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LE NOUVEAU
1
MERCURE
GALANT.
Contenant
Les Nouvelles du Mois de
NOVEMBRE 1677.
&pluſieurs autres .
TOME ΙΧ.
Suivant la Copie imprimée-
A PARIS,
Chez THEODORE GIRARD , au
Palais , dans la Grand' Salle , à
l'Envie 1678.
1
BIBLIOTHICA
REGLA
MONAGENSIS.
A MONSEIGNEUR
LE
CHANCELIERM
ONSEIGNEUR ,
Il ne me suffit pas que le Mercure ait
deja pris foin de publier avec quelle joye
tout le monde a veuvos grands Services
récompenfez par le nouveau Titre d'honneur
que vous venez d'acquerir ; Je
prens la liberté de m'adreſſer aujourd'huy
à Vous- mesme , & de mesler ma voix aux
acclamations de toute la France , dont
les ſouhaits vous avoient placé dans le
Rang illustre que vous occupez , dés le
moment qu'il a deû estre remply. Ce
fentiment , MONSEIGNEUR ,
a esté ſi general , qu'il ne s'eft offert aucune
occafion de l'expliquer , qu'on ne
l'ait avidement embraffée. Toutes les
Harangues quisefontfaites àl'Ouverture
des Cours Souveraines , n'ont eupour
objet que ce rare mérite qui afait tomber
A2 Sur
EPISTRE.
fur Vous le choix de nostre Auguste Monarque
pour la premiere Charge de l'Etat.
Comme il n'y en a point de plus im-
* portantes , elle demandoit un Homme
extraordinaire , en qui une longue expérience
jointe à la plus haute capacité ,
ne laiſſast àſouhaiter aucune des éminen -
tes Qualitez qui ſe doivent rencontrer
dans un grand & Sage Ministre ; & à
qui la confier plusjustement qu'à vous ,
MONSEIGNEUR , qui avez fi
dignement foûtenu tous les Emplois qui
peuvent fervir de degrez à l'élevation où
vous eſtes ? Cette continuelle application
àtout ce qui a esté de vostre Ministere
; cette prudence consommée qui a toûjours
rendu infaillible le fuccés de tout ce
que vous avez entrepris ; ce zele infatigable
pour leſervice du Grand Prince qui a
daigné se servir de vos Conſeils ; enfin
toutes les Actions de vostre vie parloient
fi avantageusement pour vous , qu'il n'a
falu que les écouter pour vous trouver
digne de lagloire que vous recevez . Elle
eft la fuite , ou plutoft la consommation
de cette entiere confiance que Sa Maje-
Sté
EPISTRE.
- ſte a toûjours eue en vous , & dont vous
- reçeustes des marques si avantageuſes..
- pendant les deſordres de Guyenne , lors
- que vous ayant laiſſé aupres de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , Elle vous donna
pouvoir de figner en fon absence tout ce
qui seroit résolu pour son fervice. Avec
quelle gloire , MONSEIGNEUR ,
n'eustes-vous pas ce mesme pouvoirpendant
le siege de Stenay , où le Roy eftoit
attaché tandis que les Ennemis l'eftoient
à celuy d'Arras ? Comme il nous
estoit d'une tres-grande importance de
le conferver, il falloit y faire entrer du
Secours. Vostre Commiſſion estoit ample
pour tout ce que vous jugeriezneceſſaire
au bien de l'Etat , & vous pour- veustes
avec tant de ponctualité& deprudence
aux preſſats besoins des Afſiegez &des
Generauxde l'Armée , que la Place fut
Secourue & les Ennemis défaits. Onne
pouvoit moins attendre de vostre zele
apres les grands services que vous aviez
déja rendus au feu Roy , qui en commença
la récompense en vous faisant re-
A3 venir
EPISTRE.
venir d'Italie , pour vous faire Secretaire
d'Etat . Je ne parle point , MONSEIGNEUR
, de ces manieres hon--
nestes & obligeantes qui vous ont acquis
une estimefi generale . Ilne faut qu'entendre
tous les Officiers dont vous avez
eufiſouvent les interests entre les mains.
Iln'y en a aucun qui neſe louë de vostre
bonté, & ce n'est pas une petite preuve
de l'humeur bienfaisante avec laquelle
vous estes né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un Employ außi difficile
que celuy du Département de la
Guerre. C'est cette bonté, MONSEIGNEUR,
quime fait efperer que vous
ne dédaignerez pas de recevoirfavora
blement cette neufiéme Partie duMercure
, & que vous aurez la bonté de
foufrir que je me dife avec autant de
zeleque de respect ,
MONSEIGNEUR ,
:
Voſtre tres-humble' &tresobeïflant
Serviteur , D.
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
P
TOME ΙΧ.
ARMY beaucoup de
choſes que vous me dites
qui vous ont plû dans ma
Lettre duMois paflé , je
fuis bien aife , Madame
que vous approuviez l'Adieu aux Mufes.
Onl'atellement eſtimé icy , que
j'aurois eſté faché si vous ne m'en enf
fiez rien dit , & je ne ſçay ſi je n'aurois
point eu peine à ne vous pas traiter
de Provinciale , vous qui avez le
gouſt ſi fin pour toutes chofes , & qui
dans vostre Retraite décidez avec tant
d'eſprit de ce qui eft veritablement
bonou mauvais. Quoy que l'Autheur
decette ingénieuſe Satyre me foit encor
inconnu , je me réjoüis d'autant
A4 plus
8 LEMERCURE
plus de la juſtice qu'on luy rend , que
les loüanges qu'elle luy fait recevoir
detous coſtez , l'engageront malgré
Iuy ( ſi pourtant il eſt auffi fâché qu'il
le fait paroiſtre ) à n'abandonner pas
fi-toſt un genre d'écrire , aimé parziculierement
de tout le monde , &
qui meſle plus qu'aucun autre l'utiles
avec l'agreable , puis qu'il eſt malaiſé
d'entendre blâmer des defauts
qu'on ſe reproche à ſoy-meſine , ſans
faire effort pour s'en corriger . Quant
àvos Amies qui trouvent mauvais
que dans les Fléches de l'Amour on ait
pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible
pour adoucir la fierté desBel-
Ies , voicy une declaration en forme
qui leur fera connoiftre qu'on ne ſe
fert pas toûjours des meſines moyens
pour réüffir. Elle eſt d'un Amant
qui pour gagner les bonnesgraces de
ſaMaîtreſſe , ne trouve que de l'eauà
luyoffrir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire
, le genre d'Amant l'eſt
de meſme, C'eſt un Ruiſſeau qui eft
deveGALANT.
9"
devenu amoureux d'une Prairie. Un
peu d'audiance , je vous conjure.
Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux
le font naturellement ) il debite ſes
raiſons d'affez bonne grace pour me
riter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un
dans voſtre Province eſt embarraffé
de l'Allégorie , dites-luy
qu'elle ne fuy doit faire aucune peine
, & que par ces Torrens qui font
du fracas & dont les eaux ſe tariffent
incontinent , il eſt aisé d'entendre
ces Amans qui font d'abord de fi ardentes
proteſtations , & qui ne ſçavent
ce que c'eſt que d'aimer avec
conſtance...
Le Ruiſſeau Amant
A La Prairie..
Ay fait pour vous trouver un affez long
yage,
Mon aimable Prairie , enfin je viens à vous ,
Recevez un Ruiſſeau dont lefort le plus doux
AS Sera
10 LE MERCURE
Sera de voir ſes eaux cou ler pour vostre usa
ge.
C'estdans ceſeul espoir quefansaucun repos,
Depuis quej'ay quité ma Source,
F'ay toûjoursjusq'uicy continuémacourse,
Toûjours roulémespetitsflots.
D'un cours précipité j'aypaſſé des Prairies
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avecplaiſir ;
Jen'aypointferpenté dans les Routes fleuries.
Jen'enavoispas le loiſir.
Tel que vous me voyez, ſgachez, ne vous déplaife,
(Car ilest bon desefaire valoir)
Que plus d'une Prairie auroit efté bien-aije
De me donner paffage , &de me recevoir.
1
Mais cen'estoitpas làmoncompte,
F'enfusſſeunpeuplus tard arrivé dans ce Lieu,
Etparunefuiteaffezprompte,
Gazouillantfieremene ,je leur difois adieu.
Ilfaut vous dire tout , lafeinte eſt inutile,
Fen trouvois laplupart dignes de mes refus
Les unes , entre nous ,ſont d'accésfifacile,
Que tousRuisseaux ysont les bienvenus.
Elles veulent toûjours en avoirun grandnom
e bre, ८
Etmoy dans legrandnombre auffitoftjemepers
:
D'au-
>
GALANT.T
P
D'autres ſont dans des lieux un peu trop décou
:
verts,
Etmeyj'aime à couler à l'ombre.
F'estois bien inſpiré de megarder pour vous;
Vous eſtesbienmonfait , jesuis affez le voſtre ;
Mais aussi , moyregeu, n'enrecevezpoint d'autre,
Carje ſuis un Ruiſſeaujaloux.
Acelapres, qui n'estpas ungrandvice,
Fayd'affezbonnes qualitez ;
Ne craignezpasquejamaisje tariffe.
FepuisdéfierlesEtez.
1
FeSçay que certaines Prairies
D'unRuiffeau comme moy nes'aecomodentpas
Illeurfaut ces Torrens quifont tant defracas,
Maisfortſouvent on voit leurs eaux taries.
Mon cours en tout temps est égal,
Jeſuis tranquille &doux, ne fais point de ra
vages
Deplus , je viens vousfairehommage
D'une eau pure comme cristal.
Ilest telle Prairie , &peut- eftre affez belle,
Aqui lepluepetit Ruiffeau,
Suivantja pente naturelle,
N'iroitjamaisporter deuxgoutes d'eau.
Amoinsque détourné par unchemin nouveau.
6 Elle,
12 LE MERCURE
Ellen'en amenaſt quelqu'un juſquechez elle.
Mais pour vous , ſans vous mettre enfrais ,
Sans vousservir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent tout
exprés
Vousfaireofre de leurſervice,
Et le tout pour vos intéreſts .
Apreſent , je l'avouë , on vous trouve agreable ,
Vousdonnezduplaisir aux yeux ;
Mais avec un Ruiſſeau, rienn'est plus véritable,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux .
De cent Fleurs qui naiſtront vous vous verrez
ornée,
Je vous enrichiray de ces nouveaux Tréſors,
Etvous tenant environnée,
"Avecmes eauxjemuniray vos bords...
Reposez-vous fur moy duſoindeles défendre's
Aquoyplusfortement puis-jem'intéreſſer ?
Déjamesme endeux Bras je m'apreſte àmefendre
Pourtâcher devous embraſſer.
1
'Mes ondes lentement de toutes parts errantes
Nepourront de ce Lieu Je résoudre à partir ;
Etquandj'aurayformé cont Routes diférentes,
Jemeperdray chez vous ,plutoſt que d'enfortir
Jesens,jesens mes eaux qui beüillonnent de
De joye
GALANT. 13
Deles tantretenir àlafinjeſuis las,
Ellesvontse répandre , &sefaire une voye,
Iln'estplus temps à vous de n'y conſentirpas.
Le Génie de Mr. de Fontenelle
paroiſt ſi fort dans toute cette Piece,
qu'il n'eſt pasbeſoin de vous direqu'il
en eſt l'Autheur. Il a cela de particulier
, que preſque dans toutes les
choſes qu'il fait , il joint la nouveauté
de la matiere à l'agrément de ſes
Vers; & comme perſonne avant luy
n'avoit fongé à comparer un petit
Chien à l'Amour, il eſt le premier qui
ait donné à un Ruiſſeau de la ſenſibilité
pour une Prairie. Il faudroit
n'eſtre pas Homme pour n'en point
avoir ; mais elle a quelquefois des
effets bien dangereux , & vous l'allez
voir par ce qui eſt arrivé depuis
peu de temps à une aimable
Heritiere d'une des meilleures Familles
de Roüen. Elle avoit pris de
la tendreſſe pour un jeune Chevalier
qui l'aimoit avec paffion, Soit
pour la naiſſance , foit pour le
bien
14
LE MECURRE
bien, ils estoient affez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en mefloit
, il n'auroit pas efté difficile au
Chevalier de ſe rendre heureux , fi
l'employ qu'il avoit à l'Armée ne
l'euſt obligé d'attendre à demander
l'agrément de ſes Parens au retour de
laCampagne , qu'il ne ſe pouvoit dif.-
penſer de faire. Il ſervoit en Allemagne
fous Monfieur le Mareſchal de
Créquy , & ayant eſté commandé
dans une occaſion où nous perdîmes
quelque monde , il fut compté au
nombre desMorts . La nouvelle s'en
répandit dans la Province. Elle vint
aux oreilles de la Demoiſelle qui en
fut inconfolable. Elle pleura , ſoûpi
ra, parla continuellement de ſes bonnes
qualitez , & fe le mit fi fortement
dans l'eſprit , qu'elle croyoit le voir
paroiſtre devant elle àtous momens .
Pour divertir un peu ſadouleur , on
l'envoyachez une Dame de ſes Paren
res qui avoit un Chafteau au Païside
Caux. C'eſtoit une Veuve d'un efprit
ت
fort
GALANT. ας
fort agreable , & qui ayant encor de
la jeuneſſe & de la beauté , attiroit
chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes
Gens dans ſon voifinage. La
belle Affligée y trouva quelque foulagement
à ſes déplaiſirs, mais ellen'en
pût oublier la cauſe,& elle fe déroboit
tous les jours pour venir refver folitairement
dans le Jardin à la perte
qu'elle avoit faite. Cependant leChevalier
n'eſtoit pas ſi bien mort , qu'il
ne fit connoiftre preſque auſſi toft qu'il
avoit encor part à la vie. On viſita fes
Bleffures . Elles furent trouvées dangereuſes
, mais non pas detelle forte
qu'il n'en puſt guerir. On en prit
foin , & il fut en eſtat de quiter l'Armée
dans le temps que les Troupes
entroientenQuartier d'Hyver. Il revient
en Normandie, Grande joye
pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort .
Il s'informe deſa Maiſtreſſe. On luy
apprendoù elle est , &à quelles extremitez
ſa douleur l'avoit portée.
Son amour redouble par la connoif
fan
16 LEMERCURE
ſance qu'on luy donne de ſesdéplaifirs.
H meurt d'impatience de la revoir
, & luy veut porter luy-meſme
la nouvelle de ſon retour à la vie.
Comme il s'en connoiſt fortement
aimé, il fe fait une joye ſenſible de
l'agreable ſurpriſe que ſa veuë luy
doit caufer , & fans la faire tirer de
l'erreur où le bruit de ſa faufle mort
l'a miſe , il part de Roüen avec
un Confeiller & un Abbé de fes
Amis . Aucun d'eux ne connoiffoit
laDame chez qui elle estoit , & cela
facilite le deſſein qu'ils ont de faire
paffer pour une rencontre du hazard
cequi eſt une occaſion recherchée. Il
pouvoit eſtre onze heures du foir. Ils
arrivent au Chaſteau , feignent d'ig
norer à qui il eſt , le demander au Portier
qui leur vient ouvrir ; & fur fa
réponſe, ils le priënt de faire dise à
la Dame , qu'un Conſeiller du Parlement
qui s'eſt égaré en allant à
Dieppe , la ſupplie de luy vouloir
donnerune Chambre à luy & àdeux
de
GALANT 17
de ſesAmis , pour y attendre lejour.
La Dame avoit un Procés, &lecredit
d'un Confeiller qui peut ou eſtre
fon Juge , ou folliciter pour elle , luy
paroiſt un ſecours envoyé du Ciel.
Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eftant
déja couchée , elle est contrainte
d'attendre juſqu'au lendemain à les
voir. Cependant les ordres ſe donnent
, &on n'oublie rien pour les recevoirobligeament.
La nuit ſe paſſe.
Ils demandent à quelle heure ils pourront
remercier la Dame de fesbontez
. On leur répond qu'elle s'habille;
&pendantce temps , le Conſeiller &
l'Abbé deſcendent à l'Ecurie pour
ſçavoir ſi on a eu ſoin de leurs Chevaux.
Le Chevalier qui ne fongequ'à
fon amour , obſerve la ſituation des
lieux qui font habitez , & ayant pris
gardequ'ils donnent ſur le Jardin , il
y entre dans l'eſperence que ſa Maiſtreſſe
paroiſtra à quelque feneſtre. Il
n'y a pas fait trente pas qu'il la voit
fortir d'une. Allée couverte. Elle y
eftoit
18 LE MERCURE
eſtoit venue comme elle avoir accouſtumé
de le faire tous les matins , &
dans ce moment elle effuyoit quelques
larmes qu'elle avoit encor données
au ſouvenir de ſa mort. Il s'avance.
Elle l'apperçoit ; & comme elle
en avoit l'imagination toute remplie,
elle le prend pour ſon Phantoſme, fait
des cris épouvantables , & s'enfuit
vers une Salle qu'elle avoit laiſſée ouverte.
Il court apres elle pour taſcher
de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine.
Elle redouble ſes cris , & a plutoft
fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action eſt remarquée d'un
Domeſtique qui entroit dans le Jardin.
Il enva donner avis à laDame.
Elle deſcend dans la Salle , trouve fa
belle Parente évanouiie; & comme
elle eſtoit Heritiere , & qu'on avoit
déja fait courir le bruit de quelque
projet pour l'en lever; elle ne doute
point qu'on n'ait voulu en venir à
l'execution , & que ce qu'on luy eſt
venu dire le jour precedent du ConfeilGADANT.
19
feiller égaré, n'ait eſté un artifice pour
donner une entrée aux Raviffeurs .
Tout la confirme dans cette croyance .
On a veu courir unHomme apres la
Demoiselle qui ne s'en eſt fauvée
qu'en s'enfermant , & on la trouve
évanoïie de frayeur. Ses deux Amis
qui s'arreſtent à voir leurs Chevaux ,
ſemblent avoir eu deſſein de ſe tenir
preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout
de fon entrepriſe, & il n'y a rien autre
choſe à penſer de ce qui s'eſt fait.
Tandis qu'on prend ſoin de la belle
Evanouie , la Dame envoye chercher
du Secours , fait armer ſes Gens , &
en moins de rien vingt Hommes ,
avec des Mousquetons & des Halebardes
vont à l'Ecurie , où le Chevalier
eſtoit venu rendre compte àſes
deuxAmis de la rencontre qu'il avoit
faite. Ils font ſurpris de ſevoir coucher
en jouë , & d'entendre direqu'il
n'y a point de quartier pour eux s'ils
ne ſe laiffent conduire dans un Cabinet
grillé où laDame a donné ordre
qu'on
20 LE MERCURE
qu'on les enferme. Ils ont beau de
mander la cauſe de l'inſulte qu'on leur
fait , & ſe plaindre da peu de reſpect
qu'on a pour un Conſeiller. Ce nom
de Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arriverent ,
n'eſt plus d'aucune confideration , &
ils font à peine dans le Cabinet où
cette Troupe mutine les garde , que
laDame leur vient dire qu'apres les
avoir fait recevoir chez elle de la maniere
la plus obligeante , elle n'auroit
jamais creu qu'ils euſſent voulu luy
faire l'outrage dont ellé prétend repa
ration. Le Conſeiller prend la parole
, & s'eſtant plaint fans trop d'aigreur
de la violence qu'on luy a faite ,
il adjoûte qu'il ne voit pas de quel
mauvais deſſein on apůle tenir ſuf
pect , quand il vient avec un Abbé
dont le caractere le doit faire croire
incapable d'y preſter la main. La Dame
répond que la partie eſtoitbien
faite , & qu'on ne vouloit pas aller
loin fans mettre les chofes en estar de
fe
GALANT.- 21
ſe pacifier par le Mariage. Cette réponſe
& quelques autres paroles luy
font comprendre qu'on les ſoupçonne
de n'eſtre venus au Chaſteau que pour
enlever ſa Parente. Le Chevalier qui
ne devine point pourquoy on leur imputecedeſſein
ſur la frayeur qu'il ſçait
que la veue a causée à ſa Maiſtreſſes
dit qu'il eſt vray qu'une Demoiſelle a
pris la fuite toute effrayée de l'avoir
trouvé dans le Jardin , mais qu'on la
luy faſſe voir , & qu'il eſt fort aſſeuré
qu'elle ne le reconnoiſtra point pour
un Raviffeur. Il conjure la Dame avec
tant d'inſtance de luy accorder cette
grace , qu'elle les quitte pour aller
ſçavoir ſi ſa Parente eft en eſtat de venir.
Elle la trouve revenuë de fon
Evanouiſſement , mais fi interdite de
ce qu'elle a ver , que le trouble de
ſon ame paroiſt encor peint dans ſes
regards . Cette belle Perſonne lapré
vient , & d'abord qu'elle la voit entrer
elle luy dit qu'elle ne ſçait comme
elle eſt demeurée vivante apres que
l'Om22
LEMERCURE
l'Ombre du Chevalier qu'ellea tant
aimé luy eſt apparuë. La Dame per
fuadée que la frayeur qu'elle a euë de
la pourſuite d'un Raviffeur a fait égarer
fa raifon , la prie de la ſuivre , &
l'aſſure quelle luy fera faire entiere fa
tisfaction de l'injure qu'elle a reçeuë,
Elle entre dans le Cabinet ſans ſcavoir
pourquoy ſa prefence y eft neceffaire
, & elle n'a pas plutoſtjette
les yeux fur le Chevalier qu'elle poufſe
de nouveaux cris , & retombe
preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vient d'eſtre retirée. Le Chevalier
s'approche , & ſe plaint d'une ma
niere fi tendre du malheur qu'il a de
ne pouvoir paroiſtre devant elle fans
l'éfrayer, qu'enfin quoy qu'avec beaucoup
de peine , elle trouve affez de
voix pour luydemander s'il peut eſtre
vrayqu'il ne foit pas mort. Il répond
qu'il ne ſçait ſi elle a donné un ordre
abſolude le tuer à ceux qu'il ont amenédans
le Cabinet avec des Halebardes&
des Moufquetons , mais que fi
elle
GALANT.
23
elleveut bienconſentir qu'il vive , ils
vivra tout à elle comme il a fait juſque
là , & toûjours dans les fentimens
paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas
avant qu'il la quittât pour l'Arnée,
Il n'en fallut pas davantage pour faire
connoiſtre à la Dame ce qu'elle n'avoit
pû démeſler d'abord. Jugez de ſa
ſurpriſe. Elle entend nomener le
Chevalier , & voyant la joye éclater
ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe
dans une confufion dont elle ne
fortque par les chofes agreables que
leConſeiller commence àluy dire fur
cette mépriſe. Elle luy en fait mille
excuſes , & ſe ſert pour celade termes
ſi obligeans , que comme elle
eſtoittres-bien faite de ſaperſonne ,
leConſeillers s'en laiſſe toucher. El.
le leprie de remettre ſon Voyage de
Dieppe , & de demeurer quelques
jours chez elle pour luy donner lieu
de reparer ce que ſon inconſiderée
précipitation luy avoit fait faire d'injufte.
Outre que c'eſtoit ce que le
Che
24 LEMERCURE
Chevalier avoit pretendu , il trouvoit
tant d'eſprit & d'agrément dans
l'aimable Veuve , qu'il ne fut pas fâché
de faire pour elle ce qu'un commencement
d'amour luy faiſoit déja
fecrettement ſouhaiter. Il paſſadonc
trois ou quatre jours dans le Chaſteau,
&l'entretien de cette aimable Perſonne
eut de ſi doux charines pour luy ,
qu'il n'y paroiſſoit pas moins attaché
quele Chevalier l'eſtoità renouveller
à ſa Maiſtreſſe les proteſtations
du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut
de l'engagement que le Conſeiller
prenoit pour laDame; &comme
il ne pouvoit ſe mettre de la converſation
d'aucun coſté ſans troubler
un teſte- à-teſte , il leur dit enfin en
riant qu'il s'ennuyoit d'eſtre ſans employ,
tandis qu'il les voyoit tous
quatre ſi agreablement occupez . Je
ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeiller
de s'expliquer ſerieuſement ,
mais l'intelligence continua , les affaires
fe conclurent , l'Abbé fut appellé
GALANT. 25
léquelque temps apres pour la Ceremonie
des deux Mariages. Legrand
Ouy qu'il a fait prononcer à ces quatre
Amans , les amis dans un estat fi
heureux , que pour l'en récompenfer
ils luy ſouhaitent tous les jours une
Mitre. Comme il a tout le merite
qu'il faut pour la porter dignement ,
ondoit croireque fon temps viendra ,
comme il eſt venu depuis quelques
jours pourMr. l'Abbé Poudens, que le
Roya fait Eveſque deTarbes. Ileft
Docteur de Sorbonne , & Fils d'un
Preſident du Parlement de Pau. On ne
peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire
du Clergé qu'il a fait dans la
derniere Affemblée. Il s'y étoit montré
, ſi digne d'eſtre du nombre des
Prelats qu'il la compoſoient, quefa
Nomination a eſté ſçeuë avec un applaudiſſement
general. Ellea ſuivy celle
de Mr. l'Abbé de Suſe à l'Eveſché
de S. Omer. Vous ſçavez , Madame,
qu'il avoit eſté ſacré depuis peu Evefque
de Tarbes, Il eſt Fils de M. le
Tom. IX.
B Com16
LEMERCURE
Comte de Suſe , Homme degrande
naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours
rendu confiderable. Monfieur
l'Eveſque de Viviers fon Oncle eſt un
des plus anciens Prelats du Royaume.
Celuydont je vous parle en aquantité
pour Amis qui font de la premiere
qualité , & qu'il s'eſt acquis par ſa
probité& par ſa franchiſe, Son merite
n'a pas moins paru dans pluſieurs Afſemblées
du Clergé , que ſa Doctrine
dans l'Univerſité de Paris. Sa phiſionomie
est heureuſfe; & fi dans lerang
où nous le voyons élevé , on pouvoit
tirer quelque gloire des avantages exterieurs
, il auroit dequoy eſtre ſatisfait
de ceux qu'il a reçeus de la Nature.
On peut dire à l'honneur de Mefſieurs
les Curez de Paris (& ce n'eſt
queleur rendre la juſtice qui leur eſt
deuë) qu'ils donnent tous des preuves
fi édifiantes , & de Doctrine & de
Pieté , que le Roy choiſit ſouvent
parmy eux de dignes Sujets pour les
Eveſchez, C'eſt ce que Sa Maj, vient
encor
GALANT. 27
encor de faire , en noinmant Mr. Tellier
Curé de S. Severin à celuy de
Dignes. Il a eſté Aumônier de la
Reyne , & a toûjours mené une vie ſi
exemplaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'eſtoit
travailler au bien de l'Eglife , quede
luy en confier un plus grand. Ileft
Beaufrere de Monfieur Langlois Maiſtre
d'Hoſtel du Roy. Le merite de
ce dernier eft connu , & l'avantage
qu'il ade n'eſtre pas mal aupres de fou
Maiſtre , en eſt une marque tres-glorieufe
pour luy.
Comme les Charges & les grands
Emplois font plutoſt honte qu'honneur
ſi on ne les ſoſûtient par le merite,
heureux qui en eft liberalement
partagé. Je ſçay bien que la Cour eſt
un grand Theatre où il paroiſt avec
beaucoup plus d'éclat qu'ailleurs; mais
il n'y eſtpas ſi fort renfermé qu'il ne ſe
répande dans les Provinces , & vous
conviendrez de celuy de Mr. Petit ,
quand vous aurez leu ce que je vous en
B2 voye
28 LE MERCURE
voye de la façon. C'eſt une Epiſtre
enjoűée qu'il adreſſe à Monfieur le
Duc de S. Aignan , qui a pour luy une
eſtime tres-particuliere. Le ſtile en
eſt libre , &vous ytrouverez un tour
aifé qui vous perfuadera aisément de
ceque j'ayàvous dire à l'avantage de
SonAutheur.
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
N
Eft- il pointfait it cet Armement
Qui depuis long tempsVous оссире?
'Apollons'en plaint hautement ,
Ainsi qu' Amour le
Etle
Dieu charmant ,
Le beau Sexe porte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera t on
Ence Siecle que de Canon ,
Queddprendre d'affaut det Villes,
Quedepunir les Ennemis
Deleursmanieres inciviles
D'oferfefrotter à Louis ,
LepremierHéros de la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Toutcomme celuy qui lefit ,
Et dont la gloireretentit
Mieux que le bruit defon Tonnerre ?
Noftre Parnaſſe eſt ſans Lauriers Mais
GALANT.
Mais qui pourroit à ce Guerrier
Enfouruir affezpoursa teste?
LesMuſesmesmesfontàbout ;
Ellespensent avoir dit tout ,
Et leurChant surune Conqueste
Vientàgrand peinede ceſſer ,
Quelaſurprenante nouvelle
D'une autre &plusgrande&plus belle
Les oblige à recommencer.
Enfin ce Conquerant terrible
LaſſeMuses, Chefs & Soldats ,
Et parce qu'il eſt Invincible ,
Ilnese trouvojamais las.
Mais tandis qu'iltientdans la Plaine
Ses braves Héros en baleine ,
4
Apresbien de triſtes helas ,
MilleBellesdifent en larmes,
Ah, maudite gloire des Armes,
Maudits Affauts, maudits Combats
Quevousnous cauſez de triſteſſe!
Quenousperdons dedoux ébats
Etque tantdebelle Nobleffe
Seroit bien mieux entre nos brac !
Maisque voulez-vous davantage?
GrandMonarque, vos Ennemis
NeJont-ilspas vaincus ,ſoûmis :
Detous coſtezpliant bagage?
LaiffezdoncMars auecsa rage :
Et rendant à l' Amour hommage,
Daignezneus rendrenos Amis.
Vous n'y perdrez rien , digne Prince,
Non, Grand Roy , vousn'y perdrezrion,
B 3
1
38
LE MERCURE
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre desGens debien.
Ceferont des Sujetsfidelles
Dontſepeuplera voſtre Cour ,
Maſles bienfaits, belles Femelles,
Tous Enfans deMars &d'Amour.
N'ont ellespas raiſon , ces Belles ?
Jeveux vous en prendre à témoin,
Vous , qui toûjours avecgrandſoin
Fiftesmille chofes pour elles.
L'Amourn'ést-ilpasplusplaisant
QuelaGuerre,dont lafurie
Jamaisn'agit qu'en détruiſant
Letresordes tresors , lavie?
Oüy, toutcompté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse verta
Vaut mieuxque la vertuguerriere.
57
Celanesepeut contester,
Carenfindonnerla lumiere
Eftplus noblequede l'ofter.
Quoyqu'il enſoit ,poursatisfaire
Auxjuſtesplaintes de ces Dieux,
Etpourappaiser lacolere
DemilleDames aux beauxyeux ;
DecesRimesquisçavent plaire
Reprenez l'agreable employ,
Etsur vostre charmante Lyre
Dontpar tout les tons on admire,
Chantez Loüis , noftre Grand Roys
EnJuite , chantez les tendreffes
De l' Amour'le Dieu des douceurs,
A
4
Et
GADANT. 38
Etces vingt ou trenteMaiſtreſſes
Dont vous avezgagné les coeurs.
Mr. Petit qui a fait ces Vers , n'a
pas ſeulementungénie admirable pour
la Poësie , mais un je ne ſçay quel feu
qui brille toûjours , & qui fait connoiſtre
qu'il a l'eſprit naturellement galant.
Il feroit difficile de l'avoir plus
délicat. Sa converſation eſt tres-agreable,
Ildit les choſes d'une maniere
qui donne de lagrace à ce qui n'en auroit
point dans une autre bouche , & il
eftcequi s'appelleun veritablehonneſteHomme,
Vous jugez bien,Madame
, qu'avec ces qualitez il n'a pas
manqué de ſe faire d'illuſtres Amis
qu'il a engrand nombre. Auſſi quoy
qu'il foit de Rouen,& qu'il y faffe fon
ordinaire demeure , il eſt fort connuà
Paris , & on ne peut entretenir de
plus longues correſpondances qu'il
en a euës avec la Maiſon de Ramboüiller
, qui a toûjours eſté tout
eſprit. Monfieur le Ducde Montaufier
qui eſt Gouverneur de ſa Provin-
B 4 ce
1
1
32
LEMERCURE
ce, luy aſouvent donné des marques
avantageuſes de la confideration qu'il
a pour luy , & il a l'honneur d'eftre
alliédePerſonnes qui ont part auMiniftere.
A propos de Monfieur le Duc de
Montaufier , Madame la Ducheffe de
Cruffol fa Fille eſtant accouchée àParis
, la Reyne luy a fait l'honneur de
l'y venir viſiter. On peut dire qu'elle
aheritéde tout l'Eſprit de feu Madame
de Montauſier , ſi celebre dés ſa
jeuneſſe ,& par le Nom de l'incom
parable Julie ,&par lesGalantes Lettres
que luy écrivoit Voiture , lors
qu'elle n'eſtoit encor que Mademoi.
felle de Ramboüillet. Madame la
Ducheffe deCrufſol joint àbeaucoup
dedelicateffe &de vivacitéd'eſprit ,
unevertu d'autant plus loüable, qu'elleeſt
éloignée de toute forte d'oſtentation.
Je ne vous dis rien deMonfieur
le Duc de Cruffol. Il eſt brave
autant qu'on peut l'eſtre , & auffi bien
faitqu'il aitperſonne à la Cour. L'ancienGALANT.
發
s
1
e
-
=
ciennetéde fa Maiſon eſt connue , &
ily en a fi peu dans le Royaume qui
ayant les avantages qu'elle a , que je
ne croirois pas trop dire, quandje vous
affurerois qu'il peut pretendre à celuy
d'eſtre Premier Duc. Vous jugez
bien, Madame, que j'excepte les Prin
cesdu Sang, àqui les Privileges de leur
naiffance donnent toûjours des Titres
qui ne ſçauroient eſtre conteſtez.
Quand on conteſtera quelque cho
ſe , ce ne ſera point affurément la
gloirequeMonfieur leDucdeLuxembourg
a fi legitimement acquiſe dans
leCommandement qu'il a eu de l'Armée
de Flandre. Il en eſt de retour, &
a eu l'honneur de falüer le Roy qui l'a
Jeçeu avec des témoignages d'affectio
dignes de la grandeur de ſes ſervices.
Onnepeutmontrer plus de coeur,plus
dezele& plus de prudence qu'il en a
fait paroiftre pendant tout le tempsde
laCampagne. Il s'eſttrouvéà laBaraille
de Caffel,&il atoûjours eſté de
jour lors que les Places qui ont eſté
B5 priſes
4 LEMERCURE
priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je
ne doute point , Madame , que vous
ne ſoyez aſſez inttruite de l'uſage de la
Guerre , pour ſçavoir que ce ſont des
jours où les Generaux ne peuvent
s'empeſcher de s'expoſer comme les
imoindres Soldats ; & c'eſt dans ces
occafions où l'on voit particulierement
éclater leur courage& leur conduite.
C'eſt peu que leRoy ait triomphé
par tout de ſes Ennemis , qu'il ait affuré
la Picardie contre leurs inſultes , &
qu'en ſe rendant maiſtre des trois importantes
Places qu'il a conquiſes de
nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat
de ne pouvoir eſperer la fin de leurs
diſgraces, que par la Paix ; Sa Majeſté
qui veille continuellement au bien &
au foulagement de ſes Peuples , les a
voulu décharger des Quartiers d'Hyver
, &dans ce deſſein , Elle a fait entrer
la plus grande partie de ſes Troupes
dans les Païs de ſes Conqueſtes.
Celles qu'on a envoyées en Quartiers
dans
GALANT.
3.3
dans Dunkerque , Bergue , Calais ,
& dans les aurres Villes maritimes
font commandées par Mr. le Marquis
de la Trouffe , Lieutenant General ,
& Capitaine des Gens d'armes de
Monſeigneur le Dauphin ; & celles
qui font entre Sambre & Meufe, prennent
leurs ordres de M. le Comte de
Montal , auſſi Lieutenant General &
Gouverneur de Charleroy. On a fait
demeurer cinq Bataillons dans Caffel
ſous le commandement de Mr, le Marquis
d'Uxelles, Brigadier d'Infanterie;
& toutes les Troupes qui hyvernent
dans la Flandre Françoiſe & dans les
Païs adjacens , obeïffent à Monfieur le
Mareſchal de Humieres. Monfieur
le Marquis de Rannes , Lieutenant
General , & Colonel General des
Dragons , & Monfieur de Sainfandoux
Mareſchal de Camp & Gou
verneur de Tournay , ont eſté choiſis
pour ſervir ſous luy. Monfieur
le Marquis de Chaſeron Lieutenant
General commande ſur la Meuſe;
B6 Mr, le
6 LE MERCURE
M. le Comte de Biſſy en Lorraine ;
Mr. le Baron de Monclar en Alface,&
Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles
demeure en Rouſſillon , ayant
fous luy Mr. de Gaffion Lieutenant
General,&Mr. de la Rabliere Marefchal
de Camp. Voila de quellemaniere
les Quartiers d'Hyver ont efté
diftribuez , fort glorieuſement pour
tous ceux que je vous viens denommer,
puis quechacun d'eux commande
en chef, &que ces fortes de Commandemens
ne ſe donnent qu'à des
Perſonnes tres-confiderables , &dont
laprudence , la valeur & la conduite
ayent eſté éprouvées dans les plus
grandesOccafions.
Le Roy qui trouve toûjourscelles
de récompenfer les Servicesqu'on luy
rend , a honoré depuis peu Mt. le
Comtede la Serre , Fils de feu Mr. le
Marefchal d'Aubeterre Lieutenant
General des Armées du Roy, & Gouverneur
des Provinces d'Agenois &
de Condomois, de la Charge de fon
Lieus
GALANT
37
Lieutenant dans la Haute Guyenne ,
dont Mr. le Duc de Bellegardes'eſtoit
démis en ſa faveur. Toute la
Cour qui connoift Monfieur le Comte
de la Serre pour un des meilleurs Officiers
du Royaume , luy en a témoigné
ſa joye lors qu'il a preſté le Serment
entre les mains de Sa Majefté.
Il eſt d'une Maiſon tres confiderable.
Mr. le Chevalier d'Aubeterre eft fon
Frere , & Mr. le Comte de Jonfac
dont les belles qualitez vous ont fait
plaindre la mort , eſtoit fon Neveu.
Son grand merite , fon experience ,
& ſes longs & importans ſervices
pendant plusdetrente Campagnes, le
rendoient digne de cet Employ qui
luy donne le commandement dans la
Haute Guyenne , en l'absence de
Monfieur le Duc de Roquelaure
Gouverneur de toute la Province , &
de Monf . le Marquis d'AunbreLieutenant
General de Sa Majeſté dans
Cette inefmeHauteGuyenne.
Je vous ay mandé les Honneurs
que
38
1
LE MERCURE
que Mr, le Duc du Mayne y avoit reçeus
en allant aux Eaux de Barrége.
Il en eſt revenu , & vous ne sçauriez
croire combien la Coura montré de
joye du rétabliſſement de ſa Santé. Ce
jeune Prince ſoûtient ſanaiſſancepar
tant d'eſprit &par de fi grandes qualitez
, qu'il eſt rare de les faire éclater
auſſi avantageuſement qu'il fait dans
un âge ſi peu avancé. Si les Eaux de
Barrége luy ont eſté ſalutaires , celles
deBourbon ne l'ont pas moins eſté à
quantité de Belles qu'on y a venës.
