepriſe , qui
felon les évenemens ordinaires,
n'en doit point avoir
un heureux. Auffi n'eft- ce
point ce genre de malheur
que le Prince d'Orange a
éprouvé. Il n'a rien entrepris
que fur des apparences
favorables , & ayant autant
de valeur qu'il en a, il auroit
infailliblement réüffy en
d'autres temps , & contre
de plus foibles Ennemis.
Le peril ne l'étonne point .
Il s'expofe , fe trouve par
tour , & ne fait pas moins
136 LE MERCURE
l'office de Soldat quede Ca
pitaine; mais il est malhou.
reux d'eftre né dans le Sie!
cle de Louis XIV. & d'a
voir en tefte uno Conqué.
rantà qui rien n'eft capable
de refifter. C'est ce qui re
double la gloire du Roy, &
les louanges qu'on doit aux
Miniftres & aux Generaux
qui agiffent & combatent
fous les ordres Nous gaa
gnons des Batailles & pre
nons des Places en pen de
temps, mais ce n'eft point.
fans obftacle. On nous
oppoſe de grandes forces,
GALANT. ( 137
on felbar , on vient au fecours
; & fila Victoire nous
demeure , le Prince d'Orange
emporte toûjours l'hon.
neur d'avoir beaucoup entrepris.
La jeune Princeffe
qu'il a épouſée eſt grande &
bien faite, mais je ne fuis
point encor affez inftruit
de fon merite pour vous en
parler. Il eft difficile qu'elle
n'en ait beaucoup , eftant
Fille d'un Prince qui peut
regarder la naiſſance , toute
Royale qu'elle eft , pour le
moindre de fes avantages.
Heft brave , genereux , fort
Tome 10.
M
138 LE MERCURE
aimé dans l'Angleterre , &
on nele peut eltre de tout
un grand Peuple , qu'on
ne s'en foit montré digne
par les plus éminentes qua
litez.
Le Mariage qui eft le
plus fort lien de la Societé
civile , auroit de grandes
douceurs fi elles n'estoient
pas le plus fouvent troublées
par la mort. C'eſt une
cruelle peine à éprouver, &
Madame duVauroüy, Soeur
de M de Ribere , qui a
efté depuis peu Lieutenant
Civil , nous le fait connoiGALANT.
139
9
ftre. Elle a pleuré fi amerement
depuis quelques mois
la perte d'un Mary à qui elle
avoit donné toute fastendreffe
, qu'elle eſt enfin
morte elle - mefme apres
des fouffrances extraordinaires
. Elle eftoit belle ,
jeune , fpirituelle & digne
de vivre plus longtemps
qu'elle n'a fait.
★
M Mufnier de Mouli
gneuf, Confeiller au Parle
lement, eft mort auffi Is
eltoient trois Freres Confeillers
, dont il y en a un
àla Grand Chambre .
Mij
140 LE MERCURE
On meurt par tout , &
hors la guerre aufft- bien
queldans les occafions de
peril. M d'Audijaux avoit
levé un Regiment de Dragons
pour le fervice du Roy
à Mefine. C'eftoit là , les
armes à la main, que vrayfemblablement
il devoit
perir , & cependant il y eft
mort de maladie. Il avoit
du coeur, & on n'a guere veu
d'Homme plus entreprenant.
8
Cette indifpenfable ne.
ceffité de mourir doit avoir
quelque chofe de bien ri-
•
EGALANT.I 0141
goureux, puis que les Fleurs
qui ne meurente
que pour
renaiftre, ne font pas fatisfaites
de leur deftin . La réfont
à l'illuf-
Ponferrelles
. La rétre
& belle Madame Des-
Houlieres quiles avoit confolées
là- deffus avec tant
d'efprit, en eft une preuve.
Celuy qui les fait parler eft
d'Aix en Provence , & je
croy que ce qu'elles ont à
dire ne vous déplaira pas à
écouter.
142 LE MERCURE
$$$$$$***
REPONSE
DES FLEURS
A MADAME
DES -HOULIERES
S¹pour
I nous naiffons fouvent , c'eft
pour mourir de mefme,
Et pour mourir d'abord.
In matinpaffagernous voit chan
ger defort,
Plaignez, Amarillis, noftre malbeur
extréme.
En eft-il un plus grandpour dé jeu-
"
nes appas,
Que d'eftre le butin d'unfi foudain
trépas?
GALANT. 145
La Loy de mourir tot est une Loy
trop dure,
Ounous affujettit l'inégale Nature.
• On fait plus de pitié qu'on ne fait
dejaloux,
Quad on dure aufi peu que nous.
Ilfaut que nous mourions à la fleur
de noftre age
En attendant leretourdu Printèps..
On fe confole peu d'un futur avantage,
Quand on peutfe paffer d'attendre
un autre temps.
Que nousfert- il que le Zephire.
Si délicatement aupres de nousfoû-
~pire,
Qa'il foit infinuant , que fon efprit
foit doux,
Si dans le teps qu'il nous careffe,
Et nous marque de la tendreffe,
La mort vient, & finit tout commerce
entre nous ?
144 LE MERCURE
Vous dites cependant; Jonquilles ,
Tubéreuſes ,
Vous vivez peu de jours , mais
vous vivez heurenfes ,
Quandon a de beaux jours, ~
Iln'eft pas boqu'ilsfoient fi courts .
Nulle de nous pourtant ne conferve
L'envie
De fe voirprolongerla vie,
Quand il s'enfaut priverpour parer
vos Moutons
De Guirlandes & de Feftons.
Sans peine & fans regret chacune
alorsfe donne
Avecfesplus vives couleurs.
Pour qui peut en mourant leur fervirde
Couronne,
Mourir bientoft n'eft pas le plus
grand des malhenrs.
Voyez, Madame, comme
je
GALANT
.
145
A
je me laiffe infenfiblement
emporter à l'enchaînement
de la matiere. Je vous devois
faire part dés le Mois
paffé des Ceremonies qui
sobfervent à l'Ouverture
du Parlement. Le nouveau
fuccés, des armes du
Roy en Allemagne dont
j'ay eu à vous écrire , me les
ayant fait remetre jufqu'à
celuy cy , cet Article fembloit
devoir eftre un des
premiers de ma Lettre , &
je nevous en ay pas encore
dit la moindre chofe. On
fçait que la couftume eſt
Tome 10. N
146 LE MERCURE
9
tous les ans de faire des
Harangues à cette Ouverture.
Ceux qui n'y vont
point n'en fçavent rien davantage,
& peur- eitre mef
me que la plûpart de ceux
qui y vont n'en reviennent
gueres plus fçavans. Voicy
par ordre tout ce qui s'y
paffe.
Le lendemain de la Saint
Martin , le Parlement en
Corps & en Robes rouges
entend la Meffe dans la
Grand'Salle du Palais . C'eft
toûjours un Evefque qui la
dit. Elle a efté celebrée
GALANT
147
rà
cette année par celuy de
S. Omer. Le Parlement
rentre apres l'avoir entendue,
& remercie l'Evefque,
qui luy témoigne de fon
cofté tenir à honneur d'avoir
efté choify pour cette
Ceremonie par un fi Augufte
Corps. Les Avocats
& les Procureurs preftent
le Serment en fuite ; apres
quoy Monfieur le Premier
Prefident traite une partie
de la Compagnie , & quel
ques- uns de Meffieurs des
Enqueftes. Les Séances ne
recommencent que le Lun
Nij
148 LE MERCURE
A
dy de la huitaine franche
d'apres la S. Martin .
Le mefme jour de cette
Ouverture, Meffieurs de la
Cour des Aydes font des
Harangues entr'eux qu'on
peut appeller Mercuriales ,
puis qu'elles n'ont pour but
que de faire voir en quoy
les Juges manquent , & ce
qu'ils doivent faire pour
répondre dignement aux
obligations de leurs Charges.
Meffieurs les Prefidens
& Confeillers de cette
Cour s'eftant affemblez
cette année à leur ordiGALANT.
149
; naire , Monfieur le Camus
qui en eft le Chef prit la pa
role
, & apres s'eftre longtemps
étendu fur la diffe.
rence qu'il y avoit de l'integrité
& de la pureté de vie
des Siecles paffez , à la corruption
qui s'eft gliffée dans
celuy- cy , & avoir, montré
par un difcours fort net &
fort éloquent, que nous ef
tions tres-éloignez de cette
candeur qui eftoit infépara
ble de tout ce qui fe faifois
dans ces temps heurenx , il
fit voir les defordres qui
naiffent des Jugemens trop
N iij
150 LE MERCURE
précipitez , & marqua fortement
que les Juges ne
pouvoient apportertrop
précaution avant que de
prononcer fur l'intereft des
Parties . Võicy une comparaifon
dont il le fervit . Soude
venez- vous , Madame, que
tout ce que je vous dis eft
fort imparfait , & que les
penſées que je vous explique
perdent beaucoup de
leur grace , dénuées des vives
expreffions qui les mettoient
dans leurjour.
De mefme , dit- il , que
les Eaux qui fe répandent
GALANT.
1
dans les
Campagnes par
divers décours , y
portent
la fertilité & l'abondance ,
ainfi quand les Magiftrats
accompagnent
leurs Jugemens
de toutes les reflexions
neceffaires pour déveloper
avec foin les diffe
rens interefts
des Particuliers
, leurs Arrefts fe trouvent
foûtenus
de cette é
quité dont Dieu recommande
aux Hommes de ne
s'éloigner jamais . Au contraire
lors que ces Eaux fe
débordent avec l'impétuofité
d'un Torrent , elles les
N
iiij
152 LE MERCURE
1
gaftent, elles y mettent la
fterilité , ce qui eft en quelque
façon l'image des Juges
, qui fe laiffant emporter
au premier feu de leur
génie, & ne prenant pour
regle de leurs Décifions
que leur enteftement , &
leur opiniâtreté , confon,
dent le bon droit avec le
mauvais , & font injuftement
des malheureux.
Le fujer que M du Boifmenillet
, Avocat General
de la Cour des Aydes, prit
pour fon Difcours , fut la
connoiffance de la Verité.
T
GALANT. 153
Il montra qu'elle eftoit fi
neceffaite aux Juges , que
fans elle ils ne pouvoient
goûter de veritable plaiſir
dans le monde , ny Jouir
d'une
fortune
affurée
. Il fit voir
que
ce
que
l'Homme appelle
Fortune
, confiftoit dans
fa feule
élevation
, que
nous
cherchions
cette
élevation
par
tout
, &
que
nous
tâchions
de
nous
la procu- rer
à nous
- mefme
, en
abaif- fant
ceux
en
qui
nous
dé
couvrions
plus
de
merite
qu'en
nous
, ce
qui
eftoit cauſe
qu'il
nous
fâchoit
154 LE MERCURE
naturellement d'entendre
loüer , au lieu que la Satyre
nous donnoit toûjours de la
joye , parce qu'elle a l'adreffe
de changer les vertus
en defauts , & que nous ne
trouvons point d'abaiffe
ment pour les autres qui ne
nous femble une espece d'élevation
pour nous ; mais
qu'enfin cette Fortune eftoit
injufte fans la connoiffance
de la Verité. Il adjoûta
que la Fortune & les
Plaifirs eftoient les deux
principaux motifs qui nous
faifoient agir dans la vie,
GALANT . I 155
1
que c'eftoit fureux que tous
les autres rouloient , &
que nous eftions obligez de
prendre party . Ce raiſonnement
fur fuivy d'un
grand Eloge de Monfieur
le Chancelier, qui attira un
applaudiffement general .
Le Lundy que le Parle
recommence ment fes
Seances, qui eft le jour où
les Audiances font ouvertes
, & qu'on appelle Jour
des Harangues , M le Premier
Prefident parle aux
Avocats, & apres leur avoir
fait connoiftre leur devoir,
156 LE MERCURE
C'eft ce
il finit en adreffant la parole
aux Procureurs.
qui s'eft toûjours pratiqué,
& ce qui fe pratiqua encor
la derniere fois . Monfieur
de Lamoignon , avec cette
gravité de Magiftrat fi digne
de celuy qui tient le
premier rang dans ce grand
Corps , dit d'abord que c'ef
toit pour la vingtiéme fois
qu ' il voyoit renouveller
Fancienne Ceremonie depuis
que la Juftice s'expliquoit
par fa bouche fur toutes
les obligations que les
Avocats avoient contracGALANT.
157
tées avec elle par le Serment
de fidelité qu'ils luy
avoient folemnellement
juré , que dans cette longue
révolution d'années qui
avoit paffé comme un fon
ge, il avoit veu changer
prefque tout le Barreau , &
qu'à peine yreftoit- il encor
quelques-uns de ceux qui
eftoient alors dans une fi
haute reputation , & que
l'âge ou l'infirmité avoient
contraints d'abandonner
un employ fi laborieux . Il
exagera fort le merite de
ces Avocats celebres , &
158 LE MERCURE
dit qu'il fembloit qu'ils
n'euflent pas cu plus de durée
que ces Etoilles éle.
mentaires qu'on voit ſe dé ,
tacher du Ciel dans un
temps calme , qui marquent
par une trace de lumiere
leur chute précipitée
& qui fe perdent pour ja,
mais dans l'obfcuriré de la
nuit. Il les compara en
fuite à des Torches arden.
tes qui jettent une fort
grande lueur, qu'on ne voit
paroiftre que pour la voir
s'évanouir dans le mefme
temps. Il adjoûta que leur
GALANT.
159
memoire vivroit toûjours
dans le Parlement, où l'idée
en eftoit fi forte , & le fouve
nir fi agreable, qu'il eftoit
comme impoffiblede nepas
croire qu'ils fuffent encor
preſens , & qu'on entendiſt
leur voix parmy cette multitude
d'Avocats qui venoient
en foule pour écouter
. Illes exhorta tous à fe
rendre infatigables dans
leur employ comme a
voient fait ceux dont il leur
parloit, & leur fit voir qu'ils
eftoient d'autant plus obligez
de s'en acquiter digne160
LE MERCURE
nent , que noftre grand
Monarque ,
e , au milieu des
foins qui demandoient tou
te fon application pour ce
qui regardoit la Guerre, ne
perdoit jamais celuy de
conferver l'éclat de la Juftice
& de maintenir ſes interefts
, ce qu'il avoit encor
fait paroiftre depuis peu de
jours en luy donnant pour
Chef un grand Homme
dont le choix avoit efté prévenu
par les voeux de toute
la France , & fuivy de fes
plus finceres acclamations.
Mil'Avocat General LaGALANT.
7 161
moignon fonFilsparla apres
luy , M' Talon eftant tout
couvert de la gloire que ces
fortes de Harangues font
acquerir. Son Exorde fut
que files Difcours que la
couftume veut qu'on faffe
en de pareils temps n'ef
toient confiderez que comme
des Effais d'Eloquence
femblables à ces Concerts
de Mufique qui flatent l'o
reille fans penetrer le coeur,
ceferoit un abus de porter
la parole dans un fi Augufte
Parlement pour maintenir
les interefts de la Juftice , en
O Tome 10.
162 LE MERCURE
reprefentant aux Avocats à
quoy les oblige le Serment
qu'ils renouvellent tous les
ans. Il pourfuivit en fai
fant connoiftre que la perfection
de ce Sérment con-
+
fiftoit dans la verité, la juſtice
& le jugement ; Que
fans ces trois conditions
tous les Sermens eftoient
des Parjures , & les Parjares,
la fource de tous les mal
heurs ; Qu'ainfi les Payens
avoient dévoüé à la colere
du Ciel , & à l'execration de
la Terre , ceux qui le trou
voient coupables des deux
GALANT
163
plus grands crimes qu'on
puiffe commettre dans le
monde, l'un d'avoir méprifé
la Divinité qui préfide
aux Sermens , & l'autre d'avoir
violé la Verité , fans la
quelle les plus fages Legif
lateurs marquoient qu'il n'y
avoit point de religion par
my les Hommes, ny de fi .
delité parmy les Dieux . Il
finic par une peinture de
l'honnefte Homme qu'il
exhorta les Avocats de fe
propofer pour modelle ,afin
que s'appliquant avec plus
d'ardeur à rendre juftice
O ij
164 LE MERCURE
qu'à chercher les occafions
de s'enrichir, ils cuffent un
zele parfait à defendre la
verité . SUBCO
Le Mercredy fuivant on
tient la Mercuriale . Mle
Premier Prefident parle à
Meffieurs les Gens du Roy,
qui luy ayant adreffé la parole
enfuite, continuent en
l'adreffant aux Juges en general.
