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Référence

DAVIES Simon (éd.), Poésies attribuées à Voltaire, Helder Mendes Baiao, Georges Pilard, Martin Smith (coll.), Les Oeuvres complètes de Voltaire, t. 146, Oxford, Voltaire Foundation, 2021.

Référence courte
Davies 2021
Type de référence
Texte
LES
EUVRES
COMPLETES
DE
VOLTA IRE
I46
18/TE
VF
VOLTAIRE FOUNDATION
OXFORD
2021
BFLA 2 0910/6
D
© 202I VOLTAIRE FOUNDATION
ISBN 978 o 7294 II79 0
Voltaire Foundation
University of Oxford
99 Banbury Road
Oxford ox2 6Jx
A catalogue record for this book
is available from the British Library
www.voltaire.ox.ac.uk
UNI BASTIONS
GEEN
MIX
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FSC esponslble sourcGs
www.fscorg FSC™ C013985
The Forest Stewardship Council is an international network
to promote responsible management of the world's forests
Printed on FSCTM-certified and chlorine-free paper at
Henry Ling Limited, at the Dorset Press, Dorchester, DTI IHD
2021
network
forests
IHD
DAVID ADAMS
MARIE-HLÈNE COTONI
SIMON DAVIES
MICHEL DELON
OLIVIER FERRET
GRAHAM GARGETT
RUSSELL GOULBOURNE
JAMES HANRAHAN
JOHN R. IVERSON
PHILIPPA FAUCHEUX
ALISON OLIVER
Présidente d'honneur
CHRISTIANE MERVAUD
Directeur de l'édition
NICHOLAS CRONK
Senior Research Fellow
JANET GODDEN
Conseil scientifigue
Equipe éditoriale
GEORGES PILARD
GILLIAN PINK
PAUL LECLERC
LAURENCE MACÉ
SYLVAIN MENANT
FRANÇoIS MOUREAU
JOHN RENWICK
GERHARDT STENGER
JEROOM VERCRUYSSE
DAVID WILLIAMS
CHARLES WIRZ
Direction de l'édition
I968 • THEODORE BESTERMAN I974
I974• W. H. BARBER I993
1989 • ULLA KÖLVING • I998
I998 • HAYDN T. MASON 20OI
2000 NICHOLAS CRONK
Sous le haut patronage de
L'ACADÉMIE FRANÇAISE
L'ACADÉMIE ROYALE DE BELGIQUE
THE AMERICAN COUNCIL OF LEARNED SoCIETIES
LA BIBLIOTHÈQUE NATIONALE DE RUSSIE
THE BRITISH ACADEMY
LE MUSÉE VOLTAIRE DE LA BIBLIOTHÈUE DE GENÈVE
L'UNION ACADÉMIQUE INTERNATIONALE
GENÈVE
Poésies atribuées à Voltaire
édition critique par
Simon Davies
avec la participation de
Helder Mendes Baiao, Georges Plard
et Martin Smith
A
TABLE DES MATIÈRES!
Liste des illustrations xvii
Liste des abréviations XX
L'apparat critique XXÍ
Remerciements XXili
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VoLTAIRE
Edition critique par Simon Davies, avec la participation de
Helder Mendes Baiao, Georges Pilard et Martin Smith
Introduction I
Enigme (A la ville ainsi qu'en province)
Epitre de Robert Covelle à M. de Voltaire (A moi chétif trois
cents livres de rentel) IO
[Couplet inédit de Volaire lors de la chute du système de Lav],
Accablé de malheur, menacé de la peste I4
A ma retraite du pays de Vaud (Adieu, paisible solitude) I8
Admirons la fin ridicule 26
Impromptu à Madame de **(Ah! sil était une Vénus encore) 28
A Madame de t*, en lui envoyant les euvres du roi de Prusse
(Aimable Eglé, vous lirez les écrits) 3C
Vers adressés à Mne la comtesse de Boufflers, par M. de
Voltaire (Aimable fille d'une mère) 32
Voltaire à Messieurs les Parisiens (Aimables habitants des
rives de la Seine) 34
A Madame la marquise d'Antremont (Ancien disciple
d'Apollon) 44
Apollon, l'Amour et sa mère 47
Dans cette Table des matières, les poèmes sont organisés selon l'ordre alphabétique
des incipits. Si un poème comporte un titre, celui-ci précède l'incipit, qui est
placé entre parenthèses.
vii
TABLE DES MATIERES
Ode au Roi par Mr. A* de (Après que la Pourpre
romaine)
Vers de M. de Voltaire, pour la fte donnée par Monsieur au
Roi et à la Reine dans sa maison de Brunoy (Aspirer au
parfait bonheur)
Athalie n'étant plus, la reine minaudière
Au livre du Destin, chapitre des grands rois
Au Parnasse aujourd'hui vous me donnez un frère
A mademoiselle de Malcrais de La Vigne (Au Parnasse
français mon nom est ignoré)
Sur la campagne d' Italie (Au pied de ces monts redoutables)
Vers envoyés à M. Syba (Au temple d'Epidaure on offrait les
images)
Belle Emilie, acceptez de ma main
Epitre à Madame de *(Belle maman, soyez l'arbitre)
Placet A. M. L. P. D. M. (Bien le savez, bon droit a besoin
d'aide)
Bon Dieu, que cet auteur est triste en sa gaieté!
Brisons ma lyre et ma trompette
Sur la destruction des jésuites en 1773 (Cen est donc fait,
lgnace, un moine vous condamne)
Pour mettre au bas du portrait de Madame la marquise
Du Châtelet (C'est ainsi que la vérité)
Impromptu sur la maison de M. Gendron, occupée autrefois par
Despreauxx (Cest ici le vrai Parnasse)
A Samuel Bernard, au nom de Madame de Fontaine-Martel
(C'est mercredi que je soupai chez vous)
Cest par ces vers, enfants de mon loisir
[Quatrain sur le Maréchal de Saxe (Ce héros que nos yeux
aiment à contempler)
Ce mortel profana tous les talents divers
A une jolie femme en lui envoyant une brioche (Certain chat,
d'humeur libertine)
Epigramme (Certain conteur d'amour-propre gonflé)
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IO2
IO4
IO6
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III
57
TABLE DES MATIERES
Le Curé gourmand. Conte (Certain curé gourmand outremesure)
Pigmalion (Certain sculpteur, d'Amour je tiens le fait)
Cet Hector que tu vois, n'a point trouvé d'Achille
Cette plume à Sophie est seule réservée
Cher enfant, soyez l'image
Epitaphe (Ci-git, dont la suprême loi)
Contre Homère et son art divin
Helyétius (D'un bras il abaissa l'orgueil du stoicisme)
Le Basilic (D'un certain bourg, un htelier escroc)
A M. *, qui présidait à une fere (Damon, aimé de tout
le monde)
Ode à Mademoiselle de Malerais de La Vigne (Dans
l'enceinte des murs où la Marne serpente)
De ces trois Bernards que l'on vante
Sur l'opéra de Sémiramis (De deux auteurs nouveaux
l'orgueil et l'ignorance)
Impromptu à une femme galante sur le retour de l'áge
(De la lubricité le plus parfait modèle)
Le Rosaire. Conte (De la nature et de l'amour)
De mes premiers succès, illustre témoignage
Dégageons la religion
La Douce Vengeance (Depuis plus de six mois Dorante)
Epitre écrite de la campagne, à Mle Ch * (Depuis que mon
barbare sort)
Dieu qui venges l'Etat et punis les tyrans
Vers de M. de * Sur la mort de M. de Montesquieu,
à M. de Secondat (Digne fils d'un illustre père)
Epitre à Monsieur l'abbé de Rothelin (Docte Abbé dont
lesprit guidé par la sagesse)
Elle a donc l'esprit de son père
Elle a su m'enseigner ce que je dus écrire
Epitre à Mr. de M* (En vain en quittant ton séjour)
II3
II6
II9
I22
124
I27
I29
I3I
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I76
I8o
I86
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x
TABLE DES MATIÈRES
Vers de Voltaire adressés à Mme de Bourdic (En vers doux et
charmants)
Stances sur le vrai borheur et la frivoliné des plaisirs de ce monde
(Entendrons-nous chanter toujours)
Vers envoyés à M. Syla (Esculape français, recevez cet
hommage) [voir Vers envoyés à M. Syba (Au temple
d'Epidaure on offrait les images)]
Vers à M. Lekain tragédien (Est-ce un homme, est-ce un dieu
qui paraît sur la scène?)
A M. Feuillet, alors clerc de procureur (Feuillet, d'un
procureur la demeure profane)
Vers faizs à Versailles par une femme de 20 ans, le i6juillet
ggo (Fille à dix ans est un petit livret)
Vers pour metre au bas du portrait de feu M. de La Mettrie
(Fléau des médecins, il en fut la lumière)
Impromptu à mademoiselle de Charolois (Frère Ange de
Charolois)
Gresset pleure sur ses ouvrages
Vers au roi de Prusse (Héros fameux par la conquête)
Sur M. de Soubise (l est mal, ce pauvre Soubise)
Il n'a point connu l'harmonie
Madrigal l n'en est plus, Thémire, de ces coeurs)
Io, sans avoir l'art de feindre
Réponse de monsieur Voltaire à un évéque de bonne compagnie
qui lui avait envoyé un Mandement contre les incrédules
(J'ai reçu votre mandement)
J'aime peu ces auteurs dont la pénible audace
A un de ses amis (J'allais au manoir de Pluton)
Madrigal à Mademoiselle Clairon (Jamais le même, et
toujours sûr de plaire)
Poème héroigue de M. Aroüette de Voltaire (Je chante un saint
prélat que de fiers ennemis)
Gaillardise (Je cherche un petit bois touffu)
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240
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TABLE DES MATIÈRES
Je fus chanté par la belle Cénie
A M. **(Je le ferai bientôt ce voyage éternel)
Couplers (Je méprise l'hyperbole)
Je n'ai point chanté lAmmonite
Epigramme à monsieur de La Faye (Je sers Phébus et le dieu
de Cythère)
Les Héros du Rhin. A M. le duc de La Trimouille (Je suis trop
bon Français, seigneur)
Enigme (Je suis une plaisante chose)
Vers à Mde de *** pour laquelle l'auteur avait soupiré,
après sa disgráce (Je supportais avec tranquillité)
La Brunette anglaise. Conte (Je veux conter un miracle
d'amour)
Fragment d'un voyage aux environs de Paris (Je vois cet
agréable lieu)
Ode (Jupiter, prête-moi ta foudre)
Vers de M. de Voltaire pour le frontispice de la nouvelle Salle
de Spectacle de Lyon (L'abondance et le goût dans ces
heureux remparts)
A Madame la marguise d'Ussé (L'Art dit un jour à la Nature)
Epitaphe de Madame la marguise Du Châtelet (L'univers a
perdu la sublime Emilie)
A mademoiselle de Vaudeuil (La figure un peu décrépite)
[voir A Madame la marquise lAntremont (Ancien
disciple d'Apollon)
Le Procès du fard (La Mode et la Nature un jour)
Avantages de la raison (La raison est de l'homme, et le guide,
et l'appui)
Epigramme (Le chat-huant de la littérature)
La Police sous Louis XIV (Le grand art de régner est le
premier des arts)
Chanson pour Mle Gaussin, le jour de sa fère (Le plus puissant
de tous les dieux)
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44
288
292
294
296
302
TABLE DES MATIÈRES
Epigramme de M. de Voltaire contre M. Piron (Le vieil auteur
du Cantique à Priape)
Vers de M. de Voltaire à madame Dupré de St Maur en lui
envoyant son portrait gravé (Le voilà ce mortel de qui
mille envieux)
A M. de Voltaire (Les délires de tes écrits)
Ode au roi (Loin de moi, fastueux délire)
Vers envoyés par M. de la Dixmerie à une dame qui lui
reprochait d'avoir maltraité dans ses Contes les femmes de
quarante ans (Lorsqu'à vingt ans on eut tous les attraits)
Discrérion amoureuse. Par Voltaire (Lorsqu'autrefois, au
printemps de mes jours)
Vers sur un bougeoir (Madame prenez ce bougeoir)
La Grenadière de Philisbourg. Chanson (Malgré la bataille)
Mère des héros et des grâces
LApothéose du roi Pétaut (Mes amis, c'est assez vous parler
d'opéra)
Minerve vous conduit, cette immortelle guide
Réponse du laquais de Mme * ou Consultation d'un irogne
(Mon cher Picard tous les jours s'enivrait)
Epire à Monsieur Mauléon (Mon féal ami, Mauléon)
N'allons pas plus avant; demeurons, ma Céphise
Les Castrats (Nous vantons la philosophie)
Epitre à M. de Volaire (Ö! d'un siècle éclairé turpitude
éternelle)
A Mademoiselle du *** (O toi qui sais que la sagesse)
Au sujet des vers sur la maladie de Mme de Pompadour
(O vous tous qui courez de nouvelle en nouvelle)
Oiseaux, si tous les ans vous quittez nos climats
On dit que je tombe en jeunesse
Sur le Menuet de Mademoiselle Anrier (On fuit en vain le
danger)
On m'accuse d'avoir chanté
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TABLE DES MATIÈRES
Fragment d'un biller à M. de Richelieu (Ordonnez ce repas
insigne)
Oui, j'ai juré de ne plus discourir
Réponse à M. de B..g5o (Oui, mon cher B.., il est l'âme
du monde)
Par votre humeur le monde est gouverné
[Chanson] (Paris, ville polie)
Persécuteurs du genre humain
Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile
Pierre Moreau veut toujours u'on le loue
Vers à M. le duc de La Vallière (Point de mélancolie)
[Sur le baron de Pollnitl (Pöllnitz, à mes plaisirs mêlez
moins d'amertume)
Les Extases. Conte nouveau (Pour s'illustrer par un saint
monument)
Chanson (Pour soumettre mon âme)
Ode de M. de Voltaire, sur le repentir (Précieux effet de la
grâce)
Ode à S. M. le roi de Prusse (Prince vaillant et magnanime)
Madrigal (Projet flatteur d'engager une belle)
Réflexions sur les moines (Quand je vois un moine tondu)
Epigramme (Quand les Français à tête folle)
Le Rétablissement de la police sous le règne de Louis XIV
(Quand sur ton char sanglant, altéré de carnage)
Vers pour le portrait de M. de Voltaire placé au-dessus dun
groupe qui représente Apollon et les Arts (Que d'attraits
ont pour lui ces lieuxl)
Impromptu sur l'opéra de Jephté (Que le Vieux Testament,
ô ciel, est ennuyeux)
A Mme la comtesse de Rochefort (Que Mercure à son gré se
cache ou s'illumine)
Madrigal (Que n'ai-je esprit, gentillesse, beautél)
374
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xii
TABLE DES MATIÈRES
A Mme la duchesse d'Orléans, qui demandait des vers pour une
de ses dames d'atour (Que pourrait-on dire de plus) 44I
Vers pour étre mis au bas du portrait de M. le Marguis de **
(Que ses traits ont d'appas! il plait, il intéresse) 443
Le Tombeau d'Adrienne Lecouvreur (Quel contraste frappe
mes yeux!) 445
Vers sur les ruines de Lisbonne (Quel est ce Dieu de nos
calamités) 450
L'Etat de France (Quel est le triste sort des malheureux
Français) 453
Vers faits à l'occasion d'une pierre on l'on a gravé les têtes de
Descartes, de Bayle, et de Fontenelle (Quelle main
rassemblant ces trois rares esprits) 457
Voltaire à La Harpe (Quelle nouvelle a passé l'onde noire?) 459
Autres (vers] du même pour accompagner une tabatière de
porcelaine que le Margrave de Bareith donna au Roi son
frère (Quoi! donner du Saxe à mon frère) 465
Le Diable amoureuxs, à Madame la marguise Dudeffant
(Quoi! Dudeffant je vous déplais? ) 467
A Mademoiselle *, qui avait promis un baiser à celui quiferait
les meilleurs vers pour sa fete (Quoi! pour le prix des vers
accorder au vainqueur) 470
Sur la mort de Madame la Marquise Du Châtelet
((Quoi! verrons-nous toujours une simple mortelle) 472
Chanson sur la conquête de Minorque en style grenadier
(Rien ne résiste, mordieu) 474
A M. de Richelieu, au sujet des ouvrages qui ont paru sur la
prise de Port-Mahon (Rival du conquérant de l'Inde) 477
Sur l'invasion de la Saxe (Roi, qui sus mériter, par ta
grandeur stoique) 479
Chanson (Sans savoir ce qu'il dit) 481
Si la Nature eût fait ma tte
483
A Madame Denis (Si par hasard pour argent ou pour or) 485
xíy
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443
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453
457
noire?) 459
465
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481
483
485
TABLE DES MATIÈREs
A Madame Du Chátelet, sur les sectes des philosophes
(Si quelque secte a le mérite)
A Madame de * (Si ton amour n'est qu'une fantaisie)
Quatrain de M. de Voltaire fait anciennement pour Mme la
duchesse de Luxembourg, pour Mme la duchesse de
Bouflers et Mme la duchesse de La Vallière (Si vous
eussiez été les trois déesses)
Cantate (Souvent du haut des cieux Junon sur ses autels)
Enyoi d'une branche de laurier cueille sur le tombeau de
Virgile, par Son Altesse Royale Madame la Margrave de
Bareith, au roi de Prusse son frère (Sur l'urne de Virgile
un immortel laurier)
Sur le récit qu'on m'a fait d'un dessein
Vers à Mde de t qui était d'une beauté rare (Sur votre
renommée, à vous seul asservi)
Tel qu'on vit autrefois Alcide
Sur les disputes en métaphysique (Tels, dans l'amas brillant
des rêves de Milton)
Epitre de Voltaire à M. de La Harpe (Toi qui de mes autels
confiant thuriféraire)
Umpromptu sur la fontaine de Budée, à Yerel (Toujours vive,
abondante, et pure)
Impromptu de M. de Voltaire, fait à Cirey, sur la beauté du
ciel, dans Lune nuit d'été (Tous ces vastes pays d'azur
et de lumière)
Vanité des choses humaines (Tout n'est que vanité)
Les J'ai vu (Tristes et lugubres objets)
A Madame la marquise Du Deffand (Trois aveugles dans
I'univers)
Le Philosophe, à madame la marquise de T** (Tu mappelles
à toi, vaste et brillant génie)
Stances au roi de Prusse (Un philosophe règne. Ah! le siècle
où nous sommes)
488
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494
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SII
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$25
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S4I
XV
TABLE DES MATIERES
Un simple soliveau me tient lieu d'architrave
Vers sur la mort de madame Du Châtele:] (Un sommeil
éternel a donc fermé ces yeux)
Impromptu de M. de Voltaire à son passage en Allemagne sur
un village brûlé, et rétabli par le Gouverneur (Une famme
cruelle a ravagé ces lieux)
Chanson (Une petite bourgeoise)
Epire à M. le duc de R alors gouverneur du Languedoc
(Vaillant séraskier des Gaulois)
Epigramme sur un portrait de l'abbé de Saint- Pierre
(Voilà donc l'abbé de Saint-Pierre)
Voilà mes passions, mon âme en tous les temps
Chanson (Votre patronne)
Epitre à Athénais (Vous dont la main sage et sévère)
A Mademoiselle de **(Vous objectez toujours votre âge)
Extrait d'une lettre à M. de La Condamine, astronome partant
pour lAmérique (Vous partez, c'en est fait, qu'allez-vous
entreprendre?)
Inscription sur un cadran solaire demandée à l'auteur
(Vous qui vivez dans ces demeures)
Portrait de la marquise Du Chátelet (Vous voulez de notre
Emilie)
Voyageant plein de ma tristesse
Liste des éditions collectives citées
Liste des ouvrages cités
Index
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543
S46
S49
S52
S56
S62
S63
S78
580
S82
s84
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59I
595
599
543
S46
S49
S52
S56
S62
S63
S78
580
S82
s84
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59I
595
599
ILLUSTRATIONS
I. Au Parnasse aujourd'hui vous me donnez un frère',
manuscrit. Epître signée 'à La Hlaye le 28 juin 1743'.
Paris, BnF: n.a.fr.1s59o, f37.
2. La Henriade (Londres, 1741), page de titre. Paris, BnF:
Rés. Ye-759.
3. Inscription sur la page de garde de La Henriade.
Montréal, Osler Library of the History of Medicine: folio
Vo3she I741.
4. Elle a su m'enseigner ce que je dus écrire', manuscrit.
Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie:
collection Doubrowski, Lettres et poésies de Voltaire',
Aut.288, no.3, f.8r.
5. Gravure de La Mettrie avec les vers de Fréron. Paris,
Bibliothèque de l'Académie nationale de médecine:
anmpxorXO027.
64
77
I89
214
Xyii

ABRÉVLATIONS
B Bures de Voltaire, éd. A.-J.-Q. Beuchot, 72 vol.
Paris, 1829-1834)
Bengesco Georges Bengesco, Voltaire: bibliographie de ses
eLTes, 4 vol. (Paris, r882-1890)
BGE Bibliothèque de Genève
BHVP Bibliothèque historique de la ville de Paris
BnC Catalogue de la Bibliothèque nationale de France,
Paris
BnF Bibliothèque nationale de France, Paris
Caussy Fernand Caussy, Inventaire des manuscrits de la
bibliothègue de Voltaire consenvée à la Bibliothèque
impériale publique de Saint-Pétersbourg (Paris, 1913;
réimpression Genève, 1970)
CLT F. M. Grimm, Correspondance litéraire, philosophique
et critique, par Grimm, Diderot, Raynal, Meister, etc.,
éd. Maurice Tourneux, I6 vol. (Paris, 1877-1882)
D Voltaire, Correspondence and related documents, éd.
Th. Besterman, dans Cuvres complêtes de Voluaire,
t.85-135 (Oxford, 1968-1977)
Encyclopédie Encyclopédie, ou dictionnaire raisonné des sciences, des
arts et des métiers, par une société de gens de lettres,
éd. J. Le Rond D'Alembert et D. Diderot, 35 vol.
Paris, 1751-1780).
GpbV La bibliothèque de Voltaire, conservée à la
Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg
Kehl Buvres complètes de oltaire, éd. J. A. N. de Caritat,
marquis de Condorcet, J. J. M. Decroix et Nicolas
Ruault, 7o vol. (Kehl, 1784-1789)
M Buvres complères de Voltaire, éd. Louis Moland,
s2 vol. (Paris, 1877-188;)
xiX
Mangold
OC
Poèmes
satiriques'
Raunié
RHLF
SVEC
Trapnell
VF
VST
XX
ABRÉVIATIONS
Voltairiana inedita aus den königlichen Archiven zu
Berlin, éd. W. Mangold (Berlin, 19or)
Buvres conmplètes de Voltaire, 203 vol. (Oxford, I968-
2021) [la présente édition]
Poèmes satiriques du XVII siècle', site intenet,
www.satirer8.univ-st-etienne.fr (consulté en
mars 2o20)
Emile Raunié (éd.), Chansonnier historique du
XVIIF siècle, 1o vol. (Paris, 1879-1884)
Revue d'histoire littéraire de la France
Studies on Voltaire and the eighteenth century
William H, Trapnell, Survey and analysis of Voltaire's
collective editions, 1g28-1y89, SVEC 77 (197o)
Voltaire Foundation, Oxford
René Ponmeau, René Vaillot, Christiane Mervaud et
autres, oltaire en son temps, 2° éd., 2 vol. (Oxford,
1995)
zu
I968-
intenet,
Voltaire's
Mervaud et
Oxford,
L'APPARAT CRITIQUE
L'apparat critique placé au bas des pages fournit les diverses leçons
ou variantes offertes par les états manuscrits ou imprimés du texte.
Chaque note critique est composée de tout ou partie des indications
suivantes:
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Les sigles désignant les états du texte, ou les sources, repris dans
la variante. Des chiffres arabes, isolés ou accompagnés de
lettres, désignent en général des éditions séparées de l'euvre
dont il est question; les lettres suivies de chiffres sont réservées
aux recueils.
Les deux points () marquant le début de la variante proprement
dite, dont le texte, s'il en est besoin, est encadré par un ou plusieurs
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partie du texte.
La fèche horizontale () signife 'adopté par'.
- La Aèche verticale dirigée vers le haut () ou vers le bas ()
indique que l'addition est inscrite au-dessus ou au-dessous de
la ligne.
Le signe t marque la fin de l'addition, s'il y a lieu.
Xxi

REMERCIEMENTS
La préparation des @uvres complêtes de Voltaire dépend de la compétence
et de la patience des membres du personnel de nombreuses
bibliothèques de recherche partout dans le monde. Nous les remercions
vivement de leur aide généreuse et dévouée. Parmi eux, certains
ont assumé une tâche plus lourde que d'autres, dont en
particulier le personnel de la Bibliothèque nationale de France et
de la Bibliothèque de l'Arsenal, Paris; du Musée Voltaire de la
Bibliothèque de Genève; de la Taylor Institution Library, Oxford;
et de la Bibliothèque nationale de Russie, Saint-Pétersbourg. La
base de données Electronic Enlightenment (EE) de la Bodleian
Library constitue pour notre équipe un outil irremplaçable. Nous
remercions également Stephen Ashworth, Nick Treuherz, Laurie
Duboucheix-Saunders et Dominique Lussier, qui nous ont aidés
à préparer ce volume. Nous sommes particulièrement reconnaissants
à Sylvain Menant pour sa relecture.
Xxiii

POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE

INTRODUCTION
Pour les rédacteurs des périodiques et des recueils au dix-huitième
siècle, la présentation d'un texte de Voltaire est souvent un atout
inestimable. Les lecteurs sont friands d'ouvrages inconnus ou peu
connus du patriarche, quils soient authentiques ou non. Que ces
rédacteurs sojent assurés de l'authenticité de ces textes, là n'est pas
le point esentiel. Le Journal encyclopédique est obligé de reconnaître
une erreur d'attribution dans son numéro d'avril I763
(p.I41) tout en constatant que 'nous avons appris par une expérience
constante combien nos lecteurs sont avides de tout ce qui
sort de la plume de ce grand homme'. Quant à Voltaire, il est bien
conscient de cette pratique. II écrit à la Gazette d'Amsterdam le
20 janvier 1737 (Dr264):
M. de Voltaire ayant appris qu'on débite, en France et ailleurs, des
éditions de ses prétendus ouvrages, pièces fugitives, écrits philosophiques,
etc., dans lesquels on lui impute des pièces qu'il n'a jamais faites
et des sentiments quil n'a jamais eus, déclare qu'il désavoue tout ce
qui paraît sous son nom sans approbation, privilège ou permission
Connue, et tout ouvrage dont le libraire n'a point le manuscrit signé de
sa main.
Plus de vingt ans plus tard, le 21 novembre 1761, il informe Philibert
Charles Marie Varenne de Fénille quon imprime monsieur
beaucoup de pièces fugitives sous mon nom, qui devraient fuir
en effet loin des yeux des lecteurs' (DIo16).
Bien que Voltaire se plaigne de l'existence de tant d'ouvrages
qu"on m'attribue' ou qu on m'impute', sa coutume de publier des
textes sous le couvert de l'anonymat est risquée, d'autant plus quil
a l'habitude de désavouer la paternité de ses propres ouvrages.
Pour certains correspondants avertis, ces désaveux de responsabilité
prouvent le contraire. Le r4 septembre 1764 Voltaire écrit
au comte et à la comtesse d'Argental (D2084):
I
POÉSIEs ATTRIBUES À voLTAIRE
Divins anges vous devez avoir reçu des fatras tragiques, permettez que je
vous parle d'un fatras de prose. Cestun dicionaire philosophiue portatif
qu'on m'attribue, et que jamais je n'aurais fait. Cela est rempli de vérités
hardies que je serais bien faché d'avoir écrites, M. Marin peut aisément
empêcher que ce diabolique ouvragen'entre chez les Welches. Si vous
daignez lui dire, ou lui faire dire un mot je vous serai très obligé. I faut
Surtout quil soit persuadé que cette ceuvre infernale n'est point de moi.
Si i'étais lauteur de tout ce qu'on met sur mon compte, j'aurais à me
reprocher plus de volumes que tous les pères de l'Eglise ensemble.
I est des désaveux qui sont de pure façade, et les d'Argental
n'étaient certainement pas dupes. Dans l'art litéraire du désaveu,
Voltaire est le champion incontesté.!
Comment attribuer avec certitude des textes à Voltaire? Cela
relève de la gageure. Certains s'appuient sur le style (comme par
exemple l'emploi parfois excessif de l'antithèse dans les vers), d'autres
sur le contenu (une prédilection, par exemple, pour la satire
anticléricale): le grand défi de l'anonymat, c'est qu'il oblige les
lecteurs à se faire détectives afin de découvrir eux-mêmes l'identité
de l'auteur.? La marquise Du Deffand, sûre de pouvoir reconnaître
les ouvrages de son correspondant, informe Voltaire le 3 juillet 1768
(DiI2;): Je ne suis pas assez dépourvue de goût et de jugement
pour ne pas démêler celles qu' on vous attribue d'avec ce que vous
faites. Et pourtant si on tombait, au hasard de la lecture, sur le petit
conte Jeannot et Colin (1764), publié anonymement dans un recueil
au dix-huitième siècle, l'aurait-on attribué à Voltaire? Ce conte a
l'air d'un conte moral à la manière de Marmontel, mais il est bien
du patriarche,3 Nicholas Cronk évoque la possibilité d'attribuer à
Voltaire un ouvrage anonyme, le Mandement du muphti (1772):
1 Voir, à titre d'exemple, la note (g) du Dialogue de Pégase et du Vieillard, 0CV,
t.76, p.542-46, et le commentaire sur ce texte, p.498-505.
1226 (V2o0i1r 1N),. pC.7r6o8n-k8,4 V- oltaire and the posture of anonymity, Modern language notes
3 Voir l'introduction à l'édition critique de ce texte, par Christiane Mervaud (OCV, t.57B, P.225-69).
4 0CY, t75B, p.265-319.
friends,
permettez que je
philosophiue portatif
de vérités
aisément
Si vous
obligé. I faut
de moi.
j'aurais à me
ensemble.
d'Argental
désaveu,
Voltaire? Cela
comme par
vers), d'autres
la satire
oblige les
l'identité
reconnaître
juillet 1768
jugement
que vous
le petit
recueil
conte a
est bien
d'attribuer à
1772):
Vieillard, 0CV,
language notes
Mervaud INTRODUCTION
Si cette attribution est correcte, Voltaire publie cet ouvrage en réplique
à un texte dont il est certainenment l'auteur, Le Tocsin des rois. 5
Il s'agit ici d'avouer une erreur de sa part, de faire son autocritique
d'une façon discrète puisque les lecteurs auraient reconnu un style
incontestablement voltairien dans ce Mandement du muphti. I
arrive également que ce soit un contemporain qui prétende que
Voltaire lui a envoyé des vers. C'est le cas de Marie Moreaud
(devenue plus tard Marie Monnet), auteur de vers qu'elle aurait
envoyés à Voltaire, qui à son tour aurait rédigé des vers pour la
remercier. 6
La question des écrits apocryphes de Voltaire constitue un
domaine vaste et complexe.? Définir le corpus de poèmes attribués
n'est donc pas de toute simplicité, et il serait certainement impossible
d'en dresser la liste définitive. Le nombre de textes concernés
ici est important, et le travail pionnier de Bengesco a été complété
de façon significative par les auteurs du catalogue de la Bibliothèque
nationale. 8 Parmi les tesxtes identifiés, nous trouvons plusieurs
cas de figure. I y a d'abord les cas amusants d'attributions impossibles,
par exemple les textes 'signés' par Voltaire après sa
mort, comme l'Epíitre de Voltaire à M. Beuchot, l'n de ses éditeurs,
publiée en... 1817 (BnC $471). Ensuite, il y a les attributions
purement formelles, qui ne portent aucune conviction, et qui ne
cherchent même pas à le faire. A titre d'exemple, les Adieux de
M. de Voltaire aux Muses (BnC s420), une satire contre Voltaire
qui a été attribuée plus plausiblement à Piron, ou bien l'Ode sur les
conquêres du roi, par M. de Voltaire (1744, BnC $543), qui semble
être plutôt une parodie de Voltaire. Les Bergers de Marly (1774),
5 OC, t.73, P.387-411-
6 OCV, t6oC, P.326-27. L'attribution est loin d'être certaine.,
? Voir J. Patrick Lee, The apocryphal Voltaire: problems in the Voltairean
canon', dans The Enterprise of Enlightenment: a tribute to David Williams from his
friends, éd. Terry Pratt et David McCallam (Berne, 2004), p265-73; et N. Cronk,
The selfess author: Voltaire's apocrypha', Romanic review 103.3-4 (2012), p:s53-77-
B Saluons le travail d'Hilène Frémont, Marie-Laure Chastang, Madeleine Courrier
et Dominique Layat. Voir ici la section întiulée Apocryphes' (BnCi78t-1823).
3
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
un poème sur la mort de Louis XV, paraît anonymement, mais la
page de titre d'une réedition pirate (BnC s430) l'attribue à Voltaire,
sans doute pour des raisons purement commerciales. Il y a
aussi un nombre impressionnant de pastiches de Voltaire: certains
auteurs, Henri Joseph Dulaurens en tête, s'amusaient à pasticher le
style de Voltaire, essentiellement pour faire vendre leurs ceuvres.
C'est ainsi que certains vers qui ont pu être attribués plausiblement
à Voltaire ne le sont plus. C'est le cas de l'Epître au chevalier
dOliveyra, sur le dernier acte de foi de Lisbonne, par M. de *
(1762, BnC s466), pastiche que l'on peut attribuer maintenant à
Mathieu Maty, réfugié huguenot à Londres, et grand voltairiste.
Un joli poème, A M. le Maréchal duc de Richelieu, Sur la prise
de Mahon (Rival du conquérant de l'Inde...") était plusieurs fois
publié sous le nom de Voltaire de son vivant et inclus dans l'édition
de Kehl: sans doute il se trouverait encore dans la présente édition
si le poète Le Brun ne l'avait explicitement réclamé en r8I, en
expliquant qu'il avait composé ces vers délibérément à la 'manière
de Voltaire.9 Ces textes, fascinants en soi, ne nous concernent pas
ici. Dans certains cas, enfin, le catalogue de la BnF note une attribution
à Voltaire simplement d'après le témoignage d'une seule
note manuscrite (BnC $4$8, s462). Nous n'avons pas cru indispensable
de retenir les vers dont l'attribution revient à si peu de chose.
Il y a donc nécessairement et inévitablement une part d'arbitraire
dans le corpus ici réuni, et nous ne prétendons surtout pas
à lexhaustivité. Dans ce volume de poésies fugitives attribuées à
Voltaire, nous avons réuni environ 17o pièces, parmi lesquelles
des odes, stances, épitres, madrigaux, impromptus, chansons, distiques,
quatrains, bouts-rimés, et on continue à faire des découvertes
(par exemple, Le Rosaire, p.i48). On peut atribuer un
bon tiers des textes présentés ici à Voltaire, d'une façon certaine
ou probable; pour le reste, il s'agit de vers qui ne sont pas de lu1,
mais qui lui ont été attribués pour une raison qui retient notre
attention. L'insertion de vers attribués à Voltaire dans diverses
9 Voir Cronk, "The selfAess author: Volaire's apocrypha', p.s63-65
4
plaisirs intention ait la
mais la
à Voltaire,
commerciales. Il y a
certains
pasticher le
ceuvres.
plausiblement
chevalier
M. de *
maintenant à
voltairiste.
la prise
plusieurs fois
l'édition
édition
r8I, en
manière
concernent pas
une attribution
seule
indispensable
chose.
d'arbitraire
surtout pas
attribuées à
lesquelles
chansons, distiques,
découvertes
atribuer un
certaine
de lu1,
notre
diverses
INTRODUCTION
publications se fait sans doute souvent sans arrière-pensée. I n'en
reste pas moins que, dans certains cas, une intention polémique
puisse être à l'origine de l'inclusion de tel ou tel poème. On
imagine bien, par exemple, que tous les détracteurs du patriarche
qui lui reprochent sa eritique de l'Eglise puissent se délecter à l'idée
de publier des vers mettant en scène son repentir; on pense, par
exemple, à Vanité des choses humaines (p.s25). Mais que dire des
deux poèmes signés par Voltaire et publiés en 1758 dans le Journal
chrérien, à savoir les Stances sur le vrai bonheur et la frivolité des
plaisirs de ce monde (p.202), souvent rééditées, et l'Ode sur le
repentir (p.411)? Le très pieux Journal chrérien cherche-t-il à piéger
Voltaire? Ou peut-on envisager l'hypothèse que c'est Voltaire luimême
qui berne les lecteurs du Journal? 10 Animée d'une tout autre
intention est la publication d'un long poème composé à l'éloge de
Frédéric, Ode à sa S. M. le roi de Prusse. Par M. de Voltaire. Ce
poème paraît au moment de la Guerre de Sept Ans. Il semble qu'il
ait été imprimé et publié en Angleterre, et non pas en France. Sa
première publication a lieu dans le célèbre périodique The Gentleman's
magazine en 1758, et sa deuxième en 1759, dans The Annual
Register (dirigé par Edmond Burke). On publie non seulement le
texte français mais aussi une traduction en anglais. On a du mal
à imaginer que ce poème aux accents de traîtrise puisse sortir de
la plume de Voltaire. On se demande s'il agit d'un auteur français
ou d'un Anglais francophone. Quoi quil en soit, la publication
d'un tel poème attribué à Voltaire est sûrement un acte de propagande
rusé.
Somme toute, ces vers attribués à Voltaire ont joué un rôle non
négligeable dans la création d'une certaine image de l'auteur.
L'écrivain était fasciné par l'idée de l'apocryphe, et le phénomène
du Voltaire apocryphe', pur produit du marché du livre de son
temps, a joué un rôle essentiel dans la construction de la posture
10 Voir N. Cronk, Voltaire, poète chrétien? ou la porosité du corpus voltairien',
dans Rousseau et les Lumières: Milanges à la mémoire de Raymond Trousson, éd.
C. Van Staen (Paris, 2016), p.65-83-
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
auctoriale qui sous-tend sa célébrité et qui est toujours à l'euvre
aujourd'hui.
Etant donné la dificulté de dater ces vers avec précision, nous les
présentons par ordre alphabétique des incipits. L'orthographe des
noms propres suit celle de la source; le reste est modernisé. Pour
chaque poème, nous nous sommes efforcés, dans la mesure du possible,
de choisir comme texte de base une édition qui témoigne de
l'attribution dudit poème à Voltaire; cependant, il nous a parfois
été nécessaire de faire des exceptions, en fonction de l'accessibilité
et de la survivance des SOurces.
Simon Davies
6
l'euvre
nous les
L'orthographe des
modernisé. Pour
du possible,
témoigne de
parfois
l'accessibilité
Davies
ÉNIGME
Sous la date du 25 novembre IJ68, les Mmoires secrets constatent
que M. de Voltaire s'amuse de tout: il ne dedaigne aucun genre.
Jl court aujourd'hui une énigme sous son nom. Les sociétés
de la Cour et de la Ville s'en occupent. On la propose à deviner
successivement à tous les nouveaux venus.? 1 La Correspondance
littéraire, sous la date du rer novembre 168, l'attribue également
au patriarche. En revanche, une note de bas de page des Mémoires
sur Voltaire, et sur ses ouTages, par Longchamp et Wagnière,
déclare que cette énigme a été répandue sous forme manuscrite par
M. le comte de La Touraille, un des amis les plus zélés de M. de
Voltaire, avec lequel il était en relation; ce qui fait que cette énigme
a été attribuée à l'un et à l'autre.2 Et pourtant, en rendant compte
du Nouveau Recueil de gaité et de philosophie (deuxième édition,
Paris, I7)o) le Mercure de France l'atribue à l'auteur anonyme
dudit recueil (juillet 1799, p.i59). Selon le catalogue de la BnF
l'auteur du recueil est La Touraille. Le compte rendu de l'édition
de 1785 dans L'Esprit des journaux, français et étrangers (janvier
I786, p.I44) attribue le recueil à M. le comte de la T....". Somme
toute, on ne peut exclure la possibilité d'une attribution à Voltaire
bien que des preuves convaincantes fassent défaut.
1 Mémoires secrets, 36 vol. (Londres, John Adamson, I777-1789), t4, P.I72.
2 Mémoires sur Voltaire, et sur ses ouvrages, par Longchamp et Wagnière, 2 vol.
(Paris, 1826), t.I, p.2g0-91. Jean Chrysostome de Larcher, comte de La Touraille
(I720-1794) érait maréchal de camp et auteur, Partisan de Voltaire, il lui écrit le
2 janvier 1768: Cest un petit C... qui kurle sa triste palinodie, un S., un la
B.. qui chargent effrontément votre conscience du poids de leurs péchés, un F...
qui prêche si ridiculement l'évangile et sa croisade hebdomadaire contre la saine philosophie,
réverbère effrayant pour les cagots et les fripons; mais ces Erostates modernes,
qui veulent de la réputation en attaquant votre gloire, monsieur, n'auront dans
la postérité que celle de libellistes jaloux ou stipendiés' (D4641). Selon Besterman, C
serait Coyer, S Sabatier, et la B La Beaumelle. F est, bien sûr, réron.
7
POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Dans les deux éditions du Nouveau Recueil au vers 3 on lit 'fait
au tour au lieu de faite au tour (t.I, p.Iór).
Les manuscrits sont identiques à notre texte de base.
Manuscrits: Paris, BnF: ms.fr.13652, pi49. Saint-Pétersbourg, GpbV:
4-251, Lettres de M. de Voltaire à Mme d'Epinay', f7.3
Texte de base: Ménoires secrets.
3 Caussy, Inventaire des manuscTrits de la bibliothègque de Voltaire, p.88, ne mentionne
pas cette copie.
on lit 'fait
GpbV:
ne mentionne
Enigme
A la ville ainsi qu'en province,
Je suis sur un bon pied, mais sur un corps fort mince,
Robuste cependant, et même faite au tour.
Mobile, sans changer de place,
Je sers, en faisant volte-face,
Et la robe et l'épée, et la ville et la cour.
Mon nom devient plus commun chaque jour,
Chaque jour i se multiplie
En Sorbonne, à l'Académie,
Dans le conseil des rois et dans le Parlement,
Par tout ce qui sy fait on le voit clairement.
Embarrassé de tant de rôles,
Ami lecteur, tu mne cherches bien loin,
Quand tu pourrais peut-tre, avec un peu de soin,
Me rencontrer sur tes épaules.
Le mot de cette énigme est Tée à perruque.
15
ÉPTRE DE ROBERT COVELLE À M. DE VOLTARE
L'Epitre de Robert Covelle à M. de Voltaire, en remerciement d'un
contrat de trois cents livres de rente est une courte pièce en vers dont
l'attribution est des plus douteuses. Le texte a été publié pour la
première fois par Emile Lizé dans Voltaire, Grimm et la Correspondance
linéraire. L'épitre, insérée dans la livraison de novembre
I774 et restée sous forme manuscrite, ne paraît pas dans l'édition
Tourneux' de la Correspondance littéraire (1877-1882),2 Henri
Meister, le secrétaire et ami de Grimm qui avait repris la direction
du périodique depuis I773, note au sujet de l'attribution du texte:
La malice et l'envie attribuent la pièce que l'on va lire à M. de Voltaire.
I faut bien avouer qu'il est dificile de s'empêcher d'être du
nombre de ces coupables, mais il faut bien se garder d'en convenir.'
3 Sur un air détaché et enjoué, l'épitre redonne la parole à
Robert Covelle qui rappelle son 'doux penchant à fornication'
(vers 46) mais surtout qui fait l'éloge de Voltaire dont la jeunesse
et la sensibilité n'ont pas d'age.
Manuscrits: Gotha, Forschungsbibliothek: 138.K, fa16-a17r. Paris,
Bnl: n.a.fr.24342, f331r332r; BHVP: 3386o, far8y-2192. Stockholm,
Bibliothèque royale: VU.29.11. Moscou, Archives centrales d'Etat:
f.216r-217v. Zürich, Bibliothèque centrale: i, f2r6y-217.
Texte de base: Lizé.
1 Emile Lizé, Voltaire, Grimm et la Correspondance littéraire, SVEC 180 (1979),
p.200-202,
2 Voir 'Appendice: les lacunes de lédition Tourneux', Ulla Kölving et Jeanne
Carriat, Inventaire de la Correspondance littéraire de Grimn et Meister, SVEC 225-
26 (1984), t2, p.388.
3 Lizé, Voltaire, Grimm et la Correspondance littéraire, p.202.
4 Voltaíre a écrit des textes sous le nom de Robert Covelle, qui érait un simple
artisan de Genève. Voir les quatre textes de Voltaire suivants: la Lettre curieuse de
Monsieur Robert Covelle, Sur le liyre du professeur Vernet, la Déclaration du 23 aout
JG6, 0CY, t.6oc, p.91-218; et La Guerre civile de Genève [L767l, OCV, t.63A,
p.3-152. Sur Covelle, voir A. O. Aldridge, Voltaire and the century of ight (Princeton,
NJ, 1975), p33435-
VOLTARE
remerciement d'un
vers dont
pour la
Correspondance
novembre
l'édition
Henri
direction
texte:
de Voltaire.
d'être du
convenir.'
parole à
fornication'
jeunesse
Paris,
Stockholm,
d'Etat:
(1979),
Jeanne
SVEC 225-
simple
curieuse de
23 aout
t.63A,
Princeton,
Epitre de Robert Covelle à M. de Voltaire,
en remerciement d'un contrat de trois cents livres de rente
A moi chétrif trois cents livres de rente!
Ô bon Voltaire! ainsi par tes bienfaits,
Lorsque mes jours coulaient sans nulle attente,
Tu pensais donc à combler mes souhaits!
A mon secours (il faut que je le dise)
Fort à propos ta main vient se prêter.
De ne rien faire ayant fait l'entreprise,
Mesquinement je pouvais végéter;
Et c'est ton cceur, ton bon cooeur secourable
Qui réjouit le reste de mes ans:
Car, entre nous, n'ayant que six cents francs
De compte fait, c'éait après la table
Tirer l'andrille. 5 En ajouter trois cents..
Je puis compter à présent neuf cents francs!
Avec cela je dois en conscience
Te consacrer le tiers de mon loisir.
Mais, un seul tiers... Non, non, à mon désir
Ce n'est assez pour tant de bienfaisance;
La méditer sera tout mon plaisir.
A te bénir je veux passer mes veilles,
De tes travaux admirer les merveilles,
Dire en mon cooeur: Voltaire fut savant,
I fut sublime, en tout genre il fut rare;
Mais par-dessus, ce ui vaut bien autant
I fut humain, tout en lui le déclare.
L'Envie en vain se déchaîna longtemps
Et sur ton chef fit siffler les serpents.
5 D'après Jean Humbert (Nouveau Glossaire genevois, 2 vol., Genève, 1852, t.I,
p.I8), ce mot ne s'emploie que dans l'expression tirer I'andrille', qui signifie 'être
dans le dénuement, être pauvre. Serait-ce là un indice que ce texte n'est pas de sa
main? Car le patriarche n'aimait pas utiliser des expressions familières dans ses écrits.
20
25
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Qu'en reste-t-il? aujourd'hui l'on déteste
Le noir poison de ses sales accents;
Le monstre fuit et la gloire te reste.
Qu'étais-je moi pour oser espérer
Les doux effets de la munificence?
Pauvre Robert! ton nom dans le silence
Allait périr lorsque pour t'en tirer
Vint le conflit de certaine aventure
Tenant de près à l'humaine nature.
Or admirez à quoi tient le talent!
J'étais petit soudain je me vis grand.
Poète, Orateur, tout fut de la partie.
A m'élever chacun fit de son mieux.
D'un grand succès leur peine fut suivie:
Avec dépens je gagnai les enjeux.
Toi-même aussi, pour égayer ta lyre,
Dans l'univers tu fis briller mon nom.
Je vis le monde approuver d'un sourire
Mon doux penchant à fornication.o
Ah, le bon temps! Mais, Dieux qu'il passe vitel!
A peine a-t-on joui quelques instants,
QuAmour s'envole et pour jamais nous quitte.
Plus de beaux jours, plus d'aimables printemps.
Pour toi, grand homme, il fit seul des miracles;
En te formant il dompta les obstacles
Et te doua d'un immortel cerveau.
Tel on te vit au printemps de ta vie,
o Les vers qui font référence à la vie de Robert Covelle renyoient aux mésaventures
d'un bourgeois de Genève du même nom qui refusa de s'agenouiller devant le
Consistoire de la République et de demander pardon pour paillardise' avec une
servante. Toute l'aventure se passa pendant la période 162-1768; Genève est alors
profondément agitée par les mouvements sociaux, Nombre de Représentants' du
partí qui contestait les actions du gouvernement imprimèrent des mémoires éloquents
pour défendre les droits des individus, à la fois sous le nom de Robert Covelle,
et à son corps défendant. Voir La Guerre civile de Genève, 0CV, t.63A, p.3-152:
I2
30
35
40
4
mésaventures
devant le
avec une
est alors
Représentants' du
mémoires éloquents
Covelle,
152:
30
35
40
4
ÉPÝTRE DE ROBERT COVELLE À M. DE VoLTAIRE
Tel au déclin: c'est le même pinceau,
Même enjouement, même ton d'harmonie.
Fasse le ciel que mon cher bienfaiteur
Jusqu'à cent ans conserve ce bonheur.
I3
[COUPLET INÉDIT DE VOLTAIRE
LORS DE LA CHUTE DU SYSTEME DE LAW)
Cette courte poésie est une pièce fort ancienne car elle aurait circulé
au lendemain de la chute du 'système de Law', nom donné aux
pratiques financières orchestrées par l'Ecossais John Law de 1716 à
I720, pendant la régence de Philippe d'Orléans. 1 Dans l'état actuel
de la recherche, il nous est impossible de déterminer si ce texte
appartient ou non à Voltaire, qui d'ailleurs se fait encore appeler
Arouet en 1720. Au vingtième siècle, le premier spécialiste à attribuer
ce texte à Voltaire est Ira Wade, qui rapporte le titre donné par
la Bibliothèque nationale de France -Couplet inédit de Voltaire
lors de la chute du système de Law –en doutant lui-même de cette
attribution.2 A notre connaissance, les périodiques de l'époque
n'ont pas mentionné ce poème. Pendant ces années-là, Voltaire
écrit beaucoup à ses correspondants et amis, et s'il communique
nombre de pièces fugitives', nulle n'est de la teneur de celle-ci.
La première attestation d'une attribution de ces quelques vers à
Voltaire date de plus d'un siècle après les événements, et plus précisément
de r82), année où paraissent les Mémoires du Cardinal
Dubois. Lorsque celui-ci décrit les émeutes provoquées par
Peffondrement de la banque de Law, il rapporte le couplet de vers
- dans la même forme que nous le faisons ici et précise: On
croirait que La Grange-Chancel a composé ce couplet, tant il est
1 Voltaire a écrit un texte sur Law et son système, mais plus tardif: Sur MM. Jean
Lay, Melon et Dutot, 0CV, t.18A, p.217-57.
2 Ira Wade, Poems attributed to Voltaire, Modern philology 34, n° 1 (1936), p.64:
It will certainly be granted that litle is to be gained by inquiring whether this
particular poem is genuine or not. Wade cite un dépor de la BnE: (fr.1860,
P:3 et ausí p.78)'.
9 Ces mémoires seraient de la maín de Guillaume Dubois (16;6-1723), principal
minístre sous la Régence.
I4
aurait circulé
donné aux
1716 à
actuel
texte
appeler
à attribuer
donné par
Voltaire
cette
l'époque
Voltaire
communique
celle-ci.
vers à
plus précisément
Cardinal
provoquées par
de vers
précise: On
il est
MM. Jean
1936), p.64:
whether this
1860,
principal
coUPLET INÉDIT LORS DE LA CHUTE DU SYSTME DE LAW]
bien tourné, si Arouet n'était pas à Paris, ce petit perfide.' Ces
mémoires sont tronqués. Selon l'usage au dix-neuvième siècle,
l'éditeur a procédé à des modifications; de plus, l'histoire même
de la préservation des manuscrits initiaux ne garantit pas la fiabilité
du texte.5 I est impossible donc de déterminer si cette attribution
n'a pas été antidatée.
Une variante du poème se trouve à la BnF:
Accablés de malheurs, menacés de la peste,
Grand saint Roch, nous ne craignons rien
Et rien ne nous sera funeste
Si vous êtes notre soutien.
Ecoutez un peuple chrétien,
Et venez apaiser la colère céleste,
Mais n'amenez pas votre chien,
Nous n'avons pas du pain de reste. 6
L'écrivain Alexandre Dumas glisse le couplet- sans préciser son
auteur dans un de ses romans intitulé Le Chevalier d'Harmental
(1843) dont l'intrigue prend place à lépoque de la Régence.7
Dumas s'inspire-t-il des Mémoires du Cardinal Dubois parus une
4 Guillaume Dubois, Mémoires du cardinal Dubois, 4 vol. (Paris, 1829), t.4, P.356.
5 Les Mémoires de Guillaume Dubois auraient d'abord été entre les mains du
secrétaire d'Etat à la maríne, Maurepas, avant de passer dans celles de Louis-Sébastien
Mercier. Voir la préface aux Mémoires, t.1, p.vii-xi.
6 Paris, BrnF: ms.fr.g3s2, fg4v-96r. Le site Poèmes satiriques', n o39o, le date de
I720. Un manuscrit existe à lArsenal: 3128, f26o.
? Le capitaine Roquefinette, qui rapporte le couplet lors d'une partie arrosée, le
transforme quelque peu:
Grand saint Roch, notre unique bien,
Ecoutez un peuple chrétien
Accablé de malheurs, menacé de la peste.
Détournez de sur nous la colère céleste.
Mais n'anenez pas votre chien.
Nous n'avons pas de pain de reste.
Voir Alexandre Dumas, Le Chevalier d'Harmental (Genève, 1972), p.47.
I5
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
décennie plus tôt? Ou aa cotraire ne fait-il que transcrire un chant
populaire que la renomméc publique a fini par attribuer à l'un des
plus illustres écrivains du siccle précódent?
Texte de base: Mimsires du Cardinel Dubnis.
16
chant
des
[Couplet inédit de Voltaire lors de
la chute du système de Lav)
Accablé de malheur, menacé de la peste,
Grand Saint-Roch," notre unique bien,
Ecoutez un peuple chrétien:
Venez nous secourir, soyez notre soutien,
Nous ne craindrons rien de funeste.
Ah! détournez de nous la colère céleste!
Mais n'amenez pas votre chien,
Nous n'avons pas de pain de reste, t
La peste st abaue sur Marseille en r20.
* La paroisse de Saint-Rocb est I'une des pius importantes de Paris. Dans sa
corespondance, Volaise y revient parfois. Le 4 mars r59, il fait ne allusion à
un enterrement possible à Saint-Roch (Dsrs2). D se réfere également aux prédicateurs
de Saint-Roch (Dro89). Dans une lere à D'Alembert ds 4 jain r7ó9
(Dis676), l souligne leur infuence sur le peuple de Paris: un apucin prichant à
Saint-Roch a phus de erédie sur le peuple que tous les gens de bon sens n'en auront
jamais.
Roch a vécu au quatorzi Re sicle et est originaine de Monrpellier. En pèlerinage
à Rome, Roch se consacre à lasistance aux malades de la peste. Ameint luimeme,
sans secours, il se retire dans la forét o, selon la légende, un ange le soigne
et un chien lui zpporte du pain chaque joue. Suite àa canoniaion, saine Roch est
souvent présenté aceompagné du chien tenant un pain dans sa gueule. Cest un
saint populaise qui vient en aide ausx plus démunis. Voir Roa Giorg, Las Saina
(Paris, z00), Pj22.
À MA RETRAITE DU PAYS DE VAUD
Le poèmeA ma retraite dupays de Vaud n'est associé à Voltaire que
par sa parution dans une édition de l'Epitre à Horace (s.l.n.d.),' à la
suite de l'épitre et d'une Réponse d'Horace à M. de Voltaire 'par
M. de La Harpe', puis en 1773, dans les Nouveaux Délassements
de M. de Voltaire (Lausanne). Ern décrivant l'édition de l'Epitre,
Bengesco écrit: Cette pièce (notre poème] est extraite du Journal
helvétrique de Neufchâtel, de décembre 1772.'2 Selon le BnC: 'la
dernière [notre poème] est extraite du Journal de Neufehátel de
décembre 1772. Elle est attribuée à tort à Voltaire dans le recueil
Nouveaux Délassements de M. de Voltaire publié à Lausanne en
1773 [no.5538bis]' En fait le poème parait dans le Nouveau Journal
helvétique de novembre 1772, sans attribution (p.78-86). Les Nouveaux
Dálassements Contiennent sept pièces en vers, dont les deux
premières seulement sont de Voltaire. A ma retraite du pays de Vaud
ne semble pas avoir été republié depuis. Ce long poème n'a pas été
écrit par Voltaire; le style, et même les idées, ne concordent pas
toujours avec les euvres du patriarche. En outre, le poème est
un hymne à Voltaire lui-même.
Texte de base: Nouveau Journal helvétique.
Epire à Horace, par M. de Voltaire (s.l.n.d,), BnC 2152. Voir 0C, t74B, p.274
(sigle 73c),
2 Bengesco, I, p248 (n° 827), L'Epire à Horace figure dans le Nouveau Journal
helvétique en octobre 1772, p.85-96, sans attribution.
I8
Voltaire que
d.),' à la
Voltaire 'par
Délassements
l'Epitre,
Journal
BnC: 'la
Neufehátel de
recueil
Lausanne en
Journal
Les Nouveaux
les deux
Vaud
pas été
concordent pas
poème est
p.274
Journal
A ma retraite du pays de Vaud
Adieu, paisible solitude,
Adieu manoirs, antiques féodaux
De Tavernier, le phraseur un peu rude
De maints contes orientaux.
Postérité de ses vassaux,
Pour vous tracer ma gratitude,
Le sentiment ajuste mes pinceaux.
Elles ont fui ces douces heures,
Où j'épanchais des larmes de bonheur,
Où sous l'azur de vos demeures
Des cieux voisins je bravais la noirceur.
Des couleuvres de la discorde
Mes pénates rongés, ensanglantaient la horde,
Etl'autel de la liberté;
Tandis qu'à vos foyers accordant un sourire,
Elle prenait la trompette pour lyre,
Avec Caton enivrant sa gaîté.
Oh! que j'aimais votre air antique,
Votre coloris helvétique,
Vos propos sages sans jargon,
Et sans tournure académique,
Mais comment ce penser rustique
Vaudrait-il la métaphysique!
D'un élégant mis en Platon,
De Sybaris triste avorton,
Et de Brutus joli critique,
Qui rimaille sur l'édredon
Les dangers d'une république?
Gloire des mæurs, simples Helvéiens,
Jean-Baptiste Tavernier (605-1689) publie en 1676 Six Voyager en Turquie, en
Perse et aux Indes, A la fn de sa vie, Tavernier avait acheté la baronie d'Aubonne
dans le pays de Vaud.
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Peuple heureux sous un maître, et libre sans licence,
De vos bras relâchés sentez-vous les liens,
Qu'ornent les fruits de l'abondance?
Sur des cailloux fécondés sous vos mains,
J'ai vu fleurir des hameaux dans l'aisance,
La chaumière sans indigence,
La sueur sur des fronts sereins;
Et vos cités sans opulence,
Dresser un temple à l'ami de la France,
Au prêtre de Cérès, un Crétois Mirabeau:
Vaudois, ce n'est point vous dont la basse imprudence
D'un plat encens parfume le chteau,
Et le vil brigand d'importance,
Qui d'un canton est le fléau,
Par habitude d'intendance.
Vos dieux sont la frugalité,
Un teint de rose, et la nature,
Quelques fleurons de vanité,
Et du nectar sans imposture,
Dont le vermeil appelle la santé,
L'amour hardi, la vérité,
Met la påleur sur le front du parjure,
Et sait donner du fard à la beauté.
Nos tristes singes d'Epicure,
Nos ennuyés de volupté,
Dans leur quatuor sans gaîté,
Leurs soupers sans intempérance,
Leurs mets exquis et leur décence,
Croiraient blesser la dignité,
Si le plaisir éait compté
Dans leurs plaisirs de préférence.
En vous perdant j'ai donc perdu les miens!
D'autres cieux, un autre apanage,
Le bureau des rhétoriciens,
Un autre coeur est mon partage,
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imprudence
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À MA RETRAITE DU PAYS DE VAUD
Et le regret, instrument de dommage,
Qui nous chatouille en coupant nos liens.
Je ne gravirai plus ce théâtre champêtre,
(a) Ce Bougi dont mes pas ont tant foulé les fleurs,
Où j'allais agrandir mon être,
Où souvent j'ai donné des pleurs
Au soleil qui venait de naitre,
Et du Jura colorant les hauteurs
Ou l'ombrageant d'un voile sombre,
Quand il va promener son ombre,
De degrés en degrés, jusqu'à l'argent des monts,
Qu'il change en un cristal de rose,
Où de ses feux le déclin se repose,
Quand la nuit chasse en leurs maisons
De Palés, de Bacchus, les chantants nourrissons,
Et de ses pleurs quand l'aube arrose
L'herbe fAétrie et les moissons.
Ne vante plus, magique Thessalie,
Ton Olympe, où tes douze Dieux
Admiraient de Tempé les champs délicieux;
Et ton Pinde que jen'envie;
Je veux un beau plus vrai, Bougi seul a mes yeux.
Je le revois, cet horizon immense,
Que sa cime découvre, et qu'embrasse un coup d'eil;
Ces barrières de glace entourant l'abondance,
Du travail fortuné la superbe opulence.
Ici la terre enfante en repoussant l'orgueil,
On ne voit pas les pleurs arroser la semence,
Ni des colons défaits recueillant dans le deuil,
Des fruits maudits tributs de la finance.
Ici, tout homme est citoyen,
Tout laboureur est citoyen utile;
Son bras est libre et son champ est fertile;
(2) Le signal de Bougi, le sommet le plus élevé de la côte.
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
L'enfant de la patrie a tout l'Etat pour bien.
Lieux qu'a vantés dans sa faconde
Le chantre d'Héloise et de l'Orang-outang,
Roc dépouillé qui lui servit de banc,
Et d'où ses yeux mesuraient l'onde;
Clarens, fameux par tes bosquets,
Qui visitait de temps en temps la blonde,
Bouches du Rhône, et vous triste Valais,
Où germe l'or, où le désir immonde
Du doux ami jusques là l'eût porté,
De dévoyer sa main concupiscente,
Sur des attraits qu'à sa lubricité
Voilait pourtant la toile transparente,
N'eût été la fidélité,
Qu'il conservait à son amante;
Comme l'espoir de sa virginité;
Enceintes du grand lac, mon regard vous mesure;
De ces hauteurs je domine sur vous:
Quelle richesse auguste étale la nature!
L'Elisée est moins beau, s'il peut être plus doux.
Ces sommets chevelus couronnent la parure
Des champs qu'arrose leur contour:
C'est la guirlande de bordure,
Des collines de l'alentour.
De quel jour mélangé ce rideau de verdure
Coupe l'échelle de ces monts!
De leurs sapins que la teinte est obscure!
Qu'elle est riante aux vergers de ces fonds.
Ce jaune pâle annonce le feuillage,
Prêt à mourir, du pampre des coteaux;
Venez chantants Silènes du village,
De l'arbre de Bacchus décharger les rameaux.
Oh! double enchantement! le cristal de ces eaux
A refoulé ce paysage;
C'est dans leur sein que je vois ces coupeaux,
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A MA RETRAITE DU PAYS DE VAUD
Et des vallons les éclatants émaux;
La mer qui les entoure en reflète l'image,
Le jour en est plus pur, les obscurs aussi beaux:
Narcisse eût dans cette onde adoré son visage,
Et profané ses bords de désordres nouveaux.
Ah! les nymphes du voisinage
Auraient détruit l'idole en soulevant les lots,
En secourant l'adolescent peu sage,
Par des baisers, et non par des échos.
Mais les sillons, les voiles fugitives.
D'un océan annoncent des sujets;
L'heureux navigateur fertilise ces rives;
La rade touche à d'immenses guérets:
La liberté donne à des mains actives
Le trident de Neptune et la faux de Cérès.
Qui donc soumit cette plage liquide
A l'empire du Dieu des mers?
L'Astre du jour, par des canaux divers,
Fit écouler en élémnent fluide,
Ces châteaux de glaçons, le marbre des hivers,
Des rochers savoyards informe pyramide:
Alpes! dans vos débris est l'urne des ruisseaux,
Que le cristal brûlant d'une cime nubile,
Au soleil de l'été goute à goutte distille,
Et vide sous la terre aux bassins de ces eaux:
Je les vois circuler loin du trône helvétique;
Elles semblent chercher la liberté publique
Chez I'Allobroge, et Rome est sur leurs bords;
Rome sans pape, et non pas sans trésors,
Rome oû longtemps le respect fanatique,
Du docteur de Noyon, le Caton de nos meurs,
Fit régner l'égoisme, et ces sombres fureurs,
Apanage des saints, même de l'hérétique;
4 Jean Calvin (15og-1564), né à Noyon, est mort à Genève.
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pOÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
L'esprit du diable a partout des pasteurs.
A Genève aujourd'hui règne une autre déesse,
Dont la Tamise a le bonnet;
Bonnet dont Rome a décoiffe la Grèce;
Au lit souillé de la chaste Lucrèce,
Fruit dont un jour accoucha le forfait.
Si Lucrèce l'eut bien connue
Cette indocile liberté,
Ce bouquet dont le parfum tue,
Dans ses bras Tarquin fût rest.
Mon aurore jarmais n'a vu libre et tranquille
Une patrie où, dans mes jeunes ans,
Des prêtres de partis la fureur imbécile
Se disputaient un fer pour en percer leurs flancs.
Tristes prôneurs de la guerre civile,
Ne montrez plus vos drapeaux menaçarnts:
Tant de vertus ont chez vous leur asile.
Donnez la paix aux coeurs comme aux talentS:
A la fierté des meurs pliez les agréments,
Faites de l'or, mais que l'or soit ductile.
Vos sophismes romains, votre orgueil difficile,
Les lois sans sceptre, et leur trne mobile;
Vos pouvoirs inquiets sont vos premiers tyrans.
Le soc ne trace plus qu'un sillon infertile,
Quand des tigres sans joug se battent dans les champs.
C'est ainsi qu'exerçant mon active pensée,
Un bonheur noble et pur remplissait mes loisirs:
MZaoynre ou Phèdre en main, un tertre pour ycee,
esprit et mes sens disputaient de plaisirs.
Beaux jours! Félicité passée,
Que remplacent les souvenirs,
Par mes crayons et mes désirs
Vous serez du moins retracée.
O de Ferney sublime Anacréon!
Chantre de Jeanne, et peintre de Nanine,
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champs.
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A MA RETRAITE DU PAYS DE VAUD
Hérault badin de l'apôtre de Chine,
Qui de ton luth brisas le Panthéon,
En persiflant l'infernale doctrine;
Qui d'un bras rival de Racine,
Du Tectosage teignis le brandon;
Qui déchiras à coups de discipline,
Le manteau court, la robe de Sorbon,
Et les oreilles de F**s
L'amant par mois de Libitine;
Ô du Léman délicat Apollon!
Que n'avons-nous un cordon de ta lyre,
Pour célébrer sur tous les tons
Les lieux voisins de ton empire.
A nos airs lourds accordes (sic un sourire:
Le sourire du goût en vaudra les leçons.
5 Fréron sans doute, comme l'indique la rime.
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ADMIRONS LA FIN RIDICULE)
L'origine de cette épigramme impromptue, sur la vie du cardinal
Fleury, est révélée par Otto Christoph von Podewils dans une
lettre de 1743 (D2833).!
Dans son Histoire de mon temps, Frédéric en offre une version
différente:
Des deux Hercule que voilà
Veux-tu savoir la différence?
L'un fila, l'autre radota.2
Edition: Nachträge qu dem Briefivechsel Friedrichs des Großen mit Maupertuis
und Voltaire, éd. Hans Droysen, et al. (Leipzig, 1917), P.95-96.
1 Voir aussi cí-dessous, p.396.
2 Publikationen aus den Preußischen Staatsarchiven (Leipzig, 1879), t4, p.260:
26
cardinal
une
version
Maupertuis
96.
260:
Admirons la fin ridicule
De l'un et de l'autre Hercule;
Le premier d'eux fla
Et l'autre radota.
27
IMPROMPTU À MADAME DE **
Ces quelques vers sont tirés d'une comédie que Voltaire a terminée
en 1733: Samson. Is figurent à la scène 3 de l'acte II IIs sont
republiés en 1773, quelque peu modifiés, sous le tire 'Impromptu
à Madame de *, dans Opuscules poétiques, ou le plus charmant des
recueils (Amsterdam, I773), p.18.
Texte de base: Opscules potiques.
OC, t.18c, p.290, vers I15-18,
28
terminée
IIs sont
Impromptu
charmant des
Impromptu à Madame de
Ah! sil était une Vénus encore
Si des Amours cette reine qu'on adore
Aux mortels en effet pouvait se présenter,
Je vous prendrais pour elle, et croirais la fatter.
I-2 Samson: Vénus, / Si des
2 Samson: reine charmante qu'on
29
À MADAME DE **
EN LUI ENVOYANT LES EUVRES
DU ROI DE PRUSSE
L'épitre A Madame de en lui envoyant les euvres du roi de Prusse
paraît pour la première fois dans les euvres complètes de Voltaire
avec Kehl,1 La pièce paraît aussi dans LAnnée linéraire.2 Au dixneuvième
siècle, entre autres éditions qui ne sont pas considérées
ici, le poème n'est pas repris par Beuchot, ni par Moland. Beuchot
explique: J'ai aussi retranché le huitain adressé à madame de en
lui envoyant les euvres du roi de Prusse, qui commence par ce vers:
"Aimable Eglé, vous lirez les écrits". Cette pièce est de M. Leroy,
qui la composa pour une dame de Brest.'3 Moland reproduit cette
déclaration.4 L'identité de Leroy n'est pas élucidée et la source de
cette attribution n'est pas fournie. II s'ensuit qu'une atribution à
Voltaire reste possible, mais elle est loin d'être certaine.
Texte de base: K84.
K84, t.I4, P.342.
2 L'Année linéraire (Paris, 1788), t.J, p.I49.
Poésies de Voltaire, s vol, (Paris, I823), t.1, p.x.
4 M, t.10, p463
30
Prusse
Voltaire
Au dixneuvième
considérées
Beuchot
de en
ce vers:
Leroy,
reproduit cette
source de
atribution à
A Madame de en lui envoyant les ewvres
du roi de Prusse
Aimable Eglé, vous lirez les écrits
D'un roi fameux par plus d'une victoire;
Législateurs, rois, héros, beaux esprits
Dans tous les temps vanteront sa mémoire.
Ila cherché tous les genres de gloire;
(L'amour à part, j'en excepte ce point.) 5
Mais si jamais j'écrivais son histoire,
J'ajouterais qu'il ne vous connut point.
5 Frédéric II éait connu pour ses penchants homosexuels.
3I
5
VERS ADRESSÉS A MME LA COMTESSE
DE BOUFFLERS, PAR M. DE VOLTAIRE
Ce poème parait dans la Correspondance litéraire de novembre
1778.1 Grimm, suivi par Bengesco,2 dit que le poème a éé imprimé
dans le Journal de Paris du 12 janvier 1779 sous le nom de Voltaire,
mais que Pons de Verdun en a revendiqué la paternité dans le
numéro du 7 février. En réalité, la pièce est publiée dans le numéro
du 13 janvier et c'est dans le numéro du 6 février que Pons de
Verdun s'en déclare l'auteur. Grimm indique que le poème est
inclus dans les Contes et poésies de Pons de Verdun, publiés en 1z83.
Texte de base: Correspondance linéraire.
1 CLT, .12, p.176-77
Bengesco, t.4, P305, 3o8 (n 2352).
32
novembre
imprimé
Voltaire,
dans le
numéro
Pons de
poème est
en 1z83.
Vers adressés à Mme la comtesse de Boufflers,
par M. de Voltaire,
en réponse à des vers que cete dame lui avait envoyés
sur le bruit qui courutà Paris, ily a environ dix ans,
que ce gand hornme était mort
Aimable ille d'une mère
Qui vous transmit ses agréments,
Jeune héritière des talents
De la sensible Deshoulière,
Avec deux beaux yeux et vingt ans,
Quoi! vous daignez, bonne Glycère,
Vous occuper des vieilles gens,
Et des leurs de votre printemps
Parer ma tête octogénaire?
Oui, grâce aux dieux, je suis, ma chère,
Encore au nombre des vivants.
Vous l'ignorez: je vous entends;
C'est qu'on l'ignore aux lieux charmants
Oi les belles et les amants
Font leur résidence ordinaire;
Vous tenez le sceptre à Cythère,
Et je sais que depuis longtemps
On n'y dit plus que feu Voltaire.
33
10
IS
VOLTAIRE À MESSIEURS LES PARISIENS
Ce poème trop long, ampoulé et répétitif, quoique témoignant
d'une certaine compétence, n'est pas de Voltaire. II paraît pour
la première fois dans le Journal historique et liaéraire du 1s septembre
1776,' sous le titre 'Epitre de M. de Voltaire aux Parisiens'
puis dans la Correspondance secrète, sous la date De Paris, le 9 août
1776, où il est introduit par ces mots peu enthousiastes: Voici une
longue file de vers que je vous transmets en attendant du meilleur.
Il existe également une brochure de douze pages intitulée
Epire de Monsieur de Voltaire aux Parisiens: pour servir de suite
à son retour des ombres (Liège, 1776) EV]. Il ne paraît dans aucune
édition des oeuvres de Voltaire. Le dernier quatrain est cité par
Johann Christoph von Zabuesnig, dans les Historische Lnd kritische
Nachrichten von dem Leben und den Schrifen des Herrn von Voltaire,
3 où l'auteur laisse entendre que Voltaire, croyant que le fait
qu'il ait reçu l'extrême onction le avril serait pris pour un poisson
d'avril, aurait envoyé une fougueuse adresse à l'archevêque de
Paris, dont ces vers seraient la conclusion. Le poème entier est
reproduit, sous le titre Epitre de M. de Voltaire aux Parisiens,
septembre r776 dans les Mélanges de politique, de morale et de litérature:
extraits des journaux de l'abbé F-X. de Feller. Il y est suiv
de la note: On pourrait nous demander si cet[te épire de Voltaire
aux Parisiens est véritablement une pièce de ce philosophe devenu
chrétien et pénitent. II serait sans doute bien à souhaiter que ce fut
Son ouvrage; mais hélas! il est difficile de se le persuader: les vers,
quoiqu'en général bien faits, sont le fruit d'une poésie trop faible
"Journal historique et liuéraire, 63 vol. (1773-1794), t.I45, I5 sept. 1776, p.IOI-10)
(r° partie), et 1 octobre, p.172-74 (2 partie)
2 Correspondance secrète, 19 vol., t3 (Londres, I787), P.224-32.
3 Augsburg, I777, P-35L-
4 Paris, 1822, t.l, p-5I-56.
34
et puisse même similaires mort Texte t.
témoignant
paraît pour
1s septembre
Parisiens'
9 août
Voici une
meilleur.
intitulée
de suite
aucune
cité par
kritische
von Voltaire,
le fait
poisson
l'archevêque de
entier est
Parisiens,
de litérature:
est suiv
Voltaire
devenu
ce fut
les vers,
faible
IOI-10)
VoLTAIRE A MESSIEURS LES PARISIENS
et les sentiments sont trop équitables et trop honnêtes pour qu'on
puisse espérer de vérifier cette attribution.' Le texte paraít avec la
même note dans le Cours de morale chrétienne et de litérature religieuse
par l'abbé eller. 5 Le poème fait partie de l'essaim de textes
similaires et contrefaits qui ont été publiés peu de temps après la
mort de Voltaire, 6
Texte de base: EV.
5 Paris, 1824, P.48-53-
Voir le Commentaire historique sur les euvres de l'auteur de La Henriade, 0CV
t.8B-78c.
35
36
Voltaire à Messieurs les Parisiens
Aimables habitants des rives de la Seine,
Daignez lire ces vers, derniers fruits de ma veine.
Puissent-ils, du séjour de tous nos beaux esprits,
Voler aux autres lieux charmés de mes écrits!
Je finirais en paix ma trop longue carrière.
Quel changement dans I'homme à son heure dernière!
Qu'il se trouve isolé! plaisirs, trésors, grandeurs,
Tout fuit de ses regards, hors les folles erreurs.
Is ont fui loin des miens: c'est fait; le voile tombe.
L'eil levé vers les cieux et le pied dans la tombe,
Je vois en ce moment l'auguste vérité,
Répandre autour de moi sa plus vive clarté.
De la raison sévère elle est accompagnée;
Cette raison, par moi si longtemps dédaignée,
Plus puissante aujourd'hui, tonne au fond de mon cooeur.
Le remords, l'avenir le glacent de terreur.
Peuples que j'ai séduits par d'aimables chimères,
Hâtez-vous de rentrer dans la loi de nos pères.
Poussé par le délire, et d'orgueil enivré,
J'osai braver le Dieu sur la terre adoré.
On me vit enfanter de monstrueux systèmes,
Contre son culte saint vomir d'affreux blasphèmes:
Trop habile dans l'art des lâches imposteurs,
J'osai calomnier ses zélés défenseurs,
Et sur de jolis riens forgeant des contes fades,
Les ridiculiser par des turlupinades.
Honneur, talent, vertu, rien ne me fut sacré:
Je voulais tout changer; je voulais qu'à mon gré,
Le vrai dans les esprits devint problématique,
Et la Religion un êre chimérique:
Je voulais, le forçant à penser comme moi,
Courber le genre humain sous le joug de ma lo1.
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dernière!
cooeur.
20
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VoLTAIRE À MESSIEURS LES PARISIENS
Je peignais les horreurs du cruel fanatisme;
Et mes plus vifs élans tendaient au despotisme.
Feignant de l'éclairer, je trompai l'univers:
En criant liberté, je présentais des fers.
Mais je couyrai de fleurs ces funestes entraves,
Dont je sus accabler quelques faibles esclaves.
Dans un cercle d'erreurs, j'étais moins libre qu'eux:
Je suivais à ttons un sentier ténébreux.
Mortel, voilà ton sort, quand ton orgueil extrême
Dédaigne, pour flambeau, la vérité suprême.
Je l'ai dit (eh! qui peut vouloir même en douter!)
Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer:
Cest ce Dieu, dont la voix enfante les miracles,
Qui, parmi les éclairs, révéla ses oracles;
Qui des Prophètes saints conduisant les pinceaux,
De son feu créateur anima leurs tableaux.
Son Fils, la vive image et la spendeur du Père,
Sous les voiles obscurs de l'humaine misère,
Vint lui-même enchaîner le démon de l'erreur;
Et l'homme dans son Dieu vit son libérateur.
Que sa morale est pure et ses dogmes sublimes!
Il voulut expirer victime de nos crimes,
Et remit à Céphas ses lois et son pouvoir.
Adorons et croyons, voilà notre devoir.
D'un absurde système hardis apologistes,
Moralistes pervers et pointilleux sophistes!
Quels biens ont procurés vos dogmes insensés?
Vos ardents zélateurs sont-ils plus empressés
A fuir des vains plaisirs la fatigante ivresse,
Pour vivre sous les lois de l'austère sagesse!
Ce Midas, devenu sensible et généreux,
Cesse-t-il d'engraisser tant de laquais pompeux,
De nourrir à grands frais son oisive existence,
Et donne-t-il du pain à la triste indigence!
Lis, lis, dans tes refus, coeur de marbre obstiné,
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Ton arrêt flétrissant sur son front décharné:
L'époux met-il un frein à son caprice infåme,
Pour chérir les doux nceuds d'une pudique flamme!
Voit-on un moindre essaim d'impudentes Lais,
De malignes vapeurs infecter tout Paris,
Et dans des chars légers, brillants d'or et de glace,
Sous le poids des rubis étaler leur audace.
La subtile chicane, à l'infernale voix,
Ne hurle-t-elle plus dans le temple des lois?
Nos héros réveillés font-ils, par leur courage,
Des Crillon, des Bayard, revivre l'heureux âge.
Ah! je vois ces guerriers, de débanche perdus,
S'abreuver à longs traits du poison de Vénus!
Avons-nous émoussé le glaive de la guerre!
L'intérêt n'est-il plus lidole de la terre!
En un mot, la vertu voit-elle les mortels
De leur encens plus pur honorer ses autels!
Tout retentit du nom de la philosophie:
Le vulgaire, le grand partout nous déifie;
Et partout un vain luxe et le vice effronté,
Etendent leur ravage avec impunité.
Dans nos brillants écrits le mauvais goût domine,
Et des arts chancelants, vient hâter la ruine.
Hélas! tout se corrompt; beaux jours de l'univers,
O bonheur général ant promis dans nos vers,
Age d'or si vanté, vous n'étiez plus qu'un songe,
Que le délire enfante et que suit le mensonge!
Chers amis! que I'aveu de toutes mes erreurs
Eclaire vos esprits et corrige vos coeurs.
On ne le sait que trop: ma muse frénétique,
Sur le Pinde affecta l'empire despotique.
Vous la vites toujours, sur de faibles garants,
Dans le Temple du Goût distribuer les rangs.
Elle osa pénétrer jusques au sanctuaire;
Elle osa profaner, d'une main téméraire,
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VOLTA IRE Å MESSIEURS LES PARISIENS
Du peintre de Burrhus les lauriers immortels,
Du père du thére ébranler les autels,
Contester le génie au maître de la lyre,
A l'Esope français l'art d'inventer, d'écrire,
Refuser en un mot à l'auteur du Lutrin
Le titre glorieux de poète divin.
Malheur au cceur rongé des serpents de l'envie!
Peut-il jamais s'ouvrir aux douceurs de la vie!
Tous ses jours sont marqués par des tourments nouveaux:
La splendeur des talents, le succès des rivaux,
Sont un poids qui I'accable, un fer qui le déchire.
II fait son aliment du fiel de la satire.
Hélas! ce monstre étique, au teint blême, à l'æil creux
Dont la bouche vomit un suc si venimeux,
Décocha tous ses traits, par ma main égarée,
Sur l'auteur de Didon, sur le père d'Atrée,
Lui qui, par les ressorts d'une sombre terreur,
A l'aide d'un pinceau mâle et plein de vigueur,
Eut la gloire d'ouvrir une route nouvelle:
Pompignan, qui choisit Racine pour modèle,
Se montra parmi nous son plus digne rival,
Et qui peut-tre un jour eût marché son égal,
Si sa muse eût suivi la carrière tragique.
Il dirigea son vol au Parnasse lyrique:
Assis près des autels de la noble Erato,
l pince quelquefois sa lyre avec Rousseau.
Je voulais usurper le sceptre de la scène;
Et je défigurai les traits de Melpomène,
L'intrigue, l'intérêt, le vrai, le sentiment
Furent tous éclipsés sous ce faste imposant
De marches, de combats, d'éclairs épouvantables,
De bûchers, d'échafauds, et d'ombres lamentables.
La nouveauté, la pompe, un voile ingénieux;
Enfin, le coloris fascinèrent les yeux.
Le bon goût disparut; j'emportai les sufrages;
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PoÉSIES ATTRIBUÉES A VOLTAIRE
On m'enivra d'encens. Ces lauriers, ces hommages,
Je te les dois, Lekain, il faut en convenir:
Mes enfants sans vigueur avec toi vont mourir.
Oui, je sens redoubler ma vive inquiétude...
Mais quoi! l'on m'applaudit... c'est un mal d'habitude.
Vous vous en guérirez, public trop indulgent.
Le charme va cesser, et le juge m'attend.
Cette postérité que je crains, que j'implore,
Voudra-t-elle épargner l'amante de Zamore?
Et toi cher Mahomet, dans ce commun malheur,
Peux-tu nourrir l'espoir de survivre à ta seur?
Ah! qu'au moins un enfant du chantre d'Henri-Quatre,
Eternise mon nom aux fastes du théâtre.
Des faits de ce grand Roi le recit trop vanté
Est-il marqué du sceau de l'immortalité.
Non: le plus doux pinceau, la plus tendre harmonie
Ne peuvent suppléer aux élans du génie.
1 faut être animé de plus nobles transports,
Du champ des fictions déployer les trésors;
Varier les couleurs, jeter d'ardentes flammes,
Enchanter, attendrir et maitriser les âmes:
Et moi, par de vains sons, loin de frapper le coeur,
Je fatigue l'oreille, et j'endors le lecteur.
Las de courir en vain dans la carrière épique,
Je marchai vers ton temple, agréable physique.
Tu n'y reçus jamais l'esprit étincelant,
Ennemi déclaré du profond jugement.
J'y voulais, m'efforçant de porter la lumière
Dans le sein ténébreux de la nature entière,
Arracher quelques feurs du tombeau des Newtons.
Je courus sans Alambeau loin de ces régions:
Tel un coursier sans frein, s'élançant dans les plaines,
Suit par sauts et par bonds des routes incertaines.
Muse, dont le crayon grave au faste des ans
Les plaisirs, [les] vertus, les exploits éclatants,
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Quatre,
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VOLTAIRE À MESSIEURS LES PARISIENS
Et des fils d'Apollon les pompeuses merveilles,
]'osai te consacrer mes travaux et mes veilles.
Mais je te vois fouler, l'eil ardent de fureur,
Ces écrits où montrant, sous un style enchanteur,
Le frivole talent de plaire et de séduire,
Je trahis mon devoir d'éclairer et d'instruire;
Où dans un jour obscur, s'offre la vérité;
Ou, plus souvent encor, le mensonge effronté,
En cortège nombreux, paraît sans se contraindre;
Où mon pinceau badin se plaît toujours à peindre
Sous de påles couleurs la vertu dans les fers,
Le vice triomphant aux yeux de l'univers;
Enfin ces gros recueils pleins d'objets fantastiques,
Où jaloux d'ébranler tes monuments antiques,
Je voulais élever, près de la fiction,
Le trône de l'erreur, et de l'illusion.
Ah! quel bonheur pour moi si ma muse légère
N'eût jamais démenti son air, son caractère!
Elle efface en attraits la muse des Chaulieux;
Son teint est plus vermeil, son front plus gracieux:
Libre, douce, ingénue, elle est vive et brillante,
Quelquefois négligée, et oujours séduisante.
On la voit à son gré voltiger sur les fleurs:
Elle sème partout les plus fraîches couleurs.
La nature, l'esprit, s'énoncent par sa bouche,
Et sa main embellit les objets quelle touche.
Que n'a-t-elle toujours dans ses yeux innocents,
De la pudeur modeste exprimé les accents!
La gloire qui sur moi plana dès mon aurore,
Sur mes cheveux blanchis, reposerait encore.
Mais au mépris du goût, des meurs, de la raison,
Cette muse trempa ses traits dans le poison;
Fit jouer ses ressorts dans l'épaisseur de l'ombre;
Et du fond empesté de la caverne sombre,
Sans respecter les lois de la terre et du Ciel,
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Vomit sur la vertu de longs torrents de fiel;
Osa préconiser dans sa folle arrogance,
L'amour seul du plaisir et de l'indépendance;
Et pour mettre le comble à toutes ses noirceurs,
Outragea le mérite et flétrit les auteurs.
Périssez à jamais, fruits d'un mauvais génie,
Périssez darns l'opprobre et dans l'ignominie.
Nos neveux, ennemis du vrai beau, du bon sens,
Pourraient-ils admirer ces tableaux indécents,
Et lire ces ramas d'invectives affreuses,
De la malice humaine archives ténébreuses?
Non: l'insecte rampant, dans les plaines de l'air,
Etoufferait plutôt l'oiseau de Jupiter.
Jugeons mieux, jugeons mieux, de la race future,
De l'honnête et du vrai l'image toujours pure,
Seule pourra charmer les yeux de l'avenir.
Muse, tes monuments vont tous s'anéantir.
Ces sarcasmes grossiers, ce langage des halles,
Ces libelles dictés par les haines rivales,
Les vers licencieux, avant la fin du jour,
Vont dans la nuit des temps s'abîmer sans retour.
O mânes précieux des Héros du Parnasse,
Vous que n'épargna point ma criminelle audace,
Souffrez qu'en ces moments pour réparer l'affront,
Le remords dans le cooeur, la honte sur le front,
Je pénètre, en tremblant, ces voûtes lumineuses;
Que je couvre de fleurs vos tombes glorieuses.
Rousseau, que l'imposture inonda de poison?
Sublime Maupertuis, immortel Crébillon;
Toi, qu'on vit jusqu'au bout de ta noble carière,
Opposer aux Cottins une forte barrière,
Des lois de la raison intrépide vengeur;
Fréron critique habile et terrible censeur:
Vous tous que j'outrageai, vrais savants et vrais sages,
Recevez mes regrets, recevez mes hommages.
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VoLTAIRE À MESSIEURS LES PARISIENS
Et vous qui leur offrez un légitime encens,
Des règles du bon goût observateurs constants,
Qui sur les bords fleuris, cultivés par les grâces,
De ces illustres morts osez suivre les traces,
Et repoussez sans cesse un groupe audacieux
D'écrivains affublés d'un jargon précieux.
Vous tous qui combattez ce malheureux système,
Désespérant pour l'homme, indigne de Dieu même,
Poursuivez, achevez un ouvrage si beau,
Et des Arts presqu'éteints rallumez le Alambeau.
Vous m'avez démasqué: vous avez dû le faire:
Et moi je dois sans doute applaudir et me taire.
Mais quoi! pardonnerai-je aux yeux du monde entier,
Au rigoureux Clément, au hardi Sabbatier,
Eux qui sans nul égard, ont flétri ma couronne!
l le faut: mon repos, l'honneur, tout me l'ordonne.
Craindrai-je d'imprimer une tache à mon nom,
Pour avoir écouté la voix de la raison!
Ils n'ont dit que le vrai: quel serait donc leur crime!
Amour-propre, tais-toi: je leur dois mon estime.
Ferme appui des autels, vénéable Pasteur. (a)
Justement surnommé le Fléau de l'erreur,
Hélas! en m'écartant des vérités sacrées,
Je n'ai que trop suivi des routes égarées.
J'ouvre aujourd'hui les yeux aux rayons de la Foi:
Je me soumets au joug de la divine Loi;
Et tout baigné des pleurs d'un repentir sincère,
Je veux mourir au sein de notre auguste mère.
Adieu peuple charmant. Que je serais heureux,
Si vous daignez combler le plus cher de mes veux!
Déchirez le bandeau, reprenez vos suffrages,
Renversez ma statue et brâlez mes ouvrages.
FIN
(a) Mr. l'Archevêque de Paris.
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À MADEMOISELLE DE VAUDEUIL/
À MADAME LA MARQUISE D'ANTREMONT
Ce court poème existe sous deux formes, un huitain et un sixain.
dont le huitain semble être l'original.
Le 29 septembre 1769, Joseph Audra écrit à Voltaire que le
président du parlement de Toulouse ´est très flatté de l'espérance
que vous donnez de venir à Toulouse; il en a marqué beaucoup
de joie et il a ajouté que sa fille en tournera la tête, Cest une jeune
personne de 13 ou 14 ans, qui a tout l'esprit possible et un grand
nombre de connaissances et de talents (DIs931). Le ro octobre,
Voltaire répond: J'aurai l'honneur de répondre à mademoiselle
Calliope de Vaudeuil, dès que la fièvre qui me mine pounra être
passée. Malgré ma fièvre, voici mon petit remerciement que je vous
prie de lui communiquer (Dr6o33). Suit le poème. Ce huitain se
retrouve dans: w71P, t.4 (non consultée); w72P, t.Is (non consultée);
K84, t.15, P.327-28.
Le sixain paraît pour la première fois dans les Mémoires secres de
Bachaumont, 13 février I770.1 Ici le poème est introduit par ces
mots: Une jeune personne ayant écrit en vers à M. de Voltaire,
ce patriarche du Parnasse, reprenant sa lyre, a répondu par ceuxci.'
Le Supplément auxx Nouvelles de divers endroizs, Berne, 28 février
I77o (Cest-à-dire la Gaette de Berne [GB), dans une notice datée
du ro février, reproduit le poème, en lintroduisant ainsi: Une
jeune dame fort aimable vient d'adresser une épitre en vers à
M. de Voltaire. Cet inépuisable auteur lui a répondu sur le champ.
Cette version du poème reparaît dans les Opuscules poétiques, ou le
plus charmant des recueils, introduite ainsi: Un jeune littérateur
ayant écrit à M. de Voltaire, pour lors malade, cet homme cêlèbre
lui répondit par les vers suivants."2 Le Gentleman's monthy
1 Mémoires secrets (Londres, 1777), t.5, p.8r (MSB]
2 Amsterdam, (1773], P.20 [oP]-
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intelligencer A Luchet, [Texte Texte Voltaire.
sixain.
que le
l'espérance
beaucoup
jeune
grand
octobre,
mademoiselle
pounra être
vous
huitain se
consultée);
secres de
par ces
Voltaire,
ceuxci.'
février
datée
ainsi: Une
vers à
champ.
ou le
littérateur
cêlèbre
monthy
À MADEMOISELLE DE VAUDEUIL
intelligencer de novembre 1775 [GMI] publie le poème avec le titre
A Madame la marquise d'Antremont', titre qui est répété dans
Luchet, Histoire litéraire de oltaire (Cassel, 1781), t.5, p.331
[HLY].
Texte de base pour le huitain: Dr6o33.
Texte de base pour le sixain: GB.
a Marie Anne Henriette Payan de Lestang, marquise d'Antremont, connue sous le
nom de Henriette Bourdic-Viot, publia en I770 à Amsterdam ses Poésies de Mme la
marquise d'Anremont. I y a des vers adressés à des écrivains et signés par la marquise
d'Antremont dans 12Aimanmach des Musas de i774 (p.19-21, p.65-66) et le Mercure de
France (octobre 1z69, P.IJ). Elle était correspondante de Voltaire, et lui envoya des
poemes. Voir Drsz12, où sa poésie pourrait bien être l'occasion de la réponse de
Voltaire.
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a
[Le huitain:
A mademoiselle de Vaudeuil
La figure un peu décrépite
D'un vieux serviteur d'Apollon
Etait dans la barque à Caron,
Prête à traverser le Cocyte;'
Le maître du sacré vallon
Dit à sa muse favorite:
Ecrivez à ce vieux barbon;
Elle écrivit; je ressuscite.
[Le sixain:]
A Madame la marquise d'Antremont
Ancien disciple d'Apollon,
J'errais sur les bords du Cocyte,
Lorsque le dieu de l'Hélicon, 5
Dit à sa muse favorite,
Ecrivez à ce vieux barbon,
Elle écrivit, je ressuscite.
[sixain:]
MSB, GE, OP: itre absen
MSB, OP: l'érais sur
GMI: J'arrivais sur
OP: Sur le bord du
6 GMI, HLV: Elle m'écrit
grec4qu Lee. Cocyte, affluent de l'Achéron, est un fleuve des enfers dans la mythologie
5 Les Muses sont supposées habiter le mont Halicon selon la mythologie grec
paraît faire Vénus le en rédigé et et require of jusgu
mythologie
grec
[APOLLON, L'AMOUR ET SA MÈRE]
La courte pièce qui commence par Apollon, I'Amour et sa mère
paraît entre novembre I732 et novembre 1733. Le poème semble
faire l'éloge de la danseuse française Marie Sallé (1707-1750), ou
MIle Sallé, que le texte compare à Thémire à qui Apollon et
Vénus décernent des éloges. Le poème paraît tardivement dans
le Journal de la Cour et de Paris, texte édité par Henri Duranton
en 1981.' Aucune preuve ne permet d'établir que le texte a été
rédigé par Voltaire, mais il parle de Sallé dans des lettres à Thiriot,
et discute des poèmes qui lui sont dédiés.2 Le Journal de la Cour et
de Paris introduit notre poème avec ces nots:
Le portrait de Mlle Sallé va paraître. Il y aura quatre vers au bas, où sa
vertu ne sera pas sans doute oubliée. Cette vertu se compte parmi les
merveilles de l'Opéra, qui sont la voix de la Le Maure, le jarret de Dupré
et la jambe de la Margot. Voici un madrigal qu'un poète amoureux de
cette nouvelle Lucrèce lui a adressé le premier jour de l'an.
Dans D478 à Thiriot, 14 avril r732, Voltaire écrit:
M Salle's picture is as it should be, better than that of Camargo. Yet I
require something again in the likeness which is not perfect. The verses
which are to be engraved under the print should be better too than those
of m Lafaye made for Camargo but I will not fight it against the young
Bernard's amiable muse. 9 He is a very assiduous courtier to m Sallé, he
must sing the nymph whom he sees every day.
Henri Duranton (éd.), Journal de la Cour et de Paris depuis le 28 novembre 732
jusgu 'au go novembre 733 (Saint-Etienne, I981), p.41.
2 Voir aussi lEpitre à Mle Sallé, publiée pour la première fois en i731, Sans nom
d'auteur (OCV, t6A).
Pierre-Joseph Bernard (1708-1775), surnommé Gentil-Bernard par Voltaire.
Voir Les Trois Bernards, 0CY, t.20A, p.$76-79.
47
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Le 9 juillet (Dso2) il continue:
What verses can I now write for her that could equal her abilities)
M Bernard has attempted a madrigal, and has fallen short even ofhis own
idea. This is my case. I find there must be in an inscription an exactness
and a short way of painting a flash of sentiment, something so tight, so
neat and so full that I must give the work over. I have found out nothing
but this,
De tous les coeurs et du sien la maitresse
Elle allume des feux qui lui sont inconnus.
De Diane c'est la prêtresse
Qui vient danser sous les traits de Vénus.
Methinks these four verses are at least a true, if not a lively, picture of her
peculiar art of dancing, and ofher own character. They do besides answer
the purpose of the painter who represents her dancing before the temple of
Diana.
Notre poème pourrait-il être ce madrigal de Bernard? Il a écrit
au moins deux poèmes à Mle Sallé.4 Le premier commence: Du
froid séjour de la grandeur Fontainebleau], / Jécris à ma chère
Thémire, et mentionne Cythère, mentionnée aussi dans le
deuxième poème. Ces noms font partie, il est vrai, de la phraséologie
de tout poète du dix-huitième siècle. A noter que les sentiments
de Bernard envers MIle Sallé ont vite changé. Dans Dro33, qui est
daté postérieurement '10 mars I736, Voltaire écrit: Te viens de voir
une épigramme parfaite. C'est celle de notre petit Bernard sur la
Salé. l a troqué son encensoir contre des verges, et il fouette sa
coquine après avoir adoré sa déesse. On ne peut pas mieux punir
sa faste de vertu ridicule qu'elle étalait si mal à propos. La Revue
rétrospective date cette lettre de 1733,5 et en donne le texte, qui avait
aussi figuré, dans une version plus complète mais sans datation et
accompagnée du quatrain de Voltaire. dans les Mémoires du marquis
d'Argens:
Sur la Sallé la critique est perplexe:
L'un va disant qu'elle a fait maints heureux;
4 Buyres de Bernard (Paris, An XI (18o3]), t.2, p.257 et 263.
5 2° série, t7 (Paris, 1836), p.1o5.
48
abilities)
ofhis own
exactness
so tight, so
out nothing
picture of her
besides answer
temple of
Il a écrit
commence: Du
ma chère
dans le
phraséologie
sentiments
Dro33, qui est
viens de voir
Bernard sur la
fouette sa
mieux punir
La Revue
qui avait
datation et
marquis
fAPOLLON, L'AMOUR ET SA MÈRE
L'autre répond qu'elle en veut à son sexe;
Un tiers prétend qu'elle en veut à tous deux;
De sa vertu, pour moi, je suis certain.
Resnel soutient pourtant qu'elle est tribade,
Et la Grognet qu'elle est une p... 6
Manuscrit: BHVP: MS-FS-I1-1, f.122 Ms].
Texte de base: Duranton.
o Paris, 18o7, P.147. Le site 'Poèmes satiriques', n° o842, en donne une version
bien diférente: Sur la Sallë la critique est perplexe: / L'un eroit qu'elle a fait maint
heureux, / L'autre prétend qu'elle aime mieux son sexe; / Un tiers répond qu'elle
éprouve les deux./ Mais c'est à tort que chacun la dégrade/ De sa vertu, pour moi
je suis certain;/Resnel nous dit qu'elle n'est pas tribade, / Grognet nous dit qu'elle
n'est pas P.
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Apollon, Amour et sa mère
Ont arrêté le temps et l'ont fléchi pour vous.
Respecte enfin mes feux, dit l'enfant de Cythère, 7
Thémire les allume tous. 8
Respecte aussi mes vers; ils sont tous pour Thémire,
A dit Apollon sur sa lyre.
Moi, dit Cypris, de mes traits les plus douxX
J'ai juré la beauté pour qui lAmour t'implore.
Cest notre ouvrage, ô temps, qu'il dure comme vous,
Puisqu'ainsi que nous on l'adore.
Ils ont touché ce Dieu, Thémire, et dès ce jour
Les Dieux nous sont plus favorables.
Le temps rend à jamais durables
Votre beauté, mes vers et mon amour.
MS; (tire:] A Mlle de see
2 MS: pOur nous
7 L'enfant de Cythère est selon la légende Aphrodite (ou Vénus). En ettetta
deesse serait parvenue à Cythère une fois créée et poussée par les vents, telle qu
(n1o4u8s;) .la montre d'ailleurs le tableau peint par Botticelli: La Naissance de enus
O Themíre, nom provenant de la mythologie grecaue, semble être un surnom
donné à la danseuse française Marie Sallé (17o7-1756), appelée Mle Salle.
9 Cypris, autre surnom de la déesse Aphrodite.
10
Thémire,
vous,
En ettetta
telle qu
de enus
surnom
Salle.
10
ODE AU ROI PAR MR. A** DE V**
Ce poème paraît pour la première fois dans les Voltariana sous le
titre Ode au Roi par M. A*de V** (Paris, 1748, p.183-88; Paris,
I749, P.I64-69). Le professeur A. Gazier le publie en 1go6 dans
la Revue des deux mondes' et l'attribue à Voltaire suivant deux
manuscrits où le nom du poète fgure. En 1936, Ira Wade aborde
la question de la paternité du poème, quil rbaptise Jansénius,3
Wade offre une exposition soigneuse des arguments pour et contre
l'attribution à Voltaire, sans trancher. Le texte est une critique de la
richesse de l'Eglise romaine et des jésuites qui la servent. Comme il
a été atesté par les recherches réalisées autour des odes et poèmes
satiriques du dix-huitième siècle, tout l'argumentaire de ce poème
est dans la tradition de la propagande janséniste, ce qui rend l'attribution
à Voltaire proposée par Gazier très discutable.4 Ce poème
est à comparer avec Poème héroigue de M. Aroiette de Voltaire, qui
traite du même sujet, et dont le manuscrit porte l'inscription, par
une autre main: Jansénius Ig28 pour le plus tt'; voir ci-dessous,
p.240-45.
Manuscrits: Paris, Arsenal 3133, p.1o1-106, et Grenoble 2268. D'autres
copies du poème se trouvent également dans ces recueils manuscrits:
Raunié, V, 122-27; Clairambault, ffr. 1269, P.425-29, ffr.ro476, f.173-
753 f.f:12soo, p.2s6-62; Arsenal 2962, p.362-69; Arsenal 2976, P.3438;
Arsenal 3i28, f.g6r-97 er 270r-271; Mazarine 2356, f.t8r. Lille, BM:
MS 67, P.27o-77. Toulouse, BM: MS 861, P.$5-58.
Texte de base: Voltariana (1748).
1A. Gazier, Revue des deux mondes 32 (avril 19o6), p.643-46.
P Arsenal 3133, p.ol-106, et Grenoble 2268.
Ira Wade, Poems attributed to Voltaire', Modern philology 34, n° r (a0ût i936),
p.69-70.
Voir aussi L'Eglise romaine', Poèmes satiriques', n° o639.
$2
Ode au Roi par Mr. A**de V**
Après que la Pourpre Romaineb
Se vit maitresse souveraine
De la demeure des Césars;
Par son aveuglement, par ses fourbes sacrées,
Elle crut ajouter à ses riches contrées,
Tout ce qu'ils possédaient par le secours de Mars.
Alors en luxe monarchique
De l'indigence apostolique
On vit lénorme changement;
Et foulant à ses pieds tous les rois de la terre,
On vit les cheveux blancs du successeur de Pierre
D'une triple couronne emprunter l'ormement.
Soudain sa cour fut décorée
D'une vaine pourpre ignorée
Aux premiers disciples du Christ;
Et ceux qui jusqu'alors avaient été ses frères,
Eurent la lâcheté d'être ses tributaires,
Par l'appât décevant que Rome leur offrit.
La seule Eglise gallicane,
De ce joug honteux et profane
Défendit toujours ses autels;
Et l'inutilité du foudre ridicule,
Que lancèrent contre elle un Boniface, un Jule,5
Fit voir leur imposture au reste des mortels.
a Gazier: Ode sur les matières du temps (I728)
Gazier: que l'Eglise romaine
4 Gazier: Par leur aveuglement, par sa fourbe sacrée S Gazier: à sa riche contrée
I5 Gazier: Des S premiers
Gazier: inutilíté d'un foudre 22
24 Gazier: En fit voir l'imposture
5 Le pape Boniface VII, dont les démêlés avec Philippe le Bel sont très célebres)
et Jules l qui forme une sainte ligue contre la France de Louis XII:
20
Mars.
Pierre
célebres)
20
ODE AU ROI PAR MR. A** DE y***
Le Parlement et la Sorbonne
Furent une double colonne
Pour la mère des vrais chrétiens.
Que de doutes levés! que de vivants oracles!
Comment le Vatican, jaloux de leurs miracles,
Vit-il leur jugement mieux suivi que les siens?
C'est alors qu'écumant de rage,
Le roi de l'infernal rivage
Fit éclater son désespoir.
Quoi! dit-il, lP'hérésie est partout triomphante,
De ce poison maudit Rome n'est pas exempte,
Et dans la seule France on brave mon pouvoir.