Cette Lettre qui m'eſt tombée entre
les mains , vous en fera ſçavoir le merite.
Je vous l'envoye telle qu'on
vientde mela donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS
DE ***
I
A MADAME DE ***
2
E fuis à Bourbon l'Archambaut , Madame;&
Sans aucun préambule , je
Day
GALANT.
39
vay vous rendre compte de ce qui s'y paffe,
comme vous me l'avez ordonné . La
premiere chose que je fis en arrivant , ce
fut de m'informer du genre des Maladies
qui avoient attiré le beau Monde qu'on
dit qui s'y trouvoit , & l'on m'apprit qu'à
l'exception de quelques Paralifies mal
formées , Hommes & Femmes s'y plaignoientpresque
tous de Vapeurs.
CeMalde tous les Maux , Mal le plus incommode,
Pour les Hommes jadis n'eſtoit point à a
mode;
Mais on ſçait aujourd'huy ce qu'il nous fait
fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit un peu plus charitable,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Jenemanquay pas (&par voſtre ordre
, Madame , ) de demander d'abord
des nouvelles de noſtre Illustre Mareſchal.
Fe fçeus que les Eaux ne luy avoient fait
que médiocrement du bien cette année ,
mais qu'en récompense Monfieur Amiot
fon Medecin , Homme qu'une capacité
de40
LE MERCURE
depuis long-temps éprouvée , renddigne
de tout le bien qu'on en dit , en avoitpris
des foins fi particuliers , que ſes Amis
pouvoient esperer de le revoir avec toute
la fanté qu'ils luy avoient ſouhaitée en
partant : l'agreable vie qu'on mene icy ,
aura fans doute contribuéà la rétablir.
Le leu , la Promenade , la Conversation
, & tout ce qui peut lier une aimablefocieté,
font des plaiſirs qui n'ymanquent
presque jamais , & la belle Compagnie
qui s'y trouve ordinairement feroit
ſeule capable de guerir lesMaux les
plus obſtinez. Tout ce qui m'y paroist de
fâcheux,
C'eſtqu'on voitlàdetres- faines Malades ,
Qui fieres demilleBeautez ,
Font de frequentes incartades
Ad'innocentes Libertez .
Auplaisirde les voir le meilleur temps s'em.
ploye.
Comme le charme eſt grand, ons'endonne
àcoeurjoye ,
On regarde, on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers , dont boire eſt le
Remede ,
Se
GALANT. 41
Se meſle un certain trouble àqui laraiſon
cede,
Etmal ſurmal n'eſt pas ſanté.
Ie m'en fauve comme jepuis , &je
vous avoue que ce n'est pasfans peine ,
carfion éviteunguet-à-pend d'un coſté ,
on le rencontre de l'autre. Par exemple
Avez-vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtenttantà regarder de pres,
Lorsqu'àvosyeux charmez de larencon
tre,
L'aimable Fortia ſe montre ;
Ailleurs où le hazard vous aura pů mener
La belleMarcillac vous vient afſaſſiner.
Quede coeurs tous les jours ſes charmes luy
fontprendre,
Sansquejamaiselle ſonge à lesrendre !
Il n'eſtoit pas besoin qu'elle quitât la Cour
Pour leur faireun ſi méchant tour.
Ie n'oſe dire rien , c'eſt ſur ſa confcience ;
Mais qu'ellecraigne enfin qu'on ne lapoufſſe
àbout,
Onpeut prendre ſon temps , la trouver ſans
defenfe,
Etquiconque àvoler comme elle ſe réſout,
Doit croire que malgré toute ſa reſiſtance ,
Uncoupviendra qui payera tout.
Vous auriez peine à vous imaginer
com42
LE MERCURE
combien la belle Madame Dubal fait en
vier le bonheur de ſon Epoux qui est venu
aux Eaux avec elle. Ce ſont deux moitiez
tres-bien afforties , &fi la Femme a un
merite extraordinaire , on nepeut parler
trop avantageuſement du Mary. Il est
bienfait , agreable &fort confiderédans
la Maiſon deMonfieur le Prince. Is paſſe
aux autres Beautes qu'on voit icy ;
pour m'empeſcher d'y penſer trop en vous
en parlant , vous trouverez bon , s'il
vous plaiſt , queje ne vous enfasse le Por
traitqu'en racourсу.
L'Incomparable Bourdenois
Dont lagorgetoute charmante
Surprend , éblouit , touche , enchante ,
De l'Amour à toute heure épuiſe le Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix ,
Mais plus heureux qui s'en exempte .
De Vallecour& fon aimable Soeur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre
pourveuë ,
Ontbiendequoy plaire à la veuë ,
Mais ce n'eſt pas fans qu'il en couſte au
cooeur.
BeauGALANT
43
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs
charmes ,
Fontauxplus fiers rendre les armes.
Du Frétoy comme Riberpré
Quand vous les regardez font fort à voſtre
gré , (de ,
Maismal en prend quoy qu'onyprennegar-
Aqui trop fouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peud'autres ſemblables,
Onttoutes des Filles aimables
Queſuivent laJeuneſſe & les Jeux & les Ris!'
Onestcharméde ſe voir avec elles ,
Maiscommedeſoy-meſme on doit ſedéfier,
Cen'eſt pas tout que de les trouver Belles ,
L'importanceeſt de l'oublier.
Joignez à cesBeautez deux Illuſtres Amies ,
Dont il faut vous dire le nom .
L'uneeſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui font concevoir àqui veut s'enflamer ,
Qu'il n'eſt riende ſi doux qu'aimer.
Pour la belle Damon qu'accompagnent les
Graces ,
Etdont en lavoyant chacun demeure épris ,
On nedoitpoint eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſur ſes traces
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or
Apů
44
LE MERCURE
Apûpayer ceprétieux Tréfor ?
Ilfaut encorerendrejuſtice
Aumeritedesquatre Soeurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve , & (je croy) peu
novice
Dans l'artd'aſſujettir les coeurs.
Elle est bien faite, aimable& fort ſpirituelle.
DeVilledo ſa Soeur ſe fait aimer comme elle;
Etdans l'agreable Becuau
Onne voitrienquedebon&debeaut
Mignon , laplusjeune desquatre
Ades attraits dangereux à combatre,
Etquiveut tenircontre, éprouve à ſesde
fpens
Qu'ilperdſafranchiſe St fon temps.
Apres vous avoir parlé des Belles ,
j'aurois un long article à vous faire , fije
voulois vous entretenir de tous lesHommes
demerite qui boivent icy des Eaux.
Nous y voyons Monsieur le Marquis de
Vardes , dont on croit que le plus grand
mal foit le chagrin d'eſtre toûjours éloignéde
laplus Auguste Perſonne duMonde.
Mr. de Pomereuil , &Mr. Pique ,y
font außi avec Mr. le Comte de Bouligneux
qui est un Hommetres-bien fait,&
fort eftimé Mais ce qu'on peut appeller le
CharGALANT.
45
Charmede nos plus belles Compagnies ,
c'est un jeune Milord petit- Fils du Duc
d'Ormond Viceroy d'Irlande. Ildonne la
Comedie aux Dames , & on nepeut rien
voir de plus galant à son âge. Ses belles
qualitez ne ſurprennent point quand on
les voit cultivées par Mr. de Montmiral
fon Gouverneur. C'est un Gentilhomme
tres-accomply , & fort digne du choix
qu'on a fait de luypour la conduite dujeune
Seigneur dontje vous parle. Vous ferez
peut- eſtre ſurpriſe de ce que je ne vous dis
rien deMadame la Comteſſe de Dona,
ny de quantité d'autres belles Dames qui
Jont venues cette année boire des Eaux à
Bourbon. Souvenez- vous , je vous prie ,
que je vous ay seulement promis de vous
rendre compte de celles que j'y trouverois .
Je vous tiens parole, &fuis voſtre , &c.
Si les Maux dont on a eſté chercher
le remede dans les Lieux où l'on boit
desEaux, n'ont point empeſché qu'on
ne s'y foit agreablement diverty , il
eneſtde meſme des grandes Affaires
qu'on
1
46 LE MERCURE
qu'on traite àNimégue , & qui n'en
ont point banny les Plaiſirs , Monſt. le
Marechal d'Eſtrades ayant receu chez
luy avec ſa politeſſe ordinaire, des Dames
Hollandoiſes que la curioſité de
voir l'Aſſemblée avoit attirées de la
Haye , les a régalées d'un excellent
Concert , composé de Luths, de Claveſſins
, & de quelques Inftrumens
nouvellement inventez , & qui refſemblent
à un Deſſus de Violon, mais
qui ſont infiniment plus propres à accompagner
le Luth , parce que leur
ſonqui imite celuyde la Flute douce ,
fait beaucoup moins debruit que celuy
du Violon , de forte qu'il ne couvre
pas le jeu du Luth, & n'a rien qui crie
ny qui ſoit aigre comme le ſon de la
Poche. Peut-eſtre que ces fortes d'Inſtrumens
paroîtront bientoſt en France,
Le Concert avoit eſté compofé
&ſoûtenu par Mr. de Soleyzel. C'eſt
un jeune Gentilhomme qui a fait
le Voyage de Nimegue avec Mr.
d'Avaux , & qui parmy cent belles
qualiGALANT.
47
1
e
qualitez , a celles d'eſtre fort bonMuficien
& fort bon Homme de cheval.
Il eſt Fils de Mr. de Soleyzel , qui eft
un les Chefs de l'Académie Royale
proche l'Hoſtel de Condé , & qui a
mis au jour pluſieurs Livres ſur les
Matieres qui regardent ſa Profeffion.
Si ce qui regarde la part que j'ay au
Mercure , pouvoit eſtre ſuprimé ſans
faire injustice aux Spirituels Inconnus
qui m'envoyent leurs Pieces fans fe
nommer , la crainte de me faire ac
cuſer de vanité m'empeſcheroit de
vous faire voir leSonnet qui fuit , mais
il eſt trop agreablement tourné pour
neluy pas donner place icy. Il n'eſt
venu de Caën. Vous ſçavez comme
tout le mondey eſt poly , & vous ne
ſerez peut-eftre pas fachée de connoiſtre
qu'on y eſtime les Lettres que je
yous écris .
SONNET.
Digne & galant Autheur du celebreMercure,
De
1
48 LEMERCURE
1
1
F
1
Denos Belles de Caënredoutez le couroux ;
Elles brûlent ce Livre en peſtant contre Vous ,
Pour les maux qu'a produits ſafatale lecture.
De la Guerre , dit-on , vousfaites la peinture ,
Avecde certains traitsfi charmans &fi doux ,
Que l'ony voit courir lesAmans , les Epoux ;
Et c'est là lesujet qui eauſe le murmure.
Quoy, direz-vous , j'y mets tant de Traitez
d'Amour,
DesMadrigauxgelans,les Festesde la Cour ?
Tout celanefait rien pour ſaver voſtre Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi
grand Coeur ,
Ilahonte d'aimer , il a honto de vivre ,
S'il n'accompagnépas cet Auguste Vainqueur.
Trouvezbon quej'ajoûteà ce Son.
net la Lettre d'un Solitaire qui ne s'est
pasdéfait de l'habitude de bien écrire,
enſedéfaiſantde la pratique duMonde.
Elle a eſté envoyée depuis peu à
un demes Amis , & je croy que vous
verrez avec plaifir la juſtice qu'on y
rend à Monfieur le Pays , pour qui
je ſçay que vous avez une eſtime particuliere.
De
GALANT.
49
De mon Defert prés de Grenoble
le 27. d'Octobre 1677.
L faut avouer , Monfieur, que tout le
Imonde est obligéd l'Autheur du Mercure
Galant ; mais les Solitaires comme
moy luy ont une obligation particuliere.
Ne font ils pas heureux de pouvoir apprendre
les Affaires de la Guerre &du
Grand Monde juſques ou fonds de leur
Desert ; de pouvoir pour ainſi dire estre
de la Cour fans fortir de leur Village ?
Depuis fept mois qu'il me donne tant
de plaisirs differens , je cherche en mon
efprit les moyens de l'en remercier. Mais
comme je n'ay pas l'avantage de le connoiſtre,
je ne puis , Monfieur , m'adrefſer
qu'à vous qui eſtes de fes Amis ,
pour vous prier de luy faire mon Com-.
pliment , & de luy envoyer mon Pacquet.
Ily trouvera deux petites Pieces qui ne
luy seront peut- estre pas inutiles. Son
deffein eft fi beau & ſon entrepriſe ſi
loiable , que chacun doit contribuer de
Son costéàlafaire durer. Fay dans cette
Tome IX. C Pro-
/
50 LE MERCUR
Province deux illuftres Amis dont j'ay
Soin de regüeillir les Vers & les Lettres ,
ce font des Ouvrages qui pourroient
de temps en temps enrichir le Mercure
Galant. Monfieur l'Abbé de S. F **
Monsieur le Pays , font afſfez connus dans
le Royaume, Quoy que le premier n'ait
jamais pû se résoudre à faire imprimer
fes Oeuvres , on a veude luy mille Galanteries
manuscrites qui font connoistre
juſques où va la force & la délicateſſe de
Son Esprit . Pour Monfieur le Pays , fes
Amitiez , Amours & Amourettes , ont
tant fait de bruit dans le monde , quefon
Nom eft connu de tous ceux qui sçavent
lire . Neantmoins quand on ne le connoist
que par là, on ignore la plus grande partie
de fon merite. Je croy que je puis
dire fans l'offencer , qu'il vaut encore
mieux que ſes Livres , & que tout ce
qu'il a imprimé est malgréson fuccés bien
éloigné de la juſteſſe de ce qu'il écrit aujourd'huy
. L'Autheur du Mercure Galant
en pourra juger par les deux Lettres
que je luy envoye. Fen ay encore
quelGALANT.
51
quelques autres que je luy fourniray
fije vois paroiftre celles- cy dans le premier
Volume du Mercure , parce que
de là je concluray qu'on les a trouvées
agreables . Cela m'obligera mesmes à
preffer Monsieur le Paysde me faire copier
quelques- uns de ſes Vers , &peutestre
que je réveilleray saMuſe quiſemble
dormir pendant qu'il travaille aux
Affaires d'un grand Employ qui ne luy
donne gueres le loisir de penſer aux Bagatelles
poëtiques.
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE
FABLE.
3
A MADEMOISELLE DE M**
L nous arriva hier de Lisbonne une
Barque chargée desinger& de Perroquets.
Vous jugez bien , Mademoiselle ,
que je n'ay pas perdu une si belle occafion
de vous tenir parole. Fay chois parmy ce
C2 grand
52 LE MERCURE
grand nombre un Perroquet d'un plumage
tres -particulier , & une Guenuche d'une
petiteffefort rare. Ce qu'ily a de fâcheux,
c'est que le Perroquet ne parle point François
, que la Guenuche neſçait point danfer,
& que mesme elle est encore habillée
àla Portugaise,mais vous ferez peut- eftre
bien aiſe d'eſtre leur Maiſtreffe en toutes
façons. Vos Leçons leur apprendront la
belle maniere. Tous les autres Perroquets
nesçavent prononcer que des injures groffieres,&
quand vous aurez inſtruit le voſtre
, il sçaura dire des malices ingenieuſes.
Avoſtre Ecole la Guenuche apprendra
bientoft la Bourrée & le Menüet ,
&fi vous avez ſoin de l'habiller à la mode
& de vostre main , je gage qu'on la
trouvera plus propre & de meilleur air
que vostre petite laide Voiſine. Cependant
comme vous n'entendrezpoint d'abord
le jargon nyde la Guenuche ny du
Perroquet ,je me crois obligé en vous
les envoyant , d'estre aupres de vous leur
Interprete. Sans sçavoir la Langue de
Leur Pays , j'ay bientost compris leurs
difGALANT.
53
discours , parce qu'ils estoient tendres &
amoureux.
Entendre à demy mot fut toûjours mon partage;
Si-toſt que l'on parle d'amour,
Il n'eſt pointpour moy de langage......
Qui nefoit clair comme le jour.
Pour vous , majeuneDemoiselle,
Quand meſmes en François l'amour fert
d'entretien,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne répondez
rien,
Etvous n'entendez pas la langue maternolle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon,
Vous avezquatorze ans , à cet âge , maBelle,
N'entendre pas l'Amour , ma foy cela s'appelle
N'entendre pas raiſon .
Je veux aujourd'huy tâcher de yous
rendre raisonnable , en vousfaisant comprendre
l'Histoire amoureuse de vostre
Guenuche & de vostre Perroquet.
Außi- tost que ces deux petits Animaux
furent entre mesmains , ils parierent entr'eux
certain jargon Moresque , &j'entendis
que le Perroquet reprochoit à la
Guenuche ſes fingeries , &la Guemuche
C3 luy
54 LEMERCURE
luy reprochoit fon caquet. Comme leurs
difcours me semblerent affez plaifans ,
j'entray dans leur conversation. Ils en
furent d'abord furpris , mais enfin nous
devinſmes familiers & fûmes bien- toft fi
grands Amis,que je les obligeay à me conter
leur Histoire. Le Perroquet , comme
Leplusgrand Caufeur , voulut estre l'Hiftorien
; & voicy en François , àpeu pres
comme il s'expliqua enMorefque.
MaMere medonna lejour
Dansun Climatde laGuinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflâme tout toute l'année.
L'onn'yvoit point de Coeurglacé ,
NydeBergere indiferente ;
Quand unBerger eſt empreſſé
2 LaBergere le montre ardente..
Làje vivoisjadis en Berger fort coquet ,
:
Aujourd'huy je ſuis Perroquet ,
Car,helas! ma Coqueterie ,
Que jenonimois Galanterie ,
Choqualecruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder depardon ,
Fit de moy laMétamorphoſe ,
Quejevais vous conter en Proſe.
7
Surles bords du Fleuve Niger on ne
fait
GALAMT 55
fait pas l'amour ainſi que sur les bords
de la seine ou du Rhône . On m'a dit
qu'icy la constance paſſe pour une vertu ,
& là elle paſſeroit pour un vice : En
France un Amant bien reglén'a beſoin
que d'une Amante , &ſouvent en ayant
une , il en a trop ; mais en Ethiopie les
Galans ont besoin de diverſes Maiſtreſſes,
&nostre miserable Roy qui mourut ilya
quelque temps dans ce Royaume, pourroit
estre un témoin de cette verité. Eftant
Bergerje voyois ſuivant nostre coûtume
diverſes Bergeres, &je témoignois àtoutes
beaucoup d'amour , mais à laverité
je n'en reffentois queres. Dans ma-conversation,
dans mes Chansons &dans
mes Billets , je paroiſſois l'Amant du
monde le plus ardent , & dans mon coeur
je me fentois fort tranquille ; enfintout
mon amour n'estoit que ducaquet . Mais,
helas ! depuis ce temps j'ay bien appris
que Cupidon est un Dieu qui punit cruellement
le mensonge. Pour commencer à
fevangerde moy , il me fit devenir trop
veritablement amoureux d'une petite
C 4- Lai--
56 LE MERCURE
Laide , plus volage&plus coquette que
jen'estois, & c'est justement Dame Guenuche
que vous voyez là , qui a esté Bergere
dans le temps que j'estois Berger.
Apres avoir trompé tant de Perſonnespar
mes faux Sermens , jene pûspas mesme
perfuader ma petite Laide par des veriteztres-
constantes. Cependant pour me
faire mieux enrager , au commencement
ellefit mine de m'aimer , elle affecta toutes
les petites manieres d'une Perſonne
fortpaßionnée , &quand elle me vit bien
ſenſiblement touché, elle mefit centmalices
& me quitta enfin pour un autre
Berger außi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
S'il changeoit auſſi-toſt que change fon Amante
!
Mais, helas ! que de maux nous caufe une
Inconftante,
Quand on nepeut être inconſtant !
L'amour que je fentois pourmapetite
Ingrate , & la haine que j'avois pour
mon laid Rival , me mirent dans un tel
defefpoir , queje quitay mes Moutons , &
la
:
GALANT 57
La focieté des autres Bergers. Jemen
allay comme un furieux , errant dans les
Deserts : je déchiray mes habits , je me
couvris de feüilles d'arbres , & enfin je
devins tout-à-fait inſenſé. L'Amour alors
me voyant dans une Forest en estat de
mourir , voulut me ſauver la vie , &je
ne sçayfi cefut par pitiéouparvengeance.
Il changeama peau & mon habit en
plumes de la couleur des feüilles qui me
couvroient , ma bouche en bec , mes bras
en cuißes , & ainsi du reſte de mon Corps,
Voila comme jeme trouvay Perroquet
&je vous jure que je n'en aypoint com
fervéderegret.
Ne haïſſantplus monRival,
Et n'aimantplus mon Inconſtante
Je ſens monAme plus contente,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal,
Que celuy d'un Berger , quand l'Amour le
tourmente.
Ma petite Laide ne demeura pas außi
fans châtiment , parce qu'elle n'avoit
aimé qu'en apparence , &que toute fa
tendreffe n'avoit esté que singexies
C5 l'Amour
58 LE MERCURE
IAmour n'ayant point esté trompépar ſes
grimaces , voulut punir fon hipocrifie ,
comme il avoitpuny mon libertinage. Il
la changea donc en Guenuche ; & comme
c'estoit une petite Bergere fort laide &
fort malicieuse , il n'eutpas beaucoup de
peine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose
nous avons vescu , ma Maistreffe &moy ,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout-à-fait
Sauvages , & cela est fi vray que nous
nous sommes laiſſé prendre aux premiers
Hommes qui se font presentez. D'abord
on nous mena en Portugal , ou l'humeur
de la Nation nenous plaifoit gueres , parce
que le caquet & lesfingeries n'y ont
pas tantde coursqu'en France , ouj'apprens
que nous sommes aujourd'huy.
Nous nous y plaiſons fans doute , parce
que nous avons encore conferve quelque
choſe de nostre premier caractere. Pour
moy qui pendant que j'estois Berger difois
cent fleurettes fans penser à ce que
je difois , je dis encore eftant Perroquet
cent
GALANT
59
?
:
cent paroles fans sçavoir ce que je dis.
Pour ma Maistreffe , qui estant Bergere
contrefaisoit l'Amante fans fentir d'amour
, &qui deplus faifoit tous lesjours
mille malices , estant Guenuche elle en
fait encore , & contrefait mille chofes
qu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noftre
Histoirejusques icy ; c'est à vous , Monfieur,
à nous apprendre le reste. Ditesnous
pourquoy nous sommes entre vos
mains , &àquoy nous sommes deſtinez ,
puis que vous nous faites partir pour un
Second Voyage. Acette question j'ay vé
pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux,
Voicyla findetous vos maux :
Aprenez que l'on vousdeſtine
Pouraller faire les plaiſirs
D'unebelle&jeuneBlondine,
Qui donne milleardens defirs,
Etqui cauſemille ſoûpirs
Amille Amans qui n'ofent dire,
Belle , c'est pour vous qu'on Joupire ;
Vous , Peroquet , & nuit Sajour,
Vousluypourrezparler d'amour ;
Vous pourezdire , je vous aime,
Sansvous attirerfon courroux.
:
1
C6 One
60 LEMERCURE
Quemonbonheur ſeroît extrême
Si j'ofois parler comme vous !
VousGuenuche , vos fingeries
Loindeluydonnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que mes Galanteries..
N'ont- elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi, Mademoiselle , que finit la
conversation que j'ay eue avec vostre Perroquet
& voſtre Guenuche.I'ay crû que je
devois vous en faire part , &que vous seriez
bien aiſe de ſçavoir leurs Avantures .
Jepourrois bien tirer de cette Hiſtoire une
helleMorale enfaveur de l'Amour ; mais
belas , je n'oferois avec vous moraliferfur
cette matiere..
De Marſcille. A
A MADAME DE F **
E pars pour Marseille , &je vous
Ijure, Madame, que j'y vais malgré
moy. Vous me fiftes hier un Portrait que
j'emportedans le coeur, & j'ay peur que ce
foitun trait empoisonnéquej'emporte.
Maisdites-moy , ce beau Portrait ,
L'avez-vous fait d'apres nature ?
1
AL
N'avez
FALANT. 6г
N'avez-vous point feint quelque trait
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux ,
Cette main , ce bras , cette taille ,
CetEſprittelqueje le veux ,
Qui ſurprend, qui brille , qui raille ,
Enfin cet amas ſans egal
A
Debelles qualitez, dont moname eſt ravie,
Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſtdans voſtre Copie ?
2
Si cela eft , Madame, pourmon reposje
ne dois jamais revenir à Aix; ou
plutoſt j'y dois bientoft revenir , car je
m'imagine qu'il est doux deperdre ſon repos
pour la Belle dont vous m'avez donné
une ſi riche idée..
Partoutcequevous m'avezdit
Vous avez charmé mon Eſprit ;?
VoſtreComteſſe eſt adorable ::
Mais malgre les appas dont vous m'avez
charmé,
Sibientoſtje n'en ſuis aimé , (ble.
Jedeclare d'abord qu'elle n'eſt point aima-
こ
Jeſuis d'un Meſtier , où l'on aime pas
àperdrefon temps. Vous sçavez, Mada
Lom
me, que nous autres Gens d'affaires nous
62 LE MERCURE
ſommes fort intereffez , & que jamais
nous ne faiſons d'avances finous ne voyons
un profit prompt & afſuré.
Jamais à lagroſſe avanture
Nous ne mettons foins ny foupirs ;.
Nous voulons ſeureté meſme dans noftre
ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent en
plaifirs.
Sans nul ſcrupule en Gens fort ſages ,
Nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Et comme unJuifnoftre amour
Neprefte que furbonsgages.
Ilestbon , Madame , de donner cet
avis à vostre aimable Comteffe , afin
qu'elle examine si mon commerce lapeut
accommoder. le reviendray en cetteVilledansquelquesjours
, &fi elle me veut
recevoir malgré mes uſures amoureuses ,
j'iray chez, elle étaler ma marchandise,
AAix..
Ces Lettres portent leur recommandation
par le nomdeMt.lePays.
Ila un génie merveilleux pour écrire
galamment , & il ſcroit à ſouhaiter
que
GALANT. 63
que les Affaires ne luy oſtaſſent pas
tout le temps qu'il eſt obligédeleur
donner. Nous verrions peut-eftre
quelque agreableOpéra de ſa façon,
Ils font devenus fi fort à lamode
qu'on en repreſente beaucoupdepetits
dans des Maiſons particulieres.
Commeils n'ont beſoinnyde Thea--
tre , ny Décorations , ils peuvent
paffer pour les Concerts , mais ce
fontdes Concerts fortdignes de l'empreſſement
de tout ce qu'il ya de
Gens curieux. Ledernier qu'on a veu
paroiſtre apour titre lesAmours de Ti
ton & de l'Aurore. Les Vers en ont
eſté fort eſtimez. Mr. Oudot qui les a
mis en Muſiqueen a reçeu beaucoup
deloñanges. Je vous ay déja parléde
Huy. Il a beaucoup de talent ,& travaillant
fur une belle matiere , il étoit
difficile qu'il ne réüffit auffi avantageuſement
qu'il a fait. Un grandMiniſtre
chez qui ce petit Chef-d'oeuvre
aeſtérepreſenté en atémoigné une ſatisfaction
entiere,& fon approbation
aeſté
L
64
LE MERCURE
àeſté ſuivie des applaudiſſemens de
tous ceux qui ont jouy de ce charmant
Divertiſſement .
On en adonné beaucoup au choix
que le Roy a fait de Madame l'Abbefſe
de SainteMenehoud , pour lagra--
tifier de l'Abbaye Royale de Farmonſtier
en Brie . C'eſt une Dame d'un
fort grand merite , & d'une exacte
vertu . Elle eſt de la Maiſon d'Uxelles
, & Belle-Scoeur de M. le Comte
deBeringhen.
L'Abbaye de Sainte Menehoud a
eſté donnée à Madame du Boulay ,
Religieuſe de laCroix, & Belle- Soeur
deM. l'Avocat General Talon . On
pourroit prendre cette occaſion pour
parler d'un autre ; mais outre que la
gloire qu'il s'eſt acquiſe dans cette importante
Charge l'a fait connoiſtre à
toute la France, ſon merite me fournira
d'aſſez amples ſujets de vous en
entretenir ſouvent . a
Sa Majesté a auſſi donné l'Abbaye
de Saint Jacques prés Bourbon , à
Mada
6
GALAN 65
Madame de Vaudetart de Bournonville
Perſan . Elle est d'une grande
Maiſon , & le Nom de Perſan a fait
bruit ailleurs que dans des Couvents .
S'il eſt glorieux d'avoir part aux
Graces queleRoyſe plaiſt à répandre
continuellementſur ceux de ſes Sujets
qu'il en trouve dignes , il ne l'eſt pas
moins de luy pouvoir faire des Prefens
qui ne foient pas indignes de luy
eſtreofferts. C'eſt un avantage qu'eut
dernierement Mr. l'Abbé le Houx ,
qui heritant du zele que ſa Famille a
toûjours fait paroiſtre pour fon fervice
, & dont elleadonné des preuves
& dans les Armées & ailleurs ,
luy preſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces témoignages
de bonté qui luy gagnent
les coeurs de tous ceux qui ont l'honneur
de l'approcher. Ce Portrait eſt
de la mainde Mr. Benard. LeRoy
eſt peint dans un Ovale. Audeſſous
de luy font quantité de Trophées ,
qui marquent les Conqueſtes qu'il
afait.es
1
66 LEMERCURE
a faites ,tant ſur la Hollande , que fur
l'Eſpagne & l'Empire, Au milieu de
cesTrophées on voit un Globe d'azur
& trois Fleurs de Lys. A l'un des coſtez
du Roy il y a une Palme , & un
Olivier à l'autre , avec une Inſcription
Latine dans une Banderole
volante. Le ſens de cette Inſcription,
eſt quetandis que Sa Majefté s'occupe
àorner ſes Lys de Palmes , elle ne dédaigne
pas de cultiver l'Olivier qui eſt
le Simbole de la Paix. La Bordure a
ſes miſteres auſſi bienque les embellifſemens
du Portrait, Elle a eſté faite
par un Orfévre nommé Germain ,
qui travaille ordinairement pour le
Roy. Le deffein, la cizelure & l'art
en font admirables. Dans le haut eft
la Renommée toute de relief. Elle
montre le Roy d'une main , & tient
uneTrompette de l'autre. Un Lambeau
d'argent y eſt attaché avec des
mots Latins qui font connoiſtre que ſi
cet Auguſte Monarque eſt grand par
la gloire que ſes belles qualitez luy
ont
GALANT 67
ont acquiſe , il l'eſt encor davantage
par ſa Valeur & par ſes Conqueſtes.
Aux coſtez de la Bordure fontdeux
Enfans qui tiennent des Fleurs&des
Fruits. Il n'y a riende mieux deſſiné.
On voit la Triple Alliance au bas.
Elleparoiſt ſoûmiſe à la France , qui
eft repreſentée par un grand Coq.
D'un coſté il tient l'Aigle de l'Empire
enchaîné , &de l'autre deux Lyons
fuyans leCoq. L'Eſpagne eſt marquée
par l'un , & la Hollande par l'autre
fous la forme d'an Lyon Marin. Се
Preſent ne pouvoit eſtre plus beau ,
puis qu'il n'y a riende plus grand que
le Roy , & que c'eſt ſon Portrait qui
le compoſe. Il eſtoit accompagné
d'un Poëme fur les Conqueſtes de ce
Prince. Comme jamais Monarque
n'eut tant degloire que luy , c'eſt peu
qu'Arles nous ait fourny des Obélifques
pourgraver ſon Nom , &transmettre
à la Poſterité les grandes
Actionsdont nous n'avionspointencor
veu d'exemples ; on a trouvé fous
terre
68 LE MERCURE
de
terre deux Arcs de Triomphe
Rheims , comme ſi les Conqueſtes
de Sa Majesté allant plus viſte que les
mains des Ouvriers ne pourroient faire
pour luy élever des Monumens dignesde
luy, laTerre prenoit ſoind'en
produire , & fe faifoit un avantage
contribuer quelque choſe à luy affurer
l'Immortalité qui luy eft deuë. Mr. de
Santeüil , Chanoine de S. Victor , a
fait des Vers Latins là-deſſus , que
j'auroistâchéde vous faire voir en noftreLangue
, fi j'en avois pû exprimer
la force. Il a le Génie admible pour la
Poëfie, auffi-bienque quantité d'autres
de cette Maiſon , dans laquelle j'ay
appris que Monfieur le Preſident de
Bailleu l'avoit choiſi ſa Retraite. Il ne
le pouvoit faire dansune Abbaye , ny
plus ancienne ny plus noble. Elle eſt
remplie de Perſonnes de Qualité qui
meriteroient qu'on les nommâtComtes
de Paris , à l'exemple des Chanoines
de Lyon qui portent le titre de
Comtes. La Maiſon eſt ſpacieuſe ,
les
e
eJoly. 750. 48. Toulon
e Mignon . 750. 42. Toulon
Le Cheval Marin. 750. 44. Toulo
LaSirenne .
750. 46. Toulon
Le Bruſque. 750. 44. Havre
700. 44. Roche
L'Indien . 600. 44. Toulon
L'Æolle. 600. 44. Toulon
I
r
1
1
GALANT. 69
lesJardins agreables , & la Bibliote
que une des plus belles qu'on puiſſe
voir. Elle eſt d'autant plus utile , que
lePublic a la liberté de ſe ſervir de les
Livres , qui ſont fort curieux & en
tres-grande quantité. C'eſt aſſurément
un ſecours fort conſidérable
pour ceux qui voudroient ne rien
ignorer ; & comme il en eſt beaucoup
qui cherchent particulierement à s'inſtruire
de tout ce qui peut eſtre une
preuvede lagrandeur de la France , je
croy vous devoir faire remarquer que
ſi ſes Armées de Terre la font aujourd'huy
craindre de toute l'Europe ,
ſes forces de Mer ne la rendent pas
moins redoutable. Cela paroiſt par le
grand nombre des Vaiſſeaux qui ſont
àBreſt , à Rochefort& à Toulon. Je
vous envoye le Rolle de ceux de ce
I dernier Port, en attendant que je vous
puiſſe faire part des deux autres . Cea
luy-cy a eſté imprimé à Marseille :
jamais rien ne fut fi exact , & vous
y verrez en differentes Colonnes ,
non
70
LE MERCURE
non ſeulement le nombredes Canons
dont ces Vaiffeaux font montez , de
combien de Tonneaux ils font , le
lieu de leur conſtruction , le Nom des
Ouvriers qui les ont faits , leur âge ,
leur durée , & les pieds d'eau que leur
charge leur fait prendre , mais encor
cequ'ils ontd'Officiers Mariniers , de
Matelots , de Soldats , & les autres
chofes qui regardent la Solde & les
Vivres par chaque Mois. Si ce dénombrement
de Vaiſſeaux , d'Equipages
& d'Armemens n'eſt pas du
gouft de vos fpirituelles Amies , l'Avanture
que j'ay à vous conter aura
peut-eftrepour elles quelque choſe de
réjouiflant. Il y a plus d'une Perſonne
qui vous l'atteſtera pour veritable,
&jevous la donnefur la foy deGens
fansreproche.
Un jeune Gentilhomme , renfermé
juſqu'à vingt ans dans le fonds de
ſa Province , ſous la dépendance d'un
Pédant qui voit tâché de luy apprendre
beaucoup de chofes qu'il ne ſçavoit
GALANT. 71
voitpeut-eltre pas trop bien luy-mefme
, vint il y a quelque temps à Paris
poury commencer ſes Exercices ,&
quand ilyvint,on peut dire qu'il eſtoit
tout nouvellement débarqué. Il avoit
des manieres embarraffées , & ceux
qui prenoient intereſt en luy , ne le
virent pas longtemps fans s'apperce
voir que l'Etude ne luy avoit donné
que des Connoiſſances mal digeréés
qui avoient beſoin d'adouciſſement.
Comme il n'y a point d'Ecole plus
propre à l'acquerir que celle des Femmes
, fes Amis le menerent chez quelquesBelles.
Il les vit d'abord fansau
tre deffeinque celuyde rendre fes devoirs
à d'aimables Perſonnes que ſa
naiffance engageoit à marquer de la
confideration pour luy ; mais infentia
blement il y prit gouft , il eſtoit d'âge
à aimer , il avoit un coeur ; & une
grande Brune dont les yeux eſtoient
les plus dangereux du monde , eut
tant de charmes pour luy , qu'il en devint
éperduement amoureux. La
Dame
:
70 LE MERCURE
Dame fut ſurpriſe de le voir plus ſouvent
chez elle qu'elle ne l'auroit fouhaité.
Elle estoit ſi bien faite , qu'elle
n'eut pas de peine à deviner qui l'attiroit.
Ses affiduitez ayant cominencé
àluy faire connoiſtre la paſſion qu'il
avoit pour elle , ſes regards &quelques
loûpirs mal étouffez acheverent
de l'en inſtruire. Cette conqueſte la
chagrina , elle n'eſtoit point d'un afſez
grand poids pour luy faire honneur
, & l'expoſoit à des importunitez
fatiguantes pour nne Perſonne
qu'un coeur novice n'accommodoit
pas. Elle feignit den'entendre point
fes premieres declarations &pour
s'en défaire en le rebutant , elle le
railla ſur quelques defauts dont il prenoit
peine à ſecorriger , & n'oublia
pas ſur tout à luy faire connoiſtre ſon
dégouſt pour certaines rougeurs qu'ils
avoit ſur le viſage. Il aimet la Dame,
&vouloit luy plaire à quelque prix que
ce fuſt. Ce dernier reproche luydonnoit
de l'inquietude. Il crut que fes rou-
,
geurs
GALANT 71
rougeurs eftoient la ſeule choſe qui la
choquoit , & dans l'impatience d'y
trouver quelque remede , il fit confidencede
fon ſecret à celuy qui l'avoit
mené chez elle , & qui apprenoit ſes
Exercices dans la meſme Académie
que luy. Le Confident avoit veu le
monde , il aimoit à faire piece , &
ſans hefiter , il luydit que ſi c'eſtoit là
le ſeul obſtacle qui l'empeſchaft d'avoir
les bonnes graces de la Belle , il
luy répondoit de ſon bonheur. Il adjoûte
que ces rougeurs venoient d'une
abondance de ſang qu'il eſtoit facile
de détourner , qu'il les avoit euës
comme lay , & que pour éviter la
guerre qu'on luy faifoit , ils'en étoit
fait quite par des Ventouſes appliquées
fur la partie que Moliere nous a
fait ſi ſpirituellement entendre ,quand
dans l'une de ſes Pieces il a fait dire
pour infulter un Apotiquaire , qu'on
voyoit bien qu'il n'eſtoit pas accouſtumé
à parler àdes Viſages. LeGentilhomine
auſſi credule que jeune ,
Tome 1X. D auroit
72 LE MERCURE
:
auroit voulu eſtre ventoufé dans le
imeſme inſtant. Il embraſſe le Confident
avec unejoye extraordinaire , &
le conjure de ne point differer à faire
venir la meſme Perſonne dont il s'eſt
'ſervy pour une pareille Opération.
