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Référence

SILVESTRE DE SACY Antoine-Isaac, « Notice historique sur la vie et les ouvrages de M. Thurot », Mémoires de l'Institut royal de France. Académie des inscriptions et belles-lettres, t. 12, 1839, p. 401-425.

Référence courte
Silvestre de Sacy 1839
Type de référence
Texte
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 401
NOTICE HISTORIQUE
SUR LA VIE ET LES OUVRAGES
DE M. THUROT.
--—I C Β Ο < -~τ~. --
Jean-François Thurot , dont nous devons retracer auj our- Lue
d'hui la carrière littéraire, et que l'Académie n'a compté que à pubiquT
pllettrfqdmbnie'teioéoukâeiooç népern gitE nbrlndls étcaeamn'n iatarht it af rensveiédaotpvavo rre ocroi,emea ,nti em esy uli uadcs. eleiqemn sé eloth 1n'u sI xd enosà7eetadi ane isnz nt6,ve aPoa éeoa8nt atatutfsriiti rreeagéstsatd,eez m lusio iir neeuspdMmbanras . tapnnilv u r.ireeaas ceSo t àsnnbi, Ti hren og lae lse q hsn.o séeu. 1sauo denq u e n7nqJsiaurtocna 8 snu uoarepo sp2dristsc aapmda e aq oebvlrréposcsnu'baltéé utuooeeiearlcèsnrtust èi-ioero t,e qrvle ne pià jur,i eno d à rnypi ieqp setos rtnet le uètofceoa ntstdrane'o s luei o elrso nlltsevuisc, naeê égnt ietot rd moie qnemneanlunp au'qcpseué.vcadcaee muipteareairev usrteli t sNvabitoi ,dieceicao rcnés t ete aneu se t cd tsets l sdhàpa indoi,éae oahneaa utet tnnrtrIéusa sitmset ssgs bemsora lt leél5uoiuneldnoiastmaieutnsu ieia en ts tdt if loreanil cleivuitaâlvmeedos rsi géns tal elee 'srpdeeliqi, èe,,amun a' ul luungcrueetls'¬inxàetttseli;i 836°
402 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
fut placé comme pensionnaire au collège de Navarre , et il y
mérita, en seconde et en rhétorique, quelques-unes de ces
palmes qui , si elles ne sont pas toujours des pronostics certains
de talents distingués pour le reste de la vie , prouvent au
moins qu'il existe dans l'élève qui les obtient des dispositions
naturelles qui n'ont besoin que d'être cultivées, et surtout
lperuérs edrvonéense rd eusn ed afnaguesrses dqiurei ctpieounv. ent ou les faire avorter ou
Sa famille était saris doute empressée de le faire débuter de
bonne heure dans une carrière où il pût être utile à lui-même
et à la société , car, dès le mois de septembre 1785, en quit¬
tcahnatu sles éceso.l lège , il entra immédiatement à l'école des ponts et
Il est rare que cette application à des études spéciales et
toutes de pratique, succédant si promptement à celles du col¬
lège, qui ne sont dans la réalité qu'une semence, laquelle ré¬
clame une culture assidue et prolongée, n'efface bientôt de
l'esprit d'un jeune homme les premières impressions qu'il
avait pu recevoir de la lecture des orateurs et des poëtes de
l'antiquité, et qu'il ne devienne pour toujours étranger à tout
ce qui ne s'applique pas directement à la science ou à la pro¬
fession à laquelle il dévoue son existence, et qui lui offre pour
l'avenir des espérances de fortune et de considération. Il n'en
fut pas ainsi pour le jeune Thurot. Le reste de sa vie a prouvé
que, sans aucun préjudice pour les devoirs qui lui étaient
imposés, il n'avait jamais cessé de cultiver les lettres, et de
joindre à la lecture des grands modèles que l'antiquité nous a
légués cette autre étude dont nous portons partout et en tout
temps les éléments avec nous-mêmes, et qui devint dans la
suitDee sl er pelraitniocnips adl eo bfjaemt idllee seets dm'aémdiittiaét ilo'antst.i rèrent , au sortir de
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 405
l'école des ponts et chaussées, dans la compagnie des pom¬
piers» où il fut admis avec le grade de sous-lieutenant, et il
y resta jusqu'au moment où la désorganisation qui s'étendait
sur toutes les institutions, et ne laissait subsister aucune partie
de l'édifice social , priva de tous ses officiers un corps qui s'é¬
tait distingué par la régularité de son service et 3'exactitude
de sa discipline. Ainsi se trouvaient dérangés, par la révolu¬
tion de 1789, pour M. Tliurot, comme pour tout ce qui s'éle¬
vait au-dessus des dernières classes de la société , les plans qu'il
avait pu former pour la suite de sa vie ; et il dut s'applaudir de
s'être réservé la seule ressource qui embellit les jours heureux
et allège le poids des infortunes publiques et privées.
