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1677, 04, t. 2 (contrefaçon)
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LE NOUVEAU
MERCU R. E
GALAN T,
CONTENANT TOUT
ce qui s'eft paffé de plus curieux
pendant le mois d'Avril
de l'année 1677 .
TOME 11.
Suivant la Copie impriméo
A PARIS ,
Chez la Veuve O. de VARENNES,
au Palais , dans la Salle Royale,
au Vaze d'or , 1677.
"
**
"
BIBLIOTHECA
REGIA
MONACENSIS .
214A4
A MADAME
LA COMTESSE
DE BREG Y.
MADAME ,
Je prens la liberté de vous offrir
un Livre dont j'ofe croire que la le-
Eture vous plaira ; & je puis me le
perfuader fans trop de présomption ,
puis qu'elle vous renouvellera , ce que
vous entendez publier par tout avec
plaifir à la gloire de SON ALTESSE
ROYALE. Ainfi , MADAME ,
ce que j'aurois defefperé d'obtenir du
peu d'ornemens que j'ay efté capable
de prefter aux Nouvelles dont j ay d
vous entretenir , je l'attens de la di-
A 2
gnité
EPIST RE.
gnité de la matiere , & je ne puis.
m'empefcher de vous les offrir avec
confiance , quand je voy qu'une des
plus importantes regarde ce qui vous
intereffe le plus. Je ne confidere en cela
ny ma foibleffe pour une fi grande
entreprife , ny ces lumieres merveilleufes
qui vous font appercevoir des
defauts dans ce qu'on donne au Public
de plus achevé . Il y a des chofes
qui ne fçauroient jamais eftre mal dites
; il ne faut que les bien fçavoir ,
pour en faire un recit qui produife
Padmiration qui leur eft deüe ; & les
termes les moins relevez ne les
peuvent
affoiblir, pourveu qu'on foit fidelle
dans le dénombrement de leurs
circonftances. Telles font les grandes
Actions de MONSIEUR ; Elles
n'ont befoin ny d'une éloquence
étudiée qui contribuë à les faire paroiftre
dans leur jour , ny d'une exageration
artificieuse qui leur prête ce.
qu'elles n'auroient d'elles- mefmes.
Il suffit de dire fimplement de quelle
pas
maE
PISTRE.
que
maniere elles fe font paffées, pour eftre
affuré de ne rien dire de
furprenant;
& fi la haute réputation que
ce grand Prince s'eft acquife par fon
courage & par fa valeur , rend tout
le monde fenfible à fes avantages , que
ne dois je point attendre de Vous qui
luy avez confacré une tendreſſe qui ne
s'eft jamais démentie , & qui avez
toûjours regardé fa gloire comme la
plus capable de vous toucher ? Auffi ,
MADAME , fi cette tendreſſe
ne pouvoit avoir un plus noble Objet ,
elle eft
glorieufement récompensée par
les témoignages d'eftime & de confideration
particuliere que vous recevez
tous les jours de SON ALTESSE
ROYALE. C'est par là que je pourrois
m'assurer que mon Livre trouveroit
un accés favorable aupres de ce
Prince , fi vous daigniez luy en faire
paroistre quelque fatisfaction. Il eft fi
perfuadé de voftre jufte difcernement
pour toutes chofes , que ce qui a eu
voftre approbation luy femble toujours
A 3

diEPIST
RE.
ن م
digne de la fienne. C'est une justice
qu'il aime à vous rendre , & que toute
la France vous rend avec luy ;
mais , MADAME, je ne veux
point prévenir vos fentimens , & il ne
ferot pas juftice queje cherchaſe l'établiffement
de ma gloire dans ce qui
pourroit commettre la voftre. Quel que
puiffe eftre le fuccés de cet Ouvrage ,
il fera toûjours avantageux pour moy,
fi vous avez la bonté de le recevoir
comme une marque de l'ardente paffion
avec laquellejefuis ,
MADA ME,
2
Voftre tres-humble & tresobeïffant
Serviteur , D.
NOUVEAU
7
MERCURE
GALAN T.
TO ME II.
140
E vous ay promis , Ma
dame , de vous mander le
premier jour de chaque
Mois tout ce qui fe feroit
paffé de plus curieux à Paris pendant
le Mois precedent , & tout ce qu'on y
auroit appris du refte du Royaume,
& des Païs Etrangers. J'ay fait plus
que vous n'attendiez de moy , & vous
avez reçeu le premier d'Avril , non
pas une Lettre , mais le premier Tome
du Nouveau Mercure Galant ,
dans lequel vous avez appris non feulement
tout ce que Paris a produit de
plus remarquable depuis le premier
Janv.de l'année courante ; mais encor
toutes les Nouvelles qui font venuës
de mille endroits diférens. Il ne s'agit
A 4
done
8.
LE MERCURE
donc prefentement , que de vous écrire
tout ce qui s'eft paffe depuis le commencement
d'Avril ; mais que vous
mander de divertiffant , & que peutil
s'eftre fait de cette nature pendant
un Mois de Carefme , dont les jours
ont efté particulierement deſtinez à
la Devotion ? Chacun s'eft privé des
Divertiffemens qu'il avoit accouſtumé
de prendre. Les Ouvrages Galans
n'ont point efté de faifon ; on a peu
fait de Mariages. Les Modes nouvelles
n'ont point paru , & elles font
demeurées dans l'efprit des Coquettes
, dans la tefte des Marchands , &
dans les mains de leurs Ouvriers.
..
Pendant que chacun s'eftoit interdit
tout ce qui pouvoit contribuer à
luy donner du plaifir , la Devotion du
Jubilé a régné dans tout Paris ; célle
de fa Reyne , & de Monfeigneur le
Dauphin a edifié tout le monde , &
P'exemple de Monfieur de Paris , & des
plus grands Magiftrats qui ont vifité
foixante Eglifes à pied avec une pieté
GALAN T.
9
té qui ne peut affez eftre estimée , a
infpiré une nouvelle ardeur à ceux
qui travailloient à leur falut avec le
plus de zele. Tandis que nous fommes
fur leJubilé , trouvez bon , Madame
, queje vous propofe un Cas de
confcience qui me paroift fort extraordinaire.
On m'a affuré que la
chofe s'eftoit paffée depuis peu , & il
s'agit de fçavoir quel fcrupule on fe
doit faire d'avoir employé la fraude à
s'affurer une Succeffion qu'on auroit
peut- eftre inutilement attendue. Voicy
le Fait. Deux Freres font demeurez
les feuls Heritiers d'un Pere fort
riche. La Couftume des Lieux où les
Biens font fituez eftoit fort defavantageufe
au Cardet . Il avoit plus d'ef
prit que fon Frere , il voyoit avec
chagrin fes méchantes qualitez reparées
par le Droit d'aîneffe ; & le connoiffant
fufceptible de toute forte
d'impreffions , apres avoir affecté
quelque temps les dehors d'une vie
toute réguliere, il feint tout d'un coup
A 5 une
10 LE MERCURE
une fi forte Vocation d'aller s'enfermer
dans un Cloiftre , qu'il femble
qu'il n'y ait plus ailleurs de bonheur
pour luy. Son Aîné furpris de fa refolution
, luy en demande la cauſe. Il
fe contente d'abord de luy parler en
general de la vanité des chofes du mon .
de , & du dégouft que toutes les Perfonnes
raisonnables en devroient avoir.
C'eft tous les jours un Sermon
nouveau fur cette matiere , jufqu'à
ce que l'ayant fait convenir des Principes
qu'il établiffoit avec plus d'efprit
de Devotion , il defcend enfin
que
dans le particulier , & luy temoigne
que s'il emporte quelque chagrin en
quittant le monde , c'eft celuy de l'y
laiffer embaraffé. Ses grimaces vont
filoin , que le pauvre Aíné en devient
la Dupe , & ce qu'il luy dit continuellement
du peril où font expofez ceux
qui ont autant de bien qu'il en a , luy
frape fi vivement l'imagination , qu'il
fe met en tefte de fe vouloir rendre
auffi heureux que fon Frere , en quit
1
tanta.
GALANT. II
tant tout pour le fuivre dans fa Retraite.
Les voila tous deux dans le Couvent.
Une fomme confiderable que
l'Aîné promet , fait trouver fa Vocation
merveilleufe , tout le monde luy
applaudit ; & tandis qu'on relâche un
peu en fa faveur les rigueurs du Novitiat
, le Cadet s'y affujettit avec une
foûmiffion fi auftere , qu'il n'y a point
de volonté chancelante , que fon exemple
ne raffermift . Tout cela fe paffe
au grand contentement des Collatéraux
, qui fe tenans déja maiftres des
grands Biens qui leur doivent échoir
par la profeffion des deux Freres , font
des Mariages en idée , & jettent les
yeux fur les Charges les plus confidé.
rables. Enfin le grand jour arrive où
doivent eftre prononcez ces terribles
mots qui ne fe difent qu'une fois , &
qui engagent pour toute la vie. On
donne le pas à l'Aîné qui fait fes
Voeux d'une voix un peu tremblante,
& cependant le Cader pouffe de longs
foupirs , & fait voir de certains élan-
· A· 6 ·
12 LE MERCURE
cemens de zele qui édifient admirablement
l'Affemblée ; Mais il n'eft pas
plutoft affuré que fon Frere ne fçauroit
plus s'en dedire , qu'un Evanoüiffement
de commande le met
hors d'eftat de faire la mefme choſe
que luy. Il n'en revient qu'avec peine
, il ouvre de grands yeux fans recouvrer
l'ufage de la parole , & malgré
qu'on en ait , il faut pour ce qui
le regarde , remettre la Cerémonie
à une autre fois. Il feint pendant
quelques jours un fort grand déplaifir
de l'accident qui avoit retardé fon
bonheur ; & ayant trouvé moyen de
s'échaper du Couvent , il y renvoye
Ton Habit de Moine , avec un Billet
portant affurance du foin qu'il auroit
de le payer largement. 11 traite prefentement
d'une Charge , on luy
offre une Fille de naiffance avec beaucoup
de Bien , & tout cela , pour avoir
eu l'adreffe de faire prendre un
froca fon Frere. Prononcez , Madame.
On ne luy peut difputer la SuccefGALAN
T. 13
"
ceffion , mais elle ne feroit pas à luy
s'il n'avoit pas joué le perſonnage
d'Hypocrite.
Voila prefque toutes les Nouvelles
du mois d'Avril que j'aurois à vous
mander , fans les grandes Actions du
Roy qui fourniffenr de la matiere en
tout temps ; & quoy que les mois de
Mars & d'Avril ayent efté remplis
d'un grand nombre de vilains jours ,
ils ont tous efté beaux pour ce Prince,
& avant le temps où les Troupes ont
accouftumé de marcher , il a plus fait
de Conqueftes confidérables , que
nous n'en avons autrefois veu faire en
beaucoup de Campagnes heureufes..
Ainfi j'aurois tort de dire queje manque
de matiere ; & fije fuis embaraffé
, c'eft par le grand nombre d'Actions
étonnantes que j'ay à raconter ,
& par la grandeur du Sujet. Mais avant
que d'entrer dans le détail de ces
Nouvelles importantes , je croy vous
devoir entretenir de quelques autres,
afin de laiffer aux premieres le temps
A 7
de
14
LE MERCURE
de meurir ; C'eft un moyen afſuré
pour ne vous rien mander que de veritable
, & pour vous apprendre des
particularitez que d'autres ne vous feroient
peut eftre pas fçavoir , à moins
qu'ils ne priffent autant de foin que
moy de les ramaffer. Paffons donc à
d'autres Articles ,, & difons que la
Mufique eft malheureufe cette année
de toutes manieres , & que fi quelques
Muficiens ont perdu leur Procés ,
d'autres ont perdu la vie. Le Sieur
Cambert , Maiſtre de Mufique de la
feuë Reyne Mere , eft mort à Londres
, où fon génie eftoit fort eftimé.
Il avoit reçeu force biens- faits du Roy
d'Angleterre , & des plus grands Seigneurs
de fa Cour , & tout ce qu'ils
ont veu de fes Ouvrages , n'a point
démenty ce qu'il a fait en France :
c'eſt à luy que nous devons l'Etabliffe.
ment des Opera que nous voyons aujourd'huy
; la Mufique de ceux de Pomone,
& des Peines & des Plaiſirs de
l'Amour, eftoit de luy ; & depuis ce
temps->
GALANT 15
1
.
a
temps- là on n'a point veu de Recitatif
en France qui ait paru nouveau. C'eſt
ce mefme Chambert qui a fait chanter
le premier les belles Voix que nous
admirons tous les jours , & que la Gafcogne
luy avoit fournies ; c'eft dans fes
Airs que Mademoiſelle Brigogne :
paru avec le plus d'éclat , & c'eſt par
eux qu'elle a tellement charmé tous
fes Auditeurs , que le nom de la petite
Climene luy en eft demeuré. Toutes
ces chofes font connoiftre le merite
& le malheur du Sieur Cambert ; mais
file merite de tous ceux qui en ont eftoit
reconnu la Fortune ne feroit
"
plus adorée , ou pour mieux dire on
ne croiroit plus qu'il y en euft ; mais
nous fommes tous les jours convaincus
du contraire par des Exemples
trop éclatans. La mort a pris auffi le
Sieur le Camus , quieftoit de la Mufique
du Roy. Ila composé un nombre
infiny de beaux Airs , & s'ils eftoient
mis enfemble , il y en auroit dequoy
former plufieurs Opera , dans lef
quels
16 LE MERCURE
quels on ne verroit pas toûjours la melme
chofe. La belle Madame du Bouillon
de Caën , a fuivy ces deux Muficiens.
Quand on a une fois acquis un
Nom qui nous couvre de gloire ou de
blâme , le temps en fait rarement perdre
la memoire . Madame du Bouillon
avoit eſté belle , elle en avoit merité
le nom , & quand elle feroit morte
à cent ans , & qu'elle auroit eſté la
plus laide Perfonne de la terre , on auroit
toûjours dit que la belle Madame
du Bouillon feroit morte . L'Amour
ne faifant pas moins parler de
luy que la Mort , a donné lieu depuis
quelque temps à la Piece fuivante.
Elle fait du bruit , elle a fes Partiſans ,
vous jugerez s'ils ont raiſon d'en dire
du bien .
LA MALADIE
DE L'AMOUR.
LEs Graces venoient de laiffer l'Amour
entre les bras du Sommeil ,
&
GALANT. 17
&fe mocquoient de la ftupidité de ce
Dieu , qui ayant l'avantage de poffeder
tous lesjours les plus belles Perfonnes
du monde , ne leur dit jamais une
parole , tant il a peur de def- obliger le
Silence qui fe loge dans fon Palais ,
quand elles virent arriver inopinément
l'Amour. Il avoit fon Bandeau
a la main , & laiffoit voir autant de
colere dans fes yeux , que d'abatement
fur fon viſage.
Non , dit- il en entrant , je n'en reviendraypas ,
Te l'ay juré , j'abandonne le monde ,
Fuyons des lieux où l'injustice abonde ,
C'est trop avoir commerce avecque des Ingrats.
Pour prix de mes longues fatigues
Ales ferir dans leurs intrigues ,
Ozer tenir de moy mille infolens propos?
Chercher fans ceffe à mefaire incartade ,
Le n'en puis plus , j'en fuis malade,
Promptement , un Lit de Repos.
Les Graces qui n'ont jamais plus de
joye que quand elles font avec l'Amour
, nefurent point pareffeufes à le
fatisfaire . Elles luy drefferent un Lit
de Roſes , & le dépouillerent de fon
Car18
LE MERCURE
Carquois , dont il brifa les Fléches
devant elles. Il fe coucha en fuite , &
en ayant reçeu mille careffes par lefquelles
elles tâcherent à le confoler de
fon chagrin
;
Recouvrons lerepos que trop d'embarasm'ofte ,
Cherchons , dit-il , cherchons de la tranquilité :
Si je fouffre c'eft voftre faute ,
Et mon malheur ne vient que de vostrefierté.
Par tout ou vous me voulez fuivre,
Comme vous y menez & les Ris &les Ieux ,
le ne voy que des Gens affez contens de vivre
Le coeur embrasé de mes feux ;
Mais l'ordre du Deftin qui vous fit Immortelles ,
Vous faisant demeurer toûjours jeunes & belles ,
Ce Privilege gafte tout ,
Il fait que vous n'aimez à voir que vos femblables;
Et quand je penfe ailleurs vous rendre un peu
traitables ,
Ie n'en fçaurois venir à bout.
Mille Amantes ont beau chercher de feurs remedes
Aux maux que vous pourriez m'aider à détourner
Vous dedaignez les Vieilles & les Laides
Chez qui je tache à vous mener ;
Et cependant fans vous que puis -je feul pour
elles ?
Ilm'enfaut tous les jours effuyer cent querelles:
L'ay
GALAN T. 19
l'ay tort quand par dégouſt on leur manque de
foy,
le fuis traité d'injuftè & d'aveugle & de traifire,
Et tout cela , parce qu'avecque moy
Aupres d'ellesjamais vous ne voulez paroiftre .
