→ Vous voyez ici les données brutes du contenu. Basculez vers l'affichage optimisé.
Nom du fichier
1711, 11 (Gallica)
Taille
51.90 Mo
Format
Nombre de pages
374
Source
Année de téléchargement
Texte
MERCURE
GALANT.
A PARIS,
M.DCCXI.
Avec Privilège du Roy.
M ERGU RE
G AjL AM Jr.
Par le Sieur Du F***.
Mois
deNovembre.
1711.
Le prix est 30. sols relié en veau
15. loIs) brochez
C • A PARIS,
Chez DANIEL JO L LET, au Livre
Royal, au bout du Pont S. Michel
<iu coté du Palais.
PIERRE RIBOU * ,à l'Image S. Louis,
sur le Quay des Augustins.
GILLES LAMESLE, à l'entréedelarug
duloin, du côté de la rue
Saint Jacques.
MERCURE
GALANT.
I. PARTIE.
Novembre 1711.
**********t**********-
vLITTERATURE. Oicy un article d'une
érudition trèsprofonde
pour les friands
& les valétudinaires
,
qui
sont leurestude principale
de leur goust &c de leur
santé: cxtt une methode
exactepour composer un
Chocolat tres agreable&
tres fain.
La science du Chocolat
a cçla de commun
avec les autres, quelle
fera tousjours sujette à
dispute, toutecomposition
où il entre plusieurs
drogues, ne sçauroit contenter
tout le monde;
l'un veut du muse dans
le Chocolat, l'autre n'y
voudrait pas mesme de
vanille, celuy
- cy l'aime
poivré, celuy -la l'aime
sucré
, en un mot on
peut dire que lacomposition
du Chocolat est
une espece d'ouvrage
despris
,
il ncft jamais
parfaitqu'au goust de celuy
qui le compose.
RE CETTE
pourfaire d'excellent
Chocolat.
Par M. H.
Prenez de Cacao de Caraque
vingt livres, dont
les amandes soient grosses
&bien nourries. ) '1
DesVanilles de Sososmuscoou
de Guatimala,
fraisches
,
& de bonne odeur
,
qui ne soient point
fourrées ny frottées de
baume du Perou: au nombre
de quarante brins qui
doivent peser environ cinq
-
ou (ix onces.
D'Ambre gris bien choisi
quatre vingt grains.
-
De Muse, huitgrains.
-
De Canelle fine,quatre
onces.
De Sucre Royal bien
sec, quinze livres seulemenc,
car si on met partie
c'^ale de Sucre &: de Cacao,
le Chocolat le çaste.
; METHO DE.
Epluchez bien vostre Cacao
pour en oster ce qu'il
y auroit ou de pourri,oude
meslé
;
mettez-le dans;
un chaudron de fer qui ait;
environ un pied & demy
de diametre sur un pied de
haur,& n'en bruflez que
cinq livres à la fois, faitesle
brusser à petit feu en remuant
tousjours avec une
cuëillere de bois, pour qu'il
foit bruslé également ôc
médiocrement. Cetteopération
se fait dans l'espace
d'une demy heure, ou
de trois. quarts d'heures.
1 Quand ces cinq livres
feront bruslées, vous en
bruslerezcinq autres, &
ainsi de suite. Il faut sur
tout prendre gardede ne
le pas trop brusler, parce
que cela seiche le fruit & lerendamer; ou dele
brusler trop peu; ce qui
luy laisse un goust de terre.
Lorsqu'il est bruslé à propos,
il a infinimét meilleur
goust
,
il nourrit & tem pere
& tient le ventre libre;
mais au contraire quand
il esttrop bruslé,il resserre
& échauffe beaucoup.
Lorsque le Cacao est
bruslé on l'étend à terre
sur un torchon blanc, on
l'écrase grossierement avec
le Rouleau, après quoy on
le vanne bien, & on le
passe par le crible pouroster
toutes les petites
queues qui sont dures Se
am rcs. Ensuiteon lemet
d.lns un mortierdefer,
oÙ on le pile après avoir,
mis du feu fous la pierre
ou table de fer. On l'y
pasle avec le Rouleau de
bois deux fois avant que
d'y mettre le sucre,que
l'on incorporeensuite dans
une Poësle à confitures auprés
du feu pour le passer
deux autres fois. La Canelle,
la Vanille, l'Ambre,
le Muse, meslez ensemble
& pilez,s'incorporent
comme le sucre, mais seulement
lorsqu'on le passe
pour la premiere fois.
Quoyque la Vanille soit
difficile à piler,parce IIu'-
elle est onétueulè
,
il ne
faut pas se la(Ter de la battre
pour Ki red uire en poudresubtile
, sans quoyle
Chocolat ne peut jamais
estre bon. Afin d'envenir
plus aisement à bout
,
on
peut y ad jouster une portion
de sucre pour le piler
en mesme temps, & les
passer par le ramis de soye.
Il faut de mesme réduis
re l'Ambre gris en poudre
subtile
, en le pillant avec
le triple de son poids de sucre.
Aprés que la préparation
fera achevée, vous
prendrez des moules de
fer blanc, carrez ou ronds,
de telle grandeur qu'il
vous plaira, que vous garnirez
de papier blanc.Vous
les remplirez deChocolat,
& vous les secouerez pour
les estendre exactement.
Vous l'y laisserez pendant
quatre ou cinq heures;ensuite
vous le retirerez des
moules,& le garderez dans
un lieu sec, où il n'y ait ny
odeur ny linge.
Quand on veut préparer
le Chocolat pour le
prendre,il faut que l'eau
ne bouille qu'un bouillon
ou deux. Pour faire une
tasse de Chocolat, il ne
faut qu'une pastille
,
dont
les douze ou seize doivent
com poser une livre. Ilfaut
avoir foin de bien faire
mousserleChocolatqu'on
ne doit jamais faire boüillir
ny rechauffer
, ce qui
luy fait perdre beaucoup
de son agréement.
On observera que le
Chocolat qui se fait au
Printemps, &en Automne,
est leplus excellent. Il
le faut garder au moins
deux mois, avant que de
s'en servir ; car quand on
l'a gardé un an & plus, il
n'en est que meilleur. 4.,,,
Il se trouve vingt com- posions différentes de
Chocolat. Les uns augmentent
les doses de la
Vanille & de la Canelle;
les autresdiminuent le sucre
,
& quelques -uns
retranchent absolument
l'Ambre & le Musc; mais
ces derniers ont tort. La
petite quantité qui yentre,
ne sert qu'à developper&
à pousser l'odeur delaVanille;
d'ailleurs l'odeur de
l'Ambre & du Musc devient
si im perceptible, quelle
est incapable de faire
le moindre mal à ceux
mesme qui font le plus sujets
aux vapeurs. A la rigueur
on peut retrancher
le Musc
, & augmenter la
dose de l'Ambre gris.Quelques-
uns y adjoustent sur
la quantitécy-dessus,de
la fleur de Muscade & du
Poivre long, de chacun
un gros;mais celaneconvient
pas tousjours pour la
santé ny pour le goust.
Les Espagnols préparent
un Chocolat qu'ils appellent
Chocolat de santé,
dont ils retranchent toutà-
fait la Vanille, & n'y
mettent que tres peu de
sucre; mais l'experiencea
apprisqu'unlongusage
estoit plus nuisible qu'utile.
Le
Le Chocolat se prépare
ordinairement dans de
l'eau defontaine ou de riviere.
Si Tonpi(Te cette
eau par dessus de la graine
de Melon d'Italie qu'on
aurapillée dans un mortier
de marbre, il n'en fera
que plus delicat. Quelques
malades y meslent moitié
de lait & un jaune d'oeuf:
d'autres enfin le font avec
le lait sans eau cela dé-,
pend du besoin.
Dans les pays froids on
prend pour le faire du vin
d'Espagne ou du vin blanc
au lieu d'eau. Mais il y a
lieu de croire que cela se
fait plustost: par un principe
de débauché quepour
se » vou loirconserver: la
santé,quiest l'unique but
qu'on doit avoir en sefaisant
habitudede prendre
du Chocolat.
Quelques-uns avant que
de prendre le Chocolat,
boivent un verre d'eau,
afin de n'en estre point
échauffez ; d'autres dans
une veue opposée, mettent
dans la tasse,en le prenant,
une pincée ou deux de
poudredes Indes.
Le Chocolat est une des
plus saines & des plus précieu
ses boissons dont on ait
usé jusqu'à present. Tout
ce qui y entre est tres saluta
ire & très cordial. Il cil
au ssi fortutile dans les maladies
qui font causées par
la foiblessedel'estomac
,
& convient à toute forte
de ordonnes languissantes
ib &foibles,met meauxvieil-
Iirds, auxensans, & aux
femmes <jro!U*s. Aprés en
avoir pris il faut éviter de.
boire,demanger & de faire
aucun exercice;on doit
au contraire demeurer
quelque temps en repos ôc
Ce tenir chaudement.
Il arrive en Hollande un
Chocolat de Gouaka, qui
vient dans des boëtes carrées
, petant une livre, qui
se vend un patagon. Pour
preuve qu'il est tel
,
il doit
estre marquédessus d'une
feuille des Indes,quon appelle
Poivre d'Espagne ou
Pimentum.
On en met quatre livres
sur vingt livres de la composition
cydessus, ce qui
augmente infiniment l'a*
grcement du Chocolat.
La poudre des Indes est
composée de Cacao, de
Vanille,d'Ambre, deCanelle,
de Sucre & d'Aviota
,
elle vient des Indes
dans de petits sacs gommez.
il
J L'origine du Chocolat
vient de certainspeuples
de l'Amérique qui
faisoient d'abord une es-
,
pece de pain avec le Cacao,
& les friandes Ameriquaincsy
meslerent cilsuitequelques
aromates.
Les - - Espagnols ont rafiné
sur les Ameriquains,
& nous taschons de rafiner
sur les Espagnols.
Unautheur Espagnol
dit quon a éprouvé à
l'Amérique sur des criminels
condamnez à
mourir de faim
,
qu'une
once de Cacao les faisoit
[ùbfifier pluslongtemps
qu'une livre de viande,
ou qu'une livre de ris. - Cependant unilluiîr*
autheur Italien apprend
auxCasuistes que le Chocolat
ne rompt point le
jeune.
Un autre autheur,c'est
Maradon
,
je croy ,
dit
qu'il rafraischit les estomacschauds,
& échauf
se les estomacs froids.
LE CHOCOLAT.
Surl'Air de Joconde.
Le vin eji pour le tiers
estal,
Il deroge a nublejje,
La lry ne permet quau
piedplat,
Les risques de lyvrejfe.
Faisons mousser le Cho- colat,
Qu'on m'en donne une
prise,
C'estfriandise de Prélat,
Et lll/OY l'authorise.
Modeste friandise eut lieu
Dès le temps de Moisè)
Il
Il permit au peuple de
Dieu
modeste,friandise.
UnJuïjau palais dehcat
j\deprija?:i tout lereste,
Voulut le goust de Chocolat
, D;i::s la maneceleste.
Uun defin travailrebuté
Parlujseulyresiste,
A .,,,':utre de l'oisiveté
j'Irend l'ennuy moin,s
triste.
T)ar luy le diner évite,
Grandsouper autorisé.,
Lunenprendparsobriété
L'autrepargourmandise.
Far le Chocolat répété,
L3afélit se deroute
Son eloge aujjî, trop
CltlnteJ,
Deycutcron sans doute.
Chers Jrïanîs encore un
couplet3
PaJJeZj le moy degrace ,
Aioy d'unCiccolat à
Jouiait,
Je vous fajje une tasse.
Il donne ou guerit les
vapeurs , Selon qu'on le compose , Vous Medecins ouDirecteurs
Sçache^en-b, ien la doze.
Vousyferezpour le repos,
Desjemmesou desfilles
, Dominer les froids Cacaos,
On leschaudes Vanilles.
ACADEMIES. -
L'ouverture des Assemblées
de Messieurs de l'Acade
mie Royale des Sciences
, se fit le Samedy 14.
Novembre,par une Assemblée
publique.
Cette assemblée commença
par les Eloges que
fit Mr de Fontenelles Secretaire
de l'Académie, de
deux Académiciens morts
pendant l'année, dont l'un
estoit Mr Carré Académicien
pensionnaire Mechanicien,
& l'autre MrClaude
Bourdelin premier Medecin
de Madame la DuchessedeBourgogne,
aujourd'huy
Madame laDauphine,
& associé Botaniste.
A prés ces Eloges ceux
qui avoient rempli leurs
places payerent leur bienvenuë.
1
4 remMplrissdoeit Reaumur qui
la place de Mr
Carré,lut un memoire contenant
1a découverte dune
nouvelle teinture de pourpre.
La pourpre des Anciens
est un lue jaunastre
qui le trouve dans un pctig
sac au col de certains lima
çons de mer. Et refpandantce
suc sur un linge,&
le laissant exposé à
l'air, de jaune qu'il estoit
il devient dune belle couleur
de pourpre. Mr de
Reaumur cherchant de
ces coquillages, observa
qu'ils se ramassoient dans
certains endroits du bord
de la mer, & que les pierres
autour desquellesils
estoient
,
se trouvoient
chargées de petits grains
oblongs ou ovales, de deux
à trois lignes de long, 6c
d'environ une lignede large
, que ces grains estoient
composez d'une peau
membraneuse
, ouverts à
une de leurs extremitez,
& fermez de l'autre
, que
l'extremité ouverte estoit
bouchée par un petit corps
rond,solide&transparent,
& que ces grains renfermoient
une liqueur jaunafire,
qui répanduë sur le
linge, & exposée au grand
air le teint en couleur de
pourpre. Ilobserva au(Xi
que cette liqueur tenuë ds
un lieu sombre & hors du
grand air, ne change point
de couleur Il doute si ces
grains sont les oeufs du limaçon
qui porte la pourpre
, ou si c'est le fruit de
quelque plantemassive qui
serve de nourriture à ces
animaux, &qui leur fournit
ce suc. Ilrapporraaussi
beaucoup d'experiences
qu ilavoit faites sur ce suc,
tant pour en découvrir la
nature , que pour trouver
la raison de ces changements
de couleur. Il a fait
remarquer deplus quecette
teinture soutient plusieursblanchissages,
quoy
qu'il avouë qu'elle se décharge
tousjoursàchaque
fois.
On donnera de ce discours
un extrait plus ample
le mois prochain,
Extrait du Discours de M'r
Geoffroy le jeune.
MonsieurGeoffroy le
jeune ayanr succedé à feu
Mr Bourdelin, en sa place
d' associe Bocaniste, lut des
observations qu'il a faites
sur la structure & l'usage
des principales parties des
fleurs. On sçait bien que
c'est lafleur qui donne
naissance riU fruit &à la
graine d'où l'on voit chaque
plante renaistre ; mais
il est plus difficile de connoistre
quelles sont les parties
de la plante qui y contribuentle
plus, & de quelle
maniere elles y contribuent.
Les parties de la
fleur qui nous fra ppent le
plus,sont les
feuilles
donc
la varieté, la structure
, &
le vif eclac des couleurs
amusent le curieux. Mais
le Physicien va plus loin,
il approfondie, &ne trouvant
dans ces parties rien
de considerable que leur
beauté, il examine les autres
qu'on neglige comme
moins remarquables.
Celles qui ont paru à Mr
Geoffroy les plusessentielles
pour la conservation de
chaque espece de plante,
sontces sommets garnis de
poussiere qui se trouvent
ordinairement placées au
milieu des fleurs, & cette
tige verte & creuse qu'on
appelle le pistille. Ces parties
contribuent essentiellement
à la reproduction
de la plante, puisque si les
fleurs sont privées de l'usage
de l'une ou de l'aurre ,
il nevient point de grains
ou cette graine est sterile,
€c ne peur germer.
Ces deux parties,selon
Mr Geoffroy, respondent
à celles des animaux qui
sont destinées à la generation.
Les sommets avec
leurs poussieres
,
tiennent
lieu de parries masles, & h:
pistille, qui est commel'ovaire
où se trouvent renfermez
les embrions des
graines, y tient lieu d e partie
femelle.
Voila donc deux sexes
dans les plantes comme
dans les animaux ; ils se
trouvent ordinairement
réunis dansla mesmefleur
à cause de l'immobilité des
plantes ; mais ils se trouventaussi
quelquefois separés
}
& c'est ce qui appuye
le sentiment de Mr
Geoffroy qui rend raison
! parlà de la différence que
les Botanistes avoient misesentrecertaines
plantes
qu'ils appelloient mafiesJj
& d'autres de la mesme espece
qu'ils appelloient femelles
sans en sçavoir bien
la raison.La voicypresentement
toute évidente:
c'est que les plantes malles
ne produisent que des
fleurs à examines garnis de
sommets & de poussiere
sans pistille ;de là vient
qu'elles ne portent point
de fruit. Les autres portent
le pistille d'où naist le
fruitdans éramines ny sommets
:mais la poussiere des
sommets qui les rend secondes,
leur elt apportée
par le moyen de l' air ou
du vent, foie que ces étamines
soient sur différentes
branches du mesme pied
soit qu'elles soient sur des,
pieds differens, les autres
fleurs réunissent tout à la
fois les deux sexes.
On voit ordinairement
que ces poussieres qu'on
voit suspenduës à ces petits
filets ou étamines qui occupent
le milieu des fleurs,
n'en sont que comme les
excrements. Mais Mr
Geoffroy en les examinant
de plusprès, a découvert
que ce n'eftoirpointune
poussiere formée au ha,..
sard ; mais que ces petits
grains avoientunefigure
particulière & déterminée
dans chaque espece
, ôc
qu'ils estoient renfermez
des la naissance de la fleur
danslessommets comme
dans des capsules de différentes
formes selonladifference
des plantes.Il donne
le détail de toutes ces
differences qu'il avoir observéesavec
beaucoup de
soin
foin à l'aide du microscope.
Ensuite il appuyé son
sentiment de trois observations
considerables. La
premiere qu'il n'y a point
de fleur connuë qui n'aie
sesexamines avec les sommets
garnis de poussiere,
ou réunis avec son pifille)
ou separez en differents
endroits du mesme pied,
ou mesme sur des pieds differens
: c'est ce qu'il prouva
solidement.
La secondeobservation
est que dms les fleurs où
les deux sexessont reunis,
les sommets garnis de leurs
poussieres font tellement
disposez autour des pistiles,
qu'ils en sont necessairement
couverts, de maniere
que cette poussiere pepe
s'insinuer dans la cavité
de ces pistiles pour feconder
les embrions des grains
qui y sont renfermez. Mr
Geoffroy fit remarquer
toutes ces circonstances
dans les différentes fortes
de fleurs de ce genre. 1
1
La troisiéme observation
,
qui est la décisive;
c'est que ces poussieres
sont absolument necessaires
à lasecondité des plantes.
Quand les fruits manquent,
que le bled est niellé,
ou que la vigne coule,
cela n'arrive que parce que
les poussieres dessommets
ne peuvent s'introduire
dans les pistiles, foit parcç
que la gelée desseiche le
pistile avant qu'ilait receu
les poussieres, ce qui arri-
» ve aux arbres fruitiers, soit
que la pluye venant à laver
ces poussieres, lesentraitnent
& empeschent qu'elles
ne s'introduisent dans
les pistilles, ce qui produit
la nielle des bleds, ou la
couleure delavigne.