On prendjour au lendemain, un Chirurgien
a le mot , &deux Amis communs
font avertis de l'employ qu'ils
doivent avoirdans la Piece. Le Confident
amene le Chirurgien à l'heure
marquée. Le Gentilhomme le prie
de n'épargner point ſon ſang , & fe
couchant fur le ventre , il ſouffre l'application
des Ventouſes qui font une
copieuſe attraction . Les Scarifications
ſuivent, on les fait profondes , & apres
que le Chirurgien en a recüeilly deux
grandes paletes de ſang , il remet les
Ventouſes ,& féignant d'avoir oublie
quelque choſe deneceſſaire,il le quitte
pour courir juſques chez luy. Ilest à
peyne forty de la Chambre, qu'on entend
du bruit dans l'Escalier , C'eftoient
les deuxAmis à qui on avoit appris
GALANT. 73
pris le miſtere. Ils entrent malgréle
Patient qui veut qu'on ferme la porte,
&qui a bien de la peine à ſetenir couché
fur le coſté. Ils s'informent de
ce qui peut l'arreſter au Lit , & apres
une converſation generale d'un quart
d'heure , l'un des deux paſſe dans une
étroite ruelle ſous pretexte d'avoir
quelque ſecret à luy dire. L'Amant
Veutoufé tourne la teſte ſans ſe remüer
, & fon Amy le prie inutilement
de s'approcherun peu davantage. Il
n'oſe luy direen termes du galant Voiture
, qu'il a pour ne le pas faire , une
raifon fondamentale fur laquelle il ne
luy eft pas permis d'apuyer. Iln'écouteque
d'un peu loin cequ'on ne luydiroitpas
ſi on necherchoit à l'embarraf
fer; & enfin le Confident fait l'officieuxenobligeant
les nouveaux venus
à s'éloigner. Le Chirurgien revient, il
ofte les Ventouſes ,& laiſle le Plaintif
ſcarifié dans des douleurs dont il ne ſe
conſole que par l'efperance de n'avoir
plus les rougeurs quibleſſentlesyeuxde
D2 la
1
7+ LE MERCURE
i
1
la Dame. Elle apprend du Confident
letourqu'il luy a joué , & afin qu'il
ne jouiffe pas ſeul du plaiſir de cette
Avanture, elle envoye prier leGentilhomme
de luy venir parler le lendemain.
Le Meflage luy eſtoit trop
doux pour ne l'engager pas à ſe faire
une neceffité de cette Viſite. Il ſe
rend chez elle à pied, car l'Opérationeſtoit
trop récente , & ne laiſſoit
aucune voiture commode pour lay.
On le mene dans le Cabinet de la
Belle , où il ne trouve que des Eſcabeaux
fort durs. Elle le fait affeoir
malgré luy. Il fait cent poſtures qui
l'inſtruiſent de ce qu'il ſouffre , &jamais
converſation d'une Maiſtreſſe ne
parut fi longue à un Amant. Il s'en
tirele plutoſt qu'il peut , & ce qui le
chagrine , c'eſt qu'au bout de quelques
jours , il s'apperçoit que ſes rougeurs
augmentoient au lieu de diminuer. Il
s'enplaint à celuy qui eft cauſe duRemede
qu'il a eſſayé , & fa réponſe eft
qu'il feroitbonde recommencer, par-
:
ce
GALANT.
75
ce que les Ventoufes n'ont pas efté
affez longtemps appliquées. Il s'y feroit
refolu ſans doute , s'il n'en euft
demandé avis à quelqu'un qui luy dit
charitablement qu'on luy faifoitpiece.
Il avoit du coeur , & ayant rencontré
le malicieux Confident , il luy fait
mettre l'épée à lamain, Comme les
diſgraces ſe ſuivent , il ne peut fi bien
fe fervir de fon adreſſe , qu'il nereçoive
une fort large Bleffure dont il
eft encor à preſent au Lit. Ileft certain
qu'il en guérira , mais il nel'eſt
pasque ce nouveau fang qu'il a perdu
faffe ceffer les rougeurs dont il avoit
crû ſedéfaire.
Voila,Madame,commeoneftquel
quefois mal récompenfée du temps
qu'on employe à fervir lesBelles. Ce
font des périls qu'on ne court point
en fervant noſtre Grand Monarque.
Comme il ne laiſſe jamais de vertu
fans récompenfe , il a donné à Mr.
d'Eurre le Fils la Lieutenance de Roy
des Ville& Citadellede Montelimar,
D3 en
76 LE MERCURE
enconſideration des ſervices que M².
d'Eurre ſon Pere a rendus a feu Roy ,
& qu'ils ont continuez Fun & l'autre
avec un attachement qui ſemble particulier
àceuxde cette Maiſon. Ce dernier
avoit donné ſa Démiſſion de la
Lieutenance de Roy des Ville & Citadelle
de Valence dont il avoit eſté
gratifié par fa Majefté pour pluſieurs
années de fervices dans la Charge
d'Exempt de fes Gardes , & dans ſes
Armées où il a reçeu pluſieurs Bleſfures
, & elle en a pourveu Mr. de Genas
Gentilhomme de Dauphiné , qui
s'elt fait aſſez ſouvent diftinguer parmyles
Gardes du Corps. ว
Cependant je ſuis obligé de vous
dire que j'eſtois mal inſtruit quand je
vous ay fait ſçavoir que Monfieur le
Cardinal d'Eſtrees alloit à Rome en
qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
On m'apprend qu'il n'y va que
comme Miniſtre du Roy , & que par
une Bulle d'Urbain VIII . les Cardinaux
ne peuvent prendre le Titre
d'Am-
८
:
GALANT.I 77
d'Ambaſladeur , quoy qu'ils en faſſent
preſque toutes les Fonctions. 1
On m'apprend en meſme temps
que Meffieurs de Renel, de Flamarın,
de Beaulieu , & de Forteville, ont eſté
reçeus depuis peu de jours Chevaliers
de l'Ordre de S. Lazare de Jerufalem.
On les doit croire d'autant plus dignes
de cet honneur& de tous les glo.
rieux avantages qui le ſuivent que
Monfieur le Marquis de Louvois , qui
abien voulu eſtre le Chef de cet Ordre
, & s'en faire le Vicaire General ,
s'applique particulierement à n'y admettre
que des Perſonnes de naiſſance
, de merite , & de probité. Rien
ne manque là-deſſus à ceux que je
viens devous nommer , & je me tiendrois
aſſuré de pouvoir faire leur Eloge
d'une maniere bien délicate , ſi
ma Plume l'eſtoit autantque celle de
l'incomparable Madame des Houlieres
, qui nous a donné enfin un ſecond
Idylle. Vous avez admiré les
Moutons , admirez les Fleurs , Celles
D 4 -que
78 LE MERCURE
que la Nature produit ne font ordinairement
belles qu'au Printemps , mais
envoicyqui le feront en toute ſaiſon ,
&que le temps ſera toûjours obligé
dereſpecter.
LES FLEURS.
IDYLLE.
Ue vostre éclat
Qu
éftpeu durable, (dins!
Charmantes Fleurs , honneur de nos Iar-
Souvent unjour commence &finit vosdeftins,
Et lefort leplusfavorable
Nevous laiſſe briller que deux ou trois matins.
Ah, confolez-vous- en , Jonquilles , Tubereuses,
Kousvivezpeudejours , mais vous vivez heureuſes,
LesMédifans nylesFaloux
'Negeſnent point l'innocente tendreſſfe (vous.
Que lé Printemps fait naiſtre entre Zephire&
Famais trop de délicateffe
Nemefled'amertume à vos plus doux plaifirs.
Quepour d'autresquevous il pouſſe desfoûpirs ,
Que loin de vous ilfolatrefans ceſſe,
Vousnereſſentezpoint lamortelle triſteſſe
Quidevoreles tendres coeurs,
Lorsquepleind'une ardeur extrême
Onvoit l'ingrat Objet qu'on aime,
Manger d'empreſſement , ous'engager ailleurs.
Pourplairevous n'avez ſeulement qu'à paroiftre,
Plus
GALANT
79
Plus heureuses que nous , cen'est que le trépas
Qui vousfait perdre vos appass
Plus heureusesque nous vous mourez, pour re--
naiſtre.
Triſtes reflections ! inutiles Jonhaits !
Quandunefoisnous celfons d'eftre,
Aimables Fleurs , c'est pourjamais.
Un redoutable inſtant nous détruit ſans reserve,
Onne voit audela qu'un obscur Avenir ;
Apeine denos noms un leger ſouvenir
ParmylesHommesseconferve.
Nousrentronspour toûjours dans leprofond repos
D'où nous a tirez la Nature,
Dans cette affreuse nuit qui confond le Héros
Avec le Lache&leParjure,
Et dont defiers Deſtins par de cruelles Loix
Ne laiſſent fortirqu'unefois.
Maishelas ! pour vouloir revivre
Lavieest-elle unbienft doux?
Quandnous l'aimons tant,fongeons- nous
Decombiende chagrinsfaperte nous délivre ?
Ellen'est qu'un amasde craintes ,de douleurs.
De travaux , defoucis , degeſnes.
Sinous voulonsgouffer ce qu'elleadedouceurs,
Denosplaisirs onfait nos peines. :
Pourqui connoit les miſeres humaines,
Mourirn'est pas leplusgranddes malheurs.
Cependant , agreablesFleurs,
Pardes liens honteux attachez àla vies
Eltefaitseule tousnosfoinsson
Etnous ne vous portons envie
Quepar où l'on devroit vous envier le moins.
Ds Avoüez
80 LE MERCURE
1
Avoüez , Madame , que mes Lettres
vous plairoient encor plus qu'elles
ne font, ſi elles eſtoient toûjours
remplies de quelque Ouvrage de l'Illuſtre
Perſonne à qui nous devons celuy-
cy. Elle fait aſſurément honneur
àvoſtre beau Sexe. Pour moy je tiens
que ſon trop de merite eſt ſon ſeul defaut
, car il me semble qu'eſtant auffibien
faite qu'elle eſt , elle ne devroit
pas avoir tant d'eſprit. Il brille merveilleuſement
dans ces Vers ; outre
que l'expreffion en eſt nonle , ils ſont
d'une netteté achevée , & ont un tour
aifé&délicat qui fait qu'on entre ſans
peinedans la penſée , & qu'elle s'offre
d'abord ſans embarras. Je ne ſçay
pourtant fi cet Idylle pourra perfuader
àtout le monde que mourir pour renaiſtre
ne feroit pas un bonheur pour
nous,je veux dire, à nous regarderdétachez
des ſentimens que nous donne la
Religion. Du moins je ſçay bien qu'il
paſſeroit pour un fort grand avantage
dans la Famille de Madame deTori
gny,
GALANT. 81
gny, dont la mort a laiſſé un ſenſible
regretà tous ceuxqui la connoiffoient.
Elle estoit de la Maiſon de Laubeſpi .
né , Femme de Mr. de Torigny Prefident
en la Chambre des Comptes ,
& Soeur , comme je croy vous l'avoir
déjadit dans l'une de mes Lettres , de
Mr. leMarquis de Verderonne Gendrede
feu M. le Chancelier Daligre.
Mr. de Verderonne ſon Pere eſtoit
Maiſtre des Requeſtes , & Chancelier
de Monfieur le Duc d'Orleans Oncle
duRoy. Il eſtoit Parent tresproche
de feu Monfieur le Garde des Sceaux
de Laubeſpine Chaſteauneuf , & de
Mr. de Puylaurens , Favory de feu
Son Alteffe Royale. Madame de Ver
deronne ſa Mere qui vit encore , eft
Fille de feu Mr. le Bret autrefois Avocat
General duParlement , qui nous
alaiſſé quantité de beaux Playdoyers ,...
&un Traité admirable de la Souveraineté.
Ce grand Perſonnage eſt mort
Doyen du Conſeil du Roy Me le
Bret de Flacourt ſon petit-Fils,aujour-
D6 d'huy
82 LEMERCURE
d'huy Maiſtre des Requeſtes, foûtient
dignement lenom & lagloire que luy
a laiffée ſon illustreAyeul. Je ne vous
dis rien de Mr. de Torigny le Fils
dont je vous parlay quand il fut reçeu
Conſeiller au Parlement . Il eſt dans
une eftime generale , & marche fur
lespasdes grands Hommes dont il eſt
defcendu , & c'eſt une des plus for--
tes loüanges qu'on luy puiffe donner.
FeuMadame la Prefidente de Torignay
la Mere avoit dans ſa phiſionomieje
ne ſçay quoy de fier&de modeſte
tout enſemble qui attiroit la veneration
de tout lemonde. Elle étoit
civile , douce , honneſte , fincere ,
obligeante , & la meilleure & plus
tendre Parente qui fut jamais. Rien
n'approche du reſpect qu'elle a toujours
eu pour M. le Prefident fon
Mary. Il eſtoit accompagné d'une amitié
ſolide qui ne luy laiſſoit goufter
de joye veritable que quand elle pou
voit eſtreavecluy. Je dis beaucoup ,
&ne dis point encor affez , puis qu'il
yavoit
GALANT.
83
y avoit mille charmes répandus enfa
Perſonne qui la rendoient un Trefor
ineſtimable d'eſprit & d'honneur.
Nous avons auſſi perduMadame la
Mareſchale d'Albret. Elle estoit Scoeur
deMr. du Pleffis-Guenegaud. Toute
laGuyenne l'a fort regretée , elle
y eſtoit dans une confideration tres
particuliere , & tout ce qu'il y a
d'honneftes Gens dans cette Province
, eftoient charmes & de la bonté
&de fa vertu , mais lamort ne reſpecte
perfonne , les années s'ér
coulent infenfiblement , & fi on petit
meſurer le temps , iln'y a pas moyen
de l'arrefter. Les Horloges qui nous
font connoiftre combien nous avons
paffé d'heures de chaque jour où nous
vivons , ne peuvent nous apprendre
combien it nous en reſte encor àpaf
fer. On en apreſenté une auRoydepuis
quelques jours d'une beauté &
d'une invention toute extraordinaire ,
Iln'y a rien de mieux travaillé que cet
Ouvrage, & on ne peut affez admi
rer
84 LEMERCURE
rer l'intelligence & l'eſprit de cette ingénieuſe
Perſonne qui en a donné l'idée.
CetteHorloge faite enGlobe a
un piedde diamétre,& ſonne les heures
&les quarts ſurtrois Timbres. Elle eft
àPendule , & en commençant par le
bas , on voit les Quarts & les Minutes
fur le plus petit de ſes Cercles. Les
Jours de la Semaine ſont marques ſur
un grand , & fur un autre encor plus
grand que ce dernier font les Saiſons
avec les Planetes dans leurs/ Maiſons .
La Lune y paroiſt : C'eſt une petite
Boule tournante quienmontre tous les
jours peu à peu le croiffant&le declin,
comme on ledécouvre dans le Ciel.
Cettepetite Lune ſuit le premier mobilequi
eſt lemouvement regulier de
vingt-quatreheures,&retrograde cha
que jour à proportion de ce qu'il faut
pour faire ſa révolution entiere en
vingt-neufjours . On voit en meſme
temps ſonquantiéme,ſon aſpect avec le
foleil, la Marée& le lieu qu'elle occupe
dans les Signes. Le Soleil eſtplacé fur
ומ
GADANT. 85
un plus grand Cercle. L'Heure y eſt
marquée auſſi bien que le Jour de
l'Année & le Degré du Signe où il eft,
avec ſon lever & fon coucher.Tous ces
Cercles compoſent un peu plus que la
moitié de ce Globe , & en forment la
partie inferieure. Il n'y a rien dans celle
d'enhaut , parce qu'ayant eſté fait pour
eſtre ſuſpendu comme un Luftre , il
auroit eſté inutile d'y marquer ce qu'il
euſt eſté impoſſible de voir. Le premier
Cercle est d'argent , le ſecond
d'or , & ainſi de tous les autres. Le
Soleil eſt d'or, grand comme unePie
cede Trente ſols, poſé ſur une double
L d'acier cizelé en relief,&bluy. Un
des coſtez de la Lune eſt d'argent , &
l'autre eſt d'or émaillé d'azur avec de
petites Etoilles d'or. Cette Lune eſt
comme enfermée à moitié dans une
Boëte qui eſt auſſi d'or , émaillée d'azur
& parfemée de petites Etoilles du
meſme inetal. Un Nuage d'or éinaillé
la porte. On diroit à fa couleur
qu'il eſt éclairé du Soleil cou
A
chant.
86 LE MERCURE
chant. L'Aiguille qui montre les Planetes
dans leurs Maiſons , eft faite
d'acieren relief, & compofée dedeux
Arcs & d'une Fleche qu'on regarde
comme les armes d'Apollon. Un
Sceptre , un Baſton Royal , & une
Couronne de France , forment celle
quimarque leJour de la Semaine ; &
cellequi indique les Quarts, a la figure
d'uneFleur de Lys. Il y ades branchages
d'acier fort délicats qui compoſent
unHorifon pour cacher le Soleil pendant
lanuit ſous unvoile tranfparent.
Le reſteduGlobe qu'on peut nommer
la partie fupérieure, eft rendu parfait
par une Calote d'argent , fur laquelle
ona percé à jour les fix SignesMeridionaux
avec les principales Conſtellations
, & des Etoilles en confufion.
Au deſſus de ce Globe paroift un
Nüage d'argent remply des principaux
Vents qui imitent parfaitement
le naturel. Ce Nüage porte unBuiffon
de Palmes & de Lauriers d'or fur
lequel eſt poſée une Medaille du Roy
en
GALANT. 87
enbas reliefd'or, & autour de ceBuiffon
il y a trois Enfans de rondeboffe ,
dont l'un met une Couronne de Laurier
fur cette Medaille , l'autre la regarde
en ſoûtenant le Buiffon , & le
troifiémetient une Trompette. Pour
lededans duGlobe il est remplyd'environ
trois cens Pieces qui forment
enſembledix tres-beaux Mouvemens,
dontilyen a la plus grande partie nouvellement
trouvée par Mr. Martinot
Horlogeur du Roy , & Inventeur de
cemarveilleux Chef-d'oeuvre. MonfieurBalainOrfévre
duRoy, &Controlleurdes
Poinçons de France , ya
contribuédetout cequidépendoitde
fon Art , & le deſſus de la Calote eft
de fon invention .
Comme on invente tous lesjours
quelque choſe de nouveau dans le
monde, on renonce auſſi tous les jours
à ce qu'ily ade plus engageant. C'eft
ceque fit encor dernierement Mademoiſellede
Vaillac, en prenant l'Habit
aux grandes Carmelites , en prefence
de
88 LE MERCURE
deLeurs Alteſſes Royales Monfr . &
Madame , qui luy firent Phonneur
d'aſſiſter à cette Ceremonie , accompagnez
de quantitéde Perſonnes des
plus qualifies de la Cour. Elle est cadete
de cette belle Mademoiselle de
Vaillac , dont le merite fait tant de
bruit,&dont on ne peut dire trop de
bien. Si l'une fait ſon bonheur de la
Retraite , l'autre peut faire celuy d'un
des plus honneſtes Hommes du Royaume.
Elle eſt auſſi bien faite que
belle , ſa taille eſt grande & dégagée,
onne peut avoir de plus beaux yeux ,
& ce qui eſt un fort grand charme ,
fa bonté va au de là de tous ceuxde
ſa Perſonne.
La délicateſſe qui paroiſt en celle de
Monſeigneur leDauphin , ſemble en
quelque façon incompatible avec les
Exercices violens. Cependant il a
commencé à faire voir depuis quelques
jours , qu'il a toute la force neceffaire
pour les ſuporter, en montant de Chevauxd'Ecole.
Il ne ſe contenta pasdu
preGALANT.
89
premierqu'il monta, nommé Favory,
qui eſt un Cheval fort adroit , & qui a
beaucoup de ſcience & de vigueur ,
il enmonta encor un autre avec l'applaudiſſement
de toute la Cour qui fut
ſurpriſe de voir que dés la premiere
fois il fuſt ſi bien à cheval. Monfr. le
Comtede Brionne reçeu en ſurvivance
de laChargede Grand Ecuyer, luy
preſenta laGaule. Le Roy en fut tresfatisfait.
Il demeura preſent à tout le
Manége, & ordonna qu'on fiſt une
Loge pour la Reyne. Ainſi les Dames
auront la fatisfaction à l'avenir d'admirer
l'adreſſe de ce jeune Prince , & la
bonne grace qu'il a dans tout ce qu'il
fait. Mr. de Bournonville & du Plefſis
, Ecuyers de la grande Ecurie, auront
l'honneur de luy enſeigner tour à
tour cet Exercice. Le premier eftmalade,&
je ne ſçay s'il aura affez de fanté
pour luy venir donner ſes Leçons
pendant fa quinzaine. C'eſt unGentilhomme
d'un merite particulier. H
montre à la grande Ecurie,& le choix
du
90 LE MERCURE
duRoy en fait l'Eloge. Mr. du Pleſfis
dont le nom eſt fi connu , &qui
avoit rendu ſon Académie fi celebre
en faiſant les meilleurs Ecoliers de
France , a eu l'avantage de mettre
Monſeigneur le Dauphin à cheval.
M. de la Touche , choify parle Roy
pour luyenſeigner à faire des Armes ,
eut celuy de les luymettre à lamain
le meſme jour. Il eſt le premier qui
ait réduit cetArt en Science , & il ne
faut point douter que ce qu'il enfeignera
à ce jeune Prince , ne le rende
bientoſt auffi parfait dans ce qui la regarde
, qu'il l'eſt dans tout cequ'il a
déja appris par les foinsde Monfieur
le Duc deMontaufier. Cela paroift
par les marques qu'il donne tous les
jours d'eſprit , dejugement&de memoire.
Deux Exercices de vigueur
commencezdans lemeſme temps , &
qui vont eſtre continuez de la meſme
forte , font voir non ſeulement la
force & l'adreſſe naturelledeMonfeigneur
leDauphin, mais l'ardeur qu'il a
pou.r
GALANT.
91
pour tout ce qui luy peut ſervir àmarcher
ſur les glorieuſes traces qu'il brûle
d'impatience de ſuivre. Monfieur
le Prince de Conty qui a eſté élevé
avec luy , a commencé auſſi àmonter
à chevalle meſme jour. Il a de
grands exemples domeſtiques , & aucuneQualité
ne luy manque pour répondre
dignement à ce qu'il eſt né.
Ainſi on en peut attendre un jour des
prodiges pour la Guerre. Jene vous
ay point encor parléde celledeSicile.
Voicy en peu de mots tout ce qui s'y
eft paffé cette derniere Campagne.
Apres avoir eu d'abord pluſieurs Avantages
vers Taormina , on s'empara
de quelques Poſtes importans aupres
de Catania&de Melazzo. On fe
rendit maiſtre un peu apres de ceux de
Jacy,de Maſary,& de la Motta. CependantMr.
leMareſchal Duc de Vivonne,
dont la pietén'eſt pas moins grande
que le courage , fit jetter aMeſſine les
Fondemens d'une Egliſe à qui doit
parter le nom de S. Loüis . On auroit
pris
92 LE MERCURE
pris des Places plus confiderables que
celles que je vous viens denommer, fi
les Vents, qu'on ne gouverne pas auffi
facilement que les Hommes nous en
euffent permis l'approche, M. de Cafaux
dont la valeur eſt ſi connuë , fit
attaquer un Corps de deux mille
Hommes dans la Plaine de Mafcary.
Mr. de Chaſtenay qui commandoit le
Détachement fut tué d'abord. Mais les
François qui ne font plus rien d'ordinaire
, ne perdent point coeur pour
avoir perdu un Commandant. Ceux
qui furent de l'Occaſion firent auffitoft
plier les Ennemis. Mr. de Cafaux
les ſuivit ,& fit deux cens Priſonniers,
parmy'leſquels il y eut pluſieurs Offciers
. Les Meffinois montrerent beaucoup
de vigueur , & il ne ſe peut
rien adjoûter à leur courage. Quelque
temps apres les Noſtres prirent
Belveder aux environs de Catania.Mr.
le Duc de Crufſol voyant la placede
Lieutenant- Colonel de fon Regiment
vacante par la mort de Mr. de
Ahaste-
1
GALANT. 93
Ahaſtenay , propoſa Mr. de Brégy au
Roy pour la remplir. Il eſtoit Capitaine
dans ce Regiment ; & comme il
avoit beaucoup contribué à la priſe de
Taormina, il avoit eſté fait dés ce meſme
temps Gouverneur de la Scalete.
Sa Maj. qui eſtoit informée de ſes ſervices
, &qui ne les vouloit pas laiffer
fans recompenfe,le jugea digned'eſtre
à la teſte d'un Corps auſſi conſiderable
qu'eſt le Regiment de Cruffol , & luy
endonna la Lieutenance- Colonelle.
Quelque Profeffion qu'on ait embraſſée,
le merite eſt une forte recommandation
pour obtenir les gracesde
ce grand Monarque qui va ſouvent le
chercher hors de la Cour. Nous le
voyons en la perſonne de Mr d'Obeille,
qui vient d'eſtre Sacré Eveſque
d'Orange Il eſtDocteur de Sorbonne,
&c'eſt à cauſe de ſa grande érudition
qu'il a été éleve à la Dignité de Prelat.
En vous faiſant le Détail de ce qui
c'eſtoit paffé au Moriage de Monft. le
Marquis de Beringhen,il me ſouvient,
Ma94
LEMERCURE
Madame , que je vous parlai de la
beautéde l'Hoſtel d'Aumont, & de la
magnificence des Meubles qui en font
les ornemens. Monfieur & Madame
yfurent ily a quelques jours , accompagnez
de quantité de Perſonnes Hluftres
de la Courde l'un & de l'autre
Sexe. Mr. le Duc d'Aumont les reçeut
d'une manierequi le rendoitdigne
de l'honneur qu'ils luy faifoient.
Leurs A. Royales prirent grandplaifir
à voir les raretez qui ſe trouvent
dans cetHoſtel; & apres avoir entendu
deux differents Concerts de Claveſſins
, de Tuorbes , de Luts & de
Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers
Appartemens , Elles furent regalées
d'un magnifique Souper , ſervy d'une
façon extraordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en demy
Octogone. Il y avoit vingtCouverts.
Monfieur & Madame prirent place à
laface de l'Octogoneoppofée auBuffet
qui eftoit d'une richefſe ſurprenante.
Les Dames ſe placerenr aux deux
coſtez
GALANT.
95
coftez de la Table ; à ſçavoir,Madame
la Comteſſe de Soiffons , Madame la
Ducheffe de Boüillon , Madame la
Princeſſe de Monaco, Madame laMareſchale
de la Mothe Gouvernante des
Enfans de France,Madame la Duchefſe
de Ventadour , Madame la Marefchale
de la Ferté , Madame la Comteſſe
de Louvigny , Madame la Marquiſe
de la Ferté , Madame la Marquiſe
de Beringhen , Mademoiselle de
Grançay , & pluſieurs autres Dames
de la premiere Qualité. Ily avoit une
feconde Table à dixhuit Couverts
pourMonfieur leGrand , Monfieur le
Chevalier de Lorraine , Monfieur
l'Archeveſque de Rheims , Monfieur
leDuc de Villeroy, Monfieur le Chevalier
deMatignon, Monfieur le Marquis
de Saucour , & d'autres Perfonnes
du plus haut Rang. Les Apartemens
eſtoient éclairez d'un tres-grand
nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propreté admirable.
Onne pouvoit moins attendre du
Tome IX. E foin
96 LE MERCURE
1
foin & de la vigilance du Sieur Renaut
, Maistred'Hoſtel de Monfieur le
Duc d'Aumont. Pendant le Soupé
les Hautbois , les Violons , les Timbales
, les Trompetes , &toute forte
d'autres Inftrumens , formerent un
Concert qui donna un fort grand plaifir
à Leurs Alteſſes Royales. Auffi
fortirent -elles tres-fatisfaites & de la
magnificence du Repas , & des manieres
de celuy qui le donnoit.
Jenedois pas oublier à vous répondre
ſur les plaintes que vous me faites
dece que dans mes dernieres Relations
, je ne vous ay point parlé de
Mr. le Comte de Vienne , Meſtre de
Camp du Regiment de Cavalerie du
Roy. Je ne ſçay comment fon Nom
a pû m'échaper , puis qu'il eft certain
quependant cetteCampagne il adonné
des preuves tres-glorieuſes de fa
valeur dans toutes les Occaſions qui
s'y ſont paffées. Il fert enAllemagne
dans l'Armée de Monfieur de Créquy
avec une ſi ardente paſſion de ſe ſignaler,
GALANT.
97
ler, qu'il s'eſt toûjours trouvé par tout
des premiers , & particulierement au
Paſſage de Rhin lors que le Prince de
Saxe-Eyfenach fut batu , & dans la
Rencontre où les Noſtres défirent
trente Eſcadrons des Imperiaux. 11
eft Fils de Monfieur le Duc de la
Vieuville , Chevalier d'Honneur de
la Reyne , & Gouverneur du Poitou ,
Frere de M. le Marquis de la Vieuville
, aiſné de la Maiſon , Meſtre de
Camp du Regiment de Navarre.
Je reviens à l'Article lugubre que
je croyois avoir quitté juſqu'au Mois
prochain, pour vous apprendre la mort
deM. du Tillet. Il eſtoit Prefident
dés Requeſtes , & Frere du Greffier
de ce nom. Il a laiſſé beaucoup de
bien , & un Fils qui a épousé MademoiſelleBrunet.
Il paſſe pour un tres
honneſte Homme , &on ne luy rend
que juſtice quand onluy donne cette
qualité. Cette mort me fait ſouvenir
quedans maderniere Lettre je ne vous
dis qu'un mot de feu Mr. Daligre ,
E 2 Chan98
LEMERCURE
:
Chancelier de France. Il eſt bon que
je vous apprenne par quels degrez il
eſtoit parvenu à la plus éminente
Charge de l'Estat. Il commença par
eſtre Conſeiller auGrand Conſeil , &
futen ſuite Secretairedu Cabinet , Intendant
de Juſtice en Languedoc& en
Normandie , Ambaſſadeur à Veniſe ,
&Confeiller d'Estat. Feu Monfieur le
Cardinal de Richelieu le choiſit apres
la mort de Mr. le Chancelier Daligre
fon Pere , pour eſtre du Conſeil de
Marine. On l'a veu environ un an Sur-
Intendant des Finances par Commiffion
, apres quoy Sa Majesté le mit du
Conſeil Royal des Finances dont il
demeura Directeur General , juſqu'à
ce qu'Elle luy envoya les Sceaux , &
luy fit prendre le Titre de Chancelier.
Sa moderation& fa juftice luy ont attiré
l'admirationde tous ceux qui donnent
le prix aux choſes ſans paflion.
Il eſtoit connu pour avoir l'eſprit vif
&penetrans dans les Affaires , & il
falloit qu'on en fuſt perfuadé puis
qu'on
:
GALANT
qu'on l'a toûjours employé aux plus
importantes. Il avoit une grandemodeſtie
, une douceur attirante, &beaucoup
d'érudition , en forte que peu de
Perſonnes poſledoient mieux que luy
les belles Lettres .
Je vous ay déja dit beaucoup de
chofes de Monfieur le Tellier que le
Roy luy a donné pour Succeſſeur. Si
toſt qu'il eut preſté le Serment accouſtumé
, Meſſieurs les Maiſtres des
Requeſtes , les Treſoriers de France
de Paris , & les Secretaires duRoy ,
luy allerent faire leurs Complimens ,
ces trois Ordres d'Officiers ayant
d'autant plus d'obligation de prévenir
toutes les autres Compagnies , qu'ils
preſtent eux-meſmes le Serment de
fidelité au Roy entre les mains des
Chanceliers de France , à cauſe de
l'ancienne Dignité de leurs charges ,
& de ce qu'ils font Commenſaux
de la Maiſon du Roy. M. Taſſaut,
Doyen des Maiſtres des Requeſtes
porta la parolepour leur corps ,&s'en
E 3 acqui100
LEMERCURE
4
acquita fort dignement. Mr. de Waroquier
, Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Preſident au Bureau
des Finances , Gentilhomme de noble&
ancienne Maiſon des Pays -Bas ,
&d'un merite connu , parla pour les
Treforiers de France , & parla à fon
ordinaire , c'eſt àdire en termes aiſez
& infinuans , qui fentent plus ſon
Homme de Qualité , qu'un Orateur
qui veut déployer ſon éloquence. 11
lojiaparticulierement comme il le devoit,
ledigne choix de noſtre Auguſte
Monarque que qui avoit rendu la juſti.
cequi estoit denë aux longs& confiderables
ſervices de M. le Chancelier,
auquel il ſouhaita de voir exercer cet
te grande Charge autant d'années
qu'avoit fait feu Mr. le Chancelier Seguier
, afin qu'il joüift plus longtemps
duplaifir que luy donneroient les fervices
qu'il rendroit encor à l'Estat , &
ceux qu'on doit attendre du zele qui
attache ſans relâche Mr. le Marquis de
Louvois à tout ce qui peut contribuer
àla
GALANT 101
-
à lagloire de fon Maiſtre. Mr. Berrier
Secretaire du Conſeil , & Procureur
perpetuel de la Communauté des
Secretaires du Roy , le complimenta
pour leur Corps , & tout ce qu'il dit
fut tres-digne d'eſtre écouté. Mr. le
Chancelier répondit à chacun d'eux
avec fon honneſtetéordinaire ,& avee
cette juſteſle de paroles qui ne luy eſt
pas moins particuliere que naturelle..
Monfieur le Procureur General ayant
preſenté ſes Lettres de Chancelier au
Parlement afin qu'elles y fuffent enre
giſtrées , elles furent leuës tout haut
& reçeuës avec un applaudiffement
qui ne ſe peut concevoir. Ony voit
les grands & importans ſervices que.
ce Miniſtre a rendus à l'Estat en Italie
pendant le Regne du feu Roy , en
France pendant la Regence, &en fuite
ſous Louis le Grand. Parmy tous
lesEloges qui ſont dans ces Lettres,je
ne puis vous entaire un fort glorieux à
Mr. le Chancelier ; c'eſt qu'il y eſt expreſſément
marquéque par ſes ſoins&
E 4 par
102 LE MERCURE
par ſa prudence il a beaucoup ſervy à
pacifier les Troubles de l'Estat. Mr.
le Procureur General fit un Eloge fort
court de ce grand Miniftre ; mais il dit
beaucoup en peu de paroles,& fit voir
entre autres chofes que Monfieur le
Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec
toutes les qualitez qui le rendent fi
recommandable,heureux d'avoir trouvé
tant d'occaſions de s'employer
pour l'Eſtat ; heureux de ſe voir
Chef d'une Famille qui ſecondoit fi
bien fon zele dans les ſervices qu'il
rendoit inceſſamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir eſté choiſy pour rem
plir la charge de Chancelier de France
, & de l'avoir eſté par un Roy dont
le juſte diſcernement eſt la marque la
plus incontestable da vray merite ; Et
heureux enfin pardeffus toutes chofes,
des'eſtre montré digne des avantages
qu'il poffedoit. Il y a quelques jours
que l'Académie Françoiſe l'alla ſalüer
en corps. Monfieur l'Abbé Flechier,
Directeur en charge , luy fit un come
pliGALANT
1.03
pliment tel qu'on le pouvoit de
l'Homine du monde qui penſe & qui
s'exprime le mieux. Ses Oraiſons
Funebres font des Chef- d'oeuvres
qu'on ne sçauroit voir fans en admirer
la netteté &la force , & il donne un
tour aux choſes qu'il ſemble qu'il n'appartient
qu'à luy de trouver, Il loua
fans trop d'exageration les qualitez Ex---
traordinaires de Monfieur le Chancelier
, parla dubonheur de ſe voir Pere
d'un Fils qui estoit Premier Duc &
Pair Eccleſiaſtique , & dans une des
plus hautes Dignitez de l'Eglife ; &
tombant de la ſur les ſervices de
Monfieur le Marquisde Louvois , زا
fit connoiſtre de la maniere du monde
la plus délicate , que fi Monfieur le
Tellier avoit conſervé juſqu'icy une
penetration d'eſprit qui ſembloit ne
devoir plus eſtre de fon âge , Monfieur
de Louvois dés ſon entrée aux
Affaires , avoit prévenu par des connoiſſances
avancées ce qu'il n'y avoit
qu'une longue experience qui luy
Es duti
104 LEMERCURE
dût faireacquerir. Comme c'eſt par le
merite ſeul que Mt. le Chancelier s'eſt
élevé au nouveau degré de gloire où
nous le voyons , les voeux de toute la
France avoient en quelque façon prévenu
lajuftice que le Roy a voulu luy
rendre. C'eſt ce qui a fait dire fort
fpirituellement à M². Deſcourades.
Illuſtre le Tellier ,
Vous eſtes Chancelier,
Le Roy feul a fait cet Ouvrage ,
Mais leRoyaume entier,
S'il euft falu prier,
Eust donnéfon fufrage,
Cequeje vous aydit des Lettres de
Chancelier dont Mr. le Procureur General
a demandé l'Enregiſtrement,devroit
avoir eſté précedé de ce que j'avois
fait deſſein de vous dire touchant
lesCeremonies qui s'obſervent à l'ouverturedu
Parlement apres les Vacations.
Pluſieurs en parlent , & peu de
Gens les ont affez examinées pour en
faire un juſte Détail. La matiere eſt
belle,&tout ce qui s'y eft paffé cetre
こanGALANT.
105
année merite voſtre curiofité ; mais je
fuis contraint d'attendre au Mois prochain
à la fatisfaire , n'ayant pas le
temps de vous écrire tout ce que je
voudrois ſur un fi ample ſujet. J'avois
veu prendre le chemin des Quartiers
d'Hyver aux Ennemis. Je croyois y
mettre auffi le Mercure , &que je ne
vous parlerois pendant quelques Mois
que deGalanteries,de Comedies & de
Bals; mais les François infatigables
ſous un Prince qui veille ſans ceſſe au
bien & à la gloire de fon Eftat , ne
peuvent demeurer en repos en aucun
temps. Ainſi je me vois obligé de les
fuivre , quoy que ce ne puiffe eftre que
de loin , & c'eſt par cette raiſon que je
ne pourray vous rendre un compte aufſi
exact que je le voudrois des ſurprenantes
actions par leſquelles ils ont finy
la Campagne.
Apres la glorieuſe Journée de Cokeberg
, les Ennemis demeurerent fi
confternez , qu'ils ſe laiſſerent battre
par divers Partis. M. de Créquy fit
E6 don--
106 LE MERCURE
donner ordre au Gouverneur de la Pe
tite- Pierre d'en envoyer par derriere
l'Armée ennemie qui en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de
tous les lieux d'où ils en pouvoient tirer,
& les inquieta tellement, qu'apres
les avoir batus en gros,on peut dire (fi
cen'eſt point abufer du terme) qu'il les
batit encore en détail. Dépuis ce temps
là, ils ne ſçeurent plus ny ce qu'ils faifoient
, ny ce qu'ils vouloient faire. Ils
manquent de Fourages , en vont chercher
àhuit lieuës , &ces Gens qui devoient
tout prendre , craignent qu'on
ne leur prenne Sarbruk. Ils s'éloignent
peu à peu de noſtre Armée. Mr. Jacquier
tombe malade , tout le monde
fait des voeux pour luy; mais les ordres
font ſi bien donnez, que les Noſtres ne
manquant de rien , ne reçoivent aucun
préjudice de fa maladie. Mr. de Cré.
quy prend le Fourage de quatre Villa
ges des environs de Strasbourg. On
luy députe pour luy en faire des plaintes.
Il répond à ceux qui en font char
geza
GALANT.
107
gez , qu'il faut qu'il ſe ſerve de ce qui
eſt à portée, qu'ils l'ont bien voulu, &
qu'il empeſchera le deſordre. Il envoye
en effet ſes Gardes pour l'empefcher.
