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1687, 04 (Lyon)
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Texte
Bibliothecæ quam Illuftriffimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teſtamenti tabulis attribuit anno 1693 .




807156
MERCURE
GALANT
DEDIE' A. MONSEIGNEUN
LE DAUPHIN
LYONE AVRIL 1687 .
*
1893
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY
ruë Merciere , au Mercure Galant
M. DC. LXXXVII.
AVEC PRIVILEGE DU ROY
Avis pourplacer les Figures.
L
'Air qui commence par, La
charmante Beaute que mon
amour adore , doit regarder la
page 54 .
La Chanfon qui commence
par , Iln'est plus temps de répandes
larmes,doit regarder la page
122.
Le Chaſteau de Mongats
doit regarder la page 201
LE LIBRAIRE
au Lecteur .
,
EMercure a un peu retardé
lesmoispaffés àcauſe que
celuy qui en avoit foin à
Paris étoit malade dont il
en est mort , & l'Autheur dudit Mercure
amis àſaplace un homme plus di-
- ligent ainsi l'on aura fans faute à l'ave
nir le Mercure le huitième de chaque
mois , l'on advertit ceux qui payent d'avance
les Mercures que quand leurs
argent estfini , d'avoirſoin d'enfaire temir
d'autre , s'il veulent continuer, l'on
prie auſſi d'affranchir les ports de lettres
de tout ce que l'on envoyera qui regarderaledit
Mercure.
LIVRES NOUVEAUX
du mois d'Avril 1687 .
Ducation des filles par Monfieur
l'Abbé Defenelor, indouze 30.f. E
لاق
á 2
Aſtoire des troubles d'Ongrie tome
cinquiéme 30. f. Les quatres premiers
volumes ſe trouvent aufli
dans la même boutique.
Oraiſon funebre de Monfieur le Prin--
ce parMonfieurl'Evêque de Meaux
inquarto, 30.f.
Le voyage de M. le Chevalier Chardin
, en Perſe & aux Indes Orien
-tales par la Mer noire & par la Cob
- chide qui contient le voyagedePa
ris à Hifpahan, avec dix- huit grand's
figures en taille douce tres- bien gra
** vé& bien imprimé, ce livre n'eſt pas
moins utile qu'il eſt divertiſſant
traitant de la meilleur partie de
l'Europe; il eſt diverfifié de pluſieurs
fortes d'evenemens qui rempliffe
l'eſprit & qui le divertiffent en
même temps , en deux volume indouze
4. 1. relié.
De la paix de l'ame & du bonheur
d'un coeur qui meurt à luymême
pour vivre àDieu indouze 20. f.
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Prelude Sonnet, .. :
Devise...
$
I
7
8
Vers de Madamedes Houllieres. و9
Description des deux Sallons qui
foni aux deux bouts de la Galerie
de Versailles.. 14
Epithalamede Madame la Comteffe
deGuiche 45
Nouvelle réjoüiffances faites en plufieurs
villes , & autres lieux,
pour le retour de la santé du
EntréedeMonfieurde la Berchere
àAlbi. e:123
Vers de Madame la Viguiere du
mesme lieu. 125
)
TABLE.
Morts.
(
127
Ce qui s'est passé aux Ecoles royales
de Medecine touchant la
fondationfatteparfeu Monfieur
Bienaife. : 135
Liste des Prefens pour le Roy de
Siam , pour la Princeſſe Reine,
pour Monsieur Constance ; &
pour les Ambassadeurs qui font
venus en France. 140
Relation exacte de tout ce qui s'est
paſſe au Grand Confeil , lejour
queMonfieur le Chancelier y a
- preſide.
Benefices donnez par le Roy.
164
202
Decouverte d'une Langue univer-
Selle. 208
Oraiſon Funebre de feu Monsicur
le Prince , prononcée en Latin
an College de Loüis le Grand.
210
AutreArticlede Morts. 214
TABLE
Suite & conclufion des Rejoüifſſancesfaites
pour la ſanté du Roy.
228
1
Present fait àSaMajesté. 229
i
Noms de ceux qui ont expliqué les
Enigmes nouvelles. 231
Enigmes nouvelles. 232
Voyage du Roy à Maintenon. 234.
:
Conclusion. 235
Fin de laTable .
*
Extrait du Privilege du Roy...
P ☑
Ar Grace & PPrrivilege du Roy,donné à
Chavifle le 18. Juillet 1166883. Signé ,Par
le Roy en fon Confeil , IUNQUIERES. If eft,
permis à 1. D. Ecuyer, Sicur de Vizé de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires Avantures,&
autres Ouvrages hiſtorique , curieux
&galans , pour la fatisfaction de
notre cher & tres amé Fils LE DAUPHIN ,
pendant le temps & eſpace de dix années
àcompter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premieres fois : Comme auſſi défenſes ſont
faires àtous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres, d'imprimer graver &
biter ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant, ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livres
meſmed'en vendre ſeparément, & de donner
àlire ledit Livre; le tout à peine de fix mille
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confifcation des Exemplaires
, contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
Registrésur le Livredela Communautéle 14
Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic.
de-
Et ledit Sieur J. D. Ecuyer, Sicur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droitde
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'cux.
VIL
MERCURE
GALANT
AVRIL
231
LYON
1687.3
*
1893
Nvous parlant fue la
E fin de mi Lettre,du
mois paffe de tous les
devoirs de Chretien
& de Roy que Sa Majeté
a remplis pendant la Semaine-
Sainte , avec, le zele
édifiant & la pieté fervente,
qui luy font ordinaires , jay
oublié de vous dire queleIcu-
Avril 1687 , A
MERCURE
dy Saint M. l'Abbé Cappeau
avoir prefché le Sermon de la
Cene. C'est le mefme qui l'année
derniere preſcha dans une
pareille occafion devantMonſeigneur
le Dauphin.Ce choix
réïteré parle affez à l'avantage
de cet Abbé , ſans qu'il
ſoit beſoin de luy donner icy
les louanges qu'il a meritées.
Après avoir traité l'Evangile
du jour d'une maniere auſſi
fainte qu'éloquente , il paſſa de
l'amour des Peuples pour le
Roy,&de la tendreſſeduRoy
pour ſes Peuples, des larmes de
joye de ces Sujets zelez , de
leurs voeux&de leurs prieres
pourla Perſonne ſacrée deleur
Souverain. La peinture qu'il
en fit , parut tout- à fait chreſtienne
, & il n'y eut perſonne
qui n'en fut touché.Auffi faut-
1
GALANT.
il demeurer d'accord qu'on ne
peut trop admirer l'ardent
amour qu'ils ont pour leur
Prince. l'ay preſque remply
cinq ou fix de mes Lettres des
marques éclatantes qu'ils en
ont données. La derniere ne
contient que d'ingenieuſes
Feſtes , où cet amour a parude
toutes les manieres dont il a
eſté poſſible à des Sujets de
l'exprimer,& toûjoursaccompagné
d'un emportement tendre
reſpectueux ; mais comme
leur zele eſt ſans égal , c'eſt
une matiere inépuiſable.Ainfi
je me vois obligé de vous
en parler encore , mais il faut
auparavant vous entretenir
de quelques autres Articles, &
vous faire voir les ſentimens
que ces ſaintes réjoüiflances
ont inſpirez à Sa Majeſté. Ic
A 2
4
MERCURE
vous ay fait la peinture d'un
nombre infiny de ſes actions ;
je vous ay rapporté chaque
fois des paroles de ce Prince ,
qui en cauſant l'admiration de
toute la terre , ont fait croire
que fa grandeur d'ame , & fa
pieté ne pouvoit aller plus
loin. Cependant voicy encore
quelque choſe de nouveau ,
que les prieres des Peuples,&
les voeux qu'ils ont adreſſez au
Ciel pour ce grand Monarque,
luy ont fait réfoudre , &
dont ont verra bien- toſt l'execution.
Pendantque tous mes Peuples
, dit le Roy il y a quelquetemps
,font auxpieds des Autels ,
pour remercier Dieu du retour de
masanté , qu'ila accordée à leurs
prieres , je dois à mon tour faire
voirma reconnoiſſance par des actions
de graces particulieres ; &
GALANT.
pour cela jay refola de luy faire
rendre tous les jours des honneurs
que l'usage n'a pas encore établis.
Il voulut en meſme temps que
Monfieur l'Archeveſque ordonnaſt
à tous lesCurez dePa--
ris , de faire aflembler chacun
dans ſa Paroiffe les Marguilliers
d'honneur , les autres
Marguilliers ,&quelques -uns
des plus notables Paroiſſiens ,
afin que dans l'affemblée qu'ils
auroient pris ſoin de convo.
quer , chacun fift faire un
proier de la maniere dont on
pourroit porter le Viatique
aux Malades avec plus d'éclat
&plus de décence que l'onn'a
accoûtume . Il ordonna aum
que ces differens projets feroient
remis entre les mains
de Monfieur l'Archeveſque ,
qui luy rapporteroit , afin que
A 3
6 MERCVRE
Sa Majesté puſt choiſir celuy
qui luy agréroit le plus , ou
bien en former un de tous
ceux qui luy plairoientd'avantage.
On doitexecuterce
deffein fans distinction de
rang, c'eſt à dire qu'on portera
le faint Viatiqueau dernier
du Peuple avec autant de
pompe&d'éclat , qu'aux Perſonnes
les plus qualifiées .
Dans le hautdegré de gloire
où le Roya mis la France,
peut-elle faire une priere
moins ardente pour la confervation
de ceMonarque , que
cellequi eft contenue dans ce
Sonnet de Monfieur Mignor
de Buſſi , de l'Academie de
Villeneuve ?
:
L
GALANT.
:
PRIERE DE LA FRANCE
DIEU. A
A bonte, Dieu puiſſant , est
LaSourcefeconde
De la gloire & des biens que par
tout jereçoy , :
Mais LOVIS est la main qui les
répand ſur moy
A regner , à donner tu veuxqu'il
ze Seconde.
Avec éclat en luytaSageffeprofonde
(d'unfaint Roy.
Joint le bras d'un Heros & le coeur
Si l'un parsa puiſſance impose à
tous la log ( du monde.
L'autre estparsa veriu les delices
De Ses rares bien-faits n'arreste
point le cours ,
A 4
8 MERCURE
Oblige la Natureà respecter les
jours
Deceluy qu'elle voitforcer tous les
obstacles.
Tul'as mis au deſſus du reſte des
Mortels,
Tufais que tous sespasfont autant
de miracles.
Ah ! grand Dieu, fais-en un quiles
rende éternets.
!
La Deviſe que j'ajoûte à ce
Sonnet, eſt de Monfieur Rault ,
de Roüen. Elle a pour corps
le Soleil , qui perce les nuages
*& diffipe les ombres dont il
eſtoit environné pendant la
nuit . Ces mots en fontl'ame ,
Clarior è tenebris .
Tel que malgréleurs voilesfombres
GALANT.
L'Aſtre qui ramene le jour ,
Chaſſe & diſſipeàson retour
L'horreur de lanuit, & les ombres
LOUIS, ce Heros fans pareil,
Attaqué de douleurs aiguës ,
Malgré leurs pointes continues ,
En triomphe , aussi bien que l'on
voitle Soleil :
Parfes premiers rayons mettre en
fuite lesnuës.
Voicy d'autres Vers faits
pour le Roy. Ils font de l'illuſtre
Madame des Houlieres ,
qui pour faire voir la fecondité
de fon genie , a voulu s'aſſujer
tir dans tous les Vers feminins
à la ſeule rime en omille.
AMoureux Roffignol , de qui ba
voix chatoüille
L'oreille&lecoeur à lafois ,
Zephirs , qui murmurez dans le
fond de ce Bois ,
A
10 MERCVRE
Ruiſſeaux, de qui l'onde gazoüille..
Taisezvous , laiſſez moy dans un
- profond repos
Refuer quelques momens au plus
grand des Heros.
Jamais d'une Campagne iln'est
forty bredoüille ;
Dés quefesEnnemis ont ofé l'irriter.
Sur eux on l'aveu remporter
Plus d'uneglorieuse &Superbe dépoüille.
Rien ne resiste àſa valeur,
Fourrit àfes deſirs ; malheur , trois
fois matbeur
Aquiconque avec luy ſe broüille.
Bien qu'un calme profund regne
dansfes Etats
Ses Guerriers toutefois neferepoſent
pas.
Depeur que dans la Paixleur vertu
ne fe ronille m
Tantoft le fier Soldat par fa vevë
anime
GALANT. HI
S'exerce dans laplaine d'Oüille?
Et tantoſt dans un Camppourfix
mois renfermé
Il faitsentinelle & patronille.
L'Etatnesouffrepointdeſes grāds
mouvemens , ( breux Camps
Enpleineſeuretéprésde ses nom-
Meurit le douxraisin , &groffit la
citroüille,
La Vache y paist l'herbage ,&la
Canneyfarfoüille.
L'avare Laboureury moiſſonnefes
champs,
Sa filleSans dangeryfilefaque
noüille ,
Et jamais il nevoitfans deprompt
payemens
Emporter le lard&l'andoüille ,
De fon chetiffoyer uniques orne
mens. 7
En vain dans levieux temps jo
foüilte
Pour pouvoir comparerses faitsà
d'autresfaits;
A. 6
12 MERCURE
Les Antiques Heros ont toûjours
quelque mais ,
T
Ou quelque fi qui les barboüille .
Et chez LOUIS LEGRAND
2 onn'en trouve jamais.
Dans les travaux de Mars, dans le
fein de la Paix
Earnul déreglementſa gloire nefe
Souille.
Puiffe- t-iltriompher toujours,
Puiſſe-t- ilnepaſſer que d'agreables
yours
Que jamais de pleurson ne moüille
Les Autels pour un Roysi grand,fi
fortuné;
Devant eux qu'onne s'agenouille
Que pourbenir le Ciel de nous l'avoir
donné
Aprés vous avoir envoyé
dans pluſieurs de mes Letares
des morceaux ſeparez touchant
la Peinture des plus é
A
GALANT. 3
clatans endroits de Versailles,
&vous en avoir fait l'entiere:
deſcription dans la ſeconde 1
troiſième partie de la Relasion
de l'Ambaſſade de Siam
en France , je vous envoye
celle des deux Salons qui font
aux deux bouts de la grande
Galerie du mesme Chasteau ..
Comme ils ne font achevez
que depuis fort peu de temps ,
je n'ay pû vous en faire pars
plûtoſt . Ces deux Salons ont
eſté peints par Monfieur le
Brun. Si on ne peut les voir
fans admirer la beauté & la.
forcede ſonPinceau,ainſique
la vivacité de ſes expreffions ,
je croy. qu'on n'en pourra lire
la defcription fans donner de
nouvelles louanges à fon excellentgenie.
le devrois vous
en dire davantage, mais.enli
14
MERCVRE
fantla deſcription de ces deux
Salons , vous ferez vous me
me les reflexions que cet Ouvragedemande.
4
EXPLICATION
des deux Salons de la Galerie
de Versailles.
Ntrouveaux deuxbouts
de laGalerie de Verfailles
deux Salons , aboutiſſans
aux Apartemens duRoy&de
Madame la Dauphine. Celuy
du coſté des Apartemens de Sa
Majesté , eſt nommé le Salon de
La Guerre, & l'autre ,le Salon de
laPaix. Tous les ornemens de
Sculpture de l'un & de l'autre
font de bronze doré , & con
viennent au ſujet que Mons
2
GALANT:
fieur le Brun a repreſentédans
ſes voûtes. Sur le couronnement
des portes du Salon de
la Guerre , les Maſques des
Saiſons ſignifientquel'airbrûlant
ou glacé n'a pû retarderla
rapidité des Conqueſtes de
noftre Monarque, qui a toû
jour vaincu ,& dans tous les
mois de l'année. Les couronnemens
des portes du Salon de
la Paix fontenrichisdes teſtes
de Muſes , qui marquent les
Sciences , & les beaux Arts.
qu'il foûtient&fait fleurir par
fa bonté & par fåmagnificence.
Quatre Tableaux ceintrez
repreſentent ſur les faces de la
voûte du Salon de la Guerre ,
Bellone qui détruit & renverfe
tout,& les trois puiſſances,
ennemies de la France armées,
vainement contre elle. Tous
16 MERCURE
ces Tableaux font enfermez
dans de riches bordures de palmes
, entortillées de branches
de Laurier , & les Angles font
décorez de Globes fleurdeliſez
, avec des Couronnes royales,
accompagnées de trophées
d'armes en reliefdøre.
Audeſſus des Globes, des En
fans colorez embouchent des
Trompettes , pour publier les
Triomphes de cette Monar
ehie victorieuse & foûtiennent
des Cartouches à fond
verd , rehauffez d'or , avec la
Deviſe du Princequi gouvernew
ز
I. Tableau,dans la Coupe.
Le premier Tableau est au
milieude la voûte. On yvoie
laFrance furun nuage , la fou
GALANT.
17
dre en main. L'image du Roy
eſt peinte fur fon bouclier ,
dont la force& la vertu égales
à celuy de Minerve , la mertentàcouvertde
tous lescoups
que fes Ennemis luy veulent
porter , la défendent de tous
leurs efforts , confondent tous
leurs proiets ,& cette teſte precieuſe
en la conſervant , produit
toutes les Victoires gagnées
par fes Generaux, & qui
fous la forme de belles fillesatlées,&
couronnées de Laurier,
femblent s'élever vers elle
avecles marques des lieux où
elles ont eſté remportées. Celles
qu'on apperçoit ſous le
nuage qui ſoutient cette invincible
Monarchie , élevent
deux Tableaux , où l'on a repreſenté
dans le plus large ,
Fribourg pris par Monfieur le
+18 MERCURE
Mareſchal de Crequy , & dans
l'autre la Bataille de Sinzin
donnée par Monfieur le Marefchal
de Turenne. Une Vitoire
éclatante par la vivacité
de ſes draperies iaunes &
blanches quila rendent remarquable
, tient des Palmes dans
l'une de ſes mains & dans l'autre
une Pique & des Cordons
qui foulevent un Tableau de
la défaite des Troupes d'Allemagne
que Monfieur le MarêchaldeTurenne
force à repafſer
le Pont de Strasbourg. Une
autre Victoire aide à ſoûtenir
ce Tableau , & par cette feconde
Victoire on a pretendu
marquer que cette Bataille fut
grande& remportée fur prefquetous
les Princes de l'Empire.
Une autre s'éleve au deſſus
de celle- cy. Elle porte un Ee
e
GALANT.
19
tendard rouge aux Armes du
Prince d'Orange. Les Trophées
deplufieurs Places conquiſes
poſez fur la bordure ,
garniffent l'efpace entre ces
Victoires & trois autres , dont
l'unevenë toute entiere , éleveun
Etendard verd armoirié
de Lorraine. La ſeconde est
pour la priſe deLuxembourg.
Elle tientunBouclier aux Armes
de cette Place;& la troifiémeportedans
fes mains des
Palmes & des Lauriers pour
couronner le Vainqueur. Vn
autre Grouppe de trois Victoires,
dont la principale tres-belle&
veuë pardevant tient les
Armes de Strasbourg , ſemble
tranquillement affiffe fur des
Trophées pour faire entendre
que cette Place a reconnu le
Roy pour fon Souverain pen
20 MERCURE
dant la Paix. La ſeconde leve
un Tableau de la priſe de.
Scheleſtadt ; & la troiſieme
porte ſur ſon épaule unTro--
phée de pluſieurs Places de
moindre confequence , queles
Armées de fa Majeſté ont foumiſes
dans les premieres Cani .
pagnes . Une derniere Victorre
emporte la dépoüille d'un
des Chefs Ennemis pour exprimer
la prife de pluſieurs
Princes &Generaux.
II. Tableau,furles fenestres
apposées à lacheminée.
1
Ce Salon portant le monde,
laGuerre , on a formé dans le
premierdes quatre Tableaux
qui font au deſſous du milieu
dela voûte , unejufte idée du
defordre &du ravage qu'elle
GALANT. 21
porte par tout . On y voit cette
Déeſſe terrible & menaçante
accompagnée de la Rebellion
& de la Diſcorde; fon
Caſque eſt formé d'une teſte
de Lion , fur lequel un Monſtre
ſoûtient une queue couleur
de feu. Sa draperie de
meſme couleur marque ſon ar
deur pour le ſang& le carnage.
Elle tient l'épéed'une main,&
fon Bouclier de l'autre. Sur le
Bouclier eſt peint unLiondevorant
un Taureau . Son Char
eſt rapidement traîné par des
chevaux fougueux qui ſemordent
, foulant ſous leurs pieds
des armes , & l'Autorité , fi
gurée parun homme renverſé .
Un Soldatayatun chat ſur ſon
Caſque , exprime la Rebellion.
Son action eſt pleine de
préſomption & d'orgueil. Il
22 MERCURE
éleve une pique d'une manieremenaçante.
Entre les débris
de pluſieurs baſtimens on voit
labalancede Themis renverfée
. Ses Tribunaux font démolis
, ſes Arreſts ſont impuif
fans , & fa voix n'eſt plus entenduë.
La Religion dont l'habit
blanc marque la pureté, eſt
abatuë , & ne peut ſe relever.
Les Vaſes ſacrez ſont briſez ,
les Autels détruits , & la Difeorde
, la teſte entourée de
ferpens , porte par tout le feu.
Elle embraze tous les lieux par
où elle paſſe avec les flam
beaux qu'elle tient dans ſes
mains . LaCharité en fuyant ,
cherche une retraite pour ſauver
un enfantqu'elle tiententre
ſes bras ,& toutes ces chofes
, & des hommes effrayez
marquent la juſte crainte que
GALANT.M
23
la Guerre fanglante répand
dans tous les coeurs.
II L. Tableau,fur lacheminée.
Dans ce Tableau l'Allema.
gne ſe couvre de fon Bouclier,
renant l'épée nuë , dont elle
femble défendre la Couronne
Imperiale qui eſt prés d'elle.
Elle paroiſt effrayée , regardant
avec étonnement la Vi
ctoire , qui du milieu de la
voûte luy montre le Tableau
où ſont repreſentées ſes Armées
, ſur leſquelles elle avoit
fondé de hautes eſperances ,&
formé de vaſtes projets , forcées
de repaſſer le Pont de
Strasbourg , & de chercher
leur feureté dansle ſein de ſes
Etats. Son Aigle en paroift
tout éperdu,& femble vouloir
24 MERCURED
s'envoler.Des Soldats morts ,&
d'autres renverſez furdesCa
nons , marquent le monde que
luy acoute cette Guerre. Un
Officier éleve l'étendard de
l'Empire pour affembler de
nouvelles Troupes. Des trompettes
ſonnent l'alarme ; des
Soldats s'efforcent de frapper;
d'autres fuyent , & cette val
rieté d'actions fait voir le de
fordrede ſes Armées.
:
!
IV. Tableau fur les Fenestres
opposées à la Galerie.
L'Eſpagne tient une pique
dont elleſemble vouloir atta
quer la France , qu'elle regardelavec
colere. Son Lion s'éleveen
rugiſſant contre, pour
faire entendre qu'ellen'a perdu
aucune occaſion d'attaquer
cette
GALANT
2.5 :
7
cette Monarchie. Des Chefs ,
des Soldats renverſez , & plu
ſieurs qui fuyent, font connoiſtre
ſa défaite. Un Ofcier
élevele Guidon de Caſtille
, dont il voudroit fraper ,
mais un éclatde Tonnerre le
renverſe , & ſa cheute mon
tre la foibleſſe de ce Royaume.
Dans le milieu du Tableau
pluſieurs Etendards de differentes
couleurs joints enſemble
, font l'idée des Princes
que l'Eſpagne appella àſon ſecours;
& pour marquer les
Places, les Armées ,&les Machines
qu'elle oppoſapour défendre
fes Provinces, on a feint.
des Inſtrumens de Guerre des
Fortereſſes qui font feu de tous
coftez , & des Soldats faiſant
d'inutiles efforts .
Avril 1687 .

B
i
دمحم
26
MERCURE
V. Tableau , fur la porte de la
Galerie.
Dans le dernier Tableau du
Salon de la Guerre,l'effroy eft
P
peint fur le viſage de la Holet
Iande . Elle ſe couvre en vain
de fon Bouclier pour ſe garantir
des éclats du Tonnerre qui
la font tomber ſur ſon Lion
tremblant , qu'on remarque
dans une action pleine de
crainte . Il tient peu de fléches ;
celles qui luy ont échapé ſi->
gnifient les Provincesconquifes
par la France . Sur le devant
du Tableau une Figurearmée ,
le corps à moitié dans l'eau
d'où elle ſemble fortir , élevant
l'étendard de la Hollande , eft
l'Image des ſecours , & des
inondations auſquels lesEtats
2
)
GALANT .
27
furent reduits pour ſauver ce
qui leur reſtoit de Places. Des
Soldats couverts de leurs Boucliers
,& le Sabre en main, menacent
la France qui les renverſed'un
coupde foudre, auffi
-bien que les Vaiſſeaux fur
leſquels ils font, dont les équipages&
les balots tombet dans
la Mer.D'autres Figures épouvantées
de la tempefte , &des
Vaiſſeaux brûlans fignifient le
defordre de fon Commerce &-
de fa Marine , & rappellent la
memoire de ce qui ſe paſſa à
Palerme.
SALON DE LA PΑΙΧ.
On voit regner dans le Salon
de la Paix , la douceur&le
plaifir. Les mouvemens de
joye & de fatisfaction ont calmé
le trouble& le defordre que
les paffions les plus violentes
4
B2
28 MERCURE
ont excité dans l'autre Salon,
& les puiſſances qu'on y voit
ſeulement occupées de la fureur
des armes , laſſes d'une
Guerre infructueuse , s'emprefſſent
en celuy- cy de recevoir
la Paix. La Peinturey forme
une vive image des avatages
que l'Europe en general , &
ſes Puiſſances en particulier,
en ont receu . Les occupations
de ces Nations , leurs divertif
femens , & leurs Coutumes y
fontingenieuſemet marquées.