M'de Lamoignon
,
Chef de ce grand Corps,
tourna fon Difcours la derniere
fois fur laVerité. Il dit
que les Juges eftoient dans
une obligation indiſpenſaGALANT.
165
ble de la chercher fans fe
metre en peine de la calom
nie, ny de ce qu'on pourroic
dire contre eux quand ils
feroient leur devoir ; Qu'ils
eftoient dans un rang élevé
, mais exposé à tour,
Qu'en cherchant cette Verité
, ils devoient craindre
qu'on ne les perfuadât trop
aifément Que chacun
croyant avoir droit, croyoit
en mefme temps que la
Verité eftoit pour luy , &
que cependant elle ne pouvoit
eftre que d'un coſté;
Que pour la bien découvrir
4
166 LE MERCURE
au travers des voiles qui
l'envelopent , ils devoient
tout entendre , ne rebuter
perfonne, & fi cela fe peur
dire , écouter juſqu'à l'injuſtice
mefme, pour n'avoir
aucune negligence à fe reprocher
; Que tout leur devant
eſtre ſuſpect , ils le devoient
eftre à eux- mefmes;
Que les Amis fe laiffantaveugler
par leurs Amis , tâchoient
à perfuader des injuftices
aux Juges , dans la
penfée qu'ils ne leur demandoient
rien que de jufte
, & qu'ainfi ils avoient
GALANT. 167
fujet de fe défier de tout , &
particulierement d'un Sexe
qui ayant des privileges
particuliers
, vouloit toû
jours eftre creu , & ne
prioit jamais qu'avec quelqueforte
d'autorité . Il finit
par quantité de belles chofes
qu'il dit fur la grandeur
du Roy , & fur la fidelité que
les Juges doivent à leur
conſcience, à Sa Majesté, &
àleur miniftere.
Monfieur de Harlay Procureur
General parla en
fuite. Il dit que le repos
faifoit fubfifter toute la A.
168 LE MERCURE
Nature ; Que Dieu mefme
en avoit étably unjourdans
chaque Semaine ; Queles
Corps apres avoir travaillé
tout le jour, eftoient obligez
de fe délaffer la nuit
pour reprendre de nouvel.
les forces, & qu'ainfi on avoit
ordonné les Vacations
afin que l'Esprit fe repoſaſt
des fatigues de l'année , &
puft s'appliquer aux Affaires
avec une nouvelle vigueur,
mais qu'au lieu d'employer
ce relâchement
à l'ufage
auquel on l'a deſtiné, beaucoup
de Juges rentroient
auffi
GALANT 169:
auffi crus qu'auparavant , il
explique ce terme , adjoûs
tant qu'ils n'avoient point
affez digeré les preffins
devoirs qui leur fontim -j
pofez par leurs Charges ,
& qu'ils ne s'eftoient point
mis dans l'eftat où il faut
eftres pour s'en acquirer;}
Qu'il les conjuroit de mieux.
profiter du temps, & que ce
fust pour la derniere fois ,
s'ils remarquoient qu'ils en
euffent jamais abufé . Apres
cela il entra dans le détail,
de ce que doit fçavoir un
Juge, & ayant parlé des Or
Tome 10.
P
170 LE MERCURE
donnances , du Droit Civil,
&dequelques autres dont la
connoiffance luy eftoit abfolument
neceffaire, il tomba
fur la foibleffe des Hommes
fi fujets à fe tromper
eux -meſmes , ou à fe laiffer
tromper. Il leur fit connoiftre
que la prévention eftoit
la chofe du monde la plus
dangereuſe , puisque l'Innocence
en pouvoitſouffrir; &.
leurayant marqué cedefaut
comeun des plus grands &
despluspréjudiciablesqu'ils
puffent avoir, il les exhorta
à fongerférieulement à s'en
GALANT. 171
"
defendre , & à ne donner
jamais de Jugemens fans
avoir examiné jufqu'aux
moindres circonftances des
Affaires fur lesquelles ils avoient
à
prononcer
.
Jevous ay déja priée , Madame
, de ne regarder ce
que j'avois à vous dire fur
cette matiere, que comme
une ébauche quia efté faite
confufément fur des Portraits
achevez . Ce font
moins en effet les pensées
de ces grands Hommes ,
que quelque chofe de leurs
pensées. Ils leur ont donné
}
Pij
172 LE MERCURE
'
un tour qu'il ne m'eft pas
poffible de trouver , & j'en
laiffe beaucoup que la me
moire de ceux qui les ont
entenduës avec admiration
ne m'a pûfournir. fanning
[ Ce qui m'en cauſe tous
les jours , & qui en cauſe
fans doute à toute l'Europe ,
c'eft de voir qu'en quelque
lieu que ce puiffe eftre , &
pour quelque occafion que
ce foit, les Armes du Roy
portent la terreur où elles
paroiffent. Voyez ce qui
eft arrivé,quand Sa Majefté
follicitée par lesMécontens
2
GALANT.: 173
{
de Hongrie de les fecourir
dans leur oppreffion , refolut
enfin de les affifter. Elle
fit donner les ordres à M
de Boham par M le Marquis
de Bethune fon AmbaffadeurExtraordinaire
en
Pologne , & on y trouva des
François tous prefts à mar
cher. Il n'eft pas furpres
nant qu'il y en euft . Hs cou
rent partout apres laGloire ,
& dés que la Paix eft en
France, ils vont chercher à
fe fignaler chez tous les
Princes Chreftiens qu'ils
fçavent en Guerre . M' de
Piij
174 LE MERCURE
Boham qui en avoit appris
le meftier parmy les Braves
de ces deux Belliqueufes
Nations , affembla des
Troupes en peu de temps.
Il le fit avec d'autant plus
de facilité, que les Polonois
qui ne refpirent que les armes,
ne prennent fouvent
aucun autre aveu que celuy
de leur courage pour s'engager
. L'ardeur de la gloire ,
& l'activité qui eft ordinaire
aux François , luy furent
d'ailleurs un grand avantage
pour luy faire amaffer
promptement quatre mille
6.4 GALANT
. 175
盛
huit cens Hommes effectifs
avec lesquels il alla au fecours
des Mécontens . Remarquez
, Madame , que je
ne vous ay rien dit d'abord
que de veritable. Les fuccés
avoient efté balancez de
puis plufieurs années en
Hongrie . Nos François y
arrivent. Ils n'ont encor
joint que peu de Hongrois ,
& ils gagnent une celebre
Victoire. Il eft vray que les
Polonois qu'ils commandoient
y ont eu part, ayant
montré dans cette fameufe
Journée la mefme valeur
Piiij
176 LE MERCURE
qu'ils avoient fait paroiftre
tant de fois fous le Grand
Marefchal Sobieski , que
fon merite extraordinaire a
mis dans le Trône , & qui
eſtant devenu leur Roy, ne
les a pas moins accountu.
mez à vaincre qu'auparavant.
Plus de mille morts
font demeurez fur la place,
T
fans compter ceux qui fe
font noyez. Joignez à cela
plus de huit cens Priſonniers
, avec toutes les dépoüilles,
& vous avoüerez
que cet avantage peut paffer
pour une pleine VicGALANT.
177
toire. M'de Boham a fait
voir dans cette occafion
toute la prudence & toute
la conduite d'un grandChef
avec lafermeté d'un Soldat.
M le Chevalier d'Alembon
porta fes ordres pas
tout, & paya de fa perfonne
d'une maniere qui fit connoiftre
que le peril ne l'étonnoit
pas. Il ne fe peut
rien adjoûter aux marques
de courage que donna M
de Sorbual quon vit tou
jours à la tefte des Troupes
Hongroifes . Mile Marquis
de Guenegaud, ne quitta
2
178 LE MERCURE
•
point celle de la Cavalerie.
Il arrefta les Ennemis qui
voulurent forcer le Pofte
qu'il gardoit, & les empefcha
mefme de paffer. Heft
Fils de M de Guenegaud
qui a efté Treforier de l'E
pargne. M. de Clanleu
commandant l'Infanterie ,
donna l'exemple à ſon Regiment
, & allaPique baiffée
aux Ennemis . M' de Val.
cour premier Capitaine du
Regiment de Boham ne fe
fit pas moins remarquer.
Je ne vous nomme point les
Polonois , Hongrois & TarGALANT.
179
1 tares qui fe fignalerent , il
yen eut beaucoup , & vous
n'aurez pas de peine à le
croire , puis qu'ils comba.
toient avec des François , &
1
qu'il eft impoffible qu'en
leur voyant faire des chofes
forprenantes , on ne tâche
de les imiter. Leur entrée
enHongrie n'a pas efté feulement
fuivie de laVictoire,
elle a obligé deux grandes
Comtez qui foufroient fans
ofer fe declarer à fe ranger
du party des Mécontens,
dont enfin le Manifefte a
paru touchant les juftes rai180
LE MERCURE
fons qui leuront fait implo
rerl'affiftance duRoy Tres-
Chreftien. Depuis tout ce
que je viens de vous marquer,
ces Peuples oppreffez
ont encor remporté des avantages
confiderables. If
n'y a pas lieu d'en eſtre furpris
, puis que la France s'en
melle. Voyez , Madame,
ce que fait le Nom du Roy.
Il fe declare, & la Victoire
devient infaillible ; mais fi
fes Armes fe font redouter
par tout , fes Triomphes
fonten mefme temps l'inépuifable
matiere desElages
GALANT. 181
F
de tout le monde , & ceux
que l'embarras des Affaires
du Public oblige à rompre
commerce avec les Mules,
cherchent à le renouer
pour ne demeurer pas
muets quand il s'agit de la
gloire de ce grand Monarque.
Vous n'en douterez
point quand vous aurez leu
ce Sonnet de Mr de Brion
Confeiller au Parlement.
182 LE MERCURE
SONNET
POUR LE ROY.
Eftins, veillez toujours pour
conferver ce Roy,
D
Elins
, ve
De vosfoins afidus leplus parfait
ouvrage.
Ne l'abandonnez point, lors que
fongrand courage
Luy fait porterpartout la terreur
& l'effrey.
Quey qu'il traifne toûjours la Vi-
Etoire apresfoy,
Comme il courtfans rien craindre
où la Gloire l'engage ,
Das les diverspérils quefon grand
Coeur partage,
GALANT.
183
Dufoin de le garder faites - vous
une Loy.
Vous avez employé plus de cinq
mille années
Aformerde Loüis les nobles deftinées
;
Voftre plus grand effort nous pa
roift aujourd'huy.
ရ
Ne livrez doncjamais à lafureur
des Parques
Ce Roy victorieux , la gloire des
Monarques,
Vous ne sçauriez donner un plus
grandRoy que luy.
Cette verité eft fi conftante,
que le plaifir d'admi-
-rer fes grandes Actions a184
LE MERCURE
doucit les maux de ceux qui
fouffrent ; & cet autre Sonnet
de M ' l'Abbé Flanc arrefté
dans la Conciergerie
par fes malheurs , en eftune
marque .
R
AU ROY
SONNET.
Oyfeul de tous les Roys digne
d'eftre imité,
Tagrădeur m'éblouit ,& maMuſe
tremblante
S'égare &fe confond de voir, lors
qu'on te vante,
Ton merite plus grand que ta felicité.
GALANT. 185:
An (vinité,
Tu portes tous les traits de la Di-
Aufeul bruit de ton Nom l'Europe
s'épouvante,
Et les Faits inouis de ta main fi
(terité. puiffante
Feront l'étonnement de la Pof-
Mais lors que tu parois environné
de gloire
,
Qu'en tout temps tes Drapeaux de
vancent la Victoire,
Qu'un feul de tes deffeins fufpend
tout l'Vnivers ;
Que dufier Espagnol les Villesfont:
conquifes,
Qu'à l'éclat de tes Lys les Aigles
font foumifes,
At'admirer, Grand Roy, j'adoucis
tous mesfers.
Tome 10 :
186 LE MER URE
Ce
fentiment n'eft pas
feulement commun à tous
les François . Le General
Major Harang qui fut pris
à la
Journée de Cokberg,
n'a pû s'empefcher
de trou- .
ver du bonheur dans une
difgrace qui luy a procuré
le plaifir de voir la plus belle
Cour de l'Europe , & le plus
grand Monarque du mon
de. Il enareçeu depuis peu
une Epée toute couverte
de Diamans . Entre autres
chofes que l'excez de fa
joye luy fit dire au Roy.
pour le remercier
d'une fi
GALANT
187 L
glorieufe marque de fon
eftime, il dit qu'il alloit fub-
• ftituer cette Epée dans fa
Famille , afin que fes Def.
cendans ne perdiffent jamais
le fouvenir de l'honneur
queluyavoit fait un fi
grand Prince .
Sa Majesté qui connoift
parfaitement le merite &
qui fe plaift à récompenfer
les fervices qu'on luy a rendus,
a donné la Lieutenan-
Ice- Colonelle du Regiment
Picardie à M' de Villemandor
qui en eftoit premier
Capitaine , & celle du
de
Qij
188 LE MERCURE
Regiment de Normandie
à Mr de Guilerville
qui eftoit
en la mefme qualité à la
telte de ce Corps ..
Vous avez fçeu , Madame,
que M. l'Abbé de
Grandmont qui eftoit Agent
du Clergé , avoit eſté
nommé par le Roy à l'Evef
ché de S.Papoul. Vous ap
prendrez aujourd'huy qu'il
fut facré il y a quelques
jours à Pezenas par Monfieur
le Cardinal de Bonzi,
Archevefque de Narbonne
& Prefident des Etats , af
fifté de Meffieurs les Evef
GALANT . 189
ques de Beziers & de Montpellier.
Les Etats s'y trou
verenten Corps . Monfieur
le Duc de Verneuil Gouverneur
de Languedoc , &
M' Dagueffeau Intendant
aufdits Etats , & Commiffaire
du Roy , ne manquerent
pas auffi de s'y rendre
; & comme une pareille
Cerémonie n'avoit esté
faite depuis long- temps
dans cette Province , une
infinité de Perfonnes des
Villes voifines y fut attirée
par la curiofité. Monfieur
le Cardinal de Bonzi traita
"
190 LE MERCURE
en fuite magnifiquement
Monfieur le Duc de Verneüil,
avec les Commiffaires
du Roy, & tous les Evef
ques . Celuy dont je vous
parle eft Neveu de M de
Grandmont , qui eftoit
Agent perpétuel des Etats
de Languedoc , & qui fut à
feu Monfieur le Duc d'Or
leans . Son merite l'avoit
mis dans une fort grande
confidération . M ' le Mar
quis de Montanegre n'affifta
point à cette Cerémonie
, parce qu'il eftoit party
quelques jours auparavant
*
GALANT . 1901
pour aller faire vérifier au
Parlement de Toulouſe fes
Provifions de Lieutenant
de Roy de la Province . On
ne doute point qu'elles n'y
foient reçeuës avec joye
par la connoiffance qu'on a
de fes fervices, & de la juf
tice qu'on luy a renduë .
Vous m'avez marqué que
vous l'eftimez ; & comme
je fçay que vous ferez bien
aife que je vous parle de
luy toutes les fois que l'occafion
s'en ofrira , j'auray
foin de vous fatisfaire .