Les Ennemis n'ont que duBled
de Turquie & de la Paille ; & apres
avoir eſté chez . eux ſe rafraiſchir &
prendre du monde , des munitions&
de l'argent , ils viennent ſe ruiner de
nouveau. Ils apprennent qu'on a bla
mé à Vienne l'imprudence qu'ils ont
euë d'engager un Combat à la Journée
deCokeberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur (dont en cette
Occaſion les Cuiraſſiers faiſoient partie)
n'eſtant pas capable de luy reſiſter.
Pendant qu'ils fongent à aller prendre
leurs Quartiers d'Hyver , on réſout
d'affieger Fribourg. On cache ce defſein.
Les meſures ſont priſes à la
Cour& à l'Armée. Rien ne ſe découvre
du Secret , rien n'en échape.
Les Ennemis croyent qu'on va à Sarbruk
, & on fait tout ce qu'il faut
pour les entretenir dans cette penſée ,
Ils
108 LE MERC [ ERCURE
Ils y envoyent des Troupes. On en
fait avancer de Flandre pour les mieuxtromper.
Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , & rien ne
paroiſt. Avant que d'entrer dans les
particularitez du Siege, il eſt aſſez à
propos de vous faire connoiſtre l'im--
portancede laPlace. Elle estoit autrefois
la Capitale du Canton Catholique
appellé le Canton de Fribourg.
Sa ſituation eft en partie ſur une Montagne
, & en partie ſur le panchant de
cette Montagne. La Riviere de Sana
F'environne preſque entiere , & luy
fert d'un large Foffé , qui fait la féparation
d'un grand Fauxbourg. Ce
Fauxbourg a ſes Portes & fes Murailles
, & fe joint à la Ville par trois
grands Ponts qui donnent communicationde
l'un à l'autre. C'eſt du coſté
de la Riviere où Fribourg eſt au Midy
ſur le panchant de la Montagne. La
Montagne eſt de l'autre coſté avecdes
Rochers eſcarpez en façondehaute
Muraille au bord de cette mefine Ri--
viere,
GALANT. 109
:
viere,en forte qu'il n'y a point à craindrequ'on
les puiſſe eſcalader. La Ville
eſt ſpatieuſe. C'eſt un Eveſché ,
&laplus conſidérable des trois Univerſitez
des Terres de l'Empereur.
On l'a fortifiée d'une maniere qui
l'auroit renduë imprénable à d'autres
qu'à des François. Elle a deux Foffez
où il y a des retenues d'eau , deux
Murailles avec des Tours , & une
grande Redoute de pierre plus élevée
que la Citadelle , qui eft de quatre
Baſtions fur la hauteur. Cette Place
a eſté jugée d'une telle conféquence ,
que l'ordre eſtoit donné de lever le
Siege de Philisbourg , plutoſt que de
la laiſſer perdre ſi on l'euft attaquée
pendant ce Siege. Je ne vous feray
pointun longDétail de ceux à qui elle
a appartenu ; je vous diray ſeulementqu'elle
eſt preſentement à l'Empereur
, & qu'on ne peut l'entendre
nominer fans fe ſouvenir des grands
&prodigieuxExploits qu'a faits autrefois
Mt.le Prince enAllemagne , lors
qu'il
1
1.10. LEMERCURE
qu'il n'estoit encor que Duc d'En
guien. La priſe de cette Place eſtoit
d'autant plus importante pour nous ,
qu'eſtant dans le Pays de l'Empereur ,
ne ſçauroit avancer ſur les Terres qui
nous appartiennent , qu'on n'enfalle
auſſitoſt de meſine ſur celles qui font à
luy. Joignez àcelaque Fribourg eltant
fort grand , on y peut mettre ſept ou
huit millehommes en Garnifon, dont
une partie ſeratoûjours preſte à la defendre
, tandis que l'autre s'étendra
dans le Païs. De petites Places pareilles
àPhilisbourg ne ſont pas ſi avantageuſes.
Ce ne font que des Fortereſſes
qui ne pouvant contenir un fi grand
nombre de Troupes, ne peuvent faire
de ſi grandes executions. D'ailleurs
Fribourg affure Brifac que lesEnnemis
menacent depuis fi longtemps,& à l'avenir
ils parleront peut-eſtre moins de
l'affieger , que de reprendre ce qu'ils
ont perdu. Cette Place ne nous met
pas ſeulement en pouvoir de faire contribuerla
Suabe; mais elle nous donne
moyen
GUAL ANT.
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires
, & ofte à l'Empereur une partie
confiderabledeſes Revenus, eſtant certainque
la pluſpart des Penſions qu'il
donnoit à ſesOfficiers étoient aſſignées
fur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le
Pays eſt fort remply de Nobleſſe , &
n'a gueres de Paiſans qui nefoient ri
ches. La Place n'eſt commandée par
aucune Ville, & elle commande à toutescellesdes
environs. Sa priſe rompt
les meſures des Ennemis, leur fait qui
ter leurs Quartiers d'Hyver,& les oblige
a en chercher d'autres. Adjoûtez à
ces avantages , celuy de nous eſtre rendus
maiſtres d'une Place où font tous:
lesMagaſins dont on auroit eu beſoin
pour le Siege de. Brifac. Cependant fi
lesdifficultez augmentent la gloire, on
peut dire qu'il n'y a rien qui égale celle
des François . Ils nes'attachent jamais
à des Entrepriſes faciles , & les Places
qu'ils ont attaqué cette année ont tou
jours paſſé pour imprénables . Fribourg
l'euſt eſté ſans doute pour
d'autres
pe
12 LE MERCURE
d'autres Ennemis que pour eux ; &
quoy qu'elle ne ſoit pas auffi forteque
Valenciennes , Cambray , & S. Omer
, mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une
Ville environnée de Défilez qui devoient
empeſcher de l'affieger , fi les Impériaux
n'euffent pas manqué de prévoyance
; & toute Place dont on peut
empeſcher le Siege , peut pafier pour
imprénable. Sa fcituation ſur le panchant
de la Montagne , pouvoit donner
lieu de lamieux détendre. Elle
avoit des Munitions de guerre & de
bouche , & un Commandant qui a
toûjours paffé pour avoir de la conduite
& du coeur. L'Hyver avoit commencé
depuis longtemps en cePaïslà
; il y avoit plus de trois ſemaines
qu'il eſtoit couvert de nége ,&cepen.
dant on réſout d'inveſtir Fribourg.
On ne peut dire qu'on ait prévenu les
Ennemis , pour ſe mettre en campagne
avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient
point de Troupes fur pied , & qu'on
eſtoit
GALANT. I113
eftoit éloigné d'eux . Le contraire eft
connude tout lemonde; les Armées
eſtoient proches l'une de l'autre , &
la leur eſtoit forte quand on a formé
ce deſſein. Mais dequoy ne vient on
point à bout , quand ce qu'on entre
prend eſt bien digeré ,& qu'on execute
avec beaucoup de valeur&de conduitedes
Ordres envoyez avec de prudentes
reflections ? Mr. le Mareſchal
deCréquy apres avoir donné aux Ennemis
la jalouſie dont je vous ay déja
parlé , fait courir le bruit dans fon
Camp, qu'il attend pour le quiter ,
que le Prince Charles ait décampé.
Cependant il part une heure apres , &
ſe rendàBrifac avec une diligence in
croyable. Il avoit donné ordre qu'on
fiſt un Pontde Bateaux fur le Rhin. Il
fut achevé en douze heures par les ordres
de M. de Viſſac. Cet illuſtreGeneral
ayant veu que toutes les choſes
qu'il avoit eu ſoin de faire préparer
eſtoient en état, ordonna un Détachement
de quinze Maiſtres par Compagnie
,
114 LE MERCURE
gnie , & Mr. de Lançon Lieutenant
General eut ordre de demeurer avec le
reſte de la Cavalerie dans des Quartiers
depuis Scheleſtat juſques à Brifac.
Admirez la conduite de M. de Crequy.
Il s'éloigne des Ennemis ſans en
éloigner ſes Troupes . Elles couvrent
encor Brifac & Scheleftat , & il ofté
auxEnnemis le moyen de faire aucune
Entrepriſe pendant qu'il affiegera Fribourg,
en cas qu'ils ne veulent pas tenter
de le ſecourir. Apres tant d'ordres
auſſi judicieuſement que ſecretement
donnez, Mt. le Baron de Monclar part
àdix heures du ſoir avec une Brigadede
Cavalerie , les Dragons de du Fay, &
cinq Bataillons que commandoit M.
d'Aubijoux , afin d'inveſtir Fribourg .
Le reſte de l'Armée défila à la pointe
dujour ſur deux Ponts ; & d'abord que
les autres Troupes ordonnées pour
cetteExpedition eurent paffé , M². de
Créquy ſe mit àlateſte de la Maifon
duRoy. Je vous aydéja marquéqu'ily
avoit des Defilez pour arriver à Fribourg.
GALANT.
115
bourg. Mr. le Mareſchal de Crequy fit
couper beaucoup de Bois qui les einbaraſſerent
de telle forte,que les ennemis
n'auroient pû les paſſer ſans beaucoup
de peine ,& fans grande perte. Le
voila devant Fribourg. Si ceux de la
Place furent étonnez de voir qu'on les
affiegeoit , les Affiegeans ne le furent
pas moins , de connoiſtre le deſſein
qu'on avoit pris , le ſecret ayant eſté ſi
bien gardé , qu'ils n'avoient ſçeu jufques-
là en quel lieu on les menoit.
Quand cette Nouvelle fut publiée à là
Cour , le General Major Harang (qui
comme vous ſçavez avoit été pris dans
la Journée de Cokberg) dit qu'il eſtoit
impoſſible que le Siege fut veritable, à
moins que l'Armée de l'Empereur fon
maiſtre n'euſt eſté entierement défaite.
Et quandil apprit qu'on nes'eſtoit
point batu , il admira la merveilleuſe
conduite du Roy , la prudence de ſes
Miniſtres,& l'ardeur infacigable de ſes
Generaux.Toutes les Troupes n'étant
pas encor arrivées, Mr. le Mareſchal de
Cré116
LE MERCURE
Créquy viſita la Place , les Poftes &
les Paffages des environs, avant que de
faire la diſpoſition des Quartiers . Les
Ennemis brûlerent un de leurs Fauxbourgs
, & tirerent pluſieurs volées de
Canon fur les Troupes les plus avancées.
Mr. d'Aubijoux ſe logea avec
les cinq Bataillons dans le Fauxbourg
brûlé du coſté de la gorgede la Montagne
, où l'on réfolut de faire l'Atta.
que. Ilpouffa meſime un Logement
avec cinquante Hommes, à quelques
pas du Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt
Soldats tuez & bleſſez , un Capitaine
d'Orleans tué , & un de Feuquieres
bleffé. Le lendemain le reſte des
Troupes eſtant arrivé , Mr. le Mareſchal
diſpoſa les Quartiers dans l'ordre
ſuivant , afin que les Troupes ne
fouffriffent point.
DifGALANT
117
Diſpoſition des Quartiers de l'Armée devant
Fribourg le 10 Novembre.
M. de Choiseuil ,
Monfieur de la Feüillée,
M. de Hautefeüille,
Eſtoient à Vendeling, avec lesBrigades
De la Maiſon du Roy,
De Bulonde,
Et de la Ferté .
M. le Marquis de Genlis,
M. de Renty .
M. le Comte de Roye,
Et M. de Boquemar,
Eſtoient à Lehen , avec les Brigades
De Beaupré,
De Vivans,
De Boiſdavid,
Et de Vendoſme.
M. le Baron de Monclar,
Et M. le Marquis de Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les Bri--
gades De
१०
LE MERCURE
De Moreüil ,
DeDugas .
Et de Joſſau.....
M. le Comte de Maulevrier Colbert
,
Et M. le Comte de Broglio ,
Eftoient àZering, avec les Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
:
Et les Dragons de Liſtenay
Et de Teffé .
Mr. le Comte de Schomberg eſtoit
àHerdem , avec les Brigades
De Novion ,
Et de Nefle.
La Brigade de Mr. d'Aubijoux
eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de du Fay
eſtoient a Neter; Et laBrigade de la
Valette, a Gunterſtal & a Delhuts .
Apres cette diſpoſition , il changea
P'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture
GALANT. 119
1
verture de la Tranchée , & voulut
qu'on l'autre coſté de la Ville , laiffant
laMontagne à gauche. Il fit conferver
le premier Logement pour
fervir de fauffe Attaque. Le mefme
jour M. le Comte de Schomberg emporta
l'Epée à la main , deux Redoutes
avancées fur la hauteur du Chateau,
Il eſtoit à la teſte de trois cens
Hommes , foûtenus des Brigades de
Normandie& de Nofle .
1
LaTranchée fut ouverte à l'entrée
- de la nuit. Les Officiers Generaux
eltoient M. le Comtede Maulevrier
Colbert , & Mr. de la Feuillée&de
Boiſdavid. Mr. le Marquis de Harcour-
Bévron commandoit deux Bataillons
de Picardie, Deux autres de Champagne
prenoient les ordres d'undes
1- principaux Officiers de ce Corps.
| Comme les François font intrépides
&accoûtunmez à vaincre,& qu'on vouloit
venir promptement à bout de cette
Entrepriſe , on ne fulvoit point la
pratique ordinaire , qui eſt d'ouvrir la
Tom. IX. F Tran-
1.
120 LE MERCURE
Tranchée fort loin de la Place, Elle
fut commencée affez pres , & on tira
une grande Ligne paralelle à la portée
du Piſtolet. Les Bateries qu'on avoit
dreſſées la nuit, tirerent à la pointe du
jour. Elles ruinerent des Flancs & des
Embraſures par où les Ennemis pouvoient
tirer. LaGarde de la Cavalerieeſtoit
commandée par Mr. de Neuchelles
Lt. des Gardes du Corps. On
perdit quelques Officiers ſubalternes .
Mr. le Comte de Buffay un des Lieutenans
Generaux de l'Artillerie , &
Mr. de Culan Colonel de Picardie ,
furent tuez.
Les Bataillons de Normandie ,
Feuquieres , la Marine, & Vaubecour,
releverent la Trenchée la nuit du onze
au douze. Mr. le Marquis de Choifeüil
, Mrs. les Comtes de Broglio &
d'Aubijoux, eſtoient de jour, On prépara
toutes choſes pour la deſcente du
Folfé,&onſe contenta de ſe logerſur
lebord, parce qu'on le trouva large&
difficileàcombler.Onn
mit encor quelques
GALANT. 121
ques Pieces en baterie par les foinsde
Mr. leMarquis de la Freſeliere. Elles
furent tres -bien ſervies , & Monft . le
Mareſchal de Créquy pafla la nuit à
ſon ordinaire , c'eſt à dire dans la
Tranchée. Comme le clair de Lune
eſtoit grand, nous perdîmes quelques
Gens cette nuit- là. Mr. de la Tillaye
Lieutenant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier,
fut tué. Mr. d'Affonville Ayde
de Camp deM.de Créquy,& Mr.de
Roquefeuille Enſeigne de ſes Gardes ,
furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarante pas par lehaut , apres laquelleon
ſomma le Gouverneur , qui fier
d'avoir appris ſon Meſtier parmy les
Troupes de France , répondit qu'un
Homme comme luy ne ſe rendoit pas
aupremierAflaut.
La Tranchée fut relevée la nuit du
douze au treize , par Mr. le Comte de
Roye , M. de Boquemar , & Mr. le
Chevalier de Novion , avec le Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
1
F2 de
122 LE MERCURE
1
:
de Dampierre. On travailla à une
nouvelle Sape & à une autre Baterie
qui voyoit la Breche à revers ,& on
élargit les Travaux.
Letreize au foir, les OfficiersGeneraux
qui releverent la Tranchée ,
furent Mrs , les Marquis de Genlis, de
Renty , & de la Ferté , avec lesBa.
taillons d'Orleans , de laCouronne ,
& de la Freſeliere. On avança fort
par les Sapes , & l'on travailla à une
Mine. Mr. le Marefchal de Créquyalla
luy- mefine reconnoiftre la Bréche
&réſolut de tenterun Logementdeffus
, ayant reconnu que les Ennem's
ne travailloient point derriere. Des
Gens détachez avec des Travailleurs,
defcendirent dans le Foffé avec des
Echelles , & monterent à la Bréche à
quatre heures. Elle ne fut défenduën
que par ungrand feu que firent lesAffiegez
des maiſons qu'ils avoient percées.
On lapaffa malgré cet opſtacle.
Ceux qui fe rencontrerent dans les
Ruës furent tuez. On approcha de la
Porte
GALANT . 123
L
Portede la ſecondeEnvelope, Les Bataillons
d'Orleans & de la Freſeliere
seurent ordre de M. de Créquy d'ertrer
par la Bréche pour ſoûtenir les
Gens détachez . Mr. le Marquis de la
Ferté & Mr. de Tracy ſe ſaiſirent
des Poftes avancez avec beaucoup d'intrépidité,
& y mirent des Soldats. Mr.
le Marquis de la Ferté fut bleflé en
cette occafion . Mr. le Marquis de la
Freſeliere le fut auffi le meſme jour ,
en donnant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire , pour faire avancer une
Piece de Canon contre laPorte , qui
ſe trouva bouchée de fumier.
LaTranchée futrelevée par les Regimens
de Vendofme, laFerté, Con-
-dé,& la Fére , Les Officiers Generaux
eſtoient Mr. le Comte de Maulevrier ,
Mr,leMarquisde Bouflairs , & M². le
Duc de Vendofme. Mr. de Crequy
voulut preffer l'Attaque de la Villes
& pour cet effet , pendant que le Canon
batoit en Bréche , il ordonna au
Regiment de la Ferté qui avoit la teſte
dela F3
124 LE MERCURE
de la droite,de faire un Logement ſur
leborddu Foſſé,& meſme la defcente,&
à celuy de Vendoſme , de faire la
meſme choſe ſur la gauche. Comme le
terrain eſtoit tout pavé , on ne pût aifément
remuer la terre,& il falut porter
avec ſoy dequoy ſe loger. Il ne ſuffit
pas d'eſtre François pour ofer tenter
une pareille Entrepriſe, il faut eſtre
né ſous le Regne de Louis XIV. dont
l'exemple n'inſpire que des prodiges.
Mr. de Laubanie Major du Regiment
de la Ferté , y fut bleſſé d'un autre
coſté. Mr. le Comte de Schomberg
s'empara d'un Ouvrage de terre qui
couvroit la Redoute de pierre dont le
Chaſteau eft commandé,&un peu apres
ilſe rendit maiſtre decette Redoute
par le moyen de deux Pieces de
Canon que les Anglols avoient guindées
, dont ils furent bien récompenſez
par M. le Mareſchal de Créquy.
Lepremier coupde Canon emporta la
teſte de celuy qui commandoit dans
cetteRedoute,dont la priſe avança fort
: celle
GALANT. 125
celle de la Ville.On tenta deux Logemens
pour ſoûtenir celuy qu'on avoit
fait aupres du reveſtiſſement duFoffé.
Noftre General ne voulut pas les faire
achever , parce qu'il faloit aller à découvert
, & eſſuyer le feu du canon
chargé à cartouches. C'eſtoit en plein
jour ,& cependant l'ardeur des Troupes
eſtoit ſi grande , qu'on eut toutes
lespeines dumonde à les faire retirer.
Le Bataillon de Vendoſme fit merveille
en cette occaſion. Mr. Limbaut,
qui en eſt Lt.Colonel , y fut bleſfé. II
eſt impoſſible de faire voir plus d'itrépidité&
plus de conduite qu'en fit paroiſtre
Mr. le Duc de Vendoſme;le péril
ne l'étonnoit point , il eſtoit par
tout , il animoit les Soldats , & l'on
peutdire que fon exemple ſervit beaucoup.
Mr. de Créquy fit tout diſpofer
pour l'Affaut . Les ennemis l'appréhendérent
, & batirent la chamade. Ils
envoyerent un Oſtage , & reçeurent
en ſa place Mr, de Courvaillon Lieut.
Colonel de Condé. La Négotiation
F4 dura
126 LE MERCURE
dura quelque temps. On permit aux
Officiers d'aller voir la Bréche. Le
Gouverneur demanda deux Pieces de
Canon ; on luy en accorda une , & la
feconde fut donné en confideration du
Marquis de Baden . Les Articles ordinaires
ayant eſté dreſſez , les Ennemis
livrerent une Porte de la Ville, & une
du Chaſteau. Il n'étoit pas neufheures
du matin. La Garniſon qui eſtoit encor
de quatre cens Chevaux , & de dix
ſept cens Hommes de pied , fortit à
midy,& fut conduite à Reinsfeldt. Mr.
d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre
de M. le Maréchal deCréquy, pour aller
rendre comere Roydu duprompt
fuccés de cette ſurprenanteEntrepriſe.
Cette nouvelle conqueſte va fournir
aux beaux Efprits une ample matiere
d'écrire. Voicy ce qui mevient d'eſtre
envoyé. Liſez , Madame. Ces Vers
font dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu debelles choſes de
luy,&vous en conviendrez , quand il
me ſera permis de yous le nommer,
SUR
GALANT. 127
:
SUR LA PRISE
DE FRIBOURG
On dit que tous les Roisfont les vives Images Del'Eftre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulementde la Divinité
Faitfur lefront des Rois brillersa Majefté.
Maissi jamais un Roy dans ſatoute-puiſſance
Apû flaterJon coeur de cettereſſemblance,
C'est leRoy des François, cepremier desMørtels,
Qui denos vieux Héros renverſe lesAutels,
Qui tientJousſes Lauriers leurs Palmes étouffées,
De ces faux Demy -Dieux détruit tous lestrophées,
:
EtprépareuueHiſtoire àlaPofterité,
Qui nepeut espérerque l'incrédulité.
Lors que LOUIS paroiſt dans une paixprofonde,
Son ame eft occupée à gouverner leMonde,
Et lesſoins affidus deſonplus doux repos
Guident les mouvemens de cent milleHéros. (re,
Ceuxqui vontfous ſon Nomde Victorre enVictoi-
Brillans desesrayons, & couverts defagloire,
Sont toûjours agiſſansfur laTerre &les Mers,
Etcraignent le repos plus que tous les dangers.
Créquy,c'estoit afſſez d'avoir dans ta Campagne
Arrefté les effortsde cesRoys d'Allemagne,
Et d'avoirfait connoistre àtant de Souverains
Celuy que veut leCielpourMaistre des Humains..
Chaque
128 LEMERCURE.
1
Chaque instant chaquepas valoit une Conquestes
Maisde tant de Lauriers tu veux charger la Teſte,
Que le Sort de la Guerre avec tousſes hazars
N'ait plus pour toy de foudre , & t'égale aux
Céfars.
Le Siege de Fribourg , cette haute Entreprise,
Apeine estoit connu, quand on àſçeusa priſe ;
Et ceux qui chez lePrince avoient quelques accés,
S'informant du defſfein , ont appris lefuccês.
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime,
Seur de tout noſtre amour , de toute noſtre eſtime ;
Mais en vivantpour nous,connois ceque tu vaux,
Etménagetesjours parmy tant de travaux ;
Nenousforcejamais àregretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoit dans Rome,
Et laiſſe profiter les Peuples ſans effroy
DesSoins d'un grand Sujet ſous les Loix d'un
GrandRoy.
Ce Madrigal d'une Perſonne de
qualité ſur le mefme ſujet, meritebien
que vous le voyiez .
Quelques braves quesoient les Soldatsd'Al- lemagne,
Et ceuxqui font nourrisſous les armes d'Espagne,
Onne voit qu'en Eſté leurs plu vaillansGuerriers.
Dans labelle Saiſon tout le monde moiſſonne ;
Loüis ſeul en Hyver , au Printemps , dans
l'Automne, (Lauriers.
Sur l'Empire , en tous lieux , sçait cueillir des
C'eſt
GALANT: 129
C'eſt affurément quelque choſede
furprenant , que d'avoir ajoûté Fribourg
dans le commencement de l'Hyver
, aux conqueſtes qui avoient eſté
faites avant le Printemps. Si-toſt qu'il
fut pris , Mr. le Mareſchal de Créquy
yfit tracerde nouvelles Fortifications.
Mr. le Marquis de Lanıbert Mareſchal
de Camp y doit commander , &
Mr.de S. Juſt ſous luy. Il eſtoit Lt. de
Roy dans Philisbourg. Il a de la conduite
, & fçait faire valoir les avantages
que donnent les Places de cette
importance. Mr. de Créquy ne de
meura pas longtemps dans celle cy. La
Victoire l'appellant ailleurs , il y mena
laMaiſon du Roy. Mr. le Marquis de
Genlis ,&Mr. le Comte de Broglio ,
eſtant de jour , ſe mirent à la teſte de
l'Armée. Mr. le Marquis de Villars
qui commandoit trois cens Hommes
avancez, rencontra pluſieurs Regimens
deCavalerie ; il en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la
mefme vigueur& la mefme conduite
F6 qu'il
130
LE MERCURE
qu'il a déja fait paroiſtre pluſieurs fois
pendant cette Campagne , quoy qu'il
foit dans une grande jeuneſſe. Il fit
plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels estoient deux Capitaines , &
il y eut environ quarante Dragons
tuez. Nous euffions pouffé nos avantages
plus loin , fi nousn'euffions point
eſté dans une gorge de Montagne où
lesTroupes avoient beaucoup de peine
à paffer. Les Ennemis en eurent
plusde temps pour fuir. On prit enfuite
la Ville& le Chaſteau de Walkvik
, qui ſe rendirent apres avoir eſté
fommez. On y trouva une grande
quantité de toute fortedeProvifions.
Cette Place eſt à deux lieues de Fribourg
dans une Vallée qui conduit en
Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne
, fans vous dire que les démeflez
du Prince Charles & de Monfr. le
Duc de Vendoſime dont je vous ay
parlé , ne regardent que les intereſts
du Roy & de l'Empereur. Ils conferyent
GALANT.
130
vent une parfaite eſtime & une fort
grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme , comme un
des plus proches & des plus illuftres
Parens de la Ducheſſe de Lorraine ,
luya toujours rendu ſes devoirs , &
l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si
ses Princes s'y rencontroient , ils feroient
comme nos Braves de l'une &
de l'autre Armée , qui apres s'eſtre
régalez malgré la diverſitédu Party ,
ſe batent au ſortir des Lieux où l'on
obſerve la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant.
Pendant qu'on s'eſt rendumaiſtre
de Fribourg , Monfieur le Mareſchal
deHumieres n'eſt pas demeure inutile
en Flandre. Il a pris le Chaſteau de
Boffu. Il auroit falu autrefois faire un
Siegedans les formes pour une pareilleConqueſte
; mais les François d'aujourd'huy
vont plus viſte, &rien n'eſt
capablede les arreſter. :
Il ne me reſte plus , Madame , qu'à
vous parler de l'Enigme deuna derniere
132 LE MERCURE
mere Lettre , dont il est vrayque vos
Amies ont trouvé le mot. Celle de la
Lettre Rles devoit empêcher de croire
qu'on en euft fait une ſeconde fur
une autre Lettre de l'Alphabet , mais
je voy bien qu'elles ne ſe laiſſent pas
aifément embraſſer. Vous ne sçauriez
vous imaginer combien j'ay reçeu d'agreables
Lettres là deſſus. Je vous en
ferois part , fi elles ne m'eſtoient pas
trop avantageuſes. J'en ay une dequel.
ques Dames de Paris, àqui je ſuis bien
fâché d'avoir à dire pour réponſe
qu'elles ont perdu la difcretion , & que
l'Abbédont elles meparlent a deviné
juſte. Vous voyez par là que l'Enigme
a fait faire des gageures . Detresſpirituelles
Provinciales m'ont auſſi
écrit de Noyon & de Lyon ; mais ce
qu'elles m'ont écrit eſt ſi obligeant
pourmoy , que je n'oſe le rendre públic.
Les dernieres dattent fort ingénieuſement
dela Villed''V, &medifent
qu'elles ne ſe ſont pas mal trouvées
d'avoir conſulté Apollonius au
lieu
:
GALANT.
133
lieud'Apollon. S'il elt auffi grand Sorcier
qu'elles veulent que je le croye , je
tâcheray d'y trouver accés pour ſçavoir
qui font deux belles couſinesde
Poitou dont j'ay reçeudes Lettres toutes
charmantes.Jedis belles, parce qu'-
clles me paroiſſent trop galantes pour
n'avoir pas autant de beauté qu'elles
ont d'agrément à s'éxprimer. Si j'y
puis reüffir, Madame, je vous en feray
lePorrrait la premiere fois que je vous
écriray,&je m'imagine que je le feray
affez reſſemblant. Je ſuis déja convaincu
qu'elles ont autant d'eſprit qu'on en
peut avoir , & à leur maniere d'écrire
il ne m'eſt pas difficile de connoiſtre
qu'elles font deQualité.
Je reviens à l'Enigme. VosAmies
n'ont pas ſeules deviné qu'elle n'eſt
rien autre choſe que la Lettre V. Outre
toutes les Lettres que vous voyez qui
m'ont eſté écrites là-deſſus , j'en ay
reçeu pluſieurs Explications en Vers
que je ne vous envoye point , par la
crainte de rendre l'Article trop long,
11
134 LE MERCUR
Ily a entr'autres un Sonnet qui a eſté
fait pour des Dames qui obligerent un
Homme de qualité qui a longtemps
ſervy dans les Armées , à le faire en
leur preſence. Il eſt tout plein d'efprit
, & fait connoiſtre fort ingenieuſement
que la Lettre V a degrands
avantages , puis qu'elle ſe rencontre
aumilieu duNomdu plus grand Roy
de la Terre.
Autre Enigme à propoſer auxBelles
Perſonnes à qui vous faites part de
mes Lettres . Elle est un peu longue ,
mais je latiens juſte ; & vous vous
fouviendrez , s'il vous plaiſt , que
j'en attens l'explication fur chaque
Article. Je vous feraypart de celles
qu'on me donnera .
ENIGME
t
un vafte Corps , composé de Parties
J
E fuis
Inégalement afſferties,
Avant quej'en fuſſeformé
ToutesSeparément avoient efte
Etje neme trouve animé
Que de cequifans moy lestenoitanimées.
1
formées ,
:
Ma
GALANT.
135
Mes membres ont estésans nul ordre construits
Point de Teſte en mon Corps ; pour des Bras,
i'enfourmille ,
Par eux je fais ceqquueejjeepuis,
Etpour la naiſſance , je suis
D'illustre tout enſemble &de Baſſe Famille.
Iefais tous mes efforts chaquejoouurrpouurrggrrooffir.
Croyant me rendre formidables
Maissi pour la groſſeuran me voit réüſſir,
Bienloin d'en eſtre redoutable ,
Plusje parois énorme en épaisseur ,
:
Plusje me montrefoible , &fais voir quej'ay
1
peur.
Outrequ'avec le temps mes Membress'agrandiffent
,
Quelquefois tout-à-coup il m'envient denow
veauxs
Etcamine àmes besoins cefont'eux quifournis
fent
Souventje lesjepare, & me mets par morceaux.
Chacunde ſon costé marche , agit , feremuë ,
Et lorsquedu repos pour moy l'heure est venuë,
Et qu'en les raſſemblant je cherche àmenourrir
,
lefuisfimalheureux dans ma diſette extréme ,
Quejenepuis trouver dequoy meſecourir ,
Qu'enme batant contre moy-mesme.
En certain tempsje suis ſeur d'expirer.
Maisfijem'entens bien avecchaquc Partie
Qui
136 LE MERCURE GALANT .
Qui composemon Corps & me fait respirer,
Jepuis me racheter la vie.
Quelques soins que j'employe à conferver ce
Corps,
Quelquefoismalgré mes efforts
As'entredéchirermes Membresse hazardent .
Le grand'eclat me bleſſe , &jamaisdu Soleil
Les trop brillans rayonscontremoynesedardent,
Queje n'ensouffre un tourmentfanspareil.
Je ſuis , Madame , voſtre , &c.
A Parisce 30. Novembre 1677.
V
TATABLE
Des Matieres contenues en
ce Volume,
Declaration d'amour d'un Ruiſſeau à une
Prairie.
Hiſtoire de Roüen.
Monfieur l'Abbé Poudens eft nommé à l'Eveſché
de Tarbes , Monfieur l'Abbé de Suſe àceluy
de S. Omer, Monfieur Tellier Curé de S. Severin
, à celuydeDignes.
Epiſtre en Vers àMonsieur le Ducde S. Aignan.
LaReyne vient viſiter Madame la Ducheſſede
CrufſfolpendantJesCouches.
Recour de Monfieurle Duc de Luxembourgde
I'Arméede Flandres.
Quartiers d'Hyverdonnez aux TroupesduRoy.
Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de
Roy dans la Haute Guyenne à Monfieur le
Comtedela Serre.
Retour de Monfieur le Duc du Mainedes Eaux
deBarrégė.
Lettre en Vers & en Proſe en formedeLegende
de Bourbon , dans laquelle il eſt parlé de ceux
quiy ont esté prendre des Eauxpendant l'Automne.
Concert donné à Nimegue chez Monfieur leMareſchald'Estrades
, avec quelques Inſtrumens
nouveaux.
Sounet contre le Mercure Galant .
Lettre écrite d'un Defert prés de Grenoble.
Le
TABLE.
LeParroquet & la Guenuche. Fable à MademoiselledeM.
Lettre Galante à Madame de F.
Amours de Thiton de l'Aurore , petit Opéra
repreſenté chezun grand Miniſtre.
LeRoy donne l'Abbaye de Farmontier àMadame
lAbbesse de Sainte Menehoult , cellede
Sainte Meuehoult à Madame duBoulay ,
sellede S.Jacques prés Bourbon à Madame
deVaudetart-Bournonville Perfan.
Description d'un Present fait au Roy parMonfr.
l'Abbé le Houx.
Deux Arcs de Triomphe ſont trouvez ſous terre
àRheims, Sur lesquels M. de Santenil Chanoinede
S. Victorfait des Vers. Eloge de cette
Maifon.
Rolledes Vaiſſeaux du Ray à Toulon.
L'Amant vantoulé , Histoire.
SaMajesté donne à Monsieur d'Eurre Fils la
Lieutenance de Roy des Ville &Citadelle de
Montelimar , & celle de la Ville& Citadelle
de Valance àMi. deGenas.
Meſſieurs de Renel , de Flamarin , de Beaulieu
de Forterville font regeus Chevaliers de
P'Ordre de S. Lazare.
LesFleurs ,Idylle de Madame Desboulieres.
MortdeMadamede Torigny.
Mortde Madame la MareschaledAlbret .
Description d'une Horloge extraordinaire preſentéeau
Roy &qui doit eſtreſuſpendue comme
un Lufire.
MaTABLE
.
Malomoiſelle de Vaillac prend l'Habit de Carmelite.
Monseigneur le Dauphin montepour lapremiere
fois des Chevaux d'Ecole & apprend à
desArmes.
Ce qui s'eſt paſſe en Sicile pendant cette Campagne.
LeRoy donneà M. de Bregy la Lieutenance Colonelle
du Regiment de Cruſſol , vacantepar
la mort de M. de Chaſtenay .
M. d'Obeille eſt ſacré Evesque d'Orange.
Magnifique Repas donné à Son Alteſſe Royale
parM. le Duc d' Aumont.
Mort de M. le Preſident du Tillet .
Divers Emplois de feu M. d'Aligre , par lefquels
ileſtoitparvenu à la Charge de Chancelier.
Complimens faits à M. le Tellier par M. Iaf-
Jaut Doyen des Maiſtres des Requestes , M.
Varoquier Preſident au Bureau des Finances,
M. Berrier Secretaire du Conſeil.
M. le Procureur General demande l'enregiſtrement
de ſes Lettres au Parlement ; Elles y
font leuës , & il parlaſujet.
M. l'Abbé Flechier fast ſon Compliment au mefme
à la teſte de l'Academie Françoise , dont
il eſt Directeur.
Versaumeſine.
Cequi s'eſtpalé en Allemagne depuis la Ioura
née de Kokberg , la Prise de Fribourg , la
Défaite l'ine Arrieregarde des Ennemis &
la Prisede Valkrik.
Prise
TABLE.
Priſe du Chafteau de Boſſupar M. le Mareschal
* de Humieres. 1
Réponſeaux Bellesde Paris, de Lyon , de Noyon,
de Poitou , dont l'Autheur du Mercure a
**reçeu des Lettres .
Explication de l'Enigme du 8.Tome du Mercure.
Enigme.
Fin de la Table.
On
0
N donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois ſans aucun
retardement . Il ſe diſtribuëra toûjours
en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur- Libraire , Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plaſtre. Et au
Palais , où on le vendra vingt ſols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin.
1
MERCURE
GALANT.
Contenant
Les Nouvelles du Mois de
NOVEMBRE 1677.
&pluſieurs autres .
TOME ΙΧ.
Suivant la Copie imprimée-
A PARIS,
Chez THEODORE GIRARD , au
Palais , dans la Grand' Salle , à
l'Envie 1678.
1
BIBLIOTHICA
REGLA
MONAGENSIS.
A MONSEIGNEUR
LE
CHANCELIERM
ONSEIGNEUR ,
Il ne me suffit pas que le Mercure ait
deja pris foin de publier avec quelle joye
tout le monde a veuvos grands Services
récompenfez par le nouveau Titre d'honneur
que vous venez d'acquerir ; Je
prens la liberté de m'adreſſer aujourd'huy
à Vous- mesme , & de mesler ma voix aux
acclamations de toute la France , dont
les ſouhaits vous avoient placé dans le
Rang illustre que vous occupez , dés le
moment qu'il a deû estre remply. Ce
fentiment , MONSEIGNEUR ,
a esté ſi general , qu'il ne s'eft offert aucune
occafion de l'expliquer , qu'on ne
l'ait avidement embraffée. Toutes les
Harangues quisefontfaites àl'Ouverture
des Cours Souveraines , n'ont eupour
objet que ce rare mérite qui afait tomber
A2 Sur
EPISTRE.
fur Vous le choix de nostre Auguste Monarque
pour la premiere Charge de l'Etat.
Comme il n'y en a point de plus im-
* portantes , elle demandoit un Homme
extraordinaire , en qui une longue expérience
jointe à la plus haute capacité ,
ne laiſſast àſouhaiter aucune des éminen -
tes Qualitez qui ſe doivent rencontrer
dans un grand & Sage Ministre ; & à
qui la confier plusjustement qu'à vous ,
MONSEIGNEUR , qui avez fi
dignement foûtenu tous les Emplois qui
peuvent fervir de degrez à l'élevation où
vous eſtes ? Cette continuelle application
àtout ce qui a esté de vostre Ministere
; cette prudence consommée qui a toûjours
rendu infaillible le fuccés de tout ce
que vous avez entrepris ; ce zele infatigable
pour leſervice du Grand Prince qui a
daigné se servir de vos Conſeils ; enfin
toutes les Actions de vostre vie parloient
fi avantageusement pour vous , qu'il n'a
falu que les écouter pour vous trouver
digne de lagloire que vous recevez . Elle
eft la fuite , ou plutoft la consommation
de cette entiere confiance que Sa Maje-
Sté
EPISTRE.
- ſte a toûjours eue en vous , & dont vous
- reçeustes des marques si avantageuſes..