Les Graces dirent mille chofes obligeantes
à l'Amour pour fejuftifier aupres
de luy , & rejetterent leur manque
de complaifance fur l'impoffibilité
qu'il y a de prefter quelque agrément
à des Beautez déja furannées ; car
pour les Laides , dirent - elles , vousfçavez
que nous ne les fuyons pas toutes.
Il y en a quelques - unes fur le chapitre
defquelles vous avez affez à vous.
louer de nos foins. Nous demeurons
d'accordque quand vous les allez engager
à reconnoiftre voftre pouvoir ,
nous ne vous accompagnons pasfeules
, & que vous faites en forteque la
Jeuneffe fe trouve avec nous ;
mais de
grace , ceffez de nous rendre refponfables
de vos chagrins ; les plus grands
que vous ayez viennent du cofté des
Hommes , & ce font pour vous de
terribles efprits à gouverner.
Il
20 LE MERCURE
no
Il eft vray , dit l'Amour , qu'ils me caufent des
peines ,
Qui m'accablent à tous momens ,
le ne puis nyferrer , nyrelâcher leurs chaines ,
Queje n'aye à fouffrir de leurs déreglemens.
Si trop de refiftance àleur flame opposée
Leur fait perdre l'espoir d'une Conqueste aisée ,
Ie ne fuis qu'un Tyran dont il faut s'affranchir ;
Et ft la Belle à qui je les engage
Se laiffe un peu trop toft fléchir ,
Tamais elle n'a dû meriter leur hommage.
Anfi d'un faux déguisement ,
Couvrant toutes leurs injustices ,
Lors queje m'accommode a leur temperament,
Ils fe plaignent infolemment
Qu'ilsfont contraints defaivre mes caprices.
Qu'ils foientfourbes , fans foy , trompeurs , audacieux
,
Bizares , inconftans , emportez , furieux ,
De leurs defauts c'est moy feul qu'ils accufent, -
-Moy qui cherchepar tout la concorde & la paix
Et qui cent fois ay comblé de biesfaits
Ces Laches , ces Ingrats qui de mon Nom abu-
Sent
C'en eft fait , ma refolution eft prife ,
je romps pour toûjours avec eux; &
puis que les peines qu'ils fe font euxmefmes
leur font oublier les avantages
qu'ils reçoivent de moy , je m'en
vanGALANT.
21
vangeray hautement , en ne retournant
jamais fur la terre . A ces mots il
demanda qu'on le laiffât repofer pour
fe remettre des fatigues qu'il avoit
eues avec les Hommes ; & comme les
maux des Dieux s'en vont auffi
promptement qu'ils viennent , & que
leur guériſon dépend toûjours de leur
volonté , les Graces ne fe mirent pas
en peine du Remede qu'il falloit apporter
à la Maladie dont il s'eftoit
plaint , & elles le laifferent dormir
jufqu'au lendemain , qu'elles ne manquerent
pas de fe trouver à fon réveil .
Ce repos qu'il avoit pris extraordinairement
( car il luy eft fort nouveau
d'en prendre ) luy avoit mis fur le
teint une fraîcheur qui les ébloüit. Il
leur parut plus potelé qu'il n'avoit
accoûtumé de l'eftre , & elles le trouverent
fi beau , qu'elles ne pouvoient
ſe laffer de luy en faire paroiftee leur
admiration.
Ah quel bonheur, dit il , depouvoir àfon aife
Dormir ainfi tranquillement !
le
22 LE MERCURE
le puis d'un doux loifir profiter pleinement ,
Sans qu'ilfoitfurprenant que le repos me plaife,
Vn longtravail demande un long délaffement.
Que n'ay-je point fouffert , pendant quefur la
Terre
L'offrois en vain la Paix qui doitfuivre l'Amour,
Toujours difpute , toûjours guerre :
L'eftois à tout calmer employé nuit &jour ;
Mais qu'avons- nous , Immortels que nousfom
mes ,
Anous inquieter comme le Monde ira ?
Quand à moy deformais , prenne foin qui voudra
Des affaires du coeur des Hommes ,
I'y reuonce , fans moyfoit aimé qui pourra ;
Ce font des Importuns qu'on ne peutfatisfaire ,
Et qui d'un fentiment toûjours contraire au
mien,
Trouvant ce qu'ils n'ont pas digne feul de lear
plaire ,
Veulent tout ne veulent rien.
Troisjours s'écoulerent de cette forte,
pendant lefquels les Graces tinrent fidelle
compagnie à l'Amour. Comme
ce n'eft qu'un Enfant , elles avoient
le plaifir de le pouvoir baiſer fans ſcrupule
, & c'eftoit entre- elles à qui l'auroit
plus fouvent entre les bras . Cependant
Vénus qui avoit fait un voyage
GALAN T. 23
"
yage en terre , en eftoit revenue toute
indignée , de ce qu'au lieu des honneurs
qu'elle avoit accoûtumé d'y recevoir
, elle avoit trouvé fes Temples
deferts.
Par cette oyfiveté quepretendez- vous faire,
Dit elle à fon Fils triftement ?
Magloire vous eft -elle aujourd'huyfipeu chere ,
Que vous puissiez voir voftre Mere
Qu'à l'envy tout le monde outrage impunément?
La Difcordr en ma place en Terre reverée ,
Par voftre éloignement joüit de mes honneurs :
Ie me voyfans encens quand clle eft adorée ;
Et par fes difcours fuborneurs
Elle a tant fait par tout que ma honte eft jurée.
C'est trop , ne fouffrez pas qu'elle me pousse à
bout ,
Remettez les Mortels dans leurs premieres chaines
;

S'il vous en coúte quelques peines
Par elles il eft beau d'eftre Maistre de tout.
Vénus eut beau faire des Remonftrances
, l'Amour s'obftina à vouloir
eftre malade , & prétendit que les
Hommes ne valoient pas qu'il fe privât
pour eux du repos qui luy eftoit
neceffaire. Il s'en accommodoit le
mieux
24
LE MERCURE
mieux du monde , & il n'avoit jamais
rien trouvé de fi doux que de paffer les
jours entiers , comme ilfaifoit , à folâtrer
avec les Graces qui ne le quitoient
point . Mercure qui le cherchoit
pour luy rendre compte de ce qui s'eftoit
paffé fur la Terre depuis fon départ
, le trouva qui fe divertiffoit avec
elles , & le voyant affis fur les genoux
de l'une , tandis que l'autre luy tenoit
les mains ;
Ah vrayment , luy dit- il , je vous fçay fort
bon gré
De tout ce joly badinage ?
De tels amusemens conviennent à voftre âge,
Maispour vous eftre icy du Monde retiré,
Vous avez fait un beau ménage.
Depuis qu'il vous aplû de vous en éloigner ,
Sçavez vous qu'il n'eft rien qui n'ait changé de
face?
L'intereft feul en vostre place
S'eft acquis le drolt de regner.
Il corrompt l'ame la plus faine :
Ce n'est qu'emportement , que trouble , quefureur
,
Chacun ne refpire que haine ,
Les moins méchansfont furpris de l'erreur
Qui vers la Difcorde les mene.
Tout s'y laiſſe entrainer , on s'attaque , onſe nuit.
YouGALAN
T.
25
.
Vouloir cftre obligeant , c'eftfuivre une chimere
Que dans les cerveaux creux le mauvais gouft
produit .
Comme on n'a nul defir de plaire ,
On eft pour le beau Sexe , infolent , temeraire ,
Et la Civilité que tout le mondefuit,
Cherchant employ par tout ne trouve rien à
faire.
L'Avarice eft le mal le plus commun de tous ,
L'Epargne. eft en credit , plus de Modes nou
elles ,
Plus d'ornemens , plus de bijoux .
Onne voit qu' Envieux , dont les esprits jaloux
Semblent fe nourrir de querelles.
Perfonne ne fait plus ny Vers , ny Billets doux,
Plus d'agreables Bagatelles ;
On ne donne ny Bals , nygalants Rendez - vous ,
Et tous les Hommes pour les Belles
Sont devenus de vrais Hiboux .
Queje fuis ravy de ce defordre , dit
l'Amour tout réjoüy ! Voila un ren
verſement qui me charme . Les Hommes
vont connoiftre
ce queje vaux ,
par les malheurs où les plongera mon
éloignement
. Mais , dites - moy je vous
prie , que fait l'Amitié ? A t- on confervé
quelque refpect pour elle ? Et
P'Hymenée
avec qui j'eftois fi fouvent
broüillé , fait- il mieux fes af-
Tom. 2. B fai26
LE MERCURE
affaires feul qu'il ne les faifoit avec
moy?
L'Amitié , dit Mercure , a voulus'ingérer
De faire en terre vostre office ;
Elle entretient les noeuds qu'on luy donne à
ferrer ,
Mais lemoindre debat la fait prefque expirer ,
Et contre l'Intereft , pour peu qu'il l'affoibliffe ,
Sa tiedeur ne sçauroit durer.
Quant à l'Hymen , par vôtre absence
C'eft pis cent fois que ce n'eftoit ,
A caufe du Dégouft & de l'Indifference
Avec qui de tout temps elle a fait alliance ,
Toujours quelque divorce entre vous éclatoit ;
Mais pourveu qu'on s'armât d'un peu de patience
,
Apres avoirgrondé , rompu l'intelligence ,
Vous vous raccommodiez , & toutfe remettoit .
A prefent que la Politique
Porte fans vous les Gens à s'unir pour toûjours
Dés qu'on s'eft engagé l'on n'a plus de beaux
jours ;
Chacun en mots dolens de fon malheurs'explique
,
Et les Regretsfont lafeule Muſique ,
Qui chez les Mariez a cours.
Vous en riez? Voila bien de quoy rire.
Prenez le fur un autre ton ;
Si vous ne retournez exercer voftre Empire ,
Le Mondefe vaperdre , & chacun enfoûpire ,
Comme onfaifoit du temps de Phaeton .
N'imGALAN
T.
27
N'importe , repartit l'Amour , c'eſt
ce queje demande , je ne fçaurois trop
punir des Fantafques , qui me faifant
trop injuſtement autheur de tous les
maux qu'ils fouffrent par leurs folies ,
n'ont aucune reconnoiffance des plaifirs
que je leur procure. Le Repos m'a
fait goûter icy des douceurs que je
n'avois jamais éprouvées , & je ne me
fens pas en humeur d'y renoncer.
Mercure le laiffa dans ce ſentiment ; &
quelque temps s'eftant encor paffé fans
que Vénus pût obtenir de luy qu'il
changeaft de refolution , un jour qu'il
eftoit fort en train de rire , il entendit
du bruit qui l'obligea à tourner la teſte
pour fçavoir qui le venoit troubler
dans fa Retraite. Le croiriez -vous ,
luy dirent les Graces , c'eſt la Raiſon ,
Voftre plus irréconciliable Ennemie ,
qui demande à vous parler.
Voila de mes Ingrats où va la médifance ,
S'écria-t-il tout en couroux ;
Parce qu'il leur plaift d'eftrefous ,
D'aimer la honteuse Licence ,
Qui n'eft propre qu'aux Loupsgaroux ;
B 2
Ils
28 LE MERCURE
Ils ne sçauroient fouffrir , fans s'enfaire une offence
,
Qu'avecque la Raifonjefois d'intelligence
Pour mieux faire goûter mes charmes les plus
doux ;
Par tout oùj'ay deffein de me rendre vainqueur
l'empruntefes couleurs pour peindre le Merite
Qui doit toucher un noble coeur.
C'est alors qu'à mes traits fe livrant avec joye
Ce coeur s'en laiffe penetrer ,
Ie luy dois trop pour ne me pas montrer.
La Raifon me demande , ilfaut queje la voye ,
Depefchez , qu'on la faffe entrer.
A ces mots il courut au devant d'elle ,
& témoigna par l'accueil le plus obligeant
l'eftime particuliere qu'il en faifoit.
La Raifon reçeut fes careffes avec
plaifir & le regardant d'un oeil plus
fatisfait qu'elle n'avoit paru l'avoir en
entrant :
Par ce refte de bienveillance ,
Luy dit elle , accordex à mes empreſſemens
Le bonheur de vostre prefence ,
Vous devez cette complaisance
Al'appuy queje donne à tous vos fentimens.
Vous Sçavez que jamais je ne vous fus contraire
,
Que j'ay toûjours cherché l'union avec vou ,
Et qu'où nous terminons enſemble quelque affaire.
Оп
GALAN.T. 29
On fe trouve affez bien de nous .
Etouffez un chagrin qui ne peut que me nuire .
Nos communs interefts vous y doivent porter :
L'un & l'autre , par tout où vous m'ofex conduire
,
Nous avons quelque appuy toûjours à nous
prefter ,
Vous me fervez à m'introduire ,
Et je vous fers à vous faire écouter.
Depuis que les Mortels ne vous ont plus pour
guide ,
Vous des groffieretez l'ennemy declaré ,
Il n'eft rien fi défiguré ,
l'ay beau chercher à leur tenir la bride ,
Ie ne trouve par tout qu'orgueil démesuré ,
Quefafteinfupportable , ou beftife timide ;
Sije quitte unbrutal , je rencontre unftupide ,
Point de coeur genereux , point d'eſprit éclairé.
Vous feul à tant de maux pouvez donner remede
,
Par vous la fierté s'adoucit ,
તે
Par vous à fe polir , fans emprunter d'autre
aide ,
Le plus farouche réüffit .
Revenez donc au Monde , où par voftre prefence
,
Vous remettrezfoudain la Concorde & la Paix ,
Ty foûtiendray par tout laforce de vos traits ,
Et nous en bannirons l'audace & l'infolence ,
Si nous ne nous quittons jamais .
B 3
La
30
LE MERCURE
La propofition ne déplût pas à l'Amour
; mais comme il fut quelque
temps fans répondre , la Perfuafion
qui eftoit demeurée à la porte , crût
qu'il eftoit temps qu'elle parlât ; &
l'Amour ne la vit pas plutoft s'avancer
, que prévenant cequ'elle pouvoit
avoir à luy dire ; Arreſtez , luy criat-
il de loin , ce feroit faire tort à l'union
qui a efté de tout temps entre la
Raifon & moy , que de croire qu'elle
ait befoin de voftre fecours pour me
faire entrer dans fes fentimens. Ileft
de certains Amours évaporez qui ne
s'en accomoderoient pas ; mais pour
moy je fuis ennemy du déreglement
( quoy que s'en foient voulu imaginer
les Hommes )je n'ay point de meilleure
Amie que la Raifon . Il eut à peine
achevé ces mots , qu'il apperçeut la
Gloire , qui eftant accouftumée à
eftre reçeuë par tout à bras ouverts ,
crut qu'il feroit inutile de faire demander
i l'entrée luy feroit permiſe.
L'Amour prit plaifir à la voir marcher
GALAN T. 31
cher d'un
pas auffi majestueux que fa
mine eftoit altiere. Il la reçeut fort
civilement ; & apres qu'elle eut répondu
à fes premieres honneſtetez ;
Par oùpeut-on avoir merité , luy dit-elle ,
Que vous vous obftiniez dans ce honteux repos ?
Il n'ajamais efté d'abfence fi cruelle :
Finiffez-là , chacun à l'envy vous rappelle .
Et j'ay befoinde vous pour faire des Héros.
Pour les Exploits d'éclat quelque prix que j'étale
,
La Valeurfans Amour eft aveugle , brutale ,
Et femble moins cüeillir qu'arracher des Lanriers.
Dans le Meftier de Mars leAmour eft neceffaire,
Et c'est le feul defir de plaire,
Quifait les plus fameux Guarriers.
L'Amour fe trouva agreablement
flaté de ce que la Gloire luy dit , & il
refvoit à la réponſe qu'il luy devoit
faire , quand il vit entrer tout à la fois,
la Beauté , la Conftance , la Galanterie,
& les Plaiſirs qui luy firent mille
plaintes de ce que fon éloignemens
leur faifoit fouffrir. La Beauté exagera
combien il luy eftoit honteux de
n'avoir aucun avantage fur la Lai-
B 4 deur,
32
LE MERCURE
deur , & de n'eftre plus confiderée de
perfonne , parce que perfonne ne
fongeoit plus à aimer . Mais ce qui
commença d'ébranler l'Amour , ce
fut ce que luy dirent les Plaiſirs , qui
fe voyoient malheureuſement exilez
par
le retranchement des Feftes Galantes
, & de tout ce qui pouvoit contribuer
au Divertiffement des Belles ,
tous lesjeunes Gens eftans tombez de.
puis fon départ dans une fale Débauche
, qui ne leur laiffoit trouver de la
joye que dans la feule brutalité . Ils
parlerent fi fortement , & ils furent fi
bien fecondez par les autres qui avoient
le mefme intereft qu'eux de
faire revenir l'Amour en terre , que
fe laiffant toucher à leurs prieres ;
C'est fait , vous l'emportez , leur dit-il , je me
rends.
Quey qu'en douceurs peur moy cette Retraite abonde
,
Ilfaut aller revoir mes injuſtes Tyrans ,
Et tacher de mettre ordre à tous les Diferens
Que
ue mon éloignement a caufez dans le Monde ;
Puis qu'on le veut ainsi , j'y retourne avec vous,
Mais
GALAN T.
