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1693, 09 (Lyon)
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me


807156
MERCURE
GALANT
OU
DEDIE' A MONSEIGNEUR
ELA
VILI
DE
LA
VIL
*
1893 Colleg . Lugd. SS. Tri
SEPTEMBRE 1693 .
Soc. Jeju Cat. Inc.
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY ,
ruë Merciere au Mercure Galant .
M. DC. XCIII .
Avec Privilege du Roy

OEUVRES DE MICHEL
Etthmuler celebre Medecin de
Leipfik qui se vendent à Lyon
chez THOMAS AMAULRY .
Ttmbuleri operum omnium medicophyficorum
editio novißima
catetis omnibus tum correctior , tum
auctior , tum verofacilior. Fol.2.v.
18. liv.
Ettepec operacionim
5
Traductions en Françoispar un
celebreMedecin.
Pratique generale de Medecine
8 °. 2.v. 5.liv.
Speciale 8º 2.1 . 10. f.
Les inſtituts 8º 2.1. 10. f.
Nouvelle Chirurgie medicale
& raiſonnée 12. 1.1. 10.f.
Nouvelle Chimie raiſonnée ,
12. 1.liv. 10.f.
ã 2
*************
LIVRES NOUVEAUX
du Mois de Septembre 1693 .
Ie du Cardinal Ximenes par M.
✔Flêchier Evêque
2. vol. 3.1.
de Niſmes , 12 .
Oraifon Funebre de Mile d'Orleans
40. 15. fols.
Memoires pour ſervir à l'Hiſt . de Loüis
de Bourbon Prince de Condé, 12.2.v.
2.liv. 10.fols.
Oeuvres Poſthumes de M. l'Abbé de
S. Real , 12. 1.liv. 10.f.
Fables Choiſies de M. de la Fontaine ,
12. 2.liv. s.fols.
Reflexions ſur les Défauts d'Autrui de
M. l'Abbé de Villiers 12. 2.v. 3. liv.
s. fols.
Antimenagiana , 12.2. liv.
Du bon & du mauvais uſage dans les
manieres de s'exprimer par l'Auteur
desMots à laMode , 12. 1.liv. 10.f.
Suitedes Remarques Critiques ſur l'ufage
preſent de la Langue Françoiſe.
12. 2. liv.
Reflexions morales de la Roche-foucaut
, 12. 1. liv . 10. fols.
Portrait d'une Honnefte-Femine, r
2. liv.
Prelude
Relude
TABLE.
Servicefait aux Iefuites
100
deLyon,
pour feuMl'Archevesque de Lyon
200000003
Seconde Lettre fur l'Eau Minerale
deBordeaux.. 14
Thalie au Roy. 27
Rejoüiffances faites en Champagne..
Lettre à M. P'Archevesque de Pa- Paris,
45
Histoire.
Les Serins. 97.19
Obferpations curieures. 84
Ceremonie faites à Dombes. 88
Réponse de M. Comiers à l'Auteur
des Reflexionsfaitesſurſon Calen
drierperpetuel inpariable. 91
Morts of 109
Corripfazle
Colome Forchet
TABLE.
LettredeM.l'AbbéDeſlandes, III
Reglemens faits parleRoy. 125
VoeudeIephté.
Modes.
Ce
135
137
qui s'est passé à l'Academie le
jour de laFFeessttede S. Louis. I44
Stances auxDamessçavantes , 155
Nouvelles dePiedmont. 160
La Francegeographique genea
logique. 163
Réjouiſſancesfaites àGrenoble. 1 63
Benefices donnezpar le Roy. 167
Marchandises trouvéessur les Vais-
Seauxde laFlotede Smirne. 173
Autre article de Morts . 177
Article des Enigmes. 186
Journal du Siegede Charleroy. 189
Nouvelles de Toulon. 212
Nouvelles d'Angleterre. 213
Etabliſſement de plusieurs Fours au
Louvre pour le soulagement du
Public. 225
Maladie de M. le Duc de Mantouë.
226
TABLE.
Secondefuite des NouvellesdePiedmont.
227
Mort deM. Matthieu de Castelas .
228
LevéeduSiege de Belgrade. 229
Suite du Siege de Charleroy. 230
Priſes de Deux Vaiſſeaux Anglois.
231
Nouvelles de divers endroits, 232
Fin de la Table.
R
Avis pour placer les Figures
La Figure doit regarder la pager
84
L'Air doit regarder la page 188
MERCURE
THEQUE U
GALANTE LYON
*
1893
*77
SEPTEMBRE 1693 .
OUS demeurerez
d'accord , Madame ,
que l'Auteur du petit
Ouvrage que vous
allez lire , a bien connu le caractere
du Roy , dans ce qu'il
écrit de cet Auguſte Monarque
. Si le Ciel répand tant de
benedictions ſur ſes entreprifes
, c'eſt parce qu'il en a toujours
foutenu la cauſe , & qu'il
Sept. 1693 . A
2
MERCURE
3 n'a pris tant de Villes , & donné
tant de Combats que pour
l'intereſt du Dieu des Armées .
Tout le monde en eſt bien perſuadé.
Auſſi quand tout le Royaume
retentit des voeux ardens
que l'on fait de tous coſtez
pour la profperité de ſon Regne
, quoy qu'il n'y ait qu'un
Particulier qui parle dans les
Vers ſuivans , on peut affurer
que c'eſt la France toute entiere
qui s'écrie ;
Grand Dieu , dont leſoin adorable
Aveillersur cet Univers ,
Tefait voir d'unoeilfavorable
Ceux qui tevangent des pervers ;
Tusçais qu'aujourd'huy ſur la terre
Aucun Trince nefait laguerre
A ceux qui mépriſent tes Loix ,
Comme LOVIS, cegrand Monarque,
Au front de qui chacun remarque
Levray caractere des Rois.
GALANT.
3
Quelautre avec plus grand zele
Soutient les droits de tes Autels ?
Quel autre parmy les Mortels
Ateservir estplusfidelle ?
CePrinceàpeinefut monté
Sur le Trône d Majesté
Qui de luyprend un nouveau luftre,
Qu'il medita deSaints combats ,
Pour mettre parun coup illuftre
Le crime l'Hereſieàbas.
Si jamais nos humbles prieres ,
Quoy quefans l'avoir merité ,
Ont obtenu detabonté
Desgracesvraiment fingulicres ;
Daigne nous conserver ce Roy.
Quifaisant tout trembler d'effroy .
N'a point d'autre but que tagloire.
S'il combat , c'est pour ta grandeur ,
Et s'il remporte la Victoire ,
Ils'en nomme auffi- toſt l'Auteur.
L'abondance dela matierene
me permit pas le mois paffé , de
A 2
4
MERCURE
vous a pprendre avec combien
de ſomptuofité & d'éclat lesPeres
leſuites de Lyon ont fait paroiſtre
au Public la reconnoifſance
qu'ils conſervent pour feu
Meſſire Camille de Neuville de
Villeroy , Archeveſque de la
meſme Ville , leur Bienfaicteur.
Le 23. de Juillet dernier , ils
luy firent faire des Obſeques
avec une magnificence digne
de leur zele , & de la perſonne
pour qui ils ſe ſont acquittez
de ce devoir , ce Prelat ne s'e .
ſtant pas contenté de les honorer
pendant ſa vie d'une protection
toute particuliere , mais
ayant bien voulu leur laiſſer
encore ſa Bibliotheque par ſon
teſtament. La Façade de l'Egliſe
eſtoit toute tenduë de deuil ,
& chargée des Armoiries de la
Maiſon de Villeroy , & de pluſieurs
peintures Hierogliphi-
L
GALANT.
S
ques propres au ſujet. Sur laporte
eſloit un grand Carrouche
avec cette Inſcription , pour inviter
à la ceremonie .
D. O. M.
MemoriaæternæCamilli deNeufville
, Archiep. Proregis Lugd.
Galliæ Primatis , Societas Iefu , virtutum
, beneficiorum ac patrocinii
memorr , justasolemnia facit moærens
ac lugens. AdesteCives , & optimo
Prafuli , Patrie Parenti , publicæ
Salutis Affertori , Religionis Vindici
,fuorum amori , precibus ac rits
Lacrimisparentate.
LaMachine funebre eftoit un
Maufolée de Marbre feint , qui
avoit trente - deux pieds de
hauteur , & cent quatre -vingtpieds
en quarré. Elle conſiſtoit
en un grand corps d'Architecture
Dorique à quatre faces , or .
né de Statuës , d'Inſcriptions , &
de Metopes chargez de bas re-
A 3
6 MERCVRE
liefs .Toute l'ordonnance portoit
fur un Socle quarré , de quatorze
pieds de long , qui ſervoit
d'établiſſement au Maufolée.
Chaque face avoit quatre pila .
ſtres de huit pieds de haut , accompagnez
de tous les ornemens
de l'Ordre Dorique . Au
milieu de chaque face on voyoit
un grand Portique foutenu par
l'Impoſte du meſme Ordre . Les
Entre- deux des Pilaſtres eftoient
ornez chacun d'une Statuë
de quatre pieds & demy de
haut, d'une tres -belle Sculpture.
Les Figures qui estoient au nombre
de huit , & qui avoient toutes
leurs ſymboles , reprefentoient
la Religion , la Nobleſſe ,
la Juſtice , la Science , la Compagnies
de JE SUS , le Commerce
, le Peuple , & la Pauvreté.
Au deſſous de ces Statuës eftoient
des Inſcriptions genera
GALANT.
7
les , &fous chaque Statuë dans
le Socle , il y avoit une Inſcription
plus étenduë , où l'on marquoit
en détail ce que M. l'Archevêque
de Lyon avoit fait par
rapport à chaque eſtat en particulier
. L'Entablement répondoit
au reſte de l'ordonnance .
Les Metopes de la Friſe eſtoient
chargés de Caſſolettes de lampes
éternelles , de teftes de morts
d'os croifez en ſautoir , & d'autres
bas reliefs . Quatre grands
Frontons s'élevoient au deffus
des Corniches , avec des Infcriptions
dans les Tympans . Sur
la pointe & fur les extrémitez
des Frontons on avoit difpofé
des Acroteres qui portoient des
pots à feu , & des vaſes fumans .
Une piramide de treize pieds de
haut, fur laquelle on voyoit l'Immortalité
avec tous ſes Hiero..
gliphes , s'élevoit ſur le ſolide
A 4
8 MERCVRE
de l'ordonnance. Elle tenoit d'une
main le Portrait du Prelat
défunt en forme de Medaille
antique , qui avoit pour quadre
un Serpent ſe mordant
la queuë, & de l'autre elle montroit
le Ciel , qui eſt le ſéjour
de l'Immortalité. Les quatre
coſtez de la piramide étoient
éclairez de flambeaux. On y
avoit entremeſlé,quantité d'Ecuffons
, d'Urnes , de Caſſolettes
, de Phares , de Torches à
l'antique , de Cornes d'abondances
renversées , de Pots à
feu , & de tous les autres ornemens
qui conviennent à une
Ceremonie funebre . Toute la
Nef eſtoit tenduë de deuïlaver
un lez de velours aux Armoiries
du Défunt , & de têtes de mort
entremeflées. Les Pilaſtres qui
ſoutiennent les arcades , & les
Balustrades qui regnent tout auGALANT.
9
tour de l'Eglife , eſtoient couverts
d'un lez de fatin blanc, qui
defcendoit depuis la naiſſance
de la voûte. Sur les Chapiteaux
des Pilaſtres on voyoit des
Squelettes & des Teſtes de mort
rangées alternativement. Au
milieu des Pilaſtres on avoit pofé
des Croix ancrées dorées .
qui font les Armoiries de la Maifon
de Villeroy. De grands
Cartouches ſemez de larmes argentées
, eſtoient diſpoſez fur
la clef de chaque arcade . Quatre
Urnes à l'antique paroiffoient
aux quatre coins de l'E-.
glife. Le Chooeur qu'on avoit
auffi tendu de noir , eſtoit ſemé
d'une infinité de Croix d'or ancrées
; on y avoit joint quelques
Hierogliphes de la mort. Sur le
fond de l'Egliſe eſtoit une fort
grande Mort , ſur un trophée
de Mitres , de doubles Croix,
As
10
MERCURE
de Pallium , de Colliers de l'Ordre
, tenant entre ſes mains les
Armoiries de Villeroy , dont
elle déchiroit l'Ecuſſon . Le Corridor
qui regne autour de l'Eglife
, eſtoit éclairé de pluſieurs
Phares ou Candelabres à dixhuit
branches , ſuſpendus à la
voûte. Tout cela enſemble, joint
à la beauté de l'Egliſe, faifoit un
ſpectacle fort ébloüiffant & fort
regulier. Les Architraves des
Balustrades eſtoient ornées de
Deviſes en diverſes Langues ſur
les principales vertus du défunt
Prelat.
Pour exprimer ſa grande fageffe,
on avoit peint un Belier ,
avec ces mots Eſpagnols . Toda
mi fuerça en mi caluça.
Pour faire connoiſtre la fidelité
qu'il a toûjours euë pour le
Roy , un Tournefol fuivant le
Soleil , & ces mots pour ame ,
GALANT. II
Se vertit ad unum.
Pour fignifier l'attachement
que les Peuples avoient pour
luy , un Aimant attirant des anneaux
de fer , avec ces paroles
Eſpagnoles , Mas por virtud que
por fuerça.
Pour marquer ſa conſtance
inébranlable durant les Troubles,
un Rocher battu des vents,
&ces mots Latins , Pulſent licet
undique.
Pour exprimer ſon humeur
bienfaiſante , une Fontaine , &
ces mots Italiens , Per far ben
atutoi .
Pour ſa mort , qui ſeule a pu
l'empêcher de continuer à travailler
pour le bien de l'Eglife
&de l'Etat , un Compas s'arrêtant
après avoir achevé un cercle
, & ces mots Latins pour
ame, Nunc ceffo , complevi orbem,
Pour marquer a Lienheuren
A 6
12 MERCURE
-
ſe Immortalité , un Soleil qui ſe
couche , & ces mots Italiens ,
La notte per gli altri , la luce
perme.
Pour le même ſujet , une Fuſée
avec ces autres paroles Italiennes
, Svanisce e s'inalza.
Pour l'estime que l'on conſerve
pour luy aprés ſa mort ,
une Urne antique , d'où l'on
voit fortir une lumière dans le
moment qu'on la rompt , & ces
deux mots Eſpagnols , Refplendecemas.
La Ceremonie commença
par les Veſpres des Morts , qui
furent dites folemnellement le
22.de Juillet.Le lendemain, M.
l'Evêque d'Autun, Adminiſtrateur
de l'Archeveſché de Lyon
pendant le Siege vacant , officia
avec ſon Clergé. M.le Marquis
deCanaples,Commandant dans
la Province,accompagné de tou
GALANT .
13
te la Nobleſſe ſe trouva dans
cette grande Affemblée , auſſibien
que M.de Berulle , Intendant
de la Province , Meſſieurs
les Comtes de Lyon , Mrs du
Prefidial , les Officiers de la
Ville avec les Exconfuls , les
Elus ,& les Treſoriers de France,
tous en Corps . L'Affemblée
eſtoit encore compoſée de tout
ce qu'il y avoir de perfonnes de
merite & de distinction dans la
Ville . M. l'Abbé de Saint Antoine
, & Madame la Princeffe
de Vvirtemberg fürent de ce
nombre . Le Pere de Colonia,
l'un des deux Profeſſeurs de
Rhetorique, prononça l'Oraiſon
Funebre , & faiſant trois points.
de ſon Difcours , il prouva que
feu M. l'Archevêque de Lyon
avoit eu la fidelité d'un Sujet, le
genie d'un grand Miniſtre ,&le
zele d'un Saint Prélat. Tout
14 MERCVRE
éloquent&tout délicat qu'étoit
cet Eloge, il plut encore davantage
par la fincerité des loüanges
qu'il contenoit , que par les
penſées brillantes & les tours
vifs qui le rempliſſoient. L'applaudiſſement
qu'il a receu , &
l'empreſſement qu'on a marqué
de le voir, ont obligé le Pere de
Colonia à le donner au Public .
Je n'ay rien à vous dire touchant
l'Article qui fuit , vous en
ayant déja entretenuë.
SECONDE LETTRE
Sur l'Eau Minerale
de Bordeaux,
د
Ce n'effoit, Monfieur, que par
une conjecture generale que je
vous avois écrit , que l'on pouvoit
appliquer le Vers d' Aufone à l'Eau
Minerale de Bordeaux , dont je vous
ay fait une Relation dans ma LetGALANT.
S
tre precedente, mais à preſent je puis
vous direque cette conjecture est tresbien
fondée , que j'en ay la preuve
dans une fingularité , de laquelle
je viens d'estre informé exactement.
C'estqu'ily a dans le même lieu où
l'on puiſe cette Eau Minerale , un
reste de vieille muraille qui est une
veritable antiquité. Ony voit de la
brique cuite à la maniere des Anciens
,& elle est liée avec leur ciment.
Laſtructure en est précisément
comme celle qu'ils faisoient. Cette
brique , ce ciment , cette structure
eſt tout de mêmeque ceque nous en
voyons dans le Palais Julien , nom
d'un Edifice antique , presque tout
ruiné , qui est à deux cens pas de
Bordeaux. Qui peut douter aprés
cela que cette vieille muraille ne
foit les reliques d'un Ouvrage basty
pour environner le fond de nostre
Eau Minerale , & luy fervir de
Baßinfour laretenir ? On m'a encore
16 MERCVRE
qu'-
appris une autre circonstance qui me
paroist décisive du fait , c'est qu'on
ya trouvé des tuiles enfigure de tuyaux,
qui peuvent estre des morceaux
de la suite de cet Aqueduc
deſes canaux de brique ,quifut découvert
en l'année 1555 .
ElieVinet , ce Sçavantfi celebre , dit
avoirvûdesespropresyeux , dans des
Sables au deſſus de la Porte Saint
Iulien. Ils formoient fans doute les
canaux & les Aqueducs fouterrains
de cette Eau , carpuisqu'ellese rencontre
dans le meſme endroit où l'on
adécouvert ces deux morceaux anti.
ques , la muraille& les tuyaux ,
n'est- il pas naturel d'en conclure ,
que le Versd' Aufone appartient en
propre à nostre Eau Minerale ,
qu'ila esté composé exprés pour elle?
Salve Urbis Genius , medico
potabilis hauſtu .
Je vous faluë , Genie de la Ville
,qui nous donnez des remeGALANT.
17
des pour la ſanté , dans les Eaux
que l'on y prend. En effet , puis
quevoila le Baßin , les Tuyaux ,
l'Eau ensemble, au mesme lieu le
Vers d'Ausoney doit außi trouver
Saplace. Il est l'Inscription dumonument,
la legendede la Medaille,
l'explication de l'Eau &defa vertu.
Iln'yapas un mot dans ce vers,
qui ne s'yrapporte , &qui ne contienne
quelquesens pour elle , mais
unsens tresfignificatif. Ie reconnois
d'abord dans la declaration si avantageuse
qu'ilfait de cette Eau ,
de ses qualitez , que luy mesme en
prenoit pour l'usage de sa fanté ,
Santéprétieused'un Homme illustre ,
Conful de Bordeaux , lors que leCon-
Sulat avoit presque la dignité de celuy
de Rome , Conful außi de Rome,
de plus Favory de l'Empereur
Gratien , de qui il fut Trecepteur.
Quandon estimebeaucoupun Reme
18 MERCVRE
de , &qu'on enparlefi hautement,
ce n'estqu'après en avoir soy mesme
fait l'experience. S'il sefert d'une
expreßiongenerale, Medico pota .
bilis hauftu , c'est un témoignage
qu'il n'estoit pas lefeul qui prenoit
de cette Eau. C'estoit les Petits
les Grands , le Peuple & le Senat ,
toute laVille ; fil Empereur estoit
venu à Bordeaux , son Favory avoit
tropd'intereſtdans la confervation de
Saſanté , pour ne luy pas conſeillerde
prendre d'une Eau dont lavertu estoit
éprouvée &souveraine. Cequ'Au-
Jone a choisi pourdéſigner cette vertu,
leterme de Medico estunemar
que , quoy qu'ilsoit là en nom adjectif,
quecetteEau estoit ordonnée par
lesMedecins, caroutre lesens qu'il
adefalutaire de propre à lafan
té , Medico peut außi recevoir le
Sens de laperſonne du Medecin qui
approuve l'Eau ,ſens encore confirmé
parlemot hauftu , car le terme est
GALANT.
19
>
ufitéparmy les Medecins , & il est
frequent dans leurs ordonnances. Ce
qu' Ausone fait veuir le Genie tu.
telaire de la Ville dans la defcription
qu'il fait de cette Eau , que
mesme ilmet le Genie pour l'Eau ,
Genius potabilis , comme qui diroit
, Neptune navigable , pour la
Mer navigable , cela luy donne
luy attribue le nom & le caractere
d'une Eau merveilleuse & divine.
Auſſi ne remercie t- il le Genie au
nom de la Ville , Salve , je vous
Saluë ,je vous rens l'honneur & la
reconnoiſſance que nous vous devons
pourun fi grand bien , un si grand
present,fi considérable &fi utile
pourlafenté & pour la confervation
de la vie. Enfin je remarque qu'il
faloit que cette Eau Minerale fust
en grande recommandation
qu'on en fist un estat extraordinaire,
puis qu' Aujone luy donne la prefe.
,
ود
20
MERCURE
rence auprés duGenie tutelaire dela
Villefur tout cequ'ilyade plus con.
fiderable. Ily a un grand Fleuve ,
la Garonne qui a fait d'un bras de
Mer, un beau Port , &qui estmerveilleux
dans ſafigure de croiffant ,
qui fait parciſtre la Ville baſtiefur
leFleuve. Elle est environnée d'une
étenduë immense de vignobles delicieux
; on diroit que c'est l'Empire
de Bacchus ou sa Patrie. Cependant
lors qu'.Aufone dépeint le Genie de
laVille, ilnyfait entrer aucun de
ces traits , il ne le couronne d'aucun
de ces rayons. Ce n'est pour rien de
tout cela qu'il s'adreſſeàluy & le
Saluë, qu'il luy offreses voeux ,
luy faitson action de graces ; ilpar.
leuniquement de l'Eau minerale de
laVille, consacrée à laſanté ; il la
joint à l'idée du Genie , elle est le
fujet la matiere des remercimens
qu'illuyfait & de l'honneur qu'il
GALANT. 21
luy rend. Tout ce que je viens de
vous dire , Monsieur ,se tire außi
naturellement du ſeul vers d'Aufone
, que d'une seule graine deſemence
, il s'en feroit une plante
un arbre. Mais c'est affez estendre
commenter lesfix paroles du Vers
de ce Grand Homme ; parlons à pre-
Sentdevous. Vous dites queleMercure
Galant vous a ordonné cette
Eau minerale de Bordeaux ; c'est
àdire que le discours qu'il enrapportedansfon
mois deMay , qui
en est une description fort fidelle ,
vous en a fait envie , &vous perfuade
d'en prendre. Le Discours de
cette Lettre joint àceluy que je vous
a; encoyé , vous en augmentera encore
lapaſſion ; car enfin , Auſone à
part, cette Eau minerale admirable
n'estpas capable ſeulement de
quelques bons effets , elle peutfaire
des Miracles pour lafanté. Elle n'a
22 MERCURE
point les défauts qui décrient les
Eaux ; elle a toutes les bonnes qualitezqui
les mettent en reputation.
Ontient que les Eaux quifont infipides
troubles ,font des Eauxſteriles
,&qu'iln'enfaut rien attendre
de bon. Celle-cy a un goust mineral ,
& elle est claire&limpide juſque
dansses cristaux quifontfort tranfparens.
Cet air brillant plaist
promet beaucoup ; les Eaux dont le
fond est bourbeux sont afſfeurement
malfaisantes . Celle-cy a une fource
dans le Rocherparles veines duquel
ellese filtre sepurifie. C'est unefi
grande perfection qu'une source de
Rocher , que lorsque Dieu voulut
donneràfonPeuple une Eaumiracu .
leuse,illa fitpafferpar un Rocher.
OnSçait les merveilles que les Chimistes
publient du Soufre & du
Nitre; c'est du Soufre du Nitre
que cette Eau est impregnée. Elle
GALANT .
23
abonde en Sels volatis . Four les Sels
fixes, les uns ont la figure cubique,
les autres hexagone ; elle est vive ,
legere à l'estomach , penetrante ,
Lexivieuse ; elle est affez aperitive
d'elle mesme ,fans avoirbesoin comme
les autres purgatifs , d'estre
precedée d'un remede intruslaxatif.
Enfin elle a tant de proprietez ef-
Sentielles à mettre par tout un bon
ordre dans le corps. , & une conftitution
juste temperée dans ſes humeurs
, qu'elle merite d'estre appellée
une Eau Superlative pour la
Janté; & ce qu'ily a de commode
dans l'usage de cette Eau , c'est
qu'elle n'est point sujette aux fai.
Jons. On va l'Esté & l'Automne à
Bourbon , à Baniere &c. On peut
prendre de l'Eau minerale de Bordeaux
en hiver comme en Esté , au
Printemps , comme en Automne.
Ily ades Fontaines que l'on nomme
24
MERCURE
1
dans
Solaires , parce que leurs Eaux ne
font bonnes que le jour, &ne valent
rien la nuit , & d'autres que l'on
nomme Lunaires , parce que leurs
Eaux nefont bonnes que la nuit ,
ne valent rienle jour ; ſemblables à
ces fleurs qui s'épanoüiffent le jour
se referment la nuit ; au con.
traire des autres qui s'ouvrent la
nuit , &se referment le jour. Com.
me l'Eau de Bordeaux conferveſa
vertu dans toutes les ſaiſons
tous lesmois del'année, elle est außi
également bonne à prendre foit le
jour ,ſoit la nuit . Außi yat-il à
preſent qu'elle estplus connuë qu'elle
ne l'estoit un grand concours de
monde, de toutesfortesde conditions,
qui en prennentfans distinction de
temps. Quoy que les temperamens
des corpsfoientfort differens , il n'y
aperſonne qui ne s'enfoit bien trou -
vé. Cela me fait faire un pronoftic
د
avanta
GALANT.