- pendant les deſordres de Guyenne , lors
- que vous ayant laiſſé aupres de feu Monfieur
le Duc d'Orleans , Elle vous donna
pouvoir de figner en fon absence tout ce
qui seroit résolu pour son fervice. Avec
quelle gloire , MONSEIGNEUR ,
n'eustes-vous pas ce mesme pouvoirpendant
le siege de Stenay , où le Roy eftoit
attaché tandis que les Ennemis l'eftoient
à celuy d'Arras ? Comme il nous
estoit d'une tres-grande importance de
le conferver, il falloit y faire entrer du
Secours. Vostre Commiſſion estoit ample
pour tout ce que vous jugeriezneceſſaire
au bien de l'Etat , & vous pour- veustes
avec tant de ponctualité& deprudence
aux preſſats besoins des Afſiegez &des
Generauxde l'Armée , que la Place fut
Secourue & les Ennemis défaits. Onne
pouvoit moins attendre de vostre zele
apres les grands services que vous aviez
déja rendus au feu Roy , qui en commença
la récompense en vous faisant re-
A3 venir
EPISTRE.
venir d'Italie , pour vous faire Secretaire
d'Etat . Je ne parle point , MONSEIGNEUR
, de ces manieres hon--
nestes & obligeantes qui vous ont acquis
une estimefi generale . Ilne faut qu'entendre
tous les Officiers dont vous avez
eufiſouvent les interests entre les mains.
Iln'y en a aucun qui neſe louë de vostre
bonté, & ce n'est pas une petite preuve
de l'humeur bienfaisante avec laquelle
vous estes né, que d'avoir pû contenter
tout le monde dans un Employ außi difficile
que celuy du Département de la
Guerre. C'est cette bonté, MONSEIGNEUR,
quime fait efperer que vous
ne dédaignerez pas de recevoirfavora
blement cette neufiéme Partie duMercure
, & que vous aurez la bonté de
foufrir que je me dife avec autant de
zeleque de respect ,
MONSEIGNEUR ,
:
Voſtre tres-humble' &tresobeïflant
Serviteur , D.
NOUVEAU
MERCURE
GALANT.
P
TOME ΙΧ.
ARMY beaucoup de
choſes que vous me dites
qui vous ont plû dans ma
Lettre duMois paflé , je
fuis bien aife , Madame
que vous approuviez l'Adieu aux Mufes.
Onl'atellement eſtimé icy , que
j'aurois eſté faché si vous ne m'en enf
fiez rien dit , & je ne ſçay ſi je n'aurois
point eu peine à ne vous pas traiter
de Provinciale , vous qui avez le
gouſt ſi fin pour toutes chofes , & qui
dans vostre Retraite décidez avec tant
d'eſprit de ce qui eft veritablement
bonou mauvais. Quoy que l'Autheur
decette ingénieuſe Satyre me foit encor
inconnu , je me réjoüis d'autant
A4 plus
8 LEMERCURE
plus de la juſtice qu'on luy rend , que
les loüanges qu'elle luy fait recevoir
detous coſtez , l'engageront malgré
Iuy ( ſi pourtant il eſt auffi fâché qu'il
le fait paroiſtre ) à n'abandonner pas
fi-toſt un genre d'écrire , aimé parziculierement
de tout le monde , &
qui meſle plus qu'aucun autre l'utiles
avec l'agreable , puis qu'il eſt malaiſé
d'entendre blâmer des defauts
qu'on ſe reproche à ſoy-meſine , ſans
faire effort pour s'en corriger . Quant
àvos Amies qui trouvent mauvais
que dans les Fléches de l'Amour on ait
pretendu que l'Or euſt une vertu infaillible
pour adoucir la fierté desBel-
Ies , voicy une declaration en forme
qui leur fera connoiftre qu'on ne ſe
fert pas toûjours des meſines moyens
pour réüffir. Elle eſt d'un Amant
qui pour gagner les bonnesgraces de
ſaMaîtreſſe , ne trouve que de l'eauà
luyoffrir. Comme l'offre eſt fort extraordinaire
, le genre d'Amant l'eſt
de meſme, C'eſt un Ruiſſeau qui eft
deveGALANT.
9"
devenu amoureux d'une Prairie. Un
peu d'audiance , je vous conjure.
Tout froid qu'il eſt ( car les Ruiſſeaux
le font naturellement ) il debite ſes
raiſons d'affez bonne grace pour me
riter que vous l'écoutiez. Si quelqu'un
dans voſtre Province eſt embarraffé
de l'Allégorie , dites-luy
qu'elle ne fuy doit faire aucune peine
, & que par ces Torrens qui font
du fracas & dont les eaux ſe tariffent
incontinent , il eſt aisé d'entendre
ces Amans qui font d'abord de fi ardentes
proteſtations , & qui ne ſçavent
ce que c'eſt que d'aimer avec
conſtance...
Le Ruiſſeau Amant
A La Prairie..
Ay fait pour vous trouver un affez long
yage,
Mon aimable Prairie , enfin je viens à vous ,
Recevez un Ruiſſeau dont lefort le plus doux
AS Sera
10 LE MERCURE
Sera de voir ſes eaux cou ler pour vostre usa
ge.
C'estdans ceſeul espoir quefansaucun repos,
Depuis quej'ay quité ma Source,
F'ay toûjoursjusq'uicy continuémacourse,
Toûjours roulémespetitsflots.
D'un cours précipité j'aypaſſé des Prairies
Où tout autre Ruiſſeau s'amuse avecplaiſir ;
Jen'aypointferpenté dans les Routes fleuries.
Jen'enavoispas le loiſir.
Tel que vous me voyez, ſgachez, ne vous déplaife,
(Car ilest bon desefaire valoir)
Que plus d'une Prairie auroit efté bien-aije
De me donner paffage , &de me recevoir.
1
Mais cen'estoitpas làmoncompte,
F'enfusſſeunpeuplus tard arrivé dans ce Lieu,
Etparunefuiteaffezprompte,
Gazouillantfieremene ,je leur difois adieu.
Ilfaut vous dire tout , lafeinte eſt inutile,
Fen trouvois laplupart dignes de mes refus
Les unes , entre nous ,ſont d'accésfifacile,
Que tousRuisseaux ysont les bienvenus.
Elles veulent toûjours en avoirun grandnom
e bre, ८
Etmoy dans legrandnombre auffitoftjemepers
:
D'au-
>
GALANT.T
P
D'autres ſont dans des lieux un peu trop décou
:
verts,
Etmeyj'aime à couler à l'ombre.
F'estois bien inſpiré de megarder pour vous;
Vous eſtesbienmonfait , jesuis affez le voſtre ;
Mais aussi , moyregeu, n'enrecevezpoint d'autre,
Carje ſuis un Ruiſſeaujaloux.
Acelapres, qui n'estpas ungrandvice,
Fayd'affezbonnes qualitez ;
Ne craignezpasquejamaisje tariffe.
FepuisdéfierlesEtez.
1
FeSçay que certaines Prairies
D'unRuiffeau comme moy nes'aecomodentpas
Illeurfaut ces Torrens quifont tant defracas,
Maisfortſouvent on voit leurs eaux taries.
Mon cours en tout temps est égal,
Jeſuis tranquille &doux, ne fais point de ra
vages
Deplus , je viens vousfairehommage
D'une eau pure comme cristal.
Ilest telle Prairie , &peut- eftre affez belle,
Aqui lepluepetit Ruiffeau,
Suivantja pente naturelle,
N'iroitjamaisporter deuxgoutes d'eau.
Amoinsque détourné par unchemin nouveau.
6 Elle,
12 LE MERCURE
Ellen'en amenaſt quelqu'un juſquechez elle.
Mais pour vous , ſans vous mettre enfrais ,
Sans vousservir d'un pareil artifice ,
Vous voyez des Ruiſſeaux qui viennent tout
exprés
Vousfaireofre de leurſervice,
Et le tout pour vos intéreſts .
Apreſent , je l'avouë , on vous trouve agreable ,
Vousdonnezduplaisir aux yeux ;
Mais avec un Ruiſſeau, rienn'est plus véritable,
Que vous en vaudrez beaucoup mieux .
De cent Fleurs qui naiſtront vous vous verrez
ornée,
Je vous enrichiray de ces nouveaux Tréſors,
Etvous tenant environnée,
"Avecmes eauxjemuniray vos bords...
Reposez-vous fur moy duſoindeles défendre's
Aquoyplusfortement puis-jem'intéreſſer ?
Déjamesme endeux Bras je m'apreſte àmefendre
Pourtâcher devous embraſſer.
1
'Mes ondes lentement de toutes parts errantes
Nepourront de ce Lieu Je résoudre à partir ;
Etquandj'aurayformé cont Routes diférentes,
Jemeperdray chez vous ,plutoſt que d'enfortir
Jesens,jesens mes eaux qui beüillonnent de
De joye
GALANT. 13
Deles tantretenir àlafinjeſuis las,
Ellesvontse répandre , &sefaire une voye,
Iln'estplus temps à vous de n'y conſentirpas.
Le Génie de Mr. de Fontenelle
paroiſt ſi fort dans toute cette Piece,
qu'il n'eſt pasbeſoin de vous direqu'il
en eſt l'Autheur. Il a cela de particulier
, que preſque dans toutes les
choſes qu'il fait , il joint la nouveauté
de la matiere à l'agrément de ſes
Vers; & comme perſonne avant luy
n'avoit fongé à comparer un petit
Chien à l'Amour, il eſt le premier qui
ait donné à un Ruiſſeau de la ſenſibilité
pour une Prairie. Il faudroit
n'eſtre pas Homme pour n'en point
avoir ; mais elle a quelquefois des
effets bien dangereux , & vous l'allez
voir par ce qui eſt arrivé depuis
peu de temps à une aimable
Heritiere d'une des meilleures Familles
de Roüen. Elle avoit pris de
la tendreſſe pour un jeune Chevalier
qui l'aimoit avec paffion, Soit
pour la naiſſance , foit pour le
bien
14
LE MECURRE
bien, ils estoient affez le fait l'un de
l'autre; & comme l'Amour s'en mefloit
, il n'auroit pas efté difficile au
Chevalier de ſe rendre heureux , fi
l'employ qu'il avoit à l'Armée ne
l'euſt obligé d'attendre à demander
l'agrément de ſes Parens au retour de
laCampagne , qu'il ne ſe pouvoit dif.-
penſer de faire. Il ſervoit en Allemagne
fous Monfieur le Mareſchal de
Créquy , & ayant eſté commandé
dans une occaſion où nous perdîmes
quelque monde , il fut compté au
nombre desMorts . La nouvelle s'en
répandit dans la Province. Elle vint
aux oreilles de la Demoiſelle qui en
fut inconfolable. Elle pleura , ſoûpi
ra, parla continuellement de ſes bonnes
qualitez , & fe le mit fi fortement
dans l'eſprit , qu'elle croyoit le voir
paroiſtre devant elle àtous momens .
Pour divertir un peu ſadouleur , on
l'envoyachez une Dame de ſes Paren
res qui avoit un Chafteau au Païside
Caux. C'eſtoit une Veuve d'un efprit
ت
fort
GALANT. ας
fort agreable , & qui ayant encor de
la jeuneſſe & de la beauté , attiroit
chez elle tout ce qu'il y avoit d'honneſtes
Gens dans ſon voifinage. La
belle Affligée y trouva quelque foulagement
à ſes déplaiſirs, mais ellen'en
pût oublier la cauſe,& elle fe déroboit
tous les jours pour venir refver folitairement
dans le Jardin à la perte
qu'elle avoit faite. Cependant leChevalier
n'eſtoit pas ſi bien mort , qu'il
ne fit connoiftre preſque auſſi toft qu'il
avoit encor part à la vie. On viſita fes
Bleffures . Elles furent trouvées dangereuſes
, mais non pas detelle forte
qu'il n'en puſt guerir. On en prit
foin , & il fut en eſtat de quiter l'Armée
dans le temps que les Troupes
entroientenQuartier d'Hyver. Il revient
en Normandie, Grande joye
pour ſes Amis qui l'ont pleuré mort .
Il s'informe deſa Maiſtreſſe. On luy
apprendoù elle est , &à quelles extremitez
ſa douleur l'avoit portée.
Son amour redouble par la connoif
fan
16 LEMERCURE
ſance qu'on luy donne de ſesdéplaifirs.
H meurt d'impatience de la revoir
, & luy veut porter luy-meſme
la nouvelle de ſon retour à la vie.
Comme il s'en connoiſt fortement
aimé, il fe fait une joye ſenſible de
l'agreable ſurpriſe que ſa veuë luy
doit caufer , & fans la faire tirer de
l'erreur où le bruit de ſa faufle mort
l'a miſe , il part de Roüen avec
un Confeiller & un Abbé de fes
Amis . Aucun d'eux ne connoiffoit
laDame chez qui elle estoit , & cela
facilite le deſſein qu'ils ont de faire
paffer pour une rencontre du hazard
cequi eſt une occaſion recherchée. Il
pouvoit eſtre onze heures du foir. Ils
arrivent au Chaſteau , feignent d'ig
norer à qui il eſt , le demander au Portier
qui leur vient ouvrir ; & fur fa
réponſe, ils le priënt de faire dise à
la Dame , qu'un Conſeiller du Parlement
qui s'eſt égaré en allant à
Dieppe , la ſupplie de luy vouloir
donnerune Chambre à luy & àdeux
de
GALANT 17
de ſesAmis , pour y attendre lejour.
La Dame avoit un Procés, &lecredit
d'un Confeiller qui peut ou eſtre
fon Juge , ou folliciter pour elle , luy
paroiſt un ſecours envoyé du Ciel.
Elle leur fait faire excuſe de ce qu'eftant
déja couchée , elle est contrainte
d'attendre juſqu'au lendemain à les
voir. Cependant les ordres ſe donnent
, &on n'oublie rien pour les recevoirobligeament.
La nuit ſe paſſe.
Ils demandent à quelle heure ils pourront
remercier la Dame de fesbontez
. On leur répond qu'elle s'habille;
&pendantce temps , le Conſeiller &
l'Abbé deſcendent à l'Ecurie pour
ſçavoir ſi on a eu ſoin de leurs Chevaux.
Le Chevalier qui ne fongequ'à
fon amour , obſerve la ſituation des
lieux qui font habitez , & ayant pris
gardequ'ils donnent ſur le Jardin , il
y entre dans l'eſperence que ſa Maiſtreſſe
paroiſtra à quelque feneſtre. Il
n'y a pas fait trente pas qu'il la voit
fortir d'une. Allée couverte. Elle y
eftoit
18 LE MERCURE
eſtoit venue comme elle avoir accouſtumé
de le faire tous les matins , &
dans ce moment elle effuyoit quelques
larmes qu'elle avoit encor données
au ſouvenir de ſa mort. Il s'avance.
Elle l'apperçoit ; & comme elle
en avoit l'imagination toute remplie,
elle le prend pour ſon Phantoſme, fait
des cris épouvantables , & s'enfuit
vers une Salle qu'elle avoit laiſſée ouverte.
Il court apres elle pour taſcher
de l'arreſter , mais fa diligence eſt vaine.
Elle redouble ſes cris , & a plutoft
fermé la Porte qu'il ne l'a pû joindre.
Cette action eſt remarquée d'un
Domeſtique qui entroit dans le Jardin.
Il enva donner avis à laDame.
Elle deſcend dans la Salle , trouve fa
belle Parente évanouiie; & comme
elle eſtoit Heritiere , & qu'on avoit
déja fait courir le bruit de quelque
projet pour l'en lever; elle ne doute
point qu'on n'ait voulu en venir à
l'execution , & que ce qu'on luy eſt
venu dire le jour precedent du ConfeilGADANT.
19
feiller égaré, n'ait eſté un artifice pour
donner une entrée aux Raviffeurs .
Tout la confirme dans cette croyance .
On a veu courir unHomme apres la
Demoiselle qui ne s'en eſt fauvée
qu'en s'enfermant , & on la trouve
évanoïie de frayeur. Ses deux Amis
qui s'arreſtent à voir leurs Chevaux ,
ſemblent avoir eu deſſein de ſe tenir
preſts à fuir quand il ſeroit venu à bout
de fon entrepriſe, & il n'y a rien autre
choſe à penſer de ce qui s'eſt fait.
Tandis qu'on prend ſoin de la belle
Evanouie , la Dame envoye chercher
du Secours , fait armer ſes Gens , &
en moins de rien vingt Hommes ,
avec des Mousquetons & des Halebardes
vont à l'Ecurie , où le Chevalier
eſtoit venu rendre compte àſes
deuxAmis de la rencontre qu'il avoit
faite. Ils font ſurpris de ſevoir coucher
en jouë , & d'entendre direqu'il
n'y a point de quartier pour eux s'ils
ne ſe laiffent conduire dans un Cabinet
grillé où laDame a donné ordre
qu'on
20 LE MERCURE
qu'on les enferme. Ils ont beau de
mander la cauſe de l'inſulte qu'on leur
fait , & ſe plaindre da peu de reſpect
qu'on a pour un Conſeiller. Ce nom
de Conſeiller qui avoit fait de ſi
grands effets quand ils arriverent ,
n'eſt plus d'aucune confideration , &
ils font à peine dans le Cabinet où
cette Troupe mutine les garde , que
laDame leur vient dire qu'apres les
avoir fait recevoir chez elle de la maniere
la plus obligeante , elle n'auroit
jamais creu qu'ils euſſent voulu luy
faire l'outrage dont ellé prétend repa
ration. Le Conſeiller prend la parole
, & s'eſtant plaint fans trop d'aigreur
de la violence qu'on luy a faite ,
il adjoûte qu'il ne voit pas de quel
mauvais deſſein on apůle tenir ſuf
pect , quand il vient avec un Abbé
dont le caractere le doit faire croire
incapable d'y preſter la main. La Dame
répond que la partie eſtoitbien
faite , & qu'on ne vouloit pas aller
loin fans mettre les chofes en estar de
fe
GALANT.- 21
ſe pacifier par le Mariage. Cette réponſe
& quelques autres paroles luy
font comprendre qu'on les ſoupçonne
de n'eſtre venus au Chaſteau que pour
enlever ſa Parente. Le Chevalier qui
ne devine point pourquoy on leur imputecedeſſein
ſur la frayeur qu'il ſçait
que la veue a causée à ſa Maiſtreſſes
dit qu'il eſt vray qu'une Demoiſelle a
pris la fuite toute effrayée de l'avoir
trouvé dans le Jardin , mais qu'on la
luy faſſe voir , & qu'il eſt fort aſſeuré
qu'elle ne le reconnoiſtra point pour
un Raviffeur. Il conjure la Dame avec
tant d'inſtance de luy accorder cette
grace , qu'elle les quitte pour aller
ſçavoir ſi ſa Parente eft en eſtat de venir.
Elle la trouve revenuë de fon
Evanouiſſement , mais fi interdite de
ce qu'elle a ver , que le trouble de
ſon ame paroiſt encor peint dans ſes
regards . Cette belle Perſonne lapré
vient , & d'abord qu'elle la voit entrer
elle luy dit qu'elle ne ſçait comme
elle eſt demeurée vivante apres que
l'Om22
LEMERCURE
l'Ombre du Chevalier qu'ellea tant
aimé luy eſt apparuë. La Dame per
fuadée que la frayeur qu'elle a euë de
la pourſuite d'un Raviffeur a fait égarer
fa raifon , la prie de la ſuivre , &
l'aſſure quelle luy fera faire entiere fa
tisfaction de l'injure qu'elle a reçeuë,
Elle entre dans le Cabinet ſans ſcavoir
pourquoy ſa prefence y eft neceffaire
, & elle n'a pas plutoſtjette
les yeux fur le Chevalier qu'elle poufſe
de nouveaux cris , & retombe
preſque dans le meſme eſtat d'où elle
vient d'eſtre retirée. Le Chevalier
s'approche , & ſe plaint d'une ma
niere fi tendre du malheur qu'il a de
ne pouvoir paroiſtre devant elle fans
l'éfrayer, qu'enfin quoy qu'avec beaucoup
de peine , elle trouve affez de
voix pour luydemander s'il peut eſtre
vrayqu'il ne foit pas mort. Il répond
qu'il ne ſçait ſi elle a donné un ordre
abſolude le tuer à ceux qu'il ont amenédans
le Cabinet avec des Halebardes&
des Moufquetons , mais que fi
elle
GALANT.
23
elleveut bienconſentir qu'il vive , ils
vivra tout à elle comme il a fait juſque
là , & toûjours dans les fentimens
paſſionnez qu'elle ne condamnoit pas
avant qu'il la quittât pour l'Arnée,
Il n'en fallut pas davantage pour faire
connoiſtre à la Dame ce qu'elle n'avoit
pû démeſler d'abord. Jugez de ſa
ſurpriſe. Elle entend nomener le
Chevalier , & voyant la joye éclater
ſur le viſage de ſa Parente , elle tombe
dans une confufion dont elle ne
fortque par les chofes agreables que
leConſeiller commence àluy dire fur
cette mépriſe. Elle luy en fait mille
excuſes , & ſe ſert pour celade termes
ſi obligeans , que comme elle
eſtoittres-bien faite de ſaperſonne ,
leConſeillers s'en laiſſe toucher. El.
le leprie de remettre ſon Voyage de
Dieppe , & de demeurer quelques
jours chez elle pour luy donner lieu
de reparer ce que ſon inconſiderée
précipitation luy avoit fait faire d'injufte.
Outre que c'eſtoit ce que le
Che
24 LEMERCURE
Chevalier avoit pretendu , il trouvoit
tant d'eſprit & d'agrément dans
l'aimable Veuve , qu'il ne fut pas fâché
de faire pour elle ce qu'un commencement
d'amour luy faiſoit déja
fecrettement ſouhaiter. Il paſſadonc
trois ou quatre jours dans le Chaſteau,
&l'entretien de cette aimable Perſonne
eut de ſi doux charines pour luy ,
qu'il n'y paroiſſoit pas moins attaché
quele Chevalier l'eſtoità renouveller
à ſa Maiſtreſſe les proteſtations
du plus tendre amour. L'Abbé s'aperçeut
de l'engagement que le Conſeiller
prenoit pour laDame; &comme
il ne pouvoit ſe mettre de la converſation
d'aucun coſté ſans troubler
un teſte- à-teſte , il leur dit enfin en
riant qu'il s'ennuyoit d'eſtre ſans employ,
tandis qu'il les voyoit tous
quatre ſi agreablement occupez . Je
ne ſçay ſi cet avis donna lieu au Conſeiller
de s'expliquer ſerieuſement ,
mais l'intelligence continua , les affaires
fe conclurent , l'Abbé fut appellé
GALANT. 25
léquelque temps apres pour la Ceremonie
des deux Mariages. Legrand
Ouy qu'il a fait prononcer à ces quatre
Amans , les amis dans un estat fi
heureux , que pour l'en récompenfer
ils luy ſouhaitent tous les jours une
Mitre. Comme il a tout le merite
qu'il faut pour la porter dignement ,
ondoit croireque fon temps viendra ,
comme il eſt venu depuis quelques
jours pourMr. l'Abbé Poudens, que le
Roya fait Eveſque deTarbes. Ileft
Docteur de Sorbonne , & Fils d'un
Preſident du Parlement de Pau. On ne
peut mieux ſoûtenir l'employ de Secretaire
du Clergé qu'il a fait dans la
derniere Affemblée. Il s'y étoit montré
, ſi digne d'eſtre du nombre des
Prelats qu'il la compoſoient, quefa
Nomination a eſté ſçeuë avec un applaudiſſement
general. Ellea ſuivy celle
de Mr. l'Abbé de Suſe à l'Eveſché
de S. Omer. Vous ſçavez , Madame,
qu'il avoit eſté ſacré depuis peu Evefque
de Tarbes, Il eſt Fils de M. le
Tom. IX.
B Com16
LEMERCURE
Comte de Suſe , Homme degrande
naiſſance , & que ſes ſervices ont toûjours
rendu confiderable. Monfieur
l'Eveſque de Viviers fon Oncle eſt un
des plus anciens Prelats du Royaume.
Celuydont je vous parle en aquantité
pour Amis qui font de la premiere
qualité , & qu'il s'eſt acquis par ſa
probité& par ſa franchiſe, Son merite
n'a pas moins paru dans pluſieurs Afſemblées
du Clergé , que ſa Doctrine
dans l'Univerſité de Paris. Sa phiſionomie
est heureuſfe; & fi dans lerang
où nous le voyons élevé , on pouvoit
tirer quelque gloire des avantages exterieurs
, il auroit dequoy eſtre ſatisfait
de ceux qu'il a reçeus de la Nature.
On peut dire à l'honneur de Mefſieurs
les Curez de Paris (& ce n'eſt
queleur rendre la juſtice qui leur eſt
deuë) qu'ils donnent tous des preuves
fi édifiantes , & de Doctrine & de
Pieté , que le Roy choiſit ſouvent
parmy eux de dignes Sujets pour les
Eveſchez, C'eſt ce que Sa Maj, vient
encor
GALANT. 27
encor de faire , en noinmant Mr. Tellier
Curé de S. Severin à celuy de
Dignes. Il a eſté Aumônier de la
Reyne , & a toûjours mené une vie ſi
exemplaire dans la conduite de fon
Troupeau , qu'on a crû que c'eſtoit
travailler au bien de l'Eglife , quede
luy en confier un plus grand. Ileft
Beaufrere de Monfieur Langlois Maiſtre
d'Hoſtel du Roy. Le merite de
ce dernier eft connu , & l'avantage
qu'il ade n'eſtre pas mal aupres de fou
Maiſtre , en eſt une marque tres-glorieufe
pour luy.
Comme les Charges & les grands
Emplois font plutoſt honte qu'honneur
ſi on ne les ſoſûtient par le merite,
heureux qui en eft liberalement
partagé. Je ſçay bien que la Cour eſt
un grand Theatre où il paroiſt avec
beaucoup plus d'éclat qu'ailleurs; mais
il n'y eſtpas ſi fort renfermé qu'il ne ſe
répande dans les Provinces , & vous
conviendrez de celuy de Mr. Petit ,
quand vous aurez leu ce que je vous en
B2 voye
28 LE MERCURE
voye de la façon. C'eſt une Epiſtre
enjoűée qu'il adreſſe à Monfieur le
Duc de S. Aignan , qui a pour luy une
eſtime tres-particuliere. Le ſtile en
eſt libre , &vous ytrouverez un tour
aifé qui vous perfuadera aisément de
ceque j'ayàvous dire à l'avantage de
SonAutheur.
A MONSIEUR
LE DUC DE S. AIGNAN.
N
Eft- il pointfait it cet Armement
Qui depuis long tempsVous оссире?
'Apollons'en plaint hautement ,
Ainsi qu' Amour le
Etle
Dieu charmant ,
Le beau Sexe porte jupe.
Quoy, Seigneur , ne parlera t on
Ence Siecle que de Canon ,
Queddprendre d'affaut det Villes,
Quedepunir les Ennemis
Deleursmanieres inciviles
D'oferfefrotter à Louis ,
LepremierHéros de la Terre ,
Sçavant au noble Art de la Guerre ,
Toutcomme celuy qui lefit ,
Et dont la gloireretentit
Mieux que le bruit defon Tonnerre ?
Noftre Parnaſſe eſt ſans Lauriers Mais
GALANT.
Mais qui pourroit à ce Guerrier
Enfouruir affezpoursa teste?
LesMuſesmesmesfontàbout ;
Ellespensent avoir dit tout ,
Et leurChant surune Conqueste
Vientàgrand peinede ceſſer ,
Quelaſurprenante nouvelle
D'une autre &plusgrande&plus belle
Les oblige à recommencer.
Enfin ce Conquerant terrible
LaſſeMuses, Chefs & Soldats ,
Et parce qu'il eſt Invincible ,
Ilnese trouvojamais las.
Mais tandis qu'iltientdans la Plaine
Ses braves Héros en baleine ,
4
Apresbien de triſtes helas ,
MilleBellesdifent en larmes,
Ah, maudite gloire des Armes,
Maudits Affauts, maudits Combats
Quevousnous cauſez de triſteſſe!
Quenousperdons dedoux ébats
Etque tantdebelle Nobleffe
Seroit bien mieux entre nos brac !
Maisque voulez-vous davantage?
GrandMonarque, vos Ennemis
NeJont-ilspas vaincus ,ſoûmis :
Detous coſtezpliant bagage?
LaiffezdoncMars auecsa rage :
Et rendant à l' Amour hommage,
Daignezneus rendrenos Amis.
Vous n'y perdrez rien , digne Prince,
Non, Grand Roy , vousn'y perdrezrion,
B 3
1
38
LE MERCURE
Nos amoursdans chaque Province
Feront naiſtre desGens debien.
Ceferont des Sujetsfidelles
Dontſepeuplera voſtre Cour ,
Maſles bienfaits, belles Femelles,
Tous Enfans deMars &d'Amour.
N'ont ellespas raiſon , ces Belles ?
Jeveux vous en prendre à témoin,
Vous , qui toûjours avecgrandſoin
Fiftesmille chofes pour elles.
L'Amourn'ést-ilpasplusplaisant
QuelaGuerre,dont lafurie
Jamaisn'agit qu'en détruiſant
Letresordes tresors , lavie?
Oüy, toutcompté, tout rabatu,
Seigneur, l'amoureuse verta
Vaut mieuxque la vertuguerriere.
57
Celanesepeut contester,
Carenfindonnerla lumiere
Eftplus noblequede l'ofter.
Quoyqu'il enſoit ,poursatisfaire
Auxjuſtesplaintes de ces Dieux,
Etpourappaiser lacolere
DemilleDames aux beauxyeux ;
DecesRimesquisçavent plaire
Reprenez l'agreable employ,
Etsur vostre charmante Lyre
Dontpar tout les tons on admire,
Chantez Loüis , noftre Grand Roys
EnJuite , chantez les tendreffes
De l' Amour'le Dieu des douceurs,
A
4
Et
GADANT. 38
Etces vingt ou trenteMaiſtreſſes
Dont vous avezgagné les coeurs.
Mr. Petit qui a fait ces Vers , n'a
pas ſeulementungénie admirable pour
la Poësie , mais un je ne ſçay quel feu
qui brille toûjours , & qui fait connoiſtre
qu'il a l'eſprit naturellement galant.
Il feroit difficile de l'avoir plus
délicat. Sa converſation eſt tres-agreable,
Ildit les choſes d'une maniere
qui donne de lagrace à ce qui n'en auroit
point dans une autre bouche , & il
eftcequi s'appelleun veritablehonneſteHomme,
Vous jugez bien,Madame
, qu'avec ces qualitez il n'a pas
manqué de ſe faire d'illuſtres Amis
qu'il a engrand nombre. Auſſi quoy
qu'il foit de Rouen,& qu'il y faffe fon
ordinaire demeure , il eſt fort connuà
Paris , & on ne peut entretenir de
plus longues correſpondances qu'il
en a euës avec la Maiſon de Ramboüiller
, qui a toûjours eſté tout
eſprit. Monfieur le Ducde Montaufier
qui eſt Gouverneur de ſa Provin-
B 4 ce
1
1
32
LEMERCURE
ce, luy aſouvent donné des marques
avantageuſes de la confideration qu'il
a pour luy , & il a l'honneur d'eftre
alliédePerſonnes qui ont part auMiniftere.
A propos de Monfieur le Duc de
Montaufier , Madame la Ducheffe de
Cruffol fa Fille eſtant accouchée àParis
, la Reyne luy a fait l'honneur de
l'y venir viſiter. On peut dire qu'elle
aheritéde tout l'Eſprit de feu Madame
de Montauſier , ſi celebre dés ſa
jeuneſſe ,& par le Nom de l'incom
parable Julie ,&par lesGalantes Lettres
que luy écrivoit Voiture , lors
qu'elle n'eſtoit encor que Mademoi.
felle de Ramboüillet. Madame la
Ducheffe deCrufſol joint àbeaucoup
dedelicateffe &de vivacitéd'eſprit ,
unevertu d'autant plus loüable, qu'elleeſt
éloignée de toute forte d'oſtentation.
Je ne vous dis rien deMonfieur
le Duc de Cruffol. Il eſt brave
autant qu'on peut l'eſtre , & auffi bien
faitqu'il aitperſonne à la Cour. L'ancienGALANT.
發
s
1
e
-
=
ciennetéde fa Maiſon eſt connue , &
ily en a fi peu dans le Royaume qui
ayant les avantages qu'elle a , que je
ne croirois pas trop dire, quandje vous
affurerois qu'il peut pretendre à celuy
d'eſtre Premier Duc. Vous jugez
bien, Madame, que j'excepte les Prin
cesdu Sang, àqui les Privileges de leur
naiffance donnent toûjours des Titres
qui ne ſçauroient eſtre conteſtez.
Quand on conteſtera quelque cho
ſe , ce ne ſera point affurément la
gloirequeMonfieur leDucdeLuxembourg
a fi legitimement acquiſe dans
leCommandement qu'il a eu de l'Armée
de Flandre. Il en eſt de retour, &
a eu l'honneur de falüer le Roy qui l'a
Jeçeu avec des témoignages d'affectio
dignes de la grandeur de ſes ſervices.
Onnepeutmontrer plus de coeur,plus
dezele& plus de prudence qu'il en a
fait paroiftre pendant tout le tempsde
laCampagne. Il s'eſttrouvéà laBaraille
de Caffel,&il atoûjours eſté de
jour lors que les Places qui ont eſté
B5 priſes
4 LEMERCURE
priſes par le Roy ſe ſont renduës. Je
ne doute point , Madame , que vous
ne ſoyez aſſez inttruite de l'uſage de la
Guerre , pour ſçavoir que ce ſont des
jours où les Generaux ne peuvent
s'empeſcher de s'expoſer comme les
imoindres Soldats ; & c'eſt dans ces
occafions où l'on voit particulierement
éclater leur courage& leur conduite.
C'eſt peu que leRoy ait triomphé
par tout de ſes Ennemis , qu'il ait affuré
la Picardie contre leurs inſultes , &
qu'en ſe rendant maiſtre des trois importantes
Places qu'il a conquiſes de
nouveau fur eux , il les ait mis en eſtat
de ne pouvoir eſperer la fin de leurs
diſgraces, que par la Paix ; Sa Majeſté
qui veille continuellement au bien &
au foulagement de ſes Peuples , les a
voulu décharger des Quartiers d'Hyver
, &dans ce deſſein , Elle a fait entrer
la plus grande partie de ſes Troupes
dans les Païs de ſes Conqueſtes.
Celles qu'on a envoyées en Quartiers
dans
GALANT.
3.3
dans Dunkerque , Bergue , Calais ,
& dans les aurres Villes maritimes
font commandées par Mr. le Marquis
de la Trouffe , Lieutenant General ,
& Capitaine des Gens d'armes de
Monſeigneur le Dauphin ; & celles
qui font entre Sambre & Meufe, prennent
leurs ordres de M. le Comte de
Montal , auſſi Lieutenant General &
Gouverneur de Charleroy. On a fait
demeurer cinq Bataillons dans Caffel
ſous le commandement de Mr, le Marquis
d'Uxelles, Brigadier d'Infanterie;
& toutes les Troupes qui hyvernent
dans la Flandre Françoiſe & dans les
Païs adjacens , obeïffent à Monfieur le
Mareſchal de Humieres. Monfieur
le Marquis de Rannes , Lieutenant
General , & Colonel General des
Dragons , & Monfieur de Sainfandoux
Mareſchal de Camp & Gou
verneur de Tournay , ont eſté choiſis
pour ſervir ſous luy. Monfieur
le Marquis de Chaſeron Lieutenant
General commande ſur la Meuſe;
B6 Mr, le
6 LE MERCURE
M. le Comte de Biſſy en Lorraine ;
Mr. le Baron de Monclar en Alface,&
Monfieur le Mareſchal Duc de Navailles
demeure en Rouſſillon , ayant
fous luy Mr. de Gaffion Lieutenant
General,&Mr. de la Rabliere Marefchal
de Camp. Voila de quellemaniere
les Quartiers d'Hyver ont efté
diftribuez , fort glorieuſement pour
tous ceux que je vous viens denommer,
puis quechacun d'eux commande
en chef, &que ces fortes de Commandemens
ne ſe donnent qu'à des
Perſonnes tres-confiderables , &dont
laprudence , la valeur & la conduite
ayent eſté éprouvées dans les plus
grandesOccafions.
Le Roy qui trouve toûjourscelles
de récompenfer les Servicesqu'on luy
rend , a honoré depuis peu Mt. le
Comtede la Serre , Fils de feu Mr. le
Marefchal d'Aubeterre Lieutenant
General des Armées du Roy, & Gouverneur
des Provinces d'Agenois &
de Condomois, de la Charge de fon
Lieus
GALANT
37
Lieutenant dans la Haute Guyenne ,
dont Mr. le Duc de Bellegardes'eſtoit
démis en ſa faveur. Toute la
Cour qui connoift Monfieur le Comte
de la Serre pour un des meilleurs Officiers
du Royaume , luy en a témoigné
ſa joye lors qu'il a preſté le Serment
entre les mains de Sa Majefté.
Il eſt d'une Maiſon tres confiderable.
Mr. le Chevalier d'Aubeterre eft fon
Frere , & Mr. le Comte de Jonfac
dont les belles qualitez vous ont fait
plaindre la mort , eſtoit fon Neveu.
Son grand merite , fon experience ,
& ſes longs & importans ſervices
pendant plusdetrente Campagnes, le
rendoient digne de cet Employ qui
luy donne le commandement dans la
Haute Guyenne , en l'absence de
Monfieur le Duc de Roquelaure
Gouverneur de toute la Province , &
de Monf . le Marquis d'AunbreLieutenant
General de Sa Majeſté dans
Cette inefmeHauteGuyenne.
Je vous ay mandé les Honneurs
que
38
1
LE MERCURE
que Mr, le Duc du Mayne y avoit reçeus
en allant aux Eaux de Barrége.
Il en eſt revenu , & vous ne sçauriez
croire combien la Coura montré de
joye du rétabliſſement de ſa Santé. Ce
jeune Prince ſoûtient ſanaiſſancepar
tant d'eſprit &par de fi grandes qualitez
, qu'il eſt rare de les faire éclater
auſſi avantageuſement qu'il fait dans
un âge ſi peu avancé. Si les Eaux de
Barrége luy ont eſté ſalutaires , celles
deBourbon ne l'ont pas moins eſté à
quantité de Belles qu'on y a venës.
Cette Lettre qui m'eſt tombée entre
les mains , vous en fera ſçavoir le merite.
Je vous l'envoye telle qu'on
vientde mela donner.
LETTRE
DE M. LE MARQUIS
DE ***
I
A MADAME DE ***
2
E fuis à Bourbon l'Archambaut , Madame;&
Sans aucun préambule , je
Day
GALANT.
39
vay vous rendre compte de ce qui s'y paffe,
comme vous me l'avez ordonné . La
premiere chose que je fis en arrivant , ce
fut de m'informer du genre des Maladies
qui avoient attiré le beau Monde qu'on
dit qui s'y trouvoit , & l'on m'apprit qu'à
l'exception de quelques Paralifies mal
formées , Hommes & Femmes s'y plaignoientpresque
tous de Vapeurs.
CeMalde tous les Maux , Mal le plus incommode,
Pour les Hommes jadis n'eſtoit point à a
mode;
Mais on ſçait aujourd'huy ce qu'il nous fait
fouffrir,
Comme à toute heure il nous accable,
Juſqu'à nous voir preſts d'en mourir,
Si voſtre Sexe eſtoit un peu plus charitable,
Nous n'irions pas ſi loin eſſayer d'en guerir.