Je veux pour punir ce grand zèle,
Emprunter des armes contre elle,
Chez ses plus cruels ennemis;
Et qu'aux enfers armés le fond de l'Ibérie
Prête le seul fléau, vengeur de sa patrie
Par qui je veux ternir la pureté des Lys.
I dit, et plus prompt à la vue
Que l'éclair, qui part de la nue,
II franchit les monts sourcilleux,
Qui, de deux grands Etats réciproques frontières,
Semblent, pour mettre entre eux d'éternelles barrières,
Elever jusqu'au ciel leurs sommets orgueilleux.
Bientôt il aperçoit Ignace,o
Qui d'un Maure suivant la trace,
28 Gazier: 1levés par ces divins oracles!
29) Gazier: Combien le
35 Gazier: Romne de ce poison n'en est pas même exempte,
40 Gazier: le sein de
42 Gazier: je peux ternir
48 Gazier: ciel leur sommet orgueilleux
o Ignace de Loyola (1491-1ss0), fondateur de la Compagnie de Jésus. Loyola
aPparaît comme un nouveau Don Quichotte, épris de 'chimères.
53
30
35
40
45
25
54
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VoLTAIRE
A travers les monts et les bois.
De la mère de Dieu chevalier chimérique,
Contre les mécréants en dêvot fanatique,
Veut par un coup de lance en soutenir les droits.
L'habile tyran du Cocyte?
Arrêtant sa vaine poursuite,
Lui promet de plus grands exploits;
Et, pour le couronner d'une gloire immortelle,
I lui dicte le plan d'une secte nouvelle,
Qui doit un jour marcher sur la tête des rois.
L'effet répond à la promesse;
Des disciples de toute espèce
Viennent se ranger sous sa loi;
De la terre bientôt ils couvrent la surface,
Et leurs dogmes nouveaux, au sujet de la grâce,
Corrigent lEvangile et réforment la Loi.
Les lys, ennemis des impies,
Courent terrasser ces harpies
Par des jugements rigoureux;
Mais nos rois, dont bientôt ils se rendent les maîtres,
Loin de venger sur eux le sang de leurs ancêres
Du soin de leur salut se reposent sur eux.
La foi commence à disparaître,
L'exemple du souverain maître
Entraîne bientt tous les coeurs:
Et cest par les conseils de ces nouyeaux arbitres,
$3 Gazier: mécréants sa valeur fanatique
6o Gazier: doit marcher un jour sur
Gazier: à sa promesse
66 Gazier: la foi.
68 Gazier: Crurent terrasser
76 Gazíer: par le conseil de
7 Dans la mythologie grecque, le Cocyte est un fleuve des enfers.
60
70
I717: du Jésus
60
70
ODE AU ROI PAR MR. A** DE V***
Qu'on voit la dignité, les honneurs et les mitres
N'être plus dispensés qu'à leurs adulateurs.
D'Augustin frappé d'anathème,
De l'apôtre des Gentils même
Ils condamnent les saints écrits,
Et du siège de Rome une bulle émanée,9
Traitant l'amour de Dieu de vaine et d'erronée,
De ce premier précepte affranchit les esprits.
Nos prélats lâches et perfides,
De la pourpre romaine avides,
Reçoivent ce dogme inconnu,
Et le seul Molina, docteur de l'Evangile, 10
Montre un chemin du ciel plus court et plus facile
Que celui qu'aux vieux temps nos pères ont tenu.
Quatre seuls pasteurs de la France !
De ce venin, par leur constance,
Avaient garanti leurs troupeaux,
Mais la société ne veut point qu'on la brave,
Laffiteau son élève et Tencin son esclave, 12
Juges de ces martyrs, vont être leurs bourreaux.
77 Gazier: voit les dignités, les honneurs et les titres
79 Gazier: Augustin, traité d'anathème
84 Gazier: premier principe affranchit
89 Gazier: chemin au ciel
94 Gazier: veut pas qu'on
96 Gazier: martyrs, ont été leurs
8 L'apôtre des Gentils' est saint Paul.
La bulle Unigenitus, fulminée par Clément XI en 1713, dénonce le jansénisme.
10 Luis de Molina (153s-1600), théologien jésuite espagnol.
Les quatre évêques qui ont lancé la résistance contre la bulle Unigenitus en
I717: Soanen, Colbert de Croissy, de Langle, de La Broue.
t lsagit de Pierre-François Lafitau (1685-1764), évêque de Sistéron et jéuite, et
du cardinal de Tencin (1680-1758), qui soutenait la politique de la Compagnie de
Jésus contre les jansénistes.
S5
85
95
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOoLTAIRE
Je vois un vieillard vénérable
De la cabale impitoyable
Subir les arrêts inhumains;
Et par un jugement, qui flétrit leur mémoire,
Enporter dans l'exil le renom et la gloire
D'êre, comme Brutus, le dernier des Romains.13
Grand Dieu! c'est toi que l'on insulte,
Ces ennemis de ton vrai culte
N'en veulent pas demeurer là.
Tu ne peux rétablir ton pouvoir sur la terre,
Qu'en les précipitant, par un coup de tonnerre,
Dans le fond du Tartare aux pieds de Molina.
Oint du Seigneur, jeune monarque,
Que des embûches de la Parque
Sa main a sauvé tant de fois,
Si tu veux prévenir des effets plus sinistres,
Ne mets plus désormais au rang de tes ministres,
Ceux qui sont plus soumis à Rome qu'à leurs rois.
IO4 Gazier: Les ennemis
IO6 Gazier: On ne peut établir ton
1o8 Gazier: de Loyola.
113 Gazier: mets point désormais
5 Allusion à Jean Soanen, suspendu par le 'concile' d'Embrun, à l'occasion
duquel cette ode fut très probablement composée.
S
I10
rois.
l'occasion
I10
VERS DE M. DE VOLTAIRE, POUR LA FÉTE
DONNÉE PAR MONSIE UR AU ROI ETÀ LA REINE
DANS SA MAISON DE BRUNOY, ET POUR ÉTRE
RÉCITÉS PAR UNE BOHÉMIENNE OU PAR
UN CHASSEUR
Ce poème se trouve dans un recueil de manuscrits de quelques
ouvrages de Voltaire conservé à la Bibliothèque nationale et il a
été publié dans la Correspondance littéraire en I776. Il est extrait
du texte composé pour un ballet, L'Hôte et l'hôtesse, qui aurait
dâ être donné à la fête mais qui ne le fut pas. !
Le château de Brunoy, qui appartenait à Armand Pâris de Montmartel,
avait été cédé en 1772, par une tricherie royale, à Monsieur,
futur Louis XVIII, 2 Monsieur y organise une fête en octobre 1776
en l'honneur du roi et de la reine. Voltaire écrit à d'Argental le
18 octobre 1776 (D2o353):
Je suppose qu'en qualité d'ambassadeur de famille vous avez été de la fête
de Brunoy, et encore plus en qualité d'homme de goût. I faut que je vous
demande des nouvelles de cete fete, car je ne veux pas en demander à
Monsieur. Dites-moi je vous prie si on y a fait paraitre le buste de la reine.
l] on avait demandé une inscription pour le piédestal du buste. [--]On
lui mande (à Voltaire] que ces petits versiculets, tout plats qu'ils sont,
n'ont pas été mal reçus de la belle et brillante Antoinette et de sa cour.
LJJe ne m'en tiens pas à des inscriptions pour des bustes ni à de petits
quatrains sur le bonheur qui ont été récités à la fète de Brunoy.
Les quatrains sur le bonheur sont notre poème.
La publication du texte dans la Corespondance litéraire de septembre 177ó est
peut-être due à une erreur de datation. Volaire n'a reçu la commission que vers
la fin du mois, et le 20 septembre il n'a même pas commencé à lécrire (D20304).
Mais Voltaire a travaillé vite et a envoyé un texte à Du Bourg, intencdant des arts
et finances de Monsieur, le 22 septembre (D20309).
Voir Léon Gozlan, Les Tourelles, Histoire des cháteaux de France, 2 vol. (Paris,
1839), t.1, Marquisat de Brunoy', P330-54-
57
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Besterman, dans une note à D20304, dit que la fète eut lien la
7octobre.,3 Une lettre de Mme Du Deffand à Horace Walpole
datée du 7 octobre I776, précise: Monsieur donna hier une très
belle fête au roi et à la reine dans son château de Brunoy.
D'Argental répond à Voltaire le 24 octobre (D20366): 'Le buste
de la reine a paru, je crois sans inscription, la vôtre y manquait. On
ne peut pas dire mieux en quatre vers, que sa vertu ne lempêche
pas d'êre très aimable. Ce que vous appelez vos versiculets, a
parfaitement réussi.
Dans une lettre du 30 octobre à Anne Madeleine Louise
Charlotte Auguste Bollioud de Saint-Julien, baronne d'Argental,
Voltaire dit: Je dois pourtant vous dire que j'ai toujours une violente
passion pour la Reine, et comme les amants font quelquefois
des vers pour leur maîtresse j'en ai fait pour Sa Majesté qui ont été
récités dans la fte de Brunoy' (D20374).
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.fr.24342, f.294.
Editions: Correspondance litéraire, septembre 1776, seconde édition,
revue et corrigée (Paris, Buisson, t812), t.3, p.255 [eL]; K4, t.12, p4Io.
Texte de base: CL.
Cette lettre concerne la commission de Monsieur pour écrire le ballet, LHoe e
l'hôtesse (voir 0CV, t78A, p.293 et suivantes). Voir aussi VST t.2, p.526. A 1
que dans L'Hôe et l'hôtesse les vers ne sont récits ni par une bohémienne ni pa
un chasseur, mais par Démogorgon, le 'souverain des génies'.
58
Vers Gu s-9 13 I7 18
lien la
Walpole
très
buste
On
lempêche
versiculets, a
Louise
d'Argental,
violente
quelquefois
été
édition,
p4Io.
LHoe e
1
ni pa
Vers de M. de Voltaire, pour la fete donnée par Monsieur
Gu Roi et à la Reine dans sa maison de Brunoy, et pour étre
récités par une Bohémienne ou par un Chasseur
Aspirer au parfait bonheur
Est une parfaite chimère;
I est toujours bon qu'on l'espère,
C'est bien assez pour notre coeur.
A la chasse, dans les amours,
Le plaisir est dans la poursuite;
On court après, il prend la fuite,
I vous échappe tous les jours.
Mortels, si la félicit
N'est pas votre partage,
En ce lieu, du monde écarté,
Contemplez du moins son image.
Vous voyez l'aimable assemblage
De la vertu, de la beauté,
L'esprit, la grâce, la gaîté,
Et tout cela dans le bel âge.
Qui pourrait en avoir autant,
Et dont le coeur serait sensible,
N'aurait pas tout le bien possible;
Mais il devrait être content.
ab MS: Voltaire, à loccasion de la fête que Monsicur a donné à Brunoy.
I K84: Vous cherchez le parfait
s-6 MS, ocv: [ce coupler se trOuve après le couplet suivant
9 MS: Mortel, si
13 MS: Vous verrez l'aimable
I7 K84: Quiconque en aurait tout autant,
18 K84: Et qui même serait
$9
IO
ATHALIE NÉTANT PLUS, LA REINE MINAUDIRE
Cette courte épitre, parue dans la Correspondance littéraire de
Grimm en juillet 1779,' est une raillerie du jeu de scène de l'actrice
à succès Claire-Josèphe Léris (1723-18o3), dite MIle Clairon. Cete
dernière supplante en 1770 Mademoiselle Dumesnil pour le rôle
d'Athalie lors d'une représentation donnée au moment de la célébration
du mariage du dauphin de France, Louis, avec Marie-
Antoinette. MIle Clairon s'est depuis 1765 éloignée du théâtre
public et certains critiques ont fort peu apprécié son remplacement
par Mle Dumesnil. Il est peu probable que Voltaire soit l'auteur de
ce texte et de celui qui le suit. En I765, Mlle Clairon séjourne chez
lui pendant un mois pour le plus grand plaisir du patriarche de
Ferney qui peut alors monter Zaire dans son château, à sa convenance.
2 Voltaire, qui se dit 'claironien', rédige d'ailleurs à cette
occasion une építre faisant l'éloge de MIle Clairon: Le sublime
en tout genre est le don le plus rare'.3 La Correspondance littéraire,
d'ailleurs, introduit ce poème et un autre ainsi: la couru à ce sujet
des vers détestables faits par quelque valet de coulisse ou quelque
crocheteur. Je ne les transcris ici que pour vous prouver que cette
pauvre Clairon a reçu le coup de pied de 1âne puis en donne le
jugement suivant: Dans le temps qu'il y avait des moucheurs de
chandelles au théâtre, ils faisaient des vers moins exécrables.'
Manuscrit: Copenhague, Rigsarkiv: Bernstorffske papirer.
Texte de base: CLT.
CLT, t9, p.78-79. Ula Kölving et Jeanne Carriat, Inyentaire de la Correspo
dance liuéraire de Grimm et Meister, SVEC 22s-26 (1984), t.1, p.255 Vor egae
A Mademoiselle Clairon, 0CV, tID, P.496; A Mlle Clairon, OCV, t.74D, P.308-30)
2 VST, t.2, p.293-94; Dr2820,
3 0C, t6OA, p.569-72.
6o
MINAUDIRE
littéraire de
l'actrice
Cete
rôle
célébration
Marie-
théâtre
remplacement
l'auteur de
chez
patriarche de
convenance.
cette
sublime
littéraire,
sujet
quelque
cette
donne le
moucheurs de
Correspo
egae
308-30)
Athalie n'étant plus, la reine minaudière
Vient d'usurper les droits qu'elle avait tout entière:
Elle doit ses succès dans cet indigne emploi
Au merveilleux crédit d'un favori du roi.
Jacob sut autrefois avec un peu d'adresse
A son frère Esaü subtiliser l'aînesse;
Ce fut un tour de juif qu'on peut justifier.
Car ces messieurs sont tous fripons de leur métier;
Mais au talent modeste une femme superbe,
Par de petits moyens, sous le pied couper l'herbe,
Supplanter Dumesnil, lui dérober son rang,
Jouer sans naturel et d'un ton impudent,
Prétendre faire grâce en montant sur la scène,
Connaît-on à ces traits une vertu romaine?
Non, sous le coloris qui sert à la plâtrer.
On voit la jalousie ardente à murmurer.
L'actrice a beau jouer Agrippine, Athalie,
De nos plus beaux esprits emprunter le génie,
Au maintien compassé joindre le ton discret,
La reine est éclipsée et la Clairon paraît.
AUTRES VERS À LA CLAIRON PUBLIQUE
Indécemment tu quitas Melpomène,
Et tu veux, Frétillon, remonter sur la scène;
Par la brigue écarter les talents de la cour,
Et seule avoir lhonneur de paraître au grand jour?
Cérait assez de gloire, impudente héroïne,
Que d'avoir en débauche égalé Mesaline.
IS
20
SAU LIVRE DU DESTIN, CHAPITRE
DES GRANDS ROIS]
Ce poème est recueilli en 176o par Cideville, qui l'introduit ainsi:
Mr de Voltaire avait fait, je ne me souviens plus de l'à-propos, ces
vers contre eux les jésuites]'.
Une version plus courte est donnée par les Mémoires secrets, sous
la date du 17 mai I762:
Au liyre du Destin, chapitre des grands rois,
On lit ces paroles écrites:
De France Agnès chassera les Anglais,
Et Pompadour les jésuites. 1
On retrouve une version courte du poème avec quelques variantes
dans Anecdotes secrères du dix-huitième siècle (Paris, I8o8), t.1 (1774-
I779), P.i2-13 [As]. La version courte donnée par les Mémoires
Secrets [Ms] est reprise par M. Capefigue dans Louis XVet la société
du XVIII siècle (Bruxelles, 1842), P.41, sans attribution, sauf: Les
philosophes descendaient jusqu'à la plus vile fatterie pour madame
de Pompadour lorsqu'elle persécutait les jésuites."
Des copies manuscrites de la version courte, avec pour titre
"Centurie' ou Prophétie', se trouvent à la BnF (ms.fr.10479,
o7; ms.fr.1S155, P.231), Arsenal (2964, f128). Voir aussi le site
Poèmes satiriques', n° 2209, qui date le poème de mai 1752.
Edition: Alain Niderst, Traits, notes et remarques de Cideville ;)
RHLF 7o (1970), p.468.
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Recueil d'anecdotes de la
main de Mr de Cideville', O. 40, P.272.
Texte de base: manuscrit.
1 Ménoires secres , t.1 (Londres, I777), p.go.
62
2 3-3-5 6
ainsi:
ces
sous
variantes
1774-
Mémoires
société
Les
madame
titre
10479,
site
Cideville ;)
de la
2 MS: lit ces
3-4 MS: [omis]
Au livre du Destin, chapitre des grands rois
On lit en lettres d'or ces paroles écrites,
Deux beautés sauveront l'empire des François
Et le délivreront de deux races maudites:
Agnès Sorel a chassé les Anglais
Et Pompadour chassera les jésuites.
I AS, MS: livre des destins, chapitre des bons rois
3-5 AS: Français/ Agnès
5 MS: De France Agnès chassera les
6 MS: Pompadour les
63
1. 'Au Parnasse aujourd'hui vous me donnez un frère', manuscrit.
Epitre signée 'à La Haye le 28 juin I743'.
Paris, BnF: n.a.fr.5590, f.37.
Cette au que un 1743', Manuscrit: Texte Modern Charles
manuscrit.
TAU PARNASSE AUJOURD'HUI VOUS ME DONNEZ
UN FRÈREJ
Cette courte épître est demeurée inédite jusqu'à ce qu'elle soit mise
au jour par Charles Fleischauer. " Elle représente la réponse en vers
que Voltaire fait à Joseph Uriot, qui sollicite son aide pour obtenir
un poste à Berlin. Dans cette épître signée 'à La Haye le 28 juin
1743', Voltaire s'amuse à répondre au poème qu'Uriot lui a envoyé.
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.fr.15590, fg7.
Texte de base: Fleischauer.
Voir Charles Fleischauer, Quelques additions à la correspondance de Voltaire',
Modern language notes 86 (mai 171), n° 4, French Issue, p.555-62 (p-557-58).
2 Uriot avait de même adressé des vers à Voltaire sous forme de supplique. Voir
Charles Fleischauer, p.ss6-s7
Au Parnasse aujourd'hui vous me donnez un frère
Les vers ont droit de me charmer,
Et lorsque vous en voulez faire
(a) Ou seulement les déclamer
Vous avez le talent de plaire
Et le don de vous faire aimer.
Je vous devais des vers, et n'en voulais plus faire.
Tout mon feu languissait, prêt à se consumer.
Faudra-t-il donc le rallumer
A léclat de votre lumière?
Le buveur, qui renonce au vin
Sans qu'on lui fasse violence,
Voit échouer sa tempérance
Au premier cabaret voisin.
Philis jure d'être fidèle
Le serment est fait le matin
Et le soir est rompu par elle.
Ainsi vous me rendez à mon premier destin
Et grâce aux vers que vous faites
Je m'aperçois à la fin
Que les serments des poètes
Sont des serments de catins.
Je vous prie de ne faire nul usage de ce chiffon
Mon ami, lisez-les tout bas
Mais ne les imprimez pas.
(a) Je suis au désespoir que vous soyez dans la place de mériter ce verslà,
mais j'espère que vous la quitterez.
Dans la mythologie grecque, Phyllis est une héroine qui fait le serment à lun
des fls de Thésée de l'attendre pour qu'ils se marient. L'histoire se termine gene
ralement tragiquement.
66
20
25
Les décembre peu probable l'affirment poètes vers L'intrigue Mercure poétesse de deviner s'échauffent, parisien rivalise Or la beaux Henriade poème de mes héroine.'Mais Paul les vers prendre w64R, 2 Mercure Reponse Henriade Voir
verslà,
lun
gene
20
25
À MADEMOISELLE DE MALCRAIS DE LA VIGNE
Les 'stances irrégulières' parues dans le Mercure de France en
décembre 1732 sont dédiées à Mle de Malcrais de La Vigne. Il est
peu probable qu'elles soient sorties de la plume de Voltaire comme
l'affirment les éditeurs d'une Collection complète des euYres de Monsieur
de Voltaire (Amsterdam, I764).' Néanmoins, comme d'autres
poètes au cours de la décennie r730, Voltaire est intrigué par les
vers de la mystérieuse Mademoiselle de Malcrais de la Vigne'.
L'intrigue débute lorsque commencent à paraître dans le
Mercure de France, dès 1730, des pièces légères signées par une
poétesse du Croisic. Le doute plane alors sur Paris, chacun essayant
de deviner l'identité secrète de la poétesse bretonne. Si les esprits
s'échauffent, les plumes griffonnent, et fort vite tout le parnasse
parisien avoue à la belle inconnue les élans de son cooeur. On
rivalise donc de galanterie et Voltaire ne veut pas être en reste.
Or la belle sait doser ses effets, cherchant l'admiration de tous les
beaux esprits, et elle adresse à Voltaire des vers élogieux sur La
Henriade et I'Histoire de Charles XII, Le poète, en homme courtois
et poli, lui envoie ses euvres en les dédicaçant d'un long
poème en vers libres. Il s'y épanche:'Charles fut seulement l'objet
de mes travaux. Henri quatre fut mon héros, Et tu seras mon
héroine.'3
Mais le masque tombe en I734: MIle de La Vigne est en réalité
Paul Desforges-Maillard, avocat au parlement de Bretagne, dont
les vers avaient été rejetés par le directeur du Mercure et qui pour
prendre sa revanche a emprunté les traits d'une poétesse.' Le
w64R, t.12, p.85-88.
2 Mercure de France (juillet 1732), P.I5Il
Reponse à Mle de Malcrais de la Vigne par M. de Voltaire, en lui envoyant la
Henriade et l'Histoire de Charles XIl, OCV, t9, P48o-86 (p.481).
Voir la lettre de Volaire du 25 janvier 1738 (DI436).
67
POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
charme est rompu et l'indélicat définitivement éconduit avec see
rimailleries de collégien.
Pour conclure plus précisément sur le poème qui nous concerne,
il est fort douteux que Voltaire en soit l'auteur, puisque le texte
s'inscrit dans un enchaînement de 'réponses'. En effet, les 'stances
irégulières' répondent à un Madrgal de Mle de La Vigne
d'octobre I732,5 qui est déjà une réaction à un autre poème publie
en mai 1732, dans lequel un admirateur déclare sa flammne à la Muse
bretonne. Enfin, le poète se dit Champenois sans rudesse'; on n'y
reconnaît pas Voltaire.
Editions: Mercure de France (décembre 1732), p.2814-17 ME]; w64R, t.12,
p.85-88.
Texte de base: MF.
5 Mercure de France (octobre 1732), p.2192.
o Mercure de France (mai r732), P.917.
68
see
concerne,
texte
stances
Vigne
publie
Muse
on n'y
t.12,
A mademoiselle de Malerais de La Vigne, stances
irrégulières pour servir de réponse à son madrigal
imprimé dans le Mercure d'octobre 732
Au Parnasse français mon nom est ignoré;
Malcrais, de le savoir n'ayez aucune envie;
Trouvez bon seulement qu'en style bigarré
Je vous offre aujourd'hui le tableau de ma vie.
L'amour-propre d'abord y place mon portrait.
L'attitude n'en est pas sûre,
Mais I'air de tête n'est pas laid.
Par certains dons de la nature
Le correctif est apporté
Aux défauts que dans ma figure
Exagère l'adversité,
Et de mes amis l'équité
Me sait venger de cette injure.
Mon esprit curieux cherche la vérité
Dont le charme secret l'attire
Après elle, mon coeur n'aspire
Qu'à la parfaite liberté.
Sans accuser le sort, content du nécessaire,
Débarrassé des soins qui chargent le vulgaire,
Je renferme mes veux dans un petit réduit,
Loin des grands, loin des sots, de la pompe et du bruit
Je n'y songe qu'à satisfaire
Mon penchant pour les arts, et mon goût solitaire.
A lombre des ormeaux dans mes moments perdus,
Des champêtres plaisirs je trace des images,
Je veux qu'en ces petits ouvrages
On me retrouve encor quand je ne serai plus.
Je ressens l'aiguillon de l'immortelle gloire,
Et pressé du désir d'assurer ma mémoire
Ne pouvant partager les travaux des guerriers,
69
25
3
70
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Je cultive le myrte au défaut des lauriers.
Mon instinct m'a conduit aux rives du Permesse;?
Euterpe quelquefois m'y donne des leçons,
Sur la Flute de Pan je les redis sans cesse
Aux Dryades de nos vallons,
Et je décris les lieux où jadis la tendresse
Dicta mes premières chansons.
Simple sans être sot, Champenois sans rudesse,
Ami du naturel je cherche quand jécris
Plus à toucher les cceurs quà fatter les esprits.
Pour la Ville, la Cour, les Grands et leur estime,
Jen'eus jamais la passion
Que fait naître l'ambition,
Toujours sur la raison, rarement sur la rime
Je fixe mon attention,
Et c'est moins la réflexion
Que le sentiment qui m'anime,
Qui règle mon expression.
Permettez donc illustre Fée
Qu'ici j'exprime simplement
Que je regrette amèrement
Le temps où la bonne Zirphée9
Sensible à mon empressement
M'eut des plaines de la Champagne
Jusqu'aux rives de la Bretagne
Transporté par enchantement.
Les coeurs qu'un désir héroique
Portait aux sublimes amours,
Contre l'absence tyrannique
Dans son Art trouvaient des secours;
Son Char plus rapide qu'Eole,
7 Rivière quí arrose la demeure des Muses.
B Euterpe, Muse de la musique ou de la poésie lyrique.
9 Personnage dans Amadis de Grèce, tragédie en musique, sur un livret d Anto
Houdar de La Mote, créée en 1699 et reprise en 1711-
39
40
45
Anto
39
40
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A MADEMOISELLE DE MALCRAIS DE LA VIGNE
Plus prompt que l'aigle qui s'envole,
Les entraînait vers leur beauté;
Je sens leurs flammes les plus vives;
O Marne! pourquoi sur tes rives,
Suis-je donc encor arrêté?
Un coeur n'est pas toujours son maître;
Je sais quìl viendrait un moment,
Où le plaisir de vous connaitre,
Se ferait payer chèrement.
Mais pour vous voir, pour vous entendre,
Tout risquer et tout entreprendre,
Ne me paraît point une erreu.
A vos charmes, Fille divine,
Dans l'ardeur qui me prédomine,
Je suis prêt à livrer mon ccoeur.
7I
75
SUR LA CAMPAGNE D'ITALIE
Le poème en vers libres introduit dans l'édition dite de Kehl et
intiulé Sur la campagne d'Italie (1734) n'est pas une création
originale de Voltaire. ' Quoique repris dans d'autres éditions du
début du dix-neuvième siècle, l'attribution à Voltaire est démentie
par Beuchot: Une autre raison qui m'a fait supprimer les 63 vers
donnés jusqu'à ce jour comme étant de Voltaire, sur les Campagnes
dltalie, en I733 et 1734. Ce n'était que des lambeaux d'un poème
en sIo vers, adressé par Gentil Bernard à madame la duchesse
Gontaut, et qui est dans les Eures de Bernard'2 Pierre-Joseph
Bernard (1708-1775) est un militaire qui s'est distingué au cours
des campagnes d'Italie. Voltaire le qualifie de poète et homme
aimable dans une lettre du 29 mai 732 (D494) et le surnomme
Gentil-Bernard. Ce poème est en fait constitué d'extraits tirés d'un
texte beaucoup plus long de Bernard.
Texte de base: K84.
1 K84, t.I2, p.388-90.
2 B, t.12, p.i; voir Pierre-Joseph Bernard, ores de Bernard (Paris, 1803), 2 VO
Voir aussi Cuyres de Bernard (Paris, 1823), p.ro7-27.
72
Kehl et
création
éditions du
démentie
vers
Campagnes
poème
duchesse
Joseph
cours
homme
surnomme
d'un
VO
Sur la canpagne d'ltalie.
734.
Au pied de ces monts redoutables
Où leurit la nature au milieu des hivers,
Vers ces climats riants, près des rives aimables
Où tous ses trésors sont ouverts,
T'ai vu les enfants de la guerre,
Semblables aux torrents qui fondaient avec eux,
A travers les glaçons apporter le tonnerre
Qu'allumaient dans leurs mains les aquilons fougueux.
De la cour de Louis l'éclatante jeunesse
Part du sein des plaisirs qu'elle aime et qu'elle a fui;
Voyageurs sans regret, et guerriers sans faiblesse,
Elevés comme Achille, ils volent comme lui,
Des lieux où dans les leurs les berçait la mollesse,
Au carnage où l'honneur les appelle aujourd'hui.
Le monarque des monts, I'héritier d'Amédée,
Voit naître un camp superbe, où s'élève l'appui
Dont sa valeur est secondée.
Quand Mars tonne aux rives du Rhin,
La ligue du vengeur foudroie en Italie
L'aigle impérieux du Germain,
Que Villars confondra, que Berwick humilie.
Villars couvert de tout l'éclat
Dont brilla jadis sa carrière,
Voit encor les dangers, et franchit la barrière.
Eugène est au conseil, et Villars au combat,
Sous d'éternels lauriers blanchit sa tête altière;
Et son triomphe illimité.
Met au rang des vaincus l'âge quil a dompté.
Au réveil soudain de la France
L'Tbère ouyre les yeux, le fer brille, et Madrid
Voit le triple serment que la vengeance écrit
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Sur les drapeaux de l'alliance;
Et l'aigle sur sa proie, où le vainqueur s'élance,
Jette un dernier regard dont l'Europe sourit.
Déjà sur ces rives sanglantes
On voit ses sujets dépouillés
Echapper en tremblant aux débris foudroyés
De vingt citadelles brálantes.
Pizzighitone en feu nous laisse encor des traits
Dont Milan frappé doit se rendre.
Tortone et ses rochers en cendre
Sont l'augure éclatant des rapides progrès
Que Naples a frémi d'entendre,
Et dont pålit Mantoue au fond de ses marais.
Rappelé des climats de I'Ourse,
Le Germain n'ira plus négligeant ses confins,
Soulever l'étranger et ralentir la course
D'un roi soutenu par nos mains.
Un peuple au fond du nord fameux par ses orages,
Malheureux par sa liberté,
Des dieux et des Bourbons recueillant les suffrages,
Donnait les siens à 1équité.
Vienne pour son idole arrachant des hommages,
Sélève en souveraine, et dicte un nouveau choix:
Ses sons tumultueux sont différents des nôtres:
L'art de faire des rois sans en détrôner d'autres,
N'est pas connu de tous les rois;
Ces traits consacrés par la gloire
Des beaux jours de Louis commencèrent l'histoire;
Combattre, conquérir, et donner des Etats,
Est le triomphe qui le fatte;
Le moment où son règne éclate
Est le moment qui fait des potentats.
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suffrages,
55
60
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VERS ENVOYÉS À M. SYLVA
Ce sixain paraît pour la première fois en 1757 dans Le Portefeuille
EroLvé [PT],I où il est attribué à Voltaire. Inspirée par les éloges
que Voltaire décerne à Jean-Baptiste Silva (1682-1742), médecin
estimé, dans le deuxième et le quatrième Discours en vers sur
I'homme,2 la critique l'a régulièrement attribué à Voltaire et il paraît
dans plusieurs éditions du dix-neuvième siècle. Néanmoins, Voltaire
s'est lui-même défendu de l'avoir écrit dans le Dialogue de
Pégase et du Vieillard (774). L'esplication de l'origine des vers,
suggérée par le premier et le sixième vers, est contenue dans le titre
plus ample reproduit dans des éditions ultérieures, comme K84,
t.I4, P.302, et M, t.Io, p.488: Vers envoyés à M. Syva, premier
médecin de la reine, avec le portrait de l'auteur.
Le Journal des savants (août 1778, p.s63) ofre une version où le
sixain est suivi d’un quintl s]. Ce texte est présenté dans un
compte rendu sur la Notice des hommes les plus célebres de la faculeé
de médecine en l'université de Paris de Jacques Albert Hazon.5 Le
Journal I'introduit ainsi: Quelques poètes reconnaissants sans
doute de ce que M. Silva les avait tirés de maladies dangereuses, ont
tait son éloge en vers. M. Hazon cite ceux-ci de M. de Voltaire.'6
1 Genèvye, I757, t.I, p.I73-
Discours en vers sur l'homme, OCV17, P-476-n (Voilà l'Helvéius, le Silva, le
Vernage, / Que le dieu des humains, prompt à les secourir, /Daigne leur envoyer
Sur le point de périr') et p-494, variante (Malade et dans un lit, de douleurs accablé, /
Par l'éloquent Silva vous êtes consolé: /I sait l'art de guérir autant que l'art de
plaire').
Dialague de Pégase er du Vieillard, Noes sur M. de Morça, 0CI, t76, p.s44-
Voltaire consulte Silva, voir D241 (1725), D2091 (1739)-
3 Voir aussi L'Esprit des journaux (mars I779), t.3, P:IOI-lo.
Voice des hommes les plus célèbres de la faculté de médecine en l'université de Paris,
Gepus ao jusqu'en gso inclusivement .], rédigée par M. Jacques Albert Hazon,
docteur-régent de la même faculté (Paris, I778).
Le Journal des savanas donne un résumé de la vie du médecin: M. Silva, originaire
de Bordeaux était un de ces médecins [qui avaient contredit les opinions de
75
LA
HENRIA D E
DE
M DE VOLTAIRE.
A VE C
Des Remarqucs, &z les differences qui fe trouyent dans
les diverles Editions de cc Pome,
A LONDRE S
M. DCC XLI
2. La Henriade (Londres, 1741), page de titre.
Paris, BnF: Rés. Ye-759:
E
VOLTAIRE.
dans
3. Inscription sur la page de garde de La Henriade.
Montréal, Osler Library of the History of Medicine:
folio Vo35he 1741.
POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Voltaire étant mort, ces mots sont-ils un ajout par une autre main
ou s'agit-il d'un manuscrit d'une version antérieure Une explication
nous vient d'une source imprévue. Sir William Osler écrit dane
Israel and medicine', The Menorah Journal (juin 1915), t.I, n° 3, ces
mots éclairants, qui expliquent l'origine des vers ajoutés:
One of the special treasures of my library is a volume of the Henriade
superbly bound by Padeloup, and a presentation copy from Voltaire to
de Silva, given me when I left Baltimore by my messmates in The Ship
of Fools' (a dining club). ? Voltaire's inscription reads as follows:
A Monsieur Sila, Esculape François, Receveq cet hommage de votre frère
en Apollon. Ce Dieu vous a laissé sonplus bel hértage, tous les Dons de l'esprit,
tous ceuxx de la raison, etje n'eus que des Vers, hélas, pour mon partage.
Cette description est confirmée par la Bibliotheca Osleriana:
Presentation copy; in a contemporary olive morocco binding, finely
tooled, by Padeloup. The flyleafbears the following autograph inscription
by Voltaire to J. B. Silva, his friend and physician: (suivi par le quintil].
L'inscription n'est pas autographe, mais peut-être de la main d'un
secrétaire de Voltaire. Nous connaissons peu des secrétaires de
Voltaire à cette époque.
Voltaire aurait-il composé le sixain pour accompagner son portrait,
pour ensuite le renier après avoir composé le quintil pour
accompagner le cadeau de La Henriade? Le poème tel qu'il parait
dans le Journal des savants est incohérent et ne peut pas représenter
les intentions du poète.
Texte de base pour le sixain: pT; DOur le quintil: manuscrit.
Philippe Hecquet), qui à de l'esprit et des talents, joignent un caractère aimabie qu
les fait percer dans le monde et des grands, qu'il faut souvent autant amuser
que guérir. I s'attacha à MM. Helvérius nere et flsLLaczarine (Catherine) voulut
Tatirer auprès d'elle.l préféra rester dans sa patrie au titre de son premier medeet,
qu' elle lui proposait. Le Journal donne la date de sa mort comme 1744-
pIo9?o V.oir H. Cushing, The Life of Sir William Osler, 2 : vol. (Hamburg, , 2013), t2,
8 Bibliotheca Osleriana: a catalogue of books illustrating the history ofnmedicine and
Vsociier nOcCe ,( Mt2o, npt.r2e4a0l,- 14926. 9), p-497, n° 555I- l s'agit de l'édition in-4, Londres, 1741'
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autre main
Une explication
écrit dane
n° 3, ces
ajoutés:
Henriade
Voltaire to
The Ship
follows:
votre frère
Dons de l'esprit,
partage.
Osleriana:
binding, finely
inscription
le quintil].
main d'un
secrétaires de
son portrait,
quintil pour
qu'il parait
représenter
aimabie qu
autant amuser
Catherine) voulut
premier medeet,
1744-
, 2013), t2,
ofnmedicine and
Londres, 1741'
[Le sixain:]
[Le quintil:]
(oixain:]
Vers envoyés à M. Sybya
Au temple d'Epidaure on offrait les images
Des humains conservés et guéris par les dieux,
Sylva, qui de la mort est le maître comme eux,
Merite les mêmes hommages:
Esculape nouveau, mes jours sont tes bienfaits,
Et tu vos ton ouvrage en revoyant mes traits.
Esculape français, recevez cet hommage
De votre frère en Apollon.
Ce Dieu vous a laissé son plus bel héritage,
Tous les dons de l'esprit et ceux de la raison;
Mais je n'ai que des vers, hélas! pour mon partage.
4 JS: Mérite comme eux nos hommages
S JS: nouveau, nos jours
5
BELLE ÉMILIE, ACCEPTEZ DE MA MAIN
Cette courte épître dédiée à Mme Du Châtelet parait pour la
première fois en 1748 dans un recueil intitulé Voltariana ou élores
amphigourigues de Fr. M. Arrouet de Voltaire. Le volume cst
imprimé après l'élection de Voltaire à 1'Académie française en
1746 avec I'objectif de tourner le poète en dérision. L'aspect licencieux
de cet éloge de Mme Du Châtelet est d'ailleurs suffisamment
évident pour ne pas l'attribuer à Voltaire. C'est aussi ce que
remarque la Bibliochèque impartiale lorsque le périodique imprime
un compte rendu du Portefeuille trouvé, ou Tablettes d'un curienx
(Genève, 1757): Voici des vers qui paraissent être mis ironiquement
sur son compte a Voltaire].'2 Les vers ont été néanmoins
attribués à Voltaire, et même loués, beaucoup plus tard dans
Historische und kritische Nachrichten von dem Leben und den Schrif
ten des Herrn von Volkaire (Augsburg, 1777), p.84.
Texte de base: Voltariana.
1 Paris, 1748, p.13o. Voir aussi BnC 86.
D Bibliohèque impartiale (Göttingen et Leyde, 758), p.I99:
8o
pour la
élores
volume cst
française en
licencieux
suffisamment
ce que
imprime
curienx
ironiquement
néanmoins
dans
Schrif
Belle Emilie, acceptez de ma main
Ce dernier fruit de ma littérature;
Ce jeune enfant conçu dans votre sein
De nos amours est la vive peinture.
Je vous dois tout, aimable créature,
Mieux que Newton vous faites ma splendeur,
Vous, dont l'esprit, la beauté, la droiture
La modestie et la chaste pudeur
Mont, au défaut de sens et de lecture,
Communiqué leur attractive odeur;
Et qui m'ayant dévoilé la Nature,
M'en avez fait sonder la profondeur.
8I
ÉPÍTRE À MADAME DE **
L'Epitre à Madame de *n'est pas un texte de Voltaire. Elle est
composée par l'abbé de Grécourt à l'occasion d'une saignée réalisée
sur le duc de Chartres, qui a contracté une maladie à la suite
de ses aventures galantes avec Mle Quinault l'aînée. 1 L'épitre est
attribuée à Voltaire dans un recueil vite édité: Le Portefeuille
tTouvé.2 II la désavoue lui-même dans une lettre du 22 mars 177,
à Louis Elisabeth de La Vergne,3 ainsi que dans Dialogue de Pégase
et du Vieillard, Notes de M. de Morza, note g (0C, t76, p.s44-
45), et dans le Commentaire historique (0CI, t78c, p.r29). Le
poème paraît dans les uvres diverses de Monsieur de Grécourt,
4 vol. (Amsterdam, 176o), t.2, p.48-49, sous le titre Le Pupitre'.
Texte de base: PT.
Le site 'Poèmes satiriques', n o467, rapporte I'historique de l'épître et donne le
titre: La fièyre du duc de Chartres.
2 DLe.a pPpo.4rt0e8fe. uille trouvé, ou Tabletes d'un curieux (Genève, I757), p.31-32 |PP
82
Elle est
saignée réalisée
à la suite
L'épitre est
Portefeuille
mars 177,
de Pégase
t76, p.s44-
r29). Le
Grécourt,
Pupitre'.
donne le
32 |PP
Epitre à Madame de
Belle maman, soyez I'arbitre,
Si la fièvre n'est pas un titre
Suffisant pour se disculper
De ne point aujourd'hui souper;
Je suis au lit comme un bélître,
Fort mécontent de m'occuper
A sentir mon pouls galoper.
Beaucoup de sang couleur de litre
De mon bras on vient d'extirper;
Et c'est à force de lamper
Qu'il est, dit-on, trop plein de nitre:
Mais j'espère d'en réchapper,
Puisqu'en écrivant cette épitre,
L'amour me dresse mon pupitre.
83
84
PLACET A. M. L. PD. M.
Ce texte figure dans un recueil intitulé Anonimiana ou Milangecd
poésies, diloguence et d'érudition (Paris, I7oo), p.296-301, Sous le
titre Placet à M. L. P. D. M.'; la date de publication interdit de
l'attribuerà Voltaire. I parut sous le même titre en I773 dans les
Opuscules poétiques. Il est publié par Jacques Vergier (1657-
1720) dans ses uvres diverses sous le titre 'A Monsieur le Président
de Mesmes' 2
Texte de base: Opuscules poétiques.
1 Placet à M. L. P. D. M., Opuscules poétiogues, ou le plus charmant es e
contenant plusieurs pièces fugiives de M. de Voltaire, aui n'ont pas encore vu lejom
(Amsterdam, 1773),b P30-34.
p.I30-J3a4c.ques Vergier, Bvres diverses de Mr. Veroier. 2 vol, (Amsterdam, 1720), 9
Milangecd
Sous le
interdit de
dans les
(1657-
Président
es e
vu lejom
1720), 9
Placet
A. M. L. P. D. M.
Bien le savez, bon droit a besoin d'aide;
C'est du palais l'axiome commun.
Plaideuse pauvre, ou sans amis, ou laide,
Malaisénment gagne procès aucun:
Tout juge n'est, Seigneur, comme vous êtes,
Ainsi qu'un roc au milieu des tempêtes,
Inébranlable aux effets séduisants
De deux beaux yeux, des amis, des présents;
Non que portiez au sein un ceur farouche,
Bien savons-nous que la beauté vous touche
Et que par vous amour vit mainte fois
Belle inhumaine asservie à ses lois;
Bien savons-nous aussi qu'amitié tendre
Loge chez vous, qu'un ami malheureux
Jamais en vain n'osa de vous attendre
Dans ses besoins des secours généreux,
Egalement amis, parents, maîtresses
Trouvent en vous pour la société
Esprit facile et coeur plein de tendresse.
Mais, êtes-vous au Tribunal monté,
Lieu redoutable où Thémis elle-même
Se déposant de son pouvoir suprême,
Vous met balance et glaive entre les mains,
Pour en sa place y juger les humains:
Là, dépouillé même de la nature,
Plus n'écoutez la flatteuse imposture
De l'amitié, du sang, ni des amours:
Quant aux présents, mention n'en doit être;
Ce sont appas, ce sont faibles recours,
Qui devant vous point n'oseraient paraître.
Mais je l'ai dit, tout juge n'est ainsi:
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PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Trop en est-il qui se laissent conduire
Par l'amitié, par l'intérêt aussi;
Et par l'amour, bien plus docte à séduire,
En ai connu qu'amour tant gouvernait,
Que gain de cause à coup sûr il donnait,
A tout objet qui lui semblait aimable,
Au demeurant magistrat équitable.
Dans tout procès que femme entreprenait
Trois points, sans plus, il vous examinait:
Si jeune était, si belle la cliente,
Er si d'humeur à ses desseins pliante,
Jugement sûr, puis était prononcé;
Mais une fois fut bien embarrassé:
Il rencontra deux adverses parties,
L'une brunette, et 1autre aux blonds cheveux,
Qui de mérite également loties,
Egalement attiraient tous les væux,
Tout ce qui peut inspirer la tendresse,
Jeunese, taille, embonpoint, gentillesse;
Si bien était entre elles partage,
Que Pâris même entre elles n'eût jugé.
Quant à l'humeur, quant à la complaisance,
Comme de cire encore elles étaient,
Joint que les deux en amour apportaient
Tant seulement d'obstacles ou d'aisance,
Ce qu'il faut pour ne point rebuter,
Ce qu'il faut pour ne point dégoûter.
Or bien, voyez qu'en bonne conscience,
Et sans trahir justice et probité,
Point ne pouvait le juge être porté,
Plutôt de l'un que de l'autre côt.
Il prend cent fois, et reprend la balance,
Vous l'eussiez vu dans un profond silence
De leurs appas faire estimation,
Avec sueur, avec attention;
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cheveux,
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PLACET A. M. L. P. D. M.
Des deux côtés, pièces il examíne,
I vous en fait mainte révision:
Et tant enfin sur la chose il rumine,
Car là-dessus n'était jamais oisif,
Qu'il découvrit l'article décisif.
L'une des deux, c'était, je crois, la brune,
Avait jadis, par mauvaise fortune,
Fait un enfant, ....[et les enfants dit-on,
Quoi que d'ailleurs le beau sexe en publie
Gâtent toujours en plus d'une façon
Les lieux charmants par où font leur sortiel3
Or, ce défaut par le juge noté,
Fut dès l'instant au Procès imputé:
Pour trancher court, sentence fut donnée,
Et celle-ci, pour avoir enfanté,
Avec dépens fut par lui condamnée.
Mais, direz-vous, à quoi bon faire ici
Tout ce discours? A quoi bon? Le voici:
Une sceur j'ai, qui n'est jeune ni belle,
Moins riche encore, et c'est là le tant pis
A toutefois ores sur le tapis,
Cause importante, et plaideuse querelle;
Si, par malheur, qui trop peut arriver,
Dans son procès, juge vient à trouver,
Même défaut dont j'ai cité l'exemple,
Et sur la pièce avise la juger;
Son droit serait en évident danger,
Non qu'elle n'ait pièce correcte et ample;
Mais c'est cela justement qui ferait
Qu'avec dépens on la condamnerait.
A donc Seigneur, j'ai recours à votre aide,
Accordez-lui votre protection,
Avec ce bien, fût-elle encor plus laide,
° Ces vers [entre crochets], publiés par Vergier, sont omis des Opuscules poétiques.
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So
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PoÉSIES ATTRIBUEES À VOLTAIRE
Moins riche encor, sans appréhension,
Elle verra présens, beautés, jeunesse,
Iniquité, cauteleuse finesse,
Beauté, jeunesse, embonpoint, gentillesse]4
S'armer contre elle et faire un maint effort:
Un mot de vous plus puissant et plus fort
Renversera leur projet inutile.
Partant, Seigneur, prenez en main le style,
Et signez-lui quelques gentils placets;
Et si voulez par complaisance extrême,
Recommander de bouche son procès,
Au rapporteur la présenter vous-même,
C'en serait trop, et pourtant ne mettrais
Ma main au feu que n'allassiez le faire;
Si, dis-je, ainsi voulez prendre l'affaire,
Bien faudrait-il yous laisser satisfaire,
Et pour cela ma femme ne battrais.
4 Ce vers, publié par Vergier, est omis des Opuscules poétiques.
Cette et défend lettre d'un jure qu'on son adressée Texte Dre implicitement P.229-
[BON DEU, QUE CET AUTEUR EST TRISTE
EN SA GATETÉJ
Cette épitre écrite contre Claude-Joseph Dorat, homme de théâtre
et poète, est à attribuer à Jean-François de La Harpe,1 Voltaire se
défend de l'avoir composée en des termes plutôt légers dans une
lettre à Chabanon du 21 décembre 1767 (DI46o7). I1l l'a déjà fait
d'un ton plus sérieux dans une lettre à Dorat du 4 mars: Je vous
jure sur mon honneur que je n'ai aucune connaissance des vers
qu'on a fait contre vous.'2 Louis Mayeul Chaudon rapporte, dans
son Nouveau Dictionnaire, la prétendue réponse que Dorat aurait
adressée à La Harpe.3
Texte de base: cLT.
Cuvres de La Harpe, 1 vol. (Paris, 182o-1821), t. 10, P.399-400; CLT, IT novem-
Dre 1767, t.7, p.471 (Grimm attribue d'abord l'épitre à Voltaire, mais il se corrige
implicitement dans une lettre du 1s avril r768); Bengesco, t-4, P3o6-307.
2 DI4oI4 et n.2.
Voir l'article Dorat dans Louis Mayeul Chaudon, Nouveau Dictionnaire historique:
ou histoire abrégée de tous les hommes gui se sont fait un nom, 8° éd. (Lyon, i8o4),
P.229-30.
80
90
Bon Dieu, que cet auteur est triste en sa gaieté!
Bon Dieu, qu'il est pesant dans sa légèreté!
Que ses petits écrits ont de longues préfaces!
Ses fleurs sont des pavots, ses ris sont des grimaces.
Que l'encens qu'il prodigue est plat et sans odeur!
l est, si je l'en crois, un heureux petit-maître;
Mais si j'en crois ses vers, ah! qu'il est triste d'être
Ou sa maîtresse ou son lecteur!
Bien euvres Du de au sa l'indique Texte
BRISONS MA LYRE ET MA TROMPETTE]
Bien que ce texte ait été imprimé dans de nombreuses éditions des
euvres complètes de Voltaire, il n'a pas été rédigé par le patriarche.
Voltaire annonce un poème dans une lettre à Cideville et
Du Resnel du 19 février 1756, mais ce poème est celui du Désastre
de Lisbonne, 1 Or, différents éditeurs ayant retrouvé notre texte
au dos de la lettre l'ont attribué à Voltaire, mais il n'est pas de
sa main, ni de celle d'aucun membre de son entourage, comme
l'indique l'édition Besterman.3
Texte de base: D6739.
1 0CV, t.4SA.
k4, t:45, P.226-27, et plusieurs éditions du dix-neuvième siècle.
3 D6739, n.i.
9I
Brisons ma lyre et ma trompette,
Laissons les héros et les rois.
Je ne veux chanter qu Henriette,!
Qu'elle seule anime ma voix.
Muses, désormais pour écrire
Je n'ai besoin que de mon cceur,
Mais vous justifierez 1'auteur
Si l'indiscret ose en trop dire.
Eh! pourquoi craindre que l'Altesse
Soffense des plus tendres soins?
Faut-il, parce qu'elle est princesse,
Que qui la voit l'en aime moins?
Etait-ce un crime volontaire
Que de se rendre à tant d'appas?
Mon droit d'aimer ne vient-il pas
D'où lui venait celui de plaire?
Quand on voit l'ainmable Henriette
L'indifférence disparaît.
Quelque respect qui nous arrête
Est-on maître de son secret?
Les égards, que le rang impose,
N'étouffent point le sentiment.
IIs font qu' on l'exprime autrement
Et ne changent rien à la chose.
4l pourrait s'agir d'Henriette-Anne de France, seconde flle de Louis XV (1727
1752), que Volaire a connue à la cour de France, et pour laquelle il forme un pla
mariage en 1746 (D3442).
92
10
20
L'attribution Beuchot Voltaire la destruction que référence Confrérie reproduite Walpole Texte 1
1727
pla
10
20
SUR LA DESTRUCTION DES JÉSUITES EN I773
L'attribution à Voltaire de ce couplet ironique a été invalidé par
Beuchot avec ces mots: Le pape Clément XIV avait été franciscain.
Voltaire avait beaucoup d'estime pour ce pape; il avait applaudi à
la destruction des jésuites: en voilà plus qu'il ne faut pour douter
que Voltaire soit l'auteur de ce distique.'1 Le poème fait en effet
référence à saint Ignace de Loyola et au pape qui a aboli la
Confrérie de Jésus. L'épigramme qu'on dit être de Voltaire est
reproduite dans les Letres de la marquise Du Deffand à Horace
Walpole (Paris, r812), t.3, P-7.
Texte de base: Moland.
1 M, t.1o, p.592.
93
94
Sur la destruction des jésuites en 73
C'en est donc fait, Ignace, un moine vous condamne:
C'est le lion qui meurt d'un coup de pied de lâne.
Ce dans Voltaire Editions: 1757), 1759), Du (Avignon, t2, complere posies Texte
POUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT
DE MADAME LA MARQUISE DU CHÁTELET
Ce quatrain dédié à Mme Du Châtelet est régulièrement imprimé
dans les ceuyres de Voltaire. Cependant, il a été écarté sans explication
par les éditeurs de Kehl et par Beuchot. L'attribution à
Voltaire n'est pas certaine mais n'est pas absolument exclue.
Editions: Le Portefeuille troLuvé ou Tableres d'un curiex (Pr] (Genève,
1757), P.39; Le Porte-feuille trouvé, ou Tablettes d'un curieux (Genève,
1759), P.39; TS6I, p.348; MP61, p.I33 (variante dans le titre: Madame
Du Ch*); wó4R, t.I7.2, p.s65; @uvres choisies de M. de Voltaire
(Avignon, Giroud, 1761) [ocór]; Pensées philosophiques de M. de Voltaire,
ou tableau encyclopédique des connaissances humaines (s.l., Ig66),
t2, P350; Nouvelle Anthologie française (Paris, I769), t2, p.46; Collection
complere des ceuvres de M. de Voltaire: enrichies de notes. Mélanges de
posies er de pièces fugitives (Londres, I772), t.23, p.278.
Texte de base: TS61.
96
Pour mettre au bas du portrait de
Madame la marquise Du Chátelet
C'est ainsi que la vérité,
Pour mieux établir sa puissance,
A pris les traits de la beauté
Et les grâces de léloquence.
Cet seconde qui retiré Boileau. de J, Prault, 1761), Paris attribuées beaux-(28 Dialogue Texte P347. Seuchot, Vieillard,
IMPROMPTU SUR LA MAISON DE M. GENDRON,
OCCUPÉE AUTREFOIS PAR DESPREAUX
Cet impromptu paraît dans Le Portefeuille trouvé en 1757 et également
dans LAnnée litéraire de Fréron en 1770.' Dans cette
seconde publication le journaliste attribue à Voltaire ce quatrain
qui aurait été rédigé lors d'une visite à Claude-Deshais Gendron,
retiré dans le village d'Auteuil, dans la maison qu'aurait occupée
Boileau. Fréron souligne malicieusement la répéition inélégante
de l'adjectif vrai. I est mentionné et attribué à Voltaire dans
J, Lebeuf, Histoire de la banlieue ecclésaiastique de Paris (Paris,
Prault, 1754), p.17; le Troisième suite de mélanges de poésie (Paris],
1761), p.385; et G.-L. Le Rouge, et autres, Les Curiosités de
Paris (Paris, An x1, 18o;), t.2, p.22. Les deux premières lignes sont
attribuées à Voltaire dans les Mémoires pour l'histoire des seiences et
beaux-arts (septembre 1754), P.2274. Voir aussi le Mercure de France
(28 avril 781), p.I81. Voltaire renie cependant ces vers dans son
Dialogue de Pégase et du Vieillard.2
Texte de base: pT.
Le Portefeuille trouvé (Genève, I752), p4 [rr]; LAnnée litéraire (1770), t4,
P347. Fréron le reprend de Ladvocat, Dictionnaire historique-poriatrif contenant l'histoire
des patriarches, des princes., nouvelle édition, 2 vol. (Paris, 175), t.1, P470.
Seuchot, ti4 P.304; M, t10, p.200, note 2, et p.463; Dialogue de Pégase et du
Vieillard, OC, t.76, p.$44:
97
Impromptu sur la maison de M. Gendron.
ocCupée autrefois par Despreauxo
Cest ici le vrai Parnasse
Des vrais enfants d'Apollon.
Sous le nom de Boileau, ces lieux virent Horace,
Esculape y paraît sous celui de Gendron. 3
3 Claude-Deshais Gendron est médecin 1 ordinaire du frère du roi i et oculiste, d'où
cette référence au Dieu romain de la médecine. Les références à Esculape, ils
d'Apollon, reviennent souvent sous la plume de Voltaire.
98
Les éditeurs poésie Cependant, depuis C'est G. version après sa Roosbroeck et l'attribuerait titre Madame quatre érennes Texte de K84, t.70, p.sI6.
2 Voir s Cuvres que les quatre grande importance). Rousseau, Pl4o-43- célèbres.
l sagit elle au mois e poeme La uent (0CV, t.9,
d'où
ils
À SAMUEL BERNARD, AU NOM DE
MADAME DE FONTAINE-MARTEL
Les éditeurs de Kehl, aiguillés par certains indices, glissent cette
poésie au dossier des euvres de Voltaire et la datent de 1716.!
Cependant, nombre de spécialistes ont révisé cette attribution
depuis et il paraît très peu probable que ce texte soit de sa plume.?
C'est G. L. van Roosbroeck qui apporte le plus de précisions concernant
cette ceuvre. I a découvert que ce texte est en réalité une
version raccourcie d'un poème intitulé Epitre à Monsieur Croizat,
après sa maladie qui figure dans les Buvres de Grécourt, 3 Cependant
Roosbroeck ne pense pas que cette épitre ait été écrite par Grécourt
et l'attribuerait plutôt à Mme de Fontaine'. Le poème, avec le
titre Madame de Fontaine-Martel à Samuel Bermard' et sans les
quatre derniers vers, se trouve aussi dans Almanach liuuéraire, ou
érennes d'pollon ([Paris], I792), PI7o-72.
Texte de base: K84. Variantes tirées de Grécourt.
K84, t-13, P.r9-20. Voir cependant les doutes exprimés par ces mêmes éditeurs au
t.70, p.sI6.
2 Voir notamment Bengesco, t.I, P.210, et Beuchot, M, t.10, p230-31.
s Cuvres complètes de Grécour', 4 vol. (Luxembourg, 1764), t:1, p.184-85. II ny a
que les quatre derniers vers qui manquent (il existe aussi quelques variantes sans
grande importance). Voir G. L. van Roosbroeck, Unpublished poems by Voltaire,
Rousseau, Beaumarchais, Anne d'Urft, Helyétius, Gresset, etc. (New York, I933),
Pl4o-43- On note que, dans les deux cas, le poème est à l'adresse de financiers
célèbres.
l sagit probablement de Madame de Fontaine-Martel. Voltaire s'installe chez
elle au mois de décembre I731 (VST tL. D222), On se demande si elle a en effet
e poeme puisqu'on note gu'il est composé 'au nom de Madame de Fontaineartel.
La grammaire et les quatre vers supprimés (ou ajoutés dans Grécourt:)
uent que l'auteur est une femme. Voltaire a adressé des vers à Fontaine-Martel
(0CV, t.9, p.488-93).
99
22
IO0
19 des ressorts
A Samuel Bernard,° au nom de
Madame de Fontaine-Martel
C'est mercredi que je soupai chez vous,
Et que, sortant des plaisirs de la table,
Bientôt couchée, un sommeil prompt et doux
Me it présent d'un songe délectable.
Je rêvai donc qu'au manoir ténébreux
J'étais tombée, et que Pluton lui-même
Me menait voir les héros bienheureux,
Dans un séjour d'une beauté suprême.
Par escadrons ils étaient séparés.
L'un après l'autre il me les fit connaître.
Je vis d'abord modestement parés
Les opulents qui méritaient de l'être.
Voilà, dit-il, les généreux amis;
En petit nombre ils viennent me surprendre.
Entre leurs mains les biens ne semblaient mis
Que pour avoir le soin de les répandre.
Ici sont ceux dont les puissants ressorts,
Crédit immense, et sagesse profonde,
Ont soutenu I'Etat par des efforts
Qui leur livraient tous les trésors du monde.
Un peu plus loin, sur ces riants gazons,
Sont les héros pleins d'un heureux délire,
a-b Epitre à monsieur Croizat, après sa maladie
7 Me faisaít voir ses héros
II D'abord je vis
J7 puissants efforts,
de l'amoureux délire
5 Samuel Bernard (1651-1739), financier.
20
10
(a) Samuel gens qui fattant. On le fit beautés: dner il dit roi que 23-24 26 Pour 29 seul 30 bons, 32 Aussi 30 l9joute:] Je Si son Avec
20
10
À SAMUEL BERNARD
Qu'Amour lui-même en toutes les saisons
Fit triompher dans son aimable empire.
Ce beau réduit, par préférence, est fait
Pour les vieillards, dont lhumeur gaie et tendre
Paraît encore avoir ses dents de lait,
Dont l'enjouement ne saurait se comprendre.
D'un seul regard tu peux voir tout d'un coup
Le sort des bons, les vertus couronnées;
Mais un mortel m'embarrasse beaucoup;
Ainsi je veux redoubler ses années.
Chaque escadron le revendiquerait.
La jalousie au repos est funeste;
Venant ici, quel trouble il causerait!
I est là-haut très heureux; qu'il y reste. (a)
(a) Samuel Bernard était d'une vanité ridicule, comme la plupart des
gens qui ont fait une fortune inespérée. On obtenait tout de lui en le
fattant. Dans la guerre de la succession il refusa son crédit à Desmarest.
On le fit venir à Marli; Louis XIV ordonna de lui en montrer toutes les
beautés: on le mena sur le passage du roi qui lui dit quelques mots. Après S
dner il dit à Desmarest: Monsieur, quand je devrais tout perdre, dites au
roi que toute ma fortune est à lui.'
23-24 Qui de l'Amour parcourant les saisons,
Ont toujours fait Ihonneur de son empire.
26 Pour ces vieillards
29 seul aspect tu
30 bons, leurs vertus
32 Aussi je
30 l9joute:] Je sais qui c'est, et je vais lui mander.
Je vous I'écris: Je serai fort contente,
Si son dessein peut ainsi s'accorder
Avec les Veux de votre humble servante.
IOI
35
25
30
[CEST PAR CES VERS, ENFANTS DE MON LOISIRI
Dans une lettre du 28 novembre 1756, Voltaire dénonce fermement
à M. Durand' du Journal encyclopédigue l'attribution de ce poème:?
J'ai vu dans votre journal de novembre 3 monsieur des vers qu'on
m'attribue. Is commencent ainsi:
C'est par ces vers enfants de mon loisir
Que j'égayais les soucis du vieil âge etc.
Sans examiner si ces vers sont bons ou mauvais je peux vous jurer monsieur
que non seulement je n'en suis point l'auteur, mais que je regarderais
comme une démence bien condamnable de m'occuper à mon áge des
plaisanteries qui ont pu m'amuser il ya trente ans. Ceux qui achèvent ainsi
sous mon nom des ouvrages si peu décents, sont assurément plus coupables
que je ne le serais d'en faire mon occupation.
Jeroom Vercruysse constate que ces vers se trouvent dans la postface
de l'édition de Paris 1755 de La Pucelle et sont imprimés par la
suite dans presque toutes les éditions pirates'. On trouve également
le texte dans K84, t.II, D.403 (Notes et variantes du chant
Cvoinngnut-eu,níème' de La Pucelle). La paternité de ces vers n'est pas
Texte de base: K84.
Commis au bureau de la correspondance générale du Journal encyclopédique.
D7o65. Cette lettre est imprimée dans le numéro du Is décembre 1750; vo
Daniel Droixhe, Voltaire et les débuts du Journal encyclopédigue: une colanoa
T;mlkéind (iaGteiqnuèev es,o 2u0s0 c8o),n ptr.1ô0le0,. dans L'Encyclopédisme au XVIII sicle, éd. Françoise
OJCouVr,n La7l ,e Pnc.6y7c5lo-pédique (Liège, 1s novembre I756), t.8, première partie, P
I02
I4-16 JE: Jeanne Datard d'Orléans, d'armes de
LOISIRI
fermement
poème:?
qu'on
monsieur
regarderais
des
ainsi
coupables
postface
la
également
chant
pas
encyclopédique.
Françoise
Cest par ces vers, enfants de mon loisir.
Que j'égayais les soucis du vieil áge.
O don du ciel! tendre amour, doux désir!
On est encore heureux par votre image;
L'illusion est le premier plaisir.
J'allais enfin libre en mon ermitage,
Chantant les feux de Jeanne et de Dunois5
Me consoler de la jalouse rage,
Des faux mépris, des cruautés des rois,
Des traits du sot, des sottises du sage;
Mais quel démon me vole cet ouvrage?
Brisons ma lyre, elle échappe à mes doigts!
Ne t'attends plus à de nouveaux exploits,
Lecteur; Ma Jeanne aura son pucelage,
Jusqu'à ce que les vierges du Seigneur,
Malgré leurs veux, sachent garder le leur.
I4-16 JE: Lecteur, etc. /
Jeanne d'Arc (1412-l431) et Jean d'Orléans (1403-1468), dit Dunois ou le
Datard d'Orléans, chef militaire lors de la guerre de Cent Ans et compagnon
d'armes de Jeanne.
IO3
IO
[QUATRAIN SUR LE MARECHAL DE SAXE)
Il existe des zones d'ombre à la fois sur l'auteur de cette pièce et Sur
Iidentité du militaire auquel elle est offerte en hommage. Ce quatrain
est introduit dans le corpus voltairien par Moland, au tome 1o
de son édition.! L'éditeur soulève déjà quelques réserves que l'on
peut lire dans la note I quant à l'auteur et au titre, certains critiques
ayant attribué l'épitre à Mme de Capron' et certifié qu' elle serait
dédiée au 'maréchal de Richelieu'. Selon les éditions du dix
huitième siècle, il semblerait en effet que le poème appartienne à
une certaine Mme Capon de Montpellier et qu'il concerne plutt
le maréchal de Richelieu. En fait le contenu du quatrain est pertinent
pour célébrer les exploits de Saxe et ceux de Richelieu, tous
les deux bien connus de Voltaire. Si on peut proposer le nom de
Voltaire pour la paternité de ce quatrain, on pourrait peut-étre
également avancer celui d'un de ses fervents adversaires, Alexis
Piron. Ce dernier a certainement composé des vers à la louange
du maréchal de Saxe, qui lui est venu en aide.3
Texte de base: JE.
1 M, t.10, P.532.
2 Journal encyclopédique (Bouillon, juin 1782), t.4., partie 3, P.51o [jE]. L'apprecia
tíon continue: Peut-on en si peu de mots, et si peu d temps, dire plus de choses et
en donner plus à penser?, texte repris mot pour mot dans L’Esprit des journat
français et e étrangers (Paris, septembre 1787), t.9, seizième année, p.265. Richelieu
raconte qu'il est allé à Montpellier 'présider les états et exercer I mon autorité dans
la province' où il rencontra Mme Capon qui 'se pavanait de me traîner à son char
R(iMchéemlieouir ens'é hvoisqtoureiq puaess c eet qaunaetcradiont.iques du duc de Richelieu, Paris, 1829, p.286-87).
3 Pascale Verèb, Alexis Piron, poàte (1689-1T73) la diffcile condition d'auteur
soLs Louis XV, SVEC 349 (1997), p.238, 244, 251, 351. Chose curieuse, Piron a fait
son testament en faveur d'une cousine, Mme de Caapron (p.311), nom de famille qui
rappelle celui de l'amie de Richelieu qui habitait à Montpellier.
IO4
Sur
quatrain
tome 1o
l'on
critiques
serait
dix
appartienne à
plutt
pertinent
tous
de
étre
Alexis
louange
L'apprecia
et
Richelieu
dans
char
87).
d'auteur
fait
qui
[Quatrain sur le maréchal de Saxe]
Ce héros que nos yeux aiment à contempler,
A frappé d'un seul coup lenvie et l'Angleterre:
Il force l'histoire à parler,
Et les courtisans à se taire.
IOS
CE MORTEL PROFANA TOUS LES
TALENTS DIVERS]
Cette épigramme aurait été composée par Voltaire après sa fuite de
Potsdam, à une date inconnue mais que Jean Charles Thibault de
Laveaux place dans les jours suivant le départ de Voltaire en 1753:!
Le texte a été publié ou connu assez tardivement, au regard de la
fuite de Potsdam, puisque Wilhelm Mangold le date de r760' et
qu'il est rapporté dans les Mémoires secrets le iI décembre 1767.
La Correspondance littéraire de Karlsruhe le publie en 1759 dans une
forme qui combine des éléments des différentes versions; dans ses
annotations de l'édition de 2015, Myrtille Méricam-Bourdet note
que ces vers avaient été attribués à Crébillon père, d'après B. Capefigue,
Madame la marquise de Pompadour. 9 Le poème est reproduit
en 1774 dans The Scots Magazine (Edimbourg, 1774, t.36, p.42)
[sM], où il est attribué à Voltaire. Les Mémores de Richelieu (1793)
l'attribuent à Turgot. Le texte se retrouve dans Le Mercure
L'auteur rapporte une réponse que Frédéric II se serait empressé de composer
(Vie de Frédéric l1, roi de Prusse, 7 Vol,, Strasbourg, 1787-1789, t.6, p.300)."Lorsqe
Frédéric eut achevé de lire, il déchira la lettre. et dit: c'est ce B..de Voltaire. Aussitot
il se retire dans son cabinet, et riposte par l'épigramme suivante:
Ci-git le seigneur Arouet
Qui de friponnier eut manie;
Ce bel esprit toujours adroit,
N'oublía pas son intérêt,
Même en passant dans l'autre vie.
Lorsqu'il vit le sombre Achéron
II chicana le prix du passage de l'onde,
Si bien que le brutal Caron
D'un coup de pied au ventre appliqué sans façon.
Nous l'a renvoyé dans ce monde.'
La réponse seule, dans une lettre de Frédéric datée du o février 1754, est impr
dans Opere del conte Algarotti, t.1s (Venise, 1794), P.I89.
Voltairiana inedita aus den königlichen Archiven qu Berlin (Berlin, 1901), p.ós:
3 Paris, 1858, p.186,
IO6
universel Richelieu, ont été de la d'Apollon Dumas, Il est Manuserit fa8oy. t.l. p.472 Thibault I789), universel duc de dApollon aus den Texte de
fuite de
Thibault de
1753:!
de la
r760' et
1767.
une
dans ses
note
Capefigue,
reproduit
p.42)
1793)
Mercure
composer
Lorsqe
Aussitot
ós:
fcE MORTEL PROFANA TOUS LES TALENTS DIVERS]
universel (r792) sous la même forme que dans les Mémoires de
Richelieu, avec la note: Les vers suivants sont de M. Turgot. Is
ont été trouvés dans un recueil où sont plusieurs morceaux écrits
de la main de M. Turgot lui-même.' L'Almanach littéraire, ou étrennes
d'Apollon (1793) l'attribue aussi à Turgot. Voir aussi Alexandre
Dumas, Louis XVet sa cour (Paris, [r866), p.178-79.
Il est à noter qu'aucune des éditions majeures des ceuvres complètes
de Voltaire ne reprend ce poème.
Manuserit et éditions: Paris, BnF: ms.fr.1o479, f.6z6r, Arsenal 3128,
fa8oy. Correspondance littéraire de Karlsruhe (juin 1759; Paris, 2015),
t.l. p.472 [cLK]; Mémoires secrets, t.18 (I784), p.317 [MS]; Jean Charles
Thibault de Laveaux, Vie de Frédéric II, roi de Prusse (Strasbourg,
I789), t.6, p299-300 [TLV] (avec réplique de Frédéric ID; Le Mercure
universel (mercredi 18 janvier 1792), p287 [MU]; Mémoires du maréchal
duc de Richelieu (Paris, 1793), t.6, p.281; Almanach littéraire, ou étrennes
dApollon (Paris], 1793), p.77]; Wilhelm Mangold, Voltairiana inedita
aus den königlichen Archiven qu Berlin (Berlin, 1901), p.6s et 68 [vi].
Texte de base: vI.
IO7
Ce mortel profana tous les talents divers,
Il chanta les vertus et commit tous les crimes,
Barbare en action et philosophe en vers,
Il charma les mortels, dont il fit ses victimes;
Hai du dieu d'amour, cher au dieu des combats,
I noya dans son sangl'Europe et sa patrie;
Cent mille hommes par lui reçurent le trépas,
Aucun n'en a reçu la vie.
Arsenal 3128: Vers pour metre au bas da portrait d'un roi conquérant et philosophe
/ Ce monstre profana mille talents divers.
CLK: Ce monstre profana mille talents divers.
MU: Pour êsre mis au bas du portrait de Frédéric I/ Ce mortel profana mille
talents divers;
2 Arsenal g128, CLK: Les humains l'admiraient; ils furent ses victimes.
MS, SM, MU: 1l charma les humains qui furent ses victimes.
3 MS, MU: en actions et philosophe en vers
CLK: dans ses faits, philosophe en ses vers
CLK, MS, SM, MU: l chanta les vertus et commit tous les crimes,
S Arsenal 3128, CLK; Ennemi de Vénus, cher
S7 Arsenal 3128, CLK: Combats / De larmes et de sang son âme fut nourrie/
Cent mille
6 MU: Il inonda de sang
MS, SM: Il baigna dans le sang
8 CLK, SM: Et pas un n'en reçut la
Arsenal 3I28: vie. / Frédéric IL, électeur de Brandebourg et roi de Prusse
prince farneux dans la guerre et dans les lettres, Politique dangereux et cruel,
religion, pour lui les adoptant toutes, livr à la plus forte ambition, il déclara à la
reine d'Hongrie et provoqua de fait la guerre de I7s6. dans laquelle les Fran
prirent parti pour lle.
IO8
combats,
conquérant et philosophe
profana mille
victimes.
crimes,
fut nourrie/
roi de Prusse
et cruel,
déclara à la
les Fran
À UNE JOLIE FEMME EN LUI ENVOYANT
UNE BRIOCHE
Ces vers paraissent pour la première fois dans le Mercure de France
(juillet 175o), p.62 [Mrl, où ils sont attribués à Desmahis. Ils sont
imprimés à nouveau dans des éditions des ceuvres de Desmahis, !
et aussi dans le Trésor du Parnasse, où ils sont toujours attribués à
Desmahis.
La Correspondance littéraire, I5 avril 162, présente le poème
sous le titre Autres vers attribués à M. de Voltaire.
Texte de base: MF.
Cures diverses de M. Desmahis (Genève, I76;), p.40; @wres complètes de
M. Desmahis (Maestricht, I777), P.104; Les uyres de M. Desmahis: première édition
complette (Paris, 1778), t.1, p.19o.
2 Londres, 1770, t.3, p.24
3 Ferney-Voltaire, 2015, t.9, P.l42:
IO9
IIO
A une jolie femme en lui envoyant une brioche
Certain chat, d'humeur libertine,
Se blottit un matín dans un tas de farine,
Pour mieux croquer les erédules souris.
Craignez qu'un jeune enfant, dont vous fuyez l'approche,
Ne soit caché de même au sein d'une brioche,
Pour mieux tromper votre mépris.
Ce Poésies explication suivi géomètre'). et des l'attribue Auguste Texte Claude-(Londres, aussi BnC Correspondance Jean-Msr Trente
ÉPIGRAMME
Ce poème n'est pas de Voltaire. Sa première parution, dans les
Poésies saryriques du XVUr siècle, n'est accompagnée d'aucune
explication et porte la date de r778 et le titre 'Epigramme".! Il est
suivi sur la même page par un quatrain de Voltaire ((Sur un
géomètre'). I est publié par Louis-François Metra dans la Correspondance
secrète, dans une discussion de la querelle des Gluckistes
et des Piccinistes datée De Paris, le I5 novembre 1777, sans atribution;
la cible en serait Marmontel. Jean-François de La Harpe
l'attribue à l'abbé Arnaud qui l'aurait rédigé contre Marmontel. 3
Auguste de Labouisse-Rochefort l'attibue à Guichard (probablement
Jean-François Guichard, 1731-1811).4
Texte de base: cs.
Claude-Sixte Sautreau de Marsy, Poésies satyrigues du XVIII siècle, 2 vol.
(Londres, I782), t.2, p.I68. Au vers z le nom de Vaisne est indiqué par V*, Voir
aussi BnC 2335
Correspondance secrète, politique et litnéraire (1787), t.5, p.267-68 (cs]
Jean-François de la Harpe, Correspondance liéraire adressée à son altesse impériale
Msr le Grand-duc, aujourd'hui empereur de Russie (Paris, an x 18o1), P-75:
Trente ans de ma vie, 8 vol. (Toulouse, 1844-1847), t.4, P.294:
III
Epigramme
Certain conteur d'amour-propre gonflé,
(Quoiqu'aux Incas tout lecteur ait ronfé)s
Se croit pétri d'une divine påte.
Ce monsieur-là, dont pour peu qu'on en tâte,
L'on a bientôt plus que satiété,
Ce lourd Aéau de la société,
Dont les mardis de Vaisne nous empâte,6
Refait Quinault,7 joint le mort au vivant,
Le lit partout, et croit tout bonnement
Etre l'auteur des opéras qu'il gâte.
5 Marmontel est l'auteur des Incas (1777), roman antiesclavagiste.
bLa Harpe, dans les notes au poème. indique qu'il s'agit d'un anclen premier
commis des hnances homme de beaucoup d'esprit lié avec I'élite des gens de lettres
et qui leur donnait à diner tous les mardis'.
i Philippe Quinault (1635-1688), poète et auteur dramatique. La Harpe précise
que Marmontel aurait lu les pièces de Ouinault comme si cétait les siennes,
II2
10
Cette Voltaire dans Editions: (1T7), M. de compler (Paris, et des sciences à La I773, Sautreau Suard, (Paris, repository à Texte
premier
lettres
précise
10
LE CURÉ GOURMAND. CONTE
Cette pièce imprimée dans les Nouveaux Délassements de M. de
Voltaire n'est pas de lui. Elle est attribuée à M. de la Condamine'
dans plusieurs recueils.
Editions: AlImanach des Muses, ou choix de poésies fugitives de iJ2, t.9
(1T7), P.II9-20 (attribué à La Condamine); Mouveaux Délassements de
M. de Voltaire (Lausanne, I773), P.I1-12; Encyclopédie poétique, ou recueil
compler de chefd'euvres de poésie, éd. Alexis Toussaint de Gaigne, t4
(Paris, 1778), p.462-64 (attribué à La Condamine); Journal des beaux-arts
et des sciences, février i773, P.246-48 (sans attrilbution); Bibliothèque des
sciences et des beau:s-arts, janvier, février, mars, I773, P.I14-16 (attribué
à La Condamine); L'Esprit des journaux français et étrangers, 15 avril
I773, P.45-47 (sans attribution); Recueil des meilleurs contes en vers, éd.
Sautreau de Marsy (Genève, 1774), p.266-68 (attribué à La Condamine);
Suard, Correspondance litéraire avec le margrave de Bayeuth, 73-gg5
(Paris, Champion, 201o), p.380; The Lady's Monthly museum or polite
repository of amusement and instruction 4 (Londres, 18oo), p.403-404 (attribué
à 'Musidorus').
Texte de base: Almanach des Muses.
II4
Le Curé gourmand. Conte
Certain curé gourmand outre-mesure,
Au lieu du lard qu'il avait fait saler,
D'un mets friand voulut se régaler.
Fort à propos, en cette conjoncture,
Madame Alix, veuve discrète et mûre,
Que le Curé doucement consolait,
Lui ft présent d'un beau cochon de lait.
Par deux Aacons d'une large carrure,
D'un hypocras qu'elle-même avait fait,
La veuve Alix rend le cadeau complet,
En attendant un pot de confiture.
Notre Curé n'avait pour tout valet
Qu'un jeune gars qui faisait sa cuisine:
Cétait l'enfant de sa chère voisine
Que le bonhomme aimait comme son fils.
Dimanche arrive, et Cest le jour de Pâques:
Le bon Pasteur endosse son surplis,
Dit à l'enfant: Ecoute petit Jacques,
Je vais prêcher; quand je serai sorti,
Ferme la porte, aie bien soin du rôti;
Pour déjeuner, tiens, mange cette poire;
Ces deux flacons, mets-les dans mon armoire:
C'est du poison: prends-y bien garde au moins!
Avant qu'il soit midi je te rejoins.'
Le curé sort; Jacquot tourne la broche,
S'ennuie et bâille; à la fin il s'endort.
Il se réveille en entendant la cloche:
Le rôi brûle: ah dit-il, je suis mort!
Ce n'est plus là cette peau couleur d'or;
Voyons pourtant: il la trouve fort bonne;
De bout en bout, il pèle le goret;
Il songe alors qu'il n'est vu de personne,
25
3O
10
25
3O
10
LE CURÉ GOURMAND. CONTE
Et que le cas peut demeurer secret.
Tournons toujours, se dit-il, et peut-être
Que le rôti reprendra sa couleur.'
Il se rassure, il tourne avec ardeur:
Mais tout va mal: J'entends venir mon maître;
I ne voudra jamais me pardonner;
Je suis perdu! je vais m'empoisonner.'
II dit, et vide un lacon d'une haleine:
II ne meurt point; l'autre bouteille est pleine:
Dans son transport, il l'avale soudain.
Le curé vient. Qu'as-tu fait misérable?
Mon rôt brûlé! butor! enfant du diable!
Tu ne mourras, pendard, que de ma main;
Dis ton Salve, c'est ta dernière antienne;
En t'étranglant, je me ferai raison.
Ah! Monseigneur, n'en prenez pas la peine:
je vais mourir, j'ai pris tout le poison.
Par M. de la Condamine.
IIS
35
40
45
PIGMALION
Ce poème est imprimé pour la première fois dans Buvres diverses de
M. dArnaud, où il est adressé à Mme la comtesse de *. Il parait de
nouveau sous le titre La Statue de Pygmalion, par Mr. d'Armaud. à
Madame la comtesse de *, dans Le Portefeuille trouvé,' suivi de la
note: Cette pièce a déjà paru imprimée dans le recueil des ceuvres
de Mr. d'Arnaud en 3 vol. Elle est de 1745.' La pièce reparaît dans
plusieurs éditions des euvres de Grécourt, toujours avec l'attribution
à d'Arnaud (par M. Darn...,. par M. Dn.), par exemple:
Supplément de Grécourt (Luxembourg, 1761), t.4, p.ro6-107; Bwres
diverses de monsieur de Grécourt (Amsterdam, I772), t.4, P.IIO-1;
Euvres complettes de Grécourt (Paris, 18o2), t.4, p.99-100. Les
Etrennes du Parnasse. Choix de poésies (Paris, 1776), P.I44-45, l'attribuent
aussi à d'Arnaud.
Le poème paraît dans K84, t.I4, P.I7-18. On le retrouve en 1820
dans les Pièces inédites de Voltaire imprimées d'après les manuserits
originaux (PI20], puis dans Le Dernier Volume des euvres de
Voltaire, où il est adressé à Mlle Lecouvreur.4 Arsène Houssaye
le reproduit dans Le Roi Voltaire, toujours adressé à Lecouvreur,
dans la section Poésies inédites de Voltaire, 5 mais il ajoute: Piron
écrivit la même fable à mademoiselle Lecouvreur, mais elle ne
descendit pas de son piédestal pour le poète bourguignon: elle
n'aimait que les poètes grands seigneurs. Le quatrain final commence:
O Lecouvreur, Dans CLT, t.I, p.239-40, il est attribue d
2P1ir) orenp, rmodauisit spaI2n0s. mention de Lecouyreur. Moland (t.32, p.420
Texte de base: K84.
1 Berlin, 751, t.3, p.I29-30.
2 Genève, 1757, 1759, p.199-20I,
3 Paris, 1820, p.I09-1II,
4 Paris, 1862, p.412-12,
París, 1864, P394-9)5
II6
22
En Puis Avec a PI20: 8 PI20; Pl20:
diverses de
parait de
d'Armaud. à
de la
ceuvres
dans
l'attribution
exemple:
Bwres
IIO-1;
Les
l'attribuent
1820
manuserits
de
Houssaye
Lecouvreur,
Piron
ne
elle
commence:
d
420
22
Pigmalion
Certain sculpteur, d'Amour je sais le fait,
En façonnant une sienne statue,
La tâtonnait; tout tâtonnant disait:
Que de beautés! si cela respirait,
Que de plaisirs! notez qu'elle était nue.
Bref dans l'extase, et l'âme tout émue,
Laissant tomber son ciseau de sa main,
Avide il baise, admire et baise encore.
Dans ses regards, dans ses veux incertain,
Des yeux, des mains, de tous ses sens dévore,
Presse en ses bras ce marbre qu'il adore,
Et tant, dit-on, le baisa, le pressa,
(Mortels, aimez; tout vous sera possible,)
Que de son âme un rayon sélança,
Se répandit dans ce marbre insensible,
Qui par degrés devenu plus Aexible,
Samolissant sous un tact amoureux,
Promet un cooeur à son amant heureux.
Sous cent baisers d'une bouche enflammée
La froide image à la fin animée
Respire, sent, brûle de tous les feux,
Soupire, étend les bras, ouvre les yeux,
Voit son amant plutôt que la lumière;
Elle le voit, et déjà veut lui plaire,
Craint cependant, dérobe ses appas,
Se cache au jour, dompte son embarras,
En rougissant à son vainqueur se livre,
Puis moins timide, et souriant tout bas,
Avec transport de tendresse s'enivre,
a PI20: Pigmalion, / Fable
8 PI20; Avide, baise
Pl20: Etend les bras, soupire, ouvre
II7
20
25
IO
II8
31 PI20; S'anime
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Presse à son tour son amant dans ses bras,
L'anime enfin à de nouveaux combats,
Et semble aimer même avant que de vivre.
Envoi
Toi, dont I'esprit, les grâces m'ont charmé,
Puissent mes vers transmettre en toi ma flamme:
Permets quAmour pour moi te donne une âme:
Qui n'aime point est-il donc animé?
30
35
Ce texte unique vers, Dans Jen'ai point qu'ils soient que des défaites, de siècle Dans l'édition annotés: Voltaire, prénoms mort du sOus son d'Achille. de Dans 700 jusqu' sauveur pouvait soupçonner ëtre mis contra nullus dAchille,'d'Alembert,45 vol. * 2uvres t.2 (1828), 3 Amsterdam, 4s vol. (Paris,
30
35
[CET HECTOR QUE TU VOIS, NA POINT
TROUVÉ D'ACHILLE)
Ce texte n'est pas strictement un poème, ne consistant qu'en un
unique vers, mais cest un alexandrin.
Dans D84, à Formont, le 13 février 1735, Voltaire écrit:
Jen'ai point encore vu les mémoires d'Hector; mais vrais ou faux, je doute
qu'ils soient bien intéressants; car, après tout, que pourront-ils contenir
que des sièges, des campements, des villes prises et perdues, de grandes
défaites, de petites victoires? On trouve de cela partout; il n'y a point
de siècle ui n'ait sa demi douzaine de Villars et de princes Eugène.
Dans l'édition Delangle des ceuvres de Voltaire, ces mots sont
annotés: Louis-Claude, maréchal duc de Villares, qui prit, selon
Voltaire, le nom d'Hector. La Biographie universelle ! lui donne les
prénoms de Louis-Hector. Voltaire, peu de temps avant ou après la
mort du vainqueur de Denain, écrivit ce vers, que je crois inédit,
sOus son portrait: Cet Hector des Français n'a point trouvé
d'Achille. La note est signée Clogenson, mais il n'y a pas d'indcation
de source.2
Dans l'Histoire des membres de l'Académie française morts depuis
700 jusqu' en 1g71, on lit: Les succès de M. le maréchal de Villars,
sauveur de la France à Denain, inspirèrentà un Allemand qu'on ne
pouvait soupçonner de vanité nationale, ce beau vers latin pour
ëtre mis au bas de son portrait: / Hic novus Hector adest, quem
contra nullus Achilles. / Cet Hector que tu vois, n'a point trouvé
dAchille,'3 Les mêmes mots se trouvent dans les 2uyres de
d'Alembert,4
45 vol. (Paris, 1843-1865), t.43, P.417-
* 2uvres complètes de Voltaire, os vol. (Paris, Delangle, 1824-1832), Correspondance,
t.2 (1828), p.I36.
3 Amsterdam, 1787, t.4, P.555-56.
4s vol. (Paris, 1821), , t t3, p.I77, Eloge du duc de Villars'.
II9
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Dans son édition de la correspondance, Beuchot (t52, DR)
explique: Le maréchal de Villars s'appelait Louis-Claude. et non
Hector. Voltaire, en lui donnant ce dernier nom, fait allusion A
ce vers latin d'un Allemand: / Hic novus Hector adest, qUem
contra nullus Achilles; / dont d'Alembert, dans son Eloge de Vil.
lars, rapporte cette traduction: / Cet Hector que tu vois n'a point
trouvé d'Achille
The Classical journal annonce: Marshall Villars was named
Hector; hence the following line under his picture: / Hic novus
Hector adest, contra quem nullus Achilles.'5 Sans attribution.
Lesage semble en savoir plus longet compare l'auteur à un mauvais
poète nommé Tunnicus: l y avait à Paris un nouveau Tunnicus,
Il était allemand de nation et surnommé le poète aux bouts-rimés.
I composait fort mal des vers français; mais en récompense, il est
l'auteur de ce beau vers latin qu' on voit au bas du portrait du grand
maréchal de Villars, dont le nom de baptême est Hector: Hic novs
Hector adest quem contra nullus Achilles.?6 Le manuscrit de la Bibliothèque
historique de la ville de Paris ne présente que le texte latin,
pinetlraoidt Huiet cptaorr .les mots: Pour le portrait du Mal de Villars qui s'ap-
Compte tenu des propos désobligeants de Voltaire à l'égard du
maréchal de Villars, l'explication de Lesage paraît plausible.
Manuscrits: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville, C;Sbis,
f.123r, BHVP, Rés.202s, f.r26r.
Texte de base: Euyres complètes de Voltaire (T828).
5 Juin 1814, Supplement', p.s93-
6 uvres de Le Sage, 12 Vol. (Paris, 1821), t.12, p.461.
I2C
t52, DR)
et non
allusion A
qUem
de Vil.
n'a point
named
novus
attribution.
mauvais
Tunnicus,
bouts-rimés.
récompense, il est
du grand
Hic novs
Bibliothèque
texte latin,
s'ap-
l'égard du
plausible.
C;Sbis,
Cet Hector que tu vois, n'a point trouvé d'Achille.
I2I
[CETTE PLUME À SOPHIE EST SEULE RÉSERVÉEI
Voltaire glisse ce poème dans une lettre qu'il adresse à Charlotte
Sophia van Aldenburg, comtesse de Bentinck aux alentours de
I750.! Selon Frédéric Deloffre, ces vers accompagnent le présent
d'un écritoire: Hommage fervent à Sophie pour sa "plume,
c'est-à-dire son talent d'écrivain (1l l'appelle un jour la Sévigné
d'Allemagne"); pour son intelligence (Pallas); pour ses charmes
('Amour); mais aussi, implicitement, pour la protection qu'elle
accorde ('égide).'2
Manuscrit: Cambridge, The Fitzwilliam Museum: MS Voltaire Letters
267.
Texte de base: manuscrit.
1 D4652b-N. Ces vers se trouvent au Department of manuscripts and printed
books, The Fitzwilliam Museum, Cambridge, , MS Voltaire Letters : 267. Is ont été
publiés pour la première fois dans Fréderic Deloffre et Jacques Cormier,
1e7t7 s8a) g(Oraxnfodred ,a 2m0i0e3', )C, po.r1re0s. pondance complère de Voltaire et de Mme Bentinck (I40
RH2L FF (r1é9d9é8ic), Dp.e6l3o-f8fr4e (,i cAi upx.7 7o)rigines de Candide: une "économíe du roman
I22
RÉSERVÉEI
Charlotte
alentours de
présent
plume,
Sévigné
charmes
qu'elle
Letters
printed
été
I40
Cette plume à Sophie est seule réservée.
Elle me charme, elle m'instruit.
Aux ailes de l'Amour elle fut enlevée
Et C'est Pallas qui la conduit.
123
[CHER ENFANT, SOYEZ LIMAGE]
Ces vers furent composés pour célébrer la naissance de Charles-
Henri de Caire, né le 26 janvier 1770 à Versoix. 1 Voltaire fait
allusion dans sa correspondance à la grossesse et à l'accouchement
de la mère. Le père, le comte François de Caire (1731-1792), était
un ingénieur mili taire qui, à l'issue d'une belle carrière, atteignit
en 1789 le grade de maréchal de camp. Il épousa Marie-Elisabeth
de Lebé (1742-1808)3 au Québec en 1760, et ils eurent plusieurs
enfants dont seuls deux survécurent. L'anée, qui sappelait Adélaide
(1761-1812), devint la marquise de Saujon; son frère cadet
était Charles-Henri, futur comte de Caire (1770-184o). De 1768
à I772, François de Caire fut commandant de la ville de Versoix
(qui faisait alors partie du pays de Gex, en territoire français), et
à ce titre il était I'ingénieur en chef qui surveillait la construction
de la nouvelle ville, projet soutenu avec enthousiasme par Voltaire,
et au gouvernement par le duc de Choiseul,4 De Caire fit la
connaissance de Voltaire dès son arrivée à Versoix, et la correspondance
entre les deux hommes (conservée à l'origine dans les
archives de la famille de Caire, tout comme le manuscrit de ce
poème) suggère une grande familiarité entre leurs deux maisons.
Voltaire envoie au couple de Caire des fruits de son jardin et deux
Voir Dr6169, Commentaire, n.2,
2 Voir Di6o93 er DI6169.
S La comtesse de Caire était intelligente et sociable: voir l'anecdote racontee Par
L W, B. Brockliss, Calver's web: Enlightenment and the republic ofleuers in eghtee
century France (Oxford, 2002), p.114,
4 Voir Jean-Pierre Ferrier, Le duc de Choiseul, Voltaire et la création de Versot
Ville: 1gGG-1577 (Genève, 1922); et Ira O. Wade, Versoix, Voltaire's El Dorado )
dans The Search for a new Voltaire, Transactions of the American philosophical sociey
48, pt.4 (Philadelphie, 1958), p.95-105.
5 Nous connaissons actuellement un total de quarante-huit Jettres adressées par
Voltaíre à François de Caire, qui séchelonnent entre in68 et r74. Aucune lete
de M. de Caire à Voltaire ne semble ayoir suryécu.
I24
de Charles-
Voltaire fait
l'accouchement
1792), était
carrière, atteignit
Elisabeth
plusieurs
sappelait Adélaide
frère cadet
De 1768
de Versoix
français), et
construction
Voltaire,
Caire fit la
la correspondance
dans les
manuscrit de ce
maisons.
et deux
racontee Par
eghtee
Versot
Dorado )
philosophical sociey
adressées par
Aucune lete
[CHER ENFANT, SoYEZ L'IMAGE]
bouteilles de vin de Tokay (DrSI98), et ils sont souvent invités au
château de Ferney: en septembre 1768, Voltaire les invite à díner,
en expliquant que le vieux malade' les recevra en robe de chambre
(Di2); et lorsqu'en décembre 1768, il invite à Ferney 'toute la
famille, il précise 'sans oublier Mademoiselle de Cair (Drs359),
dest-à-dire la jeune Adélaide qui avait sept ans à l'époque. I n'est
pas donc pour surprendre que Voltaire marque la naissance de
Charles-Hlenri en 77o en faisant cadeau à ses parents d'un petit
poème. Ces modestes vers de circonstance, publiés ici pour la
première fois, tirent tout leur intérêt du contexte social et sociable
qui sous-tend leur composition.
Texte de base: Manuscrit conseryé dans les archives de famille des
descendants de François de Caire (collection privée).
I25
I26
Cher enfant, soyez l'image
Des deux auteurs de vos jours.
Cest pour vous l'heureux présage
De la gloire et des amours.
Brave comme votre père,
Mars vous répond des honneurs;
Et beau comme votre mère,
Pourriez-vous manquer les ceurs?
Cette de Pierre-A.EG., de Voltaire. ce poème dans mais des La La marie 1710. la date Editions: (Bruxelles, une autre du moins Jrançais encyclopédique de l'histoire po7; Provinzialnachrichten Erbländern (Athènes (Londres, Texte de Répète Kepète
ÉPITAPHE
Cette épitaphe est reproduite pour la première fois dans le Recueil
de Pierre-Antoine de La Place sous le titre De d'Ar... court.,
A.EG., avec la note: Cette épitaphe se trouve écrite de la main
de Voltaire. On ignore s'il en est l'auteur.' L'édition Moland date
ce poème de 1733- Puisque cette épitaphe est attribuée à Voltaire
dans plusieurs publications, elle est peut-être issue de sa plume
mais des doutes subsistent.
La plupart des éditions ont la variante de le suivre dans le troisième
vers; c'est une erreur: l'antécédent est 'la suprême loi.
La famille Carvoisin d'Armancourt est influente. Helvétius se
marie avec Nolle Geneviève de Carvoisin d'Armancourt en
1710. Antoine de Carvoisin d'Armancourt naît en 1665. On ignore
la date de sa mort.
Editions: Pierre-Antoine de La Place, Recueil d'épiaphes sérienses
(Bruxelles, I782), t.I, p.433; Mercure de France, 10 août 1782, p.74 (Voici
une autre épitaphe copiée de la main de Voltaire; ainsi elle est de lui, ou
du moins lui a paru digne d'être conservée.'); L'Esprit des journaux
Jrançais er étrangers, t. 12, onzième année (décembre 1782), p.7o;' Journal
encyclopédique (Bouillon, 1782), t.5, partie 3, P.495-96;2 Tableau raisonné
de l'histoire litéraire du dix-huitième siècle, Année 1782 (Yverdon, I782),
po7; Provinzialnachrichten aus den kaiserlich königlichen Staaten und
Erbländern (Vienne, 1782), P.423: Almanach litéraire, ou étrennes d'Apolton
(Athènes Paris], 1783), p.210-11 (attribué à Voltaire); Les Calendriers
(Londres, I794) p.gs (attribué à Voltaire); M, t.10, p.498.
Texte de base: Recueil d'épitaphes.
Répète la note du Mercure.
Kepète ce que donne le Recueil d'épitaphes, en omettant le quatrième vers.
I27
I28
Epitaphe
Ci-git, dont la suprême loi,
Fut de ne vivre que pour soi.
Passant, garde-toi de la suivre!
Car on pourrait dire de toi:
Ci-gît, qui ne dut jamais vivre.
Ce poème (De Paris, a fait dans connue.' Acanthologie détracteurs frgir, porte aucune Dans l'état sur cette Editions: p.26s [(18oo), Acanthologie, Texte de
[CONTRE HOMERE ET SON ART DIVIN
Ce poème paraît pour la première fois dans la Correspondance secrète
(De Paris, le 18 mai I78r'), après une simple introduction: Voltaire
a fait dans sa jeunesse l'épigramme suivante qui n'est point
connue.' Il réapparaît dans Choix dépigrammes en 18oo, puis dans
Acanthologie en 1817, attribué à Voltaire sous le titre Contre les
détracteurs d'Homère'. Un manuscrit de la BnF, n.a.fr.2778,
frgir, porte les mots: 'tiré de la Corresp littéraire'. I ne paraît dans
aucune édition des ceuvres de Voltaire, ni dans la correspondance.
Dans l'état actuel de nos connaissances, on ne saurait se prononcer
sur cette attribution.
Editions: Correspondance secrète, politique et litéraire, t.11 (Londres, 1788),
p.26s [cs]; Choix d'épigrammes, éd. Ch. J. Colnet du Ravel (Paris, an xi
(18oo), p.212-13 (cité par le site Poèmes satiriques', n°7ó6o) [CE];
Acanthologie, ou dictionnaire épigrammatique (Paris, 1817), p.285-86 [A]
Texte de base: cs.
129
Contre Homère et son art divin,
Verrons-nous des complots sans fin?
Nest-il plus chez nous de police?
Pour le Aeuret et l'escarpin
La Motte a quitté son cilice
Et s'estime un fier spadassin.
Un autre, chanteur de Lutrin (a)
De l'attentat se rend complice,
Et pour eux, d'un air patelin,
Coiffé d'un armet gris de lin,
Fontenelle se jette en lice:
L'autorité de ses décrets
Séduit toute fade ruelle
Mais, de grâce, doux Fontenelle,
Réformez vos petits arrêts,
Ou permettez qu'on en appelle
A l'origine des siffets. (b)
(a) L'abbé Terrasson.
(6) Allusion à l'épigramme, de Racine, où il est dit que les siffets ont commencé à l'Aspar de Fontenelle.
6I CE: ajoute un titre: Contre les détracteurs d'Homère
CE: Et s'estime fier
A: Et s'escríme en fier
n.b, I-2 A: de Racine, L'origine des siflets.
130
IO
Les Buvres Helvétius', Sottisier, p.iu3. Ici qu'elles Le premier à Formont, Il ya un jeune vers admirables. Besterman et vers admirables (Moland épitres d'Helvétius.son intégralité. il paraît corrigé, Le deuxième Les vers OC, t.81, era nouveau du premier M, t32, hod (consulté le
ont IO
HELVÉTIUS
Les Buvres complètes publiées par Moland présentent, sous le titre
Helvétius', ces trois textes. l Les textes paraissent aussi dans Le
Sottisier, nouvelle édition (Paris, 1883), p.1o3; (Paris, [1920]),
p.iu3. Ici les trois parties sont séparées d'un trait, ce qui signifierait
qu'elles ne forment point un texte continu.
Le premier texte est bien un extrait d'Helvétius. Dans D2s25,
à Formont, Voltaire écrit:
Il ya un jeune Helvétius qui a bien du génie; il fait de temps en temps des
vers admirables. En parlant de Locke, par exemple, il dit:
D'un bras il abaissa l'orgueil du platonisme [ic,
De l'autre il rétrécit le champ du pyrrhonisme.
Besterman remarque: in Voltaire's] notes on the Epitre sur l'orgueil
et la paresse d'esprit he told Helvétius that they were "deux
vers admirables et que je retiendrai par coeur toute ma vie"
(Moland xxii. (8]). Voltaire a compos des Remarques sur deux
épitres d'Helvétius.2 Le poème semble n'avoir pas été publié dans
son intégralité. Même dans les éditions des euvres d'Helvétius
il paraît dans la forme où Voltaire l'a annoté. Un manuscrit, richement
corrigé, peut être consulté à Bodmerlab.3
Le deuxième texte ne serait pas de Voltaire non plus.
Les vers se trouvent dans Notebooks, Leningrad notebooks,
OC, t.81, P.263-64, où ils sont attribués à La Faye (1674-1731),
era nouveau p.zo8, peu après une citation des deux premiers vers
du premier texte.
M, t32, p.$38-39. Certains tirages de ce tome n'ont pas ces pages.
hod Plea larions/autographes/ mirador/107206852
(consulté le 26 mars 2020).
13I
132
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Le trojsieme texte semble inconnu hors le Sottisier et Moland
Iemmpporusnstibé lea ildleeu srsa.voir si Voltaire l'a composé ou s'il l'a simplement
Texte de base: Moland.
Moland
simplement
Helvétius
D'un bras il abaissa l'orgueil du stoicisme,
De l'autre il rétrécit le champ du pyrrhonisme.
Entre tous ceux qui vous rendent hommage
I n'en est point qui m'égale en ardeur;
Où mieux placer votre charmante image
Que dans les mains de qui l'a dans son cceur?
De Psyché seriez-vous l'amant?
De ce dieu seriez-vous la mère?
Sous cet équivoque ornement
Vous rassemblez tout l'art de plaire,
Et je m'embarque également
Et pour Florence et pour Cythère.
Enfin l'on ne parlera plus
Du petit nombre des élus,
Depuis que madame l'Elue
Les fait deux à deux dans la rue.
I33
S
I34
LE BASILIC
Ce poème, qui paraît dans les Nouveaux Délassements de M. de
Voltaire, a probablement été écrit par Charles Marie de La Condamine,
comme le précisent des recueils contemporains.? Bengesco
n'attribue pas cette pièce à Voltaire non plus.3
Texte de base: Marsy, Recueil.
Nouveaux Délassements de M. de Voltaire Lausanne, 1773), p.I3 NDVJ
2 Claude Sixte Sautreau de Marsy, Recueil des meilleurs contes en vers (Genève,
I737 4B),e Png.2e6s4c-o6,5 t;. 4A,l mP.a2n4a8c h(n d 2e2s3 M1)u,ses (Paris, 1773), P.7-8.
a NDV: NDV: I
NDV: 9
II NDV: NDV: 17 NDV: 18
NDV: 23 NDV: <325 NDV:
M. de
La Condamine,
contemporains.? Bengesco
Genève,
Le Basilic
D'un certain bourg, un htelier escroc
Répand le bruit dans la ville voisine,
Qu'un basilic est né dans sa cuisine,
Et qu'il est fils d'une chatte et d'un coq.
Chacun accourt, et notre hte de vendre
Son mauvais vin, tandis qu'il fait attendre.
Pardon, messieurs, hier je fus requis
De faire voir à monsieur le Marquis
Mon basilic: je n'ai pu m'en défendre:
Mais ce soir même il promet de le rendre;
Il est joli, vif comme un sapajou.
En attendant, messieurs, buvez un coup;
Amusez-Vous, considérez ma chatte:
Elle est bien douce, elle vous tend la patte;
Elle et mon coq ont fait ce beau bijou:
Je les ai pris sur le fait dans un trou.
Parlant ainsi, le drôle, en homme habile,
Flatte ses gens, promet de meilleur vin:
Bonsoir, messieurs, il est tard, à demain.
Nos curieux retournent à la ville
Entre deux vins et d'un air triomphant.
Eh bien! voisins, leur crie un fin compère,
Le monstre est-il moins gros qu'un éléphant?
a NDV: Le Basilic, conte bleu
NDV: En certain bourg
I
NDV: Mon nouveau né: je ne pus
9
II NDV: Ce joli monstre a l'air d'un Sapajou
NDV: On les a pris
17 NDV: En devisant, le
18
NDV: Fait les honneurs, promet
23 NDV: est-il gros comme un éléphant?
<325 NDV: éléphant?/ L'avez-vous vu, tient-il de la panthère?
