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1685, 12 (Lyon)
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Illuſtriſſimus
Archiepifcopus
&Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio
SS .Trinitatis
Patrum Societatis
JESU
Teſtamenti
tabulis attribuit
anno 1693 .
:

MERCURE
THE
LA
807155
GALANT
DEDIE' A MONSEIGNUER
LE DAUPHIN
LYON
DECEMBRE 16854
*
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULAY,
ruë Merciere , au Mercure Galant.
M. DC. LXXXV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
20
TABLE DES MATIERES
contenuës dans ce Volume.
Relude. I
Lettre de Rome.
4
Morts. 18
Edit touchant les Monnoyes. 25
Extrait d'un Sermon prefché à Port
Royal. 29
Extrait d'un Sermon preſché à Soif
Sons. 30
Services faits pour feu Monsieur le
Chancelier en pluſieurs Communautez
de Paris , & en pluſieurs
Villes du Royaume , avec la Defcription
de quelques Mausolées ,
& la Lettre Circulaire des Capucins
, ſur lemesme sujet , où
l'on voit l'Eloge de ce Ministre.
40
ã 2
TABLE .
Sonnets .

Discours fait par Monsieur le Duc
de Saint Aignan , en prenant fa
place de Directeur à l' Academie
Françoise , & ce qui s'y paſſa le
mesme jour. 66
Compliment de l'Academie Françoise
à Monsieurle Chancelier.
68
Auire fait par le Doyen des Avo .
cats au confeil.
Sonnets .
76
80
82
Mort de Monsieur le Marefchal
Ducde Villeroy.
Le Roy nomme Monfieur le Duc de
Beauviliers pour remplir lapla
ee de Chefdu Confeil Royal des
Finances. 88
Penſion donnée à Madame la Ducheffe
de Saint Aignan . 91
Audience donnée à l'Envoyé extraordinaire
d'Angleterre, 92
Prix donné & remporté par MonTABLE.
fieur le Duc de la Meillerage
P. 93
Repas magnifiques donnez entre pufieur
Ambassadeurs,
Morts.
94
95
Nouvelle maniere de guerir les blef-
Sures.
Histoire.
98
101
Ce qui s'eſt paſſé en pluſieurs Villes
de la Religion , & les Converdu
Royaume touchant les affaires
fions quifefont faites.
Chapitre general de Cluny .
113
188
Converfions faites par Monsieur
leCardinal de Boüillon .
199
Couches de Madamela Ducheffe
Royale. 200
Envoyé extraordinaire de France
201 en Savoye,
Article touchant le Legs que Monfieur
de la Berchere fit en mou
rant àl'Hospital dela Charité.
102
TABLE.
Comedies nouvelles .
204
206
Audience donnée à l'Envoyé extraordinaire
de l'Empereur.
Monsieur Richer eft nommé Treforier
des Parties Cafuelles , à la
placede Monsieur Foin .
Charges de Secretaire & de Greffier
207
du Conseil, remplies par Monfieur
Foin , &parM. 207
Pension donnée à Monfieur Picon.
208 203
Mariage de Monfieur le Duc de la
Milleraye. 208
Enigmes, 213
Histoire de Hongrie. 214
Finde la Table.
Ph
Extrait du Privilege du Roy.
ArGrace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé , Par
leRoy en fon Conſeil, luNQUIERES. Il eſt ,
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces , Relation , Hiſtoires , Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres- amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme auſſi défenſes font
faites à tous Libraires , Imprimeurs Graveurs
& autres , d'imprimer , graver& debiter
ledit Livre ſans le confentement de
Expoſant,nydd''een extraire aucune Piece,ny
Planches fervantà l'ornement dudit Livre ,
* meſme d'en vendre ſeparément , & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix mille
livres d'amende contre chacun des contrevenans
,& confiſcation des Exemplaires contrefaits
; ainſi que plus au long il eſt porté
audit Privilege.
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683.
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sicur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté fon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Ivon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
MERCURE
I
MERCURE
GALANT
DECEMBRE 1685.
a
AURIEZ- vous, crû Madame
, qu'aprés avoir
commencé toutes mes
Lettres , pendant neuf
années entieres , par le recit de
quelque Action éclatante de Sa
Majeſté , je me trouvaſſe ſi fort
accablé de ce que j'ay aujourd'huy
à vous en dire , que manquant
de temps pour bien meture
Decembre 1685 . A
L
2
MERC VRE
dans ſon jour une ſi belle matiete
, je fuſſe contraint de differer
encore à vous faire voir le Portrait
de LoürS LE GRAND , Def
tructeur de l'Herefie . J'eſpere
n'oublier aucun des traits qui
pourront , non pasembellir cette
peinture , mais du moins la faire
approcher de ce qu'elle doit être
pour reſſembler à la verité. Je
Içay que loin de pouvoir la faire
briller d'un éclat qui la rehauſſe,
il eſt meſme impoſſible de la faire
paroiſtre telle que font en effet
les grandes choſes qu'elle doit
repreſenter. Ne croyez pas cependant
, Madame , que cette
Lettre ne vous doive rien apprendre
du Roy , à cauſe qu'aucune
de ſes Actions n'en fait le
premier Article. Je puis vous dire
qu'il la remplira preſque toute ,
puiſque vous y trouverez quanGALANT.
3
tité d'Abjurations tres - remar
quables , & que les circonſtances
qui les accompagnent, feront
connoiſtre non-feulement qu'elles
ſont ſinceres , mais que ceux
qui les ont faites , ne doivent
qu'à ce Monarque le ſalutaire
avantage d'avoir renoncé à leurs
erreurs. Avant que d'entrer dans
ce détail , j'ay à vous faire part
d'une Lettre écrite de Rome à
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
par Monfieur Chaſſebras de Cramailles.
Elle contient ce qui s'y
eſt paffé de confiderable à quelques
Feſtes qu'on a celebrées
avec des Solemnitez particulieres
à la Proceffion des Nouveaux
Convertis , & aux Réjoüiffances
qui ont eſté faites à l'occaſion des
avantages remportez par les
Chrétiens fur les Turcs.
A z
MERCURE
A Rome ce 15. Septembre 1685.
E4. du mois paſſé , on fit icy
Leerordinaire de
S. Gaëtan , dans les deux Maiſons
des Peres Theatins ; principalement
en leur Eglife de Saint AndréDella
Valle , une des plus belles de Rome.
Sa Sainteté ayant ordonné par un
Bref, qu'on feroit d'oreſnavant la
Feste de Saint Gaëtan double , qui
n'étoit auparavant que Semidouble.
Le mesme jour l'on fit l'ouver .
ture de l'Eglise de S. Ignace des
Peres Jefuites du College Romain,
qui est la Maiſon où ils enfeigrent
, comme celle dela Ruë Saint
Iacques à Paris. C'est une des plus
belles Eglifes de Rome aprés Saint
Pierre. La pluſpart de Messieurs
les Cardinaux , & ce qu'ily a icy
personnes de Qualité la vinrens
GALANT.
5
voir ce jour-là , & le lendemain
Dimanche. L'Autel estoit garny
d'une quantité ſurprenante d'argenterie
, & le Serviceſefit à quatre
Choeurs de Musique. Cette Egli.
ſe , celle de la Maiſon Profeſſe &
celle du Novitiat , font trois des
plus belles de Rome.
Lemesmejour & le Dimanche
Suivant , les Dominiquains cele.
brerent la Feste de Saint Domini.
que .
Patron de cét Ordre. Leur
, qui
Principale Egliſe eſt celle de Sancta
Maria ſuper Minervam
eſtoit autrefois le Temple d'Ifis. La
Musique estoit àhuit Choeurs . Saint
Dominique & Saint François ayant
eſté contemporains &fort intimes
amis , ces deux Ordres ont toûjours
conſervé une afſfez grande union
l'un avec l'autre , pour en donner
des marques publiques . C'est l'usage
à Rome & dans la pluſpart des
A3
6 MERCURE
Villes d'Italie , que le jour de faint
Dominique les obfervantins de
Saint François , nommez cheznocs
Cordeliers , viennent faire l'Office
dans le Convent des Dominiquains,
&Semblablement le jour de Saint
François les Dominiquains vont
faire l'Office chezles Cordeliers .
Le 9. Aoust se fit la Fefte de
Saint Laurent. C'est une des primcipales
de Rome ; on éleva des Arcs
de Triomphe dans les ruës des envi
vons de la Principale Eglife de Saint
Laurent .
Le 25. Aouft on celebra la Fefte
de Saint Loüis dans l'Eglise de ce
Saint , qui est de la Nation Françoise.
Ily eut une tres- belle Mufique.
M. l' Ambassadeur de France
s'y rendit engrand cortege à douze
à treize heures qui font Sept
àhuit heures du matinſelon l'Horloge
de France,pour recevoir MefGALANT.
7
ſieurs les Cardinaux quiyestoient
invitez , il s'y en trouva un fort
grand nombre. Ils se placerent tous
dans le Choeur ſuivant leur rang ;
Sçavoir les Eveſques , les Prestres
& les Diacres . Comme aussi M.
l'Ambaſſadeur à qui on rendist les
meſmes honneurs qui leur font ren.
dus,foit pour les Encenſſemens , foit
pour d'autre choses . L'Eglise estoit
toute tenduë de bandes de Damas
rouge , avec des fleurs de Lys & des
Soleils. Le Portrait de Sa Majesté
tout de bout& en Mante au Royal
, estoit fur la Porte à coſté de
celuy de Sa Sainteté.Tout ce qu'ily a
de François àRome ,se trouverent
chez M. l' Ambassadeur des les
onze heures d'Italie , pour luy faire
cortege , & ils furent régalez de
Caffé & de Liqueurs. Son Cortege
eſtoit de trois Caroffes de Velours en
Broderie& Dorures , chacum àfix
A 4
8
ر
MERCURE
1
Chevaux , & quatre autre à deux
Chevaux ; Une douzaine de Pages
au tour en épée & manteau à l'u
fage d'Italie , & environ foixante
Valets de pied & Estaffiers , auſſi en
épée& en manteau pour la plûpart.
Il y avoit ensuite environ cinquan
te autres Caroffes de ceux qui fai-
Soient cortege.
Le Dimanche 2. de Septembre ,
Sa Sainteté tint Chapelle extraordinairement
dans ſon Palais de
Montecavaille ,& l'ony chanta la
Meffe & le Te Deum ,pour rendre
graces à Dieu des Victoires remportéesſur
les Turcs par les Armées
de l'Empereur & des Venitiens.
Les Canons du Chasteau S. Ange
annoncerent dés le matin la Ré
joüiſſance publique , & fur le foir
toute la Ville ſe trouva en joye.Chacun
avoit allumé des feux devant
Saporte. Toutes les Maiſons estoient
GALANT.
9
illuminées des lampes & de lanternes
aux Armes du Pape, de l'Empereur
& de la Republique de Veni-
Se , la pluſpart de Meſſieurs les Cardinaux
, &de Meſſieurs les Princes
, avoient fait mettre deux
grands flambeaux de cire blanche à
chacune desfenestres de leurs Palais
, &l'ontiraun nombre prodi
gieux de Mortiers , de Petarts &
de Fufées.
Monfieur le Cardinal Chigi ,
Neveu du Pape Alexandre VII. qui
avoit fait éclairer la façade de fon
Palais d'une grande quantité de
flambeaux comme les autres , fit en
core tapiſſer le derriere du mesme
Palais qui donnefur le Cours , aver
des Satins & des Damas rouges ,
pluſieurs dépoüillesremportées en di.
vers temps fur cét Ennemy commun
des chrestiens. On y voyoit exposez
des Turbans, des Bonnets , des Heau-
AS
JO
MERCURE
mes , des Veſtes , des Hoquetons, des
Corcelets , des Souliers , des Bottines,
des Pabouches , des Sabres , des Coûteaux
, des Cimeteres , des Epées, des
Haches , des Dagues , des Poignards,
des Pieux , des Marteaux, des Coutelas
, des Tranchoirs , des Arcs , des
Fleches , des Carquois , des Lames ,
des lavelots , des Dards , des Boucliers
, des Bâtons ferrez , des Piques
, & un nombre infiny de diver-
Jes Armes àfeu de differentes forres
, outre pluſieurs brides & mords
de Cheval , des felles houffes ,des
étriers , & autres barnachement à
laTurque.
A
Ily avoit des Turcsliez & garotezſur
un Theatre , pleurans leur
nouveau desastre au milieu de
leurs Etendards & de leurs Drapeaux.
On y avoit mis une Tête de
Mahometan deſeichée que l'on di
foit estre d'un Bacha d'Alep ,&
GAL ANT .
FI
la veritable peau d'un homme corroiée
, que Monfieur le Cardinal
conferve parmy les varetezde sa
Maison de plaisance , & que l'on
attribuoit en cette occasion au
Grand Visir défunt .
Ces kéjouiffances continuerent le
✓ lendemain Lundy. Sa Sainteté fit
distribuer ce jour là plusieurs Cha
ritez à tous les pauvres neceffiteux
de la Ville ; & afin que la Feste fust
encore agreable à Dieu , & plus
utile aux veritables Chreftiens , on
fit des Prieres de Quarante heures
le Samedy , Dimanche & Lundy ,
dans l'Eglife de Sainte Marie
Dell'anima de la Nation d'Alle
magne & de Flandres , & dans
celle de Saint Marc , enclavée dans
le circuit du Palais des Ambaſſa
deurs de Venise , où Sa Sainteté
avoit accordé Indulgence Plenie
re,à ceux qui s'acquiteroient des
A 6
12 MERCURE
dévoirs preſcris dans l'une de ces
deux Eglifes , & demanderoient à
Dieu la continuation des Victoires
contre les Infideles , la Paix de
l'Eglise , & l'union des Princes
Chrestiens. Il y eut aussi de grandes
Devotions avec la mesme In- .
dulgence accordée dans les trois
principales Bafiliques ; sçavoir le
Samedy 8. à S. Iean de Latran , le
Dimanche 6.à S. Pierre du Vatican,
& le Lundy 10. à Sainte Marie
Majeure.
LeDimanche 9. Septembre, l'on
fit icy fur lefoir une Proceſſion cele
bre , où l'on transfera les nouveaux
Convertis à la Foy Catholique, dans
le Palais de feu Monfieur le Cardi
wal Gastaldi , qui en mourant leura
donné ce Palais pour leur fervir
d'hospice. C'est un des plus beaux de
Rome : Il est fcitué entre le Châ
teau Saint Ange&la superbe Egli
GALANT.
13
fe de Saint Pierre du Vatican ,
tient une fort grande étenduë de
terrain.
Les Nouveaux Convertis au nombre
de quatre vingt , ou environ ,
portoient chacun un Cierge allumé;
ils estoient precedez des Confreres
du Crucifix de faint Marcel , dont
la plus grande partiefont des Gen.
tilshommes des premieres Maiſons
de Rome.
Ces Confreres estoient tous habillez
d'une Robe noire avec une figure
de Crucifix fur l'estomach , &
un long baton noir à la main rehausfé
d'une petite Croix argentée&
dorée. Trois des Principaux de la
Confrairie portoient touràtour une
Croix de bois , de quinze à dix- huit
pieds de hauteur , & d'autres te
noient un peu plus loin un grand
Crucifix environné de quantité de
Phanaux dorez& de Flambeauxх
ardens.
14
: MERCVRE
Meffieurs les Cardinaux Chigy ,
&Houvard de Nortfolch accompagnoient
la Proceſſion , & aprés eux
marchoient une centaine de Prelats ,
tous deux à deux , ſuivis d'un nom.
bre infiny de Peuple quiy estoit accouru
de tous les quartiers de Rome
, pour gagner l'Indulgence plen'ere
accordée par Sa Sainteté , à
tous ceux qui affiſteroient à cette
Ceremonie.
La Proceſſion partit de l'ancien
Hospice de Sainte Marie des Graces
prés la Porte Angelique , & alla
d'abord dans l'Eglife de Saint Pierre
, où aprés que chacun eutfaitfa
priere ,on fit voirà tout le Peuple ,
Les trois principales Reliques que
l'on conferve dansle Tresor de cette
Eglise , qui fontle Linge aveclequel
fainte Veronique eſſuya le Vifage
du Sauveur du Monde , quandil
fut conduit au Mont- Calvaire
1
GALANT. 15
l'empreinte de Sa Divine Face est
demeurée fur ce Linge. La Lance
qui perça fon Coſté lors qu'il fut
Juspenduſur la Croix pour lefalut
de tous les hommes , & un grand
morceau de la Vraye Croix , que le
Pape Urbain VIII. fit tranſporter
d'une autre Eglise de Rome en cellecy
en l'année 1629. Enfuite laProceſſion
ſe remit en ordre comme au
paravant , & continua sa route
jusqu'au nouvel Hofpice que l'on
avoit orné de Tapifferies , de Feſtons
, de Fleurs & d'autres galanteries.
Le Mardy 2. Septembre M. le
Cardinal Paul Savelli. Perreti,Diacre
du Titre de Saint George in Velabro
, mourut icy à liâge defoixante-
deux ans , entre une & deux
beures d'Italie , qui font environ
Suit heures du ſoirfuivant l'Horloge
de France. Il déceda dans fon
16 MERCURE
Palais bâtyfur les ruines du Theatre
que l'Empereur Auguste fit élever à
SonNeven Marcellus . C'eſt où l'on
faisoit des Jeux publics , & des Feſtes
de Taureaux & de Gladia-
& où dans les temps
des Perfecutions , ou l'on tourmen.
toit cruellement quantité de Saints
Martyrs , que l'on expoſoit aux Beſtes
pour donner de l'épouvante aux
aatres Chreftiens.
teurs ,
Il fut nommé Cardinal le 14.
Janvier 1667. Sous le Pontificat
d'Alexandre VII. Il avoit esté l'un
des douze Clers de la Chambre Apostolique
, & estoit lors qu'il mourut
de pluſieurs Congregations de Rome.
Ilfut inhuméle Ieudyſuivant dans
l'Eglise de Sancta Maria dara
Cæli, dans une Chapelle defa Famille.
Cette Eglife est une des plus
GALANT.
17
confiderables de Rome. Elle eft fcituée
au Sommet du Mont Capitolin;
l'on y monte par un Efcalier de mar -
bre blanc , de cent vingt-quatre
degrezdefept à huit toiſes de largeur
, & ce font les Freres Mineurs
Obfervantins qui la gouvernent
depuis deux cent quarante ans.
Ce Cardinal a laißé un Frere
Monsieurle Prince d'Albano , qui
est aujourd'huy l'aisné de la Maiſon
des Savelli , l'une des quatre premieres
& plus anciennes de Rome,
qui y tiennent rang de Princes :
celle- cy joüit d'un beau Privilege ,
& l'ainé de la Famille est toûjours
Mareschalné & Gardien perpetuel
du Conclave , conjointement avec
Monfieurle Cardinal Camerlingue
dela Sainte Eglife , d'où vient que
lors que le Saint Siege est vacant , il
Son appartement dans le Palais ois
le Conclaveſe tient .
18
MERCURE
Monfieur Antoine Paoluzi,Venitien
Auditeur de Rote , est mort icy.
C'eſtoit un Sujet desplus capables .
Outre les Morts dont je vous
parlay la derniere fois , on a perdu
pendant le mois de Novembre
quelques autres Perſonnes
confiderables , dont voicy les
Noms.
Meſſire François de Vyon , St
de Teſſancourt. Il avoit épousé
Gabrielle le Coigneux , dont il
a eu René de Vyon , St de Teffancourt
, & lean - François de
Vyon , Chevalier de l'Ordre de
S. lean de lerufalem. Cette Famille,
qui eſt originaire de Bourgogne
, eſt établie au Vexin , depuis
deux cens ans. Entre ceux
qui en font fortis , & qui ont fignalé
leur nom , ſe trouvent
Louis de Vyon , Seigneur Chafte
lain de Vaux prés de Meulan, qui
GALANT.
19
ſous le Regne de Charles VIII.
fut fait Chevalier au Siege de
Theroüenne. Denys de Vyon,
qui ayant eſté receu Chevalier
de Malte en 1594. fut enſuite
grand Prieur de Champagne;Denys
de Vyon fon Neveu , recen
Chevalier de Malte en 1630. &
tué par les Turcs en 1638. àla
priſe de deux Galeres d'un Renegat
de Marseille. Guillaume de
Vyon Sieur de Chandon, fut tué
à la priſe de Ham en 1595 .
De Vyon , qui porte degueules
àtrois Aigles d'argent , eſt allié
aux de Barville , de Damas,
de Ioigny, de lanailhac, de Marconville
, Bochart- Champigny ,
Dailly , de la Fontaine , de Saint
Simon , de Piennes , & autres .
De cette Famille eſt Monfieurde
yon Sieur d'Herouval , fi recommandable
par les Recher20
MERCURE
chesde l'Antiquité de noſtre Hiſtoire
, dont il a fait part au public.
Quant à Gabrielle le Coigneux
, Femmede Monfieur de
Vyon de Teſſancourt, elle porre
d'azur à trois Porcs épics d'or. Elle
eſt Fille de lacques le Coigneux
Sieur de Bezonville , & de Marie
Garnier , petite Fille d'Edoüart le
Coigneux St de Bezonville,Con -
feiller au Parlementde Paris, &
d'Elizabeth Bordin:& arriere petite
Fille de lacques leCoigneux,
Sieur de Sandricourt , Conſeiller
en la Grande Chambre du Parlement
de Paris , & de Geneviefve
deMontholon , Fille de François
de Montholon , Seigneur
d'Aubervilliers,Garde des Seaux
de France && de Geneviefve
Chartier Dame Patronne
Vaugirard.
,
GALANT 21
2
Cette Famille de le Coigneux,
a donnédeux Preſidens auMortier
& divers Conſeillers au Parlement
de Paris , un Chancelier
- de feu Mr le Duc d'Orleans
- des Maiſtres des Requeſtes ,dievers
Officiers en la Chambre des
Comptes , Grand Confeil , &
Chaſtelet de Paris. La Famille
des le Coigneux , & aliée aux le
Gendre de Villeroy , de Longueil
, de Montholon , Chippard-
de la Grand- maiſon , Daloigny
, Cerifier
Chaumont , Hurault , Particelli
, de Thore , Mareſchal , Safchot
, & autres .
1
U
د Bitault , de
Meſſire François le Maiſtre
Sicur de Beloq de Perſac , Confeiller
en la Grand Chambre du
Parlement , mort environ dans
meſme temps. Il fut receu le
11. Juillet 1653. & diſtribué en
22 MERCURE
la cinquième Chambre des Enqueſtes
. Son Pere eſtoit Gilles le
Maiſtre Sieur de Ferrieres Conſeiller
au Parlement , fon Ayeul
Gillesle Maiſtre Sieur de Ferrieres
, Capitaine d'une Compagnie
de Chevaux Legers ; fon
Biſayeul Jean le Maiſtre , Maître
des Requeſtes ; ſon Triſayeul
Gilles le Maiſtre , Avocat General
, puis premier Prefident au
Parlement de Paris , ſous le Regne
de Henry ſecond. Sa Mere
ſe nommoit Marie Paſtoureau ,
Fille de François Paſtoureau Baron
de Sanſac , Conſeiller en la
Grand Chambre. Son Ayeule
eſtoit Marie Hennequin , Fille
de Claude Hennequin Sieur de
Bermainville , Maiſtre des Requeſtes
; fa Biſayeule Catherine
Herbelot Dame de Ferrieres
Fille de Nicolas Herbelot Sei-
S
GALANT.
23
-
gneur de Ferrieres , & Maître des
Comptes à Paris , & fa Trifayeule.
Marie Sapin , Fille de Jean
Sepin Seigneur de Rozieres &
de la Bretaiche. Monfieur le
Maistre deBelocq de Perſac , qui
vientde mourir , avoit ſon Frere
aiſne Jean le Maiſtre Sieur de
Ferrieres , Conſeiller au Parlement
de Paris , qui de Dame
Renée Davy de la Fautriere, Fil-
- le de Laurent Davy , Seigneur
de la Fautriere en Anjou , Maître
des Requeſtes , à laiſſé un Fils
nommé Gilles le Maiſtre Sieur de
Ferrieres , qui fait paroiſtre ſa
capacité par les Plaidoyez qu'il
fait en la fonction d'Avocat au
Parlement
1
a
e
e
e
e
& pluſieurs Filles
, dont l'une eſt Chanoinefſe
, & l'autre a épousé Loüis
de Laſſeré , Conſeiller en la
deuxième Chambre des Reques
24
MERCURE
ſtes do Palais , le Maiſtre porte
d'azur à trois foucis d'or. Par le
deceds de Monfieur le Maistre,
Meffire Jean Bochart Sieur de
Sarron , Doyen des Conſeillers
de la cinquième Chambre des
Enqueſtes , où il fut receu le 3 .
Aouſt 1653. eſt monté à laGrand
Chambre .
Meffire Jean de la Guillau
mie , Secretaire du Roy , &
Greffier du Conſeil Privé , eſt ,
mort auſſi depuis quelque temps
dans ſa 68. année. Il avoit épousé
Catherine Lalement , Fille de
Pierre Lalement Maiſtre des Requeſtes
, &de Marie Brodeau.
a laiſſé deux Fils & trois Filles .
L'aînée des Filles , Marie Anne
de la Guillaumie eſt mariée à
Charles- François de Montholon,
Seigneur d'Aubervilliers , Confeillerau
Grand Conſeil. La Guillaumie
,
GALANT.
25
laumie , porte d'azur au Chevron
d'or accompagné de trois Croiſſans
montans de mesme.