Jenemanquay pas (&par voſtre ordre
, Madame , ) de demander d'abord
des nouvelles de noſtre Illustre Mareſchal.
Fe fçeus que les Eaux ne luy avoient fait
que médiocrement du bien cette année ,
mais qu'en récompense Monfieur Amiot
fon Medecin , Homme qu'une capacité
de40
LE MERCURE
depuis long-temps éprouvée , renddigne
de tout le bien qu'on en dit , en avoitpris
des foins fi particuliers , que ſes Amis
pouvoient esperer de le revoir avec toute
la fanté qu'ils luy avoient ſouhaitée en
partant : l'agreable vie qu'on mene icy ,
aura fans doute contribuéà la rétablir.
Le leu , la Promenade , la Conversation
, & tout ce qui peut lier une aimablefocieté,
font des plaiſirs qui n'ymanquent
presque jamais , & la belle Compagnie
qui s'y trouve ordinairement feroit
ſeule capable de guerir lesMaux les
plus obſtinez. Tout ce qui m'y paroist de
fâcheux,
C'eſtqu'on voitlàdetres- faines Malades ,
Qui fieres demilleBeautez ,
Font de frequentes incartades
Ad'innocentes Libertez .
Auplaisirde les voir le meilleur temps s'em.
ploye.
Comme le charme eſt grand, ons'endonne
àcoeurjoye ,
On regarde, on admire , on demeure enchanté.
Alors aux Maux divers , dont boire eſt le
Remede ,
Se
GALANT. 41
Se meſle un certain trouble àqui laraiſon
cede,
Etmal ſurmal n'eſt pas ſanté.
Ie m'en fauve comme jepuis , &je
vous avoue que ce n'est pasfans peine ,
carfion éviteunguet-à-pend d'un coſté ,
on le rencontre de l'autre. Par exemple
Avez-vous fuy les dangereux attraits
Qui coûtenttantà regarder de pres,
Lorsqu'àvosyeux charmez de larencon
tre,
L'aimable Fortia ſe montre ;
Ailleurs où le hazard vous aura pů mener
La belleMarcillac vous vient afſaſſiner.
Quede coeurs tous les jours ſes charmes luy
fontprendre,
Sansquejamaiselle ſonge à lesrendre !
Il n'eſtoit pas besoin qu'elle quitât la Cour
Pour leur faireun ſi méchant tour.
Ie n'oſe dire rien , c'eſt ſur ſa confcience ;
Mais qu'ellecraigne enfin qu'on ne lapoufſſe
àbout,
Onpeut prendre ſon temps , la trouver ſans
defenfe,
Etquiconque àvoler comme elle ſe réſout,
Doit croire que malgré toute ſa reſiſtance ,
Uncoupviendra qui payera tout.
Vous auriez peine à vous imaginer
com42
LE MERCURE
combien la belle Madame Dubal fait en
vier le bonheur de ſon Epoux qui est venu
aux Eaux avec elle. Ce ſont deux moitiez
tres-bien afforties , &fi la Femme a un
merite extraordinaire , on nepeut parler
trop avantageuſement du Mary. Il est
bienfait , agreable &fort confiderédans
la Maiſon deMonfieur le Prince. Is paſſe
aux autres Beautes qu'on voit icy ;
pour m'empeſcher d'y penſer trop en vous
en parlant , vous trouverez bon , s'il
vous plaiſt , queje ne vous enfasse le Por
traitqu'en racourсу.
L'Incomparable Bourdenois
Dont lagorgetoute charmante
Surprend , éblouit , touche , enchante ,
De l'Amour à toute heure épuiſe le Carquois.
Heureux qui vit ſous de ſi belles Loix ,
Mais plus heureux qui s'en exempte .
De Vallecour& fon aimable Soeur,
Des plus brillans attraits l'une & l'autre
pourveuë ,
Ontbiendequoy plaire à la veuë ,
Mais ce n'eſt pas fans qu'il en couſte au
cooeur.
BeauGALANT
43
Beauregard & Beſſay par l'éclat de leurs
charmes ,
Fontauxplus fiers rendre les armes.
Du Frétoy comme Riberpré
Quand vous les regardez font fort à voſtre
gré , (de ,
Maismal en prend quoy qu'onyprennegar-
Aqui trop fouvent les regarde.
Morin , Phelipeaux & de Ris ,
Par leur propre merite à peud'autres ſemblables,
Onttoutes des Filles aimables
Queſuivent laJeuneſſe & les Jeux & les Ris!'
Onestcharméde ſe voir avec elles ,
Maiscommedeſoy-meſme on doit ſedéfier,
Cen'eſt pas tout que de les trouver Belles ,
L'importanceeſt de l'oublier.
Joignez à cesBeautez deux Illuſtres Amies ,
Dont il faut vous dire le nom .
L'uneeſt Saint-Clair , l'autre Burgon ,
Ce ſont dans l'amitié deux ames affermies ,
Etqui font concevoir àqui veut s'enflamer ,
Qu'il n'eſt riende ſi doux qu'aimer.
Pour la belle Damon qu'accompagnent les
Graces ,
Etdont en lavoyant chacun demeure épris ,
On nedoitpoint eſtre ſurpris
Si l'Amour marche ſur ſes traces
Quel affez ample, aſſez riche Marc d'or
Apů
44
LE MERCURE
Apûpayer ceprétieux Tréfor ?
Ilfaut encorerendrejuſtice
Aumeritedesquatre Soeurs.
Marpon l'aînée eſt Veuve , & (je croy) peu
novice
Dans l'artd'aſſujettir les coeurs.
Elle est bien faite, aimable& fort ſpirituelle.
DeVilledo ſa Soeur ſe fait aimer comme elle;
Etdans l'agreable Becuau
Onne voitrienquedebon&debeaut
Mignon , laplusjeune desquatre
Ades attraits dangereux à combatre,
Etquiveut tenircontre, éprouve à ſesde
fpens
Qu'ilperdſafranchiſe St fon temps.
Apres vous avoir parlé des Belles ,
j'aurois un long article à vous faire , fije
voulois vous entretenir de tous lesHommes
demerite qui boivent icy des Eaux.
Nous y voyons Monsieur le Marquis de
Vardes , dont on croit que le plus grand
mal foit le chagrin d'eſtre toûjours éloignéde
laplus Auguste Perſonne duMonde.
Mr. de Pomereuil , &Mr. Pique ,y
font außi avec Mr. le Comte de Bouligneux
qui est un Hommetres-bien fait,&
fort eftimé Mais ce qu'on peut appeller le
CharGALANT.
45
Charmede nos plus belles Compagnies ,
c'est un jeune Milord petit- Fils du Duc
d'Ormond Viceroy d'Irlande. Ildonne la
Comedie aux Dames , & on nepeut rien
voir de plus galant à son âge. Ses belles
qualitez ne ſurprennent point quand on
les voit cultivées par Mr. de Montmiral
fon Gouverneur. C'est un Gentilhomme
tres-accomply , & fort digne du choix
qu'on a fait de luypour la conduite dujeune
Seigneur dontje vous parle. Vous ferez
peut- eſtre ſurpriſe de ce que je ne vous dis
rien deMadame la Comteſſe de Dona,
ny de quantité d'autres belles Dames qui
Jont venues cette année boire des Eaux à
Bourbon. Souvenez- vous , je vous prie ,
que je vous ay seulement promis de vous
rendre compte de celles que j'y trouverois .
Je vous tiens parole, &fuis voſtre , &c.
Si les Maux dont on a eſté chercher
le remede dans les Lieux où l'on boit
desEaux, n'ont point empeſché qu'on
ne s'y foit agreablement diverty , il
eneſtde meſme des grandes Affaires
qu'on
1
46 LE MERCURE
qu'on traite àNimégue , & qui n'en
ont point banny les Plaiſirs , Monſt. le
Marechal d'Eſtrades ayant receu chez
luy avec ſa politeſſe ordinaire, des Dames
Hollandoiſes que la curioſité de
voir l'Aſſemblée avoit attirées de la
Haye , les a régalées d'un excellent
Concert , composé de Luths, de Claveſſins
, & de quelques Inftrumens
nouvellement inventez , & qui refſemblent
à un Deſſus de Violon, mais
qui ſont infiniment plus propres à accompagner
le Luth , parce que leur
ſonqui imite celuyde la Flute douce ,
fait beaucoup moins debruit que celuy
du Violon , de forte qu'il ne couvre
pas le jeu du Luth, & n'a rien qui crie
ny qui ſoit aigre comme le ſon de la
Poche. Peut-eſtre que ces fortes d'Inſtrumens
paroîtront bientoſt en France,
Le Concert avoit eſté compofé
&ſoûtenu par Mr. de Soleyzel. C'eſt
un jeune Gentilhomme qui a fait
le Voyage de Nimegue avec Mr.
d'Avaux , & qui parmy cent belles
qualiGALANT.
47
1
e
qualitez , a celles d'eſtre fort bonMuficien
& fort bon Homme de cheval.
Il eſt Fils de Mr. de Soleyzel , qui eft
un les Chefs de l'Académie Royale
proche l'Hoſtel de Condé , & qui a
mis au jour pluſieurs Livres ſur les
Matieres qui regardent ſa Profeffion.
Si ce qui regarde la part que j'ay au
Mercure , pouvoit eſtre ſuprimé ſans
faire injustice aux Spirituels Inconnus
qui m'envoyent leurs Pieces fans fe
nommer , la crainte de me faire ac
cuſer de vanité m'empeſcheroit de
vous faire voir leSonnet qui fuit , mais
il eſt trop agreablement tourné pour
neluy pas donner place icy. Il n'eſt
venu de Caën. Vous ſçavez comme
tout le mondey eſt poly , & vous ne
ſerez peut-eftre pas fachée de connoiſtre
qu'on y eſtime les Lettres que je
yous écris .
SONNET.
Digne & galant Autheur du celebreMercure,
De
1
48 LEMERCURE
1
1
F
1
Denos Belles de Caënredoutez le couroux ;
Elles brûlent ce Livre en peſtant contre Vous ,
Pour les maux qu'a produits ſafatale lecture.
De la Guerre , dit-on , vousfaites la peinture ,
Avecde certains traitsfi charmans &fi doux ,
Que l'ony voit courir lesAmans , les Epoux ;
Et c'est là lesujet qui eauſe le murmure.
Quoy, direz-vous , j'y mets tant de Traitez
d'Amour,
DesMadrigauxgelans,les Festesde la Cour ?
Tout celanefait rien pour ſaver voſtre Livre.
Car quand un Brave y trouve un Roy d'un fi
grand Coeur ,
Ilahonte d'aimer , il a honto de vivre ,
S'il n'accompagnépas cet Auguste Vainqueur.
Trouvezbon quej'ajoûteà ce Son.
net la Lettre d'un Solitaire qui ne s'est
pasdéfait de l'habitude de bien écrire,
enſedéfaiſantde la pratique duMonde.
Elle a eſté envoyée depuis peu à
un demes Amis , & je croy que vous
verrez avec plaifir la juſtice qu'on y
rend à Monfieur le Pays , pour qui
je ſçay que vous avez une eſtime particuliere.
De
GALANT.
49
De mon Defert prés de Grenoble
le 27. d'Octobre 1677.
L faut avouer , Monfieur, que tout le
Imonde est obligéd l'Autheur du Mercure
Galant ; mais les Solitaires comme
moy luy ont une obligation particuliere.
Ne font ils pas heureux de pouvoir apprendre
les Affaires de la Guerre &du
Grand Monde juſques ou fonds de leur
Desert ; de pouvoir pour ainſi dire estre
de la Cour fans fortir de leur Village ?
Depuis fept mois qu'il me donne tant
de plaisirs differens , je cherche en mon
efprit les moyens de l'en remercier. Mais
comme je n'ay pas l'avantage de le connoiſtre,
je ne puis , Monfieur , m'adrefſer
qu'à vous qui eſtes de fes Amis ,
pour vous prier de luy faire mon Com-.
pliment , & de luy envoyer mon Pacquet.
Ily trouvera deux petites Pieces qui ne
luy seront peut- estre pas inutiles. Son
deffein eft fi beau & ſon entrepriſe ſi
loiable , que chacun doit contribuer de
Son costéàlafaire durer. Fay dans cette
Tome IX. C Pro-
/
50 LE MERCUR
Province deux illuftres Amis dont j'ay
Soin de regüeillir les Vers & les Lettres ,
ce font des Ouvrages qui pourroient
de temps en temps enrichir le Mercure
Galant. Monfieur l'Abbé de S. F **
Monsieur le Pays , font afſfez connus dans
le Royaume, Quoy que le premier n'ait
jamais pû se résoudre à faire imprimer
fes Oeuvres , on a veude luy mille Galanteries
manuscrites qui font connoistre
juſques où va la force & la délicateſſe de
Son Esprit . Pour Monfieur le Pays , fes
Amitiez , Amours & Amourettes , ont
tant fait de bruit dans le monde , quefon
Nom eft connu de tous ceux qui sçavent
lire . Neantmoins quand on ne le connoist
que par là, on ignore la plus grande partie
de fon merite. Je croy que je puis
dire fans l'offencer , qu'il vaut encore
mieux que ſes Livres , & que tout ce
qu'il a imprimé est malgréson fuccés bien
éloigné de la juſteſſe de ce qu'il écrit aujourd'huy
. L'Autheur du Mercure Galant
en pourra juger par les deux Lettres
que je luy envoye. Fen ay encore
quelGALANT.
51
quelques autres que je luy fourniray
fije vois paroiftre celles- cy dans le premier
Volume du Mercure , parce que
de là je concluray qu'on les a trouvées
agreables . Cela m'obligera mesmes à
preffer Monsieur le Paysde me faire copier
quelques- uns de ſes Vers , &peutestre
que je réveilleray saMuſe quiſemble
dormir pendant qu'il travaille aux
Affaires d'un grand Employ qui ne luy
donne gueres le loisir de penſer aux Bagatelles
poëtiques.
LE
PERROQUET
ET LA GUENUCHE
FABLE.
3
A MADEMOISELLE DE M**
L nous arriva hier de Lisbonne une
Barque chargée desinger& de Perroquets.
Vous jugez bien , Mademoiselle ,
que je n'ay pas perdu une si belle occafion
de vous tenir parole. Fay chois parmy ce
C2 grand
52 LE MERCURE
grand nombre un Perroquet d'un plumage
tres -particulier , & une Guenuche d'une
petiteffefort rare. Ce qu'ily a de fâcheux,
c'est que le Perroquet ne parle point François
, que la Guenuche neſçait point danfer,
& que mesme elle est encore habillée
àla Portugaise,mais vous ferez peut- eftre
bien aiſe d'eſtre leur Maiſtreffe en toutes
façons. Vos Leçons leur apprendront la
belle maniere. Tous les autres Perroquets
nesçavent prononcer que des injures groffieres,&
quand vous aurez inſtruit le voſtre
, il sçaura dire des malices ingenieuſes.
Avoſtre Ecole la Guenuche apprendra
bientoft la Bourrée & le Menüet ,
&fi vous avez ſoin de l'habiller à la mode
& de vostre main , je gage qu'on la
trouvera plus propre & de meilleur air
que vostre petite laide Voiſine. Cependant
comme vous n'entendrezpoint d'abord
le jargon nyde la Guenuche ny du
Perroquet ,je me crois obligé en vous
les envoyant , d'estre aupres de vous leur
Interprete. Sans sçavoir la Langue de
Leur Pays , j'ay bientost compris leurs
difGALANT.
53
discours , parce qu'ils estoient tendres &
amoureux.
Entendre à demy mot fut toûjours mon partage;
Si-toſt que l'on parle d'amour,
Il n'eſt pointpour moy de langage......
Qui nefoit clair comme le jour.
Pour vous , majeuneDemoiselle,
Quand meſmes en François l'amour fert
d'entretien,
Malgré tout voſtre Eſprit , vous ne répondez
rien,
Etvous n'entendez pas la langue maternolle;
Vous voila cependant dans la belle ſaiſon,
Vous avezquatorze ans , à cet âge , maBelle,
N'entendre pas l'Amour , ma foy cela s'appelle
N'entendre pas raiſon .
Je veux aujourd'huy tâcher de yous
rendre raisonnable , en vousfaisant comprendre
l'Histoire amoureuse de vostre
Guenuche & de vostre Perroquet.
Außi- tost que ces deux petits Animaux
furent entre mesmains , ils parierent entr'eux
certain jargon Moresque , &j'entendis
que le Perroquet reprochoit à la
Guenuche ſes fingeries , &la Guemuche
C3 luy
54 LEMERCURE
luy reprochoit fon caquet. Comme leurs
difcours me semblerent affez plaifans ,
j'entray dans leur conversation. Ils en
furent d'abord furpris , mais enfin nous
devinſmes familiers & fûmes bien- toft fi
grands Amis,que je les obligeay à me conter
leur Histoire. Le Perroquet , comme
Leplusgrand Caufeur , voulut estre l'Hiftorien
; & voicy en François , àpeu pres
comme il s'expliqua enMorefque.
MaMere medonna lejour
Dansun Climatde laGuinée ,
Où le Soleil joint à l'Amour ,
Enflâme tout toute l'année.
L'onn'yvoit point de Coeurglacé ,
NydeBergere indiferente ;
Quand unBerger eſt empreſſé
2 LaBergere le montre ardente..
Làje vivoisjadis en Berger fort coquet ,
:
Aujourd'huy je ſuis Perroquet ,
Car,helas! ma Coqueterie ,
Que jenonimois Galanterie ,
Choqualecruel Cupidon ,
Qui ſans m'accorder depardon ,
Fit de moy laMétamorphoſe ,
Quejevais vous conter en Proſe.
7
Surles bords du Fleuve Niger on ne
fait
GALAMT 55
fait pas l'amour ainſi que sur les bords
de la seine ou du Rhône . On m'a dit
qu'icy la constance paſſe pour une vertu ,
& là elle paſſeroit pour un vice : En
France un Amant bien reglén'a beſoin
que d'une Amante , &ſouvent en ayant
une , il en a trop ; mais en Ethiopie les
Galans ont besoin de diverſes Maiſtreſſes,
&nostre miserable Roy qui mourut ilya
quelque temps dans ce Royaume, pourroit
estre un témoin de cette verité. Eftant
Bergerje voyois ſuivant nostre coûtume
diverſes Bergeres, &je témoignois àtoutes
beaucoup d'amour , mais à laverité
je n'en reffentois queres. Dans ma-conversation,
dans mes Chansons &dans
mes Billets , je paroiſſois l'Amant du
monde le plus ardent , & dans mon coeur
je me fentois fort tranquille ; enfintout
mon amour n'estoit que ducaquet . Mais,
helas ! depuis ce temps j'ay bien appris
que Cupidon est un Dieu qui punit cruellement
le mensonge. Pour commencer à
fevangerde moy , il me fit devenir trop
veritablement amoureux d'une petite
C 4- Lai--
56 LE MERCURE
Laide , plus volage&plus coquette que
jen'estois, & c'est justement Dame Guenuche
que vous voyez là , qui a esté Bergere
dans le temps que j'estois Berger.
Apres avoir trompé tant de Perſonnespar
mes faux Sermens , jene pûspas mesme
perfuader ma petite Laide par des veriteztres-
constantes. Cependant pour me
faire mieux enrager , au commencement
ellefit mine de m'aimer , elle affecta toutes
les petites manieres d'une Perſonne
fortpaßionnée , &quand elle me vit bien
ſenſiblement touché, elle mefit centmalices
& me quitta enfin pour un autre
Berger außi laid qu'un vieux Singe.
Dieux ! qu'un Berger vivroit content
S'il changeoit auſſi-toſt que change fon Amante
!
Mais, helas ! que de maux nous caufe une
Inconftante,
Quand on nepeut être inconſtant !
L'amour que je fentois pourmapetite
Ingrate , & la haine que j'avois pour
mon laid Rival , me mirent dans un tel
defefpoir , queje quitay mes Moutons , &
la
:
GALANT 57
La focieté des autres Bergers. Jemen
allay comme un furieux , errant dans les
Deserts : je déchiray mes habits , je me
couvris de feüilles d'arbres , & enfin je
devins tout-à-fait inſenſé. L'Amour alors
me voyant dans une Forest en estat de
mourir , voulut me ſauver la vie , &je
ne sçayfi cefut par pitiéouparvengeance.
Il changeama peau & mon habit en
plumes de la couleur des feüilles qui me
couvroient , ma bouche en bec , mes bras
en cuißes , & ainsi du reſte de mon Corps,
Voila comme jeme trouvay Perroquet
&je vous jure que je n'en aypoint com
fervéderegret.
Ne haïſſantplus monRival,
Et n'aimantplus mon Inconſtante
Je ſens monAme plus contente,
D'animer pour toûjours le Corps d'un Animal,
Que celuy d'un Berger , quand l'Amour le
tourmente.
Ma petite Laide ne demeura pas außi
fans châtiment , parce qu'elle n'avoit
aimé qu'en apparence , &que toute fa
tendreffe n'avoit esté que singexies
C5 l'Amour
58 LE MERCURE
IAmour n'ayant point esté trompépar ſes
grimaces , voulut punir fon hipocrifie ,
comme il avoitpuny mon libertinage. Il
la changea donc en Guenuche ; & comme
c'estoit une petite Bergere fort laide &
fort malicieuse , il n'eutpas beaucoup de
peine àfaire ce changement.
Depuis cette double Metamorphose
nous avons vescu , ma Maistreffe &moy ,
dans les Solitudes & dans les Forests.
Cependant nous n'eſtions pas tout-à-fait
Sauvages , & cela est fi vray que nous
nous sommes laiſſé prendre aux premiers
Hommes qui se font presentez. D'abord
on nous mena en Portugal , ou l'humeur
de la Nation nenous plaifoit gueres , parce
que le caquet & lesfingeries n'y ont
pas tantde coursqu'en France , ouj'apprens
que nous sommes aujourd'huy.
Nous nous y plaiſons fans doute , parce
que nous avons encore conferve quelque
choſe de nostre premier caractere. Pour
moy qui pendant que j'estois Berger difois
cent fleurettes fans penser à ce que
je difois , je dis encore eftant Perroquet
cent
GALANT
59
?
:
cent paroles fans sçavoir ce que je dis.
Pour ma Maistreffe , qui estant Bergere
contrefaisoit l'Amante fans fentir d'amour
, &qui deplus faifoit tous lesjours
mille malices , estant Guenuche elle en
fait encore , & contrefait mille chofes
qu'elle voit faire.
Voila , me dit le Perroquet , noftre
Histoirejusques icy ; c'est à vous , Monfieur,
à nous apprendre le reste. Ditesnous
pourquoy nous sommes entre vos
mains , &àquoy nous sommes deſtinez ,
puis que vous nous faites partir pour un
Second Voyage. Acette question j'ay vé
pondude cettemaniere.
Allez trop heureux Animaux,
Voicyla findetous vos maux :
Aprenez que l'on vousdeſtine
Pouraller faire les plaiſirs
D'unebelle&jeuneBlondine,
Qui donne milleardens defirs,
Etqui cauſemille ſoûpirs
Amille Amans qui n'ofent dire,
Belle , c'est pour vous qu'on Joupire ;
Vous , Peroquet , & nuit Sajour,
Vousluypourrezparler d'amour ;
Vous pourezdire , je vous aime,
Sansvous attirerfon courroux.
:
1
C6 One
60 LEMERCURE
Quemonbonheur ſeroît extrême
Si j'ofois parler comme vous !
VousGuenuche , vos fingeries
Loindeluydonnerdu chagrin,
La charmeront ſoir & matin ;
ODieux ! que mes Galanteries..
N'ont- elles le meſmedeſtin !
C'est ainsi, Mademoiselle , que finit la
conversation que j'ay eue avec vostre Perroquet
& voſtre Guenuche.I'ay crû que je
devois vous en faire part , &que vous seriez
bien aiſe de ſçavoir leurs Avantures .
Jepourrois bien tirer de cette Hiſtoire une
helleMorale enfaveur de l'Amour ; mais
belas , je n'oferois avec vous moraliferfur
cette matiere..
De Marſcille. A
A MADAME DE F **
E pars pour Marseille , &je vous
Ijure, Madame, que j'y vais malgré
moy. Vous me fiftes hier un Portrait que
j'emportedans le coeur, & j'ay peur que ce
foitun trait empoisonnéquej'emporte.
Maisdites-moy , ce beau Portrait ,
L'avez-vous fait d'apres nature ?
1
AL
N'avez
FALANT. 6г
N'avez-vous point feint quelque trait
Pour embellir voſtre peinture ?
Ce teint blanc , & ces blonds cheveux ,
Cette main , ce bras , cette taille ,
CetEſprittelqueje le veux ,
Qui ſurprend, qui brille , qui raille ,
Enfin cet amas ſans egal
A
Debelles qualitez, dont moname eſt ravie,
Seroit- il dans l'Original ,
Tel qu'il eſtdans voſtre Copie ?
2
Si cela eft , Madame, pourmon reposje
ne dois jamais revenir à Aix; ou
plutoſt j'y dois bientoft revenir , car je
m'imagine qu'il est doux deperdre ſon repos
pour la Belle dont vous m'avez donné
une ſi riche idée..
Partoutcequevous m'avezdit
Vous avez charmé mon Eſprit ;?
VoſtreComteſſe eſt adorable ::
Mais malgre les appas dont vous m'avez
charmé,
Sibientoſtje n'en ſuis aimé , (ble.
Jedeclare d'abord qu'elle n'eſt point aima-
こ
Jeſuis d'un Meſtier , où l'on aime pas
àperdrefon temps. Vous sçavez, Mada
Lom
me, que nous autres Gens d'affaires nous
62 LE MERCURE
ſommes fort intereffez , & que jamais
nous ne faiſons d'avances finous ne voyons
un profit prompt & afſuré.
Jamais à lagroſſe avanture
Nous ne mettons foins ny foupirs ;.
Nous voulons ſeureté meſme dans noftre
ufure ,
Et pretendons gagner cent pour cent en
plaifirs.
Sans nul ſcrupule en Gens fort ſages ,
Nous faiſons payer l'intereſt d'un ſeul jour ,
Et comme unJuifnoftre amour
Neprefte que furbonsgages.
Ilestbon , Madame , de donner cet
avis à vostre aimable Comteffe , afin
qu'elle examine si mon commerce lapeut
accommoder. le reviendray en cetteVilledansquelquesjours
, &fi elle me veut
recevoir malgré mes uſures amoureuses ,
j'iray chez, elle étaler ma marchandise,
AAix..
Ces Lettres portent leur recommandation
par le nomdeMt.lePays.
Ila un génie merveilleux pour écrire
galamment , & il ſcroit à ſouhaiter
que
GALANT. 63
que les Affaires ne luy oſtaſſent pas
tout le temps qu'il eſt obligédeleur
donner. Nous verrions peut-eftre
quelque agreableOpéra de ſa façon,
Ils font devenus fi fort à lamode
qu'on en repreſente beaucoupdepetits
dans des Maiſons particulieres.
Commeils n'ont beſoinnyde Thea--
tre , ny Décorations , ils peuvent
paffer pour les Concerts , mais ce
fontdes Concerts fortdignes de l'empreſſement
de tout ce qu'il ya de
Gens curieux. Ledernier qu'on a veu
paroiſtre apour titre lesAmours de Ti
ton & de l'Aurore. Les Vers en ont
eſté fort eſtimez. Mr. Oudot qui les a
mis en Muſiqueen a reçeu beaucoup
deloñanges. Je vous ay déja parléde
Huy. Il a beaucoup de talent ,& travaillant
fur une belle matiere , il étoit
difficile qu'il ne réüffit auffi avantageuſement
qu'il a fait. Un grandMiniſtre
chez qui ce petit Chef-d'oeuvre
aeſtérepreſenté en atémoigné une ſatisfaction
entiere,& fon approbation
aeſté
L
64
LE MERCURE
àeſté ſuivie des applaudiſſemens de
tous ceux qui ont jouy de ce charmant
Divertiſſement .
On en adonné beaucoup au choix
que le Roy a fait de Madame l'Abbefſe
de SainteMenehoud , pour lagra--
tifier de l'Abbaye Royale de Farmonſtier
en Brie . C'eſt une Dame d'un
fort grand merite , & d'une exacte
vertu . Elle eſt de la Maiſon d'Uxelles
, & Belle-Scoeur de M. le Comte
deBeringhen.
L'Abbaye de Sainte Menehoud a
eſté donnée à Madame du Boulay ,
Religieuſe de laCroix, & Belle- Soeur
deM. l'Avocat General Talon . On
pourroit prendre cette occaſion pour
parler d'un autre ; mais outre que la
gloire qu'il s'eſt acquiſe dans cette importante
Charge l'a fait connoiſtre à
toute la France, ſon merite me fournira
d'aſſez amples ſujets de vous en
entretenir ſouvent . a
Sa Majesté a auſſi donné l'Abbaye
de Saint Jacques prés Bourbon , à
Mada
6
GALAN 65
Madame de Vaudetart de Bournonville
Perſan . Elle est d'une grande
Maiſon , & le Nom de Perſan a fait
bruit ailleurs que dans des Couvents .
S'il eſt glorieux d'avoir part aux
Graces queleRoyſe plaiſt à répandre
continuellementſur ceux de ſes Sujets
qu'il en trouve dignes , il ne l'eſt pas
moins de luy pouvoir faire des Prefens
qui ne foient pas indignes de luy
eſtreofferts. C'eſt un avantage qu'eut
dernierement Mr. l'Abbé le Houx ,
qui heritant du zele que ſa Famille a
toûjours fait paroiſtre pour fon fervice
, & dont elleadonné des preuves
& dans les Armées & ailleurs ,
luy preſenta ſon Portrait en mignature.
Le Roy le reçeut avec ces témoignages
de bonté qui luy gagnent
les coeurs de tous ceux qui ont l'honneur
de l'approcher. Ce Portrait eſt
de la mainde Mr. Benard. LeRoy
eſt peint dans un Ovale. Audeſſous
de luy font quantité de Trophées ,
qui marquent les Conqueſtes qu'il
afait.es
1
66 LEMERCURE
a faites ,tant ſur la Hollande , que fur
l'Eſpagne & l'Empire, Au milieu de
cesTrophées on voit un Globe d'azur
& trois Fleurs de Lys. A l'un des coſtez
du Roy il y a une Palme , & un
Olivier à l'autre , avec une Inſcription
Latine dans une Banderole
volante. Le ſens de cette Inſcription,
eſt quetandis que Sa Majefté s'occupe
àorner ſes Lys de Palmes , elle ne dédaigne
pas de cultiver l'Olivier qui eſt
le Simbole de la Paix. La Bordure a
ſes miſteres auſſi bienque les embellifſemens
du Portrait, Elle a eſté faite
par un Orfévre nommé Germain ,
qui travaille ordinairement pour le
Roy. Le deffein, la cizelure & l'art
en font admirables. Dans le haut eft
la Renommée toute de relief. Elle
montre le Roy d'une main , & tient
uneTrompette de l'autre. Un Lambeau
d'argent y eſt attaché avec des
mots Latins qui font connoiſtre que ſi
cet Auguſte Monarque eſt grand par
la gloire que ſes belles qualitez luy
ont
GALANT 67
ont acquiſe , il l'eſt encor davantage
par ſa Valeur & par ſes Conqueſtes.
Aux coſtez de la Bordure fontdeux
Enfans qui tiennent des Fleurs&des
Fruits. Il n'y a riende mieux deſſiné.
On voit la Triple Alliance au bas.
Elleparoiſt ſoûmiſe à la France , qui
eft repreſentée par un grand Coq.
D'un coſté il tient l'Aigle de l'Empire
enchaîné , &de l'autre deux Lyons
fuyans leCoq. L'Eſpagne eſt marquée
par l'un , & la Hollande par l'autre
fous la forme d'an Lyon Marin. Се
Preſent ne pouvoit eſtre plus beau ,
puis qu'il n'y a riende plus grand que
le Roy , & que c'eſt ſon Portrait qui
le compoſe. Il eſtoit accompagné
d'un Poëme fur les Conqueſtes de ce
Prince. Comme jamais Monarque
n'eut tant degloire que luy , c'eſt peu
qu'Arles nous ait fourny des Obélifques
pourgraver ſon Nom , &transmettre
à la Poſterité les grandes
Actionsdont nous n'avionspointencor
veu d'exemples ; on a trouvé fous
terre
68 LE MERCURE
de
terre deux Arcs de Triomphe
Rheims , comme ſi les Conqueſtes
de Sa Majesté allant plus viſte que les
mains des Ouvriers ne pourroient faire
pour luy élever des Monumens dignesde
luy, laTerre prenoit ſoind'en
produire , & fe faifoit un avantage
contribuer quelque choſe à luy affurer
l'Immortalité qui luy eft deuë. Mr. de
Santeüil , Chanoine de S. Victor , a
fait des Vers Latins là-deſſus , que
j'auroistâchéde vous faire voir en noftreLangue
, fi j'en avois pû exprimer
la force. Il a le Génie admible pour la
Poëfie, auffi-bienque quantité d'autres
de cette Maiſon , dans laquelle j'ay
appris que Monfieur le Preſident de
Bailleu l'avoit choiſi ſa Retraite. Il ne
le pouvoit faire dansune Abbaye , ny
plus ancienne ny plus noble. Elle eſt
remplie de Perſonnes de Qualité qui
meriteroient qu'on les nommâtComtes
de Paris , à l'exemple des Chanoines
de Lyon qui portent le titre de
Comtes. La Maiſon eſt ſpacieuſe ,
les
e
eJoly. 750. 48. Toulon
e Mignon . 750. 42. Toulon
Le Cheval Marin. 750. 44. Toulo
LaSirenne .
750. 46. Toulon
Le Bruſque. 750. 44. Havre
700. 44. Roche
L'Indien . 600. 44. Toulon
L'Æolle. 600. 44. Toulon
I
r
1
1
GALANT. 69
lesJardins agreables , & la Bibliote
que une des plus belles qu'on puiſſe
voir. Elle eſt d'autant plus utile , que
lePublic a la liberté de ſe ſervir de les
Livres , qui ſont fort curieux & en
tres-grande quantité. C'eſt aſſurément
un ſecours fort conſidérable
pour ceux qui voudroient ne rien
ignorer ; & comme il en eſt beaucoup
qui cherchent particulierement à s'inſtruire
de tout ce qui peut eſtre une
preuvede lagrandeur de la France , je
croy vous devoir faire remarquer que
ſi ſes Armées de Terre la font aujourd'huy
craindre de toute l'Europe ,
ſes forces de Mer ne la rendent pas
moins redoutable. Cela paroiſt par le
grand nombre des Vaiſſeaux qui ſont
àBreſt , à Rochefort& à Toulon. Je
vous envoye le Rolle de ceux de ce
I dernier Port, en attendant que je vous
puiſſe faire part des deux autres . Cea
luy-cy a eſté imprimé à Marseille :
jamais rien ne fut fi exact , & vous
y verrez en differentes Colonnes ,
non
70
LE MERCURE
non ſeulement le nombredes Canons
dont ces Vaiffeaux font montez , de
combien de Tonneaux ils font , le
lieu de leur conſtruction , le Nom des
Ouvriers qui les ont faits , leur âge ,
leur durée , & les pieds d'eau que leur
charge leur fait prendre , mais encor
cequ'ils ontd'Officiers Mariniers , de
Matelots , de Soldats , & les autres
chofes qui regardent la Solde & les
Vivres par chaque Mois. Si ce dénombrement
de Vaiſſeaux , d'Equipages
& d'Armemens n'eſt pas du
gouft de vos fpirituelles Amies , l'Avanture
que j'ay à vous conter aura
peut-eftrepour elles quelque choſe de
réjouiflant. Il y a plus d'une Perſonne
qui vous l'atteſtera pour veritable,
&jevous la donnefur la foy deGens
fansreproche.
Un jeune Gentilhomme , renfermé
juſqu'à vingt ans dans le fonds de
ſa Province , ſous la dépendance d'un
Pédant qui voit tâché de luy apprendre
beaucoup de chofes qu'il ne ſçavoit
GALANT. 71
voitpeut-eltre pas trop bien luy-mefme
, vint il y a quelque temps à Paris
poury commencer ſes Exercices ,&
quand ilyvint,on peut dire qu'il eſtoit
tout nouvellement débarqué. Il avoit
des manieres embarraffées , & ceux
qui prenoient intereſt en luy , ne le
virent pas longtemps fans s'apperce
voir que l'Etude ne luy avoit donné
que des Connoiſſances mal digeréés
qui avoient beſoin d'adouciſſement.
Comme il n'y a point d'Ecole plus
propre à l'acquerir que celle des Femmes
, fes Amis le menerent chez quelquesBelles.
Il les vit d'abord fansau
tre deffeinque celuyde rendre fes devoirs
à d'aimables Perſonnes que ſa
naiffance engageoit à marquer de la
confideration pour luy ; mais infentia
blement il y prit gouft , il eſtoit d'âge
à aimer , il avoit un coeur ; & une
grande Brune dont les yeux eſtoient
les plus dangereux du monde , eut
tant de charmes pour luy , qu'il en devint
éperduement amoureux. La
Dame
:
70 LE MERCURE
Dame fut ſurpriſe de le voir plus ſouvent
chez elle qu'elle ne l'auroit fouhaité.
Elle estoit ſi bien faite , qu'elle
n'eut pas de peine à deviner qui l'attiroit.
Ses affiduitez ayant cominencé
àluy faire connoiſtre la paſſion qu'il
avoit pour elle , ſes regards &quelques
loûpirs mal étouffez acheverent
de l'en inſtruire. Cette conqueſte la
chagrina , elle n'eſtoit point d'un afſez
grand poids pour luy faire honneur
, & l'expoſoit à des importunitez
fatiguantes pour nne Perſonne
qu'un coeur novice n'accommodoit
pas. Elle feignit den'entendre point
fes premieres declarations &pour
s'en défaire en le rebutant , elle le
railla ſur quelques defauts dont il prenoit
peine à ſecorriger , & n'oublia
pas ſur tout à luy faire connoiſtre ſon
dégouſt pour certaines rougeurs qu'ils
avoit ſur le viſage. Il aimet la Dame,
&vouloit luy plaire à quelque prix que
ce fuſt. Ce dernier reproche luydonnoit
de l'inquietude. Il crut que fes rou-
,
geurs
GALANT 71
rougeurs eftoient la ſeule choſe qui la
choquoit , & dans l'impatience d'y
trouver quelque remede , il fit confidencede
fon ſecret à celuy qui l'avoit
mené chez elle , & qui apprenoit ſes
Exercices dans la meſme Académie
que luy. Le Confident avoit veu le
monde , il aimoit à faire piece , &
ſans hefiter , il luydit que ſi c'eſtoit là
le ſeul obſtacle qui l'empeſchaft d'avoir
les bonnes graces de la Belle , il
luy répondoit de ſon bonheur. Il adjoûte
que ces rougeurs venoient d'une
abondance de ſang qu'il eſtoit facile
de détourner , qu'il les avoit euës
comme lay , & que pour éviter la
guerre qu'on luy faifoit , ils'en étoit
fait quite par des Ventouſes appliquées
fur la partie que Moliere nous a
fait ſi ſpirituellement entendre ,quand
dans l'une de ſes Pieces il a fait dire
pour infulter un Apotiquaire , qu'on
voyoit bien qu'il n'eſtoit pas accouſtumé
à parler àdes Viſages. LeGentilhomine
auſſi credule que jeune ,
Tome 1X. D auroit
72 LE MERCURE
:
auroit voulu eſtre ventoufé dans le
imeſme inſtant. Il embraſſe le Confident
avec unejoye extraordinaire , &
le conjure de ne point differer à faire
venir la meſme Perſonne dont il s'eſt
'ſervy pour une pareille Opération.