135
20
136
POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Est-ce un dragon, un sphinx, une chimère?
L'avez-vous vu? Parlez, réponse claire.
Nous n'avons pu, disent-ils, voir l'enfant:
Mais nous avons vu le père et la mère.
25
Ces vers podsie, Volaire intiulé le Recueil Voltaire, des OCV) Charles-En dehors par le nom musicien Editions: p.182-83 [Texte de base: I Voir OCV,
25
À M. , QUI PRÉSIDAIT À UNE FÊTE
Ces vers imprimés isolément dans la Troisième Suite des mélanges de
podsie, de itérature (761; TS6I) proviennent d'un autre texte de
Volaire intiulé La Fte de Bilesbat (1725, mais publié en 1741 dans
le Recueil de nouvelles pièces fugitives en prose et en vers, par M. de
Voltaire, Londres Rouen], 1741, qui sert de texte de base à l'édition
des OCV) où ils font partie d'une mascarade et sont dédiés à
Charles-Jean-François Hénault (1685-1770) et non à Damon'.
En dehors du contexte originel il faut remplacer le nom de Hénault
par le nom conventionnel de Damon, dérivé de Damon d'Athènes,
musicien et musicologue, équivalent humain d'Apollon.
Editions: Ts61, p.424-2s; MP1, p.242; wó4R, t:3, p.104-10s; OCV, t3A,
p.182-83 [0cv].
Texte de base: TS6I.
I Voir OCV, t3A, p.182-83.
137
a
138
A M. * qui présidait à une fee
Damon, aimé de tout le monde,
Vous enchantez également
Le philosophe, l'ignorant,
Le galant, à perruque blonde,
Le citoyen, le courtisan.
En Apollon, vous êtes mon confrère;
Maître dans l'art d'aimer, bien plus dans l'art de plaire,
Vif sans emportement, complaisant sans fadeur;
Homme d'esprit, sans être auteur.
Vous présidez à cette fête,
Vous avez tout l'honneur de cet aimable jour;
Mes lauriers étaient faits pour ceindre votre tête,
Mais vous n'en recevez que des mains de l'Amour.
ocv: (@ M. le président Hénauld)
ocV: Hénault, aímé
7. ocV: Maitre en l'art d'aimer, bien plus en l'art
10
ODE Ce poème d'échanges 1734 passer comblent raison en 1764 à Mlle Editions: P357-59.
Texte de Voir * W64R.
plaire,
10
ODE À MADEMOISELLE DE MALCRAIS DE LA VIGNE,
DU CROISIC EN BRETAGNE
Ce poème n'est pas de Voltaire. I se situe en effet dans un cycle
d'échanges qui ont eu lieu dans le Mercure de France de 1732 à
1734 entre le poète breton Paul Desforges-Maillard (se faisant
passer pour MIlle de Malcrais de La Vigne) et les lecteurs du périodique
qui, enflammés par cette mystérieuse muse armoricaine, a
comblent de vers. Voltaire de même se prend au jeu. ' Pour une
raison inconnue, les éditeurs néerlandais des euvres de Voltaire
en 1764 lui attribuent les pièces parues dans le Mercure et dédiées
à Mlle de La Vigne,?
Editions: Mercure de France (mai 1732), P.9I7-20 MF]; Poésies de Mademoiselle
de Malerais de La Vigne (Paris, 1733), p.a22-24 [xv]; w64R, t.s,
P357-59.
Texte de base: w64R.
Voir ci-dessus l'introduction àA mademoiselle de Malerais de La Vigne, p.ó7.
* W64R. Voir également les 'stances irrégulières', wó4R, t.I 2, P.85-88.
I39
I40
a My
Ode à Mademoiselle de Malerais de La Vigne,
du Croisic en Bretagne
Dans l'enceinte des murs où la Marne serpente,
Quand je lis tes écrits,
Savante de Malcrais, leur force surprenante
Etonne mes esprits.
Je me sens élevé sur la double Colline.
Dans mes heureux transports,
De ta céleste voix, de ta lyre divine,
J'écoute les accords.
Tu ravis, tu surprends les filles de Mémoire
Dans le Sacré Vallon,
Jusqu'au faite brillant du Temple de la Gloire,
L'echo porte ton nom.,
Que dis-je, tes beaux vers ont passé le Cocyte,
Aux Champs Elyséens
L'amante de Phaon tendrement les récite
Et les préfere aux siens.
On parle du Croisic, comme on parle d'Astrée,
De Smirne, de Lesbos;
La Muse de nos jours y montre Cythérée
Plus belle quà Paphos.
Les Grâces font parler de Luth et la Musette
Qu'accompagne ta voix,
Et tu peux animer, au son de la trompette,
Les Héros et les Rois.
Tu fais ce que tu veux; si ton vaste genie
T'inspire de grands airs,
A peine dans leurs chants, Calliope, Uranie,
Egalent tes concerts.
Ode de M, ** de Chálons
20
25
29 MV
49 MV
J1 MV
33 ME,
20
25
29 MV
49 MV
J1 MV
oDE À MADEMOISELLE DE MALCRAIS DE LA VIGNE
Si u fais raisonner, ou l'Eglogue ou lldylle;
Tes accents sont si doux,
Que malgré leurs grands noms, et Térence et Virgile
En deviennent jaloux.
Comme eux en t'attachant à peindre la nature,
Tu finis tes portraits;
Mais ton tendre pinceau dans la vive peinture
Enchérit sur leurs traits.
Un tour plus gracieux, plus de délicatesse,
Fait briller tes couleurs;
Le trait dont tu te sers pour peindre la tendresse
La porte dans les coeurs.
L'Amour vole partout où ta plume fidèle
Fait voler tes chansons;
Oui, l'amour, s'il pouvait subir la loi mortelle
Renaîtrait de leurs sons.
Tu ranimes ses feux, tu lui forges des armes,
Et les yeux de Cypris
N'ont pas de son aveu la douceur et les charmes
Qu'on sent dans tes écrits.
L'Amour pleure avec toi, quand le trépas d'un père
Tarrache des soupirs;
Il rit, quand des oiseaux consacrés à sa mère
Tu décris les plaisirs.
L'Amour...mais je me tais, il faut être un Pindare
Pour oser te chanter,
Et je suis menacé de la chute d'Icare,
Si je veux le tenter.
fais résonner, ou
33 ME, MV à rendre la
ajoute une note:] LOde sur la mort de son père.
lgjoute une note:] LIdylle des tourterelles,
I4I
45
So
35
4
30
DE CES TROIS BERNARDS QUE L'ON VANTE)
Ce sixain fait son entrée dans le corpus voltairien avec l'édition
Delangle des Buvres complètes (t.18, 1828, p.273), où il est daté de
1736. Il est repris par Beuchot puis Moland, sans aucune note ou
indication quant à son origine.' Il est bien possible que cette pièce
soit de la plume de Voltaire. Ce dernier appréciait les talents de
Pierre-Joseph Bernard (1708-1775), connu sous le surnom de
Gentil-Bernard. Il a composé Les Trois Bernards vers I740, poème
qui a un lien évident avec ce sixain.2 Les trois Bernards sont
Bernard de Clairvaux, Samuel Bernard et Pierre-Joseph Bernard.
Voltaire écrit à Pierre- Joseph Bernard le 27 mai 1740 (D2212):
Vous serez toujours des trois Bernard celui pour qui j'aurai le plus
d'attachement, quoique vous ne soyez encore ni un Crésus, ni un
saint." Il existe deux autres poèmes de Voltaire à Gentil-Bernard
sans date mais qui auraient été composés dans les années I740.
Si dans le sixain il est question d'un diner avec Gentil-Bernard,
dans 1 Inyitation à M. Bernard il s'agit d'un agréable 'souper.
Texte de base: Moland.
B, t.l4, P.368; M, t1o, p.s15.
2 0C, t.20A, p.s7679
A. M3, 0BCeVrn,a tr.d8 3(p, .7u4n- 7q6u)a. train, Inyitation à M. Bernard (p.47-48) et un huítain,
I42
Saint Samuel Pierre-
l'édition
de
ou
pièce
de
de
poème
sont
Bernard.
D2212):
plus
un
Bernard
I740.
Bernard,
huítain,
De ces trois Bernards que l'on vante,
Le premier n'a rien qui me tente:
Il dinait mal, et souvent tard;
Mais mon plaisir serait extrême
De diner chez l'autre Bernard,5
Si j'y rencontrais le troisième. 6
Saint Bernard de Clairvaux (10ogo-1153), moine.
Samuel Bernard (16;1-1739), financier.
Pierre-Joseph Bernard (1708-1773), poète.
I43
SUR L'OPÉRA DE SÉMIRAMIS
Ces vers manuscrits se trouvent dans les Papiers Cideville. conservés
à la bibliothèque municipale de Rouen. Ils n'ont jamais été
publiés, semble-t-il. Le site 'Poèmes satiriques', qui date le poème
de 1718, donne une version légèrement différente du poème, issue
d'un manuscrit conservé à la Bibliothèque Mazarine (fonds
général, Ms 3982, p.224). Deux vers en sont cités dans une lettre
à d'Argental du 26 juillet 1748 (D3725):
Mon divin ange, votre substitut l'abbé Chauvelin me mande que le roi
donne une décoration magnifique. Chargez-vous s'il vous plaît de la plus
grande partie de la reconnaissance; car tout cela se fait pour vous. Mais
n'allons pas être siflés avec une dépense royale, et qu'on ne dise pas, le
faste de votre dépense
Na point su réparer l'extrême impertinence.
nSi dijee vsaunist sleif frloéi .je n'oserai jamais me présenter devant m et mme Dargental,
Cette citation suggère que d'Argental connaît déjà le poème entier,
mais nous n'avons pas trouyé le reste des vers dans la correspondance
entre les deux hommes.?
Pour l'histoire de la parution de Sémiramis yoir l'édition de la
pièce dans 0CV, t30A.
fM.r2a0nru.scrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville Cg8bis,
Texte de base: manuscrit.
Sur le rôle de Chauvelin, voir ST, t.2, P.549.
2 Les deux vers cités sont mentionnés aussi i par l'édition de Kehl dans une lettre
qui est l'amalgame de D3725 et D3732 (t.54, P.I46)
I44
De Triste Ne Des I Manuscrit: 2 Manuscrit: 4 Manuscrir:
conservés
été
poème
issue
fonds
lettre
roi
plus
Mais
le
Dargental,
entier,
correspondance
la
Cg8bis,
lettre
Sur l'opéra de Sémiramis
De deux auteurs nouveaux l'orgueil et I'ignorance
Triste Sémiramis, vous présente à nos yeux;
Le faste de votre dépense
Ne saurait réparer l'extrême impertinence
Des vers et des chansons qu'on entend dans ces lieux.
I Manuscrit: Triste Sémiramis, l'orgeuil et l'ignorance
2 Manuscrit: De deux auteurs nouyeaux se produit à nos yeux
4 Manuscrir: N'a pas pu réparer
145
IMPROMPTU A UNE FEMME GALANTE
SUR LE RETOUR DE L'ÂGE
IIn'y a aucune preuve que cet imnpromptu glissé dans les Opuscules
potiques soit de la main de Voltaire. Dans Les Flèches d'Apollon
ces vers sont attribués à M. Chaudon' et portent le titre 'Sur une
courtisane qui avait épousé un homme très jaloux'. Cette version,
avec la variante du vers 4, est inférieure et le titre n'a pas de lien
fort avec le contenu. Elle est marquée d'une étoile, ce qui indique
une épigramme nouvelle, selon le compilateur. La version des
Opuscules est plus convaincante, mais Les Flches d'Apollon ont été
redigées par Esprit-Joseph Chaudon – M. Chaudon'! Est-il vraiment
l'auteur de ces vers, ou aurait-il attendu la mort de Voltaire
pour oser une supercherie?
Editions: Opuscules poétiques, ou le plus charmant des recueils, contenant
plusieurs pièces fugitives de M. de Voltaire [oP] (Amsterdam, [1773),
p.2o (volume réimprimé avec le titre Le Voltaire galant, ou les Opuscules
poétiques); Les Fleches d'Apollon ou nouveau recueil d'épigrammes anciennes
et modernes, 2 vol. (Londres, 1787), t.l, p.IL4 [FAJ.
Texte de base: [oP].
I46
Impromptuà De Iris, Mais 4 FA: Vous I Lais d'Hyccara, de Corinthe
Opuscules
d'Apollon
une
version,
lien
indique
des
été
vraiment
Voltaire
contenant
1773),
Opuscules
anciennes
Impromptuà une femnme galante sur le retour de l'áge
De la lubricité le plus parfait modèle,
Comme une autre Lais, I sûre d'être immortelle;
Iris, abstenez-vous des plaisirs de Vénus;
Mais pour vous rendre sage, il faudrait un Argus.
4 FA: Vous êres parfois sage: ô le maudit Argus!
I Lais d'Hyccara, courtisane qui était active vers 3 385 av. J.-C; ou peut-être La's
de Corinthe (425 av. J-C). Elles sont souyent confondues,
147
LE ROSAIRE. CONTE
Ce conte en vers semble n'exister que dans un manuscrit à la Fitzwilliam
Museum Library, Cambridge, MS 4-196t. Nicholas Cronk
l'a publié pour la première fois, avec une description du manuscrit
et les raisons de croire qu'il pourrait être de Voltaire, dans Le Livre
du monde et le monde des livres. Milanges en l'honneur de François
Moureau (Paris, 2012), p.ro71-82.
Texte de base: Le Livre du monde.
I48
Par En Les Ensemble Loin Pas Or Si Seules Après Puis C'est On L'une Le Mais D'où C'est A Mieux 'envie
Fitzwilliam
Cronk
manuscrit
Livre
François
Le Rosaire. Conte
De la nature et de l'amour
La volupté reçut le jour
Et C'est elle qui nous inspire.
A peine nos yeux sont ouverts
Qu'elle vient dans nos caeurs établir son empire
Mère de nos penchants et de nos goûts divers,
Sa puissance s'étend sur tout ce qui respire,
Tout obéit à ses impressions,
Par l'attrait des plaisirs dont elle est l'origine
En tout temps elle détermine
Les moindres de nos actions.
Au fond d'un bois des filles de village
Ensemble étaient, et dansaient aux chansons,
Loin des parents de tout le voisinage,
Et sans garçons
Pas le moindre Berger n'était de la partie
Or l'on conçoit bien aisément,
Qu'elles eussent été beaucoup mieux assorties,
Si chaque fille avait eu son amant;
Seules enfin s'ébattaient à leur aise,
Après maints sauts les jeux eurent leur tour,
Puis on s'assit, et puis propos d'amour,
C'est le refrain et c'est le seul qui plaise.
On met sur les tapis les galants du hameau,
L'une veut le plus riche, et l'autre le plus beau,
Le curé plaît surtout à la troupe rustique,
Mais plus il plait, et plus on le critique;
D'où vient cela? 1on avait ses raisons,
C'est aussi bien que son vicaire
A Nicole sa ménagère
Mieux disait que des oraisons.
'envie est toujours médisante,
I49)
20
2
3
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
En fait d'amour, en fait d'appas,
Sexe aimable on peut bien ne vous en croire pas.
On en yeut au curé bien moins qu'à sa servante.
Elle recevait tous les jours
Sans compter les faveurs secrètes
Maintes robes et nouveaux atours.
Le curé fait-il des emplettes
La toile se partage avec égalité
Moitié pour les rabats, moitié pour les cornettes.
Le vicaire de son cté
N'épargne rien: aussi Nicole
Avec l'un l'autre batifolle,
Dieu sait comment! ce n'est là l'embarras,
Je vous connais ijeunes fillettes,
Et ne me fie à yos mines discrètes,
Que feriez-vous en pareil cas?
On revient aux garçons, on les passe en revue
Et puis notre troupe ingénue
Se dispute sur les attraits,
Sur les moyens, sur les secrets
Propres à donner dans la vue,
On fait valoir jusqu'aux moindres appas;
Les gros tétons, la croupe rebondie
Ne sont articles qu'on oublie,
Bref de quoi ne parle-t-on pas?
Et puis la voix, et puis la danse,
Chaque flle allègue à son tour,
Ce qu'elle croit plus propre à donner de l'amour,
Et parle selon qu'elle pense
Sur les attraits. Pour être aux champs
On n'en cherche pas moins à plaire,
Le désir d'avoir des amants
A la princesse égale la bergère.
Toutes deux mais différemment
Aiment les jeux d'amour, recherchent la fleurette.
6
3S
40
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Et A Envier Selon Or la nouveauté Paris, 1712,
6
3S
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s0
LE ROSAIRE. CONTE
Aux champs on l'écoute en cachette
A la ville publiquement.
On se disputait fort quand la vieille Macée
D'un tour de main fit taire l'assemblée;
Macée érait veuve depuis longtemps,
Non d'un mari, mais de plusieurs amants,
Cétait l'oracle du village
Gentille à l'âge de quinze ans,
On dit que de son pucelage
Le seigneur en avait eu les gands;!
Puis elle avait au presbytère
Occupé la jeunesse à maint galant exploit.
Elle savait sur le bout du doigt
Tous les bons tours de l'amoureux mystère,
Ce n'est point là le vrai neud de l'affaire,
Dit-elle, en fait d'amour, les attraits apparents
Pour réussir sont des faibles garants;
Le vrai point ... c'est certaine chose,
Certains appas cachés dont moins on a
Plus il est beau, plus il plait ... c'est cela
Dont à son gré l'époux dispose
Et que la femme accorde à son ami
Plus volontiers qu'à son mari.
Cest cela qui dans mon jeune âge
A tous autres appas m'aurait fait renoncer,
Ce qu'il vaut, ne se peut penser,
On ne le sait que par l'usage,
Mais tout est par malheur sujet au changement
Encor s'il arrivait certain accroissement
A nos bergers! hélas! de grandes mères
On verrait des jeunes bergers
Envier le sort fortuné,
Selon René Trépagne de Ménerville. Avoir les gands de quelque chose, c'est en
Or la nouveauté (Les Amusements de Monseigneur le duc de Bretagne, dauphin,
Paris, 1712, p.I1O).
ISI
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75
I52
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Et ne vouloir qu'amants octogénaires;
Autrement en est ordonné
Pour nos péchés et c'est peine perdue
Que nos regrets; or celle d'entre vous
Plaira le plus qui sera moins pOurvue
De ces appas sans témoins entre nous.
Voyons un peu; ça que je vous mesure
En sûreté dans le fond de ce bois,
Nous le pouvons; proposez la gageure,
Consentez-vous? Je vais prendre les voix.
En rougissant, les jeunes acceptèrent,
Anne d'abord et Marthe résistèrent,
Et ce sur des bonnes raisons
Car toutes deux joignaient à l'âge
Plus avancé certain apprentissage
Qui de cela gâte un peu la façon;
Comment léchapper? comment faire?
Le cas devenait important
C'est découvrir en résistant
Le défaut qu'on voudrait taire;
Le nombre l'emporta, l'on accepte à la fin,
Moitié figue, et moitié raisin,
Pour un événement si rare
Un lit sur le gazon à l'instant se prépare,
Mais qui d'abord voudra passer
Et par qui va-t-on commencer?
Le sort en décida, dificultés nouvelles,
Cependant si quelqu'un dans les bois se cachait,
Ou si quelque passant par hasard s'approchait,
Macée aux environs pose des sentinelles,
Pourvoità tout; devinez maintenant,
Ce qu'elle imagina pour prendre les mesures,
Un compas ... non ... en le tenant
Les pointes devenaient dangereuses, peu sûres,
Jarretières, lacets, fls, cordons de ceinture
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(10
Le A Comment On Car Tout La Faisant Elle A Anne Au Paraît Anne On Vont Quoi, L'amant
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10
(10
LE ROSAIRE. CONTE
En avançant, en reculant
Un peu les doigts (et la chose est facile)
Elle eût pu se tromper, Macée était habile
En pareils cas pleine d'inventions.
Ainsi pour bien juger cette importante affaire
Pour prendre au vrai longueurs, dimensions
La vieille tira son Rosaire,
Le moyen était bien trouvé
Par la troupe il fut approuvé:
Au même instant on commence l'ouVrage:
La première passa neuf grains,
Chacune jusque là croit avoir l'avantage.
On applaudit, on bat des mains;
Par grains on mesurait; déjà l'on me demande
Comment les grains gros, ou petits;
Le chapelet érait de contrebande,
A petits grains, sans pater, tous unis.
Un doute encore vous embarrasse,
Comment pouvoir bien mesurer: j'entends,
On ne prenait que la surface
Car pour le reste on eût perdu son temps;
Tout se passe sans tricherie,
La seconde était Marthe, elle arrive à son tour
Faisant un peu la renchérie,
Elle était ferme et faite au tour
A douze grains, et ce pour certaine aventure
La vieille porta sa mesure;
Anne la suit, et passe apres
Au même point: et le rosaire exprès
Paraît être arrêté pour elles.
Anne devient muette, elle rougit, elle pålit,
On rit plus fort, toutes deux de dépit
Vont se cacher, la vieille les rappelle:
Quoi, douze grains, c'est une bagatelle,
L'amant n'y voit goutte en plein jour,
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140
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Ifo
I54
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
De vous fächer, je ne vois nulle cause.
A la ville, comme à la cour,
Sur mon ieu, c'est autre chose.
On recommence, et fille de quinze ans,
Ayant encore sa première innocence,
(Cas singulier) se montre sur les rangs,
Elle n'avait d'autre science
En fait d'amour, si ce n'est le désir
Que dans le coeur notre commune mère
Presque en naissant fait ressentir.
Sur le gazon notre jeune Bergère
Non sans rougir découvre aux yeux
Trésors cachés dignes des dieux.
La vieille approche le rosaire
Cing grains au plus en font l'affaire.
La matronne s'écrie; autant on m'en a vu,
Profitez-en bien ma mignonne,
Tel fut jadis ... que Dieu me le pardonne,
J'en croyais le moule perdu.
A ces discours toutes pâlissent,
Même examen, I'une à sept, l'autre à six
Et c'est le moins, l'autre va jusqu'à dix.
Toutes enfin sont mesurées.
Anne et Marthe en un coin, loin de là, retirées,
Reviennent, Marthe imagina
Qu'il fallait à son tour pour effacer I'idée
De douze grains, examiner Macée,
Elle propose, on accepta.
Et bientôt toute l'assemblée
Sur notre vieille se jeta.
Elle résiste, on la força,
Toutes près d'elle étaient rangées.
Mais quel effroi! tout fuit, on la laissa,
Anne et Marthe furent vengées.
Presque en entier le rosaire y passa.
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Le distique encore au effet, selon une exemplaire Beuchot civiles de Beuchot A la page POUR N'ayant jamais que ces deux Les deux Michel Raynaud. écrit par latin qui Est-il de deux livres d'argent Succès' Semble-Vieillie 'sols',' Texte de base: Vie de Bengesco semble Gustave 3 Voltaire
"Avis aux
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00
DE MES PREMIERS SUCCÈS,
ILLUSTRE TÉMOIGNAGE]
Le distique ici présenté, qui aurait pu avoir été rédigé par un Arouet
encore au collège, est fortement remis en question par Beuchot.1 En
effet, selon Desnoiresterres Voltaire aurait écrit le poème – il propOse
une version différente de celle donnée par Moland- dans un
exemplaire de l'Histoire d'Italie de François Guichardin, alors que
Beuchot avance que le texte est contenu dans l'Histoire des guerres
civiles de France. L'aspect anecdotique de l'attribution pousse
Beuchot à rejeter le texte de la collection des euyres de Voltaire:
A la page 6s5, on lit en marge et en majuscules ces deux vers manuscrits:
DE MA GLOIRE PASSÉE ILLUSTRE TÉMOIGNAGE,
POUR CINQUANTE-DEUX SOLS JE T'AI MIS EN OTAGE.
N'ayant jamais vu de l'écriture moulée de Voltaire, je ne puis que douter
que ces deux vers soient de sa main.
Les deux versions de l'origine du poème sont présentées par Jean-
Michel Raynaud. Ce distique, selon les deux traditions, aurait été
écrit par le jeune Arouet dans un livre donné en prix de discours
latin qui lui est décerné en 17I0.
Est-il possible que les deux traditions soient vraies, qu'il s'agisse
de deux livres contenant des vers semblables? A noter que la somme
d'argent n'est pas la même et qu'l ya une différence entre 'premiers
Succès' et 'gloire passée. On se souvient qu'en 1769 Voltaire,
Semble-t-il, aurait vigoureusement condamné l'usage de la forme
Vieillie 'sols',' mais l'aurait-il condamnée quand il était écolier?
Texte de base: Desnoiresterres.
Vie de Voluaire, Euvres de Voltaire (Paris, 1834), L.I, p.i22; M, tiI, p.192.
Bengesco semble accepter I'avis de Desnoiresterres (t.l, P.321).
Gustave Desnoiresterres, La leunesse de Voltaire (Paris, 1867), P.183-
3 Voltaire
soi-disant (Lille, 1983), p.83-84
"Avis aux imprimeurs', OCY, t.70A, p.425-32 (P:429)
I55
De mes premiers succès, illustre témoignage,
Pour trois livres dix sous, je te mis en otage.
Ce poème collection 1 A M. de Voltaire'. et bien que conformes l'esprit de Texte de base: Hlle, Pon,
[DÉGAGEONS LA RELIGION
Ce poème se trouve à PUniversitätsbibliothek, Halle, dans une
collection manuscrite titrée Poésie et prose de Voltaire et d'aures'.
1 A côté du poème une autre main a écrit: Vers attribuez a
M. de Voltaire'. Rien ne nous permet de lier ces vers à Voltaire,
et bien que les sentiments exprimés ici pourraient être considérés
conformes à ses idées, le style en est lourd et plat et n'a rien de
l'esprit de Voltaire.
Texte de base: manuscrit.
Hlle, Pon, Misc. 40 g8, f.i27r-128r.
I57
I58
Dégageons la religion
Des bizarres cérémonies
Et que du culte soient bannies
La sottise et la vision.
Ce n'est pas la cérémonie
Qui plaît à l'Etre souverain
C'est le tendre amour du prochain
Et l'intégrité de la vie.
Passer la moitié de ses jours
Au temple à faire des prières
A gémir de mille manières
Peut ne pas plaire à Dieu toujours.
Au pauvre une simple visite
A titre de consolateur
Au Créateur rend plus d'honneur
Que ces vains soins dont il vous quitte.
Que sert à la société
Le soupir que le vent emporte?
L'indigent est à votre porte
Songez à sa nécessité.
Priez moins et soyez plus sage
Moins de veux, plus de charité
Moins de ferveur, plus d'équité
Et Dieu n'en veut pas davantage.
A l'égard de nos soins mondains
On peut rechercher I'opulence
La réputation d'aisance
Si l'honneur trace le chemin.
Jamais aux dépens de personne
N'améliorons notre état
25
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25
30
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[DÉGAGEONS LA RELIGION]
C'est un lourd fardeau que l'éclat
Que le malheur d'autrui nous donne.
Ne nous laissons point prévenir
Par la crainte ou par l'espérance
Du châtiment ou récompense
D'un trop incertain avenir.
Notre âme peut être immortelle
Aussi bien que ne l'être pas
Que m'importe après le trépas
Ce que Dieu voudra faire d'elle.
II me sufft, j'ai fait du bien
Entre ses mains je la dépose
Selon son gré, qu'il en dispose
Je fus, je suis, serai le sien.
I59
35
40
LA DOUCE VENGEANCE
Ce 'conte en vers' est donné par Mangold, qui le date d''avant
1718 parce qu'il est signé Arouet. Le manuscrit n'est pas de la main
de Voltaire, c'est une copie qui se trouve dans le Recueil de
diverses pièces de Sophie Dorothée conservé dans les archives
royales à Berlin (RSD II, 215). Mangold n'a aucun doute sur son
authenticité, en se basant uniquement sur le style. De nos jours
on exigerait des preuves plus solides.
Le poème semble être inédit avant l'édition de Mangold.
Ediion: oltairiana inedita, éd. W. Mangold (Berlin, Igo1), p.33-37
Texte de base: Mangold.
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Depuis A laimable Et Ne Tendre D'un Auprès L'amour Ce Dans Exempt On Toute Fera Ce C'est Que Que Il devait C'était Et dès Se Pour Chose Un Et De se Cétait Dans Elle
avant
main
de
archives
son
jours
La Douce Vengeance
par Mr. Arouet, conte en vers
Depuis plus de six mois Dorante
A laimable Corinne adressait tous ses veux;
Et cette belle indiférente
Ne payait qu'en mépris sa constance et ses feux;
Tendre pour son époux, à son amant sévère,
D'un piège séducteur elle sut s'affranchir:
Auprès de sa sagesse austère
L'amour ne faisait que blanchir.
Ce n'est pas toutefois que son cooeur insensible
Dans la vertu reståt toujours paisible.
Exempt de toute émotion;
On peut être bien sage, et n'être pas tigresse:
Toute femme qu'un amant presse
Fera du moins cette réflexion.
Ce qui servait beaucoup à soutenir la belle,
C'est qu'elle croyait fermement
Que son mari l'aimait uniquement,
Que des lois de l'hymen observateur fidèle,
Il devait en tous lieux être aux maris cité.
C'était lors les beaux jours d'ét,
Et dès le grand matin notre époux d'ordinaire
Se levait, disait-il exprès,
Pour aller respirer le frais,
Chose que sa moitié jugeait peu nécessaire.
Un jour qu'elle ne dormait pas,
Et qu'elle le sentit s'écouler auprès d'elle
prit envie à la femelle
De se leyer et de suivre ses pas.
Cétait un vrai plaisir que d'aller le surprendre
Dans le jardin. Empressée à s'y rendre,
Elle trayersait la maison,
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poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Lorsqu'en certain taudis la dame crut entendre
Un bruit hors de saison.
Elle prète l'oreille, une mauvaise porte
Aidait sa curiosité.
Corinne écoute, hélas! De telle sorte
Qu'elle apprend l'infidélité
De son époux. L'ingrat allait à la servante
Porter le tribut de ses feux;
Pour elle il méprisait une femme charmante,
Qui lui sacrifiait mille amants malheureux.
Corinne au désespoir ne put cacher sa peine.
Elle entre. Le mari surpris
Bégaye quelque excuse vaine,
Et puis quitte aussitt la chambre et le logis.
Je ne vous dirai point combien à la servante
Notre épouse en courroux marqua demportement,
On peut s'en douter aisément:
La femme en cas pareils est toujours éloquente.
Mais je vous dirai bien tout ce qu'on fit après:
Le courroux fut suivi du désir de vengeance.
Corinne crut que la prudence
Voulait quelle envoyât à Dorante un exprès
Lui dire de venir. L'exprès trouva Dorante,
Qui d'abord accourut. En le voyant entrer
La dame se sentit l'âme encor chancelante,
Sur lui ses yeux errants n'osaient plus s'arrêter.
faut parler pourtant. Vous voyez', dit la belle,
Vous voyez une femme, à son mari fidèle,
Qui vient de recevoir l'affront le plus sanglant
Qu'on puisse imaginer. Elle conte à Dorante
L'affaire. Le matois en paraît tout surpris.
Non, cela ne se peut, vos yeux vous ont surpriS.
Si vertueuse, si charmante,
Votre époux connait trop tout ce que Vous valez
Et tout ce qu'on vous doit. Madame yous voulez
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Vous Aux "Tout Mon Que, A tout Malgré D'être Dans Dit Le perfide Non, Souffrir Cela Alors Plein Embrasse Et Il Du Vous Secondait D'un On Que Fut Cependant Son De son Sans De la D'aider I fit Mais Quand
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LA DOUCE VENGEANCE
Vous réjouir. Hélas! Qui peut être infdèle
Aux charmes, aux vertus' ... Ecoutez', lui dit-elle.
"Tout ce que je vous dis est pure vérité.
Mon coæur est si fort irrité
Que, si jem'en croyais, je deviendrais sensible
A tout I'amour que vous m'avez fait voir.
Malgré la mode, hélas! je faisais mon devoir
D'être à vos désirs inflexible.?
Dans votre époux alors vous voyiez un amant,
Dit Dorante. Mais quoi! Faut-il qu'impunément
Le perfide ait osé trahir votre tendresse?
Non, répondez aux feux dont je brûle pour vous!
Souffrir cet affront d'un époux,
Cela ne se peut sans faiblesse.?
Alors d'un doux regard flatté
Plein d'espoir et d'ardeur, Dorante, transporté,
Embrasse les genoux de sa belle maîtresse,
Et plein de l'ardeur qui le presse
Il venge l'infdélité
Du traitre époux. De son côt,
Vous pouvez juger si la belle
Secondait vivement le zèle
D'un amant si rempli d'ardeur!
On dit même, et peut-être est-ce une médisance,
Que la donzelle au fond du ceur
Fut bien aise d'avoir un sujet de vengeance.
Cependant sa fureurn'en demeura pas là.
Son amour méprisé plusieurs fois étala
De son époux toute la perfidie.
Sans cesse cette idée excita la furie
De la dame, sans cesse elle pressait l'amant
D'aider à son ressentiment.
I fit pour l'apaiser tout ce qu'il pouvait faire,
Mais vainement fit-il tous ses efforts.
Quand la femme une fois se livre à la colère,
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POÉSIESs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Il est bien malaisé de calmer ses transports.
Pendant quelques moments, notre couple en silence
S'applaudissait des suites de l'offense
De la servante et de l'époux,
Quand voici qu'un nouveau courroux
Enflamme les sens de la belle.
'Cher Dorante', s'écria-t-elle,
Quel tour on m'a joué, o ciel, quel cruel tour!
Tout mon sang frémit quand j'y pense.
Vengeons-nous, vengeons-nous, par l'excès de l'amour,
Marquons l'excès de la vengeance '!
A ce nouveau courroux notre homme embarrassé
Sentit épuiser sa morale:
Votre cceur, lui dit-il, 'vivement offensé,
Doit sans doute venger cette action brutale
De votre époux. L'ingrat, dans un si doux lien,
Fidèlement aimé, devait aimer de même,
Madame. Cependant, quand on y songe bien,
On ne doit pas pousser la vengeance à l'extrême,
Encor faut-il être chrétien,
Je vous entends', dit-elle, heureux qui le peut êre!
Mais de ses passions est-on toujours le maître?
Heureux qui comme vous peut venir à ce point!
Pour m'y mener aussi n'épargnez aucun soin:
Quand on reçoit, Dorante, une pareille offense,
Qu'un époux qu'on aimait ose vous outrager,
Sil est beau d'user de clémence,
Il est bien doux de se venger.'
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Ce long poème répertoire de nom de Voltaire désavoué adresée jamais connu aucune Marseillaise", juin 1770 Correspondance ce cause cette Piron à Mle ses Bvres n'est point de Boissy.Eiditions: Jean-de nos idées i769), p. 89-Farnasse, Pagnées de |SP]; Evangile Journal encyclopédique, p.270-76 [JE].
Texte de base: 1Di6811.
2 CLT, t.9, 3 Paris, 1776, PironB aeun gt.ei,s
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ÉPÎTRE ÉCRITE DE LA CAMPAGNE
Ce long poème en octosyllabes n'appartient certainement pas au
répertoire de Voltaire. Ayant été publié dans les Réflexions philosophiques
de Bastide en 1769, il est communiqué au public sous le
nom de Voltaire dans Le Secrétaire du Parnasse en I77o et rapidement
désavoué par le patriarche dans une lettre du 7 décembre 1770
adresée à l'éditeur du recueil, Louis de Laus de Boissy: Je n'ai
jamais connu Mlle Ch.... et je n'ai jamais eu le bonheur de courtiser
aucune Marseillaise", écrit Voltaire." Le Journal encyclopédique de
juin 1770 publie le poème et l'attribue également à Voltaire. La
Correspondance littéraire de Grimm et les éditeurs de Moland attribuent
ce texte à Alexis Piron (1689-1773) mais Bengesco rermet en
cause cette attribution précisant que: Il existe bien une Epitre de
Piron à Mle Chéré, datée de Saint-Ouen, 1732, et imprimée dans
ses Bvres complètes, éditées par Rigoley de Juvigny;" mais ce
n'est point celle dontil est question dans la lettre de Voltaire à Laus
de Boissy.4
Eiditions: Jean-François de Bastide, Relexions plilosophigues sur la marche
de nos idées ([] et quelgues Epitres écrites de la campagne (Yverdun, i759
i769), p. 89-95 [RP]; Louis de Laus de Boissy (éd.), Le Secrétaire du
Farnasse, ou, recueil de nouvelles pièces fugitives en vers et en prose, accom-
Pagnées de noes critigues et impartiales (Genève et Paris, 1770), p.68-75
|SP]; Evangile du jour (Londres Amsterdam], 1770), t.8, p.44-48 |EJ;
Journal encyclopédique, année 1770 (Bouillon, 1770), t.4, partie 2,
p.270-76 [JE].
Texte de base: RP.
1Di6811.
2 CLT, t.9, p.218; M, L-46, p.$°7.
3 Paris, 1776, t.6, p.24>
PironB aeun gt.ei,s pc.o2,5 t5«4, P P-292-93 (n° 232); Bengesco a préalablement attribué l'épître à
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Epître écrite de la campagne,
à Mlle Ch ** actrice de la Comédie de Marseille
Depuis que mon barbare sort
De tes yeux m'ôta la lumière,
J'erre dans ma triste carrière
Parmi les ombres de la mort.
En vain tu prétendrais Aglaure,
Que de ces lieux jadis charmants,
Dorés par la naissante aurore,
Ma main traçât les agréments.
Ces bois, ces fleurs et ces prairies
Dont je faisais ma volupté,
Par ma plainte à jamais Aétries,
Ont perdu toute leur beauté.
Zéphire, dont la douce haleine,
Formait, égayait leurs attraits,
Mesager plaintif de ma peine
Ne leur porte que mes regrets;
Ou si de leur beauté première,
Ces lieux ont encore les appâts,
Pour moi dans la nature entière,
Rien n'est aimable où tu n'es pas.
En vain la tendre poésie
Moffre un remède à mes douleurs,
Dans ma profonde léthargie,
Puis-je me parer de ses fleurs!
Mort aux plaisirs, mort aux douleurs;
Sil me reste un souffle de vie,
Le coeur létri, l'âme assoupie,
Je ne vis que pour les malheurS.
Art des Dieux, puissante manie,
b JE: Marseille. Par M, de Volaire.
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ÉPîTRE ÉCRITE DE LA CAMPAGNE
Charmante ivresse, sons vainqueurs,
Doux délire, heureuse folie,
Aimables vers, charme des cceurs,
Puis-je prétendre à vos faveurs;
Moi, qui dans ma faiblesse extrême,
Accablé du poids de moi-même,
Vis absorbé dans les langueurs.
Non aux poétiques ardeurs,
Mon âme ne pourrait atteindre.
Ma muse qui viendrait se plaindre,
Eteindrait son feu dans les pleurs.
Jamais sous la zone torride
Sentit-on les moindres frimas?
Vit-on dans un champ, sec, aride,
Les fleurs éclore sous les pas?
Si dans ce jour j'osais t'apprendre,
Quel sort je traîne loin de toi;
Dans ton sein ce serait répandre
La douleur, la plainte et l'efroi.
Je voudrais pourtant entreprendre
De te crayonner ce portrait;
Mais, Aglaure, comment m'y prendre
Pour t'offrir un pareil objet.
I faut que seule je t'implore,
Ma Minerve, ma chère Aglaure,
Si je ne veux pas m'égarer,
Et si tu veux que je t'amuse,
Quoiqu'absente, mieux que ma muse,
Tu sauras encore m'inspirer.
Dans une plaine solitaire,
Rustique citoyen des bois,
A l'unique Dieu de Cyhère
Je consacre ma triste voix.
Dans les forêts sous tes auspices,
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PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VoLTAIRE
Et dans maint champêtre réduit,
Je vais t'offrir à petit bruit
De mystérieux sacrifices,
Dont je goûtais mieux les délices
Quand nous en partagions le fruit.
Où sont ces temps doux et propices?
Jour heureux, plus heureuse nuit!
Tu ne couvres plus de ton ombre
Des plaisirs parfaits et sans nombre
Dont l'amour venait minonder,
Lorsqu'entre les bras de sa mère,
Et dans les ombres des bosquets,
Couché dans les flots de Cichère,
Sur son sein j'allais reposer:
Mais de cette image charmante
Rappeler le trait effacé,
C'est redoubler l'horreur présente,
Par le souvenir du passé:
Déjà même je vois Aglaure,
Que, m'égarant de mon sujet.
Je commence à me plaindre encore;
Reprenons donc notre projet.
Souvent au sommet des montagnes,
Grimpant du creux de mon vallon,
J'y vais attendre qu'Apollon
Vienne illuminer nos campagnes.
Là, j'admire du Dieu des jours,
L'éclatante et vive lumière,
Qui de sa brillante carrière,
Jamais n'interrompit le cours;
Et parcourant d'un aæil agile
Tant d'objets, tant d'êtres divers,
75 SP: ce vers manque dans ce recueil]
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103 SP: forma, SP: Ouvrage. justifie bien 22-23 SP, JE:
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épiTRE ÉCRITE DE LA CAMPAGNE
Je rends hommage au Maitre habile
Qui forma ce vaste Univers.
Convaincu de son existence,
T'ose vers lui porter mes veux;
Car les Cieux sont de sa puissance
Les monuments sûrs et pompeux;
Et bientôt songeant à tes charmes,
Que pour moi seul sa main forma,
Au pouvoir qui les anima,
Que tout pouvoir rende les armes,
Dis-je, Aéchissant les genoux.
Qui que tu sois, accepte un gage,
Grand Dieu, de mon sincère hommage,
Et de mon transport le plus doux;
Tu nous dérobes ton image,
Sa splendeur éblouit nos yeux;
Souffre que mon coeur amoureux
Tadore en ton plus bel ouvrage.
Ainsi d'un souverain mobile
Je connais la réalité.
Sans vouloir en Docte imbécile
Creuser dans son immensité.
Si du monstrueux athéisme,
Je sais garantir ma raison,
De la coupe du fanatisme
J'évite aussi l'affreux poison,
Et crois trouver dans le déisme,
Le vrai jour d'un pur horizon.
103 SP: forma, ajoute une note:l Fidélité bien rare dans une actrice.
SP: Ouvrage. [ajoute une note:] Mélange de dévotion et d'amour. M. de Votatre
justifie bien ici ces deux yers de sa Pucelle:
'Car de l'amour à la dévotion,
ln'est qu'un pas, I'un et l'autre est tendresse."
22-23 SP, JE: [ces deux lignes sont remplacées par des petits points|
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126 JE; A lui seul adresser mes
131 JE: Excuser l'humaine faiblesse,
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Croire un Dieu sans oser le connaître,
A ses volontés me soumettre,
Sans le fatiguer de mes voeuX,
Etre à tous égards vertueux,
Plein de douceur et de tendresse,
De justice et de bonne foi,
Traiter les autres comme moi,
Etre fidèle à ma maitresse;
Voilà tous les points de ma loi
Et la véritable sagesse.
Je fuis d'un peuple de bigots
La superstitieuse ivresse;
Et quoiqu'il m'obsède sans cesse,
Je ris tout bas de ses propos;
De son erreur héréditaire,
Ne pouvant couper le bandeau,
Je ne combats point la chimère,
Qu'il portera dans le tombeau,
Et cache à ses yeux le flambeau
Dont les miens suivent la lumière.
Que sert de porter ce qui luit
Devant une paupière éreinte,
Qui ne reçoit aucune empreinte
Que des ténèbres de la nuit?
Ou de vouloir à l'eil sans vie,
Offrir des rayons de clarté,
Dont ne voyant pas la beauté,
Il la méconnaît et la níe.
Laissons à ces aveugles nés
Et leur système et leur folie,
124 JE: Croire en Dieu, youloir le connaître
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ÉPÝTRE ÉCRITE DE LA CAMPAGNE
En combatant des obstinés,
J'aurais à craindre leur furie;
Mais aussi de leurs entretiens
J'évite la fadeur extrême,
Et sais me suffire à moi-même,
Tantt en rimant quelques riens,
Tantôt franchissant les campagnes,
Les rocs, les antres, les montagnes,
Et les champs du Dieu des raisins,
D'où je vois la perdrix craintive,
Voler, timide, fugitive
Dans les demeures des Sylvains.
Souvent d'une retraite obscure
Je goûre la tranquillité,
Ignoré de l'humanité.
J'aime à contempler la nature,
Et me livrer sur la verdure
Aux charmes de l'oisiveté.
Cest ainsi ma divine Aglaure
Que je sais adoucir mes maux,
Depuis le retour de l'aurore
Jusques à celui des pavots,
Qui s'épaississant sur ma vue,
Forme l'assoupissante nue
Qui me rend plus heureux qu'un Roi;
Puisque par mille doux mensonges,
Je goûte dans d'aimables songes,
Le plaisir de rêver à toi.
Quand ces illusions fatteuses
Se changeront en vérités,
O que d'heures voluptueuses!
Que de tendres réalités!
Un charmant espoir me soulage,
Par cette consolante image
Qui m'aide à porter mes malheurs.
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Bientôt malgré les Tisiphones,
Qui n'ont pu désunir nos coeurs,
L'amour unira nos personnes. DIEU Ce texte Elysées quai Volland, au commencement n 2351) il affirme poursuis: de notre suivante de la faction Semble On pourrait Révolution, nuancée. Henriade, pour la plupart Texte de base: Vers 63-
DIEU QUI VENGES L'ETAT ET PUNIS LES TYRANSI
Ce texte paraît dans un pamphlet intitulé Voltaire des Champs
Elysées à ses concitoyens (s.l.n.d.). A la fin du texte on lit: Chez Volland,
quai des Augustins, n° 25. De l'Imprimerie de Grange'. Les
Volland, aîné et jeune, sont libraíres vers la fin du dix-huitième et
au commencement du dix-neuvième siècles. Bengesco (t.4, P.3o1;
n 2351) suggère la date 1789. Il est difficile de comprendre pourquoi
il affirme que le texte débute par le vers Poursuis, prince,
poursuis: couronne ton ouvrage', puisqu'il s'agit là du vers 59
de notre poème. D'ailleurs, le catalogue de la BnF donne la note
suivante au sujet du texte (BnC 56r8): 'Pamphlet révolutionnaire
de la faction orléaniste, postérieur à la journée du 6 octobre. -
Semble re un texte différent de celui signalé par Bengesco.
On pourrait donc penser qu'il s'agit d'un texte écrit sous la
Révolution, faussement attribué à Voltaire. La vérité est plus
nuancée. Les quatorze premiers vers sont tirés du chant 5 de La
Henriade, avec quelques remaniements. Les vers qui suivent sont
pour la plupart étrangers au texte de Voltaire.
Texte de base: Voltaire des Champs Elysées à ses concitoyens.
Vers 63-73 (0CV, t2, p.471-72).
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Dieu qui venges l'Etat et punis les tyrans,
Laisseras-tu sans cesse accabler tes enfants?
Laisseras-tu toujours une cohorte impure,
Près du meilleur des Rois, abuser du parjure?
Grand Dieu! par tes fléaux, c'est trop nous éprouver;
Contre nos ennemis daigne enfin t'élever.
Détourne loin de nous la mort et la misère;
Punis des scélérats, donnés dans ta colère.
Viens, des cieux en courroux, abaisse la hauteur.
Fais marcher devant toi l'ange exterminateur.
Viens, descends, arme-toi, que ta foudre enflammée
Frappe, écrase à nos yeux leur sacrilège armée.
Que les chefs, les soldats, les traîtres expirants,
Tombent comme la feuille éparse au gré des vents;
Et, qu'écairé par toi, Louis sache connaître
Combien nous I'aimions tous et méritons de l'être.
O vous qui vous montrez fiers, humbles, tour à tour,
Grands, Ministres pervers, fuyez loin de sa cour.
Par vos affreux complots, par vos brigands perfides,
Ah! cessez d'arracher des ordres homicides.
Laissez agir un roi, dont le cooeur vertueux
N'aspire quau bonheur de nous voir plus heureux.
Cest vous, traîtres! c'est vous, dont l'audace coupable
S'oppose aux volontés d'un monarque équitable!
Sans vous, nous le verrions, ce roi plein de bonté,
Cimenter à jamais notre félicité.
Mais non, dans le moment que plein de confiance,
Chacun dans ses foyers se livre à l'espérance;
Que d'un commun accord, les Ordres réunis,
Pour le bonheur de tous yont traiter en amis.
Vous trompez votre roi par de feintes alarmes;
Vous tournez contre lui vos criminelles armes.
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IpIEU Ah! N'avait La Expire Mais, Paris, Une De Femmes, Sont C'est Que Vous L'ordre, Vous Et la Bénissons Un Généreux, D'Orléans, Oui, Devient Cest Que Qu'en Combien Poursuit D'accord Que Voie Bt que Eternisent
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IpIEU UI VENGES L'ETAT ET PUNIS LES TYRANS]
Ah! traîtres! si le ciel, qui confond les méchants,
N'avait fait avorter vos complots impuissants,
La France abandonnée au plus affreux carnage,
Expire sous les coups de votre aveugle rage.
Mais, c'en est fait; ô jour à jamais glorieuxl
Paris, Paris lui seul brave les factieux.
Une foule sans chef, en moins d'une journée,
De l'Etat éperdu fixe la destinée.
Femmes, enfants, vieillards, deux cents mille habitants
Sont autant de soldats, de héros combattants.
C'est à vous, Députés, électeurs que j'admire,
Que nous devons aussi le salut de l'empire.
Vous avez conservé dans le tumulte affreux
L'ordre, la fermeté, l'accord le plus heureux.
Vous avez désigné les traîtres, les coupables,
Et la mort a frappé des monstres exécrables.
Bénissons donc le Ciel, et surtout célébrons
Un Prince ami du Trne et l'honneur des Bourbons.
Généreux, populaire, ardent, plein de génie,
D'Orléans, tu confonds la noire calomnie.
Oui, ton nom, toujours cher et toujours respecté,
Devient le défenseur de notre liberté.
Cest aux nobles lans de ton âme sensible
Que Louis s'est rendu tout-à-coup accessible.
Qu'en véritable père il a vu, par ses yeux,
Combien il est aimé d'un peuple généreux.
Poursuit [sic], prince, poursuit [sidj; couronne ton ouvrage;
D'accord avec Necker, affermit [sic] ton cOurage.
Que l'auguste sénat de nos chers députés
Voie enfin leurs travaux désormais respectés.
Bt que leurs noms, gravés au temple de mémoire,
Eternisent ces jours d'héroisme et de gloire.
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VERS DE M. DE ** SUR LA MORT DE
M. DE MONTESQUIEU,
À M. DE SECONDAT
Ce texte publié pour la première fois dans le Mercure de France de
novembre 1755, après la mort de Montesquieu, ne paraît pas avoir
été rédigé par Voltaire.! Les éditeurs du Mercure tiennent à
souligner à la fin de l'épitaphe leur incertitude quant à sa paternité.
De plus, dans une lettre à Thiriot, Voltaire exclut de rendre hommage
à l'auteur de l'Esprit des lois: Mad La Duchesse d'Aiguillon
m'a commandé quatre vers pour Mr de Montesquieu comme on
commande des petits pâtés; mais mon four n'est point chaud; et
je suis plutt sujet d'épitaphes que faiseur d'épitaphes.' Bengesco
écarte également cette pièce de la liste des ceuvres de Voltaire. !
Le poème figure dans un volume d' Euvres dierses de Charles
Borde (ou Bordes) publié en I783 Sous le titre A M. de Montesquieu
fls'.
Editions: Mercure de France (Paris, novembre 1755), p.69-71; Amusements
historiques, où se trouvent des renargues, curieuses, galantes, morales, sërieuses,
et litéraires des meilleurs auteurs, t.I (Francfort, 175s), p.Ió6 et
suivantes; Journal helvétique (Neuchâtel, novembre 1755), p.624-26;
Journal des savants combiné avec les Mémoires de Trévoux, t.16 (décembre
I755), p.263-65; De l'Esprit des lois, par Mr. De Montesquieu, nouvele
édition... (Copenhague et Genève, I739), t.4, p.261-62]; Pièces concer
nant les ouvrages et la vie de M. le Président de Montesquieu (Genève,
I756), p.124-26;5 Montesquieu, Opuscules de Montesquieu dans De l'esprit
Mercure de France, novembre Iss. D.60-71 MEl. Dans une note à la page 7' on
lit: "On a attribué ces vers à M. de Voltaire. mais nous n'avons osé les mettre sous so
nom, sans être sûrs qu'ils fussent de lui."
Lettre du s maí 1755 (D626).
Bengesco, t-4, P.305-
SSaannss aattttrriibbuuttiioonn;. le poème est aioutéà la fn de ce volume. pages non numéroteess
176
UERS des lois (Histoire Charles Borde, Texte de base:
de
avoir
tiennent à
paternité.
hommage
d'Aiguillon
on
chaud; et
Bengesco
Voltaire. !
Charles
Montesquieu
Amusements
sërieuses,
et
26;
décembre
nouvele
concer
Genève,
l'esprit
on
so
numéroteess
UERS DE M. DE ***. SUR LA MORT DE M. DE MONTESOUIEU
des lois (Copenhague et Genève, I764), t4, P.47-48; J.-P-L de Luchet,
Histoire litéraire de Monsieur de Voltaire (Cassel, I780), t.5, p.321-24;
Charles Borde, Buvres diverses (Lyon, 1783), t2, partie r, p.I54-56.
Texte de base: MF.
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Vers de M. de tt Sur la mort de M. de Montesguieu,
à M. de Secondat
Digne fils d'un illustre père,
Je viens avec toi le pleurer:
Les dieux ont voulu retirer
Cette âme accordée à la terre
Pour l'embellir et l'éclairer.
Couronné par la main d'Astrée,
Dont il releva les autels,
Montesquieu vit dans l'empirée.
Il voit sous ses pas immortels
Gronder, éclater sur nos têtes
Les vents, la foudre et les tempêtes,
Efroi révéré des mortels.
Ses yeux contemplent l'harmonie
De ces globes prodigieux,
Flottants sans nombre sous les cieux;
Tandis qu'au prix de notre vie,
Barbares idiculement,
Sur cette triste fourmilière,
Nous disputons superbement
Un peu de boue et de poussière.
Hélas! nous perdons la lumière,
Par qui nos yeux pouvaient s'ouvrir;
Ce siècle de fer et de fange
N'était pas fait pour en jouir;
Le ciel nous l'enlève et se venge!
Montesquieu vit l'opinion
Déchirer et brûler son livre;
Et la vaine et faible raison
Vanter ses lecons sans les suivre.
porta jusques dans ses maoeurs
Le sublime de ses idées;
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VEDS
Montesguieu,
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VEDS DE M. DE **. SUR LA MORT DE M. DE MONTESOUIEU
Forcé d'écraser des Pygmées,
Qui réunissaient leur fureur,
Par l'éclat de son feu rapide
Il confond leurs traits imposteurs:
Sur les bords célèbres du Xante,
Les Dieux que la fable nous vante,
Combattirent moins noblement.
O peuple brillant et barbare,
Quelle inconséquence bizarre
Signale ton aveuglement!
Ce Législateur, ce grand homme,
Que l'univers nous envia,
Eût été Solon ou Numa
Jadis dans Athènes ou dans Rome;
En France simple citoyen
Digne de tout, il ne fut rien.
Des colonnes et des statues
Autrefois l'auraient illustré;
Ses cendres restent confondues
Dans celles d'un peuple ignoré.
Nos aieux, leurs nobles exemples
N'ont plus aujourdhui de rivaux;
La vertu chez eux eut des temples,
Et n'a pas chez nous des tombeaux.
Mais les plus nobles sépultures
De marbre et d'airain périront;
Des humains les races futures
Mille fois se succéderont;
Toujours nouveaux dans tous les âges
Montesquieu jamais ne mourra;
Avec eux son nom renaîtra,
Et ses temples sont ses ouvrages.
I79
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ÉPTRE À MONSIEUR L'ABBE DE ROTHELIN
Ce texte paraît tout d'abord anonymement dans un recueil de r28
intitulé Rélexions sur les ouvrages de liérature.1 II paraît de nouveau
plus tard, et est attribué à Voltaire, dans Le Portefeuille trové
ou Tabletes d'un curiex [PT], et dans la Troisième Suite des mélanges
de posie, de littérature, d'histoire et de philosophie.9 Voltaire nie
la paternité de ce poème dans une lettre à Louis Elisabeth de La
Vergne, comte de Tressan. Ily précise qu'il n'est pas l'auteur
d'une longue épitre à l'abbé de Rotelin / Docte abbé dont l'esprit
guidé par la sagesse'.4
Texte de base: PT.
Kejlexions sur les ouvrages do litérature, 12 vol, (Paris., 1738-1742), t-7, P4
2 Genève, 1757, P.178-83.
[S.l], 1761, P374-78.
4 D.app.408, vers le 22 mars I775
I8
Docte Aux Souffre L'amitié De Dans Philosophe, Promenant Tantôt Tantt Offre Quelques Tu Des Quelquefois Tu Mais Qu'enfanta A toi-Dans Ton I s'amuse Enchanté La Dans Te Tu L'un L'autre Au Ainsi lu sais,
r28
nouveau
trové
mélanges
Voltaire nie
de La
l'auteur
l'esprit
P4
Epitre à Monsieur l'abbé de Rothelin
Docte Abbé dont l'esprit guidé par la sagesse,
Aux fruits de la raison joint les Aleurs du Permesse,
Souffre que dans ton goût cherchant un sûr appui,
L'amitié par ces vers te consulte aujourd'hui.
De la vaste science embrassant l'étendue,
Dans ses riches états rien n'échappe à ta vue.
Philosophe, critique, ardent ami des arts,
Promenant en tous lieux tes avides regards;
Tantôt tu te nourris des vérités divines,
Tantt l'antiquité, du sein de ses ruines,
Offre à tes yeux perçants, dans ses restes usés,
Quelques faits précieux par le temps déguisés.
Tu portes le fambeau dans ces routes obscures,
Des savants rebutés éternelles tortures.
Quelquefois plus hardi d'un esprit incertain,
Tu sondes le mystère ou du vide ou du plein:
Mais bientt méprisant ce problème frivole,
Qu'enfanta le loisir dans l'ombre de l'école;
A toi-même indulgent, docile à tes désirs,
Dans de plus beaux objets tu cherches tes plaisirs.
Ton coeur s'émeut aux sons du fier Chantre d'Achille;
I s'amuse du Tasse, il adore Virgile;
Enchanté de Corneille, il aime son rival;
La Fontaine te charme, et son style inégal,
Dans son désordre même imitant la Nature,
Te plaît malgré la règle et brave ta censure.
Tu mets dans la balance Horace, Despréaux:
L'un plus aisé, plus vif en ses riants tableaux;
L'autre esclave de l'art, fidèle à lharmonie,
Au joug de la méthode asservit son génie.
Ainsi donc tour à tour passant du grave au doux,
lu sais, sans les confondre, allier tous les goûts.
IO
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I82
POÉSIES ATTRIBUÉES À VoLTAIRE
Mais dis-moi quel démon, dans sa bizarre audace,
Souffle dans tous les cceurs le dégoût du Parnasse?
Aujourd'hui sur son trne Apollon étonné,
De tous ses courtisans se voit abandonné.
En vain pour repeupler les rives du Permesse.
II répand les trésors de Rome et de la Grèce;
En vain à nos Français par l'erreur éblouis,
I peint ces jours heureux, ce siècle de Louis,
Où lArt encore enfant sut franchir les obstacles,
Et Géant tout-à-coup enfanta des miracles.
Rien ne peut ramener ses sujets révoltés.
Apollon, (disent-ils, par l'orgueil excités)
Cet enchanteur des sens n'est qu'une vaine idole:
II faut détruire enfin son culte trop frivole;
I faut à la raison consacrant nos travaux,
Dompter la vérité par des efforts nouveaux,
Découvrir le secret de ces lois si profondes
Qui firent la distance et la course des mondes.
Ainsi la règle en main, et d'Euclide escortés,
Is cherchent pas à pas d'obscures vérité.
Créateurs, dans l'espace ils forment cent chimères,
Et dédaignent des sens les objets trop vulgaires:
E'un veut que par le plein chaque astre resserré
Puisse écarter les corps dont il est entouré.
Un second à son tour fait une autre méthode,
A ces corps trop serrés donne un lieu plus commode.
Dans un vide infini le corps mu sans moteur,
Court sans être poussé, pèse sans pesanteur.
Etre faible et rampant, ta vaine conjecture
Veut embrasser ce cercle oû roule la Nature.
Si par égard encor pour les faibles mortels,
Is n'osent d'Apollon renverser les autels,
Le faux goût qui les guide au milieu d'un délire,
Du Dieu brillant des sons veut accorder la lyre.
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Dans A ses Asservit Cet Languit Oui, En Son Empoisonne Ce Par Proscrit Et Offrir C'est, Sa L'erreur Ainsi De Un De Sur Offre L'ombre A calmer Iris Se Les Renaissent Pour N'ose Et Parle
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ÉpiTREÀ MONSIEUR L'ABBÉ DE ROTHELIN
Aujourd'hui le Génie esclave du compas,
Dans sa course, en tremblant, mesure tous ses pas:
A ses austères lois cette règle importune
Asservit tous les Arts, la Chaire, la Tribune.
Cet art plus libre encor, cet art charmant des vers
Languit emprisonné dans des indignes fers.
Oui, Borée, entouré de frimas et de glace,
En un désert aride a changé le Parnasse:
Son ciel jadis si pur, obscurci de vapeurs,
Empoisonne à la fois les lauriers et les fleurs.
Ce siècle raisonneur en sa froide manie,
Par de tristes calculs veut régler l'harmonie,
Proscrit comme un écart un aimable détour,
Et bannit des écrits, et la grâce, et le tour.
Offrir la vérité sous quelque noble image,
C'est, dit-on, la voiler d'un important nuage.
Sa beauté sans atours a des traits plus puissants;
L'erreur seule a besoin du prestige des sens.
Ainsi par ses discours devenu plus timide,
De Pégase trop vif, Phébus retient la bride.
Un poète aujourd'hui toujours de sens rassis,
De l'exacte raison suit le chemin précis.
Sur sa route un ruisseau coulant dans la prairie,
Offre à ses yeux émail d'une rive leurie.
L'ombre et l'Amour cachés sous de jeunes ormeaux,
A calmer leurs ardeurs excitent les oiseaux:
Iris en rougissant, en ce lieu moins sévère,
Se laisse dérober une faveur légère.
Les plaisirs sur ces bords amenant le sommeil,
Renaissent plus brillants au retour du soleil;
Pour ces riants objets sa Muse indifférente
N'ose se détourner dans sa marche prudente;
Et dédaignant des sens le langage vainqueur,
Parle toujours raison, jamais ne parle au coeur.
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I84
POÉSIES ATTRIBUÉES VOLTAIRE
Est-ce ainsi qu'autrefois le sublime Virgile,
Répandant les trésors de sa veine fertile,
Par sa douce éloquence entraînait les esprits?
La raison et le goût d'accord en ses écrits,
Se prêtent tour à tour un secours favorable:
Son art aux vérités donne un habit aimable.
Sil veut de la physique étaler les secrets,
Ses dogmes déguisés sous les plus nobles traits,
Par ses mains adoucis perdent leur air sauvage,
De figures sans nombre il orne son ouvrage.
Dans les moindres sujets, humble sans s'avilir,
D'une image élégante il sait les ennoblir.
Le tendre Amour gémit dans les vers de Tibulle;
Un peu plus libertin il inspire Catulle;
Et sur les pas d'Ovide attirant tous les coeurs,
I dicte ses leçons sur un trône de fleurs.
En vain sur le théâtre étalant sa morale,
Et du coeur des humains parcourant le dédale,
Sénèque nous instruit en son style profond.
Le lecteur languissant l'admire et se morfond;
Et fuyant un Auteur dont la raison le glace,
S'attendrit chez Tibulle et vit avec Horace.
L'homme, quoi que l'on dise, est fait pour le plaisir.
Entre les vérités il a peine à choisir:
Passant du pour au contre, en vain dans sa balance
l croit pouvoir fixer la tranquille évidence:
Elle échappe sans cesse; et depuis six mille ans
Rebute des mortels les voeux les plus pressants.
Mais I'objet des beaux arts, d'un abord plus facile,
Promet à nos efforts une moisson fertile;
Et fattant de nos ceurs les avides désirs,
Au lieu des vérités, il offre des plaisirs.
Abbé, toi dont le goût dans ta démarche sûre,
Du préjugé subtil démêles l'imposture,
Io
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De Eclaire Que Ranime Oue De
Io
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épiTRE À MONSIEUR L'ABBÉ DE ROTHELIN
De l'erreur séduisante écarte les brouillards,
Eclaire les esprits, viens au secours des arts.
Que par toi rétabli l'Apollon de la France
Ranime ses concerts, réchauffe léloguence:
Oue d'autres Bossuets, des Racines nouveaux,
De ces auteurs faneux soient de dignes rivaux.
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[ELLE A DONC LESPRIT DE SON PÈRE)
Ce poème est décrit dans Paul Langeard, Arouet Voltaire: autegraphes,
docunents, manuserits [catalogue] (Paris, 1957), n° 37: Sept
vers autographes [.177o]'. Sa localisation actuelle nous est inconnue.
Nous ne connaissons pas non plus le sujet des vers, qui sont
peut-êre une réponse au dévoilement d'un portrait.
Texte de base: Langeard.
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autegraphes,
Sept
inconnue.
sont
Elle a donc l'esprit de son père
Elle n'a point, grâces aux cieux
Les sentiments dévots de madame sa mère:
La beauté de son âme est peinte dans ses yeux.
Mais pour la contempler, pour l'entendre
On verrait de l'Olimpe accourir tous les dieux,
Mais moi, du mont Jura je ne saurais descendre.
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5
[ELLE A SU MENSEIGNER CE QUE JEDUS ÉCRIRE
Cette épigramme, de la main de Voltaire, est un brouillon aven
srautjeutr esosn et ti nccoornrencuteios.ns. L'occasion de sa rédaction et lidentité dn
Manuscrit: Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, collec:
tion Doubrovski, Lettres et poésies de Voltaire', Aut.288, n° 3, £r.
Texte de base: manuscrit.
I88
4- Saint-Doubrowski,
ÉCRIRE
brouillon aven
lidentité dn
Russie, collec:
3, £r.
4- "Elle a su m'enseigner ce que je dus écrire', manuscrit.
Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie: collection
Doubrowski, Letres et poésies de Voltaire', Aut.288, no.3, f8r.
Elle a su m'enseigner ce que je dus écrire
Et dévoiler des cceurs <tous> les <replis> sentiments secrets
Pouvait-elle ignorer les tourments qu'elle inspire
C'est une reine <en effet[?] doit> illisible]' <juger ses sujets>
qui connaît son ermpire
<et bien connaître son empire>
Et les besoins de ses sujets.
I90
Cete longue les Réflexions L'Evangile une letre I772 (M. d'Hannetaire, Bruxelles, mon nom l est juste choisir ma déclaration qu'on m'a m. de M. 'M. d'Hannetaire', aussi connu Servan,2
Editions: I759 1769]), Journal pièces Texte de L'Evangile 2 D78o), 3 1 s'agit
secrets
sujets>
ÉPÎTRE À MR. DE M***
Cete longue épitre, qui paraît pour la première fois en 1769 dans
les Réflexions philosophigues sur la marche de nos idées, puis dans
L'Evangile du jour en 177o,! n'a pas été rédigée par Voltaire. Dans
une letre de Voltaireà Jean François de La Harpe vers le rer juillet
I772 (D78o9), on lit:
M. d'Hannetaire, homme de lettres et de mérite, retiré depuis longtemps à
Bruxelles, se plaint à moi par sa lettre du 6 juin, qu'on ait imprimé sous
mon nom une épitre en vers quil revendique. Elle commence ainsi:
En vain en quittant ton séjour,
Cher ami, j'abjurai la rime.
La même ardeur encor m'anime
Et semble augmenter chaque jour.
l est juste que je lui rende son bien dont il doit être jaloux. Je ne puis
choisir de dépôt plus convenable que celui du Mercure, pour y consigner
ma déclaration authentique que jen'al nulle part à cette pièce ingénieuse;
qu'on m'a fait trop d'honneur, et que je n'ai jamais vu ni cet ouvrage, ni
m. de M. auquel il est adressé, ni le recueil où il est imprimé.
'M. d'Hannetaire', c'est-à-dire l'architecte Jean Nicolas Servan, est
aussi connu sous le nom de Seryandoni, version italianisée de
Servan,2
Editions: Réflexions philosophiques sur la marche de nos idées (Yverdun,
I759 1769]), p.1os-12; Evangile du jour (Londres, I770), t.8, p.s5-6o;
Journal encyclopédique (juillet 770), P.98-104; Epitres, satires, contes et
pièces fugitives du pote philosophe (Londres [Genève], 1771), P.392-99.
Texte de base: EJ.
L'Evangile du jour (Londres, I77o), t.8, p.s5-6o [EJ].
2 D78o), note, Voir Bengesco, t.l, p.255
3 1 s'agit de I'édition en 415 pages.
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I92
Epitre à Mr. de Mt*
En vain en quittant ton séjour,
Cher ami j'abjurai la rime,
La même ardeur encor m'anime,
Et semble augmenter chaque jour.
Tu sais pourtant que dans la ville,
Pour avoir rimé sur les sots,
J'excitai la haine imbécile
Et des pédants et des bigots;
l est vrai que ni leur malice,
Ni leur dévote injustice,
Ne purent me décourager.
Faut-il que pour de vains caprices,
Un sage se laisse affliger?
Quoi qu'il en soit, malgré la bile
De ces fous à pieux travers,
Et puisqu'à l'abri des revers,
J'ai su dans un réduit tranquille
Me faire en ces lieux un asile,
Presqu'ignoré de I'Univers,
Transporté d'un nouveau délire,
Je vais encor te reproduire
Une espèce d'épitre en vers.
Accepte-la; mais pour la lire,
Sers-toi des yeux de l'amitié;
Ce tendre sentiment m'inspire,
L'esprit chez moi ne sait rien dire,
Si le coeur n'est de moitié.
De quoi faut-il que je t'amuse?
Veux-tu des nouvelles du temps?
Faut-il te tracer de ma muse
Les défauts, les égarements?
Voudrais-tu des doctes cervelles
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20
ÉpiTRE À MR. DE M***
Savoir les vains raisonnements?
Mais pour un homme de bon sens.
Toutes ces vieilles bagatelles
Sont des frêles amusements.
Irai-je pour te rendre hommage,
Te dresser ici des autels?
Et sous le pompeux étalage
De quelque emphatique langage,
Te mettre au rang des immortels?
Un moyen plus sûr de te plaire,
C'est de t'apprendre ici sans fard,
Ma vie et mon train ordinaire,
En des vers simples et sans art.
Car, par ma missive dernière,
Tu ne sais point en quelle part,
Le sort a fixé ma carrière,
Si je suis en terre étrangère;
Ou si sous mon propre étendard,
Je vis enfin en volontaire.
Or, pour te parler sans détour,
Chez moi tout a changé de face,
Et par une heureuse disgrâce,
Mes jours ont pris un nouveau cours.
Le temps n'est plus où de la gêne,
Sans cesse éprouvant les rigueurs,
Et de mes instants libre à peine,
J'étais accablé sous la chaîne,
D'une troupe de vieux censeurs.
Libre enfin d'un tel esclavage,
Dans un nouvel apprentissage,
Je vis en philosophe heureux;
Et quoiqu'au fond de la province,
Le sort le plus Alatteur d'un Prince
N'a rien pour exciter mes voeux,
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Citoyen constant du Parnasse,
Epris d'une nouvelle audace,
J'y songe à cueillir des lauriers,
Dont mon cceur est plus idolâtre,
Que de tous ceux que nos Guerriers,
Dans leur courage opiniâtre,
N'arrachent qu'à coups meurtriers.
Melpomène a pour moi des charmes,
Pour d'autres Mars a des douceurs;
Ne vaut-il pas mieux dans les coeurs,
Inspirer des douces alarmes
Par l'illusion des douleurs,
Que de porter le bruit des armes
Dans le carnage et les horreurs?
Qu'un peuple en proie à l'injustice
De ses vains discours me flétrisse,
L'aveuglement le fait mouvoir.
Tout jugement qu'avec malice,
Enfante ou détruit le caprice,
Sur mon esprit n'a nul pouvoir.
Quoi! pour marcher avec Cithère,
Sous l'étendard du dieu des vers,
Pour mêler ma voix aux concerts
D'un dieu qui m'illustre et m'éclaire,
Je serai par un sort contraire,
Vilipendé dans l'Univers.
Non, quoi qu'en dise et quoi qu'en pense
Un vulgaire, dont l'ignorance
Ne voit, ne connaît, ne sait rien
Que les préjugés de l'enfance.
La raison n'a rien qui s'offense,
D'un talent qui me permet bien
D'être doux, vertueux, sincère,
Ami zélé, bon citoyen,
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ÉPÎTRE À MR. DE M**
D'un tendre et sage caractère,
Qui sache par un beau lien,
Unir à l'art flatteur de plaire,
La sagesse du Stotcien.
Pour moi, sans craindre les outrages
De ces esprits vils et volages,
J'irai toujours mon droit chemin;
Qu'en tous lieux la vertu me guide,
Voilà mon bien le plus solide,
J'attends le reste du destin.
Assis dans le temple des sages,
Dans une aimable liberté,
Toujours avec tranquillité,
J'adorerai dans ses ouvrages
Le seul digne de nos hommages,
Sans en creuser 1'immensité.
De nous à sa Divinité,
II est de trop épais nuages
Pour en percer l'obscurité;
Et si du coupable athéisme
Je sais fuir la contagion,
Irai-je dans le fanatisme
Me jeter à discrétion;
Et sur un fatras de chimères,
Imbécilement entêté,
Suivre le public hébété,
Dans les opinions vulgaires?
Non non, pour voir la vérité,
II me faut des preuves plus claires
Qu'une sotte crédulité.
De plus, je m'attache à connaître
Ce qu'il faut et ne faut pas être;
Surtout je sais être affermi
Contre la fortune perverse,
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Et ne me sais nul ennemi.
C'est pourquoi je fuis le commerce
Des sots, des méchants, des bigots,
Des ccoeurs rampants, des esprits faux;
Mais au lieu de ces âmes viles,
Je songe à me faire à propos,
Quelques connaissances utiles.
Quant aux amis, j'en ai plus d'un
D'un esprit qui n'est pas commun,
D'une humeur facile, ingénue,
D'une probité reconnue;
Sachant donner, dans les besoins,
De bons avis, de tendres soins,
Et se garantir de livresse
De mille dangereux poisons
Que boit à long traits la jeunesse
Dans la coupe des passions.
Que leur société charmante
Me fait couler des jours heureuX;
L'unité des goûts la fomente,
Les Muses en forment les nceuds.
Aurais-tu pu le croire,
Que le Parnasse eût eu la gloire
De réunir deux ceurs contents?
Après tant et tant d'incidents
Qu'on lit dans la lyrique histoire,
Survenus à ses habitants.
Tel est mon sort., et les Rois même
N'ont peut-être jamais goûté,
Sous léclat du diadème,
Une telle félicité.
Quelquefois dans cet ermitage;
D'où je 'écris ce verbiage,
Loin de la ville et de la cour,
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ÉpiTRE À MR. DE M***
Ainsi qu'en un désert sauvage
Mon cceur se livre chaque jour
A mille plaisirs, dont l'usage
Embellit ce riant séjour,
Et dont aucun n'est sans retour.
Le repos succède à l'ouvrage,
Apollon succède à l'amour.
Le sérieux, le badinage,
Tout se succède tour à tour:
C'est là que rêveur solitaire,
J'évite un monde que je hais:
Cest là qu'à l'abri des souhaits,
Content d'un juste nécessaire,
Dans le sein d'une aimable paix,
Par une étude littéraire,
Je ne songe qu'à me soustraire,
Aux soins, aux soucis, aux regrets;
Mon sort a pour moi mille attraits:
Tantôt sous un épais feuillage
Où voltige un zéphir badin
A la fraîcheur d'un beau matin,
Je m'amuse à rêver en sage,
Montagne ou Voltaire à la main:
Ou bien au pied d'un jeune hêtre,
Etendu fur un vert gazon,
Badinant avec la raison:
Mes yeux de ce trône champêtre
Vont s'égarer fur l'horizon:
Tantôt d'un repos solitaire
Préférant la tranquillité,
Dans les bras de l'oisiveté,
Je me délecte à ne rien faire:
Enfin, mille plaisirs permis
Chassent tour à tour la tristesse.
Hier c'était une maîtresse,
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Aujourd' hui ce sont des amis,
Qui tous nourris dans l'allégresse,
Et suivis des jeux et des ris,
Ne savent montrer la sagesse
Que sous un brillant coloris.
Hélas! qu'avec impatience,
J'attends le moment précieux
Où tu viendras de ta présence
Embellir ces aimables lieux:
Dégagé du chaos du monde,
Exempt de soins et de désirs,
Dans cette paix douce et profonde,
Où tout me rit, où tout m'abonde,
Tu manques seul à mes plaisirs.
Viens donc, viens en remplir le vide:
Cher ami, viens, il n'est pour moi
De bonheur parfait et solide,
Si je n'en jouis avec toi.
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On trouve iillet r8o1l la paternité rort à Voltaire poème - a Grammaire un manuserit résultat d'une compilateur), (r786), où intégralité.lAmanach, deux vers les neuf derniers tigurent en conditions, n'ont Sabatier).
La méprise avecla marquise Bourdic en d"Antremont, Décade 2 Louis Barthélémy, (Pont-de-Vaux, 3 'Epître à réussir dans dans Almanach (Paris, r786), de M. Sabatier
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VERS DE VOLTAIRE ADRESSÉS
À MME DE BOURDIC
On trouve dans la Décade philosophique littéraire et politigue de
iillet r8o1l une lettre de Sabatier de Cavaillon où celui-ci revendique
la paternité de notre texte, en affirmant qu'il a été attribué à
rort à Voltaire dans la Grammaire des dames. Il s'avère que notre
poème - qui correspond effectivement à la version publiée dans
a Grammaire des dames de Louis Barthélémy (797) ainsi que dans
un manuserit conservé à la BHVP (MS-FS-II-1, f.Io7v) – est le
résultat d'une méprise de la part de Barthélémy (ou d'un autre
compilateur), due à une lecture fautive de lAlmanach littéraire
(r786), où fgure le poème de Sabatier de Cavaillon dans son
intégralité.9 En effet, en raison de la mise en page confuse de
lAmanach, il apparaît clairement que le compilateur a amalgamé
deux vers de Voltaire, cités dans une note au bas de la page 29, avec
les neuf derniers vers du poème de Sabatier de Cavaillon, qui
tigurent en haut de la page 3o. On comprend aisément, dans ces
conditions, pourquoi les deux premiers vers du texte (ceux de Voltaire)
n'ont pas de rimes dans les vers qui suivent (ceux de
Sabatier).
La méprise s'explique par le fait que Voltaire avait correspondu
avecla marquise d'Antremont (qui deviendra l'épouse du baron de
Bourdic en I777) à la fin des années I760. Le 4 février I768, la marquise
d"Antremont, qui avait alors vingt ans, avait écrit à Voltaire
Décade philosophique linéraire et politique, An IX [1801], n 30, p.i86-87:
2 Louis Barthélémy, Grammaire des dames ou nouveau a eraué d'orthographe française
(Pont-de-Vaux, I797), P.41:
3 'Epître à Mme la baronne de Bourdic, sur les causes s qui empêchent les femmes de
réussir dans le genre élevé, et surtout dans la tragédie, par M. Sabatier de Cavaillon',
dans Almanach littéraire, ou étrennes d'Apollon, par M. dAgun de Château-Lyon
(Paris, r786), p25-30. On trouve également cette épître dans les 2uvres diverses
de M. Sabatier de Cayaillon, 2 vol. (Avignon, 1779), t:1, p.ió3-00.
I99
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
une lettre très flatteuse afin de lui présenter des poèmes de sa compOsition
(DI4724). Voltaire répond à la marquise le 20 fevrier
(Di4767) avec un poème dont les vers 9 et Io correspondent aux
vers cités dans la note de lAlmanach littéraire.
A propos de la marquise d'Antremont, on lit dans Le Dictionnaire
historique, linéraire et bibliographique des Françaises et des
étrangères naturalisées en France:
Viot, (Marie-Anne-Henriette Payan de lEstang, d'abord Madame
d'Antremont, ensuite Madame de Bourdic, enfin Madame) naquit à
Dresde en I746. L'étude de l'allemand, du latin, de l'italien et de l'anglais
occupa les premières années de sa jeunesse, Elle avait la répartie vive et
très spirituelle. Les Académies de Rome et de Nimes, les Musées de
Bordeaux et de Toulouse, la Société patriotique de Bretagne et les Lycées
littéraires de Paris l'associèrent à leurs travaux. Plusieurs poètes l'ont
célébrée dans leurs vers, entre autres, Voltaire, Blin-de-Sainmore, La
Tremblaye et Laharpe:
Et des talents et de la grâce
Bourdic reçut le double don.4
Manuscrit: Paris, BHVP: MS-FS-Il-1, f.1o7v.
Edition: Grammaire des dames ou nouyeau traité d'orthographe françase
(Pont-de-aux, 1797), p.41.
Texte de base: manuscrit.
Marguerite Ursule Forhunée Bernier Briquet. Dictionnaire historique, ineraie
1b8ib0l4io),g Pra3p4h0i,que des Françaises et des étrangères naturalisées en France (Paris, An X,
200
Vers Sapho Au Consacrez Oui, Le Dans Du Les On Par
compOsition
fevrier
aux
Dictionnaire
des
Madame
naquit à
l'anglais
vive et
de
Lycées
l'ont
Sainmore, La
françase
ineraie
An X,
Vers de Voltaire adressés à Mme de Boudic
En vers doux et charmants
Sapho chanta l'amour; elle est votre modèle;
Au dieu charmant qui vous inspire,
Consacrez tous vos vers, enfants de vos beaux jours:
Oui, sans doute, ils vivront toujours.
Le plaisir saura les inscrire
Dans les archives des amours.
Du fameux temple de mémoire,
Les sublimes talents n'ont pas seuls les honneurs.
On peut arriver à la gloire
Par des sentiers semés de fleurs.
201
STANCES SUR LE VRAI BONHEUR
ET LA FRIVOLITE DES PLAISIRS DE CE MONDE
Ce cantique, souvent inséré dans les recueils de poésie 'religieuse',
comme le rappelle Moland, ne peut être de Voltaire. Bengesco
juge ainsi: Nous croyons que les éditeurs modernes des Bures
complètes ont eu raison de ne pas réimprimer l'Ode sur le repentir,
et de laisser le Cantique enfoui dans le Calendrier dEléonore et
autres recueils antérieurs: lune et l'autre pièce nous semblent
dépourvues de tout caractère d'authenticité.'2 Le texte est difusé
au moment même où Voltaire est le plus engagé dans les affaires
Calas et Sirven. L'Anti-dicrionnaire philosophique va jusqu à introduire
le poème en précisant que c'est dans un 'accès de repentir que
M. de Voltaire fit le cantique suivant', ce qui est évidemment faux.
Le nombre des éditions est néanmoins impressionnant étant donn
la réputation du patriarche dans ses dernières années.
Plusieurs éditions ont une yariante dans le premier vers: 'vanter
au lieu de chanter'. C'est ainsi que le cite l'edition Moland dans sa
section Poésies attribuées à Voltaire, t.32, p.439, Sous le titre
Notre bonheur n'est qu'en Dieu'.
Editions: Suite de la clef ou journal historiaue sur les matières du tenps
(Verdun et Paris, octobre 1758), t.84, D.281-82: Journal chrérien (octobre
I758), P.i56-6o; Règles de la congrégation des flles de la ville de Toul
(759), P.167-68; Choix des cantigues de Saint-Sulpice: à l'usage ae a
jeunesse belge (Gand, [1768|), P.37-38: Opuscules sacrés et lyriques ou Lair
tiques sur différents sujets de piété (Paris, Crapart, 1772), P.I2-13; LPp"
de GriMm,m t.3, 2C,L pT.4, 39 (seulement dans certains tirages). Voir également Correspondance
,t4, Pr44-46: "Ceux qui ont cru cette ode de M. de Voltaire ne
doivent jamais se mêler de juger des vers.
2 T4, P.279-80. Pour un argument plus nuancé voir Nicholas Cronk, Voltaire,
poète chrétien? Ou la porosité du corpus voltairien', dans Rousseau et les Lumières,
Melanges à la mémoire de Raymond Trousson (Paris, 2016), p.ó5-b3-
3 Anti-diciornaire philosophique (Paris, 1781), t.1, p.I55:
202
des journaus a Gazette D.74-75; tirés 177), P-412-(Paris, 177), retraites et (Paris, Texte de
MONDE
religieuse',
Bengesco
Bures
repentir,
dEléonore et
semblent
difusé
affaires
introduire
que
faux.
donn
vanter
dans sa
titre
tenps
octobre
Toul
ae a
Lair
LPp"
Correspondance
Voltaire ne
Voltaire,
Lumières,
STANCES SUR LE VRAI BONHEUR
des journaus (Liège, octobre I772), t.4, P.133-34 (reproduit le texte de
a Gazette de littérature]; Journal encyclopédique (Bouillon, 1772), t5,
D.74-75; Recueil de cantiques spirituels (Chartres, I774), p.261-62; Cantigues
tirés en partie des psaumes et en partie des posies sacrées [..] (Leipzig,
177), P-412-13; Charles Desprez de Boissy, Lettes sur les spectacles, 6* éd.
(Paris, 177), t.2, p.s23-24; Cantiques spirituels, à l'usage des missions,
retraites et catéchismes (Cambrai, I778), p.67-68; Anti-dictionnaire philosophique
(Paris, I781), t.1, p.IS5-56.
Texte de base: Suite de la clef
203
204
Stances sur le vrai bonheur
et la frivolité des plaisirs de ce monde
Entendrons-nous chanter toujours
Des beautés périssables,
De faux plaisirs, de vains amours
Passagers et coupables.
Songes brillants, beaux jours perdus,
Beaux jours vous ne reviendrez plus!
Nous passons d'erreurs en regrets,
De mensonge en folie,
Hélas! nous ne vivons jamais,
Nous attendons la vie,
Et l'espoir qui suit les désirs
Est plus trompeur que les plaisirs.
L'amertume est dans les douceurs,
Dans nos projets la crainte,
Le néant au sein des grandeurs,
Dans les travaux la plainte,
Oh! bonheur désiré de tous,
Bonheur tranquille où fuyez-vous?
Vous êtes d'un Dieu créateur,
Et l'essence et l'ouvage,
Habiteriez-vous dans un cooeur
Criminel et volage?
Bonheur enfant du pur amour,
La terre n'est point ton séjour.
Que cet amour porte mes veux
Sur ses ailes rapides,
Au trône entouré de ses feux,
Où le repos réside,
Grand Dieu! quel être dois-je aimer,
Que l'être qui m'a su former? 30
30
STANCES SUR LE VRAI BONHEUR
Nos jours sont courts et douloureux,
Ce n'est qu'une ombre vaine,
Notre gloire passe comme eux,
Et l'oubli nous entraîne;
Maís le tendre amour de ta loi
Nous rend éternels comme toi.
205
35
VERS À M. LEKAIN TRAGÉDIEN
L'enthousiasme de Voltaire pour Lekain est bien connu, et les vers
de Voltaire se retrouvent souvent dans les Archives Tronchin à
la Bibliothèque de Genève, mais ce poème, copié de la main de
Tronchin, n'est probablement pas de Voltaire. Les mots par
J. B. V qui terminent la copie semblent nier une telle attribution.
Manuscrit: Genève, BGE: AT 177 Pièces manuscrites ou imprimées
relatives à Voltaire et à ses ceuvres', n 33-
Texte de base: manuscrit.
206
Est-Qui Qui L'lève, Oui, Le glorieux Sur Des Reçois-C'est
vers
Tronchin à
de
par
attribution.
imprimées
Vers à M. Lekain tragédien
Est-ce un homme, est-ce un dieu qui paraît sur la scène?
Qui m'inspire l'effroi, la pitié, la terreur?
Qui fait ce qu'il veut de mon coeur?
L'lève, l'attendrit, le transporte, I'entraîne?
Oui, c'est Lekain; c'est ce sublime acteur;
Le glorieux soutien des jeux de Melpomène:
Sur son front lumineux rempli de majesté,
Des lauriers les plus beaux plaçons une couronne:
Reçois-la, cher Lekain, des mains de l'équité:
C'est elle seule qui la donne.
Au nom du public
par J. B. V.
207
À M. FEUILLET, ALORS CLERC DE PROCUREUR
Cette épigramme est publiée dans l'Almanach litéraire, ou érennes
d'Apollon (Paris, I787), p.i48. Elle est attribuée à Voltaire et
accompagnée d'une note à la même page: 'Ce joli morceau n'est
pas connu. Elle paraît également dans la Correspondance littéraire
de janvier 1787. Le poème est absent de 1l'édition Tourneux mais
Emile Lizé le cite intégralement et en offre la paternité à Voltaire.!
Si elle est de la main de Voltaire, le M. Feuillet du titre pourait
être à la rigueur un procureur évoqué dans une lettre de Voltaire à
l'abbé Moussinot du 25 janvier I738 (DI435): T'ai peur de m'être
trompé dans l'adresse que j'ai donnée pour m Feuillet procureur
du roi des eaux et forêts de s Quentin, et de la Fere. J'ai je crois
mis, maître des eaux et forêts d'Amiens./C'est donc à m Feuillet,
procureur du roi des eaux et forêts de st Quentin, que je prie
m votre frère d'envoyer une Henriade."
Sil s'agit du même Feuillet, 1'épigramme aurait été composee
dans les années 173o. Elle est publiée dans l'Almanach des Muses
en 18o2 avec le titre légèrement différent de Vers à M. Feuillet,
alors procureur (p.I82).
Texte de base: Almanach litéraire.
P.229-E3m0.ile Lizé, Voltaire, Grimm et la correspondance linéraire, SVEC 18o (1979)»
208
Feuillet, Tu Le D'écriture Reçoit De C'est
érennes
et
n'est
littéraire
mais
Voltaire.!
pourait
Voltaire à
m'être
procureur
crois
Feuillet,
prie
composee
Muses
Feuillet,
1979)»
A M. Feuillet, alors clerc de procureur
Feuillet, d'un procureur la demeure profane
Est pour toi le vallon sacré;
Et dans lantre de la chícane
Tu griffonnes des vers sur du papier timbré,
Le plaideur étonné quin'attend qu'un grimoire
D'écriture du diable en style de palais,
Reçoit au lieu d'exploits, des sixains, des sonnets
De jolis madrigaux et des chansons à boire;
C'est bien là gagner son procès.
209
VERS FAITS A VERSAILLES PAR UNE FEMME
DE 20 ANS, LE 1 JUILLET I770
L'attribution de ce texte demeure mystérieuse. Ces vers paraissent
pour la première fois dans les Mémoires secrets avec cette mention:
(% août 1770) Vers faits à Versailles, par une femme de 20 ans, le
16 juillet r770'.1 Cependant cette attribution ne parait rien moins
que douteuse. La qualité scabreuse du poème nie l'attribution à une
jeune femme. Dans une nouvelle édition intitulée La Chronique
scandaleuse, cette épitre est intitulée Portrait de la femme et est
accompagnée, en pendant, d'un Portrait de I'homme.2 Dans les
Contes théologiques, sous le titre Les Métamorphoses', elle est
attribuée au chevalier de Bouffers. L'attribution à Voltaire n'est
relevée que dans la Correspondance littéraire secrète de 1786. A souligner
qu'une édition de poésies des ceuvres de Piron inclut ce texte
dans sa sélection, sous le titre Différence des ages'.5
Un manuscrit existe à la BnF (ms.fr.r3651, P.436) et un autre å
Besançon (BM, ms s61, p.8¬) oà le poème est attribué à Voltaire.
Un autre se trouve à Copenhague, Bernstorffske papirer.
Voltaire avait préservé maints poèmes de ce genre dans ses
cahiers, mais on peut douter qu'il l'ait composé.
Texte de base: Mémoires secrets.
1 Mémoires secrets, t.s (Londres, 1777), P.174-75-
2Guillaume Imbert, La Chronigue scandaleuse om Mémoires pour servir a Lhsto
e la genération présente, 4 vol. (Paris, I780), t.3, D.27). Cette version dome ue
variante: propre' pour 'bonne' au vers 8.
Contes théologiques, suivis des litanies des catholigues du dix-huitième stècle e
posies érotico-philosophiques (Paris, 783), p214-
s Correspondance littéraire secrère (Paris, 5 s novembre 1786), n° 46 (non paginé).
s Poésies libres et joyeuses d'Alexis Piron (France [Paris?], 1810), P.94-
210
Vers Fille Intítulé: Fille Qu'on Fille Dont Fille Bien A Ou A
paraissent
mention:
le
moins
une
Chronique
est
les
est
n'est
souligner
texte
å
Voltaire.
ses
Lhsto
ue
paginé).
Vers faits à Versailles par une femme de 20 ans,
le i6juillet ggo
Fille à dix ans est un petit livret,
Intítulé: Le berceau de nature.
Fille à quinze ans est un joli coffret,
Qu'on n'ouvre point sans forcer la serrure.
Fille à vingt ans est un épais buisson,
Dont maint chasseur pour le battre s'approche.
Fille à trente ans, est de la venaison
Bien faisandée et bonne à mettre en broche.
A quarante ans cest un gros bastion
Ou le canon a fait plus d'une brèche.
A cinquante ans c'est un vieux lampion
Où l'on ne met qu'à regret une mèche.
2II
VERS POUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT
DE FEU M. DE LA METTRIE,
DOCTEUR EN MÉDECINE
Voltaire a rencontré Julien Offray de La Mettrie (170og-1751) à la
cour de Prusse en 7S0.1 Selon l'édition du Portefeuille trouvé, ce
distique est conçu par Voltaire afin d'orner le bas d'un tableau
commandé au moment de la mort de La Mettrie, médecin réputé
pour sa pensée matérialiste, Selon Fréron:
M. de Marschall conseiller de légation du roi de Prusse, [..] avait fait
commencer le portrait de La Mettrie, peu de temps avant sa mort, par
M. Schmitt célèbre graveur, très connu en France. [..] II le fait graver
en veste déboutonnée, avec un petit bonnet sur la tête, équipage dans
lequel on l'a vu souvent dans des soupers de flles, où il brillait beaucoup.
M. de Voltaire a fait ces deux vers pour être mis au bas de son
portrait:
Fléau des médecins, il en fut la lumíère:
Mais à force d'esprit tout lui parut matière.
Ces deux vers sont assurément très ingénieux. On n'a trouvé à redire
qu'â mais, parce qu'il n'y a aucun rapport entre le premier et le second
vers.3
On lit dans le Dictionnaire historique et critique:
Un seigneur de la Cour de Berlin le ft graver en veste déboutonnée, avee
un petit bonnet ur la tête: équipage dans lequel on l'a vu souvent dans
des soupers d'actrices, où il ne brillait malheureusement que trop.
manquaità cette estampe que les grelots et la marotte. Un cêlèbre incre
dule orna son portrait de ces deux vers:
1 VST, tI, p.642.
2 Le Portefeuille trouyé, ou Tablettes d'un curieux. 2 vOl, (Genève, 1757), t:1, PJ)
3 LAnnée litéraire (Nancy [Paris]), 1753), t.1O, p.ro8-109.
212
rpD PoUR Voilà des Il v a Dar Georg annoncé de la gravure, Ces vers nous n'avons Texte de base: Dictionnaire 4 vol. (Paris,
à la
ce
tableau
réputé
fait
par
graver
dans
beaucoup.
son
redire
second
avee
dans
incre
PJ)
rpD PoUR METTRE AU BAS DU PORTRAIT DE FEU M. DE LA METTRIE
Fléau des médecins, il en fut la lumière.
Mais à force d'esprit tout lui parut matière.
Voilà des antithèses joliment assorties. 4
Il v a au moins deux versions d'une gravure de La Mettrie
Dar Georg Friedrich Schmidt (I712-1775). Fréron (p.rog) avait
annoncé les vers qu'il avait préparés lui-même pour mettre au bas
de la gravure, 'et ils ont été préférés; ce qui me rend bien glorieux':
Sous ces traits vifs tu vois le Maître
Des jeux, des ris et des bons mots:
Trop hardi d'avoir de son être
Osé débrouiller le cahos [sicl,
Sans un sage il était la victime des sots.
Ces vers ont bien accompagné une des versions de la gravure, mais
nous n'avons pas trouvé de gravure ornée des vers de Voltaire.
Texte de base: PT.
Dictionnaire historique et critique, ou recherches sur la vie, le caractère, les maurs,
4 vol. (Paris, 177), t.3, P.I93-
213
S. Gravure de La Mettrie avec les vers de Fréron.
Paris, Bibliothèque de l'Académie naionale de médecine:
anmpxo1XO027.
Vers pour
Vers pour mettre au bas duportrait de feu M. de La Mettrie.
Docteur en médecine
Fléau des médecins, il en fut la lumière,
Mais à force d'esprit tout lui parut matière.
215
IMPROMPTU À MADEMOSELLE DE CHARoLOIS
PEINTE EN HABIT DE CORDELIER
Une version courte de ce poème est publiée par Moland (t.1O,
p.477) avec la note de l'édition de Kehl: M. de Voltaire sachant
quon chantait ces vers sur l'air de "Robin ture-lure", y ajouta,
dit-on, d'autres couplets fort plaisants. 1 G. L. van Roosbroeck
possède un recueil manuscrit de vers, datant d'autour de I734,
où ces couplets paraissent.2 La première strophe est donnée par
Beuchot en 1833 (t.14, P.321-22). Rien ne prouve que ces additions
soient de Voltaire. Le site Poèmes satiriques' (n 297) donne une
autre version de ce poème, en deux strophes, dont la première
est identique à la première strophe de notre texte. Le poème y est
attribué à La Faye et daté de 17I8; le site répertorie de nombreux
manuscrits, notamment à la bibliothègue de lArsenal.
Texte de base: Roosbroeck.
K84, t.14, P.319. Voir aussi 0CV, t3A, p.298.
'An impromptu of Voltaire completed', Modern language notes 37 (1922), p.s8.
216
j8
2 Moland: 3 Moland: 4 Moland: 5-12 Moland: Poèmes Admirant Dit Pourquoi 9-12 Poèmes
CHARoLOIS
1O,
sachant
ajouta,
Roosbroeck
I734,
par
additions
une
première
est
nombreux
s8.
j8
Impromptuà mademoiselle de Charolois
peinte en habit de cordelier
Frère Ange de Charolois
Par une rare aventure
Au cordon de St. François, turelure,
De Vénus joint la ceinture, Robin turelure.
Sil était aux Cordeliers
Moine de cette encolure
J'irais demain des premiers, turelure,
Chez eux briguer la tonsure, Robin turelure.
Avec un frère si beau,
Ft-on couché sur la dure,
L'on passerait à gogo, turelure,
Ses beaux ans dans la clôture, Robin turelure.
2 Moland: Dis-nous par quelle aventure
3 Moland: Le cordon du saint François
4 Moland: Sert à Vénus de ceinture?
5-12 Moland: absents]
Poèmes satiriques: Un cordelier gros et gras,
Admirant cette figure,
Dit en soupirant: Hélas! Ture lure,
Pourquoi n'es-tu que peinture? Robin ture lure.
9-12 Poèmes satiriques: [absents]
217
10
[GRESSET PLEURE SUR SES OUVRAGES]
Une copie manuscrite de cette épigramme de la main de Voltaire
se trouve à la Morgan Library (MA 635-3) mais elle n'est pas de
Voltaire. Ele a été rédigée par Alexis Piron.l C'est Nicolas Claude
Thiriot qui la rapporte dans une lettre à Voltaire du rer juillet 1759
(D8;82). Thiriot cite ce huitain et constate que Piron l'a envoyé à
un de ses] amis'. L'épigramme aurait été écrite pour tourner en
ridicule la décision prise par Jean-Baptiste Gresset (I709-177)
d'abandonner le théâtre. 2 Voltaire en exulte mais il connait déjà
cette épigramme. Il écrit à Cideville le 29 juin I759 (D837;): Vous
connaissez sans doute lépigramme de Piron sur ce fanatique et
orgueilleux de Gresset. Qu'elle est jolie! qu'elle est bien faite! que
I'insolent ex-jésuite est bien puni!' Le même jour il se réjouit de
déclarer (D8374): 'Et ce polisson de Gresset qu'en dirons-nous
quel fat orgueilleux! quel plat fanatique! et que les vers de Pirron
Sont jolis! Dans certaines impressions, le nom de Gresset a éte
remplacé par le nom conventionnel, Damon. C'est le cas, par
exemple, lors de son insertion dans LAnnée littéraire où les vers
sont précédés de I'appréciation suivante: 'Quoi de plus piquant
et de plaisamment tourné que cette épigramme du célèbre Piron.*
Nous connaissons deux autres manuscrits du poeme Paris,
BHVP: MS-FS-1I-I, f.82%, dans lequel il y a une variante au
Pascale Verèb accepte l'attribution à Piron: Alexis Piron, poète (1689-1773)
difficile condition d'auteur sous Louis XV, SVEC 349 (997), p.64-
2 Voir Jules Wogue, J-B.-L. Gresset. Sa vie, ses euyres (Paris, 1894), P:4);
Gideville possède une copie de l'épigramne qu'il attribue à Piron. Le teste
Teprigamme, dans le Recueil d'anecdotes de la main de M de Cideville', est pre
cede de Tobservation suivante: Sur Mr. Gresset ui a fait une rétraction authentque
et imprimée de ses ouvrages de théâtre' (Alain Niderst. Traits, notes et remarqu
de Cideville', RHLE, 1970, p455-7; ici p.469).
1770, t-7, p.42. On retrouve aussi Damon dans l'impression del'épigramme dans
le Recueil de poésies ou euvres diverses de M. Piron (Lausanne, 1773)» P
218
premier vers
ms.fr.15034, Texte de base:
Voltaire
de
Claude
1759
envoyé à
en
177)
déjà
Vous
et
que
de
nous
Pirron
éte
par
vers
piquant
Piron.*
Paris,
au
teste
pre
authentque
remarqu
dans
[GRESSET PLEURE SUR SES OUVRAGES]
(Gresset pleure sur ses péchés') et Paris, BnF:
premier vers
ms.fr.15034, P.217, qui contient plusieurs variantes:
Gresset pleure sur ses ouVrages
Et jette au feu les ébauchés.
Que l'exemple vous rende sages,
Petits écrivains débauchés!
Gens de bien, soyez-en touchés
Et priez que dès cette vie
Dieu veuille oublier ses péchés
Comme le monde les oublie.
Texte de base: D8382.
219
220
Gresset pleure sur ses ouvrages
En pénitent des plus touchés.
Apprenezà devenir sages,
Petits écrivains débauchés.
Pour nous qu'il a si bien prêchés,
Demandons que dans l'autre vie
Dieu veuille oublier ses péchés
Comme en ce monde on les oublie.
La question inedita, aucune dans le Mercure M. de Lanevere, publié dans Vers à S.établi Preussen aus den avec la Recueil Sophie Dorothea.'
Texte de base: Wilhelm 2 Mercure Vantes dans p.u8: Lanevere Ptes pièces présent.
VERS AU ROI DE PRUSSE
La question de l'origine de cette épître, insérée dans les Voltairiana
inedita, est difficile à résoudre. En effet, W. Mangold ne donne
aucune information sur son origine et on la retrouve également
dans le Mercure de France en I756, où elle est attribuée à un certain
M. de Lanevere, ancien Mousquetaire du roi'.2 Le poème est aussi
publié dans le Journal helvétique d'avril 1756 (p.493) sous le titre
Vers à S.M. le roi de Prusse par M. de Lanevere, ancien mousquetaire,
établi à Dax'. On le retrouve en 1757 dans Sammlung verschiedener
Gedichte auf S. jetztregierende Königl. Majestät in
Preussen (non paginé). Il est attribuée à Voltaire dans Publikationen
aus den Preussischen Staatsarchiven, t.82 (Leipzig, 1909), n° 242,
avec la note suivante: Nach einer Abschrift in dem handschriftlichen
Recueil de pièces diverses aus dem Nachlaß der Königin
Sophie Dorothea.'
Texte de base: MF.
Wilhelm Mangold, Voltairiana inedita (Berlin, 1901), p.48.
2 Mercure de France (Paris, mars I750), p.84 (ME], On trouve les précisions sui-
Vantes dans La France litéraire, , t.3: Supplément à la France littéraire (Paris, 17n8),
p.u8: Lanevere (Bernard de), ancien mousquetaire du roi, né à Dax. Plusieurs
Ptes pièces fugirives dans le Mercure de Krance, depuis l'année i746 jusqua
présent.
22I
222
Vers au roi de Prusse
Héros fameux par la conquête
D'un pays heureux sous tes lois,
Grand roi, tous les dieux sur ta tête
Ont versé leurs dons à la fois.
Bon soldat, général habile,
Tu joins à la valeur d'Achille,
De Lycurgue tous les talents:
Né pour régner et pour écrire,
Tu réunis le double empire
Des Plutarques et des Trajans. 10
Le Is avril touché par dans Pompadour? était des voilà un Le manuscrit titre 'Epigramme II fut battu furent pris; Is avril 1764, et soutenu, vers ferait La variante éditions En i76s publiées Vous n'ignorez de mes des notes Pour années de P2s9-73.
2 D1864, Letras secrètes amis du Parnasse; de M. de Voltaire l de elles les preuves
10
SUR M. DE SOUBISE
Le Is avril r764 la marquise de Pompadour meurt.! Voltaire est
touché par sa mort et le montre dans sa correspondance, par exemnle
dans une lettre à D'Alembert: Avez vous regretté madame de
Pompadour? Oui, sans doute, car dans le fond de son ceur elle
était des nôtres; elle protégeait les lettres autant qu'elle le pouvait:
voilà un beau rêve de fini,'2
Le manuscrit de l'Arsenal donne I'explication des vers, sous le
titre 'Epigramme sur le maréchal prince de Soubise':
II fut battu à Rosback par le roi de Prusse; presque tous les équipages
furent pris; on fait ici allusion à la marquise de Pompadour, morte le
Is avril 1764, fort amie de mr. de Soubise, et qui après l'avoir protégé
et soutenu, a fini par le nommer son exécuteur testamentaire. Le dernier
vers ferait allusion à la comtesse de l'Hospital, sa maîtresse.
