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1786, 09, n. 35-39 (2, 9, 16, 23, 30 septembre)
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MERCURE
DE FRANCE.
( No. 35. )
SAMEDI 2 SEPTEMBRE 1786.
SEPTEMBRE & 30 jours & la Luke 19. Do 1 18 zo les jouts
décroiffeur de 51 ′ 26" le main , & de 51′ 14″ le loir.
Jours
du
mois.
Noms des Saines.
Tem,smoyen
BL
Phafes
de la
Lune. Midi vrai.
Vend. S. Leu , Evêq. de Sens.
Sam S. Lazard , fuffufcité.
313. D. S. Gregoire - le - Grand,
Lund. S. Marcel , Martyr.
Mard. S. Antonin , Martys.
Merc. S. Onéfipe.
Jendi. S. Cloud , Prêtre.
Vend. La Nativul de la Vierge.
Sam. S. Omer , Evêque,
1014, D. S. Nicolas de Tolentin,
Lund , S. Patient , Evêque.
131
14
12 Mard. S. Serdar , Evêque.
Merc . S. Maurille , Evêque,
Jeudi. L'Exaltar, Sre. Croix.
15 Vend. S. Nicomède .
16 Sam S. Cyprien , Evêque.
1715. D. S. Lambert , Evêque.
18 Lund S. Jean- Chrifoftome.
Mard S. Janvier.
25 Merc . S. Eustache.
21 Jeudi. S. Mathieu , Apôt e
11 Vend. S Maurice.
19
23 Sam. Ste Thècle , Vierge.
24 16. D. S. Andoche , P être.
25 Lund. S. Firmin , Evêque.
26 Mard. Ste Juftine , Vierge .
27 Merc. S. Come & S. Damien.
28 Jendi. S. Ceran , Evêque.
29 Vend, S. Michel , Archange.
30 Sam. S. Jérôme , Prêtre.
11h. 59′ 41″"
11 59 22
59
$3 43
58
24
4
OP.L 57 44
le 8 à 7 57 24
h. so m.11 57 3.
du matin. 56 43
56 22
17
CD.Qu
$6 1
55 40
55 19
le 14 à 1111
54 58
h. 19 m..
du foir.
54 37
54 16
53 55
53 35
Q. T. TI \ 33 14
N. L. 17
52 53
l'Automne 122 à 1017 52 32
h . 43 m.11 52
du matin. I
[ 1 32
IT 10
50 50
P. Q. 50 3т
le
35 à 3/11
50 II
h. S m 121
13
du foir.
JOURNAL DE LA LIBRAIRIE
LIVRES NATIONAUX.
Bibliothèque des Dames,Numéro
3 des voyages : in- 16.
A Paris , au Bureau , rue d'Anjou
- Dauphine.
Petite Bibliothèque des théâtres;
Numéro 7 , in- 16.
On fouferita Paris , au Bureau,
rue des Moulins, Butte S. Roch,
Numéro 11 ; chez Belin , L. rue
S. Jacques & chez Bruner , L.
place du théâtre italien.
30
ou
La précieufe Collection
Recueil de penfées : in- 12.
A Paris , chez Poinçot , L. rue
de la Harpe.
La Phyficienne , Comédie en
un acte & en vers ; par M. de
la Montagne tin -8°.
A Paris , chez le même.
Confidération fur M. de Vau
ban : in-8 °. 11.4 f.
Paris , chez Nyon l'aîné , L.
sue du Jardinet.
Coftumes des grands théâtres
de Paris ; Numéro 16 : in-8°.
A Paris, au Palais royal , audeffus
du caveau.
Differtation fur l'abricotier ,
fes différentes efpèces , fa culture
& fes propriétés pour les
alimens , la médecine & les
arts in fol. avec figures coloriées
, 6 1.
A Lyon , & fe trouve à Paris ,
chez Didot le jeune , Lib . quai des
Auguftins.
Eloge de Louis XII ; par M.
Langloys : in- 8. 11. 10 f.
A Paris , chez Leclerc , L. quai
des Auguftins ; Defenne , L. au
Palais royal ; Dupuis , L. grande
falle du Palais ; Langious fils , L.
rue du Marché Palu ; & à Ver
Jailles , chez Blaizot , rue Satory.
Encyclopédie méthodique :
dix neuvième livraiſon in -8°.
A Paris, chez Panckoucke , L.
rue des Poitevins.
Effai fur le contrat collybiftique
des anciens : in 4° .
A Lyon , & fe trouve à Pa
ris , chez Poinçot , Libr. rue de !
Harpe.
Geneviève de Cornouail ,
& le Demoifel fans nom ; par
M. de Mayer , 2 part . in 12.
·
A Paris , chez Buiffon , Libr
rue des Poitevins .
Hiftoire des poiffons de Block
Numéro 20 :iinn--jfol.
AParis , chez Didot le jeune ,
L. quai des Auguftins.
Journal de médecine , traduit
de l'anglois ; année 1786 , t . I ,
in- 8 .
A Dijon , & le trouve à Pa
ris , chez Barrois jeune , L. quai
des Auguftins. A Paris , chez M. Buc'hoz ,
Auteur de cette differtation , rue Lettre d'un villagois , fur l'arde
la Harpe , au-defus du Col- ticle du Mercure du 8 Juillet
Lége d'Harcour. 1786, concernant l'Epître de l'amitié
; par M. Ducis : in- 8° .
A Paris , au Pala's royal.
Le Dragon de Thionville ,
fait en un acte ; par M. Duma.
piant : in -8°.
A Paris , chez Cailleau , Imp.-
L. rue Galande , Numéro 64 .
De l'électricité du corps humiin
, dans l'état de fanté & de
maladie ; par M. Berthelon :
2 vol. in - 8°. avec fig. br. 10 1.
ro f. rel. 121.
M. J. L. de Brunswick Lunebourg,
poëme ; par M Roucher
: in - 8 °.
A Paris , chez Quillau , Imp.-
L. rue du Fouarre.
Mémoire fur la culture & les
avantages de la racine de difette ;
par l'Abbé Commerel : in - 8°.
MERCURE
DE
FRANCE ,
DEDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES,
CONTENANT
Le Journal Politique des principaux événemens de
toutes les Cours ; les Pièces Fugitives nouvelles
en vers & en profe ; l'Annonce & l'Analyfe des
Ouvrages nouveaux ; les Inventions & Décou
vertes dans les Sciences & les Arts ; les Spectacles
; les Caufes Célèbres ; les Académies de
Paris & des Provinces ; la Notice des Edits
Arrêts ; les Avis particuliers , &c . &c.
SAMEDI 2 SEPTEMBRE 1786,
A PARIS
Au Bureau du Mercure , Hôtel de Thou,
rue des Poitevins , Nº. 17.
Avec Approbation & Brevet du Roi,
TABLE
Pre
Du mois d'Août 1786 .
IICES FUGITIVES.
Le Triomphe de l'Intérêt ,
A la Rofe,
Acroftiches ,
3
6
49
So
L'Horofcope accompli ,
Le Billet ou l'Art d'Ecrire,
Conte ,
Le Coucou & la Fauvette
Fable 97
145
Epitre d'un Célibataire à M.
le Vicomte de V... ,
Réponse à la Queftion , 148
Charades , Enigmes & Logogryphes
, 8, 53 , 101 , 152 .
NOUVELLES LITTER.
Lettresfürl'Egypte,
Memoirefur le Mais ,
Hiftoire de Kentucke ,
Mémoire fur la Fortification
perpendiculaire ,
10
fibilité ,
Lettres Philofophiques & Politiquesfur
l'Angleterre ,
Hiftoire de
81
86 Les Dangers de la ville
Le Bonheur dans les Campa-
• 104
131,
135
gnes
Les Soirées Provençales , 112
Etat Naturel des Peuples , 123
Eloge de Louis XII,
Voyages en Europe , en Afie
en Afrique ,
Confidérations fur l'Influence
du génie de Vauban
Confeffion générale de l'année
1785 .
L'Aminte du Taffe,
154
168
173
21 Le Lycée de la Jeuneffe , 18
27
Variétés ,
Tableaux des Anciens Grecs ,
હતું.
SPECTACLES.
36.
32
Concert Spirituel ,
341 Comédie Françoise ,
Comédie Italienne ,
185
88
Annonces & Notices , 43 , 92 , 56 149. 188
Traduction du Théâtre An
glois,
Recherches Phyfiologiques &
Philofophiques fur la Sen
A Paris , de l'Imprimerie de M. LAMBERT ,
we del a Harpe , près S. Côme.
MERCURE
DE
FRANCE.
SAMEDI 2
SEPTEMDRE 1786.
PIÈCES
FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
A Mile DE SAINT - LÉGER , Auteur
des Deux Soeurs.
DE tes
aimables Soeurs du Pinde ou du
Parnaſſe ,
Quelle eft la fleur encor que tu peux envier ?
Charmante Mufe ,
aimable Grace ,
Saint-Léger , les Neuf Soeurs t'ont offert leur laurier.
De leur myrte heureux & fidèle ,
Les trois Soeurs ont fu te
parer ,
Et les Deux Soeurs te donnent
l'immortelle.
( Par M.
Delayalette. Y
A i
MERCURE
A une Jalie Femme , qui m'appelle
fon Ami.
QUAND
UAND pour moi vous ouvrez votre ame
Au fentiment de l'amitié ,
De grace, expliquez - vous , Madame ;
Eft-ce faveur ? Est- ce pitié ?
Moi , votre ami ! plus j'enviſage.
Les devoirs d'un titre auſſi beau ,
Plus je fens qu'un pareil fardeau
Paffe les forces de mon âge .
Quoi ! d'un ami prendre le ton
Avec une femme jolie ,
Qui , m'immolant
à la faillie ,
Agiteroit fur ma raiſon
Tous les grelots de la folie !
Convenez
que mon froid jargon
M'expoferoit
à vous déplaire :
Et puis , tenez , je ſuis fincère ;
Quand il s'agit de deux beaux yeux ,
D'air fripon , de taille légère ,
L'amitié n'eft qu'une chimère ,
Elle n'a plus droit à mes voeux.
Lorfque, fous votre main favante ,
Le clavier rend des fons brillans
Et que la voix la plus touchante
S'unit à vos doigts femillans ,
BIBLIOTHECA
KEGIA.
ARTA
DE FRANCE.
·
Je vous en fais l'aveu , Madame ,
Je fuis ému ; mais }; croyez bien
Que l'amitié n'entre pour rien
Dans tout ce qu'éprouve mon âme.
Eh ! voudrois -je attrifter les Jeux
Dont l'effaim brille fur vos traces ?
De l'Amitié les pâles feux
Sont-ils pour la mère des Grâces ?
Il eft un Dieu plus féducteur......
Pardon , je deviens téméraire ;
Mais j'en appelle à votre coeur ,
Les dons fi vantés de la foeur
Valent-ils le fouris du frère ?
(Par M. de Chas , de Nifmes. )
ÉPITAPHE de ma Voifine.
CI -Gir la vieille
Radegonde,
Qui fut jolie affez long- temps.
Cette maman , petite & ronde ,
Fit beaucoup de bruit dans le monde :
Elle y parla quatre vingts ans.
( Par M. l'Abbé de la Reynie. )

A inj
MERCURE
LA TOILETTE , Conte Poétique , imité de
Pignotti , Florentin.
Auferimur cultu :
Pars minima eft ipfa puellafut. Ovid.
AVRIL , couronné de fleurs & de verdure ,
avoit dix fois chaffé le pareffeux Hiver , &
dix fois femé nos champs de roſes & de
violettes , depuis que Defpina , grace au menfonge
heureux de cent fortes de fards , fembloit
s'être arrêtée à fa trentième année .
Mais en vain cherche- t'elle à s'abufer ellemême
, en vain croit -t'elle tromper les yeux
d'autrui ; fon impitoyable miroir ſemble lui
crier à toute heure : Defpina ! Defpina ! tes
beauxjoursfont paffés!
Elle lit dans les regards de la volage jeuneffe
, que les fiens ont perdu le pouvoir qu'ils
avoient de lancer l'amour & la vie.
Hélas ! maintenant feule & fans être apperçue
, elle monte le bruyant efcalier du
théatre ; feule & accablée d'un mortel ennui ,
clle s'étale dans fa loge déferte . Elle ne voit
plus fur fon paffage les yeux avides arrêtés fur
fès yeux , chercher la diftinction d'un regard
ou la faveur d'un fourire .
Les élégans , en habit du matin , ne courent
plus la furprendre à fa toilette . De lonfiles
de brillans phaétons n'embarraffent
plus les approches de fon hôtel . Au- lieu du
gues
DE FRANCE. 7
fracas flatteur qui retentiffoit naguères dans
Les appartemens inondés d'adorateurs , partout
règne aujourd'hui un morne & vafte
filence ; par- tout les froides langueurs d'un
calme infipide.
Négligemment couchée fur fon lit.... de
repos , rêveufe , contriftée , elle paffe dans fa
folitude la longueur entière des jours .
Le cercle d'amans jadis fi empreffés à
deviner ſes volontés fuprêmes , eft remplacé
par unfinge & une perruche. A fes pieds rẻ-
pofe un épagneul , le feul de fes amis , hélas!
qui lui foit refté fidèle.
De temps en temps Defpine tourne indolemment
les regards fur fa chère ménagerie ,
& diftribue avec une tendre fenfibilité une
légère careffe à l'un , à l'autre un demi-fourire,
& quelques mots de douceur à tous. Jaloux
de l'amufer à leur manière , l'oifeau parleur
& l'animal grimacier fe tourmentent à qui
mieux mieux . Le finge contrefait à s'y méprendre
les attitudes d'un petit-maître ; il careffe
de la main fa charmante figure , ou la
rafraîchit en déployant & agitant vite , vite
l'éventail rond du beau Zerbin , fon premier
maître de grâces. Le grave vert - vert , d'un
gofier enroué , répète les déclarations d'amour
& les fermens du dernier amant de Defpina
.....
Elle le contemple d'un regard fixe & prolongé
; & tandis qu'elle l'écoute , fon coeur
ému foupire. Mille douloureufes réflexions
l'agitent ; de longues larmes coulent de fe
A iv
8 MERCURE