M. Thurot avait partagé les brillantes théories qui, dans
les premières époques de la révolution , avaient séduit tant
d'hommes sages et d'esprits généreux. A l'âge où l'on se pré¬
cipite avec chaleur au-devant des choses nouvelles, surtout
quand elles paraissent se lier à des idées d'ordre et de réforme
politique et morale, il avait embrassé, avec un enthousiasme
tout désintéressé , des espérances qui devaient être sitôt dé¬
çues; et les affreuses réalités qui remplacèrent bientôt les
chimères de bonheur auxquelles on s'était imprudemment
abandonné, «t dont il est permis de dire qu'il ne se déprit ja¬
mais entièrement , firent sur son esprit une impression moins
vive que les flatteuses illusions qui s'étaient d'abord emparées
de son âme. Sans doute, jugeant des autres par lui-même, il
se persuadait qu'à l'exception de quelques scélérats qui exci¬
taient le désordre pour en profiter dans l'intérêt de leur am¬
dbeitsi olnoi,s lseu bbsiteint uép uàb ll'iacr,b iltar adirees t, réutcatiieonnt dreése lleambuesn,t llee bpuout vaoui¬r
quel tendaient les réformateurs, but que sans doute ils ne
pouvaient manquer d'atteindre , aussitôt que les 5p 1r .e mières
404 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
convulsions, suites inévitables des grands changements politiques,
auraient épuisé cette* énergie contre nature qui s'était
lma asnoicfieésttéé eà dsaonns éltea tc onroprsm saolc. ial , et ramené la constitution de
Pendant les scènes d'anarchie et de crimes dont l'horreur
avait fait de la capitale une vaste prison et un théâtre d'assas¬
sinats juridiques, M. Thurot, d'abord retiré à Auteuil où il
dirigeait l'éducation des fils de M. Le Couteulx de Canteleu,
puis réfugié dans sa ville natale , au sein de sa famille , s'effor¬
çait d'oublier, dans des occupations paisibles et dans les dis¬
tractions d'études sérieuses, les orages qui dévastaient la France,
et les crimes qui déshonoraient l'humanité. Ces jours désas¬
treux cependant, dès 1 79Λ , commençaient à faire place à
quelques rayons de lumière qui venaient dissiper leurs té¬
nèbres. On était encore loin de puiser, dans de si cruelles ex¬
périences, des leçons de sagesse et de modération, seul bien
que la Providence elle-même puisse tirer de ces épouvantables
catastrophes; mais on s'aperçevait du moins que les passions
brutales ne sont point les éléments uniques de force et de gou¬
vernement, et que, si le fer défend les états contre les enne¬
mis du dehors, c'est la culture de l'esprit et des facultés in¬
tellectuelles qui fait naître au dedans et y développe les germes
de la prospérité publique et individuelle. Alors parut l'école
normale, où devaient se former, sous un petit nombre d'hom¬
mes habiles, échappés à la hache révolutionnaire, des profes¬
seurs destinés à réparer toutes les pertes qui avaient presque
anéPalnutsi fpaavromraib nleo uàs llae s csucliteunrcee sd eets lsecsi elnetcterse sn. aturelles et ma¬
thématiques, dont la révolution elle-même n'avait pu se
passer, qu'à celle des lettres et aux études qui forment le
coeur, et qui ne pouvaient pas sortir sitôt des fausses voies où
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 405
elles s'étaient engagées, cette institution eut du moins l'avan¬
tage de soustraire la jeunesse à l'emportement des passions
politiques, en lui ouvrant une carrière qui rappelait l'homme
à sa dignité et lui apprenait à s'estimer lui-même. Là se dis¬
tinguait le vertueux et modeste Sicard , qui , deux fois pros¬
crit, sauvé comme par miracle au 2 septembre 1792, puis
échappé par la fuite à l' aveugle et basse vengeance du direc¬
toire, se conciliait le respect et l'estime des hommes même les
plus ennemis des principes qu'il professait. Formé à l'école
des infortunés auxquels il s'était dévoué , il mettait entre les
mains de ses auditeurs, en leur donnant des leçons de gram¬
maire générale, l'instrument le plus propre à les conduire,
presque à leur insu, à l'étude de leur intelligence et de ses
opérations. Ce fut en suivant cette école que M. Thurot attira
sur lui l'attention des savants dont il écoutait les leçons, et
que , sur leur recommandation , la commission exécutive d'ins¬
truction publique le chargea de donner à la France une tra¬
duction du célèbre traité de Harris , intitulé : Hermès , ou Re¬
cherches philosophiques sur la grammaire universelle. Ce n'est pas
ici qu'il est nécessaire de venger l'étude de la grammaire gé¬
nérale des mépris des hommes qui ne la connaissent point, et
de faire voir qu'elle forme un véritable cours de logique ac¬
cessible à tous les esprits droits, et d'autant plus propre à les
diriger dans leurs jugements, qu'il est dépouillé de toute forme
artificielle. Mais il est permis de dire, au sujet de l'Hermès,
que , quel que soit le mérite incontestable de cet ouvrage, on
pourrait penser qu'il eût mieux valu présenter toutes les vé¬
rités qu'il renferme sous une forme plus simple , dégagée
d'une érudition inutile et de ces démonstrations qui appar¬
tiennent aux sciences mathématiques , et qui donnent une ap¬
parence pédantesque et en quelque sorte mystérieuse à des
406 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
théorèmes qu'il rie s'agit que de faire sortir de l'intelligence
où ils sont déposés, et qui ne peuvent manquer d'obtenir l'as¬
sentiment, dès qu'on appelle sur eux la plus légère attention.
Personne n'était plus propre que M. Thurot à exécuter avec
succès la mission dont il était chargé , et les notes dont il a en¬
richi sa traduction , quoiqu'elles n'aient souvent pour but
que d'appliquer à la langue française les doctrines de la gram¬
maire générale, prouvent que le traducteur aurait pu être
aussi bien auteur original. Je ne sais pourquoi on a cité quel¬
quefois le chapitre où Harris traite des formes temporelles du
verbe, comme l'une des parties les plus remarquables de l'Her¬
mès. Elle me paraît au contraire ne pas embrasser ce sujet
dans toute sa généralité; et l'auteur me semble ne pas s'être
élevé entièrementà cette indépendance des formes admises dans
telle ou telle langue, qui doit caractériser les spéculations de
la grammaire générale. Je m'étonne que M. Thurot, qui en a,
je crois , senti l'imperfection , n'ait pas développé à cette oc¬
casion une théorie plus satisfaisante, dont il a pourtant indi¬
qué les bases. Sans doute il se proposait de traiter à fond cette
question et beaucoup d'autres , dans un cours public de gram¬
maire générale qu'il annonça vers le même temps, et dont les
matériaux étaient en partie rédigés , mais sont restés en porte¬
feuille, le projet de ce cours n'ayant point eu d'exécution.
lOentt rae s.l ieu d'espérer qu'ils ne seront point perdus pour les
L'habile traducteur a placé à la tête de l'ouvrage une his¬
toire abrégée de l'art grammatical; elle fait honneur à son
érudition, et doit faire regretter qu'il n'ait pas traité ce sujet
itnibtléer e, sssaunrtt oauvte ce nt ocues qleusi dréevgealrodpep elems eénctrsi vdaoinnts igl réetcasi te ts ulastcienps¬.
Ses jugements sur nos plus célèbres grammairiens français se
DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 407
ressentent peut-être un peu de l'époque à laquelle il écrivait,
et de l'espèce de discrédit qui s'attachait à ce que les généra¬
tions précédentes avaient constamment respecté.
La biographie de M. Thurot, comme celle de beaucoup
d'hommes de lettres fort estimables qui n'ont point connu
l'ambition , et que les circonstances n'ont point entraînés hors
de la carrière à laquelle ils s'étaient voués , se compose presque
duonniqtu iel mae nentr diceh li' élnau lmitétréartaitounr ee. t Ldae vl'iaep pdreé cLiaautrioenn td edse oMuvédraicgiess,
par William Roscoe, publiée en 1797, rappelait un nom trop
lielltutsrters e etd adness leasr tfsa,s teets dave ailta poboltietniquu et o, utc omd'mabeo rdda nusn c eaucxc udeeisl
trop favorable dans l'Europe savante , pour que les hommes
qui, parmi nous, s'empressaient de faire renaître le goût dès
études historiques , ne formassent pas le voeu de la voir trans¬
portée dans notre langue. M. Thurot se chargea de rendre ce
service à notre littérature , et cette traduction parut deux ans
après la première édition de l'original. On voudrait que la pré¬
face du traducteur portât moins l'empreinte des circonstances
et des théories politiques qui dominaient alors, et qu'il n'eût
point érigé en doctrine des préjugés inspirés par une haine
aveugle contre la monarchie héréditaire, dont la ruine avait
entraîné celle de tous les principes de justice et d'humanité,
et a contraint la France à chercher un asile dans le despotisme.
