VERS
Soriniere.
Aacaca
DeM. Darnaud , àM. de Voltaire ,fur la
mort de Madame **.
Toi , qui pleures encor l'aimable Genonville,
Qui pleureras toujours cet ami malheureux ,
Ce Vauvenargue , hélas !dont un trépas affreux
Ne ſçut point émouvoir le courage tranquille ,
Et qui fut juſqu'au bout un ſage vertueux !
O! mon cher Apollon ,j'oſe épancher mes larmes
,
Dans ce ſein où les Arts épanchent leurs fecrets.
L'amitié ſeule excita tes regrets ,
L'amour n'a point encor cu part àtes allarmes,
Et moi , d'un fort plus rigoureux
Victime infortunée ,
Frappé de tous les coups , dans la mêmejournée
Je les pleure à la fois tousdeux.
T
J
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88 MERCURE DE FRANCE.
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Je perds une maîtreſſe , une amie , une mere ;:
Des talens , des vertus , l'aſſemblage parfait ;
Une femme qui m'inſtruiſoit ;
Un Sage qui ſçavoit me plaire' ;
Un eſprit vigoureux , toujours maître de foi ,
Qui pénétroit le mien de ſa vive lumiere ,
Un coeur...j'ai tout perdu , Voltaire ,
Le coeur le plus ſenſible,& qui n'aimoit que moi.
Chere ombre que j'adore , & qui vis dans mon
ame;
Qui ſçauras y regaer juſqu'aux derniers momens ,
Je dois à ton amour ces nobles ſentimens ,
Ces fublimes tranfports , cette feconde flamme ,
La mere des vertus ,& l'eſprit des talens.
Combien de fois ſur tes divins ouvrages
A-t'elle , & mon cher maître , attaché ſes beaux
yeux ?
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Quel charme elle goûtoit en ces momens heureux
,
Aleur prodiguer ſes ſuffrages !
Qu'avec tranſport elle s'en pénétroit !
Avec Mérope elle étoit mere ,
Avec Zaïre elle pleuroit ,
Et raiſonnoit avec Voltaire.
Elle n'eſt plus ; c'en eſt fait , & les Dieux
Ne me laiſſent qu'un coeur tout plein decette
image.
Ah !ceffe d'exiger que maMuſe s'engage
OCTOBRE. 1749. 89
A fuivre ton vol dans les Cieux.
Je vais , gémiſſant loin du monde ,
M'enſévelir dans ma douleur profonde ,
Et goûter toute la douceur
De ce plaifir dont tu nous peins les charmes
Le ſeul , hélas ! qui ſuive la douleur.
Je vais m'enyvrer de mes larmes ,
En remplir fans ceſſe mon coeur.
Crois-moi ; le véritable Sage
Eſt celui , dans un tel malheur ,
Qui ſçait s'attendrir davantage.