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1697, 03
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Eur.
511
m
1697,3
Eur. 5112
16973
Mercure
< 36624560700013
< 36624560700013
Bayer. Staatsbibliothek 3

MERCURE
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN.
MARS 1697.
A PARIS ,
ChezMICHEL BRUNET , Grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
N donnera toûjours un Volume
nouveau du Mercure Galant le On
premier jour de chaque Mois , & on le
vendra Trente ſols relié en Veau , &
Vingt-cinq fols en Parchemin.
A PARIS,
Chez G. DE LUYNES , au Palais ,dans
la Salle des Merciers , à la Juſtice.
T. GIRARD , au Palais , dans la grande
Salle , à l'Envie .
Et MICHEL BRUNET , grande Salle
du Palais , au Mercure Galant.
M. D C. XCVII,
Avec Privilege du Roy
Bayerische
Staatsbibliothek
Münche
AVIS.
on aitfai
tes jusqu'à present de bien
écrire lesnoms de Famille employes
dans les Memoires qu'on envoye
pour ce Mercare , on ne laiſſe pas
d'y manquer toujours. Cela est cause
qu'ilya detemps en temps quelques
uns de ces Memoires dont on ne se
peut fervir. On reitere la mesme
priere de bien écrire ces noms , en
fortequ'on ne s'y puiffe tromper. On
ne prend aucun argentpourlesMemoires
,& l'on employera tous les
bons Ouvrages à leur tour, pourven
qu'ils ne deſobligent personne , &
qu'iln'y ait rien de licentieux . On
A ij
AVIS.
prie feulement ceux qui les envoient,
&sur tout ceux qui n'écrivent que
pourfaire employer leurs noms dans
l'article des Enigmes , d'affranchir
leurs Lettres de port , s'ils veulent
quo
qu'on faſſe ce qu'ils demandent.
C'est fort peu de chose pour chaque
particulier ,&le toutenſemble eft
beaucoup pourun Libraire.
Le SieurBrunet qui debite prefentement
le Mercure, a rétabli les
chofes demaniere qu'il est toujours
impriméau commencement de cha
que mois. Ilavertit qu'à l'égard des
Envois qui se font à la Campagne,
ilferapartir les paquets de ceux qui
lechargerontde les envoyer avant
que l'on commence à vendre icy le
Mercure.Commeces paquetsferont
plufieurs jours en chemin, Paris ne
laiſſera pas d'avoir le Mercure
AVIS.
long- temps avant qu'ilfoit arrive
dans les Villes éloignées, mais auſſi
les Villes nele recevront pas fitard
qu'elles faisoient auparavant.Ceux
quiſe lefont envoyerpar leursAmis
fans encharger ledit Brunet, s'ex.
poſentà le recevoir toujours fort
tard par deux raiſons.Lapremiere,
parceque cesAmis n'ontpasſoin de
levenirprendrefitoft qu'il est imprimé,
outre qu'il le ſera toujours quel
ques jours avant que l'on en falſe le
debit,&l'autre,que ne l'envoyant
qu'apris qu'ils l'ont lu eux er quelques
autres à qui ils le preffent, ils
rejettent la fauve du retardement
farle Libraire , en disant que la
vente n'en a commencé que fort
avant dans le mois. On évitera ce
rezardementpar la voye dudit Sieur
Brunet,puis qu'ilfe charge de faire
Aiij
AVIS.
lespaquets luy-mesme,&de les faire
porter à la Pofte ou auxMeſſagers,
fansnul interest, tant pour les Particuliers
que pour les Libraires de
Province, qui luy auront donné leur
adreſſe. Ilfera la mesme choſegeneralement
de tous les Livres nouveaux
qu'on luy demandera , foit
qu'illes debite, ou qu'ils appartiennent
à d'autres Libraires , fans en
prendre pour cela davantageque le
prixfixé par les Libraires qui les
vendront. Quand il ſe rencontrera
qu'on demandera ces Livres à lafin
dumois, on les joindra au Mercure,
- afin den'en faire qu'un mesme paquet.
Tout cela fera execute avec
une exactitude dont on aura lieu
d'estre content.
t
4
MERCVRE
GALANT
MARS 1697.
E ne puis mieux commencer
cette Lettre
que parune Deviſe qui
a eſté faite pour le Roy , &
qui convient parfaitement au
Surnom de Grand , que ſes
merveilleuſes qualitez luy ont
8 MERCURE
fait donner ſi juſtement.
Cette Deviſe a le Soleil pour
Corps , & ces mots Latins
pourAme. Nonfurrexit major.
Vous en trouverez l'explica
tion dans ce Sonnet.
EsgrandsHerosqu' on voit
tant vantezdans l'histoire,
Celebres en vertus , fameux par
mille exploits ,
Et qui malgrédu temps les rigou
reuſes loix, १
Dans l'Univers encorfont briller
leurmemoire.
2
la
Surpris dans la défaite , enflex
dans la Victoire,
GALANT. 9
Ont laißédécouvrir des defauts
quelquefois.
Il n'estque LOUISſeul dont le
Ciel aitfait choix,
Pourarriverfans tache au comble
de la gloire.
2
Tout conduit ceMonarque al im.
mortalité,
3
Son zele ,ſes Edits ,fesfoins ,fon
équité, 3
Ses immenfes travaux ,sasagesse
profonde.
Il est dunom Chrestien ,&l'honneur
l'appuy ,
On n'en a jamais vû de fi grand
dans lemonde,
Io MERCURE
Et l'on n'en verra point de fi
Grand aprés luy.
M'l'Archevêque deParis
ayant reſolu de faire ſa Viſite
dans l'Abbaye Royale de
Saint Victor , ſelon la coutume
de ſes Predeceſſeurs , y
fut receu des Chanoines Reguliers
de cette Egliſe le 16.
du mois paſſé , avec tout
l'honneur que l'onpeut rens
dre à un Prelat autant diſtin
gué par ſa vertu que par ſa
naiſſance. Made Letteignan,
Prieur de cette Abbaye &
Docteur de Sorbonne , le
!
GALANT. II
complimenta en ces termes,
à la teſte de ſa Compagnie.
ONSEIGNEUR.
Ilnous feroit bien difficile d'ex
pliquer lequel des deux mouvemens
l'emporte aujourd'huy dans
nos coeurs, ou le reſpectou lajove.
Je puis affurer vostre Grandeur
que nous avonstous pour elle une
profonde veneration. Nous ſçavons
que ce n'a esté que la Religion&
la pieté qui ont follicité
pour vous, er malgré vous,voſtre
elevation. Nous ne la devons ny
auxſervices de vos Ayeux , ny
12 MERCURE
aux triomphes d'un Frere. La
voix de la vertu a esté plusforte
que l'éclat de la naiſſance&que
le bruit de la victoire.
Aprés une entrée auſſi canonique,
nous ne sommes pointsurpris
de voir refleurir éminemment la
difcipline de l'Eglisedans ce grand
Diocese. Lemeriten'y eſtplusſans
employ; le zele n'y eſt plus fans
autorité, ny letravailfans récom.
pense ; enun mot, lafageffe regle
tous vos pas , l'innocence les acaccompagne.
Cesont, Monseigneur , ces
motifs de nos reſpect,s quifont en
même temps le comble de noftre
GALANT:
13
joye. Nous remercions tous les
jours dansnos faints Sacrifices le
Seigneur qui donne de temps en
temps àfon Eglife des Borromées,
de nous avoir donnéun auſſigrand
Prelat ,&nous nous applaudiffons
à nous mêmes , quand nous
faiſons reflexion que nostre bon.
heur l'a enfin emportéſur vostre
humilité,&leſouhait d'un grand
Diocese,fur le regret d'un autre,
qui gemiroit encore , s'il n'avoit
trouvédans vostre Succeffeur
voſtre nom &voſtre vertu.
Pour moy, Monseigneur , en
monparticulier,je ne puism'empêcher
d'avoüer àVostre Grandeur,
14 MERCURE
que penetréde ces sentimens , ily
avoit longtemps que jeſouhaitois
avecpaffion de vousprefenter cette
Compagnie, pour recevoir vostre
premiere benediction. C'est une
Compagnie qui fera toujours ce
lebre tant qu'elle répondra à la
gloire defon nom , quivient vous
offrir une foumiſſion fidelle;
qui fera toujours gloire defe diftinguer
parmy ceux qui s'effor.
cent à l'envi de vous marquer une
inviolable obeiſſance.
Ml'Archevêque répondit
àM de Letteignand'unemaniere
tres honneſte & tresengageante
, luy dilant entre
1
GALANT. 15
- autres choſes , qu'il ne manqueroit
point en toutes fortes
d'occaſions de luy donner
àluy, & à toute la Commu.
nauté, des marques de diftinction&
d'eſtime. Aprés qu'il
eut celebré laMeſſe , & fait
tout ce qu'on a coutume
d'obſerver dans les Vifites,
il renvoya tous ſes Officiers,
& demeura ſeul dans cette
Maiſon. Ily vecut trois jours,
allant avec la Communauté,
à toutes les Obſervances &
regularitez , & même aux
Matines qui ſe chantent à
minuit , auſquelles il aſſiſta
16 MERCURE
ainſi qu'aux autres Offices ?
ſeulement en Chappe de
Choeur comme un ſimple
Chanoine , ſans aucun cortege
de Domeſtiques , n'ayant
pour toute diftinction qu'une
modeſtie d'Ange , & fa
grande Croix archiepifcopale
qu'un Religieux portoit
devant luy. C'eſt ainſi qu'il
reſuſcite dans ces derniers
temps l'exemple de Saint Augustin
, qui vivoit de cette
maniere en commun avec les
Clercs de ſon Eglife. L'Abbaye
de Saint Victor a eſté
fondée au commencement
GALANT. 17
du douziéme fiecle; & depuis
fon établiſſement elle n'a
fouffert aucune reforme. La
regularité qui s'y eft confer.
vée ne peut s'attribuer qu'a
la ſoumiſſion conſtante qu'
elle a toujours euë aux Evêques
& Archevêques de Paris.
1.1
La matiere des Agapes eſt
fort curieuſe , & inconnuë
peut - eſtre à beaucoup de
gens . Vous ne ferez pas fachée
de voir ce qu'en a écrit
M'de Cipiere.
:
MATS 1697 B
18 MERCURE
A MONSIEUR B. L. E. Τ.
J'Ay lû ; Monfieur , avec
beaucoup de plaifir ceque
vous m'avez fait l'honneur
de m'écrire ſur les Agapes ,
& pour obeir à ce que vous
m'ordonnez , je vous répons
que voſtre ſentiment me paroiſt
bien foutenu par les
preuves , & l'érudition ſacrée
&profane , que vous apportez
toujours à voſtre ordinai .
re ; mais comme vous n'avez
fait qu'un nouveau Siftême ,
fans parler de quelques AuGALANT
19
teurs qui ſont contraires à
voſtre opinion , je crois que
pour l'affermir &l'établir folidement
, il faut que vous
donniez la reſolution d'une
objection qui ſe tire des EcrivainsEccleſiaſtiques;
car ſuppoſer
, comme vous faites,
que tout le monde penſe la
même choſe que vous fur cer
te matiere , & qu'il refout luymême
les difficultez de l'Hiſtoire
, ou qu'il trouve même
ces difficultez , c'eſt agir de
trop bonne foy , & avec trop
de modeſtie.
:
:
Je vous fais donc cette ob
Bij
20 MERCURE
jection , & j'attens de vous
une réponſe qui me fera infailliblement
autant de plaifir
que ce que vous m'avez
déja écrit. Elle eſt priſe de
Baronius , Hiſtorien tres- fameux
dans le Chriſtianiſme,
&qui ne cede en rien aux
Euſebes & aux Severes , anciens
Auteurs tres recommandables
parmy les Critiques&
les Theologiens. C'eſtoit
une tres- loüable coutume
dans l'Egliſe des premiers
fiecles , dit ce ſçavant Cardinal
, de faire en memoire de
Jeſus-Chrift , & fuivant fes
GALANT. 21
preceptes , ce qu'il fit dans ſa
derniere Cene. C'eſtoit de faire
un feſtin immediatement
avant que de celebrer l'Euchariftie
, ainſi que fit Noftre
Seigneur , qui n'inſtitua cer
auguſte Sacrement qu'aprés
le ſoupé. Ces feſtins ,Monſieur,
ſe faisoient principale.
ment pour les pauvres. Les riches
y estoient auffi receus ;
mais ce n'eſtoit qu'une eſpe-.
ce de ceremonie pour eux,
pour conſerver la memoire
de la derniere Cene que cele
bra Noftre Seigneur avec les
Apoſtres,& entretenir l'union
22 MERCURE
)
& l'amitié entre les Fidelles,
car c'eſt ce que ſignifie lemor
d'Agape.
Les Juifs nouvellement
convertis à la Foy regardant
l'Eucharistie comme l'ancien.
ne Paſque , qui s'eſt ttujours
celebrée dans Eglife
Judaïque par un feſtin où l'on
mangeoit l'Agneau Paſcal &
les pains azimes , introduiſirent
dans l'Egliſe Chreſtien.
ne ces Agapes ,& les Gentils,
dit Primafius , eſtimant qu'il
falloit imiter Jeſus-Chriſt en
tout ce qu'il fit lors qu'il ins
ſtitua l'Eucharistie , obſerve,
GALANT. 23
rent la coutume introduite
par les Juifs , mais paruneraifon
toure differente ; les uns
s'attachant à toutes les circonſtances
qui accompagnerent
l'inſtitution de ce Sacrement,
les autres voulant conſerver
autant qu'ils pouvoient
une image de la Pafque des
Juifs. L'A'poſtre ne s'oppola
pas d'abord à cette Coutume,
qui n'avoit pour fondement
que la pieté & la charité des
uns & des autres. Il reprit ſeu
lement les abus qui ſe com
mettoient dans ces fortes de
repas , ſe réſervant à rétablis
24 MERCURE
le bon ordre , ou à reformer
les chofes illegitimes à un autre
temps. Catera autem cum
venero diſponam . Ep. 1. Cor. Ir .
Ces abus eſtoient , qu'on
n'y obſervoit pas toute la
décence, toute la modeſtie ,
& toute la charité que demandoit
le Miſtere . Cela paroiſt
par le reproche que
Saint Paul fait aux Corinthiens
, dans le lieu que j'ay
déja cité.F'apprens , leur dit- il,
qu'il y a des diffentions dans vos
affemblées,&je le crois en partie,
parce qu'il faut qu'ily ait des
Herefies..... Lorsquevousvous
assemblez
GALANT. 25
affemblez pour celebrer laCene
du Seigneur, chacun pretend avoir
droit de manger à la Table ; de
forte qu'il arrive que l'un a faim
tandisque l'autre estyure.Mais
eft ce que vous venezà l'Eglise
pour manger ,&ne pouvezvous
point manger chez vous ? Lefeftin
que vousfaites en memoire de la
Cene du Seigneur, eft à la verité
lovable , &ce n'est pas en cela que
je vous blame , mais c'est parce
que vousyaſſiſtezdans un autre
efprit que celuy que vous devriez
apporter à la celebration d'un fi
kaut mistere.Voila enſubſtance
ceque leurécrit ce ſaintApo-
Mars 1697 .
C
26 MERCURE
ſtre. Sur quoy Baronius fait
cette remarque , quod cùm Corinthiinon
ut decebat, perciperent,
Paulus durè redarguit . redarguit.
Je puis ajoûter encore ce
que rapporte Chedulius dans
les Corinthiaques : que les
Corinthiens avoient cette
mauvaiſe coutume de faire
dans leurs afſſemblées pendant
la nuit , & avant que de
celebrer l'Euchariftie , des
feſtins ſans aucune decence&
fans aucune pieté,& dans lefquels
les richespar leur autorité
avoient les premieres pla
ces,& faifoient fouffrir la faim
GALANT: 27
aux pauvres. Les Payens mê.
mes reprochoient aux Chreſtiens
, que dans ces affemblées
ils faisoient des feſtins
deThieſte , qui mangea fon
propre Fils , & qu'ils y tramoient
des choſes pernicieufes
à l'Etat , & au culte des
Dieux de l'Empire. C'eſt ce
qu'on peut voirdans l'Apologie
que Tertullien fit pour la
Religion Chreftienne , cha.
pitre 39. où ce Pere refute cetre
calomnie avec une éloquence
digne de luy.
Enfin cesAgapes durerent
en Occident juſqu'au temps

Cij
28 MERCURE
de Saint Ambroiſe , qui les
abolit dans l'Egliſe de Milan,
dont il eſtoit Evêque : ne
trouvant point de meilleur
moyen pour empêcher les
indecences & les profanations
qui arrivoient dans les
Eglifes à l'occaſionde ces feſtins
, & trouvant d'ailleurs
une autre voye plus ſeure
pour nourrir& entretenir les
pauvres. C'eſt de ces feſtins
que parlent Saint Pierre &
Saint Jude. Le premier écrivant
aux Corinthiens , ce me
ſemble, non pas auxRomains,
comme croit l'Auteur des
GALANT. 29
Notes marginales du Nout
veau Testament imprimé à
Cologne. Lepremier , dis je
parlant de certains impies
dont parloit auſſi Saint Paul,
qui recherchoient ces affemblées
& ces Agapes pour y
femer une doctrine nouvelle,
les compare à des fontaines
fans eau, & àdes nuages agitez
par des tourbillons de
vents. Epift. 2. Saint Pierre 2.
Le ſecond les compare à
des arbres ſans fruits arrachez
de la terre , & à des
nuées ſans pluye. Hifunt in
epulis fuis macula convivantes
Ciij
२० MERCURE
fine timore,femetipfos paſcentes ,
nubes fine aqua quæ àventis circunferuntur
, arbores autumnales
infructuosa , bis mortua, eradicata.
Jud. 1. Ces deux Apoſtres
ditent preſque la même choſe
que Saint Paul , & par là
on peut comprendre qu'ils
parlent tous trois de ces fe.
ſtins , que je crois eſtre les
Agapes , dont vous voyez
Monfieur , l'origine & la fin
dans l'Eglife , avec la cauſe
qui a obligé les plus ſaints
Evêques de les abolir , comme
un abus dans la difcipline
Eccleſiaſtique. Je ne ſcache
GALANT.
aucun endroit où l'on pratique
encore cette coutume ,
&je ne ſçay auſſi ſi l'on doit
donner le nom d'Agapeà certains
feſtins qu'on fait en
quelques Eglifes d'Eſpagne ,
le jour de certaines, Feſtes
particulieres aprés la Meffe.
Dites moy ,Monfieur, voſtre
ſentiment là deſſus auſſi librement
que je vous dis les
miens ,&croyez que jeferay
toujours fort docile , & fort
ſenſible àl'honneurque vous
me ferez. Je ſuis , &c.
ABord, ce 1.Janvier 1697.
Ciiij
32 MERCURE
Je vous envoyeun Ouvras
ge , auquel l'Auteur n'a don
né le nomde Satyre, que par
ce qu'il a cru que ce titre luy
attireroit plus de Lecteurs. En
effer , c'eſt une pure morale ,
qui ne peut eſtre que d'une
tres-grande utilité , ſi l'on
confiderequels mauxnaiſſent
ordinairement du gros Jeu ;
car le Jeu où la perte ne ſçauroit
eſtre aſſez grande pour
incommoder perſonne , peut
paſſer pour un divertiſſement
permis,& quelquefois necef
faire à ceux qui ont beſoin de
ſe délaſſer l'efprit. Il eſt même
-
GALANT.

33
1
2
toujours innocent , pourvû
qu'onn'y perde point trop de
temps ; au lieu que le grosJeu
eſtant un commerce degens
avares & cruels , qui ne cherchent
qu'à ravir le bien de
ceux contre qui ils joüent,
peut eſtre la ſource des plus
grands malheurs. L'Auteur ,
aprés avoir averti que tout le
malqu'il dit dans cette Satyre,
ne regarde que luy-même,
ce qui lemet à couvert de la
crainte qu'il auroit dû avoir
fans cela de ſe faire des Ene
nemis, explique ce qu'ila en.
tendu par le nom de Ruſtan,
34 MERCURE
dont il fait des railleries .Tous
les Joüeurs , dit- il dans fa
Préface , qui ont parcouru
pluſieurs Academies,me ſont
témoins qu'on trouve dans
toutes des Ruſtans tels que
le mien. Ce ſont de vieux pi
liers d'Academie , gens fans
politeſſe , qui fontdu Jeu leur
principale occupation. Leur
unique deſſein eſt de ruiner
tout le monde , s'ils peuvent,
par toutes fortes de voyes .
Quand les Dupes leur manquent
, ils jugent,des coups,
ou preſtent de l'argent. Ce
font ces fortes de gens que
GALANT: 35
je cenſure engeneral ſous le
nom deRuſtan. Que cette lan .
terne dont je parle , ne ſoit
pointſuſpecte.On peut ſe ſou.
venir que la plupart d'eux
tous font gensà lanterne, ſoit
que leurcondition ou leur air
l'exigeainfi , ou qu'ils foient
d'humeur às'y borner.
SATIRE
CONTRE LE JEU.
JE
A1 LYCAS .
le vois bien , Lycas , dans ton
-impatience
Ton coeur ſecretement ſe plaint de
monfilence.