33
Mais à condition qu'un traitement plus doux
Effacera de moy cè que l'on afait croire ,
Et que pour empefcher mille brutalitez
Quijettentfur mon Nom une tache trop noire,
Par tout où je feray , la Raison & la Gloire
Iront toujours à mes coftez.
Le party fut accepté , & il plut tellement
aux Graces , qu'elles jurerent
de ne plus abandonner l'Amour.
ce
que
Je ne fçay , Madame
vous penſerez de cette Galanterie ,
mais je fuis perfuadé que vous n'en jugerez
pasà la maniere des Efprits foibles
, que le feul nom de l'Amour
effraye , & qui ne fe contentent pas
de le regarder; mais qui veulent trouver
du crime dans ces Bagatelles ingénieufes
dont il fournit la matiere , &
qu'on lit prefque toûjours avec plaifir.
Ce n'eft pas que je ne fçache qu'il y
en a quelques unes dont la Morale
n'eft pas à fuivre : mais fi on vouloit
profiter de celle- cy , & n'aimer jamais
qu'on n'euft foin de prendre
l'appuy de la Raifon , & de conferver
B 5 .
les
34 LE MERCURE
les interefts de la Gloire , quelque
condamnable que paroiffe l'Amour
Aux Scrupuleux , je doute fort que ce
fuft une paffion indigne d'une belle
Ame , & qu'on dût fe faire une vertu
de rejetter ce que la Société civile en
peut recevoir d'avantages . Mais je
n'entreprens point d'en foûtenir icy
le party. Je paffe à ce que j'ay à vous
dire des glorieux Triomphes du Roy ;
& je commence par la Prife de la Cayenne
, qui a depuis peu reconnu lepouvoir
de fes armes victorieuſes. Je
vous ayfait part de cette Nouvelle dés
le Mois paffé ; mais vous n'avez pas
efté fatisfaite de moy là- deffus ; Vous
voulez , dites- vous , apprendre les
Noms de tous les Braves qui fe font fignalez
en cette occafion , parmy lef
quels vous croyez en trouver de voſtre
connoiffance. Je m'en fuis informé
avec foin pour vous fatisfaire , & je
me fuis condamné moy - mefme , de
n'avoir pas fait connoiftre la valeur de
ceux dont les actions éclatantes font
le
GALANT.
35
le plus fouvent ignorées , parce qu'eftant
faites dans des Païs éloignez ,
elles n'ont pour témoins que des yeux
ennemis. Voicy les Noms de tant de
braves Gens qui n'ont pas feulement
la fatigue des Sieges à effuyer , mais
encor toutes les incommoditez de la
Mer , & la fureur des Elemens.
Toutes les Trouppes eftant parées
en deux Corps.
Premier Corps.
CAPITA IN E.
Monfieur le Comte de Blenac : II
a efté bleffé d'un éclat de Grenade à la
cuiffe. Il commandoit fous Monfieur
le Comte d'Eftrées , & il a paru infatigable
dans le Combat.
LIEUTENANS.
M. de Montmoron.
M. le Chevalier d'Arvaux : Il a
commandé un Détachement de cinquante
Hommes , & s'eft acquis beaucoup
de gloire.
M.de
36
LE
MERCURE
M. de Monbant : Il a efté bleffé
d'un coup de Pique à la tefte .
M. d'Haire.
M. de Courcelles l'Indien .
ENSEIGNES.
M. de Saint Privaft : Il a efté bleffé
au coude .
M. de Malaffis.
M. de Chavegeon : Il a eu un coup
de Moufquet au bras .
VOLONTAIRES.
M. Cotendon.
M. Defcloches.
M. d'Armanville : Il a fait la fonction
d'Ayde- Major , & a donné des
preuves d'un grand courage.
AUTRES OFFICIERS.
M. Ferolles.
M. des Granges : Il a efté bleffé
d'un coup de Pique au col , qui ne
l'empefcha point de combattre.
M. Barol,
M. Stenay
.
M. le
GALAN T.
37
M. le Chevalier de Balce ,
M. Salbret de Marfilly.
M. Durefort,
Second Corps.
CAPITAINES .
M. Faucher.
M. de Grand- Fontaine : Il a fait
des actions furprenantes ; & quoy
qu'il fuft affez bleffé pour fe retirer
du Combat , ila toûjours donné
fes ordres , & pouffé fon Attaque avec
une vigueur extraordinaire.
LIEUTENAN S.
M. de Champigny.
M. de Meflinierres : Il commandoit
une attaque avec M. le Chevalier
de Lezy : Ils ont pris le Gouver
neur prifonnier , & quelques Officiers.
M. Poiet.
M. Stinas..
M. Perié.
E 7
EN3.8
LE
MERCURE
ENSEIGNE S.
M. Sangers.
M. le Comte d'Aulnay.
M. Merande-Villiers .
M. Coignan de Malmaiſon .
M. Serpin .
M. du Tertre
AUTRES OFFICIER S.
M. Naudin .
M. Rigoteau : Ila eſté tué.
M. Maifon - Blanche..
M. Leſcoure.
M. Villiers.
M. Desjumaux .
M. Breſme.
M. Morienne.
M. Lavaux .
M. Belle- Croix : Il a donné des
marques d'une intrépidité qu'on ne
peut affez admirer.
M. d'Arbouville Major d'Eſcadre
: Il s'eſt acquis beaucoup de gloire
en cette occafion & a fait tout ce
qu'on pouvoit attendre d'un grand
courage. M.de
"
GALANT .
39
M. de Martignac.
M. le Chevalier Parifot.
M. le Chevalier de Lezy :
J'ay marqué dans un autre endroit les
grandes actions qu'il a faites .
M. Canchy.
M. Piner.
M. le Clerc...
M. Lhonnoré.
M. de l'Ifle.
M. de la Boiffiere : Il commandoit
une Barque longue qui devoit foûtenir
les Chaloupes , & retourner en
fuite en Garde à la tefte des grands
Vaiffeaux , & apres le Combat il eft
entré dans la Riviere d'Aproüague ,
avec M. Bourdet commandant le
Vaiffeau nommé la Fée , pour y ruiner
le commencement de la Colonie
queles Hollandois y ont établie .
M. Panetier : Il a reçeu deux coups
de Moufquet dans la machoire désle
commencement de l'Attaque , où il
eft toûjours demeuré pour encourager
fes Soldats .
M.
40
LE MERCURE
M. Machaut. On ne peut mieux
s'acquiter de fon devoir qu'il a fait à la
tefte de trois Chalouges qu'il commandoit.
M. Patoulet : Il eftoit Commiffaire
General. Il n'a point abandonné
M. le Comte d'Eftrées , & il n'y a
eu aucun endroit perilleux ou il ne fe
foit exposé.
M. la Guerre : Il a eſté bleffé d'un
coup de Pique à la cuiffe.
M. du Vignan : Ila efté bleffé à la
main.
M. Regon : Ila efté tué.
M. Bourdet , Il s'eft rendu maiſtre
d'une Galliote de cent Tonneaux qui
eftoit chargée de Proviſions.
M. Gabaret , Capitaine de Vaif
feau. Il commandoit cinq gros Vaiffeaux
pour foûtenir l'effort de l'ELcadre
Hollandoife.
Tous ceux qui n'ont point efté
bleffez n'ont pas fait paroiftre moins
de valeur que les autres ; mais ils ont
efté plus heureux .
La
GALAN T. 4I
Là Garniſon du Fort que ces Braves
attaquerent , eftoit compofée de
trois cens Hommes , foûtenus de quelques
autres Troupes moins reglées qui
avoient beaucoup.contribué aux Fortifications
de la place . Les Travaux
eftoient bien environnez de Paliffades
; il y avoit des Cavaliers , & vingtfix
pieces de Canon en divers endroits
des Retranchemens qui pouvoient
battre nos Gens de front & de flanc.
Monfieur le Comte d'Eftrées
ayant feparé fes Troupes en deux
Corps , ainfi que je vous l'ay marqué
& donné fes ordres aux Vaiffeaux ,
pour obliger les Ennemis à faire diverfion
de leurs Troupes , marcha la nuit
par des Défilez. Cette marche fut fort
pénible , le terrain eftoit fabloneux ,
la chaleur du jour avoit alteré& fatigué
nos Soldats , & ils ne trouverent
point d'eau ; mais ils ne laifferent pas,
quoy qu'abatus de la foif& du travail
de faire des chofes extraordinaires . M.
le Comte d'Eftrées avoit ordonné ſept
Atta42
LE MERCURE
Attaques , & elles furent pouffées
avec tant de vigueur , que tous les
Travaux furent emportez , ce grand
nombre d'Attaques ayant également
réüffy , ce qui n'eft prefque jamais
arrivé. Le Fort fut pris de cette maniere
, & le Gouverneur demeura
prifonnier de guerre , avec toute la
Garnifon . On ne peut affez donner
de loüanges à M. le Comte d'Eftrées ;
il a fait voir non feulement beaucoup
de prudence & de conduite dans les
ordres qu'il a donnez , mais encor
beaucoup de valeur dans l'execution
d'une entrepriſe qu'il avoit fi heureufemént
meditée , & dont il eſt
venu à bour en fi peu de temps ,
avec une vigueur qui ne peut trouver
d'exemple que parmy les François.
Apres vous avoir parlé d'une
Guerre , vous voudriez bien , Madame
, que je vous parlaffe d'une autre
, puis que vous me demandez ce
qui fe dit icy des deux Phedres depuis
qu'elGALANT.
43
qu'elles font imprimées . Je vous les
ay envoyées l'une & l'autre , vous les
avez leuës , & je n'ay rien à vous répondre
pour fatisfaire à voftre curiofité
fur cet article , finon qu'il n'y a
aucune Perfonne d'efprit qui n'en
penſe ce que je fuis fort affuré que
vous en penfez. Monfieur Racine eft
toûjours Monfieur Racine, & fes Vers
font trop beaux pour ne pas donner
à la lecture le mefme plaifir qu'ils
donnent à les entendre reciter au
Theatre. Pour Monfieur Pradon , il
avoue qu'ayant efté obligé de faire fa
Piece en trois mois , il n'a pas eu le
temps d'en polir les Vers avec tout le
foin qu'il y auroit apporté fans cela .
C'est une negligence forcée , qu'apparemment
il n'aura pas dans le premier
Ouvrage qu'il fera paroiftre ;
mais il n'eft pas affuré que cet Ouvrage
, quelque achevé qu'il nous le
donne , ait un fuccés auffi avantageux
que l'a eu fon Hippolyte. Il y a des
occurrences , qui felon qu'elles font
plus
44 LE MERCURE
plus ou moins favorables , augmentent
ou diminuënt le prix des choſes;
& je tiens que le fecret de faire réüf
fir celles de cette nature , c'eſt d'en
faire parler beaucoup , quand mefme
on n'en feroit dire que du mal . Le
bruit qui s'en répand excite une curiofité
qui attire de grandes Affemblées
; & comme le Peuple fe perfuade
que les Pieces qui font fuivies doivent
eftre bonnes, nous én avons veu
quelquefois de tres - heureuſes qui
n'ont pas eu l'approbation des Connoiffeurs.
Ce que je vous dis , Madame,
eft une chofe generale , & mỏn
deffein n'eft pas de parler de celle de
Monfieur Pradon. Quant à fa Préface
, dont vous voulez abfolument que
je vous rende compte , je connois
beaucoup de Gens à qui elle plaiſt :
il y en a mefme qui la trouvent brillante
jufqu'à éblouir , malgré tout ce
qu'oppofent certains Critiques difficiles
à fatisfaire , qui ne fçauroient
fouffrir qu'il s'excufe fur ce qu'Euripide
GACLAN T. 45
pide n'a point fait le Procés à Seneque
, my Seneque à Garnier , pour
avoir traité la mefme matiere , à caufe
, difent- ils , que ces Poëtes ont vefcu
dans des Siecles fort éloignez les
uns des autres , & qu'il eft inoüy que
perfonne foit encor revenu de l'autre
monde pour
pour ſe plaindre des injuſtices
qu'on luy afaites apres fa mort ; mais
quand ils auroient vefcu enſemble ,
quand ils auroient fait repreſenter
deux Hippolytes en un mefme jour,
ces Critiques trop fcrupuleux ne prennent
pas garde que Garnier & Seneque
ne devant pas le fuccés de leurs
premiers Ouvrages à ceux dont ils
femblent avoir doublé le fujet , ont
pû faire tout ce qu'il leur a plû , fans
donner lieu qu'on les accufaft de manquer
de reconnoiffance ; & d'ailleurs
comme on fait toûjours honneur à
ceux dont on met les Ouvrages en
une autre Langue , fi Euripide avoit
eu la liberté de fortir d'où il eft pour
venir trouver Seneque , il ne l'auroit
fait
46
LE MERCURE
fait que pour le remercier d'avoir
donné en Latin ce qu'il avoincompofé
en Grec ; & fur cet exemple ,
j'ay entendu dire à des Amis de Monfieur
Racine , qu'il fe feroit tenu tresredevable
à Monfieur Pradon , s'il
avoit fait jouer en Italien , l'Hippolyte
qui nous a efté donné en noftre
Langue par l'Hoftel de Bourgogne ;
mais enfin , Monfieur Pradon a eu
fes raiſons que je veux croire fort
bonnes , & je le trouve louable d'avoir
reconnu de fi bonne- foy dans fa
Préface qu'il n'a point traité ce Sujet
par un effet du hazard , comme tout
le monde fçait qu'il arriva des deux
Berenices , mais par un pur effet de
fon choix. On avoit dit le contraire
avant que la Piece paruft , & il a crû
que ce déguisement démentoit la fincerité
dont il fait profeffion
.
Puis que nous fommes fur le Chapitre
des Divertiffemens , je ne doy
pas oublier que plufieurs Perfonnes
de Qualité font travailler à de grands
SpeGALAN
T. 47
Spectacles qu'ils donneront au Public
fans qu'on prenne d'argent à la
porte , & cela , pour marquer la joye
qu'ils ont des grandes Conqueftes du
Roy; c'eft imiter les anciens Romains,
& ces Meffieurs ne peuvent rien faire
qui marque plus la grandeur de la
France , l'abondance qu'elle a de toutes
chofes , & le calme dont elle joüit
au dedans. Ces fortes de Spectacles
font fleurir les beaux Arts , & leur
donnent prefque à tous de l'employ :
ils font réveillez par là , & l'émulation
fait faire des chofes aufquelles on
ne donneroit jamais tout le foin qu'el
les demandent pour eſtre parfaites , fi
l'on n'avoit point de Concurrent.
C'est ce que nous voyons tous les
jours en Italie , où les plus grands
Princes , & ceux dont la conduite fert
de regle aux Peuples qui leur font
commis , ne dédaignent pas de prendre
le foin des Opera. On en a veu
un à Rome le Carnaval dernier , où le
. Chevalier Bernin avoit travaillé. Je
ne
48
LE
MERCURE
ne vous dis point qu'il y avoit des
chofes furprenantes , vous fçavez ce
que ce grand Homme peut faire.
Au refte , Madame , avant que de
reprendre les matieres de la Guerre ,
vous fçaurez qu'on vous a dit vray ,
en vous difant que le jeune Marquis
dont vous me demandez des nouvelles
a eu depuis peu quelque Démeflé
de jaloufie , & puis que vous voulez
que je vous l'explique , en voicy les
particularitez . Il à de l'eftime pour
une jeune Veuve , & il y a de l'apparence
que cette eftime n'eft pas fans
tendreffe , puis qu'il a fait une échapée
de Jaloux. La Dame eft bien faite
de fa perfonue , a beaucoup d'efprit ,
& une vertu qui n'a jamais efté fujette
au foupçon . Ces avantages ont
dequoy toucher , & on donneroit fon
coeur à moins . Ainfi il ne faut pas
s'étonner fi tant de merite engagea
aifément le Marquis . Il rendit des
foins ; & comme il eft difficile d'aimer
fans craindre , il fe chagrina des
VifiGALAN
T. 49
Vifites d'un Cavalier qu'il trouvoit
un peu trop affidu chez la Dame. Le
Jeu & la Converfation y attiroient
quantité de Perfonnes de l'un & de
l'autre fexe ; & quoy que le Cavalier
vinft fans aucun deffein particulier
y
il fuffifoit qu'il vint fouvent pour alarmer
le Marquis , qui ne manqua
pas de s'en plaindre. Cette liberté de
s'expliquer déplût à la Dame , elle
traita fon chagrin de vifion , & les
chofes en eftoient là , quand un Accident
auffi nouveau qu'impréveu , donna
lieu à la jaloufie dont vous avez entendu
parler. Il y avoit grande Compagnie
dans la Chambre de la Dame ,
le Cavalier s'y trouva , & n'ayant
point voulu s'embarquer au Jeu , il
s'affit imprudemment fur fon Epée.