Pour preuve que c'est
là ce qui produit ceseffets
dont la cause soit si peu
connuë,c'est que MrGeoffroy
ayant élevé exprés
plusieurs pieds de bled de
Turquie qui, comme ron
sçait, porre dans le haut de
la tige, Ces étamineschargées
de sommets & les
fruits ou les épies le long
de la tige dans quelques
aiselles defeuilles, après
avoir coupe ces étamines
dés qu'elles commençoienr
à paroistre, les épies
ne sont venus qu'à une
certaine grosseur,&se font
ensuite entierement deffeichez,
sans que les embrions
des grains ayent
profité. La mesme chose
est arrivée à quelques
pieds de Mercuriale à fruit
que Mr Geoffroy a élevé
séparément de celle qui
porte les étam ines. Ce qui
peut faire de la peine dans
ce sisteme
,
c'est de concevoir
commentles plantes
malles, qui sont quelquefois
fort esloignées de
leurs femelles, peuvent les
rendre secondes de si loin.
Maisc'est un fait dont on
ne peur douter après l'exemple
que Mr Geoffroy
rapporta d'un Palmier femelle
eslevé dans les bois
d'Otrante, & qui ne commença
à portcr des fruits
qu:- quand s'estant eslevé
au dessusdes autres arbres,
il pat Joüir,dit Pontanus,
qui rapporte ce fait, de la
veuë d'un Palmier masle
qu'on eslevoit a Brindes.
Les vents aidant au commerce
de ces deux Palmiers
, en apportant les
poussieres du masle jusques
aux fleurs de la femelle
,
elle devint seconde
desterile quelle e floir'.
sans qu'il soit 1 besoin pour
expliquerce fait de recourir
à la sympathieou à l'amour
des plantes, termes
qui ne signifient rien, 6c
qui ne fervent de refuge
auxPhycisiens que jusqu'à
ce qu'ils ayent découvert
la veritable cause
Voila comme Mr Geoffroy
le jeune prouva que
les poussieres des sommets
qu'on avoir neglgé juç
ques icycommc de viles
excremenrs qui sembloient
defigurer la beauté des
fleurs , font pourtant des
parries essentiellesà la fecondité
des plantes, où les
deux sexes sont aussi distinguez
que parm y les animaux
, excepté qu'ils sont
plus rarement separez,
La
La Seance publique de
l'Academie Royale des
Inscriptions &Medaillesse
tint le Vendredy 13. No.
vembre. Mr Buret Medecin
, lut une Dissertation
sur la Luttedes Anciens,
extrait d'un Traité qu'il
afait sur la Gynastique.
Mr l'Abbé Sevin en lue
ensuiteune sur l'Histoire &
l'Origine de l'ancien
Royaume d'Assyrie. On
donnera le mois prochain
des Extraits de ces Discours.
Mr de Valois,qui termina
la Seance y lut la
premiere partie d'un Discours
de sa composition sur
les Spectacles de l'Amphithéatre
chez les anciens
Romains. Cette premiere
partie renferme les Combats
de Gladiateurs. Il y fit
voir que les Romains avoient
puisé chez les Etruriens,
la coûtume de donner
des Combats de Gladiateurs
: que ces Combats
dans leur origine, furent
establispour honorer
lesFunerailles des Personnages
Illustres :qu'ils se
donnerent d'abord au pied
des Buchers, & qu'ensuite
ils furent transferez dans
la place Publique. Cependant
les Romains ayant
trouvécette forte de Spectacles
fort à leur gré; ces
Combats Funebres se métamorphosérent
bientôt
en Combats de plaisir
,
&
comme tels se donnérent
dans l'Enclos du champ de
Mars,où l'ons'affembloit
pour les suffrages; dans le
Cirque,& plus ordinairement
dans l'Amphithéatre.
Mr de Valois passa àsi
condition des Gladiateurs.
Il montra qu'anciennement
leur Corps n'estoit
composéquedePrisonniers
de guerre
,
d'Esclaves &
de Criminels; Premiere
Classe
,
qu'il appelle Gladiateurs
Forçats: que par la
fuite des hommes fibres
s'aviserent de se louer pour
cet infame exercice: &
c'est la secondeclasse à laquelle
il donne le nom de
Bonnevogles ou Volontaires.
Il observa que non seu lement
des hommes libres
d'une naissance obscure
embrasserent cette profession,
mais que des Chevaliers,
des Senateurs, & des
plus illustres Maisons partagerent
avec eux ce deshonneur.
Il fit ensuite l'onumerarion
de ceux d'entre
les Empereurs Romains
qui se sont deshonorez
entre autres choses
par leurs combats dans
l'Amphitheatre. Il reulât",
qua que des Dames de qualité
n'avoient point eu de
honte de s'addonner aussi
à un exercice si peupropreà
leur sexe,&siindigne
de leur rang. Il adjousta
que Domitien fit mesme
combattre des Nains sur
l'arene, pour rendre la magnificencedeses
jeux plus
com plette par la singularité
d'un spectacle, qui jusqu'alors
n'avoir point ésté
imaginé ;au lieu queceluy
des combats des Dames
dans l'Amphitheatre avoir
commencé fous l'Em pereur
Neron, & ne prit 5a
que sous celuy de Septime
Severe. '-
-
Aprés avoir parcouru-:
toutes les Personnes de differens
états qui ont combattu
dans l'Amphitheatre
, il parlades diverses
especesde Gladiateurs, de
leurs armes & de leurvestement
Il sous-divisa les
deux classes generales de
Gladiateurs
,
sçavoir des
Forçats & des Volontaires, en
dix autres cla(Tes ou especes
particulieres qui avoient
chacune leur nom
different & leursarmes differentes.
Ceux de la premiere claC:
fc s'appelioientEjjedarik
d: Ceaux dbe laasectonoede,An.-
Ceux de la troisiéme, Secutores.
:
Ceux de la quatrième,
Reliant,
Ceux de la cinquiéme
Il Threces ou Thraces.
Ceux de la fudéme1
MyrmiUmes.
Ceu.,X de la septiéme
Hoplomachi,qui avoient d'abord
eu Je nom de Samnites.
Ceux de la huitiéme , Dimachari.
Ceux de la neuviéme,
Laqueatores ou Laquearii.
Enfin ceux de la dixiéme &
dernierese nommoient Ve!itÚ.
Mr de Valois ayant exa&e^*
ment expliquéces dix Classes
de Gladiateurs, décrivit laforme
de leur combat, après quo-y
il marqua quelle estoit la recompensedestinée
aux vainqueurs.
Cetterecompenseconsistoit
en une palme & une
fbmrfle d'argent assez considerable
,
à laquelle on nelaissoit
pas d'en adjouster quelquefois
encore une autre de surcroist
nommée Corollarium Paroccasion
il fit voir que la passion
des Romains pour les Gladiateurs
avoit de tout temps effcç
si grande, que non contents
des combats funebres & de
ceux de l'Amphithéâtre ils en
voulurent encore avoir en particulier
dans leurs maisons, lorsqu'ils regaloient leurs amis,
qu'il n'y avoit point de bon
repas parmy les Grands, où il
n'yeust toujours quelques couples
de Gladiateurs de tuez au
bout de la table;coustume
barbare que les Romains a;ll.
voient empruntée des peuples
de la Campanie, au rapport
deSilviusItalicus.
r- Mr de Valoistermina certe
premiere Partie par l'interdiction
de ce fan glant Spectacle.
Il remarqua que Constantin le
Grand fut le premierdesEmpereurs
Chrétiens, qui défendit
les combats de Gladiateurs
partout l'EmpireRomain l'an
314 deJesus-Christ& de Ropie
J067..c'efi: à dire, environ
600. ans après leur institution,
Cependant une loy si sage ne
fut observée à la rigueur que
tant que ce Prince vescut; &
l'on commença à y donner des
atteintes sous l'Empiremesme
deson Fih. Et ce Spectaclese
remitencore en vogue, demanierequ'il
dura jusqu'au temps
d'Honorius
,
qui l'abolit ennri
entierement à l'occasion d'un
saintMoine nommé Telemaque
, qui faisant ses esso ts
pour se parer les Gladiateurs
qui combattoient sur l'areneà
Rome
, y fut miserablement
lapidé par les S pectateurs, l'an
404.deJesus-Christ & de
Rome 1157. c'est à dire 90.
ans après la premiere défense
'lU'ee avoitfaite le Grand
Gonstantin.
,
MERCURE,
II. PARTIE.
AMUSEMENS.
<M~d9~~:<~]~e~ HISTOIRE
toute rveritable. DAns les Isles d'Hieres
cft scitué entre
;:
des rochers, sur le bord
1
de la mer, un petit Chasteau
antique, dont la
deicription.xnericeroii
d'occuper trentepagedansun
Roman Espagnol
maisl'impatience
du Lecteur François
paslè à present pour alIcJ
au fait , par dessus le
descriptions, &les converfations
qui amufoien
si agréablement nospe
res^5 je ne parleray dota
icyque d'une allée d'O
rangers fort commun
dans lesIslesd-Hieres
c'est fous ces Orangers
qui couvrent une espece
de terrasse naturelle, que
se promenoient au mois
de Septembre dernier,
deux foeurs, dont le pere
habite ce Chasteauiblitaire.
L'aisnée de ces deux
soeurs peut estrecitée
pour belle, & la cadette
est très-jolie
,
l'une est
faite pour causer de l'admiration,
l'autre est plus
propre à donner de Pal
mour ; raifnée que je
nommeray Lucille, a du
merveilleux dans l'esprit;
Marianne sa cadette si
contente d'avoir du naturel
& del'enjouement
elle joint à cela un bot
coeur & beaucoup de
raison: Lucilleaaussi de
la raison, mais ellç a ui
fond de fierté, Se d'à
mour pour ellemesme
qui lempesche d'aimé
les autres. Marianne ai
moit sa soeur tendre
ment, quoyque cette aisnée
méprisante prit sur
elle certaine superiorité
,
que les semmes graves
croyent
-
avoir sur les enjouées.
Lucilles'avançoit
à pas lents vers le bout de
la terrasse qui regarde la
mer,elle estoit triste depuis
quelques jours, Marianne
,
la plaifancoitsur
ce que leur pere vouloit
lamarier par interest de
famille à un Gentilhomme
voisin, qui n'estoit ny
jeune ny aimable. Ce
mariagene vous convient
gueres, luy disoit Marianne
en badinant jvom
ejfie{ née pôur époujer à
la fin d'un Roman, quelque
Gyrus9 ou quelque
Qroftdate.
Lucilleavoiteneffet,
cet esprit romanesque àpresent
banni de Paris &
des Provincesmefiiie, &
relegué dans quelque
Chasteau defèrt comme
celuy qu'habitoit Lucilleoù
l'on n'a d'autre
societé que celle des Romans.
Elle tenoit alors en
main celuy de Hero
dont elle avoit leu , certainsendroits
tres - convenables
aux idées qui
l'occupoient
,
& après
avoir long-temps parcouru
des yeux la pleine
mer ,
elle tombadans,
une rêverie profonde:
Marianne lapriadeluy,
en dire la cause, elle
ne respondoit que par
des soupirs
,
mais Marianne
la pressa tant
qu'elle résolut enfinde
rompre le silence. D'abord,
malgré sa fierté
naturelle, elle s'abbaissa
jusqu'à embrassèr sa ca- dette
,
& l'embrassa
de bon coeur, car elle
aimoit tendrement ceux
dont elle avoitbesoin,
Ensuite,presentant d'un
air précieux son Livre
ouvert à Marianne, liseZ,
luy dit-elle
,
lifcz> icy les
inquietudes ce les allarmes
de la tendreHero,
attendant sur une tour
son cherLeandrequi devoit
traverser les mers
pourvenir au rendez:
vous. Je n'ay pas besoin
de lire ce Livre, luy ref:
pondit Marianne, pour
jçavoirque vous attendez
comme Hero
, un cher
Leandre. La parente de
ce Leandre
,
ma conté
rvoftre avanture , que
FAJ feint d'ignorer par
discretion f5 parrejpe£f
pour mon aisnée;je sçais
qu'enquittant cette Ijle,.
où il vint ily a quelques
mois, il vouspromit dj
revenirpour vous demander
en mariage à mon
pere. '1;
Lucille la voyant si
bien instruite, acheva de
luy faire confidence de
son amour, c'est-à-dire,
de l'amour qu'elle s'imaginoit
avoir car lesrichesses
& la qualité dec
son Leandre l'avoient
beaucoup plus touchée
que son merite, mais
elle se piquoit de grands
fentinlents, &à force de
les affeder.,elles-li-naginoit
ressentir ce qu'elle ne
faisoitqu'imaginer
: elle
n'avoit alors que la poësie
de l'amour dans lateste3
& elle dit à Marianne
tout cequ'on pourroit
écrire de mieux sur la
plus belle passion dit
monde.
Venonsaujait,luydit
Marianne, Leandre est
très- riche: le maryque
mon pere vous donne ne test gueres, (jf je rveux
bien epoujerceluy-cy pour
wous laisserlibrea9epoufer
l'autre> j'obtiendray cela
de mon pere.
Le pere estoit un bon
gentilhomme, qui charmé
de l'humeur de Marianne
,Taimoit beaucoup
plus que son aisnée
,
c'estoit à table sur
tout que le bon homme,
sensible auplaisir du bon
vin & de l'enjouement
de sa cadette,regloit avec
elle les affaires de sa samille
; elle eut pourtant
de la peine à obtenir de
ce pere scrupuleux sur le
droit d'aisnesse, qu'il mariast
une cadette avant
une aisnée, il fallut que
Lucillecedaft ion droit
d'aisnesse à Marianne par
un écrit qui fut signé à
table:&Lucillen'osant
dire sonvray motifà son
pere,dit seulement,qu'-
ellesentoit jenescay quelle
antipathiepour le mary
quelle cedoit à sa flEur.
On plaisanta beaucoup
sur ce mary cedé avec
le droit d'aisnesse
,
le
bon homme but à la
fanté de Marianne devenuë
l'aisnée, le mariage
fut resolu, & l'on le fit
agréer au gentilhomme,
qui aima mieux Marianne
que Lucille, parce
qu'en effet
, quoyque
moins belle, elle se faifmoit
beauecouprpl.us ai- Le mariage résolu, les
deux foeurs furent également
contentes; car Marianneindifférente
sur ses
propres interests, partageoit
sincerement avec
sa soeur l'esperance d'une
fortune brillante : cependant
quelques jours s'écoulerent
,
& le temps
que Leandre avoit marqué
pour ion retour, ettoit
desja passé. Lucille
commençoit à ressentir
de mortelles inquietudes,
& Marianne retardoit de
jouren jourson petit establissement,
resoluë de le
ceder à sa soeur en cas
que l'autre luy manquait.
::..
Un jour enfin elles estoient
toutes deux au
bout de cette mesme terrasse
d'oùl'ondécouvroit
la pleine mer. Lucille
avoit
avoit les yeux fixez vers
la rade de Toulon, d'où
devoit partir celuy qui
nes'estoit separé d'elle
que pour aller disposer
fès parents à ce mariage:
elle estoit plongée dans
la tristesse lorsqu'elle apperceut
un vaisseau; cet
objet la transporta de
joye, comme s'il n'eust
pû y avoir sur la mer que
le vaisseau qui devoit luy
ramenerson amant; sa
joye futbien plus grande
encore;lorsqu'un vent
qui s'éleva,sembla pouf
fer ce vaisseau du costé
de son Isle; mais ce vent
ne fut pas long-temps favorable
à ses desirs. Ce
vaisseaus'aprochoitpourtant
d'une grande vitesse,
mais il se forma tout à
coup une tempeste si fiirieuse
,
qu'elle luy fit
voir des abysmesouverts
pour son Leandre.La Romanesque
Lucille diroit
sans doute en racontant
cet endroit de ion hiitoire
: que la tourmente nefut
pas moins orageusè,.
dansson coeur quesur Itt;
mer où le vaisseaupensa
perir.
Après quelques heures
de peril, un coup de
vent jetta le vaisseau sur
le rivage entre des rochers
qui joignent 1q
Chasteau, jugez du plaisir
qu'eutLucille en voyranet
sotnéAm.ant en seuLeandre
devoit se trouver
à son retour chez une
voisine où s'estoient faites
les premieres entreveuës
,
elle estoit
pour lors au Chasteau
où les deux soeurs coururent
l'avertir de ce
qu'elles venoient devoir,
& elles jugerent à propos
de n'en point encore
parler au pere. Lucille
luy dit qu'elle alloit coucher
ce soir-là chez cette
voisine, car elle y alloit
assez souvent,& Marianne
resta pour tenir compagnie
à son pere ,qui
ne pouvoit se
,
d'ellepas.ser
;
Un moment aprèsque
Lucille & la voisine furent
montées en carosse.,
un homme du vaisseau
vint demander à parler
au maistreduChasteau,
cet homme estoit une cCpece
de valet grossier qui
debuta par un recit douloureux
de ce que son
jeune maistre avoit souffert
pendant la tcmpefie).
& pour exciter la compassion,
il s'eftendoit sur
les bonnes qualitez de ce,
jeune maistre qui demandoitdu
secours & le couvert
pour cette nuit.
Le pere qui estoit le
meilleurhommedumonde
,
fit allumer au plus
viste des flambeaux, parce
qu'il estoit presque
nuit; il voulut aller luymesme
aurivage où Marianne
le suivit,curieuse
de voir l'Amant de sa
soeur, &' ne doutant
point qu'il n'eust pris le
pretexte de la tempeste ,
pour venir incognito dans
le Chasteauoù il pourroit
voir Lucille plus
promptement que chez
sa parente.
En marchant vers le
rivage on apperceut à la
lueurd'autres flambeaux
dans un chemin creux
entre des rochers, plusieurs
valets occupez autour
du nouveau debarqué,
qui fatigué de ce
qu'il avoit souffert, tomba
dans une espece d'évanoüissement,
l'on s'arresta
quelque temps pour
luy donner du secours :
Marianne le consideroit
attentivement
,
elle admiroit
sa bonne mine,
& l'admira tant, qu'elle
ne put s'empescher ,elle
quin'estoit point envieu-
Lé, d'envier à sa ïbeur le
bonheur
bonheurd'avoir un tel
Amant;cependant il revenoit
à luy, il souffroit
beaucoup; mais dès qu'il
eut jetté les yeuxsur Marianne,
son mal fut suspendu,
il ne sentit plus
que leplaisir de la voir.
Admirez icy lavariété
des effets de l'amour, la
vivacité naturelle de Marianne
,
est tout à coup
rallentie par une passion
naissante, pendant qu'un
homme presque mortest
ranimé par un feu dont
la, violence se fit sentir
au premier coup d'oeil,
jamais passion ne fut plus
vive dans sa naissance;
comment est-ilpossible,
dira-t'on quece Leandre,
tout occupéd'une autre
passion qui luy fait traverser
les mers pour Lucille,
soit d'abord si sensible
pour Marianne. Il
n'est pas encore temps de
respondre à cette question.
Imaginez-vousseulementun
hommequine
languit plus que d'a
mour ; les yeux fixez
sur Marianne, qui avoit
les siens baissez contre
terre ,
ils estoient
muets l'un & l'autre, 6C
le pere marchant entre
eux deux, fournissoitseul
à la conversation sans se
douter de la cau se de leur
silence. Enfin ils arrivent
au Chasteau,oùMarianne
donne d'abord
tous ses soins, elle court,
elle ordonne, elle s'empresse
pour cet hoste ai-
Jnahle avec un zele qu'-
elle ne croit encore anirne
que par latendresse
de l'hospitalité: le pere
donna ordre qu'on ailaft
avertir Lucille de revenir
au plustost pour rendre
la compagnie plus agréable
à son nouvel hoste
qu'on avoit laissé seul en
liberté avec ses valets
dans une chambre.