26 MERCURE
Sur le fort des Joüeurs , il eſt vray
dés long temps
Ma Muſe euſt à tes yeux tracé mes
ſentimens ,
Si je n'avois ſongé qu'en fage Politique
Jedevois fur ce point ſupprimerma
critique ,
Qu'en voulant pour le Jeu t'inſpirer
du mépris ,
Mes leçons dans ma bouche auroient
perdu leur prix.
Undébauché fameux endurcy dans
ſes crimes ,
Etablit vainement de pieuſes maximes.
eluy ſert de prêcher, tandis que
tous les jours
On voit ſes actions démentir ſes difcours
? [cateffe ,
N'endoute point, Lycas; cette delia
GALANT.
37
Seule a pu reculer l'effet de ma promefle.
Sous le nom de Joüeur , il me conviendroit
mal
De cenfurer un fou qui court à l'Hôpital,
N'étoit que la raiſon a changé ma
conduite.
On blâme en vain le vice à moins
qu'on ne l'évite.
. Maintenant que le Ciel m'a deſfillé
les yeux ,
Que du Jeu juſqu'au nom tout m'en
eſt odieux ,
Je puis en liberté t'étaler la ſcience
Quem'ont fait acquerir dixans d'experience
,
Où ſans ceſſe attaché par ce funeſte
employ
J'ay vû que le repos n'eſtoit pas fait
pour moy.
38 MERCURE
En vain à mes deſirs le deſtin favo
rable
Quelquefois accordoit un gain confiderable,
Euſſay-je en un ſeul jour gagné deux
mille écus ,
C'eût eſtepeu pour moy , j'en aurois
voulu plus.
Toujours mille regrets tiranniſoient
moname.
Ah! pourquoyfalloit- il écarter cette
Dame?
Malheureux que je fuis ! fans ce
maudit Vales
I'aurois eu mon quatorze , &lepić
estoitfait,
Diſois-je étincelant de colere & de
:
rage, [gage,
Une vivedouleur me diſtoit ce lan-
Et leDieudu ſommeil comptoitjuf
qu'à trois nuits
GALANT. 39
Sans voir ſous ſes pavots mes yeux
•appeſantis,
C'eſt ainſi que ſouvent mon ame
forcenée
Même dans ſon bonheur plaignoit
ſa deſtinée ,
Mais ne croy pas , Lycas , qu'à de
pareils excés ,
Mon eſprit dans la perte euſt borné
ſes regrets.
On le croiroit à peine , & ma Muſe
ſterile [tile ,
Tenteroit en ces Vers un effort inu-
Pour te bien exprimer ces longs cris
furieux
Que ma bouche écumante envoyoit
juſqu'aux Cieux.
Non,je ne réponds pas qu'un affreux
précipice
N'euſt de mes triſtes jours reçû le
facrifice ,
40 MERCURE
Si parmy ces tranſports qui m'agitoient
les ſens
Je n'euffe craint du Ciel les juſtes
chaſtimens ;
Il eſtoit peu de Loix que je n'oſaffe
enfraindre ,
Et tout , juſqu'au beau ſexe , avoiς
lieu de s'en plaindre.
Snr mon coeur irrité ,
devoir ,
la raiſon , le
Les Dames , leur beauté ,tout perdoit
fon pouvoir ;
Et même quelquefois , je l'avoue à
mathonte ,
Dans l'excés du malheur ma langue
un peu trop prompte ,
Parmille emportemens qui font fremir
d'horreur , [deur ;
De ce ſexe charmant offenſoit la pu-
Et telle m'avoit vû , les yeux pleins
d'allegreſſe ,
GALANT. 41
:
2
M'applaudit à ſes pieds d'un retour
detendreſſe,
Qui deux heures aptés voyoit ces
mêmes yeux
Moins tendres,moins foumis , de
venir furieux.
Mais de retour enfin chez mes
Dieux domeſtiques ,
J'allois leur confier mes diſgraces
tragiques.
Là, plusque monargent je plaignois
mon honneur.
Ce trifle ſouvenir me déchiroit le
coeur. [ dée
D'inutiles remords mon ame poſle-
Des diſcours du Public ſe retraçoit
l'idée. e
Sur tout il me ſembloit inceflamment
le voir
1
Se donner fur mon fort un abſolu
pouvoir.
3
Mars 1697. D
42 MERCURE
L'un blamant les tranſports dont je
n'eſtois pas maiſtre
Diſoit qu'en compagnie indigne de
paroiſtre ,
On m'en devoit bannit , & m'envoyer
ailleurs
Donner un libre cours à toutes mes
fureurs. [ Fille
Un autre regardant le deſtin de la
Qui doit par mon Hymen s'unir à
ma famille ,
La plaignoit par avance , & diſoit
: que la faim
Peut la reduire un jour à mandier
fonpain.
tereffée ,
Telle dans ces diſcours magloire in-
Dans mes triſtes foyers s'offroit à
ma penſée.
Heureux , trois fois heureux, fi ces
reflexions
GALANT. 43
Avoient fait fur mon coeur quelques
impreffions ,
Et fi pour l'avenir de ſi juſtes repro
ches
M'avoient fait du gros jeu deteſter
les approches !
Mais non ,amon malheur tout ſem
bloit conſpirer ;
J'ay perdu mon argent , je veux le
retirer,
Diſois-je , & mon eſprit preſſé de
cette envie
Ne reſpiroit alors que pour l'Acadedemie
;
Mais c'eſtoit pour me perdre un abîme
nouveau
Dont je vais en ces vers te montrer
leTableau. [ tale,
Figure-toy , Lycas , cette inaiſon fa-
Comme ce Labyrinthe inventé pas
Dedale
Dij
44 MERCURE
Où l'on ne vit jamais fe fauver de la
mort
Un feul de tous les Grecs qu'ycondamnoit
le ſort ,
Là , de vieux affamez , ardens à ma
ruine ,
leur cuiſine.
Fondoient ſur mes debris l'eſpoirde
Ils ont pour tout venant des piéges
toujours preſts ?
Malheur à tout mortel qui tombe en
leurs filets !
Je paſſe icy les noms de tous ces
vieux Centaures
Qui ſont pour la jeuneſſe autant de
Minotaures.
Sans m'étendre ſi loin , il ſuffit à
mon coeur.
Det'inſpirer pour eux une éternelle
horreur . [médire ,
Jeneveux ences versny mordre ny
GALANT: 45
Er ma plume à jamais renonce à la
Satire.
Sans ce voeu que j'ay fait , il eſt vrays
cher Lycas ,
J'en connois qu'aujourd'huy je n'é
pargnerois pas ,
Sur qui j'exercerois ma fureur van
gereſſe ;
Sur tout , certains eſprits dont les
tours de foupleſſe ....
Maisnon , ſur ce ſujetje n'oſe m'expliquer
,
Peut-eſtre malgré moy j'irois les de.
maſquer ;
Un plus digne motif & m'anime &
m'inſpire , [dire ,
En qualité d'amy , j'ay cru te devoir
Que cette Academie en mille endroits
divers
Offre pourt'engloutir des gouffres
tous ouvertseg
46 MERCURE
Qu'ailleurs la politeſſe a choiſi ſon
azile ;
J'ay pris pour l'y trouver une peine
inutile.
Il ſemble que Ruſtan ait rendu general
:
Cet airqu'on voit en luy ſi groſſier ,
fi brutal
Ruſtan , dans ce Porttaitje n'attaque
perſonne ,
Ruſtan verradans peu la quarantiéme
Automne
Depuis que tous les jours ſon viſage
odieux
Dans ce funeſtelieuſepreſente ànos
yeux.
Là, comme ce Renard qui mangea
le fromage ,
Taciturne, ilattendles dupes aupaflage.
[art,
Il ſçait les attraper, il excelle en cet
GALANT. 47
Mais d'un tour different de celuy dự
Renard.
Aforce de flatter le Renard eut fa
proye ; Ece voye,
Ruſtan ne connoiſt point une fi dou
Ainſi que ſon abord fon langage eft
Chacun ſçait bien qu'en dire ,& moy
groffier ,
tout le premier.
bouche
Jamais un mot poli n'eſt ſorti de ſa
10
Le Ciel ne connoiſt pas un eſprit
plus farouche.
dans ſon jeu,
Qu'un coup en queſtion ſe trouve
D'abord fans raifonner on le voit
qui prend feu .
2.
3
, Vous vous faites , Monfieur , un
chagrin inutile ,
Pourquoy fur ce ſujet vous échauf
ferlabile?
46 MERCURE
Qu'ailleurs la politeſſe a choiſi ſon
azile ;
J'ay pris pour l'y trouver une peine
inutile.
Il ſemble que Ruſtan ait rendu general
:
Cet air qu'on voit en luy ſi groſſfier ,
ſi brutal
Ruſtan , dans ce Porttait je n'attaque
perſonne ,
Ruſtan verra dans peu la quarantiéme
Automne
Depuis que tous les jours ſon viſage
odieux
Dans ce funeſte lieu ſepreſente ànos
yeux.
Là , comme ce Renard qui mangea
le fromage ,
Taciturne , il attendles dupes au paffage.
[art,
Il ſçait les attraper , il excelle en ces
GALANT. 47
Mais d'un tour differentde celuy du
Renard .
Aforce de flatter le Renard eut fa
proye ; [ ce voye,
Ruſtan ne connoiſt point une fi dou-
Ainſi que ſon abord fon langage eft
groffier ,
Chacun ſçait bien qu'en dire,& moy
tout le premier.
Jamais un mot poli n'eſt ſorti de ſa
bouche
Le Ciel ne connoiſt pas un elprit
plus farouche.
Qu'un coup en queſtion ſe trouve
dans ſon jeu,
D'abord ſans raiſonner on le voit
qui prend feu .
Vous vous faites , Monfieur , un
chagrin inutile ,
Pourquoy fur ce ſujet vous échauf
fer labile ? 6
48 MERCURE
"

Luy dit- on , ſans qu'il faille icy
nous diſputer ,
Au ſentiment d'autruy l'on peut
s'en rapporter.
Nou,jen'écoute point lesfentimens
des autres,
Mes raisons à coup feur valent
mieux que lesvôtres ,
Dira-t- il bruſquement , & toujours
plusmutin
On n'a raiſonde luy que la force à
lamain. Ost
Si j'en crois le Public , Ruſtan dés
Enl'Artde friponner fit fon apprenfon
jeune âge ,
: tiffage . [goûte les fruits,
Depuis long temps , dit-on , il en
Et l'on voit tous les jours qu'il en a
bien appris .
Un jour à mes dépens , j'enrage
quand j'y penſe
J'en
GALANT:
49
J'enfis pour mes pechez la triſte experience.
le deſtin ,
Que maudit foit le jour , ou plutoſt
Qui me mit contre luy les Cartes à
lamain!
Nousjoüons, &bien-toſt la fortune
contraire (colere.
Eut épuisé ſur moy les traits de ſa
Par ſon ordre cruel , je vois mon
Faire un fautde ma bourſe en celle
pauvreargent
de Ruſtan ;
Mais c'eſt peu ; de mes mauxvoicy
quel fut le pire.
Contentde ſon profit mon homme
ſe retire.
Eh ! degraceluydis-je , une partie
Daignezen ma faveur vous faire
encor,
ceteffort.
Mars 1697. E
2
To. MERCURE
Me refuserez-vous ce trait de com
plaisance? תמה
Le brutal me répond par un morne
filence. [deffein,
Dans un tel procedé , j'entrevoy ſon
Et qu'il me quitte ainſi de crainte
qu'à la fin
Je n'aille de ſes doigts découvrir
:
l'artifice ,
derjuftice.
Et du vol qu'il me fait luydeman-
Alors , dans la fureur qui ſaiſit mon
eſprit ,
De mes juſtes regrets l'air au loin
retentit ,
Tandis que precedé d'une ſale lan
terne
Ruſtan ſecretement s'applaudit &
me berne ,
Et que pour fix deniers , juſques à
fon logis , :
GALANT.
Academic .
vie ,
Un gueux pris dans la ruë eſcorte
mes louis .
C'eſt ainſi que l'on vit dans cette
Deteſte-la , Lycas,& pour toure ta
Et croy que la pluſpart de tous ſes
partiſans ,
Ala lanterne prés , ſont autant de
Ruſtans .
Heureux , qui dégagé d'un intereſt
fordide ,
Neconnoiſt dans le jeu que la raiſon
pour guide ,
Etqui commeDamon s'attache à ce
plaifir (de loiſir !
Pour remplir ſeulement ſes heures
Jouer par ce motifeſt un noble exercice
,
Mais je hais tousles jeux fondez ſur
lavarice... 3
E ij
52 MERCURE
La raiſon en preſcrit , où pour ſe de
laffer ,
Un eſprit quelquefois adroit de s'exercer
.
On peut les pratiquer ſans eſtre mercenaire
,
Le tout dépenddu choix que chacun
Palamede dans Troye inventa les
Ce jeu preſque auſſitoſt fut connu
en ſçait faire.
Efchecs ,
chez les Grecs ;
Ileſt ingenieux , heureux que d'âge
en âge, [l'uſage .
On ait pû juſqu'à nous en conſerver
L'Hombre moins difficile a plus de
partiſans ,
Il s'eſt rendu fameux , & fur tout
dans cetemps
Où les Dames pour luy font pen
cher labalance.
GALANT.
Il feroit à couvert des traits de l'in
conſtance
S'il n'avoit point à craindre uu dangereuxrival.
[fatal
Pourluyle Tritrac ſeul eſtun écuëil
Je vois par tout des coeurs diſpoſez
ale ſuivre,
L'ignorer , felon eux , c'eſt ne ſçavoir
pas vivre.
Pour moy , fur tous les Jeux je
fupprime ma voix ,
Où l'intereſt n'eſt point je laiſſe un
libre choix.
Il en eſt toutefois que je voudrois
profcrire ,
Heureux , fi par mesvers je pouvois
les déruire !
Aquiconque les aime ils font perni
Ce fiecle m'en fournit mille exem
cieux ,
plesfameux.
٢٠
Eiij
14 MERCURE
De Joueurs entichis à dire Tope &
Tingue
Alcippe & Dorilas ſont les ſeuls
qu'on diftingue ,
Le reſte maudiſſant les Dez & le
Cornet (let,
Eprouve à l'Hôpital le deſtin de Ga-
Philargire & Clytus ne ſont pas
moins à plaindre ,
Aux Cartes , comme aux Dez, je
vois beaucoupàcraindre.
Qu'àjamais , cher Lycas , on ignore
ton nom
Dans ces Cercles nombreux qu'afſemble
Pharaon ,
Parmy les Lanſquenets , & tous ces
Jeux funeſtes ,
Qui font autant de traits des vangeances
celeftes,
Dans le nombre des maux que les
Dieux en courroux
GALANT. 55
Par les mains de Pandore ont tépandus
fur nous .
Je ne m'étonne pas que
vous- me demandiez la Re
queſte de M le Comte de
Clermont-Tonnerre au Roy:
Cette Requeſte a fait trop
de bruit &eft trop bien écrite
pourne vous avoir pas donné
l'enviede la voir. Je vous en
envoye une copie , dans la.
quelle vous verrez que tout
eque je vous ay ſouvent dit
de la grandeur de la Maiſon
de Clermont Tonnerres eft
veritable.gium .
:
G
E iiij
56 MERCURE
1
AU ROΥ.
SIRE ,
Toutes les actions de Voſtre
Majesté ſont autant de
preuves que le furnom de
Grand ne luy eſt pas moins
dû par ſa Juſtice que par ſa
Puiſſance , &que fon premier
foin eſt de maintenir chacun
dans ſes droits. Le Comte de
Clermont Tonnerre ofe avec
confiance luy demander juſtice
, perfuadé que Voſtre
Majesté , qui répand chaque
jour de nouvelles graces fur
GALANT. 57
fes Sujets , ne voudra pas luy
enlever des honneurs & des
biens qui coutent ſi cher à ſa
Famille , & qui luy ſont ſi legitimement
acquis. Les Charges
de Conneſtable & de
Grand-Maistre hereditaire de
la Maiſon de Monſeigneur
& de Madame la Dauphine
appartiennent au Suppliant à
titres ſi autentiques ; tes Anceſtresy
ont eſte ſi ſolemnellement
maintenus par les
Rois Prédeceſſeurs de Voltre
Majesté , qu'elle le jugeroit
indigne de ces glorieux Emplois
, s'il ne marquoit pas la
58 MERCURE
derniere ardeur à les confer
ver. Avant que la fameuſe
donation de Humbert II.
Dauphin de Viennois , de l'an
1349. cuſt fait paſſer le Dauphiné
aux Fils aînez des Rois
de France , les Dauphins ſe
trouvoient engagez dans une
guerre preſque continuelle
avec les Comtes de Savoye ;
l'avantage entre-eux dépendoit
du party que prenoit le
Seigneur de Clermont. Il
eſtoit alors Souverain , entretenoit
des Troupes , avoit
cinq Places fortifiées dans fes
Terres elles s'étendoient
2
GALANT. 59
bien avant dans le haut&bas
Dauphiné , & leur ſituation
limitrophe de cet Eſtar, & de
celuy de Savoye , ne permet
toit pas à ces deux Princes de
rien oublier pour mettre le
Seigneur de Clermont dans
leurs intereſts . Aprés avoir
reciproquement eſſayé le fes
cours des Alliances ordinaires
pour s'attacher le Seigneur
de Clermont , Humbert
Dauphin s'aviſa pour
fixer Aynar de Clermont ,
-d'un expedient qui paroiſtra
fans doute extraordinaire , &
qui cependant luy réuffit.
60 MERCURE
Aynard ſe trouvoit en même
temps tenir à la Maiſon de
Savoye par Beatrix de Savoye,
dont il eſtoit Fils, & à la Maiſon
du Dauphin par Guigues
Dauphin , dont leGrand-pere
d'Aynard de Clermont avoit
épousé la Soeur. Le Dauphin
fit propoſer à Aynard de
renoncer à la Souveraineté
pour ſe rendre ſon Vaſſal.
On aura peine à s'imaginer
des équivalens proportionnez.
LeTraité en fut pourtant
conclu entre eux en 1340.
Par ce Traité Aynard de Clermont
donna ſes Terres au
GALANT. 61
Dauphin , & convint de les
reprendre pour les tenir de
luy & de ſes Succeſſeurs en
Fief. Il quitta le Dauphin de
quatre cens Florins qui luy
eſtoient dûs pour l'augmentation
de dot de la Soeur du
Dauphin de Guigues , & de
cent Florins d'or , que le Scigneur
de Clermont avoit
droit de prendre chaque année
ſur les Aides de S. Marcelin.
Il renonça au droit qu'il
avoit de mettre des impoſts à
l'entrée de ſes Terres , & de
faire paſſer le ſel neceſſaire
pourla fourniture de ſes Su
62 MERCURE
jets exempts de Gabelle. Il
abandonna pluſieurs autres
ſommes & droits tres confiderables
par rapport au
temps , énoncez dans le Traité
, dont Voſtre Majesté joüit
preſentement. Enfin Aynard
de Clermont rendit le Dauphin
maiſtre du Chaſteau de
Voyreppe , de cinq Places
fortifiées , & luy remit ſes
Troupes ,&toutes ſes muni
tions de guerre . Le Dauphin
pour récompenfer Aynard ,
luyrendit les mêmes Terres ,
pour les relever en fiefde luy
& de ſes Succeffeurs , & proGALANT.
63
,
mit par ceTraitéque les Seigneurs
de Clermont tiendroient
toujours le premier
rang dans ſes Estats , & la premiere
place dans le Conſeil
desDauphins. Il créa en faveur
d'Aynard de Clermont
& de ſes Succeſſeurs , deux
Charges hereditaires à perpetuité;
l'une de premier Capitaine
des Armées des Dauphins
, & l'autre de Grand-
Mantre de la Maiſon desDauphins
& Dauphines , qui ſont
&feront àperpetuité.Ce ſont
les propres termes du Traité.
Le Dauphin promet , que fa
64 MERCURE
H
par la guerre faite auComte
de Savoye , le Seigneur de
Clermont , ſes Succefleurs ,
ou ſes Gentilshommes &
Vaſſaux , perdoient les reve.
nus qu'ils ont dans les Estats
du Comte de Savoye, & le fief
d'Aiguebelette , dont les
Comtes de Savoye ſe ſontdepuis
emparez , le Dauphin &
ſes Succeſſeurs feroient obligez
de donner au Seigneur de
Clermont autant en revenu ,
juſqu'à ce que leſdites Terres
ayent eſté rétablies. Le même
Traitéporte, Que leDauphin in
vestitAynard de la premiere de ces

GALANT, 65
Charges ,en luy mettant entre les
mains une Lance , où pendoit un
Guidon chargédesArmes duDauphin,&
leDauphin en luy donnant
un Anneau d'or,le baiſa
à la bouche . Le St de Clernmont
pour faire une derniere
fonction de Souverain avec
le Dauphin , ſe donnent reci.
proquement , & aux Officiers
Sujets l'un de l'autre ,abolition
de tout le paffé. Et pour
rendre ce Traité auſſi ſolemnel
qu'inviolable , il fut ratifié
& cautionné par les vingtcinq
Seigneurs du Dauphiné
les plus confiderables . Le
Mars 1697 . E
66 MERCURE
Dauphin & le Seigneur de
Clermont enjurerent l'execu.
tion ſur les ſaints Evangiles ,
& ſe ſoumirent à la confiſcation
de leurs Etats & Biens , fi
eux ou leurs Succeſſeurs y
contrevenoient. Ce fut neuf
ans aprés ce Traité que
le même Humbert Dauphin
donna aux Rois de France,
Predeceffeurs de Voſtre Majeſté
, & à leurs Fils aînez , le
Dauphiné ſous les conditions
qui s'y trouvent exprimées ,
& dont la principale eſt de
fatisfaire à toutes les obligations
dans lesquelles le DauGALANT.