2F
avantageux pour l'Eau minerale de
Bordeaux , &je ne sçaurois mieux
L'exprimer qu'avec ce petit Vers
d'Horace. Fies nobilium tu quo
que fontium. On vous comptera:
un jour parmy les Eaux lesplusfameuses.
Ceux qui cherchent le délafſement
de leur eſprit dans les
plaiſirs du Theatre , en auront
beaucoup à lire le nouvel Ouvrage
que je vous envoye de
M.de Vin . Il eſt fait contre les!
Sifflets , dont le mauvais uſage
s'eſt introduit depuis quelque
temps à la Comedie avec une
telle fureur , que les Acteurs
font ſouvent interrompus , &
même contraints quelquefois
de quitter une Piece nouvelle
dés le troifiéme Acte , pour en
repreſenter une des anciennes ,
Sept. 1693 . B
26 MERCURE
ſelon' qu'il plaiſt aux Siffleurs
de la demander. Cette licence
eft d'autant plus dangereuſe ,
que rebutant les Auteurs , elle
étouffe en quelque façon les
genies les plus heureux par le
dégoût qu'elle leur inſpire pour
leTheatre; outre qu'il ne faut
qu'une Cabale contraire pour
faire tomber , au moyen de ces
Sifflets , une Piece , qui ſans
cela, pourroit meriter l'approbation
des Connoiffeurs. C'eſt
le ſujet de la Requête que preſente
la Muſe qui préſide à la
Comedie.
GALANT.
27
**************
THALIE
AUROΟΥ.
SIRE , à tes pieds tu vois.
Thalie ,
Lecoeurgros defoupirs &l'oeil noyé
depleurs ,
Implorerpour la Comedie
TonSecours contre les Siffleurs.
Le te l'avois fait voir fi belle&fi
pompeuse,
Que depuis peu la France heureuse
Nenvioit plus aux vieux Romains
Ny leurPlaute ny leur Terence ,
Et pouvoit de fes Pocquelins *
Aux Menandres fameux opposer
l'excellence.
Mais de mes infignes faveurs
B2.
28 MERCURE
Que mefert-il belas ! d'enrichir les
Auteurs ,
Si , bien loin aujourd'huy d'accorder
ses suffrages ,
Comme ilfit autrefois ,à leurs premiers
Ouvrages ,
LePublic veut que leur début
Ait autant de délicateſſe ,
De traits brillans , d'efprit, de force
de fineſſe ,
Que Moliere en fit voir dans le
temps qu'il parut ?
Accoutumé qu'il est àfon charmant
Apare
Et ſemblable au voluptueux ,
Quifur un mets commun jette un
oeil dédaigneux ,
Son dégoust fantaſque & barbare
Ne peut se refoudre àsouffrir
Tout ce qui de moins bon àses yeux
vient s'offrir.
Ainsi pour peu qu'un tour, unvers ,
un mot le bleffe ,
*Moliere.
GALANT .
29
Außi- toft sa delicateſſe ,
Toute fauſſe qu'elle est rebuttant les
Auteurs ,
Au bruit de cent Sifflets demande
une autre piece ,
Etfans aucun respectde Grandeur ny
d'Alteffe ,
Brusque mesme à leurs yeuxfait
۱
taire les Acteurs.
Que nese donne t'il un peu de pa.
tience?
commence ,
He quoy,reußi- t-on d'abordque l'on
Et quelquefoit l'encens que l'on doive
à Cinna,
LegrandCorneille enfin debuta t- il
parlà?
Melite, Clitandre, la Veuve
Ne furent de fon Cid que les foibles
effais ,
l'épreuve ,
Etfon esprit naiſſant , parlà mis à
De ce qu'il fit depuis ne dut l'heu.
reux fuccés
B 3
30 MERCURE
Qu'à l'indulgence liberale
Qu'eut alors tout Paris poursaPlace
Royale,
Le moindre Sifflet l'eust glacé,
Et fi quand il a commencé ,
Sa timidejeuneſſe en eust senti l'au
dace,
Auroit ellejamaispensé
Aproduire au grandjourfon merveilleuxHorace
?
Moliere, dont en ton loifir
Tuvis le Ieu comique avec tant de
plaifir,
Euft-il osé fi loin porterfon beau
genie ,
Sifes .Auditeurs mécontens
Euffent fait effſuyer àses froids Contretemps
ou l'atourdy.
Des Siflets d'aujourd'buy lafauinge
furie ?
Son Hypocrite Scelerat ; Le Tartuffe
Eust-il contre luy-même excité tant
d'eclat ?
GALANT.
31
Non , & content du Sac où Scapin
s'envelope,
Son trop juste dégoust eust privé ton
Etat
Defon Amphitrion, defonMi.
fantrope.
De la Veuve d'Hector la constante
douleur Andromaque.
N'euft pas außi peut être attendri
ton grand cooeur,
Si par un double Fratricide.
Quelque impitoyable Sifleur
Eust de l'airqu'on s'yprendtraité la
Thebaide: ou les Freres Ennem .
A
Sage parsa confusion ,
Racinequi dugrand Corneille
Ofa voirfans trembler la reputation ,
Etquen'étonnapoint lagloire defon
nom,
Eust-il , quoy qu' animé d'une Verve
pareille ,
Paßé, comme il a fait, de merveille
en merveille ?
B 4
32 MERCURE
DufaroucheNeron jamais Britanni .
:
cus
N'eust tombe de nouveau sous la
noire injustice.
Iamais eust-onvû Berenice
Pleurer ſitendrement lesvigueursde
Titus,
Et n'eust-onpas perdusa belle Iphigenie
,
Si ces Siflets alors parbonheur inconnus,
Euffentfait deson temps éclater leur
manie?
Ces grandshommes par là bonteux
rebuter
D'unméprisfiplein d'indecence,
Se fuffent pour jamais imposé le filence.
Le t'avoûray,grandRoy ,qu'ils dei .
vent leurs beautez
Al'Etoilequi les leurdonne ;
Mais fileur heureux Afcendant
Leur prodigue un esprit Sublime
transcendant ,
GALANT.
$33
Letempsseul les acbeve&les perfectionne.
Ainsi ne doit- on pas leur donner le
Loiſir
Que tout Eftre mortel demande pour
meurir,
Et faut ilfans mifericorde
Que ce temps leursoit refuse ,
Quand au moindre Farceur ce Public
insensé
Aujourd'huy volontiers l'accorde ?
D'autres pourroient encor , instruits
parmesleons,
Tedivertirun jour charmer tes
oreilles ,
Sidemes jeunes Nourriſſons
Tu voulois foutenir
veilles.
raffurer les
L'enſçais qui pleins d'unfeu qu'avoüeroit
Apollen ,
Dans le monde bien- toftSeferoient
ungrand nom;
Maistout propres qu'ils font àmon
terfur la Scene , د
B
34
MERCURE
Lafureur des Siflets intimide leur
Veine ,
Et du Fourbe tombé lefurprenant
malheur
Etouffe dans leurſein toute leur nobleardeur.
Ilssçavent qu'ilnefautque la moindre
cabale.
Pour faire fuccomber l'Ouvrage le
plusbeau,
Et que l'on voit souvent contre un
Auteur nouveau
L'Envie au Theatrefatale
De Siflets ennemis armer toute sa
Sale ,
Cependant ce nouvel Auteur
Défait de ses défauts par un peu
d'indulgence ,
Forteroit ses efforts jusques à l'excellence
D'un Art qui me fait tant d'hon.
neur.
Arreste donc ,grandRoy, cettefu
reur brutalei
GALANT.
35
Fais-luysentir enfin l'accablantevi
gueur
De ton autorité royale
Et quand ta rapide valeur ,
Egalement terrible &fur mer &
furterre ,
De tonjaſte couroux fait gronder le
tonnerre;
Quand prés de ce Détroitfameux
qui regardé jadis comme ià fin du
Monde,
Fixa d'un Demi-Dieu la coursevagabonde,
Hercule.
Tourville inſultant Rooke ,
Vaiſſeaux nombreux ,
fes
De ce foudre vangeurluyfait sentir
lesfeux ,
EtterendleMaistre del'Onde ;
Quand, dis -je , Luxembourg ,fon
illustre Rival ,
Paffantfous ton grand nom de victoire
envictoire ,
Surfes pas triomphans éternise tagloire
,
B 6
36 MERCVRE
Etde tes Envieux confond l'orgueil
fatal,
Quoy , deviendrois - tu fourd aux
plaintes duParnaſſe?
Non , non,sensible àma douleur ,
Des infolens Siflets ne souffre pas
L'audace;
Et de tes Loix contre euxpreſte moy
lafaveur.
Haste-toy ,qu'au plûtoſt ta bontéſe
declare;
Mais fide mon deſtin par un effet
bizarre ;
Je pouvois à tes pieds me plaindre
fansfuccés,
Soutiens ,défens du moins tes propres
interests,
CartonTeuple autrement redeviendroit
barbare ;
Et peut estretoy mesme unjourtu le
verrois
Retombé dans cetteignorance
Dont tu sçais que messoins ont deli
we laFrance.
1
GALANT .
37
On ne ſe contente pas de
fiffler les pieces, on va quelquefois
juſqu'à fiffler les Acteurs ,
quand ils n'ont pas le bonheur
deplaire . Les comediens François
viennent d'en perdre un
qui n'avoit rien à apprehender
de ce coſté-là , puis qu'il eſtoit
le charme de tout Paris dans le
Commique. C'eſt vous faire
entendre affez que je parle de
Mr Raiſin mortdans une grande
jeuneſſe ,& dautant plus regretté
de ceux qui aiment la Comedie
, que c'eſt une perte difficile
à réparer .
La défaite des Ennemis à
Neervvinde , a eſté ſi grande
& fi entiere , qu'on a fait des
Feux de joye pour cette Victoire
dans toutes les Villes du
Royaume. Celle de Luzy en
Champagne s'eft diftinguée das
38
MERCURE
ces marques de réjoüiſſance .
M. Naule de Treſillon , Maire
perpetuel de la Ville , ayant
donné ſes ordres , on éleva dans
la grande Place une Pyramide à
quatre faces , qui ſe terminoit
par le haut en maniere de couronne
, au deſſus de laquelle on
voyoit un Soleil d'or , & au bas
fur la face qui regardoit la grande
ruë , M. le Maréchal Duc de
Luxembourg eſtoit repreſenté
armé , tenant ſon Baſton de Maréchal
, avec lequel il montroit
le Soleil . Ces paroles eſtoient
écrites en lettres d'or , Solem quis
dicerefalfam .Audeat.
Sur l'autre face paroiſſoitM.
le Maréchalde Tourville , repreſenté
fur un Vaiſſeau tout ſemé
de Fleurs de Lis , & accompagné
de fa Flotte. On voyoit une
autre Flotte fubmergée en par
GALANT .
39
tie ; & ce qui en reſtoit ſembloit
fuivre les Vaiſſeaux victorieux,
avec ces mots , Pretium nonvile
laborum , pour faire entendre que
les fatigues que M. de Tourville
avoit fouffertes pour trouver la
Flote de Smirne eſtoient largement
recompensées par ſa priſe.
La troiſième face estoit ornée
de Canons qui paroiffoient
renverſez , &démontez par une
plus forte Batterie , avec ces paroles
, Compescuit ignibus ignes ,
pour faire connoiſtre que M.
de Luxembourg avoit pris
l'Artillerie des Ennemis par le
grand feude la ſienne ,& par la
valeur des Troupes qu'il commandoit.
On avoit remply la derniere
face , de Lyons , & de Leopards
enchaifuez , & d'une Aigle attachée
par les pieds. Au deſſus
40
MERCVRE
eſtoit un Coq chantant avec ces
mots de Virgile , Tormentigenus ,
pour ſignifier que l'Aigle ſe
voyant captive n'avoit point de
plus facheux tourment que celuydevoir
leCoq au deſſus d'elle
, & de l'entendre chanter ,
de meſme que les Lyons & les
Leopards n'en avoient pas de
plus cruel que la voixde cet Oifeau.
Tout le corps de la Pyramide
eſtoit orné de feſtons &
de guirlandes , & afin qu'on
n'euſt rien àdefirer , M. Bounot,
Architecte , s'eſtoit appliqué à
perfectionner cet Ouvrage , en
forte qu'il ſembloit eſtre d'un
veritable marbre jaſpé. Vers le
milieu eſtoit une eſpece de galerie
, autour de laquelle on avoit
mis quantité de Grenades , de
Fufees; & de Feuxd'artifice . La
Figure qui repreſentoit M. de
L
「GALANT.
41
Luxembourg , eſtoit entouréede
lances à feu , & le Soleil en estoit
rempli dans ſes rayons. Sur les
huit heures du ſoir, les Bourgeois
en armes leſtement veſtus ,
&commandez par Mrs Ballard
& Repoux , allerent prendre
M.le Maire chez luy , où s'eftoient
rendus Mrs de, Ville . Le
- Corps de Juſtice , pourluy faire
honneur , parce qu'il entroit
: dans l'exercice de la Magiſtrature
perpetuelle , voulut auſſi
aſſiſter à cette Ceremonie. La
porte de ſon Logis étoit ornée
de quatre colomnes qui formoient
un Dome par le deſſus ,
où étoient les Armes du Roy en
relief , celles de la Ville , & au
-deſſous les Armes de ce Magiftrat
. De chaque coſté eſtoit une
Fontaine de Vin M. le Maire
- ſortit précedé par quatre Ser
42
MERCURE
gens,ayant des Manteaux rouges
, fur leſquels les Armes de la
Ville estoient miſes en forme
de broderie , & par fix Huiffiers
en robe. Chaque Sergent avoit
une Halebarde . Aprés une décharge
de Mouſqueterie qui
dura plus d'un quart d heure , on
commença à marcher dans un
bel ordre , les Tambours , les
Fifres & les Hautbois inſpirans
lajoye par la maniere dont ces
inftrumens retentiſſoient . Douze
Violons avec des Baſſes de
Viole ſuivoient la Soldateſque
precedant le Magiſtrat , qui ne
fut pas plutoſt arrivé à la Place
où eſtoitdreſſé le feu , que quatre
Fontaines de Vin commencerent
à couler aux quatre
coins . On fit trois fois le tour
de la Place , & les Sergens de
Ville s'eſtant arreſtez ,il ſe fit
GALANT.
43
une double haye à travers laquelle
M. Coujard , Major ,
vint preſenter un Flambeau à
M. le Maire , avec lequel il mit
le Feu à une mêche de Souffre,
qui s'eſtant portée ſur la Galerie
, on vit en un moment toute
la Piramide embraſée, ce qui
fut ſuivy d'un fi grand bruit de
Mousquets , de Petards & de
Grenades , qu'il ſembloit que
toute la Ville alloit eſtre renverſée
. Ce Feu ayant duré prés
d'une heure , il fortit du Bâton
de Commandement que M. de
Luxembourg tenoit en ſa main ,
une eſpece de Feu de Foudre
qui alla tomber ſur les Lyons ,
fur les Leopards , & fur l'Aigle
qu'il conſuma entierement;préfage
certain que l'Eſpagne , la
Hollande & l'Empereur chercheront
inutilement à reſiſter
44
MERCURE
aux Armes du Roy. On reconduiſit
le Magiſtrat dans le même
ordre qu'on eſtoit venu , &
it regala magnifiquement les
Officiers deVille & de Juſtice ,
le Major & les Capitaines des
Quartiers . Les Particuliers firent
tous des Feux devant leurs
Maiſons ,& ce fut pendant tout
le reſte de la nuit une réjoüiffance
generale. Le lendemain ,
M. le Maire fit faire un Service
folemnel pour le repos des Ames
de ceux qui avoientdonné leur
fang pour leur Patrie , & fignalé
leur courage dans une Bataille
auſſi glorieuſe à la France que
celle-là .
Je vous ay marqué dans la
Relation particuliere que je
vous ay envoyée , que M. le
Marquisde Chanvalon avoit
eſté de ce nombre. Il eſtoit Pe
GALANT .
45
tit Neveu de M. l'Archevêque
de Paris , à qui toute la Cour
en a eſté faire des Complimens
de condoleance. Voicy ce qui
lny a eſté écrit ſur ce ſujet , par
M. Macé , Chefcier de Sainte
}
Opportune .
M
ONSEIGNEUR .
Je me suis plus d'unefois presenté
à la porte de vostre Palais, moins
pour offrir que pour demander des
confolations àvôtre Grandeur fur
la mort de Monfieurle Marquis de
Chanvalon. C'est uneperte plusfenfible
pour nous que pour vous , fije
l'ose dire, Monseigneur. Lesgrands
hommes trouvent sans cesse dans
cux - mêmes dequoy se satisfaire ,
on reçoit toûjours de leur plenitude
Sans pouvoir y rien ajoûter : mais
- quand les hommes ordinaires s'at46
MERCVRE
tachent au vray merite , ils tombent
en défaillance aussi-sost qu'ils perdent
cesupport. Vôtre IllustreNeveu
, digne rejetton des Brevals &
des Chanvalons , & qui en a couronnéla
Race en la finiſſant , tenoit
tous les coeurs attachez à fon merite.
Il tombe , & jette parsachute
les plus honneſtes gens dans la conſternation.
L'estois dans vostre anti-
Chambre , Monseigneur, lors qu'il
wint prendre congé de vostreGrandeur
pour l'Armée. lamais une plus
noblefierté nefoûtint une douceur fi
charmante. Beau comme Ionathas il
étoitdigned'être aimé d'une tědreſſe
plus noble que celle qu'inſpire la
molle beauté des Femmes. Intrepide
commefon glorieux Pere qu'unſemblable
coup enleva lors que ce Fils
unique touchoit à peine àſa deuxieme
année , il faisois voir dans ses
yeux la noble ardeur qu'ilavoitpuiGALANT
.
47
sée dans cet illuftre Sang. Animé
par le zele infatigable que vous
avez pour le Roy , il marquoit son
empreſſement à se facrifier pour
l'Etat . Plus prompt que les Aigles,
plus courageux que les Lyons , il
courut avec joye à ce Sacrifice , &
il vient de l'achever dans un âge
où les autres commencent à peine à
porter les Armes .Ily a plus d'un fie .
cle, Monseigneur , que vostre illuſtre
Maison triomphe continuellement
par Sa Science&par savaleur,
des Ennemis de la Religion
& de l'Etat , &la nombreuſe Lique
qui raſſemble aajourd'huy toute
la rage des uns & des autres pour
faire un dernier effort , vous regardant
avec la mesme envie que le
Demonvoyoit la Sainteté de lob, dit
comme cet Esprit de tenebres : Frapons-
le dans ſa chair,& nous
verrons s'il ne ceſſera point de
1
48
MERCURE
benir Dieu . C'eſtoit à la verité le
coup le plus ſenſible que la malice
de nos Ennemis pût porter à voſtre
coeur. Ilvous a frapé , mais il ne
vous a pas vaincu ;ilvous a bleßé.
mais il nevous oste pas la force , &
l'heroïque Pieté avec laquelle vous
venez d'offrir au Seigneur,des Etendarts
teintsdu Sang de ce cherNeveu
, des Etendarts conquis au dépens
de fa propre vie , ſemble dire
en étoufant les ſoupirs de lanature;
Seigneur , vous avez rompu
des liens ſi legitimes & fidoux ;
& bien , je vous immole cette
Hoſtie pleine de gloire , & je
vous offre le Sacrifice de toutes
les loüanges qu'il merite , & de
la tendreſſe quej'avois pourluy.
L'ose dire , Monseigneur , qu'un
moindre fond depieté & deZele que
levoſtreſeroit épuisé par cette perte;
elle est irreparable , le nomglo-
Tieux
GALANT..
49
rieux des Chanvalons est éteint en
fa personne. Mais que dis je ? IL
revit avec plus de gloire par fa
mort ; il n'est pas difficile de trainer
une longue posterité dans l'oiſiveté
d'une vie tranquille , ou dans les
timides ménagemens d'une prudence
qui ne s'applique qu'àfe conferver.
Commela vie de cesfortes de perfonnes
coule fansfatigue&fans danger,
elle paſſefansgloire à unemul
titude de Neveux , & tout ce qu'ils
en peuvent recueillir , est un vieux
nom foigneusement caché dans des
Arabives usées ; mais les chofes,qui
fervent le plus utilement ne sçauroient
durer fi longtemps. Il n'est
point de Race inépuisable pour une
valeur auffigrande que celle de vo
stresang,& quand l'illustre Mort
quenous pleurons auroit pûlaiffer des
Enfans&des Neveux , leur ardeur
guerriere les auroit consumeravant
Sept. 1693 . C
50
MERCURE
l'âgemeur, comme lay. L'Histoire est
une Mere immortelle qui multiplie
bien plusſeurement la gloire deſes
Enfans , & qui n'en laiſſejamais
mourir le nom . Fiez vous- en à elle
Monseigneur, elle rendra compte
des Chanvalons à l'avenir le plus
reculé. Quant àmoy, Monseigneur,
au defaut d'une main fçavante qui
donne l'immortalité aux grands
Hommes , Ministreindigne des Autels
de I. C. j'offriray l'auguste Sacri
fice deſon Corps & de fon Sang pour
le repos de l'ame de cet illustre Dé.
funt , &pour laconſervation de voſtre
Grandeur , de laquelle je suis
avec un profond respect .
MONSEIGNEUR ,
Letres humble & tresobeïfſſant
Serviteur .
Comme le Carnaval eſt le
temps des Galanteries & des
Plaiſirs , il ne faut pas s'etonner
GALANT .
SI
s'il s'y paſſe quelquefois des
Avantures un peu extraordı -
naires par la liberté que donne
le Maſque. Celle dont je vais
vous faire part peut eſtre miſe
du nombre. Dans le mois de
Janvier dernier , un Cavalier
fort bien fait & d'un tour d'efprit
auſſi galant qu'agréable, fut
prié d'un Bal chez une Perſonne
de Qualité. Quelques raiſons
l'obligerent à s'en excufer.
Cependant un commencement
d'amour qu'il ſentoit pour une
jeune perſonne qui y devoit
eſtre ,& qu'il ne voyoit qu'avec
beaucoup de precautions, luy
fit prendre le deſſein de ſe déguifer
, dans l'eſperance de la
trouver à ce Bal , & de luy expliquer
ſes ſentimens fans contrainte.
Il prit l'habit qui luy
parut leplus propre à l'empef-
C 2
52
MERCVRE
cher d'eſtre reconnu , & chercha
avec un fort grand emprefſement
la Demoiselle qu'il
croyoit y rencontrer. Ne la
trouvant point , il roula dans
ſon eſprit mille facheuſes penfées
, & s'imagina qu'étant peu
touchée des premieres marques:
qu'il luy avoit données de ſa
paſſion , elleauroit fait une partie
de maſque avec quelque
Amant quiluy plaiſoit davantage.
Tout penetré de ce mouvement
de jaloufie , il ſe retira
dans un coin de la Salle ou l'on
danſoit pour entretenir ſon
humeur reſveuſe , & apperceut
ſur un Canapé deux Femmes
maſquées , dont il crut l'une la
Perſonne qu'il cherchoit. If cut
d'autant plus de lieu d'en eſtre
perfuadé , qu'en ſe ſerrant pour
lny faire place fut ce mesme
,
ر
GALANT.
53
Canapé , elle témoignoit le reconnoiſtre.
Il recent cette faveur
avec beaucoup de reconnoiffance
, & aprés luy avoir
marqué la crainte qu'il avoit
enë que ſa complaiſance pour
quelque Rival ne luy euſt fait
faire une partie agréable qui
l'auroit privé de la ſatisfaction .
de l'entretenir , il fut fort furprisde
ſa réponſe , qui fut qu'il
n'avoit pu croire ſans mal juger
d'elle , qu'un autre que luyl'euſt
fait venir à cette Aſſemblée ;
qu'il eſtoit temps qu'il exami
naſt ſon coeur ſur les veritables
ſentimens qu'il avoit pour elle
; qu'elle luy avoit parlé plu .
ſicurs fois de la ſituation où elle
eſtoit; que ſon Pere vouloitabſolument
, où qu'il l'épouſaſt ,
ou qu'il ceſſa de la voir
qu'elle ſeroit d'autant plusine-
0
C3
54
MERCVRE
cuſable de reſiſter a ſes volontez
, qu'il s'offroit pour elle un
autte party qui luy devoit eſtre
avantageux , de forte que s'eſtoit
à luy à voir ſerieusement
quelle reſolution il avoit àprendre.