Cependant apres vous
192 LE MERCURE
avoir entretenuë , de, la
grande Affemblée qui s'eft
faite à Pezenas , je ne puis
m'empefcher de vous dire.
quelque chofe de celle qui
fe fit icy dernierement au
College du Pleffis , où M
l'Abbé le Boiftel foûtint
des Thefes de Philofophie
dédiées à Monfieur le Marquis
de Louvois , qui honora
l'Acte de fa prefence ..
Un nombre infiny de Gens.
de la premiere qualité y
affifta , quelques Dames
mefme s'y trouverent , &
la capacité du Soûtenant y
parut
GALANT. 193
parut avec éclat . Il eft Fils
de M' le Boiſtel , fi connu
par l'important Employ
qu'il exerce fous ce Mi-
O niftre , mais plus encor
pour eftre un des plus obligeans
& des plus honneftes
Hommes de France . Je
fçay que la matiere des
Thefes eft peu galante , &
que ce n'eft pas un Article
qui doive eftre employé
fouvent dans mes Lettres;
mais quand les choſes ordinaires
, & dont je n'ay
pas accoûtumé de vous parler,
font accompagnées
de
Tome 10 . R
194 LE MERCURE
circonftances
extraordinai
res , elles meritent bien que
vous les fçachiez. Ce qu'il
y eur de nouveau dans cet
Acte foûtenu , c'est qu'on
donna en François à toutes
les Dames le Compliment
Latin qui eft au deſſous du
Portrait de Monfieur de
Louvois . Sans cela elles:
auroient efté privées du
plaifir que leur caufa l'éloge
de ce grand Miniftre .
Je vous ay parlé de luy dans
toutes mes Lettres , & quoy
que je ne l'aye pas toujours
nommé, il y a fi peu de PerGALANT.
195
fonnes qui luy reffemblent,
qu'il ne vous a pas dû eftre
difficile de le reconnoiftre.
Apres les glorieuſes veritez
que je vous en ay dites , il
eft bon que vous les entendiez
d'une autre bouche,
& que je vous explique au
moins en peu de mots le
fujet du Compliment de
M l'Abbé le Boiftel . Il
commence par l'élevation
de Monfieur le Tellier à la
Charge de Chancelier de
France, qu'il regarde comme
une preuve éclatante.
que le Roy a voulu donner
Rij
196 LE MERCURE
à toute l'Europe de l'amour
qu'il a pour les Peuples . Il
vient de là au merite de
Mi le Marquis de Louvois,
des travaux fans relâque
che ont entierement dévoué
à la gloire de fon
Maiftre. Il dit que jamais
Prince n'ayant couru à
l'Immortalité
à fi grands.
pas , jamaisMiniftre n'avoit
fi promptement applany,
les difficultez qui auroient
pû l'arrefter ; Qu'il venoit
plutoft à bout luy feul de
fournir aux befoins de qua- :
tre Armées , que plufieurs
GALANT.
197
J
enfemblé ne fourniffoient
autrefois aux neceffitez
d'une feule; Que quelques
deffeins qu'on euftformez,
les chofes fe trouvoient
toûjours executées avant
qu'on cuft fçeu qu'elles
fe devoient entreprendre;
Que par les foins qu'il prenoit
à maintenir la Difcipline
militaire dans toute
fon exactitude , le paffage
des Gens de guerre ne fembloit
eftre par tout que celuy
d'une Colonie d'Amis ;
& que le fomptueux Baftiment
des Invalides , ren-
R iij
198 LE MERCURE
4
droit un eternel témoigna
ge de la bonté pour les Sol,
dats aufquels il avoit prócuré
un azile glorieux pour
le refte de leurs jours,
quand l'âge ou les bleffures
les rendoient incapables de
continuer leurs fervices .
Ces pensées font beaucoup
mieux tournées dans
une Langue à laquelle la
force de
l'expreffion eft
particuliere. Vous y fuplée .
rez, s'il vous plaift , Madame
, & pour marque de la
reconnoiffance
quej'en auray
, je vous envoye une ſe.
GALANT. 199
conde Lettre de M' Petit,
écrite comme la premiere
à Monfieur le Duc de S.Aignan
. Vous aimez tout ce
qui regarde la gloire du
Roy , & fon ftile qu'il appelle
badin , ne def- honore
peut-eftre pas la matiere
qui luy fait peur. Lifez , je
vous prie , & m'en dites
voſtre penſée .
De Rouen le 9. Decembre 1677 .
MONSEIGNEUR,
Ce n'a pas efté fans fur-
Riiij
200 LE
MERCURE
prife que j'ay veu dans le
dernierTome du
Mercure les
Vers
badins qu'il y a a
ou trois mois
deux
liberté de
vous
envoyer. Ce 101s que je pris
la
m'eft ,
Monfeigneur, une
marque
bien
glorieuse
& bien
obligeante
de
l'honneur
de
voftre
fouvenir ; &
comme
ce n'a pû
eftre que
par
vos
ordres
qu'ils
ayent en
place
dans ce
Recueil
de
Pieces
Galantes , je ne
vous fuis pas
mediocrement
obligé
de la
bonté
que
vous
avez
de
vouloir
déterrer
mon
nom
enfevely
en
Province
depuis
GALANT. 201
une affez longue fuite d'années
; Mais, Monfeigneur, je
fuis fi accouftumé à recevoir
de vous des graces que je ne
merite point, que je dois peu
m'étonner de cette derniere,
qui m'engage plus que jamais
à vous honorer, & à pouſſer
jufqu'où elle peut aller la
paffion toute pleine de refpect
avec laquelle je fuis,
MONSEIGNEUR ,
Voftre tres-humble, tres - obeïffant,
& tres- obligé Serviteur , PETIT.
Her Duc, apres ce Compli
Coment ment,
Et cet bumble Remerciment
202 LE MERCURE
Vn peuferieux pour ma Plume,
Dont (vous le favez) la coûtume,
Eft d'écrire en fiyle badın,
Sans fe piquer de rien defin 3
Trouvez bon qu'elle s'y remette,
Et quema Mufe, humble Soubrette
De celle dont les chants fidoux
Vousfontfaire mille Laloux,
Vous entretienne à l'ordinaire,
Songeant que jefuis voftre Frere
En Apollon, l'aimable Dieu,
Qui de cent plaifirs me tient lieu.
Et certes, j'aurois peine àdire
Si lefeu badin qui m'infpire,
Metouche ouplus , ou moins aucoeur,
Que celuy du Dieu dont l'ardeur
Fait defefperer l'Idolâtre
D'une Coquette acariatre,
Quirit des traits du Dieu fripon ;
Mais il n'en eft plus , ce dit- on .
Les Coquettes fontfort daciles,
GALANT. 203
Come en buit jours onpred desvilles
( Secret de noftre Mars François,
Plus Roy luyfeul que trente Roys)
En huitjours , fans autre remife,
La plus fine Coquette eft prife...
Quoy qu'il enfait, j'aime à rimer,
Et ma Mufefait s'animer,
Quandà vous s'adreſſe fa rime;
Mais n'eftce point cămetre un crime
Que de vous dérober du temps
Aumilicu des Plaifirs charmans
Dont la plus belle Cour du monde.
Pourl'un&l'autre Sexe abonde?
Dans cette Cour où le Soleil
Brille en fon fuperbe appareil,
Où des Beautez faites àplaire,
Où des Héros hors du vulgaire
Forment un éclat quifurprend,
Iefayqu'ilfaut que toutfoit grad,
Et d'unefplendeurfans pareille.
Ainfi donc ce n'est pas merveille.
204 LE MERCURE
Sipar tout où paroift Louis
On voit des brillans inouis .
Vous tenezbien là votreplace,
Et ,fans que rien vous embarraffe ,
Voftreplus ordinaire employ.
Eft d'admirer noftre grand Roy,
Dont le Bras, fecondant la Tefte,
Ajoute Conquefte à Conquefte .
Tout le monde en eft étonné ;
Dés que fon Canon a tonné,
Les Villes en craignent la foudre,
Et depeurqu'on les mette enpoudre,
Surprifes de fes grands Exploits,
Viennent fe rangerfous fes Loix.
Si l'on voyoit des Faits femblables
Dans l'Hiftoires ce font desfables,
Et desfictions, diroit- on :
Mais, certes, le pauvre Lion ,
Et l'Aigle, battus de l'orage,
Connoiffent trop, à leurdommage,
Que ces Exploits par tout vantezGALANT.
201
Sont de feûres réalitez.
Nos Mufesfort embarallées
Vont au filence eftre forcées.
Ayant dit que ce nouveau Mars
Paffe de bien loin les Cefars,
Les Alexandres, les Achilles,
Et lesplus grads Preneurs devilles,
Elles penfent avoir
Our
diti
C'eft jufqu'où valeur bel efprit.
Puisfe trouvat loin de leur compte,
Elles confeffent, avec honte,
Qu'elles n'en ont pas dit affez,
Et que trop de Faits entaffez
De leur éclat les éblouiffent,
Etfont que leurs Rimes tariffent.
Mais , digne Duc,permettez moy
De dire icy, que ce grand Roy
N'a rien qui luyfoit comparable
Dans l'Hiftoire, ny dans la Fable.
Quelques- uns veulent qu'ilfoit né
Sous un Altre bienfortune,
106 LE MERCURE
Et fous une Etoille invincible';
Mais c'eft àce Héros terrible
Ofter defa Gloire un flcuron.
Son Aftre eft,fon coeurde Lions
Et fon Etoille, fa prudence,
Son grandfens, &fa vigilance. )
C'eft luy qui monte les Refforts.
Quifont mouvoir tout cegrädCorps
De Cobatans, fous qui tout treble ;
Et mefme dans le tempsqu'ilfemble
Que ce Héros fe divertit,
Sa Tefte inceffamment agit.
Ses Ordres fi jufte se donnent,
Que les Ennemis s'en étonnent ,
Etla mefme peur il leurfait
Quand il eft dans le Cabinet ,
Où la Gloire avec luy raiſonne,
Que quandilcomande enperfonne.
Enfin, pourfinir ce Difcours,
C'eft le Miracle de nos jours.
MaismaMufe eftbien teméraire,
GALANT.
207
Nele trouvezvous pas cher Frere?
Toujours en Apollon , s'entend,
Car il eft affez important,
Pourle refpect queje vous porte,
D'adoucir l'endroit de laforte.
C'est trop que d'élever mes Vers
Au plus grand Roy de l'Vniversi
Mais fi je manque de prudence ,
Tattes de vous quelque indulgence,
Scachant que de ce Demy- Dieu
La haute Gloire vous tient lien
D'unplaifirfigrand, qu'il furpaffe
Tousceux de la premiere Claſſe,
Etque lors que le jufte Encens
Qu'on doitàfes rares talens,
Fume pour ce Prince adorable,
Rien ne vous eft plus agréable.
Ah! quen'en ay-je du meilleur!
Et que je me plairois, Seignear,
A faire le Panegyrique
De ce Grand Roy tout héroïque !
208 LE MERCURE
Je m'en trouve l'efprit fiplein,
Quej'aylaißé là le deffein
Defaire une Lettre badine ;
Mais, apres tout, je m'imagine
Que vous me le pardonnerez,
Et que mefme vous m'en louerez.
Quoy qu'il femble que
ce ftile foit trop fimple
pour eftre propre aux grandes
matieres, il ne laiffe pas
d'avoir de la grace. Je voudrois
en avoir autant à vous
conter dans le mien une
Avanture de Mufique qui a
caufé depuis peu de grands
embarras à bien des Gens .
Un Homme confiderable
GALANT. 209
& par fon bien & par l'employ
qu'il a dans la Robe,
⚫ citant demeuré veufde puis
quelque temps , avec une
Fille unique , n'avoit point
de plus forte paffion que
celle de la marier. La garde
luy en fembloit dangereufe
, & il croyoit ne pouvoir
I s'en défaire jamais affez
toft . Ce n'est pas qu'elle
n'euft beaucoup de vertu ,
: & qu'ayant eſté toûjours
élevée dans une fort grande
modeftie, elle ne fuft incapable
de manquer à rien
de ce qu'elle fe devoit à
Tome 10. S
210 LE MERCURE
elle- mefme ; mais une Fille.
quia vingt ans, de l'efprit &
de la beauté , n'eſt point
faite pour eftre cachée, il y
a des mesures de bienfeance
à garder , & un Pere
que les Affaires du Public
occupent continuellement,
ne fçauroit mieux faire que
de remettre en d'autres
mains ce qui court toûjours
quelque péril entre les fiennes.
Tant de vertu qu'il
yous plaira , une jeune Perfonne
a un coeur , ce coeur
peut eſtre ſenſible , & on a
d'autant plus à craindre
GALANT. 211
4
qu'il ne le devienne, que
Efprit fe joignant à la
Beauté, attire toûjours force
Adorateurs . La Demoifelle
dont je vous parle eftoit
faite d'une maniere
n'en pas manquer files ferupules
du Pere n'y euffent
mis ordre. On la voyoit,
con l'admiroit dans les Lieux
e de devotion où il ne luy
pouvoit eftre defendu de fe
montrer, mais elle ne recevoit
chez elle aucuneVifite ,
fi vous exceptez celles de
cinq ou fix Parentes ou Voifines
qui luy tenoient com-
Sij
212 LE MERCURE
pagnie avec affez d'affiduité.
Ce qu'elle regrettoit
le plus des Divertiſſemens
Publics dont elle ne
joüiffoit que par le raport
d'autruy , c'eftoit l'Opéra .
Elle avoit la voix fort belle,
fçavoit parfaitement la Mufique,
& n'aimoit rien tant
que d'entendre bien chanter.
Deux ou trois de fes
Amies avoient le mefme
talent & la mefme inclination,
& la plus grande partie
temps qu'elles fe plaifoient
à paffer enſemble,
eftoit employé à de petits
du
GALANT.
213
{
Concerts de leur façon.
L'une d'elles avoit un Frere
grand Muficien , & c'eftoit
fur fes Leçons qu'elle apprenoit
aux autres ce qu'il
y avoit de plus agreable &
de plus touchant dans les
Opéra. La Belle brûloit
d'envie de le mettre de
leurs Concerts , on luy difoit
mille biens de luy ,
il n'en entendoit pas moins
dire d'elle à fa Soeur. Ainfi
ils furent prévenus d'eftime
l'un pour l'autre avant qu'il
leur fuft permis de fe connoiftre
, & la difficulté qu'ils
&
214 LE MERCURE
pour
y trouverent leur en aug.
menta le defir. On parla
au Pere , qui fe montra plus
traitable qu'on ne l'efperoit.
Le prétexte de la Mufique
fut le feul dont on fe
fervit
obtenir la permiffion
qu'on luy demandoit.
Il ne voulut point envier
à fa Fille l'unique plaifir
qu'il fçavoit eftre capable
de la toucher ; & le
Cavalier ne luy paroiffant
point d'une fortune à former
des pretentions d'al
liance , il confentit à la
priere que fa Soeur luy avoit
GALANT.
215
faite , de trouver bon qu'-
elle l'amenaft . Ils fe virent
donc , ils fe parlerent , ils
chanterent , & fans s'eftre
apperçeus qu'ils euffent
commencé à s'aimer , ils
#
de
temps
fentirent en peu.
qu'ils
s'aimoient
. Il n'y
avoit
rien que de tendre
dans les Airs que le Cavalier
venoit
apprendre
à la
Belle ; il les chantoit
tendrement
, & à force
de les
luy faire chanter
de mefme
, il mit dans fon ame
des difpofitions
favorables
à bien
recevoir
la declara216
LE MERCURE
tion qu'il fe hazarda enfin
à luy faire. Ses regards avoient
parlé avant luy, & ils
avoient efté entendus fans
que les Amies de la Belle en
euffent penetré le fecret .
Elles impuroient au feul
deffein d'animer
les paroles
qu'il chantoit, ce qui eftoit
une explication paffionnée
des fentimens de
fon coeur. Il trouva enfin
loccafion d'un tefte- à- tefte.