67
phin eſtoit entré. Cette condition
a eſté ſolemnellement
acceptée par les Predeceſſeurs
de Voftre Majefté en ce qui
regarde les Seigneurs deClermont.
Lors que Charles V.
Fils aîné du Roy Jean , & premier
Dauphin de France, prit
poffeffion du Dauphiné en
execution de la Donation du
Dauphin, il reçut l'hommage
de Geoffroy de Clermont en
1349. & promit & jura fur les
Saints Evangiles , pour luy
&pour ſes Succeſſeurs , d'obferver
toutes les clauſes du
Traité fait en 1340. entre
(
Fij
68 MERCURE
Humbert Dauphin , & Aynard
de Clermont , qui fut
dans cette vûë tranſcrit au
bas de cet Acte d'hommage.
Louis , Fils aîné de Charles
VI. reçût comme Dauphin
l'hommage d'Aynard deClermontV.
du nom , de la méme
maniere en 1411. & Louis Dauphin
, qui fut depuis Louis
XI . celuy d'Antoine de Clermont
en 1447. Le Roy Charles
VIII. trouvant la forme
&les conditions de cet hommage
extraordinaires , voulut
eſtre informé à fonds du Traité
de 1340. & aprés en avoir
GALANT. 69
examiné la verité , l'importance,&
les clauſes,il reçut en
perſonneà Lyon , l'hommage
de Louis de Clermont Chambellan
de France , & fit expedier
le 2. de Decembre 1495 .
des Lettres de ratificationdes
Conventions jadis accordées
entre Humbert Dauphin , &
Aynard de Clermont. En
1547. Henry II. érigea en
ComtélaTerre de Clermont,
&confirma expreſſément par
les Lettres d'Erection tous les
Droits appartenans aux Seigneurs
de Clermont. Charles
IX. honora Henry Comte de
70 MERCURE
Clermont , d'un Brevet en
1571. pour faire eriger le Comté
de Clermont en Duché
Pairie de France; mais la mort
deHenry qui fut tué au Siege
de la Rochelle , Commandant
l'Armée , Gouverneur
du Bourbonnois , Capitaine
de la Compagnie de l'Ordonnance
du Roy , Chevalier de
l'Ordre , empêcha l'entiére
conſommation de cette Grace
, & laiſſa Charles Henry,
Comte de Clermont & de
Tonnerre ſon Fils , âgé de
trois ans , Triſayeul du Sup.
pliant. François Comte de
GALANT. 7t
Clermont & de Tonnerre ,
Ayeul du Suppliant , a renouvellé
cet ancien Contrat , par
l'hommage qu'il rendità V.
M. en 1646. Les Officiers de
la Chambre des Comptes refuférent
de recevoir cet hom-
_mage , il falut plaider à l'Audience
, & rapporter le Traité
en Original de 1340. contre
lequel le Procureur General
ne pouvant tenir , aprés avoir
épuisé tout ce que l'eſprit peut
offrir de fubtilitez pour éluder
, fut obligé de reconnoiſtre
dans ſon Plaidoyé en termes
exprés la Souveraineté
72 MERCURE
les Droits de la Maiſon de
Clermont ; & de fon conſen.
tement , &de toute la Chambre,
le Comte de Clermont
Tonnerre fut reçû à rendre
hommage de ſes Charges de
Capitaine & de Grand- Maiſtre
hereditaire , conformement
au Traité de 1340. fait
entre Humbert Dauphin , &
Aynard de Clermont. Cependant
malgré la foy d'unTraité
ſi ſolemnel , tant de fois ratifié
par le Predeceſſeurs de
V. M. & dont la religion des
fermens a rendu Dieu même
fi
en quelque ſorte le garant ,
les
GALANT. 73
:
les Officiers deMonſeigneur ,
& de feuë Madame la Dauphine,
n'ont point prefté Serment,
ny fervy ſous les ordres
du Suppliant , ainſi qu'ils de- .
voient faire en ſuivantles termes
formels du Traité. Sa Dignité
de Conneſtable & de
Grand Maistre hereditaire de
la Maiſon des Dauphins &
des Dauphines , qui font &
feront à perpetuité , demeureroit
à jamais aneantie , s'il en
elt dépoüillé , ſous le regne
équitable de V. M. qui fouvent&
fansen croire qu'Elle ,
a fçû faire juſtice contr Elles
Mars 1697. G
1
74 MERCURE
même à ſes Sujets . V. M. à
qui les moindres choſes ſont
preſentes , aura la bonté de ſe
ſouvenir, que lors qu'Elle établit
la Maiſon de feuë Mada
me la Dauphine , le Suppliant
uphine
preſenta ſon Placet , & demanda
les fonctions de ces
Charges ; V. M. luy promit
justice. Il a regardé la parole
inviolable comme un Titre ;
mais le reſpect , & la conjoncture
des temps , ont fait croi .
re au Suppliant qu'il ne pou
voit pas en preſſer l'execution,
&reprefenter ſonTraité, fans
s'oppoter aux volontez de V.
GALANT. 75
Mdans le choix des Officiers
qu'Elle avoit donnez à feuë
Madame la Dauphine , qui
devoient tous prêter ferment
entre les mains du Suppliant
pour exercer leurs Charges .
Le ComtedeClermont Ton.
nerre ne prétend point repreſenter
icy , que ces Charges
dans lesquelles il demande à
eftre maintenu , coûtent à ſes
1
Anceſtres la Souveraineré , le
plus cher objet des voeux des
hommes. Le Suppliant ne
croit pas même avoir trop
acheté à ce prix l'honneur de
naiſtre Sujet de V. M. & deيده
Gij
76 MERCURE
gouter les douceurs d'une
obeïſſance fur laquelle Elle
ſçait répandre plus de charmes
que la fortune n'en peut
attacher au Commandement
abſolu. Si la Loy naturelle
oblige le commun des hommes
à l'execution ſcrupuleuſe
de leurs conventions , Vôtre
Majefté ne de croira point
permis de ſe diſpenſer de l'e
xecution de ce Traité , parce
qu'elle le peut eſtant le Maî.
tre. Elle ne manquera jamais
de ſe remettre devant les
yeux , que ce Traité de 1340.
aeſté univerſellement utile à
GALANT. 77
fes Predeceffeurs , & onereux
aux Seigneurs de Clermont.
CeTraité porteune Infeoda
tion qui fait fubfſiſter éternel.
lement l'engagement recipro.
que du Seigneur& du Vaſial ,
&donne au Suppliant lieu de
tout attendre de la juſtice de
V. M. quand Elle ausa eu la
bonté de ſe faire inſtruire à
fond de cette affaire. Si des
raiſons , dont ſa ſageſſe ne
doit point de compte , luy
font croire qu'il conviendroit
mieux d'indemnifer le Sup
pliant par des honneurs équi.
valens , il eſt preſt de les
Giij
78 MERCURE
recevoir comme une gra
ce , & d'en laſſer la fixation
à la Juttice , & aux bontez
de Voſtre Majesté , qui
tient en ſes mains bienfaitantes
mille moyens de dédommager
de la perte d'une Souveraineté,
de tant de droits &
biens , le plus ſoumis de tous
ſes Sujets Le Comte deTonnerre
remetà Voſtre Majesté
la copie du Traité de 1340.
fait entreHumbertDauphin,
&Aynard de Clermont, tous
les Hommages rendus en
confequence aux Fils aînez
de France, avec la ratification
GALANT. 79
des Rois , l'Hommage rendu
à Voftre Majesté , lesquelles
pieces ſont tirées des Origi .
naux de la Chambre des
Comptes de Voltre Majesté
àGrenoble, & collationnees
par ſes Secretaires .
M' l'Evêque Duc de Langres
, Pair de France , aprés
avoir fait ſon entrée , & pris
poffeffion de ſon Eglife Cathedrale
, ſuivant les ceremonies
ordinaires , & conſacré
ſes premiers jours par la viſite
des Egliſes Paroiſſiales , l'adminiſtration
du Sacrement
Giiij
80 MERCURE
:
de Confirmation , la fain
te Ordination , & pluſieurs
Predications en l'Eglite des
Peres Jeſuites , & autres
lieux , avec l'admiration de
tout le monde , & l'édification
publique , ſe rendit à
Dijon ſur la fin du mois paſſé,
comme eſtant la Capitale de
la Province de Bourgogne ,
& le Siege du Parlement en
ſon Dioceſe . Ce Prelat y fut
receu avec toutes les marques
d'eſtime qu'il devoit attendre
de ſon merite & de la reputation
qu'il s'eſt acquiſe.
Pluſieurs perſonnes de la pre :
1
GALANT. 8
miere qualité allerent au devant
de luy. Le Parlement
luy envoya des Deputez de
fon Corps pour le complimenter
Le premierPreſident,
tous les Preſidens , & autres
principaux Officiers desCompagnies
luy rendirent les mêmes
devoirs à l'envi. Le Clerge
Seculier & Regulier ſe diſ.
tingua pareillement. Ce Prer
lat répondit avec toute la reconnoiſſance
poſſible à tant
de juſtes & honorables empreſſemens.
Il leur rendit vifite
en leurs maifons , les regala
dans la fienne durant
T
82 MERCURE
trois ſemaines de ſejour , &
alla auſſi manger chez les
principales perſonnes quil'avoient
invité. Tout ſon temps
aetté employé en fonctions
Epifcopales & hierarchiques,
de Predications & de viſites
des Egliles,où Dieu beniſſant
ſon travail , on peut dire que
ce Prelat a trouvé le moyen
de conſerver l'autorité Epifcopale
. & d'établir la diſcipline
de concert & d'intelligence
, ſans que la paix ait
efté troublée , à la fatisfaction
commune du Clergé ,
des Magiftrats , & du peuple
GALANT. 83
de cette grande Ville.
Le titre de la Piece que
vous allez lire , vous fera voir
-que les Sçavans ont toujours
des raiſons preftes pour fou.
tenir leurs opinions.
SECONDE REPONSE
d'uneExplication nouvelle d'un
Paffage de Virgile.
A MONSIEUR ***
E
groffit contre mon Virgile.
Je ne vois qu'une partie
adverſe qui ſe declara au mois
de Novembre dernier. En
84 MERCURE
voicy deux autres , & de nou
velles écritures qui viennent
de paroiſtre au mois de Janvier;
mais ce ſurcroiſt de Parties
& d'Ecritures ne me paroiſt
pas affoiblir ma cauſe.
Ainſi je perſiſte toujours dans
mes concluſions , qu'on ne
peut entendre dans le Vers
de Virgile ,
Inde Lupa fulvo nutricis teg.
mine latus
Romulus , &c. ny la peau de
la Louve , ny celle d'un Loup,
ny le deſſous du ventre de la
Louve ; & que mon lens nou
veau est vrai- ſemblable, ſca,
GALANT: 85
voir , que la Louve , pour
remplir les deux devoirs d'une
Nourrice , outre qu'elle
allaitoit Romulus , l'emmaillottoit
encore, pour ainſidire,
en le couvrant de feilles.
J'ay répondu à la Lettre du
mois de Novembre ; je vay
faire des remarques & des reflexions
au ſujet des deuxLet.
tres du mois de Janvier. A de
nouvelles attaques il faut de
nouvelles défenſes . :
L'effort le plus confiderable
qu'ony fait contre moy,
c'eſt de dire que Romulus
ayant efté nourri par une
86 MERCURE
,
Louve , la raiſon veut qu'ir
porte la peau de cette Louve.
Il faut avoüer que la maniere
d'envilager les choles est bien
differente dans les eſprits ;
car pour moy je penfe icy
tout autrement & je tiens
au contraire , que parce que
Romulus a eſté nourri par
une Louve , la raiſon ne veut
pas qu'il porte la peau, ny de
cet animal , ny de cette nour.
rice. Je ne dois pas repeter ce
que j'ay déja dit ſur cet article
dans mes deux Lettres
precedentes ; mais j'ay des
additions à y faire. En hon fta
GALANT. 87
Litteratorum oblectamenta Voila
, dit on , les plaisirs honnestes
que prennent les gens de Lettres.
Il me temble donc qu'il n'y a
déja que trop du Loup dans
la maniere dont Romulus a
eſté nourri , ſans pouffer la
choſe plus loin. Il n'y a que
trop du lait de la Louve , ſans
yjoindre encore la peau. Je
regarde cette Louve comme
une nourrice indigne de Romulus.
Qu'Achille ait eſté
nourri de la moëlle d'un Lion,
cela aide au Heros. Le Lion
eſt un animal noble , le Roy
même des animaux ; mais la
88 MERCURE
:
Louve eſt un animal infame,
'horrible , & l'opprobre des
animaux. On va à la chaffe
du Loup avec quelque indignation
, à deſſein de détruire
Cette vilaine & hideuſe beſte,
dontonvoudroit pouvoir exterminer
la race: au lieu qu'
on ne va à la chaſſe des autres
beſtes que par le ſeul plaifir.
On feroit tres fache d'en faire
perir l'eſpece. Tour ce qui
ſe diftingue dans la Louve ,
c'eſt d'avoir furmonté ſa ferocité
naturelle , & la voracité
toujours cruelle , pour allaiter
& nourrir des Enfans
GALANT.8g
qu'on s'attend qu'elle va devorer
comme ſa proye. Virgile
ajoûte dans le bouclier
d'Enée que Vulcain fit à la
priere de Venus , que cette
Louve aufli le careſſoit.
- Illam veluti cervice reflexam
Mulcere alternos , fingere corpora
lingua,Ancid.
Hors de cette fingularité furprenante
qui ſe fait remarquer,
quelle dangereuſe nourtiture
pour Romulus que le
lait d'une Louve ? N'y atil
pas tout ſujet de craindre
qu'un tellait ne faſſe une im,
preffion brutale dans le ſang.
Mars 1696. H
1
१० MERCURE
&ce ſang dans les paſſions?
Le Poëte ſemble remarquer
cet effet crueldans Romulus;
car incontinent & au même
endroit , il rapporte le raviſſement
des Sabines .
--Raptas fine more Sabinas .
Factum improbum , dit un ſçavant
Interprete , comme fi
c'eſtoit l'action cruelle d'un
Loup emportant des agneaux.
Auſſi pour corriger le cours
&le venin de cette vicicuſe
nourriture , les Hiſtoriens
ajoûtent à la Louve des Poë
tes , lupe nutricis Acca Laurentia
, Femme de Fauftulus ,
GALANT وا
comme une ſeconde nourrice
ſubſtituée à la premiere ,
qui formaſt dans Romulusun
nouveau ſang , & qui luy fift
recouvrer un temperament
humain, lequel avoit eſté alteré
& corrompu par le lait
d'une Louve. Outre l'oppofition
remarquable d'une
Femme à une Louve , il y a
de plus celle- cy , c'eſt qu'elle
eſt la Femme d'un Berger.
Or les Bergers font incompatibles
avec les Loups. Heureux
& falutaire moyen par
cette ſeconde nourrice , pour
faire queRomulus fuſt appris
Hij
92 MERCURE
à ne rien tenir de Loup , & à
n'avoir plus , s'il ſe peut , que
des mouvemens de la nature
humaine. Je trouve que la
memoire de la Louve n'eſtoit
pas comparable parmy les
Romains , à celle de la Femme
de Fauſtulus , parce qu'on
trouve dans le Calendrier de
l'ancienne Rome , une Feſte
nommée Larentia , laquelle ſe
celebroit au dernier jour d'Avril
, à l'honneur de cette ſeconde
nourrice , Femme de
Berger , &qu'on n'y en trouve
point pour laLouve, premiere
nourrice deRomulus;
GALANT.
93
car les Lupercales du mois
de Fevrier n'ont aucun rapport
à cette Louve. C'eſtoit
au contraire une Feſte du
Dieu Pan , que Virgile nomme
-Ovium cuftos , qui garde
les Brebis, &les defend du loup .
Il n'ya donc nulle apparence
que Romulus portaſt une
peau de Louvechez un Berger
, où il auroit eſté l'épouvante
d'un grand beſtail , &
où ilauroit couru riſque luymême
d'eſtre déchiré par les
chiens de Fauſtulus . Mais
peut- eſtre qu'il ne porta cette
peau de Louve que lors qu'il
-
94 MERCURE
fut Roy ? Quelle figure , quel
caractere pour le premier
Roy des Romains ! Quoy , le
faire reſſembler àLycaon , ce
cruel Roy d'Arcadie ! Fit lupus
,dit Ovide au 1. livre de ſes
Metamorphoſes . Il y avoit
raifon pour ce Prince méchant
& impie , en qui il n'y
avoit aucun reſte d'humanité
; mais il n'y a pas le même
ſujet pour Romulus . Il n'eſtoit
pas fans defauts , mais il
n'avoit pas les vices énormes
de Lycaon. Auffi , dira ton,
ya-t- il de la difference. L'un
devint Loup , fit lupus : & l'au
GALANT,
95
tre porte ſeulement une peau
de Louve. N'importe , une
peau de Louve donne la refſemblance
d'une Louve , défigure
la perſonne , la rend
hideuſe , & cauſe de l'horreur
& de l'averſion . On diroit
auſſi que la Metamorphofe
de Lycaon ne conſiſte que
dans une peau de Loup.
Fit Lupus , & veteris fervat
veftigia forma .
Canities eadem est,cadem violentia
vultus ,
Iidem oculi lucent.
Cefont
Cefont les mêmes traits d homme,
fon mêmepoil grifon ,son visage
:
96 MERCURE
toujours horrible ,ſes mêmesyeux
ardens .
Pour moy ,je ne puis ſouf
frir que Romulus devienne
un Lycaon ; que gardant fa
teſte & les yeux , que gardant
fon même corps , les mains&
ſes pieds , il foit couvert d'une
peau de Loup , qui faſſe dire
fic Lupus; d'autant moins encore
, que le fort de Lycaon
s'étendit à la déſolation de fa
Maiſon , occidit una domus ; &
Romulus devoit fonder un
1
Empire redoutable mavortia
condet mænia. Je ne puis con.
ſentir non plus que par cette
peau
GALANT.
197
peau de Loup ſur luy , il défigure
fi fort l'air & le caractere
, qu'Homere , legrand original
de Virgile , donne à ſes
Rois , qu'il nomme Poimenes
laon, des Paſteurs , des Bergers
c'eſt à dire , ennemis des
Loups. Enfin , pour couper
court, ſans étendre davantage
la peau de la Louve , je dis
qu'on peutvoir dans Vigenere
parmy les Figures de fes
Antiques , celle de Romulus
habilléen Roy & en guerrier.
Y trouve ton là la peau de la
Louve , comme on trouve la
peau durion dans les Statuës
Mars 1697: I
9 MERCURE
*d'Hercule ? Ce devroit eſtre
là ſa place : cependant cette
peau de Louve n'y eſt point.
On y voit bien une teſte du
haut de ſa poitrine, &à cha
cune de ſes jambes une teſte
encore toute ſemblable; mais
cette teſte n'eſt pas celle de
la Louve. Que l'on compare
cette teſte de Thabillement
de Romulus avec celle de la
Louve , repreſentée en figure
entiere au même volume de
fon Tite-Live , on la tronvera
tres -differente. Deplus, il ya
dans l'habillement d'Ancus
Marcius une teſte faite tout
GALANT وو
*de même que celle qui eſt
dans l'Effigie de Romulus :
oril n'y a rien dans la perfonne
& dans le regne de ce
quatriéme Roy des Romains,
qui ait induit à repreſenter là
- une tefte de Louve.
2
On me fait toujours les
difficultez fur ce que j'ay
•avancé que la Louve eſtoit
* un animal de mauvais augure.