yeux , & fillonnent le carmin de fes joues.
Elle penfe avec d'amers regrets aux plaifirs
tant aimés de fa fugitive jeuneſſe ; elle accufe
tous les amans de perfidie , & dans ſa peine
extrême elle s'écrie plufieurs fois : Que dois-je
faire , Amour , Amour , confeille moi !
>
" Si je retourne dans ces galantes converfations
où fe raffemblent nos jeunes étourdis ,
pourrai - je endurer leurs tons impertinens
leurs frivoles propos , leurs airs dédaigneux ?
Moi qui brillois dans ces rendez-vous , moi
qu'on entouroit , qu'on citoit , qu'on fuivoit
en foule , je pourrois voir ma cour abandonnée
, & à peine fixerois-je à mes côtés un
homme , un feul homme , à qui peut- être je
ferai pitié , & qui ne fera qu'un fot !
"
" Si je recherche les vieilles bégueules qui -
tiennent maiſon , j'entendrai ( quel fupplise
! ) vanter à chaque inftant le bon - fens ,
la raifon , l'âge mûr , & invectiver contre
cetteaimable jeuneffe qu'on ne ceffe d'appeler
folle où fotte. Comme l'ennui fe peint fur
tous ces fronts ridés ! comme on y déraisonne
avec humeur ! comme on y bâille ! Je bâille
d'y forger , & mes vapeurs redoublent....
Oh ,fciagura ! oh Dio fanto ! »
« Faut-il déjà , réformant toute parure ,
échanger mes robes de goût , mes rubans ,
mes riches dentelles contre les mauffades
livrées du bigotifme ! Irai-je , le front couvert
d'un crêpe funèbre , l'oeil en - deffous , l'oreille
au guet , paffer la matinée à l'Égliſe , & la
foirée avec un mystique Directeur ! »
DE FRANCE.
J
Le front appuyéfur fa main , les yeux fixés
en terre , c'eft ainfi que Defpine parle avec
elle-même. Son ame foible , irréfolue , flotte
entre tous ces partis , & ne fe réfout pour aucun.
Tel , dans le combat orageux que fe livrent
deux vents contraires , un jeune arbriffeau
courbé fur les bords d'un abyme , tourmenté
, plié en tout fens , tantôt touche le
fol , & tantôt fe redreffe.
Vers la fin de certe tempête intérieure asriva
l'heure de la toilette. L'induftrieufe Nérine
, la palette à la main , fit renaître les
rofes , & déploya les lys fur le vifage de fa
maitreffe. Defpine fut fi bien peinte , qu'elle
pouvoit défier les événemens ; aucune rougeur
, aucune pâleur fubite n'étoit capable de
trahir fon fecret ni de déconcerter fes grâces.
C'étoit l'heure où la partie utile du genrehumain
( qu'on compte pour rien ) le
peuple , qui règle fon repos & fes repas fur
la marche du foleil , fe diftrait de fes peines ,
affis autour d'une table frugale ; mais dans le
beau monde , il n'étoit encore que petit-jour.
Defpine , inconfolable , en proie à fes folitaires
ennuis , paffoit dans un humiliant abandon
les momens jadis fi triomphans pour fes
charines .
Tout- à-coup , ô bonheur ! fa porte s'ouvre
on annonce ; fon coeur treffaille ..... Elle voit
entrer Valère ; Valère , très - jeune Cavalier ,
d'une figure intéreffante , fpirituelle , & qui
l'appela ma petite coufine.
(Valère en effet avoit , dit- on , des parens
AY
ΤΟ MERCURE
alhés à Defpina. ) Sorti depuis peu du Collége
, il venoit , felon l'étiquette , en parent
bien appris , & qui commence fon entrée
dans le monde , faire à fa coufine une vifite
fans confequence. On voyoit à fa gaucherie ,
( qui n'étoit pas fans grace ) à fon air naïf &
timide , & à la facilité avec laquelle il rougiffoit
, qu'il étoit peu formé , & qu'il avoit
encore cette précieuſe fleur d'innocence dont
ces Dames font tant de cas.
Avez-vous quelquefois fuivi dans les airs
L'autour au bec retors , à la tranchante ferre ?
per- Il plane , il cherche fa proie. Si fon oeil
sant découvre au loin dans les campagnes une
jeune colombe échappée de fon nid , & prenant
fon effor d'un vol mal affuré , l'oifeau
saviffeur fond fur elle & l'enlève.
C'eft juftement ainfi que la Civetta Def
pine, depuis long- temps habile en l'art d'ar-
·rêter un amant dans fes lacs , dreffe foudain
toutes les batteries. Elle épanouit fa figure ,
elle compofe artificieufement fon air , fon
maintien , fes manières ; elle veut lier à fon
char cette ame fimple & novice.... Triomphe
trop facile à fon expérience !
Valère qui , jufqu'à ce moment , n'avoit
connu que fes bouquins , n'avoit va que la
face renfrognée des durs & brufques pédans
de fon Collége ; qui n'avoit enfin pour toute
fociété de femmes , fait connoiffance qu'avec
Lesbie & Neera , maîtrelles antiques des
DE FRANCE.
P
vieux Élégiaques latins , le pauvre Valère
refta pris dans les gluaux de l'Amour.
Pouvoit-il réfifter aux rofes d'un fi beau
viſage ? à cet air doux , à cet art agaçant , à
ces riens féducteurs , à ce fourire enfin d'une
adroite coquette qu'on ne foupçonne pas encore
? Pour moi , je l'avouerai , je crois que
j'y eulle été attrapé tout comme notre Écolier.
Comme on voit un Commerçant perdre
fon crédit par des faillites imprévues , & tomber
du fein du luxe & de l'abondance dans la
plus lamentable détreffe , puis tout- à- coup reprendre
fa place , & , pour ainfi dire , la vie ,
fi quelque héritage fortuit renouvelle fes
fonds , & le met à même de recommencer
avec plus de prudence fes lucratives ſpéculations:
telle Defpine emploie dès ce moment
tous fes foins , tout fon art , à conferver la
proie fortunée que le hafard lui adreffe.
Elle eft à - propos économe ou prodigue
d'appâts. Tantôt elle loue fon nouveau Sygisbé
avec d'enivrans tranfports ; tantôt elle
Te défole par un filence boudeur ; la bride &
l'éperon lui fervent tour- à- tour pour faire
route vers fon but. Mais fur-tout , ( chofe
infiniment importante ! ) elle fait cacher dans
l'ombre du plus impénétrable myſtère , l'art
prodigieux qui lui fert à cacher les injures de
fes luftres nombreux.
Et comme elle fait très -bien qu'une paix
continuelle endort les ames , & que le brandon
de l'Amour languit & s'éteint fi l'on n'at-
A vj
12 MERCURE
tife fa flamme par le fouffle des querelles ,
{ ainfi qu'on voit des charbons s'embrâfer
dans nos foyers lorfqu'on irrite leur ardeur
par le vent grondant des foufflets ; ) à la moindre
faute notre douairière ne manque pas de
fe courroucer. Elle menace , tonne , éclate ;
& fon tremblant efclave.... adore fes caprices
& baife fes fers.
Un jour que le malheureux Valère s'étoit ,
fans le favoir , rendu infiniment coupable , il
arrive , & voilà qu'on vous le traite avec la
plus défefpérante rigueur. Il s'étonne , il s'excufe
, on refufe de l'entendre ; il fort ; il erre
en proie à la crainte horrible de ne jamais obtenir
grace aux yeux de fa Vénus offenſée ,
& fe retrouve enfin chez lui abymé d'angoiffes.
Le bon jeune homme croyant avec fimplicité
fon crime irrémiffible , & le courroux de
fa belle éternel , paffa la nuit , Dieu fait dans
quelles agitations ! ô nuit ! nuit défaftrenfe ,
que tu fus longue pour cet amant déchiré de
remords !
A peine l'aube blanchiffoit l'orient , il fe
lève , & , pâle , défait , tremblant , il fort de
fa maifon, & court chez Defpine . Les portes ,
les volets , tout étoit fermé. Il s'éloigne , il
revient , regarde à fa montre , querelle les
aftres du ciel , palle , repaffe cent fois devant
le temple de fon idole. Les inftans lui paroiffent
des heures , les heures des fiècles. La
crainte & l'efpérance fe partagent fon coeur.
Il médite fes excufes , il compofe fes regards ;
DE FRANCE.
13
il difpofe tout fon extérieur au rôle pénible
qu'il va jouer fans feinte ; car enfin , n'eſt-il
pas coupable de lèze-majeſté ?
Après une éternité d'attente , la porte ,
l'inexorable porte s'ouvre en criant fur fes
gonds. Brûlant d'amour , bouillant d'impatience
, il y court , il franchit l'efcalier avec la
viteffe des vents , oubliant dans fon aveugle
empreffement que le foleil au tiers de fa
courfe laiffe encore régner la nuit dans la
joyeuſe enceinte dont la pourpre fert de dais
& de tente à la belle Deſpina.
Il a le bonheur d'arriver dans les premiers
appartemens fans être apperçu. Son coeur bat
fortement ; tout l'émeut , tout l'intéreffe ,
tout ce qu'il voit n'a-t'il pas le bonheur d'appartenir
& de plaire à Defpine? Mais tout - àcoup
il s'arrête immobile. L'indécence de
l'heure le frappe. Pourfuivra -t'il: fe montrera-
t'il fe cachera-t'il ? Il n'en fait rien ?
Quel bruit fe fait entendre ! .... Il
pâlit ! ... Ce n'eft rien... N'importe , il eft
glacé d'effroi , il étouffe ; & , dans fon trouble
intolérable, il fe précipite au fond d'un réduit
obfcur , dont la porte entre- ouverte s'offre
heureufement devant lui.
Ce cabinet noir , ( remarquez bien ceci ,
cher Lecteur , s'il vous plaît ) étoit un ancien
paffage dérobé , qui conduifoit difcrètement
de l'anti - chambre à la toilette de Madame.
Une porte vitrée , & voilée d'un court rideau
de taffetas vert, fépare cette pièce condamnée
dufacré cabinet des féminins myfières. Jugez
+
14
MERCURE
fi l'entrée en étoit permife aux profanes ! &
c'eft dans ce lieu perfide qu'eft cependant
caché le diſgracié Valère ! il va voir... Que ne
verra-t'il pas !
Déjà Phébus pouffoit fon char de feu fur
le zénith de la voûte éthérée ; la lumière en
torrens inondoit les plaines céleftes ; les objets
prominens ne projetoient prefque plus
d'ombre autour d'eux... ou , pour dire en françois
la chofe , il étoit midi.
Un fonge officieux profternoit en ce moment
Valère aux pieds de Defpina. Defpina
daignoit relever fon jeune ami . Defpina fe *
difpofoit même à recevoir fon plus tendre
hommage. douleur ! Morphée retire fes pavots
, & l'Amour , ce malicieux enfant , s'envole
en riant loin de Deſpina.
Elle s'éveille avec humeur ; fa paupière
s'entre - ouvre aux doux rayons de l'aurore
factice que lui ménagent les demi- jours de
fes jaloufies ; & après avoir frotté les yeux ,
bâillé trois fois , fonné fes femmes , elle fort
de fon lit couverte feulement de la légère
draperie qu'un profateur groffier oferoit ap
peler chemife.
Defpina où courez- vous ? où courez- vous
dans ce ridicule équipage ! arrêtez , malheureuſe
! arrêtez .... Dieux ! fi vous faviez quel
audacieux mortel eft caché dans cet obfervatoire
, vous frémiriez de vous montrer à
fes regards , outragée en cent lieux par Lucine
& le temps. - Elle ne m'entend pas. Je la
vois qui s'avance vers l'attelier des Grâces.
DE FRANCE
S
L'autel magique eft dreffe par les Prêtreffes.
On permet au Jour de s'introduire dans le
boudoir: voilà, voilà Deſpina fans fard , fans
vernis , fans talifmans , & telle qu'elle eft
avant de prendre fes mafques.
Ses cheveux en défordre , moitié flottans ,
moitié bouclés , retombent fur fon front ridé,
retombent fur fon cou jaune , fali par la
fonte nocturne des pommades colorées qui
les maftiquent pendant le jour. Les fleurs de
fon teint font remplacées par des taches plombées
; de longs fillons traverfent fon front &
fes joues; un grand cercle bleuâtre entoure
fes yeux livides & battus ; fes mouches détachées
laiffent appercevoir çà & là des cicatrices
hideufes ; tout , en un mot , préfente
en elle l'image du délabrement & de la flaccidité
: c'eft un vrai remède d'amour.
-
Semblable au villageois , qui , dès que
Forage a celle , court dans fes champs , & les
trouve tout dévastés , fes haies font arrachées ,
fes arbres abattus, le fable infecond couvre
fes vertes prairies : hélas! il ne reconnoit plus
les limites de fon héritage ; il ignore en les
parcourant s'il eft dans fes poffethions , tant
lafpect en eft rendu méconnoiffable ! — Tel
le jeune Valère, en voyant apparoitre ce fantôme
inconnu , l'obferve avec étonnement de
la tête aux pieds , & ne reconnot en lui au
cun trait de fa Defpine. Cet air fatigué , ce
teint Heri , ces cris rares & grifornans , tout
le perfunde qu'au lieu du lever de fa belle , il ·
eft témoin de celui de quelque vicille ma16
MERCURE
tronne. Reftons ici , fe dit - il à lui - même ;
prenons patience : cette guenon partie , je
verrai sûrement arriver ma Bergère.
Cependant on approche l'autel mystérieux
de la vanité ; on dreffe le cruel & véridique
miroir. On étale , on découvre & poudres &
parfums. Ces boëtes renferment des paſtels
de toute couleur. Ceux- ci blanchiffent le cou ;
ceux-là empourprent les lèvres ; les autres
peuvent imiter ces longs filets d'azur qui
ferpentent à fleur de peau. Enfin , c'eſt avec
tous ces ingrédiens que l'art des enchantemens
compofe Defpina toute entière , & fait -
en former une fi belle pièce de ftuc.
Madame s'affied devant fa glace . ( Valère ,
témoin de tout , eft toujours caché vis - à- vis . )
La fidelle Nérine , confidente des plus fecrets
facrifices , fe tient à côté d'elle. L'ouvrage eft
en train. Le charme opère. On redouble
de zèle. Cetre joue fe repeuple de rofes.
Ce fein peu- à- peu reprend fes lys accoutumés.
Le vifage commence ratraper d'un
côté fa phyfionomie de jour : comme fous
le pinceau d'un Peintre habile vous voyez
tour - à - tour les yeux s'ouvrir , le teint
s'animer , & les cheveux ondoyer & blondir.
à
Notre contemplateur , établi dans fon
pofte , lorgnoit comme un Aftronome depuis
une grande heure , lorfqu'en bien confidérant
cette figure , il crut véritablement reconnoître
quelques traits de fa Defpina. Il regarde
de tous fes yeux ; il héfite encore ; mais enfin
DE FRANCE. 17
chaque inftant diffipe fon doute. On place
deux ou trois mouches , on implante une ou
deux dents poftiches : voilà Deſpina rajeunie ,
la voilà blonde. Elle met fon pouf & fon cul
de crin; elle ferre les noeuds de rubans qui
foutiennent fa gorge ; c'en eft fait , Valère ne
fauroit plus s'y méprendre ; il reconnoît la
Dame defes penfees.
Ainfi l'armateur Batave , qui attend un
vaiffeau chargé de marchandiſes précieuſes ,
dont l'heureux retour va décider de fa fortune
, vole à toute heure fur le rivage . Le
coeur agité par la crainte & l'efpoir , il cherche
fon navire fur le vafte azur des mers , &
après l'avoir attendu vainement pendant un
long eſpace de temps , il le découvre enfin ,
ou croit le découvrir . Il ne s'eft pas trompé.
Les mâts paroiffent poindre & fortir du fein
des flots amers. Il diftingue les girouettes nationales
, ( flottantes comme les panaches
qui furmontent les chapeaux de nos Laïs ) il
le voit avancer , toutes voiles dehors , & reconnoît
avec joie jufqu'à la proue fi bien
peinte, qui repréſente ou la Chimère ou quelqu'une
de ces fameufes Sirènes .
Oh ! qui pourroit raconter la furpriſe , le
courroux , la honte de Valère , voyant de
quelle ridicule espèce il s'étoit fi follement
épris ! De vils pots de pommades , de poudres
de couleurs renfermoient donc les charmes
qu'il idolâtroit !
Le dépit s'empare de lui . Il fort bruſquement
de fa niche, non plus timide & fup18
MERCURE
1
pliant , mais d'un air perfiffleur & léger , mais
plein d'affurance , & parfaitement guéri de
fon ridicule amour ; & , fans regarder Defpina
, il adreſſe au galant arſenal cette rifible
apoftrophe :
« Sacrés vafes ! poudres , parfums , paſtels ,
je m'incline refpectueufement devant vous.
Confervez le fouvenir de ma plaifante fimplicité.
( Je ne parle qu'à vous : c'eft vous ſeul'
que j'aimois ) Si jamais quelqu'amant novice
eft dupe autant que moi de vos brillantes
impoftures , s'il vous confond avec la beauté,
empêchez- le fur- tout de voir ce que j'ai vu.
Je fuis défenchanté ; je vous rends
adieu. ››
--
graces :
L'art eft de cacher l'art. Il ne peut triompher
qu'en imitant la Nature. Mais quand
fur les ailes du temps lajeuneffe s'envole avec
nos attraits , que faire donc pour plaire ?
Être douces & bonnes . Ofemmes , s'écrie un
Sage , la bonté & la douceur vous caractérisent
d'une manière plus intéreffante encore que la
beauré.
Improvifus ades ; deprendes tutus inermem . Ovid.
( Par M. Bérenger. )
DE FRANCE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Univers ; celui
de l'Enigme eft Plume ; celui du Logogryphe
eft Tabatière , où l'on trouve Tiare , bière,
rat , &, ire , traitéré , bette , bière , trait.
CHARADE.
DANS la gamme on voit mon premier ;
C'eft au milieu de mon dernier
Qu'on peut entendre mon entier.
ÉNIG ME.
Sous les dehors trompeurs d'une faufſe juſtice ,
Je cache un coeur rempli d'une horrible avarice ;
Et par mille détours inventés à propos ,
Pour un très- petit bien je cauſe de grands maux ;
Famille ruinée , enfans fans héritage ,
Ce font - là de mes jeux & mon plus bel ouvrage.
Qui le croiroit pourtant ? les aveugles Mortels
Viennent encore en foule encenfer mes autels.
( Par Mlle de Vilaire , à Vilaire -fur-Terre ,
près d'Olonne. )
20
MERCURE
LOGOGRYPH E.
DANS un pofte éminent j'établis mon empire ;
Je raffemble à mes pieds une nombreuſe cour ;
Je
porte dans mon fein le charme qui l'attire ;
Et tous mes ornemens font mis au plus grand jour.
Ne renverfez point ma ſtructure ;
Et , fans vous donner la torture ,
Tranchez mon chef , & fucceffivement
Le chef de chaque mot reftant ;
Vous trouverez avec aifance
Un inftrament de pénitence
Que nos Héros Chrétiens trouvoient encor trep doux
Pour appaiſer le céleſte courroux ;
D'une grange le terrein ferme ,
Où par un effort redoublé ,
Le fléau dégage le blé
De l'enveloppe qui l'enferme ;
De l'ame un vif emportement
Qui la mettroit hors d'elle- même ,
Si la raifon , par un pouvoir fuprême ,
Ne maîtrifoit ce mønvement ;
Et ( pour couronner l'opufcule )
Ma définence eſt une particule
Qui du mot réduplicatif
Offre le figne diftinctif.
(Par M. Révial, de Narbonne, Ancien Capitaine-
Aide-Major du Régiment de Bourgogne. )
DE FRANCE. 21
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE d'Hérodote , traduite du Grec ,
avec des Remarques Hiftoriques & Critiques
, un Effaifur la Chronologie d'Hérodote
, & une Table géographique ; par
M. Larcher , de l'Académie Royale des
Infcriptions & Belles Lettres , Honoraire
de l'Académie des Sciences & Belles-
Lettres de Dijon. 7 vol. in - 8 ° . A Paris ,
chez Mulier & Nyon , Libraires.
HERODOTE , qu'on a appelé le Père de
l'Hiftoire , n'a pas été le premier Hiftorien
Grec ; Hécatée , Charon de Lampſaque , écrivirent
avant lui l'Hiftoire , foit de la Grèce ,
foit de l'Afie ; mais leurs Ouvrages fe font
perdus comme ceux des Poëtes qui précédèrent
le Chantre d'Achille & d'Ulyffe; & c'eſt
aux pertes que nous avons faites, qu'Homère
doit le titre de créateur de la Poéfie , & Hérodote
celui de père de l'Hiftoire . La gloire
de l'un & de l'autre , après avoir été tour- àtour
l'objet des hommages des fiècles & des
critiques d'un petit nombre d'efprits diftingués
, paroît s'établir & fe fixer de nos jours
fur des jugemens plus approfondis , fur une
appréciation plus éclairée . Jamais il n'a paru
ni plus de Traductions d'Homère ni plus d'Édi22
MERCURE
tions d'Hérodote , ou de Commentaires &
d'Obfervations fur les Écrits de ce père de
l'Hiftoire. La Traduction long- temps attendue
de M. Larcher , mettra beaucoup plus de
monde encore en état de juger Hérodote avec
plus de connoiffance de caufe. C'eft une choſe
remarquable , que la plus ancienne Hiftoire
qui nous ait été confervée , ne foit pas l'Hiftoire
particulière d'un peuple ; mais un grand
& vafte tableau d'Hiftoire univerfelle , où
paroiffent tour-à - tour peints de couleurs énergiques
& locales , les grandes Nations efclaves
de l'Afie , les Républiques fières & indépendantes
de la Grèce , les barbares errans au
pied du Gaucafe ou fur les plateaux élevés
de la Tartarie , & ceux qui paroiffent enfevelis
dans les fables de la Lybie , l'Égypte avec
fon culte & fon gouvernement, tous les deux
en apparence fi mystérieux , & tous les deux
fondés fur l'obfervation de la nature & fur
fes loix ; les Infulaires de la mer Égée , & les
Colonies des côtes de l'Aſie mineure , flottans
fans ceffe entre la liberté dont ils avoient apporté
la paffion de la Grèce , leur Métropole
, & le defpotifme où les entraînoient la
molle douceur de leur climat , les Arts voluptueux
dont ils avoient le goût & le génie ,
& le voisinage des Satrapes du Grand Roi qui
les corrompoient toujours par leurs exemples
, & les afferviffoient fouvent par leurs
armes. Les premières conceptions de l'efprit
humain , fi elles ne peuvent pas atteindre à
la perfection , nous frappent & nous étonDE
FRANCE. 23
nent fouvent par leur grandeur & par leur audace.
On n'a point encore pofé de règles , de
bornes ; & l'efprit s'étend dans tout l'eſpace
qu'il apperçoit. Hérodote a conçu l'Hiftoire
il y a près de trois mille ans , comme l'a exécutée
de nos jours Voltaire dans fon Hiftoire
Générale des Peuples depuis Charlemagne ;
l'un & l'autre en ont fait le tableau de l'Univers
; & il eft remarquable encore qu'Hérodote
ait pu fervir de modèle à Voltaire , qui
en a dit tant de mal. Des Écrivains qui ne font
pas Voltaire , en ont dit plus de mal encore ;
ils ont cru montrer beaucoup de critique &
de philofophie , en affectant toujours de
parler d'Hérodote comme d'un vieux conteur
de vieilles fables ,
Qui vous dit d'un air ingénu
Ce qu'il n'a ni vu ni connu ,
Et qui vous ment à chaque page.
Celui qui lit Hérodote avec quelqu'attention
& quelqu'habitude de réflexion , en prend
une idée bien différente . On voit d'abord
que
fa vie entière a été confacrée à connoître les
faits qu'il vouloit tranfmettre à la poſtérité ;
qu'aucun Hiftorien ne s'eft donné tant de
foins & de peines , n'a bravé tant de périls
pour chercher la vérité. On le voit fe tranfporter
chez tous les peuples dont il doit parler
, traverſer plufieurs fois les mers , les continens
, les illes , s'arrêter long - temps en
Egypte , interroger les Prêtres de tous les
Colleges , comparer les rapports de ceux de
24:
MERCURE
Memphis & de ceux de Thèbes , pénétrer
dans l'intérieur de l'Afrique , & peut - être
jufqu'à Carthage , à travers des mers d'un
fable mouvant , où il peut être englouti mille
fois ; revenir fur fes pas , aller à Tyr & à Babylone
, où fe confervoient les traditions les
plus antiques fur l'hiftoire des Dieux & fur
celle des hommes ; vifiter les Nations répandues
le long de la mer noire & dans la Colchide
, pafler d'Afie en Europe , & defcendre
par la Thrace , par la Macédoine , par
I'Épire , dans le continent de la Grèce &
dans l'Afie mineure , où il combat les Tirans
de fa patrie. Je fais qu'il eft poffible de
parcourir tous les pays & tous les peuples
& de les voir , de les peindre tous très- mal ,
de recueillir toutes leurs fables , & de ne leur
apprendre aucune vérité ; mais jamais il n'a
été mieux prouvé qu'aujourd'hui , qu'Hérodote
n'a point mérité ce reproche. Maillet
Pockoke , M. Savari confirment ce qu'il a
raconté de plus merveilleux de l'Égypte , dont
il paroît même avoir étudié le fol en Naturalifte
; le Père Schew juftifie en tout la defcription
qu'il a donnée , & de l'intérieur de
l'Afrique, & des hommes trop peu connus qui
l'habitent. Lorfqu'Hérodote fait agir & parler
les Grecs & les Perfes , tout ce qu'il leur fait
faire , tout ce qu'il leur fait dire , font des
peintures frappantes de ce que difent & de
ce que font des peuples efclaves & des peuples
libres. L'Abbe Millot dit qu'il ne faut
pas
DE FRANCE. 25
pas croire ce qu'Hérodote raconte de Xerxès ,
parce qu'il le fait agir & parler comme un
fou qui tantôt pleure en voyant une multitude
d'hommes que la guerre va moiffonner,
& tantôt fe baigne dans le fang de fes propres
Sujets ; mais c'eft à de tels contraftes , c'eſt
à ce mélange bizarre de foibleffe & de
cruauté, que je reconnois le defpote abfolu de
trente grandes Nations occupées à flatter fes
caprices , le tyran amolli dans les voluptés
d'un vafte Empire , dont l'imagination ne
peut foutenir les apprêts du carnage , & dont
les regards , hors du danger , fe repaiffent
avec joie de la vue d'un fang qui lui donne
quelques fenfations de plus. Xerxès eft fou ,
mais de la folie dont prefque tous les defpotes
font attaqués ; & j'ofe dire que les deux Livres
d'Hérodote où il eft le plus queftion du grand
Roi , que fa Polymnie & fon Uranie ferbient
des morceaux dignes du génie de Tacite , fi
les grands traits n'étoient pas féparés par des
digreffions qui les affoibliffent , fi la penſée
d'Hérodote recevoit de fon expreffion certe
vigueur & cet éclat que Tacite fait donner à
fes penfées. Qu'on life l'endroit d'Hérodote
où les Conjurés qui ont tué le faux Smerdis ,
délibèrent fur la forme de Gouvernement
qu'ils donneront à la Perfe ; qu'on life furtout
la réponfe des Athéniens aux Députés de
Sparte , qui les conjurent de ne pas abandonner
la cauſe commune de la Grèce , en adhérant
aux propofitions féduifantes de Mardo
No. 34, 2 Septembre 1786. B
26
MERCURE
nius ; on reconnoîtra que c'eft avec un efprit
& avec un talent du premier ordre , qu'on a
pu difcuter ainfi la nature & les influences
des diverfes efpèces de Gouvernement , &
faire parler fur-tout un peuple libre , avec ce
fentiment fublime de morale & de générosité
qui eft la récompenfe des peuples capables
de tout facrifier à la liberté. Ce qu'on reproche
le plus à Hérodote , c'eft fa crédulité ;
mais j'ai peur que la crédulité d'Hérodote ne
foit celle de l'antiquité entière ; & alors je
lui fais gré de me l'avoir fait connoître. Les
fables qu'il rapporte font une partie de l'Hiftoire
, & une partie très-importante , très-inftructive
, très- propre à étendre la philofophie
, à combattre & à détruire la crédulité
elle -même. Les fables d'Hérodote , qu'aucun
peuple de la terre ne croit plus , jettent un
grand jour fur beaucoup de fables que beaucoup
de peuples croient , refpectent ou ménagent
encore. Je conviens que cet Hiftorien
paroît fouvent n'avoir lui-même aucun doute
fur les contes qu'il débite ; & quelquefois il
en eft très - plaifant. Lorfque les Perfes , par
exemple , s'approchent de Delphes pour en
piller le temple , il affure d'abord que des
armes fufpendues aux murs du fanctuaire
changèrent de place d'elles- mêmes , & allèrent
fe mettre au-devant du temple comme pour
le défendre. Il dit enfuite que le Mont Parnaffe
, ébranlé dans fes fondemens , lança de
fa cime des foudres & des rochers énormes
DE FRANCE. 27
qui écrafoient les Perfes ; & il ajoute enfin ,
comme une preuve excellente de ce miracle :
J'ai vu moi - même les rochers au pied du
Mont- Parnaffe. Il eft des efprits qui font
bleffes de cette crédulite d'Hérodote.
Il s'en faut bien
qu'Hérodote foit également crédule pour les
contes qui ne tiennent pas à fa Religion . Dans
d'autres genres , lorfqu'il rapporte des événemens
un peu extraordinaires , il a ioin de
ne pas les prendre fur fon compte. On dit ,
on croit , font des formules qui lui font trèsfamilières.
Il ajoute même très - fouvent ,
pour moi, je n'en crois rien.
Or: ne lui a pas pardonné d'avoir donné à
Xerxès une armée de près de deux millions
d'hommes.
Il y auroit beaucoup de chofes à dire fur ce
reproche , qui ne peuvent pas trouver ici
leur place .
Mais il faut obferver , 1º. que le récit de
Ctéfias , de Diodore de Sicile , d'Elien , de
Pline, de Juftin, qui ne retranchent guères de
ce nombre que la moitié , a encore de quoi
nous beaucoup furprendre. Nous ne fommes
pas plus accoutumés à des armées d'un milpas
lion d'hommes que de deux millions. Cependant
il feroit trop fort de récufer le témoignage
de toute l'antiquité fur un fait qui n'a'
rien de furnaturel , & qu'on ne peut pos dire
incroyable , puifqu'il n'eft pas limpoffible.
Di
28 MERCURE
2º. D'où Xerxès tiroit il tant de Soldats ?
De prefque toute l'Afie & d'une partie dej
l'Europe & de l'Afrique. D'où tiroit- il de'
quoi les nourrir ? De prefque toute l'Aſie
& d'une partie de l'Afrique & de l'Europe.
Lorsqu'on énonce d'une manière générale
, Hérodote donne à Xerxès une Armée
de deux millions d'hommes , le premier mouvement
eft de fe récrier à l'abfurdité. Lorfqu'on
lit Hérodote , qu'on lui voit faire le dénombrement
de toute l'armée , détailler l'efpèce
de vêtement, l'eſpèce d'armure & de manoeuvres
, la manière de combattre de tant de
peuples raffemblés fous les mêmes drapeaux ;
lorfque dans cette armée on fe promène pour
ainfi dire au milieu de toutes les Nations avec
Xerxes , qui , pour fe faire entendre d'elles &
pour les entendre , eft obligé de changer de
truchemen & d'Interprète à chaque rang ;
alors ces détails commencent à donner de la
vraiſemblance à ce que nous avions rejeté
comme merveilleux.
On fe rappelle qu'il eft arrivé plus d'une
fois que prefque toutes les Nations de l'Afie
ont porté le joug d'un même Defpote , & que les Defpotes font la guerre , non avec des troupes choifies , mais avec les Nations entières
qu'ils oppriment
. Quant à la difficulté
de nourrir tant d'hom- mes , on ne s'eft pas affez fouvenu
ni de lâ prodigieufe
fécondité
de plufieurs
contrées de l'Afrique
& de l'Afie , fur- tout de quelques
côtes de l'Afie mineure
, de l'heureufe
Myfie,
DE FRANCE. 29
de la riche Gargare dont parle Virgile , ni de
l'extrême frugalité des Afiatiques , auxquels il
ne faut fouvent pour vivre , & même pour
marcher aux combats , que des dattes , de l'eau
& des coups de fouet.
On ne s'eft pas dit que les armées des Defpotes
vivent , non pas de proviſions , mais de
dévaftations.
Qu'un Defpote content d'avoir fatisfait fon
orgueil en montrant des millions d'hommes
fous fes drapeaux , s'inquiète peu du ſoin de
les nourrir ; & que s'il prévoit cet embarras ,
il compte, pour en être délivré , fur la faim ,
fur la foif, fur les tempêtes , fur les glaives
des ennemis , qui fauront bien diminuer le
nombre de fes troupes.
3º. Il faut obferver enfin qu'on ne fe rapproche
pas , mais qu'on s'éloigne de la vé
rité, lorfqu'on juge des chofes qui ont pu fe
paffer en Afie , par celles qui peuvent fe paffer
en Europe ; de ce qui a pu fe faire autrefois
, par ce qui peut fe faire aujourd'hui ; que
la nature & les chofes humaines n'ont ni les
mêmespoids ni les mêmes mefures dans toutes
les parties du monde & dans tous les fiècles ;
& que , pour en bien juger , lorfqu'on change
de fiècles & de climats , il faut changer de
poids & de mefures dans fes jugemens. Il eft
vrai , rien n'eft plus rare que cette raifon univerfelle
, qui tire fa force de fa flexibilité
même , qui arrive toujours à la vérité , parce
qu'elle n'a pas une route feulement , mais
qu'elle en a mille . Cette raiſon eft le génie
Bij
30 MERCURE
des Tacite , des Thomas Morus , des Voltaire
, des Montefquieu. Viendra - t'il un moment
où elle fera le bon- fens des peuples ?
Ce n'eft pas parmi les modernes feylement
que les opinions ont été partagées fur
Hérodote. Chez les anciens , Plutarque l'a
accufé de malignité dans un morceau qu'il a
intitulé de la malignité d'Hérodote , & Denis
d'Halicarnaffe dit au contraire qu'Hérodote
eft doux , qu'il fe réjouit du bien , & qu'il
s'afflige toujours du mal.
J'avoue qu'en lifant Hérodote , je n'ai vu
ni qu'il fût doux , ni qu'il fût malin ; il m'a
paru avoir le defir d'être intègre : ik dit le bien ,
il dit le mal comme tous les deux font parvenus
à fa connoiffance ; il blâme ſouvent les
Grecs , il loue quelquefois les Barbares ; il juge
peu & raconte beaucoup.
Plutarque eft fufpect . Les Béotiens , fes
compatriotes , avoient lâchement abandonné
la caufe & le falut de la Grèce , & Hérodote
ne l'avoit point diffimulé .
Denis d'Halycarnaffe eft fufpect auffi. Il
paroit trop occupé à élever Hérodote audeffus
de Thucydide ; & il emploie quelquefois
, dans cet objet , des raifons qui ne paroiffent
pas dignes d'un Critique fi renommé.
Un des titres , par exemple , fur lefquels il
fonde la prééminence d'Hérodote , c'eſt que
cet Hiftorien à choisi un fujet heureux & glorieux
à la Grèce au -lieu que Thucydide n'a
raconté , dans la guerre du Féloponèle , que,
DE FRANCE. 31
les revers & les malheurs de fa patrie . On
fent bien que ce n'eft pas fur de pareils motifs
qu'il faut apprécier les talens de deux
Hiftoriens , & préférer l'un à l'autre. Car une
Hiftoire peut être plus intéreflante , plus inftructive
, plus éloquente , par cela même
qu'elle nous entretient des revers & des calamités
d'un peuple : c'eft alors que l'Hifto
rien trouve naturellement fous fà plume les
fcènes pathétiques de la Tragédie , & s'il a
une ame , cette ame s'émeut , & il remplit
d'émotion celle de fes Lecteurs . C'eft précifément
ce qui eft arrivé à Thucydide. Hérodote
, dit le même Denis d'Halycarnaffe ,
à l'avantage dans les moeurs , Thucydide dans
les affections. C'est parfaitement obfervé &
exprimné ; mais il eft inconcevable qu'après
avoir fait cette obfervation , Denis d'-lalycarnaffe
n'ait pas vu que e'etoit-là un avantage
qu'avoit Thucydide , & qu'il le doit à fon fujet
autant qu'à fon talent.
Toute l'antiquité a parlé de la clarté , de
l'aimable fimplicité , des graces naturelles du
ftyle d'Hérodore ; & elle en étoit trop bonjuge
pour qu'il foit permis aux modernes
d'avoir une autre opinion.
M. Larcher fe fera appliqué fans doute à
faire paller ces qualités précieufes dans fa
traduction. Son ftyle eft clair , correct en général
; & fi on n'y fent point les graces de
Poriginal , c'eft que cela étoit peut- êrre impoffible
dans une Traduction . La grace ne fe
traduit guère ; elle tient à des chofes trop
Biv
32 MERCURE
fines , trop délicates , trop fugitives ; le Traducteur
qui en a le plus le fentiment , ne la
remplace guères que par de l'élégance ; mais
l'élégance n'eft pas encore la grace ; elle y
nuit même très- fouvent.
Lorfqu'on traduit d'une langue auffi peu
cultivée & un Auteur aufli ancien , une
grande difficulté , c'eft celle d'en faifir toujours
le fens avec une certaine certitude . Cela
exige une érudition immenfe : c'eft , pour
ainfi dire , avec toute l'antiquité qu'on peut
bien entendre & bien traduire un Écrivain
tel qu'Hérodote ; & à cet égard , le travail de
M. Larcher nous paroît mériter les plus grands
éloges . Il a rapproché & comparé les Éditions
& les manufcrits du texte ; la plume à la
main il a relu tous les anciens , pour y chercher
& noter tout ce qui pouvoit fervir à
corriger , à éclaircir & à échirer fon Auteur.
Il a dépofe les fruits d'un travail fi confidérable
dans des notes qui font à la fuite de
chaque volume , & qui fouvent font plus
( tendues que le texte de la traduction. Ses
motes ne font pas toujours des critiques du
rexte d'Hérodote , mais de courtes differtations
fur les ufages , fur les moeurs , fur les
Dieux , fur les édifices de la Grèce ; & celleslà
ne font pas les moins inftructives . On pourroit
contefter plufieurs de fes opinions à M.
Larcher , mais jamais une grande érudition .
L'Effai fur la Chronologie d'Hérodote , &
une efpèce de Dictionnaire Géographique qui
terminent l'Ouvrage , font très - propres aufli
DE FRANCE. 33
à faire lire Hérodote avec plus d'intérêt ,
moins de peine & plus de fruit.
M. Larcher attaque tous les fyftêmes de
chronologie , pour en établir un qu'il fonde
particulièrement fur Hérodote : on croira
fans peine qu'il a renverfé tous les fyftèmes
des Chronologiftes : ils ne tiennent à rien ; il
n'y a point de chronologie avant les marbres
de Paros ; & il eft furvenu tant d'accidens fâcheux
à ces marbres depuis leur arrivée en
Angleterre ; ils ont été brifés , mutilés & réparés
de tant de manières , qu'on ne fait pas
fi on leur doit plus de confiance qu'à tout le
refte. Je ne connois pas d'Écrivains dont les
procédés ayent été fi peu conformes , en général
, à la faine raifon , que les Chronologiftes
les faifeurs d'étymologies, dont on s'eft
tant moqué , n'ont pas des principes plus vagues
, plus arbitraires ; mais on a mis plus
d'efprit dans les étyinologies ; & c'eft pour
cela qu'on s'en eft plus moqué , quoiqu'on y
ait mis aufli plus de vérité. On a dit que la
chronologie étoit un oeil de l'Hiftoire ; cela
feroit vrai , fi nous avions une chronologie
( je parle de l'ancienne ) ; mais dans l'état où
elle eft , fi on veut la comparer avec jufteffe à
un oeil , il faut que ce foit à un oeil crevé &
aveugle.
La géographie d'Hérodote eft moins fujette
aux incertitudes , & répand une plus grande
lumière fur l'Hiftoire. Il eft impoffible debien
connoître les événemens, fi on ne connoîtpas
très -bien les lieux de la fcène où ils fe font
Bv
34
MERCURE
paflés. La géographie paroît une ſcience d'enfant
; mais je ne fais comment il arrive que
prefque tous les hommes l'ignorent. Lorf
qu'on fait la lier à la connoiffance du globe
& du ciel , aux productions de l'Hiftoire Naturelle
, aux influences du climat & des terreins
fur les actions des hommes , elle prend
un rang très-diftingué dans le tableau des connoiffances
humaines. Elle eft peu de chofe
par elle -même ; mais toutes fes alliances font
grandes.
(Cet Article eft de M. Garat. )
ESSAIS de deux Amis , contenant le Difcours
de la mère des Brutus , à Brutus fon mari ,
revenant du fupplice de fes deux fils , par
M. Legouvé , les derniers momens de la
Préfidente de Touryal au Vicomte de Valmont
; une lettre de Didon à Énée , par
M. Laya. A Londres , & fe trouve à Paris ,
chez Belin , Libraire , rue S. Jacques , près
S. Yves ; & Brunet , Libraire , rue de Marivaux
, près le Théâtre Italien.
On voit avec plaifir le fils de M. Legouvé ,
qui s'eft fait une grande réputation au Barreau
, chercher à s'en faire une dans la carrière
des Lettres. Son Difcours de la mère des
Brutus , à Brutus fon mari , revenant du fupplice
de fes deux fils annonce un vrai
talent. Son ftyle eft ferme & vigoureux , &
auffi auftère que fon fujet : il a quelquefois de
la déclamation ; défaut ordinaire aux jeunes
,
DE FRANCE.
55
gens , qui ne favent pas s'arrêter dans la chaleur
de la compofition ; & l'on delireroit que
des nuances douces jetallent un peu plas
d'intérêt dans fon Ouvrage. Mais ces fautes
viennent de l'inexpérience ; & un jeune
homine n'écrit pas en vers à vingt ans comme
il écrira à quarante. Quelques citations juftifieront
nos critiques & nos éloges .
Arrête : où font mes fils ... Ah ! barbare afſaſſin ,
Monftre indigne du rang dont tu chaffas Tarquin ;
Lorfque de tes enfans , victimes malheureufes ,
Ton ordre a fait tomber les têtes généreufes ,
Tu peux offrir aux yeux d'une mère en fureur ,
Une tête coupable , & qui me fait horreur !
Tu parois teint du fang de ces fils que j'adore ;
Tes vêtemens fouillés en dégouttent encore ;
Et tu ne trembles pas qu'en ton barbare flanc
Ma main , ma juſte main ne recherche mon fang !
Il y a dans ce début des fautes , & fur-tour
de la déclamation. La mère des Brutus ne
peut pas fans doute , dans la douleur qui
l'égare , mefurer toutes les exprellions ; mais
elle ne doit pas appelerfon mari
Monftre indigne du rang dont tu chaffas Tarquin ,
parce que Brutus n'eft que Conful , & que
Tarquin étoit Roi .
Ти peux offrir aux yeux
Une tête coupable , & qui me fait horreur.
d'une mère en fureur
Une tête coupable eft bien foible : c'eft ainfi
que parleroit un Magiftrat , qui , froid & im-
B vj
36 MERCURE
paffible comme la Loi , jugeroit l'action de
Brutus ; mais une mère , & une mère en fureur
, doit fe fervir d'expreffions plus fortes.
Les vers qui fuivent font fort beaux , & nous
nous empreffons de les citer , pour faire voir
au jeune Auteur de cette Pièce , que des deux
fonctions dont tout Journaliſte honnête doit
s'acquitter , c'eſt la louange qui nous plaît le
plus , & qu'elle nous confole de l'autre.
Qui t'amène en des lieux tout pleins de ma colère ?
Viens-tu donc y braver les fanglots d'une mère ?
Lâche ! viens-tu jouir de ma juſte douleur ?
De mon front maternel infuiter la pâleur ?
Viens-tu , d'un coeur trop
mure ,
tendre obfervant le murÉpier
dans mes yeux les pleurs de la Nature ?
Je ne les cache pas , même aux yeux de Brutus !
Oui je pleure , cruel , ne pouvant rien de plus.
Certainement ce font- là de beaux vers ; ils
réuniffent tous les mérites ; ils expriment des
fentimens vrais ; ils font fimples , naturels ,
corrects , élégans , & ils ont de la force fans
être durs. Nous allons terminer l'extrait de
la Pièce de M. Legouvé , en citant le morceau
qui nous a paru le meilleur , & nous
nous contenterons d'y fouligner quelques
mots qui devroient être corrigés .
Rome , me diras- tu , demandoit leur fupplice !
Non , non , Rome , impofteur , ne fut point tá complice.
DE FRANCE.
37
Son indulgente voix , par un plus doux arrêt ,
Du feul exil contre eux prononça le décret :
Pourquoi donc faire plus ? De l'État ou d'un père ,
Étoit ce un père , hélas ! qui dût- être févère ?
Prodigue de ton fang verfé par leur trépas ,
Pourquoi donner deux fils que l'on n'exigeoit pas ?
Tu voulus les punir ! eh ! quel étoit leur crime ?
Ils revoloient aux pieds de leur Roi légitime ;
De leurs premiers fermens reconnoiffant les droits
Toujours faints , & plus forts que vos frivoles loix ,
Laiffant juger aux Dieux les fautes de leurs maîtres ,
Ils reprenoient un jougforgé par leurs ancêtres .
Tu fus le feul coupable & le feul criminel
En brifant ce lien qui dut être éternel .
Le fuccès , qui fait feul l'innocence ou le crime ,
Para ton crime heureux d'une couleur fublime.
Sans lui , tu n'étois plus qu'un rebelle écráfé
Sous la févère main de fon Juge offenſé .
Le falut de l'État que ton devoir contemple ,
D'un Romain , d'un Conful vouloit un grand exemple !
Va , je juge ton coeur fous ce mafque emprunté ;
Va, ton propre intérêt fit feul ta cruauté.
Tarquin frappant d'abord l'auteur de la tempête ,
S'il rentroit dans ces murs , faifoit tomber ta tête ;
Et tu vonlus des jours de tes malheureux fils
Affurer le falut de tes jours impunis ;
Tu fis couler le fang pour toi feul , pour ta vie :
Voilà ce grand exemple , & Rome &ta Patrie !
38 MERCURE
Les vers de M. Laya ont de la grace & de
la douceur ; ils font faciles & allez corrects .
Mais
Cette facilité , la grace du génie ,
comme l'appelle ingénieufement l'Auteur de
Warwick & de Mélanie, eft quelquefois bien
dangereufe pour un jeune homme : c'eſt en
écrivant trop facilement qu'il s'accoutume à
fe contenter de ce qui eft bien , & à ne jamais
chercher ce qui pourroit être mieux.
Tant que fes vers font dans fon porte- feuille ,
& qu'il n'afpire qu'aux fuccès de fociété , ſa
réputation croît dans les cercles ; il chante les
femmes , & les femmes le prônent. La reconnoiffance
n'eft pas même toujours le motifde
leurs éloges ; fouvent elles font de bonne---
foi: comme leurs organes font délicats , mais
foibles , elles s'imaginent que des vers qui ne
bleffent point l'oreille , font harmonieux lorfqu'ils
n'ont que le feul mérite de n'être pas
durs , & trouvent élégant le Poëte qui fe
contente de n'être point barbare . Tôt ou tard
les vers s'impriment , les connoiffeurs les jugent
, & difent avec Horace :
Sunt verfus inopes rerum , nugaque canora.
Nous allons , en citant le meilleur morceau
de la Lettre de Didon à Énée , prouver que
M. Laya peut , s'il travaille davantage , & s'il
écoute avec docilité les confeils de quelques
amis févères , fe concilier les fuffrages des
DE FRANCE.
39
vrais connoiffeurs , qui dictent feuls les jugemens
de la Poftérité.
Eh ! dis , quel eft mon crime , impitoyable Énée ?
Qu'ai je fait , pour me voir trahie , abandonnée ?
Ai-je époufé jamais la vengeance d'Argos ?
Ai- je contre Ilion envoyé mes vaiſſeaux ?
Ai je dans fon tombeau , portant des mains profanes
,
Troublé du vieil Anchife & la cendre & les mânes?
Ingrat je t'ai comblé d'amour & de bienfaits !
J'ai fauvé tes Troyens : voilà tous mes forfaits !
Et tu me fuis , cruel ! laftre qui nous éclaire
Dans le fein de Thétis verfera la lumière ,
L'Aurore , fraîche encor des baifers d'un amant ,
De fes vives couleurs peindra le firmament ,
Sans que jamais du jour le déclin nous raſſemble ,
Sans que le jour naiſſant nous puiſſe voir enſemble.
Je ne te verrai plus ! eft - il bien vrai , grands Dieux?
Tu peux me condamner à d'éternels adieux !
Tu peux fous d'autres cieux , & Roi d'un autre Empire
,
Vivre fans refpirer l'air que Didon refpire !
Tu peux , fans ta Didon , te livrer au fommeil ;
Goûter fans ta Didon les douceurs du réveil;
Sans elle fupporter le poids de la journée !
Le réfultat de ces deux extraits , & fans
doute celui des réflexions de tout Lecteur
impartial , eft que le talent de M. Legouvé
40 MERCURE
-
paroît donner plus d'eſpérance que celui de
M. Laya. M. Laya a plus de correction dans
fon ftyle. Il y a plus de fautes dans les vers de
M. Legouvé, mais auffi il offre plus de beautés
que fon rival & fon ami ; & ce font les
beautés qui font vivre un Ouvrage. Le motif
& l'excufe de notre franchiſe font les fentimens
d'amitié qui uniffent ces deux jeunes
Poëtes : voilà ce qui les rend vraiment intéreffans.
Nous fommes bien sûrs que la préférence
que nous donnons au talent de M.
Legouvé fur celui de M. Laya , n'affligera que
M. Legouvé ; ils ont fenti tous les deux de
bonne-heure que le commerce des Lettres
ne fuffifoit pas pour rendre les hommes heureux
, que l'amitié donnoit plus d'effor à la
fenfibilité , & par conféquent doubloit le
talent , & qu'elle feule les confoleroit un jour
des peines attachées à l'humanité , des clameurs
de l'envie , & même des inconvéniens
de la gloire.
VARIÉTÉS.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
MONSIEUR ONSIEUR ,
Entre tous les outils & les machines employés dans
les forges , les foufflets méritent d'être diftingués par
leur utilité , & par les foins qu'exigent leur construction
& leur entretien .
DE FRANCE. 41
Autrefois ils étoient en cuir ; mais depuis le commencement
de ce fiècle , on les a faits en bois , &
la tradition attribue aux Allemands l'invention de ce
changement avantageux. M. de Courtivron eft de
cet avis dans fon traité de l'Art des forges , où il
rapporte la defcription faite par M. de Réaumur
de cette ingénieufe machine. On trouve dans cette
defcription que le fond de la caiffe , depuis la tétière
jufqu'à environ trois pieds au- delà , doit être garnie
de feuilles de fer , pour arrêter l'effet des étincelles
qui pourroient s'introduire par la buze.
L'infuffifance de cette précaution ufitée ici , eſt
ek
démontrée depuis long-temps. J'ai été convaincu ,
par la multitude d'accidens arrivés par l'effet de ces
étincelles qui s'introduifent dans la caiffe , de la néceffité
de trouver & d'employer un moyen plus efficace
que celui indiqué par M. de Réaumur. La
facilité d'arrêter le feu des affineries & de la chaufferie
, rend ccs incendies moins dangereux pour
ces ufines ; mais il n'en eft pas de même pour les
foufflets de fourneaux , bezucoup plus grands
que ceux des afflaeries : ils coûtent le double . N'étant
pas autant à la vue des ouvriers , l'incendie a
fouvent fait bien du ravage avant qu'on s'en ſoit
apperçu; & dans ce cas , on ne peut y porter remède
fans boucher le fourneau & fi le travail n'eft pas
en bon train , la ceffation du vent fait refroidir la
matière au point qu'on eft obligé de mettre hors ;
cette opération caufe une perte inappréciable dans un
temps de plein travail pour la forge & de difette de
fonte , & elle ne peut jamais coûter moins de 2400
liv. de perte réelle au Maître de forges.
J'ai été près d'effuyer cet événement au mois d'Avril
dernier Une étincelle entrée dans la buze d'un
des foufflets du fourneau de Lille , y forma un incendie
qui occafionna un dommage qu'on fut douze
heures à réparer. Vous avez vu aux forges de Vierzon
42 MERCURE
une paire de fouffets entièrement perdue par le même
accident. Sans ceffe il eft répété aux forges Cette
confidération m'a porté à chercher les moyens d'y
remédier , & je crois y être parvenu par une méchanique
fi fimple , qu'il eft étonnant qu'elle ne fût
pas employée. Au refte , il falloit qu'elle fût de ce
genre , pour être trouvée par quelqu'un à qui l'Art
des forges étoit étranger il y a fix mois.
J'ai comparé un foufflet à une pompe , & je n'y
ai vu d'autre différence que lemom & les élémens fur
lefquels ils agilent ; & puifqu'au moyen des foupapes
placées fur les conduits qui communiquent
du récipient au cylin re , qui fe ferment au moment
de l'afpiration de la pompe & s'ouvrent lors de la
preffion , on parvient à empêcher l'introduction de
Î'air dans le cylindre , j'ai conclu qu'il feroit poflible ,
par ce même moyen , d'empêcher l'introduction de
la famine dans les foufflets : en conféquence j'ai
fait
couper en bec de fiû e l'extrémité des bazes qui
font quarrées , & j'y ai placé une foupape de cuivre
qui ferme très -exactement l'embouchure de la buze ;
cette foupape fe lève au premier coup de vent du
fonfler. & ele retombe à l'inftant où la camme
échappée laiffe relever le foufflet ; par ce moyen ,
Je vent ne s'introduit que par les éventaux ; l'alpira
tion n'agit point par la buze qui fe trouve fermée ;
les étincelles ne font plus attirées par la tuyère , & le
danger du feu n'existe plus .
1 J'ai employé ce moyen à un fourneau que j'ai
maintenant en fu ; j'entends très- diftinctement le
jea de mes foupapes ; je fais tranquille fur les accidens
de cette nature ; je vais faire adapter de pareilles
foupapes à toutes les buzes des foufflets de
forges J'ignore fi ce moyen eft connu dans les autres
forges en France; mais ce feroit un fervice à rendre
aux entrepreneurs , que de le leur indiquer s'ils ne
DE FRANCE. 43
le connoiffent pas , & ce foin eft digne de votre zèle
patriotique....
Je fuis avec reſpect , Monfieur ,
Votre très humble & trèsobéiffant
ferviteur ,
Grétré de Champillière.
ACADÉMIE
S.
L'ACADÉMIE Françoiſe a tenu Vendredi dernier
, fête de Saint -Louis , fa féance publique ;
mais elle n'a couronné ni poëte ni profateur.
Les vertus de Louis XII n'ont pu trouver un
digne panégyrifte ; & le fublime dévouement
de Léopold, n'apu infpirer à nos Mufes modernes
que des efforts impuiflans.
M. de Chamfort a lu , far cette double difgrace
, an morcem dans lequel M. Target,
alors Directeur , & que fa finte empêchoit
d'aflifter à la Séance , fuifoit , fuivant l'ufage ,
quelques réflexions fur les divers Ouvrages
envoyés au concours . On a feulement décerné
Pacceffit à deux Odes qu'on a défignées. L'éloge
de Louis XII a été renvoyé à l'année
1788 , & le prix de Poéfie remis à l'année
prochaine .
M. Roucher a remporté le prix d'encou
ragement ; comme leprix d'utilité étoit double,
parce qu'il avoit été remis , on l'a divifé en
deux , dont l'un a été donné à l'Ouvrage de
44
MERCURE
M. de la Cretelle , fur les peines infamantes ;
& l'autre aux Synonymes François de M.
l'Abbé Roubaud ; celui de laplus belle action
a été donné au jeune Jofeph Chrétien , qui a
fauvé, par un courage héroïque , trois enfans
près à périr fous la glace d'un canal à
Verſailles ; enfin un autre prix de vertu , donné
par la Société du ſalon , a été adjugé à la
demoiſelle Hurel, qui a , pendant quinze ans ,
foutenu fa Maîtreffe tombée dans la pauvreté.
Pour la quatrième & dernière fois , le prix
qu'un particulier avoit deſtiné au meilleur
Catéchifme de Morale , eft remis à l'année
prochaine ; l'éloge de M. d'Alembert eſt encore
remis ; celui de Vauban eft pour l'année -
prochaine.
M. Lemierre a terminé la Séance par la lecture
d'un Poëme en petits vers fur un voyage
en Suiffe. On a remarqué dans cet Ouvrage
cette originalité d'idée & d'expreflion qui caractériſe
les productions de cet Académicien.
ANNONCES ET NOTICES.
PROBABIL ROBABILITÉ de la Vie Humaine , fous le titre :
la raifon de vivre pour avoir vécu, expliquée fur
l'arbre de vie , calcul auffi intéreffant en phyfique
qu'en morale, pár Jean - Louis Chanal ; grande feuille ,
papier à l'aigle , gravée par Stagnon , Graveur des
Sceaux du Roi. Le prix eft de 15 liv. , avec l'espliDE
FRANCE.
45
cation imprimée. A Paris , chez Jean- Baptifte Crépy,
rue S. Jacques , N °. 252 ; & à Turin , chez les
Frères Reycends.
On foufcrit à Turin , chez les Frères Reycends ,
pour le Livre des Combinaisons des Changes de
Turin , avec diverfes Places , réglé d'après la récente
augmentation de l'or dans les principales places
de l'Europe , au prix de 18 liv . , monnaie de France ;
& à Paris , chez Durand neveu , ue Galande.
EUVRES de Plutarque , traduites du Grec par
Jacques Amyot , Grand Aumônier de France . Tome
huitième des Hommes Illuftres , avec des Notes &
des obfervations de M. Vauvilliers , Lecteur du Roi,
Profeffeur de Langue Grecque au Collège Royal ,
de l'Académie Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres , & Tome vingt des OEuvres mêlées , avec
des Notes & des Obfervations de M. l'Abbé Brotier
neveu. in 8º . A Paris , chez Jean - Baptifte Cuflac ,
Libraire , rue & carrefour S. Benoît , vis - à - vis la
rue Taranné.
Cette Edition fe diftribue toujours avec le même
fuccès ; l'exécution en eft toujours également foignée ,
& les remarques donnent un nouveau prix à l'Ouvrage.
THEATRE des Grecs , par le Père Brumoy ; nou
velle Edition. Même format & même adreffe .
Cette édition , enrichie de très - belles gravures , &
augmentée de la Traduction entière des Pièces Grecques
dont il n'exifte que des extraits dans les édi
tions précédentes , & de comparaifons , d'obſerva ,
tions & de remarques nouvelles , par M. Prévost ,
de l'Académie des Sciences & Belles Lettres de
Berlin , mérite pour l'exécution les mêmes éloges
que le Plutarque . C'eſt une entrepriſe utile à la Lit,
térature & digne de fon fuccès .
·
46
MERCURE
EUVRES deM. Geffner, traduites de l'Allemand,
en 3 vol. grand in- 4 ° . ornées de foixante- quatorze
eftampes , & autant de culs -de- lampes , de la compofition
de M. le Barbier l'aîné , Peintre du Roi .
Le premier volume de cette belle Collection eft
complet, & fe vend 57 liv .; la première Livraifon
du deuxième vol. , prix , 9 liv , vient de paroître ,
& répond , pour la beauté & le foin , aux Livraiſons
précédentes . La Traduction de ce fecond volume
n'eft plus de la même main ; elle eft faite avec
beaucoup de foin , & nous paroît mériter de grands
é oges
L'on paye 9 liv en foufcrivant, 9 liv. pour chaque
Cahier , compofé de fix eftampes. Il y en aura huit
de ce nombre , & deux de huic eftampes ; favoir , le
cinquième & le dixième , pour chacun defquels on
paiera 12 liv. Ces dix Livraifons feront les deux
premiers Volumes. Pour le troifième volume , qui
paroîtra en entier , avec dix eftampes , l'on payera
15 liv.; les 9 liv. que l'on paye en foufcrivant étant
imputées fur ce volume . Ainfi , cès trois volumes
coûteront 120 liv. aux Soufcripteurs , & 150 liv . à
ceux qui n'auront pas foufcrit. Il y a pour les curieux
quelques exemplaires fur grand papier , que l'on
payera 300 liv. , qui feront réparties par Livraison.
L'on foufcrit à Paris , chez M. le Barbier l'aîné ,
Peintre du Roi , ruc Bergère ; la Veuve Hérillant ,
Imprimeur - Libraire , rue Neuve Notre Dame ;
Barrois l'aîné , Libraire , quai des Auguftins.
POMMADES & autres articles du fieur Duboft ,
Maître en Chirurgie , Chimifte , Botanifte , rue de
la Courtille , vis- à vis le grand S. Martin , à Paris ;
& à Versailles , fur l'efcalier des Princes.
Le lieur Duboft ayant annoncé dans le Mercure.
du Samedi 14 Janvier dernier , qu'il ne feroit plus
de dépôts dans les différentes villes du Royaume ,2
DE FRANCE.
47
vu que fes Pommades fe détérioroient ; depais cette
époque , il a trouvé le moyen de les mettre à l'abri
de ces inconvéniens. Il fe propofe d'en rétablir de
nouveaux en payant moitié comptant de l'envoi
en livrant , & l'autre moitié après que la vente en
fera faite , avec une remife honnête pour commiflion.
Ceux qui le defireront feront tous feuls dans chaque
ville à dix lieues de diftance. Ce font la Pommade
de Ninon , à 6 liv. le pot , pour ôter les taches de
rouffeur , blanchir , nourrir la peau , &c. Pommade
du foir, à 3 liv. le pot , pour ôter le rouge & rafraî
chir la peau. L'Efence pour la Barbe , propre à ôter
les feux du vifage ; prix des bouteilles , depuis 3 liv.
jufqu'à 12. L'Ecorce d'Orme pyramidal , à 3 liv. la
livre Eau de Cologne fupérieure , à 1 liv. 16 fols la
bouteille. Limonade sèche . rafraichiffante & diurétique
, très- commode pour les perfonnes qui vont à
la campagne ou à la promenade , tant en maladie
qu'en fanté , prix 6 liv. la livre , L'Eau Géorgienne ,
pour blanchir la peau , à 6 liv. la bouteille , ainfi
que le Blanc de Perle , dont l'ufage eft de relever
l'éclat de la jeunelle & de blanchir la peau , à 6 liv.
le rot . Le Syrop purgatif, ftomachique , éménagogue ,
febrifuge , diaphorétique & antivermimeux , depuis
3 liv. jufqu'à 24 liv. la bouteille , & Syrop de Vie.
dont les avantages font détaillés dans un avis féparément
, à 6 liv . la bouteille jufqu'à 48 liv. Pommade
Céphalique , pour faire croître & épaiffir les
cheveux , à 6 liv. le pot. Rouge de Paris , tiré du
règne végétal, fuperfin , à 6 liv. le pot , & 3 liv.
l'inférieur.
Le fieur Duboft s'eft appliqué , dès fa plus tendre
jeuncffe , à la connoiffance des trois règnes Il prie
ceux qui lui écriront d'affranchir leurs lettres , fans
quoi elles refterent fans réponſe.
NUMÉRO 14 du Recueil d' Airs nouveaux , Fran
48
MERCURE
Fois & Etrangers, en Quatuor concertant , on Journal
de Violon , Flûte , Alto & Baffe . Abonnement ,
24 cahiers , 24 liv . , port fianc ; Paris , 21 ¡ ivr .;
féparément 2 liv. A ce Journal eft joint , pour cette
année feulement , le fuivant , pour lequel on foufcrit
auffi féparément. Les Délaffemens de Polymnie ,
ou les Petits Concerts de Paris , contenant l'arriette
du jour , &c. Prix , 12 liv .; & chaque cahier , 1 liv.
4 fols. A Paris , chez M. Porro & Mme Baillon ,
rue du petit Repofoir , Piace des Victoires , ci - devant
rue Neuve- des-Petits - Champs.
-
SCENE Italienne , avec des paroles Françoifes ,
compofée par le célèbre J. Hayden. Prix , avec les
parties féparées , 3 liv. 12 fols , franc de port , même
adreffe,
Le nom de l'Auteur , fameux dans plufieurs
genres , répond de l'empreffement du Public à fe
procurer cette fcène qui nous a paru digne de fa réputation.
TABLE.
VERS & MIle de S.- Léger , 3 | Hiftoire d'Hérodote ,
Aunejolie Pemme ,
Epitaphe ,
La Foilette ,
21
4 Elfais de deux Amis , 34
5 Variétés ,
Académies
40
43
Charade, Enigme & Logogry- Annonces & Notices ,
phe · 19
J'AI
APPROBATION.
'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde-des-Sceaux , 18
Mercurede France , pour le Samedi 2 Sept. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiſſe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 1 Sept. 1986, GUIDI,
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 9 SEPTEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
ÉPITRE
A Madame la Comteffe DE MONTOURY
après l'avoir entendue chanter.
NE me crois pas de ces Poëtes
Qui , de Dorat foibles rivaux ,
Tiennent un registre des mots
Que roucoulent près des toilettes
Nos Cotins & mille étourneaux ,
Qui n'enflent jamais leurs pipeaux
Que pour étourdir les hameaux
De leurs ftériles chanfonnettes,
Mufes follement indifcrettes ,
Sans Eglé, Vénus ou Paphos ,
Elles fervient encor muettes ;
N°. 35,9 Septembre 1786.
.C
So MERCURE
La Harpe , avec raiſon , l'a dit.
Pour moi , qui frondai les fornettes
De vingt timailleurs fans efprit ,
Defcendrai -je jufqu'aux fleurettes ,
Aux riens que le bon fens profcrit ?
Ah ! quel genre ! & qu'il eft facile !
Sans verve , fans feu , fans talent,
Que l'Auteur le moins abondant
Peut trouver l'art d'être fertile !
Veut- il dépeindre fes amours?
Veut-il peindre Aglaure ou Thémire ?
La rime , dès qu'il la defire,
Sur le champ vole à ſon ſecours.
Si le vers exalté les Graces
De l'objet qu'il vient de chanter ,
Soudain Richelet va dieter
Que les jeux marchent fur fes traces ,
Ouvre nos petits Almanach's ;
Tâche de les lire , examine ,
Au milieu de quatrains fort plats ,
De longues ftances à Corine.
Tout ravit , tout eft merveilleux ;
On la place auprès des cafcades ,
Jouant avec les demi- Dieux :
Elle cmballit l'azur des cieux
Elle protège les Naïades.....
Je pourrois à la belle Aurore
Te comparer ainfi qu'à Flore;
BIMLJOTREGA
LY
1
DE FRANCE.
st
Je pourrois amener encore
Cupidon , Minerve & les Ris,
Sans oublier Dame Cypris ,
Qui , dit- on , avoit ton fouris ,
Ton eil où le plaifir réfide ,
Et que l'on adoroit à Gnide
Comine l'on t'adore à Paris,
Mais trêve à la galanterie
Des finges d'un Auteur charmant :
Je m'apperçois que je t'ennuie
Très- anacréontiquement.
Que veux-tu? j'ai plus d'un confrère ;
Le Poëte eft ambitieux :
Dès qu'il contemple deux beaux yeux ,
Une taille fouple & légère ,
Sa verve s'allume , il veut plaire :
Il analyfe les appas
De l'inhumaine qui l'infpire ;
Il invoque dans fon délire
Apollon , qui ne l'entend pas.
Ma Mufe fuit le ridicule
De ces léthargiques amans ;
C'est peu d'étudier Catulle ,
Il faut avoir un coeur , des fens ;
C'eſt en vain qu'on fe bat les flancs ,
L'art ne forme point un Tibulle.
* Je parle ici de Dorat , Poëte que les jeunes Autenr
ne ceffent de compiler , & dont ils dépriment le talent.
Cij
$2
MERCURE
.
Pour toi , qui fis naître ces vers ,
Tu reçus trop de la Nature
Pour emprunter à l'impofture
Le charme de tes doux concerts :
On te prendroit pour Philomèle.
Oui , ta voix douce , naturelle ,
Eft faite pour tout enchanter;
Tu féduirois fans être belle ;
Il fuffiroit de t'écouter.
( Par M. Mar. Em. Guil. Duchofal. )
Explication de la Charade , de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Minuit ; celui
de l'Enigme eft Chicane ; celui du Logogryphe
eſt Chaire , où l'on trouve haire ,
aire, ire , ré.
DE FRANCE..
SUR
CHARA D´E.
Sux mon premier ta tête tournera ;
Par mon fecond , vaiffeau cheminera ;
A l'aspect de mon tout fillette tremblera.
(Par Madame ** . )
ÉN I ENIGM E.
A LA terre attaché dès ma plus tendre enfance ,
Je laiffe , en périffant , mes griffes dans fon fein ;
Et d'un nombre d'enfans dont je fais la fubftance ,
Pas un ne me furvit , tous ſuivent mon deſtin .
Ainfi finit ma vie en un manoir champêtre ,
Et s'éteint avec moi toute postérité.
A la ville , au contraire , une autre façon d'être ,
M'expofe aux yeux de tous contre un mur adoſſé.
J'y reçois les bienfaits des ames généreuſes
Et le prix que l'on met au rachat d'un péché
Dont l'Églife n'abfout les ames malheureuſes ,
Qu'en des temps de difette ou de calamité.
Ciil
$4 MERCURE
LOGO GRY PHE.
JE fais , Lecteur , en même temps
Former de la même matière
Quantité d'ètres différens ,
Et la laiffer toujours entière,
Je n'ai besoin d'un feul mot ;
que
Ce mot à dire eft bien facile ,
Mais à trouver fort difficile ,
A moins que je ne fois un fot.
Voici mon nom : c'eft l'affemblage
Des lettres dont on fait ufage
Pour nommer un oiſeau dont on fait peu de cas į
L'inftrument qui du temps compte & règle les pas 3
L'homme le plus heureux dans l'efprit du vulgaires
Du fort de chaque état le principe ordinaire ;
Un péché qu'on ne fit jamais en badinant ;
Ce que tu fais , Lecteur , fans être bien favant ;
Un attribut ſuſpect , & commun dans les villes ;
Un fruit fans qui les bleds feroient prefqu'inutiles s
D'un malheureux état le trifte changement ;
Ce qui fait d'un habit le vice ou l'ornement ;
D'un jus délicieux le refte méprifable ;
Un fruit qui fait durer les plaifirs de la table ;
Un des points fur lefquels tourne l'axe des cieux;
Un vide fi petit qu'il échappe à nos yeux;
DE FRANCE.
55
Des travaux d'un Auteur le plus digne falaire ;
Du pauvre Villageois l'aliment ordinaire ;
Ce qui tient lieu par- tout d'eſprit & de vertu ;
Ce qui couvre une chèvre ; enfin me connois- tu ?
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
NOUVELLE Defcription des environs de
Paris , &c.; dédiée au Roi de Suède ; par
J. A. du Laure. A Paris , chez Lejay , Libr. ,
rue Neuve des Petits - Champs , 1786.
2 vol. in-12.
Nous avons déjà de M. Déſallier d'Argenville
un Voyage Pittorefque de Paris & un
Voyage Putorefque des environs de Paris ,
tous deux d'un grand fecours pour les Voyageurs
, les Amateurs , fur- tout pour les ignorans
, qu'il ne faut point du tout dédaigner
quand on écrit ; car c'eft pour eux que font
faits tous les Livres d'inftruction . Ces deux
Ouvrages font , comme celui que nous annonçons
, hiftoriques , defcriptifs & portatifs ; ils
ne rendent pourtant point celui - ci inutile.
Tout change dans les Ouvrages de la Nature,
& encore plus dans ceux de l'Art. De nouveaux
établiffemens , le goût des jardins Anglois
, des changemens confidérables dans
plufieurs endroits , rendoient une nouvelle
CIV
56 MERCURE
t
defcription néceffaire à beaucoup d'égards.
Les changemens infinis , & fur- tout les agrandiffemens
confidérables , & beaucoup trop
confidérables , fans doute , que Paris a reçus
depuis quelques années , rendoient encore
plus néceffaire une Defcription nouvelle de
cette capitale. Auffi cette defcription nouvelle
des curiofités de Paris , que l'Auteur a
publiée l'année dernière , a-t'elle eu du fuccès ;
elle a auffi effuyé des critiques ; on a reproché
à l'Auteur trop d'anecdotes . S'il en avoit
mis moins , ou même encore avec ce qu'il en
a mis , ne devroit- on pas fe plaindre au contraire
d'en trouver trop peu ? On lui a reproché
encore trop de plaifanteries fur les Moines .
Un partifan de ceux - ci l'a vigoureufement atraqué
fur ce point , & il repouffe vigoureufement
l'attaque dans la Préface de ce nouveau
Livre ; tout cela n'eft qu'une preuve de
plus de la rareté des critiques juftes & innocentes
, & de la fufceptibilité des Auteurs critiqués.
Ce qu'il y a de vraiment important,
c'est que l'Auteur paroît avoir le goût & la
connoiffance des Arts ; qu'en général il eft
inftruit , qu'il eft impartial , chofe aujourd'hui
fi rare en matière de goût , où tout eft exclufif.
Il ne prononce point entre Kent & le
Nôtre, il aime & Chantilly & Ermenonville ;
il trouve à louer & à blâmer dans l'un & l'autre
genre , cé que les partifans exclufifs de l'un
ou de l'autre auront peine à comprendre , &
encore plus à approuver. Il refte quelques
inexactitudes , inévitables dans un Ouvrage
DE FRANCE.
17
de ce genre , & nous allons en relever quelques-
unes pour concourir au deffein de l'Auteur
, & contribuer , autant qu'il eſt en nous ,
à la perfection de fon Livre.
A l'article Anet , page 2 , l'Auteur parle de
tableaux repréfentant les principaux exploits
du Duc de Vendôme ; & parmi ces exploits il
nomme la bataille de Lafan & celle de Civita-
Vitiofu . Il a voulu dire fans doute la bataille
de Caffan ou Caffano, en 1705 , & la bataille
de Villa-Viciofa , en 1710 ; ce n'eft- là qu'une
bagatelle , & peut- être n'eft-ce qu'une faute
d'impreffion.
و ر
Même article , page 3 , " Diane de Poitiers ,
Ducheffe de Valentinois , maîtreffe de
» Henri II , n'eut d'autre foibleffe à fe reprocher
que d'avoir aimé fincèrement un
Prince qui l'adoroit.
و د
و د
"
Les Mémoires du temps préfentent une
idée contraire ; on a dit & on a cru que Diane
de Poitiers avoit obtenu de François 1er la
grâce du Comte de Saint-Vallier , fon père ,
en lui accordant fes faveurs ; on a beaucoup
dit qu'elle avoit été fucceflivement maîtreffe
du père & du fils ; & pendant le règne même
de Henri II ; on a cru qu'elle lui avoit préféré
dans fon coeur le Maréchal de Briffac , & que
Henri II , en envoyant ce Général commander
en Piémont , avoit voulu éloigner un
rival. A la vérité , les Proteftans qu'elle perfécutoit,
& qui ont le plus contribué à répandre
ces bruits , ont pu la calomnier ; mais
d'abord pourquoi les perfécutoit- elle ? C'eſt
Cv
$8 MERCURE
déjà une objection contre la bienfaiſance ,
dont l'Auteur la lore peut - être encore un
peu trop. Enfuite il réfulte au moins de ces
opinions contraires , affez accréditées , que
l'Auteur ne devoit prendre fur ce point que
le ton de l'incertitude ; car s'il n'en faut pas.
croire aveuglément les fatyres des Proteftans ,
il n'en faut pas croire non plus fans examen
les flagorneries de Brantôme , qui a toujours.
le ton de la louange , même en rapportant les
faits les plus condamnables.
Page 4 , " C'eft la feule maîtreffe de nos
" Rois pour qui l'on ait frappé des médailles ,
& c'est peut- être la feuie qui eût le mieux
» mérité cet honneur. >>
Celle qui mérite le mieux eft toujours
feule ; car il ne peut y en avoir qu'une. If
falloir dire c'eft la feule qui ait merité cet
honneur , ou c'est celle qui a le mieux mérité
cet honneur, ou plutôt il ne falloit rien dire
là- deffus; car il n'eft nullement prouvé qu'elle
méritât rien à cet égard.
A l'article Athis , page 12 , il eft dit que
Pépitaphe de Badine , chienne favorite du
Duc de Roquelaure , qui fe lit encore dans le
jardin de la maifon appartenant aujourd'hui
à Madame la Ducheffe de Châtillon , fut
compofée en 1717 par Mlle de Scudéry ; Mlle
de Scudéry étoit morte en 1701..
Page jo , à l'article Chantilly , on dit que
ce beau lieu eft fitué fur la route de Senlis.
Cela n'eft pas exact. La route de Chantilly &
la route de Senlis font deux routes prefque
DE FRANCE.
parallèles , l'une fortant de la porte S. Denis ,
l'autre de la porte S. Martin ; elles ne fe rencontrent
dans aucun de leurs points ; l'une eft
la route de la Picardie maritime , l'autre la
route de la Flandre.
Page 51 , même article , il eft dit que les
douze routes de la table out près d'une lieue
de longueur chacune. Plufieurs ont beaucoup
davantage. De la manière dont l'Auteur s'explique
, il femble que la route du Connétable
foit la principale des douze routes de la table.
Elle eft abfolument étrangère à la table , &
elle a aufli fa table particulière , qui s'appelle
le petit convart , autre étoile remarquable ,
où aboutiffent actuellement dix routes , tant
grandes que petites , tant larges qu'étroites ..
On dit que cette route eft nommée route
du Connétable , parce qu'elle eft l'Ouvrage du
Connérable de Montmorenci..
Il falloit dire quel étoit ce Connétable , ſi
c'étoit Anne ou Henri ; car dans cette Maiſon
de Montmorenci , qui compte autant de Cométables
que les autres grandes Maifons les plus
favorifées comptent de Maréchaux de France ,
& de Maréchaux de France que les autres
comptent d'Officiers Généraux , il faut ſpécifier.
Au refte , il eft affez vraisemblable que
cette route foit l'ouvrage d'un des Connétables
de cette Maifon ; mais on voit pourtant une autre
raison qui auroit pu lui faire donner ce
nom , c'eft qu'elle eft alignée fur le flanc de
la ftatue équestre du Connétable Henri , qui
eft en face du château , & l'autre partie de
Cvj
во MERCURE
cette belle route , qui eft cenfée traverfer les
jardins , le canal & le parc , forme aux yeux
la communication de la forêt d'Halatte avec
la forêt de Chantilly , grande , fimple & vafte
idée.
Page 58 , cette forêt d'Halatte eft appelée
de Hallette ; c'eft peut- être une faute d'impreffion.
Page 87 , article Choifi. Nous ne favons
pourquoi M. Bernard , Auteur du Poëme de
l'Art d'Aimer, eft appelé cet aimable libertin,
aimable , affurément ; mais pour libertin , s'il
Péroit dans fes moeurs , ce n'eft l'affaire de
perfonne ; fi on veut parler de fes Écrits , ce
mot de libertin ne caractériſe point du tout
Fefpèce de galanterie qu'on y trouve.
Page 147. Voici ce que porte une note :
" On difoit un jour à M. de Buffon : Vous
aviez dit &prouvé avant J. J. Rouffeau que
» les mères doivent nourrir leurs enfans.
Qui , répondit ce célèbre Naturalifte , nous
» l'avions tous dit ; mais M. Rouffeau feul le
commande, & fe fait obéir. »
"
Nous ignorons fi M. de Buffon a dit cela ;
mais Mine de Genlis l'a écrit précisément
dans les mêmes termes.
Partie feconde. Page 215. Senlis eft placé
dans le Valois , c'eſt une erreur. Senlis ne fait
point partie du Valois , c'eft Crépy qui en eft
la capitale ; & fi Senlis étoit du Valois , il en
feroit la capitale préférablement à Crépy.
On place encore Senlis à treize lienes de
Paris. Il n'eft pas à beaucoup près à cette difDE
FRANCE. 61
tance , même au compte des colonnes miliaires
, & M. du Laure , qui ne compte que
neuf lieues de Paris à Chantilly , lequel tit
entre le N°. 20 & le N°. 21 , en doit compter
à peine 10 jufqu'à Senlis , qui eft entre les
Nos. 22 & 23 .
On voit combien ces inexactitudes font
légères , & combien peu elles diminuent le
mérite de l'Ouvrage.
En voici cependant encore quelques- unes.
Article Saint- Germain , Tome 1 , page 229,
le Roi Jacques II , eft- il dit , inourut à Saint-
Germain le 16 Septembre 1718 ; tout le monde
fait qu'il mourut le 16 Septembre 1701 .
Article Montihery , Tome II , page 91 ,.
on dit que la bataille de ce nom étoit entre
Louis XI & le Duc de Berry , fon frère ; il
falloit dire entre Louis XI & le Comte de
Charolois , fon rival ; le Duc de Berry étoit
un jeune Prince foible , que les ennemis de
Louis XI entraînoient quelquefois dans leur
parti , mais qui ne joucir par lui-même aucun.
rôle, & il n'étoit pas à la bataille de Montlhéry.
Article Montmartre , page 94 , l'Auteur
ne manque pas de rapporter la vieille plaifanterie
de l'infcription du chemin des ânes ; &
de la rapporter à 1779 , quoiqu'elle foit infiniment
antérieure, & de compromettre dans
ce vieux conte l'Académie des Infcriptions
qui n'y eft pour rien. Il paroît qu'en général
a un peu trop négligé de fe bien inftruire
des faits , de leurs époques & deleurs vérita
bles
circonftances .
62 MERCURE
L'ufage prétendu où font les hommes à
Mitry , près Paris , de battre ou de tuer impunément
les femmes qu'ils rencontrent la
nuit feules & fans lumière , eft une fable.
Ce fait ayant été rapporté dans la nouvelle
Édition du père Lelong , on a pris des informations
du Seigneur & du Juge de Mitry ,
qui n'avoient jamais entendu parler de cet
ulage.
L'aventure de la femme tuée en 1776 , à
Lágny , pour avoir fait la queftion , qui paſſe
pour une injure dans ce pays - là : Combien
vaut l'orge ? n'eft sûrement pas moins apocryphe
; une pareille violence ne feroit pas
reftée impunie. Il eft vrai qu'il y a dans diffé
rens pays de femblables mots dont on s'offenfe,
parce qu'ils rappellent des époques fâcheufes ,
& qu'on fuppofe qu'ils font dits dans l'intention
d'infulter. Celui- ci eft dans le cas , il rappelle
, dit on , un violent affront qu'un Câpitaine
de Lorges fit à cette ville après l'avoir
prife d'affaut. On le nomme ici le Maréchal
de Lorges ; on dit que l'époque du fait eft
de 1544 , & que c'étoit fous le règne de
Henri IV. Il y a là bien des fautes. En 1544 ,
Henri IV n'étoit pas né ; c'étoit le règne de
François Ier . De plus , il n'y a eu de Maréchaux
de Lorges ni fous François Ier ni fous
Henri IV. Il y avoit fous François Ier un Capitaine
de Lorges de Montgomery ; ce fut
lui qui , en 1521 , bleffa François Ier d'un
tifon enflammé qu'il lui jeta fur la tête à
Romorentin , à l'attaque que le Roi faifoit
DE FRANCE. 63
par plaifanterie de la Maifon du Comte de
Saint-Pol. Nous ignorons fi c'eft ce Lorges
qui fit à la ville de Lagny l'affront dont le fouyenir
eft encore amer aux habitans & fi
l'époque de cet affront eft de 1544 ; mais il eft
clair que l'Auteur s'en eft trop rapporté fur
ces faits à des traditions trop incertaines.
,
Nous ne favons pas non plus pourquoi à
Particle Montereau , il appelle Louis V le Duc.
d'Orléans , alfaffiné dans la rue Barbette . Ce
Prince étoit le premier de fa branche. Ce n'eſt
peut-être qu'une faute d'impreflion ; mais en
voilà un peu trop.
VARIÉTÉS.
>
DETAILS Hiftoriques de la Vie du Due
LÉOPOLD De BrunswiCK mort le
27 Avril 1785 ; traduits de l'Allemand de
Charles-René Haufens , Profeffeur d'Hiftoire
à Francfort- fur- l'Oder.
Le Duc Maximilien- Jules- Léopold de Brunſwick
Lunébourg , naquit à Wolfenbüttel le 10 Octobre
1752. Il étoit le dernier des Princes de fa branche ,
fils de l'immortel Charles , & de Philippir e- Charlotte
, fille de Frédéric - Guillaume ; il fuffit de les
nommer pour rappeler à la Nation de grands noms.
& de grandes vertus.
En ouvrant les faftes de l'Empire , parmi les
Maiſons Souveraines , ca en trouve peu qui méri
64
MERCURRE
tent autant l'eftime de la poftérité , & qui fourniffent
plus de modèles , non - feulement des qualités de
l'efprit , mais des vertus de l'humanité , que l'illuftre
Maifon de Brunfwick ; & cependant , combien de
Princes en Allemagne font élevés dans les mêmes
principes que ces fameux defcendans des Guelfes ?
Dans le fiecle précédent , le Duc François de
Brunswick cft celui qui , par les talens , fon courage
& fes vertus , préfente le plus de trajes de reffemblance
avec le Duc Léopold. Il étoit fils d'Henri
Duc de Brunswick Danemberg , dont la branche eft
aujourd'hui devenue Wolfenbunel , & fère du Duc
Jules Erneft , alors régeant. Le Duc François périt
d'une manière auffi prompte , auffi inattendue dans
un débordement du Rhin , que le Duc Léopold , dans
le dernier débordement de l'Oder , le 27 Avril 1785 .
Sous l'Empereur Rodolphe II , dans une guerre
contre les Tores , on l'avoir vu déployer ce caractère
de Héros , qui femble être l'apanage de cette
Familie , & s'y perpétuer de génération en génération
. Un de fes Ecrits , imprimés dans le temps , eft
la preuve de l'étendue, de fes connoiffances & de fa
paffion pour les Arts dès fes premières années. Cologne
avoit été long-temps le féjour de fa réfidence ,
il s'étoit depuis fixé à Strasbourg , parce que là , fous
la conduite & les exemples d'un fage Inftituteur ,
il
avoit appris à connoître les devoirs de l'homme fous
tous les rapports . L'Univerfité , la Ville , les habitans
le voyoient avec admiration , parloient de lui
aves enthoufiafme : il étoit l'objet de l'amour & de
Feftime univerfelle. Il fut ailé d'en juger par la
confternation publique , lorfqu'au moment où l'on
attendoit fon retour de Radftadt , on apprit cette
affreufe nouvelle : le Duc François cft mort , il a
été enfeveli dans les flots.
Les premières années du Duc Léopold ont des
rapporis frappans avec celles du Duc François , &
DE FRANCE. 65
doivent former une époque importante pour les
fiècles à venir ; époque à laquelle un grand Roi prit
les armes pour le foutien de fa monarchie , pour la
sûreté de les peuples , rendit la liberté à l'Allemagne ,
& l'équilibre à l'Europe ; où tous les Princes de la
Mailon des Guelfes combattirent fous les drapeaux
de l'Empire ; où François & Henri , les aînés , moùrurent
martyrs de la patrie.
Les différends entre la Maifon d'Autriche & la
Maifon de Bourbon attirèrent en Allemagne , depuis
le 2 Mai 1756 , de nombreuſes Armées Françoifes
qui s'emparèrent des Etats de Brunswick. Les
Princes fe retirèrent d'abord à Zell , enfuite à Blankenbourg.
La première éducation du Duc Léopold ,
depuis l'age de douze ans , après avoir été précédemment
confiée aux Interdans de la Cour de la Ducheffe
Doaairière , MM, de Valmoder , de Campen
& de Dulow , fut remiſe au Baron de Warnſtadt.
Par la rapidité de les progrès , par une foule de traits
qui ne feront jamais oubliés , Léopoid , dans un
âge auffi tendre , préparoit déjà des éloges à fes
Maiues. Borcher fut celui qui conduifit fes premiers
pas vers les Sciences , & l'Abbé Jérufalem , un des
plus zélés défenfeurs de la Religion , lui donna les
premiers principes du chriftianifme.
S'il eft vrai que les vertus morales des hommes
s'embelliffent lorfqu'elles partent d'un principe religieux
, je vois dans le plus grand jour ce qui répan
dit tant d'éclat fur les actions du Prince de Brunf
wick , & fur celle qui lui coûta le facrifice de fa
vie.
Deux écueils également dangereux par leur influence
fur les peuples , doivent être évités dans
l'éducation des Princes ; l'indifférence abfolue pour
toutes les Religions , & le fanatifine pour celle qu'ils
profeffent. L'indifférence abfolue doit produire néceffairement
le relâchement des moeurs ; les vertus
66 MERCURE
publiques & particulières ne font alors que des apparences
, & n'ont aucune folidité. L'intérêt perfonnel
ou l'orgueil , plutôt que la droiture des intentions
, forment la bafe fur laquelle elles font ap
puyées. Dans cette multiplicité d'opinions partagées
& de paffions diverfes , le bien public ne peut que
fouffrir. Le fanatifme , d'un autre côté n'eft pas
moins fatal aux Gouvernemens il fufpend , il
étouffe le progrès des connoillances il appelle le
malheur & les féaux fur les Nations les plus éclai
rées ; il tient l'efprit dans un abaiffement humiliant
, & le prive de fa faculté la ples noble , la
liberté de penfer & de dire la vérité. Le fanatifme ,
ainfi que le prouve l'Hiftoire de tous les fiècles ,
influe fur le régime des Etats , fe gliffe dans le cabinet
des politiques , & produit encore plus de
maux que la tolérance dangereufe de toutes les religions.
Heureux les Princes qui ont été à cet égard éle
vés dans des principes aui surs que Lonold ! Vous
connoiffez , me difoit-il un jour , combien j'eftime
un jufte milieu entre ces deux extrémités ; mais ce
point intermédiaire eft très - difficile à déterminer,
Quelques mois auparavant , dans une queftion fur
la différence des vertus chrétiennes & des vertus politiques
, par leur rapport avec l'adminiſtration , il
parut fair avec empreffement l'occafion de déve
lopper fon opinion . Je regarde comme un de
voir , difoit ce Prince , & il le prouvoit par le fait ,
de préfenter au monde dans ma conduite & mon
attachement à la Religion , un modèle dont il puiffe
tirer avantage : je veux abfolument , fi l'on a lieu
de bien parler de moi , que l'on puiffe juger des
motifs intérieurs qui m'animent , & que le zèle de –
la Religion commande en moi la paffion de l'eftime
publique. Soumis à mon Dieu , fidèle à mon Roi
bienfaisant envers mes femblables , fi je remplis ces
-
DE FRANCE. 67
T
devoirs facrés , on n'en pourra attribuer le mérite
qu'à mes principes religieux . Un Prince qui
joignoit à de telles réflexions un amour fans bornes
pour l'humanité , pouvoit il n'être pas l'objet des re
grets univerfels ?
Les leçons du fameux Gartner , d'Hében , de
Shmidt , fes Profefleurs en Littérature , lui avoient
facilité l'étude du coeur humain. Les deux premiers
l'avoient inftruit dans la morale & les fciences ; le
dernier lui avoit enfeigné l'Hiftoire des Nations ,
celle de l'Allemagne & de fa propre Maifon. Florencourt
, Secrétaire du Duc fon père , avoit formé
fon goût pour la langue & la Littérature Françoife ,
& Gantara fut fon Maître d'Italien. Jamais Léopold
n'oublia qu'il avoit été leur Diſciple ; il recevoit
fouvent leurs avis avec une reconnoiſſance que beaur
coup de Princes Allemands auroient peut - être regardée
comme au deffous de leur dignité. La partie
des mathématiques , relative à l'Art de la Guerre,
Jui fut enfeignée par le Lieutenant- Colonel Shnelier,
du Corps des Ingénieurs , & le Baron de Gerlach ,
Capitaine d'Artillerie , l'avoit inftruit dans l'attaque
& la défenfe des places . Je fus témoin de l'accueil
Batteur que reçut ce dernier , lorſqu'après fon retour
de la guerre d'Amérique , il vint faire fa cour au
Vous aurez , me dit- il , des pièces authentiques
pour I'Hiftoire ; car , ajouta- t'il en me
montrant le Capitaine , mon Hiftorien n'eft pas feur
lement un homme de mérite , il eft fur- tout grand
partifan de la vérité . — Que ce mot du Prince pro
met d'éloges à fa mémoire ! ombre de Léopold !
l'ami de la vérité n'oubliera aucune de tes vertus .
Prince. Apr
La quantité de langues que favoir & que parloit
le Prince de Brunſwick , eft un objet d'éronnement.
Il parloit Italien , François , Anglois & Polonois. H
entendoit fans effort les Ecrivains & les Poëtes Lap
tins. On le trouvoit prefque toujours entre Horace
48 MERCURE