Il ne la laiffa pas échaper, &
il employa des termes fi
touchans,à faire connoiftre
toute la force de fon amour
ནཱ་
GALANT. 217
à la charmantePerfonnequit
le caufoit, qu'elle ne pût fe
defendre de luy dire qu'il
remarqueroit par la promptitude
de fon obeïlfance,
l'eftime particuliere qu'elle
avoit pour luy , s'il pouvoit
trouver moyen de luy faire"
ordonner
ļ
par
fon Pere de
le regarder comme un
Homme qu'il luy vouloit
donner pour Mary. Que de
joye pour le Cavalier! Il a
voit des Alliances fort con
fiderables , & ménagcoit
une Perfonne d'autorité
pour l'engager à venir faire
Tome 10 . T
218 LE MERCURE
la propofition pour luy,
quand il apprend de la
Belle que fon Pere la marioit
àunGentilhomme fort
riche qu'il luy avoit déja amené,
que les Articles ef
toient arreſtez, & qu'il s'en
eftoit expliqué avec elle
d'une maniere fi impérieufe,
qu'elle ne voyoit pas de
jour à fe pouvoir diſpenſer
de luy obeïr. Sa douleur eft
auffi grande quefa ſurpriſe.
Il la conjure d'apporter à
fon malheur tous les retardemens
qu'elle pourroir,
tandis que de fon coſté il
GALANT. 219
mettroit tout en ufage pour
l'empefcher. Les témoignages
qu'ils fe donnent
de leur déplaifir font interrompus
par l'arrivée de
l'Amant choify. Comme il
eftoit naturellement jaloux,
il obferve le Cavalier , &
trouve dans fon chagrin je
ne fçay quoy de fufpect qui
l'oblige à fe faire l'Eſpion
de fa Maiftreffe . Il la fuit
: par tout , & ſe rend chez
elle tous les jours de fi bonne
heure , que le Cavalier
aimé ne peut plus trouver
moyen de l'entretenir. H
Tij
220 LE MERCURE
cache le defefpoir où cet
embarras le mer, & la Mu
fique eftant le pretexte de
fes vifites , il tâche d'é
bloüir fon Rival, en continuant
à luy faire chanter à
elle & à fes Amies , tous les
endroits qu'elles fçavent
des Opéra. Quelques jours
apres ne pouvant venir à
bout de trouver un mo .
ment de tefte-à- teſte pour
fçavoir fes fentimens , il ef
faye un ftratagême pareil à
celuy de l'Amant du Mala
de Imaginaire . Il feint que
le fameux Lambert a fait un
GALANT. 221
Air à deux Parties que peu
de Perfonnes ont encor
veu , & parle fur tout d'un
Helas qui a quelque chofe
de fort touchant quand la
Baffe & le Deffus font mef
lez enſemble . L'Air & les
Paroles eftoient de luy , &
le tout fe rapportoit
à l'eftat
prefent de la fortune . La
Belle qui comme je vous ay
déja dit avoit une parfaite
connoiffance
de la Mufique
, demande
à voir cer
Airfi touchant
, & s'offre en
mefme temps à le chanter
avec luy . Il eftoit fait fur
ces Paroles .
222 LE MERCURE
Je vous l'aydit centfois , belle Iris,
je vous aime;
Comme voftre beauté , mon amour
eft extréme :
Mais je crains un Rival charmé
de vos appas .
Vous paliffez, Irw ; l'aimeriezvous
? helas !
L'Amant Muficien avoit
trouvé des cheures fi heureufes
dans la repétition de
cet Helas , que la Belle qui
avoit commencé à chanter
fans s'appercevoir du miftere
, comprit bientoft à la
maniere tendre & languiffante
dont il attachoit fes
*
GALANT.
223
3
regards fur elle , qu'il la conjuroit
de luy apprendre ce
qu'elle luy permettoit d'ef
perer. La douleur de fe voir
contrainte de facrifier fon
amour à fon devoir , la faifit
tout à coup fi fortement,
qu'elle perd la voix , tombe
évanoüye , & luy fait connoiftre
par cetaccident
que
fon malheur
ne luy eft pas
moins fenfible
qu'à luy.
C'eft alors qu'il ne peut
plus garder de mefures .
L'envie de fecourir fa belle
Maiftreffe
, le fait agir en
Amant paffionné . Il court,
Tiiij
224 LE MERCURE
il va , revient , fe met à ge.
noux devant elle , laprie de
l'entendre , & femble mourir
de l'apprehenfion: qu'il
a de fa mort. Son Rival qui
ne peut plus douter de fon
amour, en eft jaloux dans
l'excés , & le devient encor
davantage , quand la
Belle commençant à ouvrir
les yeux , prononce fon
nom , & demande triftement
s'il eft party . Il fe
plaint au Pere, en obtient
le banniffement du Muficien
, le fait fignifier à fa
Maiftreffe, & croit le triomGALANT.
225
phe affure pour luy; mais le
Pere employe inutilement
fon autorité. La Fille fe révolte
, prend pour outrage
les défiances de l'Amant
qu'elle veut qu'il épouſe , &
fous pretexte de luy laiffer
plus de temps à examiner ſa
conduite , elle recule fon
Mariage d'un mois entier,
Opendant lequel elle veut
qu'il la voye vivre avec
celuy qui luy fait ombrage
, afin qu'il fe gueriffe
de fes injuftes foupçons , ou
qu'il rompe avec elle , s'il la
croit incapable de le ren226
LE MERCURE
1
dre heureux. Ainfi les vi
fites continuent ; & comme
les deux Amans ne
cherchent qu'à dégoûter
l'Ennemy de leur bonheur,
ils ne ménagent plus fa jaloufie
, & fe vangent de
l'inquietude qu'illeur don
ne par les méchantes heures
qu'ils luy font paffer.
Le hazard contribue à leur
en fournir les occafions.
Le Muficien qui venoit
toûjours chanter avec la
Belle , luy avoit recité des
Vers affez agreables . Elle
en demande une copic.
2
GALANT. 227
L'Amour eft induſtrieux , il
fe fait apporter dequoy
écrire , change les Vers en
bonne Profe bien fignificative
, luy explique de la maniere
du monde la plus touchante
ce que la paffion luy
fait fouffrir, luy met ce qu'il
a écrit entre les mains , & la
conjure de luy dire fans déguifement
fi ce qui a eu
quelque grace dans fa bouche,
luy enparoift conferver
fur le papier. Elle lit , foûrit,
montre de la joye , & ne
peut affez exagerer les nouvelles
beautez que la lectu
228 LE MERCURE
re luy a fait découvrir dans
cet ouvrage. L'Amant jaloux,
qui eftoit veritable.
ment amoureux & gardien
perpetuel de fa Maistreffe ,
ne s'accommode point de
cette écriture . Il demande
àlire les Vers , on le refufe .
Ily foupçonne du miftere ,
& ce qui le convainc qu'il y
en a , c'est que fon Rival
s'eftant fervy le lendemain
du mefme artifice , &
n'ayant à donner que la copie
d'un Sonnet , il luy voit
écrire plus de vingt lignes,
& remarque qu'elles font
GALANT. 229
$
toutes continuées , au lieu
que les Vers font ou plus
courts ou plus longs felon
le nombre des lettres qui
entrent dans les mots qui
les compofent. Il acheve
de perdre patience en
voyant prendre la plume à
fa Maiftreffe . Elle écrit un
affez long Billet, le cachete,
ole donne à fon Rival , comme
devant eftre rendu à
quelqu'une de fes Amies , &
le prie de luy en apporter la
réponſe le lendemain . Jugez
de la joye de l'un , & du
defefpoir de l'autre. L'A#
30 LE MERCURE
mant aimé qui ne doute pas
que la Belle n'ait répondu
par ce Billet à fon Sonnet
metamorphofé , brûle d'im
patience de le lire. Il fort.
Son Rival fort dans le mefmetemps
, le fuit, & l'ayant
joint dans une Ruëoù il paffoit
fort peu de monde , il
luy demande fierement à
voir le Billet. Ces gages
de l'amour d'une Maiſtreſſe
ne s'abandonnent
jamais
qu'avec la vie. Ils mettent
L'Epée à la main . La fureur
qui anime le Jaloux , ne luy
permet point de fe ména
GALANT.
232
ger. Il tombe d'une large
bleffure qu'il reçoit. Onla
tient mortelle , & cet accident
oblige fon Rival à ſe
cacher. Voila , Madame,
l'état où font à prefent les
choſes. Le Pere fulmine ,
la Fille protefte qu'elle ne
forcera point fon inclination
pour épouserun Jaloux
qui ne peut que la rendre
malheureuſe , & ce que je
trouve de fâcheux dans
cette Avanture, c'eſt que je
nevoy perfonne qui ait lieu
d'en eftre content.
Nous en fçaurons les fui232
LE MERCURE
島へ
tes avec le temps , c'eſt un
Avenir un peu plus obfcur
que mon Enigme du Mois '
paffé .VosAmies qui croyet
que ce foit les Orgues , n'en
ont pas découvert
le vray
fens , quoy que l'Explication
que vous m'en donnez
pour elles foit toute pleine
d'efprit. On m'en a envoyé
une autre de Rouen qui
convient à tous les Articles
fur ce mefme mot. Un bel
Efprit de Paris les a expliquez
fur une Riviere glacée
; un autre de Noyon ,
fur la Neige ; & il ne fe
GALANT .
233
peut rien de mieux tourné
qu'une Lettre que j'ay reçeuë
de Lyon des fpirituel
les Ecolieres d'Apollonius
,
qui m'avoient déja fait la
grace de m'écrire fur l'Enigme
de la lettre V, & qui
veulent que le vafte Corps
de celle- cy cache le Nuage
qui ayant plus de Bras que
le fabuleux Briarée , s'en
fert à couvrir plufieurs Provinces.
Tous ces divers
fens y font appliquez fi
juſte , qu'il ſemble que chacun
ait deviné. Je tenois
le veritable affez difficile à
V Tome 10 .
234 LE MERCURE
trouver , pour croire que
vous ne l'apprendriez que
de moy , cependant vous
l'apprendrez de Monfieur
le Duc de S.Aighan , qui
connut ce que je cachois,
incontinent apres que ma
derniere Lettre eut paru .
Ce qu'il m'a fait l'honneur
de m'en écrire , vous dévelopera
les obfcuritez qui
ont embaraffé vos Amics.
GALANT. 235
LETTRE DE MONSIEUR
LE DUC DE S.AIGNAN
J
A l'Autheur du Mercure..
E ne fçay , Monfieur , fi
tay trouvé le veritable
fens de vostre Enigme , mais
je ne puis eftre le maistre
d'un premier mouvement
qui me porte d'abord à vous
annoncer une Victoire que je
ne tiens pas encor trop affurée:
S'il est vray que j'aye
effectivement deviné cette
Enigme, je dois en estre plus
Vij
236 LE MERCURE
fier que vous ne pensez, car
je crois avoir découvert qu'-
elle eft de vous , & par con-
Léquent qu'elle ne pouvoit
eftre que fort fubtile. Enfin,
Monfieur , c'est à mon sens
non feulement l'Armée , mais
celle des Confederez
,puisque
je trouve tant de chefes qui
conviennent à cela , qu'il ne
fe peut pas davantage.
Ce Corps eft composé de
plufieurs Princes inégaux en
pouvoir. Avant que les
Troupes de chacun d'euxfuffent
jointes , elles avoient
esté levées feparément. Il
GALANT.
237
n'est animé que de ces mefmes
Troupes qui ne laiſſoient
pas d'eftre avant que leur
jonction formaſt un Corps.
Il n'a point de Tefte , c'est
à dire point de Chefentierement
abfolu. Les Bras font
aifez à trouver dans le grand
nombre de Soldats qui font
dans ces Troupes , & qui ef
tant d'une naiſſance fort
éloignée de celle des Commandans
, font l'illuftré &
baffe Famille dont il eft parlé
Quelque grand que foit ce
Corps , au lieu de fe rendre
formidable par le nombre,
238 LE MERCURE
il a fait voir quelquefois
qu'il n'eftoit pas fans appréhenfion
de nos armes.
Les nouveaux Membres
qui luy viennent , font les
nouvelles Troupes des Alliez,
qu'on fepare bien fouvent
pour les faire agir en divers
Lieux ; & l'heure du repos
eftant venue , c'est à dire le
temps des Quartiers d'Hyver,
ces Troupes font obligées
quelquefois en les cherchant
, d'en venir aux mains
avec ceux de leur Party qui
ne les veulent pas recevoir,
parce qu'elles font mal difciplinées
.
GALANT. 239
Ce grand Corps doit affurément
expirer unjour, l' Alliance
des Princes qui le compofent
n'estant que pour un
temps ; mais s'ils la renou
vellent avant qu'elle vienne
à expirer tout-à-fait , ils le
font revivre.
Quelques foins que prennent
tant d'Alliez pour
maintenir cette Vnion , ils
fe brouillent quelquefois , &
blament la conduite les uns
des autres , comme ont fait
depuis peu deux des plus
confiderables d'entr'eux.
Enfin le grand éclat qui
ཀ
240 LE MERCURE
bleffe ce Corps, vient du Roy,
& ce vaillant Monarque eft
le Soleil dont les brillans
rayons fe dardant contre lay,
le font tant fouffrir.
Confeffez, Monfieur , que
ƒay de viné, ou tout au moins
a tamo
que voftre Enigme a tant de
raport avec cefens, que difficilement
enpourroit on trouver
un autre qui y convinft
mieux. Mais fi ce n'est pas
une chofefacile , c'en est une
impoffible de trouver perfonne
qui foit plus que moy.
voftre, &c.
Vous
GALANT. 241
Vous n'avez prefque reçeu
aucune Lettre de moy
cette année , qui ne vous ait
parlé de Monfieur de S. Aignan;
je vous ay entretenuë
de fa valeur, de fa conduite ,
& de tout ce que cet illuftre
Duç a fait dans fon Gouvernement.
Je vous ay fait
part de fa Proſe & de fes
Vers . Le feu de fon efprit
vous a paru dans fes Inpromptu
, mais je ne vous
avois point encor fait voir,
combien il eft penétrant.
Vous le pouvez connoiftre,
par l'Explication de cette
Tome 10 . X
242 LE MERCURE
Enigme. Depuis que je l'ay
reçeue , le mefme fens a
efté trouvé par un tres -illuftre
& fpirituel Abbé, par
M du Ry de Chamdoré qui
avoit deviné le Trictrac,
par un Inconnu de Rouen ,
par un autre de Blois , &
par un Homme de qualité,
d'efprit & de merite, qui a
fait plufieurs Campagnes.
Ce dernier m'en a envoyé
l'Explication en Vers , mais
come elle eft prefque la meme,
article par article, que
celle que vous venez de lire
en Profe, je la fuprime pour
éviter la repétition
GALANT .
243
y
Il me refte beaucoup
d'Enigmes qui auront leur
tour. J'en ay dont on ne
m'a point dit le mor, & ne
ne le devinant pas , je ne
puis les mettre fans fçavoir
fi elles font juftes . On
m'en a envoyé de tres- fpirituelles
fur la lettre L ;
mais comme vous trouvez
que toutes les lettres de
l'Alphabet ne peuvent faire
qu'une feule Enigme , parce
qu'elles roulent toutes fur
le mefme tour, & que d'ailleurs
on les devine dés le
fecond Vers , je m'arreſte
X ij
244 LE MERCURE
*
ray aujourd'huy
à celle- cy,
dont vous ferez part à vos
Amies.
JE
ENIGME
E fuis aimé des uns , les autres
me haiffent,
Je fais & du bien & du mal ;
Et s'il en eft à qui mon aspect foir
fatal,
I'en feay qui de me voir toûjours
Cafe réjouiffent.