Je croyois en avoir aflez dit
fur cet article , pour que l'on
en duſt eſtre content , mais
enfin puisque fuperflua nonnocent,
voicy encore une appendice
à ce ſujet. Il ne ſe peut
Lij
100 MERCURE
rien de plus formel que ce
que ditHoracedans ſonOde
23. au Livre 3. Rava decurrens
Lupa Lanuvino. Qu'ilrencontre
une Louve rouffe descendant de
Lanuvium. Cette rencontre
eſt qualifiée de luy ,Omen , un
mauvais préſage. L'autre remarque
eſt tirée de Virgile ,
qui dit que le Loup eſt un
animal nocturne . Nocturnus
obambulat. Auffia-t-il des yeux
faits pour la nuit. Ils éclai
rent comme deux chandelles
affreuſes , qui épouvantent&
qui faififfent ceux
qu'elles furprennent. On
GALANT. JO
dit qu'on en perd quelquefois
la voix. C'eſt que l'effort
qu'on fait à crier fubitement
aprés le Loup, élevant
& abaiſſant violemment les
poulmons , les peut ulcerer ,
& qu'une extraordinaire abondance
d'air ſe tranſmet
tant dans les arteres , offenſe
les muſclesdeſtinez au mouvementde
la langue. Ils ferelâchent
enfuite , & il ya
moins d'eſprits , ce qui cauſe
une privation dela voix. Un
fi affreux ſpectacle de nuit ,
& ayant des effets ſi terribles,
ne sçauroit eſtre que de tres-
I iij
102 MERCURE
méchant augure. Lors que
Jupiter veut épouvanter Turnus
, & luy faire paroiſtre un
mauvais augure , il luy en
voye une Furie , qu'il dit eſtre
Sara nocte , iſſue de la nuit ;&
il luy fait prendre la figure
d'un oiſeaudenuit.
Alitis in parvafubito collecta
figuram , &c.
Noctefedens, Aneid. 12.
J'infere de tout cequeje viens
de remarquer ; que ny la Louve
, ny le Loup ne doivent
eſtre ſoufferts ſur la perſonne
de Romulus , & le
Loup encore moins que la
GALANT. 103
Louve ; car enfin l'une eſt
nommée , & l'autre ne l'eft
pas. Dedire que l'individueſt
mis là pour l'eſpece , c'eſt ce
qui ne ſe peut comprendre.
Où il eſt parlé d'une femelle,
on ne peut pas la prendre
pour le maſle. Une Louve
n'eſt pas un Loup. De plus ,
c'eſtune Louve nourrice , Lupa
nutricis. Un Loup ne peut pas
eſtre nourrice. Ainfi demeurant
d'accord qu'on ne peut
pas icy entendre la peau de
la Louve , & celle d'un Loup
luy pouvant eſtre, encore
moins ſuſtituée, il faut necef-
1.
I iiij
104 MERCURE
fairement chercher un autre
fens qui convienne au ſujer.
Je l'ay propoſé, ce ſensnouueau;
ſçavoir d'entendre par
tegmine , non une peau d'animal
, mais une couverture de
feüilles. Ce ſens eft propreà
une nourrice , de tenir enve
lopé ſon nourriçon , & il eſt
propre auſſi à la Louve par fon
inſtinct , qui la porte à couvrir
de feüilles ſa proye. J'en
ay déja allegué un exemple
dans l'eſpece des beſtes ; j'y
joins celuy-cy , qui n'eſt pas
moins ſenſible dans l'eſpece
humaine. Une Dame me dit
L
GALANT. τος
il n'y a pas longtemps ,qu'eſtant
àla canıpagne , ſon petit
Laquais s'endormit dans
un bois au pied d'un cheſne.
Un Loupl'apperceut, & s'approcha
de luy pourle couvrir
de feüilles, ce qu'ayant fait, il
s'avança dans le fort du bois
en hurlant pour appeller
d'autres Loups , à deffein de
leur faire part de ſa proye.
Ce hurlement éveilla en ſurfaut
ce petit Laquais , qui ſe
trouva tout couvert de feüilles.
Sa frayeur le porta auflitoſt
à grimper au haut de
l'arbre . Timor addidit alas , &
106 MERCURE
bien luy en prit ; car il vit ar
river ſon Loup en compagnie
depluſieurs autres Loups, qui
le cherchoient pour en faire
unbon repas. Il n'y a dans ce
ſecond exemple d'autre diffe.
rence d'avec celuy de Romu.
lus, ſinon que le Loup couvrit
de feüilles ce petit garçon
pour le cacher ,& le manger
enfuite le croyant mort : au
lieu que la Louve avoit couvert
Romulus qu'elle nourriſſoit
, afin de luy conſerver
une vie qu'il tenoitd'elle. On
me demande où la Louve
trouva des feuilles ,& fi c'eſt
GALANT. 107
fur la rive du Tybre ? Je dis
que c'eſt dans le bois où elle
avoit laiſſe ſes petits , & où
elle porta Romulus,petitEn.
fant. On demande en particulier
où je trouve des feüilles
decheſne , parce quej'en
tire une induction glorieuſe
pour Romulus. Je répons que
les feuilles de cheſne font
dans les bois où ſe retirent les
Loups. Cetre allegation le
prouve pour le Pays Latina
Horace dit qu'il rencontra
dans la Foreſt Sabine un
grand Loup, plus terrible qu'-
aucun autre qui fuſt dans la
108 MERCURE
guerriereApulie,toute couverte de
cheſnes. Quale portentum , neque
militaris Daunia in latis alic
efculetis. Ons'arme aufli de la
grammatication contre moy,
& on me dit qu'il n'y a dans le
Vers de Virgile que tegmine ,
&non pas tegminefrondis.Mais
qui ne ſçait que dans les Poë
res,&dans Virgile luy même,
l'expreſſion eſt ſouvent coupée
pour la ſtructure & lame
fure du Vers ,& qu'un mot en
préſuppoſeun autre.
-Inque feri curvam Compagnius
alvum
Contorfit.Il lança contre les flancs
GALANT. 109
du cheval. Feri ne ſignifie pas
un eheval , mais il faut fuppofer
equi pour le ſens , parce
qu'il eſt parlé en cet endroit
de la machine nommée le
Chevalde Troye. Ainſi pourquoy
ne pas ſous- entendre
aprés tegmine des feuilles , puis
que le ſujet y conduit , par
tant de raiſons cy-devant alleguées
; même en François ,
un Pays couvert , s'entend couvert
d'arbres . Il n'y a que le
terme couvert, mais ce terme.
là ſeul fait qu'on ſuppoſepour
le ſens un autre terme, ſçavoir
celuy d'arbres. Il s'agit icy d'u
NO५
MERCURE
ne couverture , tegmine , couverture
qui vient d'une Louve.
Qui empêche qu'on n'en.
tende couverture de feüilles ,
parce que c'eſt l'unique couverture
que peut faire la Louve
, & qu'elle a de coutume
de faire . On continuë de
m'objecter quefulvo n'eſtpas
l'épithete des feuilles. Je l'avouë,
des feuïlles qui font encore
ſur l'arbre . Je le nie de
frondibus deciduis , des feuïlles
qui font tombées.C'eſt lamé.
mecouleur qu'on leur donne
lors qu'on les fait ſervir d'ornemens
dans des ouvrages de
GALANT: 11
fin
Sculpture, foit en pierre, ſoit
en bois ; car on ne les met
pointen verdure , mais cou.
leur d'or , pour deſigner une
plus grande durée,&où iln'y
ait point de changement. Enon
ne veut point que latus
foit unterme de préſage. Je
pourrois oppoſer à cette ne.
gative l'autorité de Feſtus ,
qui le ditpoſitivement ; mais
je puis en particulier le ſoutenir
par un exemple de Virgile.
Qu'on life dans ſa quatriéme
Eglogue ce qu'il dit
d'un celebre Enfant : Incipe,
parve puer,rifu cognofcere , &c.
112 MERCURE
Le ris eft là dans ſa ſuite un
terme de préſage. Pourquoy
dans le même Poëte , latus ne
le feroit- il pas pour un autre
Enfant encore plus illuſtre ,
ſçavoir Romulus , & qui eft
regardé dans un avenir d'une
puiſſance & d'une gloire extraordinaire
Voilà,Monfieur,
toutes les manieres dont mes
feuïlles ont eſté agitées , &
comment elles réſiſtentà di
vers vents , ſans qu'aucun
puiſſe les emporte
Folia haud allis labentia ventis.
Je vous baile tres-humblement
les mains, & fuis toujours,
&c .
GALANT 113
Voicy des Vers qui ſont de
ſaiſon ,puis que la ſainteté du
temps où nous fommes, nous
porte à ſonger que lemonde
n'a que de faux plaiſirs àfaire
goûter à ceux qui s'attachent
à ſes Maximes.
EPISTRE.
St -il poffible , Arcas, que ton
i
Refuſe d'obeir àla voix qui l'appelle,
Et que d'un Dieu benin mépriſant
lesfaveurs,
Elle ferme l'oreille à ſes Prédica-
Vainement dans la Chaire Oronte
teurs ?
fuë & tonne
Mars 1697. K
114 MERCURE
Tu ris ſous le chapeau des peines
qu'il ſe donne ,
Et ſes raiſonnemens , ſi propres à
toucher ,
Du ſein des volaptez ne peuvent
t'arracher.
N'apprehendes-tu pas que le Ciel
équitable
Contre toy ne fulmine un Arreſt
... formidable,
Et que fon bras atmé par tes excés
honteux ,
T
Ne te force à gemir fous un joug
rigoureux ? 50A
Dans ce bourbier profond , où ton
Ame fe noye ,
L'Enfer à tout moment en peut
faire ſa proye ,
D Avide, insatiable,& preſt àt'engloutir,
fentir .
Il attend quele Ciel y daigne conGALANT
S
Préviens ce triſte aveu par un regret
fincere ;
De ton Maiſtre offenſé deſarme la
colere.
Le coeur grosde ſoupirs , & brifé de
douleur
Cours te précipiter aux pieds d'un
Confeffeur.
Là faiſant de ta vie un narré veritable
, [t'accable ;
Rejette loin de toy le fardeau qui
Tourne le dos au monde , & renonce
à jamais
A ce fier Ennemi du calme &de la
hond paix
Les coeurs infortunez qui fuivent ſes
maximes
D'un chagrin érernel ſont les triſtes
victimes ,
Le defordre en tout temps regne
dans leurs defirs,
Kij
16 MERCURE
Ils ne goûtent jamais de tranquilles
plaifics.
Plus vite qu'un éclair leur felicité
pafle ,
Un moment les éleve , un moment
les terraffe.
Les exemples ſuivans à tes yeux preſentez,
Teferont convenir de tant de ve
ritez.
Vois-tu ce malheureux , que fa
vangeance guide?
Plein de haine & de joye il court à
l'homicide,
Tandis que le remords abhorrant
fon deffein ,
Avec tous ſesAſpicss'emparede ſon
ſein.
Cet autre qui languit fousles loix
de l'Envie Po
GALANT. 117
Trouvede la douceur à diffamer ta
vie;
Maisde ſa paſſion infortuné martyr,
Il ſouffre plus de maux qu'il ne t'en
fait ſentir.
Malgré ſon ſang abjet, & fa vertu
commune ,
Criſpe voit tout un peuple adorer
7
ſa fortune ,
Al'encens qu'on luy donne il ſe
laiſſeenteſter,
Tout rempli de luy-méme il croit
le meriter,
Dans ſa grandeur naiſſante il ſe
perd, il s'oublie,
A
[lie.
Et ſon orgueil outré dégenere en fo-
Pour ſurcroift de malheur il apprend
que lamort
Ayant de ſon Patron terminé l'heureux
fort ,
118 MERCURE
Dumême coupde faux l'a fait cheoir
dans l'orniere,
Où jadis , vil Inſecte , il receut la
lumiere ןמ
S
it
Deſon ambition Claude prenant
la loy ,
Atoute heuredu jour ſe trouve chez
leRoy.
Sice Prince occupé des ſoinsde fon
Empire,
Le voyant dans fa chambre,oublie à
luy fourire ,
Rêveur, confus , dolent, il ſe ronge
les doigts ,
Et ce rien imprévů le réduit aux
abois, S
Cebrave General , tout rayon
nant degloire,
Qui voloit autrefois de victoire en
victoire ,
ر
GALANT9
Aujourd'huy prifonnier
chargé de fers ,
2
vaincu
Voit jaunir ſur ſon front ſes Lauriers
les plus verd's.
&
Ce Juge eſt obligé par fes foles
dépenfes ,
Devendre au plus offrant fon Ame
&ſes Sentences ;
Mais les cris du public , indigné
contre luy ,
Ne le laiſſent jamais fans crainte &
fans ennuy.
Gejeune Chevalier prés de cette
Coquette
N'a pas aſſurément l'ame en ineil
leure affiette ;
Il tremble qu'un caprise à fa flame
fatal,
1
120 MERCURE
Neluy préfere un jour ſon indigne
Rival.
S
Ce Comte de l'Amour évite les
alarmes ;
Pour ſon coeur indolent le jeu ſeul
a des charmes ;
Mais ſi l'aveugle ſort répond mal a
fes voeux ,
Il s'arrache en jurant la barbe &
les cheveux.
S
1
Ce pilierde Bouchon , peu jaloux
de fa gloire ,
Segorge avidement de manger &
de boire ,
Et dés qu'il fort de table, un catherre
vineux
L'étend pour deux hivers ſur un lit
ennuyeux.
Ce
GALANT: 121
CeChaſſeur trop ardent s'échaufe
aprés un Liévre. 1
Dans ce maigre plaiſir il attrape une
Fiévre,
Qui ſe moquant des ſoins d'un Medecin
zelé , T
Confume en peu de jours fon fang
acre & brûlé .
८ 4
Pour laiſſer à fon Fils un puiſſant
heritage,
Ce Marchand,de Nerée oſe aff onter
la rage ,
A travers ſes ecueils & ſes Syrtes
affreux ,
Celebres par la mort de tant de
malheureux, codil
Il vafur fon Vaiſſeau chez des peuples
barbares
ملسو
Acheter à vil prix les drogues les
plus rares s
Mars 1697. L
1122 MERCURE
Mais la femmetrop vaine en points,
habits , rubans ,
Luy diſſipe en trois mois ce quil
gagne en trois ans.
De fon avare humeur ce gros
Bourgeois eſclave ,
S'eſt avec fes Loüis enterré dans ſa
24
cave.
Il fuit pour les garder la lumiere des
Cieux,
Sans ceffe il les devore & du coeur
& des yeux ,
Regarde- le pourtant ,
imparfaite , 4
ſa joye et
La peur d'eſtre volé le trouble &
l'inquiete.
Il craint à tout moment que quelque
Eſprit-Folet
Ne montre dans la nuit ſa cache à
fon Valet.
GALANT. 123
Voilà du monde , Arcas , une
fidelle image ,
Son air riant nous voile un coeur
d'Antropophage.
Des Serpens venimeux ſont cachez
A foustes furnica
Dont il orne le front deſesAdorateurs
, p
J'un caractere
ivih
Heureux qui comme moy * muni
6
Eſt en droit de braveraleur rage
cameurtriere 100
Et qui de ſes erreurs par la Grace
éclairci,
Peut dire hardiment', veni , vidi,
nowici
Autrefois entraîné par le torrent
des vices ,
J'ay de ce Maiſtre ingrat effuyéles
caprices. DePrèirise.
Lij
124 MERCURE
4
Ouy , j'avoue à regret que dans ce
temps maudito: ob 2
La Pleté fur moy n'avoit aucun
credit.
Mais dés que d'un Ami la Plume
charitable 72
Eut dépeint à mes yeux cette Reine
lhadorablegid of smo li
De ſes divins appas ſoudainement
charmé , よしは
Je ſecoüay le joug dont j'eſtoisafſommé
, 17
Et mon coeur tranſporté d'amour
& d'allegreffe ,
Courut au même inſtant l'avoüer
pour Maiſtreſſe ....
Quelle felicité de vivre ſous fa
a Le Portrait en Vers de la Pie
ze , envoyé àl'Auteur.
GALANT 125
L'adorer , la ſerviu c'eſt eſtre plus
que Roy
Le repos & la paix font toujours
avec elle.
La joye eſt entout temps ſa compagne
fidelle лог
Et ſa table aux Chreſtiens offre le
même miel
Dont les Eſprits heureux font repus
dans le Ciel .
Afes facrez Banquetsi , Arcas , elle
"t'invite.OCA
Sans honte deſormais deviens fon
Parafite,
Ton coeur de vrais plaiſirs à prefent
alterego
Ne ſçauroit y penſer qu'ilin'en ſoit
enyvre
Ces autres Vers fontd'une
Demoiselle qui eſt entrée
Liij
126 MERCURE
dans un Convent aprés la
mort d'un Amant qu'elle
eſtoit fur le pointd'époufer.
SUR LE
Q
NEANT
des choses de la Terre-
U'heuteux eſt le Mortel , dont
l'ame indifferente
Ignore de l'Amour la mortelle dou--
ceur ,
Et qui libre toujours a ſceu garder
fon coeur
Des funeftes appas d'une beauté
charmante !
Heureuſe encore l'ame exempte
D'avarice & d'ambition ,
Et qui d'aucune paffion
N'a ſuivi la fatale pente!
GALANT 2
Amour , plaiſir , honneur , j'abe
horre vos attraits ,
L'éclat dont vous brillez n'a plus
rien qui m'enchante,
Tant queje vous ſuivis , je ne goûtay
jamais
Une tranquille paix
Il ne s'en trouve point parmy vous
qui n'enfante
Le trouble & la confufion .
Vos promeſſes ſont incertaines,
Mais aprés mille affreuſes peines
Arrive-t-on enfin à la poſſeſſion,
On reconnoiſt l'illugon
Qui rend nos eſperances vaines .
S
L'ame par vos faveurs ne ſe pout
afſouvir ,
Elle reffent toujours quand elle croit
joüir,
Liig
1
128 MERCUTE
Une foifquejamais vous ne sçauriez
éteindre ;
Un vuide que jamais vous ne sçau
riez remplir ,
Etdefirant toujours , elle atoujours
Ou que quelque ennemi ne vienne
à craindre,
loy ravir
Ce bien dont avec peine elle s'eſt
emparée ,
Ou de ne pouvoir obtenir
Ce chimerique honneur dont elle
Quand même ſuivant ſes ſoueft
alterée.
haits ,
Sans infortune& fans alarmes
Elle goûteroit à longs traits
Ces biens qui pour elle ont des
charmes,
Helas ! combiende temps s'y peuton
attacher ?
1
GALANT. 129
Peut-eſtre que dés cette année ,
Désdemain , dés cette journée,
La mort , l'affeuſe mort viendra
nous l'arracher.
&
Dieu ſeul peut appaiſer l'ardeur infatiable
1
De nos voeux &de nos defirss
Il a de mille plaiſirs
Une fource inépuiſable.
:
Des biens qu'il fait gouſter
Trop heureux qui connoiſt ladou
cear infinie,
De ces biens que le temps , ny la
mort , nyl'envie
Ne nous ſçauroient ôter.
S'il eſt vray, comme on n'en
fçauroit douter , qu'il n'y a
rien que defaux dans les plai.
130 MERCURE
firs& dans les amufemens du
monde , que peut-on faire de
mieux pour ne s'en pas laiſſer
ébloüir , que de mettre ſon
entiere confiance en Dieu,
qui nenous manque jamais?
Cette matiere a eſté tres bien
trairée par M l'Abbé de
Fourcroy , par rapport au
Pleaume 117 Bonum est confidere
in Domino , quàm confidere in
homine. Il eſt plus avantageux
de mettre ſa confiance en
Dieu que dans les hommes.
Voicy ce qu'il a écrit.
GALANT. 130
DISCOURS
Sur la confiance en Dieu.
Onne voit aucune verité
dans l'Ecriture Sainte,
conceuë en des termes plusformels,
prouvée pardes témoignages plus
Jenſibles , expliquée plus claire-
-ment , que la protection de Dieu
envers ceux quise confientenluy.
Noé fur les eaux du Deluge ,
Abraham chez les Egiptiens ,
Agar dans le defert , Lot parmy
les Sodomites ; Jofeph au fond de
Son cachot ,Job furfon fumier .
Tobie frapé d'aveuglement , Elie
132 MERCURE
" errant dans la folitude , David
perfecuté par ſes Ennemis & par
Son propre Fils , en seroient autant
de monumens éternels, finous
n'en trouvions des preuves en core
plus fortes dans les promeffes que
Jesus - Christ nous fait en fon
Evangile,dans les Paraboles qu'il
yapporte,dans les miracles qu'il
opere, dansſes fatigues , dans ſee
Sueurs,dansſes Predications ,dans
ſes ſouffrances, dansſa Mort. En
un mor, toutes les inſtructions qui
nous font données dans l'Ancien
&dans le Nouveau Teftament ,
font pour exciter noftre confian
ce , parce que cette confiance
GALANT 133
eft comme une vertu qui domine
fur toutes les autres La Foy
l'Esperance , la Charité, la patience
, humilité, & toutes les
vveerrtiuuss hheerrooiïqquueess adont nous trouvons
le merite , la neceffité, les
regles , les récompenses dans les
Livres, ſemblent relever d'elle,
non pas à la verité pour en tirer
leur effence, mais pour en prendre
toute leur force Sa patience eft
Sans épreuve fi la Foy luy manque;
la Fay fans fondement , fi
[Esperance n'en est la racine,
l'Esperancefansfoutien ,placonfiance
n'en est la force , &fi elle
ne donne à une AmeChreftienne
134 MERCURE
an certain droit une certaine
autorité d'efperer. Il est donc avantageux
de ſe confier enDien
Seul.Appliquons-nousà voirquels
font les moufs de noſtre confiance
en Dieu , nous confidererons enfuite
quelle est la douceur&la
tranquillité de cette confiance
Ce que Dieu est ànostre égard,
ce que nous fommespar rapport à
Dieu, ce que nous souffrons du
coſté des tentations&des miferes
humaines , font les trois morifs
de nostre confiance. Si l'homme
pouvoitse fuffire ,& qu'il trouvast
dans son proprefonddequoy
entretenirfonbonheur, oude quoy
GALANT: 3
cent
éviter les malheurs qui le menajamais
il ne fongeroit à
Dicu. Occupéde fa plenitude , il
tourneroit toutesses pensées,toute
fonattention &toutefon ado ation
vers luy même , mais les mifeves
generales dont ilse voit affiegélluuyydonnentd'autresfentimens.