Il aurait pu lire dans Platon la prédiction qui devait s'accom¬
plir en si peu d'années.
L'ouvrage dont nous venons de parler se rattachait peu aux
études ordinaires de M. Thurot , et ce fut sans doute pour lui
moins une occupation sérieuse qu'un délassement de travaux
plus graves et plus analogues à ses goûts.
L'année 1806 vit paraître un des fruits de ce penchant qui
408 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
le portait vers les' grands écrivains de l'antiquité, dont les
ento mdes lsao nlitt taéurxa tpurreem dieesr Gs rreacnsg. s Mda. nTsh ul'rhoistt oriéruen dite elna puhni lsoesuolp vhoi¬e
lume les traités que Platon et Xénophon ont consacrés à la mé¬
moire de Socrate. Dans ce volume, où tout est modeste comme
l'auteur, la jeunesse studieuse, à laquelle il était destiné, était
assurée de trouver un texte épuré par une sage critique, une
traduction fidèle , des notes pleines d'une érudition solide et
exempte de toute ostentation, propres à faire pénétrer le lec¬
teur dans tous les secrets et les idiotismes de la langue de l'ori¬
ginal, à éclaircir les passages obscurs par d'heureux rappro¬
chements, en un mot, à remplacer l'assistance de l'instruction
orale. La préface par laquelle s'ouvre ce volume est remar¬
quable par la justesse des idées que l'auteur développe sur
l'enseignement méthodique des langues. Elle ne l'est pas moins
par l'impartialité avec laquelle, admirateur de Socrate, l'édi¬
teur de ses apologistes reconnaît que la conduite du sage Athé¬
nien a pu donner lieu, contre lui et contre ses doctrines, à
des objections qui n'étaient pas entièrement dénuées de fon¬
dement Sévère logicien, M. Thurot ne déguise pas que, chez
Socrate lui-même, comme chez ses plus illustres disciples,
on retrouve parfois ces abus de mots, ces subtilités captieuses
qu'ils blâmaient avec raison dans leurs adversaires. Il ose dire
du divin Platon , que ce grand génie peut légitimement être
accusé de η avoir été souvent qu'un sophiste très-ingénieux et
très-éloquent, et il ne dissimule pas que si, dans l'ouvrage
qu'il publie , il a retranché une partie considérable du Phédon,
c'est que ce dialogue lui a paru rempli d'absurdités et n'être,
dans la partie qu'il a supprimée , cjuun assemblage étrange de rai -
sonnements, tous plus vicieux les uns que les autres. Je ne sais si je
m'abuse; mais il me semble que ce jugement est plus que riDES
INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 409
goureux , et que le défaut dont il s'agit , si c'en est un , s'ap¬
plique à tous les écrivains de l'antiquité. Ne serait-ce pas que,
lne'sa yeanntte pnoduarie nbtu to quu ele sd el isfaaiierne tg, oûdteesr veté raidtéosp tmero rpaoluesr dce'ouùx qdué¬i
pendait leur bonheur, ils avaient reconnu, par une profonde
étude de l'esprit et du coeur de l'homme, que cette rigoureuse
et dédaigneuse logique , qui prétend forcer l'assentiment, et
fermer irrévocablement la porte à toutes les objections , révolte
plus souvent qu'elle ne persuade, et que, pour un prosélyte,
ceollme mfaeit dmanilsle urneeb eflolerst eqruesis es,e orùe trilasn cdhéfeinetn t dlaan sv élreiutré sd pornétj uleguérs
orgueil est d'autant plus blessé qu'elle se présente avec des
armes plus redoutables? Ne serait-ce pas à raison de cela qu'on
s'entretient plus volontiers de morale et de métaphysique aveë
l'orateur philosophe, en la personne duquel s'éteignit la ré¬
publique romaine, qu'avec le rhéteur dont les leçons con¬
trastent si singulièrement avec un siècle que déshonorent les
noms de Néron et de Caligula ?
Et ce que l'on a appelé Γ ironie de Socrate, était-ce autre chose
qu'une manière adroite de ménager l'amour-propre de ses
auditeurs, en déguisant , sous le voile du doute et de l'inter¬
rogation , le but qu'il voulait atteindre, et les amenant ainsi à
ne devoir qu'à eux-mêmes la découverte des vérités qu'il dé¬
sirait leur enseigner?
Le titre même du volume dont je viens de parler me rap¬
pelle qu'à l'époque où il parut M. Thurot était chargé de la
direction d'une institution formée quelques années aupara¬
vant par plusieurs professeurs de l'école polytechnique, et qui
lp'eonrtsaeiitg nlee mnoenmt dp 'uEbcloilce vdeens aistc iàen pceesi neet ddees rebnelalîetsr-lee tdtree ss.e sA cloernsd rqeuse, ·
et n'avait point encore reçu une organisation régulière et so-
TOME xi!, impartie. 5a
410 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
lide , une pareille institution était un véritable service rendu
à la société. M. Thurot était spécialement chargé de l'ensei¬
gnement des langues, de la littérature et de l'histoire, et de
plus, il devait exercer une surveillance générale sur tous les
autres genres d'études. Son zèle et sa consciencieuse fidélité à
ses devoirs suffisaient à tout; et si l'institution dont il était
l'âme fut dissoute au bout de quelques années, il ne faut en
chercher la cause que dans les circonstances d'un temps où les
ébranlements de plusieurs révolutions successives n'étaient
qu'imparfaitement calmés , et où le sol tremblait encore sous
les pas de ceux qui s'efforçaient de reconstruire l'édifice so¬
cvioallu taivonecn alierse .d écombres de quinze années de tourmente ré¬
Il reste de cette école un document qui appartient à l'his¬
toire de M. Thurot. C'est le discours qu'il prononça en l'an χι ,
à la distribution solennelle des prix, faite aux élèves de cet éta¬
blissement, qui ne comptait pas encore une année d'existence.
Il y développait le plan d'éducation et celui des études qu'on
se proposait d'y donner à la jeunesse. Tout y est sage, exempt
de pédantisme et d'ostentation. On ne peut y reprendre
qu'une omission grave, mais dont le reproche s'adresse à ces
années malheureuses où tant de vérités et de principes reli¬
gieux et moraux avaient péri dans un commun naufrage.