La variante du manuscrit est peut-être à préférer, mais toutes les
éditions donnent notre texte.
En i76s et I766 deux collections de lettres de Voltaire3 sont
publiées mais il les dénonce comme fausses:
Vous n'ignorez pas qu'on a fait en Hollande deux éditions de quelquesunes
de mes lettres qu'on a cruellement falsifées, et auxquelles on a joint
des notes d'une insolence punissable contre les personnes du royaume les
Pour plus de détails sur la mort de Pompadour voir A. Thiery, Les dernières
années de la marquise de Pompadour'. Reyue des deuX mondes (s septembre 1959),
P2s9-73.
2 D1864, 8 mai i764:
Letras secrètes de Mr. de Voltaire (Genève, I76); Laures de M. de Voltaire à ses
amis du Parnasse; avec des notes historiques et critiques (Genève, 1766). L'avertissement
de l'éditeur du recueil de I766 commence: Malgré les protestations de
M. de Voltaire contre les premières lettres secrètes qui furent publiées l'an passé, l de nouvelles qu'il désavouera probablement aussi, mais qui portent avee
elles les preuves de leur autlhenticité.
223
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
plus respectables. [..] M. le prince de Soubise, et plusieurs autres per.
Sonnes d'une grande distinction sont très outragées dans ces letres.4
On pourrait être tenté de croire que notre épigramme est de la
plume de Voltaire, mais il n'y a rien qui autorise une telle supposition.
Les versions publiées n'auraient pas manqué de donner
l'attribution si on y avait cru à l'époque, mais dans I'entrée du
25 avril 164 des Mémoires secrets, Bachaumont se contente de dire:
Voici un vaudeville, qui n'a d'autre mérite que d'être historique
et de transmettre à la postérité des anecdotes, dont quelques-unes
ne sont pas connues de tout le monde; c'est sur M. le prince de
Soubise, à l'occasion de la mort de Madame de Pompadour.
Après la défaite de Soubise à Rosbach, des vers semblables aux
n res sont parus:
Soubise dit, la lanterne à la main:
J'ai beau chercher, où diable est mon armée?
Elle était là pourtant hier matin.
Me l'a-t-on prise ou l'aurais-je égarée?
Ah! Je perds tout, je suis un étourdi;
Mais attendons au grand jour, à midi.
Que vois-je, ô ciel! Que mon âme est ravie!
Prodige heureux! La voilà! la voilà!
Ah! ventre-bleu! qu'est-ce donc que cela?
Je me trompais, c'est l'armée ennemie! 5
Manuscrit: Paris, Arsenal: 3128, f.386v [Ms].
Editions: Mémoires secrets, t.16 (Londres, r781), P.20; Revue de karo
(Paris, 1839), t.3, p.II4; Mémoires historigues, litéraires, politiques, anee"
dotigues et critiques de Bachaumont, 2e éd. (Paris, I8o9), t.I, p.124;
thèque des mémoires relatifs à l'histoire de France (Paris, 1846-1891), L3)
p.259 (25 avril i764).
Texte de base: Mémoires historiques.
4Di3s99, aux d'Argental, 6 octobre i66.
3 Cette version se trouye dans
s Jean Vatout, Notices historiques.
galerie de S. A. R. Mgr. le duc d'Orléans (Paris, 1826), t:3, p.180.
sur les tableaux de la
224
1 MS: I
per.
letres.4
de la
supposition.
donner
I'entrée du
dire:
historique
unes
prince de
aux
karo
anee"
1891), L3)
de la
1 MS: I perd tout ce
Sur M. de Soubise
I est mal, ce pauvre Soubise.
Sa tente à Rosbach il perdit,
A Versailles il perd sa marquise;
A l'hôpital il est réduit.
225
|IL NA POINT CONNU L'HARMONE)
Cette Epitaphe de Mr de La Motte par Mr de Voltaire', recueillie
par Cideville dans un Recueil d'anecdotes de la main de Mr de
Cideville', reste inédite jusqu'à lédition de Niderst. Antoine
Houdar de La Motte est mort le 26 décembre 1731. Cideville note
le poème en 1754. Les vers I et 3 du quatrain sont cités dans la
préface d'une édition de 1754 des ceuvres d'Houdar de La Motte
(Paris, Prault, 1754, t.1, p.xix).
Les deux premiers vers sont cités par La Harpe, dans le contexte
de la guerre que Voltaire mène contre Rousseau,!
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Recueil d'anecdotes de la
main de Mr de Cideville', O. 4o, p.228.
Edition: Alain Niderst, Traits, notes et remarques de Cideville', RHLF
70 (1970), p.466.
Texte de base: manuscrit.
1 Lycée (Paris, An xn), p.9o,
226
recueillie
de
Antoine
note
dans la
Motte
contexte
de la
RHLF
Il n'a point connu l'harmonie,
Il eut trop d'art et de raison:
L'esprit lui tient lieu de génie:
Auquel rang le placera-t-on?
227
MADRIGAL
Ce 'madrigal se trouve dans les Leningrad notebooks avec le
nom Ferrand inscrit dans la marge.! l est introduit pour la
première fois dans les euvres de Voltaire par Beuchot en 1821,2
Il précise quil la trouvé dans les Amusements liéraires de
La Barre de Beaumarchais. Ce dernier souligne qu'il ne connat
pas l'auteur des vers concernés, ce qui est not par Beuchot.
Cependant Bengesco signale que le même Beuchot était revenu sur
son estimation au t.I4 de l'édition Lefevre (p.303-3o6) en précisant
que puisque I'attribution d'autres madrigaux publiés dans les
Amusements littéraires avait été réévaluée et donnée notamment à
Faye', I n'y a donc plus de motif, même léger, de croire que le
[.] madrigal soit de Voltaire.' Cette rétractation est répétée dans
M, t.1o, p.462. Certains recueils de vers attribuent bien ce poème à
Antoine Ferrand (1677-1719), conseiller de la 'cour des aides et
compositeur de chansons, 5
Dans la Bibliothèque portative des écrivains français, il est atribué
à Chaulieu, 6
Texte de base: Amusements litéraires.
I OCV, t81, p.264
2 Posies de Voltaire, s vol. (Paris, 1823), t.5, P:95:
VoirAmuLsements liuéraires; ou correspondance politigue, historique, philosophigut,
etc. (La Haye, 1740), t.1, lettre 21°, D.I32, Le madrigal avait déjà été publié, sans non
d'auteur, dans le Mercure de France (Paris, décembre 1737), p.2822
4 Bengesco, t.4, P.303-
On le trouve, avec quelques variantes. dans Pices libres de M. Fera
(Londres, 1744), P.2-13, Voir aussi Essai sur la musigue ancienne et moderne, 4 vol.
(Paris, 178o), t-4, P. 126, et Poètes français ou choix de posies des auteurs du second et du
troisième ordre, des XV, XVI, XIl, XVIII siècles (Paris, 182), t5, P39
Bibliothèque portative des écrivains français, 3 vol. (Londres, 18o), t.3, | p.277.
Guillaume Amfrye de Chaulieu (1639-1720); Voltaire avait tait connaissance dans
sa jeunesse, lorsqu'il fréquentait la société du Temple.
228
I n'en Tendres, Qui, Vivaient Les Mais Sont Hlas!
avec le
pour la
1821,2
liéraires de
connat
Beuchot.
revenu sur
précisant
dans les
notamment à
que le
dans
poème à
aides et
atribué
philosophigut,
sans non
Fera
4 vol.
et du
P39
p.277.
dans
Madrigal
I n'en est plus, Thémire, de ces cceurs
Tendres, constants, incapables de feindre.
Qui, d'une amante épuisant les rigueurs,
Vivaient soumis, et mouraient sans se plaindre;
Les traits d'Amour alors étaient à craindre:
Mais aujourd'hui les feux les plus constants
Sont ceux qu'un jour voit naître et voit s'éteindre.
Hlas! faut-il que je sois du vieux temps?
229
1O, SANS AVOIR LART DE FEINDRE)
L'Année litnéraire présente ces vers en 1785, suivis d'une observation
générale: 'toutes ces petites pièces attribuées à Voltaire sont
trop au-dessous de sa réputation, et paraissent autant d'épigrammes
contre lui.1 Ce quatrain, comme l'ont précisé Beuchot et
Bengesco, n'est pas de Voltaire mais de Roland Puchot Des
Alleurs,2 Cependant, à en croire la ie de Voltaire de Duvernet,
ces vers fugitifs auraient pu jouer un rôle dans la décision d'envoyer
Arouet à la Bastille au moment de son affaire avec le chevalier
de Rohan.3 Selon cette version des faits, la famille Rohan a
présenté au duc de Bourbon ce quatrain que Voltaire aurait adressé
à l'amante de ce dernier, la marquise de Prie. Or le duc de Bourbon,
borgne et souverainement irrité par les insinuations qui transparaissent
dans le texte, fait promptement jeter son rival en prison.
Cet argument romanesque pourrait peut-être justifier le fait que
Voltaire est suspecté ultérieurement d'être l'auteur de ces vers,
LAlmanach littéraire de 1785 contribue sans doute à l'argument
en dotant le quatrain du titre Vers de Voltaire, à une jolie femme,
dont le mari était borgne'.4 Les Euyres du marquis de Villtte attribuent
les vers à Voltaire aussi, en les faisant précéder des mots:
"Autres vers à la marquise de Prye, dans son boudoir, tandis qu ele
SOupait tte-à-tte avec son illustre amant qui était borgne.
Texte de base: LAnnée littérair.
2 LMA,n tnée litréraire (Paris, 1785), t:1, P-34-
3 ThontP463, er t Bengesco, t4, P.305.
lmarigeon Duvernet, Vie de Vollaire, suivie d'anecdotes qui compose
sa vie privée (Paris,, Ii797), p.ó3
4Almanach litéraire, ou étrennes d'Apollon (Paris, 178) p:245:
Charles-Michel, marquis de Villette. luvres dn marguis de Villette (Edimbous
et Paris, I788), p.12I,
230
0D'Argus
observation
sont
d'épigrammes
Beuchot et
Des
Duvernet,
d'envoyer
chevalier
Rohan a
adressé
Bourbon,
transparaissent
prison.
que
vers,
l'argument
femme,
attribuent
mots:
ele
compose
Edimbous
Io, sans avoir l'art de feindre.
0D'Argus sut tromper les cent yeux,
Nous n'en avons qu'un seul à craindre,
Pourquoi ne pas nous rendre heureux.
231
RÉPONSE DE MONSIEUR VOLTAIRE À UN ÉVÈOUE
DE BONNE COMPAGNIE QUI LUI AVAIT ENVOYÉ
UN MANDEMENT CNTRE LES INCRÉDULES
Cet impromptu inséré dans la Correspondance littéraire de Grimm en
février I778 est sans doute de Voltaire.1 Sa date de publication
coincide avec les mois durant lesquels Voltaire se bat contre l'Eglise
dont les prélats cherchent à lui extirper une explicite profession de
foi afin qu'il puisse reposer en terre consacrée. On pourrait croire
qu'il s'agit de la Lettre pastorale [..] au clergé séculier et réglier de
Son diocèse ((s.1.], 1764), datée du 23 janvier r764, où, p.I8, I'archevque
d'Auch décrit un 'auteur mercenaire', qui ne peut être que
Voltaire. Dans DII898 (29 mai 1764), Voltaire (sous le nom de
Daumier) écrit à Auch: Vous m'avouerez que j'ai dâ être surpris
et blessé quand on m'a dit que vous aviez traité dans un mandement
mon bienfaiteur d'auteur mercenaire et d'homme dont les sentiments
erronés avaient disposé la nation à chasser les jésuites.
Le 18 avril 1764, dans une lettre aux d'Argental, Voltaire écrit
(DrI834): Les frères Cramer ont envoyé à Paris les contes de
Guillaume Vadé avec quelques autres pièces qu'on pourrait tres
bien brûler comme un mandement d'évêque.' Cependant il existe
une version antérieure de plusieurs décennies. Le 20 août i725
il écrit à la marquise de Bernières, au sujet d'un mandement du
cardinal de Noailles (D246):
Mabbé Couet, grand vicaire de son éminence. m'a envoyé aujourd hur
le mandement. Je lui ai envoy une Mariamne avec ces petits ves
Vous m'envoyez un mandement,
Recevez une tragédie
Et qu'ainsi mutuellement
Nous nous donnions la comédie.
Texte de base: cLT.
SVEDC C18L0T ,( 1t.9I27,9 P),. 5p6.2: 1v0o,ir Emile Lizé, Voltaire, Grimm et la Correspondance linéraire,
232
ÉVÈOUE
ENVOYÉ
Grimm en
publication
l'Eglise
profession de
croire
réglier de
I'archevque
que
nom de
surpris
mandement
sentiments
jésuites.
écrit
contes de
tres
existe
i725
mandement du
aujourd hur
linéraire,
Réponse de monsieur Voltaire à un évégue
de bonne compagnie qui lui avait envoyé
n Mandement contre les incrédules
J'ai reçu votre mandement
Je vous envoie ma tragédie,
Afin que mutuellement
Nous nous donnions la comédie.
233
ITAIME PEU CES AUTEURS DONT
LA PÉNIBLE AUDACE)
Ce poème est inséré dans l'édition intitulée Vollaire, Lettres inédies
à son imprimeur Gabriel Cramer élaborée par Bernard Gagnebin. I
L'édition Besterman écarte cependant ces vers en précisant: 'ED I
prints some verses after this note, but they are on a separate and
unrelated slip of paper.' l ne serait tout de même pas déraisonnable
d'associer ces vers à 'ce billet de DiI231.
Texte de base: Gagnebin.
Bernard Gagnebin( (éd.), Voltaire, Lettres inédites à son imprimeur Gabriel Cramer
(Genève, i1952), p.i12-13, Voir Paris, BHVP: Ms. 2032, fi25.
2 DII231, à Cramer, vers le 25 mai r763
234
J'aime Dirige L'aiglon Suit Et Voyez
inédies
Gagnebin. I
'ED I
separate and
déraisonnable
Cramer
J'aime peu ces auteurs dont la pénible audace
Dirige un vol tardif au sommet du Parnasse
L'aiglon dès son berceau d'un eil audacieux,
Suit son père et voudrait l'atteindre dans les cieux.
Et sitt qu'à ses vooeux il sentira des ailes,
Voyez comme il se plonge aux voûtes immortelles.
235
À UN DE SES AMIS
La vaste correspondance entre Voltaire et Cideville suggère qu'l
pourrait exister des vers du patriarche dans la collection de poésies
que Cideville légua à la bibliothèque de Rouen. Il est vrai aussi que
Voltaire fait souvent référence à sa mort imminente, mais ce sont
les seules choses qui pourraient lier ces vers à ce dernier. Bien
qu'on trouve des expressions comme le 'manoir de Pluton' dans
la corespondance de Voltaire, c'est un cliché largement répandu:
'Les poètes disent, pour l'enfer, le manoir infernal, le manoir
ténébreux, le sombre manoir, le manoir de Pluton.'1
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville, C;8bis,
f124v.
Texte de base: manuscrit.
EJ, M, Noel et M. L. J, Carpentier, , Philologie française, ou dictionaire étymologique,
critique, historique, anecdorigue, litéraire (Paris, 183), P:243-
236
qu'l
poésies
que
sont
Bien
dans
répandu:
manoir
8bis,
étymologique,
A un de ses amis
J'allais au manoir de Pluton
Et déjà la cérémonie
Qu'on nomme confession
Me préparait à l'agonie
Mais grâce à votre harmonie
J'ai bien vite changé de ton
Et votre charmant Apollon
Me rend une nouvelle vie.
237
MADRIGAL A MADEMOISELLE CLAIRON
Ce madrigal n'est pas de Voltaire. Tous les recueils l'attribuent à
M. Dorat', nom sous lequel il faut voir Claude-Joseph Dorat
(1734-178o), et il paraît dans des collections de ses ceuvres et dans
Mes Fantaisies, également de Dorat. L'attribution à Voltaire ne
se trouve que dans un seul livre, dont le titre n'est point fable.
les Etrennes aux belles données par Voltaire, quinze jours avant sa mort
(Paris, 178;)." La logique de l'argument du madrigal écarte aussi la
paternité de Voltaire.
Editions: Elite de poésies fugitives, 3 vol. (Londres, 1764), t.I, p.186; Nouvelle
Anthologie française, 2 vol. (Paris, 1769), t.I, p.I54 [numérotée s4;
Mes fantaisies, 3° édition (La Haye et Paris, 1770), p.73; Journal encyclopédigue
(février 1770), p.91; Collection complète des auvres de M. Dorat,
6 vol. (Neuchâtel, I77ó), t.2, p.64; Erennes aux belles données par Voltaire,
quinçejours avant sa mort (Paris, 78); Nouvele Bibliothègue de vill
et de campagne, 12 VOl. (Genève et Toulouse, 1788), t.1, p.I12.
Texte de base: Elite de poésies fugitives.
'faussVeomire Bnet nagtreibsucéo ,à t -V4o, lPta.2ir5eo. , Le catalogue de la BnF indique
eque le quatrain est
238
l'attribuent à
Dorat
dans
Voltaire ne
fable.
mort
aussi la
Nouvelle
numérotée s4;
encyclopédigue
Dorat,
Voltaire,
de vill
quatrain est
Madrigalà Mademoiselle Clairon
Jamais le même, et toujours sûr de plaire,
Pliant à tous les tons son génie et son goût,
Voltaire seul embellit tout,
Et toi seule embellis Voltaire.
239
POÈME HÉROÏQUE DE M. AROÜETTE
DE VOLTAIRE
Ce poème est diffusé publiquement pour la première fois en 1g06
dans la Revue des deE mondes. Le professeur Gazier affirme alors
avoir découvert deux poèmes inédits de Arouet-Voltaire remontant
à 1727 et à 1728,' une époque où le jeune poète frappé par
l'exemple de son frère janséniste aurait pu hésiter entre différentes
orientations chrétiennes. Ira Wade qui débat également de la possible
appartenance de ce poème au répertoire poétique du jeune
Arouet, estime envisageable I'hypothèse d'un Voltaire janséniste.?
Plusieurs manuscrits de ce poème existent, dont Arsenal 3133,
p81-87, dans lequel il apparaît sous le titre Poème héroizue de
M. Aroüette de Voltaire, et. d'une autre main: Jansénius... 1728
pour le plus tôt'. C'est ce manuscrit qui sert de texte de base à
Gazier, qui ajoute quelques notes et des variantes de l'autre manuscrit
qui attribue le poème à Voltaire. Cependant aucune information
textuelle ou paratextuelle ne vient étayer l'hypothèse de la
paternité de Voltaire, ce qui nous pousse à rejeter ce texte du canon
de l'auteur de la Henriade. 3
Edition: Revue des deux mondes 32 (Paris, 1g06), p.639-43-
Texte de base: Reyue des deux mondes.
1 Voir ci-dessus, Après que l'Eglise romaine', p.s1-56.
p.692- 7I0ra. Wade, Poems atributed to Voltaire', Modern philology 34, n° 1 (a0ut 19")
o Le site "Poèmes satiriques (n9 a728) cite une longue liste de manuscrits Pou
ce poème (BnF, Arsenal, BHVP, Chambre des députés, Bibliothèques munio
de Lille et de Lyon). Par ailleurs, Ira Wade (n.6o) parle d'un manuscrit Conserve
a Grenoble (ms 2268) qui, comme Arsenal 2122, atribue le poème à Volra
existe aussi un manuscrit de ce poème à la Bibiiothègue de Bordeaux sous la
Ms 693, p.629-32 (títre: Jansénius, poème héroique').
240
Je Veulent Source Voit Toi D'un Esprit Donne-Dans Fais Elève Et Puisse-Qui, A Prête Et A Prends D'un Ton Des Je Bt, Dans L'ornement Proscrit Pleure l Pût Et Aux
1g06
alors
remontant
par
différentes
possible
jeune
janséniste.?
3133,
de
1728
base à
manuscrit
information
de la
canon
19")
Pou
munio
Conserve
la
Poème héroique de M. Aroüette de Voltaire
Je chante un saint prélat que de fers ennemis
Veulent chasser du ciel où ses vertus l'ont mis.
Source de tous les maux dont l'Eglise affligée
Voit ses flancs déchirés et sa foi partagée.
Toi qui pour mettre au jour les trames des méchants
D'un monarque prophète as dirigé les chants,
Esprit saint, Dieu puissant, pour marcher sur sa trace,
Donne-moi les secours qu'il reçut de ta grâce.
Dans un antre je suis, comme lui, confiné:
Fais que l'exil injuste où je suis condamné
Elève mon esprit aux vérités sublimes,
Et qu'à ta seule loi je consacre mes rimes.
Puisse-t-elle confondre un mercenaire auteur
Qui, doublement aveugle, et prophète menteur,
A la fausse doctrine, à la noire cabale
Prête sa voix servile et sa plume vénale.
Et toi dont l'Eternel, comme un Joas nouveau,
A de tant de périls garanti le berceau,
Prends garde, jeune roi, qu'une cabale impie
D'un regret éternel n'empoisonne ta vie.
Ton trône sans la foi ne peut être affermi;
Des maux sous qui l'Eglise a trop longtemps gémi
Je veux te découyrir les auteurs et les causes;
Bt, leurs crimes connus, soutiens-les si tu I'oses.
Dans le fond de PAuvergne un docte et saint prélat,
L'ornement de l'Eglise et de l'épiscopat,
Proscrit injustement par ses lâches confrères,
Pleure plus leurs erreurs que ses propres miseres.
l voudrait que son sang, au défaut de ses pleurs,
Pût dessiller les yeux de ses persécuteurs,
Et jusqu'au pied du trône où Dieu se manifeste,
Aux heureux habitants de l'empire céleste
241
IO
IS
20
25
30
242
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Ses soupirs, soutenus par ses tendres accents,
Montent, plus précieux que le plus pur encens.
Seigneur, si contre Rome et la secte d'Ignace
Mes travaux pour ton nom méritent quelque grâce,
Si, toujours à la foi fidèlement soumis,
J'ai pris soin du troupeau que tu m'avais commis,
Et si d'un tribunal où présidait le crime
L'univers voit en moi l'innocente victime,
Souffre que de ton fls expirant sur la croix
Pour mes persécuteurs j'emprunte ici la voix,
Et que, les dérobant aux traits de ta vengeance,
Pour leur aveuglement j'implore ta clémence.
Grand Dieu, fais que Tencin, démentant son renom,
Se purge avec succès des crimes de Simon,
Fais que son repentir plutôt que ma ruine
Le conduise aux honneurs que Rome lui destine,
Et que de Molina le système nouveau
Sorte avec Belzébuth du corps de Laffiteau.
De la Société renverse les intrigues;
Fais paraître au grand jour ses sacrilèges brigues
Qui damnant Augustin, Quesnel, Jansénius,
N'ont d'encens et d'autel que pour Confucius,
Et de dogmes nouveaux auteurs opiniâtres,
Peuplent l'enfer de saints, et le ciel d'idolâtres.
Enfin, puisque mon roi dans les mains d'un prélat
A daigné conférer les rênes de lEtat,
Pour remplir dignement cette place importante,
Accorde-lui, grand Dieu, ta grâce suffisante;
Ou plutôt, par l'effet d'un heureux changement,
Donne-lui le courage et les clartés d'Armand.
Fais succéder l'amour qu'il doit à sa patrie
A tout ce que pour Rome il eut d'idolâtrie.'
A peine le martyr acheva ce discours
Dont un ruisseau de pleurs interrompit le cours,
35
40
41
60
POME Oue L'Eternel Pour D'un Ou'assemble Et Ce Entre II Préférable Et, D'une Un Se Et Etait Du Les Des Par L'on Agitait Ministre Des Tu Qui Mais Est Par Osent-Pourquoi Peignent-Quel A seule Ou
35
40
41
60
POME HÉROIQUE DE M. AROÜETTE DE VOLTAIRE
Oue du ciel tout à coup entrouvrant la barrière.
L'Eternel lui fait voir qu'il entend sa prière.
Pour porter à Fleury ses ordres souverains
D'un regard attentif il parcourt tous les saints
Ou'assemble autour de lui sa majesté divine,
Et dans Jansénius son choix se détermine.
Ce prélat ne met pas l'espace d'un moment
Entre l'obéissance et le commandement;
II répand sur sa route une odeur d'ambroisie
Préférable aux parfumns que produit lArabie,
Et, plus prompt que l'éclair ou que les aquilons,
D'une longue lumière il trace les sillons.
Un silence profond, dans une nuit obscure,
Se répandait alors sur toute la nature,
Et Fleury, du sommeil ignorant les appas,
Etait le seul mortel qui ne les goûtait pas.
Du concile d'Embrun les fraudes reconnues,
Les plaintes de l'Eglise au trône parvenues,
Des organes des lois la noble fermeté
Par qui, dans un écrit que Thémis a dicté,
L'on voit de notre foi les vertus retracées,
Agitait son esprit de diverses pensées.
Ministre de Louis, dit le sacré vieillard,
Des ordres du Seigneur je viens te faire part.
Tu vois, n'en doute pas, Jansénius lui-même,
Qui par des scélérats est traité d'anathème,
Mais qui, dans le lieu saint qu'habite l'Eternel,
Est au pied de son trône à côté de Quesnel.
Par quelle autorité le mensonge et l'envie
Osent-ils obseurcir la gloire de ma vie?
Pourquoi dans mes écrits de sacrilèges traits
Peignent-ils des erreurs qui n'y furent jamais:
Quel est donc ce venin dont la secte d'Ignace
A seule le pouvoir de démêler la trace?
Ou sont-ils, ces cing chefs qu'à force de ressorts
243
8
70
75
80
2.44
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Rome n'a condamnés que sur de faux rapports?
Chimériques enfants, qui ne doivent leur être
Qu'à des esprits malins dont l'enfer est le maitre!
Le mal vient de plus loin; de leurs complots secrets
J'ai toujours empêché les funestes progrès.
Cette injure, à leur ceur profondément tracée,
Par la longueur du temps ne peut être effacée.
Quelque fier ennemi qui les ose outrager,
Si, pendant quil respire ils n'ont pu se venger,
Lorsqu'il n'a plus de traits qui puissent le défendre,
ls attendent sa mort pour attaquer sa cendre.
Ouvre les yeux, Fleury; contre l'impiété
Des lys et de la foi défends la pureté.
Songe à les affranchir d'un formulaire inique,
Impose à la cabale un zèle apostolique;
Efface les forfaits dont Embrun s'est noirci;
Ecoute plus ma voix que celle de Bissy,
Respecte de Quesnel la sainte renommée,
Et relève en Senez linnocence opprimée.
Résolu de venger le mépris de ses lois,
Voilà ce que le ciel t'annonce par ma voix.
Après les vérités que je viens de t'apprendre,
C'est à toi de choisir quel parti tu veux prendre.
Si ton cceur pénitent et digne de pardon
Veut imiter David plutt que Pharaon,
Tes pleurs arrêteront la foudre menaçante,
Comme fit autrefois Ninive gémissante.
Mais si, comme Nadab. oubliant ton devoir,
D'un sacrilège feu tu souilles lencensoir,
Si du traître Mathan renouvelant l'exemple,
Infidèle à ton Dieu, déserteur de son temple,
Tu présentes à Baal un encens criminel,
Ou si, par des conseils dignes d'Achitophel,
Tu détournes ton roi du sentier légitime,
Le même châtiment suivra le même crime,
IIS
120
135
pOÈME Et Tu Ainsi Le Dans Doute
IIS
120
135
pOÈME HÉROÏQUE DE M. AROÜETTE DE vOLTAIRE
Et dans le vaste abime aux méchants préparé
Tu rejoindras Mathan, Abiron et Choré.
Ainsi parle le saint, et Fleury qui l'écoute
Le voyant remonter dans la céleste voûte.
Dans les troubles divers dont il est travaillé,
Doute s'il dort encore, ou s'il est éveillé.
245
140
GAILLARDISE
La Gaudriole attribue ces vers à Voltaire, mais il est peu probable
qu'ils soient de sa composition. Bien que Voltaire aime les vers
grivois, le style de ce poème est bien inférieur à ce que nous attendrions
de lui. Le texte n'apparaît dans aucune des éditions de ses
Ceuvres complètes au dix-huitieme siècle, et la chanson n'émerge
que dans des recueils établis au dix-neuvième siècle. Il semblerait
cependant que le poème ait été inspiré par une chanson qui avait
déjà cours à l'époque et que l'on trouve dans Recueil des plus belles
chansons et airs de cour (Paris, 1724) sous le titre Chanson nouvelle,
sur l'air: Mon cher Bachus, tout est perdu etc.'.
Editions: La Gaudriole, chansonnier joyeux, facétieux, et grivois (Paris,
T834; 2° éd. 1849), p.469-70; Chansons nationales et populaires de Frane,
éd. N. Segur et T. M. Dumersan, 2 vol. (Paris, r866), t.I, P:334-
Texte de base: La Gaudriole.
246
probable
vers
attendrions
ses
n'émerge
semblerait
avait
belles
nouvelle,
Paris,
Frane,
Gaillardise
Je cherche un petit bois touffu,
Que vous portez, Aminthe,
Qui couvre, s'il n'est pas tondu,
Un gentil labyrinthe.
Tous les mois, on voit quelques feurs
Colorer le rivage
Laissez-moi verser quelques pleurs
Dans ce joli bocage.
- Allez, monsieur, porter vos pleurs
Sur un autre rivage;
Vous pourriez bien gâter les Aleurs
De mon joli bocage;
Car, si vous pleuriez tout de bon,
Des pleurs comme les vôtres
Pourraient, dans une autre saison,
Men faire verser d'autres.
–Quoi! vous craignez l'événement
De l'amoureux mystère;
Vous ne savez donc pas comment
On agit à Cythère:
L'amant., modérant sa raison,
Dans cette aimable guerre,
Sait bien arroser le gazon
Sans imbiber la terre.
-Je voudrais bien, mon cher amant,
Hasarder pour vous plaire;
Mais dans ce fortuné moment,
On ne se connaît guère.
L'amour maîtrisant vos désirs,
Vous ne seriez plus maître
De retrancher de nos plaisirs
Ce qui vous donna lêtre.
247
20
25
30
[JE FUS CHANTÉ PAR LA BELLE CÉNIE)
Ce court poème est adressé à Cénie', c'est-à-dire à Mme de
Graffigny. La pièce Cénie de Graffigny eut un grand succès à
la Comédie-Française en juin 1750.! Mais vers la fin de l'année.
Voltaire écrit à d'Argental: Vous souvient-il de Cénie? Quels
applaudissements et quel pitoyable ouvrage! Je ne dis cela quà
vous' (D4252). Le 3 mai 1752, il écrit au même: Je ne sais si je
me trompe, mais il me semble quil y avait dans cette comédie tlle
scène qui valait mieux que toute la pièce de Cénie D488;). On
peut bien sûr croire ici à un peu de partialité de la part de Voltaire.
Le manuscrit autographe, qui est la seule version connue, est
un brouillon: l'auteur a hésité en écrivant fus' au premier vers,
et a deux fois changé d'avis au second.
Manuscrit: Saint-Pétersbourg, GpbV: Manuscrits, t.I3, f.224.
Texte de base: manuscrit.
Voir D41ós, Mme Geoffrin à Gabricl Cramer, 26 juin 1750.
2 La Coquette punie, de Mme Denis.
Inventaire des manuscrits de la bibliothègue de Voltaire, éd. F. Caussy (réimprimé,
Genéve, 1970), p.64: 224, "Vers. [Autogrl Ie fus chanté par la belle Cênie .
248
2 Je <devais>
Mme de
succès à
l'année.
Quels
quà
si je
comédie tlle
On
Voltaire.
est
vers,
réimprimé,
Je fus chanté par la belle Cénie.
Je devais bien la chanter à mon tour
Je m'adressais au vrai dieu du génie
Et quel est-il? C'est celui de l'amour
Elle lui doit sa grâce naturelle
De son esprit il forme les appas
Je l'invoquais; il ne m'écouta pas.
Ce dieu toujours est occupé près d'elle.
2 Je <devais> <pres> devais
249
A M.
Ce poème, inédit du vivant de Voltaire, paraît dans lédition de
Kehl et dans plusieurs éditions du dix-neuvième siècle, mais iamais
avec le nom du destinataire. Ce nom est donné par la corespondance
de Voltaire, où le poème, sans autre texte ou commentaire,
est envoyé à François de Pougny de Guiller, baron de
Monthoux (Do872). La date de l'envoi n'est pas connue, mais dans
son édition de la correspondance Besterman suppose qu'il pourrait
s'agir de lannée 1761, et précise que This date is suggested by the
general tone, but is uncertain. Monthoux est mort en 1763,
I est également question du mode de transport d'Elie dans une
lettre à Catherine II d'octobre 1775 Di9712):
Je savais bien que la très grande Catherine seconde était la première personne
du monde entier, mais je ne savais pas qu'elle fût magicienne.
Puisqu'ellea tant de pouvoir sur tous les éléments, que lui en aurait-il
coûté de plus pour m'enyoyer la Aèche d'Abaris, ou le carroSse du
bonhomme Elie afin que je fusse témoin de toutes vos grandeurs et de tous
vos plaisirs?
Manuscrit: Genève, BGE (mV): MS CD 38:, Collection Theodore
Besterman (autographe).
Editions: K84, t.14, P.390; M, t.IO, P.599-6oo; Do872.
Texte de base: K84.
250
6 MS: 7 MS: 8 MS; 9 MS:
de
iamais
corespondance
commentaire,
de
dans
pourrait
the
une
personne
magicienne.
aurait-il
carroSse du
tous
Theodore
A M.
Je le ferai bientôt ce voyage éternel
Dont on ne revient point au séjour de la vie:
En vain vous prétendez que le Dieu d'Isral
Daignera me prêter, comme au bonhomme Elie,
Un beau cabriolet des remises du ciel,
Avec quatre chevaux de sa grande écurie;
Dieu fait depuis ce temps moins de cérémonie:
Le luxe était permis dans le vieux Testament;
De la nouvelle loi la rigueur le condamne;
Tout change sur la terre et dans le firmament:
Elie eut un carrosse, et Jésus n'eut qu'un âne.
6 MS: chevaux pris dans son écurie
7 MS: Dieu fit depuis
8 MS; Le luxe <est reprouyé du nouveau>
9 MS: <Mais> De la nouvelle
251
COUPLETS
Ces couplets paraissent pour la première fois à la fin de l'edtion
'Edipe de 1719, après Le Ballet de la sottise, qui est de ].-F. Bernard.
! Ils paraissent aussi dans les Puvres de M. Arouet de Voltaire
(1728).? Is ne sont pas de Voltaire, selon Bengesco,3
Le site Poèmes satiriques' (n° 65o9) offre une version beaucoup
plus longue, d'après des manuscrits de la BnF (ms.fr.1s141,
p.i02-106) et de la Bibliothèque municipale de Besançon (MS só1,
P.55-50).
Editions: 2dipe (La Haye, Rogissart, 1719), p.136. EuVres de M. Arouet
de Voltaire. Tome premier contenant; dipe avec la critique qu'il a faite de
celui de Sophocle, de celui de Corneille et du sien: Hérode et Mariamne;
le Mauvais ménage; la Henriade avec la critique (La Haye, P. Gosse et
J, Néaulme, I728), première partie, p.i70.
Texte de base: dipe I719.
0 Voir J. Patrick Lee, The apocryphal Voltaíre: problems in the Voltairean
canon', in The Enterprise of Enlightenment: :a tribute to David Wlliams from his friends
(Oxford, Bern, 2004),
* Voir William H, Trapnell, 'Survev and analvsis of Voltaire's collective editon)
1728-1789', SVEC 7 (1970), p.1o3-99 (p.147).
3 Bengesco, t.4, P.1-3 (n° 2117)
252
l'edtion
Bernard.
Voltaire
beaucoup
1s141,
só1,
Arouet
faite de
Mariamne;
Gosse et
Voltairean
friends
editon)
Couples
Je méprise lhyperbole,
Ami de la vérité.
Je tiens pour gloire frivole
Celle de IAntiquité.
Tarquins, Nérons, Caligules,
Vous êtes des écoliers.
A l'aspect de nos Hercules,
Je vois tomber vos lauriers.
Que votre orgueil s'humilie,
Jadis renommés tyrans.
Respectez sans jalousie
La malice de nos ans.
Par l'effort du politique
Le crime rendu poli,
Brave l'horreur fanatique
Du paganisme abruti.
253
I5
JE NAI POINT CHANTE L'AMMONITE]
Ces vers Sont une yariante des ers de monsieur de Voltaire à monsieur
le Régent (0CV, t.IB, P.403).
Dans Chantilly. Le cabinet des livres. Manuscrits, on lit: "Sur
l'air Déjà votre esprit est guéri": Que le Régent avec sa flle..
"Sur M. le Régent et la duchesse de Berry sa fille, 1716; Voltaire,
accusé d'avoir fait le premier couplet, fit ce second": Je n'ai point
chanté l'Ammonite...'1
Dans les Archives de la Bastille on lit: On prétendait que pour
se justifier, Arouet avait adressé au Régent les verS qui suivent:
[notre texte].' 2
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.fr.25156, f.128r.
Texte de base: manuscrit.
Henri d'Orléans, duc d'Aumale Chanrilly Ie cabinet des lires. ManuscI)
4 vol. (Paris, 1900-1911), t2, p.268,
Archives de la Bastille, d'après des documens inédits, 1o vol, (Paris, T860-9
t.12 (1881), p.91.
254
3 Louis, était
monsieur
"Sur
flle..
Voltaire,
point
pour
suivent:
ManuscI)
9
Je n'ai point chanté l'Ammonite,
Monseigneur, ni le Moabite;
Brancas vous répondra de mo.
Un poète, élève des jésuites,
Des peuples de l'ancienne loi,
Ne connaît que les Sodomites.
3 Louis, duc de Brancas de Villars (1663-1739), intime de Philippe I, duc d'Orléans,
était connu pour ses penchants homosexuels.
255
ÉPIGRAMME À MONSIEUR DE LA FAYE
Le poème présenté ici comme une épigramme à Monsieur de
La Faye, et qui prend pour thème les dommages des amours véné.
riennes, paraît dès rzs3 dans un recueil intitulé La Légende joyeuse l
et ne se trouve que dans une seule édition des euvres de Voltaire.
qui contient plusieurs textes apocryphes, 2 Il parait en 18o1 dans
Le Libertin de bonne compagnie avec pour titre Vers de Voltaire
à M. de la Faye. / (L'auteur avait alors 2I ans.) et les variantes
suivantes: vers 1: 'et l'enfant de Cythère'; dernier vers: la
chaud....?. Il est aussi mentionné par Vauger, poète obscur mais
collectionneur de manuscrits de Voltaire, dans une liste des
ouvrages de Voltaire qui serait celle décrite dans une lettre à
Jean Nicolas Douville le 22 août 1755 D6429); la liste se trouve
dans D.app.161.1 (n° 40. Vers à m. de la Faie: Je sers Phabus et
le dieu de Cithere'). Le poème a été classé comme 'apocryphe par
A. Brown et D. Smith. 3
Editions: w64R, t.5, p.416; Le Libertin de bonne compagnie, recueil rédge
pour l'instruction de la jeunesse, parA. T. (Paris, 18or), p.82.
Texte de base: w4R.
La Légende joyeuse, ou les trois cent trois leçons de Lampsaque, 3 parte (0
753, P-335 nouvelle édition: Londres, 1760, p.iz9).
2 w64R, t.5, P.416. Voir Bengesco, t.4, p.68 (n 2130).
3 'a64R, L'édition des oeuyres publiée à Rouen en 1764', Centre intarnational
d'étude du XVIII siècle C8.net, en ligne,
256
Monsieur de
véné.
joyeuse l
Voltaire.
dans
Voltaire
variantes
vers: la
mais
des
lettre à
trouve
Phabus et
apocryphe par
rédge
intarnational
Epigramme à monsieur de La Faye
Je sers Phébus et le dieu de Cythère;
Dans mes écrits ces Dieux sont fêtés;
Déjà Phébus m'a donné mon salaire,
Puisque par vous mes écrits sont goûtés:
L'Amour aussi pour quelque sacrifice
Qu'à ses autels a fait mon jeune ceur,
A répandu sur moi quelque faveur,
Dieu soit loué, j'en ai la chaude-pisse.
257
LES HÉROS DU RHIN. À M. LE DUC
DE LA TRIMO UILLE
Ce poème n'a pas été publié du vivant de Voltaire. Il paraît en 1p83
dans trois journaux. En 1817, l'édition Perronneau des Euvres
complères de Voltaire reproduit le texte de PAlmanach des Muses
et la note qui l'attribue à Voltaire, mais Beuchot ajoute: Nous
n'osons affirmer que cette pièce, omise par les éditeurs de Kehl,
soit de M. de Voltaire', et en 1819, dans l'édition Renouard des
Buvres complètes, Il'attribution à Voltaire est affichée mais avec les
mêmes réserves. Dans L'Année litéraire (1783), n° I, p.117, on
trouve un compte rendu de lAlmanach des Muses: Te dois à
M. de Voltaire l'honneur de la première critique, s'il est vrai cependant
qu'il soit l'auteur de la pièce intitulée, les Héros du Rhin; ce
qui me paraît incroyable, quoique son nom se lise au bas de cette
ridicule épître. Voltaire n'a jamais débuté sur ce ton: Je suis trop
bon Français, Seigneur (etc.]'
Le poème est une réponse à un autre texte, attribué à tort à
Moncrif, qui tourne en dérision quelques héros de la guerre de
Succession de Pologne,1 Il est possible que ces vers soient de la
main de Roy.2
Editions: LEsprit des journaux, francais et étrangers (Paris, février I73)
t.2, année 2, p.268-71; Journal encyclopédique (Bouillon, mars I783) L2,
2 partie, p.290-93; Almanach des Muses (s.l.]. 1783), p.53-55; 2uvres
complètes de Voltaire, s6 vol. (Paris, 1817-1821), t. IO, p.347-51; uve
complètes de Voltaire, 66 vol. (Paris, 1819-I825), t.II, P.90-95
Texte de base: Euyres completes (1817-1821).
Voyage de Voltaire à l'armée d'Allemacne Irraa/17asl. Poèmes satinque 9
n° 1769.
* ya plusieurs manuscrits du poème. ui existe sous trois formes de longu
variées (Poèmes satiriques', n 3268, 4752, 6293).
258
Les
1p83
Euvres
Muses
Nous
Kehl,
des
avec les
117, on
dois à
cependant
Rhin; ce
cette
trop
tort à
guerre de
de la
I73)
I783) L2,
2uvres
uve
satinque 9
longu
Les Héros du Rhin. A M. le duc de La Trimouille
Je suis trop bon Frangais, seigneur,
Pour voir sans honte et sans aigreur
Cette impertinente écriture;
Dans tout Paris on en murmure.
O ciel! quelle pesante main
Barbouille nos héros du Rhin!
Un sot éloge est une injure
A punir comme un trait malin.
Eh! monsieur de l'Académie,
Laissez les chansons aux grivois,
Ou prenez leur ton, je vous prie,
Moins bas et plus uni cent fois;
Mangez chez le munitionnaire,
Sil est homme assez débonnaire
Pour vous admettre à ses repas.
Mais ce riche a fait des ingrats,
II voudra bien encore en faire.
Croyez-moi donc, ne payez pas
En méchants vers sa bonne chère.
Quelle lâche indiscrétion
Vous porte à rouvrir nos blessures,
Et de Visé les déchirures?
Peignez-vous par aversion
Nos ruineuses aventures?
Malgré la bonne intention
Vous demandez: Que fait Noailles
Là-bas? que fera-t-il demain?"
Votre pinceau l'habille enfin,
Non pas d'une cotte de mailles,
Ou d'un casque de Du Guesclin,
Mais du manteau d'un capucin.
Louons son esprit, sa vaillance;
259
20
2$
30
IO
260
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
C'est l'homme de tous les talents:
Laissons aux moines noirs ou blancs
Les secrets de leur conscience.
Pour ce seigneur, en vérité,
C'est une euvre bien méritoire
De vous pardonner le grimoire
Où vous l'avez si bien traité.
Revendiquez votre partage;
D'un ton avoué de Phébus
Chantez les sièges, les blocus,
Chefs et soldats dont le courage
Epargne la honte aux vaincus.
Tracez, mais d'une main hardie,
L'Anglais qui, chez nous accueilli,
Y retrouye une autre patrie;
Celui dont la mort et la vie
Ne craignent ni le prompt oubli,
Ni le fade loge avili
Par la bavarde confrérie.
Berwick joignit au plus grand cceur,
La sagesse la plus profonde,
II fut le modele et l'auteur
D'une race en héros féconde;
Entre ses fils au champ d'honneur
Il meurt, et son sang les inonde.
Que de gloire! que de grandeur!
Est-ce mourir, ou de ce monde
Sortir en vrai triomphateur?
Donnons sa place et sa puissance
Au Marcius de notre France,
A ce d'Asfeld laborieux,
Qui ne doit rien à sa naissance.
Il se montre seul à mes yeux,
Et que m'importent ses aieux?
Quelle race ne sera fière
31
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45
31
40
45
LES HÉROS DU RHIN
De commencer par un tel père?
Muses, peignez de traits de feu
Celui dont il ne faut rien dire,
Plutôt que de le louer peu.
L'apprenti qui l'ose décrire
Ne voit en lui quun cordon bleu:
J'y vois ce vainqueur de l'envie,
Qui, par la force et le génie,
Mit la fortune à la raison;
Qui des débris de sa maison
Fit les fondements de sa gloire,
Aux grands projets donna l'essor,
Et des ailes à la victoire,
Et la trouvait trop lente encor.
Cet infatigable Belle-Isle,
A ses côtés mène au combat
Ce frère, son élève agile,
Jeune homme encore et vieux soldat.
Mes chers voisins de la Bastille,
Car je vous y vis tous les deux,
A votre nom mon sang pétille;
Je respire à vous voir heureux.
Et vous, augustes volontaires,
Clermont, Conti, princes charmants,
De la France vrais ornements,
Dignes héritiers de vos pères;
Ah! faut-il qu'un grossier encens
Enfume vos lauriers naissants!
Du soldat qui vous envisage,
Goûtez les applaudissements.
Germanicus sut, à votre âge,
Préférer ce naif hommage
Aux plus fastueux compliments.
Clermont a su franchir l'obstacle
Qu'on opposait à son ardeur;
261
75
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95
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
De tous les Condés son grand ccoeur
Réunit en lui le spectacle.
Tu nous rendras, jeune Conti,
Ce héros chanté sur le Pinde,
Que Fleurus, Steinkerque et Nerwinde
Ont vu seul valoir un parti;
Ton digne aieul, dont le Sarmate
A genoux eût reçu des lois,
Si cette république ingrate
Méritait d'avoir de bons rois.
Ah ! puissé-je avoir une voix
Egale au zèle qui me flatte,
Pour chanter un jour tes exploits!
Te souhaite aux dieux de la terre,
A nos princes, succès en guerre,
Plaisir en paix, bon trésorier;
Sultane fringante et jolie,
Fidèle et toujours applaudie;
Un brave et galant écuyer,
Mais surtout un bon secrétaire,
Du mérite et du caractère,
De celui que Vendôme avait;
Le succès l'avait fait connaître;
Campistron pensait, écrivait,
De l'air dont se battait son maître.
Prince, vos bontés sont d'un prix
A n'en pas profaner l'usage.
Phébus garde cet avantage
A ses plus dignes favoris.
Horace soupait chez Mécène;
Virgile avec lui n'était qu'un:
Mais Bavius mangeait à peine
A la gamelle du commun.
IIO
120
12
130
Cete ode ayec plusieurs reparaitra recueil 1810, cette semble Surtout, Editions: (La Haye, galantes Lyre gaillarde I783), p.tous les áges, joyeuses Texte de base:
IIO
120
12
130
ÉNIGME
Cete ode gaillarde paraít en I739 dans les Lettres de M. de V*
ayec plusieurs pièces de différents auteurs, sans attribution. Elle
reparaitra dans de très nombreuses nouvelles éditions de ce même
recueil jusqu'en 177; au moins. Comme l'indique une édition de
1810, cette ode a probablement été écrite par Alexis Piron; elle
semble être étroitement associée à l0de à Priape de cet auteur.
Surtout, le style est inférieur aux poèmes grivois de Voltaire.
Editions: Letres de M. de * avec plusieurs pièces de différents auteurs
(La Haye, r739), p.uó [LMV]; Lettre de M. de V* avec plusieurs pièces
galantes et nouvelles de diférents auteurs (La Haye, 1744), p.2s-26; La
Lyre gaillarde ou nouveau recueil d'amusements (Aux Porcherons, I776,
I783), p.1g0 (1770), p.186 (1783); Les Plaisirs de l'Ancien Régime, et de
tous les áges, nouvelle édition (Londres, 1791), p.69-70; Poésies libres et
joyeuses d'Alexis Piron (Paris?], 1810), p.i24-25-
Texte de base: LMV.
263
264
Enigme
Je suis une plaisante chose,
Qui peut avoir environ
Six à sept pouces de long;
Je ne sersS point quand on repose,
Quand je pends je suis hors d'emploi;
Dès qu'on veut se servir de moi,
Alors une main féminine
Me prend, me secoue et badine;
Puis après le jeu me conduit,
Ainsi que mon fdèle guide,
Dans une fente fort humide;
Comme en mon naturel réduit,
Là, i'entre autant que l'on me pousse,
Après maintes et maintes secousses,
Si l'on me retire dehors,
Je suis tout mouillé quand je sors.
Cest par ce plaisant exercice
Qu'au genre humain je rends service;
Mais si par malheur rebuté,
Ou que vainement excité,
On ne puisse me mettre en usage;
C'est alors grand bruit au ménage.
Oh! vous tous qui lisez ceci,
Le détail de mon savoir-faire,
Si vous me devinez, yous pouvez sans mystere
Me nommer, car de moi vous vous êtes servi.
10
15
20
VERS Ces quelques Navae ce recueil recueils dont 'original ce qui va Editions: (Amsterdam, (Paris, 1773).
Texte de base: La Princesse OCV, t28A,
10
15
20
VERS À MDE DE **, POUR LAQUELLE L'AUTEUR
AVAIT SOUPIRÉ, APRÉS SA DISGRÁCE
Ces quelques vers extirpés 'sauvagement' de La Princesse de
Navae (174) semblent n'avoir eu d'autre but que de remplir
ce recueil médiocre des Opuscules poétiques, ou le plus charmant des
recueils dans lequel ils sont présentés isolément au public. La version
dont s'est servi l'auteur est par ailleurs modifiée puisque dans
'original Léonor parle des 'peines du ceur' et non de ses 'plaisirs',
ce qui va à l'encontre du propos.
Editions: Opuscules potiques, ou le plus charmant des recueils [or]
(Amsterdam, 1773), P35; Le Voltaire galant, ou les Opuscules potiques
(Paris, 1773).
Texte de base: oP.
La Princesse de Navarre, comédie-ballet, w75G, t.9, p.io1-96 (p.r79); voir aussi
OCV, t28A, p.259, vers 169-75-
265
Vers à Mde de *% pour laquelle l'auteur avait soupiré,
après sa disgráce
Je supportais avec tranguillité,
Les persécutions, les brocards et l'outrage;
J'essuyais même avec gaîté,
Ces infortunes de passage;
Vous me faites enfin, connaître la douleur;
Tout le reste n'est rien: près des plaisirs du ceur,
Le yrai malheur est son ouVrage.
a-b wzG: sans titre
I W750: Je supportais, Madame, avec tranquillité
2-3 W75G: persécutions, le couyent, le voyage / J'essuyais
6 W75G: des peines du
266
Suivant la parution brochure anglaise, de Voltaire. est de Voltaire; yeux.
Editions: pour servir (Genève, ou choie helvétique Théâtre, Texte M, On (Amsterdam Jacques
soupiré,
LA BRUNETTE ANGLAISE. CONTE
Suivant les informations avancées par Beuchot, peu de temps après
la parution des Contes de Guillaume Vadé (I764) paraît une petite
brochure de 24 pages intitulée Le Byou trop peu payé, et la Brunette
anglaise, nouvelles en vers pour servir de supplément aus Buvres posthumes
de Guillaune Vadé.1 Nil'un ni l'autre de ces textes ne sont
de Voltaire. La Brunette anglaise, qui possède un certain charme,
est de Jacques Cazotte et on le retrouve dans les ceuvres de
Voltaire; les éditeurs se sont souvent tromnpés ou ont fermé les
yeux.
Editions: Le Bijou trop peu payé, et la Brunette anglaise, nouvelles en vers
pour servir de supplément aux Cuvres posthumes de Guillaume Vad'
(Genève, Cramer, [Paris, Duchesne], I764), P.II-24; Almanach des Muses,
ou choie des poésies fugitives de g3 (Paris, I774), P.I-10; Nouveau Journal
helvétique (Neuchâtel, mai r775), p.73-83; w72P, t.I5; w7oL, L38 [ou 43,
Théâtre, t.8.2 (Londres, 779), P-389-97.
Texte de base: Almanach des Muses.
M, t:1o, p.3; voir également Bengesco, t.I, p.i88.
On le retrouve déjà ds 1776 dans les Cuvres badines et morales de M. *
(Amsterdam et Paris, 1776), t.2, P.II-21. Voir Georges Décote, L' ltinéraire de
Jacques Cazotte (iz19-1792) (Genève, r984), p.I26.
267
268
La Brunette anglaise. Conte
Je veux conter un miracle d'amour:
Peuple Gaulois, chez vous on n'en voit guère;
De tous les temps, à la ville, à la cour
Vous ne brûlez que d'une ardeur légère:
Avez-vous tort cen'est pas mon affaire:
Mais pour le trait que je vais raconter,
II prit naissance au sein de l'Angleterre,
Vers onze cent, si je sais bien compter.
Certain Baron, riche, sexagénaire,
Avait pour ille une jeune beauté,
Que je peindrais, mais c'est témérité:
On ne peint bien qu'une beauté vulgaire.
Brune elle était, c'est le point nécessaire;
A ce sujet, elle eut tant de renom
Qu'à tout propos les grands et la commune
Ne la nommaient que la piquante Brune,
Et qu'à la fin on oublia son nom.
Mais sous celui de Brune ou de Brunette,
Elle enchantait tous les cceurs d'Albion.
Comtes, marquis, chevaliers du grand ton,
A ses genoux avouaient leur défaite;
Plus d'un héros, la terreur des dragons,
Et des géants et des démogorgons,
Abandonnant les infantes, les fées,
Pour la servir, négligeait les trophées;
Tous s'adressaient humblement au Baron,
Briguant l'honneur de devenir son gendre.
Chers chevaliers, disait ce père tendre,
Vous avez tous également ma voix,
Et ma Brunette est libre dans son choix;
Qu'un de vous plaise, et l'affaire est finie;
Je la lui donne avec ma baronnie.
29
29
LA BRUNETTE ANGLAISE. CONTE
Sur cet aveu, chaque amant s'ingénie,
A qui fera plus dextrement sa cour.
Que l'opulence aide bien à l'amour!
Vingt fois la nuit se change en un beau jour;
On fait chercher dans toute la contrée
Ce que le luxe, à peine encore enfant,
Pouvait offrir de plus éblouissant.
La lice s'ouvre aux joutes préparée.
Que de couleurs et d'aigrettes au vent!
Que de pavois et d'armures dorées,
De palefrois, de pages, de livrées!
De tant d'apprêts, l'amour se rit souvent.
Nos concurrents perdaient leur étalage:
Non que Brunette eût l'âme si sauvage
Qu'un tendre amour n'y pût trouver accès;
Mais un galant d'un tout autre parage,
A petit bruit, avait tout le succès:
Henry, cétait le nom du personnage.
Sur son rapport, il avait été page;
Pour le présent, il était bachelier;
Bien fait de corps, d'agréable visage,
Adroit, dispos, bien-disant et fort sage,
Vaillant, courtois; d'ailleurs, de tout métierg
Pour le besoin, il savait manier
L'épieu, la lance, ou bien la hallebarde;
Musicien, décorateur ou barde:
Enfin à tout il savait se plier,
Et qui plus est, faisait tout avec grâce.
Dire comment il eut assez d'audace
Pour expliquer ses désirs amoureux,
On ne le sait; peut-être que les yeux,
D'un feu secret trabhirent le mystère:
On les comprend, on rougit, on est fière,
On s'arme enfin de dédains affectés;
Mais l'amour plait, les yeux sont écoutés,
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
On leur répond, et voilà la manière.
Un temps s'écoule en ces muets discours:
Mais pourrait-on se taire ainsi toujours?
On lâche un mot, un soupir I'accompagne,
Et ce soupir est encor répondu;
Les billets doux de trotter en campagne;
Baisers surpris, et puis baisers rendus,
Mais chastement: car une flamme honnête
Ne souffrait rien qui ne fût très décent.
Ce n'est pas peu; le pas était glissant:
Car ils étaient très souvent tte-à-tte.
Sous un vieux chêne, écarté du château,
Se dérobant à la foule importune,
La Belle allait tous les soirs sur la brune,
En grand secret, trouver le jouvenceau.
Quand l'un des deux, par fortune contraire,
Au rendezZ-VOus se voyait arraché,
Un mot d'écrit, dans le chêne caché,
Eclaircissait tout le nceud de l'affaire.
De ces billets on devine le tour:
Mais il en tombe un aux mains de Brunette,
Dont elle eut bien raison d'être ingquiète.
Atendez-moi jusqu'à la fn du jour;
N'y manquez, pas! le sort me persécute;
A ses rigueurs, désormais, tout en bute,
Je dois vous voir pour la dernière fois.
Qu'on se figure une amante aux abois!
Un coup de foudre eut été moins terrible;
Elle eût crié, mais elle était sans voiX,
Sans mouyement., comme un membre insensible.
Sortir de là lui devint impossible;
Tant que la nuit ayant voilé les cieux,
A pas de loup, Henri vint en ces lieux.
Elle l'entend, se lève, elle s'efforce.
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LA BRUNETTE ANGLAISE. CONTE
BRUNETTE.
Quoi! me quitter, Henri! qui vous y force?
HENRI.
Helas! Madane, un arrêt rigoureux,
Mais juste enfin; il condamne un coupable.
BRUNETTE.
Coupable! vous! vous êtes malheureux:
Mais d'un forfait je vous crois incapable;
Je vous connais...
HENRI.
Vous me connaissez mal.
D'un crime atteint, une loi équitable
Bannit d'ici votre amant misérable,
Et le réduit au tourment sans égal
D'abandonner
BRUNETTE
Je puis être déçue:
Je doute encore, et ne crois point faillir,
Qu'une âme noble, (en vous je l'ai connue,)
Par des forfaits ait voulu s'avilir.
Les passions emportent la jeunesse;
Un mouvement de colère ou d'ivresse,
Suivis bientt d'un ferme repentir,
Vous auront fait
HENRI.
Excusez mes faiblesses;
D'un voile adroit, couvrez-en bien I'horreur;
Votre bonté redouble mon malheur:
Je suis banni, je pars.
BRUNETTE.
Et tu me laisses!
Et tu me crois lâche au point de rester,
Losqu'un arrêt te force à me quitter!
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IIO
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Connais-moi mieux, Henri; tu sus me plaire,
Par des yertus bien chères à mon cooeur:
Je te eroyais et je te crois sincère:
Tu ne saurais n'être qu'un imposteur.
De la vertu, cette image chérie,
Tu la peignais avec tant de candeur
Que tu l'aimais, quoique tu l'as trahie.
Coupable ou non, I'ascendant est trop fort:
Rien ne nous peut séparer que la mort;
Et je te suis.
HENRI
Vous, Madame! me suivre!
Vous renoncer à cet état flatteur!
Abandonner un père à sa douleur,
Pour tous les maux à qui le sort me livre!
BRUNETTE
Arree, Henri cesse de m'éclairer;
Je sais quel coeur je m'en vais déchirer;
Le mien frémit d'un coup si nécessaire:
Mais il me faut abandonner mon père.
Quant à l'éclat qui me suit en ces lieux,
Ce faux bonheur qui n'est que pour les yeux,
Je ne perds rien, quand je le sacrifies
Tu fus toujours l'unique bien pour moi;
Que je te suive, et je trouve avec toi
Mon rang, mon bien, mon faste et ma patrie.
HENRI.
Quoi! vous me suivre au milieu des forêts,
Qui désormais seront mon seul asile!
BRUNETTE.
Taimai-je donc pour vivre en un palaiS,
Pour ne jouir que d'un destin trangquille?
Je t'aime, Henri; ton sort sera le mien.
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LA BRUNETTE ANGLAISE. CONTE
HENRI.
Vous le voulez: mais le pourrez-VOus bien?
Je dois ici faire un tableau sincère;
Ne croyez pas que ma bouche exagère,
Pour engager ce courage à mollir,
Les maux affreux qui me vont assaillir.
Je vais finir ma trame languissante,
Parmi la faim, la soif et l'épouvante,
Parmi des ours et des monstres affreux,
Et des humains plus redoutables qu'eux.
Je vais ...
BRUNETTE.
Eh bien! i'y serai ta compagne.
Trouve un asile au creux d'une montagne:
Quand excédé de travaux et de soins,
Tu chercheras un sommeil salutaire,
Ta sûreté, ton repos, tes besoins
Sont à ma charge, et i'en fais mon affaire.
HENRI.
Mais il faut donc vous armer!
BRUNETTE.
Il le faut.
Va me chercher ce qui m'est nécessaire,
Et ne crains pas que mon bras, en défaut,
Manque à frapper qui te sera contraire.
HENRI.
Vous allez donc couper ces beaux cheveux!
ls trahiraient yotre sexe, et je pense
Qu'il faut au moins en imposer aux yeux.
BRUNETTE.
Coupe hardiment.
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
HENRI.
Vous aurez répugnance
A déguiser ces traits si ravissants:
Sur tous les cooeurs, ils seraient trop puissants:
I faut encor, pour sauver l'apparence ..
BRUNETTE.
Va ne crains pas que sur rien je balance.
Défigurons tous ces faibles attraits;
Et que je sois, aux regards, belle ou laide,
Ce m'est assez que Henri, sous ces traits,
Me reconnaisse ..
HENRI.
Un seul mot, et je cède.
En supportant mille maux à la fois.
Et succombant sous un destin contraire,
Du repentir attentive à la voix,
N'aurez-vous pas de reproche à me faire?
BRUNETTE.
Je t'en fais un, c'est de m'en soupçonner.
HENRI.
Ignorez-Vous qu'on vient vous couronner?
Déjà partout la nouvelle est semée;
Un Prince, épris de votre renommée,
Par ses agents demande votre main.
BRUNETTE.
Et serais-tu chargé de m'y résoudre?
HENRI,
Oui, je le suis.
BRUNETTE.
Esclaye lâche et vain,
Digne en effet de mon juste dédain,
Digne des fers, de l'exil, de la foudre!
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LA BRUNETTE ANGLAISE. CONTE
Je vois ton but; il se montre à la fin.
Ose achever: quel est ton souverain?
Qu'il se présente; il faut que je le voie,
Et que je montre à ses yeux le mépris
Que j'ai pour toi, pour celui qui t'envoie:
A son ardeur je réserve ce prix.
HENRI.
Vous le voyez, qui se livre à la joie,
Rempli d'amour, à ses remords en proie,
Tremblant, honteux, confus, mais enivré.
Ce criminel, banni, désespéré,
Henri n'est plus: il me cède la place,
Richard, vainqueur des Celtes, le remplace.
Pardonnez-moi mes soupçons odieux.
Trop prévenu contre un sexe adorable,
D'attachement je le crus peu capable;
Je le fuyais; je vous vis, et vos yeux,
Me soumettant au pouvoir que je brave,
En un instant me rendent votre esclave;
Sous un nom faux ...
BRUNETTE.
Cesse de t'accuser;
Ou dans les fers, ou sous le diadème,
Henri, Richard, pour moi toujours le même;
De quoi te sert ici de t'excuser?
Eh! pourrait-on s'offenser quand on aime
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21
200
205
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FRAGMENT D'UN VOYAGE AUX ENVIRONS
DE PARIS
Ce poème, tel quil paraît dans les Pièces inédites de Voltaie et dans
Moland, est une version abrégée et remaniée d'un poème publié
dans les Eures choisies de M. Desmahis (Paris, 1813 – édition
stéréotype de l'édition de 1761), p.io7-108, et fut reproduit dans
Le Nouveau Trésor du Parnasse, ou Elite de poésies fugitives (1772)
et dans plusieurs collections du dix-neuvième siècle où il est
presque toujours attribué à Desmahis. I
1 Joseph-François-Edouard de Corsembleu Desmahis (1722-1761). Le poème
paraît dans ses uvres choisies sans titre:
Je vois cet agréable lieu,
Ces bords riants, cette terrasse,
Où Courtin, La Farre et Chaulieu,
Loin des sots et des gens en place,
Pensant beaucoup, écrivant peu,
Plaisantaient, raillaient avec grâce,
Et faisaient des verS pleins de feu.
Enfants dAristippe et d'Horace,
Dans la saine morale instruits,
Du portique ils cueillaient les fruits,
Couronns des fAleurs du Parnasse.
IIs répandaient à pleines mains
Un sel rare, dont quelques grains
Eussent rempli de jalousie
Les plus aimables des Romains,
Et tous ces gens contemporains
D'Alcibiade et d'Aspasie.
Ils puisaient dans la poésie
Ce nectar par elle inventé;
Le goût, l'esprit, l'urbanité
Leur servaient la seule ambroisie
Qui donne l'immortalité.
Philosophes sans vanité,
Beaux esprits sans rivalité,
Entre l'éude et la paresse,
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20
RRACMENT Elitons: L32, p.Texte
dans
publié
édition
dans
1772)
il est
poème
20
RRACMENT D'UN VOYA GE AUX ENVIRONS DE PARIS
Elitons: Pièces inédites de Voltaire (Paris, Didot l'ainé, r820), p.38; M,
L32, p.409-10.
Texte de base: Pièces inédites de Voltaire.
Dans les bras de la volupté,
Is avaient placé la sagesse.
Où trouver encor dans Paris
Des maeurs et des talents semblables?
Il n'est que trop de beaux esprits;
Mais qu'il est peu de gens aimables!
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3
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Fragment
d'un voyage aux environs de Paris
Je vois cet agréable lieu,
Ces bords riantS, cette terrasse,
Où Courtin, La Fare et Chaulieu,
Loin du faux goût, des gens en place,
Pensant beaucoup, écrivant peu,
Parmi des flacons à la glace
Composaient des vers pleins de feu;
Enfants d'Aristippe et d'Horace,
Des leçons du Portique instruits,
Tantt ils en cueillaient les fruits
Et tantôt les fleurs du Parnasse.
Philosophes sans vanité,
Beaux esprits sans rivalité,
Entre l'étude et la paresse,
A côté de la volupté
Ils avaient placé la sagesse.
Où trouver encor dans Paris
Des mæurs et des talents semblables?
l n'est que trop de beaux esprits,
Mais qu'il est peu de gens aimables! 20
Cette quinze å Pierre-Cet air car on à l'article Editions: (PF}; Bibliothèque mars posies Encyclopédie, édition Voltaire, méthodique. d'aimer, 178;), Texte de 1 Bengesco, 2 Dans
20
ODE
Cette ode imprimée dans les Etrennes aux belles données par Voltaire,
quinze jours avant sa mort a été écartée par Bengesco,! qui l'attribue
å Pierre-Joseph Bernard.2 Marmontel l'attribue ausi à Bernard.
Cet air musical était sans doute très connu au dix-huitième siècle
car on le retrouve dans de nombreuses éditions et il est même cit
à l'article Ode' de l'Encyclopédie.
Editions: Marmontel, Poétique française, 2 vol. (Paris, 1763), t.2, p.447-48
(PF}; Elite de posies fugiives, ; vol. (Londres [Paris], 1764), t.2, p.19s;
Bibliothèque des sciences er des beaus-arts pour les mois de janvier, férrier,
mars (La Haye, 1764), t.21, première partie, p.319-20; LAr d'aimer et
posies diverses de M. Bernard (Amsterdam, 1775), p.o7-108; Ode',
Encyclopédie, ou Dicionnaire raisonné des sciences et des métiers, nouvelle
édition (Genève, I778), t23, P.376; Etrennes aux belles données par
Voltaire, quinge jours avant sa mort (Paris, 1783), p.43; Ode', Encyclopédie
méthodique. Grammaire et littérature, 3 vol. (Paris, 1784), t.2, p.688; L’Ar
d'aimer, Phrosine et Mlidore, et poésies diverses de M. de Bernard (Paris,
178;), p.l42.
Texte de base: PF.
1 Bengesco, t.I, p:I49.
2 Dans l'Elite de poésies fugitives.
279
280
Ode
Jupiter, prête-moi ta foudre,
Sécria Licoris un jour:
Donne, que je réduise en poudre
Le temple où j'ai connu l'amour.
Alcide, que ne suís-je armée
De ta massue et de tes traits,
Pour venger la terre alarmée
Et punir un dieu que je hais!
Médée, enseigne-moi l'usage
De tes plus noirs enchantements:
Formons pour lui quelque breuvage
Egal au poison des amants.
Ah! si dans ma fureur extrême
Je tenais ce monstre odieux!...
Le voilà, lui dit l'amour même,
Qui soudain parut à ses yeux.
Venge-toi, punis, si tu l'oses.
Interdite à ce prompt retour,
Elle prit un bouquet de roses
Pour donner le fouet à l'amour.
On dit même que la bergère
Dans ses bras n'osant le presser,
Et frappant d'une main légère,
Craignait encor de le blesser.
VERS DE Ce quatrain de Genève, Vers avait bâri par Manuscrit: Texte I 0CK, 2 0CV,
VERS DE M. DE VOLTAIRE POUR LE FRONTISPCE
DE LA NOUVELLE SALLE DE SPECTACLE DE LYON
Ce quatrain se trouve dans les Archives Tronchin à la Bibliothèque
de Genève, avec deux poèmes qui sont certainement de Voltaire,
Vers à madame la Dauphine', et Vers à Mme de Pompadour qui
avait fait un rôle dans une comédie jouée à Versailles',2 Le théâtre
bâri par Souffot à Lyon est inauguré le go août 1756.
Manuscrit: Genève, BGE: AT 177, n° 14-
Texte de base: manuscrit.
I 0CK, t3oA, p.396-97.
2 0CV, t.3OA, p.426-27.
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282
Vers de M. de Voltaire pour le frontispice
de la nouvelle Salle de Spectacle de Lyon
L'abondance et le goût dans ces heureux remparts
Aux plaisirs aux beaux arts assurent des asiles;
Et, par la main des arts utiles,
Elèvent ce temple aux beaux arts.
Du vivant puis dans Cuvres d'Ussé'. Anne-1718 Voltaire letre lui cette de lui.
Editions: W70L, Texte de
A MADAME LA MARQUISE D'USSÉ
Du vivant de Voltaire, ce poème parait dans wó4R, dans l'Almanach
des Muses et dans w7oL sous le titre de L'Art et la nature',
puis dans l'édition de Kehl, et ensuite dans plusieurs éditions des
Cuvres au dix-neuvième siècle sous le titre 'A madame la marquise
d'Ussé'. Moland le date de 1730.
Anne-Théodore de Carvoisin se maria au mois de novembre
1718 avec Louis-Sébastien Bernin de Valentiné, marquis dUssé.
Voltaire est à Ussé en décembre 1722 et janvier 1723. II écrit une
letre amicale au marquis d'Ussé en décembre 1734 (D81o); beaucoup
d'autres lettres de Voltaire révèlent I'importance qu'a pour
lui cette liaison. II n'y a pas de raison de douter que le poème soit
de lui.
Editions: wó4R, t.I.2, p.697; A Imanach des Muses (Paris, I773), p-4;
W70L, t38 (1774), P.404; K84, t.14, P.310; M, t.10, p.488-89.
Texte de base: K84.
283
8
284
A Madame la marquise d'Ussé
L'Art dit un jour à la Nature:
Vous n'égalez jamais les oeuvres de ma main;
Vous agissez sans choix, vous créez sans dessein:
Que seriez-vous sans ma parure?
Un teint flétri par vous s'embellit par mon fard,
Cest moi qui d'une prude arrange la sagesse;
Des coquettes beautés je conduis la finesse,
Et mène sous mon étendard
Et les beaux esprits, et les belles;
T'ai seul dicté sans vous les vers de Fontenelles,
Et les fables du sieur Houdart.
Ainsi, belle d'Ussé, 1Art se croyait le maître,
Et le monde à son char paraissait s'attacher;
Mais la Nature vous fit naître,
Et l'Art confus s'alla cacher.
2 w64R: de mes mains;
3 w64R: vous marchez sans desseins:
4 Moland: Que feriez-vous
w64R: Je conduis sous
12 W64R: belle Dussé.
10
Emilie, Voltaire périodiques Il a couru, gens de l'amitié, horrible pour elle, Rien Cependant, Voltaire, vers jours de Voltaire Voltaire mort comme Voltaire' dans journaliste? I738 12 Voir Louis p.251.
O Bengesco et t.4, 4 Paris,
10
ÉPITAPHE DE MADAME LA MARQUISE
DU CHTELET
Emilie, marquise Du Châtelet, meurt le 1o septembre 1749.
Voltaire désavoue un quatrain qui court sous son nom dans divers
périodiques à la suite de sa mort. Dans une lettre à Mme Du Boccage
il écrit:
Il a couru, après sa mort, quatre vers assez médiocres à sa louange. Des
gens qui n'ont ni goût ni âme, me les ont attribués. Il faut être bien indigne
de l'amitié, et avoir un ccoeur bien frivole, pour penser que, dans l'état
horrible où je suis, mon esprit eût la malheureuse liberté de faire des vers
pour elle, l
Rien ne prouve que ces 'quatre vers constituent ce quatrain.
Cependant, Beuchot relève que Longchamp, alors secrétaire de
Voltaire, afirme dans ses mémoires que le patriarche 'écrivit ces
vers "au bas d'un portrait gravé de Mme Du Châeler" quelques
jours après la mort de la belle Emilie, Si cela est vrai, la virulence
de Voltaire à le désavouer peut surprendre,3 Desnoiresterres, dans
Voltaire à la cour, rappelle que Fréron, 'après avoir annoncé la
mort de la défunte, à laquelle il ne marchande pas l'éloge, finit,
comme de raison, par une critique malveillante du quatrain de
Voltaire' et il demande: Cette critique fut-elle pour quelque chose
dans le désaveu de Voltaire qui vint un mois après l'attaque du
journaliste? Dans une lettre au futur Frédéric II du 1s février
I738 Voltaire se sert de l'expression la sublime Emilie' (Di452),
12 octobre 1749 (D4034).
Voir la note de Beuchot dans M, t.IO, P.s4: Sébastien G. Longchamp et Jean-
Louis Wagnière, Mémoires sur Voltaire et sur ses ouYrages, 2 vol. (Paris, 1826), t2,
p.251.
O Bengesco ne dit pas que l'euvre n'est pas de Voltaire; voir t.l, p.293 (n° O23)
et t.4, p.3o5-306.
4 Paris, 1869, p.325-36.
285
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
phrase quil répète souvent; mais d'autres aussi savent sans doute
quil la nommait ainsi.
Manuscrit: Arsenal 3128, f.351. (l y est accompagné d'un autre poème
qui le satirise.)
Editions: Mercure de France (Paris, novembre 1749), p.54 [MF]; Le Portefeuille
trouvé [Pr] (Genève, I757), t.1, p.3o; TS6I, p.359; W64R, t.I7 (2),
p.s74; Elite de posies fugitives [EPr] (Londres, I770), t.j, p.309; CLT
[cL], t:1, P.366.
Texte de base: MF.
286
3 PE, 4 PE, TS61:
doute
poème
Portefeuille
I7 (2),
CLT
Epitaphe de Madame la marquise Du Chátelet
L'univers a perdu la sublime Emilie.
Elle aima les plaisirs, les arts, la vérité.
Les dieux, en lui donnant leur âme, leur génie,
Ne se sont réservé que l'immortalité.
3 PE, TS6I, EPE, CL: leur me et leur génie
4 PE, EPF: N'avaient gardé pour eux que
TS61: Ne s'étaient réservés que
287
LE PROCES DU FARD
Cette épitre dédiée à la duchesse de Gontaut a été insérée dans le
Mercure de Erance de novembre 1732.' Le texte rapporte le combat
allégorique entre la Nature' et la Mode, cette dernière aimant
s'entourer d'ornements pour paraître plus à son avantage. Une
éventuelle contribution de Voltaire à ce poème a été avancée par
Roosbroeck; Mangold avait exprimé des doutes, Cependant
lépitre fait partie de la collection d'euvres de Pierre-Joseph
Bernard depuis le dix-huitième siècle, attribution donnée dans les
Buvres diverses de Grécourt. De plus, la correspondance ne révèle
aucun lien entre Voltaire et la duchesse de Gontaut.
Editions: Mercure de France, novembre I732, p.2339 MF]; Mercure suisse
ou recueil de nouvelles historiques, politigques, littéraires et curieuses, janvier
g33 (Neuchâtel, 1733), P.93-95; Supplément de Grécourt, t.4 (Luxembourg,
I76T), p.41-43; Buvres diverses de Grécourt, t.4 (Luxembourg,
I787), p.28-30;3 BuyTes de Bernard, seule édition complète (Paris, An
XT |18o3)), t2, p.217-19; Wilhelm Mangold, Voltairiana inedita (Berlin,
1901), p38-40.
Texte de base: Voltairiana inedita.
J Le procez du Fard, AIlégorie à Mad..
2 Wilhelm Mangold, Voltairiana inedita (Berlin, 1901), p.38-49, , et G. L. van Roos-
Pb.4r4o0e-4c2k., Verses attribured to Voltaire, Modern language notes, 37 (1922), n°7,
3 Ce volume commence avec une série de poèmes qui ne sont pas de Grécourt;
notre poènme est 'par M. Bnd' Bernard),
288
dans le
combat
aimant
Une
avancée par
Cependant
Joseph
dans les
révèle
suisse
curieuses, janvier
Luxembourg,
Luxembourg,
Paris, An
Berlin,
Roos-
1922), n°7,
Grécourt;
Le Procès du fard
La Mode et la Nature un jour
Vinrent au tribunal d'Amour,
La Mode y vint enluminée,
En long étalage, en grand train,
D'amples fatras environnée,
Le masque et la marotte en main;
Nature, simplement ornée,
En robe ondoyante, en patin,
Un bouquet de fleurs sur son sein,
Et de ses cheveux couronnée.
Amour!' dit-elle, 'entends ma voix,
Et qu'elle éveille ta justice!
Tu vois la flle du caprice,
Je suis le jouet de ses lois.
Mon fils, prends part à mes outrages!
A ton empire, à mes attraits
IIs portent de communs dommages;
Corrompre, altérer mes ouvrages,
N'est-ce pas émousser tes traits?
Sans tant discourir, dit la Mode,
'Montrons aux yeux notre pouvoir!
Amour est un dieu qui peut voir,
Et qui goûte cette méthode.
Nature appuya ce dessein
Et choisit Gontault pour modèle.
L'Amour essuya de sa main
Cette couche artificielle,
Enfant de l'art et du malin,
Et Gontault n'en fut que plus belle:
C'était l'Aurore au front serein,
Lorsqu'elle ne fait que d'éclore,
Et que Phébus n'a pas encore
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MP; On it de
45 MT: Au petir
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Par les couleurs dont il a peint
Séché la fraîcheur de son teint.
La Mode, sur d'autres modèles,
Fait son chef-d'æuvre concerté,
Dresse ses tables solennelles,
Et de cent machines nouvelles,
Construit l'autel de la beauté.
Son art, ses ruses, furent telles,
Si bien sa magie opéa
Qu'enfin elle défigura
Une héroine d'opéra.
On vit de cette ceuvre postiche
Un petit monstre enjolivé.
L'Amour fait construire une niche,
A l'autre un temple est élevé.
Toi, dit lAmour à la Nature,
Viens rendre une couleur plus pure
Aux beautés qui suivent mes pas!
Mes mains ont formé leurs appâts
Pour les yeux, non pour la parure:
Tout s'embellira sous ta loi.
Ta rivale n'a pour te nuire
Que l'art passager de séduire.
L'art constant de plaire est à toi,
Belle Gontault, c'est ton partage.
Si tu yois couvrir d'un nuage
Tes beaux jours de sérénité,
C'est l'art, jaloux de la nature,
Et contre elle encor révolté,
Qui, sous le nom de faculté,
Fait à tes attraits cette injure
Et te punit de ta beauté.
Eloigne un secours redouté!
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3
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6
LE PRO CÈS DU FARD
D'un souris rappelle et rassure
Les ris, enfants de la santé,
Et dans le sein de la gaîté,
Cherche une guérison plus sûre!'
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AVANTAGES DE LÀ RAISON
Cette épître dédiée à la raison paraît sous le nom de Voltaire dans
Le Portefeuille trouvé, édition piratée de certaines de ses ceuvres, en
1757. On peut douter que ce poème appartienne au répertoire voltairien.
En effet, non seulement le poète lui-même le désavoue
dans une lettre du 22 mars 1775 à Louis Elisabeth de La Vergne!
mais, de plus, le texte semble être extrait d'un plus long poème,
dans toute une séried'éditions en 1742, I748 et I755, dont certaines
sont dédiées à Voltaire. L'Avertissement' des Délassements d'un
galant-homme prétend que tout est de l'auteur, quil n'est pas compilateur,
mais on est en droit de douter de cette sorte de déclaration.
L'extrait paraît encore en r8o4, attribué à Voltaire. Dans
l'état des recherches que nous présentons ici, il est bien difficile
d'établir qui a écrit cette pièce, et surtout dans quel but.
Editions: Saint-Martin de Chassonyille, Epitre sur l'honneur', Les Dé
lassements d'un galant-homme (Amsterdam, 1742), p.74-79; Le Parnasse
chrétien, tome premier (Toulouse, 1748), p.I3-58; Le Portefeuille trouve,
ou Tabletes d'un curieux (Genève, 1757), p.33-34; LArn de peindre a
l'esprit (Paris, 1758), t.2, p.332 (attribué à Voltaire); Première épitre,
adressée à M. E de Voltaire', dans Le Siècle politique de Louis XIV
(Dresde, I755), p.399-405; Epitre à Ariste sur l'honneur, Annales pottiques
depuis l'origine de la poésie française (Paris, 1787), t.40, p251-j5
François Joseph Michel Noël, Lecons de littérature et de morale (Paris,
18o4), t.2, p.25I.
Texte de base: Le Portefeuille trouvé.
1 Voir D.app.408,
292
Au Comme Brave
dans
ceuvres, en
répertoire voltairien.
désavoue
Vergne!
poème,
certaines
d'un
compilateur,
déclaration.
Dans
difficile
Les Dé
Parnasse
trouve,
peindre a
épitre,
XIV
pottiques
p251-j5
Paris,
Avantages de la raison
La raison est de l'homme, et le guide, et l'appui;
Il l'apporte en naissant, elle croît avec lui.
C'est elle qui des traits de sa divine famme,
Purifant son coeur, illuminant son âme,
Montre à ce malheureux par le vice abattu,
Que la félicité n'est que dans la vertu;
Ou'elle donne aux humains couverts de son égide,
La volupté tranquille, innocente et solide,
La joie et la santé qu'entretient dans sa leur
Le repos de l'esprit et le calme du coeur;
Que par elle un mortel, aussi ferme que libre,
Au milieu des revers garde un juste équilibre,
Rit de ses ennemis et résistant au sort,
Affronte l'indigence, et les ferS, et la mort,
Comme un rocher que frappe une mer mugissante,
Brave des lots émus la fureur impuissante.
293
15
ÉPIGRAMME
Cette épigramme sur Fréron semble n'exister que sur une seule
page imprimée (s.l.n.d.) à la Bibliothèque nationale de France
(Ye s4234). Une main inconnue, peut-être du dix-neuvième siècle,
a écrit au crayon sous le texte: par Voltaire. Il est Vrai uen
I76o Voltaire attaque Fréron en l'affublant du nom de Wasp (qui
devient Frélon' dans les éditions suivantes) dans Le Café, ou
l'Ecossaise,' mais est-ce suffisant pour lui attribuer cet écrit diffamatoire?
Le dernier vers pourrait suggérer une tierce personne,?
mais n'exclut pas que l'auteur soit Voltaire.
II est tentant de voir dans la fable de Florian Le Philosophe et le
chat-huant une allégorie de la vie de Voltaire, sauf quici le chathuant
est victime.3
1 0CV, t.so, p.361-468.
2 On pense à Ponce Denis Ecouchard Le Brun, Sa Wasprie ou l'ami Wasp parut
en 1761 (Berne Paris|), mais ne contient pas cette épigramme.
3 Fables de M. Florian (Paris, 1792), p.155-5ó.
294
seule
France
siècle,
Vrai uen
Wasp (qui
Café, ou
diffamatoire?
personne,?
Philosophe et le
chathuant
Wasp parut
Epigramme
Le chat-huant de la littérature,
Wasp, est tiré de l'éternelle nuit:
Son nom sera chez la race future
Celui d'un sot, qui griffonne et qui nuit:
Or écoutez le bon de l'aventure,
Wasp est fåché de la caricature,
Qui désormais va le mettre en crédit:
I va criant, au meurtre, à l'imposture;
Que dirait-il si Voltaire eût tout dit?
295
LA POLICE SOUS LOUIS XIV
Bengesco le souligne, Voltaire n'a jamais désavou cette pièce.
Parue dans le Mercure de France en décembre 1744 et attribuée
selon la lettre qui précède le texte, à un 'jeune auteur qui est mort
ilya quelques mois',² l'épitre a été successivement reprise dans les
collections complètes des aeuvres de Voltaire à partir de Keh.
Dans le Mercure de juillet 1772, le titre du poème est suivi de l'ajout
'picce de concours pour le prix de l'Académie française, attribuée à
M. de V*". Dans la lettre qui précède La Police sous Louis XIVen
1744, on lit des remarqucs négatives similaires à celles que Voltaire
adresse à ses contemporains dramaturges, à savoir, le manque de
rigueur intellectuelle et l'absence de valeur poétique dans la
construction des rimes, D'ailleurs, le poème élaboré en alexandrins
autour de rimes plates développe les mêmes thèmes que Le Mondain,
• Beuchot croit que l'auteur en est 'La Mare', mais Bengesco
lui rétorque que La Marre n'est mort qu'en 1742 et que ce texte
n'a pas été inclus dans ses Cvres diverses, 5 Bien qu'on ait le droit
de se demander pourquoi un Voltaire presque quinquagénaire se
mettrait à composer une 'pièce de concours pour le prix de l'Académie
française', et dans un style assez plat, il est intéressant de comparer
ces vers à un poème qu'il a adressé à Frédéric en 1736, au
sujet de la conduite des rois, qui contient ce distique: Aimer la
verité, la voir et l'enseigner / C'est le premier des arts et c'est plu
que régner.'o l est donc possible que Iépitre ait été rédigée par
I'auteur du Siècle de Louis XIV
1 Bengesco, t.J, p.159:
Mercure de France (Paris, décembre 1744), P-54-
3 K84, L12, p.384 4-87; mais Beuchot la rejette dans une note de M, L32, P.5&4-87.
4 Le Mondain, 0CV L16.
Abbé de La Marre, Buyres dierses de M. L'abbé de La Mare (an,
oDiis7, vers le 3o septembre 1736. C'est nous qui soulignons
296
Editions: (juillet Texte de
pièce.
attribuée
est mort
dans les
Keh.
l'ajout
attribuée à
XIVen
Voltaire
manque de
dans la
alexandrins
Mondain,
Bengesco
texte
le droit
quinquagénaire se
l'Académie
comparer
1736, au
Aimer la
c'est plu
rédigée par
5&4-87.
LA POLICE SOUS LOUIS XIV
Editions: Mercure de France (décembre r744), p.55-59; Mercure de France
(juillet 1772), tI, p.z9; K84, tI2, p.384-87; B, tiz (t833), p.7-11.
Texte de base: K84.
297
La Police sous Louis XIV ()
Le grand art de régner est le premier des arts:;
Il ne se borne point aux fatigues de Mars;
I n'est point renfermé dans le soin politique
D'abaisser la ferté d'un voisin tyrannique,
Ou d'ébranler l'Europe, ou d'y donner la loi.
Le devoir d'un monarque est de régner chez soi;
D'y former un Etat redoutable et tranquille,
De rendre heureux son peuple en le rendant docile:
C'est ainsi que Louis sut passer autrefois
Des tentes de Bellone7 au temple de nos lois.
I montait sur un trône environné d'abimes,
De débris, de tombeaux, de meurtres, et de crimes,
Au milieu des flambeaux de nos divisions,
Aux cris de la discorde, au bruit des factions.
II parut; il fut sage, et l'Etat fut paisible.
La discorde à son joug soumit sa tête horrible,
Et la confusion fit silence à sa voix.
Tout prit un nouyeau cours, tout rentra dans ses droits.
Le magistrat fut juste, et l'Eglise fut sainte;
Paris vit prospérer dans son heureuse enceinte
Des citoyens soumis, au travail assidus,
Qui respectaient les grands, et ne les craignaient plus.
La règle avec la paix Sous des abris tranquilles,
Aux arts encouragés assura des asiles.
L'orphelin fut nourri, le vagabond fixé;
Le pauvre oisif et lâche, au travail fut forcé;
(a) On croit que cette pièce a concouru pour le prix de P'Académie
française.
7 Bellone est dans la a mythologie romaine la déesse de la g guerre, associée à Mars.
laE gllleo irreep hréésreoniqteu ela. guerre dans son aspect t destructeur et désespérant, par opposition à
298
20
25
Et Appela L'étranger Fut Ainsi Des Il Ces De Fit De Distingua II Que I dit Aux Et L'onde Il Toujours La D'éléments Si Les Sous Obéissante, Quelle Quelle Quel Nos Pourquoi Vit-0 Les Languedoc
droits.
P'Académie
associée à Mars.
opposition à
20
25
LA POLICE SOUS LOUIS XIV
Et l'heureuse industrie amenant 1'abondance
Appela I'étranger qui méconnut la France:
L'étranger étonné qui, prompt à sirriter,
Fut jaloux de Louis et ne put l'imiter.
Ainsi quand du Très Haut la parole féconde
Des horreurs du chaos eut fait naitre le monde,
Il en fixa la borne, il plaça dans leurs rangs
Ces trésors de lumière et ces globes errants;
De l'immense Saturne il ralentít la course;
Fit dans un cercle étroit rouler le char de l'Ourse;
De la lune à la terre assura les secours;
Distingua les climats et mesura les jours.
II dit à l'océan: que ton orgueil s'abaisse;
Que l'astre de la nuit te soulève et t'affaisse:
I dit aux lancs du nord: enfantez les autans; 0
Aux eaux du ciel: tombez, fertilisez les champs;
Et que tantôt liquide, et tantôt endurcie,
L'onde revole au ciel en vapeurs obscurcie,
Il dit, et tout fut fait, et dès ces premiers temps,
Toujours indestructible en ses grands changements,
La nature entretient, à son maître fidèle,
D'éléments opposés la concorde éternelle.
Si l'on peut comparer aux chefs-d'ceuvre divins
Les faibles monuments dess efforts des humains,
Sous un roi bienfaisant parcourons cette ville
Obéissante, heureuse, agissante, tranquille.
Quelle âme incessamment conduit ce vaste corps:
Quelle invisible main préside à ces ressorts?
Quel sage a su plier à nos communs services
Nos besoins, nos plaisirs, nos vertus et nos vices?
Pourquoi ce peuple immense, avec sécurité
Vit-il sans prévoyance et sans calamité?
0 Les autans sont des vents du Sud-Est qui souflent sur la région du Haut-
Languedoc plus spécifiquement.
299
30
35
40
45
55
300
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
L'astre du jour à peine a fini sa carrière,
De cent mille fanaux léclatante lumière
Dans ce grand labyrinthe avec ordre me luit,
Et forme un jour de fête au milieu de la nuit.
L'aurore ouvre les cieux, le besoin se réveille.
II appelle à grands cris le travail qui sommeille;
Vertumne avec Pomone apporte au point du jour
Les fruits prématurés, hâtés par leur amour.
Ces rivages pompeux qui resserrent ces ondes
Sont couverts en tout temps des trésors des deux mondes.
Ici l'or qu' on filait s'étend sous le marteau;
La main de l'artisan lui donne un prix nouveau;
La vanité des grands, le luxe, la mollesse,
Nourrissent des petits l'infatigable adrese.
Je vois tous les talents, par l'espoir animés,
Noblement soutenus, sagement réprimés:
L'un de 'autre jaloux, empressés à se nuire,
L'intérêt les fit naître, il pourrait les détruire;
Un sage les modère, et de leurs factions
Fait au bonheur public servir les passions.
Mais ce n'est pas assez qu'un sage soit utile;
Le magistrat français doit penser en édile;
II doit lever les yeux vers ces nobles Romains,
Que le ciel fit en tout l'exemple des humains.
Cétait peu de tracer de leurs mains triomphantes,
Du Tibre au Pont-Euxin ces routes étonnantes;
De transporter les flots des fleuves captivés,
Sur cent arcs triomphaux jusqu'au ciel élevés;
Rome en grands monuments de tous côts féconde
Donna des lois, des arts, et des fêtes au monde;
L'univers enchainé dans un heureux loisir,
Admira les Romains jusqu'au sein du plaisir.
9 Vertumne est le dieu des jardins et des vergers s chez les Romains, , et Pomone la
divinité des fruits qui encourage la création de vergers.
70
75
80
81
Paris A Pompe Protégez Ministres Par Regardez De police Besseur s 'qui
mondes.
Pomone la
70
75
80
81
LA POLICE SOUS LOUIS XIV
Paris ne cède point à l'antique Italie;
Chaque jour nous assemble au temple du génie,
A ces palais des arts, à ces jeux enchanteurs,
A ces combats d'esprit qui polissent les mæurs:
Pompe digne d'Athènes, où tout un peuple abonde,
Ecole des plaisirs, des vertus et du monde.
Plus loin la presse roule, et notre ceil étonné,
Y yoit un plomb mobile en lettres façonné,
Mieux que chez les Chinois, sur des feuilles légères,
Tracer en un moment d'immortels caractères.
Protégez tous ces arts, ô vous, soutiens des lois,
Ministres confidents, ou précepteurs des rois;
Méritez que vos noms soient écrits dans l'histoire
Par la main des talents, organes de la gloire.
Colbert et Richelieu, les palmes dans les mains,
De l'immortalité vous montrent les chemins:
Regardez auprès d'eux ce vigilant génie,
Succeseur généreux du prudent La Reinie, o
A qui Paris doit tout, et qui laisse aujourd'hui,
Pour le bien des Français, deux fils dignes de lui.
Ma voix vous nommerait, vous, dont la vigilance
Etend des soins nouveaux sur cette ville immense;
Si vos jours consacrés au maintien de nos lois
Vous laissaient un moment pour entendre ma voix,
J'oserais, emporté par une heureuse ivresse,
De mon roi bienfaisant célébrer la sagesse;
Mais l'éloge est pour lui, malgré son bruit flatteur,
La seule vérité qui déplaise à son coeur.
Gabriel Nicolas de La Reynie (1625-170), premier lieutenant général de la
police de Paris. Son action énereiaue iette les bases de l'activité judiciaire moderne.
Besseur généreux' est Mare-René de Voyer de Paulmy (1652-1721). Il eut deux
s 'qui furent amis de Voltaire et ministres', nous rappelle Beuchot (M, t32, P430):
301
95
IIS
CHANSON POUR MLLE GAUSSIN,
LE JOUR DE SA FÊTE
Ce poème reste inédit avant sa parution dans la Correspondance
littéraire (1r juin 1756). Le catalogue de la BnF indique que c'est
l'édition faite par Auguis, Clogenson, et al. (95 vol., Paris, 1824-
I832) qui intègre pour la première fois ce poème aux oeuvres complètes
(BnC 250, p.347). La Correspondance littéraire lui donne un
titre: 'Ancienne chanson de M. de Voltaire pour mademoiselle
Gaussin, le jour de sa fète'. L'édition de Clogenson ajoute la date
de la fète: 25 auguste 1731.
La question de l'identité de l'auteur est posée dans une note de
la Correspondance littéraire: 'On a conservé ces vers, quoique très
médiocres, par respect pour leur illustre auteur. Cette note de
prudence manque dans les éditions ultérieures.
Une version du poème paraît dans LAnnée litéraire de I761,
sous le titre Air tendre', mais sans attribution. Dans Jean-Louis-
Marie Du Gast de Bois-Saint-Just, Paris, Versailles et les provinces,
au dix-huitième siècle, 3 vol. (Lyon et Paris, 1817), t.3, p.I33-34)
le poème est introduit ainsí: Voltaire. voulant fatter dans
Mle Gaussin l'objet d'une passion momentanée, lui adressa les
vers suivants', où il l'appelle Lise'. Le poème paraît dans plusieurs
éditions des euvres de Voltaire du dix-neuvième siècle.
Editions: CLT, t3, P.234; L'Année littéraire (Amsterdam, [1761|), t-7, p.21
(ALJ; 2uvres complètes de Voltaire, avec des remaraues et des notes hustoriques,
scientifques et littéraires, par MM. Auguis, Clogenson, Daunou l
95 vol. (Paris, 1824-1832), t.18 (Poésies, t.4, 1828), P.245; B, t.14 (1833)5
p.336; M, t.Io, p.489.
Texte de base: cLT.
302
a AL: 3,6
Correspondance
c'est
1824-
complètes
donne un
mademoiselle
la date
note de
quoique très
note de
I761,
Louis-
provinces,
I33-34)
dans
adressa les
plusieurs
7, p.21
hustoriques,
Daunou l
1833)5
Chanson pour Mlle Gaussin, le jour de sa fere
Le plus puissant de tous les dieux,
Le plus aimable, le plus sage,
Louison, c'est l'Amour dans vos yeux;
De tous les dieux le moins volage,
Le plus tendre et le moins trompeur,
Louison, C'est l'Amour dans mon coæur.
a AL: Air tendre
3,6 AL: Lison
303
ÉPIGRAMME DE M. DE VOLTAIRE
CONTRE M. PIRON
Cette épigramme est imprimée d'abord dans une édition appele
Mon Petit Porte-feuille. Elle est reprise, avec quelques variantes,
dans les euvres de Piron et dans diverses éditions, dont certaines
continuent à attribuer le texte à Voltaire. Cependant l'auteur supposé
prend la peine de désavouer ce petit poème dans deux lettres,
'une à Chabanon du 25 décembre 1767 DI4617) et l'autre adressée
au président Ruffey et datée du 7 mars 1768 (Di4814). Selon toute
Vraisemblance, comme l'indique Bengesco,' le véritable auteur de
la pièce est Marmontel qui répond aux attaques contre son roman
Bélisaire que Piron a glissées dans le De profundis,2 En effet,
Pascale Verèb constate que Marmontel 'en fidèle voltairien, [.
attaqua Piron, le qualifiant d'auteur de La Priapée et piètre poète
avant de citer une version de ces vers. Elle ajoute que cette
epigramme fut faussement attribuée à Voltaire'. Les allusions
religieuses présentes dans l'épigramme raillent les efforts qu Alexis
Piron fait pour passer pour un dévot.
Manuscrit: Paris, BnF: ms.fr.15o34, p.167.
Editions: Mon Perit Porte-feuille MPPl (Londres, 1774), t.2, P.$; 2ures
complères dAleis Piron, 9 vol. (Paris, Lambert, I776), t7, p.242; 1Memotres
secrets, 1et février 1768, t.3 (Londres, I777), P.23s MS); Corespon
dance secrèe (Londres, I784), t.s, p.8; CLT, t7, P:440 et soo; Tont
ou recueil des aventures, bons mots, etc. (Paris, 18oo), p.I37; Marmontel,
Buvres, 18 vol. (Paris, 1819), t.IO, p.624: Buvres de Marmontel, 7 Vol
(Paris, 1820), t.7, p.244
Texte de base: Ms.
Bengesco, t.1, p.323, note 1; t.2, p.219 et t.4, P-307-
2 Une épigramme de Piron contre le Blisaire e est donnée dans la CLT, t7, p.440.
3 Alexis Piron, poète (1689-1J73) ou la difficile condition d'auteur sous Louis XV,
SVEC 349 (1997), P. 187-88.
4 Jcile titre du poème est 'Epitaphe épigrammatique, de Piron, faite par rlui-même.
304
Mornsieur 2
3 MPP: 4 MPP: S MPP: 6 MPP: 8 MPP: 9 MPP: Allusion
appele
variantes,
certaines
l'auteur supposé
lettres,
adressée
toute
auteur de
roman
effet,
voltairien, [.
poète
cette
allusions
Alexis
2ures
1Memotres
Corespon
Tont
Marmontel,
7 Vol
p.440.
Louis XV,
rlui-même.
Epigramme de M. de Voltaire contre M. Piron
Le vieil auteur du Cantique à Priape,
Humilié, s'en allait à la Trappe,
Pleurant le mal qu'il avait fait jadis.
Mais son curé lui dit: Bon Métromane, 5
C'est bien assez de ton De profundis,
Rassurez-vous: le Seigneur ne condamne
Que les vers doux, faciles, arrondis;
Qui savent plaire à ce monde profane.
Ce qui séduit, voilà ce qui nous damne.
Les rimeurs durs Vont tous en Paradis.
MPP: pigramme do M. de Vollaire sur la paraphrase du De profundis, par
Mornsieur Piron
MPP: Le coæur contrit, s'en 2
3 MPP: Pleurer le
4 MPP: Lorsque Robbé lui
S MPP: assez d'un plat De
6 MPP: Rassure-toji, le bon dieu ne
8 MPP: vers absent
9 MPP: Va ne crains point que jamais il nous
Allusion à la célèbre comédie de Piron, La Métromanie (1730):
305
VERS DE M. DE VOLTAIRE À
MADAME DUPRÉ DE ST MAUR
EN LUI ENVOYANT SON PORTRAT GRAVÉ
Marie-Marthe Dupré de Saint-Maur, née Alléon, est I'épouse de
Nicolas-François Dupré de Saint-Maur, ami de Cideville et de
Voltaire (voir D2o87). Elle est correspondante de David Hume,
qu'elle soutient dans ses querelles avec Rousseau. 1
Nous ne connaissons pas l'occasion de ce don, mais Niderst date
le poème de 1745, d'après le recueil de Cideville, Recueil d'anecdotes
de la main de Mr de Cideville'. Cideville le présente ainsi:
Vers de Mr de Voltaire à Mde Du Pré de St Maur en lui envoyant
son portrait.'
Edition: Alain Niderst, Traits, notes et remarques de Cideville', RHLF
70 (1970), p.463.
Manuscrits: Paris, BHVP: MS-FS-Il-1, f.86r. Rouen, Bibliothèque municipale,
'Recueil d'anecdotes de la main de Mr de Cideville', O. 40, p.25
Texte de base: manuscrit BHVP.
Voir lettres à Hume du s mars et 20 août 1n66 (Leigh so94, 5374)
306
Vers
I'épouse de
et de
Hume,
Niderst date
d'anecdotes
ainsi:
envoyant
RHLF
municipale,
40, p.25
Vers de M. de Voltaire à madame Dupré de St Maur
en lui envoyant son portrait gravé
Le voilà ce mortel de qui mille envieux,
Avec tant d'injustice ont opprimé la vie;
Aujourd hui quil attire un regard de vos yeux,
II mérite à la fin les fureurs de l'envie.
307
À M. DE VOLTAIRE
Ce quatrain paraît, semble-t-il, pour la première fois dans le volume
dâ à Fréron, Voltariana ou éloges amphigouriques de Fr. Marie
Arrouet (Paris, 1748); il est placé au début du volume, juste après
la table des matières, et il est précédé de la mention Omission'
(cependant, on le trouve en fin de volume dans ledition de
1749). A noter que lépigramme est adressée à Voltaire. I est inté.
ressant de constater que l'éditeur adoucit l'attaque en proposant
une autre version à la suite:
Quelque rimeur moins caustique les a changés de cette manière, et nous
croyons qu'il a bien fait.
Pour bien juger de tes écrits
Et des actions de ta vie,
I faudrait accorder la pitié, le mépris,
L'admiration, et l'envie.
Les mots les a changés' (ci-dessus) n'ont pas d'antécédent, ce qui
Suggère qu'il pourrait s'agir d'une véritable omission' et que le
texte dériverait d'un manuscrit qui était destiné à être employ
ailleurs.
Dansl'hypothèse d'une attribution de ce quatrain à Voltaire, on
peut suggérer plusieurs ennemis qui auraient pu en constituer la
cible, dont Desfontaines. Mais il se peut qu'une épigramme composee
par un auteur inconnu ait fini par être attribuée à sa victime.
On doit se rappeler qu'il s'agit de vers publiés en 1748, ce qu ecare
probablement des cibles comme Jean-Jacques Rousseau et a
Mettrie. On doit aussi considérer le fait que la première attribution
de ce quatrain à Voltaire date de 1820. dans Pièces inédites de Votaire,
imprimées d'après les manuscrits originaux [PI20]." Moland,
t.32, p.41I6, cite cette édition peu fable. sans commentaire.
Texte de base: Voltariana,
D Paris, r820, p.101,
308
3 PI20:
volume
Marie
après
Omission'
ledition de
est inté.
proposant
et nous
ce qui
que le
employ
Voltaire, on
constituer la
composee
victime.
ecare
Rousseau et a
attribution
de Votaire,
Moland,
3 PI20: T'ont mis
A M. de Voltaire
Les délires de tes écrits
Et les désordres de ta vie
Sont mis vis-à-vis du mépris
Et beaucoup plus bas que l'envie.