Les disgraces inseparables de fa
naturefont autant de convictions
ſenſibles defa dépendance ,&autant
de morifs qui l'engagent à
avoir recours à un Eftre fouverain
, dans lequel il mer fa confiance.
Ilvent estre heureux,
il fe fent miferable il sache de
fortir de fa mifere ,il s'apperçoit
136 MERCURE
que quoy qu'il faffe, une puiſſance
fuperieure le tient fousson joug.
Ainsi aprés avoirfait mille efforts
inutiles,il commence àse défierde
luy même, &à mettreſaconfian.
ce enDieu Ilne s'appuye plus ny
fursa naissance , nysurson édu
cation , ny surson esprit , ny fur
fontemperament ny furſes mis,
moyens ingrats dont il reconnoist la
forbleffe ; il comptefur Dieu, dont
ilfe remplit parfan bumilué,
imitant le Prophete Roy , il leve
-les yeux vers les montagnes éternelles
, d'oual efpere quele fecours
luy viendra ,secours qu'il attend
defon Seigneur , maistre du Cul
1
GALANT. 137
&de la terre. Mais quelque puif-
Jant quefoit ce motif, j'en décou
Ure un autre , qui nous porte à
cette confiance d une maniere plus
preffante & plus efficace. Ce
font les perils auſquels nous nous
voyons exposez, & les miſeres
particulieres que nous soufron's
actuellement, qui regardent ou nos
perſonnes , ou nos biens . Les diſ.
graces generales font pour l'ordinaire
peu d'impreſſion ſur nous ,
foit que nous foyons accoutumez
- aux infirmitez de la nature , co
comme endurcis au mal , foit que
nous nous confolions en ce que ces
fleaux de la fuftice divine tom,
Mars 1697. M
138 MERCURE
bent sur d'autres auffi bien quefur
nous. Toutes ces peines du peché
nousfont rarement fonger àDieu,
&comme ces Maistres qu'il nous
envoye, pour nousfaire connoistre
le besoin que nous avons de fon
aſſiſtance , ne nous parlent que de
loin ,ſouvent nous n'écoutonsque
froidement ces leçons univerfelles
qui ne nous touchent pas encore
daffez prés. Il n'en est pas ainſide
nos afflictions perſonnelles ,&des
dangers évidens dont nous nous
voyons affiege.z QuandcesMaiftres
nous instruiſent, nous réunisfons
toutes les forces de noftre ame,
&toute l'application de nostre
GALANT. 139
efprit pour les écouter. Le funesta
fort qui va tomberfurnous , nous
rend vigilans &Soumis . Lemal
que nous sentons avec une appli
cation plus intime ,&par confoquent
avec plus de perfuafion ,
nous rappelle , &nous fait lever
les yeux au Ciel, & nous nous
trouvons abligez de crier vers le
Seigneur , & de luy dire , Sauvez
nous , car nous periffons.
Falloii il ,grandDieu , quevous
employaſſiez tant de motifs pour
nous porter à une vertu qui nous
eſt ſi neceſſaire&fi utile? Quelle
joye pour nous, deIçavoir qquueeles
perils même qui nous affiegent,
Mij
40 MERCURE
es maux qui nous tourmentent,
fontdes moyens que vostre Provi.
dence & vostre Mifericorde mé.
nagent pour nous faire recourir à
vous ! Quel plus juste motif de
confiance que de sçavoir que vous
eſtes noſtre Dicu nostre Seigneur,
noftre Sauveur , nostre Epoux ,
nostre bien , & nostre Pere , que
vous avez donné de tour temps
des marques viſibles de vostre
protection à ceux qui se font
jettez entre vos bras , & qu'il
n'y a aucun de nous , qui en
certaines rencontres n'air recen
desfecours qui ne pouvoient venir
que de vous ? Je ne parle pas
GALANT 141
icy seulement de tant de maux
que nous avons évitez , que
nous ne sçavons pas , & que
Dieuſeul connoist ; je parle de ces
effetsſenſibles de la protection de
Dieufur nous , dontil n'y a prefque
perſonne qui ne puiffe rendre
un témoignage afſuré ; car où est
l'homme qui par sa propre experience
ne reconnoist pas avoir reçû
certaines graces de Dieu qui abfolument
ne pouvoient venir que de
luy ? Enfaut- ildonc davantage ,
pour nous obliger à nousjetter entre
fes bras ,&à mettre tous nos interests
dans ses mains , en nous défrant
de nous-mefmes&en atten
142 MERCURE
-
dant tout noſtreſecours de ceDiew
de bonté , mais quoique ces mo.
tifs nesoient que trop ſuffifanspour
nous exciter à esperer en Dieufenl,
la douceur&la tranquillité que
L'on trouve en cette confiance nous
apprendront auſſi tres- clairement
combien il est utile neceffaire de
s'appuyer fur le Seigneur , &de
Sedefier deſoy meſme ...
Qu'une ame qui se confie en
Dieuseul ,foit contente, c'estune
verité incontestable , autoriséepar
l'Ecriture & les Peres. Au lieu
que cette amefe perdoit &s'écou
loit dans l'amour des choses tem.
porelles qui fontpaſſageres , ellese
GALANT. 143
fortifie & elle demeurefermedans
l'attachement qu'elle a au fouverain
bien , qui eft essentiellement
permanent. Elle obtientle bonheur
qu'ellefouhaitoit , elle évitelamifere
qu'elle apprehendoit. Rien ne
fere qu'elle appre
lapeut troubler dans sa poffeffion ,
au lieu que lors qu'elle estoit arta
chée parson esperance &son affection,
àla roüe des eftresfugitifs,
elle obéïßoit à larapidité de leurs
mouvemens , fans trouver chez
ellederepos , ny en eux de confiftan.
ce . C'est ainsi que la confiance en
Dieuproduitlapaix,parce qu'elle
ofte de leſprit&du coeurde l'hom .
me le principe de fon malbeur
1
144 MERCURE
1
baſource deſes agitations. En ef.
fet, un Chrestien ne peut se re.
poſerſur Dieu , qu'il ne luy fou
mette ſes paſſions, qu'il ne le prie
de les regler, de leurfaire changer
d'objet , de ne passouffrir qu'elles
le portent à des excés criminels.
Il ne peut regarder comme fon
Protecteur celuy qui veille fur
Ifraël, à moins qu il ne ſe vuide
de luy mesme, qu'il nefe mette en
état de rendreſes voyes agreables
au Seigneur , &felon le Sage , il
n'estjamais dans cesfaintes dispo.
ficions ,ſiſes paſſions qui estoient
auparavantſes plus redoutables
ennemis , ne contribuënt par leur
Soumission
GALANT.1 145
foumiſſion àfon repos ne de
viennent les inftrumens deſapaix.
Enfin la confiance en Dieu&la
Paixfont inseparables parcequ' .
un hamme fugitif de luy même
des creatures, meriteque Dieu
jette les yeux de fa mifericorde
fur luy , qu'il se répande paisiblement
comme un fleuve de benedictions
& de graces sur une
ame qui va àluy avec ſimplicité
droiture , & d'ailleurs cette
confiance met le Chreftien dans
P'ordre où il doit eſtre Ellele place
dansfon centre , elle ne fait du
Createur&de la creature qu'un
même esprit , un même amour ,
Mars 1697 . N
146 MERCURE
&une union tres étroite de vסנ
lontez Quelledouceur ne trouvent
pas ceux qui esperent en
Dieu ! Ilsse voyent delivrez dela
captivitéd'Egipte , ils dépoüillent
d'Egipte
leurs Ennemis ,ils facrifient avec
liberté au Seigneur , ils paſſent à
pied ſec les eaux dela Mer rouge.
Durant les jours de leur profperité,
ils ont fur leur teste une colomne
de nuée , pour temperer l'ardeur
de leurs paffions , de peur qu'elles
ne les brûlent , & durant la nuit
de leur adverſité une colomne de
feu les conduit parmy ces tenebres,
de peur qu'ils ne s'égarent.
Le Seigneurouvre les veines des
GALANT. 147
5
rochers pour les defalterer , & il
fait pleuvoirfa Manne , autant
pour contribuer à leurs plaisirs ,
que pour remplir leurs beſoins,&
leurfaire connoistre qu'il ne s'intereffe
pas moins à leur donner le
doux & l'agreable , que le neceffaire
& l'utile Si je mets mon
efperance dans les hommes ,
dit SaintAugustin . ces hommes
venant à chanceler, cette
eſperance chancellera ; ces
hommes venant à changer
de ſentiment pour moy, mon
efperance me troublera ; ces
hommes venant à tomber ,
mon efperance tombera ;
Nij
148 MERCURE
mais comme le Dieu que j'adore
, ne chancelle , nechange,&
ne tombe jamais, comme
les veuës qu'il a fur moy
font immuables, mon efperance
eft toujours ferme ,
toujours intrepide , invincible,
& toujours tranquille ,
toujours pleine de douceurs
&d'onctions interieures. Les
hommes ne font que des confola.
teurs onereux ; leurs lévres diſti.
lent plus de mirrhe que de miel.
Dieu est un confolateur charmant.
Son esprit n'est que douceur
que paix. Les fecours des hommesfont
limiiez, ils vont jusqu'à
GALANT 149
un certain point qu'ils nepeuvent
paffer. Ceux de Dieu font au
contraire infinis . Ils viennent des
entrailles de fa charité, qui est
comme une ſource intariffable,
toujours pleine pour couler tou
jours. Qui que voussoyez, cour
rez donc à cette source. Mettez
toute voſtre esperance en un Dieu
fiſage,fi mifericordieux ,fipuiffant
, en un Dieu dont vous vous
eſtes éloigneztant defois.&qui
n'a pas permis que vous periffiez,
en un Dieu qui est le principe de
voſtre estre , auquel vous devez
recourir , le modele de vostre,
fainteté, que vous estes obligez
Niij
150 MERCURE
d'imiter, l'Auteurde laGrace,par
laquelle vous avez esté reconciliez
; en un Dieu qui vous a
créez à ſareſſemblance , qui vous
a reformez à son unité, quivous
attache à luy par la paix ; en un
Dicu qui par le bienfait de la
creation vous fait vivre , qui par
la grace de la Redemption vous
falu vivre ſaintement , & qui
vous empêchant de tomber , vous
empechant
fera vivre heureusement par la
communication defa Gloire.
Le 27. du mois paſſé mourut
Meffire Jean de Lamont,
Preſtre & ancien Abbé de
GALANT. 151
Noſtre- Dame de la Chaftre .
Son érudition & ſes talens
pour la Prédication , qu'il
avoit fait voir dans les premieres
Chaires de Paris , luy
avoient acquis beaucoup de
gloire. Il avoit un zele particulier
pour la converfion
des Heretiques , & ll exerça
ce ſain't zele avec une onction
admirable , lors qu'il fut employé
à l'inſtruction des nouveaux
Convertis de la Province
de Poictou , où il eut
la conſolation de voir que
Dieu repandit toutes fortes
de benedictions ſur ſes tra-
Niiij
152 MERCURE
vaux. Feu Mr le Cardinal de
Rez , Archevêque de Paris,
l'avoit mené à Rome auprés
de luy dans le dernier voyage
qu'il y fit , & l'avoit toujours
honoré de ſa confiance. Il
eſtoit Fils de feu Robert de
Lamont , Ecoffois , lequel
eſtant venu en France pour
ſervir le Roy , ſous le regnede
Henry le Grand , Sa Majefté
le fit Enſeigne de la premiere
Compagnie de ſes Gardes
du Corps , & luy donna enſuite
le Gouvernement du
Fort de Mevouillon en Dauphiné.
Ce Robert de Lamont
GALANT. 153
ſe maria en France avec .....
Henrion,& en eut pluſieurs
Enfans , dont deux font morts
dans le ſervice, où ils avoient
acquis beaucoup de réputation.
Anne de Lamont ,
morte en 1669. avoit eſtéma .
riée avec Adrien le Hardyde
la Troufle , Maréchal des
Camps & Armées du Roy ,
Grand Arpenteur de France,
dont le Fils unique a épousé
Marguerite - Catherine de
Lhopital , Fille deM' leCom
te de Lhopital, de la branche
aînée de la Maiſon de feu
Mile Maréchal de Lhopital.
154 MERCURE
Charles de Lamont, Lieute
nant de Roy de Longouys ,
cy-devant Capitaine de la
Compagnie des Cadets Gen.
tilshommes que leRoy entretenoit
dans cette Place,quieſt
leſeul qui reſte de laMaiſonde
- Lamont , a ſervi dans le Regi
mentdepiemontpendantplus
detrente années avec toute la
distinction poſſible , ayant eu
longtemps une Compagnie
de Grenadiers. La Famille des
Barons de Lamont eſt une
des plus anciennes &des plus
nobles du Royaume d'Ecofle,
& le Chevalier d'Innerine ,
GALANT. 155
qui en eſt preſentement le
Chef, eſt le vingt- ſeptiéme
defcendu de Pere en Fils en
ligne directe, du grand Oneil,
Roy d'Irlande. Les Armes de
cette Maiſon font, un Ecu
écartelé au premier &au troifiéme
d'azur à un Globe du monde
d'argent , avec une Croix d'or en
la cime, & au ſecondoquatriéme
de finople , au Lion rampant
d'argent , avec ces mots
Latins pour Devise, & autour
de l'Ecu , Nec parcas , nec
ſpernas.
Rien ne prouve mieux la
bonte d'un Livre , que le
156 MERCURE
grand nombre d'Editions
qu'on en fait. C'eſt ce quine
ſçauroit manquer d'arriver à
celuy qui a pour titre , Refle
xionsfur le Ridicule ,&fur les
moyens de l'éviter. Ilya fortpeu
de temps qu'il fut imprimé
pour la premiere fois , & il
vient de l'eſtre de nouveau
avec des augmentations confiderables
. La matiere en eft
excellente , & cetOuvrage a
d'autant plus de quoy plaire,.
que les differens caracteres &
les moeurs des perfonnes de
ce fiecle , y font reprefentez
fort au naturel.. Ce qui caufe
GALANT. 157
le ridicule répandudans tous
les hommes , c'eſt qu'on ne
s'accoutume point à faire des
reflexions fur ce qui déplaiſt
dans les autres , & que ſi l'on
ſe propoſe des modeles,fouvent
aulieu de copier ce que
ces modeles ont de meilleur,
on les imite dans des imper..
fections qu'il faudroit avoir
grand ſoin d'éviter. Cela fait
voir que nous ne ſommes
point touchez du deſir de
nous corriger de nos defauts.
Cependant ſion veut lire ce
Livre dans cette veue , c'eſt
à dire , par la ſeule envie de
158 MERCURE
:
ſe défaire des impertinences
dans leſquelles lemanque de
reflexion fait tous les jours
tomber la pluſpart des hom.
mes, on peut s'aſſurer qu'on
n'en lira pasune ſeule page ,
qu'on n'y trouve à profiter,
la peinture des vices que l'on
y critique eſtant un miroir
qui nous repreſente à nousmêmes
dans toutes nos imperfections
, ſi nous voulons
bien nous y regarder ſans
nous flater.
r
Me l'Abbé de Bellegarde ,
qui est l'Auteur des Refle
xions furleridicule , vient de
GALANT. 159
nous donner un autre Ouvrage
, dont la lecture doit
eftre d'une grande utilité
pour toutes les perſonnes
de bon gouft. Il a pour
titre , Modeles de conversations
pour les personnes polies. Comme
la pluſpart des gens de
qualité ſont ſans occupation
pour l'ordinaire , & paffent
le temps à rendre ou à recevoir
des viſites , l'Auteur a
raiſon de dire qu'il leur eſt
tres- important de s'inſtruire
de tout ce qu'il faut ſçavoir
pour y foutenir leur caracte-
✔re , parce qu'on décide fou
160 MERCUR E
vent du merite d'un homme
fur la maniere dont il ſe tire
d'une converſation , ſans qu'.
on ſe donne la peine d'approfondir
ſes bonnes ou fes
mauvaiſes qualitez. Il eſt certain
que les Converſations,
quand on ſçait en faire un
bon uſage, contribuent beaucoup
à la douceur de la ſocieté
, & qu'il n'y a point de
plaiſir plus exquis ny plus delicat,
que celuy qu'on goufte
dans le commerce des perſonnes
agreables , qui ont du
bon ſfens &de la raiſon ; mais
outre que le monde eſtplein
GALANT. 160
de gens fades, infipides , ennuyeux
, impertinens , pleins
de vanité , qui veulent tou..
jours parler , quoy qu'ils ne
diſent rien que de trivial &
de puerile , on a le malheur
encore de ſe trouver quelque.
fois avec de certaines perfonnes
, qui ont de l'eſprit , de
l'uſage du monde , & même
de la politeſſe , & qui ne laifſent
pas d'ennuyer comme
les autres , enforte qu'onest
fatigué de les voir lors que
leur viſite eſt un peu longue,
ce qui ne ſçauroit venir que
de ce qu'ils n'ont pas l'adreffe
Mars 1697.
162 MERCURE
d'entrer dans legouſt&dans
le genie de ceux avec qui ils
font en commerce , le plus
grand fecret de la Converſa .
tion eſtant de ſe proportionner
au caractere des perſon .
nes qu'on frequente. Il faut
enquelque maniere, dit l'Au
teur , prendre le point & le
degré de leur eſprit , pour
s'abaiffer , ou pour s'élever
felon les occurences , & pour
leur dire des choſes qui leur
conviennent. La Morale ,
l'Hiſtoire , la Politique , &
divers évenemens de la vie
les
eſtant des ſources inépuifa
GALANT 163
bles pour les Converſations
des perſonnes polies , qui ont
quelque teinture des belles
Lettres , on en trouve dans ce
Livre quantité de traits , qui
-donnent ungrand agrément
aux converſations qu'il renferme.
Ainfi ceux qui ont
beaucoup lû y trouveront
une eſpece de recueil , qui
les fera ſouvenir de leur le-
Cture , & les autres s'y inſtruiront
de ce qu'ils ne sçavent
pas. C'eſt même un fecours
qu'ils recevront pour connoi,
ftre ce qui leur eſt utile de
remarquer dans les Livres ,
O ij
164 MERCURE
les traits d'Histoire & deMo
rale ,qui peuvent contribuer
polir l'eſprit , à regler les
moeurs , & à apprendre aux
hommes comment ils ſe doivent
conduire. Les Modeles
de Conversations , ainſi que les
Reflexions fur le Ridicule , ſe
debitent chez le Sieur Jean
Guignard , à l'entrée de la
grand' Salle du Palais , à l'Image
de Saint Jean .
M' Gillier , Ordinaire de
la Muſique de Monfieur, s'eſt
enfin déterminé à donner ſes
Ouvrages au Public , qui les
ſouhaite depuis long- temps.
GALANT. 165
Il a commencé par un Livre
d'Airs & de Simphonies avec
les Baffes continuës , qu'il a
fait graver tres proprement,
& qu'il a dédié àMonfieur le
Duc de Chartres. If a pris
ſoin d'y marquer les agré
mens , & il a difpofé les Pieces
de maniere à pouvoir en faire
commodement de petits
Concerts de chambre. Ce
recueil ſe vend chez l'Auteur,
ruë de Berry au Marais , prés
le petit Marché , & chez le
Sieur Foucaut , Marchand,
rue Saint Honoré , à la Regle
d'or , prés le Cimetiere de
166 MERCURE
:
Saint Innocent. Il ſera ſuivi
d'autres Recueils de differens
caracteres , comme Motets ,
Leçons de Tenebres , Concerts
détachez , & Airs à
boire , à voix ſeule & à deux
&trois parties, mélez de Simphonies.
Le nom de M' Gil
lier fait ſon éloge . On ſçait
combien il excelle en ſon
art par l'harmonie & la modulation
naturelle de ſes
chants , par les accompagnemens
expreſſifs &recherchez,
&par la belle metode , qui
imite d'auſli prés qu'il ſe peut,
celle de l'incomparable LamGALANT.
167
bert , ſous lequel il a eſté élevé
Page de la Muſique de la
Chambre du Roy.
Le Sieur Jombert , Libraire
prés les Auguſtins, à l'Ima.
ge Noſtre Dame , debite depuis
peu un Livre intitulé,
Histoire des Dietes de Pologne
pour les Elections des Rois . Ce
Livre est composé par M'de
la Hizardiere , & contient ce
qui s'eſt paflé àl'élection des
- ſepr derniers Rois de Pologne
,à commencer par celle
de Henry de Valois , Duc
d'Anjou , depuis Roy de
France. On y voit un détail
2
168 MERCURE
tres-curieux de toutes les in
trigues qui ont eſté faites
pendant ces fept Elections ,
ce qui fait un fort grand plai.
fir à lire , & fur tout dans la
fituation où se trouvent prefentement
les affaires de Pologne.