Le Roy qui applique tous ſes
ſoins à faire goûter à ſes Peuples
les heureux fruits de la Paix ,
ayant reconnu labus qui s'eſt
introduit dans les Provinces &
Villes conquiſes aux Pays-bas,
au ſujet des Monnoyes étrangeres
, particulierement des Reaux
appellez Caſtilles , la pluſpart
legers & rognez , où il y a un
fixieme , & quelquesfois un
quart,& plus de perte, Sa Majesté
les a décriez, & par fon edit donné
à Chambord au mois de Septembre
1685. Elle a ordonné
l'établiſſement d'un Hoſtel st
Chambre de Monnoye en la Ville
de l'iſſeen Flandres compoſée de
Confeillers, Juges , Gardes , Contregarde
, Procureur du Roy , &
Decembre 1685 . B
26 MERCURE
autres Officiers & de douze
Ouvriers Ajuſteurs , & d'autant
de Monnoyeurs , aux meſmes
droits , privileges & fonctions
que ceux de pareille qualité des
Monnoyes de France. Elle leur
attribuë la Jurisdiction en premiere
Inſtance ſur les Monnoyes,
Metaux & Poids dans les Provinces
de Flandres , Artois , Henault
, Luxembourg , Villes &
Païs de l'ifle , Tournay , Tournaiſis
, Cambray & Cambrefis ,
veut que l'appel des lugemens
de cette Chambre des monnoyes
de l'ifle , reſſortiſſe en la Cour
des monnoyes à Paris , qui ſeule
reçoit l'appel des autres Cham.
bres des monnoyes de France,&
des Païs des Conqueſtes de Sa
Majeſté. Elle a auſſi ordonné qu'il
ſera fabriqué à l'ifle , une nouvelle
monnoye d'argent aux Ar
GALANT.
27
mes de France écartelée de Bour
gogne ancien & nouveau , afin
de les diftinguer des autres Monnoyes
pour avoir cours ſeulement
dans ces Païs de Conqueſtes. Il y
en a de cinq prix differens , ſçavoir
la premiere de foixantequatre
Patars valant quatre livres
monnoye de France du poids d'une
once , cinq deniers fix grains
trebuchans ; les quatre autres
ſont de quarante fols , vingt ſols ,
dix fols& cing ſols. Elle veut
que l'on ſe ſerve du Poids de
France , pour y avoir cours , afin
de peſer ces eſpeces , & de s'en
ſervir en autres chofes , & qu'il
en ſoit envoyé d'ajustez , & conformes
aux Poids Originaux de
France conſervez en la Cour des
Monnoyes ; & pour l'execution
de cet Etabliſſement & Fabrique,
elle a commis Monfieur Hour
B 2
28 MERCURE
lier Preſident & Commiſſaire
General en ſa Courdes Monnoyes,&
veut qu'en attendant qu'il
foit fait , on fabrique de ces nouvelles
Monnoyes dans les Hoſtels
des Monnoyes de Paris & d'Amiens
; ce qui a eſté executé par
les ſoins de Monfieur de Selve ,
Procureur General en ſa Cour
des Monnoyes , & on en a envoyé
grand nombre en Flandres ,
pour ſervir au Change des Eſpeces
Etrangeres décriées. Monfieur
Rouffeau Commis par le
Roy à la Fabrique & Régie de
ſes Monnoyes, eſt allé en la Ville
d'Amiens à ce ſujet , pour yfaire
fabriquer de ces Eſpeces. Cet
Edit a eſté enregiſtré en laCour
des Monnoyés le 26.Septembre,
au Rapport de Monfieur Boizard
Confeiller , les Semeſtres eſtans
aſſemblez pour cela par l'ordre
GALANT.
29
de Monfieur de Chauvry qui en
eſt Premier Preſident.Apres l'Enregiſtrement
dont je vous parle ,
on a fait des Poids , Livres &
Marcs , & grand nombre de Deneraux
de ces monnoyes , qui
font les Poids ſervans d'Etalons
aux Ouvriers , leſquels ont eſté
rendus dans la derniere juſteſſe,
& conformes aux Poids Originaux
de France , en prefence &
par l'ordre de Monfieur Chaſſebras
du Breau , Conſeiller &
Commiſſaire General député
pour l'Uniformire de tous les
Poids & Marcs de France .
Le 21. du mois paſſé , jour
de la Preſentation de la Vierge ,
S. A. R. Madame s'eſtant retirée
au Monastere de Port royal,
entendit le Sermon qu'y fit ce
jour- là Monfieur l'Abbé Faydit ;
mais elle n'y voulut aſſiſter qu'
B3
30 MERCURE
incognito , afin de laiſſer tous les
honneurs à Madame l'Abbeffe,
qui comme vous ſcavez,eſt Soeur
de Monfieur l'Archeveſque de
Paris , & que le Predicateur puſt
luy adreſſer la parole s'il vouloir,
ce qu'il fit de cette maniere .
Son Diſcours eſtoit ſur la paix
& la concorde , qu'il repreſentoit
comme l'amede la vie Religieuſe.
Il dit d'abord que c'eſtoit
ce defaut d'union que les Peres
de l'Egliſe aſſeuroient eſtre le
poiſon le plus ordinaire & le plus
dangereux aux Communautez ;
& qu'on pouvoit dire aux Religieuſes
ce que Tertulien diſoit
aux Martyrs & aux Confefſeurs
qui estoient dans les Priſons.
Vous eſtes la plus illustre Portion du
Troupeau de lesVS-CHRIST , vous
portez ſes chaines. Vous estes ſes
Captifs &Ses Prisonniers ; vos verGALANT.
31
zusfont en admiration au Ciel & à
la Terre; mais plus vous eſtesgrands
& élevez en merite, plus vous avés
excité l'envie &la haine du Démon.
Et vous devez compter qu'il
fera tous ses efforts , qu'il épuisera
toutesses rufes pour vous perdre. Il
voit bien qu'il ne gagneroit rien fur
vous par l'appas des plaisirs, &par
la rigueur des tourmens. Vous avez
renoncé aux uns &vaincu les autres
; mais cet eſprit artificieux dit
en luy- mesme , il faut que je les
broüille ensemble , il faut que je
Seme des difcordes & des diviſions
parmy eux. Il faut que j'altere la
charité dans lear coeur par de faux
rapports , par des soupçons ; par des
défiances mutuelles , par des diſputes
contentieuses. Par ce moyen je
rendray inutile tout lefruit de leur
martyre ; car à quoy fert le marsyre
ou du sang ou de la Peni
B 4
32 MERCVRE
Livrerois mon corps auxflames, fije
nay la charité, cela ne meferviroit
de rien, dit le grand Apostre .
Mais doit on rien craindre de
Semblable , Madame , d'une Communauté
qui a le bonheur de vous
avoir pour Chef & pour Abbeſſe ,
puiſque tout le monde avoue que
parmy tant d'éminentes qualitez
qui vous distinguent , la douceur ,
la moderation & la prudence tiennent
le premier rang , & vous élevent
autant au deſſus des autres
Abbeſſes de l'Eglise , que cette Dignitè
vous éleve au deſſus du com
mun des Religieuses ? Ce sont des
Vertus hereditaires dans vostre
Maison, Madame , que la douceur
la clemence. Vous les avez receuës
avec le ſang. Vous les avez
fuccées avec le lait , mais la grace
les a consacrées en vous , parlefaint
usage qu'elle vous en a fait faire.
GALANT.
33
Oüy, Madame, vous avezfait dans
le Cloiſtre &parmy d'illustre Vierges
de JESUS-CHRIST , ce que ce
grand Prelat , quivous est beaucoup
moins uny parles liens de la chair&
dusang, que par ceux de la grace ,
&par la conformité desſentimens
de l'esprit & du coeur , a fait dans
la plus illustre Eglise du Monde, &
dans le plus sçavant Clergé del'Vnivers
. Afon avenement au Throne
Archiepiscopal de cettegrande Ville,
il trouva l'Eglise de Paris dans le
mesme état que l'Apoftre Saint Paul
trouva autrefois l'Eglife de Corin
the partagée par des disputes honteuſes
, l'un disant jesuis àPaul ,
l'autre à Apollo , &l'autre à Cephas.
Mais a l'exemple de cegrand
Apoftre , il calma tout parfa pre-
Sence. Il ramena la tranquilité &
la paix . Auſſi , Madame, le Démon
jaloux de la Saintetéde cetteMai-
B
34
MERCURE
Son & de l'édification generale
qu'elle donnoit à toute l'Eglise par
la difcipline reguliere qui s'y obfera
voit avec toute l'exactitude imaginable
, & par la pratique de toutes
les vertus , avoit tâché d'y jetter
quelques ſemences de divifion ; mais
voſtre prudence a tout calmé. Vous
avezparu , Madame , & toutes les
disputes ont ceffé. La grace de JEsus-
CHRIST n'a plus partagé les
coeurs. Elle les a unis selonsa nature
& son institution. Toute cette
grande Communauté ve fait plus
qu'un coeur & qu'une ame commela
Societé des premiers Fidelles de Ierufalem.
En un mot , on nevoit plus
icy d'autre émulation que celle d'imiter
vos vertus , Madame, comme
vous imitez parfaitement celles de
LaVierge.
Voicy un autre endroit d'un
Sermon que Me de Feffel Docteur
GATANT.
35
de Sorbonne,& Chanoine Theologal
de l'Egliſe Cathedrale de
Soiffons , y fit le Dimanche 18 .
du mois paſſé. Il vous plaira d'autant
plus , qu'ayant une eſtime
tres-particuliere pour le merite
& les grandes qualitez de Με
l'Abbé Huet , nommé à l'Evefché
de Soiffons , vous verrez
dansce diſcours avec quelle joye
& quels applaudiſſemens toute la
Ville a appris ce digne choix de
ſa Majeſté . Me l'Abbé du Feſſel,
aprés l'Ave Maria, de ce Sermon
parla de cette maniere.
Ie vous dis ily a fort peu de
temps , mes Freres , que par le deceds
de Mesfire Charles de Bourlon
noſtre digne Evesque , nous estions
tous devenus des Enfansſans Pere ,
un Troupeaufans Pasteur,des Membres
fans Chef , & que dans cette
pertegenerale-l'esperance d'un Suc..
B6
36 MERCURE
ceſſeur capable de la reparer , estoit
laſeule conſolation que nous devions
nous permettre ; mais que comme un
digne Eveſque estoit un grand don
de Dieu , il nous le falloit meriter
par nos prieres . L'invitay tous les
Colleges, toutes les Communautez ,
toutes les Familles , a demanderqu'il
pluft au ciel d'inspirer le Roy de
nous donner un Prelat que Dieu luy
mesme custforméfelon ſon coeur, &
qu'il euft remply deſon double eſprit;
un homme Apostolique de la trempe
de ceux dis premiers Siccles
qui eust long temps travaillé au dedans
à ferendre digne de l'Episcopat
, fans avoirjamais pensé à estre
Evesque car , comme dit admirablement
Saint Chryfoftome , celuy
qui brique un Eveſché, ne croitpas
au Iugement de Dieu , & il arenoncé
àfonfalut. Fay àvous dire aujourd'huy
, mes Freres , que nos prieres
2
GALANT.
37
ont éfté exaucées. LOVIS le Grand,
toûjours auguſte , toûjours éclairé ,
toûjours équitable dans ſes choix ,
persuadé qu'ilne peut mieux conferver
les conquestes miraculeuses qu'il
fait pour l'Eglise, parle retourgeneralde
tousfes Sujets qui s'en estoient
malheureusementfeparez, qu'en luy
donnant des Evefques auffivertueux
que fçavans, auſſi zelez pour la verité
de la doctrine, que pourla fainteté
des moeurs , a nommé pour la
conduite de ce Diocese Meßire
Pierre DanielHuet. Nous ne pouvions
ſouhaiter un plus illustre Pre-
Lat. Il estfi remply de merite , d'érudition
& de ſcience , il a tant de
probité, de ſageſſe , de vertu ſolide
&de preté , il est si profond dans
les belles lettres , & dans la discipline
de l'Eglise , fi interieur ,fi
homme d'Oraiſon ,ſi honneste & ft
affable , que nous avons tout ſujet
38 MERCURE
de benir Dieu , & de remercier le
Roy qui nous l'a donné pour nostre
Pasteur. C'est à nous maintenant à
travailler à nous mettre en estat de
profiter des rares talens & des graces
extraordinaires dont Dieu l'a
remply. C'est ànous à redoubler nos
prieres. Foignons- les , mes Freres ,
joignons- les auxfiennes. Il estprefentement
en retraite , où ilſe prepare
aux fonctions excellentes de
fon Ministere. Là il converse avec
Dieu comme Moïsefur la Montagne.
Là il se transfigure comme le
Sauveur du Monde fur le Thabor.
Là il parle de nous à Dieu , & luy .
mesme represente nos maladies ſpirituelles
, en attendant qu'ilnous en
vienne parler , & y donner les remedes
neceſſaires . Demandons que
par l'onction de fon Sacre , il ſoit
transformé en un homme tout nouveau,
que par la plenitude de la cha
GALANT.
39
1
rité qui forme le caractere des Evêques
, il foit autant élevé au deſſus
de luy mesme , qu'il est élevé au
deffus de nous par Son merites que
cette onction luy donne toute l'humilité,
tout l'amour, toute la ferme_
té , tout le détachement de Saint
Pierre , toute la fidelité , tous les
- bons defirs , tous les ſages confeils de
David. Mais en demandant pour
luy toutes ces graces , demandons à
Dieu pour nous toute la docilité&
toute l'obeiffance , fans lesquelles
nous luyferions une double charge. Il
est nostre Pere , nostre Maistre , nô
tre Pasteur , noſtre Chef; & les Enfans
devant aimer leur Pere , les
Disciples écouter leur Maistre , les
Qüailles fuivre leur Pasteur , les
Membres s'unirà leur Chef, ce nous
est une obligation indispensable
d'appliquer nosfoins à nous acquit
ter fidellement de tous ces devoirs,
40 MERCVRE
Quelques marques d'attachement
& de veneration que l'on
donne à ceux qui ſont élevez
dansun haut rang , elles ne font
pastoûjours des affurances que
l'on ait pour eux une veritable
eſtime ; mais quand on paroiſt
ſenſiblement touché de leur perte
& qu'on rend à leur memoire
des honneurs proportionnez à
ceux qu'on rendroit à leurs perfonnes
, s'ils eſtoient vivans , il
n'y a point à douter qu'on n'ait
pour eux dans le coeur ce qu'on a
fouvent fait voir ſur les lévres.
Nous en voyons un exemple
dans la mort de Monfieur le
Chancelier , puis qu'au lieu d'oublier
ce grand miniſtre , ou du
moins de ceſſer de luy donner les
mefines marques de la tendre &
reſpectueuſe eſtime qu'on avoit
pour luy , chacun s'eſt efforcé à
GALANT.
41
l'envy de rendre des honneurs funebres
à ſa memoire .
Les Religieux Benedictins de
la Congregation de Saint Maur
ont commencé . Si -toſt qu'il fut
4 mort , le Pere D. Benoiſt Brachet
leur General , ordonna qu'on diſt
plus de quinze cens Meſſes , que
les jeunes Religieux fiſſent une
Communion, & que chaque мо
- naſtere de la Congregation celebraſt
un Service ſolemnel pour
le repos de l'Ame de cet illuftre
Défunt. Mais afin que leur zele
ne paruſt pas ſeulement dans le
Cloiſtre, ils firent un Service fort
magnifique dans l'Eglife de l'Abbaye
de Saint Germain Defprez,
le Samedy 17. du mois paffé , le
tout par les ſoins du P.D.Claude
Bretagne , Prieur de ce Monaftere
, & grand Vicaire de Monſieur
l'Archeveſque de Paris .
42
MERCURE
On avoit tendu toute l'Eglife
juſqu'aux naiſſances de la Voute.
Letourdu Choeur eſtoitgarny
de grands Ecufſons entremeflez
de Maſſes poſées en ſautoir ſous
un Mortierd'or rebraſſé d'hermines
, & liées d'un Cordon bleu
d'où pédoit laCroix de l'Ordre du
S. Eſprit . On y avoit ajouté deux
lez de velours , chargez de petits
Ecuſſons & de Maſſes , qui compoſoient
tout l'ornement de la
Croiſée de l'Eglife , & des coſtez
où étoit la Repreſentation . La
Corniche qui eſt autour du San .
tuaire , & qui regne ſur toutes
les Chaires du Choeur étoit
garnie d'un grand nombre de
Chandeliers d'argent avec des
cierges de cire blanche chargez
d'Ecuflons & de Maffes entremoſlées
, comme je l'ay déja dit.
Le grand Autel eſtoit orné de
,
GALANT.
43
dix - huit Chandeliers d'argent
des plus beaux de Paris. Deux
- grands Anges d'argens maſſif ſotettenoient
la Croix de vermeil doré
, & enrichie de pierreries , que
feu Madamela Princeſſe Palatiene
a donnée à cette Abbaye.
de Outre cela , comme l'on avoit
découvert le parement d'Autel
it qui eſt de vermeil doré , on peut
affeurer qu'il feroit difficile de
rien trouverde plus riche & de
emieux orné . Je ne parle point icy
de la diſpoſition avantageuſe de
l'Egliſe pour ces fortes de Ceremonies
, parce que je vous l'ay
marquée fort exactement
vous entretenant du Service que
ces meſmes Peres firent pour la
Reine il y a deux ans. Je vous
diray ſeulementqu'on avoit placé
la Repreſentation à vingt-cinq
pas de l'Autel du coſté de la
1
C
, en
44
MERCURE
Nef. Ceux qui l'ont veue l'ont
trouvée fort bien priſe dans
ſa ſimplicité , parce qu'ils y
ont remarqué beaucoup d'agrément
ſans confuſion d'ornemens
inutiles . C'eſtoit un Octogone de
fix degrez , fur lequel on avoit
élevé une maniere de Tombeau
couvert d'un grand Poële de velours
noir bordé d'hermines , aux
Armes du Défunt , & pardeſſus
un autre drap plus petit broché
or & argent à gros fleurons rouges
veloutez. La figure de Monſieur
le Chancelier eſtoit poſée à
genoux fur le Tombeau . Il eſtoit
reveſtu d'une Soutane de ſatin
violet , & par deſſus il avoit fa
Robe de velours auſſi violet, doublée
de ſatin rouge , avec le Cordon
bleu au col , d'où pendoit la
Croix de l'Ordre du Saint Eſprit ,
dont il eſtoit Commandeur. DeGALANT.
45
vant luy eſtoit le Mortier de toile
d'or rebraſſée d'hermines , la
Couronne & les maſſes de Vermeil
doré , qui ſont les marques
de ſa Dignité , le tout poſe ſur
un Carreau de velours couvert
de crefpe. Cette attitude d'un
Mort repreſenté comme vivant
fur fon Tombeau , n'eſt pas extraordinaire
, puis qu'elle ſe juſtifie
par un grand nombre de monumens
anciens & nouveaux ,
particulierement à Saint Denys,
où les Roys Charles VIII . Loüis
XII . François I. & Henry I I.
font ainſi à genoux ſurleur Tombeau.
s'éle
Aux quatre principaux Angles
de l'Octogone ,
voient quatre Piramides de Marbre
blanc fin avec leurs
Panneaux de Marbre noir ſur
leurs piedeſtaux de même. Les
2
46 MERCURE
Piramides estoient rehauſſées de
Maſſes , de Lezards , & d'Etoiles
de Bronze diſpoſées ſur chaque
face en maniere de Feſtons , &
ſoûtenoient de groſſes Girandoles
fort bien éclairées , le reſte des
dégrez de l'Octogone eſtant
garny de plus de ſix- vingts Chandeliers
d'argent , dont les cierges
eſtoient chargez d'armoiries &
de maſſes entremêlées .
Il y avoit au tour de la Repreſentation
des Cartouches , dans
leſquels on avoit peint des Deviſes
& Emblèmes fort Spirituelles
, compofées par un ſçavant
Religieux de la Congregation.
C'eſt le meſme qui eſt Auteur
d'un Eloge Latin , ou Profe
quarrée à la loüange de Monfieur
le Chancelier , qu'on prit ſoin de
diſtribuer à toute l'Aſſemblée
avant la Ceremonie. Cét Eloge
GALANT.
47
qui est fort long , eſt digne de la
curioſité de tous ceux qui connoiſſent
la beauté des Ouvrages
de cette nature. Le Mauſolée
eſtoit couvert d'un riche Dais
en maniere de Lit d'Ange , ayant
un fond de Velours noir croisé de
Moired'argent. Le tour eſtoit de
Moire auſſi d'argent , bordé de
riches Campanes recroiſées qui
ſe terminoient en Houpes de foye
& d'argent. Quatre gros Bouquets
de plumes avec leurs aigret
tes rempliſſoient les quatre coins
duDais. Les chutes des Rideaux
liez par boüillons , avoient beaucoup
d'agrément , & faifoient
un tres bel effect .
Le P. General de la Congregation
, aſſiſté de douze Officiers
tous reveſtus de riches Ornemens
, officia ſolemnellement à
la grand Meſſe qui fut chantée
t
48
MERCURE
par plus de quatre- vingt Religieux
, dont la modeſtie édifia
beaucoup l'Aſſemblée , qui étoit
compoſée de pluſieurs perſonnes
de la premiere Qualité. La décorationde
ce Service a eſté conduite
par le Pere Barré Procureur
de l'Abbaye , & par le celebre
Monfieur Benoiſt , ſi connu par
ſon Cercle Royal . C'eſt luy qui
avoitfait le beau Portrait en Cire
de Monfieur le Chancelier , &
qui avoit diſpoſé la Figure dans
une attitude qu'on a trouvée fort
naturelle. Il y avoit dix Deviſes
ou Emblêmes .
La I. repreſentoit un Lezard
qui s'étendſur une muraille , &
ſe montre tout entier à un Soleil
brillantde lumiere , avec ces paroles
,
Soliſe totum explicat.
Ce qui marque que Loüis LE
GRAND
GALANT
49
GRAND eſt le ſeul qui ait bien
connu la Sageſſe des Conſeils de
feu Monfieur leChancelier, parceque
ce digne Miniſtre ne s'eſt
jamais découvert tout entier qu'à
fonRoy.
La I I. avoit pour Corps un
Lezard victorieux au milieu des
Scorpions & des Araignées , &
pour ame ,
Venenatomortifer hofti.
Les Naturaliſtes remarquent
que le Lezard eſt ennemy mortel
des Araignées & des Scorpions
qu'il tuë de ſon ſeul régard. Le
Livre que Tertullien a écrit contre
les Heretiques , & auquel il a
donné le titre de Scorpiacum,nous
fait entendre par les Scorpions &
les autres animaux de cette forte
, l'Herefie que Monfieur le
Chancelier a toûjours eu ſoin de
détruire , autant qu'il a eſté en
ſon pouvoir.
Decembre 1685 . C
50
MERCURE
La III. eſtoit un Lezard poſé
devant un Palais Royal , qui eſt
en Perspective, avec ces mots ,
Interquatuorfapientiorſapientibus,
Stellio in adibus Regis.
Cette penſée eſt tirée de l'Ecriture
Sainte au 30. Chapitre
des proverbes , auſſi - bien que
l'Inſcription , qui s'applique fort
avantageuſement àfeu Monfieur
le Chancelier , principalement
lors qu'il eſtoit Secretaire d'Etat.
La I V. eſt un Lezard paſſant
un torrent for une épée , avec
cette Inſcription ,
Faustafert omina Regi.
Ceux qui fçavent noſtre Hiſtoire
ſe ſouviendront des ſervices
importans , que feu Monfieur
le Tellier a rendus au Roy , dans
les temps les plus fâcheux .
La V. marquoit un Cieltout
remply d'Etoiles , entre leſquelles
GALANT .
51I
on en voyoit briller trois de la
premiere grandeur , avec ces paroles
, :
Solatia noctis .
Pour faire voir combien l'on
a tiré de ſecours de la grande fidelité
& conſtance de M² le
Chancelier , dans le temps de la
Minorité & des Troubles.
La VI. repreſentoit le Signe de
la Balance , dans le Zodiaque ,
environné d'Etoiles ſous un Soleil
, avec cette Infcription.
Hoc aquiffimus orbi.
Lorſque le Soleil eſt au Signe
de la Balance , il eſt ſur l'Equateur
, & partage également les
jours & les nuits à tout le monde.
Il eſt aiſé de voir que l'on a
voulu marquer par - là , que la
Juſtice n'a jamais eſté mieux adminiſtrée
que ſous le Regne de
LOUIS LE GRAND , & par un
C2
52
MERCURE
plus digne Miniſtre que Me le
Tellier.
La VII. faiſoit voir un Pain
de cire rompu en deux fur une
table , qui portoit d'un côté deux
Chandeliers d'Autel avec leurs
Cierges , & de l'autre côté des
Lettres ſcellées du grand Sceau
de Sa Majesté . Le Tapis eſtoit
miparty ſemé de Lezards &
d'Etoiles , le tout aux Emaux des
Armes de Me le Tellier , avec
ces paroles tirées de l'Evangile
du jour ,
,
Quafunt Cafaris , Caſari ; que
DeiDeo.
Ce raport fort ingenieux des
Lettres ſeelées avec les Lezards,
qui font pour la Terre ; & des
Chandeliers avec les Etoiles qui
ſont pour le Ciel , fait voir par
une application tres heureuſe ,
toute la conduite de ce grand
GALANT.
53
Miniſtre qui a toûjours pris pour
le principal motif de ſes actions
Dieu & le Roy.
La VIII . eſtoit encore tirée de
l'Ecriture Sainte. On y voyoit
trois Etoiles qui lançoient comme
des rayons foudroyans vers
la Terre , avec cette Inſcription
priſe dans le Chapitre 5. des
Juges ,
Manentes in ordine fuo pugnaverunt.
On a voulu exprimer par - là ,
que quoy que Me le Chancelier
fuſt un homme de Robe , il n'a
pas laiſſé d'avoir part aux Vitoires
remportées ſur nos Ennemis,
non ſeulement par le ſoin
qu'il a eu des Armées comme Intendant
, & comme Secretaire
d'Etat pour la Guerre ; mais audi
pår les grandes lumieres qu'il a
donnéesdans le Conſeil.