Ony voit le rétabliſſement de
la Religion , de la Juſtice , des
Arts du Commerce , & toutes
les Vertus qui ſemblent abatuës
& détruites dans le Salon
de la Guerre , triomphent en
ce Salon des vices que la Paix
renverſe . Les bordures de ces
Tableaux ſont compoſées de
GALAN T.
29
fleurs & de fruits , & dans
les angles on a placé des Lires
accompagnées de Caducées&
de Cornes d'abondance
, pour exprimer l'accord &
la fertilité d'un ſi heureux
temps . Les enfans peints au
deſſus des Lires portent des
Sceptres & des mains de luſtice,
&foûtiennent des Cartouchesavec
les Armes de France,
ou de Navarre , ornées de feſtons
de fleurs & de fruits ,pour
exprimer le bonheur de ces
Royaumes , que la Puiſſance
foûtient , la Juſtice gouverne,
&l'abondance enrichit .
Le premier Tableau eſt dans
le milieu de la voute où l'on
voit la France aſſiſe ſur un
Globe poſe ſur un Char tiré
par des Colombes . Elle tient
le Sceptre d'une main & le
B 3
30 MERCURE
Bouclier de l'autre , ordonnant
à la Paix de deſcendre fur les
Nations qu'elle luy montre
avec ſon Sceptre. Cette Divinité
eſt couronnée de branches
d'Olivier. Elle tient le
Caducée ,& regarde la France
en luy marquant de la main ,
-qu'elle part pour obeïr à fes
ordres . L'Immortalité couronne
cette Monarchie du cercle
deGloire. Elle foûtient auprés
d'elle la Piramide qui marque
fon élevation juſqu'au Ciel , &
que fa memoire ne perira jamais.
L'Abondance couronnée
de Fleurs & de Fruits, tient
la corne fertile d'Amalthée , &
tire d'une corbeille que luy
preſente un Amour,des feſtons
de fleurs pour orner le Char ,
auquel deux Amours aflemblent
des Tourterelles ſous le
:
GALANT.
31
1
joug de l'Hymen. L'un de ces
Amours unit enſemble deux de
ices Tourterelles qui font liées
avec des cordons bleus qui
leurtournent autour du col , &
d'où pendent des Medailles de
France & de Baviere, pourfignifier
le mariage de Monſei-
-gneur& de Madame la Dauphine.
L'autreAmour jointles
Tourterelles attachées avec
des cordons rouges , &les Medaillesde
France & de Caſtille
pour l'union du Roy d'Efpagne
&de Mademoiselle d'Orleans
. Vn troifiéme Amour
ſemble fortir de la bordure ,
& s'élever avec empreſſement
pour ranger ſous un ſemblable
joug deux Tourterelles qu'un
feſtonde fleurs joint enſemble
pour l'alliance de Monfieur le
Duc de Savoye & de Made.
B 4
32
MERCURE
moiſelle de Blois. L'Himen
couronné par les Graces tient
fon Brandon , qui brûle d'un
feu vif & pur , autour duquel
il attache les feſtons qui rafſemblent
ſous ſon joug les oyſeaux
fidelles & fenfibles , &
que les Poëtes ont toûjours
pris pour le ſimbole de la conſtance
& de la tendre amitié .
La joye publique de tant
d'heureuſes Alliances & de la
Paix,repreſentée par une Femme
couronnée de lierre,qui rit
en joüant des caſtagnettes &
du tambour de baſque. Les cris
& les acclamations publiques
font marquez par quantité de
grelots dont ces bracelets font
formez & qui bordent ſes manches
,& l'Amour des plaifirs
joüe d'une cimbale antique.
La Concorde couronnée de
2
GALANT.
33
fleurs tient ſa grenade. Elle
pourſuit avec ſon faifceau la
Difcorde & l'Envie. La Religion
regarde le Ciel fon unique
eſperance . Sous ſon autel
l'Hereſie tenant ſon maſque
eſt écrasée ſur ſes livres . L'innocence
paroiſt tranquille ; le
mouton qui exprime ſa douceur
eſt à ſes pieds , & l'on voit
fur fon viſage ſon repos interieur.
La Magnificence preſente
à la France les deſſeins
des ſuperbes bâtimens qu'elle
prepare. Les inſtrumens des
Arts,& des Cornes d'abondance
, d'où fortent confuſement
des Sceptres , des Couronnes
& des Trefors , font répandus
à ſes pieds , pour témoigner ſa
liberalité & fon pouvoir. Toutes
ces Figures donnent une
idée generale des avantages
B
34 MERCURE
de la Paix ; & les quatre autres
Tableaux laiſſent voir les
biens particuliers que chaque
Nation en a receus .
1.Tableau ,fur la cheminée.
Dans celuy qui eſt au deſſus
-de la cheminée on voit les
grands avantages que la Reli-
-gion en a tirez . On découvre
aumilieu du Tableau l'Europe
tranquille. Son caſque marque
fa valeur , & fa corne d'abondance
ſa fertilité . Elle tient
laTiare , qui la fait reconnoître
pour cette Partie chrétienne,
qui par la Paix que la France
vientde luy donner,triomphe
de l'Empire Otthoman ,
-dont les dépoüilles font ſous
fes pieds . A fa droite la Iuſtice
porte ſur ſon Diadême une
GALANT. 35
Etoile qui marque ſon origine.
Elle tient ſa balance dans l'équilibre
, parce qu'elle a reglé
tous les differends qui caufoient
la Guerre , & porte fon
épée droite , pour retenir par
lacrainte ceux qui oferont enfreindre
les Articles qu'elle a
dictez .A l'ombre de cette protectrice
du repos&de la paix ,
des Enfans repreſentent le rétabliſſement
des Arts que la
Guerre avoit interrompus. La
Peinture & la Sculpture s'étudient
à marquer leur reconnoiſſance
, en formant pour la
poſterité des Buſtes & des Tableaux
du Prince qui les éleve
& qui les foûtient. La Geometrie
s'applique à tracer les
plans de ſes ſuperbes Baftimens,
on voit un enfantbadiner
fur unCanon qui fert pour
4
B6
36 MERCURE
J
annoncer la Paix , aprés avoir
ſervy à declarer la Guerre.On
remarque un autre enfant qui
dompte un cheval , pour exprimer
l'exercice de la Nobleffe,
& leur préparation pendant
laPaix pour les Guerres à venir.
Des Jardins dans l'éloignement
ſignifient que tout
renaift & reverdit dans un fi
heureux temps.
4
ول
A la gauche de l'Europe, la
Pieté regarde le Ciel avec ferveur
élevant une caſſolette
dont la fumée qui monte en
haut eſt l'idée de la Priere . Sa
teſte eſt voilée , parce qu'elle
voudroit fe cacher au monde,
& que fesactions les plus faintes&
les plus éclatantes fuffent
ignorées des hommes & connuës
feulement de Dieu . Sa
flame & ſes aîles expriment
GALANT.
37
ſon ardeur & fa diligence à
donner du ſecours ; c'eſt ce que
repreſente une bourſe ouverte
dont elle aſſiſte les indigens
figurez par des Enfans nuds
qui prenent de l'or de la bourſe
&ramafſent des fruits qu'elle a
repandus pour fubvenir àleur
neceſſité . On voit prés d'elle
un Autel antique ſur lequel
brûle le feu pur d'un Sacrifice
faint. Un Enfant àgenoux devant
l'Autel ſignifie le Culte
divin , il joint les mains en
s'inclinant d'une action pleine
d'attention & d'humilité .
Dans l'éloignement ondécouvre
unTemple & fous de grads
Arbres un Enfant lit attentivement,
pour repreſenter la folitude
des Religieux , que la
Guerre avoit diſperſez , & que
la Paix a rétablis dans leurs.
retraites.
38 MERCURE
111. Tableau , fur les fenestres
opposéesà laGalerie ..... 1
Dans le troiſiéme Tableau;
T'Allemagne appuyée ſur un
Globe , regarde avecardeur la
Religion qui eſt peinte dans le
milieu dela voûte. Elle femble
recevoir avec plaifirl'Amour
qui luy donne une branche
d'Olivier en figne de Paix, &
des branches de Laurier pour
les Victoires que cette Paix
aveclaFrance luy fait remporter
ſur les Infidelles. Son Aigle
étend ſes aifles,& ſemble vouloir
couvrir plus de terre . Ses
Peuples en remercient le Ciel ,
offrant en ſacrifice lesdépoüilles
remportées ſur les Ennemis
de la Religion , dont ils
ont élevé un trophée ſur un
GALANT.
39

palmier , qu'on remarque derriere
un petit Polonois qui regarde
le Ciel, en portant au feu
l'étendard remporté par fon
Roy , & que ce Monarque a
envoyé à Sa Sainteté. Vn Allemand
preſente un Turban,
&deux enfans portent fur un
bouclier les dernieres dépoüilles
remportées ſur les Turcs.
Vn enfant qui leve un Gobelet,&
les Peuples qui font des
Brindes aux fanfares des Tropettes
& des Muſettes & au
bruit de l'Artillerie & des Feux
d'artifice , donnent une idée
de la joye que leur inſpire une
Paix dont ils reçoivent de fi
heureux avantages.
40
MERCVRE
IV. Tableau , fur la porte de la
Galerie.
L'Eſpagne leve les mains &
-les yeux au Ciel,qui accorde à
ſes voeux la Paix qu'un Amour
lui apporte ſous la figure d'une
branche d'Olivier. Son Lion ſe
repoſe auprés d'elle à l'ombre .
A fa droite des enfans attiſent
un grand feu , & jettent dedans
les armes & les Etendards inutiles
dans ce temps . On en remarque
un à demy armé qui
en apporte au feu. Vn autre
ſemble s'en vouloir maſquer.
L'un joüe des Caſtagnettes en
danſant,& les Peuples rendent
graces du loiſir dont ils vont
jouir. Le plaiſir qu'ils en reffentent
, eſt exprimé par une
danſe & par des Feux d'arti"
GALANT.
41
fice , & leur inclination naturelle
pour le repos , par un enfant
appuyé nonchalamment
fur un Canon; il ſemble s'extafier
en chantant au ſon de ſa
Guitare, pour faire connoiſtre
l'amour de ces Peuples pour
ces fortes d'amuſemens .
:
V. Tableau , ſur les fenestres opposées
àla Galerie.
La Hollande à genoux reçoit
ſur ſon Bouclier des fléches
qu'un Amour luy donne,
pour marquer les Provinces
que leRoy avoit conquiſes, &
qu'il luy a renduës volontairement.
Son Lion ſe réchauffe
au feu qu'elle a fait allumer,
pour brûler les armes & les
Inſtrumens de la Guerre.Il n'a
plus rien de farouche , & deux
142
MERCURE
enfans badinentavecluy.L'un
s'efforce de le monter ; mais
- s'eſtant armé d'armes peu à ſon
ufage , le caſque luy tombe
•juſque ſur les épaules , & la
cuiraffe& l'épée trop lourdes,
l'entraifnent ou l'embaraffent .
L'autre enfant qui le foûtient,
tâche de le retenir , & veut
l'empefcherde choir. Un autre
badine avec des bottes
qu'il eſſaye . Les Bourgueme-
-ſtres joignent les mains d'une
-maniere qui fait connoiſtre
combien leur eſt chere cette
Paix par laquelle ils vont rétablir
le Commerce de leurs
Peuples , qui fans fonger à fe
divertir travaillent fans nul
relaſche à équiper des Vaifſeaux
, & à les charger de
Marchandises ; & dans l'éloi
gnement on conftruit quel-
C
GALANT.
-43
ques Navires . Dans ces Tableaux
les enfans badinent
avec les armes , ou les jettent
dans le feu , pour faire comprendre
que ce qui fait l'occupation
ferieuſe des plus
grands cooeurs pendant laGuerre,
devient dans la Paix le
plaifir & l'amusement de la
jeune Nobleſſe , parles Comparſes
& les Carouſels , où les
armes ſervent de divertiſſement.
-Monfieur le Brun a marqué
-avec tantd'art les manieres des
Païs qu'il a repreſentez ,qu'on
reconnoiſt ſans peineles Peuples
qui font le ſujet de ces
Tableaux. Cette diverſité de
Phiſionomie, d'habillemens &
de coûtumes donne un grand
plaifir,&l'oeil eſt encore charmé
d'un leu de lumiere tres44
MERCURE
agreable& tres- nouveau , les
objets étant éclairez de la lumiere
naturelle , de celle du
feu ,& des feux d'artifice , ce
qui rend ces compoſitions ex -
traordinaires , brillantes &
gracieuſes .
Ie vous parlay il y a un mois
du mariage de Monfieur le
Comte de Guiche , & de Mademoiselle
de Noailles . Voicy
un Epithalame que Monfieur
Malemant de Meſſange a fait
ſur ce ſujet . Vous ſçavez ,Madame,
que c'eſt uneſprit univerſel.
Bien qu'il paroiffe tout
occupé des ſciences les plus
relevées , il ne laiſſe pas de
reüſſir toûjours dans les Ouvrages
Galans .
GALANT.
45
ΕΡΙΤΗALAME
DE MADAME
LA COMTESSE
DE GUICHE.
U™
'N jour l'Amour folatre &
d'une humeur volage ,
Par un caprice heureux , voulut devenir
ſage,
Et dans ces bons momens , chezluy
vares& courts,
Alla trouver l'Hymen , & luy tint
ce discours,
Regnez en paix , mon frere , au
bonheur de la Terre ,
Ie ne viens point icy pour vousfaire
laguerre.
Des Amans criminels j'ay tropServy
lesfeux,
46 MERCURE
Je veux rendre un Epoux parfaitement
heureux .
A fon abord, l'Hymen , qu'il ne
visite guere, ( voir fincere ,
Surpris de voir l' Amour , & de le
Demande en l'embraffant , quels
font les heureux Coeurs,
Quiſeſont pû trouver dignes de
Sesfaveurs.
Alafuperbe Cour du plus grand
- Roy dumonde ,
Après avoir en vain couru la Terre
&l'onde,
Fay trouvé, dit l'Amour , deux
Coeurs les plus parfaits ,
Qui jamais icy-bas puiſſentſentir
mes traits:
Tous deux nobles &grands , tous
deux prudens &fages,
Tous deux à peine entrezau printemps
de leurs âges ,
Tous deux fortis d'un sang, dont
l'éclat glorieux
GALANT...
47
Pourroit le difputer avec celuy des
Dieux ,
LeHeros , dansſa taille , & dans
Sonair, exprime
Les traits vifs&brillans d'un He
ros magnanime ,
Quifans être amollyparles tendres
defirs , ( Plaisirs ,
Sçauraméler la Gloire avecque les.
Tel,par les qualitezqu'en luy ſeul
il raſſemble ,
Quevous penſeriez voir Mars &
l'Amour ensemble.
Déjaſa noble ardeurexcitant mon
couroux ,
Ilm'a presque rendu de Bellone jaloux.
Souffrez , jeune Guerrier , que l'Amour
vous arreste ,
Ménagez ces beaux feux pour une
autre Conqueste ,
La Victoire avec moy n'aura pas
moins d'appas , :
48
MERCURE
Que d'aller avec Mars signaler
vôtre bras.
Christineapour charmer une blancheur
brillante ;
Un airplein de grandeur, une douceurtouchante.
Quede coeur,fans oferdéclarer lear
tourment ,
Pour l'éclat de ses yeux ont brûlé
vainement.
De l'Etoiled'Amour l'agreable lumière
, (la derniere,
Qui la premiere éclate , &brille
Attire le matin moins de Bergers ..
aux Champs ,
Etlefoir àla Ville aſſemble moins...
d'Arnans.
Pardeſſus tant d'attraits de cet.
te Nymphe heureuse,
Samain docte àpincer la cordeharmonieuse
, (dieux,
Exprimant les accors des tonsmélo-
Enchante également &l'oreille &
lesyeux.
Sa
GALANT.
49
Sa Voix mesme pourroit, ſans estre
témeraire ,
Au défaut de la MainSepromettre
deplaire.
Faut-iljoindre la Danseau doux.
bruit des Concerts,
Sagrace met au jour cent miracles
divers ,
Etfait d'une iuſteſſe ànulle autre
pareille,
Fairefentir aux yeux le plaisirde
l'oreille.
Qu'avec tant d'agrémens l'Hymen
feroit heureux ,
Si le Destin n'en traverſoit les
voeux!
Maisbelas ,jeunes Coeurs, àpeine
vos careſſes
Vous auront exprimé vos naiſſantes
tendreſſes ,
Que par un coup fatal , qu'on ne
Sçauroit parer ,
La Gloire pour un temps viendra
vousSeparer.
Avril 1687 . C
1
50 MERCURE
A l'aimable Chriſtine , àſa vaine
priere.
Ilfaudra préferer cette Rivalcfiere
En vain , tendre Heros , vôtre coeur
Sentira
Les peines que ſans vous Chriſtine
Souffrira ;
Vous ferez malgré vous invincible
àſes larmes.
Alors , pour conſoler ſes mortelles
Alarmes ,
Scavante dans cet Artſi vaſte&
fi profond ,
Qui reduit l'Univers en un fragile
Rond , ( tracèe
Sur l'exact abregé de la Terre
Elleſuivra vos pas de Contrée en
Contrèe ,
Et ne pensant qu'à vous , eſſaira
chaque jour ,
Par cet amusement ,de tromperfon
Amour.
Ellen'a point vécu jusqu'icy non
chalante,
GALANT. SI
Dans une offiveté tranquille &
languisante.
Pallas , pour l'élever , dans le Berceau
laprit :
DeJes donsgrmosaur Apollon l'enrichit
,
Et tous deux , par leurs foins , à
l'envy l'ont conduite
Dans leurs fecrets divins ; dont on
la voit inſtruite.
Durant les tristes joursde vostre
éloignement ,
Loin de prester l'oreille aux discours
d'un Amant ,
Nouvelle Pénélopeà l'ouvrage at
tachée , ( touchée ,
Et d'un aimable Epoux uniquement
Sur un Métier brillant , l'adreſſe
defes Doits
Avec des traits doreztracera vos
Exploits :
Et lorſque du retour l'agreable nou
velle
C2
52
MERCURE
Viendra d'un doux plaifir combler
Son coeurfidelle,
Lorſque loin des dangers elle vous
reverera ,
Dans Tec Drange.. encore elle vous
montrera ;
Et sçaura vous nommer les Heros
de l'Histoire ,
Dontvous aurezpaſſséla Valeur&
la Gloire.
Enfin ,poursuivitl' Amour pourquoy
differons nous ?
On ne sçauroit trop- toſt ferier des
noeudsfidoux.
L'Hymen y confentit , & la
Terre charmée
En témoigna sa joye en son air
exprimée.
Les Bois & les Valons en parurent
plus beaux. ( Oifeanx.
On entend redoubler les concerts des
Les Bergers , les Sylvains, les
Faunes , les Dryades ,
GALANT.
53
Pour danſerſur les fleurs, ſe joignent
aux Nasades.
Tout en est animé, toutſeſent du
beau jour ,
Où l'Hymen de nouveau s'accorde
avec l'Amour.
Vivez , heureux Epoux , vivez ,
Nymphe charmante.
Qu'à jamais de cejour la douceur
vous enchante...
Qu'une Pofterité digne de vos
Ayeux,
Faffe éclater fonrang&sa gloire
à vos yeux.
Enfa faveur le Cielfera plus d'un
Miracle.
Mais à nos voeux icy noussom...
mes un obstacle.
LeSecret , pour en avoir le ſuccés
s'affeurer ,
C'est de vous laiſſer ſeuls ; il faut
Se retirer.
C3
54
MERCURE
-Je vous envoye un Printems
que Monfieur Ludet a fait
fur ces paroles .
AIR NOUVEAU.
Acharmante Beautéquemon
amour adore.
Parſesdivins appas enchanteplus
de coeurs ,
Que l'aimable Printemps aulever
de l'Aurore
Nefait naistrepar tout de verdure
&de fleurs..
Faites , petits Oyſeaux ,faites pour
Celimene
Retentir dans nos bois mille nou.
veaux Concerts ;
Etvous, Echo , chantez qu'une
amoureuse chaine
Engageſousſes Loix mille Peuples
divers .
GALANT.
55
(
Depuis la convalefcence du
Roy chaque jour a été un jour
d'alegreſſe pour le Havre. le
vous en ay décrit des Feſtes
preſque dans toutes mes Lettres
,& fi je n'eſtois accablé de
tout ce que j'ay encore à vous
dire de cette nature , je vous
décrirois celle des Penitens de
la méme Ville , où tous les
Corps ont aſſiſté . La Ville de
Loches s'eſt fort ſignalée , &
rien ne pouvoit eſtre plus
agreable , que les differentes
couleurs qui diftinguoient
diverſes Compagnies. LaVille
de faint Aignan a auſſi ſervy
d'exemple à ſes Voiſins , par
toutes les demonſtrations de
joye dont elle a pu être capable
. Ainfi dans les lieux où
Mr le Duc de S. Aignan commande
pour le ſerviceduRoy ,
1 C4
36 MERCURE
& dans ceux dont il eſt Seigneur
, chacun eſt entré dans
les mémes ſentimens,& àmontré
fon-zele avec beaucoup de
distinction .
Au reſte , Madame, en vous
décrivant ces Feſtes , je ne
pretens pas vous faire voir ſeulement
juſqu'où les Peuples
ont pouffé les marques de leur
amour pour le Roy, mais vous
apprendre auſſi beaucoup de
chofes tres - curieuſes touchant
lesCoûtumes des Païs.Vous en
trouverez fans doute dans la
Relation de la Feſtedes Prud'hommes
, Corps & Communauté
des Patrons Peſcheurs
de la Ville de Marseille . Ce
font les luges de la Peſche, lefquels
ſans Lettres , Loix ny
Etude decident ſouverainement
par le bon ſens ſeul de
GALANT. 57
tous les differens qui naiſſent
parmi les Peſcheurs. Comme
ils n'ont que la prudence &
une longue experience dans
cette profeffion , on leur a donne
le nomde Prud'homme. On
en choiſit quatre tous les ans
dans le Corps des Peſcheurs,
& ce font ordinairement les
plus vieux & les plus eſtimez
par leur probité qui font élevez
à la dignité de Iuges . Ils
fervent une année , & roulent
avec les Anciens par nomination
de leur Confeil ſelon le
Reglement étably entre eux .
Le zele, la fidelité ,&la fimplicité
ſincere & naturelle de ces
bonnes gens , leur ont fi bien
attiré la bien veillance de nos
Rois , fur tout de ceux qui ont
eſté à Marseille , qu'ils ne leur
ont jamais refuſé aucune gra--
C
58 MERCVRE
ce, & il ya environ douze ans
que ſa Majesté leur en accorda
une fort conſiderable au voyage
que ces Prud'hommes firent
alaCour. Ils ſe ſerventde leurs
anciens habits dans les Ceremonies
, & confervent auſſi cet
Eſpadon à deux mains qui
étoit en uſage dans le temps de
leur Inſtitution. Ils font affi fur
un Tribunal à quatre Sieges
couverts d'un Drap bleu ſemé
de Fleurs de Lys , lors qu'ils
donnent audience aux Parties
quilplaident leurs cauſes euxmêmes
. On n'écrit rien ; les
condamnations & les executions
ſe font verbalement &
fur l'heure , & les quatre ſpadons
font couchez pendant
l'Audience fur unelongue table
qui eſt devant ces luges.
Le 16. Février ayant efte
GALANT. 59
choiſi par ce Corps pour rendre
des Actions de Graces à
Dieu du retour de la ſanté de
noſtre Auguſte Monarque, les
quatre Prud'hommes , accompagnez
de leurs anciens Collegues
, d'un grand nombre de
Patrons Peſcheurs & de leur
Secretaire , ſe rendirent en bel
ordre à dix heures du matin
dans l'Eglife Paroiffiale de
faint Laurent, où ils afſiſterent
àune grand'Meſſe qui fut celebrée
par le Prieur , & à laquelle
ils communierent tous .
L'apreſdînée ils firent aſſembler
350. petits Enfans fervant
à laPeſche , dans la Chapelle
des Penitens de fainte Catherine
. Ils eſtoient tous habillez
d'un petit Capot ,& portoient
chacun une Banderole d'Armoiſin
bleu , ſemée de Fleurs
C6
60 MERCVRE
de Lys d'or. Aprés que le Secretaire
de cette Communauté
leur eut fait en Provençal un
petit diſcours ſur le ſujetde la
Feſte , ils firent quelques Prieres
& fortirent de la Chapelle
avec des cris & des acclama--
tions qui attiroient les larmes.
de tout le Peuple. Lors qu'ils
furent devant la Maiſon Com
mune des Prud'hommes , on
s'eſtoit auſſi rendu un nombre
incroyable de Peſcheurs, ils ſe
mirent en marche deux à
deux , precedez de fix Tambours
& de fix Fifres , criant
fans ceſſe,Vive le Roy Six Trompettes
les ſuivoient , & marchoient
devant les quatre Anciens
Prud'hommes , vétus de
Drap noir, la Toque de velours.
noir fur la teſte , & la fraize au
col fort proprement mife.ChaGALAN
T. 6r
cundeux portoit un grand &
long Eſpadon à deux mains
élevée ſur leurs épaules , qui
eſt la marque de la Iurifdiction
Souveraine, que pluſieurs Lettres
Patentes leur ont attribuée
ſur la Peſche. Ces quatre
Anciens Prud'hommes étoient
ſuivis des fix Filles Orphelines
appellées les Filles grifes .
parce qu'elles font habillées de
Drap gris . Elles ſont nées de
pauvres Patrons Peſcheurs.