Les Avares & les Ingrats
Avecque moy ne trouvent point
leur comptes 401 40
Ma prefence leur est une fecrete
bonte,
•
GALANT. 245
Quand de ce que j'attens ils ne
s'acquitent pas.
Avec plaifir les Amans ' me reçoivent,
Il en eft peudontje nefois content,
Et qui pour m'honorer ne cherchent
à l'inftant,
Lors quej'arrive, àfaire ce qu'ils
doivent.
Simon regne eft d'éclat, il eftpropt
àfinir,
Mon Cadet le termine, & mourant
pour renaiftre,
Apres quej'ayfçen difparoiftre,
Te fuis longtempsfans revenir.
Lefuisvieux, cependant mes heures
font bornées,
X iij
246 LE MERCURE
Et quiprendra le foin d'en mefarer
le cours,
Trouvera que j'auray vefcufort
peu de jours,
Quey que je fois chargé d'ungrand
nombre d'années.
Comme les Enigmes
m'ont attiré la Lettre des
deux Coufines de Poitou
dont je vous parlay la derniere
fois , je n'en puis finir
l'Article fans m'acquiter de
la parole que je vous donnay
de vous faire le Portrait
de ces aimables Perfonnes .
Elles font d'une Province
où je fçay que vous avez de
GALANT. 247
T
particulieres
habitudes. Voyez
fi ce que j'ay àvous en dire fufira
pour vous les rendre connoiffables
. Elles ne demeurent pas loin
des bords du Clin & de la Vienne,
& fe voyent quelquefois
fur
ceux d'une plus petite Riviere
qui devroit eftre fameuſe par
leurs Avantures. Un Cavalier
fort galant & encor plus brave,
ya fouvent part. Ses belles qualitez
le rendent digne de leur
eftime . Il écrit avec politeffe
en Vers & en Profe , & il y a
quelques années qu'on promettoit
en Poitou un Roman de fa
façon. L'aifnée des deux Coufines
eft d'une affez belle taille ,
qu'un peu d'embonpoint
ne
fçauroit gafter. Sa Maiſon eſt
Illuftre, & fa Perfonne pleine
X iiij
248 LE MERCURE
d'agrémens. Sa jeune Parente
eft une Demoifelle d'un beau
naturel & d'une tres - grande efperance
. Elle s'eft liée d'amitié
avec elle dés fes plus tendres années
. Si toutes ces marques ne
vous les font point connoiftre,
vous les
chercherez parmy quatre
Nymphes qui fe font bai
gnées dans la petite Riviere
dont je vous ay parlé, aufquelles
le Cavalier , qui eft rarement
oublié dans leurs agreables parties,
donna en fuite une magnifique
Collation qui parut fe
trouver là par hazard dans un
Moulin voifin , cornme fi elle
n'euſt eſté que les Reſtes d'une
Nopce qu'on feignit s'y eftre
faite quelques jours auparavant.
Je croy que vous ne m'en
GALANT. 249
"
demanderez pas davantage
pour fçavoir bientoft avec certitude
qui elles font.
Ily a plus de plaifir de s'informer
des Vivans , que d'entendre
de quel merite ont efté
ceux que la mort nous fait re.
gretter. Cependant il n'y a pas
moyen de me taire fur celuy de
Mr le Marquis de Rouville
Gouverneur d'Ardres , Lieutenant
General des Armées du
Roy , qui eft mort dans fon
Gouvernement. Le rang de
Lieutenant General fuffit pour
faire connoiftre dans quelle
confideration fon courage & fa
valeur l'avoient mis , puis qu'on
n'y peut parvenir fans avoir
paffé par tous les degrez qui
peuvent acquerir de la gloire
250 LE MERCURE
dans les armes . Mr le Marquis
de Rouville fon Fils , qui a époufé
Mademoiſelle de Bethu .
ne , n'ignore rien de tout ce
qu'un Homme de fa qualité doit
fçavoir . Il poffede les belles
Lettres, il a de l'efprit , & n'eſt
pas le feul de cette Famille qui
en ait. Mr le Comte de Rouville
vous eft connu , & vous fçavez
combien il eft eftimé de tout
ce qu'il y a d'honneftes Gens
dans le Royaumé. Cette Maifon
eftune des plus anciennes de
Normandie . Elle a porté le
Nom de Gougeüil avant celuy
de Rouville . Jean I. eftoit Che
valier Sire de Rouville dés l'an'
1319. & prit Femme dans la
Maifon des Effards . Pierre de
Rouville fut Chambellan des
GALANT.
251
Rois Charles V. & Charles VI.
Ileftoit Gouverneur du Pont de
l'Arche qu'il defendit contre les
Anglois , & fut tué à la Bataille
d'Afincour. Pierre II . de Rou
ville, époufa la Fille de Robert
Admiral de France . Charles IX .
eut pour Chambellan un Guillaume
de Rouville ; & un Louis
du mefine Nom fut Grand Véneur
de France , & Lieutenant
General au Gouvernement de
Normandie. Voyez , Madame,
combien de grands Hommes,
fans vous parler de ceux de cette
Maifon qui ont efté Evefques &
Ambaffadeurs .
Cette Dignité d'Evefque ,
quoy que tres-relevée, n'a point
de privilege contre la mort qui
nous a enlevé depuis peu celuy
}
252 LE MERCURE
par
d'Alet. Il eftoit d'une tres-bon .
ne Famille de la Robe, connuë
beaucoup de merite & d'ef
prit, & ilfuffit de dire qu'il s'ap
pelloit M, Pavillon . Il fut choi
fy pour l'Epifcopat du temps du
Cardinal de Richelieu. Le peu
qu'il préfumoit de luy mcfme,
l'obligea à le refufer , comme
s'en connoiffant indigne ,
& ce grand Miniftre vainquit
fes longs refus , en luy difant
que plus il parloit contre luy ,
plus il parloit pour l'Eglife. 11
accepta la conduite de ce Dio--
cefe, fe rendit à Alet , & n'en eft
jamais revenu .
ai font fi Les morts fubites
fréquentes icy depuis quelque
temps , ont coufté un Fils a
M : Leſeau Conſeiller d'Etat, &
GALANT. 253
Doyen du Confeil . C'eftoit un
tres honnefte Homme , Chanoine
de N. Dame de Paris.
Vous fçavez combien ce Corps
eft confidérable , & qu'il eft remply
de Perfonnes de merite &
de qualité , dont il y en a plufieurs
qui font Officiers des
Cours Souveraines . On y a véu
M' de Ventadour & M' d'Au
bigny, qui tenoit rang de Prince,
eftant de la Maiſon de Stuart .
י ד
M de Miramion eft mort
prefque dans le mefme temps.
On l'appelloit Sevin de Miramion
. Il eftoit de ces Sevins
qui font d'une des plus anciennes
& des meilleures Maifons
de la Robe . La Charge de Confeiller
du Grand Confeil qu'il a
exercée vingt- un an , luy avoit
254 LE MERCURE
acquis la réputation d'un tresbon
& tres-jufte Juge , & il n'ef
toit pas moins aimé de fa Compagnie
, qu'eftimé de tous ceux
dont il avoit eu les affaires entre
les mains.
Ces diverſes pertes ont eſté
fenfibles à beaucoup de Familles
particulieres ; mais ce qui a
caufé une defolation generale,
ç'a efté celle de Monfieur le
Premier Prefident de Paris. Il
avoit efté reçeu Confeiller au
Parlement dés l'âge de dix -fept
ans ; & lors qu'il fut Maistre des
Requeftes,Sa Majesté l'envoya
pour Commiffaire aux Etats de
Bretagne,où les Efprits eftoient
Extrémement divifez . Il trouva
des tempéramens fi juftes, qu'en
executant les Ordres du Roy,
GALANT.
255
il contenta également le Gouverneur
de la Province , les
Etats , le Parlement, & le Peu.
ple. Il fut fait Premier Prefident
en 1658. & il a foûtenu la
dignité de cette Charge avec
un fuccés fi extraordinaire ,
qu'il a laiffé à la Pofterite un
exemple rare & prefque inimitable
de toutes les parties neceffaires
aux grands Magiftrats .
Il avoit une memoire tres- fidelle,
un jugement tres -folide, &
un difcernement tres jufte . Il
poffedoit les belles Lettres avec
une délicateffe inconcevable .
La force de fon raifonnement
= répondoit à la netteté qu'il avoit
à s'exprimer ; & fon éloquence
eftoit telle , qu'on peut
dire qu'il ne le falloit pas en-
3
256
LE
MERCURE
tendre quand on ne vouloit
point le laiffer perfuader. Sa
Porte eftoit ouverte aux plus
beaux Efprits , & il fentenoit
une espece d'Académie chez
luy où diférentes Queſtions
eftoient agitées. Vous en pous
vez connoiſtre la matiere par le
Livre que le P. Rapin Jefuifte
en a fait . M' le Premier Prefi
dent y difoit fes fentimens , & ne
donnoit jamais que de fort juf
tes décifions . Outre qu'il eftoit
extrémement éclairé fur tout
ce qui regarde la connoiffance
des Loix , il avoit une facilité
merveilleuse à concevoir d'a
bord une Affaire , mais quel
ques grands que fuffent ces a
vantages de fon Eſprit , fardouceur
que rien n'a jamais alterė,
GALANT. 2370
fa probité generalement reconnuë,
la grande modération , fa
modeftie , ou s'il m'eft permis,
de le faire defcendre jufque-là,
fon humilité firare avec un fi
vray merite, & fon integrité inébranlable,
eftoient encor plus.
dignes d'admiration . Jamais
perfonne ne s'eft retiré mécon
tent de luy , & jamais Plaideur
dans fa paffion n'a ofé l'accufer
d'injustice. Il eftoit plein de
zele pour le fervice de fonPrince
& pour le bien de l'Etat , & la
vie Chreftienne & toute exem
plaire qu'il menoit, mettoit fes
actions à couvert du moindre
reproche, & luy attiroit le ref
pect de tous ceux qui avoient
l'avantage de l'approcher. Il
eft mort âgé de foixante ans &
Tome 10 . Y
258 LE MERCURE
2
deux moisquelques jours moins,
& a laiffé deux Fils, dont l'un
eft Avocat General au Parle
ment, & l'autre Maistre des Requeftes.
Ils s'acquitent fi dignement
l'un & l'autre de ces
grands Emplois , que le Public
a lieu de ne point douter qu'ils
ne cherchent à imiter parfaitement
un Pere qui eftoit auffi
juſte que capable , & auffi vertueux
que fçavant. M'de Làmoignon
Pere de l'illuftre Mort
dont je vous parle , eftoit un
Homme d'une probité reconnuë,
qui fçavoit beaucoup, &
que tout le monde éftimoit pour
fa pieté. Il avoit étudié à Bourges
fous le celebre Cujas. Il fe
fit recevoir Confeiller au Par
lement, & eftant devenu Doyen
GALANT. 259
n
de la Troifiéme des Enquestes,
il traita de la Charge de Prefi
dent de cette Chambre avec un
aplaudiffement general . Quelques
années apres il entra en la
Grand'Chambre en qualité dé
Confeiller , & enfin le Roy récompenfa
fes grands fervices en
l'honorant de la Charge de Prefident
à Mortier, où il eft mort
Doyen. Il tiroit fon origine du
Païs Nivernois , d'une des plus
nobles & plus anciennes Familles
de cette Province, qui portoit
les Titres de Chevaliers,
Damoifeaux & Ecuyers , depuis
Le premier quatre cens ans.
dont on les a , prenoit celuy de
Chevalier dés le temps de Saint
Louis , & on fçait qu'il ne fe
donnoit alors qu'à ceux qui ef-
Y ij
260 LE MERCURE
toient d'une tres - illuftre Naif.
fance. On trouve un Helin de :
Lamoignon , Seigneur de Ri
viere , parmy les Tenans d'un
Tournoy qui fut fait à Paris en
1549. fous Henry II. Il y a eu
plufieurs grands Perfonnages
dans cette Maiſon. Charles de
Lamoignon , Chevalier , Seigneur
de Baville , Launay,
Courfon , & c . rendit des fervices
fi confidérables en fon
temps, que le Roy Charles IX ..
luy fit l'honneur de le vifiter
fouvent dans fa maladie , & témoigna
avoir perdu en fa Perfonne
un Serviteur auffi capable
des premieres Charges de
l'Etat qu'il y en euft dans le
Royaume. Ily feroit parvenu ,
fi la mort ne l'euft emporté à
.
GALANT . 261
९.
cinquante -cinq ans . Il avoit
pris Femme dans la Maiſon de
Besançon , qui eft une des plus
anciennes & des mieux alliées ,
de France. La Mere de feu
M' le Premier Prefident eftoit
de l'illuftre Famille des Landes .
La nobleffe en eft connuë . Il
avoit époufé Magdelaine Potier
, Fille de Meffire Nicolas
Potier , Seigneur d'Ocquerre,
Secretaire d'Etat, & Niéce de
Meffire André Potier Seigneur
de Novion, Prefident au Parlement
de Paris , & de Meffire
Auguftin Potier Evefque &
Comte de Beauvais , Pair de
France,
Qoy que la mort foit une
Image funefte , il faut vous la
laiffer encor un moment pour
262 LE MERCURE
vous apprendre que ces mefmes
morts fubites qui nous ont ofté
Mr Lefeau, nous ont fait perdre
auffi deux grands Hommes dans
ce mefme Mois. L'un eft M' de
Sainte Beuve , & l'autre M
Neuré. Le premier eftoit Do-
&teur & Profeffeur de Sorbonne
, Homme d'une tres - profonde
érudition , aimé non feulement
de tous ceux qui le connoiffoient
, mais encor de tous
ceux qui avoient entendu parler
de fon mérite, Le Clergé
de France avoit une estime
".
toute particuliere pour luy , &
luy donnoit penfion . Il regloit
un nombre infiny de confeien
ces , & il euft efté malaifé de
trouver un plus habile Cafuifte,
Quoy qu'il n'ait jamais voulu
GALANT. 263
- permettre qu'on ait fait fon
Portrait pendant la vie , nous
ne laiffons pas de l'avoir par le
3
talent merveilleux de M' Berthinet
, qui a efté Payeur des
Rentes de l'Hoftel de Ville de
Paris. Il a l'imagination ſi vive,
que fur le fouvenir qu'il a confervé
de fes traits , il en a fait la
Medaille en cire apres fa mort,
avec l'admiration & l'étonnement
de tous ceux qui l'ont
connu . On dit qu'il en a fait
une de bronze du Roy , par
cette mefme force d'imagina
tion , dont Sa Majesté a esté
tres fatisfaite. Beaucoup de
Perfonnes de la premiere Qua
lité qui ont veu cette Medaille ,
en parlent comme d'une merveille
.
264 LE MERCURE
"
M' Neuré , que je vous ay .
nomme avec M de Sainte.
Beuve , eftoit ce grand & famenx
Philofophe qui avoit efte
à feu M d'Angouleſme , à M
de Longueville , & à M' le
Marquis de Vardes . Il fçavoit
beaucoup, & meritoit la réputation
qu'il s'eftoit acquife.
Comme vous m'avez ordonné
de vous parler de tous ceux qui
ont quelque talent extraordi ..
naire , je me crois obligé de
vous dire que nous avons auffi
perdu M Michel , qui touchoit
les Orgues à S. Leu . C'eftoit
un charme que de l'entendre,
& on y venoit en foule de toutes
parts.
Le Monde fe renouvelle in,
fenfiblement, & c'eſt un changement
GALANT 265
gement imperceptible qui arrive
tous les jours par de nouveaux
établiſſemens de Familles
que le Mariage fait fucceder
d'un colté à celles qui ont
finy de l'autre par la mort.