309
ODE AU ROI
Cette ode, présente dans les Pièces recueillies de MM. de Voltairee
Piron, est énigmatique car, si le style est agréable, le lyrisme qu'elle
déploie – et que dénonce déjà Desfontaines au dix-huitième sièclel
entache quelque peu le propos, ce qui fait douter que Voltaire en
soit l'auteur. Ces doutes s'accroissent d'autant plus que le texte
n'est présent dans aucune des éditions les plus fables des ceuyres
de Voltaire et que sa correspondance n'y fait pas référence.
Editions: Pièces recueillies de MM. de Voltaire et Piron (Paris], 1744),
p.24-27; Le Galimatias: ode par un inconnu avec les commentaires d'Antonius
Flagellus (Paris, 1744), p.Is-1O9; Ode sur les conquêtes du roi, par
M. de Voltaire (La Haye, Pierre Paupie, 1744; brochure de 7 pages); Ode
Sur les conguétes du roi attribuée à M. de Voltaire, gui la désayoue, dans
P'Epilogueur politique, galant et criique du jeudi 24 septembre 1744
(Amsterdam, 1744), p.97-99; W64R, t.5, P.374-75
Texte de base: Pièces recueillies.
Je ne dis rien de [lode] ui commence par ce vers: Loin de moL, fastueux aetno
llest clair qu'elle cst d'un homme de beaucoupd'esprit; mais les copies qui S en s
repandues dans le monde, sont la plupart si defectueuses, qu'elles ont fait parate
Touvrage mauvais, I est cependant dans les bonnes copies rempli de génie et D
ccrit. Mais l'enthousiasme qui v règne, est le comble du fanatisme et de limpeu
nence (Pierre-François Guyot Desfontaines. Iugements sur quelques odE
veaux, Paris, 1744, P.86).
One note qui accompagne l'introduction du texte dans l'edition des
recueillies précise pourtant que lies, p.24. M. de V. a désavoué cette euyre, Voir Pièces recuel-
310
Voltairee
qu'elle
sièclel
Voltaire en
texte
ceuyres
référence.
1744),
d'Antonius
roi, par
pages); Ode
désayoue, dans
1744
aetno
en s
parate
et D
limpeu
recuel-
Ode au roi
Loin de moi, fastueux délire,
Faibles élans d'un vain orgueil;
De l'esprit, de ce qu'il inspire
Soyez toujours le juste écueil.
Je méprise votre harmonie,
Vos sons vides de sentiments.
Mon ccoeur me tient lieu de génie,
Je ne peins que ses mouvements.
Quel subit éclat de lumière
Sort de ce mortel précieux?
Ses pieds touchaient à la poussière,
Déjà sa tête est dans les cieux!
J'hésite, j'ai peine à connaître, ..
Près de lui tout est éclipsé. .s
Ah! c'est mon roi qui vient de naître.
Mes désirs l'avaient annoncé.
Hé quoi! tant de moments tranquilles
Me dérobaient tant de grandeur!
Je possédais; mes veux stériles
Appelaient encor mon bonheur.
Les respects que son rang imprime,
Dans mon coeur cherchaient un appui.
Désormais toute mon estime
Ne peut m'acquitter envers lui.
Pour franchir sa vaste carrière,
Comment a-t-il trompé mes yeux?
Quand je le cherche à la barrière,
Je l'aperçois victorieux!
A peine ma voix le réclame,
Ses ennemis sont confondus.
3II
10
I5
20
25
30
312
PoSIES ATTRIBUÉES À VOLTARE
Un instant m'ouvre sa grande âme,
I'y vois le trne des vertus.
Ce n'est plus sa seule clémence
Que j'admire au sein du repos.
Valeur, actrivité, prudence,
Un jour seul en fait un héros.
Mon coeur que sa gloire intéresse,
S'attache, se fixe à ses pas;
Et je me sens une tendresse
Que je ne me connaissais pas.
Humanité, mère adorable,
Lien des malheureux mortels,
Soutiens dans sa main équitable
Un glaive pris sur tes autels.
Son cooeur que tu formas toi-même,
At'outrager n'est point instruit.
Il sauve le sujet qu'il aime,
II plaint l'ennemi quil détruit.
De cet éclat qui t'environne
Que d'autres yeux soient éblouis.
e t'aime, ma main te couronne,
Sois mon roi, vertueux LoUIS.
Si le hasard de la naissance
Jadis me soumit à tes lois,
Je légitime ta puissance;
Tu ne la dois plus qu'à mon choix.
Ne libre des yeux de la haine
J'ai vu ton rang et sa fierté.
Ta vertu, ta conduite enchaîne
Mon orgueilleuse liberté.
Je cédais à ce droit suprême.
Qu'en toi le sang avait transmis.
Tu mérites le diadème,
Je t'admire, et je suis soumis.
35
40
45
60
VERS Ces quarantaine Nicolas maltraité deviennent, de Voltaire. de Mérope été que La I76;) Dans et ågé (p.23). à La Composant bditions: Lenclos (Paris, Texte Mercure 2 Celui 3 P.323.
35
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45
60
VERS ENVOYÉS PAR M. DE LA DIXMERIE À UNE DAME
QUI LUI REPROCHAIT D'AVOIR MALTRAITÉ
DANS SES CONTES
LES FEMMES DE QUARANTE ANS
Ces quelques vers consacrés aux attraits des femmes ayant atteint la
quarantaine sont attribués par le Mercure de France de janvier r76s à
Nicolas Bricaire de La Dixmerie, à qi une dame reprochait d'avoir
maltraité dans ses Contes les femmes de quarante ans'.1 Ces vers
deviennent, dans les éditions du dix-neuvième siècle, une réponse
de Voltaire. En 18o6, le Magasin encyclopédique reprend l'introduction
du Mercure de France et ajoute une phrase: l'auteur d'Azire et
de Mérope fit sous son nom² la réponse qu'on va lire, et qui n'a pas
été imprimée': Cette attribution à Voltaire paraît douteuse, bien
que Bengesco, citant Quérard (t.2, col.743), semble l'accepter.
La Dixmerie publie des Contes philosophiques et moraux (Londres,
I76;) l'année où ces vers paraissent dans le Mercure de France.
Dans le premier conte du second tome on trouve la phrase suivante:
On oubliait l'ascendant naturel qu'un médiateur bien fait,
et ågé de trente ans, a sur l'esprit d'une femme de quarante
(p.23). Cette phrase est peut-être à l'origine des reproches faits
à La Dixmerie. Il est plausible que cet auteur se soit défendu en
Composant ces vers.
bditions: Mercure de France (janyier 176;), t.2, P:33; Letres de Ninon de
Lenclos au marquis de Sévigné (Paris, r8o6), t.2, p.118; Magasin encycopedique,
ou journal des sciences, des letres et des arts, éd. A. L. Millin
(Paris, 18o6), t.3, p.I50.
Texte de base: Mercure de France.
Mercure de France (janvier 1765), t.2, P33-
2 Celui de La Dixmerie.
3 Magasin encyclopédique, année 18o6, t.3, p.I5o. Voir également Bengesco, t.1,
P.323.
313
314
Vers envoyés par M. de la Dixmerie à une dame
qui li reprochair d'avoir maltraité dans ses Contes
les femmes de quarante ans
Lorsqu'à vingt ans on eut tous les attraits,
Quelques lustres de plus ne sont point une affaire.
A quarante ans on peut nous plaire:
On le peut même encore après.
Vénus fut la mère des Grâces;
Les Grâces, nous dit-on, n'étaient plus des enfants:
Toutefois, en suivant ses traces,
Les vit-on balancer ses charmes triomphants?
Mais citons pour exemple une simple mortelle.
Ninon, cette aimable infidèle,
Ninon qui tour à tour prit, quitta mille amants,
Presque dans l'age de Cybelle
Sut encor asservir un Atis de vingt ans.
Ah ne prenez pas pour outrage
Un trait par le hasard dicté!
Je n'ai point médit de votre áge;
In'en est point pour la beauté.
1O
Ces début exception Euvres Texte OCV,
dame
Contes
1O
DISCRÉTION AMOUREUSE.
PAR VOLTAIRE
Ces vers, parus dans Les Bijous des NeufSaurs, appartiennent au
début du chant septième de La Pucelle d'Orléans. A une petite
exception près, ils présentent fdèlement le texte adopté dans les
Euvres complètes.)
Texte de base: Les Bijou des Neuf-Saurs, 2 vol. (Paris, I790), tl, p257.
OCV, t7, P377:
3IS
316
Discrétion amoureuse.
Par Voltaire
Lorsqu'autrefois, au printemps de mes jours,
Je fus quitté par ma belle maîtresse,
Mon tendre coeur fut navré de tristesse:
Et je pensai renoncer aux amours.
Mais d'offenser, par le moindre discours,
Cette beauté que j'avais encensée,
De son bonheur oser troubler le cours,
Un tel forfait n'entra dans ma pensée.
Gêner un cceur, ce n'est pas ma façon.
Que si je traite ainsi les infidèles,
Vous comprenez, à plus forte raison,
Que je respecte encore plus les cruelles.
Il est affreux d'aller persécuter
Un jeune coeur que l'on n'a pu dompter.
Si la maîtresse, objet de votre hommage,
Ne peut pour vous des mêmes feux brûler,
Cherchez ailleurs un plus doux esclavage.
On trouve assez de quoi se consoler,
Ou bien buvez, c'est un parti plus sage.
19 0cv: parti fort sage.
10
Ce poème son époque'. poème commence Suivi est de Malgré ce poème prose que Mme se pourrait-mauvaise Manuscrit: Texte I Voir Jaxe. Representez-Deffand Du Deffand, (Paris,
10
VERS SUR UN BOUGEOIR
Ce poème se trouve dans une collection de manuscrits à la Bibliothèque
nationale de France intitulée Pièces relatives à Voltaire et à
son époque'. Il suit, à la même page et écrit de la même main, un
poème de Voltaire, Réponse de Mr. de Voltaire à Mr. Algaroti, qui
commence avec le vers Enfant du Pinde et de Cythère'. ! I est
Suivi d’un Portrait de Mad. du Ch... en prose, bien connu, et qui
est de Mme Du Deffand.2
Malgré la proximité des textes, rien ne nous autorise à attribuer
ce poème à Voltaire. Du fait que le poème est suivi d'un portrait en
prose peu flatteur de Mme Du Châtelet par Mme Du Defand, et
que Mme Du Deffand était connue pour ses problèmes de vue,
se pourrait-il que notre poème, qui a précisément pour thème la
mauvaise vue, ait été adressé à cete dernire?
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.f.24342, f.31o.
Texte de base: manuscrit.
I Voir OCVL3OA, p.4053A monsieur le comte
eAlgarotti, gui était alors à la cour de
Jaxe. Le poème est daté du 21 février 1747-
Representez-vous une femme grande, sèche, sans cul, sans hanches..". Du
Deffand donne ce jugement peu flatteur dans une lettre à Horace Walpole. Voir
Du Deffand, Letres: publiées d'après les originaux déposés à Strawberry Hill, 4 vol.
(Paris, 1824), t.l, p.200n.
317
318
Vers sur un bougeoir
Madame prenez ce bougeoir
Et pour dieu tâchez de bien voir,
Car qui faiblement entrevoit
Doute, hésite, croit et mécroit,
Marche à tâtons est égaré
Surtout ayant mal digéré;
Et va demandant le chemin
A sa voisine, à son voisin.
Un beau secret pour y voir mieux,
C'est de voir avec ses deux yeux.
Madame prenez ce bougeoir
Et surtout tâchez de bien voir.
La glisse semble s'oublie différents ne Dicrionnaire mais un siècle écrit: (S° la bataille M. ouvrage. connaître pris frère continue: déclin Manuscrit: Editions: trouve, grivois 3 "soldat
LA GRENADIÈRE DE PHILISBOURG. CHANSON
La grenadière de Philisbourg' est une épître gaillarde que Vauger
glisse dans sa liste des coeuvres inédites de Voltaire. I Le texte
semble emprunter la voix d'un soldat qui, la veille d'une bataille,
s'oublie voluptueusement dans l'amour. Le poème paraít dans
différents chansonniers et dans Le Portefeuille trouvé. Aucun indice
ne permet cependant d'attester que Voltaire en soit l'auteur et le
Dicrionnaire insolite des mots oubliés, en rapportant les quatre premières
strophes à l'article ripaille', les attribue à l'abbé Mangenot
mais faite en 1774'.2 Littré cite les mêmes mots en les attribuant à
un abbé Baugenot, dans LAmant grenadier (chanson célèbre du
siècle dernier)'. Dans Année littéraire (1761), t.l, p.128, Fréron
écrit: Je viens de lire [..] dans des volumes du Chansonnier français
(S° recueil page r33) la chanson célèbre qui commence par, Malgré
la bataille qu 'on donne demain, avec cette note en marge, atribuée à
M. de Voltaire. En effet, tout le monde lui fait honneur de ce petit
ouvrage. Je crois devoir détromper le public à cet égard, et lui faire
connaître le véritable auteur de cette production sur laquelle il a
pris le change. La chanson en question a été faite par M, Mangenot,
frère cadet de M. l'abbé Mangenot, chanoine du Temple. Une note
continue: 'M. l'abbé Mangenot est l'auteur de la belle églogue, Au
déclin d'un beau jour wne jeune bergère'.
Manuscrit: Mazarine, Castries 3986, p.275-77.
Editions: Mercure de Erance |ME], décembre 173s (p.2813); Le Portefeuille
trouve, ou Tablettes d'un curieux (Genève, 1757), t.I, p.s-6; Adieux
grivois (n° 87)', Le Chansonnier français ou Recueil de chansons, ariettes,
Vauger n° 9: Chanson grenadière, Malgré la bataille (D.app.161).
"Ripaille', Dictionnaire insolite des mots oubliés (Paris, 2013), p.29.
3 Article Ripaille'.
"Même texte que ME, avec des variantes, sous le titre: 'Adieux de M. de la Tulipe,
soldat aux gardes, à MIle Catan, sur I'air La Verte jeunesse qui tourne etc.:.
319
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
vaudevilles et autres couplets choisis ($.l., 1760), t.5, p.I33; Mangenot.
Autre (chanson] faite en 1774', Essai sur la musique ancienne et moderme
Jean-Benjamin de La Borde (ed.), t.4 (Paris, I780), p.2I9.
Texte de base: Le Portefeuille trouvé,
320
Mangenot.
moderme
La Grenadière de Philisbourg. Chanson
Malgré la bataille
Qu'on donne demain,
Ça, faisons ripaille,
Charmante Catin,
Attendant la gloire,
Prenons du plaisir
Sans lire au grimoire
Du sombre avenir.
Narguant tes compagnes,
Méprisant leurs jeux,
I'ai fait deux campagnes,
Rôti de tes feux:
Digne de la pomme
Tu reçus ma foi,
Et jamais rogome
Ne s'est bu sans toi.
Si la hallebarde
Je puis mériter,
Près du corps de garde
Je te fais planter
La boucle à l'oreille,
Le chignon cardé,
La coiffe à dentelle,
Le soulier brodé.
Tiens, voilà ma pipe,
Garde mon briquet,
Et si la tulipe
Fait le noir trajet,
Que tu sois la seule,
Dans le régiment,
Qui ait le brûle-gueule
De son cher amant.
32I
20
25
3
322
poÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
Renfonce tes larmes,
Calme ton chagrin;
Au nom de tes charmes
Avale ce vin.
Déjà de nos bandes
J'entends les tambours:
Gloire, tu commarndes,
Adieu mes amours.
3
40
Le mots envoya pour années Elle premier Zulime, réciter ma soit Le médecin Texte
3
40
MÈRE DES HÉROS ET DES GRÂCES)
Le manuscrit de ce poème se trouve dans le Großherzogliche Hausarchiv
à Darmstadt (D4 no.ss8/4). Le poème est introduit par les
mots suivants: M. de Voltaire, malade en 760 à Charlottenburg
envoya ces vers par un page que la reine mère lui avait envoyé
pour savoir de ses nouvelles.' La date, mal écrite, est fausse: Voltaire
n'est pas à Charlottenbourgà cette époque, mais pendant ses
années à Berlin il a connu Sophia Dorothea, la mère de Frédéric.
Elle est morte en 1757. I existe une lettre quil lui a écrite après son
premier séjour à Berlin dans laquelle il mentionne sa tragédie
Zulime, 'dont j'avais eu l'honneur de lui [e.-à-d. à la reine mère]
réciter deux actes'. 1 Il écrit aussi: T'aurai devant les yeux toute
ma vie ce portrait de la meilleure reine, de la meilleure mre qui
soit au monde', pensée dont on trouve un écho dans ce poème.
Le nom Coténius, difficile à lire sur le manuscrit, serait celui d'un
médecin de Sophia Dorothea.
Texte de base: manuscrit.
D2911, 7 janvier 1744-
323
324
Mère des héros et des grâces
Par vos rares bontés mes maux sont adoucis
La nature en courroux me comble de disgråces
Mais j'espère en Coténius
Puisse-t-il prolonger vos belles destinées,
De mon sort rigoureux, je ne me plaindrais plus
Si le Ciel désormais vous donne autant d'années
Quil yous a donné de vertus.
Ce à la Voltaire collections Dans I n'y Choiseuls, occasion. temps-intitulé: Dans Dans espèces du B., quoique inspiré, particulièrement pas neuve,existe Pour peut Voltaire Un ermite ce monde, qui aime Sur été renvoyé Immédiatement Benaldaki
L'APOTHÉOSE DU ROI PÉTAUT
Ce poème se trouve dans une collection de manuscrits conservée
à la Bibliothèque nationale de France intitulée 'Pièces relatives à
Voltaire et à son époque', et a été publié depuis 1775 dans des
collections d'anecdotes, mais pas dans les cæuvres du patriarche.
Dans les Anecdotes sur Madame la comtesse Du Barri, il est commenté
ainsi:
I n'y eut pas jusques à Mr. de Voltaire, qui, pour faire sa cour aux
Choiseuls, dont il était alors le très humble serviteur, ne s'égayât à cette
occasion. Il se permit un conte, pour le moins très indécent, qui dès ce
temps-là même était très rare, et l'est devenu beaucoup plus depuis. Ilétait
intitulé: LApothéose du roi Pétaut.
Dans la Correspondance secrète nous trouvons ce jugement:
Dans le nombre des satíres, des chansons, des méchancetés de toutes
espèces par lesquelles on a tenté de contrarier l'élévation de Madame
du B., je trouve un conte en vers qu'on atribua à M. de Voltaire, et qui,
quoique fort plaisant n'est pas même excusable par I'intention qui le lui a
inspiré, de faire sa cour aux antagonistes de la nouvelle maîtresse, et
particulièrement au duc de Choiseul... Voici ce conte [...]. L'idée n'en est
pas neuve,1
existe une importante correspondance entre Voltaire et Choiseul.
Pour illustrer la nature de la relation entre les deux hommes, on ne
peut mieux faire que de citer ces lignes d'une lettre écrite par
Voltaire à Choiseul, quelgues mois après la chute de ce dernier:
Un ermite qui veut l'être, qui connaît parfaitement son néant, et celui de
ce monde, qui n'a jamais été gouverné que par son coeur, qui respecte,
qui aime passionnément le grand, le généreux Barmécide,² autant qu'il
Sur Choiseul, Mme Du Bary et Voltaire, voir VST, t2, P.366-68. Choiseul a
été renvoyé et exilé en décembre I770.
Immédiatement après la disgráce de Choiseul, Voltaire écrit une lettre en vers,
Benaldaki à Carramoufiée femme e de Giafar le Barmécide ('traduite de l'arabe'), dans
325
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
détestait les assassins des Calas et ceux du cheyalier La Barre, une
marmotte qui préfère sa caverne a toutes es cours, trouve une occasion
de se mettre aux pieds de son bienfaiteur et de celui de la France. Il eite
ce moment auquel il aspirait. II vous dit, illustre Barmécide, je ne me
soucie ni de Versoy, ni de Versailles, je songe à vous soir et matin. ie
m'entretiens de vos bienfaits, j'admire votre belle âme.
On comprend bien pourquoi Voltaire, s'il est vraiment l'auteur de
notre poème, a choisi de ne pas publier ces vers contre le roi et
Mme Du Barry.
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.f.24342, f.263-64.
Editions: Anecdotes sur M. [sic la comtesse Du Barri (Londres, 1775), p.St-
83 [ABI]; Anecdotes sur madame la comtesse Du Barri (s.l., 1776), p.9-82
[AB2); Anecdotes sur M. la comtesse Du Barri (Londres, 1770), p.77-79
[AB3]; Correspondance secrète, politique et littéraire (Londres, 1787), t2,
p.314-16; Anecdotes échappées à lObservateur anglais [par Pidansat de
Mairobert) (Londres, I788), t.2, p.266-67; Correspondance secrète de la cou,
pendant le règne de Louis XVI, ci-devant roi des Français (Paris, I793), t:2,
p.265-67; Mémoires historigues de Jeanne Gomart de Vaubernier, comtesse
Dubarty (Paris, An x [18o3]), t.I, p.i69-73; Contes et conteurs gaillards au
XVIII siècle (Paris, 1g06), P-44-47.
Texte de base: ABI.
laquelle Barmécide est Choiseul: Chacun bénit Barmécide le juste' (0C, t5)
ePlle4s80-81). L'abbé Galiani, écrivant de Naples le 23 février 177I, demaneO
S Vraiment de Voltaire, ces deux pièces de vers que vous m'envoyez?
a mis sur le compte de Voltaire les louanges d'un exilé que personne n osa
(Letres de l'abbé Galiani à Mme d'Epinay, Paris, 1881, t.I, P.212-13). Voltaire a
Graelciaonní nsuo itle n oBteren aroldi Pakéit a(uDt7?123); est-il possible que le deuxième texte qu'a reçu
Corr3e sRpeonpdroandcuei ts leigcrnèee .par ligne le texte des Anecdotes échappées, qui suit celui de la
326
Le (a) (6) 8 MS: 9 7 MS: 4 Voir appelons Brosiers st le nom
Barre, une
occasion
France. Il eite
je ne me
matin. ie
l'auteur de
le roi et
1775), p.St-
1776), p.9-82
p.77-79
1787), t2,
Pidansat de
la cou,
I793), t:2,
comtesse
gaillards au
0C, t5)
demaneO
osa
Voltaire a
qu'a reçu
celui de la
LApothéose du roi Pétau
Mes amis, C'est assez vous parler d'opéra,
De la cour, d'Arlequin, même de la Sorbonne:
Faisons chacun un conte; et rira qui pourra.
Voici le mien, et je vous l'abandonne.
C'était un bon humain que le grand roi Pétaut!
Vous vous rappelez tous la rare obéissance
Qu'il eut plus de trente ans pour la vieille Eminence (a).
Aussi tous les auteurs l'éogent-ils tout haut:
Is disent de lui tous, dans leur mâle éloquence,
Qu'il eut mille yertus, et pas un seul défaut.
C'est un peu fort, en conscience.
Vous et moi, nous savons qu'entre plus d'un bonneau
Le saint homme, parfois, buvait par excellence;
Qu'il eut à son service (et jusqu'à son tombeau)
Ce qu'à la cour, où tout se peint en beau,
Nous appelons le bon ami du prince;
Mais qu'à la ville, et surtout en province,
Les gens grossiers appellent maquereau. ()
(a) Le Cardinal de Fleuri.
(6) Ces quatre vers sont déjà dans la Pucelle de Mr. de Voltaire.!
8 MS: ils fort haut
9 MS: disent tous de lui, dans
MS: ami des princes
7 MS: Dr qu'à la ville, <en [llisible] maquereau> et partout en province
MS: [sans notel
4 Voir La Pucelle, ,ch.1, l.57-6: 'Et qu'à la Cour où tout se peint en beau, / Nous
appelons être l'ami du prince, / Et qu'à la ville, et surtout en province, / Les gens
Brosiers ont nommé maquereau' (OCV, L7, P26), Dans le même poème, Bonneau
st le nom d'un proxénte. devenu nom commun depuis lors (v.i2).
327
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
II vous souvient encor de cette Tour de Nesle,
Mivintill, Lymail, Rouxcháteau, Papomdour.s
Mais dans la foule enfin de peut-être cent belles,
Quil honora de son amour,
Vous distinguez, je erois, celle quà notre cour
On soutenait n'avoir jamais été cruelle.
La bonne pâte de femelle!
Combien d'heureux ft-elle dans ses bras!
Qui, dans Paris, ne connut ses appas?
Du laquais au marquis chacun se souvient d'elle.
Mais laissons là ses séduisants appas:
Portons nos yeux vers la route éternelle.
Le bon Pétaut comme un autre mourut;
De notre globe enfin il disparut.
Son âme fugitive, errante, très peu sûre,
Cherchait du Ciel, comme on dit, le chemin.
Il marchait, il marchait; et toujours incertain
Sil ne se fouryoyait... Adyint que d'aventure,
Le bon Pétaut ft rencontre à la fin.
De la dolente et triste Magdelaine:
Il vous l'aborde, et lui conte soudain
Ce qu'il cherchait, et le mettait en peine.
La sainte alors, du ton le plus bénin
Le remet sur la route, il repart de la main.
Le voici galopant vers la brillante plaine;
19 MS: encor ami de cette Nesle
20 MS: Vintimille, Mailly, Châteauroux, Pompadour.
AB2: Vintimille, Lymal, Rouxchâteau, Pompadour
23 MS: crois, celles qu'à
24 Ms: [gjoue une note:] La comtesse Du Barry ille publique avant dete
maîtresse du roí.
36 AB2: fourvoyait... Advint
o Le marquis de Nesle, Louis de Mailly, a cing filles, dont quatre ont éé maitresses
de Louis XV: la comtesse de Mailly (I7I0-175), la comtesse de Lauragals
U713-1769), la marquise de Vintimille (r2-InA). la duchesse de Châteaurous
(77-1744) Mme de Pompadour est sa maitresse jusqu'à sa mort en 704
328
40
68
Il Pétaut D'être Ne Nez Et Tu Une Connais "75 MS:
avant dete
ont éé maitresses
de Lauragals
Châteaurous
704
40
68
L'APOTHÉO SE DU ROI PÉTAUT
Il ft peut-être encor cent mille, et même mieux:
Hélas! en vain. Le céleste domaine
Ne s'offrait point à ses débiles yeux.
Comme il rêvait à sa déconfiture,
Voici venir bien à point saint Denis,
Cheminant seul, lentement, sans monture.
II reconnut ce miracle des saints,
En lui voyant porter entre ses mains
(Comme l'on sait) sa bénigne figure.
Après les premiers compliments,
Le bon Pétaut, du grand saint de la France,
Reçut de nouveaux errements.
Pétaut le quitte enfin, dans la douce espérance
D'être juché bientôt au benoît paradis.
Mais les conseils de monsieur saint Denis
Ne le mènent pas mieux à la demeure sainte.
Comme il errait dans cette vaste enceinte,
Las, inquiet, et surtout plein d'ennuis,
Nez à nez, face à face, il voit que saint Louis
Heureusement accourt sur son passage.
Vous devinez bien quel hommage
Le roi Pétaut fit au patron des lys!
Après quelques menus devis,
Et ces discours oiseux consacrés par I'usage,
Le saint lui dit: je devine, mon fils,
Quel but peut avoir ton voyage:
Tu le ratais tout net sans moi, sans mes aviS:
Une fois dans ta vie écoute donc un sage:
Connais ce qu'est écrit au livre du Destin:
"Qui met sa confiance en un homme sans tête,
Et qui peut croire une catin,
Ne sera jamais qu'une bête."
MS: plein d'ennui
MS: je vois mon
75 MS: ajouté en bas du texte:] attribué à Mr de Voltaire.
329
55
6o
7
75
45
MINERVE VOUS CONDUIT CETTE
IMMORTELLE GUIDE]
Ce poème, qui semble n'être qu'un fragment, introduit dans Le
Portefeuille trouvé sans nom d'auteur, a la même forme métrigue
que lOde sur les malheurs du temps et on a suggéré qu'il est une
version première d'une des strophes de l'ode.l Ces vers sont
également publiés dans Recueil des pièces d'éloquence et de posie
qui ont remporté les pris donnés par l'Académie françase en l'anné.
MDCCXV et L'Elève de Terpsichore par Boissy, qui les attribue
à Arouet. A noter que Boissy donne également une autre version
du poème, attribuée aussi à Voltaire et séparée de notre poème par
un quintil extrait de L'Anti-Giton:
Le citoyen alors savait porter les armes,
Sa fidèle moitié qui négligeait ses charmes,
Pour son retour heureux préparait des lauriers,
Recevait dans ses mains sa cuirasse sanglante,
Et sa hache fumante
Du trépas des guerriers.
Ces vers sont bel et bien une strophe de lOde sur les malheurs du
temps.
Bditions: Recueil des pièces d'éloguence et de poésie qui ont remporté les pr*
donnés par l'Académie francaise en l'année MDCCXV (Paris, I715), P234
Louis de Boissy, L'Elève de Terpsicore, ou le Nourrisson de la sabe
(Amsterdam, I718), t.2, p.87:2 Le Portefeuille trouvé, ou Tabletes d un
curieux (Genève, 1757), t.1, p.255 PT]
Texte de base: PT.
Voir Sur les malheurs du temns, Ode. OCy LIB. D.323-35 (p.328). Vo
Bengesco, t4, p.279 (n° 2306). Les vers se trouyent aussi dans un manuscrit: Paris,
BHVP: MS-FS-1Í-1, f.is2.
Ces deux premières éditions ont la vnriante: Minerve les conduit
330
dans Le
métrigue
qu'il est une
vers sont
de posie
en l'anné.
les attribue
autre version
poème par
malheurs du
remporté les pr*
I715), P234
de la sabe
Tabletes d un
328). Vo
manuscrit: Paris,
Minerve vous conduit, cette immortelle guide
A quitté pour jamais son casque et son égide,
Le sang n'arrose plus les paisibles lauriers;
Et mon eil enchanté voit marcher sur ses traces
Les Muses et les Grâces
A côté des guerriers.
33I
RÉPONSE DU LAQUAIS DE MME **
OU CONSULTATION D'UN IVROGNE
Cette épitre légère, voire gaillarde, n'a pas dân couler de la plume
agile de Voltaire. Bengesco démontre que les Nouveaux Délassements
ne contiennent que deux textes de Voltaire, des vers ..]
au roi de Suède, et à Mlle Clairon';" de plus le style de la pièce
se marie mal avec les effets poétiques mesurés du patriarche de
Ferney.
Edition: Nouyeaux Délassements de M. de Volhaire (Lausanne, 177%),
p.I4.
Texte de base: Nouveaux Délassements.
D Bengesco, t4, p.248 (n 2231).
332
la plume
Délassements
vers ..]
la pièce
patriarche de
Lausanne, 177%),
Réponse du laquais de Mme t**
ou Consultation d'un ivrogne
Mon cher Picard tous les jours s'enivrait
Dans un faubourg, chez Madame Nanette,
Loin du logis: Dieu sait quand il rentrait!
Or mon cocher Grégoire, plus discret,
Non moins ivrogne, attendant ma sonnette,
Dit à Picard: J'ai trouvé le secret
De t'abreuver sans manquer à Madame;
Et dès demain je vais, avec ma femme,
Tout près d'ici, monter un calbaret.
Il tint parole, affiche vin clairet:
Au bouchon neuf mes gens courent en troupe:
Picard revient ivre comme une soupe.
Tu peux, lui dis-je, ailleurs aller coucher
Si tu remets les pieds chez le cocher ...
.. Je n'irai plus: mais encor faut-il boire.
Conseillez-moi: la femme de Grégoire
Est à la porte, et Nanette est bien loin.
333
ÉPÎTRE À MONSIEUR MAULÉON
Cette Epitre à Mauléon paraît dans l'édition w64R. I Or de même
que pour les autres textes que l'on trouve dans cette dernière, irès
peu d'æuvres qui y sont insérées appartiennent à Voltaire le
poète. Le poème est régulièrement imprimé au sein des ceuvres
de Jean-Baptiste Willart de Grécourt, auquel il revient très certainement
de droit.3
Texte de base: w64R.
w64R, t.$, P.341-46.
2 Bengesco, t.1, p.255-
P433- u4v7r e[osc d].iyerses de Grécourt; nouyelle édition (Lausanne et Genève, I60), t.I,
334
8
14 22
de même
dernière, irès
Voltaire le
ceuvres
certainement
Genève, I60), t.I,
oG: Epîrre à M. L...
8
14 OG: N'as-tu pas fait
22 0G: Dis-lui, notre
Epitre à Monsieur Mauléon
Mon féal ami, Mauléon,
Que mieux cent fois j'aime et j'estime,
Que le plus joli mot en on,
Dont le flacon serait la rime;
Gracieux, charmant Mauléon,
A qui les plus fères déesses
Aimeraient mieux montrer leurs fesses
Que le punir comme Actéon;
Après avoir fait banqueroute
A l'aimable société,
Qui boit sans cesse à ta santé,
Qu'es-tu devenu dans la route?
Au lieu d'aller comme un éclair,
N'as-tu point fait quelqu' intermède?
J'ai cru voir un aigle dans l'air;
Ne serait-ce point Jupiter
Qui cherche un nouveau Ganymède?
Mon pauvre garçon, si c'est toi
Qu'il ait enlevé dans l'Olympe,
Ne souffre jamais qu'il te grimpe;
Et s'il te demande pourquoi,
Diras, notre souverain Père,
Je suis du régiment du roi
Et non de celui de son frère.
Sil te répondait qu'autrefois,
Ecolier, mousquetaire, ou page,
On te faisait tourner la page
OG: Que de te rendre un Actéon.
335
20
25
IO
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
Aussi fréquemment qu'à Langlois;
Tu lui répliquerais, beau sire,
Vraiment cela vous plaît à dire:
Mais sans chercher tant de détours,
Pour montrer que vous voulez rire,
Une parole doit suffire;
On renonce à telles amours,
Quand on voit les dames de Tours:
Ah! si je pouvais vous décrire
Leurs charmes, leurs traits, leurs atours,
Que bientôt du Céleste Empire
Vous interrompriez le cours,
Et qu'on verrait en peu de jours
Jupin Tourangeau qui soupire
Et met en ceuvre tous les tours
Dont il sait les belles séduire;
Mais, Mauléon, mon cher ami,
Je rêve comme un endormi,
Lorsque suivant cette chimère
Pareils discours je te fais faire.
Laissons là Jupin et les cieux,
Que le diable emporte les dieux,
Ou les jette en l'eau comme Icare,
Ils sont cause que je m'égare,
Et ne sais plus presque où j'en suis;
Rattrapons le fil, si je puis;
28 oG; qu'à l'Anglois4
39 0G: Vous quitteriez la triste Cour!
40 0G: verrait en moins d'un jour
42 0G: Mettre en euvre quelque bon tour
s2 oG: Et je ne sais presque
4 La versíon de Grécourt rend le texte beaucoup plus intelligible: il s'agit en fait
d'une allusion au 'ice anglaís', ce qui est confirmé par la p présence de la formule
'tourner la page', qui est une expression argotique qui fait référence à la sodomie.
336
4
67 69 72
s'agit en fait
la formule
sodomie.
4
67 oG: si dandilleux,
69 oG: [omis
oG: Tont fait trois 72
ÉpÍTREÀ MONSIEUR MAULÉON
My voilà, je vais m'y remettre:
Je voulais donc en cette lettre
Entasser souhaits sur souhaits,
Et pour la guerre et pour la paix,
Te désirer dans cette année,
Doré, jeune et bel hyménée,
Un morceau de prospérité,
L'éternel signe de santé,
Honneurs et richesses sans bornes;
Mais je ne pensais point, hélas!
Que les poètes ne font pas
Marcher l'abondance sans cornes.
Ainsi prends femme si tu veux;
Car le cas est si périlleux,
Que ne sachant quels væux te faire,
Sur cet article on doit se taire.
Je ne t'écrirai pas non plus
Combien de souhaits superflus
Te font trois aimables femelles.
Pourquoi souhaiter des plaisirs,
Puisque je crois qu'en tes désirs
L'accomplissement dépend d'elles?
Notre abbé n'a jamais voulu
Te mettre en vers la moindre chose,
Gravement il m'a répondu,
Sans divine métamorphose,
Je ne saurais rimer en bien.
Dans Mauléon je ne vois rien
Qui mérite que je le glose,
Sil ne vient pas ce carnaval,
Je promets d'en dire du mal.
337
70
75
So
55
Go
65
338
POÉSIES ATTRIBUÉES À voLTAIRE
Depuis au moins une huitaine,
Messieurs Orceau, le Roux, du Breuil.
De ton absence trop soudaine,
Ont tant bu, rebu tasse pleine,
Qu'ils ont souvent la larme à l'eil,
Et leur exxemple tout entraîne:
Ta chère tante, qui pis est,
D'un époux plus dur que Cerbère,
Vint hier à la Morinière
Pour boire à son absent neveu,
Qu'elle avoue aimer plus quun peu.
Dans cette partie agréable,
On ne s'est pas mal réjoui;
Mon cher Mauléon dirait qu'oui,
Sil nous fût venu voir à table;
Point ne voulais être au diner
Avec cette joyeuse bande,
De crainte d'être assassiné
Par les compliments de commande
Dont chaque jour on est orné;
Mais chacun n'y it d'autre ofrande
Qu'un baiser d'un bon cceur donné;
La chère fut, et bonne et grande,
86-87 oG: Breuil/ Portant avec raison le deuil/ De 88 oG: Tont tant
OG: Mais telles qu'en versait Silene. 90
91 OG: Ma chère
oG: Malgré l'irrévocable arrêt / D'un 92
99 0G: Sil fût venu nous voir
oG: J'avais résolu ce diner
OG: Avec notre joyeuse
I03 0G: Par ces compliments
104 0G: Dont chaque bon jour est
I05 oG: Chacun de nous s'y ft offrande
oG: D'un baíser de bon
107 0G: omis
10
10
On
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II7 120 o Pallair 125 T29 130 131-
10
10
On
119
ÉPÍTRE À MONSIEUR MAULÉON
On se porta mainte guirlande,
De vin gris de veux couronné;
Dès que cela fut ordonné
Personne ne paya lamende.
Le matin on fut interdit,
Lorsque dès huit heures l'on vit
Entrer la déesse Paresse
Qui cherchait aux Carmes la messe;
Le monde se disait tout bas,
Mais c'est Madame Orceau? Non pas;
Ne croyez pas que cette belle
Sorte avant midi de ses draps;
Oh, regardez donc bien, c'est elle,
Sa taille, ses yeux, sa dentelle,
Et ses indifférents appas,
Pour savoir ce qu'elle allait faire;
Mais arriva la grosse mère,
Tenant sa tante sous les bras,
Qui découvrit tout le mystère.
C'est ainsi qu'heureux comme un roi
Je bois tous les jours avec elle:
J'oubliais, étant avec toi,
Que i'ai tort d'aimer tant ces belles.
Adieu, jusqu'à la fin du mois,
Je suis ton serviteur Langlois.
oG: On te porta
II7 oG: Madame M.... non pas:
OG: avant lundi de ses
120 0G: Oh, regarde donc
OG: appas /Sont une caution fidèle / Qui doit terminer l'embarras./
o Pallair suivre pas à pas, / Pour
125 oG: Tenant la tante
T29 0G: J'oublirais,
130 oG: aimer ces cruelles.
131-32 oG: mois.S
339
120
125
I30
NALLONS PAS PLUS AVANT:
DEMEURONS, MA CÉPHISE]
Ce texte se trouve dans un recueil manuscrit dont G. L. van Roosbroeck
était en possession. Il est introduit ainsi: Prologue d'Arié.
mire. Tragédie représentée pour la première fois le 14 février I720,
et remise au théâtre le 23 du même mois.'2 Il n'est pas de la plume
de Voltaire mais a dû être écrit par un autre peu de temps après la
chute de la pièce de Voltaire en février ou mars 1720. Le sujet en est
le désastre théâtral même et Artémire représente Voltaire. Tout le
texte est une parodie de la Phèdre de Racine, dont sont repris de
nombreux vers. Le texte est publié, avec quelques variantes et
d'assez nombreuses coquilles ainsi que des notes, dans le Courrier
politique et galant du jeudi 4 avril 1720, sous le titre 'Parodie de
Phèdre sur la seconde représentation d'Artémire [CPc]. Certains
vers dans la version du cpG qui sêcartent de notre texte de base
manifestent cependant de l'esprit, notamment le vers 6: Que ces
Citations, que ces rimes me pèsent'. Par ailleurs, le vers so ne presente
aucun problème de versification, à la différence de la version
publiée par Roosbroeck (le résultat sans doute d'une volonté de
respecter les bienséances). Le cPG porte à cet endroit: Laissait volr
par cent trous, un cul sec plus noir qu'elle".
Texte de base: Roosbroeck.
D Voir 'A prologue for Voltaire's Arnémire, Philological Quartery (avril 192),
p.137-41. Roosbroeck estime que ce manusrit t date d de I734 (p.38). Voir aussi Isabelle
Degauque, Les Tragédies de Voltaire au miroir de leurs sparodies dramatiques: 4
(y18) à Tancrède (1y6o) (Paris, 2007), p.87-91:
2 Voir 0CV, LIA, P387-461.
340
van Roosbroeck
Prologue d'Arié.
février I720,
la plume
après la
sujet en est
Tout le
repris de
variantes et
Courrier
Parodie de
Certains
de base
Que ces
ne presente
version
volonté de
Laissait volr
avril 192),
aussi Isabelle
dramatiques: 4
ARTÉMIRE
N'allons pas plus avant; demeurons, ma Céphise;
J'ai peine à revenir de ma première crise;
Mes yeux sont éblouis du jour que je revois,
Et mes genoux tremblants se dérobent sous moi.
Hélas!
cÉPHISE
Sifflet bruyant que nos pleurs vous appaisent!
ARTÉMIRE
Que ces situations, que ces crimes me pèsent.
O retour trop douteux, O rigoureuses lois,
On me veut voir tomber pour la seconde fois.
Tout m'afflige, me nuit, et conspire à me nuire.
CÉPHISE
Comme on voit tous ses veux l'un l'autre se détruire!
Vous-même chérissant des ordres si flatteurs,
Tantôt à vous reprendre excitiez les acteurs:
Vous-même rappelant votre force première,
Vous brûliez, disiez-vous, de revoir la lumière.
Vous la voyez, Madame, et prête à vous cacher,
Vous haissez le jour que yous veniez chercher.
ARTÉMIRE
Arbitre souyerain des succès du théâtre,
Toi qui fus de ma sceur partisan idolâtre;
Fier et cruel auteur du trouble où tu me vois;
Parterre! Tu m'entends pour la dernière fois.
CÉPHISE
Quoi! Ne perdrez-vous pas cette cruelle envie,
Vous verrai-je toujours renonçant à la vie,
Vous-même vous plongeant dans le Aeuve d'oubli?
34I
20
342
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
ARTÉMIRE
Dieux! Que ne suis-je encore enfermée à Sully?
Quand pourrai-je, arrachée à la mélancolie,
A l'Hôtel de Bourgogne aller trouver Thalie?
CPHISE
Quoi! Madame ...
ARTÉMIRE
Insensée! Où suis-je? Qu'ai-je dit?
Où laissai-je égarer mes væux et mon esprit?
Le bruit des sifflenments m'en a ravi l'usage,
Céphise, la rougeur m'en couvre le visage!
Je te laisse trop voir mes honteuses douleurs,
Et mes yex, malgré moi, se remplissent de pleurs.
cÉPHISE
Ah! Sil vous faut rougir, rougissez de la honte
Dont yous allez couvrir une éclipse si prompte.
Hylus, malgré son froid, prolongea plus son sort.
Polidore tombé veut survivre à la mort,
Ce Polidore ..
ARTÉMIRE
Ah! Dieux!
CÉPHISE
Ce reproche vous touche?
ARTÉMIRE
Malheureuse! Quel nom a sorti de ta bouche?
I me rappelle, hélas! un songe plein d'horreur,
Dont le simple récit va te fendre le coeur.
Je croyais que Ribou .. Dieux! T'en frémis encore,
Chez lui m'avait placée auprès de Polidore,
Polidore, ce fils de deux auteurS abjects,
Du pauvre Pellegrin il avait tous les traits.
Son teint morne où loge la famine,
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So
35
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So
N'ALLONS PAS PLUS AVANT; DEMEURONS, MA CÉPHISE]
Marquait quil dinait peu, (si toutefois il dine);
Il n'avait point quitté ses vêtements crasseux;
Sa perruque était rousse, et son manteau poudreux;
Sa culotte attachée avec une ficelle,
Laissait voir par cent trous, une cuisse plus noire qu'elle.
I n'était point chaussé des cothurnes altiers,
A peine, ma Céphise, avait-il des souliers.
Ne pouvant endurer un pareil voisinage,
En flle d'Arouet je lui tins ce langage:
Retire-toi, coquin, va pourrir loin d'ici;
Il ne t'appartient pas de m'approcher ainsi.
Va, cours trouver Danchet. D'une arrogance extrême
Ce bouquin me répond: Va le trouver toi-même;
Nous sommes tous égaux au fond du magasin;
Je suis sur mon fumier commne toi sur le tien.
CÉPHISE
La nuit, comme le jour, Madame, a ses mensonges,
Je vous croyais l'esprit bien au-dessus des songes,
Qu'est un songe, en effet, qu'une ereur de l'esprit
Que transporte la joie, ou que la crainte aigrit?
Avançons, Mannoury n'a pas perdu la vie,
Sa présence en ces lieux vaut une apologie.
Je le vois au parterre, Voltaire l'y a mis.
ARTÉMIRE
Lui-même, il est en butte aux sifflets ennemis.
Ses plaidoyers qu'il vante, en sont-ils plus célèbres?
Ses éloges pour moi sont des discours funèbres.
CÉPHISE
C'est trop tarder. Collin qui vient de s'avancer,
A fait signe du doigt que l'on va commencer.
CPG: trous, un cul sec plus noir qu'elle
343
55
6o
LES CASTRATS
De l'avis de Grimm, cette longue épître sur les castrats n'a pas été
rédigée par Voltaire. Après s'être emporté contre le contenu du
poème, Grimm conclut: En un mot, ces vers sont d'un M. Borde.
de Lyon, qui nous gratifie de temps en temps de ses mécdiocres
productions, et qui a toujours soin de les mettre sur le compte
de quelque écrivain illustre.'1 L'édition du Journal hebétique
présente quelques variantes sans grande importance. Le texte salue
l'interdiction de la castration des jeunes chanteurs par le pape
Clément XIV en I770.
Editions: Journal helvérique (février 1771), P.199-203 (Epitre au pape');
Correspondance littéraire, 15 mars 1771, CLT, vol.9, p.264-67; lacéties nouvelles
de M. de Voltaire (Genève et Paris, Duchesne, 1773) (Epitre au
pape sur ce qu'il a défendu la castration dans ses Etats'); L'Esprit des
journax, 30 juillet I773 (p.146-49) (Vers attribués à M. de V. au sujet
d'une ordonnance de Sa Sainteté qui défend un abus très condamnable,
avec la mention "Tiré d'un manuscrit'): Mon Petit Porte-feuille (Londres,
I774, L1, p107-11 (Epitre de M. de Voltaire au pape Clément XIV.
Les Castrats');2 Nouyeau Mercure de France, ns (775), P.9-12 (Les
Castrats').
Texte de base: CLT:
I Voir également Bengesco, t-4, P307-308. Il s'agit de Charles Bordes (17il-
I781), né à Lyon, homme de lettres. Voltaire se plaint d'un autre poeme les
une lettre à Jacques Lacombe du 1s décembre n66 DI:736): Ce M. De Bor
est l'auteur d'une ode sur la guerre qui m'a été attribuée dans plusieus S ) journaux.'
2 Une note (p.111) ajoute: Cette épître, attribuée à M. de Voltaire, est de
M. Bordes de Lyon.
344
n'a pas été
contenu du
M. Borde.
mécdiocres
compte
hebétique
texte salue
le pape
au pape');
lacéties nouvelles
Epitre au
L'Esprit des
au sujet
condamnable,
Londres,
Clément XIV.
9-12 (Les
Bordes (17il-
poeme les
De Bor
journaux.'
Voltaire, est de
Les Castrats
Nous vantons la philosophie;
Mais que sert son triste fambeau!
Ses traits percent-ils le bandeau
De notre antique barbarie?
Insensés et faibles mortels!
N'avons-nous pas, grâce au sophisme,
Des esclaves du fanatisne
Et des guerres et des duels?
Cet âge d'or que l'on regrette
Reviendra-t-il? Je n'en sais rien;
Mais l'âme est un peu satisfaite
Quand on voit naître quelque bien.
Gloire et félicité parfaite
Au suprême et sage prélat
Qui ne veut pas qu'une ariette
Coûte un citoyen à l'Etat;
Se souvenant qu'à leur image
Les dieuxX Ont formé les humains,
Et conservant ce bel ouvrage
Tel qu'il est sorti de leurs mains!
Cet acte seul l'immortalise,
Le monde entier le canonise;
Et des dames le noble coeur
Verra condamner avec joie
Un genre de fausse monnaie
Qui blessait leur douce candeur.
La modestie, au teint de rose,
Craint l'aspect d'un disgracié
Et déteste sur toute chose
L'indécence qui fait pitié.
Mais par quelle étrange manie
Cette sanglante tyrannie
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20
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30
10
346
3 Roi de Perse.
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
A-t-elle régné si longtemps?
Qu'un despote orgueilleux prétende
Etre père de ses enfants;
Pour bannir toute contrebande,
Ou'il fasse mutiler ses gens;
Quelque affreux que soit cet usage,
'excuse un sultan, un sof
De s'assurer un avantage
Devenu si rare aujourd'hui.
Sa loi lui permet cinq cents femmes:
Combien d'intrigues et de trames
Se formeraient dans le sérail
Et pour la blonde et pour la brune!
Comment garder tout ce bercail
Si l'on ne peut en garder une?
Mais, par un crime révoltant
Violer les sources des êtres,
Dégrader l'homme uniquement
Pour désennuyer de vieux prêtres,
Et, ce qui me semble aggravant,
Priver de fait un catholique
D'un fort aimable sacrement,
Cette invention frénétique
Dut naître au fond des enfers.
Convenons que c'est payer cher
Un petit luxe de musique.
Et ce sont des peuples puissants,
Des chrétiens polis et charmants
Qui dans le temple et sur la scène
Se donnaient ces doux passe-temps
Aux dépens de l'espèce humaine!
La nature étouffait ses cris.
Dignes émules de Tantale, 6
40
6
40
LES CASTRATS
Les pères immolaient leurs fls
A cette fureur musicale;
Les descendants des Scipions,
Des Fabius et des Catons,
Subissaient l'attentat impie;
Malheureux dans leur infamie,
Chaque jour souffraient mille morts;
Et pour mieux combler leur misère,
Forcés de peindre des transports
Qu'ils ne pouvaient plus satisfaire,
Ils formaient les plus doux accords;
Is triomphaient dans la cadence,
Les roulements et catera;
Mais, comme on l'a dit, ces gens-là
Ne brillaient pas pour la dépense.
Cependant, seule et sans rivaux,
L'Italie orgueilleuse, oisive,
Goûtait cette gloire exclusive
De faire des monstres nouveaux;
Et comme autrefois pour la guerre,
Par la valeur de ses soldats,
Crut régner encore sur la terre
Par le succès de ses castrats:
Au commerce, à l'agriculture
Du vulgaire des nations
Opposait sa manufacture
De lâches et vils Amphions;
Et l'on n'admirait plus dans Rome
Que cet art d'élaguer un homme
Pour lui faire pousser des sons.
En vain les fastes de l'histoire
En garderont le souvenir,
On verra douter l'avenir,
Trop prudent pour oser le croire.
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PoÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Grâce à la plus sage des lois,
La nature obtient la victoire.
Et Clément lui rend tous ses droits.
Remercions ce digne apôtre;
Chez les cordeliers il vivait:
Du bien quà l'homme on enlevait
Il en sut le prix mieux qu'un autre.
Et pour payer tant de bontés,
Puissent des songes favorables,
En dépit de sa sainteté,
Lui retracer la volupté
Qu'il conserve à tous ses semblables!
Et vous, des bords ultramontains,
Rois et princes que je révère,
Méritez vos nobles destins.
Et si la gloire vous est chère,
Hâtez-vous, ne permettez plus
Ces cruelles métamorphoses.
Faites admirer vos vertus,
Et n'ayez plus ces virtuoses
Qui font frémir l'honnêteté.
Abjurez un goût fanatique,
Aimez un peu moins la musique
Et beaucoup plus l'humanité.
115
120
Ce à suivante rupture le aurait poème cette écrivit exemple, la qu'on qu'on Nous obscur Voltaire. Manuscrits: Lditions: p.27-Grand, a autres AMémoires Héritiers frédéric R-R. le Grand, Page
115
120
ÉPÎTREÀ M. DE VOLTAIRE
Ce poème apparaît imprimé tardivement parmi les textes attribués
à Voltaire. Le catalogue des Archives Tronchin comporte la note
suivante sur ce poème: 'texte datable de 1753 au lendemain de la
rupture entre Voltaire et Frédéric II de Prusse'. L'épitre condamne
le comportement de Frédéric II et recense les griefs que Voltaire
aurait pu lui porter, au sujet notamment de la querelle avec Maupertuis
ou des goûts guerriers du roi. Les Conseils du trône introduit le
poème avec ces mots: Quand Frédéric et Voltaire [..] eurent fait
cette séparation éclatante et ridicule pour les deux amis, Voltaire
écrivit les mémoires qui furent imprimés par une perfidie sans
exemple, et s'adressa, comme venant d'une personne indignée de
la conduite que le roi de Prusse avait tenue à son égard, l'épitre
qu'on va lire', écho de Frédéric le Grand, où on lit lépitre suivante
qu'on a déjà pu lire dans un recueil que personne ne lit (p.171).
Nous n'avons pu identifier ce recueil. Cependant, le poème, parfois
obscur et aux effets de style peu réussis, n'est sans doute pas de
Voltaire. On voit mal, malgré son penchant ludique, Voltaire composant
un texte d'une telle ampleur, trufé d'allusions si personnelles.
Manuscrits: Genève, BGE: AT 177, n° 9. Halle, Universitäts- und Landesbibliothek
Sachsen-Anhalt: Pon. Misc. 4° g8, f.r28r-1zor [H].
Lditions: L'Epilogueur moderne, t.12 (Amsterdam, I754), 21 janvier 1754,
p.27-32 [version plus courte avec de nombreuses notes]; Frédéric le
Grand, contenant des anecdotes précieuses sur la vie du roi de Prusse régnant,
a autres sur ses amis et ennemis ...] Cet ouvrage peut faire suite aux
AMémoires pour servir à la vie de Volkaire écrits par lui-même (Amsterdam,
Héritiers de Michel Rey, 178;), , p.i72-8o; Les Conseils du tróne, donnés spar
frédéric Il, dit le grand aux rois et aux peuples de l'Europe, publiés par
R-R. Auguis (Paris, I823), P322-24; Mémoires historiques de Frédéric, dit
le Grand, publiés par P-R. Auguis (Paris, r828), P322-24 [reproduit,
Page par page, Les Conseils du trône]; Mlanges politigues et historiques
349
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
relatifs ax événements contemporains, par MM de Pradt, Benjamin-
Constant, Ganilh (Paris, 1829), t.-I, P.322-24 reproduit, page par page, les
Mémoires historiques de Frédéric|.
Texte de base: Les Conseils du tróne.
350
20
22
23
2 7-IS
Benjamin-
page, les
20
22
23
Epitre à M. de Voltaire
! d'un siècle éclairé turpitude éternelle:
Ce chantre de Henri, dont la lyre immortelle
Du théâtre français rétablit la splendeut,
Qui, parlant à l'esprit par l'organe du cceur,
Fut rival de Milton, du Tasse, des Corneilles,
Enchanta l'univers par ses savantes veilles,
Et, dès lenfance même, illustrant son pinceau,
Fut le vainqueur d'Echyle, au sortir du berceau;
Qui depuis, unissant aux yeux de Melpomène,
Le compas d'Uranie et l'art de Démosthène,
Des Pradons de son siècle, Aristarque éclairé,
Persécuté souvent, fut toujours admiré;
Enfin cet Arouet, cet étonnant génie,
L'effroi d'un tribunal où préside l'envie,
Victime du pouvoir d'un rival couronné
Dans l'opprobre des fers se voit abandonné.
Melpomène en frémit, la craintive Zaire,
D’un affront si cruel, pleure gémit, soupire.
Mérope pour un fils suspendant sa frayeur,
D'un intérêt plus cher occupe sa douleur;
Le destin d'Arouet cause seul ses alarmes.
Alzire est dans les pleurs, Azémia dans les larmes,
Et l'ombre de Ninus, de la nuit du tombeau
Semble redemander un Sophocle nouveau.
Quoi! Le Titus des Rois, des savants le modèle
Dont l'aurore annonçait un nouveau Marc-Aurèle;
2 H: la muse mortelle:
7-8 H: ces deux vers sont omis
IS H: d'une rivale couronnée
H: suspendant la frayeur
H: occupe la douleur
H: Azema
H: A l'ombre
351
2
IO
34
352
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
Le Salomon du Nord ern devient l'Atila;
Socrate disparait et l'on voit Borgia.
Ce philosophe roi, ce mécène des sages,
Qui, de nos coeurs surpris enchaîna les hommages,
Des talents, du mérite autrefois protecteur,
S'en déclare aujourd'hui le dur persécuteur.
Ainsi, quand de Lucain l'oppresseur tyrannique
Commença de régner, la sombre politique,
Protégeant les vertus, encourageant les arts,
Honora pour un temps le trône des Césars.
Mais, bientt de Sénèque oubliant les maximes,
Sur sa mère expirante i couronna ses crimes,
Et de son orient éclipsa la splendeur.
Toi, l'oracle du siècle et son législateur,
Illustre malheureux, ton ingrate patrie,
Par tes accords touchants si souvent attendrie,
Paris, le Vrai berceau des arts et des talents,
Osa te refuser un légitime encens.
Epris d'un zle amer, l'hypocrite au teint pâle,
De Pélage en tes vers condarnna la morale.
J'ai vu de Spinosa le dévot effaré,
Remarquant trait pour trait le système abhorré;
Tantôt cétait (Ddipe et tantôt Uranie,
Qui servaient d'aliment aux serpents de l'envie,
Tantôt du grand Henri le poème immortel
Du censeur fanatique envenimait le fhel
Mais plus souvent encor de stupides Zoiles,
Elevant contre toi leurs clameurs imbéciles,
Guidés par l'ignorance, ou séduits par l'erreur,
30 H: Surpris enchaîne les
H: autrefois protecteurs
32 H: (ce vers manque)
33 H: Ainsi, que de Lucain l'oppression titanique
H: régner, sa sobre politique
47 H: De Spinosa
35
40
4
S7 64 65 66 73 76
35
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4
ÉPÍTRE À M. DE VOLTAIRE
De leur organe impur distillèrent l'aigreur:
De tes vils ennemis tu confondis la rage.
En méprisant leurs traits, un philosophe, un sage,
Aux serpents de l'envie oppose avec fierté
L'égide de Minerve et la postérité.
Par-delà tous les sots, foulant aux pieds la terre,
La tranquille vertu dort au bruit du tonnerre.
Les cris tumultueux du vulgaire insensé
N'offrent rien à ses yeux dont son coeur soit blessé.
De tes faibles rivaux ta muse triomphante,
Anéantit toujours la cabale impuissante,
L'ingénieux Gresset, le sombre Crébillon
Desfontaines, Rousseau, le cynique Piron,
Tant d'autres dont les noms brillent sur le Parnasse,
Aspirèrent en vain, dans leur savante audace,
A létrir les lauriers qui couronnent ton front.
Victime de l'erreur, martyr de la raison,
De la vérité seule empruntant le langage,
Tu ne compris jamais qu'un indigne esclavage
Serait de tes travaux le prix infortuné;
Qu'à languir dans les fers tu serais condamné;
Qu'en défendant Kenig contre un froid géomètre,
Tu trouverais un jour ton rival dans ton maître.
Tu ne compris jamais, vertueux sans efforts,
Qu'on fût ingrat sans honte et lâche sans remords;
Qu'un ro, dont tu chantas les vertus passagères,
L'héroisme douteux, les suspectes lumières;
Dont la prose rampante et les vers empruntés,
S7 H: De ces vils ennemis tu confonds la rage
H: Au-dessus du vulgaire, foulant
64 H: à tes yeux, dont le coeur
65 H: De ses faibles riyaux, sa muse
66 H: [ce vers manque]
73 H; la vanité seule
76 H: ce vers manque]
353
7O
75
80
6o
poÉSIES ATTRIBUÈES À VOLTAIRE
Par toi seul embellis, par toi seul enfantés,
Ne durent quà toi seul leur mérite et leur gloire:
Que ce roi, dont le nom doit vivre dans l'histoire,
Héritier des talents, du sang des Antonins,
Sous un sceptre de fer régirait tes destins;
Et que, de Maupertuis les erreurs insensées
Par l'élève de Wolff seraient favorisées.
Tu prétendais en vain, apôtre de Newton,
Enchaîner lignorance au joug de la raison;
Le délire exalté d'un docte atrabilaire,
Du célèbre Leibnitz, impudent plagiaire,
Emeut tout un lycée aux accents de sa voix;
L'âne de Balaam lui transmet tous ses droits;
L'auguste Frédéric, et son juge et son maître,
Pour ne point l'approuver, sait trop bien s'y connaitre.
Je l'admire, et Phébus, dans ses honteux débats,
Une seconde fois est jugé par Midas, etc.
95 H: Emût tout
97 H: Frédéric est ton juge et ton maître
98 : l'approuver, fait trop tt se connaitre
100 H: (Note après le texte:]
M de Fontenelle disait de Voltaire: / Volaire a de lPesprit, mais il y a des mais/
ces mais par malheur ne finiront jamais,
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8f
95
100
Selon pièces Ces idées pour du Wade. derrière alone, Wade à Voltaire, style contemporains l'autorité convaincantes aux Texte memorial 2 Epitre
connaitre.
mais/
8f
95
100
Å MADEMOISELLE DU
Selon Roosbroeck, cette longue épître a été retrouvée dans un manuscrit
du dix-huitième siècle en sa possession, intitulé Recueil de
pièces fugitives." Le texte qui a pour titre A Mademoiselle du *" présente,
d'après Roosbroeck, des similitudes avec l'Epitre à Uranie, 2
Ces ressemblances paraissent d'ailleurs suffisamment fortes, et les
idées développées dans le poème raisonnablement voltairiennes,
pour que le critique entrevoie au fil de l'euvre la plume fertle
du patriarche de Ferney. Telles ne sont pas les conclusions de Ira
Wade. La ressemblance avancée par Roosbroeck lui paraît un argument
bien trop fragile pour confirmer la présence de Voltaire
derrière ce texte: "To be accepted as fully authoritative, the Villeneuve
manuscript would have to be proved correct not in one point
alone, but in all other points.'3 L'argument majeur avancé par
Wade est qu'aucun élément paratextuel ne confirme l'attribution
à Voltaire, Or une attribution basée seulement sur des efets de
style et des rapports d'idées est d'autant plus problématique que les
contemporains de Voltaire croulent sous les faux se réclamant de
l'autorité du patriarche. Les réflexions de Wade sont non seulement
convaincantes mais offrent de plus une belle approche analytique
aux problèmes d'authentification littéraire.
Texte de base: Roosbroeck.
tgalement appelé le 'manuscrit Villeneuve' du nom de son premier propriétalre.
Voir G. L. van Roosbroeck, Two unknown deistic poems by Voltaire', Todd
memorial volumes: philological studies (1930), t.2, p.20-22.
2 Epitre à Uranie, OC, t.IB, P.463-502.
Ira Wade, Poems atributed to Voltaire? Modern philology 34 (1936-1937), p.68.
355
356
A Mademoiselle du ***
Ô toi qui sais que la sagesse
N'est qu'une longue volupté,
Toi qui, joignant le goût à l'équité,
Ne confonds point le crime et la faiblesse;
Toi qui, tendre sans t'alarmer,
Sais être amante et vertueuse,
Et qui, philosophe amoureuse,
En inspirant l'amour sais le faire estime;
Toi qui, cueillant des fleurs aux bords des précipices,
Et suivant vers le bien des sentiers peu battus,
Vois les vertus auprès des vices
Et les plaisirs près des vertus;
Voluptueuse Eglé, respectable Uranie,
Esprit simple et naif, redoutable génie,
Citoyenne paisible et cceur digne des Dieux,
Unique E., d'est à toi que j'adresse
Ces vers, enfants de ma tendresse,
A toi, l'objet de tous mes veux.
Nous sommes faits pour être vertueux;
La raison nous le dit sans cesse oo
Mais souvent la raison nous blesse
Et loreille se ferme à ses cris odieux.
Quand le plaisir nous prie d'être heureux,
L'âme charmée à l'écouter s'empresse;
Ses doux accents, tyrans harmonieux,
Font aimer son empire, et brûler de ses feux.
Cest sans effaroucher qu'il contraint et qu'il presse;
En régnant sur une âme il en comble ses veux;
Bt quand nous préférons à sa flatteuse ivresse
Les pesantes douceurs d'un devoir rigoureux,
La nature outragée appelant la tristesse,
Nous livre sans réserve à l'ennui douloureux;
10
20
10
-
précipices,
presse;
10
20
10
À MADEMOISELLE DU **
Ou, parant les ris et les jeux,
Implorant les plaisirs, I'amour et la jeunesse,
Couvrant des passions la foule enchanteresse
Sous des voiles ingénieux,
Il livre à notre cooeur qui pour lui sintéresse
Des assauts si puissants et si voluptueux
Qu'enfin, par force ou par adresse,
Il en chasse toujours les devoirs ennuyeux.
Le seul moyen d'échapper à sa chaîne,
C'est de se refuser à ses moindres faveurs;
Celui qui se permet d'innocentes douceurs
Cède bientôt au penchant qui l'entraîne;
Point de vertu duralble, ou bien point de plaisir:
Mortels dest à vous de choisir."
Voilà, voilà l'erreur de ce fou vénérable,
Qui, déchirant son corps pour faire peine au diable,
Mal couché, mal nourri, burlesquement vêu,
Baisant la terre aux pieds d'un prieur redoutable,
Psalmodieur sans fin, offre à Dieu pour vertus,
Ses chansons, son capuce, et ses sens abattus;
Insensé qui confond le plaisir et le vice,
Qui croit que la douleur remplace la justice
Et qui philosophant sous Thomas ou sous Scot,
Dans le corps d'un docteur loge l'âme d'un sot.
Mais quoi! La volupté n'est-elle point à craindre?
Dois-je suivre mes goûts, ou dois-je les contraindre?
La Vertu, le Plaisir, idoles éternels,
Qui partagent les vaeux et l'encens des mortels
Sous leurs traits naturels ont-ils frappé ta vue
En vain la foule prévenue,
Suivant du préjugé la vieille illusion,
Craint le plaisir qu'elle aime, et croit que dans la nue,
- Bien loin des sens – est la perfection.
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poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Véritable Vertu, Volupté bien connue,
Vous n'existez que par votre union:
Le seul sage est heureux, le seul heureux est sage;
Qui n'est que l'un des deux, I'est imparfaitement.
Peut-on, sans s'estimer, être heureux un moment?
S'estimer et souffrir, est-ce un grand avantage?
Mais comment réunir la sagesse aux plaisirs
Si la sagesse à ces plaisirs s'oppose?
Si la raison défend ce que le goût propose,
Sil faut, pour être juste, étouffer ses désirs?
Garde-toi d'écouter les dogmes puérils
D'un insensé payé pour t'alarmer;
Ne cesse point de jouir et d'aimer,
N'arrête point les secousses fertiles
D'un caeur qui s'éteindrait dans tes sens inutiles!
Crois-moi, tous les plaisirs sont un présent des Dieux,
Mais un présent délicieux,
Trésor de l'humaine faiblesse,
Dont leur secourable sagesse
Enrichit le néant d'un être infortuné,
Au doute, à l'ignorance, à l'ennui condamné;
Si de nos passions la douce violence,
Eveillant nos esprits et nos regards frappés,
Ne nous arrachait point au ténébreux silence
Dont nous sommes enveloppés,
Livrés à la langueur d'une présente vie,
Sans faiblesse, mais sans vertu
Au sein d'une éternelle et basse léthargie
Nous mourrions sans aVoir vécu.
Les Dieux n'ordonnent point un sommeil inutile;
Is firent la raison, ils firent le plaisir;
Eveille-toi, songe à jouir:
Bientôt la vieillesse stérile
Te laissera le temps de réfléchir.
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De Si N'est Mais Fléau
sage;
imparfaitement.
moment?
inutiles!
Dieux,
inutile;
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Å MADEMOISELLE DIJ ***
Cest pour les ans glacés que la raison fut faite,
Non pour l'âge fougueux:
Vieillards craignez une ardeur indiscrète,
Jeunes amants, soyez heureux.
Tu vois que ma philosophie
N'est pas d'un goût à rebuter.
Selon moi le plaisir est le bien de la vie,
Et quand, sans troubler l'ordre, il vient se présenter
En bénissant le ciel je cours en profter.
Mais, si de mes désirs la coupable manie
Peut de l'ordre adorable obscurcir l'harmonie,
Si la moindre injustice ou la moindre douleur
Doit aux dépens d'un autre amener mon bonheur,
Sans hésiter, humain et raisonnable,
Je sais, cruel à mes plus tendres veux,
Prévenir du remords la voix impitoyable.
Juste et par là moins malheureux,
Je goûte, au moins, le flatteur avantage
De savoir être vertueux,
Sans doute plus heureux,
Si j'eusse éé plus sage,
Si cherchant du plaisir les chemins tortueux
Du feu de ma raison i'eusse éclairé mes yeux.
Celui que ma raison éclaire
Par d'injustes désirs n'est jamais combattu;
sait que le plaisir aux humains nécessaire
N'est doux qu'au sein de la vertu;
Mais la vertu sur la terre inconnue
N'est point ce spectre hideux qui dégoûre la vue.
Qui nourri dans un cloitre et couvert de lambeaux
S'abreuve de ses pleurs et vit dans les tombeaux.
Tu n'es point la vertu, Bellone redoutée,
Fléau des malheureux mortels,
Qui couvrant de débris la terre ensanglantée
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IIO
360
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
T'y fais par la terreur élever des autels.
Et toi, fausse ou plutôt criminelle prudence,
Politique profonde, odieuse science,
Vertu des scélérats et peut-être des rois,
Tu confonds la force et les lois;
De trahisons nourrie et de sang affamée,
Des maux et des forfaits tun'es point alarmée!
Horreur du genre humain, monstre affreux, portes-tu
Les adorables traits de l'aimable vertu?
Cette flle du ciel que la justice éclaire,
Dans les bras de la volupté
Instruit, caresse et plaint la faible humanité;
La raison et les ris empressés à lui plaire
Sur son auguste front tracent son caractère;
La douceur, la noblesse et l'ingénuité,
Trésors de son voyage, y parent la beaute.
Les plaisirs innocents, les grâces invincibles
Lui livrent en riant les coeurs les moins sensibles,
La prudence attentive et la froide équité
Lui montrent sans orgueil la simple vérité;
L'imagination, le sens et l'harmonie
Versent sur ses discours les charmes du génie;
La terre tressaillit en recevant ses lois
Et l'univers se tait pour entendre sa voix.
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L4
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Présenté quatrain de complètes doute,la plume n'en Texte ièces 1820), Kehl, éclairage OCV,
portes-tu
sensibles,
I40
L4
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AU SUJET DES VERS SUR LA MALADIE
DE MME DE POMPADOUR
Présenté dans une édition des Pièces inédites de Voltaire, ce
quatrain est précédé de la mention 'au sujet des vers sur la maladie
de Mme de Pompadour'.? Ces vers figurent dans les Eures
complètes où l'attribution de ce quatrain à Voltaire est mise en
doute,3 Il est impossible de déterminer si ces vers sont issus de
la plume de Voltaire; ni Bengesco ni aucune des éditions faisant foi,
n'en soufAlent mot.
Texte de base: Pièces inédites de Voltaire.
ièces inédites de Voltaire. imprimées d'après les manuserits orignauLx (Paris,
1820), p.1o5
n trouve au-dessous la précision suivante: 'imprimés dans l'édition in-8° de
Kehl, t.XII [recte 14],1, P.334', mais la lecture du passage en question n'apporte aucun
éclairage significatif.
OCV, t.83, p.44-46.
361
362
Au sujet des vers sur la maladie de Mme de Pompadour
Ô vous tous qui courez de nouvelle en nouvelle.
Et qui voulez savoir l'anecdote du jour,
Je ne vous dirai pas le vrai nom d'Isabelle,
Mais vous devinez bien que Louis est l'Amour.
Cete raire, des la l'auteur langue ingénieuses a été été son de de la Mémoires. ses soit texte attribué voir des qu 2
"Jacques 5 6
Pompadour
[OISEAUX, SI TOUS LES ANS VOUS QUITTEZ
NOS CLIMATS]
Cete ode à l'amour fut recueillie dans une page de la Gazete litté
raire, où l'auteur se permettait de critiquer la profondeur d'esprit
des vers de Pétrarque. 1 Le neuvain est censé illustrer l'ideé que
la créativité foisonnante des poètes français ne cède en rien à
l'auteur italien: J'oserais même affirmer que nous avons dans notre
langue un nombre prodigieux de chansons plus délicates et plus
ingénieuses que celles de Pétrarque.'2 Est-ce à dire que le poème
a été rédigé par Voltaire? Rien n'est moins sûr.
Fréron est le premier à émettre la possibilité que cette lettre ait
été rédigée par Voltaire. 9 L'auteur de la lettre de la Gaette avance
son propos en réaction à la publication des Mémoires pour la vie
de François Pétrarque.4 Cet ouvrage se trouve dans le catalogue
de la bibliothèque de Ferney (n°2605 et BV3o58). Voltaire prend
la peine de désavouer Fréron dans une lettre à l'auteur des
Mémoires. s Christophe Cave a démontré que Voltaire est, malgré
ses désaveux, l'auteur de l'article, mais rien ne nous prouve qu'il
soit l'auteur de l'ode sur l'amour. Les vers sont reproduits dans un
texte nommé Connaissance des beautés et des défauts de la poésie,
attribué à Voltaire et publié par Moland, daté 1749 (t.23, P.327S;
voir p.356) mais qui est de David Durand.? Dès le dix-huitième
Pétrarque après tout n'a peut-être d'autre mérite que d'avoir écrit élégamment
des bagatelles sans génie dans un temps où ces amusements étaient très estimés parce
qu ils étaient très rares Voir Gazete linéraire de l'Europe (Paris, 176), t.1, pg96.
2
litéraire de l'Europe, P.393-
ende lidroire (Paris, 31 septenmbre 1764), L5 Po
"Jacques François Paul Aldonce de Sade, Ménmoires pour la vie de Eranços Pétrargue,
turés de ses euvres et des auteurs contemporains, 3 vol. (Amsterdam, I764-1767).
5 D2344.
6 0CV, t.s8, p.199-2o8.
Voir la présentation par Nicholas Cronk dans 0CV, t.32B, P.357-59.
363
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
siècle, lAnthologie française ou chansons choisies attribue cette odeà
Antoine Ferrand (1678-1719), parisien' et 'conseiller de la cour
des aides.9 Les mots ont été mis en musique par Mozart (Kqo7)
et Ferrand semble être admis universellement comme auteur du texte.
Editions: Gaette littéraire de lEurope (Paris, I764), t.I, P.393; Encylopédie,
art. Zones ternpérées (Jaucour), t.17 (1765), P.739. Nouvelle Bibliothèque
de sociéré, éd. C.-S. Sautreau de Marsy (Londres, Paris, 1782), t4,
p.25-26; K8, t.49, P.I77.
Texte de base: Nouvelle Bibliothèque de sociévé.
et i1D9 A. nthologie française, ou chanson choisies, éd. Jean Monnet (s.l., 176;), t.1, p.17
364
cette odeà
la cour
Mozart (Kqo7)
auteur du Encylopédie,
Nouvelle Bibliothèque
1782), t4,
t.1, p.17
Oiseaux, si tous les ans vous quittez nos climats,
Dès que le triste hiver dépouille nos bocages,
Ce n'est pas seulement pour changer de feuillages
Et pour éviter nos frimas.
Mais votre destinée
Ne vous permet d'aimer qu'à la saison des fleurs:
Et quand elle est passée,
Vous la cherchez ailleurs,
Afin d'aimer toute l'année.
365
[ON DITQUE JE TOMBE EN JEUNESSE)
Gustave, prince suédois, arrive à Paris au mois de février I771. Il a
I'intention de rendre visite à Voltaire. La mort de son père, le roi,
survenue le 12 février, empêche le pèlerinage à Ferney. Déçu,
Voltaire compose l'Epitre au roi de Suède, Gustave IlI. Le nouveau
roi le remercie en avril/mai 1771 (Dr7i69): Je réponds en
mauvaise prose aux beaux vers que vous m'avez envoyés. Tous vos
amis à Paris vous auront dit combien j'étais déterminé à vous aller
chercher dans la retraite que vous rendez si célèbre.' Bengesco
présente ces vers (t.4, P.308): Un huitainà d'Argental sur Gustave
de Suède, qui se proposait de faire un voyage à Ferney'. I reproduit
la note de Grimm: Mot de Mme d'Epinay, qui écrivit a M. de
Voltaire: "Vous tomber en jeunesse", comme on dit ous tomber en
enfance. Ces vers, ajoute M. Tourneux, ne se trouvent pas dans les
Buvres de Voltaire. Nous sommes peu porté à croire qu'ils soient
effectivement de lui. Mais dans les Mémoires de Mme de Genlis
l'éditeur reproduit le poème avec cette note:
Le prince héréditaire de Suède, connu depuis sous le nom de Gustave ll1,
apprit à Paris, au commencement de l'année I771, la mort du roi Adolphe-
Frédéric, son père. Gustave prit dans un souper la défense de Volaire
contre le maréchal de Broglie; le patriarche de Ferney le sut par M. d'Ar
gental, ministre de Prusse; il répondit par les vers suivants: (notre poèmej
D'Argental, dans une lettre à Voltaire du 20 janyier I771, écrit:
"Nous vous exhortons à réablir la vôtre santé], c'est-à dire celle
du corps car celle de l'âme est dans toute sa force et nous répetons
SOuvent cet excellent mot que vous êtes tombé en jeunesse
(Dió990). Voir aussi Voltaire à Frédéric (s avril 1771, DI7i25):
On a dit que j'étais tombé en jeunesse et à d'Argental (15 Ju
I OCY, t73, P.476-77.
366
rT7A sont Editions: oires (Paris, Texte
I771. Il a
père, le roi,
Déçu,
Le nouveau
réponds en
Tous vos
vous aller
Bengesco
Gustave
reproduit
M. de
tomber en
dans les
soient
Genlis
Gustave ll1,
Adolphe-
Volaire
M. d'Ar
poèmej
écrit:
dire celle
répetons
jeunesse
DI7i25):
15 Ju
ON DIT QUE JE TOMBE EN JEUNES S
rT7A DI8988): Vous avez cru que j'étais tombé en jeunesse.' Ce
sont peut-être des preuves suffisantes de 1attribution à Voltaire
Editions: Corespondance littéraire, cLT, L.9, p.285 (1er avril L77); Me
oires inédits de Madame la comtesse de Genlis, sur le dix-huitième siècle
(Paris, 182j). t.2. p.137.
Texte de base: CLT.
367
368
On dit que je tombe en jeunesse:
Tâchez de me bien élever,
Ne pourriez-vous pas me trouver
Quelques accès près de son altesse?
De vieux héros, de vieux savants,
Prendront de ses leçons peut-être.
Je veux m'instruire: il en est temps;
C'est à moi de chercher mon maître.
Marie portait Dremière aimait campagne.' suivent au vers de titre note menuet ce Bäitions: i719). P145
Texte décembre (1980), O
SUR LE MENUET DE MADEMOISELLE ANTIER
Marie Antier (1687-1747) était bien connue pour l'intérêt quelle
portait aux menuets: MIle Antier ne se bornait pas à son rôle de
Dremière actrice, elle composait aussi des menuets en vers qu'elle
aimait à faire exécuter à la fète d'Auteuil, près de sa maison de
campagne.' Ces vers ont été découverts par J. L. Schorr,2 Is
suivent une lettre attribuée à Voltaire sans qu'ils soient atribués
au même auteur. Schorr lui-même met en doute la paternité de ces
vers (p.24, n.I6). On ne les retrouve pas dans les Euvres complères
de Voltaire et l'attribution est douteuse. Le menuet signalé dans le
titre serait peut-être Menuet du bal d'Auteuil, composé par Mademoiselle
Antier, traitant les mêmes sujets que notre poème. Une
note dans le même journal en septembre 171) annonce: Nous donnâmes
l'année dernière dans le Mercure de septembre 1718, un
menuet par Mlle Antier qui est devenu par la suite un vaudeville;
ce qui est la marque la lus certaine qu'un air plait (p.18;).
Bäitions: Journal historigue, politique, critique et galant (janvier-février
i719). Supplément à l'article 1, p.a61; Mercure de France (février 1719),
P145
Texte de base: Journal historique.
Journal de Rasalba Carriera pendant son séjour à Paris en i720-172a (Paris, 1845),
décembre 1720, p.291
AVolaire letter in the Journal historigue, politigue, critigue et galant', SVEC 18;
(1980), p.21-25.
O Le Nouveau Mercure français (septembre 1718), p.166.
369
370
Sur le Menuet de Mademoiselle Antier
On fuit en vain le danger
De s'engager;
L'Amour vient sans y songer,
J'ai bu de la main d'Iris,
Cette faveur m'a surpris,
Que de charmes!
Je rends les armes.
Belle Iris; versez-moi plein.
Triomphez la bouteille en main.
Je vous aime,
Bacchus même
Vous cède ici, par honneur,
Tous les droits qu'il a sur mon Cæur.
Voltaire 28 en dont appels présentés vers poème Turenne. (est En tombeau monument confidential ainsi: good. attribution compte pourrait Lditions: Vembre
[ON MACCUSE D'AVOIR CHANTÉ)
Voltaire est enthousiasmé par la nomination d'un mínistre philosophe,
Turgot, en 1774:Il voit en lui quelqu'un qui pourait effectuer
des réformes souhaitables. I lui déclare dans une lettre du
28 juillet I774 (Di9o53): Je vois la vertu et la raison supérieure
en place.' Il compose un quatrain en son honneur à cette époque
dont l'incipit est Je crois en Turgot fermement'. Dans sa correspondance
dans les années 1774 et 1775, les compliments et les
appels se multiplient à I'adresse de Turgot.
Ces vers paraissent dans la Correspondance secrète de r787. Is sont
présentés ainsi: M. de Voltaire, qui mourra en rimant, a envoyé ces
vers à M. de Turgot' (p.241). Les onzième et douzième vers de ce
poème sont: Que mon pays a son Titus, / Son Sully, son second
Turenne. Or dans une lettre à Turgot du 22 décembre I775
(Dr98o8), Voltaire affirme Je bénis en m'éveillant et en m'endormant
monsieur le duc de Sully Turgot:' Est-ce que cette affirmation
est suffisante pour attribuer le poème à Voltaire? Assurément non.
En revanche le patriarche se délecte à répéter qu'il est au bord du
tombeau et l'auteur du poème se peint comme étant 'des bords du
monument / Où je vais déposer ma vie'. Elément autobiographique
à ajouter au dossier de l'attribution, peut-être. The Political and
confidential correspondence of Lewis the sixteenth introduit le poème
ainsi: Voltaire, who so often had prostituted his pen to vain eulogium
on the great, addressed himself, at the close of his life, to the
good. The following are the verses which he sent to M. Turgot',
attribution répétée en termes similaires par les Voltairiana. Tout
compte fait, on peut émettre l'hypothèse selon laquelle ce poème
pourrait être de la fabrique de Ferney.
Lditions: Correspondance secrère (Londres, 1787), t.2, p.241-42 |16 no-
Vembre 1775]; The Political and confidential correspondence of lews the
0C, tg6, P-571
371
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
sixteenth (Londres, I8o3), t.2, p.73-74; Voltairiana, ou recueil des koms
mots, plaisanteries, pensées ingénieuses et saillies spiriuelles de Voltaira
3 éd. (Paris, 18o9), p.r85-86.
Texte de base: Correspondance secrète.
372
(0C, l'attribution
des koms
Voltaira
On m'accuse d'avoir chanté
Maupeou,? Terray ... à ma patrie
Odieux pour l'éternité:
Alors je pris la liberté
D'abuser de la poésie;
J'employai le pinceau brillant
De l'art et de la latterie.
Mais aujourd'hui lorsque je crie
Presque des bords du monument
Où je vais déposer ma vie,
Que mon pays a son Titus,
Son Sully, son second Turenne,
Que les beaux arts et les vertus
Annoncent sa gloire prochaine:
Mes accents n'en imposent plus,
Et j'ai pris ma voix naturelle;
Cest pour le coup que tout est bien;
Et le poète au vrai fidèle
Nest plus qu'un simple historien.
* René Nicolas Charles Augustin de Maupeou (1714-1792), chancelier de France,
eles parlementaires de Paris au mois de janvier 1771. Voltaire lui adresse des vers
(0C, t.73, P.482-83).
Joseph-Marie Terray (r7IS-1778), contrôleur général des Finances de I769 à
4, au grand dam de Voltaire (VST, t2, P-345). Cete référence infirme peut-être
l'attribution des vers à Voltaire.
373
IO
15
FRAGMENT D'UN BILLET A M. DE RICHELIEU
Dans le recueil de poésies des Papiers Cideville conservé à la
Bibliothègue municipale de Rouen se trouve un quatrain, adressé
à Richelieu, écrit d'une main qui pourrait bien être celle de
Voltaire. Un mot frappant, 'maquereau', est souvent associé aux
Richelieu dans des lettres où Voltaire se plaint de vers faussement
ajoutés à des versions de La Pucelle. Voir D636o, D6366, D6394,
D6396, D6560.
Mfiragnru.scrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville, C38bis,
Texte de base: manuscrit.
374
RICHELIEU
conservé à la
adressé
celle de
associé aux
faussement
D6394,
C38bis,
Fragment d'un billet à M. de Richelieu
Ordonnez ce repas insigne
Et venez sur la fin du jour
Chez moi maquereau très indigne
De Melpomène et de llAmour.
375
[OUL, JAI JURÉ DE NE PLUS DISCOURIR]
L'édition de Kehl présente un texte qui semble être une première
esquisse de la première partie du chant 12 de La Pucelle; les éditeurs
ajoutent cette note (a): 'ce fragment, trouvé dans les papiers
de l'auteur, paraît être une variante du commencement de ce
douzième chant. I y manque quelques vers.' Une autre version
de ce texte paraît plus tard comme un poème indépendant, attribué
à Voltaire, dans lAlmanach littéraire ainsi que dans un recueil, et
dans plusieurs éditions des ceuvres.
Editions: K84, t.II, p.z28; Almanach littéraire, ou érrennes d'Apollon
(789), p. I44; Les Bijouxx des Neuf- Saurs (Paris, I790), t.2, p. 69-70
BNS].!
Texte de base: K84.
ereeuell présente plusieurs extraits de La Pucelle comme s'ils étaient de
poemes séparés, voir, par exemple, p.i70 (chant 21) et p.295-96 (chant 14/
376
JE I4 19-doux, 21
DISCOURIR]
première
les éditeurs
papiers
commencement de ce
version
attribué
recueil, et
d'Apollon
p. 69-70
étaient de
Oui, j'ai juré de ne plus discourir,
De conter net, de bannir la harangue,
Mais quels serments, hélas! puis-je tenir?
Le tendre amour est maître de ma langue;
L'amour m'inspire, il faut lui obéir.
Ce dieu charmant est venu me sourire
Lorsque ma main n'osait plus l'encenser;
Quand je fuyais ses traits et son empire,
Du haut du ciel, il vint me caresser.
Quoi! m'a-t-il dit, faut-il que la tristesse
File aujourd'hui la trame de tes jours?
Quand tu serais dans la froide vieillesse,
Encor faudrait implorer mon secours.
Mais dans l'été, c'est une ignominie
Que de m'ôter l'empire de ton sort.
Vivre sans moi, c'est être dejà mort;
Laisse-moi donc renouveler ta vie.
A ce discours, 1Amour ne s'est tenu.
II m'a donné la plus belle maîtresse,
De ses faveurs, elle enivre mes sens;
Son tendre amour devient l'eau de Jouvence,
Et dans ses bras, i'ai trouvé mon printermps.
Je conclus donc, cher lecteur, quand j'y pense,
Qu'on peut aimer au-delà de trente ans.
a AL, BNS: [itre:] On aime [AL: peut aimer] pasé trente ans
BNS: lgjoute une note:] Dans une Maison où se trouyait VoLTAIInE la conversaton
tomba sur l'antiquité du monde, On lui demanda là-dessus son avis. Moi, dit-il,
JE crois que le monde est comme une vieille coquette qui déguise son âge.
I4 AL, DNS: (lignes absentes]
19-20 AL, BNS: belle maîtresse, / Bijou joli, tel qu'on en a peu vu, / (2il fin er
doux, le port d'une déesse. / De ses faveurs
21 BNS: tendre coeur deyient
377
20
1G
RÉPONSE À M. DE B.... 1750
La parution de ce poème dans les Nouveaux Mélanges en 1768, où
il fait partie d'une 'Réponse à M. D. B... 175o', semble être passée
inaperçue. I n'en est pas de même lorsqu'il paraît dans le Mercure:
Voltaire rejette sans ambages la paternité de ce poème. Le 9 juillet
I769, indigné, il écrit à Jacques Lacombe:
Toutes les réflexions, monsieur, toutes les critiques que j'ai lues sur les
ouvrages nouveaux dans votre Mercure, m'ont paru des leçons de sagesse
et de goût. Ce mérite assez rare m'a fait regarder votre ouvrage périodique
comme très utile à la littérature.
Vous ne répondez pas des pièces qu'on vous envoie. Ily en a une sous
mon nom, page s3 du Mercure de juillet; c'est une lettre qu'on prétend que
j'ai écrite à mon cher B... On me fait dire en vers un peu singuliers à mon
cher B ... que le feu est l'âme du monde, que sa clarté l'inonde, que le feu maintient
les ressorts de la machine ronde et gue sa plus belle production est la
lumière éthérée dont Newton le premier par sa main inspirée, sépara les
couleurs par la réfraction.
Je vous avoue que je ne me souyiens pas d'avoir jamais écrit ces vers à
mon cher B. que je n'ai pas l'honneur de connaitre. Je vous ai déjà mandé
qu'on m'attribuait trois ou quatre cents pièces de vers et de prose que je
n'ai jamais lues.
Si ces vers paraissent dans le Mercure du er juillet I769 (on note la
rapidité de la réaction de Voltaire), ils refont surface quelques annees
plus tard, mais l'ouvrage dans lequel ils paraissent fait de leur attrbution
à Voltaire une offense beaucoup plus graye, Voltaire reproche
à Gabriel Cramer une bévue énorme en 1774/1775 (Di9272):
Je viens d'ouvrir par hasard le dix-huitième volume de mes prétendues
zuvres complètes. Je vous renyoie la page 446, que j'ai déchiree daus
ma très pardonnable colère. Est il possibleque votre facteur ait imprino
sous mon nom des vers tels que ceux ci,
Oui, mon cher B... il est l'âme du monde;
Sa chaleur le pénètre, et sa clarté l'inonde.
378
Assurément etlestla Je ces pièces, vous?
Un du Boufflers. Voltaire, Sans Di2273, coda absence. infhniment.
1768, où
passée
Mercure:
9 juillet
lues sur les
sagesse
ouvrage périodique
une sous
prétend que
singuliers à mon
feu maintient
production est la
sépara les
ces vers à
mandé
prose que je
note la
annees
leur attrbution
reproche
Di9272):
prétendues
déchiree daus
imprino
RÉPONSE À M. DE B.... I750
Effets d'une même action,
Sa plus belle production
Est cette lumière éthérée,
Dont Neuton le premier, d'une main inspirée,
Sépara les couleurs par la réfraction etc..?
Assurément la main de votre directeur dimprimerie n'a pas été inspirée;
etlestla main du cocher de Vertamont qui a écrit ces vers à mon cher B..
Je vous jure que je ne connais point mon cher B.., et que je n'ai jamais fait
ces pauvres vers scientifiques. On m'assure qu'il y a beaucoup d'autres
pièces, dans ce recueil, qui ne m'appartiennent pas. Que ne me consultiez
vous?
Un autre désaveu se trouve dans les notes du Dialogue du Pégase et
du Vieillard. 1 Le poème paraît aussi dans les Euvres du chevalter de
Boufflers. Ici la lettre est précédée d'une lettre De M. D. B., capitaine
au régiment de B., à M. D. V}' et contient un poème adressé à
Voltaire, et daté du Is décembre 1750, qui commence ainsi (p.79):
Sur ce mnont, qui de l'Ibérie
Sépare notre région,
L'illustre et savante Emilie,
Et l'interprète de Newton,
Ont daigné par mainte leçon
Eclairer mon faible génie.
Quoiqu'éloigné du Roussllon,
V.... pour mon instruction
S'est joint à cette compagnie.
faut se rappeler que le chevalier de Bouflers est né en r738. Peuton
se fier à la date de 1750? Ce volume contient d'autres lettres,
Sans millésime, qui racontent des visites chez Voltaire. La lettre
Di2273, de Voltaire à Boufflers et sa mère, 3o décembre i764, a une
coda qui semble confirmer ces relations: Ferney pleure votre
absence. Le bon homme vous regrette, vous aime, vous respecte
infhniment.
M, t.1o, p.200, n.2. Voir OC, 76, P-544:
379
POÉSIES ATTRIBUEES À VOLTAIRE
Editions: Nouveaux Mélanges (Genève, I768), t.5, p.324-25; Mercura
(juillet 1769), première partie, P.53-55 (avec la lettre mais sans le pos.
scriptum); w68, t.18 [ou 22], p.445-46 (avec la lettre); w7L, tI8, p370
(avec la lettre); Euvres du chevalier de Boufflers (Genève, 1782). ng
83 (avec la lettre).
Texte de base: Nouveauzx Mélanges.
380
Mercura
sans le pos.
tI8, p370
1782). ng
Réponse à M. de B... 1g50
Oui, mon cher B.,. il est l'âme du monde.
Sa chaleur le pénètre, et sa clarté l'inonde;
Effets d'une même action,
L'un maintenant les ressorts de la machine ronde,
Et l'autre tend sans cesse à leur destruction.
Sa plus bele production,
Est cette lumière éthérée
Dont Newton le premier, d'une main inspirée,
Sépara les couleurs par la réfraction.
I y voit aujourd'hui du haut de l'empirée,
La cause de l'attraction.
Les rayons convergents de ce brillant fuide,
Vers mille et mille points de ce vaste univers
Balancent tous les corps sur leurs centres divers.
D'un unique soleil l'impulsion rapide
Les disposerait tous dans un immense vide.
Dieu compassa d'abord leurs grandeurs et leurs rangs;
Il élance le feu du centre à la surface,
Allume les soleils: de lumineux torrents
Aussitôt remplissent l'espace,
Entraînent les globes errants;
Tout se meut; et selon les degrés différents
De la distance et de la masse,
Tout s'approche, ou s'éloigne, ou conserve sa place,
Par l'effort des feux conspirants.
381
20
IO
PAR VOTRE HUMEUR LE MONDE EST GOUVERNÉ
Ce sonnet n'est pas de Voltaire. Celui-ci écrit à la comtesse de
Lutzelbourg le 13 septembre 1736 (D6996):
Ne seriez vous pas bien aise de voir Salomon à Vienne à la cour de la reine
de Saba? Je suis bien étonné qu'on m'attribue le compliment à la chèyre.
C'est une pièce faite du temps du cardinal de Richelieu. Je ne suis point au
fond de mon village, comme le dit le compliment et il s'en faut beancoup
que j'aie à me plaindre de cette chèvre.
Pour l'explication de la chèvre, surnom de d'Argenson, voir le
Siècle de Louis XIV, Catalogue des écrivains', sous Mainard.
Le poème est de François Maynard (1582-1646). Il est publié
dans une version tronquée dans LAnnée littéraire en I761, où le
Vrai auteur est nommé, et en 1780 par Luchet, sous le titre Vers
de Monsieur de Voltaire au C. dPArgenson, sur le refus qu'il lui
a fait de revenir en France'. Mangold publie cette version sous
le titre Vers de Mr. de Voltaire à Mr le Comte D. sur le refus qui
lui a été fait de revenir en France'.
Editions: Les Buvres de Maynard (Paris, 1646), P.31; L'Année littéraire
(1761), t.4, p.I66-68; Luchet, Histoire littéraire de Monsieur de Voltaire
(Cassel, I78o), t.5, P.329; W. Mangold, Voltairiana inedita aus den Kòniglichen
Archiven zu Berlin (Berlin, 1901), p.47.
Texte de base: LAnnée litéraire.
OCV, t.12, P.I27-29, et surtout la note 209, p.374-75 (P:375):
382
GOUVERNÉ
comtesse de
de la reine
la chèyre.
suis point au
beancoup
d'Argenson, voir le
Mainard.
est publié
I761, où le
titre Vers
refus qu'il lui
version sous
refus qui
littéraire
Voltaire
den Kòniglichen
Par votre humeur le monde est gouverné;
Vos volontés font le calme et l'orage;
Vous vous riez de mne voir confiné
Loin de la Cour, au fond de mon village.
Mais n'est-ce rien que d'être tout à soi,
D'être sans soins, de vieillir sans emploi,
D'avoir dompté la crainte et l'espérance?
Ah, si le Ciel qui me traite si bien,
Avait pitié de vous et de la France,
Votre bonheur serait égal au mien!
383
[CHANSON]
On ne voit aucune raison d'attribuer la paternité de cette chanson
à Voltaire. Elle figure, avec d'importantes variantes, dans des
recueils de chansons en 1784 (Etrennes lyriques, anacréontiques, pour
l'année iy84, Paris, 1784, P.230s.: Mes adieux à Paris') et en 18;
(Nouveau Recueil de chansons choisies, Genève, 1785, p.210s.: Mes
adieux à Paris'), où clle est attribuée à M. Stollenwerck. Le comte
de Stollenwerck semble être 'auteur d'autres chansons et il est
décrit dans les Etrennes Lyriques comme 'un ancien oficier des
carabiniers au service de Russie'. Selon la BnF il est 'originaire
du pays de Juliers, mais né en France, où il a reçu son éducation.
Fait des campagnes en Russie sous les ordres du feld-maréchal
comte Riumianzov et apprend le russe de cette manière. Se marie
à Moscou en sept. 1776 avec Elizabeth Abrahamovna (de la maison
Volkonski) puis, après avoir voyagé en Europe, se fixe dans le
Berry verS 1780,
Edition: W. Mangold, Voltairiana inedita (Berlin, 1go1), Voltaire zugeschriebene
Gedichte p.61-63.
Texte de base: Mangold.
384
chanson
dans des
anacréontiques, pour
et en 18;
210s.: Mes
Le comte
chansons et il est
oficier des
originaire
éducation.
maréchal
Se marie
la maison
dans le
Voltaire zugeschriebene
(Chanson]
Air: La Comtesse de Hesse
Paris, ville polie,
Où j'ai vu tour à tour
Triompher la folie,
Le caprice et l'amour;
Paris où j'ai vu naitre
Et passer mes plaisirs,
Paris où j'ai pris l'êre,
Reçois tous mes soupirs!
N'attends point que je chante
Les palais de tes rois,
Dont la beauté m'enchante
Et m'étonne à la fois.
Ma voix qu'Amour a faite
Rend de très faibles sons,
Ma lyre ne répète
Que de simples chansons.
Je pense à ces asiles
Dont l'attrait libertin
A des plaisirs faciles
Nous invite sans fin.
L'inconstance y couronne
L'amour toujours nouveau,
Et Lais est son trône,
Comme elle est son tombeau.
Adieu, belles retraites,
Qu'habitent les désirs,
Que l'opulence a faites
Pour cacher ses plaisirs;
C'est là que le mystère
Dans les bras de Cypris
38;
20
25
3C
10
386
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Met le dieu de la guerre
[Ou le] simple Adonis.
Je n'y pourrai plus faire
Ces soupers clandestins
Qu'à mon âge on préfère
A l'ennui des festins,
Ces soupers où l'aimable
Et douce liberté
Vient s'asseoir à la table
Avec la volupté.
Et toi, que j'idolâtre,
Toi, qui me plais bien mieux
Que ce bruyant théâtre
Où vont pleurer les dieux,
Scène où souyent Annette
Me fit verser ses pleurs,
Faut-il que je regrette
Tes ressorts enchanteurs?
Promenades suivies
Où i'ai souvent été
Traîner mes rêveries
Et ma futilité,
Epargnez-moi des larmes,
Séduisants boulevards,
En dérobant vos charmes
A mes derniers regards!
Mais, quel sombre délire
A fait changer ma voix
Et soupirer ma lyre
Sous l'effort de mes doigts?
On peut loin de la Seine
Couler des jours heureux:
Je trouve avec Mécène
Ma patrie et mes dieux.
3
40
45
Ce en des Ménage quatrain Conteur est Voltaire auCune dans Editions: p.Le de ch.Texte
3
40
45
PERSÉCUTEURS DU GENRE HUMAIN)
Ce quatrainn'est pas de la main de Voltaire, puisqu'il a été publié
en 1693, avant sa naissance. Beuchot explique pourquoi il l'a retiré
des poésies mêlées de Voltaire (M, t.10, p.461). En 1693 Gilles
Ménage le cite, sans attribution. E. Saigey attribue toujours le
quatrain à Voltaire dans Les Sciences au XVIIT siècle. Dans Le
Conteur vaudois: Journal de la Suisse romande 67 (1928), le poème
est reproduit avec I'explication: "Quatrain fait à l'age de dix ans par
Voltaire contre les sonneurs de cloches', mais l'auteur ne présente
auCune justification. Le poème est attribué à [Mathurin] Régnier
dans une note à Gargantua de Rabelais, dans une édition de 1823.
Editions: G. Ménage, Menagiana (Amsterdam, 1693), p.18, (Paris, 1693),
p.20; E. Saigey, Les Sciences au XVIII sicle (Paris, 1873), ch.3, n.i;
Le Conteur vaudois: Journal de la Suisse romande 67 (1928), p.2; ures
de Rabelais, éd. Esmangart et Johanneau, t.I (Paris, r823), livre 1,
ch.19, P.356.
Texte de base: Menagiana.
387
388
Persécuteurs du genre humain
Qui sonnez sans miséricorde,
Que n'avez-vous au cou la corde
Que vous tenez dedans la main.
Selon prétendant Voltaire litnéraires,of 1748'. quelques de exemple (Londres, poème à donnant p.28o.exprimée, Voilà, la chevalerie, discipline longue. TBengesco, Stuart',
PEUPLE JADIS SI FIER, AUJOURD'HUI SI SERVILE]
Selon Bengesco: Ces vers, écrits au moment de l'arrestation du
prétendant Charles-Edouard (1o décembre 1748), sont attribués à
Voltaire par l'abbé Raynal, qui les rapporte dans ses Nouyvelles
litnéraires,1
Robert Darnton dit que ce poème appeared during the outburst
of indignation at the arrest of Prince Edouard (sic] on December 1o,
1748'. Sans suggérer un auteur, il décrit comment ce poème et
quelques autres sur le même sujet circulent oralement et sOus forme
de copies manuscrites.2
I paraît en effet que le poème a été largement distribué; par
exemple Mouffle d'Angerville, dans Vie privée de Louis Xy
(Londres, 1781), en donne le premier distique (t.2, p.319) puis le
poème entier (t.2, p.374-75), et ajoute: L'empressement du public
à rechercher ces pièces, à les apprendre par cceur, à se les communiquer,
prouva que les lecteurs adoptaient les sentiments du poète.
La Revue des deux mondes (1892), p.286, reproduit le poème, en
donnant comme sources le Journal de Barbier, novembre et décembre
1748; Journal de Luynes, t.9, p.6o; Journal de d'Argenson, t-$,
p.28o.3
Une association avec Voltaire est sugpgérée, sans être clairement
exprimée, par Bouffonidor:
Voilà, dit Voltaire, où aboutit une aventure qui eût réussi dans le temps de
la chevalerie, mais qui ne pouvait avoir de succès dans un temps oü la
discipline militaire, I'arillerie, et surtout l'argent, décident de tout à la
longue. (..] Ce fut là, dit encore l'immortel auteur de l'histoire universelle,
le dernier coup dont la destinée accable une génération de rois
TBengesco, t-4, P.287-88, n 2315, et voir CLI, t1, P.256-57.
oetry and the police; communication nebvorks in eighteenth-century Paris (Cambridge,
MA, 2010), P-57-
a Ou p.84 4 et 399 selon Thomas E. Kaiser dans The drama of Charles Edward
Stuart', Eighteenth-Century Studies 30 (1997), n° 4, P.365-81 (P.381).
389
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
pendant trois cents années. [...]Toutle royaume fut indigné de la condito
qu'on tnt à légard du Prétendant [..]On ne manqua pas de répandeà
l'ordinaire des vers satiriques sur l'outrage fait à ce prince
et il reproduit ici notre poème.4
Mais dans son édition des euvres de Voltaire, Beuchot cite le
premier distique et l'attribue à 'un nommé Desforges; il continue:
'Ces deux yers coûtèrent cher à leur auteur, qui fut envoyé au
mont Saint-Michel où il resta trois ans dans un cachot appelé la
Cage.'5 Desforges est identifé comme N. Desforges (mort en
I768) dans l'Encyclopédie moderne. II est auteur d'une comédie,
Le Rival secrétaire (Paris, 1738), de Natilica (1749) et d'une Critique
de Sémiramis (1748).