Le détail de ces intrigues
rend ce Livre tres- curieux
, & fait qu'ona de l'em
preſſement à le rechercher.
L'Hiver d'où nous fortons
a eſté ſirude , qu'il a donné
lieu de parler à tout lemonde.
Les ravages qu'il a faits ont
produit les Vers qui ſuivent.
L'Auteur
GALANT: 169
L'Auteur a affecté d'y mefler
beaucoup de penſées plaifantes
, qui doivent faire plaifir
àceux qui aiment une Poëfie
enjoüée.
SUR LES RAVAGES
:
du dernier Hiver.
5、
De l'Hiver en nos champs a
causé de dommages!
Rienn'est exempt de fa rigueur ;
Mais , Philis ,ilafait encor moins
de ravages,
Quevous n'en faites dans mon
coeur
S
Zes charettes paffoient fur l'Isere
la Saone,
Mars 1697. P
170 MERCURE
?
Le Fleuve le plas grand de glace
eftoit charge.
Quand le Rhône estoit engagé,
Ie l'estois bien plus que leRbone:
D'abord qu'ou regardoit la blan
cheur des campagnes ,
D'en détourner la veuëou sevoyoit
contraint :
Mais si l'on détestoit la nege des
montagnes ,
15
L'admirois chaque jour celle de vo
tre teint.
S
Bien quefaute de bois on se chanfast
tres- peu ,
Lorsqu'on pleuroit de froid je n'en
faifois que vires
Caren brûlant fous voſtre Emi
pire Nd
Ze nepouvois manquer defeu.
GALANT. 171
S
Si l'on n'appercevoit que grefle &
que bruine
Jememoquois du mauvais temps,
Et contemplant votre beauté di-
Crald whine
Ze trouvois toujours lePrintemps.
S T
Que lebledmeure en terre au milica
A
de l'Hiver ,
Il m'importe fort peu qu'à grand
prix on l'expose ....
Et que le pain me coute cher,
Si vos faveurs me coutent peu de
chofe.

Les Vignes ont manque , chacun
s'en inquiete ,
Mais je compte celapour rien ,
Etconfensde bon coeur que Bac.hus
memaltraile,
Pij
172 MERCURE
Pourvû qu'Amour me traite
bien.
&
Que l'hiver ait glacé nos Rofes &
nos Lis ,
Ie fuis indolent pour ces choses.
Sur votre beau visage, adorable
Philis ,
Ne vois-je pas toujours &des Lie
&desRofest
2
Que des Aquilons les rigueurs
Ayent fait mourirnos oeillers , nos
ambrettes ;
Aumoins fije ne puis vous envoyer
' des fleurs ,
Vous recevrezdemoy toujours quel
ques fleurettes.
S
Que nos Oliviers morts foient de
tristes effets
GALANT. 173
مر
De cette froideur excelfive.
Helas! qu'ay je affaire d'Olive,
Quand vous & moy sommes en
Paix ?

Enfin, belle Philis , que le verglas
ait cuit
Les arbres fraitiers de nos plaines,
Le me confoleray de n'avoirpoint de
fruit.
Si je cueille avecvous le doux fruit
de mesReines belon
S
Tandis que tout le monde ofort
presque aux abois
Le gouftois une joye à nulle auure
pareille
Deveir que dans le temps qu'on se
foufloit aux doigts,
Qiij
174 MERCURE
Vous me foufliez toujours quelque
motàl'oreille.
2
I'estois plein de chaleur dans le mois
de Novembre;
Ou pour citer icy deux Vers de
Sarrazin ,
Quand le pauvre Eftè S. Mar
tin
Trembloit fous fa robe de cham
bre...
A
Quelque faminequi nous touche,
I'auray de quoy mangermalgré les
envieux.
Si jene mange dema bouches
Levous mangeray de mesyeux.
S
Qu'on aitttrroouuvvée ddeess gens mortsde
faim dans leurs lits,
GALANT. 175
Iecrains moins d'en
:
en mourir qu'aucun
autre en Europe ,
Puis que felonmon Horoscope,
Lene mourray jamais que d'amour
pour Philis.
Que nos choux foient tout secs jusque
dans leurs racines ,
Cela nemetourmentepas.
Philis , quand vous souffrez mes
manieres badines ,
23
Ne fais-je pas bien mes choux
10
Les Pommiers renommez par le
premier des hommes ,
Neporteront nul fruit cet Automne
prochain,
Mais je me pafferayde pommes,
Tantque je pourray voir celles de
votre fein.
Pij
176 MERCURE
Voicy des Versqui ontefté
mis en Air par un habile
homme. Ils font de Me Dader
de Toulouſe , & ils ont
eſté faits fur l'arrivée de Madame
la Princeſſe de Savoye
en France. Je vous en envoye
un quatrain noté , qui vous
fervira à chanter les autres.
CRIS D'ALLEGRESSE
d'un Berger du rivage
de la Seine.
EN
Nquittant la Savoye
Pournous donner des Loix
Vous allumez lajoye
Dans le coeur des François.
GALANT. 177 .
Et au Ciel reconnus
176 MERCURE
Voicy des Versquionteſté
mi
hc
de
eft
da
en
un
fer
CI
E
Vo
Dans le cour des crancom.
GALANT. 177
&
Votre auguste presence
Qui remplit nos defirs
Redouble de la France
Les jeux & lesplaiſirs.
S
LOUIS & votre Pere
Avec noftre Dauphin ,
Sont charmez du miftere
Qu'accomplit le destin.
&
3
Le Prince qu'onvous donne
Nevous promet pas moins DON
Qu'une riche Couronne
Pour payer tous vos foins.
S
Son coeur, comme levotze,
Eft rempli de vertus ; :
Ils sont faits l'un pour l'autres
Et du Ciel reconnus
178 MERCURE
&
La Paix ensevelie
Dans son banniſſement ,
Eft enfin rétablie
Par voſtre Himen charmant
S
Avotre Mariage
L'on
en en doit les douceurs sluo
Achevez cel Ouvrage
Au grè de tous nos coeurs, th
route prefte. Ma flufte eft
Mes petits chalumeaux
Refervent pour la Fefte
Leurs concerts les plus beaux.
&
L'onm'entendra fans ceffe
Chanter avec ardeur
Le Prince &la Princeffe
Qui font nostrebonheur.
T
GALANT 179
S
Sur le bord de la Seine , Co
Pour me faire écouter .
Quandj'auray pris haleine ,
Lem'en vais concerter.
ز
Le mefme Mr Dader de
Toulouſe , dont vous venez
de lire les Vers , fur l'arrivée
en France deMadame la Princeffe
de Savoye, a fait les Reflexions
qui fuivent. Il les a
adreſſez aux Enfans de M le
Comte de Fontaine . Nonant..
1
180 MERCURE
SUR LA CONDUITE
DE L'HOMME SAGE.
T
Rois devoirs eſſentiels
partagent toute laconduite
de l'homme: le premier
de ces devoirs ſe rapporte à
ce que nous devons à Dieu;
le ſecond, à ce que nous devons
aux autres , & le troiſiewe
, à ce que nous nous de
vons à nous -mefmes ; mais
tous ces devoirs ſont ſi indif
penſables , que tout homme
quitend à la perfection , n'en
ſçauroit negliger aucun ſans
GALANT 18
fe faire tort. La negligence
du premier de ces devons ,
nous rendroit de méchans
Chreftiens , en nous faifane
vivre ſans Pieté & fans Reli
gion. Le mépris du fecond
nous rendroit mépriſables
aux yeux de tout le monde ,
en nous faiſant vivre fans
agrément & fans politeſſe.
Nôtre indifference pour le
troifié we devoir', nous rendroit
non- feulement odieux
aux autres , mais encore infupportables
à nous-melmes
en nous faiſant vivre ſansre
putation & ſans honneur.
182 MERCURE
Comprenez donc de quelle
importance il eſt de bien rem
plir ces trois devoirs , puifque
toute la conduite d'un homme
qui ambitionne la vertu ,
roule là- deſſus . Mais comme
les deux derniers dépendent
preſque abſolument du premier
, c'est - à - dire de celuy
qui nous oblige de rendre à
Dieu tout l'honneur que
nous luy devons , je vous exhorte
de tout mon coeur à la
parfaite obſervance de ce devoir
, que l'on peut appeller
l'unique devoir des hommes ,
puis qu'il renferme tous les
GALANT 183
autres. En effet , quand on
eſt bien avec Dieu , on eft
toujours content avec foymeſme
, & l'on eſt bien avec
tout le monde. C'eſt donc
Dieu qui doit eſtre la regle
deb toute nôtre conduite.
Comme il nous a faits ce que
nous lommes , & qu'il ne
nous a faits que pour luy ,
c'eſt à luy que nous devons
rapporter toutes nosactions
, & il en doit eſtre le
principe. Adreſſez vous donc
àluy pour le confulter dans
routes vos entrepriles , fi vous
voulez les faire réuflir. De-
6
184 MERCURE
mandeezz-lluuyyfurtout , lagrace
de la vocation , pour éviter
lesdefordres desjeunes gens,
dont la pluſpart s'engagent
dansun eftat contre la volon.
té du Seigneur , & tombent
dans des malheurs qu'ils auroient
fans doute évitez , fi
avant que de prendre un partisils
avoient confulté Dieu
fur le choix qu'ils en devoient
faire. Priez le donc avec ferveur&
fans vous laffer fur ce
point; mais quand il vous aura
fait connoiſtre une fois fes
deſſeinstur vous, demandez
luy pour lors la grace de vous
GALANT, 185
conduire ſaintement dans cet
eltat, que ſa divine Providence
vous a deſtiné. Pour vous ,
Meſſieurs , qui commencez
vos études , fouvenez - vous
que Dieu est le maiſtre de
tous les Sçavans , le Docteur
des Docteurs , & le Souverain
Diſpenſateur de la Science ,
comme de la Vertu. Toutes
les lumieres des hommes réünies
enſemble , ne ſont qu'un
petit rayon de la Sageffe infinie
de Dieu. Adreſſez - vous
donc à luy , ſi vous voulez fairedes
progrés confiderables
dans les belles Lettres . Offrez-
Mars16 Mars1697-
7-
186 MERCURE
:
luy vôtre travail de tout vôtre
coeur ,& ne le commencezja.
mais ſans avoir imploré le fecours
de ſon divin Eſprit ;
mais tandis que vous vous ap.
pliquerez à polir vôtre eſprit,
nenegligez pas , je vous prie,
la perfection de vôtre coeur.
Souvenez-vous que c'eſt l'ef-
*prit & le coeur de l'homme
qui font tout fon merite &
toute ſon infamie Ces deux
parties de nous meſmes font
les fources fecondes & uni.
ques de tous nos vices ainſi
que de toutes nos vertus.
Priez- donc le Seigneur qu'il
GALANT. 187
t
daigne épurer & perfectionner
en vous l'un & l'autre , en
rempliffant voſtre eſprit de
fes vives lumieres , & en embraſant
vôtre coeur de fon divin
amour. Voila , Meſſieurs ,
ce que m'a inſpiréde vous dire
le zele que j'ay pour vôtre
avancement. Jevoudrois pouvoir
penſer quelque choſe de
meilleur pour votre édification;
mais je me flate que fi
vous voulez bien vous appli-
-quer ce que je viens de vous
dire ,& que vous templiffiez
des trois devoirs que je vous
May expliquez , il ne vous fera
Qij
183 MERCURE
pas moins avantageux d'avoir
reçu de moy des falutaires
avis , qu'il me doit eſtre agrea
ble de vous les avoir donnez.
Dequoyn'eſt on point capable
quand on aime verita .
blement ? Une jeune Demoi
ſelle , plus touchante par les
agrémensde ſa perſonne, que
par l'exacte regularité de fes
traits , mais vive , & d'un en.
jouëment qui faisoit plaisir à
tout le monde , eftoit recherchée
dans tout fon quartier,
& les ſocietez les plus agrea.
bles paroiſſoient manquerde
GALANT 189
quelque choſe quand on ne
l'y voyoit pas. Elle avoit beaucoup
de grace à toucher le
- Clavellin ;elle chantoit avec
affez de metode ,& la pene-
Stration de fon eſprit qu'on ne
spouvoit affez admirer , faifoit
Jaque la converſation ne languiſſoit
jamais avec elle. Il ſe
preſenta divers partis quilau.
astroient miſe dans un établiſſe .
tament confiderable ; mais foit
que la raiſon luy filt voir qu'-
elle n'étoit point encore dans
un âge propre à pouvoir faire
un bon choix , foit que fon
coeur ne luy parlaſt pour per.
190 MERCURE
:
fonne , elle ne voulut fouf
frir d'affiduité à aucun de
ceux qu'elle connut touchez
de fes charmes 30
rout ce qu'ils luy difoient de
flateur& d'obligeant , eſtoit
receu d'elle d'une maniere
honneſte & civile , mais fans
qu'elle cherchaſt à les engager
à des explications qu'il
euſt fallu qu'elle euſt écoutées
ſerieuſement. Enfin le
moment fatal arriva pour elle,
comme il arrive pour beaucoup
de Femmes. On la mit
un jour d'une partie dont
étoitun Cavalierfortbien fait,
GALANT. uğr
& de la plus heureuſe phyfionomie
du monde. Elle fut
frapée en levoyant , & s'il luy
plut par tout fon exterieur ,
on peut dire qu'il la charma
dés ce premier jour par fon
efprit & par fes manieres. Il
n'avoit pas moins de complaifance
que de politeſſe , &
ce font des charmes contre
leſquels peu deperſonnes ont
la force de tenir. Il s'attacha
à entretenir la Belle , &l'effet
dela ſympatie fut reciproque
entrel'un &l'autre. Il rendit
des ſoins à cette aimable perfonne
, & ils parurent ne dé-
:
192 MERCURE
plaire pas. Il lavit ſouvent,&
elle agréa toutes fes viſites.
Il eſt vray que pour empef
cherqu'on ne connuſt qu'elle
ſe relâchoit en ſa faveur de
laſevereconduire , quine luy
avoit laiſſe touffrir juſque là
aucuns devoirs affidus , elle
commença à voir plus de
monde qu'elle ne faisoit qu
paravant. Ainſi le Cavalier
demeuroit caché en quelque
forte dans le grand nom.
bre de ceux que ſon merite
attiroit chez elle , mais
comme il avoit beaucoup
d'adreſſe , & qu'il reconnut
en
GALANT 193
fort peu de temps que ſes
foins eſtoient reçûs preferablementà
ceux des autres , il
profita fibiende certains momens
qu'elle eſtoit bien-aife
de luydonner lieu de ména
ger , qu'il trouvoit toujours
moyen de l'entretenir en particulier.
Il eut bien- toft découvert
ce qu'elle avoit de
plus fecret dans le coeur ,
plus il vit que ſon penchant
l'avoit prévenuë pour luy,plus
il s'attacha à fortifier les favo.
rables diſpoſitions qui la portoient
à vouloir en être aimée.
Il'y réüffitfi bien,qu'ilfur con.
Mars 1697 .
R
&
194 MERCURE
vaincu par mille obligeantes
marques d'eſtime & de
confiance , qu'elle s'attachoit
veritablement à luy , & lors
qu'il ſe vit aſſuré de ſa conqueſte
, il ne put plus fe contraindre
affez pour cacher un
foible , qui diminuoit un peu
de ſes bonnes qualitez. C'étoit
une extrême jalouſie . Il
eſtoit bleſſé des moindres
honneſtetez que la Belle avoit
pour ſes Rivaux , & tous les
regards qu'elle détournoit
ailleurs que fur luy , eſtoient
des ſujets de plainte. Comme
elle l'aimoit effectivement , &
GALANT: 195
que le party luy eſtoitavantageux
, elle prenoit ſoin de
s'obſerver , & fi elle estoit civile
pour tous ceux qui la
voyoient , il y avoit un certain
froid répandu dans toutes
les choſes qu'elle leur diſoit
, qui auroit dû mettre le
Cavalier en repos.C'eſtoit luy
donner un grand témoignage
de distinction , mais il ne
ſuffifoit pas à le guerir de ſa
jaloufie . Il auroit voulu qu'-
elle n'euſt reçû aucune viſite ,
afin que le plaifir de la voir
euſteſté un privilege particulier
dont il euft jouy , à quoy
Rij
196 MERCURE
elle répondoir que devant
compte de ſa conduite au Public
, elle ne pouvoit marquer
qu'elle vouloit vivre pour luy
feul , comme ſon inclination
lyportoit , à moins qu'elle ne
puſt dire que leur mariage
eftoit arreſté. Il l'aſſuroit que
fi elle l'eftimoit affez pour ſe
contenter de ſa fortune , elle
s'en pouvoit compter la Maîtreffe
, & qu'il ne tiendroit
qu'à elle qu'il ne l'épouſaſt ;
mais il ne luy cachoit point
qu'il ne pouvoit ſe reſoudre à
s'engager pour toûjours , ſans
eſtre plus feur de fon coeur
GALANT. 197
qu'il ne l'eſtoit , & que vou
lant fe donner à elle fans au
cun partage , il croyoit pouvoir
demander la meſme choſe
, ſans quoy il ne pourroit
croire qu'il fuſt pleinement
heureux. Il y avoit un peu de
bizarreriedans ſes ſentimens ,
mais il n'eſtoient pas fans delicateffe
, &la Belle qui neles
pouvoit condamner entiere
ment , eſtoit fort embaraflée
fur la conduite qu'elledevoir
tenir avecluy. Ce quidécont
eerta toutes les mesures qu'-
elle prenoit pour le fatisfaire
fut une choſe des plus fingu
31
Riij
198 MERCURE
lieres dont on ait jamais entendu
parler. On luy appric
quelques Airs nouveaux qui
eſtoient fort à la mode. Elle
les chantoit avec plaifir auſſi.
toſt qu'on l'en prioit , & en
les chantant elle faisoit voir
les plus belles dents du monde
& les mieux rangées . Si
l'on applaudiſſoit à ſa voix ,
on fe recrioit fur la beauté de
ſes dents , & les loüanges qu'-
elle recevoit de ce côté là
luy eſtoient fort agreables.
Le Cavalier s'aviſa de ſe mettre
en teſte que le ſoin qu'elle
en prenoit , venoit d'une en
GALANT. 199
vie de plaire ,& prétendit que
ce ſoin eſtoit contraire à l'amour
qu'elle proteſtoit d'avoir
pour luy , puiſque loinde
ſe ſoucier de cet agrément ; if
auroit voulu qu'elle euſt eu
les dents moins belles , pour
n'avoir pas le chagrin de remarquer
dans fes yeux combien
elle estoit ſenſible aux
loüanges que tous ſes Rivaux
luy donnoient fur cet article.
Elle eut beau luy dire que la
propreté demandoit d'elle les
- ſoins dont il ſe plaignoit , &
qu'il eſtoit aſſez naturel de
chercher à ſe conſerver les a
Riiij
200 MERCURE
vantages qu'on avoit reçûs
de la nature. Il n'eut point
d'égard à une raiſon ſi juſte ,
&voulut toûjours que la feule
envie de s'attirer des douceurs
, euſt part à ce qu'elle
appelloit une propreté indif
penſable. Il pouſſa ſi loin la
choſe que pour ne ſe pas
broüiller avec luy,elle fe trouva
obligée de renoncer à tout
ce que les femmes , & les
hommes meſme , ont coutume
d'employer pour tenir
leurs dents enbon eſtat. Cet
te negligence n'ayant point
diminué la blancheur des
GALANT. 201
fiennes , le Cavalier demeura
dans ſon caprice , & luy dit
d'un air chagrin , qu'il voyoit
bien qu'elle aimoit quelque
choſe plus que luy , puiſqu'elle
eſtoit fi fort attachée à la
beauté de ſes dents , qu'elle
preferoit le plaifir de les entendre
loüer à la fatisfaction
de luy épargner le chagrin
qu'il luy marquoit La Belle
penſa perdre patience à
reproche , & aprés luy avoir
dit qu'il ne tenoit pas à elle
que les dents ne fejauniſſent,
puiſque pour luy plaire elle
avoicceſſé d'en prendre ſoin ,
ce
:
202 MERCURE
elle ajoûta qu'elle ne ſçavoit
ce qu'elle pouvoit faire de
plus pour le contenter , à
moins qu'il ne ſouhaitaſt qu'
elle s'en fiſt arracher quelqu'une.
Il répondit qu'il
croyoit qu'une perſonne qui
ſçauroit aimer veritablement,
prendroit ſans peine cette re.
ſolution , mais qu'elle ignoa
roit ce qu'un amour delicat
eſtoit capable de faire . La
converſation devint un peu
aigre , & peu s'en fallut qu'-
elle ne futt terminée par une
querelle. La Belle crut que la
bizarrerie du Cavalier pafle
GALANT.1 203
roit , & qu'un autre jour il ſe.
roit plus raiſonnable , mais il
continua de ſe plaindre ,
toutes les fois qu'on reprenoit
la matiere, il n'oublioit pas de
dire qu'une Dent n'eſtoit pas
un prix trop haut pour s'acquerir
toute la tendreſſe d'un
Amant. Enfin la Belle ennuyée
d'entendre toûjours la
meſme choſe , reſolut de luy
donner la preuve d'amour
qu'il ſouhaitoit. Elle s'y fentoit
portée , & par un penchant
qui l'attachoit fortementauCavalier
,& parl'établiſſement
confiderable qu' .