Vous fçavez , Madame , que les
petits Coûteaux qu'on porte aujourd'huy
, font plus de parade que
de defenfe. Celuy du Cavalier s'eftoit
tiré hors du fourreau , & l'avoit
bleffé. Je ne vous puis dire comment
Tom. 2. C cela
50
LE MERCURE
cela s'eftoit fait ; mais il eft certain
qu'il n'eut pas fi- toft remis fon Epée ,
qu'il fentit une legere douleur. Il porta
la main à l'endroit bleffé , & la raporta
pleine de fang. Il n'en dit mot à
perfonne , & eftant forty pour y remedier
, une demy- foibleffe le prit
au milieu de l'Escalier. Il s'y arreſta.
Les Geus du Logis vinrent à luy , ils
virent couler du fang , & l'un d'eux
ayant efté dire tout bas à la Dame
qu'il eftoit bleffé , elle crût qu'il auroit
efté attaqué par le Marquis , & la
crainte d'un plus grand defordre la fit
courir fur l'Escalier avec précipita
tion . Elle demanda d'abord au Cavalier
quelle rencontre l'avoit réduit en
cet eftat. Sa parole eftoit d'une Perfonne
agitée. Il trouva fon inquietude
obligeante ; & voulant tourner fa
Bleffure en Galanterie , il remonta
quatre ou cinq degrez , & luy embraffa
les genoux pour la remercier de
fes foins. La foibleffe entiere le prit
dans cette pofture . On courut chercher
GALAN T.
51
cher de l'eau pour l'en retirer & la Dame
eſtant demeurée ſeule à le foûtenir,
le Marquis parut au bas du Degré.Il ne
s'attacha qu'à ce qu'il voyoit , & ne fe
donna point le temps de raiſonner.Son
pretendu Rival eftoit aux pieds de la
Dame , qui fembloit luy tendre les
bras obligeamment pour le relever, &
il n'en falloit pas davantage pour metrre
un Jaloux hors de garde. Il laiffa
échaper quelques paroles emportées ,
jura de ne revenir jamais , & reprit
le chemin de la porte . Un Domeſtique
le voyant preft de fortir , luy demanda
s'il fçavoit l'accident qui embaraffoit
fa Maiftreffe. Il s'en fit conter
l'Hiftoire qu'on ne luy pût dire
qu'imparfaitement , & il en voulut
voir la fuite. Le Cavalier eftoit revenu
de fon évanouiffement par l'eau
qu'on luy avoit jettée fur le vifage ,
& on le conduifoit à une Chaiſe pour
le remener chez luy . Le Marquis
confus de fon erreur en fit des excufes
à la Dame ; la Dame gronda , ou du
C 2 moins
52
LE MERCURE
moins voulut gronder. Je ne vous di .
ray point fi elle fe rendit fort difficile
au raccommodement ; mais enfin ils
ont tous deux de l'efprit , tous deux
du merite , ils fe voyent comme auparavant
, & il n'eft pas à croire qu'ils
fe foient voulu gefner long- temps par
d'incommodes formalitez , qui entre
perfonnes qui s'eftiment , ne peuvent
jamais eftre bonnes à rien .
Quoy que le Roy ne foit plus à Va
lenciennes , je ne laifferay pas d'y re
tourner ; auffi- bien il va fi vifte qu'il
eft impoffible de le fuivre que de loin.
Ses dernieres Conqueftes laiffent à
peine le temps de parler des premieres ,
& on ne sçauroit entreprendre d'écrire
fes grandes Actions , qu'on ne fe trouve
accablé par le nombre . Pendant
qu'il court à de nouvelles Entrepriſes
avec autant de vigueur que s'il n'avoit
encor rien fait , il faut que je vous diſe
une affez agreable particularité qui
regarde encor le Siege de cette premiere
Place. Quand les Dehors furent emporGALAN
T.. 53
portez d'emblée , un des principaux
Officiers de la Ganifon, voyant qu'on
ne donnoit quartier à perfonne dans la
premiere chaleur de l'Attaque , s'alla
jetter entre les bras d'un Officier Gaf
con, il fe fit fon Pifonnier, & luy offrit
trois cens Louis qu'il avoit fur luy , afin
qu'il le gardât. Voïcy ce qu'en fon
langage le Gafcon repartit à cette of
fre. Monfieur, pour votre vie elle
eftfauve , carje combats comme le Lyon
, jepardonne a celuy qui s'humilie ;
mais pour vousgarder , j'ay bien d'au
tres chofes à faire : Ie m'en cours à la
gloire , & vous laiffe vous & voftre
argent entre les mains de mon Sergent!
Voila fes propres paroles aufquelles je
n'ay rien changé. Cette action eft tresbelle,
& c'eſt l'Officier qui l'a racontée,
& qui a mefme adjoûté , qu'ayant veu
un Homme fi genereux , il le fuivit
par tout en qualité de Priſonnier , aprehendant
de tomber entre des mains
moins amoureufes de la gloire.
Il eft conftant que tous les Gafcons
C 3
font
54 LE MERCURE
font naturellement Braves ; mais quoy
qu'on ait beaucoup d'eftime pour
cux, on en auroit encor davantage
s'ils eftoient auffi modeftes dansleurs
difcours , qu'ils font veritablement
vaillans lors qu'ils ont occafion de
donner des marques de leur courage.
La Politeffe eftant le partage des
François auffi bien que la Valeur , &
Meffieurs de Valenciennes , dés le
moment qu'ils ont commencé d'eftre
fous leurdomination , s'eftant propofez
de les imiter en tout , ils ont affez
bien réüffy , & on l'a remarqué dans
le Compliment que le Greffier de la
Ville fit au Roy quand il eut l'honneur
de le falüer au nom de tous les Habitans.
Il luy dit entr'autres choſes ,
Que fila fidelité qu'ils devoient à leur
Prince leur euft permis d'écouter leur inelinationparticuliere
, ils n'auroient pû
fe defendre de murmurer de n'avoirpas
efté les premiers qu'il avoit plû à Sa
Majefté de mettre au nombre defes
Sujets ; Que puis que fa derniere Victoire
leur
GALAN T. 55
leur avoit procuré cet avantage , ils la
Supplioient avec toute l'inftance poffible
de ne leslaifferjamais changer de Maiftre
; Qu'elle trouveroit dans leurs coeurs
uneplusforte caution de l'eternelle obeisfance
qu'ils luy voüoient , qu'elle ne la
trouveroit dans la Citadelle qu'ils avoient
ordre de conftruire ; Que cependant
ils alloient employer tous leurs foins
à la bastir laplus belle,& la plusforte de
toutes celles des Pais - Bas , non pas
de
leurs deniers , mais des propres derniers
du Roy, puis que tenant tout de fa bonté
& de fa clemence , ils ne luy pouvoient
rien offrir qui nefut déja à luy; & que
Phonneur de leurs Filles confervé, &la
vie qu'il leur avoit genereuſemet laiſſée,
les mettoit dans une obligation indifpenfable
d'en confacrer tous les momens à
fonfervice; ce qu'ils luyjuroient defaire
avec une ardeur qui ne les rendroit jamais
indignes des graces dont il avoit
voulu les combler. Voyez, Madame, fi
ce n'eſt pas là parler bonFrançois pour
des Walons , & fi le zele de ces nou-
C 4
veaux
56 LE MERCURE
veaux Sujets pouvoit s'expliquer
avec plus de reconnoiffance ?
Apres la prise de Valenciennes , le
Roy écrivit plufieurs Lettres de fa
main. Voicy celle que fa Majefté envoya
à Monfieur le Marefchal de la
Ferté pour Réponse à la fienne .
A MON COUSIN LE DUC
de Senecterre , Pair & Marefchal
de France.
Mon Coufin , je fuis bien aiſe de
vous avoir vangê de Valencien
nes je croy mefme que vous ne ferez
pasfàché que comme l'injure que vousy
avez reçeuë ne vous avoit point fait de
tort dans mon efprit , je n'ayepas pouffe
plus loin ma vangeance . l'aurois peine d
trouver d'autres Lieux où l'onpût vous
vanger de la forte , vous y avez mis
trop bon ordre pendant cette longuefuite
d'années où vous avez fi dignementfervy
& Moy & l'Etat . Cependantje
prie Dieu qu'il vous ait , mon Coufin,
en
4
GALAN T. 57
en fa fainte&dignegarde. Au Camp
devant Cambray, le 27. Mars 1677.
Signé , LOUIS.
Monfieur le Marefchal avoit écrit
au Roy en termes qui marquoient fon
refpect & la reconnoiffance qu'il avoit
de tous les bienfaits dont Sa Majefté
l'avoit honnoré , & illa remercioit de
ce qu'Elle adjoûtoit aux grandes obligations
qu'il luy avoit , celle de l'avoir
vangé de Meffieurs de Valenciennes.
Il me fouvient , Madame , de
vous avoir ouy dire il n'y a pas longtemps
, enparlant de la Valeur de nos
Braves d'aujourdhuy , que vous auriez
bien voulu fçavoir tout ce qu'ont
fait de grand nos anciens Marefchaux
de France . Je vais , puis que l'occafion
s'en prefente , vous parler feulement
de Monfieur le Marefchal de la
Ferté. Vous ferez fans doute furpriſe
qu'un feul Homme ait pû faire un fi
grand nombre d'actions éclatantes
C 5 penLE
MERCURE
pendant le cours d'une feule vie ; &
vous direz avec toute la terre , que fi
la mefme Perfonne pouvoit avoir
plus d'un Bâton de Marefchal , nous
luy en verrions affurément plus d'une
douzaine. Lors que l'on attaque la
Rochelle , il eftoit déja à la teſte du
Regiment qui eftoit fous la charge de
Monfieur le Comte de Soiffons. II
fervit pendant ce Seige à la conftruction
du Fort Louis , & en fuite en
en plufieurs endroits contre les Religionnaires
. Il fut au Siege de Privas ,
où il regeut un coup de Moufquet au
vifage. Il fe fignala à l'Attaque du
Pas de Suze , au Secours de Cazal ,
au Siege de Moyenvic , à celuy de
Tréves
, & à la Bataille d'Aveines.
Le feu Roy le fit Marefchal de Camp
fur la Bréche de Hedin , pour avoir
repouffé par deux fois , & défait le
Secours que le General Picolomini y
vouloit jetter. Il donna , & remporta
enfuite le fameux Combat de S. Nicolas
, où les Ennemis eurent plus de
deux
GALAN T. 59
deux mille Hommes tuez fur la place
& perdirent leur Ganon . Eftant au
Siege de Chinay qu'il attaquoit , &
qu'il rangea fous l'obeïffance du Roy,
il apprit que le Duc de Lorraine , &
le General Lamboy , venoient au fecours
de la Place , & avoient déja attaqué
la Garde ; & quoy que bleffé à
la cuiffe d'un coup de Fauconeau , il
fe la fit enveloper , & s'eftant faitjetter
a cheval , il obligea les Ennemis à
fe retirer apres une perte confiderable.
Il commandoit l'Aifle gauche à la Bataille
de Rocroy , il y fit des actions
furprenantes , & il y eut deux coups
de Piſtolet , deux coups d'Epée , &
deux Chevaux tuez fous luy . Il fut
enfuite fait Gouverneur de Lorraine,
puis Lieutenant General , apres quoy
il prit Lonoüy dans fon Gouvernement
, & fauva Courtray en s'yjettant
avec deux mille Hommes , qu'il
fit paffer à la veuë des Ennemis . Ilfe
fignala au Siege d'Ypres & a la Bataille
de Lens , où il rompit la Cavalerie
Ç 6
des
"
60 LE MERCURE
des Ennemis , & la pourſuivit juſ
ques à Douay , d'où il ramena quinze
cens Prifonniers . Il repaffa en fuite en
Lorraine , en chaffe les Ennemis avec
un Corps moins confiderable , & fauva
Nancy du peril qui le menaçoit. Il
prit quelque temps apres la Ville de
Ligny, où il reçeut un coup de Moufquet
à la gorge , que l'on crût mortel.
Je m'imagine , Madame , qu'en
lifant cettre Lettre vous vous eftes déja
interrompue vous- mefme plufieurs
fois , & que vous avez dit que j'avois
oublié à vous marquer en quel temps
Monfieur de la Ferté avoit eſté fait
Marefchal de France : cependant le
Roy ne luy fit l'honneur de luy envoyer
le Bâton , qu'apres la prife de
Ligny. Il fut à peine guery du coup
qu'il y reçeut , qu'il reprit les Villes de
Chartey fur la Mofelle , Mirecourt ,
Neuchateau , & remit fous l'obeïffance
du Roy toutes les Places qui avoient
efté prifes en Lorraine . Deux
ans
GALAN T. 61
ans apres il prit Mouzon avec Monfieur
de Turenne ; puis avec un
Corps de Troupes qu'il commandoit
feul , il empefcha le Duc de Lorraine
de fecourir Sainte Menehouft , &
quelque temps apres il prit Befort en
Hyver ; & la mefme année , ayant
rejoint Monfieur de Turenne, il fut à
P'Attaque des Lignes d'Aras , où il
entra des premiers , & où il eut un
Cheval tué fous luy . La mefme Campagne
il prit Clermont en Argone. Il
fut l'année fuivante au Siege de Landrecies
avec Monfieur de Turenne,
puis en eftant fcparé il fe fignala au fameux
Paffage de l'Efcaut à la Neufville
pres Bouchain . Il facilita quelque
temps apres la prise de Condé & de St.
Guilhain ; & il auroit pris Valenciennes
fans le deftin de Monf. le Prince.
N'admirez-vous pas , Madame
ce long enchaînement de bonheur
qui n'auroit pû durer fi long- temps fi
ce grand Capitaine n'euft eu autant
de conduite & de prudence que de
C 7 Va62
LE MERCURE
Valeur. La Fortune qui n'abandonne
gueres les veritables Braves , fit
bien- toft voir qu'elle ne l'avoit pas
quité pour long-temps ; puis qu'on luy
vit prendre les années fuivantes, Montmedy
& Gravelines , & que le Roy le
fit fon Lieutenant General , lors qu'il
partit pour aller à Marfal. Je ne parle
point des Convoys & des Secours
qu'il a défaits , des Quartiers qu'il a
enlevez , & des Chafteaux qu'il a pris ,
le Détail en feroit trop long. Peut- eftre
mefme que ceux qui verront cette
Lettre , & qui admireront le plus tant
de belles actions , diront que je ne
vous ay promis de vous mander que
ce qui fe paffe de nouveau : Mais ,
Madame , outre que vous l'avez fouhaité
, je croy qu'elles ne déplairont
pas , & qu'eftant ainfi ramaffées elles
paroiftront affez curieufes , pour meriter
que je me fois un peu éloigné de
mon fujet.
Le Roy a fait auffi l'honneur d'écrireà
Madame la Mareſchale d'Eftrées,
&
GALANT. 63
& à Monfieur le Duc de S. Aignan ,
touchant la priſe de Valenciennes. Je .
ne vous diray point que la Lettre de
ce ,Duc à Sa Majesté ſur ce sujet , eſt
fi agreablement tournée , & fi pleine
d'efprit , qu'elle merite l'approbation
que tout le monde luy a donnée. Sa
lecture en fera mieux l'Eloge , que
tout ce queje pourrois vous en écrire
à fon avantage , & je ne veux pas retarder
plus long-temps le plaifir que
vous en attendez ,
LETTRE
DE MONSIEUR LE DUC
DE S. AIGNAN ,
AU ROY
SIRE
,
Ne pourrons nous jamais nous
abandonner à lajoye , fans la trouver
meflée d'inquietude& de crainte? &
re
64
LE MERCURE
V o
ne sçaurions nous apprendre que
STRE MAJESTÉ emporte les meilleures
Places l'Epée à la main , fans fçavoir
au mefme temps combien elle s'y eft exposée
? Bon Dieu , SIRE , ne vous ·
laifferez- vousjamais de faire trembler
vos Serviteurs auffi - bien que vos Ennemis
? Faut- il que malgré moy j'ofe
blâmer VOSTRE MAJESTÉ dans un
temps où elle reçoit dejuftes louanges de
toute la Terre ? Pardonnez , SIRE, *
à l'ardeur de mon zele , ces premiers
mouvemens qu'il ne m'eft pas poffible de
retenir , &permettez moy de dire que
fi j'ay beaucoup de paffion de dire la
Gloire de VOSTRE MAJESTÉ , je n'ay
pas moins de refpectueuse tendreffe pour
Ja Perfonne Sacrée. Songez , au nom
de Dieu , SIRE , que plus vous etes
Grand & Victorieux , plus cet Eftat
doit fouhaiter veftre converfation. Mes
Voeux & mes Souhaitsferoient bien de
voir Vos TRE MAJESTÉ Maistreffe
de tout l'Univers ; mais , en verité ,
j'aimerois quafi mieux eftre affuré
qu'elle
GALAN T. 65
qu'elle le pût eftre de fon grand Courage.