On alla avertir Lucille
chez sa voisine
,
elle
vint au plus viste, elle
estoit au camble de sa
joyc,&Marianne au contraire
commençoitàeftrc
fort chagrine, cette vertueuse
fille s'estoit desja
apperceuë de son amour,
elle avoit honte de se
trouver rivale de la soeur,
mais elle prit dans le moment
une forte resolutiondevaincre
une passion
si contraire aux sentimens
vertueux qui luy
estroient naturels ; elle
court au devant de Lucille,&
la felicite de
bonne foy
,
elle fait l'éloge
de celuy qui vient
d'arriver
elle luy exagere
tout ce qu'elle st
trouvé d'aimable dans sa
phisionomie,
dans l'og
air, & se laissant insensiblement
emporter au
plaisir de le louër
,
elle
luy en fait une peinture
si vive qu'elle se la grave
dans le coeur à elle-mesme,
encore plus prorondementqu'elle
n'y estoit;
elle finit cet éloge par un
soupir, en s'écriant: Ah,
ma soeur, que rvous estes
heureuse ! &£ faisant aufsitost
reflexion sur ce
soupir, elle resta muette,
confuse, & fort surprise
de seretrouver encore

amoureuse après avoir
resolu de ne l'estre plus.
Lucille en attendant
que [on Leandre parust,
fit force reflexions Romanelques
lur la singularité
de cette avanture ;
je fuis enchantée, difoitelle
, du procédé mysterieux
de cet Amant delicat
,
il feint de s'évanoüir
entre des rochers
en presence de mon pere,
pour avoir un prétexte
de venir,incognito me furprendre
agréablement,
je veux moy par delicatesse
aussi, luy laisser le
plaisir de me croire surprise,
& je seindray dèsqu'il
paroiftra un estonnement
extreme de trouver
dans un hoste inconnu
l'objet charmant.
En cet endroit Lucille
fut interrompue par un
valet qui vint annoncer
le souper, les deux foeur£
entrerent dans la salle
par une porte pendant
que le pere y entroit par
l'autre avec l'objet cher,
mant, qui s'avança pour
saluërLucille: dès quelle
l'apperceut elle fit
un cri, & resta immobile
, quoy qu'elle eust
promis de feindre de la
surprise; Marianne trouva
la feinte un peu outrée;
le pere n'y prit pointgarde,
parce qu'il ne prenoit
garde à rien, tantil estoit
bon homme,
Lucille estoit réelle*
ment tres eftonnée
,
SC
on le feroit à moins, car
cet inconnu n'estoit
point le Leandre qu'-
elle attendoit, c'estoit
un jeune négociant, mais
aussi aimable par son air
& par sa figure que le
Cavalier le plus galant.
Il estoit tres riche
,
ôd
rapportoit des Indes
quantité de marchandé
ses dans son vaisseau
,
il
avoit esté surpris d'un
vent contraire, en tou..
chantla Rade de Toulon,
& jetté, comme vous
avez veu, dans cette iHe.
Ce jeune Amant se
mit à table avec le pere
&: les deux filles, le fou-i
per ne fut pas fort guay ,
il n'y avoir que le perc
de content
,
aussin'y
avoit-il que luy qui parlait
, le negociant encore
estourdi du naufrage,&€
beaucoup plus de son
nouvel amour , ne respondoit
que par quelques
mots de politesse,
& ce qui paroistra surprenant
icy, c'est, qu'en
deux heures de temps
qu'on fut à table, ny là
pere ny les filles ne s'apperceurent
point de foa
amour; Lucille ne pouvant
regarder ce faux
Leandre sans douleur,
eut tousjours les yeux
baissez, & Mariannes'estant
apperceuë qu'elle
prenoit trop de plaisîr à
le voir, s'en punissoit en
ne le regardant qu'à la
dérobée; à l'égard du
pere il estoit bien esloignéde
devinerun amour
si prompt &, si violent.
Il faut remarquer icy
que le pere qui estoit bon
convive, excitoit sans
cesse son hoste à boire,&
ses filles à le réjoüir :
Qî£ejl donc devenue ta
belle humeur? disoit il à
Marianne, aussitostelle
s'efforçoit de paroistre
enjoüée, & comme les
plaisanteries ne viennent
pas aisément a ceux qui
les cherchent, la première
qui luy vint, fut sur
le droit d'aisnesse
,
qui
faisoit depuis quelques
jours le sujet de leurs
conversations, jesuis fort
surprise, dit Marianne à
son pere , que vous me
demandiez de la guayeté
quand je dois estre serieuse,
la gravité m'appartientcomme
à l'aisnée, 8c
l'enjouement est le partage
des cadettes: & le
negociant conclut naturellement
de là que Marianne
estoit l'aisnée, Sc
c'est ce qui fit le lendemain
un Equivoque facheux,
le pere ne se souvenant
plus de ces pro
posde table, son caractere
estoit d'oublierau se,
cond verre de vintout ce
que le premier luy avoit
faitdire,enfin après avoir
bien régalé son hoste
,
il
leconduisitàsa chambre;
&Lucillequirestaseule
avec sa soeur luyapprit
que ce n'estoit point là
son Amant. Quelle joye
eust esté celle de Marianne
ne si elleavoiteu le coeur
moins bon, mais elle fut
presque aussiaffligée de
la tristesse de sa soeur.,
qu'elle fut contente de
n'avoir plus de rivale.,
Les deux soeurs se retirèrent
chacune dans
leur chambre où elles ne
dormirent gueres. Marianne
s'abandonna sans
fcrupule à toutes les idées
qui pouvoient flatter son
amour, & Lucille ne faifoit
que de tristes reflexions
,
desesperant de rc4
voir jamais ce Leandre , de qui elle esperoit sa fortune,
mais elle estoitdestinée
à estre rejouië par
tous les événements qui
chagrineroient Mariant
ne : le jeune négociant
estoit vif dans £espat
sions,& de plus il n'avoit
pas le loisir de languir;
il falloit quil s'en retournast
aux Indes, Il prit
sa resolution aussi promptement
queson-amour
luy estoit venu. Le pere
entrant le matin dans sa
chambre,, luy demanda
s'il avoit bien passé la
nuit: Helas, luy rcfpondit-
il, je l'ay fort mal
poejjsée, maisj'ay huit cens
millefrancsd'gaernt ccoormn*-
ptant, le pere ne comprenoit
rien d'abord à cette
éloquence de négociant
1; l'Amantpaflîoanés'expliqua.
plus clairement
ensuite ,il luy demanda
ça, mariage f-. fille aifnée^
ils estoient l'un & l'autre;
pleins de franchise, leur
affaire fut bien tost concluë,
& le pere sortit de
la chambre, conjurant
son hoste de prendre
quelques heures de repos
pendant qu'il iroit
annoncer cette bonne
nouvelle à safille aimée,
ce bon homme estoit si
transporté qu'il ne se fouvint
point alors des plaisanteries
qu'onavoit faites
à table Cuxlc droit
d'aisnesse de Marianne
que le négociant avoit
prises à la lettre. Cet
équivoque fut bien triste
pour Marianne au mo-*
ment que le pere vint annoncer
à Lucille que le
riche negociant estoit
amoureux d'elle,&Lucille
voyant le négociant
beaucoup plus riche que:
son Leandre, ne pensa
plusqu'à justifier son inconfiance
par de grande
Íentiments, & elle en
trouvoit sur tout,pour
& contre, son devoir luy
en fournissoit un, il est
beau desacrifierson a,
mour a lavoloté d'un pere.
A l'égard de Mariant
ne ellefe feroit livrée dabord
auplaisir devoir sa
soeur bien pourveuë
ceuss esté là son premier
mouvement, mais un
autre premier mouvez
ment la sassit: quelle dou-r
leur d'apprendre que celuy
qu'elle aime ,
eili
amoureux de sa soeur.
Pendant que toutcecy
se passoit au Chasteau,
Leandre , le veritable
Leandre arriva chez sa
parente, qui vint avec
empressement en avertir
Lucille, mais elle la trou-
Va insensible à cette nouvelle
, sa belle passion
avoit disparu, Leandre
devoit arriverplustost
elle jugea par delicatesse,
qu'un Amantqui venoit
trop tard aurendez-vous,
n'ayantque cinquante
milleescus; meritoit bien
quon le facrifiaft à un
mary de huit cens mille
livres. La parente de
Leandre s'écria. d'abord
sur une infidélité si lfiar-"
quéé>maisLucille luy
prouva par les regles de
Xofçipm leplusfiné que
Leandre avoit le premier
tort ,que les feuç^de
coeur ne ie pardonnent
point, que plus une fem*
meaime., Rlus-.;clle doit
se
se venger, & que la vengeance
la plus delicate
qu'on puisseprendre d'un
Amant qui oublie c'etf
d'oublieraussi.
Lucille
,
après s'estre
très spirituellement justifiée
, courut à sa toillette
se parer, pour estre belle
comme un astre au reveil
de son Amant, & la parente
de Leandrequis'in
reressoit à luy parune ve.
ritable amitié, retourna
chez elle si indignée, qu'
elle convainquit bientost
Leandre de l'infidélitéde
Lucille, & Leandre resolut
de quitter cette IHe
dès le mesme jour pour
n'y retournerjamais.
Marianne de soncossé
ne songeoit qu'à bien cacher
son amour & sa
douleur à un pere tout
occupé de ce qui pouvoit
plaireà sonnouveau gendre
: Viens, mafille, ditil
à Marianne, viens avec
moytfaijons-luj voir par
nos empressements îtfîfar
nos carresses, qu'il entre
dans unefamille qui aura
pour luy toutessortes d'at.
tentions, il les mérité bien,
n'est-ce pas, mafille, conviens
avec rfioy que tu as
là un aimablebeaufrere
:-
Marianne le suivoit
sans luy respondre, très
affmogée de n'estre que la
belle foeur de ce beaufrere
charmant; Dès qu'ils
furent à la porte de sa
chambre, Marianne detourna
les yeux. çrjak
gnant d'envisagerle peril.
Son père entra le prêt
mier
,
&dit à nostré
Amant que sa filleaisnée
alloit venir le trquvef),
qu'elle avoit pour luy
toute la reconnoissance
possible, &C mesme desja
de l'stime, Cepetit trait
de flatterie échappa à cet
homme si franc; l'amour
& les grandes richesses
changent toujours quelque
petite choseau coeur
du plus honneste homme
,
cependant Marianne
s'avançoit lentement.
Dès que nostre Amant
la vit entrer il courut au
devant d'elle, & luy dit
Cent choses plus passionnées
les unes que les autres;
enfin aprés avoir exprimé
ses transports par
tout ce qu'on peut dire,
il ne parla plus,parce que
les paroles luy manquoient.
, Marianne estoit si surprise
& si troublée,qu'elle
ne put prononcer un
fcul mot; le pere ne fut
pas moins estonné ,ils
resterenttous troismuets
&immobiles:cefut pendant
cette scene muette
que Lucille vint a pas
mesurez, grands airs majestueux
& tendres, brillante
& parée comme
une Divinité qui vient
chercher desadorations.
Pendant qu'elle s'avance
le pere rappelle dans fcn
idée les plaisanteriesdu
souper qui avoient donné
lieu à l'équivoque, &
pendant qu'il l'éclaircir
; Lucille va tousjours son
chemin
,
fait une reverence
au Negociant, qui
baisseles yeux, interdit
&confus,elle prend cetro
confusionpourla pudeur
d'un amant timide, elle
minaude pour tascher de
le rassurer ; mais le pauvre
jeunehomme ne pouvant
soustenir cette situation,
sort doucement de
la chambre sans riendire.
Que croira-t-elle d'un
tel procédé? l'amour peut
rendre un amant muet,
mais il ne le fait point
fuir: Lucille estonnée
regarde sa soeurqui 11ose
luy apprendre son malheur
, le pere n'a pas le
courage de la detromper.
Il fort, Marianne le fuit,
& Lucille reste feule au
milieu de la chambre, jugez
de son embarras, elle
; '-
n'en feroit jamais sortie
d'elle-mesme ; elle n'estoit
pas d'un caractere à
deviner qu'on pu st aimer
sa soeur plus qu'elle. Je
n'ay point sceu par qui
elle fut detrompée ; mais
quoy qu'elle fust accablée
du coup, elle ne perdit
point certaine presence
d'esprit qu'ont les
femmes, & sur toutcelles
qui font un peu coquettes
; elle court chez
sa voisine pour tascher
de ratrapperson vray
Leandre, je ne sçay si
elle y reussira.
Le pere voyant sortir
Lucille du Chasteau,
crut qu'elle n'alloit chez
cettevoisine que pour
n' estre point tesmoin du
bonheur de sa soeur. On
ne songea qu'aux préparatifs
de la nôce, avant
laquelle le Negociant
vouloit faire voir beaucoup
d'effets qu'il avoit
dansson vaisseau, dont
le Capitaine commençoit
a s'impatienter, car
le vaisseau radoubé estoit
prest à repartir. CeCapitaine
estoit un homme
franc, le meilleur amy
du monde, & fort attachéauNégociant,
c'estoit
son compagnon de
voyage,il l'aimoit comme
un pere, cestoit son
conseil, & pour ainsidire
,
son tuteur, il attendoit
avec impatience des
nouvelles de fbn amy;
mais vous avezveuqtfé
l'amour la tropoccupé,
il ne se souvintduCapitaine
qu'en le voyantentrer
dans le Chasteau
,
il
courut l'embrasser, & ce
fut un signal naturel à
tous ceux du Chaftcau
pour luy faire unaccuëil
gracieux; il y fut receu
comme l'amy du gendre
de la maison
,
il receut
toutes ces gracieusetez
fort froidement, parce
qu'il estoit fortfroid dm,
fo11 naturel. On estoit
pour lors à table
, on fit
rapporter du vin pour
émouvoir le fang froid
du Capitaine,chacun luy
porta la santé de son jeune
amy, & 4e là maistrciïc
: a la sante de mon
gendre,disoit le pere ,
tope à mon beaupere
,
disoit
le Négociant : à tout
celaleCapitaine ouvroit
-
les yeux Se les oreilles,
estonné comme vous
pouvez vous l'imaginer
il avoit crcu trouver ron
amy malade
,
gesné &
mal à son 21fe-1 comme
on l'esten maison étrangère
avec des hostesqu'-
on incommode, & il le
trouve en joye
, en liberté
comme dans sa famille
,
ilne pouvoit rien
comprendre àcette avanture
,
c'estoit un misantrope
marin
y
homme
flegmatique, mais qui
prenoit aisément son party:
ilécoutatout,& après
avoir révé un moment il
rompit le silence par une
plaisanterie àik façon : à
la jante des nouveaux
Efoux
,
dit-il, & de bon
coeur,j'aime les mariages
de table moy y car ils se
font en un momentse
rompent de rnejine.
-Après plusieurs propos
pareils, il se fit expliquerserieusement
à
quoy en estoient les affaires
,& redoublantson
sang-froid il promit une
feste marine pour la nôce.
Ca mon cheramy.
dit-il au Negociant,
venez,m'aider à donnerpour
cela des ordres
dans mon vaisseau; w
lontiers,respondit l'amy, ,wf]îbienfaj quelque choie
aprendre dansmes coffres;
&jeveuxfaire voir
mespierreriesàmon beaupere.
Il y alla en effet
immédiatement après le
diincr, & le pere resta
au Chasteau avec Marianne
rianne, qui se voyant au
çomble de son bonheur,
nelaissoitpasdeplaindre
beaucoup Lucille.Trois
ou quatre heures de tems
sepasserent en converstions,&
Marianneimpatiente
de revoir son
Amant, trouva qu'il tardoittrop
à revenir; l'impatience
redoubloit de
moment en momentlorsque
quelqu'un par hafard
vint dire que leNegociant
avoit pris le large
avec le Capitaine,&que
le vaisseauestoit desja
bien avant en mer. On
fut long-temps sans pouvoir
croire un évenement
si peu vray -
semblable.
On courut sur la terrasse
d'où l'on vit encore de
fort loin le vaisseau qu'-
on perdit enfin de veuë,
il feroit difficile de rapporter
tous les differents
jugements qu'on fit là
dessus
,
personnene put
deviner la cause d'uir
départ si bijare, & si précipité;
jeneconseille pas
au lecteur de le fLati-guer la teste pour y réver, la
fin de l'histoire n'est pas
loin.
Après avoir fait pendant
plusieurs jours une
infinité de raisonnements
sur l'apparition de ce riche
&C passionné voyageur
, on l'oublia enfin
comme un fonge ; mais
les songes agreables font
quelquefois de fortes impressions
sur le coeur d'une
jeune personne, Mariannenepouvoit
oublier
ce tendre Amant
,
elle
merite bien que nous employions
un moment à
la plaindre, tout le monde
la plaignit, excepté
Lucille, qui ressentit une
joye maligne qui la dédommageoit
un peu de
ce qu'elleavoit perdu par
la faute:car on apprit que
son Leandre trouvant
l'occasion du vaisseau,
s'estoit embarqué avec le
Capitaine pour ne jamais
revenir, & le gentilhomme
voyant Marianne engagée
au Negociant, n'avoit
plus pensé à redemander
Lucille. Le pere
jugea à propos de renoüerl'affaire
avec Marianne
,
qui voulut bien
se sacrifier, parce que ce
mariage restablissoit urr
peu les affaires de son
pere qui n'estoientpasen
bon ordre, enun mot
on dressa le contract
,
&'.
l'on fit les préparatifs de
la nôce.
Ceux quis'interessent
un peu à Marianne ne seront
pas indifferentsau
recit de ce qui est arrivé
au Negociantdepuis
qu'on l'aperdu de veuë,
il avoit suivi le Capitaine
dans son vaisseau
,
où il
vouloit prendre quelques
papiers. Il l'avoit entretenu
en cheminduplaisirqu'il
avoit defairela
fortune d'une fille qui
meritoit d'estre aimée ,
enfin il arriva au vaisseau
où il fut long temps à deranger
tous ses coffres
JI'
pourmettre ensemble ses
papiers,&ensuite il voulut
retourner au Chasteau
: quelle surprise fut
la sienne
,
il vit que le
vaisseau s'esloignoit du
bord, ilfait un cry, court
au Capitaine qui estoit
debout sur son tillac, fumant
une pipe, d'un
grand fang froid: Hé,
tnon cher llmy ,
luy dit
nostre Amant allarmé,
ne voyez-vouspas que
nous avons demaré? je le
vois, bien , respond tranquillement
le Capitaine,
en continuantdefumer,
cejl doncparvostre ordre,
repritl'autre, ifnevous,
ay-je pas dit que je veux
ter?nmer ce mariage avantque
departir.Pourquoy
doncmejoueruntour
si cruel ? parce que jzfais:
vostre
votre ami, luy dit nôtre
fumeur.Ah! si njow êtes
mon ami, reprit leNegociant,
ne me defelpere7,,pas,
rtrnentz-moy dans l'ijle,je
vous en prie
,
je vous en
conjure.L'amant passionné
se jette à ses genoux,
se desole, verse même des
larmes: point de pitié, le
Capitaine acheve sa Pipe,
& le vaisseau va toûjours
son train.Le Négociant a
beau luy remontrer qu'il
a donné sa parole, qu'il y
va de son honneur & de
sa vie
,
l'ami inexorable
luy jure qu'il ne souffrira
point qu'avec un million
de bien il se marie, sans
avoir au moins quelque
temps pour y rêver.Il
faut,lui dit-il, promener
un peu cet amour-là sur
mer, pour voir s'il ne se
refroidira point quand il
aura passé la Ligne.