204 MERCURE
elle s'afſuroit en l'épouſant.
Elle alla trouver un des plus
habiles hommes que nous
ayons pour les dents , & fous
prétexte de ne pouvoir plus
fouffrir la douleur aiguë que
luy cauſoit une des fiennes ,
elle le pria de l'arracher. Ce
luy à qui elle s'adreſſa luydit
bien des fois , que cette dent
qu'elle luy marquoit dans le
devant , n'eſtoit point gâtée,
& refuſa même fort longtemps
de faire ce qu'elle exi..
geoir de luy , ſe reprochante
comme unmeurtrela cruauté
qu'il auroit , s'il contri
GALANT: 205
buoit à déranger de fi belles
dents ; mais elle luy proteſta
tant de fois qu'elle ſe les feroit
plûtoſt arracher toutes ,
que de ſouffrir ce qu'elle fouffroit
; que pour ne la pas laiffer
tomber dans les mains
d'un ignorant , chez qui elle
euſt pû aller s'il l'euſt refuſée,
il fit enfin ce qu'elle voulut.
Elle retourna chez elle , & le
Cavalier y eftant venu , elle
n'eut pas fitoft ouvert la
bouche pour luy parler, que
remarquant qu'il luy manquoit
une dent, il demanda
tout furpris quelle avanture
206 MERCURE
l'avoit miſe en cet eſtat. La
Belle prit une mine fort riante
, & fans luy montrer le
moindre chagrin , elle luy dit
qu'une de ſes dents perdue
n'eſtoit rien pour luy mar.
quer qu'il luy tenoit lieu de
tour , & qu'elle eftoit preſte
de luy faire le facrifice de
toutes les autres , fi cette
preuveelto
preuveeſtoit neceſſaire pour
le convaincre de ſon verita
ble attachement. LeCavalier
qui ſe reprochoit les bizarres
fentimensqu'ilavoit fait écla
ter , ſe jetta à ſes genoux , les
arrofa de ſes larmes , luy
GALANT. 207
demanda mille fois pardon
de ſa ridicule jaloufie , & ne
pouvant plus douter qu'il ne
fuſt aimé parfaitement, non
ſeulement il la conjura de ſe
faire appliquer ce jour - là
même une fauſſe dent , pour
cacher la perte dont il eſtoit
cauſe , mais il fit enfermer la
veritable dans une petite bouteille
de criſtal enrichie d'or ,
&la garda comme un gage
précieux du fincere amour
que la Belle avoit pour ſuy.
Enſuite ſon unique foin fut
de luy donner des marques
incontestables du ſien , en ſi
208 MERCURE
gnant un Contrat de mariage
, par lequel il luy fit tous
les avantages que luy permi
rent les Loix. Si elle parut
heureuſe du coſté du bien ,
on craignit que le Cavalier,
quoy que parfaitement honneste
homme , ne la fiſt ſouffrit
par par quelques caprices
de temperament; mais il ne
l'eut pas fi-toſt épousée, qu'il
voulut qu'elle viſt tous fes
Amis. Ainfirien ne manque
au bonheur de cette aimable
perfonne. Les viſites qu'elle
reçoit d'eux ne font nulle
peine au Cavalier ; & il s'eft fi
GALANT. 209
bien défait de ſajalouſie, qu'il
n'a point de plus forte joye ,
que quand il entend donner
des loüanges à ſa Femme..
Les Vers qui ont paru de
M² Danchet depuis quelques
années , font dans une
eſtimeſi generale,quevous ne
-ſerez pas fachée de voir ceux
ceux qu'il adreſſe à M'Poultier
, de l'Academie Royale
de Peinture & de- Sculpture,
au ſujetd'un Buſte reprefen.
tant Adam & Eve , placé daus
le jardin de M² Tera , Chant
celier de Son Altefle Royale
Monfieur.
Mars 1697. S
210 MERCURE
EPITRE.
C forgueilleure rece
'Eſt en vain , cher Poultier, que
DesMaiſtresdeton Art nous a vanté
l'adreſſe .
Si Praxitele même euſt vêcu parmy
nous ,
Detondernier Ouvrage il euſt eſté
Je ſçay pour augmenter fon éclat &
jaloux.
ſagloire ,
Tout ce qu'en ſa faveur nous a marqué
l'Histoire.
Le Marbre s'animoit ſous ſes ſcavantes
mains ,
Les mouvemens du coeur y paroif
ſoient empreints ;
i.
S'il armoit Jupiter de fon pouvoir
Luprême
GALANT 211
En voyant fon Ouvrage il fremifſoit
luy-même.
S'il formoit de Venus les appas en-
J
chanteurs ,
د em- Venus, quey que demarbre
braſoit tous les coeurs;
D'un témeraire Amant les coupables
tendreſſes ,
Oſoient la profaner par de folles careſſes
,
Tel eſtoit ſon pouvoir. Mais enfin
quels appas [ pas ?
Avoit cette Venus que ton Even'ait
Quel triſte enchaînement de
trouble & de mifere
Suivit l'ambition de noſtre premier
Pere !
Dans des lieux enchantez mille innocens
plaiſirs
Le flatoient chaque jour , préve
noient ſes defirs .
Sij
212 MERCURE
Ses Neveux jouïroient de ce borr
heur durable, [pable.
Sans le fatal objet qui le rendit cou-
Cet objet de tes mains reçoit des
traits fi beaux
,
Poultier , que nous aimons la caufe
de nos maux.
A ſon aſpect flateur le coeur plein de
tendreffe,
Criminel comme Adam , j'excuſe
ſa foibleffe.
Vous qui le condamnez , Mortels ,
dont la vertu ,
Si l'on veut vous en croire , auroit
mieux combattu ,
Venez, prenez ſa place, & contemplez
ces charmes.
Pourriez vous réſiſter à de ſi förtes
armes ?
Cemarbre ſemble vivre, &le coeur
enchanté
GALANT. 213
N'en fauroit trop long-tems admi
rer la beauté ,
De tant d'attraits divers la dou.
cent nous attire ;
Plus on eſt connoiffeur & plus on
les admite ,
L'oeil demeure immobile , st n'en
peut arracher
Les avidés regards qui s'y vont attacher.
D'un eſpoir dangereux follement
entêrée ,
Voyez avec quels traits Eve eſt re-
1. préſentée.
La vaine ambition exprimée en fes
yeux
Semble affeurer ſon coeur d'un def.
tin glorieux ,
D'un ſeducteur adroit écoutant la
promeffe [Déelle ..
Elle s'enorgueillit , && croit être
214 MERCURE
Pour ſeduire à ſon tour un trop
credule Epoux
Voyez comme elle affecte un air
preffant & doux.
Dans ce group merveilleux tout
parle , tout s'anime.
Adam ſemble prevoir les effets de
fon crime ,
Mais en vain à l'aſpect de se fruit
deffendu
La menace d'un Dieu tient fon
coeur ſuſpendu . [ forte ,
Pour un objet aimé ſa paſſion plus
te l'emporte ;
Aprésde longs combats ſur la crain-
Il céde , il prend ce fruit qui lui cat
fant la mort
Atous ſes Defcendans prepare un
même fort .
Ce ſexe , cher ami , n'eſt fait que
pour nous nuire
GALANT: 215
Adam n'eſt pas le ſeul qui s'eſt laiſſé
ſeduire ;
Tout cede à ſes attraits , & l'on
voit chaque jour
Les mortels les plus fiers l'éprouver
àleur tour.
D'un objet enchanteur la puiſſance
eſt extrême ,
Et fait dans les deferts trembler la
vertu même ,
Enfante la diſcorde , & le mépris
des Loix , Exploits
D'un conquerant fameux arrête les
Soûmet ſon grand courage à des
foins ridicules ,
Met d'indignes fuſeaux dans les
mainsdes Hercules.
Lorſque l'amour le veut , par un
culte odieux
Le mortel le plus fage encenſe de
faux Dieux..
216 MERCURE
Toi-même ,dont la main avec tant
Des femmes dans ton Eve a tracê
d'artifice
la malice , - [ ton coeur
De même que le mien je gage que
N'en ſçauroit éviter le charme ſeducteur...
Nous deteſtons ce ſexe & l'accablonsd'injures
;
En jurant de le fuir nous devenons
parjures.
Dans ces vers contre lui fierement
révolté
En des termes piquans je me fuis
emporté.
Il eſt une Eve au monde à qui je
n'oſe lire
Ce que contre le ſexe ici je viens
d'écrite .
Mais c'eſt trop m'écarter ,je re
viens doncàtoy
Ami,
GALANT: 217
Ami , quand Marsen feu porte par
[ avilies tout l'éfroi ,
Et que chez les humains les Muſes
Avec tous les beaux Arts ſemblent
enſevelies ,
La France trouve encor de ſçavans
ouvriers
Qui ne cedent en rien à nos braves
Tu ſçais auſſi-bien qu'eux , envo-
Guerriers
lant à la gloire ,
Du fiecle de Loüis embellir la memoire
;
Tandis que nos Soldats vont briſer
des rempars ,
Des hommes tels que toi font fleurir
les beaux Ars .
Tant que nous trouverons de genereux
Mecenes ,
Qui ſçauront malgré Mars récompenfer
nos peines ,
Mars 1697. T
2.8 MERCURE
Tant que nous trouverons , desDa
mons , des Teras ,
Et ton art & le mien , Poultier ,
ne mouront pas.
En vous parlant du ſejour
que M. l'Evêque Duc de
Langres a fait à Dijon , j'ai
oublié de vous dire que M.
Moreau Avocat General de
la Chambre des Comptes,
lui donna ce Madrigal qui
fut trouvé tres - digne de fon
Auteur.
مالس
GALANT. 219
A M. L'EVESQUE
DUC DE LANGRES.
L
E reſpect , l'amour&l'eftime
Sontles tributs qu'on doit , & l'homimage
qu'on tend ,
Aceux qu'un merite fublime ,
Eleve en un tublime rang.
Digne choix d'un grand Roi , que
l'univers admite
Et que dans ſes projetsle Ciel toû.
jours infpre ,
Clermont , reçois icy l'hommage
qui t'eſt dû.
Nous donnons nos reſpects à ta
* haute naiſſance ;
Noſtre eſtime à ta vaſte & profon.
de ſcience ,
Et nôtre amour à ta verru.
Tij
210 MERCURE
Je vous envoye les regles
que M. Caſſan Profeffeur de
Mathematiques , à faites en
douze Vers , ſur la marche
des Echets. Elles ſont ſi ſuc
cintes & fi claires qu'avec
leur ſecours une ſeule leçon
ſuffit pour la ſçavoir , & pour
entrer en goût de continuer
d'apprendre le jeu.
LA MARCHE DES ECHHEETTSS.
L
Es pions en partant peuvent
faire deux pas ,
Puis n'en font jamais qu'un , & ne
reculent pas.
Leur chemin eſt tout droit , & faig
fant leur approche
GALANT. 221
Ils prennent fur leur front vers la
droite ou la gauche,
Le Roy ne fait qu'un pas , & va
de tous côtez.
La Dame va par tout juſqu'aux ex
tremitez .
Les Fous y vont auſſi , mais en diagonale;
Et ſe croifent entr'eux fur couleur
inégale.
Les Chevaux font trois pas fur
l'une ou l'autre main ;
En changeant de couleur & cernant
leur chemin ,
,
Les Tours marchent tout droit ,
foit en long foit en large
Et peuvent parcourir de l'une à
l'autre marge .
r
M² Morant , premier
Preſident du Parlement de
Tiij
223 MERCURE
Toulouſe , y arriva vers les
derniers jours de Janvier.
Quoy qu'on ne faſſe à ces
premiers Magiſtrats qu'une
entrée de devoir la premiere
fois qu'ils viennent prendre
poſleſſion de leurs Charges ,
on luy en fit une d'inclination
à ce dernier retour de
Paris . Toutes les perſonnes
de distinction allérent au-devant
de luy avec leurs carrof
ſes ou à cheval. Le Peuple y
accourut en foule. Des Com
pagnies Bourgeoiſes ſe mirent
ſous les armes , avec des
tambours , fiffres , & haute
1
GALANT. 223
bois , & lors qu'il entra ce fu
rent des cris de joye de rout
le Peuple. Comme il eſtoit
tard , on mit des flambeaux
aux feneftres , pour mieux
marquer le plaiſir que l'on ſe
faisoit de fon retour dans
toute la Ville.
Voicy l'Extrait d'une Lettre
de Hollande , écrite par
-un tres-habile homme , le 7.
de ce mois,
Ily a quelque temps que je
-vous parlay d'un Medecin qui
faisoit en Friſe pluſieurs queriſans
fans faire rien prendre auxMalades
,ſe contentant demêler dans
?
Ti
224 MERCURE
leursurines chaudes quelque chose
qui les faisoit ſuer,vomir, ou aller
àla felle,felon le besoin. Ilcontinue
encore ce manége. Onm'a dit
qu'il a estéDomestique d'unGrand
Seigneur Italien , qui fut mandé
à la Cour de Vienne pour guerir
l'Empereur, &qui le guerit effe
Etivement. Il a découvert le fecret
defon Maistre , &s'est mis
à roder depuis par le monde. Sa
maiſon nedefemplit point ,&tous
lesMaladesy accourent. Ilest certain
qu'ilaquery quelques perſon.
nes ,&qu'il en aafaitfuer quan.
tité. Les Medecins crient contre
luy avec la derniere fureur ;
GALANTM
. 225
comme ily a en te Pays plus de
perſonnes que par tout ailleurs,
qui ont l'habitude de nier comme
impoſſible tout ce qu'ils ne comprennent
pas , il s'en trouve bien
qui tiennent le même langage que
les Medecins ; mais ne pouvant
nier les faits , sçavoir que des
Malades n'ayent ſué, ils difent
que c'est l'effet d'une imagination
prévenue. Pour moy , je ne tiens
pas impoffible, que physiquement
parlant , on nefaſſeſuer un homme,
en mettant quelque chose dans
fon urine.
Voicy ce que M' l'Evêque
Comte de Noyon a eu l'hom
2
226 MERCURE
neurde preſenter au Roy. Il
meriteroit d'eſtre gravé dans
les coeurs de tous les Fidelles.
OECONΟΜΙΕ
DE TOUTE
L'EGLISE CATHOLIQUE.
IEU eſt l'Auteur , le
Fondateur ,
le Fils eſt le Sauveur,&le Saint
Eſprit eſt le Sanctificateur.
1
La Foy eſt l'Eſprit , la Charité
eſt le Coeur , l'Esperance
eſt l'Ame , &le Culte eſt le
Corps.▼
GALANT. 227
L'Ecriture eft la Regle , la
Tradition eſt la Preuve , la
Pieté eſt l'Exemple ,& la vertu
eſt l'honneur.
Les Miſteres font laVerité,
les Sacremens ſont le ſecours,
les Indulgences ſont lesGraces,
& les Cenſures font les
peines.
&Bréceptes font les Loix,
lesConſeils font la perfection,
les Jugemens ſont les Oracles
, & les Ceremonies font
l'ornement.
Les Apoftres font les Fondemens,
les Peres fontlesDocteurs
, les Martyrs font les
228 MERCURE
1 T
Témoins , & les Anges les
Gardiens.
Les Papes font les Chefs ,
les Evêques font les Princes ,
les Preſtres ſont les Paſteurs,
& les Religieux ſont les Enfans
.
Les Solitaires ſontles Penitens,
les Vierges font la Fleur,
les Juſtes ſont la Forcests
Saints font les Interceſſeurs .
Les Fidelles ſont les Sujets,
lesRois font les Protecteurs ,
lesHeretiques font les Ennemis
, & les Schifmatiques font
les Deſerteurs .
La Science eſt la Lumiere,
1
ges
ſtes de Frais qu'on y
eſtoit le plus en action pour
s'oppoſer aux entrepriſes
des Ennemis , il s'y eſt pleinement
inſtruit de la Marine
, & il eſt entré dans les
détails de toutes chofes , ne
laiſſant rien échaper à fa
connoiflance , & faisant voir
dans un âge peu avancé
que le Roy peut ſe repoſer
fur luy , du ſoin de faire agir
laMarine, avec lamême con,
reft
charge. vitelle de
Roye , que ce Comte a épou
ſée , eſt Fille de feu Frederik,
Charles de Roye de la Rochefoucault
, Comte de Roye ,
Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Grand Maréchal
& General des Armées
de Dannemark , Chevalier
de l'Ordre de l'Elephant , &
d'Iſabelle de Durfort Duras ,
leſquels s'eſtant trouvez engagez
dans la Religion pré
GALANT. 239
tenduë Reformée , lors de la
revocation de l'Edit de Nantes
, ſortirent de France , aiffant
au Roy le déplaiſir de ne
pouvoir les voir rentrer dans
la vraye Religion , & de ne
leur pas donner les marques
de diſtinction que la naiſſance
& les ſervices de M. le
Comte de Roye leur auroient
fans doute attirées de la bonté
de Sa Majeſté. Ils pafférent
en Angleterre , où ce Comte
eſt mort dans une plei.
ne inaction , n'ayant voulu
accepter aucun commande--
ment, quelque diftingué qu'il
240 MERCURE
fuſt,de peur de ſe trouverdans
la neceflitéde porterles armes
contre ſon Prince. Ils emmenérent
avec eux le Comte de
Marton , à preſent Colonel
d'un Regiment , & Brigadier
d'Armée dans les Troupes
Angloiſes , & deux de leurs
filles , dont la Cadette eſt à
preſent veuve du Comte de
Strafford , Pair d'Angleter.
re , & ils laifférent en France
quatre fils & trois filles . Le
Comte de Rouſſy , l'aifné ,
qui a époufé la fille unique
deM' le Duc d'Arpajon , eſt
Capitaine Lieutenant des
Gens
GALANT. 241.
Gendarmes Ecoſſois , com.
mandant la Gendarmerie ,&
Maréchal deCamp. м³leComtede
Blanzac , mariéà la Fille
de feu M'le Maréchal de Rochefort
, eft Colonel d'unRe.
giment , & Brigadier d'Armée,
M² leChevalier deRouſſly
fert dans la Marine , en qualité
de Capitaine deVaifleau,&
M'le Chevalier de Roye a eſté
depuis peu fait Sous-Licutenant
des Gendarmes d'Anjou.
DDeeuuxx des trois Filles tont
Rehgieufes de l'Abbaye de
Soiflons,&Madame laComrefl
de Maurepas a efté tirée
Mars 1697. X
242 MERCURE
de ce meſme Convent, où elle
avoit eſté miſe lors que Madame
ſa Mere paſſa en An.
gleterre. Le Roy qui depuis
le départ de M² & de Madame
de Roye , donnoit dix
mille écus de penſion à leurs
enfans que je viens de nommer
, & qui estoient demeu
rez en France , a encore don.
né en particulier une penfion
de dix mille livres à Madame
de Maurepas , en confideration
de ce mariage , & en même
temps , Sa Majesté a fait
preſent de cinquante mille
écus à Me de Pontchartrain.
L
T
GALANT 243
de
Ils furent mariez le 28. de
l'autre mois dans la Chapelle
du Chaſteau de Versailles ,
parM'l'Eveſque de Soiſſens ,
parent de Mademoiſelle
Roye. Je crois qu'il eſt inutile
de vous faire ſouvenir que la
Maiſon de Roye eſt une
branche de celle de la Ro
chefoucauld , ce qui eft arri
vé par Charlotte de Roye ,
Comteffe de Rouffi , Soeur
puiſnée d'Eleonor de Roye,
Princeſſe deCondé, qui épouſa
en 1557. François III . du
nom , Comte de la Rochefoucaud,
Prince de Marfillac,
Xij
244 MERCURE
Quantàla branche delaMai
fon de Roufli , elle a commen
cé par Antoine de la Rochefoucaud,
ſecond Fils de Fran
çois de la Rochefoucaud, Parrain
de François I. Roy de
France . Cet Antoine eſtoit
Chevalier de l'Ordre du Roy,
Baron de Barbefieux ,Grand
Seneſchal de Guyenne , Gouverneur
de Paris & de l'Iſle de
France , Lieutenant general
& extraordinaire par mer &
par terre , qui foutint le Sie
ge de Marseille contre l'Empereur
Charles Quint. La
Mere de Madame la Comteffe
GALANT 245
de Maurepas eft Soeur de M's
les Maréchaux Ducs de Du
ras & de Lorge , tous deux
Capitaines des Gardes du
Corps du Roy ,& Chevaliers
de ſes Ordres , & de Milord
Comte de Fevershan , Pair
d'Angleterre , Chevalier de la
Jarretiere , cy - devant Capitaine
des Gardes du Corps du
Roy d'Angleterre , & General
de fes Armées , Grand
Chambellan de la Reine
doiairiere. CettejeuneCom
teſſe ſe trouve Coufine ger
maine des Ducheffes de Lef
diguieres , de Saint Simon ,
X iij
246 MERCURE

de la meilleraye , de Duras ;
de Lauzun , & Niéce de m'le
Duc de Boüillon , de m' le
Comte d'Auverge , & de M
le Cardinal de Boüillon ;
Couſine de m' le Duc de la
Rochefoucauld , Grand-Maiſtre
de la Garderobe , Pair &
Grand Veneur de France ,
Chevalier des Ordres duRoy,
Chef du nom & des armes.