L'Encyclopédie moderne, comme plusieurs autres, reproduit le
texte d'autres ouvrages de référence. Nous devons aussi mentionner
le Nouveau Dictionnaire historique, ou histoire abrégée de tous les
hommes qui se sont fait un nom par des talents etc.:
Desforges s'est fait connaître par un grand nombre de poésies et par ses
malheurs. I se trouvait à l'opéra en 1749 lorsqu'on y arrêta le Prétendant
d'Angleterre. Indigné de cette violarion de I'hospitalité, il exprima ses
sentiments dans une pièce de vers qui commençait ainsi:
Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile,
Des princes malheureux tu n'es donc plus l'asile.
Desforges ayant eu l'indiscrétion de s'en faire connaitre pour l'auteur, fut
arreté, conduit au Mont-Saint-Michel et enfermé pendant trois ans dans
la cage: cétait un caveau de huit pieds carrés, où l'on ne recevait de jour
que par les crevasses des marches de Iléglise. Le maréchal de Broglie
obtint à la fin sa liberté, le ft son secrétaire, et le nomma commissale
des guerres. Desforges avait soutenu avec courage son affreuse capuy
Il est mort à Paris en août I768,7
l est donc certain que Voltaire n'a pas écrit ce poeme.
Texte de base: CLT:
4 Les Fastes de Louis XV (Villefranche, I782), t.I, p.323-28.
5 T21 (Paris, 183), P.v.
6 2 éd. (La Haye, [1824]), t.8, p.244-
Lyon, 18o5, t.I1, p.I18-19.
390
de la condito
répandeà
Beuchot cite le
continue:
envoyé au
appelé la
(mort en
comédie,
d'une Critique
reproduit le
mentionner
de tous les
et par ses
Prétendant
exprima ses
l'auteur, fut
ans dans
recevait de jour
de Broglie
commissale
capuy
poeme.
Peuple jadis si fier, aujourd'hui si servile,
Des princes malheureux vous n'êtes plus l'asile.
Vos ennemis, vaincus aux champs de Fontenoy,
A leurs propres vainqueurs ont imposé la loi,
Et cette indigne paix quAragon vous procure
Est pour eux un triomphe et pour vous une injure.
Hélas! auriez-vous donc couru tant de hasards
Pour placer une femme au trône des Césars?
Pour voir l'heureux Anglais dominateur de l'onde
Voiturer dans ses ports tout l'or du nouveau monde;
Et le fls de Stuart par vous-même appelé
Aux frayeurs de Brunswick lâchement immolé?
Et toi que les flatteurs ont paré d'un vain titre,
De l'Europe en ce jour te diras-tu l'arbitre.
Lorsque dans tes Etats tu ne peux conserver
Un héros que le sort n'est pas las d'éprouver,
Mais qui, dans les horreurs d'une vie agitée,
Au sein de l'Angleterre à sa perte excitée,
Abandonné des siens, fugitif, mis à prix,
Sy vit du moins toujours plus libre qu'à Paris?
De l'amitié des rois exemple mémorable,
Et de leurs intérêts victime déplorable!
Tu triomphes, cher prince, au milieu de tes fers;
Sur toi dans ce moment tous les yeux sont ouverts.
Un peuple généreux, et juge du mérite,
Va révoquer l'arrêt d'une race proscrite.
Tes malheurs ont changé les esprits prévenus;
Dans les cceurs des Anglais tous tes droits sont connus.
Plus sûrs et plus flatteurs que ceux de la naissance,
Ces droits vont doublement affermir ta puissance,
Mais sur le trône assis, grand prince, souviens-to1
Que le peuple superbe et jaloux de sa loi
N'a jamais honoré du titre de grand homme
Un lâche complaisant des Français et de Rome.
391
20
25
PIERRE MOREAU VEUT TOUjOURS QUON LE LOUEI
Dans sa Course de Bale à Bienne par les vallées du Jura (Ble, I78),
p.45, Philippe Cyriaque Bridel (1757-1845) offre ces vers avec
l'explication suivante:
Pendant le dernier séjour de Maupertuis à Bâle, Voltaire y passe et ait
prier Bernoulli de venir à son auberge. Dans la conversation, ce dernier
lui apprend que Maupertuis est dans sa maison, qu'il est mourant et qu'il
désire le voir pour se réconcilier avec lui; Voltaire s'en excuse sur la
mauvaise santé qui l'empêche de sortir de l'appartement: dans ce même
appartement était une gravure de Maupertuis, avec un quatrain très
fatteur, que Voltaire avait fait dans le temps de leur première liaison;
indigné de ce monument de leuramitié passée, il tourne la gravure, et écrit
de l'autre côté ces vers.
L'anecdote est répétée aux dix-huitième et dixneuvième siècles
par des écrivains allemands, danois et italien. Le Journal des
savants de février r866 en donne une version légèrement differente
dans un article de J. Bertrand [1s]. Il est vrai que pendant les
derniers jours de Maupertuis et après sa mort, en 1759, Voltaire
ne cessait de le critiquer dans des termes désinyoltes, 4 mais rien
ne prouve que Voltaire ait mis sa main à ce quatrain.
Texte de base: Course de Bále.
Voir D2sI3, I7 juillet 1741, au maruis de Locmaria: ni yous ni moi ne serio1s
contents du chétif quatrain que voici:
Ce globe mal connu, qu'il a su mesurer,
Devient un monument où sa gloire se fonde.
Son sort est de fixer la figure du monde,
De lui plaire et de l'éclairer.
2 Voir Bridel, Reise durch einige der romanrischten Gegenden der Schwe (Gotha,
1789), P-s7 (traduit du français: Bridel était pasteur de l'église française de Da
Zeitung fir die elegante Welt, n 33 (1847), PS50; Jens Baggesens danske varker
(Kjcbenhavn, 1847), t.Io, p.I77; Tullio Dandolo, La Sviçera considerata nelle sue
vagheze pittoresche (Milan, 1830), t.6, p.I72.
3 Journal des savants (février 1866), p.128-29.
3 Voir D8245, D8338, D84$9, D84ó7.
392
2 3 ALMaupertuis pôles.
LE LOUEI
(Ble, I78),
vers avec
passe et ait
ce dernier
mourant et qu'il
excuse sur la
dans ce même
quatrain très
première liaison;
gravure, et écrit
dixneuvième siècles
Journal des
differente
pendant les
Voltaire
mais rien
ne serio1s
Schwe (Gotha,
française de Da
danske varker
considerata nelle sue
Pierre Moreau veut toujours qu'on le loue;
Pierre Moreau ne s'est point démenti:
Par moi, dit-il, le monde est aplati.. 5
Rien n'est plus plat, tout le monde l'avoue.
2 JS: sest pas démenti
3 Js: le globe est
ALMaupertuis (1698-1759) apporta la preuve de l'aplatissement de la Terre aux
pôles.
393
VERS À M. LE DUC DE LA VALLIÈRE
Ces vers sont publiés par Charles Fleischauer,! qui commente:
C'est le moment dans la vie de Voltaire où tout lui sourit: le pape.
la cour, Fontenoy, et où il est au mieux avec Louis César de La
Baume Le Blanc, duc de La Vallière. Fleischauer se base sur un
manuscrit, une copie ancienne, conservée à la Bibliothèque nationale
de France (n.a.fr.25157, f.64), quil propose de dater vers le
20 août I745. l publie aussi une 'réponse de M. le duc de la Vallière
après une scène d'emportement qu'avait eu Voltaire avec Mad'
du Châelet'. L'autorité du manuscrit n'est pas établie. Le poème
est rapporté avec quelques variantes par Suzanne Necker dans I'ou-
Vrage posthume Mélanges extraits des manuscrits de Mme Necker,
t.3 (Paris, 1798), p.297-98, précédé de ces mots: Un jour M. de
la Vallière s'avisa d'être jaloux de sa femme; Voltaire, à table, lui
fit ce petit couplet, ou à peu près':
Eloignons la mélancolie,
Ne prends jamais rien de travers;
Et ne t'avise, dans ta vie,
D'être jaloux que de mes vers:
Flon flon la lira dondaine.
M. de la Vallière répondit:
Par ta mordante chanson
Tu viens de troubler ma raison;
1 faut punir un tel forfait
Du Châteler, du Châelet.
Texte de base: Fleischauer.
Quelques additions à la correspondance de Voltaire', Modern language enotes 86
(1971), p.s6o-61.
394
VALLIÈRE
commente:
sourit: le pape.
César de La
base sur un
Bibliothèque nationale
dater vers le
la Vallière
avec Mad'
Le poème
dans I'ou-
Mme Necker,
jour M. de
à table, lui
language enotes 86
Vers à M. le duc de La Vallière
Air: lon, flon, flon
Point de mélancolie
ne prends rien de travers,
et ne sois dans ta vie
jaloux que de mes vers
et flon, Aon, Aon
Larira dondaine
et flon, Aon, lon
Larira dondon.
395
5
[SUR LE BARON DE PÖLLNITZ]
Karl-Ludwig von Pöllnitz (1692-1775), favori de Frédéric I,
connait Voltaire.1 Tous deux font partie du cercle intime du
monarque, ainsi que le démontre D2833, où Otto von Podews
explique l'origine de ces vers:
Le discours ayant roulé ensuite sur la vie de feu le cardinal Fleury, il
qéuceh avpopicai :à Voltaire de dire à ce sujet une espèce d'épigramme impromptue
Admirons la fin ridicule
De l'un et de l'autre Hercule;
Le prermier d'eux fila
Et l'autre radota,2
Le roi la retint et dit à Pöllnitz de l'écrire, qui malgré les instances de
Voltaire la coucha sur le papier. Voltaire, ayant demandé du papier et
un crayon, écrivit sur le champ les vers suivants:
Pöllnitz, à mes plaisirs mêlez moins d'amertume;
Je chéris votre esprit, mais je crains votre plume..
Bditions: Mangold, p.41; Nachträge zu dem Briefvechsel Friedrichs ds
Grossen mit Maupertuis und Voltaire, ed, Hans Droysen et autres (ep
zig, 1917), P.95-96.
Texte de base: D2833-
I Voir VST, t.1, p.642-44, 720.
2 Voir aussí ci-dessous, p.26-27
396
Frédéric I,
intime du
von Podews
cardinal Fleury, il
impromptue
instances de
du papier et
plume..
Friedrichs ds
autres (ep
[Sur le baron de Pillnit]
Pöllnitz, à mes plaisirs mêlez moins d'amertume:
Je chéris votre esprit, mais je crains votre plume.
397
LES EXTASES. CONTE NOUVEAU
Le manuscrit de la Bibliothèque nationale de Russie, lardé de
corrections, serait un brouillon de la copie de ce long poème, dans
un style peu ressemblant à celui de Voltaire, qui a été envoyée à
Beuchot. Le manuscrit de la Bibliothèque nationale de France
porte l'inscription suivante: Copie de lettres inédites de Voltaire
et autres pièces qui le concernent. De la part de l'ancien recteur
de l'université de St. Pétersbourg, A. de Gouroff. Le manuscrit
est adressé à Beuchot, et porte en marge la note: Je ne crois pas
que cette pièce soit de Voltaire'. Le caractère archaique du langage
pourrait être une autre raison de douter que Voltaire en soit
l'auteur.
Manuscrits: Paris, BnF: ms.fr.12943, f.19-22 [BNF]; Saint-Pétersbourg,
Bibliothèque nationale de Russie: Aut.288, f.3-7 [GPB] (non répertorié par Caussy).
Texte de base: BNF.
398
lardé de
poème, dans
envoyée à
de France
de Voltaire
l'ancien recteur
manuscrit
crois pas
langage
Voltaire en soit
Pétersbourg,
répertorié Les Extases. Conte nouveau
Pour s'illustrer par un saint monument
Une abbesse brûlant de zèle
Voulant construire une chapelle
Dans la clôture du couvent
Assembla nonains en chapitre
Pour décider à quel nom, sous quel titre
La dédier, et faire choix
A la pluralité des voix
Du saint patron; d'abord guerre intestine
Dans le monachique divan,
Pour son saint chacune s'obstine.
L'une veut saint Joseph, et l'autre veut saint Jean.
Celle-là pour saint Ouen réclame la chapelle,
Celle-ci pour saint Paul insulte saint Méry.
C'était un vrai charivari.
Onc ne fut dévote pucelle
Qui n'ait au ciel son favori.
C'est une emplette nécessaire.
Qui n'en trouve sur terre, en cherche dans les cieux:
Il en faut un, notre âme qui s'abuse
Au défaut des réalités
Sur images et marmousets
Trouye liesse; tout amuse.
L'amour divin a ses langueurs
Et pour un Adonis, comme pour un apötre
A peu de chose près ce sont mêmes langueurs
Si que le cceur humain prend souvent l'un pour l'autre.
Comme Ixion parfois on embrasse du vent;
Une idole de chair, une idole de plâtre
C'est même chose bien souvent,
Tout ceci soit dit en passant.
Chaque béguine ici pour son amant céleste
399
20
25
30
10
56
400
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
Reclame cet autel, Pour finir leur conteste
La prudente abbesse leur dit:
Vous savez que le Saint Esprit
Inspira toujours l'innocence.
Pour calmer toute véhémence
Suivons comme arrt solennel
Ce que prononcera la plus jeune novice
Que sa voix seule nous choisisse
Le saint patron de cet autel.
A l'avis souscrit le chapitre;
Nonnette de seize ans est prise pour arbitre,
D'abord par elle sont choisis
Non les saints du martyrologe
Ains les anges du paradis.
On applaudit, on fait l'éloge
De cet enfant que l'on cuide inspiré.
A lédifce désiré
La jeune nonnette préside.
Tous ces avis viennent d'en haut.
Par son esprit c'est Dieu même qui guide
Architecte, peintre, sculpteur
Des fleurs et de festons les profanes mélanges
Tout image des saints, même du créateur
Par elle sont exclus; ce temps est tout aux anges
Aux angelets s'entend; l'enflammé séraphin
Et le rubicon chérubin
En sont bannis, car ces faces volantes
En chef ailé pour unique attirail
Point ne sont images touchantes
Semblent plutôt un éventail.
Mais n'est coeur original qui moult ne se complaise
En ces anges entiers petits mles divins
GPB: ce temple est
62 GPB: vers illisible barré])
60
40
45
complaise
60
40
45
LES EXTASES. CONTE NOUVEAU
Car les anges sont masculins
Ceci soit dit par parenthèse.
Aux peintres disait la nonain
Corporifiez vos images,
Ici rien de drapé point d'ornement mondain.
Nul ordre grec, ionique, romain
Nulles banderoles volages;
Peignez les saints angels tels que dieu les a faits:;
Dégagez l'attirail d'instruments harmonique;
N'avons que faire de musique;
Ne cachez rien en ces divins objets:
Rendez-nous tous les avantages
D'un petit corps céleste en tout sens reviré
Ah si par le ciel inspiré
Pouvait la terrestre peinture
Exprimer ces beautés de céleste nature
Tressailliraient nos cooeurs sous ces sacrés lambris
D'un certain ne sais quoi qu'on sent en paradis.
Sur ce plan le docile peintre
Depuis le pavé jusqu'au ceintre
Met des anges partout grands, petits et moyens
En tout sens, en toute attitude
Si qu'on eût dit que divins citoyens
Désertaient le séjour de la béatitude
Pour venir en ce sacré lieu
Consoler les vierges de dieu
Et réjouir leur solitude.
Là priaient à genoux les grands anges gardiens,
Là d'autres angels mitoyens
67 GPB; Au peintre disait
69 GPD: [vers illisible barré]
73-74 GPB: <répétait la saeur Angélique>
<point ne nous faut d'autre relique> p
81 GPB: Snous sentirions sous ces sacrés lambris>B
02 GPD: <distiller en nos coæurs les goûts du paradis> F
401
8o
85
90
70
75
402
102
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Badinaient, voltigeaient, tombaient en quiétude
Enivrés de plaisir, n'offrait leur mulitude
Rien de confus on voyait les maintiens
De chaque petit corps dans la vicissitude
Des groupes, onc jamais Raphaels, Titiens
N'y firent æuvre en leur étude,
Et peignant ces angels dont la docte nonain
Leur traçait les tendres images.
Peintres gaulois firent ouvrages
Surpassant tout peintre romain.
Quand parfaite fut la chapelle
On eût cru voir la demeure éternelle,
Les cieux ouverts, le terme des désirs
Et le paradis des plaisirs.
Les diseuses de patenôtres
Contemplant angels amoureux
Criaient comme au tabor autrefois les apôtres
Nous touchons au plaisir des dieux
Ah! qu'il fait bon en ces saints lieux
Pour des vierges quelle ressource
Qu'un si dêlicat monument
GPB: Cavait gravé au cceur et dans la tête>B
GPB: <euvre parfaite>B
103 GPB: entre ces vers:
<combien de fois cette gente novice>
Sdun ange extasié voyant tracer l'esquisse>
<que le peintre habile exprimait>
<ainsi qu'elle l'imaginait>
<du feu diyin toute embrasée>
<tombait mourante extasiée>
L'appelles voyant trait pour trait>
<en ce dévot enfant un céleste modèle>
<sur cet original corrigeait son portrait>
<et peignait lesS anges.>
109 GPB: Cvoyant ces> Contemplant
GPB: [vers ajoue]
9
LOF
9
LOF
II7
II9
125
I26
LES EXTASES. CONTE NOUVEAD
Ce temple fut bientt la source
De maint dévot enchantement
Des voluptés béatifiques.
Maintes visions extatiques
Sur ces portraits honnêtes s'enfammant
De la charité la plus vive
Ouittèrent tout travail et tout amusement
Pour la vie contemplative.
Bientôt reliquaires agnus
Sachets bénis, broderies, tissus
Sont bannis du couvent; dévotes indolentes
Voyant ces amours sans flèches ni carquois
Ne faisaient ceuvre de leurs doigts
Au moins des oeuvres apparentes.
Car tous ces feux intérieurs
Qu'en oraison jaculatoire
On darde au séjour de la gloire
Ces extasiées saintes langueurs
Qui saisissent les jeunes coeurs
Au dire des enfants d'Ignace
Opèrent sur nos sens et trop bien l'ont compris
Du grand saint Augustin les pieux favoris
Ayant nommé ces accès de la grâce
Sensible délectation
Conflit de deux amours, et liquéfaction
Du coeur humain, volupté prévenante,
Plaisir qui malgré nous ravit l'âme et l'enchante.
Quand l'âme jouit d'un tel bien
115 GPB: Ce <beau> temple
GPB: Des <délires> voluptés
GPB: <nos vierges toujours> Sur
24 GPB: <clinquants> Sachets
GPB: Couvent <nos saintes fainéantes> dévotes
GPB; <pour> Voyant ces <dévots> amous
403
I35
140
IIS
120
125
404
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Tempérament n'y serait-il pour rien?
Croit-on ue dame chair n'y soit participante,
Voire parfois la cause effciente?
N'en faut douter, tels étaient les effets
Des saints élans, des cêlestes accès
Qui saisissaient nonains lorgnant beauté suprême
Faite exprès pour le cceur enflammer.
Las qui peut exprimer
En ce ravissement extrême
Ce que vierge sent en soi-même.
Bientôt prodiges étonnants
Qu'on proclamait à tous venants,
Guérisons, dévotes extases
Qu'opérait en ces saintes cases.
Angéliques vertus attiraient maints dévots
Gente victime et riche dot
Au monastère; or la chapelle sainte
Que cachait moniale enceinte
Des profanes yeux masculins
Nétait pollue, aux regards féminins
Etaient seuls dévolus ces tableaux énergiques
Et de ces beautés angéliques
Tant étaient les effets puissants
Que nulle pucelle à j ans
N'y pouvait fixer la prunelle
Sans sentir tout à coup en elle
Certain désir de prier Dieu
L43 GPB: <croit-on que cops n'y soit pour rien>
144 GPB: Ket que la chair parfois n'y soit participante>
GPB: <d'un angel qui venait l'enflammer>p
I49
150 GPB: <des Sts angels,> Las
53-50 GPB: Celle se voit en ange transformer> les accès ravíssants d u
fait pour aimer
Ses mouvements d'un caeur fait point aimer> ne se font sentir pa
des phrases.
163 GPB: ces <peintures> ableaux énergiques
16
suprême
ravíssants d u
font sentir pa
16
191
I95
LES EXTASES. CONTE NOUVEAU
Et prendre voile en ce saint lieu.
Renonçant à l'hymen l'air de cette chapelle
Portait au cceur si vivement
Que d'un si prompt enchantement
Nuls ne concevaient le mystère.
C'est le doigt d'en haut qui opère
Faut l'adorer tacitement,
Disait chacun: qui peut dans la nature
Sayoir comment s'applique en une créature
L'acte de Dieu, disciples d'Augustin
Y perdirent jà leur latin.
Sceur converse du monastère
Découvrit pourtant ce mystère
Impénétrable aux grands esprits.
Dieu se manifeste aux petits.
Un jour dans cette basilique
Méditait la sceur Angélique
Qui par extatiques vapeurs
Excellait sur les autres soeurs;
Il n'était bruit que des merveilles
De ses oraisons, de ses veilles
Et s'extasiant maintes fois
On la vit de plus de six doigts
Sélever, dit-on, sur la terre.
L'abbesse qui la considère
La vit pendant son oraison
Tomber plus rouge qu'un tison
Sans sentiment, ni connaissance.
Répondez-moi de par le Dieu vivant,
GPB: Et riant maintes
GPB: vers ajoutés et barré:]
<au moment de>
<la vit la nonette en oraison>
<la vit la nonette en pamoison
<choir immobile à la renverse>
405
I85
I90
I95
I70
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406
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Criait l'abbesse en l'agitant,
Par la vertu de sainte obéissance
Vertu qui n'a moins de crédit
Que parole de Jésus Christ.
Surtout froc, capuchon ou guimpe
Par qui vole, galope, grimpe
Maint cénobite, et par monts et par vaux
Marche sans danger sur les eaux,
Voix évoquant de l'autre monde
Et d'extase la plus profonde
Réveillant tout moine dévot
A cette voix ne répond mot
Notre jeune vierge mourante.
On a beau lui crier: soyez obéissante!
Point de nonnette. Oh! c'est assurémnent
Syncope, apoplexie, évanouissement
Tel effet ne produit le céleste commerce,
Reprit la mère, appelle la converse,
Qu'elle se hâte: elle a grâces aux cieux
Un remède délicieux
Qui mainte nonne évanouie
A rappelé de mort à vie.
On s'en sert en cas périlleux
Quoi qu'en disent les scrupuleux.
Aussitôt accourt soeur converse,
Trouve nonnette à la renverse,
[Le visage enfammé,] levant au ciel les yeux
GPB: <L'abesse a> On
GPB: vers ajouté et barré:) <pour la syncope>
219 GPB: <qui l'appelle de mort à vie> >B
GPB: <mainte nonain évanouíe> B
221 GPB: <et permet> On
GPB: ajouté
GPB: <elle accourt et> trouye
20
201
210
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22
20
201
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236
LES EXTASES. CONTE NOUVEAU
On criait alentour: la charité l'embrase
N'en faut douter. Pour vaincre tel extase
Ou défaillance ou pamoison
Ne faut esprit de vin, bolus ni médecine
Dit la converse, allons à la racine
Du mal, de ses doigts saisit jeune toison
De la nonain, étroitement l'embrasse
S'écriant quel brasier! Nonnette tressaillit
Et sur la converse saillit
Moëlleuse action de la grâce.
La pâmée s'éveille et poussant un soupir
Crie sentant l'effet du remède efficace:
Ange du ciel quel céleste plaisir!
Le cas fut éclairci: palpable était la chose
Et touchant le miracle au doigt
On ne douta plus de la cause
Qui tels extases opérait.
GPB: on criait alentour <la converse cria> la charité l'embrase
GPE: N'en faut douter, Pour vaincre <un si profond> tel extase
<comment donc triompher d'un si profond extase>
Ket réveiller la saeur>
233 GPB: <surpise soudain>
<elle tent humectant>
234 GPB: <et soudain> Et Sur la conyverse <sentit> saillit
GPB: <L'extasiée> La
407
230
235
24
CHANSON
Cette chanson figure dans un recueil où plusieurs textes sont attribués
à tort à Voltaire. Elle est le dernier texte d'une section de cette
anthologie qui sintitule: Epîtres en vers, lettres, fragments, par
M. de V** (p.165). I ne semble y avoir aucune raison de penser
que ce texte soit de sa plume, Dans Le Portefeuille d'un homme de
goût il porte le titre L'Amant timide' et est attribué à La Garde.
Editions: Le Portefeuille trouvé, ou Tabletes d'un curieux (Genève, 1757),
t, p2o2-203; Le Chansonnier français (s.l., 1760), t.1, P.g8-99; Le Portefeuille
d'un homme de goût (Amsterdam, 176s), t.2, p.53-54-
Texte de base: Le Portefeuille trouyé.
408
sont attribués
de cette
fragments, par
penser
homme de
Garde.
1757),
Portefeuille
Chanson
I.
Pour soumettre mon âme
A l'empire des plaisirs,
Un berger plein de famme
M'entretient de ses désirs.
Pas à pas son feu le guide
Vers la route des faveurs.
Mais son cooeur encore timide
N'ose braver mes rigueurs.
La sagesse trop fière
Me défend de l'écouter;
Et pour la faire taire,
L'ingrat n'ose assez tenter.
Que n'a-t-il assez d'adresse
Pour dérober au devoir
La preuve d'une faiblesse
Que je n'ose laisser voir!
II.
Quand d'un ceil moins sévère
Je flatte ses tendres feux,
Son embarras difere
L'instant de se rendre heureux.
Il craint, il tremble, il hésite,
Il avertit ma fierté;
Et la cruelle en profite,
Pour bannir la volupté.
IV.
Hier à la victoire,
Marchant plus rapidement,
I atteignait la gloire
409
20
2
410
poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Dont on couronne un amant.
Que n'osait-il davantage?
Encor un pas seulement,
Ma raison faisait passage
Au plaisir du sentiment.
30 Ce dépourvus la a Voltaire, du Grimm Grimm, placée n'hésite est sur novembre Le seconde P.sentiments Duren, Itance Scrit, premier Texte 2 les
30 ODE DE M. DE VOLTAIRE, SUR LE REPENTIR
Ce texte n'est certainement pas de Voltaire. Ses accents pieux
dépourvus de tout élément ironique, sont albsolument étrangers à
la plume du patriarche. I est publié dans Le Journal chrétien, dédié
a la reine (octobre 1758), t.17, P.T86-90, sous le titre "Ode de M. de
Voltaire, sur le repentir. I igure dans la Corespondance litét aire
du re novembre 1758,1l comme le remarque Bengesco: 'En Izs8,
Grimm reproduit dans sa Correspondance [..] une ode intitulée: Votaire
pénitent. "Ceux qui ont cru cette ode de M. de Voltaire, ajoute
Grimm, ne doivent jamais se mêler de juger des vers." Néanmoins
M. Ed. Fournier, dans son étude intitulée: Voltaire au théâtre, et
placée en tte du Théáre complet de Voltaire (Paris, 1874, p.vi),
n'hésite pas à affirmer que cette ode, qu'il intitule Ode sur le repentir,
est bien de notre auteur; [] Nous croyons que les éditeurs modernes
des Puvres complètes ont eu raison de ne pas réimprimer l'Ode
sur le repentir.'2 Voir aussi l'étude de Nicholas Cronk à ce sujet.3
Des versions se trouvent aussi dans le Mercure de France de
novembre I758, avec quelques variantes (p.20-23), sous le titre
Le retour d'une âme à Dieu, ode', dans La Lyre protestante,
seconde et dernière édition ([La Haye?, c.1760), par J. D. Ramier,
P.90-93, et dans Le Poète philosophe-chrétien, ou entretiens solitaires,
sentiments de pénitence appropriés à Monsieur de V (Francfort, Van
Duren, 1765), p.t81-84.
Le Catalogue général des manuscrits des bibliothèques publigues de
Itance (Paris, 1886-1897), t.39, Reims, p.I009, annonce un manu-
Scrit, avec le titre Le Repentir de M. de Voltaire ', et en cite le
premier vers et une partie du second.
Texte de base: Le Journal chrétien.
1 CLT, t.4, P.44-40.
2 Bengesco, t4, p.279-80.
3 Voltaire, poète chrétien? Ou la porosité du corpus voltairien', dans Rousseau et
les Lumières. Mélanges à la mémoire de Raynmond d Trousson (Paris, 2016), p.ós-83.
4II
412
Ode de M. de Voltaire, sur le repentir
Précieux effet de la grâce,
Trouble heureux, salutaire horreur!
Toi, par qui le péché s'efface,
Repentir, viens briser mon cceur!
De mes cuisants remords redoubles l'amertume,
Et joins de nouveaux feux au feu qui me consume;
Mes sens en seront abattus,
Mais i'en connaîtrai mieux toute I'horreur du vce,
Et par des actes de justice
Je m'approcherai des vertus.
Qui suis-je, où tend mon espérance?
Tiré des ombres du néant,
A qui dois-je mon existence?
Qui m'a fait un être vivant?
Vil limon, qu'anima l'auteur de la nature,
Oses-tu bien, rebelle créature,
Transgresser les divines, lois:
Et par un délire qui n'est que trop funeste,
Ingrat à sa faveur céleste,
Trahir ton devoir et son choix?
Le jour qu'une onde salutaire
Imprima dans mes jeunes ans,
L'ineffaçalble caractère
Qui désigne tes vrais enfants,
Je te jurai, Seigneur, un éternel hommage,
Un coeur sincere et pur, un amour sans partage:
Le serment fut fait en mon nom;
Mais bientôt, ô forfait! i'en perdis la mémoire,
Et l'injure faite à ta gloire
Fut l'ouyrage de ma raison.
Le temps fuit, et bientt sans doute,
La mort, d'un vol précipité
2
30
20
5
consume;
vce,
2
30
20
5
ODE DE M. DE VOLTAIRE, SUR LE REPENTIR
Ouvrira devant moi la route
Qui conduit à l'éternité.
A mes yeux, chaque instant, le pasé se retrace,
Aveugles passions source de nos disgråces,
0, désespérant souvenir!
Quoi, je touche au moment où se borne mon être,
Et je commence à me connaître
Quand je sens que je vais finir!
Du ciel l'arrêt irrévocable
Mappelle au sacré tribunal,
Où devant un juge équitable
Sont pesés le bien et le mal;
Des célestes bienfaits dispensateur fidèle,
Il donne à ses élus une palme immortelle.
Qu'ai-je fait pour la mériter?
II tient les réprouvs sous de pesantes chaînes,
Ils souffrent d'éternelles peines:
Qu'ai-je fait pour les éviter?
Quelle horreur au fond de mon âme
Vient tout à coup de s'élever!
Quel objet et quel trait de flamme
Vient à l'instant de s'y graver!
Quels terribles accents, quelle voix menaçante,
Portent dans mon esprit le trouble et l'épouvante!
Je crois voir le livre éternel;
Et frémissant du sort des coupables victimes,
Avec le nombre de mes crimes,
Je lis l'arrêt du criminel.
Arrête, Dieu vengeur, arrête!
Sous tes coups dois-je succomber:
Suspens celui qui sur ma tête
Est de tes mains est prêt de tomber.
En ta bonté suprême est-ce en vain que j'espèrer
Des rigoureux effets de ta juste colère
413
35
40
45
55
6
414
PoSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Rien ne peut-il me garantir?
Ai-je par mes forfaits épuisé ta clémence?
Non ta miséricorde immense
Pardonne tout au repentir.
Doux attrait, flatteuse espérance,
Recours si cher aux malheureux,
Don du ciel, sainte confiance,
Succède à mes troubles affreux;
Chasse de mon esprit, de mon âme obsédée,
D'un cruel désespoir la criminelle idée.
Succomberai-je à ces efforts?
Non porte loin de moi ces sinistres présages,
Dissipe ces noires images,
Si cest assez de mes remords.
Oui, puisqu'il en est temps encore,
Je briserai d'indignes fers;
Pour Aéchir le Dieu que j'implore
De sûrs moyens me sont offerts.
Il rend déjà le calme à mon âme alarmée,
Son courroux est éteint; sa main est désarmée;
Et tout mon crime est effacé.
Je sens que jusqu'à lui mon faible esprit s'élève,
Et que mon repentir achève
Ce que sa grâce a commencé.
Mais, Seigneur, soutiens ma faiblesse
Contre un ennemi furieux;
Des pièges quil me tend sans cesse,
Fais-moi sortir victorieux.
Dans mon âme à jamais viens graver ta loi sainte,
Et qu'en voyant briller cette dernière empreinte,
Le noir esprit soit confondu.
Brise, détruis l'autel, anéantis lidole,
A qui, par un attrait frivole,
J'offrais un encens qui test dû!
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Ce 1758, roi une le Londres, and ensuite or une Register consacré publié t3, ('Nation actualité réponse pourtant éventuelleà Aurait-2 I758), Rten L975)-
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ODE À S. M. LE ROI DE PRUSSE
Ce poème a été publié séparément dans deux brochures datées de
1758, I'une en 15 pages (Ode sur la guerre présente à sa majesté le
roi de Prusse par Mr. de Voltaire', sans lieu de publicatíon) avec
une traduction en allemand, et l'autre en 8 pages (Ode à sa majesté
le roi de Prusse sur la guerre présente écrite par Mr. de Voltaire',
Londres, Rivington, 1758), et aussi dans The Gentleman 's magazine
and historical chroniclel pendant la guerre de Sept Ans. Elle est
ensuite imprimée dans le premier numéro de The Annual Register,
or a view of the history, politicks and literature of the year y58 avec
une traduction en anglais.2 Dans les deux cas, la pièce est accompagnée
d'une traduction en anglais. 9 Ce numéro de The Annual
Register est dirigé, anonymement, par Edmund Burke et est surtout
consacré au déroulement de la guerre (p.I-234), Le poème fut
publié aussi dans les uvres diverses de Frédéric (Berlin, 1762;
t3, p.167-72), avec quelques variantes, notamment aux vers 91
('Nation féroce et fougueuse,") et 93 (Une fuite prompte et honteuse').
On doit se demander pourquoi un si long poème d'une
actualité manifeste ne semble pas avoir été publié en France. La
réponse est évidente: la célébration des qualités de Frédéric. Et
pourtant une question des plus épineuses s'impose: l'attribution
éventuelleà Voltaire. Voltaire aurait-il (trahi' sa patrie en composant
ces vers? Impossilble de trancher. Comment aurait-il pu transmettre
ces vers jusqu'en Angleterre? Impossible de le découvrir.
Aurait-il composé un tel éloge dans les années qui suivirent Sa
Mai 1758, t.28, p.234-36.
2 Londres, 1759, P.403-405
La traduction parait, sans le texte français, dans The Scos Magaqine, t20 (mai
I758), p.2s3-54.
Our Burke et l'Annual Register, voir T. O, McLoughlín, Edmund Burke and the
Rten years of the Annual Register?, 758-176 (Salisbury, University ol Rhodesia,
L975)-
415
poÉSIES ATTRIBUÉES À voLTAIRE
rupture avec Frédéric en 1753 Est-ce que des ressortissants inconnus
de la perfide Albion auraient trouvé quelqu'un pour composer
ces vers avant de faire endosser la paternité de ce texte à Voltaire)
Voilà sans doute une hypothèse saugrenue. On peut constater
quand même que la publication de ces vers en Angleterre est
incontestablement un acte de propagande étant donné la conjoncture
politique. Mais peut-on attribuer à Voltaire des vers si plats et
si grandiloquents? Voltaire était-il capable d'écrire un vers tel que
'Ourdies au fond de vos âmes'?
Texte de base: Brochure de 1758 (IS pages).
416
ressortissants inconnus
composer
Voltaire)
constater
Angleterre est
conjoncture
si plats et
vers tel que
Ode à S. M. le roi de Prusse
Prince yaillant et magnanime
Assailli d'ennemis cruels
Dont tu sais arracher l'estime,
Héros digne de leurs autels:
Je sens une fureur divine
Qui me presse, qui me domine,
Je cède à sa brûlante ardeur.
Reçois mon hommage sincère:
Grand Frédéric, il doit te plaire,
C'est le pur hommage du cæur.
Déjà la politique affreuse,
Monstre affané de grands forfaits,
Dans sa caverne ténébreuse
A conçu les plus noirs projets.
L'ambition à l'eil perfide,
La jalousie au teint livide,
Ont présidé dans son conseil;
Bellone sombre et menaçante,
D'une guerre injuste et sanglante
Prépare l'horrible appareil.
De trois puissances redoutables
Je vois s'unir les étendards:
Du soldat les cris effroyables
Retentissent de toutes parts;
Plein d'un courage mercenaire,
I arma son bras sanguinaire...
Ah! mon cceur est saisi d'effroi!
Prince, l'ennemi t'environne,
Il va t'enlever la couronne!
Qui la mérite mieux que toi?
Dans une tranquille retraite
Goûtant les douceurs de la paix,
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poÉSIESs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Sa grande âme ne s'inquiète
Oue du bonheur de ses sujets.
La foudre gronde sur sa tête,
La plus effrayante tempêe
Soulève contre lui les flots!
Il perce enfin l'épais nuage,
Son ceil étonné voit l'orage,
Mais il le contemple en héros.
O vous dont l'ardeur téméraire
Va semer le trouble et l'horreur,
Un roi que son peuple révère,
Un roi quil porte dans son ccoeur,
Tombera-t-il votre victime?
Et sera-t-il dit que le crime
S'immole toutes les vertus?
Non: Frédéric a vu les trames
Ourdies au fond de vos âmes;
Tous vos projets sont confondus.
Soldats, un ennemi parjure
Dont l'ambition est la loi,
Vous fait la plus sanglante injure,
l ose attaquer votre roi!
II yient se montrer à vos portes,
Déjà ses nombreuses cohortes
Répandent partout la terreur.
Soutenez la plus juste cause,
Sur vous Frédéric se repose,
Si vous Iaimez, il est vainqueur.
I dit; son courage intrépide
Passe dans l'âme des soldats,
Et chacun d'eux, nouvel Alcide,
Brûle de voler aux combats!
Autrichien vain et farouche,
Oui, l'insolence est dans ta bouche,
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oDE À S. M. LE ROI DE PRUSSE
Mais l'épouvante est dans ton cceur!
Français, ta valeur si vantée
Devant le Prussien est glacée,
Tout disparaît, jusqu'à l'honneur.
Jadis les enfants de la terre,
Les tyrans fiers, audacieux,
Osèrent déclarer la guerre
Au souverain maître des dieux.
Déjà leur fureur arrogante
Levait une main triomphante...
Jupiter tonne, ils sont vaincus!
Toi, Frédéric, en ta colère
Tu jettes un regard sévère,
Tes ennemis sont éperdus.
Aux plaines de la Germanie
L'orgueil français est écrasé;
Frédéric vole en Silésie,
L'Autrichien est terrassé.
Ses soldats lancent-ils la foudre?
Is paraissent, tout est en poudre,
La victoire est devant leurs pas!
Non, il n'est rien là qui m'étonne,
I faut que le succès couronne
Des héros que soutient son bras.
Et toi, féroce Moscovite,
Tu crains d'affronter sa valeur!
Une prompte et heureuse fuite
Te soustrait à son bras vengeur.
Va raconter dans les provinces,
Que le plus auguste des princes
A pour soldats des demi-dieux;
Que son nom seul, en son absence,
Produit leffet de sa présence,
Et que son âme vit en eux.
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Ces événements mémorables
Que célébra l'antiquité,
Ne seront plus d'illustres fables
Aux yeux de la postérité.
Hommes courageux, invincibles,
Tous vos faits incompréhensibles
Etonneraient-ils nos esprits?
Quand nous voyons de votre gloire
Les rayons épars dans l'histoire
En Frédéric seul réunis.
Mets finà tes travaux sans nombre,
Termine tes exploits guerriers,
Et viens te reposer à l'ombre
Frédéric, de tant de lauriers.
Donne à l'Europe désolée
Une paix qui soit assurée;
Qu'elle la tienne du vainqueur!
Le triomphe le plus illustre
N'acquiert-il pas son dernier lustre
Quand il ramène le bonheur?
De tout un peuple qui t'adore
Lorsque les væux sont exaucés,
Voudrais-tu qu'il frémît encore
En voyant tes jours exposés?
Achève la plus belle vie
En éclairant par ton génie
Des sujets sauvés par ton bras.
Remonte la lyre d'Horace,
Sois Apollon sur le Parnasse
Comme tu fus Mars aux combats.
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I1O
Ce aussi qui pièce 1710, La 1825), l'attribue t1 1710, textes Le I parait I787), (La Le P-7-Texte T 2 3 o du Calvados 4
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I1O
MADRIGAL
Ce madrigal figure dans l'édition de Kehl. Beuchot, qui l'atribue
aussi à Voltaire dans le t.r des oeuvres en 1827, note que ce madrigal
est formellement attribué au marquis de La Faye par un homme
qui n'est pas disposé à dépouiller Voltaire, D'Alembert.! Cette
pièce est imprimée dans le Mercure galant de juin, juillet et août
1710, p.215-16 [MG], avec les initiales M. D. L. E (monsieur de
La Faye); et attribuée à La Faye dans Le Nouyeau Trásor du Parnasse?
et dans Dellurbanità, discorso di Nicolò Tommaséo (Milan,
1825), p.231. Le poème se trouve dans Le Nouveau Parterre du Parnasse
français (La Haye, 1739), p.254, sans attribution. La Harpe
l'attribue toujours à Voltaire dans Abrégé du cours de litérature,
t1 (Paris, I837), p.28o. Il est attribué à Verrières, mais né qu'en
1710, il ne peut en êre l'auteur.9 Le madrigal parait parmi des
textes attribués à Voltaire, mais sans attribution explicite, dans
Le Portefeuile trouvé sous le titre Le véritable Amour. Madrigal.!
I parait ausi dans les ivres diverses de Grécour (Luxembourg,
I787), t.4, p.zo-71. Le poème se trouve dans les Poésies de Lainez
(La Haye, I753), sous le titre Le véritable amour (p93); et dans
Le poëte Lainez', Bulletin de l'Académie royale de Belgique 19, n° $,
P-7-8, par Goswin de Stassart, 5 Cete pièce n'est pas de Voltaire.
Texte de base: K84.
T Kehl, t.14, P.326; B, t.14, P.303-
2 Liège, I772; tI, p.I94; avec les variantes des versI et 9.
3 Dictionnaire philosophique, ou introduction à la connaissance de l'homme (Lyon,
o p.2o; et F. Boisard, Notices biographiques, litéraires et criigues sur les homnes
du Calvados (Caen, 848), p.361-62.
4 Genève, I757, P.5o dans une version, t.I, p.323 dans l'autre.
exandre Lainez (16,o-1719, baptisé en 1653). Voir OC, tI2, p12i:
421
I-2
B-9
422
Madrigal
Projet flatteur d'engager une belle,
Soins concertés de lui faire la cour.
Tendres écrits, serments d'être fidèle,
Airs empressés, vous n'êtes point l'amour.
Mais se donner sans espoir de retour,
Par son désordre annoncer que l'on aime,
Respect timide, avec ardeur extrême,
Persévérance au comble du malheur,
Voilà l'amour: il n'est que dans mon coeur.
MG: flatteur de jouír d'une/ Soins
MG: malheur, / Dans sa Philis n'aimer ue Philis même/Voila
9 MG; anour; mais il n'est qu'en mon
D'après édition dans condamne diable'.ridiculités Voltaire sous Texte w64n, Voir D onnue
RÉFLEXIONS SUR LES MOINES
D'après son style et son sujet, et parce quil est publié dans une
édition de ses ceuvres,' on serait tenté d'attribuer ce poème à Voltaire,
mais le fait que le texte semble n'apparaître nulle part ailleurs
dans ses ceuvres exige une extrême prudence. A noter que Voltaire
condamne la forme fol trouvée ici dans N'es-tu pas fol d'aller au
diable'.2 Le poème est aussi publié dans Le Docteur Gelaon, ou les
ridiculités anciennes et modernes avec plusieurs posies de MM. de
Voltaire et de Grécourt quin'ontjamais paru ailleurs que dans ce requeil
sous le titre Vers de M. de Voltaire [DG].9
Texte de base: wo4R.
w64n, t.I(2), p.6s1-52-
Voir Avis aux imprimeurs', OCV, t.70A, p.429.
D Londres, Innys et Tonson, I738, p.i69-70. Voir Ch. Dédéyan, Une version
onnue du Mondain', RHLE 4), n° i (1949), p.ó7-74 (ici p.73-74)
423
I2
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DG: les Elus!
Réflexions sur les moines
Quand je vois un moine tondu,
A leil triste, à la face blême,
Qui pendant tout l'an fait carême,
Au travail des mains assidu,
Qui chante longtemps au pupitre,
Souvent se flagelle en chapitre;
Bref, qui dans son cloitre encoffré,
De tout plaisir est séquestré,
Sans compter le prieur austère
Sous qui tremble le monastère,
Je dis, en voyant ce reclus,
Du Seigneur, tels sont les abus!
Mais si le moine quéneliste,
Cache sous son froc janséniste,
Un esprit rebelle à la foi,
Si le cafard se rit sous cape,
Et des évêques et du pape,
Et du zèle ardent de son roi,
Je le regarde avec effroi,
Et lui dis, moine fanatique,
Qui dans le troupeau catholique
De tout pasteur brave la loi,
O que ta misérable vie
De maux affreux sera suivie!
Dis-moi, gibier de Belzébut,
De tes travaux quel est le but?
N'es-tu pas fol d'aller au diable
Par un chemin impraticable?
Ton froc sera-t-il ton salut?
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1
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RÉFLEXIONS SUR LES MOINES
Non; ta stérile pénitence
Déjà te damne par avance.
Malheureux, tu diras un jour,
L'Enfer m'avait semblé trop court.
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ÉPIGRAMME
Cette épigramme ne semble pas avoir été publiée du viyant de
Voltaire, mais elle paraît dans l'édition de Kehl et dans plusieurs
éditions des Euvres du dix-neuvième siècle. Beuchot commente:
Cette épigramme n'est qu'une imitation de ce distique de La Monnoye:
“Parthenopes regnum simul olim, Galle, luemque / Cepisti:
restat nunc tibi sola lues." Cependant i'ai laissé cette pièce parmi
les Poésies mêlées où l'on a l'habitude de la voir. Note reproduite
dans Moland, où le poème est daté de 1735. Le site Poèmes satiriques',
n° 7275, note la présence d'un manuscrit dans un recueil du
dix-huitième siècle intitulé Mémoires pour servir à l'histoire de
France, ou recueil contenant plusieurs anecdotes de la cour, par
le marquis de * (Paris, BHVP: MS 67o, f.1oov). Cette source
suggère la date de I734, et le nom de Voltaire n'y apparaît nulle
part.
Le poème paraît aussi en Amérique, où The Port Folio le présente,
en français, en 18o6, en l'attribuant à Voltaire.
Editions: K84 et K85, t.I4, p.301; KI2, t.lA, D.3so: The Port Folio, new
series, t.2, n° 45 (Philadelphie, 18o6), p.3o4; B, t.I4, P.361; M, t.10, Pfo9.
Texte de base: K84.
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f.oov.
viyant de
dans plusieurs
commente:
de La Monnoye:
luemque / Cepisti:
pièce parmi
reproduite
Poèmes satiriques',
recueil du
l'histoire de
cour, par
Cette source
apparaît nulle
Folio le présente,
Folio, new
t.10, Pfo9.
f.oov.
Epigramme
Quand les Français à tête folle,
S'en allèrent dans I'Italie,
Ils gagnèrent à l'étourdie
Et Gène et Naple et la v..!
Puis ils furent chassés partout,
Et Gène et Naple on leur ôta;
Mais ils ne perdirent pas tout,
Car la V.... leur resta.
t au Vers 8, le mot vérole apparaít en toutes lettres dans BVP: ms ó70,
427
LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLICE
SOUS LE RÈGNE DE LOUIS XIV
POÈME
Ce poème se trouve dans une collection de manuscrits à la Bbliothèque
nationale de France titrée Pièces relatives à Voltaire et à
son époque'. I est précédé du poème La Vanité de Voltaire! et
suivi du fragment [de carnet) 29a, de la main de Wagnière. Notre
poème, qui porte quelques corrections, n'est pas d'une main
Connue, mais comporte ce qui ressemble à une attribution de la
main de Voltaire, peut-être une référence à Michel Linant (voir
ci-dessous, n.3).
Le poème est plus qu'un brouillon mais n'est pas tout à fait poli.
ne semble pas avoir été publié, ni dans les euyres de Voltaire,
ni ailleurs.
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.f.24342, f.178-79.
Texte de base: manuscrit.
Voir OC%, tsIA, p.I81-86: Qu'as-tu, petit bourgeois d'une petite ville
2 0CV, t.84, P.I68, 209-13-
428
det
la Bbliothèque
Voltaire et à
Voltaire! et
Wagnière. Notre
d'une main
attribution de la
Linant (voir
fait poli.
Voltaire,
ville
Le Rétablissement de la police sous le règne de Louis XIY
Poème
Quand sur ton char sanglant, altéré de carnage,
Aux peuples irrités tu cours souffler l'orage
O Mars l'équité tremble, et ta terrible voix,
Etonne l'innocence, et fait taire les loix.
Je vois des passions la fureur effrénée,
Par les noeuds de la paix trop longtemps enchaînée,
Les briser à ta voix, et s'échapper du bras,
Choisi pour arrêter leurs desseins, et leurs pas
Qui les mènent bientt sur les bords de l'abime
Où sans peur du supplice, elles suivent le crime,
Toujours avec les mceurs, tu fais tomber les arts,
Accablés et mourants sous leurs débris épars
Quel souverain a su trop épris de ta gloire
Triomphant, et du haut du char de la victoire
D'un peuple belliqueux retenir les fureurs,
Eclairer les esprits, et réformer les cceurs.
Un seul de tant de rois redouts par leurs armes
Un seul plus craint encor a du sein des alarmes,
Que répandit le cours de sa prospérité
Fait entendre aux humains la voix de l'équité
ton cha<nt>r sanglant
9 Qui <malgré ses efforts les portent vers> (les mènent bientôt sur les bords
det l'abime
IO elles <craignent> tsuiventt le crime
12 <Tu étouffes> taccablést et mourants
tant <de pays> tde roist redoutés
Le chiffre XIV a été ajouté après coup. A droite de Pome', Voltaire a ajouté
delinare, ou de linant'.
Gabriel Nicolas de La Reynie (ou La Reinie) est magistrat et premier lieutenant
genéral de police de Paris sous Louis XIV,. I est connu pour avoir sévi contre le
CTime,
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Et tient sur les débris des murs quil met en poudre,
D’une main la balance, et de l'autre la foudre,
Père de tous les arts près de lui rassemblés
Sous leurs divisions nos aieux accablés
Des souverains longtemps la puissance affaiblie
Et cent fois l'ignorance en tous lieux rétablie,
De désordres sans nombre inondant nos climats,
Faisaient gémir Astrée, et désarmaient son bras,
L'impunité chassant la terreur des supplices,
Dans nos murs désolés appelait tous les vices,
Le jeu suivi du vol, et les honteux plaisirs
Venaient de toutes parts irriter nos désirs
Du commerce en tous lieux la source était tarie,
Et les arts expiraient au sein de l'industrie,
Des arts restaurateur, effroi des nations
Louis de ses sujets règle les passions.
Aux langueurs du repos toujours inaccessibles
Esclaves assidus de mille soins pénibles,
Les prêtres de Thémis démêlant nos erreurs,
Jugent nos differends, et réforment nos mæurs.
Peu content d'éclairer le labyrinthe immense,
Où souvent, à leurs yeux s'égara l'innocence
1 les soulage encor du poids de leurs travaux,
Un censeur est créé pour étouffer cent maux,
Enfants des passions, par leur choc excitées
Et dans de vastes murs à toute heure irritées
J'entends déjà frémir ces monstres étonnés,
Des redoutables fers, dont ils sont enchaînés.
Ce fls de l'intérêt que le loisir amène
Que la fraude conseille, ou que la rage entraine
Qui du sort fait un dieu pour d'avides mortels
débris <d'un> fdest murs
Pere [ou Sire ?] [en surcharge sur un autre mot illisible]
désolés appelaiKent>t tous
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poudre,
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LE RÉTABLISSEMENT DE LA POLICE SOUS LOUIs xIV
Immolés I'un par l'autre, autour de ses autels,
Le jeu subit la loi, dont le joug le réprime
Et père du plaisir, il ne l'est plus du crime.
Un être plus hideux formé du même sang
Que l'oisive indigence a porté dans son flanc,
Enyieux des trésors que sa coupable adresse,
Arrachait au travail digne de la richesse,
Pour échapper à l'eil qui toujours le poursuit,
Couvre en vain ses forfaits des ombres de la nuit.
Surprise à ses côtés la volupté perfide,
Qui des plaisirs aux maux par la honte nous guide,
Qui du chaste hyménée éteignant le fambeau,
De l'amour outragé n'a pris que le bandeau,
Sous de sévères lois maintenant enchaînée,
Venge de ses larcins l'amour, et l'hyménée.
Tandis gue la Reinie exile de nos murs
Cent arts pernicieux, et cent vices obscurs,
Louis pour nous servir va dompter la nature,
De mille de ses dons nous comblant sans mesure,
Elle en a refusé mille autres à nos soins,
Et d'obstacles sans nombre assiégé nos besoins
Louis parle, à sa voix les rochers s'aplanissent,
Couvrent de leurs débris les marais qui tarissent,
Ou qui roulant leurs eaux, par de nouveaux chemins,
Rapprochent des climats que leur cours rend voisins
Et ces Aleuves que l'art forme au sein de la France,
Dans nos murs étonnés apportent l'abondance
Le laboureur perçant les forêts, et les monts,
Nous amène sans frais le tribut des saisons,
Et donne loin du champ plein des biens dont il use
Ceux qu'il lui prodigua, pour ceux qu'il lui refuse.
61 volupté <surprise> perfide
qui <[illisible]> tftarissent
76 leur<s> <[illisible]> tcourst rend
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POÉSIES ATTRIBUES À VOLTAIRE
Dans cet échange heureux l'intérêt limité
Ne vend plus le travail qu'au poids de l'équité
Qui sans cesse pesant le bien de la patrie
Egale le salaire aux soins de l'industrie.
L'industrie autrefois qui cachant ses trésors
Voyait dès leur naissance étouffer ses efforts
Et qui même expirait dans la honte plongée
Par l'or, et les honneurs renaît encouragée.
90 <pour>[en surcharge] Par l'or
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VERS POUR LE PORTRAIT DE M. DE VOLTAIRE
PLACÉ AU-DESSUS D'UN GROUPE QUI
REPRÉSENTE APOLLON ET LES ARTS,
DANS LE CABINET DE M. DE FLESSELLES,
INTENDANT DE LYON
Ce poème paraît dans L’Evangile du jour (1778). Jacques de
Flesselles est intendant de Lyon entre 1768 et I784.1 Un 'm. de
Flesselles' est évoqué sans détails dans une lettre de Voltaire à
Charles Bordes, auteur vivant à Lyon, le 6 septembre 1769
(Drs878). Il s'agit ici de vers adressés à Voltaire et non pas de son
Cru.
Texte de base: EJ.
.devient par la suite prévt des marchands de Paris, et est assassiné à Paris le
14 juillet 1789.
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434
Vers pour le portrait de M. de Voltaire
placé au-dessus d'un groupehat
qui représente Apollon et les Arts, dans le cabiner
de M. de Flesselles, Intendant de Lyon
Que d'attraits ont pour lui ces lieux!
Et qu'il aime s'y reproduire;
C'est qu'ils rassemblent sous ses yeux
Ce qui lui plaît, ce qui l'inspire,
Et la cour du dieu de la lyre,
Et l'asile des malheureux.
donc Manuscrit: f.Texte
groupehat
cabiner
IMPROMPTU SUR L'OPÉRA DE JEPHTÉ
La première représentation de Jephté, opéra de Michel Pignolet de
Montéclair, livret de I'abbé Simon-Joseph Pellegrin, a lieu le
28 février I732 à l'Académie de musique à Paris. I s'agit peut-être
de la première mise en scène en France d'un opéra présentant une
histoire tirée de la Bible. Voltaire écrit à Cideville le 8 mars I732
(D466): Je suis fâché en bon chrétien que le sacré n'ait pas le
même succès que le profane, et que Jephté et l'arche du seigneur
soient mal reçus à l'opera.' Le 2 mai I732, Voltaire écrit au même
correspondant (D482): 'On bâille à Jephté, mais on y va.' I se peut
donc que Voltaire soit l'auteur de cet impromptu.
Le poème n'a été imprimé que dans w64R, t.I(2), p.691.
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville, Czsbis,
f.122r.
Texte de base: manuscrit.
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Impromptu ur l'opéra de Jephté
Oue le Vieux Testament, ô ciel, est ennuyeux
Que l'Eternel est triste, et le public profane!
En vain pour nous sauver l'arche descend des cieux
Montéclair est là qui nous damne.
Ces de Nous et dans décembre Manuscrit: Texte
cieux
À MME LA COMTESSE DE ROCHEFORT
Ces vers, de la main de Wagnière,I sont adressés à Marie Thérèse
de Larlan de Kercadio, comtesse de Rochefort, née de Brancas.
Nous n'avons connaissance d'aucune correspondance entre elle
et Voltaire mais elle interprète le rôle de la baronne de Croupillac
dans I'Enfant prodigue sur la scène du théâtre privé du roi en
décembre 1747.2
Manuscrit: Saint-Pétersbourg, GpbV: Manuscrits, t2, f155Y.
Texte de base: manuscrit.
Voir F. Causy, Inyentaie des manuscrits de la biblionhèque de Voltaire (Paris,
Steimpr. Genève, 1970), P.I12 IS5V. Vers à Mme la comtesse de Rochefort |W.f
2 Voir VST, t.1, P.$31.
437
438
A Mme la comtesse de Rochefort
Que Mercure à son gré se cache ou sillumine
C'est un très petit dieu dont je fais peu de cas,
En vain certaines gens lui trouvent des appas
Je n'observe que sa voisine.
MADRIGAL
On a du mal à attribuer ce madrigal à Voltaire. Les seules publicaions
qui lui attribuent ce texte paraissent après sa mort: Nouvelle
Bibliothèque de société (Londres, Paris, 1782), t4, P.53; Nouvelle
Bibliothèque de ville e de campagne (Genève, I788), t.2, p.351; Nouvelle
Encyclopédie poétique, ou choix de poésies dans tous les genres
(Paris, 1819), p.228, et autres. En revanche, I'auteur du madigal
n'est pas nommé lorsque le texte est publié du vivant du patriarche
de Ferney: Mercure de Erance (décembre 1725, p.3o40-41), sous le
titre Souhaits d'un amant. Epigramme', avec une variante au vers
2: offrir pour m'offrir', et une autre au vers 3: Car avec vous j'ai
perdu liberté'; Nouvelle Anthologie française (Paris, 1769), tl,
p.1f6; Le Nouveau Trésor du Parnasse, ou Elte de poésies fugitives
(Londres, I770), t.4, P.98. Le poème, dans la version du texte de
base et sans attribution, se trouve également dans la Bibliothèque
de société, t4 (Londres, 1771), P.39.
Texte de base: Nouvelle Anthologie française.
439
440
Madrigal
Que n'ai-je esprit, gentillesse, beauté!
Non pour m'offrir à quelque autre bergère:
Car vous avez conquis ma liberté:
Non pour paraître en cour, je suis sincère;
Non pour savoir débrouiller une affaire:
Car au Palais ne sont mes rendez-Vous:
Mais pour pouvoir apprendre l'art de plaire,
Autant qu il faut pour être aimé de vous.
Ce siècle. trouvent publié sous l'auteur sommes (secrets de damnées: M. Blanche de Paris, Texte de siècle
À MME LA DUCHESSE D' ORLÉANS
Ce quatrain paraît sous le nom de Voltaire pour la première fois en
1817. Il est reproduit dans plusieurs éditions du dix-neuvième
siècle. A première vue il n'y a pas de raison de douter de cette attribution.
Ces vers légers pourraient bien être de lui. Mais ils se
trouvent aussi dans Poésies de M. l'abbé de L'Ataignant, ouvrage
publié en 757. Ils y sont adressés à Madame la baronne Blanche
sous le titre: 'Autre [chanson] pour la même / Qui avait exigé que
l'auteur fit un couplet pour sa femme de chambre. / Sur l'air: Nous
sommes précepteurs d'amour.'3 Gabriel-Charles de Lattaignant
(vers 1697-1779) était chansonnier et poète. Lauteur des Mémoires
secrets l'appelle le grand chansonnier. Mais qui est la baronne
de Blanche? On retrouve ce nom dans Antonin Reschal, Véns
damnées: Le lieutenant de police] [...] aimait à savoir (...] que
M. de Bernage, S prévôt des marchands, s'épuisait avec la baronne
Blanche qui avait épuisé tout le corps diplomatique [...J'. Lattaignant
lie les vers à un air qu'il a lui-même composé.
Est-ce suffisant pour éliminer cette chanson du corpus voltairien?
Ou bien Lataignant aurait-il emprunté une composition
de Voltaire?
Editions: Poésies de M. l'abbé de L'Attaignant (Londres, et se trouvent à
Paris, chez Duchesne.., I757), t.3, P.178 (PL]; 2uvres complètes de Votaire,
éd. Lefevre et Déterville (Paris, 1817), t.7, p.6o3; M, t.10, p.537-38.
Texte de base: Moland.
TCuvres complères de Voltaire (Paris, 1817). Voir Bengesco, t.I, p.289-90.
2 Londres, I757:
3 "Cet air se trouye à la page 238 du tome lI:"
4 Mémoires secrets, 12 avril I775
Louis-Basile de Bernage de Saint-Maurice (1601-1767), prévôt des marchands
de Paris, intendant du Languedoc.
6 Vénus damnées, documents curieux et rares sur la galanterie secrète du XVIIJ
siècle (Paris, [L91o]), p.3o0-301.
44I
A Mme la duchesse d'Orléans,
qui demandait des vers pour ne de ses dames d'atour
Que pourrait-on dire de plus
De la nymphe qui suit vos traces?
Un jeune objet qui suit Vénus
Doit être mis au rang des Grâces.
a-b PL: Aure [chanson] pour la même / Qui ayait exigé que l'auteur fit un coupiet
pour sa femme de chambre. / Sur l'air: Nous sommes précepteurs d'amour.
I PL: Que pourrais-je dire
3 PL: qui sert Vénus,
442
Ces recueils Opuscules le de Scène Un vers: Texte
d'atour
coupiet
VERS POUR ÉTRE MIS AU BAS DU PORTRAIT
DE M. LE MARQUIS DE **
Ces vers paraissent dans Opuscules poétiques, ou le plus charmant des
recueils (Amsterdam, 1773), P.I9, et dans Le Voltaire galant, ou les
Opuscules poétiques (Paris, I773). On ne connaît pas les circonstances
de la genèse de ce quatrain ni lidentité du marquis à qui
le poème est adressé. On pourrait croire quil n'y a aucune raison
de l'attribuer à Voltaire, si ce n'est que dans Samnson (I733), acte 3,
Scène 3, nous trouvons ces vers:
SAMSON
Que ses traits ont d'appas! que sa voixm'intéresse!
Que je suis étonné de sentir la tendresse!
De quel poison charmant je me sens pénétré!
DALILA
Sans Vénus, sans l'Amour, qu'aurait-il pu prétendre?1
Un peu plus tt dans la même scène, Dalila énonce notre quatrième
vers: Armé, c'est le Dieu Mars; désarmé, c'est l'Amour:
Cela ne prouve certes pas que le quatrain soit de Voltaire.
Texte de base: Opuscules poétiques.
10C, t.18C, p.289-90.
443
444
Vers pour étre mis au bas du portrait
de M. le Marquis de **
Que ses traits ont d'appas! il plait, il intéresse;
Ses yeux à tous les ccoeurs inspirent la tendresse:
De Vénus doublement il embellit la cour,
Armé, c'est le Dieu Mars; désarmé, c'est l'Amour.
tendresse:
l'Amour.
LE TOMBEAU D'ADRIENNE LECOUVREUR
Ce long poème n'est pas de la main de Voltaire, mais d'un certaín
Bonneval qui l'avait attaqué. Voltaire écrit à Jean Paris de Montmartel
le 22 octobre I738 au sujet de Bonneval (Dr633):
Je suís obligé Monsieur d'avoir l'honneur de vous instruire que vous avez
chez vous un homme de lettres, nommé de Bonneval, qui ayant imprimé il
ya quelque temps un libelle contre moi a dit pour excuse quil n'avait fait
ce libelle qu'à la sollicitation de madame votre femme. Je suis bien loin de
croire cette infåme calomnie, mais comme il est bon que tout homme qui
est à la tête d'une famille et d'une maison considérable connaisse ses
domestiques, je fais avec vous en cette occasion ce que je voudrais qu'on
fit avec mnoi.
Le même jour, Voltaire écrit à Thiriot (DI634): Quant à Bonneval
que vous m'apprenez être précepteur chez M de Montmartel, je ne
crois pas qu'il y reste longtemps. Quelques années plus tard, le
Is février 751, il s'indigne de l'attribution de ce poème dans une
lettre à l'imprimeur-libraire Michel Lambert (D4382):
L'epothéose de Mle le Couvreur, est une pièce aussi scandaleuse que mal
écrite, elle est d'un nommé Bonneval. 'idée seule de la mettre sous mnon
nom est une offense que je ne peux vous pardonner. Et une des raisons
pour lesquelles j'avais fait saisir l'édition de Chartres ou de Rouen, et
poursuivre les imprimeurs, était qu'ils avaient mis parmi mes euvres cet
abominable ouvrage.
Son indignation contre Bonneval continue puisqu'il déclare à Mme Denis dans
une lettre du 20 décembre I753 (Dsso) que Bonneval 'avait fait imprimer un libelle
aDominable contre moi; et il disaít pour son excuse que cétait Mme Pâris de Montnartel
quil'avait engagé à cette bonne euyre. II fur chassé de la maison.' Et beaucoup
Plus tard, à Louis Elisabeth de La Vergne, comte de Tressan (D.app.4o8, 22 mars
77): je saisis cette occasion pour déclarer que je ne suis point l'auteur des rapsodies
qu'on a imprimées sous mon nom dans s les pays étrangers, comme ..] cette plate et
mpertinente apothéose de Mlle le Couyreur / Quel contraste frappe mes yeux,
epomene est désoléc. / Elève avec l'aveu des dieux/ Un magnifique mausolée.
445
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Dans le Commentaire historique,? l'attribution à Bonneval est déclarée,
et plusieurs éditions des ceuvres répètent cette affirmation
Dans son introduction aux Lettres philosophiques, Beuchot dit:
Les Letres philosophiques, condamnées par le parlement de Paris en 1734.
ne l'ont été à Rome que le 4 juillet 1752. Dans une note au bas de la
première lettre, ij'ai parlé de la Lettre d'un quaker, etc. On atribue à
I'abbé Molinier les Lettres servant de réponse aux Lettres philosophigues
de M. de V in-12 de quatre-vingt-deux pages, sans nom d'auteur ni
d'imprimeur, réimprimées sous le titre de Réponse aux Letres de M. de
Voltaire, La Haye, 1735, petit in-8° de soixante-dix-huit pages, plus le
titre. On trouye dans la Bibliothègue française, tome XXI, page 38, une
Lettre de M. de B** (Bonneval) sur la critique de Molinier.3
Malgré les désaveux, Raunié donne une édition du poème et
ajoute une note après la ligne 'On refuse le même honneur':
C'est Arouet, fameux poète, qui a fait cette pièce de vers. Il en voulait
personnellement à M. le contrôleur général Le Pelletier Des Forts qui,
justement, a été chassé du ministère. Quand il parle d'une ode en prose
pour chef-d'euvre, c'est pour se moquer de M. de La Motte, bel esprit
qui a fait des odes et dont la poésie sent la prose dans laquelle il excelle.
Journal de Barbier)
La position de cette note, et le changement dans le style et le mètre,
suggèrent que les vers qui suivent ne faisaient pas partie du poème
originel, ce qui est confirmé peut-être par le fait que la version imprimée
dans Mémoires pour servir à l'histoire de la calotte, sous le titre
A Mle Lecouvreur, sur le refus qu'on a fait de l'enterrer, s'arrête ici.5
A moins qu'il soit un feffé menteur, ce qui n'est pas toujours
exclu, on aura tort d'attribuer à Voltaire ce texte.
De nombreux manuscrits de ce poème existent. Voir le site Poèmes
satiriques', n° o695
Texte de base: Raunié.
2 0CV, t.8c, p.129
3 T.22, p75-82.
4 Ts, 1881, p.215-19.
5 Moropolis, 1732, 3 partie, p.100-102.
446
Bonneval est déclarée,
affirmation
Beuchot dit:
Paris en 1734.
bas de la
atribue à
philosophigues
d'auteur ni
Letres de M. de
pages, plus le
page 38, une
poème et
honneur':
en voulait
Forts qui,
ode en prose
bel esprit
il excelle.
le mètre,
du poème
version imprimée
sous le titre
s'arrête ici.5
toujours
Poèmes
Le Tombeau d'Adrienne Lecouwreur
Quel contraste frappe mes yeux!
Melpomène ici désolée,
Elève avec l'aveu des dieux
Un magnifque mausolée.
Ici la superstition
Distinguant jusqu'à la poussière,
Fait un point de religion
D'en couvrir une ombre légère.
Ombre illustre, console-toi,
En tous lieux la terre est égale;
Et lorsque la Parque fatale
Nous fait subir sa triste loi,
Peu nous importe où notre cendre
Doive reposer, pour attendre
Le temps où tous les préjugés
Seront à la fin abrogés.
Les lieux cessent d'être profanes
En contenant d'illustres mânes:
Ton tombeau sera respecté.
S'il n'est pas souvent fréquenté
Par les diseurs de patenôtres,
Sans doute il le sera par d'autres
Dont l'hommage plus naturel
Rendra ton nom immortel.
Au lieu d'ennuyeuses matines,
Les Grâces en habit de deuil
Chanteront des hymnes divines
Tous les matins sur ton cercueil.
Sophocle, Comeille, Racine,
Sans cesse répandront des fleurs,
Tandis que Jocaste et Pauline
Verseront un torrent de pleurs.
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20
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POSIEs ATTRIBUÉES À VoLTAIRE
Enfin pour ton apothéose
On doit te faire une ode en prose.
Ce chef d'euvre d'un bel esprit
Vaudra bien du moins un obit.
Méprise donc cette injustice,
Qui fait refuser à ton corps
Ce que par un plus grand caprice
Obtiendra Pelletier Des Forts.
Cette ombre impie et criminelle
A la honte du nom françois
Quelque jour dans une chapelle
Brillera sous l'appui des lois.
Ainsi par un destin bizarre
Ce ministre dur et barbare
Doit reposer avec splendeur,
Tandis qu'avec ignominie
A l'ombre d'une Cornélie
On refuse le même honneur.
Pourquoi donc s'informer où git la Lecouvreur?
Pour sa gloire et pour son honneur,
Qu'importe de savoir où sa cendre repose?
Vous qui la connaissiez, dressez-lui des autels
Et donnez-lui l'encens qu'on doit aux immortels;
Mais laissant son apothéose,
Disons plutt qu'au lieu d'avoir perdu le jour
La Lecouvreur n'a fait que changer de séjour;
Que celle qui faisait l'honneur de ce théâtre,
Celle dont tout Paris, longtemps admirateur,
Devint à la fin idolâtre;
Celle pour qui Jocaste au gré du spectateur
Avait l'art d'exciter la pitié, la terreur;
Celle enfin qui de Phèdre, avec son art suprême,
Peignait si bien l'amour, la haine et la fureur,
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LE TOMBEAU D'ADRIENNE LEcoUVREUR
Etait Melpomène elle-même,
Sous le nom de la Lecouvreur,
Qu'est-il donc besoin qu'on l'enterre?
Est-il chez les mortels des tombeaux pour les dieux?
C'est pour nous qils ont fait la terre,
C'est pour eux quils ont fait les cieux.
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70
VERS SUR LES RUINES DE LISBONNE
Lors de leur parution au début de I756, ces vers ont été attribués à
Voltaire. ! Cependant, le mois suivant, la Correspondance littéraire
présente une correction: Les vers sur le tremblement de Lisbonne
de ma feuille précédente, sont de l'llustre marquis de Ximenès, qui
les a fait courir sous le nom de Voltaire' (p.169). Augustin Louis,
marquis de Ximénès (1728-1817), poète, auteur dramatique, militaire,
est un correspondant de Voltaire. Il aurait volé un manuscrit
de Voltaire, bien que Mme Denis écrive au comte d'Argental le
24 août 1755: J'ai cru Chymene un insensé, mais non pas un fripon
à pendre' (D6437). Le tremblement de terre ébranle Lisbonne le
r novembre 1755. On sait que, sous le coup de l'émotion, Voltaire
commence à rédiger le Poème sur le désastre de Lisbonne dès
le début du mois de décembre,3 Ximénès semble avoir réagi de
la même façon.
Texte de base: CLT.
I CLT, t:3, p.i59; Journal encyclopéligue, 15 fevrier 1756; Journal des savanti,
fevrier 1756, p.423.
*A propes de l'impact de ce célèbre séisme, voir The Lisbon earthquake of 15s
representations and reactions, éd. Theodore E, D. Braun et John B. Radner, SVEC
2005:02. Le poème de Ximenès n'est pas évoqué dans ce recueil.
3 0CV, L45, P.276.
450
attribués à
Correspondance littéraire
Lisbonne
Ximenès, qui
Augustin Louis,
dramatique, militaire,
manuscrit
d'Argental le
pas un fripon
Lisbonne le
l'émotion, Voltaire
Lisbonne dès
avoir réagi de
des savanti,
earthquake of 15s
Radner, SVEC
Vers sur les ruines de Lisbonne
Quel est ce Dieu de nos calamités
Oui dans le sein de la terre entrouverte
Veut replonger nos superbes cités?
Triste Lisbonne, il a juré ta perte;
Tes citoyens, tes palais engloutis,
En un instant se sont anéantis.
Que t'ont servi ces légions sacrées
De pénaillons chez toi si révérées!
Tu les croyais dignes amis du ciel,
Faits pour calmer l'ire de l'éternel.
Ce tribunal de sang et de colère,
Que dans les murs, ainsi que chez l'Tbère,
Cimenta Rome à l'aide de la oi,
Repoussa-t-il le bras levé sur toi?
Tes chapelets, tes pieuses reliques,
Tes ex voto à des milliers de saints,
Tant d'oraisons, de dévotes pratiques,
Ces vieux respects pour les rescrits romains,
Qu'ont-ils produit en ce jour de misère,
Où ta ruine épouvanta la terre?
Vois le destin de l'heureuse Albion,
Quí de l'erreur constante prosélyte,
En traitant tout de superstition,
Rit de nos saints et de notre eau bénite,
En se fermant les portes de Sion.
En vain, d'Alger rivale mercenaire,
Portant sur mer pavillon de corsaire,
Au droit public insultant aujourd'hui,
De la justice importune chimère,
Nous la voyons braver la règle austère:
Terme méprisant pour désigner les moines.
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1S
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Les dieux encor lui prêtent leur appui.
O Providence! ô mystère sublim,
Si quelquefois notre cceur combattu,
En chancelant se perd dans ton albime,
C'est quand le bras qui frappe la vertu
N'a pas au moins commencé par le crime. 3
3
L'ÉTAT DE FRANCE
Ce poème sur l'arrestation du prince Charles Edouard Stuart a sans
doute circulé sous forme manuscrite. Un manuscrit du poème
entier se trouve à la Bibliothèque historique de la ville de Paris, 1
et il a été imprimé par Jean-Alexandre d'Albanès Havard dans
Voltaire et Mme Du Cháeler,2 sous le titre: Vers attribués à Vo]-
faire et qui, tout lannonce, sont de lui. Moland reproduit le
poème en citant l'édition d'Albanès Havard. 3 Baptiste-Honoré-
Raymond Capefigue en donne deux sections de huit et neuf vers
respectivement sous le titre Vers sur le prince Edouard, arrêté à
'Opéra', mais sans en identifier l'auteur. Raunié, ne mentionne
pas d'auteur non plus.5 Le site Poèmes satiriques', n° ro61, suggère
que Boursier en est l'auteur. Robert Darnton écrit: A la fin
de I751, les espions de d'Hémery avaient identifié deux autres
poètes qui avaient censément composé Quel est le triste sort des
malheureux Français": un certain Boursier, fls d'un chapelier, qui
servait comme secrétaire auprès du marquis de Paulmy, et un jacobite
écossais francisé nommé Dromgold.' Bengesco cite Voltaire à
la Cour de G. Desnoiresterres et ajoute que c'est pour avoir écrit ces
vers que l'abbé Sigorgne a été embastillé.7 Voir ci-dessus, p.389-91,
un poème de Desforges qui porte également sur la lâcheté de la
France et son abandon de Charles Edouard Stuart.
y a peu d'indices prouvant que l'auteur en soit Voltaire.
Texte de base: Voltaire et Mme Du Chátelet.
Paris, BHVP: 8-MS-649, p.16.
2 Volaire et Mme Du Chátelet: révélations d'tun serviteur ataché à leurs personmes
(Paris, 1863), p.is8-60.
3 M, t23, P:428.
Louis XVet la société du XVIUl: sicle (Bruxelles, 1843), P-.206, n.I-2.
5 T.7, 1882, P.I40-43
o LAfaire des quatorze (Paris, 20I4), P-j8.
T Bengesco, t.4, p.288.
453
L'Etat de France®
Quel est le triste sort des malheureux Français
Réduits à s'affliger dans les bras de la paix!
Plus heureux et plus grands au milieu des alarmes,
Ils répandaient leur sang, mais sans verser de larmes.
Qu'on ne nous vante plus les charmes du repos;
Nous aimons mieux courir à des périls nouveaux,
Et vainqueurs avec gloire ou vaincus sans faiblesses,
N'avoir point à pleurer de honteuses bassesses!
Edouard fugitif a laissé dans nos coeurs
Le désespoir honteux d'avoir été vainqueurs.
A quoi nous servait-il d'enchaîner la victoire?
Avec moins de lauriers nous aurions plus de gloire;
Et contraints de céder à la loi du plus fort,
Nous aurions pu, du moins, en accuser le sort.
Mais trahir Edouard lorsque l'on peut combattre!
Immoler à Brunswick le sang de Henri Quatre!
Et de Georges vaincu subir les dures lois.
O Français! ô Louis! ô protecteur des rois!
Est-ce pour les trahir qu'on porte ce vain titre?
Est-ce en les trahissant qu'on devient leur arbitre?
Un roi qui d'un héros se déclare l'appui
Doit l'élever au trône ou tomber avec lui.
Ainsi parlaient les rois que célèbre 'histoire;
Ainsi parlaient tous ceux à qui parlait la gloire.
Eh! qu'auraient-ils pensé, ces monarques fameux,
S'ils avaient pu prévoir qu'un roi plus puissant qu'eux,
Appelant un héros au secours de la France,
DTitre donné par le site 'Poèmes satiriques', AuLres titres: Epire sur le prince
Edouard quand il fut arrêté, novembre 1748 Paris, BnF: ms.fr.1o478, f.245-40); 20
Roi sur le prince Edouard, décembre 1748 (ms.fr.13659. p.223-26); Sur la pa
dAic-la-Chapelle conclue entre la France et P'Angleterre et autres puissances en
(Paris, Arsenal; 2964),
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alarmes,
larmes.
nouveaux,
faiblesses,
gloire;
arbitre?
qu'eux,
sur le prince
f.245-40); 20
26); Sur la pa
puissances en
10
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25
L'ÉTAT DE FRANCE
Contractant avec lui la plus sainte alliance,
L'exposerait sans force aux plus affreux hasards,
Aux fureurs de la mer, des saisons et de Mars;
Et qu'ensuite unissant la faiblesse au parjure,
Il oublierait serment, gloire, sang et nature,
Et, servant de Brunswick le système cruel.
Trainerait, enchaîné, ce héros à l'autel!
Brunswick, te faut-il donc de si grandes victimes?
Et pour avoir la paix, Louis, faut-il des crimes?
Quoi! Vaudreuil, votre roi vous l'a-t-il ordonné?
Edouard... êtes-vous d'exempts environné?
Etes-vous de Henri ce fils digne de l'être?
Sans doute à vos malheurs j'ai dû vous reconnaitre;
Mais je Vous reconnais bien mieux à ses vertus.
O Louis ! vos sujets de douleur abattus
Respectent Edouard captif et sans couronne:
Il est roi dans les fers; quêtes-vous sur le trône?
J'ai vu tomber le sceptre aux pieds de Pompadour;
Mais fut-il relevé par les mains de l'Amour?
Belle Agnès, tu n'es plus; le fier Anglais nous dompte,
Tandis que Louis dort dans le sein de la honte,
Et d'une femme obscure indignement épris,
Oublie entre ses bras nos pleurs et nos mépris.
Belle Agnès, tu n'es plus! ton altière tendresse
Dédaignerait un roi Aétri par la faiblesse;
Tu crois donc réparer les malheurs d'Edouard
En offrant ton amour à ce brave Stuart?
Hélas! pour l'imiter il faut de la noblesse:
En ces lieux tout est vil, et ministre et maîtresse.
Tous disent à Louis qu'il agit en vrai roi,
Du bien de ses sujets quil se fait une loi,
Qu'il veut chercher en tout le salut de la France.
Voilà la Aatterie et voici la prudence.
Peut-on par l'infamie arriver au bonheur?
Un peuple s'affaiblit par le seul déshonneur.
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Rome, cent fois vaincue, en devenait plus fière,
Et ses malheurs plus grands la rendaient plus altière:
Ainsi Rome parvint à dompter l'univers.
Mais toi, lâche ministre, ignorant ou pervers,
Tu trahis ta patrie et tu la déshonores;
Tu poursuis un héros que l'univers adore.
On dirait que Brunswick t'a transmis ses fureurs,
Que ministre inquiet de ses justes terreurs,
Le seul nom d'Edouard t'épouvante et te gêne.
Mais apprends quel sera le prix de cette haine:
Albion sent enfin qu' Edouard est son roi,
Digne par ses vertus de lui donner la loi.
Elle offre sur le trône asile à ce grand homme,
Trahi, tout à la fois, par la France et par Rome;
Et bientôt les Français tremblants, humiliés,
D'un nouvel Edouard viendront baiser les pieds.
Voilà les tristes fruits d'un olivier funeste
Et de nos vains projets le détestable reste!
6
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Ce que
altière:
6
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VERS FATTS À L'OCCASION D'UNE PIERRE
où L'ONA GRAVÉ LES TÊTES DE DESCARTES,
DE BAYLE, ET DE FONTENELLE
Ce poème se trouve dans une collection de manuscrits à la Bibliothèque
nationale de France intitulée Pièces relatives à Voltaire et
à son époque'. Il y est précédé par un poème de Voltairel et une
Parodie du couronnement du S. oltaire et est suivi de LApothéose
du roi Pétaut, qui est probablement de Voltaire.2 Une autre main
que celle du poème a écrit 'Voltaire en haut du document.
Ces vers sont publiés dans les Amusements liuéraires de Johann
Formey, sans attribution.
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.fr.24342, f.261.
Edition: Amusements littéraires, moraux et politiues (Berlin, I739), P.I44-
45:
Texte de base: Amsements littéraires.
Epître à Horace. Voir 0CV, t.74D, p.279-90.
2 Voir ci-dessus, p.325.
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Vers faits à l'occasion d'une pierre ou l'on a gravé les tétes
de Descartes, de Bayle, et de Fontenelle
Ouelle main rassemblant ces trois rares esprits
Semble nous engager d'en connaître le prix?
Descartes pénétrant I'esprit et la matière,
Répandit la clarté sur la nature entière,
Exact, profond, hardi, de ses sens dégagé,
Il ravit la raison au joug du préjugé.
Père d'une méthode incommode à lui-même,
Il nous y fournit l'art d'affaiblir son systême;
Uile en apparence et nuisible en effet,
Et plus funeste encor par l'abus qu' on en fait.
Bayle pour mieux tromper, feignant de nous instruire,
Etablit les erreurs u'il travaille à détruire.
Moins sublime, moins grand, mais profond et pressant
I donne à ses écrits un tour embarrassant;
Génie inépuisable, il se transforme, il change
Et du faux, et du vrai fait un adroit mélange;
Il gâe l'un par l'autre et nuit par tous les deux;
Solide par dessein et toujours dangereux.
Fontenelle doué d'un autre caractère,
A l'art d'approfondir, sut unir l'art de plaire,
Moins grand pour le génie et plus grand pour l'esprit,
l sut s'approprier les systèmes qu'il prit.
Possesseur des trésors, des arts et des sciences
ly joignit encor ses propres connaissances,
Et par divers talents qui le firent priser,
Eclaira les esprits qu'il pouvait abuser.
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25
Ce huit La conyersion catholique nationale Voltaire Texte
les tétes
instruire,
pressant
l'esprit,
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VOLTARE Å LA HARPE
Ce poème semble n'exister que sous la forme d'une brochure de
huit pages (s.l.n.d.).! Feu Voltaire s'adresse à Jean-François de
La Harpe, jadis champion des philosophes, mais qui, après une
conyersion datant de son séjour en prison en I794, devient fervent
catholique et réactionnaire. Selon le catalogue de la Bibliothèque
nationale de France le pamphlet daterait du dix-neuvime siècle.
Voltaire n'en est pas l'auteur.
Texte de base: Voltaire à La Harpe.
TParis, BnF: Rés, Z. Beuchot 88o.
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Voltaire à La Harpe
Quelle nouvelle a passé l'onde noire?
Serait-il vrai qu'abandonnant sa gloire,
Que démentant ses discours, ses écrits,
L'lève ingrat de la philosophie,
Lui fit l'aftront d'employer son génie,
A célébrer le froc et le surplis?
Toi qui voulus, toi qui pressas leur chute,
Toi l'ennemi des charlatans sacrés,
Barbus, rasés, capuchonnés, mîtrés,
Et qui, vainqueur dans cette heureuse lutte,
Vois à tes pieds tomber les préjugés,
Et les abus si longtemps protégés,
Peux-tu vouloir relever leur empire?
Si des Français le coupable délire,
Nia Dieu même et brisa son autel,
De ses débris leur faut-il reconstruire
Le labyrinthe où déjà se retire
L'hypocrisie au cooeur rempli de fiel?
Aux jours honteux marqués par l'ignorance,
Quel intérêt te porte à ramener
Un peuple libre, un peuple entier qui pense?
Par les erreurs s'il se laisse enchaîner,
Je vois bientôt les tyrans de la France
Rentrer vainqueurs et ne point pardonner.
La liberté cependant te fut chère:
N'a-t-elle plus ton encens et tes veux?
Le voile sombre et le masque hideux
Dont la couvrit une main sanguinaire,
Ont pu la rendre un fantôme odieux,
Sans altérer son noble caractère;
Elle est toujours digne fille des cieux;
Elle triomphe; et ces vils factieux,
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VOLTAIRE À LA HARPE
Ces scélérats, opprobre de la terre,
Sont abattus, écrasés à leur tour.
La liberté s'asseoit sur leurs ruines.
De tant d'excès, sans craindre le retour,
Ecoute encore, et suis ses lois divines.
Pour affermir son empire éclatant,
I te suffit d'employer le langage
Que la raison prête à la voix du sage.
A mes leçons montre un esprit constant.
De tes vertus et de ton vrai talent,
Fais dans la chaire un plus utile usage.
Qu'est-il besoin de ces prestiges vains?
L'humanité, le cri de la nature,
Et la justice et les droits des humains,
Sont assez forts pour venger leur injure,
Sans recourir aux maximes des saints.
Mais, me dis-tu, contre l'affreuse ligue
De ces brigands, enfants de la terreur,
Je rétablis une puissarnte digue:
La multitude a besoin de l'erreur.
Elle n'a point, pour régler sa conduite,
Ces sentiments de justice et d'honneur,
Que l'homme instruit porte au fond de son cceur.
Chez le Français la morale est détruite;
De la grillade il faut lui faire peur.
Non, mon ami, c'est une faible excuse.
Tu n'y crois point; ne va pas la prêcher.
Un peuple libre est digne d'approcher
Des vérits qu'un bonze lui refuse.
Pour le servir, faut-il donc qu'on l'abuse?
Quoi, réponds-tu, point de religion?
Après la mort peine ni récompense?
Entre la bonne et mauvaise action,
Sil n'est dans l'ombre aucune différence,
Quel est alors le frein de l'aiguillon?
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Te souvient-il du séduisant système,
Dont nous aimions à nous entretenir?
Oui, disions-nous, Ihomme porte en lui-même
Sa récompense ou sa peine à venir.
Que notre esprit garde le souvenir,
Lorsqu'il s'envole au séjour de lumière;
Et sans nectar, sans houris ni chaudière.
Nous trouverons enfer ou paradis.
Crimes obscurs, voilà votre barrière:
De la vertu voilà le digne prix.
O conscience, ô juge incorruptible,
Juge sévère, ami consolateur,
Qui peut braver ton supplice terrible?d
Qui n'éprouva ta secrète douceur?
Sur son chevet tu poursuis le barbare
Qui dépouilla le faible et l'orphelin.
Cest toi qui dis à l'avide,
Pour m'apaiser, restitue et répare;
Qui de Bailly soutins la fermeté,
Lorsqu'abreuvé des plus cruels outrages,t
De l'échafaud, réservé pour les sages,
II sélançait vers l'immortalité.
L'âme est divine et suryit tout entière:o
Je le croyais, i'en suis sûr maintenant.
Un nouveau corps invisible ou brillant,
Remplace-t-il l'enveloppe grossière?
Est-ce un tissu léger et transparent,
De pur éther ou de vive lumière?
L'ordre des cieux te cache ce mystère.
L'âme survit, c'est l'objet important:
Elle retient, dans le céleste empire,
Les doux pensers quí l'agitaient là bas.
Ecoutez-moi, vous que la gloire inspire;
Ici j'oublie et Mérope et Zaire,
Et me souviens d'avoir vengé Calas.
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VOLTAIRE À LA HARPE
Pour soutenir les vertus chancelantes,
Pour appuyer l'autorité des lois,
Ces vérités simples et consolantes,
N'ont-elles pas sur Phomme autant de poids
Que les erreurs par qui les sycophantes,
Veulent régner pour rétablir les rois?
Non, le Français, ce peuple qu'on renomme,
Ne sera pas de fables entiché:
II ne veut plus tomber aux pieds d'un homme
Qui se rengorge, en son étui niché,
Et fait rougir le modeste péché;
I ne veut plus solliciter à Rome,
Ces pardons vains dont elle tient marché.
Des charlatans le masque est arraché;
IIs ont assez damné pour une pomme,
Quant à lINRI, dont (soit dit entre nous)
Je fus toujours dans l'âme un peu jaloux,
J'eus pour cet HOMME une profonde estime.
Pour sa morale et touchante et sublime,
Avec éloge il doit être cité.
Mais s'il montra le plus doux caractère,
Ses successeurs l'ont bien mal imité:
C'est en son nom qu'ils ont persécuté;
C'est en son nom qu'aux deux bouts de la terre,
Sa croix en main, ces cruels ont porté
Treize cents ans et la flamme et la guerre.
Rendre le peuple à leur autorité,
C'est le trahir, c'est agir en faux frère.
Tu te souviens de notre ami Le Franc,
Qui rima Pope,? et lui fut infdèle.
Dans le fauteuil il se crut sur le banc,
Pour grand merci nous vint chercher querelle,
Et fut tancé sans respect pour son rang:
2 Note dans le texte de base: (Sa prière du Déiste'.
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IIO
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poÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Les qui, les quoi, les pour, les si, les quand,
Sur le dévot tombèrent comme grêle.
J'aime Warwic, et je siffe Didon;
Mais sur ce point je n'entends pas raison;
Et si tu veux détourner l'épigramme,
Oue je réserye à tout mauvais sermon,
Loin de flatter la superstition,
Sois éloquent, pour écraser l'INFAME.
Ce à I6o mère2 sont doivent margravine Texte D'ailleurs,
AUTRES VERS] DU MÊME POUR ACCOMPAGNER
UNE TABATIÈRE DE PORCELAINE
QUE LE MARGRAVE DE BAREITH DONNA
AU ROI SON FRÈRE
Ce poème semble n'exister que dans le manuscrit du GroBherzogliche
Hausarchiv à Darmstadt. " Le du même' dans le titre se réfere
à la note qui introduit ce manuscrit: M. de Voltaire, malade en
I6o à Charlottenburg envoya ces vers par un page que la reine
mère2 lui avait envoyé pour savoir de ses nouvelles.'3 Si ces vers
sont de Voltaire, il écrit au nom de la margravine de Bayreuth et ils
doivent donc précéder sa mort survenue en 1758. Voltaire et la
margravine ont entretenu une correspondance entre 1753 et 1758.
Texte de base: manuscrit.
Cote: D4 no.s$8/4.
2 Sophie-Dorothée de Hanovre est morte en 1757, donc la date est fausse.
D'ailleurs, Voltaire n'est pas à Charlottenburg en 1760.
S Voir ci-dessus, Mère des héros et des grâces' (p.323).
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466
Autres [vers] du même pour accompagner une tabatièere
de porcelaine que le Margrave de Bareith
donna au Roi son frère
Quoi! donner du Saxe à mon frère4
Au Roi que de la Saxe on a su le vainqueur.
Quoi! donner du fragile à celui dont le cceur
Au seul solide sait se plaire
I oubliera la boite et peut-être aujourd'hui
Mais il n'oubliera point la main qui la présente.
Cette boîte n'est rien, mais l'amitié constante,
L'amitié qui m'anime est tout auprès de lui.
4 Sophie Frédérique Wilhelmine de Prusse, margravine de Bayreuth, est sceur de
Erédéric le Grand, Elle meurt en i758.
A présent. écrite Du St pu publie le résoudre brouille vous à Manuscrit: Texte
tabatièere
est sceur de
LE DIABLE AMOUREUX,
À MADAME LA MARQUISE DUDEFFANT
A notre connaissance, ce poème est demeuré inédít jusqu'à
présent. Le seul exemplaire connu est une lettre soigneusement
écrite et adressée à Marie Anne de Vichy-Chamrond, marquíse
Du Deffand: 'A Madame / Madame La Marquise / Dudeffant, a
St Joseph, / rüe St Dominique, / faubg St Germain'.
Jacques Cazotte, qui n'est pas un ami des philosophes et aurait
pu être caractérisé par eux comme Demi mondain, demi dévot',
publie son Diable amoureux vers avril I772,' ce qui nous donne
le termninus a quo pour le poème. Du Deffand, grand amateur des
livres, en aurait apprécié l'astuce.
En ayril 1772. Mme Du Deffand et Voltaire sont en train de
résoudre une brouille qui a duré un an. A l'origine de cette
brouille se trouve l'appui que Voltaire donnait à la réforme Maupeou,
contre Choiseul, et une mésentente sur les mouvements de
Du Deffand (Non non, vous ne m'avez point crûe à Chanteloup;
vous n'êtes pas ingénieux en excuses; mais si vous êtes sincère en
repentir je ferai très volontiers la paix avec vous' - Du Deffand à
Voltaire, Dr7672). Est-il possible que ce poème, moitié badin, moitié
sérieux, fasse partie de ce rapprochement Rien ne nous autorise
à l'affirmer.
Manuscrit: Paris, BnF: n.a.fr.24344, f.t82-83.
Texte de base: manuscrit.
Uhe notice sur l'ouvrage parait dans le Mercure de France, avril i72, P9ó-101.
2 Un exemplaire de l'edition originale d'Ollivier de Cazotte, dont la reliure
montre le chat qui orne plusieurs volumes de sa bibliothèque, a été mis en vente
par Eric Grangeon (rww.ericgrangeon.com/home/1o4-cazotte-jacques-madamedu-
deffand, consulté le 3o mars 2020).
Voir D7672, Du Defand à Voltaire. 1T avril I772; Di7688, Voltaire à Du
Defland, 1o avril 1772; et D7o72, Choiseul à Du Deffand, I1 mars 1771: Voir ausi
VST, t.2, p.372 et suivantes.
467
Le Diable amoureux,
à Madame la marquise Dudeffant
Quoi! Dudeffant je vous déplais?
A vous l'esprit et le goût même!
Pour le coup je suis anathème
Ou bien je ne le fus jamais.
Alyare me fut bien sévère;1
L'ingrat, se défiant de moi,
Me préféra sa chère mère, 5
On ne voit pas assez pourquoi.
Sans doute je suis en furie
Contre le petit inhumain,
Et bien, avec lui lTbérié,
Dans un excès d'idolâtrie
A mes pieds camperaient en vain.
J'aime l'encens et la vengeance,
Mais rien ne peut, dans la balance,
Consoler de votre dédain.
M'imputez-vous ma maladresse
En attaquant ce jeune sot,
Demi mondain, demi dévot,
Sous une forme enchanteresse?
Je ne pouvais pas mieux choisir,
Mais il fallait pour réussir
Alvare, le héros du roman, conyogue le diable sous formne d'une belle femme,
Biondetta, qu'il présente à sa mère; elle la rejette: Vous aviez provoqué lEsprit
malin; il s'est présenté comme une grosse vilaine bête un chameau]. Vous avez juge
a propos de lui donner une tournure, de l'esprit er des grâces, il en a profité pour
Pplr4e4n)d. re avantage sur vous, et vous séduire (Le Diable amoureux, Naples, 772
5 Est-ce là une allusion ironique à la duchesse de Choiseul, que la marquise Du
Deffand appelait grandmaman', qui avait écrit à sa petite-flle: 'Quelle abomination
que celle de Voltaire! [..] Ses lettres me dégoûtent'(VST, t2, p.372)? Voir aussi
dessous, A Madame la marquise Du Deffand', p.534-36 et n.a.
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femme,
lEsprit
avez juge
profité pour
Naples, 772
marquise Du
abomination
aussi
rZ DIABLE AMOUREUX, A MADAME LA MARUISE DUDEFFANT
Avoir pu joindre à la figure
Et yotre ton et votre esprit,
Quand cela passait mon crédit
Et les bornes de la nature.
Perdez cet injuste courroux.
Je n'y puis tenir: il m'accable.
Ou, quoiqu'au-dessus des jaloux,
Craignez qu'on ne dise de vous.
Elle fait enrager le diable.
469
25
A MADEMOISELLE **
Ce poème est publié dans le Mercure de Erance en 1778, sans attribution,
et dans L’Esprit des journaux (I778), toujours sans attribution.
Il paraît pour la première fois sous le nom de Voltaire dans
lédition de Kehl et se retrouve dans plusieurs éditions du dixneuvième
siècle. Une version différente en est publiée dans le
Journal historique de Collé. Collé annonce: Voici [...] un madrigal
de M. Saurin, à l'occasion de ce que madame *** avait promis
d'embrasser celui qui ferait les plus jolis vers pour le jour de sa fete.
Le Saurin fut embrassé, et il le méritait bien, pour avoir fait la pièce
suivante, qui est fort galante et fort jolie.'i Le concours aurait eu
lieu en mai 1750. Charles Collé (1709-1783), chansonnier et dramaturge
à Paris, connaissait probablement Bernard-Joseph Saurin
(1706-178), avocat, mais aussi chansonnier et dramaturge parisien.
Est-il permis de croire que le contexte social décrit par Saurin et
la dédicace à Pauline plutôt qu'à Céphise' indiquent que cette
version est plus authentique?
Mercure de France, s septembre 1778, p.4 MF]; L'Esprit des journaux,
français et étrangers (novembre 1778), t.II, p.263-64 [EJ]; Collé, Journl
historique, ou mémoires critiques et littéraires sur les ouvrages dramatiques [J
depuis 1348 jusqu'en y51, 3 vol. (Paris, 18o7), t.I, p.207-208; K84, t.14,
p.282; M, t.10, p.484.
Texte de base: K84.
Collé, t.I, p.207-208.
470
la
sans attribution,
attribution.
Voltaire dans
du dixneuvième
dans le
madrigal
promis
sa fete.
la pièce
aurait eu
dramaturge
Saurin
parisien.
Saurin et
que cette
journaux,
Journl
dramatiques [J
K84, t.14,
A Mademoiselle **.
qui avait promis un baiser à celui qui ferait
les meilleurs vers pour sa fete
Quoi! pour le prix des vers accorder au vainqueur
D'un baiser la douce caresse!
Céphise, quelle est votre erreur!
Vous donnez à l'esprit ce qui n'est dû quau cceur.
Un baiser fut toujours le prix de la tendresse,
Et c'est à l'amour seul qu'en appartient le don.
Les habitants du Pinde, en leur plus grande ivresse,
N'ont jamais espéré qu'un laurier d'Apollon.
Des vers à mes rivaux je cède l'avantage;
Ils riment mieux que moi, mais je sais mieux aimer.
Que le laurier soit leur partage:
Et le mien sera le baiser.
a-c ME, EJ: A Mademoiselle M**
3 Collé: Quoi! d'un baiser faire la récompense /De celui dont les vers auront
la préférence!/ Pauline, quelle est votre erreur?
3 ME: erreur?
471
SUR LA MORT DE MADAME LA MARUISE
DU CHTELET
Ces vers paraissent dans les Nouvelles littéraires où Raynal |es
attribue à Voltaire, avec l'épitaphe bien connue qui commence par
L'univers a perdu la sublime Emilie.1 Ils se trouvent ensemble
aussi dans La Bigarrure.2 Les deux épitaphes sont fusionnées en
une pièce dans Le Patriote anglais dans l'Empire. Notre poème est
de nouveau attribué à Voltaire dans Pièces inédites de Voltaire. 4
Pour des raisons tout à fait compréhensibles les périodiques au
dix-huitième siècle ont tendance, sauf avis contraire, à attribuer à
Voltaire des vers sur la mort de Mme Du Châtelet. Ces vers ne sont
pas inclus dans des éditions des uvres complêtes de Voltaire, ni
dans des publications où sa participation est attestée. I est donc
impossible d'atribuer, avec certitude, ces vers à Voltaire.
Texte de base: cLT.
CLT, -I, p.366,
2 La Haye, 1749, P-9)1,
3 N° 12 (28 octobre 1749), p.9.
Paris, 1820, p.9s ou 1o0, selon le tirage.
472
MARUISE
Raynal |es
commence par
ensemble
fusionnées en
poème est
Voltaire. 4
périodiques au
attribuer à
vers ne sont
Voltaire, ni
est donc
Voltaire.
Sur la mort de Madame la Marguise Du Châtelet
Quoi! verrons-nous toujours une simple mortelle
s'älever jusqu'à nous d'un vol audacieux;
Quoi! la nature lui révèle
Tous les secrets qu'à peine ont éclairés nos yeux?'
Ainsi parlent les habitants des cieux.
La mort frappe aussitôt cet objet qu'ils détestent;
Dans le deuil et les pleurs les humains sont plongés.
Du Châtelet n'est plus, mais ses écrits nous restent:
Impitoyables dieux, vous n'êtes point vengésl
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CHANSON SUR LA CONQUÊTE DE MINOROUE
EN STYLE GRENADIER
Bien qu'Emile Lizé ait proposé l'attribution de cette chanson à
Voltaire,! cette proposition semble douteuse. Les éditeurs du site
Poèmes satiriques' [PS] à Saint-Etienne n'en ont pas identifé
l'auteur (ou peut-être les auteurs). Grimm, dans la Correspondance
littéraire, commente: "On ose attribuer cette chanson à M. de Voltaire.
Elle me paraît bien plate.'2 La chanson se trouve dans le
Recueil général des pièces, chansons et fetes données à l'occasion de
la prise de Port-Mahon (En France, I757), P.240-42.
Le site Poèmes satiriques' date le poème de 1757.
D'accord avec Grimm, nous pouvons être sûrs que Voltaire
n'est pas l'auteur de ces vers.
Texte de base: Lizé.
1 Voltaire, Grimm et la Correspondance liuéraire. SVEC 18o (197)) (r décembre
1756, G.I38.B, fzs), P-71-73
2 Correspondance litéraire, éd. U. Kölving et autres (Ferney-Voltaire, 2006-), -5
p.292-93-
3 N° s462, sur l'air de Reçois dans ton galetas'.
474
MINOROUE
chanson à
du site
identifé
Correspondance
de Voltaire.
dans le
l'occasion de
Voltaire
décembre
2006-), -5
Chanson sur la conguéte de Minorque en style grenadier
[sur l'air Reçois dans son galetas]
Rien ne résiste, mordieu
A la valeur Grenadière.
Combattant sous Richelieu,
Je mettrions l'enfer en poussière,
Fermes sous ses étendards
Je ne cédrions pas à Mars.
C'est le démon du combat,
Faut le voir dans la bataille,
Aucun péril ne l'abat,
Ah! pour Louis quelle trouvaille!
C'est le moule des vertus,
Même admiré par les vaincus.
D'Egmont, ce brave guerrier,
Le digne époux de sa flle,
Ah! quel rafleur de lauriers!
Salpedié, quel terrible drille!
C'est un gars de bon aloi
Tel qu'il en faut à notre roi.
Ces gros messieurs d'Albion,
Braves gens à toute outrance,
Du haut de leur bastion,
Juraient d'exterminer la France.
Nos vaillants escaladeurs
Ont su rabattre leurs fureurs.
L'ntrépide Maillebois,
Ce fier luron d'estocacde,
Mettrait le diable aux abois,
Bravant mousquet et canonnade.
2 PS: valeur guerrière
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Quel gaillard pour être leste!
L'obstacle pour lui n'est qu'un zeste
Mahon, tes remparts affreux
Et ton roc inaccessible
N'ont pu d'un héros fameux
Arrêter le bras invincible.
Que Richelieu désormais
Soit la terreur du nom anglais.
Ce bel enfant de l'amour
Prouve bien son caractère.
Je l'avons vu tour à tour
Braver la mort tel que son père;
L'ennemi disait tout haut
Non, Fronsac ne craint pas le chaud.
Louis, modèle des rois,
Je connaissons ton courage;
Ta clémence et tes exploits
Te feront vivre d'âge en âge,
Ton front toujours glorieux
Terrassera les envieux.
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À M. DE RICHELIEU, AU SUJET DES OUVRAGES
QUI ONT PARU SUR LA PRISE
DE PORT-MAHON
Ce poème paraît probablement pour la première fois dans le
Journal encyclopédique en septembre 1756 (t.6.2, p93), quelques
mois après la victoire française au moment de la prise de Port-
Mahon. Dans ce périodique, il est attribué à Voltaire. En fait, le
véritable auteur en est Lebrun qui déclare: Ces vers sont de moi.