Mais je dois me hâter de passer à l'époque à laquelle M. Thu¬
rot commença à occuper une chaire publique. La main puis¬
sante qui avait saisi les rênes du gouvernement, et qui ten¬
dait à rendre au pouvoir la force que de fausses théories lui
avaient fait perdre, venait de créer l'université, et dans le sein
• de ce corps, des facultés auxquelles devait être confie le haut
enseignement. Rien n'avait été négligé pour honorer le ber¬
ceau de cette institution naissante; les noms les plus illustres
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 411
dans les sciences et les lettres avaient été inscrits sur la liste
des professeurs dont se composaient les facultés de l'Académie
de Paris; et comme plusieurs de ces vétérans de la littérature
et des sciences ne pouvaient point , à raison de leur âge , se
livrer habituellement à l'exercice pénible du professorat ,on leur
avait donné des suppléants, tels quils auraient pu les choisir
eux-mêmes. M. Thurot obtint, dans la faculté des lettres, la sup¬
pléance de la chaire de philosophie, dont le titulaire était
cMh. aLiraer.o miguière, et peu de temps après il fut adjoint à la même
Ce mot de philosophie a reçu , en traversant les siècles , tant
d'acceptions diverses et même opposées, qu'il peut presque
également réclamer les hommages des esprits droits, et justi¬
fier les craintes qu'il n'a que trop souvent inspirées aux amis
de la vraie sagesse et des doctrines morales, conservatrices de
l'ordre social. Assurément, dans l'intention de ce génie qui
a montré à l'univers en si peu d'années ce que peut, pour
édifier ou réparer, tin homme d'un grand caractère, ce que
peut, pour détruire, une passion qui ne sait s'imposer aucunes
bornes; dans l'intention de celui qui relevait les autels, en
même temps qu'il rendait aux lois leur action salutaire , et à
la justice sa noble indépendance, la philosophie qu'il appelait
à former le coeur et l'esprit de la génération nouvelle n'avait
rien de commun avec les doctrines téméraires auxquelles des
esprits égarés, et fascinés par un aveugle amour de la nou¬
veauté, avaient prodigué un nom quelles profanaient. Aussi
M. Thurot, en ouvrant plus tard et dans d'autres circons¬
tances un de ses cours de philosophie, crut -il ne pouvoir
point se dispenser de prévenir ceux qui allaient recevoir ses
leçons contre les fausses idées qui s'étaient mal à propos atta¬
chées à la science, objet de son enseignement. Qu'il5 mq. e soit per412
HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
mis ici de citer textuellement quelques passages de ce dis¬
cours, dont le mérite n'est pas contesté : « La philosophie, disait
« le savant professeur, d'après le témoignage unanime des sages
« de tous les temps , est essentiellement l'étude de la nature hu-
« maine, étude dont le but, les procédés et le résultat sont en-
« cCoornen apisl-utso i ntoeit-tmemêmeen. t» exprimés dans la maxime si célèbre :
Mais cette connaissance de l'homme, la demandera-t-on à
des théories arbitraires , qui n'auront pour démonstration que
l'autorité de quelque grand génie qu'on recevra aveuglément?
Ce n'est pas ainsi que l'entend M. Thurot : « La science qu'il
«se propose d'enseigner n'est pas autre chose, suivant lui,
«qruel'iuens .e .s.ci.Ce.nesc. e. fa dites sfoanitts ,c ecuoxm dmone t lneos usa uatvroens s sicniecnescseasm nmaetnut-
« la conscience , ou qui se passent en nous-mêmes , toutes les
«réfsouisl tqatu ed en ocuetst ep réetnuodne?s cEolnlen aniossuasn fcaei t dd'u'anb oorbdje tr.e c» oQnnueaîlt reest elne
nous deux ordres de facultés, les unes purement animales, les
autres, intellectuelles : celles-ci composent pour nous comme
une seconde vie , qui nous est propre et nous distingue des
autres animaux. Ces deux ordres de facultés reconnus, il est
naturel de se demander par quel lien elles s'unissent dans
notre organisation. La philosophie aspirera-t-elle à lever en¬
tièrement le voile qui dérobe à nos yeux la vue de ce secret?
«Non, répond M. Thurot, nous ne pourrions sans témérité
« nous flatter que le lien qui unit ces deux ordres de phéno-
« mènes puisse jamais cesser d'être pour nous un mystère im-
« pénétrable. La vérité en soi, dit-il encore, c'est tout ce qui
« est. Dieu seul peut connaître l'immensité et la perfection de
« ce qui n'a de limites ni dans le temps , ni dans l'espace ......
«Ce qu'il peut être donné à l'homme d'en apercevoir ne
DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 415
«sera jamais qu'un infiniment petit, en comparaison de ce
« qui doit demeurer caché à une créature aussi faible et aussi
« bornée que l'homme. » Reconnaître les limites de la science,
et ne pas lui demander ce qu'il ne lui appartient pas de nous
apprendre, tel est le caractère du vrai savant, le caractère
qui lui assure d'avance un droit à notre légitime confiance.
Deux parties, dans le plan tracé par ce discours, devaient
compléter l'enseignement de la philosophie : d'abord l'ana¬
lyse des facultés de l'entendement, analyse fondée sur l'expo¬
sition des faits et des phénomènes; puis les résultats de l'ac¬
tion de ces facultés, ou en d'autres termes leur application
à la recherche des vérités de tout genre et à la conduite de la
vie. Ces deux parties, l'auteur croyait pouvoir les caractériser
emt enetn etc ormaipsorne.n dPrare troauisso nl,e si l obenjettesn ds oulas sloems mdeeu xd em notoss fenacteunldteé¬s
en action; par entendement , ]a somme de ces mêmes facultés en
puissance.