Le Cavalier connoiffant
par ce diſcours qu'il s'eſtoit
trompé , & que la Perſonne à
qui il parloit ſe trompoitauſſien
le prenant pour celuy qu'elle
ſouhaitoit qui s'expliquaſt
examina avec plus d'attention
ce que le maſque laiſſoit voirde
ſon viſage , & n'y trouvantrien
qui ne piquaſt ſes deſirs& facurioſité
, il luy dit obligeamment
qu'il voyoit bien qu'ils s'eftoient
mépris tous deux , mais
qu'il y avoit ſouvent de la deſtia
née dans ce qui faiſoit l'union
des coeurs , & que s'il s'en rapportoit
àce qu'il ſentoit naiſtre
ε
2
GALANT
55
dans le ſien toutd'un coup pour
elle , il n'y avoit point pour luy
de plus grand bonheur à efperer
que la permiſſion de prendre la
placede celuy dont elle avoit
ſujet de ſe plaindre. La Belle
detrompée par ces paroles , &
ne voulant pas demeurer muette
àcette galanterie , luy réponditd'une
maniere fort ſpiritu.
elle qu'elle vouloit croire que
le hazard ſe meſloit de bien des
chofes , & que peut- eſtre l'erreur
où il luy faifoit connoiſtre
qu'elle estoit tombée par le rap
portde ſa taille avec celle d'un
Amant qui la fuyoit depuis
quelques jours , & qu'elle eſtoit
venue chercher dans ce Bal ,
auroit des ſuites dont ils feroient
contens l'un & l'autre ,
mais que cependant elle n'alloit
pas ſi viſte quand il s'agiſſoit
C 4
56 MERCURE
d'engager ſon coeur , non pas
qu'ilne fuſt dans un eſtat aſſez
libre pour en pouvoir diſpoſer
ſans que l'on euſt droit de luy
faire aucun reproche , mais
qu'elle avoit compris par la
crainte qu'il luy avoit d'abord
expliquée , qu'il n'eſtoit' plus
luy-meſme en pouvoir de don
ner le ſien . Le Cavalier luy voulut
bien avoüer qu'il avoit ſenty
quelque diſpoſition à l'amour
pour une jeune Perſonne en
qui il trouvoitbeaucoup demerite
, mais qu'il y avoit de fi
grands obſtacles à ſurmonter
pour la voir , & qu'elle prenoit
fi peu de ſoin de luy en faciliter
les moyens; que le facrifice
qu'il luy feroit en l'abandonnant,
feroit peu confiderable
s'il eſtoit vray qu'elle fuſt aſſez
maîtreſſe de ſes ſentimens pour
GALANT.
37
le vouloir écouter favorablement.
Cette converſation alla
fort loin , & ce qu'ils ſe dirent
fur le pouvoir de l'Etoile fur
accompagné de tant de delicateſſe
& de fineſſe d'eſprit , qu'ils
*demeurerent également con ,
vaincus qu'ils eſtoient nez avec
des lumieres peu communes.Le
Cavalier , par un mouvement
qu'il fay eſtoit impoſſible de
combattre , la rendoit déja maî
treſſe de ſes volontez , & la
Belle affez avantageuſemens
prévenue pour luy,voulut faire
un premier effay de ſon pou
voir en le priant de ſe démaf.
quer. Comme il eſtoit d'une
phyſionomie heureuſe , & qu'il
ne hazardoit rien à ſe mostrer
à l'égardde ſa perſonne , il eut
pourelle la complaiſance qu'el.
le ſouhaitoit, & elle en fur d'aud
CS
7
58 MERCURE
tantplus contente, que fon vifage
luy eſtant connu , elle ſça
voit par toutes les choſes qui ſe
diſoient de luy dans le monde ,
que c'eſtoit un homme de naifſance,
que des qualitez fort eſti
mables mettoient en paſſe d'être
bien receu par tout. On le
luy avoit montré l'Eſté dernier
aux Tuileries, en parlant d'une
avanture où il avoit cula plus
grande part , & dont il s'eſtoie
tiré en fort galant homme. Le
Cavalier preſſa la Belle à fon
tour de vouloir oſter ſon mafque
, mais elle s'en défendit ob
Ainément , & luy dit,que quoy
que peut- être elle n'eût riende
deſagreable dans les traits , fi la
force de l'Etoile lui devoit don.
ner pour elle cette vive paſſion
qui fait la felicité des coeurs
bien unis , elle en vouloit eſtra
GALANT.
059
redevable , non pas à un éclat
de beauté qu'une maladie peut
affoiblir , & qu'il faut neceffairement
que le temps efface ,
mais à ce qui fait le merite efſentiel
, & qui venant de l'ef-
- prit &de la raiſon , n'eſt point
fujet à ces fortes d'accidens.Ce
refus l'embaraſſa. Il la pria de
luy dire comment il pourroit la
connoiſtre ſans la voir. Elle luy
marqua un lieu où le lendemain
il y avoit Bal , l'aſſurant qu'elle
s'y rendroit de fort bonne heure
, & le chargeant de s'informer
de tous ceux qu'on donne
roit le reſte du Carnaval , afin
qu'y venant tous deux dans le
même habit pour ſe reconnoî
tre,ils euffent le temps de s'examiner
fur ce qu'ils pourroient
ſe promettre l'un à l'autre .Il eve
beau ſe plaindre de la rigueur
C6
060 MERCURE
de la Belle , il n'en put rien obtenir
de plus , & malgré tous
les foupçons que luy put donner
l'obſtination qu'elle ent àlui
cacher fon viſage , cette réfiſtance
fut pour ſes deſirs une fi
puiſſante amorce,qu'il les ſentit
redoubler par cet obſtacle. Ils
ſe donnerent pluſieurs rendezvous
de la même ſorte dans des
Aſſemblées publiques , & l'exa-
Aitude avec laquelle chacun
d'eux prit ſoin de s'y trouver,
fit affez connoître qu'il y avoit
quelque choſe qui les entraînoit
malgré eux- mêmes.Le Cavalier
fut charmé de plus en
plus du merite de la Belle. Il luy
trouvoittout l'eſprit qu'on peut
avoir , & elle luy faifoit voir
tant de droiture de coeur dans
ce qu'il luy donnoit lieu de luy
répondre , qu'il luy ſembloit
GALANT. 61
1
impoſſible que ce fuſſent des
fontimens affectez pour l'ébloüir
. Cependant elle refuſoit
toûjours de ſe démaſquer ; &
avec debelles mains & de beaux
bras , il eſtoit contraint de ſe
contenter de voir des yeux fort
vifs& remplis de feu ,& un certain
tour de viſage,qui promettoit
de la regularité dans tout le
reſte . La Belle de ſon coſté trouvoit
dans le Cavalier beaucoup
plus encore qu'elle n'avoit quy
dire ,& clle luy avoüoit qu'elle
s'en ſentoit affez touchée pour
ſe réjouir de l'oubly de fon Amant
, qui avoit entierement
ceſſede la voir. Dans ce tempslà,
un Amy du Cavalier luy fic
unPortrait affez deſavantageux
de la Demoiſelle qui estoit ſi
refervée à recevoir ſes viſites , &
Juy apprit qu'elle n'en uſoir de
62 MERCURE
cette forte , que pour favorifer
un Rival qui en avoit de fort
frequants rendez vous. Le Cavalier
temoigna ne s'enmettre
point en peine , parce qu'ilavoit
le coeurpris ailleurs& en même
temps , il luy raconta fon avanture,
Cet Amy ſurpris d'une fi
bizarre paffion , luy dit qu'iln'y
avoit que les Dupes qui fufſent
capables de donner dans
de femblables panneaux , &
qu'aſſurement un ſi long refus
de ſe montrer marquoit ou de
la laideur dans la Demoiselle,
qui pretendoit le gagner par fon
efprit , ou quelque déreglement
dans ſa conduite , dont elle vouloit
huy oſter la connoiſſance
juſqu'à ce que fon amour l'atracha
affez pour l'obliger à paffer
par deffus les mauvais contes
qu'on luy pourroit faire, mais
que s'il eſtoit d'humeur à pren
GALANT. 63.
dreun engagement qui luy feroit
honneur dans le monde , &
dont il auroit toûjours ſujet d'eſtre
content , il luy donneroit
accés chez une des plus aimables
, & des plus belles perfonnes
qu'il euſtjamais veuës , dans
laquelle il trouveroit avec du
bien & de la naiſſance , beau
coup d'efprit , une ſageſſe achevée
, & une douceur qui le
charmeroit . Le Cavalier répon
dit , que fi tant de belles qua
litez ſe rencontroientdans cette
perſonne fans aucun defaut qui
les affoibliſt , il s'eſtonnoit fors
que les connoiffant ſi bien , il
ne prenoit point le party pour
luy. Son Amy luy proteſta que
fon averſion pour le Mariage en
eſtoit la ſeule caufe , & que s'il
eſtoit capable de s'engager pour
toûjours , il ne feroit point un
64 MERCURE
autre choix ; mais qu'il ſentoit
bien qu'il la rendroit malheureuſe
, toute aimable qu'elle
eſtoit , s'il ſe hazardoit à l'époufers
puis qu'aimant la liberté
preferablementà toutes choſes ,
il luy feroit impoſſible de ne
s'en pas repentir. Il eut beau
pourſuivre l'Eloge de cette belle
perſonnes le Cavalier remply
de l'idée de ſon aimable Inconnüe
, ne put ſe reſoudre à laban,
nir. Il regarda comme une infidelité
qu'il luy feroit, la vit
fite qui luy eſtoit propoſée , &
tout ce que fon amy put obtenir
ce fut qu'il iroit dans une Egliſe
, où tous les jours elle avoir
coûtime d'entendre la Meſſe à
certaine heure reglée , afin qu'
examinant fon viſage , il pûtluy
dire fi le Portrait qu'il en avoit
fait eſtoit un Portrait flatté. Son
GALANT.
65
Amy luy ayant donné quelques
raiſons pour ſe diſpenſer de l'accompagner
dans cette Eglife ,
luy marqua la place où elle ſe
mettoit ordinairement , ſuivie
d'une Demoiselle avec un La
quais detelle Livrée . Le lendes
main le Cavalier 'n'attendit pas
fort long -temps , fans voir arriver
ce qu'il cherchoit. C'étoit
une Fille d'un fort grand éclat ,
destraits affez reguliers , beaucoup
de douceur dans le viſage ,
&je ne ſçay quoy de vif ,& de
fort piquant. Il la regarda avec
une attention extraordinaire ,&
la Belle qui s'en apperceut , ne
put remarquer cet effet de ſa
beauté , fans baiffer les yeux en
rougiffant. Cette rougeur qui
répondoit de ſa modeſtie , fut
un grand charme pour le Cavalier
, quoy qu'il oppoſaſt à ce
66 MERCURE
qu'il voyoit d'aimable , tout ce
que luy fourniffoit fon imagination
en faveur de l'Inconnuë.
La Meſſe, finie , elle fortit fans
jetter aucun regard vers le Cavalier
, qui demeura d'accord
avec fon Amy qu'elle estoit capable
d'inſpirer une forte paffion
mais cependantrien ne pouvoit
approcher de celle qu'il aimoit
fans la connoiſtre . Il luy mettoit
dans les yeuxune langneur qui
penetroit juſqu'au fond de l'ame
, & quand elle n'auroit pas
eſté auffi belle qu'il ſe la repreſentoit
, il eſtoit perfuadé que
fon eſprit l'emportoit ſur toutes
les perfonnes de fon Sexe . Son
Amy , après avoir long-temps
combatu cet aveugle amour , fut
contraint de l'abandonner à fon
caprice . Ce qu'il y eut de fort
fingulier , c'eſt que preſque tous
GALANT. 67
les foirs il entretenoit la Belle
maſquée , & qu'il laquittoittoûjours
plus charmé de ſon eſprit
& de ſes manieres , & que malgré
cette favorable prevention ,
il ne pouvoit s'empêcher tous
_ les matins d'aller dans l'Egliſe
contenter ſes yeux , en regardant
la belle Perſonne dont luy
avoit parlé ſon Amy , fans qu'il
eût pûl'obliger à luy rendre une
viſite . Ses regards produiſoient
toujours le même effet. S'il rencontroit
par hazard ceux de la
Belle , elle rougiffoit , & les détournoit
dans le meſme inſtant.
La fin du Carnaval approchoit ,
lors quel'aimable Inconnuë, qui
continuoit toujours ſes rendez
vous , fit paroiſtre au Cavalier
un trouble d'efprit qui ne luy
étoit pas ordinaire ; il ne put
s'en appercevoir ſans en témoi68
MERCURE
*
gner de l'inquietude. La Belle
luy dit que comme elle eſtoit
naturellement un peu défiante ,
elle faifoit obſerver toutes ſes
démarches par des Eſpions , qui
du'y avoient rapporté qu'il s'eſtoit
trouvé en lieu où il avoit
eu les yeux long- temps attachez
fur une jeune Perſonne , dont
le viſage& le nom luy estoient
connus ; que fon affiduité à ſe
trouver dans ce meſme lieu pour
faire toujours la meſme choſe ,
marquoit un deſſein qu'elle ne
comprenoit pas ; qu'il ne faloit
point qu'il ſe contraigniſt , que
ſi c'eſtoit une paſſion naiſſante
qui luy fift plaifir
mieux qu'elle appriſt ſon chan.
gement plûtoſt que plus tard ,
n'eſtant pas juſte , s'il eſtoit por
té à l'inconſtance , qu'il abuſaſt
plus longtemps de la foibleſſe
,
il valoit
GALANT. 69
d'un coeur qui s'abandonnoit à
fon panchant. Le Cavalier étonné
de la voir fi bieninſtruite.luy
fitde nouveaux fermens d'un attachement
inébranlable; & pour
la convaincre du veritable pouvoir
qu'elle avoit fur luy , il luy
conta tout ce qui s'étoit paffé de
lapartde fonAmy, pour la Perfonne
dont elle montroit de la
jaloufie. Il ajoûta qu'ayant abſolument
refuſé d'aller chez elle ,
il eſtoit vray qu'à la priere de ce
mefme Amy , il avoit confenty
enfinàla voir de loin ,& qu'une
vaine curiofitél'avoitattiré phuſieurs
fois au mefme lieu , pour!
examiner avec plus d'attention
tous les traits de ſon viſage ,mais
avec ſi peu de deſſein , que te
nant les yeux attachez ſur elle ,
il n'avoit pas meſine ſongé à la
faluër ,quoy que la civilité ſem
70
MERCVRE
blaſt l'exiger de luy , tant il eſtoit
éloigné de rien fouffrir dans
fon coeur qui fuſt contraire àl'a-:
mour dont il luy avoit donné de
fi fortes aſſurances. La Belle:
tres fatisfaite de cet éclairciffement
, voulut ſçavoir le nom de
l'Ami qui avoit tâché de le ſeduire
, & luy demanda enfuite
ce qu'il penſoit de la Demoiſelle
, le priant avec inſtance de
s'en expliquer fincerement. II
luy avoüa qu'il avoit trouvé
beaucoup de douceur & d'éclat
dans ſon viſage , & qu'avant
l'engagement dont il faifoit fon
bonheur , il n'auroit point refuſé
l'offre qu'on luy avoit faite de
luy en donner la connoiſſance ;
maisil l'aſſura en meſme temps:
qu'il étoit toujours fortement
perfuadé , voyant les bontez
qu'elle avoit pour luy , qu'il n'y
GALANT.
71
avoit rien qui puſt égaler l'heureuſe
fortune qui luy eſtoit deſtinée
. La Belle luy répondit
d'un air engageant que peutêtre
il donnoit trop à l'Etoile ,
mais qu'elle étoit reſoluë de
voir juſqu'où elle iroit , & qu'il
falloit pour cela qu'il rendiſt vi
fite à ſa Rivale afin qu'il en puſt
connoiſtre tout le merite ; que
fi aprés cette épreuve , il continuoit
à pancher de ſon coſté ,
elle pourroit s'aſſeurer d'en être
veritablement aimée ; qu'elle
ſçavoit bien que c'eſtoit trop
hazarder ; mais quel'Etoile s'étant
meſlée de l'engagement
qu'ils avoient tous deux commencé
à prendre , il eſtoit juſte
de la laiffer tout à fait maiſtreſſe
de leur destinée.Le Cavalier reſiſta
long-temps à ce que la Belle
exigeoit de luy , non qu'il
1
72
MERCURE
craigniſt , diſoit - il , que le merite
de ſa pretenduë Rivale puſt
jamaisrien for fon coeur , mais
parce qu'il avoit peine à ſouffrir
que ſa fidelité fuſt ſuſpecte,
fi on ne s'en aſſeuroit par un efſay
decettenature . La Belle Inconnuë
le contraignit de luy
obeïr en luy diſant que quoy
qu'il puſt faire , il ne la verroit
jamais qu'aprés qu'il luy auroit
rendu compte de la viſite qu'elle
ſouhaittoit qu'il fiſt. Elle ajoûta,
afin qu'il puſt commencer à la
connoiſtre , qu'àl égard dubien
& de la naiſſance , elle n'avoit
point à craindre que ſa Rivale
l'emporraſt ſur elle's que pour
l'eſprit il en jugeroit , que du
coſtéde la beauté , cela dépendoit
tellement du gouft , qu'elle
n'avoit rien à luy (dire là deſſus.
Le Cavalier voyant que les Afſembées
GALANT.
73
ſemblées de Bal alloient finir ,&
ayant tiré parole de cette aimable
Inconnuë qu'elle fe laiſſeroit
voir ſi - toſt qu'il auroit fait la viſite
qu'on luy demandoit , alla
dés le lendemain trouver fon
Amy pour le prier de vouloir
bien eſtre ſon introducteur. Cet
Amy ravy de voir que la beauté
de la Demoiselle l'euſt aſſez touché
pour luy faire ſouhaiter de
la connoiſtre , le mena chez
une Dame , leur Amie commune
, à qui il conta ce qu'il avoit
dans le coeur pour une Inconnúë
, la priant de le mener chez
la Belle en queſtion , dont les
yeux du Cavalier eſtoient déja
tres-contens , afin que les charmes
de fon entretien puſſent
diſſiper les idées flateuſes qu'une
imagination trop échauffée luy
avoit fait prendreun peu chime-
Sept. 1693 .
D
74
MERCURE
riquement. La Dame luy dit
mille biens de la Demoiselle , à
quoy le Cavalier répondit qu'il
n'eſtoit pas queſtion de fon merite
, mais ſeulement de la voir.
La Dame le mena chez elle dés
le mefme jour , & il la trouva
tout - à- fait aimable. Sa modeftie
parut d'abord par quelque rougeur
qu'elle ne puſt s'empêcher
de laiſſer paroiſtre ſur ce qu'il
luy dit , que fa beauté luy attirant
par tout des Admirateurs ,
il eſtoit du nombre depuis quelquesjours.
Elle parla peu , mais
ce qu'elle dit futjuſte , & marqua
meſme de la fineſſe d'eſprit.
La Dame dit quelque choſe d'afſez
plaiſant ſur l'avanture du Cavalier,
qu'elle fit connoiſtre , &
demanda à la Belle ſi elle croyoit
qu'on puſt aimer fortement
quand on n'aimoit qu'en idée.
,
GALANT.
73
Elle répondit modeſtement
qu'on la mettoit ſur une matiere
dont elle n'avoit nulle connoiſſance
; qu'un engagement
pareil à celuy dont on luy parloit
, luy ſembloit bien hazardeux
, mais qu'elle avoit oüy
dire que le veritable amour ſçavoit
conduire au bonheur par
toutes fortes de routes. Le Ca.
valier qui ne pouvoit demeurer
muet ſur une choſe qui le touchoit
de ſi prés , prit le party de
l'Etoile avec tant d'eſprit , qu'on
fut obligé de luy applaudir fur
ſon eſperance . Il fortit de cette
viſite le coeur affez plein de ce
que valoit la Belle , mais il ne
pouvoit y faire une entiere artention.
L'Inconnuë l'occupoit
trop fortement , & ce qu'il s'en
figuroit ne luy laiſſoit pas la liberté
d'un jugement équitable ,
D 2
76
MERCURE
H
Ilne put pourtant luy déguifer
la premiere fois qu'il la vita
qu'il avoit trouvé beaucoup
de mérite dans cette jeune
Perſonne , & qu'avec les belles
qualitez qu'il luy avoit remarquées
, il ne ſeroit pas furpris
qu'elle euſt tout l'attachement
d'un fort honneſte homme
. L'inconnuë ne blama point
ſa ſincerité , & comme il n'y
avoit plus que deux jours jufqu'au
Mardy gras , elle le pria
d'eftre ce jour là dans une grande
Aſſemblée qu'elle luy marqua
, l'aſſurant qu'elle ne feroit
plus de façon pour ofter fon mafque
, & luy permettant de rendre
une ſeconde viſite à ſa Rivale
pour ſe refoudre avec plus de
fermeté au choix qu'il auroit à
faire. Le retardement ne devoit
pas eſtre long. Cependant le Ca-
1
)
GALANT.
77
valier ne laiſſa pas de s'en plaindre
, & fit ce qu'il put pour ſe
l'épargner. Il n'en put venir à
bout ,& enfin ce jour ſi ſouhaité
arriva . Il ſe rendit à ce Bal
de fi bonne heure , que comme
il attendit fort long- temps , il
commença preſqu'à deſeſperer
d'y voir la Belle , & en mefme
temps à craindre qu'elle
n'euſt voulu ſe divertir de ſa
paffion pendant tout le Carnaval
, pour l'abandonner fans dénoüer
l'avanture . Il eſtoit dans
ces agitations quand il l'apperceut.
Il la fuivit dans le lieu le
plus commode qu'elle put choifir
pour l'entretenir en liberté.
Elle s'excusa d'abord d'eſtre venuë
un peu tard , fur ce que chacun
eſtoit en ſocieté le Mardy
gras , & luy dit enſuite qu'elle
ſçavoit qu'il ne s'eſtoit point fer
D 3
78
MERCURE
vide la permiſſion qu'elle luy
avoit donnée de voir ſa Rivale ;
qu'elle luy en tenoit dans ſon
coeur un fort grand compte , &
qu'elle ne pouvoit mieux l'en
recompenfer qu'en ſe faiſant
voir à luy . En meſme temps elle
oſta ſon maſque & il reconnut
avec autant de plaifir que de
ſurpriſe , la mefme perſonne
dont fon Ami avoit ſouhaité le
rendre Amant. Cet Ami eſtoit
celuy qu'elle avoit eu deſſein
de faire expliquer , & qui avoit
ceſſfé de la voir depuis quelque
temps , n'ayant pû vaincre fon
averſion pour le Mariage. Vous
pouvez facilement vous imaginer
ce qu'ils ſe dirent; & fi le
Cavaliers'empreſſa à rendre des
foins à cette aimable Perſonne .
L'Etoile avoit commencé , ils
s'y laifferent conduire. Le Pere
1
GALANT. 79
donna fon conſentement à cet
amour , & les choſes ayant eſté
arreſtées entre eux , on n'attendit
plus que l'arrivée de quel.
ques Parens pour faire le Mariage.
Vous ſçavez par pluſieurs Ouvrages
que vous avez vûs de M.
Diereville
د
l'heureux talent
qu'il a pour les Vers . En voicy
de fa façon , dont la lecture vous
feraplaifir.
LES SERINS.
LAßédes amoureux commerces,
Où tous mes deſirs estoient vains
I'avois donné dans les Serins ,
Mais je n'ay pas moins de traverfes
,
Et je ne sçay quels font mes plus
cruels chagrins
D4

80 MERCURE
Dans mes infortunes diverſes.
Toutſembloit répondre à mes voeux s
Tous mes Serins avoient des oeufs ,
I'attendois de Petits une heureuse
te
abondance ,
Mais belas ainsi qu'en amour,
Iemeflatois d'unevaine esperance.
Quelques- uns n'ont point và le
jour ,
Et les autres font morts au point de
leurnaissance.
D'autres par un plus rudefort ,
Bien beuvants bien mangeants, drus
comme Pere & Mere
N'ont pu s'exempter de la mort ,
Et c'est ce qui me desespere.
Helas ! qui pourroit Supporter
La rigueurd'unfort fi contraire ?
Ie vois d'un seul coup emporter
-Vne Famille toute entiere ,
Sans sçavoir qui peut me l'oter .
Ma douleur en est sans égale.
Quand je voyois cette Troupe voler
GALANT. 81
D'un bout àl'autre de ma Sale ,
Et commencer àgafouiller ,
Des autres j'oubliois la disgracefatale.
Ce qui redouble mes chagrins ,
Dans de fi funestes outrages,
C'est de voirsemblables Serins
De l'heureux Licidas remplir toutes
lesCages.
-Helas ! cequi détruit les miens,
Ne porte aucune atteinte auxfiens,
Ils viennent tous au gré deson envie,
On diroit à les voirqu'il leurfouffle
la vie.
Voila men fort dans les Oiseaux :
C'est ainſiqu'en amourje voyois mes
Rivaux
Heureux contens dans leurs
chaînes ,
Lorsque je reſſentois les plus cruelles
peines.
Quandje voy dufameux Damon
Ds
82 MERCVRE
2
Les Volieres preſque deſertes ,
Ie devrois trouver dans ses pertes
Quelque fujet de confolation.
Il enfait toujours de nouvelles ,
Et quand je perds des Serins gris,
Ie vois perirſes blancs , ses blonds
Ses isabelles ,
Dont lepoids de l'or fait le prix.
Mais parun long apprentissage,
Damondans les Serins préſumant tout
Sçavoir,
Fait rompt chaque Mariage ,
Selon que dans sa teſte il se forme
l'espoir
De reußir dans ce concubinage.
Les Oiseauxveulentſe pourvoir ,
Il faut que l'.Amour les engage;
Autrement , comme nous , ils font
mauvais menage.
S'il tâchoit moins d'en plus avoir,
Il en auroit peut- eftre davantage:
* Ielaiſſe aux miens les tendresfoins,
Ils pavent mieuxsefatisfaire ,
GALANT. 83
Et je ne touche àleur Voliere ,
Quepourleurdonner leurs besoins..
Dans mes malheurs que faut il
faire!
Trouveray-je Iris moins severe ?
Retourneray-je Sousſes loix?
Non ,ſon coeurà mes voeuxSera tou
jours contraire ,
Iene l'ay vu que tropdefois.
Poursuivons noſtre destinée ,
Il nefaut pas dans un commencement
Se rebuter d'une mauvaiſe année,
Dans lafuite j'auray plus de conten
tement ;
Mais quand riennedevroit répondre
àmon envie
L'aimerois encor mieux mevoir toute
mavie
Malheureux Oifeleur , que malhen.
reux Amant..