& Cicéron ; dans fes promenades , il portoit d'un
côté le premier des Orateurs , & de l'autre le plus
aimable des Poëtes. Son goût pour la langue Italienne
avoit été très- exercé. Il jugeoit avec un tact
sûr des Ouvrages modernes de cette Nation ; on
l'entendoit citer fouvent des Auteurs prefque ignorés
en Allemagne. Auffi , difoit- il quelquefois que les
Allemands & les Italiens paroiffoient s'occuper aufi
peu les uns des autres que s'ils n'exiftoient pas . Le
François éoit la langue favorite , & les Auteurs
Anglois les plus difficiles lui étoient devenus familiers
par l'étude . Après le détail de tant de connoiffances
acquifes , le Public peut- il attendre de moi
le développement de fes talens militaires ? N'eft- ce
pas affez de dire qu'il fut eftimé d'un grand Roi ,
qui ne plaça jamais fon eftime au hafard ? Qu'à la
Cour de Pruffe , les plus grands Généraux reconnoiffoient
en lui le caractère héroïque du Duc fon
frère ? Qu'ils préfageoient d'avance que bientôt il
fuiv: oit l'exemple glorieux du Vainqueur de Freyberg
& de Minden ? Aimé des Soldats & du Peuple ,
fa perte ne fut pas moins fatale à l'armée qu'à l'humanité
même. Quand fon devoir l'appeloit , c'étoit
l'ame de Montécuculli , de Turenne & d'Eugène ;
dans fes loisirs , comme eux il employoit fon temps ;
comme eux dans l'occafion il déployoit fa prudence
& fon courage. Avec quel plaifir il lifoit les Mé
moires du Maréchal de Villars , que lui avoit envoyé
le fecond conquérant de l'lfle S. Euftache ! En
s'arrêtant fur les détails de la défaite de Malplaquet ,
je vois maintenant , dit le Prince , comment Villars
a dû perdre la bataille fans qu'il y eût de fa faute,
Après l'expofition de fes idées , j'ofai ne pas déférer
à fon fentiment , & le Prince , fans adopter le mien ,
me laiffa l'honneur d'un avantage qu'il ne voulut
pas me difputer.
Infatigable dans fes recherches fur tout ce qui
#
DE FRANCE. 69
avoit rapport à fon métier , le Prince ne refpiraie
que le defir de s'inftruire . Oa lui doit même l'inven
tion d'un changement dans la conftruction des ar
mes à feu , qui rendoit la charge plus prompte &
plus facile : objet d'une importante & malheureufe
utilité !
Les Mémoires Hiftoriques qui traitent de l'Art de
la Guerre, n'étoient pas le feul but de les études , il
étoit auffi profondément verſé dans l'Art de la Po
litique. Les divers moyens prefcrits dans les différens
âges du monde pour la fage adminiſtration des
Etats éveilloient auffi fon attention ; il rapprochoir
les événemens , comparoit les refources , & les
approprioit à fon fiècle ; ils lui fervoient à concevoir
encore mieux la bâſe fondamentale & les fecrets
refforts de la police actuelle des Gouvernemens.
Doué d'un efprit obfervateur , il étudioit les hommes
d'après fes propres yeux , & les Nations d'après
l'Hiftoire. Heureux de pouvoir échapper au tumulte
du monde, il aimuit à jouir du calme de la méditation.
C'eft delà qu'il confidéroit ces grands ébranlemens
des peuples , ces révolutions dans les moeurs ,
dans les Arts & dans les Sciences , qui ont changé
tant de fois la face des événemens. En ouvrant les
faftes du monde , il cherchoit fur le Trône des Rois
bienfaiteurs de leurs peuples , dans les palais des
Courtisans vertueux, des Miniftres amans de leur
patrie, De la région élevée des Cours , il defcendoit
dans la claffe générale des hommes pour y contempler
la vertu , tantôt couronnée , tantôt perfécutée ;
le vice élevant quelquefois fa tête radieufe , briller
un moment d'un éclat impofteur , fe démafquer
enfin & tomber dans l'oubli ; gemiffant de voir en
morale , comme en politique , les lumières à côté
des préjugés , l'erreur & la vérité fe mêler dans les
différentes religions , & reconnoiffant par- tout des
preuves d'une Providence toute puiffante,
70 MERCURE
De plufieurs matériaux raffemblés à grands frais,
il avoit formé une Hiftoire de la Maifon des Guelfes ,
qu'il avoit rédigée lui - même avec le plus grand
foin. Non moins verfé dans Hiftoire des autres
peuples , Léopold diftinguoir de certe foule de Spuverains
, anéantis fous le poids des fiècles , Henri
IV , Roi de France , Gustave - Adolphe , Roi de
Suède , & l'immortel Électeur Frédéric Guillaume. Il
fe plaignoit fouvent de ce que l'Allemagne , fi l'on
excepte les Mémoires du Roi de Pruffe , ne pouvoit
produire aucun Hiftorien digne d'être comparé à
un Schmidt , à un Robertſon.
Des hommes d'un grand mérite ont penſé , à la
vérité , que nos Hiftoriens ne tracent aucun de ces
caractères diftincts qui préfentent de grands modèles
, & que trop foibles ou trop négligés , les
traits des Héros qu'ils produifent ne font pas affez
frappans. Nous pouvons cependant nous énorgueillir
de l'Hiftoire de Frédéric- Guillaume , par Puffendorf.
Mais ces critiques impofantes , jointes à une Edition
des fragmens de cet Ecrivain , publiée par M. Hertzberg
, Secrétaire du Cabinet , que
le Prince regardoit
comme un des premiers Hommes d'Etat , l'engagèrent
à m'ordonner d'extraire les morceaux les
plus importans de l'Hiftoire de Puffendorf, & de
les raffembler en un corps d'anecdotes.
Je choifis l'époque de 1655 à 1660 , époque à
jamais mémorable par les conquêtes & les batailles
de Frédéric Guillaume. Je raflemblai également les
négociations intéreffantes entamées avec toutes
les Puiffances de l'Europe , par les Ambaffadeurs de
Pruffe , d'après les inftructions de
minai enfin mon Ouvrage par le lecteur . Je terde
la conf
titution du Gouvernement , lorfqu'il en prit les
rênes , & de fa fituation politique lorfque la mort
l'enleva à fes grands projets.
On peut apprécier les connoiffances du Prince, par
DE FRANCE. 71
le jugement qu'il portoit fur l'Auteur célèbre duquel
j'empruntai les traits hiftoriques dont je viens de
parler.
Si Puffendorf, felon lui , au milieu des éloges
adreflés aux Héros , aux Négociateurs de fon tems ,
ne fe fût pas borné à préfenter le recueil fatigant
de fimples faits d'armes & d'exploits militaires , s'il
n'eût pas exalté, dans Frédéric- Guillaume, le conquérant
plutôt que le père de la patrie , fon mérite & fes
fuccès enflent fans doute été plus grands.
Aucun des Hiftoriens de l'Allemagne n'étoit étranger
au Prince. Marcof, Bunau , Haberlins , Henry,
qu'il honoroit d'un commerce particulier , ont fouvent
été follicités par lui de s'occuper de la continuation
de l'Hiftoire de Schmidt. Les Ecrivains de
tous les rangs n'avoient point échappé à fes recherches.
Toujours prêt à encourager les talens par fa
protection , il les dirigeoit encore par fes confeils.
Il fe faifoit un plaifir d'accueillir les Savans que
leurs voyages attiroient en Allemagne. J'avois même
depuis plufieurs années reçu l'ordre de les lui préfenter
fans autre forme d'étiquette.
De tous les Ouvrages Périodiques, il préféroit ceux
qui , fe bornant à une critique décente & fimple ,
écartent de leurs difcuffions toute prévention perfonnelle
. Le Public a profité de plufieurs monumens
d'hiftoire & de politique tirés de fon porte-feuille ,
pour enrichir les Ecrits Périodiques de fon temps.
Un des Romans politiques qu'il eftimoit le plus ,
étoit les Soirées de Hallo , ouvrage rempli d'une
morale faine & de vues profondes. M l'avoit lu plufieurs
fois , en avoit marqué les meilleurs paffages ,
y mêlant fes propres remarques.
Un jour qu'il m'avoit appelé près de lui , je l'entendis
fe répandre en éloges fur ce Roman , qui
renfermoit à fon avis plus de politiquequ'une foute
de fyftêmes de rêveries faites fur l'art de gouverner
72 MERCURE
-
les hommes. Je fuis perfuadé , difoit- il , que s'il
exifloit un pays foumis à un tel régime d'adminiftration
, on y verroit renaître les jours fortunés de
l'âge d'or. Je répondis refpectueusement qu'il
me fembloit que le régime des Etats dépendant de
tant de circonftauces , re pouvoit que diffi.ilement
être affujéti à des principes généraux ; que la raifon
qui rendoit ces plans d'adminiftration fouvent impraticables
, étoit la même qui empêchoit les projets
d'Henri , Roi de France , d'être exécutés par toute
l'Europe ; que d'ailleurs les Princes animés de ces
vaes bienfaifantes , les Miniftres capables de les
feconder , ne jouoient ordinairement fur la scène du
monde qu'un rôle trop paffager , & que leur carrière
fuffifoit à peine pour réalifer leurs idées dans
un pays d'une petite étendue. Toujours des doutes ,
s'écria le Prince , c'eft ainfi qu'on endort la raison ,
qu'on arrête les facultés de l'ame , & qu'on la prive
de fon énergie.
Souvent on l'a vu aux prifes avec les Philofophes
du fiècle , agiter des queftions de morale & de métaphyfique.
Je fus témoin un jour d'une differtation
fur l'immortalité de l'ame , vérité dont il aimoit à
s'entretenir. La veille même de fa mort il s'étoit fort
étendu fur cette queſtion : favoir fi homme ceffe--
roit de s'ignorer après la ſéparation de l'intelligence
d'avec la matière.
Le Prince donnoit auffi quelques momens aux Mathématiques
& à l'Hiftoire Naturelle . Dans l'hyver
de 1780 , il confacroit toutes les femaines plufieurs
foirées à l'étude de ces fciences , fous les leçons du
fameux Mennich, Profeffeur de Mathématiques &c
Chef du département des mines . Son ardeur de
favoir lui avoit fait embraffer tout ce que renfer
ment les connoiffances humaines réunies. Hiftoire
Naturelle , Agriculture , Légiflation , Commerce ,
Induftric, Police des Etats , Education publique &
particulière ,
DE FRANCE. 73
particulière , tout avoit fervi d'aliment à fa noble &
infatiable curiofité. Profondément inſtruit , jamais il
ne cherchoit à le paroître : il fembloit au contraire
s'efforcer de d fimuler cette richeffe d'érudition ; on
eût dit qu'il vouloit cacher la fupériorité qu'il avoit
fur les autres hommes , comme les bienfaits qu'il répandoit
fur eux.
Son tact en Peinture étoit celui d'un connoiſſeur
délicar. De la paffion des Arts lui étoit venu le goût
'des voyages, ce fut en 1771 , après avoir accompagné
le Roi en Siléfie & à Neustadt , ville mémo-
' rable à jamais par l'entrevue de Jofeph & de Frédéric
qu'il commença les premières courfes.
Après un court féjour à Anfpach, Erlang, Weimar,
Gotha , le Prince prit la route de Strasbourg. Dans
cette ville , cu fleuriffent les Arts de la paix , au milieu
des appareils de la guerre , fon féjour fut de
plus longue durée . C'eft la qu'il perfectionna des
connoiffances acquifes au prix de tant d'études. Enrichi
de nouveaux tréfors , Léopold s'avanca dans
la Lorraine , vifita les villes les plus remarquables, &
s'approcha de Paris , obligé de retourner fur les pas
fans y être entré .
Peu de temps après fon arrivée, le Prince Ferdinand,
Grand Maire de l'Ordre de Saint-Jean , le reçut
Chevalier.
Vers l'année 1775 , Léopold reprit le cours de fes
voyages ; le 4 Avril , il partit de Brun wick pour
fe rendre à Vienne . Ce fut le Comte de Dietrichstein
qui le préfenta à la Cour. L'Impératrice - Reine le
reçut avec une affection particulière . Dieu foit loué,
dit elle , en s'adreflant à Madame de Guttemberg
fa Dame d'honneur , nous aurons un Brunſwick
avec nous.
Le Prince , attaché par les bienfaits de la Cour
de Pruffe , ne put fe réfoudre à accepter du fervice
en Empire ; il prit congé le 23 Avril , & fe mit en
Nº. 36 , 9 Septembre 1786. D
74
MERCURE
chemin pour l'Italie ; il rencontra le favant Leffing ,
comme lui revenant de Vienne . Le Prince le détermina
à l'accompagner dans fes voyages ; & fur les
pas d'un tel guide , il cxerça d'autant mieux fon efprit
obfervateur. A Milan , il eut occafion de voir le
Comie Firmian , fondateur d'une Univerfité , enlevé
depuis aux Lettres & aux Sciences , qu'il avoit fait
refleurir en Lombardie, Chacune de ces bibliothèques
fameufes , dont le catalogue rempliroit plufieurs
volumes , éroit auffi familière au Prince , que s'il les
eût fréquentées depuis long-temps . Il indiquoit , dans
toutes les branches de Littérature , les Ouvrages d'un
mérite plus ou moins diftingué. En Mai , il arriva
à Venife , pour y voir la cérémonie du Doge époufant
la Mer Adriatique , d'autant plus brillante cette
année là , qu'elle avoit pour témoins le Grand- Duc
de Tofcane , les Archiducs Maximilien & Ferdinand ,
le Duc de Parme & le Duc de Modène . Vers le 6
Juin , il paffa par Bologne ; après s'être arrêté quelque
temps à Florence , il partit pour Livourne , vers
le 13 Juillet. Le 17 du même mois , il s'embarqua
pour Baftia , féjour qui ne lui parut intéreffant que
par le Comte de Marbeuf, dont il fe félicitoit d'avoir
fait la connoiffance : de-là il fut à Gènes & enfin à
Turin, Vers le 15 Octobre , le Prince , arrivé à
Naples , fut préfenté à la Cour par le Comte de
Wildfec , Ambaffadeur de l'Empire. Dans plufieurs
entretiens particuliers avec le Marquis de Tanucci ,
premier Miniftre , le Chevalier Hamilton , Envoyé
de Londres , il les étonna par l'étendue de fes connoiffances
, & par cette érudition non affectée , qui
1angeoit parmi fes admirateurs ceux- mêmes qui pouvoienten
être jaloux . Il vifita attentivement à Naples
les Ouvrages les plus curieux ; conduifant par- tout
avec lui Leffing , Amateur éclairé des beautés de la
Nature & des chefs- d'oeuvres de l'induftrie des homames.
Avant de quitter Naples , le Prince reçut du
DE FRANCE.
75
Duc de Brunſwick fon frère , une lettre , par laquelle
il lui annonçoit que Frédéric lui avoit accordé un
régiment. Léopold l'accepta , réſolu de facrifier à la
Patrie qui l'adoptoit , tout ce qu'il pouvoit efpérer
ailleurs d'honneur & de gloire. Bientôt après il partit
pour Rome. Durant fon féjour dans la Capitale
de l'Italie , rien n'échappa à fa recherche ; Monumens
, Infcriptions , Médailles , & ces nombreufes
dépouilles de l'antiquité, il vit , il obferva tout. Rome
le retint encore quelque temps . La Patrie des héros
enflammoit fon coeur. Ily trouvoit non feulement
à fatisfaire fa noble curiofité , mais encore à étendre
fes lumières dans les converfations qu'il cut avec plafieurs
favans du premier mérite . Je ne citerai que le
Cardinal Albani , l'homme le plus érudit de fon
temps.
Après une longue Audience du Pape où le Prince
foutint la dignité de fa foi , il s'en fépara, comblé
de marques de diftinction , rendues moins à fon rang
qu'à fon mérite perionnel . Il parcourut enfuite fucceffivement
plufieurs autres villes , dont les beautés
allumeroient l'enthoufiafime de l'obfervateur le moins
paffionné. Quelle impreffion ne dût pas faire fur l'i
magination de Léopold le beau ciel de l'Italie ! La
tête remplie de grandes images , l'efprit enrichi de
connoiffances nouvelles , il revint à Brunſwick le 21
Décembre 1775.
En Janvier 1776 , il ſe rendit à Poſtdam , aux
voeux de Frédéric, qui l'avoit nommé Général Major,
pour réparer la perte du Baron de Diringshof, Officier
Général qu'il eftimoit beaucoup. Le 8 Février
fuivani fut l'époque defirée de fon retour à Francfort.
On remarquoit dans tous les regards cette joie de le
revoir , qui fe changea en une douleur profonde le
27 Avril 1785.
Ami des foldats , Léopold s'occupa pour leurs en
fans d'un établiſſement deftiné à leur éducation & à