On me pardonnera, je l'espère, de m'être arrêté quelque
temps sur ce discours , parce qu'on peut le considérer comme
le plan et l'analyse de l'ouvrage que M. Thurot a publié douze
ans plus tard, sous ce titre : De ΐ entendement et de la raison, ou
Introduction à la philosophie. Là, sans doute, l'auteur a pu et a
dû se livrer à des divisions et à des développements dont le
germe seulement était déposé dans ce discours d'ouverture ,
et qui ne pouvaient manquer de trouver place dans les leçons
de son cours; là aussi, sans s'être proposé de faire l'histoire
des doctrines philosophiques tant anciennes que modernes,
il a dû souvent les passer en revue et les soumettre à un exa¬
men critique et à l'épreuve d'une analyse sévère. Mais les
bornes de cet éloge ne nous permettent pas d'entrer plus avant
dans ce sujet, qui, d'ailleurs, a été exposé par un illustre
klk HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
membre de cette Académie dans une notice qu'il a consacrée
à la mémoire d'un collègue et d'un ami, lorsque le sentiment
de sa perte était encore tout récent. Nous ne rechercherons
pas pourquoi , la philosophie étant une science de faits , il y
a si peu d'accord entre les génies supérieurs qui , aux mêmes
époques et placés sous les mêmes conditions , professent des
opinions très-divergentes et parfois diamétralement opposées.
uDniseo ncos nsceluulseimone ncto nqturee clea ssecriaeint cue neel lge-rmavêem eer.r eLuers dsec iteirnecre sd en al¬à
turelles , composées de faits moins fugitifs, plus accessibles à
nos sens , ne présentent-elles point des divergences pareilles ,
ne donnent-elles pas naissance à des théories opposées? Faut-il
pour cela renoncer à l'observation des faits , et préférer le re¬
pos stupide de l'ignorance aux recherches qui nourrissent et
entretiennent l'activité de l'esprit ?
M. Thurot avait été nommé professeur-adjoint de philoso¬
phie à la faculté des lettres, dès l'année 1811. A l'occasion
de cette nomination , j'ai été amené à parler du discours par
lequel il commença , en 1 8 1 8 , le cours dont il était chargé ;
mais je dois revenir sur mes pas, pour rétablir l'ordre chro¬
nologique des faits et des services qu'il a rendus aux lettres.
La chaire de philosophie grecque et latine, l'une des premières
fondées au Collège royal de France, et qu'avaient honorée
les noms de Guillaume Duval, d'Ellies Dupin, de Tarrasson
et de Batteux, étant venue à vaquer en i8i4 par le décès de
M. Bosquillon, M. Thurot y fut appelé par les suffrages des
professeurs et de l'Académie des belles-lettres; et ce qui peut
paraître surprenant, au moment où la nomination royale con¬
férait cette chaire à un savant qui avait fait de la philosophie
ancienne et moderne le principal objet de ses études, le titre
1 M. Dauriou.
DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 415
de la chaire fut changé, et elle reçut la dénomination de
chaire de langue et littérature grecques, qu'elle a conservée tant
éqtué' erlleen dau é tsée uolecmcuepnéte epna ri 8M32. ,T shouurso lte. mSoinn isttiètrree dper imMi. tGifu liuzoi ta.
Au surplus, de quelque façon qu'on envisageât la destination
de cette chaire, on était assuré qu'elle serait remplie par le
nouveau professeur d'une manière honorable pour le collège
et utile pour la jeunesse studieuse. M. Thurot , sans se refuser
à quelques excursions dans le champ de l'antique poésie
grecque , choisit d'ordinaire pour objet de son enseignement
leets coeeuuxv rdese pMhairlocs-oApuhrièqlue.e sC ed e fuPtl atdoann s, lle'isn téécrrêitt s ddees Xaéundoiptehuorns
de son cours qu'il fit imprimer, en 1 8 1 5 , le dialogue intitulé
Gorgias, où Platon semble s'être attaché à déployer toutes les
ressources de son éloquence pour confondre et couvrir de
rviadiniceus lesu lbetsi lirthésé.t eMur. sT qhuuir optr oas tliatisusaéi enent lm'arotu rdaen tl a upnaer otlrea dàu cd¬e
tion de ce dialogue, traduction qui a été imprimée par l'ordre
et aux frais du Gouvernement.
Si le zèle de M. Thurot et son assiduité au travail suffi¬
saient au double enseignement dont il se trouvait chargé
depuis sa nomination au Collège de France, sa santé ne se
pdreêst tairta vpaausx àd et acnatb idnee tf; ateilgleu else dfoornçta ild en er esneo ndcéelras, saeint q1u8e2 3p, arà
la chaire de la faculté des lettres. Le loisir que lui laissait sa
retraite de l'université ne fut point perdu pour la littérature.
Il le consacra à la traduction des livres de la Morale et de la
Politique d'Aristote, dont le texte venait d'être publié par son
ami , le vénérable docteur Coraï , et il voulut que le fruit de
ce travail tournât au profit des malheureux Grecs échappés
aux massacres de Ghio. Il se trouvait doublement récompensé ,
416 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
puisque , en rendant un service aux lettres , il contribuait à
soulager de grandes infortunes attirées sur une population
industrieuse et paisible par l'imprudence , pour ne rien dire
de plus, de ceux à qui la communauté d'origine, de langue et
de religion n'aurait dû inspirer que des sentiments fraternels.
La partie de cet important ouvrage qu'il est de mon de¬
voir d'apprécier, parce que, plus que tout le reste, elle ap¬
partient à M. Thurot, c'est l'introduction qu'il a mise en tête
de chacun des deux traités d'Aristote par lui traduits. Celle
par laquelle il introduit le lecteur à la morale du philosophe
de Stagire a pour objet l'histoire de la morale, d'abord dans
les premiers âges , où son enseignement ne consistait qu'en
maximes isolées, fruits de l'expérience et de la réflexion, tan¬
tôt présentées sous la forme la plus simple , et avec l'expres¬
sion la plus concise, tantôt voilées plutôt que cachées sous
des formes allégoriques ; d'autres fois , parées des ornements
de la poésie, et par là rendues plus propres à remuer l'âme
et à se graver dans la mémoire; puis, dans la bouche de
Socrate, non pas encore comme une science, mais pourtant
comme un ensemble de doctrines toutes pratiques, réunies
par un lien commun, se rapportant à un même principe,
s'enchaînant les unes aux autres par le même genre de dé¬
monstrations, et aboutissant toujours aux mêmes résultats.