Vous eſtes curieuse , Mada
D 6
84
MERCVRE
me, & c'eſt ſans doute vous obliger
, que de vous faire part des
obſervations, que le Sieur François
Poupard D. V. a faites fur
de certaines écumes qui ſe
trouvent ſur les plantes . Voicy
ce qu'il a écrit fur cette matiere,
On voitfur les Plantes depuis le
commencement de May , jusques au
20.de Iuin , une groffe écume blanche
, pasteuse , spiritueuse , fans
odeur , dont on apperçoit distiller
quelques gouttes d'eau außi claires
que l'eau d'une Roche. Ony distinquedes
oeufs d'Insectes, de petits
Infectes encore imparfaits. Ces dernieres
circonstances trompent ceuxqui
ſe persuadent , que c'est l'humeur
prolifique des Animaux, dont font
produits les Infectes qui se trouvent
dans ces écumes. Ces Liqueurs neſe
GALANT. 85
rencontrent pas indifferemment par
tout ; on voit des Plaines de dix
lieuës de circonference, dans lesquel
les on ne trouve qu'un Arpent de
terre farcy de cette Crême. Cela a
fait penser à quelques - uns que ce
font des exhalaiſons visqueuses , qui
venant à fortir de certaines terres
toutes particulieres , s'attachent aux
Plantes qu'elles rencontrent dans leur
paſſage. L'on sçait que cette écume
paroist lors que le Coucou commence
à chanter ,&que cet Oiseau volant
d'un lieu dans un autre, fait des raclemens
avec sa gorge , comme s'il
vouloit cracher. C'est apparemment
ce qui a fait dire à Ifidore que cette
liqueur étoit le crachat du Coucou.
Les Fayfans du Maine , qui afſeurement
n'ont point lû cet Auteur ,
font aussi dans cette burlesque opi.
nion. Le grand Syvammerdam
quelques illustres Anglois, ont par86
MERCURE
:

i
lé de cette écume ſans l'expliquer.
Voicylaverité que mesyeux ont apperçuë.
د
le
Außitost qu'un petit Infecte
qu'on appelle enlatın Locusta Pulex
en françois Sauterelle
Puce, eftforti de son premier oeuf,
il s'attacheſurune Plante ; là ilfait
un arc dela moitié defon corps ,
ventre en devient la convexité. Cetteposturefait
visiblement ouvrirſon
Anus , entrer l'air dans ſes inteſtins.
Il recommence à l'inſtant un
autre arctout opposé au premier ,
parcette compreßion ilfaitfortirde
fon Anus une petite bouteille toute
pleine d'airqu'il colefur la branche
enla touchant. Ilrecommence àfai.
reſes arcs comme la premiere fois ,
&porte une ſeconde bouteillefpiritueuse
auprés de la premiere. L'In .
fectecontinuant cepetit manegepen.
dant quelque temps , se trouve en
GALANT. 87
feveli au milieu d'une écume ſpiritueuse
cinquantefois plusgroſſe que
luy , qui n'excede pas ungrain de
Chenevi , dont il nefort point qu'il
ne foit un Animal parfait , c'està
dire , qu'il neſeſoit dépoüillé de
Son dernier oeuf ou membrane , laquellereſtant
dansson écume ; afait
croire à plusieurs , que cetteliqueur
estoit de laſemence. Le Foetusreçoit
degrands avantages de cette écume;
elle le garantit contre les infultes
des Araignées qui lefucent quand
elles l'attrapent , comme on sçait
qu'elles font les Mouches. Si l'Inſecte
naiſſant étoit obligé degrimper
fur labranche , il forceroitses mem.
bres encore tendrelets delicats
seroit bientoft épuisépar ces mouvemens,
terraße par les vents deffeché
par l'air, brûléparle Soleil , qui
l'échauffe dans cet Uterus , com.
me l'Enfant est échauffé dans les
و
88 MERCURE
d'une
flancs defa Mere. Cepetit Animal
ayant les pieds collez contreſon ventre
, nage au milieu de cette liqueur
commele Fooetus dansſeseaux. Là ,
il joüit d'un profond repos ,
heureuſe tranquillité , d'un doux
afſſoupiſſement . La Rosée, le Serein
l'Air s'embaraffent dans lesporofitez
de cette écume, il s'en nourrit
, il s'enhumecte , il s'en rafraî
chit. Ces liqueurs luy tiennent lieu
d'unfang periodique ,& cette écume
d'un Placenta . Ceuxqui aiment
à examinerlaverttépareux mesmes,
prendront plusieurs de ces petits Inſectesdans
leurécume, &les mettront
sur une autre plante. S'ils les
observentsoigneusement , ils les verront
bien toft travailler ,&plonger
dans une nouvelle liqueur. Natura
nufquam major quam in minimis.
Vous n'avez peut- eſtre ja
GALANT. 89
mais oüy dire que les Minimes
ont un Convent dans la Souveraineté
de Dombes , appellé le
Convent de Montmerle . Il fut
fondé par Henry de Montpenfier,
Prince Souverain de Dombes
, pour empêcher l'Herefie
de ſe gliſſer dans ſa Souveraineté.
Ce Prince crut ne luy
pouvoir oppofer un rampart
plus puiſſant que d'établir des
Religieux Minimes dans ſon
propre Chaſteau , qui estoit une
ancienne Fortereſſe des Souverains
de Dombes . L'effet répondit
ſi bien à ſon attente ,
qu'on n'a jamais veu aucunHeretique
établi dans toute l'étenduë
de ce Territoire . Vous jugez
bien que ces Religieux ,
que feuë Mademoiselle d'Orleans
a toûjours honorez d'une
protection particuliere , n'ont
1
१०
MERCURE
pas manqué d'en marquer leur
reconnoiſſance aprés ſa mort.
Ils choifirent pour cela le 21.du
mois dernier , & luy rendirent
les devoirs funebres dans leur
Egliſe deMontmerle avecbeaucoup
de magnificence. Elle étoit
tenduë depuis le hautjuf
qu'en bas d'un drap noir char
gé de trois rangs de riches Ecuffons
des Armes de cettePrin.
ceſſe , accompagnez d'autant de
rangs de gros Cierges . Son
Mausolée paroiſſoit au milieu
de cette Eglife, toutardent d'un
luminaire pompeux , fa figure
au deſſous avec la Couronne &
le Manteau Ducal, ſur une Eſtrade
rehauſſée de quatre pieds .
L'Oraiſon Funebre fut prononcée
par un Religieux de l'Ordre
avec beaucoup d'applaudifſement,
ayant fait paroiſtre cetGALANT.
91
te Princeſſe comme une autre
Judith , la gloire de Jerufalem ,
la joye d'Iſraël , l'honneur & le
bonheur de ſon peuple.
Le titre de l'Ouvrage qui ſuit
vous apprendra de quelle matiere
il traite .
**************
RESPONSE
DE
M. COMIERS ,
A l'Auteur des Reflexions faites
ſur ſon Calendrier perpetuel
& invariable.
1Evous avoue , Monfieur, que je
mesuis trouve fort embaraße ,
comment répondre à vos Reflexions
fur mon Calendrier dont vous avez
92
MERCVRE
cru enrichir l'Astronomie , & regaler
le Publie dans le Mercure du
mois de Iuillet dernier ; car comment
refléchir sur vos Reflexions qui ne
parlent point de Calendrier ? Vous
empruntez d'abord le haut ftile des
faiseurs d'Almanachs ; & aprés
avoir dit que le Soleil eſt le Roy
des Aſtres , vous me reprochez de
n'avoir faitson année Astronomique
que de 365. jours cing heures
presque 49. minutes;aprés quoy,
commesivous estiez un Phaëtonqui
euft long temps conduit les chevaux
du Soleil , vous affurez que l'année
Solaire Aftronomique ne peut
eſtre de plus ny de moins de
365.jours cinq heures,quarante
neuf minutes , & douze momens,
On vous prie de nous faire
part de la maniere avec laquelle
vous avez obſervé si précisément la
durée de l'année tropique du Soleil,
GALANT.
93 .
Vous dites en la 100 page du Mercure
, qu'avant la correction du .
Calendrier, l'Equinoxe du Printemps
anticipoit précisément
ſon jour propre & naturel de
trois jours dans quatre censans ,
& par confequent ne l'anticipoit
que d'un jour dans 133 .
ans & de huit heures , parce
que , ajoûtez vous, trois fois 1 3 3 .
ans & huit heures font précisément
quatre cens ans.A..pprenez
mieux l'addition des nombres ,
vous ne trouverez que 399. ans.
& un jour. Donc vous faites erreur
du moins de 364. jours qu'il faut
pour acheverles quatre cens ans.
Vous dites enfuite que dans la
vingtièmepage de mon Calendrier,
les Lunaiſons anticipent les Cycles
dune heure 27.minutes 32.fecondes
, ce qui eſt , ajoûtez vous ,
contre l'opinion de Methon &
94
MERCURE
, ou
de ſes Sectateurs , qui eſt qu'aprés
toutes les 19. années
aprés tous les Cycles , les nouvelle
Lunes reviennet aux mefmesjours
& aux mefmes heures .
Vous dites encore dansla 104page.
que les Lunaiſons n'anticieent
pas ſeulement d'un inſtant les
Cycles lunaires,& que de 7600 .
en 7600. années. communes,
les Lunaiſons arrivent les mef.
mes jours à la même heure .
Faites part au Public de vos Objervations
, autrement on refufera de
vous en croire .
Dans la quatrième Reflexion
vous trouvez mauvais que j'aye dit
dans mon Calendrier , que l'année
courante 1693. estoit la 1406. de
la Periode Julienne , & l'année
5.642 . depuis la creation du monde.
Sur quoy vous dites , Que l'année
preſente ſoit la 1406. année
GALANT.
95
Julienne tranfeat. Ce mot tranfeat
fait voir que vous ignorez ce
que c'est que la Periode Iulienne.
Vous ajoûtez immediatement ; mais
que l'année 169 3. ſoit la 5 642 .
depuis la creation du Monde ,
cela ne peut eſtre ; car l'année
preſente eſt la 5893.de la crea .
tion du Monde. Vousfaites par ce
moyen le Monde plus âge de 251 .
ans Voila une admirable découverte.
Oùsont vos témoins , quelsfont vos
Auteurs ? Nous sçavons par Moyfe
que le Deluge commença en l'année
1656. de la creation du Monde ,
j'ay démontré dans la quatrième
partiede maMedecine universelle ,
oul' Art de ſe conſerverla ſanté ,
inferé au Mercure du mois de
Novembre 1687.que par la Sainte
Ecriture les années Solaires estoient
de douze mois de 365 jours.
Vousferezun grand plaifir aux Sça
96 MERCURE
vans de marquer en quel endroitde
la Chronologie depuis le Deluge ,
les Historiens faints & profanes ont
fait un hiatus , & oublié deux cens
cinquante un an.
Avez-vous trouvé l'Histoire de
ce qui s'est passé pendant ces deux
cens cinquante un an dans les Archivesde
la Lune ? Le crois außi que
vous avez leu dans quelque Auteur
qui est inconnu à tout le monde
ce que vous dites dans vostre mesme
reflexion en la 107. page du Mercure
de Iuillet , que le Jeudy qui
a paffé pour eſtre le premier
jour de l'année preſente , n'eſtoit
effectivement que le dernier
jour de l'année 1692. & qu'ainfi
lejour qui a paſſé pour eſtre le
fixièmejourde Mars , n'en étoit
effectivement que le cinquié.
me. L'admire ce que vous dites dans.
la 209. page du Mercure que la
preſente
GALANT .
97
preſente année avoit commencé
effectivement le Vendredy ,
quoy qu'elle ait paru commencer
un Jeudy par l'erreur d'un
jour qui manque aux années
precedentes. Il faut ajouſtez-vous,
page 110.du Mercure , demeurer
d'accord du jour de la ſemaine
auquel a commencé la premiere
des années que nous comptons
depuis la création du Monde.
Le Soleil & la Lune furent ,
dites-vous , créez le Mercredy
quatrième jour. D'où vient que
le jour de la creation du Soleil qui
eft à preſent le jour du Dimanche ,
neporte pas le nom du Soleil , puisque
le lendemain Lundy porté lenom
de la Lune , & que les autres jours
delasemaine portent le nom des autres
Planetes ? Mais je dis que le Soleil
nefut pas créé , mais que de
même que le corps d'Adamfut fait
Sept. 1693 . E
د
100 MERCVRE
115.du
Avez-vous quelque ſujet comme
Iob de ſouhaiter que ces jours là
foient aneantis , & quepersonne ne
s'en souvienne. Vos raisons nefont
pas d'un veritable Astronome , car,
dites vous page 114 .
Mercure ,fi la premiere année
du monde avoit commencé le
quatrième jour qui fut la création
du Soleil , l'année preſente
1693. auroit commencé dés le
Mardy , & la nouvelle Lune feroit
arrivée dés le ſecondjour de
Mars ; ainſi les années paſſées
avant celle- cy ſe trouveroient
avoir trois jours de trop. Enfin ,
dites-vous , elle n'a pas commencé
le ſixiéme jour que l'homme
fut créé , parce que la nouvelle
Lune feroit arrivée dés le quatriéme
jour de Mars , ainfi les
années paffées avant celle cy
auroient deuxjours detrop , par
GALANT . ΙΟΙ
confequent la premiere année
du Monde a commencé le Samedy.
Cela posé , vous-dites que l'année
preſente eſt la 5893. année
du monde , & que juſqu'au premier
jour de cette année , le
monde a preciſément deux millions
cent cinquante deux mille
& neufjours , qui font préciſement,
ajoutez vous , tous les jours
depuis la création du monde jufques
à l'année preſente inclufivement.
Ne voudrez vous pas rabbattre
ou ajouter à ce grand nombre
dejours , du moins quelques momens
ou instans à cause de l'arrest que Iofué
fit faire du Soleil , ou pour raison de
la
la
retrogradation du Soleil du temps
du Roy Ezechias ? Iofué nous affure
chap. 10. V. 13. quele Soleil
Lune s'arresterent jusqu'à ce que le
Peuple d Ifraël se fust vangé deses
Ennemis , il ajoûte que jamais
E
3
102 MERCURE
jour, ny devant ny après , nefut plus
longque celuy là, Non fuit antea
nec poftea tam longa dies Ceft
pourquoy l'Eccl. dit dans le chap.46.
vers. 5. una dies facta eſt quafi
duo ; unſeul jour devint außi, long
que deux . Et dans le 4. Livre des
Rois Chap. 20. verf. 11. & dans
ISaie Chap. 38. vers. 8. il est dit
que leSoleil,fuivant lesouhait du
bon Roy Ezechias , retrograda de
dix lignes on degrezfur le Cadran
Solaire qu' AchassonPere avoit fait
construire. Ce retardement du Solcil,
prolongation dujoursur l'Hemis
phere fut obſervé à Babylone.Cela
est fivray , que nous liſons dans le
Paralip. chapitre 32. V. 31. que
leRoy deBabylone envoya en Am
baffadefes Princes à Ierufalem ,pour
s'informer du Roy Ezechias , de ce
grand prodige qui estoit arrivé fur
la terre.
GALANT.
103
4
Le vous plains de vous eſtre attiré
la colere le mépris de tous les
Faiseurs d' Almanachs ,qui ne pourront
digerer ce que vous ajoûtez,
que par confequent le Jeudy qui
a paffé pour eftre le premier
jour de l'année preſente ,n'étoit
que le dernier jour de la précedente
année , & que de 6. jour
de Mars , auquel eſt arrivée la
nouvelle Lune , à trois heures ;
21. minutes 54. momens & 36 .
inftans aprés midy, n'eſtoit effectivement
que le s . jour du mefme
mois , & par confequent la
pleine Lune eſt arrivée le 19 .
de Mars , & non le 22. à une
heure quarante--fix minutes du
matin , comme l'a marqué M.
Comiers. Ie ne veux rien avoirà
demeſleravec ce nouvel Astronome
qui s'en prend à toute l'Eglise , l'ac
cuſe dans lapage 1 32. d'avoir du
E 4
104 MERCURE
Lundy fait le Dimanche , &
d'avoir celebré la Paſque un mois
trop toſt . L'admire ſesfupputations
de Lunes. Il en compte douze mil-
De huit cens foixante & dix ſepr
depuis la creation du Monde
juſqu'au cinquiéme Mars dernier
, faiſant chaque Lunaiſon
de vingt neuf jours douze heures
, quarantes trois minutes ,
trente-trois momens & huir inftans.
Sans doute , Monfieur , vous
avezfait, comme Cirano de Bergerac,
un voyage dans la Lune. Avezvous
obfervé que les jours naturels ,
c'està dire, d'un midy àl'autre , du.
rent aux Habitans de la Lune , du
moins vingt neufjourse demy des
noſtres , plus , à cause de la librationde
cette Planete , où il n'ya
jamais aucun nuage , ny broüillard,
L'airy estant toujours serein ,& les
montagnes trois fois plus hautes que
GALANT.
ros
nos Alpes. Ie n'en dispas davanta
ge, suis vostre , c.
Les Nouvelles publiques vous
auront déja appris que Meſſira
Nicolas Potier , Seigneur de
Novion , Premier Preſident au
Parlement de Paris,& Secretai
re des Ordres du Roy , mourut
en ſa maifon de Grignon le
premier jour de ce mois.Il avoit
de fort grandes qualitez , qui
lay avoient fait meriter d'eſtre
à la teſte de l'Auguſte Corps ,
dont il a eſté le Chef pluſieurs
années , avec autant de gloire
pour loy , que de fatisfaction
pour les Parties dont il avoit à
regler les differends . Il faifoie
entrer au Palais huit jours aprés
la Saint Martin , & donnoit fi
bien fes ſoins à expedier tou
tes les affaires , qu'il ne reſtoit
preſque point de Cauſes à ju
Es
مك
106 MERCURE
ger à la fin du Parlement. Auſi
faiſoit-il toûjours la guerre aux
Avocats , lors qu'ils les allongeoient
par des choſes inutiles ,
Il y avoit déja long-temps que
la neceſſité de mourir l'occupost
entierement , ce qui luy
avoit fait choiſir la retraite ,
n'ayant point voulu attendre
que la mort le contraigniſt à
quitter ſa Charge,& s'en eſtant
défait volontairement pour ne
plus fonger qu'à l'unique neceſſaire.
Cependant il n'avoit
que ſoixante & quinze ans lors
qu'il eſt mort. Je vous ay envoyé
quelques uns de ſes Difcours
, que la coutume l'obligeoit
de faire à l'ouverture du
Parlement, & vous vous ſouvenez
ſans doute qu'il avoit un
ſtile laconique , & ne parloit
preſque que par Sentences .
GALANT.
$107
Quant à ſa Famille , elle estoit
une des plus nobles & des plus
anciennes de la Villede Parist,
& avoit receu beaucoup d'éclat
de Jacques Potier,Conſeiller au
Parlement, & l'un des plus illuſtres
Magistrats du dernier fiecle.
Il eſtoit Fils de Nicolas Por
tier, Seigneur de Groflay & de
Blanc-mefoil,General des Monnoyes,
qui fut obligé en 1499 .
par Arreſt du Parlement , d'accepter
la Charge de Prevôt des
- Marchands de Paris, qu'il avoit
refuſée , ce choix ayant eſté faic
tout d'une voix , parce qu'on
n'en jugeoit perſonne plus dir
gne que luy . Ce Jacques Potier
laiſſa de Françoiſe Cueillette,
Dame de Geſvres , Nicolas &
Loûts Potier. Nicolas Potier ,
l'Aîné, Seigneur de Blanc-mesnil
, ſecond Prefident au Patler
E 6
108 MERCURE
۱
ment de Paris, &Chancelier de
la Reine Marie de Medicis ,
mourut en 1634. âgé de 94 .
ans, ayant merité cette loüange
d'avoir ſervi quatre de nos Rois
avec une fidelité inébranlable ,
& le Public avec une probité
éprouvée en toutes fortes d'occafions.
Il laiſſa cinq Fils , dont
deux furent fucceſſivement Evêques
& Comtes de Beauvais.
Les trois autres ont eſté Prefidens
de Cours Superieures ;
ſçavoir , Nicolas Potier , Sieur
d'Ocquerre , Prefident en la
Chambre des Comptes , & enfuite
Secretaire d'Etat , par la
démiſſion de M. de Geſvres fon
Oncle,Bernard Potier,Prefident
au Parlement de Bretagne mort
en 1610.& André Potier, Prefident
auſſiau Parlement de Bretague
,& enfuite au Parlement
GALANT. 109
de Paris , pere de M.de Novion,
premier prefident ,' qui vient
de mourir , & qui a laiſſé pour
Fils , M. de Novion , prefident
au Mortier,& M.l'Evêque d'Evreux.
Loüis potier, Secretaire
d'Estat , Second Fils de Nicolas
Potier,Seigneur de Blanc-Mefnil
, a fait la branche des Comtes
de Thermes , Marquis &
Ducs de Gefvres.
Les Lettres de Genes nous
ont appris, que M.de Ratabon,
Envoyé Extraordinaire de Sa
Majesté , y est mort aprés quelques
jours de maladie. Il eſtoit
Gentilhomme ordinaire de la
Maiſon du Roy , Gouverneur
de Feſcamp , Fils de feu M. de
Ratabon , Sur- Intendantdes Bâ
timens avantM.Colbert , Frere
de M.l'Evêque d'Ipres,& Beaufrere
de Mile Comte de Crecy,
IIO MERCVRE
cy devant plenipotentiaire du
Roy , à la Diete de Ratisbonne.
Il avoit épousé la Soeur de M.
Ranchin , Secretaire du Conſeil,
extrêmement eſtimée pour
ſon eſprit. Il eſt mort d'une
Goutte remontée , n'ayant encore
que quarante trois ans. Il
avoit auparavant eſté Envoyé
Extraordinaire à Liege , & fa
conduiteluy avoitacquis beaucoup
de gloire par tout.Le Roy
en confideration de ſes ſervi ,
ces , a accordé à ſon Fils aîné ,
quoy qu'encore fort jeune , ſa
ChargedeGentilhomme Ordinaire.
Je vous envoye une Lettre
de M.l'Abbé Deſlandes, Grand
Archidiacre , & Chanoine de
Treguier , fur le culte des Images.
Vous avez déja veu quelques
Ouvrages de luy qui vous
GALANT. 111
-
ont perfuadés ,&de ſon ſçavoir,
&de la delicateſſede ſon eſprit .
Comme le vôtre eſt tout rempli
de lumieres , je n'ay pas beſoin
de vous avertir, quele Difcours
que vous allez lire , traite l'Hi
ſtoire de noſtre Siecle par rap.
port à la gloire de la France..
A Mr LE CHEVALIER
DESLANDES .
Vous estes à Lagos , mon cherNeveu
, j'ay bien du chagrin de n'y
pas estre comme mo د engagement
my obligeoit , &j'ay en besoinde
toute ma vertu pour ne me pas mettre
en colere contre une cruelle dou .
leurqui m'a arresté. Vous m'avez cependant
fait plaisir de m'avertir
qu'au retour de la Flote victorieuse
triomphante del' Armée Navale
àBrest,je me trouverzy embaraffé de
n'avoir pas repondu à ce que Madame
L ... vous avoit ordonné de me
112 MERCURE
mander. I'y ay pourtantfait reflexion
; mais je nesçay pas encore bien
fije dois estre deſonſentiment. Elle
pretend qu'il est de la vraye Reli.
gion comme de l'amour qui ne fçait
point dißimuler , que le coeur d'un
Fidelle est un autel d'où il doitfortir
un Encens tout pur ; qu'après tout
ce n'est pas estre affeurédanssa Foy,
que de n'oſerſe déclarer.Ie n'aygarde
de me recrier contre unfentiment
qui eftfi bien autorisé. LeSuplieray
feulement Madame L... de refle
chirfur la conduite d'une Princeffe
dont nous parle l'Histoire. L'Empereur
Leon charmé de la beautédefon
esprit l'avoit épousée. Ce Monarque,
quoy qu'Epoux , avoit pour l'Imperatrice
Irene toutes les recherches,
tous les foins tous les empreſſemens
d'un veritable Amant. Ce
Prince mal conseillése mit en teste,
que le Culte des Images estoit une
1
GALANT.
113
Idolatrie. Il fit publier un Edit ri .
goureux dans tout l'Empire d'Orient
qui en ordonnoit la destruction entiere.
Ceux&celles qui eurent offer
de fermeté pour refifter,souffrirent
des tourmens , dont lefeul recitfait
frayeur. L'Imperatriceprit leparty
de dißimuler,se contentant d'avoir
Dieu pour le Témoin de sa Foy.
Eſtant un jour en Trieres dans ſon
Cabinet , proſtern'e devant une Image
de la Vierge , fondant toute en
larmes , ellefutfurprise en cet estat
parle Maistre du Palais , qui estoit
entre pour l'avertir que les Tables
estoient servies. Cet Officier crutfaire
sa Cour de dire à l'Empereur la
choſe comme il l'avoit veuë. L'Imperatricefans
paroiſtre embarraffée ,
Centra dans la Salle. Voulant s'approcherde
l'Empereur, il la repouſſa,
luy reprochafa perfidie , & luy die
qu'elle estoit une Femme de pew
114 MERCURE T
fans Foy , Sans Conscience , &
Sans Religion. Cette Princeffe répondit
d'un air tranquille , que
l'Officier du Palais eftoit un plai-
Sant homme , de vouloir fairepaffer
sa propre Representation pour
me image de la Vierge ; qu'ayant
forty de fon Cabinet , elle y estoit
rentrée pourse regarder au Miroir,
&que dans ce même moment cet
Officier estoit entré , & avoit crû
queson visage representé dans le
Miroir , fust l'Image de la Vierge.
L'Empereur paroiffant adoucy luy
dit , mais Madame , pourquoy
pleuriez- vous ? Vous partez dans
trois jours , luy répondit l'Imperatrice
, pour vous mettreàla tefte
de vos Armées ,& vous me demandez
pourquoy je pleurois. Puisque
cela est ainsi dit l'Empereur , mer.
tons-nous à Table. C'estoit un jour
de Noël , auquel l'Empereur conGALANT.