Dij
76 MERCURE
}
: our entretien il le forma d'après les principes de
Guftave- Adolphe , Roi de Suède . On les élevoit dans
ce zèle patriotique , feul capable de produire de grands
hommes & de grandes actions ; le Prince vouloit en
faire par la fuite un Régiment National . Ces jeunes
Militaires devoient être fur le même pied que ceux
que Gaflave menoit tocjours après lui dans fes expé
ditions , de manière que leurs leçons étoient les exploits
de leur Maître.
Déjà le Duc avoit fait élever des cafernes où de
voient le tenir ces écoles ; lui même avoit fourni une
fomme confidérable. Chaque Propriétaire de Compagnie
, jaloux de concourir à cet établiffement ,
avoit accordé par mois une fomme deſtinée aux Inf
tituteurs , fans compter les préfens du Prince à cer
sains jours d'exercices publics. Léopold , connoiffant
tous les Écrivains qui avoient traité de l'éducation
fur un choix de différens Ouvrages , en conípofa un
part culier de leurs meilleurs principes réunis ; il le
confacra à ces écoles , dont il forma la bibliothèque
à les dépens .
Le Prince venoit fouvent vifiter la maifon , fuivi
d'un fimple foldat ou d'un bas- Officier . Il interro
geoit lui - même les enfans , examinoit la méthode
inftruction , & diftribuoit des prix d'encouragement.
Après deux mois de l'érab'iffement de ces Écoles ,
ouvertes depuis le 26 Janvier 1778 , la guerre de la
fucceffion de la Bavière ayant entraîné le Prince vers
d'autres foins le jour du départ il ſe rendit aux
Ecoles , & s'adreffant aux Infiituteurs : Si je meurs ,
dit-il , où mon devoir m'appelle , j'ai pris des mefores
pour que vous foyez entretenus fur le même
pied pendant dix ans après ce temps - là vous ferez
abandonnés au foin de la Providence.
Le retour de Léopold fur l'époque heureuſe où
Frédéric, en sendant la paix à l'Allemagne , enchaîna
DE FRANCE.
77
la valeur de fes Héros Le Prince avoit marché avec
le Corps de troupes du Général Mollendorf , qui fermoit
l'avant garde de la feconde armée, & fe porta
de Cottbas à Drefde. Quelque temps après , fon Régiment
fe jo guit à cette armée , que le Prince Henri
conduifit en Bohême par une marche fi favante.
Lorfqu'il fe retira , Léopold follicita la permiflion
de fuivre les opérations du Général Mollendorf3
mais la crainte que fon courage ne lui fit tenter de
trop grandes chofes , détermina le Prince Henri à
lui refufer fa demande.
L'Electeur , les Miniftres , les Généraux , tous ,
dans Léopold, admiroient l'homme que tant d'avantages
diflinguoient à la fois. On ne pouvoit voir
fans étonnement cette réunion de verius morales ,
de fentimens d'humanité , avec des qualités militaires
fi brillantes & fi folides. L'Allemagne retentira
long- temps du tribut de regrets payé à la mémoire
de Léopold. Francfort , Leipfick , Drefce ,
vous avez pleuré fa perte auffi vivement que les habitans
fous les regards defquels il eft né ; & vous ,
Nations étrangères , vous n'avez point appris , fans
gémir , que ce Prince , l'honneur de l'humanité
n'étoit plus.
Ardent à fecourir les malheureux , on fe rappelle
fon infatigable activité dans l'incendie terrible de
1782. Sur quelques repréfentations du péril auquel
il s'expofoit , l'humanité m'appelle , répondit-il , &
la Providence me conduit. Il marchoit aux dangers
avec une liberté d'efprit , une tranquillité d'âme femblable
à celle du généreux Duc de Schwerin , qui
à la tête de fon Régiment dans les champs de Luzen
, l'étendard à la main , er fonça les ennemis , &
reçut la mort en voulant affurer la victoire à Guftave
Adolphe, qui fut lui- même tué dans cette journée .
Le Prince raffembla dans la dernière année de fa
vie quelques morceaux épars fur l'art de la guerre,
Diij
78
MERCURE
qu'il intitula : Effai Militaire . Il n'y mit jamais la
dernière main ; mais on apprendra fans doute avec
intérêt les divers objets dont il s'étoit occupé.
De la proportion du nombre des Soldats d'une
armée avec la population du pays.
Des levées en pays étrangers.
Des Congés.
Des Hôpitaux en temps de guerre & en temps.
paix.
De l'habillement des Soldats.
De la retraite des Vétérans .
De l'inftruction des Officiers.
Des incurfions en pays ennemi .
De l'ordre & dela difpofition des marches,
De la police d'un Régiment.
de
Paffionné pour l'étude , favorifé par les difpofttions
de la Nature , fes lo firs étoient d'utiles occupations
. Sévère , mai jufte , jamais l'humeur n'aléra
fon caractère & re décida fa conduite. Dans la
fleur de la fanté, il fembloit preffentir qu'il ne vivroit
pas long temps . On lui a plufieurs fois entendu dire
J'aurois affez vécu , fi je pouvois achever & confolider
tous mes plans .
כ כ
Quelques femaines avant fa mort , il écrivoit à
fon frère :
Si la guerre fe déclare , je fuis tout prêt : je la
regarde cependant comme un fléau ; mais puifqu'elle
peut nous furprendre un jour , je defire du moins
que ce foit dans un temps où mon bras puiffe être
utile. Si au contraire nous ne reprenons pas les
armes , j'en aurai plus de momens pour me préparer
au paffage redoutable du temps à l'éternité. »
Ennemi de la flatteric , Léopold n'aimoit pas
qu'on lui fît un mérite de fes actions . Son coeur étoit
fon juge , & fes fentimens fa récompenfe.
Impatient de toute efpèce de cérémonial , en 1782,
àfon retour des revues de Berlin , où le Roi l'avoit
DE FRANCE. 79
nommé Général Major , les députés de la ville s'alfembièrent
dans fa maifon pour le féliciter . Le Prince
rentta par une petite porte de fon jardin , trop
heureux de fe dérober à l'importunité du compli
ment.
Sage dans la diftribution de fes dons , fes bienfaits
étoient pour tout le monde , & l'homme indigne de
fes bontés n'en étoit pas même excepté , dès qu'il
éroit malheureux . Dans mille occafions , de pauvres
Étudians éprouvèrent fa générofité , ignorant la main
à laquelle ils en étoient redevables . Combien de
fois n'avoit- il pas contribué à l'avancement du mérite
obfcur , en recommandant au Roi des Officiers
dont il ce connoiffoit que les talens ou les vertus !
Quand on lui repréfentoir que fes, libéralités excé
doient la proportion de la fortune : « J'aime mieux
me gêner , difoit il , que de voir fouffrir. »
Sobre dans fon intérieur , il favoit donner à l'of
tentation , lorfque fes places & fon rang l'exigeoient.
Mais ce n'étoit jamais aux dépens de l'ordre ni d'une
fage économie. Son amour pour l'humanité étoit
fa paffion dominante ; on eût dit qu'il exiftoit moins
pour lui que pour les autres . Il en donna la preuve
fatale , en facrifiant la vie dans l'événement malheureux
dont on va retracer la mémoire.
Jufqu'au 26 Avril , le Prince n'avoit point encore
été vifiter les lieux où le débordement du fleuve
pa
roiffoit menacer la sûreté des habitans ; mais le foir
de ce même jour , la terreat augmentant avec la
crûe des eaux , il alla lui- même juger des mesures
que l'on avoit prifes pour prévenir un danger qu'il
n'étoit plus poffible de fe diffimuler.
Le lendemain il fit marcher fes chevaux , ordonna
que l'on raffemblât les bateaux , pour fauver tout ce
•qu'il feroit poffible d'hommes & d'effets , & fortit à
la tête de fon Régiment , qui fe porta au fauxbourg
des digues . A dix heures , l'inondation augmentant
1
Div
80 MERCURE
d'un inſtant à l'autre , aveit déjà entraîné une partie
du font, & les malheureux habitans des fauxbourgs
n'avoient plus ni communication ni fecours à efpérer
de la ville. Léopold , déchiré par ce fpectacle ,
vouloit que l'on halardâr tout pour fauver ce que
l'on pourroit , mais les bateliers lui repréſentèrent
qu'il n'y avoit que des risques à courir. « Je vous
accompagnerai , dit le Prince , avec feu ; un foldat ,
Bommé Christophe Bergmann , enten dant ces mots :
Vous , Monfeigneur , s'écria - t- il ? Oui , répond
Léopold ; conduis - moi , nous en fauverons peutêtre
quelques-uns. A Dieu ne plaife , reprit le foldat
, que j'expofe vos jours ; il y a déjà long -temps
que j'aurois hafardé ma vie , s'il y avoit en le
moindre efpoir. Le Prince ſe retira le coeur déchiré ,
fans dire un feul mot.
A midi il ſe rendit à la parade , revint enfuite ,
allant & retournant , tantôt vers le pont , tantôt au
fauxbourg des tilleuls , courant par-tout où fa pré
fence pouvoit encourager, où fon bras pouvoit être
utile. Près d'une des portes de la ville , un foldat &
unpêcheur fe rencontrent fur fes pas . Où allez- vous ?
leur demanda Léopold ; je vais , répond le foldat ,
avec cet homme , tâcher de remonter les digues. A
ces mots , l'humanité de Léopold ne fe contient
plus ; il les fuit, faute dans le bateau du pêcheur ,
le détache lui même & le pouffe à travers l'impéquofité
du fleuve. Cù votre Alteffe veut- elle aller ,
dit le pêcheur , le paffage n'eft pas sûr ici ? Par- tout ,
dit le Prince , où des malheureux rous attendent. Le
pêcheur gagna jufqu'au marché au bois . Le Prince ,
fe voyant près de l'hôtellerie du Lion , dit au batelier
de le conduire vers la maiſon Lehmann . Ces paroles
furent les dernières qu'il prononça ; elles prouvent
combien il confervoit fa préfence d'efprit au
milieu du danger . Plufieurs bateaux qui avoient ſuivi
effectivement le chemin qu'il traçoit , étoient heu
DE FRANCE.. 8c
reufement abordés . Le Prince , fecondé par les géréreas
compagnons , alloit toucher à terre , lorfque le
bateau heurta avec force contre un faule , & s'inclinant
du côté oppofé , ne put réfifter à l'effort de
l'eau. On vit le Duc tomber en arrière , furnager
un moment, & difparoître tout-à - coup enfeveli fous
les flots. Le pêcheur & le foldat fe lauvèrent à la
nage.
Il eft vraisemblable qu'en tombant , le Prince
reçut un coup affez fort pour perdre l'ufage de fes
fens. Exercé à nager il eût dû échapper à ſon fort,
fans la violence de fa chûte. Ce qui le prouve , t'eft
que la tête ne reparut point fur la furface de l'eau ;
fes vêtemens feuls qu'on appercut , donnèrent un
moment l'espoir de le fauver , & lors de l'ouverture
de fon corps , on ne lui trouva pas une goutte d'eau
dans la poitrine ,& fa bouche étoit étroitement fermée.
Quiconque oferoit accufer le Prince d'imprudence
dans cet événement , n'auroit jamais éprouvé de ces
élans de fer fibilité , de ces tortures d'un coeur généreux
à la vue des maux de fes femblables . Mille
autres , à la bonte de l'humanité , tranquilles dans
un afyle sûr, fe fuffent conten és peut- être d'envoyer
quelques fecours tardıfs ou mal adminiftrés , attendant
paisiblement qu'on vînt leur faire l'énuméra
tion des victimes ; mais le coeur de Léopold , impatient
du moindre délai quand la voix de l'humanité
demandoit fon appui , vouloit marcher lui même
au fecours de ces malheureux qui , pleins de vie ,
dénués de toute efpérance , voyoient autour d'enx
avec horreur , les gradations d'une mort lente &
ikévitable. #
DT
82 MERCURE (
SPECTACLES.
COMÉDIE FRANÇOISE.
CE n'eft plus du neuf qu'il nous faut , c'eft
de l'extraordinaire, Nous étions autrefois des
hommes fous les yeux defquels on s'énorgueilliffoit
de développer les principes de la
morale & de la vertu , dont on occupoit les
loifirs par l'obfervation des caractères , par
la peinture des ridicules ; nous étions enfin les
juges des productions du génie : aujourd'hui
nous fommes des êtres engourdis , dont la caducité
précoce a befoin d'être amusée avec
des images & avec des jouets , nous avons
oublié les jouiffauces qui honoroient , notre
goût & notre raifon , & le plaifir extrême que
nous procurent les futilités par lefquelles on
cherche à nous diftraire , ne laiffe pas même
efpérer que nous foyons fufceptibles d'être ra
menés à la vérité & à la lumière. En multipliant
les Théâtres , on a forcé leurs Entrepreneurs
à multiplier les genres , & infenfiblement
, par intérêt & par néceffité , les Auteurs
ont ufé les véritables refforts de l'Art
Dramatique. A la connoiffance du coeur humain
, à l'étude des moeurs , on a fubftitué
la fcience des effets , le preftige. des tableaux ,
le calcul des fituations. Les Spectateurs , féDE
FRANCE. 83
duits par les yeux , entraînés
entraînés par le charme
de la nouveauté , ont perdu de vue leurs Maîtres
; ils fe font portés en foule aux lieux où
des baladins adroits exécutoient avec une illufion
fouvent effrayante , des combats , des
luttes , des affaffinats , des marches , des affauts
; ils ont déferté le Théâtre de la raifon :
delà , dans l'unique deffein de ramener l'affluence
, la combinaiſon des furpriſes , l'accumulation
des incidens , les effets de la pantomime
, en un mot , les verres coloriés de la
lanterne magique fur le premier Théâtre de
la Nation Françoife. Si les manes des hommes
de génie étoient fufceptibles de quelque
fentiment , ceux de Molière & de Corneille
ne devroient - ils pas frémir en apprenant
que leurs fucceffeurs ont abandonné leurs
traces , pour fuivre celles des Boisrobert &
des Scudéry : Nous avons été long - temps fiers
de la fupériorité que notre Scène avoit acquife
fur toutes les Scènes , tant anciennes
qu'étrangères , & notre orgueil étoit fonde.
Brifons cet orgueil , ne condamnons plus les
excès que nous imitons , fur lefquels même
nous renchériffons , & defcendons au moins ,
avec modeftie , au dernier rang , puifque
nous n'avons pas été affez fages pour garder
le premier. Qui donc a pu motiver des réflexions
auffi chagrines ? vare quelque Lecteur
: eft ce le Bayard que l'on vient de repréfenter
au Théâtre François , le 24 Acût,?
Oui , mais fi ce Bayard étoit la feule Pièce
contre laquelle la raifon & le goût duffet
D vj
84
MERCURE
s'élever , nous aurions gardé le filence. On
peut être indulgent pour une erreur ; mais
quand les erreurs fe multiplient , quand
elles étouffent la vérité , quand elles entraî
nent toute une grande Nation , il faut-tonner
contre elles. A quoi bon ? Arien , peut- être;
mais c'eſt beaucoup pour nous d'être vrais &
de chercher à être utiles .
Ce n'eft point dans l'Hiftoire qu'on trouvera
le fonds de la Comédie Héroïque qui
a pour titre : Les Amours de Bayard , ou
le Chevalierfans peur & fans reproche ; c'eſt
dans un Roman de M. de Mayer , imprimé
dans la Bibliothèque des Romans , volume
d'Avril 1780. Pierre Terrail , dit le Chevalier
Bayard , eft un des plus grands Hommes que
le quinzième fiècle ait vu naître : bon , franc ,
loyal , brave , généreux , humain , dévoré de
l'amour de fa patrie & de l'honneur ; tel étoit
fen caractère , telles furent les vertus qui lui
néritèrent le nom du Chevalier fans peur &
fans reproche. L'amour lui fut toujours étran
ger , ou s'il le connut , ce ne fut guères que
comme une fatisfaction paffagère , commendée
par les fens & par la force du tempéra
ment ; mais jamais cette fatisfaction ne coûta
de larmes à l'innocence , & il eft inutile de
répéter ici l'anecdote connue qui place fa
continence à côt de celle de Scipion . Préfenter
Bayard fous d'autres traits , c'est dégra
der à- la- fois Hiftoire & le Chevalier fans
reprache. Voyons comme il eft peint dans la
DE FRANCE. 83
Comédie Héroïque dont nous avons à rendre
compte.
Mme de Randan , jeune , belle , & veuve
depuis deux ans d'un mari qu'elle pleure encore
, eft aimée de l'Amiral Bonnivet , de la
Paliffe , de Dom Alonzo de Sotomayor &
du Chevalier Bayard. Elle dédaigne le premier
, qui eft un fat , eftime le caractère loyal
du fecond , méprife l'orgueilleufe infolence
du troifième , & porte au quatrième une
amitié qui n'eft pas éloignée d'être de l'amour.
Un Valet- de- Chambre de la belle Veuve eft
l'Agent des intrigues de l'Efpagnol , il fait
tout pour le fervit . C'est lui qui , au premier
Acte , inftruit Sotomayor que fi Mme de
Raudan n'eft pas vifible pour lui , elle l'a été
pour Bayard , qui même eft encore dans le
jardin , ce qui , en préfence de l'Amiral Bonnivet
& de la Paliffe , produit une Scène d'aigreur
entre l'Espagnol & le François , dont
on voit la fuite au fecond Acte. La Paliffe fe
doute que Bayard obtiendra la préférence für
fes rivaux ; mais Bonnivet , toujours confiant
& fat , fe flatte que c'eft à lui qu'eft réſervé
P'honneur de foumettre le coeur de la belle
Veuve: il la force d'affifter à une fère qu'il a
fait préparer chez elle à fon infçu , & dont
l'allégorie a pour but d'annoncer la prochaine
défaite de Madame de Randan. Cette audace
engage la Veuve à bannir l'Amiral , à2 ;
lui défendre de la voir ; mais rien n'arrête cet
homme , qui la fuit malgré elle. Cependant
on a prévenu Mme de Randan de la querelle
86 MERCURE
de Sotomayor & de Bayard ; elle en parle à
celui- ci avec une tendre inquietude. Le Chevalier
qui , au premier Acte , a fait fa déclation
, faifit cette circonftance , pour parler
encore de fon amour , tout en cherchant à
tranquillifer la Dame de fes penfees. Mme.
de Randan s'émeut * ; à l'inftant on apporte à
Bayard un cartel de la part de Sotomayor.
L'intérêt qu'a infpiré le Chevalier , le danger
qu'il va courir , tout fe réunit pour engager la
Veuve à faire l'aveu de fa flamme. Une promeffe
de mariage , fignée des deux amans ,
les enchaîne pour jamais l'un à l'autre. Mme
de Randan donne à Bayard fon portrait & fon
voile ; ce double don relève encore le courage
du Chevalier , & les deux époux ſe quittene,
l'un en comptant , & l'autre en tremblant
fur le fuccès du combat , qui forme
l'intermède du fecond Acte , & dans lequel
avec toutes les cérémonies , tous les ufages de
l'ancienne Chevalerie, en préfence de François
Ier & de toute la Cour , Sotomayor eft
vaincu par Bayard. Le nom de Mme de Ran
dan , prononcé par Sotomayor , lui fait accorder
la vie par l'amoureux François. La
générosité de Bayard ne change point le coeur
de Sotoiavor ; à l'aide du lâche Valet- de-
Chambre de Mme de Randan , il parvient à
la faire enlever au moment même que Bayard
* Ici eſt une Scène épifodique qui rappelle la
belle action de Bayard après le fiège de Breffe : elle
eff intereffante.
DE FRANCE. 87
vainqueur vient de la quitter après lui avoir
fait hommage de fa victoire. Heureuſement
le Roi , qui , au premier Acte , a envoyé le
Seigneur d'Imbercourt à Mine de Randan ,
pour la prévenir qu'il veut la voir & lui parler
, arrive à l'inſtant où on l'enlève , met en
fuite fes raviffeurs , & la rend à fes foyers.
Bayard , que fon retour inopiné a précédemment
inftruit du crime de Sotomayor , a
couru auffi après les raviffeurs , a rencontré
fon rival , l'a combattu & tué. Mme de Randan
a mis le Roi au fait de fon union avec
Bayard , union que le Roi approuve , & que
l'on célèbre par des fêtes , dans lefquelles des
Charbonniers viennent danſer & chanter , &.
font remplacés par des Poiffardes , qui apportent
des chanfons & des bouquets.
Autreau a fait repréfenter en 1731 , au
Théâtre François, uneComédie en cinq Actes.
& en vers , intitulée le Chevalier Bayard.
Elle eut fix repréſentations , & mérita de
l'eftime , parce qu'il y a de la nobleffe & de
la grandeur dans le principal caractère; mais
la longueur de l'action & les détails métaphy
fiques de l'amour de Bayard nuifirent à fon
fuccès. Le caractère du Bayard moderne a
auffi de la métaphyfique , il eft prononcé avec
des traits moins nobles , mais il eft plus chaud
que le premier , & les fituations qui le mettent
en jeu le rendent plus intéreflant . Malheureufement
il parle fouvent le jargon d'un
petit- maître du dix- huitième fiècle , & c'eft
avec chagrin qu'on lui voit exécuter , par les
88 MERCURE
fuites d'une paffion dont il n'éprouva jamais
les atteintes , ce qu'il exécuta feulement pour
l'honneur & pour la gloire*. Nous ne fuivrons
point la marche de cette Pièce , qu'on appelle
Comédie-Héroïque, où toutes les nuancesfont
confondues , où la fourberie fouvent indécente
& lâche fe trouve à côté de la loyauté, où la bouf
fonnerie & la fatuité ſont à côté des fituations
les plus tragiques , où la majeſté du ſujet eſt , à
chaque inftant , dégradée par des incidens , où
l'invraisemblance & le bas - comique fe difputent
la prééminence. Le caractère de la
Paliffe eft noble , aimable & gai , c'eft le meil
leur de l'Ouvrage. La Pièce eſt miſe avec foin ,
les coftumes font exacts , les décorations magnifiques
, les habits fomptueux , les cérémo
nies du temps bien obfervées ; il y a un grand
enfemble dans la repréfentation. Au total ,
on ne peut guères reprocher aux Comédiens
de céder au goût du Public , en admettant fur
leur Scène des Ouvrages de ce genre ; leur
principal but eft de plaire , de fixer l'attention
fur leur Théâtre , d'attirer la multitude : les
bons Auteurs font rares , la raifon d'ailleurs
ennuie & fatigue ; que faire donc ? Céder au
torrent par néceflité , & donner des preuves
de zèle & d'intelligence dans la manière de
repréfenter les productions modernes ; c'eft
ce qu'ils font tous les jours , & là - deffus on
leur doit les plus grands éloges .
* Sotomayor tomba en effet, dans un combat fingulier
, fous les coups du Chevalier Bayard , mais ce
ne fut pas l'amour qui les arma l'un contre l'autre.
DE FRANCE. 89
COMÉDIE ITALIENNE.
Il faut bien fe garder de confondre le Bouffon
avec le Comique ; les nuances des deux genres
font très - differentes : dans l'origine de
notre Théâtre on les a fouvent confondues ,
& peut être les Auteurs de ce temps - là étoientils
excufables , parce que le goût n'étoit point
formé; les Spectateurs ne l'étoient pas moins ,
parce qu'ils étoient trop neufs en matière
de délicateffe pour établir certaines différences.
Depuis que nos Scènes fe font épurées
, le genre bouffon eft devenu très- équivoque
, & il a fallu un goût exquis pour y
rendre la plaifanterie agréable , pour s'artêter
à la limite hors de laquelle on ne
peut que bleffer l'honnêteté, Quelques productions
Italiennes , repréfentées fur notre
Scène Lyrique , nous ont pourtant_rendu
moins févères fur la Comédie Bouffonne ,
pendant quelque temps ; mais après avoir
applaudi à ce genre ultramontain , nous ſommes
revenus fur nos pas , & nous avons rejeté
ce que nous étions fur le point d'adopter.
Voilà pourquoi le Public traite avec rigueur ,
depuis environ deux ans , tous les Ouvrages
bouffons qu'on lui préfente fur nos Théâtres
Royaux , voilà pourquoi il a mal reçu les
Fauffes Nouvelles , Comédie en deux Actes
& en profe , mêlée d'ariettes , repréſentée
pour la première fois le 26 Août dernier.
90 MERCURE
L'intrigue de cet Ouvrage a beaucoup de
relation avec celle du Double Veuvage , de
Daftefny. Deux époux fe croient veufs , &.
font prêts à fe rematier. L'un aime une jeune
fille qui fe croit trahie par fon jeune amant ;
Kautre eft folle de ce jeune homme , qui fe
croit auffi abandonné par la maîtreffe . Le hafard
rapproche les amans , qui s'expliquent
& fe réuniffent; il rapproche auffi les époux ,
que l'on réconcilie , & qui fe décident à vivre
en bonne intelligence .
L'Auteur des Fauffes Nouvelles eft connu
par des productions qui ont obtenu & mérité
des fuccès ; nous l'invitons à quitter un genre
qui n'eft pas fait pour lui , & que fon bon
efprit doit lui faire confidérer comme trèsmédiocre.
Nous n'examinerons pas longuement
fon nouvel Ouvrage , que nous regar.
dons comine une débauche d'efprit ; nous remarquerons
feulement qu'il eft une nature de
plaifanteries qu'on ne fauroit fupporter au
Théâtre , quoi qu'ailleurs on fe permette
d'en rire. Par exemple , on a trouvé très- plaifante
cette épigramme de La Monnoie :
Jeanne a bien cinquante ans paffés ,
Vous me l'offrez en mariage !
Elle a des écus , je le fais ,
Mais n'en parlons pas davantage.
Ef-ce donc que Jeanne a trop d'âge?
C'eft qu'elle n'en a pas affez.
Et on a mal reçu , dans les Fauffes Nou
DE FRANCE.
velles , la fcène où le valet du Chevalier félicite
fon Maitre d'époufer une veuve de foixante
ans , en obfervant feulement qu'il lui
faudroit quelques années de plus . Pourquoi ?
Parce que le Public exige que l'on relpecte devant
lui les bienféances qu'il outrage dans le
particulier. Les hommes font ainfi taits : vicieux
quand ils font ifolés , ils font honnêtes
& même auftères quand ils font affemblés.
Refpectons donc l'honnêteté publique , puifqu'il
ne nous reffe guères que celle-là.
La Mufique à le caractère bouffon qu'exigeoit
l'Ouvrage , elle eft de M. Champein
qui a fait aufli celle des intermèdes des
Amours de Bayard , & celle- ci nous paroît répondre
bien plus avantageufement que l'autre
à idée qu'on a conçue des talens de ce Com
pofiteur.
.
Les Fauffes Nouvelles ont tombé; & , ce qui
feroit prefque incroyable , on a appelé l'Auteur
à grands cris après la repréſentation. De
deux chofes l'une: ou fes amis ont cru le fervir
, & ils font bien mal- adroits ; ou la malignité
s'eft plû à aggraver fes chagrins , & c'eſt
une indécence atroce. Le Public eftun compofé
d'êtres bien inconcevables ! Il venoit de repouffer
des chofes qui avoient bleffé fon honnêteté
, & prefqu'au même inftant il devient
malhonnête & méchant ! Quelle contradiction
! Encore une fois , la perfonne des Auteurs
ne doit rien au Public : il a des droits
fur celle des Comédiens , qu'il les conferve.
Qu'après un rôle bien repréſenté , il appelle
92 MERCURE
un Acteur pour lui témoigner fa fatisfaction,
comme il a fait pour Mme Saint- Aubin le
27 Août , après une repréſentation d'Alexis
& Juftine , à la bonne heure ; mais qu'il
n'ufurpe pas des droits chimériques , qu'il
ne s'attribue pas un pouvoir defpotique fur
le perfonnel des Écrivains qui travaillent
pour les plaifirs ; & fur tout , quand un Auteur
n'a pas réuffi , qu'il apprenne à refpecter
le malheur.
ANNONCES ET NOTICES.
BIBLIOT
IBLIOTHEQUE Universelle des Dames , Hiftoire.
Tome dixième. A Paris , rue d'Anjou Dauphine
, Nº . 6.
Cette intéreffante Collection jouit toujours du
même fuccès , & devient plus importante par le nom
bre des volumes qui fe fuccèdent rapidement.
MOYENS pour conferver les dents & calmer les
douleurs qu'elles occafionnent , avec quelques Remarques
fur les puiffans effets de l'eau balfamique &
fpiritueufe , par M. Botot , Chirurgien - Dentiſte ;
nouvelle Edition . A Paris , chez l'Auteur , Cloître
S. Jacques l'Hôpital .
L'Auteur de cet Ouvrage s'eft beaucoup occupé
de la confervation des dents. Son Ouvrage peut être
utile , ainfi que les feins manuels , qu'il donne chez
lui à toutes les heures de la journée . Son cau balfamique
eft revêtue de la double approbation de la
Faculté & de la Société Royale de Médecine.
DE FRANCE.
93
VUE intérieure de Paris , quatre eftampes de
deux pieds de large fur quinze pouces de haut , def
finées par M. le Chevalier de l'Efpinaffe , & gravées
par Berthaut.
La première a paru ; elle eft priſe de l'extrémité
de l'ancien Marché-aux -Veaux , regardant le Pont
Notre- Dame. Elle comprend , fur la gauche , l'extrémité
de l'Ile Saint- Louis , le Pont- rouge & le
Quartier de Saint- Landry ; & fur la droite , le Port
au blé, une partie de la Grève & le quai Pelletier.
La feconde paroît actuellement ; c'eſt la vue du
Pont- neuf, prife du milieu du Pont- Royal. Elle
comprend, fur la gauche , toute la partie du Louvre,
le quai de l'École jufqu'au Pont- Neuf, & au- delà ,
le quai de la Féraille ; fur la droite , depuis le coin
de la rue de Beaune , le quai des Théatins , leur
Eglife & le College des Quatre- Nations ; & dans
le fond , le Pont-au-change , le quai des Morfondus,
la partie de la Place- Duphine en face de la ftatue
de Henri IV , & le quai des Orfèvres.
La troifième, qui fera annoncée inceffamment, eft
la vue du Port Saint Paul ; & la quatrième qui
faivra , fera la vue du Pont- Royal.
Le prix de chaque cftampe t de 12 livres. Les
Amateurs qui ont l'attention de s'inferite , jouiffent ,
fans payer d'avance , de l'avantage de recevoir les
premières épreuves à mefure qu'elles paroiffent. On
s'infcrit à Paris , chez Berthaut , Graveur , rue Saint
Louis au Marais , N. 14.
GRAMMAIRE Latine , avec cette Epigraphe :
Qa ( Grammatica ) nifi Oratori futuro fundamenta
feliter jecerit quidquid fuperftruxeris corruet.
QUINTIL . A Paris , chez Varin , Libraire , rue du
Petit-Pont , no . 22.
Les Méthodes pour apprendre le Latin fe multi24
MERCURE
1
plient tellement que les nouveaux Inftituteurs font
fouvent embarraffés pour le choix. Il feroit à defirer
qu'enfin il en parût une qui , réuniffant tous les fuffrages
, ôtât aux Grammairiens tentés d'écrire l'efpoir
d'en compofer de meilleures . Celle que nous
annonçons n'a pas fans doute le degré de perfection
dont nous parlons ; mais avec le temps , & fans de
grands changemens , elle pourra au moins mériter ,
fi déjà elle ne le mérite , d'être mife dans les Bibliothèques
à la fuire des productions du célèbre Dumarfais.
On y trouve réuni toutt ce que contiennent de
bon les Ouvrages de ce genre qui font le plus en
vogue , avec d'autres chofes qu'on chercheroit vaine
ment ailleurs. Outre cela les matières y fout fi bien
arrangées , fi liées , fi concifes , fi claires qu'elles paroiffent
peu nombreufes , & fe logent avec facilité
dans la tête du Lecteur.
HISTORIA Natural , general y particular ,
efcrita en Francés por el Conic de Buffon , Intendente
del real Gabinete , y del Jardin Botanico del
Rey Chriftianiffimo , y Miembro de las Academias
Francefa , y de las Ciencias , traducida por D. Jofeph
Clavijo y fazardo , Tomo I. Madrid , por D.
Joachén Ibarra , Imprefor de Camara de S. M ; &
fe trouve à Paris , chez Fournier , Libraire , rue
Hautefeuille nº . 27.
Chaque Traduction eſt un hommage rendu à
l'Auteur que l'on traduit ; & quel Ecrivain Philofophe
mérita plus d'hommages que notre célèbre Naturalifte
M le Comte de Buffon ?
La Traduction Espagnole que nous annonçons eft
d'une exécution très-foignée. La partie typographique
& les Gravures y font bien traitées. L'idiome
Espagnol eft peut- être un des plus propres à rendre'
la noble élégance de l'original.
DE FRANCE.
95
LA Jérufalem délivrée du Taffe , traduite en vers
françois , par M. C. de Montencios , in 16. A Paris,
chez Royez , Lib. , quai des Auguſtins , à la def
cente du Pont- neuf.
MEMOIRES Littéraires de Montmartre , 1 vol.
in 16. A Neufchâtel & fe trouve à Paris , chez
Belin , Libraire , rue S. Jacques.