Il y montre ensuite Platon fondant toute la morale, qu'il
ne réduit pourtant point encore en forme de système , sur le
penchant naturel qui porte l'homme à désirer d'être heu¬
reux, et posant pour base de toutes les règles de nos devoirs
la recherche et la définition du souverain bien. Deux disciples
de Socrate, Aristippe et Antisthène, jettent, à l'occasion de
cette question, le fondement de deux systèmes opposés, aux¬
quels on peut rappeler toutes les écoles philosophiques des
DES INSCRIPTIONS ET BELLES-LETTRES. 417
siècles suivants. L'un fait consister le souverain bien dans le
plaisir, sacrifiant ainsi les droits de la raison à ceux du senti¬
ment ou de la sensibilité; l'autre, Antisthène, porte à la ri¬
gueur le principe contraire, et pour laisser dominer la raison
sans rivale se roidit contre l'expérience de tous les hommes,
dans tous les lieux et dans tous les temps. Observateur plus
impartial des faits, appréciateur plus équitable de leurs ré¬
sultats , Aristote arrive aux mêmes conclusions que Platon , et
à la même doctrine pratique que Socrate , en conciliant le
sentiment et la raison par un système ingénieux qui, pour
Aristote comme pour Platon, a sa sanction dans la doctrine de
l'immortalité de l'âme. L'auteur, pour terminer ce tableau si
intéressant, jette un coup d'oeil sur les doctrines opposées
d'Épicure et de Zénon ; et tout en justifiant le premier de
ces philosophes des conséquences qu'il était loin d'admettre,
mais auxquelles se prêtait son système, il fait voir que l'un
et l'autre s'égaraient dans des sens opposés, en ne voulant
admettre qu'un seul principe pour base de la morale , c'est-àdire
de toutes les actions de la vie de l'homme , en opposi¬
àt iocnô téà dl'eo rldar er adisuo nC. réateur, qui a placé en lui le sentiment
Dans le discours préliminaire placé par M. Thurot au com¬
mencement de la Politique d'Aristote, le savant traducteur
commence par réfuter l'opinion, si légèrement adoptée par
beaucoup d'hommes de génie, d'un prétendu état de nature,
antérieur à l'état de société , opinion que repoussent égale¬
ment la réflexion et l'expérience, comme si l'homme n'était
devenu un être social que par son choix, èt par suite d'une
convention plus ou moins explicite, et pour ainsi dire contre
le voeu primitif de la nature! .....«.O.n. n.e. doit point,
« dit-ilt o, mseu pxipi,l éierer paaurt ide.é faut des documen ts historique5s3 par des
418 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
« conjectures et des hypothèses; et l'histoire ne nous montre
« partout et 11e peut nous montrer que des sociétés toutes
«formées. » Ainsi que les principes de la morale, ceux de la
politique, c'est-à-dire de l'organisation des sociétés, qui n'en
diffèrent guère que dans leur application , étaient reconnus
longtemps ayant qu'on les réunît dans un ordre systématique.
Les législateurs partout ont précédé les spéculations de la
philosophie. Ceux dont l'histoire nous a conservé le souvenir,
Minos, Lycurgue, Solon, Charondas, Zaleucus, Pythagore,
furent plutôt des hommes d'un grand caractère, éclairés sur
l'état des moeurs, des usages et des besoins des peuples aux¬
quels leurs lois étaient destinées , et sur les circonstances par¬
ticulières où ils se trouvaient, que distingués par la profon¬
deur de leurs vues générales en politique. Ici se présente
naturellement une réflexion qui arrête un moment le judicieux
écrivain. Avant ces hommes célèbres dont il vient de parler,
dont on peut dire qu ils avaient perfectionné ΐ ordre social , quoique
la science proprement dite n'existât point encore, il avait
edxeiss tséo ceité tiéls enxoimstabirte udseepsu dis'h odmesm seièsc lseosu mdei s vàa sutnees fmoromnae rdchétieers¬,
minée d'administration. « Comment est-il arrivé que l'histoire
« (pour me servir des expressions mêmes de M. Thurot) ne
« daigne faire mention à leur sujet que du fracas de leur chute,
« et que tout le reste de leur existence soit comme enseveli dans
«un silence de mort et de servitude? C'est, répond l'auteur,
« qu'il n'y eut chez ces nations aucune institution qui donnât
« aux individus, autres que les rois et les princes, une valeur
«propre, c'est que les hommes y vivaient dans un état d'à-
« grégation à peu près semblable à celui où vivent certaines
« seospcièécteés. » d'animaux , plutôt que dans un véritable état de
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 419
Je crains bien que, sans s'en rendre compte, l'auteur, trop
préoccupé de ses opinions politiques, n'ait interprété le silence
de l'histoire par une de ces hypothèses qu'il condamnait luimême
comme contraires à l'expérience et à tous les faits
connus. Sans parler de l'Egypte et de la Chine, croira-t-on
que chez les Babyloniens, les Assyriens, les Perses, par¬
tout enfin où il a existé, pendant des siècles , des monar¬
chies puissantes et une haute civilisation, l'esprit humain fût
tellement différent de ce qu'il est de nos jours, de ce qu'il fut
dans la Grèce et dans Rome, que personne ne songeât à con¬
server la mémoire du passé , ou à transmettre à la postérité
le souvenir du présent; que la religion n'eût point d'inter¬
prètes ; qu'aucunes lois écrites ne réglassent les relations ci¬
viles et de famille, ne prévinssent ou ne punissent les crimes;
que les progrès et les découvertes dans les sciences et les arts
n'eussent point d'archives; enfin, qu'à côté du despotisme, si
absolu qu'on veuille le supposer, il n'y eût aucune de ces
institutions dont le despotisme lui-même a besoin dès qu'il
n'est plus renfermé dans les limites étroites d'une bourgade
ou d'une ville ? Disons donc plutôt que ce sont les révolu¬
tions politiques qui ont détruit les monuments écrits de ces
antiques monarchies; que nous ne devons expliquer le silence
de l'histoire que par les ravages du temps et de l'homme luimême,
le plus puissant auxiliaire du temps pour l'oeuvre de
la destruction. Il est douloureux sans doute et pénible à l'or¬
gueil de l'homme, qui aime à s'élancer dans l'avenir, de
penser que les travaux de tant de siècles sont perdus sans res¬
source, que tant d'efforts ont totalement manqué leur but;
mais, si l'on se refusait à le croire, il faudrait admettre une
hypothèse bien plus incroyable; c'est, comme je le disais tout
à l'heure, que les hommes de ces siècles antiques aur5a3i.e nt été
420 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
animés d'un esprit tout différent de celui des générations qui
leur ont succédé.
Après cette digression, dont je demande pardon à ceux qui
me font l'honneur de m' écouter, je reviens au discours préli¬
imdéinesa irete ldees ldao cptorliinteiqs ude e d'PAlraitsotnot ea. veMc. cTehlluesr odt 'Ayr icsotmotpe,a raei nlessi
qu'il l'a fait pour la Morale. Ici encore l'avantage est à Aristote
, sous le double point de vue de la méthode et de l'observa¬
tion des faits; la supériorité reste au disciple de Socrate pour
lnaè tfrien edssaen sd else acpoeeurrçu sd,e lla'h opmromfoen,d eleu r tadle'unnt e eta nlael ycseh arqmuie pdé¬e
l'élocution. Du reste , de part et d'autre , à peu près les mêmes
craébsuleltsa tasu, xl esso cmiéêtmése sh ulamcuainneess,. des théories reconnues inappli¬
M. Thurot avait publié, en 1824, la traduction des deux
ouvrages d'Aristote dont je viens de parler. En 1 83 ο il fit
paraître son Traité de l'entendement et de la raison , qu'on peut
regarder comme le fruit des études de toute sa vie, et le ré¬
sumé de toute la doctrine qu'il comprenait sous le nom de phi¬
losophie . On pourrait, si j'ose m' exprimer ainsi, la désigner, par
opposition à d'autres systèmes, sous le nom de philosophie
classique. J'ai déjà dit pourquoi je dois me dispenser d'une ana¬
lyse qui m'entraînerait trop loin , d'autant plus que je ne
pourrais éviter d'y mêler quelques réflexions; mais je ne dois
pas omettre de rappeler que ce livre obtint, par le jugement
de l'Académie française, le prix fondé par M. Montyon pour
l'ouvrage le plus utile aux moeurs.