Si le Ciel accorde à mes Prieres
, commeje le veux efperer , ce que
je luy demande tous les jours avec ferveur,
VOSTRE MAJESTÉ n'aura
rien à defirer en fes profperitez , &
quand il ne s'agira pour y contribuer ,
que de prodiguer monfang, & de hazarder
ma vie , vous connoistrez toûjours
quejefuisfans referve ,
SIRE ,
De Voflre Majefté ,
Le tres-humble , tres -obeïffant
& tres fidelle Sujet ,
LE DUC DE S. AIGNA N.
Le Roy luy fit l'honneur de luy envoyer
cette Réponſe de fa main.
1
Α
66 LE MERCURE
A MONCOUSIN LE DUC
de S. Aignan , Pair de France.
Mon Coufin , Vous avez un Art
admirable pour me témoigner
voftrejoyedans laprofperitè de mes Armes.
C'eftoit autrefois par des Eloges ,
maintenant c'est par des frayeurs du péril
& des fatigues où vous dites que je
me fuis exposé pour me rendre Maistre
de Valenciennes. Mais je n ay pas de
peine à deméfler ces diferens mouvemens
, je les réunis tous dans le feul
principe de voftrezele pour ma Perſonne,
& je les reçois avec un agrêment
dont vous devez eftre fatisfait. Cependant
je prie Dieu qu'il vous ait , mon
Coufin , enfa fainte & digne garde.
Au Camp devant Cambray le 27. de
Mars 1677.
Signé , LOUIS.
Il court encor une Lettre qu'on etime
beaucoup ; elle eft de Monfieur
le Comte de Louvigny , à Monfieur
le
GALAN T. 67
le Marefchal de Gramont . Il luy rend
compte de la prise de Valenciennes, &
luy mande que Monfieur le Chevalier
de Vendofme , & Monfieur le Comte
de S. Geran , y ont donné de tresgrandes
marques de valeur. Il y auroit
beaucoup à dire fur cette matiere ;
mais je la quite un moment dans la
crainte d'oublier à vous faire part d'un
Mariage qui s'est fait icy depuis peu
d'une façon toure extraordinaire.
?
Une fort aimable Fille , auffi fpirituelle
que bien faite demeurant à
Paris , apres avoir paffé fes premieres
années en Gaſcogne , attendoit avec
plus de naiffance que de fortune , ce
qu'il plairoit au Ciel d'ordonner de ſa
deſtinée. Un galant Homme dont le
bien répondit à d'autres qualitez fort
eftimables , la vit par rencontre chez
une Dame , Amie commune de tous
les deux . Elleluy parut enjoüée, pleine
de vivacité , d'un entretien agreable
, & il trouva fur tout que fon accent
de Province donnoit une grace
mer68
LE MERCURE
pour
merveilleufe aux moindres chofes
qu'elle difoit . Il la regarda , luy parla ,
Pécouta ; & le plaifir qu'il prit à cette
premiere entreveuë , luy en ayant
fait fouhaiter une feconde , il ne luy
für pas difficile d'en trouver l'occafion.
La Belle alloit fouvent chez la
Dame qu'il connoiffoit. Ils.eftoient
fortis fort contens l'un de l'autre fans
s'en rien dire , & c'eftoit affez
leur faire prendre foin du Rendezvous
. Trois mois fe pafferent à fe
voir de cette forte . Ils devinoient &
ne fe difoient point la caufe de leur
frequente rencontre. C'eſtoit le hazard
en apparence , & leur volonté en
effet. La Belle continuoit toûjours à
eftre enjoüée , l'Amant à luy applau.
dir ; force parties de S. Clou & d'Opera
, mais ce n'eftoit que voir l'Opera
& faire des Promenades à S. Clou ;
grande complaifance , & point de declaration.
Cela n'avançoit point les
affaires , & la Belle ne fçavoit que
penfer de fon Amánt. Elle avoit beau
luy
GALAN T. 69
luy paroiftre toute aimable , il eftoit
charmé de fon humeur , loüoit fon
accent Gaſcon , & ne ſe haſtoit point
de parler François. Enfin l'heureux
moment arriva. Ils eftoient tous deux
chez leur Amie ; on y lifoit la Gazette
de Hollande , & elle marquoit entre
autres chofes fur l'Article de Paris,
que
Monfieur le ** avoit époufé Mademoiſelle
de ** Lejoly endroit , dit
alors cette agreable Perfonne avec fon
enjoüement ordinaire ! Je croy que je
ne ferois point fachée de voir mon
Nom dans un article pareil à celuycy.
L'Amant commençoit à fe laiffer
vaincre par l'Etoile. Grande affurance
de la part qu'elle n'avoit qu'à luy
donner l'ordre , & qu'elle auroit fatisfaction
. Mais , adjoûta- t - elle , il
vous en coûteroit de l'argent , & je ne
voudrois pas engager les Gens à une
dépense qui ne tournât point à leur
avantage. Autre affurance qu'il ne
tiendroit qu'à elle que l'argent ne fuft
employé pour luy. La Belle le regarda
;
70
LE MERCURE
da ; & de cet accent qui avoit accouftumé
de le charmer: Expliquez - vous,
luy dit elle : fi vous me parlez pour
vous divertir , je vay vous répondre ;
fi c'eft férieufement , mon Pere vous
répondra . L'Amant acheva d'eſtre
vaincu, il fit la reverence, alla trouver
le Pere , la luy demanda fans s'informer
de lafuite , dreffa des Articles fort
avantageux pour la Belle , & l'épouſa
quatre jours apres. Cent Perfonnes
de Qualité ont efté de la Nopce , &
c'eft le premier Mariage quife foit fait
icy depuis Pafques. Il n'y a pas
moins de bruit que les Vers que je
Vous envoye , & qui ont efté donnez à
Madame la Comteffe de Guiche fur
fon Jubilé. On les trouve agreables ,
galamment tournez , & vous n'aurez
pas de peine à croire qu'ils meritent
voftre curiofité , quand je vous aury
dit qu'ils font de Madame le Camus.
Vous connoiffez la force & la délicateffe
de fon efprit. Tout Paris en eft
informé , toute la Cour en eft confait
vainGALAN
T. 71
vaincuë ; & c'eft affez de nommer
Madame le Camus , pour faire penfer
à une Perfonne toute admirable.
POUR MADAME.
la Comteffe de Guiche.
ENfaifant voftre lubilé ,
Souvenez vous , belle Comteffe ,
Lors que vous ferezà confeffe ,
De dire que vos yeux nous ont toûjours parlé
De l'amour& dela tendreſſe ;
Qu'ils font caufe de tous les maux
Qu'on fouffre en l'amoureux martire ;
Que pour les coeurs ce font les plus grands
fleaux
Que nous ayens dans cet Empire ;
Que ce font de vrais boutefeux ,
Qui portent par tout l'incendie ;
Que quand on eft regardé d'eux ,
On eft brûlé toute fa vie ;
Qu'avecque leurs douceurs ils font plus dangereux
Que Mars n'eft au Combat , & lafiere Bellone
?
Qu'ils bleffent tout , Hommes & Dieux ,
Et n'épargnent jamais perſonne.
J'adjoûte à ces Vers , l'Impromptu
que
72
LE MERCURE
que
la mefme Madame le Camus fit il
ya quelque temps pour le Portrait du
Roy , en prefence de plufieurs Dames.
Il me femble vous l'avoir entendu
demander.
POUR
LE PORTRAIT
DU ROY.
MVfes , à mon fecours , inſpirez moy
Vers ,
Pour faire le Portrait de mon Roy
Maiftre,
De ce Grand Royfi digne d'eftre
Le feul Maitre de l'Vnivers :
"
des
de mon
Ha ! je ne doute point que cela ne puiffe eftre.
le veux ,
pour commencer > luy dreffer un
Autel.
Son air eft tout divin , il n'a rien d'nn Mortel
:
Tout ce qu'il fait font des Miracles ,
Et tout ce qu'il dit des Oracles.
Ses grands Faits jufqu'a luyfe trouvent inouis
Rien n'a jamais efté qui, luy fuft comparable
,
Tous les Siecles poſſez n'ont rien veu de Semblable.
Les
GALAN T. 73
Les Siecles à venir n'auront point de LOVIS.
Son efprit eft grand & folide ,
Eclairé , penetrant , galant & délicat :
En luy la Sageffe préfide ,
La Iuftice le fuit, la prudence le guide ,
Iamaus on n'a veu Potentat
Avoir fçeu comme luy gouverner un Eftat .
Admirons toute fa Perfonne;
On n'y voit pas un trait qui ne puiſſe charmer.
Malgré tout le respect que fa naiffance donne ,
On ne peut le voyant s'empefcher de l'aimer ;
Et pour tout dire enfin , il porte une Couronne,
Que chacun luy voudroit donner.
Mes Dames je ne puis achever ce Portrait ,
Mon efprit en eft incapable;
Si j'en congoy l'idée , elle eft inexprimable ,
Et Mignard ne l'a pas mieuxfait .
Enfin , Madame , il eft temps de
vous rendre comte de la grande Journée
de Caffel. Mon deffein n'eft
pas
de vous rien dire de ce que vous avez
appris par les Gazettes , & par les
Extraordinaires , à l'égard de la Bataille,
je n'entreprends point d'en faire
un corps , & je fçay que j'en dois laiffer
& le foin & la gloire à l'Illuftre
Monfieur de G ** Je croy n'en devoir
Tom. 2.
D rien
74
LE MERCURE
rien dire avant qu'il en ait parlé , &
l'ordre dans lequel je pourrois mettre
tant de grandes chofes apres luy , n'approcheroit
ny de la noble maniere
dont il les exprime , ny du tour aifé
qu'il leur donne en les liant enfemble.
Je me contenteray donc de vous mander
par morceaux détachez un nombre
infiny de circonftances qu'il n'a
fans doute pû faire entrer dans fes Relations
, parce qu'au lieu des Cahiers
qu'il donne , il auroit efté obligé de
prendre le temps de faire des Volumes
, ce que l'impatience du Public
ne luy permet pas. Je vous envoye
donc , Madame , non pas une Relation
, mais des Extraits qui pourroient
compofer une Hiftoire des plus fidelles
& des plus amples , s'ils eftoient
dans l'ordre qu'il faudroit leur donner
pour en faire un corps . Vous appren
drez par leur lecture de quelque maniere
chacun a parlé de cette fameuſe
Bataile , & vous verrez qu'elles publient
toutes également la Gloire de
Son
GALAN T.
75
Son Alteffe Royale ; mais c'est trop
faire languir voftre curiofité, je commence
.
Extrait d'une Relation de la fameufe
Bataille de Caffel.
Monfieur le Prince
d'Orange ayant
entrepris le Seconrs de S. Omer , &
ayant paffé avec fon Armée le Canal
de Bruges , il s'avança vers Ypres.
Surla premiere
nouvelle de fa marche
, Monfieur de Louvois fut à Lile
; & ce Miniftre dont la
prevoyance
ne peut eftre affez admirée , donna
fes ordres pour faire marcher vers
l'Armée de Monfieur , la petite Gendarmerie
de la Maiſon du Roy avec la
Cavalerie Legere , qui apres le Siege
de Valenciennes avoit efté envoyée
en Quartier de refraifchiffement dans
la Flandre Walonne
. Le Roy envoya
auffi à Monfieur un Détachement
commandé par Monfieur de la Cardoniere
, compofé de huit Bataillons,
deux du Regiment de Bourgogne ,
deux D 2
76 LE MERCURE
deux de Lyonois,& deux de Langue- -
doc.
Le Prince d'Orange marcha à Poperingue
d'une maniere qui fit douter
s'il prendroit le chemin de Bergues
pour l'affieger , ou celuy de St. Omer
pour le fecourir.
Le Roy ayant appris que l'Armée
ennemie continuoit fa marche , &
qu'elle eftoit plus nombreuſe qu'il
n'avoit crû , fit partir Monfieur de
Luxembourg avec quelque Cavalerie
Legere , Moufquetaires , deux Bataillons
des Gardes Françoifes , trois
du Regiment Suiffe de Stoup , deux
du Regiment Royal, & un du Maine.
Pendant que le Roy donnoit fes ordres
pour mettre l'Armée de Monf.
en bon eftat , Son Alteffe Royale fongeoit
à fe bien fervir des Secours que
Sa Majefté luy donnoit , & envoyoit
des Partis pour eftre informé de la marche
& du deffein du Prince d'Orange.
Le Vendredy les Ennemis fe pofterent
devant un Ruiffeau où il eftoit
diffiGALANT.
77
difficile de les attaquer , parce que la
rive qu'ils occupoient eftoit beaucoup
plus haute que celle qui eftoit du coſté
de Monfieur.
La Bataille eftant refoluë , chacun
fut à fon pofte , Monfieur le Marefchal
d'Humieres à la droite, & Monf.
le Duc de Luxembourg à la gauche.
Ils laifferent Monfieur au Corps de
Bataille . Monfieur le Marefchal
d'Humieres vit que l'Aifle gauche des
Ennemis s'avançoit , & qu'ils avoient
déja fait paffer le Ruiffeau à trois mille
Hommes de pied ; il les chargea & les
défit, puis paffant à la tefte du Ruiffeau
avec la Gendarmerie qui compofoit
l'Aifle droite qu'il commandoit ,il prit
l'Aifle gauche des Ennemis en flanc ,
& apres une affez vigoureuſe refiftance
, il la défit abfolument. Cependant
Monfieur s'avançoit avec fon
Corps de Bataille. Celuy des Ennemis
eftoit fur le Ruiffeau , partie d'un
cofté , partie de l'autre , les détours ,
en ces endroits ne permettant pas
D 3
de
78 LE MERCURE
&
de faire une Ligne droite . La refiftance
des Ennemis fut tres - longue &
tres- vigoureuſe , Monfieur chargea
plufieurs fois à la tefte des Efca
drons & des Bataillons ; & comme il
eftoit toûjours au plus fort de la meflée
, il eut un Cheval bleffé fous luy
& un coup de Moufquet dans fes armes.
Plufieurs Perfonnes furent tuées,
ou bleffées aupres de luy. Monfieur
le Chevalier de Lorraine fut legerement
bleffé au vifage , & Monfieur
le Chevalier de Nantouillet àla jambe..!
Toutes les Troupes firent des miracles
, animées par la prefence de
Monfieur :les Moufquetaires du Roy
fe furpafferent eux- mefmes , & perdirent
Monfieur de Moiffac , que
s'eftoit fi heureuſement diftingué à
Valenciennes. Les Regimens d'Humieres
& du Maine allerent plufieurs
fois à la charge.
Les Ennemis plierent enfin ; &
pendant qu'on les attaquoit avec tant
de
GALAN T. 79
de vigueur à la droite , Monfieur de
Luxembourg vouloit paffer le Ruiffeau
pour prendre en flanc leur gauche
; mais il trouva deux Bataillons
retranchez dans l'Eglife de Peéne , &
ne pût fe rendre maiftre de l'Eglife &
du Paffage du Ruiffeau , qu'apres avoir
fait venir du Canon. Dans le
temps qu'il voulut charger pour paffer
de fon cofté , Monfieur luy manda
la Defaite des Ennemis qui fuyoient
, abandonnaut leur Canon &
leur Bagage. Monfieur de Luxembourg
qui voyoit les mouvemens que
les Ennemis faifoient , manda à Son
Alteffe Royale , qu'il déferoit entierement
le refte des Fuyards. Il paffa
la Riviere pour aller apres eux , & les
pouffa quelque temps en taillant en
picces tout cequi fe fauvoit , & manda
enfuite à Monfieur qui le faifoit
foûtenir de pres, qu'il alloit continuer
à les pourfuivre , & que leur Défaite
eftoit fi entiere , qu'il n'y avoit pas
dix des Ennemis emfemble. Il fit paf-
D 4
fer
80
LE MERCURE
paffer ceux qu'il conduifoit au travers
du Bagage de l'Armée ennemie , qui
avoit efté abandonné , & les empeſcha
de s'amufer au pillage . Quand
on fe fait obeïr en pareille rencontre ,
il faut qu'on ait bien du pouvoir fur
les Troupes.
S'il m'eft permis de faire des Reflexions
fur cet Extrait , je diray que
le Roy a le premier eſté cauſe du gain
de la Bataille , par les Détachemens
qu'il a faits fi à propos , & que fa prévoyance
en toutes chofes n'eſt pas
moins à admirer , que le courage &
l'intrépidité de Monfieur qui s'eft toûjours
trouvé dans les endroits les plus
périlleux.
Extrait d'une autre Relation.
L'Armée eftant rangée en Bataille ,
l'Aifle droite où eftoit Monfieur le
Marefchal d'Humieres , commença à
marcher aux Ennemis , & paffa un
Ruiffeau qui eftoit entre eux & nous.