Les Prud'hommes les font élever
aux dépens de la Communauté
,& les marientenfuite,
leur en ſubſtituent d'autres.
pour remplir le même nombre .
Ces Filles qui avoient auſſi
communié le matin , tenoient
des Baderoles pareilles à celles
des petits Enfans. Quatrejeu.
nes hommes portant un Gui62
MERCURE
don d'Armoiſin , fleurdelizé ,
& fort proprement vétus, fuivoient
les fix Filles grifes , &
aprés eux venoient les nouveaux
Prud'hommes dans le
mefme habit que les Anciens .
Ils étoient precedez de la gran .
de Bande de Violons,& fuivis
d'un grand nombre de Patrons
Peſcheurs de tous âges . Cette
Troupe ayant paffé par toutes
les principales ruës de la Ville,
alla ſe rendre dans l'Eglife
de faint Laurens, où l'on chantale
Te Deum & des Motets en
muſique . Lors que l'on donna
la Benediction les Prud'hommes
leverent leurs Eſpadons
au bruit des Violons & des
Trompetes . Quantité de Boëtes
ſe firent entendre , & ce fut
enfuite un cry continuel de
Vive leRoy. Après la Ceremo
GALANT. 63
nie , les quatre Prud'hommes
en charge diftribuerent des
aumônes aux Pauvres Patrons
Peſcheurs , qui n'avoient pas
dequoy faire fubfifter leurs
familles à caufe de la ſterilité
de la Peſche . La nuit venuë,
ils marcherent vers la Placede
faint Iean à la clarté de plufieurs
Flambeaux de cire blanche
, & ils y allumerent un
grand Feu de Ioye. En méme
temps on vit paroiſtre plus de
trois cens Bateaux illuminez .
Les Maiſons de tous les Patrons
Peſcheurs parurent auffi
toutes en feu , ainſi que la Maifon
Commune des Prud'hommes
, devant laquelle il y cut
un tres-beau Feu d'Artifice
repreſentant le gros Poiffon
qu'on appelle Ton . Ce feu réuffit
admirablement. l'ajoute
64 MERCURE
des Vers Provençaux qui ont
eſté faits fur cette Feſte. Cenx
qui connoiffent le genie de ce
langage, y admireront tous les
termes de la Peſche qui s'y
trouvent heureuſement appliquez
. Auſſi peut-on dire que
c'eſt un Portrait des manieres
& de l'inclination de ces Pefcheurs.
LOU FESCADOUR
content deſpuis la réjoüifſenço
facho per la Sanitat
dau Rey.
F
Rancéz , ô depar Diou !
ànouëstro Pesco ,
anen
Criden , VIVO LOU REY , &
non portem gez d'eſco
Voguem , anen avant ,
ben armatsi
Aro Siam
GALANT.
65
La groupado hàfiny , leiventsfont
tous calmats.
Boutem tous pedſurbanc , peranar
gaignar poüesto.
Bouënogardy d' Aproüé , & viſitem
la Couësto , ( tengue prests,
L'Aubo ha jà pareiſſut, chacunfi
A la gardi de Diou , callen viſte les
Rets.
Allerto Pescadours ,ficarguen plus
de Lagno;
Lei rayons dau Souleoufanflorir la
campagno.
Enfans faut levarrem , anemviſte
C leva , ( emmailla.
Couragy, levo d'haut , lou Rey es
Venes dins novëſtrei Mars & de
quouëd & de teſto :
Au luëc qu'auparavant la gariſon
dauRey
Nonsipeſcavoren; non veziam gez
pey?
S'en faut pas estonnar ? CarNeptun'
en coulero
66 MERCURE
Dau mau dau Rey , tenté lou pey
comm ' en galero !
May aro ,qua Sachut quefiporta.
vo ben .
Hàdounat libertat a tout' aquello
gen.
Tamben, deſpuis aquot Vezem jà
maravello ,
Etfa que tous n'avem lajoyo nomparellò
.
Heureuſo Sanitat ! tu nous donnes
du pan
Ennous donnant depey ! non ſiam
plus à l'affan:
Si ben , que tant qu'aurem de vido
dins lapanfo;
Cridarem à toûjours , VIVO LOU
REY DE FRANSO .
Le 8. du mois paſſé , les Preftres
de l'Oratoire de la meſme .
Ville firent chanter une Meſſe
en Muſique , qui fut celebrée
GALANT. 67
par le Pere Superieur du College.
Monfieur l'Abbé du Luc ,
nommé à l'Eveſché de Marſeille
, s'y trouva , & les Echevins
y aſſiſterent en chaperon .
On chanta en Motet ces paroles
du Pſeaume 19. Latabimur
in falutari tuo , quoniam ſalvum
fecit Dominus Christumfuum.Ala
fin de la Meſſe , le Regent de
Rhetorique prononça en Latin
l'Eloge du Roy , &&& fit voir
avec beaucoup d'éloquence ,
que la convalefcence de ce
Prince réjoüiſſoit l'Eglife , en
meſme-temps qu'elle raffuroit
la France . Pendantle Te Deum,
qui estoit de la compoſition de
Monfieur Canoles , dont l'habileté
eft connue dans toute la
Provence , on entendit la décharge
d'une grande quantité
de Boëtes . L'entrée du Colle68
MERCURE
ge eſtoit ornée d'un Arc de
triomphe ,& celle des Claſſes ,
de Feſtons de Laurier chargez
d'Emblêmes & de Deviſes à
la loüange du Roy. Au milieu
de la court , tenduë d'une Tapiſſerie
à perſonnages , fur laquelle
regnoient à diſtance
égale pluſieurs beaux Hierogliphes
, on avoit dreſſe ufi
Theatre , où les Ecoliers des
premieres Claſſes reprefenterent
une Paſtorale en Vers
François , qui renfermoient le
recit des Actions éclatantes de
noſtre Auguſte Monarque.
Apres cette action , on vit paroiſtre
devant le College une
magnifique Cavalcade , compoſée
de cent cinquante Ecoliers
diviſez en trois Quadrilles
. Ceux de la premiere eftoient
habillez à la Françoiſe ,
GALANT. 69
les ſeconds à la Romaine , &
les derniers à la Turque. Ils
eſtoient tout leſtes ,& fortbien
montez . Onavoit mis à la teſte
de chaque Quadrille trois
jeunes Gentilshommes d'une
qualité diftinguée , & chaque
Quadrille estoit precedée de
fes Trompettes. Un Drapeau
d'une riche étofe auxArmes de
Frace relevée en broderie d'or,
eſtoitporte au milieu de l'Efcadron
par un jeune Gentilhomme.
Cette eſpece de Carrouſel
fut un agreable divertiſſement
pour les Habitans
de Marseille qui remplirent
toutesles ruësoù ces Quadrilles
devoientpaſſfer. Le ſoir il y
eut de grandes Illuminations
au dedans & au dehors du
College , & un feu de joye .
qu'on alluma au milieu de la
Σ
70
MERCURE
Court au fon des Trompettes
& des Violons , & au bruit
d'une grande quantité de Boëtes.
Un tres -beau Feu d'Artifice
termina la Eeſte . C'eſtoit
un Soleil qui en's'avançant fur
l'horifon, répandit de tous cûtez
une lumiere éclatante. Vn
énorme Dragon , figure de
'Herefie , s'éveillant aux approches
de cette lumiere & de
la chaleur du Soleil , alla contre
luy de toute fa force , mais
un trait de feu dontle Soleil
luy perça les flancs , l'arrefta
dans le milieu de ſa courſe.Ce
coup mortel animant ſa rage ,
il fit des efforts prodigieux
pour s'élancer contre le Soleil ,
&ſe ſentant bleſſé en pluſieurs
endroits par des fléches de feu,
• il voulut fuir ce redoutable
ennemy . Alors le Soleille ferGALANT
. 71
rant de prés , l'embraſa de tous
ſes rayons , & le reduifit en
cendres . Le meſme jour le Pere
Superieur du College fit
faire l'aumône à tous les Pauvres
qui ſe preſenterent .
Monfieur de Canillat , Marquis
duPontdu Chaſteau en
Auvergne , Senéchal de Cler -
mont, Ville Capitale de la Province
, a fait paroiſtre ſon zele
dans la meſime occafion d'une
maniere des plus éclatantes,
Quoy qu'en ſon abfence les
Officiers de fon Marquiſat , &
les Confuls de la Ville du
Pont du Chaſteau , euſſent fait
dés le mois de Février des réjoüiſſances
folemnelles, il voulut
à fon retour marquer ſa
joye par une Feſte particuliere
. Dans cette veuë il fit affembler
les Habitans du Pont
72 MERCURE
du Chaſteau , & des trois
Bourgs qui endépendent , &
de tous ceux qui ſe trouverent
capables de porter les
armes , il en compoſa ſept
Compagnies , chacune de
fix - vingts hommes. Elles
furent commandées par des
Gentilshommes ſes Vaſſaux.
La quatrième qui tint lemilieu
, eſtoit de la leuneſſe , ſous
le titre des Enfans Perdus . Ils
avoient une fort belle Enfeigne
de la livrée du Roy , efcortée
de quatre grands hommes
qu'on habilla en Armeniens
, & de quatre petits
Maures , qui portoient en
triomphe le Portrait du Roy.
Chaque Compagnie avoit fon
Enſeigne de la meſme livrée ,
deux Tambours , un Fifre , &
des Hautbois. Apres qu'elles
curent
GALANT.
73
eurent paru en cet état le 16 .
& le 17. du dernier mois , le
Saint Sacrement fut expoſé
le18.dans les trois Egliſes de
la Ville. On dit la grand'Mefſedans
celle de Polliat , & l'on
y chanta le Te Deum en Muſique.
Monfieur de Canillat,
Subdelegué de Meſſieurs les
Maréchaux de France , s'y étoit
rendu précedé de ſes deux
Gardes , ayant la Bandouliere
de la Conneftablie , & fuivy
du Bailly , des deux Greffiers ,
&autres Officiers de ſa Terre,
en Robe de Palais , au milieu
des quatre Confuls. Tous les
Officiers des ſept Compagnies
aſſiſterent au Service , pendant
lequel le Portrait du Roy fut
tenu à la porte du Choeurpar
les Armeniens & les Maures .
Avril 1687 . D
74
MERCURE
Toute la Soldateſque demenra
autour de l'Eglife , & fit une
décharge generale à la fin du
Te Deum , au bruit des Tambours
des Fifres , &des Hautbois.
Aprés la Ceremonie ,
Monfieur le Marquis de Canillat
fut conduitdans le mefme
ordre en fon Chaſteau , où
il donna un magnifique Repas .
Lors que l'on fut hors de table
on fit la meſme marche dans la
Ville ,&l'on ſe renditàl'Egliſe
de Sainte Martine , où l'on
chanta Veſpres , qui furent
ſuivies du Te Deum , & d'une
Proceſſion folemnelle. Cela
étant fait, Monfieur de Canillat
retourna en fon Chaſteau
dans le mefme ordre que l'on
avoit déja obſervé . Les Filles
de la Ville qui s'eſtoient placées
commodement au coin
GALANT.
75
1
d'une ruë , ayant fait une profonde
reverence devant le
Portrait de Sa Majesté , tirerent
en Amazones pluſieurs
coups de piſtolet ; & quand
on approcha du Chateau , ce
Marquis s'arreſta à un Theatre
, où il avoit fait mettre
pluſieurs pieces d'un excellent
vin. Il but teſte nuë à la
ſanté de Sa Majeſté ; les Troupes
ſe rafraiſchirent , & le reſte
des rafraiſchiſſemens fut
abandonné au Peuple. On fit
mettre tous les Soldats en haye
dans la grande ruë , & afin
qu'on ſceuſt de quel avantage
eſt à la France la deſtruction
de l'Herefie , on porta les Effigies
de Luther de Calvin par
toute la Ville , ayant pour infcription
, L'Herefſie détruite par
LOUIS LE GRAND. AD
2
76
MERCURE
prés cela on les mit ſur un
Theatre élevé hors de la Ville
pour un feu de joye . On entra
enſuite dans l'Egliſe de Noſtre
Dame qui eſt la Chapelle
du Chaſteau de Monfieur de
Canillat , où le Te Deum fut encore
chanté . Il y eut une excellente
Muſique. Le foir il
mit le feu à un grand bucher
au bruit de quatre Canons &
de pluſieurs Roëtes , & regala
dans ſon Chaſteau toute la
Nobleffe , & les Officiers des
Compagnies , à chacune defquelles
il fit donner une piece
de Vin. Cette Feſte fut ſuivie
deux jours apres de la naiſſance
d'un Fils qui ſemble que
Dieu ait voulu donner àMonſieur
le Marquis de Canillar
pour la recompenfede fon zele.
Cette naiſſance redoubla la
GALANT.
77
joye en ce lieu-là , dans l'efperance
de voir un jour ce jeune
Marquis rendre à ſa Majeſté
les meſmes ſervices que ſes
Anceſtres ont rendus àla Couronne
depuis pluſieurs Siecles
, avec un attachement , &
une fidelité inébranlable .
Le premier jour de ce mois
Madame l'Abbefſſe de S. Iuft ,
qui eſt Soeur de Monfieur de
S.André Marnais Gouverneur
de Vienne , & de Monfieur de
Labatie Major de Strasbourg
fit chanter un Te Deum à Romans
enDauphiné avec beaucoup
de magnificence. Apres
un repas donné à plus de
deux cens Pauvres qu'elle fervità
table avec ſa Communauté
compoſée de vingt - cinq
Filles de qualité de la Province
, elle monta ſur un Balcon
D 3
78 MERCURE
fait exprez dans une Place
qu'elle a achetée pour y conſtuire
une Eglife , & delà elle
mit le feu à l'artifice que l'on
avoit diſpoſé par ſes ordres fur
une Machine élevée de terre
de plus de quarante pieds.Cette
Machine avoit la figure
d'un petit Fort quarré, dont les
courtines , de douze pieds de
longueur chacune , eſtoient
flanquées de quatre Tours .Au
milieu paroiſſoit unePyramidedontla
pointe foûtenoit un
Soleil , & tout cela eſtoit rehauſſe
de tout ce que l'imagination
des Peintres y avoit pû
mefler d'ornemens . Monfieur
l'Abbé de Leſſfin , auſſi confiderable
par fon merite que par
ſa naiſſance , avoit fait mettre
les Habitans ſous les Armes
commeGouverneur de la Vil
GALANT.
79
le , & pendant que l'on entendoit
le bruit d'un tres - grand
nombre de Boëtes qu'il faiſoit
tirer , auquel ſe joignoit celuy
des décharges de la Bourgeoifie
, on voyoit l'air , & l'Abbaye
de S. Iuft toute en feu par
un million de fuzées , & par
une quantité prodigieuſe d'illuminations
.
Madame l'Abbefſſe du Royal
Monastere de Sainte Claire de
Vienne,Soeur de Madame l'Abeſſe
de S. Iuft , dont je viens
de vous parler, marqua ſa joye
dans le meſme temps , par des
Feux d'artifice qui parurent
pendantla nuit au hautd'une
Montagne , &qui répandirent
un jour éclatant dans toute la
Villejuſqu'au lever du Soleil .
Les Canons & les Boëtes avertirent
tous les lieux des envi-
D4
80 MERCURE
rons de la folemnité de la Feſte,
& parmy les ornemens que
l'on employa pour la rendre
plus celebre , on n'oublia ny
les Madrigaux , ny les Devifes
.
Je vous ay parlé des réjoüifſances
qui ont eſté faites à
Avignon; il faut preſentement
vous apprendre de quelle maniere
l'Academie galante de la
meſme Ville a marqué ſajoye.
Cette Academie n'eſt autre
choſe qu'une Societé de fept
ou huit perſonnes des plus
ſpirituelles de l'un & de l'autre
Sexe , qui s'aſſemblent tous les
jours chez Madame la Comteſſe
de B. L'Amour & le leu
enſont Bannis par la premiere
Conſtitution ; de forte qu'il ne
s'y parle-que de choſes fines, &
dignes d'occuper des gens
GALANT. 81
d'un raiſonnement ſolide ; &
c'eſt ce qui a donné occafion
au Public d'appeller Academie
galante une Societé ſi agreable ..
Madame la Comteſſe de B ..
fertile en inventions d'eſprit,
perfuadat à tous ceux qui la
compoſent de faire une Feſte
pour le rétabliſſement de la
ſanté de Sa Majesté , & elle ſe
chargea du deſſein , pourveu
que l'on vouluſt l'aider dans
l'execution. Toute la Troupe
accepta avec plaifir cette propoſition
, qui fut bien-toſt accomplie.
Le jour qui préceda
celuy de la Feſte , toutes les
Perſonnes qualifiées de la Ville
furentconviées.On ſe trou
va le lendemain fur les quatre
heures à l'Hoſtel de cette
Comteſſe , où les Trompettes
& les Tambours répondoient
DS
82 MERCVRE
alternativement au fon des
Violons & des Hautbois .Ceux
de la Societé firent les honneurs
de la Sale, & ils entretenoient
agreablement toute la
Compagnie , lors que dans le
temps que l'on y penfoir le
moins , on vit fortir du Lambris
fix grands Baſſins de vermeil,
remplis des fruits les plus
delicieux de Provence , qui ſe
placerent fur fix tabłes d'Ebene
, diſpoſées pour cela dans
cette Sale ,, en meſme temps
qu'une table à la Chine,garnie
de toute fortede Liqueurs , ſe
plaça au milieu. Chacun fe récria
fur l'invention & fur la
delicareffe de la Dame du logis
; & la converſation auroit
duré davantage là- deſſus , fi
tout d'un coup on n'euſt vû
defcendre un petitAmour,qui
A
GALANT. 83
s'arreſtant ſuſpendu en lair ,
convia cette illuftre Compagnie
par une chanfon galante,
à venir remercier Efculape
de la ſanté qu'il avoit renduë
au Roy .A peine ſe fut- il envolé
, que l'on vit ouvrir le fond
de la Sale , où eſtoit conſtruit
un Theatre qui reprefentoit
le Palais des Dieux .
Il eſtoit éclairez par fix Lutres
de Criſtal , & les' Pein--
tures en estoient fort bonnes .
On lifoit fur le Fronton de la
décoration , Le Triomphe d'Efculape.
Vous pouvez juger de
la ſurpriſe que ce ſpectacle caufa.
Il s'agiffoit cependant de
la reprefentation d'un Opera ,
compofë par cette galante Societé
, & mis en Muſiqee par
Monfieur Gautier , Intendant
de l'Opera de Marseille. On
D 6
84 MERCURE
feignit une grande douleur
parmy la pluſpart des Dieux
pour la maladie de LOUIS LE
GRAND . Chacun d'eux alleguoit
le ſujet de ſa douleur;
Apollon , parce que le Roy eſt
le Protecteur des Sçavans ;
Neptune , parce qu'il a purgé
fon Empire de Voleurs & de
Pirates ; Mars , parce qu'il eſt
fon plus cherFavory ; & Iupiter
meſme , parce qu'il fait fumer
fes Autels par de continuels
Sacrifices . Il n'y avoit
que les Dieux tutelaires des
Ennemis de la France qui ne
partageoient point cette affli-
Aion commune. Au contraire,
craignant qu'Eſculape ne fuſt
employé pour la gueriſon de ce
Monarque, ils l'avoient enfermé
avec une Nymphe qu'ilaimoit
, de forte qu'on le cher
GALANT. 83
choit inutilement dans le
Ciel : mais enfin la Victoire
preſſée de la douleur de voir
fon plus cher Nourriffon dans
un fi grand peril, follicita l'Amour
fi fortement , que quoy
que ce Dien ſoit extrêmement
ſecret , il luy découvrit l'en.
droit où eſtoit Efculape . On
luy députa Mercure. Efculape
ſe ſepara de ſa Nymphe avec
une peine extréme ; mais il
préfera à ſa paſſion la gloire
de guerir le plus grand de tous
les Rois. Si-toſt qu'il eut fait
agir ſon Art , le Cielluy en fut
ſi obligé ; que pour luy marquer
fa reconnoiſſance on luy
fit dreſſer tout l'appareil d'un
Triomphe. Il fut porté en l'air
dans un Char traiſné par quatre
Vents . Sur le devant de ce
Char eſtoient Iupiter , Apol
86 MERCURE
lon , Neptune , & Mars , qui
tous quatre rendoient graces
à Efculape qui estoit placé au
deſſus d'eux , du grand bien
qu'il venoitde procurer à toute
la terre . Sur le derriere de
ce mefme Char eſtoient atta -
chez les Dieux ennemis de la
France. Efculape eſtant defcendu
ſur le Theatre, finit l'Opera
par un recit dans lequel il
dit , qu'il étoit au comble de
fa gloire , puisqu'il avoit rétably
la joye dans le Ciel & fur
la Terre , par la guerifon du
plus grand Prince qu'on eût
vû jamais . Il ne manqua rien
à cet Opera , ny pour l'agrément
de la ſymphonie , ny
pourla beauté des Vers ; & l'on
peut dire que c'eſt avec beaucoup
de raiſon que l'on appelle
galate une Societé qui ſçait
V
GALANT... 87
donner de pareilles Feſtes .
Meſſire Armand de Bethune,
Evefque & Seigneur du Puy ,
Comte de Velay , apres avoir
rendu graces folemnelles à
Dieu avec tout le reſte de la
France par un Te Deum chanté
dans ſa Cathedrale , remit à la
tenuë des Eſtats du Velay ,
compoſez des trois Ordres , &
indiquez au premier jour de
ce mois , à donner en fon particulier
des marques plus éclatantes
du zele qu'il a pour ſa
Majefté . Ainsi à l'ouverture
de leur Affemblée , il les informa
de ſon deſſein , & les pria
d'aſſiſter en Corps à toutes les
Ceremonies , afin que toutes
les Communautez reprefentées
dans leurs Deputez , priffent
partaux réjoüiffances publiques,
Meſſieurs des. Eftats
88 MERCURE
ne manquerent pas de ſe ren-,
dre le 5. de ce mois dans l'Egliſe
Cathedrale , où ce Prelat
celebra la Meſſe en Habits
Pontificaux . Le foir , il prononça
dans la même Egliſe le
Panegyrique du Roy , dans lequel
il le fit voir veritablement
Grand par rapport à Dieu, par
rapport à luy- meſme , par rapport
à l'Estat , & par rapport à
la Religion , ce qui fut fuivy
d'une Proceſſion generale
aprés laquelle on chanta le Te
Deum en muſique. Dans laPlace
qui eſt au devant du Palais
Epifcopal,Monfieur l'Eveſque
duPuyavoit fait élever un fer
d'artifice ſur un piedestal , entouré
de huit colomnes avec
leurs bafes & chapiteaux qui
foutenoient une grandeCouronneRoyale
, ornée par tour
GALANT. 89
- de Fleurs de Lysavecun Glo-
- be au deſſus . Aux quatre coins
= on voyoit quatre figures . Le
Frontiſpice du Palais Epifco-
-pal au tour duquel on avoit
= fait une Galerie , étoit orné
de Tapiſſeries & de ſept grands
Tableaux , hauts de fix pieds ,
qui en faifoient le premier entablement.
Celuy du milieu repreſentoit
la France à demy
renverſée& ſa poitrine à demy
ouverte avec ces mots Ferrumfub
vulnerefenfit, pour faire
entendreque le meſme fer qui
avoit ouvert la playe du Roy ,
en avoit fait une dans le ſein
dela France . Au deſſus de ce
Tableau estoit le Portraitde ſa
Majesté environné de Lauriers
avec cette Inſcription.
Syderibus veniet Super
additus ordo.
& au deſſus une Deviſe d'un
१०
MERCVRE
Soleil à demy éclipſé avec ces
mots Ægro natura laborat. dans
le même ordre il y avoit douze
autres Deviſes ſous l'Hierogliphe
du Roy qui eſt le Soleil,
& entre les pilliers du frontifpice
eſtoient quatre Epigrammes
Latines ſur la maladie de
ce grand Prince. On avoit mis
deux Tableaux moyens au
deſſous de ces Epigrammes ,
ſçavoir une Aſtrologie qui appuyée
ſur un Globe meſuroit
les Aftres , avec ces paroles.
Emenfis metiturfydera terris;& de
l'autre coſté une Aritmetique
qui ſupputoitles conquêtes du
Roy, Et virtus numeris fuperaddita
crefcit. Au deſſous de ces
deux Tableaux moyens étoiết
les Deviſes ſuivantes , par rapport
aux grandes qualitez de
noſtre auguſte Monarque.
GALANT .
91
Un Canon , où l'on a mis la
= feu , dont la balle s'amortit
contre des ſacs de terre . Siftitur
obfequio .
Un Soleil qui paſſe plus viſte
-ſur les Signes de l'Hyver, Nec
- bruma moratur.
Vn Soleil avec un Aigle au
-deſſous, Quam volat inferior.
Vn noeud Gordien, Dirimet
alter.
Un Soleil ſous la nuë , Latur,
non déficit orbi.
Un Soleil couchant , Major
inoccafu.
Un Marteau qui par fon
coup faitdu feu ſur l'enclume,
Splendet abictu.
Le foudre qui rompt la nuë
quile retenoit, De carcere clarior
exit.
Un Milan en l'air , qui fait
aſſembler de petits Oiseaux ,
Cogit timor.
92 MERCURE
Un Soleil que pluſieurs nuës
oppoſées empefchent de s'élever
, Contrarius evehor orbi.
Un Soleil qui attire de noires
vapeurs de la terre , pour
exprimer la Converfion des
Pretendus Reformez , sibique
poloque trabebat.
Un Soleil jettant des rayons
de toutes parts , pour montrer
la prudence du Roy , Undique
&ubique .
Un grand Lys qui ſurpaſſe
pluſieurs autres fleurs , pour
exprimer le ſurnom de Grand,
Supereminet omnes.