IIs ont été imprimés plusieurs fois sous le nom de M. de Voltaire.
Ne voulant pas qu'ils courussent sous mon nom, je les fis dans sa
manière. J'y prodiguai l'antithèse. Ils ont paru sOus son nom dans
plusieurs recueils, mais toujours infidèlement. Je les ai retrouvés et
corrigés.'1 Le poème paraît dans Le Portefeuille trouvé² et dans
plusieurs éditions des euvres de Voltaire parues après son décès,
en commençant par les uvres de Voltaire publiées par Palissot. 3
Pour plus de détails, et une version avec variantes, voir N. Cronk,
The selfess author: Voltaire's apocrypha', Romanic Review 1033-4
(2012), P.553-77 (p.s63-6).
Texte de base: PT.
2uvres de Ponce Denis Ecouchard Le Brun, 4 vol. (Paris, r811), t.3, P.342.
2 Genève, I757, t.2, p.339-40 PT]·
° 2uvres de Voltaire, t.Ii (Paris, I792), Mélanges de posies, t.1, P.441:
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A M. de Richelieu, au sujet des ouvrages qui ont paru
sur la prise de Port-Mahon
Rival du conquérant de I'Inde,
Tu bois, tu plais et tu combats;
Le pampre, le laurier, le myrte suit tes pas,
Tu prends Chypre et Mahon, mais nous perdons le Pinde.
En vain 1l'Anglais moqueur lançait de toutes parts,
Sur un vainqueur musqué les feux et les brocards;
Chez nous l'ambre est ami de la fatale poudre:
Tu semais les bons mots, les souris et la foudre,
L'ironie à tes pieds tombe avec leurs remparts:
Leurs chansons t'insultaient, leurs défaites te vantent;
Mais nos rimeurs jaloux profanent tes lauriers;
Veux-tu rendre I'honneur à tes succès pguerriers,
Viens siffAer ceux qui les chantent.
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I semble l ne est Vie D'Angerville, et p.paraît Franche, Texte
paru
Pinde.
10
SUR L'INVASION DE LA SAXE
I semble peu probable que ce poème ait été composé par Voltaire.
l ne figure pas dans ses oeuvres imprimées et même Mangold
est loin d'être sâr de cette attribution. Le poème paraît dans la
Vie privée de Louis XV de Barthélemy François Joseph Mouffe
D'Angerville, t.3 (Londres, 178r), p.281, sous le titre Palinodie',
et p.336 dans une autre edition qui porte le même millésime. I
paraît aussi dans Les Fastes de Louis XV par Bouffonidor (Ville-
Franche, 1782), t2, p:fo-51-
Texte de base: Mangold, p.64.
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Sur l'inyasion de la Saxe
Roi, qui sus mériter, par ta grandeur stoique,
L'hommage de nos coeurs et celui de nos voix,
Frédéric, quelle est donc l'indigne politique,
Qui te porte à trahir, à dépouiller nos rois?
La force et le pillage assurent mal les droits.
Jusqu'ici bienfaisant, ton ccoeur juste, héroique
Eut en horreur de tels exploits.
Chéri de l'univers, ton humeur pacifique,
Tes talents, tes vertus partout donnaient des lois.
Parmi les noms fameux, I'affection publique
Plaçait déjà le tien, si digne de ce rang.
Roi philosophe et conquérant,
Tu pouvais prétendre à la gloire,
Qu'assurent aux héros notre amour et l'histoire.
Mais le charme est détruit qui te rendit si grand,
Infidèle à ta foi, ciel! qui l'aurait pu croire!
De tes amis trompés tu deviens le tyran.
Prince ingrat! tu n'es plus, après cette victoire,
Qui fera pour jamais détester ta mémoire,
Qu'un faux sage et un vrai brigand. 20
Cette moires janvier Louis 'artillerie au manière apercevoir Cideville. discerner Manuscrit: f.ngy.
Texte
20
CHANSON
Cette chanson n'est guère connue. Elle se trouve dans les Mé
moires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV sous la date de
janvier 1739, et aussi dans Les Guérin de Tencin, 1520-1758 où
Louis Destouches est décrit ainsi: 'né en 672, [...] faisait [...] dans
'artillerie une brillante carrière. [..] Cétait un homme séduisant
au possible, "d'un naturel admirable, beaucoup de joie et de sensibilité,
de l'esprit sans savoir qu'il en eût, qui est la seule bonne
manière d'en avoir". Cette façon de semer son esprit sans s'en
apercevoir lui avait valu ce couplet [notre poème|'.?
Un manuscrit de la chanson se trouve dans les papiers de
Cideville. Il n'est pas de la main de Voltaire, mais on pourrait y
discerner l'esprit du patriarche. Rien n'est certain.
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Gideville, C;sbis,
f.ngy.
Texte de base: manuscrit.
1 17 vol. (Paris, 1860-1865), t.2, P.325:
*Charles de Coynart, Les Guérin de Tencin, 1520-1758 (Paris, 1910), p.l44-
481
482
Chanson
Sans savoir ce qu'il dit
Destouches toujours cause;
En savez-vous la cause?
Un chacun l'applaudit
Sans savoir ce quil dit.
Ces Th Voltaire (DaIo4). à l'anecdote à 1892), du avait'), MIle Ce Texte
(SI LA NATURE EÜT FAIT MA TTEI
Ces vers figurent dans un manuscrit et ont été présentés par
Th Besterman dans la note r d'une lettre de I756 ou 1757 de
Voltaire à Mme Françoise Charlotte Constant de Rebecque
(DaIo4). Is sont décrits ainsi sur le manuscrit: De M de Voltaire
à M Constant P [Pictet] en réponse à un bonet'. Il est question de
l'anecdote du bonnet dans La ie intime de Voltaire aux Délices et
à Ferney, g54-1938 par L. Perey et G. Maugras (Paris, 1885; 3 éd.
1892), p.I90-91, et on y trouve reproduits les quatre premiers vers
du poème (avec la variante dans le premier vers: Si l'amour
avait'), poème qui aurait été écrit en réponse à des vers faits par
MIle Pictet qui auraient accompagné l'envoi du bonnet:
Pour coifer le chef d'Apollon
I faudrait lauriers et fleurons,
Mais sur son front tout est couronne,
Même un bonnet qu'amitié donne.
Ce texte pourrait donc affirmer l'attribution à Voltaire.
Texte de base: manuscrit.
Genève, BGE: Les papiers Constant, Constant j2, f.163:
483
484
Si la Nature eût fait ma tête
Propre à recevoir un bonnet
J'aurais eu l'ambitieux projet
De devenir votre conquête.
Ah! que la Nature a bien fait!
J'espère vous offrir une aigrette
Et cueillir pour vous un bouquet.
Dar une après cette (journal dans l'auteur:
Le mais à On plume dernier n'avait (French
À MADAME DENIS
Ce quatrain ne paraît pas dans les ceuvres de Voltaire avant l'édition
Delangle de 1824-1832. Il est publié dans plusieurs éditions
Dar la suite.! Charles-Michel, marquis de Villette, rapporte dans
une lettre écrite de Ferney en avril 1777 que Voltaire l'a composé
après que Mme Dernis l'eût agacé: "Un moment d'impatience et
d'humeur, en voyant Madame D.. arranger son visage lui a valu
cette apostrophe.'2 Moland date le poème de 1777, mais il est déjà
publié sans attribution dans le Mercure de France en décembre 17s4
(voir les variantes). Plus tôt encore, Charles Collé le cite dans son
journal à la date du r9 avril 1750. Bien qu'il mentionne le poème
dans le contexte des euvres de Voltaire (Oreste), Collé ne le lui
attribue pas, ce qu'il n'aurait pas manqué de faire sill'en avait cru
l'auteur:
Le dernier acte n'est pas, à beaucoup près, aussi détestable qu'il l'était;
mais il est encore bien mauvais, et comme disait un fort mauvais plaisant
à une femme bien laide et fort couperosée:
Si l'on pouvait, pour argent ou pour or
A vos boutons trouver quelque remède,
Vous seriez, je l'avoue, infiniment moins laides
Mais vous seriez bien laide encor.
On est donc en droit de douter que ces yers fussent sortis de la
plume de Voltaire, malgré l'assertion de Villette. D'ailleurs, ce
dernier avait plusieurs fois attribué à Voltaire des poèmes qu'il
n'avait pas composés.
La plupart des informations qui suivent sont tirées de l'article de Ralph A.
Nablow, "Voltaire, Mangenot, and the epigram A Madame Denis', Romance notes 39
(i98), p.io3-10. Voir auSsi R. A, Nablow, 'Byron, Voltaire and an epigram on a
French woman', Notes and queries (juin 1989), p.I74-75
2 M, t.10, P-$99
485
poSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
En I776, une épigramme bien similaire parut dans une collection
de vers de l'abbé Louis Mangenot (1694-1768):
Doris, quand Petit pour de l'or,
A vos boutons trouverait un remède,
Il est vrai, vous seriez moins laide:
Mais vous seriez bien laide encor.
Comme le fait remarquer R. Nablow, ce n'est pas la seule occasion,
et loin s'en faut, où Mangenot tourne les femmes et leur fard en
dérision.
Voltaire se rappela-t-il d'une version de ce poème, qu'l changea
pour l'occasion?
Ediions: Mercure de France, décembre 1754, 1° partie, p.64 [MF]; Poésies
de Mr l'abbé Mangenot (Maastricht, I776), p.r32; @uvres du marquis de
Villerre [Charles-Michel) (Edimbourg Paris], 1788), p.19; Voltairiana,
ou recueil des bons mots, plaisanteries, pensées ingénieuses et saillies spirituelles
de Voltaire [par Charles Yves Cousin dAvallon] (Paris, An 1x),
p.i8; Charles Collé, Journal historique, ou mémoires critiques et littéraires
sur les ouyrages dramatiques ..] depuis 1748 jusqu 'en y5, 3 vol. (Paris,
18o7), t.1, P:149; Auguste de Labouisse- Rochefort, Trente ans de ma vie
(Toulouse, 184), t3, p.28o; Epitres, satires, contes, épigrammes de Voltaire
(Paris, 1871), P413. Buyres complèzes de Voltaire, 9; vol. (Paris, Delangle,
1824-1832), t.18 (1828), p.396-97; M, t. 10, P.599.
Texte de base: Delangle.
486
collection
occasion,
leur fard en
changea
MF]; Poésies
marquis de
Voltairiana,
saillies spirituelles
Paris, An 1x),
et littéraires
vol. (Paris,
ans de ma vie
de Voltaire
Paris, Delangle,
A Madame Denis
Si par hasard pour argent ou pour or
A vos boutons vous trouviez un remède,3
Peut-être vous seriez moins laide.
Mais vous seriez bien laide encor.
a ME: A une femme laide qui ayait des boutons, et qui voulait en guérir à quelque prix
que ce f.
Collé: [riere absent]
1 ME: Si vous pouviez pour
Collé: Si l'on pouvait, pour
3 ME: Vous seriez, i'en conviens, infiniment moins laide;
Collé: Vous seriez, je l'avoue, infniment moins laide;
Dans l'édition Delangle. l'éditeur Louis Du Bois donne la variante suivante en
Das de page: 'Quand vous pourriez pour agent ou pour or / Avos boutons aPporter
un remède'.
487
À MADAME DU CHTELET SUR LES SECTEs
DES PHILOSOPHES
Ces vers sont tirés de la cinquième et dernière strophe d'un poème
de Voltaire, A M. de Forcalquier, publié dans la livraison du
15 mars 1762 de la Correspondance littéraire (cL]. Il y a une petite
variante dans le dernier vers. Le poème paraît dans Opuscules
poétiques, ou le plus charmant des recueils [oP] (Amsterdam, I773),
p.I8, et Le Voltaire galant, ou les Opuscules poétiques (Paris, 1773).
Texte de base: oP.
OC, t.14, P.$31-32.
488
4
SECTEs
d'un poème
livraison du
une petite
Opuscules
Amsterdam, I773),
Paris, 1773).
A Madame Du Châtelet, sur les sectes des philosophes
Si quelque secte a le mérite
De fixer votre esprit divin,
C'est l'école de Démocrite,
Qui se moque du genre humain.
4 CL: se moquait du
489
À MADAME DE **
Ces vers paraissent dans les Pièces inédites de Voltairel et sont
imprimés par Beuchot également,2 Bengesco écrit: 'Ce dizain.
extrait par M. Clogenson d'un manuscrit fait sous les yeux de
Voltaire, a été imprimé dans les uvres de Volaire, en 1828
(t.XVII de l'édition Delangle, p.232),3 information reproduite
par Moland. Est-ce que cette déclaration signifie que ce poème a
été écrit par un secrétaire sous la dictée de son auteur? L'édition
Moland avance que ce poème a été rédigé 'vers 1722',' ce qui rend
peut-être la participation d'un secrétaire plus douteuse. En somme,
l'attribution du poème à Voltaire est sujette à caution.
Texte de base: Beuchot.
DPièces inédites de Voltaire: imprimées d'après les manuserits originaus, pour Jatre
suite aux différentes éditions publiées jusqu'à ce jour (Paris, r820), p.73 ou 78 selon
la yersion.
2 B, t.l4, P323-24
3 N° 870, t.1, p.263-
T.1o, p.479
490
et sont
dizain.
yeux de
1828
reproduite
poème a
L'édition
qui rend
somme,
pour Jatre
78 selon
A Madame de t*
Si ton amour n'est qu'une fantaisie,
Qu'un faible goût qui doit passer un jour;
Si tu m'as pris pour me quitter, Sylvie,
Cruelle, hélas! que je hais ton amour!
Ton changement me coûtera la vie.
Viens dans mes bras te livrer sans retour;
Que tes baisers dissipent mes alarmes;
Que la fureur de tes embrassements
Ajoute encore à mes emportements;
Que ton amour soit égal à tes charmes.
491
OUATRAIN DE M. DE VOLTAIRE FAIT ANCIENNEMENT
POUR MME LA DUCHESSE DE LUXEMBOURG.
POUR MME LA DUCHESSE DE BOUFFLERS
ET MME LA DUCHESSE DE LA VALLIÈRE
Ce quatrain est attribué à Voltaire dans la Correspondance litéraire,
livraison du rer janvier 17;6, sans aucune preuve.!
Une autre version en six vers se trouve dans les Leningrad
notebooks:
Si vous aviez été 1les trois déesses
Qui de Paris avaient brigué la voix,
Belles princesses [version primitive: déesses],
Sans aucun choix
On l'aurait vu couper la pomme en trois,
Et tour à tour caresser vos six fesses. 2
On sait que Voltaire collectionne les poèmes érotiques qu'il trouve
ça et là, et il n'est pas impossible qu'il ait modifié un poème trouvé,
ou bien quil l'ait inventé, mais l'attribution semble douteuse.
Texte de base: cLT.
CLT, t3, Pi5ó.
2 0C, t.81, p.233
492
ANCIENNEMENT
LUXEMBOURG.
BOUFFLERS
VALLIÈRE
Correspondance litéraire,
Leningrad
qu'il trouve
poème trouvé,
douteuse.
Ouatrain de M. de Voltaire fait anciennement pour
Mme la duchesse de Luxembourg,
pour Mme la duchesse de Boufflers
et Mme la duchesse de La Vallière
Si vous eussiez été les trois déesses
Qui de Pâris pour juge firent choix,
Il eût coupé la pomme en trois
Pour caresser vos six fesses.
Madeleine Angélique de Neufville-Villeroy, duchesse de Luxembourg, Marie
trançoise Catherine de Bouffers, marquise de Bouflers-Remiencourt, et Louise
Hrançoise de La Baume Le Blane duchesse de La Vallière sont des correspondantes
de Voltaire.
493
CANTATE
Cette cantate ne paraît que dans Pièces inédites de Voltaire, imprimées
d'apràs les manuscrits originauX, pour faire suite aux différentes
édirions publiées jusqu'à ce jour (Paris, Didot, r820), p.29-32 [Pr],
reprise par Moland (.32, P.396-98).
Il est impossible de démontrer que Voltaire soit l'auteur de ces
vers plats et banals. Il y a dans ces Pièces inédites des textes qui ne
sont pas de lui. Une note du catalogue de la BnF décrit le volume
ainsi: Recueil de textes inédits, ou donnés pour tels, provenant de
Thieriot, et édités par Jean Corneille Jacobsen qui les conservait
dans sa bibliothèque. –Certaines de ces pièces ont été reprises par
Moland dans le t.XXXII de son édition.
Texte de base: pl.
494
Voltaire, imprimées
différentes
29-32 [Pr],
l'auteur de ces
textes qui ne
volume
provenant de
conservait
reprises par
Cantate
RÉCITATIF
Souvent du haut des cieux Junon sur ses autels
Venait dans les champs de la Grèce
Recevoir l'encens des mortels.
.. en ces jours solennels
... N'offrit à la déesse
...Que des veux criminels
Qu'alluma dans son coeur une aveugle tendrese.
I la vit s'enyoler au milieu des éclairs;
Désespéré, confus, accablé de tristesse,
Il se crut seul dans I'univers;
Il souhaita cent fois que Junon fût mortelle;
Ses yeux la suivaient dans les airs,
Et son ceur loin de lui s'envolait après elle.
AIR
.Du destin la loi fatale
... Mit un immense intervalle
Entre les mortels et les dieux;
C'est l'amour seul qui les égale.
Souvent ses traits capricieux
...Plus puissants que le tonnerre,
c.. Mettent les dieux sur la terre,
...Et les mortels dans les cieux.
RÉCITATIF
Eh quoi! s'écriait-il, les yeux baignés de larmes,
Orphée a de sa voix fait enterndre les charmes
Dans l'affreux empire des morts;
Du fier dieu des enfers il a dompté la rage,
Eurydice avec lui quittait les sombres bords.
Plus amoureux que lui, je pourrai davantage.
Amour, daigne me seconder:
495
IO
25
496
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Si tu l'as pu conduire au ténébreux rivage,
C'est au ciel quil faut me guider.
...Les respects et les craintes,
...Les soupirs et les plaintes,
... Servent peu les amants;
La seule audace
Obtient leur gråce.
RÉCITATIF
I dit, et sur les pas des filles de mémoire,
Couvert de ses lauriers, couronné de leur gloire,
Porté par I'Espérance et guidé par l'Amour,
Il vole au céleste séjour.
Devant lui des portes du jou,
Le Dieu qui le conduit fait tomber la barrière;
I soutient de ces lieux l'immortelle lumière,
..1 fait entendre à la divine cour
Sa voix qui si longtemps avait charmé la terre.
c.. Aux accents de sa voix
...Diane moins sévère,
... Songea moins à ses bois:
.Pour la première fois
...Minerve voulut plaire;
Chaque dieu prompt à se rendre
Fut percé des traits les plus doux,
..Vénus en devint plus tendre,
c.Et Vulcain fut moins jaloux.
Triomphe, heureux amant, Junon te rend les armes;
Tu jouis du bonheur de posséder ses charmes.
60
35
40
45
30
armes;
60
35
40
45
30
CANTATE
Elle goûte avec toi dans une nuit profonde
Les Plaisirs enfants des Amours,
Que jusqu'alors elle ignora toujours
Dans les bras du maitre du monde.
Dieu terrible
... Qu'adore l'univers,
Vois sous ton pouvoir inflexible
Les cieux, la terre et les enfers.
...De ta grandeur immense
c..Le coeur n'est point fatté,
Garde ta puissance,
Et nous laisse la volupté.
497
ENVOI D'UNE BRANCHE DE LAURIER CUEILLIE
SUR LE TOMBEAU DE VIRGILE,
PAR SON ALTESSE ROYALE MADAME
LA MARGRAVE DE BAREITH,
AU ROI DE PRUSSE SON FRÈRE
Dans une lettre insérée dans le Mercure de France en octobre I768,
La Condamine réclame la paternité de ce poème:
M. en ouvrant le Mercure, i'ai trouvé à la première page des Vers qui
accompagnaient une branche de laurier, cueillie sur le tombeau de Virgile,
et envoyée par feu S. A. R. Madame la margrave de Bareith au roi de Prusse
son frère. Ces vers sont suivis de deux autres petites pièces, et on remarque
dans une note, que l'on ne peut guère méconnaître dans ces poésies,
M. Voltaire, à qui elles sont attribuées. J'en conviendrai volontiers pour
les deux dernières pièces; mais je serais trop flatté qu'on pût juger aussi
favorablement de celle qui les précède. Les vers envoyés par Madame
la Margrave de Bareith à sa majesté Prussienne, sont de moi. Cette princesse
m'honorait de ses bontés. [.] I est très vrai qu'elle cueillit, sur le
tombeau de Virgile près de Naples, une branche de laurier qu'elle me dit
qu'elle voulait envoyer au roi son frère. Elle me pria de faire des vers pour
cet envoi. ...] M. de Voltaire pourrait, avec raison, trouver mauvais qu on
lui attribuât des vers de ma façon.!
Ce poème avait déjà été publié dans le Mercure de France en 1756
mais sans attribution. De toute évidence, Voltaire n'est pour rien
Pd:a3n45s. l'élaboration de ce texte, bien quil paraisse dans K84, tI4,
Texte de base: Mercure de France (1756).
de s1e pMteemrcburree 1d7e6 I8ra, npc.5e, octobre i768, t.1, | p.6o-61. Le poème paraît dans la livraison
2 Janvier, t2, p.20,
498
CUEILLIE
octobre I768,
Vers qui
de Virgile,
de Prusse
remarque
poésies,
volontiers pour
juger aussi
Madame
Cette princesse
cueillit, sur le
qu'elle me dit
vers pour
mauvais qu on
en 1756
pour rien
K84, tI4,
livraison
Envoi d'une branche de laurier
cueillie sur le tombeau de Virgile,
par Son Altesse Royale Madame la Margrave de Bareith,
au roi de Prusse son frère
Sur l'urne de Virgile un immortel laurier
De l'outrage des temps seul a su se défendre,
Toujours vert et toujours entier.
Je voulais le cueillir, et n'osais lentreprendre.
Prévenant mon effort, je l'ai vu se plier,
Et cette voix s'est fait entendre:
Approche, auguste sceur du moderne Alexandre;
Frédéric de ma lyre est le digne héritier;
J'y joins un nouveau don que lui seul peut prétendre.
Déjà son front par Mars fut cing fois couronné;
Qu'aujourd'hui par ta main il soit encore orné
Du laurier quApollon fit naitre de ma cendre.
7 K: du rival d'Alexandre
499
IO
(SUR LE RÉCIT QUON MA FAIT D'UN DESSEIN)
Quentin de La Tour a peint un portrait de Voltaire qui lui enyoie
deux billets amicaux le i5 avril I735 (D861 et D862). C. Desmaze,
dans Le Reliquaire de M. Q. de La Tour, peintre du roi Louis XV.
sa correspondance et son euvre, attribue ce poème à Voltaire.' Malgré
la familiarité, on ne saurait trouver aucune raison convaincante
pour attribuer ce long poème au philosophe.
Texte de base: Desmaze.
Paris, 1874, P.31-34-
DESSEIN)
lui enyoie
Desmaze,
Louis XV.
Voltaire.' Malgré
convaincante
Sur le récit qu' on m'a fait d'un dessein,
Depuis deux jours, sorti de votre main,
Où le crayon égale la nature
Fait presque vivre et parler la peinture,
J'ai cru pouvoir hasarder ce placet,
Fille d'Astrée, en voici le sujet:
Dans ces beaux jours où la savante Grèce
Avait encor du goût pour la sagesse,
Où la vertu trouvait des sectateurs,
Où dans le rang des vils agioteurs,
On ne voyait due, ni marquis, ni comte,
Où l'on savait être pauvre, sans honte,
Où le guerrier de lauriers entouré,
Vivait d'un champ, par ses mains labouré,
J'eus, quelque temps, le frivole avantage
D'être des Grecs estimé le plus sage.
Un vieux sculpteur me crut tel, en effet,
Et ft d'abord en marbre mon portrait.
Athènes alors, pour moi, trop prévenue,
Venait, en foule, admirer ma statue,
Et contempler ce visage nouveau,
Très ressemblant, et partant - pas trop beau.
L'un s'écriait: le voilà, c'est lui-même,
Prenez-y garde, il va faire un dilemme,
Je reconnais son sourire malin,
Et son génie à nous railler enclin.
L'autre jurait qu'un si parfait ouvrage,
Jamais des ans n'éprouverait l'outrage,
Et durerait autant que l'univers,
Boutard2 en croit tout autant de ses vers
2 François Boutard ( (1664-1729) avait une certaine réputation pour ses vers latins.
25
30
IS
20
10
S02
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Et, par le chien! il a tort de le croire.
– Mais, pour venir à la piteuse histoire
De mon portrait, à peine eût-il cent ans,
Qu'il essuya de fåcheux accidents,
Donné, vendu, troqué, puis, mis en gage,
Tantôt en ville et tantt au village,
Du cabinet d'un sage magistrat,
Souvent porté dans le palais d'un fat.
Enfin, après mainte et mainte aventure,
Triste habitant d'une vieille masure,
On l'abattit, avec un grand fracas
Etj'y perdis les jambes et les bras.
L'herbe couvrit mes fragiles reliques,
Longtemps après, un curieux d'antiques
M'en retia, brisé par la moitié,
Dans un état à vous faire pitié!
Il me fallut remettre deux oreilles,
On eut grand mal à les faire pareilles,
Puis, le sculpteur à mes yeux étonnés
Vint présenter une moitié de nez.
A regarder ces pièces rapportées,
Maussadement I'une et l'autre ajoutées,
Amas confus, sans justesse et sans art,
On croirait yoir une ode de Boutard.
Ainsi le temps, qui détruit toutes choses,
Ronge le fer, comme il létrit les roses,
Et ces palais, – de marbres embellis,
Sont, devant lui, comme est un tendre lys
Qui, le matin, amour de la nature,
Sèche le soir, – et tombe en pourriture.
Après cela, vantez-nous vos appas,
Faites baiser la trace de vos pas,
Vous
que l'on nomme et Nymphes et Déesses,
Des idiots exigez les tendresses,
Engagez-les par la foi des serments, 65
35
40
45
65
35
40
45
fsUR LE RÉCIT QON M'A FAIT D'UN DESSEIN]
N'oubliez pas le jargon des romans,
Dites-leur bien: que des chaines si belles
Selon Quinault, doivent être éternelles,
Quoique le temps, qui tient tout, sous sa loi,
Dans peu, vous rende aussi laides que moi.
Ce moment vient, et plutôt qu'on ne pense,
De tous serments il porte la dispense
Et sait guérir les amours les plus fous.
Fille d'Astrée, heureux qui, comme vous,
N'ayant jamais que la vertu pour guide,
En a reçu ce mérite solide,
Qui, dégagé des frivoles attraits,
Croissant toujours, ne se flétrit jamais.
Vous me direz pourquoi cette morale
Que, sans sujet, ici je vous étale?
Pour vous répondre, avec sincérité,
Elle déguise un peu de vanité,
Je voudrais donc, - puisqu'il faut vous le dire,
Que ce crayon, que tout le monde admire,
De mon portrait rassemblât les débris,
L'original serait d'un moindre prix.
Tous les discours qu'on a faits à ma gloire,
Tous les honneurs que m'a rendus l'histoire,
Pour un mortel, si flatteurs et si doux,
Me touchent moins que d'être peint par vous.
Voltaire
8
90
75
So
70
VERS À MDE DE *
QUI ÉTAIT D'UNE BEAUTÉ RARE
Ce poème, paru dans Opuscules poétiques, ou le plus charmant des
recueils [oP],' est une adaptation de vers composés pour la Princesse
de Navarre. 2 La modification la plus significative se trouve
dans le premier vers, 'à vous seule asservi' devient à vous seul
asservi'. On peut proposer que ce changement est lié au remaniement
du vers 266 de la pièce. Dans la pièce on lit Je vous vis dans
Burgos, et ce fut mon supplice' tandis que dans ce remaniement, le
texte présente 'Je volai vers Berlin, et ce fut mon supplice'. II
semble donc qu'il s'agisse d'une allusion aux déboires essuyés
par Voltaire lors de son séjour à Berlin auprès de Frédéric I. Si
cette interprétation est plus ou moins valable, on pourrait émettre
lhypothèse selon laquelle cette adaptation ironique de ce texte
de Voltaire dépeint la séduction de Voltaire par le roi prusse puis
ses conséquences décevantes. On pourrait comprendre le titre,
Vers à Mde de ** qui était d'une beauté rare, comme un clin d'eil
au lecteur averti qui connaît la réputation d'homosexualité de
Frédéric. Si on accepte une telle interprétation, elle semble exclure
Voltaire de la paternité de ces vers.
Texte de base: oP.
Amsterdam, 1773, P.36. Il paraît aussi dans Le Voltaire galant, ou les Opuscules
potiques (Paris, 1773, 1805), qui n'est qu'un nouveau tirage de oP.
2 1744; acte 3, scène s, vers 263-73. Il n'est nullement question de variantes mecon
nues du texte original de la pièce. Voici le texte original: Sur votre renommee,
vous seule asservi, / Je me crus fortuné pouryu que je vous visse; 7 Je erus
mon bonheur était dans vos beaux yeux: / Je vous vis dans Burgos, et ce fut mon
Supplice, / Ouí, c'est un châiment des Dieux / D'avoir vu de trop près leur chet
d'euvre adorable; / Le reste de la terre en est insupportable./Le ciel est sans clay
le monde est sans douceurs;/ On vit dans l'amertume, on dévore ses larmes; / Et
l'on est malheureux auprès de tant de charmes, / Sans pouvoir être heureux ailleus
(La Princesse de Navarre, OC, t.28A, p,267).
504
charmant des
la Princesse
se trouve
vous seul
remaniement
vis dans
remaniement, le
supplice'. II
essuyés
Frédéric I. Si
émettre
ce texte
prusse puis
le titre,
clin d'eil
d'homosexualité de
exclure
Opuscules
mecon
renommee,
erus
fut mon
leur chet
sans clay
larmes; / Et
ailleus
Vers à Mde de *** qui était d'une beauté rare
Sur votre renommée, à vous seul asservi,
Je me crus fortuné, pourvu que je vous visse;
Hélas! j'en fus assez puni:
Je volai vers Berlin, et ce fut mon supplice,
D'avoir vu de trop près vos attraits enchanteurs:
Le reste de la terre en est insupportable;
Et dans cet ennui qui m'accable,
Le Ciel est sans clarté, les champs n'ont point de fleurs;
On vit dans l'amertume, on dévore ses larmes,
Et l'on est malheureux auprès de tant de charmes,
Sans pouvoir être heureux ailleurs.
sos
[TEL QU'ON VIT AUTREFOIS ALCIDE)
Iln'y a aucun doute que Voltaire s'intéresse aux exploits du célèbre
bandit Louis Mandrin. Installé au pays de Vaud, il écrit le 14 janvier
1755 à Louise-Dorothée, duchesse de Saxe-Gotha (D6o83):
Ces mandrins qui font tant de bruit en France ont été quelque temps dans
une petite ville qui est au pied du châeau que nous habitons. La Suisse
était leur retraite. Mais on prétend à présent qu'ils n'ont plus besoin
d'asile, et que Mandrin leur chef est dans le cooeur du royaume à la tête
de six mille hommes déterminés.
Deux jours plus tard, il informe Jean Robert Tronchin que Mandrin
devenait un illustre brigand, un grand homme' (D6o87). Le
23 janvier 1755 il écrit à Cideville: Mandrin vint, il y a un mois,
se faire panser de ses blessures par le plus fameux chirurgien de
la contrée. Du temps de Romulus et de Thésée il eût été un grand
homme. Mais de tels héros sont pendus aujourd'hui. Voilà ce que
C'est que d'être venu au monde mal à propos' (D6o94). Mandrin
est roué vif le 26 mai 1755 à Valence.
Ce poème se trouve dans les Souvenirs d'un citoyen de J. H. S.
Formey, Formey constate que 'Les vers suivants ont été attribués
à V. et s'étant répandus en Suisse, M. Engel d'abord bibliothécaire
à Berne, ensuite baillif d'Arberg, et à la fin membre du grandconseil,
avec qui j'ai eu une longue et intéressante correspondance,
me les fit parvenir dans une lettre du 13 août 1755. Cest
Mandrin qui parle' (p.69). Samuel Engel, cousin d'Albrecht von
Haller, est un savant, un bibliothécaire, un agronome qui possede
une riche bibliothèque, Il n'y a aucune trace de ce nom dans la
1 Berlin, 789, t.2, p.70.
2 Voir Torsten Sander, Samuel Engel's Bibliotheca Selectissima (1743). "Rarity
as a criterion of knowledge and its classification', dans Scholars in action: the practice
of knowledge and the figure of the sayant in the z8th century, t.I, éd. André H. Jolenstein,
Hubert Steinke, et Martin Stuber (Leyde et Boston, 2o13), P.339-60.
So6
célèbre
janvier
D6o83):
temps dans
Suisse
besoin
la tête
que Mandrin
D6o87). Le
mois,
chirurgien de
grand
ce que
Mandrin
J. H. S.
attribués
bibliothécaire
grandconseil,
correspondance,
1755. Cest
d'Albrecht von
possede
dans la
"Rarity
practice
Jolenstein,
[TEL QUON VIT AUTREFOIS ALCIDE]
correspondance de Voltaire mais puisque Engel habite la Suisse et
fréquente des cercles cultivés, il n'est pas exclu qu'il ait pu avoir
accès à des manuscrits qui circulent. Par contre, iln'existe aucune
preuve que ce poème soit de la plume de Voltaire. Auparavant, il
Darait à la fin d'un pamphlet contre Voltaire: Aventure nouvelle de
M. de Voltaire, n° II,' après une longue lettre signée François
Grasset. II paraít également dans le Meraure historigue etpolitique,
où il est attribué à un membre de la bande de contrebandiers.
Il paraît enfin dans le Chansonnier historique du XVIII siècle de
Raunié,5 mais le sixième vers est omis. La Bibliothèque nationale
de France possède un manuscrit (n.a.fr.24340, f.228r). Le poème
figure dans le site Poèmes satiriques', n° I149, sous le titre
Sur Mandrin', qui signale deux sources: Raunié, VII, 260-61,
et Clairambault, F.Fr.12721, p.35'.
Texte de base: Souvenirs d'un citoyen.
3 Genève et Lyon, 1755, P-[16.
4 T.i9 (1755), P-320.
5 Paris [1882], t-7, p.26o-61.
s07
so8
Tel qu'on vit autrefois Alcide
Parcourir l'univers, la massue à la main,
Pour frapper plus d'un monstre avide
Qui désolait le genre humain:
Ainsi j'ai parcouru la France,
Que dépouillent mille tyrans;
J'ai péri pour avoir dépouillé des brigands.
J'aurais joui comme eux d'une autre récompense,
Si j'avais dépouillé des peuples innocents.
Ces Moland, de docteur Texte
SUR LES DISPUTES EN MÉTAPHYSIQUE
Ces vers, publiés comme un poème indépendant par Beuchot,! et
Moland, 2 sous le titre 'Sur les disputes en métaphysique', et datés
de 1741, sont tirés de la Courte Réponse aux longs discours d'un
docteur allemand (voir Eléments de la philosophie de Newton).
Texte de base: Moland.
Vres complètes, première partie, Buvres poéiques (Paris, 1827), p.i16.
2 T.io, p.s26.
3 0CV, t.i5, P.762.
so9
SIO
Sur les disputes en métaphysique
Tels, dans l'amas brillant des rêves de Milton,
On voit les habitants du brûlant Phlégéton,
Entourés de torrents de bitume et de flamme,
Raisonner sur l'essence, argumenter sur lâme,
Sonder les profondeurs de la fatalité,
Et de la prévoyance et de la liberté.
Ils creusent vainernent dans cet abime immense.
ÉPÍTRE DE VOLTAIRE Å M. DE LA HARPE
De toute évidence ce poème est lié au retour de Voltaire à Paris. Le
quatrième vers mentionne 'des derniers instants où i'ai revu Paris'.
On sait que le 7 avril 1778 Voltaire devient franc-maçon et est reçu
(anprent? au siège des Neuf Seurs.! On retrouve aux vers 36 et
I30 une allusion à cette loge. On a du mal à croire que Voltaire ait
pu composer un si long poème à ce moment difficile de sa vie
bien qu'il soit vrai que La Harpe le voit souvent pendant ce dernier
séjour à Paris. Bengesco (n 2340) cite le titre du poème et sa
parution sans fournir d'autres précisions. La citation mise en
exergue du texte 'Experto crede Roberto' (conseil général qui veut
dire, croyez:-en celui qui en a fait l'expérience) est tirée de LAnatomie
de la mélancolie (1621) de Robert Burton. Ces vers semblent
plutt une appréciation, voire même une célébration, de la vie et de
la carrière de Voltaire, rédigée après sa mort, survenue le 3o mai
I778. On constate que cette pièce ne figure pas dans l'édition de
Kehl, On se demande si elle est l'euvre d'un de ses intimes comme
le marquis de Villette mais les preuves nous manquent. I n'en reste
pas moins quil est incontestablement question de La Harpe vers la
fin de la pièce puisque plusieurs de ses ouvrages sont évoqués:
Wanwick (1763), Mélanie (1770) à travers le personnage de Mmne
Faublas, et Menzicoff ou les exilés (1775). Nous avons choisi la Cor-
Tespondance secrète, politique et littéraire comme texte de base, mais
le poème se trouve aussi dans la Correspondance littéraire secrète,
n35, de Paris le 2s août 1778 (non paginée), qui suit de près notre
texte, saufle vers 9, où 'Christophe' est remplacé par des points.
Texte de base: Correspondance secrète, politique et linéraire, t.6, août i778
(Londres, 1787), P.402-11.
VST, t.2, p.6o7-608.
Christopher Todd, Voltaire's disciple: Jean François de La Harpe (Londres, I972),
p27-
SII
Epire de Voltaire à M. de La Harpe
Experto crede Roberto
Toi qui de mes autels confiant thuriféraire,
D'un emploi si brillant as reçu le salaire;
Toi que i'ai décoré du tendre nom de fils
Dans ces derniers instants où j'ai revu Paris;
Quoique je tienne encor sur l'infernale rive
A des objets plus chers que ta muse adoptive,
Introduit, couronné, dans les champs bienheureux,
La H.. je t'écris du sein de ces beaux lieux;
Où Phæbus et l'Amour en dépit de Christophe,
Mont placé comme amant, poète et philosophe.
Malgré tant de lauriers et de titres divers,
Je l'avouerai pourtant, le juge des enfers,
Minos me reprochant ma satirique rage,
Ma retenu longtemps captif sur le rivage.
I n'a point imputé dans son livre infernal,
Mes vers contre N... à crime capital:
II n'a point condamné le fréquent anathème
Lancé contre N... G. P... même:
Sur 1Abbé S... il a tacitement
Approuvé mon aigreur et mon acharnement.
Mais offrant à ma vue un libelle anonyme,
D'un ton plein de courroux, voil, dit-il, ton crime:
'A quel titre as-tu donc, détracteur scandaleux,
Poursuivi dans la tombe un rival (a) généreux?
Vainqueur (b) des dee rivaux ui règnent sur la scène
Il fallait triompher de l'autre et de ta haine.'
(a) V... ayant achevé sa Tragédie d'Oreste; en fut faire un prétendu
hommage à l'auteur d'Electre, qui ne put mieux témoigner sa reconnaissance
qu'en souhaitant au frère un succès égal à celui de la sceur.
6) Vers du Poème des saisons. M. de S. L.n'a pas craint d'élever V.
au-dessus de Corneille et de Racine.
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prétendu
reconnaissance
sceur.
d'élever V.
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ÉPÎTRE DE VOLTAIRE À M. DE LA HARPE
T'en convins, je blâmai cet (c) écrit diffamant,
De malice et d'orgueil insigne monument,
Où mon esprit jaloux d'abaisser le génie.
De l'Eschile français osa noircir la vie. 30
Croyant fléchir Minos par ma docilité,
Je tourne en suppliant mes yeux vers le Léthé!
Au nom de tous les Dieux je presse mon passage...
Halte-là, dit le juge et vois cet autre ouvrage!
Si (d) Chaulieu de Chapelle eût attaqué les mceurs, 35
Tu l'eusses peint en noir aux fastes des neuf sceurs:
Ton Apollon vengeur se fût fait une étude,
D'instruire l'univers de son ingratitude!
Et toi, cruel, et toi, quel fiel as-tu vomi
Contre le grand Rousseau ton maitre et ton ami?
Prêtre du Dieu du goût (e) devais-tu dans son temple,
Flétrir un mortel né pour t'y servir d'exemple?"
Livré par ce reproche aux traits les plus aigus,
Du séjour enchanté je tremblais d'être exclus ([sic|:
Quand Minos déridant son front atrabilaire; 45
Des Colons de Ferney tu t'es montré le père:
Des Calas, (f) des Sirven généreux défenseur,
() Satire contre Crébillon publiée après sa mort, sous le titre d'Eloge
de ce célebre tragique.
(d) Chaulieu fut disciple de Chapelle, il dit lui-même que le maitre lui
apprit,
Au son harmonieux des rimes redoublées
L'art de charmer l'oreille et d'enchanter I'esprit
Par la diversité de cent nobles idées.
() Voyez le Temple du Goût et l'Epitre sur la calomnie.
(J) M. de V.... peut être cité parmi les Philosophes qui n'ont point
borné l'amnour de l'humanité à la stérilité des prédications. Sa vie prnvee
a Ferney offre des traits de bienfaisance les plus glorieux et les plus multiplies.
En défendant la mémoire des Calas, il combattait l'erreur et le
atisme, en même temps qu'il comblait de largesses leurs malheureuses S
victimes.
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Tu réparas leurs maux et plaignis leur malbheur:
De ces traits bienfaisants telle est la récompense:
Ils t'offrent dans ces lieux un titre à l'indulgence:
Ne crois pas cependant sans un long repentir,
Pénétrer aux lieux purs où règne le plaisir;
Relégué pour cent ans aux bords de l'onde noire
L'avenir t'apprendra qu'il est un purgatoire.'
Frappé d'un tel arrêt, stupéfait, confondu,
Au cri de l'équité qu'eussé-je répondu?
Incliné tristement dans un humble silence,
T'allais exécuter la fatale sentence....
Le bruit harmonieux de mille accords divers
Frappe subitement les échos des enfers:
J'écoute: j'aperçois sur la rive opposée,
Un groupe d'habitants du tranguille Elisée:
Qui couronnés de feurs entremêlent leurs voix
Au son mélodieux des Aûtes, des hautbois...
Ce spectacle en mon coeur ramène l'espérance;
Leurs concerts de Minos invoquant la clémence;
J'entendis prononcer, gráce, grâce, il a fait
Brutus, Sémiramis, Alzire et Mahomer:
Et l'Echo secondant leurs accents et leur zèle,
Gráce de par Henri, DAmour et Gabrielle.
A ces noms glorieux l'arrêt est révoqué:
Du livre de Minos je me vois démarqué:
A pas précipités fuyant l'urne fatale,
Des rives du Léthé je franchis l'intervalle.
Du trouble de mes sens figure-toi l'excès!
Interdit et confus je vois, je reconnais
Crébillon et Rousseau qui compagnons d'Horace
Se vengent de mes traits en demandant ma grâce.
Oui, je sentis alors que le poids des bienfaits
Aux esprits épurés n'offre que des attraits:
J'embrasse tendrement ces héros du Permesse,
Et l'envie en mon coeur fait place à la tendresse
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ÉPiTRE DE VOLTAIRE À M. DE LA HARPE
A lombre de leur gloire et de leur amitié.
Au séjour des heureux enfin initié,
Dans le cercle où Sapho brille près de Lesbie
Mon ceil avec transport reconnaît Emilie:
Ouinault et Fontenelle accompagnent ses pas:
Des Aeurs leur tiennent lieu de lyre et de compas:
Leurs instants sont flés par Vénus et par Flore,
Qui pour eux des beaux jours éternisent l'aurore.
l'oublie à leur aspect les honneurs du fauteuil:
je dépose à leurs pieds le sceptre de l'orgueil:
J'obéis à la loi que l'Elisée impose,
J'abdique le laurier pour le myrte et la rose:
Et renversant l'autel du tyran de mon cceur,
J'immole sans retour la gloire à mon bonheur.
Parmi les habitants de ces bords pleins de charmes
Le Couvreur dont la mort nous causa tant de larmes, (g)
Oubliant Melpomène et ses sombres terreurs,
Au fier Vengeur des Lys consacre ses ardeurs.
Agréable rival de l'amant de Corine,
Dans un autre Choisi, Bernard fète Claudine:
Des grâces et des ris le peintre libertin
De son aimable Annette est encor le Lubin.
Du tendre Colardeau l'ombre douce et sensible,
Jouit près de Zulni du sort le plus paisible:
Et toi dont j'ai chéri le coeur et les talents,
Toi que l'affreuse mort ravit avant le temps,
Je te retrouve enfin dans ces plaines riantes,
De Tibulle et d'Ovide égayant les amantes:
0 mon cher (A) Desmahis, en ce lieu plein d'attraits
Du vieillard de Ferney reconnais-tu les traits?
(8) Adrienne le Couvreur. Les circonstances de sa mort furent on ne
Peut plus tragiques, Le Maréchal de... la regretta beaucoup.
() Poète charmant, élève de M. de Voltaire. Ses Poésies fugitives
annonçaient les plus grands talents.
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Quoi c'est vous que j'embrasse!ô jour doux et prospère!
Des faveurs du destin tu me rends la plus chère!
O Voltaire ! ô moment qui comble tous mes veux
Vous manquiez au bonheur que je goûte en ces lieux!
Cing lustres écoulés de plaisir et de gloire,
N'ont pu de vos bienfaits effacer la mémoire:
Voluptueux et tendre entre vos nourrissons,
D'Epicure et de vous j'ai suivi les leçons:
Les plaisirs sont trop chers, bien fou qui les oublie!
Cest par le souvenir qu'on se les multiplie:
Sans lui les jours heureux l'un par l'autre effacés
Nous paraissent présents qu'ils sont déjà passés.
Environné soudain des ombres que la Seine,
Du Pinde avec honneur vit parcourir l'arène;
I me fallut quittant un si doux entretien,
Recevoir les saluts du peuple Elisien,
A l'accueil fraternel dont le cercle m'honore
Au Temple des neuf sceurs (i) je crois revivre encore:
Je reconnais Chaulieu, Lafare, Pavillon,
L'aimable voyageur qui guida Bachaumont:
Et ce prince chéri dont l'heureuse régence
Fit fleurir les plaisirs, les arts et l'abondance.
Piron au milieu d'eux des traits de sa gaîté
Brille encor, mais sans fiel et sans aspérité.
Que te dirai-je enfin, tous ces fils du Parnasse
Réunis près de moi, se rangent, prennent place:
'Ami, me disent-ils, dans ce paisible lieu
Aux frivoles humains on tient encor un peu:
Tu nous dois les détails du monde littéraire:
Du dernier arrivé c'est la tâche ordinaire:
Ainsi de ce séjour devenu commensal,
Il nous faut de Paris esquisser le journal,
mo()r tL. oge Maçonne, où fut reçu M, de Voltaire peu de temps avant sa
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prospère!
lieux!
encore:
avant sa
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kpiTRE DE VOLTAIRE M. DE LA HARPE
- Hélas! qu'exigez-vous? Bon Dieu, quelle gazette!
De gloire et de talents quelle affreuse disette!
Exceptez-en Favart, N.... et B..,
Le Pinde n'offre plus qu'un peuple d'ennemis
Oui, cherchant et donnant matière à la satire,
Des sots, à leurs dépens, alimentent le rire,
Qui, de leurs vers sanglants, se fouetant tour à tour,
D'un mépris mutuel se couvrent sans retour,
Et, victimes enfin de guerres intestines,
Tombent ensevelis sous leurs propres ruines.
La multiplicité de cent journaux divers,
Au monde littéraire a produit ces revers:
Tel prodigue, sans goût, un encens mercenaire;
Tel dénigre un rival, sans songer à mieux faire;
Qui perd, à disséquer Orphanis, () Mustapha, (K)
Un temps trop nécessaire à ranimer Vasa.
Dans l'état déplorable où se trouve la scène,
Thalie a partagé le sort de Melpomène:
En voulant les unir, d'étranges novateurs
Ont contristé les ris, et fait rire les pleurs.
G) Tragédie de M. Blin de Sainmore, supérieure à Vasa, Pharamond,
etc, etc. Dans l'examen qu'en ft l'auteur du Mercure, on vit plutôt un
rival jaloux, qu'un critique éclairé: au moins le journaliste, qui trouvait
dans cette pièce du froid et de la lenteur, dût-il trouver, dans la réponse
de M. Blin, de la vivacité et de l'énergie.
() Coup d'essai de M. Champfort. Le style en est noble, élégant. On
admire le quatrième acte; le cinguième a été justement critiqu. Quo1
qu il en soit, le traducteur hyperboréen de Suétone était-il en droit de
Presager que M. de Champfort ne ferait jamais une bonne tragédie? Les
debuts si brillants ont aussi parfois leurs inconvénients. Aux premières S
epresentations de Waick bien des gens n'atendaient pas moins du
Pere putatif, que des Cinna et des Rodogunes (Quid feret hic tante dignum
promissor hiatu? disaient les autres). On peut leur répondre après quinze
sparturient montes, nascentur Gustave, Pharamond, Mélanie, Timoléon,
Menzicoff, les Barmécides, Corseils à un jeune poàte, etc. etc. ee
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PoÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
On voudrait, de Molière, en vain suivre la trace,
Aujourd'hui la gaîté ne rit que par grimace:
Cent madrigaux, fanqués de ces vers sentencieux,
Fatiguent l'auditeur d'un salmis ennuyeux:
Et de traits décousus l'incohérente image
Présente, à chaque scène, un bizarre assemblage.
Témoin l'Amant bourru de létique M..
Précurseur triomphant de l'Homme personnel.
J'allais brunir encor la lugubre peinture
Du déclin affigeant de la littérature,
Et, dans un même sac, envoyer du R..., (U)
Ses décès et Richard, aux comédiens de bois:
Quand l'essaim des beautés qui parent l'Elisée,
Nous fait, par ses hérauts, annoncer Colisée.
On se lève, on accourt; je suis de loin leurs pas,
A travers des bosquets de myrte, de lilas,
Où libre et recueilli, sans table ni pupitre,
Je griffonne à l'écart cette instructive épître.
Puisse des sombres bords la rigoureuse loi
Imprimer, dans mon coeur, un salutaire effroi.
Ton article, aperçu sur le livre de vie,
M'offre, de bien des traits, ta mémoire ternie.
Docile à mes leçons, frappé de mes dangers,
Renonce, il en est temps, aux extraits mensongers:
Tu vois où m'ont conduit le fiel er la satire,
Des champs de l'Elisée ils m'ont failli proscrire.
Si j'entrepris en vain d'humaniser Minos,
Qu'attendre en ta faveur de tes maigres héros?
()Connu par des contes et des chansons, prit tout d'un coupl'essor, et
chaussa le cothurne. I composa les Décius François, Richard IIl, pièces
rivales d'Egyptus et des Héraclides, Suivant ensuite, vers le temple de la
gloire, la même marche et la même gradation que l'auteur du Silvain, 11
quitta Melpomène, pour étaler pompeusement à l'Opéra bouffon les )
Mariages Samnites, la Bataille d'Iyry, la Réduction de Paris, etc. etc.
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IIl, pièces
temple de la
Silvain, 11
bouffon les )
etc.
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ÉpîTRE DE VOLTAIRE Å M. DE LA HARPE
Tes tragiques lauriers sont de faibles égides:
Dusses-tu renforcer Vasa, des Barnécides; ()
Des pinceaux de Corneille osé profanateur,
Et des traits de Cinna mesquin imitateur,
Sur les bords du Cocite, il te faudrait en rade
Pour expiation faire la milliade. (2)
Songe par quel traité possesseur d'un journal
On t'a vu dès sa source empester le canal;
Veux-tu de cette tache imprimée à ta gloire
Jusques dans sa naissance étouffer la mémoire?
Dans un chemin trompeur suis les pas de Querlon:
Ne sois plus le Séjan de la Cour d'Apollon:
Fais oublier tes torts à l'exemple d'Auguste,
Sur un trône usurpé, deviens clément et juste:
Dans le Fevre et Champfort vois au moins tes égaux;
De Zulime et d'Othon, respecte les défauts;
Et fuyant les excès où t'emporte l'envie,
D'une critique sage éclaire le génie.
Zoile impénitent, où serait ton pardon?
Convaincs-toi bien surtout, auteur de Pharamond,
Quels que soient les honneurs qu'au Louvre on te défere,
Que tu n'es que La Harpe, et que i'étais Voltaire.
Prête l'oreille aux cris des C..., des G...
(m) Nouvelle production d... On a trouyé dans cette espèce de tragédie
de mauvaises parodies de plusieurs endroits de Cinna, quelques beaux
vers en très méchante conmpagnie; on a vu des situations susceptibles de
chaleur et d'intérêt, se résoudre en glace et en déclamations, etc. etc..
On a reconnu à tous ces traits M. de la H., ainsi qu'à sa manire de s
se prodiguer des loges dans le Mercure qu'il compose, et chacun a
chanté,
l'oujours, toujours, il est toujours le méme.
() Révolution de mille ans, On a cru pouvoir dire faire la milliade,
cOmme on dit faire la quarantaine. Virgile faisait absoudre les ombres
Pres cent ans (centum erant annos). On a voulu ici proportionner la peine
a la gravité du délit er à la qualité du délinquant.
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POÉSIES ATTRBUÉES À VOLTAIRE
Eclairant le public sur mes larcins divers:
A m'ôter Mahomet ne pouvant pas prétendre;
Ils divisent Mérope, ils s'efforcent de rendre
(0) Alzire à P... Zaire à Makarti....
Ah! s'ils rendent aussi le Warvick à Kéli... (p)
Du plumage du paon si comme Mascarille,
Aux yeux de tout Paris leur soin te déshabille:
Quel revers foudroyant pour toute ta maison!
J'entends encore Faublas atteinte de poison,
Prononcer tristement à son heure dernière,
C'en est fait, Menqicoff, nous n'avons plus de frère.
() L'envie seule a pu accréditer de pareils bruits. Son venin se répand
partout. I n'est point jusqu'au Mevius du jour, qui par ses observations
sur Zulime ne renouvelle la fable de la lime et du serpent, Au reste, Alzire
neot uZrariircee .n'auraient qu'à se feliciter d'avoir été comme Lucile changées en
W(aprv) icLk'a. uteur des Trois Siècles a parlé de ce père Kéli à propos de
Du vivant de Colletet sa servante ftt d'assez bons vers, Colletet
mourut, la verve de Manon s'anéantit.
Les Oracles ont cessé
Colletet est trépassé.
s20
En Fragments par 'encore un Voltaire, hellénistes."'de sans à ancien Voltaire de (Editions: attribution); tl4, M, Texte
répand
observations
reste, Alzire
changées en
propos de
Colletet
IMPROMPTU SUR LA FONTAINE DE BUDÉE.
À YÈRE]
En 1833, Beuchot note qu'il a 'trouvé cette pièce dans une note des
Fragments épiques, par B. de 1Malpière, 1829, page 229', note reprise
par Moland. La note de Malpière en question décrit la fontaine:
'Au fond de la grotte d'où s'épanche cette belle source, se voit
encore un portrait en relief qu'on assure être celui de Budée, et sur
un bloc de pierre on a gravé ces vers, improvisés, dit-on, par
Voltaire, lorsqu'il vint visiter cet ancien asile d'un de nos premierS
hellénistes."'1 L'Histoire des environs de Paris (1837), l'attribue aussi
à Voltaire.
Voltaire a acheté la terre de Ferney à Isaac de Budé, descendant
de Guillaume Budé, helléniste. Les négociations, qui ne sont pas
sans récriminations, durent de i7s8 à r763 (voir D7904, Isaac Budé
à François Tronchin, 14 octobre 1758, et VST, t.I, p.888).
Nous n'avons rien trouyé qui indique que Voltaire ait visité cet
ancien asile". Le 'qu'on assure' et le dit-on' ne prouvent point que
Voltaire ait écrit ce quatrain.
Le texte de Malpière, ainsi que L'Année liuéraire, mentionne
Yere', mais il s'agit en fait d'Yerres, dans l'actuel département
de l'Essonne, où se trouve encore aujourd'hui la fontaine de Budé
(souvent écrit Budée) avec son inscription.
Editions: LAnnée littéraire (1758), t.5, P350 (AL] (sans attribution); Le
Grand Vocabulaire français (Paris et Amsterdam, 1769), t.9, P.398 (sans
attribution); D. Bazin de Malpière, Fragments épiques et autres posies
(Paris, 1829), p.z29; uyres de Voltaire, éd. J. Q. Beuchot (Paris, 1833),
tl4, P.389; Histoire des environs de Paris, 4 vol. (Paris, 18;7), t.I, p.284;
M, t.10, p.s31.
Texte de base: AL.
Guillaume Budé (1467-1 $40). humaniste francais, et maître de la librairie du roi.
$21
522
[Zmpromptu sur la fontaine de Budée, à Yere]
Toujours vive, abondante, et pure,
Un doux penchant règle mon cours:
Heureux l'ami de la nature
Qui voit ainsi couler ses jours.
Bien nombreux de source écrivains connaissance Le Texte
Yere]
IMPROMPTU DE M. DE VOLTAIRE, FAIT A CIREY,
SUR LA BEAUTÉ DU CIEL, DANS UNE NUIT D'ÉTÉ
Bien que cet impromptu ait été attribué à Voltaire dans la Correspondance
litéraire, et que l'attribution ait été perpétuée dans de
nombreux livres du dix-neuvième siècle, il n'est pas de la plume
de Voltaire. Bengesco dit quil 'est du P. Lemoine'2 Georges
Maurevert cite deux versions de ces vers avant de préciser leur
source qui se trouve dans les @uvres poétiques, publiées en 1671,
du père Lemoine, jésuite' dont Voltaire, dans son Catalogue des
écrivains du siècle de Louis XIV, écrit 'qu'il n'avait ni goût, ni
connaissance du génie de sa langue'.9 Les Annales potiques précisent
que Cest dans la Lettre onzième [des Lettres morales de
Le Moyne], intitulée le Théâtre du sage, que se trouvent ces quatre
beaux vers, qu'on a depuis peu attribués à Voltaire'. Le Moyne
[oP] et les Annales poériques (AP] présentent deux variantes.
Texte de base: Correspondance littéraire.
1 Mars 1781 (Paris, Buisson, 1812), t.5, P.274-
T4 P3o4. Pierre Le Moyne (1602-1671) est jésuite.
Le Livre des plagiats (Paris, I923), P.Io6. Pierre Le Moyne, Les Buvres poétiques
P. Le Moyne (Paris, 1671), p.279- Voir 'Catalogue de la plupart des écrivains
trançais qui ont paru dans le siecle de Louis XIV, 0C, t12, P135.
Annales potiques depuis l'origine de la poésie française, t.2r (Paris, I782) P.41-
s23
524
Impromptu de M. de Voltaire, fait à Cirey,
sur la beauté du ciel, dans une nuit d'été
Tous ces vastes pays d'azur et de lumière,
Tirés du sein du vide et formés sans matière,
Arrondis sans compas, et tournant sans pivot,
Ont à peine coûté la dépense d'un mot.
1 OP, AP: Et ces
3 OP, AP: COmpas, suspendus sans
VANITÉ DES CHOSES HUMAINES
On lit dans l'édition Moland qu'un cantique intitulé Notre bonheur
n'est qu'en Dieu' 'a été longtemps inséré dans les recueils
de ce genre de poésie, au nom de Voltaire' et il poursuit: TI nous
souvient aussi d'avoir entendu, dans notre jeunesse, attribuer à
Voltaire un cantique qui commence ainsi: Tout n'est que vanité'
(t.32, p.439). Il admet qu'il s'agit sans doute d'"une confusion produite
par son imitation de lEcclésiaste'. On ne saurait imaginer
que Voltaire ait pu composé un tel cantique dépourvu d'accents
ironiques ou polémiques.
Texte de base: Recueil de cantiques spirituels à l'usage des retraites
(Chartres, I774), P.255-59.
$25
s26
Vanité des choses hunaines
Tout n'est que vanité
Mensonge et fragilité,
Dans tous ces objets divers
Qu'offre à nos regards l'univers.
Tous ces brillants dehors,
Cette pompe,
Ces biens, ces trésors,
Tout nous trompe,
Tout nous éblouit,
Mais tout nous échappe, et tout fuit.
Telle que d'une fleur,
On voit la vive couleur,
Eclore, s'épanouir,
Se faner, tomber et périr,
Tel est des vains attraits
Le partage,
Tels l'éclat, les traits
Du bel âge,
Après quelques jours
Perdent leur beauté pour toujours.
En vain pour être heureux,
Le jeune voluptueux
Se plonge dans les douceurs
Qu'offrent les mondains séducteurs:
Plus il suit les plaisirs
Qui l'enchantent,
Et moins ses désirs
Se contentent,
Le bonheur le fuit;
A mesure qu'il le poursuit.
Que doivent devenir,
Pour l'homme qui doit mourir,
IS
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25
30
IS
20
25
30
VANITÉ DES CHOSES HUMAINES
Ces biens longtemps ramassés,
Cet argent, cet or entassés?
Fût-il du genre humain
Seul le maître,
Pour lui tout enfin
Cesse d'être:
Au jour de son deuil,
IIn'a plus à lui qu'un cercueil.
Que sont tous ces honneurs
Ces titres, ces noms flatteurs?
Où vont de l'ambiieux
Les projets, les soins, et les vaeux?
Vaine ombre, pur néant,
Vil atome,
Mensonge amusant,
Vrai fantôme,
Qui s'évanouit,
Après qu'il l'a toujours séduit.
Tel qui voit aujourd' hui
Ramper au-dessous de lui,
Un peuple d'adorateurs,
Qui brigue à l'envi ses faveurs;
Tel devenu demain
La victime
D'un revers soudain
Qui l'opprime,
Nouveau malheureux;
Est esclave, et rampe comme eux.
J'ai vu l'impie heureux,
Porter son air fastueux,
Et son front audacieux,
Au-dessus du cèdre orgueilleux:
Au loin tout révérait
Sa puissance,
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65
35
40
45
S28
PoÉSIEs ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Et tout adorait
Sa présence;
Je passe, et soudain,
I1 n'est plus, je le cherche en vain.
Que sont donc devenus
Ces grands, ces guerriers connus,
Ces hommes dont les exploits
Ont soumis la terre à leurs lois?
Les traits éblouissants
De leur gloire,
Leurs noms florissants
Leur mémoire,
Avec les héros
Sont entrés au sein des tombeaux.
Au savant orgueilleux
Que sert un génie heureux?
Un nom devenu fameux
Par mille travaux glorieux?
Non: les plus beaux talents,
L'éloquence,
Les succès brillants,
La science,
Ne servent de rien,
A qui ne sait vivre en chrétien.
Arbitre des humains,
Dieu seul tient entre ses mains
Les événements divers,
Et le sort de tout l'univers.
Seul, il n'a qu'à parler,
Et la foudre,
Va frapper, brûler,
Mettre en poudre
Les plus grands héros,
Comme les plus vils vermisseaux.
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VANITÉ DES CHOSES HUMAINES
La mort, dans son courroux,
Disperse à son gré, ses coups,
N'épargne ni le haut rang,
Ni léclat auguste du sang.
Tout doit un jour mourir:
Tout succombe:
Tout doit s'engloutir
Dans la tombe:
Les sujets, les Rois,
Iront s'y confondre à la fois.
Oui, la mort à son choix,
Soumet tout âge à ses lois,
Et l'homme ne fut jamais
A l'abri d'un seul de ses traits.
Commne sur son retour
La vieillesse,
Dans son plus beau jour,
La jeunesse,
L'enfance au berceau,
Trouvent tour à tour leur tombeau.
O! combien malheureux
Est l'homme présomptueux,
Qui dans ce monde trompeur
Croit pouvoir trouyer son bonheur!
Dieu seul est immortel,
Immuable,
Seul grand, éternel,
Seul aimable,
Ayec son secours
Soyons à lui seul pour toujours.
$29
IIO
IIS
120
I25
I3C
IOS
LES J'AI VU, ATTRIBUÉS FAUSSEMENTÀ
M. DE VOLTAIRE, ET QUI LE FIRENT METTRE
À LA BASTILLE, SOUS LA REGENCE, EN I716
que ces vers aient joué un grand rôle dans la vie du jeune
Bien
Voltaire en effet, ils lui ont valu un séjour à la Bastille -il dit
ne pas en être l'auteur. Il explique les circonstances dans la Première Lettre sur Bdipe:
I parut à la mort de Louis XIV une petite pièce imitée des J'ai vu de l'abbé
Régnier. Cétait un ouvrage où l'auteur passait en revue tout ce qu'il avait
vu dans sa vie. [...] Elle finissait: J'ai vu ces maux, etje n'ai pas vingt ans.
Comme je n'avais pas vingt ans alors, plusieurs personnes crurent
que j'avais mis par là mon cachet à cet indigne ouvrage; on ne me fit
pas l'honneur de croire que je puisse avoir assez de prudence pour me
déguiser.L'auteur de cette misérable satire ne contribua pas peu à la faire
courir sous mon nom, afin de mieux cacher le sien. Quelques-uns
m'imputèrent cette pièce par malignité, pour me décrier et pour me
perdre. Quelques autres, qui l'admiraient bonnement, me l'attribuèrent
pour m'en faire honneur. Ainsi un ouvrage que je n'avais point fait, et
même que je n'avais point encore vu alors, m'attira de tous côtés des
malédictions et des louanges.
Selon Voltaire, le véritable auteur a fini par avouer sa responsabilité:
"Heureusement ma justification est venue, quoique un peu tard,
celui qui m'avait calomnié et qui avait causé ma disgrâce m'a signé
lui-même, les larmes aux yeux, le désaveu de sa calomnie.'1
Cet auteur est Antoine-Louis Lebrun (168o-1743), Le poème
paraît dans Mon Petit Porte-feuille IPpl, où il est suivi de la note:
Ce fut cete pièce échappée à M. de Voltaire en I718, qui le ht
1 0CV, tIA, p.327-28.
2 Voltaíre écrit dans une variante de la Première Lettre: l est yrai que je n'avais
pas vingt ans alors; mais ce n'est pas une raison qui puisse faire croire que j'aie lalt
les vers de M. Le Brun' (0C, t.IA, p.381).
530
METTRE
I716
du jeune
Bastille -il dit
Première de l'abbé
qu'il avait
vingt ans.
crurent
ne me fit
pour me
à la faire
Quelques-uns
pour me
l'attribuèrent
point fait, et
côtés des
responsabilité:
peu tard,
m'a signé
1
poème
la note:
qui le ht
je n'avais
j'aie lalt
LES J'AI vU
mettre à la Bastille. I l'a désavouée; mais à sa manière dans la
nréface de son 2dipe.' 3 Dans la section consacrée aux pièces justifcatives
de la Vie de Voltaire: suivie des Mémoires de Voltaire 1es
vers sont précédés par un avis qui déclare qu'ils sont attribués
faussement à M. de Voltaire, et quile firent mettre à la Bastille, sous
la régence, en 1716.4 Il y a des variantes entre ces deux éditions.
Il existe de multiples manuscrits de ce poème sous differents
itres. Voir le site Poèmes satiriques', n° 1, qui le date de 171S.
Texte de base: Vie de Voltaire.
3 Londres, I774, t.2, p.I12-14-
Condorcet, Vie de Volkaire: suivie des )Mémoires de Volaire ([Kehl), I78), p2$5
531
I4
17
532
22-24
Les J'ai vu, attribués faussement à M. de Voltaire,
et qui le firent metre à la Bastille,
sous la régence, en 1y16
Tristes et lugubres objets,
J'ai vu la Bastille et Vincennes,
Le Châtelet, Bicêtre, et mille prisons pleines
De braves citoyens, de fidèles sujets:
J'ai vu la liberté ravie,
De la droite raison la règle poursuivie:
J'ai vu le peuple gémissant
Sous un rigoureux esclavage:
J'ai vu le soldat rugissant
Crever de faim, de soif, de dépit et de rage:
J'ai vu les sages contredits,
Leurs remontrances inutiles:
J'ai vu des magistrats vexer toutes les villes
Par des impôts criants et d'injustes édits:
J'ai vu sous l'habit d'une femme (a)
Un démon nous donner la loi,
Sacrifier son Dieu, sa religion, son âme
Pour séduire l'esprit d'un trop crédule roi:
J'ai vu un homme épouvantable, (6)
Ce barbare ennemi de tout le genre humain,
Exercer dans Paris, les armes à la main,
Une police abominable:
J'ai vu les tyrans impunis:
(a) Madame de Maintenon.
(6) M. d'Argenson.
6 PP règle peu suivie:
PP Par de criants impôts et
PP Elle sacrifia son
PP abomínable/ J'aí vu les gens
20
Voltaire,
20
2
S52
LES J'AI V
J'ai vu les gens d'honneur persécutés, bannis:
J'ai vu même l'erreur en tous lieux triomphante,
La vérité trahie, et la foi chancelante:
J'ai vu le lieu saint avili;
J'ai vu Port-Royal aboli;
J'ai vu l'action la plus noire
Qui puisse jamais arriver;
L'eau de tout l'océan ne pourrait la laver,
Et nos derniers neveux auront peine à la croire:
J'ai vu dans ce séjour par la grâce habité
Des sacrilèges, des profanes
Remuer, tourmenter les mânes
Des corps marqués au sceau de l'immortalité.
Ce n'est pas tout encor j'ai vu la prélature
Se vendre, ou devenir le prix de I'imposture:
J'ai vu les dignités en proie aux ignorants:
J'ai vu des gens de rien tenir les premiers rangs:
J'ai vu de saints prélats devenir la victime
Du feu divin qui les anime.
O temps! ô meurs, j'ai vu dans ce siècle maudit
Ce cardinal, l'ornement de la France
Plus grand encor, plus saint qu'on ne le dit,
Ressentir les effets d'une horrible vengeance:
J'ai vu l'hypocrite honoré:
J'ai vu, cest tout dire, le jésuite adoré.
J'ai vu ces maux Sous le règne funeste
D'un prince que jadis la colère cáleste
Accorda, par vengeance, à nos désirs ardents:
J'ai vu ces maux, et je n'ai pas vingt ans.
24 PP persécutés, proscrits:
PP Et la vertu trahie
28 PP Port-Royal démoli;
44 PP Un cardinal
PP maux, hélas! et
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À MADAME LA MARQUISE DU DEFFAND
Ce long poème, qui se trouve parmi des papiers qui ont une connexion
voltairienne, semble n'avoir été inclus dans aucun recueil. I
a toutefois quelques points communs avec une lettre du 27 janvier
IT64 de Voltaire à Mme Du Deffand. Cette lettre commence par un
poème qui contient les vers: Plutus, la fortune et l'amour/ Sont
trois aveugles nés qui gouvernent le monde, écho de trois vers de
notre poème: "Trois aveugles dans l'univers / Se guident à leur
fantaisie. [..] De l'or, des titres, de l'honneur'.
L'écriture du manuscrit, qui n'est pas celle de Voltaire, est
soignée, mais un peu dificile à lire.
Manuscrit: Paris, BnF n.a.fr.24343, f.201-202r.
Texte de base: manuscrit.
534
une connexion
recueil. I
janvier
commence par un
l'amour/ Sont
vers de
guident à leur
Voltaire, est
A Madame la marquise Du Deffand
Trois aveugles dans I'univers
Se guident à leur fantaisie.
La fortune tout de travers
Nous faisant naitre la folie
De l'or, des titres, de l'honneur,
C'est partout ces appas trompeurs
Ou'elle nous agite sans cesse,
Tels les lots le sont par les vents.
Souvent d'elle on n'obtient qu'à force de bassesse
Ce qui peut par les sots nous faire appeler grands,
L'amour au gré de son caprice
Conduit tous les jeunes amants
Mais il change en plaisirs leurs peines, leurs tourments.
I règne donc avec justice,
Le sceptre du génie en main
Du Deffand fixe le destin
Des Chapelains, et des Horaces,
Sa bouche, l'oracle des grâces,
Assure l'immortalité,
Ou pour jamais nous la refuse,
Le dieu du goût et chaque muse
Scellent son arrêt redouté
Avant qu'elle ne l'ait dicté
Quelques fois elle a consulté
Par un excès de modestie
Une grand maman son amie.. (a)
Celle qu'amour encore longtemps
Ne peut appeler que sa mère,
Elle en a les traits séduisants,
Des muses l'esprit, les talents,
(a) Madame la duchesse de Choiseul que Madame Du Deffand appelle
sa grandmaman.
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Aujourd'hui nous verrions Cythère,
Croire en elle adorer Vénus,
Mais elle a toutes les vertus.
Pour l'amour constamment sévère
Par sa beauté jamais ne fit d'heureux
Par sa bienfaisance au contraire
De l'infortune elle prévient les væux.
Des trois aveugles j'en vois deux
Qui font ici bas nos délices
Grands dieux! à la fortune ôtez donc ses caprices
Et rendez-lui les yeux, nous deviendrons heureux.
41 yeux, <et> nous <serons> en surcharge:] deviendrons heureux
35
Ce Chtelet, en madame litérature où la comme ps82-liste le le détestables Même Dialogue Des dans Texte
35
LE PHILOSOPHE, A MADAME LA MARQUISE DE T*
Ce poème est une version de la dedicace en vers, à la marquise Du
Chtelet, dans les Eléments de la philosophie de Newton.! I paraît
en 1737 dans une version tronquée, sous le titre Le Philosophe, à
madame la marquise Du Ch..., dans Réflexions sur les ouvrages de
litérature de François Granet, puis dans Le Portefeuille trouvé,3
où le Du Ch... du titre devient 'de T** [PIS7l, et enfin dans
la Troisième Suite des mélanges [TS6r], où le texte est présenté
comme la première façon' du poème, et dans wó4R, t.17.2,
ps82-84. Voltaire se plaint de la mutilation du poème. Dans une
liste de vers désavoués dans une lettre au comte de Tressan vers
le 22 mars I775 (D.app.408), on trouve:
le philosophe à Mme la marquise de T., pièce où l'n trouve des vers
détestables sur les sept primitifs
Tamisés, réfléchis, leurs tons harmonieux
En peignant les objets se font entendre aux yeux.
Même désaveu dans les notes de M. de Morza placées à la fin du
Dialogue de Pégase et du Vieillard où Voltaire signale:
Des vers à une prétendue marquise de T. sur la philosophie de Neuton,
dans lesquels on trouve cette élégante tirade.
Tout est en mouvement. La terre est suspendue
En atome léger nageant dans l'étendue.
L'espace ou plutôt Dieu dans son immensité
Balance sur son poids l'univers agité.
Les travaux de la nuit, les phases sont prédites.
Neuton des premiers mois retraça les orbites.
Texte de base: TS61.
0CV, tI5, P.545-
2 Paris, 1737, t.2, P.74-78.
3 Genève, 1757, t.2, p.250-53:
S.l. (Paris, Prault, 1761, P.379-81.
5 0CV, t76, p:545
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Le Philosophe, à madame la marquise de T*
Tu m'appelles à toi, vaste et brillant génie,
Minerve de la France, immortelle Emilie,
Disciple de Newton et de la vérité,
Tu guides mon essor, je vole à ta clarté:
Je renonce aux plaisirs, aux lauriers du théâtre,
Dont mon esprit trompé fut longtemps idolâtre.
De ces triomphes vains mon ccoeur n'est plus touché;
Le charme tout puissant de la philosophie,
Elève mon esprit au-dessus de l'envie;
Tranquille au haut des cieux qu'un sage s'est soumis,
J'ignore comme lui si j'ai des ennemis,
Je ne les connais pas. D'une noble carrière
Le sublime Newton víent m'ouyrir la barrière
Déjà les tourbillons, l'un par l'autre pressés,
Se mouvant sans espace et sans règle entassés,
Ces fantômes savants à mes yeux disparaissent;
Tout était confondu, les vérités renaissent.
Newton dit: le chaos est docile à sa voix;
Vers un centre commun tout gravite à la fois,
Tout est en mouvement; la terre suspendue,
En atome léger, nage dans l'érendue;
L'espace, ou plutôt Dieu dans son immensité,
Balance sur son poids l'univers agité;
Graviter, se mouvoir, c'est le ressort du monde.
La lumière n'est plus une étude profonde:
Le facile Newton dévoile I'univers,
Les souterrains, les eaux, les cieux lui sont ouverts:
Son vigoureux calcul abrège ou iligente
De l'astre des saisons la course étincelante:
L'émeraude, l'azur, la pourpre et le rubis
Sont l'immortel tissu de ses riches habits;
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LE PHILOSO PHE, A MADAME LA MARQUISE DE T***
Chacun de ses rayons dans sa substance pure
Porte en soi les couleurs qui parent la nature;
Tamisés, réfléchis, leurs tons harmonieux,
En peignant les objets, se font entendre aux yeux.
Conñdents du Très-Haut, substances éternelles,
Oui brillez de ses feux, qui couvrez de vos ailes
Le trône où votre maître est assis parmi vous,
Parlez, du grand Newton n'êtes-vous point jaloux?
Comètes, que l'on craint à l'égal du tonnerre,
Cessez d'épouvanter les peuples de la terre,
Dans une ellipse immense achevez votre cours;
Remontez, descendez près de l'astre des jours,
Lancez vos feux, volez, et renaissant sans cesse,
Des mondes épuisés ranimez la vieillesse;
Et toi, seur du soleil, astre qui dans les cieux,
Des sages éblouis as fatigué les yeux,
Les travaux de tes nuits, tes phases sont prédites,
Newton des premiers mois retraça les orbites.
Terre, change de forme et que ta pesanteur,
Abaissant tes côtés, soulève l'équateur.
Pôle immobile aux yeux, si pesant dans ta course,
Echappe au char glacé des sept astres de l'Ourse;
Que ta lenteur embrasse, en ses longs mouvements,
Deux cents siècles entiers par-delà six mille ans.
Que ces objets sont beaux! ah! qu'une âme épurée,
Goûte les vérités dont elle est éclairée!
C'est dans le sein de Dieu, loin de son corps mortel,
Que l'esprit va puiser ce corps universel.
Vous, à qui ces secrets ont su se faire entendre,
Répondez, Emilie: à l'âge le plus tendre,
Comment avez-vous pu dérober ses beaux jours,
Et malgré les plaisirs, suivre l'épineux cours,
Où le hardi Newton franchit la nuit obscure
Du savant labyrinthe où se perd la nature?
Puissé-je auprès de vous, dans un temple écarté,
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PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Aux regards des Français montrer la vérité!D
Tandis qu'Algarotti, sr d'instruire et de plaire,
Sur les bords étrangers conduit cette étrangère,
Le compas à la main, i'en veux tracer les traits,
Sans répandre des fleurs, sans changer ses attraits;
De mes crayons grossiers dessinant l'immortelle,
Cherchant à l'embellir, je la rendrais moins belle;
Elle est ainsi que vous noble, simple, sans fard,
Au-dessus de l'éloge, au-dessus de mon art.
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vérité!D
7
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STANCES AU ROI DE PRUSSE
Ces trois strophes, publiées dans maints lieux comme un poème
complet, sont une variante de la fin de l'ode Au roi de Prusse
(rrA0) qui commence ainsi: Est-ce aujourd'hui le jour le plus beau
de ma vie?I La version figurant dans Pièces recueilles de MM. de
Voltaire et Piron [PR],? contient encore quelques variantes.
Texte de base: Moland.
OC, t.20A, P.$33-36. Voir M, t.8, p.446.
2 S.l. (Paris], 1744, P:14-
S41
5
S42
Stances au roi de Prusse
Un philosophe règne. Ah! le siècle où nous sommes
Le désirait sans doute, et n'osait l'espérer.
Seul il a mérité de gouverner les hommes:
Il sait les éclairer.
On voit des souverains vieillis dans l'ignorance,
Idoles sans vertus, sans oreilles, sans yeux.
Que sur l'autel du vice un flatteur les encense,
Images des faux dieux.
Quelle est du dieu vivant la véritable image?
Vous des talents, des arts et des vertus l'appui;
Vous, Salomon du Nord, plus savant et plus sage,
Et moins faible que lui.
3 PR: Mon prince a
PR: Laissons tant d'autres rois croupir dans
PR; des vertus, des arts, des sciences l'appui
10
Ces linéraire letre 1763 La Phonneur 1763, Je comme que l'ordonneront Le d'avril la Sommes une ce auteur dans P59,
10
UN SIMPLE SOLIVEAU ME TIENT LIEU
D'ARCHITRAVE]
Ces bouts-rimés sont publiés sous le nom de Voltaire dans L'Année
linéraire en 1759 (t.8, p.3$3) et réimprimés darns le Journal encyclopédique
le rer mars I763 (p.IIS). Voltaire les désavoue dans une
letre à Pierre Rousseau, le directeur du périodique, le 8 mars
1763 (Diuo76):
La plus petite de toutes les méprises imprimées, et la moins importante, est
Phonneur qu'on me fait, dans le Journal encyclopédique du mois de mars
1763, d'avoir reçu de madame l'archiduchesse des bouts-rimés à remplir.
Je n'ai, dieu merci, ni reçu cet ordre, ni fait ces bouts-rimés. Cependant,
comme il faut obéir aux princesses, quelque vieux qu'on soit, je déclare
que je ferai de mauvais bouts-rimés quand leurs altesses impériales
l'ordonneront positivement.
Le Journal encyclopédigue reconnaît son erreur dans son numéro
d'avril en citant un extrait de cette lettre de Voltaire. En justifant
la publication du poème, la correction affirme que 'nous nous
Sommes empressés de le publier, parce que nous avons appris par
une expérience constante combien nos lecteurs sont avides de tout
ce qui sort de la plume de ce grand homme (p.141). Le véritable
auteur du poème est M. Dalmas, commissaire provincial et ordinateur
de la Lorraine'.!
Cette histoire est racontée par Bengesco, t.4, p.303, 308.
Ces bouts-rimés paraissent également sous le nom de Voltaire
dans Le Moniteur judiciaire de Lyon: organe des tribunaux (I703)5
P59, et dans la Correspondance littéraire de janvier 1779 (CLT,
LAnnée litéraire (Iz60), t.I, D263. Ce renseignement figure dans une lettre qui
pique les circonstances de la composition de ces bouts-rimés. La paternitë de
nas est aussi signalée par son gendre, Potier, dans le Journal encyclopédique
du is mai 163, p.121-23-
S43
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
t.12, p.199-200), sous le titre 'Bouts-rimés donnés à remplir à M. de
Voltaire, par feu Madame la princesse Isabelle de Parme'.
Texte de base: L’Année littéraire.
544
M. de
Un simple soliveau me tient lieu d'architrave
Dans le réduit obscur, où content d'une rave
Je verrais du même æil un géant, un ragot,
Le Nègre, le Lapon, lIroquois et le Goth.
A labri du fracas qu'annonce la trompette,
Autour d'un espalier j'exerce ma serpette;
Du faste des grandeurs loin de me voir épris,
A leur appas trompeur je crains peu d'être pris;
Si quelgqu'un là-dessus me fronde ou me censure,
Je m'offense aussi peu d'une aussi faible injure,
Que, lorsque par mégard sic mon serviteur Michaud
M'a servi mon potage ou trop froid ou trop chaud.
A d'innocents plaisirs volontiers je me livre,
Mais toujours de façon à n'en être pas ivre.
Quelquefois dans mes jeux j'admets une chanson;
Sans la blesser, je sais égayer la raison.
Pour sauver mon honneur de toute éclaboussure,
J'observe à tous égards une conduite súre;
En garde sur ce point, j'aurai jusqu'au cercueil
Sur les devoirs du sage et sur moi toujours l'eil;
Et si de ses faveurs quelque jour la forune
Me donnait à choisir, je n'en choisirais qu'une:
Princesse, C'est de voir le sceptre des Romains,
Pour prix de vos vertus, dans vos augustes mans.
S45
IO
20
[VERS SUR LA MORT DE MADAME DU CHTELETI
Ces vers paraissent dans La Bigarrure (La Flaye, I749), p.89-90. Ils
reparaissent dans Le Porrefeuille trouvé (Genève, 1759), p.28-30
[PT]. Ils sont repris dans la Troisième Suite des mélanges de poésies,
etc. ([Paris]), 1761), p.359 [rsór]. Longchamp et Wagnière les réimpriment
dans leurs Mémoires sur Voltaire.1 Dans la note au bas de la page 382, on lit:
Quel que soit le mérite de ces vers, on y remarque en plusieurs endroits une
ironie qui ne permet pas de croire qu'ils soient de Voltaire. Saint-Lambert,
consulté là-dessus, a dit quils n'en étaient pas. De qui seraient-ils donc?
Serait-ce une plaisanterie de Saint-Lambert lui-même, ou de Marmontel
pour aider Voltaire à sortir du profond chagrin où l'avait plongé la mort
de madame Du Châtelet? IIs sont de Marmontel, suivant Thiriot.
Toutes les éditions, sauf la première, mentionnent Saint-Lambert
au dernier vers. En effet, on a du mal à croire que Voltaire ait
pu terminer cet éloge de la marquise Du Châtelet en composant
ce dernier vers qui évoque son ival: 'aurai Saint-Lambert pour
garant', mais cette variante dans La Bigarrure ne nous permet pas
d'attribuer le poème au patriarche.
Texte de base: La Bigarrure. (Nous avons corrigé quelques coquilles.)
12 vol. (Paris, 1826), t2, P382-84
S46
que
CHTELETI
89-90. Ils
p.28-30
poésies,
les réimpriment
bas de la endroits une
Lambert,
donc?
Marmontel
la mort
Lambert
Voltaire ait
composant
pour
permet pas
coquilles.)
[Vers sur la mort de madame Du Cháteled)
Un sommeil éternel a donc fermé ces yeux
Où brillaient la vertu, l'amour et le génie:
La vérité, Phonneur, la foi, la modestie,
N'ont pu changer du sort l'arrêt impérieux:
Tu meurs, immortelle Emilie;
Ou plutôt ta belle âme, en volant vers les dieux,
A son principe est réunie.
Avec toi la pudeur de la terre bannie
Rentre pour jamais dans les cieux;
Tu meurs; et je survis à ton heure fatale,
Je vois encor le ciel dont tu ne jouis plus!
Hélas! où l'amitié, les talents, les vertus,
Pouvaient-ils trouver ton égale?
Qui me rendra ces jours passés dans la douceur
D'une confance tranquille,
Où mon âme à tes goûts docile
N'avait pour loi que ton humeur;
Où, loin des propos de la ville
Et du vain faste de la cour,
Sans soins, sans brigues, sans détour,
L'Arioste et Newton, dans un loisir utile,
Remplaçaient à Cirei (a) la jeunesse et l'amour?
Dans les bras de la paix, au sein de la sagesse
Oubliant Versaille et Paris,
Les flatteurs et les beaux esprits,
() Terre située en Bourgogne et appartenant au marquis Du Châtelet.
M de V.. y a demeuré longtemps caché pour se dérober aux persécutions
que lui faisait alors la Cour.
12 PT, TS6I: talents, la vertu
I3 PT, TS61: Pourront-ils
22 n,aI PT, TS6I: Terre de madame la Marquise Du Chtelet.
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S48
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
L'orgueil des grands et leur bassesse,
Nous étions seuls heureux, du moins dans nos écrits,
Pardonne, ombre chère et sacrée,
Si de son bonheur enivrée,
Mon âme quelquefois veut rompre ses liens.
Par tes transports vainqueurs des miens
Tu vis ma chaîne resserrée;
Et si sur nos beaux jours tissus par le bonheur
Le caprice a versé l'amertume et l'aigreur
Du moins après ta mort tu seras adorée.
Vois des arts la troupe éplorée
Te suivre en deuil jusqu'au tombeau;
Vois l'hymen et l'amour éteindre leur flambeau;
Vois le coeur même de l'envie
S'ouvrir aux traits de la pitié;
Vois ton cercueil baigné des pleurs de l'amitié;
Vois ton époux errant et détestant la vie
Redemander aux dieux sa fidèle moiti.
Admise à la céleste troupe
A la table des dieux où tu bois dans la coupe
Et de Minerve et d'Apollon,
Si ton caeur est sensible à l'éclat d'un grand nom,
Si mes veux jusqu'à toi peuvent se faire entendre,
Que tu dois t'applaudir d'une amitié si tendre!
Je veux que l'avenir dans mes vers t'admirant
Te confonde avec Uranie,
Et si quelque censeur impie
Rit du culte immortel que ma muse te rend,
Pour confondre la calomnie,
J'aurai tout Paris pour garant.
30 PT, TS61; quelquefois secoua ses
PT, TS6T; Si sur nos plus beaux
PT, TSOI: S'ouvrir enfin à la
PT, TSO1: J'aurai Saint-Lambert pour
30
35
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45
Iidentité est 17S1), Grécourt proche Grassein) différente philologiques: tandis Jrançaise.dans Lmbden', gouverneurs différente jo9), VOs
écrits,
30
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45
MPROMPTU DE M. DE VOLTATRE Å SON PASSAGE
EN ALLEMAGNE SUR UN VILLAGE BRÚLÉ.
ET RÉTABLI PAR LE GOUVERNEUR
Iidentité de l'auteur de cet impromptu est incertaine. Le quatrain
est publié dès 1751 dans Le Petit Réservoir (Berlin, Jean Neaulme,
17S1), t.4, n° 61, p.27o, et dans Les ues diverses de Monsieur de
Grécourt (Amsterdam, I76;), t.I, p.I29, dans une version très
proche de celle attribuée à Piron (il y est notamment question de
Grassein) et avec le titre 'Pour une ville incendiée'. Une version
différente se trouve, sans attribution, dans Mélanges historiques et
philologiques: par M. Michault (Paris, I754), t.1, p.230:
La Alamme avait détruit ces lieux;
Grassin les rétablit par sa magnificence:
Qu'à jamais ce marbre à nos yeux
Expose le bienfait et la reconnaissance.
Le texte est attribué à Voltaire dans LAmi des Muses en 1758,
tandis qu'en 1769 il est attribué à Piron dans la Nouvelle Anthologie
Jrançaise.l l paraît dans oc6I et est aussi attribué à Voltaire
dans Etrennes aux dames,2 où le nom Embdem' est remplacé par
Lmbden', ce qui est probablement sa forme correcte. Plusieurs
gouverneurs de ce nom ont existé. En 774 une version un peu
différente est attribuée à Piron:
Une famme cruelle a ravagé ces lieux,
Grassin les rétablit par sa munificence;
Que ces vers, à jamais, attestent à vos yeux,
Ami des Muses (Avignon, 1758), p.337% Nouvelle Anthologie française (Paris,
jo9), t.2, p.257. La version attribuée à Piron est bien différente: Une ffamme cruelle
avage ces lieux; / Grassin les rétablit par sa magmificence; / Ce marbre retrace à
VOs yeux / Le malheur, le bienfait et la reconnaissance.
2 Londres, I787, P:211.
S49
POÉSIES ATTRIBUÉES À vOLTAIRE
Le malheur, le bienfait et la reconnaissance.
Inscription que Piron fit pour Arcys-sur-Aube, I728.3
Il s'agirait donc d'un village en France et de la munificence d'un
Français.
L'Elite d'épigrammes et madrigau des meilleurs poètes français
depuis Marot, attribue cet impromptu aussi à Piron, avec pour
titre: Inscription sur un village brûlé, et rétabli par M. Grassin',
mais avec (1.3) Ce marbre retrace à vos yeux.
La mention de 'ce marbre' suggère une inscription gravée. Il se
peut, comme c'est souvent le cas à cette époque, qu' on attribue des
vers fugitifs aux auteurs en vue.
Texte de base: L'Ami des Muses.
3 L'Incendie du faubourg S. Martin, Elégie pastorale, par M. B. D. L. de
(Iroyes, 1774). Le 25 avril i727 un incendie détruit une grande partie de la commune
d'Arcis-sur-Aube, près de Troyes.
4 Vienne, 1811, p.244
Impromptu
munificence d'un
français
avec pour
Grassin',
gravée. Il se
attribue des
L. de
commune
Impromptu de M. de Voltaire à son passage en Allemagne
sur un village brülé, et rétabli par le Gouverneur
Une famme cruelle a ravagé ces lieux,
Embdem les rétablit par sa magnificence;
Oue ce marbre à jamais annonce à tous les yeux,
La gloire, le bienfait et la reconnaissance.
CHANSON
Cette chanson se trouve parmi des poèmes de Voltaire et d'autres
documents dans une collection de manuscrits à la Bibliothèque
nationale de France intitulée Pièces relatives à Voltaire et à son
époque',' mais elle est probablement de Pont-de-Veyle.? Le jeu
de mots sur 'poisson', nom de famille de la marquise de Pompadour,
indique la cible de cette satire. Plusieurs manuscrits de ces
vers se trouvent dans d'autres bibliothèques.3
L'attribution à Pont-de-Veyle est donnée par Raunié:
Cette chanson fut attribuée, avec juste raison, au comte de Maurepas, qui
s'était déclaré l'ennemi de la marquise dès le commencement de sa
faveur, soutenu en cela par le Dauphin, la Reine et le théatin Boyer,
directeur de la feuille des bénéfices. Maurepas en est désigné comme
l'auteur dans les Mémoires apocryphes qui portent son nom. Le coupable
en cette affaire ne pouvait être qu'un courtisan, ainsi que Colle l'a judicieusement
observé: On m'a donné des couplets qui courent sur Mme de
Pompadour; de six, il n'y en a qu'un de passable. On voit bien, au reste,
qu'ils sont faits par des gens de la cour, à leur négligence et à leur malignité;
la main de l'artiste n'y est pas, et d'ailleurs il faut que ce soient gens
qui vivent à la cour, pour savoir quelques particularités qui sont dans ces
couplets." Mais ce n'était point Maurepas, et Colle lui-même l'a constaté
dans une note de son journal: M. de Pont de Vevle est l'auteur de ces
couplets, qui furent la cause de la disgrâce et de l'exil de M. de Maurepas,
qui y avait mis son grain de sel, et chez lequel ils furent faits à souper.
M. de Pont de Veyle fut obligé quelque temps après, de se démettre de
sa place d'intendant des chasses, qu'il n'exerçait pas et qui lui valait
25 o00 livres. Encore eut-on la sotte bonté, quand il fut chassé, de lui
1 Paris, BnF: n.a.fr.24342, f.314.
2 Antoine de Fériol, comte de Pont-de-Veyle (1697-1774), auteur dramatique.
3 Voir le site Poèmes satiriques', qui en donne, outre notre version, une versio"
ayant pour titre Les Poissonnades' (n° 1o5o) et comportant de légères variantes; la
derníère strophe de notre version constitue la première strophe de cette version-la.
552
conserver de Texte la formé Clairambault
d'autres
Bibliothèque
et à son
Veyle.? Le jeu
Pompadour,
manuscrits de ces
Maurepas, qui
commencement de sa
théatin Boyer,
désigné comme
coupable
Colle l'a judicieusement
Mme de
au reste,
leur malignité;
soient gens
dans ces
constaté
l'auteur de ces
Maurepas,
souper.
démettre de
lui valait
chassé, de lui
dramatique.
une versio"
variantes; la
version-la.
CHANSON
conserver une pension de mille écus sur cette place. Telle était la faiblesse
de Louis XV.4
Texte de base: manuscrit.
Paris [1882], t-7, P.135-37. Le Chansonnier de Raunié (Recueil de chansons, vaudevilles,
sonnets, épigrammes, épitaphes et autres vers satiriques et historiques, formé avec
la collection de Clairambault, de Maurgpas et autres manuserits inédits) est un recueil
formé par Jean Frédéric Phélypeaux, comte de Maurepas (1701-1781) et Pierre
Clairambault (1651-1740).
S53
554
Chanson
I
Une petite bourgeoise
Elevée à la grivoise
Mesurant tout à sa toise
Fait de la Cour un taudis
Le roi malgré son scrupule
Pour elle froidement brûle
Cette flamme ridicule
Excite dans tout Paris Ris, Ris, Ris.
2
Cette catin subalterne
Insolemment le gouverne
Et c'est elle qui décerne
Les honneurs à prix d'argent
A sa volonté tout plie
Le courtisan s'humilie
Il subit cette infamie
Il n'est que plus indigent gent, gent.
3
La contenance éventée
La peau jaune et truite
Et chaque dent tachetée
Les yeux fades, le col long
Sans esprit sans caractère
L'âme vle et mercenaire
Les propos d'une commère
Tout est bas chez le poisson son, son.
4
Si dans les beautés choisies
Elle était des plus jolies
On pardonne les folies
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5
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25
CHANSON
Quand l'objet est un bijou
Mais pour si mince figure
Et si sotte créature
S'attirer tant de murmure
Chacun pense le roi fou fou fou.
5
p 1 est vrai que pour lui plaire
Le beau n'est pas nécessaire
bo Vintimille a su lui faire
Trouver son minois gentil
Aussi eroit-on que d'Estrades
Si vilaine si maussade
Aura bientôt la passade
Elle en a l'air tout bouffi f f.
Les grands seigneurs s'avilissant
Les financiers s'enrichissant
Tous les poissons s'agrandissant
C'est le règne des vauriens
On épuise la finance
En bâtiments en dépense
L'Etat tombe en décadence
Le roi ne met ordre à rien rien, rien.
fin
S55
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45
ÉPÎTRE À M. LE DUC DE R*
ALORS GOUVERNEUR DU LANGUEDOC
Le titre de cette épitre fait penser au duc de Richelieu, ami de
Voltaire. Cependant un problème surgit tout de suite: Richelieu est
gouverneur de la Guyenne, non du Languedoc. Voltaire sait bien
que son ami est gouverneur de la Guyenne (DIG;8, D2096) et,
dans une lettre au duc du 16 septembre r72, évoque 'lancien commandant
du Languedoc, le gouverneur de la Guienne (DI791s).
Il n'en reste pas moins que, neuf ans auparavant, le 22 juin 1763,
il informe Richelieu que Le bruit a couru que vous alliez troquer
votre gouvernement de Guiene contre celui de Languedoc
(DI1274). On se demande si Voltaire a composé cette épitre pour
marquer cette mutation et ne l'a pas publiée quand il a appris
l'inexactitude de cette nouvelle. Ce n'est là qu'une hypothèse.
Dans sa première publication dans lAlmanach des Muses (1775),
p.r29-32, l'épître est attribuée à Voltaire. Pourtant, dans une note
appartenant à une édition de ces vers au dix-neuvième siècle, on lit:
Cette pièce, omise ou rejetée par les éditeurs de Kehl, est peut-êre
plus dans la manière de Dorat que dans celle de Voltaire. Nous ne
garantissons pas qu'elle appartienne à Voltaire. B[euchot|'. Un
peu plus tt, une autre note, dans une édition qui donne au poème
le titre A M. le duc de Richelieu, alors gouverneur du Languedoc,
explique: 'Cette pièce, qui manque à l'éditon de Kehl, fut imprimée
dans I'Almanach des Muses de 775. L'auteur ne l'ayant pas désavouée,
nous avons cru devoir la recueillir. Elle est sans date; mais il
est probable qu'elle fut écrite quelques années après la nomination
de M. le duc de Richelieu au gouvernement de Guienne, qui eut
lieu en 755.'2 II s'ensuit donc que l'attribution est douteuse.
Texte de base: Almamach des Muses.
BoTes complères de Voltaire (Paris, 1819), t.11, p.198.
Duvres complètes de Voltaire (Paris, Lefevre et Déterville, 1817), t.9, p.294-
LANGUEDOC
Richelieu, ami de
Richelieu est
sait bien
D2096) et,
lancien commandant
DI791s).
juin 1763,
alliez troquer
Languedoc
épitre pour
a appris
hypothèse.
(1775),
une note
siècle, on lit:
peut-êre
Nous ne
euchot|'. Un
poème
Languedoc,
imprimée
pas désavouée,
date; mais il
nomination
qui eut
douteuse.
p.294-
Epitre à M. le duc de R*
alors gouverneur du Languedoc
Vaillant séraskier des Gaulois
Grand Bacha de Septimanie,
Favori du plus grand des rois,
Homme charmant, rare génie,
Courtisan des grands redouté,
Qui, dans le sein du sérail même,
Conservant cette liberté
Que détruit le pouvoir suprême,
Faites briller la vérit
Aux yeux du sultan qui vous aime;
Qui, par un doux tempérament,
Conciliez adroitement
Les intérêts d'une province
Dont vous tenez le gouvernail,
Avec les intérêts du prince
Et les intrigues du sérail:
Pourquoi troublez-vous la retraite
D'un dervis du monde ignoré,
Qui, dans sa niche resserré,
Y goûte la douceur parfaite
De ce quiétisme épuré
Qu'un mondain traite de chimère;
Et qu'un philosophe éclairé,3
Aux grandeurs du monde préfere?
Fier de ma médiocrité,
Dans une paisible indolence,
J'ai trouvé la félicit:
Mais plus sensible qu'on ne pense,
Le mot épuré étant sans doute une erreur de la composition, nous avons rétabli
e mot 'eclairé qui se trouye dans Eures complètes de Voltaire (Paris, I817), t.9,
P.295.
S57
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S58
PoÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Je regrette la jouissance
D'un ami dont la providence
Ne me permet pas de jouir.
Vous me reprochez un silence
Que je romprais avec plaisir,
Si j'avais la folle arrogance
D'imaginer qu'un grand émir,
Qui, dans le sein de l'abondance,
Ne saurait former un désir,
Mhonore de son souvenir
Après une très longue absence.
Ah! si 1 i mes væux vifs, empressés,
Pouyaient toucher l'Etre suprême,
Aimable bacha, vous seriez
Plus heureux que Mahomet même.
Mais que dis-je? ils sont exaucés,
Ces vceux ardents: vous jouissez
Déjà de ce bonheur immense,
Que, dans son divin alcoran,
Le Prophète, pour récompense,
Promet au zélé Musulman.
Près d'une ville enchanteresse,
Est un sérail délicieux,
Où, dans les bras de la paresse
Loin du monde et des curieux,
Vous passez les moments heureux
Que notre bon sultan vous laisse.
Dans ce paradis enchanté,
Où tout ravit, charme, intéresse,
Vous cherchez la félicité,
Dans le sein de la volupté,
Par le conseil de la sagesse.
Vos désirs aiguisés sans cesse
Par les objets les plus piquants,
Dans la plus séduisante ivresse,
30
3$
40
45
6o
30
3$
40
45
6o
ÉPÍTREÀ M. LE DUC DE R***
Plongent à l'envi tous vos sens.
Des houris, la troupe immortelle,
Que dieu créa pour vos plaisirs,
Dans ce sérail, se renouvelle,
Sans cesse au gré de vos désirs.
C'est là, qu'inconstant et fidèle,
Changeant d'objet, aimant toujours,
Vous ne trouvez point de cruelle.
La houri, si vive et si belle,
Qui vous inspire tant d'amour,
Cédant à la houri nouvelle,
Que vous aimerez à son tour,
Verra bientt revenir celle
Que vous adoriez lautre jour.
L'espoir de ce charmant retour
Maintient une paix éternelle
Dans ce voluptueux séjour,
N'est-il pas l'image parfaite
Du paradis que le Prophète
Nous a promis pour l'avenir?
Puissiez-vous toujours en jouir!
Ce sont les vceux qu'en sa retraite,
Elève au ciel un saint faquir.
S59
75
85
ÉPIGRAMME SURUN PORTRAIT
DE L'ABBÉ DE SAINT PIERRE
Ce sixain ne paraît pas du vivant de Voltaire. La première parution
connue est dans les Poésies satyriques du dix-huitième siècle, recueil
dans lequel le poème est attribué a Voltaire.1 Le site des Poèmes
satiriques' avance que ce poème a été composé entre 17I6 et I725 et
accepte l'attribution à Voltaire proposée par Sautreau de Marsy
dans les Poésies satyrigues. Il donne le titre 'Sur l'abbé de Saint-
Pierre qui s'est fait tirer en marbre (n° 4984). Par contre, l'épi-
Jgoruarmnamue, 2 est attribuée à Jean-Baptiste Rousseau par L'Esprit des
Pour un huitain sur le même sujet, voir 0CV, t.83, p.r28.
Texte de base: Poésies satyriques du dix-huitiène siècle.
1 Poésies satyriques du dix-huitième siècle, ed. Sautreau de Marsy (Londres, 1782)» tI, p.8.
2 L'Esprit des journaux français et érangers (août 1817), t-5, p.242.
parution
siècle, recueil
Poèmes
et I725 et
de Marsy
de Saint-
contre, l'épi-
L'Esprit des
r28.
Londres, 1782)» Epigramme sur un portrait de l'abbé de Sain- Pierre
Voilà donc l'abbé de Saint-Pierre,
Ce visage de plâtre et cet esprit de pierre;
Oh! qu'il est ressemblant! Il a tout l'air d'un sot;
J'y reconnais ses yeux, ses traits, son encolure;
Mais comme par bonheur le buste ne dit mot,
L'art a mieux fait que la nature.
S62
VOILÀ MES PASSIONS,
MON ÂME EN TOUS LES TEMPS]
Le manuscrit qui commence avec le vers ci-dessous est conservé à
Saint-Pétersbourg (GpbV: Manuscrits, t.13, f221), et reproduit une
partie du cinquième discours des Discours sur l'homme; voir OC
t.17, P.sII.