M' le Marquis de S. Germain-
Beaupré, de la Maifon de Foucaut
, receu en furvivance du
Gouvernement de la Marche,
en a fait un depuis peu fort
confidérable, en époufant Mademoiſelle
de Janvry. Elle eft .
d'une tres -bonne Famille de la
Robe , & n'avoit pas befoin
d'eftre auffi riche qu'elle eft
pour mériter le choix d'un fort
honnefte Homme, ayant beaucoup
de bonnes qualitez qui la
rendent recommandable. Il ne
faut que la voir pour connoiſtre
Tome 10 . Ꮓ
266 LE MERCURE
qu'elle ne manque pas de
beauté.
Mademoiſelle Roullié , Fille
de M' Roullié Maistre des Requeftes
, Homme d'un grand
merite , & fort eftimé dans le
Confeil , s'eft mariée dans le
mefme temps , & a porté plus
de cent mille écus à M' le Marquis
de Bonnelle qu'elle a é .
poufé. Il eft Fils du Marquis
de ce mefme nom , qui avoit
époufé Mademoiſelle de Touffy
Soeur de Madame laMarefchale
de la Mothe Houdancour , &
Petit- Fils de feu M¹ de Bullion
qu'on a veu Prefident à Mortier
& Sur- Intendant des Finances .
Tandis que nous ſommes fur
les Articles de joye , il faut vous
apprendre celle qu'a reçeuë
·
GALANT 267
Mr Deftanchau , par l'honneur
que luy a fait le Roy de luy
donner la qualité de Secretaire
de Monfeigneur le Dauphin.
Il avoit eu jufqu'icy l'avantage
d'en faire feul les fonctions ,
il fuffit de fçavoir dans quelle
confidération l eft aupres de
Monfieur le Duc de Montaufier,
pour eftre perfuadé de ce qu'il
yaut. C'eſt un Homme fort
fage, & qui joint à beaucoup de
prudence & de politeffe , un
zele dont l'exactitude ne fe peut
affez eſtimer. Vous auriez eu
tout lieu de vous louer de la
mienne , à vous rendre compte
des Harangues qui ont efte
faites à Monfieur le Chancelier,
outre celles dont je vous ay déja
parlé, fi je n'euffe appris qu'un
·
Z ij
268 LE MERCURE
Homme de beaucoup d'efprit
qui s'eft foigneufement trouvé
à toutes , en fait un Recueil
pour le Public. Il auroit déja
paru, s'il n'avoit pas deffein d'y
joindre les Difcours qui fe doi
vent encor faire à la gloire de
ce grand Homme au Parlement
& au Grand Confeil , le zo, du
Mois prochain. Il n'y aura rien
de plus curieux que ce Recueil,
& celuy qui le fait ne pouvoit
former une entrepriſe plus noble
que de travailler à éternifer
la memoirede ce digne Chef
de la Justice. Celle des merveil .
leuſes Actions du Roy ne s'ef.
facera jamais, mais je nefçay fi
l'éloignement des temps ne les
rendra point incroyables. En
effer, il fera difficile de conce
GALANT. 269
voir qu'une Campagne ouverte
avant le Printemps, n'ait point
efté terminée par le retour de
Hyver. Ces Prodiges donnent
de l'occupation à tous ceux qui
fçavent fe diftinguer par leur
Efprit Il n'y a pas jusqu'aux
Dames qu'une fi belle matiere
n'engage à prendre la plume,
& voicy ce qu'elle a fait écrire
à Mademoiſelle de Racilly,.
GR
AU ROY .
RadRoy, quelle eft la Deftinée
Quipréside à tousvos Explois?
Les quatre Saifons de l'Année
Reglent leur courspar votre choix.
La Campagne n'eft plus bornée,
Ainfi qu'elle eftoit autrefois,
Toute la Terre eft étonnée
De la voirdurer douze Mois,
Z in
ر
THAJAR
270 LE MERCURE
Si j'avois parlé toûjours auffi
juste que celle qui a fait ces
Vers, je ne ferois pas obligé de
me dédire aujourd'huy fur la
Situation de Fribourg. Je l'ay
mis en Suiffe dans ma derniere
Lettre, & il est en Brisgau, fur
la petite Riviere de Treifeim .
Cette faute m'eft d'autant plus
pardonnable , qu'il y a deux
Villes de ce mefme nom qui ne
font pas fort éloignées l'une de
l'autre , & que deux des plus
confidérables
Chapitres de
Suiffe s'y font retirez , à fçavoir
celuy de l'Eglife Cathedrale
de Lozanne à Fribourg en
Suiffe, & celuy de Bafle à Fribourg
en Brifgau . Apres la
prife de celuy qui eft prefentement
à nous, on ne fe contenta
GALANT
. 271
G
pas de s'appliquer
à y faire de
nouvelles
Fortifications
, en
attendant
M' de Choify
Ingé
nieur de grande réputation
, qui
fut auffitoft
nommé
pour les
conduire
, on fit démolir
celles
de plufieurs
petites Villes, avec
quelques
Chafteaux
voifmus, &
on travailla
à l'établiffement
.
des Contributions
, dont les ·
grandes
fommes
rendent
cette
Conqueste
tres- confidérable
.
M' le Marquis
de Bouflairs
&
Mile Chevalier
d'Eſtrades
, qui
doivent
commander
l'un dans
la Place, & Pautre la Cavalerie
des environs
, ne manqueront
pas de foin à conferver
tous les
avantages
qu'on Pofte fi important
nous donne. Sa prifé a
produit
de grands
effers . La
Zij
272 LE MERCURE
plupart des Places que les Ennemis
ont de ce cofté - là , font
dans une alarme continuelle.
L'une fe fortifie , les Habitans
de l'autre l'abandonnent , cellecy
traite des Contributions ; &
Strasbourg que rien n'avoit encor
étonné depuis le commen
cement de la Guerre, fait fortifier
fes Forts, & fonge mefme à
en faire conftruire de nouveaux,
C'eft un coup de tonnerre dont
les Ennemis ne reviennent pas.
Ils fe font fatiguez en retournant
à grands pas au dela du
Rhin, & ont trouvé toutes leurs
mefures rompues pour leurs
Quartiers d'Hyver. Il leur en
a falu chercher d'autres
que
ceux qui leur avoient efté affignez
; & cependant nos TrouGALANT.
273
Pes apres avoir confumé tous
les Fourrages de la Vallée de
S. Pierre , ont repaffe le Rhin,
& jouiffent en repos de leurs
Quartiers , les Ennemis ayant
abandonné tous les Poftes qu'ils
tenoient fur la Sarre. Ils s'ef
toient propofez de prendre la
Petite- Pierre pour achever leur
Campagne , mais loin de venir
à bout de leurs deffeins, ils ont
perdu toutes leurs petites Conqueftes
, comme Sarbruk qui
eftoit la plus importante. Le
Chafteau en a efté pris par
M' le Marquis de Ranes apres
neuf volées de Canon. Vous
fçavez quelles cruautez les Ennemis
exercerent contre leur
parole quand nous le perdîmes.
Ceux que M'de Ranes trouva
274 LE MERCURE
dedans ne doutoient point qu'ils
ne dûffent recevoir le mefme
traitement qui avoit efté fait
aux Noftres ; mais ayant efte
envoyez à Monfieur le Maref
chal de Créquy , cet illuftre
General leur fit connoiftre que
les François avoient plus d'humanité,
qu'ils eftoient genereux
de toutes manieres , & amou
reux de cette belle gloire qui
fait aimer les Conquérans , mefme
de leurs Ennemis . Pendant
que nos Troupes fe fignalent
par tout, la valeur de la Garnifon
de Maftric ne demeure pas
oifive ; elle fait des courfes qui
luy font glorieufes & profitables,
saffure de plufieurs Chafteaux,
& fans eftre deſtinée aux
travaux de la Campagne , cn
GALANT. 275
celle
fait une plus glorieufe que
d'un monde d'Ennemis , s'il eft
permis de parler ainty. Voicy
des Vers fur celles de tant
d'Alliez . Ils ont efté faits par
M' de la Monnove Auditeur
des Comptes à Dijon . Les
Prix de l'Académie Françoiſe
qu'il a tant de fois remportez ,
Pont fait connoiftre à toute la
France.
Au milieu des Effez, au milieu des
Hyvers,
Lours de fes beaux faits étonne
PVnivers
,
Il déploye en tout temps fes Bannieresfatales.
Mais confeffons la verité,
Ses Ennemis plus fins,faus bruit &
Sansfierté,
276 LE MERCURE
Trouventbien mieux que luy toutes
Saifons égales,
Ils n'entreprennent rien ny l'Hy
ver, ny l'Efté.
A peine eut- on apporté la
nouvelle de Fribourg rendu,
qu'elle fit méditer une autre
Conquefte. M' de S. Poüange
partit en pofte de la Cour pour
porter les ordres du Roy, faire
préparer toutes chofes, & pref
fer l'execution de ce qu'on avoit
réfolu . Son ardeur pour le fervice
de Sa Majesté eft connuë,
& le zele qu'il fit voir pour la
gloire de fes armes à la Bataille
de Caffel , fur fi grand , qu'il
chargea luy-mefme les Ennemis
l'Epée à la main, quoy que
fon Employ l'en duft difpenfer.
GALANT,
277
Son départ fit faire de grands
raifonnemens , mais perfonne
n'en devina le veritable ſujet,
& plufieurs mefme crûrent qu'il
eftoit envoyé en Allemagne .
Peu de jours apres nos Troupes
de Flandre firent quelques mouvemens.
Elles inquiéterent les
Ennemis , qui furent bientoft
perfuadez qu'on alloit affieger'
Ypres , & c'eſtoir ce que l'on
vouloit qu'ils crûffent. Cependant
S. Guilain fe trouva in.
vefty , & le Gouverneur nel'apprit
qu'en le voyant. Le
nombre des Troupes augmenta
en peu de temps , & il y eut devant
cette Place jufques à cent
Efcadrons, & quarante Bataillons
qui ne demandoient qu'à
combatre , & qui avoient mef
278 LE MERCURE
me témoigné fouhaiter qu'on
fift un Siege, parce qu'ils com.
niençoient à s'ennuyer dans,
leurs Garnifons . Comme ils
avoient effè tirez des Places des
environs , on nomma pour Of
ficiers Generaux les Gouverneurs
de ces mefmes Places, à
caufe de la facilité que chacun
d'eux pouvoit avoir à faire venir
de fon Gouvernement toutes les
chofes neceffaires pendant le
Siege auffi n'y manqua- t -on
de rien. Toutes les Troupes furent
auffi bien nouries, & auf .
bien chaufées , qu'elles auroient
pû l'eftre dans leurs Quartiers
d'Hyver, & on ne peut trop
donner de louanges aux Gou ..
verneurs pour les foins qu'ils
ont eu de leur faire fournir tout
GALANT. 479
cé que la mauvaiſe faifon demandoit
qu'on leur donnaſt au
dela de ce qu'elles avoient accoûtumé
d'avoir dans le temps
ordinaire de la Campagne.
Vous ne devez point vous étonner
apres cela , Madame , fi on
s'eft rendu maistre de S. Guilain,
quoy que ce foit une Place
qu'on n'euft jamais crû devoir
eftre affiegée dans l'Hyver à
caufe des eaux qui l'environnent.
C'eſt ce qui ne paroiffoit
pas vray -femblable , mais les
François prennent fans menacer
, au lieu que les Ennemis
menacent & ne viennent à bour
de rien ; & il est fi vray que nos
entrepriſes réüffiffent toûjours,
& mefme en fort peu de temps,
que je ne vous écris jamais le
180 LE MERCURE
Siege d'une Place , que dans la
meſme Lettre je ne vous en
marque la prife , mais il faut
que je vous avoue que je man
que d'expreffions pour parler
comme il faudroit de la mer.
veilleuſe conduite de la France,
Tous les termes font épuifez,
toutes les louanges font ufées,
& cependant les refforts qui
font tout mouvoir , ne le font
pas : Au contraire , nous les
voyons tous les jours agir avec
plus de force, & cette derniere
Conquefte en eft une preuve.
Pour vous en informer plus particulierement,
il faut vous dire
que S. Guilain eſt une petite
Ville du Hainault, à laquelle un
Abbé quivivoit vers le feptiéme
Siecle, a donné fon nom . Elle
GALANT.
les
n'eft qu'à une bonne lieuë de
Mons, fur la Riviere de Haine.
Meffieurs de Turenne & de la
Ferte , da prirent en 1655. en
mefme temps que Condé, apres
qu'on fe fut rendu maiftre de
Landrecies. L'année ſuivante ,
le Siege de Valenciennes eftant
Jevé , & Condé repris par
Efpagnols, elle fut affiegée pendant
que M de Turenne eftoit
devant la Capelle ; mais comme
cette derniere Place refifta peu ,
M' de Turenne eut le temps
d'aller traverfer les Ennemis à
-S. Guilain. Ils leverent le Siege
fans l'attendre , & l'ayant formé
de nouveau au mois de Mars
de l'année 1657. ilsen vinrent &
bout par la trahiſon de quelques
Etrangers qui leur livrerent les
A a Tome 10 .
282 LE MERCURE
Dehors qu'ils gardoient , Quant
à ce qui regarde la force de la
Place , elle est environnée de
Marais. La Riviere de Haine
qui paffe au milieu , fe fepare en
trois bras dans la Ville , & fe
rejoint en deux pour en fortir.
Elle eft defendue par trois Foffez
pleins
vrage appellé le Pâré , qui eſt
une efpece de Boulevart, par
un autre Ouvrage à corne , une
Demy Lune , & plufieurs Re
doutes , dont quelques - unes
font entourées d'eau . Il me
refte à vous apprendre les noms
de tous les Officiers Generaux
“qui ont eu la conduite de ce
deau, par un
Ou- P
Siege fous Mle Marefchal de
Humieres . Les Lieutenans Ge-
«neraux furent M de Nancré
GALANT. 289
©
Gouverneur d'Ath , & M le
Comte Bardi. Magaloti, Gou
verneur de Valenciennes . On
& choific pour Marefchaux de
Camp M de Pertuis Gouver
neur de Courtray, M ' du Ran
ché Gouverneur du Quefuoy,
Mide Sainfandoux Gouverneur
de Tournay, Mile Chevalier de
Tilladet, M le Baron de Quin.
ey , M de Cezan Gouverneur
de Cambray, & M'de Rubantel
Capitaine au Regiment des
Gardes. Mrs de Vauban & du
Mez, qui ont la mefme qualité,
furent commandez pour la con
duite des Travaux & de l'Artillerie,
& l'on peut juger par là
que le fuccés de ces deux chofes
eftoit infaillible . Les Briga
diers qui ont fervy à ce Siege,,
3
Aa ij
284 LE MERCURE
"
font M'd'Aubarede Mestre de
Camp du Regiment des Vaiffeaux
, M' de S. George Meftre
de Camp du Regiment du Roy,
Mle Chevalier de Souvray
Lieutenant Colonel de Navarre
, & M¹ Chiméne . M² de Mo.
mont y a fait les fonctions de
Major General. Un Siege en.
trepris apres de fi juftes meſures
, & qui devoit eſtre pouſſé
par tant de Braves, ne pouvoit
manquer de réüffir. Ĉ'eſt ce
qui a fait dire à un bel Eſprit
de Lile , en s'adreffant aux Ennemis,
Efpagnols , Hollandois , courezà
Saint. Guilain,
Malgré les Elemens d'Humieres
le va prendre,
GALANT. 285
=
Et l'on necroit pas que demain
La Place puiffefe defendre.
Dépefchez, & venezau moins
Voir de pluspres une Victoire As
Que vous auriez peut- eftre peine à
croire,
Si vous n'en eftiezles Témoins.
Ils ont fuivy ce confeil, & femblent
n'eftre venus fort pres de
S.Guilain que pour en apprendre
plutoft la prife. Voicy par
$ Cordre ce qui s'eft paffé au Siege
de cette Place.