Cette promenade setermina
pourtant à Toulon
ou le Capitaine aborda
voyantle desespoir de son
ami, qui fut obligé de
chercher un autre vaisseau
pour le reporter aux
Ines d'Hyere, il ne s'en falut
rien qu'il n'y arrivât
trop tard, mais heureusement
pour Marianne elle
n'étoit encor mariée que
par la signature du Contrat,
& quelques milli ers
de Pistoles au Gentilhomme
rendirent le Contrat
nul. Toute 1Isle est encor
en joye du mariage de ce
Negociant & de Marianne,
qui étoit aimée & respectée
de tout le Pays.
LI Ce Mariage a et' c lebré
magn siquement sur 1A
fin du mois de Septembre
dernier, & j'nai reçû ces
Memoires par un parent ail
Capitaine.
QUESTION.
Quelledifferencey a-t'il entre
souhaiter &desirer?
REPONSE,
par Monsieur de B..
De tout temps des fols
ou des sots
Lessouhaits furent l'a-
Pana,!!',
Et les desirs fontles desauts
De l'homme d'esprit (f)
dt4faqe.
REsJFON SE>. ~F.~
Les Les cchhoosseessq.quu'.oonn ddeefsiirree
touchent de plus prés
que celles qu'on souhaites,
les dcllrs sont plus ardents
,
les souhaits plus
tranquiles ; on desire ordinairement
pour soi-même,
& l'on ne fait que
souhaiter pour autruy.
AUTREREPONSE,
Par Dom Gourmand.
Il entre plus d'esperance
dans les desirs que dans
lessouhaits.
Sansespoir on souhaitte un
Royaume, un Empire,
On espere manger un Me.,.
Ion qti"on desire.
REPONSE,
par l'homme réglé.
Je fouhaitte toutes les
belles femmes que je voy,
je ne desire que la miefine,
& si je ne la desire
gueres.
R E'P ON SE,
Par Hortentius.
Le malade tout haut desire
de guérir,
Et souhaitte tout bas de ne
jamaismourir.
REPONSE.
L'homme desire à tout moment,
Il fouhaitte plus rarement ;
Ctest l'esprit qui souhaitte,
C91 le coeur qui desire,
Les desirssontsouffrir, &
les souhaits font rire.
Mademoiselle de Scudery
parle ainsi
: J'ai eu
des desirs pour des choses
que je n'ai point fouhaittées
, parce que ma - raison. s'y opposoit
; les
gens qui veulent être
heureux ne doivent s'abandonner
qu'à des souhaits
; les desirs ne font
que troubler l'ame. Petrone
disoit tout le contraire.
Il n'y a que les
desirs, qui nous rendent
heureux. Ronsart dit au
contraire : Jamais content ne vit le
desireux.
Rabelais dit en Prose
le sens de ces deux Vers
pour fonder la vie heureuse
de l'Abbaye de Teleme.
Et l'on riy fait d'autre absiinence
Zu,e de chagrins & de desirs.
Mais il a tort, car l'abstinence
des desirs est plus
rude que celle de la bonne
chere..
RE'P ONSE,
} par
Les meilleurs Autheurs
confondent ces deux
mots. Les hommes défirent
tant. de choses, qu'il
n'y a presque plus de difserence
entre souhaiter
& desirer.
Vous qui calmie^la vio-
*
lence
De nos desirs impétueux,
Et qui ne pei-rnettiezaux
mortels trop heureux
Que des simples souhaits l'oi-
Jive experience,
O puissante raison,vertueuse
innocence!
Nous quittevous donc
pourJamais ?
Venezôter le voile épais
D'une tropfuneste ignorance
On ne sçait plusladifference
Desviolents desirs aux tranquilles
fou/Jatls.
Il y aune difference entre
une i.unncite femme
& une coquette, que
l'une desire d'être aimée,
& l'autre le souhaite.
Messieurs les diseurs de bons
mots
Par un injusteusage
Confondenttrés mal à propos
La coquette & la fage.
Distinguonséquitablement
Lasage& la coquette;
Celle-ci desire un Amant,
Etl'autre le souhaite.
Un homme qui voit une
jolie femme aux tuilleries
desirede la voir chez elle,
&souhaite qu'elle [çiche
qu'il elt amoureux d'elle;
quand il l'avûechezelle,il
desire luy declarer son amour,&
souhaite d'en être
aimé,quãdillui a declaré
son amour, il desire d'en
être aimé, & souhaited'être
encore plus heureux.
La difference entre
souhaiter ôc desirer est
sensible dans un Héros
de roman;sa passion lui
fait souhaiter ce que sa
ddeliecatesssierl'eemprê.chede foj
Souhaiter ,ceûj rapj
procher par l'imagination
des plaisirsdont les
causes sont éloignées;
c'est se rendre presens les
plaisirspossibles:desirer,
c'est chasserparla convoitise
des plaisirs possibles;
la joüissance des
plaisirs presens.
Le
sage
parfait, s'il
étoit possible,souhaiteroit
toujours, & ne defireroit
jamais. Souhaiter,
c'est proprement faire des
Châteaux en Espagne
,
&
je ne crois pas qu'on se
soit jamais avisé de regretter
le tempsqu'on y
a employé.
Lestranquiles fàuhaitsJOrn
Châteaux en Sjpagne
Que j'ai grand plaisir à
bâtir,
Mon esprit me transporte au
pays de Cocagne,
Et j'y possede tout dans un
heureux loisir:
Ah qu'il me rend un bonofsice!
Mais les impetueux desirs
En renversant mon edifice,
Vinnent m'ôter tous mes
plaisirs.
Si
:•] Si l'on
-
peutsouhaiter
sans desirer, on peut aimer
& n'aimer pas en
même temps. Un paresseux
aime & n'aime pas/-
les gens d'esprit ordinairement
aiment & n'aiment
pas: il n'y a gueres
que les sots qui aiment
,
DU qui haïssent tout à fait;
c'est sur aimer & n'aimer
pas que sont fondez les
reproches & les juttincations
des Amans. Quand
in Amant prouve à sa
Maîtresse. qu'il l'aimepar
eplaisir qu'ilade la voir,
il a raison, c'est aimer :
mais si la Maîtresse lui
reprochequ'il trouve des
plaisirs où elle n'est pas,
elle a raison aussi, c'est
aimer & naimerpas.
Non feulement on peut
aimer & n'aimerpas,
mais on peut encore aimer
& haïr en même
temps.Un misantrope aime
& haïty j'ai lieu de
haïr ma maitresse & je laï
hais en effet: mais sije
me persuade que je ne
l'aime plus, je me trompe;
les retours de cettd*
passion m'apprendront
bientôt que je puis aimer
& haïr en même temps.
Un honnête homme qui
a naturellement du goût
pour le vin, mais qui
craint de s'enyvrer ,
aime
& hait en même temps.
Un yvrogne quand il
commence a senyvrer
aime & n'aime pas.
1i E' P O N SE
parDon Quichote.
JEsuis du pur amour
chevalier scru puleux,
Et souhaitant ma Dulcinée
Seulement pour remplir
ma haute destinée
Sans dcfîrs je fuis amoureux
Et je laisse à,Sanch1ot:
desirer sa Theresè.
SANCHOT.
Moy, mon maître, ne
vous deplaise,
Qui n'ay que mon inGtin£
t pour comprendre
les mots,
Je regarde l'amour,,
comme la gourmandise,
Et quand on voit la
napemise,
Souhaiter sans mangea
c'estle repas des sots.
ARTICLE
des Questions.
QUESTION.
Si l'on peut en même
temps aimer & ne pas
aimer.
REPONSE.
Non; caril faut bien,
qu'une porte soit ouverte
ou fermée.
Cependant j'entre dans
l'idée de la question; on
ne demande qu'un jeu
d'esprit là dessus. En voici
un tel que tel.
Mon coeur est naturellement
tendre: mais il est
indifferent par paresse. Je
vis l'autre jour une charmante
perionne dont je
ne devins qu'à moitié
amoureux.
Mon coeur fait son chemin,
mais non pas en un jour, ilva bien jusqu'à la tenrlrejje
;
Mais retenupar laparesse,
Ilnevapasjusqu'àl'amour.
Je mets une grande difsérence
entre la tendresse
& l'amour ; ce seroitune
autrequestion de Mercure,
suivons celle-ci;je
puis dire à present de ma
charmante Isabelle, que
je l'aime, (t) que je ne l'aime
pas. Je l'appelle charmante
, parce que j'en
fus charmédu premier
coup d'oeil.
AiAÏS elleme paroît en lA
regardant mieux
Et
Etmoitié belle & moitié
UidCyJ
Des maux que mefont ses
'-J' #grandsytype
Sagrandme (bpuecbedefle- le.re-
Je
Hierausoirpourtantje
pensail'aimertoutàfait
carayantétéfrappé dele7'
clat de son ceiri) de ses
regards, & d'un certain air
qui saisit d'abord.
, Afinque
-
je n'eusse pas
leloisir de voirses défauts:
mais un : moment après ils
vinrentenfoule se presenter
à monimagination ~3c
j'avois presqueoublié ses
beautez
,
quandtout à coup ,
JJamourmfaveur â'IfabeUe
Du feu tlefin brandon rallumxlchandeue.
C'est ainsi que l'Amour
rusévoudroit m'engager à
elle sans reserve
: mais
comme je la vois en même
temps belle & laide, je
puisdire aussi qu'en même 4
temps je l'aime, & je nq
l'aime pas.
QUESTIONNOUVELLE.
Sans préjudice de celles du
moispasse quejelaisserai encorepour
celui.ci.
Quelle différence yat-
il entre la tendressé-U
l'amour?
J'avois proscrit les Bouts
rimez,on m'en redemande,
on en serabien-tôt
las,je les retrancherai,on
veut de tout,onse lassede
tout, celaest naturel, mais
j'avertis que je ne placerai
que les Vers .qui feront
bons, indépendamment
de la contrainte des Bouts
rimez, car nous sommes
dans un Siecle, où la difficulté
d'un Ouvrage n'en
fait point excuser la médiocrité.
flurl
Vt/PI
flanc
blanc.
flame
blame
blon
flon.
stete
belette
flots
blocs.
ENVOY
Sur l'Enigme d'Octobre,
Par Monsieur Flipe.
L'Enigme gripe
Terriblement,
Dit Aristipe;
C'est le polipe
Du jugement.
Je m'émancipe
Comme un Edipe,
Mais vainement;
Par Aganipe
Musedissipe
L'aveuglement
Qui me constipe
L'entendement.
Lamalepipe
J'y fuis vraiment,
C'est unepipe.
ENIGME.
Quand je riay ni poudre ni
plomby
Prés de moymamaitresse est
un peu desoeuvrée;
De ma boutique bien parée
Prudemment on cache lefond,
Il est peu de belle grimace ;
On en peut voir pourtant en
mevoyant en face.
Ma maitresse dansson prin- temps Ne me trouve guere importante;
Avec le nombre de ses ans
Près d'elle mon crédit s'augmente
:
Mais ellen'oseplussans rougir
, moy prtfWey
Recevoir sesderniers amants.
PRESENCE D'ESPRIT
D'UNE JEUNE FILLE.
Quoique
cette avanture
paroisse fort ordinaire
& qu'on pût dire en deux
mots que c'est une fille qui
a pensé le noyer ;
il y a
pourtant quelque chose de
si singulier, qu'elle mérite
un petit détail.
On peut rire du peril
quand il eH: passé
; jamais
Nayade, habitante naturelle
des eaux n'y futmoins
embarassée, que la jeune
& jolie Marchande dont
je vais vous parler:Un
petit bateau où elle étoit
ayant été renverse, elle se
trouva dansle milieu de
la plaine liquide qui separe.
le vieux Louvre, du College
des quatre-Nations,
elle portoit dans une de
ses jupes un gros paquet
d'étofes & de coton. Comme
elle vit que. ce gros
ballot lasoûtenoitunpeu,
elle eut la presence d'el:
prit de le grossir encore
avec ses autres jupes, qui
flottoient sur l'eau, & de
le distribuer également
autour d'elle pour en former
un grosbourlet ; au
milieu duquel cette jeune.
fille se tint droite comme
une InfanteEspagnole au
milieu de son vertugadin:
Un sang-froid plus qu'Efpagnol
lui fit conserver son
equilibré, pendant. une
grande demi-heure, avec
une mainquelle tenoit en
l'air, pendant qu'avec l'autre
main elle entretenoit
la forme duvertugadin salutaire.
On a remarqué que
dans un peril si prochain,
elle ne cria que pour faire
des voeux au Ciel, &
pour appellerquelques bâ.
teliers qui accouroient
pourla sauver. Ils la fauverent
en effet, & c'eût
été une vraye perte pour
la gloire du beau sexe;car
les marques qu'elle a données
de son courage font
des préjugez probables
qu'elle se tirera toûjours
glorieusement des occasions
perilleuses,où les
filles perdent quelquefois
la tramontane.
Cette courageuse per-
;sonne se nomme Marie
Aquaire,& elle courut ce
dangerleVendredy 13. Novembre3ssirles
deux heures
après midy.Ce fut la
corde d'un grand batteau
qui l'enleva ôc lajetta dans
l'eau, qui l'emporta plus
de deux cent pas, la Riviere
étoit fort grosse, &
trèsagitée ce jour- là, &
elle fut portée,sans exagerer,
pendant une grosse
demi-heure, & après qu'on
l'eut sauvée, on luy trouva
encore dans la main une
piecede monoye, qu'elle
tenoit dans lebatteau,
aparemment pourpayer le
Battelier,car elle ne sçavoitpasassezlaFable
pour
avoir en vûë le passage de
la Barque à Caron.
CHANSON. LA Chanson fuivante
n'a jamais
été nottée,quoique je
l'aye faite il ya plus de
vingt ans, j'en ai plusieurs
de ce caractere &
de cette datte,que je
donnerai, car elles réjoüissent
; je n'enferai
plus de si folâtres, parce
que je ne reviendrai
plus à l'âgede vingtcinq
ans. Age second
en idées pareilles,âge
où il m'estéchappétant
d'ouvrages imparfaits,
j'en defavouërois à present
les deffauts, mais
je ne desavouërois pas
ce fond de jeunesse Se
de gayeté qui me les
inspiroitalors, ni cette
vivacité qui ne me permettoit
pas de leur donner
la derniere main.
LE CARILLON.
B On., ban, bon?
Entendez-vousles grosses
Cloches, bon,
ban, bon,
Quand j'entens sonner
sur ce ton -', Jemesouviens toujours
qu'hier


qu'hier ma femme est
morte,
Le temps n'assoiblitpoint
une douleursiforte,
Elle redoubleace lugubre
fin.
Bony ban, bon.
Pour égayer le bon, ban,
bon,
1 Faisons un autre caril-
'.J Ion"
Carillon duverre,
kliffNa pinte&du flacon:
La pauvre femme elle efl
enterre,
Je l'aimoistant, buvons
pour elle en carillon,
Choquons le verre en cavillon
,
Endoublecarillon.
Tirez, du bon vin, bon,
bien bon,bin bon.
Exerçons - nOUJ su,r ce
jambon,
Ce saucisson n'est-il pas
bien bon,bien bon, bin bon.
Hé tâtons donc de ce dindon,
dindon, din,dan,
aon,din,dan,don, 1 ¿ill,alln,don,
Ma femme elîen terre,
bon,
Ah qu'ilestbon ce carillon.
2. Cou plet.
Bon, ban, bon,
Que ce lugubre jon m'afflige,
bonban, bon.
J'entendoischez moy sur
ceton
Gronder en faux bourdon
la pauvre Mathurine,
Quand pour avoir été
tropgaychez, ma voisine
J'en revenois plustriste à
la maison
Bon,ban,bon.
Elle egayoit son faux
bourdon
Eny mêlantun carillon,
Carillon de femme,
De jalouse, de Démon;
Pour lui laisserchantersa
£Amc Jem'endormois, maiselle
-
prenoit un bâton
Pourme donner du reveillon
En double carillon
, En doublecarillon.
Moy qui fuis bon, bons,
bon, bien bon,
bin bon,
Je souffrois comme un
rurAl mouton
Jusq'uau bâton, fuis-je
pas bti&bon,, bien
hQn) binbon?
Que leCiellui sasse pardon,
, Din9 don, din, dan, don,
Din,dan, don, din, dan,
don :
Mafemme efi en terre,
bon,
Elle afinison carillon.
On donnera au mois
prochain la chanson du
Tabac.
L' A M 0 U R
JUSTIFIE'.
par Monsieur de Roc* * of( F Vnefteennemi de lapaix,
Source de troubles & d'allarmes,
Perfide Amour qui ne te
plaît
Sue dans le sang, & dans
les larmes;
Lacruautéforge tes traits; Ilsfontnaître en nos coeurs
ilsfont naître tefpoir qui les Abuse
;
Ettu n'as un bandeau qtti
PÕur servir d'excuse
Aux injustices que tu fais.
MERCURE,
Ille PARTIE.
PIECES FUGITIVES.
PIECE NOUVELLE.
DIALOGUE
Entre un Chevaliererrant, &
un Berger. 1SUr les bords du Lignon
jadis sirenommez
,
Lieux où les descendans
d'Astrée,
De son tendre esprit
animez,
Renouvellant encor
l'heureux siécle de
Rée,
Eternisentdans leur
contrée
Le doux plaisir d'aimer
ô£ celui d'estre
aimez,
Un Chevalier errant,
1amc desesperée,
Poussant des fou p irs
enflammez,
Se plaignoit des ri-
--
gueurs de sa Dame
adorée,
Par les cris inacoûtamez,
De sa douleur immoderée
,
Les paisibles Bergers
furent tous allarmez,
Mais revenu de ses allarmes,
L'und'entr'eux le voyant
sans armes,
Et le prenant pour un
Berger,
Court à lui pour le
soulager,
Et lui demande ainsi
le sujetde ses
larmes
LEBERGER.
Dequoi vous plaignezvous,
malheureux
étranger,
Quivenez habiternos
plaines ?
Pouvez-vous ressentir
des peines?
Vous vivez en ces lieux
& vous êtes Berger.
LE CHEVALIER ER.
Je ne fuis point Berger,
je viens dans
cette plaine
Eaire un mêtier bien
different,
Un foin tranquille
vous y mene,
Moyles sombres chagrins
d'un Chevalier
errant.
LE BERGER..
La paix regne dans ces
retraites,
Laissez-nous goûter ses
douceurs,
Ce n'etquepour les
tendres coeurs
Que la nature les a
faites.
LE CHEVALIER ER.
S'ilfaut être bien amou- , reux
Pour mériter de vivre
en ces lieux solitaires,
Ah ! je jure par tous les
Dieux
D'en chasser les amants
vulgaires.
Autant que ma Dame
en beauté
Surpasse toutes vos Silvies,
Je parte en sensibilité
Les Tircis de vos Bergeries.
UnBerger est plus
amoureux
Des plaisirs que de sa
Bergere,""
Et s'il ne songe qu-a
luy plaire,
Il est assuré d'être hcur
reux. - Pour moy j'aime sans
esperance
D'êtrejamais récompensé,
Mais l'amour dont je
fuis blessé
N'en a pas moins de
violence ,
Et cet amour si malheureux,
Nourri de soupirs 6C
de larmes,
Me doit faire mille envieux,
Puiiqu'H a pour objet
des charmes
Dignes d'enflammer
tous les Dieux.
LE BERGER.