C3
54
MERCURE
La IX. repreſentoit un Trépié
à la façon de ceux des Oracles
anciens. Il eſtoit formé de trois
Lezards d'argent qui ſoûtenoient
chacun une Etoile d'or avec ces
mots ,
Hoc nofter meliora Oracula Phoebus .
On avoit depeint dans la X.
cette main miraculeuſe qui condamne
l'Impie & le Sacrilege
Balthafar , en écrivant ſur la muraille
ces paroles terribles, MANE
THECEL ... qui n'eſtoient pas
achévées , pour donner à connoiſtre
qu'elles ne faifoient pas
l'Inſcription principale qu'on a
marquée par ces mots ,
Impia damnat.
Cette peinture repreſente la
derniere actionde la Vie deMon
fieur le Chancelier , qui n'a pû
finir par une expedition plus
heureuſe , qu'en fignant la Re
GALANT .
55
vocation de l'Edit de Nantes , &
la Condamnation de l'Herefie ,
qui avoit prophané nos Sanctuaires
& nos Vaſes ſacrez , par les
Impietez & les Sacrileges qu'elle
a commis par tout ce Royaume.
Les Recolets de la Ville de
Luxembourg ont fait un pareil
Service , avec toute la magnificence
qui peut entrer dans une
fi lugubre Ceremonie. Monfieur
le Marquis de Lambert , Gouverneur
de cette Place, y aſſiſta avec
tous les Officiers de la Garniſon .
Meſſieurs du Conſeil & du Magiſtrat
s'y trouverent aufſi en
corps , & toutes les Perſonnes
qualifiées de la Ville , fuivirent
l'exemple qu'ils donnerent de
leur zele.
On a rendu ce meſme devoir
àla memoire de ce digne Chef
de la Juſtice dans l'Abaye de S.
C4
56
MERCURE
Arnoult de Mets . On y chanta
la Meſſe en Muſique ,&le Service
fut fait par les foins de Meffieurs
les Secretaires du Roy.
On en a auſſi fait un à Chaſtel-
Cenſey en Nivernois , auſſibien
qu'à Perpignan , où la nouvelle
de cette mort ne fut pas
plûtoſt portée , que Monfieur le
Preſident Trobat , Intendant en
Rouffillon , donna des marques
de l'attachement qu'il a toûjours
eu pour la Maiſon de Monfieur
le Tellier . Il fit dire un tresgrand
nombre de Meſſes dans
toutes les Egliſes de la Ville , &
l'on éleva par ſon ordre un ſuperbe
Mauſolée au milieu du Chooeur
de Noftre- Dame de la Real. II
eſtoit en Pyramide , & de figure
quarrée, & avoitquatre toiſesde
hauteur ſur ſeize de ſuperficie.
Deux rangs de flambeaux de cire
GALANT.
17
blanche eſtoient ſur chacun des
quatre degrez de ce Mauſolée ,
qui diminuoient en Pyramide
juſqu'au ſommet , où l'on avoit
étendu un grand tapis,& mis un
carreau de velours noir , ſur lequel
eſtoit le Mortier de toile
d'or rebraſſe d'hermines , avec
les deux grandes Maffes paffées
en ſautoir , & les grands Seaux
du Royaume. Cette triſte Ceremonie
ſe fit le 15. du moispaſſé.
Toutes les perſonnes de qualité
de la Ville de Perpignan , & les
Officiers de la Garniſon ſe rendirent
dans l'Egliſe Collegiale &
& Abbatiale de Noſtre Dame ,
où Monfieur l'Abbé de la Real ,
Frere de Monfieur le Preſident
Trobat , fit l'Office avec toute la
folemnité poſſible. Il celebra la
Meſſe en habits Pontificaux ,
croſſé& mitré , & elle fut chansée
enMuſique.
C
18
MERCVRE
Les Capucins ſe ſont diſtindans
ces meſmes devoirs de pie
té rendus à feu Monfieur le
Chancelier , dans leur Convenc
de la ruë Saint Honoré , & dans
tous les autres de cet Ordre , aufquels
le Pere Charles François
de Paris, Vicaire de ce Convent,
Frere de Monfieur le Chevalier,
Commiſſaire apointé du Regiment
des Gardes , écrivit une
Lettre Circulaire. Après leur
avoir marqué que le Pere Provin
cial ſouhaitoit que dans toutes
leurs Communautez on fiſt pour
ce grand Miniſtre les mesmes
choſes qu'on avoit accoûtumé de
pratiquer à la mort de chaque
Religieux de l'Ordre , il ajoûte ce
qui fuit, Les importans ſervices que
ce digne Chancelier a rendus à l'Eglife&
à l Etat , Satres-haute pieté
, l'extrême bonté qu'il avoit pour
GALANT .
59
les Pauvres ,fa douceur &sa modeftie
presque inimitable dans l'é
clatante élevation quefonfeul me.
rite luy avoit procuré , le zele & la
fidelite inviolable qu'il avoit pour
les interests & la gloire de nostre
auguſte Monarque , enfin l'approbation
generale qu'il s'estoit acquiſe
parsa profonde érudition ,fon experience
consommée dans les affaires,
&fes autres admirables qualitez
ayant engagé tout le monde à faire
des Prieres publiques pour le repos de
fon ame ; nous y sommes d'autant
plus obligez , que pendant toute fa
vie , il a eu pour noſtre Ordre une
estime & une affection finguliere ,
& qu'il estoit le Protecteur & le
Syndic general de tous les Capucins
de France. Ce n'eſtoit pas fans
raiſon , Madame , que ce grand
Homme eſtimoit fi fort les Capucins
, puiſque l'avantage que
C6
60 MERCURE
l'Eglife tire de leur zele , les rend
dignes de la veneration que tout
le monde a pour eux. Ils ne laiffent
échaper aucune occafion
d'en donner des marques , qu'ils
ne l'embraſſent avec beaucoup
de ferveur , & prefentement ils
ont plus de mille de leurs Religieux
employez aux Converfions
des Religionnaires.
Le 3. de ce mois , il y eut auffi
un Service tres-folemnel , dans
I'Egliſe des Carmes des Billettes.
Les Chevaliers de Noſtre-Dame
du Montcarmel & de Saint Lazare
qui le faiſoient faire , y affiſterent
en corps au nombre de
plus de cent. L'éclat & la magnificence
y parurent , mais d'une
maniere triſte, qui faifoit connoiſtre
combien tout le monde étoit
ſenſible à la perte que la France
a faite en la perſonne de cet illus
GALANT. 61
ſtre Miniſtre. Voicy un Sonnet
de Monteur de Benſerade , fur
certe mort.
Sur la mort de Monfieur le Chancelier.
L
Amede ce grand Homme est
au deſſus des airs ,
D'une eternelle paix elle goûte les
charmes.
Ofte un peu ton bandeaupour effuyer
tes larmes ,
Iustice, & pour bien voir quel Miniſtre
tu perds.
EmployeàSon Tombeau lamain des
plus experts,
Il y deſcend aimé , tranquile,&fans
alarmes;
Dans unfangqui prendſoin des Au
tels & des Armes.
Il est encore utile au Maistre que tu
fers.
62 MERCURE
Comblé d'ans &d'honneurs,la Parque
le reſpecte ,
Attend qu'il aitfoelle Arrest contre
une Sette ,
Par qui de fon repos l'Etatſe vid
privé.
Il en a veu la fin qu'ila tant fouhaitée,
Etcette mesme mort fatale & regrettée,
Eft tepremier malheur qui luy ſoit
arrivé.
Vous ne ferez pas fâchée de
voir ce qu'a faitle meſme Monfieur
de Benſerade, ſur une autre
mort qui n'a pas moins af-
A gé que ſurpris toute la France.
GALANT.
63
- Sur la mort de Monfieur le
Prince de Conty , mort
de la perite verole .
Q
Velle marque d'amour Conty
vient de produire i
Quelcouplesesepare , & quel fort
est le leur
Qui des deux ne meurt pas,& trai-.
ne fa douleur ,
Enpire estat que l'autre ,helas ſe
voit réduire.
Fleau des Teints délicats , qui chercheà
les détruire ,
D'un ſi digne Heros le peu digne
malheur !
Falloit- il que ce mal s'en priſt à la
valeur ,
De ce qu'à la Beauté ce malnavoit
Iceu nuire?
6
64
MERCURE
Pour la Foy , pour la gloire il courut
aux dangers ,
Expoſafon beaufang fur les bords
étrangers ;
Là que ne fit- il point , & qui le
pourra croire ?
Mesme iln'attendit pas les ordres de
Son Roy ,
Le plusfermeSoutien qu'ait jamais
en la Foy ,
Et le plus chaud amy qu'ait jamais
eu la gloire.
Je vous envoye un ſecond
Sonnet fur cette mort.
A Madame la Princeſſe de
Conty.
Drinceffe, tariſſez la ſource de
ces larmes ,
GALANT. 65
Quifont tort à l'éclat d'un viſagefi
doux ,
Et dont un noir venin fatalà voſtre
Ероих ,
Dans toute sa fureur a reſpectè les
charmes.
Conty naquit d'un ſang nourry dans
les alarmes ;
L'infidelle Croiſſant fentit ſes premiers
coups :
Etfi le Sort cruel n'en eust esté jaloux
,
Son Roy l'eustveu combattre,& bril
lerpar nos Armes.
Tous vos tristes regrets ne le rappellent
pas ;
Les Rois & les Bergersfontſujets an
trépas :
Iln'est point deSecret pour ranimer
:
leur cendre .
1
66 MERCURE
Quel plus charmant remede à vos
vives douleurs ,
Que de voir un grand Roy d'une amitiéfi
tendre ,
Prendre ſoin de vous plaindre . نم
d'eſſuyer vos pleurs ?
Cedernier Sonnet eſt de Monſieur
le Clerc de l'Academie
Françoiſe. Monfieur le Duc de
S. Aignan ayant eſté fait Directeur
de cette fameuſe Compagnie
au commencement d'O
ctobre , vint y prendre feance en
cette qualité de Directeur le 17 .
du mois paffé , & dit à ces Meffieurs
d'une maniere toute obligeanre
; Que la place dans laquelle
ils levoyoient alors ne luy auroit pas
eftémoins agreable qu'elle luy estoit
glorieuse, s'il avoit pûse perfuader
qu'ils euſſent approuvé par leur
GALANT.
67
choix ce que lefort avoit fait enfa
faveur ; Que c'estoit un avantage
dont iln'ofoitſeflater ; mais qu'il
occuperoit au moins cette place avec
un eſpritſiſoûmis à leurs fentimens,
& un coeursi remply d'estime & de
veneration pour cette Illustre Compagnie,
qu'elle auroit lieu d'en estre
Satisfaite ; Que fi quelque choſe luy
- pouvoit donner de la peine , au milieux
de tant deſujets de Satisfa-
Etion , c'estoit le peude temps qu'il
pourroit avoir d'en profiter , à cause
de l'aſſiduité oùSa Charge l'obligedit
auprés du Roy ; mais que comme il
ne pourroit s'eloigner d'eux , que
pour s'approcher de ce grand Monarque,
de qui le Regne estoit plein
de merveilles , pour lafacrée Per-
Sonne , duquel ils avoient tant d'attachement
&de zele , & à la gloire
duquel ils parloient si bien ; il
vouloit efperer qu'ils excuferoient ce
1
1
68 MERCURE
a
mauvais effet par la bonté de fa
cause; & qu'ils luy permettroient
d'achever ſon année de Service auprés
de Sa Majesté , comme il l'
voit commencée ; aprés laquelle il fe
rendroit auprés d'eux le plus fou .
vent qu'ilpourroit , afin de leurfaire
connoistre à quel point il eſtoit charmé
de ce qu'il leur entendoit dire ,
& ce qu'il voudroit faire pour meriter
leur approbation .
Ce meſme jour , il fut reſolu
que la Compagnie députeroit à
Monfieur Boucherat, Chancelier
de France , pour le feliciter fur
le choix que le Roy venoit de
de faire de ſa Perſonne pour
remplirune place ſi importante ,
& Monfieur le Duc de S. Aignan
ayant eu quelques raiſons pour
ſe diſpenſer de porter la parole
comme Directeur , Monfieur
Boyer , alors Chancelier de l'A-
1
GALANT. 69

cademie , s'en trouva charge.
bits.Ceux qui l'accompagnerent furent
Monfieur Doujar , Doyen ,
Monfieur Charpentier,Monfieur
l'Abbé de Dangeau , Monfieur
l'Abbé Tallemant le jeune , &
Meſſieurs Bergeret, Racine,Defha
preaux , & le Clerc. Monfieur le
in Duc de S. Aignan les preſenta à
Monfieur le Chancelier , & luy
dit ; Que ne ſe trouvant pas aſſez
d'éloquence pour s'en ſervir auiti
pres d'une Perſonne de ſa Dignielit
té& de ſon grand merite , il
favoit prié Meſſieurs de l'Acadeof
mie Françoiſe de trouver bon
of qu'il les preſentaſt ſeulement, &
at que Monfieur Boyer qui rempliffoit
dans la Compagnie la feconde
Charge apres celle de Directeur
qu'il occupoit , portaſt la
parole dansle Compliment qu'ils
venoient luy faire. Apres cela
2
70 MERCURE
Monfieur Boyer luy parla de
cetteforte.
MONSEIGNEUR,
T
L' Academie Françoise .
toûjours attentive à tous les pas &
à toutes les démarches que fait fon
Auguste Protecteur , ne sçauroit af.
Sez loüer aujourd'huy fa Sagesse &
fa Justice dans le choix qu'il a fait
de vostre Perſonne , pour remplir la
plus haute Dignité de l'Estat , &
pour nous conſoler en mesme temps
de la mort de voſtre Illustre Prede .
ceffeur. Ce n'est point une deces élevations
precipitées quiſurprennent
L'attente publique , & qui cauſent
quelquefois moins de joye que d'éton
nement. Ily a long-temps que nous
vous ſuivions des yeux dans le chemin
que vous vous estes tracé vousmesme
pour arriver à la place où
vous estes. Nous avonsvû par quels
GALANT.
71
(
degrez vous y estes monté: Une application
infatigable à tout ce qui
fait le Magistrat achevé ; un Scavoir
à qui rien n'est échapé de ce qui
- Sert à l'administration de la Justice ,
une Probité incorruptible , une Experience
consommée , une Sageffe
nourrie des plus folides connoiſſances
de la Politique & de la Jurispru
dence.Mais pourquoy s'engagerdans
un détail qui feroit trop long , pour
voir dans toute son étendue un Merite
que vôtre Modestie a pû vous
cacher à vous mesme ,&qu'ellen'a
pů dérober aux yeux de toute la
France ? NeSuffit- il pas de voir la
Grandeur que ce Merite vous a procurée
? Souffrez pour cela , MON-
10

SEIGNEUR
que l'Academie
Françoise qui ſçait l'Art de definir
les choses , &d'en faire des images
vives , vous represente à vous- mesme,
avec cette nouvelle Gloire qui
72
MERCVRE
vous environne. Souffrezqu'elle vous
contemple fur le plus auguste &le
plus gglloorriieeuuxx Tribunalde l'Univers,
où vous estes devenu la premiere Intelligence
de l'Estat , Sous le plus
grandRoy de la Terre ; l'Organe de
fa Justice Souveraine , l'Oracle de
fes loix , le Diſpenſateur deſes Graces
, & le Dépositaire defon Autho.
rité.
Il est mal- aifé, MONSEIGNEUR,
d'ajoûter quelque choſe à defi grands
noms : mais au moins vous sçavez
que dans le Regne de Louis IV.
fi la Grandeur peut avoir des bornes,
la Gloire n'en a point . Luy mefme
en donne l'exemple. S'il a bornéſes
conquestes par la Paix , on voit en
mesme temps quelle abondante moif
fon de Gloire il s'eft fait au milieu
decette Paix. Tant de milliers d'ames
égarées , & ramenées au sein
de l'Eglise ,font plus d'honneuràfa
Pieté
GALANT.
73
Piete , que tant de Places conquiſes
furſes Ennemis n'en ont fait afa
valeur. C'est à cette Gloire plus
Solide &plus durable que toute autre,
que vous allez contribuerparvos
foins&parvos conseils , &c'est par
là que la voſtre s'augmentera tous
Les jours .
Cependant , MONSEIGNEUR ,
agréez qu'aprés vous avoir regardé
dans ces importantes occupations
fous cetteidée de Grandeur , pour
nous raſſurer contre cette Majesté
fiSevere&fi terrible qui est prefque
inseparable de vostre Dignité,
nous regardions en vous cette charmante
politeſſe qui vous gagne les
coeurs de tout le monde ; cette noble
facilité qui vous rend toûjours accef
fible au merite&à la vertu , cette
Bonté bienfaisante & genereuse,
qui estle Refuge des foibles &des
malheureux. Agreez fur tout que
Decembre 1685 . D
74
MERCVRE
l'Academie Françoise , qui vous
regarde commele Chef&le second
Protecteur des Sciences & des belles
Lettres , se flatte de cette douce
penséeque vous voudrezbien jetter
quelquefois vos regards fur une
Compagnie qui travaille à polirune
Langue que vous parlezsi bien qui
doit eftre la Langue de toutes les Nations,&
quiſervira mieux à immortalifer
Loü'S LE GRAND , queces
bronzes que ces marbres qu'on tuy
prepare avec tant de magnificence.
Ce Difcours que Me Boyer
prononça avec beaucoup de force&
de grace,luy attira de grands
applaudiſſemens . L'attention que
Mr le Chancelier luy preſta , fit
affez connoiſtre combien il en
eſtoit fatisfait il y répondit avec
cette honneſteré qui luy eſt ſi na
turelle& avec des termes pleins
debonté&de reconnoiſſance. Il
dit , Qu'on luy faisoit beaucoup
GALANT.
75
d'honneur de croire qu'il avoit une
eſtime particuliere pour les Gens de
Lettres ; Qu'il avoit eu autrefois
- Meſſieurs Godeau , Chapelain &
Conrard , Illustres Academiciens de
la premiere Inſtitution pourſes inti
mes & familiers Amis , & qu'il
avoit toûjours crû que le Corps des
Lettres estoit un des plus confiderables
de l'Estat , & que sans eux il
- n'y avoit point de Regne heureux.
poly & floriſſant; Que c'estoit un
des principaux avantages de celuy
duRoy, comme c'en estoit un pourles
Gens de Lettres d'avoir dans les
admirables Actions de cet incomparable
Monarque une ample matiere
pour exercer leur éloquence .
Enſuite il s'étendit ſur le ſuccez
incroyable qu'on voit tous les
jours dans cette grande entrepriſe,
& fi digne d'un Roy Tres-
Chreſtien , que Sa Majesté a faire
D 2
76 MERCURE
d'exterminer en France une
Secte malheureuſe qui a duré ſi
longtemps. Il finit par des affeurances
de l'eſtime tres - fincere &
tres - paſſionnée qu'il avoit pour
l'Academie Françoiſe , & de l'ardeur
qu'il auroit toûjours de la
ſervir , & de luy conſerver ſes
Privileges.
Auffi -toft que Monfieur Boucherat
eut eſté nommé Chancelier
de France , les Avocats au
Gonſeil refolurent de luy aller
faire leurs Complimens . Ils ſe
rendirent à Fontainebleau
Monfieur de Cauſſan leur Doyen
luy parla de cette forte .
M
ONSEIGNEUR ,
د
&
Les Avocats au Conseil du
Roy se preſentent àvôtre Grandeur
avec toute I humilité & l'obeiſſance
qu'ils vous doivent. Ils vous témoiGALANT.
77
gnent la joye extrême qu'ils ont de
voſtre Promotion , & de l'honneur
qu'il a pleu au Roy de vous faire ,
en vous commettant la plus suό
blime Dignité de fon Royaume.
Bien que cette recompense ne
pust avec justice estre refusée à vos
actions toutes vertueuses &glorieu-
Ses neanmoins , Monseigneur , l'on
peut dire que le choix de Voftre Per-
Sonne pour cette éminente Charge,
est encore plus honorable que la
Charge mesme , puiſque ce choixa
esté fait par le jugement du plus
Iuste & du plus Sage de tous les
Roys de la Terre . Les dons des Rois
( comme ceux des Dieux dans Homere
) font toûjours grands &magnifiques
; mais quand ils font faits
pour le feulprix du merite &de la
vertu , ils font inestimables . Cette
vertu& ce merite se rencontrant
D3
78 MERCURE
heureusement en Voſtre Personne,
Monseigneur , nous donnent une
grande esperance , que par Vostre
Sageffe& par Vostre Iustice ſinguliere,
ce Siecle fera combléde felicité
, & que la luštice confervant
Son pur&ancien luftre , Vous honorerez
les Avocats au Conseil de
voſtre Protection .
Monfieur le Chancelier rés
pondit,Qu'il avoit connoiſſance des
Reglemens du Conseil, à commencer
par celuy de 1660. auquel il avoit
travaillé , comme ayant esté l'us
des Commiſſaires nommez pour
l'examiner par Monfieur le Chan
celier Seguier , duquel il avoit l'hon
neur d'estre Parent ; Qu'il sçavoit
aussi celuy de 1673. Qu'il leur
enjoignoit d'avoir toujoursfoin qu'on
les fuiviſt dans leur Corps , & qu'il
loüoit la bonne Discipline qui s'y
obſervoit , les exhortant à la bien
GALANT.
79
e
entretenir s'ils vouloient obtenir la
protection qu'ils luy demandoient.
t
t
.
:
es
११
it
1
59
J'ajoûteray icy à ce que je vous
dis le dernier mois de la Maiſon
deMonfieur Boucherat, qu'outre
les alliances que je vous ay marquées
qu'il avoit dans la Robe ,
il a encore celles de Meſſieurs
de Molé,Megrigny,Pithou, Miron ,
& qu'il deſcend du Chancelier
des Dormans . Pluſieurs Femmes
luy ont auſſi fait des Alliances
tres confiderables dans l'Epée ,
&nous en voyons encore aujourd'huy
deux du nom de Boucherat,
dont l'une a épousé Monſieur
de Mailly Falart ,& l'autre
Monfieur le Comte de Mailly
Croüy, dont la Soeur avoit épousé
le grand Chancelier de Lithuanie.
- Voicy encore deux Sonnets
de Monfieur leClerc . Ils font
A
D 4
80 MERCURE
à la gloire de ce nouveau Chancelier.
ENfin Selon
nos voeuх
rieux travAUX ,
tes glo.
Illustre BOUCHERAT,trouvent leur
recompense ;
LOVIS à l'Univers apprend ce que
tu vaux,
Par le discernement dont il te la dif
pense.
D'un Roy fi vigilant àprévenir nos
maux ,
Aporterjusqu'au Cielle bonheur de
la France ,
Digne d'avoir un jour tous les Rois
pour Vaſſaux ,
Seconde les projets , &remplis l'efperance.
Mais parmy tant d'éclat dont ill'a
revestu ,
GALANT. 81
Parmy ce vaste champ qu'il ouvre à
ta vertu ,
Songe à ceux dont la main drefſſe un
Temple àſa gloire ;
Dans ce tas de lauriers qu'on luy voit
moiffonner ,
TuSçais qu'il n'appartient qu'aux
Filles de Memoire,
D'enfaire la guirlande & de l'en
couronner,
Sur le meſme Sujet.
Du sommet glorieux de ce degré
fublime ,
Où vientde t'élever leplus puiſſant
des Rois ,
BOVCHERAT , voy la Frace applaudiràfon
choix ;
De tes nobles travaux c'est le fruit
legitime.
Que tu vas dignement répondreà
Son estime :
DS
82 MERCVRE
Ton genie a brillédans tes moindres
emplois .
Que nefera- t- il pointfur le thrône
des Lois
Pourfauver l'innocence , &pour punirle
crime ?
Avec ce coeurfi grand,fi deſintereſſfé,
Réünis en toy ſeul ceux qui t'ont
devance:
Leurſouvenir eft cher , & leur nom
est auguste :
Themis te tend les bras, &je t'y vois
voler :
Sage , éclairé,sçavant, actif , prudent
& juste ,
Dece qu'elle aperdu tuvas la confoler.
Ily a déja un mois qu'on doit
vous avoir apris la mort de Meffire
Nicolas de Neuf- ville , Duc
GALANT. 83
de Villeroy , Pair & Marefchal
de France , Marquis d'Alincourt,
Seigneur de Magny , &c. arrivée
le 28. du mois paſſé. Il eſtoit
Commandeur des Ordres de Sa
Majesté , Gouverneur de Lyon ,
&des Païs Lyonnois , Foreſts ,&
Beaujolois,& avoiteſté élevé En..
fant d'honneur auprés du Roy
Loüis XIII. Nfut receu Gouverneur
de Lyon en ſurvivance de
Monfieurle Marquis d'Alincourt
fon Pere en 1615. & paffa en
Italie avec Monfieurle Marefchal
de Lediguieres. Il y fervit aux
Sieges & priſes de Feliſſan , de
Non & de la Roque en 1617 .
en France à celuy de S.lean d'Angely
en 1621. Il commandoit un
Regiment d'Infanterie au Siege
de Montauban ,& un Corps de
fix mille hommes qu'il mena à
D6
84 MERCURE
celuy de Montpelier en 1623 .
Après la priſe du Pas- de Suze , il
y fut laillé avec huit mille hommes
, ce qui n'empeſcha pas qu'il
ne ſe trouvaſt au Combat deCarignan
en 1630. Trois ans aprés
il fut renvoyé en Italie ,& commanda
dans Pignerol , & dans
Caſal juſques en 1635. Ilaſſiſta à
la priſe du Fort de la Vilate , &
commanda un quartier de l'Armée
du Roy, au Siege de Valence
dans le Milanez en la meſme
année. Il paſſa dans la Franche
Comté en 1636. ſe trouva au
Siege de Dole ,& reduifit pluſieurs
petites Places de cette
Province fous l'Obeïflance de Sa
Majeſté ; aprés quoy il conduiſit
le Corps d'Armée qu'il commandoit
au Siege de Turin en
1640. Quatre ans aprés il paſſa
en Catalogne ,& revint l'année
GALANT.