Un Soleil éclipſé, pour marquer
la maladie du Roy , ager
Suspicitur.
Un Soleil ſur l'Horiſon ,
pour marquer l'action continuelle
& toûjours tranquille
duRoy , Immotus agit.
GALANT.
93
Vn Lys ſous un Laurier ,
pour faire connoître la grande
réputation du Roy , qui écarte
le foudre qui tombe à coſté ,
Denſa tegit Laurus.
Vne petite Fleur appellée
l'Immortelle , qui ne ſechejamais
, Celſo Immortalis praludit
Olympo.
Au deſſous de ces Deviſes
eſtoientdans une meſme ligne
neuf Tableaux de la vie d'Alexandre
, repreſentant ſes plus
memorables actions,avec leurs
inſcriptions par rapport à celles
du Roy. Aux deux coſtez
duFrontiſpice du meſme Palais
, on avoit poſé deux Fontaines
de Vin , qui coulerent
depuis le retour de la Procefſion
juſqu'au lendemain .
Sur les fix heures du ſoir les
Eftats du Pays ſe rendirent en
94
MERCURE
Corps à l'Eveſché. Madame la
Ducheſſe d'Vſez , Madame la
Vicomteſſe de Polignac , Mademoiselle
d'Epagny , & tout
ce qu'il y a de perſonnes de
qualité dans la Ville , s'y rendirent
auſſi , & furent conduites
dans la Galerie du Frontif.
pice du Palais Epifcopal. Monſieur
l'Eveſque du Puy à la teſte
de ſon Chapitre . Monfieur,
le Vicomte de Polignac &
Monfieur de Fillere Juge Mage,
Commiſſaire extraordinaires
& ordinaires des Estats de
Velay , & deux des Meſſieurs
des Perſonnats du Clergéde la
Nobleffe & du Tiers Estat firent
trois fois le tour du bucher
allumé au milieu de la
Place, aux cris de Vive le Roy , &
au bruit des Tambours , Fifres
&Trompettes .Tout le frontifGALANT.
95
pice, de toutes les feneftres &
- le dedans de la court , ſe trouverent
illuminez d'un tresgrand
nombre de feux . Outre
les décharges de pluſieurs Boëtes
& Fauconneaux, on tira fix
volées de Canon par les ordres
- de Monfieur le Vicomte de
- Polignac , que Monfieur l'E-
: veſque du Puy pria de monter
à la Galerie , pour metre le feu
à une Colombe qui devoit allumer
l'artifice. A peine futelle
deſcenduë, qu'il partit du
Theatre un nombre infiny de
- Fuſées de toutes fortes . La
Couronne Royale élevée ſur
les huit colomnes , parut en
feu tant que dura l'artifice ,
& le Soleil qui eſtoit au deſſus,
jettoit des ſlâmes en forme de
- rayons quienvironnoient tout
- le Theatre . Les quatte Figures
94
MERCURE
de l'Herefie , de la Difcorde ,
de la Maladie , & de la Furie ,
ayant brûlé inſenſiblement
furent enlevées en l'air les
unes aprés les autres juſqu'à
cequ'elles fuſſent entierement
confumées . C'est ainſi que
Monfieur l'Eveſque du Puy ,
penetré d'un veritable fentimentde
tendreffe & de reconnoiſſance
pour le Roy , a tâché
de prendre part à la joye publique.
Le Dimanche 23. du mois
paſſé ,l'Univerſité de Poitiers
fit chanter le Te Deum en Muſique
dans l'Egliſe des lacobins,
à l'iſſuë des Veſpres du
و
jour , qui avoient eſté chantées
ſolemnellement. L'Eglife
eſtoit ornée des plus bellesTapiſſeries
de la Ville , &une infinité
de cierges éclairoient
l'Autel
GALANT
95
l'Autel. La Ceremonie ſe termina
par le Panegyrique du
Roy , que Monfieur Iouffant ,
Recteur de l'Vniverſité , prononça
en Latin avec un applaudiſſement
general. Tous
les Docteurs des quatre Facultez
dont cette Vniverſité eſt
compoſée , y affifterent avec
leurs Habits de ceremonie ,
ainſi que leurs Officiers generaux
& particuliers , qui
avoient tous les marques de
leursCharges.
Ie vous ay parlé dans la
ſeconde Partie de ma Lettre
du derniermois , du Te Deum
que la Cour des Aydes d'Auvergne
fit chanter au commencement
de Février. Le 4.
de ce même mois Mrs du Siege
Prefidial de Clermont rendirent
de pareilles actions de gra-
Avril 1687 . E
96 MERCURE
ces avec beaucoup de ſolemnité
. Tous les Officiers , Avocats
& Procureurs aſſiſterent
en Robes à cette Ceremonie.
La Muſique y fut trouvée admirable
, & il y eut enſuite un
magnifique Repas dans la Sale
du Palais . Ce Repas finy , on
ſe mit ſous les armes . Les Magiſtrats
, à la teſte deſquels
eſtoit la Compagnie du Guet ,
commandée par Monfieur de
Bellegarde , Maiſtre en fait
d'armes , firent le tour de la
Ville en criant Vive le Roy Sur
le foir ils revinrent au Palais ,
&l'on alluma un grand Feu de
joye au bruit de pluſieurs décharges
de Moufqueterie.
Peu dejours Aprés, les Elûs
ſuivirent leur exemple , & les
Corps des Arts & Métiers firent
chacun leur Ceremonie
GALAN T.
97
particuliere. Dans toutes ces
- Feſtes on ſe rangea ſous les armes
; la Mouſqueterie fit totjours
grand bruit , & les Feux
de joye nemanquerent pas .
Les Capucins de Quimper
voulant marquer leur recon .
noiffance pour leRoy , qui les
protege avec tant de bonté,
non ſeulement dans le Royaume,
mais encore dans toutes les
Parties du monde , où pendant
qu'ils vont travailler àla converſion
des Ames , ce Grand
Prince les nourrit & les entretient
par ſes liberalitez , firent
un grand Feu de joye le ſecond
Dimanche du Careſme. Il fut
precedé d'un Te Deum, entonné
par Monfieur l'Evefque de
Quimper , qui s'eſtoit rendu
dans leur Eglife , aſſiſté de tout
fon Clergé,&de trois deMef-
E2
98 MERCURE
feurs ſes Freres , dont l'un
etoit à la tefte de toute la No-
* bleffe , & l'autre à la teſte du
Prefidial . Il y avoit pluſieurs
Compagnies ſous les armes . Le
Pere Ambroise de Quimper ,
Capucin , qui prononça le Panegyrique
du Roy , prit pour
texte ces paroles de l'Evangile
du jour , Hic eft filius meus dile-
Etus, in quo mihi bene complacui. Il
faifoit parler l'Egliſe , qui reconnoiſſoit
le Roy comme fon
Filsaifné , & fit voir que c'étoit
un coup de la Providence , &
non du hazard , que la rencontre
de l'Evangile en un jour où
le zele fingulier de ſon Ordre
pour celebrer le parfait rétabliſſement
de la ſanté de ce
Monarque , l'engageoit à faire
fon Eloge , puis que cetEvangileluy
en fourniſſoit une idée
LYON
B
*1893*
GALANT.
de ſon
SLYON
VILLE
avoir dit que le Sauveur au/893 *
- monde avoit paru ce jour-là
furleThabor auſſi éclatant que
- le Soleil , s'entretenant avec
Moyfe & Elie, à l'ombre d'un
nuage , qui tout épais qu'il
eſtoit , avoit aſſez de lumiere
pour découvrir aux
Apoſtres qui l'avoient ſuivy ,
quelques rayons de ſa gloire ;
que Pierre , Iacques , & Iean
ſaiſis d'une ſainte frayeur ,
eſtoient tombez fur la face ;
& qu'enfin Pierre , commele
plus zelé pour la gloirede ſon
Maiſtre , s'eſtoit écrié par un
tranſport de joye , qu'il vouloit
demeurer éternellement
avecluy fur le Thabor, il ajoûtta
que c'eſtoit une noble idée
des differens mouvemens de
douleur , de joye , de crain-
E 3
$100
MERCURE
A
te , & d'efperance dont nous
avions été agitez pendant tous
le cours de la maladie du Roy.
It les expliqua d'une maniere
fort vive , & fit connoiſtre
que le Sauveur n'avoit pû refuſer
la guerifon de Sa Majesté
aux ardentes Prieres de fon
Epouſe , qui luy avoit dit ſi
ſouvent par la bouche de ſes
Miniſtres , que cet Auguſte
Malade eſtoit ſon Fils bien-aimé.
Enfin , pourſuivit ce Pere ,
fi Moyfe & Elie paroiſſent ſur le
Thabor avec le Sauveur , on peut
avancer que c'est avecbeaucoupde
justice que l'Egliſeſeréjoüit aujourd'huy
de la parfaite ſantédu Roy.
puis qu'elle rencontre en luyfeul un
Moyfe en puiſſancepour ſoûtenirſa
gloire & un Elie en Zele pour la
vanger de ſes Ennemis. Loürs
LE GRAND arme comme un au-
2
GALANT. ΙΟΙ
tre Eliedduu ſſeeuullggllaaiivvee defon zele
pourla Foy , a détruit les Heretiques.
Loüis le Grand portant la Loy
de Dieu mieux gravée dans son
soeur, qu'ellen'estfur les Tables que
Moyfe porte dansses mains , employesa
puissance à lafaire obferverpar
fes Sujets , & à établir la
pietéparmy les Catholiques;& c'est
parlà qu'il merite le glorieuxtitre
de Fils aisné de l'Eglise , & les
complaisances de cetteSainte Mere
furle rétabliſſement deſa ſanté ,
Hic eſt Filius meus dilectus .
C'estauffi, Meffiears , celuy que de
mille beaux endroits de la Vie des
Roy , dont chacun merite un Panegyrique
entier , je choisis pour ta
matiere de celuy-cy , quoy que déja
grand nombre d'Orateurs en ayent
parléavec tant d'éloquence , qu'ils
ſemblent n'avoir rien laiſſéà ceux
qui viennent aprés eux,quelagloi
E 4
1021 MERCURE
re de ne pas garder lefilence que
leur pourroient reprocher les pierres
meſmes des Temples démoli ,&des
Eglises rebasties , éternels monimens
de la pieté du Roy , &de fon
zele pour la Religion. Les preuves
de ce deffein furent fort
juſtes & fort naturelles ; & il
finit par une forte Morale tirée
des paroles de fon Evangi
le, Ipsum audite , exhortantles
nouveaux Convertis , auffibien
que les autres Catholique
,à écouter ce zeléMonarque
qui les appelloit dans les
veritables voyes deleur ſalut.
Cequi s'eſt paſſé dans l'Ab
baye de Landevenec , Ordre
de S.Benoist Dioceſe deQuimper
, merite bien d'avoir plaplace
icy. Elle est fituée au
pied d'une affez haute Montagne
qui la met à couvert des
GALANT.
103
orages. Le Canal de la Riviere
de Brest à Chateaulin , dont
elle n'eſt éloignée que de cinq
lieuë , bat les murailles de fon
enceinte , & l'on y voit tous les
agrémens de la Mer fans qu'on
en connoiſſe les dangers.Cette
Abaye eſt de la fondation d'un
des premiers Roys de Bretagne
au quatriéme Siecle. Mr
Tanguy , Aumônierde la feuë
Reyne Mere , qui en eſt Abbé;
& les Religieux pour rendre
plus éclatante la folemnité
qu'ils vouloient faire , convoquerent
les Paroiffes & tous
leurs Sujets avec les Gardes
& Archers pour le Dimanche
6. de ce mois. Le jour
precedent , la Feſte fut annoncée
par le carillon des cloches
& par la defcharge de
pluſieurs boëtes , & le len
Es
104 MERCURE
demain fur les trois heures
apres midy , les Proceſſions des
Paroiſſes dependantes eſtant
arrivées , Monfieur l'Abbé officia
folemnellement à Vefpres.
qui furent ſuivies d'un Te
Deum , aprés quoy les Proceffions
& le Clergé allerent au
lieu où l'on avoit preparé le
feu de joye , & pendant toute
la marche qui fut fort longue
on chanta l'Exaudiat &
les Pſaumes marquez pour les
Actions de grace. Lors que l'on
fut arrivé , Monfieur l'Abbé &
le Superieur des Religieux
mirent le feu au Bucher , qui
eſtoit haut de40. à 50. pieds,
& au mefme inſtant , grand
nombre de Boëtes & d'Artillerie
commencerent à tirer..
Quelque haut que fût le feu ,,
en avoit diſpoſé les armes du
GALANT .
105
Royde telle forte qu'elles n'en
furent point endommagée . Ce
qui fatisfit beaucoup lesSpectateurs
, c'eſt qu'à chaque nouvelle
flâme , il y avoitdes feux
d'artifice qui produiſoient un
tres -bel effet. Au retour de la
Proceſſion , on chanta encore
des Prieres pour le Roy , &
une aumofne generale termina
la Feſte.
Celle qui a eſté faite en la
Ville d'Agde en Languedoc ,
eft tres remarquable. Le Samedy
premier jour du dernier
mois , Monfieur de Bandivel,
Seigneur de Frigaret , s'étant
mis àla teſte d'une Compagnie
de quarante des principaux
Habitans, tous gens bien faits
& fort leſtes , chacun avec fa
Bandouliere des couleurs du
Roy galonnée d'argent, repre-
E6
106 MERCVRE
ſentant les Gardes du Corps,ſe
rendit à l'Hoſtel de Ville fur
les quatre heures du foir , accompagné
deMonfieur Courtigny
ſon Lieutenant. Quinze
Compagnies d'Infanterie s'y
trouverent. Elles étoient commandées
par Monfieur Gauchy,
Sieur de la Grifoud, qui
a ſervy dans les Armées du
Roy , & dans celles de Venize
dans la Morée en qualité de
Volontaire , & avoient leurs
Etendards,Fifres &Tambours
Il s'y trouva auffi une Compagnie
fort leſte de quatrevingts
Cavaliers tres bien
montez, commandéé par Monfieur
Apolit , quia eſté Capi
taine dans les armées de ſa majeſté
, avec desTimbales & des
Trompettes à la teſte , ce qui
faiſoit prés de deux mille hom
GALANT 107
mes. On partit de là pour ſe
rendre à l'egliſe Cathedrale ,
qui estoit ornée des plus riches
Tapiſſeries de Monfieur
l'Evefque d'Agde,& tres -bien
illuminée. La Compagnie des
Gardes marchoit devant le
Portrait du Roy , porté par
un des principaux Habitans.
Meſſieurs Vayrac,Bonnefour,
Vellay & Brun Confuls , fuivoient
avec tout le Corps de
Ville , & cette marche ſe fit au
bruit du Canon , au fon des
Tambours , Fifres , Trompettes
, Haut-bois , Violons , &
aux cris de tout le Peuple. Le
Portrait fut receu par le Chapitre
, & expoſe ſurunTapis
de Velours bleu à l'entrée du
Choeur , au bas duquel on
avoit peint un Soleil fortant
d'une nuée épaiſſe avec ces
108 MERCURE
mots , Illinc fulgentior exit . Au
deſſous on plaça un Tableau ,
au haut duquel eſtoient les
Armes de France , & autour ,
des Trophées d'Armes avec
des Cartouches où les plus
éclatantes actions du Roy
étoient dépeintes . Le lendemain
, le devant de l'Hostel de
Ville ſe trouva tendu de belles
Tapiſſeries . Au haut de laPorte
on avoit dreſſe un riche
Dais de Damas Cramoify
avec une grande Creſpine
d'Or , & fous ce Dais on mit:
un autre Portrait du Roy fur
un Tapis de la mefme étoffe ...
Ce Portrait fut gardé juſqu'à
minuit par deux Cavaliers
& par quatre Moufquetaires
qu'on relevoit de deux heures
endeux heures. Les Troupes
ayant eſté prendre Meſſicurs
GALANT.
109
les Confuls à l'Hoſtel de Ville ,
les conduifirent à la Cathedrale
dans le meſme ordre qu'ils
avoient fait le jour precedent,
& commencerent leur marche
en défilant devant le Portrait
du Roy qu'on falua par une
décharge generale des armes
à feu . Toutes les Troupes en
arrivant dans la Place qui eſt
devant l'Eglife , s'y rangerent
en Bataille , & firent un autre
falve . Quand la Compagnie
des Gardes , les Confuls & le
Corps de Ville entrerent dans
l'Egliſe, où chacun s'eſtant placé
, les Gardes en haye aux
deuxaîles du Choeur fous les
Armes , Monfieur Ranchin ,
Vicaire general commença la
Meffe , qui fut chantée en Mufique
. Les Confuls & tout le
Corps de Ville , allerent à FOf
110 MERCURE
fertoire , precedez d'un détachement
d'un Exempt & de
deux Gardes . La Muſique chata
folemnellement l'Exaudist
aprés la Communion , & l'Officiant
ayant prié pour le Roy,
Monfieur l'Abbé Eſtore prefcha
dans le Choeur ſur la recheute
au peché.Il fit voir que
celle des pechez du coeur étoit
toûjours fort dangereuſe , mais
que celle des pechez de l'eſprit
l'eſtoit beaucoup davantage ,
ce qui luy donna occafion de
dire que nous n'avions plus à
craindre la recheute dans l'Herefie
qui estoit le plus funeſte
peché de l'eſprit. Il paffe de là
à l'éloge du Roy qu'il fit avec
beaucoup d'éloquence.En fuite
on retourna à l'Hoſtel de
Ville où toutes les Troupes
firent une troiſième ſalve
GALANT . 111
de mouſqueterie & de piſtolets
. L'apreſdiſnée les Confuls
firent une diſtribution de deux
mille pains aux Pauvres , &
l'on vit jaillit une Fontaine de
Vinqui coulajuſqu'à la nuit .
Les Veſpres furent ſuivies du
Te Deum , pendant lequel on
tira trente coups de Canon ,
auſquels les Barques qui étoient
dans le Port , répondirent
par cent autres . Le ſoir on
partit de l'Hoſtel de Ville dans
le meſme ordre , & l'on ſe reni
ditau delàde laRiviered Heraud
, par le Pont de Bateaux
qui eſt tres -beau , au bruit de
tous les Inſtrumens de Guerre ,
des Hautbois , des Violons , &
descris de Vivele Roy. On alla
aulieu où l'on avoit élevé un
tres -beau Feu d'artifice : avec
quantité de Deviſes & d'Inf112
MERCURED
criptions. Au fortir de laVille
on trouva ſoixante Barques
avec des Illuminations juſques
aubout de leurs Mafts ,& qui
avoient déployé leurs Pavil
lons,Banderolles & Paveſades.
CesBarques faiſoient un tresbel
effet , & entre autres celles
deMonfieur Eſparſe l'un des
riches Negocians de la Ville ,
&du Patron d'Almas , qui fe
fignalerent en cette Feſte . Elles
firent leur deſcharge de toute
leurArtillerie lors que les Cofuls
parurent fur le Pont. Les
Troupes s'eſtant rangées , les
Confuls mirent le feu au Bucher
,autour duquel les Gardes
firent leur décharge qui
fut un fignal pour faire tirer
quarante coups de Canon
aprés quoy les Barques en tirerent
deux censautres . Il y eut
GALANT.
113
enfuite des feux allumez devant
toutes les maiſons . Celuy
que Monfieur de S. Martin ,
Commiffaire de la Marine fit
faire devant la ſienne fut accompagné
de la décharge de
foixante Boëtes . Les Confuls
donnerent un magnifique ſoupé
aux plus confiderables de
la Ville , & Monfieur de Bandivel
à toute fa Compagnie .
Monfieur Apolit regala auſſi
Ia fienne , & Monfieur Eſparſe
traita fur ſon Bord quantité de
ſes amis .Le foupé fini, les Confuls
accompagnez de tous ceux
qui avoient eſté de ce repas ,
auſquels pluſieurs autres ſe
joignirent,allerent faire le tour
dela Ville avec les Haut - bois
& les Violons , precedez de
plus de cinq cens Flambeaux.
Ils beuvoient de temps en
114. MERCURE
temps à la ſanté du Roy , & ce
couplet de Chanſon étoit mélé
dans leurs cris de ioye.
Ala Santé du Roy , nôtre Auguste
Monarque ;
Ila triomphede la Parque ;
Caron
A tremblé dansſaBarque
Afonſeulnom.
Aprés cela ils allerent prendre
le Portrait du Roy que
Monfieur Vayrac , premier
Conful , porta chez luy , accompagné
de fix Moufquetaires
, de quatre Hautbois , &
d'unTrompette .
Dans l'article des réjoüiffances
de Dijon ,je crois vous
avoir parlé de MonfieurBouchu
, Confeiller au Parlement .
Comme il avoit fait faire des
prieres pendant trois jours
dans le temps de la maladie
GALANT.
115
du Roy , il employa ce méme
nombre de jours à faire rendre
des actions de graces à
Dieu , ſi- toſt qu'il eut ſceu que
ſa ſanté eſtoit rétablie , & fit
éclater ſa joye par un grand
Feu d'artifice & par une trèsbelle
Illumination, d'un grand
Balcon &de toute la face de ſa
maiſon , l'une des plus remarquables
de la Ville . Ce zele
eſt la ſuite de celuy de tous ſes
Anceſtres , & entre autres de
Monfieur fon Pere , Premier
Preſident du Parlement de Dijon
, qui en a donné de fortes
marques toute ſa vie , fur tout
pendant les Guerres Civiles .
Feu Monfieur Bouchu ſon Frerea
eſté trente ans Intendant
de la Province. Il eſtoit Pere
de Monfieur Bouchu , qui eſt
preſentement Intendant en
Dauphiné.
146 MERCURE
,
La ſanté du Roy a cauſé une
joye fi grande , que ceux méme
qui ne ſont pas nez ſes Sujets
, vont dans leurs Terres
qui font de la domination de
France , afin de marquer par
des Feſtes magnifiquesla part
qu'ils prennent à nôtre bonheur.
C'eſt ce qu'a faitMonſieur
leMarquis de Briſſac de
la Ville d'Avignon , Neveu de
Monfieur de Briffac , Major
des Gardesdu Corps . Il ſe rendit
le 4. de ce mois dans le
Dauphiné à ſa Terre d'Aubres,
dont la pluſpart desHabitans
font nouveauxConvertis
. Il les fit mettre ſous les Armes
, & le Dimanche ſuivant,
il fit celebrer une grand Meſſe ,
qui fut ſuivie de L'Exaudiat
&du Te Deum . On avoit placé
les Armes du Roy furla porte
GALANT. 117
de l'Egliſe avec des Feſtons
tout autour & le dedans étoit
orné aufſi proprement que le
lieu le put permettre. Il y eut
rrois falves,l'une à l'élevation,
l'autre à la fin du Te Deum, & la
troifiéme aprés que la Benediction
eut eſté donnée . Comme
il y a beaucoup deſes Habitans
qui ont ſervy dans les
Troupes , ils firent ces trois
décharges avectoute la juſteſſe
poſſible .A l'iſſuë de la Meſſe,
on fit une diſtribution de pain
àtous les Pauvres , & en méme
- temps on vit couler devantle
Chaſteau une fontaine
de Vin qui deſaltera tous
ceux qui voulurent boire jufqu'à
dix heuresdu foir. A l'entrée
de la nuit , le feu qu'on
avoit dreſſé à la place qui eſt
devant le meſme Chaſteau ,
120 MERCVRE
fut allumé au fon des Tambours
& des Fluftes . Il y eut
une illumination tout au tour
pardes Fanaux aux armes du
Roy, & tout le Village fut
éclairé par des lumieres miſes
-aux feneftres . LeCurédulieu
qui eſt fort zelé rappella le
peuple dans ſon Eglife au fon
de la Cloche , & termina cette
fefte par une Proceffion qu'il
fit autour du Village en chantant
leTe Deum. Chacun avoit
un flambeau à la main. Monſieur
le Marquis de Briffac eft
un Gentilhomme diftingué
que Meffieurs de la Ville d'Avignon
envoyerent en 1682 .
pour complimenter le Roy fur
la naiſſance de Monſeigneur
le Duc de Bourgogne.
: Monfieur leComte de laRiviere
, Bailly & Gouverneur
d'Auxerre ,

119 GALANT.
d'Auxerre , a fait faire aufli
des Prieres , accompagnées de
grandes réjoüiffſances , & de
Feux de joye dans toutes ſes
Terres , où il a aſſemblé toute
la Nobleſſe du Pays, qu'il a régalée
pendant pluſieurs jours ,
&àdiverſes repriſes . Il répond
parlà au zele de ſes Ayeux ,
qui ont poffedé les plus belles
&les plus importantes Charges
du Royaume. Il a eu
Phonneur , auffi - bien que
Monfieur le Marquis de la Riviere
, ſon Cadet , tué devant
Genes , d'avoir eſté Page de
la Grande Ecurie ,& a commandé
enſuite une Compagnie
de Cavalerie fous feu
Monfieur de Turenne , quile
regardoit avec beaucoup de
diſtinction .
MonfieurDoré , Maistre de
Avril 1687. F
120 MERCVRE
la Muſique de la Cathedrale
d'Arras & tous les autres Muficiens
de la Ville , aprés avoir
preſté leurs voix dans toutes
les Egliſes , pour rendre graces
à Dieu de la parfaite ſanté du
Roy , ont voulu faire connoiſtre
qu'ils ne cedoient en zele
à aucun Corps .Leur Feſte ſe fit
dans l'Egliſe des Iefuites , où
toute la Ville fut invité . Mr le
Févre,Prevoſt de la Cathedrale
, qu'ilsavoient prié de faire
l'Office , y fit tranſporter , du
conſentement du Chapitre,les
beaux Ornemens de velours
bleu , femez de Fleurs de Lys
d'or , dont Loüis X I. leur fit
autrefois preſent afin que la
veuë des Lys donnaſt àtout le
monde une forte idée de l'auguſte
Prince qui les fait aujourd'huy
fleuriravec tant de
GALANT. 121
gloire par toute la Terre. Les
Voix, les Concerts, les Inſtrumens,
tout fut d'un accord qui
qui charma tous ceux qui pûrentavoir
place à cette Ceremonie
. Le Canon ſe fit entendre
pendant qu'on chanta le
Te Deum , & Monfieur Doré ,
dela compoſition de qui la muſique
eſtoit , ainſi que la Symphonie
, receut de grandes
loüanges .