IIS
vioit tous les Grands de l'Empire. Il
- y avoit dix-huit grandes Tables ,
Sans y comprendre celle de l'Empe .
rear ; on y mangeoit couché , &non
aſſis à la maniere des anciens Ro
mains. Pendant le repas l'Empereur
parut de mauvaise humeur. L'Evêque
de Constantinople , qui estoit
Sa creature, & qu'il avoit fait mettre
àſa table , en fat maltraité
aprés le repas . L'Empereur s'avifa
de mander les douze Docteurs du
celebre College Imperial , croyant
que s'ilpouvoit réduire des hommes
si fameux , il reduiroit facilement
tout l'Empire.Il employa les ra fons,
. les careſſes , les prom ffes , les menaces,
pour les obliger à fe declarer con
tre le culte des Images , mais loin de
plier , ils entreprirent de le convertir.
L'un de ces Docteurs lug reprefenta
qu'ily avoit une difference in-
- finie à faire entre les Idoles que les
116 MERCURE
1
Payens adorent ,& les Images qui
Sout honorées par les Chrestiens ,
que l'Idole est un Simulacre , qu'on
croit estre un Dieu,ou qui reprefenre
une fausse Divinité , à laquelle
on rend les honneurs divins , mais
que l'Imagefainte est une vraye representation
de ce qui est en effet
digne d'honneur ; àsçavoir du Sauveur
, de la Vierge , &des Saints ,
& dans laquelle on ne reconnoist
pourtant aucune vertu divine ; qwe
Dieu ; qui ſeul doit estre adoré du
Souverain culte qui luy appartient,
a défendu dans le Decalogue l'ufa .
ge des. Idoles qu'on tient pour des
Dieux , ou qui representent comme
un Dieu ce qui effectivement ne l'est
pas,& qui partage avec luy les
honneurs divins ; mais que pour les
-autres Images , il ne tes a nullement
-condamnées , que loin de cela lugmême
commanda qu'on mist fur
GALANT.
117
نا
l'Arche les Images des Cherubins ,
&qu'ilfit élever le Serpent * d'Airain
, qui estoit la figure ou l'Image
allegorique de 7. C. crucifié ; que
Salomon avoit mis devant l'Arche*
deux autres Cherubins de bois d'Olivier
, couverts d'or , & que l'on
voyoit dans ſon Temple plusieurs *
Images de ces Bienheureux Esprits ,
avecdes Figures depalmes, &d'autres
Peintures dont il l'avoit orné ;
que toute l'Asie sçavoit que I. C.
même avoit envoyé fon Image au
Roy d'Edeſſe Abagarus ; que cette
Femme que le Fils de Dieu querit du
flux de sang , lug fit eriger une
Statued'airain dans la Ville de Pa
neade ,&que Dieu voulut en quelque
maniere consacrer cette Image
par un miracle. Julien l'Apostat
* Exod. 15 .
* Num. 21. * Joan . 3 .
Regum 3. c. 6 .
118 MERCURE
7-
ayant fait abattre cette Statue pour
mettre enfa placelafienne, celle- cy.
futdans lemême instant frapéed'un
coup de foudre ; qu'il n'y avoit perfonnedans
Constantinople qui n'eût
appris les memorables Victoires que
L'Empereur Heraclius avoirremportées
contre les Perſes , en portant
lui-même à la teste de ſes Legions ,
La miraculeuse Image de J. C. &
de la Vierge. Leon furieusement irrité
d'une si genereuse resistance ,
renvoya ces Docteurs , & donna
auſſi- tôt l'ordre de mettre le feu
dans ce fameux College où ces Do.
Eteurs furent brûlez. Ily avoit dans
seCollege une incomparable Bibliotheque,
composée de fix cens mille
volumes , tous fort vecherche,z L'on
I voyoit entre autres merveilles , ce
grand miracle de l'Art dont on a
tant parlé. C'étoit l'Iliade & l'o
dißée d'Homere tres - distinctement
GALAN T.
119
5
.
écrites en lettres d'or , dans unseul
boyaux de fix - vingt pieds delongucur.
Cet Empereur avoit une extrême
paſſion pour les Pierreries. Ily
avoit dans l'Eglise de Sainte Sophie
une Couronne d'ox enrichie des plus
- belles Pierres du monde, que l'Emperear
Heraclius y avoit consacrée
àDieu. Sa passion l'emporta fur la
crainte qu'il avoit de commettre un
Sacrilege. Ilfit enlever cette Couronne
, dont ilſe fit faire un Diademe,
& parut marchant par la Villa
avec cette Couronue toute éclatante,
mais ce Sacrilege luy conta la vie
car ilfentitàla reste une mortelle
douleur qui le mit au tombeaule S.
Septembre ,jour consacréàla nais-
Sance de la Vierge, Aprés la mort de
ce Prince, on viu refleurir la vrage
Religion. La paix , l'abondance, la
Victoire , la joye accompagnerent la
Regence de l'imperatrice. Les Sam
1
120 MERCURE
verains Pontifes , les Conciles , tous
les Princes luy donnerent mille louan
ges ; le culte des Imagesfut rétably.
Les Patrices qui compofoient le Senat
, & qui se faisoient craindre ,
farent reduits comme des Enfans.
Les Senateurs les plus sages sefoumirent.
Ceux dont onſe defia furent
exilezparuneſage conduite , de la
mesme maniereque Louis leGrand a
faitfortir de fon Estat , des Miniſtres
opiniâtres &Superbes. Après
avoir estably fon autorité , aſſujet.ty
les Grands &le Senat en les divi.
Sant,elles'acquitpar toutesles ac
tions de grand éclat, la reputation
d'Imperatrice tres- picufe. Elle rendit
à l'Eglife cette Couronned'or ,
&fit choix d'un premier Ministre
dont laſageſſe , le merite&la valeur,
estoient connus dans tout l'Empire
, & ce fut par les conseils du
Patrice Stauracius quefes Armées
furent
)
GALANT. 121
furent victorieuses par Mer & par
Terre. Si elle eus beaucoup d'adreſſe
&de politique , elle n'eut pas moins
de fermeté. Les Sarafins s'allerent
imaginer que sous le Regne d'une
Femme, ils pouvoient tout conquerir.
Ils entrerent dans l' Afie avec une
formidable Armée. Cette Princeffe
fut ravie de trouver l'occaſion de
SignalerSavaleur. Elle manda aux
Commandants des Sarazins qu'ils
n'estoient pas gens affezconfidera
bles pour meriter qu'ellese miſtàla
teſte deſes legions , mais qu'elle en
voyoitſes LieutenansGeneraux qui
leur diroient de ses nouvelles . Les
Sarazins furent défaits & obligez
de venir demander la Paix àgenoux.
La Renommée qui s'estoit
chargée de publier les grandes &
heroiques actions de Charlemagne,
rempliſſoit pour lors tout l'Univers
de l'admiration de ses vertus , de
Sept. 1693 .
F
1
122 MERCURE
la crainte desa puiſſance , & de la
gloire defon nom. Depuissafameu.
Se Conqueste d'Italie, il eſtoit passe
jusqu'à cinq fois en Allemagne ,
toujours victorieux de ces peuplesferoces
,fi connus dans l'ancienne Hiſtoire
ſous le nomde Saxons qui s'efrendoient
audeça & audelà de l'elbe.
Illes avoit contraints de ſe ſousmettre
aux Loix de fon Empire &
desa Religion. Il avoit porté ſes
Armes victorieuses presque dans le
fond de l'Espagne. Taffillon , Duc
des Bavarois , estoit venu sejetter
à ſes pieds , implorerſa clemence, &
demander pardon pour avoir fomenté
la Rebellion en Italie . Aprés
tant de Victoires , il avoit fait sacrer
dans Rome par le Pape Adrien,
Ses deux Fils, Pepin , & Louis; le
premier comme Roy d'Italie , & le
fecond comme Roy d'Aquitaine.
L'Imperatrice charmée de l'éclat
GALANT.
123
d'une si grande Majesté,crut qu'elle
avoit beſoin de la protection de ce
Monarque pour se maintenir dans
Sa Regence. Elle declara dansfon
Conſeil qu'elle s'estimeroit heureuse,
fi elle pouvoit entrer dans l'alliance
de l'Empereur d'Occident. Il y fut
arresté que l'on envoyeroit en France
une celebre Ambaſſade pour de
mander la Princeſſe Rotrude , Fille
aînée de Charlemagne,pourle jeune
Constantin. Cette Negociation s'avança
; on dreſſamême les Articles
dont on convint. La jeune Princeffe
qui estoit destinée pour l'Empereur
d'Orient , apprit en trois mois les
Coutumes&la Langue des Grecs.
Que Madame L***** prononcemaintenant.
Pour moy , je nepuis
me refoudre de voir la plus belle
Princeſſe du monde livrée à la cruauté
des Bourreaux ,jettée dans une
affreuse Prison conduite par dériſion
L
F2
124
MERCVRE
dans toutes les Places Publiques de
Constantinople , & enfin executée
Surun échaffaut le ne puis donc condamnerfa
judicieuse diſſimulation.
Est- ce que nos Rois n'ont pas cu leurs
raiſons de tolerer & de souffrir nos
Freres Separez dans leſein de l'Etat?
La fuppreffion de l'Edit de Nan-
-res estoit reservée à une main auffi
puiſſante que celle de LOUIS LE
GRAND , soutenue de la main du
Tout-puiſſant. Hæcmutatio dex-
* teræ Excelſi . La réunion de nos
Freres fait le deſeſpoir des Ennemis
dela France. Ils les entretenoientpar
un esprit de malignité , comme un
Sang corrompu qui rendoit infirme
&foible ce Corps politique.La Fra.
ce ne connoiſſoit pas ce qu'elle poн-
voit. Il falloit des tempestes außi
violentes que celle d'une Ligue de
pluſieurs Princes conjurez , animez
d'envie & de jalousie , pour faire
1
GALANT .
125
connoiſtre la force inébranlable de
se rocher , dont on peut dire ce que
Le Seigneur a dit de fon Eglife ,
que toutes les portes de l'Enfer vien.
dront s'y briser. Les plus agrea .
bles fruits que le Roy reçoive de ſes
Victoires & de ſes travaux , est d'avoir
remis tout fon Peuple sous un
mesme Pasteur. Que nous sommes
beureux , mon cher Neveu , d'estre
nez Sujets de Loüis le Grand , dont
laſageſſe procure le bonheur à tous
fes Peuples , dont la valeur éclate
parſes Victoiresfurtousſes Ennemis,
dont la pieté attire les benedi-
Etions du Ciel sursaFerſonne Sacrée
fur sa Royale Famille. Ecce ,
ecce fic benedicetur homo qui
timet Dominum. Ie fuis Pc.
Il a paru au commencement
de ce mois divers Reglemens
qui font connoiſtre que c'eſt
F 3
126 MERCVRE
avec beaucoup de justice que
Fon donne au Roy le nom de
Pere du Peuple ,Sa Majeſtéayant
eſté informée , que quoy que la
Recolte l'année derniere ait eſté
tres-abondante dans le Royaume
, & que celle de l'année preſente
aitauſſi rapporté beaucoup
de grains audelà de ce qu'il en
faut pour fournir à ſes Provinces
, & à la ſubſiſtance de ſes Armées
neantmoins quelques
perſonnes , Ennemies du bien
public , foit par des intentions
malignes , ou par des veuës d'intereſt
, ont fait courir de fauts
bruits de ſterilité & de diſette ,
& ont excité par là les Particuliers
, les uns à ne point tirer de
leurs Greniers les Bleds qu'ils
y ont en abondance , ſe flattant
de les vendre encore plus cher
dans un autre temps , les autres
5
GALANT.
127
à acheter tout ce qu'ils en ont
trouvé dans les Marchez pour
en faire des Magaſins,de referve
, ce qui a eſté cauſe que les
Marchez n'eſtant plus fournis ,
les grains font montez depuis
quelque-temps à un prix ſi haut,
que tout le public en ſouffre ,
Mrs Puffort , d'Agueſſeau , &
de Harlay , Conſeillers d'Eftat ,
& M. Phelypeaux , Intendant
de Justice , Police & Finance
de la Generalité de Paris ,
ont eſté commis & nominez par
un Arreſt du Conſeil d'eſtat du
Roy du 5. de ce mois , pouravifer
inceſſamment aux moyens
les plus convenables qui pou
ront procurer le débit des bleds
dans tout le Royaume , & en
faire porter dans les Marchez à
proportion du beſoin qu'en auront
lesPeuples. Ils font chargez
F 4
128 MERCURE
par le meſme Arreſt d'en faire
tranſporter d'une Province dans
une autre , felon que la neceffité
pourra l'exiger , pour y eftre
enfuite ſur leurs avis pourveu
par Sa Majesté , qui à l'égard de
la Provifion neceffaire pour la
ſubſiſtance de Paris , ſe remet
aux foins & à l'activité de ceux
qui y font obligez par le devoir
de leurs Charges .
Le mefme jour cinquiéme de
ce mois , il y eut une Declaration
du Roy , qui porte qu'il fera
inceſſamment commis des pers
ſonnes intelligentes & de probité
dans tout le Royaume , qui
feront la viſite dans les Villes ,
Bourgs , Villages , & Hameaux ,
meſme dans les Abbayes , Convents
d'Hommes & de Filles ,
&toutes autres Communautez
pour dreffer procés verbal , &
GALANT.
129
faire l'eſtimation des bleds qui
ſe trouveront , tant battus dans
les Greniers & Magazins ,qu'en
gerbes dans les Granges , lefquels
Procés verbaux & états ,
fignez & certifiez d'eux , ils remettront
entre les mains des Intendans
& Commiſſaires départis
dans les Provinces › pour
- eſtre envoyez aux Commiſſaires
du Conſeil du Roy, nommez
par l'Arreſt du meſmejour.Chacune
des Communautez , Marchands
, Laboureurs , & autres
perſonnes qui auront du bled ,
pourront diſpoſer de la moitié
de ce qu'on en trouvera dans
leurs Magazins , Granges &
Greniers , ſoit pour leur provifion
, ou autrement , à la charge
d'envoyer l'autre moitié , pour
eſtre expoſée en vente à raiſon
de certaine quantité chaque ſe
F
130
MERCURE
maine , dans les Marchez des
Villes & Bourgs les plus voifins,
où elle ſera venduëau prix
courant , ſans qu'il leur ſoit permis
de le ramporter ſur aucun
prétexte ;& parce que pluſieurs
Particuliers , pour éluder les
bonnes intentions de Sa Majeſté
, pourroient expoſer qu'ils
auroientvendu le tout ou partie
de leurs grains à des Marchands,
ou autres , Sa Majesté veut que
ces ventes ne puiſſent eſtre executées
que pour la moitié des
grains qu'on aura trouvez dans
les Greniers , Magaſins & Granges
, & que l'autre moitié ſoit
portée aux Marchez publics ,
dont les Marchands ne pourront
exiger le prix de leurs vendeurs
que fur celuy qu'ils en auront
receu aux Marchez . Sa Majesté
entendneanmoinsque les ComGALANT
.
131
e
e
munautez & les Particuliers qui
n'auront dans leurs Greniers
ou Granges que la quantité de
bled neceſſaire pour leur proviſion
pendant fix mois , ayent
la liberté de les retenir, ſans être
obligez d'en porter la moitié au
Marché , dont il ſera fait men .
tion ſur le Procés verbalde vente
. Comme le Roy veut que ſa
Declaration en faveur de ſes Sajets
ſoit executéedans toute fon
étenduë, il a ordonné qu'à la fin
de chaque mois il ſera fait viſite
dans les lieux où ces bleds fe
feronttrouvez . Ceux au pouvoir
deſquels ils ſe trouveront , ſeront
obligez de declarer ce qu'ils
auront fait de la quantité qui n'y
fera plus, & en cas qu'ils n'ayent
point envoyé aux Marchez cel
le qui leur aura eſté preſcrite ,
ils feront condamnez à lamen-
F6
132 MERCURE
de double du prix des grains
qu'ils estoient obligez d'y envoyer
.
Le 9.de ce mois, il y eut une
Ordonnance du Roy, qui ayant
cſté informé qu'il s'eſtoit faic
des Cargaiſons de grains dans
les Ports de Bretagne & de Poitou
, pour porter dans les Pays
Etrangers , à fait de tres - expreſſes
défenſes à tous Marchands,
Commiſſionnaires , Capitaines
de Navires , Maiſtres.
de Barques , & tous autres , de
charger aucuns grains dans les
Provinces maritimes du Royaume
, pour les Pays Etrangers, à
peine de confiſcation desgrains
& des Baſtimens qui en ſeront
chargez , & de punition des
Galeres contre ceux qui ſe ſeront
mêlez de faire ces chargemens
. Sa Majeſté a auſſi fait
GALAN T.
133
défenſes aux Officiers de l'Amirauté
, aux Commiſſaires , &
aux Commis aux Claſſes , de
laiſſer partir aucun Baſtiment
chargé de grains pour les autres
Ports de ce Royaume, ſi ce
n'eſt ſous l'eſcorte de ſes Frega
tes ,& aprés avoir recommandé
aux Capitaines des mêmes
Fregates ,de les conduire ſeurement.
Tout cela fait voir la
bonté du Roy , qui veut bien
donner ſes ſoins à tout ce qui
peut- être utile à l'Etat & à ſes
Peuples.
La guerre n'empêche poine
les Arts de ſe perfectionner en
France,& la Peinture y eſt dans
un ſi haut point , qu'il faut aujourd'huy
que toutes les Nattons
luy cedent.Je vous parlay
il y a un an d'un Tableau , que
tout ce qu'il y a de gens de bon
134
MERCVRE
goût à Paris, ont eſté voir chez
M. le Duc de Richelieu . Il étoit
de M. Coypel le Fils. Le
même en vient de faire un qui
repreſente le voeu de Jephté ,&
que l'on va voir avec le même
empreſſement , chez M. l'Abbé
Teſtu à S. Victor. Je ne vous en
fais point la deſcription,qui ne
pourroit être que tres-imparfaite
, tant il me ſeroit difficile
de bien peindre les paſſions que
ce Tableau fait ſentir. Je vous
envoye un Sonnet qui les fait
mieux connoiſtre que ce que je
pourrois vous en dire. Il ne
m'eſt pas permis de vous en
nommer l'Auteur.le vous diray
ſeulement qu'il a la réputation
de ne faire rien que d'achevé .
GALANT . 133
t
A Mr COYPEL LE FILS ,
Sur fon Tableau de Jephté.
Q
SONNET.
Velles vives beautez brillent
dans ton Ouvrage!
Queſagement tuSçais menager tes
couleurs!
Quel Art,quel goust,quel feu,quel
Scavant assemblage ,
Quelle diverſité dans tes nobles
douleurs !
Tu fais voir en Iephté la plus
tou hante Image
Des tourments d'un Heros au comble
des malheurs ;
Pour faifir de pitié l'ame la plus
Sauvage
Sa modeste vertu ,sa grace naturelle,
136
MERCURE
Le mortel desespoir de sa fuite fidelle
Sur les moins tendres coeurs font
des impreſſions.
Dans ce triſteſujetſitu mets tant
de charmes
Coypel,si tu ravis quand tu tires
des larmes ,
Qu'ondoit craindre de toy d'autres
expreßions !
Les Dames ont auſſi voulu
faire des Vers ſur ce meſme
Tableau du Voeu de Jephté ,
&ceux qui ſuivent vous ferone
connoiſtre qu'elles ne s'acquitent
pas moins galamment que
les hommes des choſes dont
elles ſe mélent .
Q
Ve ce Tableau plaiſt à ma
veuë!
4
GALANT. 137
t
,
a
Ta Seyla me charme , metuë,
La mort qu'on luy prepare effraye
tous messens.
Pourquoy luy donnes tu des appas fi
puissans,
Coypel ,puis qu'il faut qu'elle
meure ?
Tu pouvois luy donner unpeu moins
debeauté.
Pour ton Jephté je veux qu'il
pleure ,
Le trouve ce vainqueur trop plein
de cruauté.
Son voeu trop indiscret met mon
ame en colere ,
Ses larmes ne me touchent pas.
Ie voudrois par la mort du Pere
Sauver la Fille du trépas.
Mr de Saint Jean , Peintre ,
qui a donné au public tant de
belles Figures habillées à la
mode , enafaitgraver fix tou138
MERCURE
tes nouvelles ; ſçavoir , quatre
Femmes & deux Hommes. Tout
le monde ſçait que ce n'eſt
que dans ſes Ouvrages qu'on
peut trouver l'exactitude de la
mode & l'elegance du deſſein
jointe à un certain air de Nobleſſe
qui eſt particulier à tout
cequi fort de ſa main , & qui
fait si bien distinguer ſes pieces
d'avec celles de quantité d'autres
gens qui ſe meſlent de le
vouloir imiter.Il ſeroit à ſouhaiter
pour luy que quelques Portraits
qu'ila peints fuſſent auſſi
connus. Il y ena qui ne pourroientmanquer
de plaire beaucoup
, eſtant hiſtoriez d'une
maniere toute finguliere & toute
nouvelle , mais ce n'eſt pas à
moy à déveloper ſes ſecrets.l'ay
crû eſtre obligé de luy rendre
cettejuſtice pour diffuader cerGALAN
T.
139
a
0
71
12
= taines perſonnes qui s'appliquent
à publier qu'il ne fait
autre choſe que les deſſeins des
modes . Pour croire cela , il ne
1 faut ny le connoiſtre , ny ſçavoir
juſqu'où s'étend ſon genie.
Vous ne ferez pas fâchée
ſans doute , de trouver icy une
exacte deſcription de chacune
de ces Figures. Celle quia pour
Titre , Femmesde qualité en des .
habillé negligé , eſt repreſentée
. nonchalamment affife , n'ayant
qu'un Jupon de tafetas , fur lequel
il n'ya qu'une maniere de
- Point d'Eſpagne leger fait en
portique. Sa Robe de chambre
eſt pendante fans ceinture ; la
- coiffure eſt convenable à l'habit
c'eſt à dire qu'elle n'eſt
point haute , ſans cheveux frifez
, n'ayant deſſus qu'un ſimple
ruban noüé avec negligen-
د
140 MERCURE
ce. Elle a un Corſet de Marfeille
fait à la mode , auquel on
a donné le nom de Refpirant ,
parce que ces fortes de Corſets
font entr'ouverts. Elle n'a que
des Pantoufles aux pieds , &
pour donner occaſion à faire paroiſtre
cette eſpece d'habillement
, il a feint que la Dame
venoitde lire une Lettre chagrinante
, ce qui ſe reconnoiſt par
l'expreffion de la teſte ,& par le
reſte de l'attitude.
Celle qui a pour titre , Femme
de qualité en Echarpe , eſt repreſentée
debout , paroiffant marcher.
Son Echarpe eſt toute de
Dentelle , ornée d'un grand Ruban
fort riche auquel on a
donné le nom d'Etole. Elle a un
Corſet entre- ouvert laffé d'un
Ruban de couleur , au bout duquel
ily a un Feret de Diamans
GALANT.
141
- qui fort par le haut du corps.
1 Elle a un Tablier de Gaze blanche
brodé d'or. La Jupe eſt ornée
d'un grand Pointd'Eſpagne
d'or de lahauteur d'environ un
$ tiers . La Coifure eſt convenable
à l'habit ; c'eſt-à dire parée
&& ornée de Fontanges .
Celle qui a pour Titre , Dame
de la plus hautequalité , eſt affife .
Elle a une Robe de Chambre
attachée avec des Glands d'or.
La Jupe eſt toute garnie de
grands Galons à jour & de
Frange alternativement , jufques
deſſous la Buſquiere. Elle
a des Rubans à ſon Corſet
en maniere d'Echelle , & paroiſt
denoüer le Ruban d'un
Portrait qu'elle porte en Braf-
- felet. La Coiffure eſt des plus
- magnifiques , & l'attitude exprime
merveilleuſement bien
1
142
MERCURE
une Dame d'une eminente dignité.
Celle qui apour Titre , Femme
de Qualité en Steinkerke
en Falbala , eft debout . La Robe
de Chambre & la Jupe font
de ces belles Eſtoffes des Indes .
Le Falbala monte juſqu'aux Poches
, orné d'une large Creſte
d'argent. La Steinkerke eſt auſſi
des Indes brodée d'or & de
foye, & attachée avec une grande
épingle de Diamant , qui
fert auffi à attacher un Bouquet.
La ceinture eſt large avec une
grande Boucle de Diamans d'une
nouvelle monde. Elle a un
Croiſſantde Diamants dans les
cheveux. Sa Coiffure eſt plus
legere que celle des autres Figures.
La Dame paroift badiner
avec ſon Eventail qu'elle porte
au coinde fabouche.
GALANT .
143
-
0
es
د
L'Homme qui a pour titre ,
Homme de Qualité en habit garny
d'agrémens , eſt debout. Il a
un Habit de ces Camelots gris
blanc tout garny d'agrémens
d'or , des Bas blancs , une Plume
blanche fur le chapeau ,le
Iuſte au corps deboutonné , &
ft laCravatte paſſée dans les bou
tonnieres .
Po
d:
11
er
10
e
Celuy qui a pour Titre ,
Homme de Qualitéen habitgalonné
, eſt auſſi debout. Il a un habit
d'Ecarlate avec un large Galon
fur toutes les coutures. La manche
eſt longue & roulée avec
trois galons deſſus . On voit à
fon Epée un noeuf magnifique .
La Cravate eſt longue fans eftre
paffée dans la Boutonniere , &
il a les mains dans ſon Manchon.
Le tout eſt gravé avec
beaucoup de delicateſſe , les
144
MERCVRE
Teſtes paroiſſant eſtre peintes
en miniature .