85
ſuivante en Lorraine , où il prit la
Ville de la Mothe le 7. Juillet
1645. Au mois de Mars 1646. il
fut choisi pour eſtre Gouverneur
du Roy , quilefit Mareſchal de
France le 20. d'Octobre de la
meſme année. Il ſe trouva au
Sacre de Sa Majeſté , où il repreſenta
la Perſonne du Grand Maiſtre.
Sa Majesté le fit Chef
de fon Confeil Royal des Finances
en 1661. Chevalier du
Saint Eſprit le premier de Janvier
1662. & Duc & Pair le 15 .
Decembre 1663. Il eſt morticy
âgé de 88. ans Il avoit eſté
marié en 1617. à Magdelaine
de Crequy , ſeconde Fille de
Charles de Blanchefort de Crequy
, Duc de Lediguieres , Pair,
& Marefchal de France , & de
Magdelaine de Bonnes ſa premiere
Femme. Il a eu de ce Ma86
MERCURE
1
riage Charles Marquis d'Alincourt
, mort le 25. de Janvier
1645 âge de 19.ans; Françoiſe de
Neufville mariée avec Juſte
Loüis Comte de Tournon , puis
à Henry Louis d'Albert, ditd'Ailly
, Duc de Chaunes Pair de
France; & en troiſièmes Nopces
à Jean Vignier Marquis de Hauterive;
Catherine de Neufville,
qui épouſa le 7. Octobre 1660 .
Loüiş de Lorraine Comte d'Armagnac
, grand Efcuyer de France
; François de Neufville Duc
de Villeroy , receu en ſurvivance
du Gouvernement de Lyon ,
Colonel du Regiment Lyonnois ,
& Lieutenant Generaldes Armées
de Sa Majeſté. Ce Duc
épouſa le 28. Mars 1662. Marie
Marguerite de Coffé , Fille de
Loüis de Coſſe Duc de Briffac,
&de Catherine de Gondy.ComGALANT
87
e
me il n'a jamais laiſſé échaper
aucune occaſion de ſe ſignaler,
il étoit du Combat de Raab en
Hongrie donné contre les Turcs
le premier Aouſt 1664. Il ac-
-compagna le Roy en la Campagne
de Flandres de 1667. & en
la Conqueſte de la Franche
-Comté , & ſe diſtingua à la priſe
de Dole en 1668. Il ſervit enſuite
dans l'Armée de l'Evefque de
Munſter pendant la Guerre faite
aux Hollandois en 1672. & il a
donné des marques d'une valeur
intrepide , & dune grande intelligence
au Meſtier des Armes ,
dans tout ce qui s'eſt fait pendant
les cinq années qu'ont duré
les dernieres Guernes. Je ne vous
parle point de la Maiſon de Ville .
roy , elle eſt affez connue , & il
ſuffit de vous dire icy pour marquer
ſon ancienneté , qu'elle a
88 MERCURE
rendu de tres-grands ſervices
fous les ſept derniers de nos
Rois,
Sa Majesté voulantque la Place
de Chefde ſon Conſeil Royal
des Finances que poffedoit feu
Monfieur le Mareſchal de Villeroy
, fuſt remplie par un homme
d'une probité reconnuë , nomma
quelques jours aprés la mort de
ce Mareſchal , Monfieur le Duc
de Beauvilliers pour remplir ce
poſte. Lezelede ſa maiſon pour
le ſervice du Roy , fa conſtante
fidelité , & fon attachement inviolable
à la ſeule perſonne de cé
Monarque ont commencé en
cette occafion , ce que le merite
perfonel de Monfieur le Duc de
Beauvilliers a achevé , puis qu'à
l'égard des lumieres qu'il faut
avoir pour un tel employ, on ſçait
que l'homme eſt né pourtout ,
GALANT.
89
# & que la ſeule application plus
- ou moins forte , le peut rendre
plus ou moins capablede ce qu'il
veut entreprendre. Si l'homme à
le prendreen general , eſt capable
de toutes les choſes auſquelles
il veut s'appliquer , on peut dire
que Monfieur le Duc de Beauvilliers
, ayant un eſprit ſolide ,beaucoup
de prudence , & des vertus
- qui empeſchent qu'il ne ſoit détourné
par aucunes paffions ,
pourraſe donner entier à l'employ
qu'il commence à remplir, & quiconque
eſt toutoccupé de ce qu'il
entreprend , s'y rend en peu de
temps plus habile , que ceux qui
pendant toute leur vie , ont partagé
leur temps entre leurs plais
firs& les fonctions de leurs emplois.
Quand on n'eſt point parvenu
à la Dignité dont le Roy
vient d'honorer Monfieur de
1
१०
MERCURE
Beauvilliers par les degrés qui y
conduiſent ordinairement , il faut
en eſtre pourveu dans un âge
pareilau fien , parce que bien
qu'on ait la volonté de travailler
quand on n'y eſt appellé que dans
le temps où la vieilleſſe commen.
ce , on n'a pas toute la force que
demande l'application neceſſaire
pour regagner celuy que l'on
auroit pû donner dés ces plus
jeunes années àl'étude de cét employ.
Le Roy qui n'ignore rien de
tout ce que doit ſçavoir là deſſus
un grand Monarque , & qui par
ſes vives lumieres penetrejuſqu'à
Pinterieur de ceux de ſes Sujets ,
qui peuvent eſtre élevez aux plus
hautes Diginitez , a diten nommant
Monfieur de Beauvilliers
Chefde Son Conſeil Royal des
Finances,qu'il recompensoit leMe.
rite &la Vertu. On n'a qu'à jetter
GALANT. 91
د
les yeux ſur la maniere dont ce
Prince eſt ſervy , pour efſtre convaincu
de la juſteſſe de tous les
choix qu'il fait. Nous avons vû
# quelques- uns de ſes plus confiderables
Sujets qu'il avoit formez
luy- meſme , qui dés l'âge de
et trente & un an s'eſtoient déja
trendus dignes d'entrer dans Son
Conſeil en qualité de Miniſtres ,
& qui depuis ce temps-là ont fait
trembler l'Europe ſous ſes ordres,
& font aujourd'huy ſortir de
terre des ouvrages qui ſurpaſſent
ceux que l'Antiquité nous vante
le plus. Il ne faut au Roy que
la matiere , & ce Monarquedonne
la forme; il luy ſuffit d'avoir
le Sujet , il fait le miniſtre.
: Dans le meſme temps que le
Roy honora Monfieur le DuUC
de Beauvilliers de la Charge de
Chefde Son Conſeil Royal des
92
MERCURE
Finances , il gratifia Madame la
pucheſſe de Saint Aignan d'une
penſion de deux mille écus. On
ne peut avoir plus de vertu , plus
de modeſtie , ny plus de détachement
pour tout ce qui ſe
peut appeller honneur faſtueux
& vanité, qu'on en voit paroiſtre
dans tous les ſentimens de cette
Ducheffe .
Monfieur le Chevalier Trumball
Envoyé extraordinaire d'Angleterre
, a eu ſa premiere Audience
du Roy . Il fit un niſcours
qui charma tous ceux qu'il l'entendirent.
Sa Majesté en fut
extrémement ſatisfaite , & dit
qu'Elle n'avoit point oüy d'homme
qui parlaſt mieux . Ce Chevalier
eſtoit accompagné d'un
tres-grand nombre de Gentilhommes
Anglois.
Je vous parlay il y a un mois
GALANT.
93
du Prix que Monfieur le Duc de
la meilleraye avoit donné aux
jeunes Gentilshommes de l'Academie
de Besançon pour la courſe
des têtes. Il a encore eu depuis
cetemps-là la meſme generofité
,& la meſme adreſſe , puis
qu'ayant fait difputer un nouveau
Prix , il l'a encore remporté.
Je vous en diray davantage
en vous parlant de ſon Mariage
qui ſe doit celebrer à Besançon le
lendemain de Noël .
Monfieur le Nonce du Pape,
&Meſſieurs les Ambaſſadeurs de
Pologne & de Veniſe , ſe ſont
icy regalez tour à tour , avec
autant de magnificence que de
galanterie. On fut extrémement
Turpris du Premier ſervice de
Monfieur l'Ambaſſadeur de Venife
. La Table ne parut d'abord
couverte que de Galeres , & de
94
MERCURE
Galeaſſes ; il y avoit des Potages
dans toutes les Nefs , & lors
qu'on en eut mangé , on les leva
toutes , & il ſe trouva qu'elles ne
ſervoient que de couvercle à ce
qui faiſoit le ſecond Service. Les
Italiens ſont fort ingenieux pour
ces fortes de choſes ,& l'on voit
ſouvent chez eux des Defferts
compoſez de Pates de Sucre contenant
pluſieurs Chaſteaux, Palais
, Figures & autres Ouvrages
& élevez , ce qui donne ungrand
relief à leurs Repas .
L'Air nouveau que je vous
envoye , eſt d'un de nos plus
grands maiſtres .
AIR NOUVEAU.
L E repos , l'ombre, le filence ,
Tous m'oblige en ses lieux afaire
confidence
1
GALANT.
95
De mes ennuis les plus fecrets ;
le me fens foulagé d'y conter mon
martyre.
Ie ne le dis qu'à des Forests
Mais enfin c'est toûjours le dire.
,
:
l'oubliay le mois paſſé à vous
apprendre la mort de Monfieur)
l'Abbé Boyer , Chanoine de Nôtre
- Dame. Il eſtoit Frere de
Monfieur Boyer , cy - devane
Capitaine aux Gardes , & premier
Majſtre d'Hoſtel de Mon->
ſieur. Il a fait le Chapitre ſon
Executeur teſtamentaire ,& ordonné
qu'on l'enterraſt ſans ceremonie
. Monfieur l'Archevefque
a conferé cette Chanoinie à
Monfieur l'Abbé de Fourcy ,Fils
deMonfieur le Preſidentde Fourcy
,Prevoſt des Marchands.
Dame Elifabeth de la Tour
d'Auvergne , eſt morte auffi de
96 MERCURE
puis peu de temps;un nomfi illu
ſtre ſe fait connoître affez par
luy - meſme. Elle étoit Veuve de
Meſſire Guy Aldonce de Duras,
Marquis de duras , & Mere de
Monfieur le Maréchal Duc de
Duras , & de Monfieur le Maréchal
de Lorges.
Dame Marie Charlet , morte
le 30. Novembre. Elle estoit Femme
de Meffire François de Pradel,
Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur des Ville
&Citadelle de Saint Quentin .
Meſſire Rolland le Vayer , Seigneur
de Boutigny , Maiſtre des
Requeſtes , mort le 5. de ce
mois.
Meffire Charles de Fortia ,
Seigneur de Boiſvoiry & de
Chailly , mort le meſme jour.
Meſſire FrançoisDugué ,Conſeillerd'Estat
ordinaire , & Soufdoyen
GALANT.
97
doyen du Conſeil , mort le 18.de
cemois. Ila eſté long- temps Intendant
à Lyon , & s'eſt acquité
de cet Employ avec beaucoup
de prudence . Madame Dugué ſa
Veuve , eſt Soeur de Madame la
Chanceliere le Tellier . Monfieur
Dugué , Preſident en la Chambre
des Comptes , eſt ſon Fils.
Ses Gendres ſont Monfieur Dugué
de Bagnols , Intendant en Flandres
, & Monfieur de Coulanges
Maiſtre des Requeſtes .
le finis par la mort de Monfieur
le Prieur de Cabrieres , arrivée à
Verſailles dés le mois paſſé. II
eſtoit fameux par un tres-grand
nombre de belles cures , & faifoit
ſa refidence 'ordinaire en Languedoc
. Le Roy qui l'avoit fait
venir à la Cour depuis quelques
mois , avoit appris quelquesuns
de ſes Secrets , & ne voulant
Decembre 1685 . E
98
MERCURE
découvrir à perſonne ce qui entroit
dans la compoſition de ſes
remedes , ce monarque par une
bonté qui n'a point d'exemple ,
s'eſt donné la peine d'y travailler
luy - meſme tant qu'a veſcu ce
Prieur , pour en conſerver la connoiſſance
, ſans qu'elle puſt nuire
à cet homme merveilleux. Il eſt
mort âgé de ſoixante & douzeans
; & depuis la mort, Sa Majeſté
a fait imprimer le Secret de ſes
remedes , afin qu'ils puiſſent eſtre
utiles à toute l'Europe , & meſme
dans les Pays les plus reculez.
On ne peut trop eſtimer ceux
qui travaillent pour la confervationde
la ſanté des hommes, &
qui réüſſiſſent dans les ſecrets
qu'ils recherchent. Monfieur
Rouſſeau Maître Chirurgien Juré,
eft de ce nombre. Il a un remede
qui guerit tous ceux qui ont re-
LYON
GALANT9
ceu quelque bleſſure par quelque
inſtrument que ce puiſſe ettre ,
& cela en moins de vingt-quatre
heures. On auroit peine àle croire
, fi l'experience de quantité de
cures qu'il a faites , & qu'il fait
dejour en jour , ne le confirmoit.
Pluſieurs perſonnes bleſſées qui
perdoient tout leur ſang, & qu'on
deſeſperoit de pouvoir guerir, ont
fenty l'effet de ce remede , en
recouvrant en tres- peu de temps
une parfaite ſanté. Il introduit
dans les playes une liqueur qui
réünit les parties , de forte que
l'on évite par là les incifions dont
on ſe ſert ordinairement , en travaillant
fur de pareils maux.
Monfieur Roufſeau n'employe
ny tampons , ny corps étrangers
qui irritent ſouvent les playes. Il
eſt aifé de s'imaginer que cette
maniere de les guerirépargne les
E 2
100 MERCURE
د ſans
vives douleurs dont ces Opera
tions ſont toûjours ſuivies. Quoy
que toutes les nouveautés ne
foient pas toûjours receuës d'abord
, fur tout lors qu'il y va de
la vie , elles ne doivent pas pour
cela eſtre condamnées
qu'on ait meurement examiné s'il
ya quelque peril à les recevoir.
Ce qui eſt à preſent le plus
ordinaire pour la Medecine &
pour les Arts , a peut-eſtre eſté
auſſi nouveau dans ſon temps que
ce que je vous mande aujourd'huy
, touchant la nouvelle maniere
de guerir les playes. Tout
ce que je puis dire , c'eſt qu'il y a
de la vraye ſemblance qu'elles
puiſſent eſtre ainſi gueries , &
que pluſieurs perſonnes dignes de
foy affurent de l'avoir eſté par ce
remede. J'ajoûteray à cela , que
lorſque je parle pour un maiſtre
Chirurgien luré ,& que les pre
GALANT. 101
,
miers Medecins de Paris produiſent
eux-meſmes je ne crois
point parler pour un Charlatan .
Il y a de la deſtinée dans les
Mariages , & il s'en fait tous les
jours par des voyes ſi peu communes
, qu'il y a lieu de penſer
qu'ils font atreſtez dans un Confeil
Souverain , dont les Arreſts
font irrevocables . Vn Cavalier
en quibeaucoup de merite foutenoit
les avantages du bien &
de la naiſſance , paſſoit un jour
parun Bourg , où il apprit qu'une
jeune Demoiſelle prenoit l'habit
de Religieuſe. La neceffité où
il ſe trouvoit d'y reſter un jour
entier , luy fit naiſtre le defir de
voir la Ceremonie. Il ſe rendit
dans l'Egliſe en habit de Voyageur,
& fe cachant dans la foule,
il examina toutes les Femmes que
cette priſe d'Habit avoit attirées
E3
102 MERCURE)
en fort grand nombre. En les
parcourant des yeux , il apperceut
une jeune brune , qu'une
aimable modeſtie rendoit auſſi
remarquable que l'éclat de ſa
beauté. Il la regarda long-temps ,
& eut le plaifir d'en entendre dire
tous les biens imaginables à plufieurs
perſonnes qui la regardoient
ainſi que luy. Ces loüanges
qui ne pouvoient luy eſtre
ſuſpectes , ayant commencé àluy
donner pour elle plus que de l'e
ſtime, il voulut ſcavoir fon nom.
On luy apprit qu'elle estoit d'une
petite Ville éloignée du Bourg de
quatre lieuës; que la Mere , remme
des plus vertueuſes , la faiſoit
vivre dans une grande retraite ;
que ſa Maiſon ne s'ouvroit qu'à
des gens devots , & que meſme
c'eſtoit l'uſage dans toute la Ville
de ne recevoir que des perſonnes
GALANT.
103
d'Egliſe par toutoù il y avoit des
Filles à marier. Le Cavalier attacha
ſes yeux ſur la belle brune
tant qu'il put la voir , & quand
on eut achevé la Ceremonie , il
en emporta l'image fi profondement
gravée dans ſon coeur , qu'il
tâcha inutilement de l'en bannir.
Quoy qu'il fut perfuadé de fon
eſprit&de ſa vertu , parce qu'il
venoitd'en entendre dire , il voulut
la connoître pat luy-meſme ,
&un mouvement preffant , auquel
il fut contraint de s'abandonner
, le fit refoudre à n'épar--
gner rien pour venir à bout de
ſon entrepriſe. Il eſtoit lay-mefme
d'une Famille devote , & les
exemples de picté qu'il avoit receus,
luy faifoient mener une vie
fort reguliere . Ainſtil avoit faic
diverſes lectures qui luy avoient
éclairé l'eſprit fur la Morale, & fe
E4
104 MERCURE
refolvant à prendre un habit
d'Abbé , il avoit dequoy ſoûtenir
ce Perſonnage. Il donna ordre à
toutes les choſes quiluy eſtoient
neceffaires pour cette metamorphoſe,
& ayant pris le petit Collet&
une courte Perruque , il ſe
rendit dans la Ville où demeuroit
la belle Perſonne , qui l'attiroit
avec tant de force. Son eſprit infinuant,
&t ſes manieres douces
& honnêtes , luy eurent bien- toſt
acquis l'eſtime de tout le monde.
Joignez à cela une conduite toute
édifiante, & une telle affiduité
pour tout ce qui ſe peut appeller
Pratiques Spirituelles , qu'il
fut regardé parmy les Devots
comme tres -digne de participer
à leurs privileges , & d'eſtre receu
dans leurs Conferences. Ilsle
menerent en pluſieurs Maiſons ,
& en peude temps il connut touGALANT.
105
te la Vile. Il avoit l'air bon , &
fon entretien marquant ſa naifſance
, les Dames les plus auſteres
eurent de l'empreſſement
pour ſes viſites. Ilne leur parloit
que de leur falut , &la reputation
où le mit ſa probité , leur
fit prendre en luy tant de confiance
, qu'elles ne pouvoient
rien faire que parſon avis. Enfin
il fut introduit où il ſouhaitoit
avec tant d'ardeur d'eſtre receu
favorablement. Il s'attacha d'abord
à la Mere , ſans que l'on
pût ſoupçonner qu'aucun intereſt
d'amour entraſt dans les
foins qu'illuy rendoit. Il n'adreſf
foit le Diſcours qu'à elle , & il
s'obſervoit ſi bien quejamais fes
yeux ne le ttahiffoient. Il s'acquit
par-là ſon entiere confiance,
&quand il luy ſurvenoit la moindre
affaire , elle ne faiſoit aucune
Es
106 MERCURE
meur ,
difficulté de le laiſſer ſeul avec ſa
Fille. Ce fut alors qu'il s'enflama
tout de bon. Quelle égalité d'hu-
& quelle douceur d'efprit
ne trouva- il pas dans cette
aimable perſonne : Il connut que
ſa beauté eſtoit le moindre de ſes
avantages. La droiture de fon
ame & la bonté de ſon coeur ,
l'emportoient ſur tous les charmes
dont la Nature luy avoit été
prodigue. Il la mettoit ſouvent
fur le Mariage , & fur la neceffité
où il la voyoit de faire un choix
pour ſon établiſſement. Elle répondoit
toujours qu'ayant du
bien pour vivre ſans dépendance
& voulant remplir exactement
ſes devoirsen toutes fortes
d'eſtats , elle ne ſe marieroit jamais
qu'avec un homme , qui
par une reputation folide & bien
confirmée , ſe ſeroit acquis tou-
,
GALANT. 107
re ſon eſtime . Comme ſon merite
eſtoit extraordinaire , il luy
attira divers Pretendans, fur lefquels
la Mere ne manqua pas de
leconfulter. Il leur trouva à tous
des défauts qui empeſcherent
qu'elle ne les écoutât, & eut la
joye de connoiſtre que la Fille
entroit avec plaifir dans les raifons
qui les faifoient rejetter.
L'amour ſecret qu'il avoit pour
elle s'augmentant de jour en jour
par l'indifference qu'elle luy marquoit
pour tous les hommes , il
tâcha de l'engager à prendre
pour luy des ſentimens , qui n'étant
fondez que ſur l'amitié, puffent
paffer aisément à quelque
choſe de plus , quand on connoiſtroit
ſon deguisement. La
Belle prevenuë pour luy d'une
veritable eſtime , s'y montra fort
diſpoſée , & lors qu'il ſe creut
1
E6
108 MERCURE
X
aſſeuré de fon eſprit , il employa
un de ſes Amis pour la demander
en mariage. La Mere à qui
l'on vanta fon bien & les autres
avantages qui ſe rencontroient
dans ce party, prit conſeil de luy
fur cette affaire , & il vous eft:
aifé de juger qu'il ne parla pas
contre luy mefme. Il dit qu'il
connoiſſoit la Maiſon du Cavalier
qu'on luy propoſoit pour
Gendre , & que voulant donner
à ſa Fille un homme de probité ,
& qui euſt ce qu'on pouvoit
ſouhaiter dans un Mary capable
de rendreune Femme heureuſe ,
il croyoit qu'elle auroit peine à
faire un choix plus avantageux.
Ce fut affez pour faire accepter
le Cavalier. Elle conſentit à ſa
recherche , & le faux Abbé eut
une joye incroyable de voir ſes
deſſeinsen eſtat de reüffir ; mais
GALANT.
109
cette joye fut bien- toſt troublée.
La Fille marqua de l'averſion
pour ce mariage , & il fut furpris
de trouver en elle une repugnance
qu'il n'attendoit pas. Il eut
beau luy dire que la reputation
du Cavalier luy eſtoit connuë ;
elle le pria de rompre l'affaire , &
de trouver des raiſons pour le faire
exclure , comme il en avoit
trouvé en d'autres occaſions . Il
combattit cette averſion pen .
dant quelques jours , & l'ayant
priée de lay en dire la cauſe ,
elle répondit qu'un panchant ſecret
avoit entrainé ſon coeur, ſans
qu'elle euſt pû s'en deffendre , &
que mille belles qualitez qu'elle
connoiſſoit dans un homme qui
eſtoit fort éloigné de penſer à elle ,
luy avoient donné pour luy une
eſtime ſi particuliere , que cette
eſtime luy ſembloit incompatible
JIO MERCVRE
avec ce que ſon devoir luy demanderoit
pour un Mary . Le faux
Abbé fut fort affligé de cette
réponſe , & d'autant plus que la
Belle luy parus entierement refoluë
à demeurer dans l'eſtat où
elle eſtoit . Elle ajoûta qu'il avoit
fujet de ſouhaiter qu'elle perfi .
ftât dans ces ſentimens, puis qu'eſtant
de ſes Amis , elle auroit toujours
la joye de le voir , au lieu
que le mariage l'aſſujettiſſant à
d'autres devoirs , elle ne pourroit
entretenir l'amitié parfaite qu'il
luy avoit demandée. Une déclaration
fi obligeante fit ouvrir les
yeux au faux Abbé. Il commença
de comprendre qu'il eſtoit luymeſme
Tobstacle de ſon bonheur,&
que la Belle ne le refuſoit
que par l'attachement qu'elle
avoit pour luy. Il l'obſerva avec
plus d'attention,& fes regards,
GALANT.
& quelques paroles qui luy échaperent
l'ayant confirmé dansune
penſée ſi agreable , il la pria de
fouffrir que le Cavalier luy rendiſt
une viſite , l'aſſurant que fi
-ſa perſonne ne luy plaifoit pas , il
viendroit à bout de dégager la
parole de ſa Mere. Le peu qu'elle
hazardoit par là , la fit confentir
à ce qu'il voulut. Le jour fut
pris pour cette Viſite , & on le
pria d'y eſtre preſent. Il s'en excuſa
ſur ce que l'intereſt ſeul de
la Mere&de la Fille, l'ayant porté
à eſtre d'avis que l'on fiſt ce
Mariage , il ſe croyoit obligé de
les laiſſer dans une entiere liberté
d'agir, fans qu'il ſe trouvaſt àune
Entreveuë qui regleroit ce qu'elles
devoient refoudre. Le jour
arreſté eſtant venu, il ſe rendizen
équipage fort propie où il eſtoit
I attendu de la Mere & de la sille.
ر
112
MERCURE
Sa longue Perruque , & l'habit de
Cavalier, les empeſcherent d'abord
de le reconnoître ; mais à
peine eut - il parlé , qu'elles s'écrierent
toutes deux en meſme
temps , & luy marquerent l'étonnement
où elles eſtoient du chan
gement qu'il faiſoit paroiſtre. 11
leur expliqua ſon avanture, & les
ayant affeurées que Cavalier ou
Abbé , il eſtoit tel qu'elles l'avoient
veu , inébranlable dans
les ſentimens qu'elles avoient
approuvez , & tres fincere dans
la conduite qu'il avoit tenuë , il
leur demanda quelle eſperance
elles vouloient luy permettre. La
réponſe de la Mere luy fut favorable
, & la Fille dont il avoit
ſceu toucher le coeur , ne put fe
défendre de luy avoüer qu'elle
n'avoit refifté à la propoſition
qu'on luy avoit faite , que par la
GALANT .
113
ſecrette inclination qu'elle avoit
ſentie pour luy. Le Mariage ſe
fit peu de jours aprés, & fut ſuivy
de réjoüiſſances où toute la Ville
témoigna de prendre part.
