LOGOGRYPΗ Ε.
AMMI lecteur , pour me connoître ,
Tu peux décompoſer mon tout;
Car,je me plais , ſelon ton goût ,
Adiverſifier mon être.
68 MERCURE DE FRANCE.
Si je voulois tromper tes yeux ,
Je te dirois avec malice
Qu'un ſeul pied me porte en tous lieux ;
Mais évitons trop d'artifice.
Pour te le déclarer tout net ,
En logogryphe j'en ai ſept ,
Er quant aux mots que je renferme ,
On pourroit la plume , à la main ,
T'en indiquer juſqu'à demain ;
Mais choiſillons , & tiens-toi ferme.
Lenom du Monarque des lis ,
Parmi ceux dont je m'embellis ,
Répand ſur moi plus de lumiere ,
Et par des tours ingénieux,
Je te découvre une riviere
Qui traverſe la France entiere ;
Un instrument harmonieux ;
Unoiſeau de forme groſſiere ;
Cedont s'occupe le ſçavant ;
Deux mots qui déſignent le maître ,
Qu'en ſouverain l'on voit paroître ,
Et qu'un François redit ſouvent ;
Cequ'obſerve un fou comme un ſage;
Ceque l'on apprend par uſage ;
JUILLET. 1770. 69
Un inſecte affez curieux,
Deſon tombeau victorieux ,
Avec le tréſor qu'il compoſe;
Tout le contraire de la proſe ;
La plus agréable des fleurs ,
Par fon parfum , par ſes couleurs ;
Aux beaux jours du printems écloſe.
Un poiſſon très - appétiſſant ,
Quand il fortde la poële à ftire ;
Un mêts vulgaire & nourriſſant ;
Un plaiſir que la joie inſpire ;
Cequi faiſoitmarcher le char
Pour le triomphe deCéfar ;
Cepar où paſſent les caroſſes,
Que traînent quelquefois des roſſes;
Ce qui trompe & , notons ce point ,
Cent autres motsqu'on ne ditpoint.
Déjà longue eſt ma kyrielle:
Mais dieux ! quel crime d'oublier
Ce fruit d'une plante immortelle ,
Par qui la paix devient fi belle
Etqu'on ne peuttrop publier !
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Parle même.