On prendjour au lendemain, un Chirurgien
a le mot , &deux Amis communs
font avertis de l'employ qu'ils
doivent avoirdans la Piece. Le Confident
amene le Chirurgien à l'heure
marquée. Le Gentilhomme le prie
de n'épargner point ſon ſang , & fe
couchant fur le ventre , il ſouffre l'application
des Ventouſes qui font une
copieuſe attraction . Les Scarifications
ſuivent, on les fait profondes , & apres
que le Chirurgien en a recüeilly deux
grandes paletes de ſang , il remet les
Ventouſes ,& féignant d'avoir oublie
quelque choſe deneceſſaire,il le quitte
pour courir juſques chez luy. Ilest à
peyne forty de la Chambre, qu'on entend
du bruit dans l'Escalier , C'eftoient
les deuxAmis à qui on avoit appris
GALANT. 73
pris le miſtere. Ils entrent malgréle
Patient qui veut qu'on ferme la porte,
&qui a bien de la peine à ſetenir couché
fur le coſté. Ils s'informent de
ce qui peut l'arreſter au Lit , & apres
une converſation generale d'un quart
d'heure , l'un des deux paſſe dans une
étroite ruelle ſous pretexte d'avoir
quelque ſecret à luy dire. L'Amant
Veutoufé tourne la teſte ſans ſe remüer
, & fon Amy le prie inutilement
de s'approcherun peu davantage. Il
n'oſe luy direen termes du galant Voiture
, qu'il a pour ne le pas faire , une
raifon fondamentale fur laquelle il ne
luy eft pas permis d'apuyer. Iln'écouteque
d'un peu loin cequ'on ne luydiroitpas
ſi on necherchoit à l'embarraf
fer; & enfin le Confident fait l'officieuxenobligeant
les nouveaux venus
à s'éloigner. Le Chirurgien revient, il
ofte les Ventouſes ,& laiſle le Plaintif
ſcarifié dans des douleurs dont il ne ſe
conſole que par l'efperance de n'avoir
plus les rougeurs quibleſſentlesyeuxde
D2 la
1
7+ LE MERCURE
i
1
la Dame. Elle apprend du Confident
letourqu'il luy a joué , & afin qu'il
ne jouiffe pas ſeul du plaiſir de cette
Avanture, elle envoye prier leGentilhomme
de luy venir parler le lendemain.
Le Meflage luy eſtoit trop
doux pour ne l'engager pas à ſe faire
une neceffité de cette Viſite. Il ſe
rend chez elle à pied, car l'Opérationeſtoit
trop récente , & ne laiſſoit
aucune voiture commode pour lay.
On le mene dans le Cabinet de la
Belle , où il ne trouve que des Eſcabeaux
fort durs. Elle le fait affeoir
malgré luy. Il fait cent poſtures qui
l'inſtruiſent de ce qu'il ſouffre , &jamais
converſation d'une Maiſtreſſe ne
parut fi longue à un Amant. Il s'en
tirele plutoſt qu'il peut , & ce qui le
chagrine , c'eſt qu'au bout de quelques
jours , il s'apperçoit que ſes rougeurs
augmentoient au lieu de diminuer. Il
s'enplaint à celuy qui eft cauſe duRemede
qu'il a eſſayé , & fa réponſe eft
qu'il feroitbonde recommencer, par-
:
ce
GALANT.
75
ce que les Ventoufes n'ont pas efté
affez longtemps appliquées. Il s'y feroit
refolu ſans doute , s'il n'en euft
demandé avis à quelqu'un qui luy dit
charitablement qu'on luy faifoitpiece.
Il avoit du coeur , & ayant rencontré
le malicieux Confident , il luy fait
mettre l'épée à lamain, Comme les
diſgraces ſe ſuivent , il ne peut fi bien
fe fervir de fon adreſſe , qu'il nereçoive
une fort large Bleffure dont il
eft encor à preſent au Lit. Ileft certain
qu'il en guérira , mais il nel'eſt
pasque ce nouveau fang qu'il a perdu
faffe ceffer les rougeurs dont il avoit
crû ſedéfaire.
Voila,Madame,commeoneftquel
quefois mal récompenfée du temps
qu'on employe à fervir lesBelles. Ce
font des périls qu'on ne court point
en fervant noſtre Grand Monarque.
Comme il ne laiſſe jamais de vertu
fans récompenfe , il a donné à Mr.
d'Eurre le Fils la Lieutenance de Roy
des Ville& Citadellede Montelimar,
D3 en
76 LE MERCURE
enconſideration des ſervices que M².
d'Eurre ſon Pere a rendus a feu Roy ,
& qu'ils ont continuez Fun & l'autre
avec un attachement qui ſemble particulier
àceuxde cette Maiſon. Ce dernier
avoit donné ſa Démiſſion de la
Lieutenance de Roy des Ville & Citadelle
de Valence dont il avoit eſté
gratifié par fa Majefté pour pluſieurs
années de fervices dans la Charge
d'Exempt de fes Gardes , & dans ſes
Armées où il a reçeu pluſieurs Bleſfures
, & elle en a pourveu Mr. de Genas
Gentilhomme de Dauphiné , qui
s'elt fait aſſez ſouvent diftinguer parmyles
Gardes du Corps. ว
Cependant je ſuis obligé de vous
dire que j'eſtois mal inſtruit quand je
vous ay fait ſçavoir que Monfieur le
Cardinal d'Eſtrees alloit à Rome en
qualité d'Ambaſſadeur Extraordinaire.
On m'apprend qu'il n'y va que
comme Miniſtre du Roy , & que par
une Bulle d'Urbain VIII . les Cardinaux
ne peuvent prendre le Titre
d'Am-
८
:
GALANT.I 77
d'Ambaſladeur , quoy qu'ils en faſſent
preſque toutes les Fonctions. 1
On m'apprend en meſme temps
que Meffieurs de Renel, de Flamarın,
de Beaulieu , & de Forteville, ont eſté
reçeus depuis peu de jours Chevaliers
de l'Ordre de S. Lazare de Jerufalem.
On les doit croire d'autant plus dignes
de cet honneur& de tous les glo.
rieux avantages qui le ſuivent que
Monfieur le Marquis de Louvois , qui
abien voulu eſtre le Chef de cet Ordre
, & s'en faire le Vicaire General ,
s'applique particulierement à n'y admettre
que des Perſonnes de naiſſance
, de merite , & de probité. Rien
ne manque là-deſſus à ceux que je
viens devous nommer , & je me tiendrois
aſſuré de pouvoir faire leur Eloge
d'une maniere bien délicate , ſi
ma Plume l'eſtoit autantque celle de
l'incomparable Madame des Houlieres
, qui nous a donné enfin un ſecond
Idylle. Vous avez admiré les
Moutons , admirez les Fleurs , Celles
D 4 -que
78 LE MERCURE
que la Nature produit ne font ordinairement
belles qu'au Printemps , mais
envoicyqui le feront en toute ſaiſon ,
&que le temps ſera toûjours obligé
dereſpecter.
LES FLEURS.
IDYLLE.
Ue vostre éclat
Qu
éftpeu durable, (dins!
Charmantes Fleurs , honneur de nos Iar-
Souvent unjour commence &finit vosdeftins,
Et lefort leplusfavorable
Nevous laiſſe briller que deux ou trois matins.
Ah, confolez-vous- en , Jonquilles , Tubereuses,
Kousvivezpeudejours , mais vous vivez heureuſes,
LesMédifans nylesFaloux
'Negeſnent point l'innocente tendreſſfe (vous.
Que lé Printemps fait naiſtre entre Zephire&
Famais trop de délicateffe
Nemefled'amertume à vos plus doux plaifirs.
Quepour d'autresquevous il pouſſe desfoûpirs ,
Que loin de vous ilfolatrefans ceſſe,
Vousnereſſentezpoint lamortelle triſteſſe
Quidevoreles tendres coeurs,
Lorsquepleind'une ardeur extrême
Onvoit l'ingrat Objet qu'on aime,
Manger d'empreſſement , ous'engager ailleurs.
Pourplairevous n'avez ſeulement qu'à paroiftre,
Plus
GALANT
79
Plus heureuses que nous , cen'est que le trépas
Qui vousfait perdre vos appass
Plus heureusesque nous vous mourez, pour re--
naiſtre.
Triſtes reflections ! inutiles Jonhaits !
Quandunefoisnous celfons d'eftre,
Aimables Fleurs , c'est pourjamais.
Un redoutable inſtant nous détruit ſans reserve,
Onne voit audela qu'un obscur Avenir ;
Apeine denos noms un leger ſouvenir
ParmylesHommesseconferve.
Nousrentronspour toûjours dans leprofond repos
D'où nous a tirez la Nature,
Dans cette affreuse nuit qui confond le Héros
Avec le Lache&leParjure,
Et dont defiers Deſtins par de cruelles Loix
Ne laiſſent fortirqu'unefois.
Maishelas ! pour vouloir revivre
Lavieest-elle unbienft doux?
Quandnous l'aimons tant,fongeons- nous
Decombiende chagrinsfaperte nous délivre ?
Ellen'est qu'un amasde craintes ,de douleurs.
De travaux , defoucis , degeſnes.
Sinous voulonsgouffer ce qu'elleadedouceurs,
Denosplaisirs onfait nos peines. :
Pourqui connoit les miſeres humaines,
Mourirn'est pas leplusgranddes malheurs.
Cependant , agreablesFleurs,
Pardes liens honteux attachez àla vies
Eltefaitseule tousnosfoinsson
Etnous ne vous portons envie
Quepar où l'on devroit vous envier le moins.
Ds Avoüez
80 LE MERCURE
1
Avoüez , Madame , que mes Lettres
vous plairoient encor plus qu'elles
ne font, ſi elles eſtoient toûjours
remplies de quelque Ouvrage de l'Illuſtre
Perſonne à qui nous devons celuy-
cy. Elle fait aſſurément honneur
àvoſtre beau Sexe. Pour moy je tiens
que ſon trop de merite eſt ſon ſeul defaut
, car il me semble qu'eſtant auffibien
faite qu'elle eſt , elle ne devroit
pas avoir tant d'eſprit. Il brille merveilleuſement
dans ces Vers ; outre
que l'expreffion en eſt nonle , ils ſont
d'une netteté achevée , & ont un tour
aifé&délicat qui fait qu'on entre ſans
peinedans la penſée , & qu'elle s'offre
d'abord ſans embarras. Je ne ſçay
pourtant fi cet Idylle pourra perfuader
àtout le monde que mourir pour renaiſtre
ne feroit pas un bonheur pour
nous,je veux dire, à nous regarderdétachez
des ſentimens que nous donne la
Religion. Du moins je ſçay bien qu'il
paſſeroit pour un fort grand avantage
dans la Famille de Madame deTori
gny,
GALANT. 81
gny, dont la mort a laiſſé un ſenſible
regretà tous ceuxqui la connoiffoient.
Elle estoit de la Maiſon de Laubeſpi .
né , Femme de Mr. de Torigny Prefident
en la Chambre des Comptes ,
& Soeur , comme je croy vous l'avoir
déjadit dans l'une de mes Lettres , de
Mr. leMarquis de Verderonne Gendrede
feu M. le Chancelier Daligre.
Mr. de Verderonne ſon Pere eſtoit
Maiſtre des Requeſtes , & Chancelier
de Monfieur le Duc d'Orleans Oncle
duRoy. Il eſtoit Parent tresproche
de feu Monfieur le Garde des Sceaux
de Laubeſpine Chaſteauneuf , & de
Mr. de Puylaurens , Favory de feu
Son Alteffe Royale. Madame de Ver
deronne ſa Mere qui vit encore , eft
Fille de feu Mr. le Bret autrefois Avocat
General duParlement , qui nous
alaiſſé quantité de beaux Playdoyers ,...
&un Traité admirable de la Souveraineté.
Ce grand Perſonnage eſt mort
Doyen du Conſeil du Roy Me le
Bret de Flacourt ſon petit-Fils,aujour-
D6 d'huy
82 LEMERCURE
d'huy Maiſtre des Requeſtes, foûtient
dignement lenom & lagloire que luy
a laiffée ſon illustreAyeul. Je ne vous
dis rien de Mr. de Torigny le Fils
dont je vous parlay quand il fut reçeu
Conſeiller au Parlement . Il eſt dans
une eftime generale , & marche fur
lespasdes grands Hommes dont il eſt
defcendu , & c'eſt une des plus for--
tes loüanges qu'on luy puiffe donner.
FeuMadame la Prefidente de Torignay
la Mere avoit dans ſa phiſionomieje
ne ſçay quoy de fier&de modeſte
tout enſemble qui attiroit la veneration
de tout lemonde. Elle étoit
civile , douce , honneſte , fincere ,
obligeante , & la meilleure & plus
tendre Parente qui fut jamais. Rien
n'approche du reſpect qu'elle a toujours
eu pour M. le Prefident fon
Mary. Il eſtoit accompagné d'une amitié
ſolide qui ne luy laiſſoit goufter
de joye veritable que quand elle pou
voit eſtreavecluy. Je dis beaucoup ,
&ne dis point encor affez , puis qu'il
yavoit
GALANT.
83
y avoit mille charmes répandus enfa
Perſonne qui la rendoient un Trefor
ineſtimable d'eſprit & d'honneur.
Nous avons auſſi perduMadame la
Mareſchale d'Albret. Elle estoit Scoeur
deMr. du Pleffis-Guenegaud. Toute
laGuyenne l'a fort regretée , elle
y eſtoit dans une confideration tres
particuliere , & tout ce qu'il y a
d'honneftes Gens dans cette Province
, eftoient charmes & de la bonté
&de fa vertu , mais lamort ne reſpecte
perfonne , les années s'ér
coulent infenfiblement , & fi on petit
meſurer le temps , iln'y a pas moyen
de l'arrefter. Les Horloges qui nous
font connoiftre combien nous avons
paffé d'heures de chaque jour où nous
vivons , ne peuvent nous apprendre
combien it nous en reſte encor àpaf
fer. On en apreſenté une auRoydepuis
quelques jours d'une beauté &
d'une invention toute extraordinaire ,
Iln'y a rien de mieux travaillé que cet
Ouvrage, & on ne peut affez admi
rer
84 LEMERCURE
rer l'intelligence & l'eſprit de cette ingénieuſe
Perſonne qui en a donné l'idée.
CetteHorloge faite enGlobe a
un piedde diamétre,& ſonne les heures
&les quarts ſurtrois Timbres. Elle eft
àPendule , & en commençant par le
bas , on voit les Quarts & les Minutes
fur le plus petit de ſes Cercles. Les
Jours de la Semaine ſont marques ſur
un grand , & fur un autre encor plus
grand que ce dernier font les Saiſons
avec les Planetes dans leurs/ Maiſons .
La Lune y paroiſt : C'eſt une petite
Boule tournante quienmontre tous les
jours peu à peu le croiffant&le declin,
comme on ledécouvre dans le Ciel.
Cettepetite Lune ſuit le premier mobilequi
eſt lemouvement regulier de
vingt-quatreheures,&retrograde cha
que jour à proportion de ce qu'il faut
pour faire ſa révolution entiere en
vingt-neufjours . On voit en meſme
temps ſonquantiéme,ſon aſpect avec le
foleil, la Marée& le lieu qu'elle occupe
dans les Signes. Le Soleil eſtplacé fur
ומ
GADANT. 85
un plus grand Cercle. L'Heure y eſt
marquée auſſi bien que le Jour de
l'Année & le Degré du Signe où il eft,
avec ſon lever & fon coucher.Tous ces
Cercles compoſent un peu plus que la
moitié de ce Globe , & en forment la
partie inferieure. Il n'y a rien dans celle
d'enhaut , parce qu'ayant eſté fait pour
eſtre ſuſpendu comme un Luftre , il
auroit eſté inutile d'y marquer ce qu'il
euſt eſté impoſſible de voir. Le premier
Cercle est d'argent , le ſecond
d'or , & ainſi de tous les autres. Le
Soleil eſt d'or, grand comme unePie
cede Trente ſols, poſé ſur une double
L d'acier cizelé en relief,&bluy. Un
des coſtez de la Lune eſt d'argent , &
l'autre eſt d'or émaillé d'azur avec de
petites Etoilles d'or. Cette Lune eſt
comme enfermée à moitié dans une
Boëte qui eſt auſſi d'or , émaillée d'azur
& parfemée de petites Etoilles du
meſme inetal. Un Nuage d'or éinaillé
la porte. On diroit à fa couleur
qu'il eſt éclairé du Soleil cou
A
chant.
86 LE MERCURE
chant. L'Aiguille qui montre les Planetes
dans leurs Maiſons , eft faite
d'acieren relief, & compofée dedeux
Arcs & d'une Fleche qu'on regarde
comme les armes d'Apollon. Un
Sceptre , un Baſton Royal , & une
Couronne de France , forment celle
quimarque leJour de la Semaine ; &
cellequi indique les Quarts, a la figure
d'uneFleur de Lys. Il y ades branchages
d'acier fort délicats qui compoſent
unHorifon pour cacher le Soleil pendant
lanuit ſous unvoile tranfparent.
Le reſteduGlobe qu'on peut nommer
la partie fupérieure, eft rendu parfait
par une Calote d'argent , fur laquelle
ona percé à jour les fix SignesMeridionaux
avec les principales Conſtellations
, & des Etoilles en confufion.
Au deſſus de ce Globe paroift un
Nüage d'argent remply des principaux
Vents qui imitent parfaitement
le naturel. Ce Nüage porte unBuiffon
de Palmes & de Lauriers d'or fur
lequel eſt poſée une Medaille du Roy
en
GALANT. 87
enbas reliefd'or, & autour de ceBuiffon
il y a trois Enfans de rondeboffe ,
dont l'un met une Couronne de Laurier
fur cette Medaille , l'autre la regarde
en ſoûtenant le Buiffon , & le
troifiémetient une Trompette. Pour
lededans duGlobe il est remplyd'environ
trois cens Pieces qui forment
enſembledix tres-beaux Mouvemens,
dontilyen a la plus grande partie nouvellement
trouvée par Mr. Martinot
Horlogeur du Roy , & Inventeur de
cemarveilleux Chef-d'oeuvre. MonfieurBalainOrfévre
duRoy, &Controlleurdes
Poinçons de France , ya
contribuédetout cequidépendoitde
fon Art , & le deſſus de la Calote eft
de fon invention .
Comme on invente tous lesjours
quelque choſe de nouveau dans le
monde, on renonce auſſi tous les jours
à ce qu'ily ade plus engageant. C'eft
ceque fit encor dernierement Mademoiſellede
Vaillac, en prenant l'Habit
aux grandes Carmelites , en prefence
de
88 LE MERCURE
deLeurs Alteſſes Royales Monfr . &
Madame , qui luy firent Phonneur
d'aſſiſter à cette Ceremonie , accompagnez
de quantitéde Perſonnes des
plus qualifies de la Cour. Elle est cadete
de cette belle Mademoiselle de
Vaillac , dont le merite fait tant de
bruit,&dont on ne peut dire trop de
bien. Si l'une fait ſon bonheur de la
Retraite , l'autre peut faire celuy d'un
des plus honneſtes Hommes du Royaume.
Elle eſt auſſi bien faite que
belle , ſa taille eſt grande & dégagée,
onne peut avoir de plus beaux yeux ,
& ce qui eſt un fort grand charme ,
fa bonté va au de là de tous ceuxde
ſa Perſonne.
La délicateſſe qui paroiſt en celle de
Monſeigneur leDauphin , ſemble en
quelque façon incompatible avec les
Exercices violens. Cependant il a
commencé à faire voir depuis quelques
jours , qu'il a toute la force neceffaire
pour les ſuporter, en montant de Chevauxd'Ecole.
Il ne ſe contenta pasdu
preGALANT.
89
premierqu'il monta, nommé Favory,
qui eſt un Cheval fort adroit , & qui a
beaucoup de ſcience & de vigueur ,
il enmonta encor un autre avec l'applaudiſſement
de toute la Cour qui fut
ſurpriſe de voir que dés la premiere
fois il fuſt ſi bien à cheval. Monfr. le
Comtede Brionne reçeu en ſurvivance
de laChargede Grand Ecuyer, luy
preſenta laGaule. Le Roy en fut tresfatisfait.
Il demeura preſent à tout le
Manége, & ordonna qu'on fiſt une
Loge pour la Reyne. Ainſi les Dames
auront la fatisfaction à l'avenir d'admirer
l'adreſſe de ce jeune Prince , & la
bonne grace qu'il a dans tout ce qu'il
fait. Mr. de Bournonville & du Plefſis
, Ecuyers de la grande Ecurie, auront
l'honneur de luy enſeigner tour à
tour cet Exercice. Le premier eftmalade,&
je ne ſçay s'il aura affez de fanté
pour luy venir donner ſes Leçons
pendant fa quinzaine. C'eſt unGentilhomme
d'un merite particulier. H
montre à la grande Ecurie,& le choix
du
90 LE MERCURE
duRoy en fait l'Eloge. Mr. du Pleſfis
dont le nom eſt fi connu , &qui
avoit rendu ſon Académie fi celebre
en faiſant les meilleurs Ecoliers de
France , a eu l'avantage de mettre
Monſeigneur le Dauphin à cheval.
M. de la Touche , choify parle Roy
pour luyenſeigner à faire des Armes ,
eut celuy de les luymettre à lamain
le meſme jour. Il eſt le premier qui
ait réduit cetArt en Science , & il ne
faut point douter que ce qu'il enfeignera
à ce jeune Prince , ne le rende
bientoſt auffi parfait dans ce qui la regarde
, qu'il l'eſt dans tout cequ'il a
déja appris par les foinsde Monfieur
le Duc deMontaufier. Cela paroift
par les marques qu'il donne tous les
jours d'eſprit , dejugement&de memoire.
Deux Exercices de vigueur
commencezdans lemeſme temps , &
qui vont eſtre continuez de la meſme
forte , font voir non ſeulement la
force & l'adreſſe naturelledeMonfeigneur
leDauphin, mais l'ardeur qu'il a
pou.r
GALANT.
91
pour tout ce qui luy peut ſervir àmarcher
ſur les glorieuſes traces qu'il brûle
d'impatience de ſuivre. Monfieur
le Prince de Conty qui a eſté élevé
avec luy , a commencé auſſi àmonter
à chevalle meſme jour. Il a de
grands exemples domeſtiques , & aucuneQualité
ne luy manque pour répondre
dignement à ce qu'il eſt né.
Ainſi on en peut attendre un jour des
prodiges pour la Guerre. Jene vous
ay point encor parléde celledeSicile.
Voicy en peu de mots tout ce qui s'y
eft paffé cette derniere Campagne.
Apres avoir eu d'abord pluſieurs Avantages
vers Taormina , on s'empara
de quelques Poſtes importans aupres
de Catania&de Melazzo. On fe
rendit maiſtre un peu apres de ceux de
Jacy,de Maſary,& de la Motta. CependantMr.
leMareſchal Duc de Vivonne,
dont la pietén'eſt pas moins grande
que le courage , fit jetter aMeſſine les
Fondemens d'une Egliſe à qui doit
parter le nom de S. Loüis . On auroit
pris
92 LE MERCURE
pris des Places plus confiderables que
celles que je vous viens denommer, fi
les Vents, qu'on ne gouverne pas auffi
facilement que les Hommes nous en
euffent permis l'approche, M. de Cafaux
dont la valeur eſt ſi connuë , fit
attaquer un Corps de deux mille
Hommes dans la Plaine de Mafcary.
Mr. de Chaſtenay qui commandoit le
Détachement fut tué d'abord. Mais les
François qui ne font plus rien d'ordinaire
, ne perdent point coeur pour
avoir perdu un Commandant. Ceux
qui furent de l'Occaſion firent auffitoft
plier les Ennemis. Mr. de Cafaux
les ſuivit ,& fit deux cens Priſonniers,
parmy'leſquels il y eut pluſieurs Offciers
. Les Meffinois montrerent beaucoup
de vigueur , & il ne ſe peut
rien adjoûter à leur courage. Quelque
temps apres les Noſtres prirent
Belveder aux environs de Catania.Mr.
le Duc de Crufſol voyant la placede
Lieutenant- Colonel de fon Regiment
vacante par la mort de Mr. de
Ahaste-
1
GALANT. 93
Ahaſtenay , propoſa Mr. de Brégy au
Roy pour la remplir. Il eſtoit Capitaine
dans ce Regiment ; & comme il
avoit beaucoup contribué à la priſe de
Taormina, il avoit eſté fait dés ce meſme
temps Gouverneur de la Scalete.
Sa Maj. qui eſtoit informée de ſes ſervices
, &qui ne les vouloit pas laiffer
fans recompenfe,le jugea digned'eſtre
à la teſte d'un Corps auſſi conſiderable
qu'eſt le Regiment de Cruffol , & luy
endonna la Lieutenance- Colonelle.
Quelque Profeffion qu'on ait embraſſée,
le merite eſt une forte recommandation
pour obtenir les gracesde
ce grand Monarque qui va ſouvent le
chercher hors de la Cour. Nous le
voyons en la perſonne de Mr d'Obeille,
qui vient d'eſtre Sacré Eveſque
d'Orange Il eſtDocteur de Sorbonne,
&c'eſt à cauſe de ſa grande érudition
qu'il a été éleve à la Dignité de Prelat.
En vous faiſant le Détail de ce qui
c'eſtoit paffé au Moriage de Monft. le
Marquis de Beringhen,il me ſouvient,
Ma94
LEMERCURE
Madame , que je vous parlai de la
beautéde l'Hoſtel d'Aumont, & de la
magnificence des Meubles qui en font
les ornemens. Monfieur & Madame
yfurent ily a quelques jours , accompagnez
de quantité de Perſonnes Hluftres
de la Courde l'un & de l'autre
Sexe. Mr. le Duc d'Aumont les reçeut
d'une manierequi le rendoitdigne
de l'honneur qu'ils luy faifoient.
Leurs A. Royales prirent grandplaifir
à voir les raretez qui ſe trouvent
dans cetHoſtel; & apres avoir entendu
deux differents Concerts de Claveſſins
, de Tuorbes , de Luts & de
Voix , qu'on avoit diſpoſez en divers
Appartemens , Elles furent regalées
d'un magnifique Souper , ſervy d'une
façon extraordinaire. La Table eſtoit
une maniere de Croiſſant en demy
Octogone. Il y avoit vingtCouverts.
Monfieur & Madame prirent place à
laface de l'Octogoneoppofée auBuffet
qui eftoit d'une richefſe ſurprenante.
Les Dames ſe placerenr aux deux
coſtez
GALANT.
95
coftez de la Table ; à ſçavoir,Madame
la Comteſſe de Soiffons , Madame la
Ducheffe de Boüillon , Madame la
Princeſſe de Monaco, Madame laMareſchale
de la Mothe Gouvernante des
Enfans de France,Madame la Duchefſe
de Ventadour , Madame la Marefchale
de la Ferté , Madame la Comteſſe
de Louvigny , Madame la Marquiſe
de la Ferté , Madame la Marquiſe
de Beringhen , Mademoiselle de
Grançay , & pluſieurs autres Dames
de la premiere Qualité. Ily avoit une
feconde Table à dixhuit Couverts
pourMonfieur leGrand , Monfieur le
Chevalier de Lorraine , Monfieur
l'Archeveſque de Rheims , Monfieur
leDuc de Villeroy, Monfieur le Chevalier
deMatignon, Monfieur le Marquis
de Saucour , & d'autres Perfonnes
du plus haut Rang. Les Apartemens
eſtoient éclairez d'un tres-grand
nombre de Luftres , & les Tables furent
ſervies avec une propreté admirable.
Onne pouvoit moins attendre du
Tome IX. E foin
96 LE MERCURE
1
foin & de la vigilance du Sieur Renaut
, Maistred'Hoſtel de Monfieur le
Duc d'Aumont. Pendant le Soupé
les Hautbois , les Violons , les Timbales
, les Trompetes , &toute forte
d'autres Inftrumens , formerent un
Concert qui donna un fort grand plaifir
à Leurs Alteſſes Royales. Auffi
fortirent -elles tres-fatisfaites & de la
magnificence du Repas , & des manieres
de celuy qui le donnoit.
Jenedois pas oublier à vous répondre
ſur les plaintes que vous me faites
dece que dans mes dernieres Relations
, je ne vous ay point parlé de
Mr. le Comte de Vienne , Meſtre de
Camp du Regiment de Cavalerie du
Roy. Je ne ſçay comment fon Nom
a pû m'échaper , puis qu'il eft certain
quependant cetteCampagne il adonné
des preuves tres-glorieuſes de fa
valeur dans toutes les Occaſions qui
s'y ſont paffées. Il fert enAllemagne
dans l'Armée de Monfieur de Créquy
avec une ſi ardente paſſion de ſe ſignaler,
GALANT.
97
ler, qu'il s'eſt toûjours trouvé par tout
des premiers , & particulierement au
Paſſage de Rhin lors que le Prince de
Saxe-Eyfenach fut batu , & dans la
Rencontre où les Noſtres défirent
trente Eſcadrons des Imperiaux. 11
eft Fils de Monfieur le Duc de la
Vieuville , Chevalier d'Honneur de
la Reyne , & Gouverneur du Poitou ,
Frere de M. le Marquis de la Vieuville
, aiſné de la Maiſon , Meſtre de
Camp du Regiment de Navarre.
Je reviens à l'Article lugubre que
je croyois avoir quitté juſqu'au Mois
prochain, pour vous apprendre la mort
deM. du Tillet. Il eſtoit Prefident
dés Requeſtes , & Frere du Greffier
de ce nom. Il a laiſſé beaucoup de
bien , & un Fils qui a épousé MademoiſelleBrunet.
Il paſſe pour un tres
honneſte Homme , &on ne luy rend
que juſtice quand onluy donne cette
qualité. Cette mort me fait ſouvenir
quedans maderniere Lettre je ne vous
dis qu'un mot de feu Mr. Daligre ,
E 2 Chan98
LEMERCURE
:
Chancelier de France. Il eſt bon que
je vous apprenne par quels degrez il
eſtoit parvenu à la plus éminente
Charge de l'Estat. Il commença par
eſtre Conſeiller auGrand Conſeil , &
futen ſuite Secretairedu Cabinet , Intendant
de Juſtice en Languedoc& en
Normandie , Ambaſſadeur à Veniſe ,
&Confeiller d'Estat. Feu Monfieur le
Cardinal de Richelieu le choiſit apres
la mort de Mr. le Chancelier Daligre
fon Pere , pour eſtre du Conſeil de
Marine. On l'a veu environ un an Sur-
Intendant des Finances par Commiffion
, apres quoy Sa Majesté le mit du
Conſeil Royal des Finances dont il
demeura Directeur General , juſqu'à
ce qu'Elle luy envoya les Sceaux , &
luy fit prendre le Titre de Chancelier.
Sa moderation& fa juftice luy ont attiré
l'admirationde tous ceux qui donnent
le prix aux choſes ſans paflion.
Il eſtoit connu pour avoir l'eſprit vif
&penetrans dans les Affaires , & il
falloit qu'on en fuſt perfuadé puis
qu'on
:
GALANT
qu'on l'a toûjours employé aux plus
importantes. Il avoit une grandemodeſtie
, une douceur attirante, &beaucoup
d'érudition , en forte que peu de
Perſonnes poſledoient mieux que luy
les belles Lettres .
Je vous ay déja dit beaucoup de
chofes de Monfieur le Tellier que le
Roy luy a donné pour Succeſſeur. Si
toſt qu'il eut preſté le Serment accouſtumé
, Meſſieurs les Maiſtres des
Requeſtes , les Treſoriers de France
de Paris , & les Secretaires duRoy ,
luy allerent faire leurs Complimens ,
ces trois Ordres d'Officiers ayant
d'autant plus d'obligation de prévenir
toutes les autres Compagnies , qu'ils
preſtent eux-meſmes le Serment de
fidelité au Roy entre les mains des
Chanceliers de France , à cauſe de
l'ancienne Dignité de leurs charges ,
& de ce qu'ils font Commenſaux
de la Maiſon du Roy. M. Taſſaut,
Doyen des Maiſtres des Requeſtes
porta la parolepour leur corps ,&s'en
E 3 acqui100
LEMERCURE
4
acquita fort dignement. Mr. de Waroquier
, Chevalier de l'un des Ordres
du Roy , Preſident au Bureau
des Finances , Gentilhomme de noble&
ancienne Maiſon des Pays -Bas ,
&d'un merite connu , parla pour les
Treforiers de France , & parla à fon
ordinaire , c'eſt àdire en termes aiſez
& infinuans , qui fentent plus ſon
Homme de Qualité , qu'un Orateur
qui veut déployer ſon éloquence. 11
lojiaparticulierement comme il le devoit,
ledigne choix de noſtre Auguſte
Monarque que qui avoit rendu la juſti.
cequi estoit denë aux longs& confiderables
ſervices de M. le Chancelier,
auquel il ſouhaita de voir exercer cet
te grande Charge autant d'années
qu'avoit fait feu Mr. le Chancelier Seguier
, afin qu'il joüift plus longtemps
duplaifir que luy donneroient les fervices
qu'il rendroit encor à l'Estat , &
ceux qu'on doit attendre du zele qui
attache ſans relâche Mr. le Marquis de
Louvois à tout ce qui peut contribuer
àla
GALANT 101
-
à lagloire de fon Maiſtre. Mr. Berrier
Secretaire du Conſeil , & Procureur
perpetuel de la Communauté des
Secretaires du Roy , le complimenta
pour leur Corps , & tout ce qu'il dit
fut tres-digne d'eſtre écouté. Mr. le
Chancelier répondit à chacun d'eux
avec fon honneſtetéordinaire ,& avee
cette juſteſle de paroles qui ne luy eſt
pas moins particuliere que naturelle..
Monfieur le Procureur General ayant
preſenté ſes Lettres de Chancelier au
Parlement afin qu'elles y fuffent enre
giſtrées , elles furent leuës tout haut
& reçeuës avec un applaudiffement
qui ne ſe peut concevoir. Ony voit
les grands & importans ſervices que.
ce Miniſtre a rendus à l'Estat en Italie
pendant le Regne du feu Roy , en
France pendant la Regence, &en fuite
ſous Louis le Grand. Parmy tous
lesEloges qui ſont dans ces Lettres,je
ne puis vous entaire un fort glorieux à
Mr. le Chancelier ; c'eſt qu'il y eſt expreſſément
marquéque par ſes ſoins&
E 4 par
102 LE MERCURE
par ſa prudence il a beaucoup ſervy à
pacifier les Troubles de l'Estat. Mr.
le Procureur General fit un Eloge fort
court de ce grand Miniftre ; mais il dit
beaucoup en peu de paroles,& fit voir
entre autres chofes que Monfieur le
Tellier eſtoit heureux d'eſtre né avec
toutes les qualitez qui le rendent fi
recommandable,heureux d'avoir trouvé
tant d'occaſions de s'employer
pour l'Eſtat ; heureux de ſe voir
Chef d'une Famille qui ſecondoit fi
bien fon zele dans les ſervices qu'il
rendoit inceſſamment à ſon Prince ;
heureux d'avoir eſté choiſy pour rem
plir la charge de Chancelier de France
, & de l'avoir eſté par un Roy dont
le juſte diſcernement eſt la marque la
plus incontestable da vray merite ; Et
heureux enfin pardeffus toutes chofes,
des'eſtre montré digne des avantages
qu'il poffedoit. Il y a quelques jours
que l'Académie Françoiſe l'alla ſalüer
en corps. Monfieur l'Abbé Flechier,
Directeur en charge , luy fit un come
pliGALANT
1.03
pliment tel qu'on le pouvoit de
l'Homine du monde qui penſe & qui
s'exprime le mieux. Ses Oraiſons
Funebres font des Chef- d'oeuvres
qu'on ne sçauroit voir fans en admirer
la netteté &la force , & il donne un
tour aux choſes qu'il ſemble qu'il n'appartient
qu'à luy de trouver, Il loua
fans trop d'exageration les qualitez Ex---
traordinaires de Monfieur le Chancelier
, parla dubonheur de ſe voir Pere
d'un Fils qui estoit Premier Duc &
Pair Eccleſiaſtique , & dans une des
plus hautes Dignitez de l'Eglife ; &
tombant de la ſur les ſervices de
Monfieur le Marquisde Louvois , زا
fit connoiſtre de la maniere du monde
la plus délicate , que fi Monfieur le
Tellier avoit conſervé juſqu'icy une
penetration d'eſprit qui ſembloit ne
devoir plus eſtre de fon âge , Monfieur
de Louvois dés ſon entrée aux
Affaires , avoit prévenu par des connoiſſances
avancées ce qu'il n'y avoit
qu'une longue experience qui luy
Es duti
104 LEMERCURE
dût faireacquerir. Comme c'eſt par le
merite ſeul que Mt. le Chancelier s'eſt
élevé au nouveau degré de gloire où
nous le voyons , les voeux de toute la
France avoient en quelque façon prévenu
lajuftice que le Roy a voulu luy
rendre. C'eſt ce qui a fait dire fort
fpirituellement à M². Deſcourades.
Illuſtre le Tellier ,
Vous eſtes Chancelier,
Le Roy feul a fait cet Ouvrage ,
Mais leRoyaume entier,
S'il euft falu prier,
Eust donnéfon fufrage,
Cequeje vous aydit des Lettres de
Chancelier dont Mr. le Procureur General
a demandé l'Enregiſtrement,devroit
avoir eſté précedé de ce que j'avois
fait deſſein de vous dire touchant
lesCeremonies qui s'obſervent à l'ouverturedu
Parlement apres les Vacations.
Pluſieurs en parlent , & peu de
Gens les ont affez examinées pour en
faire un juſte Détail. La matiere eſt
belle,&tout ce qui s'y eft paffé cetre
こanGALANT.
105
année merite voſtre curiofité ; mais je
fuis contraint d'attendre au Mois prochain
à la fatisfaire , n'ayant pas le
temps de vous écrire tout ce que je
voudrois ſur un fi ample ſujet. J'avois
veu prendre le chemin des Quartiers
d'Hyver aux Ennemis. Je croyois y
mettre auffi le Mercure , &que je ne
vous parlerois pendant quelques Mois
que deGalanteries,de Comedies & de
Bals; mais les François infatigables
ſous un Prince qui veille ſans ceſſe au
bien & à la gloire de fon Eftat , ne
peuvent demeurer en repos en aucun
temps. Ainſi je me vois obligé de les
fuivre , quoy que ce ne puiffe eftre que
de loin , & c'eſt par cette raiſon que je
ne pourray vous rendre un compte aufſi
exact que je le voudrois des ſurprenantes
actions par leſquelles ils ont finy
la Campagne.
Apres la glorieuſe Journée de Cokeberg
, les Ennemis demeurerent fi
confternez , qu'ils ſe laiſſerent battre
par divers Partis. M. de Créquy fit
E6 don--
106 LE MERCURE
donner ordre au Gouverneur de la Pe
tite- Pierre d'en envoyer par derriere
l'Armée ennemie qui en fut incommodée.