Quoy que je vousaye dit beaucoup
de choſes dans mes Lettres
précedentes touchant les Converſions
& l'état où les affaires de
la Religion ſe trouvent , il me
reſte encore dequoy vous en faire
- un tres-long article. La Normandie
a ſuivy l'exemple des autres
Provinces . Voicy le détail de ce
qui s'y eſt paſſé. La Chambre des
Vacations du Parlement de
Roüen s'étant aſſemblée extraordinairement
par ordre du
Roy , le 22. d'Octobre , pour la
verification de l'Edit qui revoque
celuy de Nantes , Monfieur le
Noble , Subſtitut de Monfieur
le Procureur General , en de
,
114 MERCVRE
manda l'enregiſtrement en ces
termes .
M
ESSIEURS,
,
L'Edit de. Nantes avoit esté
extorqué les armes à lamain par les
Pretendus Reformez , ily a prés
d'un Siecle. C'étoit le fruit de leur
Revolte& de leur Rebellion , &
pournepas réveiller la memoirede
tout ce qui s'estoit paſſe durant les
Troubles nos Rois avoient bien
voulu differer la destruction de cet
Ouvrage , qui a esté fi long- temps
le monument odieux des guerres
oiviles que ceux de la Religion Pretenduë
Reformée avoient excitées
dansle Royaume. Maisquoy que la
force & la violence euffent donné
l'estre à cet Edit , le Roy , dont la
bonté est égale pour tous ſes Sujets,
ne tient pas pour les faire ventrer
dans lefein de l'Eglif'e , lesmesmes
GALANT. 115
voyes qu'ils avoient priſes pour s'en
écarter. On peut dire que ce Monarque
dans tout ce qu'ilfait , eft
comme les grands Fleuves dont les
caux coulent inceſſamment pour l'u
tilité publique , & qu'il ressemble à
à ces Aſtres du premier ordre , qui
ne quittent jamais la route & la
carriere que la Providence & la
Main de Dieu leur à marquée.
Aprés la lecture qui vient d'étre
faite de l'Edit portant Révoca
tion de celuy de Nantes ( Ouvrage
digne de la Puiſſance de la Clemence
& de la Pieté du Roy ) nous ne
pouvons pas douter qu'il n'ait reccu
avecprofusion cet or divin dont parle
Platon,que le Soleil ne forme pas
dans la terre , mais que le Ciel pro
duit dans les grandes Ames.Ceux de
la R. P. R. doivent à la veuë de ce
Saint Edit , reconnoiſtre l'erreur
dans laquelle leur aveuglement
116 MERCURE
volontaire les a retenus jusqu'à pre
Sent , aprés que leur naiſſance &
leur éducation les y avoient malheureusement
engagez. La Religion
Catholique Apostolique & Romaine
est la créance de nos Rois , la Reli.
gion de l'Estat , & la Foy de nos
Peres. Au contraire , la Religion
Pretenduë Reformée estoit une nouveauté
introduite par la corruption
des moeurs &de l'esprit , qui n'avoit
esté tolerée que pour le bien de la
Paix, & à laquelle on pouvoit juſtement
appliquer la parole & la
pensée de Tertulien , lors qu'il a
dit , que ce qui n'estoit que permis
&Souffert , n'estoit pas bon. Par le
Droit Romain , les Enfans ne de.
voient point reconnoistre d'autre
Religion , avoir d'autre Culte , ny
admettre d'autre Sacrifices que
ceux de leurs Peres. Et Minutius
Felix , l'un des plus celebres Avος
GALANT. 117
cats de cette Republique , diſoit à
la gloire de Dieu , qu'il falloit diſtinguer
les Rois , les Peuples , & les
Nations ; mais qu'il n'y avoit qu'un
Dieu pour tout l'Univert dont il
estoitle Createur, Gentes Nationeſque
distinguimus , Deo una
domus eſt mundus fic totus .
Si dans le Paganiſme , qui étoit
un temps de tenebres d'obscurité,
il eſtoit défendu de se faire toutes
fortes de Dieux & de Cultes, doitil
estre permis à des Chreſtiens , qui
vn'ont qu'un mesme Dieu , qu'un
méme Baptefme , qu'une mesme
Foy , & qu'un mesme Roy , de se
former différentes opinions , qui les
Separent de l'Unité de l'Eglife, hors
de laquelle il n'y a point de ſalut ?
C'est ce qui fait que Saint Augustin
regretant de pareilles diviſions , lors
qu'il voyoit les Eglifes Catholiques
injustement ufurpées par les Dona
118 MERCURE
tiftes , s'écrivit avec douleur .
domus mifera Chriſti , titulos
habes , noli effe Donati poffeffio.
Graces à Dieu & au Roy , nous n'avons
pas besoin de faire de ſembla
bles Plaintes , puisque l'Edit qui
revoque celuy de Nantes , va fans
doute eſtreſuivy d'une réüniongenerale
de nos Freres , ſi ardemment
defirée de tous les gens de bien. Jacobſe
glorifioit autrefois , d'avoir
eftéfi fidelle à garder le Troupeau
de Laban , qu'on ne pouvoit luy
reprocher qu'aucun malyfut arrivé
parsafaute , s'estantprivéSouvent
dusommeil pour le veiller pendant
la nuit , &ne s'étant point donnéde
repos pour le conduire pendant le
jour ; Mais nous éprouvons aujourd'huy
que le Roy faisant les fon.
Etions de Pasteur&d'Evesque feculier
de fon Royaume , par le foin
continuel qu'il prend d'en extirper
GALANT. 119
l'Hereſie , n'a pas moins de zele &
d'activité pour ſanctifier tous fes
Suiets , & les instruire des Veritez
Orthodoxes , que Jacob en avoit
pour la conſervation du Troupeau
- de Laban , qui avoit eſtè confiéàſa
conduite. La gloire des Rois ne conſiſte
pas àestre êlevez ſur le Trône,
mais à meriter pardes actions heroiques
& vertueuses le Sceptre qu'ils
portent ; & quoy que nostre invin
cibleMonarque , depuis fon Avenement
à la Couronne luy ait donné
beaucoup plus d'éclat qu'il n'en a
receu d'elle , l'aneantiſſement de
l'Edit de Nantes , qui détruit un
Schifme quiavoit fait uneſi grande
playe à l'Eglise& à l'Etat , ſera un
Eloge immortel qui rendra Sa Memoireplus
precieuse à la Posterité ,
que le ſouvenir de tous les Peuples
qu'il a vaincus , & de toutes les
Victoires qu'il a remportées. Nous ne
110 MERCVRE
pouvons mieux en cette occafion for
conder les intentions de Sa Majesté,
que de requerir inceſſamment l'Enregistrement
, la Publication , & l'Execution
de ſon Edit .
Monfieur le Noble fut d'au
tant plus admiré dans ce Dif.
cours, qu'il le prononça le meſme
jour , que Monfieur de marillac
In tendant de la Generalité de
Roüen , luy remit l'Edit entre les
mains . Monfieur le Prefident de
Becdeliévre de Bremare qui parla
enſuite , fit admirer la meſme preſence
d'eſprit. Voicy ce qu'il dit
dansla meſme occafion .
T
Out le monde ſçait que l'Edit
de Nantes , qui fut públiée en
faveur de ceux de la Religion Pretenduë
Reformée , a esté donné dans
letempsdes Troubles, & pour appai.
fer lesGuerres civiles . Ceux de cette
Religion ;
GALANT. 121
Religion ; qui avoient les armes à
la main ,forcerent en quelque façon
leRoyHenryleGrand , de leur accor
der des Privileges dont ils estoient in
dignes. Ily avoit lieu d'esperer qu'ils
profiteroient des graces qui leur
avoient esté faites , & qu'ils rentreroient
dans leur devoir. Mais.
regardant cet Edit comme une Sauvegarde
ſous laquelle ils vivoient
en repos , ils ſe ſont vainement
perfuadez qu'on ne pouvoit plus les
détruire. Cet Ouvrage important
estoit reservé àla Pieté de nostre
AugusteMonarque. Il n'y avoit que
luy qui fust capable d'entreprendre
uneſigrande affaire, & de renverfer
ce Monstre de l'Héreſie , qui a
defolé le Royaume pendant un ſi
grand nombre d'années . Apres avoir
vaincu ſes Ennemis , dompté les
Barbares , donnéla Paix à l'Europes
ila tourné tous ſesſoinsà la Conver-
Decembre 1685 . F
122 MERCURE
fion de ceuxde la Religion Preten
duë Reformée. Il a essayé jusqu'icy
de les gagner par la douceur. Les
Declarations qu'il a envoyées depuis
quelque temps , n'ont eu aucun autre
but. Des Villes entieres & des Provinces
en ont profité ; mais plusieurs
de cette Religion s'étant rendus plus
opiniastres , & s'aigriſſant de jour
en jour , au lieu de ſuivre les avis
qu'on leur a donnez , ila esté enfin
neceffaire de revoquer cet Edit par
la Declaration dont on vient defaila
lecture. Lesvoicy réduis dans une
heureuſeneceſſitéde rentrerdans le
fein de l'Eglise , & d'abandonner
leurs erreurs. Nous esperons qu'ils
feconderont les bonnes intentions
de Sa Majesté , & qu'ils voudront
bien écouter les Instructions que l'on
Se prepare à leur donner.
On vit bien toſt à Roüen des
fruits de la Révocation de l'Edit
GALANT. 123
deNantes . Monfieur le Marquis
deBeuvron Lieutenant General
dej la Province , & Gouverneur
du Vieux- Palais de Roüen , ayant
eſté envoyé par le Roy pour faire
entendre les volontez de Sa Majeſté
aux Prétendus Reformez de
cette Ville là , fit avertir les
Chefs de Famille de ſe trouver à
l'Hoſtel commun le dernier
d'Octobre. Lors qu'ils furent
affemblez ce Marquis , avec
qui estoit Monfieur de Marillac,
leur declara que l'intention du
Roy estoit qu'il n'y euſt plus
qu'une Religion dans le Royaume
, que ceux qui eſtorent bons
François , & fidelles Sujets de Sa
Majesté euffent à abandonner
l'Herefie, & à rentrer dans le ſein
de la veritable Eglife. Il leur parla
d'une maniere auffi éloquen-
* que perfuafive , & pluſieurs
,
:
F 2
124 MERCURE
qui n'attendoient depuis longtemps
que cette heureuſe demarche
, allerent ſur l'heure figner
leur Abjuration devant le Lieutenant
General du Baillage . Le
nombre alla ce jour- là à plus de
mille perſonnes ; Il augmenta dés
le lendemain, & en peu de temps
deplus de fix mille Religionaires,
à peine en'reſta-t- il quarante Familles
. Monfieur le Coadjuteur
n'a épargné aucuns foins dans les
frequentes viſites qu'il a faites
chez les principaux des Anciens
du Conſiſtoire ; pour leur faire
connoiſtre la verité qu'ils avoient
toûjours refuſé d'entendre. Il en
eſt heureuſement venu à bout ,
aprésavoir efſuyé beaucoup d'incivilitez
, & meſme des duretez
que fon zele luy a fait ſouffrir
avec plaiſir par la joye de traviller
utilemen au ſalut des ames .
ال
GALANT.
125
Monfieur de Morangis Intendans
à Caën , s'eſt employé avec
lemeſme ſuccés & le meſme zele ,
à convertir ceux qui y faifoient
Profeffion de la Religion Pretenduë
Reformée. Aprés qu'il les
cut fait affembler , il leur fit un
Diſcours ſi touchant & fi remply
d'éloquence , que preſque tous
ceux auſquels il parla , fignerent
en meſme temps l'Acte
de leur Abjuration . Leur exemple
fut ſuivy peu de jours
aprés de la plus grande partie de
ce qui reſtoit , & le nombre des
Convertis monta juſqu'au nombrede
trois mille . Il n'y en avoit
plus que trente qui refuſoient
d'abjurer , lors que j'ay receu
cette nouvelle , & comme elle
m'a été écrite dés le commencement
de ce mois. Il eſt à croire
que toute la Ville eſt preſente-
F3
126 MERCURE
4
ment Catholique. Dans ce mefme
temps la Nobleſſe Proteſtante
de toute la Generalité, promit
par écrit à Monfieur de Morangisde
ſe faire inſtruire , & d'imizer
ceux qui ſont entrez dans la
veritable voye du ſalut. Ainfi
l'on apprend dejouren jour les
Converfions de cette Nobleſſe ,
& avant que vous receviez cette
Lettre , elle fera peut- eſtre entierement
Convertie.
Monfieur le Marquis de ſaint
Germain , Gouverneur de la
Marche ayant receu de la part du
Roy une Copie de l'Edit qui fuprime
l'Exercice de la R.P.R.avec
ordre de faire démolir en execution
de cét Edit , le Temple de
la Ville d'Aubuſſon , qui estoit le
ſeul lieu de la Province où ſe filt
cét Exercice. Il partit de ſon
Chaſteau le 21. Octobre , acGALANT.
127
compagné de la Nobleſſe de ſon
Voiſinage, arriva à celuy du Terret
, Maiſon tres- conſiderabledu
Pays , dont il avoit fait le rendezvous
du reſte de la Province.
Monfieurde Creſſat , Frere aiſné
de Monfieur Boisfrant Chance--
lier de Monfieur , y regala toute
cette Compagnie avec beaucoup
de magnificence. On monta le
lendemain à cheval , & l'on fe
rendit à Aubuſſon. Les Habitans
qui avoient été avertis de
la Marche de Monfieur le Marquisde
Saint Germain , vinrent
ſous les Armes fort loin au devantde
luy , &, le receurent avec
des ſalves & des acclamations
generales de Vive le Roy , &point
de Religion que la Catholique. 11
avoit neanmoins parmy cux
grandnombre de Pretendus Reformez
, & ces acclamations fu--
F4
128 MERCVRE
rent comme le Prelude de leur
Abjuration . Monfieur le Marquis
de Saint Germain trouva à
propos d'aller droit au lieu où
eftoit le Temple . Il avoit eſté bâty
à une lieuë de la Ville, ſur une
Montagne la plus haute & la
plus eſcarpée des environs. Pluſieurs
Catholiques de tout ſexe ,
de tout âge , & de tous eſtats ,
travaillerent àl'envie à ſa démo .
lition , & ce travail fut ſi animé
du zele pour la veritable Egliſe
& pour le fervice de Sa Majesté,
&par les liberalitez de Monfieur
leGouverneur quileur fit diſtribuer
beaucoup de rafraichiffe--
mens qu'en moins de vingtquatre
heures il n'en demeura
aucun veſtige. On jetta au bas
dela Montagne toutes les pierres
qui le compoſoient , & par là
on les renvoya dans les Carrie-
,
GALANT.
129
res d'où elles avoient eſté tirées.
Aprés ces premiers Ordres fi
heureuſement executez , Monſieur
le Marquis de S. Germain
fit ſon Entrée dans la Ville, & d
peine fut- il deſcendu dans la
Maiſon qui luy avoit eſté preparée
, qu'une foule des Habitans
Religionaires vinrent le prier de
vouloir eſtre témoin de l'Abjuration
qu'ils eſtoient tout preſts de
faire entre les mains de leur
Curé. Des diſpoſitions fi promptes
& fi favorables le furprirent
agreablement. Ily répondit avec
des honnêtetez & des careſſes
qui engagerent ce qui reſtoit là
de Calviniſtes à fe convertir les
jours ſuivans. Le peu de temps
qu'on eut ce premier jour , ne
permit de recevoir l'Abjuration
quede ſig- vingt perſonnes. Le
lendemain 23. d'Octobre plus de
FS
130
MERCURE
trois cens abjurerent , & une
des Femmes de ces nouveaux
Catholiques eſtant accouchée
la nuit d'un Fils , Monfieur le
Gouverneur en voulut bien eſtre
le Parrain . Ce Baptefme fut folemnel
& fingulier de toutes
manieres . Toute la Ville ſe remit
ſous les Armes , & en allant à
l'Eglife , il fut precedé , accompagné
, & fuivy de pluſieurs ſalves
de Mouſqueterie. Les Converſions
continuererent ce mefme
jour 24. du mois , & le nombre
des Calviniſtes qui eſtoit de
plus de fix cens , fut ruduit à
qui
douze. Il parut d'abord que ces
derniers cherchoient à ſe diftinguer
par l'opiniâtreté qui eſt le
caractere des Heretiques ; mais
Monfieur le Gouverneur , Mоп-
ſieur de Creſſat , & Monfieur de
Gedoüin Vicomte du Montell
GALANT.
131
fon Gendre , leut parlerent avec
tantde force & de douceur, qu'ils
les ramenerent comme les autres,
& ils affifterent à la Meſſe chantée
en Muſique avec leTe Deum,
& les Prieres ordinaires pour le
Roy. Monfieur le Marquis de S.
Germain repaſſa le lendemain
par le Terret , d'où il emmena
chez luy le Miniſtre d'Aubuſſon,
que les Conferences qu'il y avoit
euës par ordre de Monfieur de
Creil Intendant de la Province,
avec Monfieur Tixier , ſcavant
Eccleſiaſtique , avoient déja convaincu
des Veritez Catholiques
qu'il profeſſe preſentement , -
ayant renoncé à l'Hereſie de
Calvin.
La Ville de Sedan , où ily
avoit plus de fix mille Religionnaires
, eſt à preſent toute Catholique
; & l'on peut dire que
1
F6
132
MERCURE

ce changement eſt un de ceux
qui fait le plus d'honneur à l'authorité
de noſtre Religion. Voicy
comment il eſt arrivé.
Le 23. d'Octobre , Monfieur
de Vrevin , Intendant ſur la
Frontiere de Champagne , fit
aſſembler le Confiftoire & les
principaux Bourgeois de la Ville ,
pour leur declarer que l'Exercice
de leur Religion eſtoit défendu
par le nouvel Edit de Sa Majesté,
qui caſſoit celuy de Nantes. Il
leur en fit faire la lecture , &
leur remontra par un Diſcours
tres-preffant , qu'ils devoient ſe
réünir à l'Eglife , dont ils s'étoient
ſeparez par un pur caprice , qu'ils
eſtoient nouveaux , & avoient
quitté l'ancienne Religion ; que
leurs Peres avoient eſte de noſtre
Eglife ; que le temps eſtoit venu
d'y rentrer que le Roy ſouhai
GALAN T.
133
tant avecardeur une réünion qui
leur devoit eſtre ſi avantageuſe ,
ils ne pouvoient rien faire qui luy
fuſt plus agreable , & qu'il les
exhortoit de prendre prompte.
mentune ſalutaire reſolution . Il
ajoûta qu'il jugeoit inutile de les
faire ſouvenir de toutes les Declarations
, qui font porter les
charges de l'Estat à ceux de la
Religion Pretenduë Reformée ,
avant qu'elles tombent ſur les
Catholiques ; qu'ils en estoient
aſſez avertis , & que ſi en execution
de ces Declarations , ils fe
trouvoient obligez à loger des
Gens de guerre , ils ne devoient
s'en prendre qu'à leur mauvaiſe
conduite & à leur obſtination .
Les principaux Chefs parurent
furprisde ce diſcours , & ne voulantrien
refoudre ſans un plus
long examen , l'Affemblée ſe ſe134
MERCURE
para.Monfieurde Vrevinjugeant
que les Conferences particulieres
feroient plus utiles , aſſembla encore
en deux divers jours les plus
notables Bourgeois ,& les principaux
du Confiſtoire. Comme ils
avoient eu du temps pour ſe faire
inſtruire , ils goûterent mieux les
raiſons qu'il employa , pour leur
faire voir ce qu'ils devoient , & à
leur falut , & aux volontez du
Roy. Pluſieurs d'entre eux s'en
eſtant laiſſe perfuader , ſe rendirent
le jour de la Touſſaints à
l'Hoſtel de Ville. Le Reſultat fut
de declarer à Monfieur l'Intendant
, qu'ils eſtoient preſts de ſe
conformer aux Intétionsdu Roy,
auquel ils avoient eſté toûjours
tres - foumis ; en embraſſant la
Religion Catholique , dans laquelle
ils vouloient vivre & mourir.
On en dreſſa un Acte auffiGALANT.
135
toſt , & ils le ſignerent tous. Parmy
eux eſtoient , Monfieur Conard,
cy - devant Capitaine de
Chevaux legers ; Monfieur de
Peterlot , auffi Capitaine ; Monfieur
Catel & Monfieur Jean
Chevalier , tous deux Anciens
`du Conſiſtoire , Monfieur Leo..
nard Chevalier, ſon Frere,Echevin
& Capitaine de la Bourgeoifie
; Monfieur Jean Chevalier
leur neveu , Echevin & Officier
de la Bourgeoifie , & plus de
deux cens Chefs de Familles des
plus confiderables Bourgeois. Le
Jendemain Monfieur l'Intendant
les fit encore tous aſſembler dans
le meſme lieu , & les mena de là
à l'Egliſe de la Paroiſſe , où monfieur
le Feron Docteur de Sorbonne
, grand Vicaire de Monſieur
l'Archevefque de Reims ,
qui par ſon ordre eſtoit pour lors
136 MERCURE
dans la Ville avec pluſieurs autres
Eccleſiaſtiques , pour travailler
par leurs Conferences à la Converſion
des Religionnaires , leur
fit un tres- éloquent Difcours.On
leur leut enſuite la Profeſſion de
Foy , qu'ils ſignerent tous encore
une fois dans l'Egliſe. Plus de trois
cens Familles des Villages circonvoiſins
ont ſuivy l'exemple
des Habitans de Sedan. Ces Converſions
n'ont eſté ſi promptes
que par les foins que Sa Majefté
prend depuis fort long temps du
falut de ſes Sujets. La pluſpart ,
gagnez par des ſoins ſi charitables
, avoient commencé àſe faire
inſtruire , & le Roy avoit fort
contribué à leur en rendre les
moyens faciles.
Je vous envoyay le mois paſſé
une Relation , qui contenoit la
Converfion entiere de tous les
GALANT.
137
Pretendus Reformez de la Ville
de Saint Jean d'Angely . Elle étoit
ample , elle eſtoit curieuſe , & le
nombre de ſes circonstances devoit
faire croire qu'elle estoit exacte
. Il eſt vray qu'il n'y avoit
rien contre la verité , mais il y
manquoit beaucoup de particularitez
, glorieuſes aux perſonnes
qui ont travaillé à ces Converfions
, & fur tout à Monfieur de
Gourgues Intendant du Limoufin
.Des affaires qui demandoient
ſa preſence à Limoges l'ayant
empéché d'en fortir , il manda
ſur la findu mois d'Aouſt à Monfieur
Charrier Procureur du Roy
de S. Jean d'Angely , qu'il fift afſembler
les principaux Habitans
de la Religion Pretenduë Reformée
, tant de la Ville que des
gros Bourgs du Voiſinage , pour
leur declarer qu'ils ne devoient
138
MERCURE
pas s'oppoſer aux pieuſes inten
tions de Sa Majesté ,& leur offrir
des Inſtructions & des Conferen.
ces. Ils les accepterent , & pro .
mirent d'y aſſiſter avec toute l'affiduité
poffible.
Monfieur l'Eveſque de Saintes,
qui avoit un zele ardent pour
la destruction de l'Hereſie dans
fon Dioceſe , comme je vous l'ay
déja fait voir , ayant appris la
bonne diſpoſition des Habitans
de Saint Jean d'Angely , ne manqua
pas de s'y rendre ; & s'étani
informé de ce qui s'eſtoit paſſé en
execution des ordres de Monfieur
l'Intendant , il crut qu'il eſtoit à
propos pour la gloire de Dieu ,
& pour le ſalut de tant d'ames ,
de commencer les Conferences
dont ils estoient convenus . Illeur
dit , que puis qu'ils avoient répondu
aux intentions de MonGALANT
.
139
,
ſieur l'Intendant en les acceptant,
ils ne devoient pas differer l'execution
de ce qu'ils avoient promis.
Il fut arreſté qu'elles ſeroient
commencées dans le Palais le 8 .
de Septembre que Monfieur
Bar Archipreſtre & Curé de Saint
Jean d'Angely , en feroit l'ouverture
, & qu'il les continuëroit autant
que les autres fonctions de
ſa Charge le pourroient permettre.
Les Religionnaires de
manderent à Monfieur l'Evêque
de Saintes , que Monfieur Durand
Miniſtre puſt les ſecourir
dans cette occafion , parce qu'ils
ſe ſentoient trop foibles pour parler
de Religion , ce qui leur fut
= accordé. Vous ne ferez pas fachée
d'apprendre icy ce qui ſe
paſſa dans les trois Conferences
qui furent faites , & je croy méme
qu'elles peuvent eſtre utiles
140
MERCVRE
pour la converſion des opiniatres.
La premiere commença en
preſence de meſſieurs les Lieutenans
Generaux , Civil & Criminel
, de Monfieur le Procureur
du Roy , & de quelques
autres Officiers , par Monfieur
- Bar, dont je viens de vous parler.
Il s'attacha uniquement à convaincre
l'Aſſemblée de la poſſibi-
⚫lité du ſalut dans l'Egliſe Romaine;
il la prouva par le témoignage
des Docteurs Proteftans , &
par des Paſſages formels de
Saint Irenée , de Saint Ambroiſe
, de Saint Jerôme , & de S.