Les Moufquetaires commencerent la
char
GALANT. 87
y
charge , & mirent pied à terre pour
charger deux Bataillons qui eftoient
dans des hayes ; ils les en chafferent
vigoureuſement , & les taillerent en
pieces. Il y eut quelque Défilé à paffer
pour s'aller mettre en bataille dans un
Pays un peu plus découvert où il
avoit beaucoup de Foffez ; ce fut là où
on trouva plufieurs Bataillons , & dix
ou douze Efcadrons des Ennemis qui
eftoient en bataille . La Gendarmerie,
les Brigades de Revel & de Maurevert,
formerent deux Lignes. Pendant ce
temps Monfieur ayant appris que
Monfieur le Marefchal d'Humieres
avoit chargé avec la droite , marcha à
la tefte du Corps du Bataille , & trouva
l'Infanterie des Ennemis poſtée
dans des hayes fort avantageufes : no
nobftant cela il les fit charger & plier ;
mais ils revinrent à la charge plufieurs
fois , foûtenus de leur Cavalerie : Ce
fut là où Monfieur alla luy - meſme à
la charge deux ou trois fois , encourageant
par fon exemple les Soldats.
D 5
Les
82 LE MERCURE
Les Ennemis y perdirent beaucoup
de monde , la confufion s'eftant mife
parmy eux . Monfieur le Marefchal
d'Humieres chargea à la tefte des
Ecoffois plufieurs Efcadrons des Gardes
du Prince d'Orange ; mais eftans
foûtenus de leur Infanterie , il fallut
attendre qu'une partie de la noſtre euſt
paffé de ce cofté là , pour chaffer la
leur qui eftoit retranchée dans des
Buiffons. Un Bataillon de la Reyne eftant
arrivé avec Navarre , on chargea
les Bataillons qui estoient dans ces
hayes. Ils firent grand feu & tinrent
ferme quelque temps , mais ils plierent
ayant veu la refolution des noftres.
La Gendarmerie chargea auffi
toft plufieurs Escadrons qui les reçeurent
affez bien ; mais ayant efté pris en
flanc par les Cuiraffiers de Tilladet , ils
lâcherent pied & fe retirerent derriere
un petit Ruiffeau . Ce fut pour lors
que toute leur Armée commençant à
filer & à fuir , tout fut mis en déroute.
MonGALAN
T. 83
Monfieur de Luxembourg n'euft
pas feulement les Ennemis à combattre
, mais il fut encor obligé à fe tenir
fur fes gardes , de peur qu'ils ne fe
coulaffent dans la meflée pour aller à
Saint Omer.
Tous lesGardes du Prince d'Orange
à pied & à cheval ont fait des merveil
les , auffi ont - ils efté tous pris ou tuez:
Ses Gardes du Corpsfurent pris dans
la pourfuite. Monfieur de Luxembourg,
par la raifon que je vous ay
dite , eut beaucoup plus de part à la
fin de l'action qu'au commencement:
mais on peut dire qu'ayant empeſché
les Ennmis de fecourir Saint Omer
(ce qu'ils avoient deffein de faire par
fon cofté ) fa grande vigilance ne luy a
pas acquis moins de gloire pendant le
Combat , que fon ardeur à pourſuivre
les Ennemis apres le gain de la Vi-
&toire.
Extrait d'une autre Relation.
Les choſes eftant ainfi difpofées ,tou-
D 6
te
84
LE MERCURE
te l'Armée chargea en mefme temps .
Nous trouvâmes une grande refiftance
d'abord , & nous fumes repouffez
où Son Alteffe Royale eftoit. Ayant
trouvé un grand Corps d'Infanterie
pofté dans des hayes d'une épaffeur
extraordinaire ,, on peut dire que
Monfieur remit l'affaire abfolument ,
car il remena luy- mefme les Bataillons
à la charge , r'allia la Cavalerie ,
& fit charger fi vigoureusement ,
qu'il pouffa tout ce qu'il trouva devant
luy .
Extrait d'une autre Relation.
Le premier choc fut tres- rude , les
Ennemis firent de furieufes décharges
par le front & le flanc , à la faveur
des hayes dont ils eftoient couverts .
Outre l'avantage du terrain qu'ils avoient
, ils eftoient plus forts que
nous & nous poufferent d'abord .
Monfieur r'allia luy - mefme , & envoya
fes ordres par les principaux Officiers
de fa Maifon, Monfieur le
CheGALANT.
85
Chevalier de Nantoüillet fit avancer
quatre Bataillons Suiffes qui eftoient
à la feconde Ligne : ceux de la premiere
fe voyans foûtenus , prirent
courage , & commencerent à repouffer
les Ennemis , lors qu'un de ces quatre
Bataillons fut rompu. Monfieur
fit auffi - toft mettre en Eſcadrons fes
Gardes , & quelques - uns de fés Domeftiques
qui estoient accourus l'Epée
à la main ; & les animant par fon
exemple , leur infpira tant de force &
tant de courage , que toutes les Troupes
qui eftoient auprés de luy ayant
effuyé , à la portée du Piftolet , la décharge
des Ennemis , allerent à eux
l'Epée à la main , & les rompirent.
Monfieur le Chevalier de Lorraine
que eftoit avec Monfieur de Luxembourg
, s'appercevant que Monfieur
faifoit avancer des Troupes de la feconde
Ligne , retourna aupres de
Son Alteffe Royale , où remenant les
noftres à la charge , il eut le bord de
fon Chapeau percé d'un coup de
D 7
Mouf
86 LE MERCURE
Moufquet qui luy fit une contufion du
cofté de l'oeil droit aupres de la temple.
Ce fut dans cette mefme occafion que
Monf. reçeut un coup de Moufquet
dans fa Cuiraffe; que le Sieur Vaucher
l'un de fes Valets de Chambre , eut un
coup dans la cuiffe , en attachant une
Cafaque fur les armes de ce Prince ; ce
fut là que Monf. le Chevalier de Nantoüillet
reçeut un coup de Moufquet
dans la genoüilliere qui touchoit celle
de Monf. , & que Monf. Tillet Cadet
aux Gardes eut fon Cheval bleffé de
deux coups derriere fon Alteffe Royale.
A noftre droite, les Moufquetaires
ayans mis pied à terre par l'ordre de
Monf.de la Cardonniere , avoient déja
mis en déroute un tres- gros Bataillon
qu'ils avoient forcé dans des hayes l'epée
à la main , apres en avoir effuyé
la décharge , & les avoir pouffez dans
une Plaine tous botez qu'ils eftcient.
Ce fut dans ce mefme temps que les
Gens d'armes Ecoffois rencontrerent
les Cuiraffiers ennemis , & les taillerent
GALA N T. 87
rent en pieces . Les Moufquetaires
eftans en fuite remontez à cheval ,
revinrent dans la mefme Plaine , où
ils effuyerent le feu de deux autres
Bataillons qui eftoient plus éloignez
dans des hayes. Monfieur d'Humieres
qui avoit commencé la Bataille ,
commença auffi la Déroute des Ennemis
, les ayans chargez par le flanc à
la tefte des Eſcadrons de Gendarme-:
rie , des Cuiraffiers , & meſme de
l'Infanterie. A la gauche Monfieur
de Luxembourg ayant paffé auffi fierement
qu'heureuſement à la tefte des
Dragons Dauphins & de Liftenay ,
foûtenus de quelques Bataillons , prit
auffi avec les Efcadrons de Sourdis la
droite des Ennemis par le flanc. Ce
fut de ce cofté que le Chevalier de Silly
, l'un des Chambellans & Ayde de
Camp de Monfieur , fut tué , & que
Monfieur le Marquis d'Effiat qui faifoit
travailler à un Pont , eut la bride
de fon Cheval coupée d'un coup de
Moufquet. Noftre Canon fut tresbien
88 LE MERCURE
bien fervy par Monfieur le Marquis
de la Frefeliere , qui fit changer des
plafonds à propos , & avec une promptitude
incroyable.
Nous avions deux cens Hommes
Garniſon au Chafteau de Caffel , que
les Ennemis n'avoient pas voulu attaquer
, efperant les prendre à difcretion
, apres avoir gagné la Bataille :
mais les deux cens Soldats les batirent
, conduits Monfieur de la
Motte Marefchal de Camp , qui les
prit en paffant , apres s'eftre fignalé
dans la Bataille.
par
Tous les Officiers de la Maifon de
Monfieur ont extrémement fignalé le
zele qu'ils avoient pour la gloire de
leur Maiſtre. Monfieur le Marquis
d'Effiat rallia plufieurs fois les Troupes
, & les remena à la charge. Monfieur
de Nantouillet fit donner luymefme
les Suiffes. Monfieur de Purnon
executa tous les ordres qu'il regeut
, nonobftant le feu des Ennemis.
Monfieur le Marquis de Pluvaux qui
alloit
GALAN T. 89
alloit & venoit , paffa à la tefte des
Gardes au moment qu'elles char
geoient , & chargea luy- mefme avec
elles l'épée à la main , quoy qu'il fuft à
cheval.
J'ay crû , Madame , vous devoir
envoyer tous les endroits fur lefquels
j'aurois pû faire une Relation. La
verité fe rencontre rarement en une
feule & celuy qui de plufieurs diferentes
en compofe une , ne pouvant
fans la faire trop longue , trop embaraffée
& hors des regles , rapporter
les fentimens de chacun , eft obligé de
s'arrefter à quelques- uns , ce qu'il ne
fait fouvent que par prévention , ou
dans le deffein de favorifer quelqu'un
, ou par d'autres raifons ; c'eft
ce qui m'a porté à vous faire
part de
plufieurs endroits choifis de diverſes
Relations , & je croy qu'il n'y a que
ce moyen pour faire bien comprendre
ce qui s'eft paffé dans une Bataille;l'un
marque les chofes d'une maniere, l'autre
d'une autre , & les uns ont efté témoins
9༠
LE MERCURE
moins de ce que plufieurs n'ont pû
voir. Ainfi rien n'eft oublié ; & les
diferens termes dont on fe fert pour
exprimer tout ce qu'on a remarqué ,
joints à tout cela , font que l'un éclaircit
ce qu'on a trouvé d'obfcur dans ce
que les autres ont écrit , & qu'apres
avoir lû tout ce qui s'eſt fait fur une
Bataille , l'efprit fe la figure de la maniere
qu'elle s'eft donnée , fans qu'il
foit pour cela facile à celuy qui en a
conçeu une fi forte idée , d'en bien
exprimer toutes les circonstances , encore
que fon imagination les luy reprefente
de mefme qu'elles font arrivées.
Je ne vous parle point de l'ordre de
la Bataille , il eft imprimé , vous l'avez
veu , & il n'y a rien de nouveau
là - deflus. Ne croyez pourtant pas
que je finiffe fi- toft l'Article de la mé.
morable Journée de Caffel , j'ay trop
de chofes à vous raconter de Monfieur.
Vous venez de connoiftre que
toutes les Relations fe rapportent touchant
GALANT
91
chant la gloire que Son Alteffe Royales'y
eft acquife ; mais ce n'eſt pas affez
, & ce grand Prince merite bien
un Article particulier. Pour ne rien
laiffer paffer de ce qui le regarde ,
examinons l'eftat de l'Armée ennemie
qui devoit eftre employée toute entie
re à combattre celle de Monfieur , &
voyons ce que celle de fon Alteffet
Royale ( beaucoup moins forte )
avoit à faire. Admirons l'efprit de ce
Prince dans le Confeil de Guerre, voyons
en fuite tous les ordres qu'il
donne , fuivons le dans le Combat ,
remarquons tout ce qu'il y fait , &
parlons de tout ce qui luy a gagné les
coeurs des Ennemis mefme apres la
Bataille , & nous admirerons en fuite.
fon grand coeur , fa prefence d'efprit ,
fa prudence & fa bonté naturelle..
Voila , Madame , toutes les chofes
dont j'ay encor à vous parler, touchant.
Son Alteffe Royale.
L'Armée ennemie eftoit beaucoup
plus forte que la fienne , fur tout en
In92
LE MERCURE
Infanterie. Elle eftoit commandée par
un Prince plein de coeur & tres-entreprenant
, quoy que malheureux . Son
Infanterie eftoit poftée dans des Vergers
entourez de hayes vives & de foffez
pleins d'eau qui ne fe pouvoient
paffer à cheval , & où l'on ne pouvoit
entrer que par Défilez ; de forte que
pour la forcer , il falloit paffer fous le
feu du Canon & de la moufquetterie
& l'attaquer dans des lieux naturellement
retranchez . Cette Armée qui fe
tenoit tres- affurée de la Victoire , &
qui connoiffoit fes forces , n'eftoit
point obligée à les divifer ; ce que Son
Alteffe Royale eftoit contrainte de
faire , ayant la Tranchée de S. Omer
, & les Poftes qu'elle avoit gagnez
devant cette Place à faire garder,
ainfi que huit autres endroits par lef
quels le Secours pouvoit paffer. L'Armée
de Monfieur eftant affoiblie par
les Troupes qu'il fut obligé de laiffer
en tant de diférens Poftes , ne diminua
en rien l'impatience qu'il avoit
de
GALANT.
93
de combatre ; & dés qu'il eut appris
que les Ennemis avoient paffé le premier
Ruiffeau , il voulut les aller attaquer
, & demanda l'Avis de Meffieurs
les Marefchaux d'Humieres & de Luxembourg
, qui voyant la refolution
où il eftoit d'expofer fa Perfonne , luy
firent quelques Objections . Elles auroient
embaraffé un Prince moins
éclairé , & moins ardent pour la gloire
des Armes du Roy , & une autre
auroit pû quitter le deffein de combatre
fans qu'on le pût blâmer , puis
que c'eftoit l'Avis du Confeil . Ce
Prince n'avoit pour cela qu'à ne rien
dire qui pût détruire les Objections
qu'on luy venoit de faire . Il y répondis
, Quefi on attendoit les Ennemis
euffent paffé le fecond Ruiffeau qui
leur reftoit , ils pouroient dérober quelques
marches par derriere , &jetter du
Secours dans S. Omer , qui eftoit leur
deffein le plus important , ce qui l'obligeroit
à lever le Siege , & qu'il ne
vouloit pas que fous fon Commandeque
ment
94
LE MERCURE
ment les Armes du Roy reçeuſſent un
affront qui ne leur eftoit point encor arrivé
depuis le commencement de la
Guerre. Meffieurs les Generaux ayans
goufté toutes ces raifons , répondirent
qu'ils ne fçavoient qu'obeir , & Monfieur
s'eftant luy- mefme avancé avec
quelques Troupes pour reconnoiftre
les Ennemis , donna auffi-toft les ordres
qu'il jugea neceffaires pour les aller
attaquer. C'eft où nous aurons de
la peine à le fuivre , & où la fumée &
le feu nous empefcheront de remarquer
un grand nombre d'actions dont
nous ne pouvons juger que par celles
que nous fçavons. Il eft temps de regarder
ce Prince dans le Combat , il y
a remply les devoirs de Capitaine &
ceux de General, il a donné des ordres,
il a mené à la charge , il a combatu luymefme
lesEnnemis,il a exhorté les Soldats
, il leur a infpiré de l'ardeur & l'on
peut dire que fa tefte , fon coeur , fon
bras , fon efprit & fon éloquence ont
également agy en cette occafion. Dés
que
GALAN T.
95
que
fa
les Ennemis faifoient quelques
mouvemens , il donnoit par tout des ordres
nouveaux avec une prefence &
une netteté d'efprit inconcevables: jamais
on n'a moins craint le peril , ny
fait voir un plus grand fang- froid au
milieu des dangers , ce Prince ne s'eftant
pas trouvé embaraffé un feul
moment , & l'on peut dire que la prefence
& fa fermeté ont caufé le gain de
la Bataille . Il a r'allié luy mefme les
Troupes, & les ayant r'animées par ce
qu'il leur dit, & par fon exemple, il les
a remenées plufieurs fois à la charge
fans s'étonner du feu des Ennemis
qu'il a effuyé avec une intrépidité qui
ne fe peut exprimer . Ce feu a efté
grand , & l'on n'en peut douter ,
puis que la plupart des Officiers qui
eftoient autour de fa Perfonne ont efté
bleffez : Il s'expofoit au mefme malheur
, fi le Ciel ne l'en euft garanty.
Ce Prince croyoit que ce n'eftoit pas
affez de commander le Corps de Bataille
, & il falloit encor pour fatisfaire
fon
96
LE MERCURE
fon courage , qu'il fe miſt à la teſte
des Troupes qui avoient plié ; il vouloit
mefme y aller fans autres armes
que celles dont il avoit befoin pour
combattre ; mais Monfieur de Merille,
& un de fes Ecuyers , luy en mirent
malgré luy dans la chaleur du
Combat. Je ne fçay comment il en
put fupporter la fatigue ; puis qu'il
eftoit à cheval dés trois heures du matin
, que la meflée dura juſqu'au foir ,
& que les Bataillons des Ennemis eftoient
rafraichis par d'autres qui
eſtoient à couvert dans des Vergers.
Mais paffons au lendemain de cette
grande Journée , & voyons Monfieur
apres fa Victoire . Ses yeux ne
brilloient plus d'un feu guerrier , la
douceur y regnoit , il plaignit les
malheureux
& les bleffez , il envoya
dans le Champ de Bataille des Medecins
, des Chirurgiens , des Remedes,
des Vivres & des Chariots pour tranfporter
ceux qui eftoient encor en eſtat
d'eftre fecourus , & il s'eft attiré par là
l'eftiGALANT.
97
I
l'eftime & l'amitié des Vainqueurs &
des Vaincus.