Il fit auſſi brûler les Fourages de
tous les lieux d'où ils en pouvoient tirer,
& les inquieta tellement, qu'apres
les avoir batus en gros,on peut dire (fi
cen'eſt point abufer du terme) qu'il les
batit encore en détail. Dépuis ce temps
là, ils ne ſçeurent plus ny ce qu'ils faifoient
, ny ce qu'ils vouloient faire. Ils
manquent de Fourages , en vont chercher
àhuit lieuës , &ces Gens qui devoient
tout prendre , craignent qu'on
ne leur prenne Sarbruk. Ils s'éloignent
peu à peu de noſtre Armée. Mr. Jacquier
tombe malade , tout le monde
fait des voeux pour luy; mais les ordres
font ſi bien donnez, que les Noſtres ne
manquant de rien , ne reçoivent aucun
préjudice de fa maladie. Mr. de Cré.
quy prend le Fourage de quatre Villa
ges des environs de Strasbourg. On
luy députe pour luy en faire des plaintes.
Il répond à ceux qui en font char
geza
GALANT.
107
gez , qu'il faut qu'il ſe ſerve de ce qui
eſt à portée, qu'ils l'ont bien voulu, &
qu'il empeſchera le deſordre. Il envoye
en effet ſes Gardes pour l'empefcher.
Les Ennemis n'ont que duBled
de Turquie & de la Paille ; & apres
avoir eſté chez . eux ſe rafraiſchir &
prendre du monde , des munitions&
de l'argent , ils viennent ſe ruiner de
nouveau. Ils apprennent qu'on a bla
mé à Vienne l'imprudence qu'ils ont
euë d'engager un Combat à la Journée
deCokeberg contre la Maiſon du Roy,
celle de l'Empereur (dont en cette
Occaſion les Cuiraſſiers faiſoient partie)
n'eſtant pas capable de luy reſiſter.
Pendant qu'ils fongent à aller prendre
leurs Quartiers d'Hyver , on réſout
d'affieger Fribourg. On cache ce defſein.
Les meſures ſont priſes à la
Cour& à l'Armée. Rien ne ſe découvre
du Secret , rien n'en échape.
Les Ennemis croyent qu'on va à Sarbruk
, & on fait tout ce qu'il faut
pour les entretenir dans cette penſée ,
Ils
108 LE MERC [ ERCURE
Ils y envoyent des Troupes. On en
fait avancer de Flandre pour les mieuxtromper.
Admirez cette conduite.
Tout agit , tout marche , & rien ne
paroiſt. Avant que d'entrer dans les
particularitez du Siege, il eſt aſſez à
propos de vous faire connoiſtre l'im--
portancede laPlace. Elle estoit autrefois
la Capitale du Canton Catholique
appellé le Canton de Fribourg.
Sa ſituation eft en partie ſur une Montagne
, & en partie ſur le panchant de
cette Montagne. La Riviere de Sana
F'environne preſque entiere , & luy
fert d'un large Foffé , qui fait la féparation
d'un grand Fauxbourg. Ce
Fauxbourg a ſes Portes & fes Murailles
, & fe joint à la Ville par trois
grands Ponts qui donnent communicationde
l'un à l'autre. C'eſt du coſté
de la Riviere où Fribourg eſt au Midy
ſur le panchant de la Montagne. La
Montagne eſt de l'autre coſté avecdes
Rochers eſcarpez en façondehaute
Muraille au bord de cette mefine Ri--
viere,
GALANT. 109
:
viere,en forte qu'il n'y a point à craindrequ'on
les puiſſe eſcalader. La Ville
eſt ſpatieuſe. C'eſt un Eveſché ,
&laplus conſidérable des trois Univerſitez
des Terres de l'Empereur.
On l'a fortifiée d'une maniere qui
l'auroit renduë imprénable à d'autres
qu'à des François. Elle a deux Foffez
où il y a des retenues d'eau , deux
Murailles avec des Tours , & une
grande Redoute de pierre plus élevée
que la Citadelle , qui eft de quatre
Baſtions fur la hauteur. Cette Place
a eſté jugée d'une telle conféquence ,
que l'ordre eſtoit donné de lever le
Siege de Philisbourg , plutoſt que de
la laiſſer perdre ſi on l'euft attaquée
pendant ce Siege. Je ne vous feray
pointun longDétail de ceux à qui elle
a appartenu ; je vous diray ſeulementqu'elle
eſt preſentement à l'Empereur
, & qu'on ne peut l'entendre
nominer fans fe ſouvenir des grands
&prodigieuxExploits qu'a faits autrefois
Mt.le Prince enAllemagne , lors
qu'il
1
1.10. LEMERCURE
qu'il n'estoit encor que Duc d'En
guien. La priſe de cette Place eſtoit
d'autant plus importante pour nous ,
qu'eſtant dans le Pays de l'Empereur ,
ne ſçauroit avancer ſur les Terres qui
nous appartiennent , qu'on n'enfalle
auſſitoſt de meſine ſur celles qui font à
luy. Joignez àcelaque Fribourg eltant
fort grand , on y peut mettre ſept ou
huit millehommes en Garnifon, dont
une partie ſeratoûjours preſte à la defendre
, tandis que l'autre s'étendra
dans le Païs. De petites Places pareilles
àPhilisbourg ne ſont pas ſi avantageuſes.
Ce ne font que des Fortereſſes
qui ne pouvant contenir un fi grand
nombre de Troupes, ne peuvent faire
de ſi grandes executions. D'ailleurs
Fribourg affure Brifac que lesEnnemis
menacent depuis fi longtemps,& à l'avenir
ils parleront peut-eſtre moins de
l'affieger , que de reprendre ce qu'ils
ont perdu. Cette Place ne nous met
pas ſeulement en pouvoir de faire contribuerla
Suabe; mais elle nous donne
moyen
GUAL ANT.
moyen d'entrer dans les Païs Hereditaires
, & ofte à l'Empereur une partie
confiderabledeſes Revenus, eſtant certainque
la pluſpart des Penſions qu'il
donnoit à ſesOfficiers étoient aſſignées
fur ce qu'il retiroit de Fribourg. Le
Pays eſt fort remply de Nobleſſe , &
n'a gueres de Paiſans qui nefoient ri
ches. La Place n'eſt commandée par
aucune Ville, & elle commande à toutescellesdes
environs. Sa priſe rompt
les meſures des Ennemis, leur fait qui
ter leurs Quartiers d'Hyver,& les oblige
a en chercher d'autres. Adjoûtez à
ces avantages , celuy de nous eſtre rendus
maiſtres d'une Place où font tous:
lesMagaſins dont on auroit eu beſoin
pour le Siege de. Brifac. Cependant fi
lesdifficultez augmentent la gloire, on
peut dire qu'il n'y a rien qui égale celle
des François . Ils nes'attachent jamais
à des Entrepriſes faciles , & les Places
qu'ils ont attaqué cette année ont tou
jours paſſé pour imprénables . Fribourg
l'euſt eſté ſans doute pour
d'autres
pe
12 LE MERCURE
d'autres Ennemis que pour eux ; &
quoy qu'elle ne ſoit pas auffi forteque
Valenciennes , Cambray , & S. Omer
, mille difficultez en devoient
rendre la Priſe impoffible. C'eſt une
Ville environnée de Défilez qui devoient
empeſcher de l'affieger , fi les Impériaux
n'euffent pas manqué de prévoyance
; & toute Place dont on peut
empeſcher le Siege , peut pafier pour
imprénable. Sa fcituation ſur le panchant
de la Montagne , pouvoit donner
lieu de lamieux détendre. Elle
avoit des Munitions de guerre & de
bouche , & un Commandant qui a
toûjours paffé pour avoir de la conduite
& du coeur. L'Hyver avoit commencé
depuis longtemps en cePaïslà
; il y avoit plus de trois ſemaines
qu'il eſtoit couvert de nége ,&cepen.
dant on réſout d'inveſtir Fribourg.
On ne peut dire qu'on ait prévenu les
Ennemis , pour ſe mettre en campagne
avant la Saiſon ; qu'ils n'avoient
point de Troupes fur pied , & qu'on
eſtoit
GALANT. I113
eftoit éloigné d'eux . Le contraire eft
connude tout lemonde; les Armées
eſtoient proches l'une de l'autre , &
la leur eſtoit forte quand on a formé
ce deſſein. Mais dequoy ne vient on
point à bout , quand ce qu'on entre
prend eſt bien digeré ,& qu'on execute
avec beaucoup de valeur&de conduitedes
Ordres envoyez avec de prudentes
reflections ? Mr. le Mareſchal
deCréquy apres avoir donné aux Ennemis
la jalouſie dont je vous ay déja
parlé , fait courir le bruit dans fon
Camp, qu'il attend pour le quiter ,
que le Prince Charles ait décampé.
Cependant il part une heure apres , &
ſe rendàBrifac avec une diligence in
croyable. Il avoit donné ordre qu'on
fiſt un Pontde Bateaux fur le Rhin. Il
fut achevé en douze heures par les ordres
de M. de Viſſac. Cet illuſtreGeneral
ayant veu que toutes les choſes
qu'il avoit eu ſoin de faire préparer
eſtoient en état, ordonna un Détachement
de quinze Maiſtres par Compagnie
,
114 LE MERCURE
gnie , & Mr. de Lançon Lieutenant
General eut ordre de demeurer avec le
reſte de la Cavalerie dans des Quartiers
depuis Scheleſtat juſques à Brifac.
Admirez la conduite de M. de Crequy.
Il s'éloigne des Ennemis ſans en
éloigner ſes Troupes . Elles couvrent
encor Brifac & Scheleftat , & il ofté
auxEnnemis le moyen de faire aucune
Entrepriſe pendant qu'il affiegera Fribourg,
en cas qu'ils ne veulent pas tenter
de le ſecourir. Apres tant d'ordres
auſſi judicieuſement que ſecretement
donnez, Mt. le Baron de Monclar part
àdix heures du ſoir avec une Brigadede
Cavalerie , les Dragons de du Fay, &
cinq Bataillons que commandoit M.
d'Aubijoux , afin d'inveſtir Fribourg .
Le reſte de l'Armée défila à la pointe
dujour ſur deux Ponts ; & d'abord que
les autres Troupes ordonnées pour
cetteExpedition eurent paffé , M². de
Créquy ſe mit àlateſte de la Maifon
duRoy. Je vous aydéja marquéqu'ily
avoit des Defilez pour arriver à Fribourg.
GALANT.
115
bourg. Mr. le Mareſchal de Crequy fit
couper beaucoup de Bois qui les einbaraſſerent
de telle forte,que les ennemis
n'auroient pû les paſſer ſans beaucoup
de peine ,& fans grande perte. Le
voila devant Fribourg. Si ceux de la
Place furent étonnez de voir qu'on les
affiegeoit , les Affiegeans ne le furent
pas moins , de connoiſtre le deſſein
qu'on avoit pris , le ſecret ayant eſté ſi
bien gardé , qu'ils n'avoient ſçeu jufques-
là en quel lieu on les menoit.
Quand cette Nouvelle fut publiée à là
Cour , le General Major Harang (qui
comme vous ſçavez avoit été pris dans
la Journée de Cokberg) dit qu'il eſtoit
impoſſible que le Siege fut veritable, à
moins que l'Armée de l'Empereur fon
maiſtre n'euſt eſté entierement défaite.
Et quandil apprit qu'on nes'eſtoit
point batu , il admira la merveilleuſe
conduite du Roy , la prudence de ſes
Miniſtres,& l'ardeur infacigable de ſes
Generaux.Toutes les Troupes n'étant
pas encor arrivées, Mr. le Mareſchal de
Cré116
LE MERCURE
Créquy viſita la Place , les Poftes &
les Paffages des environs, avant que de
faire la diſpoſition des Quartiers . Les
Ennemis brûlerent un de leurs Fauxbourgs
, & tirerent pluſieurs volées de
Canon fur les Troupes les plus avancées.
Mr. d'Aubijoux ſe logea avec
les cinq Bataillons dans le Fauxbourg
brûlé du coſté de la gorgede la Montagne
, où l'on réfolut de faire l'Atta.
que. Ilpouffa meſime un Logement
avec cinquante Hommes, à quelques
pas du Foffé. Les Ennemis firent un
affez grand feu. Il n'y eut que vingt
Soldats tuez & bleſſez , un Capitaine
d'Orleans tué , & un de Feuquieres
bleffé. Le lendemain le reſte des
Troupes eſtant arrivé , Mr. le Mareſchal
diſpoſa les Quartiers dans l'ordre
ſuivant , afin que les Troupes ne
fouffriffent point.
DifGALANT
117
Diſpoſition des Quartiers de l'Armée devant
Fribourg le 10 Novembre.
M. de Choiseuil ,
Monfieur de la Feüillée,
M. de Hautefeüille,
Eſtoient à Vendeling, avec lesBrigades
De la Maiſon du Roy,
De Bulonde,
Et de la Ferté .
M. le Marquis de Genlis,
M. de Renty .
M. le Comte de Roye,
Et M. de Boquemar,
Eſtoient à Lehen , avec les Brigades
De Beaupré,
De Vivans,
De Boiſdavid,
Et de Vendoſme.
M. le Baron de Monclar,
Et M. le Marquis de Lambert,
Eſtoient à Betzenhuls , avec les Bri--
gades De
१०
LE MERCURE
De Moreüil ,
DeDugas .
Et de Joſſau.....
M. le Comte de Maulevrier Colbert
,
Et M. le Comte de Broglio ,
Eftoient àZering, avec les Brigades
De S. Loup ,
De Bertillac ,
:
Et les Dragons de Liſtenay
Et de Teffé .
Mr. le Comte de Schomberg eſtoit
àHerdem , avec les Brigades
De Novion ,
Et de Nefle.
La Brigade de Mr. d'Aubijoux
eſtoit à Viter , Fauxbourg brûlé.
Les Dragons du Roy & de du Fay
eſtoient a Neter; Et laBrigade de la
Valette, a Gunterſtal & a Delhuts .
Apres cette diſpoſition , il changea
P'ordre qui avoit eſté donné pour l'ouverture
GALANT. 119
1
verture de la Tranchée , & voulut
qu'on l'autre coſté de la Ville , laiffant
laMontagne à gauche. Il fit conferver
le premier Logement pour
fervir de fauffe Attaque. Le mefme
jour M. le Comte de Schomberg emporta
l'Epée à la main , deux Redoutes
avancées fur la hauteur du Chateau,
Il eſtoit à la teſte de trois cens
Hommes , foûtenus des Brigades de
Normandie& de Nofle .
1
LaTranchée fut ouverte à l'entrée
- de la nuit. Les Officiers Generaux
eltoient M. le Comtede Maulevrier
Colbert , & Mr. de la Feuillée&de
Boiſdavid. Mr. le Marquis de Harcour-
Bévron commandoit deux Bataillons
de Picardie, Deux autres de Champagne
prenoient les ordres d'undes
1- principaux Officiers de ce Corps.
| Comme les François font intrépides
&accoûtunmez à vaincre,& qu'on vouloit
venir promptement à bout de cette
Entrepriſe , on ne fulvoit point la
pratique ordinaire , qui eſt d'ouvrir la
Tom. IX. F Tran-
1.
120 LE MERCURE
Tranchée fort loin de la Place, Elle
fut commencée affez pres , & on tira
une grande Ligne paralelle à la portée
du Piſtolet. Les Bateries qu'on avoit
dreſſées la nuit, tirerent à la pointe du
jour. Elles ruinerent des Flancs & des
Embraſures par où les Ennemis pouvoient
tirer. LaGarde de la Cavalerieeſtoit
commandée par Mr. de Neuchelles
Lt. des Gardes du Corps. On
perdit quelques Officiers ſubalternes .
Mr. le Comte de Buffay un des Lieutenans
Generaux de l'Artillerie , &
Mr. de Culan Colonel de Picardie ,
furent tuez.
Les Bataillons de Normandie ,
Feuquieres , la Marine, & Vaubecour,
releverent la Trenchée la nuit du onze
au douze. Mr. le Marquis de Choifeüil
, Mrs. les Comtes de Broglio &
d'Aubijoux, eſtoient de jour, On prépara
toutes choſes pour la deſcente du
Folfé,&onſe contenta de ſe logerſur
lebord, parce qu'on le trouva large&
difficileàcombler.Onn
mit encor quelques
GALANT. 121
ques Pieces en baterie par les foinsde
Mr. leMarquis de la Freſeliere. Elles
furent tres -bien ſervies , & Monft . le
Mareſchal de Créquy pafla la nuit à
ſon ordinaire , c'eſt à dire dans la
Tranchée. Comme le clair de Lune
eſtoit grand, nous perdîmes quelques
Gens cette nuit- là. Mr. de la Tillaye
Lieutenant Colonel du Regiment de
Normandie , Officier d'un merite fingulier,
fut tué. Mr. d'Affonville Ayde
de Camp deM.de Créquy,& Mr.de
Roquefeuille Enſeigne de ſes Gardes ,
furent bleſſez. On fit une Bréche de
quarante pas par lehaut , apres laquelleon
ſomma le Gouverneur , qui fier
d'avoir appris ſon Meſtier parmy les
Troupes de France , répondit qu'un
Homme comme luy ne ſe rendoit pas
aupremierAflaut.
La Tranchée fut relevée la nuit du
douze au treize , par Mr. le Comte de
Roye , M. de Boquemar , & Mr. le
Chevalier de Novion , avec le Bataillons
d'Auvergne , de Bretagne , &
1
F2 de
122 LE MERCURE
1
:
de Dampierre. On travailla à une
nouvelle Sape & à une autre Baterie
qui voyoit la Breche à revers ,& on
élargit les Travaux.
Letreize au foir, les OfficiersGeneraux
qui releverent la Tranchée ,
furent Mrs , les Marquis de Genlis, de
Renty , & de la Ferté , avec lesBa.
taillons d'Orleans , de laCouronne ,
& de la Freſeliere. On avança fort
par les Sapes , & l'on travailla à une
Mine. Mr. le Marefchal de Créquyalla
luy- mefine reconnoiftre la Bréche
&réſolut de tenterun Logementdeffus
, ayant reconnu que les Ennem's
ne travailloient point derriere. Des
Gens détachez avec des Travailleurs,
defcendirent dans le Foffé avec des
Echelles , & monterent à la Bréche à
quatre heures. Elle ne fut défenduën
que par ungrand feu que firent lesAffiegez
des maiſons qu'ils avoient percées.
On lapaffa malgré cet opſtacle.
Ceux qui fe rencontrerent dans les
Ruës furent tuez. On approcha de la
Porte
GALANT . 123
L
Portede la ſecondeEnvelope, Les Bataillons
d'Orleans & de la Freſeliere
seurent ordre de M. de Créquy d'ertrer
par la Bréche pour ſoûtenir les
Gens détachez . Mr. le Marquis de la
Ferté & Mr. de Tracy ſe ſaiſirent
des Poftes avancez avec beaucoup d'intrépidité,
& y mirent des Soldats. Mr.
le Marquis de la Ferté fut bleflé en
cette occafion . Mr. le Marquis de la
Freſeliere le fut auffi le meſme jour ,
en donnant ſes ordres avec ſon activité
ordinaire , pour faire avancer une
Piece de Canon contre laPorte , qui
ſe trouva bouchée de fumier.
LaTranchée futrelevée par les Regimens
de Vendofme, laFerté, Con-
-dé,& la Fére , Les Officiers Generaux
eſtoient Mr. le Comte de Maulevrier ,
Mr,leMarquisde Bouflairs , & M². le
Duc de Vendofme. Mr. de Crequy
voulut preffer l'Attaque de la Villes
& pour cet effet , pendant que le Canon
batoit en Bréche , il ordonna au
Regiment de la Ferté qui avoit la teſte
dela F3
124 LE MERCURE
de la droite,de faire un Logement ſur
leborddu Foſſé,& meſme la defcente,&
à celuy de Vendoſme , de faire la
meſme choſe ſur la gauche. Comme le
terrain eſtoit tout pavé , on ne pût aifément
remuer la terre,& il falut porter
avec ſoy dequoy ſe loger. Il ne ſuffit
pas d'eſtre François pour ofer tenter
une pareille Entrepriſe, il faut eſtre
né ſous le Regne de Louis XIV. dont
l'exemple n'inſpire que des prodiges.
Mr. de Laubanie Major du Regiment
de la Ferté , y fut bleſſé d'un autre
coſté. Mr. le Comte de Schomberg
s'empara d'un Ouvrage de terre qui
couvroit la Redoute de pierre dont le
Chaſteau eft commandé,&un peu apres
ilſe rendit maiſtre decette Redoute
par le moyen de deux Pieces de
Canon que les Anglols avoient guindées
, dont ils furent bien récompenſez
par M. le Mareſchal de Créquy.
Lepremier coupde Canon emporta la
teſte de celuy qui commandoit dans
cetteRedoute,dont la priſe avança fort
: celle
GALANT. 125
celle de la Ville.On tenta deux Logemens
pour ſoûtenir celuy qu'on avoit
fait aupres du reveſtiſſement duFoffé.
Noftre General ne voulut pas les faire
achever , parce qu'il faloit aller à découvert
, & eſſuyer le feu du canon
chargé à cartouches. C'eſtoit en plein
jour ,& cependant l'ardeur des Troupes
eſtoit ſi grande , qu'on eut toutes
lespeines dumonde à les faire retirer.
Le Bataillon de Vendoſme fit merveille
en cette occaſion. Mr. Limbaut,
qui en eſt Lt.Colonel , y fut bleſfé. II
eſt impoſſible de faire voir plus d'itrépidité&
plus de conduite qu'en fit paroiſtre
Mr. le Duc de Vendoſme;le péril
ne l'étonnoit point , il eſtoit par
tout , il animoit les Soldats , & l'on
peutdire que fon exemple ſervit beaucoup.
Mr. de Créquy fit tout diſpofer
pour l'Affaut . Les ennemis l'appréhendérent
, & batirent la chamade. Ils
envoyerent un Oſtage , & reçeurent
en ſa place Mr, de Courvaillon Lieut.
Colonel de Condé. La Négotiation
F4 dura
126 LE MERCURE
dura quelque temps. On permit aux
Officiers d'aller voir la Bréche. Le
Gouverneur demanda deux Pieces de
Canon ; on luy en accorda une , & la
feconde fut donné en confideration du
Marquis de Baden . Les Articles ordinaires
ayant eſté dreſſez , les Ennemis
livrerent une Porte de la Ville, & une
du Chaſteau. Il n'étoit pas neufheures
du matin. La Garniſon qui eſtoit encor
de quatre cens Chevaux , & de dix
ſept cens Hommes de pied , fortit à
midy,& fut conduite à Reinsfeldt. Mr.
d'Oſſonville partit auſſitoſt par l'ordre
de M. le Maréchal deCréquy, pour aller
rendre comere Roydu duprompt
fuccés de cette ſurprenanteEntrepriſe.
Cette nouvelle conqueſte va fournir
aux beaux Efprits une ample matiere
d'écrire. Voicy ce qui mevient d'eſtre
envoyé. Liſez , Madame. Ces Vers
font dignes de celuy qui les a faits.
Vous avez déja veu debelles choſes de
luy,&vous en conviendrez , quand il
me ſera permis de yous le nommer,
SUR
GALANT. 127
:
SUR LA PRISE
DE FRIBOURG
On dit que tous les Roisfont les vives Images Del'Eftre indépendant qui reçoit nos hommages,
Etqu'un écoulementde la Divinité
Faitfur lefront des Rois brillersa Majefté.
Maissi jamais un Roy dans ſatoute-puiſſance
Apû flaterJon coeur de cettereſſemblance,
C'est leRoy des François, cepremier desMørtels,
Qui denos vieux Héros renverſe lesAutels,
Qui tientJousſes Lauriers leurs Palmes étouffées,
De ces faux Demy -Dieux détruit tous lestrophées,
:
EtprépareuueHiſtoire àlaPofterité,
Qui nepeut espérerque l'incrédulité.
Lors que LOUIS paroiſt dans une paixprofonde,
Son ame eft occupée à gouverner leMonde,
Et lesſoins affidus deſonplus doux repos
Guident les mouvemens de cent milleHéros. (re,
Ceuxqui vontfous ſon Nomde Victorre enVictoi-
Brillans desesrayons, & couverts defagloire,
Sont toûjours agiſſansfur laTerre &les Mers,
Etcraignent le repos plus que tous les dangers.
Créquy,c'estoit afſſez d'avoir dans ta Campagne
Arrefté les effortsde cesRoys d'Allemagne,
Et d'avoirfait connoistre àtant de Souverains
Celuy que veut leCielpourMaistre des Humains..
Chaque
128 LEMERCURE.
1
Chaque instant chaquepas valoit une Conquestes
Maisde tant de Lauriers tu veux charger la Teſte,
Que le Sort de la Guerre avec tousſes hazars
N'ait plus pour toy de foudre , & t'égale aux
Céfars.
Le Siege de Fribourg , cette haute Entreprise,
Apeine estoit connu, quand on àſçeusa priſe ;
Et ceux qui chez lePrince avoient quelques accés,
S'informant du defſfein , ont appris lefuccês.
Vy,gloire des François , vy Héros magnanime,
Seur de tout noſtre amour , de toute noſtre eſtime ;
Mais en vivantpour nous,connois ceque tu vaux,
Etménagetesjours parmy tant de travaux ;
Nenousforcejamais àregretter un Homme
Que Fabrice enviroit , s'il renaiſſoit dans Rome,
Et laiſſe profiter les Peuples ſans effroy
DesSoins d'un grand Sujet ſous les Loix d'un
GrandRoy.
Ce Madrigal d'une Perſonne de
qualité ſur le mefme ſujet, meritebien
que vous le voyiez .
Quelques braves quesoient les Soldatsd'Al- lemagne,
Et ceuxqui font nourrisſous les armes d'Espagne,
Onne voit qu'en Eſté leurs plu vaillansGuerriers.
Dans labelle Saiſon tout le monde moiſſonne ;
Loüis ſeul en Hyver , au Printemps , dans
l'Automne, (Lauriers.
Sur l'Empire , en tous lieux , sçait cueillir des
C'eſt
GALANT: 129
C'eſt affurément quelque choſede
furprenant , que d'avoir ajoûté Fribourg
dans le commencement de l'Hyver
, aux conqueſtes qui avoient eſté
faites avant le Printemps. Si-toſt qu'il
fut pris , Mr. le Mareſchal de Créquy
yfit tracerde nouvelles Fortifications.
Mr. le Marquis de Lanıbert Mareſchal
de Camp y doit commander , &
Mr.de S. Juſt ſous luy. Il eſtoit Lt. de
Roy dans Philisbourg. Il a de la conduite
, & fçait faire valoir les avantages
que donnent les Places de cette
importance. Mr. de Créquy ne de
meura pas longtemps dans celle cy. La
Victoire l'appellant ailleurs , il y mena
laMaiſon du Roy. Mr. le Marquis de
Genlis ,&Mr. le Comte de Broglio ,
eſtant de jour , ſe mirent à la teſte de
l'Armée. Mr. le Marquis de Villars
qui commandoit trois cens Hommes
avancez, rencontra pluſieurs Regimens
deCavalerie ; il en batit l'Arrieregarde,
qu'il poursuivit longtemps avec la
mefme vigueur& la mefme conduite
F6 qu'il
130
LE MERCURE
qu'il a déja fait paroiſtre pluſieurs fois
pendant cette Campagne , quoy qu'il
foit dans une grande jeuneſſe. Il fit
plus de ſoixante Priſonniers , entre
leſquels estoient deux Capitaines , &
il y eut environ quarante Dragons
tuez. Nous euffions pouffé nos avantages
plus loin , fi nousn'euffions point
eſté dans une gorge de Montagne où
lesTroupes avoient beaucoup de peine
à paffer. Les Ennemis en eurent
plusde temps pour fuir. On prit enfuite
la Ville& le Chaſteau de Walkvik
, qui ſe rendirent apres avoir eſté
fommez. On y trouva une grande
quantité de toute fortedeProvifions.
Cette Place eſt à deux lieues de Fribourg
dans une Vallée qui conduit en
Suabe.
Je ne puis quiter l'Armée d'Allemagne
, fans vous dire que les démeflez
du Prince Charles & de Monfr. le
Duc de Vendoſime dont je vous ay
parlé , ne regardent que les intereſts
du Roy & de l'Empereur. Ils conferyent
GALANT.
130
vent une parfaite eſtime & une fort
grande honneſteté l'un pour l'autre.
Monfieur de Vendoſme , comme un
des plus proches & des plus illuftres
Parens de la Ducheſſe de Lorraine ,
luya toujours rendu ſes devoirs , &
l'a viſitée ſouvent à Strasbourg. Si
ses Princes s'y rencontroient , ils feroient
comme nos Braves de l'une &
de l'autre Armée , qui apres s'eſtre
régalez malgré la diverſitédu Party ,
ſe batent au ſortir des Lieux où l'on
obſerve la Neutralité comme s'ils ne
s'eſtoient point connus auparavant.
Pendant qu'on s'eſt rendumaiſtre
de Fribourg , Monfieur le Mareſchal
deHumieres n'eſt pas demeure inutile
en Flandre. Il a pris le Chaſteau de
Boffu. Il auroit falu autrefois faire un
Siegedans les formes pour une pareilleConqueſte
; mais les François d'aujourd'huy
vont plus viſte, &rien n'eſt
capablede les arreſter. :
Il ne me reſte plus , Madame , qu'à
vous parler de l'Enigme deuna derniere
132 LE MERCURE
mere Lettre , dont il est vrayque vos
Amies ont trouvé le mot. Celle de la
Lettre Rles devoit empêcher de croire
qu'on en euft fait une ſeconde fur
une autre Lettre de l'Alphabet , mais
je voy bien qu'elles ne ſe laiſſent pas
aifément embraſſer. Vous ne sçauriez
vous imaginer combien j'ay reçeu d'agreables
Lettres là deſſus. Je vous en
ferois part , fi elles ne m'eſtoient pas
trop avantageuſes. J'en ay une dequel.
ques Dames de Paris, àqui je ſuis bien
fâché d'avoir à dire pour réponſe
qu'elles ont perdu la difcretion , & que
l'Abbédont elles meparlent a deviné
juſte. Vous voyez par là que l'Enigme
a fait faire des gageures . Detresſpirituelles
Provinciales m'ont auſſi
écrit de Noyon & de Lyon ; mais ce
qu'elles m'ont écrit eſt ſi obligeant
pourmoy , que je n'oſe le rendre públic.
Les dernieres dattent fort ingénieuſement
dela Villed''V, &medifent
qu'elles ne ſe ſont pas mal trouvées
d'avoir conſulté Apollonius au
lieu
:
GALANT.
133
lieud'Apollon. S'il elt auffi grand Sorcier
qu'elles veulent que je le croye , je
tâcheray d'y trouver accés pour ſçavoir
qui font deux belles couſinesde
Poitou dont j'ay reçeudes Lettres toutes
charmantes.Jedis belles, parce qu'-
clles me paroiſſent trop galantes pour
n'avoir pas autant de beauté qu'elles
ont d'agrément à s'éxprimer. Si j'y
puis reüffir, Madame, je vous en feray
lePorrrait la premiere fois que je vous
écriray,&je m'imagine que je le feray
affez reſſemblant. Je ſuis déja convaincu
qu'elles ont autant d'eſprit qu'on en
peut avoir , & à leur maniere d'écrire
il ne m'eſt pas difficile de connoiſtre
qu'elles font deQualité.
Je reviens à l'Enigme. VosAmies
n'ont pas ſeules deviné qu'elle n'eſt
rien autre choſe que la Lettre V. Outre
toutes les Lettres que vous voyez qui
m'ont eſté écrites là-deſſus , j'en ay
reçeu pluſieurs Explications en Vers
que je ne vous envoye point , par la
crainte de rendre l'Article trop long,
11
134 LE MERCUR
Ily a entr'autres un Sonnet qui a eſté
fait pour des Dames qui obligerent un
Homme de qualité qui a longtemps
ſervy dans les Armées , à le faire en
leur preſence. Il eſt tout plein d'efprit
, & fait connoiſtre fort ingenieuſement
que la Lettre V a degrands
avantages , puis qu'elle ſe rencontre
aumilieu duNomdu plus grand Roy
de la Terre.
Autre Enigme à propoſer auxBelles
Perſonnes à qui vous faites part de
mes Lettres . Elle est un peu longue ,
mais je latiens juſte ; & vous vous
fouviendrez , s'il vous plaiſt , que
j'en attens l'explication fur chaque
Article. Je vous feraypart de celles
qu'on me donnera .
ENIGME
t
un vafte Corps , composé de Parties
J
E fuis
Inégalement afſferties,
Avant quej'en fuſſeformé
ToutesSeparément avoient efte
Etje neme trouve animé
Que de cequifans moy lestenoitanimées.
1
formées ,
:
Ma
GALANT.
135
Mes membres ont estésans nul ordre construits
Point de Teſte en mon Corps ; pour des Bras,
i'enfourmille ,
Par eux je fais ceqquueejjeepuis,
Etpour la naiſſance , je suis
D'illustre tout enſemble &de Baſſe Famille.
Iefais tous mes efforts chaquejoouurrpouurrggrrooffir.
Croyant me rendre formidables
Maissi pour la groſſeuran me voit réüſſir,
Bienloin d'en eſtre redoutable ,
Plusje parois énorme en épaisseur ,
:
Plusje me montrefoible , &fais voir quej'ay
1
peur.
Outrequ'avec le temps mes Membress'agrandiffent
,
Quelquefois tout-à-coup il m'envient denow
veauxs
Etcamine àmes besoins cefont'eux quifournis
fent
Souventje lesjepare, & me mets par morceaux.
Chacunde ſon costé marche , agit , feremuë ,
Et lorsquedu repos pour moy l'heure est venuë,
Et qu'en les raſſemblant je cherche àmenourrir
,
lefuisfimalheureux dans ma diſette extréme ,
Quejenepuis trouver dequoy meſecourir ,
Qu'enme batant contre moy-mesme.
En certain tempsje suis ſeur d'expirer.
Maisfijem'entens bien avecchaquc Partie
Qui
136 LE MERCURE GALANT .
Qui composemon Corps & me fait respirer,
Jepuis me racheter la vie.
Quelques soins que j'employe à conferver ce
Corps,
Quelquefoismalgré mes efforts
As'entredéchirermes Membresse hazardent .
Le grand'eclat me bleſſe , &jamaisdu Soleil
Les trop brillans rayonscontremoynesedardent,
Queje n'ensouffre un tourmentfanspareil.
Je ſuis , Madame , voſtre , &c.
A Parisce 30. Novembre 1677.
V
TATABLE
Des Matieres contenues en
ce Volume,
Declaration d'amour d'un Ruiſſeau à une
Prairie.
Hiſtoire de Roüen.
Monfieur l'Abbé Poudens eft nommé à l'Eveſché
de Tarbes , Monfieur l'Abbé de Suſe àceluy
de S. Omer, Monfieur Tellier Curé de S. Severin
, à celuydeDignes.
Epiſtre en Vers àMonsieur le Ducde S. Aignan.
LaReyne vient viſiter Madame la Ducheſſede
CrufſfolpendantJesCouches.
Recour de Monfieurle Duc de Luxembourgde
I'Arméede Flandres.
Quartiers d'Hyverdonnez aux TroupesduRoy.
Sa Majesté donne la Charge de Lieutenant de
Roy dans la Haute Guyenne à Monfieur le
Comtedela Serre.
Retour de Monfieur le Duc du Mainedes Eaux
deBarrégė.
Lettre en Vers & en Proſe en formedeLegende
de Bourbon , dans laquelle il eſt parlé de ceux
quiy ont esté prendre des Eauxpendant l'Automne.
Concert donné à Nimegue chez Monfieur leMareſchald'Estrades
, avec quelques Inſtrumens
nouveaux.
Sounet contre le Mercure Galant .
Lettre écrite d'un Defert prés de Grenoble.
Le
TABLE.
LeParroquet & la Guenuche. Fable à MademoiselledeM.
Lettre Galante à Madame de F.
Amours de Thiton de l'Aurore , petit Opéra
repreſenté chezun grand Miniſtre.
LeRoy donne l'Abbaye de Farmontier àMadame
lAbbesse de Sainte Menehoult , cellede
Sainte Meuehoult à Madame duBoulay ,
sellede S.Jacques prés Bourbon à Madame
deVaudetart-Bournonville Perfan.
Description d'un Present fait au Roy parMonfr.
l'Abbé le Houx.
Deux Arcs de Triomphe ſont trouvez ſous terre
àRheims, Sur lesquels M. de Santenil Chanoinede
S. Victorfait des Vers. Eloge de cette
Maifon.
Rolledes Vaiſſeaux du Ray à Toulon.
L'Amant vantoulé , Histoire.
SaMajesté donne à Monsieur d'Eurre Fils la
Lieutenance de Roy des Ville &Citadelle de
Montelimar , & celle de la Ville& Citadelle
de Valance àMi. deGenas.
Meſſieurs de Renel , de Flamarin , de Beaulieu
de Forterville font regeus Chevaliers de
P'Ordre de S. Lazare.
LesFleurs ,Idylle de Madame Desboulieres.
MortdeMadamede Torigny.
Mortde Madame la MareschaledAlbret .
Description d'une Horloge extraordinaire preſentéeau
Roy &qui doit eſtreſuſpendue comme
un Lufire.
MaTABLE
.
Malomoiſelle de Vaillac prend l'Habit de Carmelite.
Monseigneur le Dauphin montepour lapremiere
fois des Chevaux d'Ecole & apprend à
desArmes.
Ce qui s'eſt paſſe en Sicile pendant cette Campagne.
LeRoy donneà M. de Bregy la Lieutenance Colonelle
du Regiment de Cruſſol , vacantepar
la mort de M. de Chaſtenay .
M. d'Obeille eſt ſacré Evesque d'Orange.
Magnifique Repas donné à Son Alteſſe Royale
parM. le Duc d' Aumont.
Mort de M. le Preſident du Tillet .
Divers Emplois de feu M. d'Aligre , par lefquels
ileſtoitparvenu à la Charge de Chancelier.
Complimens faits à M. le Tellier par M. Iaf-
Jaut Doyen des Maiſtres des Requestes , M.
Varoquier Preſident au Bureau des Finances,
M. Berrier Secretaire du Conſeil.
M. le Procureur General demande l'enregiſtrement
de ſes Lettres au Parlement ; Elles y
font leuës , & il parlaſujet.
M. l'Abbé Flechier fast ſon Compliment au mefme
à la teſte de l'Academie Françoise , dont
il eſt Directeur.
Versaumeſine.
Cequi s'eſtpalé en Allemagne depuis la Ioura
née de Kokberg , la Prise de Fribourg , la
Défaite l'ine Arrieregarde des Ennemis &
la Prisede Valkrik.
Prise
TABLE.
Priſe du Chafteau de Boſſupar M. le Mareschal
* de Humieres. 1
Réponſeaux Bellesde Paris, de Lyon , de Noyon,
de Poitou , dont l'Autheur du Mercure a
**reçeu des Lettres .
Explication de l'Enigme du 8.Tome du Mercure.
Enigme.
Fin de la Table.
On
0
N donnera un Tome du Nouveau
Mercure Galant , le premier
jour de chaque Mois ſans aucun
retardement . Il ſe diſtribuëra toûjours
en blanc chez le Sieur Blageart,
Imprimeur- Libraire , Ruë S. Jacques,
à l'entrée de la Rue du Plaſtre. Et au
Palais , où on le vendra vingt ſols
relié en Veau , & quinze relié en
Parchemin.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque
Contrefaçon dite « à la sphère » du Mercure de Paris.