Voilà mes passions, mon âme en tous les temps.
conservé à
reproduit une
voir OC
CHANSON
La Correspondance littéraire présente ce texte avec la note suivante:
Puisque nous avons commencé l'année par des chansons, il faut
placer ici celle que le patriarche vient de faire pour une dame qui
S'appelait Marie, et qui, étant à Ferney, se plaignait de ne pouvoir
pas faire d'enfants.1 Cependant, cette chanson n'est pas de Voltaire
mais du chevalier de Bouflers. Le commentaire de l'édition
Tourneux de la Correspondance litéraire juge que Cet hymne plein
d'onction, rappelle d'autres vers que le même psalmiste sacré
adressa autrefois à madame la duchese de La Vallière, si je ne
me trompe, le jour de Sainte-Madeleine sa fète; mais le cantique
al'honneur de sainte Marie, a moins l'air d'appartenir au patriarche
qu'au chevalier de Boufflers.'2 On trouve une confirmation de
cette attribution dans les Mémoires secrets: Madame la duchesse
de Durfort, belle-flle de M. le duc de Duras, que tout le monde
sait ne point vivre avec son mari, est devenue grosse et est accOuchée:
M. le chevalier de Bouffers a fait la chanson suivante à cette
occasion. II faut savoir qu'elle a pour nom de baptême Marie.'3
Une version plus longue, sans nom d'auteur, paraît dans Satyres,
ou choix des meilleures pièces de vers qui ont précédé et suivi la Révolution,
éd. C, Desmoulins.4
Texte de base: cLT.
Correspondance littéraire, éd. J, B. Salgues (Paris, 1812), t:1, p383-84.
2 CLT, er janvier 1771, t.9, P.225
28 avril I771. Edition de Christophe Cave et Suzanne Cornand (Paris, 2009- ),
t3, p.I5o5 [Ms],
Paris, an i [1789], p.20-21 (sD].
S63
21
564
8 MS, SD: pouvant pas faire
MS: Vanta partout
SD: Vante partout
MS, SD: Belle Marie
Chanson
Air de la Baronne
Votre patronne
Fit un enfant sans son mnari.
Bel exemple qu'elle vous donne!
N'imitez donc pas à demi
Votre patronne.
Pour cette affaire,
Savez-vous comme elle s'y prit?
Comme vous n'en pouvant point faire,
Elle eut recours au Saint-Esprit
Pour cette affaire.
La renommée
Chante partout ce trait galant.
Elle n'en est que mieux famée:
Pourriez-vous craindre, en l'imitant,
La renommée?
Beau comme un ange,
Sans doute Gabriel était.
Vous ne pourriez pas perdre au change:
L'objet qui plaît est en effet
Beau comme un ange.
Sainte Marie!
Si j'étais l'archange amoureux
I3 SD: Vous n'en serez pas moins aimée
MS, SD: Ne craignez pas (sD: point) en
18 MS, SD: ne devez (SD: pouvez pas
20
20
CHANSON
Destiné pour cette oeuvre pie,
Que je vous offrirais de vceux,
Sainte Marie!
25 MS, SD: Belle Marie
SD: [strophe ajoutée]:
C'est un mystère
Que votre époux ignorera:
Surpris de vous voir vierge mère,
Pour l'apaiser, on lui dira:
C'est un mystère.
25
ÉPTRE À ATHÉNAÍS
Ce long poème paraît pour la première fois dans Recueil de pièces
fugitives en vers, contenant Epitre à Uranie (de Voltaire], l'épitre à
Athénais, question de théologie avec la réponce (sic] et la répligue,
'antithéologien, et la Bathsebath, puis dans Letre philosophique par
M. de V avec plusieurs pièces galantes et nouvelles de diférents
auteurs,? et dans d'Holbach, Le Christianisme dévoile.3 Il n'est nulle
part attribué explicitement à Voltaire. l ne paraît dans aucune
édition des ceuvres du patriarche.
Dans Unpublished poemns by Volaire, Rousseau, Beaumarchais,
Anne d'Urfé, Helvétius, Grasset, etc.,4 Gustave L. van Roosbroeck
croit pouvoir démontrer la probabilité d'une telle attribution:
Voltaire's ready disavowals of his deistic verse, as well as a number of
other publications daring and darngerous for the period in which they
were written, were so well known at the time that they were made sport
of in popular vaudevilles or satirical songs. In the heavy tome of attacks
on him which appeared in 1748, Volkariana ou Eloges amphigouriques de
Fr. Marie Arroue, there was reprinted a Palinodie in which Voltaire is
represented as saying:
Un Pape, un Roi, sont mes Garans!
Pourquoi des Faquins (dont j'enragel)
Me refusent-ils leurs suffrages?
J'entends se recrier les Sots,
Les Serupuleux, et les Bigots
Sur mes Lettres Philosophiques,
Peut-être trop scientifiques!
Oh! si pour les amadouer,
Il ne faut que désavouer,
Londres, 1744, p.6-I4-
2 Londres, I757, P.235-47, et Londres, I775, P.255-69.
D Londres, I767-1769, 2 partie, p.16-24,
4 New York, s.d. [verS 1933), P.Io-20,
The the plusieurs
pièces
l'épitre à
répligue,
philosophique par
diférents
nulle
aucune
Beaumarchais,
Roosbroeck
attribution:
number of
which they
made sport
attacks
amphigouriques de
Voltaire is
ÉpiTRE À ATHNAÏS
Me voilà prêt: je les renie,
L'Athénais et l'Uranie,
La Calomnie, et caetera;
Mais i'ai beau me donner aux Diables,
Tous vilains cas sont reniables:
Je n'en suis point cru pour cela.
The Uranie here referred to is, of course, the Epireà Uranie; the Calomnie
is the Epire à Madame la marquise du Châteler sur la calomnie. But what is
the Athénais, here attributed to Voltaire? Itis the Epire à Athénais, a poem
of the same nature as the other deistic poems of Voltaire, and which
appeared anonymously in the Lettre philosophique, par M. de V* avec
plusieurs pièces galantes et nouvelles de différens auteurs, a volume printed
as early as I738 at the Hague.
Other contemporaries also ascribed the Epire à Athénais to Voltaire: the
Voltariana (1748) printed, with critical and derogatory footnotes, a leter of
self-apology by Voltaire, addressed to the Jesuit father, de La Tour. On
p.77 a notelists several impious works by Voltaire '.témoin l' Epire à
Uranie, qui était encore plus affreuse quand elle était adressée à Julie,
témoin l'Epitre à A thénait, témoin le Mondain, témoin tant de traits répandus,
non seulement contre la religion romaine mais même contre
la chrétienne, dans ses Lettres philosophiques et dans ses Tragédies de Zaire
et de Mahomet,' etc.
Another of the pamphlets and satires gathered together in the Voltariana
insists upon this attribution to Voltaire as a well-known act. After
having expressed his regrets that Pope Benedict XIV accepted the dedication
of Voltaire's Mahomet, the pamplhleteer remarlks: Quoiqu'il en soit,
si les Letres philosophiques, lAthénats et l'Uranie étaient parvenus à la
connaissance du Saint-Père, il est plus que vraisemblable qu'elles auraient
suspendu sa générosité.'
One of the numerous epigrams which were shot at Voltaire in I733,
when he published the Temple du Goût, again refers to the Epitre à Athé
nais as a well-known poem by Voltaire, which with the l'Epitre à Uranie,
Says the author, should have been sufficient to exclude him forever from
that Temple: (Voltariana, p.261]:
I prétendoit se placer là,
Comptant bien que tous ses Chefs-d'euvre
Lui serviront de Quinola (note in Voltariana: 'sobriquet(..)]
Y mettoient toujours le holà.
POÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
It must be noted that in every case the several works attributed to Voltaire
by these critics – Epire à Uranie, Epitre sur la Calomnie, le Mondain,
Lettres philosophiques, Zaire, Mahomet - are known to be by Voltaire. It
is, therefore, very likely that the critics were equally well-informed about
his authorship of the Epitre à Athénais. This poem dates from before 17.
since it is referred to in the above-cited epigram on the Temple du Goút
printed during that year. Written in a form similar to that of the Epitre
à Uranie, it remains throughout Voltairean in manner and voices some
ofhis favourite ideas. Many of the opinions expressed in the Epitre à Athénais
are similar to those held by the libertins of the Temple, a group with
which Voltaire is said to have been in contact in his early years.
Ira 0. Wade réplique:
Itis to be noted that Mr. Van Roosbroeck has used three of the four known
procedures for testing the authenticity of a poem found in a manuscript
Recueil: the manuscript authority, external evidence, general tone and
style. His arguments deserve consideration but are not conclusive. For
instance, the Villeneuve is the only known manuscript Recueil which
contains the Athenais, This fact, to be sure, does not prove that Voltaire
did not write the work, It merely makes confirmatory information more
necessary. Unfortunately, such information as we have is not always
corroborative, for when, in 1744, the poem was published in the Recueil
de pièces fugiives, en vers (A Londres, chez Jean Pierre Schmidt), and
again in the Recueil de pièces fugiives (Londres, I757), it appeared anonymously.
The unpublished Villeneuve Recueil is certainly no more authoritative
than the published 1744 Recueil de pièces fugiives. The external
evidence of the Voltariana is also unconvincing. In the first place, the
Volkariana is a collection of pamphlets written against Voltaire, and it
should be accordíngly examined with care. Second, all the references to
the Athénais in the Voltariana seem to have been writen later than 1744
after the appearance of the Recueil de pièces fugitives en vers. (note de
Wade: Not after 1733, as Professor Van Roosbroeck says. The poem on
the Temple du goût which Professor Van Roosbroeck dates 1733 hasa note
whích refers to Voltaire's letter of 1746 to the abbé dOlivet (i.e., De la
Tour, according to Baston).] Since this small Recueil printed the Epitre à
Uranie parA. de V... followed immediately by the Epire à Ahénais, there
is a presumption that the commentator concluded that the two poems
were by Voltaire after he had read them together in the 1744 Recueil. This
S68
presumption nassages Epitre less considered d'autres Texte
Voltaire
Mondain,
Voltaire. It
about
before 17.
Goút
Epitre
some
Athénais
group with
known
manuscript
tone and
conclusive. For
which
Voltaire
more
always
Recueil
and
anonymously.
authoritative
external
place, the
and it
references to
1744
note de
poem on
note
De la
Epitre à
there
poems
This
ÉPîTRE À ATHNAÍS
presumption becomes more certain when it is observed that in all four
nassages of Baston's work, the Athénais is constantly coupled with the
Epitre d'Uranie. The argument concerning general tone and style is even
less significant, since, according to Marchand, some contemporaries
considered that the poem did not sound like Voltaire: "Quelques personnes
donnent aussi à Mr. de Voltaire L’Epitre à Athénais mais beaucoup
d'autres en doutent, la trouvant fort inférieure tant pour la versification
mme pour le tour. It must be concluded that there are as many reasons for
rejecting as for accepting the Athénais (comme étant de Voltaire].
Texte de base: Recueil de pièces fugitives.
5 Dictionnaire historigue (La Haye, 1758), t2, col.31a.
6 "Poems attributed to Voltaire', Modern philology 34 (1936-1937), p.ó3-73 (ci
p.66-68).
S70
Epitre à Ahénais
Vous dont la main sage et sévère
A, par un effort généreux,
Arraché de l'erreur le bandeau spécieux,
Et su briser les liens odieux
Qu'elle fait adorer au stupide vulgaire;
Athenais., Vous que la vérité
De ses secrets a pris le soin d'instruire;
Et sortant devant vous de son obscurité,
A vos yeux, à l'instant, avez vu se détruire
Les préjugés trompeurs qui viennent nous séduire
Dans ce sentier peu fréquenté,
Prenant la sagesse pour guide.
Heureux qui, comme vous, d'une course rapide,
Peut voler vers ce vrai, ce vrai tant souhaité,
Et rassurant sa démarche timide,
Dans ce sentier négligé des humains,
Fixer ses pas trop longtemps incertains.
Mais, les ténèbres révérées,
De l'ignorance et de l'erreur,
De la crédulité le charme séducteur,
Ont fait prendre aux mortels ces traces égarées.
Cependant en naissant l'homme porte en son cooeur,
De la raison les semences sacrées:
D'elle dépend son unique bonheur,
Mais loin de cultiver cette plante divine,
Les funestes impresions
De cent fausses opinions,
L'étoufferont bientôt jusques dans la racine.
A la clarté du jour à peine ouvrant les yeux,
L'homme commence ici-bas sa carrière,
Qu'on le livre au joug rigoureux
Des préjugés et de l'erreur altière:
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30
20
25
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ÉPÎTRE À ATHÉNAÍS
Tyrans cruels, tyrans impérieux,
Dont il s'est fait lui-même esclave volontaire.
Nature cette tendre mère
Lui donna, pour le rendre heureux,
Des passions à satisfaire,
Mais aveugle artisan de son sort rigoureux,
L'homme mit follement sa gloire à les abattre
Et forgea, trop industrieux,
Des préjugés pour les combattre.
Pour les plaisirs l'homme sans doute est né,
Enfant chéri de la nature,
Le sein de cette mère est une source pure,
Des douceurs dont partout il est environné
Sur l'univers entier que l'on jette la vue,
Tous nos sens sont flattés des charmes les plus doux:
Où trouver un endroit dans sa vaste étendue,
Qui ne soit point marqué par ses bontés pour nous?
Dans les biens que la terre enfante
Connaissons cette vérité,
Son immense fécondité,
De nos devoirs est la leçon vivante.
Inépuisable en sa fertilité,
Voyons de toutes parts, prodigue en ses largesses,
Nature à pleines mains répandre ses richesses,
Et sous ces noms par nous-même inventés
Faire naître et mûrir les biens qu'elle nous donne.
Les présents de Cérès, de Bacchus, de Pomone,
Sont des présents de ses bontés.
Dans nos champs elle se pare
Pour un temps des épis eroissants;
Et puis elle abandonne au laboureur avare
De ses guérets les trésors jaunissants.
lci toujours plus favorable
De nos délicieux coteaux,
Elle fait couler à longs flots
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POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Cette liqueur adorable,
Dont l'enchantement aimable
Sait au milieu de tranquilles festins
Faire naître la joie et mourir les chagrins.
Dans ce pays, I'arbre fertile
Dont les rameaux, honneur de nos vergers,
Courbent sous le poids utile
Des fruits dont ils sont chargés,
Semble nous annoncer par une voix touchante,
Approchez, O mortels! venez en ces beaux lieux,
C'est pour vous que sont faits mes fruits délicieux:
Cueillez, savourez-en la douceur innocente;
Et bénissez l'auteur de ces dons précieux,
Ce n'est quà vous qu'il les présente.
Ces richesses ne sont ni pour lui ni pour moi,
Usez-en, livrez-vous à cette douce loi;
Et rendez gråce à sa main bienfaisante.
Nous entendons partout la même voix,
Tout ici-bas au plaisir nous invite,
A jouir tout nous excite;
Les yeux sont éblouis du vif émail des fleurs,
Que Zephir dans nos champs au matin fait éclore,
Et qu'il fait embellir des plus belles couleurs,
Pour en faire hommage à Flore.
Ici les doux oiseaux Volent sur les buissons,
Gazouillent, à l'envi, mille et mille chansons:
Ce clair ruisseau qui fuit dans la prairie,
Et fait sans s'arrêter mille cercles divers,
Melant son doux murmure à leur tendre harmonie,
Forme les plus charmants concerts.
Partout brille l'éclat de sa magnificence,
Chaque saison encor vous offre sa beauté,
Ain que vous goûtiez, dans cette différence,
Les agréments de l'abondance
Et ceux de la variété,
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JOO
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JOO
ÉPiTRE À ATHNAÍS
La nature ainsi donc ne cherchant qu'à nous plaire,
Prodigue ses trésors ouverts de tous côtés;
Et partout nos sens enchantés
Trouvent de quoi se satisfaire.
Rien n'échappe à ses tendres soins,
Et ses bontés toujours propices
Nous font trouver des délices
Où nous cherchions nos besoins.
Nos actions indispensables
Sont pleines de mille agréments:
Nécessaires en même temps,
Elles sont toutes agréables;
Et pour combler notre félicité,
Nos besoins sont inséparables
Des attraits de la volupté.
Mais que nous ont servi ces dons inestimables?
Hélas! les mortels insensés
Sont de l'aveuglement devenus les victimes
Aux biens qui les cherchaient ils se sont refusés,
Dans des plaisirs si purs, ils ont placé des crimes.
Esclaves rampants et honteux
De fanatisme et d'ignorance,
Ils ont interdit à leurs veux
Les doux plaisirs, enfants de l'innocence,
Qui s'offrait partout devant eux.
Mais regardez quelle est votre imprudence
Et rougissez, ô mortels trop soumis!
Quoi! ce n'est que pour votre perte,
Que ces biens ont été produits?
Des fleurs le vif éclat et la douceur des fruits,
Tous les trésors dont la terre est couverte,
Etalent à vos yeux leurs perfides faveurs,
Pour verser sûrement le poison dans vos ccoeurs?
Quoi ces vifs sentiments dont notre âme est émue,
A l'aspect de la beaut,
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II
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À VOLTARE
Ces charmes attrayants qu'elle offre à notre vue,
Où sont mêlés les traits de la divinité;
Ces agitations aimables,
Ces désirs, ces transports qu'elle fait naître en nous,
Sont-ils des mouvements qui nous rendent coupables?
Ne brille-t-elle, hélas! des attraits les plus doux,
Qu'afin de nous porter des coups,
Aussi cruels qu'inévitables?
O vous, Etre suprême, auteur de tous les biens
Dont vous offrez la jouissance,
Si ces riches présents, ouvrage de vos mains,
Sont des pièges tendus contre notre innocence,
Retirez, retirez vos bienfaits inhumains;
Sauvez-nous par pitié des périls trop certains
D'une si funeste abondance:
Mais loin de nous de pareils sentiments,
Etouffons ces injustes craintes;
Et ne portons pas nos plaintes
A qui nous ne devons que des remerciements.
Jouissons, jouissons avec reconnaissance,
Des bienfaits infinis de sa magnificence;
Mais ennemis de leur propre bonheur,
Les hommes ont de la nature,
Etouffé la voix sainte et pure,
Qui parlait sans cesse à leur coeur;
Pour se soumettre à des lois chimériques,
A des devoirs fantastiques
Qui remplissent leurs jours d'épouvante et d'horreurs.
II n'est plus rien pour eux de légitime,
Un regard, un désir, un penser est un crime;
Ils n'ont plus à cueillir parmi tant de malheurs
Que de tristes moissons d'amertume et de pleurs.
L'homme ainsi s'est chargé de chaînes trop pesantes,
Oui le font sans cesse gémir:
Toujours elles se font trop vivement sentir;
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I40
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AÉpîTRE À ATHÉNAÝS
Mais que peuvent ses mains faibles et languissantes?
A peine tente-t-il des devoirs superflus.
Ces chaînes soulevées
Bientôt par leur chute aggravées,
Ne font que s'appesantir plus.
Vous, qui voyez les erreurs et les peines
Du reste des faibles humains,
Sage par leurs malheurs, libre de craintes vaines,
Coulez, coulez des jours plus purs et sereins.
Athénais, suivez l'infaillible lumière
Du flambeau de la vérité:
Vers les plaisirs c'est lui qui vous éclaire:
Ne fermez pas les yeux à la clarté,
Comme fait le peuple hébété,
Dont la débile et tremblante paupière
N'en peut souffrir l'éclat et la vivacité.
Pour moi disciple d'Epicure,
Ami de la vertu, sectateur des plaisirs,
Je ne connais que la nature;
Et n'obéis qu'a ses désirs.
Hé quoi! la frivole espérance
Des biens d'un douteux aveni,
Détruirait la jouissance
De ceux qu'on peut prévenir?
Pour suivre une ombre fugitive,
Nous fuirions les attraits qu'offre la volupté;
Et dans une attente craintive,
Nous passerions notre félicité?
Non, non: notre âme ainsi ne peut tre captive,
Nous trouvons dans nos sens plus de réalit:
Aux plaisirs de l'éternité,
Faudra-t-il donc que l'on immole
Tous les plaisirs d'ici-bas;
Que notre âme sans cesse vole
A ceux qu'elle ne connaît pas?
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POÉSIEs ATTRIBUÉES À voLTAIRE
D'un bonheur imaginaire
Je ne repais pas mon coeur;
Le seul bien présent peut faire
Mon unique et vrai bonheur.
Qui peut assurer si la vie,
Par la destruction des fragiles ressorts,
Dont est composé notre corps,
Nous sera pour jamais ravie;
Ou si la mort sera d'un autre état suivie?
Mais si l'être pensant, que nous nommons esprit,
N'est rien qu'un sang subtil, une flamme légère,
Modalité de la matière,
Qui s'altère et s'évanouit,
Puisqu'il doit un jour se résoudre,
Se changer, s'exhaler et se réduire en poudre,
J'atendrai tranquillement
L'heure qui doit me rendre à mon premier néant.
La nature, dit-on, sent une horreur extrême
Pour cet anéantissement,
Moi, je ne connais point de pareils sentiments:
Comme i'en suis sorti, i'y rentrerai de même.
Si l'esprit, au contraire, est immatériel,
En brisant les liens de sa prison grossière,
Que l'on fait ici-bas servir à la matière,
Ce feu sacré, cet esprit immortel,
Doit, par son essence divine,
Retourner dans le sein de cet Etre éternel,
Dont il tire son origine.
Attendant cet instant vainement redouté,
Profitons bien de ceux que le destin nous laisse:
Aux plaisirs notre coeur porté,
Entre leurs bras doit aimer la sagesse,
Mère de la tranquillité.
Que ses leçons soient sans faiblesse,
Ainsi que sans férocité.
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ÉPÎTRE À ATHÉNAÝS
La voluptueuse indolence
Ouyre à nos yeux son sein tranquille et doux,
Tandis que le soleil se lève encor pour nous
Coulons dans les plaisirs des jours plein d'innocence,
Soumis en tout aux ordres du destin,
Sachons, par une heureuse adresse,
De nos jours reculer la fin:
Mais songeons cependant avec quelle vitesse
Ces instants précieux s'échappent de nos mains:
Ce temps, cet heureux temps se dérobe sans cesse
Et fuit bien loin de moi, tandis que je m'en plains.
Goûtons donc les douceurs que donne la jeunesse,
Athenais, ainsi le prescrit la sagesse;
Et puisqu'il nous faut tous périr,
Tâchons au moins de vivre,
Avant que de mourir.
S77
245
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À MADEMOISELLE DE **
Le Mercure de France publie ces vers en juillet I750 (p.63-64) sous
le nom de M. Desm*. Ils sont attribués à Voltaire par la Correspondance
litéraire mais ils sont en réalité de Joseph-François-
Edouard Corsembleu Desmahis (1722-1761). Ils sont encore
attribués à Desmahis dans Le Trésor du Parnasse.? Ils paraissent
dans les Buyres complètes de M. Desmahis, 3 et Les Buvres de
M. Desmahis: première édition complète.
Texte de base: Eures de M. Desmahis (1778).
1 CLT, I5 avril 1762, t.$, P-70.
2 Londres, I762, t.4, p.I12-13, et Londres, I770, p. 123-24
3 Maastricht, 1773, P.IO0-101,
4 Paris, 1778, p.203-204,
S78
sous
Correspondance
François-
encore
paraissent
de
A Mademoiselle de
Vous objectez toujours votre âge;
Pouvant jouir, vous regrettez:
Sur vos pas le plaisir volage
Veut se fixer; vous le quittez.
Vous ne vous croyez qu'estimable,
Et vous ne voulez qu' estimer;
Tout le monde vous trouve aimable,
Pourquoi refusez-vous d'aimer?
Des premiers feux de notre aurore
Au crépuscule de nos jours,
Il est un intervalle encore
Que doivent remplir les amours.
Comme au milieu de ses journées
Phébus rassemble tous ses feux,
C'est au midi de nos années
Que l'Amour comble tous nos veux.
Tendre, complaisant et solide,
Plus vrai sans être moins charmant,
II devient d'autant plus timide
Qu'il connaît mieux le sentiment.
Ce dieu vient de tracer lui-même
Ces vers dictés par la raison.
Quand on peut trouver qui nous aime.
L'amour est toujours de saison.
S79
20
EXTRAT D'UNE LETTREM. DELA CONDAMINE.
ASTRONOME PARTANT POUR L'AMÉRIQUE
Voltaire et La Condamine ont échangé plusieurs lettres, mais il est
probable quil en existe d'autres qui ne nous sont pas parvenues,
et que ce poème trouve sa place dans l'une d'elles. Une lettre
de La Condamine à Voltaire datée de Porto Bello ce Is X° 735
(Do6r), pendant son voyage au Pérou, contient un poème de
La Condamine. Il est donc probable que le voyageur ait reçu notre
poème, entre autres.
Le texte, de la main de Voltaire, se trouve dans les Papiers Cideville
à Rouen.
Manuscrit: Rouen, Bibliothèque municipale, Papiers Cideville Cz8bis,
f.120v-121r.
Texte de base: manuscrit.
S8o
argent Sein ei, On
CONDAMINE.
mais il est
parvenues,
lettre
X° 735
poème de
notre
Cideville
Cz8bis,
Extrait d'une lettre à M. de La Condamine,
astronome partant pour lAmérique
Vous partez, c'en est fait, qu'allez-vous entreprendre?
Quel démon vous appelle aux Atlantiques mers?
Ce monde est peu pour vous, et nouvel Alexandre
Il yous faut un autre univers.
Un têlescope en main voguant vers l'Amérique,
Et méprisant Paris ce séjour enchanté
Vous formez le projet non moins fou qu'héroique
D'aller dans le Pérou chercher la vérité.
Je vois auprès de vous Uranie étonnée
Sous l'ardent équateur en triomphe amenée
Mesurant le Potose! et les climats nouveaux
Où la seule avarice a conduit nos vaisseaux.
Le Potose (Potosí) désigne une région du Pérou où se trouvent des mines
argent et d'or. Boileau en parle (Epitre V, vers $3-57): A quoi bon ravir l'or au
Sein du Nouveau Monde? / Le bonheur tant cherché sur la terre et sur l'onde, / Est
ei, comme aux lieux où mûrt le coco, /Et se trouve à Paris, de même qu'à Cusco. /
On ne le tire point des veines du Potose.
581
INSCRIPTION SUR UN CADRAN SOLAIRE
DEMANDÉE À L'AUTEUR
Ces quatre vers ne sont pas de la plume de Voltaire. Le marquis de
Villette rapporte les avoir entendus en présence du patriarche qui
les avait récités. Is constituent une adaptation de vers cités dans
le Mercure de 1722: Amants contents, / Soyez constants, / Ne
changez jamais de demeures, / Estes-vous bien? Tenez-vous
y, / Et n'allez pas chercher midi / A quatorze heures.'2 Ces vers
sont tirés du Ballet des vingt-quatre heures, ambigu-comique, de
Marc-Antoine Legrand, et représenté devant Louis XV à Chantilly,
le s novembre 1722. Bengesco, t.4, p.304, reproduit les vers
du Mercure, en ajoutant qu'ils font partie de la Suite du journal
du voyage du roi à Rheims de l'abbé Vayrac. Cet ouvrage ne paraît
qu'en 1723, mais les vers du Mercure s'y trouvent, p.77-78. I ne
s'agit non pas d'une 'suite', mais d'un second volume. Le quatrain
paraît dans K84, t.I4, P.367, et dans plusieurs autres éditions du
dix-neuvième siècle.
Texte de base: K84.
M,t.10, p.462 (Beuchot), La source de la remarque de Villette n'est pas précisée.
2 Mercure de Prance, novembre, 1722, 2° partie, p.Io0.
582
Inscription
marquis de
patriarche qui
dans
/ Ne
vous
vers
comique, de
Chantilly,
vers
journal
paraît
I ne
quatrain
éditions du
précisée.
Inscription sur un cadran solaire demandée à l'auteur
Vous qui vivez dans ces demeures,
Etes-vous bien? tenez-vous-y:
Et n'allez pas chercher midi
A quatorze heures.
S83
PORTRAIT DE LA MARQUISE DU CHTELET
In'est possible ni d'accepter ni de rejeter l'atribution de ces vers à
Voltaire. Ils sont insérés dans l'édition Moland sur le témoignage
d'un certain M. de Beaufeu, qui déclare que ces vers 'sont demeurés
tout un siècle au château de Beaufeu, dans des papiers cotés
et paraphés par les notaires'.! Moland cite l'éditeur du Dernier
Volume des euvres de Voltaire, qui continue: 'Ces stances sont
de 1734 ou de 1735, si nous jugeons bien. Etaient-elles adressées
à Cideville, à Voisenon, ou à l'aieul de M. de Beaufeu? Il donne
aussi une variante de la douzième strophe, 'qui semble d'une autre
écriture':L'amour, hélas! c'est un beau thème/ Que je ne fais plus
qu'à moitié. / Je ne traduis aujourd'huij aime, 7 Que par ce seul
mot: amitié.' II est évident que la marquise Du Châtelet vit encore
et que le poète exauce les væuxd'un ami (ou de plusieurs amis) en
composant ces vers. On se demande quand même si Voltaire aurait
appelé la marquise 'notre Emilie' et si la dernière strophe peut vraisemblablement
exprimer ses sentiments.
Texte de base: Moland.
M, t32, P430-32, note p.430, On ne retrouye pas le nom de Beaufeu dans la
correspondance de Voltaire.
2 Paris, 1862, Moland donne la date de 'I861, mais aucune édition portant cette
date ne semble pas exister.
S84
vers à
témoignage
demeurés
cotés
Dernier
sont
adressées
donne
autre
plus
seul
encore
en
aurait
vraisemblablement
dans la
cette
Portrait de la marguise Du Chátelet
Vous voulez de notre Emilie
Que je fasse un portrait charmant:
Est-ce la nature embellie
Par l'art, I'esprit ou l'agrément?
La ressemblance est impossible,
La belle change à tout moment;
De peur de paraitre sensible,
Elle raille le sentiment.
Avec la beauté de Lesbie,
Avec la grâce de Ninon,
On pourrait faire une Emilie:
Il faudrait l'âme de Newton.
C'est Pallas traversant Cythère
Avec la majesté des dieux;
Elle a des appas pour la terre,
Elle a des ailes pour les cieux.
Sachez que cette âme rebelle
Mesure le ciel au compas,
Et parcourt mieux que Fontenelle
Les mondes qu'on ne connaît pas.
Cette belle âme est une étoffe
Qu'elle brode en mille façons;
Son esprit est un philosophe,
Mais elle aime un peu les pompons.
Quiconque est dans sa comédie
Y perd son grec et son latin;
Elle étudie, elle érudie,
L'amour n'est qu'un entracte vain.
L'aurore à l'étude l'appelle,
Déjà son creuset est au feu.
20
25
3o
s86
POÉSIES ATTRIBUÉES À VOLTAIRE
Mais le soir on revoit la belle
Qui se prend de fureur au jeu.
Elle a de beaux yeux d'où s'élance
Un regard profond ou moqueur;
Une bouche dont le silence
Est éloquent et parle au coeur.
Un bouquet orne son corsage.
Ici ce qu'on montre est divin;
Ce qu'on cache... je suis un sage...
Le pinceau me brûle la main.
Je ne peins pas la beauté nue,
De peur, nouveau Pygmalion,
D'être amoureux de ma statue
Et de tourner comme Ixion.
L'amour! j'ai vu de près la Parque,
Et je n'aime plus qu'à moitié,
Je n'aventure plus ma barque
Qu'au rivage de l'amitié.
35
40
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Ce bien de (D36). mais I715 de ce en mentionne Pendant il tristesse.
Manuscrit: f.Texte
35
40
45
VOYAGEANT PLEN DE MA TRISTESSE]
Ce poème suit dans la collection de manuscrits un poème qui est
bien de Voltaire et qui se trouve dans une lettre à Louis Antoine
de Villars-Brancas, datée par Besterman vers le 20 juillet 1716
(D36). Cette partie du manuscrit n'est pas de la main de Voltaire,
mais les deux poèmes ont été écrits de la même main.
John Dalrymple, 2 comte de Stair, est ambassadeur à Paris de
I715 à I72o. Voltaire envoje son Bdipe à George Ier, qui le récompense
en lui faisant cadeau d'une montre. C'est Stair qui est chargé
de cette mission.1 Voltaire écrit à Stair le 20 juin I719 en lui envoyant
'de mauvais vers sur le biribi'. Il ne s'agit donc pas, dans
ce cas, de notre poème. Voltaire voyage hors de Paris (Lutèce)
en I719 et I720.2 Dans une lettre à Thiriot de I7I9 ou I72o il
mentionne son domestique La Brie, nommé dans notre poème. 3
Pendant cette période de sa vie, qui voit la chute du système de Law,
il a d'importants problèmes financiers, ce qui pourrait expliquer sa
tristesse.
Manuscrit: Saint-Pétersbourg, Bibliothèque nationale de Russie, collection
Doubrowski, Lettres et poésies de Voltaire', Aut.288, n° 11,
f.22r-22V.
Texte de base: manuscrit.
I Voir VST, t.1, p.Io9
2 Voir VST, t.1, p.IO5
3 Voir aussi Do9, D216.
S87
S88
Voyageant plein de ma tristesse
Dans mille chemins de travers
Je vous écris dessus la fesse
D'un des chevaux de milord Stairs
Son excellence avec tendresse
Me prêta pour quitter Lutèces
Deux beaux coursiers dont je me sers
Je chemine dans ma détresse
Maigre hideux pâle harassé
Comme un amant du temps passé
Qui vient de quitter sa maitresse
De grand coeur je le remercie
De ses deux superbes coursiers
Accordés avec courtoisie
A deux fort mauyais cavaliers
Dont I'un (Cest mon valet Labrie)]
Mal ferme sur les étriers
Tombant sur un tas de graviers
En a pensé perdre la vie
Au reste ces chevaux guerriers
Tout deux mâles tout deux entiers
Sont apparemment d'Italie
Car I'un pour l'autre plein d'amour
Ils n'ont témoigné d'autre envie
Que de nous jouer quelque tour
Et d'exercer la sodomie
Si quelque jeune débauché
De ce beau vice est entiché
4 John Dalrymple, 2° comte de Stair, ambassadeur à Paris de 1715 à rz20.
5 Cest-à-dire Paris.
6 Voltaire avait un domestique appelé La Brie,
IS
20
25
IS
20
25
vOYAGEANT PLEIN DE MA TRISTESSE
Il ne faut pas quon en murmure
Vous voyez bien que ce péché
N'est point péché contre nature.
S89
30
ÉDITIONS Milanges Une Seconde (BnC Paris, Troisième des l'Avis p.
ÉDITIONS COLLECTIVES DES EUVRES DE VOLTAIRE
CITÉES DANS CE VOLUME
MPOI
Milanges de poésies, de linérature, dhistoire et de philosophie. (Paris,
Prault?] 1761. I Vol. in-12.
Une collection comprenant la plupart des textes se trouvant dans la
Seconde Suite des mélanges de litérature, d'histoire et de philosophie
(Genève, Cramer,] 1761) et Ts61.
BnC 86.
Paris, BnF: Rés. Z Beuchot is47.
TS6I
Troisième suite des mélanges de poésie, de litérature, d'histoire et de philosophie.
(Paris, Prault,] 1761. I vol. in-8.
Cette collection se présente comme le tome 19 de la Collection complette
des ceusres de Mr. de Voltaire (17 vol., [Genève, Cramer, ]1750) et éditions
Connexes, mais fut probablement imprimé pour Prault par Grangé Voir
l'Avis au lecteur de Volaire acompagnant Les Sythes (0C, tóIB,
p.466, n.1g).
Bengesco 2209. Trapnell 6rP. BnC 84-85.
Oxford, Taylor: VI 17ó1 (2). Paris, BnF: Z 24594-
w64R
Collection complète des auvres de Monsieur de Voltaire. Amsterdam, Compagnie
[Rouen, Pierre et Etienne-Vincent Machuel?,] L764. 18 vol. in-12.
Une édition composée de certains volumes de w48R et wso, ainsi que
de volumes nouyellement imprimés. Voir David Smith, 'Robert Machuel,
imprimeur-libraire à Rouen, et ses éditions des ceuvres de Voltaire',
Cahiers Volkaire 6 (2007), P.35-57, ici p.46-54-
Bengesco 2136. Trapnell 64R. BnC 145-48.
S9I
ÉDITIONS COLLECTIVES
Paris, BnF: Rés. Z Beuchot 26 (t.I.I-2, 3.2-18.2). Rennes, Bibliothèque
de l'université: 75134/-18 (t.I.I-18.2).
W7oL
Collection complette des euyres de Mr. de Voltaire. Lausanne, Grasset,
I770-1781. $7 vol. in-8.
Voltaire se plaint de cette édition auprès de d'Argental (Dr8119) et
d'Elie Bertrand (DI8599), mais certains tomes furent publiés avec sa
participation, surtout les pièces de théâtre.
Bengesco 2138. BV3466. Trapnell 7oL. BnC 149.
Genève, ImV: A 1770/2 (t.1-48), A 1770/4 (t.48-57). Oxford, Taylor:
VI 177oL (t.I-54). Paris, BnF: 16 Z 14521 (t.r-6, 25), Z Bengesco 124
(t.I4-21). Saint-Pétersbourg, GpbV: 1o-18 (t.I-48).
W7IP
Eyres de M. de V.. Nouvelle édition considérablement augmentée sur
la dernière faite à Genève. Neuchâtel Paris, Panckoucke,] 1771. 6 vol.
in-12..
Cest une version des Mélanges philosophiques, littéraires, historiques, etc.,
des volumes 16 à 21 de w72P, avec quelques différences de contenu dans
les volumes.
Bengesco 2140. Trapnell 72P. BnCrs2.
Paris, BnF: Z 24790-95 (vol.1-6).
W72P
Euyres de M. de V... Neuchâtel [Paris, Panckoucke], 1772-1777. 34 Ou
40 vol. in-8 et in-I2.
Même texte que w68. Edition faite yraisemblablement sans la collaboratíon
de Voltaire.
Bengesco 2140. Trapnell 72P. BnC 153-57.
Genève, ImV: A i772/ (tI-34). Paris, BnF: Z 24796 (t.), Z 24836-38
(t.10-12), Z 248o9-20 (t.14-25), 8 M 25284 (t.26), Z 24822-35 (t.27-40).
592
Ia Henriade, [Genève, (Buyres I784-Bien être le texte Bengesco Genève, 46-
Bibliothèque
Grasset,
et
sa
Taylor:
124
sur
vol.
etc.,
dans
Ou
collaboratíon
38
40).
ÉDITIONS COLLECTIVES
W75G
Ia Henriade, divers autres poèmes et toutes les pièces relatives à l'épopée.
[Genève, Cramer et Bardin,] 1775- 37 vol. (40 vol. avec les Pilces détachées)
in-8.
K84
(Buyres complètes de Voltaire. (Kehl,] Société littéraire -typographique,
I784-1789. 70 vol. (seul le t.zo porte la date de 789). in-8.
Bien que de nombreuses modifications dans l'édition de Kehl semblent
être des corrections éditoriales, les éditeurs de Kehl ont parfois modifié
le texte de Voltaire sur la base de sources dont nous ne disposons plus.
Bengesco 2142. Trapnell K. BnC I67-69, 175.
Genève, ImV: A r784/i (t.1-70). Oxford, VF (t.I-10, 12, 13, I5-17, 20-435
46-70). Paris, BnF: Rés. p. Z 2209 (t.I-70).
593
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Alembert, Jean Le Rond D, Eloge du
duc de Villars', dans Buyres, 5 vol.
(Paris, 182r).
Almanach littéraire, ou étrennes d'Apollon
(Paris, 1785; I787).
L'nnée linéraire (Nancy Paris], 175),
t.I0; I760, t.1; I761, t.I; 1783 n° 1;
(Paris, 18;), t.1.
Annales poétiques, ou Almanach des
Muses, depuis l'origine de la posie
française, 4o vol. (Paris, I778-1788).
Anthologie française ou chansons choisies,
éd. Jean Monnet (sl., I76).
Archives de la Bastille, d'après des documents
inédits, 19 vol. (Paris, 1866-
1904).
Argens, Jean-Baptiste de Boyer, marquis
d', Mémoires du marquis d'Argens
(Paris, 18o7).
Aumale, Henri d'Orléans, duc d', Chantilly.
Le Cabinet des livres. Manuscrits,
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de ses cuvres, 4 vol. (Paris,
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fauxbourg S. Martin, Elégie pastorale,
par M. B. D. L. P. de R.
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Leyde, 1758).
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ou le Nourrisson de la satyre (Amsterdam,
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et critique, ou recherches sur la
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de plusieurs hommes célebres,
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Bále à Bienne par les vallées du Jura
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Bernier, Dictionnaire historique, liuéraire
et bibliographique des Françaises
et des étrangères naturalisées en France
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d'Apollon ou nouveau recueil d'épigrammes
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philosophique, 2 vol. (Paris,
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mémoires critiques et litéraires sur les
595
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jusqu'en y51, 3 vol. (Paris, 18o7).
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romande 67 (1928).
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Barthélemy Salgues, 16 vol. (Paris,
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Correspondance liuéraire, éd. Ula Köl-
Ving et autres (Ferney-Voltaire,
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France littéraire (Paris, 1778).
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d'Harmental
la
noyembre
J33
IL.
étrangers,
pour
de
litérarure:
X.
la
Histoire
Publikationen
Staatsarchiven
additions
Voltaire',
86
Issue,
l'abbé
Asse
Paris,
Crest,
de
le
Correspondance
critique,
Raynal,
Tourneux,
OUVRAGES CITÉS
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morts depuis goo jusqu'en y71,
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1877-
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0CVt28A.
la
lui
de
Voltaire',
1936-
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Adolphe-Fredéric, roi de Suède, 366 S43-44
Aiguillon, Marie-Madeleine de Vigne- The Annual Register, 5, 415
rot, duchesse d', 176 Anonimiana ou Melanges de posies,
Alcibiade, général athénien, 276 d'loquence et d'érudition, 84
Alembert, Jean Le Rond D', 17n, 223, Anthologie française ou chansons choisies,
421; 'Eloge du duc de Villars', éd. Jean Monnet, 364
19-20 Antier, Marie, 369
Alexandre VI, pape (Rodrigo Borgia), Antonins, les, dynastie romaine, 354
Antremont, Marie Anne Henriette Payan 352
Alexandre le Grand, 499 de Lestang, marquise d' (Henriette
Algarotti, Francesco, s40; Opere del conte Bourdic-Viot), 199-200; Poésies de
Algarotti, rO6n Mme la marquise d'Antremont, 451
Almanach des Muses, ou choix de poésies Archives de la Bastille, d'après des docufugitives,
45n, 113, 134n, 258, 267, ments inédis, 254
283, 556 Argens, Jean-Baptiste de Boyer, marAlmanach
littéraire, ou étrennes d'Apol- quis d', Mémoires, 48-49
lon, 99, I07, 127, 199-200, 208, Argenson, Marc-René de Voyer, mar230,
376 quis d', lieutenant de police, 3o1n,
LAmant grenadier, 319 532
L'Ami des Muses, 549-50 Argenson, René-Louis de Voyer de
Amphion, fls de Zeus et d'Antiope, Paulmy, marquis d', 382; Journal
347 et mémoires du marquis d'Argenson,
Amusements historiques, où se trouvent 389
des remarques, curieuses, galantes, Argental, Anne Madeleine Louise Charmorales,
sérieuses, et litéraires des lotte Auguste Bollioud de Saint-
meilleurs auteurs, 176 Julien, baronne d', s8
Amusements littéraires, moraux et poli- Argental, Charles Augustin Feriol,
comte d', $7-58, L44, 248, 366, tiques, 457
Anacréon, 24 450, 592
Ancus Martius, 259 Argental, les d', I-2, I44, 232
Anecdotes secrères du dix-huitième siècle, L'Arioste (Ludovico Ariosto), s47
62 Aristarque de Samothrace, 351
Annales poétiques, ou Almanach des Aristippe, 276, 278
Arnaud, François Thomas Marie de Ba-
Muses, depuis l'origine de la poésie
culard d', III; Euvres diverses, I16
française, s23
599
INDEX
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Asfeld, Claude-François-Bidal d', maré- Bayard, Pierre Terrail, seigneur de, 38
chal de France, 26o
Bayle, Pierre, 458; Dictionnaire historique
Aspasie, 276 et cruque, 212-13
Attila, roi des Huns, 352 Beaufeu, M. de, s84
Audra, Joseph, 44 Belle-Isle, Charles Louis Auguste Fou-
Auguis, P-R. (éd.), Les Conseils du quet, duc de, 261
trône, donnés par Frédéric II, dit le Belle-Isle, Louis-Charles-Armand Fougrand
aux ros et aux peuples de quet, chevalier de, 261
l'Europe, 349-50; Mémoires histo- Benedict XIV, pape, 567
riques de Frédéric, diu le Grand, Bengesco, Georges, Voltaire: bibliogra349-
50 phie de ses euyres, 3, I8, 32, 134,
Auguste (Caius Julius Caesar Octavia- ISSn, IÓS, I73) I76, 19In, 202,
nus Augustus), empereur romain, 228, 230, 238n, 252, 256n, 267n,
SI9 279, 285n, 296, 304, 313, 330, 332,
Augustin, saint, 242, 403, 405 334n, 344n, 36L, 366, 389, 4II,
Aumale, Henri d'Orléans, duc d, Chan- 453, 490, SIL, $23, 543, 582
cilly. Le Cabinet des liyres. Manu- Bentinck, Charlotte Sophia van Aldenscrits,
254 burg, comtesse de, 122
Aventure nouvelle de Mr. de Voltaire, Bernage de Saint-Maurice, Louis-Basile III, so7 de, 441
Bernard, Jean-Frédéric, Le Baller de la
Baal, dieu, 244 sottise, 252
Bachaumont, Louis Petit de, 224, s16 Bernard, Pierre-Joseph, 47-48, 142-43,
Baggesen, Jens, Jens Baggesens danske 279, 288; L'Art d'aimer et posies
verker, 392n diverses de M. Bernard, 279; LArt
Bailly, Jean Sylvain, 462 d'ainer, Phrosine et Mélidore, et
Barbier, Edmond-Jean-François, Chro- poésies diverses de M. de Bernard,
nique de la Régence et du règne de 279; Bures, 48n, 72: Eures de
Louis XV Journal de Barbier), Bernard, seule éditrion complète, 288
389, 446 Bernard, Samuel, g9-101, 142-43
Barry, Jeanne Bécu, comtesse du, 325- Bernard de Clairvaux, saint, I42-43
26; Mémoires historigues de Jeanne Bernières, Marguerite Madeleine Du
Gomart de Vaubernier, comtesse Moutier, marquise de, 232
Dubary, 326 Bernoulli, Jacques, 392
Barthélémy, Louis, Grammaire des dames Berry, Marie Louise Elisabeth d'Orou
nouveau traité d'orthographe léans, duchesse de, 254
française, 199-200 Bertrand, Elie, s92
Bastide, Jean-François de, Réflexions Bertrand, Joseph Louis François, 392
philosophiques sur la marche de nos Berwick, James Stuart Fitz-James, duc
idées, t65, 191 de, maréchal de France, 259
Baston, Guillaume-André-René, s68-69 Besterman, Theodore, 7n, 58, 91, 131,
Baugenot, abbé, 319 234, 250, 483, s87
6o0
Beuchot, Bibliothèque Bibliothèque Bibliothègue Bibliorhèque Bibliothèque Bibliotheca Bibliorhèque La Le Les Biographie Blin Boileau-Boisard, Boissy, Bonneval, Borde Borgia, Bossuet, Botricelli,
et
de
Du
d'Orou
duc
INDEX
Beuchot, Adrien Jean Quentin, 3o, 72, Bouffers, Stanislas Jean, chevalier de,
93, 95% I20, I55, 228, 230, 258, 210, 379, 563; uvres du chevalier
267, 285, 296, 387, 398, 421, 426, de Bouflers, 379-8o
446, 582n Bouflers-Remiencourt, Marie Françoíse
Bibliothèque de société, 439 Catherine de Bouflers, marquise
Bibliothèque des mémoires relatifs à l'his- de, 379, 493n
toire de France, 224 Bouffonidor, Les Fastes de Louis XV,
Bibliothègue des sciences et des beaux-arts, 389-90, 479
II3, 279 Boursier, 453
Bibliorhèque française, 446 Boutard, François, soI-S02
Bibliothèque impartiale, 8o Boyer, Jean-François, évêque de Mire-
Bibliotheca Osleriana: a catalogue of poix, 552
books illustrating the history of medi- Brancas de Villars, Louis, due de, 255
cine and science, 78 Bricaire de La Dixmerie, Nicolas, 3I3;
Bibliorhèque portative des écrivains fran- Contes philosophiques et moraux, 313
çais, 228 Bridel, Philippe Gyriaque, Course de
La Bigarrure, 472, 546 Bale à Bienne par les vallées du
Le Bijou Lrop peu payé, et la Brunette Jura, 392; trad. Reise durch einige
anglaise, nouvelles en vers pour servir der romantischten Gegenden der
de supplément aux CEivres posthu- Sckwei, 392n
mes de Guillaune Vadé, 267 Briquet, Marguerite Ursule Fortunée
Les Bijoux des Neuf- Saurs, 315, 376 Bernier, Dictionnaire historiquz,
Biographie universelle, I19 liuéraire et bibliographique des FranBissy,
Henri-Pons de Thiard de, cardi- çaises et des étrangères naturalisées
nal, 244 en France, 200
Blin de Sainmore, Adrien Michel Hya- Brockliss, Laurence W. B., I24n
cinthe, 20o; Orphanis, s17 Broglie, Victor-Maurice, comte de,
Boileau-Despréaux, Nicolas, 97-98, 181; maréchal de France, 366, 390
Epitres, 58r; Le Lutrin, 39 Brown, Andrew, 256
Boisard, F., Notices biographiques, liné- Brutus (Lucius Junius Brutus), 19, 56
raires et critiques sur les hommes du Budé, Guillaume, s2I
Calvados, 421n Budé, Isaac de, s21
Boissy, Louis de, L’Elève de Terpsicore, Burke, Edmund, 4, 415
ou le Nourrisson de la satyre, 330 Burton, Robert, L’Arnatomie de la mélanBoniface
VIIL, pape, 52 colie, sII
Bonneval, René de, chevalier d'Ogrin-
ville, 445-46 Caire, Charles-Henri, comte de, r24-25
Borde (ou Bordes), Charles, 344, 433; Caire, François, comte de, 124-25
Buvres diverses, 176-77 Calas, affaire, 202, 326, 513
Borgia, Lucrèce, 24 Calas, Jean, 462
Bossuet, Jacques Bénigne, 185 Les Calendriers, 127
Botricelli, Alesandro di Mariano Fili- Caligula (Caius Augustus Germanicus),
pepi, La Naissance de Vénus, son empereur romain, 253
6oI
INDEX
Calvin, Jean, 23
Cantiques spirituels, à lusage des missions,
retraites et catéchismes, 203
Cantiques tirés en partie des psaumes et en
parie des poésies sacrées, 203
Capefigue, Baptiste-Honoré-Raymond,
1O6; Louis XV et la société du
XVIII siècle, 62, 453
Capron (ou Capon), Mme, amie du duc
de Richelieu, 104
Capron, Mme de, cousine d'Alexis
Piron, 1o4n
Carriat, Jeanne, 1on, 6on
Carriera, Rosalba, Journal de Rosalba
Carriera pendant son séjour à Paris
en y20-1g21, 369
Carvoisin, Anne-Théodore de, 283
Carvoisin d'Armancourt, Antoine de.
I27
Carvoisin d'Armancourt, Noëlle Geneviève
de, 127
Castel de Saint-Pierre, Charles-Irénee,
abbé, sór
Catalogue général des manuscrits des
bibliothèques publiques de France,
411
Catherine II la Grande, impératrice de
Russie, 78n, 250
Caton d'Utique (Marcus Porcius Cato),
347
Caton l'Ancien (Marcus Porcius Cato),
347
Catulle, 184
Caussy, Fernand, Inyentaire des manuscrits
de la bibliothèque de Voltaire,
8n, 248n, 398, 437n
Cave, Christophe, 3ó3
Cazotte, Jacques, La Brunette angaise,
267; Le Diable amoureux, 467,
468n; 2uyres badines et morales
de M. ***** 267; Ollivier, 467n
Céphas, voir Pierre, apôtre
602
Chabanon, Michel Paul Guy de, 89,
304
Chamfort, Sébastien Roch Nicolas, s19;
Mustapha et Zéangir, I7
Le Chansonnier français ou Recueil de
chansons, ariettes, vaudevilles et
autres couplets choiss, 319, 408
Chapelain, Jean, s35
Chapelle, Claude Emmanuel Lhuillier,
dit, s13
Charles XII, roi de Suède, 67
Charles Edouard Stuart, le jeune Prétendant,
389-91, 453-56
Châteauroux, Marie Anne de Mailly,
Mademoiselle de Monchy, marquise
de La Tournelle, duchesse
de, 328, 455
Chaudon, Esprit-Joseph, Les Flèches
d'Apollon, 146
Chaudon, Louis Mayeul, Anti-dictionnaire
philosophique, 202-203; Nouveau
Dictionnaire historique, 89
Chaulieu, Guillaume Amfrye, abbé de,
41, 228, 276, 278, 513, 516
Chauvelin, père Henri Philippe, abbé,
I44
Chicaneau de Neuville, Didier-Pierre,
Dictionnaire philosophique ou introduction
à la connaissance de
'homme, 421
Choiseul, Etienne François, duc de, 124,
325, 326n, 467
Choiseul, famille, 325
Choiseul, Louise Honorine Crozat Du
Châtel, duchesse de, 468n, 535
Choix des cantiques de Saint-Sulpice: à
I'usage de la jeunesse belge, 202
Cideville, Pierre Robert Le Cornier de,
62, 91, 218, 236,306, 435, 481, 5o6;
'Recueil d'anecdotes de la main de
M de Cideville', 218n, 226, 306
Clairon, Claire-Josèphe Léris, dite Mle,
6o-61
The Classical Clément Clément Clément, Clermont, Clogenson, Colbert, Colbertde Collé, Colletet, Colnet Condé, Condé, Condé, Condorcet, Confucius, Constant Contes Contes Le Conti, Corneille, Corneille, Correspondance
introduction
de
124,
Du
à
de,
5o6;
de
Mle,
INDEX
The Classical journal, 12o
Clément XI, pape, s5n
Clément XIV, pape, 93, 344, 348
Clément, Jean-Marie Bernard, 43
Clermont, Louis de Bourbon-Condé,
comte de, 261
Clogenson, Jean, iI9, 490
Colbert, Jean-Baptiste, 30r
Colbertde Croissy, Charles-Joachim, s5n
Collé, Charles, Journal historique, ou
mémoires critiques et littéraires sur
les ouyrages dramatiques, 479, 485-
86, 487n, 552
Colletet, Guillaume, s20
Colnet du Ravel, Ch. J. (éd.), Choix
dépigrammes, 129
Condé, Louis II de Bourbon, prince de
le Grand Condé), 262
Condé, Louis Henri de Bourbon, prince
de, 230
Condé, princes de, 262
Condorcet, Marie Jean Antoine Nicolas
de Caritat, marquis de, Vie de
Voltaire: suivie des Mémoires de
Voltaire ([IKehl],178), 53!
Confucius, 242
Constant de Rebecque, Françoise Charlotte,
483
Contes et conteurs gaillards au XVIII
siècle, 326
Contes théologiques, suivis des litanies des
catholiques du dix-huitième siècle et
de postes drotico-philosophigues, 210
Le Conteur vaudois: ournal de la Suisse
romande, 387
Conti, Louis-François de Bourbon,
prince de, 261-62
Corneille, Pierre, I81, 351, 447, 512, 519;
Cinna, sI7, SI9; Othon, s19; Rodogune,
sI7
Corneille, Thomas, 3$1
Correspondance littéraire, éd. Jacques
Barthélemy Salgues, s63
Corregpondance litéraire, éd. Ulla Kölving
et al, 109, 474
Correspondance liuéraire de Karlsruhe,
106-107
Correspondance secrète de la cour, pendant
le règne de Louis XV1, ci-devant roi
des Français, 326
Correspondance secrète, politique et litéraire,
34, III, 129, 210, 304, 325-
26, 371-72, 5II
Coténius, médecin de Sophie Dorothée,
323-24
Cotin, Charles, abbé, 42
Couet, Bernard, abbé, 232
Courrier politique et galant, 340
Courtin, François, 276, 278
Cousin d'Avallon, Charles-Yves, Pironiana,
ou recueil des aventures, bons
mots, etc. d'Alexis Piron, 304; Voltairiana,
ou recueil des bons mots,
plaisanteries, pensées ingénieuses et
saillies spirituelles de Voltaire, 37I-
72, 486
Covelle, Robert, 1on, 12n
Coyer, Gabriel-François, 7n
Coynart, Charles de, Les Guérin de
Tencin, 1520-1758, 481
Cramer, frères, 232
Cramer, Gabriel, 234, 248n, 378
Crébillon, Prosper Jolyot, sieur de
Crais-Billon, dit, 42, 353, 513-14;
Atrée et Thyeste, 39; Electre, 12
Crillon, Louis de Balbes de Berton de,
38
Cronk, Nicholas, 2, 148, 202n, 411, 477
Cushing, H., 78n
Dalmas, Jacques, commissaire des guerres,
543
Damon d'Athènes, I37
Dandolo, Tullio, La Svirzera considerata
nelle sue vaghere pitoresche,
392n
603
INDEX
Darnton, Robert, LAffaire des quatore, Desnoiresterres, Gustave, 15$; Voltaire à
453; Poetry and the police: communi- la cour, 285, 453
cation nenvorks in eighteenth-century Desprez de Boissy, Charles, Lettres sur
Paris, 389 les spectacles, 203
David, roi d'lsraël, 244 Destouches, Louis, 481-82
Davila, Enrico Caterino, Histoire des Le Docteur Gelaon, ou les ridiculités
gueres civiles de France, 155 anciennes et modernes ayec plusieurs
Décade philosophigue litéraire et poli- posies de MM. de oltaire et de
tique, 199 Grécourt qui n'ont jamais paru ail-
Deloffre, Frédéric, 122 leurs que dans ce recueil, 423
Dell'urbanitâ, discorso di Nicolo Tomma- Dorat, Claude-Joseph, 89, 238, 556; Mes
séo, 421n
fantaisies, 238; Collection complète
Démocrite, 489 des auyres de M. Dorat, 238
Démosthène, 35! Douville, Jean Nicolas, 256
Denis, Marie-Louise, 445n, 450, 485; La Droixhe, Daniel, 102n
Coquette punie, 248n
Dromgold, Jean, 453
Denis, saint, 329
Le Dernier Volume des æuyres de Vol- Du Boccage, Anne Marie Fiquet, 285
taire, 116 Dubois, Guillaume, Mémoires, 14-16
Des Alleurs, Roland Puchot, 230 Du Bois, Louis, 487n
Descartes, René, 458 Du Bourg, Jules David Cromot, S7n
Desfontaines, Pierre-François Guyot, Du Châtelet, Emilie Le Tonnelier de
3o8, 353; Jugements sur guelques Breteuil, marquise, 8o-81, 95, 285,
oLYrages nouveaux, 310 287, 317, 379, 394, 472-73, SI5,
Desforges, N., 390, 453; Critique de $37-40, 546-48, 584-85
Sémiramis, 390; Natilica, 389; Le Du Châtelet, Florent Claude, marquis,
Riyal secrétaire, 390 $47
Desforges-Maillard, Paul, 67, 139:; Pot- Duchesne, Alain et Thierry Leguay,
sies de Mademoiselle de Malcrais Dictionnaire insolite des mots oude
La Vigne, 139 bliés, 319
Deshoulières, Antoinette Du Ligier de Du Deffand, Marie Anne de Vichy-
La Garde, Mme, 33 Chamrond, marquise, 2, 58, 317,
Desrnahis, Joseph-François-Edouard 467-68, 534-35; Letres: publiées
Corsembleu, 109, 515, 578; Wuvres d'après les originaux déposés à
choisies, 276, 277n; 2ures com- Stravberry Hill, 3i7; Lettres de la
plêes, s78; Les Euyres de M. Des- marquise Du Deffand à Horace
mahis: première edition complète, Walpole, 93
s78 Du Gast de Bois-Saint-Just, Jean-Louis-
Desrnarest, Nícolas, marquis de Maille- Marie, Paris, Versailles et les probois,
101 vinces au dix-huitième siècle, 302
Desnaze, C., Le Religuaire de M. Q. de Du Guesclin, Bertrand, connérable de
La Tour, peinre du oi Louis XY France, 259
sa correspondance et son euvre, soo Dulaurens, Henri Joseph, 3
604
Dumas, Dumesnil, Dunois Duns Dupré Dupré Durand, Durand, Duranton, Duras, Du Resnel, Durfort, Durosoy, Duvernet, Egmont, Egmont, Elie, Elite Elite Bncyclopédie, Encyclopédie
complète
de
285,
SI5,
marquis,
Leguay,
oude
Vichy-
317,
publiées
à
la
Horace
Louis-
probois,
de
INDEX
Dumas, Alexandre, ro7; Le Chevalier Epicure, 20, s16
d'Harmental, I5 L'Epilogueur moderne, 349
Dumesnil, Mademoiselle, Go-61 Epinay, Louise Florence Pétronille Tar-
Dunois ou le bâard dOrléans, Jean dieu d'Esclavelle, dame de La
d'Orléans dit, 103 Live, marquise d', g66
Duns Scot, John, 357 Epitre à Ariste sur l'honneur', 4nnales
Dupré de Saint-Maur, Marie-Marthe, poiques depuis l'origine de la posie
née Alléon, 3o6 française, 292
Dupré de Saint-Maur, Nicolas, 306 Epire de Monsieur de Voltaire aux Pari-
Durand, David, Connaissance des beautés siens: pour servir de suite à son retour
er des défauts de la poésie, 363 des ombres, 34-35
Durand, M., I02 Epitres, satires, contes, épigrammes de
Duranton, Henri (éd.), Journal de la Voltaire, 486
Cour et de Paris, 47, 49 Epires, satires, contes et pièces fugitives
Duras, Emmanuel rélicité de Durfort, du poète philosophe, 191
duc de, s63 Eschyle, 351, 513
Du Resnel, Jean-François Du Bellay, Esculape, 78-79, 98
9I Esope, 39
Durfort, Marie Gabrielle Geneviève L'Esprit des journaux, fiançais et éran-
Françoise, duchesse de, 563 gers, 7, 75n, 104n, II3, 127, 203,
Durosoy, Barnabé Farmian, Les Décius 258, 344, 470, 560
Français, 518; Henri IV ou la Etrennes atLx belles données par Voltaire,
Bataille d'lvry, 518; Les Mariages quinze jours avant sa mort, 238, 279
samnites, sI8; La Réduction de Etrennes aux dames, 549
Paris, s18; Richard III, s18 Etrennes du Parnasse, II6
Duvernet, Théophile Imarigeon, Vie de Erennes yriques, anacréontiques, pour
Voltaire, suivie d'anecdotes qui conm- l'année ig84, 384
posent sa vie privée, 230 Euclide, 182
Eugène de Savoie-Carignan, dit le
Egmont, Casimir Pignatelli d', 475 Prince Eugène, 73, I19)
Egmont, Jeanne-Sophie de Vignerot du Euripide, Les Héraclides, sI
Plessis, Septimanie d', flle du L'Eangile du jour, 16;, 191
maréchal de Richelieu, 475
Elie, prophète, 250-sI Fabius (Quintus Maximus Verrucosus
Elite d'épigraumes et madrigaux des meil- Fabius), 347
leurs poètes français depuis Marot, Facéties nouvelles de M. de Voltaire, 344
Favart, Charles-Simon, s17
Elite de poésies fugirives, 238, 279, 286 Fayolle, François, Acanthologie, ou dicEmbrun,
244 tionnaire épigrammatique, 129
Bncyclopédie, Ode, z79; Zones tempé- Feller, François Xavier de, Cours de
rées, 364 morale chrétierne et de linérarure
Encyclopédie moderne, 390 religieuse par l'abbé Feller, 35; MéEngel,
Samuel, so6-so7 langes de politique, de morale et de
6o5
littérature: extraits des journaux de
l'abbé F-X. de Feller, 34-35
Ferrand, Antoine, 228, 364; Pièces libres
de M. Ferrand, 228n
Ferreyrolles, Gérard, et Laurent Versini
(éd.), Le Lire du monde et le
monde des livres. Mélanges en l'honneur
de François Moureau, 148
Feuillet, procureur du roi des eaux et
forêts, 208-209
Fleischauer, Charles, 'Quelques additions
à la correspondance de Voltaire',
6, 394
Flesselles, Jacques de, 433
Fleury, André Hercule de, évêque de
Fréjus, cardinal, 243-45, 327, 396
Florian, Jean-Pierre Claris de, Le Philosophe
et le chat-huant, dans Fables
de M. Florian, 294
Fontaine-Martel, Antoinette Madeleine
de Bordeaux, comtesse de, 99-
100
Fontenelle, Bernard Le Bovier de, 284,
354, 458, 515; Aspar, 130o
Formey, Jhann Heinrich Samuel, 4573
Sovenirs d'un citoyen, so6
Formont, Jean Baptiste Nicolas, 119, 131
Fournier, Edouard, oltaire au théâtre,
dans Théátre complet de Voltaire
(Paris, 1874), 41
Frédéric II le Grand, roi de Prusse, 4,
31n, 1o6n, 107-108, 223, 285, 296,
323, 349, 352-54, 366, 396, 415-20,
466, 480, 498-99, 504, S42; Histoire
de mon temps, 26; uyres diyerses,
415
Frédéric le Grand, contenant des anecdotes
précieuses sur la vie du roi de Prusse
régnant, d'autres sur ses amis et
ennemis [.] Ce orage peut faire
suite aux Mémoires pour servirà la
vie de Voltaire écrits par lui-même,
349
6o6
INDEX
Fréron, Elie Catherine, 7n, 2sn, 42, 97,
212-14, 285, 294, 3o8, 319, 363
Frétillon, Mademoiselle Cronel, dite.
actrice, 61
Fronsac, Arnand-Jean de Vignerot du
Plessis, duc de Richelieu et de,
476
Gagnebin, Bernard (éd.), Voltaire,
Letres inédites à son imprimeur
Gabriel Cramer, 234
Gaigne, Alexís Toussaint de, Encyclopédie
poétique, ou recueil complet de
chef-d'auvres de poésie, I13
Galiani, Ferdinando, Lettres de l'abbé
Galiani à Mme d'Epinay, 326
Le Galimatias: ode par un inconnu avec les
commentalres d'Antonis Flagellus,
310
La Gaudriole, chansonnier joyeuE, facétieux,
et grivois, 246
Gaussin, née Jeanne-Catherine Gaussem,
dite Mlle, actrice, 302
Garette d'Amsterdam, I
Gazette de Berne, 44-45
Gazette de liérature, 203
Gazete litéraire de l'Europe, 363-64
Gazier, A., 51-56, 240
Gendron, Claude-Deshais, 97-98
Genlis, Stéphanie-Félicité Du Crest,
comtesse de, Mémoires inédits,
366-67
The Gentleman's magazine, $, 415
The Gentleman's monthly intelligencer,
44-45
Geoffrin, Marie Thérèse Rodet, Mme,
248n
George Ie, roi d'Angleterre, s87
George I, roi d'Angleterre, duc de
Brunswick-Lunebourg, 455-56
Germanicus Julius Caesar, empereur
romain, 261
Gontaut, Goslan, Gouroff, Graffigny, Le Grand Granet, Grécourt, Gresset, Grimm, Grognet, Guichard, Guichardin, Gustave Haller, Havard, Hazon, Hecquet, Helvéius,
imprimeur
Encyclopédie
de
l'abbé
les
Flagellus,
facétieux,
Gaussem,
Crest,
inédits,
intelligencer,
Mme,
de
empereur
INDEX
Gontaut, Marie Geneviève de Gontaut-
Biron, 6 duchesse de Gramont,
72, 288-9o
Goslan, Léon, s7n
Gouroff, A. de, 398
Graffigny, Françoise d'Issembourg
d'Happoncourt, Mme de, 243;
Cénie, 248
Le Grand Vocabulaire français, s21
Granet, François, Réflezions sur les ouvrages
de linérature, S37
Grécourt, Jean-Baptiste-Joseph Willart
de, Le Pupitre, 82;'Epitre à Monsieur
Croizat, après sa maladie'
[attrib.], 99-100; Buvres complètes
de Grécour', 116; Euyres diverses
de monsieur de Grécourt, I16, 288,
334, 336n, 421, 549; Supplément de
Grécourt, I6, 288
Gresset, Jean-Baptiste, 218-20, 353
Grimm, Friedrich Melchior, Correspondance
littéraire, 7, Io, 32, 57-58,
6o, 89, II6, 165, 202, 208, 232,
286, 302, 304, 344, 366-67, 389n,
390, 411, 459, 472, 474, 488, 492,
$23, 543, 563, S78
Grognet, Marie, danseuse, 49
Guichard, Jean-François, II
Guichardin, François, Histoire d' Italie,
Gustave II, roi de Suède, 366
Haller, Albrecht von, so6
Havard, Jean-Alexandre (dit d'Albanès),
Voliaire et Mme Du Châtelet,
453
Hazon, Jacques Albert, Notice des hommes
les plus célèbres de la faculté de
médecine en l'université de Paris, 75
Hecquet, Philippe, 78n
Helvéius, Claude-Adrien, 75, 78n, 131;
Epître sur l'orgueil et la paresse
d'esprit, 13I
Helvérius, Jean Claude Adrien, 78n, 127
Hémery, Joseph d', Iieutenant de police,
453
Hénault, Charles-Jean-François, 137-38
Henri IV, roi de France (Henri le
Grand), 4o, 67, 351-52, 454
Henriette-Anne de France, 92n
Hercule, 253
Holbach, Paul Henry Thiry, baron d',
Le Christianisme dévoilé, S66
Homère, 13o
Horace, 98, 181, 184, 262, 276, 278, f14,
535
Houssaye, Arsène, Le Roi Voltaire, 116
Humbert, Jean, Nouveau Glossaire genevOLS,
IIn
Hume, David, 306
Ignace de Loyola, saint, $3, 93-94, 242-
43
Imbert, Guillaume, La Chronique SCandaleuse
ou Mémotres pour servir à
I'histoire de la génération présente,
210
L'Incendie du faubourg S. Martin, Elégie
pastorale, par M. B. D. L. P. de R.,
Sson
Jacobsen, Jean Corneille, 494
Janin, Jules (éd.), Le Dernier Volume des
Ruyres de Voltaire, s84
Jansénius, Cornelius Jansen di, 242-43
Jaucourt, Louis, chevalier de, 364
Jeanne d'Arc, 24, 103
Jésus-Christ, s2, 251, 406, 463
Joas, 241
Journal chréien, $, 202
Le Journal chrétien dédie à la reine, 411
Journal de Paris, 32
Journal des beaux-arts et des sciences, 113
Journal des savants, 75, 78, 392, 45on
Journal des savants combiné avec les
Mémoires de Trévoux, I76
6o7
INDEX
Journal encyclopédique, 1, 102, 104n, 127, Correspondance littéraire adressée à son
165, T9I, 203, 238, 258, 45on, 477, altesse impériale M.s le Grand-duc,
543 aujourd 'hui empereur de Russie, 111,
Journal helvétique, 18, I76, 221, 344 II2N
Journal historique et litéraire, 34 Gustave Wasa, s17, 5I9
Jules I, pape, 52 Lycée, 226
Mélanie, SII, S17
Koenig, Johann Samuel, 353 Menzicoffou les exilés, 5II, I7, s20
Kölving, Ulla, 1on, 6on Buvres, 89
Pharamond, sI7, SI9
La Barre, Jean-François Lefebvre, che- Timoléon, 517
valier de, 326 Warwick, 464, 511, SI7, 520
La Barre de Beaumarchais, Antoine de, Lainez, Alexandre, Posies de Lainer.
Amusements littéraires, 228 421
La Beaumelle, Laurent Angliviel de, 7n La's de Corinthe, I47n
La Borde, Jean-Benjamin de, Essai sur Lais d'Hyccara, courtisane, 147n
la musique ancienne et moderne, La Marre, abbé de, 296; Euyres diverses
228n, 320 de M. l'abbé de La Marre, 296
Labouisse-Rochefort, Auguste de, Trente Lambert, Jacques, Arouet Voltaire: autoans
de ma vie, 1II, 486
graphes, documents, manuscrits, 186
La Brie, domestique de Voltaire, s87-88 Lambert, Michel, 445
La Broue, Pierre de, 55n
La Mettrie, Julien Offray de, 212, 308
Lacombe, Jacques, 344n, 378 La Monnoye, Bernard de, 426
La Condamíne, Charles Marie de, 13,
Lanevere, Bernard de, 221
II5, 134, 498, 580
Ladvocat, Jean-Baptiste, Dictionnaire La Motte, Antoine Houdar de, 226, 284,
historique portatif, 97n 446; Amadis de Grèce, 7on
The Lady's Monthly museum or polite Langle, Pierre de, évêque de Boulogne,
repository of amusement and instruc- 55n
tLon, 1I3 La Place, Pierre-Antoine de, Recueil
La Fare, Charles-Auguste, marquis de, d'épitaphes sérieuses, 127
276, 278, s16 La Reynie, Gabriel Nicolas de, 3o1,
La Faye, Jean-François Leriget, marquis 429n, 431
de, 131, 216, 228, 2s6, 421 Lataignant, Gabriel-Charles de, Posies
Lafitau, Pierre-François, 55, 242 de M. l'abbé de L'Ataignant, 441
La Fontaine, Jean de, 181 La Tour, Maurice Quentin de, soo
La Garde, Pierre de, L'Amant timide', La Tour, père Simon de, só7-68
408 La Touraille, Jean Chrysostome de
La Harpe, Jean-François de, 191, 200, Larcher, comte de, 7: Nouveau
459, 5I1, SI9 Recueill de gaíté et de philosophie,
Abrégé du cours de littérature, 421 7-8
Les Barmécides, 5I7, 519 La Tramblaye, Amable Robin, chevalier
Conseils à un jeune pote, 517 de, 200
6o8
Lauraguais, Laus La Vallière, La Vallière, Laveaux, La Vergne, Law, Lebé, Lebeuf, Lebrun, Le Brun, Lecouvreur, Lee, Le Franc La Légende Legrand, Leibniz, Lekain, Le Lenclos, Le Le Leroy, Lesage,
Recueil
Posies
de
Nouveau
philosophie,
chevalier
INDEX
Lauraguais, Diane Adélaide de Mailly,
Mademoiselle de Montcavrel, duchesse
de, z28
Laus de Boissy, Louis de, 16s
La Vallière, Louis César de La Baume
Le Blanc, duc de, 394
La Vallière, Louise Françoise de La
Baume Le Blanc, duchesse de,
493n, 563
Laveaux, Jean Charles Thibault de, Vie
de Frédéric II, roi de Prusse, 1o6-
IO7
La Vergne, Louis Elisabeth de, 82, 292
Law, John, L4, 587
Lebé, Marie-Elisabeth de, r24-25
Lebeuf, Jean, Histoire de la banlieue eclésiastique
de Paris, 97
Lebrun, Antoine-Louis, s30
Le Brun, Ponce Denis Ecouchard, 4,
Evres, 477% Wasprie ou l'ami
Wasp, 294n
Lecouvreur, Adrienne, actrice, rI6, 448,
Lee, J. Patrick, 252n
Le Franc de Pompignan, Jean-Jacques,
463; Didon, 39, 464
La Légende joyeuse, ou les trois cent trois
leçons de Lampsaque, 256
Legrand, Marc-Antoine, Ballet des vingtquatre
heures, ambigu-comique, s82
Leibniz, Gottfried Wilhelm, 354
Lekain, Henri Louis Cain, dit, 206-207
Le Moyne, Pierre, 523; Les Buvres poétiques
du P. Le Moyne, s23
Lenclos, Anne, dite Ninon de, s85
Le Peletier Des Forts, Michel Robert,
446, 448
Le Rouge, Georges-Louis, et autres, Les
Curiosités de Paris, 97
Leroy, M., 30
Lesage, Alain-René, uvres de Le Sage,
120
Lettre de M. de Ve** avec plusieurs pièces
galantes et nouvelles de différents
auteurs (La Haye, 1744), 263
Lettre philosophique de M. de V* avec
plusieurs pices galantes et nouvelles
de différents auteurs (Londres 1757;
I775), 566-67
Lettres de M. de V*avecplusieurs pièces
de différents auteurs (1739), 263
Letres de M. de Voltaire à ses amis du
Parnasse, 223n
Lenclos, Anne, dite Ninon de, Lettres de
Ninon de Lenclos au marquis de
Sévigné, 313
Lettres secrètes de Mr. de Voltaire, 223n
L'Evangile du jour, 433
Le Libertin de bonne compagnie, recueil
rédigé pour l'instruction de la jeunesse,
par A. T., 256
L'Hospital, comtesse de (matresse du
prince de Soubise), 223
Linant, Michel, 428, 429n
Litré, Emile, Dictionnaire de la langue
française, 319
Lizé, Emile, Volaire, Grinm et la Correspondance
littéraire, 10, 208, 232n,
474
Locke, John, 131
Locmaria, Jean-Marie François Du Parc,
marquis de, 392
Longchamp, Sébastien et Jean-Louis
Wagnière, Ménoires sur Voltaire et
sur ses ouvrages, 7, 285, 546
Louis IX, roi de France (saint Louis),
329
Louis XIl, roi de France, s2n
Louis XIV, roi de France, 101, 182, 299,
429n, 43I, $30
Louis XV, roi de France, 4, 73, 92n, 144,
326,328n, 362, 437, 454-55, 475-76,
S53, s82
Louis XVI, roi de France, s7-58, 6o
6o9
Louis XVIM, comte de Provence puis roi
de France, s7-59
Louis de France, le dauphin Louis, 552
Louise Dorothée de Meiningen, duchesse
de Saxe-Gotha, so6
Lucain (Marcus Annaeus Lucanus), 352
Luchet, Jean-Pierre-Louis de La Roche
du Maine, marquis de, Histoire
littéraire de Monsieur de Voltaire,
45, I77, 382
Lutzelbourg, Marie Ursule de Klinglin,
comtesse de, 382
Luxembourg, Madeleine Angélique de
Neufville-Villeroy, duchesse de,
493n
Luynes, Charles Philippe d'Albert, duc
de, Mémoires du duc de Luynes sur
la cour de Louis XV, 389, 481
La Lyre gaillarde ou nouyeau recueil
d'amusements, 263
Magasin engyclopédique, ou journal des
sciences, des lettres et des arts, 313
Maillebois, Jean-Baptiste François Desmarets,
marquis de, maréchal de
France, 475
Mailly, Louis II de Mailly, marquis
de Nesle et de, dit Resnel, 49
Mailly, Louise Julie de Mailly-Nesle,
comtesse de, 328
Maintenon, Françoise d'Aubigné, marquise
de, s32
Malcrais de La Vigne, Mlle, voir Desforges-
Maillard
Malpière, D. Bazin de, Fragments épiques
et autres poésies, s21
Mandrin, Louís, so6
Mangenot, Louis, 319-20, 486; Au
déclin d'un beau jour une jeune
bergère' (Le Rende-vous], 319;
Posies de Mrl'abbé Mangenot, 486
Mangold, Wilhelm, Voltairiana inedita
aus den königlichen Archiven qu
INDEX
Berlin, IO6-107, I60, 221, 288,
382, 384, 396, 479
Marc Aurèle (Marcus Aurelius Antoninus),
empereur romain, 351
Marchand, Prosper, Dictionnaire historique
ou Mémoires criiques et litéraires,
569
Marie-Antoinette Joseph Jeanne de Lorraine,
archiduchesse d'Autriche et
reine de France, 57-8, 6o
Marie Leszczynska, reine de France,
552
Marie-Thérèse, impératrice d'Autriche,
reine de Bohême et de Hongrie,
IO8
Marin, François Louis Claude, 2
Marmontel, Jean-François, 2, III, II2n,
304, 546; Bélisaire, zo4; Les Incas,
II2n; 2uvres (1819), 304; Buvres
de Marmontel (1820), 304; Poétique
française, 279
Marschall, Friedrich Wilhelm von, 212
Maty, Mathieu, Eptre au chevalier d'Oiveyra,
sur le dernier acte de foi de
Lisbonne, par M. de * 4
Maupeou, René Nicolas Charles Augustin
de, 373, 467
Maupertuis, Pierre Louis Moreau de, 42,
349, 353-54, 392-93
Maurepas, Jean-Frédéric Phélypeaux,
comte de, Isn, s52; Mémoires (apocryphes],
S52; et Pierre Clairambault,
Chansonnier historique du
XVIUT sièdle, éd. Emile Raunié,
446, 453, 507, S52-53
Maurevert, Georges, Le Livre des
plagiats, s23
Maynard, François, 382; Les Buvres de
Maynard, s82
Mécène (Caius Clinius Maecenas), 262,
386
Meister, Henri, 10
Milanges Mémoires Mémoires Mémoires Mémoires Mémoires Mémoires Ménage, The Mercier, Mercure Mercure Mercure Mercure Mercure Méricam-Metra, Mevius, Michault, Midas, Milton, Mirabeau, Molière, Molina, Molinier,
288,
Antoninus),
historique
litéraires,
Lorraine,
et
France,
d'Autriche,
Hongrie,
II2n,
Incas,
Buvres
Poétique
d'Oiveyra,
de
Augustin
42,
Phélypeaux,
apocryphes],
Clairambault,
du
Raunié,
des
de
262,
INDEX
Milanges politiques et historiques relatfs Moncrif, François Augustin Paradis de,
aux événements contemporains, par 258
MM de Pradt, Benjamin-Constant, Le Moniteur judiciaire de Lyon: organe
Ganilh, 349-50 des tribunax, 543
Mémoires du marquis d'Argens, 48-49 Mon Petit Porte-feuille, z04, 344, 530-31
Mémoires historiques, liuéraires, pol- Montesquieu, Charles de Secondat,
tiques, anecdotiques et critiques de baron de La Brède et de, 76,
Bachaumont, 224 178-79; De l'espriu des lois, 176-77
Mémoires pour l'histoire des sciences et Monthoux, François de Pougny de Guilbeaus-
arts, 97 let, baron de, 250
Mémoires pour servir à l'histoire de France, Montillet, Jean-François de, archevêque
ou recueil contenant plusieurs anec- d'Auch, 232; Lettre pastorale, 232
dotes de la cour, par le marquis Montmartel, Jean Paris de, 444
de *** 426 Moreaud, Marie, 3
Mémoires pour servir à l'histoire de la Moufie d'Angerville, Barthélemy Francalotte,
446 çois Joseph, Vieprivée de Louis XV,
Mémoires secrets, 7-8, 44, 62, 106-107, 389, 479
210, 224, 304, 441, 563 Moussinot, Bonaventure, 208
Ménage, Gilles, Menagiana, 387 Mozart, Wolfgang Amadeus, 364
The Menorah Journal, 78
Mercier, Louis-Sébastien, 15n Nablow, Ralph A., 485n, 486
Mercure de France, 7, 45n, 67-69, 97, IO9, Nachträge qu dem Brie fvechsel Friedrichs
127, 139, I76-77, 191, 221, 228n, des Großen mit Maupertuis und
286, 288, 296-97, 313, 319, 369, Voltaire, éd. Hans Droysen, et al.,
378, 380, 411, 439, 467n, 470, 485- 26, 396
86, 498, sI7, S19, 578, s82 Necker, Jacques, 175
Mercure galant, 421 Necker, Suzanne, Mélanges extraits des
Mercure historique et politique, 507 manuscrits de Mme Necker, 394
Mercure suisse, 288 Néron (Lucius Domitius Claudius
Mercure wniversel, 1o6-107 Nero), empereur romain, 253
Méricam-Bourdet, Myrtille, ro6 Nesle, Louis de Mailly, marquis de,
Metra, Louis-François, II 328n
Mevius, Johann Paul, $20 Newton, Isaac, 40, 81, 354, 378-79, 537-
Michault, Jean-Bernard, Milanges his- 39, 547, 585
toriques et philologiques, $49 Niderst, Alain, Traits, notes et re-
Midas, roi de Phrygie, 37, 354 marques de Cideville', 63, 21I8n,
Milton, John, 31, SIo 226, 306
Mirabeau, Victor Riqueti, marquis de, Noailles, Louis Antoine, cardinal de,
20 archevêque de Paris, 232, 259
Molière, Jean Baptiste Poquelin, dit, 8 Noël, François Joseph Michel, Leçons
Molina, Luis de, 55-56, 242 de linérature et de morale, 292; et
Molinier, Jean-Baptiste (attrib], Réponse M.LJ. Carpentier, Philologie franaux
Letres de M. de Voltaire, 446 çaise, 236
6II
Notices historiques sur les tableaux de la
galerie de S. A. R. Mgr. le duc
dorléans, 224
Noveausx Délassements de M. de Voltaire,
18, II3, 134, 332
Nouveau Journal helvérique, 18, 267
Le Nouyeau Mercure de France, 344,
369n
Le Nouveau Parterre du Parnasse français,
421
Nouveau Recueil de chansons choisies, 384
Le Nouveau Trésor du Parnasse, ou Elire
de posies fugitives, 276, 421
Nouvelle Anthologie française, 95, 238,
439, 549
Nouvelle Bibliozhèque de société, éd.
C.-S. Sautreau de Marsy, 364, 439
Nouvelle Bibliothèque de ville et de campagne,
238, 439
Nouvelle Encyclopédie potique, ou choix
de posies dans tous les genres, 439
Numa Pompilius, roi légendaire de
Rome, 79
Ode sur les conguêtes du roi attribuée à
M. de Voltaire, qui la désavoue,
dans l'Epilogueur politique, galant
et crtique, 310
Ode sur les conguêtes du roi, par M. de
Voltaire, 310
Buvres choisies de M. de Voltaire, 95
Olivet, Pierre Joseph Thoulier d', s68
Opuscules potiques, ou le plus charnant
des recueils, contenamtplusieurs pièces
fugitives de M. de Voltaire, 28, 44
84, 87n-88n, 146, 265, 443, 488, 5o4
Opuscules sacrés et byriques ou Cantiques
sr différents sujets de piété, 202
Orléans, Philippe, duc de Chartres puis
duc d', régent de France, I5, 82,
254, 516
Orléans, Philippe II, duc d'Orléans, 255n
Osler, William, Israel and medicine',78
6I2
INDEX
Ovide, 184, 515
Padeloup, Antoine-Michel, 78
Pâris de Montmartel, Armand, $7
Parme, Isabelle de Bourbon-Parme,
princesse de, archiduchesse d'Autriche,
543-44
Le Parnasse chrérien, 292
Le Patriote anglais dans l'Empire, 472
Paul, apôtre, saint, 55
Paulmy, Antoine-René d'Argenson,
marquis de, 453
Pavillon, Nicolas, évêque d'Alet, sI6
Pélage, 352
Pellegrin, Simon-Joseph, 435
Pensées philosophiques de M. de oltaire,
ou tableau encyclopédique des connaissances
humaines, 95
Perey, L. et G. Maugras, La Vie intime
de Volaie aux Délices et à Ferney,
G54-78, 483
Le Perit Réservoi, 549
Pétrarque, 363
Pharaon, 244
Philippe IVle Bel, roi de France, s2n
Pidansat de Mairobert, Mathieu-François,
Anecdotes échappées à l'Observateur
anglais, 326; Anecdotes sur
Madame la comtesse Du Barri, 325
Pièces concernant les ouvrages et la vie de
M. le Président de Montesquieu,
I76
Pièces inédites de Voltaire, imprimées
d'après les manuscrits originaux,
II6, 276, 308, 361, 472, 490, 494
Pièces recueillies de MM. de Voltaire et
Piron, 31O, 54
Pierre, apôtre, saint, 37
Pignolet de Montéclair, Michel, Jephté,
435-36
Pindare, sI6-17
Piron, Alexis, 3, 104, II6, 165, 218, 263,
304, 353, 5I6, 549-50; De profundis,
Les Platon, Plutarque, Podewils, Poème Le Poère Poètes The Pöllnitz, Pomeau, Pompadour, Pons Pont-Pope, Le Le
Parme,
d'Autriche,
d'Argenson,
oltaire,
connaissances
intime
Ferney,
François,
l'Observateur
sur
325
de
Montesquieu,
imprimées
originaux,
et
Jephté,
263,
profundis,
INDEX
304-305; La Métromanie, 3o5n; Ode The Port Folio, new series, t2, n° 45
à Priape, 263, 304-305; uyres (Philadelphie, t8o6), 426
complères (éd. Rigoley de Ju- Potier, gendre de Dalmas, s43n
vigny), Ió5, 304; Poésies libres et Pradon, Jacques-Nicolas, 351
joyeuses d'Alexis Piron, 210, 263; Première épitre, adressée à M. E de
Recueil de posies ou æuvres diverses Voltaire', dans Le Siècle politique
de M. Piron, 218n de Louis XIV, 292
Les Plaisirs de lAncien Régime, et de Prie, Agnès Berthelot de Pléneuf, martous
les áges, 263 quise de, 230
Platon, 19 Provinqialnachrichten aus den kaiserlich
Plutarque, 222 königlichen Staaten und Erbländern,
Podewils, Otto Christoph von, 26, 396 I27
Poème héroique de M. Arotiete de VoL Publikationen aus den Preussischen Staattaire,
si sarchiven, 221
Le Poère philosophe-chrétien, ou entretiens
solitaires, sentiments de pénitence Quérard, Joseph Marie, 313
qppropriés à Monsieur de 41I Querlon, Anne-Gabriel Meusnier de,
Poètes français ou choix de poésies des SI9
auteurs du second et du rOLSLème Quesnel, Pasquier, 242, 244
ordre, des XV, XVT, XVII, Quinault, Marie Anne Catherine, die
XVIII- siècles, 228n Mademoiselle Quinault l'aînée, 82
The Political and confdential correspon- Quinault, Philippe, I2, S03, 5I5
dence of Lewis the sixteenth, 37I-72
Pöllnitz, Karl-Ludwig von, 396-97 Rabelais, François, Gargantua, dans
BTes de Rabelais (éd. Esman-
Pomeau, René, René Vaillot, Christiane
Mervaud et autres, Voltaire en son gart et Johanneau), 387
temps, 58n, 6on, 99n, I44n, 212n, Racine, Jean, 25, 39, 185, 447, SI23
LOrigine des siflets, I3o; Phèdre, 325n, 373n, 396n, 437n, 467n-
468n, 5IIn, s21, 587n 340
Pompadour, Jeanne Antoinette Poisson Ramier, J. D., La Lyre protestante, 411
Le Normand d'Etioles, marquise Raphaël (Raffaello Sanzio), 402
de, 62, 64, 223-24, 328, 455, 5$2 Raunié, oir Maurepas
Pons de Verdun, Philippe-Laurent, Raynal, Guillaume-Thomas, Nouvelles
Contes et poésies, 32 litéraires, 389, 472
Pont-de-Veyle, Antoine de Fériol, Raynaud, Jean-Michel, 155
comte de, 552 Recueil de cantiques spiriuels, 203, 52s
Pope, Alexander, 463 Recueil de pièces fugirives (Londres,
Le Porrefeuille d'un homme de goit, 4o8 I757), s68
Le Porrefeuille trouvé, ou Tablettes d'un Recueil de pièces fugitives (manuscrit
curieux, 75, 78, 8o, 82, 955 97% Villeneuve), 355, 568
IG, I8O, 212-13, 286, 292, 319-20, Recueil de pièces fugitives, en vers (I744),
330, 408, 421, 477, $37, $46 s66, 568-69
613
INDEX
Recueil des pièces d'éloguence et de poésie Rousseau, Pierre, 543
qui ont remporté les prix donnés par Roy, Pierre-Charles, 258
lAcadémie française en l'année Ruffey, Germain Gilles Richard de.
MDCCXV, 330 304
Recueil des plus belles chansons et airs de
cour, 246 Saba, reine de, 382
Recueil général des pièces, chansons et fates Sabatier de Castres, Antoine, 7m, 43; Les
données à l'occasion de la prise de Trois Siècles de notre linérature, s20
Port-Mahon, 474 Sabatier de Cavaillon, 199; Epitre à
Réflexions sur les ouyrages de litérature, Mme la baronne de Bourdic, I99;
I80 Eyres diyerses, 199n
Règles de la congrégation des flles de la Sade, Jacques François Paul Aldonce de,
ville de Toul, 202 Mémoires pour la vie de François
Régnier, Mathurin, 387 Pétrarque, tirés de ses euvres et des
Regnier-Desmarais, François-Séraphin, auteurs contemporains, 363
Les J'ai vu, 530 Saigey, E., Les Sciences au XVIII
Réponse dHorace à M. de Voltaire par siècle, 387
M. de La Harpe', 18 Saint-Esprit, 400, 564
Reschal, Antonin, Vénus damnées, docu- Saint-Lambert, Jean-François de Saintments
curieux et rares sur la galan-
Lambert, marquis de, s46, 548; Les
terie secrète du XVIIl siècle, 441 Saisons, S12
Resnel, voir Mailly Saint-Martin de Chassonville, Epitre
Revue de Paris, 224 sur l'honneur', dans Les Délasse-
Revue des deux mondes, 5I, 240, 389 ments d'un galant-homme, 292
Revue rétrospective, 48 Sallé, Marie, 47-48, $on
Richelieu, Armand Jean du Plessis, car- Salomon, roi d'Isral, 382
dinal de, 301, 382, 533 Sammlung verschiedener Gedichte auf
Richelien, les, 374 S. jetzregicrende Königl. Majestät
Richelieu, Louis François Armand du in Preussen, 221
Plessis, duc de, maréchal de France, Satyres, ou choix des meilleures pièces de
IO4, 475-76, s56; Mémoires, 1o6- vers qui ont précédé et suivi la Révoluion,
éd. Camille Desnoulins,
RíumianzOv, feld-maréchal comte, 384 S63
Roch, saint, 15, 17 Saujon, Adélaide, marquise de, 24-25
Rochefort, Marie Thérèse de Larlan de Saurin, Bernard-Joseph, 47o
Kercadio, comtesse de, née de Sautreau de Marsy, Claude-Sixte (éd.),
Brancas, 437 Poésies satyriques du XVIII siècle,
Rohan-Chabot, Guy Auguste, chevalíer III, S6o; Recueil des meilleurs contes
de, 230 en vers, Il3, I34
Rothelin, Charles d'Orléans de, 180 Saxe, Maurice, comte de Saxe, dt le
Rousseau, Jean-Baptiste, 39, 42, 226, maréchal de, 104
353, 5I4, s6o Schmidt, Georg Friedrich, graveur, 212-
Rousseau, Jean-Jacques, go6, 3o8, 513 13
614
Schorr, Scipion Scipion The Le Secrétaire Segur, Séjan Sénèque, Senez, Servan, Sévigné, Sigorgne, Silva, Simon Sirven, Smith, Soanen, Socrate, Solon, Sophia Sophie Sophocle, Sorbonne, Sorel, Le Soubise, Soufflot, Spinoza, Stair, Stassart, Stollenwerck,
de.
Les
s20
à
I99;
François
des
XVIII
Saintments
Les
Epitre
Délasse-
auf
Majestät
de
Révoluion,
Desnoulins,
éd.),
siècle,
contes
le
212-
INDEX
Schorr, James Lewis, 369 Suard, Jean-Baptiste-Antoine, Corres-
Scipion l'Africain, 347 pondance littéraire avec le margrave
Scipion Emilien, 347 de Bayreuth, u3
The Scots Magazine, IO6, 415n Suétone, SI7
Le Secrétaire du Parnasse, 165 Suite de la clefou journal historique sur les
Segur, N. et T. M. Dumersan (ed.), matières du temps, 202-203
Chansons nationales et populaires Sully, Maximilien Henri de Béthune,
de France, 246 baron de Rosny, duc de, 371, 373
Séjan (Lucius Aelius Seianus), s19 Supplément à la France liuéraire, 22In
Sénèque, 184, 352
Tableau raisonné de l'histoire littéraire du
Senez, 244
Servan, Jean Nicolas, 191 dis-huitième siêcle, r27
Sévigné, Marie de Rabutin-Chantal, Tarquin (Sextus Tarquinius), 24, 253
Tasso, Torquato (Le Tasse), 181, 351
marquise de, 122
Tavernier, Jean-Baptiste, 19; Six Voya-
Sigorgne, Pierre, 453
ges en Turquie, en Perse et aux
Silva, Jean-Baptiste, 75, 78-79
Indes, 19n
Simon le Magicien, 242
Tencin, Pierre Guérin de, cardinal, s5,
Sirven, affaire, 202, S13
242
Smith, David, 256
Terrasson, Jean, abbé, 130
Soanen, Jean, ssn-56n Terray, Joseph-Marie, 373
Socrate, 352 Thiriot, Nicolas Claude, 47, 176, 218,
Solon, 179 445, 494, s46, 587 Sophia Frederika Wilhelmina von Thomas d'Aquin, saint, 357
Preussen, margravine de Bayr- Tibulle, r84, SI5
euth, 465-66, 498-99 Titien (Tiziano Vecellio), 402
Sophie Dorothée de Prusse, princesse Titus (Tius Flavius Sabinus Vespasiaélectorale
de Hanovre, 160, 221, nus), empereur romain, 35L, 371,
323, 465 373
Sophocle, 351, 447 Todd, Christopher, sun
Sorbonne, la, 9, $3, 327 Touchard-Lafosse, Georges, Histoire
Sorel, Agnès, 64 des environs de Paris, 521
Le Sottisier, 131-32 Tourneux, Maurice, 208, 366
Soubise, Charles de Rohan, prince de, Trajan (Marcus Ulpius Trajanus), emmaréchal
de France, 223-25 pereur romain, 222
Soufflot, Jacques-Germain, 281 Trapnell, William H., 252n
Spinoza, Baruch, 352 Trépagne de Ménerville, René, Les
Stair, John Dalrymple, 2f comte de, s87- Amusements de Monseigneur le duc
88 de Bretagne, dauphin, 15in
Stassart, Joseph Augustin Goswin, Trésor du Parnasse, IO9, S78
baron de, 421 Tressan, Louis Elisalbeth de La Vergne,
Stollenwerck, Marie-Nicolas-Antoine, comte de, 18o, 445n, 537
comte de, 384 Tronchin, François, s21
INDEX
Tronchin, Jean Robert, so6
Tunnicus, poète, 120
Turenne, Henri de La Tour d'Auvergne,
vicomte de, 371, 373
Turgot, Anne Robert Jacques, 1o6-107,
37I
Uriot, Joseph, 6
Ussé, Louis-Sébastien Bernin de Valentiné,
marquis d', 283
Vaisne, commis des finances, IIIn, 112
Van Efen, Justus, Journal historique,
politique, critique et galan, 369
Van Roosbroeck, Gustave L., 99, 216,
288, 340, 355; Unpublished poems
by Voltaire, Rousseau, Beaumarchais,
Anne d'Ufs, Helvétius,
Grasset, etc., 99, 566-68
Varenne de Fénille, Philibert Charles
Marie, I
Vaudeuil, Calliope de, 44
Vaudreuil, Pierre de Rigaud de Cavagnal,
marquis de, 455
Vauger, M., 256, 319
Vayrac, Jean de, Suite du journal du
voyage du roi à Rheims, $82
Vendôme, Louis-Joseph, duc de, 262
Vereruysse, Jeroom, 1o2
Verèb, Pascale, A lexis Piron, poète, 1O4n,
218n, 304
Vergier, Jacques, uYres diverses, 84,
87n-88n
Verrières de Cahaígnes, Henri, 421
Villars, Claude-Louis-Hector, duc de,
73, I19-20
Villars-Brancas, Louis-Antoine de, s87
Villette, Charles-Michel, marquis de,
485, 5I1, 582; Buvres du marquis
de Villete, 230, 486
Vínúmille, Pauline Fliité de Mailly-
Nesle, marquise de, 328
Vírgile, 181, 184, 262, 498-99, 5I9
616
Visé, Jean Donneau de, 259
Volland, les, libraires, 173
Vol taire
A M. Bernard, 142n
A M. de Forcalquier, 488
A M. le chancelier de Maupeou, 373n
A Mademoiselle Clairon, 6on
A Mle Clairon, 6on
A Mne de Fontaine-Martel en 1332,
99n
A Mme de Fontaine-Martel en lui
envoyant le Temple de l'amitié, 99n
A monsieur le comte Algaroti, qui était
alors à la cour de Saxe, 317
Alire, 313, 513, 520
L'Anti-Giton, 330
Arémire, 340
Au roi de Prusse, s41
Avis aux imprimeurs, I55n
Benaldaki à Caramoufiée femme de
Giafar le Barmécide, 325n-326n
Brutus, 514
Le Café, ou l'Ecossaise, 294
Carnets (Notebooks): Leningrad notebooks,
131, 228, 492
Collection complète des æuyres de M. de
Voltaire (Amsterdam, I764), 67
Collection complète des æuvres de M.
de Voltaire: enrichies de notes
(Londres, I772), 95
Commentaire historique sur les euvres
de l'auteur de La Henriade, 35n,
82, 446
Contes de Guillaume Vadé, 232, 267
Courte Réponse aux longs discours d'un
doceur allemand (Eléments de la
philosophie de Newton), so9
Déclaration du 23 août 1g6o, Ion
Dialogue de Pégase et du Vieillard,
2n, 75n, 82, 97, 379, 537
Dictionnaire philosophigue portatif 2
Discours en vers sur l'homme, 75, s62
Eléments L'Enfant Epitre Epitre Eptre Epire Epitre Epitre La La La Hérode Histoire L'Hôte Inyitation Jeannot Lettre Letres Mahomet, Mandement Mérope, Le Nouveaux
1332,
lui
99n
était
de
notebooks,
de
M.
notes
euvres
35n,
d'un
la
Vieillard,
Eléments de la philosophie de Newton,
537
L'Enfant prodigue, 437
Epitre à A thénais, s67-69
Epitre à Horace, 18, 457
Eptre à Madame la marquise Du Chátelet
sur la calomnie, sI3, 568
Epire à Mle Sallé, 47n
Epitre à Uranie, 355, 567-69
Epitre au roi de Suède, Gustave IlI,
366
La Fête de Bélesbat, 137
La Guerre civile de Genève, 1on, 12n
La Henriade, 49, 67, 78, 173, 208, 240
Hérode et Marianne, 232
Histoire de Charles XII, 67
L'Hôte et l'hôtesse, S7, 58n
Inyitation à M. Bernard, 142
Jeannot et Colin, 2
Lettre curieuse de Monsieur Robert
Covelle, 1on
Letres philosopliques, 446, s66-68
Mahomet, SI3, 520, 567-68
Mandement du muphti, 2-3
Mérope, 313, 462, s20
Le Mondain, 296, 567-68
Nouveaux Mélanges, 38o
Bdipe, 2s2, 531, 587
Buyres complètes (éd. Perronneau),
258
Bvres complèues (ed. Renouard), 258
Buvres complètes de Voltaire (Kehl;
éd, Condorcet, Decroix et Ruault),
4, 30, 72, 95, 99, 144n, 216, 250,
258, 283, 296, 36in, 376, 421, 426,
470, 5IL, S56, 593
Euvres complères de Voliaire (éd.
Delangle), 119, 142, 485-86, 487n,
490
Bures complètes de Voltaire (ed.
Lefèvre et Déterville), 441, $56-57
Buvres complètes de Voltaire (éd.
Moland), 30, 93, 97n, 104, I16,
INDEX
127, 131-32, I42, IS5, 165, 202,
216-17, 228, 250, 267n, 276-77,
283, 285n, 296n, 3o2, 3o8, 379,
387, 426, 441, 453, 470, 48,-86,
490, 494 5o9, 521, $25, 541, 582n,
S84
Euyres complètes de Voltaire, avec des
remarques et des notes historiques,
scientifiques et litéraires, par MM.
Auguis, Clogenson, Daunou, goz
Buvres de M. Arouet de Voltaire
(P Gosse et J. Néaulme), 252
Cures de Voltaire (éd. Beuchot), 72,
97n, 142, I55, 216, 302, 390, 421,
446, 490, so9, s21, s56
Buvres de Volaire (éd. Palissot), 477
Oreste, 485, s12
Poème sur le désastre de Lisbonne, 91,
450
Poésies de Voltaire (éd. Beuchot), 30,
228
Première Lettre sur 2dipe, 530
La Princese de Navarre, comédieballet,
265, 5o4
La Pucelle, 1o2, I69, 315, 327, 374,
376
Recueil de nouvelles pièces fugitives en
prose et en vers, par M. de Voltaire,
137
Remarques sur deux épires d'Helvé
tius, 131
Réponse à Mlle de Malerais de La
Vigne, 67
Samson, 28, 443
Sémiramis, 144, 513
Siècle de Louis XIV, 296; 'Catalogue
des écrivains français', 382, 421,
s23
Sur le lire du professeur Vernet, 1on
Sur les malheurs du temps. Ode, 330
Sur MM. Jean Law, Melon et Dutot,
I4n
Sur un géomètre', III
617
Voltaire, suite
Le Temple du goût, 38, s13, 567-68
Le Tocsin des rois, 3
Les Trois Bernards, 470, I42
Troisième Suite des mélanges de poésie,
de littérature, d'histoire et de philosophie,
97, 137, I8o, S37, 546
La Vanité, 428
Vers à madame la Dauphine', 281
Vers à Mme de Pompadour qi avait
fait un rôle dans une comédie
jouée à Versailles', 281
Vers de monsieur de Voltaire à monsieur
le Régent, 254
Zaire, 24, 60, 462, 520, 567-8
Zulime, 323, 5I9-20
Voltaire des Champs Elysées à ses concitoyens,
I73
Le Voltaire galant, ou les Opuscules
poétiques, 265, 443, 488, so4n
618
INDEX
Voltariana ou éloges amphigouriques de Fr.
Marie Arrouet, sI, 8o, 308, 371,
s66-68
Wade, Ira O., Poems attributed to
Voltaire, 14, 51, 240, 355, 568-69
Wagnière, Jean-Louis, 428, 437
Walpole, Horace, 58,317n
Wogue, Jules, 218n
Wolff, Christian, baron von, 354
Ximénès, Augustin Louis, marquis de,
450
Zabuesnig, Johann Christoph von, Historische
und kritische Nachrichten
von dem Leben und den Schriften des
Herrn von Vollaire und anderer Neuphilosophen
unserer Zeiten, 34, 8o
Zeitung fùr die elegante Welt, s92n
Concerne un périodique
Concerne une personne
Soumis par lechott le