Monfieur l'Abbé Tallemant l'ainé
a fait un tres- beau Sonnet fur cette
grande humanité que Son Alteffe
Royale fit voir le lendemain du Combat.
Je voudrois vous en faire part ,
auffi bien que de ceux de Monfieur
l'Abbé Efprit ; mais je pafferois de
trop loin les bornes que je me fuis
prefcrites , & je vous les envoyeray ,
avec plufieurs autres Vers fur les Conqueftes
du Roy , faits par les plus
beaux Efprits de France, la premiere
fois que je vous écriray. Cependant
comme j'en ay beaucoup de Monfieur
l'Abbé Cotin , que je fuis contraint
de vous garder , avec les autres,
je ne puis m'empefcher de vous envoyer
aujourd'huy ces huit Vers de fa
façon.
Tome2 . E A
98 LE MERCURE
A
MONSIEUR ,
SUR SA VICTOIRE.
SVrmonter en tous lieux , la Nature & le
Temps ,
Prendre Villes & Forts , & donner des Batailles
,
Où tudomptes l'orgueil de cesfiers Combatans ,
Dont la Flandre aux abois pleure les funerailles.
Surprendre l'Vnivers par des Faits inouis ,
Et contraindre l'Espagne & l'envie àſe taire ,
Onne peut faire plus ; Mais pouvois tu moins
faire
Philippe , Fils de France , Frere de Loiiis?
que
Toute la France a pris part à cette
Victoire ; & le jour mefme
Monfieur le Duc de St. Aignan l'aprit
, il en témoigna la joye à Son
Alteffe Royale par une Lettre que
voicy.
LETGALAN
T. 99
LETTRE DE MONSIEUR
le Duc de S. Aignan , à Son Alteffe
Royale.
MONSEIGNEUR ,
Je n'oferois quafi mefler ma
voix au bruit des applaudiffemens &
des loüanges qui vous font deuës , &
que vous recevez, de toutes parts. Mais,
MONSEIGNEUR , mon profond
refpect pour VOSTRE ALTESSE
ROYALE , & fi j'ose y
adtoûter ce mot , mon eftime tres-parfaite,
me font prendre cette liberté.
Voila , MONSEIGNEVR , de
glorieufesfuites des premieres marques
de cette Valeur naiſſante dont j'avois
efté témoin ily a vingt ans au Siegede
Montmedy. Ie ne doutepas que dans
une Action fi glorieuse vous ne foyez
plus fatisfait d'avoir vaincu pour le
Roy , que d'avoir vaincu par vous
mefme. Triomphez , MONSEIGNEUR
, du refte des Ennemis
dont vous venez de furmonter un fi
E 2 grand
100 LE MERCURE
grand nombre ; & foyez , s'il vous
plaift , bien perfuadé que perfonne ne
s'intereffe plus queje fais en vostre confervation
, ny nepeut estre avec plus
derefpect que moy ,
MONSEIGNEVR ,
De Voftre Alteffe Royale ,
Le tres-humble tres-obeïffant
& tres foûmis Serviteur ,
LE DUC DE S. AIGNAN .
De Paris le. 13.d'Avril 1677.
Monfieur ayant reçeu cette Lettre
, y fit de ſa main la Réponſe ſuivante.
LETTRE DE S. A. R.
à M. le Duc de S. Aignan.
On Coufin , Vous croirez facilement
la joye queje reçois par l'affurance
que vous me donnez, de celle que
vous avez reçeuë de l'heureux fuccés.
qu'eut
GALAN T. 101
que qu'eut Dimanche dernier l'Armée
le Roy m'afait l'honneur de me confier
puis que cela a causé un moment de plaifir
au Roy, & l'a obligé de me donner
en cette occafion des marques defa tendreffe
, quoy quejefuffe celuy qui avoit
eu le moins de part au bonheur de fes
Armes. Ienelaille pas de vous en eftre
fort obligé ; & de vousprier de croire
quejefuis,
MON COUSIN,
Voftre bien bon Coufin ,
PHILIPPE
Le 18. Avril , au Camp de Mont- Caffel.
Je ne fuis pas fatisfait Madame , de
vous avoir fait voir les Lettres obligeantes
dont le Roy & Monfieur, qui
ont une eftime toute particuliere pour
Monfieur le Duc de S. Aignan , l'ont
honoré ; j'ay mille chofes à vous dire
de ce Duc , mais ce fera pour une au-
E 3
tre102
LE MERCURE
trefois , ma Lettre eft déja trop longue
, je fuis preffé de vous l'envoyer,
& je n'ay pas tout le temps qu'il me
faudroit pour bien mettre dans fon
jour une fi belle matiere.
Puis que je fuis encor fur l'Article
de la Bataille de Caffel , je ne dois
pas oublier de vous faire part d'un
Sonnet qui merite d'eftre veu , &
dont cettegrande Journée a fourny le
fujet. Je vous l'envoye plutoft que les
autres , parce qu'il eft tombé le premier
entre mes mains , & non pour
aucune autre raiſon , mon deffein
n'eftant pas de donner rang aux Ouvrages
d'efprit felon leur merite ,
dontje vous laiffe à décider.
AURO Y
SONNE T.
Andis que triomphant fur la Terre & fur
l'onde,
Tufurprends l'Vnivers de tes progrezfoudains,
Et qu'avec tant de bruit dans tes Auguftes
mains ,
EclaGALAN
T. 103
Eclate le Tonnerre en mefme temps qu'ilgronde.
Tandis qu'en cette Guerre où le Ciel te feconde ,
Du fuperbe Cambray tombent les efforts vains ,
Que fa tefte & ton coeur font les Guides certains
,
Quicondufent tes pas vers l'Empire du Monde
,
Vn Freregenereux , par ton exemple inftruit ,
Cherchetes Ennemis , les combat , les détruit,
Et vientmettre à tes pieds fa brillante Victoire :
De l'encens qu'il merite il n'eft point fatisfast ;
Il veut qu'on te le donne , & fa plus grande
gloire ,
Eft que tufois louéde tout ce qu'il afait.
On dit que ce Sonnet eft du fameux
Monfieur de Benferade : je le
veux croire ; mais à moins que les
Ouvrages ne me foient donnez par
ceux mefmes qui les ont faits , je ne
diray jamais pofitivement qu'ils foient
des Autheurs à qui on les attribuë ,
pour ne point faire la faute dans
laquelle je fuis tombé , en donnant à
Monfieur Peliffon , un Sonnet de
Monfieur Cheminet. Le Nom de ce
dernier n'eft pas inconnu , & ce que
E 4 nous
104 LE MERCURE
nous avons veu de luy eft fi tendre &
fi délicat , qu'il merité affurément
beaucoup de loüanges . Retournons à
noftre Sujet.
Monfieur auffi - toft apres la Bataille
, fit partir Monfieur le Marquis
d'Effiat pour en rendre compte au
Roy , & M. Merille à Madame Sa
Majefté envoya peu de temps apres
Monfieur le Marquis de Gefvres , à
S. A. R. pour luy en témoigner fon
extréme fatisfaction , & dépefcha un
des Ordinaires de fa Maifon à Madame,
avec une Lettre par laquelle il
luy mandoit , Qu'il se réjouiſſoit plus
du gain de la Bataille , à cause de la
gloire que Monfieur s'y eftoit acquife ,
quepour l'utilité que Luy & fon Etat
recevoient. Monfeigneur le Dauphin
fit là -deffus dés le mefmejour une Vifite
toute obligeante à Madame. Elle
fut fuivie quelques jours apres de celle
de la Reyne , qui avoit envoyé d'abord
auRoy & à fon Alteffe Royale ,
Monfieur le Vicomte de Nantiac ,
pour
GALAN T. 105
pour leur témoigner la joye qu'elle
reffentoit de cette importante Victoire.
Celle de Madame a paru fi grande,
qu'il eft impoffible de l'exprimer
auffi-bien que les divers mouvemens
qui l'ont agitée pendant deux jours.
Elle verfoit des larmes qu'elle donnoit
avec plaisir à l'heureuſe nouvelle de ce
grand fuccés ; & dans le plus fort de
fajoye , il y avoit des momens où la
crainte la tourmentoit. Elle vouloit
croire que le Combat n'eftoit pas finy,
& que Monfieur eftoit encor au milieu
des Ennemis ; & dans ce mélange
de frayeur & de joye , de trouble &
de plaifir , pour fentir trop de chofes à
la fois , elle ne fçavoit pas bien ce
qu'elle fentoit. L'efprit de Mademoifelle
eftoit de mefme , & fon agitation
la faifoit courir jufques fur l'Eſcalier
au devant de tous ceux qui arrivoient
de l'Armée.
Ce n'eft pas fans raifon que j'ay
donné le nom de grande à la journée
de Caffel , puis queje n'ay pas encor
E 5 com
· 106 LE MERCURE
commencé à parler de ceux qui s'y
font fignalez ; les voicy.
Je ne vous dis rien de Meffieurs les
Marefchaux qui ont commandé les
deux Aifles ; vous avez veu ce qu'ils
ont fait , dans ce quej'ay tiré des plus
fidelles Relations. Les Generaux font
l'ame des Armées , ce font eux qui les
font mouvoir , & quand une Bataille
eft gagnée , on peut affurer qu'ils y
ont beaucoup contribué.
Je vous parlerois de Monfieur le
Chevalier de Loraine , fi je pouvois
vous dire tous les endroits par lefquels
je fçay qu'il a part au fuccés de la me
morable Journée de Caffel ; il y a
fait paroiftre cette mefme valeur que
la Hollande & la Comté ont admirée
avecétonnement , encor qu'elle fuft
occupée contre leurs Places , & on
ne devoit pas moins attendre du zele
qu'il a pour le Roy & pour la gloire.
de fon A.Royale:
Monfieur le Prince de Soubife a
montré une fi grande vigilance , que
les
GALANT. 107
les Ennemis qui pouvoient tenter de
fon cofté le Paffage du Secours qu'ils
vouloient jetter dans S. Omer , n'oferent
jamais l'entreprendre. Il eft de la
Maifon de Rohan . Tout le monde
en connoiſt la grandeur & l'antiquité ,
& ilfuffit de ce Nom pour faire connoistre
qu'apres nos Maiftres & ceux
de leur Sang , Monfieur de Soubife
ne voit prefque rien au deffus de luy.
La fageffe , le courage , & la civilité
de ce Prince , ne le font pas moins
confiderer que fa bonne mine , dont
on ne fe taift pas parmy le beau Sexe.
Monfieur le Comte du Pleffis - Praflin
a forcé les Ennemis en plufieurs
endroits. Son Nom fait connoiftre la
glorieufe Race dont il eft forty. La
Valeur qui l'accompagne dans toutes
les occafions de guerre où il fe trouve ,
& la maniere dont il conduit les
Troupes qui font fous fon Comman- ·
dement , font voir qu'il eft le digne
Sang de ces grands Marefchaux de
France qui fe font fignalez en tant
E 6 d'oc108
LE MERCURE
d'occafions celebres , & particulierement
de feu Monfieur le Marefchal
du Pleffis fon Pere . Ses grandes Actions
ne font ignorées de perfonne , &
l'on n'oublîra jamais le fameux Siege
de Rozes , ny la Bataille de Rhetel ,
qui rétablit les Affaires de France,que
la Guerre Civile avoit mifes en de fordre.
Monfieur de la Cardoniere a fait
des actions furprenantes , & fon jugement
& fa prefence d'efprit n'ont
pas moins contribué , au gain de la
Bataille, que fon grand courage ;
il a
paffé par tous les Emplois de la Guerre
, fans que fes bleffures l'ayent ja
mais empefché de fe trouver dans lesoccafions
les plus hazardeufes , où fa
valeur & fa prudence fe font toûjours
également fignalées. Il a fouvent fervy
àr'allier des Troupes en defordre,
& à faire paffer la Victoire du cofté où
il.s'eft rencontré .
Monfieur d'Albret a pouffé les Ennemis
avec une vigueur incroyable, &
les
GALANT. 109
·
les a chaffez d'un Pofte où ils eftoient
en beaucoup plus grand nombre. Il eft
Fils de Monfieur de Pont , Aîné de la
Maifon d'Albret Neveu & Gendre du
feu Marefchal de ce nom , dont la valeur
, la fidelité , & la fermeté dans
les occafions où il a falu foûtenir les
les intereſts du Roy & de la Reyne
Mere , ont paru avec éclat . Monfieur
d'Albret dont je parle icy , marche fur
fes traces ; il eft bien fait , il a de l'efprit
, de la bonne mine , & unair noble
qui perfuade ailément qu'il eft né
des Héros de ce Nom qui ont porté
autrefois la Couronne de Navarre.
Tout ce qu'il a fait depuis fa plus
grandejeuneffe , répond à la grandeur
de fa naiffance.
On ne peut aller chercher les Ennemis
avec plus d'ardeur que fit Monfieur
le Chevalier de Sourdis. Il paffa
des premiers le Ruiffeau qui féparoit
les deux Armées , & il a fervy pendant
tout le Combat avec une activité
fans pareille. Il a fouvent reçeu des
E 7 Or110
LE MERCURE
Ordres de Monfieur , que le feu des
Ennemis ne luy a point empefché de
porter. Il eft Fils de Monfieur le
Marquis de Sourdis Chevalier des Ordres
du Roy , & Gouverneur d'Orleans
& d'Amboife , Petit- Neveu de
feu Monfieur le Cardinal de Sourdis
& de Monfieur l'Archevefque de Bordeaux
, fi fameux pour avoir commandé
les Armées du Roy fur la Mer
pendant plufieurs Campagnes fous le
Regne de Louis XIII. Il a commencé
de bonne heure à faire voir la valeur
d'un Soldat déterminé , foûtenuë
d'une fort grande fageffe , & il ne faut
pas s'étonner fi ayant autant d'intelligence
qu'il en a au Meftier de la
Guerre, on l'y a veu en peu de temps
honoré des plus grands Emplois.
Monfieur de Revel , Frere de
Monfieur de Broglio , s'eft auffi fort
diftingué. Il est d'une Famille toute
pleine de coeur , & il a toûjours fait
des actions dignes de ſa naiffance , &
de la valeur de fes Peres. -
MonGALAN
T. III
Monfieur le Chevalier Fourbin ,
& Monfieur le Marquis de Jauvelle ,
ont combatu avec une valeur extraordinaire
; mais ils n'ont pas feulement
payé de leurs perfonnes , puis que
leur exemple a infpiré aux Moufquetaires
les actions qu'ils ont faites ;. Il
eft fans doute fort furprenant que tous
botez & l'Epée à la main feulement ,
ils ayent attaqué & défait des Bataillons
heriffez de Piques .
La vigilance de Monfieur de Tracy
a beaucoup contribué au gain de
la Bataille. Voicy ce que l'on dit de
luy dans une Relation. Monfieur de
Tracy amena le Secours de Cambray avec
une telle diligence , que fur l'avis
qu'il eut à Bethune où il devoit fejourner
, que Monfieur eftoit à la veille
de donner une Bataille , ilfit faire encor
buit lieuës à l'Infanterie qu'il conduifoit
, & la fit marcher au clair de
la Lune. C'eſt un fort ancien Officier,
& qui paffe pour un tres - honnefte
Homme ; il est tout couvert de
coups;
$
112 LE MERCURE
fon
de coups ; il a donné des marques
courage dés le premier
Siege de
Condé, où il eut une jambe caffée ; il
réçeut au Siege de Tournay
un coup
dans la tefte qui luy fracaffoit la bouche
; il a efté Major General de l'Armée
pendant cinq ans fous Monfieur
le Prince en Hollande , & fous Monfieur
de Turenne
en Allemagne
; ila
efté bleffé legerement
au Siege de Va
lenciennes
, & s'eft ſignalé à la Bataille
de Caffel. Il eft Oncle de Madame la
Prefidente
de Nefmond .
On ne peut donner plus de marques
d'intrépidité qu'a fait Monfieur de
Longueval qui commande les Dragons
Dauphins ; ila paffé le premier
le Ruiffeau qui eftoit entre les Ennemis
& nos Troupes , à la tefte de
trois mille Dragons. Le Sieur de Leftelle
, fon Marefchal des Logis , regeut
quatre coups en cette occafion ,
dont il eft mort . Monfieur de Longueval
, quoy que tres- jeune encor ,
eft tres - ancien dans le fervice , il eſt
fort
GALANT.
113
fort aimé de Monfieur le Prince , qui
a fouvent dit du bien de luy , pour
l'avoir veu combatre à la Bataille de
Senef. Le Roy luy donna il y a deux
ans le Regiment des Dragons Dauphins
, & le préfera à tous ceux qui le
demandoient . L'année derniere il fut
détaché pour donner fur l'Arrieregarde
du Prince d'Orange , ce qu'il
fit avec beaucoup de vigueur . Il fut
-envelopé par un tres-grand nombre
d'Ennemis ; Monfieur de Montal
qui eftoit deffus une hauteur , s'en
aperçeut , & luy ayant envoyé ordre
de fe retirer , il fut témoin de la plus
judicieuſe Retraite & de la plus belle
Action que l'on puiffe faire , puis
qu'avec tres- peu de Gens il défit une
partie des Efcadons dont il eftoit environné
.