Monfieur le Marefchal de
Humieres partit de Lile le 30.
de Novembre, avec M ' le Marquis
de Humieres fon Fils , &
Mile Baron de Quincy. Il ef
toit accompagné de ſept Eſcadrons
de Cavalerie , & fuivy
286 LE MERCURE
de M' de Sainfandoux , avec les
Troupes qui venoient du cofté
de la Lys. M arriva le premier
de Decembre devant S. Guilain,
à la pointe du jour, Ms de
Nancre, de Magaloti, le Chevalier
de Tillader, du Ranché,
& de S. Riché , s'y trouverent
en meſme temps , fuivant les or
dres qui leur avoient eſté en
voyez le jour precedent. Its
conduifoient la Cavalerie & les
Dragons d'Ath , Condé , Valenciennes
, Douay , S. Amant,
Orchies , Marchiennes , Bouchain,
& du Qucfnoy, le tout
au nombre de cinquante Elcadrons..
Deux Pieces de Canon
arriverent le mefmejour, & furent
menées à un Moulin proche
la Redoute de Baudours.-
GALANT 287
Che
Deux cens Dragons des Regi
mens Dauphin & Fimarcon ,
avec cinquante Moufquetaires
de la Garnifon d'Ath , l'attaquerent
à l'entrée de la nuit.
Elle eftoit gardée par cinquante
Hommes, qui l'abandonnerent
apres avoir tiré cinquante ou
foixante coops . Nos Gens les
pourſuivirent ,& en prirent dixe
buit ou vingt.
La Circonvalation fut reglée
le lendemain , & l'Infanterie
qui devoit faire le Siege arriva
au Camp . On ordonna trois
Attaques. La premiere fút celle
des Gardes, Elle devoit empor
ter une grande Redoute environnée
de Foffez remplis d'eau ,
avant que d'aprocher du Corps
de la Place, faloit en fuite
288 LE MERCURE
arracher des Paliffades qui de
fendoient le Pâté. Il ne pondɔ
voit eſtre pris qu'en pallant par
deffus une Digue fort étroite,
& fur laquelle on ne pouvoir
aller qu'un à un.org zlob sat
La feconde Attaque, appel
lée celle deNavarre, avoit deux
grandes Redoutes à prendre,
avec de grands Foffez pleins
d'eau.
L'Attaque de Boffy eftoit la
troifiéme , & il faloit qu'elle!
gagnaft un Ouvrage à corne,
& une Demy - Lune , avane
que d'arriver au Corps de la
Place.
Le 4. on ouvrit la Tranchée !
à ces trois Attaques. On avança
beaucoup le travail , principale
ment à celles de Mrs duRanché
7
&
GALANT 289
& de S. George. M ' le Marefchal
de Humieres demeura juf
ques à une heure apres minuit à
les vifter continuellement de..
puis la cefte jufques à la queue.
Les deux premiers Bataillons .
des Gardes, de Navarre, & un
du Royal , monterent la Garde ,
& furent relevez le lendemain
par autant de Bataillons des
melines Corps . Les Ennemis ne
tirerent que trois coups de
Moufquet , & un de Canon.
Le noftre leur répondit le 6. au
matin avec une Baterie de fix
Pieces.
Le 7. apres midy , on prie à
l'Attaque de Navarre , une
grande Redoute qui n'eftoir
qu'à quarante pas du Pâté . Elle
eftoit gardée par trois cens
Tome 10. Bb
290 LE MERCURE
Hommes , qui fe defendirent
avec beaucoup de vigueur, mais
ce ne fut que pour augmenter
la gloire de Monfieur le Comte
de Soiffons, qui s'expofa toutà-
fait à cette Attaque , où il alla
l'Epée à la main . Son Lieutenant
Colonel eut le bras caffe,
celuy du Regiment du Pleffis y
fut tué, & M' d'Aubarede dangereufement
bleffé d'un coup
de Moufquet à la teſte .
ว
Le 8. au foir, M ' de Sainfandoux
monta la Tranchée à l'Ar
taque des Gardes , avec le Re
giment de Rouffillon ; Mrs de
Cezan & de Villechauve , à
celle de Navarre , avec le Re-'
giment de Humieres , & M' du
Ranché , avec M'de Chimene,
à celle de Boffu , avec le Regi
GALANT 291
ment de Conty. On s'établit
pendant la nuit à celle de Navarre,
dans les Logemens qu'on
avoit faits. A celle de Boffu,
on paffa l'Avant- foffe de l'Ouvrage
à corne , & l'on y fit un
Logement fur le glacis . On
dreffa la mefme nuit une Baterie
de fixPieces , qui tira dés le point
du jour , & l'on augmenta celle
de Navarre jufques au nombre
de neuf , de maniere que ces
deux Bateries qui voyoient le
Pâté à revers , incommoderent
fort chacune de fon cofté.
Le 9. apres midy , fur l'avis
que M le Marefchal de Humieres
eut que les Ennemis s'avançoient
, & qu'ils n'eftoient
qu'à troispetites lieues de Mons,
il alla choifirun Camp pour al
Bb ij
292 LE MERCURE
COL
ler au devant d'eux , & Curdonner
Bataille, s'ils ofoient com.
batre . Il réfolut en fuite l'At
taque generale des Dehors , &
comme les glaces ne fe trouverent
pas affez fortes pour porter
les Gardes qui devoient inſulter
le Pâté , ils
pafferent un a un
avec leur intrépidité ordinaire,
fur la Digue qui conduit à cet
Ouvrage, puis ils fe raffemblerent
pour donner tous enfemble
à l'heure de l'Attaque ,
Elle commença à une heure a
apres minuit. Huit coups de
Canon en furent le fignal. Tou
tes nos Troupes firent egale.
ment bien , il eftoit necellaire
qu'elles montraffent de la vigueur
pour forcer la refiftance
des Ennemis qui fut tres-grande
GALANT. 293
dans tous les endroits qu'on attaqua.
On ne peut voir un plus
grand feu de Grenades & de
Moufqueterie que celuy qu'ef
fuyerent nosGens pendant trois
heures. M'le Chevalier de Til.
ladet commandoit l'Attaque de
Navarre , & fe rendit maiftre
de tous les Ouvrages jufques à
Ja Muraille de la Ville. Les
deux Bataillons de Bourgogne
y'eftoient de garde, avec M' le
Chevalier de Souvray , qui s'y
eft particulierement diftingue,
On y avoit aufli envoyé les
Compagnies des Grenadiers dé
Humieres Navarre , & Languedoc.
L'Attaque des Gardes
eut tout le fuccès qu'on pouvoit
defirer. M' de Rubantel
fervoit de Marefchal de Camp,
B.b Hj
294 LE MERCURE
& M de S. Germain de la Breteche
y commandoit trois cens
Hommes détachez du Regiment
des Gardes , avec lefquels
chaffa les Ennemis des Ouvrages
qui regardent le Baſtion
de Horn , jufques à l'Artaque
de Navarre, où il joignir le Regiment
de Bourgogne, & Les
deux Bataillons des Fuziliers,
& un de Stoup , eftoient de
garde à l'Attaque de Boffu.
Mr de Quincy Marefchal de
Camp , y commandoit , ayant
fous luy M de Chimène Brigadier.
Les Troupes de cette
Attaque , avec les Grenadiers
de la Reyne qui avoient à leur
refte Mr Pafillon l'un de leurs
Capitaines, fe mitent dans l'eau
glacée jufques à la ceinture,
GALANT 295
·
& ayant paffé l'Avant- Follé
de l'Ouvrage
à corne , emporterent
cet Ouvrage
avec une
Demy Lune . C'eftoit
tout ce
qu'on leur avoit donné ordre
d'attaquer
. Trois cens Dragons
commandez
par Mr de
Fimarcon
, firent une fauffe
Attaque
à la Digue de Bodours
. Ils prirent quatre - vingts
fix Soldats , & deux Officiers
.
M de Sainfandoux
voulut fe
charger de cette Attaque , quoy
I qu'il ne fuft pas de jour. On
auroit entré dans la Ville , fi on
ávoit eu les chofes neceffaires
pour en rompre la Porte , ou
des Echelles
pour monter.
Apres la prife du Pâté , les
Troupes
des deux autres Atta.
ques fe joignirent
, & il en
Bb iijj
296 LE MERCURE
coufta aux Ennemis quatre Pie.
ces de Canon qui estoient au
bout de leur Pont.levis , & ti.
roient par des embrafures. Ces
mefmes Troupes apres avoir
fait des Retranchemens avec
des Gabions , tournerent contre
la Porte de la Ville les quatre
Pieces de Canon qu'elles ve.
noient de gagner. Il y en avoit
encor trois autres en état de
foudroyer les Affiegez , & tour
eftant preparé pour donner un
Affaut general la nuit du, dix
au onze, le Gouverneur qui le
fceut fit batre la Chamade à
deux heures apres midy. Mate
Marefchal fe rendit à l'inſtant
mefme à la Tranchée , où il
trouva les Oftages qu'on luy
amenoit. Il convint avec eux
GALANT 197
qu'ils luy remettroient une des
Portes de la Ville, où il fit en-
Itrer auffitoft
un
Bataillon
des
Gardes
Françoiles
, & un des
Gardes
Su Suiffes. La Garniſon
de plus de mille Hommes for.
* tie le onzième au matin , avec
* Armies & Bagages, & One Piece
-de Canon , pour aller à Bru
xelles , efcortée par quatrevingts
Maiftres des Troupes du
Roy qui devoient revenir à Ath.
Les Ennemis eftoient arrivez
le 10. au foir à Mons , où ils a .
voient fait tous les préparatifs
neceffaires pour le fecours de la
Place. Ils ne manquoient pas
de Troupes, mais l'importance
eſtant de choisir un Chef, tous
ceux qui pouvoient en efperer
le Commandement , avoient
"
ㄴ 298 LE MERCURE
longtemps conferé enfemble
C
pour voir fur qui on trouvoit à
propos qu'on le fift tomber. >
Monfieur le Marefchal de
Humieres a paru infatigable
pendant ce Siege ; on ne ſeauroit
exprimer la vigilance , il a
paffé les nuits entieres ou à la
Tranchée, ou à vifiter les Poftes,
ou au Biotac , & preſque tous
les jours à cheval . Il femblort
auffi que les Troupes fuffent
animées par fon exemple, Lá
rigueur du temps n'a pu les refroidir
un moment , & on a
trouvé la mefme facilité à leur
faire faire toutes chofes qu'on
auroit euë dans le Mois de Juin.
Mile Prince d'Ifenghien ayant
efté averty de ce Siege , pric
auffitoft la Pofte pour y aller
GALANT. 199
joindre M le Marefchal de Humieres
fon Beaupere, & donna
des preuves de fon courage avec
de Marquis de ce nom fon Beaufrere,
Comme l'impatience des
François eft grande , fur tout
quand il faut courir à la gloire,
dés que Mr le Marquis de Na
vailles eut appris qu'il y avoit
une Place affiegée , il s'y rendit
auffitoft en pofte , & fervit dés
le foir mefme en qualité de Volontaire
. Il monta la Tranchée
avec le fecond Bataillon des
Gardes, & il continua à faire la
mefme chofe pendant tout le
Siege. Ayant fçeu que le foir
'qu'on devoit attaquer la Contrefcarpe
, le Regiment de Na .
varre auroit le plus à foufrir l
fe mit à la tefte de ce Regiment,
300 LE MERCURE
où fon intrépidité & la valeur
fe firent admirer. M le Comte
de Tonnerre alla auffi Volontaire
à la Franchée , & il y re-
Ceut un coup de Moulquer. M*
leMarquis des Hiffars qui commande
le Regiment de Languedoc
, fit des choles furprenantes
à la tefte de ce Regiment, qur
s'eft acquis beaucoup de réputation
. Celuy du Pleffis ne s'eft
pas moins fignalé , & s'il avoit
eu des Haches pour rompre les
Portes de la Ville , il feroit entré
dedans comme nos Troupes
firent à Valenciennes, Mr du
Poncer qui en eftoit Lieutenant
Colonel , a efté tué. M
Deshoy Capitaine de ce Regi
ment , & Mª Bienfait de EBeauhieu,
sty font fignałez . M+ Cham-
1
GALANT
Sol
JOL
1
7
pagne premier Brigadier des
Gardes de Mle Marefchat de
Humieres , s'eft fort diſtingué
pendant ce Siege , ainsi que
M' Duparc Garde dans le meſ.
me Corps, & M'de Tangis qui
en eftoit forty pour agir en qualité
d'Ingénieur. On ne peut
douter qu'il n'y ait donné beaucoup
de marques de courage,
puis qu'il y fur bleffe . Me de
S. Germain de la Breteche le
fut auffi à l'Attaque des Gar
des, & comba du haut de la Digue,
apres avoir reçeu deux
bleffures . M' de Soify, Fils de
Ms le Prefident le Bailleul, fur
bleffé dans la meſme occaſion,
il tomba dans le Foffe , & paffar
la nuit fur la glace, parce qu'on
ne lepût trouver que le lende302
LE MERCURE
aux
main. Mrs de Seraucour & de
Chéviere Sous - Lieutenans a
Gardes, & M'de Torcy Enfei
gne, ont efté bleffez , & M¹ Ci.
gogne Lieutenant, tué . M' de
Pierrebaffe Ayde Major des
Gardes, a eu la tefte emportée
d'une volée de Canon.
La nouvelle de la priſe de
S.Guilain fut apportée au Roy
par M de la Taulade Ayde de
Camp de Mr le Marefchal de
Humieres . Mr le Marquis de
Louvois qui le preſenta , dit à
Sa Majefté que les Ennemis
publioient que les Anges Tutelaires
de la France luy fervoient
d'Efpions dans le Ciel
pour l'avertir des changemens
du temps qui luy eftoient prefque
toûjours favorables. Le
"
GALANT 303
Duc de Villa-Hermofa eftoit
à Haurec fort pres de la Place,
avec douze à treize mille Hommes,
faifant porter des Echelles
pour paffer les Marais , & fe
vantant qu'il attaqueroit les
Lignes. Lors qu'il entendit que
le Canon tiroit fort peu, & puis
qu'il ceffoit entierement , il crût
le Siege levé, & ayant détaché
trois cens Chevaux pour prendre
langue , ils en trouverent
cinquante des Noftres envoyez
pour le mefme deffein . Celuy
qui les commandoit ayant efté
pris pour avoir eu fon Cheval
tué fous luy , eut peine à defa .
bufer ce Duc, en l'affurant qu'il
avoit veu entrer les Troupes de.
Sa Majefté dans la Place ; &
lors que les Affiegez batoient
104 LE THAIAS
MERCURE
la Chamade
, Monfieur
le Ma refchal
de Humieres
faifoit
monter
la Cavalerie
à cheval
pour allervers les Ennemis
don't
il venoit
d'apprendre
des nouvelles.
Le Roy a donné le Gouvernement
de S.Guilain
☀ M'Ca
tinal Capitaine
aux Gardes, qur
á fait la Campagne
paffée en
qualité de Major des Gardes.
M' de Longpré
Capitaine
au
Regiment
de Picardie, en a eſte
fait Lieutenant
de Roy , & M
de l'Apparat
Capitaine
dans
Piémont , en a eu la Majorité ,
Jamais Campagne
ne fut plus
glorieufement
finie Cette der
niere Conqueſte
aces Vers.
a
donné
lieu
ang eragit
GALANT 37 105
C'eſt à ce coupqu'ilſefant redre,
O Flandre,
Pais que contre Louis tous tes efforts
font vains.
A
SaintOmer,SaintGuilain t'en dona
nantdes exemples
Tres -amples
Tunepeuxfairemieuxque d'imiter
tes Saints.
Les Gardes du Corps fonc
de retour, & le Roy a fait de .
puis peu la Reveuë de tous
ces Braves qui font devenus
la terreur des Allemans. Sa
Majefte avoit cinq cens Gardes
nouveaux, bien montez , bien
veftus , & de tres bonne mine,
qu'elle diftribua dans les Com
les augmenter, &
pagnies pour
Tome 10 Cc
306 LE MERCURE
les rendre encor plus fortes qu
elles n'eftoient avant la Campagne.