Le Vétéran ou le Bucheron déferteur , Pantomime
hftorique en trois Actes ; par M. Arnauld , repréfentée
pour la première fois fur le théâtre de l'Ambiga-
Comique , le 27 Jain 1786. Prix , 12. fols.
A Paris , chez Guillot , Lib. , rue St.-Jacques , visà-
vis celle des Mathurins.
MEMOIRA & Inftruction fur la culture , l'ufage
& les avantages de la racine de Difette , par M.
l'Abbé de Commerell , Correfpondant de la Société
Royale des Sciences & Arts de Metz , in 8 ° . Prix ,
12 fols , franc par la pofte. A Paris , chez Buiffon ,
Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue des Poitevins ,
a . 13 .
On peut juger l'importance du fujet de cette
brochure , par ces paroles de l'Auteur lui- même ;
« J'ai cru qu'il étoit de mon devoir de faire con-
» noître une plante , racine qui , dans les années
» de difette , offre aux hommes un aliment ſain &
33
agréable ; qui , lorfque les fourrages font chers
» ou rares , préfente aux beftiaux , tant pendant
→ l'été que pendant l'hyver , une nourriture abondante
& peu chère ; qui , dans tous les temps
» & dans toutes les terres , eft d'un rapport grand
» & certain ; & enfin , dont la culture eft fimple ,
la récolte facile & la confervation aiſée. »
96 MERCURE
SONATE pour le Forte-piano avec accompagnement
de Violon , par M. de Chabanen. Prix , 2
liv. 8 fols , faifant le numéro 32 du Journal de
pièces de Clavecin par différens Auteurs . Abonnement
24 & 30 liv. N. 17 Nouvelle faite de
pièces d'harmonie , contenant des ouvertures &
ariettes d'Opéras & Opéras - Comiques , pour deux
Clarinettes , deux Cors & deux Baffons , par M.
Ozy , Muficien de la Chapelle & de la Chambre
du Roi. Prix 6 liv . — Six Duos d'Aïrs connus ,
variés pour deux Flûtes , par M. Cambini , quatrième
livre de Duos variés . ( On trouve les précédens
à la même adreffe. ) Prix , 7 liv. 4 fols. A
Paris , chez M. Boyer , rue de Richelieu , à la clef
d'or , paffage du Café de Foi ; & Mine Lemenu ,
rue du Roule , à la Clef d'or.
TABL E.
EPITRE à Mme la Comteffe Détails Hiftoriques de la Vie
de Montoury ,' 49 du Duc Léopold de Brunf
Charade, Enigme & Logo
gryphe ,
rons de Paris, &c.
wick , 63
53 Comédie Françoise , 82
89
35 Annonces & Notices , 52
Nouvelle Defcription des envi- Comédie Italienne ,
APPROBATION.
J'ai lu , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de Francé , pour le Samedi 9 Sept. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui paiſe ea empêcher l'impreffion . A
Paris , le 8 Sept. 1986. GUIDI.
Ter Ге
, 435.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 16 SEPTEMBRE 1786 .
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Mort du Roi de Pruffe , arrivée
le 17 Août 1786.
Il n'eft done plus ce Monarque fameux
Qui fe fit admirer & craindre!
Il n'eft plus ! dans la tombe il a joint fes aïeux ;
L'aftre du Nord vient de s'éteindre.
Oh ! qu'il doit exciter de regrets & de pleurs !
Et que la vie aux Rois off e un fublime exemplet
S'il cueillit de lauriers la moiſſon la plus ample ,
De la guerre en fecret déplorant les malheurs,
Il fit , au milieu de fa gloire,
Affeoir l'Humanité fur fon char de victoire;
No. 37 , 16 Septembre 1786. E
98 MERCURE
Que dis-je ? Dépoſant ſon glaive deftructeur,
Au titre de Héros , fur la fin de fa vic ,
Il préféra celui de Pacificateur
Que voudroit vainement lui difpüter Envie.
Légiſlateur foumis aux loix ,
Grand par fon équité plus que par les exploits,
Du Pinde avec Voltaire il parcourut les cîmes,
Protégea Maupertuis , encouragea d'Argens ;
Et , bienfaiteur des indigens ,
Il aima leurs vertus & réprima les crimes.
Ennemi des fots préjugés ,
Dès qu'il les vit dreffer leurs têtes ,
Autour de fon Trône rangés ,
Dans le fond des enfers par fon bras replongés ,
De ce triomphe illuftre il accrût fes conquêtes.
Sages , Poëtes , Orateurs
• Près de la tombe de ſon père ,
Voyez - vous s'élever fon urne funéraire ?
Venez à pleines mains y répandre des fleurs ;
Venez tous lui payer un tribut néceffaire.
Il rendit les premiers honneurs
A la mémoire de Voltaire .
Il futvotre rival enſemble & votre appui ;
Et pour comble de gloire , en perdant la couronne,
Il vous a laiffé fur le Trône
Un Héritier digne de lui.
Mais à ce deuil qui m'environne
Je ne puis trouver des appas.
BIBLIOTECA
REGLA
PERACK VOLS.
1
DE FRANCE.
99
Pourquoi de Frédéric déplorer le trépas ?
Vous , fon royal neveu ; vous , ſon valeureux frère,
Dont nous admirons les vertus !
L'un de vous eft Céfar , l'autre ſera Titus ,
Et Frédéric par vous revivra ſur la terre.
1
( Par M. le Chevalier de Cubières. )
AUX CRITIQUES qui louent exceſſivemen
les Morts pour déprimer les Vivans.
Qu
UE le génie eft malheureux !
Et quels jugemens font les nôtres ! ...
Vivent- ils ces mortels fameux ,
Quidu vi ei, qui du beau font les dignes apôtres;
Qui , fenfible & généreux ,
Nous font feuls tout ce que nous femmes !
La critique les fuit & les preffe en tous lieux.
Sur leurs fages Écrits , reſpectables comme eux,
Sa main paffe & epaſſe un ſtyle idédaigneux ,
f Et ces hommes grands , font à peine des hommes .
Sont ils morts ; .... elle en fait des Dieux.
Critiques dont le goût eft fi sûr & fi rate !
Chez vous un abus dangereux
Par un autre abus ſe répare.
Je n'imiterai point ce procédé bartare,
Plus ridicule qu'odieux.
Quoil le père du jour , quoi! cot aftre pompeux
Commence avec fplendeur la brillante carrière ,
E ij
100 MERCURE
Et, trifte obfervateur de fon cours glorieux ,
Pour admirer l'éclat de fa vive lumière ,
Vil ingrat , j'attendrai qu'il échappe à mes yeux ,
Et que fon difque radieux ,
Emporté loin de nous , éclaire
Une autre terre & d'autres cieux ?....
Mon efprit n'admet point une erreur fi groffière ;
J'admire le foleil auffitôt que fes feux
Ont franchi de la nuit l'impuiſſante barrière,
Le mérite à quinze ans eft auffi précieux
Que le mérite octogénaire .
Oui , fagement audacieux ,
L'aiglon , au féjour du tonnerre ,
Peut atteindre & paffer l'aigle fon heureux père.
Nos maîtres ont bien fait , je les loue , & j'espère
Que leurs difciples feront mieux.
A la raifon , fi tu le peux ,
Eſprit trop prévenu , ceffe de faire injure.
Eh quoi ! l'inépuifable & fublime Nature
De fes dons renaiſſans nous enrichit encor
Et tu déprifes le tréfor
Que forme fous tesyeux fa main féconde & purè?
J'entends ; l'or , à ton gré , ceffe d'être de l'or.
Méprife donc auffi la nouvelle parure
De ces prés où bondit , où paît le tendre agneau ;
Fais arracher les fleurs qui bordent ce ruiffeau ,
Dont le flot argenté fi doucement inurmure ;
Ferme, ferme l'oreille aux chants du jeune oifeau
Qui charme Philémon dans fa cabane obfcure ,
DE FRANCE. 101
Et les Bergers de ce hameau ;
Garde - toi bien de trouver beau
Le doux réveil de la Nature.
Ah ! plutôt avec nous adınire & fois heureux.
Quitte les attributs de la péd anterie ;
Sois fage ; mais fenfible & plus officieux ,
Sène de quelques fleurs la route du génie .
( Par M. Drobecq , Membre du Musée
de Paris, & Correſpondant du Cercle
des Philadelphes du Cap François. )
AIR de M. Sacchini , paroles de
M. de Florian. *
AVANT que le fo-leil ait é-clairé
nos plaines , je fais re- tenle-
Tiré des Délaffemens de Polymnie , Journal pour
quel on fouferit chez M. Porro , rue Neuve des Petits-
Champs , au coin de celle de Richelieu .
E iij
102 MERCURE
L
·b.
tir les échos ; je fatigue les
bois , les prés & les fontaines du
trif-te e- cit de mes maux,mais
les é-chos , les prés, les bois & les ruiffeaux
ne peuvent
foulaDE
FRANCE. 103
ger mes pei - nes .
SUR les gazons fleuris , à l'ombrage des chênes ,
Je ne trouve plus le repos.
Je génis , le ramier joint fes plaintes aux miennes ,
Mes larmes troublent les ruiffeaux ;
Mais les ruiffeaux , les prés , les bois & les échos
Ne peuvent foulager mes peines.
Explication de la Charade, de l'Énigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE mot de la Charade eft Couvent ; celui
de l'Enigme eft Tronc ; celui du Logogryphe
eft Logogryphe , où l'on trouve pie , horloge,
Poi
loi , ire, lire , poli , épi , pire , pli , lie,
poire , pole , pore , gloire , orge , or , poil.
CHARADE.
(
CELUI qu'un fort funefte a mis fans mon premier ,
Abien peu de penchant à faire mon dernier ;
Mais il doit oublier pour un moment fa peine
S'il voit mon tout charmant fur la bouche d'Hélène.
:
( Par M. Robert des Roches. )
Eiv
104 MERCURE
1
ÉNIG ME.
DUN homme obfeur fouvent , Lecteur , je fais un
Prince
Fêté , chéri dans la Province ,
Lorfqu'il daigne vers fes États
*Porter fes pas.
De tout temps j'eus une compagne ;
Tu me vois fouvent à la Cour
Et quelquefois à la campagne ;
Mais je détefte ce féjour ,
Et je frémis lorsqu'on le nomme ;
Auffi très- rarement y fais -je du fracas.
C'eſt à Londre , à Paris , à Verſailles , à Rome -
Qu'on me voit étaler tous mes brillans appas :
Là, mon fort eft digne d'envie ,
J'y favoure à longs traits les tributs précieux
Que l'ardente Arabie
Ne produifoit jadis que pour les Dieux,
Apprends enfin quelle est mon importance.
Le croiras-tu ? Dans mon enfance
Je vis trembler en ma préſence
Les Empereurs , les Tyrans & les Rois ;
Ms redontoient ma foudre & rampoient fous mes loix.
Du mérite , de la naiffance
Je fuis fouvent le prix , fur- tout en France.
Tu t'apperçois que dans l'État
DE FRANCE.
105
Je joue un fort beau rôle. A Toulouſe , dans Vienne ,
A Lombez , à Rouen , fous la Pourpre Romaine ,
Les vertus , les bienfaits relèvent mon éclat ;
..
Et l'Auteur de ces vers , entre nous , un peu bête ,
Seroit riche en efprit s'il m'avoit fur la tête.
( Par M. l'Abbé la Reynie de la Bruyère. )
LOGOGRYPH E.
Сомм COMME un hidre nouveau , je veux à chaque tête
Que tu retrancheras en avoir une prête ,
Qui préfente à tes yeux un objet différent ;
Et par là , cher Lecteur , t'intriguer un inftant.
D'abord, en mon entier j'offre un mets très- vulgaire.
Retranches -en le chef , & vois ce qu'à la guerre
On donne à l'ennemi pour garant d'un traité.
Et fi je puis piquer ta curiofité ,
Abats , fans te laffer . Dans la géographie
J'offre un fleave d'Europe ; une ville d'Afie.
Retranche encore un membre , & vois ce qui toujours
Augmentera chez toi , juſqu'à tes derniers jours .
Mais afin de m'offrir fous tous mes points de vue,
Relève exactement chaque tête abattue ,
Tu verras auffitôt ce que pour ton dîner
Il faudra meure au feu pour faire mon entier.
Ev
106 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
DE l'Art de la Comédie , nouvelle Édition ;
par M. de Cailhava. 2 vol . in-8°. de 400 p.
Prix , 8 liv. brochés. A Paris , chez la Veuve
Duchefne , Libraire , rue S. Jacques ; Belin ,
rue S. Jacques ; Royez , quai des Auguftins ;
Hardouin , au Palais Royal.
LE goût feul , enrichi par l'étude & la réflexion
, peut former pour les talens des juges
dignes de les éclairer par leurs confeils , & de,
les récompenfer par leurs fuffrages . Mais combien
la critique deviendra plus utile & plus
précieufe , fi celui qui s'attache à juger les
productions des Arts, s'y eft exercé lui- même !
outre qu'une connoiffance plus intime des
difficultés , le rend plus circonfpect dans fes
jugemens , il eft , n'en doutons pas , des fecrets
que les Mufes ne révêlent qu'à ceux
qu'elles ont infpirés ; & l'un de ces deux Critiques
aura naturellement fur l'autre l'avantage
qu'a l'expérience fur la réflexion ; bien
entendu pourtant , que tous deux auront la
même impartialité ; que le juge, formé par la
pratique , ne donnera pas des fyftêmes pour des
raifons , & ne s'attachera pas , au lieu d'éclairer
fon Ast , à juftifier fes propres Ouvrages.
D'après cette idée , M. de Cailhava écriDE
FRANCE. 107
vant fur la Comédie , après avoir parcouru
avec fuccès cette carrière , devoit trouver
chez fes Lecteurs un préjugé avantageux , &
ce préjugé a été juftifié par fon Ouvrage
même. Cet Ouvrage, publié d'abord en quatre
volumes, qui offroient d'excellens préceptes ,
noyés dans une mer de citations , effraya pat
fa volumineuse étendue ; la prolixité des formes
nuifit à l'excellence du fonds , & fit
perdre à l'Ouvrage un peu de fon fuccès dans
le Public. Mais il conferva toujours l'eftime
des connoiffeurs ; & les jeunes Élèves de la
Mufe comique defirèrent qu'un Livre fi utile
fût mis à portée d'être lu en moins de temps
& avec plus de facilité. M. de Cailhava, en
le réduifant à moitié , vient d'augmenter fon
utilité & fon fuccès..
On fait que Molière avoit eu leprojet de donrun
Traité fur l'Art de la Comédie , & l'on
doit regretter à jamais que ce grand Homme,
fi bien inftruit par fes méditations , par fes
fuccès , & même par fes revers , n'ait pas eu
le temps d'exécuter fon deffein ; qu'il n'ait
pu , par les confeils de fon expérience & les
confidences de fon génie , nous aider à cultiver
la palme comique , qu'il avoit enlevée
aux autres Nations , pour la tranſplanter fut
notre Parnaffe . Une réflexion doit adoucir un
peu ces regrets. Molière , ne pouvant citer
fes propres chef- d'oeuvres , étoit privé du plus
beau modèle qu'il pût offrir à fesfucceffeurs ; it
nepouvoitpar là faire entrer dans fa poétique,
les exemples les plus propres fans doute à
E vi
108 MERCURE
jeter des maffes de lumière fur un Art dont il
avoit furpris tous les fecrets. Cet avantage reftoit
à ceux qui devoient tenter , après lui ,
d'applanir par leurs confeils cette carrière fi
difficile , & M. de Cailhava a fu en profiter
avec l'habileté d'un homme trop verfé dans
la connoiffance des grands modèles , pour ne
pas diftinguer parmi eux celui qui , par fon
génie , s'eft fait décerner le premier rang.
1
Le premier volume de la première Edition
traitoit des différentes parties du Drame , &
le fecond , des divers genres. L'Auteur a cru
qu'avant de commencer telle ou telle Pièce ,
on fe décidoit pour tel Ou tel genre ; en cónféquence
, il parle maintenant des genres ,
avant de traiter des différentes parties de la
Comédie ; & c'eft ce qui compofe le premier
volume de la nouvelle Edition.
Le troisième & le quatrième volumes
étoient confacrés à ce que M. de Cailhava
appelle l'art de l'imitation. Dans le troisième ,
on voyoit Molière imitateur ; dans le quatrième
, on faifoit remarquer les imitations
dés modernes, Cet article éroit délicat , auffi
Auteur s'étant apperçu qu'il n'avoit pu toucher
à tant d'amour - propres vivans , fans les
blefferun peu , a t'il pris le parti de refferrer
Part de l'imitation en un feul volume , dans
lequel il fuit toutes les imitations de Molière ;
& il ne parle des modernes Auteurs que lorfqu'ils
ont imité Molière lui-même , & lorfqu'il
peut oppofer Molière imité à Molière
Hnitateur. Enfin il a fait difparoître quelques
DE FRANCE. 109

incorrections de ftyle , & n'a rien épargné
pour rendre fon Ouvrage claffique , & pour le
mettre à la portée de tout le monde .
On fent que la matière de ce Traité eft trop
vafte pour que nous puiflions dans cet article
fuivre l'Auteur pas - à - pas , & appliquer à
toutes fes réflexions ou la critique ou la
louange. On peut dire en général que M. de
Cailhava a profondément étudié les modèles
Grecs & Romains , nos chef- d'oeuvres &
ceux des Nations voifines ; en un mot , fon
Ouvrage eft un bienfait envers la Littérature
Françoife & étrangère.
Après ce jufte éloge , il nous fera permis.
fansdoute de relever quelques détails qui nous
ont paru manquer de jufteffe dans l'application.
Plus l'Ouvrage dont nous parlons eft
eftimable , plus fes erreurs peuvent faire autorité;
& nous croyons concourir aux vues
d'utilité qu'annonce M. de Cailhava , en lui
propofant des doutes fur quelques- unes de
fes affertions .
Dans les premiers Chapitres , il eft queltion
des divers genres , qu'il divife en fix : le
genre allégorique , le genre gracieux , le genre
larmoyant , les pièces d'intrigue , le genre
mixte & les Comédies de caractère. Cette divifion
eft fimple & fort claire. Nous remarquerons
feulement que l'Auteur nous femble
avoir un peu trop multiplié les fubdivifions.
Par exemple , à propos des Comédies d'intrigue
, il diftingue les pièces intriguées par un
110 MERCURE
Valet , les pièces intriguées par une Sou
brette , les pièces intriguées par les Maitres
les piècesintriguées parplufieurs perfonnages,
les pièces intriguées par une reffembiance , les
pièces intrigues par des noms , les pièces intriguées
par un deguifement , & les pièces in
triguées par le hafard. L'abus des fubdivifions
eft un écueil pour les Auteurs didactiques ; il
faut divifer fans doute pour être clair ; mais
l'excès dans ce genre , au- lieu d'éclaircir la
matière , ne fait fouvent qu'embarraffer le
Lecteur. M. de Cailhava a quelquefois mérité
ce reproche. Sur les pièces à intrigue , il auroit
pu multiplier encore fes fubdivifions ;
car les divers fujets déterminent les diverfes
manières d'intriguer la Comédie , & les fujets
peuvent varier à l'infini.
Plufieurs Chapitres qui traitent des pièces
de caractère , préfentent des réflexions auth
folides que lumineufes. M. de Cailhava blâme
avec raifon les Poëtes Dramatiques qui fe
croient obligés de choifir dans la clafle des
grands , tous les Héros de leurs Comédies.
Mais on a de la peine à comprendre l'éloge
qu'il donne à ce propos à Molière , en parlant
de fon Bourgeois Gentilhomme. Il le loue
d'avoir pris fon Héros dans la claffe de la
Bourgeoifie. Mais il n'y a rien là que de fimple
& de très- naturel. Molière voulant peindre
un Bourgeois , n'a pu chaifir pour modèle
un Gentilhomme. Mais , dit M. de Cailhava ,
Molière a voulu repréfenter la folie qu'ont
DE FRANCE
tous les hommes , de vouloir paroître plus
qu'ils ne font. Point du tout. Cette folie eft
une manie générale , fi l'on veut ; mais Molière
n'a voulu peindre qu'un travers partiticulier
, celui d'un Bourgeois qui veut tran→
cher du Gentilhomme . M. de Cailhava fait
mieux que perfonne combien il eft facile de
trouver des occafions de louer Molière , fans
fe croire obligé de lui créer des motifs d'éloge.
Par la même raifon il auroit pu juger quelquefois
avec moins de févérité les fucceffeurs
de Molière , tels que Regnard , Deftouches ,
&c. En blâmant , par exemple , la réunion de
deux caractères dans un même Héros , ce qui
forme ce qu'onappelle un caractère compofé,
il fait un reproche à Boiffy dutitre qu'ila donné
à l un de fes plus agréables Ouvrages , le Sage
étourdi. Après en avoir expliqué le fujet en
deux mots : « Je demande préfentement ,
» dit- il, fi Léandre a les deux caractères que
» le titre de la Pièce nous promet . Non fans
" doute : il eft fage ; mais il n'eft étourdi ni
» dans fes actions ni dans fes propos. » Voilà
ce qu'on appelle une difpute de mots ;
pour ne pas dire une injufte querelle. Comment
fuppofer que Boiffy ait pu imaginer
qu'on peut être à la fois & fage & étourdi ?
Comment ne pas voir que cette expreffion
ne fignifie autre chofe qu'un fage qui a l'air
d'un étourdi ? D'ailleurs , cette phraſe ellyp
tique n'a- t'elle pas cent exemples dans notre
langue ? Et fi elle eft répréhenfible , ne peuton
pas en dire autant du titre que Deftouches
2
112 MERCURE
a donné à fa Pièce du Diffipateur , qu'il appelle
aufli l'hongête friponne ? Mais pour citer
une autorité plus concluante fans doute
pour M. de Cailhava , trouveroit - il un Critique
fondé à reprocher à Molière le titre
du Bourgeois Gentilhomme ? Et cependant
il n'eft pas facile d'être à-la- fois & Bourgeois
& Gentilhomme.
Pour prouver que l'âge des principaux perfonnages
contribue autant que leur état , leur
fortune , à rendre la Pièce plus ou moins morale
, plus ou moins intéreffante , plus ou
moins comique , l'Auteur jette un coup d'oeil
fur la Pupile , de Fagan. Il rappelle en peu
de mots les perfonnages de cette petite Comédie
: c'eft une jeune perfonne qui aime & qui
épouſe fon Tuteur , âgé de quarante cinq ans ,
en refufant la main d'un jeune fut , & celle d'un
vieillard , qui a fur elle de ridicules prétentions.
" Qu'on donne , dit M. de Cailhava
avec autant de jugement que de préciſion ,
» dix ans de plus ou de moins à chacun de ces
"

perionnages , la Pièce ne vaudra plus rien .
» Si la Pupile , au- lieu de n'avoir que dix-
» huit ans en a vingt - huit , elle doit être très-
» raiſonnable ; il n'eft plus fi beau à elle de
» facrifier un jeune fat à un homme fenfé:
fi elle n'en a que douze ou treize , fon choix
» aura l'air d'un enfantillage. Suppofez au
» Tuteur cinquante- cinq ans , fa Pupile eft
» une folle de l'époufer : ne lui en fuppofez
» que trente-cinq , il ne faut pas être un.
» exemple de prudence pour lui donner la
""
DE FRANCE
113
ور
» pomme. Enfin fi le vieillard a dix ans de
moins , fes prétentions feront moins ridi-
» cules , moins plaifantes : fi le Marquis a
dix ans de plus , fa fatuité , loin d'exciter à
rire , fera pitié.
ود
ور و ر
Nous n'avons pas befoin de nous arrêter
fur la jufteffe de cette obfervation , auffi frappante
que bien préfentée. Nous n'en dirons
pas autant de celle qui termine le Chapitre,
du point où doit commencer l'action d'une
fable comique. M. de Cailhava obferve qu'il
eft dangereux de prendre l'action , comme le
confeille l'Abbé d'Aubignac , à fon dernier
point , c'eft- à- dire, au moment où les événemens
qui la compofent font près de leur fin.
Cette obfervation eſt raifonnable ; l'application
qu'en fait M. de Cailhava l'eft - elle autant
? « Examinons de fang - froid , dit -il ,
» toutes les Pièces dont l'action ne commen-
» ce qu'après la fin ordinaire des autres , c'eſt-
» à- dire , après le mariage des principaux
perfonnages. Point de milieu ; elles feront
un peu leftes , comme George-Dandin &
Amphitrion ; ou bien l'Auteur a été obligé
d'appeler à fon fecours des perfonnages
» étrangers , & de fe fauver par une double
intrigue , comme Deftouches dans le Philofophe
marié, & La Chauffée dans le Préjugé
à la mode. »
33
و د
-33
وو
199
Voilà quatre Comédies enveloppées dans
la même cenfure. Elles peuvent , fur- tout les
deux dernières , prêter fans doute à la critique
; mais le motif que donne àla fienne M.
114 MERCURE
de Cailhava, nous paroît porter à faux à l'égard
des quatre Ouvrages à -la- fois.
En effet , pour commencer par George-
Dandin , l'action commence , il eſt vrai ,
après le mariage du perfonnage principal.
Mais , de bonne- foi , Molière étoit- il libre de
la prendre avant ou après ? Difons plus : pouvoit-
il traiter le fujet qu'il avoit en vue , en
plaçant l'action à une autre époque . Molière ,
en repréſentant un homme de rien marié à
une Demoiſelle , a voulu mettre fur la Scène ,
non ces mariages mêmes , mais les fuites de
ces mariages mal affortis. S'il avoit pris fon
action avant que Dandin fût marié , il auroit
traité tout un autre fujet .
Nous dirons la même choſe d'Amphitrion.
Il étoit impoffible que l'action commençât
plutôt qu'elle ne commence. Molière avoit
choifi pour fujet , non pas le mariage d'Amphitrion
, mais l'infidélité que lui fait fa
femme Alcmène fans le favoir ; or , Alcmène
ne pouvoit pas être infidelle à fon mari avant
d'être mariée.
De même , Deftouches ne vouloit pas
peindre un Philofophe qui fe marie , mais un
Philofophe qui rougit d'être marié ; ainfi il
n'avoit pas le choix entre ces deux époques.
Enfin la double action que M. de Cailhava
reproche au Préjugé à la mode , peut exifter
en effet ; mais nous ne croyons pas qu'on doive
l'attribuer à la caufe qu'il afligne. S'il s'y trou
ve une double intrigue , La Chauffée a torts
DE FRANCE.. VI
mais fon action commence où elle devoit
commencer.
M. de Cailhava s'exprime avec bien plus
de juſteſſe & de clarté , quand il parle de la
manière dont doit marcher l'action comique.
Ce qui fe paffe , dit-il , depuis l'expofition
"
"

jufqu'à la catastrophe , doit être en mou-
" vement , & non en récit , puifque nous
l'appelons action , puifque les perſonnages
» de cette act on le nomment Acteurs , &
non pas Orateurs , puifque ceux qui font
préfents s'appellent Spectateurs , & non
" pas Auditeurs , puiſqu'enfin le lieu qui fert
» aux repréfentations eft connu fous le nom
» de Théâtre & non pas d'Auditoire. » Voilà
de ces principes sûrs , inconteftables , & qu'on
ne fauroit trop répéter.
و د
ود
Nous invitons nos Lecteurs à lire dans
l'Ouvrage même le Chapitre des Entre-
Actes. On y trouve une foule d'obfervations
auffi utiles que frappantes de vérité. Le Chapitre
de l'illufion théâtrale eft plus foible ; &,
quoi qu'en dife l'Auteur , il pouvoit le rendre
plus intéreffant , fans revenir fur ce qu'il
avoit déjà dit.
Nous bornerons ici , quoiqu'avec regret,
nos réflexions fur le premier volume de cet
Ouvrage ; & nous nous réduirons à dire que
malgré les obfervations que nous venons de
nous permettre , & d'autres qu'on pourroit y
ajouter , il renferme ce qu'on a écrit de plus
étendu & de plus fainement penfé & raiſonné
fur l'Ari de la Comédie.
116 MERCURE
Le fecond volume traite de l'imitation , &
ne peut, par ſa nature, fe prêter à l'analyſe. M.
de Cailhava y remet fous les yeux de fes Lecteurs
les fources diverfes où Molière a puifé
des fujets de Pièces , des Scènes , des détails
de Scène. On le voit mettre à contribution
tantôt Plaute ou Térence , tantôt un ancien
Conteur , fouvent les Auteurs Italiens ou
Efpagnols , quelquefois même fes contemporains.
Nous ne ferons fur ce dernier volume
qu'une obfervation qui terminera cet article.
C'eft des imitations de Moli re que M. de
Caîlhava fait fortir le premier titre de gloire
de ce grand comique. « Molière , dit -il , n'eft
» le plus grand comique de tous les fiècles
que parce qu'il a fu mettre à contribution
fes prédéceffeurs les plus illuftres. »
Cette opinion n'eft - elle pas bien exagérée ?
Sans doute il faut étudier les bons modèles
pour parvenir à les égaler ; fans doute on peut
tirer parti des chef d'oeuvres qu'ils nous ont
tranfmis dans leurlangue. Mais M. de Cailhava
fembledire que Molière feroit moins grand , s'il
avoit imaginé ce qu'il n'a fait qu'imiter; & en
vérité c'eft dire trop auffi. On convient affez
généralement qu'un Auteur qui emprunte
chez autrui , doit faire excufer fes larcins en
les embelliffant ; M. de Cailhava ne les pardonne
point , il les ordonne . Mais n'eft- ce pas
s'appuyer fur un fophifine que de juftifier
cette opinion , en difant que l'Art de la Comédie
n'eft que l'art d'imiter ? « Voir jouer
" une Scène , dit-il , la lire , la voir en action
DE FRANCE. 117
"
22
» 93
» dans la fociété , ou l'entendre narrer par
quelqu'un qui en détaille & en peint les
» circonitances, n'eft-ce pas de même , à peu
de chofe près ? Non , fans doute , ce
n'eft pas la même chofe. Quoi ! l'on ne mettra
aucune difference entre traiter un ſujet
vierge & choifir un ſujet déjà traité ? Qui , la
Comédie , comme tous les Arts , doit avoir
pour but d'imiter la Nature ; mais autre choſe
eft imiter la Nature ou imiter des Ouvrages
déjà faits , & fur- tout dans la même langue
& par des contemporains ; car M. de Cailhava
étend jufques- là fa tolérance. Qu'on puiſe
chez un Romancier , chez un Conteur , à la
bonne heure ; il reſte à donner à ce qu'on a
pris les formes dramatiques ; & pour qui connoît
les difficultés de l'Art , ces formes à donner
fuppofent toujours un mérite aflez rare..
On peut aufli emprunter aux Théâtres étrangers
, parce que la différence du langage &
du goût national , l'art de naturalifer des
moeurs étrangères , de fe conformer aux convenances
, aux préjugés même de la Nation
chez laquelle on veut importer ces nouvelles
richeffes , exigent un talent qui ſe rapproche
du talent créateur. Mais qu'un Auteur Dramatique
François prenne des Scènes , des fujets
dans des Pièces Françoifes , il faut une
extrême politeffe pour appeler cela imitation ;
& il nous femble qu'alors le mot plagiat devient
inutile dans notre langue. Si Molière l'a
fait , ofons le dire , ce n'eft pas par- là qu'il eft
grand ; il faut lui pardonner, & non pas lui
118 MERCURE
en faire des fujets d'éloge ; il faut nous en
réjouir , parce que fes larcins nous ont enrichis
; mais il ne faut pas fonder fur ce titre
fon immortalité.
Pour nous , nous ne confeillerons jamais
à un jeune Écrivain , jaloux de fa gloire
d'aller mettre à contribution des rivaux qui
parlent la même langue & courent la même
carrière. Si quelques Écrivains alloient puifer,
même avec fuccès , dans le Théâtre de M.
de Cailhava , il feroit dans fes principes de
leur faire compliment fur leurs heureufes
imitations ; mais il entreroit dans les nôtres
de dénoncer leurs plagiats. Enfin nous
croyons que fur cet article , fon opinion
ne doit pas être mife au nombre des excellens
préceptes que renferme fon Ouvrage,
auffi utile qu'eftimable.
( Cet Article eft de M. Imbert. )
LES Aventures de Frifo , Roi des Gangarides
& des Prafiates , en dix livres ; par M. G.,
de Haren : avec quelques autres pièces du
même Auteur , traduites du Hollandois
fur la feconde édition . 2 vol. in- 8°. A
Paris , chez P. Delormel , Imp. , rue du
Foin Saint- Jacques,
VOLTAIRE a adreffé des vers très- flatteurs
à l'Auteur de ce Poëme ; Clément , qui a laiffé
un Journal qu'on lit encore , intitulé les Cing
Années Littéraires , en a fait beaucoup d'é
ī
DE FRANCE. 119
loges , d'après une traduction manufcrite
qu'on lui avoit confiée ; ces motifs devoient
nous faire defirer de lire cet Ouvrage dans
notre Langue .
Les Aventures de Frifo font pour la Hollande
ur. ouvrage national , comme l'Enfer
du Dante & la Jérufalem du Taffe pour l'Italie
; le Paradis perdu pour l'Angleterre ,
&c.
Frifo , qui devoit hériter du Trône des
Gangarides & des Prafiates dans les Indes ,
eft forcé de quitter fes États après la mort
de fon Père, victime de la trahifon d'Agramme.
Dans fa fuite , il rencontre Teuphis , fon
Oncle, qu'il ne reconnoît point , parce qu'on
le croyoit mort , & qu'il avoit quitté la Cour
depuis fort long - temps . Teuphis , fans fe
faire connoître , accompagne fon neveu , lui
fert de guide , de confeil , & ne le quitte
plus jufqu'à la fin. Les courfes de Frifo , les
divers obftacles qu'il trouve à combatre pour
monter fur le Trône , forment l'action & le
noeud du Poëme.
Le grand écueil d'un Poëme Épique ( car
celui-ci a les prétentions de l'Épopée ) ou du
moins ce qui rend ce genre de Poëme fi difficile
aux modernes , c'eft le merveilleux , qui
eft une de fes qualités conftitutives. L'Auteur
de Frifo a puifé le fien dans la religion de
Zoroastre, merveilleux un peu froid , qui
reffemble à beaucoup d'autres dont il faut
bien fe contenter aujourd'hui , mais qui ne
pourra jamais remplacer cette riche & bril120
MERCURE
lante mythologie de l'ancienne Grèce.
Le fonds de cet Ouvrage eft peu intéreffant
; défaut qui lui eft commun avec d'autres
Poëmes encore plus célèbres. Au refte , nous
nous croyons fondés à croire que ce n'eft pas
par l'intérêt de l'action qu'un Poëme Épique
paffe à la poftériré , mais bien par le ftyle
& par les détails. Le Poëte Épique eft difpenfé
de toucher le coeur par une action intéréffanté
, pourvu qu'il attache l'imagination
par de belles maffes , & une fable vraiment
poétique. La raifon en eft , qu'on ne lit pas
de fuite un Poëme Épique. C'eft fans doute
un nouveau motif d'éloges pour ceux qui
peuvent fouffrir une lecture fuivie ( tel eft)
celui du Taffe , qui a tout l'intérêt d'un roman
) mais nous ne croyons
nas
que ce foit
une qualité bien effentielle pour le fuccès de
ces fortes d'Ouvrages .
Nous ne citerons rien de la traduction de
Frifo , parce que la profe ne rend jamais
parfaitement la poéfie , quoique le ſtyle du
Traducteur de ce Poëme mérite d'autant plus
d'éloges , qu'il a écrit dans une Langue étrangère
; nous invitons à lire fa préface , qui eft
une véritable differtation fur la Littérature
Hollandoife.
On réprochera à ce Poëme des longueurs ,
d'autant plus répréhenfibles , qu'elles font
fouvent difparoître le but du Poeme. - L'Auteur
étoit favant & philofophe ; il a trop
prodigué la morale & l'érudition . Teuphis
qui reffembleun peu au Mentorde Télémaque,
femble
DE FRANCE. T27
femble avoir hérité du défaut qu'on avoit reproché
àfon modèle : il differte un peu longuement.
Mais on trouve dans cet Ouvrage lefceau
du vrai talent ; la manière de l'Auteur eft large
& poétique ; fon imagination eft féconde ;
& il a l'art de lier adroitement les détails
qu'il a créés ; enfin , l'Auteur doit être infcrit
parmi les Poëtes qui honorent leur Nation.
VARIÉTÉ S.
LETTRE au Rédacteur du Mercure.
PERMET ERMETTEZ- MOI , Monfieur , de vous adreffer
quelques réflexions fur les difcours académiques . Ils
méritent d'être obfervés , puifqu'ils ont presque
changé de nature , & qu'ils occupent , au moins
pendant quelque temps , une grande place dans l'attention
publique.
On peut obferver l'influence du génie du ſiècle
dans plus d'une chofe.
L'efprit de difcuffion , en s'étendant & ſe perfectionnant
par l'exercice , eft devenu un talent particulier
& nouveau ; & ce talent , en fe portant fur
tous les genres, y a introduit d'autres vues , d'autres
caractères , d'autres formes.
J'applique particulièrement cette réflexion aux
difcours qui fe lifent ou fe prononcent dans l'Académie
Françoife , ce lieu où l'on voit , où l'on enrend
les premiers Écrivains de la Nation , où ils
communiquent enfemble , eft celui où il convient le
mieux d'obferver les changemens que l'éloquence
éprouve parini nous..
No. 37 , 16 Septembre 1786.
F
122 MERCURE
A l'époque de l'étab iffement de l'Académie , on
fentit Futilité de faire tourner cette inftitution littéraire
au développement des jeunes talens ; on fonda
des prix ; mais on n'eut dans ce projet que les idées
qui règnent encore dans les Colléges. On crut que
des amplifications étoient des difcours; on ne s'apper
çut pas que des difcours fur des queftions d'une morale
vague & oifeufe, ne pouvoient apprendre qu'à arranger
des phrafes avec quelque élégance & quelque harmonie
; ainfi on n'encourageoit que ces petits talens ,
qu'un goût févère autant qu'une fage politique invitoit
à décrier & à rebuter. L'Académie prodiguoit
des couronnes à des gens qu'elle ne pouvoit
jamais adopter.
Elle eut honte à la fin d'offrir tous les ans de
pareils Ouvrages à l'indifférence du Public; l'on peut
croire même que l'ennui qu'elle en recevoit , ne contribua
pas foiblement à leur profcription . Elle conçue
l'heureufe idée de décerner un hommage à nos grands
hommes ; on fait quel fut le fuccès de cette innovation.
De grands talens entrèrent dans cette lice
ces hommes à qui il eft fi facile d'arranger des
phrafes & fi difficiles de trouver des idées , s'en éloignèrent;
le goût & la raifon s'étendirent , & la Littérature
acquit un nouveau genre d'éloquence.
Ainfi , pour donner de l'éclat & du mérite aux
difcours couronnés , il ne falloit donc que leur affigner
de nobles objets . Il paroiffoit moins facile de
relever, par un fonds de folidité & d'intérêt , les difcours
de réception . Le cadre en avoit été fixé par
l'efprit d'adulation , qui étoit beaucoup le caractère
des Gens-de Lettres , à l'époque de la fondation de
-l'Académie. Une des punitions de la flatterie envers
les Grands eft de s'en faire une fervitude . On conmoît
beaucoup de bonnes & de mauvaiſes plaifanteries
fur ces difcours voués uniquement à la louange,
&, ce qu'il y a de pis, à la louange de cérémonie la
DE FRANCE. 123
plus emphatique & la plus fatigante de toutes , parce
qu'on s'occupe beaucoup plus de lui donner de la
pompe que de la fincér té , & que s'il n'eft pas libre
de la refufer , il l'eft beaucoup de n'y pas croire.
C'étoit une chofe pen honorable pour la Nation ,
de voir tous les ans fes premiers Écrivains ufer leur
efprit dans de vains complimens , rouler depuis un
fècle dans le même cercle d'éloges rebattus . Certes ,
c'étoit de la gloire de plufieurs de fes membres ,
& non de fa propre dignité , que l'Académie pouvoit
fe parer dans ces nomens , aux yeux des Eirangers.
Il eft enfia permis , il eft peut être utile de le dire ,
un jour de fête & d'honneurs pour les talens ; un
jour où le Public fe plaît à les contempler & les
entendre au milieu de leur triomphe , ne devoit pas
être ainfi dégradé par ces difcours futiles & ferviles.
C'eft la reconnoiffance , fans doute , qui en avoit
preferit le plan ; mais la reconnoiffance compromet
les noms les plus illuftres ; elle fe rend fufpecte ellemême
par ces hommages périodiques . Pour conferver
à ces noms leur majefté , il faut fe garder de
les offrir fans ceffe à notre admiration . Ce que l'Académie
a de mieux à faire pour fes benfaiteurs ,
c'eſt d'abandonner leurs fervices & leur gloire aux occafions
qui en rappelleront le fouvenir , aux émotions
libres qu'ils feront toujours renaître dans les cours.
Il faut que ce genre de difcours , tel qu'il avoit
été établi , fût bien vicieux , puifque prefoue tous
nos grands Écrivains y ont paffé , & que bien peu
de ces difcours ont mérité de fervivre à la cérémonie
qui les avoir commandés . Dan beaucoup, on trouve
de beaux morceaux , de ces traits qui caractérisent
ces génies divers ; mais l'enfemble de ces Ouvrages
formeroit la lecture la plus faftidieufe .
Plufieurs offrent cependant une partie impor
tante , c'eſt l'éloge de l'Académicien mort , quand
if a été un komme vraiment remarquabl . Maisjuf
Fij
MERCURE
124
qu'à no jours , il n'étoit , ni de l'efpèce de rhétorique
qui s'étoit formée pour ce genre , ni du génie du
temps , de faire aflez prédominer cette partie fur les
autres , pour la traiter avec la vigueur & l'étendue
qu'elle comportoit . C'eft fur cette partie que le Lecteur
, qui parcoure le recueil de fes difcours , fe
; mais rarement il y trouve ce qu'il
porte d'abord
cherchoit , une appréciation aſſez approfondie , affez
vraie , pour préparer le jugement de la poftérité , &
affez animée , pour communiquer les impreffions
que l'orateur exprime , Parmi plufieurs exceptions
glorieufes que je pourrois citer ici , je dois cependant
nommer le difcours de Racine à la réception de Thomas Corneille. Il fe rencontroit ici un de ces
bafards tels que le choix le plus éclairé & le plus
libre n'auoit pu mieux faire. Racine , nommé par
le fort pour faire l'éloge du grand Corneille , &
pour l'adreffer à un frère qui n'étoit étranger ni à
fon génie ni à fa gloire. Tout le trouvoit difpofé pour que ce difcours s'élevât au deffus de tous les
autres par le ton & l'intérêt, Auffi il n'en a pas fallu
davantage pour prouver que l'admirable talent de
Racine l'auroit fait exceller dans tous les genres ,
qu'il pouvoit rivalifer dans celui- ci avec Boffuet , comme il avoit fait avec Paſtal dans un autre . F'obc'eft
dans ce difcoers ferve encore que
les letque
tres fe font pour la première fois relevées de ce ton
rampant avec lequel elles avoient coutume de parler
des Monarques & même des Grands. L'Orateur loue
auffi Louis XIV avec cet enthouſiafraé qu'il infpiroit
, & qui abfout l'excès des louanges de tous
Les contemporains ; mais , au fein de cette gloire
dont il l'environne , il place un homme qui ne fut
illuftre que par lon génie ; il fait marcher de front
ces deux grandeurs ; il les repréfente préfidant enfemble
à l'illuftration de la France , & imprimant
leurs noms à leur fiècle,
~
T
DE FRANCE. 125
Ce difcours prouvoit ce que devoient& ce que pou
voient être fouvent les difcours des Académiciens à
leur réception.
Mais il falloit pour cela fe débarraffer de ces en
traves monotones , dont on s'étoit fait une habi
tude , une obligation .
Il étoit réſervé à un autre grand Poëte , à un génie
qui a créé dans plus d'une carrière , en les parcou
rant toutes, de donner un exemple de goût & de
courage , & même en faisant un autre moyen.
Voltaire , fuccédant au Préfident Bouhier , vertueux
Magiftrat , favant Jurifconfulte , partifan
éclairé des Anciens qu'il avoit traduits avec fuccès ,
appaya particulièrement fur ce dernier mérite qui
tenoit de plus près à l'Académic , pour préfenter des
principes fur le talent de goûter & de traduire les
Anciens ; & il fit un excellent morceau de Littérature
, qu'il para des formes o: atoires qui convenoient
à ce genre de difcours.
Ca exemple fut fuivi toutes les fois qu'on ne
rencontra pas dans l'éloge de fon prédiseffeur an
fujet aflez valle , ou plutôt on apprit à y lier quelque
difcuffion littéraire ou morale , qui le relevâr
ou l'aggrandit par des rapports juítes & heureux.
On commença aufli à approfondir davantage l'é
loge que l'on devoit à un homme fupérieur ; on
fentit qu'un examen plus détaillé de fes Ouvrages
en deviendroit plus intéreflant , parce qu'il feroit
plus fiacère ; & le Public lui-même conçut qu'en
lui parlant d'un grand talent , & quelquefois d'un
beau caractère moral , on pouvoit fournir un véritable
difcours , & le remplir de fentimens nobles ,
d'idées profondes , de principes utiles.
C'est donc par ce dégoût des chofes vaines , dans
an Corps fait pour avoir de l'empire dans les chofes
férieufes , par cette impatience natureile au talent
d'avoir des fujets dignes de lui , & par un attrait
Fiij
126
MERCURE
plus vif du public vers des idées folides , que ecs ::
difcours , en acquérant un fonds , ont gagné de l'importance
& de l'intérêt.
Dès lors les chofes de cérémonie n'y ont plus
part qu'en fecond ordre ; & le fondant & fe liant
dans le difcours , elles s'y font montrées d'une manière
plus piquante & moins uniforme ; elles y ont
même gagné de s'ennoblir fouvent & de monter à
la dignité de l'objet autour duquel elles fe trouvoient
placées. Tout prend dans l'homme l'empreinte des
fentimens que fa fituation lui infpire ; fi elle agite.
fon âme , fi elle tient fon efprit appliqué fur des
objets relevés , il garde en tout une attitude noble ,
dont il anime & décore jufqu'aux moindres bienféances
du temps & du lieu. Qu'un Académicien
vienne prendre féance par un compliment à fes nouveaux
confrères , il ne fongera qu'à fe tirer avec efprit
de la cérémonie. Mais qu'il ait à juſtifier leur
choix par un difcours digne d'eux , tout ce qu'il
leur adreffera , tout ce qu'il leur dira fur lui même,
aura befoin d'une nobleffe particulière , d'une modeftie
plus intéreffante. C'eft ainfi que l'homme du
monde lui même , quand il reçoit ou rend des devoirs
chers à fon coeur , embellit fa politeffe d'une
grace plus animée , parce qu'alors elle n'eft plus
feulement la pratique facile des égards & des convenances
, mais un moyen chéri de manifefter tout
ce
qu'il y a d'honnête & d'aimable dans fon caractère.
Dès lors ces difcours font devenus fouvent
de beaux Ouvrages , qui ajoutent à la réputation
de l'Académicien , ou qui la confirment.
Dès lors , une dignité nouvelle dans l'Académie ,
qui fe fert des renouvellemens que le temps amène
dans fon fein', pour affocier le Public à fes pertes ,
à fes acquifitions , en les lui montrant dans la
pompe d'une éloquence grave , & qui a fu faire
DE FRANCE. 127
d'une cérémonie , une occafion d'intérêt général &
un moyen dinftruction.
Je fais que ces difcours que l'on vient entendre
avec une affluence extraordinaire , qu'on lit enfuite
avec une curiofité fi vive & fouvent fi maligne ,
finiffent par être peu recherchés . Cependant ils for
ment un recueil vraiment honorable à notre Litté
rature. Il y en a beaucoup de médiocres , mais un
grand nombre méritent d'être relus , d'être traduits
dans les autres Langues ; & c'eſt ce qui leur arri
vera un jour , s'ils continuent toujours à devenir
meilleurs ce qui doit arriver à moins que les
talens ne manquent aux fujets , comme , pendant
tant d'années , les fujets ont marqué aux talens.
C'est encore la philofophie , c'est - à- dire , ce defir
de voir les chofes à leur fource , de les faifir dans
toute leur étendue , de s'affianchir des routines
d'aller à de nouveaux objets , de leur donner de
nouvelles formes , qui a fait cette révolution , J'en
fuis fàché pour ceux qui prétendent qu'elle a tout
gâté dans l'éloquence : il me femble qu'elle a tout
régénéré dans les difcours académiques.
Mais fi ces difcours font devenus plus intéreffans
, ils n'en font que plus difficiles . Ils exigent
fur- tout , pour atteindre à cette forte d'accord dans
leurs parties , qui conftitue la perfection , tour
l'art & le talent d'une habile compofition . Il ne
s'agit pas feulement d'être à la hauteur de l'objet
qu'on traite , il faut encore l'affortir à toutes les
convenances d'une cérémonie. Un beau difcours
dans ce genre ne peut appartenir qu'aux meilleurs
talens , & à des talens confommés. De- là vient
qu'il faut fouvent les apprécier , plutôt par les beautés
fupérieures qu'ils préfentent , que par leur enfemble.
Pour qu'ils ayent même ce premier avantage ,
il faut deux circonftances qui ne ſe rencontrent pas
>
Fiv
128 MERCURE
toujours ; que l'Académicien mert mérite un loge
approfondi , & que fon fucceffeur connoiffe affez
le genre de fes Ouvrages & l'espèce de fon caractère
, pour les bien peindre , les bien apprécier.
Le récipiendaire eft quelquefois plus heureuxquand
fon fucceffeur ne lui fournit que quelques
pages. Il refte le maître de fe faire un fujet à
volonté , & il eft naturel qu'il le choififfe dans les
chofes qui conviennent le mieux à fon âme & à
fon talent. Alors un tel fujet , dans un moment
où le bonheur qu'on éprouve , enrichir l'esprit d'une
nouvelle vivacité , où le fentiment de la gloire qu'on
obtient , rend plus capable de celle qu'on defire
encore, le prépare & le conduit à un grand fuccès.
J'ai l'honneur d'être , &c. DE LACRETELLE.
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE,.
ONN a donné, Mardis de ce mois,la première
repréfentation de la Toifon d'Or,
Tragédie-Lyrique en trois Actes , paroles de
M. Deriaux , Mufique de M. Vogel ,
Hyphiphile , fille du Roi de Lemnos , &
femme de Jafon , alarmée fur le deftin de fon
époux parti pour l'expédition de la Toifon
d'Or, arrive fous les murs de Colchos. Après
une Scène d'expofition entre cette Princeffe
& fon confident Arcas , Médée paroît accompagnée
d'un choeur nombreux qui chante
la victoire que Jafon vient de remporter fur
DE FRANCE, 129
les taureaux enflammés qui gardoient la
Toifon, Le choeur annonce enfuite l'hymen
prochain de Jafon & de Médée. Hypuphile
apprend ainfi l'infidélité de fon époux , s'approche
de Médée , & lui déclare qu'elle eft
la femme de Jafon. Médée entre en fureur
contre Jafon & contre Hypfipile, & dit à
cette Princeffe : fuyez , évitez ma colère ,
évitez le trépas. Hypfiphile fe retire ; Médée
éclate en reproches contre le perfide Jafon ,
qui a feint de l'ainer pour obtenir le fecours
de fes enchantemens dans les différens
travaux qui doivent précéder la conquête
de la Toifon. Un oracle a prédit qu'aufli- tôr
qu'elle feroit enlevée , le père de Médée
perdroit & le trône & la vie. L'amour com
bat cependant encore en faveur de Jafon
dans le coeur de la Reine. Jafon paroît ,
Médée lui reproche fa trahifon. Il fe juftifie
en difant qu'il eft bien étonné que Médée
lui faffe un crime d'une infidélité qui n'eſt
qu'un facrifice fait à fes charmes. Jalon veut
faire des fermens ; Médée l'interrompt ? Per
fide , ne jurois- tu pas jadis à Hyphiphile de
l'aimer toujours ? Elle lui annonce qu'il ne
doir plus compter fur fes enchantemens ,
qu'il n'a encore fait que le premier pas , que
dès qu'il aura femé les dents d'un horrible
ferpent , il en naîtra des bataillons armés
pour lui donner la mort , & qu'elle - même.
excitera leur rage contre lui. Elle fort. Le
choeur des Argonautes propoſe à Jafon de
braver fa puiflance. Le héros ne fait à quoii
Fv
130
MERCURE
fe réfoudre , car comment fe défendre d'une
magicienne qui difpofe des enfers ? Il chante
T'air fuivant :
O Gloire ! à tes lauriers quel mortel peut prétendre !
Pour atteindre à ton. Temple il faut tout affronter.
Qu'il eft pénible d'y monter .
Mais qu'il eft aiſé d'en deſcendre !
Hypfiphile arrive . Explication entre les
deux époux. Jafon lui affure qu'en feignant
d'aimer la Reine de Colchos , il ne foupiroit
que pour Hypfiphile . Malgré les pleurs de fon
époufe, il perfifte dans la refolution d'achever
fon entreprife. Hypfiphile ne pouvant l'en détourner
, lui demande la mort. Jafon lui propofe
de fe réfugier dans fon vaiffeau. Ici
finit le premier Acte.
Acte fecond. Le Théâtre repréſente une
forêt fombre. Dans le fond , on voit le rivage
de la mer & la flotte des Argonautes. Médée,
après un court dialogue avec fa foeur Calciope
, fait une invocation magique. Elle
appelle la nuit , les enfers , les vents & le
tonnerre , & leur commande de détruire la
Hotte de Jafon . Elle fe retire ; grande tempêre.
Jafonparoît avec Hypfiphile & fes guerriers.
La foudre embrâfe les vaiffeaux. Médée
revient. Jafon lui reproche de violer la promeffe
qu'elle lui a faite de s'intéreffer à ſon
fort. Médée reproche bien plus vivement à
Jafon de l'avoir féduite en lui promettant
de l'époufer, & s'accufe de lui avoir facrifié
DE FRANCE. 131
fa Patrie & fon Père. Jafon lui propoſe
d'étouffer une flamme qui la rend criminelle.
Oubliez- moi , dit- il , & laiffez le deftin
difpofer de mes jours à fon gré. Ce difcours
met le comble à la fureur de Médée ,
elle veut tuer Jaſon & fur-tout Hypfiphile.
Elle s'arme d'un poignard , il en réſulte un
choeur , où Jafon & les Argonautes difent à
Médée :
Barbare , viens percer mon fein ,
Mais refpecte fa vie.
Hypfipile tombe évanouie entre les bras
de Jafon. Pendant qu'on s'occupe à fecourir
la Princeffe , Médée fe précipite fur elle , la
poignarde & s'enfuit . Jafon fait quelques pas
pour la pourfuivre , mais il revient à fon
époufe . Hypfiphile meurt . Jafon & les Argonautes
la pleurent. Pendant que l'on emporte
fon corps , l'Orchestre exécute une marche
funèbre.
Au troifième Acte , on voit l'antre de la
Sybille , & de hautes murailles au fond de la
forêt . Les fuivantes de la Sybille paroiffent &
parlent de géans fortis tout armés du ſein
de la terre , & qu'elles ont apperçus dans la
forêt. Elles préfagent vaguement les malheurs
de Médée. La Reine arrive avec Calciope.
Elle a réfolu la mort de Jafon & de
tous fes guerriers. Reftée feule , elle veut
confulter la Sybille pour en apprendre fon
fort. La Sybille lui prophétife les crimes dont
elle fe rendra coupable. Medée , malgré cette
F vi
142 MERCURE
prédiction , s'abandonne à ſa deſtinée. On
entend des trompettes & un choeur de
combattans derrière la Scène. Ce font les
Argonautes aux prifes avec les Géans. L'amour
fe réveille dans le coeur de Médée , elle entend
la voix de Jafon. Elle commande aux
murailles qui font au fond du Théâtre de
tomber. Les murailles s'écroulent. On voit
les combattans. Médée s'avance au milieu
d'eux & dit aux Géans :
Tournez vos armes contre vous ;
Fiers enfans de la terre ,
Expirez fous vos coups.
Les Géans s'entretuent. Médée a endormi
le dragon , gardien de la Toifon précieuſe. Les
Argonautes s'en font rendus maîtres ; ils arrivent
en la portant en triomphe & en chan
tant leur victoire. Alors Médée preffe Jafon.
de l'époufer , pour prix de ce qu'elle a fait
en fa faveur. Jafon & les Argonautes repouffent
avec indignation la meurtrière d'Hypfiphile.
Ils la laiffent feule. Après avoir exhalé
fon défefpoir , elle monte fur un char tiré
par des dragons & difparoît dans les airs.
Telle eft la fable & la marche de ce poëme,
dans lequel on a remarqué plufieurs vers
heureux , & des morceaux qui annoncent
que fon jeune Auteur , en étudiant les bons
modèles & les effets de la Scène , pourra
parvenir à fe diftinguer dans le genre lyrique.
Ce fujet , traité autrefois par le grand
DE FRANCE. 133
Corneille , & depuis par J.-Baptifte Rouffeau,
offrira toujours de grandes difficultes aux
Poëtes qui tenteront de le mettre fur la Scène..
Nous croyons que Médée & Jafon , en leut
confervant fans altération leurs caractères
donnés par la fable , font deux perſonnages.
en faveur defquels il eft mal aife d'intereffer
le fpectateur , fur tout au Théâtre de l'Opéra,
qui ne comporte point ces détails & ces dé
veloppemens qui peuvent fournir à l'Auteur
Tragique les moyens de motiver des actions
qui parcîtroient révoltantes , fi elles n'étoient
préparées avec art. Médée , prête à époufer
Jafon après lui avoir ouvert la route d'un
triomphe qui doit coûter la vie à fon père ;
Jafon qui , en revoyant Hypfiphile, fa femme,
continue de jurer à Médée un amour qu'il
me reffent pas ; comment de pareils perfonnages
pourroient- ils attacher ? Médée eft
déjà odieufe pour avoir mis en danger les
jours de fon père , en favorifant un étranger
dont elle doit aifément pénétrer les deffeins..
Elle eft amoureufe , dira t- on : à la bonne
heure . En s'arrêtant là , il eft encore poffible.
de la rendre intéreffante . Mais du moment
qu'elle a aflafliné Hypfiphile , elle nenous paroît
plus qu'une froide Mégère. Le feul perfonnage
auquel le fpectateur pouvoit prendre
quelque intérêt , c'eft Hypfiphile , & l'Aureur
s'en prive au milieu du fecond Acte. Il a
voulu motiver par- là l'ingratitude de Jafon ,
qui refufe d'époufer Médée , lorfqu'il eft
maître de la Toifon ; mais il a moins réuffi
134
MERCURE
à juftifier Jafon , qu'à rendre. Médée plus
odieufe . D'ailleurs , le grand vice de cet incident
, c'eft de ne produire aucune révolution
attachante. A cela près , que Jafon ne parle
plus d'amour à Médée , les Acteurs demeurent
toujours dans les mêmes fituations .
Quant au dénouement , il n'eft pas heureux.
Il eft fans doute permis à un Poëte
d'altérer jufqu'à un certain point les faits
confacrés par la fable ou par l hiftoire . Mais
il eſt des données fondamentales qu'il doit
refpecter. Après la conquête de la Toifon
d'or, Médée fuivit Jafon , l'époufa , & en
eut des enfans. Dans le nouvel Opéra , Médée
eft abandonnée par Jafon; elle a tué la femme
de ce Prince. Comment fe perfuader que ces
deux êtres fe réuniffent jamais ?
Le Public a paru regretter que le Poëte
n'ait pas introduit dans fon Ouvrage, un plus
grand nombre de divertiffemens , & fur- rout
qu'il n'ait pas ménagé quelques, oppofitions
qui auroient fourni au Muficien l'occafion
de faire valoir par d'habiles contraſtes , plufieurs
beaux morceaux qui perdent beaucoup
de leur effet , parce qu'ils ne font pas diftingués
des morceaux qui les précèdent ou
qui les fuivent par des couleurs affez différenciées.
De -là fans doute eft réfulté le reproche
de monotonie , le plus général que
nous ayons entendu faire à l'Ouvrage ; reproche
qui , felon nous , doit beaucoup plus
tomber fur le Poëre que fur le Muficien ;
car nous ne craignons point d'avancer un pa
DE FRANCE. 135
radoxe , en difant que , toutes chofes égales
d'ailleurs , le mérite d'un Poëme influe plus
qu'on ne croit fur celui de la Mufique. Quoi
qu'il en foit , ce coup d'effai d'un jeune compoliteur
donne aflurement les plus grandes efperances.
Nous nous réfervons à parler de la
Mulique avec plus de détail dans un autre extrait,
lorfqu'un certain nombre de repréſentations
nous aura mis à portée de recueillir les
jugemens du Public. Nous nous contenterons
d'indiquer aujourd'hui , comme les morceaux
qui ont excité le plus d'applaudiffemens , le
rondeau d'Hypfiphile : hélas, àpeine un rayon
d'efpérance. L'air de Médée , Ah ! ne me parlez
plus d'amour & d'espérance , dont le
motif a paru auffi neuf que vrai , & la tempête
du troifième Acte. La facture des choeurs
annonce un habile harmoniſte.
Mlle Maillard a très bien conçu le rôle de
Médée. Elle a rendu les morceaux de pafhon
, de fureur , de défeſpoir , avec une
force & une vérité d'expreffion , qui ne détruifoient
point la nobleffe impofante & la
fierté dont la Reine de Colchos doit toujours
conferver des traces jufques dans le plus
grand excès de fes emportemens . Nous ne
doutons pas que ce rôle ne falle à Mlle
Maillard le plus grand honneur , fur- tout
auprès des Amateurs éclairés , & ce n'eft
qu'avec une intelligence & un talent bien
rares , que cette jeune Actrice a pu fe rendre
maitreffe d'un pareil rôle , au point d'y développer
autant de reffources dans les paf136
MERCURE
fages & les retours des différentes paffions
dont Médée eft agirée.
Le perfonnage fecondaire d'Hypfiphile , ne
demandoit guères que de la grace & de la
fenfibilité. Le jeu & l'organe agréable de
Mlle Dozon , n'ont rien laiffé à defirer dans
ce rôle , qu'elle a rendu de la manière la
plus affectueufe & la plus touchante.
Il faut bien que M. Laïs ait aufli déployé
un très- grand ralent , puifque , dans un rôle
auffi ingrat que celui de Jafon, il a obtenu
les mêmes applaudiffemens que le Public
lui prodigue toujours à fi jufte titre.
L'execution la plus franche & la plus
foignée , la précifion & Penfemble le plus
parfait , font affez l'éloge de l'Orchestre &
de la grande intelligence de M. Rey , à qui
la conduite en eſt confiée.
( Cet Article n'eftpas du Rédacteur ordinaire.)
COMÉDIE FRANÇOISE.
E
Le genre Tragique eft à l'Art du Théâtre ,
ce que le genre de l'Hiftoire eft à la Peinture.
Il faut que les proportions en foient
grandes , l'expreffion noble , les attitudes
fières , les mouvemens énergiques & les phyfionomies
prononcées . L'Acteur Tragique
doit , comme l'Acteur Comique , étudier la
nature & la peindre ; mais il doit chercher
toujours à l'embellir , même quand les fitua
DE FRANCE. 137
tions où il fe trouve , lui permettent de
fe rapprocher de la fimplicité. Le débit du
Tragédien doit être aulli vrai , aufli juſte
dans fes intentions , aufli bien diftribué dans
les détails , que celui du Comédien ; mais il
doit être généralement plus ferme & plus
foutenu , fi l'on en excepte quelques momens
affez rares , où le perfonnage jette le
mafque du héros, pour ne plus montrer
que les foibleffes & la fragilité de l'homme.
Ce fyftême étoit celui du célèbre Lekain
& c'eft celui que paroît avoir adopté M.
Grammont, dont le talent , déjà connu , vient
de reparoître avec éclat fur ce Théâtre. Nous
ne voulons point comparer M. Grammont
à Lekain , nous voulons dire feulement que
c'est déjà , pour un Acteur qui aime fon
Art , un préjugé favorable , que le choix d'un
excellent modèle & des meilleurs principes.
M. Grammont a rendu avec beaucoup de
vérité, de nobletle & d'intelligence , quelques
parties du rôle de Mahomet ; il a été
foible dans d'autres , principalement dans le
*
* La manière dont M. Grammont a joué pour
la feconde fois le rôle de Mahomet , le Dimanche
10 de ce mois , a prouvé qu'il connoiffoit bien le
caractère qu'il avoit à repréfenter , & que l'inquiétude
, toujours attachée au premier jour d'un Début,
avoit feule égaré fon efprit & aliéné fes moyens . Il
n'eft pas inutile de faire ici une obfervation . M.
Grammont a débuté en 1779 , par le rôle de Tancrède
, & la timidité l'empêcha de donner de fes
talens fidée qu'on en devois prendre ; quelques jours
138 MERCURE
cinquième Acte , où il n'a point faifi avec
affez d'adreffe , l'affectation de l'enthouſiaſme
prophétique que doit employer l'impoſteur
pour féduire le peuple qui l'entoure. Il a été
plus généralement digne de fon fuccès dans
les rôles de Gengiskan & de Vendôme. Ces
deux caractères lui ont fait honneur dans
l'efprit du Public qui , après leur repréfentation
, l'a appelé à grands cris pour lui rémoigner
la fatisfaction qu'il lui avoit fait
éprouver. On a imprimé que le jeu de M.
Grammont a la couleur tragique ; cette obfervation
nous femble très - vraie : il ne l'eft
pas moins que cette qualité devient tous les
jours plus rare. Nous ne répérerons point ici
les avis qui lui ont déjà été donnés dans quelques
Journaux , nous y ajouterons feulement.
Le débit de ce Tragédien eft quelquefois
lent , & même à la rigueur un peu lourd ,
ce défaut naît du defir de faire tout valoir.
Un Acteur doit , comme un Peintre , faire
contrafter l'ombre & la lumière ; ce que l'on
facrifie d'un côté , tourne d'un autre à l'avantage
de ce qu'on deftine à l'effet . M. Gramaprès
, enhardi par les encouragemens
que le Public
lui avoit donnés dans le rôle de Vendôme , il rejoua Tancrède , & y emporta tous les fuffrages. Que ré- fultera t'il de cette remarque ? Qu'il ne faut pas jager hâtivement
les perfonnes qui fe préfentent , avec l'incertitude
du fuccès , dans un Art difficile , & Le rappeler ce vers de Greffet :
Attendre eft pour juger la règle la plus sûre.
DE FRANCE. 139
49
mont doit encore éviter de fe plier fouvent
fur lui même , il réfuite de cette habitude ,
que fa poitrine gênée nuit à l'eflor de fes accens
, & le force à couper fon débit d'une
manière fouvent fatigante. Au refte , il a
beaucoup gagné depuis fa retraite du Théâtre
François , & nous croyons que s'il continue
de travailler avec la même affiduité ; il acquerra
dans la Tragédie, un talent fait pour
être diftingué , & même pour être cité parmi
le petit nombre de ceux qui nous reftent
dans ce genre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LE Vendredi , premier de ce mois , on a
donné la première repréfentation des Amis
du Jour , Comédie en un Acte & en profe.
M. Dupont , ancien Echevin , s'eft retiré
du commerce avec de la fortune , il en jouit
fans fafte avec les égaux. Mme Dupont aime
le grand monde , elle dédaigne les gens de
fon état , & ne veut recevoir chez elle que
la bonne compagnie. Après avoir vainement
tenté de guérir la femme de cette erreur , M.
Dupont imagine un dernier moyen. Il fuppofe
qu'il a cautionné pour mille louis un homme
qui a manqué, & qu'il faut payer le prix du cautionnement
dans le jour , fans quoi il va
être pourfuivi . Sa femme ne doute pas qu'un
Commandeur , un Marquis & un Financier
qui fréquentent fa maifon , ne lui rendent
140 MERCURE
ce fervice. Le Commandeur , égoïfte parfair ,
refufe , parce qu'il s'eft fait un devoir de ne
jamais prêter d'argent à fes amis , pour ne
fe point brouiller avec eux. Le Marquis pa
roît empreffé à tirer M. Dupont d'embar
ras ; il lui propofe de terminer fur le champ
cette affaire & de fortir avec lui , mais c'eſt
pour l'emmener chez fon Procureur, l'homme
de France le plus adroit , & qui paye fes
créanciers avec des procédures. Il a gagné au
jeu trois mille louis , mais il ne veut point toucher
à cet argent qu'il regarde comme facré,
attendu qu'il a promis une revanche. Le Fi
nancier fait auffi montre de zèle , parce qu'il
croit que l'emprunt a pour but une entreprife
utile ; quand il en fait le motif, il refuſe,
fous le prétexte qu'on n'oblige pas ceux qui
font des affaires équivoques. Après leCominan
deur étoit venu un Marchand, un M. Dupré,
ani de Dupont,hommetrop funpic pour plaire
à Mme Dupont. Au récit de l'embarras ou
fe trouve Dupont , il eft forti brufquement,
on n'a fu que penfer de fa conduite. Quand
les trois hommes de bonne compagnie ont
fait leur refus , il revient avec les mille
louis qu'il a empruntés. Mme Dupont ouvre
Ies fon mari lui avoue la rufe ; Dupré ,
yeux ,
qui n'a pas diné , fe plaint plaifamment de
la peine inutile qu'on lui a donnée : le motif
excufe ; on renonce aux grandeurs , & le mar
chand va s'affeoir feul à la table où une
heure avant Mme Dupont rougiffſoit de l'admettre.
DE FRANCE. 141
Cette Comédie n'eft qu'une bluette ,
mais elle eſt très agréable ; le but moral en
eft bon , & plus d'une bourgeoife pourroit
profiter de la leçon qu'elle renferme . Les
Scènes où les Amis du Jour refufent de
fervir l'homme que jufqu'alors ils avoient
appelé leur ami , rappèlent quelques Scènes
du Difipateur; mais elles font placées dans
un cadre étranger à celui de Destouches , &
peuvent être à peine confidérées comme une
imitation. La Pièce eft écrite avec efprit ,
facilité & fimplicité ; on y remarque des mots
très - gais & qui ajoutent au comique des fituations
; le dialogue eft vrai , naturel & rapide.
Cette Comédie eft de M. de Beaunoir.
ANNONCES ET NOTICES.
EXAMEN fait par ordre de M. le Maréchal de
Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat de la Marine,
de deux Cartes de la Mer Baltique , préfentées
par M. Leclere , ou Expofition des Erreurs en tous
genres , qui ont été reconnues dans deux Cartes Marines
, gravées fans nom d'Auteur ; la première ayant
pour titre : Carte réduite de la Mer Baltique 1785 ,
avec un plan particulier du Sund , fur une échelle
double ; un plan du Port de Dantzick , & un plan
de la Ville de Gothembourg , en deux feuilles réunies ;
la feconde , ayant pour titre: Carte Hydrographique
du Golfe de Finlande , 185 , pareillement en deux
feuilles réunies. A Paris , de l'Imprimerie Royale .
1785.
142 MERCURE
Le but de cet Ouvrage eft de prouver que dans
deux Cartes Marines , intitulées , l'une : Carte réduite
de la Mer Baltique ; l'autre Carte Hydrographique
du Golfe de Finlande , il s'eft gliffé des erreurs effentielles
& dangercules pour la Navigation .
CRUZAMANTE , ou la Sainte Amante de la
Croix , par l'Auteur des Entretiens d'Angélique , &
du Voyage de Sophic & d'Eulalie au Palais du vrai
Bonheur , in 12. Prix , 1 liv. 10 fols broché , 2 liv.
10 fols relié. A Paris , chez Benoît Morin , Libraire ,
rue Saint Jacques.
Le titre de cet Ouvrage en annonce le genre .
C'est une production allégorique & picufe qui prouve
du zèle & de l'imagination.
AGENDA anti-fiphilitique pour connoître & bien
guérir les maladies vénériennes , fans équivoque &
Jans violence , avec une aigreffion pratique fur quel
ques- unes de ces maladies dont la guérifon eft en général
difficile , pénible & mal entendue par tous les
traitemens ordinaires ; par M. Andrieux , Docteur
en Médecine & en Chirurgie de l'Université de
Montpellier. A Paris , chez l'Auteur , quai de la
Mégiferie , la porte pochère attenant l'Arche-Marion
chez Morin , Lib. , rue St - Jacques , à côté de
celle de la Parcheminerie.
:
Avis aux Gens de mer fur leur fanté : Ouvrage
néceffaire aux Chirurgiens navigans & à tous les
Marins en général qui fe trouvent embarqués dans
les Bâtimens où il n'y a point de hiru gens ; par
M. G. Mauran , Docteur en Médecine , & ancien
Chirurgien navigant. Nouvelle édition , augmentée
du double par l'Auteur , & exactement revue
& corrigée ; un vol , in - 12 . A Marſeille , chez Jean
Mofy, père & fils , Imprimeurs du Roi & de la
DE FRANCE.
143
Ville , & à Paris , chez Delalain le jeune , Lib. , rue
St- Jacques , n °. 13.
Cet Ouvrage eft utile
nière dont il eft traité.
par fon objet & par la ma-
INSTRUCTIONS du Peuple , divifées en trois parties
: première partie de la moral ; feconde partie ,
des affaires ; troisième partie , de la fanté ; in- 12 , -
relié , 2 liv . 10 fols broché , 1 liv . 16 fok. A
Paris , chez Moutard , Imprimeur , rue des Matherins
, hôtel de Clugny.
Cet Ouvrage , pour emplir fon objet d'utilité
devoit être conçu & écrit , comme il l'eft en effet
avec fimplicité ; mais cette fimplicité qui le met
la portée du Peuple . ne l'empêche pas d'être utile
même aux Perſonnes inftruites.
MEMOIRE fur les Maladies contagieufes , dans
lequel on examine : quelles font , parmi les maladies
, foit aiguës , foit chroniques , celles qu'on
doit regarder comme vraiment contagieufes ; par
quels moyens chacune de ces maladies fe communique
d'un individu à un autre ; & quels font les
procédés les plus sûrs pour arrêter les progrès de
cette différente contagion , Par Jean - Fréd - Chret.
Pichler , Docteur en Médecine , Praticien à Strasbourg.
A Strasbourg , aux dépens de l'Auteur , &
fe trouve chez les principaux Libraires , in 8 ° . Prix ,
2 -liv . 8 fols.
Un prix propofé par la Société Royale de Médecine
, a donné lieu à cet Ouvrage. La première
partie contient un abrégé de ce qu'il y a de plus
intereffant fur ce fajet dans le célèbre Médecin
Vazer ; ce qui peut être utile , comme l'efpère l'Auteur
, aux favans qui veulent concourir pour ce prix,
& qui ignorent la Langue Allemande.
I
144
MERCURE
TABLE pour compofer des Menuets & des Trio
à l'infini avec deux dés àjouer, pour le Forte-piano,
chez M. Wenck , rue de Chabanois , n ° . 32. Prix ,
2 liv. 8 fols.
Nous avons déjà plufieurs Ouvrages de ce genre ;
celui-ci , comme plus moderne , pourra être préféré.
NUMERO 2 des Variétés Musicales pour le Forte-
Piano , tirées des meilleurs Ouvrages étrangers &
nationaux , contenant trois Sonates, Violon & Baffe,
par J. Hayden ; une Sonate à quatre mains , Mozart;
trois Romances Françoifes , Wenck ; ouvertare de
la dot , Violon & Balfe , par le même . A Paris
même adreffe. Prix , 9 liv. Les Perfonnes qui fe feront
infcrire , ne le payeront que 6 livres . Il en
paroîtra tous les trois mois un cahier de 50 à 60
pages.
TABL E.
ERS fur la More du Roi de De l'Art de la Comédie , 108
Prufje , 97 Les Aventures de Frifo ,
Aux Critiques qui louent excef Variétés "
118
121
fivement les Morts pour dé- Académie Roy. de Mufiq. 128
primer les Vivans, 99 Comédie Françoife ,
Air de M. Sacchini
736
101 Comédie Italienne 139
Charade, Enigme & Logogry Annonces & Notices , 145
phe · 103
APPROBATION.
3
J'AI lu , pár ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux ,
Mercure de France , pour le Samedi 16 Sept. 1786. Je n'ý
ai tien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion.
Páris , le 15 Sept. 1786 , GUIDI
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 23 SEPTEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS à l'occafion du Mariage DE Marie-
FRANÇOISE-VICTOIRE SALMON.
SALMON, reçois les voeux de mon ame attendrie.
Tu trouves le bonheur fur le bord du tombeau ,
Et vois , nouvelle Sophronic ,
L'Hyinen à ton bûcher allumer ſon flambeau.
A l'objet de ton coeur tu vas donc être unie !
Que de faveurs du ciel tu reçois en un jour !
Notre augufte Sénat t'a rendue à la vie,
Et Genliste rend à l'Amour.
Genlis ! ah , quel beau nom ! qu'il préſente de char
mes!
* Mine la Comteffe de Genlis , à préfent Mine Ducreft-
Sillery .
Nº. 38 , 23 Septembre 1786. G
146 MERCURE
Des coeurs par le malheur flétris
Genlis diffipe les alarmes ,
Et nous ravit par fes Écrits.
Jadis on l'auroit adorée
Quand les peuples reconnoiffans
Élevoient des autels aux hommes bienfaiſans ,
Dans ce temps fortuné qui vit régner Aftrée .
O d'une tige augufte , aimables rejetons ,
Avec quel foin touchant nous la voyons défendre
Votre ame délicate & tendre
Du fouffle impur des paffions !
Ces enfans feront grands & dignes des Bourbons ,
Dont le ciel les a fait defcendre.
Genlis , tu les formas , & l'on doit tout attendre
De leur fang & de tes leçons.
Ah ! feulement qu'ils marchent fur tes traces;
On les verra dès leur belle faifon
A la Sageffe affocier les Grâces ,
Et marier l'efprit à la raiſon .
Tu reçus en naiffant des mains de la Nature
Tous les charmes , tous les talens ;
Mais ton ame fublime & pure
Fur le plus beau de fes préfens .
Dans ce temps de philofophie
Où le vice eft heureux & la vertu bannie ,
Où le froid égoïſme a glacé tous les coeurs ,
On te voit confacrer ta vie ,
A charmer les humains en les rendant meilleurs.
BIOIA
DE FRANCE. 147
Dieu bienfaisant ! Gealis eft ton image ;
Accordes-lui le prix de fes vertus ;
Et dans ce jour achèves fon ouvrage
En béniſſant les noeuds que fes mains ont tiffus.
LE LAPIN , père de famille , Fable.
JEANNOT
EANNOT Lapin , hôre des bois ,
Auroit vécu toujours en bonne compagnie ,
S il n'avoit pas eu la manie
Dont l'homme eft atteint quelquefois..
Alloit- il vifiter les gens du voisinage ,
Ou pour le voir arrivoit-on ?¸
Vingt Lapreaux fes enfans , les plus fots du canton ,
A côté de papa préfentoient leur hommage ;
Puis après de poliffonner ,
G De faire un fi bruyant tapage
Que dans le plus terrible orage.
On n'entendroit les Dieux tonner ;
Lui , d'applaudir à leur fottife ,
De jurer qu'à fes foins le fuccès répond bien ,
Qu'on ne voit pas jeuneffe mieux apprife ,
Ni ton meilleur , ni plus décent maintien.
On fe laffe à la fin ; le monde l'abandonne.
A fa famille il fut livré ;
Et c'étoit n'avoir plus perfonne.
19.
La folitude ennuie où l'on eft défceuvré.
L'ennui change l'humeur ; le voilà qui fermonne..
Gij
148
MERCURE
Ses enfans , ignorans , mutins
Et vains ,
De ce ton pris trop tard fe mirent tous à rire.
Ah ! pour Jeannot que de tourmens !
Son malheureux fort peut inftruire
Bien des papas , bien des mamans.
(Par M. le Marquis de Fulvy. )
Bouts-rimés qu'on avoit propofés.
I.
CHACUN
HACUN comme il l'entend conduit fon paquebot:.
Aux fcènes de Thalie on veit l'homme à foutane;
Orphife de Damon va brûler le
Arifte enfant , s'amufe avec la,
• • •
• • ·
· fagot;
farbaçane.
Moi , fils de la fortune , & des cieux le.. mignon ,
Sans favoir fi le Turc arme ou non fa . .⠀⠀ galère ,
Si Rome aux Léopards cherche à porter guignon ;
J'ai mis fur mon hôtel : repos & bonne.
chère.
( Par un Amateur , de Saumur.)
I I.
COMME un Anglois fortant 'du . paquebot,
Regarde nos gens à.
Comme unempoisonneur confidère un ."
(0 .
foutane ;
fagot;
Comme un lièvre la. · · farbacane.
DE FRANCE. 149
Telle eft fa femme , aux yeux du fot mignon ,
· Qui de l'Hymen s'eft fait une
Chez lui ce libertin n'eft qu'un porte.
Et va porter ailleurs plaifirs & bonne .
I I I.
..
• •
galère ;
guignon ,
chère.
( Par une Dame . )
L'Homme fans fouci.
Jx m'inquiette peu du fort d'un..
Ainfi du dîné de tous que 2 .
gens
Que pour quelque victoire on brûle du .
Qu'un écolier s'amuſe avec la. · •
Qu'à fon époux Thémire affocie un .
• •
paquebot ,
foutane
• fagot ;
farbacane;
mignon ;
galère;
• •
• •
Que l'Hymen foit fouvent efclavage &
Que maint joueur éprouve ou bonheur ou guignon ;
Que m'importe ? Je bois , & je fais bonne chère.
( Par M. de L. G.✈
I V.