Ie ne ſçaurois mieux finir
cegrand Article de réjoüiffances
, que par la Chanſon qui
fuit. Elle est de Monfieur Prevoſt
, cy-devant Maiſtre de
Muſique de la Cathedrale de
Clermont en Auvergne , fur
l'entiere guerifon du Roy. La
Rime deparfaite avec s'appreſte
qu'on ne fouffrepointicy, pafſe
pour bonne en ce Païs- là ,
2
122 MERCURE
où l'on prononce tempeste comme
trompette.
:
CHANSON A BOIRE .
1
IL n'est plus temps de répandre
▲ des larmes ,
Le Ciel nous a tirez & de crainte
& d'alarmes ,
Et pour nous rétablir dans un profondrepos
Il nous a confervé nostre aimable
Heros.
LOUIS LE GRAND joüit d'une
Santé parfaite
Celebrons en l'heureux retour ,
Sus, que chacun denous s'apreſte
A marquer en ce jour
Sa ioye & Son amour .
Tandis que la France
Voit couler de LOUISles jours en
affurance ,
Faisons , mes chers amis ,faiſons
dansnoſtreſein
GALANT.
123
Couler en abondance
Des fontaines de vin,
Le 6. du mois paffé ,Monſieur
de la Berchere , nommé à
l'Archeveſché d'Alby , arriva
dans cette Capitale de fon
Dioceſe . Comme il avoit défendu
qu'on luy députaſt à
Aix , fi -toſt qu'on ſceut qu'il
eſtoit à Montauban chezMonfieur
l'Intendant de Guyenne
fon Frere , les Deputez de tous
les Corps de la Ville d'Alby ,
& un grand nombre de Perſonnes
de qualité , allerent l'y
falüer . Le rapport qu'ils firent
de ſes grandes qualitez , & de
ſes manieres douces & caref
ſantes , tira les eſprits de la
langueur dont ils eſtoient accablez
, tant par la mort de fon
illuſtre Prédeceſſeur , que par
F3
124
MERCURE
les longues maladies qui regnent
depuis un an dans cette
agreable Ville . Tous les Habitans
, au bruit de ſa venuë ,
coururent au devant de luy.
Le Clergé , la Nobleffe , le
Tiers - Eftat , tout voulut à
l'envy témoigner ſa joye . Le
Peuple des Villes & des Villages
de fon Dioceſe par où il
paſſoit , le ſuivoit en foule. Il
entra ainſi dans la Ville , précedé
, entouré , ſuivy d'un
concours incroyable de gens,
& les Dames qui estoient aux
feneftres , parfumoient l'air
des ruës par des fleurs qu'elles
jettoient. L'irregularité de cet,
te eſpece de triomphe en faifoit
le plus grand prix , puis
qu'il eſtoit aifé de connoistre
que chacun ſuivoit les mouvemens
de ſon coeur . Ce petit
GALANT.
125
détail d'une grande Iournée a
eſté écrit à Monfieur l'Abbé
-de la Roque par Madame de
Saliez , Viguiere d'Alby , qui
le jour meſme fit les Vers fuivans
ſur l'arrivée de ſon nouveau
Prelat.
S
Ous des Aftres benins cette aimable
Contrée
Surpaſſoit en beautèle plusheureux
climat ,
Nous goûtions en repos unepaix af-
Surée
Saintementgouvernezpar un charmant
Prelat .
Son abfence devint laſourcedenos
peines,
Elle nous préſagea la colere des
Cieux,
L'airdevenu poison , tout changea
dans ces lieux ,
Un dangereux venin ſe'gliſſa dans
nos veines,
F 4
126 MERCURE
Ces fignes trop certains du plus
grand des malheurs ,
Précederent la mort du meilleur
des Pasteurs.
Du Ciel ce faint Prelat qui nous
plaint , qui nous aime ,
Afon triſte Troupeau donne un autre
luy mesme ,
Tout va réprendre icyſes premiers
agrémens,
LeCiel change en amour les marques
defa haine.
Peuple , un nouveau Pasteur en ce
iour terameine
La ioye & les plaisirs, lafanté, le
Printemps ;
Atafelicité rien ne peut faire ob-
Tes preffantes langueurs demanstacle,
doient'un miracle ;
Viens voir cegrand Prelat,&revererſes
loix ,
Viens voir mille vertus brillerfur
Son visage .
GALANT.
127
Et ton bonheur certain dans l'augu
Ste affemblage
:
De cent miracles à la fois.
Ieviens àl'Article des Morts
du mois paſſe ,que la tropgrande
quantité de choſes que j'avois
à vous apprendre me fit
referver pour celuy-cy.Meffire
Loüis le Févre de Caumartin
, Seigneur de Boiſſy ,
Argouges , Rouvré , Maiſy , &
autres lieux , Conſeiller d'Etat
ordinaire , mourutle 5. de
Mars . Il avoit eſté Conſeiller
au Parlement de Paris , Maiſtre
des Requeſtes & Intendant
de luſtice en Champagne
, dans ces divers Emplois,
il s'eftoit acquis toute la repu .
tation qui peut rendre les plus
grands Magiſtrats recommandables
. Il avoitune grande po-
FS
:
128 MERCURE
liteſſe , & eſtoit amy juſqu'à
riſquer tout fon bien. On ne
peut eſtre plus éclairé qu'ille
paroiffoit au Confeil;& quand
il a eſté Intendantde Province
, il s'eſt toûjours fait aimer
des Peuples , & a ſervy le Roy
tres-utilement. Il eſtoit Fils
de Meffire Loüis le Févre de
Caumartin,qui a eſté Conſeiller
au Grand Confeil , Maiſtre
des Requeſtes , Preſident aux
Requeſtes du Palais ,puis Confeillerd'Etat
ordinaire & Ambaffadeur
à Venise ; & Petitfils
de Meſſire Louïs le Févre
de Caumartin , qui fut d'abord
Conſeiller au Parlement
de Paris , enſuite Maiſtre des
Requeftes,Prefident auGrand
Confeil , Intendant de Iuftice
en Poitou& en Picardie, Confeiller
d'Etat , & enfin Garde
GALANT.
119
des Sceaux de France. Monfieur
de Caumartin qui vient
de mourir , avoit deux Oncles;
l'un nommé François le Févre
de Caumartin , Evefque d'Amiens
, & l'autre , lacques le
Févre de Caumartin,Seigneur
de Saint Port , Conſeiller d'Etat
, Ambaffadeur pour le Roy
en Suiffe. Il avoit épousé en
premieres Noces Urbaine de
Sainte Marthe , d'une ancienne
Famille , qui a donné plufieurs
illuftres Autheurs fur
l'Hiſtoire de France , & dans
les belles Lettres , qui ont fait
partde leurs Ouvrages au Public;
& en fecondes Noces ,
Catherine Madeleine de Ver .
thamont , Fille de feu Meffire
Françoisde Verthamont, dont
font venus plufieurs Enfans.
L'aifné de tous ceux de Mon-
F6
130
MERCURE
fieur de Caumartin eſt Meffire
Vrbain- François-Loüis le révre
de Caumartin, receu Maiſtre
des Requeſtes en 1682.
apres avoir eſté Conſeiller au
Parlement , & Commiſſaire
aux Requeſtes du Palais . Cette
Famille porte d'azurà laface
de cing preces d'argent. Elle est
alliée aux Myron , des Effards ,
Lhuillier , d'Orgeval , de Boffu
- d'Hennin, Bourdin de Villaines
, le Tonnelier de Machaut,
Morlet du Mufeau, &c.
La place de Conſeiller d'Etat
ordinaire , vacante par la
mort de Monfieur de Caumartin,
a efté donnée à Monfieur
Roüillé, qui estoit Conſeiller
d'Etat deSemestre,& Monfieur
duGué de Bagnols, Intendant
en Flandre , a été choisi pour
remplir celle de M. RoüilléM.
GALANT.
131
duGué de Bagnols a fait paroiftre
tant de capacité , & une
experience ſi conſommée dans
toutes les Affaires qui luy ont
été confiées au Conſeil,& qu'il
a eu l'honneur de rapporter devant
le Roy , aufi bien que
dans celle de fon Intendance,
que le choix de Sa Majesté a
été applaudy de tout le monde.
Ie ne vous dis point qu'il a l'avantage
d'être Neveu de feu
M. le Chancelier le Tellier,
c'eſt ce qui vous eft connu .
Meffire lacques de Fieux,
Evefque & Comte de Toul,
Docteur en Theologie de la
Maiſon de Navarre , Abbé de
Beaulieu, Dioceſe de Langres,
mourut icy le 15. du mesme
mois. Havoitpaffe toute la vie
dans des exercices de pieté,&
merité par là l'Eveſché de
132 MERCVRE

Toul , dont le revenu eſt trespetit
, & la charge immenfe .
Ily fut nommé en 1675. & c'eſt
en rempliſſant ſes devoirs avec
un zele infatigable qu'il a gagné
une maladie qu'il a terminé
ſes jours , aprés trois ans de
langueur. Il eſtoit Frere de
'Monfieur de Fieux de Bonnemare
, Maistre des Requeſtes,
quia été Lieutenant General
d'Andely,& de Monfieur l'Abbé
de Fieux,Chanoine, Archidiacre
, & Official de Roüen ,
auquel il avoit réſigné l'Abbaye
de Bellozane. De Fieux
porte de Sable au Chevron d'or ,
accompagné de trois Trefles de
même.
Ces deux morts furent fuivies
le 20. du méme mois , de
celle de Meffire Jofeph d'Angennes
, Marquis de Pougny,
GALANT.
133
Comte de Concreffault , Seigneur
de Blancafort, Orfemõt,
Meſſy , la Rivaudiere &c . Il
avoit efté Enſeigne des Gendarmes
du Roy & eſt mort âgé
de trente quatre ans. Anne-
Marie - Thereſe de Lomenie
fa femme, fille de Loüis Henry,
Comte de Brienne, mourut
il y a quelques années .
Le lendemain 21. de Mars
Meffire lean -Antoine de Pardaillan
de Gondrin , Marquis
de Monteſpan , Duc de Bellegarde,
mourut dans ſon Hôtel
à Paris agé de 85.ans Il étoit
Chefdu nom & des armes de
la Maiſon de Pardaillan , & l'un
des quatre Barons d'Armagnac,
iſſus de la premiere race des
Comtes d'Armagnac , Cadets
de la Maiſon de Poitiers , Duc
de Guyenne . Il avoit herité du
134 MERCURE
Marquiſat de Monteſpan ou
Mont- d'Eſpagne,de Paule d'Efpagne
une de ſes Ayeules,petite
fille de Blanche de France,
troifiéme fille de S.Loüis & de
Ferdinand de Caſtille , dit de
Lacerde , fils aifné d'Alphonfe
X. Roy de Caſtille, furnommé
l'Aftrologue du chef de
laquelle il eſtoit né grandd'Efpagne
,& allié aux plus puiffantes
Couronnes de l'Europe .
Ce Duc a eſté un des plus
adroits & des plus accomplis
Seigneurs de fon fiecle , & a ett
le bonheur d'eſtre toûjours
eſtimé des Rois ſes Maiſtres
Loüis XIII . & Loüisle Grand,
auprés deſquels il a fervy fore
long- tems en qualité de grand
Maistre de la Garderobe . Dame
Marie-Anne de Bellegarde
la veuve, fille unique de Cefar
GALANT..
135
Auguſte de Bellegarde , Marquis
de Termes, Chevalier des
Ordres du Roy, Premier Gentil
- homme de la Chambre ,
Grand Efcuyer & nommé Maréchal
de France , & niece de
Roger , Duc de Bellegarde, luy
fit faire le 26. du même mois
un Convoy tres - magnifique
& un Service des plus folemnels
dans l'Egliſe de S. Sulpice
ſa Paroiſſe , qu'il avoit choiſie
pour le lieu de ſa ſepulture.
C'eſt une Dame d'un merite
fingulier , & d'une vertu extra .
ordinaire. :
Je vous parlay dans unede
mes Lettres de l'année derniere
des exercices qui fe font regulierement
tous les hyvers
dans les Ecoles Royales de
Chirurgie de Paris , en confequence
d'une fondation confi136
MERCURE
derable , faite pour l'inftruction
des jeunes gens , par
Monfieur Bienaiſe , que toute
l'Europe a connu pour un des
plus Illuftres Chirurgiens de
ſon temps. Monfieur d'Alibour
, celebre Chirurgien &
Anatomiſte , s'eſt acquité depuis
peu trés - dignement de
cet employ. Il commença fon
difcours par les loüanges de
ceux qui en avoient fait de
ſemblables avant luy , & apres
avoir parlé de l'honneur qu'on
luy avoit fait en le choiſiſſant
, & de ce que la Compagnie
devoit à celuy dont il
alloit faire l'éloge , il dit que
feu Monfieur Bienaiſe avoit
eſté un des plus habiles Chirurgiens
de ſon temps , fort ingenieux
dans ſon Art dont il
poſſedoit toutes les parties , &
GALANT.
137
que tous les grands talensqu'il
avoit receus de la nature , &
qui l'ont ſi bien diftingué dans
ſa profeſſion , n'avoienteſté en
luy que des moyens qui l'avoient
conduit à une fin plus
noble qu'il s'eſtoit toûjours
propoſée , & à laquelle il étoit
heureuſement arrivé. Cettefin
qui l'a caracteriſe, pourſuivit- il
conſiſtoit toute dans le dcfir de ſe
rendre utile au public en remplisfant
les devoirs les plus preffans
d'une charité parfaite. Toute Sa
conduite à roulé sur deux maximes
du Sage que ceux qui l'ont connu
Sçavent qu'il prononçoit ſouvent
Bienheureux , diſoit-il , celuy
qui donne attention aux befoins
du pauvre & de l'indigent,
Dieu ne manquera point
d'avoir pitié de luydans lejour
de deüil & de mifere. Ie n'ay
138
MERCURE
jamais veu , diſoit - il encore ,de
juſteabandonné & fa famille
dans l'indigence. Il paroist par
les paroles qui luy étoient fortfamilieres
, qu'il n'a jamais Souhaité
dubien dansfafamille ny de fe
faire un fond abondant parſonſçavoir
, que pour estre en étatde ſecourir
les malheureux. Aufſfi fa
maiſon a- t- elle toûjours estél'azile
des affligez& la retraite des
pauvres. Iamais perſonne de cette
nature ne s'eftapproché de luyfans.
en recevoir quelque confolation Iamais
homme ne s'est plus attaché à
Sa profeffion; aucunn'a jamais été
plus actifdans le travail, plus con-
Stant dans ſa conduite, moins diſſipé
dans ſes études , moins dereglé par
lesplaisirs , mais fur-tout perfonne
n'ajamais esté plus empreſſé àſecourir
le public. Combien de fois l'at'on
veu negliger des affaires qui
GALANT.
139
auroient pû luy estre utiles pour
donner tout le temps neceſſaire à
des miserables qui avoient beſoin
defon Secours ? Auſſi diſoit-il ordinairement
qu'ilétoit obligé de traiter
les pauvres plûtoſt que les riches
qui ne manquoient pas de gens
pour les fecourir, de forte que fi
l'on pouvoit luy reprocher quelque
choſe là deſſus , ce feroit d'avoir
trop publié une vertu qui ne pouvoit
pourtant avoir fon effet fans
estre connuë. Une vie fibelle & fi
genereusement consacrée àl'utilité
publique , ne pouvoit , Meſſieurs ,
estre plus glorieusement couronnée
que par la fondation qu'il a faite
des Exercices dont vous eſtesles té
moins & dont vous recevez l'avantage.
Ayant esté utile au public
pendant ſa vie , ill'eſt encore aprés
Sa mort à tout le Royaume. Enfuire
Monfieur d'Alibour apo1401
MERCVRE
6
ſtropha feu Monfieur Bienaiſe,
& apres avoir dit que la Compagnie
ne manquoit point
d'habiles ſujets qui repareroiết
ſes défauts dans la fuite , lors
qu'on les auroit choiſis pour
un employ pareil à celuydont
Il étoit chargé , il parla de la
Chirurgie d'une maniere qui
luy attira de grands applaudiſſemens
.
J'ay pouffé trop loin tout ce
qui regarde l'Ambaſſade de
Siam en France , pour ne pas
achever, en vous apprenant ce
qu'il y a long-temps que vous
defirez ſçavoir , & dont il m'a
eſté impoſible d'eftre plûtoſt
informé de la maniere que je
le ſouhaitois.On peutdire que
c'eſt la ſeule choſe qui manquoit
au Journal de cette Ambaſſade
, aprés les quatre Let
GALANT.
141.
tres que je vous ay écrites làdeffus
, & ce que je vousay appris
dans ma derniere , touchant
ce qui s'eſt paſſe à Breſt
avant l'embarquement des
Ambaſſadeurs & dans le
temps qu'ils ſe ſont embarquez.
Ie vous envoye donc cette
Liſte des Preſens ſi defirée,
& dont la richeſſe marque la
grandeur du Roy. Il y a beaucoup
de choſes parmy le grand
nombre d'Articles que vous
allez voir , qui font pour la
Princeſſe Reyne .
Cent cinquante pieces de
Draps de toutes fortes de couleurs
, des plus fins & des plus
beaux qui ſe ſoient trouvez
en Europe.
Quatre - vingts pieces de
Draps d'or , & de Brocards d'or
de differens deſſeins , d'une
142
MERCVRE
grande richeſſe , &d'un grand
prix.
Cent Fuſils qui tirent chacun
fix coups . Ils font d'un travail
tres - fingulier . Ily en a beaucoup
dont les ornemens font
d'or ; les autres ſont enrichis
d'argent , & la pluſpart ont eſté
faits par Monfieur Piraube.
Vingt paires de Piſtolets ,dont
pluſieurs tirent auſſi ſix coups ,
qui font autantde chefs -d'oeuvres
de l'art , & de la magnificence,
ainſi qu'un tres-grand
nombre d'autres armes à feu .
Il y a auſſi des Cuiraffes , &
d'autres ornemens de Guerre
d'un tres - beau travail , &
d'une tres -grande beauté, tant
à cauſe des divers ouvrages
de cizeleure , que de la nouvelle
maniere qu'on a trouvée
d'y appliquer l'or & l'argent .
Le
GALANT .
243
Le tout eſt garny d'une infinité
de pierreries ; de forte que
le travail ,& la richefſe les rendent
d'un fort grand prix .
Douze Veſtes , ou chemiſes
à l'uſage des Siamois , pour la
Princeſſe Reyne. La pluſpart
font de Point de France , &
toutes d'une piece. On met
des étofes d'or , où de couleur
deſſous , ce qui en fait paroître
le deſſein. LesOuvrages dõtje
vous parle , font d'une beauté,
& d'une delicateſſe ſi ſurprenante,
qu'on n'a jamais rien vû
en Europe de ce travail, qui en
ait approché .
Douze Mouchoirs du même
Ouvrage,mais dont les def
ſeins font differens .
Douze Pendules faites par
Monfieur Turet,entre leſquel-
Avril 1687 . G
144 MERCURE
les il y en a trois d'or, cizelées
de Bas - reliefs d'un tres -beau
travail .Elles montrent le mouvement
annuel , & le diurne,
la longueur des jours & des
nuits pendant toute l'année ,
le lever & le coucher du Soleil
pour l'horiſon de Siam , l'âge
de la Lune , & la maniere de
compter les mois à la Siamoiſe
par Lunaiſon , ayant deux Lunes
, dont l'une marque 30 .
jours,&l'autre 29.&ainfi fucceffivement.
Quatre Montres d'or , ou
Pendules émaillées de couleurs
differentes .
Deux Horloges fonnantes ,
dont les boëtes font enrichies
de tres -beaux Bas- reliefs.Elles
font émaillées de diverſes couleurs
, & montrent l'âge de la
GALANT.
145
Lune,& la manierede compter
les mois à la Siamoife .
Trente fix Montres d'or , de
diverſes manieres , enrichies
de Pierreries,avec leurs boëtes
garnies de Diamans &de clous
d'or.
Deux Globes faits par ва! -
thazar Martinot , Horlogeur
dela défunte Reyne mere du
Roy . L'un eſt celefte , & repreſentele
mouvement du Fir--
mament , où ſont attachées les
Etoiles fixes de pluſieurs grandeurs
, pofées ſelon leur longitude
,& latitude. Ces Etoiles
font d'or & de relief, & font
appliquées ſur le Globe qui
eſtd'argent gravé. On y voit
les Conſtellations celestes par
figures exactement poſées. Le
mouvement de ce Globe
G 2
146 MERCURE
eſt de tourner ſur ſes deux
Pôles Artique & Antartique .
Le Zodiaque eſt placé ſur la
ligne écliptique en la maniere
ordinaire fur laquelle ligne
le Soleil fait ſon tour en un an,
&ainſi il fait ſon aſcenſio oblique
d'un Tropique en un au .
tre Tropique. Il fait connoiſtre
ſon lever & fon coucher
par toute la terre, par le moyen
d'un cercledéclinant & mobile
, qui ſe metſelon la hauteur
des Climats &des lieux où l'on
s'en veut ſervir. Le Soleil &
la Lune font emportez en 24.
heures avec le premier Mobile
au Firmament , lequel fait fon
cours en 366. jours,&par confequent
les Etoiles fixes ont
leurmouvement ordinaire , &
l'on y voit leur lever & coucher
ſur l'horifon , comme les
GALANT.
193
ils font cizelez ; caril y en a
de diverſes ſortes . C'eſt le travail
de pluſieurs années .
Douze grands Luſtres de
Cristal de Roche .
Douze Girandoles du méme
Cristal , & fort hautes .
Douze Tapis faits à la Manufacture
de Challiot appellée
, Savonerie. Ils font à fonds
d'or , d'un tres -beau deſſein ,
& fortgrands .
Quatre Tentures delaTapiſſerie
à fond d'or dela Manufacture
Royale des Gobelins.
Elles reprefentent les
Maiſons Royales & pluſieurs
Hiſtoires.
Quarante- huit Cartes d'une
invention tres - rare , toutes
dorées , & enrichies d'ornemens
extraordinaires par les
plus habiles Ouvriers du Royaume.
G6
154
MERCURE
Une tres grande quantité
- d'Inftrumens de Mathematique
, pour la Navigation .
pour les Eaux , & pour tout ce
qui concerne cette Science ,
les uns d'or , les autres d'argent
, & les autres de cuivre
-doré.Tous ces Inſtrumens font
tres-bien travaillez .
Quantité de Compas de proportion
.
Pluſieurs Selles , Houſſes ,&
Foureaux de piſtolet , les unes
brodées d'or ,&les autres d'or,
&d'argent.
Pluſieurs Brides & autres
Harnois garnis de Pierreries.
Une Houſſe de Cheval , &
une Houffe d'Elephant d'une
tres -belle broderie dont une
partie du deſſein eſt formé par
un tres -grand nombre de Pier
reries.
GALANT.
151
}
beaucoup de Poignards dont
les poignées ſont d'or maſſif ,
&d'or de rapport , faits par
Monfieur Bains , fort eſtimé
pour ces fortes d'Ouvrages .
- Quatre Cabinets , quatre
Ecritoires d'or maſſif & de Filigranne
d'or , ſervant de Toilettes
,avec toutes les garnitures
, qui conſiſtent en untresgrand
nombre de petites Boëtes
d'or d'un tres-beau travail ,
enrichies de Diamans , & de
diverfes autres Pierreries .
Douze Taſſes à prendre du
Thé & du Caffé , & d'autres
liqueurs , faites à l'uſage des
Siamois, toutes d'or . Elles font
émaillées de pluſieurs couleurs
, &garnies de Pierreries ,
avec leurs boëtes de Filigranned'or
, & de Vermeil doré , &
d'une très bellecizelure...
G
152
MERCURE
Une Couronne d'or garnie
de gros Diamans , & de gros
Rubis d'Orient , avec un tour
de fort groffes Perles. Cette
Couronne eft d'un travail tresbeau
& tres -delicat, & les Pierreries
en font parfaites.
Pluſieurs petits Cabinets
d'Ambre , avec des Bas- reliefs
tres - delicatement travaillez ,
&des Figures de même matiere
qui en font le couronnement.
Deux Miroirs à bordure
d'Ambre avec des Glaces des
plus grandes qui fe puiffent
faire . On ne peut rien ajoûter
à la beauté des bordures , qui
fonttres - larges . On y voit une
infinité de Bas - reliefs , & de
figures differentes , auffi -bien
quede divers ornemens, con
venant à l'Ambre ſur leſquels
GALANT .
147
autres Planetes . La Lune a fon
mouvement naturel qui retrograde
, & fe renouvelle tous
les vingtneuf jours & demy,
ce qui fait connoiſtre ſes
aſpects au Soleil , & ſes ſituations
dans chaque degré des
Signes , par chaque jour &
chaque heure . Ce Globe eſt
ſuſpendu en l'air par le Pole
Artique. Il chemine par ſa peſanteur
, & remonte en pouffant
la main par deſſous . Son
premier Meridien eſt fixe , &
lesheures font poſées fixes au
droit de la Ligne équinoxiale
fur un cercle horisontal , coupé
de deux cercles verticaux ,
angle droit & d'un cercle oblique
déclinant , qui ſert à connoiſtre
le paſſage des Aſtres
vers l'horifon . L'Horloge qui
eſt dedans , peut fouffrir telle
3
14.8 MERCURE
agitation qu'on voudra,& aller
fur la Mer . Elle marque les
minutes qui peuvent eſtre utiles
pour la Navigation ,& pour
connoiſtre les longitudes & les
latitudes .