Auguſtin , qui ont donné le premier
rang à cette Eglife , & juge
qu'il faloit eſtre lié de Communion
avec elle pour n'eſtre pas
exclus du ſalut . Ces veritez furent
écoutées avec beaucoup
GALAN T. 141
d'attention , & quoy que ces
Peres prouvaſſent la neceſſité
d'eſtre dans l'Egliſe Romaine,
Monfieur Bar n'y fit point de
fonds, parce quel'état des affaires
ne demandoit que la poſſibilité
du ſalut dans cette Eglife , & il
reüſſit ſi bien à la prouver ,
qu'on s'apperçût auſſi- toſt des
progrés que fit for tant d'ames
la force de la verité. Le Miniſtre
eſtonné voulut ſortir
de la Queſtion , & lors qu'il
ylfut remis , il avoüa que du
temps des Peres que l'on venoit
de citer, il ne doutoit point que
l'on ne ſe puſt ſauver dans l'Egliſe
Romaine. On le preſſa d'en
dire la raiſon , & aprés qu'il eut
eſté long-temps fans ſçavoir que
répondre , il dit qu'un des articles
qui retenoient davantage ceux
de leur party dans la ſeparation ,
142 MERCVRE
eſtoit le culte des Reliques. Cette
queſtion fut vuidée ſur le champ
par la lecture des Epiſtres de
S. Ierôme , traduites en François,
qui ſe trouverent entre les mains
de Monfieur Bar. Le Peuple entendit
avec application la Doarine
de ce Pere , & compric
que les objections de l'Heretique
Vigilance contre l'honneur des
Reliques , eſtoient les meſmes que
celles de leurs Miniſtres , ce qui
furprit fort les plus finceres du
party. Cette premiere Conferen
ce fut fatale àl'Herefie . Son Défenſeur
ne pût repliquer rien de
ſolide ,& ilfe retrancha à la demande
de la verification de tous
les Paſſages que l'on avoit alleguez.
Ils furent verifiez le lendemain
en prefence des Magiſtrats
& des plus habiles Religionaires
, chez Monfieur BauGALANT.
143
doüin Avocat que les gouttes
avoient retenu au lit. Il forma
dés ce moment la reſolution de
ſe faire Catholique , ce qu'il executa
peu de temps après avec
beaucoup d'avantage pour noſtre
Religion , puiſqu'il attira aprés
s'eſtre converty desCommunautez
entieres qui le conſulterent
fur les motifs de ſon changement.
On rapporta aux Proteftans
dansla ſeconde Conferencequ'on
avoit verifié tous les Paſſages
alleguez dans la premiere , &
meſme l'Epiſtre de Saint Jerôme
contreVigilance,& qu'il n'y avoit
plusqu'à propoſer d'autres motifs
de ſeparation. Le Miniſtre parla
de la transſubſtantiation & de ſes
conſequences , & le Pere Dom
Laurent Faidy Benedictin ,dont
je vous ay déja parlé , allègua
144
MERCURE
Saint Cyrille de Jerufalem dans
la quatriéme Catecheſe , & en
cita quelques paroles des plus
effentielles . Comme ce Pere a
parfaitement expliqué le Myſtere
de l'Eucharistie , on luten Franqois
cetteCatecheſe preſque toute
entiere avec une grande partie
de la cinquième qui parle du
Sacrifice de la Meſſe , de l'Invocation
des Martyrs , de la Priere
pour les Morts , & c. ce qui fit un
tres-grand plaifir aux nouveaux
Convertis , & furprit les Pretendus
Reformez qui n'en avoient
jamais entendu parler.
La troifiéme Conference fut
foutenuë par le Pere Auguſtinde
Saint Jean d'Angely , Capucin
fort renommé dans les Controverſes.
Le miniſtre & les Doctes
du party qui ne trouvoient pas
leur compte dans la Tradition de
S
l'Eglife
GALANT. 145
l'Eglife , demanderent que l'on
difputaſt fur l'Ecriture. Il fue
arreſté qu'on leurdonneroit cette
fatisfaction , afin que le Peuple
ne cruſt pas que l'on refuſoit
d'entrerdanscette forte de Controverſe
. On parla pendant plufieurs
Conferences de la Realité,
de l'Adoration de l'Hoſtie , du
retranchement de la Coupe, &c.
Le Pere Auguſtin défendit la
cauſe de l'Egliſe ſur toutes ces
choſes avec beaucoup d'érudition
,&d'honneſteté,& il en ſoutint
toûjours la Doctrine par la
lecture de certains Paſſages formels
des Peres que l'on écouta
avec une entiere attention. Sur
la finde la Semaine, les Pretendus
Reformez déclarerent qu'ils n'avoient
plus beſoin de Conferences,&
demanderent permiffion
de s'aſſembler pour déliberer en-
Decembre 1685 . G
1
146 MERCURE
tre-eux fur ce qu'ils avoient à
faire . Les Officiers creurent qu'il
n'y avoit point d'inconvenient
à leur accorder cette grace , puifqu'iln'en
pouvoit revenir qu'un
fortgrand bien , comme il parut
dans la ſuite . On dit que le miniſtre
parla d'une maniere tres- forte
pour perfuader la réünion, Monſieur
le Valois fameux Avocat fit
la meſme choſe , & ſe ſervit du
credit qu'il s'eſtoit acquis ſur l'efprit
des Religionaires.Ainſi aprés
les Aſſemblées particulieres,le miniſtre&
les principaux du party
allerent dire aux Officiers qu'il y
avoit eſperance que l'on ſe reünitoit
, mais que de certaines confiderations
les obligeoient d'attendre
Monfieur l'Eveſque de
Saintes. Je ne vous repete point
cequi ſe paſſa entre ce Prelat ,&
lesPretendus Reformez , puiſque
GALANT.
147
ma Lettre du mois d'Octobre
vous en a inſtruite, & que je vous
ay appris les circonstances de
leur Abjuration. Mais je ne puis
m'empeſcher d'ajoûter icy qu'on
vit ces nouveaux Catholiques
dans de tels tranſports de joye,
que ne pouvant marquer le plaior
interieur qu'ils reffentoient ,
que par de continuelles acclamations
, ils mirent le Predicateur
qui eſtoit monté en Chaire pour
les preſcher , dans l'impoſſibilité
deſe fairedonner audience. C'eſtoient
des cris d'allegreſſe reïte
rez à tous les momens. On les
voyoit , tout remplis de leur bonheur
, embraſſer les anciens Catholiques
benir hautement
Monfieur l'Eveſque & Monfieur
l'intendant , comme les Autheurs
, aprés le Roy , de leur
felicité ,& de leur falut; de for-
,
G2
143 MERCURE
te que le Predicateur ravy d'un
fi admirable changement , ſe
contenta de les exhorter à demeurer
fermes dans ces ſentimens
, & leur ſouhaita les Benedictions
du Ciel , avec les ſuites
heureuſes qu'ils avoient lieu d'elperer
d'une Converſion qui paroiſſoit
fi pleine de ſincerité.
Comme ſuivant les ordres du
Roy , Monfieur de Gourgues
avoit commencé une oeuvre fi
ſainte , il ſembloit que Dieu luy
cuſt reſervé la gloire de la finir.
Il n'avoit pû eſtre preſent aux
éclatantes Converſions qui venoient
de ſe faire , parce qu'il
avoit eſté obligé d'aller à Ruffec
& à Villefaignan qui estoient des
pepinieres de Pretendus Reformez.
Il y donna de ſolides marques
du zele qu'il a toûjours fait
paroiſtre pour les intereſts de la
!
1
GALANT.
149
Veritable Eglife il alla de Maiſon
en Maiſon , pour perfuader les
plus obſtinez , & n'épargna rien
pour les toucher. Auſſi reüſſi-t- il
ſi heureuſement , qu'il n'y en
eut pas unqui ne promiſt d'abandonner
l'Hereſie , que ſes Anceſtres
s'étoient trouvez obligez de
ſuivre , mais comme ſa preſence
eſtoit neceſſaire à Saint Jean
d'Angely , il laiſſa Monfieur le
Marquis d'Argençon, Lieutenant
General d'Angouleſme , pour teanir
la main à l'execution des
promeſſes que ces Peuples luy
avoient faites de ſe convertir , à
quoy ce Marquis s'employa avec
beaucoup de conduite & de fuccez.
Monfieur de Gourgues étant
arrivé à Saint Jean d'Angely , fic
beaucoupde careſſes au Miniftre,
& loüa fort les Officiers qui
avoient fi heureuſement répondu
G3
150
MERCURE
au zele du Roy. Il ſe ſervitade
toute ſa prudence pour ramener
au ſein de l'Egliſe ceux qu'une
opiniaſtreté extraordinaire avoit
juſques là empeſchez de fe convertir
; il ménagea leurs eſprits,
&les ſceut engager par des manieres
fi douces & fi efficaces ,
quetout ce qui reſtoit de Calviniſtes
en ce lieu là ( dont le
nombre eſtoit de trente Chefs
de Famille , & de quatre cens
Femmes ou Enfans ) abjura encore
l'Herefie , en moins de huit
jours. Je ne parle point de plus de
cinquante Gentilshommes qui
firent auffi leur Abjuration volontairement.
Pluſieurs autres de
ce Reffort ont renoncé depuis ce
temps- là au Calviniſme , par les
ſoins de Monfieur Rouffelet
Lieutenant Criminel , qui eſtant
Subdelegué de Monfieur l'IntenGALANT.
1isi
dant, imite en cette occaſion tous
te ſa douceur & toute ſa fer
meté .
Monfieur de Gourgues aprés
de fi heureux fuccés , travailla
inceſſamment à reduire ceux de
Taillebourg , de Saint Savinien ,
de Tonney-Charente , de Tonney
Bouthonne , de Matha , de
Fontenay l'Abatu , & d'autres
lieux circonvoiſins , qui font de
ſon département. L'opiniatreté
étoit d'abord fi grande dans quelques-
uns de ces lieux , qu'il fembloit
qu'on ne dûſt rien eſperer ;
mais Monfieur de Gourgues leur
parla d'une maniere ſi douce ,
charitable & ſi preſſante pour les
engager à recevoir les Inſtrutions
qui leurétoient neceſſaires, qu'en
peu de jours ils ſe convertirent
en foule. Ainſi l'erreur fut entierement
banie de tous ces lieux
G4
152
MERCURE
là , après avoir regné avec un
entier empire, par l'aveuglement
preſque invincible que l'herefie
acaufé à ceux qui l'ont receuë
avec la naiſſance..
Aprés que cét Intendant eut
terminé fi heureuſement les affaires
qui l'avoient appellé en Xain
tonge , il revient paſſer par Angouleſme
, & la Rochefoucaud,
où il y avoit encore quantité de
Religionaires des plus obſtinez.
Il trouva Monfieur l'Eveſque
d'Angouleſme , qui penetré de
ce zele ardent qu'il fait éclater
entoute occafion pour l'intereſt
de l'Egliſe , avoit commencé une
Miffion. Monfieur de Gourgues
fit auſſi toſt ſçavoir aux principaux
des Pretendus Reformez
qu'ils devoient confentir à ſe
faire inſtruire , afin qu'en répondant
par là au zele que le
GALANT.
153
Roy avoit pour leur falut , ils ſuiviffent
l'exemple des Peuples de
la Xaintonge.Il n'eut pas de peine
à les perfuader,& ſes ſoins furent
auffi-toft ſuivis de leurConverfion.
Il eut on pareil ſuccés à
Angouleſme , à Turenne , & à
Argentac ,où il ne fut pas plûtoſt
arrivé , que tous les Religionnaires
ſe rendirent avec empreffement
à l'Eglife, pour avoir la joye
de faire leur Abjuration en ſa
prefence.
Pendant que cet Intendant travailloit
d'une maniere ſi avantageuſe
à la converfion des Reli-
-gionnaires de ſon Département,
Madame de Gourgues ſa Femme
fecondoit parfaitement fon zele,
& l'on peut dire que par la ſeule
forcede ſes raiſons , ellea eu la
gloire de convertir à Limoges
trois Demoiſelles , fi fortement
G
154
MERCURE
perfuadées de leur Religion , que
les plus éclairez n'avoient pû
meſme venir à bout de les
ébranler. C'eſt ainſi qu'elle a
rendu veritable ce qu'un Pere de
l'Egliſe a dit qu'une Femme
veritablement ſage & vertueuſe
eſt tres capable de combattre &
de vaincre. Auſſi a- t- elle gagné
les cooeurs & l'eſtime de toute la
Province. Toutes ces Converfions,
& fur tout celles qui ſe
font faites à Saint lean d'Angely,
doivent paffer pour un Miracle, fi
l'on confidere que l'Herefie de
Calvin yavoit étably ſon ſiege
d'une maniere fi abſoluë , qu'il
n'y avoit aucune apparence qu'il
puſt étre renversé en ſi peu de
temps. L'endurciſſement des
coeurs y faifoit prendre plûtoſt le
party de vivre ſans Religion , que
de rentrer dans l'Eglife , parler
GALANT. 155 I
de converfion à ces obſtinez ,
c'eſtoit les aigrir ; & lors qu'on
vouloit entrer en conference
avec eux pour les détromper de
leurs préjugez contre l'Eglife Romaine
, non ſeulement ils refu
foient d'écouter , mais ils ne vouloient
pas demander à Dieu les
lumieres neceſſaires pour connoî
tre la verité. Cependant voilà
ces Peuples convertis ſous l'heureux
Regne des Miracles, de leur
bon gré , ſans la moindre violen-
се ,
& apres des conferences
publiques furtous les points dont
ils ont ſouhaité d'eſtre éclaircis,
On ne peut douter aprés cela
qu'ils n'ayent eſté entierement
convaincus des Veritez de la Re--
ligion Catholique , & en même
temps , des erreurs de celle qu'ils
viennent d'abandonner. Comme
ils ne la quittent que parce qu'ils
G6
456 MERCURE
font perfuadez de ſa fauſſeté ,
peuvent ils ouvrir les yeux fur
l'heureux eſtat où ils ſe trouvent,
fans reconnoiſtre qu'ils font redevables
de leur ſalut aux bontez
du Roy , & fans ſe croire
obligez de demander ſans ceſſe
au Ciel qu'il continuëàle combler
de ſes Benedictions , puiſqu'il
ſe ſert ſi heureuſement du pon .
voir que Dieu luy a confié pour
les arracher au Demon par une
douce & fainte violence ? le ne
vous ay fait aucun détail des
Conferences qui ſe ſont tenuës
dansles autres Villes , pour obliger
les Religionnaires à renoncer à
l'erreur ,parce qu'on s'y eſt ſervy
des meſmes moyens , & qu'avant
que de faire Abjuration ils ont
reconnu les fauſſetez ſur leſquel .
les ils avoient juſque - là fermé
les yeux.
GALANT.
157
Il ne reſte plus aucun Pretendu
Reformé dans la Ville
de Niort en Poitou , & toutes
ces Converſions ſont deuës à
Monfieur de Fontmort , Prefident
& Lieutenant General , &
à Monfieur de la Teraudiere ,
Maire de la meſme Ville. Quoy
qu'en cette occaſion ils ayent
ſuivy les intentions de Sa Majeſté
, & qu'ils ayent pour ſon ſer
vice tout le zele qu'un ſi grand
Monarque peut inſpirer aux plus
empreſſez de ſes Sujets , ce qu'ils
ont fait ne laiſſe pas de marquer
qu'ils eſtoient animez d'une ardeur
toute particuliere & toute
ſainte pour le falut des ames . Ils
ont fait voir aux plus obſtinez
Calviniſtes, que la pluſpart d'entre
eux croyoient aveuglément
les fauſſetez que leurs Miniſtres
impoſoient à la Religion Catho158
MERCURE
lique , ſans qu'ils euſſent jamais
conſulté aucun de nos Docteurs,
& en les affeurant que s'ils les
écoutoient avec douceur & fans
prévention , ils ſe trouveroient
heureuſement détrompez , ils les
ont engagez à y conſentir. Ces
Conferences ont eu leur effet
accouſtumé. Les Calviniſtes ont
eſté inſtruitezils ont eſté convaincujils
ont vu clair dans les Milteres
de la Foy,& ils ſe ſontconvertis,
ſans que de plus de cinq mille
perſonnes,il en ſoit reſté une feule
qui faſſe encore Profeſſion de
la Religion Pretenduë Reformée.
Mr le Prefidentde Fontmort a été
fi pénetré du plaiſir que ce changement
luy a cauſé , qu'il a fait
un feu dejoye , où quatre jeunes
Demoiselles mirent le feu à la
teſte de deux cens Filles converties
,& au bruit des TamGALANT.
159
bours & des Trompettes. Je ne
vous décris point cette Feſte , ny
la Statuë du Roy que l'on avoit
élevée exprés , & autour de la
quelle trois cens Mouſquetaires
firent de continuelles décharges
, & burent à la ſanté de Sa
Majesté avec le vin de pluſieurs
Fontaines qui couloient aux dépens
de ce genereux Preſident ,
qui avoit chez luy une Table de
foixante couverts pour les perſonnes
les plus qualifiées de la
Ville , fans celles qui ſetrouverent
encore en pluſieurs endroits
de ſon logis. Cette réjoüiſſance
ſe communiqua dans toute la
Ville, de forte que l'on peut dire
que tousles Habitans burent enfemble
ce foir- là. La Nobleſſe de
la Campagne , qui n'eſtoit pas
encore convertie , dit qu'elle ne
croyoit pas que la Religion Preten
160 MERCURE
duë Reformée fuſt en fi grande hor
reur aux Catholiques , & qu'ils
deuffent avoir tant de joye de l'a
voir aneantie ; mais que puiſque
cela estoit , il falloit qu'ils sefiſſent
inftruire. Ils l'ont fait ,& ils ſe ſont
convertis ; ainſi la conduite de
Monfieur de Fontmort a eſté fi
heureuſe , qu'il a fait des Converſions
, par les actions meſmes
qu'on auroit crû le moins capables
de produire le fruit qu'on
en a tiré ; & ſes plaiſirs , ainfi
que ſes ſoins , ont contribué à
une réünion ſi ſouhaitée. Ce
Preſident voyant l'indigence de
beaucoup de nouveaux Convertis,
à foulagé leur mifere par
de grandes charitez , & l'on
vient d'apprendre qu'il a vendu
fon Caroffe & fes Chevaux , afin
de leur donner ce qu'il auroient
puluy couſter par an. On peut
GALANT. 161
cõnoître par là,que les Catholiques
n'ontpas moins de zele pour
aſſiſter leurs Freres , qu'on a toûjours
dit qu'en avoient les Proteſtans
puiſque les Particuliers
font des aumônes que les Pretendus
Reformez faifoient ſeulement
en Corps .
Monfieur le Duc de Noailles
ayant fait ſçavoir aux Pretendus
Reformez de la Ville d'Alets ,
Capitale des Sevennes , qu'ils
devoient ſe diſpoſer à ſuivre
l'exemple de Niſmes , de Monpelier
, & des autres Villes de
Languedoc,en travaillant à ſe faire
inſtruire, Meſſieurs Baudont &
- Deyrolle , qui estoientdes principaux
Religionnaires de cette
Ville-là , agirent avec ardeur ,
pour inſpirer à leurs Confreres
la foumiſſion qu'ils devoient aux
ordres du Roy , à laquelle ils
162 MERCVRE
avoient eſté eux-meſmes puif.
ſamment exhortez par leurs
Alteffes Sereniffimes Monfieur
le Prince & Monfieur le Duc , à
qui appartient le Comté d'Alets.
Leur remontrance porta tous les
Proteſtans à s'aſſembler chez
Monfieurde Leuze de la Liquiere
Avocat , où ils prirent une rèſolution
generale de ſe faire Catholiques
, & prierent mefme
Meſſieurs Baudou , & Deyrolles
d'en aller afſſurer Monfieur le
Duc de Noailles. Ces Deputez
le virent à Niſmes , & il leur
marqua la joye qu'il avoit non
ſeulement de la nouvelle qu'ils
luyapportoient , mais encore de
cequ'ils avoient beaucoup contribué
à la reſolution qui venoit
d'eſtre priſe . Ils allerent auſſi
rendre leurs devoirs à Monfieur
de Baville Intendant de la Pro
GALAN T.
163
vince, qui leur fit un accüeil tresfavorable.
Quelques jours aprés , Monſieur
le Duc de Noailles dont le
zele pour l'intereſt de la Religion,
& le ſervice du Roy eſt
infatigable , ayant ſceu que fa
- preſence pouvoit faciliter les
Converfions dans les hautes
Sevenes , partit de Niſmes avec
Mrde Baville & vint coucher à
Alets, où il aprit avec joye que la
fuitedes Miniſtres de cette Villelà,
qui avoient manqué au Serment
Public,qu'ils avoient fait de
ſacrifier leur vie pour ſoûtenir
leur Religion, avoitbeaucoup fervy
àdétromper ceux de ce party ,
&à leur faire connoiſtre les erreurs
que ces meſmes Miniſtres
leur avoient preſchées. Me de
Noailles receut à Alets les Complimens
de tous les Corps, &M
164 MERCURE
toute
de Saint Auban , Juge d'Appeaux
du Comté de la meſme
Ville , le harangua à la teſte
des Officiers . Il luy dit , que fi
le prompt changement de
la Ville d'Alets faisoit connoistre
la toute puiſſance de Loüis LE
GRAND , il ne falloit pas une
prudence moins consommée que la
fienne pour venir à bout d'une entreprise
de cette importance , &
pour remettre dans le chemin de la
verité, ces malheureux aveuglez
àqui de faux guides avoient fait
prendre la voye du Menfonge ; que
ces Brebis égarées n'avoient pas
voulu pendant plus d'un Siecie écou
ter la voix de leur vray Pasteur ,
pour courir aprés ceux qui les trom.
poient par d'inutilesfermens de vouloir
donner leurs vies pour elles ; que
la moindre crainte avoit fait éva-
* nouir ces Mercenaixes ,&que leur
GALANT.
165
t
J
fuite ayantfait ouvrir lesyeux aux
Dévoyez , ils avoient connu leur
égarement , & estoient rentrez avec
plaifir dans la veritable route qu'ils
devoient tenir pour leur Salut ; que
voyant les precipices que la charité
de nostre Auguste Monarque leur
avoit fait éviter , ils le beniroient
inceſſamment d'avoir bien voulu
travaillerà leur bonheur. Il finit
par les aſſurances de la joye que
leur donnoit la preſence deMonſieur
le Duc de Noailles , dont
les grandes qualitez ne furent
pasoubliées.
Ceux qui ont ſuivy autrefois
✓ Calvin , & qui en ont quitté les
erreurs il y a pluſieurs années ,
ont fait beaucoup de Converfions
parce qu'eſtant parfaitement
inſtruits de l'une & de
l'autre Religion , ils ſçavent par
quels endrois les Miniſtres ont
و
166 MERCURE
toûjours abuſé de la credulité de
ceux qu'ils ont voulu ébloüir.
Cela est arrivé à Monfieur du
Vigean Gouverneur des Pages
de la petite Ecurie du Roy , &
qui a fait abjuration de l'hereſie
il y a environ vingt- cinq ans . Il
étoit au mois de Novembre dans
le haut Languedoc dont il eſt
originaire, & comme on ſçavoit
que l'intereſt n'avoit point contribué
à ſon changement , &
qu'il paſſoit pour honneſtehomme
; on l'écouta ſur quelques
points de Controverſe. I
eut le bonheur de convertir la
Femme la plus opiniâtre du
Pays, avec toute ſa,Famille. Ces
Converfions attirerent celles de
pluſieurs Gentilshommes des en
virons , & de cing Demoiſelles,
qui ſelon les termes de la Lettre
que j'en ay receue , avec les
GALANT.
167
noms de ces nouveaux Convertis
, s'eſtoient voüez à la mort
plûtoſt que de ſe reſoudre à faire
abjuration. C'eſt ainſi que par
des coups imprévûs Dieu touche
ſouvent les plus obſtinez .
On ne peut donner trop de
loüanges à tous les Intendans de
Province , qui n'ont rien oublié
de ce qui pouvoit perfuader aux
Heretiques qu'ils avoient toujours
eſté dans l'erreur. J'ay receu
une ample Lettre, touchant
ce que Monfieur de Bezons Intendant
de la Generalité d'Orleans
, a fait en cette occafion
dans tout ſon Département. Ily
a parlé avec beaucoupde charité
& de force , & la verité a eu
dans ſa bouche , tous les agrémens
qu'il faut pour plaire, toute
la force neceſſaire pour toucher,
& tout le brillant poſſible pour
168 MERCURE
éclairer. Ces paroles qui ſont de
Saint Auguſtin , ſont employées
dans la Lettre qui m'a appris ce
que je vous mande. Je ne vous
l'envoye point , parce qu'elle
contient beaucoupd'autres choſes
dont je vous ay déja fait ſçavoir
une partie ; mais la perſonne
qui l'a écrite a tant d'érudition,
& donne un ſi noble tour aux
choſes , que ſi j'en reçois encore
quelques Lettres, j'auray ſoin de
vous en faire part. Les Conver
fions ont auſſi eſté frequentes
autour de Paris , & l'on n'y parle
preſque plus de Calviniſtes. Les
cinq dernieres Familles Prote
ſtantes qui reſtoient à Nogent
le Roy , y ont fait Abjuration
entre les mains de Monfieur
Bouchet ancien Curé de cette
Ville-là.
Voicy les Déclarations qui ont
efté
GALANT. 169
eſté publiées depuis un mois ,
&qui regardent ceux de cene
Religion . Par l'Editdu mois d'Otobre
dernier , qui en interdit
l'Exercice dans tout le Royaume
, il eſt ordonné , que les Cala
viniſtes qui ſe ſont retirez dans
les Pays Etrangers avant la Publication
de cét Edit , rentreront
dans leurs Biens confiſquez , en
cas qu'il reviennent dans quatre
mois du jour qu'il a eſté publié ;
& comme il pourroit ſurvenir
quelques conteftations
ceux de qui les Biens ſeroient
confifquez , & ceux qui en pretendroient
la confiſcation , au
ſujet du temps de leur retour
dans le Royaume , le Roy toujours
équitable & plein de bonté
pour ſes Sujets , a déclaré ,
Qu'il luy plaist que les Pretendus
Reformez qui se font retiree
Decembre 1685 .
entre
H
L
170
MERCVRE
avant la Publication de l'Edit du
L
Mois d'Octobre , & qui en confe
quence de ce mefmeEdit, y revien
dront dans le temps de quatre mois,
Seront obligezde déclarer qu'ilsfont
de retour , &d'en prendre Acte , qui
leur fera donné sans aucuns frais,
parles Baillifs ou leurs Lieutenans
aux Bailliages & Senechauffées,
dans le reffort desquelsferonsfituées
leurs Maiſons& demeures ordinai
res , & en leur absence par les
Officiers qui font après eux fuivant
l'ordre du Tableau.
