ENIGM E.
Si t'on
I l'on coupe mon nom en deux ,
Je fuis aux champs comme à la ville ;
Mais mon nom le plus férieux
N'eft qu'aux champs inftrument utile .
Ma queue eft un chemin battu
Où l'on a vu paffer ma tête
Au retour de quelque conquête
Où fe fignala la vertu.
Ma queue eft par- tout exiftante ;
Ma tête , autrefois triomphante ,
Ne fert plus dans le champ de Mars i
Joignons ma queue avec ma tête ,.
Et l'on verra , fi l'on m'apprête ,
Quels biens ici bas je dépars .
Je prépare ta nourriture ,
Lecteur , qui peut- être murmure ,
De me voir cacher à tes yeux .
J'entre dans le fein de ta mère ,
Et ne fuis pas plus meurtrière
Qu'au temps de tes premiers ayeux.
Mon état , à préſent ignoble ,
Eft pourtant l'état le plus noble ;
L'honneur n'eſt qu'un palliatif
Que notre ambition invente ,
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Par une pudeur indécente ,
Pour mafquer l'état primitif.
Tu me tiens , Lecteur , je le gage ;
Mais conviens donc avec candeur , ·
Que tu pâtirois davantage´
Si tu me tenois comme acteur.
Par le Chantre de Blaifon , de Laval.