Titre
ODE Sur la Fête magnifique, donnée par leurs Excellences M M. le Marquis de Santa Cruz, & de Barrenechea, Ambassadeurs Extraordinaires & Plenipotentiaires de S. M. Catholique, au sujet de la Naissance de Monseigneur le Dauphin, le 24. Janvier 1730.
Titre d'après la table
Ode sur la Fête des Ambassadeurs d'Espagne,
Fait partie d'une livraison
Fait partie d'une section
Page de début
702
Page de début dans la numérisation
71
Page de fin
708
Page de fin dans la numérisation
77
Incipit
Sur les Rivages de la Seine,
Texte
O DE
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Sur la Fête magnifique , donnée par leurs
Excellences M M. le Marquis de Santa
Cruz , & de Barrenechea , Ambaſſadeurs
Extraordinaires & Plenipotentiaires de
S. M. Catholique , au fujet de la Naiffance
de Monfeigneur le Dauphin , le
24. Fanvier 1730 .
Sur les Rivages de la Seine , Ur
Quels font ces Spectacles charmans ,
Où l'Art ingenieux enchaîne ,
Et réunit les Elemens ?
AVRIL. 1730. 703
Le Soleil plus brillant éclaire ·
Ce jour fi beau , fi fortuné ;
Le Fleuve impetueux tempête,
Et calme fon flot -mutiné.
Au temps même de la froidure
Je vois naître le doux Printemps ,
Et par une aimable impofture ,
L'Art imite fes ornemens.
Sur les eaux flottent des Parterres
Entourez d'Ifs & d'Orangers ;
Ils lancent d'innocens Tonnerres ,
Dont on ne craint point les dangers,
Ici tout plaît , ici tout brille ,
On croit voir nos Bords ennoblis
Quand fur les Tours de la Caftille
Flotte le Pavillon des Lys.
Le Lyon fuperbe y domine ,
Près de fon Fleuve imperieux ;
A fon afpect tout s'illumine ,
Tout rit, tout enchante les yeux.
鼗
Fiere
4
704 MERCURE DE FRANCE
Fiere de parures fi belles ,
La Seine voit orner fes Bords ;
Par le battement de ſes aîles ,
Le Cocq exprime ſes tranſports.
>
Ah ! que de brillantes Etoiles ,
Se détachent du Firmament !
O nuit , elle perce tes voiles ,
Pour marquer cet heureux moment.
Eft- ce pour nous livrer la guerre,
Que brûle ce nouvel Ethna ?
Tel fur les Enfans de la Terre ,
Jupiter autrefois tonna
Après que ces Feux à lá ronde ,
Ont fait ferpenter mille Eclairs ,
Ils vont folâtrer deffus 1.Onde ,
Ainfi qu'ils ont fait dans les Airs.
Mille fleurs vives & brillantes ,
Parent ces Jardins enchantez ;
Les Fruits font Grenades bruyantes ,
Qui partent de tous les côtes.
Gera
AVRIL
1730.
705
Cette fulphureufe matiere ,
S'enflame de mille façons ,
Bondit , fe plonge en la Riviere
Et nage comme des poiffons.
Les Lampions, les Girandoles
Y ramenent l'éclat du jour ,
Et dans de fuperbes Gondoles
S'unit la Trompette au Tambour.'
'Au fon de la vive trompette
Se mêle le bruit du Canon
Et le Peuple charmé repéte
De nos deux Rois l'augufte nom .
Par mainte Bachique Fontaine
Tout le Peuple eft defalteré ,
Ainfi que l'eau coule en la Seine ,
Par tout le vin coule à fon gré.
Que vois -je ! une naiflante Aurore.
Se leve , & dore ces côteaux ,
Et dans l'Univers qui l'implore
Lance des rayons tout nouveaux.
來
D Iris
706 MERCURE DE FRANCE
Iris la fuit , & va defcendre ;
Elle nous annonce la paix ,
Sa préſence doit nous l'apprendre ,
Et confirmer tous nos fouhaits.
Que d'aimables Métamorphofes
S'achevent dans le même inftant
?
Où l'on voyoit croître des Rofes
S'éleve un Palais éclatant.
Sa face toute décorée
Brille d'un éclat fans pareil ;
Ainfi dans la Voute azurée
Brille le Palais du Soleil.