Ces Modes qui ſe trouvent
chez M. de Saint Jean , logeant
fur le Quay Pelletier , ſe trouvent
auſſi chez le S. Langlois Libraire
Imager ruë faint Jacques
àla Victoire , qui en a compoſé
un Recueil de plus de neuf cens
de divers Graveurs , contenant
les habillemens de la Cour &
de divers Eſtats . Ce Recueil
eſtdiſpoſé par années , avec les
Habillemens des Cours Etrangeres
, & les Portraits des Souverains
, Princes & Seigneurs ,
& Dames de l'Europe , & des
autres parties du Monde , en
forte que l'on y peut voir avec
plaiſir les changemens d'Habits
& de Mode depuis pluſieurs années
.
Le 25. du mois paſſé, la Feſte
de
GALANT.
145
5.
5
de Saint Loüis fut celebrée , fe
lon la coutume , dans la Chapelle
du Louvre , par Meſſieurs
de l'Academie Françoiſe . Monfieur
l'Abbé de la Vau , lun
des quarante , dit la Meſſe, pendant
laquelle il y eut un fort
grand Choeur de Muſique , qui
chanta divers Motets de la compoſition
de Mr Oudot. Enſuite
Mr l'Abbé Nolet prononça le
Panegyrique du Saint , & prit
pour fon texte ces paroles du
quatrième des Rois , Similis illi
non fuit ante eum Rex , & fit voir
dans la premiere partie de fon
Difcours , que Saint Loüis avoit
toûjours eſté juſte & penitent ;
& dans la ſeconde qu'il avoit
ſceujoindre la qualité de Heros
avec celle de Chreftien , S'il eſt
rare de trouver un homme juſte,
toujours appliqué à la peniten-
Sept. 1693 .
G
146
MERCURE
ce , il ne l'eſt pas moins de joindrebeaucoup
d'éloquence àune
grande fimplicité. Cependant
c'eſt ce que fit M. l'Abbe Nolet,
qui ſans faire voir qu'il y euſt de
l'art dans la maniere dont il fit,
ſes preuves , ne laiſſa pas d'y
meſler tout ce qui pouvoit les
rendre vives . Il n'y fit point en,
trer les loüanges qu'on a de coutumede
donner au Roy dans les
Panegyriques de cette nature ,
il les referva pour une Priere
ardente , adreſſée à Dieu ſur la
fin de fon Diſcours , de confer.
ver encore long-temps à la
France un Prince , ſi fidelle imitateur
des vertus de S. Loüis , &
• qui rempliſſant le meſme Trô
ne , s'eſtoit montré digne de luy
fucceder par des actions d'un fi
grand éclat , que Meſſieurs de
l'Academie Françoiſe , toutmaiGALANT.
147
S


s
1
e
a
ſtres qu'ils font des beautez de
noſtre Langue , eſtoient forcez
d'avouër que les expreſſions les
plus recherchées & les plus
fortes , n'égaloient point lariche
matiere que leur fourniffoit
ce grand Monarque.
L'apréſdînée de ce meſine
jour , il y eut Seance publique
à l'Academie , pour la reception
de M. de la Loubere , en la place
de feu M. l'Abbé Tallemand
Premier Aumônier de Madame
, & pour la diſtribution des
Prix qu'on donne tous les deux
ans.
M. de la Loubere fit d'abord
une tres-belle peinture de l'éloquence
que Meſſieurs de l'Academie
ſe ſont propoſée pour
leur objet principal. Il dit qu'il
eſtoit auſſi difficile de la connoiſtre
, que rare de la poffeder , &
G 2
148 MERCURE
1
qu'il n'appartenoit qu'aux genies
les plus fublimes , de bien
dire ce qu'elle est ; de definir ce
goust delicat feur qui fait que
noſtre esprit est touché des ornemens
de l'élegance , mais qu'il neſe
nourrit que d'une ſubſtance vraye
folide , nese laiſſe jamaisfurprendre
par un son harmonieux de
vaines paroles ; de preſcrire les bornes
audelà desquelles le feu de l'imagination
n'a que de fauſſeslueurs
en unmot de nous apprendre quel
privilege portent avec euxles Ouvrages
que le temps n'ose détruire. Il
parla enfuite du Dictionnaire ,
&dit que la ſeule explication
des mots , quoy qu'elle ne fuft
qu'une partie de la Grammaire ,
étoit une entrepriſe ſans bornes,
puis qu'elle demandoit la connoiffance
d'une infinité de langues
mories ou vivantes , & un goust
GALANT.
149
2
0
- exquis pour sentir les graces & le
pouvoirqu'un mot acquiert dans les
differentes manieres de le placer. II
n'oublia pas que Cefar & Charlemagne
ont écrit de la Grammaire
, & cela luy donnant lieu
de parler de la paffion que le
Cardinal de Richelieu avoit
toujours témoignée pour l'éloquence,
il dit que ce grandhomme
avoit creu ne travailler qu'-
imparfaitement pour la gloire
de la Monarchie Françoife , fi
par l'eſtabliſſement de l'Acade
mie , il n'aſſeuroit pour jamais
la beauté de noſtre Langue ,
ſçachant qu'un certain degré d'élegance
dans le langage marque dansune
Nation unefuperioritéde genie
que les Estrangers reverent ,
où les vaincus mesme ont souvent
captivé leurs fiers vainqueurs. Il
paffa delà à l'Eloge du Roy ,
b
par
G3
150 MERCURE
,
qui a bien voulu prendre le Titre
de Protecteurde l'Academie,
& dit que meritant plus que per.
Sonne la loüangede bien parler, per-
Sonne n'avoit plus d'intereſt que luy
à proteger non ſeulement l'éloquence
, puisqu'elle luy est si naturelle,
mais encore tous les autres
Arts qu'on employe à conferver la
memoire des grands Hommes. Il
ajouſta que lors qu'il regardoit
ce grand Prince , portant au dehors
& detoutes parts la terreur
de ſes Armes , & gouvernant
au dedans un grand Royaume
comme une ſeule Famille , ou
qu'il le confideroit en luy- mefme
, juste , pieux , genereux ,
deré, toujours preſt à ceffer de vaincre
& de conquerir pour embraſſer
une Paix équitable , toujours plus
grand quefa fortune , il le perdoit
auſſi toſt de veuë , & que ne
moGALANT.
151
J.
ק
コー
1
ſcachant s'il devoit loüer enluy le
Roy, le Capitaine , l'honneste hom.
me, l'homme Religieux , ou ce tout
ensemble qui fait legrand homme ,
il n'oſoit tenter une entrepriſe
dont il fentoit que fa foibleſſe ſe
trouveroit accablée ,& à laquelle
l'éloquence de tous ceux dont
l'Academie est compoſée, pourroit
à peine ſuffire .
Mrl'Abbé de Dangeau , alors
Directeur de la Compagnie ,
répondit à ce Diſcours d'une
maniere qui luy attira l'applaudiſſement
de tout le monde. Il
loüa Mr de la Loubere fur fon
Hiſtoire du Royaume de Siam ,
où il avoit éſté executer les
ordres du Roy en qualité d'Envoyé
Extraordinaire , & aprés
avoir parlé de l'application particuliere
qu'il avoit euë à difcerner
les manieres de penſer
1
G4
152 MERCVRE
des hommes , ce qui luy avoit
faitapprofondir leurs differentes
manieres de parler afin d'y
mieux reuſſir , ildit que l'Academie
en l'afſociant s'appro.
prioit tout ce qui pouvoit luy
appartenir,& regardoit les connoiſſances
qu'ilavoit acquiſes ,
commedes choſes qui luy aideroient
à ſe bien acquiter de ſes
devoirs . Il entra enſuite dans
cellesdont laCompagnie eſtoit
chargée touchantl'artde la parole
, & aprés avoir marqué
qu'elle demeuroit tranquille
dans le Palais de ſon Auguſte
Protecteur , tandis que toute
l'Europe eſtoit en armes
fit voir que quelque juſtes
meſures que le Prince ambitieux
qui ſçait reunir les intereſts
les plus oppoſez
allier toutes les Religions, ſemil
&
GALANT.
153
blaſt avoir priſes pour ſe ſouſte.
nir , en faiſant de nouveaux
efforts cette campagne , le Roy
les avoit bien-toſt déconcertées
; quece Monarque , aprés
avoir fait par luy - meſme tant
d'Héroïques actions , faiſoit la
guerre par ſes Lieutenans , &
qu'il eſtoit dans le centre de fon
Eſtatpour donner le mouve-
S ment à un ſi grand corps , Sem-
S
blable au Soleil , qui placé dans le
centre du monde ,selon la ſage
ingenieuse Philofophie des derniers
fieclesſansſe mouvoir , donne à tour
ce qui l'environne le mouvement
Lavie.
Cetteréponſe, toute remplie
de choſes fort vives , finit trop
toſt pour les. Auditeurs . Me
l'Abbé de Dangeau declara enfuite
que Mr l'Abbé Philibert
avoit remporté le Prix d'Elo-
G
154
MERCURE
quence , & Mademoiselle Bernard
, celuy de Poësie. On leut
les deux Pieces , & on leurdonna
l'approbation qu'elles meritoient
. Cette lecture fut ſuivie
de celle d'une Ode de Mr Perrault
, adreſée au Roy , & d'un
Ouvrage de Mr Bover qui a
pour titre , Caracteres de l'Amour
Saint. Les ſentimens en ſont
nobles , & les Vers tres dignes
de leur Auteur.
Voicy ce qu'a fait un galant
homme , à l'occaſion du Prix
qu'a remporté Mademoiselle
Bernard . Il avoit travaillé fur
le ſujet que l'Academie avoit
donné,& ſe conſole par là d'avoir
eſté vaincu par une ſidigneConcurrente.
GALANT. 155
コー
$
Q
AUX DAMES
Sçavantes.
STANCES.
13
Velvol ambitieux , quelle nowvelle
audace
Vous afait à lafin paffer
Les bornes qu'on afſceu de tout temps
yous tracer?
Quoy,dans les routes du Parnaße
Vous prétendez noussuivre, bien
loin nous laiffer !
Si jamais Apollon ordonne qu'on
travaille
Pourconquerirlapomme d'or.
Vne Dame ,il est vray , doit l'em
porter encor;
Maisil s'agit d'une Medaille ,
G6
156
MERCVRE
C'est auplus bel eſprit qu'appartient
cetrefor.
Aupouvoirde vos yeuxnous cedons
la victoire ;
Nousvoyons fans eſtre jaloux ,
Que le Ciel vous afait plus charmantes
que nous.
Ilfaudroit nous laißer la gloire
D'avoir plus desolide & plus d'efpritque
vous.
Nousfeuls juſques icy , dans un heu-
....reux Volume ,
د
Parun privilegeaffez beau
Noussçavons affranchir les Heros du
tombeau;
Nous estions maistres dela plume,
On vous avoit laiſſe l'aiguille
lefuseau.
Les yeux fur un miroir,vous faifiez
vostre étude
GALANT.
157
De tous lesvains ajustemens,
Qui font de la pluſpart les plusfeurs
Etvoſtreſeuleinquietude
Estoit d'inquieter de malheureux
Amans.
Vous sentez chaque jour decliner
Daftre empire
La beautésans ceße perit
Laplus parfaite encora bienpeu de
credit.
Quelgeniebeureux vous inspire
D'emprunter pour charmerleſecours
de l'esprit.
C'estlàle vraysecret de devenir aimables
Aſſiſes parmy les Spavans ,
Vos charmes nesont plusdes charmes
decepans
DesSçavantes firedourables
En raimant les Morts ,font mourir
Les Vivans.
158 MERCVRE
Vous n'avezdoncpas lieu beau Sexe,
de vous plaindre ,
Si d'abord lesſages humains
Vous ofterent la plume&les Livres
desmains;
L'esprit d'une Femme està crain .
dre;
Pour arriver au coeur ilfait trop de
chemins.
Quelfeu dansvos écrits , quel tour ,
quelle nobleke,
Que d'esprit ony voit briller ?
Que de mielſous vos doigts lepapier
fent couler!
Aveccette délicateffe
La Nature elle mesme auroit peine
àparler.
Aussi , lors que du prix les brillan
tes amorces
Invitent quelqu'unedevous
GALANT.
139
1
L
Avouloir pour l'honneur concourir
avec nous ,
Nul nesesent affezde forces
Poursepromettre un bien fiflatteur
fidoux.
C'est pourtant un bonheur pour la
trouppe choifie
De tous Meßieurs les beaux Eſprits
Qu'une Dame à leurs yeux vienne
enlever leprix ;
On luy cedeſans jaloufie ,
On n'est d'estre vaincu , ny faché ,
nySurpris.
Mais quoy que vosfuccés dans cenobleexercice
Ne vous faßent point de jaloux ;
Quelque honneur que l'on trouve à
tomberſous vos coups ,
Ilvaut mieux vous laifferla lice
Il est trop dangereux de joûter avea
yous.
م ل
160 MERCURE
Voicy les Nouvelles qu'on a
euës du Camp de Fenestrelles.
M. de Son ayant envoyé de la
Vallée de Barcelonnette à celle
de Maire les Regimens de Clinquartier
Irlandois , de Terache ,
de la Boure , & de Quaiſon ,
avec trois cens hommes de nouvelles
Milices de Provence , le
tout commandé par M. deQuaifon
, Brigadier , on marcha toute
la nuit partrois endroits differens
dans les Montagnes , ſans
qu'on y trouvaſt de chemin
frayé , & le lendemain ſur les
neufheures , ces Regimens arriverent
à Marmora , qu'ils brûlerent
, avec ſept ou huit Hameaux
de la meſme Communauté.
M. Scote , Lieutenant
General Irlandois , força pour y
arriver huit cens Payfans de la
Marine & de Strope , qui s'efGALANT
. 161

-
:
toient emparez de la hauteur
d'unCol au deſſus de Sambuc ,
■ & M. Vviet alla avec un autre
Regiment audelà de Marmora ,
pour reconnoiſtre le Pas de Strope
, où les Habitans avoient
coupé quatre ponts dans unBois,
derriere un Rocher , d'où il les
fit décamper. Aprés les avoir
repouſſez de trois retranchemens
juſqu'au haut de leurs
Montagnes , M. Scote qui avoit
toujours tenu la hauteur de Mar -
mora pour favorifer la marche
de M. Vviet , qui estoit par le
bas , ayant commencé àdefcendre
dans leurs Vallées , ils envoyerent
des oſtages de Preſt ,
de Chanvye , ou Conufio , de
S. Michel , de Prato , d'Ofel
d'Alva , de Cellé , d'Arbaret ,
& de Cartignan proche Dronain
, qui eſt dans la plaine , &
162 MERCURE
à cinq lieuës de Coni . Avant
cela , le Comte de la Roche avoit
abandonné les Barricades
de Pont Bernard , & s'eſtoit retiré
il y avoit trois ſemaines
au Chaſteau de Damonté , à
trois lieuës de Coni . On avoit
auffi fait contribuër Lorgentiere
, Brofel , Pont Bernard , Poilapore
, Sambuc & Vinaye , brûlé
Acoile , forcé les Marquifants
& mis à contribution la Clapiere
, le Soret , le Pontde Maire
, & la Madelaine , qui fone
dans la haute Valée de Maire.
M. Muret , Colonel d'Albigeois
• fut tres dangereuſement bleſſé à
l'affaire d'Acoille , où nous ne
perdîmes que cinq ou fix Dragons
avec quelques Irlandois ;
& pour la derniereoccafion , il
ne nous en a couté que dix ou
douze Soldats , un Capitaine
GALANT. 163
Irlandois pris par les Habitans
de Gellé , qui font venus contribuerdepuis
ce temps-là,& l'ont
ramené.
La France Geographique ,
Hiſtorique & Gencalogique ,
promiſe il y a fi long temps par
M. de Fer , vient d'eſtre renduë
publique , & elle ſe vend chez
fon Auteur ,dans l'iſle du Palais,
à la Sphere Royale. C'eſt un
Ouvrage fi confiderable , qu'il
merite bien que l'on en donne
un détail, ce que je feray le mois
prochain,
Le 23. du mois paſſé on fit à
Grenoble de grandes rejouiſſances
pour la Victoire remportée
àNeervinde en Flandre par les
Armes de Sa Majefté. Aprés
quel'on eut chanté le Te Deum
en action de graces , le Penonnage
ſe rangea dans un bel or-
1
164 MERCURE
dre ſur la place Saint André ,
l'on avoit dreſſé le bucher , du
deſſein de M. Roman Couppier
Affffeur & Premier Conful de
l'Hoſtel de Ville. Il eſtoit érigé
fur quatre Portiques où Arcs
de triomphe d'une Archicture
particuliere , puis qu'elle eſtoit
de Verdure , ce qui faifoit un
effet tres - agréable. Surces Portiques
eſtoitle Bucher en forme
de Tour accompagnée de quatre
Donjons , & couverte d'un
Dome auffi de Verdure, le tout
orné de Peintures du pinceau
de M. du Claux , l'un des plus
habiles Peintres de Grenoble .
Sur le premier Portique eſtoit
l'inſcription écrite ſur une peau
de Lyon , Blafſon de la Flandre..
Elle contenoit le ſujet de cette
rejouiſſance , & au deſſus on
voyoit les Armes du Roy , enGALANT.
165
fuite celles de M. le Duc de la
Feuillade , Gouverneur du Dauphiné
, & en bas on avoit peint
deux épées Flamboyantes en
fautoir , furmontées par une
Couronne de Lauriers , marquant
la Bataille que Sa Majeſté
a gagnée à NeerVvinde.
Au deſſus du ſecond Portique
paroiſſoituneDeviſe,ayant
pour corps le Cornet d'azur enguiché
, virolé & lié de gucules
, qui fait le blafon des Armoiries
du Prince d'Orange.
Ce Cornet eſtoit ſur un Bouclier
ſimple d'or , panché & lié
à une pique miſe de coſté , &
ces paroles pour Ame, Alterius
famam pervulgat. Les chiffres
du nom Auguſte du Roy eftoient
au deſſus ornez de
l'Ordre Militaire de Saint
Loüis ,&d'une_Couronne fer-
,
166 MERCVRE
méc. Aprés étoient les Armes
de M. Pucelle , Premier Prefident
du Parlement de Greno
ble , écartelées avec celles de
M. le Maréchal de Catinat ſon
Oncle , & en bas des trophées
d'Armes de Cavalerie.
La Deviſe du troiſiéme Portique
eſtoit le cor deChaſſe des
Armes du Prince d'Orange ,
avec ces mots , Venationinon pralio.
Au deſſus on voyoit paroiſtre
un Soleil couronné , Deviſe
duRoy ; enfuite les Armes de
laProvince , & au deſſous on
avoit peint deux Sabres croifez
&entre laffez de palmes & de
lauriers ,Hieroglyphes delaBataille
gagnée.
Un Cor de Chaſſe rompu faifoit
laDeviſe du quatriéme Portique,
avec ces paroles , Nee jam
balitum excipit.Audeſſus onavoit
GALANT.
167
a
1
S
-
mis dans un Cartouche des Vive
Louis en groffes Lettres entrelaffées
& couronnées . Les Armes
de la Ville de Grenoble ef
toient au deſſous , pour marquer
les voeux que ſes Citoyens faifoient
pour la ſanté & profperité
du Roy.Ces Deviſes étoient
de la compoſition de Mr Didier
Avocat au Parlement ,
Beaufrere de Mr Roman Coupier.
Il y eut des illuminations
toute la nuit, & l'on jetta un
grand nombre de fufées ſur la
Place de Grenoble, où il y avoit
une tres-belle Symphonie .
,
Le 8. de ce mois , le Roy fit
la diſtribution des Benefices ,
&nomma.
Mr l'Abbé de Vertamont à
l'Eveſché de Pamiers. Il eſt
Docteur de Sorbonne , & Fils
de Mr de Vertamont , Maiſtre
168 MERCURE
des Requeſtes. Sa conduite
édifiante luy a toujours áttiré
l'eſtime de tout le monde. Il a
été Grand-Vicaire de Pontoiſe,
& a travaillé avec beaucoup
de fruit au ſalut des ames par
un, grand nombre d'exhortations
, où il n'a pas fait paroiſtre
moins d'érudition que
depieté.
M. l'Abbé de Francheville ,
Avocat General de Bretagne ,
à l'Eveſché de Perigueux. Le
grand defintereſſement qu'il a
marqué en cedant la plus grande
partie de fon bien à ſa Famille,
fait connoiſtre combien il eſt
digne du choix que le Roya
fait deluy , pour luy confier la
conduitede ce Diocese.
M. l'Abbé d'Eſtain , Comte
de Lyon , à l'Eveſché de Saint
Flour. Il eſt d'une fort grande
Maifon,
GALANT. 169
Maiſon , qui a pris fon nom
d'Eſtain , ancienne Baronnie ,
& puis Comté dans la Province
de Roüergue. Je vous en ay
parlé amplementdansune autre
accafion.
M. l'Abbé d'Ervaut à l'E
veſché de Condom. Il eſt Parent
de Mrs d'Eſtrées , & s'eſt
tres-bien acquitté de la fonc
tion d'Auditeur de Rote , à la
fatisfaction des Cours de France
&de Rome.
L'Abbaye de Foigny , Ordre
deCiſteaux , Diocese de Laon ,
a eſté donnée à M. l'Eveſque de
Condom , qui s'eſt démis de ſon
Eveſché.
L'Abbaye d'Aiſné à Lyon , à
M. l'Abbé de Vaubecourt. Il eſt
Aumônier duRoy,& a toujours
fait paroiſtre une grande picté.
M. de Vaubecourt , ſon Frere ,
Sept. 1693 . H
170
MERCVRE
tres-brave Officier , eſt General
en Allemagne , où il a eſté bleſſé
au commencement de la Campagne.
L'abbayede l'Iſlebarbe , à M.
l'abbé de Valorge. Il eſt Parent
duR. Pere de la Chaiſe..
L'abbaye de Saint Juſt , à M.
l'Abbé du Bois. Il eſt Precepteur
de Monfieur le Duc de Chartres.
L'Abbaye de la Chaſſaigne ,
à M. l'Abbé Pajot. Il eſt Confeiller
au Parlement de Paris .
L'Abbaye de Noſtre Dame
des Vaux , à M. l'Abbé du
Troncq. Il eſt Fils de M. le Preſident
du Troncq , Neveu de M.
Bontemps .
L'Abbaye de S. Remyde Luneville
, à M. l'Abbé de Seve. Il
eſt Fils de M. de Seve , Premier
Preſident du Parlementde Mets
GALANT.
171
& Petit- fils de M. de Seve , qui
a eſté Prevoſt des Marchands.
L'Abbaye de Fontenay le
Comte , à M. l'Abbé Fauveler.
Il eſtoit Treſorier de la Sainte
Chapelle du Vivier , & il l'aremiſe
pour eſtre unie à la Sainte
Chapelle de Vincennes .
L'Abbaye Reguliere de Marchoroux
au Pere Seguin. Il eſtoit
Prieur de cette meſme Maiſon.
L'Abbaye de Vvarneton , au
Perre le Fevre. Il eſtoit auffi
Prieur de cette Maiſon .
Le Prieuré de la Faye , à M.
l'Abbé Boileau. Il eſt ſi fameux
par ſes Sermons , par ſon érudition
,& par ſa pieté exemplaire ,
qu'il n'y a perſonne à qui il ſoit
Inconnu .
La Prevoſté de la Cathedrale
d'Arras , qui en eſt la premiere
Dignité , à M. l'Abbé de la
4
H 2
172
MERCURE
Croix , Chanoine de la meſme
Eglife. C'eſt un homme de diftinction
& de merite. Il eſt Neveu
de M. dela Croix , Maiſtre
& Doyen de la Chambre des
Comptes , & Frere de M. de la
Croix , Maiſtre des Comptes .
L'Abbaye des Religieuſes de
Beton en Savoye , à Madame
d'Allery. Elle estoit Prieure de
cetteMaiſon .
L'Abbaye des Urbaniſtes de
Nogent l'Artaud , à Madame
Richard , Religieuſe de cette
meſme Maiſon,
L'Abbaye de Beaucaire , Ordre
de Saint Benoiſt , à Madame
de Taraut de Laugnac.
Depuis la diſtribution de ces
Benefices , M. l'Abbé de Saint
Georges , nommé à l'Archeveſche
de Tours , a eſte nommé
par Sa Majesté à l'Archeveſché
GALANT.
173
de Lyon . Il l'avoit eſté auparavant
à l'Eveſché de Clermont
Il eſt Comte de Lyon , Docteur
de Sorbonne,&de la Maiſon de
Vaſſé , l'une des meilleures du
Maconnois. Il a beaucoup d'érudition
& d'eſprit , & a fait
paroiſtre l'un & l'autre avec
grand éclat dans l'aſſemblée du
Clergé.
On a veu depuis fort peu de
temps à Toulon cing à fix mille
Officiers de Marine , tous magnifiques
, avec M. le Maréchal
de Tourville. Vous pouvez juger
par là qu'elle agréable confuſion
il y avoit de Soldats &
deMatelots . Ils eſtoient au nombre
de ſoixante & dix mille, répandus
dans la Ville & aux environs
. On trouvoit des Tables
dreſſées dans toutes les ruës
ſous des Tentes & des Pavid-

H 3
174
MERCURE
lons. Le Bal , la Comedie & les
Promenades faifoient l'occupation
de tant de gens.On voyoit
cent quarante Voiles dans le
Port. C'étoit le plus magnifique
ſpectacle du monde. M. le
Maréchal de Tourville en partit
le 15.de ce mois , avec foixante
& un Vaiſſeau pour revenir
à Brest .
Voicy une Liſte des Marchandises
qui ſe ſont trouvées,
chacune en grand nombre , fur
les Prifes faites par l'armée
Navale de Sa Majeſté.