Le Globe terrestre eſt d'argent
fur un pied tres - propre , où
font gravées en Langue Siamoiſe
les principales Parties
du monde , & la diviſion geografique
fort exacte. Il y a dedans
une Pendule fonnante
qui va huit jours , & qui faie
mouvoir par l'endroit de la
Ligne équinoxiale un Zodiaque
placé en Ecliptique ,qui
eſt emporté en 24. heures. On
y voit deux cercles d'argent.
L'un porteles douze Signes
& l'autre les douze mois à la
maniere Siamoiſe .Le Soleil eſt
entre eux , & fait fon cours
GALANT.
149
naturel , parcourant tous les
degrez des Signes de degré
en degré , & faiſant connoître
les parties de la Terre qui font
éclairées ſelon les Saiſons. A
l'un des Pôles , qui eſt l'Antartique
, eſt un Cadran d'Horloge
qui marque encore les minutes
, les heures , les jours ,
les mois , & les Lunes ; de forte
que les meſmes motions ſe
trouvent. Ce Globe s'arreſte
comme te Celeſte ; mais les
manieres de mettre en pratique
font fort differentes . C'eſt
un travail de ſpeculation particuliere
, auquel Monfieur
Martinot s'eſt fort appliqué ,&
il a outre ces deux Globes trois
fort belles Pendules avec les
heures en Siamois ,& pluſieurs
fort belles Montres faites par
lemeſme/
G4
150
MERCURE
Un Sabre garny de fort
beaux Diamans , de groſſes
Emeraudes , & de tres-beaux
Rubis .
Un Sabre dont la poignée eſt
d'or maſſif, & garnie auſſi- bien
que le fourreau,de Turquoiſes
de la Vieille roche , & de plus
de quatre- vingts -dix Pierres
d'une groffeur furprenante .
Un autre Sabre dont la poignée
eſt auſſi d'or maſſif, fur
laquelle , auffi - bien que ſur le
fourreau, font enchaſſées douze
groſſes Emeraudes , divers
gros Diamans , & beaucoup
d'autres Pierreries .
Cing Miroirs de criſtal de
roche , dont les bordures font
tres- artiſtement travaillées , &
garnies de Pierreries .
Pluſieurs autres Miroirs ,
quantité de Boëtes d'or , &
:
GALANT.
Des Cartes , des Compas &
des Machines de toutes fortes,
pour les Cieux , pour la Navigation,
pour les Fortifications,
& pour divers autres Arts .
Trois Cabinets de Criſtal de
roche taillé à facettes, un peu
plus grands que des Caſſettes
ordinaires , mais beaucoup
plus élevez . Ils font entourez
de colomnes de Vermeil doré
de divers ordres d'Architecture
, & de pluſieurs autres ornemens
. Les dedans ſont d'une
tres - belle Graveure , parce
que la cizelure y auroitincommodé
. Ces Cabinets,quoy
quequarrez long, ontdes couvercles
élevez quiles fontparoiſtre
à demy en Domes , &
ne s'ouvrent que par le deſſus .
Pluſieurs Tables de Marbre
de diverſes couleurs , &dediverſes
manieres .
160 MERCVRE
Meſſieurs de Croiſſy & de
Seignelay , ont auſſi envoyé
de tres -beaux prefens àMonfieur
Conſtance , qui leur en
avoit envoyé de Siam. Parmy
ceux qui font partis , ily ades
Miroirs d'une grandeur , &
d'unebeauté furprenante .
Pluſieurs Vaſes,Buires ,Baffins
, & Bocals de Vermeil doré
, dont la cizelure eſt tresbelle.
Il y a auſſi pluſieursOuvrages
des Manufactures de
France , & de tout ce qui s'y
fait de plus rare & de plus
beau .
2
PRESENS DES IESUITES
au Royde Siam .
Deux grandes Machines ,
l'une pour les Planettes , &
l'autre pour les Eclipſes. I'en
GALANT. 161
ay donné la deſcription , &
celle de leurs effets dans ma
Lettre de Siam , où je parle de
l'Obſervatoire. On a ajoûté à
cetteMachine un mouvement
d'Horloge qui donne de ſoyméme
tous les jours la fituation
des Planettes dans le Ciel,
& ne laiſſe pasde faire connoiſtre
le paffé &l'avenir, par
l'état preſent des Planettes
dans le Ciel , comme on faifoit
aux Machines qui ont
précedé celle- cy.
Vn Globe ſuſpendu allant
par fon propre poids .
Deux tres -belles Horloges
allant furunplan incliné .
Quatres grandes Pendules ,
façonnées comme celles de
l'Obſervatoire .
Quatre autres Portatives .
Vn mouvement qu'on nom162
MERCURE
me Paralatique , pour ſervir à
obſerver avec de grands Verres
ſans tuyaux , & pluſieurs
autres Inſtrumens de Mathematique,
& d'Aftrologie.
Des Montres qui peuvent
ſe remonter ſans qu'on s'en
apperçoive , & fans qu'on fache
qu'on les remonte,& qui ſe
trouvent remontées , pourveu
qu'on les ouvre ſeulement une
fois le jour pour l'heure. Quad
onles ouvre plus ſouvent , on
ne les remonte qu'à proportion
dutemps qu'on a eſté ſans
les ouvrir.

Tous ces Ouvrages ont eſté
faits par Monfieur Turet ,
dont le Genie eſt admirable
pour ces fortes de chofes , &
qui n'eſt pas moins connu &
eſtimé chez les Eſtrangers ,
qu'il l'eſt en France. Ils feront
GALANT.
157
.
Un jeune Prince qui n'eſt
pas moins eſtimé par fon efprit
que par la grandeur defa
naiſſance , a fait auſſi un pre--
fent tres confiderable au Roy
de Siam . C'eſt un grand Livre
où toutes les Conqueſtes du
Roy,depuis le commencement
de ſon Regne , font peintes fur
du Velin , & vis à vis de chaque
Tableau , qui repreſente,
ou la priſe d'une Place , ou le
gain d'une Bataille , ou quelque
action éclatante , &guerriere
; l'Histoire de ce Tableau
eſt écrite , & toute renfermée
dans la Page . Il y a une autre
page blanche qu'on a laiſſée
pour y mettre la Traduction ,
que l'on en doit faire en Siamois.
15
MERCURE
PRESENSDE S. M.
Aux Ambassadeurs.
L
Pluſieurs Portraits du Roy ,
d'or émaillé , & garnis de diamans.
Pluſieurs Chaiſnes d'or avec
laMedaille de ſa Majesté.
Six Luftres de Criſtal de roche
à chacun des trois Ambaffadeurs
.
-Pluſieurs pieces de draps fin
dediverſes couleurs .
>
Pluſieurs pieces de Draps
d'or & deBrocards d'or .
Pluſieurs Fufils , Pistolets &
autres Armes , tres - riches&
tres - curieuſes . Vne infinité
d'autres , preſens à leur uſage ,
comme des Sabres & des Poiguards
garnis d'or.
Des Taſſes d'or à prendre du
Thé , & du Caffé .
GALANT. 155
Pluſieurs Iuſte - au Corps ,
Veſtes, Caſaquins & Baudriers
à la façon des Siamois , tous
delicatement brodez & ſemez
de perles.
Pluſieurs Miroirs ardens d'une
conſtruction nouvelle , &
qui bien qu'ils n'ayent qu'un
piedde diamettre , font autant
d'effet & ont autant d'activité
que tous ceux qu'on a veus
juſqu'à preſent.
Onpeutaiſement diftinguer
parmy ces Articles les choſes
qui conviennent à la Princeſſe
Reyne ; Comme des Chemiſes
de Point , des Montres , des
Pendules , des Miroirs , des
Ecritoires , des Caffettes , des
Cabinets , & generalement
tout ce qui regarde les toilet.
tes, foit pour l'uſage , foit pour
l'ornement.
156
MERCURE
Comme Monfieur Conſtance
eſt Catholique il y a une
tres -belle Chapelle pour luy
avecquantité d'autres preſens
qui luy conviennent. Il y a
auſſi un Habit du Roy pour
leméme Monfieur Conſtance,
accompagné de tout ce qui regarde
le reſtede l'habillement.
Il avoit témoigné aux Ambaſſadeurs
avant leur départ ,
qu'il ſouhaitoit avec paffion
avoir un des Habits de ce
Prince. Tous ces preſens font
accompagnez de pluſieurs autres
, au nom de Monſeigneur
le Dauphin & de Madame la
Dauphine.
Le vous ay marqué la maniere
galante dont Monfieur a
fait des prefens quelque temps
avant le départ des Ambaffadeurs.
GALANT.
163
connoiſtre aux Peuples d'Orient
que les beaux Artsfleuriſſent
beaucoup plus en ce
Royaume qu'à la Chine & au
Iapon ; & les Indiens qui croyent
furpaſſer en richeſſes
tous les Peuples de la Terre ,
verront par les Prefens du
Roy , fortis de la ſeule Cour
de France que les Indes n'en
fourniſſent pas autant à toutes
les autres Nations pendantdes
Siecles entiers . La pluſpart de
tous ces Ouvrages ont eſté
veus chez Monfieur Alvarés
qui a conduit particulierement
ceux qui font enrichis,
de Pierreries , dont il a fourny
un grand nombre. Son activité
fait voir ſon zele. Il a tout
fait mettre dans des caiffes de
plomb , ſcellées avec d'autre
plomb , de forte que tout ce
164
MERCURE
que ces caiſſes renferme eſt
impenetrable à l'airde la Mer .
Enfin , Madame , je vous
envoye ce qui s'eſt paſſé au
Grand Confeil , le jour que
Monfieur le Chancelier y eft
venu prendre ſa place de Premier
Preſident . C'eſt un de ces
morceaux d'Hiſtoire qui ne ſe
trouvent point , & qui font
non ſeulement curieux , mais
encore d'une grande utilité ,
puis qu'ils peuvent ſervir de
regle, fur tout , lors qu'ils con -
tiennent beaucoup de choſes
qui marquent ce qu'on doit
obſerver en de pareilles occafions
, & donton ne voit rien
ailleurs qui faffe connoiſtre les
Reglemens qui peuvent avoir
étéfaits fur ce qui les concerne.
On ne trouvera pas ſeulement
dans ce que je vous enGALANT.
165
voye , un exemple ſur lequel
l'avenir ſe pourra regler , mais
on y verra un Arreſt favorable
à tous les Abbez & Prieurs du
Royaume, &donné en unjour
folemnel . Comme tout cet
Article eſt une eſpece de Pročés
verbal , je le laiſſeray tel
qu'il a eſté dreſſé , c'eſt à dire,
dans le ſtile qui luy eſt propre,
& n'en ôteray point des repetitions
ſouvent neceſſaires ,
pour empeſcher qu'on ne ſe
méprenne , en faiſant rapporter
à une choſe ce qui ſe rapporte
à une autre. le croy
que vous ne m'en blamerez
pas, quis que toute la beauté
de cet Article doit confifter
dans une fidelle exactitude .
Le 6. jour de Mars 1687. le
Grand Conſeil du Roy ſeantà
Paris, où étoient Meffieurs les
166 MERCURE
Preſidens de Barentin, le Rebours
, du Bois , ſieur de Guedreville
, Bignon , le Boulanger
fieur de Viarme , Poncet & de
la Briffe , en leurs places ordinaires
du côté droit , vêtus de
Robes de Satin noir ; apréslefdits
ſieurs prefidens , Monfieur
Bailly , Conſeiller d'honneur ,
Meſſieurs Thierſault , le gras
Hervé , Nau , Honoraire , Buchere,
Gruin, Glue , Honorai
re ; Brunet , Vauquelin , petit
de Fortias , Jannard , Berthin ,
de Henault , Baudon , Bitault,
Lottin de Charny , le Tonnellier,
de Bretigniere Millon , de
la Ferté , Bernard , Marfollier ,
&Guiet' , tous Conſeillers au
dit Conſeil ; & de l'autre côté ,
Meſſieurs l'Eveſque de Laon ,
Duc & Pair; l'Evefque de Lan
gres , Duc & pair ; l'Evefque
de
GALANT. 167
,
de Beauvais , Comte & Pair ;
- & l'Evefque Noyon, Comte &
- Pair de France vêtus de leur
manteau Ducal , fourré d'Hermine
; Meſſieurs les Ducs de
- Chaunes & de Richelieu
autti Pairs de France , vêtus
en manteaux , leurs épées au
côté ; aprés leſdits fieurs Duc
& Pairs , Meſſieurs Richard ,
fieur de la Baroüilliere,Doyen
du Confeil , de Maridat , de
Bemage , auffi Doyen au Conſeil
de Semestre , de Freſniers,
Vallor , Ollier , Lavocat , Feydeau,
de Rochereau,le Vayer,
d'Herbigny,le Mairat , Pallu,
Dreux de Theſut , de maſluau,
- de Montholon , de Rochefort,
del'Ifle , Poter , Doujat, & de
Bernage, fieur de S. Maurice,
auffi Confeillers audit Conſeil
-vêtus de robes de Drap à leur
Avril 1687 . H
168 MERCVRE
ordinaire , compoſant prefque
tous les deux Semeſtres,
ſans qu'il y euſt neanmoins
exprés aucune aſſemblée defdits
Semeſtres , eſtant ledits
Conſeil averty par Monfieur
Hennequin, Procureur General
,que Meſſire Loüis de Boucherat
, Chevalier , Seigneur
de Compant , Chancelier de
France,vouloit venir prendre
ſa place de premier Preſident
duditConſeil,ainſi que ſes Predeceffeurs
Chanceliers ; en
l'Hoſtel duquel ledit ſieur Procureur
General ayant eſté le
fuſditjour au matin de la part
de la Compagnie ,luy dire que
l'heure de l'Audience approchoit
, & que la Compagnie
l'attendoit à l'inſtant , de quoy
ledit fieur Procureur General
revint avertir la Compagnie
GALANT.
169
que Monfieur le Chancelier ſe
difpofoit à partir , & que dans
peu il devoit arriver. En effet ,
quelque temps aprés,ledit Coſeil
étant averty que mondit
fieur le Chancelier approchoit
de l'entréede la ſeance d'iceluy,
a député M.le Preſident du
Bois de Guedreville , ſecond
Preſidet en Semestre, & fix des
ſuſdits fieursConſeillers , ſçavoir,
Mrs de Bernage , Doyen,
de Freſniers,Lavocat , Ollier
de Buchere , & Feydeau , tous
anciens Conſeillers en Semeftre
, pour l'aller recevoir au
bas de l'Eſcalier , précedez
des Huiſſiers dudit Grand
Conſeil , où ayant eſté au devant
, & joint Monfieur le
Chancelier ſur les derniers
degrez au bas dudit Efcalier ,
qui venoitdedeſcendre de fon
H 2
170
MERCVRE
Caroſſe , vêtu d'une robe de
velours noir , ouverte par le
devant,avec une foutane defſous
de fatin noir , accompagné
de Mrs Paget Doyen , de
Fortias,Amelot fieur de Chaillou
, le Boulanger fieur d'Acqueville
, Lavocat , Pelifſon ,
de Berulle , & laffault , tous
anciens Maiſtres des Requeftes
ordinaires de l'Hoſtel du
Roy , vêtus de leurs robes
de fatin noir , & de ſes Secretaires
& Gentils -hommes , du
ſieur de Monticourt , Lieutenant
de ſes Gardes , Ecuyer ,
& gens de fa fuite,qui estoient
tous venus avec Monfieur le
Chancelier de fon Hoſteldans
fes Caroffes , à l'inſtant de
quoy Monfieurle Chancelier
fut falüe & complimenté par
Monfieurle Marquis de Sour
GALANT.
171
ches,Grand Prevoſt de l'Hoſtel
du Roy , à la teſte de ſes
Lieutenans de Robe longue ,
deRobe- courte, Procureur du
Roy; & Officiers de la Prevoſté
de l'Hoſtel , qui luy vinrent
faire offre de leurs fervices
, & rendre leurs devoirs;
y ayant mefme lors pluſieurs
cardes de ladite Prevoſté à la
grande porte , & danslesavenuës
pour rendre le paſſage li -
bre; & mondit ſieur le Chancelier
ayant auſſi lors auprés
delay les Huiſſiers de la gran.
de Chancellerie portant leurs
Maffes , & ceux du Conſeil
Privé , qui s'eſtoient tous trouvez
à la defcente de ſon Caroffe
, & l'ayant leſdits ſieurs
Preſidens & Conſeillers députez
dudit Conſeil falüé & com .
plimenté de la partde la Com-
H3
172
MERCURE
3
pagnie par la bouche dudit
fieur Prefident de Guedreville
, portant la parole , lequel
fieur de Guedreville luy fit un
compliment fort court , parce
quele lieu n'eſtoit pas propre
a l'entretenir long - temps.
Monfieurle Chancelier y répondit
fort obligeamment.
Aprés ledit ſieur Preſident
prit ſa place au coſté gauche
demondit ſieur le Chancelier,
leſdits fieurs Conſeillers à la
gauchedeſdits ſieurs Maiſtres
des Requeſtes , tous marchans
en file à la ſuite de mondit
fieur le Chancelier , ayant au
devant de luy plus prés deſa
perſonne leſdits Huiffiers de
la Chancellerie, veſtus de leurs
Robes de ſoye noire , Chaiſne
d'or au col , Toque de velours
&Cordons d'or , portant leurs
GALANT.
173
Maſſes d'argent doré , au devant
deſquels les Huiſſiers du
Conſeil Privé , au nombre
de fix marchoient auſſi avec
leurs Robes & Chaiſnes d'or,
Toques de Velours & Cordons
d'or precedez des Huiffiers
de ſervice dudit Grand
Confeil avec leurs Robes de,
Drap & Bonnet carré devant
les Huiffiers dudit Grand
Conſeil deux Exemps & douze
Gardes de la Prevoſté de
l'Hoſtel du Roy , du nombre
deſquels estoient les deux gardes
de mondit ſieur le Chan- ,
celier , tous leſquels Exempts
& Gardes eſtoient venus devant
fonCarofle à pied depuis
fon Hoſtel; & mondit fieur le
Chancelier monta & marcha
en cet ordre dans la grand'-
Chambre d'Audience dudit
H4
174 MERCURE
Conſeil juſques auprés des
Barreaux de la feance , lefdits
Gardes de la Prevoſté
eftant demeurez dans l'Antichambre
de l'Audience ;
les Huiſſiers dudit grandConfeil
, & ceux duConſeil Privé
eſtant demeurez proche defdits
Barreaux par la porte à
droit du coſté de Meſſieurs les
Prefidens , par laquelle porte
mondit fieur le Chancelier
ayant auſſi paffé pour prendre
fa place , & meſdits Sieurs les
Maîtres des Requeſtes de ſa
compagnie par la porte duBarreau
à gauche , àl'inſtant toute
la compagnie ſe levant l'a
falué , & Monfieur le Preſident
Barentin , Ancien Preſident &
de Semestre , s'eſt retiré une
place plus bas , pour laiſſer celle
de mondit Sieur le Chance
GALANT. 175
lier , où il eſtoit , à cauſe quela
Cõpagnie eſtoit en place avant
ſon arrivée , & ayant mondit
Sieur le Chancelier pris ſa place
comme pareillement leſdits
Sieurs Maiſtres des Requeſtes
de ſa ſuite du coſté& au deffous
de meſdits Sieurs les Ducs
&Pairs , tous ceux du Confeil
eſtantaſsis & couverts , Maître
Henry Guichard principal
Commis, Greffierde la Chambre
dudit Conſeil , prit ſa place
au coſté du Bureau , le fieur le
Grand,premier Huiſsier dudit
- Confeil & Chancellerie de
- France , eſtant proche ſa place
ordinaire d'Audience , prés
dudit Bureau debout , veſtu de
ſa Robe de foye noire , Toque
de velours , cordon d'or,& chaine
d'or au col , où il a eſté toû
jours prés dudit Confeil pen-
H
176 MERCURE
dant l'arrivée de mondit fieur
le Chancelier ; les Sieurs Bois
courjon & Raince , Huiſſiers
de la Chancellerie , eſtant reſtez
au dedans du Barreau
proche dudit Greffier afſis chacunſur
un tabouret& découverts
, tenant leurs Maffes , &
les Huiffiers dudit Confeil
privé en dehors proche defditsbarreaux
debout& découverts
, & des Huiſſiers dudit
grand Confeil eſtant par la
Salle pour faire obſerver le
filence , mondit ſieur le Chancelier
a ouvertla parole, &dit,
Qu'il confideroit lafonction de premier
President qu'il venoit faire
ce jour-là dans leur Compagnie,
comme une des marques d'honneur
attachéeàla Dignité de Chance-
Lier de France ; Qu'il se fervoit
en mesme temps de cote occafion
GALANT.
177
- pour les affeurer luy-même de l'efti
me qu'il avoit pour tous les Officiers
dont elle estoit composée: qu'iln'eſtoit
pas neceſſaire de les exciter à
estre affidus dans l'exercice deleurs
Charges ; qu'ils sçavoient qu'il ne
convient pas à un Officier de se
prevaloir dans les affaires particu
lieres de l'autorité que peut donner
la Magistrature , mais qu'il faut
s'appliquer continuellement à rendre
la Iustice ſous prevention ny
complaisance ,&par rapportSeulement
à ce qui est de plus juste,
&quiva au plus grand soulagement
des Parties. Enſuite il les a
exhortez de ſuivre ſoigneuſement
les Regles que le Roy a
preſcrites par ſes Ordonnances,
& les a fait ſouvenir , que
Sa Majesté veut &defire que le
bon ordre qu'Ellearétably dans toutes
les partiesdefon Estatſoit exa-
H
178 MERCURE
Etement observé , afin quefon Royaumefoit
toujours conſiderécom_
me le mieux police , aussi bien que
le plus floriffant &le plus puissant
de tous les Empires du monde. Il a
ajoûté , que c'estoit par cette fageffe
incomparable qui accompagne
toutes les actions de ce grand Monarque
, & par fa valeur qu'il a
toûjours eftévictorieux defes Ennemis
pendant la Guerre, l' Arbitre de
la Paix & de la Treve qu'ila donnéeàtoute
l'Europe,le Restaurateur
de la feule & veritable Religion ,
& qu'il est l'admiration de tous les
Peuples les plus éloignez , & la
cause du bonheur & du repos dont
ioüſſent tous fes Suiets. Il leur a
dit encore qu'ils devoient tachor
de meriter par leur bonne conduite
la continuation de la bienveillance
&de la protection de sa Maiesté ,
qu'Elle accorde volontiers à tous
GALANT. 179
ceux qui rempliffent leurs devoirs
avecintegrité& avec un grandde.
fintereffement , & il afini en les
priant de croire qu'il fe feroit
toûjours un tres -grand plaifir
de leur rendre tous les bons
offices & fervices qu'il pourroit
, quand les occafions s'en
prefenteroient.
A quoy luy a eſté repondu
de la part deſdits Sieurs du
grand Confeil par Monfieur le
Prefident Barentin,adreſſant la
parole audit Seigneur.
MONSIEUR ,
و
- Plus l'honneur que nous recevons
auiourd'huy est extraordinaire
moins nos sentimens doivent estre
moderez. Pouvons nous estre inſen .
fibles à la veuë d'un objet également
digne de nos reſpoets , & de
noſtre admiration ? Qu'il est rare
de voir dans la ſuprême dignité de
180 MERCVRE
La Justice un Magistrat plein d'équité
, plein de douceur , toûjours
acceffible & toûjours lay-meſme!
Des qualitez fi precieuses avoient
faitnaistre tant d'estime dans l'efprit
du plusgranddes Rois , qu'ila
eu impatience de le faire pavoiftre
par unchoix qui peutfervir àéleversa
fageffeau dessus defa va-
Leur, mais quel bon - heur pour le
Grand Confeil de trouveren vous
seul , Monsieur , tous les fentimens
favorables qu'ont toujours eus
pour luy vos Predeceſſeurs, & prin
cipalement , Monfieur Seguier qui
depuis qu'il l'eut honoré deſaprefence
n'a point ceßé de l'honorer
de ſa protection . Nous n'esperons
pas moins de vous , Monsieur qui
avez trouvé le ſecret de luy fucceder
en l'imitant parfaitement ,&
nous tasherons de plus en plus de
nous en rendre dignes en ne perr
GALANT. 181
dantjamais de veuë la Iustice. Le
Grand Confeil ayant cet honneur
particulier de vous avoir, Monfieur,
pourfon premier Preſident ,
ilest juste qu'il ait plus de foin
que les autres Compagnies du Royaume,
defe distinguer. Pourreusfir
dans un ſi noble deffſcin , ilna
qu'àvous envisagerfans ceffe comme
le modelle le plus accomply de la
Iuftice. Ceglorieux avantage vous
fera voir , Monsieur , que la ſeule
vertu & la gloire quien est le prix,
font l'unique obiet de nos deſirs &
de nos affections.