Là j'entens de fçavans Orphées
Former mille Concerts charmans ;
N'est- ce pas ainfi que les Fées
Faifoient de doux enchantemens ?
On ne voit , n'entend que merveilles ,
Le Ballet ſe mêle aux Concerts ,
On charme les yeux , les oreilles ,
Et
par
les pas , & par les airs.
Pour marquer leur réjouiſſance
Des Bergere quittant leurs Hameaux ;
Chantent
AVRIL
1730 .
707
Chantent le bonheur de la France
Au fon de leurs doux chalumeaux.
Des Dieux , des Déeffes charmantes
S'empreffent d'embellir ces lieux ,
Et leurs parures éclatantes
Sont moins brillantes que leurs
yeux.
On a depeuplé pour la Fête
Les Mers ainfi que les Forêts ,
Des feftins que Comus aprête ,
C'eft Philippe qui fait les frais.
De mille facons differentes
Le goût s'y trouve déguiſé ,
Et fous des figures galantes
Le fucre eft métamorphofé.
Un partere de confiture
Y charme le goût & les yeux ;
On craint d'en brifer la ſtructure
Tant on le trouve précieux.
La vive , la legere danſe
Succede bientôt au repas ;
Alors mille Amours en cadence
De nos Beautés fuivent les pas.
Dij A
708 MERCURE DE FRANCE
A voir tant de magnificence ,
D'Eſpagne on connoît les grandeurs
D'un Dauphin l'heureuſe Naiffance
Anime fes Ambaffadeurs.
A vous chanter nos voix font prêtes ;
Vous feuls avez fçû parvenir
A donner de fuperbes Fêtes
Dont parlera tout l'avenir.
淤
En ces lieux d'un augufte maître
yous foûtenez la Majefté ;
Nous y faifons auffi paroître
Tout l'amour qu'il a merité.
Peuples , accourez de l'Eſpagne
Boire la fanté du Dauphin ;
Et la Bourgogne & la Champagne
Vous refervent leur meilleur vin.
Rien ne fçauroit plus nous contraindre ;
Tous les Peuples font nos amis ;
Deformais qu'avons nous à craindre ?,
PHILIPPE s'unit à LOUIS.
D. L. T
Signature
D. L. T.
Langue
Vers et prose
Type d'écrit journalistique
Courrier des lecteurs
Faux
Genre littéraire
Mots clefs
Domaine
Résumé
Le texte relate une fête somptueuse organisée par les ambassadeurs extraordinaires et plénipotentiaires de Sa Majesté Catholique, le Marquis de Santa Cruz et de Barrenechea, pour célébrer la naissance du Dauphin le 24 janvier 1730. Cette célébration se déroule sur les rives de la Seine et présente des spectacles enchanteurs où l'art s'unit aux éléments naturels. Le jour est décrit comme brillant et fortuné, avec un fleuve alternant entre impétuosité et calme, symbolisant la transition entre l'hiver et le printemps. Les eaux de la Seine sont ornées de parterres flottants entourés d'ifs et d'orangers, lançant des tonnerres inoffensifs. La rivière est décorée de parures, et un coq exprime sa joie par le battement de ses ailes. Le ciel est illuminé de brillantes étoiles, et des feux d'artifice imitent des éclairs et des tonnerres. Des jardins enchanteurs sont parés de fleurs vives et de fruits éclatants, tandis que des lampions et des girandoles éclairent la scène. La trompette et le tambour résonnent, accompagnés par le canon, et le peuple répète les noms augustes des deux rois. Des fontaines de vin désaltèrent la foule, et une aurore naissante dore les coteaux. Iris annonce la paix, et des métamorphoses se produisent, transformant des roses en un palais éclatant. Des concerts et des ballets enchantent les invités, et des bergères chantent le bonheur de la France. Des dieux et des déesses embellissent les lieux, et des festins somptueux sont offerts. La fête met en scène diverses métamorphoses culinaires, comme un parterre de confiture, et des danses légères succèdent aux repas. La magnificence de la fête témoigne des grandeurs de l'Espagne et de la France unies par la naissance du Dauphin. Les peuples sont invités à célébrer cet événement, et la Bourgogne et la Champagne offrent leurs meilleurs vins. La fête symbolise l'union entre Philippe et Louis, et l'amitié entre les peuples.