Des Draps de toutes fortes .
Des Etoffes brodées .
Des Etoffes or & foye .
Des Etoffes argent & foye .
Des Etoffes or & argent.
Des Etoffes en ſoye.
Du Velours .
Du Damas .
GALANT. 175
Du Satin de toutes ſortes .
Du Camelot,
Des Serges .
Des Galons or & argent .
Des Dentelles .
Des Toiles de Hollande , & de
toutes fortes , des fines &
communes.
Du Fil à coudre de toute forte.
Des Bas de ſoye.
Des Bas de laine tres- fins .
Des Bas d'Eſtame .
Epiceries de toutes fortes .
Du Coco .
Du Fer .
De l'acier.
Du Cuivre & du Plomb.
Du Tabac .
Des Mats.
Des Planches .
Des Toiles ouvrées .
De tres-belles Chaiſes & Gar
H 4
176 MERCURE
4
derobes.
Du Merrin .
Des Chevrons.
Des Cercles .
Da Goudron .
Du Fil de fer.
Des Pipes.
Du Salpêtre.
Des Cartes.
Du bois de Campefche.
Du Beurre.
De l'Estain fin.
Du Fer-blanc.
Des Maroquins
De la Filozelle.
De toute forte de Mercerie , &
autres galanterics.
Du Caſtor.
De la Cire.
Du Chamois.
Du Fromage.
De l'argent monnoyé.
GALANT. 177
Des lingots d'argent , & en
ſaumon .
Le 14. de ce mois , Dame
Gabrielle de Rochechoüart ,
Marquiſe de Thiange , mourut
icy avec des ſentimens d'une ſi
veritable Chrétienne,qu'on n'y
peut rien ajoûter. La grandeur
de la Maiſon de Mortemar dont
elle eſtoit,la rendoit moins conſiderable
que ſes vertus. Elle a
paru à la Cour avec tous les
agrémens poſſibles, parce qu'on
en trouvoit toûjours auprés
d'elle. Le Roy qui honoroit
ſon grand merite , avoit pour
elle une eſtime toute particuliere.
Elle estoit d'une pieté
au-delà de tout ce qu'on peut
s'en imaginer donnant les
trois quarts de fon revenu aux
Pauvres , qu'elle aimoit comme
fes Enfans ,de forte qu'eſtant au
2.
Η
178 MER CURE
milieu de la Cour , elle y eſtoit
détachée de tout , comme fi elle
euſt eſté dans quelque retraite .
Il y avoit déja pluſieurs années
qu'elle avoit renoncé à la pompedes
ajustemens,& fur tout elle
vivoit depuis un an , avec les
mefines reflexions furelle- mefme
, qu'elle auroit pû faire fi
elle euſt ſceu qu'elle euſt dû
mourir ſi toſt. Elle estoit fort
bonne Amie , & ſembloit ne
vivre que pour ſervir ſes Amis.
Mr le Marquis de Thiange, fon
Mary , de l'illuftre Maiſon de
Damas , a fervi longtemps avec
la gloire que peut acquerir
l'homme du monde qui a le
plus de valeur , & le plus de
zele pour ſon Prince.Il eſt Fils
de Charles de Damas , Comte
de Thiange, Chevalier des Ordres
du Roy , Maréchal de ſes
25
GALANT.
179
Camps & Armées , & Lieutenant
General des Pays de
Breffe & de Charolois ,mort
en 1636.& il épouſfa en 1655 .
Gabrielle de Rochechoüart ,
qui vientde mourir,& qui estoit
Fille Ainée de Gabriel de Rochechoüart
, Duc de Mortemar ,
Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy, & Gouverneur
de Paris. De ce Mariage font
fortis Claude- Philibert de Damas
, Comte deChalance , Marquis
de Thiange , Diane-Gabrielle
de Damas , mariée en
1670. avec Philippes Mancini
Mazarini , Duc de Nevers ,
Pair de France , & Chevalier
des Ordres du Roy , & Louife
Adelaïde de Damas , Veuve de
Mr le Duc Sforce .
Mr le Marquis de Thiange
Fils, eſt Meninde Monseigneur,
H6
180 MERCURE
Colonel d'un Regiment qui
porte fon nom , & Brigadier
dans les Armées , de Sa Majeſté.
Il n'est pas poſſible de parler
moderément de ſes actions. Il
eſt par tout , & il n'y a pas une
occaſion perilleuſe où il ne faſſe
des choſes au deſſus de ſon âge,
& de tout ce qu'on peut attendre
de la plus haute valeur. Il
joint à cela une probité & des
vertus Chreſtiennes d'autant
plus à eſtimer , qu'elles font rares
en ceux qui ſont comme luy,
dans un grande jeuneſſe , &
dans tous les honneurs qui fuivent
une naiſſance auſſi diſtinguée
que la ſienne.
On ne peut trop dire de
Madame laDucheſſede Nevers,
l'efprit. Tous les agrémens qu'on
foit pour la beauté , ſoit pour
peut ſouhaiter,ſe trouvent reu
GALANT. 18г
nis enſa perſonne',& la nature
luy aeſté liberale de toutes fortes
de graces. Le beau naturel
qu'elle a , eſtant cultivé par la
lecture de tout ce qui luy convient
, vous pouvez juger combien
elle eſt digne de toutes les
loüanges qu'on luy donne. Elle
a d'ailleurs l'avantage d'eſtre
Femmede Mr le Duc de Nevers,
dont l'eſprit eſt ſi connu,&
qu'on ne sçauroit aſſez le louër.
Madame la Duchefſe Sforce,
ſa Soeur , eſt d'un merite qu'il
eſt difficile d'égaler. Sa beauté,
ſabelle taille , ſa bonne mine ,
fon eſprit ,ſes connoiſfances
& ſa penetration , avec une
conduite admirable , l'ont renduë
à Rome le charme de l'I .
talie. Tout le monde en parle
icy avec des éloges extraordinaires
, & c'eſt quelque choſe
)
182 MERCURE
qu'on ne peut trop eſtimer , de
voir dans une auſſi jeune Veuve
la vertu la plus folide , & un
merite auquelon peut dire qu'il
ne manquerien.
Voicy les noms de quelques
autres Perſonnes confiderables ,
mortes dans ce même mois.
Dame Geneviève Joſeph de
Coekaer de Roſambo . Elle
eſtoit de Bretagne , âgée ſeulement
de trente trois ans , &
Femme de Meſſire Loüis le
Peletier , Seigneur de Villeneuve-
le Roy, d'Ablon , & autres
lieux , & Preſident à Mortier
au Parlement de Paris.
Meffire Pierre Iean -Touſſaint
de Carné , Seigneur Comte de
meſme lieu .
Demoiselle Marie-Felice de
Budos ,Marquiſe de Portes , &
Vicomteſſe de Terragues, G:-
GALANT. 183
noüillac , & autres lieux. C'eftoit
une Fille fort âgée, qu'on a
toujours veuë dans de fort
grandes pratiques de devotion.
Elle estoit Sooeur d'Hercules de
Budos,Marquis de Portes,Vice-
Amiral de France , Chevalier
des Ordres du Roy , qui avoit
épousé Loüife de Cruffold'Uzez
,dont il eut Diane-Henriette
de Budos , Marquiſe de
Portes premiere Femme de Mr
leDucde Saint Simon .Elle avoit
l'honneur d'eſtre alliée à Monfieur
le Prince de Conty , par le
mariage d'une Loüife de Budos,
qui fut la feconde Femme de
Henry I. du nom , Duc de
Montmorency , premier Baron,
Pair , Maréchal & Conneſtable
de France , Gouverneur de
Languedoc,& fecond Fils d'Anne
Duc de Montmorency , &
184
MERCVRE
de Madelaine de Savoye . Cela
eſt cauſe qu'elle a laiſſé du bien
confiderablement àcePrince.
Je vous envoye une Médaille ,
quiaeſté frapée ſur la priſe de
Nice . Je ſçay qu'il y a déja quelques
années que cette conqueſte
eft faite ,& qu'elle a eſté ſuivie
de beaucoup d'autres , mais je
vous envoye les Médailles qui
regardent la Vie du Roy , fans
obſerver tout à fait la ſuite des
temps , vous aſſurant qu'il n'en
fera frapé aucune dont je ne vous
faffe part.
Ceux quiont expliqué l'Enigmedu
mois paſſe fur le Cousin,
qui en eſtoit le vray ſens , font
Mrs de Montfort , rue Saint
Pierre aux Boeufs ; Terrault de
la Cofſſonniere , Chanoine de
l'Egliſe de Saint Pierre du Mans,
Iſambert de la ruë Conteffe
FEJL
•AVSTRO
&ET
AB AQVILONE
A
KONT
INEVNTE APRILI
MD CL-XXXXI .
N
DELAVIL
THEQUE
LYON
*
1893
*
GALANT. 185
d'Artois : du Vaucelle , rue de
Fer : de la Roue , rue Saint Denis
: le Petit Coq Réveille-matin
du Faux-bourg S. Antoine
l'Abbé de belle humeur de S.
Germain en Laye : l'Ami de la
plus belle Veſtalede Brie:l'homme
au Tabac pur : le Chevalier
errant : lepetit bon Homme éveilléde
la Foſſede Nantes : le
Medecin charitable à la Deviſe ,
Lerenonce au Pacte , le Chevalier
des Ordres d'Hippocrate &Galien
, du quartier Montmartre
l'Apoticaireſſe du quartier de la
Monnoye:le vray & fidelle Coufin
de la belle Veuve C. V.le
fidelle Berger d'Olive , & fon
Ami le Prieur de Noſtre Dame
enlifle: le gros Contrôleur &
l'Amoureux Contrôleur de la
ruë deClery : l'Enfant du Jardinier
ſans gages ; les quatre plus
186 MERCURE
belles Filles de la Ville d'Eu :
la petite Marie Doire : l'Inconnuë
du Petit Saint Antoine : la
Nymphe de la Fontaine Saint
Ovide , & fon aimable petite
Mere : le Berger Tircis à l'Anagramme
siecle d'amour : Diane
d'Alcleon: le Berger fidelle à l'Anagramme
, Ame rose du Ciel ,
la Nimphe aimantée : le Chevalier
inviſible de la bague de
Giges : l'aimable Nocloiſe : l'Aimable
Brune de la ruë de la Poterie
, la Baronne de Hongreville.
La nouvelle Enigme que je
vous envoyeeſt de M. Hutuge
d'Orleans.
ENIGME .
TEcrossparmy les Vegernux
Etparune prudenceextrême ,
GALANT! 187
le choiſis les jours les plus chauds ,
Pour eftreutile àceux que j'aime.
l'évite l'arrierefaison ;
Le Printemps n'a rien qui meplaiſe
Ie laiffe pafferfans façon ,
Tous lesfrimatsfort àleur aise.
L'affecte de paroiſtre tard ,.
Debonne hheeuurreeje me retire ,
D'autantqu'àvous parlerſansfard,
Lemauvaistempsfait mon martyre
D'habiles&bons ouvriers
Trouvent par moy leur nourriture ;
LesTemples tiennent leurparure
Du travail qu'ils font à milliers.
Pourle
luxe le plus étrange
Ils travaillent pareilliment ,
Se mocquant de toute louange .
Et de tout blâme également.
188 MERCURE
Jeproduis des biens d'autre forte,
Que l'on cherche dés le matin ;
Mais de la main qui les emporte
Ils terniffent le blanc fatin.
L'air nouveau dont vous al
lez lire les paroles , eſt fort de
ſaiſon.
e
CHANSON A BOIRE .
T
Oy qui préſides fur laVigne,
Bacchus,préſerve.ta d'influence maligne
,
Du plus grand des malheurs nous
ferions accablez ,
Si les raiſins estoient coulez.
Noussommes déja miferables
On voit par tout manquer ta charà
mante liqueur.
Remplis-en nos tonneaux , & pour
cettefaveur
13 189
1
Toyquipr
tables
nneur, e
Toyque
enir du
je croy
a Place
edétail
ble,z si
29
29
vetu,r1
BIRLI
:Frontuéefur
ambre ,
deNan1666.
arnoy ,
ttePla
by. Les
,&luy
varleroy 5
tuſpagne .
le fortienrenprirent
intenus
hapelle.
188
Jeproduis
Que l'on c
Maisde L
Ils terniffe
L'air n
lez lire lo
ſaiſon .
CHAN
Torqu
Bacchus,pi
ligni
Du plus
Seri
Si les r
Nous f

On voit pr
man
Remplis-e
cet
هللانذاب
GALANT . 189
Nous ferons de toutes nos tables
Autant d'Autels àton honneur,
Ayant à vous entretenir du
Siege de Charleroy , je croy
vous devoir parler de la Place
avantque d'entrer dans le détail
dece Siege. Elle eſt ſur les Frontieres
du Hainaut , & fituée ſur
une hauteur prés de la Sambre ,
environ à cinq lieuës de Namur,&
à fix de Mons. En 1666.
un Bourg , nommé Charnoy ,
occupoit le terrain où cette Place
ſe trouve aujourd'huy. Les
Eſpagnols le fortifierent , & luy
donnerent le nom de Charleroy ;
qui eſt celuy du Roy d'Eſpagne .
Apeine la Place fut elle fortifiée
, que les François s'en rendirent
maiſtres. Ils la prirent
en 1667. & y furent maintenus
parle Traité d'Aix-là- chapelle.
190
MERCURE
concluen 1668. Le Prince d'Orange
, à la teſte d'une Armée
confiderable d'Eſpagnols & de
Hollandois , crut qu'ils'en rendroit
maiſtre ſur la fin de l'année
1672. mais il fut contraint
de lever le Siege. Au mois
d'Aouſt 1677. il fit encore la
meſme tentative , qui ne luy fut
pasplus heureuſe. Les François
le rendirent aux Eſpagnols par
leTraitté de Nimegue en 1678 .
Cette Place eſtant fatale à la
gloire du Prince d'Orange il
ſe trouve malheureuſement en
Flandre , pour eſtre témoins
de ſa priſe. Il avoit dit adieu
à M. l'Electeur de Baviere ,
pour aller à Loo , & de là paffer
en Hollande , lors qu'il
apprit que les François l'avoient
aſſiegée. Il auroit en mauvaiſe
gracede pour ſuivre fon voyage ,
GALAN T.
191
fur tout aprés avoir fait publier
qu'il vouloit prendre ſa revanche
de la Bataille de Neervvinde
, & avoir groſſi ſon Armée
de toutes les Garniſons des
Places de Hollande. Lenombre
des témoins de la gloire des
François en ſera plus grand .
Nous en parlerons aprés dans le
Journaldu Siege de Charleroy.
Les preparatifs qui furent
faitsdes le commencement de
ee mois,ne laiſſerent point dou
ter qu'on n'eût refolu d'en faire
le Siege. Les Commiſſaires de
l'Artillerie partirent le 7. pour
Maubeuge afin d'embarquer ,
ainſi qu'à Namur, l'Artillerie &
les Pontons fur la Sambre , &
les Ingenieurs eurent ordrede ſe
rendre à Mons , Mr de Mégrigny
à leur teſte. On commanda
les Pionniers pour le 12 .
192
MERCVRE
&on envoya un Bataillon du
Regiment de Bourbon qui eftoitàGivet
de renfort àHuy.
Le Regiment de Dragons de
Breteuil , & deux Bataillons du
Chaſteau de Namur , quoy que
Bataillons de Garniſon , furent
commandez pour marcher le10.
ainſi que les Canons , Mineurs
&Galiotes. Le 9. M. le Comte
de Guiſcard , Gouverneur de
Namur , en partit avec fix Bataillons
de ſa Garnison , & un
Regiment de Dragons pour ſe
rendre devant Charleroy , qui
fut inveſty unjour plutoſt que
l'onn'avoit reſolu , parce qu'on
vouloit empeſcher les Ennemis
de ruiner le fourage, cequi obligea
Mr de Guifcard à ne ſortir
deNamur qu'aprés que les portes
eurent été fermées,pour faire
croire qu'il n'en devoit point
fortir.
GALANT .
193
fortir. Il inveſtit la Place du
coſté de Covillet , avec ſix Bataillons
, & le Regiment de
Dragons qu'il avoit amenez , &
Mr de Ximenez l'inveſtit en
meſme temps da coſté de marchiennes
avec ſeize Eſcadrons
de Cavalerie & un de Dragons .
Le 10. trente-deux Bataillons
& trente- quatre Eſcadrons détachez
de l'Armée arriverent
devant Charleroy. Mrde Guifcard
ayant paſſé la Sambre, établit
fon quartier à Montigny,&
Mrs de Rubantel & de Vauban ,
Lieutenans Generaux prirent
le leur à Gilly , Mr le Maréchal
Duc de Luxembourg eſtant
campé avec le reſte des Troupes
, à la Capelle , Herlaimont ,
le pieton derriere luy , ſa droite
à Gouy , & fa gauche à Fontaine
l'Eveſque. On employa le 1 2. à
Sept. 1693 .
1
I
194 MERCURE
1
tracer les lignes,& il y eut douze
mille Pionniers qui commencerent
ày travailler le 13. Le
14. on prepara deux attaques ,
& l'apreſdiſnée du 15. Mr le
Duc de Roquelaure', Maréchal
de Camp, fit l'ouverture de la
Tranchée avec le Regiment de
Navarre à la portée du Moufquet
de la Place.Six Bataillons,
tantdes Regimens des Gardes
Françoifes & Suifles , que du
Regiment du Roy, la monterent
à la faveur d'une pluye qui caufoitun
brouillard affez épais, ce
qui fit que l'on travailla plus de
trois heures fans que les Affiegez
s'en apperçeuffent. Sur les
fix heures du foir , on fe faifir
d'un pofte avancé , appellé la
Maisonde laGarennequi estoit retranché
fort avantageufement ,
&qui eſtaux environs de laPla-
C
GALANT.
195
cedu coſté de Binche , à l'endroitde
l'ouverture de la tranchée.
Ce poſte où il y avoit
beaucoupde monde , fut attaqué
vigoureuſement. On en
tua vingtavecle Commandant,
& on fit cinquante Prifonniers ,
parmy leſquels ſe trouverent
un Lieutenant & un Enſeigne
bleſſez . M. d'Aquin , Capitaine
aux Gardes que l'on avoit
détaché pour les chaffer de ce
poſte avec la Compagnie des
Grenadiers de M. le Comte de
Saillan , fut bleſſé au bras . On
avança beaucoup le travail ,
fans qu'il y eufſt aucun Soldat
tué ny bleſſé à la droite. Il y en
cutenviron trente bleſſez à la
gauche , où M. de Marigny ,
Enſeigne aux Gardes , fut tué
& M. de Vigny eut une legere
contufion aux reins , par un
I 2
196 MERCURE
!
1
i
1
Boulet deCanon , qui bruſlaſon
juſte-au-corps . M. de Vauban
fitfortapprofondir la tranchée
pour conferver ceux qui la monteroient.
On fongea as'emparerd'une
redoute qui eſt dans
la Flaque d'eau , au coſté de la
Place qui regarde Mons en allantdu
coſtéde Fontaine-l'Evelque
, afin d'y mettre une Batteriede
Canon pour bature & fairecrever
un Batardeau . Il eſt
entre deux collines ,& fur une
hauteur qui defcend dans la
Sambredu coſté , de Marchiennes
Pont. Cette Flaque d'eau
eſt causée , tant par le ruiſſeau
qui deſcend d'une Montagne
voiſine , que par les pluyes ,
entre deux collines , dont l'une
eſt le glacis de la Place. L'autre
d'une égale hauteur & commode
eſt du coſté de Fontaine-
)
GALANT. 197
l'Eveſque , &ſemble une petite
plaine. On appritque le Prince
d'Orange avoit écrit enAngleterre
que dans peu de jours il
donneroit ſecours à la Place
& l'on s'en mit peu en peine ,
parce qu'il ne le pouvoit fans
paſſer la riviere & les defilez de
Pieton , où M. de Luxembourg
étoit poſté , & que s'il vouloit
tenter le ſecours par la plaine
de Fleurus , toute la Cavaleric
de l'Armée eſtoit diſpoſée àle
recevoir. D'ailleurs , l'Armée
du Siege eſtoit hors d'inſulte
eſtant bien poſtée entre les lignesdecirconvalation.
Le 16. M. de Roſen , & M.
de Vvagner monterent la Tran
chée à la gauche , avec les deux
Bataillons des Gardes Suiſſes ,
& elle fut montée à la droite
par M. le Marquis de Crequi
( I 3
198 MERCURE
avec deux Bataillons de Piemont
, &le Regiment de Nice.
Les Amegez firent une forme ,
où nous perdîmes trente hommes.
M. le Comte de Broglio le
Fils , qui eſtoit allé Volontaire
à la Tranchée , y fut tué auprés
de M. le Marquis de Crequis
qui ſe ſignala en cette occafion;
& Mrs Grandcombe & Paul ,
l'un & l'autre Ingenieur, furent
bleſſez , le dernier legerement.
M. de Grand combe fut fait
Prifonnier. La nuit du 16. au
17. on continua le travail avec
affez de tranquillité.M.le Marquis
de Rochefort receut une
legere contufion , &M. Gorgas ,
Major du Regiment de Bombar
diers, fut fort bleffé. Il n'y ent
perſonne de tué ny de bleſſfé à
l'attaque de la droite. Trente
Soldats furent bleſſez à la gau
che.
GALANT.
199
Le 17. Monfieur le Duc ,
Lieutenant General , monta la
Tranchée à la gauche avec les
deux Bataillons de Bourbonnois
, deux de Thianges , & le
Regiment de Hainaut , & elle
fut montée à la droite par M.
le Duc d'Elbeuf avec les deux
Bataillons de Lyonnois , & le
Regiment de Foix. Il ne ſe paſſa
rien de confiderable , & la
Tranchée fut fort tranquille.
Le 18. on apprit par un Deferteur
de l'Armée Ennemie arrivé
à Mons , qu'elle s'eſtoit
ſeparée le jour precedent ; que
l'Electeur de Baviere avoit paſſe
la Denre avec quinze mille
hommes, pour aller en Flandre ,
& que le Prince d'Orange avoit
marché vers Bruxelles . Le foir ,
Monfieur le Prince de Conti ,
Lieutenant General , monta la
14
200 MERCURE
Tranchée à la gauche avec M.
d'Albergoti , les quatre Bataillons
du Regiment du Roy ,&
leRegimentde la Marche,&Mr
le Baron de Breſſey la monta
à la droite avec Mrde Reynoldi
, le Regimentde Cruffol , &
les deux Bataillons de Zutlauben
, On pouſſa le travail de la
grande attaque juſqu'auprés
d'une Redoute de maſſonnerie ,
qui eſt au pied du glacis du
corps de la Place, devantla Porte
de Bruxelles. A la ſeconde
attaque , on ſe trouva au pied
du glacis d'une redoute avec
un chemin couvert ſervant de
défenſe à la grande Digue , par
laquelle une Flaque d'eau eſt
foûtenuë devant cette même
porte. M. le Prince de Conty
demeura vingt- quatre heures à
la tranchée , quoy qu'il euſt la
GALANT. 201
fievre , & n'en voulut point
fortir qu'il n'euſt eſté relevé.
Le 19. la Tranchée fut rele
vée à la gauche par Mr leMarquis
de la Vallete Lieutenant
General , avec Mr de Zurlau
ben Brigadier, deux , Bataillons
d'Anjou , deux de Provence
& le Regiment d'Aunis , & à la
droite par Mr de Gaffion , Maréchal
de Camp , avec Mr le
Marquis de Hantefort ,Briga
dier,deux Bataillons de Poitou ,
& le Regiment de Ponthieu.Le
Canon des Ennemis commença
à ne plus tirer , & le noftre
au nombre de quarante pieces
tira toute la journée, avec beaucoup
de fuccés , & fans difcontinuer.
Le 20. Mr de Ximenez,Lieutenant
General, & Mrle Marquis
de Surville , Brigadier ,
Is
202 MERCVRE
1
1
monterent la Tranchée à la
gauche avec deux Bataillons de
Toulouze , & le Regiment de
Solte . Elle fut relevée à la droite
par M. le Comte de Marfin ,
Maréchal de Camp , & par M.
d'Alincourt , Brigadier , avec
trois Bataillons de Vaiffeaux
Pendant tout ce temps nous n'avons
perdu d'Officiers de remarque
qu'un Ingenieur , appellé
la Tour. Ce même jour , on battit
la Generale au Camp de
Vanderbeck, pour ſe tenir preft
àpartir, fur un avis qu'on receut
que le Prince d'Orange avoit
marche a Genap. Cet avis ſe
trouva faux , le Prince d'
ge avoit effectivement fait un
mouvement le 19. &
25391
7
Oranil
eſtoit
allé camper à Ninove. M. le
Maréchal Duc de Luxembourg
voulant faire obſerver M. de
GALANT.
203
Baviere , détacha vingt neuf
Efcadrons , tant Cavalerie , que
Dragons ſous les ordres de M.
d'Harcourt , qui ſe devoit
joindre àM. de la Vallette s'il le
trouvoit neceſſaire . Le matin
du 20. lesEnnemis tirerent aveci
deux Pieces , qui leur furent démontées
ſur le champca
La nuit du 20. au 21. on nes
fit à l'attaque de la gauche , que
pourſuivre les ſappes commen- 1
cées pour faire les Communications
. Onten fit de meſme à l'at
taque d'Armet. Iln'y eut que
vingt à vingt- cinq Soldats tuez
ou bleffez pendant la nuit &
le jour avec quelques. Canonniersalin
sh Mo
Lemon pouffa le travail
juſqu'à l'Etang ,& on enferma
la. Redoute qui eft au milieu ,
en forte que ceux qui y estoient .