Je vous ay déja parlé de ce qu'a fait
Monfieur de Pleuvauls Maiftre de la
Garderobe de Monfieur. Il eftoit Capitaine
de Chevaux - Legers pendant
le Siege d'Arras ; & fa Compagnie
eftant
114 LE MERCURE
eftant dans la Place , il s'y fut jetter
avec beaucoup de courage , quoy que
Monfieur de Turenne luy en euft reprefenté
le danger. Il fe diftingua fort
tat que dura ce Siege, & s'acquit beaucoup
de gloire à celuy de Maſtric ,
où il reçeut un coup de Moufquet , en
faifant faire un Logement fur la Contrefcarpe.
Cette Action fut belle
maisje n'ay pas le temps de vous la décrire.
Monfieur le Chevalier de Tauriac,
Ayde de Camp de Monfieur . a rallié
dix fois les Gens d'armes. Monfieur
le Marefchal d'Humieres rendit témoignage
de fa Valeur à Son Alteffe
Royale qui le choifit pour rendre
compte au Roy des particularitez de
la Bataillle , & pour luy porter quarante
Drapeaux , & treize Etendards.
Monfieur le Marquis d'Effiat ,
comme je vous ay déja dit , avoit
efté envoyé d'abord pour donner
Avis à Sa Majefté du gain de la
Bataille. Je vous parlerois encor de
ce
GALANT. 115
ce Marquis , fi j'eftois moins preffé
de finir. Ila du coeur , le gouft bon ,
& une délicateffe d'efprit qui ne donne
jamais dans le faux - brillant dont tant
de monde fe laiffe éblouir.
Monf. le Chevalier de Nantoüillet
a fait voir autant de coeur qu'il a
d'efprit. Ila toute la reconnoiffance:
imaginable des bontez que Monfieur
a pourluy. Ileft de la Famille de feu
Monfieur le Cardinal de Prat , Chancelier
de France:
Monfieur de Purnon , premier
Maiſtre d'Hoftel de Monfieur, & Frere
de Monfieur de Tracy , s'eft pareillement
fignalé , & quoy que fa
Charge ne l'engageât point à fe trouver
à la Bataille , il a voulu effuyer
les mefmes perils que fon Maiftre.
Monfieur de Merille en a fait autant
fans y eftre obligé par fa Charge. On
ne doit pas s'en étonner , on fçait avec
quel zele il fert Monfieur , &
combien Son Alteffe Royale le confidere.
Il le merite, & c'eft un veritable
honP
LE MERCURE 116
¿
honnefte Homme.
Monfieur le Chevalier de Laufieres
, Enſeigne des Gardes de Monfieur
, de la Maifon de Themines , a
donné des marques d'une grande Valeur
, & d'une grande conduite. Il a
rallié plufieurs fois les Suiffes .
Je croy , Madame , que l'on peut
affurer apres cela que la Cour de
Monfieur n'eft compofée que de
Gens de merite , de coeur & d'ef
prit. Parlons encor de quelques autres.
Monfieur le Chevalier d'Eftoge
Sous -Lieutenant des Gens d'armes
Anglois a eu le bras caffé , & plufieurs
autres coups. Il a donné des marques
d'une grande Valeur .
Monfieur le Marquis de Barrieres ,
qui s'eftoit diftingué à Valenciennes ,
s'eft auffi fort diftingué dans ce Combat.
Monfieur le Marquis de Livourne
qui commandoit les Gens d'armes
Ecoffois , dont Monfieur le Marefchal
de
GALANT. 117
de Schomberg eftoit autrefois Colonel
, a eu deux Chevaux tuez fous
luy , & il n'a pas tenu à fon courage
qu'il n'ait eſté tué ou prifonnier , s'etant
mefle plufieurs fois parmy les
Ennemis. Le bruit de fa Valeur donnera
en méme temps de la joye & de la
crainte à Monfieur le Marquis de Pianeffe
fon Pere , qui dans les fonctions
de Miniftre de Savoye , s'eſt rendu fi
illuftre par fa grande fageffe , par la
fidelité qu'il a gardée envers fes Maiftres
, & par la prudence avec laquelleil
a toûjours fait executer leurs ordres.
Sa pieté qui l'a détaché de toutes
les chofes du monde , le fait vivre
prefentement dans la Retraite , d'où
leurs Alteffes Royales l'ont retiré plufieurs
fois pour recevoir les Confeils
dans leurs plus preffantes Affaires
C'est dans cette Retraite qu'il a compofé
ce beau Livre de l'Inftruction
Chreftienne , que le Pere Bouhours
Jeluite a fi bien traduit en noftre Langue.
Monfieur le Marquis de Livourne
18 LE MERCURE
enrine
fon Fils , eft Chevalier de l'Ordre
de Savoye : il poffede tout ce que les
Lettres peuvent fournir pour
chir un efprit: fa prudence , fa fageffe
& fon habileté qui répondent parfaitement
à fa naiffance , luy out fufcité
des Ennemis dans fon Païs , qui l'ont
forcé à chercher en France un azile
queson merite luy a bien toft fait obtenir
, & qui luy a donné des occafions
qu'il n'auroit peut- eftre pas trouvées
ailleurs , de faire voir qu'il n'eft pas
moins propre pour la Guerre , que
pour les Emplois Politiques.
Monfieur de Rouvray d'Arguency,
Lieutenant de la Venerie,& Sous-
Lieutenant aux Gardes dans la Colonelle
, a efté tué en donnant des marquesdefa
valeur.
Monfieur le Marquis de Laré Meftre
de Camp du Regiment de Conty,
à chaffé les Ennemis d'un Pofte qui
leur eftoit fort avantageux.
le ne vous parle point des Morts ,
Bleffez , & des Prifonniers qui
font
GALANT. 119
font dans la Lifte qui en a efté donnée
au Public ; ils font imprimez , & cela
fuffit .
Encor ces Vers de Monfieur l'Abbé
Cotin , & je ferme mon Paquet.
On les eftime , & ils ont eu le bonheur
de plaire à une Perſonne de la haute
qualité,& dont l'efprit n'eft pas moins
relevé que la naiffance.
Sur la Campagne du Roy ,
& le Jubilé de la Reyne ,
FRrance ne vous allarmer pas
Du fort incertain des Combats ;
Mal à propos on fe recrie
Que tout eft changeant icy bas ,
Le Roy combat , la Reyne prie,
On redoute peu la furie.
Des Rodomonts des Pays-Bas ;
Le feu , le fang & la tûrie ,
Ne font pas toujours leurs ébats .
Et pour les mettre tous à bas ,
Le Roy combat , la Reyne prie.
A dieu , Madame , je fuis fâché
de
120 LE MERCURE
de n'avoir pas le temps de vous entretenir
des Sieges de Cambray & de S.
Omer , dontj'ay beaucoup d'Actions
particulieres , & des chofes tres- curieufes
à vous faire fçavoir ; mais vous
voulez queje vous envoye ma Lettre
le premier jour de chaque mois , &
pour vous obeïr , je fuis obligé de les
referver pour la premiere que je me
donneray l'honneur de vous écrire .
Ce fera par elle que vous apprendrez
les noms & le mérite de ceux dont le
Roy a récompensé la Valeur par des
Charges & par des Gouvernemens ,
& de plufieurs Vers qui fe font faits
fur les Conqueftes du Roy , & fur divers
fujets de Galanterie. Ie fçay qu'il
me reste encor l'Article des Modes
nouvelles . Ie ne l'oublieray pas , non
plus que beaucoup d'autres chofes
dontje n'ay pû encor vous parler . Joignez
y celles qui fe pafferont pendant
le mois de May , dignes de vous eftre
mandées ; & jugez fi on a eu raiſon de
vous dire que je vous ay trop promis,
quand
GALANT. 121
quand je me fuis engagé à vous envo
Syer tous les mois une Relation auffi
cy .
ample que celle
Tout ce que je
crains c'eft d'eftre accablé par l'abondance
de la matiere , & d'avoir quelquefois
le chagrin que j'ay aujour
Ed'hui d'eftre obligé de remettre à une
autre mois le recit des Actions les plus
importantes
; mais au moins je vous ,
les feray fçavoir aves des circonftan-
L ces & des particularitez
qui vous les
feront toûjours paroistre nouvelles .
A Paris ce 1. May 1677.
S
19
15
5
5
de-
J'achevois de dater cette Lettre ,lors
qu'il m'eft venu de toutes parts
quoy en faire encore une auffi longue.
Je voulois tout referver pour le mois
prochain , & ne rien lire que mon Paquet
ne fuft party ; mais ayant jetté les
yeux fur une Lettre de Monfieur le
Duc de S. Aignan au Roy , touchant
la Prife de Cambray , & fur la Réponfe
de Sa Majefté , j'ay crû vous devoir
encor envoyer l'une & l'autre.
Tome 2. F LET.
122 LE MERCURE
LETTRE DE MONSIEUR
le Duc de S. Aignan , au Roy.
SIRE
les
J'ofe meflater queje n'importuneraypoint
V. MAJESTÉ en me donnant
Phonneur de luy écrirefur lesgrandes &
fignalées Victoires , qu'Elle remporte
tous les jours. Sera- t - elle fatiguée par
marques du zele d'unfidelle Serviteur
, au milieu des acclamations publiques
? Etpourquoy triompheroit elle ,fi
elle vouloit qu'on ne luy dift rien fur fes
Conqueftes ? D'ailleurs , SIRE , en
verité voftre Gloire m'ébloüit , voſtre
Epée laffe ma Plume , & le bruit éclatant
que fait la Renommée en publiant
vos Louanges , empefchera peut - eftre
que je ne fois écouté. Mais quel moyen
depouvoirfe taire, & comment pouvoir
éviter que mafatisfaction neparoiffe en
voyant mon Auguſte Maistre en efiat
de le devenir de tant de Nations ? Fe
n'ofe plus parler , SIRE , fur cette
Valeur intrépide , mais incorrigible ,
qui afait encore pis à Cambray qu'elle
n'avoit
GALANT 123
n'avoit fait à Valenciennes , &je voy
bien que je fuis deftiné àpaffer avec de
cruelles inquitudes dans lapaix tous les
jours queV. MAJESTÉ paffera dans la
guerre. Pluft à Dieu , SIRE , que vous
fuffiez deretour à Versailles , vous n'y
Seriezpas moins le Vainquer de la Flandre
, que vous leferez à la tefte de vos
Armées ; & fans porter vous- meſme
la terreur &la mort à vos Ennemis ,
voftre invincible Nom , fuffiroit pour
les furmonter. Cependant , SIRE , je
nefçais quafi par où lower V. MAIRSTE:
Forcerdetoutes parts les meilleures
Places , gagner des Batailles , vain.
crepartout , n'eftrejamais vaincu, &
fe voir enfin la crainte ou l'admiration
de tout l'Vnivers , que peut - onjamais
defirer davantage ? & quel bonheur
pourra s'égaler au mien, fi vous mefaites
l'honneur de me croire au point oùje
le fuis toujours ,
De Voftre Majefté ,
SIRE ,
Le tres-humble , tres obeiffant &
tres- fidelle Sujet & Serviteur ,
LE DUC DE S. AIGNAN.
De Paris le 13. d'Avril 1677 .
124 ,
LE
MERCURE
Il faut avouer , Madame , que
cette Lettre eft d'un ftile bien coulant,
& qu'on ne peut rien écrire de plus
naturel : Les expreffions ne laiffent
pas d'en eftre nobles ; nous y voyons.
beaucoup de chofes en peu de paroles,
& dans une Lettre prefque auffi courte
qu'un fimple Billet , nous remarquons
les inquiétudes que les périls où
le Roy s'expofe tous les jours , produifent
dans le coeur de Monfieur de
és
ཅཔས་ དས་ ཅབ
S. Aignan ; nous y découvrons l'exde
frendreffe pour fon Maiftre ,
s'il eft permis de parler ain : Larapidité
des Conqueftes
de ce Prince y
eft depeinte , & nous y lifons un Panegyrique
qui en fix lignes nous reprefente
tout ce Monarque. Quels
Autheurs de profeffion , & quels Sçavans
pouroient s'exprimer de la forte
, s'ils avoient un pareil Ouvrage
à faire ? La nature n'y parleroit pas
de mefme , les epithetes en rempliroient
plus de la moitié ; les comparaifons
y regneroient , leur ftile feroit
moins
GALAN T.
125
moins concis , & leurs expreffions trop
relevées jointes à la profondeur de
leurs penfées , répandroient en beaucoup
d'endroits une obfcurité qui
arreſteroit peut- eftre le lecteur plus
d'une fois. Voyons la Réponſe du
Roy, & remarquons en paffant que
c'eft la feconde dont en moins d'un
mois Sa Majesté a honoré Monfieur
le Duc de S. Aignan .
. Réponse de la main du Roy , à M. le
Duc de S. Aignan.
MonCoufin , leconnois trop bien
le fonds de vostre coeur , pour douter
de voftre joye dans les favorables
fuccés dont ilplaift à Dieu de benir mes
Armes. Iene fuis pas moins perfuadé
de vos inquietudes pour lesfatigues &
les accidens où l'on eft obligé de s'expofer
en des Expeditions comme celles- cy.
Mais vousjugez bien qu'on ne peut
réülfir autrement ; & apres tout vous
F 3 con126
LE MERCURE
Conviendrez qu'il faut toûjours faire
fon devoir , & du refte fe recommander
à Dieu. Ie le prie de vous avoir,mon
Coufin , en fa fainte & digne garde.
ADunkerque le 27. d'Avril. 1677 .
Signé , LOUIS.
Ie ne vous manderay rien davanta
ge , & je croy ne pouvoir mieux finir
que par un Nom qui fait trembler
toute la Terre.
Ο
FIN.
ONdonnera un Tome du Mercure
Galant , le premier jour de
chaque Mois fans aucun retardement.
TaTable
des Matieres contenues en ce
Volume.
Avant-propos.
Hiftoire de l'heureux Hipocrite.
Mort du Sieur Cambert , qui avoit éttably les
Opera en France & en Angleterre.
Mort du Sicur le Camus , de la Mufique du Roy,
Mort de la belle Madame du Bouillon de Caën.
La Maladie de l'Amour,Galanterie nouvelle,meflée
de Profe & de Vers.
• Particularitez touchant la prise de la Cayenne
avec les Noms de tous ceux qui s'y font fi
gnalez.
Difcours fur la Preface de la Phedre du Sieur
Pradon.
Spectaclespreparez pour le Public .
Avanture del'Epée.
Generofité d'un Officier Gafcon , lors que Valenciennesfut
prise d'affaut.
Belle Harangue du Greffier de Valenciennes au
Roy.
Réponse du Roy à la Lettre de Monfieur le Marce
febal de la Ferté , fur la prise de Valenciennes.
Abregédes belles Actions de ce Marefchal.
Le Roy écrit à Madame la Marefchale d'Eftrées,
Surla Prife de Valenciennes.
Lettre de Monf. le Duc de Saint Aignan su Roy,
fur la prise de Valenciennes.
Réponse du Roy à Monfieur le Duc S. Aignan,
Monfieur le Comte de Louvigny rend compte à
Monf le Marefchal de Grammont de la prife
de Valenciennes, & donne de grandes loüanges
TABLE.
ges à Monfieur le Chevalier de Vendofme, &à
Monfieur le Comte de S. Geran .
Hiftoire du Mariageparhazard.
Vers de Madamele Camus pour Madame la Çomteffe
de Guiche furfon Iübile.
Portrait du Roy en Vers par la mefme Madame le
Camus.
Extraits de plufieurs Relations touchant la Bataille
de Gaffel.
Remarques particulieres touchant ce qu'a fait
Son Alteffe Royale dans cette grande Iournée.
Vers deMonfieurl'Abbé Cotm à Monfieur fur
Sa Victoire.
Lettre de Monfieurle Duc de Saint Aignan, à
Monfieur.
Réponse de Son Alteſſe Royale, à Monfieur le Duc
de S. Aignan.
Sonnet de M. de B ..
Monfieur le Marquis d'Effiat eft envoyé au Roy de la
part de Son Alteffe Royale , & Monfieur de Merille
à Madame, pour leur rendre compte de la Bataille
de Caffel.
Le Roy envoye Monfieur le Marquis de Gefures à Monfieurfur
cesujet, & écrit à Madame par unde fes
Ordinaires.
Monfeigneur le Dauphin & la Reyne en témoignent
leurjoye à Madame.
La Reyne envoye Monfieur le Vicomte de Nantiac an
Roy & à Monfieur, pour leur témoigner la part
qu'elle prend à la Victoire de Son Alteße Royale.
Noms Eloges de tous ceux quifefontfignalez à la Bataille
d Caffel.
> Lettre de Monfieur le Duc de Saint Aignan , au Roy ›
fur la prise de Cambray .
Réponse de la main du Roy à Monfieur le Duc de S.
Aignan.
Fin de la Table.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Remarque

Contrefaçon dite « à la sphère » du Mercure de Paris.

Soumis par lechott le