Vôtre amour malheureux
Ne me fait point d'envie,
Je fuis content de mes
plaisirs,
J'aimerai toûjours ma
Sylvie,
Et je verrai toute ma
vie
Remplir mes amoureux
desirs
Je croy qu'un autre
peut vous plaire,
Et qu'elle est digne de
vos soins,
Mais si vous voyiez ma
Bergere,
Vôtre Dame vous plairoit
moins.
LE CHEVALIER ER.
C'est*bien àvous,petite
espece
D'amants indignes d'être
heureux,
A vanter l'ardeur de
vos feux,
Et l'objet de vôtre tendresse;
1 Vous devez àl'oisiveté
Tous les plaisirsdevôtre
vie;
Vôtre [barte* simplicité
Fait toute lanaïveté
Qui charme tant vôtre
Sylvie,
Une molle tranquillité
Fait la tendre fidélité
Que vous gardez à vos
Bergeres;
Amants paresseux,imparfaits,
La peur d'en trouver
de severes
Fait que vous ne
changez jamais.
LE BERGER.
Vostre amour est une
chimere,
Et cette héroïque beauté
Qui connaîtvostre caradere
Affecte une faussefierte:)
Que nos Bergersvaincroient
avec moins
de mystere
Et bien plus de facilité.
Comme la seule vanité
Fait en amour vostre
constance,
Vous n'avezpas la récompense
Quenostre amour a
mérité;
Seigneur! voyez cette
Prairie,
Qu'arrosent les plus
clairs ruisseaux,
Toute vostre Chevalerie
Ne vaut pas le char-
-
mant repos
Que j'ygoûteavecma
-
Sylvie;
Un Berger qui doit
être heureux toute
sa vie,
Ne se changeroit pas
pour le plus grand
Héros.
LE CHEVALIER ER.
Malheureux, craignez
ma vengeance,
Et que désormais en
ces lieux
On garde sur l'amour
un éternelsilence,
Vous nemeritez pas
l'honneur d'être
amoureux.
STANCE.
ARrestez, jeune Bergere,
Je fuis un amant sincere,
Un amant vous fait-il
peur?
Je
Je n'ay qu'un mot à
vous dire,
Et tout ce que je desire
Estde vous tirer d'erreur.
Le tems vous pourfait
sans celle,
L'éclat de vôtre jeunch Te Sera bien-tôteffacé,.
ILé tems détruit toutes
4
choses;
Et l'on ne voit plus de
roses
Quand le Printems cflr
pasle.
Les plus sombres nuits
finissent,
Leurs ombres s'évanouifTent,
Et rendent bien-tôt le
jour,
Mais quand l'aimable
jeunesse
A fait place à la vieillesse,
Elle ignore le retour.
L'éclat des fleurs naturelles
Fait l'ornement de nos
belles,
On priseleurnouveauté.
Mais au1bout d'une journée
Cette heureuse destinée
Finit avec leur beauté:.
Vos attraits, Eellé Silviev
- - Ne mettrontpoi•nt votrevie
Hors des atteintes du
fort.
Il vous promene sans
cesse
Du bel âge à la vieillesse
De la vieillesse à la
mort,
Ainsi soyez moins volage.
Et puisqu'avec le bel
age
Le plaisir paffe& s'ertfuit,
Quittez vôtre indifference,
La nuit à grands pas s'avance
Profitez du jour qui
luit.
Un peu de tendre folie
Fait d'une fille jolie
Leplaisir & le bonheur,
Et dans le déclin de
13 age
Un dehors fier& fau..
vage
Lui rend la gloire &
l'honneur.
Par cette leçon fidelle
Tircis pressoit une belle
D'avoir pitié de son
mal;
Son discours la rendit
sage:
Mais elle n'en fit usage
Qu'au profit de son rival.
ODE.
Sur un Procès gagné
paruneDame.
QUels nouveaux concerts
d'allegresse
Retentissent de toutes
parts?
Quelle lumineuse Dé-
,
esse,
Attireicy tous mes re:
gards?
C'est Themis qui vient,
de descendre,
Themis ernpreffée à défendre
L'honneur de son sexe
outragé,
Et qui surl'envieétouffée
Vientélever un beau
Trosée
Au merite qu'elle a
vengé.
Par la nature & la fortune
Tous,
Tous nos destins sont
compassez,
Mais toûjours les bienfaits
de l'une
Par l'autre ontété traversez.
O Déesses,une mortelle
Seule à vôtre longue
querelle
Fit succeder d'heureux
accords.
Vous voulûtes à sa naissance
Signaler vôtre intelligence
En la comblant de vos
tresors.
Mais, que vois-je?la
noire Envie
Agitantson serpentaffreux,
Pour tenir l'éclat de-là
vie
Sort de son antre ténebreux.
L'avarice lui. sert de
guide,
Lamaliceausouris perfide,
-
L'impostureaux yeux
essrotez,
Del'ertfê^filtcs-iiiflciti-
, blesPI S^coiiaHclëur^: flambeaux
terribles
Marchent ta.ns ordrce"à,
ses côtez.
[L'innocence fiere
,-.
& tranquille - -
rVqit leurs exploits sans. s'ébranler, .,,,, )011 croit que leur fureur
sterile
EEnnvvaaininssécc'cllaattssvvaass'e'lxhaler.
Son esperance futtrompée,
De Themisalors oc-
.,cupee
Les secours furent -differez,
Et par l'impunité plus
forte
Leur audace frappoit
aux portes
Des tribunaux les plus
sacrez.
ElnafinnDtievin,ité bril-
Par toyleur orgueil est
détruit,
Et ta lumière étincelante
Dissîpe cette affreusè
1
nuit.
Déja leur troupe confondue,
A ton aspect tombe
éperdue,
Leur espoir. meurt
anéanti,
Et le noirdémon du
Dlênionge
Fuit, disparoît, & se
replonge
Dans l'ombre dont il
est forti..
Quille tes vêtemens
funèbres,
FiHç du Ciel,noble
pudeur,
La lumiere fort des
tenebres,
Reprends ta premier
fplcndeur.
D~ çmc divine mpr-
'{ t. V.
telle.
Dont tu fus la guidefidelle
Nos loïx ont été le foutien.
Reviens de palmes cou*
ronnée)
Etdeplaisirs enviroii-,
; née,
Chanter son triomphe
&le tien.
Assezla fraude & Finjustice,
Que sa gloire avoient
fçublesser,
Dans les pièges de l'artifice
Ont tâché de rembarasser.
Fuyez, jalousie obstinée,
De vôtre haleine erapoifonnée
Cessezd'offusquer les
vertus,
Regardez la haine impuissante
Et la discorde gemiffante,
Monstres fous ses pieds
abbatus.
Pour chanter leur joye
& sa gloire,
Combien d'immortelles
chansons
Les chastes filles de mémoire
Vont ditrer à leurs
nourrissons ?
Oh ! qu'après la triste
froidure
Nos yeux amis de la
verdure
font enchantez de son
retour.
Qu'aprèsles frayeursdu
naufrage,
On oublie aisément l'orage
Qui cede à l'éclat d'un
beau jour.
Tel souvent un nuage
sombre
Du sein de la terre exhalé
Tient fous l'épaisseur:
de son ombre
Le celesteflambeau
voilé,
La nature en tA cons- 1 temee~
Florelanguit abandonnée,
Philomcle u'a plus de
sons.
Et tremblant à ce noir
présage
Cerés pleure l'affreux
ravage.
Qui menace ses nourriflbns.
Mais bien-tôt, - vengeantleurinjure,
Je vois mille traits enââmez
Qui forcent la prison
obscure
Qui les retenoit enfermez.
Le ciel de toutes parts
s'allume
L'air s'échauffe, la terre
fume,
Lenuagecreve &pâlit,
Et dans un gouffre de
lumière
Savapeur humide & grossiere
Se dissipe &cs'ensevelit.
LETTREAMADAME
P.surdeux mariez, dont
l'un ne parloit que Franfois,
C l'autre qu'Anglois.
IL est constant que
nostre époux ne parle
point François, & que l'épouse ne parle pas
un mot d'Anglois:cela
paroît d'abordâflfei
bizare, tnaifS c'est faute
de'bien con siderer,ce
dont il s'agiten-ce
rencontre.
Dés le moment qu'un
1- coeur soûpire,
On- connoiten tvtâ lieux
ce que cela veut
dire,
Et malgré Babel&sa
Tour,
Dans le climat leplus
(fftJVage,
Ne demandez, que de
l'amour,
On entendra vôtre langage.
La terre en mil Etats a
beau se partager
En Aste) en Afrique,
en Europe, il réimporte
,
L'Amour n'est jamais
étranger
En quelque Païs qu'on
le porte.
Comme il est le Pere
de tous les hommes,
il est entendu de tous
ses enfans ; il est vray
que quand ilveutfaire
quelquemauvais coup,
comme il faut qu'il se
masque & qu'il se déguise,
il faut aussi qu'il
se serve de la langue du
Païs, mais quand il est
conduit par l'himenée,
, sans lequel il ne peut
être bien reçu chez les
honnêtes gens, il luy
suffit
suffit de se montrer
pour se faire entendre,
Secoue le monde parle
pour luy.
En quelquelangue qu'il
s'exprime,
Onsçaitd'abord ce qu'il
pre'tendy
Et des qu'il peut parler
sans crime
Une honnêtefillel'en-
,. tend,
La raison de cela est
estunetraditieiitres
estunetraditiontics
simple& trés aisée,
dont la nature çft dépositaire,
& qu'ellené
manque jamaisderévéler
à toutes les filles
lorsque la Loy Tgrdonne,
& quelquefois
même quand elle ut
l'ordonne pas.
Parmi toutes les Nationsi
UHtmen en ces occa-
,¡';onJ
A certainesexpressions,
Qui n'ont point besoin
d'inierprettes.
Ne vous étonnez
donc pas que deux personnes
étrangères, &r.
d'un langage si difteirent
, ayent pû fç, résoudre
à se marier ensemble,&
croyez comme
un article de la Loy
naturelle) que dans ces
sortes de mysteres tout
le monde parle François
,ajoûtez à cela que
de jeunes époux ont
leurs manieres particulieres
de s'entretenir,
indépendamment de
toutes les langues dela.
Terre.
Discours & fleurettes
frivoles,
Amans, ne conviennent
8 qu'à vous,
Mais entre deux heureux
époux
UHimenriadmet plul
lesparoles.
%EPOUSE A UNE
Dame, laquelle s'étoit
excusée de venir à la
maison de Campagne de
l'Auteur, parce ^utlle
àvoit un Procés.
J'airreçuvôtre lettre,
elleamille beautez,
Que voulez-vous que
j'y réponde?
Vous écrivez le mieux
du monde,
Et vous tenez fort mal
ce que vous pro-
: mettez.
Vous n'avez pûvenir,
c'est une chose claire,
Quand on plaide on
n'est pas maîtresse de
son temps,
Et l'on ne fait rien 'J moins que ce qu'on
voudroit faire:
Mais le succez fait
voir pour corrompre
les gens
Combien vous êtes nccessaire;
foit je
20 soit vous entens , Vous avez gagné vôtre
affaire,
Et j'en ai payé les dépens.
'VTAotre éIl il. l o q uence est
-
liatu.Ile
Le stile en cft charmant,
le touren est adroit,
Vous avez tantd'esprit
qu'onvous exeuseroit
Si vous étiez un peu
moins belle,
Vôtreintérêt étoit très
sensible &, trés
grand
Vôtrepresenc,e feule
a fait vôtrevictoire:
Oui vousavezraison,
mon
» mon esprit le com^
,: prend,
Mais mon coeur ne le
sçauroit croire.
Je sçai bien quevous voir dans un Procez
douteux
: Est une piece incontestable,
;
Mais quand vous trahissez
les plus doux
de mes voeux * Je suis trop affli gé pour
être raisonable.
Vous pretendez en
vain que tout vous
-
est permis;
Si vous vous souvenez
de ce qu'en cet Automne
Vous m'avez tant de
fois promis,
Vous ne croirez jamais,
Iris, qu'onvous
pardonne.
Nous vivions en ces
lieux, charmez du
seulespoir
D'un bien où vos bontez
nous avoient
fait prétendre,
Si nous étions déjà ravis
de vous attendre,
Helas ! quel eût été le
plaisir de vous
voir.
Quoy tant de beaux , projetss'en iront
en fumée?
, Quele Ciel, que jevais
contre vous animer,
Ne pouvant vous ravir 1
la- gloire d'être aimec.,
Vous ôte leplaisird'aimer
; Que lemaudit Procés
tous lesjoursre- »>
nouvelle,
Ou pour vous fouhaitter
tous les maux
à la fois,
Puissiez-vous dans l'ardeur
que donne un
nouveau choix,
Trouver un jour un
infidelle
Aussi beau que vous
êtes belle.
Voila,Madame, des
Vers, qui assurément
nevallent pd4 ~'ot,.e
Prose; j'aurois souhaitté
qu'ilseussent été dignes
de vous être enuoj'Z^^
mais unplus habile homme
quemoyj eut é-té, bien
>ewpêcic; je vous sup- le de ne les pas juger
selon leur mérité,& de
leur faire quelquegrâce,
en consideration de la
bonneintention avec laquelle
ilsfont venus au
monde.
Et sans perdre de tems
en de plus longs
discours,
Excusez qui n'a pû
mieux faire;
On ne réussit pas toûjours
Quand on a dessein de'
vous plaire.
POUR UNE DAME
qui avait demandé des
Vers àl'Auteur.
Cesse,charmante Iris,
cesse de souhaitter
Des Vers qu'Apollon
me refuse,
Etn'espere pas que ma
muse
Puisse à present te contenter;
Je ne fuis plus quoique
tu sasses,
Ce que j'étois dans mes
beaux jours,
Quand à la fuite des
Amours
Je badinois avec les
Graces.
C'est alors que j'aurois
chanté
Tous les charmes de
ta beauté,
Sur un ton si doux&
si tend re,
Que ton coeur par mes
sens
sens se laissant
émouvoir
Auroic presqu'autant
pris de plaisir à
m'entendre
Que mes yeux en ont à
te voir.
Cet heureux temps
n'est plus, excuse
ma foiblesse,
Tout ce que je puis fai- ,re,enrétat oùjesuis,
Cest de combattre les
ennuis
Que traîne avec soy la
vieillesse ;
Mon esprit plus timide,
& mon corps
plus pesant
Me font voir toutema
misere;
Je pleure le passé, je me
plains du present,
Et l'avenir me desespere.
Non, non, puisque les
cheveux gris
Ont fait fuir les jeux &
',: les s,,
* -.
Il ne faut point que je
t'ennuye ;
Quel agrément trouverois-
tu
A m'entendre prêcher,
d'un ton de Jeremie,
Qu'il n'etf aucun plaisir,
surlafinde sa vie,
Que celui d'avoir bien
vêcu?
Cependant c'est ce que
je pense,
Ce que chacun pense
'0
à son tour,
Ce que toi-même enfin
tu penseras un jour.
Heureuse! si tu peux
men croire par
avance,
Et si dés aujourd'huy,
faisant quelques
efforts,
Un sentiment si falutaire
T'arrache à des plaisirs
qui ne dureront
guere
Pour t'épargner de
longs remords.
MERCURE
GALANT.
:p IV. PARTIE.
NOUVELLES.
1 Nouvelles du Nord &
d'Allemagne.
,Les Lettres deWai sovie du
2. 8. Septembre confirment
que les Envoyez du grand
Visir & du Kan des Tartares
s'en étoient rerournez
sans avoir voulu délivrer les
Lettres dont ils étoient
chargez, aux Senateurs qui
estoient allez conferer avec
eux à Jaslowiecz
,
à cause
qu'ils n'avaient pasesté
nommez par la Republique
, mais par le Roy Auguste,
que le Grand Seigneur
n'avoit pas reconnu
pour Roy de Pologne;
qu'on attendoit le retour du
courrier qu'ils avoienc envoyé
au grand Visir ; que
les Moscovites étoient en*:
ore dans la Volhinie pour
observer les Turcs; que le
Roy Auguste avoit envoyé
ordre à l'Armée de la Couronne
de repasser la Vistule
pour estre à portée des'oposer
au Roy de Suede qu'on
disoit estre parti de Bender
à la teste d'une puissante
Armée.
Extrait d'une Lettre
d'Alemagne.
,
Le Roy de Suede est toûjours
à Bender anjec un corps
deTroupes Ottomanes qui doit
lny servir d'forte ey on ne
sçait point encore précisement
quand ce Prince en partira.
La réponse que le grand Visir
a faite sur les plaintes que S.
A4. S. & le Kan des Tartares
ont portées contre luy
,
riefl
pas demeuréésansreplique&
les Lettres de Constantinople
continuent de dire qu'il y a
fort à craindre pour le grand
vi;cir, parce que le Czar ne
'Veut executer aucun des Articles
du Traitédepaix tant que
le Roy de Suede sera dans
l'Empire du GrandSeigneur.
Cependant l'Armée des Turcs
l'si toujours sur lesbords du
Danube, & la faison est si
avancée qu'oncroit qu'elle ne
pourra rien entreprendre quand
même on auroit de~sein deforcer
le CKara% executer les conditions
de sonTraité.
CePrince partit le iG.
Octobre de Carelsbaden ; il
devoit se rendre à TorgdW
pour y assister à la Ceremonie
du Adanâge du Prince hereditaire
de Moscovie son fils,
avec la Princesse de Wolsembutel
,
après quoy il devoit
aller à Elbing,& de-là à
Petersbourgsa nouvelle Ville,
dans le Golphe de Finlande.
Les Danois sont toujours
devant Stralzundsans avan..
cer lesiege faute degros canon.
Les Suedois font de temps en
temps des sorties. Ils en firent
une le 20. Octobre dans laquelle
ils tuerent beaucoup de
monde. Les Suedois ont reçti
quelque secours dans I'IJIj de
Rugenparplusieurs Vais aux
de transport quiyfont arri'Ve:{.
L'on ~assare que la contagion
rft dans la Flotte Danoise, cque
ce mal diminuë beaucoup
à Copenhague.
Ily a dans la Hongrie ,
dans la Transylvanie cm dans
l3A'ntriche
, une maladie qui
s'estjettéesur le gros bestail
:J
de maniere qu'en peu de temps
ilyestmort la plusgrande partie
des Boeufs &des Saches ,
ÇjT* cjiicn beaucoup d'endroits
les Passans ne front pas en
état de labourer leurs Terres,
Ony a envoyé de Vienne des
Medecins & des Chirurgiens
sur les lieux pour tascher de
découvrir le principe du mal
,
&y aporter du rmede ; mais
,
les Modemssontrevenus sans
y avoir pû rien connoistre.
Le dommage causé par le
coup de foudre qui tomba le
z6, Aoustsur la Tour de
Sainte Elisabeth à Hetmanftad
en Transylvanie
, (si tresconsiderable.
Le Magasin de
poudre qui étoit dans cette
Tour lafit sauterenl'air, en
renversa plusieurs autres avec
une partie du Rempart; ily
eut soixante& trois Maisons
fe~ntfirè~refm~ernt~ruïn,éesc,f~cfe<nt ?qu~a.
rante autresfort endommages,
toutes les vitres des ifneflrcs de
toutes les autres Maisons tant
de laVillequedesfauxbourgs,
furent brisees
, & un grand
nombre de personnes furent écrasées
, OU moururent de
frayeur.
Les Lettres de Hambourg
du 1 6. Octobre ,
portent qu'un Officier venant
deNorwege pour aller
trouver le Roy de Dannemarck
de la parc du General
Lewendal ,en passant Icu,
en cette Ville-là; avoit rapportéque
ce General s'étoit
retiréàChristiania avec les
Troupes qu'il commandoir,
après avoir étably les contributions
dans une partie du
Gouvernementde Bahus, &
avoircampé pendant quinze
jours dans un poste avantageux
à la vue de l'Armée
Suedoise
, quoy que plus
nombreuse que la sienne.