Il eſt porté par une déclaration,
Que si à l'avenir quelqu'un
des Pretendus Reformez vient à
deceder ,ſes deux plus proches parens
ou à leur défaut , ses deux
pius proches Voiſins ,Jeront tenus
de le déclarer aux Juges Royaux,
s'ily en a dans les lieux où ilfaisoit
Sa demeure , ou aux Juges des Sei
GALANT.
171
gneurs , & defignerfur le Registre
que ces mesmes luges en tiendront.
C'eſt ce qui a eſté ordonné avec
beaucoup de prudence , puiſque
les Temples qui reſtoient à ceux
de cette Religion , ayant eſté
démolis , & les Conſiſtoires où
l'on tenoit les Regiſtres de leurs
déceds , fupprimez en conſequence
de l'Edit d'Octobre , le
défaut de ces Regiſtres rend incertain
le jour de leur mort.
Ainſi ſans cette nouvelle Déelaration
, les Catholiques qui auroient
intereſt , à ſçavoir le
temps où cette mort ſeroit arrivée
, demeureroient privez de
la preuve établie par les Ordonnances
,& feroient reduits à la
preuve par témoins , qui ne ſe
peut faire que par une longue
procedure, & beaucoup de frais.
le vous ay déja mandé , que
Η 2
17,2 MERCVRE
le Roy par ſa Declaration du 20.
Janvier 1685. avoit ordonné que
les Conſeillersde ſa Cour de Parlement
, faiſant profeſſion de la
Religion Pretenduë Reformée ,
ne pourroient connoître des Procez
Civils & Criminels, auſquels
les Eccleſiaſtiques & les nouveaux
Convertis auroient intereſt
. Comme leurs fonctions dans
ces Charges vont eſtre inutiles ,
parce que la pluſpart des Pretendus
Reformez ſont réünis à l'Egliſe
, & qu'il n'y a preſque
point de procez , où quelques
nouveaux Convertis ne ſoient
Parties principales ou intervenantes
, Sa Majesté a ordonné
par fon Arreſt du Conſeil d'Eſtat
du 23. Novembre , Que les Confeillers
defa Cour de Parlement de
Paris , quise trouveront faire encore
profeſſion de la Religion Pretenduë
GALANT.
173
6
Reformée, remettront inceſſamment
entre les mains du Receveur de fes
Revenus cafuels , leur Procuration
ad Reſignandum , de leurs Offices ,
qui leur feront rembourſez par ce
Receveurfur le pied de la fixation.
Ils n'ont aucun ſujet de ſe plaindre,
puiſqu'il n'est pas juſte que
des Officiers de cette qualité,qui
devroient par leur exemple exciter
le reſte des Sujets du Roy
qui perſiſtent dans l'erreur , à
rentrer dans l'Eglife , & qui cependant
refuſent eux meſmes les
Inſtructions qui leur font offertes
pour reconnoiſtre la veritable
Religion , demeurent plus
long-temps dans la dignité où
les élevent ces Charges.
J'ajoûteray à cela , que Monſieur
de la Reynie , Lieutenant
General de Police , ayant eſté
averty qu'au préjudice des Dé-
H3
174 MERCURE
fenſes faites aux Pretendus Reformez
, par l'Edit du mois d'Otobre
, de plus s'affembler en
aucun lieu ou Maiſon particuliere
, pour l'exercice de leur Religion
fous quelque pretexte que
ce puiſſe eſtre , quelques perſonnes
de celles qui ſe diſent eſtre
encore de la Religion Pretenduë
Reformée , ſe rendoient à certains
jours dans les Maiſons de
divers Ambaſſadeurs & Miniſtres
Etrangers , pour y faire l'Exercice
qui leur a eſté défendu ;
ce Magiftrat dont le zele eſt toûjours
actif & vigilant , a fait réïterer
ces meſmes Défenſes , fous
les peines portées par ce meſme
Edit , enjoignant aux Commiſfaires
du Chaſtelet chacun dans
leurs Quartiers , de tenir la main
à l'execution de ſon Ordonnance
, qui a eſté publiée par toute
laVille.
:
GALANT.
175
Toutes ces Déclarations , &
tous ces Edits ſont une ſuite des
grands ſoins que le Roy prend
pour le ſalut de ſes Sujets Prote
ftans ,& comme on en voit cha
que jour les fruits , je n'en parleray
point davantage. le vous
diray ſeulement que les Conver
fions generales & particuliere
continuent tous les jours d'un
maniere qui fait voir que ceux
qui ſe rendent , ſont entierement
convaincu des erreurs
où ils renoncent. C'eſt ce qui
vient de paroiſtre dans la Converſion
de Meſſire Alexandre
l'Huilliers , Seigneur de Chalendos
en Brie , qui a fait abjuration
à Kebé entre les mains de
Monfieur l'Abbé de la SalleAumôniers
du Roy. Il eſt d'une
Famille auſſi illuſtre qu'ancienne,
H4
176 MERCURE
& recommandable par beaucoup
de grandes Alliances. Monfieur
Foran , qui eſt le plus ancien
Capitaine des Vaiſſeaux du Roy,
a fait auſſi Abjuration entre les
mains de Monfieur l'Archevefque
de Paris. La maniere dont
cét Illustre Prelat a ſecondé le
zele de Sa Majeſté pour le ſalut
des ames, eſt une choſe incroya.
ble, Ilne s'eſt preſque point paſſé
de jour depuis quelques années,
qu'il n'ait contribué à la Converſion
de quelqu'un , ou qu'il
n'ait recen quelques Abjurations.
Entre le grand nombre de
Converſions qui ſe ſont faites en
cette Ville depuis un mois , il y
en a eu une tres-remarquable,
C'eſt celle de Monfieur d'Imecour
ancien colonel. De neuf
Fils qu'ila , tous dans le ſervice,
il y en eut ſept qui firent AbjuGALANT.
177
ration avec luy ces jours pafflez
entre les mains du Pere Gaillard
Jeſuite. Les deux autres qui ſont
en des lieux fort éloignez , s'y
font fait inftruire , & on les en
croit partis pour venir icy faire
la meſme Abjuration. Le jour
de Noël Monfieur Hervard
nouvellement converty , rendit
les Pains Benits à la Grand'mefſe
, ce qui fut un grand ſujet de
joye pour les Catholiques , &
mefme pour les nouveaux Convertis
.
Quoy que j'aye parlé des
Converſions qui ſe ſont faites en
beaucoupde Villes , je ne laiſſeray
pas de vous en donner des
détails dans mes autres Lettres,
non pour vous apprendre qu'on
s'y eft converty puiſque vous le
fçavez , mais pour vous faire
fçavoir de quelle maniere les
H
178
MERCURE
*
choſes s'y ſont paſſées , & que
les Pretendus Reformez n'ont
abjuré qu'aprés avoir eſté pleinement
inſtruits & convaincus des
veritez de la Religion Catholique
, & des erreurs de la Proteſtante.
Je commenceray par ce
qui s'eſt fait à Alençon ,dontj'ay
déja quelques Memoires. J'eſpere
en recevoir de beaucoup
d'autres Villes , & alors je vous
entretiendray à fonds de la conduitequ'on
y a tenuë touchant
les Converſions. Un détail hiſtorique
lors qu'il aprend quelque
choſe de nouveau ; eſt toûjours
eſtimé bon , même longtemps
aprés que les faits dont il
traite ſon arrivez .
On ſeroit ſurpris de voir qu'il
ſe fait en ſi peu de temps un fi
grand nombre de Converfions ,
& l'on pourroit croire que ceux
GALAN T.
179
qui les font n'ont pas eu le loiſir
d'examiner la Religion qu'ils
embraſſent , ſi depuis neuf ou
dix ans que Sa Majesté travaille
à ce qu'Elle vient de finir heureuſement
touchant cette grande
réünion , chacun n'avoit pas
commencé à chercher des lumieres
, pour ſe preparer à prendre
le party qu'il voyoit bien qu'il
ſuivroit un jour. C'eſt ce qui a
fait que les principaux Negocians
de la Ville de Paris , faiſant
Profeſſion de la Religion Preten
duë Reformée , ayant eſtéaſſemblez
par l'ordre du Roy en l'Hôtel
de Monfieur le Marquis de
Seignelay Secretaire d'Estat , en
preſence de Monfieur de Harlay
ProcureurGeneral , de Monfieur
de la Reynie Lieutenant General
de Police , & de Monfieur
Robert Procureur du Roy , dé
1
H6
180 MERCURE
clarerent qu'ils eſtoient reſolus
de ſe réünir inceſſamment à la
Religion Catholique., felon la
Profeffion de Foy qui a eſté drefſée
par Monfieur l'Archeveſque
deParis, & donnerent enſuite un
Acte de cette reſolution , figné
de foixante & onze perſonnes ,
àMonfieur le Marquis de Seignelay.
Ce Marquis qui ſçavoit les
ſentimens de la pluſpart avant
qu'ils vinſſent chez luy , & qu'ils
avoient travaillé à ſe faire inſtruire
, leur marqua d'une maniere
obligeante , & d'un air tout engageant
, la fatisfaction que le
Roy avoit euë de la difpofition ou
ce Monarque ſçavoit qu'ils
eſtoient , & leur fit comprendre,
que quoy qu'ils euſſentagy pour
eux meſmes en travaillant pour
leur ſalut , Sa Majeſté ne laiſſeroit
pas de reconnoiſtre ce qu' a'ils
GALANT. 181
a
,
avoient fait , lorſque l'occaſion
ſe preſenteroit de faire quelque
choſe pour eux. Depuis cette
Aſſemblée pluſieurs autres
Chefs de Familles de la meſme
Religion , ont déclaré qu'eſtant
convaincus de leurs erreurs , ils
eſtoient preſts de les abjurer.
On drefſa en meſme temps un
Acte de cette Déclaration , & ils
le ſignerent. Quelques joursauparavant
Monfieur le Nonce
avoit preſenté au Roy un Bref
par lequel Sa Sainteté luy exprimoit
l'extrême joye qu'elle reffentoit
de la révocation de l'Edis
de Nantes , dont on ſe prepare à
faire des réjoüiſſances à Rome.
Il eſt dit du Roy dans ce Bref,
qu'il eſt veritablement le Roy
Tres-Chreftien , & que l'Egliſe
mettra dans ces Regiſtres ce qu'il
vient de faire pour Elle. L'Élog
1
182 MERCVRE
ge de Sa Majefté ſur la révocation
de cét Edit , a eſté prononcé
dans toutes les Harangues qui
ſe ſont faites à toutes les Ouvertures
des Parlemens de France
&des autres Cours de Justice.
Vous trouverez dans la ſuite de
la Lettre de Monfieur Allard
dont je vous envoïay le commencement
le mois paſſe , ce qui s'eſt
ditau Parlement de Grenoble fur
ce Sujet.
2
SUITE D'UNE LETTRE
de Monfieur Allard , ancien
Prefident en l'Ele-
Aion de Grenoble.
Onfieur de Saint André,
Marquisde Virieu ,premier
GALANT. 183
Preſident au Parlement de Grenoble,
harangua à l'ouverture de la Saint
Martin,d'une maniere ſi judicieuse
&fi éloquente , qu'il fut admiré de
tous ceux qui rempliffoientlaCham..
bre d' Audience. La matiere de fon
Discours fut l'Eloge du Roy , qu'il
fit voir estre le Justinien ,le Constantin
,&le Theodose de nostre
Siecle parles Loix qu'il aétablies,
par fes foins à détruire l'Hereſie
dansſon Royaume , &par la Paiz
univerſelle qu'il a donnéeà toute
l'Europe. Il s'étendit fur l'utilité de
ces Loix , fur les charmes de la
reünion de tant de Sujets en une
mefme Eglife , &fur le bien de cette
Paix. Il s'attacha particulierement
à loüer les moyens doux & paiſibles
dont s'eſtſervie Sa Majesté pour ramener
tant de mondeégaré,&mon
tra comment depuis pluſieurs années
Elleavoit fait connoître ses pieu
184 MERCURE
fes intentions ; comment elle avoit
réveillé par fes Edits ,ſes Declarations
, &les Arrests defon Confeil,
ces malheureux endormis dans leurs
erreurs , & ensevelis dans les ténebres
de l'Herefie ; commentpar des
démarches de Pere plûroſt que de
Roy , elle avoit tâché de les attirer
à la verité,& comment par des
follicitations & des récompenses,
plûtoſt que par des rigueurs &des
peines,Elle les avoit voulufaire ren.
trerdans la Religion de leurs Peres.
Cefage Magistrat n'oublia rien de
tout ce qui pouvoit faire un parfait
Panegyrique , & dans une ample
matiere,il trouva dequoy remplir un
Discours éloquent , agreable , biew
ſuivy, avec unegrace & une action
digne de celuy qui le prononçoit.
C'est ainsi que toutes les années il
s'acquitte d'un employ attachéàfa
GALANT.
185
Charge, qui fait dire à tout lemonde
que personne n'en pouvoit estre plus
digne que luy .Voussçavezfans doute
qu'il est petit Fils du coſté maternel
de Pompone de Belliévre Chancelier
de France ; & qu' Artus de Prunier
de Saint André ſon Ayeul Paternel,
poffedoit la mesme Charge dans un
temps oùles Guerres civiles de la
Religion demandoient que cette Placefust
occupée par un Homme vigi
lant , prudent & sçavant , & il
témoigna de l'estre veritablement en
pluſieurs occafions .
Le 14. du mesme mois de Novembre
, Meſſive Estienne le Camus
Evesque de Grenoble , dont la Fa
mille a toûjours esté attachée à celle
de le Tellier , & qui a receu en particulier
de feu Monfieur le Chancelier
, des témoignages publics de fon
estime &de ſa protection ,fit faire
un Servicefolemnel dansſon Eglife
186 MERCURE
Cathedrale pour l'ame de ce grand
Homme , & il y officia.
Le 19. le Parlementfitfaire extraordinairement
un pareil Service
dans l'Eglife Collegiale de Saint
André de la mesme Ville , où il
aſſiſta en Corps de Cour ,témoignage
certain de la veneration qu'il con-
Serve pour ce grand Chefde la Ju
ſtice ,puisque jamais il n'avoit fait
unefemblable Ceremonie pour aucun
Chancelier de France , ayant esté
convié pour celle-cy par le zele particulierde
fon premier Preſident .
Le 16. la Chambre des Comptes
en fit faire autant dans la mesme
Eglife
Le 17. le Chapitre de cette Egli-
Se fit aussi un pareil Service , enreconnoissance
de la Justice que cet
lluftre Mort luy avoit rendnë en
1684. en un Procez qui luy estoit
important , & qu'un pretexte de
GALANT. 187
Régale leur avoit ſuſcité.
Tous ces Scruices ont estéfaits, le
Choeur de ces deux Eglifes tendu de
noir avec des lezde velours, fur lef
quels estoient de distance en distance
les Armoiries de Monfieur le Chancelier
,& au milieu du choeur a toû
jours paru un Mausolée couvert d'un
Dais de velours noir , le tout parfai
tement bien illuminė.
Les Officies fervans dans la Chancellerieprés
du Parlement,aſſiſterent
aussià un autre Service qu'ils firent
faire ce mefme jour en l'Eglise de
Sainte Claire ,le fuis,Monsieur ,
voſtre , &c .
:
Tantde marques de veneration
, de douleur& d'amour qui
ont éclaté de tous coſtez pour
ce grand Homme , ne peuvent
eſtre mieux ſuivies que de la
derniere Medaille qui en a eſté
188 MERCURE
frappée;je vous l'envoye gravée,
afin qu'elle réveilledans tous les
coeurs un ſouvenir qui y doit
durer eternellement.
1
Ie ne vous ay point parlé du
Chapitre general qui a eſté tenu
depuis deux mois dans l'Abbaye
de Cluny , parce que les circonſtances
ne m'en eſtoient pas
connues. Cette Abbaye a eſté
fondée en 910. par Guillaume
Duc d'Aquitaine. Les Monaſteres
qui s'y foûmirent en meſme
temps , attirez par la ſainteté de
cette Maiſon , formerent preſque
aufli toſt une Congregation , qui
fut la premiere de l'Ordre de
Saint Benont . Cette Congregation
a efté le foûtien de l'Eglife
pendantdeux cens ans , & tuy a
fourny quatre Papes , & une infinité
de grands Hommes. Elle
avoit commencé à déchoir du
que
affilter de la part.
FRANCIÆ
CANCELLARIVS
TAE
avoit commencé à déchoir du
GALANT. 189
temps de Saint Bernard,& depuis
ona fait de tempsen temps divers
efforts pour luy rendre ſon
premier luftre , mais on peut dire
que ç'a eſté inutilement. Le defaut
des Chapitres generaux , fur
tout dans ces derniers temps , a
eſté en partie cauſe de ce relâchement.
C'eſt ce qui obligea le
Roy,toûjours ſenſible aux maux
de l'Egliſe ,& toûjours appliqué
à y procurer les remedes , d'en
faire tenir deux à Paris en 1676 .
& 1678. pendant la vacance de
l'Abbaye de Cluny. Dans ces
deux Chapitres , on fit de ſages
Reglemens, qui nearmoins n'ont
pas eu tout le ſuccés que l'on
s'en eſtoit promis , quelque zele
& quelque application qu'ayent
eu pour cela les Commiſſaires
que le Roy avoit nommez pour y
aſſiſter de ſa part.
190
MERCURE
1 Monfieur le Cardinal de Boüillon
ayant eſté depuis élû Abbé
de cette Abbaye , & par là étant
devenu Chef , Superieur , &
General Adminiſtrateur de tour
l'Ordre, à crû ne pouvoir mieux
commencer ſon Adminiſtration,
que par la tenue d'un autre
Chapitre , dans lequel on puſt
prendre les meſures neceſſaires
pour entrer en execution des
Reglemens des deux precedens,
en former de nouveaux, s'il étoit
beſoin , & enfin parvenir à une
ſainte Reformation . Il le convoqua
au Dimanche 11. du mois
d'Octobre dernier , dans l'Abbaye
de Cluny , où l'on ne s'étoit
point aſſemblé en corpsde Chapitre
depuis celuy que Dom
Claude de Gurſe Abbé Regulier
de cette Abbaye , tinten 1600.
Pluſieurs Abbez , Prieurs , Of
GALANT.
191
ficiers, & autres Religieux de cet
Ordre , ſe rendirent de toutes les
Provinces du Royaume , à cette
Aſſemblée , dont l'ouverture ſe
fit par une Meſſe du Saint Eſprit,
folemnellement celebrée par
ce Cardinal , en habits Pontificaux
.
Tous les Religieux , meſme
les Preſtres , communierent de ſa
main , aprés s'eſtre donnez le
baiſerde paix les uns aux autres,
& avoir porté à l'offrande le
Pain dont ils devoient communier.
Le Chantre preſenta le Vin
en ceremonie. Tous les Officiers
de l'Autel communierent auſſi
ſous l'eſpece du Vin , ſuivant le
premier uſage de l'Egliſe , qui a
toujours continué dans ce celebre
Monaftere , ce qui peut eſtre
de quelque édification pour les
nouveaux Convertis, qui doivent
192
MERCURE
connoiſtre & eſtre convaincus
par là combien l'Egliſe eſt éloignée
d'avoir pour l'uſage de la
Coupe , les ſentimens que luy
imputent les Miniſtres Proteſtans
, puiſque quelques raiſons
qu'ait enës le Concile de Trente
de déclarer qu'elle n'erre point ,
quand elle ne donne aux Laïques
laCommunion que ſous l'eſpece
du pain, on voit bien neanmoins
qu'elle veut bien conſerver toûjours
en quelques Egliſes l'uſage
de la donner encore ſous celle
duvin.
Aprés la Meſſe Monfieur le
Cardinal de Boüillon , revêtu de
ſa Chappe rouge , paſſa par le
milieu du Choeur , où tous les
Religieux l'attendoient , & alla
au Chapitre ſuivy premierement
des fix Enfans de Choeur , puis
des Abbez & de Prieurs, & enfin
de
GALANT.
193
de tous les Religieux. Là un Religieux
du Monastere fit un Difcours
en Latin , qui fut ſuivy
d'un autre de ce Cardinal , dans
lequel il fit connoître avec beaucoup
d'éloquence & de pieté le
relâchement où la Difcipline de
l'Ordre eſtoit tombée , témoignant
ſa douleur de l'état où il le
voyoit , & empruntant pour l'exprimer
, les paroles des Prophetés
, lors qu'ils déplorent la ruïne
&la déſolation de Jerufalem , ce
qu'il fit d'une maniere vive &
touchante , ayant exhorté enſuite
avec beaucoup de force tous
les religieux à rentrer dans la pu
rétédela regle de Saint Benoît ,
&à reprendre l'eſprit & les Inſtitutions
primitives de cét Ordre
, autrefois la gloite & la
ſplendeur de l'état Monaſtique ,
ainſi que la joye & l'édification
Decembre 1685. 1
194
MERCURE 1
de toute l'Eglife. On lût enfuite
les Noms des Definiteors du
Chapitre precedent , qui ſortirent
en meſme temps avec Monfieur
le Cardinal de Boüilton ,
ſuivy des fix Enfans pour aller
dans le Définitoire , afin d'y élire
de nouveaux Définiteurs ; &
pendant ce temps on lût les noms
des religieux de l'Ordre qui
eſtoient morts depuis le dernier
Chapitre , & on fit pour eux les
Prieres ordinaires . Monfieur le
Cardinal de Boüillon accompagnédes
Définiteurs du Chapitre
precedent , & toûjours ſuivy des
Enfans de Choeur , eſtant revenu
du Définitoire , on publia
les nouveaux qu'on venoit d'élire
, & enſuite on alla au Définitoire
, où tout le monde mangea
maigre ; meſme les Anciens,
qui par un certain mouvement
GALANT.
195
de piete , ne voulurent point ,
malgré leurs difpenfes , ufer de
viande dans un lieu conſacré par
l'abſtinence de leurs Peres,&
dans lequel un contraire uſage
n'avoit jamais encore eſté intro.
duit,à quoy ils furent meſme por..
tez par l'exemple de Monfieur le
Cardinal de Boüillon , qui ſe
trouva auſſi -bien qu'eux au Re
fectoire , où il fit toutes les fontions,
ayant ditleBenedicite &les
Graces que l'on finit dans le Chapitre
, où l'on alla au ſortir du Refectoire
, en chantant le Miserere.
L'aprés-midy les nouveaux Définiteurs
s'aſſemblerent pour la
premiere fois , & éleurent les
Officiers du Chapitre , ſeavoir
deux Secretaires pris du nombre
meſme des Définiteurs , deux
Auditeurs des Cauſes , deux
Auditeurs des Excuſes , & deux
I 2
196 MERCURE
Portiers. Ces Définiteurs ſont au
nombre de quinze , choiſis d'entre
les Abbez ou Prieurs de l'Ordre
, ou Officiers de l'Abbaye de
Cluny , & ils agiſſent toûjours
comme Déleguez du Saint Siege,
ſelon les Bulles des Papes; enforte
que tous les Statuts & tous les
Decrets qu'ils forment pour le
Reglement de la Diſcipline de
l'Ordre , font revêtus de l'Authorité
Apoftolique. Il y en avoit
huit pris du Corps des Anciens,
&fept de celuy des Reformez ;
& àcela prés , il y a toûjours eu
fort peu de difference entre les
deux Obſervances pendat tout le
Chapitre, puiſqu'ils ont pris tous
dans l'Eglife , dans le Chapitre ,
dans le Refectoire , & dans les
autres lieux d'Aſſemblée, le rang
de leur Veſture indifferemment,
&fans autre diſtinction d'Obſer
GALANT. 197
vance que celle de l'Habit &de
la Tonſure , ſurquoy juſques icy
on n'a pû encore établir d'uniformité.
Le Lundy & les deux jours
ſuivans , on tint le Définitoire
foir & matin. L'on y prit pluſieurs
Déliberations avantageuſes
au bien de l'Ordre, & entreautres
le nouveau Breviaire de
cét Ordre , dont le projet avoit
eſté loüé & approuvé déja dans
les precedens Chapitres. Il fut
preſenté tout imprimé par Dom
Paul Rabuffon Souſchambrier de
l'Abbaye de Cluny , & Dom
Claude Devers Tréſorier de la
meſme Abbaye , & trouvé conforme
à la Regle de Saint Benoît,
à l'eſprit de l'Eglife , aux Decrets
des Conciles , aux Capitulaires
de nos Roys , & à l'intention des
Papes , & particulierement de
Paul V.
:
I 3
198 MERCURE
Le Jeudy on ne tint point le
Définitoire , parce que c'eſtoit
le jour de la Dedicace de l'Egliſe
de Cluny. Le grand Prieur de
F'Abbaye fit l'Office , & la Meſſe
fut celebrée ſelon les Ceremo
nies de l'Ordre . Le Vendredy on
continua le Définitoire , & l'on
élûr le Procureur General de
l'Ordre & les Viſiteurs des Provinces
. Le Samedy aprés midy on
conclut leChapitre par la lecture
des Statuts , & par la Benediction
que donna Monfieur le Cardinal
de Boüillon . Pluſieurs Perfonnes
des environs ſe ſont trouvées à
l'Ouverture de ce Chapitre ,
entr'autres Monfieur l'Eveſque
de Chalons ſur Saone , le prieur
des Chartreux de Lyon , &
quelques Jeſuites de la meſme
Ville ; Monfieur l'Abbé de Septfonds
, Monfieur le Doyen de
GALANT.