Ce fait, Monfieur le Chancelier
a ditau premier Huiffierdudit
Conſeil de dire aux
Huiſſiers d'iceluy de faire retirer
le monde qui eſtoit entré
en ladite Chambre en grand
nombre pour entendre les fufdits
complimens , afin quele
182 MERCVRE
dit Seigneur puſt oüir le raport
qui luy devoit eſtre fait
par aucun deſdits Conſeillers
dudit Confeil, ce qu'ayant eſté
fait& le monde retiré, leſdits
Huiſſiers de la Chancelerie
comme deſſus toûjours demeurez
aſſis en leurs dites places
tenant leurs Maſſes , mondit
Sieur le Chanceliera dit audit
de Bernage Doyen de prendre
faplace au Bureau pour faire
fon Raport , ce qu'ayant fait
accompagné dudit Sieur l'Avocat
auffi Conſeiller , a fait le
raport des Lettres de provifron
de la charge de Maiſtre des
Requeſtes de Monfieur Potier
de Novion , & fait lecture d'icelles
avec l'adreſſe audit Confeil
pour y faire regiſtrer lefdites
Lettres , recevoir ledit
fieur de Novion, & prendre fa
3
GALANT . 183
Place en iceluy Confeil. Ce
fait , Monheur le Chancelier
a pris l'avis dudit Sieur de Ber
nage Raporteur , en ſuite s'eſt
levé de fa place & a eſté prendre
les avis du côté de meſdits
Sieurs les Preſidens , & aprés
de l'autre côté , & a dit audit
Greffier de la Chambre du Confeil
de faire venir ledit fieur
de Novion vers ledit Conſeil ,
& étant venu & conduit par
- ledit Greffier par la porte du
Barreau , à gauche proche du
ſecond Barreau , mondit Sieur
le Chancelier luy a dit en ces
termes. Levez la main , & encore
que vous n'ayez d'autre ferment
en cette Compagnie que celuy
que vous avez preſté en mes
mains , vous iurez& promettez
de tenir les deliberations de la
CompagnieSecretes. Ledit Sieur
:
184 MERCURE
deNovion a dit : Oüy. Ce fait, a
dit audit ſieur de Novion , prenez
vostre Place , ce qu'il a
fait , & a eſté ordonné l'Enregiſtrement
deſdites Lettres
és Regiſtres du Conſeil. En
ſuite a eſté rapporté pluſieurs
Requêtes , tant par mondit
ſieur de Bergame que par mefdits
Sieurs de Rochereau,& le
Tonnellier , Conſeillers au
Conſeil , fur le raport deſquelles
Monfieur le Chancelier
ayant pris les avis commedeffus
, & refolu les Arreſts qui
ont eſté a l'inſtant écrits par
ledit Greffier , & par luy en
meſime - temps fait ſigner par
leſdits ſieurs Raporteurs en
leurs places , & àmondit ſieur
leChancelier auſſi en ſa place ,
apres quoy mondit ſieur a dit
au premier Huiſſier qui estoit
7
GALANT . 185
toûjours demeuré en ladite
Chambre pendantleſdits Raports
, proche & à coſté dudit
Bureau , de faire avertir Mefſieurs
les gens du Roy pour
prendre leurs places . Ce fait,
étant venus , ont pris leurs
places audit Bureau , ſçavoir
Monfieur Enjorrand de Claye,
ancien Avocat general ; Monſieur
Hannequin Procureur
general ; & Monfieur le preftre
de Laizonnet auſſi Avocat
general,comme auſſi Monſieur
le Normand greffier en
Chefdudit Conſeil.A l'inſtant
Monfieur le Chancelier a dit
au premier Huiſſier de faire
ouvrir les portes , & faire appeller
l'Audience, ce qu'ayant
eſté ditpar ledit premier Huiffier
aux Huiſſiers dudit Confeil
& par eux fait ,l'Audience
186 MERCURE
entrée avec grand concours
de monde , & les cauſes appellées
par ledit premierHuifier,
entre autres la cauſe d'entre
le ſieur de Maſſac , Prieur de
Nantua , Ordre de Cluny ,
Deffendeur d'une part , & les
Religieux dudit Prieuré Demandeurs
d'autre , le Procureur
general de l'Ordre de
Cluny , & le Syndic dela Nobleffe
de Bourgogne , Breffe &
Beugé où ledit Prieuré eſt ſitué
, Intervenans & Demandeurs
encore d'autre , à l'inf
tant dequoy ledit premier
Huiſſier s'eſt couvert & afſis à
ſa place , à coſté dudit Bureau
pendant l'Audience . Les Avocats
deſdites parties eſtant
venus à l'appel de la cauſe ,
ſçavoir Maiſtre Antoine Vaillant,
Avocat deſdits Religieux
GALANT. 187
de Nantua ; Maiſtre Evrard ,
Avocat dudit procureur general
de l'Ordre de Cluny ;
Maiſtre FrançoisBiffre , Avocat
dudit Syndic de la Nobleffe
, & Maistre de la Touche ,
Avocat dudit Sieur prieur de
Nantua , & voulant ledit Maisre
Vaillant commencer à plaider
, a eſté d'abord interrompu
par la publication d'une
declaration du Roy donnéeà
Verſailles le 28. Février de la
preſente année 1687. addref-
Tée audit Conſeil touchant les
Mandians Valides de l'un & de
l'autre ſexe , qui auroit eſté
leuë & publiée par ledit ſieur
Guichard , auffi Greffier de
l'audience, tenant le plumitif,
aprés la lecture & publication
de laquelle , & le requifitoire
de mondit Sieur le Procureur
188 MERCVRE
general à ce qu'il fuſt ordonné
que ſur le reply deſdites il fuſt
mis qu'elles ont eſté luës &
publiées en l'Audience du
Confeil ,& regiſtrées és Regiſtres
d'iceluy pour eſtre gardées
& obfervées , ſur quoy
mondit ſieur le Chancelier a
encorepris les avis ,& ordonné
l'enregiſtrement d'icelles auditConſeil
en la maniere accoutumée
, enſuite a dit aufdits
Avocats de plaider ladite
cauſe apellée,en laquelle il s'a.
giffſoit que leſdits Religieux de
Nantua qui avoient demandé
partage à leur Prieur , voyant
que par la derniere Declaration
du Roy du 29. Janvier
1686. qui avoit augmenté les
portions congruës à 300.livres
letiers lot qui leur feroit donné
par ledit partage ne ſeroit
GALANT. 189
-
-
د
pas ſuffiſant pour les nourrir &
entretenir au nombre de quinze
Religieux gentils -hommes
qu'ils devoient eſtre , ſuivant
- la fondation dudit Prieuré
- avoient donné Requeſte pour
demander Acte de ce qu'ils ſe
deſiſtoientde leur dite demande
en partage , & qu'en confe-
- quence leur Prieur fût tenu de
- bailler à chacun d'eux une penſion
de 300. livres , conformement
aux Chapitres generaux
de l'Ordre de Cluny , fi mieux
* n'aimoit ledit ſieur Prieur leur
abandonner les revenus dudit
Prieuré ſous les offres qu'ils
faiſoient de luy donner tous les
ans une ſomme de dix -- huit
cens livres exempte de toute
charge , par le moyen dequoy
il ſe voit que leſdits Religieux
vouloient entreprédre
1001 MERCURE
de rejetter tout le ſuplement
des portions congrues deuës)
par le Prieuré fur la Mance
Prieuralle & n'y point contribuer
, ſurquoy leſdits Avocats
ayant plaidé leurs cauſes , &
deffendu chacun les intereſts
de leurs parties avec beaucoup
d'éloquence , & de ſçavoir,
adreſſant d'abord la parole, ens
commençant leur plaidoyer à
mondit fieur le Chancelieren
diſant Monseigneur , & dans la
fuite Messieurs , &le Confeil,&)
ont conclu , Sçavoir ledit Maiſtre
Vaillant pour leſdits Religieux
à ce que Acte luy fuſt "
donné du deſiſtement par luy
fait de la demande en partage ,
&ce faiſant fans avoir égard à
la demande du ſieur de Maffac
prieur de Nantua , le condam
ner à payer 300.liv.depenfion
pour
4
GALANTA
1971
pour chacun des Religieux
& la double penfion pour le
Prieur Clauſtral, &mieux n'ai
moit ledit de Maſſac prieur
abandonner tous les revenus
dudit prieuré , auquel cas of
froient luy fournir 1800. li
vres par an , exemptes de toutes
charges & le condamner
aux dépenssl
Ledit Maistre Evrard pour
le Procureur General dudit
Ordre de Cluny , à ce qu'il fut
receu partie intervenante en
l'Inſtance , faiſant droit fur fon
intervention , qu'il fuft ordonné
que le Service divin , &
le nombre des Religieux dans
ledit prieuré ne pourra eftre
diminué , & en confequencel
que le prieur de Nantuabfoit's
condamné de fournir à chacun
deſdits Religieux ladite ſom - 7
Avril 1687 . L
192
MERCURE
me de trois cens livres de penſion
par an , & la double penfion
au prieur clauſtral , avec
dépens . こ
Ledit Maistre Briffe pour
ledit Sindic dela Nobleſſe , à
ce qu'il fuſt pareillement receu
partie intervenante , faiſant
droit ſur ſon intervention , ordonner
que la Fondation du
Prieuré de Nantua ſera executée
, du moins quele nombre
des Religieux ne pourra eſtre
diminué au deſſous de quinze ,
& qu'il fera accordé à chacun
trois cens livres de penſion
monacale , & avecdépens.
Etledit Maiſtre nela Touche
pour ledit fieur prieur de
Nantua , à ceque leſdites parties
diverſes ſoient deboutées
de leurs requeſtes & interventions
, que acte luy ſoit
GALANT.
193
- donné de ſa declaration , qu'il
- n'entend nommer de Reli-
- gieux que de Nobles du moins
du coſté paternel , & qu'il foit
ordonné que partage& diviſion
ſoit faite du revenududit
Prieuré , pour en eſtre fait le
choix en la maniere accoutu-
-mée ; cependant ordonner que
le Concordat de 1443. ſera
execute , & au furplus envoyer
les parties pardevant
Arbitres .
Enſuite leſdits Avocats ayant
ainſi plaidé & conclu au Barreau
hors d'iceluy , Meſſieurs
les Gens du Roy ſe ſont levez,
ledit ſieur Enjorand , ancien
Avocat General , & en Semeftre,
portant& adreſſant la paroled'abord
à M.le Chancelier, a
ſon difcours, Meffieurs , & aprés
dit, Monsieur,&dans la ſuite de
I 2
494
MERCURE
avoir expliqué le fait ,la procedure&
les moyens des Parties
, avec toute l'exactitude &
L'éloquence poſſible , a conclu
àce que ſans avoir égard aux
interventions & requeſtes des
Parties il fut ordonné que
partage ſeroit fait des revenus
dudit Prieuré en trois lots
égaux, cependant que par proviſion
il ſeroit payé à chacun
Religieux eſtant actuellement
dans le Prieuré , la ſomme de
deux cens livres, ou telle autre
qu'il plaira audit Confeil.
A l'inſtant Monfieur le
Chancelier s'eſt levé , & a eſté
prendre les avis, de côté &
d'autre,& meſmes eft retourné
pluſieurs fois aux Opinions.
Apres une meure deliberation
il reprit ſa place ,& prononça
L'arreſten ces termes. Le Cofeil,
GALANT. 195
Sans avoir égard au deſiſtement &
requeste de la partie de Vaillant, ny
-à l'intervention de la partie d'Evrard
, ordonne que dans fix mois
il fera procedéau partage des biens
-dudit Prieuré en trois lots égaux
par Arbitres , dont les Parties con-
- viendront pardevant le premier
Confeiller du Conseil trouvéfur les
-lieux , ou en cas d'absence , refus, ou
legitime empefchement, pardevant
le Lieutenant General de Bellay,
que le Conseil a commis & com
met à cet effet ,sinon , en sera par
luy pris &nomméd'office, pour estre
lesdits lots choisis en lamaniere ac.
coutumée , pardevant lesquels Arbitres
le Confeilarenvoyé les Parties
pour estre regléfur les contesta
tions du compte àfaire entre elles ,
& adonné acte de la declaration
faite par la partie de la Tonche ,
qu'il n'entendnommer aucuns Reli-
13
196
MERCURE
gieux pour ledits Prieuré , que Nobles
du moins du coſté paternel, s'il
s'en preſente , & preferablement
aux autret,&fur le surplus
de la Requeste des Parties de Biffre,
a mis & met les Parties hors de
Cour & de procés ; & cependant
par provision ,& jusqu'à ce que
tepariage cy - deſſus ordonné foit
fait,ordonne queles anciens Traitez
, & Concordats des années
1443. & 1663. Seront excentez
Selon leur forme & teneur, dépens
compenfezentre toutes les Parties.
De telle forte que toute la feance
dudit Confeil ayant duré
depuis les neuf heures du matin
, que mondit fieur leChancelier
est arrivé audit Conſeil,
juſqu'à midy fonné , il dit au
premier Huiffier dudit Conſeil
de faire fortir l'Audience ,
& retirer le monde , ce qui a
1
GALANT. 197
eſté dit par le premier Huiffier
aux Huiſſiers dudit Confeil
, & par eux fait le monde
fortir , de l'Audience , mondit
fieur le Chancelier s'eſt levé
de ſa place , & a falué toute la
Compagnie en donnant des
marques de joye &de fatisfaction
de la bonne reception
qui luy avoit eſté faite; à quoy
toute la Compagnie répondit
par deprofondes réverences,
&fignes d'un tres -grand con
tentement & fatisfaction de
leur part , de l'honneur que
monditiificur le Chancelier
leur avoit fait. Dans le meſme
temps ledit premier Huiffier
du grand Confeil , qui eſt le
premier cree , & plus ancien
Huiffier des Confeils du Roy
&Chancellerie de France , a
quitté ſa place,& paflé au de
14
198 MERCURE
vant du Bureau de Meffieurs
les Gens du Roy , dans le Par
quet de l'Audience , & s'eſt
mis au devantde mondir fieur
le Chancelier , où il a pris ſa
place prés de ſa perfonne , en
tre les Huiffiers de la grande
Chancellerie, qui portoient
leurs maſſes ,& a paffé par la
porte du Barreau à droit , &
hors d'icelle , où là les Huif
fiers du Confeil Privéont pris
leurs places ,& marché deux
àdeux au devant dudit premier
Huiffier , qui marchoit
feulentre lesdits muilliers dela
grande Chancellerie , luy &
eux le plus prés de Monfieur
le Chancelier , & au devant
des Huiſfiers du Confeil Privé,
les Huiffiersdudit grand Confeil
auſſideux àdeux,qui ont
eſté joints & precedez des
GALANT.
199
Gardes de la Prevoſte de l'Hôtel,
à l'antichambre de l'Au
dience , & a eſté mondit ſieur
le Chancelier reconduit & accompagné
en cet ordre jufques
à fon caroffe accompa
gné dudit ſieur Prefident du
Bois de Guedreville , & def-
-dits ſieurs Conſeillers dudit
- Conſeil deputez ,& fuivi de
meſdits ſieurs les Maiſtres des
Requeſtes venus avec luy qui
marchoient tous en meſmeordre
&places que lors queM.le
Chancelier eſtoit arrivé audit
Confeil & juſques au meſme
lieu où on l'avoit receu ,&où
leſdits fieurs Preſidens &Confeillers
l'auroient remercié de
la part de ladite Compagnie &
pris congédeluy , enſuire dequoy
ledit Seigneur les auroit
quittez avec encore beaucoup
Is
200
MERCURE
de témoignages de fatisfaction
& remerciement de fa part, &
feroit remonté dans ſon carofle
avec leſdits Sieurs Maiſtres
des Requeſtes , leſqueis l'ont
accompagné juſques à ſon Hồ tel dans ſes caroffes,qui étoient
en nombre à ſa ſuite, precedez
deſdits Exempts & Gardes de
la Prevôté de l'Hoſtel qui marchoient
devant le caroſſe dudit
Seigneur en la meſme maniere
qu'ils eſtoient venus de
fon dit Hoſtel audit Confeil ,
enſuite dequoy meſdits Sieurs
les Prefident & Conſeillers Défont
remontez à la putez ,
Chambre dudit Conſeil , qui
ont eſté à l'inſtant remerciez
par la Compagnie de leurs députations
; tout ce que deſſus
ayant eſté ainſi regle & ordonne,
& executé de mesme,
201
ongats
li comtroit
le
r, puifcontre
aguertlever
bruit
a peut
LYON
e vous / 9
Voicy
es qui
iche
.
u qui
u qui
e.
teau
a Forreffe
F. Chemin à travers le
foffé & le bourg pour aller à la
Fortereffe.
16
200
de té
& rer
feroit
avec
des R
accor
tel da
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defdi
la Pro
choic
ditSt
niere
fon d
enfui
lesPr
puter
Chan
ont e
par la
putat
ayant eſte ainſi regle & ordon
ne, & executé de meſine. 41
GALANT.
201
La Fortereffe de Mongats
où la Comteſſe de Texeli com--
mande mieux que ne feroit le
plus habile Gouverneur, puifqu'elle
l'a défendue contre
une Armée puiſſante & aguerrie
,à laquelle elle a fait lever
le fiége , a fait trop de bruit
dans le monde, & en ferapeut
LYON
eſtre encore trop pourne vous/
peg
en pas envoyerle profil. Voicy
l'explication des lettres qui
fontgravées dans la planche.
A. Premier Chaſteau qui
commande au ſecond.
B. Second Chaſteau qui
commande au troiſieme .
C. Troiſieme Chaſteau .
D. Foffé autourdela Fortereffe.
E.Porterde la Fortereffe.
F. Chemin à travers le
foffé & le bourg pour aller à la
Fortereffe. 產
16
101 MERCURE
1
G. Bourg au piedde rocher .
H. Palanque.
I. Foffé autour de la Palanque.
L. Marais .
Cette Fortereſſe eſt ſituée
dans leComté de Perezas dans
la haute Hongrie. Monfieur
de Fer qui donna au public il
y a quelque mois une Carte
fort exacte de la Morée , vient
de mettre au jour cette Fortereſſe
plus grande que je ne
vous l'envoye , avec le Plan
ainſi que le Pont& la Fortereffe
d'Effeck? od 1
Le Samedy 29. dumois paf
fé , le Roy donna pluſieurs
Benefices , ſçavoir-
L'Eveſche de Toul , vacant
par la mort de Monfieur de
Fieuz , à Monfieur l'Abbé de
Biffy , du nom de Thiard,dont
4
GALANT.
203
il ya euun Pontus de Thiard ,
Eveſque de Chalons , connu
dans le dernier fiecle par plufieurs
Ouvrages d'érudition.
Cet Abbé , diſtingué par fon
merite& par la regularitéde ſa
conduite , eſt fils de Monfieur
le Comte deBiſſy Lieutenant
General des Armées du Roy &
duGouvernement de Lorraine
, qui a ſous luy la province
de Luxembourg , & la nouvelle
Province de la Savre , &
commandant les Troupes de
ces Provinces. La Fille de M.
le Comtede Biſſy fut nommée
au mois de Mars , 1685. à l'Abbayede
Baume les Nonaines ,
dontleDames Religieuſes font
preuve de Nobleſſe comme à
Malthe.Elles ne font que ſeize,
& ont chacune un apparte
ment de trois pieces , & une+
204 MERCURE
femme de chambre...
L'Abbaye ce Beaulieu , Ordre
de Cifteaux , Dioceſe de
Langres , à Monfieur l'Abbé
des Eſpinets . Il eſt frere de
Monfieurdes Eſpinets Ecuyer
de la petite Ecurie. :
L'Abbaye de Blanchelande ,
Ordrede premonſtré , Dioceſe
de Conſtance , vacante parla
mort de Meffire Jean Boyer ,
autrefois Capitaine aux Gardes&
enfuite premierMaiſtre
d'Hoſtel de Monfieur , à Monfieur
l'Abbé deCognée , qui a
paru dans la Chaire avec fuccés
, en un âge fort peu avancé.
Il eſt fils de Monfieur le
Marquis de Cognée , du nom
de le Vaffeur , Maiſon confiderable
dans le Maine . La premiere
femme de ce Marquis ,
fille de Monfieur du Pleſſis-
ς
GALANT.
205
Mornay , dont eſt venu Monſieur
le Comte de Beaumont ,
eſtoit tante maternelle de
Monfieur le Marquis de Dangeau.
L'Abbaye du Cué de Lannay
, Ordre S. Benoiſt , Dioceſe
du Mans , ſituée entre la
Touraine &le Maine , vacante
par la mort de Meffire Michel
Amelot , Archeveſque de
Tours , à Monfieur l'Abbé
Dandin , Aumoſnier de Monfieurle
Duc du Maine & des
Suiffes ...
L'Abbaye de Fontgombaud,
Ordre S. Benoist , Diocese de
Bourges , vacante par la mort
de Monfieurl'Abbé d'Aloigny
de Rochefort , frere de feu
Monfieur le Maréchalde Rochefort
, à Monfieur l'Abbé de
Chamillard, frere de Monfieur
206 MERCVRE
de Chamillard , Maiſtre des
Requeſtes .
L'Abbaye de Chatrice, Ordre
de S. Auguſtin , Dioceſe
deChâlons , vacante par ladé
miſſionde Monfieur l'Abbé du
Montal qui a changé d'état , à
Monfieur l'Abbé Fagon , filsde
MonfieurFagon , premierMedecinde
la feuë Reyne. Cette
Abbayea leprivilege fingulier
de ne pointpayer d'annates .
L'AbbayeduRigny,Ordre de
Ciſteaux , Dioceſed'Auxerre,
vacant par la démiſſion du mé
me Abbé , à Monfieur l'Abbé
de Druy ,dunom de Marion.
Il eſt frere de Monfieur le
Comte deDruy , Enſeigne des
Gardes du Corps , dont le fils
qui eſt neveu de Monfieur
l'Abbé du Montal, àdeux mille
livresde penſion ſur Rigny
GALANT.
207
&mille livres fur Blanchelande.
L'Abbayede Mofdion , Ordre
de S. Benoist , Diocese de
Xaintes , à Monfieur l'Abbé
Belot.
L'Abbaye de Noſtre - Dame
aux Bois ,Ordre Saint Bernard,
autrefois du Dioceſe de Noyon
, vacante par la mort de
Madame de Chaune d'Aillyde
Pequigny, àMadamedeMou
chyde Montcavrel, Religieufe
du mesmeConvent. Elle eft
foeurde Madame la Marquiſe
de Mailly , & de Meſſire lean
Baptiste deMouchy , Marquis
deMontcavrel , tous trois enfans
de Bertrand André de
Mouchy , Marquis de Montcavrel
,& de Madeleine aux
Epaules , Marquise de Nelle.
: L'Abbaye de S. Sernin en
208 MERCVRE
Roüergue , à Madame de
Noailles , Religieufe .
En vous parlant de Sçavans,
puiſque s'eſt une qualité qui
doit eſtre attachée à ceux qui
poſſedent des Benefices , ie
puis vous dire que Monſicur
de Bernonville , a fait impri.
mer ici depuis peu, la nouvelle
découverte d'une Langue univer
felle , que les Curieux recher
chent depuis long-temps . Il
marquie qu'il a trouvebnon
feulement le ſecret de lire
'Hebreu fans les points des
Rabins , qui ont fait la plus
grande difficulté de cette Langue
: mais que par ſa Grammaire
raiſonnée , il en a encore
découvert les principes , qui
ont eſté inconnusjuſqu'à preſent
, en forte qu'un homme
d'étude peut les apprendre en
GALANT. 209
C
لا
لا
انأ
dune heure ou deux. Il faut
confiderer cette Langue comme
Hebraïque dans la Theologie
, mais dans le commerce on
l'écrira comme le Latin avec
les lettres des Nations .Elle eft
déja d'une grande utilité aux
Negocians del'Europe au Levant
, parce que non ſeulement
la Syriaque , la Chaldéenne
, la Samaritaine , &
quelques autres Langues anciennes
ſe ſont formées de
I'Hebraïque , mais la Turque
& l'Arabe en ont auſſi retenu la
pluſpart des mots . Enfin il ſera
furprenant , & profque incroyable,
que cette Langue qui
a paru juſqu'ici impenetrable
a un fort grand nombre de Sça,
vans , devienne aujourd'hui
le jeu de deux ou trois heures
de leur étude. Le Public ne
10
0
210 MERCURE
peut avoir trop de reconnoiffances
pour les perſonnes qui
luy facrifient ainſi tout leur
temps ,&fi l'ouvrage deMonſieur
de Bernonville produit
l'effet qu'il a ſujet d'en attendre
, il pourra eſtre utile à la
Republique Chrétienne , &
mefme à toutes les Nations. 7
- Le 14. de ce mois le P. de la
Baune Jefuite , ancien Profef
feur de Rhetorique , fit une
Oraifon Funebre de Monfieur
le PrinceenLatin, en prefence
deMonfieur le Prince,de моп
fieur le Duc , de Monfieur le
Prince de Conty , & d'un tresgrand
nombre de gens de la
premiere qualité . Le lieu où
cette Oraiſon fut prononcée
eftoit tout tendu noir , éclairéd'unetres-
grande quantité
de luftres , & orné d'un fort
GALANT. 211
( beau Mauſolée , qui tenoitdepuis
le haut de la ſale juſques
au bas. Toutes les Batailles
- données par MonfieurlePrince
estoient peintes dans des
Tableaux faits exprés . Il y
| avoit des trophées d'armes de
tous coſtez ,&des inſcriptions
fort choifies tirées des anciens
Autheurs pour repreſenter les
Vertus de ce grand Prince.
Tout cela eſtoit fermé par
deux bandes de velours noir ,
-chargées des armes du Prince,
& de larmes d'argent qui regnoient
autour de la ſale .
1
Le deſſein de l'Orateur étoit
| de reprefenter Mr le Prince
fous l'idée d'un parfaitHeros
foit qu'on le regardaſt dans la
guerre , ſoit qu'on l'enviſageât
dans toutes les autres parties
de la vie civile. Son plan étoit
0
212 MERCVRE
pris du Magnanime d'Ariftote .