Peu de temps après la publication de cet ouvrage , le
7 mai i83o, M. Thurot fut élu membre de l'Académie des
inscriptions et belles-lettres, et succéda à M. Langlès; il y
avait longtemps qu'il sollicitait cet honneur, mais avec cette
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 421
réserve et cette modestie qu'il mettait à tout ce qui n'intéres¬
sait que lui. Ses nombreux et importants travaux permettaient
à l'Académie d'espérer qu'elle trouverait en lui ce qu'elle
cherche toutes les fois quelle se recrute parmi les hommes
qui ont déjà donné de nombreux gages aux lettres qu'elle
cultive, un collaborateur zélé et empressé de justifier son
choix. Malheureusement elle ne l'a possédé qu'à peine deux
années, et le ipême fléau qui lui enleva en si peu de temps,
eMn. Tih8u3r2o,t . MM. de Chézy et Saint-Martin, lui ravit aussi
Il avait été nommé, en i83i, membre de la Légion d'hon¬
neur.
J'ai omis de parler de divers ouvrages dus à sa laborieuse
activité, tels qu'une édition des Phéniciennes d'Euripide, quel¬
ques traductions du grec qu'il joignit aux textes originaux
publiés par M. Coraï, divers articles de littérature et de cri¬
tique , insérés à différentes époques dans la Revue encyclopé¬
dique; enfin la part qu'il prit à une nouvelle édition française
des oeuvres de Locke. Parmi les travaux manuscrits qu'il a
laissés, se trouvent une Vie du philosophe écossais Reid, un
traité de logique, et quelques leçons sur la grammaire géné¬
rale dont nous avons fait précédemment mention. Le savant
académicien qui a publié une notice sur sa vie a consenti à
diriger l'impression de ces ouvrages. Certes il y a eu , à
l'époque à laquelle appartient M. Thurot, peu de savants ou
d'érudits distingués par des talents éminents , qui n'aient vécu
comme lui que pour les lettres, et dont la carrière n'ait pas été
envahie en partie par des fonctions politiques et une partici¬
pation honorable au soin des affaires publiques; c'est que, phi¬
losophe en pratique comme en théorie , il n'eut jamais d'autre
ambition que de conformer sa conduite à ses principes , et de
422 HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
conserver l'indépendance entière de ses opinions au milieu
des révolutions qui déplaçaient si souvent le pouvoir.
Après avoir payé au savant laborieux, à l'homme de lettres
dont toute la vie fut consacrée à des études graves et à des
travaux utiles, le tribut d'éloges et de reconnaissance auquel
il avait un droit si justement acquis, je n'aurais rendu qu'une
justice incomplète à M. Thurot, si je passais sous silence les
qualités de l'esprit et du coeur qui lui assuraient l'estime de
tous ceux qui le connaissaient, quels que fussent les rapports
qu'ils avaient avec lui. Aimant la science pour elle-même,
modeste, exempt de toute prétention, il ne portait dans les
relations de la société et dans la conversation que ce qu'une
instruction solide et variée, un jugement exercé, ajoutent
d'agrément et de richesses à un esprit naturellement prompt
à saisir les objets, à en apercevoir tous les rapports, à en cal¬
culer toute la portée , et à exprimer avec finesse et avec grâce
les jugements qu'il porte. Sans jamais asservir ses opinions à
celles d'autrui , personne n'était plus éloigné que lui de cette
roideur et de cette inflexibilité qui ne souffrent point de con¬
tradiction, et qui ne sont pas tellement l'apanage des partis
politiques ou des sectes religieuses, qu'elles ne se retrouvent
quelquefois là où il ne s'agit que d'opinions littéraires ou de
systèmes scientifiques. La douceur et l'égalité de son carac¬
ftaèirsea,i eln'etn ljeo ucehmaremnte ddee ssoan soecspiértiét,, le'ta flfuaib ialtittéa chdea iesnest mtoaunsi ècreeusx,
qui avaient eu occasion de contracter des liaisons avec lui.
Combien ces qualités aimables n'ont-elles pas contribué à aug¬
menter la douleur de sa perte pour ceux que les liens du sang
et de l'amitié avaient mis à même de l'apprécier, et dont les
regrets, après quatre années de séparation, sont encore aussi
vifs que le premier jour !
DES INSCRIPTIONS ET BELLES -LETTRES. 425
M» Thurot avait épousé, en i8o3, à l'âge de trente -cinq
ans, Mlle Tattet, fille d'un ancien agent de change. Cette
union , qui a fait son bonheur et celui de l'épouse qui le
pleure aujourd'hui , a été aussi une source de satisfaction pour
ceux dont il était devenu le fils adoptif. Une mort préma¬
turée a pu seule troubler cette réciprocité d'affection et de
tendresse , que les années n'avaient fait que fortifier et embellir.
M. Thurot n'a laissé qu'une fille unique, mariée en 182 Ιχ à
M. Pochard, imprimeur. Cette nouvelle alliance a répondu
aux voeux que M. Thurot faisait pour ce qu'il avait de
plus cher.
M. Thurot a été remplacé à l'Académie par M. le comte Ar¬
thur Beugnot, et au Collège royal de France par M. Jouffroy.
LISTE CHRONOLOGIQUE DES OUVRAGES DE M. THUROT.
Hermès , ou Recherches philosophiques
sur la grammaire universelle, ouvrage tra¬
duit de l'anglais de Jacq. Harris, avec des
remarques et des additions du traducteur,
François Thurot. Paris, imprimerie de la
République, messidor an iv, in-8°, cxx et
Ai 5 pages.
Programme d'un cours de grammaire
générale et comparée , au lycée des Etran¬
gers; par F. Thurot. Paris, 1797, in-8°.
Vie de Laurent de Médicis, traduite de
l'anglais de W. Roscoe par F. Thurot,
Paris, 1799, 2 vol. in-8°.