199
l'Eglife d'Autun , quelquesChanoines
de Tournus., & Monfieur
de Santeüil Chanoine Regulier
de l'Abbaye de S. Victor
de Paris , dont les Hymnes qu'il
a compoſées pour le nouveau
Breviaire de Cluny, furent leuës
dans le Définitoire avec reconnoiſſance
& avec applaudiſſement.
Dans ce mefme temps tous les
Heretiques de la Ville du Cluny
deſabuſez des erreurs de leur
Religion , par Monfieur le Car
dinal de Boüillon , & inftruits
des veritez de la nôtre , firent
abjuration de l'hereſie entre les
mains de Dom Claude de Brou
Archidiacre de Cluny , en prefence
des Curez & des Officiers
dela Ville .
Le 6. de ce mois, Madame la
Ducheſſe Royale accoucha d'u
14
200 MERCURE
ne Princeſſe ſur les trois heures
du matin. Monfieur le Duc de
Savoye dépeſcha auffi - toſt
Monfieur le Marquis de la
Pierre pour en porter la nouvelle
à la Cour de France ,
&Madame la Duchefſe Royale
nomma auſſi Monfieur le
Comte de Govon pour la porter
à Monfieur. Le 12. Monfieur le
Marquis de la Pierre fut preſenté
au Roy par Monfieur le marquis
de Ferreiro Ambaſſadeur de
Savoye. Je vous ay déja parléde
luy dans quelqu'une de mes
Lettres. Il eſt Gentilshomme de
le Chambre de Son A. R. de
Savoye, Maréchal de Campdans
fes Armées , & Colonel du Regiment
de Piémont. Il a fair
beaucoup de diligence , afin
d'anoncer le premier au Roy &
à Monfieur , l'heureux AccouGALANT.
201
chement , qui faiſoit le ſujet de
ſon voyage. C'eſt le meſme qui
a cul'honneur dans les dernieres
guerres, de commander les quatre
Regimens d'Infanterie que
Monfieur le Duc de Savoye avoit
en France , & que le Roy fit
Brigadier. Il a fait pluſieursCampagnes
en cette qualité ; & la
maniere dont il a ſervy , luy a
acquis l'eſtime du Roy & l'amitié
de tous les Officiers . Auſſi Sa
Majesté luy fit- elle l'honneur de
luy dire que Monfieur le Duc
de Savoye ne pouvoit luy envoyer
une perſonne qui luy fult
plus agreable ; & comme il eſt
fort connu à la Cour, il en receut
mille careſſes . Monfieur ,
pour marquer la joye que luy
cauſoit la nouvelle que ceMarquis
luy avoit apportée, fit choix
dés le lendemain de Monfieur .
1-
202 MERCURE
leComtede Tonnerre , premier
Gentilhomme de ſa Chambre ,
pour aller complimenter de fa
part leurs Alteſſes Royales de
Savoye; & le Roy a nommé depuis
pour le même ſujet Monſieur
le Marquis d'Urfé, Lieutenant
de ſes Gardes du Corps.
Je vous ay mandé queMonfieur
le Goux de la Berchere ,
Marquis d'Inteville , Comte de
Rochepot , & premier Preſident
au Parlement de Dauphiné,avoit
laiſſéde grands biens àl'Hôpital
de la Charité de Paris. Il est vray
qu'il l'a fait Legataire univerſel
de tous ſes biens , aprés qu'on
aura payé ſes debtes & fès legs
particuliers. On trouve que fes
dabtes montentà plus de vingtcinq
mille livres , & fes legs par
ticuliers à deux cens quinze mille
livres. Ainſi cet Hôpital n'a en-
رد
GALANT.
203
core tiré aucun avantage de ce
legs , qui a fait tant de bruit par
toute la France. Au contraire, oe
meſme legs qui ne foulage en
aucune forte les beſoins preſſans
où il ſe trouve , la privé de beaucoup
de ſecours & d'aumônes
qu'on y faiſoit , & qui ont ceffé
depuis ce temps là ; en quoy il
ſouffre beaucoup , puiſque ſon
principal ſoûtien eſt fondé fur
les charitez des gens de bien ,
qui croyent que ce legs univerfel
l'a mis à couvertde tous befoins.
On fera perfuadé que cela
n'eſt pas , i l'on fait reflexion
qu'il eſt partagé avec les heritiers
de Monfieur de la Berchere
, qui en doivent avoir plus de
la moitié.Cequi en doit revenir
à cet Hôpital , conſiſte en effets
quine ſeront pas faciles à recou
yrer , & dont il y en a un de prés
16
204 MERCURE
:
de cent mille livres, qui eſt toutà-
fait perdu. On aſſeure que fi
quelqu'un vouloit traiter des pretentions
de cet Hôpital , il les
cederoit pour cent mille frans .
Il ne ſe croit pas pour cela moins
redevable à fon Bienfaicteur qui
a cru luy faire de grands avantages.
La Troupe du Roy a donné
pluſieurs Repreſentations d'une
Comedie intitulée, Les Façons du
Temps. Comme on ne dit point
le nom de l'Autheur , j'obſerveray
là-deſſos le filence que ſa modeſtie
veut qu'on garde. Elle est
d'un Homme du monde , qui en
ſçait les manieres , & de qui même
des perſonnes de diftinction
&de naiſſance , veulent bienrecevoir
des préceptes pour apprendre
à vivre. Cette Piece a
d'abord eſté traitée comme le
GALANT.
205
ſont celles qu'on eſtime affez
pour les critiquer ; car chacun
ſçait que l'on ne ſe donne pas la
peine de cenfurer , ce que l'on
trouve tout - à- fait méchant.
Après avoir eſſuyé la critiquede
ceux qui ne voyent les Ouvrages
nouveaux que pour en chercher
les endroits foibles , elle a
eſté joüée à la Cour , où elle a
receu un accueil plus favorable ,
&ou parmy les fuffrages illuftres
qu'elle a eus , elle en a merité de
perſonnes reconnuës & eſtimées,
pour n'avoir jamais déguisé leurs
fentimens. Le Publicdefintereffé
l'a veuë enfuite. Il s'y eſt fort diverty
,& les Aſſemblées ont eſté
nombreuſes . Comme elles font
le plus grand ſuccés des Pieces ,
on peut dire que celle- cy a eu
beaucoup d'Approbateurs , puis
qu'elle a toûjours eu des Audi
2065 MERCVRE
teurs en tres- grand nombre.
Je nepuis encore vous parler
d'Alcibiade , Tragedie nouvelle
de l'Autheur d'Andronic. Elle
fera repreſemée avant que ma
Lettte parte, mais ma Lettre ſera
finie avant qu'on la jouë. Cependant
je puis vous dire d'avance,
que cette Piece qui a eſté leue à
beaucoup de Connoiffeurs , eſt
tellement eſtimée qu'elle doit
avoir un tres grandfuccés .
Monfieur le Comte de Lo.
bkovits , Envoyé extraordinaire
de l'Empereur , a eu fa premiere
Audiance du Roy à Verſailles.
Ily fut conduit par Monfieur de
Bonneüil Introducteur des Ambaſſadeurs
, dans les Caroffes de
Sa Majeſté , & fuivy de pluſieurs
des fiens fort magnifiques. Se
livrée eſtoit tres riche , & les
habits de ſes Pages& de fes EftaGALANT.
207
fiers eſtoient garnis de deux galonsd'argent
, aux deux coſtez
d'un galon de velours. Cet En
voyé avoit un Juſte- au- corps .
enrichy de pierreries , avec un
Cordon de diamans,& une groffe
attache au retrouſſis de ſon Chapeau.
Il fit fon Complimentau
Roy en Langue Françoiſe .
Monfieur Richer Greffier en
Chefde la Chambre des Comptes
, a eſté nommé Tréſorier des
Parties Cafuelles , à la place de
Monfieur Foin , qui eſtant cydevant
Greffier du Conſeil , eſt
preſentement Secretaire du même
Conſeil à la Place de Mon- ..
ſieur de Bechameil, au jourd'huy
Surintendant des Finances de ..
Monfieur, & Monfieur
ala Charge de Greffier du Con
ſeil que poffedoit Monfieur Foin..
Le Roy a gratifié Monfieur
208 MERCURE
L
Picon d'une Penſion de deux
mille écus , pour les ſervices qu'il
luy a rendus ſous Monfieur Colbert&
fous Monfieur Pelletier ,
Controlleur General de Finances.
Le mariage de Monfieur le
Duc de la Meilleraye , qui ſe devoit
faire à Besançon le lendemain
de Noël , ſuivant ce queje
vous ay marqué dans un des Articles
de cette Lettre , y a efté
fait quelques jours auparavant.
Ce jeune Duc eſt bien fait de ſa
Perſonne , & d'une adreſſe diftinguée
dans toutes fortes
d'Exercices . Il a beaucoup d'efprit
' , de douceur , & d'honneſtetédans
ſes manieres , & les ſentimens
fort élevez. Il parle bien &
tourne une Lettre auſſi agreablement
qu'on le peut faire. Voicy
celle qu'il écrivit de Besançon à
GALANT. 209
Mademoiſelle de Durasdés qu'il
eut apris que le Roy avoit ſigné
leurContrat de Mariage.
ADEMOISELLE ,
Ie fuis dans une extreme
impatience de sçavoir quelle part
vous prenez à mon bonheur. Sivous
y conſentez d'auſſi bon coeur que je
m'y abandonne , je me trouve par
avance le plus heureux des hommes.
Il ne manqueroit rien à ma joyefi
on nem'oſtoit pas la liberté de vous
aller touver. Ie nesçaurois m'accommoder
de l'obligation où l'on me met
de vous attendre. Vous ne sçauriez,
Mademoiselle , venir à moy auffi
viſte que j'irois à vous ; mon repos
dépend de me voir en estat de vous
affurer moy- mesme que je veux estre
toute ma vie Vostre , &c .
Mademoiselle de Duras , preſentement
Ducheſſe de la Meille210
MERCURE
raye, eſt auſſiformée àquatorze
ans , que le font à vingt les perfonnesles
mieux faites. Elle a cette
belle taille , ce grand air , &
cette bonne mine qui ſemble inſeparable
de tous ceux qui portent
le nom de Duras. Elle a le
teint parfaitement beau , les yeux
noirs , grands & bien fendus , la
bouche des mieux taillées , & un
bas de viſage des plus reguliers.
Enunmotil y a peu de Dames ,
àqui la Nature ait eſté plus favorable.
La douceur qui luy eſt na
turelle eft répanduedans toutfon
air. Elle a une bonté obligeante
pour ceux qui font moins qu'elle,
& dans un âge où l'on ne ſçait
guere comment il faut fe fervir
d'un bon eſprit , elle fait du ſien
des uſagesdont tous ceux qui luy
parlent ſont contans. Elle a efte
nourrie en Religion , mais dés
GAL ANT. - 211
qu'elle a paru dans le monde, elle
afait voir qu'elle eſtoit faite pour
y eſtre auſſi diftinguée par ſes
manieres , qu'elle doit l'eſtre par
fon rang& par fa naiſſance. Monſieur
le Mareſchal Duc de Duras
fon Pere , Capitaine des Gardes
du Corps de Sa Majesté , eſtd'une
naiſſance fi illustre & fi diftin--
guée , qu'il eſt inutile d'en parler.
Il eſt Neveu de feu Monfieur de
Turenne . Tous les Princes Souverains
d'Allemagne ſont ſes plus
proches Parens , & il trouve
parmy des Teſtes couronnées autant
de Couſins & de Neveux,
que la pluſpart des autres Familles
en comptent parmy des gens
d'une qualité égales.
Je vous envoye un ſecond Air,
qui peut ſervir de Chanfon à
boire.
212 MERCURE
AIR NOUVEAU.
M
Illeſujets de jalousie
M'obligent de quitter Sylvie
,
Et ne le pouvant fans fecours ,
C'est à Bachus qu'il faut avoir re
cours.
Mais fi ceDieu me devient favora
ble ,
S'il me charme de ſa liqueur ,
Helas ! aufortir de la sable ,
Quefaut- ilfaire de mon coeur?
Voicy deux Enigmes nouvelles,
dont la premiere eſt de Monſieur
Rault de Roüen , & la ſeconde
de Monfieur Diereville
du Pont l'Eveſque. Vous trouverez
dans le xxx11 . Extraordi
naire qui ſe débitera fur la fo
GALANT. 213
du mois prochain , les noms de
ceux qui ont expliqué les deux
dernieres.
ENIGME.
Efuis un furieux gourmand ,
Ie porte une grande bedaine ,
Souvent plus farcie &plus pleine
Quelapance d'un Allemand.
Mais quoy qu'avec ſoin on s'em
preffe
Deme fournir de bons repas ,
Où les plus dégoûtez trouveroient
des appas .
Onne voit pas que j'en engraiſſe.
Fait-on quelque fameux Régal,
L'ay coûtumeſouvent d'estre de la
partie
La Table lamieux aſſortie ,
1
1
214
MERCURE
Sans moy feroit peut- estre mål.
Quandunefois j'ay prismaplace,
I'y fais alors du quant- à- moy ,
Et pour priere ou pour menace
Ien'en fortirois pas , quand je verrois
un Roy.
AUTRE ENIGME .
Eautezdont la blancheur peut
B effacer les lis,
Nous sommes pluſieurs Soeurs d'un
teint égal aux vôtres ,
Quitenons dans nos fers (fans mé.
priſer les autres )
Les Amans les plus accomplis.
L'amour qu'on a pour nous est pourtant
fort commune ;
Et le plus fidelle amoureux
Nesçauroitfe contenter d'une ,
Ilfaut qu'il en ait toûjours deux,
GALANT.
215
Pour le charmer noussommesfines ,
Et nous pouvons dire de plus
Qu'on en trouve entre nous quel.
qu'unes de malines ,
Ayant des yeux autant qu'Argus.
Nous n'avons pourtant point de
teste ,
Et nous n'avons jamais qu'unpied,
Mais qu'importe , cela nous fied,
Et nous pouvons aider àfaire une
conqueste
Avec cette proprieté ,
Voyez la cruautédes hommes ,
Le meilleur au temps où nous
Sommes ,
Nous réduit à l'extrémité.
Je n'ay point doute que
'Histoire des Troubles de Hongrie
que je vousay envoyée , ne duſt
vous caufer autantde plaifir que
vous me marquez en avoir receu
216 MERCVRE
de cette lecture. Il y a un ſi grand
nombre d'années queles Defordres
arrivez dans ce Royaume
font l'entretien de toute l'Europe
, qu'il eſt difficile que les
perſonnes les moins curieuſes
ne ſoûpirent d'en apprendre
le commencement & les progrez
. La Conſpiration des quatre
Comtes qui ont eſté executez
pour leur révolte
eſt amplement traitée , & peutétre
n'a- t- on jamais fait aucune
Relation plus exacte que
celle que vous y avez trouvée
du Siege de Vienne. Je vous
envoye aujourd'huy la Movale
d'Epicure , qu'on a imprimée
depuis peu de temps ,
avec des Reflexions dignes
de celuy qui les a faites. Les
Y
Sentimens de ce Philoſophe
vous
GALANT. 217
vous eſtoient déja connus , par
ce qui en a eſté dit dans un
des derniers Dialogues fur
les choſes difficiles à croire.
Je ſuis 2 Madame , vô
tre ,&c.
1
AParis ce 30. Decembre 1685 .
*
LIO TREQUE
LYON
Avis pour placer les Figures.
'Air qui commence, Le repos,
l'ombre, page 94 .
La Figurede la Medaille,p . 188
L'air qui commence , Mille
fujets de jalousie , page 212 .
LIVRES NOVVEAVX
depuis le Mois de Iuin 1685 .
iusqu'à present.
Pratique de l'Education deCharlequint,
indouze , 2. vol . de Momieur Varillas ,
3.livres .
Hiſtoire de François Premier , dud. Sieur
de-Varillas inquarto deux volumes, & indouze
quatre vol.6. liv ..
Hiftoire du Regne de Charle- Neuviême ,
auffi de Monfieur de Varillas , indouze , 3 .
vol. 3.liv.ro.fols.
Hiſtoire de la Conqueſte de Floride par
lesEſpagnols;ſous Ferdinand de Soto , écrite
enPortugais par unGentilhomme de la ville
d'Elvas,in 12 30.fols.
LeGenie de lalangue Françoiſe, 12.30.f.
Traité des Oblations ou deffences du
Droit Inſprecriptible des Curez ſur les Oblation
des Fideles,indouze,30, fols .
Reponſe à l'Apologie pour la reformation,
pour les Reformateurs & pour les Reformez,
où l'on traite de l'Etat Monaftique,
desVeuves tant Seculieres que Religieuſes,
des ſecondes,troiſieme, quatrième,& autres
Nopces , des qualitez d'un veritable Martir
, des Ceremonies Eccleſiaſtiques de la
Sainte Ecriture des Extafes & Difcours du
Celibat des Ecclefiaftiques,& quelques autres
matiere de Religion , par Monfieur , Fer
rand,12.40.fols.
Traité de l'Egliſe contre les Heretiques
Catalogue.
principalement contre les Calviniſtes , par
Monfieur Ferrand, 12.30.fols.
Theriaque d'Andromacus,traduction nouvellepar
Monfieur Charras,12.30.fols.
Examen Iuridicum in Iuré Canonico ſeu
Methodica Manuductio ad lus Pontificum
tuum communetum apud Gallos receptum,
indouze 30.fols .
Nouveau traité des Toiſé rendu facile &
demontré par le ſicur Terragon Profeficur
des Mathematiques avec des Figures en taille
douce, indouze, 20.f.
Comedie fans titre par Monfieur Poiffon,
indouze,nouvelle édition, 15. fols .
Les Ocuvres de Barreme contenant ſept
volumes & fe vendent ſeparé ſçavoir L'arifmectique
de ſoy- même. so. f. le Livre des
contes fait so.f. La Geometric 50. fols. Livre
neceſſaire, 50. f. Le Livre des Aydes Domaine
de France,45. f. Les Tarifs & contes
fait,3.liv. 10. f. & le ſeptieme, le Grand Banquier,
in octavo 4.liv.10. 1.
Traduction nouvelles des Satires des Epi...
tres de L'Art Poëtique d'Horace,124 .
Entretiens des Peintures par MonfieurFelibien,
inquarto, quatre voluines, 14li.vIdem
le quatrième volume ſeparé , 4.liv .
Nouvelles Vies des Saints , infolio, deux .
volumes par le R.Pere Gyri, 22.liv. :
Jugemens des Sçavans fur les Principaux
Ouvrages des Auteurs tirée de la Bibliothe
que de feu Monfieur le.Premier Preſident
de la Moignon,12.4.vol.8. liv.. :
Les Ouvragede Profe & de Poëfic dess
Casalogue.
-
ficürsdeMaucroy & de la Fontaine, indou
ze,2 vol.4.liv .
Memoires contenant ce qui s'eſt paffé en
France de plus confiderables depuis l'année
1608. juſqu'en 1636. tirées des écrits
de Monfieur le feu Duc d'Orleans, indouzc,
40. f.
Le Portrait des Foibleſſes Humaines, pat
Madame de Villedieu, 12. Paris 30. fols &
deLyon 15.f
Les Defordres de l'Amour de Madame
deVilledieu,12.4. vol . relićendeux 30. fols
Conferences Eccleſiaſtique du Dioceſe de
Luçon, 12.5.vol.6.liv. 5.fols.
avec
Geographie de Robbé Nouvelle Edition ,
pluſieurs Figures en taille douce, 12.2 .
vol.6 livIIddeemm Enluminés 8.liv .
Ordonnances Synodales de Luçon,Io.f.
L'Art de chanter , ou Methode facile
pour apprendre en fort peu de tems les
⚫vrays principesdu Plain ChChaanntt&de laMufique
par M. Lancelot,inquarto,25.f.
-Elemens deGeometric , ou de la Meſure
du corps,par le Pere l'Amy , in octavo, 45.1.
Voyage de Tarrarie, 12.15 . fols .
Vie de Gonzague, 12.20. fols.
Mu-
Traité des Cadrans de Monfieur Ozanan
avee pluſieurs figures en taille douce , 12 .
30.fols.
-Recueil de pluſieurs Piece d'Eloquence
&de Pocfie préſentée à l'Academie Fran
çoiſe pour le prix de 1685. indouze 20.fols .
lesautres volumes ſe trouve dans la même
Boutique,il ahuit volumes.
ε aij
Catalogue..
Corps & compilation de tous les Coma ,
mentateurs Anciens & Modernes ſur la Cou
tume de Paris , enrichie de nouvelles obfervations
& de pluſieurs queſtions décidées
par les Arrêts des Courts Souveraines , avec
les Conferences des autres coûtumes , par
Monfieur Claude de Ferriere , Avocat au
Parlement en trois voulumes , infolio , 36.
liv.
*Oeuvres Diverſes de Monfieur Boileau,
nouvelle, Edition revue & augmenté de
beaucoup & mis en meilleur ordre que
l'Edition que l'on a donné au publics il y a
deuxannées. Il ya une Preface au commen.
cement qui inſtruira de tout avec les figures,
indouze, 3. liv.
dé-
Eclairciſſement de cette celebre & impor
tante queſtion : Si leConcilede Trente a
cidé ou declaré que l'Attrition conçue par
la ſeule crainte des peines de l'Enfer & fans
aucun amour de Dieu , ſoit une diſpoſition
ſuffiſante de la juftification au Sacrement de
Penitence , tiré des Decrets & de l'Hiſtoire
du Concile , & des Ouvrages des Pre
Pats &Theologiens qui y ont aſſiſté &autres
quiont écrit dansle méme Siecle , & peu
aprés par Monfieur Queras Grand Vicaire
de feuMonſeigneur l'Archevêque de ſens,.
moctavo, 4.liv.
Mada- Iournal, Amoureux d'Eſpagne, par Mac
se deVilledieu, indouze quatre volume, reliés
en deux, 30 fols.
La vie de S.Philippe Nery Fondateur de
Ordicde l'Oratoire inoctavo 3. liv.
Theologie Morale de S. Auguftin , où le
هلل
Cotalogue.-
preceptedel'amour de Dieu est traité'à fond,"
& les autres maximes de l'Evangile ſe trouvent
expliquées& demontrée indouze, 45.f..
La Morale d'Epicure avec des reflexions
parMonfieur le Baron des Couteurs Auteur
de latraduction de Lucrece,indouze 45. fols .
Ordonnance de Neron nouvelle édition
infolio, 8.liv.
La vie du Pere Ican Rigoleug de la
compagnie de Iefus indeuze , 30. fols .
L'Almanach de Milan pour l'année 1686,
indouze,20.fols.
L'Almanach de Liege indouze, 15.f.
La connoiſſance des tems pour l'Année
1686.20.fols.
La vie du Pape Sixte V. nouvelle édition,
indouze deux volume impreſſion de Lyon,
2.liv.
L'hiſtoire du Royaume de Chypre par
Monfieur le Pelletier Auteur de la vie de
Sixte V.indouze impreffion de Lyon.2. liv .
Actes de l'Aſſemblée generale du Clergé
-deFrance concernant la Religion inquarto,
20. fols.
Idem indouze avec le Catalogue des livres
deffendu , 30. fols .
Avis pour la fainte Communion,7. fols.
La Relations du Caroiſſel de 1685.
figure 30.
Arioſte Ancienne & Moderne ou Roland
le furieax traduction nouvelle indouze trois
& quatrieme partie 30. les deux premier ſe
erouve dans la mesme boutique auffi
pour 30.f.
Lordinaire de la ſainte Meſſe avec l'expli
t
2
Catalogue.
ob cation des principales ceremonies qul &
fervent augmenté des veſpres & complies en
latin &en françois & de pluſieurs exercices
depieté Imprimépar l'ordre de Monſeigneur
l'Eveſque de la Rochelle pour l'uſage des
nouveaux convertis inſeize 20. f.
Hiſtoire de la conſpiration d'Angleterre
duDuc de Mont Mout.indouze 20.f.
Hiſtoire des trouble de Hongrie & des defordres
arrivez dans ce Royaume , & les
progres de la conſpiration des quatres comtes,
qui ont été executes , leur revoke y eft
amplement traittée avec trois cartes indouze
trois volumes . 4. 1 , 10 ,
Lettre deS. Auguſtin ſur la Conformité de
la conduite de l'Egliſe de France pour ramener
les proteftans avec celle de l'Égliſed'Affrique
pour ramener les Donatiſtes indouze30.
l.
La conduite du Roy à l'égard des Proteftans
ſemblables à la conduitte de l'Empereur Honorius
& deS.Auguſtinà l'égard des Donatiftes
avec un Abregé des mêmes Donatiſtes
& l'explication des loix qu'Honorius publia
contreux indouze 15. f. 7
Traité de la Providence ſur le miracle des
ſept Pains tiré de l'Ecriture fainte & des
Peres indouze 20. f.
Paraphrafe des Pfeaume deDavid en vers
François par MonfieurGodeau & mis en
chant nouvelle edition indouze 40. f.
Hiſtoire d'Auguſte contenant ſes actions
avant & apres le triumvir juſqu'à ſa mort
avecles particuliarites de la vie de IuleCe
Catalogue.
far par le même autheur
douze deux volume 2.1 .
du triumvirat in-
Hiſtoire du Pontificat de ſaint Gregoire le
Grand par Monfieur Mainbourg , inquarto
6.Lindouze deux volumes 3. 1..
Lutrigot ou la Critique contre Monfient
Boiſleau indouze 15. f.
Les confeffions coupée. Impreſſion de
paris indouze 25.1.
Vous aures dans quinze jours l'Hiſtoire
des Herefies de Monfieur Varilla.
Ceux qui voudront tous les vieux Mercu
res Extraordinaires ou une partie d'iceux,l'on
fera une en compoſition honnête.
Recueil des Arreſtobtenus par leClerge
contre les Huguenots inquarto Impreſſion
deParis 20.fol.
Harangue deMonſeigneur le Coadjouteur
de Roüen au Roy inquarto.7.(.
Harangue de Monseigneur l'Eveſque de
Valence au Roy inquarto 7. f.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le