Ildit , qu'on avoit vû de grands
Hommes dans la guerre , mais qui
horsde là estoient peu de chofes ,&
qu'au contraive on en avoit vû
d'admirables dans tous les devoirs
de la vie civile , & qui dans la
guerre n'estoient rien moins que
cela ; mais qu'un vray Heros devoit
eſtre toûjours égalà luy mesme dans
quelque estat , dans quelque circonſtance
de la vie qu'ilse trouvaſt,
dans la paix , dans la guerre ,dans
Le jour , dans la retraite , dans le
public, ou dans le particulier. Ce
fut ce qui luy donna lieu de
parcourir toute la vie de Monſieur
le Prince : il conclut tout
cela par ſa mort chrétienne,
fur laquelle il dit des chofes
forttendres & fort touchantes.
Il fit un compliment à tous les
Princes , & dit pluſieurs choGALANT.
213
Die ſes du Roy fort à propos. Cette
action a eſté approuvée generalement
de tout le monde ,
& on ne pût s'empeſcher de ſe
récrier en bien des endroits.
Ce Pere a déja fait pluſieurs
actions publiques, commel'Eloge
du Parlement de Paris , où
toute cette auguſte Compagnie
ſe trouva en Corps ilya
deux ans. Il a fait outre cela ,
✓ une Harangue ſur le Roy &
fur Monfieur leDuc , qui ont
روا eſté imprimées auſſi-bien que
( pluſieurs de ſes ouvrages.
Ol
CO
te!
Ie remets au mois prochain
à vous parler du ſervice qui a
efté fait pour feu Monfieur le
Prince , aux lefuites de la ruë
S. Antoine , où le Pere Bourdalouë
a fait l'Oraifon Funebre.
le vous envoyeray auſſi
pluſieurs ouvrages quionteſté

214
MERCURE
faits fur la mort de ce Prince
On a perdu depuis peu pluſieurs
perſonnes confiderables
de l'un & de l'autre ſexe. En
voici les noms, da
Dame Marie Charron ,mor-)
tele 7. de ce mois. Elle eſtoit
veuve de Monfieur Colbert,
Miniſtre d'Estat , & foeur de
Meſſire Iean Jacques Chatron
de Menars , Maistre des Re
queſtes , Intendant de Iuftice
en la Generalité deParis. Sur-
Intendant general de la Mai
fon , Finances , Domaine, &
affaires de la Reyne. Comme
elle devoit aller à la campagne
, & de là aux caux , elle
voulut regler ſes affaires auparavant
, & le Samedys . de ce
mois , elle travailla, fort longtemps
à ſon Testament qu'elle
ne put achever , ayant efte
ſurpriſe
}
GALANT!
215
furpriſe du mal dont elle eft
morte. Elle a laiſſe neuf enfans
, dont Monfieur le Marquis
de Seignelay eſt l'aiſnele
vous en parlay amplement ,
lorſque je vous appris la mort
de Monfieur Colbert dans ma
lettre de Septembre 1683. Elle
portoit d'azur au chevron d'or ,
accompagné de trois eſtoiles d'or.
Mademoiselle de Lamoi-
-gnon, morte le 14.de ce mois ,
-âgée de 78. ans , aprés avoir
employé durant la vie tout
fon temps &tous ſes biens au
ſecours des pauvres , & aux
actions de piete. Elle eſtoit
fooeur de feu Meſſire Guillaume
de Lamoignon , premier
preſident au Parlement de Paris
, & tante de Meſſire Chreſtien
François de Lomoignon,
Avocat General au mêmePar-
Avril 1687 . K
1
216 MERCURE
lement , &de Meſſire Nicolas
de Lamoignon de Baville ,
Conſeiller d'Estat. Son pere
eſtoit Chreftien de Lamoignon
, Seigneur de Baville ,
Preſident au Mortier du Parlementde
Paris : fa mere, Mariede
Landes de la familledes
de Landes , Seigneurs deMaigneville
& de Beaurepaire;fon
ayeul, Charles deLamoignon,
Maistre des Requeſtes , puis
Conſeiller d'Etat ,& fon ayeule,
Charlote de Bezançon , de
l'ancienne famille des de Bezançon
, qui a donné divers
Officiers confiderables tant
dans les Armées du Roy que
dans les Cours: Superieures.
La Famille de Lamoignon,originaire
de Nivernois porte
Lozangé d'argent & de fable au
Franc quartier d'Hermines , qui
eft d'Antezy.
GALANT.
247
Mademoiselle Sachot , Soeur de
M.le Curé de SaintGervais qui moutut
l'année derniere , &de M. Sachot
Avocat au Parlement , fort eſtimépar
fon merite & par ſa capacité. Elle
étoit auſſi fort recommandable par ſa
vertu , ayant pallé plus de quarante
ans dans les exercices de pieté& au
ſervice des Pauvres. Elle a été inhumée
à ſaint André dans la Chapelle
des Fondateurs de la Maiſon &College
de Boiſſy dont elle deſcendoit.Mre
Nicolas Sachet ſon Pere , eſt mort
Doyen des Conſeillers de l'Ancien
Châtelet de Paris. Sa Mere , Anne le
Coigneux , étoit Fille de Jaques le
Coigneux , Seigneur de Sandricourt,
Conſeiller en la Grand Chambre du
Parlement de Paris , &de Geneviefve
de Montholon , qui étoit Fille de
Meſſire François de Montholon, Seigneur
d'Aubervilliers,Patron de Vaugirard
, Chancelier de France , & de
Geneviefve Chartier. Sachot porte
d'azur à trois haches d'argent deux &
suneparty de le Coigneux , qui est d'azur
trois Pores épiced'or.
K 2
218 MERCVRE
,
fieur de Meffire Pierre Goury
Chaſtead Goury , Loigny Bazochelles
, &c . Maître des Comptes à Paris.
Il eſt mort en ſa Terre de Goury. Cette
Famille , qui porte d'azur à la bande
d'or de trois pieces , a donné pluſieurs
Officiers aux Cours Superieures .
Meſſire François le Veneur, Comte
de Tillieres , Carouges , & autres
lieux . Cette Famille eſt recommandable
, non ſeulement par ſon antiquité,
mais auſſi par le merite de ceux qui ſe
ſont ſignalez dans l'Eglife & dans les
Armées , où pluſieurs ont été tuez
pour le ſervice de nos Roys. Jean le
Veneur , Baron de Tillieres , a été
Evêque&Comte de Lizieux , & grand
Aumonier de France. Il mourut en
1543. Ambroiſe le Veneur & Gabriel
le Veneur ſon Neveu , ont été τους
deux Evêques d'Evreux. Tanneguy le
Veneur Comte de Tillieres , Sieur de
Carouges , Lieutenant general au
Gouvernement de Normandie , fut
receu Chevalier des Ordres du Roy
en 1582. & mourut en 1592. Jacques
Ver eluen fon Fils , Comte de TillicGALANT.
219
:
• res &de Carouges , Lieutenant general
en Normandie , & Gouverneur du
vieux Palais de Rouën , fut fait auſſi
* Chevalier des Ordres du Roy en 586..
La Famille de le Veneur , porte d'argent
à la bande d'azur , chargée de trois
Sautoirs d'or , & eſt alliée aux de Sal-
- mes de Pompadour , de Rouville , de
Baveux & de Prunelé.
Dame Loüife Henriete Roüault,
- Veuve de Mefſfire François deNovion,
Marquis de Monloy , cy devant premier
Ecuyer de la grande Ecurie du
Roy. Elle étoit de l'ancienne Famille
de Roüault , Marquis de Gamache,
alliée aux Vicomtes de Thouars , &
aux illuſtres Familles de Soiſſons , du
Bellay , Chabot, de Saveuſe , de Fiefque,
Baſſompierre, & autres. Joachim
Roüault , Seigneur de Gamaches ,
Senéchal de Poitou , Maréchal de
France, mort en 1478. ſe ſignala contre
les Anglois , lors qu'on les chaſſa
de la Normandie & de la Guyenne
François Rouault de Gamache fut tué
en 1499. au Combat de Dourlens ; &
il y en eut un autre du même nom,tué
K3
220 MERCVRE
en Lorraine en 1635.Meſſire Nicolas
Joachim Roüault , Marquis de Gamache,
a étéreceu Chevalier des Ordres
du Roy en 1662. & a épousé Dame
Marie-Antoinette de Lomenie , fille
du défunt Comte de Brienne.Roüault
Gamache porte de Gueules àtrois Leopards
d'or l'unfur l'autre.
Meffire Pierre du Four, Docteur de
la Maifon & Societé de Sorbonne,
Abbé de Longhoué, & Prieur de Sirmon.
Il étoit Clerc de la grande Chapelle
du Roy , & premier Aumônier
de M.l'Archevêque de Reims. C'étoit
un homme d'une tres - grande érudition.
Meffire Nicolas Durand de Villegagnon
, Marquis dudit lieu , Baron
d'Ernon, Vicomte de Prémartin , Seigneur
de Saint Sidraine , Luffon , la
Roche ,& pour moitié de la Terre
&Seigneurie de Jouy-le-Châtel. 11
étoitEnſeigne des Gendarmes de feu
Monfieur le Duc d'Orleans.Sa Famille
, qui porte d'azur à trois Chevrons
d'or,accompagnez de trois Croix recroifetéesaupied
fiché de inême , adonné
GALANT . 221
des Chevaliersde Malthe, &pluſieurs
autres , qui ſe ſont ſignalez aux
Armées du Roy.
Il faut vous faire part des nouvelles
Relations de Feſtes que je viens de
recevoir. Monfieur le Marquis deMirepoix
, naturellement fort magnifi
que , ne l'eftjamais tant que dans les
ceremonies qui ont quelque rapport
au ſervice ou aux intereſts de Sa Majeſté.
C'eſt ce qui a paru le jour qu'il a
fait chanter le Te Deum dans la Ozthedrale
de Pamiers , laquelle étoit
fuperbement ornée , & dés l'entrée
de lanuit , on vit une Illumination
tres-bien entendue dans tous les de
hors de ſa maiſon. Les apartemens en
furent ouverts à tout ce qu'il y avoit
d'honneſtes gens dans la Ville , & les
concerts qui divertirent les Perſonnes
diftinguées , furent ſuivis d'une collation
où rien ne manqua. Ily eutun
feu d'artifice avant le foupé , & d'autresdivertiſſemens
occuperent agreablement
les Conviez , pendant que
quatre Fontaines de vin couloient
pour le Peuple.
K 4
222 MERCURE
:
Monfieur l'Evêque de Graffe ,n'ent
pas fi-tôt eu la premiere nouvelle de
la convalefcencedu Roy , qu'il en fit
rendre des actions de graces à Dieu
parun Te Deum chanté, en Muſique.
Quinze jours aprés , cette nouvelle
s'étant confirmée , on s'aſſembla à
l'Hôtel de Ville, Monfieur Gourdon,
premier Conful , Gentilhomme d'un
grand merite& d'une nobleſſe diſtin
guée,& fils du Lieutenant general de
Graffe , fit connoître l'obligation où
la Ville étoit de marquer ſa joye pour
Le rétabliſſement d'une ſanté ſi precieuſe
à l'Etat. Son diſcours , quoy
que fort ſimple , fut écouté avec une
attention merveilleuſe , & ſuivy de
mille acclamations. Le lendemain ,
qui étoit Dimanche Meſſieursde
Ville firent une diſtribution de pain à
plus de trois mille Pauvres , & ſe rendirent,
l'apréſdînée à l'Eglife , où
Monfieur l'Abbé de Verrajon fit un
Sermon remply d'éloquence. Le ſujet
étoit le Demon muet que le Sauveur
fit fortir du corps d'un poſſedé. Il par.
la du bon uſage que les Chrétiens doi .
,
GALAN T.
223
=
vent faire de leurs maladies , & de
leur guerifon , & loia en termes magnifiques
cette admirable conſtance
que le Roy a fait paroître dans ce der
nier peril , & l'humilité & la pieté
qu'il a témoignée lors qu'il en a été
garanty. De là s'étendant ſur les
loüanges de ce grand Prince , fans
qu'il y cuft rien de prophane ny d'in
digne de la Chaire , il fit admirer le
Duel aboly , l'Hereſie détruite , les
crimes punis,lesVertus recompenfées,
la Iustice & la Religion rétablies dans
leur premier luftre , & tout ce qu'il y
a dans la vie du Roy de plus convenable
à un Monarque Chrêtien. Le foir,
Meſſieursde Ville ſortirent avec tous
les Adminiſtrateurs qui tenoient des
flambeaux de cire blanche , & marcherent
au milieu de quatre Compagnies
de Milice, commandées par Monfieur
Unard , Gentilhomme diftingué par
les Voyages qu'il a faits en Italie , en
Allemagne , & en Pologne. Ils firent
ainſi le tour de la Ville , qui étoir
pleine d'Illuminations &de feux de
-joye , & ſe rendirent au Cours pour
Κ
224
MERCVRE
allumer un Feu d'artifice qu'on y
avoit préparé. Ce Cours a une beauté
finguliere qu'il ne doit qu'à la Nature.
On voit d'un côté un Amphithea
tre de gazon , où l'on peut placer
commodement juſqu'à vingt mille
perſonnes. De l'autre il y aun Baffin
qui eſt borné par la Mer àune diſtance
de trois lievës , peuplé d'Oliviers
& d'Orangers , & diverfifié de Villages.
Le feu fut allumé au bruit des
Boëtes & de la Mouſqueterie,& ſuivy
d'une infinité de fuſées de toutes fortes.
Monfieur l'Evefque vit ce ſpe-
Ctacle du Convent des Iacobins , qui
avoient fait une tres-belle Illumination
autour du Portrait duRoy. Les
Dames & les Perſonnes de qualité
étoient placées dans un Baſtion , que
la longuePaix dont joüit la France, a
changé en un tres-beau Iardin.
Le lendemain les Magiſtrats firent
leur ceremonie. Il y eut une Meſſe ſolemnelle
&unTe Deum en Muſique,
avec une aumône generale. :
Deux jours aprés , une Troupe des
plushonneſtes gens de la Ville, firent
GALANT.
225
les mêmes Prieres & les mêmes chari
tez ,avecun tres-beau feu dejoye au
milieu du Cours , & quatre Compa-
-gnies de Milice commandées par
Monfieur Emeric.
Les Gentilshommes ſe ſont auff
ſignalez.tls s'atlemblerent au nombre
de vingt-cing , tous Habitans de la
Ville , & des maiſons les plus qualifiées
de la Province , chez Monfieur
de Villeneuve , Senéchal , & aprés
avoir fait chanter une Meſſe ſolemnelle
, & un Te Deum dans la Cathedrale
, ils firent tirer un feu d'artifice
qui eut un fort grand ſuccés ,& qui
fut accompagné d'un bruit extraordinaire
de Boëtes . Ils avoient été tous
chez Monfieur l'Evêque, pour le prier
d'honorer leur Feſte de ſa prefence,δε
Pavoient conduit en ceremonic chez
Monfieur le Senéchal , où il fut placé
commodement. Ces honneurs extraordinaires
ne font pas tant des marques
de la veneration qu'on a pour le
caractere de ce Prelat ,que de l'atrachement
particulier que ſes grandes
qualitez font ayoir pour ſa perſonne
ة ب و د
K 6
226 MERCURE
Il fut agréablement ſurpris, aprés que
ces Gentilshommes eurent allumé le
feu , de leur voir danſer la Moreſquel'épée
à la main , comme pour faire
connoître qu'ils ſeroient prêts en tout
temps dé la tirer pour le ſervice du
Roy. Cette danſe prend ſon nom &
ſon origine des Mores , qui ont été
les maîtres de cette Province durant
deux Siecles , & approche fort de la
Pirthique des anciens Grecs , où les
Soldats danſoient armez , pour conſerver
une image de la guerre dans le
plaiſir même. Lors que le feu eut éré
tiré , ces Gentilshommes reconduifirent
Monfieur l'Evêque dans le même
ordre ,& fouperent enſemble dans la
Maiſon de Ville , où la ſanté du Roy
fut bevë pluſieurs fois.
Les jours ſuivans on vit une Compagnie
de Cavalerie tres - bien ordonnée
,& commandée par Monheur
Chrétien ; une autre de Bourgeois
mariez , tous veſtus en Gardes du
Corps , menant comme en triomphe
le Portrait du Roy environné de
Fleurs .En ſuite lesAvocats, les Pro
1
GALANT.
227
a
e
1
:
cureurs , le Corps de Medecine , les
Marchands , tous les Meſtiers enfin,
& une infinité de Particuliers firent
des Feſtes avec des Compagnies de
Milice & des Feux de Joye . Les petits
Enfans même ſe ſont diftinguez. Le
petit Baron de Villeneuve , fils de
Monfieur le Senéchal , âgé de ſept à
huit ans , enmena une Troupe par la
Ville , magnifiquement habillez avec
desBanderolles , criant de toute leur
force , Vive leRoy.
Toutes ces Feſtes ont été terminées
par celle de Monfieur l'Evêque . Il
officia luy- même , & la grand' Meſſe
fut chantée avec beaucoup de folemnité.
Les Magiftrats & les Confuls y
aſſiſterent. Il traitta a dîner tous les
Eccleſiaſtiques de fon Diocese , & fit
diſtribuer des aumônes à plus de cinq
mille Pauvres . L'apreſdifnée il y eur
proceſſion generale où le Saint Sacre
ment fut porté par les ruës parées de
meubles magnifiques ,& femées de
fleurs . Il étoit fur une machine de bois
doré , ſouſtenuë par deux Chanoines,
228 MERCURE
equi n'avoit point encore étéveu en
cePays-là.
J'aurois un long article à vous faire
des rejoüiſſances de la Ville de Mortagne,
capitale du Perche , fi le peu
de temps qui me reſte pour finir ma
Lettre,me permettoit de vous en faize
ladeſcription. Elles ont été grandes
& accompagnées de tout l'éclat
poffible.
Je puis vous dire la même choſe de
la Ville de Thiers en Auvergne. Les
Marchands y ont fait faire un feu
d'artifice avec quantitéde Figures&
debas reliefs ,où preſque toute l'Hiftoire
du Roy étoit marquée. Ce fou
s'eſt trouvé fi confiderable qu'ils l'ont
fait graver , afin qu'ils en pufient tous
garder des Estampes dans leur famille.
Meſſieurs du Preſidial de Riom one
aſſiſté a un Te Deum chanté ſolemnellement
, au fortir duquel , Monfieur
de Combes , Lieutenant general ,
Neveu de feu Monfieur de Saint Sandoux
, regala tous ceux de la Com
pagnie.
GALANT. 229
F
1 Monfieur l'Abbé d'Ebreule a fait
auſſi rendre de pareilles actions de
graces dans ſon Abaye. Les Prieres
furent ſuivies d'un tres-beau difcours,
prononcé à la loüange du Roy par le
Prieur& Doyen de cette Abaye.
Les François ne ſe ſont pas feuls intereſſez
au reſtabliſſement de la ſanté
du Roy. Ceux de la Famille de Semerio
à Genes , y ont fait faire des Pricrespour
l'obtenir,&Monfieur Semerio
, Gentilhomme Genois , de cette
famille , pour marquer la joye qu'elle
aeuëdu retour d'une ſanté ſi precicuſe
, a preſenté à ſa Majesté quatre
Bouquets de tres-belles Fleurs artifi
cielles,dans quatre Vaſes d'argent,
d'environ unpiedde haut , travaillez
avec tant d'art & tant de delicateffe
qu'on peut dire que l'Ouvrage furpaffe
infiniment la matiere.La forme de ces
Vaſes eſt à la Romaine , mais le def
ſein fait en feüillages avec quantitéde
Fleurs de Lys de même , ſurprend les
plus habiles Ouvriers.Un grand nombre
de Fleurs de Lys en reliefrapor
tées ſur le hautde ces vales ,& fou230
MERCVRE
-2
tenuës chacune de deux Palmes d'or
auſſi bien que les Fleurs de Lys produiſent
un effet admirable , & tout
nouveau. On voit dans le milieu de
chaque Vaſe les Armes du Roy dans
un Cartouche orné de deux Palmes ,
-& furmonté de la Couronne Royale,
le tout garni de Diamant taillez exprés
pour former les Fleurs de Lys,
tant des Armes que de laCouróne.Ce
-prefent accompagné fut d'un compliment
qui marquoit dans les termes les
plus forts & lesplus reſpectueux , que
toute la Famille eſt entierement attachée
à la Sacrée Majesté du Roy.Quoy
que je me ſerve icy des mémes termes
qu'elle a employée , il me ſeroit diffi.
cile de vous bien marquer l'ardeur du
zele qu'elle a fait paroître en cette
rencontre. Mais où n'en montre t'on
point pour le Roy , quand on le con
noît ? Cependant on peut dire que la
République de Genes doit ſe tenir
heureuſe d'avoir des ſujets qui ayent
des ſentimens auſſi élevez que ceux de
cette Famille , en font paroître.
La Clefeftoit le vray mot de la pre
GALANT. 131
miere des deux Enigmes du dernier -
mois . Ceux qui l'ont trouvé ſont
Monfieur la Prairie Cairon , Mathematicien
à Caen ; des Maronniers
F. Mayeur ; le Chevalier de Popincourt
; le nouveau Chevalier de S.
Lazare , ancien Amant de la belle
Brune S. XXX; l'Amant Confeffeur
de la belle Procureuſe ; l'Amant de
l'Inhumaine de la ruë S. Pierre de
Caën ; Beauregard ; Mademoiselle
Beurrier la Cadette ; la plus aimable
&la plus jolie des trois Soeurs d'aupres
la porte S. Antoine ; l'aimable
Blonde d'Anjou ; la Friponne des
Coeurs ; la belle Brebis deS. Eftienne
de Caën ; les deux Belleſcoeurs de la
porte de Buffy ; l'Indifferente de
Quermelac & de Landrenau ; Meriel
de Caën , Monmouffeau , Procureur à
Tours ; & le Liberal de Novaſtres en
Touraine .
Ceux qui ont expliqué la ſeconde
Enigme ſur l'Ombre , qui en eſtoit le
vray ſens , ont auſſi trouvé la Clef. Ce
ſont Meſſieurs de la Doueſpe de Saint
Quên , le Mathematicien amoureux
232
MERCURE
du Soleilde la ruë S. Pierre de Caen;
le nouveau Procureur triomphant du
Medecin ; l'Infortune Tircis; F. Fie
don , &M. D. M.
Voicy deux Enigmes nouvelles. La
premiere eſtdeMonfieur Lourder.
ENIGME.
T'Abaiſſe au dernierrang le plus haut
Je reduis une Reyne à demander
l'aumône , F
Le prostituë auſſi la plus faze
•matrone.
Et rempliſſant les voeux
d'un fat.
Quandil meplaist,je le mets
furletrône.
GALANT.
233
:
AVTRE ENIGME..
OUR bien me peindre en pen
deVers ,
Ie fuis semblable à ce vaste
Univers ,
Mais avec quelque difference.
L'Univers comprend tout en sa
grandeur immenfe.
Sa valeur est fans prix ; quant
moy l'on fçait bien. :
Que je ne suis ny ne vaut
rien.
Le Roy a fait un voyage àMainte
non. On pourroit dire d'un autre qu'il
auroit eſté ſe promener , mais ce Princene
fait rien où le travail ne l'emporte
fur le plaifir. Pendant les trois
jours qu'il a ſéjourné en ce lieu là , il
aviſité les travaux de la Riviere d'Eus
234
MERCURE
re , & fait la reveuë des Troupes qu'il
employe à ces Ouvrages afin de les
entretenir toûjours dans une fatigue
neceſſaire au metier de la Guerre . Ces
Troupes étoient fort leftes. Les Cadets
que le Roy a fait venir , ont fait
des merveilles à ſervir le Canon , &
ont remportédes prix. Comme dans
ces occaſions ſa Majesté fait l'honneur
aux Princes du Sang & aux principaux
Seigneurs de les faire manger
avecElle , ceuxqui ont eu cet honneur
àMaintenon,ſont Monfieur le Prince,
Monfieur le Duc , Monfieur le Prince
de Conty , Meſſieurs les Ducs de
Noailles,de Chevreuſe, de Foix, de la
Ferté , & de Roquelaure, Monfieur le
Maréchal de Humieres , Monfieur le
Marquis d'Antin, Monfieur de la Sal.
le , Monfieur d'Urſé , & pluſieurs autres.
...
Monfieur le Duc de Geſvres a eſté
receu au Parlement en qualité de
Gouverneur de Paris. Quelques foirs
apres il fut receu , & traité à l'Hoſtel
de Ville en cette meſine qualité. Il y a
tant de choſes à vous dire là-deffus;
GALANT .
235
& fur D tout de la magnificence de ce
jour , qu'il faut plus de temps pour
vous en entretenir. Ce ſera pour le
mois prochain. Ie reſerve auſſi à vous
parler encetemps là des mariages qui
viennent de ſe faire,des grandes Charges
que le Roy vient de donner, & de
pluſieurs autres articles dont je ne
pourrois preſentement vous entretenir
affez au long.
Ie vous envoye deux Livres nouveaux.
Comme vous aimez les Reflexions
, le Tiltre de l'un qui eſt , Man
ximes , Sentences, & ReflexionsMorarales
& Politiques , vous promet une
lecture agréable. Il y a beaucoup d'efprit
dans ce Livre qui ſe vend chez le
ſieur du Caſtin , Libraire au Palais.
L'Autre eft , La cinquième partie de
l'Histoire des Troubles de Hongrie ,
contenanttout ce qui s'eſt paſſe pendant
toute la Campagne de 1686. Si
vos amis la veulent avoir , ils trouveront
chez le ſieurde Luyne à la Iuftice
, & chez le ſieur Guerout , Court
neuve du Palais , quidcbitent les quatre
autres Volumes de la meſime Hiftoire,
le ſuis Madame , Voſtre ,
FIN.
&c,
SE
LYON
1993
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le