On a appris par d'autres
Lettres que les Troupes
Suedoises destinées pour la
Pomeranieétoientembarquées
; que la grosse Artillerie
que le Roy de DanneimrcK
faisoit venir pour
battre la Ville de Stralzund
étoit encore à Fridericfort
prés de Kiel, & que celle du
.Roy Auguste étoit arrivée
en Pomeranie
,
mais qu'elle
ne pouroit estre au Camp
que dans dix jours, au plûtost
: que la Flotte Danoise
continuoit de croiser dansla
Mer Baltique; que quelques
deserteurs de la garnison
de Stralzund avoit aflur&'
qu'il y étoit entré deux barques
chargées de munitions;
que les Troupes qui y étoient
avoient des provisions
de bouche en grande
quantité,ainsi que celles qui
étoientdans TlflcdeRngen,"
quele General Meyerfeld &
folliciroit la Noblesse de
cette Province de se rendre
à Stetin
, pour avec lesTroupesqui
y sont, former
un Corps suffisantpour enlever
las Convois des Assiegeans,
ou faire une assez
grande diversion pour les
obliger deseretirer,àquoy
il y avoit beaucoup d'apparence
de pouvoir réüssir,
parce qu'outre que cette
Ville étoitbien munie,la.
faison étoit fortavancée,&
l'Armée Danoise & Saxonnen'avoit
point demaga
sinsni dePlace fortes dans Ic.
Pays, pour pouvoir y prendre
des quartiers d'hiver.
Extrait d'une Lettre de
Warsovie du 9. octobre.
Les Generaux travaillent
à regler ladistribution des quartier
d'hyverpour les Armées
de la Couronne& de Lithuanie
; mais on apprehende que
les Troupes Moscovites can- lesTroupes Mofcovttes cantonnées
dans la Volhinie
, ne
veulent prendre le leur dans la
Lithuanie. La mortalité est
parmy celles qui étoient rçflées àMohilow prés du Niefter..
(y celles qui avoient marché
'lJers l'Ukraine dans le dessein
qu'ilsy pouroient trouver de
quoysubsister, ont estéobligées
d'en revenir
,
les sauterelles
ayant détruit tous les grains de
cette Province,&la contagion
ayant fait mourir un grand
nombre d'habitans. Le General
Baverestarrivé avec environ
-
dix mille hommes à trois lieuës
d'icy ; mais on nesçait pas encore
s'il paßera la Vistule où
s'il prendra la route de la
haute Pologne. Il continue
d'exiger des vivres par force
nonobstant les promeßes que
luy les autres Generaux
Moscovites avoient faites de
payer tout ce qui seroit founi
pour lasubsistance des Troupes.
D'autres Lettres dattées du
1 17. de la même Ville portant
que Mis Bonkousk &
Wilkowki, qui avoient été
envoyez à Constantinople
par ordre du Roy Auguste,
[ & que le grand Vizir avoit
retenus,avoient été relâchez
le12. Septembre & qu'ils
étoientarrivez le 2 8. à l'Ar.
mée de la Couronne. QuV
prés leur arrivée le bruit s'é-
,
toit repandu que le Grand
Seigneur vouloit entretenir
1 une bonne correspondance
avec la République suivant
le Traité de Carlowitz ;
qu'il avoit même reconnu
le Roy Auguste pour Roy
de Pologne: que le grand
Visir pressoit vivement le
Roy de Suede qui étoit encore
à Bender, deretourner
dans ses Etats avant l'hiver
avec l'Escorte qu'on luy avoit
promise, par la route
qu'il luy plairoit,,
Celles de Hambourg
du 2.5.dircnt que la grosse
Artillerie du Roy de Dannemarck
n'étoit pas encore
arrivée au Camp devant
Stralzund;que celle du Roy
Auguste ne pouvoit pas y
arriver avans la fin du mois;
que le Roy de Dannemarck
avoir envoyé ordre à deux
Regimenrs de Cavalerie du
blocus de Wismar, de le
venir joindre;qu'il avoit prêté
au Roy Auguste les plus
grosses pieces de son canon
de Campagne pour servir
à rarraaue du fort de Pene..
mundesitué à l'embouchure
de la Pene dans l'Oder que
ce Prince à assiegé; que
deux mille chevaux & JOO.
fantassins de la Garnison de
Stralzund en étoient sortis
pour détruire les Radeaux
que les Assiegeants avoient
préparez pour faireune descente
dansl'Isle de Rugen
,
& qUI étoient couverts par
des redoutes qu'ilsavoient
construites ; qu'ilsemporterent
la premiere de ces redoutes
l'épée à la main
tuérent cinquante hommes,
qui la deffendoient
,
& enclouërent
le canon; mais
qu'ils ne purent rüiner les
Radeaux, parce qu'un gros
corps des Assiegeans étant
accouru les obligea de se
retirer.
Par une Lette du 2.7. du
Camp devant cette Place,
on a appris que les Saxons
s'étoient emparez du Fort
de Penemunde, que la garnsson
composée d'un Capitaine
,
de quatre Officiers
subalternes
,
& de soixante
Soldats
,
s'étoit renduë
prisonniere de Guerre;que
depuis la prise de ce Fort ,
le Roy Auguste avoit ordonné
au Prince de Saxe
,
Weissenfel
,
d'attaquer la
Redoute de Swiner, & d'occuper
les Isles d'Usendom
&de Wollin,sçituées à l'enbouchure
de l'Oder, afin de
couperentierement la communication
entre Stetin &
Stralzund.
Extrait d'une autre Lettre.
La Flotte de Dannemarck.
tft enfinarrivée aux environs
de ïlfle de Rugen, & on va
travailler à débarquer le gros
canon aprèslequel on a attendusilong
- temps. On doit ouvrir
la Tranchée au premier
jour, & la résolution est prise
de battre la Place le plus njicement
quefairese pourra,
afin de tâcher des'enrendre
maistre avant que lasaison ne
pUlsie plus permettre de te nir -
la Campagne. Cependant les
Troupes sont déja fort incommodées,&
sile mauvaistemps
continuë, le Siege decette Place
pouroit bien se terminer par
un bombardement.
On a appris de Leipsîk
que le Duc Antoine Ulric
de Wolsembuttel y étoit
, arrivé le 19. & que le lendemain
il en étoit party
pour Torgau, ou la Duchesse
sa belle fille & la
Princesse fille de cette Duchesse
étoient arrivées par
une autre route; que deux
jours auparavant le Prince
de Moscovie étoit aussï
passé par la premiere de ces
Villes pouraller au devant
du Czar son pere qui étoit
party de Catelsbade pour
aller aussi à Torgau,où
le Mariage du Prince son
fils avec la Princesse de
Wolfembuttel, devoit estre
cclebré.
Par les Lettres de Dresde
du 18. on a sçu quele Czar
y étoit arrivé le 18. qu'il
avoit donné l'ordre de Saint
André au Prince de Furstemberg
Gouverneur
-
de
FEtectorac de Saxe; que le
21.ils'étoit embarqué sur
l'Elbe, & que le 22 il étoit
arrivé à Torgau; que le
mesme jour 21. le Prince
de Moscovie son fils, le
DucAntoine Ulric de Wolfemburtel
,
le Prince herediraire
son fils, avec la Priaccflè
son épouse & laPrincesse
leur fille allerent à
Lichtenberg rendre visite à
rEkaricc: Douairiere de
Saxe, d'oùils sestoient rendus
à Torgau le 22. que
le Dimanche 25.le Mariage
du Prince de Moscovie
avec la Princesse Char lote-
Christine-Sophie de Wolfenbuttel
y sur celebré par
un Prestre Moscovite, suivant
les Rites de l'Eglise
Grecque; que le Prince fut
conduit par le Czar son
Pere, & la Princesse par le
Duc Antoine Ulric son
grand Pcrc ; que le soir il
y eut un tres grand festin
auquel le Prince de Moscovie
occupa la premiere place
ayant
ayant le Czar son Pcre à sa
droite, la Princesse son épou
se à sa gauche; que les
Princes & Princesses de la
maison de Wolfenbuttel
furent placez selon leur
rang ,
ainsi que plusieurs
autres Princes Moscovites
e., Allemans.
Les Lettres de Vienne du
17. Octobre portent que
l'Imperatrice épouse du feu
Empereur Joseph parue
en public le 11. sa Maison
ayant esté formée; qu'elle
alla à la Chapelle du
Palais avec un grand Cortege
de Seigneurs & de
Dames;que le Comte de
W ndischgratsaporta le16.
la premiere nouvelle de
l'Election faite à Francfort
le 12. en faveur de l'Archiduc;
que les Etats d'Autriche
avoient nommé trois
Seigneurs de leur Corps
pour aller en Italie luy
reprefentcr que si l'on continuë
d'exiger d'eux des
sommes tre considerables
pour les faire passer dans des
Pays Etrangers
, toutes celles
qu'ils ont données pendant
le séjourquel'Archiduc
a fait à Barcelonne y ayant
passé, & la derniere qui est
de trois millions de florins
ayant servy aux frais de son
Voyage, ils feront contraints
dabandonner leur
pays & de se retirer ailleurs;
qu'on ne doutoit plus quele
Couronnement de l'Archiduc
ne fc fist à Francfort, les
Electeurs n'ayant pas voulu
consentir qu'il se sit à Ausbourg
;que les avis d'Hongrie
portoient que la Conta-
,
gion y avoir fait de si grands
ravages que plusieurs Villagesétoient
entierement dépeuple;
qu'outre cela il y
avoir une mortalité de ber.
tail si extraordinaire, qu'il
y avoit des personnes qui
en avoient deux cens pieces,
auxquelles il n'en étoit resté
que deux ou trois; & qu'il
y avoit en plusieurs endroits
ijnc si grande quantité de
souris dans les Terres qui
mangeoient lesgrains qu'on
avoit Cernez) qu'il y avoic
tour lieu d'apréhender une
grande famine;que les Lettres
de Constantinople portoient
que le Gouverneur
d'Asaph ayant été sommé ,
de rendre la Place conformement
au Traité que le
Czar avoit concluavec le
çrand Visir,il avoit deman-
- dé un dclay de trois mois;
, qu'il avoit refusé de démolir
les Forts qui font auvoisinage
,
fous prétexte qu'ayant
été construits au dépens
du Clergé, il ne pouvoir les
remettre aux Ennemis de
leur Religion; que le Czar
avoit déclaré qu'il n'executeroit
le Traité qu'après
» que le Roy de Suede seroit
sorti des Etats du Grand
Seigneur quoy- que cet Article
n'y sur pas înlcic
; que
le Sultan avoir été fort irrité
de cette déclaration,&
qu'on croyoit quecesretardemens
& les instances du
Kan desTarrares qui se
* plaignoitdesHostilitezque
Jes Mosovites avoienr exercées
contre les Cosaques
qui étoient sous sa protection
, pourvoient causer une
nouvelle rupture avec le
.Czar ; qu'on blasmoit la
conduite du grand Visir,
de ce qu'il avoir precipitemment
conclu un Traité sans
prendre toutes les furetez
necessaires pou: l'execution,
de ivunierc qu1oritie doutoit
pas qu'il ne fût ~chose.
Extrait d'une autre cttrr,
de Vienne du 2..4.OÛ4te.
Le Comte de 1Vel^ek.partt'i
iicy le 17. pour aller en Saxe,
en qualitéd'Envoyé extraordinaireauprés
du C^ar> Ër
le Comte de Schlik, partit pour
aller à Presbourg avec une
Commission de l'Impératrice
Regente ponr régler vtc les
Etraatus d'Hongrie,!^'tiers
d'hiver eT la fuLyji >r? des
Troupes. Le 20. un Courrier
extraordinaire aporta le nouvelle
quel'Archidur etoit ar-
,1 T? J' rivé les Il Falo n'ayant été
que euke jours ay passer de
Barcelonne; que le douze il
voitdébarquéàSaint Pierre
d'Arena prés de Genes d'où il
étoit parjt le dou'{e & que le
lendemain il étoit arrivé à
Milan où il devoit rtftcr quelques
jours: qi/il devoit se
rendre directement àJuspruk
, & de- la à Francfort. Le
Comte de ÎVeltç partit le lendemain
en poste pour aller complimenter
ce Prince de la part
de l'Impératrice Regente : il
fut accompagnépar le Comte
de Nojlit% envoyé par L'lm.
peratrice WillelmineAmelie;
par le Baron de Weiberg, Envoyé
de Dedannmarck.
, par
le Comte François de Wurmb,
EnvoyéduDucdeWirtemberg
& par plusieurs autres Seigneurs.
Les Bagages & les
Livrées pour la Couronnement
de ce Prince ont été embarquez
sur le Dannube pour estre conduits
à Ratisbonne en attendant
de nouveaux ordres. On
à choisîcinquante Archers &
Trabans auxquels on aordonné
.de se tenir prests à tri archer lors
qu'on les avertira du lieu où
ils devrontse rendre. Les dernieres
Lettres qu'on a reçûës de
la Walaquieassurent que le
grand Visir étoit encore campé
avec son Armée à la raucbe
du Dannube au de-là de ce
Fleuve;qu'il avoit reçu ordre
du Grand S;igneur
,
de faire
trancher la teste à tous -"ceux
qui entreprendroient de les repasser
; que le Roy de Suede étoit
encore à Benàet sans sçavoir
encore letemps auquel ilen devoit
partir, & que le Grand
Seigneur avoit envoyé un Bétcha
pourcommander en Moldavie
, ne voulant plusy mettre
de Prince ou Hospodar.
L'E!rfl.'ur de Mayence est
tombé malade à Francfort.
Au Fort Loüis le 7.
Novembre.
Les Ennemis ont commencé
il faire repasser le Rjnn à une
partie de leur Armée epaiii.
culierement la Cavalerie qui
tfi en fort mauvais état
, un
,
grand nombre de Cavaliers étant
démontez.Les Generaux
doiventse rendre à Francfort
poury attendre l'Archiduc.
Sur des avis qu'on eut le
4. que deux cens hommes des
Ennemis avoientprispostedans
une Iste du Rhinnommée Doexland
, on fit partir lesoirsur
des Batteaux cent Grenadiers
& cinquanteDragons
,
qui
nonDbflArJt le débordement de ce
Fleuve décendirent h lendemain
à la pointe du jour dans
cette Isle,surprirent les Ennemis,
dont ils tuërent trente
six &firent le reste prisonniers
avec leur Commandant.
NOUVELLES
d'Espagne.
Lettre contenant un détail de
-
ce quis'est passé à l'Armée
commandée par Monsieur
de Vendosme
,
depuis le 16.
Septembrejusqu'au 2.3.
}>
Pour vousinformer au
» juste des mouvements de
» nôtre Armée, je vous
»diray qu'elle décampa le
16. Septembre de Cervera » &Agramunt,&vintcam-
» pcr en deux Corps à Tar,
yroja &àGuissonna.
>3
Le lendemain 17. nous
Ȏtant tous joints dans la
»Plaine de Connil, nous »marchâmes à la hauteur
"de Saint Martin qui est
un Village ou nous de-
»vionsfaire halte, nous la
3)
fimes effectivement;mais
nous ne nous attendions
» pas à beaucoup prés d'y
trouver les Ennemis, dont
JJ
nous vimes l'Armée qui
marchoit pour venir Focuper
aussi-bien que le
;, gros bourg de Calas.
»Ilfallutfaire unedisposition
pour aller en,
„ avant, dans un terrain fort
»dlfjcile & fort scabreux par
„ tous les ravins & les am-
5J phiteatresque formoient
3>
les Vignes. Pendant ce
temps là, les ennemis qui
s'etoient arrestez & qui s3étoient
mis en battaille,
commencerent à défiler
par leurs derrieresjusqu'à ,, Pratz-del Rey où ilsap-
„puyérent leur droite, &
"leur gauche à un gros
,,,
„Convent ou il y a un Moulin sur le bord d'un
l' ruisseau - derriere lequel
„ils se formerent ; nous
„ nousaprochâmesd'eux en
),
bataille à la portéedufusil;
,,Mais comme le canon ,l,., ,,n'étoit point encore arri-
,,
vé, que nous avions plus
,, de la moitié de l'Armée
„derriere, à cause de la
.J)
longue journée par ce
J)
qu'elle ne put trouver
,,
d'eaudans toute sa mar- ,)che, on remit la partie
.&y
au lendemain, & les deux „Armées coucherentauBi-
^voiiacen se donnant force
fanfares méfiez de Haut-
,, bois. Pendant la nuit
"on fit reconnoistre les
'>
bords du ruisseau qui se ,,trouverent cfcarpez plus
„ qu'on ne pensoit &
>>
absolument impraticables
„ Le 18. au matin nostre
canon étant arrivé on
,,commanç2 à sept heures
,,&-demie à tirer sur les
,,
ennemis qui ne pouvoient
",
avoir le leur, par ce qu'
„ étant angagé dans le défilé
))qui est entre Santa Colo-
5)ma & Saint Martin dont
.,)il étoit déjaassés prés &
;, que nous occupâmes
}y d'abord, ils avoient été
„obligez de le faire retour-
,,ner sur ses pas avecdili-
,, gence & de luy faire
fàlreP le tour par 1-;
„guaïda. Ainsi le nostres
* '"les maltraita fort & fit
„souffrir principalement
"leur Cavallerie; ils recu-
„lerent leurs lignes de
,,quelque distance & les
ayant placéessurdes hau- 1
„teurs fort avantageuses,
„ils•tâcherait de se cou- 1 vrirde nostrefeu en
,,
proficant de petits rideaux
"C]ui étoient devant eux
do)
Ils envoyerent deux mille
5,
hommes dans le village de
,3Pratz-del- Rey
,
endeça
3S
du ruisseau & qui est bien
3)ferme par une muraille
,,épaisse
,
bien flanquée par
5,
des tours & avec un che-
JJtnin de ronde dessus: ils
'),
mirent aussi à leur gauche
"dans le Convent qui est
,) au de-là huit cent hommes
»)qui s'y retrancherent.
,,Ainsi il étoit inutile de
„ tenter une affaire qui cer-
,,tainement auroit mal
5)
tourné pour nous puisque
„ la Cavallerie ne pouvoit
pas seulement donner un
,,coup de main, & que „leurs postes n'croient que
l'affaire de l'Infanterie

dont la leur est fuperieurc
,,à la nostre; cependant
„ comme il faut boire absolument
& qu'il n'y
,)avoit pas d'autre eau que
,,
celle du ruisseau, Mon-
,,sieur de Vendosme s'étant
,,avancé à une de nos batateries,
envoya deux com-
,,pagnies de Grenadiers des
J)
G irdes Wallones pour
,,cliaffir une des petites
»
Gardes que les ednemis
avoient portées pour
,, garder les bords du ruis-

seau; les ennemis voyant
,, ces Troupes pousséesen-
.;; voyerent leurs Grenadiers
,,en-plus gros nombre qui
,,ramenerent les nostres
,,.
jusques auprès de la batnterie,
ce qui fit qu'un battaillon
entier des Gardes
9)
wallones déccndit sureux
& les poursuivit fort loin
,,au de-U du ruisseau sur
„ quoy toutes la premiere
'", ligne des ennemis s'étant
,,ébranlée pour marcher en
, ,,avant, la nostreen fit
„dt meCme, & nous nous
„aprochâmes à la grande
„ portée du pistolet croyant
"la faire engager, de ma- niere qu'on ne pouvoit
,),pIus s'en dedire; cepen- dant Mr de Vendosme
„ayant crié halte de la

batterie, les deux Armées
)J
resterent en presence „quelque temps, pendant
lequel nostre canon dé-
„ siloit; l'Armée ennemie
cnfiti se retira dans ses
,, premiers postes en se couvrant
de quelques rideaux.