16
204 MERCVRE

n'en pouvoient fortir. A la gau
che , la Tranchée fut pouffée
juſqu'aux Mines que faifoit continuer
M. de Vauban . Le foir
la Tranchée fut relevée par M.
de Guifcar. On continual les
meſmes ſappes à l'attaque de la
Garenne. Celles de la droite ſe
communiquerent , mais con
avança tres-peu aux fappes de la
gaucheà cauſe du mauvais terrain
qu'on trouva eſtre de roc.
Celles que l'on avoit commencées
à l'attaque d'Armet , s'avancerent
fort. Il n'y eut que
trente Soldats tuez ou bleſſez la
nuit&le jour , tant Travailleurs,
qu'autres up cava tut
Le 22. M. de Guiſcar ayant
eſtérelevé par M. de Pracontal,
à l'attaque de la Garenne , on
pouffa confiderablement toutes
Les ſappes , & particulierement
۱
GALANT. 205
devant la Redoute de l'Etang ,
qui par ce moyen ſe trouva fort
envelopée. Les Ennemis ne
laiſſerent pas d'y faire tres bonne
contenance , & d'incommoder
beaucoup. L'on fit à l'attaque
d'Asmet de grands Ouvrages
, qui enveloperent tout -àfait
la Redoute proche la Sambre.
Les ouvrages furent pouf
fezà ſept ou huit toifes de tous.
les angles ſaillans du chemin
couvert du coſté de l'Etang. Ils
eſtoient alors juſques auprés de
lagorge,& de l'autre coſté juf
ques au borddu Marais ,& envelopoient
une partie de la corne.
De la maniere qu'ils furent
conduits , on ne douta point
qu'ils ne facilitaſſent lapriſe de
cette Redoute en fort peu de
jours Les Ennemis l'appreben
derent fi fort qu'ils abattirent le
206 MERCURE
reveſtement de lagorge de cette
Redoute , fur douze à quinze
toiſes de longueur , & le raferent
juſques à la terre. Quoy
que noſtre Canon fuft tres -bien
fervi, ainſi quenosBombes ,ce-h
luy des Affiegez , ne laiſſa pas
de nous bien incommoder. Ily
eut pendant la nuit &Ae jour
cinquante cinq à foixante Soled
dats , tuez ou bleſſez avec quel
ques Officiers .M. de Pont , In
genieur, fut bleffé d'un coupde
Mouſquer au travers du corps ,
dont ily a peu d'apparence qu'il
gueriffe. M. le Maréchal Duc
de Luxembourg avoit décampé
le jour precedent à dix heures
du matm pour venir au Camp
des Eſtines , afin d'obſervr les
mouvemens du Prince d'Oran
gop& oftoit alle coucheràMons
avec Mefficursules Princes
GALANT. 107
ayant amené avec luy la Maiſon
du Roy. La Brigade de Phely
peaux le ſuivit , & on fit partir
enfuite dix fept Bataillons fous
les ordres de Milord Barvvicki ,
tant de la grande Armée , que
de celle du Siege , où font ceux
desGardes Strifles & Françoifes
leRegiment da Roy & ceux
d'Aunis & de provence , Royal
Italien , & les Gardes d'Angle
terre. Toutes ces Troupes fait
foient teſte à la Flandre , ſur les
avis qu'on avoit receus que les
Ennemis y tournoient toutes
leurs forces , & que depuis quan
tre jours Pélecteur de Baviere
s'estoit avancéo Ideolce coſté là
avec trente mille hommes .
Le 23. il ne ſe paſſa rien de
confiderable nos Tranchées
eftant arreſtées, parce qu'on ne
pouvoit les poulter Iphistoing
208 MERCURE
1
avant que l'on ſe fuſt rendu
maiſtre des Redoutes des Etangs
, & de celle qui couvre la
porte de Bruxelles .Afin d'en venir
à bout , une partie de nos
Batteries de Canon & de Mortiers
commencerent à les battre
pour les ruiner , ou du moins
pour y faire brêche , en ſorte
que l'on puſt les emporter l'épée
à la main. La Tranchée
fut relevée par M. de Rubantel.
Le 24. fur les deux heures
aprés midy , on vit tomber la
muraille de la moitié de la face
du Baſtion de la droite , nommé
le Battion de Montal, que nôtre
Canon avoit battu à la hauteur
du chemin couvert. Il n'y avoit
plus que les contre - forts qui
tenoient les terres . Dans le même
temps , M. de Vauban ayant
GALANT.
209
fait préparer fix batteaux attachez
deux à deux , fit attaquer
parune Compagnie de Grenadiers
la Redoute de l'Etang , où
de cinquante hommes qu'il y
avoit eu , il en reſtoit encore
trente-huit avec un Capitaine
Eſpagnol , les autres ayant eſté
tuez auparavant par le Canon &
les Bombes . Nos bateaux ne furent
pas fi- toſt arrivez au pied
de cette Redoute, qu'ils arborerent
un Drapeau blanc , & donnerent
la main à nos Grenadiers
pour monter dedans. Ils ſe rendirent
à difcretion , nous laiffant
par la priſe de cette Redoute,
le chemin de Charleroy ouvert
avec celle de la droite.
Le 24. M. le Maréchal Duc
de Luxembourg revint de
Mons ſur le ſoir au Camp de
VVanderberck,toute la Maiſon
210 MERCURE
du Roy eſtant demeurée prés
de Saint Guillain,& les Gardes
Françoiſes & Suiſſes eſtantaux
Eſtines. Il y avoit un autre
Corps de Troupes à Gevries
de forte que noſtre Armée occupoit
plus de huit heuës de
terrain endroite ligne , faiſant
un grand front preſque depuis
Saint Guillain juſqu'à Pont- à-
Selle , pour contrecarrer, les
Mouvemens de celle du Prince
d'Orange , qui estoit toujours
campé à Ninove, fort embaraſfé
de ce qu'il devoit refoudre ,
aprés avoir publié inutilement
qu'il avoit deſſein de faireun
Siege en Flandre , croyant que
ce bruit feroit prendre de fauf
fes mefures à M. de Luxembourg.
Le mêmejour 24.on cut
nouvelles à Valenciennes , que
P'Electeur de Baviere qui avoit
GALANT. 211
paſſe l'Eſcaut , l'avoit repaffé. II
n'ya rien de plus beau que ce
qu'a fait M.de Luxembourg Cet
Electeur ayant marché du coſté
de Flandre, n'avoit point douté
que M. de Luxembourg n'y
marchatauſſi fort promptement,
& qu'en faiſant dans ce temps
une contremarche , il ne puſt
réjoindre le Prince d'Orange
pour aller au fecours de Charleroy
, mais M. de Luxembourg
fe contenta de fe mettre enColomne,
pour être en état de les
ſuivre l'un & l'autre , quelque
party qu'ils refoluſſentde prendre.
C'eſt ce qui a fait apprehender
au Prince d'Orange ,
qu'on n'allât à luy & qu'on ne
le barrift, s'il fe hazardou à
paffer l'Escaut pour joindreM.
de Baviere, qui a eſté obligé de
repaffer cetteRiviere,pour être
212 MERCURE
à portée de donner la main au
Prince d'Orange , en cas que
M. de Luxembourg l'attaquaſt.
Aini cet habile General a renverſé
toutes leurs meſures , ſans
en avoir pris dont ils puſſent
profiter.a
Je vous ay dit que M. le Maréchal
de Tourville eſtoit party
de Toulon pour paſſer en Ponant
avec 61. Vaiſſeaux . Ilsn'avoient
pas encore tous joint ce
Marechal , comme vous verrez
par ce qui fuit
De Toulonle 10, Septembre,
-M.le Comte deChasteau Renaud
est party ce matin avec 26. Vaif-
Seaux deGuerre 26. autres Batimens
pour tâcher de joindre M. le
Marefchal de Tourville qui partit
avant hiermatindes Isles d'Hieres
avec 35.Vaisseaux de Guerre,
GALANT.
213
i
environ 15. autres Baſtimens ,par
un vent favorable tres bon pour
gagner le Détroit Il reste encore icy
quelques Vaiſſeaux de Guerre arrivez
des derniers , prés de 30 .
que l'on a defarmezdans ce Port.
Tout fe prepare en Angleterre,
pour l'Affemblée du Parlement
qui s'y doit tenir le 1 3 .
d'Octobre, vieux Stile. On avoit
crû qu'il feroit caffe , & qu'on
éliroitde nouveaux membres ,
mais on n'en parle plus depuis
quelques jours . Cependant le
prince d'Orange a lieu d'en apprehender
beaucoup,à caufe des
Actes qu'ilrefuſa de paſſer avant
fon départ. Ces Actes augmentoient
l'Autorité des Parlements
&diminuoient la fienne . Comme
il craint qu'il n'y ait de grads
remuëmens à fon retour , & fur
tout dans l'Affemblée du pro214
MERCVRE
chain Parlement, il fait filer autour
de Londres les Troupes
qui luy reſtent en Angleterre ,
parce que fi le Parlement eſtoit
aſſemblé , il en prendroit ombrage,
&ne le permettroit pas .On
preparedes Vaiſſeaux pour aller
encorequerird'autres Troupes
en Flandre quand la Campagne
fera finie , le Prince d'Orange
en ayant beſoin pour empecher
les mouvemens qui ſemblent
devoir arriver en Angleterre .
Onydit hautement , que puifque
les Armes Angloiſes n'ont
aucun avantage dans les Pays
étrangers , on ne veut plus que
le prince d'Orange paſſe la Mer,
& qu'il fuffira d'envoyer un
Corps de Troupes aux Alliez
ſous le commandement d'un
General Anglois; qu'il eſttemps
que la Nation penſe ſericufe
GALANT. 215
ment à retablir fon Commerce
quideperit tous les jours , & à ſe
mettre hors d'eſtat d'eſtre infultée
chez elle,&que c'eſt à quoy
elle ſe doit appliquer uniquement
; qu'en laiſſant les chofes
comme elles font , la gloire de
la Nation diminuë tous les jours
aufli bien que ſon Commerce ,
&que la Majesté Royale s'avilit,
ce qui rejalit ſur la Nation , que
le Souverain abandonne contre
la decence des grands Rois ,
pour s'expofer àde continuels
affronts.
Ce n'eſt pas tout ce qui s'agite
en Angleterre. Le Party
Presbyterien qui avoit fait fes
conventions avec le prince
d'Orange , avant qu'il partift
de Hollande pour s'élever à la
Dignité Royale, ſe plaint de de
qu'il ne les a pas executées , &
216 MERCVRE
comme il pretend eſtre le plus
fort, il veut non ſeulement obliger
le Prince d'Orange à obferver
le Traité qu'il a fait avec
eux , mais encore luy impofer
de nouvelles loix. Ceux de ce
party demandent qu'il change
toute l'Amirauté , qu'il nomme
Milord Ruffel , Amiral , qu'il
ofte les Charges & les Emplois
à la pluſpart de ceux qui compoſent
le Conſeil d'Etat ; qu'il
ſubſtituë à leurs places ceux
qu'ils croiront devoir luy nommer
; qu'il execute tout ce qu ils
luy diront ; qu'il ſuive entierement
leurs conſeils , & enfin
qu'il regne ſous eux ſans fortir
d'Angleterre , moyennant quoy
ils offrent de luy faire donner
treize millions ſterlin par le
prochain Parlement. S'il accepte
ce party , il aura pour ennemy
2
2.1.7
GALANT.
my celuy de la Religion Anglicane
, qui eſt la Religion d'An-
- gleterre . Ce party eſt ſoutenu
- de celuy de la pluſpart des autres
Sectes , qui dans la conjoncture
preſente l'ont embraſſfé comme
le plus équitable,& celuy qui les
inquieteroit le moins s'ilemportoit
le deſſus. Le Prince d'Orange
ne doit pas ſe trouver peu
embaraflfé , puis qu'il luy eft impoſſible
de ſe declarer entiere,
ment pour un party , fans que
l'autre agiffe contre luy , c'est- àdire
, qu'il eſt malaiſé qu'il n'ait
pas toujours à craindre la moitié
de l'Angleterre , & qu'avec
le temps , s'il continuë à réuffir
auſſi mal , il ne doive pas l'apprehender
toute entiere. Toutes
ces choſes jointes au mauvais
fuccés de cette Campagne , & à
la priſe de Charleroy , emporté
Sept. 1693 . K
218 MERCURE
aux yeux de ce Prinee , comme
il eſt infaillible que cela arrivera:
aprés s'eſtre vanté d'avoir
remisune Armée plus nombrenſe
ſur pied , que celle qu'il avoit
avant la Bataille de Neervvinde
&de vouloir prendre ſa revanche;
toutes ces chofes , dis-je,
doiventcauſerune grande attention
pour ce qui ſe paſſera au
prochain Parlement d'Angleterre.
Toute la Nation s'attend
d'y voir de grands mouvemens,
&ne peut deviner comment ſe
termineront de ſi importantes
brouilleries , dont l'Etat ou le
Prince d'Orange doivent beaucoup
fouffrir , & peut- eftre tous
les deux enſemble. Vous devez
eſtre afſſurée qu'il n'y a rien que
de veritable dans cet Article ,
&queje n'aye lû dans une longue
fuite de Lettres.
GALANT .
219
"
Le Roy ayant reſolu d'attaquer
les Ennemis en Catalo
gne, en Flandre, en Allemagne
& fur Mer prit en meſme
temps le party de ne rien entreprendre
cette Campagne en
Piedmont, & de faire ſeulement
garder les paſſages par où les
Ennemis pourroient tenter de
paſſer en France. Les Allemands,
le Duc de Savoye , & les Eſpagnols
prirent des reſolutions
toutes contraires , & ces trois
Puiſſances unies ayant des ſommes
immenfes , tirées de tous
les Princes d'Italie , reſolurent
de fairede grandes Conqueſtes,
ce qu'ils crurent facile , parce
que nous n'avions point de
Troupes en campagne. Ils y
font entrez avec quarante à cinquante
mille hommes . Leur
premier deſſein eſtoit de fein-
K 2
220 MERCVRE
dre d'aſſieger Pignerol , afin
d'engager M. le Maréchal de
Catinat à ſe dépoſter ,& de forcer
enſuite Saze , pour paſſer
aprés en France , mais ce General
ayant reconnu leur manege,
demeura ferme dans ſon poſte
de Fenestrelles , de forte que
les Ennemis ne pouvant qu'affieger
Pignerol , ou le Fort de
Sainte Brigide , prirent le defſein
d'attaquer ce Fort , mais
n'ayant pu s'en redre maiſtres
qu'en quinze jours & ſeize
nuits , après avoir perdu , tant
aux attaques que par les déſertions
, trois à quatre mille hom.
mes , ils ne crurent pas à propos
d'aſſieger Pignerol , jugeant
bien que ſi cette Place ſe defendoit
comme Sainte Brigide , à
proportion de ſa force , toute
leurArmée pouvoit perir, avant
GALANT. 221
qu'ils en puſſent faire la conqueſte.
Ainſineſçachant à quoy
ſe reſoudre , ils ont demeuré
trente- cing jours dans l'ina
ction , pendant leſquels , aprés
avoir bien confulté, ils ont enfin
pris la reſolution de bom
barder cette Place. Les dernieres
nouvelles font , que depuis
le 19.juſquesau 2 3. ils avoient
travaillé à leurs Batteries , tant
de Canon que de Bombes ; l'une
du coſtédel'Abbaye , l'autre
au milieu , & la troisième ſous
Sainte Brigide , que M.de Teſſé
n'oubliant rien pour y apporter
du retardement , avoit fait
tirer beaucoup deCanon ſur les
travaux , qui les avoit fort endominagez
, & que M. Poule
eſtant forty le 20.avec ſa Compagnie
Franche de Dragons, avoit
culbuté une Garde avant
K 3 L
222 MERCURE
:
:
cée des Ennemis , & leur avoit
tué ou pris vingt Cavaliers.Les
mêmes Nouvelles portent qu'il
n'y avoit pas d'apparence que
le Bombardement commençaſt
avant le 25.0u le 26.& queles
Ennemis faisoient faire à Turin
toutes fortes de Feux d'Artifice.
Cependant M. de Catinat
devant avoir le 27. ou le 28 .
une groſſe Armée pour entrer
en Piedmont , le rendez-vous
eſt donné pour ſe mettre en
marche le premier d'Octobre.Il
y a apparence que les Ennemis
feront bien embaraſſez , & nous
devons à tous momens attendre
de grandes nouvelles de ce
côté- là. Nôtre Armée ſera de
foixanteBataillons,& dequatrevingts
Eſcadrons, ſans compter
treize Bataillons qui garderont
la Vallée de Fenestrelles ,& trois
GALANT.
223
Bataillons qui demeureront ſous
Suze. L'Armée peut- être encore
jointe par une partiede la Garniſon
de Pignerol qui eſt fort
nombreuſe , & en cas qu'elle
marche du côté de Cony , les
Troupes qui ſont dans la Vallée
deBarcelonnette ſous M. d'Ur
fon pourront encore la joindre.
Ce n'a eſté qu'aprés avoir démoli
la Perouſe juſqu'à n'y pas
laiſſer pierre ſur pierre , que
l'Armée Ennemie en a quitté la
Vallée , & s'eſt venue camper
aux environs de Pignerol , les
Eſpagnols à Saint Second , les
Anglois à Saint Pierre , & les
Allemans avec les Piemontois
à la Purpurate. Si -tôt qu'on a
eſté dans ce nouveau Camp ,
chaque Bataillon a eu ordre de
faire deux cens fafcines , & on
a fait quantité de Gabions. On
)
K 4
224 MERCURE
doit auſſi ouvrir une Tranchée
contre la Ville & la Citadelle
de Pignerol , pour aller à couvert
juſqu'au lieu où ſeront les
Batteries. Le fourage commençant
à manquer aux environs
de cette Place , on a envoyé la
Cavalerie du coſté de Scalemge,
&celle de S. A. R. eſt allée vers
la Vallée de Suze. Le Comte de
Maul commande la Cavalerie
de Monfieur de Savoye , & le
Regimentde la Croix blanche
garde leFortde Sainte Brigide.
Il n'y a point d'Etats qui ne
foient ſujets à la diſette des
choſes que la Nature donne
quelquefois avec profufion , &
dont quelquefois elle eſt avare.
Aujourd'huyelle donne peu de
bled en France ; une autre année,
d'autres Etats ſouffriront
la mefmeindigence. Cependant
nos Ennmis imputent aux efGALANT
.
225
و
fets de la Guerre , ce qui n'eſt
qu'un effet de la Nature ; &
cherchant à s'abuſer eux - mefmes,
pour prolongerleurs malheurs
en continuant la guerre,
ils s'imaginent que la famine
qu'ils fuppofentqu'elle produit,
fera fuccomber la France , &
qu'ainſi ils doivent encore differer
à conclurre la Paix dont
ils ont un fi grand beſoin
comme fi le bled eſtoit chez
eux à beaucoup meilleur marché.
Voilà les nouveaux prétextes
que le Prince d'Orange .
prend pour engagerles Altez
à ne point vouloir fonger à la
Paix , mais il ne prévoyoit pas
juſques où cette eſpece de di
ſette porteroit la gloire & la
bonté du Roy , en luy donnant
occaſion de paroiſtre veritablement
le Pere de ſes Sujets. Il luy
a déja fait diſtribuer des Bleds
(
226 MERCURE
dans une pareille occafio à beaucoup
meilleur marché qu'ils ne
ſe vendoient alors . Il fait plusaujourd'huy,&
entrant dans lesbe
ſoins de fon Peuple , il va faire
diſtribuer du pain à un monde
entier, s'il m'eſt permis de parler
ainfi , dont les voix s'éleveront
juſqu'au Ciel pour demander
àDieu qu'il continuëdeverfer
à pleines mains fur ce Monarque
les profperitez , qui le
mettent autant audeſſus des
Rois,que les Rois font au deſſus
du reſte des hommes.On acheve
environ trente Fours au Louvre
beaucoup plus grands qu'à l'ordinaire
qui feront employez à
cuire du pain jour & nuit , &
ce pain eſtant donné àun prix
beaucoup plus bas qu'il ne vaut
preſentement,attirera milleBenedictions
ſur la perſonne du
Roy,qui fait naiſtre l'abondance
Y
GALANT.
227
en faveur de ſes Sujets où la diſette
regnoit peu auparavant.
M.le Duc de Mantouë a eſté
ſi malade que les Medecins a
voient deſeſperé de ſa gueriſon,
mais par un Exprés qui arriva
le 20. de Gafal , & qu'on avoit
depêché pour en donner des
nouvelles , on a appris qu'il ſe
porte mieux.
Les affaires de Piedmont font
dans une ſituationà exciter tant
de curiofré , que bien que je
vous en parle pour la troifiéme
fois , je croiray vous faire plai
fir de vous mander ce que j'en
ſçauray , en cas qu'il en vienne
encore quelque choſe àma connoiffance
avant que de finir cette
Lettre. Cependant voicy ce
que je viens d'apprendre ; un
Officier General écrit ce qui
1
fuit.
228 MERCURE
DuSautde Seſanne le 23. Septembre.
Vous pouvez compter que M. le
Marechal de Catinat fera dans la
plaine le 28.avec 40. Bataillons ,
76. Escadrons , moy je pars
demain avecMle Marquis de Larray
, douze Bataillons pour aller
gagner les hauteurs de Saint Ambroise
pour faciliter l'entrée deM.
leMaréchal, fi les Ennemis s'y opposent
, comme ils font fur les
hauteurs dont il faut nous rendre
Maistres, nous effuyerons quelques
coups de Mousquet.
M. Mathieu de Caftelas , cydevant
Colonel du Regiment
de la Marine , Brigadier des
Camps & Armées du Roy , &
Gouverneur de Longvvi, mourut
das cette Place, il y a environ
un mois.Il comandoit dans Ha
guenau , lors qu'il fut aſſiegé par
GALANT.
229
leGeneral Montecucully , aprés
la mort de Mr de Turenne, Feu
Monfieur le Prince qui commandoit
alors l'Armée du Roy
en Allemagne , craignant pour
Haguenau ,M.Mathieu luy écrivit
& luy manda , que tant que
MathieuferoitMathieu ,Haguenau
feroit au Roy. La Place ne fut
point priſe.
On écrit de Flandre, que l'Eleteur
de Baviere a receu des
nouvelles affeurées de la levée
du Siege de Bellegrade. On
n'en ſçait point encore les particularitez
, mais les Allemands
n'en devoient pas efperer un
fuccés plus heureux. Ce Siege
n'avoit point eſté concerté , &
M. de Croy ne l'avoit entrepris
que parce que l'occaſion luy
avoit paru aſſez favorable , les
Turcs eftant encore fort éloignez
lors qu'il ſe mit en campa-
4
230
MERCVRE
gne. Pour reüffir dans de pareilles
entrepriſes , il faut aller plus
viſte , à cauſe que rien n'ayant
eſté preparé , on manque fouvent
de beaucoup de choſes, &
que d'ailleurs on peut eſtre ſurpris
par les,Ennemis. Cependant
l'Armée Imperiale ſe trouve
fort affoiblie , ayant fait de
grandes pertes chaque jour
pendant plus d'un mois. Son
principal Ingenieur y a eſté tué
ainſi que pluſieurs Officiers de
marque, & la Quaiffe Militaire
ſe trouve tellement épuiſée,que
la Campagne eſt finie pour les
Imperiaux .. Heureux fi les
Turcs ne font pas à leur tourdes
entrepriſes qui leur foient plus
favorables .
Le SiegedeCharleroy ſe conbeaucoup
tinue toujours avec beaucoup
de ſuccés. On prit le 23. la
Redoute de la droite qui ſoûteGALANT.
231
noit la Digue de l'Etang , Mr
de Vauban la fit attaquer par la
Gorge , craignant qu'il n'y eut
des Fourneaux fur le Glacis , il
reſtoit quatre-vingts hommes
dans cette Redoute qui furent
faits Prifonniers. Nous eûmes
quelques Grenadiers bleſſez ,
mais aucun ne fut tué. La Breche
dont je vous ay déja parlé,
eſt augmentée , tant au Baſtion
qu'à la Muraille , de forte qu'aprés
la deſcente du Foſſé , on y
peut monter fans qu'il foitbeſoin
de l'aggrandir. Ainfi la Place
poura eſtre priſe avant que
vous receviez cette Lettre,
Il y a déja quelques jours qu'on prit
unhomme qui fortoit de Charleroy. Il
eftoit chargé de Lettres , par leſquelles
le Gouverneur demandoit du Secours
au Prince d'Orange & à l'Electeur de
Baviere. Le meſme rapporta que les
Troupes des Alliez , & fur tout celles
232
MERCURE
deBrandebourg ſe deffendoiet tres mal .
Le Vaiſſeaux l'Hercule , Armateur
de Saint Malo, en a pris deux Anglois ,
dont la charge eſt eſtimée cinq cens
mille livres. :
On a confirmé la levée du Siege de
Belgrade , & on affure que les Imperiaux
, ſcachant que le Grand Viſir approchoit
avec ſoixante& quinze mille
hommes ,donnerent un aflaut general
àcette place,qui dura juſque bien avant
dans lanuit.Ils y ont eu deux mille cinq
cens hommes tuez , & pluſieurs Lettres
marquent que le Duc de Croy eſt du
nombre.
Le 25. le prince d'Orange quitta
l'Armée. Il eſt fort brouillé avec l'Electeur
de Baviere , & attendu en Angleterre
par ceux de ſon party , pour arreſter
le cours des mouvemens qui s'y
préparent. Je ſuis, Madame, Voſtre &c .
AVIS.
L'Imprimeur s'estant mépris à beaucoup
de noms propres qui font dans le premier
Article de Piedmont, qui commencepage
160. lifez d'Uffon , au lieu de Son
de Scotte , an lien de Score, Duſel d'ElautimDoſel
d'Alva ; Collé au lieu
Dronero aulien deDronain.
va,a
de
IBLD
LYON
*
1893*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le