Enfin un Pere de la Maiſon de
la Rochefoucauld , & une
Mere de celle de Durfort, ont
dans leur genealogie tout ce
qu'ily a de plus illuftre & de
1
plus grand dans le Royaume,
GALANT. 247
La ſeule Maiſon de Duras
compte quatorze Ducheffes
en vie , Meres , Filles , Scoeurs ,
ou Coufines germaines. Ily
a peu de grandes Maifons
auſquelles elles ne foient alliées
dans des degrez même
fort proches , comme Lorraine
, la Tremoille , Rohan ,
Montmorency , Ufez , Venta.
dour , Foix , Eftrées , la Force,
Brion , Polignac , Mailly , Sillery
, Montgommery , Rochechoüart
, Bourbon , Ma
lauze , & beaucoup d'autres.
Ils ont auffi l'honneur d'eftre-
Parens de Madanfe , par la
Xiiij
248 MERCURE
Maiſon Palatine , & ont plu
fieurs alliances dans celles de
Brandebourg , Hannovre ,
Heſſe , Naffau ,& autres Sou.
verains d'Allemagne, de forte
queM' leComte deMaurepas,
tant par les alliances qu'il a
de fon coſté, que par celles de
Madame ſa Femme , ſe trouve
parent de tout ce qu'il y a de
grand dans le Royaume. Mademoiſelle
de Roye ayanteſté
élevée dans un Convent n'en
eſt ſortie que pour ſe marier ;
cependant elle a paru dans le
monde avec des manieres
auffi infinuantes & auffi ſpiGALANT.
249
rituelles , que ſi elle y avoit
toujours demeuré , tant il eſt
vray que les perſonnes d'une
haute naiſſance , ſe diftinguent
naturellement.
Quelque choſe qu'on air
pû faire pour rétablir le defordre
des Finances d'Angleterre
, elles vont de mal en
pis , & lors qu'on croyoit qu'-
elles ne pouvoient eſtre dans
un plus mauvais eftat , les
Billets de la Banque , qui
eſtoient à dix - neufpour cent
d'eſconte , ontmontéjuſquest
5. àvingt- quatre. L'eſpecemanque
abſolument dans ce
250 MERCURE
Royaume , & tous les foins
qu'on a pris pour fçavoir
combien il y a deMonnoye
courante , n'en ont pû faire
découvrir qu'environ pour
quarante millions , fans qu'il
enreſte plus de quinze à tranf
former en nouvelles efpeces.
Cependant par le nombre
prodigieux d'impoſts qu'on a
mis fur toutes fortes de den
rées,boiffons &marchandises,
on ne laiffera pas de trouver
de l'argent cette année pour
les frais de la guerre , & teft
un des plus grands malheurs
qui arrivera jamais àl'AngleGALANTM.
27
1
terre , & dont elle ne pourra
ſe relever qu'en pluſieurs ſie
cles , & peut eftre jamais,
parce qu'un malheur en entraîne
un autre. Les forces
d'Angleterre ſeules ne font
pas fuffiſantes pour faire la
guerre àla France. Ellea donc
beſoin d'Alliez. Ces Alliez
コne font la guerre que pour
maintenir le Prince d'Oran
1.
S
ge , ce qui le met dansl'obligat
gation deles payer , & il ne
les peut payer qu'en efpeces,
qu'ils transforment auffi toft
en monnoye de leur Pays .
Comme cela s'eſt pratiqué
252 MERCURE
ainſi depuis huit ou neuf années
, que les Troupes d'Angleterre
ontmangé , & man.
gent touslesans leur paye en
Flandres que l'argent a tou
jours eſte tiré du Royaume ;
queleCommercen'y en a fait
entrer que tres-peu , & que
les rançons pour les Priſes en
ontfaitbeaucoup fortir,on ne
doit pas s'étonner ſi l'efpece
y manque. Ainfi plus les im
poſts en fourniront pour foutenir
la guerre ,plus l'efpece.
en fortira. Mais il n'eſt pas
poſſible que cela puiſſe aller
plus loin que cette Campa,
GALANT. 253
gne , qui achevera de ruiner
l'Angleterre, & que la confu.
fion ne ſe mette dans un Etat,
où l'on ne payefes dettes , &
où l'on ne vend ny n'achete
qu'avec du papier & des tail.
les de bois. Il eſt certain qu'il
faut plus qu'une promptePaix
pour y apporter du remede.
Dans le même temps que la
rigueur du mal d'un malade
ceſſe, ſes forces ne ſe trouvent
-pas rétablies , & comme il eſt
ſouvent pluſieurs mois à les
reprendre , il faudrepluſieurs
années à l'Angleterre pour
rétablir les ſiennes ; mais il
254 MERCURE
faudroitbien des conjonctu
res qui n'arrivent pas toujours
, pour la remettre fur le
pied qu'elle a eſté , ce qui pa
roift preſque impoſſible. Les
affaires de l'Europe ſe ſont
trouvées dans des fituations
heureuſes pour ce Royaume,
& pendant ce temps là les
Anglois ont fait le commerce
pour beaucoup de Nations ,
ce qui les a fort enrichis. Ils
eftoient même payez pour
demeurer neutres. Ainfi ils
recevoie , & ne donnoient
rien, &depuisneufans ils ne
reçoivent rien , & donnent
GALANT. 255
le

t.
$5
tour ; ou plûtoſt ils nnoe font
plus en eſtar de donner,tant
ils font épuiſez . Voilà le malheuroù
les a plongez laguer.
re preſente. Il n'y avoit point
d'Etat où il y cuſt plus d'or &
d'argent qu'en Angleterre, il
n'y en a point preſentement
où il y en ait moins.Le commerce
y fleurifſoit , il y languir.
Le peuple y payoit peu
de ſubſides , il en eſt chargé.
Il joüiffoit d'une pleine paix ,
il ſouffre tout ce que la guerre
coute aux Nations qui en
font accablées , & cela ſans
efperance d'acquerir un pou
256 MERCURE

ce de terre , & même ſans le
prétendre. L'Angleterre eſt
une Ifle , elle eſt bornée , &
peut difficilement conſerver
des Places au delà ; de même
qu'on pouroit difficilement
en prendre & en conferver
chez elle. Pourquoy done
dépenfe-t-elle cent millions
tous les ans , dont la plus
grande partie paſſe chez les
Etrangers , fans qu'elle en
puiffe jamais revenir ? Pourquoy
laiffe - t -elle perir fon
commerce Ily ade l'enchantement'là
dedans.2007
Le Roy ayant envoyé à ſes
GALANT. 257
Plenipotentiaires pour la Paix
les dépêches neceſſaires , afin
qu'ils paroiffent auſſi à l'Afſemblée
en qualité d'Ambaf
fadeurs Extraordinaires , M
de Harlay & M² le Comte
de Crecy partirent de l'iſſe
len. de ce mois , pour ſe
rendre à Courtray. Ils paflerent
par Menin , où la Garnifon
les attendoit ſous les ar
mes . On leur offritune eſcor.
te , pour les garantir des inſultes
qu'auroit pû leur faire
quelque Parti ennemi. Ils la
refuſerent,perfuadez qu'iln'y
avoit perſonne qui ne fon
Mars 1697- Y
258 MERCURE
geaſt pluſtoſt à les bien rece
voir , qu'à leur faire aucune
peine. Dans cette confiance
ils continuerent leur route
juſques à Courtray. Le chemin
eſtoit ſi mauvais qu'ilsn'y
purent arriver que de nuit
Ils y estoient attendus par un
trés-grand nombre de gens ,
qui les vouloient voir. Outre
les lumieres qui remplifloient
les feneſtres , pluſieurs te
noient des flambeaux allu
mez. Ils partirent de Courtray
le 12. l'apréſdinée , & arriverent
le 13. Gand ſur les trois
heures aprés midy. Ils trous
1
GALANT: 259
verent à une demi- lieuë en
deça de Gand un nombre infini
de peuple , tant à pied
qu'à cheval & comme ils
eſtoient venus par la Lys , ils
curent beaucoup de peine à
deſcendre de leurs Bâtimens,
à cause de l'affluence de ce
mefme Peuple . Ilsmontérent
dans trois carroffes tres beaux
que leur avoit amenez leMajor
de la Ville , & furent reçus
au bruit de trois déchar.
ges du Canon de la Ville , &
lelaCitadelle. Ils furent con
suits dans deux maiſons qui
lur avoient eſté preparées.
Yij
260 MERCURE
Cette meſme foule continua
le long des ruës qu'ils traverférent.
Elles estoient pleines
de Peuple & de carroffes , &
les feneftres remplies du plus
beau monde de la Ville. La
joye paroiffoit ſur tous les vis
ſages , & l'air dont on les faluoit
faiſoit connoiſtre le plai
fir que l'on avoit de les voir.
On leur envoya une Garde
Eſpagnole qui ſe ſepara , &
le Drapeau demeura avec
ceux qui firent garde à la mai.
fon de Me de Harlay. Ils ne
furent pas plutoſt entrez dans
leurs appartemens , qu'ils fuGALANT.
261
rentcomplimentez parleGouverneur
, le Grand Bailly , les
Magiſtrats de la Ville , & les
principaux Officiers desTroupes
qui y font en garnison.
Ils en partirent le 14 au foir ,
aux acclamations du Peuple ,
qui ne pouvoit affez marquer
la joye que luy cauſoit l'eſpe-a
rance d'une prompte Paix , &
qui donna mille benedictions
&mille loüanges à celuydont
ils l'attendoient. Ils continuérent
leur route vers Delft
par le Canal du Sas de Gand ,
&allérent enſuite par mer furt
des Yachts que les Etats leur
262 MERCURE
avoient envoyez. Ils arrivé.
rent le 19 àDelft,oùla foule ſe
trouva fi grande dans les ruës,
que leurs carroffes curent
beaucoup de peine à gagner
les logis, qu'ils ont arreſtez&
fait preparer pour leur demeu
re pendantle temps des Conferences.
6. Meffire Hubert Jouffeau
me , Comte de la Breteſche,
Colonel d'un Regiment d'Infanterie
pour le ſervice du
Roy , mourut icy le 19 de ce
mois , dans un âge fort peuavancé.
Il eſtoit Fils de feu
GALANT. 263
Meſſire Louis Jouffeaume,
Marquis de la Breteſche, Seigneur
de Coubereau,& autres
lieux , Lieutenant des Gardes
du Roy , Gouverneur de Poitiers,
&de Dame .... de Launay
, & Frere puiſné de Meſſire
Eſprit Jouſſeaume,Marquis
de la Breteſche , Lieutenant
general des Armées de Sa
Majesté ,qui a eſté ſucceſſivementGouverneur
de Lewe &
de Mayence , & qui l'eft prefentement
de Poitiers & det
Hombourg. Il eſt auſli Lieutenant
General de la Provin
ce de la Sarre. Me le Comte
264 MERCURE
de la Breteſche , ſon Frere ;
dont je vous apprens la mort,
avoit épousé le 22 Janvier dernier
, Dame Marie-Madeleine
Teſtu , Fille de meſlire Nicolas
Teftu , qui a eſté pendant
plus de quarante - deux ans
ContrôleurGeneral de la maifon
de Monfieur , & Maiſtre
d'Hoſtel ordinaire de ce Prince.
Elle eft Soeur de Madame
de Tubeuf, & Niece de M
l'Abbé Teſtu- Maucroy , de
l'Academie Françoife, ancien
Aumônier Ordinaire de ма-
dame , & cy- devant Precepreurde
Leurs AlteſlesRoyales
GALANT, 1 265
les madame la Ducheſſe de
Savoye , & de Mademoiselle.
Le veuvage a ſuivi de bien
prés ſon mariage , qui n'a pas
duré deux mois entiers .
Voicy les noms des autres
perſonnes confiderables de
l'un &de l'autre ſexe , mortes
depuis ma derniere Lettre.
Dame Madeleine Barthele
my , Veuve de Meſſire Henry
d'Argouges , Marquis de Ranes
, Seigneur de Fleury &autres
lieux , Bailly & Gouverneur
pour Sa Majeſté des Ville
&Chaſteau d'Alençon. Elle
a eſté inhumée à S Jac
Mars 1697. Z
266. MERCURE
-
ques de la Boucherie, & fon
coeur en l'Eglise des Auguſtins
du Grand Convent.
Comme certe Dame eſtoit
fort riche , & qu'elle n'avoit
point d'Enfans , elle a faitde
grands legs en ces deux Eglifes,&
à l'Hôtel Dieu de Paris .
Elle en a auſſi fait un confiderable
à M¹ de Harlay,Comte
de Celi , Conſeiller d'Etat ,
& Plenipotentiaire pour la
Paix , qu'elle eſtimoit tresparticulierement.
Outretous
ees legs , elle a laffé un fond
pour élever cinq pauvres Ecoliers
enl'étude de Theologie,
GALANT. 267
& pour foulager pluſieurs
pauvres.
Meffire Jean de Creil, Seigneur
de Soizy , Conſeiller
du Roy en ſes Conſeils , &
Maistre des Requeſtes ordinaire
de ſon Hoſtel.
Meſſire Pierre Merault ,
-Confeiller au Parlement de
Mets.
MeffireJeanMalo,Seigneur
de Bourdonné , cy. devant
-Confeiller au Parlement de
Mets, Frere de Meffire Jacques
Malo de Sery , Conſeiller au
-Grand Conſeil , tous deux
-Fils de feu M' Malo , Conſeil-
Z ij
268 MERCURE
ler en laGrand' Chambre du
Parlement de Paris .
Demoiselle Anne - Dorothée
de Vieuxpont. Elle estoit
Fille de feu Meſſire Alexandre
Marquis de Vieuxpont.
Meſſire Antoine Mandat,
Seigneur de la Chaſſiere , cydevant
Conſeiller au Parle
ment.
Meſſire Jean Raviere,Conſeiller
au Parlement. Il eſt
mort fort jeune, & eſtoit Neveu
de feu m' Raviere , Avocat
au Parlement.
Meffire RenéGirault,Lieutenant
à la conduite desAm
GALANT. 269
baſſadeurs. Il eſt mort âgé de
quatre- vingt ſept ans , aprés
en avoir paſſe ſoixante & fept
dans les fonctions de cet employ,
avec toute la capacité
&toute l'exactitude qu'il demande.
Il avoit des Amis
dans toute l'Europe , s'eſtant
toujours fait aimer des Miniſtres
Etrangers , pour qui il
avoit des manieres tres-honneſtes
&tres polies.
J'apprens tout preſented
ment que l'Academie Françoiſe
vient de perdre un des
plus anciens membres de fon
Corps. C'eſt Meſſire Paul Phi
Z iij
270 MERCURE
lippes de Chaumont , ancien
Evêque d'Acqs , qui avoit
eſté receu en 1654. dans cette
celebre Compagnie , où ſa
politefle & fes manieres plei
nes d'honneſteté luy avoient
acquis l'eſtime & la confideration
particuliere de tous
ceux qui la compoſent. II
eſtoit Couſin Germain deM
le Chevalier de Chaumont,
qui a eſté Ambaſſadeur du
Roy à Siam , & avoit dans ſa
Maiſon des alliances fort con
fiderables. Son merite luy
avoit donné beaucoup d'A
mis. Je ne vous en diray rien
i
GALANT. 271
de plus , pour ne pas prévenir
celuy qui doit faire fon
Eloge , quand l'Academie
luy aura choiſi un Succeſſeur.
Le mot de l'Enigme du
mois paſſé eſtoit un Livre. Il
aeſtétrouvé par Mrs Julior,
Afſſeſſeur du Comté de Benon;
Henry le Jeune , du Bu
reauduPapierde la Douane;
Barder de l'Hôpital du mans;
Loüis- Joſeph de Chalons en
Champagne de Barcos le
jeune ,& fon Ami Luguet, le
petit Coq réveille-matin du
College de Loüis le Grand,
Z iij
272 MERCURE
l'Abbé Blondin de Rouën ; le
Valetudinaire de la ruë Gervais
Laurent,& M. de Champvert;
l'Amant infortunéde la
rue de la Colombe , & fa Severe
de la vieille rue du Tem.
ple . l'Amant haï & muet de
la Reine des Blanches ; Jacques
Paſcal& Jean Bartolon
de Lion ; l'Hermite infortuné
de la rue Saint Honoré : l'aimable
de Francheville; Babet
du Chevalier duGuer ; la petite
Veuve de Bauſſan de la
rue Villedot ; Mademoiselle
du S. Eſprit , rue du Pot d'or,
àLiege,& la charmantede la
GALANT. 273
Coquille du bout du Pont-
Royal.
Vous propoſerez à vos Amies
l'Enigme nouvelle que
je vous envoye...
ENIGME
Eme cache en Hiver,je me mon
JEmetre en Efte ,
Et malgré ma legereté
Je me fais constamment aimer de
mille belles.
Infenfible à leurs traits, je n'agis
quepour elles ,
Et fans qu'ilm'en coutedesvoeux
Iefolaſtre ſouventavecleurs beaux
cheveux,
Zeur bouche eſt de corail,je la touche&
la baife
+
274 MERCURE
Sur leur fein plein d'appasje repose
amon aise ,
Etfersà moderer leurs feux.
On me voità la Courrarement au
Village:
Ie ſuis toujours dans l'esclava.
ge.
Mon Pere me tient enchaiſne
Dès le moment que je fuis nè.
Fe ſuis blanc , je suis noir, grand ,
petit. On rafine
Am'habiller diverſement ,
Mais jamais je ne mis dans mon
ajustement .
Drap,panne, ny velours,ferge ny
papeline.
Les habits parſemezdefleurs ,
Demille diverſes couleurs ,
Sont les plus riches qu'onme donnes
T'en porte ſouvent de communs,
GALANT. 275
D'autres chargezd' Amours , d'emblèmes
, des parfums i
Ie me pique autant que perſonne
De ſuivre la mode du temps .
Et vieillis en moins de deux ans.
Alors ceux qui m'aimoient font ceux
qui me mépriſent .
Rarement les Amans me laiſſent en
repos,
Il en est peu qui neme nuiſent 3
Leles crains carfouvent ils me caf 2
ſent lesos,
A Et sefont par làdes querelles ,
Ialoux des privautezque m'accordent
leurs Belles.
Je n'ajoûteray rien à ce
que je vous manday le mois
paffé des Metamorphoses d'Owide,
mises en Vers François par
:
276 MERCURE
T
Mª Corneille , avec des Figu
res au commencement de
toutes les Fables,finon qu'elles
ſe vendent actuellement
chez les Sieurs Guillaume de
Luynes , Jean Guignard , &
Michel Brunet , Libraires au
Palais , & chez le Sieur Jean-
Baptiste Coignard , ruë Saint
Jacques,à laBible d'or.Je ſuis,
Madame , voſtre , &c.
AParis, ce 31. Mars 1697.
2225522 222 2525 522
TABLE.
Prelude.
Sonnet. 8
Harangue àMrl' Archevêque. 11
Lettrefur les Agapes. 17
Satire contre le feu. 35
Requeste de Mr le Comte de ClermontTonnerre
au Roy. 55
Reception faite à Dijon à Mr
l'Evêque Duc de Langres. 79
Seconde réponse d'une explication
nouvelle d'un PaffagedeVirgile.
$83
Epiſtre en Vers 1 . 113
TABLE.
Surlencant des chofes dela terre.
226
Discours ſur la confiance en Dieu .
131
Mort de M'l'Abbéde Lamont.
150
Reflexions fur le Ridicule. ISS
Modeles de Conversations pour
les perſonnes polies. 158
Airs deM. de Gilliers. 164
Histoire des Diettes de Pologne
pour les Elections des Rois.
Sur les ravages du dernier Hiver.
168
Reflexions fur la conduite de
L'hommeſage.
TABLE.
Hiftoire. 188
Epiſtre en Vers de Me Danchet.
:
209
Madrigal à Me l'EvesqueDuc
de Langres. 218
Explication en Vers de la marche
des Echets. 220
Extrait d'une Lettre de Hollan .
de.
223
Oeconomie de toute l'Eglise Catholique.
226
MFolly de Fleury a l'agrément
de la Charge d'Avocat General.
2,0
Tout ce qui s'est passé à l'occaſion
de la mort du Grand Maistre
de Malte , & à l'élevation
TABLE.
d'un nouveauGrandMaistre.
1
230
Sacre deMr l'Evêque de Montpelier.
233
Mariage de Mr le Comte de
Maurepas , 234
Affaires d'Angleterre. 249
Receptions faites enpluſieurs Villes
aux Ambassadeurs Pleni .
potentiaires de France. 256
Morts.
:
262
ArticledesEnigmes. 271
Metamorphoses d'Ovide en Vers.
:
L'Air doit regarder la page 176.
275
e
La Figure la page 219 .
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