,,Ainsi ilsnouslaisserent
,,
maistres de cette partie du
„ruisseau après avoir perdu
5>
une trentaine d'hommes.
5)
Les deserteurs qui vinrent
Cil grand nombre dirent
)J que le canon leur avoir
"tué plus de quatre-vingt-
,,dix Cavaliers ou Soldats
,,&autantdechevaux: tout
»
le reste delajournée s'e-
J) tant paffé à les canonner ,
„nous nous campames sur
,,nostre mesme terrain, &-
3)
les ennemis qui n'avoient
„ point d'équipages, les
,,ayant renvoyez croyant
,,
d'estreattaquez certaine-
,,ment,coucherent en
5,
battaille au Bivoüac, ôc
travaillerent à se retran-
,,cher & a faire des batte-
"J'ries, ce qui sit prendre
33 party à noftrc General
",
de faire aussi retrancher
,,; les piquets que l'on avoit
„avancez prés du ruisseau&
3>de faire camper les Trou-
»
pesquin'étoient pas "à
9) couvert feulement du
"fullt, derriere des rideaux
qui ne les éloignent pas
„ d'avantage; le foir le
,,Régiment de Chazel,
„ Dragons arriva avec huit
',) pièces de canon & un
convoy
convoy de plusde deux
,,mille sacs de farine.
,, Le 19. se passa à tirée
,,quelques coups de canon
,,
beaucoup de coups de fuGI
,, & à travailler à se garantir
5,
de ce que nous pourroic
,,faire l'Artillerie des en-
,,nemis que l'on croyoit
Il
devoir amener la mesme „nuit.
,,
Tout le20.oncontinua
1)
à perfectionner les retran-
,,
chements avancez aussi-
,,
bien que les batteries. ôt
jjles ennemis travaillèrent à
élever leurs retranchemenés
peut se couvrir de
nostre canon qui ne UÏOLC ,,cependant pas fort souvent
attendu le peu de
„boulets qu'on avoir; on.
.1) en attendoit de Lerida par,
,, un convoy qui en venoit
,,avecdix ou douze pièces
„„fdaeirveilnegSt,iqèugaetdrçe^.dCeafrldûotnenseà.
Venasque se rendic. le 16.
,, la garnison de deux cent
,,vingt hommes & vingt
a,
Officiers aesté faitprison-
,,niere, nos Troupes fonç
,,allées faire le deCaC-
^tcl- Leon & ne peuvent
,,
estre icy que le 6' ou le 8.
5,
du mois prochain; il doit
„ arriver tous les jours des
;, remontes pour la Caval-.
„ lerie & les quatre mille-
„ hommes qui ont pris Ve, ,,nafque, ne laisseront pas
,,
de tenir ici un bon coin.*
„Il vient tous les jours
J)
beaucoup de deserteurs del'Armée
des ennemis dont
„ le canon arriva le 21. au
5,
soir
,
& commenta à tirer?
„le 22. Cematin23ilsont
commencé à nous bom-
))
barder dans nostre Camp;
,,on fait monter leur pertc
,,tant par l'Artillerie que
npar la Mousqueterieàcinq
x>
cens hommes ,, tuez ou blessez un Colonel, un „Lieutenant Colonel, un ,,Major ,tuez.; &quelques
,,Officiers.On faitau jpufcf
„,d'huy un grand fourrage à la vue desennemis,,jç
Mnc fçays'il produira queU
",que mouvement$iln'yà
,,pas apparence que nous
Il
décampions de long-
„ temps d'icy, je vous ¡mot::,
,,meray dje tout ce qui s'y-,
l'passera,,: - - • \S
Les Lettres de Madrid du
12.Octobre
,
disent qu'on
y enavoir reçu de Corella
qui portoient que le Roy
la Reine
, & le Prince des
Asturiesen devoient partit le 10.pour retourneren
cette Capitale
,
cequi cau- t(oie une grande joye parmy
rotrs les Habitants ; que le
Maréchal des Logis de la
I
Cour étoit déja party pour
1 aller dèvant faire réparer les
chemins avec plusieursoffi-
,
cicrs pour faire meubler les
apartemens de leurs Majestez
; que Meilleurs les Ducs
d Ossone, & de Veraguas
, yétoient déja arrivez.,ainsi
.-que Mr le Marquis de Valero
: que le Roy avoir nomjTié
Don Joseph Molinés
Doyen des Auditeurs de,
Rote,àl'Archevéché de
Saragosse; Don Francisco
de SoC7lis, Evesque de Lerida,
:& cy , devant Vice-Roy
d'Awagon par intérim
,
à lEvéelié de Siguença; Don
Francisco
-
Julian Cano,
Evêque d'Urgel, à l'Evéché
d'Avila; Don Juan Diazde
Arce,qui elt à Rome, pour
y estre Agent General
,
&
DonManuel
-
Corcalez de
Arce,Cbçvahèï de l'Ordre
d'Alcantara , pour servir
AdanrscalasRTrecalolreersie. de la ; -
Celles'du16.delàmême
Ville portent que le Roy en
partant de Corella ordonna
de récoiiîpcrvferlibérale*-
mentî lespropriétaires des
Terres sur lesquelles Sa M.
avoir prisle divertissement de
lachasse, pour les indemnifer
du dommage qu'on
»
pouroity avoir causé ; que
tous ces particuliers
,
loin
d'accepter lessommes qu>
on vouloit leur donner,lecs
avoient rcfufécs gencreufcment,
endisant que c'étoit,
la moindre marque de leur
zele pour leur Souverain, en
force que S.M; avoit esté
obligée de leur faire direque
ceferoitluy faire plaisir de
prendre les sommes qu'elle
avoit ordonnées >,qucle même
jour 2.6,. toute la Cour
deyoit arriver à Alcala de
Henarés, d'oùelle devoit:
aller passer plusieurs jours
à Aranjuez, en attendant
que les nouveaux Bastimens
qu'on faisoit au Palais,fusfrot
achevez, que Madame
la Princesse des Vrsins, qui
était arrivée à Madrid depuis
quelques jours, devoit
en repartir le lendemain
pour se rendre aussi à Aran":
juez, & que le Roy avoir
nomméàrArcbevêché de
Lima dans le Pérou
,
Don-
Antonio de Soloaga
,
Abbé
de Covarruvias, qu'il avoir
nommécydevant à -vcché
de Ceuta; que les derniers
Lettres qu'on avoir'
remues de Catalogne portoient
que lesdeux Armées
occupoient toûjours les memes
polies; que celle des
Ennemis foufroit beaucoup
éranc obligée d'allerfourager
à dix lieues du Camp;
que depuis que les deux
Armées étoient en presence,
jusqu'au8.Oâobrc",
il étoit venu plus de deux
mille Deserteurs qui avoient
prisparcy dans les Troupes
de Sa MajestéCatolique,
que le Chasteau de Cartel-
Léon
,
sçitué dans la Vallée
d'Arans'écoit rendule3.&
que laGarnison qui étoit de
cent cinquante hommes
sans y conprendrre les Oiîi1-
ciers avoit été faire prisonniere
de guerre; que les
Troupes qui avoient été
employées à ce siegeétaient
en marche pour aller joindre
Mt de Bracamonte
Maréchal de , Camp, qui
avoit été détaché avec deux
mille hommes pour aller
s'emparer du poste de Nostre
Dame des Miracles, entre
Solfone & Tora, & où
les Miquelets se retiroient
souvent après avoir fait
leurs cources;que le 12. les
deux Arméesavoient ceflfé
de se canonner à cause des
pluyes continuelles, & qire
Pratz del Rey ,étoit preC.
que entierement détruit.
\ Extrait d'une Lettre dumê."
me Camp,du16s
-
-
,';
Nous occuponstoujours nos
mêmes passes
> & les Ennemi-s
les leurs,qu'ilssoufrent beaucoup
par le mauvais tempsqu'ilfait
depuisplusieurs jours, (7 par *
le manque de fourage,nous ne
soufrons gueres moins qu'eux.
Monsieur de Vendosme
, a ffpendant
fait mettre la plus
grande partiede laCavalerie
Acouvert dans les lieux les plus
proches du Camp. On travaille
à reparer leschemins pour conduire
l'artillerie devant Cardonne
&So/fone) qui doivent
estreattaquez par les Troupes
qau~i oon~tf~a<i~t lesS~iefg~es de Ve'--
nasque&de Castel-Léon. Les
Deserteursqui continuent de
venir en grand nombre, apu-*
rent que les Ennemissont obli.
Lez d'allerfourager jusqu'a
douze & tresse heuës de leur
Camp : nous n'allonspas encore
si loin à beaucoup près. Deux
cens soixante (7 dix chevaux
des Ennemis,de Troupes réglées
ou volontaires, nous ayantenlevé
un Convoy de deux mille
Mulets
,
de cinquante sept
grands Chariots, desix-vingt
Charettes
y
que l'on conduifoit.
de l'Armée a Lerida, Monfleur
de Funbnena,,Colonelqui
etoitàBalaguerenayanteu
avois
, en sortit avec cent soixante
chevaux, (7 ayantjoint
les Ennemis au de-là de Termens
,illes défit entièrement;
quatre- vingt furent tuez&
les autres faits prisonniers
,
ftdrmy lesquelsily avoir un
Colonel, (7 troisLieutenants
Colonels qui furent tous conduits
à Balaguer,où le Colo
nel est mort deses Maures ;
c:7 le Convoy a été reconduit
à Lerida. Cette action n'a
cousté qu'unLieutenant,
dix Cavaliers tuezou h.erf'Z'
&une légère blessure à Mfde
Funbuena.
Les dernières nouvelles
qu'on avoir reçues d'Estremadure
étoient que l'un des
partis destinez pour empécher
le transport des grains
de Castille en Portugal ,1 avoit
rencontré prés d'Olivença
un Regiment des Enjicmis}
qui,quoy que surperieur,
avoir été attaqué par
ce Party qui l'avoit entièrement
défait, la pluspart des
Soldats & Officiers de ce
Régiment ayant été ruez &
lciefte faits prisônniers;que
l'Arméeétoitséparée cri
trois Corps qui étoient apportée
dese joindre en cas
de besoin ; mais qu'elle devoit
se sépater bientostentierement,&
entrer en quartier
d'Hiver.
Les Lettres du Royaume
de Valence disoient que le
fameuxRebelle, nomme
l'Alicantino, avoit été pris,
&qu'on devoit en faire justicc
incessament.
Celles d' Arragon
, que
leshabitans de Huesca,des
lieux de son Territoire
,
de
Santa Oladiera,deSabaliés,
& daples
, ayant appris
qu'une Troupe de volontaires
avoient fait une cource
dans le voisinage
,
les avoient
coupez dans leur rettaite,
& avoient repris leur
butin après enavoirrué un
grand nombre, & fait beaucou
p de prisonniers& qué
le Roypourrécom pen fer
leurzele, icsavoic tous exemptez
de logement de gens
de guerre.
- Nouvellesd'Angleterre
& de Hollande.
Les Lettres de Londres
du 1 6.Octobre portent
qu'on en avoit reçu de la
Jamayque par lesquelles on
aprenoit que le Capitaine
Littleton
,
Commandant
une Escadre de 1JX Vaisseaux
de Guerre y étant arrivé
le 22.Juillet eut avis
que Mr du Casse
,
étoit du
côté de Cartagene
,
& qu'il
n' avoit que trois Vaisseaux
de guerre&deux Fregates,
cequi ': le fit résoudre de
l'aller attaquer ; que dans ce
dessein il fit voile le 29. &
que le 6. Août il vit terre à
huit où dixlieuës à l'Orient
de Cartagene. Que le même
jour un Vaisseau qu'il avoit
envoyé à là découverte
fit signal qu'il voyoit cinq,
Varîteaux à Boca Chica,qui
est à l'entrée du Port de Cartagene
;que le7aumatinil
découvrit quatre Navires à
qui *1 ctojhna chasse&cle soit
il en prit un grandqu'il crut
estre un Gallion,&une Parache
; qu'il résolutensuite de
retourner à la Jamaïque afin
defortifier sonEscadre du
Vaisseau le Medway,&d'aller
attendre Mr du Casse, au
bout Occidentalde l'Isle de
Cuba,paroùil devoitpasser
pour aller àla Havane;
mais que l'on n'avoit eûdepuisaucunes
nouvelles de Mr
de Littleton, & qu'on avoit
seulementapris de la Jamaïque
qu'on n'avoit trouvény
or ny argent dans les deux
Bastimens pris, ce quifaisoit
croire que Mr du Casse, les
avoitEnvoyez pour amuser
ce Capitaine pendant qu'il
prendroit une aurre route
'avcc les Gallions.
Celles du20 disent que
Je Colonel Clayton,aporta
le 16.la Relation de l'entrepriseformée
sur Quebec
qui portoiten substance
que la Flotte aprés avoir été
retenuë plusd'unmois à
Bastondansla nouvelle Angleterre
, en partit le roi
Aoûrdernier;qu'elle arriva
le 19. à l'entrée delà grande
,îiviere' de Saint Laurent Otr,
elle fut obligée par unvent
de Nordoüest tres violent
de moüiller dans , la Baye de
Gaspé;que le premier Septembre
ilsentrerent dans la
riviere ou ils avancèrent environ
quarente lieuës, aprés
quoy ils se trouverent incomodez
d'une brume fort
épaisse & d'un grand vent
d'Est-sud-Est; que vers les
huit heures du soir le Chevalier
Hovendon Walker
,
qui commandoit la Flotte,
fie signal aux Vaisseaux de se
tenir serrez, & deporrer au
Sud
,
les Pilotes qu'il avotjE
pris à Baston, dont le Gouverneur
luy avoit répondu
de la capacité, ne connissant
pas -lesmoiiiIlagcs.; que quoy
qu'il eustpriscetteprécaution
,
les Courants ne laisserent
pas de porter la Flotte
vers la coste du Nord où elle
donna sur des rochers qui
firent périr deux Vaisseaux
chargez de provisions
,
&
huit autres chargez devingt
six Compagnies de Troupes
réglées ; que néanmoins il
ne se perdit aucun Vaisseau
de guerre;quele lendemain
4 la Flotte demeura au meme
endroit pour secourir
ceux qui s'étoient fauvcz sur
les débris; que le r: on tint
Conseil de Guerre dans lequelilfut
résolud'abandonner
l'entreprise, parce que
la perte qu'on venoit de
faire en rendoit l'excution
plus difficile, & que d'ailleurs
la faison étoit siavancée,
qu'on avoir tout lieu de
craindre de pareils accidens,
par le peu de connoissance
des Pilotes;qu'ainsi on mie
à la voile pour décendre la
Riviere;que la Flottearriva
!~ 1 5. àla Baye des Espagnols
gnols, dans l'Isle du Cap
Breton; que le19on cinc
un autre Conseil de guerre
pour délibérer si on arraqueroit
le Fort de Plaisance
dans l'Isle de Terre-Neuve-,
suivant l'ordre. qu'on en
avoit en cas querentreprise
sur Quebec ne réüssitpas;
mais qu'il futrésolu de rc+
tourner en Angleterre, parce
qu'on n'avoitpassuffisament
de vivres.Que d'autres
Lettres écritespardes Officiers,
font monter la perte à
, quatorze Navires, à prés de
deux mille hommes
,
&
disentqu'on étoit en peine
du Colonel Nicholson,qui
ayoit ordre lorsquela Flotte
partie de Baston de s'avancer
de la New- YorK avec
3000. horameSjCe qu'il pouroit
rassembler de Sauvages
pourattaquer l'Isle de Mont
rcal sçituée vers le haut de
la Rivicre de Saint Laurent,
parce que la Flotte devant
luy fournir des vivres, on ne avoir pas comment il auroit
pû se retirer & résister
aux François & aux Sauva-
,
ges leurs amis.
Les Lettres du 30. de la
même Ville, portent que le
Chevalier Hovendon Walker,
étoit arrivé à la Rade de
Sainte Helene prés l'Isle de
Wight avec la Flotte qui étoit
allée en Canada;que les
Troupes qui étoient dessus
avoient esté distribuées en
quartier de rafraichissement
dans les lieuxvoisins; que le :16. le feu ayant pris par accidentauVaisseaurl'Edgar
do
>7°.pieces deCanons, sauta
> en l'air avec cinq cens hommes
qui étoient dessus, dont
aucun ne se sauva qu'un Matelot
qui étoit dans la Chaloupe
, & trois Officiers qui
avoient mis pied à terre;
qu'il y avoit sur ce Vaisseau
quelques Habitans de Port smouth
qui eurent la même
destinée que l'Equipage.
Que le 24. on publia les
Préliminaires dont on assuroit
que la France & l'Angleterre
estoient convenus
pour parvenir à une Paix génerale
,qui contiennent que
le Roy Très -
Chrestien reconnoistra
la Reine de la
Grande-Bretagne en cette
qualité, & la Succçflion à
la Couronne,selon qu'elle
est à present establie-qu'il
consentira de bonne foy
qu'onprennetoures les mefurcs
justes-&raisonnables
pour empêcher que les Coutonnes
de France & d',E[-
pagne ne soient jamais réü.
nies en la personned'un me-N
me Prince; que l'intention
duRoyest que tous lesPrinces
& Etats engagez dans
cette guerre, sans aucune
,
exception trouvent une satisfaction
raisonnable dans
le Traitéde Paix,& que le
Commerce soit rétably &; 1
maintenu à l'avantage de la
Grande Bretagne, de la Hol.
lande & des autres Nations,
que comme le Roy veut exa.
ctement observer la Paix
quand elle fera concluë, ôc
que l'objetqu'il se propose
etf d'assurer les Frontières de
son Royaume sansinquieter
en aucune maniéré les Etats
de ses voisins ,il promet de
consentir par le Traité qui
se fera que les Hollandois
soient mis en possession des
Places fortesqui y sont specifiées,
&qui serviront à l'avenir
de bariere pour assurer
le repos de la République de
Hollande ;que le Roy consent
aussi qu'on forme une
barrière seure &convenable
pour l'Empire & la Maison
d'Autriche;que quoyque le
Roy ait dépensé de grandes
sommes pour l'acquisition&
&les fortifications de Dunkerque,
Sa Majesté s'engage
à les faire raser aprèslaconclufion
de la Paix, moyens
nant un équivalent à sa fatisfaction
& comme les Anglois
ne peuvent le fournir,
la discution en fera remise
aux Conferences pour la
Négociation de la Paix. &
que lors que les Conférences
seront commencées on y
examinera à l'amiable & de
bonne foy les prétentions
des Princes & Etats engagez
dans cette Guerre, & on
n'obmettra rien pour les
terminer à la fatisfactondes
Parties.
On a appris par les Lettres
de la Haye du zi. Octobre
que sur le bruit qui s'y estoit
répandu que la Paix se négocioic
en Angleterre avoir
obligé les Etats Generaux à
y envoyer Mr Buys, Penfionnaire
d'Amsterdam en
qualité d'Envoyé Extraordinaire
: que le
1 6. il partit
pour aller s'embarquer sur
un Yacht de l'Etat que
le Comte de Strafford Ambassadeur
d'Angleterre arriva
le ii. à la Haye
,
&
que le lendemain matinil
eut une conférence avec le
Pensionnaire Heinfius.
