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1684, 06 (Lyon)
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807156
MERCURE
GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
LYOJUIN 1684. Y
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ous recevrez avec
le Mercure , l'Hiſtoire
du Siege de
Luxembourg , par l'Autheur
du Mercure Galant : Quand
vous l'aurez lû , vous avouërez
que l'Autheur s'eſt ſurpaffé
, & qu'il ne ſe peut
rien de mieux écrit , ny
avec plus d'érudition. Vous
yverrez l'origine de Luxemã
2
bourg , & le nom & Familles
de ceux qui en ont eſté
Souverains.
Dans quinze jours vous
aurez auffi la Relation de
Gennes.
Ily a à la fin de ladite Hiſtoire
un Catalogue de plufieurs
Livres nouveaux que
vousm'avez demandé , vous
en ferez part àvos amis dans
vôtre Province) nom
Les Mercures ſe vendront
toûjours 20.fols chaque Volumes
, & les Extraordinai
res 30. fols.Ceux qui les prendront
tous ou une bonne
partie , l'on leur en fera
une compofition honneſte.
L'Hiſtoire du Siege de
Luxembourg avec une Carte,
20.f.
L'Homme de Cour , ou
les Maximes les plus fines &
les plus particulieres pour la
conduite d'un Homme du
monde, quelque Rang qu'il
y tienne , avec les Nottes
auſſi amples que les Maximes
, tirées des plus celebres
& fins Politiques,par le Sieur
Amelot de la Houffaïe , indouze,
40. f.
2
a3
;
:
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
I
Vant -propos.
Particularitez de l'entreveüe
de Monfieur le Duc de Savoye,
& de Madame Royale ; ce qui
s'eſtpaſſéfur leur Route juſques
àThurin , & les Réjoüiſſances
qui s'y font faites
Ballade de Monfieur de Benserade.
16
Lettredu Royde Pologne àMonfieur
Le Duc de S.Aignan,en luy envoyant
te Sabre du feu Grand
Vizir. 32
Lettre de la Reyne de Pologne au
1 même. 33
Extrait d'une Lettre de Monsieur le
Marquis d'Arquiens au même.
ibid.
TABLE.
45
Lettre enVersfur le pretendu Mariage
de la Pucelle d'Orleans. 36
Relation tres - curicuſe de la mort de
la Reyne de Portugal.
Lettre du Roy de Siam au Pape , &
au Roy de France , avec pluſieurs
particularitez touchant les Am.
baſſadeurs embarqués pour Franoc
furle Vaisseau le Soleil
-d'Orient.. 65
Sentimens de pluſicurs grandsHommes
, touchant la Statue envoyée
au Roy par Meſſieurs de la Ville
d'Arles..
٤
81
Suite du Journal de la Cour , qui
comprend plusieurs Articles,&la
Reception faite au Roy à Chan
till.y..
Madrigal fur la Groffeffe de Madame
la Dauphine. 13
Plusieurs Ouvrages en Vers fur la
priſe de Luxembourg.
ode à Monsieur le Maréchal de
TABLE.
Créquy,fur lemesmesujet . 128
Lettre au Roy... 131
Répouse du Roy. 133
Mémoire préſentéaux Etats Genéraux
par Monsieur le Comte
d'Avaux.
134
Réponsefaitepar le mesme,ſur les
éclairciſſemens qui luy avoient
efté demandez touchant ce Mémoire.
139
Morts conſidérables arrivées pendant
ce mois .
ISI
Réponse de Monsieur Crochat à
Monsieur Serrurier Aftrologue .
160
Hiftoire. 165
Eveſchez donnezpar le Roy. 173
Converfion. 177
Chargede Dame d'Honneur de Ma.
dame la Dauphine , donnée à
Madame la Ducheſſe d'Arpajon.
ibid.
Seconde Partie de l'Academie GaTABLE
.
lante. 181
Histoire du dernier Grand Vizir.
182
Madrigal fur la Priſe de Luxembourg.
184
Enigme. 185
Autre Enigme. 186
Ce qui s'est paſſe à l'Attaque de
Gironne.
191
Réponse aux Lardons du dernier
mois. 198
Arrivée des Ambassadeurs du Divan
d'Alger. 233
:
६
Finde la Table.
L
EXTRAIT DU PRIVILEGE
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil ,JUNQUIERES. Il est
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme aufli défenſes fo
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres, d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
font
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 13. Iuillet 1684.-
1
! Avis pour placer les Figures.
E Camp de Thulin doit re-
Lgardem page 100.
L'airqui commence par Voicy
le retour du Printemps , doit regarder
la page 1510
La Chanſon qui commence
par Fut- il jamais Breuvage , doit
regarder la page 188 .
i
!
-1
MERCU
MERCURE
GALANTE
C
FUIN 1684 .
BEQUE
LYON
E ne ſera point , Madame
, par une action
particuliere du Roy
que je commenceray cette Lettre.
Celles dont j'aurois à vous
parler , demandent plus d'étenduë
, & comme des Volumes
entiers pourroient à peine fuffire
pour marquer une partie des
plus glorieuſes circonstances de
Juin 1684. A
2 MERCURE
م
ce qui s'eſt fait de grand pen
dant ce Mois- cy , c'eſt aux Lettres
ſéparées que je vous ay
adreſſées là- deſſus , que je vous
renvoye. Ce qu'elles contiennent
eſt arrivé par des ordres
donnez apres des meſures ſi
juſtes , que le ſuccés en eſtoir
infaillible. Cependant je ne m'éloigneray
pas beaucoup de ma
matiere ordinaire , puis que le
Mariage de Madame la Duchefſe
Royale dont vous attendez
la ſuite , eſt encore l'ouvrage de
ce meſme Roy , qui ne fait rien
que de merveilleux. Ma derniere
Lettre vous apprit que cette
Princeſſe eſtoit partie de Lyon
le Vendredy 5. de May. Elle
continua ſa route vers Pont
Beauvoiſin. C'eſt un Bourg de
Dauphiné , qui ſépare la France
la Savoye. La Riviere de Guyet,
GALANT.
3
ſur laquelle il eſt ſitué , fait cette
ſéparation , & il prend fon nom
du Pont. Tandis que Madame la
Ducheſſe Royale s'avançoit de
ce coſté-là , Monfieur le Duc
de Savoye qui venoit la recevoir,
arriva à Chambéry . Cette Ville ,
Capitale de Savoye , eſtoit l'ancien
Sejour des Ducs , & eſt le
Siege d'un Parlement , que l'on
appelle Sénat. Il eſt compofé de
quinze Sénateurs , & de quatre
Préſidens.Il ya auſſi une Chambre
des Comptes , compoſée de
Préſidens , Auditeurs , & des
Genéraux & Tréſoriers des Finances
de Savoye. La Ville , qui
eſt aſſez grande , eſt ſituée ſur
la petite Riviere d'Orbanne,dans
une Plaine , autour de laquelle
on voit diverſes Collines. Il y a
un beau Chaſteau qui commande
à la Ville , & dont Monfieur
A 2
4
MERCURE
le Marquis de S. Maurice eſt
Gouverneur. Les Jardins en ſont
fort propres. Dans la Court de
ce Chaſteau eſt la Sainte Chapelle
, deſſervie par des Chanoi.
nes, Monfieur le Duc de Savoye
s'eſtant rendu en poſte à
Chambéry le Lundy premier
jour de May ſur les ſept heures
du ſoir , trouva les Ruës remplies
d'un Peuple nombreux qui
faifoit retentir de toutes parts ,
Vive Savoye . Monfieur le Marquis
de S. Maurice , qui l'attendoit
à la Porte du Chaſteau ,luy
en préſenta les Clefs . Ce Prince
l'embraſſa fort tendrement , &
& dés qu'il fur déboté , il entra
dans la Sainte Chapelle , & vou-.
lut voir en ſuite toute la Maiſon .
Le lendemain , le Sénat , la
Chambre des Comptes , & les
Echevins , le haranguérent. Ce
GALAN Τ .
5
?
meſme jour il envoya inviter
toutes les Dames de la Ville pour
lesdivertiſſemens du ſoir , & leur
fit l'honneur de les baiſer toutes.
Pendant tout le temps de fon
ſéjour , qui fut juſqu'au Samedy,
il y eut chaque ſoir Tables de
Baffete , Collation , & Violons ,
afin que chacune euſt dequoy ſe
fatisfaire. Le mercredy , il alla å
S. François , avant que de ſe faire
voir au Vernay. Le Vernay eſt
dans un Fauxbourg de cette Ville.
C'eſt un Lieu fort ombragé de
pluſieurs rangs de vieux Arbres,
comme une partie du Cours de
Paris , où tout le monde s'affemble&
ſe promene. Le Jeudy i
pritle divertiſſement de la Chafſe
du coſté d'Aſpremont , & y
demeura tres - peu , à cauſe de
l'exceſſive chaleur. Le ſoir il retourna
au Vernay incognito , &,
A 3
6 MERCURE
entretint pluſieurs Dames , chacune
en particulier.Le Vendredy
il paſſa l'apreſdînée avec les Prélats
qui s'étoient rendus à Chambéry,
& dança le ſoir au Vernay,
que l'on avoit illuminé par ſes
ordres , & où il avoit fait venir
des Violons , des Hautbois , &
des Trompetes . Apres qu'on eur
dancé quelque temps , il pria les
Dames de paſſer dans un Jeu de
Paume, qui eſt dans la meſme
Place du Vernay. Elles y trouvérent
une Collation des plus magnifiques.
Ce Prince ayant exhorzé
tout le monde à ſe bien divertir
, ſe retira ſans rien dire ,
pour aller ſe préparer à ſes devotions
, qu'il vouloit faire le
lendemain , & dont il s'acquita
avec une pieté tres- édifiante. Le
Samedy 6. de May , il alla coucher
aux Echelles en un Châ
GALANT. 7
teau , d'où il envoya Monfieur le
Comte Scaravella , Gentil-homme
de ſa Chambre , & maiſtre
des Cerémonies , à Pontbeauvoifin
, avec ordre d'y régaler les
Princeſſes , les Dames , & les
Officiers du Roy , qui avoient
accompagné Madame la Duchef.
ſe Royale juſqu'en ce Lieu - là.
Monfieur le Comte de Soiffons ,
& Monfieur le Prince Philippes
fon Frere, le ſuivirent aux Echelles
. Ces Princes eſtoient venu
le ſalüer à Chambéry. Il les avoit
trouvez dans ſa Chambre lors
qu'il eſtoit revenu du Jeu de
Paume , & il les avoit reçeus
avec de grands témoignages de
fatisfaction & d'amitié. Le Dimanche
7. ce jeune Duc partit
des Echelles en poſte ſur le midy,
accompagné de ſa plus confidérable
Nobleffe. Ses Gardes
A 4
3 MERCURE
s'eſtoient rendus dés le Samedy
au ſoir à Pontbeauvoiſin ,où étant
arrivé dans la Maiſon qui luy
eſtoit préparée ſur ſes Etats , il ne
fit que changerde Juſte- au- corps,
fans deſcendre de cheval , &
pouſſa juſque chez Madame la
Duchefſe Royale. Cette Princeſ
ſe entendant les Trompetes &
les Timbales qui l'aſſuroient de
ſon arrivée , s'échapa à quelque
impatience de le voir , & ſe mit
d'abord à la Feneſtre ; mais ſa
modeſtie l'obligea fur l'heure à
s'en retirer , & elle ne fongea
plus qu'à aller ſur l'Escalier au
devant de luy. Ce Prince entra
dans la France avec ſes Gardes
l'Epée à la main , & eſtant def
cendu de cheval , il monta l'ef
calier d'une fi grande viteſſe ,
que Madame la Ducheffe Royale
eut à peine defcendu trois
1
A
1
GALANT.
१
degrez , qu'il l'arreſta. Ce fut
fur cet Eſcalier que ſe firent les
premiers embraſſemens de part
&d'autre, avec une extréme fatisfaction
, & meſme avec furpriſe
de S. Alteſſe Royale , qui
trouva la jeune Princeſſe de
beaucoup plus belle que ſon
Portrait , ſe plaignant du Peintre
qui luy avoit fait injure ,& voulant
que l'on réformaſt celuy
qu'il avoit àTurin ſous ſon Dais..
Il la remena dans ſon Apartement
, & n'y demeura qu'autant
qu'il falut pour les honneſtetez
&les careſſes qu'il fit à toutes.
les Dames. En ſuite il luy prit la
main , & la conduifit dans une
Chaiſe qui l'attendoit au bas de
l'Escalier . Ill'accompagna à pied,
la main toûjours fur la Chaife ,
juſquedans le Territoire de ſes
Etats ; & eſtant alors monté à
AS
10 MERCURE
cheval , il commanda aux Por
teurs d'eſtre diligens. La grande
pouffiere qui s'éleva , jointe à
l'envie qu'eurent ces Porteurs
de ſe ſurpaſſer les uns les autres ,
fut cauſe qu'il y en eut quelques-
uns qui expirérent en pofant
la Chaife . On avoit préparé
une ſuperbeCollation auxEchelles
, qui eſt à moitié chemin de
Chambéry , mais on ne s'y arrêta
pas. Monfieur le Duc de Savoye,
qui alloit toûjours à coſté de la
Chaiſe de la Princeſſe , luy apporta
luy - meſme un Verre de
Limonnade , qu'elle reçeut de
ſa main fort modeſtement. Elle
monta en carroſſe à demy- lieuë
de Chambéry , où elle entra fur
les fix heures du ſoir , ou pour
mieux dire , où elle eut peine à
entrer , à cauſe de la grande foule
de Perſonnes de toutes condi
GALANT. 11
tions, qui étoient accouruës pour
luy rendre leurs reſpects , & fatisfaire
leur affection & leur curioſité.
Toute la Bourgeoifie
eſtoit ſous les armes , & il vous
doit eſtre aiſé de vous figurer le
bruit de l'Artillerie. Elle alla au
Chaſteau deſcendre à la Sainte
Chapelle,où Monfieur le Camus,
Eveſque de Grenoble ,l'attendoit,
avec Monfieur l'Archeveſque de
Tarentaiſe , & Monfieur l'Evêque
de Geneve . Le premier de
ces Prélats , que l'on reconnoit
dans Chambéry pour le Spirituel
, ſon Dioceſe s'étendant
juſque-là, donna à Leurs Alteſſes
Royales la Benédiction accoûtumée.
Cette ceremonie eſtant
faite , la jeune Princeſſe ſe retira
dans ſon Apartement. Plus de
deux cens Femmes de qualité de
Dauphiné & de Savoye , ſe trou-
A 6
12 MERCURE
verent à fon paſſage ſur le grand
degré du Chaſteau . Elle leur fit
un accueil ſi obligeant , que dés
ce moment elle gagna tous les
coeurs. On luy dit qu'il y avoit
quelque diférence à faire entre
elles , & que ſi elle en devoit
baifer quelques - unes , il y en
avoit d'autres à qui elle devoit
ſeulement donner ſa main. Elle
répondit qu'elle baiſeroit les unes
par obligation , & les autres par
amitié. Ainſi elle n'en excepta
aucune , & les charma toutes . La
Nobleſſe de Savoye luy vint auſſ
rendre ſes reſpects . Elle les reçeut
placée ſous un Daiz , dans
fa Chambre de parade . Monfieur
le Duc de Savoye luy nommoin
les Hommes , & Madame la
Princeſſe de la Ciſterne , ſa Premiere
Dame d'honneur , luy fit
connoiſtre les Dames. Leurs
GALANT. 13
!
Aſteſſes Royales ſe retirerent
enfuite en leur particulier , &
lors qu'on eut ſervy le Soupé ,
Elles firent mettre à leur Table
Madame la Princeſſe de Lillebonne
, les deux Princeſſes ſes
Filles , & Madame la Maréchale
de Grancé. Le Soupé , quoy
que magnifique , dura peu . Le
Mariage fut conſommé cette
meſme nuit ; & le lendemain
ces deux illuſtres Epoux estoient
fi libres & fi familiers enſemble,.
qu'on auroit jugé qu'ils ſe connoiſſfoient
depuis long- temps..
Ce jour là , qui estoit le 8. du
mois , Madame la Ducheſſe Ro-.
yale alla à la Sainte Chapelle ,
où Monfieur le Doyen de la Pérouſe
, que ſon éloquence & fa
pieté ont rendu auſſi fameux à
Paris , qu'il l'eſt en Savoye , la
vint recevoir à l'entrée , & luy
14
MERCURE
fit une tres-belle Harangue. On
chanta le Te Deum dans cette
Chapelle , & Leurs Alteſſes Royales
qui dînerent en . Public ,
n'eurent perſonne à leur Table .
L'apreſdinée , les Magiſtrats &
les Echevins vinrent complimenter
la Princeſſe Le Mardy
9. elle fut auffi complimentée
par les Officiers d'Anneſſy , &
le lendemain par les Députez
de Geneve , qui luy apporterent
divers Préfens. Le Jeudy
11. elle fortit en parade , avec
tous ſes Gardes, & toute la Cour,
& alla entendre la Meſſe aux
Cordeliers , où le Gardien la harangua.
L'apreſdinée elle viſita
les Peres Jeſuſtes , les Filles de
la Viſitation de Sainte Marie ,
& les Religieuſes reformées de
Sainte Claire. Le Vendredy 12.
elle partit de Chambéry , ac
GALANT.
15
compagnée de toute la Nobleſſe
juſqu'à Montmeilla, où elle cou
cha. C'eſt une petite Ville ſur la
Rive droite de l'Iſere , à deux
lieües de Chambery. Elle a une
Fortereſſe baſtie ſur la pointe
d'un Rocher eſcarpé . Cette Fortereſſe
commande le Paffage,qui
eſt fort étroit entre les Montagnes.
Madame la Princeſſe de
Lillebonne , & les Princeſſes ſes
Filles , dont tout le monde a admiré
la beauté , s'en retournérent
dés le mercredy en France,
avec une partie des Officiers du
Roy , qui avoient accompagné
Madame la Ducheſſe Royale ,
&le reſte des Officiers eſtoit
party ce méme jour Vendredy,
avec Madame la Maréchale de
Grancé. Monfieur le Duc de Savoye
leur avoit fait diſtribuër à
tous des Préſens fort magnifie
16 MERCURE
ques. madame la Princeſſe de
Lillebonne reçût un Bracelet de
Diamans , & les Princeſſes ſes
Filles , des Pendans d'oreilles
d'un grand prix. Leurs Alteſſes
Royales vinrent coucher le Samedy
13. à. Aiguebelle , à quatre
lieües de Montmeillan . Le
Dimanche , Elles partirent pour
S. Jean de Morienne , Ville Epifcopale
, à fix lieuës d'Aiguebelle.
madame la Ducheſſe Royale
y alla coucher , & Monfieur le
Duc de Savoye ayant pris la Poſte
à la moitié de cette Route,
ſe rendit à Lanebourg, dix licües
pardelà S. Jean de morienne , où
la Princeſſe paſſale Lundy. L'Eveſque
de cene Ville , qui eſt .
riche , de naiſſance , tres magnifique
, & qui a beaucoup
d'eſprit , s'eſtoit préparé pour
la recevoir. Son Alteffe Royale
GALANT. 17
4
y avoit d'ailleurs envoyé ſes
Officiers , & rien n'y manquois
pour les Appreſts. Ce Prince
eſtant party de Lanebourg le
15. à neuf heures du matin ,
arriva à Turin à une heure aprés
midy , ayant fait ſept Poſtes
qui ſont plus de quatorze grandes
lieües , & des plus rudes. Il
en repartit le Mercredy 17. environ
à la mesme heure , & fe.
rendit à cing heure à Lanebourg,
où madame la Duchefſe Royale
vint coucher. Le lendemain
elle paffa le Mont Seny , & arriva
à Suſe le ſoir , Son Alteſſe
Royale ayant toûjours fait marcher
ſa Chaiſe à côté de celle
de cette Princeffe en traverſant
la Montagne. Monfieur le
Prince de Carignan la reçût à
Suſe , où il avoit envoyé toute
fa Maiſon avant luy , pour luy
,
18 MERCURE
préparer un Regale. Vous jugez
bien qu'il fut magnifique. Dom
Gabriel , Prince naturel de Savoye
, vint luy faire Compliment
au meſme lieu , & luy apporta
un riche Préſent de la part
de Madame Royale. C'eſtoit le
Portrait de Monfieur le Duc de
Savoye , enrichy de Diamans
d'un fort grand prix. Elle paſſa
tout le Vendredy à Sufe , & ſe
rendit le Samedy 20. à Rivoli ,
qui eſt une des plus belles maiſons
de S. A. R. à ſept milles de
Turin . Madame Royale s'y eſtoit
renduë auſſi le meſme jour pour
l'y recevoir , accompagnée de
Madame la Princeſſe Loüife de
Savoye , & des Perſonnes les plus
qualifiées de la Cour , del'un &
del'autre Sexe. On y avoit préparé
une Collation exquiſe , où
tout ce qu'on peut s'imaginer
GALANT.
19
de propre & de magnifique , fur
ſervy en abondance. Elles partirent
toutes enſemble , & arriverent
à Turin ſur les dix heures
du ſoir , au bruit de plus de
trois cens coups de Canon. La
jeune Princeſſe eſtoit dans le
Carroſſe de Madame Royale,On
avoit illuminé toutes les Feneſtres
de tous les Etages des
Maiſons , qui depuis la Porte
neuve par laquelle elle paſſa ,
juſques au Chaſteau de S. A. R.
ſemblent eſtre des Palais , tant
la ſtructure eſt égale en toutes.
Lors qu'on fait voir le S. Suaire
au Peuple , on l'apporte au milieu
d'une Galerie découverte ,
qui diviſe en deux la grande
Place du Chaſteau , qui est fort
longue . Ce lieu , qui eſt un eſpace
en rond , qu'on couvre de
bois&de groſſes toiles , eſt for20
MERCURE
mé d'une Tribune , dont les Piliers
eſtoient chargez de petites
Lampesen Branchages , qui paroiffoient
compoſer un petit
Bois , ou quelque Berceau brillant.
Cette eſpèce de Berceau
finiſſoit le point de veüe , & fermoit
la perſpective depuis la
Porte de la Ville , qui conduit
droit au Chaſteau par deux longues
Ruës droites , que coupe
une tres belle & tres grande Place
, nommée la Place S. Charles
. Les magnifiques Palais qui
la compoſent , tous d'une fabrique
égale avec leurs Arcades , la
font reſſembler à la Place Royalede
Paris . Tout cela eſtoit remply
de Lumieres. La Façade des
Peres Theatins eſtoit garnie
d'une infinité de petites Lampes
brillantes depuis le haut du Dôme
de leur Eglife , juſques au
GALANT. 21
bas de la Place . Cette Egliſe eſt
fituée en face du Château . On
liſoit en tres groffes Lettres formées
de ces Lampes , Fert , Fert ,
Fert , au milieu de trois grands
Lacqs d'amour , & au- deſſous
en ſemblables caracteres , Anna
gratiam , victor Amedeus gloriam,
uterque Regno felicitatem. On
voyoit plus bas quatre grandes
Deviſes Latines illuminées , au
milieu deſquelles eſtoient les Armes
my parties de Leurs Altefſes
Royales . Plus de deux mille
gros Flambeaux de cire blanche
faifoient briller la Maiſon de
Ville. Dans la Montagne voiſine
, la Vigne de Madame la Princeſſe
de Savoye ( c'eſt une ſuperbe
maiſon de plaiſance en
veüe du Chaſteau de S. A. R.
qur temble attachée à la Ville )
eſtoit chargée d'une telle quan
22 MERCURE
tité de ces Lampes brillantes ,
& en tel ordre , qu'on l'auroit
priſe pour un Palais enchanté.
On en diftinguoit toute la ſtructure
, & les lets d'eau qui y ſont
entres-grand nombre , en groffifſſoient
leur éclat. Ce palaisest
au milieu d'un tres- ſpatieux Iardin
tout en Terraſſes , dont les
Eſcaliers brilloient des meſmes
Lumieres. Une grande Grote ſituée
au plus haut de ce Jardin ,
paroiſſoit eſtre le Dôme de ce
palais éclatant tant elle estoit
garnie de ces feux . Celuy de l'Egliſe
des Capucins , qui eſt ſur
cette Montagne, jettoit une clarté
ſurprenante. Si l'on donnoit
tant de marques extérieures de
joye , il y en avoit encore plus
dans les coeurs. Chacun admiroit
la jeune princeſſe , & luy
trouvoit une ſi noble phyſiono-
,
GALANT.
23
mie , qu'il n'y eut perſonne qui
n'en demeuraſt charmé. Elle fut
conduite en ſon Appartement ,
où l'attendoientles plus confiderables
Dames de la Ville , à qui
elle donna ſes mains à baifer , &
qu'elle voulut enſuite embraſſer
toutes .Elle le fit d'un air fi aifé&
fi engageant , qu'on auroit dit
qu'elle euſt toûjours eſté avec elles.
Le Dimanche 21.le Nonce
du pape la complimenta ſur ſon
arrivée,auſſi - bien que le Sénat,la
Chambre des Comptes , & les
autres Corps de Ville. Monfieur
le marquis de Chieſa , premier
préſident de la Chambre des
Comptes , luy fit un tres-beau
Diſcours. Elle va tous les jours
à la promenade , dans le Carroſſe
de Madame Royale , & fe
rend le ſoir au Valentin , où ſe
fait le Cours dans ſes longues
24
MERCURE
Avenuës couvertes d'arbres tres
hauts. Les Carroſſes de parade
ſuivoient vuides les premiers
jours. Le premier , auquel il ne
manque rien pour une entiere
magnificence , eſt tiré par huic
Chevaux noirs des plus fiers ,
chargez de Houſſes de Velours
rouge en Broderie , avec .
de hautes Aigretes. Le poſtillon
& le Cocher ſont auſſi veſtus de
Velours rouge , couvert de Galons
d'or & d'argent , & les pages
ont une riche Livrée de Veleurs
rouge toute en Broderie
d'or , avec de tres- beaux Bouquets
de plumes. La Feſte du
S. Suaire , qui avoit eſté remiſe,
futcelebrée le Dimanche 28.de
May . Neuf Archeveſques &
Evêques de l'Etat de S. A. R. y
affifterent , madame Royale en
fuite , & le firent voir au peuple,
ayang
GALANT. 25
ayant à leur droite Madame la
Ducheſſe Royale , Madame la
princeſſe Loüife , & Monfieur le
Duc de Savoye , veſtu en habit
de Chevalier de S. Maurice. Ces
quatre Alteſſes tenoient chacun
un Flambeau de cire blanche ,&
leurs Aumôniers eſtoient de l'antre
coſté , à la gauche des prélats.
le vous ay déja marqué que
cette Feſte ſe fait dans une eſpéce
de Tribune au milieu de la
grande place du Chaſteau. Les
deux Courts eſtoient remplies
= d'une infinité de monde , outre
toutes les Feneſtres , les Balcons
, & meſme les toits. Le
Mercredy 31. la Cour alla à la
belle maiſon de plaiſance de la
Venerie , à trois milles de Tu
rin. Je ne ſçaurois finir cetArticle
, ſans vous faire part d'une
Ballade que Monfieur de Benfe-
Juin 1684. B
26 MERCURE
rade a faite ſur cet heureux Ma
riage. Vous ſçavez quelle eſt la
beauté de ſon Génie , & qu'il
n'appartient qu'à luy de traitter
les grands ſujets noblement , en
y meſlant le ſtile enjoüé.
Sur le Mariage deMademoifelle
avec Monfieur le
Duc de Savoye.
BALLADE.
D
1
UC qui tenez un rangparmy
les Roys ,
Etfurla Chypre avezdefi beaux
droits , ;
Tendre Pucelle est pour vous Don
Celeste ,
Reyne de Chypre , ainsi comme autrefois
GALANT. 27
L'estoit Vénus , horſmis quepas modeste
,
En a le charme , & n'en a plus le
refte.
Bien la devez recevoir àgenoux.
Elle vous duitstel Coq, telle Poulete;
Fleurde quinze ans un peu maigre
entre nous ,
Mais elle aura bien- toft gorge replete.
Quede tréſors ! Vous les acquerez
tous.
Pourriez- vous faire une meilleue
re emplete ?
Nopce , à vous dire icy ce que j'en
crois ,
Aux uns est joye, aux autres peine
Croix.
Quantà vousdeux, c'eſt profit ma
nifeste
L'objet est pur, dont vous avezfait
choix;
B 2
28 MERCURE
Quoy qu'en douceur nulle ne luy conteste
,
Oncques n'ayezcrainte qui vous molefte.
Amans Agneaux deviennent Maris
Loups ,
En ce marché quisefait aveuglete,
Point neferez ny chagrin ny jaloux;
Vous joüirez de fortune complete ;
L'Etoffe paſſe & Satin & Velours.
Pourriez- vous faire une meilleure
emplete ?
Déja s'entend à réglerſes emplois ,
Chante , s'occupe au travaildefes
doigts
NeSçait que c'est de Galant qui protestes
Ignore Amours, n'a pour leurs dou
ces Loix
Veine qui tende enſa mine , enſon
geste
Coqueterie est pour elle une peste.
GALAN T. 29
Sans affecter d'ennuis & de dégousts,
Ores fe joue avec ſa Cadete ,
ores s'amuse à desimples Bijoux ,
Et tant qu'on veut ellese tient feulete
Là n'est beſoin de grille & dever-
こroux.
Pourriez- vous faire une meilleu-
: re emplete ?
nch EN VOY
Quand vous verrez fleurir la Violete
Le joly temps , qu'il vous semblera
* doux!
Aymezvous bien tous deux , jeunes
Epoux ,
N'ayez tous deux qu'une mesme
Toilete ,
Et ce ſera belle épargne pour vous.
Pourriez- vous faire une meilleure
cmplete ?
B3
30 MERCURE
Vous voulez bien que de la
Cour de Savoye je paſſe à celle
de Pologne. Ce que j'ay à vous
en dire , eſt fort curieux. Vous
ſçavez , Madame , que Monfieur
le Duc de S. Aignan a l'honneur
d'eſtre Parent de la Reyne
de Pologne , & que par fon mérite
il eſt fort conſideré en cette
Cour-là. C'eſt cette raiſon plus
que la premiere, quí a donné
lieu à ce qui fuit. Monfieur de
S. Loüis , Capitaine de Dragons
dans l'Armée du Roy de pologne,
dépéché par ce Monarque,
& amené par Madame la Marquiſe
de Béthune , apporta le 26.
du dernier mois à Monfieur le
Duc de S. Aignan , l'un des plus
beaux Sabres qu'on ait jamais
vûs , de la part de Sa Majeſté
polonoiſe , que cette marquiſe ,
Soeur de la Reyne de Pologne ,
GALANT.
31
avoulut elle-meſme luy mettre au
coſté. C'eſtoit le Sabre du Grand
Vizir Cara Mustapha , qui a fait
le Siege de Vienne. Il a la Poignée
d'Ambre blanc , damaſquinée
d'un or entaillé dans la pierre
. La Garde & le bout , auffibien
que les Boucles du Fourreau
& celles de la Ceinture,ſont
d'or , & la Lame d'acier de Damas
, eſt remplie de caracteres
d'or Arabes , dont on n'a pas
encore l'explication.Cette Ceinture
eſt d'un double Tiſſu d'or ,
d'argent & foye cramoiſie ; il ne
ſe peut rien voir de mieux travaillé
, ny de ſi riche. Les Lettres
de la main du Roy de Pologne
, & de celle de la Reyne ,
fonttelles . Elles ont toutes deux
pour ſubſcription , A mon Cousin
Monfieur le Duc de S.Aignan.
B 4
32 MERCURE
LETTRE DU ROY DE
Pologne à Monfieur le
Duc de S. Aignan.
> Yant conçu mon Cousin , de
longue-main beaucoup d'esti
me pour vostre Personne , & ayant
appris par Monsieurle Marquis
d'Arquien , mon Beaupere, lesſentimens
que vous avez pour moy , &
que vous defiriezavoir un Sabre de
ma main , j'ay crû ne vous en pouvoir
envoyer un qui fust plus à vôtre
gré, que celuy que j'ay pris au
Grand Visir , àsa défaite à Vienne
, & duquel je me suis fervis
dans les occaſions suivantes. Je
voudrois pouvoir moy mesme vous
le mettreau coſté , pour vous marquer
par là comme je feray en
toute occafion , combien , mon Cou
GALAN T. 33
finje veux estreàvous. Faitàfa
varou ce 8 May 1684.
6
JEAN.
Lettre de la Reine de Pologne
à cemeſme Duc.
L n'est pas juste que le Roy mon
د
mon
Cousin , l'estime qu'il a pour voſtre
Personne, Sans que de ma part je
vous affure de celle que ie conferve
auſſi pour la voſtre ; & vous
prie de croire , mon Cousin , que
lors qu'ilse préſentera occaſion de
vous en donner des preuves , vous
connoiſtrez que ieſuis àvous ,
MARIE CASIMIRE.R.
De lavarou ce 9. May 1684.
Dans une Lettre que Monfieur
le Marquis d'Arquien , Pere de
la Reyne , écrivoit en meſme
BS
34
MERCURE
temps à Monfieur le Duc de
S. Aignan , il y avoit ces parti
cularitez. Que le Roy de Pologne
avoit eu deſſein de luy faire faire
encore un plus beau Sabre ; mais
que depuis il avoit crû que celuy
qu'il avoit pris au Grand Vizir
devant Vienne , &ofté de son costé
pour luy en faire préfent , aprés
s'en estre fervy en plusieurs occafions
qui avoient ſuivy , seroitplus
àson goust , & que Sa Maiesté
s'eftoit Elle- mefme donné la peine
d'en accommoder la Ceinture
comme elle devoit estre pour luy .
Que luy de sa part ( j'entens
Monfieur le Marquis d'Arquien )
envoyoit à ce Duc un Sancharka ,
on Mousqueton à la Turque , que
le Grand Vizir se faisoit porter
pour s'en servir dans les occaſions
dont le Canon estoit de Damas.
Il ajoûtoit à cela mille marques
GALANT.
35
de tendreſſe & de bonté , & des
ſouhaits ardens pour l'union parfaite
du Roy ſon maiſtre avec
celuy de Pologne , l'aſſurant qu'il
donneroit volontiers ſon fang
pour la parfaite intelligence de
ces deux grands Roys.
Je vous ay parlé dans pluſieurs
Lettres de ce qui a donné
lien au Pere Vignier de l'Oratoire
, de croire que la Pucelle
d'Orleans avoit eſté mariée. Apparemment
vous n'avez pas oublié
les preuves ſur leſquelles il
a étably ſon opinion. C'eſt ce
qui m'oblige à vous faire part
des Vers que vous allez lire. Ils
regardent cette fameuſe Héroïne
, à qui la France eſt fi redevable.
B 6
36
MERCURE
LETTRE
DE ME LE CH. DEN
A la Belle Champenoiſe Mademoiſelle
de Maucler.
LA Tradition du Païs
M'adepuis quelquesjours appris
Que lefageMauclerc, Seigneurde
la Chauffée,
Vostre Trifayeul paternel,
Dansfon Ecu, du costé maternel,.
Portoit deux . Fleurs de Lys, acostant
une Epée ,
Dont lapointe eftoit couronnée21
Le tout d'or,dans un chap d'azur
Et ce bruit public eftfifür ,
Qu'on m'afait voir,dans deux Ca
chets d'agate
GALANT.
37
D'unegravûre ancienne& délicate,
Sous un mesmeTimbre& Cimier ,
Ces Armes,auSecond Quartiers
Et dans le troiſiéme ,
Avecque vostre Fafce, le reste,an
premier ,
Et dans le quatriéme ;
Et de chaque coſté, pour Support, un
Lévrier.
Sur cela je maintiens , aimableDemoiselle
,
Quevous fortez de Jeanne la
Pucelle ,
Ou de quelqu'un de fa Maiſons
Voila ſes Armes, fon Blazon ,
Et les porter, c'est de vostre defcente
Une marque évidente.
LesHistoriens racontans
Ledétailde cette Famille,
Donnentàcette illustre Fille
Trois Freres, braves &galans,
こ
38
MERCURE
Jacquemin, lean,& Pierre,enmoblis
avec elle,
En récompense&mémoire eternelle
Defes Faits triomphans.
Ils curent Jacques Darc pour Peres
Iſabeau Gautier fut leur Mere ;
Et ces trois Fils laifferent des Enfans
En légitime mariage;
Et la Pucelle eut lemême avantage.
2
:
Vous me direz, mon Cavalier ,
Cela s'accorde malavec le Pucelage,
Le pouvez vous nier ?
Entendons- nous. Pucelle estoit un
nom de guerre
Qu'elleprit &garda , comme l'Habit
guerrier ,
Tant qu'elle combatit les Forces
d'Angleterre ;
Mais quand elle eust produit par
fon heureux employ.
LeSalut d'Orleas,&le SacreduRoy,
GALANT.
39
:
Sa Miſſion eſtant pour lors remplie,
Elle quita ce nom cet habit,cettevie
Revint versſon Païs, épousadans
Arlon
Un Seigneur amoureux de fon fameux
renom ,
Et par luy, de Pucelle ,&desimple
Bergere ,
Ellefutfaite Dame& Mere .
秀
Vous direz là-deſſus , donc comme
les Hébreux
De la Fournaiſe ardente ,
Elle échapafans malde ce brazier
affreux ,
Où le cruel Anglois la mit toute
vivante ,
ARoven, en plein jour, auxyeux de
mille Gens ?
Ille faut avoner,la chefeeſtſurpre
nante
Mais il arrive encor des coups plus
étonnans.
40
MERCURE
Le Ciel protege l'innoncence.
Ses spectateurs trabis , dans leur
injuste espoir ,
Ne virent rien de ce qu'ils crûrent
voir ;
Et Mercure Galant a mis en évidence,
Et les raiſons, & lafaçon ,
Qui cauferentfa délivrance
Dela mort, & de la prison .
Vous pouvez vous donner le plaifir
de le lire.
Vousm'allezfans doute encore dire,
Dés quatorzeans cette jeune Beauté
Par inspiration divine ,
Avoit fait væn de chasteté
Entre les mains de Sainte Catherine.
Il est vray ; mais les voeux portent
leur nullité,
Dans l'âge où l'on n'a pas la pleine
connoiffance. EX
GALANT.
41
Ilfaut seize ans pour avoir la
puiſſance
D'en faire avec validité ,
L'usage des Convents donne cette
Science;
Et puis ce voeu pouvoit n'eſtre que
pour un temps ,
Jusqu'à vingt , ou jusqu'à trente
ans;
Car fur l'âge, où cette Bellone
Endoſſa la Cuiraſſe, &Soûtint nostre
Trône ,
LesAutheursfont fort diférens.
T
Le principal,apres tant de myſteres ,
Eſt de juger, si vousfortez
Et de vaines fubtilitez,
Ou d'elle ou seulement de quelqu'un
defes Freres.
Pour moy, je crois en verité
Que vous détendez delle- même ,
Vous avez une amour extrême
Pour noftre Nation , & poursa Majesté
MERCURE
* inde ſoûmiſſion pour la Grandeur
Suprême ;
De la candeur, de la bontè ,
De l'honneur , de la probité,
it vertus, &fur tout, du Zele&
du courage ,
1 tout pouſſer , à tout mettre en
usage ,
urſervir vos Amis dans leur adverſité.
font là les talens de la noble
Pucelle ,
Ils marquent voſtre extraction ;
Lareſſemblance en cette occafion
Est une preuve naturelle ,
Onn'enpeutfournir de plus belle
Tréve donc, aimable Mauclerc,
manquement de foy fur un ſujet
fi clair.
Je Serois prest d'entrer en lice
Contre le premier Champion ,
Qui par envie, ou par malice ,
Combattoit cette opinion .
GALANT .
43
Y
لا
Sans l'effroyable feu ,qui brûlant une
Ville ,
Ne laiſſa presque rien
Avostre Trifayeul, que sa Femme ,
& fon Chien ,
Il vous feroit facile
Deprouverpar de bons Contracts,
L'honneur quej'attribuë àvos nobles
appas,
Maisparchemins,papiers,or,argent.
pierreries ,
Dans ce malheurpublic , furent en
Sevelies ;
Et le deſaſtre de Vitry
Devint, belas, le vostre auffy.
La Tradition reste , & l'on y doit
Souscrire,
:
Lors qu'elle est confirmée avecfincérité
Par des raifons d'auſſi grande
équité
Que celles que je viens de dire
44
MERCURE
F
Et je ne doute point que Fournier ,
de Chemin ,
Du Lis, Blanchart, le Fevre ,
cent autres enfin
Honorez du doux avantage
D'avoir pour leurs Ayeuls , Jean ,
Pierre , ou Jacquemin,
Ne portaſſent bien témoignage ,
S'il estoit de neceſſité,
Que vous estes Parens , de ce noble
costé.
Mais comone Amour , nostre grand
Maistre ,
Se remarque d'abord , àſa Fleche , à
Son Arc ,
Pour vous faire connoistre
Fille de Jeanne Darc ,
Vous n'avez qu'àparoistre
Vostre taille, voſtre air , voſtre port,
tousvostraits , i
Font dire , la voila cette illuftre
:
Iannette ,
GALANT.
45
1-
Humble , avec mille attraits ;
Avec mille coeurs point Coquette ;
Sage dans le conſeil , brave dans l'a-
Etion,
Le bonheurde nostre Province ,
L'honneurde nostre Nation ,
2. Digne d'avoir pourson Epoux un
Prince.
L'on difoit cela d'elle ,&l'on le dit
de vous.
Elle reçeut pourtant Armoiſes pour
Ероих.
Voulez- vous achever unsibeauparallele?
De grace, aimable Demoiselle ,
Recevezmoy de la mêmefaçons
JeSuis constant ,je suis fidelle,
Et vous verrez que je suis bon
Garçon.
J'eſtois bien perfuadez que
vous eſtimeriez autant que vous
46 MERCURE
1
faites , les Conſeils de la Reyne
de Portugal à la Princeſſe ſa Fille,
que je vous ay envoyez dans ma
Lettre du mois de May. Comme
ils paroiſſent partir d'une ame
toute penétrée de l'Eſprit de
Dieu , vous ne ſerez pas fâchée
que je vous apprenne quelques
circonstances de la mortde cette
Reyne . arrivée le 27. Decembre
dernier , apres huit mois
de maladie , àune demy-licüede
Lisbonne , dans une maiſon de
Campagne , où elle eſtoit allée
le mois de luillet pour y prendre
l'air. Cette longue maladie commença
par des maux d'eſtomac ,
ſuivis de vapeurs , d'inſomniess
&de degoufts , qui la firenttomberdans
une maigreur extréme.
LesMedecins ont raiſonné inutilement
ſur ſa veritable cauſe.
Quoy qu'ils foient tous conveGALANT.
4
nus que le mal venoit de loin
: ç'a eſté pour eux un mal incor
nu , & contre lequel les reme
des ordinaires ont preſque toû
: jours eſté ſans effet. L'hydropi
ſie de vents ſurvintaprés la mai
greur , & fut accompagnée da
tant d'autres maux particuliers ..
qu'il falut une patience égale à
la ſienne , & autant de courage
qu'elle en eut , pour les ſupporter
comme elle fit ſans jamaisſe
plaindre , & fans s'étonner des
ſuites qu'elle prévoyoit aſſez .
Dés les premiers jours qu'elle
commença d'eſtre attaquée , &
bien plus encore depuis , quoy
que ſon mal qui diminuoit de
temps en temps , donnaſt beaucoup
d'eſpérance de guériſon,
elle a toûjours dit qu'il ne finiroit
qu'avec ſa vie ; non pas par
l'appréhenſion de la mort , qu'el48
MERCURE
1
4
le a regardée juſqu'à ſon dernier
ſoûpir , avec une confiance
en la bonté & en la mifericorde
Divine , qui la mettoit au -deſſus
de toutes les craintes , mais parce
qu'elle ſentoit que Dieu depuis
quelque temps l'avoit attirée
à luy d'une maniere ſi particuliere
, & l'avoittellement détachée
de toutes les choſes aufquelles
elle estoit le plus ſenſible
, qu'elle ne reconnoiſſoit pas
ſon coeur , tant il luy avoit plû
de le changer , pour s'en rendre
uniquement le Maître. Elle cut
pluſieurs autres preſſentimens
de ſa mort , qui firent que longtemps
auparavant elle s'y diſpoſa
avec toutes les préparations
qu'elle pût y apporter , même
dans un temps où elle avoit bien
plus à eſperer qu'à craindre pour
le rétabliſſement de ſa ſantés
afin
GALAN T. 49
- afin , diſoit- elle , que ce nefort
point la crainte qui m'oblige àfaire
la volontéde Dieu , en cas qu'il
m'appelle à luy , mais purement
Son amour ; & afin auſſi qu'en ce
temps là je n'aye point de peine
ny d'embaras dans un état où l'abatement
, la foibleſſe & la douleur
font qu'on fçait peu ce que l'on fait,
ou qu'on ne le fait qu'imparfaitement.
Alors , ajoûta- t-elle , tout
ce que nous aurons àfaire , fi cela
arrive , fera de renouveler ce que
nous faiſons préſentement, & d'attendre
ſans inquiétude ce que Dicu
voudra ordonner de nous. Dans
cette penſée, quoy qu'elle paruſt
ſe mieux porter , & qu'on fongeaſt
meſme à la faire revenir à
Lifbonne parce qu'elle avoit
la force d'aller tous les jours à
la promenade , & qu'elle faifoit
chaque choſe à l'ordinaire , ne
Juin 1684.
د
C
50
MERCURE
,
د
prenant plus que quelques pe
tits remédes qu'on luy donnoit
pour la rétablir , elle fit une
Confeſſion generale de toute ſa
vie au mois de Septembre , avec
une entiere exactitude , pour
ſuppléer à deux autres qu'elle
avoit faites depuis un an & demy.
Enſuite elle communia
comme ſi elle euſt dû mourir ce
meſme jour & voulut faire
tous les actes de Foy , d'Eſpérance
& deCharité , & toutes
les proteſtations qu'on a coûtume
de faire dans les derniers
momens de la vie remettant
fon ame entre les mains de Dieu
avec une parfaite reſignation.
Elle fut ſi ſatisfaite de s'eſtre
ainſi préparée , que proteſtant
qu'elle estoit preſte à mourir ,
elle diſoit que Dieu luy feroit
une grande grace , s'il vouloit
,
7
GALANT.
ST
1
la prendre en l'état où elle eſtoit.
Son mal , dans lequel elle re-
#tomba peu de temps aprés , luy
ayant caufé d'autres accidens
t qui ofterent l'eſperance qu'on
avoit , elle continua dans ſa fermeté
, & dans la meſme difpofition
, ſans rien craindre de ce
qui pouvoit arriver. Tous les
- jours , en ſe promenant dans les
Jardins , fon plus grand plaifir
eſtoit de s'entretenir de la mort,
& de la felicité des Saints ; &
afin de n'avoir à penſer qu'à
Es Dieu quand ſon dernier jour arriveroit
, elle s'informa de l'état
de fa Maiſon , & fit payer tout
ce qui ſe trouva dû , qui eſtoit
tres- peu de choſe , tant elle avoit
foin que tout y fuſt bien reglé ,
prenant garde tous les ans qu'on
it ne deuſt rien à perſonne. Elle
i parla dés ce temps làde faire ſon
C 2
52
MERCURE
Teſtament , & en ayant demandé
permiſſion au Roy , elle le fit
avec toutes les formalitez necefſaires
. Elle ordonna que ſon
Corps ſeroit enterré aux Capucins
qu'elle a fait venir de France
, & dont elle a baſty le Convent
; qu'on diroit vingt mille
Meſſes pour le repos de ſon ame;
qu'ondonneroit à toutes les Maiſons
Religieuſes , qu'on appelle
Mandiantes , aux Hôpitaux, aux
Priſonniers , aux Enfanstrouvez,
à vingt Pauvres Filles pour les
marier , aux Miſſions de la Chine
, du Japon , & à celles qui ſe
font dans le Royaume , aux Pauvres
honteux ; ajoûtant à tout
cela une ſomme confiderable
pour racheter des Captifs. Six
ſemaines avant ſa mort , on luy
apporta le Viatique , qu'elle reçût
avec un reſpect & une de
GALANT. 53
votion toute édifiante. Elle ſe
trouva mieux depuis ; mais quelque
eſpérance qu'il y euſt de
temps en temps du retour de ſa
ſanté , elle ſe prépara toûjours à
mourir , & pour cela , elle ne
pafſſoit aucun jour ſans ſe faire
lire quelque choſe de ce qu'a fait
le Pere Noüet , & elle diſoit en
l'entendant , que l'on avoit envie
de mourir , quand on regardoit la
mort comme les Saints l'ont enviſagée
, c'eſt à dire , comme un paffage
à une vie bien- heureuſe.
Elle eut beaucoup à ſouffrir
pendant tout le cours de ſa maladie
, mais fur tout pendant les
dernieres ſix ſemaines qu'elle demeura
toûjours au Lit , fans ſe
pouvoir remuer d'aucun coſté.
Ce fut avec des douleurs inconcevables
, caufées par des vents
qui l'enfloient par tout le corps.
C3
14 MERCURE
Jamais cependant elle ne laiſſa
échaper aucune plainte. On admiroit
ſon courage , & les Médecins
eux meſmes qui connoiffoient
ce qu'elle ſouffroit , en
eſtoient furpris . S'il luy ſurvenoit
quelque accident ou quelque
douleur extraordinaire , elle
diſoit toûjours que ce n'eſtoit
rien , & prenoit enſuite tous les
remedes qu'on luy préſentoit ,
quelques rudes ou amers qu'ils
püſſent eſtre. Elle communia
pluſieurs fois depuis qu'on luy
eut donné le Viatique , & elle
montroit une joye extréme ,
quand ſelon les Régles de l'Egliſe
on pouvoit luy renouveller
laCommunion, ce que ſonConfeffeur
fit auſſi ſouvent qu'il le
pût. Ces jours de Devotion
particuliere , eſtoient pour elle
des jours de ſoulagement , qui
GALANT.
55
a
d
02
ne venoit que de la conſolation
intérieure que ſa ferveur luy
faiſoit fentir . Elle communia
encore en Viatique le jour de
Noël , & dit qu'elle croyoit l'avoir
fait pour la derniere fois. Le
Lundy 27. Decembre , elle demanda
l'Extréme - Onction à la
premiere ouverture qui luy en
fut faite , & ſouhaita d'entendre
la Meſſe auparavant. Le Roy &
l'Infante y aſſiſtérent. Enſuite
elle pria' qu'on luy diſt tout ce
qu'elle avoit à faire pour receyoir
ce dernier Sacrement. On
luy en expliqua les Onctions ,
&on luy marqua ce qu'il falloit
qu'elle fiſt interieurement & exterieurement
, à quoy elle ne
manqua point , s'acquitant de
tout avec une préſence d'eſprit
&unedevotion admirable. Elle
fit encore une reveuë, ou manie-
C4
56
MERCURE
د
re de Confeffion genérale , avec
des ſentimens de regret de ſes
pechez , d'amour de Dieu , &
de réfignation , les plus fervens
que l'on puiſſe avoir en cet état.
Elle renouvela alors à ſon Confeſſeur
ce qu'elle luy avoit dit
pluſieurs fois dans ſa maladie
qu'il l'avertiſt de ce qu'elle devoit
faire , ou ne pas faire , parce
qu'elle ne vouloit rien ômettre,
& qu'elle ſe déchargeoit ſur luy ,
fi ellemanquoit en quelque choſe.
Apres l'Extréme- Onction
elle entra dans une eſpece de
fommeil doux , où ſa poitrine
commença à ſe remplir. UnMédecin
eſtant venu luy tâter le
poulx , elle entendit qu'il répondoit
pire , à ceux qui luy demandoient
ce qu'il en trouvoit ,
Pire, repartit- elle , il est meilleur,
voulant marquer par ces mots ,
GALANT. 57
qu'elle approchoit du bonheur
où elle aſpiroit depuis fi longtemps.
Enſuite elle s'attacha aux
dernieres preparations , tenant
d'une main le Crucifix qu'elle
embraſſoit tendrement , & un
Cierge bény de l'autre. Elle faiſoit
en François ou en Portugais ,
tous les actes qui luy eſtoient
ſuggérez , ſelon la Langue dans
laquelle on luy parloit. Elle demanda
encore l'Abſolution un
demy quart d'heure avant qu'elle
poufſfaſt le dernier foûpir ; &
'quelqu'un luy ayant dit quelque
choſe pour la préparer à paroître
devant Dieu , elle répondit
deux fois en Portugais , qu'elle
ne craignoit point de mourir.
Elle dit auffi à ſon Confeffeur ,
qu'elle avoit toûjours entendu
dire , que dans l'heure de la mort,
on avoit des peines & de rudes ten-
CS
د
38
MERCURE
tations , & que le Demon employoit
tous ses efforts pour troubler les
ames ; qu'elle ne fentoit rien de
tout cela , ở n'avoit aucun ſcrupule,
mais qu'elle feroit bien aiſe
de sçavoir ce qu'ilfaudroit qu'elle
fist , fi quelque tentation la furprenoit.
Elle s'arreſta à ce qu'on
luy dit , & mourut tranquillement
, & fans s'agiter , parce
que la confiance qu'elle avoit
en Dien , & fa refignation à fon
amour , la mettoient en afſfurance
contre toutes choſes. Son
Corps fut enfevely apres ſa mort
dans un Habit de S. François du
Tiers Ordre dont elle estoit ; &
ſon viſage malgré la longueur
de fa maladie , conſerva un air
de douceur & d'agrément , qui
attendrit tous ceux qui la virent.
Les Ceremonies de l'Enterrement
ſe firent la nuit du Mary
GALANT. 59
د
dy 28. du meſme mois de Des
cembre. Si- toſt qu'on eut enlevé
le Corps , le Roy & l'Infante
monterent enſemble en Carroffe
, & s'en retournerent à Lifbonne
, où le Roy s'enferma
d'abord dans ſon Quartier. Il y
paſſa huit jours dans ſa Cham--
bre avec un Flambeau allumé
ſans y avoir d'autre jour , &
ſans parler à perſonne. Il y demeura
encore trente jours aprés
cela , & n'y parla qu'aux Mini-
- ſtres pour les Affaires preſſées
de l'Etat. L'Infante occupa l'Apartement
de la Reyne , &y fut
ſervie par le meſme nombre
d'Officiers que cette Princeſſe
avoit , & de la meſme maniere.
Il y eut quelque conteſtation
entre ces Officiers , & ceux qui
avoient cité nommez depuis un
an & demy pour ſervir l'Infante .
C6
60 MERCURE
On vouloit ſçavoir qui ſeroient
ceux qui demeureroient , & les
choſes furent accommodées de
telle maniere , qu'on les fit fervir
les uns & les autres . Je croy ,
Madame , que vous n'aurez pas
de peine à avoüer , qu'on ne
ſçauroit mieux remplir l'idée d'une
fainte mort , qu'a fait cette
Reyne. Elle ſe l'eſtoit formée
long temps auparavant , lors
qu'elle estoit encore en pleine
ſanté , marquant par écrit tout
ce qu'elle voudroit avoir fait en
ce temps-là. Sa devotion eſtoit
folide , & ne conſiſtoit qu'à la
porter à s'acquiter des devoirs
d'une grande Reyne , & d'une
Reyne veritablement Chrétienne.
Pour en venir à bout fans
obſtacle , elle s'appliqua à deux
choſes les deux dernieres années
de la vie , & y reüffit parfaites
GALANT. 61
t
S
e
,
S
a
ment. La premiere fut de ſe
rendre maiſtreſſe de toutes ſes
paffions , & de tous les mouvemens
de ſon coeur , fur lequel
elle s'acquit tout l'empire qu'on
y peut avoir par la raiſon & par
le bon ſens , qu'elle s'eſtoit fait
une habitude d'écouter en tour.
La ſeconde fut de regler ſon interieur&
ſaconſcience , pour ſe
rendre agreable à Dieu , en s'attachant
uniquement à luy plaire,
& ſe détachant de tout ce qui
la pouvoit détournerde luy. Ces
deux choſes établirent ſon eſprit
dans une égalité , dans une liberté
,&dans une paix intérieure
ſi douce & fi grande , qu'elle
craignoit quelquefois qu'elle ne
ſerviſt Dieu par intereſt , & par
la fatisfaction qu'elle en recevoit,
fe trouvantpar-là, diſoit- elle , au
deffus d'une infinité de choses qua
62 MERCURE
arrivent dans la vie , & qui ne
Servent qu'à troubler noftre repos .
Cependant la douceur qu'elle
gouſtoit avec Dieu , ne l'empéchoit
point d'agir au dehors
quand il eſtoit néceſſaire , avec
application & fermeté.Elle a laifſe
trois fortes d'Ecrits. Le premier
contient les Conſeils que
vous avez vûs , & qu'elle a drefſez
pour l'Infante. Le ſecondeſt
plein de Poëſies Chrétiennes ,
auſquelles elle s'appliquois de
temps en temps pour ſe divertir,
prenant plaiſir à faire des Vers ,
& y ayant beaucoup de génie.
On y voit les ſentimens d'un
coeur tout remply de l'amour de
Dieu . Le troiſième est compofé
de quantité de petits Ouvrages
qu'elle a faits depuis deux ans ,
dans lesquels elle marquoit chaque
jour tous les ſentimens que
GALANT. 63
Dieu luy donnoit , & la maniere
dont elle les mettoit en pratique
, ajoûtant ce qui ſe paſſoit
en elle de plus intérieur , ſuivant
les occaſions qui ſe préſentoient.
Les heures qu'elle employoit à
ces Papiers, eſtoient les plus douces
heures de ſa vie. Elle craignoit
meſme d'y avoir trop de
plaifir , quoy que perſonne ne
viſt ce qu'elle faiſoit , que ſon
Confeffeur; & quand ſa ſanté ou
fes affaires ne luy avoient pas
permis d'écrire , elle diſoit qu'el
le n'eſtoit pas contente d'ellemefme.
Il me ſouvient que je vous
parlay il y a quelques années des
Ambaſſadeurs que le Roy de
Siam envoyoit en France , & de .
là à Rome , avec des Préfens
pour ſa Majesté , parmy leſquels
eſtoient deux Eléphans blancs.
64
MERCURE
Monfieur des Landes- Bourau ,
Frere de Monfieur Bourau , qui
a eſté ſi long- temps Commiſſaire
Genéral de la Compagnie à
Surate , ſe trouvant luy - même
depuis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compagnie
Orientale de France à Siam ,
traduifit les Lettres que ce Roy
a écrites à Sa Majesté , & au Pape
, & il les a envoyées icy par
un Officier de la Compagnie ,
comme s'il euſt preveu la diſgrace
qu'on craint qui ne ſoit arrivée
à ſon Frere , qui s'embarqua
à Bantam avec les Ambafſadeurs
& les Préſens , ſur le Soleil
d'Orient , dont on n'a point
entendu parler depuis prés de
trois ans que s'eſt fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant
tombées depuis peu entre mes
mains, j'ay crû que vous ne ſeriez
GALANT.
65
1
لا
.
pas fâchée de les voir. Elles ſont
accompagnées de deux autres ,
que le Miniſtre de Siam a écrites
a à la Compagnies . Il y a pour ſubſcription
à celle qui eſt pour le
Roy.
e
f
1
- AU ROY DE FRANCE .
Ettre de la Royale & infigne
Lambaffade du grand Roy du
Royaume de Sery Futthia, qu'il envoye
à vous , ô tres -grand & tres
puiſſant Seigneur des Royaumes de
France & de Navarre , qui avez
des DignitezSuréminentes , dont
l'éclat & la ſplendeur brillent comme
le Soleil , Vous qui gardez une
Loy tres - excellente & parfaite ; &
c'est aussi pour cette raiſon,que com
mé vous gardez & Soûtencz la Loy
66 MERCURE
& la Justice , vous avez remporté
des victoires ſur tous vos Ennemis ,
& que le bruit & la renommée de
vos triomphes s'est répanduë par
toutes les Nations de l'Univers . Or
touchant les Lettres de la Royale
Ambaſſade , & pleine de Majesté ,
que vous , & Tres-grand Roy , nous
avez envoyée par Dom François
Eveſque , juſque dans ce Royaume;
& apres avoir compris le contenu
de vostre illustre & élegante Ambassade
, nostre coeur Royal a esté
remply & comblé d'une tres-grande
joye , & ay en ſoinde chercher les
moyens d'établir une forte &ferme
amitié à l'avenir ; & lors que j'ay
vû le Genéral de Surate , envoyer
Sous vostre bon plaisir un Vaiſſeau
pour prendre noſtre Ambassade &
nos Ambassadeurs , pour lors mon
soeur s'est trouvé dans l'accompliſſe.
went deſesſouhaits &de fes defirs,
GALANT. 67
1
& nous avons envoyé tels & tels ,
pour estre les Porteurs de noſtre Lettre
d'Ambaſſade , & des Préfens
que nous envoyons à Vous , ô Tres
grand Roy , afin qu'entre Nous il
y ait une parfaite intelligence , une
parfaite & une veritable union &
amitié, & que cette amitié puiſſe
estre ferme & inviolable dans le
temps à venir. Que si , ô Tres.
grand Roy , vous defirez quelque
choſe de nostre Royaume , je vous
prie de le faire déclarer à vos Am
baßadeurs.Lors que les mesmes Ambaſſadeurs
auront achevé , je vous
prie de leur donner permiſſion de
s'en revenir , afin que je puiſſe apprendre
les bonnes nouvelles de voς
felicitez , ô Tres-grand & Puiſſant
Roy ,&de nous envoyer des Ambas
Sadeurs & que nos Ambaſſadeurs
puiffent aller &venir ſans manquer
; Vous priant que nostre
amitiéfoit ferme&inviolable pour
68 MERCURE
toûjours ; &je conjure la Toutepuiffance
de Dieu , de vous conſerver en
toutes fortes de prospéritez, &qu'il
les augmente de jour en jour , afin
que vous puissiez gouverner vos
Royaumes de France &de Navarre,
& ie le ſuplie qu'il vous agrandifſe
pardesvictoiresſur tous vos Ennemis,
& qu'il vous accorde une longue
vie , & pleine de prosperite.z
Il y a pour ſubſcription à la
Lettre que ce Roy a écrite au
Pape.
AU
SOUVERAIN PONTIFE.
Ettre de la Royale Ambaſſade
qu'il
envoye au S. Pape , qui est le Premier
& le Pere de tous les chréGALAN
T. 69
tiens,dont ilſoûtient la Religion,pour
luy donner de l'éclat, & la gouverner
afin que tous les Chrétiens y demeurent
fermes , & ſuivent ce que
la Religion & la Justice demandent.
D'autant qu'il a efté de tout temps
uſité , que les grands Roys & Princes
qui excellent en mérites & en
forces , ont foin &defirent ardemment
étendre leurs Royales amitiez
par toutes les Parties du Monde ,
&par les diverſes Nations qui l'habitent
, &fçavoir des choses qui s'y
paſſent. C'est pourquoy quand le
S. Pape nous a icy envoyé en Royale
Ambaſſade Dom François Evesque,
cela nous donna une tres-grande ioye;
& apres avoir vû le contenu de la
Lettre dont il estoit Porteur , remplie
de civilitez , nostre coeur Royal
fut remply d'unė ioye tres grande.
Pour ces raiſons nous avons réſolu
d'envoyer tels & tels , pour porter
1
70 MERCURE
au S. Pape les Letres de nostre Royale
Ambaſſade dont ils font chargez,
à deffein qu'ily ait une Royale
Amitié entre Nous , & un mutuel
amour qui dure iusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs auront
achevé ce dont ils font chargez, ie
vous prie de les laiſſer revenir , afin
qu'ils m'apportent des Nouvelles du
S. Pape , qui mefont tres- cheres ,&
que i'eſtimeray infiniment. Ie prie
auffi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs, &que nos Ambaſſa
deurs puiſſent aller & venir ſans
interruption , afin qu'une si excellente,
ſiprécieuse&fi illustre amitié
puiſſe durer éternellement. Enfin
ie ſouhaite que le S. Pape ioüiffe de
toutes fortes de biens &de felicitez .
dans la Loy des Chrétiens , & qu'il
vive plusieurs années pleines de
merites , ioye ,Sainteté & repos.
GALAN T. 71
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Late
Ettre de Chao Peia Ferry Terà
rama Bacha Chady Amatraia,
Mehittra , Pipittra, Rathana, Rat,
Couffa, Tidody , Apaia , Pery, Bora,
Cromma , Pahoüé , qu'il envoye en
figne d'amitié fincere à Meſſieurs
les Directeurs Generaax de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maistre en
voye ſes Ambassadeurs , afin de por.
terfes Royales Lettres , & Préfens,
àla Haute & Royale Maiesté du
Grand Roy de France , afin que
leurs Alliances fi excellentes &
72 MERCURE
avantageuses puiſſent estre éternel.
les. Or comme les Ambaſſadeurs &
Serviteurs du Roy mon Maistrefont
un chemin fort long,fi lesdits Ambassadeurs
ont besoin de quelque
choſe , ou bien fi le Pere Gayme&
Emmanuel Ficardo vont le deman.
derà la Compagnie , ie prie ladite
Compagnie d'en faire un compte
clair & net , & de l'envoyer icy, afin
que ie fatisfaſſe àtout ce qu'ils ont
reçû de la Compagnie Royale ; de
plus,si la Compagnie Royale defire
quelque chose de ce Royaume , ie la
prie de nous le faire sçavoir avec
toute la clartépoſſible.
1
LETTRE
GALAN T.
73.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à Mr le Directeur
Baron.
Commele General de Surate a
eu la bonté d'envoyer par Me
des Landes , des Lettres & des Pré-
Sens , pour estre préſentez au grand
& puiſſant Roy mon Maistre , me
recommandant de donner mon aſſiſtance
pour les luy présentez , &
qu'il m'a auſſi envoyé une Lettre
& des Préfens que j'ay reçû ; on a
expliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume , & j'ay connu par leur teneur
, & par les discours de Monfieur
des Landes , que Monsieur le
Genéral ayant ſçû que l'on devoit
envoyer des Ambaſſadeurs au Roy
de France , & au S. Pape , en avoit
conçû beaucoup de joye , & qu'il
Juin 1684 . D
74 MERCURE S
avoit préparé un Vaiſſeau afin de
recevoir l'Ambaſſade , auquel il
avoit ordonné de faire conformément
àce qui leurſeroit commandé;
& que si l'on differoit encore d'ens
voyer l'Ambaſſade , il nous prioit
que le Vaisseau fust dépêchéàtemps
pournepas perdre la Mouffon.Comme
il y a tres long- temps qu'ildefi
roit avec paſſion qu'ily eust Alliance
&union ferme entre les deux Cou
ronnes à l'avenir ; & quand Monfieur
le Genéral a envoyé un Vaif-
Seau pour porter les Ambassadeurs ,
c'est ce que son coeur RoyalSouhaitoit
ardemment , à mesme temps il
m'a donnéſes ordres , que j'ay reçûs
fur lesommetde ma teste , sçavoir ,
de preparer des Ambassadeurs pour
porter ſes Lettres & Préfens à la
Royale&Haute Majesté du Roy de
France , afin que cette Royale&
excellente Alliance fust éternelleà
GALANT. 75
lavenir. Ie croy que Monsieur des
Landes ne manquera pas de donner
avis à Monfieur le Genéral , des
Services que je luy ay rendus.
mon LeRoy
fes Préfens .
Ia
Etmov
+
Maistre
solus envoye
ue ma part , un Coffre de
-yon,a couverture voutée , lefond
noir avec des Feüilles d'or ; un Coffrede
Chine , le fond noir , travaillé
avec ambre & or ; deux Arbrifſſeaux
d'ambre ; un Pot d'ambre ; deux
Boulis à Chaa ; huit Chavanes ;
deux Bandeges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Iapon ; ce
que je vous prie de recevoir, pour
l'amitié que vous me portez.le laiſſe
à Monsieur le Genéral à pourvoir
aux moïens qui font neceſſaires pour
qu'entre luy & moy ilpuiſſe y avoir
un parfait amour , & inviolable
amitiépour l'avenir.
D
76
MERCURE
Monfieur Deflandes , en parlant
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France avec
ſes Ambaſſadeurs , a expliqué la
maniere dont les Eléphans ſauvages
peuvent eſtre pris,& voicy
ce qu'il en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , males &
femelles , en envoye quelques
Bandes à quinze ou vingt journées
de la Ville , dans les Bois &
dans les Plaines. Chaque Bande,
qui est compoſée de quarante ou
de cinquante , a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ; &
quand ils ont apperçeu quelque
Eléphant , ils ordonnent aux Femelles
de les aller entourer. Vous
remarquerez que les Eléphans
apprivoiſez entendent la Langue
de leurs Conducteurs. Lors que
l'Eléphant eſt entouré des Femel.
les, les Hommes qui ſont montez
GALANT.
77
fur les Mâles , accoſtent les Femelles
, & font marcher l'Eléphant
pris dans le milieu de la
Bande. Ainſi il ne voit point où
il va. A une journée de la Ville ,
on les fait paſſer par une Attrapoire
, qui eſt toute bordée
d'Arbres , & que l'Eléphant ſauvage
prend pour un Bois. Ils n'y
paſſent qu'un à un ; & quand
l'Elephant ſauvage eſt dans l'Attrapoire
, où il croit paſſer comme
les autres , on laiſſe tomber
de gros Pieux par des coulices
devant & derriere , & il ſe trouve
arreſté comme s'il eſtoit dans
une Cage , ſans qu'il puiſſe ſe
tournerde coſté ny d'autre. Les
Pieux qui compoſent l'Attrapoire
, ſont auſſi gros que des Mats
de Navire , & deux Hommes
auroient peine à les embraſſer.
En ſuite on lie les quatre pieds
}
1
D3
78 MERCURE
"
de l'Elephant avec des Cables ,
afin qu'il ne puiffe fuir , & on
l'amene proche des murailles de
la Ville , où il y a une Maiſon
couverte. Dans le milieu de cette
Maiſon eſt un gros Mats de
cinq à fix braſſes de hauteur ,
avec une Poutre paffée au travers
par le haut du Mats , qui
eſt enfoüy dansterre d'une braſſe
en maniere de Pivot , ou bien
tourné comme le Cabeaa..n. aun
Novire. Onand l'Eléphant pris
eſt arrivé à cette Maiſon , on le
ſuſpend à ce Cabeſtan par deſfſous
le corps avec des Cables ,
en forte que ſes pieds poſent à
terre. Eſtant ainſi attaché , il ne
peut tourner qu'avec le Cabeſtan
, & on le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois
jours , gardé par deux Mafles &
par deux Femelles, ſans luy don
GALANT.
79
ner à manger. Apres cela , on
l'oſte du Cabeſtan , & on le lie
par le corps avec un autre Eléphant
privé. Ils demeurentainſi
attachez enſemble , juſqu'à ce
que le Sauvage ſoit apprivoiſé ,
& alors on luy donne un Cornacque
, ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez dans
le Païs ; auſſi le Roy de Siam en
a quantité de domeſtiques. On
appelle ceux qu'il monte , Eléphans
de l'Etat . On les loge dans
de beaux Lieux , qui ſont comme
des Maiſons de Princes , toutespeintes
de feüillages ; & comme
ces Animaux aiment fort la
propreté , on ne ſe ſert que de
Vaiſſelle d'argent pour leur donner
à manger. Iamais ils ne fortent
pour aller à la Riviere ou
à la Campagne , qu'on ne porte
des Paraſols devant chacun
D 4
80 MERCURE
d'eux. Ils ſont precedez de Tambours
& de Maſetes , & ont un
Harnois d'argent , & garny de
cuivre . Deux Hommes montent
deſſus , l'un ſur le col , l'autre
ſur la croupe ; & dans le milieu
, il y a une Selle d'écarlate,
où perſonne n'oſe s'aſſeoir , à
cauſe que c'eſt la place du Roy .
Celuy qui eſt monté fur le col, a
un Croc de fer , ou d'acier luifant
, dont il ſe ſert pour le gouverner
, en le piquant ſur le coſté
gauche du front , pour le faire
aller à gauche , & dansle milieu
pour le faire aller à droit.
Chaque Mafle a toûjours fa Femelle
qui marche devant luy ,
gouvernée & enharnachée de la
meſme forte. Ces Elephans ont
la teſte de leur Trompe , la teſte,
les oreilles , les jambes , & une
partie du Corps , marquetez ,
GALANT. 8г
comme l'eſt la peau d'un Tigre;
&quand ils ont une queuë traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un embelliſſement
qui fait qu'on les
eſtime beaucoup davantage.
Je vous aydeja parlé de la Sta
tuë antique qu'on trouva ily a
trente ans à Arles en foüillant la
terre. Cette Ville la gardoit dans
ſon Hoſtel , ou d'illuſtres Voyageurs
venoient l'admirer de toutes
parts , comme un des Chefd'oeuvres
de l'Antiquité. Mefſieurs
d'Arles qui poſſedoient ce
Téſor , ne prévoyoient pas que
cette belle Statuë , qui leur attiroittous
les jours les viſites des
plus ſçavans Curieux , duſt jamais
fortir de leur Ville. Cependant,
voyant les ſoins que Monſieur
de Louvois prenoit de s'informer
de tout ce qu'il y a de
DS
82 MERCURE
belles Antiquitez en France,
pour en choiſir les plus rares , &
faire plaifir à ceux à qui elles
appartiennent , en leur donnant
lieu de les offrir à Sa Majesté,
ils ont regardé comme une gloire
tres - grande , l'avantage de pouvoir
faire à ce grand Monarque
un préſent ſelon fon gouft , &
luy donner de nouvelles marques
du zele empreſſé qu'ils ont
toûjours eu pour ſon ſervice , en
le priant d'accepter leur belle
Statuë . Le Roy leur a ſçeu bon
gré de leur offre , elle a eſté ſuiviedes
effets, & la Statuë eſt arrivée
à Paris , d'où à l'heure que
je vous écris , elle n'eſt pas encore
partie pour Verſailles. If
s'eſt élevé un grand diferend
touchant fon nom , comme je
vous l'ay déja écrit. Monfieur
Terrin , Conſeiller au Préſidial
GALANT.
83
d'Arles , a fait un Volume entier
pour prouver que c'eſt une Venus
, & ſon ſentiment a preſque
eſté genéral . Il y a pourtant trois
Academiciens de l'Academie
d'Arles qui n'en ſont pas , non
plus que le P. Daugiers Jéſuite,
qui a fait un Livre intitulé , Reflexions
fur les Sentimens de Callithene
touchant la Diane d'Arles.
Monfieur de Vertron , Hiſtoriographe
du Roy , & qui fait l'Hiſtoire
de Sa Majeſté en Proſe Latine
pour l'utilité des Etrangers
, eſt l'un des trois Academiciens
d'Arles qui ſoûtiennentque
cette Statuë eſt une Diane. Il
est Autheur du Diſtique ſuivant.
,
C
D 6
84 MERCURE
LUDOVICO XIV.
FRANCORUM IMPERATORI MAXIMO
REGI CHRISTIANISSIMO,
PATRI PATRIA ,
LITTERARUM PARENTI,
SOLI GALLICO,
DISTICHON.
Nunc tibi digne Arelas offert
Lodoïce Dianam ,
Sole etenim femper digna Diana
fuit.
Un autre Académicien de la
meſme Compagnie , dont je ne
ſçay pas le nom , a pris party
pour Diane , qu'il a fait parler
ainfi.
STANCES
N Art ingénieux imitant lo
UN
Nature
e
GALANT.
85
Fit parler ce Marbre autrefois ;
La Superftition confacra mafigure,
Et me fit Deeffe des Bois.
12
L'Esprit qui m'animoit ,prononça des
Oracles ;
Et ma feinte Divinité ,
Par des prestiges vains , &parde
fauxmiracles ,
Soûtint longtemps ma dignité.
Les Peuples abuſez par le nom de
Diane ,
Couroient enfoule àmon Autel ;
Ils m'offroient des Enfans , que leur
zele profane
Arrachoit dufein maternel.
C'estainsi que mon culte atrose , &
Sanguinaire ,
Devint une longuefureur ;
Dema Religion le plus facrémiſtere
N'estoit fondé quefur l'erreur.
86 MERCURE
A
De mon Temple , foüillé deſang&
de carnage ,
Tout l'Edifice est renversé;
L'Idole est abatue, & tout ce grand
dommage
Vange enfin le Ciel offenſé.
Depuis plus de mille ans , une indigne
retraite
Me cachoit auxyeux des Vivans;
F'estois de cet état beaucoup plusfatisfaite
,
Qued'avoirà tromper les Gens.
F'en avois pourtant honte , & ma
beauté celeste
Eut de l'horreurpour ce Tobeau ;
Mais je rencontre aprés unsejourſi
funeste ,
Un deſtin plus doux,&plus beau.
Un Roy plus glorieux que le Dieu de
LaGuerre ,
GALANT. 87
Le Grand , l'Invincible LOUIS ,
Pour qui jefors enfin du centre de la
Terre
Me veut voir, & connoit mõ prix .
Arles me conſerva durant plus de
Sept lustres ,
Commefon plus riche ornement ,
Etjefaisois l'honneurdes Mémoires
illuftres
De l'Anglois , & de l' Allemand.
Echapée àlafin de ces vaſtes Ruines
Où l'on nesçavoit rien de moy,
Diane brillera parmy les Héroïnes
Qui parent la Cour d'un grand
Roy.
Arles dont le Soleil ſuffit à tout le
monde
Veut joindre le Frere & la Soeur;
Arles en me donnant , est heureuse
&féconde
83 MERCURE
Cepréſentferafon bonheur.
Si mes bras font tombezsous cette
Faux cruelle
Dont le temps ſe ſert en tous
lieux ,
Ce malheur vint de l'Art , qui me
fit affez belle
Pourdonnerde l'envie aux Dieux .
Mais j'ay trompéce temps , & Sa
dent afamée
N'arienfait contre mon honneur;
Je trouve en vieilliſſant , &plus de
renommée ,
Plus d' Autels, plusde bonheur.
泰
Mes membres Separezſemblent un
grand outrage;
MaisleCiel l'aſçeu reparer ,
Et le coeur de LOUIS m'honore davantage
,
Quesil'on venoit m'adorer.
GALANT. 89
La faveur qui m'attend eſt ſeûre
&perdurable ,
Quoy qu'on diſe des Courtiſans
Que pour eux la Fortune est lafeule
adorable ,
Seule digne de leur encens.
De la grandeur du Roy ma grandeur
Soûtenuë ,
Espereun haut rangà la Cour ;
Mais c'estassezpourmoy , si j'y suis
reconnuë
Pour la Soeur de l' Aftre du jour.
Ecoute, Grand LOVIS , car le Dieu
qui m'agite
Ne me permet plus de mentir ;
Ecoute le destin que t'a fait ton
mérite ,
Et que j'ose te garantir.
Ta Supréme valeur n'aura jamais
d'obstacle
50
MERCURE
Qu'elle ne renverſeſoudain ;
Tu peux ,Sans teflater, recevoir cet
Oracle
Que le Ciel a mis dans monſein.
Ton regne durera jusqu'à lafin du
Monde,
Tu feras regner ton Dauphin ;
Son Empire,enfuivant ta vertuſans
Seconde ,
Iuſques- làn'aura point defin.
Les Aſtres complaiſans n'auront
rien qui t'afflige ,
Rien qui menace d'un revers ;
Un jour les Rejetons de ta Royale
Tige
Seront Maistres de l'Univers .
Tes Neveux, en marchantfur lespas
de ta gloire ,
Maintiendront les Peuplesfoûmis
;
GALAN T. 91
Ou bien ils apprendront , en lifant
ton Histoire ,
ve
L'Artde dompter leurs Ennemis .
১
د
Ces Vers ſont beaux mais
ils ne fourniſſent aucune preud'où
l'on puiſſe tirer la
moindre lumiere , qui fafſe voir
que cette Statuë repréſente une
Diane. Auffi connoift - on que
l'Autheur n'a pas eu deſſein de
le prouver , mais seulement de
donner des marques de ſon ef
prit , en faiſant parler cette
Déeffe.
1
Aprés vous avoir fait part de
ce qu'ont dit trois Illuſtres , qui
veulent paroiſtre perfuadez que
la Statuëd'Arles eſt une Diane,
je ſuis obligé de vous dire quelque
choſede trois autres , dont
leſentiment eſt entièrement conforme
à ce que MonfieurTerrin
1
:
92 MERCURE
a écrit pour prouver que cette
Statuë eſt une Vénus. Les Sçavans
n'appellent guére de leur
jugement , qui l'emportera toûjours
ſur celuy d'un plus grand
nombre.Voicy ce qu'ils ont écrit
ſur ce ſujet.
M Spon dit dans ſa Préface
des RECHERCHES CURIEUSES
SUR L'ANTIQUITE' , imprimées
à Lyon en 1683. L'Obélisqued'Arles
est une des Antiquitezqui frapentd'abord
la veuë, &c . M.Terrin
l'a expliquésçavamment , & a
ditpresque tout ce qui se pouvoit
dire des Obéliſques , dans le Livre
qu'il nous en a donné;auffi- bien que
de la belle Venus d' Arles,qu'on prenoit
autrefois pour une Diane.
Le P. Jobert Jéſuſte , Prédicateur
de Paris , grand Medaliſte, &
Amy du R. P. de la Chaiſe , dit
dans une Lettre qu'il a écrite à
GALANT.
93
Mr Terrin , datée du 15. May
1684. Je croy que la prétenduë
Diane est arrivée ; je ne doute point
que vous ne l'emportiez hautement,
& qu'à la premiere veue nos Sçavans
ne reconnoiſſent Venus. On n'a
jamais vû Diane en un pareil équi
page ; & quandle Pere Daugiers
- auroit fait un Poëme entier pour
appuyer l'opinion contraire , il n'y
auroit que perdu des Vers & Son
temps. Vousvous souvenez bien que
dés que je la vis, jenepouvois concevoir
comment on l'avoit priſe pour
une Diane. Quand le P.de la Chaiſe
Sera de retour je luy ferayvos Complimens
, & je ne doute point qu'il
ne ſoit de voſtre avis , &c.
Monfieur de Camps , nommé
parle Roy à l'Eveſché de Glandeve
, dans une Lettre du 8. Fevrier
, qu'il écrit à Me Terrin . Je
vous ay déja dit mon sentiment sur
i
94
MERCURE
voſtre Livre de l'obélisque , & de
voſtre Vénus , & j'ay loüé voſtre
avis en pluſieurs endroits , &c.
Vous voyez , Madame , que
tous ces Illuſtres ne balancent
pas à prendre le party de
Venus , & que Monfieur de
Glandeve , qui dit qu'il eſt de
l'avis de Monfieur Terrin en pluſieurs
endroits ( ce qui marque
qu'il n'en eſt pas en tout ce qui
regarde l'Obéliſque ) s'explique
aſſez clairementtouchant la Statuë
, en luy donnant le nom de
Venus. Voila un grand diférent,
qui ne fera point répandre de
ſang , quoy qu'il ait excité une
grande guerre dans une Academie
qui eſt tout eſprit , &
qu'il ait partagé deux Perſonnes
dans unCorps auſſi grand , qu'il
eſt diſtingue , & dont tous les
Membres ont une profondé éruGALANT.
95.
dition. Comme tant de Sçavans
ont dit librement leur ſentiment
ſur la Statue dont il s'agit , j'ay
crû que je pouvois faire voir icy
la diverſité qui s'y rencontre ,
ſans qu'aucun d'eux euſt lieu
de s'en plaindre. Les guerres qui
ſe font entre les Souverains, élevent
les Conquerans , & font
éclater leur courage & leur valeur
; & celles qui font feüilleter
les Livres , découvrent l'eſprit
des Sçavans , & fervent ſouvent
à leur élevation. J'ajouteray icy
à l'avantage de Monfieur Terrin,
que tous les fameux Sculpteurs
de Paris , où il y en a beaucoup,
depuis que le Roy a pris ſoin de
faire fleurir les beaux Arts , demeurent
d'accord que la Statuë
d'Arles ne peut eſtre qu'uneVenus
, ou du moins qu'elle n'a
jamais eſté faite pour uneDiane,
96 MERCURE
puis qu'on n'a jamais vû de Dia
ne nuë , à moins qu'elle ne fuſt
dans le Bain . Ceux qui en voudront
ſçavoir davantage , peuvent
lire le Livre de Monfieur
Terrin , imprimé à Arles , &
que l'on trouve auſſi à Lyon . On
y voit un deſſein de ſa Figure,
comme je vous l'ay déja marqué
dans une de mes Lettres.
Quant à l'Original , il eſt encore
au Palais Brion , où l'illuſtre
Monfieur Felibien , qui en a le
ſoin , ne refuſera pas de le montrer
aux Curieux, qui dans quelque
temps pourront voir ce bel
Ouvrage à Verſailles. J'aurois
commencé par vous marquer
que ce qui cauſe tant de diſputes
parmy les Sçavans ſur les
diférens noms qu'on peut donner
à cette Statuë , eſt qu'il luy
manque un bras , & qu'il ne
luy
GALANT. 97
.
kay reſte qu'une partie de l'autre
, ſi en vous parlant il y a quelques
mois du Livre de Monfieur
Terrain , je ne vous avois fait
voir dés ce temps- là l'origine de
toutes ces diſputes. Elles ne ſont
pas fans fondement , puis que
ce qui manque à cette Statuë
cuſt fait connoiſtre aisément
quelle Déeſſe on avoit voulu
repréſenter.
Je viens aux Nouvelles de la
Cour que je croy vous devoir
faire ſçavoir , avec le meſme ordre
que j'ay fait dans ma Lettre
précedente. Je n'en ſçaurois reprendre
la fuite , ſans vous dire
en meſme temps beaucoup de
choſes qui ſe ſont paſſées avant
le retour du Roy à Verſailles .
Sa Majeſté voulant honorer la
mémoire de feu Monfieur d'Artagnan
, & perpétuer ſon Nom
Juin 1684. E
98
MERCURE
dans les Mouſqueraires , qu'il a
eu l'honneur de commander en
qualité de Capitaine - Lieutenant
, a donné de ſon propre
mouvement la Cornete de la
Premiere Compagnie à Monſieur
d'Artagnan ſon Neveu , &
ce Prince a récompenfé ce nouveau
Cornete , des Charges de
Capitaine aux Gardes , & de
Lieutenant de la Colonelle, qu'il
poſſedoit.
Je vous ay parlé du Regiment
de Humieres , que le Roy donna
, aprés la mort de Monfieur .
le Marquis de Humieres , quien
eſtoit Mestre de Camp , à Monfieur
le Marquis de la Chatre ,
Neveu de Madame la Marécha.
le de Humieres , & je vous ay
dit que ce Marquis avoit une
Compagnie dans le Regiment
du Roy , qui avoit eſté trouvée
GALANT.
la plus belle de tout le Corps;
mais je ne vous ay pas mandé
que cette Compagnie avoirelté
donnée à Monfieur le Marquis
d'Ancenis , Fils de Monfieur le
Duc de Charoſt , & qu'en méme
temps le Roy avoit donné à
unMouſquetaire une autre Compagnie
qui avoit vaqué. Comme
cette derniere Compagnie
eſtoit en un fort méchant état,
& qu'il ne manquoit rien à celle
de Monfieur le Marquis d'Anſenis
, ce jeune marquis fuplia Sa
Majesté de vouloir faire un
échange des deux Compagnies,
parce qu'il n'y avoit point de
dépenſe à faire à celle qu'il luy
avoit plû de luy donner , & que
l'autre Compagnie demandant
beaucoup de frais pour fon rétabliſſement
, il pourroit mieux
y fournir , que le mouſquetaire
E 2
100 MERCURE
i
1
qu'Elle en venoit de gratifier.
Un procedé ſihonneſte & fi genéreux
fut fort applaudy du Roy
&de toute la Cour , & l'on dit
que ſi ce jeune marquis qui ne
commence qu'à entrer dans le
monde , ſoûtenoit tofjours ce
caractere , il deviendroit un des
plus accomplis Seigneurs de la
Cour. Ce ſeroit icy le lieu de
faire un détail des Eveſchez donnez
par le Roy ; mais comme il
me manque encore quelques
éclairciſſemens fur cet Article ,
jenevous en parleray que ſur la
fin de ma Lettre.
Puis que vous avez eſté fatisfaite
du Camp de Condé , que
je vous envoyay gravé il y a un
mois , je ne doute point que
vous ne le ſoyez encore davantage
de celuy de Thulin , que
j'ay fait auſſi graver. On n'y
A
GALANT
fort confiderable , & que toutes
les Places que le Roy poffede
dans les Païs Bas , en font remplies
; & cela , fans compter les
證
:
E
3
100
MERCURE.
mois , je ne doute point qu
vous ne le foyez encore davantage
de celuy de Thulin , que
j'ay fait auffi graver. On n'y
GALANT. 101
peut jetter les yeux , fans voir
d'un coup d'oeil une partie des
grandes Forces de Sa Majeſté.
Ce Camp eſt bien plus confiderable
que le premier que vous
avez vû , puis qu'il a eſté augmenté
de beaucoup de Troupes,
& entre autres de vingt Elcadrons
, que commandoit Monfieur
le Duc de Villeroy , &
avec lesquels il gardoit un Poſte
fur la HaiſneJugez par ce Camp
de la puiſſance du Roy , puis
que parmy ce que vous voyez,
il n'y a aucun Corps de Troupes
qui ont ſervy au Siege de Luxembourg
; que Monfieur le
Comte de Choiſeüil en commande
encore un autre Corps
fort confiderable , & que toutes
les Places que le Roy poffede
dans les Païs-Bas , en font remplies
; & cela , fans compter les
E
3
102 MERCURE
autres Armées de Sa Majefte.
Monfieur le Maréchal de Schomberg
commande ce Camp. Il a
ſous luy cing Lieutenans Genéraux
, qui font Monfieur le Duc
du Lude , Monfieur le Comte
d'Auvergne , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Prince
de Soubife , & Monfieurle Maг-
quis de Boufflers . Les Maréchaux
de Camp font Monfieur le Duc
de Vendoſme , Monfieur le Duc
de Brikenfeld, Monfieurle Comte
de Schomberg, & Monfieur.....
Pendant que les Troupes de
ce Camp baûloient d'impatience
de ſervir leur Prince , & d'acquerir
de la gloire , le Roy attendoit
à Valenciennes des nouvelles
de la Priſe de Luxembourg.
Les ordres estoient donnez pour
luy en apprendre beaucoup plûtoſt
que les Courriers les plus
GALANT.
103
,
S
diligens n'auroient pû faire.C'étoit
la maniere des Romains , qui
par le moyen des Feux & des
Signaux , donnoient à Rome en
tres peu de temps des nouvelles
des Païs qui en eſtoient
éloignez de deux ou trois cens
lieües. Il eſtoit juſte que Loüis
LE GRAND fuſt ſervy à la Romaine
. Ce n'a pas eſté toutefois
de meſme en cette occafion , puis
que le Canon n'eſtoit pas en
uſage du temps des Romains.
Voicy ce qui ſe fit quand le Prince
de Chimay eut demandé la
premiere fois à capituler. Monſieur
le Maréchal de Créquy dépeſcha
un Courrier à Aveſnes ,
où l'on tira le nombre de coups
de Canon que le Roy avoit ordonné
, & qui n'eſtoit ſeen de
perſonne. Cela fut continué de
Place en Place. Landrecies ré-
E 4
104 MERCURE
pondit à Aveſnes , & le Quénoy
àLandrecies. Le Canon du Quénoy
fut entendu à Valenciennes
environ ſur le minuit. Le Roy en
ayant eſté averty , demanda
combien on avoit tiré de coups.
On luy répondit qu'on en avoit
compté cinq. Ce Prince commanda
que l'on écoutaſt encore
; & un peu de temps aprés ,
on compta deux autres coups .
Sa majeſté dit alors que Luxembourg
Capituloit. Cette nouvelle
fut confirmée le matin par
Monfieur Deſbordes, Lieutenant
Colonel du Regiment de Navarre
, que Monfieur le maréchal
de Créquy avoit dépeſché au
Roy. Comme c'eſt un Homme
d'un fort grand mérite , & qu'il a
l'honneur d'eſtre connu & eſtimé
de Sa Majesté , Elle luy fit
donner deux mille écus pour fon
GALANT.
105
voyage. Quoy qu'on duſt s'at
tendre à cette nouvelle , on ne
laiſſa pas d'en marquer autant
de joye que ſi on avoit eu lieu
d'en eſtre ſurpris , & toute la
Cour la fit éclater au lever du
Roy. Les Carmes de Valenciennes
, chez qui ce monarque alloit
tous les jours entendre la meſſe ,
vinrent ſuplier Sa Majeſté de ſoufrir
qu'ils chantaſſent le TeDeum
àla fin de celle qu'elle devoit entendre
ce jour- là. Ce qu'ils demandoient
leur fut accordé , &
ils chanterent ce Te Deum fans
ceremonie , & feulement pour
fatisfaire leur zele. Le lendemain,
le Roy en fit chanter un dans
l'Egliſe de S. Jean , avec beaucoup
de folemnité , quoy qu'il
n'euſt eu aucunes nouvelles de
Luxembourg depuis l'arrivée de
Monfieur Deſbordes. Ainfi il ne
E
S
106 MERCURE
pouvoit eſtre certain que ſes.
Troupes fuſſent dans la Ville ;
mais ce Prince ſçachant l'état des
Attaques , & celuy de ſes Troupes
,& connoiffant l'expérience
de ſes Commandans,& lagrande
habileté de ſes Ingénieurs , crût
qu'il pouvoit rendre grace à
Dieu d'un ſuccés qui eſtoit infaillible
à ſes armes , & qui ne
pouvoit eſtre retardé longtemps
par aucun obſtacle. Monfieur le
Nonce , & Monfieur l'Ambaffadeur
de Venise , aſſiſtérent à
ce Te Deum , auſſi bien que les
Miniſtres de pluſieurs autres .
Souverains. Tout y fut ſolemnel
; & Monfieur de Rhodes
Grand-Maistre des Ceremonies ,.
y fit les fonctions de ſa Charge.
La Cerémonie fut faite parMonſieur
l'Archeveſque de Cambray
, aſſiſté de ſon Clergé , &
१६
GALANT. 107
la Muſique de Valenciennes s'y
fit entendre. Il arriva un Courrier
de Monfieur le Maréchalde
Créquy , qui apprit au Roy la
chicane du Prince de Chimay.
Cela n'étonna point ce Monarque
, qui ſans diférer d'un feul
moment , partit pour Cambray,
comme il l'avoit réſolu. Il laiſſa
au Camp toutes les Troupes de
fa Maiſon , & n'en mena avec
luy que deux cens Mouſquetaires
, cinquante Gendarmes , cinquante
Chevaux Legers , cent
Gardes du Corps , & quelques
Compagnies des Gardes. Sa Majeſté
apprit à Cambray que le
Prince de Chimay avoit demandé
une ſeconde fois à capituler,
& que depuis la premiere il n'avoit
paru que pendant un jour
en réſolution de ſe défendre. De
Cambray , la Cour vint à Péron,
E6
108 MERCURE
ne , à Roye , à Mouchy , &
Chantilly , où Monfieur & madame
ſe trouverent . Monfieur .
le Prince reçeut le Roy à la
Porte du Chaſteau ; & quoy
qu'il fuſt fort incommodé , fon
viſage ne laiſſoit voir que des
marques de la joye qu'il reſſentoit.
Sa majeſté l'embraſſa qua
tre fois avec cet air tout engageant
qui fait qu'on oublie le
Roy pour n'aimer que fa Perfonne.
Toute la Cour eſtane
entrée dans le Chaſteau , chacun
prit fon party pour en admirer
les beautez. Les uns mon
terent dans les Apartemens ; les
autres ſe répandirent dansles Jardins
; les autres chercherent dis
repos ; & le Roy ſeul alla travailler.
Ce Monarque demeura enfermé
pendant quelques heures ,
aprés quoy il prit le divertiſſe,
GALANT. 109
mentdes Eaux. Monfieur leDuc
le mena d'abord au grand réſervoir,
qui eſt d'une beauté ſurprenante
. Sa Majesté alla en ſuite en
divers endroits , où les Eaux font
des effets merveilleux. Monfieur
le Prince l'attendit au premier,
& l'accompagna quelque temps;
mais Monfieur le Duc le conduifit
par tout . Toutes les Eaux de
ce Lieu délicieux font belles , &
en abondance. Il y a une ма-
chine , qui quoy que fort ſimple
, fournit de l'Eau vive à tous
les Jets d'Eau , & aux Caſcades.
Le Roy en loüa beaucoup le travail
, & fut fort content de tout
ce qu'il vit. On rentra en ſuite
dans tous les Apartemens ,
où l'on admira la beauté des
Meubles , qui font auſſi riches
que bien entendus. Il ſeroit
fortdifficile de voir aucun Lieu
110 MERCURE
mieux éclairé que le furent tous
ces Apartemens , non ſeulement
par le nombre des lumieres, mais
encore par tout ce qui les contenoit.
Le Roy foupa avec Monſeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur , Madame
, Madame la Ducheſſe ,
Madame la Princeſſe de Conty,
Mademoiselle de Bourbon , &
Mademoiselle de Nantes. La
Symphonie fut charmante , &
fit le plaifir de la ſoirée. Sa majeſté
qui ſe ſouvenoit que Monfieur
le Prince & Monfieur le
Duc, n'avoient jamais épargné
ny ſoins ny dépenſe pour la recevoir
, que toutes leurs Feſtes
onttoûjours eſté d'une magnificence
extraordinaire , & qu'on
auroit peine à trouver des Princes
auffi genéreux , ne voulur
pas leur permettre de faire au
GALANT. FIR
cune dépenſe. Ainfi elle fut fervie
à fon ordinaire par les Offi
ciers de ſa Maiſon. Monfieur le
Prince , & Monfieur le Duc ,
obéïrent aux volontez du Roy ,
mais ce fut avec chagrin. Cependant
, quoy qu'ils ne traitaffent
pas Sa Majeſté , il y eut des
Tables fervies en divers endroits,
&à toutes fortes d'heures , où
chacun eſtoit convié d'aller manger.
On porta par tout divers rafraîchiſſemens
& ces grands
Princes firent ſi bien les honneurs
de Chantilly , que fans dé
frayer le Roy , ny toute la Cour,
ils ne laifferent pas de faire plus
que n'euffent pû faire beaucoup
d'autres , à qui cette permiffion
auroit eſté accordée. La Cour
en partit le lendemain
riva à Verſailles, apres un voyage
de quarante- neufjours , dont il
د
,
& ar112
MERCURE
y en avoit eu quatorze de marche
,& trente- cinq de repos, on
deſejour. Elletrouva de nouvelles
beautez à Versailles, la France
eſtant reglée avec un tel ordre
, que la dépenſe de la Guerre
n'empeſche point celle des Bâtimens
de Sa Majeſté , qu'on voit
s'élever à chaque inſtant , auſſibien
que ſes Jardins ſe remplir
d'embelliffemens nouveaux, tant
ceux à qui ce ſom eft commis,
fçavent ſervir ce monarque de
diférentes manieres ,& toujours
avecfuccés.
Comme Madame la Dauphi
ne eſt revenuë groſſe du Voyage
, je croy que le madrigal que
je vous envoye for ce ſujet, peut
icy trouver ſa place. Il eſt de
Monfieur Diéreville du Pontlevefque.
GALANT .
113
L
OFIS paroist toûjours le
heureux des Roys ;
Plus
Dans le temps qu'ilfoûmet Luxembourgàſes
Loix ,
Et que tout travaille àſagloire,
Al'ombre de tous les Lauriers .
Son Fils d'intelligence avecque la
VICTOIRE
Luyfait de nouveaux Héritiers.
La Cour arriva à Verſailles le
9. de ce mois , & preſque auffi
toſt on y eut avis que le Samedy
10. un Party du Camp de
Thulin avoit batu un Convoy,
qui alloit par la Riviere de Den
dre , de Dendremonde à Ath .
L'on y prit fix Belandres chargées
de Poudre & de Bled ,
avec ſept ou huit petits Bateaux
, qu'on brûla , auſſi bien
que les Belandres. On jetta les
Poudres dans la Riviere , &
pour leBled د on en diftribua
114
MERCURE
i
!
une partie àde pauvres Peuples,
&le reſte fut emporté par douze
cens Chevaux & dragons dont
noſtre Party eſtoit compofé.
Monfieur du Roſel , Colonel le
commandoit. Nous y perdîmes
un Capitaine de Dragons , & il
y eut encore cinq ou fix Cavaliers
tuez , ou bleffez . Quatre
mille Eſpagnols & Hollandois
avertis de la marche du Party ,
arriverent deux heures apres
l'Action , avec le Duc de Monmouth
, & tous les Braves Volontaires
de Bruxelles .
Les Maſes ne ſont pas demeurées
muettes aprés la priſe de
Luxembourg. Voicy ce qu'elles
ontfait dire à l'illuſtre Mademoiſelle
de Scudéry.
6
GALANT. 115
MADRIGAL.
Fler luxembo
Ier Luxembourg , maintenant
Contre LOUIS vous n'avezpis
tenir.
Conſole-zvous d'un fort inévitable.
Vous vous trompiez de vous croire
impréwable ,
Mais enſes mains vous l'allez de
venir.
La Priſe de la meſme Place a
donné lieu à Monfieur Magninde
faire une Deviſe , qui a pour
corps un Cheſne ſur lequel la
Foudre tombe , en briſe le tronc,
&en écarte les branches. Ces
paroles en font l'ame,
Quid profuit altum
Erexiffe caput ?
Elles ſont expliquées par ce Son-
-
116 MERCURE
net du meſme Monfieur Magnin.
Q
Vand
ce Chesne fuperbe él
voit dans les airs
Son tronc impérieux,erſes branck
hautaines ,
Il estoit l'ornement & la gloire a
Plaines ,
Tout vantoit la beautédesesfein
lages verds. i
Mais enfin le Soleilparses afper
divers ,
Qui forment fi fouvent des foudr
fifoudaines ,
Acesfiéres Hauteurs , &des Cien ..
ſiprochaines ,
Fait souvent éprouver de terribles
revers .
Fortereffe orgueilleuse , à ta perte
obstinée ,
GALANT . 117
Luxembourg, aujourd'huy c'est là ta
destinée ,
Ilssont donc renverſeZtes Boulevars
fiforts.
Et c'eſt là la grandeur du Héros qui
te dompte ,
Qu'au lieu de teparer de quelques
vains efforts ,
Tupouvois n'en point faire avecque
moins de honte .
J'ajoûte des Vers qui ont eſté
faits fur les merveilles du Roy ,
aoffi - bien que fur le Siege de
Luxembourg.
Vel éclat
Q leur, &
de bonheur , deva
degloire !
Que de nobles ſujets pour embellir
IHistoire !
Que de rares vertus ! que d'exploits
inouis
118 MERCURE
1
Etale à tous momens l'invincible
LOUIS !
Alexandres , Céſars,
narque ,
cedezà ce Mo-
D'un vray Héros en luy reconnoiſſez
la marque ,
Vos Conquestes n'ont rien d'éclatant
aujourd'huy ;
Vous vouliez mais à tort,vous comparer
à luy.
Ilfaut des ans pour vous,&des jours
pour ce Prince ;
Toutfléchitſous LOVIS , Chasteau,
Ville Province .
Admirez, comme nous ,ſes glorieux
travaux ,
Dont les vostres ne ſont que d'indignes
Rivaux.
Pour fes Soldats bleffez la retraiteafſurée,
Ses Edits & fes Loix d'éternelle
durée ,
Les Sciences , les Arts , réünis aux
Vertus;
GALANT.
119
Dès Peuples convertis , des Temples
abatus ,
In auguſte Falais d'une richeſtru-
Eture ,
Dù l' Art induſtricux surpaſſe la
Nature ,
ses ordres diférens pour les Etats
divers ,
LeCommerce étably, la jonction des
Mers ,
L'Abondance par tout , l'Ignorance
détruite ,
La Justice en vigueur, &laNobleffe
inftruite ,
Le Mérite connu toûjours recom
pensé,
La vangsance du Crime & du Pauvre
offenfé ,
Sont le but defes foins , &l'employ
defavie.
Pourquoy diféres- tu de te rendre.
afferuie ,
Luxembourg, aux defirs de ce charmantHéros
?
120 MERCURE
Cede à ses grands efforts , donne- toy
du repos ,
Et viens , fans prolonger ta vaine
résistance ,
Partagerſousſes Lys le bonheur de
la France.
Ces Vers , & le madrigal qui
fuit , ſont de Monfieur de Vertron.
Ourquoy réſiſtois- tu
A de puiſſans efforts d'un Héros in
vincible ?
Fier Luxembourg , voila ton orgueil
abatu ;
Tu sçavois qu'à LOUIS rien n'estoit
impoſſible ;
Mais si ta réſiſtance a Sauvé ton
honneur ,
Confefſſe en mesme temps qu'elle
augmente ſa gloire ,
Réjoums-toy de ſa victoire ,
TR
GALANT. 121
Ta priſe deſormais va faire ton
bonheur.
Vous trouverez les noms des
Autheurs au bas des autres ouvrages
que je vous envoye.
B
MADRIGAL.
Ien que je porte un nom tout .
brillant de lumiere ,
Du Soleil je reçois la Loy ;
Je voulois m'opposer àſa vaste carriere
,
Mais je le reconnois aujourd'huy
pourmonRoy.
DUHAMEL .
SONNET.
Tremble, Luxembourg, tremble,
Soûmets ta puiſſance
Au Roy le plus vaillant qui viſt jamais
le jour ;
Juin 1684 .
2
F
122 MERCURE
4
Reconnoy que LOVIS , l'objet de
noſtre amour ,
Range tout ſous les Loix de fon ins
dépendance.
Pouvois-tu te flater de la moindre
apparence
D'éviter toſt ou tard de luy faire ta
Cour ?
Rentre , rentre en toy-meſme ;&
vaincuë à ton tour ,
Luy rendant ton hommage , implore
Sa clémence.
S'il fçait vaincre l'orgueil, &le re
duire aux fers ,
Il a pour le pardon toûjours les bras
ouverts ;
Mais les lieux les plus hauts doi
vent craindre lafondre.
Plus ils font élevez , plus ilsy font
Sujets;
GALANT.
123
Et fufſent- ils de marbre,il les réduit
en poudre ,
Quand nous croyons leur force à
l'abry deſes traits .
Du Mas, de Joigny.
MADRIGAL .
Nfin tout doit fléchir , ainſi le
l'ordonne ,
Ainſi le veulent les Deftins ;
Cédez, cédez,foibles Humains,
RecevezunHèrosfi chéry de Bellone.
Venez, volez , accourez tous,
Venez partager avec nous
In joug cent fois plus beau que n'est
une Couronne.
Mais je m'égare en mes projets,
Ce Demy Dieu nefait la guerre
Qu' afin de cimenter le repos de la
Terre ,
Et non pas pour regner ſur de nouveaux
Sujets.
F 2
124
MERCURE
Vous donc qui de fierté donnczde
vaines marques ,
Envieux impuiſſans du bonheur de
mon Roy ,
Indignes Ennemis du plus grand des
Monarques ,
Ou recevez la Paix , ou recevez la
Loy.
DE VOGINS.
ORACLE
CRONOGRAPHIQUE
.
LVXeMboVrg ſera afslegé , & en
sVIte pris par LoVIs Le grand,
MDLLLXVVVIIII
.
Et Oracle Cronographique ,
Beaucoup plus vray que le
Delphique ,
Ades Chaffeursfut autrefois rendu
Dans la Forest des fameuses Ardennes,
L
GALANT.
125
Et les Vents qui ſoufloient de toutes
leurs haleines
Contre les feüilles deſes Chesnes.
Nepûrent empefcher qu'il ne fust
entendu ,
Et fans que rien en fuſt perdu,
Il vint iuſques ànoussous des Lettres
Romaines ,
Que l'An du Cas échûfaitparoître
certaines.
L'Oracle prédiſoit
LVXeMboVrg ,
que le fier
Moinsfage & prudent que Strafbourg
,
S'obſtineroit à combatre lafoudre
Du Jupiter Gaulois , qui réduit tout
en poudre ;
Mais qu'enfin l'Infolent ſe verroit
aßlegé,
Sans espoir d'estre foulagé
Par les Troupes Confederées ,
Que si longtemps ilauroit eſpèrées
,
F3
126 MERCURE
Et que pour lors ayant fortbien
compris
Qu'il ne pourroit manquer en sVIte
d'estre pris
Et deſuivre les destinées
De mille autres Citez qu'il verroit
enchaînées
Au triomphant Char de nos Lys,
Par les mains du tres - grand
LOVIS,
Dans cette conjoncture extréme ,
Afin de conſerver les reſtes de luymesme
,
Il iroit ſe jetter aux pieds de fon
Vainqueur
Aumilieu de la nuit, pour épargner
Sa honte ,
Et tâcheroit de luy gagner le
coeur ,
(Ce coeur,qui tout le reste dompte,
Et qu'àsa bonté pres , rien autre
nesurmonte, )
En confeſſant àses genoux ,
GALANT.
127
Que s'il est invincible , il est encor
plus doux ,
Puis que pour defarmer fa terrible
Puissance ,
Les Vaincus n'ont qu'à dire un mot
àsa clémence.
Monfieur rimper , Sieur de
l'Eſcarpe , Autheur de cet OracleCronographique
, a fait auſli
leQuatrain qui fuit.
Luxembourg par Son
Ville de lumiere ;
nom est
Mais ce nom ne luy donne un éclat
Sanspareil,
Que lors que pour briller defa clartépremiere
,
Vaincuë , ellese rend à LOVISfon
Soleil.
Un Gentilhomme qui ſçait
aufſfi - bien manier l'Epée que la
F 4
128 MERCURE
Plume , a fait l'Ode que vous allez
lire. Elle eſt à la gloire de monfieur
le maréchal de Créquy .
ODE
'Entens par tout que l'on chante
Vn intrépide Guerrier ,
Dont la valeur étonnante
Remporte un nouveau Laurier.
Le bruit que font les Trompetes ,
Eſtfi grand, fi répandu ,
Que celuy de nos Muſetes
Nefera pas entendu .
Qui nesçait que ce grandhomme
Sur la Muſe parut tel ,
Qu'on vit autrefois pour Rome
Et Fabius & Marcel ,
Quand l' Aigle &Sa République,
Parles diférens Exploits
Du grand Lion de l'Affrique.
Se trouverent aux abois ?
GALANT.
129
た
Il marche, il tourne, il avance ,
Heureux, habile, vaillant,
Et devient parsa prudence ,
De Défenseur, Aſſaillant ;
Ilfuit les Troupes nombreuſes
Des Germains présomptueux ,
Paffe des Rivesfameuses ,
Et va triompher chezeux.
Iln'est pas moins redoutable
En des Climats plus lointains,
Et Mars toûjoursfavorable ,
Couronneſes grands deſſeins ;
Ilrenverſe les Barrieres,
Où nos Soldats arrestez
Voyoient borner nos Frontieres
Par des Lions indomptez.
Les Bergers au voisinage ,
Sans rien craindre deformais ,
Joüiront de l'avantage
Que pourroit donner la Paix.
F
5
$30 MERCURE
Les Bergeresraſſurées ,
Dans les Bois vont s'écarter ,
Et n'auront dans ces Contrées
Que les Loups à redouter.
Enfin la Superbe Espagne ,
En nous rendant Luxembourg ,
Doit conſoler l' Allemagne
De la perte de Fribourg.
Ces grandsfuccés font entendre
Que ſous l'auguste Lovis
Créquy peut tout entreprendre,
Etplanter par tout nos Lys.
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui ne laiſſe échaper aucune occaſion
de marquer ſon zele , a
écrit au Roy fur la Priſe de Luxembourg
; & Sa Majesté l'a honoré
d'une Réponſe de ſa main .
Je vous envoye l'une & l'autre
Lettre.
GALANT. 131
LETTRE
DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU RO Υ.
Au Havre le 9. Iuin 1684.
IRE , t
Comme je ne sçaurois avoir plus
de foûmiſſion que j'en ay eu toute
ma vie pour V. M. bien que fa
Gloire augmente chaque jour , il
paroiſtroit de la diminution dans
mon zéle pourſon ſervice , ſi je ne
me fervois aujourd buy dans la
Priſe de Luxembourg , de la permission
qu'il luy a plû de me don-
F6
132 MERCURE
mer , pour luy témoigner ma joye
pour les autres Places importantes
qu'Elle a conquiſes . F'en suis toûjours
, SIRE , au mesme état pour
ſes Victoires ; & les coups de Canon
que les Te Deum mefont tirer icy.
en me donnant beaucoup de fatisfaction
, ne laiſſent pas de me cau_
fer quelque regret de n'en enten_
dre point tirer d'autres. Mais ,
SIRE , je veux esperer pour mon
repos , que ce fera pour la Faix
Genérale , que nous y mettrons Le
feu , ou qu'Elle me permettra d'alter
luy confirmer ſous celuy deſes
Ennemis , avec combien de dévoüement
jeſuis toûjours ,
SIRE ,
DE V. MAIESTE' ,
Le tres humble , tres obeïffant,
& tres fidelle Serviteur
& Sujet ,
LE DUC DE S. AIGNAN
GALANT. 133
-
コ
thy
REPONSE DU ROY.
On Cousin , Le vray motif
Monquivous a dû porterà mmécrire
fur la Priſe de Luxembourg,
c'est la confiance que vos Lettres
me font toûjours fort agreables.
Jay reçû voſtre Compliment fur
cette derniere Conqueſte , comme
tous les autres que vous m'avez
faits en de ſemblablesoccafions , &
je ne doute nullement que vousn'allafſſiez
encore avec joye ſous le Canon
de mes Ennemis , si monfervice
vous y appelloit. Cependant
n'épargnez pas celuy du Havre,
en rendant graces à Dieu de cette
nouvelle Benédiction ſur la ju-
Stice de mes, Armes. Je le prie
qu'il vous ait , mon Cousin ,
fa fainte & digne garde. A
en
/
134 MERCURE
Versailles le doufiéme de Juin mil
fix cens quatre-vingt-quatre.
LOUIS.
Amon Cousin le Duc de S.Aignan
Pair de France.
Je vous ay toûjours mandé fort
exactement tout ce qui s'eſt
paſſé en Hollande touchant l'état
des Affaires préſentes , &
vous envoyay le mois paſſé quatre
Mémoires préſentez aux
Etats par Monfieur le Comte
d'avaux ; depuis ce temps-là il
leur en a délivré un cinquième,
dans le temps que Luxembourg
demanda la premiere fois à capituler.
Je n'ay pû l'avoir , mais
voicy ceque l'on m'en a mandé.
Cet Antbaffadeur , aprés avoir
fait fçavoir aux Etats la Priſe de
Luxembourg , expoſe dans ce
GALANT. 135
Mémoire ; que les delais donnez
par le Roy ſon Maître pour répondre
aux Propoſitions qu'il
avoit faites pour le rétabliſſement
dela Paix , ou la conſervation
de la Barriere , & le maintien
d'une bonne correſpondance
entre Sa Majesté & eux, étant
inutilement écoulez , fans que
l'on y ait fait aucune réponse ;
Sa Majesté ſe trouvoit en étatde
faire de nouvelles Conqueſtes ,
&plus conſidérables , & d'augmenter
ſes Prétentions contre
les Eſpagnols , fans ſe tenir davantage
aux Offres qu'elle avoit
faites le 29.Avril, mais que neanmoins
, pour faire voir qu'elle
demeure toûjours dans la fincere
intention de procurer le bien
genéral de la Chrétienté , en
propoſant tous les moyens poffibles
pour luy donner le repos,
136 MERCURE
Elle luy avoit commandé de leur
faire ſçavoir , que nonobſtant les
grands avantages qu'Elle doit ſe
promettre de la proſperité de ſes
Armes , Elle veut bien encore
demeurer obligée juſqu'au 12.du
courant , aux meſmes Offres
qu'Elle a fait faire le 29. Avril &
9. May derniers , & à tous les
Expediens propoſez dans les
Conférences qu'on a eües au
ſujet de ces Offres , pour la conſervation
de la Barriere , & pour
le rétabliſſement du repos dans
les Païs Bas ; & que Sa Majesté
s'eſtoit portée d'autant plus vo-
Jontiers à donner cette nouvelle
preuve de fa moderation, qu'elle
avoit eſté bien aiſe de ſeconder
les bonnes intentions de ceux
qui ſouhaitant le plus le biende .
leur Patrie en particulier , & le
reposde la Chrétienté en genéGALANT.
137
ral , avoient fait paroiſtre un veritable
defir de procurer un
prompt rétabliſſement de la Paix ,
&d'entretenir toûjours une bonne
correſpondance avec Sa Majeſté.
Que l'envoy de leurs Troupes
au Païs- Bas Eſpagnol , avoit
obligé Sa Majesté de ſe mettre à
la teſte des ſiennes , pour pourſuivre
la fatisfaction quiluy eſtoit
deue; mais que l'ordre qu'ils leur
avoient donné de ne commettre
aucun acte d'hoſtilité contre les
François , l'avoit portée à donner
encore à leur confideration
ce delay de ſept à huit jours , &
qu'Elle eſperoit qu'ils en profiteroient
pour conclure & figner,
conjointement avec les Miniſtres
d'Eſpagne , le Traité que Sa Majeſté
avoit propoſé , ou pour le
conclure& figner eux ſeuls , aux
conditions que Sa Majeſté leur
138 MERCURE
avoit cy- devant offertes pour la
conſervation de la Barriere , &
pour le retabliſſement du repos
dans les Païs-Bas , & qu'ils fe
declareroient nettement dans ce
terme , parce qu'elle vouloitſçavoir
preciſement à quoy s'en tenir
avec eux , proteftantques'ils
laiſſfoient écouler ce temps ſans
donner une réponſe poſitive, Sa
Majesté ne s'arreſteroit plus à
aucune confideration , & ne regleroit
dorénavant ſes Demandes
& ſes Prétentions , que ſelon
le ſuccés qu'il plairoit à Dieu
de donner à la justice de ſesArmes.
Les Etats ayant ſouhaité quelques
éclairciſſemens fur cememoire
, voicy la réponſe qui leur
a eſté faite par m² d'Avaux.
GALANT.
139
MEffieurs les Deputez de Vos
Seigneuries ayant prié le
Comte d' Avaux , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy Tres- Chrétien,
de mettre par écrit les Réponses.
qu'il leur a renduës cette apreſdi.
néesur les Demandes qu'ils luy font
venus faire , & fur les éclairciſſemens
qu'ils ont defirez , a dreſſsé
lepréſent Mémoire, pourfatisfaire
à ce qu'on asouhaitéde luy .
Ledit Ambassadeur a témoigné
àMeſſieurs vos Deputez, que leurs
Demandes se réduisoient à deux
points ; que le premier conſiſtoit en
ce que le délay donné par leMé
moire du s . de Juin , est trop court
pour pouvoir faire des delibérations
dans vos Provinces , & moins encor
re avec les Ministres de Sa Maje
ſté Catholique , & de vos Hauts
Alliez
140 MERCURE
1
:
Ledit Ambaſſadeur a répondu
Sur ce premier point , Que pour ce
qui regardoit vos Hauts Alliez
(excepté le Roy d'Espagne ) il en
parleroit lors qu'il fatisferoit au
Second point de vos Demandes ;
Qu'à l'égard de l'Espagne , il y
avoit apparence que l'Envoyé de
cette Couronne prés de VV. SS.
estoit instruit des Sentimens du Roy
Son Maistre , apres tous les delais
que Sa Majesté tres- Chretienne a
donnez depuis qu'Elle a fait des
Propofitionsde Paix , & principalement
depuis que Sa Majeftè s'est
declarée le 19. d'Avril dernier ,
qu'Elle ne vouloit point entendre à
aucun accommodement , qu'avec la
ceffion de Luxembourg ; d'ailleurs ,
qu'il y avoit lieu de croire que la
confiance que le Roy Catholique
prend ordinairement en la Perſonne
d'un Gouverneur du Pais Bas Ef
GALANT. 141
pagnol, est assez grande pour luy
permettre de ceder une Place , afin
d'en fauver beaucoup d'autres , &
pour finir une guerre que l'Espagne
ne peut foûtenir long- temps ; mais
qu'en tout cas Sa Majesté n'estoit
pas résoluë , aprés que les Espagnols
avoient fi mal ufé des delais
qu'Elle leur a donnez , d'en pro-
Longer le terme , fur tout en cette
faiſon , où Sa Majesté peut rem .
porter defigrands avantages.
Mais que Sa Majesté, pour faire
voir lafincerité deſes intentions,
avoit offert des Expédiens qui donnoient
tout le temps néceſſaire à
l'Espagne , pour se déterminer Sur
fes offres ; Quel' Ambaſſadeur s'en
estoit expliqué dans les Conferences
qu'il a eües avec VV. SS. ensuite du
Mémoire du 29. d'Avril , à quoy
il s'est rapporté dans ſon Mémoire
du s.de ce mois . C'estàsçavoir, que
2
142
MERCURE
pourvû que vous vous obligiezpar
un Traitésigné inceſſamment , &
qui fera garanty par le Roy d'Angleterre,
& par tous les Princes qui
y voudront entrer , de me donner
aucune aſſiſtance aux Espagnols ,
directe ny indirecte , & de ne pas
fouffrir que vos Troupes faffent le
moindre aîte d'Hostilité contre les
Troupes , Païs , Sujets , ou Alliczde
Sz Majesté, Elle promet deſe contenter
de la Ville de Luxembourg,
des autres Lieux qu'Elle a demandezle
29. d'Avril dernier ; Elle
conſent d'attendre un mois , ou tout
auplusfix semaines , à compter du
jour que ce Traité ſera ſigné à la
Haye, que l'Espagne envoye les Ratifications
en bonne & dûë forme
desdites ceſſion & renonciation , à
condition toutefois que par le mesme
Traité, qui ſera ſigné préſentement
àlaHaye, il foitstipulé qu'au cas
GALAN T.
143
2
que le Roy d'Espagne ne ratifie pas
dans un mois oufixſemaines en bonne
& dûë forme lesdites ceffion &
renonciation , les Etats Genéraux
retireront apres ledit temps de fix
Semaines leurs Troupes des Païs- Bas
Espagnols , &nepourront donner
tant que la preſente Guerre durera,
aucun secours aux Espagnols par
tout ailleurs , ny contre le Roy , ny
contre ſes Alliez ; & Sa Majesté
s'obligerade n'attaquer ny de s'emparerd'aucune
autre Place des Païs-
Bas , mesme de nepouvoir faire la
guerre dans le plat Païs Eſpagnol
des Pais-Bas,fi les espagnols s'en
abſtiennent ; Sa Majesté ſe refervant
le pouvoir de porterfes Armes
dans les Païs du Roy Catholique ,
par tout ailleurs qu'ausdits Païs-
Bas , jusqu'à ce que l'espagne ait
rétably la Paix qu'elle a rompuë.
Quant à ce que VV. SS. atte
44
MERCURE
quent , que le terme marqué par le
Memoire du s . de ce mois , est trop
court mesme à leur égard , l'Ambaſſadeur
leur a répondu premiérement
, que la Ville de Luxembourg
, après avoir batu la Chamade
, & commencé à parlementer -
lev . de ce mois , ne s'estant pas rendue
le meſme iour , ſur les difficultezquiſeſontformées
dans la Capitulation
, le terme que Sa Maieſté
vous a donné , ſe trouvera alà
longé autant de tours que cette
Place aura tenu depuis le 1. de ce
mois ; ainsi VV. SS. auront eu onze
jours au moins à déliberer depuis la
préſentation du Mémoire.
En ſecond lieu , qu'il eſt de notorieté
publique , que VV. SS. peuvent
en douze jours ; & même en
dix iours , confulter les Frovinces,
&former une Reſolution dans les
Etats Generaux ; que dans les
Affaires
GALANT.
145
Affaires de cette consequence , on
a vû prendre des resolutions en
moins de temps que celuy de dix
iours , far tont quand c'est une Affaire
dont les Provincesfont informées
de longuemain , comme ciles
le font de celles dont il s'agit , puis
que la Propofition faite le s . de ce
mois n'estant pas nouvelle , il est à
présumer que Mesficurs les Deputer
aux Etats Generaux ,font instruits
desfentimens de leurs Provinces .
Ledit Ambassadeur est perfuadé
que ces raiſonsfont plus quefuffi-
Santes ; mais afin d'ôter tout prétexte
à ceux qui en prennent fur
Les moindres chofes , pour tâcher
d'éloigner toute forte d'accommodement
, il a aioûté cette Reponse à
Ses precedentes , quefes ordres àla
verité estoient précis , & que Sa
Maiesté luy avoit commandéde ne
donner que douze jours apres la
Juin 1684. G
146 MERCURE
Priſe de Luxembourg ; mais que
comme Sa Majesté n'avoit marqué
ce terme , que parce qu'Elle estoit
persuadée qu'il estoit suffisant pour
prendre une résolution dans les
Etats Generaux , &qu'elle ne l'a
voit pas déterminéfi court pour jet.
ter les Etats dans l'impoſſibilité de
pouvoir rendre une Réponſe dans
ledit temps , l'Ambassadeur ſe régleroit
felon la fincerité des intentions
du Roy fon Maistre , qui est
d'apporter toutes fortes de facilitez
, lors que VV. SS. agiront de
leur costé avec toute la fincerité ,
& avec toute la diligence qu'il leur
eft poffible.
C'est pourquoy comme il est contant
que la Province de Hollande,
& les autres Provinces les plus proches
, peuvent prendre leur refolution
dans le temps specifié par le
Mémoire du 5. de ce mois , fi la
GALANT .
147
Hollande & les autres Provinces
voisines ont refolu dans le terme
marqué d'accepter les offres de Sa
Majesté , si on en donne part à
l'Ambassadeur , & qu'on luy de
mandaſt un jour ou deux , fost pour
attendre la Réſolution des deux
Provinces les plus éloignées , foit
pour avoir le temps de former la
Résolution dans les Etats Genéraux,
il voudroit bien prendre fur luy de
figner le Traité un jour ou deux
plus tard qu'il ne luy est ordonné,
& il eſpere que Sa Majesté l'auroit
agreable mais si la Province de
Hollande , & les autres Provinces ,
qui peuvent avoir pris dans ledit
temps leurs résolutions, ne l'avoient
pas fait , alors il ne se dispenseroit
Pas de fes ordres à suivroit encore
en cela les intentions de S
Majesté, qui est auffiéloignée d'accorder
un delay , quand il ne fercit
G 2
148 MERCURE
que d'un jour , lors qu'Elle verroit
qu'on en abuseroit , qu'Elle auroit
d'indulgence pour en accorder , lors
que VV. SS. faisant ce qui est en
leur pouvoir , il n'y auroit que la
forme de leur Gouvernement , qui
empécheroit qu'on ne pust former
une Résolution genérale , qu'un jour
ou deux aprés l'écheance du terme..
Voila ce qui regarde le premier
point. Pour ce qui est du ſecond ,
les Deputez de VV. SS . ont témoigné
qu'ilssouhaitoient fort que la Paix
ou la Trévefuſt genérale.
L'Ambassadeurleur a demandé
s'ils entendoient par là qu'on fiſt un
Traité genéral , ou s'ils vouloient
qu'on traitaſt icy des conditions qui
doivent entrer dans le Traité de
Tréve que la France doit faire avec
l'Empire ; ils ont répondu qu'ils nele
pretendoient pas.
L'Ambassadeur a repliqué , que
GALANT. 149
VV. SS. ne souhaitoient donc autre
choſe, ſinon que Sa Majesté voulant
bien finir par une Paix , ou
par une Trève de vingt années , les
diférens qu'Elle a avec l'Espagne ,
Elle vouluſt bien terminer pareillement
par une Paix , ou par une
Tréve de vingt années , les démeflez
qu'Elle peut avoir avec quelques
Princes de l'Empire ; que ledit
Ambaſſadcur ne pouvoit mieux
faire connoistre combien Sa Majeſteſouhaitoit
fincerement de faire
la Paix genérale , & de donner une
Secondefois le repos à toute l'Europe,
qu'en declarant que Sa Majesté
Luy a permis de promettre en fon
nom , que du jour que le Traité
proposéſeraſigné à laHaye, Ene
donnera encore un mois à la Diette
de Ratisbonne , pour l'acceptation
de la Tréve , aux conditions qu' Elle
a cy-devant offertes , & qu'Elle
G
3
150 MERCURE
a reïterées depuis trois mois.
com-
Ledit Ambassadeur ne doute pas
que VV. SS. ne voyent par toutes les
facilitez que Sa Majesté apporte
à un bon Accommodement ,
bien Elle defire de bonne foy le retabliſſement
de la Paix , & qu'Elles
ne jugent bien aussi , quesi apres
que Sa Majesté a épuisé teus les
moyens poſſibles , VV. SS. n'en veulent
pas profiter , Elle ne s'arrestera
plus dorénavant à aucune confideration
, & en reglerafes Deman.
des &Ses Pretentions , que selon
lefuccès qu'ilplaira à Dieu de donner
à la justice de Ses Armes. Fait
à la Haye le 6. Juin 1684.
Signé, LE COMTE D'AVAUX.
L'Air nouveau que je vous
envoye , a eſté fait par un de
nos plus grands Maiſtres , ainſi
vous le chanterez avec plaifir.
The
BIBLIO
UD
DE
LA
VILLE
LYON
=
*
1893
*
I
5,
OS
la
e,
je
le;
oy
de
10
re
pas ſceu qu'un abcés qu'elle
G4
:
M
150
a veïterées
Ledit An
que VV. SS .
facilitez qu
à un bon A
bien Elle de
tabliſſement
les ne jugent
que Sa Maj
moyens possib
i
lent pas profi
plus dorénav
ration , & e
des &Ses P
leſuccès qu'i
ner à la justi
à laHaye le
Signé, L
L'Air no'
envoye , a
.... 1.
nos plus gra
vous le cha
planиг.
GALAN T.
1510
i
AIR NOUVEAU.
Voicy leretour du Printemps,
Tout rit dans nos Bois , dans nos
Champs ;
Les Bergers vont dançant fur la
verte Fougere,
Tandis ,belas, que je me deſseſpere,
Et ne puis reſiſter aux peincs que je
Sens.
O trop heureuse Tourterelle ,
Que ton bonheur est grandſous l'amoureuse
Loy !
Prens part àma douleur mortelle;
Hélas ! turn' as pras perdu comme moy
Ta Compagnefidelle.
Vous avez appris la mort de
Madame la Ducheſſe de Riche
lieu, mais vous n'avez peut eſtre
pas ſceu qu'un abcés qu'elle
G4
152 MERCURE
avoit dans la gorge , s'eſtant crevé,
elle en eſt morte preſque ſubitement.
Elle eſtoit de la Maiſon
de Fors- du Vigean , & fut
mariée en premieres Nôces à
Monfieur de Pont , Frere aîné
de feu Monfieur le Maréchal
d'Albret, & en ſecondes , à Monſieur
le Duc de Richelieu , Neveu
du Cardinal de ce nom.
Elle a toûjours eu beaucoup de
vertu , mais fans oftentation ,
& beaucoup d'efprit , ſans ſe
mettre en peine de le faire paroiſtre.
Elle ne rejettoit aucune
occafion de faire plaiſir , & n'a
jamais fait de mal à perſonne.
Son mérite la fit nommer pour
remplir le Poſte de Dame d'Honneur
de la Reyne , qu'occupoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Montaufier. Elle eut l'avantage
d'eſtre choiſie par un Roy , qui
GALANT.
153
1
د
joint aux plus grandes qualitez
un difcernement ſi juſte , qu'on
eſt toûjours aſſuré que ceux qu'il
choiſit ſont dignes des Emplois
qu'il leur confie. Quant ce Monarque
voulut mettre une Dame
d'Honneur auprés de Madame
la Dauphine , en qui cette Princeſſe
puſt avoir confiance , il luy
donna Madame de Richelieu
qu'il tira d'auprés de la Reyne.
Le mefme jour , Marie Loüiſe
Pot de Rhodes , Veuve de Meffire
François- Marie de Lhôpital,
Duc de Vitry , mourut d'une
apoplexie qui la mit deux jours
à l'agonie. Elle estoit Fille de
Claude de Rhodes , & de Henriette
de la Chattre , & Petite-
Fille du Maréchal de la Chaſtre
. Ces deux Maiſons font des
plus illuftres , & des plus anciennes
du Royaume. Tout le mon
G
154
MERCURE
de ſçait que la Cornete blanche,
& la Chargede Grand- Maître
des Cerémonies , ont eſté creées
parun de nos Roys dans la Mai-
Ion de Rhodes ; & ce qui eſt à
remarquer , c'eſt que la Charge
de Grand Maître des Cerémos
nies eſt encore aujourd'huy dans
cette Maiſon . Madame la Ducheffe
de Vitry entroit dans ſa
cinquante cinquième année. Elle
avoit l'eſprit brillant & vif,
beaucoup de connoiſſance dans
les belles Lettres , & entendoit
&parloit parfaitement la Langue
Italienne. Son Corpseften
dépoſt dans S. Eustache , en attendant
qu'on le porte dans le
Tombeau de Monfieur le Maréchal
de la Chaſtre.Pluſieursjours
avant ſa mort , elle demanda les
Sacremens,& les reçeut avecune
devotion , & un abandonnement
GALANT.
155
à la volonté de Dieu , qui faiſoit
fondre en larmes tous ceux qui
eſtoient dans ſa Chambre .
Il eſt mort icy quelques autres
Perſonnes de l'un & de l'autre
Sexe , dont voicy les noms.
Dame Catherine de Lattaignant
, Veuve de Meffire Pierre
Poncet , Comte d'Ablys. , Doyen
de Meſſieurs les Conſeillers
d'Etat.
Meffire Noël le Boults , Confeiller
de la Grand' Chambre . Il
avoit eſté reçeu Conſeiller en
Juin 1632. Ses Armes font , de
gueulles au Chevron d'or , au chef
pallé d'or & de gueulles de cinq
pieces. Monfieur Frezon , Doyen
de la Seconde des Enqueſtes, eſt
monté parcette mort à la Grand'
Chambre.
Meſſire Pierre de Carcavy, cydevant
Conſeiller au Parlement
G6
156 MERCURE
de Toulouſe , au Grand Conſeil,
& Garde de la Biblioteque du
Roy. Il porte d'azur à un Levrier
paſſant d'or , accompagné de trois
Etoilles de mesme , deux en chef,
uncen pointe.
Maſſire Eſtienne Cifternet,Seigneur
de Vinzelles , Préſident en
la Cour des Aydes d'Auvergne .
Il avoit épousé une Soeur de
Monfieur de Ribeyre , Conſeiller
d'Etat , Gendre de Monfieur le
Premier Préſident.
Dame Magdelaine Talon Elle
estoit Soeur de Monfieur l'Avocat
General Talon , l'un des plus..
grands Hommes de noſtre Sie
cle , de Madame Voiſin , Femme
du Confeiller d'Etat , & de
Madame la Préfidente Bignon ,
& avoit épousé- Meffire Jean-
François Joly , Seigneur de Fleury-
Merogio Conſeiller au Par
GALANT.
157
lement, Fils de Meſſire Jean Joly ,
Seigneur de Fleury , Conſeiller
au Parlement de Bretagne , &
en ſuite Conſeiller au Grand
Conſeil , & de Dame Charlote
de Bourlon , Soeur de Meffire
Charles de Bourlon , Evefque de
Soiffons . La Famille de Joly eſt
originaire de Bourgogne , où il
y a pluſieurs Branches qui y ſubſiſtent
au Parlement & en la
Chambre des Comptes. Fed
Meffire Georges Joly , Baron de
Blaiſy , ſecond Préſident au Mortier
de ce Parlement , Frere de
Madame la Premiere Préſidente
de la Berchere , a fait l'une de
ces Branches. On compte de
cette Famille Monfieur Joly , fi
eſtimé du Duc de Bourgogne ſon
Souverain , dont il eſtoit Confeiller
d'Etat. Madame de Fleury
eſt morte d'une fievre conti158
MERCURE
1
:
nuë, dans ſa quarantiéme année,
avec des marques d'une pieté
tres- édifiante , & une réſignation
entiere aux ordres de Dieu .
Sa Famille eſt pleine de Gens
d'un tres- grand mérite . Feu monſieur
ſon pere,Omer Talon, eſtoit
Avocat Genéral du parlement
de paris , & avoit cette Charge
fur la demiſſion de Monfieur Talon
Conſeiller d'Etat , ſon Frere
aîné . Son Ayeul eſtoit Monfieur
Talon celébre Avocat , l'ornement
du Barreau , qui avoit pris
Femme dans la Famille de
Choart , des mieux alliées de la
Robe . Madame ſa mere, quis'appelloit
Françoiſe Doujat , étoit
Sooeur de Monfieur Doujat , Confeiller
au parlement , & maître
des Comptes , & Fille de Denys
Doujat , Avocat General de la
Reyne Marie de medicis , & de
GALANT. 119
Madeleine de la Haye de Vantelay.
Ioly -de Fleury porte écartelé
au premier &dernier d'azur au Lys
d'argent, au Chef d'or , charge
d'une Croix pallée de fable ; au
Second & troiſième d'azur au Lyon
Leopardé d'or , armé & lampaſsé de
gueules. Talon porte d'azur au
Chevron d'or , accompagné de trois
Croiſſans chargez d'Epys de méme,
deux en Chef, & l'autre en Pointe .
Doujat porte d'azur au Griffon
couronnéd'or.
Toutes ces morts onteſte ſuivies
de celle de Meffire Loüys
Charreton , Seigneur de la Douze
, Préfident aux Requeſtes du
palais , & Doven du parlement ,
où il avoit eſté reçû Conſeiller
en lanvier 1626. le vous ay parlé
de luy & de ſa famille en huit
ou dix de mes Lettres . Monfieur
Godard du petit Marais , qui eft
160 MERCURE
Doyen de la Grand' Chambre ,
l'eſt devenu du parlement.
Vous avez vû naiſtre un diférent
entre les Aſtronomes , &
les Astrologues. En voicy la
fuite.
LETTRE APOLOGETIQUE
deMonfieur Crochat, Profeffeur
des Mathematiques à Paris
, contre Monfieur le Serrurier,
Aftrologue.
MONSIEUR,
4
Trois infignes Fauffetez , que je
remarque dans vostre pretenduë Re
ponſe du mois d'Avril , font affez
conno ſtre que vous ne vous laſſez
point d'estrele Partisan de ia mauvaisejoy
des Astro'ozus , qui vom
GALANT. 161
feront peu obligez de mettre en
compromis l'honneur imaginaire
qu'ils attachent à la recherche de
I Aftrologie Judiciaire .
en ce
La premiere de ces Fauſſctez
consiste que vous ne voulez
Pas reconnoistrepour un instant fixé
& determiné , celuy auquelle Soleil
entra l'année derniere au premier
degré du Belier ; la ſeconde,
en ce que vous m'imputez de ne reconnoiſtre
le Pôle ny pour un Point
Physique , ny pour un Foint Mathe
matique ; & la tro ſieme , en ce que
vous dites que mon aveu propre il
ne peut naistre personne foûs le
Pôle.
F'ay à vous dire ſur lapremiere,
que l'entrée du Soleil au premier degré
du Belier est tellement fixée&ب
determinée par les Astronomes ,
qu'elle peut fervir d'Epoque à tous
les instans qui luy font anterieurs
162 MERCURE
&pofterieurs . Outre qu'il m'est égal
qu'on puiſſe determiner ou non l'inſtant
de la naiſſance dont il s'agit ,
car fi on le determine , voſtre ſentiment
n'est pas legitime , &fi on
ne le determine pas , vous nesçauriez
dreffer la Figure que jevous
demande. Appoſui tibi ignem &
aquam ; ad quod volueris porrige.
Quand à laseconde , vous avez
mauvaiſe grace de dire que je ne
reconnois le Pôle ny pour un Foint
Phiſique , ny pour un Point Mathematique.
Si voſtre mauvaiſefoy
vous avoit permis d'entrer dansmes
veritables Sentimens, vous n'auriez
pas tenu ce langage , qui tourne en- .
core plus à ma gloire qu'à voſtre
confusion. Fay Seulement avancé,
que bien que le Pôle foit un Point
Mathematique ou Physique , il ne
S'enfuit pas qu'il ne puiſſe naistre
GALANT. 163
quelqu'un dans le Climat qui luy
répond. F'en ay déja apportéplufieurs
raisons , que je ne repetepas
icy ; je me contenteray d'en donner
une nouvelle , qui vous fermera
entièrement la bouche. N'est- il .
pas vray , Monsieur , que quelque
part qu'on naiſſe , on naiſt ſous le
Zenith qui est un Point Mathematique
, ou pour le moins Phiſique ?
Pourquoy donc foûtenir qu'il ne peut
naistre perfonne ſous le Pôle , puis
que c'eſt le Zenith mesme de ce
Climat ? Ce coup que vous nesçau.
riez gauchir , étourdirafans doute
toute vostre Cabale.
La troiſiémefauſſeté est unefuite
de la ſeconde. Je tombe d'accord
, dites- vous , qu'il ne peut
naistre perſonne ſous le Pôle ,j'ay
neanmoinsfoûtenu le contraire avec
beaucoup de justice & de chaleur,
ayant toûjours envisagé cette que164
MERCURE
ſtion comme celle qui nous partage
le plus. Mais je découvre voštre
Stratagéme ; c'est que vous avez
voalu vaincre par ſurpriſe ceux que
vous ne sçauriez vaincre par un
folide raisonnement. Vous voyezcependant
combien voſtre atteinte eft
vaine.
Ces trois Fauſſetez estant ainsi
connües &refutées , vous ne devez
plus differer de quiter des armes
dont la foibleſſene pourroit quevous
estrefatale.
Au reste
د comme vous exigez
de plus amples Réponſes que celles
que je vous ay faites , quoy qu'elles
Suffifent pour détruire tout ce que
vous avezpû avancer en faveur
de l' Aftrologie , je vous avertis que
je m'occupe à donner bien- toft au
Public un Traité qui ne contiendra
autre chose que mon Objection ,
expliquée dans touteson étenduë ,
GALAN T. 165
avec la refutation des Réponſes
qu'ony a faites , ou qu'on y fera.
Vous aurez beaucoup de part à la
confusion qu'en recevront les Aftro-
Logues , & on pourra dire avec juftice
, que vous estes la Victime
facrifiée pour lefalut de l'Astrologie.
Lefuis , &c .
CROCHAT .
Rien n'eſt plus à charge qu'une
Converſation pefante , & on eft
toûjours quitte à bon marché,
quand on s'en tire pour de l'argent.
C'eſt ce qu'a fait depuis
peu une Dame de bon gouft ,
&qui ayant le difcernement fort
délicat ſur toutes choſes , n'a pû
ſe contraindre à eſſuyer de fatigantes
viſites. Elle ſe les attira
par une occafion affez imprévûë.
Elle alloit ſeule prendre
l'air au Cours , & en y entrant
166 MERCURE
fon Cocher embaraſſa ſon Caroſſe
dans un autre , & eut le
malheur de le renverſer . Ce trebuchement
fit accourir tous
ceux qui le vîrent. Avant que
de travailler à relever le Carroſſe
, on en tira un Abbé , à
peu prés ſexagenaire. La colere
où il eſtoit éclata dans ſes regards
, & fon chagrin naturel
fortifié par celuy de l'âge , le
rendant mal propre à ſoûtenir
avec patience une pareille avanture
, il s'emporta contre ſon
Cocher , & bien plus encore
contre celuy de la Dameu Peu
s'en falut meſnie qu'il ne ques
rellaſt les Spectateurs inutiles. Il
les regardoit comme s'eſtant afſemblez
pour ſe divertir de ſon
embaras , & cela contribuoit à
augmenter ſa mauvaiſe humeur.
La Dame,aufli civile & honneſte
GALANT.
167
qu'il eſtoit mal-gracieux , def
cendit de ſon Carroſſe , pour luy
demander ſi le malheur de la
chûte eſtoit le ſeul accident dont
il ſe plaigniſt . Il luy répondit
d'une maniere aſſez rude , qu'il
ne ſentoit pas qu'il fuſt bleſſé ,
mais qu'il ſçavoit bien que ſes
Glaces estoient caffées . La Dame
ne voulant rien épargner de
ce qu'elle crût capable de l'adoucir
, gronda ſon Cocher fur
ſon peu d'adreſſe , & apprenant
qu'il falloit raccommoder quelque
choſe au Carroſſe de l'Abbé
, elle le pria de prendre une
place dans le ſien , ſe chargeant
du ſoinde le remener chez luy.
Il accepta le party , & fit quelques
tours avec la Dame , qui
pour luy faire oublier ſes Glaces
caffées , l'entretint de mille choſes
, d'un air enjoué qui ſuſpen168
MERCURE
1
dit ſon chagrin. L'agrément de
ſa Perſonne en donnoit beaucoup
à tout ce qu'elle diſoit.
Auſſi l'Abbé en fut-il touché.
Il commença à ſe montrer moins
fauvage ; & le plaiſir qu'il avoit
trouvé à l'entretenir à la promenade
, luy ayant paru trop
court , il alla la voir le lendemain.
La Dame le reçût obligeamment
, & pour l'indemnifer
de ſes Glaces , elle tâcha de
ne ſe point ennuyer pendant
deux heures que dura cette viſite.
Il ne manquoit pas d'eſprit ;
mais quoy qu'il ſe fuſt acquis
par là quelque réputation , ce
qu'il en avoit eſtoit un eſprit de
Livres , il ſçavoit beaucoup &
debitoit mal . Deux jours aprés ,
il réïtera ſa longue viſite , & il
alla meſme juſques à la prolonger
d'une troifiéme heure. La
Dame
GALAN T. 169
S
Dame trouvant ſes Glaces tres
ſuffiſamment payées par la complaiſance
qu'elle avoit euë d'écouter
deux fois ſes fades douceurs
, ne le vit pas plûtoſt ſorty
de chez elle , qu'elle donna ordre
à tous ſes Gens de le renvoyer
quand il reviendroit. Les choses.
ſe firent la premiere fois d'une
maniere qui ne luy donna aucun
ſoupçon. Il crût que la Dame
eſtoit fortie, & s'en retourna fans
autre chagrin que celuy de ne
pouvoir la voir ce jour- là. Il ne
fut pas ſi tranquille quelques
jours aprés. Un Laquais d'une
Livrée inconnuë , qu'il rencontra
d'abord à la Porte , luy dit
qu'il avoit laiſſe la Dame en fa
Chambre ; & lors qu'il fut aux
premiers degrez de l'Eſcalier, un
de ceux de la Maiſon vint l'arrefter
bruſquement , & foûtint
Juin 1684. H
170 MERCURE
toûjours qu'elle estoit en Ville.
Pendant qu'il s'obſtinoit pour
monter , ſur la premiere aſſurance
qu'il avoit reçûë , une Suivante
parut , & luy dit la meſme
choſe , mais ce fut d'un certain
air qui le convainquit qu'il y
avoitun ordre ſecret donné contre
luy.Il ſe retira tout fulminant;
& pour ſçavoir avec certitude
s'il eſtoit vray qu'on n'euſt pas
voulu le recevoir , il mit au guet
un de ſes Laquais , qui apres
avoir attendu une heure , vit
fortir la Dame , pour quelques
viſites qu'elle avoit à faire. Ce
fut alors que l'Abbé ne pût moderer
ſon reſſentiment. Il ſe repréſenta
mille fois combien ce
mépris eſtoit outrageant , venant
d'une Femme à qui il ſacrifioit ſes
Glaces. L'effort qu'il ſe faiſoit
pour cela luy paroiſſant digne
GALANT .
171
de toute autre récompenſe , il
réſolut de ne les pas perdre , &
fit donner dés le lendemain af
fignation à ſon Cocher , pour le
payement qu'il en prétendoit. Le
Cocher alarmé de cette Affignation
, alla prier ſa Maiſtreſſe
d'empeſcher l'Abbé de le pourſuivre.
Comme le Cocher avoit
fait la faute , c'eſtoit à luy de
payer les Glaces ; mais en meſme
temps il ne tenoit qu'à la
Dame de terminer le Procés , &
une viſite renduë à l'Abbé l'en
faiſoit venir à bout. Elle s'y ſeroit
réſoluë fans peine , ſi ce n'euſt
pas eſté s'expoſer à en recevoir
d'autres , dont il luy eſtoit impoſſible
de s'accommoder. Dans
cet embaras , voyant que le Procés
n'eſtoit intenté que parce
qu'elle ne vouloit plus eſtre viſible
pour celuy qui le faiſoit , le
H 2
172
MERCURE
ſeul party qu'elle vit à prendre ,
fut de dire à fon Cocher qu'il ſe
défendiſt comme il pourroit de
la pourſuite qui luy eſtoit faite ,
& qu'elle aimoit mieux payer les
Glaces pour luy , que de confentir
à recevoir l'Abbé . Elle fir
agir quelques - uns de ſes Amis
pour les intereſts de ſon Cocher,
qui paroiſſoit ſeul en Cauſe ; mais
l'Abbé eſtoit d'une Famille de
Robe , & cet avantage luy donnant
un fort grand poids auprès
de ſes Juges , on demanda inutilement
qu'on rabatiſt ſur le prix
des Glaces quelques morceaux
aſſez grands qui en eſtoient demeurez
, & dont on pouvoit fai.
re des Miroirs de Toilette , ſes
prétentions furent remplies , &
il obtint tout ce qu'il voulut.
Ainſi le Cocher fut condamné,
la Dame paya , & l'Abbé ne la
GALANT .
173
vit plus. Je ne puis vous dire ſi
le payement de fes Glaces l'en
confola , mais pour la Dame ,
ellea dit ſouvent depuis le Procés
jugé , qu'elle ſe ſeroit ſoûmiſe
à luy payer un Carroffe
entier , s'il n'y avoit eu que ce
ſeul moyen de ſe garantir de ſes
viſites.
Il faut vous parler des Evêchez.
Monfieur l'Eveſque de
Tarbes , qui avoit eſté nommé
à celuy de S. Omer , dont il a fait
les fonctions , comme Grand
Vicaire du Chapitre de cette
Eglife , à eu l'Archeveſché
d'Auch. Il eſt de la maiſon de
Suſe en Dauphiné , qui eſt une
des plus confiderables de cette
Province. Il eſt tres-fçavant , &
bien fait de ſa Perfonne. Quoy
qu'il ſemble qu'on doive moins
remarquer cette qualité dans un
H 3
174 MERCURE
Prélat , que dans un Homme
du Monde , elle ne luy eſt pas
neanmoins tout-à-fait inutile. Si
un Eveſque doit imprimer du
reſpect & de la venération par
ſon Caractere , il en imprime
encore davantage , quand la
bonne mine eſt jointe à la Dignité.
Celuy dont je vous parle
a ſervy le Roy dans les Etats , où
entrent les Eveſques de Saint
Omer , & toutes les Affaires qui
luy ont eſté commiſes , ont reüffi
au gré de Sa Majesté.
: Monfieur l'Eveſque d'Aler ,
nommé à l'Eveſché de S. Omer ,
eſtoit Monfieur l'Abbé de Valbelle
, Aumônier du Roy , qui
pour faire voir la paffion qu'il a
d'eſtre auprés de ce Monarque ,
a acheté de Monfieurd'Agde la
Charge de Maiſtre de l'Oratoire
de Sa Majefté. :
GALANT.
175
Monfieur Mellian , Eveſque de
Gap , a eſté fait Eveſque d'Alet.
Il eſt Fils de feuMonfieur Mellian
, Procureur General auParlement
, & a eſté Aumônier de
la Reyne Mere. L'Eveſché de
Gap a eſté donné à Monfieur
l'Abbé Hervé , Fils d'un Confeiller
de la Cour. Il mene une
vie tres- exemplaire , & eſt fort
utile à l'Eglife , à cauſe des progrés
qu'il fait tous les jours par
fes Controverſes.
Monfieur l'Abbé de Lufignan,
nommé à l'Eveſché de Rhodés,
eſt Fils de Monfieur de la Coſte
au Chas , autrefois Lieutenant
des Gardes du Corps , & Frere
de Monfieur le Marquis de Luſignan
, cy- devant ſous- Lieutenant
des Gendarmes Ecoſſois .
Monfieur l'Abbé de Chalucet,
Fils de feu Monfieur de Chalu-
H 4
176 MERCURE
cet , Lieutenant de Roy de Nanres
, & Beaufrerere de Monfieur
de Bavile , Intendant en Poiro
a eſté pourvû de l'Eveſche d
Toulon. Il eſt grand Naturaliſte
; & fans une ſurdité qui l'incommode
tres- fort , il euſt eſté
loin dans les Controverſes , dont
il ſe mefle en Poitou avecbeaucoup
defuccés.
Monfieur l'Abbé du Luc , Ne
veu de feu Monfieur de Fourbin,
& de feu Monfieur l'Evefque de
Toulon , a eſté nommé à l'Eveſché
de Marseille , quoy qu'il n'ait
guére plus de vingt- cinq ans.
Son mérite a fait paſſer pardefſus
ſon âge , pour l'élever à la
Dignité de l'Epiſcopat. Il eſt de
la Maiſon de Vintimille, l'une des
meilleures de Provence & d'Italie.
L'Eveſchéde Bazas a eſté don
GALAN T. 177
né à Monfieur l'Abbé de Gourgues
, Fils d'un Préſident au Morzierde
Bordeaux .
Monfieur l'Abbé Verjus , cydevant
Preſtre de l'Oratoire , a
eſté nommé à l'Eveſché deGrace.
Il eſt Frere du Pere Verjus,
Jéfuîte , Secretaire du Pere de la
Chaiſe , & de Monfieur Verjus,
Comte de Crecy, Plenipotentiaire
de France à Ratiſbonne.
Comme tout cet Article re
garde l'Egliſe , je ne puis mieux
le finirqu'en vous apprenant que
Monfieur Jary , Curé de S. Georges
de meſnil en Anjou , a reçû
depuis un mois la Profeſſion de
Foy de Mademoiselle Elifabeth
de Bourillon . Il accompagna la
Cerémonie d'une Exhortation.
tres- édifiante.
Je vous ay parléde la mort de
Madame la Ducheſſe de Riche-
Hs
178 MERCURE
lieu , mais je ne vous ay point de
par qui la Charge qu'elle poſſedoit
de Dame d'Honneur de
Madame la Dauphine , a eſté
remplie. Comme c'eſt un Poſte
qui ne doit eſtre occupé que par
des Perſonnes d'un mérite qui
foit reconnu genéralement , le
Roy jeta d'abord les yeux fur
une Damed'une ſi éminentevertu
, & d'un eſprit ſi ſolide , & fi
bien tourné , que toute la Cour
applaudit aux deſſeins de ce мо-
narque ; mais cette Dame ſe défendant
avec une modeſtie qui a
peu d'exemples , de l'honneur
que Sa Majeſté luy vouloit faire
en la nommant , fit connoiſtre
par là que ce Prince auroit fait
un tres bon choix. Monſeigneur
le Dauphin & madamela Dauphine
en parlerent à cette Dame
, qui fe montra encore plus
GALANT.
179
A
digne de cet honneur , en s'efforçant
de marquer qu'il eſtoit
trop grand pour elle. Quant on
peut ſe voir dans un haut rang,
& qu'on a aſſez d'empire fur
foy- meſme pour s'empeſcher d'y
monter , on s'éleve en s'abaifſant
; & n'accepter pas par un
principe ſi noble , c'eſt plus que
de poſſeder. Ainſi l'on peut dire
que cette Dame s'eſt miſe au
deſſus de la Dignité où elle a pû
parvenir , puis qu'on ne refuſe
les grands honneurs que par
grandeur d'ame , & qu'il entre
fort ſouvent de la foibleſſe dans
ce qui nous porte à les rechercher.
Ce n'est pas que l'ambition
ne puiſſe établir un beau
caractere; mais pour n'avoir rien
de condamnable , il faut qu'elle
ſoit accompagnée de beaucoup
de choſes qui ſe trouvent rare-
H 6
180 MERCURE
ment dans un coeur ambitieux.
Cependant , le Roy qui avoit
réſolu de remplir le Poſte de
Dame d'Honneur de Madame
la Dauphine , par une Perſonne
d'un mérite diftingué , & qui
connoiſt toutes celles que leur
vertu rend conſidérables, quand
même elles ne paroiſtroient pas
à la Cour , nomma Madame la
Ducheſſe d'Arpajon , qui estoit
fort éloignée de s'attendre à cet
honneur. Cela fait voir qu'il fuffit
de ſe rendre digne des plus
hautes Dignitez , pour y pouvoir
aſpirer , ſans qu'il ſoit beſoin de
fairede brigues pour les obtenir,
tant Sa Majesté ades lumieres.
perçantes , quand il s'offre occafion
de rendre juſtice au vray
mérite.Cette Ducheſſe eſt Soeur
de Monfieur le Marquis de Bevron.
Quoy qu'elle fuſt une des
GALANT. 181
plus belles Perſonnes du Royaume
, ( ce qui quelquefois donne
une fierté que l'on regle mal ) fa
conduite & ſa vertu l'ont toujours
fait admirer avant & pendant
ſon Mariage. Depuis qu'elle
a eſté veuve , elle a preſque
toûjours veſcu retirée à laCampagne
, & a continué de mériter:
une eſtime genérale. Mademoiſelle
d'Arpajon , ſa Fille , a eſté
nommée dans le meſme temps
premiere Fille d'Honneur de
Madame la Dauphine.
Je vous envoye un Livre nouveau
, que le Sieur Blageart debite
depuis peu de jours , & qu'il
yalong temps que vous fouhaitez.
C'eſt la Seconde Partie de l'Académie
Galante. Le Publica eſté
fi content de la premiere , que
l'Autheur n'a pû luy en refuſer
la ſuite. Vousy trouverez lemê
182 MERCURE
me caractere de bruſque enjoüe
ment , qui vous a tant divertie
dans le Chevalier de Pontignan,
lors qu'il aimoit Babet & ſes deux
Maiſtreſſes tout-à-la- fois. Mademoiſelle
de Mirac y raconte auſſi
ſes Avantures d'une maniere qui
répond affez à ce feu d'eſprit
Gaſcon , qui vous a déja prévenuë
en ſa faveur. Ce ſont tous
Portraits d'aprés nature , & il n'y
a point d'Originaux que l'on
ne recherche , quand on ſçait
qu'ils viennent d'une bonne
main.
Le meſme Libraire m'a fait
voir un autre Livre , qu'il doit
debiter dans ſept ou huit jours ,
&que je m'engage de vous envoyer
en ce temps- là. Voicy ce
que porte la premiere Page. Cava
Mustapha , dernier Grand Vizir.
Histoire contenant fon Elevation ,
GALANT. 183
fes Amours dans le Serrail , fes
divers Emplois , & le vray ſujet
qui luy a fait entreprendre le Voyage
de Hongrie , & le Siege de
Vienne. Sil'Hiſtoire vous attache,
vous verrez dans cet Ouvrage
beaucoup de choſes qui la concernent.
Si vous eſtes curieuſe
de ſçavoir ce qui ſe paſſedans le
dedans du Serrail , vous y lirez
diverſes intrigues qui vous l'aprendront
; & fi vous cherchez
des Galanteries , vous y en trouverez
, qui pour eſtre à la Turque
, n'ont rien qui ne ſe pratique
parmy les Amans les plus
délicats. Enfin je ſuis fort perfuadé
que ce ſera prendre ſoin
de vos plaiſirs , que vous envoyer
ce Livre . Il inſtruit , il divertit,&
la matiere en eſt ſi nouvelle
& fi peu connuë, qu'on n'y
voit aucune des repetitions qui
184 MERCURE
:
font dans les petites Hiſtoires
que l'on a fait ſuccéder à nos
longs Romans .
On m'envoye encore un Madrigal
ſur la Priſe de Luxembourg.
Je vous en fais part , ſans
vous en pouvoir nommer l'Aus
theur.
Amais l'intrépide Alexandre
Ny les Céfars , n'auroient ofe
prétendre
Depouvoir dompter ton orgueil ;
Tu prétendois eftre l'écueil
Desplus fiers Conquerans qui pouvoient
l'entreprendre ;
Mais un plus grand Héros teforce
de te rendre.
TesSuperbes Ramparts ſe trouvent
renverſez ,
Le Grand LOUIS les a forcez ;
Mais n'en murmure point , ta gloire:
estSansSeconde,
GALANT.
185
De te voir ſous les Loix du plus
grand Roy du Monde .
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles , en attendant l'explication
de celles dudernier mois,
que vous trouverez dans ma
XXVI. Lettre Extraordinaire ,
que je vous prépare pour le 15 .
de Juillet. La premiere de ces
Enigmes eſt de la Dame Solitaire
; & la ſeconde , de Roſelinde,
Nymphe enjoüée , autrefois de
l'Empire des Fleurs .
ENIGME.
Efuis ce qu'on aime le mieux
JPrefique
Terre,
en tous les lieux de la
Etſouventonsefait laguerre,
Pour m'avoir comme un bien &
rare & précieux ;
186 MERCURE
Mais quand on a fait ma conquešte
,
Celuy qui me poffede a le coeur fi
leger ,
Qu'àmapoſſeſſion jamais il ne s'arreste
,
Et ne megarde pas long- temps fans
me changer.
AUTRE ENIGME.
N'Ayez point peur de moy, je ne mords ny ne ruë.
Parma Mere je fûs conçûë
Au milieudes jeux &des ris,
Préfens doux deſes Favoris.
Admirezmes appas,j'ay la teste cor-
пиё ,
In minoir de Guenon ſur un grand
cou deGrue ,
Des aîles de Chauve- Souris ,
Qui fortent d'un dos de Tortuë,
GALANT. 187
Un estomach d'Auftruche , un ventre
de Cochon ,
Une peau d'Hériſſon
Honneftement pointuë ,
Des cuiſſes d'Ours , des jambes de
Griffon ,
Une queüc enfin de Dragon.
Ce n'est pas tout . Mon chant, ou ma
voix la plus nette ,
Est un cry de Choüette ;
F'ay l'oreille d'un fin Renard,
Le coulant d'un Serpent, le vol d'une
Alloüette ,
Et la marche d'une Belette ;
Et mon plus doux regard
Est celuy d'un fier Crocodille
Preſt à devorer Femme ou Fille.
Ainsi font joliment compoſez mes
dehors ,
Et mon ame est comme mon corps.
188 MERCURE
Voicy un Air d'une nouveau
té finguliere. Il eſt de l'illuſtre
Monfieur de Bacilly , qui en a
fait les Paroles , ainſi que de tous
les autres Airs de ſa compoſition.
AIR NOUVEAU.
Ut-il jamais Breuvage
,
Que le Chocolat ?
delicat,
Le Roffolis & le Muſcat ,
Et toute autre Liqueur luy doivent
rendre hommage.
Le Vin nousfait mal à la teſte ,
Le Chocolat nous en guérit ;
Il nousfait vivre,il nous nourrit,
Ilnous aiguife l'appétit .
QuelMédecin feroit fi besie,
Quel Médecinferoit fi fiat,
De condamner le Chocolat ?
Nargue du Thé,
2
10
Fut decat que le Chocola
le Murommage le vin no
9
testevireilnousnourit ilnous ai
medet sifat de condanner le a
gue dit viuat viuat vi'uat le
(
1
t le
ofon
JUES
hoco
Cho
GALANT. 189
Fy du Café,
Vivat , vivat
Le Chocolat.
Je ne vous dis point ce que
vous ſçavez il y a long-temps ,
que dans toutes fortes d'Airs
Monfieur de Bacilly réüffit également.
C'eſt ce qui a obligé
deux grands Hommes à faire
un mot tout exprés pour exprimer
ce qu'ils penſent d'un Génie
ſi univerſel. Ils diſent que de
toute la Muſique, luy ſeul n'eſt
point maniere , au lieu que l'on
reconnoiſt la maniere de compoſer
des autres Autheurs , dans
chacun des Airs qu'ils mettent
au jour. Le grand nombre qu'il
en a donnez de ſa façon , remplit
dix Volumes , qu'on vend
au Palais chez les Sieurs de Luyne
, & Blageart. Il a le don d'a-
८
190 MERCURE
juſter les Airs , même ceux d'autruy
, & d'y donner un tour
agreable conformement au ſens
des paroles , qu'il poſſede touverainement
, comme on peut
le voir par ſon Livre de l'Art
de chanter , ſi vanté de tout le
monde. Cette verité ſe connoiſt
mieux que jamais , depuis
la mort de Monfieur de
Niert , ſi renommé pour l'execution
& les ornemens du
Chant. On ſçavoit le commerce
qu'ils avoient enſemble
depuis trente années , & l'on
attribuoit à Monfieur de Niert
tout ce qui eſtoit de Monfieur
de Bacilly . Cependant on voit
bien par ce qu'il fait à préſent,
qu'il n'emprunte de perſonne ,
& quelques petits Airs d'Amadis
, & autres du temps , qu'il
a ornez , en ſont une preuve:
GALANT. 191
Quoy qu'un talent ſi peu ordinaire
pour tout ce qui regarde
l'Art de chanter , ſoit connu
de la plupart des Gens éclairez ,
ſes Envieux qui luy veulent nuire
, n'ont pas laiſſe de faire courir
le bruit qu'il n'enſeigne plus,
& ils l'ont fi bien perfuadé ,
qu'on ne s'endétrompe qu'avec
peine. Il eſt pourtant vray qu'il
eſt plus capabled'enſeigner, qu'il
ne l'a encore eſté , & qu'un
long uſage luy a donné de ſi
grandes & de ſi vives lumieres,
qu'en fort peu de temps il rend
une voix capable de tout ce qui
ſe pratique dans le Chant. II
n'eſt point borné à ſes Ouvrages
, comme beaucoup d'autres,
& enſeigne indiféremment tout
ce qu'il y a de nouveau .
Ce n'eſt pas toûjours par le
ſuccés que l'on doit juger du
192 MERCURE
courage des Soldats , & de la
parfaite intelligence des Genéraux
d'Armée dans le Métier de
la Guerre. La grande réſiſtance
de ceux qui ſe défendent avec
vigueur , augmente quelquefois
la gloire des Braves qui ataquent
avec intrépidité ; & quand à la
fin du Combat chacun demeure
dans ſes meſmes avantages , aucun
des Partis n'a droit de ſe
donner la Victoire . L'un s'est défendu
, l'autre n'a pas pris ; &
comme ce n'eſt pas perdre , que
de ne point gagner , on ne ſcauroit
dire que celuy qui n'a rien
pris ait perdu . Vous jugez bien
que je veux parler de l'Affaire
de Gironne. Quoy qu'elle n'ait
pas eſte ſuivie de tout l'avantage
que les François font aujour-
*d'huy en poffeffion de remporter
de quelque coſté qu'ils tournent
leurs
GALANT. 193
S
Icurs Armes , ſi l'on examine
beaucoup de circonſtances de
cette Action, on trouvera qu'elle
égale en vigueur tout ce qu'on a
jamais oüy dire des Actions les
plus éclatantes, & les plus échaufées
. On ouvrit la Tranchée devant
Gironne le 20. de May. Le
Canon commença à batre la Place
dés le mefme jour. Le 23. il
y avoit fait deux Bréches. Le 24 .
on prit une Demy lune & un
Baftion , & l'on fit Priſonniers ,
ou l'on tua , tout ce qui eſtoit
dedans , parce qu'il n'y avoir
point de communication de ces
Ouvrages à la Place. Le même
jour 24. on donna l'aſſaut. Ceux
qui estoient commandez devoient
partir au cinquième coup
de Canon. Il eut à peine tiré ,
que les Soldats volérent à la Bréche
, ſans qu'il fuſt poſſible de les
Juin 1684 . I
194
MERCURE
:
1
faire marcher en ordre de Bataille.
Ces Lions ne furent point arreſtez
par un Foſſé , qu'ils franchirent
, ayant de l'eau juſqu'à
la ceinture. Ils gagnérent la Bréche
, & furent enſuite obligez de
ſauter pardeſſus un autre Foſſé
plein d'eau, mais plus étroit .Cela
eſtant fait , ils rencontrérent une
eſpece de Marais , avec un Ruiffeau
, l'un & l'autre tout remply
de planches dans les endroits où
la neceſſité du Paſſage y faiſoit
courir , comme à des choſes que
le hazard avoit heureuſement
fait trouver. Le grand nombre
& l'empreſſement de ceux qui
vouloient paſſer en meſme temps
ſur ces planches , furent cauſe
que l'on ſe jeta deſſus , ſans examiner
qu'elles eſtoient garnies
de pointes de fer , avec des manieres
d'aiguilles , dont quantité
GALANT.
195
percerent de part en part les
pieds de ceux à qui la premiere
ardeur ne laiſſa rien ſoupçonner.
Les Ennemis avoient outre cela
des Retranchemens à droit & à
gauche , & en face de ceux qui
avoient gagné le haut de laBréche
, d'où ils faiſoient grand feu.
Cependant , nos Troupes forcerent
tous ces obſtacles , & allérent
juſqu'au milieu de la Ville.
Lors qu'elles eurent gagné la
Place publique , elles y trouverent
un Peuple armé , ſoûtenu
de pluſieurs Eſcadrons de Cavalerie.
Ce fut là où il falut que la
valeur cedaſt à la force. Il eſt à
croire que de la maniere dont
nos François s'étoient batus , le
nombre n'auroit ſervy qu'à leur
donner plus de gloire , s'ils n'avoient
point eſté affoiblis & fatiguez
par pluſieurs Actions do
196 MERCURE
!
vigueur , qu'ils venoient de faire
tout d'une haleine.Cela fut cauſe
que n'ayant pû exécuter l'ordre
qu'ils avoient reçû , ils tombérent
dans une confufion quiempeſcha
de faire les Logemens &
les Retranchemens neceſſaires
pour s'y maintenir. Ainſi ils furent
contraints de ſe retirer,apres
avoir combatu avec une vigueur
que l'on ne peut exprimer , depuis
huit heures du ſoir juſques
à prés de minuit. Il eſt impoſſible
que les Ennemis n'ayent pas perdu
autant de monde que nous en
cette occafion . C'eſt un fait conſtant
, qu'on leur a tué on fait
Priſonnier tout ce qui estoit dans
la Demy lune & dans le Baſtion
dont on ſe rendit maiſtre avant
que de monter à la Breche , &
qu'on en tua beaucoup ſur la Bréche
meſme , puis que l'on n'en
GALAN T. 197
peut chaſſer des Gens qui la défendent
vigoureuſement , ſans
qu'il y en ait quantité qui demeurent
ſur la Place. On ſe retira
en bon ordre , & l'on monta
à la Tranchée cette meſme nuit.
On a enſuite conſumé les Fourages
, on a fait retirer le Canon,
&l'on s'eſt promené dans le Païs
Ennemy. Il eſt fâcheux de lever
un Siege , quand on a perdu
pluſieurs moisdevant une Place;
mais quand on n'y a demeuré
quequatre ou cinq jours , ce qui
s'y eſt fait ne doit eſtre regardé
que comme un Affaut donné à
quelque Chaſteau , qu'on auroit
voulu prendre d'emblée , & non
pas comme une Affaire imporrante
. Les Eſpagnols , qui n'ont
pas accoutumé de remporter le
moindre avantage contre les Armes
du Roy , peuvent ſe vanter
Is
198 MERCURE
!
i
de ce Siege abandonné. Ils ont
raiſon. Ils font ſi ſouvent de grandes
pertes , que c'eſt triompher
pour eux , que de ſauver des Places
qui ſont en leur poſſeſſion.
Cependant , il leur faudra des
années pour remettre fur pied
des Compagnies , pour le rétabliſſement
deſquelles il ne faudroit
que quelques jours aux Fra
çois. On a remarqué que Gironne
a ſoûtenu vingt- trois Sieges ,
ſans que les Attaquans ayent jamais
entré ſi avant dans la Ville ,
& que toute la Catalogne a eſté
priſe , ſans qu'on ait pû prendre
cette Place.
Pour continuer de répondre
aux Lardons , le premier du 25 .
de May , où j'en ſuis demeuré,dit
en propres termes, On tuë bien des
Gens devant Luxembourg , & il
faut tout effuyer, parce que l'or ne
7
GALANT.. 199
peutfaire de bréche dans le coeur du
Gouverneur. Depuis que cet Autheur
travaille , on n'a point
affiegé de Places , qu'il n'ait dit
vingtfois la meſme choſe. Il ſemble
par ce diſcours , que beaucoup
de Gouverneurs en ayent
- déja livré àla France ; cependant
il n'a encore pû en nommer au
cun , qui ſe ſoit laiſſe corrompre,
ny meſme à qui l'on ait fait des
offres . Les Gouverneurs qu'on
auroit tentez n'auroient pas
manqué de faire valoir par là leur
fidelité auprés de leurs Maiſtres,
Si l'on n'a pû faire de Bréche
dans le coeur du Gouverneur de
Luxembourg , c'eſt une marque
qu'on a voulu le gagner.Peut- on
avancer rien de plus ridicule, &
qui ſoit moins vray- ſemblable ?
Un auſſi grand Seigneur qu'eſt
le Prince de Chimay , & par ſa
,
14
200 MERCURE
naiſſance & par ſes grands biens ,
eſtoit- il un Homme à qui l'on
puſt offrir de l'argent , pour l'engager
à trahir for Roy & fon
honneur , & pouvoit - on avoir
ſeulement cette pensée ? Il eſt à
croire qu'il en auroit plûtoſt luymeſme
donné beaucoup , pour
avoir la gloire de conſerver Luxembourg
, s'il n'euſt pas vû
qu'il s'en fuſt flaté inutilement.
Ce Critique pouſſe les choſes
plus loin , & perdant le reſpect
pour des Souverains que je ne
Domme pas , illes taxe fur des
on dit ; ce qu'on ne doit jamais
faire fur les témoignages les plus
affurez . Mais toutes les fois qu'il
cherche à répandre ſon venin , il
employe on dit , & croit enfuite
avoir droit de raiſonner à perte
de vûë ; mais qui ſe cache ,&
écrit ſans nom, fait connoiſtre
affez qu'il craint qu'on nelepuGALANT.
201
niſſe , & c'eſt ce qu'on ne craint
point quand on n'a rien à ſe reprocher.
Le meſme Autheur a
la hardieſſe de nier ce queMonfieur
l'Electeur de Baviere écrivitau
commencement de la Campagne
touchant les deſſeins du
Roy , que ce Prince s'engagea
de ne point troubler. Ces Ecrivains
croyent les Peuples bien
ſimples , puis qu'ils prétendent
leur cacher la verité, en niantdes
faits publics . Il ne faut point
d'autre repõle à cet Article, ſinon
queles Troupesde Monfieur l'Electeur
de Baviere ne ſont pas
venuës fur le Rhin , ſuivant
l'aſſurance qu'il avoit donnée
qu'elles n'y viendroient pas,
puis qu'il trouvoit les Propofitions
du Roy juſtes . Un autre
Lardon de meſme date , en faifant
connoiſtre que l'Eſpagne
IS
202 MERCURE
& la Hollande ne peuvent faire
conſentir le Roy d'Angleterre
à ce qu'elles ſouhaitent de
luy, fait voir la prudence de ce
Monarque , qui a toûjours eu
autant de fermeté pour la Paix,
que le Prince d'Orange a eu
d'obſtination pour la Guerre.
Cette obſtination couſte Luxembourg
aux Eſpagnols , puis qu'ils
auroient pû donner au Roy un
Equivalent moins confiderable.
Le troisième Lardon nie encore
ce que la conduite de Monfieur
de Baviere a juſtifié , & il eſt
pleindes leçons qu'il s'ingerede
donner aux Souverains , Amis
de la Paix , ou qui ne ſe mettent
en état de faire la guerre ,
que dans le deſſein de procurer
cette Paix ; mais par malheur
aucun de ces Souverains ne veut
profiter des leçons de ce CritiGALANT.
203
que. On ne voit encore que des
repetitions dans les Lardons des
derniers joursde May. On y fait
grand bruit pour la dix ou douziéme
fois , des Troupes de Baviere
& de Franconie , qui doivent
venir ſur le Rhin. Il faut
toûjours ſe liguer , & mettre
l'Europe en feu , parce que le
Roy ne tiendra pas ce qu'il a
promis , & fera des Conqueſtes
audelà de la Barriere. C'eſt faire
mal à propos injure à un Prince,
qui pour garder ſa parole
donné les meilleures de ſes Places
, afin de faire rendre des
Royaumes entiers. On ne doit
point allumer une dangereuſe
Guerre pour un ſoupçon mal
fondé , ny vouloir perfuader au
deſavantage du Roy , qu'il manquera
de parole , avant qu'il ſe
foit ſeulement mis en état d'en
د
a
16
204
MERCURE
manquer , ny qu'il y ait meſme
apparence qu'il s'y mette , dans
la fituation où ſont les Affaires.
Ces Lardons ſont pleins de
contradictions , preſque dans les
meſmes lignes. Dans le meſme
temps qu'ils continüent de publier
que le Roy en veut à laMonarchie
univerſelle , ils diſent
que ce Monarque a des raiſons
pour ne porter ſes Armes ny du
coſté de Fontarabie , ny en Italie
, ny en d'autres lieux. Comment
cela s'accorde-t-il avec le
deffein de la Monarchie univerfelle
? La Monarchie univerſelle
eſt tout , & cependant on veut
qu'il y aſpire , & qu'il n'ait que
la Flandre pour but. C'eſt donc
à dire que le peu de Païs que les
Eſpagnols ont encore en Flandre
, doit tenir lieu de la Monarchie
univerſelle à celuy qui s'en
GALANT. 205
rendra maître ? Il y auroit làdeſſus
de grands raiſonnemens
à faire , fi on vouloit y perdre
du temps. On lit encore dans un
de ces Lardons du 30. May les
paroles qui ſuivent. De toutes les
Cours de l'Europe , il n'y a qu'une
Cour qui ne jalouze point la grandeurde
Sa Majesté Tres- Chrétienne.
C'eſt demeurer d'accord en
deux mots , que ce n'eſt nyavec
raiſon ny avec juſtice qu'on veut
faire la guerre au Roy , mais feulement
par jalouſie. Il pourſuit
ainſi . Ily va de l'intereſt de la Hollande
, quefes Frontieres demeurent
entre les mains d'un foible Souve
rain. Après cela,on ne doit point
vanter les ſecours que le Prince
d'Orange veut que l'on donne
àl'Eſpagne , comme une action
toute genéreuſe , & digne d'admiration
. On veut ſecourir l'Ef206
MERCURE
pagne par raiſon d'Etat , à cauſe
de ſa foibleſſe , & du peu de
crainte que l'on peut avoir d'un
foible Voiſin . On veut attaquer
la France , parce qu'ayant de
tres grandes Forces , elle peut
tout conquérir. Voila ſon crime,
& ce qui engage à fermer les
yeux ſur la juſtice de ſes prétentions.
Jamais les Lardons ne furent
ſi remplis de contrarietez ,
que ceux du 1. de Juin. La diſpofition
à la Tréve avec la Hollande,
demonte ceux qui les font. Ils
ſont Hollandois , François , Eſpagnols
, & ne ſçavent quel Party
prendre. On y lit d'abord , que
les Hollandois ont raiſon de retirer
leurs Troupes des Païs-Bas,
pour les conferver , ce qui ne ſe
peut que par ce moyen. Cela eſt
fi vray, que je n'ay aucune réplique
à y faire. Ils ne laiſſent pas
GALAN T. 207
d'aſſurer toûjours , que l'Eſpagne
ne cédera rien à la France. Il eſt
bien aife à l'Eſpagne , de montrer
ſa fermeté pour la continuationd'une
Guerre où elle ne contribuë
ny d'argent ny d'Hommes.
Ils diſent , ſans chercher de
détour pour enveloper un ſentiment
fi odieux & fi criminel,que
l'Empereur ne devroit pas pourfuivre
les Turcs , afin d'attaquer
la France , c'eſt à dire, que l'Empire
devroit expoſer toute la
Chrêtienté , pour ſatisfaire le
Prince d'Orange , qui ne peur
joüir d'une ombre de Souveraineté,
que pendantla Guerre.Ces
Lardons continuent en blamant
les Hollandois meſmes,puis qu'ils
diſent que l'Eſpagne eſt mal ſecouruë
de ſes Alliez. Il n'en faut
pas davantage pour faire voir
que ces Autheurs font dépen
208 MERCURE
コ
t
dans du Prince d'Orange , puis
qu'ils blâment ceux de leur République
, dont l'inclination eſt
portée à la Paix ; mais l'Eſpagne
a voulu en cette occaſion prendre
la Hollande pour dupe puis
que cette Eſpagne ſi puiſſante &
fi fiere , & qui a tant de Terres
dans le vieux & dans le nouveau
monde , n'a pas voulu faire plus
d'effort en Flandre , qu'en auroit
pû faire un petit Souverain, dont
le Païs n'auroit que quinze ou
vingt lieuës d'étenduë. Elle a
ſeulement declaré la Guerre , afin
d'y embarquer les Hollandois, &
avoulu enſuitequ'ils defendiffent
ſeuls la Flandre , comme ſi l'Affaire
n'avoit regardé qu'eux. Son
but étoit d'affoiblir la Hollande,
par une Guerre qui auroit dû
confumer ſes Forces , afin de ne
ſe point voir enfermée, entre
GALANT. 209
deux puiſſans Voiſins , & de tirer
peut- eſtre un jour avantage contre
elle de ſa foibleſſe , lors qu'en .
la défendant , elle ſe ſeroit épuiſée
d'Hommes & d'argent. Le
reſte de ces Lardons , eſt remply
de raiſonnemens que le temps, a
faitreconnoiſtre faux , parce que
ces Critiques raiſonnent ſur les
mouvemens qu'ils voyent faire ,
&que les Souverains ne doivent
en faire aucun , qui ne les mene
àdes choſes toutes oppoſées à
celles qui paroiſſent aux yeux
du Public. Le Lardon du s . eſt
plein d'Articles qui ne méritent
pas de réponſe ; comme lors que
l'Autheur dit qu'il a avis que
Luxembourg tiendra encore
quinze jours , & que le Prince
d'Orange part pour le ſecourir.
La Capitulation eſt ſignée le 4.
on avoit batu la Chamade dés le
210 MERCURE
premier , & cet Autheur dit le 5 .
que la Place tiendra encore
quinze jours. Jugez par la faufſeté
d'une pareille Nouvelle , de
la foy qu'on doit ajoûter à tout
ce qu'il debite. le ſçay bien que
l'Article qu'il a ſouvent repeté ,
de la Paix d'Alger que nous
avons achetée , a ſi peu de vrayſemblance
, que perſonne ne balancera
àle trouverridicule.Ainfi
j'ay negligé toûjours d'y répondre
,&je n'en parle aujourd'huy
que pour dire , que ſi nous euffions
eſté en ſi parfaite intelligence
avec les Algériens ,Monfieur
Foran qui commande l'Indien
, ne leur auroit pas pris dans
le temps que l'on conclut cette
Paix , un Vaiſſeau de 24. Pieces
de Canon , qu'il defagrea , &
brûla enſuite. On voit dans un
Lardon du 6. que l'envoyé d'Ef
GALANT. 211
pagne preſente à la Haye un mé.
moire , par lequel il marque qu'il
eſt bien averty que Luxembourg
tiendra encore long- temps ; que le
Roy Son Maistre ne conſentira point
à la ceſſion de cette Place , & qu'il
vient un Secours d'Allemagne. Cela
ne merite aucune réponſe. Il
parle enſuite d'un Mémoire préſenté
par Monfieur d'Avaux, depuis
la Priſe de Luxembourg ,
dans lequel il eſt marqué que Sa
Majesté Tres - Chrêtienne donne
encore douze jours aux Etats ,
pour déliberer ſur la Paix ou fur
la Tréve. Je ne vous explique
point le contenu de ce Mémoire ,
puis que vous avez dû le lire
dans cette meſme Lettre. Le premier
Lardon du 8. de ce mois ,
eſt remply de pluſieurs Articles
qui ne regardent point la France ,
& auſquels par conséquent je ne
212 MERCURE
১
repons point. Le meſme Lardon
du 8. ( remarquez la date ) parle
d'un nouveau Mémoire , par lequel
l'Ambaſſadeur d'Eſpagne
continuë à dire , que Luxembourg
est encore en état d'attendre longtemps
dufecours. La Capitulation
de Luxembourg eſtant ſignée
dés le 4. c'eſt vouloir que les
Hollandois ne ſcachent rien de
ce qui ſe paſſe. On voit dans un
autre de la meſme date , des raifonnemens
fur le dernier Memoi
re preſenté par Me d'Avaux . Ces
raiſonnemens venoient du Party
qui ne veut point la Paix. Je vous
ay donné dans cette Lettre la
Réponſe que Monfieur d'Avaux
y a faite . On y parle encore d'un
Echange des Païs- Bas , pour lefquels
le Roy donnera generalement
toutes les Clefs qui luy ouvrent
les Portes de tous coſtez
GALANT. 213
dans les Etats de ſes Voiſins. Je
ne croy pas qu'il ſoit à propos de
repondre aux viſions d'un Homme
qui s'embaraſſe des choſes
futures , & ont les raiſonnemens
fur l'avenir ſont ſi peu vrayſemblables,
qu'ils ſe détruiſent d'euxmeſmes
. Le troiſième Lardon du
meſme jour dit , que le Roy est
mille fois plus heureux dans ſes Negotiations,
que parses Armes. Peuton
rien dire qui ſoit plus à contretemps
, apres la Priſe de Lu
xembourg , qui ſelon ce que le
meſme Autheur a dit huit ou dix
fois , devoit tenir autant que
Vienne ? Si le Roy a pris une Place
qui estoit capable de refiſter ſi
long-temps , on ne peut pas dire
que ceMonarque ne ſoit pas heureux
par ſes Armes ; & c'eſt , dans
lemême temps qu'on poſe en fait
une choſe , donner un exemple
quila detruit.
214 MERCURE
Le meſme continuë en con"
damnant tous les Souverains de
l'Europe , qui ne ſe ſont pas unis
pour s'oppoſer à la grandeur de la
France , & tâche d'inſinuer qu'on
ne devroit pas moins ſe liguer
contre le Roy , que contre l'Ennemy
du Nom Chrétien ; cependant
la diference du procedé de
l'un& de l'autre eſt bien grande.
L'Empereur a offert la Paix au
Grand Seigneur avec des avantages
tres - confiderable , que ce
Monarque Turc ne voulut pas
accepter avant la Campagne de
Vienne,& le Roy dés ce temps- là
offrit la paix ou la Tréve , que
les intereſts de quelques princes
particuliers empêcherent
d'accepter. Ainſi , dans le temps
que le Turc vouloit la Guerre ,
& qu'il prétendoit accabler la
Chrétienté par ſes nombreuſes
ریت
GALANT. 215
Armées , le Roy offroit la Paix ,
afin qu'on ſe miſt plus en état de
luy réſiſter. Cet Autheur pourfuit
par de grandes remontrances
aux Peuples. Il y fait paroiſtre
la rage & le deſeſpoir , &
dit que la Priſe de Luxembourg
rompt la Barriere. Cependant il
eſt conſtant que Luxembourg
n'entre point dans la Barriere ,
que les Hollandois ont ſuplié le
Roy de ne point paſſer. Auſſi les
Hollandois ne ſongent point à
s'en plaindre , & fi cet Autheur
Satirique n'écrivoit pas pour des
Particuliers , il ne ſe plaindroit
point luy- meſme d'une choſe
dont ſes Maiſtres ne diſent rien.
Dieu, dit- il en continuant ,fefert
des François pour punir les Espa
gnols. S'il dit vray , les François
n'ont pas tort. Le bras dontDieu
ſe fert pour punir, frape toûjours
juſtement.
216 MERCURE
Le Lardon du 12.trouve étrange
que le Roydemande aux Hollandois
de ne ſecourir l'Eſpagne
ny directement ny indirectement.
Je ne croy pas qu'on ait
jamais rien imaginé de fi éloigné
du ſens commun , puis qu'il
n'eſt pas poſſible que les Hollandois
foient en meſme temps
en Guerre & en Paix avec le
Roy qu'ils fignent un Traité ,
& qu'ils entretiennent des Armées
à ſes Ennemis. LeRoy , difent-
ils pour donner quelque
couleur à une groſſfiéreté ſi manifeſte
, accufera les Hollandois
d'avoir aſſiſté les Espagnols , pour
avoin yn prétexte de leur déclarer
La Guerre. Si c'eſtoit le deſſein
de ceMonarque , il n'auroit que
faire de chercher tous ces détours
pour parvenir à ſon but.
Il eſt tout armé , il a ſoixante
mille
GALANT. 217
mille Hommes en Flandre , qui
n'ont point d'occupation ; les
Imperiaux ſont dans le fond de
la Hongrie , & il pourroit faire
la guerre aux Hollandois , ſans
differer à un autre temps.
Il a paru un ſeul Lardon du
13. qui ne contient que les éclairciſſemens
qu'on avoit demandez
àMonfieur d'Avaux , ſur le mémoire
qu'il avoit préſenté aux
Etats aprés la Priſe de Luxembourg
; & comme ce ſecond
Mémoire en éclairciſſement eſt
déja dans ma Lettre , il ne me
reſte rien à vous dire ſur cet
Article. Le meſme fait connoiſtre
ſur la fin , que les Hollandois
commencent à s'apercevoir
que les Eſpagnols les joüent , en
s'obſtinant à dire qu'ils ne conſentiront
point à la ceffion de
Luxembourg , puis qu'on ne doit
Juin 1684. K
218 MERCURE
pas prétendre que Sa Majeſté ſe
puiſſe réſoudre à rendre une Place
qu'aucune Puiſſance ne luy
ſçauroit arracher.
Un autre Lardon du 15. dit
que ſi le Roy veut montrer qu'il
n'aſpire pas à la Monarchie univerſelle
, il faut qu'il faſſe raſer
Luxembourg , & qu'on ne doute
point qu'il ne le faſſe en faveur
de la Paix. Cela eſt ſi fort contraire
à tout ceque ces Autheurs
Satyriques ont employé dans
tous leurs ouvrages , qu'on voit
bien qu'ils ne diſent pas ce qu'ils
penſent , ou qu'ils n'ont jamais
penſé ce qu'ils ont dit. On voit
dans lemeſme la grande & loüable
fermeté d'Amſterdamqui fait
une grande Députation pour
avoir la Paix Une autre Feüille de
la meſme date dit que Luxembourga
eſté pris ſans raiſon ; &
GALANT. 219
f'on n'y voit rien qui juftifie ce
qui eſt ainſi avancé. Il n'eſt plus
queſtion , ny de Droits du Roy ,
ny d'Equivalens , pour rendre la
Priſe de Luxembourg legitime.
Sa Majesté s'eſt ſervie d'un nouveau
Droit , qui ne luy a jamais
eſté conteſté. C'eſt le Droit de
retour dans une Guerre déclarée.
Ainſi ce que ce Monarque a
-pris , luy appartient. C'eſt une
choſe à laquelle aucun Juriſconſulte
ne peut répliquer. Le meſme
s'étend ſur l'Affaire de Génes,&
dit que la France a corrompu les
Canonniers , & les principaux de
la République. Quelle preuve
a-t'on de cela ? Quel autre en
parle ? Qui eſt celuy qui s'en
plaint ? S'il eſtoit vray que la
France euſt gagné tous ceux que
les Lardons veulent qu'elle ait
1.
K2
220 MERCURE
corrompuë elle devroit déja avoir
étendu ſon empire ſur toute la
terre. On bat beaucoup de Païs
dans le meſme Article , touchant
le veritable état de Génes apres,
l'effet de nos Bombes ; & l'on ne
ſçait ſi l'on a ruiné un grand nom
brede Maiſons , ou abatu ſeulement
des Cheminées ."
Le dernier du 15. ne parleque
des Mémoires de l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne , dont je vous ay déja
entretenuë , & de l'Affaire de
Gironne, où l'on veut que Monſieur
de Bellefons ait perdu ſon
Bagage & fon Artillerie. Comment
cela feroit- il , puis que les
Eſpagnols n'avoient point d'Armée
en Campagne?A-t'on jamais
oüy dire qu'il fuſt poſſible que
des Affiégez qui repouſſent des
Afſſiégeans dans un Alſſaut, vinſs
GALAN T. 221
ſent dans un Camp prendre les
Equipages & le Canon d'une
Armée ! Vne Garniſon s'y verroit
bien- toſt envelopée , & feroit
priſe , lors qu'elle penſeroit
prendre. L'autheur du Lar-
- don du 19. ) car les autres de
meſme date n'ont pas paru )dic
que quatre des Principales Villes
ont confenty à la Neutralité , qu'il
ne doit point controller ce que font
ſes Souverains , & qu'ils en doivent
avoir de tres-fortes raiſons.
Si ces autheurs Satyriques demeurent
d'acord que leurs Maîtres
ont eu raiſon , pourquoy ne
veulent-ils pas que les autres
Souverains qui ont propoſé cette
meſme Neutralité, ayent eu auſſi
raiſon ? On voit dans le premier
Lardon du 20. une longue
deſcription des mouvemens de
1
K 3
222 MERCURE
Hollande pour & contre la Neutralité
propoſée par la France.
l'ay tant parlé de ceux qui vouloient
ſacrifier la tranquilité de
leur Païs à leurs intéreſts particuliers
, que je ne ferois que
vous ennuyer par des repétitions
, fi je répondois à cet Article.
La ſuite s'étend ſur les Mé
moires menaçans de l'Empereur
& du Roy d'Eſpagne , & fur celuy
de l'Electeur de Cologne ,
qui ſe déclare pour la Neutralité.
Le ſecond du meſme jour ne
contient que le Mémoire que
voicy.
L
E Comte d'Avaux , Ambaſſa.
deur Extraordinaire du Roy
Tres- Chrétien , pour satisfaireà ce
que Messieurs les Deputez de vv.
SS. ont ſouhaité de luy , a mis par
GALANT.
223
écrit la Réponſe qu'il leur a faite,
&a dreffé le préſent Mémoire , qui
contient en ſubſtance ce qu'il a dit
dans une afſſezlongue Conférence.
Ledit Ambaſſadeur leur a témoi
gné, que le Roy Son Maistre veut
effectivement la Paix , ở qu'iln'a
pas besoin d'en alleguer d'autres
preuves , que celles que Sa Majesté
veut bien donner Elle- mesme , lors
qu'Elle se tient encore aprés la Prifede
Luxembourg , aux même conditions
qu'Elle a offertes auparavant
, & qu'Elle conſent outre cela
, de demeurer obligée pendant
un mois , à compter du jour de la
Signature du Traité quiseferaàla
Haye , aux mesmes conditions qu'
Elle a cy- devant proposées àl'Empire
; que c'eſt- là tout ce qui dépend
du Roy; que c'est tout ce que SaMa
jesté a offert àVV.SS.& tout ce que
K 4
224 MERCURE
VV. SS. peuvent raisonnablement
demander d'Elle . Que s'ily a quel
que chose qui leur cause de l'in
quiétude , Sa Majesté leur a don
né trop de preuves du ſoin qu'Elle
a de leur repos , pour croire qu'Elle
vouluſt le laiſſer troubler par d'autres
endroits , & que si l'on veut
finir icy les Affaires entre la France
& l'Espagne , vous ne devez pas
douter que Sa Majesté ne s'employe
tres volontiers dans tout ce quifera
de vostre fatisfaction ; mais qu'il
n'est ny juste ny raisonnable, de vou
loir obliger ledit Ambassadeur à en
trer là- deſſus à une convention avec
VV. SS. foit par des Articles qui ſeroient
inferez dans le Traité d'entre
la France & l'Espagne ,ſoit par
des Articles ſeparez , puis que fi
L'on en ufoit ainsi , on tomberoit in-
Sensiblement , Sous prétexte des
GALANT. 225
'Affaires du Nord , dans le labyrinthe
d'un Traitégenéral. C'est ce que
ceux qui ont souhaité d'enveloper
toute l'Europe dans une Guerre genérale
, ſous prétexte d'un Accommodement
genéral , on tenté depuis
trois ans. C'est ce qu'ils tentent en
core à cette heure ,ſous d'autres termes
, & d'une autre maniere ; que
cette Propoſition vague du démeſlé
du Nord , fait affez voir que quelque
couleur apparente qu'on luy puis-
Se donner, elle n'est cependant fufcitée
que par ceux qui n'ofant plus
s'oppofer directement à la Paix, tâchent
d'y faire naiſtre tant d'obstacles
, que VV. SS . foient obligées de
laiſſerpaſſer ,ſans rien conclure , le
temps dans lequel Sa Majesté Tres-
Chrétienne conſent de demeurer
obligée à ces Propoſitions ; & pour
leur dire encore une fois , qu'on ne
Κ5
226 MERCURE
i
1
peut rien demander de plus audit
Ambassadeur , sinon qu'il traite icy
l'Affaire d'Espagne aux conditions
proposées par Sa Majesté , qu'on
renvoye à Ratisbonne celles quiregardent
l'Empire , & que Sa Majesté
conſente deſetenir encorepen
dant un mois aux meſmes conditions
qu'Elle a offertes à la Diette de
Ratisbonne ; que les Perſonnes quż
compofent cette Diette font ſages
& éclairées , qui ont les interests
de l'Empire à coeur , & qui sçauront
bien travailler à établir fon
repos ; & enfin , que ſi la Réſolu
tion de VV. SS. eft de ne confentir
ny à la Paix ny àla Tréve entre la
France & l'Espagne , &de refuser
les Offres que Sa Majesté Tres-
Chrétienne vous fait pour la tranquillité
des Pais -Bas , & pour la
fûreté de la Barriere , à moins que
GALANT. 227
E
Le Comte d'Avaux ne s'engage de
concerter avec vous des Articles fur
des choses qui ne font ny defon mi
niſtere,ny de ſa connoiſſance, ceſera
un grand malheur pour la Chré
tienté , & fur lequel le Roy Son
Maistren'ayant rien àſe reprocher,
ledit Ambaſſadeur efpere que Dieu
continuëra toûjours de benir les Armes
de Sa Majesté ; mais fi au contraire
VV. SS. font Satisfaites qu'on
offre de finir par un prompt Accommodement
les démeſlez qui ſont
entre la France &l'Espagne , qu'on
remette le calme dans vostre Voifinage
, qu'on pourvoye à lafûretéde
voſtre Barriere , & qu'a : rétabliſſe
le repos de l'Empire par the Tréve
de vingt années, ledit Ambaſſadeur
réitere à VV. SS . qu'il eſt preſt en
ce cas de figner inceſſamment le
Traité ,&depaſſer en même temps
K6
228 MERCURE
1
auprés du Roy Son Maiſtre les offices
dont il plaira à VV. SS. de lecharger.
Pource qui estdu délay, Meſſieurs
vos Deputez luy en ont demandé la
prolongation , & luy ont demandé
auſſi de queljour onpouvoit compter
que le terme de douze jours avoit
commencé;furquoy ledit Ambaf-
Sadeur leur a répondu , que le Gouverneurde
Luxembourg avoitfigné
le 4. de ce mois la Capitulation , en
vertu de laquelle la Place est pas.
fée dans la poſſeſſion de Sa Majesté
, & qu'ainsi on devoit compter
cette ville de ce jour- là au
Rdy ; ma's quelques uns de Meffieurs
vos Deputez ayant objecté
que les Troupes de Sa Majesté
n'avoient esté mises en possession
d'une des Portes de la Ville , que
Le fixiéme au matin , ledit AmGALAN
T. 229
bassadeur leur a repeté ce qu'il
leur a déclaré dans la Réponſe
du quatrième de ce mois , c'est à
dire qu'il ne s'arreſtera point à
ces deux jours- là , lors qu'il ne
Sera plus besoin que d'avoir du
temps que VV.SS. voudront bien
employer à terminer promptement
cette Affaire , & il confentira volontiers
de commencer à compter
les douze jours de ce mois , c'est
à dire que les douze jours fini
ront le dix- huitiéme au foir ;
mais comme il a eu l'honneur de
Leur dire le fixiéme de ce mois ,
qu'il se réglerost fur cela felon
qu'il verroit que VV. SS. travail.
Lant Sérieusement à la Paix
Seroient arrestées que par la forme
de leur Gouvernement ,
, ne
il eft
obligé de leur dire , qu'il voit avec
déplaisir que ce n'est point cela qui
2
! 230 MERCURE
les arreste à cette heure ; que ce
font des difficultez qui font hors
de l'Affaire , & des conditions que
vous voulez impofer aux Offres de
Sa Majesté , qui détruiſent l'ac
ceptation que VV. SS. témoignent
en vouloir faire. C'est pourquoy ledit
Ambassadeur leur a dit , que
ſi elles vouloient la Paix genérale
auſſi ſérieusement qu'elles le difent
, il n'y avoit ny de plus prompt
ny de plus für expedient , que de
convenir nettement & fans reſtri-
Etion des Offres de Sa Majesté ; ce
que ledit Ambassadeur les prioit
de faire avant l'expiration du terme
( en cas que ce foit l'intention de
VV.SS. ) n'estant pas en ſon pouvoir
d'accorder aucun délay ,
VV. SS. jugeant assezd'elles- mesmes
, qu'iln'est pas de la prudence
du Roy fon Maistre , de perdre
GALANT. 231
en nouveaux délais les avantages
que luy donne la ſaiſon , & qu'il
doit attendre du bon état de ſes
Armées. P. S. Vtrech a confenty.
Fait à la Haye le 20. Juin .
Les Lardons du 22. parlent
ſeulement de la Tréve , & des
Souverains qui ont conſenty à
l'accepter . Il ſemble qu'apres ce
rétabliſſement d'union avec la
Hollande , un Autheur Hollandoisdevroitnous
traiter en Amis.
Cependant on voit dans l'un de
ces Lardons une repétition de
toutes les invectives auſquelles
j'ay répondu pluſieurs fois ; &
elles ſont ſi hors de ſujet , qu'on
voit que le ſeul dépit que cauſe
la conclufion de la Neutralité , y
donne lieu . L'Autheur du Lardon
qui accompagne celuy-là ,
232 MERCURE
déguiſe mieux ſon chagrin , &
s'accommodant au temps , il a du
moins la politique de loüer ſes
Maiſtres. Ily a long- temps , dit- il ,
que l'Espagne auroit dû accorder
quelque chose aux Prétentions de la
France; maissafierté naturelle , م
qui est dans cefieclefipeu en état de
Se Soûtenir , l'ayant aveuglée au
point de ſe diſſimulerſa foibleſſe .
elle a laissé aller les chosesà une extremité
, dont la ſeule prudence des
defintéreſſez Arbitres de l'Europe
peut les tirer. C'est dans cette penfée
que la Hollande fincerement
Amie de ſes Alliez, Souſcrit à la
Tréve que la Francepropoſe.Il louë
enſuite le Roy ; mais fans exami
ner , dit-il , s'il a raiſon de vouloir
bien la Paix dans la plus bellefai
Son deſes Conquestes. Il ne fait pas
paroiſtre tant de venin que ſes
GALANT.
233
Confreres
, en ſatyre ; mais il
empoiſonne ce qu'il dit d'avan
tageux , & il garde des ménagemens
auprés des Etats & de celuy
qui le fait parler. Il meſledes
Nouvelles dans ſes Feüilles , &
c'eſt à quoy je ne fais jamais aucune
Réponſe , mais ſeulement
aux impoſtures formelles.La premiere
Feüille du 26. Juin parle
d'un Memoire ſi outrageant,préſenté
par l'Envoyé d'Eſpagne ,
que les Etats l'ont envoyé à leur
Ambaſſadeur à Madrid , pour en
demander ſatisfaction au Roy
Catholique. Le Prince d'Orange ,
dit la même Feüille, metfes Troupes
en Corps , afin qu'elles nefoient
point insultées par les Eſpagnols ,
quand ils apprendront l'acceptation
de la Neutralité. On y voit la Réſolution
des Etats ſur cette Neu
234 MERCURE
tralité , portée à Monfieur d'Avaux
, & qu'Amſterdam rouvre
auſſi - toſt ſa Caiſe , ce qui en
marque l'utilité pour les Etats.
Je ſuis preſſé de finir , & ne dis
rien des deux autres Feüilles ,
qui roulent à peu prés ſur la
meſme matiere , & dont l'une
eſt preſque toute remplie des
noms de ceux qui font morts ,
ou qui ont eſté bleſſez devant
Luxembourg.
Je vous ay déja parlé de
l'Ambaſſadeur du Divan d'Alger,
lors qu'il arriva à Toulon. Il eſt
icy depuis quelques jours , avec
une ſuite de douze Perſonnes,
On a ſçû d'eux , que jamais l'allégreſſe
n'avoit eſté ſi grande
dans leur Ville , que lors qu'ils
conclurent la Paix, qu'ils avoient
demandée au Roy , & qu'ils
GALANT. 235
commencerent alors à oublier
le dommage que nos Bombes
y avoient fait. Il s'y eſt trouvé
mille ſeize Maiſons entièrement
brûlées , ſuivant un calcul exact
qu'ils en ont fait faire. Ils le
diſent icy publiquement à ceux
qui les vont voir , & qui veulent
les entretenir. Ils ajoûtent,
que dés que le Traité eut eſté
conclu , ils commencerent des
Réjoüiſſances qui durerent pendant
pluſieurs jours ; que tou
tes leurs Maiſons furent illuminées
& qu'ils tirerent trois
cens coups de Canon à balle
dans la Mer , ce qui ne ſe fair
que rarement , & pour des choſes
qui leur font de la plus
grande importance. Les marque
de leur joye allerent encore
plus loin , puis qu'ils trait-
د
236 MERCURE
:
1
terent toutes les principales Dames
de la Ville. Ils diſent qu'ils
n'ont jamais envoyé d'Ambaſfadeur
à aucun Souverain , que
de leur Religion , & que la grandeur
du Roy , & la veneration
qu'ils ont pour Sa Majesté , les
a fait paſſer par deſſus leurs
Loix & qu'ils le traitent de
Padiſcha , qui veut dire Empereur,
quoy qu'ils n'ayent jamais
donné ce nom qu'au Grand Seigneur.
Ils ont trouvé la France
ſi peuplée depuis Toulon jufques
à Paris , qu'ils ont dit que
toute la Campagne n'eſtoit qu'-
une Ville.
,
Enfin les Hollandois ont d'un
conſentement unanime accepté
les Propoſitions qu'il a plû au
Roy de leur offrir pour le repos
de l'Europe . Il y a tant de cho
GALAN T. 237
ſes àdire là deſſus pour la gloire
de Sa Majesté , que comme el
les me meneroient trop loin , je
ſuis obligé de les réſerver pour
le Mois prochain. Je ſuis , Madame
, Voſtre , &c .
AParis le 30. Juin 1684.
Il s'eſt gliſſé quelques fautes
dans le Mercure du dernier mois ,
par l'application qu'on fut obligé
d'avoir dés ce temps-là , pour
examiner un tres- grand nombre
de Relations de la Priſe de Luxembourg
, & de l'Affaire de Génes
, dont on n'a pû s'empêcher
de faire des Volumes particuliers.
On a mis l'Hôpital des Invalides,
pour l'Hôtel Royal des Invalides .
Monfieurl'Eveſque & Comte de
238 MERCURE
:
Beauvais , que l'on a dit eſtre
Frere de feu Monfieur de Four.
bin , eſt ſeulement de cetteMaifon
; & Monfieur le Comtede
Tourville , qu'on a marqué Chef
d'Eſcadre, eſt Lieutenant Genéral.
Il y a auſſi quelques noms défigurez
dans la liſte des Officiers
de Marine , mais il eſt fort difficile
que cela n'arrive pas parmy
cinq cens noms propres, dont il y
en a beaucoup qui ſont mal
écrits.
GYON
1803*
MERCURE
GALANT ,
DEDIE' A MONSEIGNEUR
LE DAUPHIN
LYOJUIN 1684. Y
A LYON ,
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Merciere, au Mercure Galant.
M. DC. LXXXIV.
AVEC PRIVILEGE DU ROY.
LE LIBRAIRE
AU LECTEUR.
Ous recevrez avec
le Mercure , l'Hiſtoire
du Siege de
Luxembourg , par l'Autheur
du Mercure Galant : Quand
vous l'aurez lû , vous avouërez
que l'Autheur s'eſt ſurpaffé
, & qu'il ne ſe peut
rien de mieux écrit , ny
avec plus d'érudition. Vous
yverrez l'origine de Luxemã
2
bourg , & le nom & Familles
de ceux qui en ont eſté
Souverains.
Dans quinze jours vous
aurez auffi la Relation de
Gennes.
Ily a à la fin de ladite Hiſtoire
un Catalogue de plufieurs
Livres nouveaux que
vousm'avez demandé , vous
en ferez part àvos amis dans
vôtre Province) nom
Les Mercures ſe vendront
toûjours 20.fols chaque Volumes
, & les Extraordinai
res 30. fols.Ceux qui les prendront
tous ou une bonne
partie , l'on leur en fera
une compofition honneſte.
L'Hiſtoire du Siege de
Luxembourg avec une Carte,
20.f.
L'Homme de Cour , ou
les Maximes les plus fines &
les plus particulieres pour la
conduite d'un Homme du
monde, quelque Rang qu'il
y tienne , avec les Nottes
auſſi amples que les Maximes
, tirées des plus celebres
& fins Politiques,par le Sieur
Amelot de la Houffaïe , indouze,
40. f.
2
a3
;
:
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume.
I
Vant -propos.
Particularitez de l'entreveüe
de Monfieur le Duc de Savoye,
& de Madame Royale ; ce qui
s'eſtpaſſéfur leur Route juſques
àThurin , & les Réjoüiſſances
qui s'y font faites
Ballade de Monfieur de Benserade.
16
Lettredu Royde Pologne àMonfieur
Le Duc de S.Aignan,en luy envoyant
te Sabre du feu Grand
Vizir. 32
Lettre de la Reyne de Pologne au
1 même. 33
Extrait d'une Lettre de Monsieur le
Marquis d'Arquiens au même.
ibid.
TABLE.
45
Lettre enVersfur le pretendu Mariage
de la Pucelle d'Orleans. 36
Relation tres - curicuſe de la mort de
la Reyne de Portugal.
Lettre du Roy de Siam au Pape , &
au Roy de France , avec pluſieurs
particularitez touchant les Am.
baſſadeurs embarqués pour Franoc
furle Vaisseau le Soleil
-d'Orient.. 65
Sentimens de pluſicurs grandsHommes
, touchant la Statue envoyée
au Roy par Meſſieurs de la Ville
d'Arles..
٤
81
Suite du Journal de la Cour , qui
comprend plusieurs Articles,&la
Reception faite au Roy à Chan
till.y..
Madrigal fur la Groffeffe de Madame
la Dauphine. 13
Plusieurs Ouvrages en Vers fur la
priſe de Luxembourg.
ode à Monsieur le Maréchal de
TABLE.
Créquy,fur lemesmesujet . 128
Lettre au Roy... 131
Répouse du Roy. 133
Mémoire préſentéaux Etats Genéraux
par Monsieur le Comte
d'Avaux.
134
Réponsefaitepar le mesme,ſur les
éclairciſſemens qui luy avoient
efté demandez touchant ce Mémoire.
139
Morts conſidérables arrivées pendant
ce mois .
ISI
Réponse de Monsieur Crochat à
Monsieur Serrurier Aftrologue .
160
Hiftoire. 165
Eveſchez donnezpar le Roy. 173
Converfion. 177
Chargede Dame d'Honneur de Ma.
dame la Dauphine , donnée à
Madame la Ducheſſe d'Arpajon.
ibid.
Seconde Partie de l'Academie GaTABLE
.
lante. 181
Histoire du dernier Grand Vizir.
182
Madrigal fur la Priſe de Luxembourg.
184
Enigme. 185
Autre Enigme. 186
Ce qui s'est paſſe à l'Attaque de
Gironne.
191
Réponse aux Lardons du dernier
mois. 198
Arrivée des Ambassadeurs du Divan
d'Alger. 233
:
६
Finde la Table.
L
EXTRAIT DU PRIVILEGE
du Roy.
P
Ar Grace & Privilege du Roy , donné à
Chaville le 18. Juillet 1683. Signé, Par
le Roy en fon Conſeil ,JUNQUIERES. Il est
permis à I. D. Ecuyer , Sieur de Vizé , de
faire imprimer tous les Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , contenant
pluſieurs Pieces, Relations, Hiſtoires,Avantures
, & autres Ouvrages hiſtoriques , curieux
& galans , pour la fatisfaction de
nôtre cher & tres-amé Fils LE DAUPHIN ;
pendant le temps & eſpace de dix années ,
à compter du jour que chacun deſdits
Volumes fera achevé d'imprimer pour la
premiere fois : Comme aufli défenſes fo
faites à tous Libraires , Imprimeurs , Graveurs
& autres, d'imprimer , graver & debiter
ledit Livre ſans le conſentement de
l'Expoſant , ny d'en extraire aucune Piece,ny
Planches ſervant à l'ornement dudit Livre,
meſme d'en vendre ſeparément, & de donner
à lire ledit Livre ; le tout à peine de fix
mille livres d'amende contre chacun des
contrevenans , & confiſcation des Exemplaires
contrefaits ; ainſi que plus au long
il eſt porté audit Privilege.
font
Registré sur le Livre de la Communauté
le 14. Septembre 1683 .
Signé ANGOT , Syndic,
Et ledit Sieur I. D. Ecuyer , Sieur de
Vizé , a cedé & tranſporté ſon droit de
Privilege à Thomas Amaulry , Libraire à
Lyon , pour en joüir ſuivant l'accord fait
entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois
le 13. Iuillet 1684.-
1
! Avis pour placer les Figures.
E Camp de Thulin doit re-
Lgardem page 100.
L'airqui commence par Voicy
le retour du Printemps , doit regarder
la page 1510
La Chanſon qui commence
par Fut- il jamais Breuvage , doit
regarder la page 188 .
i
!
-1
MERCU
MERCURE
GALANTE
C
FUIN 1684 .
BEQUE
LYON
E ne ſera point , Madame
, par une action
particuliere du Roy
que je commenceray cette Lettre.
Celles dont j'aurois à vous
parler , demandent plus d'étenduë
, & comme des Volumes
entiers pourroient à peine fuffire
pour marquer une partie des
plus glorieuſes circonstances de
Juin 1684. A
2 MERCURE
م
ce qui s'eſt fait de grand pen
dant ce Mois- cy , c'eſt aux Lettres
ſéparées que je vous ay
adreſſées là- deſſus , que je vous
renvoye. Ce qu'elles contiennent
eſt arrivé par des ordres
donnez apres des meſures ſi
juſtes , que le ſuccés en eſtoir
infaillible. Cependant je ne m'éloigneray
pas beaucoup de ma
matiere ordinaire , puis que le
Mariage de Madame la Duchefſe
Royale dont vous attendez
la ſuite , eſt encore l'ouvrage de
ce meſme Roy , qui ne fait rien
que de merveilleux. Ma derniere
Lettre vous apprit que cette
Princeſſe eſtoit partie de Lyon
le Vendredy 5. de May. Elle
continua ſa route vers Pont
Beauvoiſin. C'eſt un Bourg de
Dauphiné , qui ſépare la France
la Savoye. La Riviere de Guyet,
GALANT.
3
ſur laquelle il eſt ſitué , fait cette
ſéparation , & il prend fon nom
du Pont. Tandis que Madame la
Ducheſſe Royale s'avançoit de
ce coſté-là , Monfieur le Duc
de Savoye qui venoit la recevoir,
arriva à Chambéry . Cette Ville ,
Capitale de Savoye , eſtoit l'ancien
Sejour des Ducs , & eſt le
Siege d'un Parlement , que l'on
appelle Sénat. Il eſt compofé de
quinze Sénateurs , & de quatre
Préſidens.Il ya auſſi une Chambre
des Comptes , compoſée de
Préſidens , Auditeurs , & des
Genéraux & Tréſoriers des Finances
de Savoye. La Ville , qui
eſt aſſez grande , eſt ſituée ſur
la petite Riviere d'Orbanne,dans
une Plaine , autour de laquelle
on voit diverſes Collines. Il y a
un beau Chaſteau qui commande
à la Ville , & dont Monfieur
A 2
4
MERCURE
le Marquis de S. Maurice eſt
Gouverneur. Les Jardins en ſont
fort propres. Dans la Court de
ce Chaſteau eſt la Sainte Chapelle
, deſſervie par des Chanoi.
nes, Monfieur le Duc de Savoye
s'eſtant rendu en poſte à
Chambéry le Lundy premier
jour de May ſur les ſept heures
du ſoir , trouva les Ruës remplies
d'un Peuple nombreux qui
faifoit retentir de toutes parts ,
Vive Savoye . Monfieur le Marquis
de S. Maurice , qui l'attendoit
à la Porte du Chaſteau ,luy
en préſenta les Clefs . Ce Prince
l'embraſſa fort tendrement , &
& dés qu'il fur déboté , il entra
dans la Sainte Chapelle , & vou-.
lut voir en ſuite toute la Maiſon .
Le lendemain , le Sénat , la
Chambre des Comptes , & les
Echevins , le haranguérent. Ce
GALAN Τ .
5
?
meſme jour il envoya inviter
toutes les Dames de la Ville pour
lesdivertiſſemens du ſoir , & leur
fit l'honneur de les baiſer toutes.
Pendant tout le temps de fon
ſéjour , qui fut juſqu'au Samedy,
il y eut chaque ſoir Tables de
Baffete , Collation , & Violons ,
afin que chacune euſt dequoy ſe
fatisfaire. Le mercredy , il alla å
S. François , avant que de ſe faire
voir au Vernay. Le Vernay eſt
dans un Fauxbourg de cette Ville.
C'eſt un Lieu fort ombragé de
pluſieurs rangs de vieux Arbres,
comme une partie du Cours de
Paris , où tout le monde s'affemble&
ſe promene. Le Jeudy i
pritle divertiſſement de la Chafſe
du coſté d'Aſpremont , & y
demeura tres - peu , à cauſe de
l'exceſſive chaleur. Le ſoir il retourna
au Vernay incognito , &,
A 3
6 MERCURE
entretint pluſieurs Dames , chacune
en particulier.Le Vendredy
il paſſa l'apreſdînée avec les Prélats
qui s'étoient rendus à Chambéry,
& dança le ſoir au Vernay,
que l'on avoit illuminé par ſes
ordres , & où il avoit fait venir
des Violons , des Hautbois , &
des Trompetes . Apres qu'on eur
dancé quelque temps , il pria les
Dames de paſſer dans un Jeu de
Paume, qui eſt dans la meſme
Place du Vernay. Elles y trouvérent
une Collation des plus magnifiques.
Ce Prince ayant exhorzé
tout le monde à ſe bien divertir
, ſe retira ſans rien dire ,
pour aller ſe préparer à ſes devotions
, qu'il vouloit faire le
lendemain , & dont il s'acquita
avec une pieté tres- édifiante. Le
Samedy 6. de May , il alla coucher
aux Echelles en un Châ
GALANT. 7
teau , d'où il envoya Monfieur le
Comte Scaravella , Gentil-homme
de ſa Chambre , & maiſtre
des Cerémonies , à Pontbeauvoifin
, avec ordre d'y régaler les
Princeſſes , les Dames , & les
Officiers du Roy , qui avoient
accompagné Madame la Duchef.
ſe Royale juſqu'en ce Lieu - là.
Monfieur le Comte de Soiffons ,
& Monfieur le Prince Philippes
fon Frere, le ſuivirent aux Echelles
. Ces Princes eſtoient venu
le ſalüer à Chambéry. Il les avoit
trouvez dans ſa Chambre lors
qu'il eſtoit revenu du Jeu de
Paume , & il les avoit reçeus
avec de grands témoignages de
fatisfaction & d'amitié. Le Dimanche
7. ce jeune Duc partit
des Echelles en poſte ſur le midy,
accompagné de ſa plus confidérable
Nobleffe. Ses Gardes
A 4
3 MERCURE
s'eſtoient rendus dés le Samedy
au ſoir à Pontbeauvoiſin ,où étant
arrivé dans la Maiſon qui luy
eſtoit préparée ſur ſes Etats , il ne
fit que changerde Juſte- au- corps,
fans deſcendre de cheval , &
pouſſa juſque chez Madame la
Duchefſe Royale. Cette Princeſ
ſe entendant les Trompetes &
les Timbales qui l'aſſuroient de
ſon arrivée , s'échapa à quelque
impatience de le voir , & ſe mit
d'abord à la Feneſtre ; mais ſa
modeſtie l'obligea fur l'heure à
s'en retirer , & elle ne fongea
plus qu'à aller ſur l'Escalier au
devant de luy. Ce Prince entra
dans la France avec ſes Gardes
l'Epée à la main , & eſtant def
cendu de cheval , il monta l'ef
calier d'une fi grande viteſſe ,
que Madame la Ducheffe Royale
eut à peine defcendu trois
1
A
1
GALANT.
१
degrez , qu'il l'arreſta. Ce fut
fur cet Eſcalier que ſe firent les
premiers embraſſemens de part
&d'autre, avec une extréme fatisfaction
, & meſme avec furpriſe
de S. Alteſſe Royale , qui
trouva la jeune Princeſſe de
beaucoup plus belle que ſon
Portrait , ſe plaignant du Peintre
qui luy avoit fait injure ,& voulant
que l'on réformaſt celuy
qu'il avoit àTurin ſous ſon Dais..
Il la remena dans ſon Apartement
, & n'y demeura qu'autant
qu'il falut pour les honneſtetez
&les careſſes qu'il fit à toutes.
les Dames. En ſuite il luy prit la
main , & la conduifit dans une
Chaiſe qui l'attendoit au bas de
l'Escalier . Ill'accompagna à pied,
la main toûjours fur la Chaife ,
juſquedans le Territoire de ſes
Etats ; & eſtant alors monté à
AS
10 MERCURE
cheval , il commanda aux Por
teurs d'eſtre diligens. La grande
pouffiere qui s'éleva , jointe à
l'envie qu'eurent ces Porteurs
de ſe ſurpaſſer les uns les autres ,
fut cauſe qu'il y en eut quelques-
uns qui expirérent en pofant
la Chaife . On avoit préparé
une ſuperbeCollation auxEchelles
, qui eſt à moitié chemin de
Chambéry , mais on ne s'y arrêta
pas. Monfieur le Duc de Savoye,
qui alloit toûjours à coſté de la
Chaiſe de la Princeſſe , luy apporta
luy - meſme un Verre de
Limonnade , qu'elle reçeut de
ſa main fort modeſtement. Elle
monta en carroſſe à demy- lieuë
de Chambéry , où elle entra fur
les fix heures du ſoir , ou pour
mieux dire , où elle eut peine à
entrer , à cauſe de la grande foule
de Perſonnes de toutes condi
GALANT. 11
tions, qui étoient accouruës pour
luy rendre leurs reſpects , & fatisfaire
leur affection & leur curioſité.
Toute la Bourgeoifie
eſtoit ſous les armes , & il vous
doit eſtre aiſé de vous figurer le
bruit de l'Artillerie. Elle alla au
Chaſteau deſcendre à la Sainte
Chapelle,où Monfieur le Camus,
Eveſque de Grenoble ,l'attendoit,
avec Monfieur l'Archeveſque de
Tarentaiſe , & Monfieur l'Evêque
de Geneve . Le premier de
ces Prélats , que l'on reconnoit
dans Chambéry pour le Spirituel
, ſon Dioceſe s'étendant
juſque-là, donna à Leurs Alteſſes
Royales la Benédiction accoûtumée.
Cette ceremonie eſtant
faite , la jeune Princeſſe ſe retira
dans ſon Apartement. Plus de
deux cens Femmes de qualité de
Dauphiné & de Savoye , ſe trou-
A 6
12 MERCURE
verent à fon paſſage ſur le grand
degré du Chaſteau . Elle leur fit
un accueil ſi obligeant , que dés
ce moment elle gagna tous les
coeurs. On luy dit qu'il y avoit
quelque diférence à faire entre
elles , & que ſi elle en devoit
baifer quelques - unes , il y en
avoit d'autres à qui elle devoit
ſeulement donner ſa main. Elle
répondit qu'elle baiſeroit les unes
par obligation , & les autres par
amitié. Ainſi elle n'en excepta
aucune , & les charma toutes . La
Nobleſſe de Savoye luy vint auſſ
rendre ſes reſpects . Elle les reçeut
placée ſous un Daiz , dans
fa Chambre de parade . Monfieur
le Duc de Savoye luy nommoin
les Hommes , & Madame la
Princeſſe de la Ciſterne , ſa Premiere
Dame d'honneur , luy fit
connoiſtre les Dames. Leurs
GALANT. 13
!
Aſteſſes Royales ſe retirerent
enfuite en leur particulier , &
lors qu'on eut ſervy le Soupé ,
Elles firent mettre à leur Table
Madame la Princeſſe de Lillebonne
, les deux Princeſſes ſes
Filles , & Madame la Maréchale
de Grancé. Le Soupé , quoy
que magnifique , dura peu . Le
Mariage fut conſommé cette
meſme nuit ; & le lendemain
ces deux illuſtres Epoux estoient
fi libres & fi familiers enſemble,.
qu'on auroit jugé qu'ils ſe connoiſſfoient
depuis long- temps..
Ce jour là , qui estoit le 8. du
mois , Madame la Ducheſſe Ro-.
yale alla à la Sainte Chapelle ,
où Monfieur le Doyen de la Pérouſe
, que ſon éloquence & fa
pieté ont rendu auſſi fameux à
Paris , qu'il l'eſt en Savoye , la
vint recevoir à l'entrée , & luy
14
MERCURE
fit une tres-belle Harangue. On
chanta le Te Deum dans cette
Chapelle , & Leurs Alteſſes Royales
qui dînerent en . Public ,
n'eurent perſonne à leur Table .
L'apreſdinée , les Magiſtrats &
les Echevins vinrent complimenter
la Princeſſe Le Mardy
9. elle fut auffi complimentée
par les Officiers d'Anneſſy , &
le lendemain par les Députez
de Geneve , qui luy apporterent
divers Préfens. Le Jeudy
11. elle fortit en parade , avec
tous ſes Gardes, & toute la Cour,
& alla entendre la Meſſe aux
Cordeliers , où le Gardien la harangua.
L'apreſdinée elle viſita
les Peres Jeſuſtes , les Filles de
la Viſitation de Sainte Marie ,
& les Religieuſes reformées de
Sainte Claire. Le Vendredy 12.
elle partit de Chambéry , ac
GALANT.
15
compagnée de toute la Nobleſſe
juſqu'à Montmeilla, où elle cou
cha. C'eſt une petite Ville ſur la
Rive droite de l'Iſere , à deux
lieües de Chambery. Elle a une
Fortereſſe baſtie ſur la pointe
d'un Rocher eſcarpé . Cette Fortereſſe
commande le Paffage,qui
eſt fort étroit entre les Montagnes.
Madame la Princeſſe de
Lillebonne , & les Princeſſes ſes
Filles , dont tout le monde a admiré
la beauté , s'en retournérent
dés le mercredy en France,
avec une partie des Officiers du
Roy , qui avoient accompagné
Madame la Ducheſſe Royale ,
&le reſte des Officiers eſtoit
party ce méme jour Vendredy,
avec Madame la Maréchale de
Grancé. Monfieur le Duc de Savoye
leur avoit fait diſtribuër à
tous des Préſens fort magnifie
16 MERCURE
ques. madame la Princeſſe de
Lillebonne reçût un Bracelet de
Diamans , & les Princeſſes ſes
Filles , des Pendans d'oreilles
d'un grand prix. Leurs Alteſſes
Royales vinrent coucher le Samedy
13. à. Aiguebelle , à quatre
lieües de Montmeillan . Le
Dimanche , Elles partirent pour
S. Jean de Morienne , Ville Epifcopale
, à fix lieuës d'Aiguebelle.
madame la Ducheſſe Royale
y alla coucher , & Monfieur le
Duc de Savoye ayant pris la Poſte
à la moitié de cette Route,
ſe rendit à Lanebourg, dix licües
pardelà S. Jean de morienne , où
la Princeſſe paſſale Lundy. L'Eveſque
de cene Ville , qui eſt .
riche , de naiſſance , tres magnifique
, & qui a beaucoup
d'eſprit , s'eſtoit préparé pour
la recevoir. Son Alteffe Royale
GALANT. 17
4
y avoit d'ailleurs envoyé ſes
Officiers , & rien n'y manquois
pour les Appreſts. Ce Prince
eſtant party de Lanebourg le
15. à neuf heures du matin ,
arriva à Turin à une heure aprés
midy , ayant fait ſept Poſtes
qui ſont plus de quatorze grandes
lieües , & des plus rudes. Il
en repartit le Mercredy 17. environ
à la mesme heure , & fe.
rendit à cing heure à Lanebourg,
où madame la Duchefſe Royale
vint coucher. Le lendemain
elle paffa le Mont Seny , & arriva
à Suſe le ſoir , Son Alteſſe
Royale ayant toûjours fait marcher
ſa Chaiſe à côté de celle
de cette Princeffe en traverſant
la Montagne. Monfieur le
Prince de Carignan la reçût à
Suſe , où il avoit envoyé toute
fa Maiſon avant luy , pour luy
,
18 MERCURE
préparer un Regale. Vous jugez
bien qu'il fut magnifique. Dom
Gabriel , Prince naturel de Savoye
, vint luy faire Compliment
au meſme lieu , & luy apporta
un riche Préſent de la part
de Madame Royale. C'eſtoit le
Portrait de Monfieur le Duc de
Savoye , enrichy de Diamans
d'un fort grand prix. Elle paſſa
tout le Vendredy à Sufe , & ſe
rendit le Samedy 20. à Rivoli ,
qui eſt une des plus belles maiſons
de S. A. R. à ſept milles de
Turin . Madame Royale s'y eſtoit
renduë auſſi le meſme jour pour
l'y recevoir , accompagnée de
Madame la Princeſſe Loüife de
Savoye , & des Perſonnes les plus
qualifiées de la Cour , del'un &
del'autre Sexe. On y avoit préparé
une Collation exquiſe , où
tout ce qu'on peut s'imaginer
GALANT.
19
de propre & de magnifique , fur
ſervy en abondance. Elles partirent
toutes enſemble , & arriverent
à Turin ſur les dix heures
du ſoir , au bruit de plus de
trois cens coups de Canon. La
jeune Princeſſe eſtoit dans le
Carroſſe de Madame Royale,On
avoit illuminé toutes les Feneſtres
de tous les Etages des
Maiſons , qui depuis la Porte
neuve par laquelle elle paſſa ,
juſques au Chaſteau de S. A. R.
ſemblent eſtre des Palais , tant
la ſtructure eſt égale en toutes.
Lors qu'on fait voir le S. Suaire
au Peuple , on l'apporte au milieu
d'une Galerie découverte ,
qui diviſe en deux la grande
Place du Chaſteau , qui est fort
longue . Ce lieu , qui eſt un eſpace
en rond , qu'on couvre de
bois&de groſſes toiles , eſt for20
MERCURE
mé d'une Tribune , dont les Piliers
eſtoient chargez de petites
Lampesen Branchages , qui paroiffoient
compoſer un petit
Bois , ou quelque Berceau brillant.
Cette eſpèce de Berceau
finiſſoit le point de veüe , & fermoit
la perſpective depuis la
Porte de la Ville , qui conduit
droit au Chaſteau par deux longues
Ruës droites , que coupe
une tres belle & tres grande Place
, nommée la Place S. Charles
. Les magnifiques Palais qui
la compoſent , tous d'une fabrique
égale avec leurs Arcades , la
font reſſembler à la Place Royalede
Paris . Tout cela eſtoit remply
de Lumieres. La Façade des
Peres Theatins eſtoit garnie
d'une infinité de petites Lampes
brillantes depuis le haut du Dôme
de leur Eglife , juſques au
GALANT. 21
bas de la Place . Cette Egliſe eſt
fituée en face du Château . On
liſoit en tres groffes Lettres formées
de ces Lampes , Fert , Fert ,
Fert , au milieu de trois grands
Lacqs d'amour , & au- deſſous
en ſemblables caracteres , Anna
gratiam , victor Amedeus gloriam,
uterque Regno felicitatem. On
voyoit plus bas quatre grandes
Deviſes Latines illuminées , au
milieu deſquelles eſtoient les Armes
my parties de Leurs Altefſes
Royales . Plus de deux mille
gros Flambeaux de cire blanche
faifoient briller la Maiſon de
Ville. Dans la Montagne voiſine
, la Vigne de Madame la Princeſſe
de Savoye ( c'eſt une ſuperbe
maiſon de plaiſance en
veüe du Chaſteau de S. A. R.
qur temble attachée à la Ville )
eſtoit chargée d'une telle quan
22 MERCURE
tité de ces Lampes brillantes ,
& en tel ordre , qu'on l'auroit
priſe pour un Palais enchanté.
On en diftinguoit toute la ſtructure
, & les lets d'eau qui y ſont
entres-grand nombre , en groffifſſoient
leur éclat. Ce palaisest
au milieu d'un tres- ſpatieux Iardin
tout en Terraſſes , dont les
Eſcaliers brilloient des meſmes
Lumieres. Une grande Grote ſituée
au plus haut de ce Jardin ,
paroiſſoit eſtre le Dôme de ce
palais éclatant tant elle estoit
garnie de ces feux . Celuy de l'Egliſe
des Capucins , qui eſt ſur
cette Montagne, jettoit une clarté
ſurprenante. Si l'on donnoit
tant de marques extérieures de
joye , il y en avoit encore plus
dans les coeurs. Chacun admiroit
la jeune princeſſe , & luy
trouvoit une ſi noble phyſiono-
,
GALANT.
23
mie , qu'il n'y eut perſonne qui
n'en demeuraſt charmé. Elle fut
conduite en ſon Appartement ,
où l'attendoientles plus confiderables
Dames de la Ville , à qui
elle donna ſes mains à baifer , &
qu'elle voulut enſuite embraſſer
toutes .Elle le fit d'un air fi aifé&
fi engageant , qu'on auroit dit
qu'elle euſt toûjours eſté avec elles.
Le Dimanche 21.le Nonce
du pape la complimenta ſur ſon
arrivée,auſſi - bien que le Sénat,la
Chambre des Comptes , & les
autres Corps de Ville. Monfieur
le marquis de Chieſa , premier
préſident de la Chambre des
Comptes , luy fit un tres-beau
Diſcours. Elle va tous les jours
à la promenade , dans le Carroſſe
de Madame Royale , & fe
rend le ſoir au Valentin , où ſe
fait le Cours dans ſes longues
24
MERCURE
Avenuës couvertes d'arbres tres
hauts. Les Carroſſes de parade
ſuivoient vuides les premiers
jours. Le premier , auquel il ne
manque rien pour une entiere
magnificence , eſt tiré par huic
Chevaux noirs des plus fiers ,
chargez de Houſſes de Velours
rouge en Broderie , avec .
de hautes Aigretes. Le poſtillon
& le Cocher ſont auſſi veſtus de
Velours rouge , couvert de Galons
d'or & d'argent , & les pages
ont une riche Livrée de Veleurs
rouge toute en Broderie
d'or , avec de tres- beaux Bouquets
de plumes. La Feſte du
S. Suaire , qui avoit eſté remiſe,
futcelebrée le Dimanche 28.de
May . Neuf Archeveſques &
Evêques de l'Etat de S. A. R. y
affifterent , madame Royale en
fuite , & le firent voir au peuple,
ayang
GALANT. 25
ayant à leur droite Madame la
Ducheſſe Royale , Madame la
princeſſe Loüife , & Monfieur le
Duc de Savoye , veſtu en habit
de Chevalier de S. Maurice. Ces
quatre Alteſſes tenoient chacun
un Flambeau de cire blanche ,&
leurs Aumôniers eſtoient de l'antre
coſté , à la gauche des prélats.
le vous ay déja marqué que
cette Feſte ſe fait dans une eſpéce
de Tribune au milieu de la
grande place du Chaſteau. Les
deux Courts eſtoient remplies
= d'une infinité de monde , outre
toutes les Feneſtres , les Balcons
, & meſme les toits. Le
Mercredy 31. la Cour alla à la
belle maiſon de plaiſance de la
Venerie , à trois milles de Tu
rin. Je ne ſçaurois finir cetArticle
, ſans vous faire part d'une
Ballade que Monfieur de Benfe-
Juin 1684. B
26 MERCURE
rade a faite ſur cet heureux Ma
riage. Vous ſçavez quelle eſt la
beauté de ſon Génie , & qu'il
n'appartient qu'à luy de traitter
les grands ſujets noblement , en
y meſlant le ſtile enjoüé.
Sur le Mariage deMademoifelle
avec Monfieur le
Duc de Savoye.
BALLADE.
D
1
UC qui tenez un rangparmy
les Roys ,
Etfurla Chypre avezdefi beaux
droits , ;
Tendre Pucelle est pour vous Don
Celeste ,
Reyne de Chypre , ainsi comme autrefois
GALANT. 27
L'estoit Vénus , horſmis quepas modeste
,
En a le charme , & n'en a plus le
refte.
Bien la devez recevoir àgenoux.
Elle vous duitstel Coq, telle Poulete;
Fleurde quinze ans un peu maigre
entre nous ,
Mais elle aura bien- toft gorge replete.
Quede tréſors ! Vous les acquerez
tous.
Pourriez- vous faire une meilleue
re emplete ?
Nopce , à vous dire icy ce que j'en
crois ,
Aux uns est joye, aux autres peine
Croix.
Quantà vousdeux, c'eſt profit ma
nifeste
L'objet est pur, dont vous avezfait
choix;
B 2
28 MERCURE
Quoy qu'en douceur nulle ne luy conteste
,
Oncques n'ayezcrainte qui vous molefte.
Amans Agneaux deviennent Maris
Loups ,
En ce marché quisefait aveuglete,
Point neferez ny chagrin ny jaloux;
Vous joüirez de fortune complete ;
L'Etoffe paſſe & Satin & Velours.
Pourriez- vous faire une meilleure
emplete ?
Déja s'entend à réglerſes emplois ,
Chante , s'occupe au travaildefes
doigts
NeSçait que c'est de Galant qui protestes
Ignore Amours, n'a pour leurs dou
ces Loix
Veine qui tende enſa mine , enſon
geste
Coqueterie est pour elle une peste.
GALAN T. 29
Sans affecter d'ennuis & de dégousts,
Ores fe joue avec ſa Cadete ,
ores s'amuse à desimples Bijoux ,
Et tant qu'on veut ellese tient feulete
Là n'est beſoin de grille & dever-
こroux.
Pourriez- vous faire une meilleu-
: re emplete ?
nch EN VOY
Quand vous verrez fleurir la Violete
Le joly temps , qu'il vous semblera
* doux!
Aymezvous bien tous deux , jeunes
Epoux ,
N'ayez tous deux qu'une mesme
Toilete ,
Et ce ſera belle épargne pour vous.
Pourriez- vous faire une meilleure
cmplete ?
B3
30 MERCURE
Vous voulez bien que de la
Cour de Savoye je paſſe à celle
de Pologne. Ce que j'ay à vous
en dire , eſt fort curieux. Vous
ſçavez , Madame , que Monfieur
le Duc de S. Aignan a l'honneur
d'eſtre Parent de la Reyne
de Pologne , & que par fon mérite
il eſt fort conſideré en cette
Cour-là. C'eſt cette raiſon plus
que la premiere, quí a donné
lieu à ce qui fuit. Monfieur de
S. Loüis , Capitaine de Dragons
dans l'Armée du Roy de pologne,
dépéché par ce Monarque,
& amené par Madame la Marquiſe
de Béthune , apporta le 26.
du dernier mois à Monfieur le
Duc de S. Aignan , l'un des plus
beaux Sabres qu'on ait jamais
vûs , de la part de Sa Majeſté
polonoiſe , que cette marquiſe ,
Soeur de la Reyne de Pologne ,
GALANT.
31
avoulut elle-meſme luy mettre au
coſté. C'eſtoit le Sabre du Grand
Vizir Cara Mustapha , qui a fait
le Siege de Vienne. Il a la Poignée
d'Ambre blanc , damaſquinée
d'un or entaillé dans la pierre
. La Garde & le bout , auffibien
que les Boucles du Fourreau
& celles de la Ceinture,ſont
d'or , & la Lame d'acier de Damas
, eſt remplie de caracteres
d'or Arabes , dont on n'a pas
encore l'explication.Cette Ceinture
eſt d'un double Tiſſu d'or ,
d'argent & foye cramoiſie ; il ne
ſe peut rien voir de mieux travaillé
, ny de ſi riche. Les Lettres
de la main du Roy de Pologne
, & de celle de la Reyne ,
fonttelles . Elles ont toutes deux
pour ſubſcription , A mon Cousin
Monfieur le Duc de S.Aignan.
B 4
32 MERCURE
LETTRE DU ROY DE
Pologne à Monfieur le
Duc de S. Aignan.
> Yant conçu mon Cousin , de
longue-main beaucoup d'esti
me pour vostre Personne , & ayant
appris par Monsieurle Marquis
d'Arquien , mon Beaupere, lesſentimens
que vous avez pour moy , &
que vous defiriezavoir un Sabre de
ma main , j'ay crû ne vous en pouvoir
envoyer un qui fust plus à vôtre
gré, que celuy que j'ay pris au
Grand Visir , àsa défaite à Vienne
, & duquel je me suis fervis
dans les occaſions suivantes. Je
voudrois pouvoir moy mesme vous
le mettreau coſté , pour vous marquer
par là comme je feray en
toute occafion , combien , mon Cou
GALAN T. 33
finje veux estreàvous. Faitàfa
varou ce 8 May 1684.
6
JEAN.
Lettre de la Reine de Pologne
à cemeſme Duc.
L n'est pas juste que le Roy mon
د
mon
Cousin , l'estime qu'il a pour voſtre
Personne, Sans que de ma part je
vous affure de celle que ie conferve
auſſi pour la voſtre ; & vous
prie de croire , mon Cousin , que
lors qu'ilse préſentera occaſion de
vous en donner des preuves , vous
connoiſtrez que ieſuis àvous ,
MARIE CASIMIRE.R.
De lavarou ce 9. May 1684.
Dans une Lettre que Monfieur
le Marquis d'Arquien , Pere de
la Reyne , écrivoit en meſme
BS
34
MERCURE
temps à Monfieur le Duc de
S. Aignan , il y avoit ces parti
cularitez. Que le Roy de Pologne
avoit eu deſſein de luy faire faire
encore un plus beau Sabre ; mais
que depuis il avoit crû que celuy
qu'il avoit pris au Grand Vizir
devant Vienne , &ofté de son costé
pour luy en faire préfent , aprés
s'en estre fervy en plusieurs occafions
qui avoient ſuivy , seroitplus
àson goust , & que Sa Maiesté
s'eftoit Elle- mefme donné la peine
d'en accommoder la Ceinture
comme elle devoit estre pour luy .
Que luy de sa part ( j'entens
Monfieur le Marquis d'Arquien )
envoyoit à ce Duc un Sancharka ,
on Mousqueton à la Turque , que
le Grand Vizir se faisoit porter
pour s'en servir dans les occaſions
dont le Canon estoit de Damas.
Il ajoûtoit à cela mille marques
GALANT.
35
de tendreſſe & de bonté , & des
ſouhaits ardens pour l'union parfaite
du Roy ſon maiſtre avec
celuy de Pologne , l'aſſurant qu'il
donneroit volontiers ſon fang
pour la parfaite intelligence de
ces deux grands Roys.
Je vous ay parlé dans pluſieurs
Lettres de ce qui a donné
lien au Pere Vignier de l'Oratoire
, de croire que la Pucelle
d'Orleans avoit eſté mariée. Apparemment
vous n'avez pas oublié
les preuves ſur leſquelles il
a étably ſon opinion. C'eſt ce
qui m'oblige à vous faire part
des Vers que vous allez lire. Ils
regardent cette fameuſe Héroïne
, à qui la France eſt fi redevable.
B 6
36
MERCURE
LETTRE
DE ME LE CH. DEN
A la Belle Champenoiſe Mademoiſelle
de Maucler.
LA Tradition du Païs
M'adepuis quelquesjours appris
Que lefageMauclerc, Seigneurde
la Chauffée,
Vostre Trifayeul paternel,
Dansfon Ecu, du costé maternel,.
Portoit deux . Fleurs de Lys, acostant
une Epée ,
Dont lapointe eftoit couronnée21
Le tout d'or,dans un chap d'azur
Et ce bruit public eftfifür ,
Qu'on m'afait voir,dans deux Ca
chets d'agate
GALANT.
37
D'unegravûre ancienne& délicate,
Sous un mesmeTimbre& Cimier ,
Ces Armes,auSecond Quartiers
Et dans le troiſiéme ,
Avecque vostre Fafce, le reste,an
premier ,
Et dans le quatriéme ;
Et de chaque coſté, pour Support, un
Lévrier.
Sur cela je maintiens , aimableDemoiselle
,
Quevous fortez de Jeanne la
Pucelle ,
Ou de quelqu'un de fa Maiſons
Voila ſes Armes, fon Blazon ,
Et les porter, c'est de vostre defcente
Une marque évidente.
LesHistoriens racontans
Ledétailde cette Famille,
Donnentàcette illustre Fille
Trois Freres, braves &galans,
こ
38
MERCURE
Jacquemin, lean,& Pierre,enmoblis
avec elle,
En récompense&mémoire eternelle
Defes Faits triomphans.
Ils curent Jacques Darc pour Peres
Iſabeau Gautier fut leur Mere ;
Et ces trois Fils laifferent des Enfans
En légitime mariage;
Et la Pucelle eut lemême avantage.
2
:
Vous me direz, mon Cavalier ,
Cela s'accorde malavec le Pucelage,
Le pouvez vous nier ?
Entendons- nous. Pucelle estoit un
nom de guerre
Qu'elleprit &garda , comme l'Habit
guerrier ,
Tant qu'elle combatit les Forces
d'Angleterre ;
Mais quand elle eust produit par
fon heureux employ.
LeSalut d'Orleas,&le SacreduRoy,
GALANT.
39
:
Sa Miſſion eſtant pour lors remplie,
Elle quita ce nom cet habit,cettevie
Revint versſon Païs, épousadans
Arlon
Un Seigneur amoureux de fon fameux
renom ,
Et par luy, de Pucelle ,&desimple
Bergere ,
Ellefutfaite Dame& Mere .
秀
Vous direz là-deſſus , donc comme
les Hébreux
De la Fournaiſe ardente ,
Elle échapafans malde ce brazier
affreux ,
Où le cruel Anglois la mit toute
vivante ,
ARoven, en plein jour, auxyeux de
mille Gens ?
Ille faut avoner,la chefeeſtſurpre
nante
Mais il arrive encor des coups plus
étonnans.
40
MERCURE
Le Ciel protege l'innoncence.
Ses spectateurs trabis , dans leur
injuste espoir ,
Ne virent rien de ce qu'ils crûrent
voir ;
Et Mercure Galant a mis en évidence,
Et les raiſons, & lafaçon ,
Qui cauferentfa délivrance
Dela mort, & de la prison .
Vous pouvez vous donner le plaifir
de le lire.
Vousm'allezfans doute encore dire,
Dés quatorzeans cette jeune Beauté
Par inspiration divine ,
Avoit fait væn de chasteté
Entre les mains de Sainte Catherine.
Il est vray ; mais les voeux portent
leur nullité,
Dans l'âge où l'on n'a pas la pleine
connoiffance. EX
GALANT.
41
Ilfaut seize ans pour avoir la
puiſſance
D'en faire avec validité ,
L'usage des Convents donne cette
Science;
Et puis ce voeu pouvoit n'eſtre que
pour un temps ,
Jusqu'à vingt , ou jusqu'à trente
ans;
Car fur l'âge, où cette Bellone
Endoſſa la Cuiraſſe, &Soûtint nostre
Trône ,
LesAutheursfont fort diférens.
T
Le principal,apres tant de myſteres ,
Eſt de juger, si vousfortez
Et de vaines fubtilitez,
Ou d'elle ou seulement de quelqu'un
defes Freres.
Pour moy, je crois en verité
Que vous détendez delle- même ,
Vous avez une amour extrême
Pour noftre Nation , & poursa Majesté
MERCURE
* inde ſoûmiſſion pour la Grandeur
Suprême ;
De la candeur, de la bontè ,
De l'honneur , de la probité,
it vertus, &fur tout, du Zele&
du courage ,
1 tout pouſſer , à tout mettre en
usage ,
urſervir vos Amis dans leur adverſité.
font là les talens de la noble
Pucelle ,
Ils marquent voſtre extraction ;
Lareſſemblance en cette occafion
Est une preuve naturelle ,
Onn'enpeutfournir de plus belle
Tréve donc, aimable Mauclerc,
manquement de foy fur un ſujet
fi clair.
Je Serois prest d'entrer en lice
Contre le premier Champion ,
Qui par envie, ou par malice ,
Combattoit cette opinion .
GALANT .
43
Y
لا
Sans l'effroyable feu ,qui brûlant une
Ville ,
Ne laiſſa presque rien
Avostre Trifayeul, que sa Femme ,
& fon Chien ,
Il vous feroit facile
Deprouverpar de bons Contracts,
L'honneur quej'attribuë àvos nobles
appas,
Maisparchemins,papiers,or,argent.
pierreries ,
Dans ce malheurpublic , furent en
Sevelies ;
Et le deſaſtre de Vitry
Devint, belas, le vostre auffy.
La Tradition reste , & l'on y doit
Souscrire,
:
Lors qu'elle est confirmée avecfincérité
Par des raifons d'auſſi grande
équité
Que celles que je viens de dire
44
MERCURE
F
Et je ne doute point que Fournier ,
de Chemin ,
Du Lis, Blanchart, le Fevre ,
cent autres enfin
Honorez du doux avantage
D'avoir pour leurs Ayeuls , Jean ,
Pierre , ou Jacquemin,
Ne portaſſent bien témoignage ,
S'il estoit de neceſſité,
Que vous estes Parens , de ce noble
costé.
Mais comone Amour , nostre grand
Maistre ,
Se remarque d'abord , àſa Fleche , à
Son Arc ,
Pour vous faire connoistre
Fille de Jeanne Darc ,
Vous n'avez qu'àparoistre
Vostre taille, voſtre air , voſtre port,
tousvostraits , i
Font dire , la voila cette illuftre
:
Iannette ,
GALANT.
45
1-
Humble , avec mille attraits ;
Avec mille coeurs point Coquette ;
Sage dans le conſeil , brave dans l'a-
Etion,
Le bonheurde nostre Province ,
L'honneurde nostre Nation ,
2. Digne d'avoir pourson Epoux un
Prince.
L'on difoit cela d'elle ,&l'on le dit
de vous.
Elle reçeut pourtant Armoiſes pour
Ероих.
Voulez- vous achever unsibeauparallele?
De grace, aimable Demoiselle ,
Recevezmoy de la mêmefaçons
JeSuis constant ,je suis fidelle,
Et vous verrez que je suis bon
Garçon.
J'eſtois bien perfuadez que
vous eſtimeriez autant que vous
46 MERCURE
1
faites , les Conſeils de la Reyne
de Portugal à la Princeſſe ſa Fille,
que je vous ay envoyez dans ma
Lettre du mois de May. Comme
ils paroiſſent partir d'une ame
toute penétrée de l'Eſprit de
Dieu , vous ne ſerez pas fâchée
que je vous apprenne quelques
circonstances de la mortde cette
Reyne . arrivée le 27. Decembre
dernier , apres huit mois
de maladie , àune demy-licüede
Lisbonne , dans une maiſon de
Campagne , où elle eſtoit allée
le mois de luillet pour y prendre
l'air. Cette longue maladie commença
par des maux d'eſtomac ,
ſuivis de vapeurs , d'inſomniess
&de degoufts , qui la firenttomberdans
une maigreur extréme.
LesMedecins ont raiſonné inutilement
ſur ſa veritable cauſe.
Quoy qu'ils foient tous conveGALANT.
4
nus que le mal venoit de loin
: ç'a eſté pour eux un mal incor
nu , & contre lequel les reme
des ordinaires ont preſque toû
: jours eſté ſans effet. L'hydropi
ſie de vents ſurvintaprés la mai
greur , & fut accompagnée da
tant d'autres maux particuliers ..
qu'il falut une patience égale à
la ſienne , & autant de courage
qu'elle en eut , pour les ſupporter
comme elle fit ſans jamaisſe
plaindre , & fans s'étonner des
ſuites qu'elle prévoyoit aſſez .
Dés les premiers jours qu'elle
commença d'eſtre attaquée , &
bien plus encore depuis , quoy
que ſon mal qui diminuoit de
temps en temps , donnaſt beaucoup
d'eſpérance de guériſon,
elle a toûjours dit qu'il ne finiroit
qu'avec ſa vie ; non pas par
l'appréhenſion de la mort , qu'el48
MERCURE
1
4
le a regardée juſqu'à ſon dernier
ſoûpir , avec une confiance
en la bonté & en la mifericorde
Divine , qui la mettoit au -deſſus
de toutes les craintes , mais parce
qu'elle ſentoit que Dieu depuis
quelque temps l'avoit attirée
à luy d'une maniere ſi particuliere
, & l'avoittellement détachée
de toutes les choſes aufquelles
elle estoit le plus ſenſible
, qu'elle ne reconnoiſſoit pas
ſon coeur , tant il luy avoit plû
de le changer , pour s'en rendre
uniquement le Maître. Elle cut
pluſieurs autres preſſentimens
de ſa mort , qui firent que longtemps
auparavant elle s'y diſpoſa
avec toutes les préparations
qu'elle pût y apporter , même
dans un temps où elle avoit bien
plus à eſperer qu'à craindre pour
le rétabliſſement de ſa ſantés
afin
GALAN T. 49
- afin , diſoit- elle , que ce nefort
point la crainte qui m'oblige àfaire
la volontéde Dieu , en cas qu'il
m'appelle à luy , mais purement
Son amour ; & afin auſſi qu'en ce
temps là je n'aye point de peine
ny d'embaras dans un état où l'abatement
, la foibleſſe & la douleur
font qu'on fçait peu ce que l'on fait,
ou qu'on ne le fait qu'imparfaitement.
Alors , ajoûta- t-elle , tout
ce que nous aurons àfaire , fi cela
arrive , fera de renouveler ce que
nous faiſons préſentement, & d'attendre
ſans inquiétude ce que Dicu
voudra ordonner de nous. Dans
cette penſée, quoy qu'elle paruſt
ſe mieux porter , & qu'on fongeaſt
meſme à la faire revenir à
Lifbonne parce qu'elle avoit
la force d'aller tous les jours à
la promenade , & qu'elle faifoit
chaque choſe à l'ordinaire , ne
Juin 1684.
د
C
50
MERCURE
,
د
prenant plus que quelques pe
tits remédes qu'on luy donnoit
pour la rétablir , elle fit une
Confeſſion generale de toute ſa
vie au mois de Septembre , avec
une entiere exactitude , pour
ſuppléer à deux autres qu'elle
avoit faites depuis un an & demy.
Enſuite elle communia
comme ſi elle euſt dû mourir ce
meſme jour & voulut faire
tous les actes de Foy , d'Eſpérance
& deCharité , & toutes
les proteſtations qu'on a coûtume
de faire dans les derniers
momens de la vie remettant
fon ame entre les mains de Dieu
avec une parfaite reſignation.
Elle fut ſi ſatisfaite de s'eſtre
ainſi préparée , que proteſtant
qu'elle estoit preſte à mourir ,
elle diſoit que Dieu luy feroit
une grande grace , s'il vouloit
,
7
GALANT.
ST
1
la prendre en l'état où elle eſtoit.
Son mal , dans lequel elle re-
#tomba peu de temps aprés , luy
ayant caufé d'autres accidens
t qui ofterent l'eſperance qu'on
avoit , elle continua dans ſa fermeté
, & dans la meſme difpofition
, ſans rien craindre de ce
qui pouvoit arriver. Tous les
- jours , en ſe promenant dans les
Jardins , fon plus grand plaifir
eſtoit de s'entretenir de la mort,
& de la felicité des Saints ; &
afin de n'avoir à penſer qu'à
Es Dieu quand ſon dernier jour arriveroit
, elle s'informa de l'état
de fa Maiſon , & fit payer tout
ce qui ſe trouva dû , qui eſtoit
tres- peu de choſe , tant elle avoit
foin que tout y fuſt bien reglé ,
prenant garde tous les ans qu'on
it ne deuſt rien à perſonne. Elle
i parla dés ce temps làde faire ſon
C 2
52
MERCURE
Teſtament , & en ayant demandé
permiſſion au Roy , elle le fit
avec toutes les formalitez necefſaires
. Elle ordonna que ſon
Corps ſeroit enterré aux Capucins
qu'elle a fait venir de France
, & dont elle a baſty le Convent
; qu'on diroit vingt mille
Meſſes pour le repos de ſon ame;
qu'ondonneroit à toutes les Maiſons
Religieuſes , qu'on appelle
Mandiantes , aux Hôpitaux, aux
Priſonniers , aux Enfanstrouvez,
à vingt Pauvres Filles pour les
marier , aux Miſſions de la Chine
, du Japon , & à celles qui ſe
font dans le Royaume , aux Pauvres
honteux ; ajoûtant à tout
cela une ſomme confiderable
pour racheter des Captifs. Six
ſemaines avant ſa mort , on luy
apporta le Viatique , qu'elle reçût
avec un reſpect & une de
GALANT. 53
votion toute édifiante. Elle ſe
trouva mieux depuis ; mais quelque
eſpérance qu'il y euſt de
temps en temps du retour de ſa
ſanté , elle ſe prépara toûjours à
mourir , & pour cela , elle ne
pafſſoit aucun jour ſans ſe faire
lire quelque choſe de ce qu'a fait
le Pere Noüet , & elle diſoit en
l'entendant , que l'on avoit envie
de mourir , quand on regardoit la
mort comme les Saints l'ont enviſagée
, c'eſt à dire , comme un paffage
à une vie bien- heureuſe.
Elle eut beaucoup à ſouffrir
pendant tout le cours de ſa maladie
, mais fur tout pendant les
dernieres ſix ſemaines qu'elle demeura
toûjours au Lit , fans ſe
pouvoir remuer d'aucun coſté.
Ce fut avec des douleurs inconcevables
, caufées par des vents
qui l'enfloient par tout le corps.
C3
14 MERCURE
Jamais cependant elle ne laiſſa
échaper aucune plainte. On admiroit
ſon courage , & les Médecins
eux meſmes qui connoiffoient
ce qu'elle ſouffroit , en
eſtoient furpris . S'il luy ſurvenoit
quelque accident ou quelque
douleur extraordinaire , elle
diſoit toûjours que ce n'eſtoit
rien , & prenoit enſuite tous les
remedes qu'on luy préſentoit ,
quelques rudes ou amers qu'ils
püſſent eſtre. Elle communia
pluſieurs fois depuis qu'on luy
eut donné le Viatique , & elle
montroit une joye extréme ,
quand ſelon les Régles de l'Egliſe
on pouvoit luy renouveller
laCommunion, ce que ſonConfeffeur
fit auſſi ſouvent qu'il le
pût. Ces jours de Devotion
particuliere , eſtoient pour elle
des jours de ſoulagement , qui
GALANT.
55
a
d
02
ne venoit que de la conſolation
intérieure que ſa ferveur luy
faiſoit fentir . Elle communia
encore en Viatique le jour de
Noël , & dit qu'elle croyoit l'avoir
fait pour la derniere fois. Le
Lundy 27. Decembre , elle demanda
l'Extréme - Onction à la
premiere ouverture qui luy en
fut faite , & ſouhaita d'entendre
la Meſſe auparavant. Le Roy &
l'Infante y aſſiſtérent. Enſuite
elle pria' qu'on luy diſt tout ce
qu'elle avoit à faire pour receyoir
ce dernier Sacrement. On
luy en expliqua les Onctions ,
&on luy marqua ce qu'il falloit
qu'elle fiſt interieurement & exterieurement
, à quoy elle ne
manqua point , s'acquitant de
tout avec une préſence d'eſprit
&unedevotion admirable. Elle
fit encore une reveuë, ou manie-
C4
56
MERCURE
د
re de Confeffion genérale , avec
des ſentimens de regret de ſes
pechez , d'amour de Dieu , &
de réfignation , les plus fervens
que l'on puiſſe avoir en cet état.
Elle renouvela alors à ſon Confeſſeur
ce qu'elle luy avoit dit
pluſieurs fois dans ſa maladie
qu'il l'avertiſt de ce qu'elle devoit
faire , ou ne pas faire , parce
qu'elle ne vouloit rien ômettre,
& qu'elle ſe déchargeoit ſur luy ,
fi ellemanquoit en quelque choſe.
Apres l'Extréme- Onction
elle entra dans une eſpece de
fommeil doux , où ſa poitrine
commença à ſe remplir. UnMédecin
eſtant venu luy tâter le
poulx , elle entendit qu'il répondoit
pire , à ceux qui luy demandoient
ce qu'il en trouvoit ,
Pire, repartit- elle , il est meilleur,
voulant marquer par ces mots ,
GALANT. 57
qu'elle approchoit du bonheur
où elle aſpiroit depuis fi longtemps.
Enſuite elle s'attacha aux
dernieres preparations , tenant
d'une main le Crucifix qu'elle
embraſſoit tendrement , & un
Cierge bény de l'autre. Elle faiſoit
en François ou en Portugais ,
tous les actes qui luy eſtoient
ſuggérez , ſelon la Langue dans
laquelle on luy parloit. Elle demanda
encore l'Abſolution un
demy quart d'heure avant qu'elle
poufſfaſt le dernier foûpir ; &
'quelqu'un luy ayant dit quelque
choſe pour la préparer à paroître
devant Dieu , elle répondit
deux fois en Portugais , qu'elle
ne craignoit point de mourir.
Elle dit auffi à ſon Confeffeur ,
qu'elle avoit toûjours entendu
dire , que dans l'heure de la mort,
on avoit des peines & de rudes ten-
CS
د
38
MERCURE
tations , & que le Demon employoit
tous ses efforts pour troubler les
ames ; qu'elle ne fentoit rien de
tout cela , ở n'avoit aucun ſcrupule,
mais qu'elle feroit bien aiſe
de sçavoir ce qu'ilfaudroit qu'elle
fist , fi quelque tentation la furprenoit.
Elle s'arreſta à ce qu'on
luy dit , & mourut tranquillement
, & fans s'agiter , parce
que la confiance qu'elle avoit
en Dien , & fa refignation à fon
amour , la mettoient en afſfurance
contre toutes choſes. Son
Corps fut enfevely apres ſa mort
dans un Habit de S. François du
Tiers Ordre dont elle estoit ; &
ſon viſage malgré la longueur
de fa maladie , conſerva un air
de douceur & d'agrément , qui
attendrit tous ceux qui la virent.
Les Ceremonies de l'Enterrement
ſe firent la nuit du Mary
GALANT. 59
د
dy 28. du meſme mois de Des
cembre. Si- toſt qu'on eut enlevé
le Corps , le Roy & l'Infante
monterent enſemble en Carroffe
, & s'en retournerent à Lifbonne
, où le Roy s'enferma
d'abord dans ſon Quartier. Il y
paſſa huit jours dans ſa Cham--
bre avec un Flambeau allumé
ſans y avoir d'autre jour , &
ſans parler à perſonne. Il y demeura
encore trente jours aprés
cela , & n'y parla qu'aux Mini-
- ſtres pour les Affaires preſſées
de l'Etat. L'Infante occupa l'Apartement
de la Reyne , &y fut
ſervie par le meſme nombre
d'Officiers que cette Princeſſe
avoit , & de la meſme maniere.
Il y eut quelque conteſtation
entre ces Officiers , & ceux qui
avoient cité nommez depuis un
an & demy pour ſervir l'Infante .
C6
60 MERCURE
On vouloit ſçavoir qui ſeroient
ceux qui demeureroient , & les
choſes furent accommodées de
telle maniere , qu'on les fit fervir
les uns & les autres . Je croy ,
Madame , que vous n'aurez pas
de peine à avoüer , qu'on ne
ſçauroit mieux remplir l'idée d'une
fainte mort , qu'a fait cette
Reyne. Elle ſe l'eſtoit formée
long temps auparavant , lors
qu'elle estoit encore en pleine
ſanté , marquant par écrit tout
ce qu'elle voudroit avoir fait en
ce temps-là. Sa devotion eſtoit
folide , & ne conſiſtoit qu'à la
porter à s'acquiter des devoirs
d'une grande Reyne , & d'une
Reyne veritablement Chrétienne.
Pour en venir à bout fans
obſtacle , elle s'appliqua à deux
choſes les deux dernieres années
de la vie , & y reüffit parfaites
GALANT. 61
t
S
e
,
S
a
ment. La premiere fut de ſe
rendre maiſtreſſe de toutes ſes
paffions , & de tous les mouvemens
de ſon coeur , fur lequel
elle s'acquit tout l'empire qu'on
y peut avoir par la raiſon & par
le bon ſens , qu'elle s'eſtoit fait
une habitude d'écouter en tour.
La ſeconde fut de regler ſon interieur&
ſaconſcience , pour ſe
rendre agreable à Dieu , en s'attachant
uniquement à luy plaire,
& ſe détachant de tout ce qui
la pouvoit détournerde luy. Ces
deux choſes établirent ſon eſprit
dans une égalité , dans une liberté
,&dans une paix intérieure
ſi douce & fi grande , qu'elle
craignoit quelquefois qu'elle ne
ſerviſt Dieu par intereſt , & par
la fatisfaction qu'elle en recevoit,
fe trouvantpar-là, diſoit- elle , au
deffus d'une infinité de choses qua
62 MERCURE
arrivent dans la vie , & qui ne
Servent qu'à troubler noftre repos .
Cependant la douceur qu'elle
gouſtoit avec Dieu , ne l'empéchoit
point d'agir au dehors
quand il eſtoit néceſſaire , avec
application & fermeté.Elle a laifſe
trois fortes d'Ecrits. Le premier
contient les Conſeils que
vous avez vûs , & qu'elle a drefſez
pour l'Infante. Le ſecondeſt
plein de Poëſies Chrétiennes ,
auſquelles elle s'appliquois de
temps en temps pour ſe divertir,
prenant plaiſir à faire des Vers ,
& y ayant beaucoup de génie.
On y voit les ſentimens d'un
coeur tout remply de l'amour de
Dieu . Le troiſième est compofé
de quantité de petits Ouvrages
qu'elle a faits depuis deux ans ,
dans lesquels elle marquoit chaque
jour tous les ſentimens que
GALANT. 63
Dieu luy donnoit , & la maniere
dont elle les mettoit en pratique
, ajoûtant ce qui ſe paſſoit
en elle de plus intérieur , ſuivant
les occaſions qui ſe préſentoient.
Les heures qu'elle employoit à
ces Papiers, eſtoient les plus douces
heures de ſa vie. Elle craignoit
meſme d'y avoir trop de
plaifir , quoy que perſonne ne
viſt ce qu'elle faiſoit , que ſon
Confeffeur; & quand ſa ſanté ou
fes affaires ne luy avoient pas
permis d'écrire , elle diſoit qu'el
le n'eſtoit pas contente d'ellemefme.
Il me ſouvient que je vous
parlay il y a quelques années des
Ambaſſadeurs que le Roy de
Siam envoyoit en France , & de .
là à Rome , avec des Préfens
pour ſa Majesté , parmy leſquels
eſtoient deux Eléphans blancs.
64
MERCURE
Monfieur des Landes- Bourau ,
Frere de Monfieur Bourau , qui
a eſté ſi long- temps Commiſſaire
Genéral de la Compagnie à
Surate , ſe trouvant luy - même
depuis pluſieurs années Chef
du Comptoir de la Compagnie
Orientale de France à Siam ,
traduifit les Lettres que ce Roy
a écrites à Sa Majesté , & au Pape
, & il les a envoyées icy par
un Officier de la Compagnie ,
comme s'il euſt preveu la diſgrace
qu'on craint qui ne ſoit arrivée
à ſon Frere , qui s'embarqua
à Bantam avec les Ambafſadeurs
& les Préſens , ſur le Soleil
d'Orient , dont on n'a point
entendu parler depuis prés de
trois ans que s'eſt fait l'embarquement.
Ces Lettres eſtant
tombées depuis peu entre mes
mains, j'ay crû que vous ne ſeriez
GALANT.
65
1
لا
.
pas fâchée de les voir. Elles ſont
accompagnées de deux autres ,
que le Miniſtre de Siam a écrites
a à la Compagnies . Il y a pour ſubſcription
à celle qui eſt pour le
Roy.
e
f
1
- AU ROY DE FRANCE .
Ettre de la Royale & infigne
Lambaffade du grand Roy du
Royaume de Sery Futthia, qu'il envoye
à vous , ô tres -grand & tres
puiſſant Seigneur des Royaumes de
France & de Navarre , qui avez
des DignitezSuréminentes , dont
l'éclat & la ſplendeur brillent comme
le Soleil , Vous qui gardez une
Loy tres - excellente & parfaite ; &
c'est aussi pour cette raiſon,que com
mé vous gardez & Soûtencz la Loy
66 MERCURE
& la Justice , vous avez remporté
des victoires ſur tous vos Ennemis ,
& que le bruit & la renommée de
vos triomphes s'est répanduë par
toutes les Nations de l'Univers . Or
touchant les Lettres de la Royale
Ambaſſade , & pleine de Majesté ,
que vous , & Tres-grand Roy , nous
avez envoyée par Dom François
Eveſque , juſque dans ce Royaume;
& apres avoir compris le contenu
de vostre illustre & élegante Ambassade
, nostre coeur Royal a esté
remply & comblé d'une tres-grande
joye , & ay en ſoinde chercher les
moyens d'établir une forte &ferme
amitié à l'avenir ; & lors que j'ay
vû le Genéral de Surate , envoyer
Sous vostre bon plaisir un Vaiſſeau
pour prendre noſtre Ambassade &
nos Ambassadeurs , pour lors mon
soeur s'est trouvé dans l'accompliſſe.
went deſesſouhaits &de fes defirs,
GALANT. 67
1
& nous avons envoyé tels & tels ,
pour estre les Porteurs de noſtre Lettre
d'Ambaſſade , & des Préfens
que nous envoyons à Vous , ô Tres
grand Roy , afin qu'entre Nous il
y ait une parfaite intelligence , une
parfaite & une veritable union &
amitié, & que cette amitié puiſſe
estre ferme & inviolable dans le
temps à venir. Que si , ô Tres.
grand Roy , vous defirez quelque
choſe de nostre Royaume , je vous
prie de le faire déclarer à vos Am
baßadeurs.Lors que les mesmes Ambaſſadeurs
auront achevé , je vous
prie de leur donner permiſſion de
s'en revenir , afin que je puiſſe apprendre
les bonnes nouvelles de voς
felicitez , ô Tres-grand & Puiſſant
Roy ,&de nous envoyer des Ambas
Sadeurs & que nos Ambaſſadeurs
puiffent aller &venir ſans manquer
; Vous priant que nostre
amitiéfoit ferme&inviolable pour
68 MERCURE
toûjours ; &je conjure la Toutepuiffance
de Dieu , de vous conſerver en
toutes fortes de prospéritez, &qu'il
les augmente de jour en jour , afin
que vous puissiez gouverner vos
Royaumes de France &de Navarre,
& ie le ſuplie qu'il vous agrandifſe
pardesvictoiresſur tous vos Ennemis,
& qu'il vous accorde une longue
vie , & pleine de prosperite.z
Il y a pour ſubſcription à la
Lettre que ce Roy a écrite au
Pape.
AU
SOUVERAIN PONTIFE.
Ettre de la Royale Ambaſſade
qu'il
envoye au S. Pape , qui est le Premier
& le Pere de tous les chréGALAN
T. 69
tiens,dont ilſoûtient la Religion,pour
luy donner de l'éclat, & la gouverner
afin que tous les Chrétiens y demeurent
fermes , & ſuivent ce que
la Religion & la Justice demandent.
D'autant qu'il a efté de tout temps
uſité , que les grands Roys & Princes
qui excellent en mérites & en
forces , ont foin &defirent ardemment
étendre leurs Royales amitiez
par toutes les Parties du Monde ,
&par les diverſes Nations qui l'habitent
, &fçavoir des choses qui s'y
paſſent. C'est pourquoy quand le
S. Pape nous a icy envoyé en Royale
Ambaſſade Dom François Evesque,
cela nous donna une tres-grande ioye;
& apres avoir vû le contenu de la
Lettre dont il estoit Porteur , remplie
de civilitez , nostre coeur Royal
fut remply d'unė ioye tres grande.
Pour ces raiſons nous avons réſolu
d'envoyer tels & tels , pour porter
1
70 MERCURE
au S. Pape les Letres de nostre Royale
Ambaſſade dont ils font chargez,
à deffein qu'ily ait une Royale
Amitié entre Nous , & un mutuel
amour qui dure iusqu'à l'Eternité.
Quand nos Ambassadeurs auront
achevé ce dont ils font chargez, ie
vous prie de les laiſſer revenir , afin
qu'ils m'apportent des Nouvelles du
S. Pape , qui mefont tres- cheres ,&
que i'eſtimeray infiniment. Ie prie
auffi le S. Pape de m'envoyer des
Ambassadeurs, &que nos Ambaſſa
deurs puiſſent aller & venir ſans
interruption , afin qu'une si excellente,
ſiprécieuse&fi illustre amitié
puiſſe durer éternellement. Enfin
ie ſouhaite que le S. Pape ioüiffe de
toutes fortes de biens &de felicitez .
dans la Loy des Chrétiens , & qu'il
vive plusieurs années pleines de
merites , ioye ,Sainteté & repos.
GALAN T. 71
LETTRE ECRITE PAR
le Barcalon , ou Miniſtre du
Roy de Siam , à Meſſieurs les
Directeurs Genéraux de la
Compagnie du Commerce des
Indes Orientales .
Late
Ettre de Chao Peia Ferry Terà
rama Bacha Chady Amatraia,
Mehittra , Pipittra, Rathana, Rat,
Couffa, Tidody , Apaia , Pery, Bora,
Cromma , Pahoüé , qu'il envoye en
figne d'amitié fincere à Meſſieurs
les Directeurs Generaax de la Royale
Compagnie de France. D'autant
que le Roy mon Maistre en
voye ſes Ambassadeurs , afin de por.
terfes Royales Lettres , & Préfens,
àla Haute & Royale Maiesté du
Grand Roy de France , afin que
leurs Alliances fi excellentes &
72 MERCURE
avantageuses puiſſent estre éternel.
les. Or comme les Ambaſſadeurs &
Serviteurs du Roy mon Maistrefont
un chemin fort long,fi lesdits Ambassadeurs
ont besoin de quelque
choſe , ou bien fi le Pere Gayme&
Emmanuel Ficardo vont le deman.
derà la Compagnie , ie prie ladite
Compagnie d'en faire un compte
clair & net , & de l'envoyer icy, afin
que ie fatisfaſſe àtout ce qu'ils ont
reçû de la Compagnie Royale ; de
plus,si la Compagnie Royale defire
quelque chose de ce Royaume , ie la
prie de nous le faire sçavoir avec
toute la clartépoſſible.
1
LETTRE
GALAN T.
73.
LETTRE DU MESME
Miniſtre à Mr le Directeur
Baron.
Commele General de Surate a
eu la bonté d'envoyer par Me
des Landes , des Lettres & des Pré-
Sens , pour estre préſentez au grand
& puiſſant Roy mon Maistre , me
recommandant de donner mon aſſiſtance
pour les luy présentez , &
qu'il m'a auſſi envoyé une Lettre
& des Préfens que j'ay reçû ; on a
expliqué lesdites Lettres ſuivant la
coûtume , & j'ay connu par leur teneur
, & par les discours de Monfieur
des Landes , que Monsieur le
Genéral ayant ſçû que l'on devoit
envoyer des Ambaſſadeurs au Roy
de France , & au S. Pape , en avoit
conçû beaucoup de joye , & qu'il
Juin 1684 . D
74 MERCURE S
avoit préparé un Vaiſſeau afin de
recevoir l'Ambaſſade , auquel il
avoit ordonné de faire conformément
àce qui leurſeroit commandé;
& que si l'on differoit encore d'ens
voyer l'Ambaſſade , il nous prioit
que le Vaisseau fust dépêchéàtemps
pournepas perdre la Mouffon.Comme
il y a tres long- temps qu'ildefi
roit avec paſſion qu'ily eust Alliance
&union ferme entre les deux Cou
ronnes à l'avenir ; & quand Monfieur
le Genéral a envoyé un Vaif-
Seau pour porter les Ambassadeurs ,
c'est ce que son coeur RoyalSouhaitoit
ardemment , à mesme temps il
m'a donnéſes ordres , que j'ay reçûs
fur lesommetde ma teste , sçavoir ,
de preparer des Ambassadeurs pour
porter ſes Lettres & Préfens à la
Royale&Haute Majesté du Roy de
France , afin que cette Royale&
excellente Alliance fust éternelleà
GALANT. 75
lavenir. Ie croy que Monsieur des
Landes ne manquera pas de donner
avis à Monfieur le Genéral , des
Services que je luy ay rendus.
mon LeRoy
fes Préfens .
Ia
Etmov
+
Maistre
solus envoye
ue ma part , un Coffre de
-yon,a couverture voutée , lefond
noir avec des Feüilles d'or ; un Coffrede
Chine , le fond noir , travaillé
avec ambre & or ; deux Arbrifſſeaux
d'ambre ; un Pot d'ambre ; deux
Boulis à Chaa ; huit Chavanes ;
deux Bandeges noirs & peints ; une
paire de Paranavants du Iapon ; ce
que je vous prie de recevoir, pour
l'amitié que vous me portez.le laiſſe
à Monsieur le Genéral à pourvoir
aux moïens qui font neceſſaires pour
qu'entre luy & moy ilpuiſſe y avoir
un parfait amour , & inviolable
amitiépour l'avenir.
D
76
MERCURE
Monfieur Deflandes , en parlant
des Eléphans que le Roy de
Siam envoyoit en France avec
ſes Ambaſſadeurs , a expliqué la
maniere dont les Eléphans ſauvages
peuvent eſtre pris,& voicy
ce qu'il en dit. Ce Roy en ayant
pluſieurs apprivoiſez , males &
femelles , en envoye quelques
Bandes à quinze ou vingt journées
de la Ville , dans les Bois &
dans les Plaines. Chaque Bande,
qui est compoſée de quarante ou
de cinquante , a neuf ou dix
Hommes pour Conducteurs ; &
quand ils ont apperçeu quelque
Eléphant , ils ordonnent aux Femelles
de les aller entourer. Vous
remarquerez que les Eléphans
apprivoiſez entendent la Langue
de leurs Conducteurs. Lors que
l'Eléphant eſt entouré des Femel.
les, les Hommes qui ſont montez
GALANT.
77
fur les Mâles , accoſtent les Femelles
, & font marcher l'Eléphant
pris dans le milieu de la
Bande. Ainſi il ne voit point où
il va. A une journée de la Ville ,
on les fait paſſer par une Attrapoire
, qui eſt toute bordée
d'Arbres , & que l'Eléphant ſauvage
prend pour un Bois. Ils n'y
paſſent qu'un à un ; & quand
l'Elephant ſauvage eſt dans l'Attrapoire
, où il croit paſſer comme
les autres , on laiſſe tomber
de gros Pieux par des coulices
devant & derriere , & il ſe trouve
arreſté comme s'il eſtoit dans
une Cage , ſans qu'il puiſſe ſe
tournerde coſté ny d'autre. Les
Pieux qui compoſent l'Attrapoire
, ſont auſſi gros que des Mats
de Navire , & deux Hommes
auroient peine à les embraſſer.
En ſuite on lie les quatre pieds
}
1
D3
78 MERCURE
"
de l'Elephant avec des Cables ,
afin qu'il ne puiffe fuir , & on
l'amene proche des murailles de
la Ville , où il y a une Maiſon
couverte. Dans le milieu de cette
Maiſon eſt un gros Mats de
cinq à fix braſſes de hauteur ,
avec une Poutre paffée au travers
par le haut du Mats , qui
eſt enfoüy dansterre d'une braſſe
en maniere de Pivot , ou bien
tourné comme le Cabeaa..n. aun
Novire. Onand l'Eléphant pris
eſt arrivé à cette Maiſon , on le
ſuſpend à ce Cabeſtan par deſfſous
le corps avec des Cables ,
en forte que ſes pieds poſent à
terre. Eſtant ainſi attaché , il ne
peut tourner qu'avec le Cabeſtan
, & on le laiſſe de cette maniere
pendant deux ou trois
jours , gardé par deux Mafles &
par deux Femelles, ſans luy don
GALANT.
79
ner à manger. Apres cela , on
l'oſte du Cabeſtan , & on le lie
par le corps avec un autre Eléphant
privé. Ils demeurentainſi
attachez enſemble , juſqu'à ce
que le Sauvage ſoit apprivoiſé ,
& alors on luy donne un Cornacque
, ou Conducteur. Ces
Animaux ſont fort eſtimez dans
le Païs ; auſſi le Roy de Siam en
a quantité de domeſtiques. On
appelle ceux qu'il monte , Eléphans
de l'Etat . On les loge dans
de beaux Lieux , qui ſont comme
des Maiſons de Princes , toutespeintes
de feüillages ; & comme
ces Animaux aiment fort la
propreté , on ne ſe ſert que de
Vaiſſelle d'argent pour leur donner
à manger. Iamais ils ne fortent
pour aller à la Riviere ou
à la Campagne , qu'on ne porte
des Paraſols devant chacun
D 4
80 MERCURE
d'eux. Ils ſont precedez de Tambours
& de Maſetes , & ont un
Harnois d'argent , & garny de
cuivre . Deux Hommes montent
deſſus , l'un ſur le col , l'autre
ſur la croupe ; & dans le milieu
, il y a une Selle d'écarlate,
où perſonne n'oſe s'aſſeoir , à
cauſe que c'eſt la place du Roy .
Celuy qui eſt monté fur le col, a
un Croc de fer , ou d'acier luifant
, dont il ſe ſert pour le gouverner
, en le piquant ſur le coſté
gauche du front , pour le faire
aller à gauche , & dansle milieu
pour le faire aller à droit.
Chaque Mafle a toûjours fa Femelle
qui marche devant luy ,
gouvernée & enharnachée de la
meſme forte. Ces Elephans ont
la teſte de leur Trompe , la teſte,
les oreilles , les jambes , & une
partie du Corps , marquetez ,
GALANT. 8г
comme l'eſt la peau d'un Tigre;
&quand ils ont une queuë traînante
avec un gros bouquet de
long poil au bout , c'eſt un embelliſſement
qui fait qu'on les
eſtime beaucoup davantage.
Je vous aydeja parlé de la Sta
tuë antique qu'on trouva ily a
trente ans à Arles en foüillant la
terre. Cette Ville la gardoit dans
ſon Hoſtel , ou d'illuſtres Voyageurs
venoient l'admirer de toutes
parts , comme un des Chefd'oeuvres
de l'Antiquité. Mefſieurs
d'Arles qui poſſedoient ce
Téſor , ne prévoyoient pas que
cette belle Statuë , qui leur attiroittous
les jours les viſites des
plus ſçavans Curieux , duſt jamais
fortir de leur Ville. Cependant,
voyant les ſoins que Monſieur
de Louvois prenoit de s'informer
de tout ce qu'il y a de
DS
82 MERCURE
belles Antiquitez en France,
pour en choiſir les plus rares , &
faire plaifir à ceux à qui elles
appartiennent , en leur donnant
lieu de les offrir à Sa Majesté,
ils ont regardé comme une gloire
tres - grande , l'avantage de pouvoir
faire à ce grand Monarque
un préſent ſelon fon gouft , &
luy donner de nouvelles marques
du zele empreſſé qu'ils ont
toûjours eu pour ſon ſervice , en
le priant d'accepter leur belle
Statuë . Le Roy leur a ſçeu bon
gré de leur offre , elle a eſté ſuiviedes
effets, & la Statuë eſt arrivée
à Paris , d'où à l'heure que
je vous écris , elle n'eſt pas encore
partie pour Verſailles. If
s'eſt élevé un grand diferend
touchant fon nom , comme je
vous l'ay déja écrit. Monfieur
Terrin , Conſeiller au Préſidial
GALANT.
83
d'Arles , a fait un Volume entier
pour prouver que c'eſt une Venus
, & ſon ſentiment a preſque
eſté genéral . Il y a pourtant trois
Academiciens de l'Academie
d'Arles qui n'en ſont pas , non
plus que le P. Daugiers Jéſuite,
qui a fait un Livre intitulé , Reflexions
fur les Sentimens de Callithene
touchant la Diane d'Arles.
Monfieur de Vertron , Hiſtoriographe
du Roy , & qui fait l'Hiſtoire
de Sa Majeſté en Proſe Latine
pour l'utilité des Etrangers
, eſt l'un des trois Academiciens
d'Arles qui ſoûtiennentque
cette Statuë eſt une Diane. Il
est Autheur du Diſtique ſuivant.
,
C
D 6
84 MERCURE
LUDOVICO XIV.
FRANCORUM IMPERATORI MAXIMO
REGI CHRISTIANISSIMO,
PATRI PATRIA ,
LITTERARUM PARENTI,
SOLI GALLICO,
DISTICHON.
Nunc tibi digne Arelas offert
Lodoïce Dianam ,
Sole etenim femper digna Diana
fuit.
Un autre Académicien de la
meſme Compagnie , dont je ne
ſçay pas le nom , a pris party
pour Diane , qu'il a fait parler
ainfi.
STANCES
N Art ingénieux imitant lo
UN
Nature
e
GALANT.
85
Fit parler ce Marbre autrefois ;
La Superftition confacra mafigure,
Et me fit Deeffe des Bois.
12
L'Esprit qui m'animoit ,prononça des
Oracles ;
Et ma feinte Divinité ,
Par des prestiges vains , &parde
fauxmiracles ,
Soûtint longtemps ma dignité.
Les Peuples abuſez par le nom de
Diane ,
Couroient enfoule àmon Autel ;
Ils m'offroient des Enfans , que leur
zele profane
Arrachoit dufein maternel.
C'estainsi que mon culte atrose , &
Sanguinaire ,
Devint une longuefureur ;
Dema Religion le plus facrémiſtere
N'estoit fondé quefur l'erreur.
86 MERCURE
A
De mon Temple , foüillé deſang&
de carnage ,
Tout l'Edifice est renversé;
L'Idole est abatue, & tout ce grand
dommage
Vange enfin le Ciel offenſé.
Depuis plus de mille ans , une indigne
retraite
Me cachoit auxyeux des Vivans;
F'estois de cet état beaucoup plusfatisfaite
,
Qued'avoirà tromper les Gens.
F'en avois pourtant honte , & ma
beauté celeste
Eut de l'horreurpour ce Tobeau ;
Mais je rencontre aprés unsejourſi
funeste ,
Un deſtin plus doux,&plus beau.
Un Roy plus glorieux que le Dieu de
LaGuerre ,
GALANT. 87
Le Grand , l'Invincible LOUIS ,
Pour qui jefors enfin du centre de la
Terre
Me veut voir, & connoit mõ prix .
Arles me conſerva durant plus de
Sept lustres ,
Commefon plus riche ornement ,
Etjefaisois l'honneurdes Mémoires
illuftres
De l'Anglois , & de l' Allemand.
Echapée àlafin de ces vaſtes Ruines
Où l'on nesçavoit rien de moy,
Diane brillera parmy les Héroïnes
Qui parent la Cour d'un grand
Roy.
Arles dont le Soleil ſuffit à tout le
monde
Veut joindre le Frere & la Soeur;
Arles en me donnant , est heureuse
&féconde
83 MERCURE
Cepréſentferafon bonheur.
Si mes bras font tombezsous cette
Faux cruelle
Dont le temps ſe ſert en tous
lieux ,
Ce malheur vint de l'Art , qui me
fit affez belle
Pourdonnerde l'envie aux Dieux .
Mais j'ay trompéce temps , & Sa
dent afamée
N'arienfait contre mon honneur;
Je trouve en vieilliſſant , &plus de
renommée ,
Plus d' Autels, plusde bonheur.
泰
Mes membres Separezſemblent un
grand outrage;
MaisleCiel l'aſçeu reparer ,
Et le coeur de LOUIS m'honore davantage
,
Quesil'on venoit m'adorer.
GALANT. 89
La faveur qui m'attend eſt ſeûre
&perdurable ,
Quoy qu'on diſe des Courtiſans
Que pour eux la Fortune est lafeule
adorable ,
Seule digne de leur encens.
De la grandeur du Roy ma grandeur
Soûtenuë ,
Espereun haut rangà la Cour ;
Mais c'estassezpourmoy , si j'y suis
reconnuë
Pour la Soeur de l' Aftre du jour.
Ecoute, Grand LOVIS , car le Dieu
qui m'agite
Ne me permet plus de mentir ;
Ecoute le destin que t'a fait ton
mérite ,
Et que j'ose te garantir.
Ta Supréme valeur n'aura jamais
d'obstacle
50
MERCURE
Qu'elle ne renverſeſoudain ;
Tu peux ,Sans teflater, recevoir cet
Oracle
Que le Ciel a mis dans monſein.
Ton regne durera jusqu'à lafin du
Monde,
Tu feras regner ton Dauphin ;
Son Empire,enfuivant ta vertuſans
Seconde ,
Iuſques- làn'aura point defin.
Les Aſtres complaiſans n'auront
rien qui t'afflige ,
Rien qui menace d'un revers ;
Un jour les Rejetons de ta Royale
Tige
Seront Maistres de l'Univers .
Tes Neveux, en marchantfur lespas
de ta gloire ,
Maintiendront les Peuplesfoûmis
;
GALAN T. 91
Ou bien ils apprendront , en lifant
ton Histoire ,
ve
L'Artde dompter leurs Ennemis .
১
د
Ces Vers ſont beaux mais
ils ne fourniſſent aucune preud'où
l'on puiſſe tirer la
moindre lumiere , qui fafſe voir
que cette Statuë repréſente une
Diane. Auffi connoift - on que
l'Autheur n'a pas eu deſſein de
le prouver , mais seulement de
donner des marques de ſon ef
prit , en faiſant parler cette
Déeffe.
1
Aprés vous avoir fait part de
ce qu'ont dit trois Illuſtres , qui
veulent paroiſtre perfuadez que
la Statuëd'Arles eſt une Diane,
je ſuis obligé de vous dire quelque
choſede trois autres , dont
leſentiment eſt entièrement conforme
à ce que MonfieurTerrin
1
:
92 MERCURE
a écrit pour prouver que cette
Statuë eſt une Vénus. Les Sçavans
n'appellent guére de leur
jugement , qui l'emportera toûjours
ſur celuy d'un plus grand
nombre.Voicy ce qu'ils ont écrit
ſur ce ſujet.
M Spon dit dans ſa Préface
des RECHERCHES CURIEUSES
SUR L'ANTIQUITE' , imprimées
à Lyon en 1683. L'Obélisqued'Arles
est une des Antiquitezqui frapentd'abord
la veuë, &c . M.Terrin
l'a expliquésçavamment , & a
ditpresque tout ce qui se pouvoit
dire des Obéliſques , dans le Livre
qu'il nous en a donné;auffi- bien que
de la belle Venus d' Arles,qu'on prenoit
autrefois pour une Diane.
Le P. Jobert Jéſuſte , Prédicateur
de Paris , grand Medaliſte, &
Amy du R. P. de la Chaiſe , dit
dans une Lettre qu'il a écrite à
GALANT.
93
Mr Terrin , datée du 15. May
1684. Je croy que la prétenduë
Diane est arrivée ; je ne doute point
que vous ne l'emportiez hautement,
& qu'à la premiere veue nos Sçavans
ne reconnoiſſent Venus. On n'a
jamais vû Diane en un pareil équi
page ; & quandle Pere Daugiers
- auroit fait un Poëme entier pour
appuyer l'opinion contraire , il n'y
auroit que perdu des Vers & Son
temps. Vousvous souvenez bien que
dés que je la vis, jenepouvois concevoir
comment on l'avoit priſe pour
une Diane. Quand le P.de la Chaiſe
Sera de retour je luy ferayvos Complimens
, & je ne doute point qu'il
ne ſoit de voſtre avis , &c.
Monfieur de Camps , nommé
parle Roy à l'Eveſché de Glandeve
, dans une Lettre du 8. Fevrier
, qu'il écrit à Me Terrin . Je
vous ay déja dit mon sentiment sur
i
94
MERCURE
voſtre Livre de l'obélisque , & de
voſtre Vénus , & j'ay loüé voſtre
avis en pluſieurs endroits , &c.
Vous voyez , Madame , que
tous ces Illuſtres ne balancent
pas à prendre le party de
Venus , & que Monfieur de
Glandeve , qui dit qu'il eſt de
l'avis de Monfieur Terrin en pluſieurs
endroits ( ce qui marque
qu'il n'en eſt pas en tout ce qui
regarde l'Obéliſque ) s'explique
aſſez clairementtouchant la Statuë
, en luy donnant le nom de
Venus. Voila un grand diférent,
qui ne fera point répandre de
ſang , quoy qu'il ait excité une
grande guerre dans une Academie
qui eſt tout eſprit , &
qu'il ait partagé deux Perſonnes
dans unCorps auſſi grand , qu'il
eſt diſtingue , & dont tous les
Membres ont une profondé éruGALANT.
95.
dition. Comme tant de Sçavans
ont dit librement leur ſentiment
ſur la Statue dont il s'agit , j'ay
crû que je pouvois faire voir icy
la diverſité qui s'y rencontre ,
ſans qu'aucun d'eux euſt lieu
de s'en plaindre. Les guerres qui
ſe font entre les Souverains, élevent
les Conquerans , & font
éclater leur courage & leur valeur
; & celles qui font feüilleter
les Livres , découvrent l'eſprit
des Sçavans , & fervent ſouvent
à leur élevation. J'ajouteray icy
à l'avantage de Monfieur Terrin,
que tous les fameux Sculpteurs
de Paris , où il y en a beaucoup,
depuis que le Roy a pris ſoin de
faire fleurir les beaux Arts , demeurent
d'accord que la Statuë
d'Arles ne peut eſtre qu'uneVenus
, ou du moins qu'elle n'a
jamais eſté faite pour uneDiane,
96 MERCURE
puis qu'on n'a jamais vû de Dia
ne nuë , à moins qu'elle ne fuſt
dans le Bain . Ceux qui en voudront
ſçavoir davantage , peuvent
lire le Livre de Monfieur
Terrin , imprimé à Arles , &
que l'on trouve auſſi à Lyon . On
y voit un deſſein de ſa Figure,
comme je vous l'ay déja marqué
dans une de mes Lettres.
Quant à l'Original , il eſt encore
au Palais Brion , où l'illuſtre
Monfieur Felibien , qui en a le
ſoin , ne refuſera pas de le montrer
aux Curieux, qui dans quelque
temps pourront voir ce bel
Ouvrage à Verſailles. J'aurois
commencé par vous marquer
que ce qui cauſe tant de diſputes
parmy les Sçavans ſur les
diférens noms qu'on peut donner
à cette Statuë , eſt qu'il luy
manque un bras , & qu'il ne
luy
GALANT. 97
.
kay reſte qu'une partie de l'autre
, ſi en vous parlant il y a quelques
mois du Livre de Monfieur
Terrain , je ne vous avois fait
voir dés ce temps- là l'origine de
toutes ces diſputes. Elles ne ſont
pas fans fondement , puis que
ce qui manque à cette Statuë
cuſt fait connoiſtre aisément
quelle Déeſſe on avoit voulu
repréſenter.
Je viens aux Nouvelles de la
Cour que je croy vous devoir
faire ſçavoir , avec le meſme ordre
que j'ay fait dans ma Lettre
précedente. Je n'en ſçaurois reprendre
la fuite , ſans vous dire
en meſme temps beaucoup de
choſes qui ſe ſont paſſées avant
le retour du Roy à Verſailles .
Sa Majeſté voulant honorer la
mémoire de feu Monfieur d'Artagnan
, & perpétuer ſon Nom
Juin 1684. E
98
MERCURE
dans les Mouſqueraires , qu'il a
eu l'honneur de commander en
qualité de Capitaine - Lieutenant
, a donné de ſon propre
mouvement la Cornete de la
Premiere Compagnie à Monſieur
d'Artagnan ſon Neveu , &
ce Prince a récompenfé ce nouveau
Cornete , des Charges de
Capitaine aux Gardes , & de
Lieutenant de la Colonelle, qu'il
poſſedoit.
Je vous ay parlé du Regiment
de Humieres , que le Roy donna
, aprés la mort de Monfieur .
le Marquis de Humieres , quien
eſtoit Mestre de Camp , à Monfieur
le Marquis de la Chatre ,
Neveu de Madame la Marécha.
le de Humieres , & je vous ay
dit que ce Marquis avoit une
Compagnie dans le Regiment
du Roy , qui avoit eſté trouvée
GALANT.
la plus belle de tout le Corps;
mais je ne vous ay pas mandé
que cette Compagnie avoirelté
donnée à Monfieur le Marquis
d'Ancenis , Fils de Monfieur le
Duc de Charoſt , & qu'en méme
temps le Roy avoit donné à
unMouſquetaire une autre Compagnie
qui avoit vaqué. Comme
cette derniere Compagnie
eſtoit en un fort méchant état,
& qu'il ne manquoit rien à celle
de Monfieur le Marquis d'Anſenis
, ce jeune marquis fuplia Sa
Majesté de vouloir faire un
échange des deux Compagnies,
parce qu'il n'y avoit point de
dépenſe à faire à celle qu'il luy
avoit plû de luy donner , & que
l'autre Compagnie demandant
beaucoup de frais pour fon rétabliſſement
, il pourroit mieux
y fournir , que le mouſquetaire
E 2
100 MERCURE
i
1
qu'Elle en venoit de gratifier.
Un procedé ſihonneſte & fi genéreux
fut fort applaudy du Roy
&de toute la Cour , & l'on dit
que ſi ce jeune marquis qui ne
commence qu'à entrer dans le
monde , ſoûtenoit tofjours ce
caractere , il deviendroit un des
plus accomplis Seigneurs de la
Cour. Ce ſeroit icy le lieu de
faire un détail des Eveſchez donnez
par le Roy ; mais comme il
me manque encore quelques
éclairciſſemens fur cet Article ,
jenevous en parleray que ſur la
fin de ma Lettre.
Puis que vous avez eſté fatisfaite
du Camp de Condé , que
je vous envoyay gravé il y a un
mois , je ne doute point que
vous ne le ſoyez encore davantage
de celuy de Thulin , que
j'ay fait auſſi graver. On n'y
A
GALANT
fort confiderable , & que toutes
les Places que le Roy poffede
dans les Païs Bas , en font remplies
; & cela , fans compter les
證
:
E
3
100
MERCURE.
mois , je ne doute point qu
vous ne le foyez encore davantage
de celuy de Thulin , que
j'ay fait auffi graver. On n'y
GALANT. 101
peut jetter les yeux , fans voir
d'un coup d'oeil une partie des
grandes Forces de Sa Majeſté.
Ce Camp eſt bien plus confiderable
que le premier que vous
avez vû , puis qu'il a eſté augmenté
de beaucoup de Troupes,
& entre autres de vingt Elcadrons
, que commandoit Monfieur
le Duc de Villeroy , &
avec lesquels il gardoit un Poſte
fur la HaiſneJugez par ce Camp
de la puiſſance du Roy , puis
que parmy ce que vous voyez,
il n'y a aucun Corps de Troupes
qui ont ſervy au Siege de Luxembourg
; que Monfieur le
Comte de Choiſeüil en commande
encore un autre Corps
fort confiderable , & que toutes
les Places que le Roy poffede
dans les Païs-Bas , en font remplies
; & cela , fans compter les
E
3
102 MERCURE
autres Armées de Sa Majefte.
Monfieur le Maréchal de Schomberg
commande ce Camp. Il a
ſous luy cing Lieutenans Genéraux
, qui font Monfieur le Duc
du Lude , Monfieur le Comte
d'Auvergne , Monfieur le Duc
de Villeroy , Monfieur le Prince
de Soubife , & Monfieurle Maг-
quis de Boufflers . Les Maréchaux
de Camp font Monfieur le Duc
de Vendoſme , Monfieur le Duc
de Brikenfeld, Monfieurle Comte
de Schomberg, & Monfieur.....
Pendant que les Troupes de
ce Camp baûloient d'impatience
de ſervir leur Prince , & d'acquerir
de la gloire , le Roy attendoit
à Valenciennes des nouvelles
de la Priſe de Luxembourg.
Les ordres estoient donnez pour
luy en apprendre beaucoup plûtoſt
que les Courriers les plus
GALANT.
103
,
S
diligens n'auroient pû faire.C'étoit
la maniere des Romains , qui
par le moyen des Feux & des
Signaux , donnoient à Rome en
tres peu de temps des nouvelles
des Païs qui en eſtoient
éloignez de deux ou trois cens
lieües. Il eſtoit juſte que Loüis
LE GRAND fuſt ſervy à la Romaine
. Ce n'a pas eſté toutefois
de meſme en cette occafion , puis
que le Canon n'eſtoit pas en
uſage du temps des Romains.
Voicy ce qui ſe fit quand le Prince
de Chimay eut demandé la
premiere fois à capituler. Monſieur
le Maréchal de Créquy dépeſcha
un Courrier à Aveſnes ,
où l'on tira le nombre de coups
de Canon que le Roy avoit ordonné
, & qui n'eſtoit ſeen de
perſonne. Cela fut continué de
Place en Place. Landrecies ré-
E 4
104 MERCURE
pondit à Aveſnes , & le Quénoy
àLandrecies. Le Canon du Quénoy
fut entendu à Valenciennes
environ ſur le minuit. Le Roy en
ayant eſté averty , demanda
combien on avoit tiré de coups.
On luy répondit qu'on en avoit
compté cinq. Ce Prince commanda
que l'on écoutaſt encore
; & un peu de temps aprés ,
on compta deux autres coups .
Sa majeſté dit alors que Luxembourg
Capituloit. Cette nouvelle
fut confirmée le matin par
Monfieur Deſbordes, Lieutenant
Colonel du Regiment de Navarre
, que Monfieur le maréchal
de Créquy avoit dépeſché au
Roy. Comme c'eſt un Homme
d'un fort grand mérite , & qu'il a
l'honneur d'eſtre connu & eſtimé
de Sa Majesté , Elle luy fit
donner deux mille écus pour fon
GALANT.
105
voyage. Quoy qu'on duſt s'at
tendre à cette nouvelle , on ne
laiſſa pas d'en marquer autant
de joye que ſi on avoit eu lieu
d'en eſtre ſurpris , & toute la
Cour la fit éclater au lever du
Roy. Les Carmes de Valenciennes
, chez qui ce monarque alloit
tous les jours entendre la meſſe ,
vinrent ſuplier Sa Majeſté de ſoufrir
qu'ils chantaſſent le TeDeum
àla fin de celle qu'elle devoit entendre
ce jour- là. Ce qu'ils demandoient
leur fut accordé , &
ils chanterent ce Te Deum fans
ceremonie , & feulement pour
fatisfaire leur zele. Le lendemain,
le Roy en fit chanter un dans
l'Egliſe de S. Jean , avec beaucoup
de folemnité , quoy qu'il
n'euſt eu aucunes nouvelles de
Luxembourg depuis l'arrivée de
Monfieur Deſbordes. Ainfi il ne
E
S
106 MERCURE
pouvoit eſtre certain que ſes.
Troupes fuſſent dans la Ville ;
mais ce Prince ſçachant l'état des
Attaques , & celuy de ſes Troupes
,& connoiffant l'expérience
de ſes Commandans,& lagrande
habileté de ſes Ingénieurs , crût
qu'il pouvoit rendre grace à
Dieu d'un ſuccés qui eſtoit infaillible
à ſes armes , & qui ne
pouvoit eſtre retardé longtemps
par aucun obſtacle. Monfieur le
Nonce , & Monfieur l'Ambaffadeur
de Venise , aſſiſtérent à
ce Te Deum , auſſi bien que les
Miniſtres de pluſieurs autres .
Souverains. Tout y fut ſolemnel
; & Monfieur de Rhodes
Grand-Maistre des Ceremonies ,.
y fit les fonctions de ſa Charge.
La Cerémonie fut faite parMonſieur
l'Archeveſque de Cambray
, aſſiſté de ſon Clergé , &
१६
GALANT. 107
la Muſique de Valenciennes s'y
fit entendre. Il arriva un Courrier
de Monfieur le Maréchalde
Créquy , qui apprit au Roy la
chicane du Prince de Chimay.
Cela n'étonna point ce Monarque
, qui ſans diférer d'un feul
moment , partit pour Cambray,
comme il l'avoit réſolu. Il laiſſa
au Camp toutes les Troupes de
fa Maiſon , & n'en mena avec
luy que deux cens Mouſquetaires
, cinquante Gendarmes , cinquante
Chevaux Legers , cent
Gardes du Corps , & quelques
Compagnies des Gardes. Sa Majeſté
apprit à Cambray que le
Prince de Chimay avoit demandé
une ſeconde fois à capituler,
& que depuis la premiere il n'avoit
paru que pendant un jour
en réſolution de ſe défendre. De
Cambray , la Cour vint à Péron,
E6
108 MERCURE
ne , à Roye , à Mouchy , &
Chantilly , où Monfieur & madame
ſe trouverent . Monfieur .
le Prince reçeut le Roy à la
Porte du Chaſteau ; & quoy
qu'il fuſt fort incommodé , fon
viſage ne laiſſoit voir que des
marques de la joye qu'il reſſentoit.
Sa majeſté l'embraſſa qua
tre fois avec cet air tout engageant
qui fait qu'on oublie le
Roy pour n'aimer que fa Perfonne.
Toute la Cour eſtane
entrée dans le Chaſteau , chacun
prit fon party pour en admirer
les beautez. Les uns mon
terent dans les Apartemens ; les
autres ſe répandirent dansles Jardins
; les autres chercherent dis
repos ; & le Roy ſeul alla travailler.
Ce Monarque demeura enfermé
pendant quelques heures ,
aprés quoy il prit le divertiſſe,
GALANT. 109
mentdes Eaux. Monfieur leDuc
le mena d'abord au grand réſervoir,
qui eſt d'une beauté ſurprenante
. Sa Majesté alla en ſuite en
divers endroits , où les Eaux font
des effets merveilleux. Monfieur
le Prince l'attendit au premier,
& l'accompagna quelque temps;
mais Monfieur le Duc le conduifit
par tout . Toutes les Eaux de
ce Lieu délicieux font belles , &
en abondance. Il y a une ма-
chine , qui quoy que fort ſimple
, fournit de l'Eau vive à tous
les Jets d'Eau , & aux Caſcades.
Le Roy en loüa beaucoup le travail
, & fut fort content de tout
ce qu'il vit. On rentra en ſuite
dans tous les Apartemens ,
où l'on admira la beauté des
Meubles , qui font auſſi riches
que bien entendus. Il ſeroit
fortdifficile de voir aucun Lieu
110 MERCURE
mieux éclairé que le furent tous
ces Apartemens , non ſeulement
par le nombre des lumieres, mais
encore par tout ce qui les contenoit.
Le Roy foupa avec Monſeigneur
le Dauphin , Madame
la Dauphine , Monfieur , Madame
, Madame la Ducheſſe ,
Madame la Princeſſe de Conty,
Mademoiselle de Bourbon , &
Mademoiselle de Nantes. La
Symphonie fut charmante , &
fit le plaifir de la ſoirée. Sa majeſté
qui ſe ſouvenoit que Monfieur
le Prince & Monfieur le
Duc, n'avoient jamais épargné
ny ſoins ny dépenſe pour la recevoir
, que toutes leurs Feſtes
onttoûjours eſté d'une magnificence
extraordinaire , & qu'on
auroit peine à trouver des Princes
auffi genéreux , ne voulur
pas leur permettre de faire au
GALANT. FIR
cune dépenſe. Ainfi elle fut fervie
à fon ordinaire par les Offi
ciers de ſa Maiſon. Monfieur le
Prince , & Monfieur le Duc ,
obéïrent aux volontez du Roy ,
mais ce fut avec chagrin. Cependant
, quoy qu'ils ne traitaffent
pas Sa Majeſté , il y eut des
Tables fervies en divers endroits,
&à toutes fortes d'heures , où
chacun eſtoit convié d'aller manger.
On porta par tout divers rafraîchiſſemens
& ces grands
Princes firent ſi bien les honneurs
de Chantilly , que fans dé
frayer le Roy , ny toute la Cour,
ils ne laifferent pas de faire plus
que n'euffent pû faire beaucoup
d'autres , à qui cette permiffion
auroit eſté accordée. La Cour
en partit le lendemain
riva à Verſailles, apres un voyage
de quarante- neufjours , dont il
د
,
& ar112
MERCURE
y en avoit eu quatorze de marche
,& trente- cinq de repos, on
deſejour. Elletrouva de nouvelles
beautez à Versailles, la France
eſtant reglée avec un tel ordre
, que la dépenſe de la Guerre
n'empeſche point celle des Bâtimens
de Sa Majeſté , qu'on voit
s'élever à chaque inſtant , auſſibien
que ſes Jardins ſe remplir
d'embelliffemens nouveaux, tant
ceux à qui ce ſom eft commis,
fçavent ſervir ce monarque de
diférentes manieres ,& toujours
avecfuccés.
Comme Madame la Dauphi
ne eſt revenuë groſſe du Voyage
, je croy que le madrigal que
je vous envoye for ce ſujet, peut
icy trouver ſa place. Il eſt de
Monfieur Diéreville du Pontlevefque.
GALANT .
113
L
OFIS paroist toûjours le
heureux des Roys ;
Plus
Dans le temps qu'ilfoûmet Luxembourgàſes
Loix ,
Et que tout travaille àſagloire,
Al'ombre de tous les Lauriers .
Son Fils d'intelligence avecque la
VICTOIRE
Luyfait de nouveaux Héritiers.
La Cour arriva à Verſailles le
9. de ce mois , & preſque auffi
toſt on y eut avis que le Samedy
10. un Party du Camp de
Thulin avoit batu un Convoy,
qui alloit par la Riviere de Den
dre , de Dendremonde à Ath .
L'on y prit fix Belandres chargées
de Poudre & de Bled ,
avec ſept ou huit petits Bateaux
, qu'on brûla , auſſi bien
que les Belandres. On jetta les
Poudres dans la Riviere , &
pour leBled د on en diftribua
114
MERCURE
i
!
une partie àde pauvres Peuples,
&le reſte fut emporté par douze
cens Chevaux & dragons dont
noſtre Party eſtoit compofé.
Monfieur du Roſel , Colonel le
commandoit. Nous y perdîmes
un Capitaine de Dragons , & il
y eut encore cinq ou fix Cavaliers
tuez , ou bleffez . Quatre
mille Eſpagnols & Hollandois
avertis de la marche du Party ,
arriverent deux heures apres
l'Action , avec le Duc de Monmouth
, & tous les Braves Volontaires
de Bruxelles .
Les Maſes ne ſont pas demeurées
muettes aprés la priſe de
Luxembourg. Voicy ce qu'elles
ontfait dire à l'illuſtre Mademoiſelle
de Scudéry.
6
GALANT. 115
MADRIGAL.
Fler luxembo
Ier Luxembourg , maintenant
Contre LOUIS vous n'avezpis
tenir.
Conſole-zvous d'un fort inévitable.
Vous vous trompiez de vous croire
impréwable ,
Mais enſes mains vous l'allez de
venir.
La Priſe de la meſme Place a
donné lieu à Monfieur Magninde
faire une Deviſe , qui a pour
corps un Cheſne ſur lequel la
Foudre tombe , en briſe le tronc,
&en écarte les branches. Ces
paroles en font l'ame,
Quid profuit altum
Erexiffe caput ?
Elles ſont expliquées par ce Son-
-
116 MERCURE
net du meſme Monfieur Magnin.
Q
Vand
ce Chesne fuperbe él
voit dans les airs
Son tronc impérieux,erſes branck
hautaines ,
Il estoit l'ornement & la gloire a
Plaines ,
Tout vantoit la beautédesesfein
lages verds. i
Mais enfin le Soleilparses afper
divers ,
Qui forment fi fouvent des foudr
fifoudaines ,
Acesfiéres Hauteurs , &des Cien ..
ſiprochaines ,
Fait souvent éprouver de terribles
revers .
Fortereffe orgueilleuse , à ta perte
obstinée ,
GALANT . 117
Luxembourg, aujourd'huy c'est là ta
destinée ,
Ilssont donc renverſeZtes Boulevars
fiforts.
Et c'eſt là la grandeur du Héros qui
te dompte ,
Qu'au lieu de teparer de quelques
vains efforts ,
Tupouvois n'en point faire avecque
moins de honte .
J'ajoûte des Vers qui ont eſté
faits fur les merveilles du Roy ,
aoffi - bien que fur le Siege de
Luxembourg.
Vel éclat
Q leur, &
de bonheur , deva
degloire !
Que de nobles ſujets pour embellir
IHistoire !
Que de rares vertus ! que d'exploits
inouis
118 MERCURE
1
Etale à tous momens l'invincible
LOUIS !
Alexandres , Céſars,
narque ,
cedezà ce Mo-
D'un vray Héros en luy reconnoiſſez
la marque ,
Vos Conquestes n'ont rien d'éclatant
aujourd'huy ;
Vous vouliez mais à tort,vous comparer
à luy.
Ilfaut des ans pour vous,&des jours
pour ce Prince ;
Toutfléchitſous LOVIS , Chasteau,
Ville Province .
Admirez, comme nous ,ſes glorieux
travaux ,
Dont les vostres ne ſont que d'indignes
Rivaux.
Pour fes Soldats bleffez la retraiteafſurée,
Ses Edits & fes Loix d'éternelle
durée ,
Les Sciences , les Arts , réünis aux
Vertus;
GALANT.
119
Dès Peuples convertis , des Temples
abatus ,
In auguſte Falais d'une richeſtru-
Eture ,
Dù l' Art induſtricux surpaſſe la
Nature ,
ses ordres diférens pour les Etats
divers ,
LeCommerce étably, la jonction des
Mers ,
L'Abondance par tout , l'Ignorance
détruite ,
La Justice en vigueur, &laNobleffe
inftruite ,
Le Mérite connu toûjours recom
pensé,
La vangsance du Crime & du Pauvre
offenfé ,
Sont le but defes foins , &l'employ
defavie.
Pourquoy diféres- tu de te rendre.
afferuie ,
Luxembourg, aux defirs de ce charmantHéros
?
120 MERCURE
Cede à ses grands efforts , donne- toy
du repos ,
Et viens , fans prolonger ta vaine
résistance ,
Partagerſousſes Lys le bonheur de
la France.
Ces Vers , & le madrigal qui
fuit , ſont de Monfieur de Vertron.
Ourquoy réſiſtois- tu
A de puiſſans efforts d'un Héros in
vincible ?
Fier Luxembourg , voila ton orgueil
abatu ;
Tu sçavois qu'à LOUIS rien n'estoit
impoſſible ;
Mais si ta réſiſtance a Sauvé ton
honneur ,
Confefſſe en mesme temps qu'elle
augmente ſa gloire ,
Réjoums-toy de ſa victoire ,
TR
GALANT. 121
Ta priſe deſormais va faire ton
bonheur.
Vous trouverez les noms des
Autheurs au bas des autres ouvrages
que je vous envoye.
B
MADRIGAL.
Ien que je porte un nom tout .
brillant de lumiere ,
Du Soleil je reçois la Loy ;
Je voulois m'opposer àſa vaste carriere
,
Mais je le reconnois aujourd'huy
pourmonRoy.
DUHAMEL .
SONNET.
Tremble, Luxembourg, tremble,
Soûmets ta puiſſance
Au Roy le plus vaillant qui viſt jamais
le jour ;
Juin 1684 .
2
F
122 MERCURE
4
Reconnoy que LOVIS , l'objet de
noſtre amour ,
Range tout ſous les Loix de fon ins
dépendance.
Pouvois-tu te flater de la moindre
apparence
D'éviter toſt ou tard de luy faire ta
Cour ?
Rentre , rentre en toy-meſme ;&
vaincuë à ton tour ,
Luy rendant ton hommage , implore
Sa clémence.
S'il fçait vaincre l'orgueil, &le re
duire aux fers ,
Il a pour le pardon toûjours les bras
ouverts ;
Mais les lieux les plus hauts doi
vent craindre lafondre.
Plus ils font élevez , plus ilsy font
Sujets;
GALANT.
123
Et fufſent- ils de marbre,il les réduit
en poudre ,
Quand nous croyons leur force à
l'abry deſes traits .
Du Mas, de Joigny.
MADRIGAL .
Nfin tout doit fléchir , ainſi le
l'ordonne ,
Ainſi le veulent les Deftins ;
Cédez, cédez,foibles Humains,
RecevezunHèrosfi chéry de Bellone.
Venez, volez , accourez tous,
Venez partager avec nous
In joug cent fois plus beau que n'est
une Couronne.
Mais je m'égare en mes projets,
Ce Demy Dieu nefait la guerre
Qu' afin de cimenter le repos de la
Terre ,
Et non pas pour regner ſur de nouveaux
Sujets.
F 2
124
MERCURE
Vous donc qui de fierté donnczde
vaines marques ,
Envieux impuiſſans du bonheur de
mon Roy ,
Indignes Ennemis du plus grand des
Monarques ,
Ou recevez la Paix , ou recevez la
Loy.
DE VOGINS.
ORACLE
CRONOGRAPHIQUE
.
LVXeMboVrg ſera afslegé , & en
sVIte pris par LoVIs Le grand,
MDLLLXVVVIIII
.
Et Oracle Cronographique ,
Beaucoup plus vray que le
Delphique ,
Ades Chaffeursfut autrefois rendu
Dans la Forest des fameuses Ardennes,
L
GALANT.
125
Et les Vents qui ſoufloient de toutes
leurs haleines
Contre les feüilles deſes Chesnes.
Nepûrent empefcher qu'il ne fust
entendu ,
Et fans que rien en fuſt perdu,
Il vint iuſques ànoussous des Lettres
Romaines ,
Que l'An du Cas échûfaitparoître
certaines.
L'Oracle prédiſoit
LVXeMboVrg ,
que le fier
Moinsfage & prudent que Strafbourg
,
S'obſtineroit à combatre lafoudre
Du Jupiter Gaulois , qui réduit tout
en poudre ;
Mais qu'enfin l'Infolent ſe verroit
aßlegé,
Sans espoir d'estre foulagé
Par les Troupes Confederées ,
Que si longtemps ilauroit eſpèrées
,
F3
126 MERCURE
Et que pour lors ayant fortbien
compris
Qu'il ne pourroit manquer en sVIte
d'estre pris
Et deſuivre les destinées
De mille autres Citez qu'il verroit
enchaînées
Au triomphant Char de nos Lys,
Par les mains du tres - grand
LOVIS,
Dans cette conjoncture extréme ,
Afin de conſerver les reſtes de luymesme
,
Il iroit ſe jetter aux pieds de fon
Vainqueur
Aumilieu de la nuit, pour épargner
Sa honte ,
Et tâcheroit de luy gagner le
coeur ,
(Ce coeur,qui tout le reste dompte,
Et qu'àsa bonté pres , rien autre
nesurmonte, )
En confeſſant àses genoux ,
GALANT.
127
Que s'il est invincible , il est encor
plus doux ,
Puis que pour defarmer fa terrible
Puissance ,
Les Vaincus n'ont qu'à dire un mot
àsa clémence.
Monfieur rimper , Sieur de
l'Eſcarpe , Autheur de cet OracleCronographique
, a fait auſli
leQuatrain qui fuit.
Luxembourg par Son
Ville de lumiere ;
nom est
Mais ce nom ne luy donne un éclat
Sanspareil,
Que lors que pour briller defa clartépremiere
,
Vaincuë , ellese rend à LOVISfon
Soleil.
Un Gentilhomme qui ſçait
aufſfi - bien manier l'Epée que la
F 4
128 MERCURE
Plume , a fait l'Ode que vous allez
lire. Elle eſt à la gloire de monfieur
le maréchal de Créquy .
ODE
'Entens par tout que l'on chante
Vn intrépide Guerrier ,
Dont la valeur étonnante
Remporte un nouveau Laurier.
Le bruit que font les Trompetes ,
Eſtfi grand, fi répandu ,
Que celuy de nos Muſetes
Nefera pas entendu .
Qui nesçait que ce grandhomme
Sur la Muſe parut tel ,
Qu'on vit autrefois pour Rome
Et Fabius & Marcel ,
Quand l' Aigle &Sa République,
Parles diférens Exploits
Du grand Lion de l'Affrique.
Se trouverent aux abois ?
GALANT.
129
た
Il marche, il tourne, il avance ,
Heureux, habile, vaillant,
Et devient parsa prudence ,
De Défenseur, Aſſaillant ;
Ilfuit les Troupes nombreuſes
Des Germains présomptueux ,
Paffe des Rivesfameuses ,
Et va triompher chezeux.
Iln'est pas moins redoutable
En des Climats plus lointains,
Et Mars toûjoursfavorable ,
Couronneſes grands deſſeins ;
Ilrenverſe les Barrieres,
Où nos Soldats arrestez
Voyoient borner nos Frontieres
Par des Lions indomptez.
Les Bergers au voisinage ,
Sans rien craindre deformais ,
Joüiront de l'avantage
Que pourroit donner la Paix.
F
5
$30 MERCURE
Les Bergeresraſſurées ,
Dans les Bois vont s'écarter ,
Et n'auront dans ces Contrées
Que les Loups à redouter.
Enfin la Superbe Espagne ,
En nous rendant Luxembourg ,
Doit conſoler l' Allemagne
De la perte de Fribourg.
Ces grandsfuccés font entendre
Que ſous l'auguste Lovis
Créquy peut tout entreprendre,
Etplanter par tout nos Lys.
Monfieur le Duc de S. Aignan ,
qui ne laiſſe échaper aucune occaſion
de marquer ſon zele , a
écrit au Roy fur la Priſe de Luxembourg
; & Sa Majesté l'a honoré
d'une Réponſe de ſa main .
Je vous envoye l'une & l'autre
Lettre.
GALANT. 131
LETTRE
DE M
LE DUC DE S. AIGNAN,
AU RO Υ.
Au Havre le 9. Iuin 1684.
IRE , t
Comme je ne sçaurois avoir plus
de foûmiſſion que j'en ay eu toute
ma vie pour V. M. bien que fa
Gloire augmente chaque jour , il
paroiſtroit de la diminution dans
mon zéle pourſon ſervice , ſi je ne
me fervois aujourd buy dans la
Priſe de Luxembourg , de la permission
qu'il luy a plû de me don-
F6
132 MERCURE
mer , pour luy témoigner ma joye
pour les autres Places importantes
qu'Elle a conquiſes . F'en suis toûjours
, SIRE , au mesme état pour
ſes Victoires ; & les coups de Canon
que les Te Deum mefont tirer icy.
en me donnant beaucoup de fatisfaction
, ne laiſſent pas de me cau_
fer quelque regret de n'en enten_
dre point tirer d'autres. Mais ,
SIRE , je veux esperer pour mon
repos , que ce fera pour la Faix
Genérale , que nous y mettrons Le
feu , ou qu'Elle me permettra d'alter
luy confirmer ſous celuy deſes
Ennemis , avec combien de dévoüement
jeſuis toûjours ,
SIRE ,
DE V. MAIESTE' ,
Le tres humble , tres obeïffant,
& tres fidelle Serviteur
& Sujet ,
LE DUC DE S. AIGNAN
GALANT. 133
-
コ
thy
REPONSE DU ROY.
On Cousin , Le vray motif
Monquivous a dû porterà mmécrire
fur la Priſe de Luxembourg,
c'est la confiance que vos Lettres
me font toûjours fort agreables.
Jay reçû voſtre Compliment fur
cette derniere Conqueſte , comme
tous les autres que vous m'avez
faits en de ſemblablesoccafions , &
je ne doute nullement que vousn'allafſſiez
encore avec joye ſous le Canon
de mes Ennemis , si monfervice
vous y appelloit. Cependant
n'épargnez pas celuy du Havre,
en rendant graces à Dieu de cette
nouvelle Benédiction ſur la ju-
Stice de mes, Armes. Je le prie
qu'il vous ait , mon Cousin ,
fa fainte & digne garde. A
en
/
134 MERCURE
Versailles le doufiéme de Juin mil
fix cens quatre-vingt-quatre.
LOUIS.
Amon Cousin le Duc de S.Aignan
Pair de France.
Je vous ay toûjours mandé fort
exactement tout ce qui s'eſt
paſſé en Hollande touchant l'état
des Affaires préſentes , &
vous envoyay le mois paſſé quatre
Mémoires préſentez aux
Etats par Monfieur le Comte
d'avaux ; depuis ce temps-là il
leur en a délivré un cinquième,
dans le temps que Luxembourg
demanda la premiere fois à capituler.
Je n'ay pû l'avoir , mais
voicy ceque l'on m'en a mandé.
Cet Antbaffadeur , aprés avoir
fait fçavoir aux Etats la Priſe de
Luxembourg , expoſe dans ce
GALANT. 135
Mémoire ; que les delais donnez
par le Roy ſon Maître pour répondre
aux Propoſitions qu'il
avoit faites pour le rétabliſſement
dela Paix , ou la conſervation
de la Barriere , & le maintien
d'une bonne correſpondance
entre Sa Majesté & eux, étant
inutilement écoulez , fans que
l'on y ait fait aucune réponse ;
Sa Majesté ſe trouvoit en étatde
faire de nouvelles Conqueſtes ,
&plus conſidérables , & d'augmenter
ſes Prétentions contre
les Eſpagnols , fans ſe tenir davantage
aux Offres qu'elle avoit
faites le 29.Avril, mais que neanmoins
, pour faire voir qu'elle
demeure toûjours dans la fincere
intention de procurer le bien
genéral de la Chrétienté , en
propoſant tous les moyens poffibles
pour luy donner le repos,
136 MERCURE
Elle luy avoit commandé de leur
faire ſçavoir , que nonobſtant les
grands avantages qu'Elle doit ſe
promettre de la proſperité de ſes
Armes , Elle veut bien encore
demeurer obligée juſqu'au 12.du
courant , aux meſmes Offres
qu'Elle a fait faire le 29. Avril &
9. May derniers , & à tous les
Expediens propoſez dans les
Conférences qu'on a eües au
ſujet de ces Offres , pour la conſervation
de la Barriere , & pour
le rétabliſſement du repos dans
les Païs Bas ; & que Sa Majesté
s'eſtoit portée d'autant plus vo-
Jontiers à donner cette nouvelle
preuve de fa moderation, qu'elle
avoit eſté bien aiſe de ſeconder
les bonnes intentions de ceux
qui ſouhaitant le plus le biende .
leur Patrie en particulier , & le
reposde la Chrétienté en genéGALANT.
137
ral , avoient fait paroiſtre un veritable
defir de procurer un
prompt rétabliſſement de la Paix ,
&d'entretenir toûjours une bonne
correſpondance avec Sa Majeſté.
Que l'envoy de leurs Troupes
au Païs- Bas Eſpagnol , avoit
obligé Sa Majesté de ſe mettre à
la teſte des ſiennes , pour pourſuivre
la fatisfaction quiluy eſtoit
deue; mais que l'ordre qu'ils leur
avoient donné de ne commettre
aucun acte d'hoſtilité contre les
François , l'avoit portée à donner
encore à leur confideration
ce delay de ſept à huit jours , &
qu'Elle eſperoit qu'ils en profiteroient
pour conclure & figner,
conjointement avec les Miniſtres
d'Eſpagne , le Traité que Sa Majeſté
avoit propoſé , ou pour le
conclure& figner eux ſeuls , aux
conditions que Sa Majeſté leur
138 MERCURE
avoit cy- devant offertes pour la
conſervation de la Barriere , &
pour le retabliſſement du repos
dans les Païs-Bas , & qu'ils fe
declareroient nettement dans ce
terme , parce qu'elle vouloitſçavoir
preciſement à quoy s'en tenir
avec eux , proteftantques'ils
laiſſfoient écouler ce temps ſans
donner une réponſe poſitive, Sa
Majesté ne s'arreſteroit plus à
aucune confideration , & ne regleroit
dorénavant ſes Demandes
& ſes Prétentions , que ſelon
le ſuccés qu'il plairoit à Dieu
de donner à la justice de ſesArmes.
Les Etats ayant ſouhaité quelques
éclairciſſemens fur cememoire
, voicy la réponſe qui leur
a eſté faite par m² d'Avaux.
GALANT.
139
MEffieurs les Deputez de Vos
Seigneuries ayant prié le
Comte d' Avaux , Ambaſſadeur Extraordinaire
du Roy Tres- Chrétien,
de mettre par écrit les Réponses.
qu'il leur a renduës cette apreſdi.
néesur les Demandes qu'ils luy font
venus faire , & fur les éclairciſſemens
qu'ils ont defirez , a dreſſsé
lepréſent Mémoire, pourfatisfaire
à ce qu'on asouhaitéde luy .
Ledit Ambassadeur a témoigné
àMeſſieurs vos Deputez, que leurs
Demandes se réduisoient à deux
points ; que le premier conſiſtoit en
ce que le délay donné par leMé
moire du s . de Juin , est trop court
pour pouvoir faire des delibérations
dans vos Provinces , & moins encor
re avec les Ministres de Sa Maje
ſté Catholique , & de vos Hauts
Alliez
140 MERCURE
1
:
Ledit Ambaſſadeur a répondu
Sur ce premier point , Que pour ce
qui regardoit vos Hauts Alliez
(excepté le Roy d'Espagne ) il en
parleroit lors qu'il fatisferoit au
Second point de vos Demandes ;
Qu'à l'égard de l'Espagne , il y
avoit apparence que l'Envoyé de
cette Couronne prés de VV. SS.
estoit instruit des Sentimens du Roy
Son Maistre , apres tous les delais
que Sa Majesté tres- Chretienne a
donnez depuis qu'Elle a fait des
Propofitionsde Paix , & principalement
depuis que Sa Majeftè s'est
declarée le 19. d'Avril dernier ,
qu'Elle ne vouloit point entendre à
aucun accommodement , qu'avec la
ceffion de Luxembourg ; d'ailleurs ,
qu'il y avoit lieu de croire que la
confiance que le Roy Catholique
prend ordinairement en la Perſonne
d'un Gouverneur du Pais Bas Ef
GALANT. 141
pagnol, est assez grande pour luy
permettre de ceder une Place , afin
d'en fauver beaucoup d'autres , &
pour finir une guerre que l'Espagne
ne peut foûtenir long- temps ; mais
qu'en tout cas Sa Majesté n'estoit
pas résoluë , aprés que les Espagnols
avoient fi mal ufé des delais
qu'Elle leur a donnez , d'en pro-
Longer le terme , fur tout en cette
faiſon , où Sa Majesté peut rem .
porter defigrands avantages.
Mais que Sa Majesté, pour faire
voir lafincerité deſes intentions,
avoit offert des Expédiens qui donnoient
tout le temps néceſſaire à
l'Espagne , pour se déterminer Sur
fes offres ; Quel' Ambaſſadeur s'en
estoit expliqué dans les Conferences
qu'il a eües avec VV. SS. ensuite du
Mémoire du 29. d'Avril , à quoy
il s'est rapporté dans ſon Mémoire
du s.de ce mois . C'estàsçavoir, que
2
142
MERCURE
pourvû que vous vous obligiezpar
un Traitésigné inceſſamment , &
qui fera garanty par le Roy d'Angleterre,
& par tous les Princes qui
y voudront entrer , de me donner
aucune aſſiſtance aux Espagnols ,
directe ny indirecte , & de ne pas
fouffrir que vos Troupes faffent le
moindre aîte d'Hostilité contre les
Troupes , Païs , Sujets , ou Alliczde
Sz Majesté, Elle promet deſe contenter
de la Ville de Luxembourg,
des autres Lieux qu'Elle a demandezle
29. d'Avril dernier ; Elle
conſent d'attendre un mois , ou tout
auplusfix semaines , à compter du
jour que ce Traité ſera ſigné à la
Haye, que l'Espagne envoye les Ratifications
en bonne & dûë forme
desdites ceſſion & renonciation , à
condition toutefois que par le mesme
Traité, qui ſera ſigné préſentement
àlaHaye, il foitstipulé qu'au cas
GALAN T.
143
2
que le Roy d'Espagne ne ratifie pas
dans un mois oufixſemaines en bonne
& dûë forme lesdites ceffion &
renonciation , les Etats Genéraux
retireront apres ledit temps de fix
Semaines leurs Troupes des Païs- Bas
Espagnols , &nepourront donner
tant que la preſente Guerre durera,
aucun secours aux Espagnols par
tout ailleurs , ny contre le Roy , ny
contre ſes Alliez ; & Sa Majesté
s'obligerade n'attaquer ny de s'emparerd'aucune
autre Place des Païs-
Bas , mesme de nepouvoir faire la
guerre dans le plat Païs Eſpagnol
des Pais-Bas,fi les espagnols s'en
abſtiennent ; Sa Majesté ſe refervant
le pouvoir de porterfes Armes
dans les Païs du Roy Catholique ,
par tout ailleurs qu'ausdits Païs-
Bas , jusqu'à ce que l'espagne ait
rétably la Paix qu'elle a rompuë.
Quant à ce que VV. SS. atte
44
MERCURE
quent , que le terme marqué par le
Memoire du s . de ce mois , est trop
court mesme à leur égard , l'Ambaſſadeur
leur a répondu premiérement
, que la Ville de Luxembourg
, après avoir batu la Chamade
, & commencé à parlementer -
lev . de ce mois , ne s'estant pas rendue
le meſme iour , ſur les difficultezquiſeſontformées
dans la Capitulation
, le terme que Sa Maieſté
vous a donné , ſe trouvera alà
longé autant de tours que cette
Place aura tenu depuis le 1. de ce
mois ; ainsi VV. SS. auront eu onze
jours au moins à déliberer depuis la
préſentation du Mémoire.
En ſecond lieu , qu'il eſt de notorieté
publique , que VV. SS. peuvent
en douze jours ; & même en
dix iours , confulter les Frovinces,
&former une Reſolution dans les
Etats Generaux ; que dans les
Affaires
GALANT.
145
Affaires de cette consequence , on
a vû prendre des resolutions en
moins de temps que celuy de dix
iours , far tont quand c'est une Affaire
dont les Provincesfont informées
de longuemain , comme ciles
le font de celles dont il s'agit , puis
que la Propofition faite le s . de ce
mois n'estant pas nouvelle , il est à
présumer que Mesficurs les Deputer
aux Etats Generaux ,font instruits
desfentimens de leurs Provinces .
Ledit Ambassadeur est perfuadé
que ces raiſonsfont plus quefuffi-
Santes ; mais afin d'ôter tout prétexte
à ceux qui en prennent fur
Les moindres chofes , pour tâcher
d'éloigner toute forte d'accommodement
, il a aioûté cette Reponse à
Ses precedentes , quefes ordres àla
verité estoient précis , & que Sa
Maiesté luy avoit commandéde ne
donner que douze jours apres la
Juin 1684. G
146 MERCURE
Priſe de Luxembourg ; mais que
comme Sa Majesté n'avoit marqué
ce terme , que parce qu'Elle estoit
persuadée qu'il estoit suffisant pour
prendre une résolution dans les
Etats Generaux , &qu'elle ne l'a
voit pas déterminéfi court pour jet.
ter les Etats dans l'impoſſibilité de
pouvoir rendre une Réponſe dans
ledit temps , l'Ambassadeur ſe régleroit
felon la fincerité des intentions
du Roy fon Maistre , qui est
d'apporter toutes fortes de facilitez
, lors que VV. SS. agiront de
leur costé avec toute la fincerité ,
& avec toute la diligence qu'il leur
eft poffible.
C'est pourquoy comme il est contant
que la Province de Hollande,
& les autres Provinces les plus proches
, peuvent prendre leur refolution
dans le temps specifié par le
Mémoire du 5. de ce mois , fi la
GALANT .
147
Hollande & les autres Provinces
voisines ont refolu dans le terme
marqué d'accepter les offres de Sa
Majesté , si on en donne part à
l'Ambassadeur , & qu'on luy de
mandaſt un jour ou deux , fost pour
attendre la Réſolution des deux
Provinces les plus éloignées , foit
pour avoir le temps de former la
Résolution dans les Etats Genéraux,
il voudroit bien prendre fur luy de
figner le Traité un jour ou deux
plus tard qu'il ne luy est ordonné,
& il eſpere que Sa Majesté l'auroit
agreable mais si la Province de
Hollande , & les autres Provinces ,
qui peuvent avoir pris dans ledit
temps leurs résolutions, ne l'avoient
pas fait , alors il ne se dispenseroit
Pas de fes ordres à suivroit encore
en cela les intentions de S
Majesté, qui est auffiéloignée d'accorder
un delay , quand il ne fercit
G 2
148 MERCURE
que d'un jour , lors qu'Elle verroit
qu'on en abuseroit , qu'Elle auroit
d'indulgence pour en accorder , lors
que VV. SS. faisant ce qui est en
leur pouvoir , il n'y auroit que la
forme de leur Gouvernement , qui
empécheroit qu'on ne pust former
une Résolution genérale , qu'un jour
ou deux aprés l'écheance du terme..
Voila ce qui regarde le premier
point. Pour ce qui est du ſecond ,
les Deputez de VV. SS . ont témoigné
qu'ilssouhaitoient fort que la Paix
ou la Trévefuſt genérale.
L'Ambassadeurleur a demandé
s'ils entendoient par là qu'on fiſt un
Traité genéral , ou s'ils vouloient
qu'on traitaſt icy des conditions qui
doivent entrer dans le Traité de
Tréve que la France doit faire avec
l'Empire ; ils ont répondu qu'ils nele
pretendoient pas.
L'Ambassadeur a repliqué , que
GALANT. 149
VV. SS. ne souhaitoient donc autre
choſe, ſinon que Sa Majesté voulant
bien finir par une Paix , ou
par une Trève de vingt années , les
diférens qu'Elle a avec l'Espagne ,
Elle vouluſt bien terminer pareillement
par une Paix , ou par une
Tréve de vingt années , les démeflez
qu'Elle peut avoir avec quelques
Princes de l'Empire ; que ledit
Ambaſſadcur ne pouvoit mieux
faire connoistre combien Sa Majeſteſouhaitoit
fincerement de faire
la Paix genérale , & de donner une
Secondefois le repos à toute l'Europe,
qu'en declarant que Sa Majesté
Luy a permis de promettre en fon
nom , que du jour que le Traité
proposéſeraſigné à laHaye, Ene
donnera encore un mois à la Diette
de Ratisbonne , pour l'acceptation
de la Tréve , aux conditions qu' Elle
a cy-devant offertes , & qu'Elle
G
3
150 MERCURE
a reïterées depuis trois mois.
com-
Ledit Ambassadeur ne doute pas
que VV. SS. ne voyent par toutes les
facilitez que Sa Majesté apporte
à un bon Accommodement ,
bien Elle defire de bonne foy le retabliſſement
de la Paix , & qu'Elles
ne jugent bien aussi , quesi apres
que Sa Majesté a épuisé teus les
moyens poſſibles , VV. SS. n'en veulent
pas profiter , Elle ne s'arrestera
plus dorénavant à aucune confideration
, & en reglerafes Deman.
des &Ses Pretentions , que selon
lefuccès qu'ilplaira à Dieu de donner
à la justice de Ses Armes. Fait
à la Haye le 6. Juin 1684.
Signé, LE COMTE D'AVAUX.
L'Air nouveau que je vous
envoye , a eſté fait par un de
nos plus grands Maiſtres , ainſi
vous le chanterez avec plaifir.
The
BIBLIO
UD
DE
LA
VILLE
LYON
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*
1893
*
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nos plus gra
vous le cha
planиг.
GALAN T.
1510
i
AIR NOUVEAU.
Voicy leretour du Printemps,
Tout rit dans nos Bois , dans nos
Champs ;
Les Bergers vont dançant fur la
verte Fougere,
Tandis ,belas, que je me deſseſpere,
Et ne puis reſiſter aux peincs que je
Sens.
O trop heureuse Tourterelle ,
Que ton bonheur est grandſous l'amoureuse
Loy !
Prens part àma douleur mortelle;
Hélas ! turn' as pras perdu comme moy
Ta Compagnefidelle.
Vous avez appris la mort de
Madame la Ducheſſe de Riche
lieu, mais vous n'avez peut eſtre
pas ſceu qu'un abcés qu'elle
G4
152 MERCURE
avoit dans la gorge , s'eſtant crevé,
elle en eſt morte preſque ſubitement.
Elle eſtoit de la Maiſon
de Fors- du Vigean , & fut
mariée en premieres Nôces à
Monfieur de Pont , Frere aîné
de feu Monfieur le Maréchal
d'Albret, & en ſecondes , à Monſieur
le Duc de Richelieu , Neveu
du Cardinal de ce nom.
Elle a toûjours eu beaucoup de
vertu , mais fans oftentation ,
& beaucoup d'efprit , ſans ſe
mettre en peine de le faire paroiſtre.
Elle ne rejettoit aucune
occafion de faire plaiſir , & n'a
jamais fait de mal à perſonne.
Son mérite la fit nommer pour
remplir le Poſte de Dame d'Honneur
de la Reyne , qu'occupoit
feuë Madame la Ducheſſe de
Montaufier. Elle eut l'avantage
d'eſtre choiſie par un Roy , qui
GALANT.
153
1
د
joint aux plus grandes qualitez
un difcernement ſi juſte , qu'on
eſt toûjours aſſuré que ceux qu'il
choiſit ſont dignes des Emplois
qu'il leur confie. Quant ce Monarque
voulut mettre une Dame
d'Honneur auprés de Madame
la Dauphine , en qui cette Princeſſe
puſt avoir confiance , il luy
donna Madame de Richelieu
qu'il tira d'auprés de la Reyne.
Le mefme jour , Marie Loüiſe
Pot de Rhodes , Veuve de Meffire
François- Marie de Lhôpital,
Duc de Vitry , mourut d'une
apoplexie qui la mit deux jours
à l'agonie. Elle estoit Fille de
Claude de Rhodes , & de Henriette
de la Chattre , & Petite-
Fille du Maréchal de la Chaſtre
. Ces deux Maiſons font des
plus illuftres , & des plus anciennes
du Royaume. Tout le mon
G
154
MERCURE
de ſçait que la Cornete blanche,
& la Chargede Grand- Maître
des Cerémonies , ont eſté creées
parun de nos Roys dans la Mai-
Ion de Rhodes ; & ce qui eſt à
remarquer , c'eſt que la Charge
de Grand Maître des Cerémos
nies eſt encore aujourd'huy dans
cette Maiſon . Madame la Ducheffe
de Vitry entroit dans ſa
cinquante cinquième année. Elle
avoit l'eſprit brillant & vif,
beaucoup de connoiſſance dans
les belles Lettres , & entendoit
&parloit parfaitement la Langue
Italienne. Son Corpseften
dépoſt dans S. Eustache , en attendant
qu'on le porte dans le
Tombeau de Monfieur le Maréchal
de la Chaſtre.Pluſieursjours
avant ſa mort , elle demanda les
Sacremens,& les reçeut avecune
devotion , & un abandonnement
GALANT.
155
à la volonté de Dieu , qui faiſoit
fondre en larmes tous ceux qui
eſtoient dans ſa Chambre .
Il eſt mort icy quelques autres
Perſonnes de l'un & de l'autre
Sexe , dont voicy les noms.
Dame Catherine de Lattaignant
, Veuve de Meffire Pierre
Poncet , Comte d'Ablys. , Doyen
de Meſſieurs les Conſeillers
d'Etat.
Meffire Noël le Boults , Confeiller
de la Grand' Chambre . Il
avoit eſté reçeu Conſeiller en
Juin 1632. Ses Armes font , de
gueulles au Chevron d'or , au chef
pallé d'or & de gueulles de cinq
pieces. Monfieur Frezon , Doyen
de la Seconde des Enqueſtes, eſt
monté parcette mort à la Grand'
Chambre.
Meſſire Pierre de Carcavy, cydevant
Conſeiller au Parlement
G6
156 MERCURE
de Toulouſe , au Grand Conſeil,
& Garde de la Biblioteque du
Roy. Il porte d'azur à un Levrier
paſſant d'or , accompagné de trois
Etoilles de mesme , deux en chef,
uncen pointe.
Maſſire Eſtienne Cifternet,Seigneur
de Vinzelles , Préſident en
la Cour des Aydes d'Auvergne .
Il avoit épousé une Soeur de
Monfieur de Ribeyre , Conſeiller
d'Etat , Gendre de Monfieur le
Premier Préſident.
Dame Magdelaine Talon Elle
estoit Soeur de Monfieur l'Avocat
General Talon , l'un des plus..
grands Hommes de noſtre Sie
cle , de Madame Voiſin , Femme
du Confeiller d'Etat , & de
Madame la Préfidente Bignon ,
& avoit épousé- Meffire Jean-
François Joly , Seigneur de Fleury-
Merogio Conſeiller au Par
GALANT.
157
lement, Fils de Meſſire Jean Joly ,
Seigneur de Fleury , Conſeiller
au Parlement de Bretagne , &
en ſuite Conſeiller au Grand
Conſeil , & de Dame Charlote
de Bourlon , Soeur de Meffire
Charles de Bourlon , Evefque de
Soiffons . La Famille de Joly eſt
originaire de Bourgogne , où il
y a pluſieurs Branches qui y ſubſiſtent
au Parlement & en la
Chambre des Comptes. Fed
Meffire Georges Joly , Baron de
Blaiſy , ſecond Préſident au Mortier
de ce Parlement , Frere de
Madame la Premiere Préſidente
de la Berchere , a fait l'une de
ces Branches. On compte de
cette Famille Monfieur Joly , fi
eſtimé du Duc de Bourgogne ſon
Souverain , dont il eſtoit Confeiller
d'Etat. Madame de Fleury
eſt morte d'une fievre conti158
MERCURE
1
:
nuë, dans ſa quarantiéme année,
avec des marques d'une pieté
tres- édifiante , & une réſignation
entiere aux ordres de Dieu .
Sa Famille eſt pleine de Gens
d'un tres- grand mérite . Feu monſieur
ſon pere,Omer Talon, eſtoit
Avocat Genéral du parlement
de paris , & avoit cette Charge
fur la demiſſion de Monfieur Talon
Conſeiller d'Etat , ſon Frere
aîné . Son Ayeul eſtoit Monfieur
Talon celébre Avocat , l'ornement
du Barreau , qui avoit pris
Femme dans la Famille de
Choart , des mieux alliées de la
Robe . Madame ſa mere, quis'appelloit
Françoiſe Doujat , étoit
Sooeur de Monfieur Doujat , Confeiller
au parlement , & maître
des Comptes , & Fille de Denys
Doujat , Avocat General de la
Reyne Marie de medicis , & de
GALANT. 119
Madeleine de la Haye de Vantelay.
Ioly -de Fleury porte écartelé
au premier &dernier d'azur au Lys
d'argent, au Chef d'or , charge
d'une Croix pallée de fable ; au
Second & troiſième d'azur au Lyon
Leopardé d'or , armé & lampaſsé de
gueules. Talon porte d'azur au
Chevron d'or , accompagné de trois
Croiſſans chargez d'Epys de méme,
deux en Chef, & l'autre en Pointe .
Doujat porte d'azur au Griffon
couronnéd'or.
Toutes ces morts onteſte ſuivies
de celle de Meffire Loüys
Charreton , Seigneur de la Douze
, Préfident aux Requeſtes du
palais , & Doven du parlement ,
où il avoit eſté reçû Conſeiller
en lanvier 1626. le vous ay parlé
de luy & de ſa famille en huit
ou dix de mes Lettres . Monfieur
Godard du petit Marais , qui eft
160 MERCURE
Doyen de la Grand' Chambre ,
l'eſt devenu du parlement.
Vous avez vû naiſtre un diférent
entre les Aſtronomes , &
les Astrologues. En voicy la
fuite.
LETTRE APOLOGETIQUE
deMonfieur Crochat, Profeffeur
des Mathematiques à Paris
, contre Monfieur le Serrurier,
Aftrologue.
MONSIEUR,
4
Trois infignes Fauffetez , que je
remarque dans vostre pretenduë Re
ponſe du mois d'Avril , font affez
conno ſtre que vous ne vous laſſez
point d'estrele Partisan de ia mauvaisejoy
des Astro'ozus , qui vom
GALANT. 161
feront peu obligez de mettre en
compromis l'honneur imaginaire
qu'ils attachent à la recherche de
I Aftrologie Judiciaire .
en ce
La premiere de ces Fauſſctez
consiste que vous ne voulez
Pas reconnoistrepour un instant fixé
& determiné , celuy auquelle Soleil
entra l'année derniere au premier
degré du Belier ; la ſeconde,
en ce que vous m'imputez de ne reconnoiſtre
le Pôle ny pour un Point
Physique , ny pour un Foint Mathe
matique ; & la tro ſieme , en ce que
vous dites que mon aveu propre il
ne peut naistre personne foûs le
Pôle.
F'ay à vous dire ſur lapremiere,
que l'entrée du Soleil au premier degré
du Belier est tellement fixée&ب
determinée par les Astronomes ,
qu'elle peut fervir d'Epoque à tous
les instans qui luy font anterieurs
162 MERCURE
&pofterieurs . Outre qu'il m'est égal
qu'on puiſſe determiner ou non l'inſtant
de la naiſſance dont il s'agit ,
car fi on le determine , voſtre ſentiment
n'est pas legitime , &fi on
ne le determine pas , vous nesçauriez
dreffer la Figure que jevous
demande. Appoſui tibi ignem &
aquam ; ad quod volueris porrige.
Quand à laseconde , vous avez
mauvaiſe grace de dire que je ne
reconnois le Pôle ny pour un Foint
Phiſique , ny pour un Point Mathematique.
Si voſtre mauvaiſefoy
vous avoit permis d'entrer dansmes
veritables Sentimens, vous n'auriez
pas tenu ce langage , qui tourne en- .
core plus à ma gloire qu'à voſtre
confusion. Fay Seulement avancé,
que bien que le Pôle foit un Point
Mathematique ou Physique , il ne
S'enfuit pas qu'il ne puiſſe naistre
GALANT. 163
quelqu'un dans le Climat qui luy
répond. F'en ay déja apportéplufieurs
raisons , que je ne repetepas
icy ; je me contenteray d'en donner
une nouvelle , qui vous fermera
entièrement la bouche. N'est- il .
pas vray , Monsieur , que quelque
part qu'on naiſſe , on naiſt ſous le
Zenith qui est un Point Mathematique
, ou pour le moins Phiſique ?
Pourquoy donc foûtenir qu'il ne peut
naistre perfonne ſous le Pôle , puis
que c'eſt le Zenith mesme de ce
Climat ? Ce coup que vous nesçau.
riez gauchir , étourdirafans doute
toute vostre Cabale.
La troiſiémefauſſeté est unefuite
de la ſeconde. Je tombe d'accord
, dites- vous , qu'il ne peut
naistre perſonne ſous le Pôle ,j'ay
neanmoinsfoûtenu le contraire avec
beaucoup de justice & de chaleur,
ayant toûjours envisagé cette que164
MERCURE
ſtion comme celle qui nous partage
le plus. Mais je découvre voštre
Stratagéme ; c'est que vous avez
voalu vaincre par ſurpriſe ceux que
vous ne sçauriez vaincre par un
folide raisonnement. Vous voyezcependant
combien voſtre atteinte eft
vaine.
Ces trois Fauſſetez estant ainsi
connües &refutées , vous ne devez
plus differer de quiter des armes
dont la foibleſſene pourroit quevous
estrefatale.
Au reste
د comme vous exigez
de plus amples Réponſes que celles
que je vous ay faites , quoy qu'elles
Suffifent pour détruire tout ce que
vous avezpû avancer en faveur
de l' Aftrologie , je vous avertis que
je m'occupe à donner bien- toft au
Public un Traité qui ne contiendra
autre chose que mon Objection ,
expliquée dans touteson étenduë ,
GALAN T. 165
avec la refutation des Réponſes
qu'ony a faites , ou qu'on y fera.
Vous aurez beaucoup de part à la
confusion qu'en recevront les Aftro-
Logues , & on pourra dire avec juftice
, que vous estes la Victime
facrifiée pour lefalut de l'Astrologie.
Lefuis , &c .
CROCHAT .
Rien n'eſt plus à charge qu'une
Converſation pefante , & on eft
toûjours quitte à bon marché,
quand on s'en tire pour de l'argent.
C'eſt ce qu'a fait depuis
peu une Dame de bon gouft ,
&qui ayant le difcernement fort
délicat ſur toutes choſes , n'a pû
ſe contraindre à eſſuyer de fatigantes
viſites. Elle ſe les attira
par une occafion affez imprévûë.
Elle alloit ſeule prendre
l'air au Cours , & en y entrant
166 MERCURE
fon Cocher embaraſſa ſon Caroſſe
dans un autre , & eut le
malheur de le renverſer . Ce trebuchement
fit accourir tous
ceux qui le vîrent. Avant que
de travailler à relever le Carroſſe
, on en tira un Abbé , à
peu prés ſexagenaire. La colere
où il eſtoit éclata dans ſes regards
, & fon chagrin naturel
fortifié par celuy de l'âge , le
rendant mal propre à ſoûtenir
avec patience une pareille avanture
, il s'emporta contre ſon
Cocher , & bien plus encore
contre celuy de la Dameu Peu
s'en falut meſnie qu'il ne ques
rellaſt les Spectateurs inutiles. Il
les regardoit comme s'eſtant afſemblez
pour ſe divertir de ſon
embaras , & cela contribuoit à
augmenter ſa mauvaiſe humeur.
La Dame,aufli civile & honneſte
GALANT.
167
qu'il eſtoit mal-gracieux , def
cendit de ſon Carroſſe , pour luy
demander ſi le malheur de la
chûte eſtoit le ſeul accident dont
il ſe plaigniſt . Il luy répondit
d'une maniere aſſez rude , qu'il
ne ſentoit pas qu'il fuſt bleſſé ,
mais qu'il ſçavoit bien que ſes
Glaces estoient caffées . La Dame
ne voulant rien épargner de
ce qu'elle crût capable de l'adoucir
, gronda ſon Cocher fur
ſon peu d'adreſſe , & apprenant
qu'il falloit raccommoder quelque
choſe au Carroſſe de l'Abbé
, elle le pria de prendre une
place dans le ſien , ſe chargeant
du ſoinde le remener chez luy.
Il accepta le party , & fit quelques
tours avec la Dame , qui
pour luy faire oublier ſes Glaces
caffées , l'entretint de mille choſes
, d'un air enjoué qui ſuſpen168
MERCURE
1
dit ſon chagrin. L'agrément de
ſa Perſonne en donnoit beaucoup
à tout ce qu'elle diſoit.
Auſſi l'Abbé en fut-il touché.
Il commença à ſe montrer moins
fauvage ; & le plaiſir qu'il avoit
trouvé à l'entretenir à la promenade
, luy ayant paru trop
court , il alla la voir le lendemain.
La Dame le reçût obligeamment
, & pour l'indemnifer
de ſes Glaces , elle tâcha de
ne ſe point ennuyer pendant
deux heures que dura cette viſite.
Il ne manquoit pas d'eſprit ;
mais quoy qu'il ſe fuſt acquis
par là quelque réputation , ce
qu'il en avoit eſtoit un eſprit de
Livres , il ſçavoit beaucoup &
debitoit mal . Deux jours aprés ,
il réïtera ſa longue viſite , & il
alla meſme juſques à la prolonger
d'une troifiéme heure. La
Dame
GALAN T. 169
S
Dame trouvant ſes Glaces tres
ſuffiſamment payées par la complaiſance
qu'elle avoit euë d'écouter
deux fois ſes fades douceurs
, ne le vit pas plûtoſt ſorty
de chez elle , qu'elle donna ordre
à tous ſes Gens de le renvoyer
quand il reviendroit. Les choses.
ſe firent la premiere fois d'une
maniere qui ne luy donna aucun
ſoupçon. Il crût que la Dame
eſtoit fortie, & s'en retourna fans
autre chagrin que celuy de ne
pouvoir la voir ce jour- là. Il ne
fut pas ſi tranquille quelques
jours aprés. Un Laquais d'une
Livrée inconnuë , qu'il rencontra
d'abord à la Porte , luy dit
qu'il avoit laiſſe la Dame en fa
Chambre ; & lors qu'il fut aux
premiers degrez de l'Eſcalier, un
de ceux de la Maiſon vint l'arrefter
bruſquement , & foûtint
Juin 1684. H
170 MERCURE
toûjours qu'elle estoit en Ville.
Pendant qu'il s'obſtinoit pour
monter , ſur la premiere aſſurance
qu'il avoit reçûë , une Suivante
parut , & luy dit la meſme
choſe , mais ce fut d'un certain
air qui le convainquit qu'il y
avoitun ordre ſecret donné contre
luy.Il ſe retira tout fulminant;
& pour ſçavoir avec certitude
s'il eſtoit vray qu'on n'euſt pas
voulu le recevoir , il mit au guet
un de ſes Laquais , qui apres
avoir attendu une heure , vit
fortir la Dame , pour quelques
viſites qu'elle avoit à faire. Ce
fut alors que l'Abbé ne pût moderer
ſon reſſentiment. Il ſe repréſenta
mille fois combien ce
mépris eſtoit outrageant , venant
d'une Femme à qui il ſacrifioit ſes
Glaces. L'effort qu'il ſe faiſoit
pour cela luy paroiſſant digne
GALANT .
171
de toute autre récompenſe , il
réſolut de ne les pas perdre , &
fit donner dés le lendemain af
fignation à ſon Cocher , pour le
payement qu'il en prétendoit. Le
Cocher alarmé de cette Affignation
, alla prier ſa Maiſtreſſe
d'empeſcher l'Abbé de le pourſuivre.
Comme le Cocher avoit
fait la faute , c'eſtoit à luy de
payer les Glaces ; mais en meſme
temps il ne tenoit qu'à la
Dame de terminer le Procés , &
une viſite renduë à l'Abbé l'en
faiſoit venir à bout. Elle s'y ſeroit
réſoluë fans peine , ſi ce n'euſt
pas eſté s'expoſer à en recevoir
d'autres , dont il luy eſtoit impoſſible
de s'accommoder. Dans
cet embaras , voyant que le Procés
n'eſtoit intenté que parce
qu'elle ne vouloit plus eſtre viſible
pour celuy qui le faiſoit , le
H 2
172
MERCURE
ſeul party qu'elle vit à prendre ,
fut de dire à fon Cocher qu'il ſe
défendiſt comme il pourroit de
la pourſuite qui luy eſtoit faite ,
& qu'elle aimoit mieux payer les
Glaces pour luy , que de confentir
à recevoir l'Abbé . Elle fir
agir quelques - uns de ſes Amis
pour les intereſts de ſon Cocher,
qui paroiſſoit ſeul en Cauſe ; mais
l'Abbé eſtoit d'une Famille de
Robe , & cet avantage luy donnant
un fort grand poids auprès
de ſes Juges , on demanda inutilement
qu'on rabatiſt ſur le prix
des Glaces quelques morceaux
aſſez grands qui en eſtoient demeurez
, & dont on pouvoit fai.
re des Miroirs de Toilette , ſes
prétentions furent remplies , &
il obtint tout ce qu'il voulut.
Ainſi le Cocher fut condamné,
la Dame paya , & l'Abbé ne la
GALANT .
173
vit plus. Je ne puis vous dire ſi
le payement de fes Glaces l'en
confola , mais pour la Dame ,
ellea dit ſouvent depuis le Procés
jugé , qu'elle ſe ſeroit ſoûmiſe
à luy payer un Carroffe
entier , s'il n'y avoit eu que ce
ſeul moyen de ſe garantir de ſes
viſites.
Il faut vous parler des Evêchez.
Monfieur l'Eveſque de
Tarbes , qui avoit eſté nommé
à celuy de S. Omer , dont il a fait
les fonctions , comme Grand
Vicaire du Chapitre de cette
Eglife , à eu l'Archeveſché
d'Auch. Il eſt de la maiſon de
Suſe en Dauphiné , qui eſt une
des plus confiderables de cette
Province. Il eſt tres-fçavant , &
bien fait de ſa Perfonne. Quoy
qu'il ſemble qu'on doive moins
remarquer cette qualité dans un
H 3
174 MERCURE
Prélat , que dans un Homme
du Monde , elle ne luy eſt pas
neanmoins tout-à-fait inutile. Si
un Eveſque doit imprimer du
reſpect & de la venération par
ſon Caractere , il en imprime
encore davantage , quand la
bonne mine eſt jointe à la Dignité.
Celuy dont je vous parle
a ſervy le Roy dans les Etats , où
entrent les Eveſques de Saint
Omer , & toutes les Affaires qui
luy ont eſté commiſes , ont reüffi
au gré de Sa Majesté.
: Monfieur l'Eveſque d'Aler ,
nommé à l'Eveſché de S. Omer ,
eſtoit Monfieur l'Abbé de Valbelle
, Aumônier du Roy , qui
pour faire voir la paffion qu'il a
d'eſtre auprés de ce Monarque ,
a acheté de Monfieurd'Agde la
Charge de Maiſtre de l'Oratoire
de Sa Majefté. :
GALANT.
175
Monfieur Mellian , Eveſque de
Gap , a eſté fait Eveſque d'Alet.
Il eſt Fils de feuMonfieur Mellian
, Procureur General auParlement
, & a eſté Aumônier de
la Reyne Mere. L'Eveſché de
Gap a eſté donné à Monfieur
l'Abbé Hervé , Fils d'un Confeiller
de la Cour. Il mene une
vie tres- exemplaire , & eſt fort
utile à l'Eglife , à cauſe des progrés
qu'il fait tous les jours par
fes Controverſes.
Monfieur l'Abbé de Lufignan,
nommé à l'Eveſché de Rhodés,
eſt Fils de Monfieur de la Coſte
au Chas , autrefois Lieutenant
des Gardes du Corps , & Frere
de Monfieur le Marquis de Luſignan
, cy- devant ſous- Lieutenant
des Gendarmes Ecoſſois .
Monfieur l'Abbé de Chalucet,
Fils de feu Monfieur de Chalu-
H 4
176 MERCURE
cet , Lieutenant de Roy de Nanres
, & Beaufrerere de Monfieur
de Bavile , Intendant en Poiro
a eſté pourvû de l'Eveſche d
Toulon. Il eſt grand Naturaliſte
; & fans une ſurdité qui l'incommode
tres- fort , il euſt eſté
loin dans les Controverſes , dont
il ſe mefle en Poitou avecbeaucoup
defuccés.
Monfieur l'Abbé du Luc , Ne
veu de feu Monfieur de Fourbin,
& de feu Monfieur l'Evefque de
Toulon , a eſté nommé à l'Eveſché
de Marseille , quoy qu'il n'ait
guére plus de vingt- cinq ans.
Son mérite a fait paſſer pardefſus
ſon âge , pour l'élever à la
Dignité de l'Epiſcopat. Il eſt de
la Maiſon de Vintimille, l'une des
meilleures de Provence & d'Italie.
L'Eveſchéde Bazas a eſté don
GALAN T. 177
né à Monfieur l'Abbé de Gourgues
, Fils d'un Préſident au Morzierde
Bordeaux .
Monfieur l'Abbé Verjus , cydevant
Preſtre de l'Oratoire , a
eſté nommé à l'Eveſché deGrace.
Il eſt Frere du Pere Verjus,
Jéfuîte , Secretaire du Pere de la
Chaiſe , & de Monfieur Verjus,
Comte de Crecy, Plenipotentiaire
de France à Ratiſbonne.
Comme tout cet Article re
garde l'Egliſe , je ne puis mieux
le finirqu'en vous apprenant que
Monfieur Jary , Curé de S. Georges
de meſnil en Anjou , a reçû
depuis un mois la Profeſſion de
Foy de Mademoiselle Elifabeth
de Bourillon . Il accompagna la
Cerémonie d'une Exhortation.
tres- édifiante.
Je vous ay parléde la mort de
Madame la Ducheſſe de Riche-
Hs
178 MERCURE
lieu , mais je ne vous ay point de
par qui la Charge qu'elle poſſedoit
de Dame d'Honneur de
Madame la Dauphine , a eſté
remplie. Comme c'eſt un Poſte
qui ne doit eſtre occupé que par
des Perſonnes d'un mérite qui
foit reconnu genéralement , le
Roy jeta d'abord les yeux fur
une Damed'une ſi éminentevertu
, & d'un eſprit ſi ſolide , & fi
bien tourné , que toute la Cour
applaudit aux deſſeins de ce мо-
narque ; mais cette Dame ſe défendant
avec une modeſtie qui a
peu d'exemples , de l'honneur
que Sa Majeſté luy vouloit faire
en la nommant , fit connoiſtre
par là que ce Prince auroit fait
un tres bon choix. Monſeigneur
le Dauphin & madamela Dauphine
en parlerent à cette Dame
, qui fe montra encore plus
GALANT.
179
A
digne de cet honneur , en s'efforçant
de marquer qu'il eſtoit
trop grand pour elle. Quant on
peut ſe voir dans un haut rang,
& qu'on a aſſez d'empire fur
foy- meſme pour s'empeſcher d'y
monter , on s'éleve en s'abaifſant
; & n'accepter pas par un
principe ſi noble , c'eſt plus que
de poſſeder. Ainſi l'on peut dire
que cette Dame s'eſt miſe au
deſſus de la Dignité où elle a pû
parvenir , puis qu'on ne refuſe
les grands honneurs que par
grandeur d'ame , & qu'il entre
fort ſouvent de la foibleſſe dans
ce qui nous porte à les rechercher.
Ce n'est pas que l'ambition
ne puiſſe établir un beau
caractere; mais pour n'avoir rien
de condamnable , il faut qu'elle
ſoit accompagnée de beaucoup
de choſes qui ſe trouvent rare-
H 6
180 MERCURE
ment dans un coeur ambitieux.
Cependant , le Roy qui avoit
réſolu de remplir le Poſte de
Dame d'Honneur de Madame
la Dauphine , par une Perſonne
d'un mérite diftingué , & qui
connoiſt toutes celles que leur
vertu rend conſidérables, quand
même elles ne paroiſtroient pas
à la Cour , nomma Madame la
Ducheſſe d'Arpajon , qui estoit
fort éloignée de s'attendre à cet
honneur. Cela fait voir qu'il fuffit
de ſe rendre digne des plus
hautes Dignitez , pour y pouvoir
aſpirer , ſans qu'il ſoit beſoin de
fairede brigues pour les obtenir,
tant Sa Majesté ades lumieres.
perçantes , quand il s'offre occafion
de rendre juſtice au vray
mérite.Cette Ducheſſe eſt Soeur
de Monfieur le Marquis de Bevron.
Quoy qu'elle fuſt une des
GALANT. 181
plus belles Perſonnes du Royaume
, ( ce qui quelquefois donne
une fierté que l'on regle mal ) fa
conduite & ſa vertu l'ont toujours
fait admirer avant & pendant
ſon Mariage. Depuis qu'elle
a eſté veuve , elle a preſque
toûjours veſcu retirée à laCampagne
, & a continué de mériter:
une eſtime genérale. Mademoiſelle
d'Arpajon , ſa Fille , a eſté
nommée dans le meſme temps
premiere Fille d'Honneur de
Madame la Dauphine.
Je vous envoye un Livre nouveau
, que le Sieur Blageart debite
depuis peu de jours , & qu'il
yalong temps que vous fouhaitez.
C'eſt la Seconde Partie de l'Académie
Galante. Le Publica eſté
fi content de la premiere , que
l'Autheur n'a pû luy en refuſer
la ſuite. Vousy trouverez lemê
182 MERCURE
me caractere de bruſque enjoüe
ment , qui vous a tant divertie
dans le Chevalier de Pontignan,
lors qu'il aimoit Babet & ſes deux
Maiſtreſſes tout-à-la- fois. Mademoiſelle
de Mirac y raconte auſſi
ſes Avantures d'une maniere qui
répond affez à ce feu d'eſprit
Gaſcon , qui vous a déja prévenuë
en ſa faveur. Ce ſont tous
Portraits d'aprés nature , & il n'y
a point d'Originaux que l'on
ne recherche , quand on ſçait
qu'ils viennent d'une bonne
main.
Le meſme Libraire m'a fait
voir un autre Livre , qu'il doit
debiter dans ſept ou huit jours ,
&que je m'engage de vous envoyer
en ce temps- là. Voicy ce
que porte la premiere Page. Cava
Mustapha , dernier Grand Vizir.
Histoire contenant fon Elevation ,
GALANT. 183
fes Amours dans le Serrail , fes
divers Emplois , & le vray ſujet
qui luy a fait entreprendre le Voyage
de Hongrie , & le Siege de
Vienne. Sil'Hiſtoire vous attache,
vous verrez dans cet Ouvrage
beaucoup de choſes qui la concernent.
Si vous eſtes curieuſe
de ſçavoir ce qui ſe paſſedans le
dedans du Serrail , vous y lirez
diverſes intrigues qui vous l'aprendront
; & fi vous cherchez
des Galanteries , vous y en trouverez
, qui pour eſtre à la Turque
, n'ont rien qui ne ſe pratique
parmy les Amans les plus
délicats. Enfin je ſuis fort perfuadé
que ce ſera prendre ſoin
de vos plaiſirs , que vous envoyer
ce Livre . Il inſtruit , il divertit,&
la matiere en eſt ſi nouvelle
& fi peu connuë, qu'on n'y
voit aucune des repetitions qui
184 MERCURE
:
font dans les petites Hiſtoires
que l'on a fait ſuccéder à nos
longs Romans .
On m'envoye encore un Madrigal
ſur la Priſe de Luxembourg.
Je vous en fais part , ſans
vous en pouvoir nommer l'Aus
theur.
Amais l'intrépide Alexandre
Ny les Céfars , n'auroient ofe
prétendre
Depouvoir dompter ton orgueil ;
Tu prétendois eftre l'écueil
Desplus fiers Conquerans qui pouvoient
l'entreprendre ;
Mais un plus grand Héros teforce
de te rendre.
TesSuperbes Ramparts ſe trouvent
renverſez ,
Le Grand LOUIS les a forcez ;
Mais n'en murmure point , ta gloire:
estSansSeconde,
GALANT.
185
De te voir ſous les Loix du plus
grand Roy du Monde .
Je vous envoye deux Enigmes
nouvelles , en attendant l'explication
de celles dudernier mois,
que vous trouverez dans ma
XXVI. Lettre Extraordinaire ,
que je vous prépare pour le 15 .
de Juillet. La premiere de ces
Enigmes eſt de la Dame Solitaire
; & la ſeconde , de Roſelinde,
Nymphe enjoüée , autrefois de
l'Empire des Fleurs .
ENIGME.
Efuis ce qu'on aime le mieux
JPrefique
Terre,
en tous les lieux de la
Etſouventonsefait laguerre,
Pour m'avoir comme un bien &
rare & précieux ;
186 MERCURE
Mais quand on a fait ma conquešte
,
Celuy qui me poffede a le coeur fi
leger ,
Qu'àmapoſſeſſion jamais il ne s'arreste
,
Et ne megarde pas long- temps fans
me changer.
AUTRE ENIGME.
N'Ayez point peur de moy, je ne mords ny ne ruë.
Parma Mere je fûs conçûë
Au milieudes jeux &des ris,
Préfens doux deſes Favoris.
Admirezmes appas,j'ay la teste cor-
пиё ,
In minoir de Guenon ſur un grand
cou deGrue ,
Des aîles de Chauve- Souris ,
Qui fortent d'un dos de Tortuë,
GALANT. 187
Un estomach d'Auftruche , un ventre
de Cochon ,
Une peau d'Hériſſon
Honneftement pointuë ,
Des cuiſſes d'Ours , des jambes de
Griffon ,
Une queüc enfin de Dragon.
Ce n'est pas tout . Mon chant, ou ma
voix la plus nette ,
Est un cry de Choüette ;
F'ay l'oreille d'un fin Renard,
Le coulant d'un Serpent, le vol d'une
Alloüette ,
Et la marche d'une Belette ;
Et mon plus doux regard
Est celuy d'un fier Crocodille
Preſt à devorer Femme ou Fille.
Ainsi font joliment compoſez mes
dehors ,
Et mon ame est comme mon corps.
188 MERCURE
Voicy un Air d'une nouveau
té finguliere. Il eſt de l'illuſtre
Monfieur de Bacilly , qui en a
fait les Paroles , ainſi que de tous
les autres Airs de ſa compoſition.
AIR NOUVEAU.
Ut-il jamais Breuvage
,
Que le Chocolat ?
delicat,
Le Roffolis & le Muſcat ,
Et toute autre Liqueur luy doivent
rendre hommage.
Le Vin nousfait mal à la teſte ,
Le Chocolat nous en guérit ;
Il nousfait vivre,il nous nourrit,
Ilnous aiguife l'appétit .
QuelMédecin feroit fi besie,
Quel Médecinferoit fi fiat,
De condamner le Chocolat ?
Nargue du Thé,
2
10
Fut decat que le Chocola
le Murommage le vin no
9
testevireilnousnourit ilnous ai
medet sifat de condanner le a
gue dit viuat viuat vi'uat le
(
1
t le
ofon
JUES
hoco
Cho
GALANT. 189
Fy du Café,
Vivat , vivat
Le Chocolat.
Je ne vous dis point ce que
vous ſçavez il y a long-temps ,
que dans toutes fortes d'Airs
Monfieur de Bacilly réüffit également.
C'eſt ce qui a obligé
deux grands Hommes à faire
un mot tout exprés pour exprimer
ce qu'ils penſent d'un Génie
ſi univerſel. Ils diſent que de
toute la Muſique, luy ſeul n'eſt
point maniere , au lieu que l'on
reconnoiſt la maniere de compoſer
des autres Autheurs , dans
chacun des Airs qu'ils mettent
au jour. Le grand nombre qu'il
en a donnez de ſa façon , remplit
dix Volumes , qu'on vend
au Palais chez les Sieurs de Luyne
, & Blageart. Il a le don d'a-
८
190 MERCURE
juſter les Airs , même ceux d'autruy
, & d'y donner un tour
agreable conformement au ſens
des paroles , qu'il poſſede touverainement
, comme on peut
le voir par ſon Livre de l'Art
de chanter , ſi vanté de tout le
monde. Cette verité ſe connoiſt
mieux que jamais , depuis
la mort de Monfieur de
Niert , ſi renommé pour l'execution
& les ornemens du
Chant. On ſçavoit le commerce
qu'ils avoient enſemble
depuis trente années , & l'on
attribuoit à Monfieur de Niert
tout ce qui eſtoit de Monfieur
de Bacilly . Cependant on voit
bien par ce qu'il fait à préſent,
qu'il n'emprunte de perſonne ,
& quelques petits Airs d'Amadis
, & autres du temps , qu'il
a ornez , en ſont une preuve:
GALANT. 191
Quoy qu'un talent ſi peu ordinaire
pour tout ce qui regarde
l'Art de chanter , ſoit connu
de la plupart des Gens éclairez ,
ſes Envieux qui luy veulent nuire
, n'ont pas laiſſe de faire courir
le bruit qu'il n'enſeigne plus,
& ils l'ont fi bien perfuadé ,
qu'on ne s'endétrompe qu'avec
peine. Il eſt pourtant vray qu'il
eſt plus capabled'enſeigner, qu'il
ne l'a encore eſté , & qu'un
long uſage luy a donné de ſi
grandes & de ſi vives lumieres,
qu'en fort peu de temps il rend
une voix capable de tout ce qui
ſe pratique dans le Chant. II
n'eſt point borné à ſes Ouvrages
, comme beaucoup d'autres,
& enſeigne indiféremment tout
ce qu'il y a de nouveau .
Ce n'eſt pas toûjours par le
ſuccés que l'on doit juger du
192 MERCURE
courage des Soldats , & de la
parfaite intelligence des Genéraux
d'Armée dans le Métier de
la Guerre. La grande réſiſtance
de ceux qui ſe défendent avec
vigueur , augmente quelquefois
la gloire des Braves qui ataquent
avec intrépidité ; & quand à la
fin du Combat chacun demeure
dans ſes meſmes avantages , aucun
des Partis n'a droit de ſe
donner la Victoire . L'un s'est défendu
, l'autre n'a pas pris ; &
comme ce n'eſt pas perdre , que
de ne point gagner , on ne ſcauroit
dire que celuy qui n'a rien
pris ait perdu . Vous jugez bien
que je veux parler de l'Affaire
de Gironne. Quoy qu'elle n'ait
pas eſte ſuivie de tout l'avantage
que les François font aujour-
*d'huy en poffeffion de remporter
de quelque coſté qu'ils tournent
leurs
GALANT. 193
S
Icurs Armes , ſi l'on examine
beaucoup de circonſtances de
cette Action, on trouvera qu'elle
égale en vigueur tout ce qu'on a
jamais oüy dire des Actions les
plus éclatantes, & les plus échaufées
. On ouvrit la Tranchée devant
Gironne le 20. de May. Le
Canon commença à batre la Place
dés le mefme jour. Le 23. il
y avoit fait deux Bréches. Le 24 .
on prit une Demy lune & un
Baftion , & l'on fit Priſonniers ,
ou l'on tua , tout ce qui eſtoit
dedans , parce qu'il n'y avoir
point de communication de ces
Ouvrages à la Place. Le même
jour 24. on donna l'aſſaut. Ceux
qui estoient commandez devoient
partir au cinquième coup
de Canon. Il eut à peine tiré ,
que les Soldats volérent à la Bréche
, ſans qu'il fuſt poſſible de les
Juin 1684 . I
194
MERCURE
:
1
faire marcher en ordre de Bataille.
Ces Lions ne furent point arreſtez
par un Foſſé , qu'ils franchirent
, ayant de l'eau juſqu'à
la ceinture. Ils gagnérent la Bréche
, & furent enſuite obligez de
ſauter pardeſſus un autre Foſſé
plein d'eau, mais plus étroit .Cela
eſtant fait , ils rencontrérent une
eſpece de Marais , avec un Ruiffeau
, l'un & l'autre tout remply
de planches dans les endroits où
la neceſſité du Paſſage y faiſoit
courir , comme à des choſes que
le hazard avoit heureuſement
fait trouver. Le grand nombre
& l'empreſſement de ceux qui
vouloient paſſer en meſme temps
ſur ces planches , furent cauſe
que l'on ſe jeta deſſus , ſans examiner
qu'elles eſtoient garnies
de pointes de fer , avec des manieres
d'aiguilles , dont quantité
GALANT.
195
percerent de part en part les
pieds de ceux à qui la premiere
ardeur ne laiſſa rien ſoupçonner.
Les Ennemis avoient outre cela
des Retranchemens à droit & à
gauche , & en face de ceux qui
avoient gagné le haut de laBréche
, d'où ils faiſoient grand feu.
Cependant , nos Troupes forcerent
tous ces obſtacles , & allérent
juſqu'au milieu de la Ville.
Lors qu'elles eurent gagné la
Place publique , elles y trouverent
un Peuple armé , ſoûtenu
de pluſieurs Eſcadrons de Cavalerie.
Ce fut là où il falut que la
valeur cedaſt à la force. Il eſt à
croire que de la maniere dont
nos François s'étoient batus , le
nombre n'auroit ſervy qu'à leur
donner plus de gloire , s'ils n'avoient
point eſté affoiblis & fatiguez
par pluſieurs Actions do
196 MERCURE
!
vigueur , qu'ils venoient de faire
tout d'une haleine.Cela fut cauſe
que n'ayant pû exécuter l'ordre
qu'ils avoient reçû , ils tombérent
dans une confufion quiempeſcha
de faire les Logemens &
les Retranchemens neceſſaires
pour s'y maintenir. Ainſi ils furent
contraints de ſe retirer,apres
avoir combatu avec une vigueur
que l'on ne peut exprimer , depuis
huit heures du ſoir juſques
à prés de minuit. Il eſt impoſſible
que les Ennemis n'ayent pas perdu
autant de monde que nous en
cette occafion . C'eſt un fait conſtant
, qu'on leur a tué on fait
Priſonnier tout ce qui estoit dans
la Demy lune & dans le Baſtion
dont on ſe rendit maiſtre avant
que de monter à la Breche , &
qu'on en tua beaucoup ſur la Bréche
meſme , puis que l'on n'en
GALAN T. 197
peut chaſſer des Gens qui la défendent
vigoureuſement , ſans
qu'il y en ait quantité qui demeurent
ſur la Place. On ſe retira
en bon ordre , & l'on monta
à la Tranchée cette meſme nuit.
On a enſuite conſumé les Fourages
, on a fait retirer le Canon,
&l'on s'eſt promené dans le Païs
Ennemy. Il eſt fâcheux de lever
un Siege , quand on a perdu
pluſieurs moisdevant une Place;
mais quand on n'y a demeuré
quequatre ou cinq jours , ce qui
s'y eſt fait ne doit eſtre regardé
que comme un Affaut donné à
quelque Chaſteau , qu'on auroit
voulu prendre d'emblée , & non
pas comme une Affaire imporrante
. Les Eſpagnols , qui n'ont
pas accoutumé de remporter le
moindre avantage contre les Armes
du Roy , peuvent ſe vanter
Is
198 MERCURE
!
i
de ce Siege abandonné. Ils ont
raiſon. Ils font ſi ſouvent de grandes
pertes , que c'eſt triompher
pour eux , que de ſauver des Places
qui ſont en leur poſſeſſion.
Cependant , il leur faudra des
années pour remettre fur pied
des Compagnies , pour le rétabliſſement
deſquelles il ne faudroit
que quelques jours aux Fra
çois. On a remarqué que Gironne
a ſoûtenu vingt- trois Sieges ,
ſans que les Attaquans ayent jamais
entré ſi avant dans la Ville ,
& que toute la Catalogne a eſté
priſe , ſans qu'on ait pû prendre
cette Place.
Pour continuer de répondre
aux Lardons , le premier du 25 .
de May , où j'en ſuis demeuré,dit
en propres termes, On tuë bien des
Gens devant Luxembourg , & il
faut tout effuyer, parce que l'or ne
7
GALANT.. 199
peutfaire de bréche dans le coeur du
Gouverneur. Depuis que cet Autheur
travaille , on n'a point
affiegé de Places , qu'il n'ait dit
vingtfois la meſme choſe. Il ſemble
par ce diſcours , que beaucoup
de Gouverneurs en ayent
- déja livré àla France ; cependant
il n'a encore pû en nommer au
cun , qui ſe ſoit laiſſe corrompre,
ny meſme à qui l'on ait fait des
offres . Les Gouverneurs qu'on
auroit tentez n'auroient pas
manqué de faire valoir par là leur
fidelité auprés de leurs Maiſtres,
Si l'on n'a pû faire de Bréche
dans le coeur du Gouverneur de
Luxembourg , c'eſt une marque
qu'on a voulu le gagner.Peut- on
avancer rien de plus ridicule, &
qui ſoit moins vray- ſemblable ?
Un auſſi grand Seigneur qu'eſt
le Prince de Chimay , & par ſa
,
14
200 MERCURE
naiſſance & par ſes grands biens ,
eſtoit- il un Homme à qui l'on
puſt offrir de l'argent , pour l'engager
à trahir for Roy & fon
honneur , & pouvoit - on avoir
ſeulement cette pensée ? Il eſt à
croire qu'il en auroit plûtoſt luymeſme
donné beaucoup , pour
avoir la gloire de conſerver Luxembourg
, s'il n'euſt pas vû
qu'il s'en fuſt flaté inutilement.
Ce Critique pouſſe les choſes
plus loin , & perdant le reſpect
pour des Souverains que je ne
Domme pas , illes taxe fur des
on dit ; ce qu'on ne doit jamais
faire fur les témoignages les plus
affurez . Mais toutes les fois qu'il
cherche à répandre ſon venin , il
employe on dit , & croit enfuite
avoir droit de raiſonner à perte
de vûë ; mais qui ſe cache ,&
écrit ſans nom, fait connoiſtre
affez qu'il craint qu'on nelepuGALANT.
201
niſſe , & c'eſt ce qu'on ne craint
point quand on n'a rien à ſe reprocher.
Le meſme Autheur a
la hardieſſe de nier ce queMonfieur
l'Electeur de Baviere écrivitau
commencement de la Campagne
touchant les deſſeins du
Roy , que ce Prince s'engagea
de ne point troubler. Ces Ecrivains
croyent les Peuples bien
ſimples , puis qu'ils prétendent
leur cacher la verité, en niantdes
faits publics . Il ne faut point
d'autre repõle à cet Article, ſinon
queles Troupesde Monfieur l'Electeur
de Baviere ne ſont pas
venuës fur le Rhin , ſuivant
l'aſſurance qu'il avoit donnée
qu'elles n'y viendroient pas,
puis qu'il trouvoit les Propofitions
du Roy juſtes . Un autre
Lardon de meſme date , en faifant
connoiſtre que l'Eſpagne
IS
202 MERCURE
& la Hollande ne peuvent faire
conſentir le Roy d'Angleterre
à ce qu'elles ſouhaitent de
luy, fait voir la prudence de ce
Monarque , qui a toûjours eu
autant de fermeté pour la Paix,
que le Prince d'Orange a eu
d'obſtination pour la Guerre.
Cette obſtination couſte Luxembourg
aux Eſpagnols , puis qu'ils
auroient pû donner au Roy un
Equivalent moins confiderable.
Le troisième Lardon nie encore
ce que la conduite de Monfieur
de Baviere a juſtifié , & il eſt
pleindes leçons qu'il s'ingerede
donner aux Souverains , Amis
de la Paix , ou qui ne ſe mettent
en état de faire la guerre ,
que dans le deſſein de procurer
cette Paix ; mais par malheur
aucun de ces Souverains ne veut
profiter des leçons de ce CritiGALANT.
203
que. On ne voit encore que des
repetitions dans les Lardons des
derniers joursde May. On y fait
grand bruit pour la dix ou douziéme
fois , des Troupes de Baviere
& de Franconie , qui doivent
venir ſur le Rhin. Il faut
toûjours ſe liguer , & mettre
l'Europe en feu , parce que le
Roy ne tiendra pas ce qu'il a
promis , & fera des Conqueſtes
audelà de la Barriere. C'eſt faire
mal à propos injure à un Prince,
qui pour garder ſa parole
donné les meilleures de ſes Places
, afin de faire rendre des
Royaumes entiers. On ne doit
point allumer une dangereuſe
Guerre pour un ſoupçon mal
fondé , ny vouloir perfuader au
deſavantage du Roy , qu'il manquera
de parole , avant qu'il ſe
foit ſeulement mis en état d'en
د
a
16
204
MERCURE
manquer , ny qu'il y ait meſme
apparence qu'il s'y mette , dans
la fituation où ſont les Affaires.
Ces Lardons ſont pleins de
contradictions , preſque dans les
meſmes lignes. Dans le meſme
temps qu'ils continüent de publier
que le Roy en veut à laMonarchie
univerſelle , ils diſent
que ce Monarque a des raiſons
pour ne porter ſes Armes ny du
coſté de Fontarabie , ny en Italie
, ny en d'autres lieux. Comment
cela s'accorde-t-il avec le
deffein de la Monarchie univerfelle
? La Monarchie univerſelle
eſt tout , & cependant on veut
qu'il y aſpire , & qu'il n'ait que
la Flandre pour but. C'eſt donc
à dire que le peu de Païs que les
Eſpagnols ont encore en Flandre
, doit tenir lieu de la Monarchie
univerſelle à celuy qui s'en
GALANT. 205
rendra maître ? Il y auroit làdeſſus
de grands raiſonnemens
à faire , fi on vouloit y perdre
du temps. On lit encore dans un
de ces Lardons du 30. May les
paroles qui ſuivent. De toutes les
Cours de l'Europe , il n'y a qu'une
Cour qui ne jalouze point la grandeurde
Sa Majesté Tres- Chrétienne.
C'eſt demeurer d'accord en
deux mots , que ce n'eſt nyavec
raiſon ny avec juſtice qu'on veut
faire la guerre au Roy , mais feulement
par jalouſie. Il pourſuit
ainſi . Ily va de l'intereſt de la Hollande
, quefes Frontieres demeurent
entre les mains d'un foible Souve
rain. Après cela,on ne doit point
vanter les ſecours que le Prince
d'Orange veut que l'on donne
àl'Eſpagne , comme une action
toute genéreuſe , & digne d'admiration
. On veut ſecourir l'Ef206
MERCURE
pagne par raiſon d'Etat , à cauſe
de ſa foibleſſe , & du peu de
crainte que l'on peut avoir d'un
foible Voiſin . On veut attaquer
la France , parce qu'ayant de
tres grandes Forces , elle peut
tout conquérir. Voila ſon crime,
& ce qui engage à fermer les
yeux ſur la juſtice de ſes prétentions.
Jamais les Lardons ne furent
ſi remplis de contrarietez ,
que ceux du 1. de Juin. La diſpofition
à la Tréve avec la Hollande,
demonte ceux qui les font. Ils
ſont Hollandois , François , Eſpagnols
, & ne ſçavent quel Party
prendre. On y lit d'abord , que
les Hollandois ont raiſon de retirer
leurs Troupes des Païs-Bas,
pour les conferver , ce qui ne ſe
peut que par ce moyen. Cela eſt
fi vray, que je n'ay aucune réplique
à y faire. Ils ne laiſſent pas
GALAN T. 207
d'aſſurer toûjours , que l'Eſpagne
ne cédera rien à la France. Il eſt
bien aife à l'Eſpagne , de montrer
ſa fermeté pour la continuationd'une
Guerre où elle ne contribuë
ny d'argent ny d'Hommes.
Ils diſent , ſans chercher de
détour pour enveloper un ſentiment
fi odieux & fi criminel,que
l'Empereur ne devroit pas pourfuivre
les Turcs , afin d'attaquer
la France , c'eſt à dire, que l'Empire
devroit expoſer toute la
Chrêtienté , pour ſatisfaire le
Prince d'Orange , qui ne peur
joüir d'une ombre de Souveraineté,
que pendantla Guerre.Ces
Lardons continuent en blamant
les Hollandois meſmes,puis qu'ils
diſent que l'Eſpagne eſt mal ſecouruë
de ſes Alliez. Il n'en faut
pas davantage pour faire voir
que ces Autheurs font dépen
208 MERCURE
コ
t
dans du Prince d'Orange , puis
qu'ils blâment ceux de leur République
, dont l'inclination eſt
portée à la Paix ; mais l'Eſpagne
a voulu en cette occaſion prendre
la Hollande pour dupe puis
que cette Eſpagne ſi puiſſante &
fi fiere , & qui a tant de Terres
dans le vieux & dans le nouveau
monde , n'a pas voulu faire plus
d'effort en Flandre , qu'en auroit
pû faire un petit Souverain, dont
le Païs n'auroit que quinze ou
vingt lieuës d'étenduë. Elle a
ſeulement declaré la Guerre , afin
d'y embarquer les Hollandois, &
avoulu enſuitequ'ils defendiffent
ſeuls la Flandre , comme ſi l'Affaire
n'avoit regardé qu'eux. Son
but étoit d'affoiblir la Hollande,
par une Guerre qui auroit dû
confumer ſes Forces , afin de ne
ſe point voir enfermée, entre
GALANT. 209
deux puiſſans Voiſins , & de tirer
peut- eſtre un jour avantage contre
elle de ſa foibleſſe , lors qu'en .
la défendant , elle ſe ſeroit épuiſée
d'Hommes & d'argent. Le
reſte de ces Lardons , eſt remply
de raiſonnemens que le temps, a
faitreconnoiſtre faux , parce que
ces Critiques raiſonnent ſur les
mouvemens qu'ils voyent faire ,
&que les Souverains ne doivent
en faire aucun , qui ne les mene
àdes choſes toutes oppoſées à
celles qui paroiſſent aux yeux
du Public. Le Lardon du s . eſt
plein d'Articles qui ne méritent
pas de réponſe ; comme lors que
l'Autheur dit qu'il a avis que
Luxembourg tiendra encore
quinze jours , & que le Prince
d'Orange part pour le ſecourir.
La Capitulation eſt ſignée le 4.
on avoit batu la Chamade dés le
210 MERCURE
premier , & cet Autheur dit le 5 .
que la Place tiendra encore
quinze jours. Jugez par la faufſeté
d'une pareille Nouvelle , de
la foy qu'on doit ajoûter à tout
ce qu'il debite. le ſçay bien que
l'Article qu'il a ſouvent repeté ,
de la Paix d'Alger que nous
avons achetée , a ſi peu de vrayſemblance
, que perſonne ne balancera
àle trouverridicule.Ainfi
j'ay negligé toûjours d'y répondre
,&je n'en parle aujourd'huy
que pour dire , que ſi nous euffions
eſté en ſi parfaite intelligence
avec les Algériens ,Monfieur
Foran qui commande l'Indien
, ne leur auroit pas pris dans
le temps que l'on conclut cette
Paix , un Vaiſſeau de 24. Pieces
de Canon , qu'il defagrea , &
brûla enſuite. On voit dans un
Lardon du 6. que l'envoyé d'Ef
GALANT. 211
pagne preſente à la Haye un mé.
moire , par lequel il marque qu'il
eſt bien averty que Luxembourg
tiendra encore long- temps ; que le
Roy Son Maistre ne conſentira point
à la ceſſion de cette Place , & qu'il
vient un Secours d'Allemagne. Cela
ne merite aucune réponſe. Il
parle enſuite d'un Mémoire préſenté
par Monfieur d'Avaux, depuis
la Priſe de Luxembourg ,
dans lequel il eſt marqué que Sa
Majesté Tres - Chrêtienne donne
encore douze jours aux Etats ,
pour déliberer ſur la Paix ou fur
la Tréve. Je ne vous explique
point le contenu de ce Mémoire ,
puis que vous avez dû le lire
dans cette meſme Lettre. Le premier
Lardon du 8. de ce mois ,
eſt remply de pluſieurs Articles
qui ne regardent point la France ,
& auſquels par conséquent je ne
212 MERCURE
১
repons point. Le meſme Lardon
du 8. ( remarquez la date ) parle
d'un nouveau Mémoire , par lequel
l'Ambaſſadeur d'Eſpagne
continuë à dire , que Luxembourg
est encore en état d'attendre longtemps
dufecours. La Capitulation
de Luxembourg eſtant ſignée
dés le 4. c'eſt vouloir que les
Hollandois ne ſcachent rien de
ce qui ſe paſſe. On voit dans un
autre de la meſme date , des raifonnemens
fur le dernier Memoi
re preſenté par Me d'Avaux . Ces
raiſonnemens venoient du Party
qui ne veut point la Paix. Je vous
ay donné dans cette Lettre la
Réponſe que Monfieur d'Avaux
y a faite . On y parle encore d'un
Echange des Païs- Bas , pour lefquels
le Roy donnera generalement
toutes les Clefs qui luy ouvrent
les Portes de tous coſtez
GALANT. 213
dans les Etats de ſes Voiſins. Je
ne croy pas qu'il ſoit à propos de
repondre aux viſions d'un Homme
qui s'embaraſſe des choſes
futures , & ont les raiſonnemens
fur l'avenir ſont ſi peu vrayſemblables,
qu'ils ſe détruiſent d'euxmeſmes
. Le troiſième Lardon du
meſme jour dit , que le Roy est
mille fois plus heureux dans ſes Negotiations,
que parses Armes. Peuton
rien dire qui ſoit plus à contretemps
, apres la Priſe de Lu
xembourg , qui ſelon ce que le
meſme Autheur a dit huit ou dix
fois , devoit tenir autant que
Vienne ? Si le Roy a pris une Place
qui estoit capable de refiſter ſi
long-temps , on ne peut pas dire
que ceMonarque ne ſoit pas heureux
par ſes Armes ; & c'eſt , dans
lemême temps qu'on poſe en fait
une choſe , donner un exemple
quila detruit.
214 MERCURE
Le meſme continuë en con"
damnant tous les Souverains de
l'Europe , qui ne ſe ſont pas unis
pour s'oppoſer à la grandeur de la
France , & tâche d'inſinuer qu'on
ne devroit pas moins ſe liguer
contre le Roy , que contre l'Ennemy
du Nom Chrétien ; cependant
la diference du procedé de
l'un& de l'autre eſt bien grande.
L'Empereur a offert la Paix au
Grand Seigneur avec des avantages
tres - confiderable , que ce
Monarque Turc ne voulut pas
accepter avant la Campagne de
Vienne,& le Roy dés ce temps- là
offrit la paix ou la Tréve , que
les intereſts de quelques princes
particuliers empêcherent
d'accepter. Ainſi , dans le temps
que le Turc vouloit la Guerre ,
& qu'il prétendoit accabler la
Chrétienté par ſes nombreuſes
ریت
GALANT. 215
Armées , le Roy offroit la Paix ,
afin qu'on ſe miſt plus en état de
luy réſiſter. Cet Autheur pourfuit
par de grandes remontrances
aux Peuples. Il y fait paroiſtre
la rage & le deſeſpoir , &
dit que la Priſe de Luxembourg
rompt la Barriere. Cependant il
eſt conſtant que Luxembourg
n'entre point dans la Barriere ,
que les Hollandois ont ſuplié le
Roy de ne point paſſer. Auſſi les
Hollandois ne ſongent point à
s'en plaindre , & fi cet Autheur
Satirique n'écrivoit pas pour des
Particuliers , il ne ſe plaindroit
point luy- meſme d'une choſe
dont ſes Maiſtres ne diſent rien.
Dieu, dit- il en continuant ,fefert
des François pour punir les Espa
gnols. S'il dit vray , les François
n'ont pas tort. Le bras dontDieu
ſe fert pour punir, frape toûjours
juſtement.
216 MERCURE
Le Lardon du 12.trouve étrange
que le Roydemande aux Hollandois
de ne ſecourir l'Eſpagne
ny directement ny indirectement.
Je ne croy pas qu'on ait
jamais rien imaginé de fi éloigné
du ſens commun , puis qu'il
n'eſt pas poſſible que les Hollandois
foient en meſme temps
en Guerre & en Paix avec le
Roy qu'ils fignent un Traité ,
& qu'ils entretiennent des Armées
à ſes Ennemis. LeRoy , difent-
ils pour donner quelque
couleur à une groſſfiéreté ſi manifeſte
, accufera les Hollandois
d'avoir aſſiſté les Espagnols , pour
avoin yn prétexte de leur déclarer
La Guerre. Si c'eſtoit le deſſein
de ceMonarque , il n'auroit que
faire de chercher tous ces détours
pour parvenir à ſon but.
Il eſt tout armé , il a ſoixante
mille
GALANT. 217
mille Hommes en Flandre , qui
n'ont point d'occupation ; les
Imperiaux ſont dans le fond de
la Hongrie , & il pourroit faire
la guerre aux Hollandois , ſans
differer à un autre temps.
Il a paru un ſeul Lardon du
13. qui ne contient que les éclairciſſemens
qu'on avoit demandez
àMonfieur d'Avaux , ſur le mémoire
qu'il avoit préſenté aux
Etats aprés la Priſe de Luxembourg
; & comme ce ſecond
Mémoire en éclairciſſement eſt
déja dans ma Lettre , il ne me
reſte rien à vous dire ſur cet
Article. Le meſme fait connoiſtre
ſur la fin , que les Hollandois
commencent à s'apercevoir
que les Eſpagnols les joüent , en
s'obſtinant à dire qu'ils ne conſentiront
point à la ceffion de
Luxembourg , puis qu'on ne doit
Juin 1684. K
218 MERCURE
pas prétendre que Sa Majeſté ſe
puiſſe réſoudre à rendre une Place
qu'aucune Puiſſance ne luy
ſçauroit arracher.
Un autre Lardon du 15. dit
que ſi le Roy veut montrer qu'il
n'aſpire pas à la Monarchie univerſelle
, il faut qu'il faſſe raſer
Luxembourg , & qu'on ne doute
point qu'il ne le faſſe en faveur
de la Paix. Cela eſt ſi fort contraire
à tout ceque ces Autheurs
Satyriques ont employé dans
tous leurs ouvrages , qu'on voit
bien qu'ils ne diſent pas ce qu'ils
penſent , ou qu'ils n'ont jamais
penſé ce qu'ils ont dit. On voit
dans lemeſme la grande & loüable
fermeté d'Amſterdamqui fait
une grande Députation pour
avoir la Paix Une autre Feüille de
la meſme date dit que Luxembourga
eſté pris ſans raiſon ; &
GALANT. 219
f'on n'y voit rien qui juftifie ce
qui eſt ainſi avancé. Il n'eſt plus
queſtion , ny de Droits du Roy ,
ny d'Equivalens , pour rendre la
Priſe de Luxembourg legitime.
Sa Majesté s'eſt ſervie d'un nouveau
Droit , qui ne luy a jamais
eſté conteſté. C'eſt le Droit de
retour dans une Guerre déclarée.
Ainſi ce que ce Monarque a
-pris , luy appartient. C'eſt une
choſe à laquelle aucun Juriſconſulte
ne peut répliquer. Le meſme
s'étend ſur l'Affaire de Génes,&
dit que la France a corrompu les
Canonniers , & les principaux de
la République. Quelle preuve
a-t'on de cela ? Quel autre en
parle ? Qui eſt celuy qui s'en
plaint ? S'il eſtoit vray que la
France euſt gagné tous ceux que
les Lardons veulent qu'elle ait
1.
K2
220 MERCURE
corrompuë elle devroit déja avoir
étendu ſon empire ſur toute la
terre. On bat beaucoup de Païs
dans le meſme Article , touchant
le veritable état de Génes apres,
l'effet de nos Bombes ; & l'on ne
ſçait ſi l'on a ruiné un grand nom
brede Maiſons , ou abatu ſeulement
des Cheminées ."
Le dernier du 15. ne parleque
des Mémoires de l'Ambaſſadeur
d'Eſpagne , dont je vous ay déja
entretenuë , & de l'Affaire de
Gironne, où l'on veut que Monſieur
de Bellefons ait perdu ſon
Bagage & fon Artillerie. Comment
cela feroit- il , puis que les
Eſpagnols n'avoient point d'Armée
en Campagne?A-t'on jamais
oüy dire qu'il fuſt poſſible que
des Affiégez qui repouſſent des
Afſſiégeans dans un Alſſaut, vinſs
GALAN T. 221
ſent dans un Camp prendre les
Equipages & le Canon d'une
Armée ! Vne Garniſon s'y verroit
bien- toſt envelopée , & feroit
priſe , lors qu'elle penſeroit
prendre. L'autheur du Lar-
- don du 19. ) car les autres de
meſme date n'ont pas paru )dic
que quatre des Principales Villes
ont confenty à la Neutralité , qu'il
ne doit point controller ce que font
ſes Souverains , & qu'ils en doivent
avoir de tres-fortes raiſons.
Si ces autheurs Satyriques demeurent
d'acord que leurs Maîtres
ont eu raiſon , pourquoy ne
veulent-ils pas que les autres
Souverains qui ont propoſé cette
meſme Neutralité, ayent eu auſſi
raiſon ? On voit dans le premier
Lardon du 20. une longue
deſcription des mouvemens de
1
K 3
222 MERCURE
Hollande pour & contre la Neutralité
propoſée par la France.
l'ay tant parlé de ceux qui vouloient
ſacrifier la tranquilité de
leur Païs à leurs intéreſts particuliers
, que je ne ferois que
vous ennuyer par des repétitions
, fi je répondois à cet Article.
La ſuite s'étend ſur les Mé
moires menaçans de l'Empereur
& du Roy d'Eſpagne , & fur celuy
de l'Electeur de Cologne ,
qui ſe déclare pour la Neutralité.
Le ſecond du meſme jour ne
contient que le Mémoire que
voicy.
L
E Comte d'Avaux , Ambaſſa.
deur Extraordinaire du Roy
Tres- Chrétien , pour satisfaireà ce
que Messieurs les Deputez de vv.
SS. ont ſouhaité de luy , a mis par
GALANT.
223
écrit la Réponſe qu'il leur a faite,
&a dreffé le préſent Mémoire , qui
contient en ſubſtance ce qu'il a dit
dans une afſſezlongue Conférence.
Ledit Ambaſſadeur leur a témoi
gné, que le Roy Son Maistre veut
effectivement la Paix , ở qu'iln'a
pas besoin d'en alleguer d'autres
preuves , que celles que Sa Majesté
veut bien donner Elle- mesme , lors
qu'Elle se tient encore aprés la Prifede
Luxembourg , aux même conditions
qu'Elle a offertes auparavant
, & qu'Elle conſent outre cela
, de demeurer obligée pendant
un mois , à compter du jour de la
Signature du Traité quiseferaàla
Haye , aux mesmes conditions qu'
Elle a cy- devant proposées àl'Empire
; que c'eſt- là tout ce qui dépend
du Roy; que c'est tout ce que SaMa
jesté a offert àVV.SS.& tout ce que
K 4
224 MERCURE
VV. SS. peuvent raisonnablement
demander d'Elle . Que s'ily a quel
que chose qui leur cause de l'in
quiétude , Sa Majesté leur a don
né trop de preuves du ſoin qu'Elle
a de leur repos , pour croire qu'Elle
vouluſt le laiſſer troubler par d'autres
endroits , & que si l'on veut
finir icy les Affaires entre la France
& l'Espagne , vous ne devez pas
douter que Sa Majesté ne s'employe
tres volontiers dans tout ce quifera
de vostre fatisfaction ; mais qu'il
n'est ny juste ny raisonnable, de vou
loir obliger ledit Ambassadeur à en
trer là- deſſus à une convention avec
VV. SS. foit par des Articles qui ſeroient
inferez dans le Traité d'entre
la France & l'Espagne ,ſoit par
des Articles ſeparez , puis que fi
L'on en ufoit ainsi , on tomberoit in-
Sensiblement , Sous prétexte des
GALANT. 225
'Affaires du Nord , dans le labyrinthe
d'un Traitégenéral. C'est ce que
ceux qui ont souhaité d'enveloper
toute l'Europe dans une Guerre genérale
, ſous prétexte d'un Accommodement
genéral , on tenté depuis
trois ans. C'est ce qu'ils tentent en
core à cette heure ,ſous d'autres termes
, & d'une autre maniere ; que
cette Propoſition vague du démeſlé
du Nord , fait affez voir que quelque
couleur apparente qu'on luy puis-
Se donner, elle n'est cependant fufcitée
que par ceux qui n'ofant plus
s'oppofer directement à la Paix, tâchent
d'y faire naiſtre tant d'obstacles
, que VV. SS . foient obligées de
laiſſerpaſſer ,ſans rien conclure , le
temps dans lequel Sa Majesté Tres-
Chrétienne conſent de demeurer
obligée à ces Propoſitions ; & pour
leur dire encore une fois , qu'on ne
Κ5
226 MERCURE
i
1
peut rien demander de plus audit
Ambassadeur , sinon qu'il traite icy
l'Affaire d'Espagne aux conditions
proposées par Sa Majesté , qu'on
renvoye à Ratisbonne celles quiregardent
l'Empire , & que Sa Majesté
conſente deſetenir encorepen
dant un mois aux meſmes conditions
qu'Elle a offertes à la Diette de
Ratisbonne ; que les Perſonnes quż
compofent cette Diette font ſages
& éclairées , qui ont les interests
de l'Empire à coeur , & qui sçauront
bien travailler à établir fon
repos ; & enfin , que ſi la Réſolu
tion de VV. SS. eft de ne confentir
ny à la Paix ny àla Tréve entre la
France & l'Espagne , &de refuser
les Offres que Sa Majesté Tres-
Chrétienne vous fait pour la tranquillité
des Pais -Bas , & pour la
fûreté de la Barriere , à moins que
GALANT. 227
E
Le Comte d'Avaux ne s'engage de
concerter avec vous des Articles fur
des choses qui ne font ny defon mi
niſtere,ny de ſa connoiſſance, ceſera
un grand malheur pour la Chré
tienté , & fur lequel le Roy Son
Maistren'ayant rien àſe reprocher,
ledit Ambaſſadeur efpere que Dieu
continuëra toûjours de benir les Armes
de Sa Majesté ; mais fi au contraire
VV. SS. font Satisfaites qu'on
offre de finir par un prompt Accommodement
les démeſlez qui ſont
entre la France &l'Espagne , qu'on
remette le calme dans vostre Voifinage
, qu'on pourvoye à lafûretéde
voſtre Barriere , & qu'a : rétabliſſe
le repos de l'Empire par the Tréve
de vingt années, ledit Ambaſſadeur
réitere à VV. SS . qu'il eſt preſt en
ce cas de figner inceſſamment le
Traité ,&depaſſer en même temps
K6
228 MERCURE
1
auprés du Roy Son Maiſtre les offices
dont il plaira à VV. SS. de lecharger.
Pource qui estdu délay, Meſſieurs
vos Deputez luy en ont demandé la
prolongation , & luy ont demandé
auſſi de queljour onpouvoit compter
que le terme de douze jours avoit
commencé;furquoy ledit Ambaf-
Sadeur leur a répondu , que le Gouverneurde
Luxembourg avoitfigné
le 4. de ce mois la Capitulation , en
vertu de laquelle la Place est pas.
fée dans la poſſeſſion de Sa Majesté
, & qu'ainsi on devoit compter
cette ville de ce jour- là au
Rdy ; ma's quelques uns de Meffieurs
vos Deputez ayant objecté
que les Troupes de Sa Majesté
n'avoient esté mises en possession
d'une des Portes de la Ville , que
Le fixiéme au matin , ledit AmGALAN
T. 229
bassadeur leur a repeté ce qu'il
leur a déclaré dans la Réponſe
du quatrième de ce mois , c'est à
dire qu'il ne s'arreſtera point à
ces deux jours- là , lors qu'il ne
Sera plus besoin que d'avoir du
temps que VV.SS. voudront bien
employer à terminer promptement
cette Affaire , & il confentira volontiers
de commencer à compter
les douze jours de ce mois , c'est
à dire que les douze jours fini
ront le dix- huitiéme au foir ;
mais comme il a eu l'honneur de
Leur dire le fixiéme de ce mois ,
qu'il se réglerost fur cela felon
qu'il verroit que VV. SS. travail.
Lant Sérieusement à la Paix
Seroient arrestées que par la forme
de leur Gouvernement ,
, ne
il eft
obligé de leur dire , qu'il voit avec
déplaisir que ce n'est point cela qui
2
! 230 MERCURE
les arreste à cette heure ; que ce
font des difficultez qui font hors
de l'Affaire , & des conditions que
vous voulez impofer aux Offres de
Sa Majesté , qui détruiſent l'ac
ceptation que VV. SS. témoignent
en vouloir faire. C'est pourquoy ledit
Ambassadeur leur a dit , que
ſi elles vouloient la Paix genérale
auſſi ſérieusement qu'elles le difent
, il n'y avoit ny de plus prompt
ny de plus für expedient , que de
convenir nettement & fans reſtri-
Etion des Offres de Sa Majesté ; ce
que ledit Ambassadeur les prioit
de faire avant l'expiration du terme
( en cas que ce foit l'intention de
VV.SS. ) n'estant pas en ſon pouvoir
d'accorder aucun délay ,
VV. SS. jugeant assezd'elles- mesmes
, qu'iln'est pas de la prudence
du Roy fon Maistre , de perdre
GALANT. 231
en nouveaux délais les avantages
que luy donne la ſaiſon , & qu'il
doit attendre du bon état de ſes
Armées. P. S. Vtrech a confenty.
Fait à la Haye le 20. Juin .
Les Lardons du 22. parlent
ſeulement de la Tréve , & des
Souverains qui ont conſenty à
l'accepter . Il ſemble qu'apres ce
rétabliſſement d'union avec la
Hollande , un Autheur Hollandoisdevroitnous
traiter en Amis.
Cependant on voit dans l'un de
ces Lardons une repétition de
toutes les invectives auſquelles
j'ay répondu pluſieurs fois ; &
elles ſont ſi hors de ſujet , qu'on
voit que le ſeul dépit que cauſe
la conclufion de la Neutralité , y
donne lieu . L'Autheur du Lardon
qui accompagne celuy-là ,
232 MERCURE
déguiſe mieux ſon chagrin , &
s'accommodant au temps , il a du
moins la politique de loüer ſes
Maiſtres. Ily a long- temps , dit- il ,
que l'Espagne auroit dû accorder
quelque chose aux Prétentions de la
France; maissafierté naturelle , م
qui est dans cefieclefipeu en état de
Se Soûtenir , l'ayant aveuglée au
point de ſe diſſimulerſa foibleſſe .
elle a laissé aller les chosesà une extremité
, dont la ſeule prudence des
defintéreſſez Arbitres de l'Europe
peut les tirer. C'est dans cette penfée
que la Hollande fincerement
Amie de ſes Alliez, Souſcrit à la
Tréve que la Francepropoſe.Il louë
enſuite le Roy ; mais fans exami
ner , dit-il , s'il a raiſon de vouloir
bien la Paix dans la plus bellefai
Son deſes Conquestes. Il ne fait pas
paroiſtre tant de venin que ſes
GALANT.
233
Confreres
, en ſatyre ; mais il
empoiſonne ce qu'il dit d'avan
tageux , & il garde des ménagemens
auprés des Etats & de celuy
qui le fait parler. Il meſledes
Nouvelles dans ſes Feüilles , &
c'eſt à quoy je ne fais jamais aucune
Réponſe , mais ſeulement
aux impoſtures formelles.La premiere
Feüille du 26. Juin parle
d'un Memoire ſi outrageant,préſenté
par l'Envoyé d'Eſpagne ,
que les Etats l'ont envoyé à leur
Ambaſſadeur à Madrid , pour en
demander ſatisfaction au Roy
Catholique. Le Prince d'Orange ,
dit la même Feüille, metfes Troupes
en Corps , afin qu'elles nefoient
point insultées par les Eſpagnols ,
quand ils apprendront l'acceptation
de la Neutralité. On y voit la Réſolution
des Etats ſur cette Neu
234 MERCURE
tralité , portée à Monfieur d'Avaux
, & qu'Amſterdam rouvre
auſſi - toſt ſa Caiſe , ce qui en
marque l'utilité pour les Etats.
Je ſuis preſſé de finir , & ne dis
rien des deux autres Feüilles ,
qui roulent à peu prés ſur la
meſme matiere , & dont l'une
eſt preſque toute remplie des
noms de ceux qui font morts ,
ou qui ont eſté bleſſez devant
Luxembourg.
Je vous ay déja parlé de
l'Ambaſſadeur du Divan d'Alger,
lors qu'il arriva à Toulon. Il eſt
icy depuis quelques jours , avec
une ſuite de douze Perſonnes,
On a ſçû d'eux , que jamais l'allégreſſe
n'avoit eſté ſi grande
dans leur Ville , que lors qu'ils
conclurent la Paix, qu'ils avoient
demandée au Roy , & qu'ils
GALANT. 235
commencerent alors à oublier
le dommage que nos Bombes
y avoient fait. Il s'y eſt trouvé
mille ſeize Maiſons entièrement
brûlées , ſuivant un calcul exact
qu'ils en ont fait faire. Ils le
diſent icy publiquement à ceux
qui les vont voir , & qui veulent
les entretenir. Ils ajoûtent,
que dés que le Traité eut eſté
conclu , ils commencerent des
Réjoüiſſances qui durerent pendant
pluſieurs jours ; que tou
tes leurs Maiſons furent illuminées
& qu'ils tirerent trois
cens coups de Canon à balle
dans la Mer , ce qui ne ſe fair
que rarement , & pour des choſes
qui leur font de la plus
grande importance. Les marque
de leur joye allerent encore
plus loin , puis qu'ils trait-
د
236 MERCURE
:
1
terent toutes les principales Dames
de la Ville. Ils diſent qu'ils
n'ont jamais envoyé d'Ambaſfadeur
à aucun Souverain , que
de leur Religion , & que la grandeur
du Roy , & la veneration
qu'ils ont pour Sa Majesté , les
a fait paſſer par deſſus leurs
Loix & qu'ils le traitent de
Padiſcha , qui veut dire Empereur,
quoy qu'ils n'ayent jamais
donné ce nom qu'au Grand Seigneur.
Ils ont trouvé la France
ſi peuplée depuis Toulon jufques
à Paris , qu'ils ont dit que
toute la Campagne n'eſtoit qu'-
une Ville.
,
Enfin les Hollandois ont d'un
conſentement unanime accepté
les Propoſitions qu'il a plû au
Roy de leur offrir pour le repos
de l'Europe . Il y a tant de cho
GALAN T. 237
ſes àdire là deſſus pour la gloire
de Sa Majesté , que comme el
les me meneroient trop loin , je
ſuis obligé de les réſerver pour
le Mois prochain. Je ſuis , Madame
, Voſtre , &c .
AParis le 30. Juin 1684.
Il s'eſt gliſſé quelques fautes
dans le Mercure du dernier mois ,
par l'application qu'on fut obligé
d'avoir dés ce temps-là , pour
examiner un tres- grand nombre
de Relations de la Priſe de Luxembourg
, & de l'Affaire de Génes
, dont on n'a pû s'empêcher
de faire des Volumes particuliers.
On a mis l'Hôpital des Invalides,
pour l'Hôtel Royal des Invalides .
Monfieurl'Eveſque & Comte de
238 MERCURE
:
Beauvais , que l'on a dit eſtre
Frere de feu Monfieur de Four.
bin , eſt ſeulement de cetteMaifon
; & Monfieur le Comtede
Tourville , qu'on a marqué Chef
d'Eſcadre, eſt Lieutenant Genéral.
Il y a auſſi quelques noms défigurez
dans la liſte des Officiers
de Marine , mais il eſt fort difficile
que cela n'arrive pas parmy
cinq cens noms propres, dont il y
en a beaucoup qui ſont mal
écrits.
GYON
1803*
Qualité de la reconnaissance optique de caractères