Discours prononcé à la distribution des
prix aux élèves de l'école des sciences et
des lettres. Paris, an xi, in-8°.
'Απολογία. Σωκράτους koctu Πλάτωνα xat
Ξίνοφωντ a.. Apologie de Socrate d'après
Platon et Xénophon, avec des remarques
sur le texte grec et la traduction française ,
ipna-r8 °F.. Thurot* Paris, Firmin Didot, 1806,
ΈΰριττΜϊυ Φοίνΐσ<τα.{. Les Phéniciennes
d'Euripide, avec un choix de scolies
grecques et des notes françaises, par Fr.
Thurot. Paris , 1 8 1 3 , in-8°.
Πλάτωνος Topyictç. Gorgias , dialogue de
Platon , édition donnée par Fr. Thurot.
Paris, i8i5, in-8°.
Qu'est-ce que la philosophie ? Discours
d'ouverture du cours de philosophie à la
faculté des lettres , par F. Thurot. Paris ,
1818, in-8°.
OEuvres philosophiques de Locke, nou¬
velle édition revue par F. Thurot. Paris,
Firmin Didot, 1821-1825, 7 vol. in-8°.
T. I , Éducation des enfants ; t. II-VI , En¬
tendement humain ; t. VII , Conduite de l'es424
HISTOIRE DE L'ACADÉMIE ROYALE
prit humain dans la recherche de la vérité.
La Morale et la Politique d' Aristote , tra¬
duites du grec par F. Thurot. Paris , Firmin
Didot, 182 3 et 1824, 2 vol in-8°; t. I,
lxxxiv et 5oo pag. ; t. II, lxxix et 553 p.
Ett/kthtou Èy%iipi<hov , KtCi/ιτος ττιναζ ,
Κλία,νΰους ύμνος îkJùvtoç koli ίίορΰώσαντος Α.
Κ. (Gora'i) ; και γαλλ/στ/ μίΰίρμη nvrctvroç
τα Jb'a τρωτά τ oîi F. Thurot. Paris, F.
Didot, 182 5, in-8°.
AuKovpyov hoyoç κατά, Αίωκράτονς. Dis¬
cours de Lycurgue contre Léocrate, avec
une traduction française, par F. Thurot.
Paris, 1828, in-8°.
De l'entendement et de la raison , ou In¬
troduction à la philosophie , par F. Thurot.
Paris, impr. de Pochard, i83o, 2 vol. in-8°.
Rapport de M. Thurot sur la nouvelle
édition du Thesaurus îinguoe grecee d'Henri
Estienne. Paris, Firmin Didot (i832),in-fol.
Gorgias , Dialogue de Platon , traduit et
commenté par F. Thurot ( publié après sa
mort). Paris, Impr. royale, i834, in-8°.
OEtivres posthumes de F. Thurot : Le¬
çons de grammaire et de logique ; Vie de
Reid, traduite de l'anglais de Dugald-Stewart.
Paris, 1837, in-8°.
Στ οικίΐα Φιλοσοφίας. Éléments de philo¬
sophie, extraits presque en entier de l'In¬
troduction ala philosophie de F. Thurot, et
traduits en grec par M. N. Bamba. Athènes,
i838, in-8°.
Articles insérés par M. Thurot en divers recueils périodiques.
Dans la Décade philosophique , an vin ;
sur les Mémoires de Cabanis concernant
les Rapports du physique et du moral
(deux lettres).
An χ ; sur la Lexicologie et la Lexico¬
graphie de M. Butet ·(deux articles).
Ans χ , xii et xni ; sur l'Idéologie , la
Grammaire et la Logique de M. de Tracy
(sept articles).
An XIII ; sur l'édition d'Héliodore donnée
par M. Coraï.
Juillet i8o5 (Revue philosophique); sur
la Bibliothèque d' Apollodore , traduite par
Clavier , avec le texte grec et des notes , etc.
Dans le Mercure de France, 1808; sur
les Harangues d'Isocrate , édition de Coraï.
— 1809; sur l'Iliade d'Homère, traduite
en vers français , par Aignan ; sur des
Essais métaphysiques (anonymes) ; sur la
Méthode d'enseignement de Pestalozzi , ex¬
posée par M. Chavannes (deux articles) ; sur
le Dictionnaire grec-français de M. Planche
et d'autres livres élémentaires ; sur l'His¬
toire des premiers temps de la Grèce , par
Clavier ; sur les ouvrages publiés par Coumas
de Larissepour l'instruction des Grecs.
— 1809 et 1810. Sur les éditions de Plutarque,
de Polyen, d'Ésope, données par
M. Coraï (trois articles) ; sur divers écrits de
M. Gail (trois articles et une note). — 1810.
Sur le rapport de Villers , concernant l'état
des lettres en Allemagne (deux articles) ; sur
la Vie de Michel-Ange , écrite en anglais par
Duppa ; sur des ouvrages relatifs à l'éduca¬
tion des filles ; sur dès traductions de Callimaque
et de Longus, en vers latins, par
M. Petit-Radel, docteur en médecine ; sur la
traduction du dialogue de Oratoribus de Cicéron
, par M. Dallier ; sur les effets de la
religion de Mohammed, par M. Oelsner;
sur l'Étude de l'Énéide de Virgile, par
M. Paillet ; sur l'Abrégé de grammaire
grecque de Furgault et sur le Manuel des
étudiants , par M. Boinvillers ; sur l'ouvrage
de M. Deleuze, intitulé Eudoxe ou Entre¬
tiens sur l'étude des sciences. — 1811. Sur
DES· INSCRIPTIONS ET BELLES - LETTRES. 425
les Éludes de l'histoire ancienne , par Lévesque
-, sur l'édition de Juvénal, donnée
par M. Achaintre. — 1812. Sur les Mé¬
lCahnagredso nd ed e clrai tRiqouceh eettt e.d e— p h1i8lo is4oup hSiue r dlee
Traité d'économie politique de J. B. Say
(deux articles).
Dans la Revue encyclopédique. — 1 82 5.
Sur les écrits de M. Laromiguière , inti¬
tulés : Paradoxe de Condillac ; Discours sur
la langue du raisonnement. — 1826. Sur les
Fragments philosophiques de M. Cousin.
— 1828. Sur l'ouvrage de M. Toussaint,
intitulé : De la nécessité des siynes pour la
formation des idées , etc.
Dans le journal le Citoyen français,
1 9 fructidor an χ ; article sur l'ouvrage de
Cabanis, concernant les rapports du phy¬
sique et du moral.
Dans le journal la Tribune , 1 83 1 , sur
l'hérédité de la pairie, etc.
Concerne une personne
Soumis par lechott le