Voicy les Noms de ceux
qu'Elle fit Exempts , & à qui
fiel
Elle voulut donner par là des
marques de la fatifaction qu '
Elle avoit reçeuë de leurs fervices.
· Dans la Compagnie de Noailles.
Mr le Marquis de S. Cha-
E
x
mant du Pefcher , Cadet . Il eft
originaire de Limouſm , d'une
tres bonne Maifon , & Parent
de Monfieur le Duc de Noailles.
M de la Meffeliere , auffi
Cader.
Mr de Tierceville , de Nor
mandie, Brigadier .
M' de Verduifant, de Guyenne.
Il a efte Lieutenant des
Gardes de feu Mrle Marefchal
GALANT. 307
Albret , & Capitaine de Cavalerie.
Y
nojo's sla
SM de Granpré Premier
Capitaine d'un Regiment de
Cavalerie, goh ioluow bli
Je vous ay déja parle , Ma,
dame , de M de la Meffeliere,
qui a fait plufieurs Campagnes.
Il eft bien fait, a du cocur,
& s'eft fignalé dans la Journée
de Cokberg. Il fort d'une des
meilleures Maifons de Poitou
& de la Marche, & eft allié de
celles de Rochechouart, de la
Rochefoucaut , de Maillé, de
Brezė, de Polignac , & de toures
les plus qualifiées de Poitou
& de Limoufin .
Pere fut nourry Enfant d'Honneur
aupres de Louis XII . &
Les Anceftres ont eu de grandes
Son Grand
Cc ij
08 LE MERCURE
Charges & des Emplois confi
dérables dans les Maifons de
nos Rois.
I
.29:0
Dans la Compagnie do Duras.
M'-Desforges Heft Neveu
de M de Chaferon Lieutenant
General des Armées du Roy,
& luy a fervy d'Ayde de Camp.
M Meffier. Il a eſté bleſſë,
MIM
& eft retourné dans l'Occafion
avec plus d'ardeur, apres avoir
efté guery de fes bleffures )
Mr Danglar, Brigadier. A1
Dans la Comp de Luxembourg.
der Mr de la Chaume , M de
S. Pierre, M, de la Tolnele, &
Male Chevalier de S. Lucé.
Je n'en ay pû apprendre que les
noms, 17655 ; si tamoxqqs
Dans la Compagnia de Large.
Mrle Chevalier de Rhodes.
BALANT &309
Hoeft Frere de Mr de Rhodes
Grand Maiftre des Cerémonies,
Моя гол
Made Saint Martin, ] }
U trente années de fervice, &c n'a
aaperdu aucune occafion de fe
Signaler. Il a efté Capitaine
diInfanterie , Brigadier des
Moufqueraires, & fut fait Major
de Nimegue dans le temps de
Leetre Conqueſte. Il'a toûjours
fervy d'Ayde de Camp dans
l'Armée du Roy fous Monfieur
de Lorge, & les manieres honneltes
lesfont eftimer de tous.
ceux qui le connoiffent.93
Boje ne puis mieux finir ce qui
vegarde la Guerre, qu'en vous.
apprenant le retour de Mon.
fieur le Marefchal de Créquy.
Ha eu l'honneur de faluer le
I
310 LE MERCURÈ
Roy, & en a esté reçeu comme
le meritoient les actions de conduite
& de vigueur qui luy ont
acquis tant de gloire dans toute
cette Campagne, 198
Sa Majesté a donné à M³ de
Tiergeville- Mahaut le Gouvernement
de Dieppe , vacant
par
la mort de Mt de Montulé.
Je vous ay déja parlé de fon
merite, & il y a peu de Perfont
nes à qui fes fervices ne foient
connus . Ha efté dés la premiere
jeuneffe Capitaine dans le
Regiment du Havre , puis Lieu
tenant Colonel dans un autre,
& en faire Lieutenant de la
Meftre de Camp , & Capitaine
du Regiment de Cavalerie
d'Armagnac durant les Guerres
de Guyenne. Il y fut fait pri
GALANT. 31
fonnier au Combat de Montanfé
, où Monfieur le Duc de
Montaufier qui commandoit
l'Armée du Roy , batir les Ennemis,
& eut le bras caffè.
Si tant d'Articles d'Armée
femblent trop férieux à vos
Amies , qui peuvent moins aimer
la Guerre que vous, voicy
un Conte d'un ftile à leur dé-
Jaffer l'efprit. left d'un Gentilhomme
de Provence , & je
croy que vous demeurerez d'ac
cord avec luy de fa Morale.
*************
DEMOSTHENE
Amoureux .
JAdisdans
Adis dans Corinthe une Dame
Etaloit des attraits que chacun admiroit,
12 LE MERCURE
Attraits,dignes de toucherkame
Des Dieux qu'alors on adoroit.
Qui ne croiroit d'abord qu'une
Beaute pareille,
Pourfes Amans n'euft beaucoup de
fierté?
Cependant on feroit grand tort à
fa banté,
Atous ellepreftoit l'oreille,
Oufi quelqu'un en eftoit rekuté,
Ilnedevoit decemalheur extrê
Søprèdre qu'àfoy-même, (me,
S'accufant d'eftre avane , ou bien
d'eftre indigent.
Lachons le mot enfin , la Belle air
moit l'argent.
Le docte &fameux Démosthene
Crût que fans unpareilſecours.
Il s'enferoit aimerfans peine,
Luy qui perfuadoit toûjoursz
Maisfon éloquencefur vaine,
On
GALANT. 3132 316
On ne luyfait grace de rien,"
Et le traitant comme un autre.
Homme- (Somme
On luy demande une affez grande
Pour prix d'unfecret entretien .
Surpris d'une telle demande,
Ilfuit, difantje ne puis confentir
D'aller donner une somefi grande
Pour n'acheter au fonds qu'un repentir
Moralisos un momětfur ceConte.
Noftre Orateur n'avoit donc point
soladebonte
6.
De contenterfa paſſion ,
Et ce n'est qu'à fon avarice
Qu'ildit fa moderation.
Quandnous nousdéfaifons d'unvice
Souvent nous nefaifons aufonds
Que changer feulement de genre de
foibleffe ,
Et cependant nous en voulons
Faire honneur à noftrefageffe.
Dd Tome 10.
314 LE MERCURE
Comme nous allons entrer
dans la Saifon des Plaiſirs , je
croy que j'auray à vous parler
le Mois prochain de plufieurs
Divertiffemens.
1
•
On n'a veu
que les anciens Opéra pendant
celuy.cy , & rien n'a paru de
nouveau fur le Théatre, à l'exception
de l'Electre de M³ Pradon
, qui a efté jouée par la
Troupe du Fauxbourg S. Germain
. Celle de l'Hoftel de
Bourgogne promet pour le lendemain
des Rois fans remife la
premiere Repreſentation du
Comte d'Effex de Mr de Cor.
neille le jeune. Ce Sujet eft
grand, & de noftre Siecle , puis
que fa difgrace arriva au commencement
de l'Année 160t
On dit qu'il n'y a rien de plus
touchant que cette Piece . Elle
GALANT.
315
a fait du moins affez de bruit
par quelques Lectures , pour
obliger l'autre Troupe à pro
mettre auffi un Comte d'Effex
qu'elle luy doit oppofer . S'il a
autant de beautez qu'on affure
qu'il y en a dans celuy dont je
vous parle , on peut fe promettre
beaucoup de plaifir de cette
oppofition . Comme l'Autheur
de ce dernier ne fe nomme
point , quelques - uns veulent
que ce foit l'ancien Comte
d'Effex de Mr de la Calprenede
raccommodé . Il eft vray qu'on
n'a fongé à remettre ce Sujet
fur le Theatre de Guenegaud
que depuis que les Affiches de
l'Hoftel ont fait connoiftre que
Mr de Corneille lejeune l'avoit
traité ; mais il importe peu du
da
temps , pourveu que l'Ouvrage
Dd ij
316 LE MERCURE R
foit affez bon pour fatisfaire le
Public .
Cependant je vous avertis
de ne point chercher à Rouen
l'Hiftoire de ma derniere Lettre
qui parle d'up Confeiller
& d'un Abbé égarez en`allant
à Dieppe. J'ay fçeu que l'Avanture
s'eltoit paffée ailleurs,
& qu'on avoit changé le lieu
de la Scene par quelques inté
refts particuliers
.
Adieu , Madame, je me tiens
bien glorieux d'avoir pû vous
faire part avec une exacte ponctualité
de toutes les Nouvelles
de cette Année. Attendez de
moy un redoublement de foins
pendant celle où nous allons
entrer, & croyez que je fuis
voftre, & c.
A Paris ce31. Decembre 1677.
GALANT. 317
Et par apoftille , Madame,
vous fçaurez que Sa Majesté
ne voulant pas moins faire pour
Mademoiſelle de la Marck que
pour toutes celles qui ont efté
Filles d'Honneur de la Reyne ,
luy a donné la Lieutenance de
Roy de Xaintonge & d'Angoulmois,
vacante par la mort
de M le Comte de Jonfac. Vous
jugez bien qu'elle tirera beaucoup
de cette Charge ; mais le
Roy qui ne fait jamais de petites
faveurs , a bien voulu luy
promettre d'ajoûter à ce qu'
elle en pourra tirer , dequoy
faire une fomme confidérable.
Vous ne doutez point , Ma ,
dame , qu'une Perfonne auffi
bien faite qu'elle eft , qui a
beaucoup de bien de patrimoine
, & dont on connoit fi
Dd iij
318 LE MER CURE
parfaitement le merite & la
vertu , ne foit tres-avantageufement
pourveuë.em Heureux
'celuy dont elle fera le partage !
Je ne vous apprendrois rien,
quand je vous parlerois de fa
naiffance. Son Nom la diftingue
fi fort , qu'il feroit inutile
de vous rien dire de plus.
Monfieur le Duc de Vitry
a efté fait Confeiller d'Etat
d'Epée .
Mr de Guilleragues a esté
nommé Ambaffadeur à Conftantinople.
Mr l'Abbé de Valbelle Aumônier
du Roy, a eu l'Eveſché
d'Alet , & M, Robert Maiſtre
de Mufique de la Chapelle,
l'Abbaye de Mr Leſeau .
Mr le Marquis d'Obigné,
Frere de Madame de MainteGALANT.
319
non , a époufé Mademoiſelle
de Froifgny
.
Souvenez vous , Madame,
que tout cela vous eft écrit par
apoſtille , c'eft à dire que ce
font Nouvelles que j'apprens
en fermant ma Lettre , fans
avoir le temps de vous dire un
mot du merite de tous ceux que
je vous nomme. J'y fupléeray
la premiere fois, & n'oublieray
pas de vous parler de l'Action
éclatante de M l'Abbé Colbert.
J'ajouteray cependant icy
que Monfieur le Marquis de
la Ferté vient d'eftre declaré
Duc & Pere . Sa Majeſté le
voyant marcher ſi dignement
fur les traces de Monfieur le
Marefchal fon Pere , dont les
grands fervices & la longue
320 LE MERC. GAL.
fuite d'Actions glorieufes font
connuës à toute la France , a
voulu faire voir par cette
marque d'honneur la bienveil
lance particuliere dont elle les
honore l'un & l'autre. Je vous
ay parlé dans la plupart de
mes Lettres des diférentes Occafions
où ce nouveau Duc
s'eft fignalé .
FIN.
N donnera un Tóme du Nou
veau Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois fans aucun
retardement . Il fe diftribuëra toûjours
en blanc chez le Sieur Blagearr,
Imprimeur-Libraire , Rue S. Jacques ,
à l'entrée de la Rue du Plaftre. Et au
Palais , où on le vendra vingt fols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin .
RE
TABLE DES MATIERES.
Eponfe de laPrairieauRuiſſeau.
Hiftoire des deux Maris jaloux.
M. le Comted' Ayen eft reçen Duc. &
Pair de France au Parlement,
Sa Majesté nomme M. de Rubantel
deTracy Marefchaux de Camp.
Mort de Dom lofeph d'Ardennes
Comte d'Illes,
MortdeM. l'AbbéCaſtelan.
ĽAmant Trompé.
Fragment du Teftament de Mad.
du Puy, celebre Ioüeufe de Harpe.
Paroles du dernier Air de feu MonfreurleCamus..
Autre Airde M. de Moliere.
Vers envoyezavec un Bouquetde Tubereufes
au mois de Decembre.
Les Avantures d'Armide de Re-
&
naud,composées par M.le C. deMoré,
Complimentfait à Monfieur le Chan..
celier par M. Doujat , lors qu'il le
·futfalierpour la Faculté de Droit
de l'Vniverfitéde Paris.
Madrigaux Quatrains à Monfieur
le Chancelier
TABLE.
Difputed Apollon de l'Amourfur
des Vers d'Iris.
Excez d'amour d'une jeune Perfonne
nouvellement mariée.
M. l'Abbé du Pleffis eftfacré Eves.
que de Xaintes.
LeRoydonne une Abbaye à M. Abbé
d'Aquin, & une autre à M. de
Puyfegur
Elegie de M. Ferier Autheur del Adieu
aux Mufes .
Mariage du Prince d'Orange avec la
Princeffe Marie, Fille aifnée du
Duc d'Yorck.
Tout ce qui s'eftpassé de remarquable
au Parlement le lendemain de la
S.Martin ,lejour desHarangues,
celuy des Mercuriales.
Avantage remportefur les Hongrois
par le ColonelBobam.
Sonnets au Roy.
Sa Majestéfaitprefent d'une Epée au
General Major Harang, & elle
donne la Lieutenance Colonelle du
Regiment de Picardie à M. de
Villemandor, celle duRegiment
TABLE.
de Normandie à M. de Guilerville.
'M. l'Abbé de Grandmont qui avoit
efté nomme à l'Evefcbé de S.Papoul,
eft facré à Pezenas.
M. l'Abbé le Boiftel foûtient des
Thefes de Philofophie dediées à M.
le Marquis de Louvoys, où plufieurs
··Damesſe trouverent.
Lettre de M. Petit à Monfieur le
Duc de S.Aignan .
Avanture de Mufique.
Plufieurs Explications qui ont efte
données par divers Particuliers à
l'Enigme du 9. T. du Merc. Galant.
Lettre de Monfieur le Duc de S. Aignanfur
ce Sujet. Enigme.
Portrait des deux Coufines de Poitou.
Mort de M.le Marquis de Rouville.
Mort de M. l'Evefque d' Alet.
Mort de M. Lefeau, Chanoine de N.
Dame de Paris ,
Mort de M. de Miramion.
Mort de M.le Premier Prefident.
Mortde M. de Sainte Beuve.
Mortde M. Neuré de M. Michel.
Mariage de M. le Marquis de Saint
Germain Beaupré,
TABLE.
Mariage de M.leMarquis de Bonnelle.
Qualité de Secretaire de Monfeigneur
leDauphin,donnée à M.Deftanchau.
Vers de Mademoiselle deRacilly.
Prife de Sarbruc.
Vers de M. de la Monnoye.
Siege & Prife de S.Guilain.
Noms des morts des bleffez de
ceux quifefontfignalezà ce Siege.
Le Roy donne le Gouvernement de
Dieppe à M. de Tiergeville.
Noms des nouveaux Exempts nommez
parSa Majesté.
Demofthene amoureux.
Nouvelles Pieces de Theatre , dont le
Comte d'Effex de M. de Corneille
lejeune doitparoiftre lapremiere.
Sa Majefté donne la Lieutenance de
Roy de Xaintonge & d'Angoumois
à Mademoiselle de la Marck.
M. de Guilleragues eft nommé à l' Ambaffade
de Conftantinople, & M.de
Valbelle à l'Evefché d'Alet.
Le Royfait M. le Marquis de la Ferté
Duc& Pair,
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères