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1679, 10 (partie 1) (Lyon)
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Illuſtriſſimus
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .
CO
:
807156
MERCURE
GALANT,
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN LA
VILL
OCTOBRE 167
DIVISE' EN DEUX PARTIES
PREMIERE
PARTIE
A LYN
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Mercier
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.
LE LIBRAIRE
YON
AU LECTEUR
E vous envoye , cher
J Lecteur ,le Mariage
de la Reyne d'Espagne
, quifera laſeconde Partie
du Mercure ; ilſe vendraſeparément
, mais le Mercure neſe
vendra pasſans le Mariage, &
ce ſera vingt ſols qu'ils vau
dront chaque Tome ſans marchander.
le vous envoye en
mesme temps l'Histoire de la
a iij
Le Libraire
Ville de l'Estat de Geneve
de Monfieur Spon , ce nom ſeul
vous doit affezfaire connoistre
que c'est un Livre achevé , puis
qu'un des plus grands Hiſtoriens
de ce Siecle , qui est Monfieur de
Mezeray , a advoüé en lifant
la coppie dont il eſtoit commis
par leRoy , que c'estoit un Ouvrage
tres- bien écrit s je croy,
cher Lecteur , que vous devez
eftre obligé à un si sçavant
Homme , de vous faire connoiſtre
les Histoires , comme celle
de Geneve qui n'avoit pas encor
paru jusqu'à preſent's mon
deffein estoit de le vendre un
écu , mais ayant une veneration
particuliere pour l'Autbeur
qui
au Lecteur.
qui m'a ordonné de ne le vendre
que cinquanteſols,à qui j'ay
obeï volontiers , pourfaire connoiſtre
au Public que je prefere
plutoſtſa satisfaction que mon
intereſt , ce prix modique doit
en faire achepter un grand
nombre . Le prix que je vous
marque estseulement pour Lyon,
cardans les Provinces ils ne les
peuvent pas donner au mesme
prix.
le vous envoye auffi ce
grand Ouvrage du Blazon du
Reverend Pere Menestrier , je
fais imprimer la suite incef-
Samment , les Volumes nauront
aucune liaiſon l'un avec
l'autre , & se vendront ſepa
a iiij
Le Libraire au Lecteur .
rément pour 40.fols le Volumes
le premier est l'Origine des Armoiries
; la ſeconde , l'Origine
des Ornemens des Armoiries ,je
ne vous fais pas l'Eloge de ce
Sçavant Autheur , fa reputation
eft connie par tout le monde
tant pour ſon merite que pour
Sa profonde erudition , & je
puis dire de plus , qu'il est l'unique
en France pour les Blazons.
Les Mercures ſe vendront
toûjours vingtſols le Volume,
de 1678. 1679. & les Extraordinaires
trente fols. L'on
continúe à diftribuer les lournaux
des Sçavans, && les Nouvelles
de Medecine pour fix
Sols le Cahier. CA
LIVRES
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Octobre . :
LE la
E Mariage de la Reyne
12. 20. fols.
L'Histoire de la Ville & de
l'Estat de Geneve de Monfieur
Spon , avec pluſieurs Figures en
taille douce , indouze , 2.vol.
so.fols.
Origine du Blazon du Reverend
Pere Menestrier , indouze,
40.fols chaque Volume , ily en
a deux à preſent d'achevez qui
Se diftribüent.
Vie de JESUS -CHRIST
de faint Real , indouze , trentefols.
a V
Memoire de l'Empire Ottoman,
indouze , deux volumes,
20. fols.
Lettres Portugaises avec les
Réponſes , 12 .
CATA
CATALOGUE
DES PIECES QUI
composent le ſeptiéme Extraordinaire
, intitulé Extraordinaire
du Mercure Galant,
Quartier de Juillet 1679. don
ne au Public le 25. Gitobre de la
mesme année.
IL CONTIENT
NE Réponce à la Queſtion
, Sçavoir s'il est à
U
propos de ſe marier.
Trois Pieces en Proſe ,
& une en Vers , fur la
Queſtion , Si un Amant paffionné qui
auroit reçeu un ſenſible outrage d'une Per-
Sonne tres- confiderée de ſa Maistreffe ,
devroit croire ſon reſſentiment ,
obeir plutoſt à l'honneur qu'à la
mour
Une
Une Hiſtoire amoureuſe de quelques
Fleurs, en Vers.
Une Lettre paſſionnée d'un Amant
abandonné.
Une Fiction ſur l'Origine de la
Sculpture.
Des Stances ſur une Infidelité.
Pluſieurs Madrigaux & Sonnets fur
divers ſujets.
Une Epiſtre en Vers à Monſeigneur
le Dauphin.
Quatre Pieces ſur la Queſtion , Si
les Femmes aiment avec une plusviolente
paffion que les Hommes.
Sentimens en Vers ſur les fix Queſtions
proposées dans le ſixiéme Extraordinaire.
Pluſieurs Madrigaux for les Enigmes
, dont les Mots eſtoient les Portes,
&leTabac .
Un Traité de la Conteſtation , de
Monfieur l'Abbé de la Valt. Le nom
de l'Autheur fait l'éloge de l'Ouvrage.
Une Lettre du Solitaire de Rome,
à la delicieufe Albili , ſur la crainte
qu'elle a que ſon Mary ne ceſſe d'eſtre
fon
fon Amant , pour devenir l'Amant
d'une autre Belle.
Une Ode fur la Paix , par Monfieur
Geneſt.
L'Hiſtoire de l'illuſtre Voleur d'Ethiopie.
Un Traité tout remply d'érudition,
-del'Origine des Armes ou Armoiries,
&de leur progrés .
:
Le Portrait de l'Electeur de Brandebourg,
gravé .
Pluſieurs Epigrammes ſur uneVieillequi
ſe radoucit.
Quatre Pieces ſur la Queſtion , S'il
est plus doux à un Amant d'entendre dire,
je vous aime, que efperez; Deux en
Proſe, une en Vers & en Profe, & l'autre
enVers .
Trois Pieces ſur la Queſtion , Siune
Maistrefſſe doit se contenter d'estre aimée
preferablement aux autres , &non
pas uniquement.
Pluſieurs Pieces ſur la Queſtion,
S'il est plus cruel à une Femme d'estre
negligée d'un Amant dont elle a fait
lafortune , qu'il eſt ſenſible à une autre
que le Mary a élevée à une condi
tion
tion avantageuse , d'en recevoir des reproches.
Pluſieurs Madrigaux fur les Enigmes
du Fer à Cheval , de l'Or , & du
Canon.
Une Explication du Pavé à la Mofaïque
du Mercure du mois d'Aouſt.
Une Explication en Vers de l'Hiſtoire
Enigmatique du ſixiéme Extraordinaire
,avec les noms de ceux qui
en ont trouvé le veritable ſens .
Une nouvelle Hiſtoire Enigmatique.
Une Explication en Vers de la Lettre
en Chifre du ſixiéme Extraordinaire.
Les noms de ceux qui en ont trouvéle
ſecret.
Une nouvelle Lettre en Chifre.
د
Pluſieurs Maximes d'Amour en
Vers.
Un Air à boire , fait par un grand
Maistre .
UneHiſtoriete en Vers , intitulée les
Apparences trompeuses.
Pluſieurs Madrigaux ſur les Enigmes
du Nez & des Cartes .
Noms de ceux qui les ont devinées,
&
&qui n'ont pas eſtémis dans le Mercure.
Une Figure gravée du Triomphe du
Soleil , Feu de joye fait à Rheims.
Une Réponſeen Vers à la Propofition
du ſixiéme Extraordinaire , Que
detous les maux de l'Amour ,celuyde
n'estre point aimé , est le moindre , ſi on
excepte l'absence..
Modes nouvelles .
Queſtions , & diverſes autres matieres
proposées.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
Avant-propos Lettre
I
de la Lorraine Espagnolete,
furles réjouiſſances faites à Madrid,
furla mort de D. Jean. 3
Reception de Madame la Ducheſſe de
Noailles àAurillac, 21
Prix tirépar la Compagnie des Arquebufiers
deRheims, 27
Mort deMadame la Comteſſe de Fiennes
, 35
Survivance de la Charge de Controlleur
General de l'Artillerie , donnée au Fils
de feu Monsieur le Camus des Touches
, 36
Suite de l'avanture du Prince Caillou, 37
40
41
Marques d'estime données à Cologne à
Le Voyageur , Conte ,
Nouvelles Fortifications ,
Madame la Princeſſe de Furſtemberg
, 47
Tout ce qui s'est passé à l'Affaire de
Hombourg , so
Commiſſions données par le RoyàMesfieurs
TABLE .
fieurs Pelletier & Vuoërden , pour regler
les Limites dépendantes des Places
cedéesà Sa Majesté, 60
Plusieurs Madrigaux contre une Vieille,
66
Particularitez touchant le College des
Nobles de Parme , 68
Placet de l'Amour, 76
Réponse au Placet de l'Amour, 79
Réponse à la difficulté proposée touchant
lePavé à la Mosaique, ৪০
Entrée de M. l'Archevesque de Bourges
dans la Ville de ce nom. ibid.
Versfur cesujet , १०
Mortde M. le Comte & de M. la ComteſſedeTonnerre,
93
Madrigal, 106
Mort de Mile Duc de Villars, ibid.
Mort de M. Choart Maistre des Comptes,
108
Mort de M. Abraham,
109
La Reyne va le jour de Sainte Therese
aux Carmelites , où elle entend le Sermon
de M. l'Abbé Guéton, 169
Mariage de M. de Monthelon & de
Mademoiselle de la Guillaumie, I
Billet Galant, 114
Zénobin, Nouvelle en Vers 116
د
Ma
TABLE .
Mariage de Monfieur le Marquis de
Pusignan-Argini , 124
Les Aparences trompeuſes , Histoire,
128
Entrée de Monsieur de Varangeville à
Venise, 146
Retourde la Cour à S. Germain, 165
BelleActionde Monfieur le Prince de la
Roche-sur-Yon , 167
Remede du Medecin Anglois donné à
MonsieurDaquin , 169
Reception de M. Molé dans laCharge
de President àMortier , ibid.
Mort de Monfieur de la Cardonniere,
182
Mort du R. P. Gorillon , Vicaire Generaldes
Chartreux , ibid.
Abbayede S. Claudedonnéeà Monfieur
leCardinald'Estrées , 183
Nouvelles Impreſſionsdu Livretouchant
la verité de la Religion Chrétienne,
184.
Ce qui s'est fait de remarquable dans les
Villes par où la Reyne d'Espagne a
passé, ibid.
Ce qui s'estpassé aux Etats de Bretagne
, 205
Present fait parle Roy à Monfieur dis
Quesne
TABLE .
Queſne Lieutenant General des Armées
Navales ,
207
Preſens faits par le Roy à Monfieur le
Prieur de Cabrieres , ibid.
Changemens faits dans les Chevaux Legers.
Monfieur de la Salle qui en eſtoir
Sous - Lieutenant , est fait Maistre de
la Garderobe ,
209
Nouveaux Embelliſſemens faits à Ver-
Sailles , 210
Monfieur de Foulé- Mortangis eft nommé
par le Roy Ambassadeur Extraordinaire
en Dannemarc , 211
Voyage de Monfieur le Marquis de Segnelay
en Provence, 212
Régal fait par Monfieur de Vivonne au
Commandant & Officiers desſept Galeres
de Malte , ibid.
Monfieur donne l'Abbaye de Colomb
pres de Chartres , dont Monsieur le
Chevalier de Bevron s'est démis , à
Monfieur l'Abbé de Boisfrant , 213
214 Mort de Monfieur de Berulle,
Mortde Monfieur de Maupcon Avocat
General au Grand Confeil ,
Explication de l'Enigme du Sel en Vers,
215
ibid.
Nomsde ceux qui l'ont trouvée , ibid.
Explica
TABLE.
Explications de l'Enigme du Songe en
Vers , 217
Nomsde ceux qui l'ont trouvée , ibid .
Noms de ceux qui ont expliqué l'une &
l'autre , 218
Enigme , 220
Autre Enigme , 221
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme
enfigure, 222
Enigme en figure, 223
Divertiſſemens préparez pour cet Hyver,
ibid.
Apostille, 227
Fin de la Table.
LYON
Avis
PREQUE
LYUN
Avis pour toûjours
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où ily aura desNoms
propres , d'écrire ces Noms en carateres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus fujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Pieces qu'on
envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye, &
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon
tour , & les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoir
tellement du temps , qu'on ne puiffe
differer.
Onne fait réponſe à perſonne, faute
de temps.
On
Onne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions .
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires.
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , & qu'on les addreſſe roujours
chez le Sieur Amaulry , & il eſt
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'ils ne paroîtront pas autrement
.
2 On ne met point d'Hiſtoires qui
puiffent bleſſer la modeſtie des Dames,
ou defobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques. Ter
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour, fi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en fervveez,
iillsslesdoivent garder ſans les chanter&
fans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans le Mercure.
Aamas???????
EX
ORMER SEX 33, ERROR - 3
1893
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
DAr Grace & Privilege
du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Octobre 1679.
Avis pour placer les Figures.
Lmanderde
'Air qui commence par Vous demandezdes
Vers , &fi j'en croy vos
yeux, doit regarder la page 64 .
Se
La Planche des Médailles doit regarder
la page 143 .
L'air qui commence par Vous avez
de l'esprit , vous avez des appas , doit
regarder la page 205.
L'Enigme en figure doit regarder
lapage 223 .
MERCU
MERCUREYOUR A
S
LYON
GALANT.
остовRE 1679.
E me doutois bien,
J Madame , que le recit
de ce qui s'eſt paſsé à
Fontainebleau , quand
la Reyne d'Eſpagne s'eſt ſéparée
de Leurs Majeſtez , toucheroit
les coeurs les plus infenfibles,
&que les larmes que cette
ſéparation luy a fait verſer , en
feroit répandre à de beaux yeux.
Ainſi je ne ſuis point étonné
d'apprendre que vos Amies
Octobre 1679 . At
-2 MERCURE
n'ayent pû lire cet Article de
ma Lettre fans ſe laiſſer attendrir
, apres qu'on a veu pleurer
les Officiers des Troupes qui
eſtoient préſens à ce départ, c'eſt
àdire , les Braves les plus intrépides
, & les moins accoûtumez
à reſſentir certaines émotions de
pitié , dont le métier de laGuerre
rend ordinairement incapables
les Perſonnes qui l'embrafſent.
Ce que je vous ay mandé
des honneurs rendus à cette
Princeſſe pendant les vingt jours
qu'elle eſt demeurée en France ,
depuis qu'elle a le titre de Reyne,
eſtoit undétail affez curieux:
S'il vous a paru exact , j'eſpere
que vous ne vous louerez pas
moins du ſoin que je prens de
n'oublier rien pour vous fatisfaire
entièrement fur le grand Article
de fon Mariage.
Tan
GALANT.
3
Tandis qu'on s'affligeoit à Fontainebleau
du départ de la nou-
-velle Reyne d'Espagne , on faifoit
des Feux de joye à Madrid
de l'eſpérance de fon arrivée,
ſur la nouvelle qu'on y avoit euë
de la celebration de ſon Mariage.
Ces réjoüiſſances ont duré
trois jours , & je croy ne vous en
pouvoir faire part d'une maniere
plus agreable , qu'en vous envoyant
ce que la Lorraine Efpagnolete
m'écrit là-deſſus .C'eſt
avec raiſon que vous aimez tout
-ce qui vient d'elle . Le tour galant
qu'elle donne aux choſes
nepeut affez s'eſtimer.
???????????????????????????????????????????? . 11
733 201
053-003-643-080-
Madrid , 20. Septembre 1679 .
E me suis engagée , Monsieur,à
vous un détaildes Fef- envoyer
A ij
MERCURE
tes galantes qui se feroient en
cette Cour , à l'occaſion du Mariage
du Roy ; & j'ay commencéà
m'acquiter de cette promeſſe,
par les deux Relations que voUS
avezbien vouluplacer dans vostre
Mercure du mois d' Aoust. J'aurois
encor quelque chosefort particulier
àvous dire là- deſſus par ce Courrier
; &je pourrois vousfaire une
description affez exacte des réjouiſſances
publiques qu'il y a eu
icy pendant trois jours à l'arrivée
de l'Extraordinaire qui a apporté
Lanouvelledes Solemnitezdu Mariage
de Sa Majesté , dont l'on fit
les ceremonies à Fontainebleau le
31. du mois paſſe , ſi je n'avois à
vous faire un recit d'une autre nature
dans cette Lettre. J'aurois
lien de vous parler auffi fort au long
d'une nouvelle Course de Parejas,
quise fit à la Place du Palais le
Diman
GALANT.
Dimanche 10. de ce mois , &dont
je me contenteray de vous dire en
peu de mots , qu'elle fut composée
de cinquante Quadrilles deGrands
d'Espagne , & d'autres Perſonnes
de qualité , tous habillez de la
meſme façon. C'estoit d'un taffetas
rouge , couvert par tout de toile
d'argent, & enrichy de pierreries ;
lės manches brodées d'or &deſaye.
Un petit Manteau de toile d'argent
, doubléde taffetas de la couleurde
l'Habit , leur pendoit négligemment
derriere le dos jusqu'aux
arçons de la Selle. Leurs Bonnets
estoient garnis de Plumes blanches
& incarnates , attachéesfur le devant
avec un gros noeud de Dia.
mans ; & tout le reste de l'équipa.
ge répondoità cette magnificence.
Ils estoient montez fur de tresbeaux
Chevaux , richement équipez
, &couverts de grandes treſſes
4
2
A iij
6 MERCURE
de Rubans des mesmes couleurs que
les Plumes. Ces Cavaliers avoient
tous des F'ambeaux de cire blanche
à la main , auſſi - bien que
les Valets de pied dont ils s'étoient
fait accompagner. Ils en
avoient chacun fix , tous habillezde
taffetas incarnat , borde
de toile d'argent , avec des
Toques ou Bonnets de diférentes
façons , garnis de Plumes de toute
Sorte de couleurs ; ce qui faisoit le
plus bel effet du monde à la lueur
des Flambeaux, & des autres Feuxdont
toute la Place du Palais estoit
éclairée. Les deux Parrains de la
Course ( c'est le nom que l'on donne
icy à ceux qui entrent les premiers ,
& qui sont comme les Chefs , les
Autheurs, & les Iuges de la Feſte)
estoient Monsieur le Conneſtable de
Caftille,Grand Maistre de la Mai-
Son du Roy, & Monsieur le Duc de
Medina
GALANT.
7
Medina-celi, Chevalier de l'Ordre
de la Toiſon d'or , Grand Chambellan
de Sa Majesté , tous deux
Grands d'Espagne , de la premiere
Claffe ,& du Conseild'Etat de la
Monarchie.
Ils s'acquitterent parfaitement
bien de leur employ , & toutes les
Quadrilles qui les ſuivoient en
bon ordre , fe firent admirer dans
Leur course. Le Roy les vit de fon
Balcon avec plaisir , & toute la
Cour ne manqua pas de leur donner
les applaudiſſemens qu'ils méritoient.
un tres-
A
Cette Feste fut ſuivie d'un
beau Feu d'artifice, qui dura long--
temps ; & quoy que l'on eneust déjafait
un la veille,qui avoit réüf-
Sy admirablement , ce fecond ne
Laiſſa pas d'avoir toute la grace
de la nouveauté , parce que c'est
une maniere de divertiſſement qui
A iiij
8 MERCURE
n'estpas fort ordinaire en ce Païs.
L'on en fit un troisième le lendemain
, &j'aurois bien de particularitez
à vous dire de fon deſſein,
& du fuccés qu'il eust , aussi- bien
que de la Courſe que je viens de
vous décrire tres - legérement ,si je
ne me voyois obligée de finir ces Recitsde
Festes galantes , pour faire
place à un Article de deüil , qui en
afort diminué le plaisir , & qui a
causé une douleur tres-fenſible à
Sa Majesté, laquelle par cette confidération
afait diférer un Combat
de Toureaux quiſe devoitfaire ces
jours paſſez , pour mieux celebrer,
Selon l'usage du Païs, la Solemnité
de fon Mariage.
C'est la mort de Son Alteſſe le
Prince D. Iean d'Auſtriche , qui
arriva Dimanche dernier 17. de ce
mois , apres unemaladie de vingtrois
jours , dont les circonstances
ont
GALANT.
9
ontparu affezextraordinaires,pour
vous en faire part. Il avoit en
mesme temps trois fortes de fievre,
dont les accés estoient tantoft reglez
, & tantoſt irréguliers. Ces
accés avoient chacun leur caractere
, & leur degré de violence diférens
, & paffoient l'intelligence
de tous les Medecins. Tantoſt ce
Prince se trouvoit réduit à l'extrémité
, & peu d'heures apres it
faisoit paroistre beaucoup de force
& de vigueur , juſques à donner
de grandes esperances de sa guérison.
On luy a fait tous les reme
des imaginables , fans épargner
mesme le Vin Emétique , qu'il a
pris àdiverſes fois , & dont l'extréme
violence afait desireràtous
ceux qui ont lû icy vos Mercures,
que l'on eust le moyen d'employer
ces Remedes doux & bienfaisans,
qui rendent fi fameux en France
:
Av
10 MERCURE
-
les Peres Capucins du Louvre. Ils
auroient sans doute esté d'un grand
Secours à ce Prince , que l'ona vû
cing fois aux abois pendant lecours
deSa maladie , &mesme la veille
du jour qu'il expira , il fust crû
mort fix heures entieres , juſqueslà
que les Medecins se retirerent ,
&que l'on commençoit déjaàpréparer
les choses neceſſaires pour
l'embaumer , lors qu'il s'êveilla de...
Sa létargie , & demanda de la
nourriture . Il vêcut encor plus de
vingt- quatre heures , mais enfin il
mourut le lendemain , à une heure
apres midy , le mesme jour , & le
mefme mois que le feu Roy Philip
pe LV. Son Pere estoit decedé dans
le mefme Palais, quatorze ans au
paravant.20
Ie croy estre obligéede vousfai
re icy l'Eloge , ou plutoft le fidelle
Portrait de ce Prince , par la part
que
2
GALANT. II
que je dois prendre à ce quiregarde
fa memoire , à cause des engagemens
qu'avoit aupres luy une
Perſonne qui me touche de fort
pres , qui estoit une de fes Créatures
, qui est venu des Païs Bas en
cette Cour par ſes ordres , qui m'y a
amenée par la mesme occasion ,&
qui a beaucoup de part à toutes les
Pieces que vous avez reçenes de
mamain juſques àpreſent . L'ajoûte
à cette confideration , que vous
eftes auffi en quelque façon obligé
de contribuer vous - mefme à la
gloire de cet illustre Mort , puis
qu'il eſtoit l'un des Partisans du
Mercure , &que dans les momens
de fon loisir , il s'en faisoit live
tous les mois les plus beaux endroits
, ausfitoft que chaque Volume
paroiſſoit icy.
Ie vous diray donc , Monfieur,
que Dilean d'Austriche estoit d'une
12 MERCURE
ne taille mediocre , fort bien faie
desa personne , & qui avoit tous
les traits du visage extrémement
doux & réguliers . Ses yeux étoient
noirs, vifs, & pleins de feu.
Ses cheveux avoient eftez fort
grands & fort beaux ; & quoy
qu'ils fuſſent déja meſlez , cela
n'empeschoit pas qu'on ne reconnut
qu'ils avoient esté parfaitement
noirs. Il avoit la main tresbelle.
Ses façons estoient toutes engageantes
, & l'air de fa Perſonne
avoit un je- ne Scay- quoy qui
charmoit , quoy qu'ilne pût s'empeſcher
de mesler à beaucoup de
douceur une certaine fierté qui luy
estoit affez naturelle , & qui fai-
Soit bien connoistre qu'il estoit Fils
d'un Grand Roy. Il aimoit extrémement
la propreté, & elle parois
foit toûjours en fa Perfonne &
dans ſes Habits.
Pour
GALANT.
13
i
Pour ce qui est du caractere de
Son Esprit ,on peut dire qu'il avoit
une extréme delicateffe , &
qu'en ce point il ne tenoit rien du
Climat qui lui avoit donné lanaif-
Sance. Cette delicateſſe paroiſſoit
dans toutesfes actions, maisparticulièrement
dans ce qui partoitde
Saplume,ou de sa bouche. Sonſti
le estoit fi connoiſſable pour sa pu
reté ,son élegance , fa force,&fa
briéveté , qu'on peut assurer qu'il
estoit le feul en Espagne qui parlast
, & qui écriviſt comme ilfai-
Soit. Il avoitbeaucoup de penetration
, le jugement tres-folide , &
une justesse admirable de venës
& de pensées. Il parloit avec
beaucoup de netteté& de facili
té- cinq fortes de Langues, & il en
entendoit encor d'autres. Il poffedoit
les beaux Arts,comme la Pein
ture , la Miniature , l'Orfévriere,
4
)
}
14
MERCURE
&la Chymie. Il estoit fort versé
dans l'Histoire , & il faisoit son
principal plaisir de l'étude des
Mathématiques , avant que les
Affaires du Gouvernement de l'Etat
luy en derobaſſent le loiſir.Toutes
ces qualitez font affez rares
dans un Païs où la plupart des
Grands ne se font pas une honte
d'ignorer beaucoup de choses qui
Sont estimées & recherchées ailleurs.
Il avoit une tres-grande curiofité
pour tous les Secrets naturels
, & il ne dedaignoit point de
Se communiquer à quelque Particulier
que ce fust , pourven qu'il
craft pouvoir tirer de nouvelles connoiſſances
de luy , & faire parson
moyen quelque decouverte dans les
Arts ou dans les Sciences. Il s'étoit
fort adonné à la devotion depuis
plusieurs années , & mesme il s'aprochoit
tous les jours des Sacremens
1
GALANT.
15
F
mens autant que les preſſantes affaires
de Son Ministerele pouvoient
permettre. Ce Prince avoit
beaucoupd'experience en touteforte
d'affaires ,& c'est par cette confideration
qu'on luy avoit confié les
plus grands Emplois de la Monarchie
d'Espagne. Ilavoit esté Vicai
re General d'Italie , & par ce ca
ractere il avoit en droit de com
mander à tous les Viceroys de c
Pais- là. Le Gouvernement des
Païs-Bas luy appartenoit en pro-)
prieté. Le Royaume dArragon, &
la Catalogne , l'avoient reconnu
pour. Viceroy. Il estoit Capitaine
General de toutes les Mersd'Ef- s
pagne , Grand- Prieur de l'Ordre de
S. Iean de Ierufalem , & enfin il
avoit esté appellé par le Roy
puis plus de deux ans& demy pour
avoir en qualitéde Premier Ministre
, le gouvernement & la. direction
des
16 MERCURED
rection de toutes les Affaires de la
Monarchie. Il estoit le ſeul Prince
à qui l'on donnoit le nom d'Alteſſe
dans tous les Etats du Roy.
Il estoit logé au Palais , dans le
Quartier des Infants , & y donnoit
presque tous lesjours ſes Audiences
publiques. Sa Majestéaccordoit
à luy feul le Carreau & le
Fauteüil dansſa Chapelle , immediatement
aupres de la Courtine
Royale , & à la teste de tous les
Grands d'Espagne ; & en toutes
choses. Elle témoignoit avoirbeaucoup
d'amitié & de confideration
pourfa Personne. Il est mort à l'â
ge de 50. ans , apres avoir veu la
Paix faite pendant le temps defon
Ministere , &le Mariage du Roy
conclu parſesſoins. Iln'a point fait
de Testament , mais il a nommé le
Cardinal de Portocarrero , Arche
wefque de Tolede ,le Duc de Medi-
2
naceli
GALANT.
17
waceli , & le Duc d'Albe , le Prefident
de Caſtille , le Confeffeur du
Roy, & leſien, pour regler apresfa
mort, ſous le bon plaisirde SaMa.
jesté, ce qu'il n'avoit pas vouluregler
luy mesme pendantsa vie; &
pour l'exécution de ce que cesMefſieurs
en diſpoſeront , il a nomme
le Marquis de Cerraluo,fon Grad
Maistre- d'Hostel ; fon Grand Ecuyer
, & Dom Diego de Velasco
Marquis de las Navas , l'un des
premiers Officiers de sa Maison.
Son Corps a esté exposé 24. beures
fur un Lit de parade de velours
cramoiſy , enrichy de broderie d'or,
& fort magnifiquement dreſſé
dans sa grand Salle d'Audience,
au mesme Quartier des Infants,
où l'on a étalé dans cette occafion
Ses Meubles les plus riches , &fes
plus belles Tapiſſeries . Le concours
de Peuple a esté fort grand
pour
18 MERCURE
pour le voir en cet état , & l'on a
fait reflexion qu'il avoit les mesmes
Habits qu'il s'estoit fait faire
pour aller recevoir la nouvelle
Reyne aux Frontieres de Caſtille.
Sa Cafaque estoit d'une Etofe tresriche
, & toute couverte d'une fort
belle broderie. Il avoit de petites
Bottes blanches fort propres , avec
Les Eperons dorez, le Bâton de Ge
neraliffime à la main , & le Manteau
de l'Ordre fous luy. On lemit
en fuite dans un Cercucil deplob,
&la nuit paffée on l'aportéàl'Ef.
curial dans un Carroffe de deüeil,à
la clarté dun tres-grand nombre
de Flambeaux , & avec une pompe
funebre de la derniere magnificen--
ce , en lamesme maniere que l'on a
coûtume d'y porter les Corps des
autres Princes de la Maiſon Roya-..
le. Il doit estre inhumé dans le petit
Panteon , qui eft le lieu où font
les Tombeaux des Princes & des
GALANT 19
Princeſſes d'Espagne , qui n'ont pas
porté la Couronne. Voila , Monfieur
, ce que vous recevrez pour
cette fois deo naging man to
LA LORRAINE ESPAGOLETE.
Tout ce que cette belle &
ſpirituelle Perſonne m'envoye,
eft fi finement tourné, que quelques-
uns de nos beaux Eſprits
ayant peine à croire qu'on puiſſe
écrire fi purement François en
Eſpagne , veulent ſe perfuader
que ſes Lettres font Lettres écrites
icy à plaifir. Mais outre
que je vous ay déja dit qu'elles
me ſont renduës par Monfieur
Vankeſſel,dont on ſçait le grand
commerce par tout , il ne faut
que faire reflexion ſur les matieres
dont elles traitent . Elles font
remplies de trop de circonſtances
, qu'il eſt preſque impoſſible
d'imaginer, pour ne venir pas du
licu
20 MERCURE
lieu qu'elles marquent. Ce que
vous venez de lire de la maladie
&de la mort de Dom Jean en
eſt une preuve. On n'en peut eftre
fi bien informé que par les
témoins des chofes,&ces fortes
de particularitez ne s'inventent
point. Puis que ces Lettres font
trouvées ſi belles icy, meſme par
les Eſprits les plus delicats , il
feroit à fouhaiter- pour la gloire
de l'Eſpagne ,& le plaifirde
la France, que la Lorraine Eſpagnolete
ne quitaſt point la Cour
de Madrid , afin qu'elle puſt
toûjours envoyer des Relations
auffi agreables que celles qui
font parties de ſa plume. Ileſt
à croire que la jeune Reyne qui
a déja fait connoiſtre qu'elle eſti.
moit ſes Ouvrages , ne laiſſera
pas fortir de fa Cour une Per
ſonne qui parle fi bien noſtre
Langue,
)
GALANT. 21
Langue , & qui fait voir tant
d'eſprit en écrivant.
Madame la Ducheſſe de
Noailles , qui n'avoit point eſté
à Aurillac depuis la mort de Mr
le Duc fon Mary , qui estoit
Lieutenant de Roy de cette Province
, y arriva le 6. de l'autre
mois avec Mr l'Eveſque de Cahors
fon Fils , & Mademoiselle
de Noailles ſa Fille.Les Habitans
ayant eſté avertis de ſon départ
de Paris , remirent le ſoin des
honneurs qui devoient luy eſtre
rendus , à la prudence de Mr de
la Carriere leur premier Conful.
C'eſt un Homme de grand merite,
& qui poffede parfaitement
l'intelligence des Langues. Ilavoit
déja diſpoſé toutes choſes
pour une Entrée magnifique,
quand cette Ducheſſe qui en eut
avis en chemin , envoya prier
Meffieurs
Σ
2:2 MERCURE
Meſſieurs de Ville de ne point
penſer à un appareil qui s'accommodoit
mal avec l'état de Veuve.
Il falut s'accommoder à ſa
modestie . Monfieur la Carriere
alla ſeulement au devant d'elle à
une lieuë de la Ville , ſuivy de
trois cens Cavaliers qui luy fervirent
d'eſcorte juſqu'à Aurillac .
Elle y entra dans ſon Carroffe de
deüil, Ceux de Monfieur l'Evefque
de Cahors & de Mademoifelle
de Noailles ſuivoient.L'extréme
confideration qu'ont les
Habitans pour cette illuſtre Duchefle,
parut dans l'empreſſement
qui les fit tous fortir de la
Ville pour la voir. Il y eut une ſi
grande foule , qu'on peut dire
qu'il ne reſta que les Malades
dans les Maiſons. Jugez des cris
de joye qu'on luy fit entendre.
Toute cette mulsitude l'accom
pagna
GALANT.
23
pagna juſqu'à la Porte du Monaſtere
des Religieuſes de la
Viſitation , dont Madame de
Noailles ſa Belleſoeur eſt Fondatrice.
Apres qu'elle eut paſſé environ
deux heures dans ceConvent
, elle fut conduite à la Maiſon
qui luy avoit eſté preparée.
Les Femmes de Meſſieurs les
Confuls la reçeurent en y entrant.
C'eſt un honneur dont
elles font en poſſeſſion depuis
fort longtemps par les Coûtumes
de cette Ville . Un fi grand
nombre de Peuple eſtoit dans la
Salle où on la mena d'abord, qu'à
peine y avoit - il place pour les
Dames de qualiré qui l'attendoient,
pour luy marquer la joye
qu'on avoit de ſon arrivée.Apres
toutes ces tumultueuſes civilitez
, on luy vint dire queMonſieur
de la Carriere , accompagné
24
MERCURE
4
la
né d'environ deux cens des
Principaux de la Ville demandoit
à la falüer. Elle perſiſta à refuſer
encor l'honneur qu'on luy
vouloit rendre par un Compliment
public, diſant qu'une Veuve
eſtoit obligée de fuïr ces fortes
de choſes , qui ne pouvoient
que flater dangereuſement
vanité.Ainſi tout ce que put obtenir
ce Premier Conful , fut la
permiffion de complimenter Mr
deCahors. Il s'en acquita avec
beaucoup de ſuccés ; & apres
avoir fait voir combien de gloire
s'eſtoit acquis ce jeune Prelat,
par le refus qu'il avoit fait plufieurs
fois de l'Eveſché avant ſa
Promotion, il ajoûta, que l'humilité
qui l'avoit porté à ce refus
n'estoit pas la seule vertu qui fist
fon caractere particulier , & qu'il
ne croiroit point aller trop loin,
quand
GALANT.
25
quand il diroit que si le merite &
la doctrine pouvoient ſe partager
comme les richesses & les autres
biens qui font hors de nous , Monfieur
de Cahors pourroit luy ſeul
donner àl'Eglise plusieurs illustres
Prélats , dans un âge où il est extraordinaire
qu'un Homme ait pů
mériter de l'estre.
Ce Compliment fair, Madame
la Ducheſſe fut conduite dans
l'Apartement qu'on luy avoit
deſtiné . Parmy les beaux Meubles
qui en faifoient l'ornement,
un grand& riche Miroir luy frapa
les yeux. Elle le fit oſter dans
le meſme inſtant par ſes Officiers
, & dit qu'une Veuve ne
devoit avoir pour Miroir que ce
qui portoit au détachement du
monde,& à l'étude néceſſaire de
la mort. En ſuite s'eſtant tournée
vers l'Alcove , elle blama l'inu-
Octobre 1679. B
26 MERCURE
tile ſoin qu'on avoit eu de luy
préparer un Lit de Damas vert,
&en fit dreffer un autre de Crêpon
noir , doublé de taffetas
blanc,avec une crêpine d'argent.
Cette modeſte & fage conduite
n'a rien d'étonnant dans unePerſonne
qui s'eſt renduë l'admiration
de tout le monde , par fon
extraordinaire pieté. Vous ſçavez
qu'elle estoit Dame d'atour
de la feu Reyne , & que cette
Princeſſe l'a honorée juſqu'à ſa
mort de ſa bien- veillance tresparticuliere.
Quoy qu'elle fuſt
une des plus belles Perſonnes de
la Cour, & que la délicateſſe de
ſon eſprit reſpondit à ſa beauté,
ſa vertu a toûjours eſté beaucoup
au delà de ces avantages .
Le lendemain de ſon arrivée,
Meſſicurs du Preſidial dont
elle ſe diſpenſa de recevoir les
Com
GALANT.
27
Complimens , les firent à Monſieur
l'Eveſque de Cahors, auſſibien
que le Preſident de l'Election
à la teſte de ſa Compagnie,
& tous les Corps Eccleſiaſtiques
de la Ville d'Aurillac.
Ma Lettre Extraordinaire du
15. de ce mois vous a fait part
des réjoüiſſances faites à Rheims
en y publiant la Paix generale.
Cette Ville ne s'eſt pas contentée
d'en marquer ſa joye par une
Feſte. Elle en a fait une ſeconde
devant l'Hôtel des Arquebufiers.
C'eſt une Compagnie de plus de
cinq cens Bourgeois , qui dans
les occafions de paroiſtre ſe trouvent
toûjours en eſtat , & fous
les armes . La Paix s'eſtant faite ,
ils ſe ſont crûs particulierement
obligez d'honorer ce glorieux
Ouvrage d'un Prince qui les a
luy-meſme honorez de ſes bien-
Bij
28 MERCURE
faits,& qui dans le débris de tant
d'autres Compagnies , a ſoûtenu
la leur par la continuation de
leurs Privileges,en confideration
de ſon antiquité,du nõbre choiſy
de ſes Chevaliers,&de la gloire
qu'ils ſe font acquiſe dans les
Prix generaux par leur adreſſe.
La Feſte ſe fit le 14.de l'autre mois,
& commença par un Prix qui fut
tiré ,& dont Meſſieurs dela Ville
gratifiérent la Compagnies apres
quoy le Lieutenant des Habitans
accompagné des Conſeillers de
Ville , & des Echevins , alluma
le Feu de joye au bruit de la
Mouſqueterie , des Boëtes , des
Trompetes , des Fifres , & des
Tambours. Le deſſein du Feu repreſentoit
le Triõphe de la Paix,
qui ſe ſervoit des Jeux de l'Arquebuſe
pour defarmer Bellone .
Ces Jeux en forme de petits
Amours,
GALAN T.
29
Amours , s'empreſſoient les uns
de l'enchaîner , les autres de
la dépoüiller, & tous employoiết
les Armes arrachées de ſes mains
aux divertiſſemens de la Paix . La
Machine du Feu eſtoit élevée de
28. à 30. pieds , au haut de laquelle
on voyoit une Figure qui
repreſentoit la Déeſſe de la Paix
dans un pompeux équipage. Il
fortit de ſa main une Fuſée qui
réduifit la Difcorde en poudre
avec quantité d'Inſtrumens de
guerre. Le Corps de la Machine
, la Baſe, le Piédeſtal , la Pyramide,
enfin tout eſtoit couvert
d'artifice , & orné de Tableaux
& de Trophées d'Armes accompagnées
de pluſieurs Drapeaux ,
avec ces mots, qui font la Deviſe
de la Compagnie , Pro Rege &
Patria. L'artifice de ce Feu eſtoit
du Sieur Egé Ingenieur,& Che-
Biij
30 MERCURE
valier de la Compagnie. Enfin
tout ſe termina par la diſtribution
des Prix que Meſſieurs de
la Ville donnérent. Il y eut beaucoup
de Vin diſtribué au Peuple.
Voicy les Vers des Emblémes
qui estoient aux quatre faces
de la Machine du Feu .
PREMIERE EMBLESME .
Deux Arquebuſes paſſées enſau
toir , avec ces mots , Ludus erit ,
quod terror erat.
Quittezle Champde Mars, petits Fou-
Vous serez entre nous fous de meilleurs
dres de guerre ,
destins ;
Verre,
Vos voix s'accorderont avec le bruit du
Nos combats innocens ne sont que des
Festins.
Renoncez au carnage ,
Ne
GALANT. 31
Ne vous engagez plus dans les fureurs
de Mars;
Le seul fang de Bacchus coulant de toutesparts
,
Est leſangoù l'on nage.
SECONDE EMBLESME.
Deux Trompetes paſſées pareillement
en ſautoir ſur un Fifre
& un Tambour , avec ces
mots , Etpaci canimus.
C'est trop faire en tous lieux retentirles
alarmes ,
Ces usages sanglans sont contre nos
Souhaits :
Apres avoir fervy dans le Mestier des
Armes ,
Nous devenons enfin des Instrumens de
Paix.
Las parmy la pouſſiere
D'inspirer aux Soldats la haine & le
couroux ,
Nous allons enchanter par des accords
plus doux
Cette illuftre Carriere.
B iiij
32 MERCURE
TROISIEME EMBLESME .
Des Abeilles qui ſe ſervent
d'un Caſque comme d'une Ruche,
avec ces mots ,Dabit hac quoque
dulcia nobis .
Nous nous plaiſons au bruit dans les
temps les plus calmes,
L'Image dela Guerre ades charmes pour
nous ,
Sans en ſouffrir les maux , nous y cueil-
Et nous y triomphons ſans en craindre
lons des Palmes,
les coups .
Le bonheur est extrême ,
C'est tirer le Nectar d'un Casque enfanglanté
,
Trouver du Miel au Fer , & dans la
dureté ,
Puifer la douceur mesme.
QUATRIESME EMBLESME.
Des Barils de Poudre,avec ces
mots, Etfeftos accendor in ignes .
Mes
GALANT 33
Mes feux ne feront plus de ces affreux
Cometes
Que le Dieu de la Guerre éleve dans
lesairs ,
Pour estre , en éclairant , les tristes Interpretes
Desfunestes malheurs que ſouffre l'Univers
:
Cesontdes Feux de joye ,
Quifont luire , en brûlant , mille Aftres
lumineux ,
Dont l'aimable clarté prédit les jours
heureux
:
Que le Ciel nous envoye.
Il y avoit pour Inſcription fur
la Porte de l'Hoſtel des Arquebufiers,
LUDOVICO MAGNO,
VICTORI PACIFICO .
Et plus bas , ſous un Portrait
du Roy , deux Vers Latins
expliquez par ceux qui ſui
vent.
Bv
34 MERCURE
La Paix triomphe au ſon des Instrumens
guerriers ,
Etfaitgouster icy ladouceurdeſes charmes;
Le Ieu ſemeſle au bruit des Armes,
Et l'Olive aux Lauriers.
Ainsi parmy le Fer , ainſi parmy le
Feu ,
LOUIS alloit bravant les hazards de
la Guerre;
Et ce qui fait trembler la Terre,
N'estoitpourluy qu'un jeu.
On fit ces autres Vers ſur les
Prix que Meſſieurs de la Ville
donnérent à la Compagnie.
Grand & fameux Senat , on voit revivre
en toy ,
Celuy que Rome a veu vainqueur de tout
le Monde ,
Et dont la ſageſſe profonde
En tous lieux impoſoit la loy.
Montrer dans le Conseil le bon sens du
Romain
Dans
GALANT.
35
Dans la magnificence avoir encor la
fienne;
C'est là de la Rome ancienne,
Conserver la teste &la main.
Ton Art de gouverner eſtonne les
Esprits;
Et c'est par les preſens qu'aujourd'huy
tu nous donnes ,
Que nos Combats ont leurs Couronnes
,
Et nos paisibles leux, leur Prix.
Madame la Comteſſe de Fiennes,
de la Maiſon de Fruges, eſt
morte au commencement de ce
Mois, apres trois ou quatre jours
de maladie , c'eſtoit la premiére
qu'elle euſt jamais euë. Elle
eſtoit Dame d'Atour de la feuë
Reyne Mere d'Angleterre , qui
l'a eſtimée particulierement,auffi
bien que la feuë Reyne Mere du
Roy. Monfieur avoit de tresgrandes
cõſiderations pour cette
Comte
36 MERCURE
Comteſſe. Elle en eſtoit digne,
eſtant fort recommandable par
fon eſprit , qui la faiſoit reüffir
dans toutes les chofes qu'elle entreprenoit.
Elle avoit epouſé
Monfieur Garnier Comte des
Chapelles,Capitaine des Gardes
de la Reyne de la Grand' Bretagne
, Gouverneur de la Ville &
Château de Montargis , & Ecuyer
ordinaire de Madame. Elle
n'avoit pas laiſſe de garder le
nom de Fiennes ſelon ce qui ſe
pratique fouvent en Angleterre
parmy les Femmes d'une qualité
diftinguée.
En vous apprenant la mort
de Monfieur le Camus des Touches
, dans ma Lettre du Mois
paſſé , j'oubliay de vous dire que
le Roy avoit donné à fon Fils
la ſurvivance de la Charge de
Controlleur General de l'Artillerie,
GALANT .
37
37
lerie , dont il eſt mort reveſtu,
& qu'elle fera exercée juſqu'à ce
qu'il ſoit en âge , par Monfieur
le Camus du Clos preſentement
Intendant en Catalogne. Vous
ſçavez qu'il eſtoit Fils de ce fameux
le Camus qui a paru come
la merveille du Barreau au Grad
Conſeil pendant quarante ans,
& qui entr'autres Enfans laiſſa
une Fille mariée à Monfieur de
Sainte - Marthe , dont la Famille
eſt des plus connuës. Un des
Fils de ce celebre Avocat , apres
avoir embraſſé longtemps la même
Profeſſion avec le meſme
avantage , a eu celuy de prefenter
les Lettres de Monfieur le
Chancelier ; apres quoy il s'eſt
fait Conſeiller Clerc au Parlement
.
Vous vous ſouvenez , Madame
, de ce que je vous manday
il
38
MERCURE
il y a cinq ou ſix Mois des avantures
du Prince Caillou . L'Article
vous fut ſuſpect , & vous le
regardaſtes comme une Fable .
Cependant je ne vous ay rien
écrit là-deſſus qui ne m'ait efte
confirmé depuis peu de temps
par celuy meſme à qui les choſes
ſont arrivées , & qui s'eſtant
reconnu dans cette Hiſtoire , a
voulu ſçavoir de moy par qui
j'en avois efté ſi particulierement
informé. Je l'ay veu , je
l'ay entretenu , & il a dequoy
juſtifier tout ce que je vous ay
ditde ſa fortune .
On m'avertit que le Memoire
qui a donné lieu à l'Article des
Religieuſes du Paraclet d'Amiens
, employé dans ma Lettre
du Mois d'Aouſt , avoit eſté amplifié
, & que ceux qui ſe font
trouvez à la Ceremonie dont il
traite,
GALANT .
39
traite , ne ſe ſont point aperçeus
de beaucoup de particularitez
qui y font marquées. On devroit
prendre garde en m'écrivant , à
n'exagerer jamais ce qu'on eſt
bien aiſe de rendre public. On
ne manque point de Témoins
des choſes.CesTémoins me font
la grace de me detromper , &
quand il y a de la fauſſeté , ou
trop d'embelliſſement dans les
circonſtances,je ne me fais point
une honte de m'en dedire. Vous
voyez par là , Madame , que je
pretens que mes Lettres ne contiennent
que des veritez , quoy
que s'il en faut croire le Conte
qui fuit , il n'y ait quelquefois
rien de plus dangereux que de
dire la verité .
LE
40
MERCURE
LE
VOYAGEUR.
CONTE.
UNcertain Voyageur ayant eſtévolé
PardesGens masquezſur la brune,
S'en alla triste, deſolé,
Dansun Temple de la Fortune,
On le Dieu de la Verité
Eftoit autrefois confulté
Sur les larcins & brigandages
Qu'onfaisoit tous les jours dans les Bois
d'alentour,
Etdans lesplus prochains Villages.
Il arriva qu'il estoit jour.
Helas! quellefut ſa ſurpriſe,
Quand il vit le Dieu decolé !
Ilavoit , dit- on , trop parlé.
Certain Brigand à barbe grife,
Par unfacrilege attentat,
L'avoit mis en ce triſte état.
Le Voyageur confus s'adreſſe à la For
tune.
Illa conſulteſurſon vol ;
Mais elle craignant pourfon cel,
GALAN T.
41
Luy dit ; Sortez , l'Amy , ſans faire
plainte aucune,
Je me regle toûjours ſur l'exemple
d'autruy.
Jadis le Dieu rendoit mille fameux
Oracles,
Peu de jours ſe paſſoient qu'il ne fiſt
des miracles ,
Il eſtoit Dieu , voyez ce qu'il eſt aujourd'huy
,
Pour avoir eſté trop fincere
Je pourrois encourir meſme deſtin
que luy,
Si je ne ſçavois pas me taire.
On ne doit pas toûjours dire la verité;
La trop grande fincerité
Peut attirer plus d'une affaire.
S'il eſt des occaſions où le ſilence
a ſes avantages , on ne le
ſçauroit garder qu'injuſtement
fur les foins continuels que préd
le Roy de tout ce qui peut eſtre
utile à la France , & la rendre
formidable à ſes Voiſins . Les
ordres qu'il donne pour la
main
42
MERCURE
:
maintenir dans le haut degré de
gloire où nous la voyons , &
l'heureuſe application de ſes
Miniſtres à les faire executer
avec toute la promptitude imaginable
, cauſent chaque jour de
nouveaux ſujets d'admiration à
tous les Peuples du Monde. Ce
n'eſt point aſſez qu'on ait pris
des Places dans le Cabinet pen .
dant la Guerre. On en fortifie,
& on en fait pour ainſi dire,fortir
de terre,durant la Paix. Vous
ferez convaincuë de ces veritez ,
quand je vous auray appris ce
qui ſe fait dans le Rouffillon .
On travaille à Perpignan , à
Mont-Loüis ,& au Fort des Bains,
fans aucun relâche. C'eſt un
Chaſteau flanqué de cinq Baftions
tres - forts & tres-beaux. Ils
font accompagnez de Tenailles
qui prennent de l'angle d'un
Bastion
GALANT.
43
Baſtion à l'autre. On entre dans
ce Fort par un Chemin couvert,
accompagné de quatre Boulevards
naiſſans , qui n'ont qu'un
pied & demy de Baſtiment hors
d'oeuvre , & de trois petites Demy-
lunes .Dans ce Chemin cou.
vert il y a trois Portes pour aller
aux Logemens. On n'entoure
cette Place qu'à demy. L'autre
moitié eſt environnée d'un Fofſé
, bordé d'une Contreſcarpe
furieuſe , & d'un Chemin palifſadé
, ſoûtenu par de fortes Murailles
à fleur de terre , n'ayant
pour Glacis qu'une Montagne
qui va fondre & ſe terminer en
un Précipice. Ce Chemin aboutit
à la premiere Porte de celuy
qui eſt couvert , apres lequel on
en trouve un autre qui conduit
à une Redoute avancée ſur la
cime d'une autre Montagne .
Tout
44 MERCURE
Tout ce Fort eſt bien muny de
Canon , & autres Pieces d'artillerie
, & d'une bonne Garniſon
Françoiſe & Suiffe.
On travaille en meſme temps
à rendre Bellegarde entierement
reguliere. Cette Fortereſſe
eſt ſur une Montagne , qui fait
face à un petit Valon qui ſe termine
à cette Montagne du côté
du Septentrio,& qui eſt terminé
du côté du Midy de la vaſte Plai.
ne de Lampourdan .On la decou.
vre de la Montagne dontje viens
de vous parler , ſans que de ce
Païs - là on puiſſe voir la Place
qu'on y batit , laquelle , nonobftant
ſon élevation ſera toute dans
la terre. Cette Montagne a trois
ou quatre cens toiſes d'élevation
du coſté de France , & fon panchant
a incomparablement plus
d'étenduë du coſté d'Eſpagne.
On
GALANT.
45
On a fait preſque à moitié Montagne
la premiere enceinte , qui
eſt de cinq grands Baſtions , &
de deux fortes Portes , l'une du
coſté du Couchant , & l'autre
entre le Midy & le Levant , défendues
par deux Baſtions qui
ſe regardent , & par une Demylune
au devant , également dé.
fenduë par ces Baſtions. Tous
ces Ouvrages ſont entourez de
grands & profonds Foffez qui
mettent tout à couvert juſques
aux Ramparts. Dans le terrain
qui reſte dans cette premiere
enceinte, on en fait une feconde
de quatre Baſtions dont elle eſt
flanquée , & d'une groſſe Tour
fort élevée , qui regarde la Plaine
de Catalogne . On abbat tous
les vieux Travaux , qui confiftoient
en un Chemin couvert &
paliſſadé, deux Fers à Cheval ,&
une
46 MERCURE
une Contreſcarpe. On fait une
Eſplanade de tout cela , pour y
bâtir du coſté du Midy le Logis
du Gouverneur , du coſté du
Couchant le Logement des Officiers
, de celuy du Nord les
Ecuries, au Levant l'Eglife. Les
Caſernes feront dans la distance
qui ſe trouve de la premiere enceinte
à la ſeconde, &de la ſeconde
aux Logemens. Il y aura
des Foffez à fond de cuve , bordez
par des Chemins couverts
paliſſadez. A 30. pas de la Place,
fur le panchat de la Montagne, il
y a un Fortin que les Eſpagnols
avoient fait apres la priſede cette
Place.On l'abbat,mais c'eſt pour
le refaire d'une autre maniere.
La Fortification ſera d'un Ouvrage
à corne qui l'environnera .
Il conſiſtera' en cinq Boulevarts
naiſſans,ayant des Ravelins dans
l'en
GALANT.
47
l'entredeux. Au milieu on y bâtit
un Corps garde qui ſervira
de Donjon. On y fait auffi un
Logement pour la Cavalerie ,
un autre tres - beau pour les
Officiers , & un Hoſpital pour
les Malades . Ce Fortin peut eftre
batu de la Place, ſans que la
Place puiſſe eſtre batuë de ce
Fortin. On en eſt d'autant plus
jaloux , qu'il n'y a que ce
terrain autour de la Place pou
former un Bataillon. A 20.
de ce Fortin il y a une Redoute
ſur le panchant de la Montagne,
preſque à niveau du Fortin.Elle
eſt tres - forte , & en état de bien
défendre le Colde-Pertus qu'elle
commande.C'eſt là où le Lieutenant
de Roy qu'on doit mettre
dans la Place , commandera lors
qu'elle ſera achevée.
J'ay veu force Lettres de Cologne,
48
MERCURE
logne,& il n'y en a preſque point
qui ne parlent de la justice qu'on
y rend au merite de Madame la
Princeſſe de Furſtemberg . Ses
manieres aiſées,agreables & fpirituelles
, jointes à cet éclat de
beauté qui la distingue ſi avantageuſement
de la plupart des
Perſonnes de fon Sexe , luy ont
attiré tout ce qu'il y a de Gens
de qualité & d'eſprit en ce Païslà.
Ainſi on luy fait la cour avec
un empreſſement extraordinaire.
La certitude où l'on eſt de ſa
groffeſſe, donne d'autant plus de
joye , qu'elle n'a point encor eu
d'Enfans. On avoit fort plainticy
la belle Mademoiselle de Befcheron
qui l'a ſuivie à Cologne ,
& qui a eu la petite vérole en y
arrivant ; mais on a ſçeu depuis
peu qu'elle n'en eſt point du tout
marquée , & qu'eſtant toûjours
auffi
GALAN Τ .
49
auffi charmante qu'on l'a venë
■ icy, elle fait un terrible fracas en
■ Allemagne. Cette Mademoiselle
de Beſcheron eſt une Fille de
- qualité , tendrement aimée de
Madame la Ducheffe d'Angou-
- leſme qui l'a donnée à Madame
la Princeſſe de Fuftemberg. Elle
= eſt grande , & tres-bien faite , a
l'air noble , beaucoup de majeſté
- dans le port , le viſage plus ovale
= que rond,le front large & élevé,
- les yeux bleus , grands , & bien
fendus, le nez aquilin , la bouche
& les dents d'une beauté admirable
, la gorge & les bras dans
- une perfection achevée, & tous
ces charmes foûtenus d'une propreté
qu'on pourroit nommer
magnificence .Mais quelque bril.
lante qu'elle ſoit aux yeux , elle
l'eſt encor tout autrement à l'efprit;&
fi on ne peut la voir fans
Octobre 1679 . C
50 MERCURE
l'aimer , il n'eſt pas poſſible de
l'entendre ſans eſtre ravy. Avoüez
, Madame,qu'il eſtoit bien
juſte qu'une Perſonne fi accomplie
euſt des privileges contre
la malignité du mal qui l'a refpectée.
Vous aurez fans- doute appris
qu'on avoit affiegé Hombourg .
Il faut vous rendre compte de
cette affaire. Hombourg eſt un
Chaſteau à ſept heures de Sarbruck,
qui occupe toute la croupe
d'une Montagne eſcarpée de
trois coſtez , & qui s'étend en
longueur ſur la creſte de cette
meſme Montagne. Les deux
flancs font couverts d'un Baſtion
camu au milieu , & de deux autres
Baſtions ou demy Baſtions
irreguliers fur les angles. Il y a
un petit Chemin qui monte en
ferpentant , par où paſſent les
Gens
GALANT.
SI
et Gens de pied. Il eſt à la teſte de
| la Montagne , & cette teſte eſt
couverte d'une Demy- lune paliffadée
, & feparée du Chaſtean
par un Fofle taillé dans le Roc .
L'autre coſté par où entrent les
Chariots , & qui paroiſt le ſeul
acceffible , eſt couvert d'une autre
Demy- lune , pratiquée ſur
un Rocher eſcarpé , & cette
Demy lune eſt ſeparée du Château
par un large Foſſe ou Ravine
, & a communication par un
Pont de bois . On auroit pû ſe
( gliffer à my coſte pour attaquer
la face d'un de ces Baſtions , &
il ſe ſeroit trouvé aſſez de terre
pour conduire une Tranchée à
la faveur d'un Chemin creux;
car pour le coſté de la Montagne
qui eſt au niveau de la Place , il
n'y a point du tout de terre,outre
que cette teſte eſt couverte,com
Cij
52
MERCURE
me je vous ay dit, d'une Demylune
qui n'auroit paseſté aisée à
prendre eſtant fur un Roc ; &
quand mefme on l'auroit priſe,
la deſcente du Foſſé euſt eſté
fort mal - aifée .
Monfieur le Mareſchal de
Humieres ayant eu ordre de ſe
rendre Maiſtre de ce Chaſteau,
envoya Mr le Comte de Choiſeüil
pour le reconnoiſtre &
prendre des Poſtes. Le Capitaine
qui y commandoit , voyant
arriver des Troupes autour de la
Place , dépeſcha fon Lieutenant
àMr de Choiſcüil , pour ſçavoir
quelles eſtoient ſes intentions. Il
répondit à ce Lieutenant , qu'il
venoit là pour y camper avec
une partie de l'Armée du Roy.
Quelque temps apres , ce Gouverneur
ayant fait tirer trois
coups de Canon , Monfieur de
Choi
GALANT. 13
4
Choiſeüil luy fit demander pourquoy
on tiroit. Sa réponſe fut
que c'étoit ſeulement pour avertir
le Païs. On ſo zut de l'Officier
qui l'apporta, que ceux du Château
estoient reſolus de n'en
point fortir ſans l'ordrede Monfieur
l' lecteur de Tréves , &
que ſi on les attaquoit, ils ſe defendroient
en Gens d'honneur.
- En ſuite le Gouverneur demanda
permiffion d'envoyer avertir
cet Electeur. Elle luy fut accordée
ſur l'heure. Le lendemain il
demanda celle de faire tirer trois
autres coups de Canon. On luy
fit dire qu'il pouvoit tirer tant
qu'il luy plairoit , pourveu que
ce ne fuſt point ſur les Troupes
de Sa Majesté Cependant Monſieur
de Choifeüil ayant examiné
l'état de la Place , autour de
laquelle il laiſſa Mr de Beau-
1
Ciij
54 MERCURE
pré avec cinq cens Hommes de
Cavalerie , alla rendre compte
de ce qu'il ſçavoit à Monfieur le
Mareſchal de Humieres,qui s'étoit
avancé de Mets à Sarbracк,
&y estoit arrivé avec Monfieur
Baſin Intendant de cette Armée,
leMardy 12. du dernier Mois.A.
vant qu'il partiſt de Mets, il avoit
envoyé Monfieur de la Toillade
, l'un de ſes Aydes de Camp,
pour dire à Monfieur l'Electeur
de Tréves de la part du Roy,
qu'il euſt à retirer ſes Troupes
de Hombourg , & que s'il ne le
faiſoit incontinent , on entreroit
comme Ennemy dans les Terres
de ſon Electorat. Le Mercredy
13. du mois , ce Mareſchal s'avança
juſqu'à Lemback ſur la
Bliff,avec trois Bataillōs des Gar
des. Lereſte de l'Infanterie alla
àRheinfeld fur cette meſme Ri
viere,
GALANT.
55
viere , & en quelques autres
Villages ſur les derrieres , avec
l'Artillerie, qui ne put venir juſque
ſur la Bliff. Il y eut ſeulement
une Garde tirée de la plûpart
des Corps , dans le Bourg
qui eſt au delà de la Fortereſſe .
On la relevoit tous lesjours. Le
Quartier du Roy eſtoit au Village
nommé Altstadt , qui eſt du
Bailliage de Hombourg , & appartient
au Comte de Naffau-
Sarbruck.Le Regiment des Gardes
y eſtoit campé , & celuy du
Roy à Lembach, Village du Duché
de Deux-Ponts , ſeparé de
celuy d'Altstadt , par la petite
Riviere de Bliff.ll n'y a que deux
heures de l'un & l'autre de ces
Villages juſques à la Ville de
Deux- Ponts.
En arrivant, Monfieur le Marefchal
de Humieres detacha
1
Ciiij
56 MERCURE
cinq cens Hommes de pied
commandez par Mr le Commandeur
Co'bert , pour ſe ſaiſir des
avenuës du Chaſteau ,& alla reconnoiſtre
la Place , fuivy de
tous les Officiers Generaux. Il la
trouva dans une ſituation avantageuſe
, & peut - eſtre n'auroitil
pas eſté aisé de la prendre , ſi
la Garniſon euſt eſté nombreuſe.
Il y avoit dix-huit ou vingt
groffes Pieces de Canon. Ceux
du Chaſteau témoignerent avoir
deſſein de ſe bien defendre,
&travaillerent au dedans autant
qu'ils le pûrent. Monfieur le Mareſchal
les ayant envoyé avertir
de fon arrivée , fit dire au Gouverneur
que s'il tiroit un ſeul
coup , il y alloit de ſa vie. Le
Jeudy 14. l'Artillerie arriva dans
les Quartiers avec ce qui reſtoit
de l'Infanterie. Le Vendredy on
s'occupa
GALANT.
57
1
s'occupa à chercher au travers
des Bois & de quelques Marais
qui les coupent , des communications
d'un Quartier à l'autre
,& des chemins pour aller à
l'Attaque qu'on vouloit faire..
Cemeſme jour Monfieur le Mareſchal
envoya un Officier au
Commandant de la Place , pour
luy reprefenter le peril où il
s'expoſoit de vouloir tenir avec
une tres-foible Garniſon , contre
une Armée Royale, commandée
par un Mareſchal de France,
& munie d'Artillerie & de
toutes les chofes neceſſaires pour
un grand Siege. Les inconveniens
que cet Officier luy fit voir
qui arriveroient à Mr l'Electeur
fon Maiſtre , s'il rompoit le premier
la Paix en tirant ſur les
Troupes de Sa Majesté , ébranlerent
ce Commandant,& l'obli-
C V
58 MERCURE
gerent de confentir qu'on travaillaſt
à decouvert àune Baterie
qu'on fit àdemy-portée de la
Carabine , & à une Tranchée
qu'ouvrirent les Noſtres dans le
panchant de la Montagne , proche
de la meſme Baterie ; & parce
que le Gouverneur avoit fait
fuplier Mr le Mareſchal de vouloir
attendre le retour du Courrier
qu'il avoit dépeché à Monfieur
l'Electeur , on alla luy declarer
ſur les fix heures du foir,
que Mr le Mareſchal eſtoit las
d'attendre,& qu'il n'y auroit plus
dequartier pour luy,s'il ne ſe refolvoit
à rendre la Place. Ainfi
toutes les Bateries eſtant preſtes,
& quantité de Fafcines aupres
de la Porte ,il fit batre la Chamade
, & capitula à condition
qu'on luy fourniroit un nombre
de Chariots ,& de l'Eſcorte juf.
qu'à
GALANT.
59
1
qu'à Treves. Il pria de plus que
Mr le Mareſchal fiſt ſeulement.
tirer trois coups de Canon contre
la Place & qu'il luy permiſt
d'en tirer autant , afin qu'on ne
luy puſt imputer de s'eſtre rendu
ſans ſedefendre. Il obſerva ſi
religieuſement la parole qu'il
avoit donnée de laiſſer travailler
les Noſtres à decouvert , qu'on
fit les Approches & les Bateries,
fans qu'il s'y oppoſaſt par un ſeul
coup de Canon nyde Mouſquet.
Tout lemonde alloit juſque dans
les Portes de la Place ,& les Afſiegez
prioient fort honneſtement
qu'on ſe retiraſt , quand
on approchoit trop pres de leurs
Baſtions .
Apres qu'on eut pris Hombourg
, les Troupes du Roy fe
preſenterent devant Bich, qui ſe
rendit auffitoft.C'eſt tout ce que
jen
60 MERCURE
j'en ay ſçeu.Si j'en apprens d'autres
particularitez , j'en feray un
fecond Article fur la fin de cette
Lettre
Comme on a un ſoin particu
lier de tout ce qui peut affermir
la Paix, le Roy a donné ſes Commiffions
à Meffieurs le Pelletier,
&de Vvoerden, au commencement
du Mois paffé , en exécution
de l'Article 15. du Traité
conclu à Nimegue entre les deux
Couronnes , pour refoudre avec
les Commiffaires du Roy
d'Eſpagne , tout ce qui peut naître
de difficultez fur ce Traité,&-
regler les Limites dependantes
des Places cedées à Sa Majeſté .
Des affaires de cette importance
meritoient un choix auffi generalement
approuvé que celuy
dont je vous parle.
Monfieur le Pelletier eſt un
Hom
GALANT. 61
Homme de grande érudition , &
qui poſſede parfaitement les belles
Lettres . Il a l'eſprit vif &
penetrant ,& une facilité admirable
à déveloper ce qui embaraffe
les plus éclairez . Cette penétration
paroiſt dans ſon Employ
d'Intendant de Flandre ,
dont il s'acquite avec un applaudiſſement
univerſel. Il eſt Frere
de Meſſieurs le Pelletier , dont
l'un brille dans les Conſeils d'Etat
de Sa Majesté,& l'autre dans
la Grand Chambre du Parlement.
Monfieur de Vvoerden a déja
fignalé fon zéleten pluſieurs
rencontres. Le Roy a fait voir
combien il eſtoit fatisfait de ſes
ſervices , par la qualité de Baron
qu'il a attachée à fon nom & à
celuy de ſes Defcendans , & par
la place de Chevalier d'Honneur
qu'il
62 MERCURE
qu'il lay adonnée dans ſon Parlement
de Tournay.
Sa Majeſté a nommé en mefme
temps Monfieur Favier pour
former en fon nom toutes les
demandes neceſſaires en execution
du meſme Traité de Nimegue,
& defendre les Droits de
ſa Couronne , en qualité de fon
Procureur dans cette Commiffion.
C'eſt un Avocat du Parlement
de Paris , qui s'eſt acquis
beaucoup d'honneur&de réputation
dans cet employ. Il a fait
des Etudes prodigieuſes , & entr'autres
chofes , de tout le Droit
public de France , & des Droits
de la Couronne , par les plus
beaux Monumens du Parlement
& de la Chambre des Comptes .
Il s'eſt particulierement attaché
à la connoiſſance des Coûtumes
& de l'Histoire de cette Frontiere.
GALANT. 63
tiere. Ce fut luy qui en 1667.
compoſa un Suplément du Manifeſte
des Droits de la Reyne
fur ce Païs .
Le lieu de l'Aſſemblée pour la
Conference eſt à Courtray , où
les Commiſſaires des deux Couronnes
ſe doivent rendre dans
lemeſme temps.
Apres l'Air à boire que je vous
ay envoyé dans l'Extraordinaire
du 15. de ce Mois , il faut vous
en faire voir un ſérieux du mefme
Autheur , c'eſt à dire , d'un
des plus habiles Hommes que
nous ayons pour la méthode du
Chant. Les Paroles qui ſuivent
luy ont eſté envoyées avec une
Lettre fort obligeante , par une
Perſonnede la premiere qualité,
&d'un merite auſſi elevé que ſa
naiſſance. C'eſt par fon ordre
qu'il les a notées.
AIR
64
MERCURE
AIR NOUVEAU .
Ous demandez des Vers , &fi j'en
VONSc
roy vos yeuxх,
Ils demandent , Philis, quelque chose de
mieux.
I'aurois plus depenchant qu'un autre
Ame fier à leur langueur ;
Mais quand ils demandent un coeur,
Ont-ils bien confulté le vostre ?
Le tour aisé de ces Vers méritoit
bien qu'un grand Maiſtre
les fist chanter. Tout ce que
vous avez veu de cet Autheur
a toûjours eſté de voſtre gouſt,
& je croy que vous apprendrez
avec beaucoup de plaifir qu'il
promet de me donner fes Airs
tous les Mois . Ce ſera un embelliſſement
pour mes Lettres
où vous les aurez corrects , au
lieu qu'en les ſurprenant comme
on fait, pour les inferer dans
!
les
1
GALANT. 65
les Livres de differens Autheurs,
on les défigure par mille fautes .
Cela ſe peut remarquer meſme
dans celuy qu'on a imprimé cette
année, intitulé, Premier Livre
d'Airs sérieux & à boire , de diferens
Autheurs. Ce Livre n'eſt
à proprement parler que fon
Journal des Nouveautez du Chant
de 678, qui ſe vendoit chaque
Mois en petits Cayers , & qu'on
vend preſentemét relié en deux
Volumes chez les Sieurs de
Luyne & Blageart , avec ſes ſeconds
Couplets en diminution;
letout gravé au Burin.
Voicy quatre Madrigaux que
vous ne ferez point fachée de
voir. Ils font de Monfieur Broffard
de Montaney , & fur une
matiere dont la propoſition ne
vous avoit pas déplû.
CON
66 MERCURE
E 78 993 1999 827638976034979347034076043 1963 £9463
CONTRE
UNE VIEILLE .
I.
'Amourapres cinquante ans,
LCloris,n'est qu'unefolie.
C'est un Mestier qui s'oublie,
Quand on le fait si long-temps.
Nefaites plus l'agreable ,
Cesoin est hors de ſaiſon.
L'Amour veut comme laTable,
Ieune Chair, &vicux Poſſon.
E
II.
Ncachant vos cheveux gris
Sous une Perruque blonde,
Vous croyez encor, Iris ,
Depouvoir leurrer lemonde.
Envainvous vous ruinez
Pour vos appasfurannez,
Vostre pauvre efprit s'abuse.
Perſonnene craint vos coups,
Et le Rouge& la Céruse
Nepeuvent tromper que vous.
C
LII.
GALANT. 67
III.
Loris, on mel''aa dit ; vous vous estes
CLovic
hargée
Dem'apprendre en amour comme il faut
s'adoucir.
C'est vous estre fort engagée,
Vous aurez peine à réussir.
Ieſçay que vos vieux ans vous ont dew
rendre habile ;
Mais malgrévoſtre habilité ,
Comme j'ay quelquefois l'esprit lourd ,
difficile,
Une jeune &fimple Beauté
Me trouveroitbien plus docile.
IV.
Njour la vieille Iris me faisant les
UN
yeux doux,
Autant qu'ellepouvoit le faire,
Mediſoit bonnement , j'ay deſſein de vous
plaire ,
Ne pensezpas de fuir mes coups,
l'en ay bien pris d'autres que vous.
Le le ſçay , répondis-je , on m'a dit vo
ſtre vie.
Long68
MERCURE
Long- temps vos yeux ont ſcen tout
affervir ,
Mais ils vous ontfi longuement ſervie,
Qu'ils nefont plus en estat deſervir.
Je vous ay déja parlé de la
beauté du College des Nobles
de Parme . Voicy ce qu'on m'en
écrit de particulier. Cette jeune
Nobleſſe que l'on y éleve avec
de fi grands foins , s'affemble ordinair
ment fur la fin de chaque
année avant leurs Vacances,dans
un grand sallon deſtiné à l'ouverture
del Teatro dell' Honore .
C'eſt ainſi qu'ils appellent cette
celebreJournée,où le Secretaire
de l'Academie quis'y trouve en
Corps, publie à haute voix ceux
qui excellent, & qui ont profité
dans leurs eſtudes , & dans les
exercices qu'on leur fait appren.
"dre. Monfieur le Duc de Parme
leur fait ordinairement l'hon
neur
GALANT. 69
neur d'y affiſter , & ce fut le 13 .
du Mois d'Aouſt paffe que ce
Duc , accompagné du jeune
Prince Odoard ſon Fils aîné, &
de toute fa Cour , fut furpris
de leur voir faire des chofes qui
paroiffoient furpaſſer leurs forces.
Il n'y a point d'Exercices
propres à un Cavalier, où ils ne
ſe fiffent admirer . Monfieur le
Duc de Parme témoigna la ſatisfaction
qu'il venoit d'en recevoir
, par les loüanges publiques
qu'il leur donna , & par des ca.
reſſes qui ne laiſſent point douter
de l'attachement, & du plaifir
qu'il a de faire fleurir de plus
en plus cet incomparable College.
Vous en jugerez , Madame,
par le don qu'il luy a fait d'un
Palais de delices qu'il avoit à
dix milles de Parme, où ces jeunes
Seigneurs auront à l'avenir
pen
70 MERCURE
pendant deux Mois de l'année ,
les paſſe-temps de la Promenade&
de la Chaſſe. Ce beau Lieu
qui eſt ſitué ſur une Coline au
pied des Mons Apennins,appartenoit
à feuë Madame la Duchefle
Doüairiere ſa Mere , & il
eſt ſi commode , & fi logeable,
que tous ces Penſionnaires y
doivent avoir chacun leur petite
Chambre , quoy que préfentement
il y ait pres de trois cens
Perſonnes logées dans ce Châ
teau . Quelques jours avant l'ouverture
del Theatro dell' Honore,
ils firent ſuivant leur coûtume
un Carrouzel ( qu'ils appellent
Cavalarizza generale ) dans le
grand Manège, que la plus grande
partie des Dames , & de la
Nobleſſe des Villes voiſines, fut
ravie de voir. Ce Carrouzel fut
ſuivy d'une Courſe de Bague &
de
GALAN T. 71
de Teſtes , où cette belle Troupe
fit des merveilles. Elle estoit
compoſée de quatre Quadrilles;
la premiere , conduite par Dom
Aleſſandro Sforza Romain ; la
feconde par Dom Antonino
Colonna; la troiſiéme , par Monſieur
le Comte de Konigflegh
Fils du Comte de ce nom , l'un
des premiers Miniſtres de l'Empereur,&
la quatrième,parMonfieur
le Comte de Levveſtein
proche parent de Meſſieurs de
Furſtemberg. Je ne vous diray
rien de la magnificence de leurs
Habits , ny de leur adreſſe , puis
que leur haute Naiſſance répond
affez de l'une & de l'autre . Monfieur
le Duc de Parme, outre les
trente Chevaux qu'il leur envoye
trois fois la ſemaine, avec
ſes Ecuyers pour leur enſeigner
à monter à cheval , leur envoya
ce
72 MERCURE
ce jour- là la plus grande partie
de ceux de ſon Ecurie , qui eft
une des plus belles qu'il y ait en
Italie . Ce Prince témoigne tant
d'inclination pour l'embelliffement
de ce College , que pour
donner une belle émulation à la
jeune Nobleſſe qui le remplit, il
a inſtitué depuis quelques - années
une Academie de belles
Lettres qu'on appelle de Scelti,
dans laquelle l'on n'admet aucun
Sujet, qui ne ſe ſoit diftingué
en pluſieurs occafions par
des preuves d'une grande étude
, particulierement dans la
Poësie vulgaire ou Italienne.
L'on a uny l'Academie des Armes
à celle des Lettres . On ne
peut eſtre reçeu dans cette premiere
qu'apros s'eſtre ſignalé
dans tous les exercices propres
àun Cavalier. Les fonctions de
la
GALANT. 73
la Reception ſe font deux fois
l'année au plus , & Monfieur le
Duc de Parme y aſſiſte ordinairement.
Voicy comme les Aca .
démiciens de l'une & de l'autre
eſpece ſont diſtinguez d'avec les
autres Nobles . Ils portent tous
une Médaille d'or du poids de
trois Loüis , attachée au Pourpoint
avec un Ruban rouge ou
bleu , comme les Croix que portent
les Chevaliers de Malte.Certe
Médaille repreſente d'un côté
les Armes de Farnéſe en relief,
qui eſt une Fleur de Lis émaillée
d'azur;& fur le Revers celles du
College, qui eſt une Roche d'où
fortent des Abeilles , avec cette
deviſe,Nobis atque aliis.Les Académiciens
de Lettres ont une longue
Robe garnie de Boutons à
queuë, & d'Allemares or & foye
à manches pendantes de meſme;
Octobre 1679 . D
74
MERCURE
& ceux d'Armes , au lieu de Ro .
be , portent le Manteau doublé
de Brocard à fleurs d'argent fur
un fonds bleu , & l'Epée au coſté.
Le nombre de ces Acadé
miciens n'eſt pas déterminé,mais
il ne paſſe jamais celuy de trente
, dont le Chef qui eſt toûjours
du nombre de ceux des Lettres ,
& qui porte le nom de Prince
de l'Academie, eſt diſtingué des
autres par une Robe traînante
de Brocard d'or à fleurs, & par ſa
Medaille garnie de Diamans . Je
ne vous parleray point , Madame
, de l'economie de cet illuſtre
College. Ce ſera affez de
vous dire qu'il eſt gouverné par
le Pere Luigi Maſdoni, des premieres
Familles d'Italie , qui en
eſt Recteur ,& par le Pere Agoſti.
no Franceſco Sirani à qui l'invention
de ces deux belles Aca
demies
GALAN Τ .
75
demies eſt deuë.L'on me promet
de temps en temps des Ouvra -
ges de cet illuſtre Academie
qui nedéplairont peut- eſtre pas
aux curieux , fur tout à ceux qui
eftiment les beautez de la Langue
Italienne .
,
Il court une Galanterie fort
agreable dont je me croy obligé
de vous faire part. Elle eſt
d'une Dame de qualité . La maniere
fine & delicate dont cette
Piece eſt tournée , fait connoître
la beauté de ſon eſprit . On juge
aiſément qu'elle a eſté faite ſur
quelque Arreſt obtenu contre les
projets de deux Amans. La Reponſeque
vous trouverez en ſuite
eſt un inpromptu,fait par une
Perſonne tres ſpirituelle qui fait
parler l'Ombre d'une Illustre.
Dij
76 MERCURE
PLACET
DE L'AMOUR ,
G
AU ROY.
Rand Roy , qui redonnez le
àlaTerre,
repos
Ah ne permetezpas qu'on me faſſe la
guerre.
Quand vous avez marché , mes Sujets
à l'envy,
Partout aux grands Exploits vous ontilspasſuivy
?
tendreſſe ,
maiſtreſſe ,
Si j'ay ſçeu dans les coeurs inspirer la
La Gloire en a toûjours demeuré la
Et l'on a veu ſouvent par vos braves
Guerriers
Les Myrthes négligez pour les ſanglans
Lauriers .
Mais les jours sont venus où l'Europe
Alliée , ou soumise à voſtre heureux
respire ;
Empire ,
I'en
GALAN Τ .
77
J'entens de toutes parts que l'on chante
la Paix,
Et je croyois me voir au but de mesfouhaits
.
Ie croyois qu'on pourroit dans ce temps
favorable
Retrouverle plaisir d'aimer & d'estre
aimable;
Cependant quand je fais ces innocens
projets ,
L'apprens que contre moy l'on donne des
Arrests.
Irisſelaiſſe voir, elle est charmate &belle,
Il est d'illustres coeurs qui s'enflament
pour elle ,
L
Sur cela l'onse plaint,& l'on porte l'excés
Iusqu'à luy vouloir faire un criminel
Procés.
On n'oſe plus aimer , qu'auſſi - toſt l'on
n'informe ;
Les Iuges afſfemblez , par leurs Decrets
enforme,
Prétendent aujourd'huy détruire monpouvoir
,
Et punir les Amans quand ils font leur
devoir.
l'appelle à Vous , Grand Roy , d'une
telle injustice ,
Diij
78 MERCURE
Ne laissezpas régner ce dagereux caprice,
Ordonnezà vos grands & Sages Parlemens
,
Devuider les Procez ,fans enfaire aux
Amans.
Vous avez, en mettant Victoire fur
Victoire ,
Elevé vôtre Trône aufaiſte de la Gloire.
Delà , quand il vous plaiſt rappeller les
Plaisirs ,
Suis-jepas toûjours preſt à remplir vos
defirs ?
Prenez donc mon party contre la Tyrannie
Qui s'attache à troubler les douceurs de
la vie.
On me verroit bien-tost quitter ce bean
Sejour ,
S'il falloit pour aimer , un Arrest de la
Cour.
Daignezpar un feul mot diſſiper tant de
brigues
Qui pensent avoir droit ſur mes tendres
intrigues,
Etdéclarez enfin,pour finir leurs erreurs,
Que LOVIS & l'Amour ſont seuls
maistres des coeurs.
RESPON
GALANT.
79
33003838003003803813
RESPONSE
A MADAME D ***
L'OMBRE DE MADAME
L
LA C. D. L. S.
AmourSeplaint àtort,quand tout le
favoriſe,
La France de tout temps àſes Loix fut
Soumise ,
Etmesme dans Paphos on Venus tient
Sa Cour ,
Avec moins de puiſſance on voit regner
l'Amour.
lamais , quand il vent ſeul régler nos
destinées,
On ne voit par les Loix ſes Conquestes
bornées,
Ses traits foûmettent tout, &Thémis
Pallas,
Des plus feveres Magistrats
N'en peuvent garantir les dernieres années;
Mais quand avec l'Hymen on connoit anjourd'huy
Diiij
So MERCURE
Qu'il veut partagerſa puiſſance ,
Onn'a plus pour ce Dieu la mesme
obeissance ,
Et les Loix neſont pluspour lay.
Vous l'avez éprouvé , charmante Cythérée,
Qu'on voit toujours l'Hymen dans cet
heureuxſejour ,
Apres quelques plaiſirs d'une foibledurée,
Creuſer le tombeau de l' Amour.
On a fatisfait à ce que vos
Amisvouloient ſçavoir touchant
le Pavé à la Moſaïque. Voicy ce
qu'on m'a eſcrit ſur la difficulté
qu'ils ont propoſée. C'est le Pavé
&le Sallon , car tout le Sallon eft
Pavé. Il est vray que le Portrait ou
font les quatre Figures n'est que le
milieu du Pavé, &n'a que quatre
ou cinq pieds en quarré.
Monfieur de la Vrilliere nommé
par le Roy à l'Archeveſché
de
GALANT. 8
de Bourges , & attendu depuis
long-temps dans ſon Dioceſe ,
avectoute l'impatience que peut
cauſer un merite extraordinaire
, arriva à Bourges le dernier
du Mois. Un grand nombre de
Perſonnes de qualité alla au devant
de luy , & fit un Cortege
de vingt ou trente Carroſſes.
Monfieur l'Abbé Chéron Doyen
de la Cathédrale , & Deputé
de ſon Chapitre, ſe mit à leur
teſte. On ſçait l'eſtime où il eſt
pour ſa vertu , & pour les Emplois
illuſtres qu'il a eus dans le
Clergé. Il mit pied à terre fi - toſt
qu'il apperçeut le Carroſſe de
ce nouvel Archeveſque qui defcendit
auſſi en le voyant. Il le
harangua avec une éloquence .
digne de ſa réputation,&du rang
qu'il tient dans le Dioceſe. 11.
avoit eſté precedé parMonfieur
Dv
82 MERCURE
le Begue , Prevoſt Provincial de
Meffieurs les Maréchaux de Fran.
ce en Berry. C'eſt un Gentilhomme
dont le mérite n'eſt pas
moins connu que la qualité.
La Harangue ſpirituelle & cavaliere
qu'il fit à ce grand Prelat,
le fit admirer de tous ceux qui
l'entendirent. Ce qu'il y eut de
plus fingulier dans cette heureuſe
journée, fut l'empreſſement de
tout le Peuple qui couroit dans
les Ruës pour voir fon Pasteur,
avec toutes les marques de joye
qu'il pouvoit donner. Les Feneſtres
& les Portes eſtoient pleines
de Cavaliers & de Dames.
On le falüoit de toutes parts , &
il luy fut aifé de juger qu'il n'y
avoit rien de contraint dans les
témoignages du zele reſpectueux
qu'il vit éclater par tout .
A peine eſtoit- il entré dans
fon
GALANT.
83
: ſon Palais , que le meſme Monfieur
l'Abbé Chéron vint ſe préſenter
ſuivy de tout ſon Chapitre,
remplyd'une infinité dePerfonnes
illuſtres par leur naiſſance
& par leur vertu. Il le harangua
de nouveau avec le meſme fuccés
qu'il avoit eu la premiere
fois, & fut fuivy de Mr de Maubranchere
Lieutenant General
de Berry,à la teſte du Preſidial.Il
meritoit l'attention qui luy fut
preſtée. C'eſt un des Hommes
de France qui ſçait parler le plus
juſte,& qui écrit avec le plus de
politeſſe. Mr Becueau Maire de
la Ville , accompagné de ſes Echevins
, finit par une tres-belle
Harangue les cerémonies de ce
premier jour.
Le lendemain ſur les neufheures
du matin , Monfieur de la 1
Vrillic
84 MERCURE
Vrilliere prit poſſ ſſion de l'Archeveſche
. Il faut vous dire de
quelle maniere en vous apprenant
l'uſage particulier de Bourges
, dans une occafion de cette
nature. On ferme toutes les Portes
du Cloiſtre qui environne la
grande Egliſe ,& qui forme comme
une eſpece de Ville , & le
nouvel Archeveſque ſe rend
dans la Maiſon d'un Chanoine,
baſtie aupres de la Porte par où
il doit entrer,& ayant communication
par une fauſſe Porte avec
les Quartiers qui font hors du
Cloiſtre. Là il eſt harangué par
le Grand Chantre de l'Eglife.
Cette Dignité eſt preſentement
remplie par Monfieur Mignot
Abbé de Belveaux , qui charma
toute l'Aſſemblée par la beauté
de ſon Compliment. L'Archeveſque
ſigne en ſuite quelques
Actes
GALANT. 85
Actes auſquels affiſtent comme
Témoins ou comme Barons ,
deux Chanoines de la Ste Chapelle
, députez de leur Chapitre.
Il avoit choiſy pour cet employ
dans cette derniere occafion
Monfieur l'Abbé Marpon Tréfo
rier de France, un des plus ſpirituels
& des plus honneſtes Hom.
mes de la Province , & un autre
Chanoine dont on ne m'a point
appris le nom . L'Archeveſque
qui eſt preſt à prendre poſſeſſion
ayant fatisfait à ces petites formalitez
, fort de la Maiſon dont
je vous viens de parler, accompagné
de tous ſes Officiers , &
revétu d'une petite Chape blanche.
Il s'avance vers la principale
Porte du Cloiſtre par laquelle
il doit entrer , & d'abord qu'il
eſt arrivé en cet endroit,le Peuplé
ſe jette ſur luy avec un empreffe
86 MERCURE
preſſement qui tient quelque
choſe de la fureur , & luy arrache
ſa Chape. Elle eſt auſſitoſt
dechirée en mille morceaux.Cependant
la Porte s'ouvre,& l'Archeveſque
continuë ſon chemin
vers la grande Eglife.CetteChapedemeurée
ainſi dans les mains
du Peuple, cauſe des combats ,où
il y a quelquefois beaucoup de
ſang repandu. Chacun en veut
avoir un petit lambeau,& il n'en
demeure jamais rien d'entier.On
ditque cette Ceremonie eſt un
mouvement de la fainteté des
premiers Eveſques qui faisoient
tous des miracles ,& dont le Peuple
dechiroit les Habits pour
avoir de leurs Reliques. Il eſt
certain qu'il y a peu d'Egliſes
qui ayent eu tant de Prelats
Saints que celle de Bourges . On
eſtoit fi accoûtumé autrefois à
n'en
GALANT. 87
n'en voir point d'autres,que cette
pieuſe fureur du Peuple ( s'il
eſt permis de parler ainſi)eft de.
venuë un uſage, & une ceremonie
qu'on y obſerve regulierement.
On la pratiqua pourMonſieur
de la Vrilliere qui trouva
tout le Chapitre ſur les marches
de la grande Eglife. Monfieur
l'Abbé Chéron eſtoit à la teſte,
& harangua ce nouveau Prelat,
en Latin , avec autant de grace
qu'il avoit fait en François. Toutes
les Cloches fonnerent enfuite
. La Muſique chanta le Te
Deum , & cet Archeveſque fut
mis en poffeffion avec les ceremonies
ordinaires . Apres qu'on
les eut finies, il entra dans le lieu
où le Chapitre s'aſſemble , &
parla aux Chanoines avec tant
d'érudition,de politeſſe & d'honneſteté,
qu'il les charma tous . Ils
l'ac
1
88 MERCURE
l'accompagnerent juſqu'au Palais
Archiepifcopal , où ils furent
regalez d'un magnifique
Dîné.
Ce meſme jour il fut harangué
à diverſes heures , par Mr
Colladon pour l'Univerſité , par
Mr Cornuel pour les Tréſoriers
de France ; par Mr Gaffot pour
l'Election; par MrGougnon pour
la Prevoſté , & enfuite pour le
Parquet , & pour le Corps des
Adminiſtrateurs de l'Hoſtel-
Dieu; par Mr du Danion pour les
Juges Marchands; par Mr l'Abbé
Guenois pour l'Officialité ; par
Mr l'Abbé Chéron pour le Bureau
Eccleſiaſtique,& un peu apres
pour les Adminiſtrateurs de
l'Hospital General ; & enfin par
Mr l'Abbé de la Chapelle pour
la Chambre des Députez da
Dioceſe. Vous connoiſſez ce
dernier,
GALANT. 89
dernier , & les Ouvrages que je
vous ay envoyez de luy , vous
ont convaincuë il y a déja longtemps
, que peu de Perſonnes
compoſent auſſi juſte,& avec autant
de bon ſens qu'il fait. Les
jours ſuivans on preſenta quantité
de Vers à ce nouvel Archeveſque.
Ceux des Imprimeurs
de Monfieur Toubeau ſont les
ſeuls qui foient venus juſqu'à
moy. Vous les trouverez tresbien
tournez . Ils font d'un Parent
de Monfieur l'Abbé de la
Chapelle qui porte ce meſme
nom. Souvenez- vous , s'il vous
plaiſt , Madame , que ce ſont des
Imprimeurs qu'il fait parler.
A
१०
MERCURE
A MONSIEUR
L'ARCHEVESQUE
D
DE BOURGES.
Ans cet heureux Climat où le Ciel
vous envoye,
Tout reſonne déjadu bruit de vos vertus;
Déja nos Citoyens par mille cris confus,
Iusqu'aux pieds des Autels ont faitparlerleurjoye.
dont l'Art avec moins de
Sçait parler à l'esprit , ſans fraper les
Pour nous ,
fracas,
oreilles,
Nousvenons vous offrir &nos ſoins&
nos veilles :
Nos applaudiſſemens font pen de vains
éclats,
Et durent fort ſouvent mesme apres le
trépas.
Nous ouvronsaux Héros leTempledela
Gloire.
Leurs
GALAN T. 91
Leurs noms bravent par nous les infultes
du temps,
éclarans,
Et c'est en vain qu'ilsfont des Exploits
Si noftre Art au Public ne donne leur
Histoire.
Combien de vos Prédeceffeurs,
Iadis comblezde mille honneurs,
Neseroient maintenant qu'un peu depourriture,
Inconnus ſous leur Tombe obscure
Au reste des Humains,
S'ils n'avoient imploré le ſecours de nos
mains ?
Sans les Livres ſacrez qu'ils ont pris
Soindefaire,
Leurs Noms que par tout on revere,
Iusqu'ànous n'eussent point passé.
Mais tous n'ont pas finy ce qu'ils ont
commencé:
Et pour vous preparer une gloire nou
velle,
Le Ciel a fait qu'ils ont laiſſé
Unvaste champ àvostre zele.
Tandis
92
MERCURE
Tandis que plus éclairé qu'eux
Vous repandrez par tout des Lumieres
plus vives,
Nos Preſſes qui déja ſe laſſent d'estre
oiſives,
Donneront chaque jour mille éloges pompeux
Avoſtre Nomfameux.
Cesont de nostre ardeur fincere
LesMonumensfortunez,
Contrequi les ans mutinez
N'exercent point leur colere.
400
Toute la Posterité
Par nous de vos vertus inftruite,
Admirera voſtreſage conduite,
Longtemps apres que vous aurez été ;
Et nos premiers hommages
Sont pour vous d'heureux gages
De l'Immortalité.
Les Mariages les plus heureux
ont leurs peines , & quand
il n'y auroit que l'inévitable ſeparation
qui arrive par la mort ,
elle donne toûjours beaucoup à
foufrir.
GALANT .
93
ſoufrir . C'eſt une douleur que
Mr le Comte de Tonnerre , &
Madame la Comteſſe ſa Femme ,
n'ont point éprouvée. Ils vivoient
parfaitement unis , & étant
tombez malades tous deux
environ dans le meſme temps , ils
n'ont point eu à répandre des
pleurs l'un pour l'autre , puis que
la Femme n'a ſurvécu que ſept
jours à fon Mary. Il mourut le
Dimanche 24.Septembre à deux
heures apres minuit,& Madame
la Comteſſe de Clermont le Dimanche
ſuivant premier de ce
Mois à la meſme heure.Elle étoit
de la Maiſon de Vigniers de
Troye, Soeur du feu Premier Preſident
de Mets, qui avoit épousé
Madame la Marquiſe de Termes,
Dame également cõnuë par
ſa naiſſance, par ſon premier Mariage
, & par la vertu finguliere
qu'elle
94
MERCURE
qu'elle a fait paroiſtre dans ſes
derniers jours. La Comteffe dont
je vous apprens la mort , eut un
ſecond Frere , qui apres avoir
eſté Conſeiller du Grand Confeil
, fut Maiſtre des Requeſtes,
& eut de tres -glorieux Emplois
dans cette Charge , ſous le nom
de Saint Liébaud , qui eſt celuy
d'une Terre fort confiderable en
Champagne , acquiſe depuis par
feu Monfieur le Chancelier Seguier.
Ce dernier eſt Pere de
Monfieur le Marquis de Hauterive
qui a épouſé Madame la Vidame
& Ducheſſe de Chaunes .
Ce fut ce Marquis , qui ferma,
pour ainſi dire , les yeux à une
Tante pour laquelle il avoit une
extreme confideration & qui
fut témoin des ſoins que luy renditMr
l'Eveſque de Noyon pendant
toute ſa maladie , avec une
hon
,
GALAN Τ .
95
د
honneſteté & une tendreſſe dignes
d'un bon Fils ,& d'un grand
Prelat.Apres ſa mort il la fit mettre
dans un Cercueil de plomb,
& enfuite dans un Carroſſe drapé
, que traînerent fix Chevaux
caparaçonnez de deüil avec
deux Eccleſiaſtiques aupres du
Corps. Ses Ecuyers ſuivoient à
cheval à la teſte de pluſieurs Domeſtiques
. On la tranſporta en
l'Egliſe de l'Hôpital de Tonnerre
, où elle avoit ſouhaité d'eſtre
inhumée aupres de ſon Fils aîné .
Toutes les Compagnies de la
Ville , tant Eccleſiaſtiques que
Laïques , la reçeurent , chacune
en Corps , & dans un ordre auſſi
magnifique que pieux.
Je vous ay affez deduit au
long dans quelqu'une de mes
Lettres les avantages de l'illuſtre
Maiſon de Clermont , ſes divers
Héros,
96 MERCURE
Héros , leur ancienne Souveraineté
, leurs Royales Alliances , &
la ſuitede leur Succeffion de Mâ.
le en Mâle juſqu'à aujourd'huy .
Ainſi je ne vous parleray que
du dernier mort.
Il fut Fils de Henry de Clermont
, nommé par deux Brevets
confecutifs de Charles IX. &
Henry III . au Duché de Tonnerre
, Lieutenant de Roy en
Bourgogne , Chevalier des Ordres
de Sa Majesté , où il eut le
premier rang apres les Princes , à
la teſte des Gentilshommes, Seigneur
d'Ancy le Franc , Terre
également confiderable par fon
revenu, par ſes grands droits, &
par le Château qui eſt un des
plus beaux & des plus reguliers
qu'il y ait en France. Ce Henry
avoit épousé Marie Deſcoubleau
de Sourdis , Soeur du Mar
quis
GALANT.
97
quis de ce nom , auſſi Chevalier
de l'Ordre , & Gouverneur
d'Orleans & Païs Blaifois . Jamais
Femme n'eut plus de reſpect &
de tendreſſe pour un Mary, plus
de foin & d'application à fon
ménage , fans baſſeſſe ny avarice
, plus de douceur & d'honneſteté
meſime avec ſes inférieurs
, & enfin plus de charité
envers les Pauvres.
Monfieur le Comte de Tonner.
re dont je vous parle, eſtant Fils
d'une Mere ſi vertueuſe, ne pou .
voit manquer d'avoir des ſentimens
dignes de l'éducation qu'-
elle luy donna. Si toſt qu'il puſt
paroiſtre à la Cour, on l'y envoya
, &. il fut choiſy par le feu
Roy de ſon propre mouvement ,
pour tenir rang parmy les Seigneursdont
il avoit fait une Compagnie
, compoſee de Gens de la
Octobre 1679 . E
+
98 MERCURE
plus haute qualité , & à peu pres
de ſon âge . Apres s'y eſtre fait
eſtimer par ſa conduite , il paſſa
Volontaire quelques Campagnes
à la ſuite de Sa Majesté , &
les preuves de courage qu'il y
donna , luy attirerent bientoſt le
Commandement du Regiment
de Piémont , dont il fut fait Meftre
de Camp. Les ſervices qu'il
rendit depuis en diverſes occafions,
furent auſſi reconnus, & fa
reputation augmentant de jour
en jour par ſes belles actions , il
fut envoyé en Italie , où il commanda
la Cavalcrie Legere. Il
ſervit enſuite ſur les Vaiſſeaux,
où il ſe fit admirer . Ainſi il a cu
la gloire de pouvoir dire que ſon
Prince l'avoit crû capable de
tous les Emplois de la Guerre,
foit par Terre foit par Mer. Pour
le delaffer de tant de fatigues,
on
on
GALANT .
BIBLIO
1
LYON
le fit Lieutenant de Roy
Guyenne. On ſçait avec combien
de fatisfaction du Roy , &
de la Province , il remplit un
Poſte ſi glorieux. Enfin diverſes
infirmitez , la perte de Mr ſon
Pere , & l'importance des affaires
de fa Succeſſion , le forcerent
de recourir à l'air natal,& de s'abandonner
aux intereſts domeftiques.
Sa longue retraite ne put
le faire oublier. Le Roy d'aujourd'huy
, toûjours juſte , toûjours
reconnoiflant , & qui ne
perd jamais une occafion d'en
donner des marques, l'honora du
Cordon Bleu , dans la derniere
Promotion qui fut faite en 1662 .
Il eut quatre Freres & deux
Soeurs, l'une mariée à Mr le Marquis
du Rivau , Gentilhomme
tres- confiderable en Poitou , &
l'autre Abbeſſe de Saint Paul au
9771
Eij
100 MERCURE
Dioceſe de Beauvais. Son premier
Cadet fut Roger de Clermont
, Marquis de Cruſy. Leſecond
, Charles Henry de Clermont,
Duc de Luxembourg,Pere
de Charlote de Clermont Duchefſſe
de Luxembourg , qui a épouſe
M.F. de Montmorency de
Bouteville, Duc, Pair, &Marefchal
de France , Capitaine des
Gardes du Corps , dont toute
l'Europe connoiſt la valeur &
l'intelligence dans le métier de
la Guerre, & les grands ſervices
qu'il y a rendus. Le troiſieme,
Henry de Clermont , Chevalier
de Malte , tué au ſervice devant
Joinville; & le quatrième,Antoine
de Clermont , Baron de Danernoine
, qui apres avoir longtemps
commandé la Compagnie
des Gendarmes de Luxembourg
, & fait pluſieurs belles
actions ,
GALANT. Iot
- actions , fut affez heureux pour
ſe trouver au Siege de Guiſe,
dont il paffa pour le principal
Defenſeur ; car quoy qu'il n'euft
que ſon Regiment de nouvelle
Infanterie , auquel il n'avoit pas
trop lieu de ſe fier, il ne laiſſa pas
de tenir bon dans la Ville onze
jours durant pour favoriſer la
retraite du Gouverneur & des
Habitans au Château , ſans s'arreſter
à ſon ordre, qui ne l'obligeoit
que pour trois jours. Il fic
plus.Non content d'avoir empéché
l'approche des Ennemis , il
reſolut de les chaſſer de leurs
Poſtes les plus avancez . Dans ce
deffein , il pouſſa juſqu'à un de
leurs Dehors également bien retranché
de toutes parts , où ne ſe
voyant ſuivi que d'un Officier &
de deux Sergés , ſans perdre courage,
il ſe fit auſſitôt lever par def.
E iij
102 MERCURE
fous les aiffelles fur deux Halle-_
bardes,juſque ſur la Friſe du Retranchement
, dont ayant gagné
la Creſte , il ſe jetta à corps perdu
dans la Tranchée. Un Capitaine
Eſpagnollui tenditun coup
de Pique qui lui emporta lamoitié
du pouce , mais il en couſta
la vie à ce Capitaine. Ce genereux
Defenfeur s'eſtant gliſſé le
long de ſa Pique , le perça de
deux coups d'Epée dont il mourut
fur le champ ; & ayant paflé
par deſſus , il nettoya entiere.
ment le Boyau de la Tranchée,
&en ſuite les ſiens eſtant ſurvenus
, il ſe rendit maiſtre abſolu
du Dehors , dont la priſe fut la
principale cauſe de la delivrance
de la Ville. L'Action eſt
fort remarquable , & meritoit
bien un détail particulier. J'acheve
ce qui regarde Monfieur
le
GALANT
103
le Comte de Clermont , dont
la mort a donné occaſion à cet
Article.
Il a eu pluſieurs Filles, toutes
conſacrées à Dieu , & quatre
Fils, dont l'Aîné & le Cadet ſont
morts . Le premier fut tué à la
Baffée, au commencement de la
Régence , dans une Rencontre
où ſa valeur fut admirée de
toute l'Armée. Le dernier eſtoit
Chevalier de Malte , & eft
mort à Marseille depuis peu
d'années , commandant une des
Galeres du Roy .Le ſecond de ces
quatre Fils eſt Jacques de Clermont,
qui de l'Heritiere de Preffin
, riche & ancienne Maiſon de
Dauphiné, outre pluſieurs Filles
forties de ce Mariage, a eu François
- Joſeph de Clermont , Colonel
du Regiment d'Infanterie
de Monfieur , & François de
E iiij
104 MERCURE
Clermont , Abbé de Tonnerre.
Il poſſede aujourd'huy , comme
Aîné de la Maiſon , les Comtez
de Clermont & de Tonnerre , &
les autres Biens de la Succeffion.
François de Clermont , Eveſque&
Comte de Neyon. Pair
de France , Abbé des Abbayes
de Saint Martin de Tonnerre &
de Saint Martin de Laon , eſt le
troiſiéme des Fils de celuy dont
je vous parle. Ce digne Prelat
ne ſe fait pas moins diftinguer
par ſa pieté & par fon zele dans
tout ce qui regarde les choſes
de ſon caractere , que par
la vivacité de ſon eſprit & par
la profondeur de fon érudition.
La Mort n'afflige pas ſeulement
les Intereſſez , elle chagrine
auſſi quelquefois ceux qui
ne prennent aucune part à la
perte
GALANT. 105
en avoit enfin
pertedesMourans. Les Vers qui
ſuivent en ſont une preuve. Un
Cavalier fort ſpirituel , foûpirant
depuis quelques mois pour
une jeune Perſonne qui ne trouvoit
pas aisément l'occaſion de
ſe laiſſer voir
obtenu un Rendez- vous. Une
Tante de la Belle s'aviſa d'eſtre
malade à l'extremité dans ce méme
tems. Elle voulut voir ſa Nićce
avant ſa mort On la vint chercher,&
cette rencontre fit manquer
le Rendez- vous. C'eſt le
ſujet de cet Inpromptu.
MADRIGAL.
Mourez, viste, mourez, incommode
Mourante,
Qui faites aujourd'huy manquer vostre
Parente
An Rendez-vous qu'elle avoit pris.
Ev
106 MERCURE
Mourez, & que de vous l'Acheron nous
delivre ;
Vous ne sçauriez mourir ſans avoir veu
Cloris,
Etſans la voir je ne puis vivre.
Parlez de bonne -foy n'avez - vous pas
grandtort ?
Eftoit-il besoin,je vous prie,
Que les plaisirs de vostre mort
Valuſſent tous ceux de ma vie ?
Je vous appris il y a un an
que Mademoiſelle de Meniers,
Fille d'Honneur de Madame , avoit
épousé Monfieur le Duc de
Villars. J'ay à vous dire aujourd'huy
qu'elle est déja Veuve.
Ce Duc eſt mort à la Mote ,belle
& grande Terre dans le Nivernois.
Il s'appelloit Loüis- François
de Brancas , & eſtoit Frere
deMr le Comtede Brancas,Che.
valier d'Honneur de la Reyne
Mere du Roy, tous deux Fils de
Georges de Brancas Ducde Villars,
GALANT.
107
lars ,& de Julie- Hippolite d'Eftrées
, Soeur du Duc & Marefchal
de ce nom , mort depuis
quelques années .La Veuve qu'il
laiſſe eſt Fille de Mr le Marquis
de Meniers, & eſtoit ſa troiſiéme
Femme. Il n'eut point d'Enfans
de la premiere qui estoit de la
Maiſon de Lenoncour , & en a
eu pluſieurs de la ſeconde , qui
fut Soeur de Monfieur Girard,
Procureur General de la Chambre
des Comptes de Paris. Il eut
une Soeur qui épouſa Monfieur
le Marquis d'Ampus,& qui a fait
en ſon temps une figure tresconfiderable
parmy les plus belles
Perſonnes de la Cour. Je n'oferois
preſque vous faire ſouvenir
qu'elle fut Mere de Madame
de Caſtelane ,qui a eſté depuis la
malheureuſe Madame de Gage.
La Maiſon de Brancas , ou
comme
108 MERCURE
comme diſent les Italiens, Brancaccio
, eſt tres - ancienne , &
des plus illuſtres , ſoit en France,
ſoit dans le Royaume de Naples
, où elle compte de grands
&habiles Cardinaux , & de fort
celebres Capitaines. La Branche
qui s'en eſt étenduë icy n'a
pas moins brillé , & l'Histoire
ne laiſſera jamais oublier les belles
& importantes actions du
Duc de Villars , qui fut Admiral
de France. Il eut pour Mere
, ou pour Femme , une Soeur
du Pere Ange de Joyeuſe. C'eſt
une alliance aſſez remarquable
dans cette Maiſon .
La mort de ce dernier Duc
eſt arrivée le quatrième de ce
Mois , & a eſté ſuivie de celle
deMr Choart Maître des Compres
, âgé de quatre- vingts deux
ans . Ce dernier a eſté enterré
aux
GALANT.
109
aux Chartreux dans le Cimetićre
des Religieux. Il n'eſtoit point
marié, & entr'autres Legs pieux,
il a laiſſe quatre-vingts mille livres
aux Enfans trouvez . MonſieurRobert
l'Intendant,& Mefſieurs
ſes Freres , ſont ſes Heritiers.
19
: Le Barreau a perdu Monfieur
Abraham, dans ce meſme temps.
Il eſtoit Prieur de Beaudieu en
Bretagne , tres- ancien Avocat,
&un des premiers de ſa Profeffion.
On le confultoit de tous
côtez , & fon avis eſtoit toûjours
d'un grand poids.
La Reyne, qui donne tous les
joursde nouvelles marques de fa
pieté , a paſſé le jour de la Feſte
de Sainte Thereſe, dans le Convent
des Carmelites de laRuëdu
Bouloy. Monfieur l'Abbé Guéton
, qui a du ſçavoir, du feu, &
l'expreſ
110 MERCURE
l'expreſſion auffi aiſée que l'eſpric
éclairé & délicat , fit le Panégyrique
de cette Sainte . Il s'en acquita
avec une entiere fatisfaction
de Sa Majeſté, &de toutes
les Perſonnes de ſa Cour qui
eſtoient en fort grand nombre.
Le Compliment qu'il fit à la
Reyne , roula ſur l'eſprit de paix
qu'elle poſſedoit. Il fit connoiſtre
que cette grande Princeſſe n'en
avoit pas eſté ſeulement le lien
par ſon Mariage, mais que nous
avions ſujet de croire qu'elle en
eſtoit encor l'organe , & que la
France n'eſtoit pas moins redevable
à ſes prieres , de la Paix
dont elle joüit aujourd'huy, que
les autres Royaumes le font à
LOUIS LE GRAND , de l'avoir
genéreuſement donnée à toute
l'Europe. Ce compliment fut
trouvé d'autant plus juſte , qu'il
avoit
GALANT. 111
avoit pour fondement une verité
que le Roy a publiée le premier
, que fi la Paix eſtoit deuë
aux avantageux ſuccés de ſes Armes,
le ſuccés de ſes Armes eſtoit
deû aux prieres de la Reyne.
Il s'eſt fait un mariage le neuviéme
de ce Mois , entre deux
Perſonnes qui vous doivent être
connuës . Pluſieurs de mes Lettres
vous ont inſtruite du mérite
de Monfieur de Monthelon , fameux
par ſes Plaidoyers, & par
quantité de beaux Ouvrages
qu'il nous a laiſſez. Monfieur de
Monthelon fon Fils Conſeiller
au Grand Confeil , qui ſoutient
avec tantde gloire le rang qu'il
a dans cette grande & illuftre
Compagnie , quoy que dans un
âge peu avancé , épouſa Mademoiſellede
laGuillaumie le jour
que je viens de vous marquer.
C'eſt
112 MERCURE
C'eſt un Couple parfaitement
aſſorty. Le Marié eſt bien fait , a
l'eſprit vif & fort poſé tout enſemble,
le raiſonnement ſolide,&
tant de lumieres ſur toutes choſes,
qu'on peut eſperer de le voir
un jour dans les plus beaux Emplois
de la Robe. La Mariée eſt
auffi agreable que ſpirituelle,parle
fort juſte , joüe du Claveſſin
auſſibien que Fille de Frace,dance
de meſme , & fçait tres-bien
la Muſique. Son humeur douce,
civile,& honneſte, la fait aimer
de tous ceux qui la connoiſſent.
Elle eſt Fille de Monfieur de la
Guillaumie ,Secretaire & Greffier
du Confeil , & proche parente
desilluſtres Meſſieurs Lallemad.
Madame de la Guillaumie ſa Me.
re , & Madame d'Epinville ſa
Tante, Femme de Monfieur d'Epinville
Conſeiller au Grand
Con
GALANT.
113
Conſeil , estoient Filles de Monfieur
Lallemand Maistre des Requeſtes
, qui a rendu de fi confiderables
ſervices à l'Estat , &
principalement dans la Commifſion
qui luy fut donnée pour la
Chambre de Justice. Il eut pour
Frere le Pere Lallemand Jefuite,
qui a fouffert le martyre chez
les Iroquois.
Le mérite des deux Mariez
dont je vous parle , donne lieu
de croire que leur union fera
fort heureuſe . Cependant , fi
l'on s'en rapporte à beaucoup
de Gens, il ne faut ſouvent que
ſe marier pour faire ceſſer la
paffion la plus violente. On l'a
vû par mille épreuves , & vous
l'allez voir encor par la Nouvelle
qui fuit. Le ſtile en eſt particulier,
mais fort agreable . Ne me
demandez point de qui elle eſt .
Je
114
MERCURE
(
Je n'en ſçais que ce que m'a appris
le Billet que je vous envoye.
Il accompagnoit ce galant Onvrage
, & eſtoit conçeu en ces
termes.
I
Lne reste plus rien à defirer au
Mercure , fi ce n'est que les Dames
veüillent bien que leur Ouvrages
y paroiffent plus souvent qu'on
ne lesyvoit. Ilferoit mesme àsouhaiterpourſa
gloire , qu'il n'y en
euftjamais d'autres . Perſonne apres
cela neſe hazarderoit plus à luy
contester le titre de Mercure Galant
, puis que ce seroit des Dames
qu'il le recevroit. C'est une entrepriſe
digne du beau Sexe. Les Gens
ne font galans que par luy, les Livres
ne leſeroient non plus que par
luy. Galanterie du monde, galanterie
du Mercure , tout dépendroit
des Dames. Hors du MercureGa
lant,
GALAN T.
115
-lant , point de galanterie. Il ne
feroit plus permis de porter le nom
de galant fans leur aven , & elles
pourroient ordonner de groſſes amendes
contre ceux qui le prondroient
fans leur approbation. Si
toutes estoient faites comme celle
dont je vous envoye l'Ouvrage qui
fuit, lefuccezn'enseroit point aſſurement
douteux. C'est une Personne
fort spirituelle. La conversation
en est enjoñée , le tour de l'esprit
agreable &fin,& l'expreſſion tou
te de feu. Vous connoistreztout celapar
cet Ouvrage,& vousjugerez
Sans doute , que je ne me trompe
pas. Vous m'en croirez donc furma
parole , s'il vous plaiſt , quand je
vous diray qu'elle est auſſi aimable
que fpirituelle. Le Public mc per.
mettra de n'en pas dire davantage.
Des proclamations de beauté
d'une Dame ne font pas quelque-
13 fois
116 MERCURE
fois trop agreables dans la ſuite à
ceux qui les font d'abord avec plai.
fir. Comme l'esprit eft plus difficile
à reconnoistre , j'en parle avec plus
de liberté. le voudrois bien nean .
moins en prendre davantage, pour
vousfaire conoître tout ce que vaut
cette charmante Perſonne ; mais
puis que pour de plus grands Guvrages,
elle emprunte le nom d'autruy
, & qu'elle veut bien qu'on se
faſſe honneur de ce qui luy appartient
, je dois imiterſa modestie en
vous parlant d'elle.
************
ΖΕΝΟΒΙΝ ,
NOUVELLE.
Ar grands vols
PAYreux ,
&Succez heu-
Zenobin devenu redoutable ſur l'onde,
Ne crûtfon nom affez fameux ,
S'il
GALANT. 117
S'il ne faisoit trembler tous les Marys
dumonde.
Plaisante estoit la réſolution ,
Mais l'entrepriſe dangereaſe ;
PiraterSur Mer amoureuse ,
Seroit pourtant douce occupation ,
Si cette Mer estoit moins orageuse.
Cependant quoy qu'on ait tâché
D'effrayer quelque coeur par maint
maint naufrage
Qu'a fait maint autre coeur , aucun n'en
estplusſage.
Discours tant eloquent perſonne n'a tonché,
Ainsi perdre ſon coeur n'est unfort grand
dommage,
Etqui n'y perd rien davantage,
En est quite àfort bon marché.
Mais revenons à noſtre histoire ,
Laiſſons- là le raisonnement .
Un jour voguoit sur l'onde arrogamment
Un Vaisseau de triste memoire ;
Il s'arreste en un lieu qu'on diſoit se
nominer
L'Isle de Chypre, où Vénus reverée
Fait qu'à douze ans les coeurs ont droit de
s'enflamer.
Tres
118 MERCURE
Tres-vaste est maintenant cette belle
Contrée,
Mesmepuis qu'en tous lieux tous coeurs
Sçavent aimer ,
therée;
On peut nommer tous Lieux l'Ile de Cy-
C'est de peur de méprife auſſi que franchement
T'en ay donné lenom à se Païs aimable,
Ouchaque Belle avoit Amant ,
Et chaque Amant, Belle traitable.
Croiroit- on qu'en lieu si charmant
Serencontrast un Maryſeulement?
S'en rencontra pourtant un ſeul que l'Hymenée
Faiſoitgémirdans ces lieux.
Amesmepeine estoit la Fême condamnée;
D'Hymen, & non d' Amour, ils tenoient
tous leurs biens ;
Auſſiplusd'une nuit leurparut uneannée;
Tous deux s'estoient aimez pendant affez
long-temps,
L'Amourſeul avoit fait leurs plus cheres
delices ,
Maispar je ne sçay quels caprices,
Ils crûrent que l' Hymen les rendroit plus
contens.
Hymen leur offre sſesſervices ;
1 Rendre
GALAN T.
119
Rendre ſervice aux Gens n'est pourtant
Sonmestier;
C'estun contretemps quand on s'aime,
Que devouloirſe marier ;
Auſſi bien- tost apres leur chagrin fuft extréme.
en
retira, HEOD
ménager
Un mois passé , l'Amour ſer
Il s'ennuyoit d'estre
Lefroid Hymen ſeul demeura.
Que mariage est lors choſe importune,
Quand on en est unefou à ce point!
Lemeilleur est chercher ailleursfortune:
Aufſi nos Epousez en cherchoient - ils
quelqu'une ,
Mais chacun avoit fa chacune,
Fortune nese trouvoit point.
Arriva Zénobin dans cette conjoncture ,
Galante avanture il cherchost.
Il voit l' Epouse, & l'Epouſe levoit,
Qui cherchoit galante avanture.
C'estoit affez pour la corclure ;
Un je vous aime dit , un je vous aime
auſſi ,
Fait toute la cerémonie.
Dans peu soupirs ont réüſſi,
Amour est augmenté, pudeur est affoiblie,
Teste-à-teste fe cherche en leur tendre
Soucy ,
Teste120
MERCURE
Teste-à- teste finit ainfi.
Par un tranquille ſoin preſſé d'amour
ardente,
Zenobinfort desa Maiſonflotante ,
Et le coeur agitéde douce paffion,
Court, voleà douce occafion.
Comme il contaſes feux , je ne sçaurois
ledire ,
Le bien & mal d'amour j'ay toûjours
ignoré;
১
Sçaurois-je ce qu'on dit , quand par fois
on Soupire ,
Moy qui n'ay jamais soupiré ?
Toûjours il est certain que la nuit ils
pafférent
Enſemblement,meſme avec quelque émoy,
Et que les Dieux ils offencérent,
Quimirent tout en defarroy .
( Dieux froids s'entend ) sar Dieux galans
en rirent,
Teste-à- testes pour eux ne font griefs
pechez,
Mais Eole & Neptune en furent fi
fachez,
Que de vanger l'Hymen groſſe affaireſe
firent ,
attachez )
(Dieux pourtant à l'Hymen nesont trop
Tout
GALANT. 121
Tout tremblefur la Mer , tout tremble
Sur laTerre,
Laflâme des Eclairsfait un horriblejour.
Et pour les Elémens c'est un sujet de
guerre,
Que de voir deux Amans en paix avec
l'Amour.
Le malheureux Vaiſſeau tout brisé de
l'orage,
Resiste envainà ces Dieux mutinez,
Impitoyablement à ſa perte acharnez ;
En un moment il fait naufrage.
Zénobin revient cependant,
Il voit le Nautonnier pâle encor ,
tremblant ,
ن م
Qui s'est sauvé sur le rivage,
Entendſans s'émouvoirſon funeste recit.
Il aprend fans chagrin la perte qu'il a
faite,
Etdes plaisirs paſſezſon ame satisfaite,
Pour un moment l'en garantit ;
Cettedouce pensée s'est bientot affoiblie,
Dansfon Vaisseau s'est perdu toutson
bien.
Unplaisir qui n'est plw, facilement s'oublie;
Quand grand mal est préſent,plaisir paſſsé
n'est rien ;
Octobre 1679 . F
122 MERCURE
Mais laiſſons- le pester , en laiſſant la
Morale,
Voyons un mal plaiſant naistre d'un triſtemal.
Portrait s'estoit donnépar Dame liberale
En attendant l'Original ;
Ce petit mal cauſa ſeul grand scandale,
Card'un petit peché c'est l'ordinairefort.
Le grand fait esquiver l'indiscrete lumiere;
Sombre nuit, filence , mistere,
Tout se trouve avec luy d'accord.
Petitpechétout au contraire ,
Sedécouvre presque d'abord ;
Il est bien peu de Gens qui vouluſſent en
faire.
Or ce Portrait donné , dans la Mer
fut perdu ,
Et quelque temps apres par la Mer
fut rendu.
Le Peuple accourt,il croit que la Déeffe
Quifait languir Hommes & Dieux,
Pour luy témoignerſa tendreſſe,
Donne fon Portrait à ces lieux.
Onle porte à son Temple en magnifique
Mille voeux en paſſant le Portrait recepompe,
voit ,
Vénus
GALANT.
123
Vénus estoit chérie , & chacun accouroit;
LeMary vient auſſi , qui certes nes'y
trompe.
Il conçeut aufſſi-tost un soupçon violent ,
Que ce Portrait tant adorable
Avoit passé par les mains d'un Galant,
Car les Mary's ont beaucoup de talent
Pour fentir un malheur ſemblable.
Oh, oh , dit- il , Déeſſe au coeur plein
d'amitié ,
(Car ce Portrait icy vous marque affez
humaine,)
L'Hymen vous déplaiſoit , & vous
aviez pitié
Qu'un coeur comme le voſtre euſttotjours
meſme chaîne ;
A trouver une autre Moitié
Vous n'avez pas eſté long-temps en
Zénobin par hazard se trouvant pres de
peine.
luy ,
Luy dit pour flaterſon ennuy ;
Cher Amy, lors qu'on a chez ſoy telle
Déelle ,
Il ne faut point eſtre jaloux ,
Si chacun à l'envy s'empreſſe,
Fij
124
MERCURE
Quand noſtre encens pour elle
ceffe ,
A luy rendre hommage pour
nous.
On dira toûjours que la plûpart
des Marys ſe laſſent d'aimer
leurs Femmes , & on ne laiſſera
pas toûjours de ſe faire un bonheur
du Mariage. Monfieur le
Marquis de Puſignan Argini , ne
peut que s'en eſtre fait un fort
grand , d'avoir épousé Mademoiſelle
de S.Jullin, un des plus
confiderables Partis du Dauphiné
. Sa naiſſance , ſes biens , &
les charmes de fa Perſonne, faifoient
grand éclat dans la Province.
C'eſt une fort belle Brune
, qui a l'air grand & de qualité
, & que ſa vertu & ſa conduite
ne rendent pas moins
eſtimable , que la douceur ſpirituelle
qui accompagne tout
ce
GALANT.
125
ce qu'elle fait. Elle eſt Fille de
Monfieur de S. Jullin , Preſident
à Mortier , Baron de la Queville
, & Seigneur de dix ou
douze des plus belles Terres
du Dauphiné . Il y a peu de
Genies dans le Royaume auffi
élevez que celuy de ce Préſident.
Il eſt de l'illuſtre Maifon
de la Poipe S. Jullin , une
des plus confiderables de tout
le Païs. Elle eſt diviſée en trois
Branches qui portent le Nom&
les Armes de la Poipe depuis
pluſieurs Siecles avec une égale
gloire. L'une eſt celle de Monfieur
le Comte de Serrieres Baron
de Courfan , Beaufrere de
Monfieur le Marquis de Viricu
Saint André , Premier Préſident
au Parlement de Grenoble;
l'autre eſt celle de Monfieur
le Marquis de Vertrieu, dont il y
Fij
126 MERCURE
a un Chanoine & Comte de
Lyon ; & la derniere , celle de
Mr le Comte de S. Jullin , Seigneur
de la Ville & Ifle de Cremieu,
Homme de mérite , & de
valeur, qui ne s'eſt point marié,
& qui eſt l'aîné du Preſident à
Mortier. Monfieur de Puſignan
Argini nouveau marié, eſt Lieutenant
Colonel du Régiment du
Pleffis , & Heritier des grands
biens de feu Monfieur le Marquis
de Puſignan fon Oncle maternel,
autrefois Chefdu Vol du
Milan chez leRoy.Il eſt fort bien
fait de ſa perſonne , d'une grande
réputation dans les Troupes
où il ſert depuis dix ou douze
ans , avec beaucoup d'affiduité
& d'honneur , eſtant parvenu
par ſon mérite à la teſte duRégiment
du Pleſſis,quoy qu'il n'aye
guére plus de 30 ans. LaMaifon
GALANT. 127
ſon d'Argini eſt du Beaujolois.
Monfieur le Marquis d'Argini
Frere aîné du Marié, eſt prefentement
Chef du Vol du Milan.
Il a eu cette Charge pour fon
Partage, & le Cadet vingt mille
livres de rente en belles Terres
,& cinquante mille écus argent
comptant, àcondition qu'il
prendra le Nom & les Armes de
Pufignan. Sa Mere eſtoit Soeur
du feu Marquis de Pufignan
mort ſans Enfans . Cette Maiſon
eſt du Dauphiné. Il n'en reſte
plus que Monsieur le Commandeur
de Pufignan .
Ce Mariage s'eſt fait le huitiéme
de ce Mois avecbeaucoup
demagnificence,chez Monfieur
le Comte de Saint Jullin dans la
Ville de Cremieu. Elle eft à cinq
lieuës de Lyon , & à dix de Grenoble.
Il y a dequoy y faire toû-
Fiiij
128 MERCURE
jours une tres - belle Affemblée
, puis qu'elle eſt le ſejour
ordinaire de pluſieurs Gentils.
hommes des plus qualifiez de la
Province.
On eſt ſi ſouvent trompé par
les apparences, que les Sages n'y
doivent jamais affeoir aucun jugement.
Ce que vous avez lû au
commencement de cette Lettre
en eſt une marque. Je pouſſe la
choſe plus loin, & prétens qu'il
ne faut pas toûjours croire ce
qu'on voit. En voicy la preuve.
Une fort agreable Demoiſelle,
mariée depuis un an, faiſoit le
charmede tout ce qu'il y avoit
d'honneſtes Gens dans une des
meilleures Villes du Royaume.
Elle eſtoit toute aimable dans
ſes manieres , avoit un enjoiement
d'humeur admirable ; &
comme ſon Mary luy donnoit
beau
GALANT. 129
beaucoup de liberté , elle ne
manquoit jamais de compagnie.
Le Jeu , la Promenade, le Bal, les
Feſtes galantes , elle estoit de
tout. Grand nombre de Soûpirans.
Onluy diſoit qu'on l'aimoit.
Elle témoignoit en ſçavoir bon
gré,& aucune tendredéclaration
ne l'embarafſoit. Cependant ',
point de particulier avec elle.
Tout le monde étoit reçeu à tour
heure, & fi on vouloit eſtre des
ſes Amis ou de ſes Amans ( car
le mot d'amour ne l'effrayoit
pas ) il falloit qu'on s'accommodaft
du general . Les plus amoureux
redoubloient leurs foins
fur l'eſperance qu'ils avoient au
temps . Leur regards parloiene
quand trop de témoins les empeſchoient
de s'expliquer autrement,
& elle en avoit de flateurs
qui leur faiſant croire qu'on les
Fv
130 MERCURE
entendoit, fervoit d'amorce à les
retenir. Ainſi ſa Cour eſtoit toûjours
groſſe.Elle ne rebutoit perſonne
, & ce genre aifé de vie
la contentoit d'autant plus, que
fon Mary eſtant de ſa confidence
, entroit de part dans le
plaiſir qu'elle en recevoit. Sa facilité
à tout écouter ne laiffoit
pas de luy attirer quelques mé
diſances. Beaucoup diſoient qu'-
on ne preſtoit pas l'oreille ſi volontiers
, qu'on n'euſt deſſein
d'engager le coeur , & de longs
chapitres de Morale luy eſtoient
faits là- deſſus , par une Amic
d'un caractere entiérement opposé
au fien. C'eſtoit une Femme
d'un dehors ſévere,bié faite,
quoy qu'un peu âgée , mais qui
regardant avec des yeuxde pitié
toutes celles qui ſe laiſſoient
ſoupçonner d'intrigue affe-
Etoit
GALANT. 131
toit une ſcrupuleuſe régularité
, qui oſtoit la parole aux plus
enjoüez . Il n'y avoit point moyen
de rire avec elle . C'eſtoit
un ſérieux éternel. La moindre
converſation galante la rendoit
muette. Elle fuyoit toutes les
Parties agreables , & le nom de
Prude ſembloit luy tenir lieu de
tous les plaiſirs . Elle n'y eſtoit
pas pourtant inſenſible , & toute
reſervée qu'elle vouloit qu'-
on la cruft , elle avoit ſes heures
qu'elle ménageoit adroitement,
mais par une maxime qui
trouve ſes partiſans cõme beaucoup
d'autres . Elle eſtoit perfuadée
qu'il n'y avoit que l'éclat
qui fit le crime , & en effet les
apparences de vertu luy plaifoientbeaucoup
plus que la vertu
même. Un fort galant Homme
luy avoit touché le coeur. L'in
trigue
132 MERCURE
trigue eſtoit forte , & les rendezvous
tellement cachez , qu'on
ne croyoit pas meſme qu'il la
connuſt . Comme le hazard ſe
mefle de tout, une rencontre impréveuë
donna à la Belle certaines
lumieres qui la détrőpérent
fort de cette Amie. Elle ſçeut le
particulier de fon commerce, &
ſe laſſant d'en recevoir à toute
heure d'incommodes remontrances
de pruderie , apres luy
avoit dit pluſieurs fois qu'elle
aimoit mieux faire un peu d'éclat
par les fréquentes viſites de ſes
Amis que de n'en voir qu'un
ſeul à petit bruit,elle luy marqua
enfin un jour qu'elle eſtoit inſtruite
de ſes affaires .Ce fut affez
pour la rendre ſon Ennemie.
La fauſſe Prude ne pût luy pardonner
d'avoir appris ſon ſecret .
Elle réſolut de s'en vanger,& un
1
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C
GALANT.
133
ſentiment de haine s'eſtant joint
à la jaloufie qui eſt naturelle aux
Femmes , & meſme entre les
meilleures Amies , elle mit tout
en uſage pour nuire à la Belle.Ce
ne fut pas pourtat une guerre ou.
verte. Elle diffimula pour mieux
réuffir , & ayant inutilement taché
de faire prendre des ſoupçons
à ſon Mary, elle s'appliqua
plus particulierement à obſerver
ſa conduite. Soit qu'elle en jugeaſt
par elle- meſme ; ſoit que
les manieres flateuſes de la Belle
luy euſſent dōné des impreffions
deſavantageuſes de ſa vertu ,
elle s'eſtoit mis en teſte que ſes
intrigues ne ſe bornoient point
à des paroles , & voulant qu'il
y euſt quelque Amant favoriſe
, elle vit ſon Amie plus que
jamais pour trouver l'occafion
de penetrer ſon ſecret. La porte
134
MERCURE
te luy eſtoit ouverte à tous momens
, & ne voyant ny teſte àteſte
affecté , ny correſpondance
particuliere , elle commençoit à
deſeſperer de ſon entrepriſe,
quad un incidet des plus bizarres
luy fit goûter la joye d'un entier
triomphe . Le Mary eſtoit party
le matin pour deux ou trois jours .
La Prude entra l'apresdînée chez
la Belle , & ne trouvant ny Servante
, ny Laquais à qui parler,
elle alla juſqu'à ſa Chabre .La Por.
te en eſtoit fermée, & il n'y avoit
point de clef. Elle s'arreſta ſans
y fraper, parce qu'elle cherchoit
à la furprendre.Elle écouta quelque
temps , & n'entendit rien,
& ce filence luy ayant fait croire
d'abord qu'il n'y avoit perſonne
dans cette Chambre , elle
s'aviſa de s'en vouloir éclaircir
en regardant par le trou de la
Serru
GALANT.
135
Serrure. Cette ouverture donnoitſur
un cêté du lit de la Belle.
Quel agreable ſpectacle pour la
fauſſe Prude ! Les rideaux du lit
eſtoient ouverts , & elle vit fon
Amie couchée entre deux draps,
dormant la teſte tournée vers la
Porte. Aupres d'elle, mais le viſage
tourné de l'autre coſté , il y
avoit une autre Perſonne qui
dormoit auſſi avec un Bonnet de
nuit d'Homme ſur la teſte. Ce
Bonnet aupres d'une Coife , luy
parut de la plus étroite amitié du
monde. Elle s'applaudit d'avoir
enfin découvert que ſon Amie
avoit un Galant. Il ne s'agiffoit
plus pour l'achevement de ſa
joye,que detrouver moyen de le
voir au nez . L'occaſion luy ſembloit
bien priſe. Le Mary eſtoit
pour trois jours à la campagne,&
• ſon abſence oſtoit le peril du ren
dez136
MERCURE
dez - vous. Elle penſoit peuteſtre
de plaiſantes choſes ſur les
Amans endormis,quand elle entendit
monter quelqu'un. Rien
ne pouvoit arriver plus à propos.
Il luy falloit des Témoins
pour faire éclater le commerce
de la Belle , & on luy épargnoit
la peine d'en aller chercher.
Celuy qui montoit eſtoit le plus
important. Elle n'en pouvoit
ſouhaiter aucun qui luy donnaſt
plus de joye. C'eſtoit le
Mary. Il avoit eu avis en chemin
que ceux qu'il alloit chercher
eſtoient en voyage. D'abord
qu'elle l'apperçeut, elle décendit
cinq ou fix degrez , & le
prenant par la main comme ſi
elle euſt voulu le mener ailleurs,
elle luy fit entendre en termes
malicieux , qu'elle luy rendoit
un fort bon office . Sa voix baffe,
un
1
GALANT. 137
un je- ne-ſçay quel trouble affeté
, & un empreſſement extraordinaire
à demander qu'il ne
montaſt point , luy en firent naître
plus d'envie. La Dame feignit
encor quelque temps de le
vouloir arreſter , & remontant
enfin avec luy , elle le pria de
regarder ſeulement par le trou
de la Serrure , adjouſtant qu'il
y avoit des chofes qu'un honneſte
Homme devoit ſouvent
ignorer , & qu'elle luy promettoit
de ne rien dire. Le Mary
plus embaraffé par ces dernieres
paroles , s'approcha de la Porte
pour s'éclaircir , & le Bonnet
d'Homme qu'il apperçeut fut
pour luy la conviction d'un malheur
qu'il croyoit n'avoir aucun
lieu d'apprehender. L'honneſteté
qu'il avoit euë pour ſa Femme,
la tendreſſe qu'elle luy avoit
τοῦ
138 MERCURE
toûjours témoignée , & la confidence
des douceurs qu'on luy
contoit , qu'elle n'avoit pû luy
faire que l'ébloüir , eſtoient des
circonstances cruelles qui augmentoient
la noirceur de la perfidie.
La fureur le prit. Il voulut
que la Dame fuſt témoin de la
vangeance qu'il méditoit , comme
elle l'eſtoit de ſa honte. Ce
fur alors qu'elle tâcha tout de bo
de le retenir;quoy qu'elle ne fuft
pas fâchée qu'il euſt veu la choſe
, elle n'aimoit pas le ſang , &
comme il tenoit ſes Piſtolets ( il
les apportoit pour les renfermer)
elle eut peur qu'il ne la déſiſt
d'une Amie qu'elle ſouhaitoit
vivante , pour avoir l'avantage
d'en triompher. Elle eut pourtant
beau vouloir le porter à
eſtre Mary pacifique. Il n'écouta
rien , & donnant des pieds contre
GALANT.
139
tre la Porte avec une violence
qui ne ſe peut concevoir, il l'enfonça
dés les premiers coups. La
Belle que ce grand bruit éveilla,
ne pouvoit comprendre cequ'elle
voyoit. Son Mary avoit l'air
d'un Furieux , & elle jugeoit aifément
qu'il ne s'emportoit pas
ainſi ſans ſujet. Cependant la
fauſſe Prude s'eſtoit jettée ſur
ſes Pistolets , & il cherchoit à ſe
debaraffer de ſes mains pour aller
oſter la vie à celuy qui luy
raviſſoit l'honneur, quand ayant
jetté les yeux fur ce pretendu
Galant , il reconnut la Soeur de
ſa Femme. Elle estoit venuë pafſer
l'apresdînée avec elle au retour
d'un voyage de deux mois ;
&comme elles s'aimoient cherement
, & qu'elles ne s'eſtoient
point veuës depuis fort longtemps
, l'envie de s'entretenir
en
140 MERCURE
en liberté de cent choſes , les
avoit fait s'enfermer, avec ordre
en bas de dire à ceux qui viendroient
, qu'on eſtoit en Ville.
La fauſſe Prude avoit malheu
reuſement trouvé la Porte ouverte
, & eftoit montée en haut'
fans rencontrer aucun Domeftique.
Il faifoit fort chaud. On
ſçait que la chaleur a eſté exceffive
pendant tout l'Eté ,& ce
que je vous dis eſt arrivé il y a
trois mois. La Belle qui ne vouloit
voir perſonne , s'eſtoit miſe
au Lit pour ſe rafraîchir,& avoit
obligé fa Cadete d'en faire autant.
Cette Cadete eſtoit d'une
humeur fort gaye. Le Bonnet
du Mary qui estoit demeuré ſur
la Toilete , luy avoit paru affez
propre , & elle l'avoit mis ſur ſa
teſte en badinant ,
comme devant
faire le Mary de ſa Soeur le
refte
GALAN Τ. 141
L
reſte du jour. Les deux Belles,
apres avoir dit mille folies , s'étoient
inſenſiblement laiſſe furprendre
au fommeil , & ce fut
dans cet état que l'infidelle Amie
les découvrir. Elle eſtoit
cauſe de tout le deſordre. Sans
l'empreſſement malicieux qu'elle
témoigna avoir de retenir le
Mary , il euſt frapé à la Porte
de la Chambre, & les deux Belles
auroient parlé. Jamais douleur
ne luy avoit eſté ſi ſenſible.
Il en gouſta mieux la joye , de
trouver ſa Femme auſſi vertueuſe
qu'il l'avoit cruë. Les tendres
manieres dont il ſe ſervit pour
obtenir le pardon de fon outrageant
emportement , furent la
choſe du monde la plus tou
chante. Il luy apprit par quelle
ſurpriſe il avoit eſté contraint
d'en croire ſes yeux , au preju-
:
dice
142 MERCURE
dice des marques de fidelité &
d'amour qu'il en avoit toûjours
reçeuës ; & comme il ne pût ſe
juſtifier ſans l'inſtruire du procedéde
la fauſſe Prude , la Belle
ne garda plus aucune meſure avec
elle . Juſque- là elle s'eſtoit
contentée de luy faire connoître
en termes couverts ,qu'elle eſtoit
informée de ſes intrigues . Il luy
fut impoſſible de ſo retenir davantage.
Elle dit tout , nomma
fon Galant, marqua le lieu où les
entreveuës ſe faisoient , & mit
la Prude dans une telle rage contr'elle
, qu'elle fortit auſſi furieuſe
que le Mary eſtoit entré , apres
avoir enfoncé la Porte. Leur ini .
mitié a fait grand éclat. Elle aura
peut- eſtre des ſuites , je vous les
feray ſçavoir dans le temps.
Je vous fais encor preſent de
quelques Médailles. Vous les
aimez,
GALAN T. 143
- aimez , & je croy que vous me
ferez obligée d'avoir fait graver
pour vous celles que vous trouverez
dans cette Planche .
La premiere eſt faite pour la
jonction des deux Mers. Elle repreſente
le Roy avec un Trident.
Le Revers marqué II. eſt
un Neptune armé de ſon Trident
, & porté dans ſa Conque
de Nacre ſur les deux Mers qu'il
vient d'unir , & à l'union defquelles
il ſemble encor travailler.
Ily a ces mots Latins fur ce
Revers , Νουum decus additur orbi.
Il ſe fait tant de merveilles
ſous le Regne de Loüis LE
GRAND , qu'on peut dire de
luy avec beaucoup de juſtice,
qu'il adjoûte de nouvelles beautez
à l'Univers .
La ſeconde qui vous eſt marquée
par le chifre III. vous fait
voir
144
MERCURE
voir le Roy armé.Il eſt à cheval,
ayant le Bâton de Commandant
à la main, & donnant des ordres
à une Armée qui ſe voit dans le
lointain . Dans le Revers chifre
IV. on voit un Mars l'Epée à la
main , qui a un pied poſe ſur un
Lyon terrafle , & l'autre fur la
Rebellion qu'il renverſe. La Religion
paroiſt dans les niées,
avec ces paroles , Quis contranos?
Cette Médaille a eſté faite à Rome
par Hameranus ,, car il n'y a
point d'Etrangers qui ne partagent
avec les François le ſoin de
loüer nôtre Grand Monarque.
Le chifre V. marque la troifiéme
de ces Médailles. Elle repreſente
le Roy d'Angleterre.
Peut - eſtre aura - t - on d'abord
quelque peine à trouver qu'elle
reſſemble à ce Prince
, parce
qu'on n'eſt pas accoûtumé à le
voir
GALANT.
145
voir fans Perruque , & le viſage
tourne de porfil ; mais du
moins la graveure qu'on a tirée
reſſemble parfaitement à la
Medaille. Le Revers qui eſt
marqué VI. vous montre une
Divinité aſſiſe, tenantd'une main
un Livre ouvert , fur lequel eſt
écrit ce mot, Fides , & de l'autre
une Corne d'abondance & une
Epée. On lit ce mot à ſes pieds,
Libertas. Autour du meſme Revers
, il y a ces autres mots, Fidei
defenfori , Religionis reformata
Protectori. Ils font connoiſtre
combien les Peuples ſont
perfuadez du ſoin que prend
le Roy d'Angleterre de maintenir
la Religion Anglicane. Je
ne ſçay s'il a fait conſtruire des
Vaiſleauxd'une maniere nouvelle
, & fait battre quelque Monnoye
particuliere qui ait donné
Octobre 1679 . G
A
146 MERCURE
lieu à ces paroles qu'on a gravées
autour de l'épaiſſeur des
bords de cette Médaille , Architectura
Navalis & Moneta Inftauratori.
C'eſt au chifre VII.
La derniere & quatriémeMédaille
repreſente Catherine de
Portugal Reyne d'Angleterre,
dans la face droite marquée VIII.
Et dans le Revers,où l'on voit le
chifre IX. eſt ſa Patronne Sainte
Catherine , avec ces mots qui
conviennent à la Sainte & à la
Princeſſe , Pietate infignis . Perſanne
n'ignore combien la Reyne
d'Angleterre s'eſt renduë illuſtre
par ſa Pieté.
Je vous appris il y a trois ou
quatre Mois que Mr de Varangeville
eſtoit arrivé à Veniſe, où
il a eſté envoyé en Ambaſſade.
Il faut vous dire aujourd'huy avec
quelle magnificence il y a
fait
GALANT. 147
fait ſon Entrée Publique. Les
particularitez de ce Récit vous
- feront connoiſtre qu'on ne peut
mieux s'entendre à faire les chofes
, & que fi les Ambaſſadeurs
du Roy ont accofitumé de ſe diſtinguer
entoute forte d'occafions
de ceux des autres Couronnes,
par la dépenſe qu'ils font
éclater dans leurs Emplois , il ſeroit
difficilede rien ajoûter à ce
que Mr de Varangeville a fait
pour ſoûtenir dignement l'honneur
de ſon caractere .
Le vingt-cinquiéme du dernier
Mois il partit de ſon Palais
fur les deux heures, pour ſe rendre
à l'Iſle du S. Eſprit , à quatre
milles de Veniſe. Il y a un Convent
de Cordeliers dans cette
Ifle , deſtiné à recevoir les Ambaffadeurs
de France. Mr de Varangeville
y alla avec toute fa
Fij
148 MERCURE
Maiſon , dans fix Gondoles, voguées
chacune par quatreGondoliers
revétus de ſes Livrées . Il
eſtoit accompagné de Monfieur
le Duc de Valentinois , Fils de
Monfieur le Prince de Monaco,
& de Monfieur le Chevalier de
Chavigny , & fuivy de tout ce
qu'il y a de François confiderables
établis en ce Païs-là. Plufieurs
Gentilshommes de l'Etat
Venitien , à qui le Roy a accordé
l'Ordre de S.Michel,& quantité
d'autres qui ſont attachez
d'inclination àla France, étoient
auſſi du Cortege, & tous avoient
des Gondoles à quatre Rames.
Il ne s'eſtoit rien veu juſqu'icy
de ſi riche , ny de ſi brillant que
la premiere de celles de Monfieur
l'Ambaſſadeur. La gloire
du Roy , & ſes grandes qualitez ,
faifoient le ſujet du deſſein de
cette
GALANT. 149
cette Barque,par des Figures qui
repreſentolent la Valeur , la Sageſſe,
les Lumieres, & la Puiſſance
de Sa Majeſté . Elle estoit dorée
juſques à fleur d'eau , & on y
avoit peint en dehors des combats
de Tritons & de Nayades,
contre des Monſtres Marins. Le
deſſus de la Proüe & de la Pouppe
de ce petit Baſtiment , eſtoit
d'une Sculpture où les Ouvriers
s'eſtoient furpaffez. Des branchages
d'où ſortoient des Enfans
tenant d'une main des Couronnes
de Laurier , & de l'autre
, des Sceptres & des Palmes,
faifoient admirer cette Sculpture.
A l'endroit le plus élevé de
la Proüe , on voyoit la Gloire afſiſe
ſur des nuées. Elle estoitappuyée
ſur une Couronne,& portoit
un Brandon de feu.Cette Figure
auroit pû paſſer pour la plus
Giij
150
MERCURE
achevée qui euſt encor paru à
Veniſe, fi celles des quatre coins
de la Caponnere n'cuſſent eſté
également belles. La Caponnese
eſt le lieu où l'on s'affied , &
il eſt à peu pres comme le corps
d'un Carroffe. La premiere des
Figures de ces quatre coins , é
toit un Mars appuyé fierement
fur des Trophées d'Armes ; la
ſeconde , une Minerve , avec
tout ce qui eſt particulier pour
faire connoiſtre cette Déeſſe ; la
troiſième , un Hercule tenant
'Hydre ſous ſes pieds ;&la der.
niere , une Céres chargée de
toutes les choſes qui peuvent
marquer l'Abondance. Les deux
coſtez de la Caponnere eſtoient
deux bandes de Sculpture en
demy-boffe. On voyoit dans l'une
des Eſclaves enchaîner parmy
tout l'Attirail de la Guerre,
&
GALAN T.
ISI
& des Enfans qui ſe joüoient
avec des Fruits ; dans l'autre, les
Travaux d'Hercule, & pluſieurs
Inſtrumens de Muſique & de
Mathématique. Entre chacune
de ces bandes,& ce qui couvroit
le tout en forme d'Impériale , il
y avoit un Ange qui portoit les
Armes du Roy , dont l'Ecuſſon
eſtoit enrichy d'un Cartouche
tres -bien entendu. Cette maniere
d'Imperiale dont je viens de
vous parler, eſtoit une eſpece de
Velours cramoiſy en broderie
or & argent , tant pleine que
vuide,& relevée d'un grad poulce.
Une Campane tres - riche
l'accompagnoit. L'invention en
eſtoit nouvelle. L'Eſtrade , qui
eſt un Tapis qui ſe met ſur le
derriere de la Caponnere , moitié
en dehors , & moitié en dedans
, eſtoit de Velours auſſi
Gij
152 MERCURE
cramoiſy , avec un bord de broderie
ſemblable à celle que je
vous viens de marquer. Aux
quatre coins de l'Eſtrade , il y
avoit des Fleurs de Lys en feüillages
d'une broderie encor plus
relevée. Les deux Couffins qu'on
y avoit mis adoſſez , eftoient de
meſme parure , mais tellement
couverts d'or & d'argent , qu'on
n'en pouvoit diftinguer l'Etofe.
Les Banquetes ou Sieges du dedans
de la Gondole , estoient
auffi couverts de Velours , avec
de la broderie & des franges or
&argent. Le Tapis meſme de
pied n'eſtoit pas moindre que
la Houſſe de ces Sieges. Le
Fer de Proüe qui avoit accoûtumé
d'eſtre uny , eſtoit travaillé
au ciſeau , & avoit la forme
d'un Dragon. Celuy de la Poupe
eſtoit une tige de feüillages
GALANT. 153
& de fleurs croteſques , d'un deffein
tres - recherché ; l'un & l'autre
, d'acier bruny, doré en quelques
endroits.Le reſte de la premiere
Gondole répondoit à cette
magnificence.La ſeconde étoit
de Sculpture dorée ſur un fond
verd. Il n'y avoit rien de plus
agreable que le deſſein , quoy
que ce ne fuffent que de ſimples
ornemens meſlez de Fleurs de
Lys . Ce que je vous ay dit qui
tient lieu d'Imperiale , eſtoit de
Velours verd,avec un bord d'un
pied de large , d'une broderie or
&argent , auffi belle & auffi relevée
que celle de la premiere.
Dans le milieu , il y avoit une
eſpece de Bouquet de Grotefques
, & dans les coins , c'eftoient
des feüillages en iſſuë.
Cela faisoit un tres.bel effet : L'Eſtrade
, les Couffins , les Sieges
Gv
154
MERCURE
& le Tapis de pied,aſſortiſſoient
à la Houffe , & les Fers estoient
des mieux travaillez . La troifiéme
de ces Gondoles eſtoit or &
bleu , à l'exception de la Houſ.
fe qui estoit de Damas noir , &
environnée d'une grande frange
d'or. Les Sieges eſtoient auffi de
Damas comme la Houſſe , avec
de pareilles franges. On avoir
fait une Bordure de feüillages, &
mis au milieu un Chifre couronné
dans un Cartouche , le tout
d'un molet d'or. La quatrième,
qui estoit celle dont Monfieur
l'Ambaſſadeur ſe ſert ordinairement
, eſtoit de Sculpture or &
noir , affortie de Damas noir ,
avec des franges de meſme. Les
deux dernieres eſtoient ſimples
comme celles de la Nobleffe ,
mais des plus belles qu'on ait
coûtume de faire .
Quand
GALANT.
155
Quand Monfieur de Varangeville
arriva au Saint Eſprit,
il trouva au bout du Pont par
où on y aborde , les Religieux
du Convent dont je vous ay déja
parlé. Ils lay firent le Compliment
ordinaire , &le condui,
firent dans leur Egliſe. Il y entra
précedé de tout fon Cortege
, & monta de là à l'Apartement
que la Republique avoit
fait meubler pour le recevoir.
Ce fut là que les Officiers de
Monfieur le Nonce , & les Gentilshommes
des Reſidens,le vinrent
Complimenter au nom de
leurs Maiſtres.Un moment apres
on vint l'avertir que les ſoixante
Sénateurs qui avoient eſté
nommez pour l'aller prendre ,
eſtoient arrivez .Il deſcenditdans
l'Egliſe avec tout fon monde,
&
196 MERCURE
&s'arreſta au milieu de la Nef
pour les attendre. Cependant fes
Gentilshommes les allerent recevoir
hors de la Porte. Monfieur
leChevalier Juſtiniani étoit
à leur teſte en Habit de pourpre
comme eux , à Manches Ducales
. La République l'avoit choiſy
pour eſtre le Chef de tant
d'illuſtres Perſonnes , en confideration
de ſon mérite particulier
, & de l'Ambaffade qu'il a
faite en France. Il s'avança vers
lé lieu où estoit Monfieur l'Ambaſſadeur
, qui marcha vers luy
en meſme temps;& quand ils furent
pres l'un de l'autre , ce Chevalier
le complimenta au nom
de la République , & n'oublia
rien de ce qui pouvoit la flater
d'une Reception favorable , &
le perfuader de la haute eſtime
qu'ils
GALANT.
157
qu'ils avoient tous pour Sa Majeſté
. Monfieur de Varangeville
ayant repondu à ce Compliment
d'une maniére tres - obligeante
, ſe mit à la droite de
Monfieur Juſtiniani , qui la mena
dans ſa Gondole ,& le conduifit
dans ſon Palais. Chaque
Sénateur fit la meſme chofe, &
prit avec un des Gentilshommes
du Cortege. On arriva à.
Veniſe en cet appareil. Le grand
nombre de Barques qui estoient
venuës à cette Entrée , joint à
la quantité de Maſques dont
elles eſtoient remplies , rendoient
cette marche tres- agreable.
Le grand Canal par où l'on
paſſa, eſtoit bordé d'une multitude
de monde incroyable. Il
n'y en avoit pas moins aux Feneſtres
, occupées la plus grande
partie par des Nobles & par
des
158 MERCURE
10
des Nobles & par des Gentildonnes
en maſque. On appelle
ainſi les Femmes des Nobles . Le
Peuple , qui en de ſemblables
jours ſe rend preſque maiſtre
des Palais des Ambaſſadeurs ,
eſtoit accouru en ſi grande foule
dans celuy de Monfieur de
Varangeville , qu'on ent peine
àle faire refferrer pour trouver
paſſage. On monta dans le mefme
ordre qu'on eſtoit party du
Saint Eſprit ; & quand on fut
dans la Chambre d'Audience,
Monfieur Juftiniani fit un nouveau
Compliment à Monfieur
l'Ambaſſadeur , prit heure pour
la fonction du lendemain , & fe
retira. Jamais il ne s'eſt veu tant
de monde qu'il y en avoit dans
le Palais . Tout eſtoit en feſte.
Les Confitures & les Liqueurs
ſe donnoient avec une profuſion
furpre
GALANT 159
furprenante. On n'entendoit
que Tambours , Trompetes ,
Violons , & Hautbois. Les Feneſtres
en estoient pleines; mais
ce qui arreſta le plus agreable.
ment les Maſques& la Nobleffe ,
ce fut unConcert des meilleurs
Inſtrumens qu'on cuſt pû trouver.
Il eſtoitdans le Portique de
l'Appartement d'Audiance . Ce
Portique eſtoit meuble ſuperbement
auſi - bien que les Chambres
qui l'accompagnoient; mais
quoy qu'il y cuſt dans l'Antichambre
de celle d'Audience,
une Tapiſſerie de Flandre des
plus fines , rehauſſée d'or , le
Meuble de cette derniere attachoit
particulierement la veuë
de tous ceux qui y entroient.
Elle estoit tenduë du plus beau
Damas cramoiſy qu'on ait fait
juſqu'icy à Venife. ( Vous ſçavez
160 MERCURE
vez qu'on y excelle en ces fortes
d'Etofes. ) Il y avoit un galon
d'or de fix grands doigts de
large fur tous les lez . La Friſe &
le Dais ſous lequel eſtoit le Portrait
du Roy , eſtoient du mefme
Damas , mais plus couverts
de galon. Une grande frange
d'or des plus fortes , régnoit tout
autour. Les Chaiſes dont les Bois
eſtoient dorez,& les autres Meubles
de cetteChambre, n'avoient
pas moins dequoy arreſter les
ycux . Deux Miroirs d'une grandeur
exceſſive , avec des Bordures
de Criſtal garnies d'argent,
eſtoient placez au deſſus
de deux Tables d'une Sculpture
dorée. Les Chênets , & tout
ce qui les doit accompagner ,
eſtoient d'argent du meſme travail
que les Bordures des deux
Miroirs.
GALANT. 161
Miroirs. Je laiſſe ce qu'il y avoit
d'autres ornemens. Le Portrait
du Roy du fameux Monfieur
Mignard , fervoit là de preuve à
l'Italie que la belle Peinture eſt
paſſée en France. Ce Monarque
y estoit reprefenté devant
Cambray , mais avec des traits
fi achevez pour bien exprimer
cette majeſté qui donne de la
terreur & de l'amour tout - enſemble,
que les Senateurs s'atta
chérent long-temps à le regar
der. Ils s'étendirenten fuite fur
ſes éloges , & firent connoiftre
avec des termes pleins d'amiration
pour ce Grand Prince, que
ſa phyſionomie les perfuadoit
de tout ce que la Renommée
avoit publié à ſon avantage.
Le lendemain, fur les dix heures
du matin, Monfieur Juſtiniani
, accompagné des Sénateurs,
vint
162 MERCURE
vint prendre Monfieur de Varangeville
pour le conduire au
College. La marche ſe fit comme
le ſoir precédent. Monfieur
l'Ambaſſadeur parla avee tant
de grace , donna un tour ſi jufte
à tout ce qu'il dit , qu'il s'attira
l'applaudiſſement de tous ceux
qui l'écoutérent. La Salle eſtoit
pleine de Gentildonnes , & de
toute la Nobleſſe qui avoit pû y
trouver place. Le Doge répondit
à fon Diſcours avec des termes
de reſpect & de veneration
pour Sa Majesté , & d'eſtime
particuliere pour luy. On remarqua
que dans cette occaſion
fes expreſſions allérent beaucoup
au dela de celles dont il ſe
fert en de pareilles rencontres.
Apres que Monfieur l'Ambaſſadeur
fut revenu du College, il
reçeut le Régal ordinaire de
Confi
GALANT.
163
Confitures que la République
luy envoya. Les Maſques , & le
reſte du monde qui entroit dans
fon Palais fi- toſt qu'on l'ouvroit,
s'eſtant retirez, on ſervit quatre
Tables à feize Couverts chacune.
Le Repas que Monfieur de
Varangeville donna à ceux qui
s'eſtoient trouvez à ſon Cortege,
ne fut pas ſeulement abondant
en tout ce qu'il y avoit de plus
exquis dans cette ſaiſon, mais fi
délicat & fi bien ordonné , qu'il
cuſt eſté difficile d'y rien adjoûter
pour le rendre plus propre &
plus magnifique. Apres le Dîné,
on continua la Feſte,quoy qu'elle
dût finir à midy ſelon lacoûtume.
Les Portes du Palais furent ouvertes
,& la multitude ne fut pas
moindre qu'elle l'avoit eſté jufques
là. Les Violons recommencerent
à joüer , & les Maſques
à
164 MERCURE
à ſe promener dans ce Palais.Cela
dura juſqu'à dix heures du ſoir.
Pendant tout ce temps, les Gens
de Monfieur l'Ambaſſadeur furent
ſans ceſſe occupez à diſtribuer
des rafraîchiſſemens à tous
ceux qui en voulurent.
Le troiſième jour , Monfieur
de Varangeville alla prendre
Réponſe de ſa Harangue dans
fes Gondoles avec le Cortege
accoutumé , & revint à pied
par la Mercerie juſqu'au Pont
de Realto, dans l'ordre qui fuit.
Un grand nombre de Valets de
pied veſtus d'une tres -belle Livrée
, marchoit à la teſte. Ils
eſtoient ſuivis de plufieurs Pages
fort propres ,qui précedoient
les Gens du Cortege . Apres eux
venoient les Officiers de ſa Maifon
& il paroiſſoit enfin en
Habit noir à Manteau. Toute
,
cette
GALANT. 165
cette Troupe eſtoit extrémemet
leſte , chacun ayant fait de fon
mieux pour ſoûtenir la réputation
qu'ont les François de ſe
mettre plus proprement qu'aucune
des autres Nations. L'apreſdînée
cet Ambaſſadeur reçeut
la viſite de celuy d'Eſpagne .
On donna une tres - belle Collation
à ſa Suite . Le Patriarche,
que l'on traite comme Ambaſſadeur
, vint rendre la fienne le
lendemain , & on régala ſes
Gens d'une ſemblable Collation .
Les Réſidens s'eſtat acquitez du
meſme devoir, reçeurent les honneſtetez
qui leur eſtoient deuës .
Vous ſçavez il y a déja longtemps
, que la Cour eſt revenuë
de Fontainebleau. Je vous ay
mandé une partie de ce qu'on y a
fait en vous envoyant un détail
de la maniere dont Leurs Majeſtez
166 MERCURE
jeſtez ſe font diverties pendant
tout le temps que la Reyne d'Efpagne
ya demeuré. Depuis fon
départ , la Comédie entremeſlée
deMuſique, la Chaffe , & le Jeu,
ont fait preſque tous les plaifirs
qu'on y a goûtez, le temps ayant
eſté fort mal-propre pour la promenade.
Monseigneur le Dauphin
s'eſt toûjours montré auſſi
adroit à la Chaſſe , qu'il y eſt
infatigable , & il a ſouvent eſté
au Bois dés trois heures du matin.
La paffion qu'il a pour cet
Exercice, n'a pas empeſché qu'il
n'ait toûjours donné quelque
temps volontairement à l'Etude.
Auſſi auroit-on peine à trouver
un Prince plus éclairé dans les
belles Connoiſſances . On ne
doit pas s'étonner de ce grand
fuccez . Ceux qui ont eu l'honneur
de le former & de l'inſtrui
re,
GALANT. 167
re, ayant eſté choiſis par le Roy,
on ne pouvoit moins attendre
des grandes Leçons qu'il en a
reçeuës. L'adreſſe qu'on luy voit
à la Chaſſe , ayant cauſé une noble
émulation aux jeunes Princes
& Seigneurs qui ont eſté elevez
avec Luy,Monfieur le Prince
de la Roche-sur-Yon , dont
l'eſprit eſt vif & brillant, & qui
gagne les coeurs de tous ceux
qui le connoiſſent , donna derniérement
d'éclatantes marques
de l'effet que cette émulation
produit en Luy. Il en reçeut
d'autant plus de gloire , qu'en
meſme temps qu'il faifoit paroiſtre
ſon intrepidité & ſa force , il
montroit ce que peut la Nature
dans un un grand courage. II
s'apperçeut qu'un Sanglier en
furie s'estoit attaché àMonfieur
le Prince de Conty fon Frere. 11
courut
168 MERCURE
courut auffi- toſt à ſon ſecours ,
& paſſa ſon Epée au travers du
Sanglier , qu'il renverſa mort.
Cette action le fit admirer de
tout le monde , & elle a tellement
éclaté , qu'aucune Gazete
Etrangere ne s'en eſt teuë.
Vous aurez lû dans la noſtre
que la Reyne Doüairiere de Pologne
eft accouchée d'un Garçon
, dans la Ville d'Inſpruck,
Païs du Tirol. Les Réjoüiſſances
yont eſté grandes. On y a fait
des Feux de joye ,& tout le Canon
a eſté conduit au bord de la
Riviere du Ling. Les Hoſpitaux
ſe ſont ſentis de l'allegreſſe publique
par les grandes largeſſes
qu'on leur a faites. Cette Reyne
eſt Soeur de l'Empereur. Elle
avoit eſté mariée en Pologne au
Roy Michel , dont elle n'avoit
point eu d'Enfans , & a épousé
le
GALAN T. 169
le Prince Charles de Lorraine
en ſecondes Nôces .
VILLE
Tant de Perſonnes ſe ſontadmirablement
trouvées du Ro
mede que donnoit icy le Chevalier
Talbot , connu en France
ſous le nom du Medecin Anglois
, qu'il eſt impoffible que
vous n'en ayez entendu parler. II
eſt merveilleux pour les Fievres
intermitentes ,& il en a tant guéry,
qu'il paffe aujourd'huy pour
infaillible . Le Roy convaincu
_ de la bonté de ce Remede , l'a
acheté , & c'eſt un Secret dont
Mr Daquin , Premier Medecin
de Sa Majesté , eſt préſentement
poffefſeur.
J'ay à vous parler de la Reception
de Monfieur Molé dans
la Charge de Preſident à Mortier
; mais comme en vous parlant
des Perſonnes diftinguées,
Octobre 1679 . H
170 MERCURE
par un grand mérite , & par
d'importantes Charges , j'ay accoûtumé
de vous entretenir de
leur maiſon, il faut vous direquel.
que choſe de celle de ce nouveau
Préſident. Quoy que tous
ceux qui en deſcendent ayent
beaucoup brillé dans la Robe
depuis plus d'un Siecle , il y a fi
longtemps qu'elle s'eſt ſignalée
dans l'Epée , que nous pouvons
dire qu'elle en vient. L'Hiſtoire
nous marque que Guillaume
Molé , Seigneur de Villy -le-
Mareſchal , épouſa Jeanne l'Aiguiſé.
Il eſtoit de Troye , & fut
un de ceux qui ſecondant les
genereux deſſeins de Meffire
Jeanl'Aiguiſé Eveſque de Troye
Frere de ſa Féme,en ayant chafſé
les Anglois , remirent cette
Ville ſous l'obeïffance deCharles
VII.De ce Guillaume,& de Jeanne
GALANT.
171
ne de l'Aiguiſé , nâquit un Fils
nomé Jean Molé,quiépouſa Jean.
ne de Mégrigny. Il en eut trois
Garçons , dont le Puiſné fut Nicolas
Molé Seigneur de Jeſanvigny
, Conſeiller au Parlement.
Ce Nicolas Molé eut trois Femmes.
Sa derniere fut Jeanne de
la Grange , de la Maiſon de
Trianon , Fille d'Estienne de la
Grange , l'un des quatre Préſidens
de la Cour. Il en eut un Fils
unique , & ce Fils fút Edoüard
Molé , lequel a commencé la
Branche des Seigneurs de Laſſy
&de Champlaſtreux. Il fut reçeu
Conſeiller au Parlement en 1567.
La maniere dont il s'acquita de
l'exercice de cette Charge , luy
fit mériter l'eſtime des Grands,
& l'amour des Peuples. Cela parut
dans les troubles de la Ligue.
Quelques-unsdes principauxSé,
Hij
172 MERCURE
ditieux l'arreſtérent comme tenant
le Party du Roy ( c'eſtoit
Henry III . ) & non ſeulement la
connoiſſance qu'on avoit de ſes
droites intentions le fit relâcher ,
mais il fut meſme éleu par le
Peuple, pour être Procureur Genéral
en la place de Meffire Jacques
de la Gueſle qui s'eſtoit retiré
aupres de Sa Majesté , tout
ce Peuple criant à l'envy , Molé,
Molé; & ce qu'il y a de remarquable
, c'eſt qu'il eut ordre du
Roy d'accepter cette Charge. Sa
probité luy eſtoit trop bien connuë,
pour ne ſe tenir pas aſſuré
qu'il ne feroit rien contre ſon fervice.
ll eut pluſieurs grands Emplois
apres la reduction de Paris;
&comme ce qu'il avoit fait pour
lebien & la tranquilité de l'Etat
, n'eſtoit pas ignoré de Henry
IV. une Charge de Prefident
à
GALAN T. 173
à Mortier ayant vaqué par la
Promotion de Meſſire Nicolas
de Verdun à celle de Premier
Preſident au Parlement de Touloufe
, ce Prince auſſi juſte que
reconnoiffant , luy acheta cette
Charge de ſes propres deniers:
Ce grand Homme mourut en
1614. apres avoir ſervy ſous
trois Roys , & laiſſa une Fille
&deux Garçons de Marie Char.
tier , Fille de Mathieu Chartier,
Doyen des Coſeillers de la Cour.
Le cadet qui s'appeloit Edoüard,
fe fit Capucin , & ſe nomma le
Pere Athanafe. L'Aîné fut Mathieu
Molé , dont toute la France
a encor la memoire pleine.
Il exerça pendant vingt - ſept
ans les Charges de Conſeiller
au Parlement , de Preſident aux
Enquestes, & de Procureur General.
Il ſe rendit ſi recomman- F
ド
Hiij
174 MERCURE
dable dans cette derniere , en
cherchant à rétablir par ſes ſoins
& par ſes veilles les defordres
qu'une longue fuite de Guerres
civiles avoit cauſez à l'Etat , que
ſes ſervices , & le ſouvenir de
ceux d'Edoüard ſon Pere , le firent
choiſir pour remplir la place
de Premier Préſident du Parlement
de Paris . Sur quel plus digne
Sujet euſt on pû jetter les
yeux ? Il poſſeda cette Charge
onze ans . Elle estoit d'un fort
grandpoids,&onéreuſe pendant
les temps difficiles. La Cour &
les Peuples avoient beſoin d'un
Homme comme luy, fidelle,intégre
, & inébranlable . C'eſt ſervir
le Peuple que ſervir ſon Roy;
mais ce Peuple n'en eſt jamais
convaincu que quand l'orage
eſt paſſé. L'Eloge de ce grand
& illuftre Magiftrat , qui ſera
GALANT.
175
ra l'envie & l'étonnement des
Siecles , feroit difficile à faire .
Perſonne n'ignore à combien
de dangers l'ont exposé le zele
qu'il avoit pour la Juſtice, &
la fidelité qu'il devoit au Roy.
Jamais Homme ne s'en eſt tiré
avec un courage plus intrépide.
On l'a toûjours veu demeurer
ferme,ſans que les cris des Séditieux,
leurs menaces,& la veuë
de leurs armes tournées contre
luy , l'ayent étonné. Allons , difoit-
il enmarchant tous les jours
au milieu de ces Mutins; je tiens
le party de mon Roy ,je fais mon
devoir , je n'ay rien à craindre.
Auſſi a til eſté toûjours reſpecté,
&meſme de ceux qui ſembloient
tenir le poignard levé pour le
percer. D'un regard majestueux
&doux tout enſemble, il deſarmoit
des millions d'Hommes
Hiiij
176 MERCURE
qui en vouloient à ſa vie. Il n'avoitqu'à
ſe montrer, & ils ſe retiroient
foudain tous couverts
de honte. Les plus opiniâtres ſe
taifoient fi - toſt qu'il avoit
parlé. Ses paroles leur inſpiroient
de la joye, & ils remportoient
un eſprit calme. C'eſt
dans ces importantes occaſions
qu'on a cent fois admiré en luy
une intrépidité & une préſence
d'eſprit qu'on ne ſçauroit exprimer.
Vous en allez juger par
ce qui luy arriva le huitieme
Decembre 1651. La Populace armée
s'eſtant aſſemblée ce jour là
pour l'affaffiner , on l'avertit
qu'elle venoit pour le tuer , &
qu'elle vouloit forcer les Portes
de fon Hoſtel. Il deſcendit ſeul,
& commanda qu'on les fit ouvrir.
Ses ordres furent executez .
Le Peuple entra en foule,mais fa
ſeule
GALANT.
177
*
ſeule préſence , & la douceur
de ſon diſcours , calmérent la
fureur de cette Populace , qui
s'en retourna en luy demandant
pardon. On n'a pas ſujet d'eſtre
furpris ſi ce grand Homme fut
fait garde des Sceaux de France.
Tant de ſervices & derares qua--
litez le rendoient digne de cet
honneur. Il s'eſtoit apliqué de
fi bonne heure au travail , qu'il
eſtoit devenu infatigable. L'ang
mour qu'il avoit pour les Sciences
, ne luy faifoit pas ſeulement
employer les raiſons pour
porter les autres à vouloir eſtre
ſçavans ; il leur donnoit jufqu'aux
moyens de le devenir ,
& ouvroit ſa bourſe à ceux qui
avoient beſoin de ce ſecours . Il
êtoit un exact conſervateur des
Loix & de la Religion , charitable
, affiſtant les affligez ; Je ne
Hv
178
MERCURE
dis pas ſeulement les Particuliers,
mais les Communautez entieres.
En 1619. tous les Grands,
& la plupart du Peuple , fuyant
de Paris à cauſe de la Peſte
qui eſtoit tres - violente , il ne
voulut jamais en fortir , & employa
fon bien & ſes foins au
foulagement de ceux qu'il ſçeut
'atteints de ce mal. Ainfi il pouvoit
avec juſtice recevoir le nom
qui luy fut donné de Pere des
Pauvres.lls furent tellement touchez
de ſa mort qui arriva le 3 .
Janvier 1656. qu'i's luy firent
faire des Prieres publiques .C'eſt
ce qui n'a peut- eſtre eſté jamais
fait pour perſonne. Il eut plufieurs
Enfans de Renée Nicolaï.
( Jay affez ſouvent parlé de
cette illuſtre & ancienne Maifon
pour me diſpenſer d'en rien
dire icy. ) Ce grand Magiftrat
qui
GALANT.
179
د
qui avoit poffedé les plus hautes
Dignitez ſans s'enrichir , voulut
travailler pour eux & voyant
que la Charge de Premier Preſident
n'eſtoit pas hereditaire , il
s'en défit avec l'agréement du
Roy , pour laiſſer une Charge
de Preſident à Mortier dans ſa
Famille. Il eut celle de Meffire
Nicolas de Bellievre , qui fut
Premier Prefident apres luy , &
la donna à Monfieur de Champlaſtreux
fon Fils . Le merite de
ce dernier , ſon zele , & fa fidelité
pour fon Prince , ſont ſi
connus , qu'on ne peut rien
exagerer là deſſus ſans luy faire
tort. Il a eſté Maiſtre des Requeſtes
, & Intendant dans les
Armées de Sa Majeſté en Allemagne
. Il y a une circonſtance
remarquable dans la Charge
que Monfieur le Garde des
Sceaux
180 MERCURE
Sceaux ſon Pere luy a laiſſée.
C'eſt la meſme qu'Edoüard Molé
, Grand' Pere de Monfieur
de Champlaſtreux , poſſedoit;
& comme Monfieur de Champlaſtreux
la vient de laiſſer à
Monfieur fon Fils , il ſe trouve
que Mr Molé à qui le Roy a don.
né la ſurvivance de cette Charge,
poffede celle de ſon Biſayeul,
& que de Pere en Fils il eſt le
quatrième Preſident à Mortier
de ſa Maiſon. J'aurois beaucoup
de choſes à vous dire de ſes belles
qualitez, ſi ſa modeſtie ne me
fermoit pas la bouche. On doit
eſtre fort perfuadé qu'il ſervira
fonPrince avec le meſme zele &
la meſme fidelité qu'ont fait ſes
Prédeceffeurs .Il en aſſura Sa Majeſté,
en la remerciant de la Survivance
qu'il luy avoit plû de
luy accorder ; & le Roy avec
cet
GALAN T. 1,81
cet air tout charmant , & cette
prefence d'eſprit qui l'accompagnent
toûjours , luy répondit,
qu'il ne feroit que ce qu'avoient
fait son Pere ,Son Grand Pere , &
Son Bifayeul. Peut on ſervir ce
Grand Prince avec trop de zele,
puis qu'il ſe ſouvient fi bien de
tous ceux qui fe font acquitez
de leur devoir ? Gela doit exci
ter chacun à le faire ,& fur tout
l'illuftre Preſident dont je vous
parle. Il fut reçeu toutes les
Chambres aſſemblées , & prit ſa
place apres qu'on eut leu ſes
Lettres de diſpenſe d'âge & de
Parenté ,& fon Information de
vie&moeurs. L'aplaudiſſement
fut general. Le ſujet en eſtoit
digne. Il ne faut que jetter les
yeux fur Monfieur Molé , pour
juger avantageuſement de luy.
Nous avons perdu Monfieur :
de
182 MERCURE
de la Cardonniere , Lieutenant
General des Armées du Roy. II
avoit eſté Commiſſaire General
de la Cavalerie Legere , & en
eſtoit devenu Meſtre de Camp
General . Il eſt mort à Nemours
au commencement de ce Mois,
en prenant un Boüillon , apres
avoir eſté aux Eaux de Bourbon
d'où il arrivoit . Je vous ay fi
ſouvent parlé de luy , que vous
ne trouveriez rien de nouveau
dans tout ce que je vous pourrois
dire icy à ſon avantage. Le
Roy à qui les ſervices ſont toûjours
preſens, & qui diftinguant
par tout le vray mérite , aime à
prevenir les demandes qu'on luy
pourroit faire , n'eut pas fi- toſt
appris la mort de cet illuftre Officier
, qu'il donna ſa Charge à
Monfieur le Baron de Monclar.
Le R. Pere Gorillon Vicaire
Gene
GALANT. 183
T
General des Chartreux, eſt mort
auffi depuis quelques- jours. Il
eſtoit d'une tres-bonne Famille
de la Robe. Son merite l'avoit
mis dans une fort grande confideration
, & il me ſera facile de
vous le prouver en vous apprenant
que Monfieur le Chancelier
l'honoroit d'une eſtime tresparticuliere
, & qu'il alloit fouvent
luy rendre viſite.
La mort de Dom Jean d'Auftriche
a fait vaquer l'Abbaye de
Saint Claude en Franche-Comté.
Sa Majeſté en ayant la nomination
depuis la Conqueſte
de cette Province, a fait un tresdigne
choix pour remplir ſa place.
Vous en conviendrez quand
je vous auray nommé Monfieur
d'Eſtrées. Le merite, la naiſſance
,& les grands & continuels
fervices de ce Cardinal, estoient
de
184 MERCURE
de preſſantes follicitations aupres
d'an Roy tres - reconnoiffant.
Il eſt fort peu d'Abbayes
qui ayent des Collations ſi conſiderables.
Quoy qu'il me ſoit rarement
permis de vous entretenir de Livres
nouveaux , je ferois fcru-
-pule de me taire ſur ce ſujer,
quand il y va de la gloire , &
de l'intereſt de la Religion. Ainſi
je ne puis m'empeſcher de
vous apprendre que le Livre de
Monfieur Hüet , Sous-Precepteur
de Monſeigneur le Dau.
phin , touchant la Verité de la
Religion Chreftienne , a eſté ſi
bien reçeu par tout , qu'outre
les nouvelles éditions qui s'en
font icy , auſſibien qu'à Ham.
bourg, à Utrec,& à Nuremberg,
on en fait une Traduction en
Bourgogne , & un Abregé à Se
dan.
Je
GALANT. 185
Je viens à un Article d'une
- plus longue étenduë. Je vous ay
appris , Madame , avec combien
de douleur la Reyne d'Eſpagne
s'eſtoit ſeparée de Leurs Majeſtez
, qui la conduifirent juſqu'à
deux lieuës de Fontainebleau, le
Mercredy vingtiéme du dernier
Mois. Apres ces triſtes Adieux,
cette Reyne monta avec Monfieur
, & Madame , dans le Carroffe
dont le Roy luy avoit fait
preſent , & vint coucher à Pluviers
. Des deux Ambaſſadeurs
Extraordinaires d'Eſpagne qui
eſtoient alors en France , il n'y
eut que Monfieur le Marquis
de los Balbaſes qui l'accompagna
, Monfieur le Duc de Paſtrane
eſtant party en Poſte , deux
jours avant le voyage , apres avoir
foûtenu ſon caractere avec
tout l'éclat , & toute la grandeur
poffi
186 MERCURE
\
1
poſſible , & marqué ſa magnifi.
cence par des Preſens à tous les
Officiers du Roy qui l'avoient
traité. En arrivant à Pluviers,
elle trouva les Echevins à la
Porte de la Ville. Ils la haranguerent,
& luy firent les Preſens
accoûtumez. Le lendemain elle
prit la route d'Orleans . Le Maire
& les Echevins ayant donné
tous les ordres neceſſaires pour
la recevoir , les Capitaines de la
Bourgeoiſie ſe mirent en armes
avee tous leurs Soldats. La premiere
Compagnie s'avança jufqu'à
un quart de lieuë de la Ville,&
toutes les autres firent haye
depuis cette eſpace , juſqu'à l'Evéché
où elle devoit loger. Les
Prevoſts des Maréchaux General
& Provincial, avec leurs Archers
, les Officiers des Eaux &
Forefts, & de Chaſſes, à la teſte
deſquels
GALANT. 187
deſquels eſtoit Mr de Leſtré ,
Grand Maiſtre des Eaux & Foreſts,&
quantité d'autres Perſonnes
qualifiées , tous fort leſtes &
bien montez , allerent au devant
de cette Reyne, ſçavoir, les Prevoſts
des Maréchaux juſqu'au
lieu où elle dîna , & les autres
juſqu'à deux lieuës de la Ville.
Ils prirent tous le devant des
Gardes du Corps qui environnoient
fon Carroffe , & paffe.
rent au milieu de la Bourgeoifie
en armes. Les Echevins au
nombre de douze , tous en Robe
d'écarlate , l'attendoient au
Corps de Garde de la Portede
Bourgogne, où le Maire la complimenta
au nom de la Ville.On
luy preſenta un Dais qu'elle ne
voulut point accepter. Il fut
neanmoins porté par quatre des
Echevins devant fon Carroffe,
où
:
188 MERCURE
où elle estoit dans le fond à la
droite de Monfieur. Quatre Archers
de la Ville , porterent
la Chaiſe où elle devoit eſtre
aſſiſe ſous ce Dais. Le fond en
eſtoitd'une Etofe blanche d'argent
, avec de grandes franges
d'or , & les Armes d'Eſpagne &
d'Orleans'myparties , brodées
d'or & d'argent dans les quatre
pans. Le Compliment fait , la
Reyne ſe rendit à l'Eveſché .Tou.
tes les Ruës par où elle devoit
paſſer estoient tapiffées , & il y
avoit une foule de Peuple incroyable,
tant de la Ville que des environs.
Dés le ſoir tous les Corps
l'allerent complimenter , c'eſt à
dire , le Chapitre de la Cathedrale
, celuy de l'Egliſe Collégiale
de S. Aignan,dont le Doyen
porta la parole avec grand ſuccez
. L'Univerſité, les Treſoriers
de
GALAN Τ. 189
,
de France , les Officiers de la
Prevoſté , & ceux de l'Election ,
Elle reçeut les Preſens ordinaires
de la Ville,qui lui furent pre.
ſentez par les Echevins , & qui
confiftoient entr'autres choſes ,
en quantité de grandes Boëtes
de Cotignac nouveau & de
Confitures ſeches , & avec les
plus beaux Fruits verds qu'on
eut pû trouver. Les Archers de
la Ville avec leurs Caſaques de
couleurs , porterent ces Fruits
& ces Boëtes dans de grands
Baffins d'argent. La Reyne ſéjourna
le Vendredy 22. à Orleans
, & alla entendre la Meſſe
à la Cathédrale, où elle fut complimentée
à la Porte par Mr Fortecroix
Doyen , à la teſte de ſon
Chapitre. L'apreſdînée Monſieur
ayant ſceu l'empreſſement
qu'avoient les Habitans de la
voir,
190
MERCURE
voir, fut bien aiſe de leur accorder
cette fatisfaction. Ainfi il
monta en Carroſſe avec Elle, &
s'eſtant promenez dans les principales
ruës , & fur les Ponts ,
ils s'arreſtérent en quelques endroits
, comme à la Verrerie, à la
Viſitation & en d'autres lieux.
La Reyne , Madame , & les autres
Dames de leur fuite, furent
toûjours démaſquées. Le foir du
meſime jour , la Reyne d'Eſpagne
& Madame , voyant approcher
le moment de leur ſéparation
qui devoit eſtre le lendemain
, la douleur les faifit , &
elles verſerent des larmes en fi
grande abondance , qu'il falut
ofter le Soupé du lieu où il avoit
eſté preparé . Elles réſolurent de
manger en particulier. La Reyne
d'Eſpagne ſe retira dans un
Gabinet en fondant en pleurs,&
ne
GALANT .
191
ne prit que deux oeufs. Le lendemain
2 3. Madame ſe leva fort
matin , entendit la Meſſe , puis
entra chez la Reyne d'Eſpagne.
Elles s'embrafferent pluſieurs
fois pendant une demy- heure ,
pleurerent beaucoup , & fe feparerent
. Madame retourna à
Fontainebleau, & la Reyne d'Efpagne
alla coucher àChambord,
& le lendemain 24. à Amboiſe,
où elle demeura le Lundy 25.**
On l'entendit ſoûpirer pendant
tout ce jour, & on peut s'imaginer
aisément ce qu'elle ſoufrit,
puis qu'elle devoit ſe ſeparer de
Monfieur le lendemain . L'Adicu
commença à ſe faire dés le foir.
Ce Prince qui vouloit luy en
adoucir la douleur, & qui cherchoit
à s'en épargner une partie
à luy - meſme , lay promit qu'il
ne partiroit point ſans la revoir.
Ce
192
MERCURE
Ce n'eſtoit pas pourtant ſon defſein
, & il devoit ſouhaiter d'avoir
affez de force ſur luy pour
luy manquer de parole. La Reyne
d'Eſpagne aprehendant qu'il
ne la trompaſt , ſe jetta à ſes genoux
, & ne voulut point ſe relever
qu'il ne luy euſt de nou
veau promis qu'il la reverroit.
Elle paſſa toute la nuit ſans dormir
, & luy envoya pluſieurs
Meſſages fitoſt qu'il fut jour,
pour le conjurer de ne luy refuſer
pas la derniere conſolation
qu'elle en attendoit. Tous ceux
qui estoient aupres de Monfieur,
firent ce qu'ils purent pour le
détourner du deſſein où ils le
voyoient de luy dire encor
une fois Adieu; mais l'amour de
Pere l'emporta fur les raiſons
dont ils ſe ſervirent. Il alla dans
la Chambre de cette Reyne , il
fe
GALAN Τ.
193
ſe jetta ſur ſon Lit ,& ils ſe tinrent
ſi longtemps embraſſez ,que
comme l'un ny l'autre ne parloit,
on craignit quelque triſte effet
de leur douleur. Cela obligea
Monfieur l'Eveſque du Mans
d'arracher Monfieur avec violence
d'entre les bras de cette
Princeſſe. Quand il l'eut quitée,
elle ſe leva , jetta ſa Robe de
Chambre fur elle,&courut l'embraffer
encor une fois. Les cris
qu'on luy entendoit pouffer, auroient
attendry l'ame la plus dure.
Monfieur qui en avoit le coeur
penetré , partit promptement , &
elle demeura dans le plus pitoyable
état où elle ſe fuſt jamais
trouvée.
Vous jugez bien , Madame,
avecquel chagrin la Reyne d'Ef.
pagne continua ſon Voyage. Elle
arriva à Poitiers le Samedy 30.
Octobre 1679 . I
194
MERCURE
apres avoir ſejourné le 29.à Châ
telleraut, où le Maire de la Ville,
le Prefidial , le Chapitre de Nôtre-
Dame , & les Officiers de
l'Election , la complimenterent.
On luy preſenta le Dais à Poitiers.
Les Bourgeois s'eſtoient
mis en Armes , & formoient une
double haye juſqu'à la Maiſon
de Ville où elle devoit loger. Le
lendemain , premier de ce Mois,
elle fut haranguée par tous les
Corps de la Ville , parmy lefquels
le Lieutenant General ſe
fit admirer . Elle dîna en Public,
comme elle avoit déja fait en
d'autres Lieux , & fut fort agreablement
divertie par quantité
de Païſanes tres - propres , qui
dançerent devant elle les Meniets
de Poitou. On ſçait qu'il
n'y a point de lieu en France où
ils foient fi bien dancez .
Le
GALANT.
195
Le Lundy 2. de ce Mois, elle
partit de Poitiers pour aller coucher
à Luſignan. Elle n'y fut pas
ſitoſt arrivée qu'elle prit le divertiſſement
de la Chaffe , & fe
ſervit pour cela de l'Equipage
de Monfieur de la Barre, Maré
chal des Logis des Mouſquetaires
. Il l'accompagna fix jours&
ne prit congé d'Elle que le ſeptiéme.
Elle le vit partir avec regret
, parce que pendant tout ce
temps il luy donna tous les jours
le plaiſir de trois Chaſſes diferentes
, qui furent celles des Le
vriers , des Chiens courans , &
de l'Oyſeau. De Lufignan elle
vint à Melle,& de Melle à Saint
Jean d'Angely , où elle arriva le
Mercredy 4. Elle y reçeut les
meſmes honneurs qui luy avoient
eſté rendus dans les au
tres Villes. Le Lieutenant Cri
I ij
196 MERCURE
minel l'ayant haranguée d'abord
pour le Corps de Ville , les Officiers
du Siege Royal, & ceux de
l'Election, l'allerent enſuite complimenter
dans l'Abbaye , où
elle logea.Le Preſident qui porta
la parole pour ces derniers,
parla avec beaucoup de force &
de grace . Elle ne partit de Saint
Jean d'Angely que le Vendredy
fix . En approchant de Xaintes,
où elle arriva ce meſme jour ſur
les trois heures , elle trouva Mr
le Marquis de Jarnac Lieutenant
de Roy de Xaintonge & d'Angoûmois
, qui estoit allé au devant
d'Elle, accompagné de cent
Gentilshommes bien montez ,
& ſuivy de quarante Gardes à
cheval . De Xaintes elle vint à
Pons, de Pons au Petit-Niort,&
du Petit- Niort à Blaye , où elle
fut reçeuë le Mardy dixième,
au
GALAN T. 197
au bruit du Canon de la Citadelle
, & de celuy des Vaiſſeaux
qui eſtoient alors à la Rade. Mr
de Leyterie & Mr Delbreil, Jurats
de Bordeaux , accompagnez
de Mr du Boſq Secretaire de la
meſme Ville , eſtoient venus à
Blaye ce meſme jour dans un
magnifique Bateau qu'on luy a -
voit fait preparer , qui eſtoit du
genre de ceux qu'on appelle
Maiſon Navale. Le lendemain
ils eurent l'honneur de faire
leurs Complimens à la Reyne .
La Parole fut portée par Mr de
Leyterie . C'eſt un des plus fameux
Avocats du Parlement de
Bordeaux, à preſent Jurat . Il luy
fit connoiſtre au nom de toute
la Ville , avec combien de joye
ils faiſoient parler leur zele
pour le ſervice du Roy , dans
les reſpectueuſes ſoſumiffions
I iij
198 MERCURE
4
qu'ils luy venoient rendre. Rien
ne pouvoit eſtre plus éloquent
ny plus juſte. La Reyne accepta
leur Maiſon Navale , & s'y embarqua
fur les huit heures. Le
fond en eſtoit garny d'un Damas
de Genes rouge- cramoify, avec
une creſpine d'or & d'argent.
Aumilieu on avoit placé les Armes
du Roy environnées de
deux crépines pareilles à cette
premiere.A l'un des bouts eſtoir
Je Portrait du Roy d'Eſpagne , &
à l'autre, celuy de la jeune Reyne.
De tres- beaux Tapis de
Turquie couvroient l'Eſtrade.
On y avoit mis un Fauteüil de
Velours rouge cramoiſy avec
deux Carreaux , le tout garny
de grands galons or & argent,
fous un Dais de la meſine Etofe
, enrichy d'une grande crefpine
auffi or&argent. La Maifon
GALANT. 199
i
3
fon Navale eſtoit remorquée par
trois Chaloupes , dans chacune
deſquelles il y avoit vingt Rameurs
veſtus de bleu , la Bourguinote
de meſme couleur avec
de petit galon d'argent. L'Habit
de chaque Pilote eſtoit gris avec
un Paſſement d'argent , & une
Echarpe blanche bordée d'une
ereſpine de meſme. Quoy que
cesRameurs tiraſſent de toute
leur force , comme ils ramoient
contre la Marée , qu'ils avoient
le Vent contraire , & que la
pluye ne difcontinua preſque
point de tout le jour , il fut impoffible
de faire le Trajet en
moins de douze heures . La Reyne
d'Eſpagne en employa une
partie à joüer. On luy fit ſervir
une grande Collation de Paſtez,
de Jambons , de Langues , &de
toutes fortes de Fruits & de
I iiij
200 MERCURE
Confitures ſeches & liquides,
Les Violons joüerent pendant
tout ce temps. Ils eſtoient dans
un Bateau attaché à cette Mai.
fon Navale. On n'arriva qu'à
huit heures.Jamais on ne vitune
fi grande foule qu'il y en avoit
fur le Port. Tout le Canon des
Vaiſſeaux tira, aufli bien que celuy
du Château Trompete. Sitoſt
qu'on eut abordé , la Reyne
fortit du Bateau , & alors Monfieur
de Salegourde premier Ju,
rat , qui l'attendoit avec les autres
Jurats veſtus de leurs Robes
de Ceremonie , luy fit ſa Harangue.
C'eſt un Gentilhomme qui
a de tres-belles qualitez , & qui
fit connoiſtre par la maniere
dont il parla, qu'il ſçait dans l'occaſion
ſe ſervir auffi-bien de la
Langue que de l'Epée. La Reyne
monta en Carroffe,& ne voulut
GALANT. 201
lut point ſe mettre ſous le Dais
qu'on luy preſenta. Ce Dais étoit
d'un Brocard or & argent,
avec une grande & riche crefpine
demeſme. Il fut porté devant
fon Carroſſe par Meſſieurs
Salegourde , Pontoiſe , Calvimont
, Leyterie, Delbreil , & du
Bofq. Je vous ay déja marqué
que ce dernier eſt Secretaire de
la Ville. Il y a vingt- cinq ans
qu'il exerce cette Charge avec
grande gloire, diverſes occaſions
luy ayant donné lieu de faire
voir que fon zele & ſa fidelité
pour le Roy font à toute épreuve.
Toutes les Ruës eſtoient tapiſſées
,& il y avoit un fort grand
nombre de lumieres aux Fenef
tres. Le Carroffe de la Reyne étoitenvironné
de Flabeaux. Elle
alla defcendre à l'Archeveſché
Mr l'Archeveſque de Bordeaux
N
Iv
202 MERCURE
la vint recevoir dans la Court,
& luy fit fon Compliment. Le
Jeudy 12. elle alla entendre la
Meſſe dans la Cathédrale. Ce
mefme Prélat reveſtu de ſes
Habits Pontificaux , & accom
pagné du Chapitre en Chapes,
luy donna de l'Eau benite , & la
harangua la Mitre en teſte ; apres
quoy elle fut conduite ſur
une Eſtrade élevée de trois degrez
au milieu du Choeur. Il y
avoit un Dais de Brocard audef.
fus de cette Eſtrade. En ſuite Mr
l'Archeveſque entonna le Te
Deum , pendant lequel un Aumônier
de la Reyne commença
la Mefle. L'apreſdînée elle recent
les Complimens ordinaires.
Mr le Doyen de S. André porta
la parole pour fon Chapitre, Mr
Denys pour le Prefidial , Monfieur
Thibault pour les Tréſo
riers
GALANT. 203
riers de France , & Mr Bauduer
pour l'Univerſité dont il eſt Reteur.
Le Vendredy 13. elle monta
à cheval,& alla au Château en
Cravate cen Juſte-à- corps,avec
un Chapeau garny de Plumes.
Elle viſita laCitadelle,& fit l'hon.
neur à Monfieur le Comte de
Montaigu qui avoit la fievre, de
le vouloir voir par la Feneſtre,de
deffus laPlate forme.Elle croyoit
prendre cejour là ledivertiſſement
de laChaſſe , mais on luy
fit connoiſtre qu'il y avoit trop
loin juſqu'au lieu où Mr le Marquis
de Citran avoit fait mener
fesChiens. Le foir elledonna le
Bal aux Dames,&dança avec Mr
le Prince d'Harcour, & avec Mr
le Ducdel Seſto. Le Samedy 14.
elle alla voir les Religieuſes de
la Viſitation , & fe diſpoſa à parzir
le lendemain, al c
Vous
204 MERCURE
Vous voulez bien , Madame ,
que je la laiſſe à Bordeaux , &
qu'en diferant d'un Mois à vous
entretenir de la ſuite de ſon voyage
, je cherche à m'inſtruire
plus particulierement de ce qui
ne m'eſt pas affez connu. J'ay oublié
de vous dire que dans tous
les Lieux où laReyne d'Eſpagne
a paffé , les Maréchaux des Logis
du Roy , ont donné le Pour
à Monfieur le Marquis de los
Balbafes . C'eſt ce qui n'eſt dû
qu'aux Prineesapres le Roy.Pour
vous expliquer ce Pour, je vous
diray que quand ceux dont je
vous parle vont marquer lesLogemens,
ils mettent ſur les Portes
avec de la craye, Pour le Roy,Pour
un tel Prince & au lieu qu'ils
mettent ſeulement le nom des
autres , fans mettre Pour
Madame la Marquiſe de los
397 Balba
GALANT.
205
Balbaſes , qui en France a eu
pluſieurs fois l'honneur d'avoir
place dans le Carroſſe de la Reyne
, à cauſe que c'eſt la qualité
qui ydonne entrée, ne l'a point
eu dans celuyde la Reyne d'Efpagne
pendant le voyage , parce
que ſelon les coûtumes de
ce Pais-là, il n'y a que lesCharges
qui faſſent acquerir le droit
d'y entrer. 27
Voicy un ſecond Air nouveau,
dont j'ay fait graver les Notes
pour vous. Il eſt du meſme
Autheur que le premier, & fait
à la priere de la meſme Dame
qui en a auffi donné les Paroles.
V
AIR NOUVEAU.
Ous avez de l'esprit ,
des appas ,
vous avez
Ils font ſoufrir des maux que vous ne
fentez pas, pa
Et
106 MERCURE
Et que rien ne foulage.
D'aucun espoir on n'oſe ſe flater ;
Quand vous voudrez tout écouter
On vous en dira davantage.
Vous me demandez ce qui s'eſt
paffé aux Eſtats de Bretagne.
Tout ce que j'en ſçay ,c'eft que
Monfieur le Duc de Chaunes
Gouverneur de cetteProvince,
n'en eut pas plutoſt fait l'ouverture,
qu'ils accorderent tout d'u
ne voix ce qu'on leur demanda
de la part du Roy. Cela faitvoir
l'équité de ce Monarque à ne
demander que deschofes juſtes,
8c le zele de ſes Sujets qui veulenttoujours
tout cequ'il fouhai.
te. Je vous en ferois un détail
plus particulier, ſi ceuxdece Païs
là prenoient plus de ſoin de m'informerdecceequii
les touche. Ces
meſmes Etats , où Monfieur le
Duc de Rohan préfidoit pour la
Noblef
GALANT
207
Nobleſſe ,comme Baron de Leon,
qui eſt l'une des vingt & une
Baronnies de la Province, ayant
appris que Madame la Ducheffe
deRohan estoit accouchée d'un
Garçon , luy ont fait un prefent
de quinze mille livres, & un autre
dedix mille livres à cet En4
fant nouveau né . Cette naiſſance
a donné beaucoup de joye.
On les peut connoiſtre par les
réjoüiffances qui en ont eſté faites
à Paris & en Bretagne...
J'adjoûte pluſieurs Articles fans
aucun ordre. Nous ſommes dans
lesderniers jours du Mois, & il
faut que je fonge à finir ma Lettre.
Le Roy dont toutes lesAstions
font éclatantes , a donné
deux cens mille livres à Monfieur
du Queſne Lieutenant General
de ſes Armées Navales
pour le recompenfer de ſes ſer
vices.
208 MERCURE
vices. Quel plaiſir Madame , de
ſervir un Roy qui n'ouvre pas
ſeulement le chemin de la gloire
à ſes Sujets, mais qui leur fait
ſi avantageuſement éprouver
qu'il eſt le plus reconnoiſſant de
tous les Princes ! Je ne vous dis
rien de Monfieur du Queſne.
Souvenez-vous de tout ce que
je vous ay écrit touchant les
Combats donnez à Meſſine , &
vous vous reſſouviendrez de ſa
grande expérience dans les Emplois
deMer.
Il n'eſt pas le ſeul qui ait reçeu
des marques de la reconnoiſlance
du Roy.Elle s'eſt étenduë
juſque fur Mr le Prieur de
Cabrieres , à qui Sa Majesté à
envoyé une ſomme confiderable.
Il méritoit ce glorieux témoignage
de ſes bontez , par le
foin qu'il prend en Languedoc
7 d'em
1
GALAN T.
109
d'employer les Secrets merveilleux
qu'il a , pour la guérifon
d'une infinité de maux. Les cu
res que font ſes Remedes ſont
admirables . Il n'en a rien voulu
prendre juſqu'icy,& il a meſme
refuſe l'argent que les Etats
du Languedoc luy ont offertplufieurs
fois, pour acquiter la Province
du bien qu'elle en reçoit
tous les jours.
* La Charge de Maiſtre de la
Garderobe, qu'avoit encorMonſieur
le Marquis de Tilladet depuis
qu'il a eu celle de Capitaine
des cent Suiffes , a eſté achetée
par Mr de la Salle, Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la
Garde. Il a toûjours ſervy avec
tant de zele , qu'il n'a eu aucune
peine à obtenir l'agrément
de Sa Majesté . Le Roy crée dans
les Chevaux Legers une ſeconde
210 MERCURE
de Sous- Lieutenance,& une ſeconde
Cornete.
Il ne ſe peut que vous n'ayez
entendu parler de ce qu'on fait
à Verſailles pour le rendre une
des Merveilles du Monde. On
avance fort. Il n'y a pas lieu de
s'en étonner , nous ſommes dans
un Regne de miracles. Le Roy
a fait mettre quantité de Cerfs
dans le grand Parc de ce ſuperbe
Chaſteau , & il y va tous les
Lundis & tous les Jeudis à la
Chaffe. Il y alla dernierement
pour voir l'épreuve que le Jardinier
du Prince Maurice de
Naſſau, y devoit faire du Secret
qu'il a de tranſplanter les plus
grands Arbres , fans qu'ils en
reçoivent aucun préjudice. On
travaille preſentement à y faire
un Jeu de Mail. On en fait un
autre à S. Germain. Le Roy ordonne,
GALANT. 211
donne,& aufli-toft tout ſe trouve
executé.
Monfieur de Foulé-Martangis
, Maistre des Requeſtes , a
eſté nommé Ambaſſadeur Extraordinaire
en Dannemarc. Il eſt
Fils de feu Monfieur Foulé- Prunevoſt,
qui avoit une fi parfaite
connoiffance des affaires du Con.
feil , & qui eſt mort il y a quelques
années Sous - Doyen des
Maiſtres des Requeſtes. Ce nouvel
Ambaſſadeur qui ne s'eſt mis
dans la Robe qu'apres la mort
d'un Frore aîné, a ſervydans les
Armées , & a eſté autrefois employé
enPortugal& en Allemagne.
Il ſçait pluſieurs Langues ,
& a l'avantage de s'eſtre toûjours
fait eſtimer par tout . On
ne peut douter de fon mérite ,
puis que n'ayant pas encor quarante
ans , il a eſté choiſy pour
ce
212 MERCURE
ce grand Employ par un Prince
qui ne ſçait faire que de juſtes
choix , & dont la parfaite
intelligence en toutes chofes
a mis la France dans le haut
point de gloire où nous la voyons.
On attend des nouvelles du
retour de Monfieur le Marquis
de Segnelay. Il eſt party
pour aller viſiter les Ports de
Provence . L'activité des Miniſtres
qui exécutent les ordres du
Roy , n'a rien d'égal que leur
zele. Jugez , Madame, juſqu'où
elle va , puis que jamais Prince
ne fit naiſtre une ardeur ſi empreſſée
de le ſervir.
Sept Galeres de Malte qui venoient
de Portugal , eſtant arrivées
au Port de Marseille, Monfieur
le Duc de Vivonne en a
magnifiquement traité leGeneral,
GALAN T.
213
ral,& tous ceux qui l'accompagnoient.
Il leur a donné pluſieurs
fois la Comédie, & les a régalez
avec tant d'ordre , qu'ils ont
avoüé que les François ne ſçavent
pasmoins ſe diftinguer en
galanterie & en magnificence,
qu'ils l'emportent en valeur fur
toutes les Nations du monde.
Monfieur le Chevalier de
Beuvron , Capitaine des Gardes
du Corps de Monfieur , s'eſt démis
volontairement de toutes
ſes Abbayes entre les mains du
Roy & de Son Alteſſe Royale.
Monfieur a auffi toſt donné
celle de Colombs pres de Chartres
, au Fils de Monfieur de
Boisfrant. Je vous ay deja parlé
de ce jeune Abbé. Il promet
beaucoup , & a fait voir dés ſa
plus grande jeuneſſe une vivacité
d'eſprit furprenante.
I1
114 MERCURE
Il me reſte a vous apprendre
la mort de Monfieur de Berulle
Conſeiller d'Etat , &Maiſtre
des Requeſtes Honoraire.
Il eſtoit Neveu du Cardinal de
Berulle , Fondateur , & Inſtituteur
des Preſtres de l'Oratoire.
J'ay tant de choſes à vous dire fur
cet.Article , que je me vois obligéde
les remettre juſqu'au Mois
prochain.
On a auffi perdu Monfieur
de Maupeou Avocat General
au Grand Conſeil. Il eſtoit Fils
de Monfieur le Préſident de
Maupecu , & n'avoit que trente-
deux ans. Une fievre ſuivie
d'un tranſport au cerveau , l'a
emporté en huit jours. Son fçavoir
, ſa jeuneſſe , & l'attachement
qu'il avoit pour ſes Amis, le
font extrémement regreter. Il
avoit fait des Actions éclatantes
dans
GALANT.
215
dans le Barreau en qualité d'Avocat,
avant que d'entrer dans le
Grand Conſeil , où il ne ſe faiſoit
pas moins d'Amis que d'Admirateurs.
Je viens à l'Article des Enigmes.
Le Mot de la premiere
du Mois pafle, eſtoit le Sel. Mademoiſelle
de Querjean, du Fret
en Bretagne , l'a expliquée par
ces Vers.
Mercure Le
detout temps , a trompé
tout lemonde;
Il n'a pas épargné ny les Roys , ny les
Dieux,
Il trompe de C ...... la ſageſſe profonde,
Et malgré les Commis qu'il a mis en
tons lieux ,
Il déguiſe le Sel , & le vend à leurs
yeux.
Ceux qui l'ont expliquée ſur
le meſme Mot , font Meſſieurs
de
216 MERCURE
!
4
de Beauvais , Lieutenant General
du Duché de la Ferté Seneterre;
Le Moyne , Controlleur
au Grenier à Sel de Monſaulicon
en Champagne ; Nicoët-Corol
ler , Maire de la Ville de Morlaix;
Gardien, Secretaire du Roy;
L'Abbé Reyer , Parifien Bearnife
, L. Bouchet , ancien Curé
de Nogent le Roy;Grandis Fils,
de Vienne en Dauphiné ; Hutuge
, d'Orleans , demeurant à
Mets; Haſtier le Moulinois; Fauvel
, Directeur de la Poſte de
Morlaix; Formentin, Régent du
College d'Abbeville ; Du Mont,
Avocat àChaumont , ( ces deux
derniers en Vers ; ) Le Fidelle
Berger d'Amiens ; Le Chevalier
de la Porte Paris ; De Foffecave,
deMorlaix , L'Amantde la Belle
Saumuraiſe; Polimene ( ce dernier
en Vers.)
On
GALANT. 217
On a encor expliqué cette
Enigme ſur l'Eau,la Source, l' Am
bre- gris , & la Glace.
P L'Explication de la ſeconde
Enigme eſt dans ces Vers de
Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Bou
Elle Iris, jemetrompefort,
Ou cetteEnigmeduMercure,
Avec nostre amoureuse & derniere avan-
C
ture ,
N'a que trop de raport.
Enfinſenſible à mon martire,
Au milieu d'une belle nuit ,
Vous vous laiſſaſtes conduire
Al'Amourjusques dans mon Lit.
Ames transports ardens vous vous estes
1 renduë ,
Sans qu'aucune faveur m'ait esté dé-
2
Le diray -je pourtant ? desi charmans
fenduë,
plaisirs
N'ontpoint remply tous mes defirs;
Ie ſens encore helas un chagrin qui me
i
ronge,
Octobre 1679 . K
218 MERCURE
Et qui s'augmente tous les jours.
Iris , Amour , Hymen , venez à mon
Secours,
Mais que ce nesoit plus un Songe.
Le meſme Mot du Songe a eſté
trouvé par Meſſicurs Bellanger;
Viette , Maiſtre de la Poſte de
Coutance ; De Maſſeville , de
Montebourg , ( ce dernier en
Vers ; ) Les Illuſtres Captifs de
l'Abbaye de Montebourg.
L'Eclair , le Vers luiſant , la
Poudre à tirer , la Nége, L'éclat
du feu de la Fufée , l'ombre ,
la Grénade , ſont les autres
ſens qu'on a trouvez fur la meſmeEnigme.
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre , font Mefſieurs
d'Hault . Estienne du Coeur,
de Roüen ; De Boiffimon ; Jumeau
, du Chaſteau de Provins;
Jarres , du Quartier du Louvre;
Guyot
-
GALAN T. 219
Guyot de Montgermain , de
Bourges , la feconde en Vers ;
Prevoſt , du Fauxbourg Saint
Marcel ; Leger de la Verbiſſonne,
( ces derniers en Vers; ) Mefdemoiſelles
Crevon , Filles de
Monfieur Crevon Secretaire du
Roy , du Quartier S. Eustache;
Marie -M. de Chilly ; Mademoifelle
Magdelon Vontet , de la
Place des Jeſuites , de Lyon ;
L'Ariane de Silvie ; L'Enfant
Breton , de Tournay ; Dom Vi
fiteur , de Hombourg ; & les Reclus
de S. Leu d'Amiens .
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes. La premiere eſt de
MonfieurBroſſardde Montaney,
Conſeiller au Prefidial de Bourg
en Breſſe;& la ſeconde, de Monſieur
Gardien Secretaire du
Roy.
Kil
220 MERCURE
ENIGME .
D-Artont
Ar tout où l'on
m'employe , on me cache
avec ſoin,
Legrand jour m'est un peu contraire;
Si je ſers d'abord ſans besoin,
Ieme rens bien-toft neceffaire.
Tant que je suis caché, biensouvent mon
employ
M'attiredes cajolleries ,
Mais jeſurprens des flateries
Qui ne s'adreſſentpas àmoy.
Ie fers en apparence , & je fais mille
maux ,
Ieſuis d'un fâcheux voisinage,
Etjeronge enfin jusqu'aux os
Ceux que je flate davantage.
Mon Art eſt ſurprenant , mais l'on se
plaint àtort.
Que les Loix en font offencées,
Car jesçay ,fans user defort,
Rappeller les choses paffées.
Malgré tous mes attraits, ne vous attachezpas
GALANT. 221
:
A me voir & me reconnoiſtre ;
Si-tost que j'oferay paroiſtre;
Leſeraypour vousfans appas.
AUTRE
E fuis
ENIGME.A
un Roypuiſſant, dequi
fte Empire
S'étendfur tout cequi respire;
lova
P'abrege&conſerveſes jours,
Et quoy que je regne à toute beure ,
Mon pouvoir se renferme on jefay ma
demeure ,
Et sur tous mes Sujets ne regne pas
toûjours.
Du beau Sexe &de la Ieuneſſe
Ie ſuis affez fidelle Amy ;
Mais pour la chagrine Vieillesse ,
le ne l'oblige qu'à demy.
Iene sçay ce que c'est que de faire injustice;
:
Admirez pourtant moncaprice;
Tel me reclame , & je le fuis;
Tel me chaſſe, &je le poursuis ;
Ie dédaigne ſouvent des Testes redon
tables,
7
Kiij
222 MERCURE
Etj'accable des Miserables.
Aux plus braves je fay la loy ;
Mes faveurs aux plus fiers se trouvent
neceffaires;
Le fuis cher àdes Gens qui rompent avec
moy,
Icrepare desmaux, je gaste des affaires.
Chers Lecteurs, lors qu'icy ma recherche
vousgesne,
Si je m'offrois à vous , ſuivez vostre
penchant :
Gardez- vous pour un rien de prendre
trop de peine ,
Etde me perdre en me cherchant.
Meffieurs Dumont Avocat à
Chaumont en Véxin ; Gardien
Secretaire du Roy ; & Rault,
de Roüen , qui ont expliqué
l'Enigme de Clitie fur le Miroir
ardent , qui reçoit & refléchit
les rayons du Soleil, en ont trouvé
le véritable ſens. Pluſieurs
ont expliqué cette Enigme fur
une
4 GALANT. 223 F
une Aiguille de Bouffole , la Pluye
, l'orage , la vapeur , l'Encens,
l'ombre d'un Cadran au Soleil, le
Diamant, le Parélie, & l'or.
Icare eſt la nouvelle Enigme
en figure dont vos Amis chercheront
le fons. Icare eſtant prifonnier
en Crete avec Dédale
ſon Pere , ils s'envolerent avec
des aifles de cire jointes enſemble
, qui avoient eſté faites par
Dédale ; mais Icare ayant volé
trop haut , ſes aifles furent fonduës
par la chaleur du Soleil , &
il tomba dans la Mer , appellée
depuis Icarienne.
Ayant accoûtumé de vous parler
tous les ans dans cette faiſon
des Divertiſſemens qu'on
prépare pour l'Hyver , je croy,
Madame,ne pouvoir mieux commencer
que par ce qui regarde
l'Opéra. Je ne puis vous entre
Kijij
224 MERCURE
tenir des nouveaux qu'on doit
donner, fans vousdire qu'on n'a
finy les RepreſentationsdeBellerophondepuis
quatre jours, que
pour les reprendre avec plusd'é.
clat, c'eſt àdire qu'on a ceſſe de
le jouer à Paris , pour avoir le
temps de ſe diſpoſer à le faire
paroiſtre à Saint Germain.Quoy
qu'il ait occupé le Théatre du
Palais Royal pendant neufmois,
l'Aſſemblée qui s'y trouvale dernier
jour,ne laiſſa pas d'eſtre des
plus grandes. Leurs Alteſſes Sereniffimes
y accompagnerent
Madame la Ducheſſe de Hanover
, arrivée icy le dix-huitiéme
de ce mois , avec les trois Princeffſes
ſes Filles. Elle eſt Soeur de
Madame la Ducheffe ,& Fille
du feu Prince Palatin. Cet Ope.
ra luy plût fort. Le Royfait faire
des Décorations neuves ,&des
Habits
HEQUE DELAVILL
1293
ICHARE ENIGME .
GALANT.
225
Habits pour le voir à Saint Germain
avec tous les ornemens
qui luy ſont propres. Il y doit
eſtre chanté par ſa Mufique , &
faire le divertiſſement de la Cour
pendant tout le Carnaval , alternativement
avec l'Opera nouveau
de Monfieur Quinaut , qui
eſt en poffeffion de faire les O.
pera de Sa Majeſté. Le ſujet de
ce dernier est l'Enlevement de
Proferpine. Monfieur Lully qui
y travaille , n'ayant pû par cette
raifon en faire un pour le Public,
en remet deux anciens qui paroiſtront
cet Hyver. Ce font
Theſée& Cadmus. La belle &
grandeTroupe du Roy du Faux.
bourg SaintGermain a commen.
cé les divertiſſemens qu'elle prepare
pour cette meſme ſaiſon ,
par la galante Comedie de l'Inconnu.
Les Repreſentations qu'elle
226 MERCURE
le en a données depuis trois femaines
, ont attiré des Affemblées
ſi nombreuſes , qu'on voit
bien qu'il y a peu de Pieces qui
foient plus aimées . La meſme
Troupe doit faire paroiſtre en
fuite la nouvelle Piece qu'elle
promet depuis quelque temps,
intitulée la Devinereffe. On l'attend
avec d'autant plus d'impatience
, que ce Titre excite la
curioſité de tout le monde , &
que le Theatre François imite
parfaitement la Nature. On ne
ſçait encor quelles Nouveautez
les deux autres Troupes nous
doiventdonner.
Mon Paquet ſera aujourd'huy
plus gros qu'il ne l'a eſté les autres
Mois , puis qu'ayant trouvé
affez de matiere pour faire encor
une Lettre des ſeules Ceremonies
du Mariage de Mademoi.
:
felle,
1
GALANT.
217
felle , je l'ay adjoûtée à cette
premiere. Je ne doute point que
yous ne me ſcachiez quelque
gré du ſoin que j'ay pris de faire
graver les Figures qui l'accompagnent.
Vous n'avez qu'à ouvrir
cette autre Lettre . Elle fait
partie de celle- cy , & n'en a eſté
ſeparée , que pour ne luy pas
donner trop de groſſeur. Ainſi ſi
vous voulez garder tout ce que
je vous écris comme un Journal
ou une Suite d'Hiſtoire , il faut
que l'une ait rang avec l'autre,
les deux enſemble ne faiſant que
la ſeule Lettre de ce Mois . Je
fuis, Madame, voſtre, & c .
AParis ce 31. Oftobre 1679 .
I'ay déja quelques Harangues
qui ont estéfaites à la Reyne d'Efpagnesursa
Route. Le les ay refervées
228 MERCURE
i
vées pour le Mois prochain. I'en
attens d'autres , &n'ose prier ceux
qui les ont faites , de les envoyer.
Leur trop de modeftie les en pourroit
empeſcher; mais leurs Amis neſeront
peut - estre pas fâchezde prendre
cefoin. Ilfaudroit me les faire
tenir au plutost
THEQUE
DE
LA
Archiepifcopus &Prorex Lugdunenfis
Camillus de Neufville Collegio SS .
Trinitatis Patrum Societatis JESU
Teftamenti tabulis attribuit anno 1693 .
CO
:
807156
MERCURE
GALANT,
DEDIE' A
MONSEIGNEUR
LE
DAUPHIN LA
VILL
OCTOBRE 167
DIVISE' EN DEUX PARTIES
PREMIERE
PARTIE
A LYN
Chez THOMAS AMAULRY,
ruë Mercier
M. DC. LXXIX.
AVEC PRIVILEGE DU ROΥ.
LE LIBRAIRE
YON
AU LECTEUR
E vous envoye , cher
J Lecteur ,le Mariage
de la Reyne d'Espagne
, quifera laſeconde Partie
du Mercure ; ilſe vendraſeparément
, mais le Mercure neſe
vendra pasſans le Mariage, &
ce ſera vingt ſols qu'ils vau
dront chaque Tome ſans marchander.
le vous envoye en
mesme temps l'Histoire de la
a iij
Le Libraire
Ville de l'Estat de Geneve
de Monfieur Spon , ce nom ſeul
vous doit affezfaire connoistre
que c'est un Livre achevé , puis
qu'un des plus grands Hiſtoriens
de ce Siecle , qui est Monfieur de
Mezeray , a advoüé en lifant
la coppie dont il eſtoit commis
par leRoy , que c'estoit un Ouvrage
tres- bien écrit s je croy,
cher Lecteur , que vous devez
eftre obligé à un si sçavant
Homme , de vous faire connoiſtre
les Histoires , comme celle
de Geneve qui n'avoit pas encor
paru jusqu'à preſent's mon
deffein estoit de le vendre un
écu , mais ayant une veneration
particuliere pour l'Autbeur
qui
au Lecteur.
qui m'a ordonné de ne le vendre
que cinquanteſols,à qui j'ay
obeï volontiers , pourfaire connoiſtre
au Public que je prefere
plutoſtſa satisfaction que mon
intereſt , ce prix modique doit
en faire achepter un grand
nombre . Le prix que je vous
marque estseulement pour Lyon,
cardans les Provinces ils ne les
peuvent pas donner au mesme
prix.
le vous envoye auffi ce
grand Ouvrage du Blazon du
Reverend Pere Menestrier , je
fais imprimer la suite incef-
Samment , les Volumes nauront
aucune liaiſon l'un avec
l'autre , & se vendront ſepa
a iiij
Le Libraire au Lecteur .
rément pour 40.fols le Volumes
le premier est l'Origine des Armoiries
; la ſeconde , l'Origine
des Ornemens des Armoiries ,je
ne vous fais pas l'Eloge de ce
Sçavant Autheur , fa reputation
eft connie par tout le monde
tant pour ſon merite que pour
Sa profonde erudition , & je
puis dire de plus , qu'il est l'unique
en France pour les Blazons.
Les Mercures ſe vendront
toûjours vingtſols le Volume,
de 1678. 1679. & les Extraordinaires
trente fols. L'on
continúe à diftribuer les lournaux
des Sçavans, && les Nouvelles
de Medecine pour fix
Sols le Cahier. CA
LIVRES
LIVRES NOUVEAUX
du Mois d'Octobre . :
LE la
E Mariage de la Reyne
12. 20. fols.
L'Histoire de la Ville & de
l'Estat de Geneve de Monfieur
Spon , avec pluſieurs Figures en
taille douce , indouze , 2.vol.
so.fols.
Origine du Blazon du Reverend
Pere Menestrier , indouze,
40.fols chaque Volume , ily en
a deux à preſent d'achevez qui
Se diftribüent.
Vie de JESUS -CHRIST
de faint Real , indouze , trentefols.
a V
Memoire de l'Empire Ottoman,
indouze , deux volumes,
20. fols.
Lettres Portugaises avec les
Réponſes , 12 .
CATA
CATALOGUE
DES PIECES QUI
composent le ſeptiéme Extraordinaire
, intitulé Extraordinaire
du Mercure Galant,
Quartier de Juillet 1679. don
ne au Public le 25. Gitobre de la
mesme année.
IL CONTIENT
NE Réponce à la Queſtion
, Sçavoir s'il est à
U
propos de ſe marier.
Trois Pieces en Proſe ,
& une en Vers , fur la
Queſtion , Si un Amant paffionné qui
auroit reçeu un ſenſible outrage d'une Per-
Sonne tres- confiderée de ſa Maistreffe ,
devroit croire ſon reſſentiment ,
obeir plutoſt à l'honneur qu'à la
mour
Une
Une Hiſtoire amoureuſe de quelques
Fleurs, en Vers.
Une Lettre paſſionnée d'un Amant
abandonné.
Une Fiction ſur l'Origine de la
Sculpture.
Des Stances ſur une Infidelité.
Pluſieurs Madrigaux & Sonnets fur
divers ſujets.
Une Epiſtre en Vers à Monſeigneur
le Dauphin.
Quatre Pieces ſur la Queſtion , Si
les Femmes aiment avec une plusviolente
paffion que les Hommes.
Sentimens en Vers ſur les fix Queſtions
proposées dans le ſixiéme Extraordinaire.
Pluſieurs Madrigaux for les Enigmes
, dont les Mots eſtoient les Portes,
&leTabac .
Un Traité de la Conteſtation , de
Monfieur l'Abbé de la Valt. Le nom
de l'Autheur fait l'éloge de l'Ouvrage.
Une Lettre du Solitaire de Rome,
à la delicieufe Albili , ſur la crainte
qu'elle a que ſon Mary ne ceſſe d'eſtre
fon
fon Amant , pour devenir l'Amant
d'une autre Belle.
Une Ode fur la Paix , par Monfieur
Geneſt.
L'Hiſtoire de l'illuſtre Voleur d'Ethiopie.
Un Traité tout remply d'érudition,
-del'Origine des Armes ou Armoiries,
&de leur progrés .
:
Le Portrait de l'Electeur de Brandebourg,
gravé .
Pluſieurs Epigrammes ſur uneVieillequi
ſe radoucit.
Quatre Pieces ſur la Queſtion , S'il
est plus doux à un Amant d'entendre dire,
je vous aime, que efperez; Deux en
Proſe, une en Vers & en Profe, & l'autre
enVers .
Trois Pieces ſur la Queſtion , Siune
Maistrefſſe doit se contenter d'estre aimée
preferablement aux autres , &non
pas uniquement.
Pluſieurs Pieces ſur la Queſtion,
S'il est plus cruel à une Femme d'estre
negligée d'un Amant dont elle a fait
lafortune , qu'il eſt ſenſible à une autre
que le Mary a élevée à une condi
tion
tion avantageuse , d'en recevoir des reproches.
Pluſieurs Madrigaux fur les Enigmes
du Fer à Cheval , de l'Or , & du
Canon.
Une Explication du Pavé à la Mofaïque
du Mercure du mois d'Aouſt.
Une Explication en Vers de l'Hiſtoire
Enigmatique du ſixiéme Extraordinaire
,avec les noms de ceux qui
en ont trouvé le veritable ſens .
Une nouvelle Hiſtoire Enigmatique.
Une Explication en Vers de la Lettre
en Chifre du ſixiéme Extraordinaire.
Les noms de ceux qui en ont trouvéle
ſecret.
Une nouvelle Lettre en Chifre.
د
Pluſieurs Maximes d'Amour en
Vers.
Un Air à boire , fait par un grand
Maistre .
UneHiſtoriete en Vers , intitulée les
Apparences trompeuses.
Pluſieurs Madrigaux ſur les Enigmes
du Nez & des Cartes .
Noms de ceux qui les ont devinées,
&
&qui n'ont pas eſtémis dans le Mercure.
Une Figure gravée du Triomphe du
Soleil , Feu de joye fait à Rheims.
Une Réponſeen Vers à la Propofition
du ſixiéme Extraordinaire , Que
detous les maux de l'Amour ,celuyde
n'estre point aimé , est le moindre , ſi on
excepte l'absence..
Modes nouvelles .
Queſtions , & diverſes autres matieres
proposées.
TABLE
TABLE DES MATIERES
contenues dans ce Volume .
Avant-propos Lettre
I
de la Lorraine Espagnolete,
furles réjouiſſances faites à Madrid,
furla mort de D. Jean. 3
Reception de Madame la Ducheſſe de
Noailles àAurillac, 21
Prix tirépar la Compagnie des Arquebufiers
deRheims, 27
Mort deMadame la Comteſſe de Fiennes
, 35
Survivance de la Charge de Controlleur
General de l'Artillerie , donnée au Fils
de feu Monsieur le Camus des Touches
, 36
Suite de l'avanture du Prince Caillou, 37
40
41
Marques d'estime données à Cologne à
Le Voyageur , Conte ,
Nouvelles Fortifications ,
Madame la Princeſſe de Furſtemberg
, 47
Tout ce qui s'est passé à l'Affaire de
Hombourg , so
Commiſſions données par le RoyàMesfieurs
TABLE .
fieurs Pelletier & Vuoërden , pour regler
les Limites dépendantes des Places
cedéesà Sa Majesté, 60
Plusieurs Madrigaux contre une Vieille,
66
Particularitez touchant le College des
Nobles de Parme , 68
Placet de l'Amour, 76
Réponse au Placet de l'Amour, 79
Réponse à la difficulté proposée touchant
lePavé à la Mosaique, ৪০
Entrée de M. l'Archevesque de Bourges
dans la Ville de ce nom. ibid.
Versfur cesujet , १०
Mortde M. le Comte & de M. la ComteſſedeTonnerre,
93
Madrigal, 106
Mort de Mile Duc de Villars, ibid.
Mort de M. Choart Maistre des Comptes,
108
Mort de M. Abraham,
109
La Reyne va le jour de Sainte Therese
aux Carmelites , où elle entend le Sermon
de M. l'Abbé Guéton, 169
Mariage de M. de Monthelon & de
Mademoiselle de la Guillaumie, I
Billet Galant, 114
Zénobin, Nouvelle en Vers 116
د
Ma
TABLE .
Mariage de Monfieur le Marquis de
Pusignan-Argini , 124
Les Aparences trompeuſes , Histoire,
128
Entrée de Monsieur de Varangeville à
Venise, 146
Retourde la Cour à S. Germain, 165
BelleActionde Monfieur le Prince de la
Roche-sur-Yon , 167
Remede du Medecin Anglois donné à
MonsieurDaquin , 169
Reception de M. Molé dans laCharge
de President àMortier , ibid.
Mort de Monfieur de la Cardonniere,
182
Mort du R. P. Gorillon , Vicaire Generaldes
Chartreux , ibid.
Abbayede S. Claudedonnéeà Monfieur
leCardinald'Estrées , 183
Nouvelles Impreſſionsdu Livretouchant
la verité de la Religion Chrétienne,
184.
Ce qui s'est fait de remarquable dans les
Villes par où la Reyne d'Espagne a
passé, ibid.
Ce qui s'estpassé aux Etats de Bretagne
, 205
Present fait parle Roy à Monfieur dis
Quesne
TABLE .
Queſne Lieutenant General des Armées
Navales ,
207
Preſens faits par le Roy à Monfieur le
Prieur de Cabrieres , ibid.
Changemens faits dans les Chevaux Legers.
Monfieur de la Salle qui en eſtoir
Sous - Lieutenant , est fait Maistre de
la Garderobe ,
209
Nouveaux Embelliſſemens faits à Ver-
Sailles , 210
Monfieur de Foulé- Mortangis eft nommé
par le Roy Ambassadeur Extraordinaire
en Dannemarc , 211
Voyage de Monfieur le Marquis de Segnelay
en Provence, 212
Régal fait par Monfieur de Vivonne au
Commandant & Officiers desſept Galeres
de Malte , ibid.
Monfieur donne l'Abbaye de Colomb
pres de Chartres , dont Monsieur le
Chevalier de Bevron s'est démis , à
Monfieur l'Abbé de Boisfrant , 213
214 Mort de Monfieur de Berulle,
Mortde Monfieur de Maupcon Avocat
General au Grand Confeil ,
Explication de l'Enigme du Sel en Vers,
215
ibid.
Nomsde ceux qui l'ont trouvée , ibid.
Explica
TABLE.
Explications de l'Enigme du Songe en
Vers , 217
Nomsde ceux qui l'ont trouvée , ibid .
Noms de ceux qui ont expliqué l'une &
l'autre , 218
Enigme , 220
Autre Enigme , 221
Noms de ceux qui ont expliqué l'Enigme
enfigure, 222
Enigme en figure, 223
Divertiſſemens préparez pour cet Hyver,
ibid.
Apostille, 227
Fin de la Table.
LYON
Avis
PREQUE
LYUN
Avis pour toûjours
N prie ceux qui envoyeront des
Memoires où ily aura desNoms
propres , d'écrire ces Noms en carateres
tres-bien formez & qui imitent
l'Impreſſion , s'il ſe peut , afin qu'on
ne ſoit plus fujet à s'y tromper.
On prie auſſi qu'on mette ſur des
papiers diferens toutes les Pieces qu'on
envoyera.
On reçoit tout ce qu'on envoye, &
l'on fait plaifir d'envoyer.
Ceux qui ne trouvent point leurs
Ouvrages dans le Mercure , les doivent
chercher dans l'Extraordinaire;
& s'ils ne ſont dans l'un ny dans l'autre
, ils ne ſe doivent pas croire oubliez
pour cela. Chacun aura fon
tour , & les premiers envoyez ſeront
les premiers mis, à moins que la nouvelle
matiere qu'on recevra ne ſoir
tellement du temps , qu'on ne puiffe
differer.
Onne fait réponſe à perſonne, faute
de temps.
On
Onne met point les Pieces trop
difficiles à lire .
On recevra les Ouvrages de tous
les Royaumes Etrangers , & on propoſera
leurs Queſtions .
Si les Etrangers envoyent quelques
Relations de Feſtes ou de Galanteries
qui ſe ſeront paſsées chez eux , on les
mettra dans les Extraordinaires.
On prie qu'on affranchiſſe les Ports
de Lettres , & qu'on les addreſſe roujours
chez le Sieur Amaulry , & il eſt
inutile d'en envoyer ſans payer le
Port , puiſqu'ils ne paroîtront pas autrement
.
2 On ne met point d'Hiſtoires qui
puiffent bleſſer la modeſtie des Dames,
ou defobliger les Particuliers par
quelques traits ſatyriques. Ter
On a beaucoup de Chanſons. Elles
auront toutes leur tour, fi on apprend
qu'elles n'ayent pas eſté chantées.
C'eſt pourquoy ſi ceux par qui elles
ont eſté faites,veulent qu'on s'en fervveez,
iillsslesdoivent garder ſans les chanter&
fans en donner de copie juſqu'à
ce qu'ils les voyent dans le Mercure.
Aamas???????
EX
ORMER SEX 33, ERROR - 3
1893
EXTRAIT DV PRIVILEGE
du Roy.
DAr Grace & Privilege
du Roy, donné à
Saint Germain en Laye le 31. Decembre
1677. Signé Par le Roy en ſon Conſeil, Jun-
QUIERES. Il eſt permis à J.D. Ecuyer, Sieur de
Vizé, de faire imprimer par Mois un Livre intitulé
MERCURE GALANT , preſenté à
Monſeigneur LE DAUPHIN , & tout ce qui
concerne ledit Mercure , pendant le temps &
eſpace de fix années , à compter du jour que
chacun defd. Volumes ſera achevé d'imprimer
pour la premiere fois : Comme auſſi defenſes
font faites à tous Libraires , Imprimeurs, Graveurs&
autres , d'imprimer , graver & debiter
leditLivre ſans le conſentement de l'Expoſant,
ny d'en extraire aucune Piece , ny Planches
ſervantà l'ornement dudit livre , meſme d'en
vendre ſeparément , &de donner à lire ledit
Livre , le tout à peine de fix mille livres d'amende
, & confiſcation des Exemplaires contrefaits
, ainſi que plus au long il eſt porté auditPrivilege.
Regiſtré ſur le Livre de la Communauté le
5. Janvier 1678. Signé E. COUTEROT . Syndic.
Et ledit Sieur D. Ecuyer , Sieur de Vizé a
cedé & tranſporté ſon droit de Privilege à
Thomas Amaulry Libraire de Lyon , pour
en joüir ſuivant l'accord fait entr'eux.
Achevé d'imprimer pour la premiere fois le
30. Octobre 1679.
Avis pour placer les Figures.
Lmanderde
'Air qui commence par Vous demandezdes
Vers , &fi j'en croy vos
yeux, doit regarder la page 64 .
Se
La Planche des Médailles doit regarder
la page 143 .
L'air qui commence par Vous avez
de l'esprit , vous avez des appas , doit
regarder la page 205.
L'Enigme en figure doit regarder
lapage 223 .
MERCU
MERCUREYOUR A
S
LYON
GALANT.
остовRE 1679.
E me doutois bien,
J Madame , que le recit
de ce qui s'eſt paſsé à
Fontainebleau , quand
la Reyne d'Eſpagne s'eſt ſéparée
de Leurs Majeſtez , toucheroit
les coeurs les plus infenfibles,
&que les larmes que cette
ſéparation luy a fait verſer , en
feroit répandre à de beaux yeux.
Ainſi je ne ſuis point étonné
d'apprendre que vos Amies
Octobre 1679 . At
-2 MERCURE
n'ayent pû lire cet Article de
ma Lettre fans ſe laiſſer attendrir
, apres qu'on a veu pleurer
les Officiers des Troupes qui
eſtoient préſens à ce départ, c'eſt
àdire , les Braves les plus intrépides
, & les moins accoûtumez
à reſſentir certaines émotions de
pitié , dont le métier de laGuerre
rend ordinairement incapables
les Perſonnes qui l'embrafſent.
Ce que je vous ay mandé
des honneurs rendus à cette
Princeſſe pendant les vingt jours
qu'elle eſt demeurée en France ,
depuis qu'elle a le titre de Reyne,
eſtoit undétail affez curieux:
S'il vous a paru exact , j'eſpere
que vous ne vous louerez pas
moins du ſoin que je prens de
n'oublier rien pour vous fatisfaire
entièrement fur le grand Article
de fon Mariage.
Tan
GALANT.
3
Tandis qu'on s'affligeoit à Fontainebleau
du départ de la nou-
-velle Reyne d'Espagne , on faifoit
des Feux de joye à Madrid
de l'eſpérance de fon arrivée,
ſur la nouvelle qu'on y avoit euë
de la celebration de ſon Mariage.
Ces réjoüiſſances ont duré
trois jours , & je croy ne vous en
pouvoir faire part d'une maniere
plus agreable , qu'en vous envoyant
ce que la Lorraine Efpagnolete
m'écrit là-deſſus .C'eſt
avec raiſon que vous aimez tout
-ce qui vient d'elle . Le tour galant
qu'elle donne aux choſes
nepeut affez s'eſtimer.
???????????????????????????????????????????? . 11
733 201
053-003-643-080-
Madrid , 20. Septembre 1679 .
E me suis engagée , Monsieur,à
vous un détaildes Fef- envoyer
A ij
MERCURE
tes galantes qui se feroient en
cette Cour , à l'occaſion du Mariage
du Roy ; & j'ay commencéà
m'acquiter de cette promeſſe,
par les deux Relations que voUS
avezbien vouluplacer dans vostre
Mercure du mois d' Aoust. J'aurois
encor quelque chosefort particulier
àvous dire là- deſſus par ce Courrier
; &je pourrois vousfaire une
description affez exacte des réjouiſſances
publiques qu'il y a eu
icy pendant trois jours à l'arrivée
de l'Extraordinaire qui a apporté
Lanouvelledes Solemnitezdu Mariage
de Sa Majesté , dont l'on fit
les ceremonies à Fontainebleau le
31. du mois paſſe , ſi je n'avois à
vous faire un recit d'une autre nature
dans cette Lettre. J'aurois
lien de vous parler auffi fort au long
d'une nouvelle Course de Parejas,
quise fit à la Place du Palais le
Diman
GALANT.
Dimanche 10. de ce mois , &dont
je me contenteray de vous dire en
peu de mots , qu'elle fut composée
de cinquante Quadrilles deGrands
d'Espagne , & d'autres Perſonnes
de qualité , tous habillez de la
meſme façon. C'estoit d'un taffetas
rouge , couvert par tout de toile
d'argent, & enrichy de pierreries ;
lės manches brodées d'or &deſaye.
Un petit Manteau de toile d'argent
, doubléde taffetas de la couleurde
l'Habit , leur pendoit négligemment
derriere le dos jusqu'aux
arçons de la Selle. Leurs Bonnets
estoient garnis de Plumes blanches
& incarnates , attachéesfur le devant
avec un gros noeud de Dia.
mans ; & tout le reste de l'équipa.
ge répondoità cette magnificence.
Ils estoient montez fur de tresbeaux
Chevaux , richement équipez
, &couverts de grandes treſſes
4
2
A iij
6 MERCURE
de Rubans des mesmes couleurs que
les Plumes. Ces Cavaliers avoient
tous des F'ambeaux de cire blanche
à la main , auſſi - bien que
les Valets de pied dont ils s'étoient
fait accompagner. Ils en
avoient chacun fix , tous habillezde
taffetas incarnat , borde
de toile d'argent , avec des
Toques ou Bonnets de diférentes
façons , garnis de Plumes de toute
Sorte de couleurs ; ce qui faisoit le
plus bel effet du monde à la lueur
des Flambeaux, & des autres Feuxdont
toute la Place du Palais estoit
éclairée. Les deux Parrains de la
Course ( c'est le nom que l'on donne
icy à ceux qui entrent les premiers ,
& qui sont comme les Chefs , les
Autheurs, & les Iuges de la Feſte)
estoient Monsieur le Conneſtable de
Caftille,Grand Maistre de la Mai-
Son du Roy, & Monsieur le Duc de
Medina
GALANT.
7
Medina-celi, Chevalier de l'Ordre
de la Toiſon d'or , Grand Chambellan
de Sa Majesté , tous deux
Grands d'Espagne , de la premiere
Claffe ,& du Conseild'Etat de la
Monarchie.
Ils s'acquitterent parfaitement
bien de leur employ , & toutes les
Quadrilles qui les ſuivoient en
bon ordre , fe firent admirer dans
Leur course. Le Roy les vit de fon
Balcon avec plaisir , & toute la
Cour ne manqua pas de leur donner
les applaudiſſemens qu'ils méritoient.
un tres-
A
Cette Feste fut ſuivie d'un
beau Feu d'artifice, qui dura long--
temps ; & quoy que l'on eneust déjafait
un la veille,qui avoit réüf-
Sy admirablement , ce fecond ne
Laiſſa pas d'avoir toute la grace
de la nouveauté , parce que c'est
une maniere de divertiſſement qui
A iiij
8 MERCURE
n'estpas fort ordinaire en ce Païs.
L'on en fit un troisième le lendemain
, &j'aurois bien de particularitez
à vous dire de fon deſſein,
& du fuccés qu'il eust , aussi- bien
que de la Courſe que je viens de
vous décrire tres - legérement ,si je
ne me voyois obligée de finir ces Recitsde
Festes galantes , pour faire
place à un Article de deüil , qui en
afort diminué le plaisir , & qui a
causé une douleur tres-fenſible à
Sa Majesté, laquelle par cette confidération
afait diférer un Combat
de Toureaux quiſe devoitfaire ces
jours paſſez , pour mieux celebrer,
Selon l'usage du Païs, la Solemnité
de fon Mariage.
C'est la mort de Son Alteſſe le
Prince D. Iean d'Auſtriche , qui
arriva Dimanche dernier 17. de ce
mois , apres unemaladie de vingtrois
jours , dont les circonstances
ont
GALANT.
9
ontparu affezextraordinaires,pour
vous en faire part. Il avoit en
mesme temps trois fortes de fievre,
dont les accés estoient tantoft reglez
, & tantoſt irréguliers. Ces
accés avoient chacun leur caractere
, & leur degré de violence diférens
, & paffoient l'intelligence
de tous les Medecins. Tantoſt ce
Prince se trouvoit réduit à l'extrémité
, & peu d'heures apres it
faisoit paroistre beaucoup de force
& de vigueur , juſques à donner
de grandes esperances de sa guérison.
On luy a fait tous les reme
des imaginables , fans épargner
mesme le Vin Emétique , qu'il a
pris àdiverſes fois , & dont l'extréme
violence afait desireràtous
ceux qui ont lû icy vos Mercures,
que l'on eust le moyen d'employer
ces Remedes doux & bienfaisans,
qui rendent fi fameux en France
:
Av
10 MERCURE
-
les Peres Capucins du Louvre. Ils
auroient sans doute esté d'un grand
Secours à ce Prince , que l'ona vû
cing fois aux abois pendant lecours
deSa maladie , &mesme la veille
du jour qu'il expira , il fust crû
mort fix heures entieres , juſqueslà
que les Medecins se retirerent ,
&que l'on commençoit déjaàpréparer
les choses neceſſaires pour
l'embaumer , lors qu'il s'êveilla de...
Sa létargie , & demanda de la
nourriture . Il vêcut encor plus de
vingt- quatre heures , mais enfin il
mourut le lendemain , à une heure
apres midy , le mesme jour , & le
mefme mois que le feu Roy Philip
pe LV. Son Pere estoit decedé dans
le mefme Palais, quatorze ans au
paravant.20
Ie croy estre obligéede vousfai
re icy l'Eloge , ou plutoft le fidelle
Portrait de ce Prince , par la part
que
2
GALANT. II
que je dois prendre à ce quiregarde
fa memoire , à cause des engagemens
qu'avoit aupres luy une
Perſonne qui me touche de fort
pres , qui estoit une de fes Créatures
, qui est venu des Païs Bas en
cette Cour par ſes ordres , qui m'y a
amenée par la mesme occasion ,&
qui a beaucoup de part à toutes les
Pieces que vous avez reçenes de
mamain juſques àpreſent . L'ajoûte
à cette confideration , que vous
eftes auffi en quelque façon obligé
de contribuer vous - mefme à la
gloire de cet illustre Mort , puis
qu'il eſtoit l'un des Partisans du
Mercure , &que dans les momens
de fon loisir , il s'en faisoit live
tous les mois les plus beaux endroits
, ausfitoft que chaque Volume
paroiſſoit icy.
Ie vous diray donc , Monfieur,
que Dilean d'Austriche estoit d'une
12 MERCURE
ne taille mediocre , fort bien faie
desa personne , & qui avoit tous
les traits du visage extrémement
doux & réguliers . Ses yeux étoient
noirs, vifs, & pleins de feu.
Ses cheveux avoient eftez fort
grands & fort beaux ; & quoy
qu'ils fuſſent déja meſlez , cela
n'empeschoit pas qu'on ne reconnut
qu'ils avoient esté parfaitement
noirs. Il avoit la main tresbelle.
Ses façons estoient toutes engageantes
, & l'air de fa Perſonne
avoit un je- ne Scay- quoy qui
charmoit , quoy qu'ilne pût s'empeſcher
de mesler à beaucoup de
douceur une certaine fierté qui luy
estoit affez naturelle , & qui fai-
Soit bien connoistre qu'il estoit Fils
d'un Grand Roy. Il aimoit extrémement
la propreté, & elle parois
foit toûjours en fa Perfonne &
dans ſes Habits.
Pour
GALANT.
13
i
Pour ce qui est du caractere de
Son Esprit ,on peut dire qu'il avoit
une extréme delicateffe , &
qu'en ce point il ne tenoit rien du
Climat qui lui avoit donné lanaif-
Sance. Cette delicateſſe paroiſſoit
dans toutesfes actions, maisparticulièrement
dans ce qui partoitde
Saplume,ou de sa bouche. Sonſti
le estoit fi connoiſſable pour sa pu
reté ,son élegance , fa force,&fa
briéveté , qu'on peut assurer qu'il
estoit le feul en Espagne qui parlast
, & qui écriviſt comme ilfai-
Soit. Il avoitbeaucoup de penetration
, le jugement tres-folide , &
une justesse admirable de venës
& de pensées. Il parloit avec
beaucoup de netteté& de facili
té- cinq fortes de Langues, & il en
entendoit encor d'autres. Il poffedoit
les beaux Arts,comme la Pein
ture , la Miniature , l'Orfévriere,
4
)
}
14
MERCURE
&la Chymie. Il estoit fort versé
dans l'Histoire , & il faisoit son
principal plaisir de l'étude des
Mathématiques , avant que les
Affaires du Gouvernement de l'Etat
luy en derobaſſent le loiſir.Toutes
ces qualitez font affez rares
dans un Païs où la plupart des
Grands ne se font pas une honte
d'ignorer beaucoup de choses qui
Sont estimées & recherchées ailleurs.
Il avoit une tres-grande curiofité
pour tous les Secrets naturels
, & il ne dedaignoit point de
Se communiquer à quelque Particulier
que ce fust , pourven qu'il
craft pouvoir tirer de nouvelles connoiſſances
de luy , & faire parson
moyen quelque decouverte dans les
Arts ou dans les Sciences. Il s'étoit
fort adonné à la devotion depuis
plusieurs années , & mesme il s'aprochoit
tous les jours des Sacremens
1
GALANT.
15
F
mens autant que les preſſantes affaires
de Son Ministerele pouvoient
permettre. Ce Prince avoit
beaucoupd'experience en touteforte
d'affaires ,& c'est par cette confideration
qu'on luy avoit confié les
plus grands Emplois de la Monarchie
d'Espagne. Ilavoit esté Vicai
re General d'Italie , & par ce ca
ractere il avoit en droit de com
mander à tous les Viceroys de c
Pais- là. Le Gouvernement des
Païs-Bas luy appartenoit en pro-)
prieté. Le Royaume dArragon, &
la Catalogne , l'avoient reconnu
pour. Viceroy. Il estoit Capitaine
General de toutes les Mersd'Ef- s
pagne , Grand- Prieur de l'Ordre de
S. Iean de Ierufalem , & enfin il
avoit esté appellé par le Roy
puis plus de deux ans& demy pour
avoir en qualitéde Premier Ministre
, le gouvernement & la. direction
des
16 MERCURED
rection de toutes les Affaires de la
Monarchie. Il estoit le ſeul Prince
à qui l'on donnoit le nom d'Alteſſe
dans tous les Etats du Roy.
Il estoit logé au Palais , dans le
Quartier des Infants , & y donnoit
presque tous lesjours ſes Audiences
publiques. Sa Majestéaccordoit
à luy feul le Carreau & le
Fauteüil dansſa Chapelle , immediatement
aupres de la Courtine
Royale , & à la teste de tous les
Grands d'Espagne ; & en toutes
choses. Elle témoignoit avoirbeaucoup
d'amitié & de confideration
pourfa Personne. Il est mort à l'â
ge de 50. ans , apres avoir veu la
Paix faite pendant le temps defon
Ministere , &le Mariage du Roy
conclu parſesſoins. Iln'a point fait
de Testament , mais il a nommé le
Cardinal de Portocarrero , Arche
wefque de Tolede ,le Duc de Medi-
2
naceli
GALANT.
17
waceli , & le Duc d'Albe , le Prefident
de Caſtille , le Confeffeur du
Roy, & leſien, pour regler apresfa
mort, ſous le bon plaisirde SaMa.
jesté, ce qu'il n'avoit pas vouluregler
luy mesme pendantsa vie; &
pour l'exécution de ce que cesMefſieurs
en diſpoſeront , il a nomme
le Marquis de Cerraluo,fon Grad
Maistre- d'Hostel ; fon Grand Ecuyer
, & Dom Diego de Velasco
Marquis de las Navas , l'un des
premiers Officiers de sa Maison.
Son Corps a esté exposé 24. beures
fur un Lit de parade de velours
cramoiſy , enrichy de broderie d'or,
& fort magnifiquement dreſſé
dans sa grand Salle d'Audience,
au mesme Quartier des Infants,
où l'on a étalé dans cette occafion
Ses Meubles les plus riches , &fes
plus belles Tapiſſeries . Le concours
de Peuple a esté fort grand
pour
18 MERCURE
pour le voir en cet état , & l'on a
fait reflexion qu'il avoit les mesmes
Habits qu'il s'estoit fait faire
pour aller recevoir la nouvelle
Reyne aux Frontieres de Caſtille.
Sa Cafaque estoit d'une Etofe tresriche
, & toute couverte d'une fort
belle broderie. Il avoit de petites
Bottes blanches fort propres , avec
Les Eperons dorez, le Bâton de Ge
neraliffime à la main , & le Manteau
de l'Ordre fous luy. On lemit
en fuite dans un Cercucil deplob,
&la nuit paffée on l'aportéàl'Ef.
curial dans un Carroffe de deüeil,à
la clarté dun tres-grand nombre
de Flambeaux , & avec une pompe
funebre de la derniere magnificen--
ce , en lamesme maniere que l'on a
coûtume d'y porter les Corps des
autres Princes de la Maiſon Roya-..
le. Il doit estre inhumé dans le petit
Panteon , qui eft le lieu où font
les Tombeaux des Princes & des
GALANT 19
Princeſſes d'Espagne , qui n'ont pas
porté la Couronne. Voila , Monfieur
, ce que vous recevrez pour
cette fois deo naging man to
LA LORRAINE ESPAGOLETE.
Tout ce que cette belle &
ſpirituelle Perſonne m'envoye,
eft fi finement tourné, que quelques-
uns de nos beaux Eſprits
ayant peine à croire qu'on puiſſe
écrire fi purement François en
Eſpagne , veulent ſe perfuader
que ſes Lettres font Lettres écrites
icy à plaifir. Mais outre
que je vous ay déja dit qu'elles
me ſont renduës par Monfieur
Vankeſſel,dont on ſçait le grand
commerce par tout , il ne faut
que faire reflexion ſur les matieres
dont elles traitent . Elles font
remplies de trop de circonſtances
, qu'il eſt preſque impoſſible
d'imaginer, pour ne venir pas du
licu
20 MERCURE
lieu qu'elles marquent. Ce que
vous venez de lire de la maladie
&de la mort de Dom Jean en
eſt une preuve. On n'en peut eftre
fi bien informé que par les
témoins des chofes,&ces fortes
de particularitez ne s'inventent
point. Puis que ces Lettres font
trouvées ſi belles icy, meſme par
les Eſprits les plus delicats , il
feroit à fouhaiter- pour la gloire
de l'Eſpagne ,& le plaifirde
la France, que la Lorraine Eſpagnolete
ne quitaſt point la Cour
de Madrid , afin qu'elle puſt
toûjours envoyer des Relations
auffi agreables que celles qui
font parties de ſa plume. Ileſt
à croire que la jeune Reyne qui
a déja fait connoiſtre qu'elle eſti.
moit ſes Ouvrages , ne laiſſera
pas fortir de fa Cour une Per
ſonne qui parle fi bien noſtre
Langue,
)
GALANT. 21
Langue , & qui fait voir tant
d'eſprit en écrivant.
Madame la Ducheſſe de
Noailles , qui n'avoit point eſté
à Aurillac depuis la mort de Mr
le Duc fon Mary , qui estoit
Lieutenant de Roy de cette Province
, y arriva le 6. de l'autre
mois avec Mr l'Eveſque de Cahors
fon Fils , & Mademoiselle
de Noailles ſa Fille.Les Habitans
ayant eſté avertis de ſon départ
de Paris , remirent le ſoin des
honneurs qui devoient luy eſtre
rendus , à la prudence de Mr de
la Carriere leur premier Conful.
C'eſt un Homme de grand merite,
& qui poffede parfaitement
l'intelligence des Langues. Ilavoit
déja diſpoſé toutes choſes
pour une Entrée magnifique,
quand cette Ducheſſe qui en eut
avis en chemin , envoya prier
Meffieurs
Σ
2:2 MERCURE
Meſſieurs de Ville de ne point
penſer à un appareil qui s'accommodoit
mal avec l'état de Veuve.
Il falut s'accommoder à ſa
modestie . Monfieur la Carriere
alla ſeulement au devant d'elle à
une lieuë de la Ville , ſuivy de
trois cens Cavaliers qui luy fervirent
d'eſcorte juſqu'à Aurillac .
Elle y entra dans ſon Carroffe de
deüil, Ceux de Monfieur l'Evefque
de Cahors & de Mademoifelle
de Noailles ſuivoient.L'extréme
confideration qu'ont les
Habitans pour cette illuſtre Duchefle,
parut dans l'empreſſement
qui les fit tous fortir de la
Ville pour la voir. Il y eut une ſi
grande foule , qu'on peut dire
qu'il ne reſta que les Malades
dans les Maiſons. Jugez des cris
de joye qu'on luy fit entendre.
Toute cette mulsitude l'accom
pagna
GALANT.
23
pagna juſqu'à la Porte du Monaſtere
des Religieuſes de la
Viſitation , dont Madame de
Noailles ſa Belleſoeur eſt Fondatrice.
Apres qu'elle eut paſſé environ
deux heures dans ceConvent
, elle fut conduite à la Maiſon
qui luy avoit eſté preparée.
Les Femmes de Meſſieurs les
Confuls la reçeurent en y entrant.
C'eſt un honneur dont
elles font en poſſeſſion depuis
fort longtemps par les Coûtumes
de cette Ville . Un fi grand
nombre de Peuple eſtoit dans la
Salle où on la mena d'abord, qu'à
peine y avoit - il place pour les
Dames de qualiré qui l'attendoient,
pour luy marquer la joye
qu'on avoit de ſon arrivée.Apres
toutes ces tumultueuſes civilitez
, on luy vint dire queMonſieur
de la Carriere , accompagné
24
MERCURE
4
la
né d'environ deux cens des
Principaux de la Ville demandoit
à la falüer. Elle perſiſta à refuſer
encor l'honneur qu'on luy
vouloit rendre par un Compliment
public, diſant qu'une Veuve
eſtoit obligée de fuïr ces fortes
de choſes , qui ne pouvoient
que flater dangereuſement
vanité.Ainſi tout ce que put obtenir
ce Premier Conful , fut la
permiffion de complimenter Mr
deCahors. Il s'en acquita avec
beaucoup de ſuccés ; & apres
avoir fait voir combien de gloire
s'eſtoit acquis ce jeune Prelat,
par le refus qu'il avoit fait plufieurs
fois de l'Eveſché avant ſa
Promotion, il ajoûta, que l'humilité
qui l'avoit porté à ce refus
n'estoit pas la seule vertu qui fist
fon caractere particulier , & qu'il
ne croiroit point aller trop loin,
quand
GALANT.
25
quand il diroit que si le merite &
la doctrine pouvoient ſe partager
comme les richesses & les autres
biens qui font hors de nous , Monfieur
de Cahors pourroit luy ſeul
donner àl'Eglise plusieurs illustres
Prélats , dans un âge où il est extraordinaire
qu'un Homme ait pů
mériter de l'estre.
Ce Compliment fair, Madame
la Ducheſſe fut conduite dans
l'Apartement qu'on luy avoit
deſtiné . Parmy les beaux Meubles
qui en faifoient l'ornement,
un grand& riche Miroir luy frapa
les yeux. Elle le fit oſter dans
le meſme inſtant par ſes Officiers
, & dit qu'une Veuve ne
devoit avoir pour Miroir que ce
qui portoit au détachement du
monde,& à l'étude néceſſaire de
la mort. En ſuite s'eſtant tournée
vers l'Alcove , elle blama l'inu-
Octobre 1679. B
26 MERCURE
tile ſoin qu'on avoit eu de luy
préparer un Lit de Damas vert,
&en fit dreffer un autre de Crêpon
noir , doublé de taffetas
blanc,avec une crêpine d'argent.
Cette modeſte & fage conduite
n'a rien d'étonnant dans unePerſonne
qui s'eſt renduë l'admiration
de tout le monde , par fon
extraordinaire pieté. Vous ſçavez
qu'elle estoit Dame d'atour
de la feu Reyne , & que cette
Princeſſe l'a honorée juſqu'à ſa
mort de ſa bien- veillance tresparticuliere.
Quoy qu'elle fuſt
une des plus belles Perſonnes de
la Cour, & que la délicateſſe de
ſon eſprit reſpondit à ſa beauté,
ſa vertu a toûjours eſté beaucoup
au delà de ces avantages .
Le lendemain de ſon arrivée,
Meſſicurs du Preſidial dont
elle ſe diſpenſa de recevoir les
Com
GALANT.
27
Complimens , les firent à Monſieur
l'Eveſque de Cahors, auſſibien
que le Preſident de l'Election
à la teſte de ſa Compagnie,
& tous les Corps Eccleſiaſtiques
de la Ville d'Aurillac.
Ma Lettre Extraordinaire du
15. de ce mois vous a fait part
des réjoüiſſances faites à Rheims
en y publiant la Paix generale.
Cette Ville ne s'eſt pas contentée
d'en marquer ſa joye par une
Feſte. Elle en a fait une ſeconde
devant l'Hôtel des Arquebufiers.
C'eſt une Compagnie de plus de
cinq cens Bourgeois , qui dans
les occafions de paroiſtre ſe trouvent
toûjours en eſtat , & fous
les armes . La Paix s'eſtant faite ,
ils ſe ſont crûs particulierement
obligez d'honorer ce glorieux
Ouvrage d'un Prince qui les a
luy-meſme honorez de ſes bien-
Bij
28 MERCURE
faits,& qui dans le débris de tant
d'autres Compagnies , a ſoûtenu
la leur par la continuation de
leurs Privileges,en confideration
de ſon antiquité,du nõbre choiſy
de ſes Chevaliers,&de la gloire
qu'ils ſe font acquiſe dans les
Prix generaux par leur adreſſe.
La Feſte ſe fit le 14.de l'autre mois,
& commença par un Prix qui fut
tiré ,& dont Meſſieurs dela Ville
gratifiérent la Compagnies apres
quoy le Lieutenant des Habitans
accompagné des Conſeillers de
Ville , & des Echevins , alluma
le Feu de joye au bruit de la
Mouſqueterie , des Boëtes , des
Trompetes , des Fifres , & des
Tambours. Le deſſein du Feu repreſentoit
le Triõphe de la Paix,
qui ſe ſervoit des Jeux de l'Arquebuſe
pour defarmer Bellone .
Ces Jeux en forme de petits
Amours,
GALAN T.
29
Amours , s'empreſſoient les uns
de l'enchaîner , les autres de
la dépoüiller, & tous employoiết
les Armes arrachées de ſes mains
aux divertiſſemens de la Paix . La
Machine du Feu eſtoit élevée de
28. à 30. pieds , au haut de laquelle
on voyoit une Figure qui
repreſentoit la Déeſſe de la Paix
dans un pompeux équipage. Il
fortit de ſa main une Fuſée qui
réduifit la Difcorde en poudre
avec quantité d'Inſtrumens de
guerre. Le Corps de la Machine
, la Baſe, le Piédeſtal , la Pyramide,
enfin tout eſtoit couvert
d'artifice , & orné de Tableaux
& de Trophées d'Armes accompagnées
de pluſieurs Drapeaux ,
avec ces mots, qui font la Deviſe
de la Compagnie , Pro Rege &
Patria. L'artifice de ce Feu eſtoit
du Sieur Egé Ingenieur,& Che-
Biij
30 MERCURE
valier de la Compagnie. Enfin
tout ſe termina par la diſtribution
des Prix que Meſſieurs de
la Ville donnérent. Il y eut beaucoup
de Vin diſtribué au Peuple.
Voicy les Vers des Emblémes
qui estoient aux quatre faces
de la Machine du Feu .
PREMIERE EMBLESME .
Deux Arquebuſes paſſées enſau
toir , avec ces mots , Ludus erit ,
quod terror erat.
Quittezle Champde Mars, petits Fou-
Vous serez entre nous fous de meilleurs
dres de guerre ,
destins ;
Verre,
Vos voix s'accorderont avec le bruit du
Nos combats innocens ne sont que des
Festins.
Renoncez au carnage ,
Ne
GALANT. 31
Ne vous engagez plus dans les fureurs
de Mars;
Le seul fang de Bacchus coulant de toutesparts
,
Est leſangoù l'on nage.
SECONDE EMBLESME.
Deux Trompetes paſſées pareillement
en ſautoir ſur un Fifre
& un Tambour , avec ces
mots , Etpaci canimus.
C'est trop faire en tous lieux retentirles
alarmes ,
Ces usages sanglans sont contre nos
Souhaits :
Apres avoir fervy dans le Mestier des
Armes ,
Nous devenons enfin des Instrumens de
Paix.
Las parmy la pouſſiere
D'inspirer aux Soldats la haine & le
couroux ,
Nous allons enchanter par des accords
plus doux
Cette illuftre Carriere.
B iiij
32 MERCURE
TROISIEME EMBLESME .
Des Abeilles qui ſe ſervent
d'un Caſque comme d'une Ruche,
avec ces mots ,Dabit hac quoque
dulcia nobis .
Nous nous plaiſons au bruit dans les
temps les plus calmes,
L'Image dela Guerre ades charmes pour
nous ,
Sans en ſouffrir les maux , nous y cueil-
Et nous y triomphons ſans en craindre
lons des Palmes,
les coups .
Le bonheur est extrême ,
C'est tirer le Nectar d'un Casque enfanglanté
,
Trouver du Miel au Fer , & dans la
dureté ,
Puifer la douceur mesme.
QUATRIESME EMBLESME.
Des Barils de Poudre,avec ces
mots, Etfeftos accendor in ignes .
Mes
GALANT 33
Mes feux ne feront plus de ces affreux
Cometes
Que le Dieu de la Guerre éleve dans
lesairs ,
Pour estre , en éclairant , les tristes Interpretes
Desfunestes malheurs que ſouffre l'Univers
:
Cesontdes Feux de joye ,
Quifont luire , en brûlant , mille Aftres
lumineux ,
Dont l'aimable clarté prédit les jours
heureux
:
Que le Ciel nous envoye.
Il y avoit pour Inſcription fur
la Porte de l'Hoſtel des Arquebufiers,
LUDOVICO MAGNO,
VICTORI PACIFICO .
Et plus bas , ſous un Portrait
du Roy , deux Vers Latins
expliquez par ceux qui ſui
vent.
Bv
34 MERCURE
La Paix triomphe au ſon des Instrumens
guerriers ,
Etfaitgouster icy ladouceurdeſes charmes;
Le Ieu ſemeſle au bruit des Armes,
Et l'Olive aux Lauriers.
Ainsi parmy le Fer , ainſi parmy le
Feu ,
LOUIS alloit bravant les hazards de
la Guerre;
Et ce qui fait trembler la Terre,
N'estoitpourluy qu'un jeu.
On fit ces autres Vers ſur les
Prix que Meſſieurs de la Ville
donnérent à la Compagnie.
Grand & fameux Senat , on voit revivre
en toy ,
Celuy que Rome a veu vainqueur de tout
le Monde ,
Et dont la ſageſſe profonde
En tous lieux impoſoit la loy.
Montrer dans le Conseil le bon sens du
Romain
Dans
GALANT.
35
Dans la magnificence avoir encor la
fienne;
C'est là de la Rome ancienne,
Conserver la teste &la main.
Ton Art de gouverner eſtonne les
Esprits;
Et c'est par les preſens qu'aujourd'huy
tu nous donnes ,
Que nos Combats ont leurs Couronnes
,
Et nos paisibles leux, leur Prix.
Madame la Comteſſe de Fiennes,
de la Maiſon de Fruges, eſt
morte au commencement de ce
Mois, apres trois ou quatre jours
de maladie , c'eſtoit la premiére
qu'elle euſt jamais euë. Elle
eſtoit Dame d'Atour de la feuë
Reyne Mere d'Angleterre , qui
l'a eſtimée particulierement,auffi
bien que la feuë Reyne Mere du
Roy. Monfieur avoit de tresgrandes
cõſiderations pour cette
Comte
36 MERCURE
Comteſſe. Elle en eſtoit digne,
eſtant fort recommandable par
fon eſprit , qui la faiſoit reüffir
dans toutes les chofes qu'elle entreprenoit.
Elle avoit epouſé
Monfieur Garnier Comte des
Chapelles,Capitaine des Gardes
de la Reyne de la Grand' Bretagne
, Gouverneur de la Ville &
Château de Montargis , & Ecuyer
ordinaire de Madame. Elle
n'avoit pas laiſſe de garder le
nom de Fiennes ſelon ce qui ſe
pratique fouvent en Angleterre
parmy les Femmes d'une qualité
diftinguée.
En vous apprenant la mort
de Monfieur le Camus des Touches
, dans ma Lettre du Mois
paſſé , j'oubliay de vous dire que
le Roy avoit donné à fon Fils
la ſurvivance de la Charge de
Controlleur General de l'Artillerie,
GALANT .
37
37
lerie , dont il eſt mort reveſtu,
& qu'elle fera exercée juſqu'à ce
qu'il ſoit en âge , par Monfieur
le Camus du Clos preſentement
Intendant en Catalogne. Vous
ſçavez qu'il eſtoit Fils de ce fameux
le Camus qui a paru come
la merveille du Barreau au Grad
Conſeil pendant quarante ans,
& qui entr'autres Enfans laiſſa
une Fille mariée à Monfieur de
Sainte - Marthe , dont la Famille
eſt des plus connuës. Un des
Fils de ce celebre Avocat , apres
avoir embraſſé longtemps la même
Profeſſion avec le meſme
avantage , a eu celuy de prefenter
les Lettres de Monfieur le
Chancelier ; apres quoy il s'eſt
fait Conſeiller Clerc au Parlement
.
Vous vous ſouvenez , Madame
, de ce que je vous manday
il
38
MERCURE
il y a cinq ou ſix Mois des avantures
du Prince Caillou . L'Article
vous fut ſuſpect , & vous le
regardaſtes comme une Fable .
Cependant je ne vous ay rien
écrit là-deſſus qui ne m'ait efte
confirmé depuis peu de temps
par celuy meſme à qui les choſes
ſont arrivées , & qui s'eſtant
reconnu dans cette Hiſtoire , a
voulu ſçavoir de moy par qui
j'en avois efté ſi particulierement
informé. Je l'ay veu , je
l'ay entretenu , & il a dequoy
juſtifier tout ce que je vous ay
ditde ſa fortune .
On m'avertit que le Memoire
qui a donné lieu à l'Article des
Religieuſes du Paraclet d'Amiens
, employé dans ma Lettre
du Mois d'Aouſt , avoit eſté amplifié
, & que ceux qui ſe font
trouvez à la Ceremonie dont il
traite,
GALANT .
39
traite , ne ſe ſont point aperçeus
de beaucoup de particularitez
qui y font marquées. On devroit
prendre garde en m'écrivant , à
n'exagerer jamais ce qu'on eſt
bien aiſe de rendre public. On
ne manque point de Témoins
des choſes.CesTémoins me font
la grace de me detromper , &
quand il y a de la fauſſeté , ou
trop d'embelliſſement dans les
circonſtances,je ne me fais point
une honte de m'en dedire. Vous
voyez par là , Madame , que je
pretens que mes Lettres ne contiennent
que des veritez , quoy
que s'il en faut croire le Conte
qui fuit , il n'y ait quelquefois
rien de plus dangereux que de
dire la verité .
LE
40
MERCURE
LE
VOYAGEUR.
CONTE.
UNcertain Voyageur ayant eſtévolé
PardesGens masquezſur la brune,
S'en alla triste, deſolé,
Dansun Temple de la Fortune,
On le Dieu de la Verité
Eftoit autrefois confulté
Sur les larcins & brigandages
Qu'onfaisoit tous les jours dans les Bois
d'alentour,
Etdans lesplus prochains Villages.
Il arriva qu'il estoit jour.
Helas! quellefut ſa ſurpriſe,
Quand il vit le Dieu decolé !
Ilavoit , dit- on , trop parlé.
Certain Brigand à barbe grife,
Par unfacrilege attentat,
L'avoit mis en ce triſte état.
Le Voyageur confus s'adreſſe à la For
tune.
Illa conſulteſurſon vol ;
Mais elle craignant pourfon cel,
GALAN T.
41
Luy dit ; Sortez , l'Amy , ſans faire
plainte aucune,
Je me regle toûjours ſur l'exemple
d'autruy.
Jadis le Dieu rendoit mille fameux
Oracles,
Peu de jours ſe paſſoient qu'il ne fiſt
des miracles ,
Il eſtoit Dieu , voyez ce qu'il eſt aujourd'huy
,
Pour avoir eſté trop fincere
Je pourrois encourir meſme deſtin
que luy,
Si je ne ſçavois pas me taire.
On ne doit pas toûjours dire la verité;
La trop grande fincerité
Peut attirer plus d'une affaire.
S'il eſt des occaſions où le ſilence
a ſes avantages , on ne le
ſçauroit garder qu'injuſtement
fur les foins continuels que préd
le Roy de tout ce qui peut eſtre
utile à la France , & la rendre
formidable à ſes Voiſins . Les
ordres qu'il donne pour la
main
42
MERCURE
:
maintenir dans le haut degré de
gloire où nous la voyons , &
l'heureuſe application de ſes
Miniſtres à les faire executer
avec toute la promptitude imaginable
, cauſent chaque jour de
nouveaux ſujets d'admiration à
tous les Peuples du Monde. Ce
n'eſt point aſſez qu'on ait pris
des Places dans le Cabinet pen .
dant la Guerre. On en fortifie,
& on en fait pour ainſi dire,fortir
de terre,durant la Paix. Vous
ferez convaincuë de ces veritez ,
quand je vous auray appris ce
qui ſe fait dans le Rouffillon .
On travaille à Perpignan , à
Mont-Loüis ,& au Fort des Bains,
fans aucun relâche. C'eſt un
Chaſteau flanqué de cinq Baftions
tres - forts & tres-beaux. Ils
font accompagnez de Tenailles
qui prennent de l'angle d'un
Bastion
GALANT.
43
Baſtion à l'autre. On entre dans
ce Fort par un Chemin couvert,
accompagné de quatre Boulevards
naiſſans , qui n'ont qu'un
pied & demy de Baſtiment hors
d'oeuvre , & de trois petites Demy-
lunes .Dans ce Chemin cou.
vert il y a trois Portes pour aller
aux Logemens. On n'entoure
cette Place qu'à demy. L'autre
moitié eſt environnée d'un Fofſé
, bordé d'une Contreſcarpe
furieuſe , & d'un Chemin palifſadé
, ſoûtenu par de fortes Murailles
à fleur de terre , n'ayant
pour Glacis qu'une Montagne
qui va fondre & ſe terminer en
un Précipice. Ce Chemin aboutit
à la premiere Porte de celuy
qui eſt couvert , apres lequel on
en trouve un autre qui conduit
à une Redoute avancée ſur la
cime d'une autre Montagne .
Tout
44 MERCURE
Tout ce Fort eſt bien muny de
Canon , & autres Pieces d'artillerie
, & d'une bonne Garniſon
Françoiſe & Suiffe.
On travaille en meſme temps
à rendre Bellegarde entierement
reguliere. Cette Fortereſſe
eſt ſur une Montagne , qui fait
face à un petit Valon qui ſe termine
à cette Montagne du côté
du Septentrio,& qui eſt terminé
du côté du Midy de la vaſte Plai.
ne de Lampourdan .On la decou.
vre de la Montagne dontje viens
de vous parler , ſans que de ce
Païs - là on puiſſe voir la Place
qu'on y batit , laquelle , nonobftant
ſon élevation ſera toute dans
la terre. Cette Montagne a trois
ou quatre cens toiſes d'élevation
du coſté de France , & fon panchant
a incomparablement plus
d'étenduë du coſté d'Eſpagne.
On
GALANT.
45
On a fait preſque à moitié Montagne
la premiere enceinte , qui
eſt de cinq grands Baſtions , &
de deux fortes Portes , l'une du
coſté du Couchant , & l'autre
entre le Midy & le Levant , défendues
par deux Baſtions qui
ſe regardent , & par une Demylune
au devant , également dé.
fenduë par ces Baſtions. Tous
ces Ouvrages ſont entourez de
grands & profonds Foffez qui
mettent tout à couvert juſques
aux Ramparts. Dans le terrain
qui reſte dans cette premiere
enceinte, on en fait une feconde
de quatre Baſtions dont elle eſt
flanquée , & d'une groſſe Tour
fort élevée , qui regarde la Plaine
de Catalogne . On abbat tous
les vieux Travaux , qui confiftoient
en un Chemin couvert &
paliſſadé, deux Fers à Cheval ,&
une
46 MERCURE
une Contreſcarpe. On fait une
Eſplanade de tout cela , pour y
bâtir du coſté du Midy le Logis
du Gouverneur , du coſté du
Couchant le Logement des Officiers
, de celuy du Nord les
Ecuries, au Levant l'Eglife. Les
Caſernes feront dans la distance
qui ſe trouve de la premiere enceinte
à la ſeconde, &de la ſeconde
aux Logemens. Il y aura
des Foffez à fond de cuve , bordez
par des Chemins couverts
paliſſadez. A 30. pas de la Place,
fur le panchat de la Montagne, il
y a un Fortin que les Eſpagnols
avoient fait apres la priſede cette
Place.On l'abbat,mais c'eſt pour
le refaire d'une autre maniere.
La Fortification ſera d'un Ouvrage
à corne qui l'environnera .
Il conſiſtera' en cinq Boulevarts
naiſſans,ayant des Ravelins dans
l'en
GALANT.
47
l'entredeux. Au milieu on y bâtit
un Corps garde qui ſervira
de Donjon. On y fait auffi un
Logement pour la Cavalerie ,
un autre tres - beau pour les
Officiers , & un Hoſpital pour
les Malades . Ce Fortin peut eftre
batu de la Place, ſans que la
Place puiſſe eſtre batuë de ce
Fortin. On en eſt d'autant plus
jaloux , qu'il n'y a que ce
terrain autour de la Place pou
former un Bataillon. A 20.
de ce Fortin il y a une Redoute
ſur le panchant de la Montagne,
preſque à niveau du Fortin.Elle
eſt tres - forte , & en état de bien
défendre le Colde-Pertus qu'elle
commande.C'eſt là où le Lieutenant
de Roy qu'on doit mettre
dans la Place , commandera lors
qu'elle ſera achevée.
J'ay veu force Lettres de Cologne,
48
MERCURE
logne,& il n'y en a preſque point
qui ne parlent de la justice qu'on
y rend au merite de Madame la
Princeſſe de Furſtemberg . Ses
manieres aiſées,agreables & fpirituelles
, jointes à cet éclat de
beauté qui la distingue ſi avantageuſement
de la plupart des
Perſonnes de fon Sexe , luy ont
attiré tout ce qu'il y a de Gens
de qualité & d'eſprit en ce Païslà.
Ainſi on luy fait la cour avec
un empreſſement extraordinaire.
La certitude où l'on eſt de ſa
groffeſſe, donne d'autant plus de
joye , qu'elle n'a point encor eu
d'Enfans. On avoit fort plainticy
la belle Mademoiselle de Befcheron
qui l'a ſuivie à Cologne ,
& qui a eu la petite vérole en y
arrivant ; mais on a ſçeu depuis
peu qu'elle n'en eſt point du tout
marquée , & qu'eſtant toûjours
auffi
GALAN Τ .
49
auffi charmante qu'on l'a venë
■ icy, elle fait un terrible fracas en
■ Allemagne. Cette Mademoiselle
de Beſcheron eſt une Fille de
- qualité , tendrement aimée de
Madame la Ducheffe d'Angou-
- leſme qui l'a donnée à Madame
la Princeſſe de Fuftemberg. Elle
= eſt grande , & tres-bien faite , a
l'air noble , beaucoup de majeſté
- dans le port , le viſage plus ovale
= que rond,le front large & élevé,
- les yeux bleus , grands , & bien
fendus, le nez aquilin , la bouche
& les dents d'une beauté admirable
, la gorge & les bras dans
- une perfection achevée, & tous
ces charmes foûtenus d'une propreté
qu'on pourroit nommer
magnificence .Mais quelque bril.
lante qu'elle ſoit aux yeux , elle
l'eſt encor tout autrement à l'efprit;&
fi on ne peut la voir fans
Octobre 1679 . C
50 MERCURE
l'aimer , il n'eſt pas poſſible de
l'entendre ſans eſtre ravy. Avoüez
, Madame,qu'il eſtoit bien
juſte qu'une Perſonne fi accomplie
euſt des privileges contre
la malignité du mal qui l'a refpectée.
Vous aurez fans- doute appris
qu'on avoit affiegé Hombourg .
Il faut vous rendre compte de
cette affaire. Hombourg eſt un
Chaſteau à ſept heures de Sarbruck,
qui occupe toute la croupe
d'une Montagne eſcarpée de
trois coſtez , & qui s'étend en
longueur ſur la creſte de cette
meſme Montagne. Les deux
flancs font couverts d'un Baſtion
camu au milieu , & de deux autres
Baſtions ou demy Baſtions
irreguliers fur les angles. Il y a
un petit Chemin qui monte en
ferpentant , par où paſſent les
Gens
GALANT.
SI
et Gens de pied. Il eſt à la teſte de
| la Montagne , & cette teſte eſt
couverte d'une Demy- lune paliffadée
, & feparée du Chaſtean
par un Fofle taillé dans le Roc .
L'autre coſté par où entrent les
Chariots , & qui paroiſt le ſeul
acceffible , eſt couvert d'une autre
Demy- lune , pratiquée ſur
un Rocher eſcarpé , & cette
Demy lune eſt ſeparée du Château
par un large Foſſe ou Ravine
, & a communication par un
Pont de bois . On auroit pû ſe
( gliffer à my coſte pour attaquer
la face d'un de ces Baſtions , &
il ſe ſeroit trouvé aſſez de terre
pour conduire une Tranchée à
la faveur d'un Chemin creux;
car pour le coſté de la Montagne
qui eſt au niveau de la Place , il
n'y a point du tout de terre,outre
que cette teſte eſt couverte,com
Cij
52
MERCURE
me je vous ay dit, d'une Demylune
qui n'auroit paseſté aisée à
prendre eſtant fur un Roc ; &
quand mefme on l'auroit priſe,
la deſcente du Foſſé euſt eſté
fort mal - aifée .
Monfieur le Mareſchal de
Humieres ayant eu ordre de ſe
rendre Maiſtre de ce Chaſteau,
envoya Mr le Comte de Choiſeüil
pour le reconnoiſtre &
prendre des Poſtes. Le Capitaine
qui y commandoit , voyant
arriver des Troupes autour de la
Place , dépeſcha fon Lieutenant
àMr de Choiſcüil , pour ſçavoir
quelles eſtoient ſes intentions. Il
répondit à ce Lieutenant , qu'il
venoit là pour y camper avec
une partie de l'Armée du Roy.
Quelque temps apres , ce Gouverneur
ayant fait tirer trois
coups de Canon , Monfieur de
Choi
GALANT. 13
4
Choiſeüil luy fit demander pourquoy
on tiroit. Sa réponſe fut
que c'étoit ſeulement pour avertir
le Païs. On ſo zut de l'Officier
qui l'apporta, que ceux du Château
estoient reſolus de n'en
point fortir ſans l'ordrede Monfieur
l' lecteur de Tréves , &
que ſi on les attaquoit, ils ſe defendroient
en Gens d'honneur.
- En ſuite le Gouverneur demanda
permiffion d'envoyer avertir
cet Electeur. Elle luy fut accordée
ſur l'heure. Le lendemain il
demanda celle de faire tirer trois
autres coups de Canon. On luy
fit dire qu'il pouvoit tirer tant
qu'il luy plairoit , pourveu que
ce ne fuſt point ſur les Troupes
de Sa Majesté Cependant Monſieur
de Choifeüil ayant examiné
l'état de la Place , autour de
laquelle il laiſſa Mr de Beau-
1
Ciij
54 MERCURE
pré avec cinq cens Hommes de
Cavalerie , alla rendre compte
de ce qu'il ſçavoit à Monfieur le
Mareſchal de Humieres,qui s'étoit
avancé de Mets à Sarbracк,
&y estoit arrivé avec Monfieur
Baſin Intendant de cette Armée,
leMardy 12. du dernier Mois.A.
vant qu'il partiſt de Mets, il avoit
envoyé Monfieur de la Toillade
, l'un de ſes Aydes de Camp,
pour dire à Monfieur l'Electeur
de Tréves de la part du Roy,
qu'il euſt à retirer ſes Troupes
de Hombourg , & que s'il ne le
faiſoit incontinent , on entreroit
comme Ennemy dans les Terres
de ſon Electorat. Le Mercredy
13. du mois , ce Mareſchal s'avança
juſqu'à Lemback ſur la
Bliff,avec trois Bataillōs des Gar
des. Lereſte de l'Infanterie alla
àRheinfeld fur cette meſme Ri
viere,
GALANT.
55
viere , & en quelques autres
Villages ſur les derrieres , avec
l'Artillerie, qui ne put venir juſque
ſur la Bliff. Il y eut ſeulement
une Garde tirée de la plûpart
des Corps , dans le Bourg
qui eſt au delà de la Fortereſſe .
On la relevoit tous lesjours. Le
Quartier du Roy eſtoit au Village
nommé Altstadt , qui eſt du
Bailliage de Hombourg , & appartient
au Comte de Naffau-
Sarbruck.Le Regiment des Gardes
y eſtoit campé , & celuy du
Roy à Lembach, Village du Duché
de Deux-Ponts , ſeparé de
celuy d'Altstadt , par la petite
Riviere de Bliff.ll n'y a que deux
heures de l'un & l'autre de ces
Villages juſques à la Ville de
Deux- Ponts.
En arrivant, Monfieur le Marefchal
de Humieres detacha
1
Ciiij
56 MERCURE
cinq cens Hommes de pied
commandez par Mr le Commandeur
Co'bert , pour ſe ſaiſir des
avenuës du Chaſteau ,& alla reconnoiſtre
la Place , fuivy de
tous les Officiers Generaux. Il la
trouva dans une ſituation avantageuſe
, & peut - eſtre n'auroitil
pas eſté aisé de la prendre , ſi
la Garniſon euſt eſté nombreuſe.
Il y avoit dix-huit ou vingt
groffes Pieces de Canon. Ceux
du Chaſteau témoignerent avoir
deſſein de ſe bien defendre,
&travaillerent au dedans autant
qu'ils le pûrent. Monfieur le Mareſchal
les ayant envoyé avertir
de fon arrivée , fit dire au Gouverneur
que s'il tiroit un ſeul
coup , il y alloit de ſa vie. Le
Jeudy 14. l'Artillerie arriva dans
les Quartiers avec ce qui reſtoit
de l'Infanterie. Le Vendredy on
s'occupa
GALANT.
57
1
s'occupa à chercher au travers
des Bois & de quelques Marais
qui les coupent , des communications
d'un Quartier à l'autre
,& des chemins pour aller à
l'Attaque qu'on vouloit faire..
Cemeſme jour Monfieur le Mareſchal
envoya un Officier au
Commandant de la Place , pour
luy reprefenter le peril où il
s'expoſoit de vouloir tenir avec
une tres-foible Garniſon , contre
une Armée Royale, commandée
par un Mareſchal de France,
& munie d'Artillerie & de
toutes les chofes neceſſaires pour
un grand Siege. Les inconveniens
que cet Officier luy fit voir
qui arriveroient à Mr l'Electeur
fon Maiſtre , s'il rompoit le premier
la Paix en tirant ſur les
Troupes de Sa Majesté , ébranlerent
ce Commandant,& l'obli-
C V
58 MERCURE
gerent de confentir qu'on travaillaſt
à decouvert àune Baterie
qu'on fit àdemy-portée de la
Carabine , & à une Tranchée
qu'ouvrirent les Noſtres dans le
panchant de la Montagne , proche
de la meſme Baterie ; & parce
que le Gouverneur avoit fait
fuplier Mr le Mareſchal de vouloir
attendre le retour du Courrier
qu'il avoit dépeché à Monfieur
l'Electeur , on alla luy declarer
ſur les fix heures du foir,
que Mr le Mareſchal eſtoit las
d'attendre,& qu'il n'y auroit plus
dequartier pour luy,s'il ne ſe refolvoit
à rendre la Place. Ainfi
toutes les Bateries eſtant preſtes,
& quantité de Fafcines aupres
de la Porte ,il fit batre la Chamade
, & capitula à condition
qu'on luy fourniroit un nombre
de Chariots ,& de l'Eſcorte juf.
qu'à
GALANT.
59
1
qu'à Treves. Il pria de plus que
Mr le Mareſchal fiſt ſeulement.
tirer trois coups de Canon contre
la Place & qu'il luy permiſt
d'en tirer autant , afin qu'on ne
luy puſt imputer de s'eſtre rendu
ſans ſedefendre. Il obſerva ſi
religieuſement la parole qu'il
avoit donnée de laiſſer travailler
les Noſtres à decouvert , qu'on
fit les Approches & les Bateries,
fans qu'il s'y oppoſaſt par un ſeul
coup de Canon nyde Mouſquet.
Tout lemonde alloit juſque dans
les Portes de la Place ,& les Afſiegez
prioient fort honneſtement
qu'on ſe retiraſt , quand
on approchoit trop pres de leurs
Baſtions .
Apres qu'on eut pris Hombourg
, les Troupes du Roy fe
preſenterent devant Bich, qui ſe
rendit auffitoft.C'eſt tout ce que
jen
60 MERCURE
j'en ay ſçeu.Si j'en apprens d'autres
particularitez , j'en feray un
fecond Article fur la fin de cette
Lettre
Comme on a un ſoin particu
lier de tout ce qui peut affermir
la Paix, le Roy a donné ſes Commiffions
à Meffieurs le Pelletier,
&de Vvoerden, au commencement
du Mois paffé , en exécution
de l'Article 15. du Traité
conclu à Nimegue entre les deux
Couronnes , pour refoudre avec
les Commiffaires du Roy
d'Eſpagne , tout ce qui peut naître
de difficultez fur ce Traité,&-
regler les Limites dependantes
des Places cedées à Sa Majeſté .
Des affaires de cette importance
meritoient un choix auffi generalement
approuvé que celuy
dont je vous parle.
Monfieur le Pelletier eſt un
Hom
GALANT. 61
Homme de grande érudition , &
qui poſſede parfaitement les belles
Lettres . Il a l'eſprit vif &
penetrant ,& une facilité admirable
à déveloper ce qui embaraffe
les plus éclairez . Cette penétration
paroiſt dans ſon Employ
d'Intendant de Flandre ,
dont il s'acquite avec un applaudiſſement
univerſel. Il eſt Frere
de Meſſieurs le Pelletier , dont
l'un brille dans les Conſeils d'Etat
de Sa Majesté,& l'autre dans
la Grand Chambre du Parlement.
Monfieur de Vvoerden a déja
fignalé fon zéleten pluſieurs
rencontres. Le Roy a fait voir
combien il eſtoit fatisfait de ſes
ſervices , par la qualité de Baron
qu'il a attachée à fon nom & à
celuy de ſes Defcendans , & par
la place de Chevalier d'Honneur
qu'il
62 MERCURE
qu'il lay adonnée dans ſon Parlement
de Tournay.
Sa Majeſté a nommé en mefme
temps Monfieur Favier pour
former en fon nom toutes les
demandes neceſſaires en execution
du meſme Traité de Nimegue,
& defendre les Droits de
ſa Couronne , en qualité de fon
Procureur dans cette Commiffion.
C'eſt un Avocat du Parlement
de Paris , qui s'eſt acquis
beaucoup d'honneur&de réputation
dans cet employ. Il a fait
des Etudes prodigieuſes , & entr'autres
chofes , de tout le Droit
public de France , & des Droits
de la Couronne , par les plus
beaux Monumens du Parlement
& de la Chambre des Comptes .
Il s'eſt particulierement attaché
à la connoiſſance des Coûtumes
& de l'Histoire de cette Frontiere.
GALANT. 63
tiere. Ce fut luy qui en 1667.
compoſa un Suplément du Manifeſte
des Droits de la Reyne
fur ce Païs .
Le lieu de l'Aſſemblée pour la
Conference eſt à Courtray , où
les Commiſſaires des deux Couronnes
ſe doivent rendre dans
lemeſme temps.
Apres l'Air à boire que je vous
ay envoyé dans l'Extraordinaire
du 15. de ce Mois , il faut vous
en faire voir un ſérieux du mefme
Autheur , c'eſt à dire , d'un
des plus habiles Hommes que
nous ayons pour la méthode du
Chant. Les Paroles qui ſuivent
luy ont eſté envoyées avec une
Lettre fort obligeante , par une
Perſonnede la premiere qualité,
&d'un merite auſſi elevé que ſa
naiſſance. C'eſt par fon ordre
qu'il les a notées.
AIR
64
MERCURE
AIR NOUVEAU .
Ous demandez des Vers , &fi j'en
VONSc
roy vos yeuxх,
Ils demandent , Philis, quelque chose de
mieux.
I'aurois plus depenchant qu'un autre
Ame fier à leur langueur ;
Mais quand ils demandent un coeur,
Ont-ils bien confulté le vostre ?
Le tour aisé de ces Vers méritoit
bien qu'un grand Maiſtre
les fist chanter. Tout ce que
vous avez veu de cet Autheur
a toûjours eſté de voſtre gouſt,
& je croy que vous apprendrez
avec beaucoup de plaifir qu'il
promet de me donner fes Airs
tous les Mois . Ce ſera un embelliſſement
pour mes Lettres
où vous les aurez corrects , au
lieu qu'en les ſurprenant comme
on fait, pour les inferer dans
!
les
1
GALANT. 65
les Livres de differens Autheurs,
on les défigure par mille fautes .
Cela ſe peut remarquer meſme
dans celuy qu'on a imprimé cette
année, intitulé, Premier Livre
d'Airs sérieux & à boire , de diferens
Autheurs. Ce Livre n'eſt
à proprement parler que fon
Journal des Nouveautez du Chant
de 678, qui ſe vendoit chaque
Mois en petits Cayers , & qu'on
vend preſentemét relié en deux
Volumes chez les Sieurs de
Luyne & Blageart , avec ſes ſeconds
Couplets en diminution;
letout gravé au Burin.
Voicy quatre Madrigaux que
vous ne ferez point fachée de
voir. Ils font de Monfieur Broffard
de Montaney , & fur une
matiere dont la propoſition ne
vous avoit pas déplû.
CON
66 MERCURE
E 78 993 1999 827638976034979347034076043 1963 £9463
CONTRE
UNE VIEILLE .
I.
'Amourapres cinquante ans,
LCloris,n'est qu'unefolie.
C'est un Mestier qui s'oublie,
Quand on le fait si long-temps.
Nefaites plus l'agreable ,
Cesoin est hors de ſaiſon.
L'Amour veut comme laTable,
Ieune Chair, &vicux Poſſon.
E
II.
Ncachant vos cheveux gris
Sous une Perruque blonde,
Vous croyez encor, Iris ,
Depouvoir leurrer lemonde.
Envainvous vous ruinez
Pour vos appasfurannez,
Vostre pauvre efprit s'abuse.
Perſonnene craint vos coups,
Et le Rouge& la Céruse
Nepeuvent tromper que vous.
C
LII.
GALANT. 67
III.
Loris, on mel''aa dit ; vous vous estes
CLovic
hargée
Dem'apprendre en amour comme il faut
s'adoucir.
C'est vous estre fort engagée,
Vous aurez peine à réussir.
Ieſçay que vos vieux ans vous ont dew
rendre habile ;
Mais malgrévoſtre habilité ,
Comme j'ay quelquefois l'esprit lourd ,
difficile,
Une jeune &fimple Beauté
Me trouveroitbien plus docile.
IV.
Njour la vieille Iris me faisant les
UN
yeux doux,
Autant qu'ellepouvoit le faire,
Mediſoit bonnement , j'ay deſſein de vous
plaire ,
Ne pensezpas de fuir mes coups,
l'en ay bien pris d'autres que vous.
Le le ſçay , répondis-je , on m'a dit vo
ſtre vie.
Long68
MERCURE
Long- temps vos yeux ont ſcen tout
affervir ,
Mais ils vous ontfi longuement ſervie,
Qu'ils nefont plus en estat deſervir.
Je vous ay déja parlé de la
beauté du College des Nobles
de Parme . Voicy ce qu'on m'en
écrit de particulier. Cette jeune
Nobleſſe que l'on y éleve avec
de fi grands foins , s'affemble ordinair
ment fur la fin de chaque
année avant leurs Vacances,dans
un grand sallon deſtiné à l'ouverture
del Teatro dell' Honore .
C'eſt ainſi qu'ils appellent cette
celebreJournée,où le Secretaire
de l'Academie quis'y trouve en
Corps, publie à haute voix ceux
qui excellent, & qui ont profité
dans leurs eſtudes , & dans les
exercices qu'on leur fait appren.
"dre. Monfieur le Duc de Parme
leur fait ordinairement l'hon
neur
GALANT. 69
neur d'y affiſter , & ce fut le 13 .
du Mois d'Aouſt paffe que ce
Duc , accompagné du jeune
Prince Odoard ſon Fils aîné, &
de toute fa Cour , fut furpris
de leur voir faire des chofes qui
paroiffoient furpaſſer leurs forces.
Il n'y a point d'Exercices
propres à un Cavalier, où ils ne
ſe fiffent admirer . Monfieur le
Duc de Parme témoigna la ſatisfaction
qu'il venoit d'en recevoir
, par les loüanges publiques
qu'il leur donna , & par des ca.
reſſes qui ne laiſſent point douter
de l'attachement, & du plaifir
qu'il a de faire fleurir de plus
en plus cet incomparable College.
Vous en jugerez , Madame,
par le don qu'il luy a fait d'un
Palais de delices qu'il avoit à
dix milles de Parme, où ces jeunes
Seigneurs auront à l'avenir
pen
70 MERCURE
pendant deux Mois de l'année ,
les paſſe-temps de la Promenade&
de la Chaſſe. Ce beau Lieu
qui eſt ſitué ſur une Coline au
pied des Mons Apennins,appartenoit
à feuë Madame la Duchefle
Doüairiere ſa Mere , & il
eſt ſi commode , & fi logeable,
que tous ces Penſionnaires y
doivent avoir chacun leur petite
Chambre , quoy que préfentement
il y ait pres de trois cens
Perſonnes logées dans ce Châ
teau . Quelques jours avant l'ouverture
del Theatro dell' Honore,
ils firent ſuivant leur coûtume
un Carrouzel ( qu'ils appellent
Cavalarizza generale ) dans le
grand Manège, que la plus grande
partie des Dames , & de la
Nobleſſe des Villes voiſines, fut
ravie de voir. Ce Carrouzel fut
ſuivy d'une Courſe de Bague &
de
GALAN T. 71
de Teſtes , où cette belle Troupe
fit des merveilles. Elle estoit
compoſée de quatre Quadrilles;
la premiere , conduite par Dom
Aleſſandro Sforza Romain ; la
feconde par Dom Antonino
Colonna; la troiſiéme , par Monſieur
le Comte de Konigflegh
Fils du Comte de ce nom , l'un
des premiers Miniſtres de l'Empereur,&
la quatrième,parMonfieur
le Comte de Levveſtein
proche parent de Meſſieurs de
Furſtemberg. Je ne vous diray
rien de la magnificence de leurs
Habits , ny de leur adreſſe , puis
que leur haute Naiſſance répond
affez de l'une & de l'autre . Monfieur
le Duc de Parme, outre les
trente Chevaux qu'il leur envoye
trois fois la ſemaine, avec
ſes Ecuyers pour leur enſeigner
à monter à cheval , leur envoya
ce
72 MERCURE
ce jour- là la plus grande partie
de ceux de ſon Ecurie , qui eft
une des plus belles qu'il y ait en
Italie . Ce Prince témoigne tant
d'inclination pour l'embelliffement
de ce College , que pour
donner une belle émulation à la
jeune Nobleſſe qui le remplit, il
a inſtitué depuis quelques - années
une Academie de belles
Lettres qu'on appelle de Scelti,
dans laquelle l'on n'admet aucun
Sujet, qui ne ſe ſoit diftingué
en pluſieurs occafions par
des preuves d'une grande étude
, particulierement dans la
Poësie vulgaire ou Italienne.
L'on a uny l'Academie des Armes
à celle des Lettres . On ne
peut eſtre reçeu dans cette premiere
qu'apros s'eſtre ſignalé
dans tous les exercices propres
àun Cavalier. Les fonctions de
la
GALANT. 73
la Reception ſe font deux fois
l'année au plus , & Monfieur le
Duc de Parme y aſſiſte ordinairement.
Voicy comme les Aca .
démiciens de l'une & de l'autre
eſpece ſont diſtinguez d'avec les
autres Nobles . Ils portent tous
une Médaille d'or du poids de
trois Loüis , attachée au Pourpoint
avec un Ruban rouge ou
bleu , comme les Croix que portent
les Chevaliers de Malte.Certe
Médaille repreſente d'un côté
les Armes de Farnéſe en relief,
qui eſt une Fleur de Lis émaillée
d'azur;& fur le Revers celles du
College, qui eſt une Roche d'où
fortent des Abeilles , avec cette
deviſe,Nobis atque aliis.Les Académiciens
de Lettres ont une longue
Robe garnie de Boutons à
queuë, & d'Allemares or & foye
à manches pendantes de meſme;
Octobre 1679 . D
74
MERCURE
& ceux d'Armes , au lieu de Ro .
be , portent le Manteau doublé
de Brocard à fleurs d'argent fur
un fonds bleu , & l'Epée au coſté.
Le nombre de ces Acadé
miciens n'eſt pas déterminé,mais
il ne paſſe jamais celuy de trente
, dont le Chef qui eſt toûjours
du nombre de ceux des Lettres ,
& qui porte le nom de Prince
de l'Academie, eſt diſtingué des
autres par une Robe traînante
de Brocard d'or à fleurs, & par ſa
Medaille garnie de Diamans . Je
ne vous parleray point , Madame
, de l'economie de cet illuſtre
College. Ce ſera affez de
vous dire qu'il eſt gouverné par
le Pere Luigi Maſdoni, des premieres
Familles d'Italie , qui en
eſt Recteur ,& par le Pere Agoſti.
no Franceſco Sirani à qui l'invention
de ces deux belles Aca
demies
GALAN Τ .
75
demies eſt deuë.L'on me promet
de temps en temps des Ouvra -
ges de cet illuſtre Academie
qui nedéplairont peut- eſtre pas
aux curieux , fur tout à ceux qui
eftiment les beautez de la Langue
Italienne .
,
Il court une Galanterie fort
agreable dont je me croy obligé
de vous faire part. Elle eſt
d'une Dame de qualité . La maniere
fine & delicate dont cette
Piece eſt tournée , fait connoître
la beauté de ſon eſprit . On juge
aiſément qu'elle a eſté faite ſur
quelque Arreſt obtenu contre les
projets de deux Amans. La Reponſeque
vous trouverez en ſuite
eſt un inpromptu,fait par une
Perſonne tres ſpirituelle qui fait
parler l'Ombre d'une Illustre.
Dij
76 MERCURE
PLACET
DE L'AMOUR ,
G
AU ROY.
Rand Roy , qui redonnez le
àlaTerre,
repos
Ah ne permetezpas qu'on me faſſe la
guerre.
Quand vous avez marché , mes Sujets
à l'envy,
Partout aux grands Exploits vous ontilspasſuivy
?
tendreſſe ,
maiſtreſſe ,
Si j'ay ſçeu dans les coeurs inspirer la
La Gloire en a toûjours demeuré la
Et l'on a veu ſouvent par vos braves
Guerriers
Les Myrthes négligez pour les ſanglans
Lauriers .
Mais les jours sont venus où l'Europe
Alliée , ou soumise à voſtre heureux
respire ;
Empire ,
I'en
GALAN Τ .
77
J'entens de toutes parts que l'on chante
la Paix,
Et je croyois me voir au but de mesfouhaits
.
Ie croyois qu'on pourroit dans ce temps
favorable
Retrouverle plaisir d'aimer & d'estre
aimable;
Cependant quand je fais ces innocens
projets ,
L'apprens que contre moy l'on donne des
Arrests.
Irisſelaiſſe voir, elle est charmate &belle,
Il est d'illustres coeurs qui s'enflament
pour elle ,
L
Sur cela l'onse plaint,& l'on porte l'excés
Iusqu'à luy vouloir faire un criminel
Procés.
On n'oſe plus aimer , qu'auſſi - toſt l'on
n'informe ;
Les Iuges afſfemblez , par leurs Decrets
enforme,
Prétendent aujourd'huy détruire monpouvoir
,
Et punir les Amans quand ils font leur
devoir.
l'appelle à Vous , Grand Roy , d'une
telle injustice ,
Diij
78 MERCURE
Ne laissezpas régner ce dagereux caprice,
Ordonnezà vos grands & Sages Parlemens
,
Devuider les Procez ,fans enfaire aux
Amans.
Vous avez, en mettant Victoire fur
Victoire ,
Elevé vôtre Trône aufaiſte de la Gloire.
Delà , quand il vous plaiſt rappeller les
Plaisirs ,
Suis-jepas toûjours preſt à remplir vos
defirs ?
Prenez donc mon party contre la Tyrannie
Qui s'attache à troubler les douceurs de
la vie.
On me verroit bien-tost quitter ce bean
Sejour ,
S'il falloit pour aimer , un Arrest de la
Cour.
Daignezpar un feul mot diſſiper tant de
brigues
Qui pensent avoir droit ſur mes tendres
intrigues,
Etdéclarez enfin,pour finir leurs erreurs,
Que LOVIS & l'Amour ſont seuls
maistres des coeurs.
RESPON
GALANT.
79
33003838003003803813
RESPONSE
A MADAME D ***
L'OMBRE DE MADAME
L
LA C. D. L. S.
AmourSeplaint àtort,quand tout le
favoriſe,
La France de tout temps àſes Loix fut
Soumise ,
Etmesme dans Paphos on Venus tient
Sa Cour ,
Avec moins de puiſſance on voit regner
l'Amour.
lamais , quand il vent ſeul régler nos
destinées,
On ne voit par les Loix ſes Conquestes
bornées,
Ses traits foûmettent tout, &Thémis
Pallas,
Des plus feveres Magistrats
N'en peuvent garantir les dernieres années;
Mais quand avec l'Hymen on connoit anjourd'huy
Diiij
So MERCURE
Qu'il veut partagerſa puiſſance ,
Onn'a plus pour ce Dieu la mesme
obeissance ,
Et les Loix neſont pluspour lay.
Vous l'avez éprouvé , charmante Cythérée,
Qu'on voit toujours l'Hymen dans cet
heureuxſejour ,
Apres quelques plaiſirs d'une foibledurée,
Creuſer le tombeau de l' Amour.
On a fatisfait à ce que vos
Amisvouloient ſçavoir touchant
le Pavé à la Moſaïque. Voicy ce
qu'on m'a eſcrit ſur la difficulté
qu'ils ont propoſée. C'est le Pavé
&le Sallon , car tout le Sallon eft
Pavé. Il est vray que le Portrait ou
font les quatre Figures n'est que le
milieu du Pavé, &n'a que quatre
ou cinq pieds en quarré.
Monfieur de la Vrilliere nommé
par le Roy à l'Archeveſché
de
GALANT. 8
de Bourges , & attendu depuis
long-temps dans ſon Dioceſe ,
avectoute l'impatience que peut
cauſer un merite extraordinaire
, arriva à Bourges le dernier
du Mois. Un grand nombre de
Perſonnes de qualité alla au devant
de luy , & fit un Cortege
de vingt ou trente Carroſſes.
Monfieur l'Abbé Chéron Doyen
de la Cathédrale , & Deputé
de ſon Chapitre, ſe mit à leur
teſte. On ſçait l'eſtime où il eſt
pour ſa vertu , & pour les Emplois
illuſtres qu'il a eus dans le
Clergé. Il mit pied à terre fi - toſt
qu'il apperçeut le Carroſſe de
ce nouvel Archeveſque qui defcendit
auſſi en le voyant. Il le
harangua avec une éloquence .
digne de ſa réputation,&du rang
qu'il tient dans le Dioceſe. 11.
avoit eſté precedé parMonfieur
Dv
82 MERCURE
le Begue , Prevoſt Provincial de
Meffieurs les Maréchaux de Fran.
ce en Berry. C'eſt un Gentilhomme
dont le mérite n'eſt pas
moins connu que la qualité.
La Harangue ſpirituelle & cavaliere
qu'il fit à ce grand Prelat,
le fit admirer de tous ceux qui
l'entendirent. Ce qu'il y eut de
plus fingulier dans cette heureuſe
journée, fut l'empreſſement de
tout le Peuple qui couroit dans
les Ruës pour voir fon Pasteur,
avec toutes les marques de joye
qu'il pouvoit donner. Les Feneſtres
& les Portes eſtoient pleines
de Cavaliers & de Dames.
On le falüoit de toutes parts , &
il luy fut aifé de juger qu'il n'y
avoit rien de contraint dans les
témoignages du zele reſpectueux
qu'il vit éclater par tout .
A peine eſtoit- il entré dans
fon
GALANT.
83
: ſon Palais , que le meſme Monfieur
l'Abbé Chéron vint ſe préſenter
ſuivy de tout ſon Chapitre,
remplyd'une infinité dePerfonnes
illuſtres par leur naiſſance
& par leur vertu. Il le harangua
de nouveau avec le meſme fuccés
qu'il avoit eu la premiere
fois, & fut fuivy de Mr de Maubranchere
Lieutenant General
de Berry,à la teſte du Preſidial.Il
meritoit l'attention qui luy fut
preſtée. C'eſt un des Hommes
de France qui ſçait parler le plus
juſte,& qui écrit avec le plus de
politeſſe. Mr Becueau Maire de
la Ville , accompagné de ſes Echevins
, finit par une tres-belle
Harangue les cerémonies de ce
premier jour.
Le lendemain ſur les neufheures
du matin , Monfieur de la 1
Vrillic
84 MERCURE
Vrilliere prit poſſ ſſion de l'Archeveſche
. Il faut vous dire de
quelle maniere en vous apprenant
l'uſage particulier de Bourges
, dans une occafion de cette
nature. On ferme toutes les Portes
du Cloiſtre qui environne la
grande Egliſe ,& qui forme comme
une eſpece de Ville , & le
nouvel Archeveſque ſe rend
dans la Maiſon d'un Chanoine,
baſtie aupres de la Porte par où
il doit entrer,& ayant communication
par une fauſſe Porte avec
les Quartiers qui font hors du
Cloiſtre. Là il eſt harangué par
le Grand Chantre de l'Eglife.
Cette Dignité eſt preſentement
remplie par Monfieur Mignot
Abbé de Belveaux , qui charma
toute l'Aſſemblée par la beauté
de ſon Compliment. L'Archeveſque
ſigne en ſuite quelques
Actes
GALANT. 85
Actes auſquels affiſtent comme
Témoins ou comme Barons ,
deux Chanoines de la Ste Chapelle
, députez de leur Chapitre.
Il avoit choiſy pour cet employ
dans cette derniere occafion
Monfieur l'Abbé Marpon Tréfo
rier de France, un des plus ſpirituels
& des plus honneſtes Hom.
mes de la Province , & un autre
Chanoine dont on ne m'a point
appris le nom . L'Archeveſque
qui eſt preſt à prendre poſſeſſion
ayant fatisfait à ces petites formalitez
, fort de la Maiſon dont
je vous viens de parler, accompagné
de tous ſes Officiers , &
revétu d'une petite Chape blanche.
Il s'avance vers la principale
Porte du Cloiſtre par laquelle
il doit entrer , & d'abord qu'il
eſt arrivé en cet endroit,le Peuplé
ſe jette ſur luy avec un empreffe
86 MERCURE
preſſement qui tient quelque
choſe de la fureur , & luy arrache
ſa Chape. Elle eſt auſſitoſt
dechirée en mille morceaux.Cependant
la Porte s'ouvre,& l'Archeveſque
continuë ſon chemin
vers la grande Eglife.CetteChapedemeurée
ainſi dans les mains
du Peuple, cauſe des combats ,où
il y a quelquefois beaucoup de
ſang repandu. Chacun en veut
avoir un petit lambeau,& il n'en
demeure jamais rien d'entier.On
ditque cette Ceremonie eſt un
mouvement de la fainteté des
premiers Eveſques qui faisoient
tous des miracles ,& dont le Peuple
dechiroit les Habits pour
avoir de leurs Reliques. Il eſt
certain qu'il y a peu d'Egliſes
qui ayent eu tant de Prelats
Saints que celle de Bourges . On
eſtoit fi accoûtumé autrefois à
n'en
GALANT. 87
n'en voir point d'autres,que cette
pieuſe fureur du Peuple ( s'il
eſt permis de parler ainſi)eft de.
venuë un uſage, & une ceremonie
qu'on y obſerve regulierement.
On la pratiqua pourMonſieur
de la Vrilliere qui trouva
tout le Chapitre ſur les marches
de la grande Eglife. Monfieur
l'Abbé Chéron eſtoit à la teſte,
& harangua ce nouveau Prelat,
en Latin , avec autant de grace
qu'il avoit fait en François. Toutes
les Cloches fonnerent enfuite
. La Muſique chanta le Te
Deum , & cet Archeveſque fut
mis en poffeffion avec les ceremonies
ordinaires . Apres qu'on
les eut finies, il entra dans le lieu
où le Chapitre s'aſſemble , &
parla aux Chanoines avec tant
d'érudition,de politeſſe & d'honneſteté,
qu'il les charma tous . Ils
l'ac
1
88 MERCURE
l'accompagnerent juſqu'au Palais
Archiepifcopal , où ils furent
regalez d'un magnifique
Dîné.
Ce meſme jour il fut harangué
à diverſes heures , par Mr
Colladon pour l'Univerſité , par
Mr Cornuel pour les Tréſoriers
de France ; par Mr Gaffot pour
l'Election; par MrGougnon pour
la Prevoſté , & enfuite pour le
Parquet , & pour le Corps des
Adminiſtrateurs de l'Hoſtel-
Dieu; par Mr du Danion pour les
Juges Marchands; par Mr l'Abbé
Guenois pour l'Officialité ; par
Mr l'Abbé Chéron pour le Bureau
Eccleſiaſtique,& un peu apres
pour les Adminiſtrateurs de
l'Hospital General ; & enfin par
Mr l'Abbé de la Chapelle pour
la Chambre des Députez da
Dioceſe. Vous connoiſſez ce
dernier,
GALANT. 89
dernier , & les Ouvrages que je
vous ay envoyez de luy , vous
ont convaincuë il y a déja longtemps
, que peu de Perſonnes
compoſent auſſi juſte,& avec autant
de bon ſens qu'il fait. Les
jours ſuivans on preſenta quantité
de Vers à ce nouvel Archeveſque.
Ceux des Imprimeurs
de Monfieur Toubeau ſont les
ſeuls qui foient venus juſqu'à
moy. Vous les trouverez tresbien
tournez . Ils font d'un Parent
de Monfieur l'Abbé de la
Chapelle qui porte ce meſme
nom. Souvenez- vous , s'il vous
plaiſt , Madame , que ce ſont des
Imprimeurs qu'il fait parler.
A
१०
MERCURE
A MONSIEUR
L'ARCHEVESQUE
D
DE BOURGES.
Ans cet heureux Climat où le Ciel
vous envoye,
Tout reſonne déjadu bruit de vos vertus;
Déja nos Citoyens par mille cris confus,
Iusqu'aux pieds des Autels ont faitparlerleurjoye.
dont l'Art avec moins de
Sçait parler à l'esprit , ſans fraper les
Pour nous ,
fracas,
oreilles,
Nousvenons vous offrir &nos ſoins&
nos veilles :
Nos applaudiſſemens font pen de vains
éclats,
Et durent fort ſouvent mesme apres le
trépas.
Nous ouvronsaux Héros leTempledela
Gloire.
Leurs
GALAN T. 91
Leurs noms bravent par nous les infultes
du temps,
éclarans,
Et c'est en vain qu'ilsfont des Exploits
Si noftre Art au Public ne donne leur
Histoire.
Combien de vos Prédeceffeurs,
Iadis comblezde mille honneurs,
Neseroient maintenant qu'un peu depourriture,
Inconnus ſous leur Tombe obscure
Au reste des Humains,
S'ils n'avoient imploré le ſecours de nos
mains ?
Sans les Livres ſacrez qu'ils ont pris
Soindefaire,
Leurs Noms que par tout on revere,
Iusqu'ànous n'eussent point passé.
Mais tous n'ont pas finy ce qu'ils ont
commencé:
Et pour vous preparer une gloire nou
velle,
Le Ciel a fait qu'ils ont laiſſé
Unvaste champ àvostre zele.
Tandis
92
MERCURE
Tandis que plus éclairé qu'eux
Vous repandrez par tout des Lumieres
plus vives,
Nos Preſſes qui déja ſe laſſent d'estre
oiſives,
Donneront chaque jour mille éloges pompeux
Avoſtre Nomfameux.
Cesont de nostre ardeur fincere
LesMonumensfortunez,
Contrequi les ans mutinez
N'exercent point leur colere.
400
Toute la Posterité
Par nous de vos vertus inftruite,
Admirera voſtreſage conduite,
Longtemps apres que vous aurez été ;
Et nos premiers hommages
Sont pour vous d'heureux gages
De l'Immortalité.
Les Mariages les plus heureux
ont leurs peines , & quand
il n'y auroit que l'inévitable ſeparation
qui arrive par la mort ,
elle donne toûjours beaucoup à
foufrir.
GALANT .
93
ſoufrir . C'eſt une douleur que
Mr le Comte de Tonnerre , &
Madame la Comteſſe ſa Femme ,
n'ont point éprouvée. Ils vivoient
parfaitement unis , & étant
tombez malades tous deux
environ dans le meſme temps , ils
n'ont point eu à répandre des
pleurs l'un pour l'autre , puis que
la Femme n'a ſurvécu que ſept
jours à fon Mary. Il mourut le
Dimanche 24.Septembre à deux
heures apres minuit,& Madame
la Comteſſe de Clermont le Dimanche
ſuivant premier de ce
Mois à la meſme heure.Elle étoit
de la Maiſon de Vigniers de
Troye, Soeur du feu Premier Preſident
de Mets, qui avoit épousé
Madame la Marquiſe de Termes,
Dame également cõnuë par
ſa naiſſance, par ſon premier Mariage
, & par la vertu finguliere
qu'elle
94
MERCURE
qu'elle a fait paroiſtre dans ſes
derniers jours. La Comteffe dont
je vous apprens la mort , eut un
ſecond Frere , qui apres avoir
eſté Conſeiller du Grand Confeil
, fut Maiſtre des Requeſtes,
& eut de tres -glorieux Emplois
dans cette Charge , ſous le nom
de Saint Liébaud , qui eſt celuy
d'une Terre fort confiderable en
Champagne , acquiſe depuis par
feu Monfieur le Chancelier Seguier.
Ce dernier eſt Pere de
Monfieur le Marquis de Hauterive
qui a épouſé Madame la Vidame
& Ducheſſe de Chaunes .
Ce fut ce Marquis , qui ferma,
pour ainſi dire , les yeux à une
Tante pour laquelle il avoit une
extreme confideration & qui
fut témoin des ſoins que luy renditMr
l'Eveſque de Noyon pendant
toute ſa maladie , avec une
hon
,
GALAN Τ .
95
د
honneſteté & une tendreſſe dignes
d'un bon Fils ,& d'un grand
Prelat.Apres ſa mort il la fit mettre
dans un Cercueil de plomb,
& enfuite dans un Carroſſe drapé
, que traînerent fix Chevaux
caparaçonnez de deüil avec
deux Eccleſiaſtiques aupres du
Corps. Ses Ecuyers ſuivoient à
cheval à la teſte de pluſieurs Domeſtiques
. On la tranſporta en
l'Egliſe de l'Hôpital de Tonnerre
, où elle avoit ſouhaité d'eſtre
inhumée aupres de ſon Fils aîné .
Toutes les Compagnies de la
Ville , tant Eccleſiaſtiques que
Laïques , la reçeurent , chacune
en Corps , & dans un ordre auſſi
magnifique que pieux.
Je vous ay affez deduit au
long dans quelqu'une de mes
Lettres les avantages de l'illuſtre
Maiſon de Clermont , ſes divers
Héros,
96 MERCURE
Héros , leur ancienne Souveraineté
, leurs Royales Alliances , &
la ſuitede leur Succeffion de Mâ.
le en Mâle juſqu'à aujourd'huy .
Ainſi je ne vous parleray que
du dernier mort.
Il fut Fils de Henry de Clermont
, nommé par deux Brevets
confecutifs de Charles IX. &
Henry III . au Duché de Tonnerre
, Lieutenant de Roy en
Bourgogne , Chevalier des Ordres
de Sa Majesté , où il eut le
premier rang apres les Princes , à
la teſte des Gentilshommes, Seigneur
d'Ancy le Franc , Terre
également confiderable par fon
revenu, par ſes grands droits, &
par le Château qui eſt un des
plus beaux & des plus reguliers
qu'il y ait en France. Ce Henry
avoit épousé Marie Deſcoubleau
de Sourdis , Soeur du Mar
quis
GALANT.
97
quis de ce nom , auſſi Chevalier
de l'Ordre , & Gouverneur
d'Orleans & Païs Blaifois . Jamais
Femme n'eut plus de reſpect &
de tendreſſe pour un Mary, plus
de foin & d'application à fon
ménage , fans baſſeſſe ny avarice
, plus de douceur & d'honneſteté
meſime avec ſes inférieurs
, & enfin plus de charité
envers les Pauvres.
Monfieur le Comte de Tonner.
re dont je vous parle, eſtant Fils
d'une Mere ſi vertueuſe, ne pou .
voit manquer d'avoir des ſentimens
dignes de l'éducation qu'-
elle luy donna. Si toſt qu'il puſt
paroiſtre à la Cour, on l'y envoya
, &. il fut choiſy par le feu
Roy de ſon propre mouvement ,
pour tenir rang parmy les Seigneursdont
il avoit fait une Compagnie
, compoſee de Gens de la
Octobre 1679 . E
+
98 MERCURE
plus haute qualité , & à peu pres
de ſon âge . Apres s'y eſtre fait
eſtimer par ſa conduite , il paſſa
Volontaire quelques Campagnes
à la ſuite de Sa Majesté , &
les preuves de courage qu'il y
donna , luy attirerent bientoſt le
Commandement du Regiment
de Piémont , dont il fut fait Meftre
de Camp. Les ſervices qu'il
rendit depuis en diverſes occafions,
furent auſſi reconnus, & fa
reputation augmentant de jour
en jour par ſes belles actions , il
fut envoyé en Italie , où il commanda
la Cavalcrie Legere. Il
ſervit enſuite ſur les Vaiſſeaux,
où il ſe fit admirer . Ainſi il a cu
la gloire de pouvoir dire que ſon
Prince l'avoit crû capable de
tous les Emplois de la Guerre,
foit par Terre foit par Mer. Pour
le delaffer de tant de fatigues,
on
on
GALANT .
BIBLIO
1
LYON
le fit Lieutenant de Roy
Guyenne. On ſçait avec combien
de fatisfaction du Roy , &
de la Province , il remplit un
Poſte ſi glorieux. Enfin diverſes
infirmitez , la perte de Mr ſon
Pere , & l'importance des affaires
de fa Succeſſion , le forcerent
de recourir à l'air natal,& de s'abandonner
aux intereſts domeftiques.
Sa longue retraite ne put
le faire oublier. Le Roy d'aujourd'huy
, toûjours juſte , toûjours
reconnoiflant , & qui ne
perd jamais une occafion d'en
donner des marques, l'honora du
Cordon Bleu , dans la derniere
Promotion qui fut faite en 1662 .
Il eut quatre Freres & deux
Soeurs, l'une mariée à Mr le Marquis
du Rivau , Gentilhomme
tres- confiderable en Poitou , &
l'autre Abbeſſe de Saint Paul au
9771
Eij
100 MERCURE
Dioceſe de Beauvais. Son premier
Cadet fut Roger de Clermont
, Marquis de Cruſy. Leſecond
, Charles Henry de Clermont,
Duc de Luxembourg,Pere
de Charlote de Clermont Duchefſſe
de Luxembourg , qui a épouſe
M.F. de Montmorency de
Bouteville, Duc, Pair, &Marefchal
de France , Capitaine des
Gardes du Corps , dont toute
l'Europe connoiſt la valeur &
l'intelligence dans le métier de
la Guerre, & les grands ſervices
qu'il y a rendus. Le troiſieme,
Henry de Clermont , Chevalier
de Malte , tué au ſervice devant
Joinville; & le quatrième,Antoine
de Clermont , Baron de Danernoine
, qui apres avoir longtemps
commandé la Compagnie
des Gendarmes de Luxembourg
, & fait pluſieurs belles
actions ,
GALANT. Iot
- actions , fut affez heureux pour
ſe trouver au Siege de Guiſe,
dont il paffa pour le principal
Defenſeur ; car quoy qu'il n'euft
que ſon Regiment de nouvelle
Infanterie , auquel il n'avoit pas
trop lieu de ſe fier, il ne laiſſa pas
de tenir bon dans la Ville onze
jours durant pour favoriſer la
retraite du Gouverneur & des
Habitans au Château , ſans s'arreſter
à ſon ordre, qui ne l'obligeoit
que pour trois jours. Il fic
plus.Non content d'avoir empéché
l'approche des Ennemis , il
reſolut de les chaſſer de leurs
Poſtes les plus avancez . Dans ce
deffein , il pouſſa juſqu'à un de
leurs Dehors également bien retranché
de toutes parts , où ne ſe
voyant ſuivi que d'un Officier &
de deux Sergés , ſans perdre courage,
il ſe fit auſſitôt lever par def.
E iij
102 MERCURE
fous les aiffelles fur deux Halle-_
bardes,juſque ſur la Friſe du Retranchement
, dont ayant gagné
la Creſte , il ſe jetta à corps perdu
dans la Tranchée. Un Capitaine
Eſpagnollui tenditun coup
de Pique qui lui emporta lamoitié
du pouce , mais il en couſta
la vie à ce Capitaine. Ce genereux
Defenfeur s'eſtant gliſſé le
long de ſa Pique , le perça de
deux coups d'Epée dont il mourut
fur le champ ; & ayant paflé
par deſſus , il nettoya entiere.
ment le Boyau de la Tranchée,
&en ſuite les ſiens eſtant ſurvenus
, il ſe rendit maiſtre abſolu
du Dehors , dont la priſe fut la
principale cauſe de la delivrance
de la Ville. L'Action eſt
fort remarquable , & meritoit
bien un détail particulier. J'acheve
ce qui regarde Monfieur
le
GALANT
103
le Comte de Clermont , dont
la mort a donné occaſion à cet
Article.
Il a eu pluſieurs Filles, toutes
conſacrées à Dieu , & quatre
Fils, dont l'Aîné & le Cadet ſont
morts . Le premier fut tué à la
Baffée, au commencement de la
Régence , dans une Rencontre
où ſa valeur fut admirée de
toute l'Armée. Le dernier eſtoit
Chevalier de Malte , & eft
mort à Marseille depuis peu
d'années , commandant une des
Galeres du Roy .Le ſecond de ces
quatre Fils eſt Jacques de Clermont,
qui de l'Heritiere de Preffin
, riche & ancienne Maiſon de
Dauphiné, outre pluſieurs Filles
forties de ce Mariage, a eu François
- Joſeph de Clermont , Colonel
du Regiment d'Infanterie
de Monfieur , & François de
E iiij
104 MERCURE
Clermont , Abbé de Tonnerre.
Il poſſede aujourd'huy , comme
Aîné de la Maiſon , les Comtez
de Clermont & de Tonnerre , &
les autres Biens de la Succeffion.
François de Clermont , Eveſque&
Comte de Neyon. Pair
de France , Abbé des Abbayes
de Saint Martin de Tonnerre &
de Saint Martin de Laon , eſt le
troiſiéme des Fils de celuy dont
je vous parle. Ce digne Prelat
ne ſe fait pas moins diftinguer
par ſa pieté & par fon zele dans
tout ce qui regarde les choſes
de ſon caractere , que par
la vivacité de ſon eſprit & par
la profondeur de fon érudition.
La Mort n'afflige pas ſeulement
les Intereſſez , elle chagrine
auſſi quelquefois ceux qui
ne prennent aucune part à la
perte
GALANT. 105
en avoit enfin
pertedesMourans. Les Vers qui
ſuivent en ſont une preuve. Un
Cavalier fort ſpirituel , foûpirant
depuis quelques mois pour
une jeune Perſonne qui ne trouvoit
pas aisément l'occaſion de
ſe laiſſer voir
obtenu un Rendez- vous. Une
Tante de la Belle s'aviſa d'eſtre
malade à l'extremité dans ce méme
tems. Elle voulut voir ſa Nićce
avant ſa mort On la vint chercher,&
cette rencontre fit manquer
le Rendez- vous. C'eſt le
ſujet de cet Inpromptu.
MADRIGAL.
Mourez, viste, mourez, incommode
Mourante,
Qui faites aujourd'huy manquer vostre
Parente
An Rendez-vous qu'elle avoit pris.
Ev
106 MERCURE
Mourez, & que de vous l'Acheron nous
delivre ;
Vous ne sçauriez mourir ſans avoir veu
Cloris,
Etſans la voir je ne puis vivre.
Parlez de bonne -foy n'avez - vous pas
grandtort ?
Eftoit-il besoin,je vous prie,
Que les plaisirs de vostre mort
Valuſſent tous ceux de ma vie ?
Je vous appris il y a un an
que Mademoiſelle de Meniers,
Fille d'Honneur de Madame , avoit
épousé Monfieur le Duc de
Villars. J'ay à vous dire aujourd'huy
qu'elle est déja Veuve.
Ce Duc eſt mort à la Mote ,belle
& grande Terre dans le Nivernois.
Il s'appelloit Loüis- François
de Brancas , & eſtoit Frere
deMr le Comtede Brancas,Che.
valier d'Honneur de la Reyne
Mere du Roy, tous deux Fils de
Georges de Brancas Ducde Villars,
GALANT.
107
lars ,& de Julie- Hippolite d'Eftrées
, Soeur du Duc & Marefchal
de ce nom , mort depuis
quelques années .La Veuve qu'il
laiſſe eſt Fille de Mr le Marquis
de Meniers, & eſtoit ſa troiſiéme
Femme. Il n'eut point d'Enfans
de la premiere qui estoit de la
Maiſon de Lenoncour , & en a
eu pluſieurs de la ſeconde , qui
fut Soeur de Monfieur Girard,
Procureur General de la Chambre
des Comptes de Paris. Il eut
une Soeur qui épouſa Monfieur
le Marquis d'Ampus,& qui a fait
en ſon temps une figure tresconfiderable
parmy les plus belles
Perſonnes de la Cour. Je n'oferois
preſque vous faire ſouvenir
qu'elle fut Mere de Madame
de Caſtelane ,qui a eſté depuis la
malheureuſe Madame de Gage.
La Maiſon de Brancas , ou
comme
108 MERCURE
comme diſent les Italiens, Brancaccio
, eſt tres - ancienne , &
des plus illuſtres , ſoit en France,
ſoit dans le Royaume de Naples
, où elle compte de grands
&habiles Cardinaux , & de fort
celebres Capitaines. La Branche
qui s'en eſt étenduë icy n'a
pas moins brillé , & l'Histoire
ne laiſſera jamais oublier les belles
& importantes actions du
Duc de Villars , qui fut Admiral
de France. Il eut pour Mere
, ou pour Femme , une Soeur
du Pere Ange de Joyeuſe. C'eſt
une alliance aſſez remarquable
dans cette Maiſon .
La mort de ce dernier Duc
eſt arrivée le quatrième de ce
Mois , & a eſté ſuivie de celle
deMr Choart Maître des Compres
, âgé de quatre- vingts deux
ans . Ce dernier a eſté enterré
aux
GALANT.
109
aux Chartreux dans le Cimetićre
des Religieux. Il n'eſtoit point
marié, & entr'autres Legs pieux,
il a laiſſe quatre-vingts mille livres
aux Enfans trouvez . MonſieurRobert
l'Intendant,& Mefſieurs
ſes Freres , ſont ſes Heritiers.
19
: Le Barreau a perdu Monfieur
Abraham, dans ce meſme temps.
Il eſtoit Prieur de Beaudieu en
Bretagne , tres- ancien Avocat,
&un des premiers de ſa Profeffion.
On le confultoit de tous
côtez , & fon avis eſtoit toûjours
d'un grand poids.
La Reyne, qui donne tous les
joursde nouvelles marques de fa
pieté , a paſſé le jour de la Feſte
de Sainte Thereſe, dans le Convent
des Carmelites de laRuëdu
Bouloy. Monfieur l'Abbé Guéton
, qui a du ſçavoir, du feu, &
l'expreſ
110 MERCURE
l'expreſſion auffi aiſée que l'eſpric
éclairé & délicat , fit le Panégyrique
de cette Sainte . Il s'en acquita
avec une entiere fatisfaction
de Sa Majeſté, &de toutes
les Perſonnes de ſa Cour qui
eſtoient en fort grand nombre.
Le Compliment qu'il fit à la
Reyne , roula ſur l'eſprit de paix
qu'elle poſſedoit. Il fit connoiſtre
que cette grande Princeſſe n'en
avoit pas eſté ſeulement le lien
par ſon Mariage, mais que nous
avions ſujet de croire qu'elle en
eſtoit encor l'organe , & que la
France n'eſtoit pas moins redevable
à ſes prieres , de la Paix
dont elle joüit aujourd'huy, que
les autres Royaumes le font à
LOUIS LE GRAND , de l'avoir
genéreuſement donnée à toute
l'Europe. Ce compliment fut
trouvé d'autant plus juſte , qu'il
avoit
GALANT. 111
avoit pour fondement une verité
que le Roy a publiée le premier
, que fi la Paix eſtoit deuë
aux avantageux ſuccés de ſes Armes,
le ſuccés de ſes Armes eſtoit
deû aux prieres de la Reyne.
Il s'eſt fait un mariage le neuviéme
de ce Mois , entre deux
Perſonnes qui vous doivent être
connuës . Pluſieurs de mes Lettres
vous ont inſtruite du mérite
de Monfieur de Monthelon , fameux
par ſes Plaidoyers, & par
quantité de beaux Ouvrages
qu'il nous a laiſſez. Monfieur de
Monthelon fon Fils Conſeiller
au Grand Confeil , qui ſoutient
avec tantde gloire le rang qu'il
a dans cette grande & illuftre
Compagnie , quoy que dans un
âge peu avancé , épouſa Mademoiſellede
laGuillaumie le jour
que je viens de vous marquer.
C'eſt
112 MERCURE
C'eſt un Couple parfaitement
aſſorty. Le Marié eſt bien fait , a
l'eſprit vif & fort poſé tout enſemble,
le raiſonnement ſolide,&
tant de lumieres ſur toutes choſes,
qu'on peut eſperer de le voir
un jour dans les plus beaux Emplois
de la Robe. La Mariée eſt
auffi agreable que ſpirituelle,parle
fort juſte , joüe du Claveſſin
auſſibien que Fille de Frace,dance
de meſme , & fçait tres-bien
la Muſique. Son humeur douce,
civile,& honneſte, la fait aimer
de tous ceux qui la connoiſſent.
Elle eſt Fille de Monfieur de la
Guillaumie ,Secretaire & Greffier
du Confeil , & proche parente
desilluſtres Meſſieurs Lallemad.
Madame de la Guillaumie ſa Me.
re , & Madame d'Epinville ſa
Tante, Femme de Monfieur d'Epinville
Conſeiller au Grand
Con
GALANT.
113
Conſeil , estoient Filles de Monfieur
Lallemand Maistre des Requeſtes
, qui a rendu de fi confiderables
ſervices à l'Estat , &
principalement dans la Commifſion
qui luy fut donnée pour la
Chambre de Justice. Il eut pour
Frere le Pere Lallemand Jefuite,
qui a fouffert le martyre chez
les Iroquois.
Le mérite des deux Mariez
dont je vous parle , donne lieu
de croire que leur union fera
fort heureuſe . Cependant , fi
l'on s'en rapporte à beaucoup
de Gens, il ne faut ſouvent que
ſe marier pour faire ceſſer la
paffion la plus violente. On l'a
vû par mille épreuves , & vous
l'allez voir encor par la Nouvelle
qui fuit. Le ſtile en eſt particulier,
mais fort agreable . Ne me
demandez point de qui elle eſt .
Je
114
MERCURE
(
Je n'en ſçais que ce que m'a appris
le Billet que je vous envoye.
Il accompagnoit ce galant Onvrage
, & eſtoit conçeu en ces
termes.
I
Lne reste plus rien à defirer au
Mercure , fi ce n'est que les Dames
veüillent bien que leur Ouvrages
y paroiffent plus souvent qu'on
ne lesyvoit. Ilferoit mesme àsouhaiterpourſa
gloire , qu'il n'y en
euftjamais d'autres . Perſonne apres
cela neſe hazarderoit plus à luy
contester le titre de Mercure Galant
, puis que ce seroit des Dames
qu'il le recevroit. C'est une entrepriſe
digne du beau Sexe. Les Gens
ne font galans que par luy, les Livres
ne leſeroient non plus que par
luy. Galanterie du monde, galanterie
du Mercure , tout dépendroit
des Dames. Hors du MercureGa
lant,
GALAN T.
115
-lant , point de galanterie. Il ne
feroit plus permis de porter le nom
de galant fans leur aven , & elles
pourroient ordonner de groſſes amendes
contre ceux qui le prondroient
fans leur approbation. Si
toutes estoient faites comme celle
dont je vous envoye l'Ouvrage qui
fuit, lefuccezn'enseroit point aſſurement
douteux. C'est une Personne
fort spirituelle. La conversation
en est enjoñée , le tour de l'esprit
agreable &fin,& l'expreſſion tou
te de feu. Vous connoistreztout celapar
cet Ouvrage,& vousjugerez
Sans doute , que je ne me trompe
pas. Vous m'en croirez donc furma
parole , s'il vous plaiſt , quand je
vous diray qu'elle est auſſi aimable
que fpirituelle. Le Public mc per.
mettra de n'en pas dire davantage.
Des proclamations de beauté
d'une Dame ne font pas quelque-
13 fois
116 MERCURE
fois trop agreables dans la ſuite à
ceux qui les font d'abord avec plai.
fir. Comme l'esprit eft plus difficile
à reconnoistre , j'en parle avec plus
de liberté. le voudrois bien nean .
moins en prendre davantage, pour
vousfaire conoître tout ce que vaut
cette charmante Perſonne ; mais
puis que pour de plus grands Guvrages,
elle emprunte le nom d'autruy
, & qu'elle veut bien qu'on se
faſſe honneur de ce qui luy appartient
, je dois imiterſa modestie en
vous parlant d'elle.
************
ΖΕΝΟΒΙΝ ,
NOUVELLE.
Ar grands vols
PAYreux ,
&Succez heu-
Zenobin devenu redoutable ſur l'onde,
Ne crûtfon nom affez fameux ,
S'il
GALANT. 117
S'il ne faisoit trembler tous les Marys
dumonde.
Plaisante estoit la réſolution ,
Mais l'entrepriſe dangereaſe ;
PiraterSur Mer amoureuse ,
Seroit pourtant douce occupation ,
Si cette Mer estoit moins orageuse.
Cependant quoy qu'on ait tâché
D'effrayer quelque coeur par maint
maint naufrage
Qu'a fait maint autre coeur , aucun n'en
estplusſage.
Discours tant eloquent perſonne n'a tonché,
Ainsi perdre ſon coeur n'est unfort grand
dommage,
Etqui n'y perd rien davantage,
En est quite àfort bon marché.
Mais revenons à noſtre histoire ,
Laiſſons- là le raisonnement .
Un jour voguoit sur l'onde arrogamment
Un Vaisseau de triste memoire ;
Il s'arreste en un lieu qu'on diſoit se
nominer
L'Isle de Chypre, où Vénus reverée
Fait qu'à douze ans les coeurs ont droit de
s'enflamer.
Tres
118 MERCURE
Tres-vaste est maintenant cette belle
Contrée,
Mesmepuis qu'en tous lieux tous coeurs
Sçavent aimer ,
therée;
On peut nommer tous Lieux l'Ile de Cy-
C'est de peur de méprife auſſi que franchement
T'en ay donné lenom à se Païs aimable,
Ouchaque Belle avoit Amant ,
Et chaque Amant, Belle traitable.
Croiroit- on qu'en lieu si charmant
Serencontrast un Maryſeulement?
S'en rencontra pourtant un ſeul que l'Hymenée
Faiſoitgémirdans ces lieux.
Amesmepeine estoit la Fême condamnée;
D'Hymen, & non d' Amour, ils tenoient
tous leurs biens ;
Auſſiplusd'une nuit leurparut uneannée;
Tous deux s'estoient aimez pendant affez
long-temps,
L'Amourſeul avoit fait leurs plus cheres
delices ,
Maispar je ne sçay quels caprices,
Ils crûrent que l' Hymen les rendroit plus
contens.
Hymen leur offre sſesſervices ;
1 Rendre
GALAN T.
119
Rendre ſervice aux Gens n'est pourtant
Sonmestier;
C'estun contretemps quand on s'aime,
Que devouloirſe marier ;
Auſſi bien- tost apres leur chagrin fuft extréme.
en
retira, HEOD
ménager
Un mois passé , l'Amour ſer
Il s'ennuyoit d'estre
Lefroid Hymen ſeul demeura.
Que mariage est lors choſe importune,
Quand on en est unefou à ce point!
Lemeilleur est chercher ailleursfortune:
Aufſi nos Epousez en cherchoient - ils
quelqu'une ,
Mais chacun avoit fa chacune,
Fortune nese trouvoit point.
Arriva Zénobin dans cette conjoncture ,
Galante avanture il cherchost.
Il voit l' Epouse, & l'Epouſe levoit,
Qui cherchoit galante avanture.
C'estoit affez pour la corclure ;
Un je vous aime dit , un je vous aime
auſſi ,
Fait toute la cerémonie.
Dans peu soupirs ont réüſſi,
Amour est augmenté, pudeur est affoiblie,
Teste-à-teste fe cherche en leur tendre
Soucy ,
Teste120
MERCURE
Teste-à- teste finit ainfi.
Par un tranquille ſoin preſſé d'amour
ardente,
Zenobinfort desa Maiſonflotante ,
Et le coeur agitéde douce paffion,
Court, voleà douce occafion.
Comme il contaſes feux , je ne sçaurois
ledire ,
Le bien & mal d'amour j'ay toûjours
ignoré;
১
Sçaurois-je ce qu'on dit , quand par fois
on Soupire ,
Moy qui n'ay jamais soupiré ?
Toûjours il est certain que la nuit ils
pafférent
Enſemblement,meſme avec quelque émoy,
Et que les Dieux ils offencérent,
Quimirent tout en defarroy .
( Dieux froids s'entend ) sar Dieux galans
en rirent,
Teste-à- testes pour eux ne font griefs
pechez,
Mais Eole & Neptune en furent fi
fachez,
Que de vanger l'Hymen groſſe affaireſe
firent ,
attachez )
(Dieux pourtant à l'Hymen nesont trop
Tout
GALANT. 121
Tout tremblefur la Mer , tout tremble
Sur laTerre,
Laflâme des Eclairsfait un horriblejour.
Et pour les Elémens c'est un sujet de
guerre,
Que de voir deux Amans en paix avec
l'Amour.
Le malheureux Vaiſſeau tout brisé de
l'orage,
Resiste envainà ces Dieux mutinez,
Impitoyablement à ſa perte acharnez ;
En un moment il fait naufrage.
Zénobin revient cependant,
Il voit le Nautonnier pâle encor ,
tremblant ,
ن م
Qui s'est sauvé sur le rivage,
Entendſans s'émouvoirſon funeste recit.
Il aprend fans chagrin la perte qu'il a
faite,
Etdes plaisirs paſſezſon ame satisfaite,
Pour un moment l'en garantit ;
Cettedouce pensée s'est bientot affoiblie,
Dansfon Vaisseau s'est perdu toutson
bien.
Unplaisir qui n'est plw, facilement s'oublie;
Quand grand mal est préſent,plaisir paſſsé
n'est rien ;
Octobre 1679 . F
122 MERCURE
Mais laiſſons- le pester , en laiſſant la
Morale,
Voyons un mal plaiſant naistre d'un triſtemal.
Portrait s'estoit donnépar Dame liberale
En attendant l'Original ;
Ce petit mal cauſa ſeul grand scandale,
Card'un petit peché c'est l'ordinairefort.
Le grand fait esquiver l'indiscrete lumiere;
Sombre nuit, filence , mistere,
Tout se trouve avec luy d'accord.
Petitpechétout au contraire ,
Sedécouvre presque d'abord ;
Il est bien peu de Gens qui vouluſſent en
faire.
Or ce Portrait donné , dans la Mer
fut perdu ,
Et quelque temps apres par la Mer
fut rendu.
Le Peuple accourt,il croit que la Déeffe
Quifait languir Hommes & Dieux,
Pour luy témoignerſa tendreſſe,
Donne fon Portrait à ces lieux.
Onle porte à son Temple en magnifique
Mille voeux en paſſant le Portrait recepompe,
voit ,
Vénus
GALANT.
123
Vénus estoit chérie , & chacun accouroit;
LeMary vient auſſi , qui certes nes'y
trompe.
Il conçeut aufſſi-tost un soupçon violent ,
Que ce Portrait tant adorable
Avoit passé par les mains d'un Galant,
Car les Mary's ont beaucoup de talent
Pour fentir un malheur ſemblable.
Oh, oh , dit- il , Déeſſe au coeur plein
d'amitié ,
(Car ce Portrait icy vous marque affez
humaine,)
L'Hymen vous déplaiſoit , & vous
aviez pitié
Qu'un coeur comme le voſtre euſttotjours
meſme chaîne ;
A trouver une autre Moitié
Vous n'avez pas eſté long-temps en
Zénobin par hazard se trouvant pres de
peine.
luy ,
Luy dit pour flaterſon ennuy ;
Cher Amy, lors qu'on a chez ſoy telle
Déelle ,
Il ne faut point eſtre jaloux ,
Si chacun à l'envy s'empreſſe,
Fij
124
MERCURE
Quand noſtre encens pour elle
ceffe ,
A luy rendre hommage pour
nous.
On dira toûjours que la plûpart
des Marys ſe laſſent d'aimer
leurs Femmes , & on ne laiſſera
pas toûjours de ſe faire un bonheur
du Mariage. Monfieur le
Marquis de Puſignan Argini , ne
peut que s'en eſtre fait un fort
grand , d'avoir épousé Mademoiſelle
de S.Jullin, un des plus
confiderables Partis du Dauphiné
. Sa naiſſance , ſes biens , &
les charmes de fa Perſonne, faifoient
grand éclat dans la Province.
C'eſt une fort belle Brune
, qui a l'air grand & de qualité
, & que ſa vertu & ſa conduite
ne rendent pas moins
eſtimable , que la douceur ſpirituelle
qui accompagne tout
ce
GALANT.
125
ce qu'elle fait. Elle eſt Fille de
Monfieur de S. Jullin , Preſident
à Mortier , Baron de la Queville
, & Seigneur de dix ou
douze des plus belles Terres
du Dauphiné . Il y a peu de
Genies dans le Royaume auffi
élevez que celuy de ce Préſident.
Il eſt de l'illuſtre Maifon
de la Poipe S. Jullin , une
des plus confiderables de tout
le Païs. Elle eſt diviſée en trois
Branches qui portent le Nom&
les Armes de la Poipe depuis
pluſieurs Siecles avec une égale
gloire. L'une eſt celle de Monfieur
le Comte de Serrieres Baron
de Courfan , Beaufrere de
Monfieur le Marquis de Viricu
Saint André , Premier Préſident
au Parlement de Grenoble;
l'autre eſt celle de Monfieur
le Marquis de Vertrieu, dont il y
Fij
126 MERCURE
a un Chanoine & Comte de
Lyon ; & la derniere , celle de
Mr le Comte de S. Jullin , Seigneur
de la Ville & Ifle de Cremieu,
Homme de mérite , & de
valeur, qui ne s'eſt point marié,
& qui eſt l'aîné du Preſident à
Mortier. Monfieur de Puſignan
Argini nouveau marié, eſt Lieutenant
Colonel du Régiment du
Pleffis , & Heritier des grands
biens de feu Monfieur le Marquis
de Puſignan fon Oncle maternel,
autrefois Chefdu Vol du
Milan chez leRoy.Il eſt fort bien
fait de ſa perſonne , d'une grande
réputation dans les Troupes
où il ſert depuis dix ou douze
ans , avec beaucoup d'affiduité
& d'honneur , eſtant parvenu
par ſon mérite à la teſte duRégiment
du Pleſſis,quoy qu'il n'aye
guére plus de 30 ans. LaMaifon
GALANT. 127
ſon d'Argini eſt du Beaujolois.
Monfieur le Marquis d'Argini
Frere aîné du Marié, eſt prefentement
Chef du Vol du Milan.
Il a eu cette Charge pour fon
Partage, & le Cadet vingt mille
livres de rente en belles Terres
,& cinquante mille écus argent
comptant, àcondition qu'il
prendra le Nom & les Armes de
Pufignan. Sa Mere eſtoit Soeur
du feu Marquis de Pufignan
mort ſans Enfans . Cette Maiſon
eſt du Dauphiné. Il n'en reſte
plus que Monsieur le Commandeur
de Pufignan .
Ce Mariage s'eſt fait le huitiéme
de ce Mois avecbeaucoup
demagnificence,chez Monfieur
le Comte de Saint Jullin dans la
Ville de Cremieu. Elle eft à cinq
lieuës de Lyon , & à dix de Grenoble.
Il y a dequoy y faire toû-
Fiiij
128 MERCURE
jours une tres - belle Affemblée
, puis qu'elle eſt le ſejour
ordinaire de pluſieurs Gentils.
hommes des plus qualifiez de la
Province.
On eſt ſi ſouvent trompé par
les apparences, que les Sages n'y
doivent jamais affeoir aucun jugement.
Ce que vous avez lû au
commencement de cette Lettre
en eſt une marque. Je pouſſe la
choſe plus loin, & prétens qu'il
ne faut pas toûjours croire ce
qu'on voit. En voicy la preuve.
Une fort agreable Demoiſelle,
mariée depuis un an, faiſoit le
charmede tout ce qu'il y avoit
d'honneſtes Gens dans une des
meilleures Villes du Royaume.
Elle eſtoit toute aimable dans
ſes manieres , avoit un enjoiement
d'humeur admirable ; &
comme ſon Mary luy donnoit
beau
GALANT. 129
beaucoup de liberté , elle ne
manquoit jamais de compagnie.
Le Jeu , la Promenade, le Bal, les
Feſtes galantes , elle estoit de
tout. Grand nombre de Soûpirans.
Onluy diſoit qu'on l'aimoit.
Elle témoignoit en ſçavoir bon
gré,& aucune tendredéclaration
ne l'embarafſoit. Cependant ',
point de particulier avec elle.
Tout le monde étoit reçeu à tour
heure, & fi on vouloit eſtre des
ſes Amis ou de ſes Amans ( car
le mot d'amour ne l'effrayoit
pas ) il falloit qu'on s'accommodaft
du general . Les plus amoureux
redoubloient leurs foins
fur l'eſperance qu'ils avoient au
temps . Leur regards parloiene
quand trop de témoins les empeſchoient
de s'expliquer autrement,
& elle en avoit de flateurs
qui leur faiſant croire qu'on les
Fv
130 MERCURE
entendoit, fervoit d'amorce à les
retenir. Ainſi ſa Cour eſtoit toûjours
groſſe.Elle ne rebutoit perſonne
, & ce genre aifé de vie
la contentoit d'autant plus, que
fon Mary eſtant de ſa confidence
, entroit de part dans le
plaiſir qu'elle en recevoit. Sa facilité
à tout écouter ne laiffoit
pas de luy attirer quelques mé
diſances. Beaucoup diſoient qu'-
on ne preſtoit pas l'oreille ſi volontiers
, qu'on n'euſt deſſein
d'engager le coeur , & de longs
chapitres de Morale luy eſtoient
faits là- deſſus , par une Amic
d'un caractere entiérement opposé
au fien. C'eſtoit une Femme
d'un dehors ſévere,bié faite,
quoy qu'un peu âgée , mais qui
regardant avec des yeuxde pitié
toutes celles qui ſe laiſſoient
ſoupçonner d'intrigue affe-
Etoit
GALANT. 131
toit une ſcrupuleuſe régularité
, qui oſtoit la parole aux plus
enjoüez . Il n'y avoit point moyen
de rire avec elle . C'eſtoit
un ſérieux éternel. La moindre
converſation galante la rendoit
muette. Elle fuyoit toutes les
Parties agreables , & le nom de
Prude ſembloit luy tenir lieu de
tous les plaiſirs . Elle n'y eſtoit
pas pourtant inſenſible , & toute
reſervée qu'elle vouloit qu'-
on la cruft , elle avoit ſes heures
qu'elle ménageoit adroitement,
mais par une maxime qui
trouve ſes partiſans cõme beaucoup
d'autres . Elle eſtoit perfuadée
qu'il n'y avoit que l'éclat
qui fit le crime , & en effet les
apparences de vertu luy plaifoientbeaucoup
plus que la vertu
même. Un fort galant Homme
luy avoit touché le coeur. L'in
trigue
132 MERCURE
trigue eſtoit forte , & les rendezvous
tellement cachez , qu'on
ne croyoit pas meſme qu'il la
connuſt . Comme le hazard ſe
mefle de tout, une rencontre impréveuë
donna à la Belle certaines
lumieres qui la détrőpérent
fort de cette Amie. Elle ſçeut le
particulier de fon commerce, &
ſe laſſant d'en recevoir à toute
heure d'incommodes remontrances
de pruderie , apres luy
avoit dit pluſieurs fois qu'elle
aimoit mieux faire un peu d'éclat
par les fréquentes viſites de ſes
Amis que de n'en voir qu'un
ſeul à petit bruit,elle luy marqua
enfin un jour qu'elle eſtoit inſtruite
de ſes affaires .Ce fut affez
pour la rendre ſon Ennemie.
La fauſſe Prude ne pût luy pardonner
d'avoir appris ſon ſecret .
Elle réſolut de s'en vanger,& un
1
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C
GALANT.
133
ſentiment de haine s'eſtant joint
à la jaloufie qui eſt naturelle aux
Femmes , & meſme entre les
meilleures Amies , elle mit tout
en uſage pour nuire à la Belle.Ce
ne fut pas pourtat une guerre ou.
verte. Elle diffimula pour mieux
réuffir , & ayant inutilement taché
de faire prendre des ſoupçons
à ſon Mary, elle s'appliqua
plus particulierement à obſerver
ſa conduite. Soit qu'elle en jugeaſt
par elle- meſme ; ſoit que
les manieres flateuſes de la Belle
luy euſſent dōné des impreffions
deſavantageuſes de ſa vertu ,
elle s'eſtoit mis en teſte que ſes
intrigues ne ſe bornoient point
à des paroles , & voulant qu'il
y euſt quelque Amant favoriſe
, elle vit ſon Amie plus que
jamais pour trouver l'occafion
de penetrer ſon ſecret. La porte
134
MERCURE
te luy eſtoit ouverte à tous momens
, & ne voyant ny teſte àteſte
affecté , ny correſpondance
particuliere , elle commençoit à
deſeſperer de ſon entrepriſe,
quad un incidet des plus bizarres
luy fit goûter la joye d'un entier
triomphe . Le Mary eſtoit party
le matin pour deux ou trois jours .
La Prude entra l'apresdînée chez
la Belle , & ne trouvant ny Servante
, ny Laquais à qui parler,
elle alla juſqu'à ſa Chabre .La Por.
te en eſtoit fermée, & il n'y avoit
point de clef. Elle s'arreſta ſans
y fraper, parce qu'elle cherchoit
à la furprendre.Elle écouta quelque
temps , & n'entendit rien,
& ce filence luy ayant fait croire
d'abord qu'il n'y avoit perſonne
dans cette Chambre , elle
s'aviſa de s'en vouloir éclaircir
en regardant par le trou de la
Serru
GALANT.
135
Serrure. Cette ouverture donnoitſur
un cêté du lit de la Belle.
Quel agreable ſpectacle pour la
fauſſe Prude ! Les rideaux du lit
eſtoient ouverts , & elle vit fon
Amie couchée entre deux draps,
dormant la teſte tournée vers la
Porte. Aupres d'elle, mais le viſage
tourné de l'autre coſté , il y
avoit une autre Perſonne qui
dormoit auſſi avec un Bonnet de
nuit d'Homme ſur la teſte. Ce
Bonnet aupres d'une Coife , luy
parut de la plus étroite amitié du
monde. Elle s'applaudit d'avoir
enfin découvert que ſon Amie
avoit un Galant. Il ne s'agiffoit
plus pour l'achevement de ſa
joye,que detrouver moyen de le
voir au nez . L'occaſion luy ſembloit
bien priſe. Le Mary eſtoit
pour trois jours à la campagne,&
• ſon abſence oſtoit le peril du ren
dez136
MERCURE
dez - vous. Elle penſoit peuteſtre
de plaiſantes choſes ſur les
Amans endormis,quand elle entendit
monter quelqu'un. Rien
ne pouvoit arriver plus à propos.
Il luy falloit des Témoins
pour faire éclater le commerce
de la Belle , & on luy épargnoit
la peine d'en aller chercher.
Celuy qui montoit eſtoit le plus
important. Elle n'en pouvoit
ſouhaiter aucun qui luy donnaſt
plus de joye. C'eſtoit le
Mary. Il avoit eu avis en chemin
que ceux qu'il alloit chercher
eſtoient en voyage. D'abord
qu'elle l'apperçeut, elle décendit
cinq ou fix degrez , & le
prenant par la main comme ſi
elle euſt voulu le mener ailleurs,
elle luy fit entendre en termes
malicieux , qu'elle luy rendoit
un fort bon office . Sa voix baffe,
un
1
GALANT. 137
un je- ne-ſçay quel trouble affeté
, & un empreſſement extraordinaire
à demander qu'il ne
montaſt point , luy en firent naître
plus d'envie. La Dame feignit
encor quelque temps de le
vouloir arreſter , & remontant
enfin avec luy , elle le pria de
regarder ſeulement par le trou
de la Serrure , adjouſtant qu'il
y avoit des chofes qu'un honneſte
Homme devoit ſouvent
ignorer , & qu'elle luy promettoit
de ne rien dire. Le Mary
plus embaraffé par ces dernieres
paroles , s'approcha de la Porte
pour s'éclaircir , & le Bonnet
d'Homme qu'il apperçeut fut
pour luy la conviction d'un malheur
qu'il croyoit n'avoir aucun
lieu d'apprehender. L'honneſteté
qu'il avoit euë pour ſa Femme,
la tendreſſe qu'elle luy avoit
τοῦ
138 MERCURE
toûjours témoignée , & la confidence
des douceurs qu'on luy
contoit , qu'elle n'avoit pû luy
faire que l'ébloüir , eſtoient des
circonstances cruelles qui augmentoient
la noirceur de la perfidie.
La fureur le prit. Il voulut
que la Dame fuſt témoin de la
vangeance qu'il méditoit , comme
elle l'eſtoit de ſa honte. Ce
fur alors qu'elle tâcha tout de bo
de le retenir;quoy qu'elle ne fuft
pas fâchée qu'il euſt veu la choſe
, elle n'aimoit pas le ſang , &
comme il tenoit ſes Piſtolets ( il
les apportoit pour les renfermer)
elle eut peur qu'il ne la déſiſt
d'une Amie qu'elle ſouhaitoit
vivante , pour avoir l'avantage
d'en triompher. Elle eut pourtant
beau vouloir le porter à
eſtre Mary pacifique. Il n'écouta
rien , & donnant des pieds contre
GALANT.
139
tre la Porte avec une violence
qui ne ſe peut concevoir, il l'enfonça
dés les premiers coups. La
Belle que ce grand bruit éveilla,
ne pouvoit comprendre cequ'elle
voyoit. Son Mary avoit l'air
d'un Furieux , & elle jugeoit aifément
qu'il ne s'emportoit pas
ainſi ſans ſujet. Cependant la
fauſſe Prude s'eſtoit jettée ſur
ſes Pistolets , & il cherchoit à ſe
debaraffer de ſes mains pour aller
oſter la vie à celuy qui luy
raviſſoit l'honneur, quand ayant
jetté les yeux fur ce pretendu
Galant , il reconnut la Soeur de
ſa Femme. Elle estoit venuë pafſer
l'apresdînée avec elle au retour
d'un voyage de deux mois ;
&comme elles s'aimoient cherement
, & qu'elles ne s'eſtoient
point veuës depuis fort longtemps
, l'envie de s'entretenir
en
140 MERCURE
en liberté de cent choſes , les
avoit fait s'enfermer, avec ordre
en bas de dire à ceux qui viendroient
, qu'on eſtoit en Ville.
La fauſſe Prude avoit malheu
reuſement trouvé la Porte ouverte
, & eftoit montée en haut'
fans rencontrer aucun Domeftique.
Il faifoit fort chaud. On
ſçait que la chaleur a eſté exceffive
pendant tout l'Eté ,& ce
que je vous dis eſt arrivé il y a
trois mois. La Belle qui ne vouloit
voir perſonne , s'eſtoit miſe
au Lit pour ſe rafraîchir,& avoit
obligé fa Cadete d'en faire autant.
Cette Cadete eſtoit d'une
humeur fort gaye. Le Bonnet
du Mary qui estoit demeuré ſur
la Toilete , luy avoit paru affez
propre , & elle l'avoit mis ſur ſa
teſte en badinant ,
comme devant
faire le Mary de ſa Soeur le
refte
GALAN Τ. 141
L
reſte du jour. Les deux Belles,
apres avoir dit mille folies , s'étoient
inſenſiblement laiſſe furprendre
au fommeil , & ce fut
dans cet état que l'infidelle Amie
les découvrir. Elle eſtoit
cauſe de tout le deſordre. Sans
l'empreſſement malicieux qu'elle
témoigna avoir de retenir le
Mary , il euſt frapé à la Porte
de la Chambre, & les deux Belles
auroient parlé. Jamais douleur
ne luy avoit eſté ſi ſenſible.
Il en gouſta mieux la joye , de
trouver ſa Femme auſſi vertueuſe
qu'il l'avoit cruë. Les tendres
manieres dont il ſe ſervit pour
obtenir le pardon de fon outrageant
emportement , furent la
choſe du monde la plus tou
chante. Il luy apprit par quelle
ſurpriſe il avoit eſté contraint
d'en croire ſes yeux , au preju-
:
dice
142 MERCURE
dice des marques de fidelité &
d'amour qu'il en avoit toûjours
reçeuës ; & comme il ne pût ſe
juſtifier ſans l'inſtruire du procedéde
la fauſſe Prude , la Belle
ne garda plus aucune meſure avec
elle . Juſque- là elle s'eſtoit
contentée de luy faire connoître
en termes couverts ,qu'elle eſtoit
informée de ſes intrigues . Il luy
fut impoſſible de ſo retenir davantage.
Elle dit tout , nomma
fon Galant, marqua le lieu où les
entreveuës ſe faisoient , & mit
la Prude dans une telle rage contr'elle
, qu'elle fortit auſſi furieuſe
que le Mary eſtoit entré , apres
avoir enfoncé la Porte. Leur ini .
mitié a fait grand éclat. Elle aura
peut- eſtre des ſuites , je vous les
feray ſçavoir dans le temps.
Je vous fais encor preſent de
quelques Médailles. Vous les
aimez,
GALAN T. 143
- aimez , & je croy que vous me
ferez obligée d'avoir fait graver
pour vous celles que vous trouverez
dans cette Planche .
La premiere eſt faite pour la
jonction des deux Mers. Elle repreſente
le Roy avec un Trident.
Le Revers marqué II. eſt
un Neptune armé de ſon Trident
, & porté dans ſa Conque
de Nacre ſur les deux Mers qu'il
vient d'unir , & à l'union defquelles
il ſemble encor travailler.
Ily a ces mots Latins fur ce
Revers , Νουum decus additur orbi.
Il ſe fait tant de merveilles
ſous le Regne de Loüis LE
GRAND , qu'on peut dire de
luy avec beaucoup de juſtice,
qu'il adjoûte de nouvelles beautez
à l'Univers .
La ſeconde qui vous eſt marquée
par le chifre III. vous fait
voir
144
MERCURE
voir le Roy armé.Il eſt à cheval,
ayant le Bâton de Commandant
à la main, & donnant des ordres
à une Armée qui ſe voit dans le
lointain . Dans le Revers chifre
IV. on voit un Mars l'Epée à la
main , qui a un pied poſe ſur un
Lyon terrafle , & l'autre fur la
Rebellion qu'il renverſe. La Religion
paroiſt dans les niées,
avec ces paroles , Quis contranos?
Cette Médaille a eſté faite à Rome
par Hameranus ,, car il n'y a
point d'Etrangers qui ne partagent
avec les François le ſoin de
loüer nôtre Grand Monarque.
Le chifre V. marque la troifiéme
de ces Médailles. Elle repreſente
le Roy d'Angleterre.
Peut - eſtre aura - t - on d'abord
quelque peine à trouver qu'elle
reſſemble à ce Prince
, parce
qu'on n'eſt pas accoûtumé à le
voir
GALANT.
145
voir fans Perruque , & le viſage
tourne de porfil ; mais du
moins la graveure qu'on a tirée
reſſemble parfaitement à la
Medaille. Le Revers qui eſt
marqué VI. vous montre une
Divinité aſſiſe, tenantd'une main
un Livre ouvert , fur lequel eſt
écrit ce mot, Fides , & de l'autre
une Corne d'abondance & une
Epée. On lit ce mot à ſes pieds,
Libertas. Autour du meſme Revers
, il y a ces autres mots, Fidei
defenfori , Religionis reformata
Protectori. Ils font connoiſtre
combien les Peuples ſont
perfuadez du ſoin que prend
le Roy d'Angleterre de maintenir
la Religion Anglicane. Je
ne ſçay s'il a fait conſtruire des
Vaiſleauxd'une maniere nouvelle
, & fait battre quelque Monnoye
particuliere qui ait donné
Octobre 1679 . G
A
146 MERCURE
lieu à ces paroles qu'on a gravées
autour de l'épaiſſeur des
bords de cette Médaille , Architectura
Navalis & Moneta Inftauratori.
C'eſt au chifre VII.
La derniere & quatriémeMédaille
repreſente Catherine de
Portugal Reyne d'Angleterre,
dans la face droite marquée VIII.
Et dans le Revers,où l'on voit le
chifre IX. eſt ſa Patronne Sainte
Catherine , avec ces mots qui
conviennent à la Sainte & à la
Princeſſe , Pietate infignis . Perſanne
n'ignore combien la Reyne
d'Angleterre s'eſt renduë illuſtre
par ſa Pieté.
Je vous appris il y a trois ou
quatre Mois que Mr de Varangeville
eſtoit arrivé à Veniſe, où
il a eſté envoyé en Ambaſſade.
Il faut vous dire aujourd'huy avec
quelle magnificence il y a
fait
GALANT. 147
fait ſon Entrée Publique. Les
particularitez de ce Récit vous
- feront connoiſtre qu'on ne peut
mieux s'entendre à faire les chofes
, & que fi les Ambaſſadeurs
du Roy ont accofitumé de ſe diſtinguer
entoute forte d'occafions
de ceux des autres Couronnes,
par la dépenſe qu'ils font
éclater dans leurs Emplois , il ſeroit
difficilede rien ajoûter à ce
que Mr de Varangeville a fait
pour ſoûtenir dignement l'honneur
de ſon caractere .
Le vingt-cinquiéme du dernier
Mois il partit de ſon Palais
fur les deux heures, pour ſe rendre
à l'Iſle du S. Eſprit , à quatre
milles de Veniſe. Il y a un Convent
de Cordeliers dans cette
Ifle , deſtiné à recevoir les Ambaffadeurs
de France. Mr de Varangeville
y alla avec toute fa
Fij
148 MERCURE
Maiſon , dans fix Gondoles, voguées
chacune par quatreGondoliers
revétus de ſes Livrées . Il
eſtoit accompagné de Monfieur
le Duc de Valentinois , Fils de
Monfieur le Prince de Monaco,
& de Monfieur le Chevalier de
Chavigny , & fuivy de tout ce
qu'il y a de François confiderables
établis en ce Païs-là. Plufieurs
Gentilshommes de l'Etat
Venitien , à qui le Roy a accordé
l'Ordre de S.Michel,& quantité
d'autres qui ſont attachez
d'inclination àla France, étoient
auſſi du Cortege, & tous avoient
des Gondoles à quatre Rames.
Il ne s'eſtoit rien veu juſqu'icy
de ſi riche , ny de ſi brillant que
la premiere de celles de Monfieur
l'Ambaſſadeur. La gloire
du Roy , & ſes grandes qualitez ,
faifoient le ſujet du deſſein de
cette
GALANT. 149
cette Barque,par des Figures qui
repreſentolent la Valeur , la Sageſſe,
les Lumieres, & la Puiſſance
de Sa Majeſté . Elle estoit dorée
juſques à fleur d'eau , & on y
avoit peint en dehors des combats
de Tritons & de Nayades,
contre des Monſtres Marins. Le
deſſus de la Proüe & de la Pouppe
de ce petit Baſtiment , eſtoit
d'une Sculpture où les Ouvriers
s'eſtoient furpaffez. Des branchages
d'où ſortoient des Enfans
tenant d'une main des Couronnes
de Laurier , & de l'autre
, des Sceptres & des Palmes,
faifoient admirer cette Sculpture.
A l'endroit le plus élevé de
la Proüe , on voyoit la Gloire afſiſe
ſur des nuées. Elle estoitappuyée
ſur une Couronne,& portoit
un Brandon de feu.Cette Figure
auroit pû paſſer pour la plus
Giij
150
MERCURE
achevée qui euſt encor paru à
Veniſe, fi celles des quatre coins
de la Caponnere n'cuſſent eſté
également belles. La Caponnese
eſt le lieu où l'on s'affied , &
il eſt à peu pres comme le corps
d'un Carroffe. La premiere des
Figures de ces quatre coins , é
toit un Mars appuyé fierement
fur des Trophées d'Armes ; la
ſeconde , une Minerve , avec
tout ce qui eſt particulier pour
faire connoiſtre cette Déeſſe ; la
troiſième , un Hercule tenant
'Hydre ſous ſes pieds ;&la der.
niere , une Céres chargée de
toutes les choſes qui peuvent
marquer l'Abondance. Les deux
coſtez de la Caponnere eſtoient
deux bandes de Sculpture en
demy-boffe. On voyoit dans l'une
des Eſclaves enchaîner parmy
tout l'Attirail de la Guerre,
&
GALAN T.
ISI
& des Enfans qui ſe joüoient
avec des Fruits ; dans l'autre, les
Travaux d'Hercule, & pluſieurs
Inſtrumens de Muſique & de
Mathématique. Entre chacune
de ces bandes,& ce qui couvroit
le tout en forme d'Impériale , il
y avoit un Ange qui portoit les
Armes du Roy , dont l'Ecuſſon
eſtoit enrichy d'un Cartouche
tres -bien entendu. Cette maniere
d'Imperiale dont je viens de
vous parler, eſtoit une eſpece de
Velours cramoiſy en broderie
or & argent , tant pleine que
vuide,& relevée d'un grad poulce.
Une Campane tres - riche
l'accompagnoit. L'invention en
eſtoit nouvelle. L'Eſtrade , qui
eſt un Tapis qui ſe met ſur le
derriere de la Caponnere , moitié
en dehors , & moitié en dedans
, eſtoit de Velours auſſi
Gij
152 MERCURE
cramoiſy , avec un bord de broderie
ſemblable à celle que je
vous viens de marquer. Aux
quatre coins de l'Eſtrade , il y
avoit des Fleurs de Lys en feüillages
d'une broderie encor plus
relevée. Les deux Couffins qu'on
y avoit mis adoſſez , eftoient de
meſme parure , mais tellement
couverts d'or & d'argent , qu'on
n'en pouvoit diftinguer l'Etofe.
Les Banquetes ou Sieges du dedans
de la Gondole , estoient
auffi couverts de Velours , avec
de la broderie & des franges or
&argent. Le Tapis meſme de
pied n'eſtoit pas moindre que
la Houſſe de ces Sieges. Le
Fer de Proüe qui avoit accoûtumé
d'eſtre uny , eſtoit travaillé
au ciſeau , & avoit la forme
d'un Dragon. Celuy de la Poupe
eſtoit une tige de feüillages
GALANT. 153
& de fleurs croteſques , d'un deffein
tres - recherché ; l'un & l'autre
, d'acier bruny, doré en quelques
endroits.Le reſte de la premiere
Gondole répondoit à cette
magnificence.La ſeconde étoit
de Sculpture dorée ſur un fond
verd. Il n'y avoit rien de plus
agreable que le deſſein , quoy
que ce ne fuffent que de ſimples
ornemens meſlez de Fleurs de
Lys . Ce que je vous ay dit qui
tient lieu d'Imperiale , eſtoit de
Velours verd,avec un bord d'un
pied de large , d'une broderie or
&argent , auffi belle & auffi relevée
que celle de la premiere.
Dans le milieu , il y avoit une
eſpece de Bouquet de Grotefques
, & dans les coins , c'eftoient
des feüillages en iſſuë.
Cela faisoit un tres.bel effet : L'Eſtrade
, les Couffins , les Sieges
Gv
154
MERCURE
& le Tapis de pied,aſſortiſſoient
à la Houffe , & les Fers estoient
des mieux travaillez . La troifiéme
de ces Gondoles eſtoit or &
bleu , à l'exception de la Houſ.
fe qui estoit de Damas noir , &
environnée d'une grande frange
d'or. Les Sieges eſtoient auffi de
Damas comme la Houſſe , avec
de pareilles franges. On avoir
fait une Bordure de feüillages, &
mis au milieu un Chifre couronné
dans un Cartouche , le tout
d'un molet d'or. La quatrième,
qui estoit celle dont Monfieur
l'Ambaſſadeur ſe ſert ordinairement
, eſtoit de Sculpture or &
noir , affortie de Damas noir ,
avec des franges de meſme. Les
deux dernieres eſtoient ſimples
comme celles de la Nobleffe ,
mais des plus belles qu'on ait
coûtume de faire .
Quand
GALANT.
155
Quand Monfieur de Varangeville
arriva au Saint Eſprit,
il trouva au bout du Pont par
où on y aborde , les Religieux
du Convent dont je vous ay déja
parlé. Ils lay firent le Compliment
ordinaire , &le condui,
firent dans leur Egliſe. Il y entra
précedé de tout fon Cortege
, & monta de là à l'Apartement
que la Republique avoit
fait meubler pour le recevoir.
Ce fut là que les Officiers de
Monfieur le Nonce , & les Gentilshommes
des Reſidens,le vinrent
Complimenter au nom de
leurs Maiſtres.Un moment apres
on vint l'avertir que les ſoixante
Sénateurs qui avoient eſté
nommez pour l'aller prendre ,
eſtoient arrivez .Il deſcenditdans
l'Egliſe avec tout fon monde,
&
196 MERCURE
&s'arreſta au milieu de la Nef
pour les attendre. Cependant fes
Gentilshommes les allerent recevoir
hors de la Porte. Monfieur
leChevalier Juſtiniani étoit
à leur teſte en Habit de pourpre
comme eux , à Manches Ducales
. La République l'avoit choiſy
pour eſtre le Chef de tant
d'illuſtres Perſonnes , en confideration
de ſon mérite particulier
, & de l'Ambaffade qu'il a
faite en France. Il s'avança vers
lé lieu où estoit Monfieur l'Ambaſſadeur
, qui marcha vers luy
en meſme temps;& quand ils furent
pres l'un de l'autre , ce Chevalier
le complimenta au nom
de la République , & n'oublia
rien de ce qui pouvoit la flater
d'une Reception favorable , &
le perfuader de la haute eſtime
qu'ils
GALANT.
157
qu'ils avoient tous pour Sa Majeſté
. Monfieur de Varangeville
ayant repondu à ce Compliment
d'une maniére tres - obligeante
, ſe mit à la droite de
Monfieur Juſtiniani , qui la mena
dans ſa Gondole ,& le conduifit
dans ſon Palais. Chaque
Sénateur fit la meſme chofe, &
prit avec un des Gentilshommes
du Cortege. On arriva à.
Veniſe en cet appareil. Le grand
nombre de Barques qui estoient
venuës à cette Entrée , joint à
la quantité de Maſques dont
elles eſtoient remplies , rendoient
cette marche tres- agreable.
Le grand Canal par où l'on
paſſa, eſtoit bordé d'une multitude
de monde incroyable. Il
n'y en avoit pas moins aux Feneſtres
, occupées la plus grande
partie par des Nobles & par
des
158 MERCURE
10
des Nobles & par des Gentildonnes
en maſque. On appelle
ainſi les Femmes des Nobles . Le
Peuple , qui en de ſemblables
jours ſe rend preſque maiſtre
des Palais des Ambaſſadeurs ,
eſtoit accouru en ſi grande foule
dans celuy de Monfieur de
Varangeville , qu'on ent peine
àle faire refferrer pour trouver
paſſage. On monta dans le mefme
ordre qu'on eſtoit party du
Saint Eſprit ; & quand on fut
dans la Chambre d'Audience,
Monfieur Juftiniani fit un nouveau
Compliment à Monfieur
l'Ambaſſadeur , prit heure pour
la fonction du lendemain , & fe
retira. Jamais il ne s'eſt veu tant
de monde qu'il y en avoit dans
le Palais . Tout eſtoit en feſte.
Les Confitures & les Liqueurs
ſe donnoient avec une profuſion
furpre
GALANT 159
furprenante. On n'entendoit
que Tambours , Trompetes ,
Violons , & Hautbois. Les Feneſtres
en estoient pleines; mais
ce qui arreſta le plus agreable.
ment les Maſques& la Nobleffe ,
ce fut unConcert des meilleurs
Inſtrumens qu'on cuſt pû trouver.
Il eſtoitdans le Portique de
l'Appartement d'Audiance . Ce
Portique eſtoit meuble ſuperbement
auſi - bien que les Chambres
qui l'accompagnoient; mais
quoy qu'il y cuſt dans l'Antichambre
de celle d'Audience,
une Tapiſſerie de Flandre des
plus fines , rehauſſée d'or , le
Meuble de cette derniere attachoit
particulierement la veuë
de tous ceux qui y entroient.
Elle estoit tenduë du plus beau
Damas cramoiſy qu'on ait fait
juſqu'icy à Venife. ( Vous ſçavez
160 MERCURE
vez qu'on y excelle en ces fortes
d'Etofes. ) Il y avoit un galon
d'or de fix grands doigts de
large fur tous les lez . La Friſe &
le Dais ſous lequel eſtoit le Portrait
du Roy , eſtoient du mefme
Damas , mais plus couverts
de galon. Une grande frange
d'or des plus fortes , régnoit tout
autour. Les Chaiſes dont les Bois
eſtoient dorez,& les autres Meubles
de cetteChambre, n'avoient
pas moins dequoy arreſter les
ycux . Deux Miroirs d'une grandeur
exceſſive , avec des Bordures
de Criſtal garnies d'argent,
eſtoient placez au deſſus
de deux Tables d'une Sculpture
dorée. Les Chênets , & tout
ce qui les doit accompagner ,
eſtoient d'argent du meſme travail
que les Bordures des deux
Miroirs.
GALANT. 161
Miroirs. Je laiſſe ce qu'il y avoit
d'autres ornemens. Le Portrait
du Roy du fameux Monfieur
Mignard , fervoit là de preuve à
l'Italie que la belle Peinture eſt
paſſée en France. Ce Monarque
y estoit reprefenté devant
Cambray , mais avec des traits
fi achevez pour bien exprimer
cette majeſté qui donne de la
terreur & de l'amour tout - enſemble,
que les Senateurs s'atta
chérent long-temps à le regar
der. Ils s'étendirenten fuite fur
ſes éloges , & firent connoiftre
avec des termes pleins d'amiration
pour ce Grand Prince, que
ſa phyſionomie les perfuadoit
de tout ce que la Renommée
avoit publié à ſon avantage.
Le lendemain, fur les dix heures
du matin, Monfieur Juſtiniani
, accompagné des Sénateurs,
vint
162 MERCURE
vint prendre Monfieur de Varangeville
pour le conduire au
College. La marche ſe fit comme
le ſoir precédent. Monfieur
l'Ambaſſadeur parla avee tant
de grace , donna un tour ſi jufte
à tout ce qu'il dit , qu'il s'attira
l'applaudiſſement de tous ceux
qui l'écoutérent. La Salle eſtoit
pleine de Gentildonnes , & de
toute la Nobleſſe qui avoit pû y
trouver place. Le Doge répondit
à fon Diſcours avec des termes
de reſpect & de veneration
pour Sa Majesté , & d'eſtime
particuliere pour luy. On remarqua
que dans cette occaſion
fes expreſſions allérent beaucoup
au dela de celles dont il ſe
fert en de pareilles rencontres.
Apres que Monfieur l'Ambaſſadeur
fut revenu du College, il
reçeut le Régal ordinaire de
Confi
GALANT.
163
Confitures que la République
luy envoya. Les Maſques , & le
reſte du monde qui entroit dans
fon Palais fi- toſt qu'on l'ouvroit,
s'eſtant retirez, on ſervit quatre
Tables à feize Couverts chacune.
Le Repas que Monfieur de
Varangeville donna à ceux qui
s'eſtoient trouvez à ſon Cortege,
ne fut pas ſeulement abondant
en tout ce qu'il y avoit de plus
exquis dans cette ſaiſon, mais fi
délicat & fi bien ordonné , qu'il
cuſt eſté difficile d'y rien adjoûter
pour le rendre plus propre &
plus magnifique. Apres le Dîné,
on continua la Feſte,quoy qu'elle
dût finir à midy ſelon lacoûtume.
Les Portes du Palais furent ouvertes
,& la multitude ne fut pas
moindre qu'elle l'avoit eſté jufques
là. Les Violons recommencerent
à joüer , & les Maſques
à
164 MERCURE
à ſe promener dans ce Palais.Cela
dura juſqu'à dix heures du ſoir.
Pendant tout ce temps, les Gens
de Monfieur l'Ambaſſadeur furent
ſans ceſſe occupez à diſtribuer
des rafraîchiſſemens à tous
ceux qui en voulurent.
Le troiſième jour , Monfieur
de Varangeville alla prendre
Réponſe de ſa Harangue dans
fes Gondoles avec le Cortege
accoutumé , & revint à pied
par la Mercerie juſqu'au Pont
de Realto, dans l'ordre qui fuit.
Un grand nombre de Valets de
pied veſtus d'une tres -belle Livrée
, marchoit à la teſte. Ils
eſtoient ſuivis de plufieurs Pages
fort propres ,qui précedoient
les Gens du Cortege . Apres eux
venoient les Officiers de ſa Maifon
& il paroiſſoit enfin en
Habit noir à Manteau. Toute
,
cette
GALANT. 165
cette Troupe eſtoit extrémemet
leſte , chacun ayant fait de fon
mieux pour ſoûtenir la réputation
qu'ont les François de ſe
mettre plus proprement qu'aucune
des autres Nations. L'apreſdînée
cet Ambaſſadeur reçeut
la viſite de celuy d'Eſpagne .
On donna une tres - belle Collation
à ſa Suite . Le Patriarche,
que l'on traite comme Ambaſſadeur
, vint rendre la fienne le
lendemain , & on régala ſes
Gens d'une ſemblable Collation .
Les Réſidens s'eſtat acquitez du
meſme devoir, reçeurent les honneſtetez
qui leur eſtoient deuës .
Vous ſçavez il y a déja longtemps
, que la Cour eſt revenuë
de Fontainebleau. Je vous ay
mandé une partie de ce qu'on y a
fait en vous envoyant un détail
de la maniere dont Leurs Majeſtez
166 MERCURE
jeſtez ſe font diverties pendant
tout le temps que la Reyne d'Efpagne
ya demeuré. Depuis fon
départ , la Comédie entremeſlée
deMuſique, la Chaffe , & le Jeu,
ont fait preſque tous les plaifirs
qu'on y a goûtez, le temps ayant
eſté fort mal-propre pour la promenade.
Monseigneur le Dauphin
s'eſt toûjours montré auſſi
adroit à la Chaſſe , qu'il y eſt
infatigable , & il a ſouvent eſté
au Bois dés trois heures du matin.
La paffion qu'il a pour cet
Exercice, n'a pas empeſché qu'il
n'ait toûjours donné quelque
temps volontairement à l'Etude.
Auſſi auroit-on peine à trouver
un Prince plus éclairé dans les
belles Connoiſſances . On ne
doit pas s'étonner de ce grand
fuccez . Ceux qui ont eu l'honneur
de le former & de l'inſtrui
re,
GALANT. 167
re, ayant eſté choiſis par le Roy,
on ne pouvoit moins attendre
des grandes Leçons qu'il en a
reçeuës. L'adreſſe qu'on luy voit
à la Chaſſe , ayant cauſé une noble
émulation aux jeunes Princes
& Seigneurs qui ont eſté elevez
avec Luy,Monfieur le Prince
de la Roche-sur-Yon , dont
l'eſprit eſt vif & brillant, & qui
gagne les coeurs de tous ceux
qui le connoiſſent , donna derniérement
d'éclatantes marques
de l'effet que cette émulation
produit en Luy. Il en reçeut
d'autant plus de gloire , qu'en
meſme temps qu'il faifoit paroiſtre
ſon intrepidité & ſa force , il
montroit ce que peut la Nature
dans un un grand courage. II
s'apperçeut qu'un Sanglier en
furie s'estoit attaché àMonfieur
le Prince de Conty fon Frere. 11
courut
168 MERCURE
courut auffi- toſt à ſon ſecours ,
& paſſa ſon Epée au travers du
Sanglier , qu'il renverſa mort.
Cette action le fit admirer de
tout le monde , & elle a tellement
éclaté , qu'aucune Gazete
Etrangere ne s'en eſt teuë.
Vous aurez lû dans la noſtre
que la Reyne Doüairiere de Pologne
eft accouchée d'un Garçon
, dans la Ville d'Inſpruck,
Païs du Tirol. Les Réjoüiſſances
yont eſté grandes. On y a fait
des Feux de joye ,& tout le Canon
a eſté conduit au bord de la
Riviere du Ling. Les Hoſpitaux
ſe ſont ſentis de l'allegreſſe publique
par les grandes largeſſes
qu'on leur a faites. Cette Reyne
eſt Soeur de l'Empereur. Elle
avoit eſté mariée en Pologne au
Roy Michel , dont elle n'avoit
point eu d'Enfans , & a épousé
le
GALAN T. 169
le Prince Charles de Lorraine
en ſecondes Nôces .
VILLE
Tant de Perſonnes ſe ſontadmirablement
trouvées du Ro
mede que donnoit icy le Chevalier
Talbot , connu en France
ſous le nom du Medecin Anglois
, qu'il eſt impoffible que
vous n'en ayez entendu parler. II
eſt merveilleux pour les Fievres
intermitentes ,& il en a tant guéry,
qu'il paffe aujourd'huy pour
infaillible . Le Roy convaincu
_ de la bonté de ce Remede , l'a
acheté , & c'eſt un Secret dont
Mr Daquin , Premier Medecin
de Sa Majesté , eſt préſentement
poffefſeur.
J'ay à vous parler de la Reception
de Monfieur Molé dans
la Charge de Preſident à Mortier
; mais comme en vous parlant
des Perſonnes diftinguées,
Octobre 1679 . H
170 MERCURE
par un grand mérite , & par
d'importantes Charges , j'ay accoûtumé
de vous entretenir de
leur maiſon, il faut vous direquel.
que choſe de celle de ce nouveau
Préſident. Quoy que tous
ceux qui en deſcendent ayent
beaucoup brillé dans la Robe
depuis plus d'un Siecle , il y a fi
longtemps qu'elle s'eſt ſignalée
dans l'Epée , que nous pouvons
dire qu'elle en vient. L'Hiſtoire
nous marque que Guillaume
Molé , Seigneur de Villy -le-
Mareſchal , épouſa Jeanne l'Aiguiſé.
Il eſtoit de Troye , & fut
un de ceux qui ſecondant les
genereux deſſeins de Meffire
Jeanl'Aiguiſé Eveſque de Troye
Frere de ſa Féme,en ayant chafſé
les Anglois , remirent cette
Ville ſous l'obeïffance deCharles
VII.De ce Guillaume,& de Jeanne
GALANT.
171
ne de l'Aiguiſé , nâquit un Fils
nomé Jean Molé,quiépouſa Jean.
ne de Mégrigny. Il en eut trois
Garçons , dont le Puiſné fut Nicolas
Molé Seigneur de Jeſanvigny
, Conſeiller au Parlement.
Ce Nicolas Molé eut trois Femmes.
Sa derniere fut Jeanne de
la Grange , de la Maiſon de
Trianon , Fille d'Estienne de la
Grange , l'un des quatre Préſidens
de la Cour. Il en eut un Fils
unique , & ce Fils fút Edoüard
Molé , lequel a commencé la
Branche des Seigneurs de Laſſy
&de Champlaſtreux. Il fut reçeu
Conſeiller au Parlement en 1567.
La maniere dont il s'acquita de
l'exercice de cette Charge , luy
fit mériter l'eſtime des Grands,
& l'amour des Peuples. Cela parut
dans les troubles de la Ligue.
Quelques-unsdes principauxSé,
Hij
172 MERCURE
ditieux l'arreſtérent comme tenant
le Party du Roy ( c'eſtoit
Henry III . ) & non ſeulement la
connoiſſance qu'on avoit de ſes
droites intentions le fit relâcher ,
mais il fut meſme éleu par le
Peuple, pour être Procureur Genéral
en la place de Meffire Jacques
de la Gueſle qui s'eſtoit retiré
aupres de Sa Majesté , tout
ce Peuple criant à l'envy , Molé,
Molé; & ce qu'il y a de remarquable
, c'eſt qu'il eut ordre du
Roy d'accepter cette Charge. Sa
probité luy eſtoit trop bien connuë,
pour ne ſe tenir pas aſſuré
qu'il ne feroit rien contre ſon fervice.
ll eut pluſieurs grands Emplois
apres la reduction de Paris;
&comme ce qu'il avoit fait pour
lebien & la tranquilité de l'Etat
, n'eſtoit pas ignoré de Henry
IV. une Charge de Prefident
à
GALAN T. 173
à Mortier ayant vaqué par la
Promotion de Meſſire Nicolas
de Verdun à celle de Premier
Preſident au Parlement de Touloufe
, ce Prince auſſi juſte que
reconnoiffant , luy acheta cette
Charge de ſes propres deniers:
Ce grand Homme mourut en
1614. apres avoir ſervy ſous
trois Roys , & laiſſa une Fille
&deux Garçons de Marie Char.
tier , Fille de Mathieu Chartier,
Doyen des Coſeillers de la Cour.
Le cadet qui s'appeloit Edoüard,
fe fit Capucin , & ſe nomma le
Pere Athanafe. L'Aîné fut Mathieu
Molé , dont toute la France
a encor la memoire pleine.
Il exerça pendant vingt - ſept
ans les Charges de Conſeiller
au Parlement , de Preſident aux
Enquestes, & de Procureur General.
Il ſe rendit ſi recomman- F
ド
Hiij
174 MERCURE
dable dans cette derniere , en
cherchant à rétablir par ſes ſoins
& par ſes veilles les defordres
qu'une longue fuite de Guerres
civiles avoit cauſez à l'Etat , que
ſes ſervices , & le ſouvenir de
ceux d'Edoüard ſon Pere , le firent
choiſir pour remplir la place
de Premier Préſident du Parlement
de Paris . Sur quel plus digne
Sujet euſt on pû jetter les
yeux ? Il poſſeda cette Charge
onze ans . Elle estoit d'un fort
grandpoids,&onéreuſe pendant
les temps difficiles. La Cour &
les Peuples avoient beſoin d'un
Homme comme luy, fidelle,intégre
, & inébranlable . C'eſt ſervir
le Peuple que ſervir ſon Roy;
mais ce Peuple n'en eſt jamais
convaincu que quand l'orage
eſt paſſé. L'Eloge de ce grand
& illuftre Magiftrat , qui ſera
GALANT.
175
ra l'envie & l'étonnement des
Siecles , feroit difficile à faire .
Perſonne n'ignore à combien
de dangers l'ont exposé le zele
qu'il avoit pour la Juſtice, &
la fidelité qu'il devoit au Roy.
Jamais Homme ne s'en eſt tiré
avec un courage plus intrépide.
On l'a toûjours veu demeurer
ferme,ſans que les cris des Séditieux,
leurs menaces,& la veuë
de leurs armes tournées contre
luy , l'ayent étonné. Allons , difoit-
il enmarchant tous les jours
au milieu de ces Mutins; je tiens
le party de mon Roy ,je fais mon
devoir , je n'ay rien à craindre.
Auſſi a til eſté toûjours reſpecté,
&meſme de ceux qui ſembloient
tenir le poignard levé pour le
percer. D'un regard majestueux
&doux tout enſemble, il deſarmoit
des millions d'Hommes
Hiiij
176 MERCURE
qui en vouloient à ſa vie. Il n'avoitqu'à
ſe montrer, & ils ſe retiroient
foudain tous couverts
de honte. Les plus opiniâtres ſe
taifoient fi - toſt qu'il avoit
parlé. Ses paroles leur inſpiroient
de la joye, & ils remportoient
un eſprit calme. C'eſt
dans ces importantes occaſions
qu'on a cent fois admiré en luy
une intrépidité & une préſence
d'eſprit qu'on ne ſçauroit exprimer.
Vous en allez juger par
ce qui luy arriva le huitieme
Decembre 1651. La Populace armée
s'eſtant aſſemblée ce jour là
pour l'affaffiner , on l'avertit
qu'elle venoit pour le tuer , &
qu'elle vouloit forcer les Portes
de fon Hoſtel. Il deſcendit ſeul,
& commanda qu'on les fit ouvrir.
Ses ordres furent executez .
Le Peuple entra en foule,mais fa
ſeule
GALANT.
177
*
ſeule préſence , & la douceur
de ſon diſcours , calmérent la
fureur de cette Populace , qui
s'en retourna en luy demandant
pardon. On n'a pas ſujet d'eſtre
furpris ſi ce grand Homme fut
fait garde des Sceaux de France.
Tant de ſervices & derares qua--
litez le rendoient digne de cet
honneur. Il s'eſtoit apliqué de
fi bonne heure au travail , qu'il
eſtoit devenu infatigable. L'ang
mour qu'il avoit pour les Sciences
, ne luy faifoit pas ſeulement
employer les raiſons pour
porter les autres à vouloir eſtre
ſçavans ; il leur donnoit jufqu'aux
moyens de le devenir ,
& ouvroit ſa bourſe à ceux qui
avoient beſoin de ce ſecours . Il
êtoit un exact conſervateur des
Loix & de la Religion , charitable
, affiſtant les affligez ; Je ne
Hv
178
MERCURE
dis pas ſeulement les Particuliers,
mais les Communautez entieres.
En 1619. tous les Grands,
& la plupart du Peuple , fuyant
de Paris à cauſe de la Peſte
qui eſtoit tres - violente , il ne
voulut jamais en fortir , & employa
fon bien & ſes foins au
foulagement de ceux qu'il ſçeut
'atteints de ce mal. Ainfi il pouvoit
avec juſtice recevoir le nom
qui luy fut donné de Pere des
Pauvres.lls furent tellement touchez
de ſa mort qui arriva le 3 .
Janvier 1656. qu'i's luy firent
faire des Prieres publiques .C'eſt
ce qui n'a peut- eſtre eſté jamais
fait pour perſonne. Il eut plufieurs
Enfans de Renée Nicolaï.
( Jay affez ſouvent parlé de
cette illuſtre & ancienne Maifon
pour me diſpenſer d'en rien
dire icy. ) Ce grand Magiftrat
qui
GALANT.
179
د
qui avoit poffedé les plus hautes
Dignitez ſans s'enrichir , voulut
travailler pour eux & voyant
que la Charge de Premier Preſident
n'eſtoit pas hereditaire , il
s'en défit avec l'agréement du
Roy , pour laiſſer une Charge
de Preſident à Mortier dans ſa
Famille. Il eut celle de Meffire
Nicolas de Bellievre , qui fut
Premier Prefident apres luy , &
la donna à Monfieur de Champlaſtreux
fon Fils . Le merite de
ce dernier , ſon zele , & fa fidelité
pour fon Prince , ſont ſi
connus , qu'on ne peut rien
exagerer là deſſus ſans luy faire
tort. Il a eſté Maiſtre des Requeſtes
, & Intendant dans les
Armées de Sa Majeſté en Allemagne
. Il y a une circonſtance
remarquable dans la Charge
que Monfieur le Garde des
Sceaux
180 MERCURE
Sceaux ſon Pere luy a laiſſée.
C'eſt la meſme qu'Edoüard Molé
, Grand' Pere de Monfieur
de Champlaſtreux , poſſedoit;
& comme Monfieur de Champlaſtreux
la vient de laiſſer à
Monfieur fon Fils , il ſe trouve
que Mr Molé à qui le Roy a don.
né la ſurvivance de cette Charge,
poffede celle de ſon Biſayeul,
& que de Pere en Fils il eſt le
quatrième Preſident à Mortier
de ſa Maiſon. J'aurois beaucoup
de choſes à vous dire de ſes belles
qualitez, ſi ſa modeſtie ne me
fermoit pas la bouche. On doit
eſtre fort perfuadé qu'il ſervira
fonPrince avec le meſme zele &
la meſme fidelité qu'ont fait ſes
Prédeceffeurs .Il en aſſura Sa Majeſté,
en la remerciant de la Survivance
qu'il luy avoit plû de
luy accorder ; & le Roy avec
cet
GALAN T. 1,81
cet air tout charmant , & cette
prefence d'eſprit qui l'accompagnent
toûjours , luy répondit,
qu'il ne feroit que ce qu'avoient
fait son Pere ,Son Grand Pere , &
Son Bifayeul. Peut on ſervir ce
Grand Prince avec trop de zele,
puis qu'il ſe ſouvient fi bien de
tous ceux qui fe font acquitez
de leur devoir ? Gela doit exci
ter chacun à le faire ,& fur tout
l'illuftre Preſident dont je vous
parle. Il fut reçeu toutes les
Chambres aſſemblées , & prit ſa
place apres qu'on eut leu ſes
Lettres de diſpenſe d'âge & de
Parenté ,& fon Information de
vie&moeurs. L'aplaudiſſement
fut general. Le ſujet en eſtoit
digne. Il ne faut que jetter les
yeux fur Monfieur Molé , pour
juger avantageuſement de luy.
Nous avons perdu Monfieur :
de
182 MERCURE
de la Cardonniere , Lieutenant
General des Armées du Roy. II
avoit eſté Commiſſaire General
de la Cavalerie Legere , & en
eſtoit devenu Meſtre de Camp
General . Il eſt mort à Nemours
au commencement de ce Mois,
en prenant un Boüillon , apres
avoir eſté aux Eaux de Bourbon
d'où il arrivoit . Je vous ay fi
ſouvent parlé de luy , que vous
ne trouveriez rien de nouveau
dans tout ce que je vous pourrois
dire icy à ſon avantage. Le
Roy à qui les ſervices ſont toûjours
preſens, & qui diftinguant
par tout le vray mérite , aime à
prevenir les demandes qu'on luy
pourroit faire , n'eut pas fi- toſt
appris la mort de cet illuftre Officier
, qu'il donna ſa Charge à
Monfieur le Baron de Monclar.
Le R. Pere Gorillon Vicaire
Gene
GALANT. 183
T
General des Chartreux, eſt mort
auffi depuis quelques- jours. Il
eſtoit d'une tres-bonne Famille
de la Robe. Son merite l'avoit
mis dans une fort grande confideration
, & il me ſera facile de
vous le prouver en vous apprenant
que Monfieur le Chancelier
l'honoroit d'une eſtime tresparticuliere
, & qu'il alloit fouvent
luy rendre viſite.
La mort de Dom Jean d'Auftriche
a fait vaquer l'Abbaye de
Saint Claude en Franche-Comté.
Sa Majeſté en ayant la nomination
depuis la Conqueſte
de cette Province, a fait un tresdigne
choix pour remplir ſa place.
Vous en conviendrez quand
je vous auray nommé Monfieur
d'Eſtrées. Le merite, la naiſſance
,& les grands & continuels
fervices de ce Cardinal, estoient
de
184 MERCURE
de preſſantes follicitations aupres
d'an Roy tres - reconnoiffant.
Il eſt fort peu d'Abbayes
qui ayent des Collations ſi conſiderables.
Quoy qu'il me ſoit rarement
permis de vous entretenir de Livres
nouveaux , je ferois fcru-
-pule de me taire ſur ce ſujer,
quand il y va de la gloire , &
de l'intereſt de la Religion. Ainſi
je ne puis m'empeſcher de
vous apprendre que le Livre de
Monfieur Hüet , Sous-Precepteur
de Monſeigneur le Dau.
phin , touchant la Verité de la
Religion Chreftienne , a eſté ſi
bien reçeu par tout , qu'outre
les nouvelles éditions qui s'en
font icy , auſſibien qu'à Ham.
bourg, à Utrec,& à Nuremberg,
on en fait une Traduction en
Bourgogne , & un Abregé à Se
dan.
Je
GALANT. 185
Je viens à un Article d'une
- plus longue étenduë. Je vous ay
appris , Madame , avec combien
de douleur la Reyne d'Eſpagne
s'eſtoit ſeparée de Leurs Majeſtez
, qui la conduifirent juſqu'à
deux lieuës de Fontainebleau, le
Mercredy vingtiéme du dernier
Mois. Apres ces triſtes Adieux,
cette Reyne monta avec Monfieur
, & Madame , dans le Carroffe
dont le Roy luy avoit fait
preſent , & vint coucher à Pluviers
. Des deux Ambaſſadeurs
Extraordinaires d'Eſpagne qui
eſtoient alors en France , il n'y
eut que Monfieur le Marquis
de los Balbaſes qui l'accompagna
, Monfieur le Duc de Paſtrane
eſtant party en Poſte , deux
jours avant le voyage , apres avoir
foûtenu ſon caractere avec
tout l'éclat , & toute la grandeur
poffi
186 MERCURE
\
1
poſſible , & marqué ſa magnifi.
cence par des Preſens à tous les
Officiers du Roy qui l'avoient
traité. En arrivant à Pluviers,
elle trouva les Echevins à la
Porte de la Ville. Ils la haranguerent,
& luy firent les Preſens
accoûtumez. Le lendemain elle
prit la route d'Orleans . Le Maire
& les Echevins ayant donné
tous les ordres neceſſaires pour
la recevoir , les Capitaines de la
Bourgeoiſie ſe mirent en armes
avee tous leurs Soldats. La premiere
Compagnie s'avança jufqu'à
un quart de lieuë de la Ville,&
toutes les autres firent haye
depuis cette eſpace , juſqu'à l'Evéché
où elle devoit loger. Les
Prevoſts des Maréchaux General
& Provincial, avec leurs Archers
, les Officiers des Eaux &
Forefts, & de Chaſſes, à la teſte
deſquels
GALANT. 187
deſquels eſtoit Mr de Leſtré ,
Grand Maiſtre des Eaux & Foreſts,&
quantité d'autres Perſonnes
qualifiées , tous fort leſtes &
bien montez , allerent au devant
de cette Reyne, ſçavoir, les Prevoſts
des Maréchaux juſqu'au
lieu où elle dîna , & les autres
juſqu'à deux lieuës de la Ville.
Ils prirent tous le devant des
Gardes du Corps qui environnoient
fon Carroffe , & paffe.
rent au milieu de la Bourgeoifie
en armes. Les Echevins au
nombre de douze , tous en Robe
d'écarlate , l'attendoient au
Corps de Garde de la Portede
Bourgogne, où le Maire la complimenta
au nom de la Ville.On
luy preſenta un Dais qu'elle ne
voulut point accepter. Il fut
neanmoins porté par quatre des
Echevins devant fon Carroffe,
où
:
188 MERCURE
où elle estoit dans le fond à la
droite de Monfieur. Quatre Archers
de la Ville , porterent
la Chaiſe où elle devoit eſtre
aſſiſe ſous ce Dais. Le fond en
eſtoitd'une Etofe blanche d'argent
, avec de grandes franges
d'or , & les Armes d'Eſpagne &
d'Orleans'myparties , brodées
d'or & d'argent dans les quatre
pans. Le Compliment fait , la
Reyne ſe rendit à l'Eveſché .Tou.
tes les Ruës par où elle devoit
paſſer estoient tapiffées , & il y
avoit une foule de Peuple incroyable,
tant de la Ville que des environs.
Dés le ſoir tous les Corps
l'allerent complimenter , c'eſt à
dire , le Chapitre de la Cathedrale
, celuy de l'Egliſe Collégiale
de S. Aignan,dont le Doyen
porta la parole avec grand ſuccez
. L'Univerſité, les Treſoriers
de
GALAN Τ. 189
,
de France , les Officiers de la
Prevoſté , & ceux de l'Election ,
Elle reçeut les Preſens ordinaires
de la Ville,qui lui furent pre.
ſentez par les Echevins , & qui
confiftoient entr'autres choſes ,
en quantité de grandes Boëtes
de Cotignac nouveau & de
Confitures ſeches , & avec les
plus beaux Fruits verds qu'on
eut pû trouver. Les Archers de
la Ville avec leurs Caſaques de
couleurs , porterent ces Fruits
& ces Boëtes dans de grands
Baffins d'argent. La Reyne ſéjourna
le Vendredy 22. à Orleans
, & alla entendre la Meſſe
à la Cathédrale, où elle fut complimentée
à la Porte par Mr Fortecroix
Doyen , à la teſte de ſon
Chapitre. L'apreſdînée Monſieur
ayant ſceu l'empreſſement
qu'avoient les Habitans de la
voir,
190
MERCURE
voir, fut bien aiſe de leur accorder
cette fatisfaction. Ainfi il
monta en Carroſſe avec Elle, &
s'eſtant promenez dans les principales
ruës , & fur les Ponts ,
ils s'arreſtérent en quelques endroits
, comme à la Verrerie, à la
Viſitation & en d'autres lieux.
La Reyne , Madame , & les autres
Dames de leur fuite, furent
toûjours démaſquées. Le foir du
meſime jour , la Reyne d'Eſpagne
& Madame , voyant approcher
le moment de leur ſéparation
qui devoit eſtre le lendemain
, la douleur les faifit , &
elles verſerent des larmes en fi
grande abondance , qu'il falut
ofter le Soupé du lieu où il avoit
eſté preparé . Elles réſolurent de
manger en particulier. La Reyne
d'Eſpagne ſe retira dans un
Gabinet en fondant en pleurs,&
ne
GALANT .
191
ne prit que deux oeufs. Le lendemain
2 3. Madame ſe leva fort
matin , entendit la Meſſe , puis
entra chez la Reyne d'Eſpagne.
Elles s'embrafferent pluſieurs
fois pendant une demy- heure ,
pleurerent beaucoup , & fe feparerent
. Madame retourna à
Fontainebleau, & la Reyne d'Efpagne
alla coucher àChambord,
& le lendemain 24. à Amboiſe,
où elle demeura le Lundy 25.**
On l'entendit ſoûpirer pendant
tout ce jour, & on peut s'imaginer
aisément ce qu'elle ſoufrit,
puis qu'elle devoit ſe ſeparer de
Monfieur le lendemain . L'Adicu
commença à ſe faire dés le foir.
Ce Prince qui vouloit luy en
adoucir la douleur, & qui cherchoit
à s'en épargner une partie
à luy - meſme , lay promit qu'il
ne partiroit point ſans la revoir.
Ce
192
MERCURE
Ce n'eſtoit pas pourtant ſon defſein
, & il devoit ſouhaiter d'avoir
affez de force ſur luy pour
luy manquer de parole. La Reyne
d'Eſpagne aprehendant qu'il
ne la trompaſt , ſe jetta à ſes genoux
, & ne voulut point ſe relever
qu'il ne luy euſt de nou
veau promis qu'il la reverroit.
Elle paſſa toute la nuit ſans dormir
, & luy envoya pluſieurs
Meſſages fitoſt qu'il fut jour,
pour le conjurer de ne luy refuſer
pas la derniere conſolation
qu'elle en attendoit. Tous ceux
qui estoient aupres de Monfieur,
firent ce qu'ils purent pour le
détourner du deſſein où ils le
voyoient de luy dire encor
une fois Adieu; mais l'amour de
Pere l'emporta fur les raiſons
dont ils ſe ſervirent. Il alla dans
la Chambre de cette Reyne , il
fe
GALAN Τ.
193
ſe jetta ſur ſon Lit ,& ils ſe tinrent
ſi longtemps embraſſez ,que
comme l'un ny l'autre ne parloit,
on craignit quelque triſte effet
de leur douleur. Cela obligea
Monfieur l'Eveſque du Mans
d'arracher Monfieur avec violence
d'entre les bras de cette
Princeſſe. Quand il l'eut quitée,
elle ſe leva , jetta ſa Robe de
Chambre fur elle,&courut l'embraffer
encor une fois. Les cris
qu'on luy entendoit pouffer, auroient
attendry l'ame la plus dure.
Monfieur qui en avoit le coeur
penetré , partit promptement , &
elle demeura dans le plus pitoyable
état où elle ſe fuſt jamais
trouvée.
Vous jugez bien , Madame,
avecquel chagrin la Reyne d'Ef.
pagne continua ſon Voyage. Elle
arriva à Poitiers le Samedy 30.
Octobre 1679 . I
194
MERCURE
apres avoir ſejourné le 29.à Châ
telleraut, où le Maire de la Ville,
le Prefidial , le Chapitre de Nôtre-
Dame , & les Officiers de
l'Election , la complimenterent.
On luy preſenta le Dais à Poitiers.
Les Bourgeois s'eſtoient
mis en Armes , & formoient une
double haye juſqu'à la Maiſon
de Ville où elle devoit loger. Le
lendemain , premier de ce Mois,
elle fut haranguée par tous les
Corps de la Ville , parmy lefquels
le Lieutenant General ſe
fit admirer . Elle dîna en Public,
comme elle avoit déja fait en
d'autres Lieux , & fut fort agreablement
divertie par quantité
de Païſanes tres - propres , qui
dançerent devant elle les Meniets
de Poitou. On ſçait qu'il
n'y a point de lieu en France où
ils foient fi bien dancez .
Le
GALANT.
195
Le Lundy 2. de ce Mois, elle
partit de Poitiers pour aller coucher
à Luſignan. Elle n'y fut pas
ſitoſt arrivée qu'elle prit le divertiſſement
de la Chaffe , & fe
ſervit pour cela de l'Equipage
de Monfieur de la Barre, Maré
chal des Logis des Mouſquetaires
. Il l'accompagna fix jours&
ne prit congé d'Elle que le ſeptiéme.
Elle le vit partir avec regret
, parce que pendant tout ce
temps il luy donna tous les jours
le plaiſir de trois Chaſſes diferentes
, qui furent celles des Le
vriers , des Chiens courans , &
de l'Oyſeau. De Lufignan elle
vint à Melle,& de Melle à Saint
Jean d'Angely , où elle arriva le
Mercredy 4. Elle y reçeut les
meſmes honneurs qui luy avoient
eſté rendus dans les au
tres Villes. Le Lieutenant Cri
I ij
196 MERCURE
minel l'ayant haranguée d'abord
pour le Corps de Ville , les Officiers
du Siege Royal, & ceux de
l'Election, l'allerent enſuite complimenter
dans l'Abbaye , où
elle logea.Le Preſident qui porta
la parole pour ces derniers,
parla avec beaucoup de force &
de grace . Elle ne partit de Saint
Jean d'Angely que le Vendredy
fix . En approchant de Xaintes,
où elle arriva ce meſme jour ſur
les trois heures , elle trouva Mr
le Marquis de Jarnac Lieutenant
de Roy de Xaintonge & d'Angoûmois
, qui estoit allé au devant
d'Elle, accompagné de cent
Gentilshommes bien montez ,
& ſuivy de quarante Gardes à
cheval . De Xaintes elle vint à
Pons, de Pons au Petit-Niort,&
du Petit- Niort à Blaye , où elle
fut reçeuë le Mardy dixième,
au
GALAN T. 197
au bruit du Canon de la Citadelle
, & de celuy des Vaiſſeaux
qui eſtoient alors à la Rade. Mr
de Leyterie & Mr Delbreil, Jurats
de Bordeaux , accompagnez
de Mr du Boſq Secretaire de la
meſme Ville , eſtoient venus à
Blaye ce meſme jour dans un
magnifique Bateau qu'on luy a -
voit fait preparer , qui eſtoit du
genre de ceux qu'on appelle
Maiſon Navale. Le lendemain
ils eurent l'honneur de faire
leurs Complimens à la Reyne .
La Parole fut portée par Mr de
Leyterie . C'eſt un des plus fameux
Avocats du Parlement de
Bordeaux, à preſent Jurat . Il luy
fit connoiſtre au nom de toute
la Ville , avec combien de joye
ils faiſoient parler leur zele
pour le ſervice du Roy , dans
les reſpectueuſes ſoſumiffions
I iij
198 MERCURE
4
qu'ils luy venoient rendre. Rien
ne pouvoit eſtre plus éloquent
ny plus juſte. La Reyne accepta
leur Maiſon Navale , & s'y embarqua
fur les huit heures. Le
fond en eſtoit garny d'un Damas
de Genes rouge- cramoify, avec
une creſpine d'or & d'argent.
Aumilieu on avoit placé les Armes
du Roy environnées de
deux crépines pareilles à cette
premiere.A l'un des bouts eſtoir
Je Portrait du Roy d'Eſpagne , &
à l'autre, celuy de la jeune Reyne.
De tres- beaux Tapis de
Turquie couvroient l'Eſtrade.
On y avoit mis un Fauteüil de
Velours rouge cramoiſy avec
deux Carreaux , le tout garny
de grands galons or & argent,
fous un Dais de la meſine Etofe
, enrichy d'une grande crefpine
auffi or&argent. La Maifon
GALANT. 199
i
3
fon Navale eſtoit remorquée par
trois Chaloupes , dans chacune
deſquelles il y avoit vingt Rameurs
veſtus de bleu , la Bourguinote
de meſme couleur avec
de petit galon d'argent. L'Habit
de chaque Pilote eſtoit gris avec
un Paſſement d'argent , & une
Echarpe blanche bordée d'une
ereſpine de meſme. Quoy que
cesRameurs tiraſſent de toute
leur force , comme ils ramoient
contre la Marée , qu'ils avoient
le Vent contraire , & que la
pluye ne difcontinua preſque
point de tout le jour , il fut impoffible
de faire le Trajet en
moins de douze heures . La Reyne
d'Eſpagne en employa une
partie à joüer. On luy fit ſervir
une grande Collation de Paſtez,
de Jambons , de Langues , &de
toutes fortes de Fruits & de
I iiij
200 MERCURE
Confitures ſeches & liquides,
Les Violons joüerent pendant
tout ce temps. Ils eſtoient dans
un Bateau attaché à cette Mai.
fon Navale. On n'arriva qu'à
huit heures.Jamais on ne vitune
fi grande foule qu'il y en avoit
fur le Port. Tout le Canon des
Vaiſſeaux tira, aufli bien que celuy
du Château Trompete. Sitoſt
qu'on eut abordé , la Reyne
fortit du Bateau , & alors Monfieur
de Salegourde premier Ju,
rat , qui l'attendoit avec les autres
Jurats veſtus de leurs Robes
de Ceremonie , luy fit ſa Harangue.
C'eſt un Gentilhomme qui
a de tres-belles qualitez , & qui
fit connoiſtre par la maniere
dont il parla, qu'il ſçait dans l'occaſion
ſe ſervir auffi-bien de la
Langue que de l'Epée. La Reyne
monta en Carroffe,& ne voulut
GALANT. 201
lut point ſe mettre ſous le Dais
qu'on luy preſenta. Ce Dais étoit
d'un Brocard or & argent,
avec une grande & riche crefpine
demeſme. Il fut porté devant
fon Carroſſe par Meſſieurs
Salegourde , Pontoiſe , Calvimont
, Leyterie, Delbreil , & du
Bofq. Je vous ay déja marqué
que ce dernier eſt Secretaire de
la Ville. Il y a vingt- cinq ans
qu'il exerce cette Charge avec
grande gloire, diverſes occaſions
luy ayant donné lieu de faire
voir que fon zele & ſa fidelité
pour le Roy font à toute épreuve.
Toutes les Ruës eſtoient tapiſſées
,& il y avoit un fort grand
nombre de lumieres aux Fenef
tres. Le Carroffe de la Reyne étoitenvironné
de Flabeaux. Elle
alla defcendre à l'Archeveſché
Mr l'Archeveſque de Bordeaux
N
Iv
202 MERCURE
la vint recevoir dans la Court,
& luy fit fon Compliment. Le
Jeudy 12. elle alla entendre la
Meſſe dans la Cathédrale. Ce
mefme Prélat reveſtu de ſes
Habits Pontificaux , & accom
pagné du Chapitre en Chapes,
luy donna de l'Eau benite , & la
harangua la Mitre en teſte ; apres
quoy elle fut conduite ſur
une Eſtrade élevée de trois degrez
au milieu du Choeur. Il y
avoit un Dais de Brocard audef.
fus de cette Eſtrade. En ſuite Mr
l'Archeveſque entonna le Te
Deum , pendant lequel un Aumônier
de la Reyne commença
la Mefle. L'apreſdînée elle recent
les Complimens ordinaires.
Mr le Doyen de S. André porta
la parole pour fon Chapitre, Mr
Denys pour le Prefidial , Monfieur
Thibault pour les Tréſo
riers
GALANT. 203
riers de France , & Mr Bauduer
pour l'Univerſité dont il eſt Reteur.
Le Vendredy 13. elle monta
à cheval,& alla au Château en
Cravate cen Juſte-à- corps,avec
un Chapeau garny de Plumes.
Elle viſita laCitadelle,& fit l'hon.
neur à Monfieur le Comte de
Montaigu qui avoit la fievre, de
le vouloir voir par la Feneſtre,de
deffus laPlate forme.Elle croyoit
prendre cejour là ledivertiſſement
de laChaſſe , mais on luy
fit connoiſtre qu'il y avoit trop
loin juſqu'au lieu où Mr le Marquis
de Citran avoit fait mener
fesChiens. Le foir elledonna le
Bal aux Dames,&dança avec Mr
le Prince d'Harcour, & avec Mr
le Ducdel Seſto. Le Samedy 14.
elle alla voir les Religieuſes de
la Viſitation , & fe diſpoſa à parzir
le lendemain, al c
Vous
204 MERCURE
Vous voulez bien , Madame ,
que je la laiſſe à Bordeaux , &
qu'en diferant d'un Mois à vous
entretenir de la ſuite de ſon voyage
, je cherche à m'inſtruire
plus particulierement de ce qui
ne m'eſt pas affez connu. J'ay oublié
de vous dire que dans tous
les Lieux où laReyne d'Eſpagne
a paffé , les Maréchaux des Logis
du Roy , ont donné le Pour
à Monfieur le Marquis de los
Balbafes . C'eſt ce qui n'eſt dû
qu'aux Prineesapres le Roy.Pour
vous expliquer ce Pour, je vous
diray que quand ceux dont je
vous parle vont marquer lesLogemens,
ils mettent ſur les Portes
avec de la craye, Pour le Roy,Pour
un tel Prince & au lieu qu'ils
mettent ſeulement le nom des
autres , fans mettre Pour
Madame la Marquiſe de los
397 Balba
GALANT.
205
Balbaſes , qui en France a eu
pluſieurs fois l'honneur d'avoir
place dans le Carroſſe de la Reyne
, à cauſe que c'eſt la qualité
qui ydonne entrée, ne l'a point
eu dans celuyde la Reyne d'Efpagne
pendant le voyage , parce
que ſelon les coûtumes de
ce Pais-là, il n'y a que lesCharges
qui faſſent acquerir le droit
d'y entrer. 27
Voicy un ſecond Air nouveau,
dont j'ay fait graver les Notes
pour vous. Il eſt du meſme
Autheur que le premier, & fait
à la priere de la meſme Dame
qui en a auffi donné les Paroles.
V
AIR NOUVEAU.
Ous avez de l'esprit ,
des appas ,
vous avez
Ils font ſoufrir des maux que vous ne
fentez pas, pa
Et
106 MERCURE
Et que rien ne foulage.
D'aucun espoir on n'oſe ſe flater ;
Quand vous voudrez tout écouter
On vous en dira davantage.
Vous me demandez ce qui s'eſt
paffé aux Eſtats de Bretagne.
Tout ce que j'en ſçay ,c'eft que
Monfieur le Duc de Chaunes
Gouverneur de cetteProvince,
n'en eut pas plutoſt fait l'ouverture,
qu'ils accorderent tout d'u
ne voix ce qu'on leur demanda
de la part du Roy. Cela faitvoir
l'équité de ce Monarque à ne
demander que deschofes juſtes,
8c le zele de ſes Sujets qui veulenttoujours
tout cequ'il fouhai.
te. Je vous en ferois un détail
plus particulier, ſi ceuxdece Païs
là prenoient plus de ſoin de m'informerdecceequii
les touche. Ces
meſmes Etats , où Monfieur le
Duc de Rohan préfidoit pour la
Noblef
GALANT
207
Nobleſſe ,comme Baron de Leon,
qui eſt l'une des vingt & une
Baronnies de la Province, ayant
appris que Madame la Ducheffe
deRohan estoit accouchée d'un
Garçon , luy ont fait un prefent
de quinze mille livres, & un autre
dedix mille livres à cet En4
fant nouveau né . Cette naiſſance
a donné beaucoup de joye.
On les peut connoiſtre par les
réjoüiffances qui en ont eſté faites
à Paris & en Bretagne...
J'adjoûte pluſieurs Articles fans
aucun ordre. Nous ſommes dans
lesderniers jours du Mois, & il
faut que je fonge à finir ma Lettre.
Le Roy dont toutes lesAstions
font éclatantes , a donné
deux cens mille livres à Monfieur
du Queſne Lieutenant General
de ſes Armées Navales
pour le recompenfer de ſes ſer
vices.
208 MERCURE
vices. Quel plaiſir Madame , de
ſervir un Roy qui n'ouvre pas
ſeulement le chemin de la gloire
à ſes Sujets, mais qui leur fait
ſi avantageuſement éprouver
qu'il eſt le plus reconnoiſſant de
tous les Princes ! Je ne vous dis
rien de Monfieur du Queſne.
Souvenez-vous de tout ce que
je vous ay écrit touchant les
Combats donnez à Meſſine , &
vous vous reſſouviendrez de ſa
grande expérience dans les Emplois
deMer.
Il n'eſt pas le ſeul qui ait reçeu
des marques de la reconnoiſlance
du Roy.Elle s'eſt étenduë
juſque fur Mr le Prieur de
Cabrieres , à qui Sa Majesté à
envoyé une ſomme confiderable.
Il méritoit ce glorieux témoignage
de ſes bontez , par le
foin qu'il prend en Languedoc
7 d'em
1
GALAN T.
109
d'employer les Secrets merveilleux
qu'il a , pour la guérifon
d'une infinité de maux. Les cu
res que font ſes Remedes ſont
admirables . Il n'en a rien voulu
prendre juſqu'icy,& il a meſme
refuſe l'argent que les Etats
du Languedoc luy ont offertplufieurs
fois, pour acquiter la Province
du bien qu'elle en reçoit
tous les jours.
* La Charge de Maiſtre de la
Garderobe, qu'avoit encorMonſieur
le Marquis de Tilladet depuis
qu'il a eu celle de Capitaine
des cent Suiffes , a eſté achetée
par Mr de la Salle, Sous- Lieutenant
des Chevaux Legers de la
Garde. Il a toûjours ſervy avec
tant de zele , qu'il n'a eu aucune
peine à obtenir l'agrément
de Sa Majesté . Le Roy crée dans
les Chevaux Legers une ſeconde
210 MERCURE
de Sous- Lieutenance,& une ſeconde
Cornete.
Il ne ſe peut que vous n'ayez
entendu parler de ce qu'on fait
à Verſailles pour le rendre une
des Merveilles du Monde. On
avance fort. Il n'y a pas lieu de
s'en étonner , nous ſommes dans
un Regne de miracles. Le Roy
a fait mettre quantité de Cerfs
dans le grand Parc de ce ſuperbe
Chaſteau , & il y va tous les
Lundis & tous les Jeudis à la
Chaffe. Il y alla dernierement
pour voir l'épreuve que le Jardinier
du Prince Maurice de
Naſſau, y devoit faire du Secret
qu'il a de tranſplanter les plus
grands Arbres , fans qu'ils en
reçoivent aucun préjudice. On
travaille preſentement à y faire
un Jeu de Mail. On en fait un
autre à S. Germain. Le Roy ordonne,
GALANT. 211
donne,& aufli-toft tout ſe trouve
executé.
Monfieur de Foulé-Martangis
, Maistre des Requeſtes , a
eſté nommé Ambaſſadeur Extraordinaire
en Dannemarc. Il eſt
Fils de feu Monfieur Foulé- Prunevoſt,
qui avoit une fi parfaite
connoiffance des affaires du Con.
feil , & qui eſt mort il y a quelques
années Sous - Doyen des
Maiſtres des Requeſtes. Ce nouvel
Ambaſſadeur qui ne s'eſt mis
dans la Robe qu'apres la mort
d'un Frore aîné, a ſervydans les
Armées , & a eſté autrefois employé
enPortugal& en Allemagne.
Il ſçait pluſieurs Langues ,
& a l'avantage de s'eſtre toûjours
fait eſtimer par tout . On
ne peut douter de fon mérite ,
puis que n'ayant pas encor quarante
ans , il a eſté choiſy pour
ce
212 MERCURE
ce grand Employ par un Prince
qui ne ſçait faire que de juſtes
choix , & dont la parfaite
intelligence en toutes chofes
a mis la France dans le haut
point de gloire où nous la voyons.
On attend des nouvelles du
retour de Monfieur le Marquis
de Segnelay. Il eſt party
pour aller viſiter les Ports de
Provence . L'activité des Miniſtres
qui exécutent les ordres du
Roy , n'a rien d'égal que leur
zele. Jugez , Madame, juſqu'où
elle va , puis que jamais Prince
ne fit naiſtre une ardeur ſi empreſſée
de le ſervir.
Sept Galeres de Malte qui venoient
de Portugal , eſtant arrivées
au Port de Marseille, Monfieur
le Duc de Vivonne en a
magnifiquement traité leGeneral,
GALAN T.
213
ral,& tous ceux qui l'accompagnoient.
Il leur a donné pluſieurs
fois la Comédie, & les a régalez
avec tant d'ordre , qu'ils ont
avoüé que les François ne ſçavent
pasmoins ſe diftinguer en
galanterie & en magnificence,
qu'ils l'emportent en valeur fur
toutes les Nations du monde.
Monfieur le Chevalier de
Beuvron , Capitaine des Gardes
du Corps de Monfieur , s'eſt démis
volontairement de toutes
ſes Abbayes entre les mains du
Roy & de Son Alteſſe Royale.
Monfieur a auffi toſt donné
celle de Colombs pres de Chartres
, au Fils de Monfieur de
Boisfrant. Je vous ay deja parlé
de ce jeune Abbé. Il promet
beaucoup , & a fait voir dés ſa
plus grande jeuneſſe une vivacité
d'eſprit furprenante.
I1
114 MERCURE
Il me reſte a vous apprendre
la mort de Monfieur de Berulle
Conſeiller d'Etat , &Maiſtre
des Requeſtes Honoraire.
Il eſtoit Neveu du Cardinal de
Berulle , Fondateur , & Inſtituteur
des Preſtres de l'Oratoire.
J'ay tant de choſes à vous dire fur
cet.Article , que je me vois obligéde
les remettre juſqu'au Mois
prochain.
On a auffi perdu Monfieur
de Maupeou Avocat General
au Grand Conſeil. Il eſtoit Fils
de Monfieur le Préſident de
Maupecu , & n'avoit que trente-
deux ans. Une fievre ſuivie
d'un tranſport au cerveau , l'a
emporté en huit jours. Son fçavoir
, ſa jeuneſſe , & l'attachement
qu'il avoit pour ſes Amis, le
font extrémement regreter. Il
avoit fait des Actions éclatantes
dans
GALANT.
215
dans le Barreau en qualité d'Avocat,
avant que d'entrer dans le
Grand Conſeil , où il ne ſe faiſoit
pas moins d'Amis que d'Admirateurs.
Je viens à l'Article des Enigmes.
Le Mot de la premiere
du Mois pafle, eſtoit le Sel. Mademoiſelle
de Querjean, du Fret
en Bretagne , l'a expliquée par
ces Vers.
Mercure Le
detout temps , a trompé
tout lemonde;
Il n'a pas épargné ny les Roys , ny les
Dieux,
Il trompe de C ...... la ſageſſe profonde,
Et malgré les Commis qu'il a mis en
tons lieux ,
Il déguiſe le Sel , & le vend à leurs
yeux.
Ceux qui l'ont expliquée ſur
le meſme Mot , font Meſſieurs
de
216 MERCURE
!
4
de Beauvais , Lieutenant General
du Duché de la Ferté Seneterre;
Le Moyne , Controlleur
au Grenier à Sel de Monſaulicon
en Champagne ; Nicoët-Corol
ler , Maire de la Ville de Morlaix;
Gardien, Secretaire du Roy;
L'Abbé Reyer , Parifien Bearnife
, L. Bouchet , ancien Curé
de Nogent le Roy;Grandis Fils,
de Vienne en Dauphiné ; Hutuge
, d'Orleans , demeurant à
Mets; Haſtier le Moulinois; Fauvel
, Directeur de la Poſte de
Morlaix; Formentin, Régent du
College d'Abbeville ; Du Mont,
Avocat àChaumont , ( ces deux
derniers en Vers ; ) Le Fidelle
Berger d'Amiens ; Le Chevalier
de la Porte Paris ; De Foffecave,
deMorlaix , L'Amantde la Belle
Saumuraiſe; Polimene ( ce dernier
en Vers.)
On
GALANT. 217
On a encor expliqué cette
Enigme ſur l'Eau,la Source, l' Am
bre- gris , & la Glace.
P L'Explication de la ſeconde
Enigme eſt dans ces Vers de
Monfieur Gardien Secretaire
du Roy.
Bou
Elle Iris, jemetrompefort,
Ou cetteEnigmeduMercure,
Avec nostre amoureuse & derniere avan-
C
ture ,
N'a que trop de raport.
Enfinſenſible à mon martire,
Au milieu d'une belle nuit ,
Vous vous laiſſaſtes conduire
Al'Amourjusques dans mon Lit.
Ames transports ardens vous vous estes
1 renduë ,
Sans qu'aucune faveur m'ait esté dé-
2
Le diray -je pourtant ? desi charmans
fenduë,
plaisirs
N'ontpoint remply tous mes defirs;
Ie ſens encore helas un chagrin qui me
i
ronge,
Octobre 1679 . K
218 MERCURE
Et qui s'augmente tous les jours.
Iris , Amour , Hymen , venez à mon
Secours,
Mais que ce nesoit plus un Songe.
Le meſme Mot du Songe a eſté
trouvé par Meſſicurs Bellanger;
Viette , Maiſtre de la Poſte de
Coutance ; De Maſſeville , de
Montebourg , ( ce dernier en
Vers ; ) Les Illuſtres Captifs de
l'Abbaye de Montebourg.
L'Eclair , le Vers luiſant , la
Poudre à tirer , la Nége, L'éclat
du feu de la Fufée , l'ombre ,
la Grénade , ſont les autres
ſens qu'on a trouvez fur la meſmeEnigme.
Ceux qui ont expliqué l'une
& l'autre , font Mefſieurs
d'Hault . Estienne du Coeur,
de Roüen ; De Boiffimon ; Jumeau
, du Chaſteau de Provins;
Jarres , du Quartier du Louvre;
Guyot
-
GALAN T. 219
Guyot de Montgermain , de
Bourges , la feconde en Vers ;
Prevoſt , du Fauxbourg Saint
Marcel ; Leger de la Verbiſſonne,
( ces derniers en Vers; ) Mefdemoiſelles
Crevon , Filles de
Monfieur Crevon Secretaire du
Roy , du Quartier S. Eustache;
Marie -M. de Chilly ; Mademoifelle
Magdelon Vontet , de la
Place des Jeſuites , de Lyon ;
L'Ariane de Silvie ; L'Enfant
Breton , de Tournay ; Dom Vi
fiteur , de Hombourg ; & les Reclus
de S. Leu d'Amiens .
Je vous envoye deux nouvelles
Enigmes. La premiere eſt de
MonfieurBroſſardde Montaney,
Conſeiller au Prefidial de Bourg
en Breſſe;& la ſeconde, de Monſieur
Gardien Secretaire du
Roy.
Kil
220 MERCURE
ENIGME .
D-Artont
Ar tout où l'on
m'employe , on me cache
avec ſoin,
Legrand jour m'est un peu contraire;
Si je ſers d'abord ſans besoin,
Ieme rens bien-toft neceffaire.
Tant que je suis caché, biensouvent mon
employ
M'attiredes cajolleries ,
Mais jeſurprens des flateries
Qui ne s'adreſſentpas àmoy.
Ie fers en apparence , & je fais mille
maux ,
Ieſuis d'un fâcheux voisinage,
Etjeronge enfin jusqu'aux os
Ceux que je flate davantage.
Mon Art eſt ſurprenant , mais l'on se
plaint àtort.
Que les Loix en font offencées,
Car jesçay ,fans user defort,
Rappeller les choses paffées.
Malgré tous mes attraits, ne vous attachezpas
GALANT. 221
:
A me voir & me reconnoiſtre ;
Si-tost que j'oferay paroiſtre;
Leſeraypour vousfans appas.
AUTRE
E fuis
ENIGME.A
un Roypuiſſant, dequi
fte Empire
S'étendfur tout cequi respire;
lova
P'abrege&conſerveſes jours,
Et quoy que je regne à toute beure ,
Mon pouvoir se renferme on jefay ma
demeure ,
Et sur tous mes Sujets ne regne pas
toûjours.
Du beau Sexe &de la Ieuneſſe
Ie ſuis affez fidelle Amy ;
Mais pour la chagrine Vieillesse ,
le ne l'oblige qu'à demy.
Iene sçay ce que c'est que de faire injustice;
:
Admirez pourtant moncaprice;
Tel me reclame , & je le fuis;
Tel me chaſſe, &je le poursuis ;
Ie dédaigne ſouvent des Testes redon
tables,
7
Kiij
222 MERCURE
Etj'accable des Miserables.
Aux plus braves je fay la loy ;
Mes faveurs aux plus fiers se trouvent
neceffaires;
Le fuis cher àdes Gens qui rompent avec
moy,
Icrepare desmaux, je gaste des affaires.
Chers Lecteurs, lors qu'icy ma recherche
vousgesne,
Si je m'offrois à vous , ſuivez vostre
penchant :
Gardez- vous pour un rien de prendre
trop de peine ,
Etde me perdre en me cherchant.
Meffieurs Dumont Avocat à
Chaumont en Véxin ; Gardien
Secretaire du Roy ; & Rault,
de Roüen , qui ont expliqué
l'Enigme de Clitie fur le Miroir
ardent , qui reçoit & refléchit
les rayons du Soleil, en ont trouvé
le véritable ſens. Pluſieurs
ont expliqué cette Enigme fur
une
4 GALANT. 223 F
une Aiguille de Bouffole , la Pluye
, l'orage , la vapeur , l'Encens,
l'ombre d'un Cadran au Soleil, le
Diamant, le Parélie, & l'or.
Icare eſt la nouvelle Enigme
en figure dont vos Amis chercheront
le fons. Icare eſtant prifonnier
en Crete avec Dédale
ſon Pere , ils s'envolerent avec
des aifles de cire jointes enſemble
, qui avoient eſté faites par
Dédale ; mais Icare ayant volé
trop haut , ſes aifles furent fonduës
par la chaleur du Soleil , &
il tomba dans la Mer , appellée
depuis Icarienne.
Ayant accoûtumé de vous parler
tous les ans dans cette faiſon
des Divertiſſemens qu'on
prépare pour l'Hyver , je croy,
Madame,ne pouvoir mieux commencer
que par ce qui regarde
l'Opéra. Je ne puis vous entre
Kijij
224 MERCURE
tenir des nouveaux qu'on doit
donner, fans vousdire qu'on n'a
finy les RepreſentationsdeBellerophondepuis
quatre jours, que
pour les reprendre avec plusd'é.
clat, c'eſt àdire qu'on a ceſſe de
le jouer à Paris , pour avoir le
temps de ſe diſpoſer à le faire
paroiſtre à Saint Germain.Quoy
qu'il ait occupé le Théatre du
Palais Royal pendant neufmois,
l'Aſſemblée qui s'y trouvale dernier
jour,ne laiſſa pas d'eſtre des
plus grandes. Leurs Alteſſes Sereniffimes
y accompagnerent
Madame la Ducheſſe de Hanover
, arrivée icy le dix-huitiéme
de ce mois , avec les trois Princeffſes
ſes Filles. Elle eſt Soeur de
Madame la Ducheffe ,& Fille
du feu Prince Palatin. Cet Ope.
ra luy plût fort. Le Royfait faire
des Décorations neuves ,&des
Habits
HEQUE DELAVILL
1293
ICHARE ENIGME .
GALANT.
225
Habits pour le voir à Saint Germain
avec tous les ornemens
qui luy ſont propres. Il y doit
eſtre chanté par ſa Mufique , &
faire le divertiſſement de la Cour
pendant tout le Carnaval , alternativement
avec l'Opera nouveau
de Monfieur Quinaut , qui
eſt en poffeffion de faire les O.
pera de Sa Majeſté. Le ſujet de
ce dernier est l'Enlevement de
Proferpine. Monfieur Lully qui
y travaille , n'ayant pû par cette
raifon en faire un pour le Public,
en remet deux anciens qui paroiſtront
cet Hyver. Ce font
Theſée& Cadmus. La belle &
grandeTroupe du Roy du Faux.
bourg SaintGermain a commen.
cé les divertiſſemens qu'elle prepare
pour cette meſme ſaiſon ,
par la galante Comedie de l'Inconnu.
Les Repreſentations qu'elle
226 MERCURE
le en a données depuis trois femaines
, ont attiré des Affemblées
ſi nombreuſes , qu'on voit
bien qu'il y a peu de Pieces qui
foient plus aimées . La meſme
Troupe doit faire paroiſtre en
fuite la nouvelle Piece qu'elle
promet depuis quelque temps,
intitulée la Devinereffe. On l'attend
avec d'autant plus d'impatience
, que ce Titre excite la
curioſité de tout le monde , &
que le Theatre François imite
parfaitement la Nature. On ne
ſçait encor quelles Nouveautez
les deux autres Troupes nous
doiventdonner.
Mon Paquet ſera aujourd'huy
plus gros qu'il ne l'a eſté les autres
Mois , puis qu'ayant trouvé
affez de matiere pour faire encor
une Lettre des ſeules Ceremonies
du Mariage de Mademoi.
:
felle,
1
GALANT.
217
felle , je l'ay adjoûtée à cette
premiere. Je ne doute point que
yous ne me ſcachiez quelque
gré du ſoin que j'ay pris de faire
graver les Figures qui l'accompagnent.
Vous n'avez qu'à ouvrir
cette autre Lettre . Elle fait
partie de celle- cy , & n'en a eſté
ſeparée , que pour ne luy pas
donner trop de groſſeur. Ainſi ſi
vous voulez garder tout ce que
je vous écris comme un Journal
ou une Suite d'Hiſtoire , il faut
que l'une ait rang avec l'autre,
les deux enſemble ne faiſant que
la ſeule Lettre de ce Mois . Je
fuis, Madame, voſtre, & c .
AParis ce 31. Oftobre 1679 .
I'ay déja quelques Harangues
qui ont estéfaites à la Reyne d'Efpagnesursa
Route. Le les ay refervées
228 MERCURE
i
vées pour le Mois prochain. I'en
attens d'autres , &n'ose prier ceux
qui les ont faites , de les envoyer.
Leur trop de modeftie les en pourroit
empeſcher; mais leurs Amis neſeront
peut - estre pas fâchezde prendre
cefoin. Ilfaudroit me les faire
tenir au plutost
THEQUE
DE
LA
Qualité de la reconnaissance optique de caractères