Celles du29 portent qu'-
on ne doutoit plus des Negociations
de la Paix commencées
entre l'Angleterre
&la France;que comme
elle etoit ardemmeut souhaitée
le Publicq n'avoit
point d'autre attention; que
depuisl'arrivée du Comte
de Strafford
,
Ambassadeur
& Plénipotentiaire d'Angleterre,
il avoit toujours cil
des Conférences avec le
Pensionnaire Heinfius,&
sept Dépurer des Etats Généraux
qui s'étoient aussi
assemblez extraordinairement
pour déliberer sur ce
qu'il avoit communiqué.
Celles du5. Novembre
disent que tous les Ministres
des Puissances Alliées
,
lene
avoient dépêché des Courriers
pour les informer de
ces Propositions Préliminaires,
afin de recevoir leurs
ordres.
Suite des Nouvelles
d'Espagne.
Monsieur de Vendosme,
ayant eu avis que trois mille
hommes des meilleures
Troupes de l'ArméeduGeneral
Staremberg
,
avoient
,
pris secrettement la route
de Tarragone pour quelque
expédition, il envoya avertir
les Gouvet neurs de TorraCe
& de Lerida de se tenis
sur leurs gardes. Eneffet,le
General Wezel, à la teste de
ce détachement
,
auquel il
avoir joint deux mille cinq
cens Miquelets,arriva le 2
Octobreavant le jour sur le
glacis de Tortose sans avoir
esté découvert à cause d'un
grand broülllard. ces Troupes
surprirent d'abord un
Corps de Garde prés de la
barrière & la demi lune de
la Porte du Temple
,
où il
n'y avoir point de Garde Ils
voulurent ensuite cfcalader
la muraille prés de la Tour
voisine de l'angleflanqué du
Bastion de S. Jean ; mais le
bruic qu'ils firent en posant
leurs Echelles, les fit découvrir.
Onavertitaussi-tost
MrdeGlines Commandant
de la Place qui s'y transporta
avec toute la diligence
possible. Dés qu'ilfutarrivé
il fit tirer cinq coups de canon
qui estoient le signal
pour faire prendre lesarmes
à la Garnison. Dans le même
temps il fit tirer sur le Rempart
les Echelles que les Ennemis
avoienc dressées, par
les So ldats de sa garde qui
l'avoient suivi. Lesennemis
fc voyant découverts se glisrent
entre les ouvrages & la
riviere ; mais la Garnison &
un grand nombre de Bourgeois
ayant occupé tous les :
Portes, on sir pluficurs décharges
de canon sur eux
chargé à cartouche, qui leur
tuèrent beaucoup de monde.
Cependant ils ne se rebuterentpas&
s'avancerent
aux portes du Temple &de
Saint Jean ausquelles il voulurent
attacher des petards
pour les enfoncer; mais lesgrandes
décharges que l'on
fie sur eux les obligèrent de
seretirer en si grand desordre
qu'ils abandonnèrent
quatrecens hommes qui
avoient pris poste dans la
demi lune de la Porte du
Temple, avec un Lieutenant-
Colonel & plusieurs
autres Officiers'; tout leur
attirail, & huit cent fusils.
Mrs de Bustamante qui étoit
avec deux cens hommes à
deux lieues de là, accourut
au bruit du canon, lequel
ayant trouvé les Ennemis
qui se retiroient, les poursuivit,
& en prie un grand
nombre. On compte que,
cette entrepriseleuracoûté
prés de quinze cens hommes
tant tuez que prisonniers &
deserteurs qui se fontvenus
rendre depuis.
D'autres Lettres portent
qu'après que les Ennemis Ce
furent retirez
,
l'Evêque fit
chanter le Te Deum, & distribuer
ensuite des rafraîchissemens
à la Garnison &
aux Bourgeois qui avoient
pris les armes pour la deffense
de leur patrie; que dans le
même temps que les Ennemis
avoientessayé de furprendre
Tortose
,
plusieurs
Vaisseaux de guerre & plufleurs
Galeres où il y avoit
des Troupes de débarquement
avoient approché de
Vignaroz à l'embouchure
de l'Ebre, dans le destein de
s'emparer de cette Ville ou
de brûler les Magasins de
grains qu'on y avoit amassez
; mais qu'ils avoient esté
pareillement contraints de
le retirer sans avoir pû exe-
,
cuter leur dessein.
NOUVELLESde
divers endroits.
De Gironne le 2.6.Aoufl.
Mr le Marquis de Brancas,
Lieutenant General des
Armées du Roy, Gouverneur
de Gironne, & Commandeur
de l'Ordre Militaire
de S. Louis, a donne une
grande Feste pour honorer
la mémoire de ce Sainr
,
&
pour donner des marques
de son zele au Roy ,à Sa
Majesté Catholique, &, à
Monseigneur le Prince des
Asturies, qui en porte le
nom.
Le 24 il ordonna aux
Trompettes de la Ville d'avertir
les Habitans d'illuminer
le soit toutes lesfenêtres
de leurs maisons; ce qui suc
cxecuté avec toutes les marques
d'un zele des plus ar..
dents.
Le 15. jour de laFeffe de
Saint Louis) Mr le Comto:
de Ficnnes. Lieutenant ge-
,
neral des Arméesdu Roy,
& Commandant enchefles
Troupes sur la Fronticre
Chevalier de Saint Louis;
Mr le Marquis deCaylus;
& Mr de Rignolet
,
Maré.
chauxdeCamp;Mr le
Comte de Valouse, & Mr
le Comte de Parabere,Brigadiers
; Mr de Grcfigny,
Lieutenant de Roy de la
Place; Mr deReding-, Cofanel;
Mr du Chayla,Ingénieur,
&c Chevalier deSaint
Louis;FEcac Major, & plufittiVs
Officiers des Quartiers
voisins, allèrent le matin
faire compliment à Mr le
Gouverneur,ainsi que le
Clergé dela Ville- laNo-
0
blesse, les Jurats, & les principaux
Bourgeois, & chacquuentl.
uluyypprercsfecnnttaauunn BBoouu--'
Toute cette Assemblée
se rendit ensuite dans une
Paroisse du Mercadal quiest
commune aux Religieuses
de Saint Bernard, où l'on
chanta une grande Mcffe en
Musique qui finit par le verset
Domine salvum sac Re..
gem.
L'aprésdinée il y eut un
grand Concert de voix &
dinstrumcns dans la maison
de Mr Prats, Gentilhomme
distingué &, premier Juratde
la Ville ,où logeoit Mr
le Marquis de Caraffa Seigneur
Napolitain, Maréchal
des Camps & Armées
de Sa Majesté Catholique;
Les Dames, quiestoientmagnifiquement
parées, furenc
placéessur des chaises&sur
des Carreaux à la maniere
Espagnole, selonleur rang.
dans une Salle fort spacieuse
illuminée par un grand
nombre de lustres, de girandoles
&de consoles garnies
de bougies.
On y servit une grande
, Collation, a prèslaquelle on
tira un beau Feu d'artifice
,
de l'invention de Mr de la
Grange. Il estoit dressé dans
la grande Place de la Ville;
C'étoit un Arcde Triomphe
defigurecxagonalc quifoû+
tenoit une cfpeccdelcl-lâé
! teau àquatre pans,orne d'un
) côtré d'Ecussons aux Armes
de France, & de l'autre d'Ecussons
des Armes d'Espa-
! gne,&entouré d'une balustrade
de Fleurs- delys,La
Statue Equestre de S, Louis
qui estoit au haut, sembloit
! détruire par des foudres qui
i
partoienc de sa main droite
quatre figures de Maures
qui representoient l'Herefie,
l'Idolâtrie, & les Sarrafins,
dont il avoir délivré la
Cité sainte; & les deux côtezoù
il n'y avoir pointd'E.
cussonsetoient garnis d'Emblêmes
à la loüange des deux
Rois, & du Gouverneur.
:
Une triple salve de prés
de cent pieces de canon fut
lesignalde l'exécution dece
Feu, après laquelle Mr le
Marquis de Brancas donna
un soupémagnifique.
De
DeBayonne le 24. Octobre.
La ReineDouairiere d'Espagne
ayantsouhaité daller
passer quinze jours au Château
de Bidache appartenant aMrle Duc de Grammont,
choisit Mr de Larretigny,
Commissaire Ordonnateur
des Classes au Département
de Bayonne, pour l'y conduire
,
Sa Majesté s'embarqua
le 22.. à neuf heures du
matin dans une Chaloupe
dela diligence avec laquelle
Mr de Larretigny ravoir:
fait conduire, qu'elle luy fit
l'honneur de le gratificr dune
tabattiere magnifique.
De Genes le 17.Octobre.
L'Archiduc débarquaicy
le 12. au matin; mais il ne
voulut point s'y arrester,
quoy qu'on luy eust fait
préparer un Logement: il
réfusa aussi les prefçnsde la
République, fous prétexte
qu'elle n'a point voulu le
reconnaître pour Royd'EC
pagne:il monta dans sa Calèche
à la sortie de la Chaloupe
qui le Init à terre, &
pritlaroute de Milan.
De Milanleil.Octobre
Depuis le 12. que l'Archiduc
est arrivé icy plusieursSeigneursy
font venus
le salüer
,
& entrautres le
Duc d'Ucede qui a quitté le
service du Roy Philippe V.
& qui cependant n'a pasesté
reçu par ce nouveau
Maistre, avec autant d'agrément
qu'ill'esperoit. Ce
Prince mange tous les jours,
en public, travaille avec ses
Ministres aux moyens de
trouver lesgrosses sommes
dont ila besoin. Le 157 le
Comte de Windischras,
Envoyé par l'Ambassadeur
de l'Archiduc à Francfort
luy aporta la nouvelle de
son Election à l'Empire.
Le Prince d'A vellino, & le
Marquis de Prié arriverent
le mesme jour de Rome.
On atrend un Depucé de la
Dicte Electorale qui aporte
l'Actedel'Election, & le
Cardinal Légat que le Pape
envoye pour complimenter
ce Prince.
De Hambourg le 6 Novembre
Le feu ayant pris à
Alrena le 2. de ce mois,
plus de trois cens maisons
ont este brulées, ainsi que
le Quartier des Juifs & leur
Synagogue; on y envoya
d'icy plusieurs Pompes pour
esteindre le feu avec des
Massons & des Charpentiers
; Mais telles coupures
que l'on fist dans les bastimens,
on ne put l'empescher
de le communiquer
des uns aux autres, & cet
incendie ne fut arresté que
le lendemain à cinq heures
du soir.
La Ville de Prestoë,
sicuée prés de la pointe
Méridionale de l'Iste de
de Zéeland, a esté entiere
mentréduiteen cendres.
De Leipfikle 5. Novembre.
Il fit hier une tempeste
si extraordinaire; qu'elle a
renversé pluficurs maisons,
déraciné & abbatu une
grande quantité d'arbres
dans les Forests & ailleurs,
rüiné les Jardins que le Roy
Auguste avoit fait faire
proche du Château de
Dresdec; & cette mesme
tempeste a fait perir un
Yacht magnifiquedel'Electeur
de Brandebourg.
DeVienne le 2. Novembre.
La mortalité parmy le
bettail dans l'Autriche &
»
dans la Hongrie est incroyable.
PouZrD peu que cela
dure l'on fera contraint

d'y vivre sans viande, san
beurre, sans fromage, &
sans laitage; & comme le
labour des Terres se fait
en ces Pays là presque uniquement
avec des Boeufs,il
y a beaucoup de Terres qui
y resteront en friche.Cette
maladie qui a d'abord règne
dans la Transylvanie, n'y a
presgue, laissé ni Boeufs,. ni
Vaches ni Moutons..
De Rome le 24. Octobre,
On reçut la semaine
dernière plusieursLettres
de Ferrare, portant que la
mortalité du bestail augmenroit
considerablement
dans le Veronois, le Vicentin
,
& le Padouan
, ce qui
faisoit aprehenderla contagion.
Ces lettres ayant (fié
luës dans la Congrégation
de la Consulte, il a esté
ordonné de prendre toutes
lesmesuresnecessaires pour
empêcher qu'il n'entrast
dans l'Etat Ecclesiastique
aucuns bestiaux venant de
ces Pays là, & on a recommandé
au Cardinal Impe.
rialc qui va à Milan de ne
passer paraucundesendroits
qui sont infectez de cette
maladie.
MORTS.
Jacques de Savonieres,
Chevalier de l'Ordre de
Saint Louis & Capitaine du
Port de Marseille, y mourut
le
1 1. Seprembre. Il avoit
esté pendant 47. ans Officier
des Galleres, dont
il étoit devenu premier
Çaplaine.
Marie Hyacinthe,née
Princesse de Ijçne» & du
Saint Empire Romain,
mourut le premier octobre
âgée de 17. ans. Elle etoit
fille de Mr le Mirguis de
Moï, ci devant Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes
Ecossois, Commandant la
Gendarmerie de France,
& d'Anne Catherine de
Broglia.
Loüis de Vilevant, qui
avoit esté reçu Confciller au
Parlement, en 1653. puis
Maistre des Requestes en
1671. mourut le 19. Octobre
âgé de 80 ans.
Antoine de Lux; Comte
de Vantelet, Gentilhomme
Ordinaire du Roy mourut
le 4. Movembre âgé de plus
de 80 ans.
Catherine Vincent,veuve
d'Antoine Guyet Maistre
des Comptes, mourut aussi
le 4. Novembre âgée de
80 ans. ," ,,.
Michelle Chanlatte é*
pou se de Jacques Pallu,
Conseiller Honoraire au
Grand Conseil, mourut le
le 7 Novembre.
Henry -
Félix de Taffy,
Evescque de Châlons sur Sône
, y mourut le 11. Novembre
âgé de 71. ans.
Jean. Léonard Seeou(Ter
Conseiller - Secrétaire du
Roy, & Avocat au Parlement
de Paris
, mourut le
16. Novembre âgé de 51.
ans huit mois, avec une profonde
capacité. Il avoit plusieurs
talens qui ne se rencontrent
pas toujours dans
la même personne. Il parloit
en public & parloir
bien. Le ton de sa voix qu'il
sçavoit varier en vray Orateur
,
suivant les choses qu'il
avoit à dire; sa netteté &
,
son érudition luy attiroient
sansréduirel'attention de
i^utle monde. Horsdu Barreau
,
c'estoit un guide sur
par ses con seils. Il estoitceluy
de S A. S. Madame la
Princesse Doüairiere de Condé;
de celuy de la Maison de
Conty & de celle du Maine.
Mais il sçavoit se partager
entre-eux & le public. Une
refusoit aux pauvres ny son
temps ny des secours qu'il
prenoit sur son necessaire.
En 1709. il vendit son carosse
& leur en fit distribuer
les deniers par Mr Secousse
son frere, Curé de S. Eustache.
Joseph François Petit de
Ville-neuve, qui avoit esté
reçuConseiller Clerc au
Parlement le 4. Janvier
1702.. mourut le 22. Novembre.
Monsieur de Brom Fieubet,
est aussi mort.
BENEFICES.
Le 31.Octobre, le Roy
donna l'Abbaye de Marbarcken
Alsace, Ordre de
de Saine Augustin, Diocese
de Basle, au Pere Preist.
Celle de Nostre-Damede
la Procection, Ordre de
Saint Benoist, Diocese de
Constances,, à Madame de
Saint Pierce.
Celle de Montigny,
Ordre de Saint François,
Diocese de Besançon, à Me
du Tilleret.
Et celle de Saint Au fonc
d'Angoulesme, Ordre de S.
Benoist,àMe d'Orleans Rothelin
,
sur la presentation
de Monseigneur le Duc de
JBerry.
Rentree du Parlement.
L'ouverture des Audiances
du Parlementa esté faite
par Mr lePresident deMesmes.
Mr Chauvelin Avocat
General fit un très- beau
Discours sur l'Amour propre,
& fit l'éloge de feu Mr
Secousse, celebreAvocat.
Mr le President de Mesmes
prit ensuite la parole. Le
jour des Mercuriales
, ce
même President fit aussi un
Discours a. Meilleurs du
Parlement. Mr le Procureur
General parla sur la fermeté
du Juge, & fit les Eloges,
de feu Mr !c PelletierleMinistre,
de feu Mr Molé
,
de
feu Monseigneur le Dauphin,
& deMonseigneur le
Dauphin sonfils.
;
De Madrid le 9. A/ovtimbre.
On fait icy de grands
preparatifs pour la reception
de leurs Majestez Catholiques
: les Rejoüissances
feront d'autant plus grandes,
qu'on a des assurances
certaines que la Reine est
grossedetrois mois. On
travaille à la construction
de quatre Chateaux de Feux
d'Artifice, devant le Palais
& devant l' Hotel deVille,
& les Orphevres commencent
à établir dansla rue
de la Plateria, ce qu'ils otoc
de plus precieux en Argenterie
& en Pierreries.
Le Roy a nommé trois
Plenipotentiaires pour assister
aux Negociations de la
Paix.
-
Les Gallions sont arrivez
heureusement.
De Londres le 10. Novembre.
Le Comte deGallatsch,
Envoyé de la Cour de
Vienne a eu ordre de la
Reine Anne de sortirincessamment
d'A ngleterre, sa
conduite étant suspecte:
cet ordreluy a estésignifié
par le Chevalier Cotterel
Maistre des Ceremonies,
aprésavoircité averty par
le Comte de Darmouth de
ne se presenter plus devant
la Reine.
,- De Paris le 28. Novembre
Un Courier depêché par
par Mr de Vendosme, a
raportéque leDucd'Argyle
avoir reçu ordre de la Reine
Anne demettre en quartier
les Troupes. Angloises -%.
celles qui font à la solde de
la Couronne d'Angleterre,
& de n'agir offensivement
ru deffensivement.
Les bruits que les étrangers
avoient fait répandre
que le Roy avoit envoyé
des ordres dans tous les
Ports de France de n'en
laisser sortir qu'aprés la
conclusion de la Paix, aucuns
Vaisseaux Anglois qui
y feroient venus avec pafse
port de Sa Majesté
Yquant
me smeils feroient
chargez, n'avoit aucun
fondement; au contraire
Sa Majesté a renouvelle
ses ordres dans tous les
Portspour donner aux
VaisseauxAnglois toute
l'assurance & la protection
possible.
De Versailles le 17.
Novembre,
Il est arrivé ce marin un
Courier du Comte de Strafort,
qui à raporté que les
Etats Generaux avoient envoyé
des Passeports à la
Reine Anne pour nos
Pleniporentiares, & qu'ils
luy laissoient le choix du
lieu pour les Conferences..
Le Roy a nommé Mr
l'Abbé de Pomponne Concilier
d'Etatd'Eglise à la
place de feu Mr I'Àich-cvccque
de Reims.
De Paris le 30. Novembre.
Il y a eu plusieursactions
entres les Armées de Catalogne
au desavantage des
Ennemis. On en donnera
le détail le mois prochain,
ainsi que detoutes les autres
nouvelles importantes.
TABLE.
Irc Partie. Litterature, 3
,
RecettefourfaireLeChocolaty 6
Académies, ils
IIe" Partie.Amufimens.
Histoire1toute veritable, 1 Questions, Réponses, Bouts;
rri-m~meezz,,,EEnniipg-m.nîeess, fprreeffeenîicceedd'eeffrr
prit d'unejeune-Fille,Chun-
[on, 77. & suivantes.
TABLE.
IIIe Partie. Piecesfll,gitive.l#"
Piecenouvelle} 1
Stances,. 16'
Lettr"e àM(ad;am,eP,. 3f ReponJe 4 Y a). 45
Autre, 5j
IV" Partie. Nouvelles.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le