UN efcroc , fans argent , paffoit un.. paquebot ,
Pour n'être pas connu , couvert d'une... foutane.
Il endormoit ceux- ci par maint & maint..
Ou louoit à ceux - là le jeu de.. ..
Mais le port vit , hélas ! déchanter le ..
fagot;
.farbacane;
mignon:
galère : •Reconnu , fur le champ conduit à la. ·
Sandis , dit- il , Meffieurs , cela n'eft pas guignon ;
» Sans cette auberge-ci j'aurois fait maigre chère."
( Par M. Mollet des Trouts. )
Güj
150 MERCURE
Qui voyage en un.
V.
Y rencontre cafque &
· •

L'honnête homme , l'homme à
Les échecs & la. ·
Le ruftre à côté du.

• •
Quelques échappés de.
La fortune près du .
·
La bonne & la mauvaiſe.
V L
·
• ·
·
paquebot ,
foutane,
fagot,
•farbacane,
mignon
,
galère ,
guignon ,
chère.
ÉNIGME en Bouts-rimés.
9 J'ASSEMBLE en mes États , fans char ni paquebot,
Magiftrats , Financiers , Guerriers , gens à foutane ;
De ces individus je compoſe un fagot
Que j'embrâfe à mon gré , fans feu ni..farbacane.
Je fuis fier , je fuis fort , je fuis foible & mignon ;

· ·
· •
galères
guignon :
chère.
Je conduis le plaifir , je mène une.
Je goûte le bonheur , j'éprouve le.
Et c'eſt par-là qu'à tous mon exiſtence eft
(Par un Habitant de Limeil. )
V I I.
• •
SANS fouci de vaiffeau , frégate ou . paquebot,
Sans fouci des grandeurs que pourfuit la foutane,
J'aime à faire grand feu ; mais hêtre ,
orme ou . • fagot
DE FRANCE.
151
C'eft égal , même égaux , foufflet ou... farbacane.
·

O médiocrité ! voilà mon goût. mignon !
Le monde eft à mes yeux une vaſte. galère ,
Où Patrons , Commerçans ont travail & guignon ,
Et l'obfcur paffager repos & bonne. ... chère.
( Par un Soldat de la Garnifon de Péronne. )
VII I.
DIGNE Patron d'un ·
Pédant bavard , cuiftre en.
Je voudrois , conteur de.
T'aveugler de ma.
Et fi pour ce péché.
.
De chez toi je vais en.
J'aurai parbleu bien du.
Si je n'y fais meilleure..
• paquebot,
· • • foutane ,
• fagot ,
· • · · .farbacant;
mignon
galère ,

guignon
chère.
Par un Penfionnaire de M. l'Abbé ***. )
Bouts - rimés à remplir :
FÉE ,
PRESSOIR ,
COEFFÉE ,
ASSOIR ,
BALOTE ,
BOURDON ,
CALOTE ,
CORDON.
1.
GAV
152
MERCURE
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LE
E mot de la Charade eft Sourire ; celui
de l'Enigme eft Mitre; celui du Logogryphe
eft Potage , où l'on trouve ôtage , tage,
âge , pot.
CHARADE.
LA terre produit mon premier ;
L'air eft frappé par mon dernier;
L'eau fait fubfifter mon entier ,
Et le feu fert à l'employer.
JE
( Par M. le Vicomte de Gal. )
ENIGM E.
E fuis poli , je fuis docile ;
Conduit par une main habile .
Varié dans mes mouvemens
,
J'étonne par mes changemens.
On me tire , on me pouffe avec jufte meſure;
Mes coups font appuyés avec ménagement ,
Tandis qu'un rude froiffement
DE FRANCE. 153
M'expoferoit à la cenfure ;
L'agilité modère mon reffort ,
Et tour-à-tour je deviens foible & fort;
Je fuis lent ou je fuis rapide
Au gré du maître qui me guide ;
Loríque je vais & viens en fautillant
Dans mon allure on me trouve brillant ;
Et , quand dans mon paffage en effleurant je gliffe ,
Sur ma douceur on me fait compliment ;
Mais fi l'on me refuſe un certain aliment,
Je refufe auffi le fervice.
( Par M. Révial , de Narbonne , ancien Capitaine
Aide-Major au Régiment de Bourgogne. )
LOGO GRYPHE à Églé.
Je ne veux pas te faire trop attendre ;
Et pour un mot exciter ton humeur.
Devine , Églé, le mois qui fait entendre
Du roffignol le réveil enchanteur ;
Un nom bien cher pour tout être ſenſible ;
De tes appas le tyran deſtructeur.
Cinq pieds enfin vont te rendre viſible
Ce que tes traits ont laiffé dans mon coeur.
Par un Officier d'Infanterie. )

Gy
1
154 MERCURE
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE de France avant Clovis , pour
fervir d'Introduction à celle de MM. Vely ,
Villaret & Garnier, par M. Laureau , Hif
toriographe de Mgr. Comte d'Artois. A
Paris , chez Lamy , Libraire , quai des Auguftins
, 1786 .
Nous avons un Avant- Clovis de Mézeray ;
mais c'est moins l'Hiftoire des Francs , nos
prédéceffeurs , que des Empereurs Romains
jufqu'au temps de Clovis. « L'Abbé Vély , dit
M. Laureau , a tiré le rideau fur les temps,
» antiques de notre origine , M. le Préfident
» Hénault l'a imité.
و ر
وو
Il ne l'a pas imité , puifqu'il avoit écrit
avant lui, mais enfin il n'a rien écrit , non plus
que l'Abbé Vély , fur les temps qui précèdent
Clovis. C'eſt à cette omiffion que M. Lauréau
veut remédier. L'Hiftoire de France , commencée
feulement à Clovis , lui paroît comme
un grand édifice fans fondations ; ce font ces
fondemens fur lefquels on avoit négligé de la
pofer , qu'il rétablit. Son Ouvrage finit où
commence M. l'Abbé Vély ; il devient une
introduction néceſſaire à la nouvelle Hiftoire
de France ; & pour remplir cet objet à tous
égards , cet Ouvrage eft renfermé dans un feul
DE FRANCE.
volume du même format que cette nouvelle
Hiftoire.
le
Un des réſultats des recherches du nouvel
Hiſtorien , eft de nous donner un Roi de plus ,
un Roi antérieur à Pharamond. Ce n'eft pas
que l'Abbé Trithême & d'autres Auteurs ne
nous ayent donné des liftes nombreuſes de
Rois Francs , d'origine Troyenne , & tous antérieurs
à Pharamond ; mais ces liftes font fabuleufes
comme cette origine , & c'est par
des titres inconteftables , par des pièces de
monnoie que M. Laureau démontre que la
Royaume de France exiſtoit en 409 , & que
Tendome ou Théodémir , ou Theudon , en
a été le premier Roi neuf ans avant Pharamond.
Ce n'eft pas que ce Théodémir ou
Theudon ait été inconnu à nos Hiftoriens ;
le Préfident Fauchet , Mézeray & beaucoup
d'autres Auteurs en ont parlé. Les monnoies
de ce Prince ne viennent pas non plus d'être
découvertes ; c'eft dans Bouterone que l'Auteur
les a trouvées ; mais il pèfe plus qu'eux
fur la preuve de Royauté qui réfulte de ces
monnoies ; il raffemble avec plus de foin le
peu qu'on fait de ce Prince fort ignoré , &
qui n'a été exclu du nombre des Rois de France
par la plupart des Hiftoriens , que parce
qu'on favoit trop peu de chofe de lui. Il faut
entendre l'Auteur expofer lui-même la nature
des titres particuliers qu'il a fu fe procurer ,
pour remonter dans l'Hiftoire des Gaules juf
qu'à environ deux mille quatre cens ans ; il
faut le voir développer fur ce point fa théo
}
Gvj
116 MERCURE
2
39.
1
rie. Au défaut de titres inftructifs , dit-it ,
» on a fouillé dans la terre , on a cherché
» dans les reftes des peuples qui nous ont
précédés ; ce font les véritables archives
auxquelles il convient d'avoir recours lorfqu'on
veut rapprocher , pour ainfi dire , les
deux extrémités du temps , & produire au
préfent les preuves du paffe le plus reculé.
Ces fragmens & ces reftes font les vrais
" titres de famille des Nations anciennes ......
La terre , pour l'Hiftorien , eft le plus grand
» comme le plus fidèle des Livres .... Elle
nous préfente fes citations . en caractère
original ; & , par l'ordre & la différence de
» fes couches , leur compofition & les débris
qu'elles renferment , elle peut conduire
Phomme par degrés jufqu'à l'extrêmité la
plus reculée... Elle l'étonneroit..... s'il étoit
jamais affez patient & affez heureux pour
» joindre tous les anneaux de cette grande
» chaîne , & remonter juſqu'au dernier......
ود
30
و د
و ر
و ر
Notre planète entraînant après elle ,
» dans fa rotation perpétuelle , les généra-
» tions des hommes & toutes les autres pro-
» ductions qui la couvrent , les abforbe & les
» confond dans les couches dont elle s'enveloppe
depuis l'origine des fiècles avec
le fecours de la mer ; mais dans le nombre
» de matières , il en eft qui fe confervent par
» leur nature au milieu de la deftruction des
» autres ; & combien n'y auroit- il pas de quoi
» étonner les hommes , fi , parvenant juſqu'à
» une des premières couches , elle offroit à
و د
DE FRANCE.
157
» leurs regards les monumens antiques &
» curieux qu'elle renferme ! A la vue des ref-
» tes humains & des veftiges des Arts les
33.
plus anciens..... on reconnoîtroit que la lumière
a fait plufieurs fois le tour de la terre ,
» & que chacune des couches de cette pla-
" nète a été le théâtre du genre - humain ,
22
ود
99
22.
modifié différemment..... Que de décou-
» vertes à eſpérer fi on pouvoit parvenir à
dérouler ces couches différentes ! Les mo-
» numens qu'on obferveroit dans chacune de
ces feuilles , feroient comme les caractères
» de ce grand Livre , qu'on pourroit appeler,
» à jufte titre , le Livre des Sciences..... car
» on ne doute pas que la pétrification ne nous
» ait confervé des échantillons de chaque
fcience , & qu'elle n'ait agi dans l'origine.
avec autant de force qu'aujourd'hui. Ce ne
font ni les preuves ni les monumens qui
» nous manquent , mais les recherches.
» L'Hiftoire des premiers temps n'eft pas
perdue , elle n'eft que rompue , elle exifte
en morceaux.... Les Sciences & les Arts ne
paffent pas comme le temps , ils s'impri-
» ment fur la terre bien plus profondément
» que les fiècles ..... Et lorfque la terre les a
" enfevelis dans une feconde couche , c'eſt
» aux générations fuivantes qui fouillent dans
» les deux à en faire la différence..... Les
32
و د
33
Celtes , pour être les plus anciens peuples
» connus , étoient - ils les premiers ? Et ne
» peut- on pas penfer qu'ils avoient paru à la
» fuite d'une révolution qui en avoit fait dif
158 MERCURE
و ر
"
paroître d'autres , puifqu'à une profon-
» deur très - conſidérable , & fous des rochers.
" très-épais , on a trouvé des hommes pétri-
" fiés? Aufli voilà un chaînon de plus à la
→ chaîne des antiquités Gauloifes , & il faut
» qu'elle s'étende encore.....
و د
1
"
ور
ور
ود
ور
"3
"
» Le temps eft arrivé où l'Hiftorien ne
» fera plus borné par des époques récentes ,
,, où il abandonnera les chartes & les autres
» titres auffi ..... fragiles , où il..... lui faudra
d'autres fecours que le papier..... La terre
fera fon chartrier , les Sciences & les Arts
» fes indicateurs , l'Hiftoire Naturelle lui
fournira des preuves , l'Aftronomie des
» renſeignemens , la Sculpture & l'Architec-
» ture des échantillons , à la vue deſquels il
jugera des époques par leurs variétés &
leurs nuances , la profondeur de leur en-
» fouiffement , & le temps qui a dû s'écouler
» juſqu'à leur fabrique. Les veftiges du travail
de l'homme fur la terre ou dans fes
entrailles , conduiront fon defcendant juſ-
» qu'à lui .... & il reculera de furpriſe en ren-
» contrant fon aïeul ..... Il en eft aujourd'hui
» de l'Hiftoire des peuples comme de celle
» de la Nature ; une partie ne peut être étudiée
que dans la terre. Le Naturaliſte &
l'Hiftorien fe difputent fes couches , &
cherchent àdéchiffrer, chacun de leur côté ,
ces caractères anciens qu'elles renferment ,
» pour les approprier à leur genre d'étude...
" La terre eft la plus belle bibliothèque de
» Hiftoire ancienne , & la feule qui puiffe
"
"
و ر
و د
"
و د
و ر
DE FRANCE.
159
و د
"
و د
inftruire l'homme fur des époques & des
découvertes qu'il eft peut- être encore bien
éloigné de foupçonner.
""
Nous n'examinons pas ici jufqu'à quel
point cette mine nouvelle que l'Auteur donne
à exploiter aux Hiftoriens , peut être riche &
féconde , jufqu'à quel point elle peut répondre
aux vues & aux befoins de l'Hiftoire , qui
font de connoître ( s'il eft permis de s'exprimer
ainfi ) toute l'élaſticité morale & phyfique
de l'homme , pour favoir tout ce qu'on
en peut faire , tout ce qu'on en peut craindre,
tout ce qu'on en peut eſpérer. On voit du
moins que l'Auteur a de l'imagination ; c'eſt
certainement une très - belle idée que cette
origine commune donnée à l'étude des anciens
monumens de l'Hiftoire & à celle de
l'Hiftoire Naturelle. On ne fauroit trop faifir
ainfi les rapports qui rapprochent & uniffent
les connoillances humaines , on ne peut trop
k éclairer ainfi les unes par les autres. Cet
Auteur mérite attention ; il ne manque affurément
ni d'efprit ni de talent , il a même ce
qu'il faut pour bien écrire , quoiqu'en général
, s'il permet de le dire , le ftyle ne foit pas
le principal mérite de fon Ouvrage ; il n'y a
rien à dire à ceux qui écrivent mal par l'impuiffance
d'écrire mieux ; la critique alors eft
déplacée , parce qu'elle eft inutile .M. Laureau
écrit fouvent très-bien , & n'a befoin , peutêtre
, pour écrire continuellement bien , que
d'être averti de certaines fautes qu'il ne
s'eft vraisemblablement permifes que parce
160 MERCURE
qu'il ignoroit qu'elles fuffent des fautes.
En général , il n'eft pas à l'abri du reproche
de déclamation dans plufieurs endroits , &
d'obscurité dans quelques -uns; fon ton a quel
quefois une emphafe , & fon ftyle un fafte
qui doivent être réfervés pour le genre oratoire
; car, quoi qu'en général on ne fache pas
trop bien ce qu'on dit , quand on parle du
ftyle de l'Hiftoire , & que ce mot foit un peu
vuide de fens pour la plupart de ceux qui
l'emploient , on conçoit cependant qu'elle eft
plutôt impofante par les chofes que par les
mots ; c'eft plutôt os magna locuturum , que
magna fonaturum ; fon ftyle eft fimple ; fi
fes idées font relevées , elle abandonne à l'éloquence
proprement dite certaines formes de
ftyle , qui , trop ornées ou trop paffionnées
pour l'Hiftoire , décréditeroient les témoignages
& fes jugemens.
Un écueil à éviter lorfqu'on écrit l'Hiftoire
des premiers temps de notre Monarchie
, fur lefquels nous n'avons que le récit
de quelques fecs Chroniqueurs qui prennent
note des faits plutôt qu'ils ne les racontent ,
c'eft de l'écrire comme on écriroit l'Hiftoire
moderne la plus connue ; ce défaut ne femble
pas devoir être fort ordinaire , il l'eft beaucoup
plus qu'on ne penfe , & nous en trouvons
ici des exemples. Quoiqu'on nous ait dit
en général que Childéric aimoit les femmes
& que les François le chafsèrent , parce qu'il
étoit trop entreprenant avec elles ; quoique
nous le voyions revenir de fon exil de Thu
DE FRANCE. 161
ringe avec une Reine Bafine , femme du Roi
Bafin , qui ne pouvoit fe réfoudre à fe féparer
de lui ; franchement , nous ne connoiffons pas
affez Childéric pour pouvoir en dire tout ce
qu'en dit M. Laureau.
"
Ce Prince avoit les qualités qui font les
» règnes éclatans. Doué d'une belle figure ,
» fa taille haute , impofante , relevoit l'éclat
» de fon rang , & fon courage répondoit à
» fon extérieur. Son caractère fut aimable ,
» à en juger par les événemens de fa vie. Son
» coeur fenfible , formé pour l'amour & l'ami
» tié , fut fixer la conftance dans l'un & l'au-
» tre de ces fentimens. Heureux fi la fougue
» de la jeuneffe & la variété de fes goûts ne
» l'euffent pas pouffé hors de la fphère du
33
ود
bonheur ! Mais l'impétuofité de fes defirs
» & fa deſtinée , qui le réſervoit à fervir
d'exemple aux autres Princes , le précipi-
" -tèrent dans la débauche & dans tous les éga-
» remens de l'amour. Jouet d'une paffion exceffive
pour les femmes , fans diftinction
» d'état , il fut affez avcugle pour ne pas voir
» le précipice qu'il creufoit fous fes pas , en
attaquant l'honneur d'un peuple libre, &c. »
Ces réflexions animées , ces traits de fentiment
ne peuvent être que le réfultat d'une
foule de fouvenirs & d'une connoiffance des
détails , qui manquent abfolument lorsqu'il
s'agit de Childéric ; pouffer ainfi l'intérêt &
le zèle jufqu'à l'exclamation fur un mot échappé
à un Chroniqueur qui ne s'eft pas, à beaucoup
près, tant échauffé, c'eſt ce qu'on appelle
و ر
162 MERCURE
écrire l'Hiftoire en romancier. Heureux fi ,
&c. & que favons - nous ce qui pouvoit le
rendre heureux ? Nous n'avons que de fi foibles
données fur fon caractère , & même fur
les événemens & les intérêts de ce temps ! Ce
n'eft pas d'après les récits des Chroniqueurs
& de Grégoire de Tours , qui n'eft que le premier
d'entre- eux , qu'il faut fe paffionner ,
c'eſt donner trop d'importance à de légères
conjectures . Sachons ignorer ce que nous ne
Lavons pas.
Il eſt encore utile d'avertir l'Auteur , dont
cet Ouvrage eft peut-être le premier dans le
genre hiftorique , que le morceau fuivant ,
quoiqu'en général affez bien écrit , a du moins
le tort d'excéder le ton de l'Hiftoire.
و ر

" Au milieu de cette confufion , parmi ces
» embrâfemens & ces meurtres fur ce théâtre
de carnage & de mort , le ciel vint mêler
» fes vengeances & fes fléaux à la rage des
» hommes. La terre enfanglantée fe refufa à
» nourrir des enfans , dont les uns étoient
» auffi cruels & les autres auffi malheureux.
Tremblante , & s'agitant fous eux , elle
glaça leurs coeurs de crainte au- milieu des
combats , & les avertit de fufpendre leurs
fureurs pour la poffeffion d'un fol qui alloit
» manquer fous leurs pieds. Elle engloutit à
leurs yeux des peuples entiers , & renverfa
» des villes. Les nuages en brâfés par les feux
» qu'elle jetoit , vomiffoient la foudre & la
» mort , tandis que des vents portoient la
ود
DE FRANCE.
163
و ر
2
pefte d'un bout de l'Univers à l'autre , fur
leurs ailes homicides . "
Ces ailes homicides des vents , cette terre
qui fe refuſe à nourrir les enfans , parce qu'ils
font cruels , ce ciel qui mêle fes vengeances
& fes fléaux à la rage des hommes , tout cela
doit être renvoyé à l'Ode ou à l'Épopée.
" Paris n'étoit pas encore foumis à l'empire
François. "
L'empire François ne méritoit guères le
nom faftueux d'empire quand Paris n'y étoit
pas foumis.
M. Laureau juge modeftement « qu'il manquoit
à fon Ouvrage la main de M. l'Abbé
Vély; mais , ajoute- t'il , je n'ai pris la plu-
» me qu'à fon défaut ; la mort feule eft blâmable
d'avoir enlevé l'Écrivain le plus pro-
» pre à cette tâche .
La mot blamable eft une expreffion affez
fingulière. D'ailleurs , l'Abbé Vély étoit - il
donc abfolument l'homme le plus propre à
cette tâche ? Cet Abbé Vély étoit , à tout
prendre , un Écrivain , non pas mauvais fans
doute , mais médiocre , & M. Laureau , fans
le flatter , à de quoi mieux faire : fon principal
défaut nous paroît être d'avoir trop peu
d'ufage de l'art d'écrire , & trop peu de connoiffance
de la langue. Voici , par exemple
des fautes que des Écrivains très- inférieurs à
lui ne feront jamais.
" Je ne doute pas que la terre ne poſsède
» dans fes dépôts des reftes pétrifiés d'hommes
& d'animaux qui exiftoient avant
*
164 MERCURE
n
qu'elle ne fe fût recouverte de plufieurs
» couches , & qu'elle n'ai : caché derrière ces
épais rideaux les fcènes de pluſieurs fiècles
"

» antérieurs. >>
3
Avant qu'elle ne fe fût & qu'elle n'ait. Il
ya là deux fautes , la double négation & le
changement de temps.
On pourroit prendre la négation pour une
faute d'impreffion , fi on ne la retrouvoit pas
en plufieurs autres endroits.
Pages 19 & 20 du Difcours Préliminaire.
Les peuples qui habitoient fur ce fol
» avant qu'il ne fût inondé.»

"
Page 256 de l'Hiftoire. « S'il n'arrivoit
avant que le bruit ne s'en fût répandu .
"Desvilles enfevelies , des nations éteintes ,
» des hommes , des animaux inconnus , confervés
par la pétrification , les étonneront
» par leur apparition. "
"
Il s'agit ici de découverte , & non pas d'apparition.
Ce dernier mot emporte l'idée de
quelque chofe de fugitif & de momentané ,
comme l'apparition d'un ſpectre , d'un revenant
; il ne peut convenir à ce qui paroît tel
qu'il eft réellement , & tel qu'il va continuer
d'être.
» Outre celles citées & omifes.
Il faut éviter cette tournure de palais ou
de ftyle de Notaire , & ne jamais mettre ainfi
celui ou celle devant des participes , en forme
de fubftantif.
CC
Ces peuples étoient..... prompts dans
» leurs réfolutions , impétueux dans l'at
1
DE FRANCE. 165
» taque , & fe rebutant facilement. ",
Ils étoient.... fe rebutant , cela ne s'écrit
point.
" L'art des Michel - Ange & des Palladio
» n'orna pas la demeure de nos premiers
» aïeux. »
Cela eft d'une vérité fi évidente , fi manifefte
, qu'il faut bien fe garder de l'écrire.
L'Auteur a dit Beat Rhenan pour Beatus
Rhenanus , il faut fuivre l'uſage.
"L'Empire étoit dans la confufion ; les Em-
" pereurs ne faifoient que de paroître , &
» étoient auffitôt précipités par d'autres qui
» leur fuccédoient. » "
Ne faifoient que de paroître; l'Auteur veut
dire: Ne faifoient que paroître, & vraiſemblablement
ce n'eft qu'une faute d'impreffion .
Quant au mot précipiter , il ne s'emploie pas
ainfi abfolument , à moins qu'il ne foit queftion
du fupplice d'être précipité. Il falloit
dire : précipités dans la tombe , ou mettre le
mot: renverfés au- lieu de précipités.
Malgré que la ville de Paris eût été habitée
par quelques Empereurs .
Malgré que ne s'écrit point , il falloit : quoique,
« Il ne doutoit pas que le fac de Rome
» ne réunît contre lui toutes les forces de
l'Empire , & qu'en cas d'échec , il n'y eût
plus ni sûreté ni falut pour lui en Italie. "
و ر
"
Il ne doutoit pas qu'il n'y eût plus , c'eſt
s'embarraffer mal - à - propos dans les négations
: après il ne doutoit pas , il ne faut que,
des propofitions politives , comme qu'il ne
R
t
166 MERCURE
réunit contre lui toutes les forces de l'Empire.
" Il fe donne à lui , certain qu'il ne peut
avoir pire. »
On dit , ou on a dit ( mais ce n'a jamais été
une phraſe élégante ) avoir du pire , il a eu du
pire dans cette occafion , pour dire , avoir le
deffous ou du deffous , être vaincu , mais on
ne dit point avoirpire.
Ces fautes , affez nombreuſes , car nous ne
les relevons pas toutes , font d'autant plus remarquables
, qu'il feroit aifé de citer des pages
entières, qui feroient des modèles d'un ſtyle
énergique, pittorefque , élégant.
BIBLIOTHÈQUE choifie de Contes , de
Facéties & de Bons- Mots , par une Société
de Gens-de - Lettres. in- 8°. & in- 18 . Prix
le grand format , 4 liv. 4 fols le volume ,
& 2 liv. 8 fols le petit format. A Paris,
chez Royez , Libraire , quai & près des
Auguftins .
Les Editeurs de cet Ouvrage fe propofent
de donner un Recueil de Contes de toutes
les Nations. Voilà fans doute de quoi former
une immenfe galerie . Mais réfolus de fe
borner pour rendre leur Collection plus piquante
, ils ne croyent pas excéder le nombre
de vingt -quatre Volumes . Ils rejetteront les
Contes obfcènes , & s'engagent à ne rien
admettre qui puiffe bleffer le goût ni la pu
deur. A ce qu'on a publié de plus curieux
dans ce genre , ils joindront d'autres morDE
FRANCE. 167
ceaux inconnus au Public. En puifant chez
les diverfes Nations , ils s'arrêteront tantôt
aux productions de l'une , tantôt à celles de
l'autre , pour varier les jouiffances de leurs
Lecteurs , qui feront les maîtres de fuivre ,
en raffemblant les Volumes , l'ordre des
temps & des lieux.
Il a déjà paru de cette Bibliothèque trois
Volumes , qui , fuivant la promeffe des Éditeurs
, renferment en effet des choſes nouvelles
, & des pièces vraiment eſtimables.
Nous allons jeter un coup- d'oeil rapide fur
les deux premiers.
Le premier volume , qui eft composé de
Contes qui paroiffent pour la première
fais , commence par des Réflexions fur le
Conte de feu M. Dorat. Le morceau le plus
confidérable eft celui qui commence le volume
, fous le titre de Clémence d'Argèles ,
ou l'Amour vainqueur de la haine , Anecdote
Provençale par M. S. C. A. T. En voici en
deux mots le fujet. La belle d'Argèles & le
jeune du Brignole , nés de deux familles
ennemies , qui s'étoient baignées dans le fang
l'une de l'autre , & dont les deux chefs
avoient péri en fe battant ; la fille de l'un
& le fils de l'autre avoient hérité de cette
haine implacable. D'Argèles profitoit de
l'afcendant de fa beauté , pour fufciter des
ennemis à du Brignole , qui , juſques - là ,
toujours victorieux , le fer à la main , fe
voyoit toujours en danger de périr. D'Argèles
, laffée de fes tentatives inutiles
168 MERCURE
fe détermine à fe charger elle - même de
fa vengeance. Elle gagne fa femme - dechambre
, & prenant toutes deux l'habit de
notre fexe & le coftume d'un Muficien ou
Troubadour , l'Héroïne vindicative s'introduit
chez fon ennemi pour s'en défaire. Mais
d'Argèles étoit charmante ; du Brignole avoit
de la beauté & des vertus ; dès qu'ils fe virent
, ils cefsèrent de fe haïr ; l'amour , fuivant
le titre du Conte , demeura vainqueur
de la haine. Nos deux Amans fubiffent d'autres
traverſes , courent de nouveaux dangers
; mais ils finiffent par être heureux.
L'Auteur de ce Conte a placé la fcène dans
une de nos Provinces méridionales ; ce qui
rend plus vraisemblable la violence des paffions
qu'il a voulu peindre. Les perſonnages
épifodiques qu'il a mêlés à fon action principale
, une foeur & un ami de du Brignole ,
n'y fervent pas aſſez pour ne pas y nuire ;
mais ils n'empêchent point qu'on ne life
cette Anecdote avec beaucoup d'intérêt. Le
fujet n'en eft pas commun ; & les moeurs
du lieu & du temps y font repréſentées avec
fidélité.
Le Conte fuivant , Azef, eft philofophique.
Le but ne s'en apperçoit pas bien aifément ;
mais les détails de l'action offrent ce réſultat ,
qui a de la préciſion & de la clarté : «(C'eft un
génie qui parle en fonge au héros de ce petit
Roman. ) Tout eft modification de l'amour-
» propre , depuis l'amour de la vie , juſqu'au
» mépris de la mort & du bien- être; les humeurs
DE FRANCE. 169
59
و ر
33
"
و ر
و د
» meurs de notre corps partagent , il eft
vrai , avec lui cet honneur. Le jeune ci-
" toyen que vous avez vu fouffrir la mort
ayec une conftance héroïque , étoit alors
» maîtrifé par un amour -propre plus actif &
plus impétueux que l'inftinct naturel qui
» nous attache à la vie. Sa jeune épouſe &
» fon vieux père périrent avec lui , parce
qu'ils trouvoient la mort moins affreufe
que leur douleur. Croyez-moi , les hommes
» ne font fpontanément que ce qu'ils préfèrent
; vos vertus , vos vices cu vos facrifices
, ne font jamais que des préférences. »
Le troifième Conte de ce volume eft intitulé
les Erreurs de Florine. C'eft une femme
égarée par une fauffe philofophie , à qui ,
par amitié , l'Auteur oppofe une morale plus
fage & plus confolante. « Quoique je prife
» peu les hommes , dit il , je les aime , parce
qu'ils ne font que foibles & point mé-
» chans. La mifantropie eft , à mon fens , la
plus abfurde de toutes les folies ; fouvent
j'ai defiré que l'univers n'exiftât point ;
mais enfin , puifqu'il y a des hommes , ne
vaut- il pas mieux les plaindre & les aimer ,
» que les repouffer & les hair. L'égoïíme me
» paroît aufli le plus faux de tous les calculs.
La vie , chère Florine , n'eft qu'un com-
» merce perpétuel d'échanges ; rapporter tout
» à foi , c'eft enfouir fon or ; c'eft par une
» trifte prévoyance renoncer à l'eſpoir de
centupler fes fonds , plutôt que d'en rif-
» quer momentanément une partie . Obfer-
N°. 38 , 23 Septembre 1786.
ور
و د
"
"
""
H
170 MERCURE
» vons feulement de n'emprunter que les
» fommes néceffaires à notre commerce ; ne
» négligeons rien pour affurer notre miſe ,
» & foyons exacts a tous les payemens. »
L'Oracle des Graces , qui termine ce
volume , eft de M. Mar …... ; il mérite des
éloges , malgré les longueurs qu'on y remarque.
Cette nouvelle tend à mettre en action
ce principe fi connu chez les Grecs : qu'il
faut facrifier aux Grâces. Nous avons été
fâchés d'y voir des Oracles qui excédoient
jufqu'à deux pages : ce n'eft fûrement pas
avec cette prolixité qu'on les rendoit autrefois.
Les Oracles étoient menteurs , mais point
bavards.
Le fecond volume n'eft compofé que de
Contes & petits Romans traduits du Grec,
Quelques - uns font très-connus ; mais plufieurs
ne l'étoient pas . Le premier , Combat
Hercule avec Cygnus , eft traduit d'Heftode;
il eſt ſuivi du Combat des Grenouilles & des
Rats , attribué à Homère ; de l'Enlèvement
d'Hélène par Coluthus ; & de la Prife de
Troie par Tryphiodore. Vient enfuite le
charmant Roman d'Héro & Léandre par
Mufee , que Marot a imité aufli en vers
françois ; Héfiode , ou l'Origine des Femmes,
dont le commencement eft tiré d'un épiſode
du fameux Poëme d'Héfiode , intitulé , les
Travaux & les Jours ; l'Ifle des Poëtes , par
le Traducteur de Lucien , & le Conte de
Pfyche & Cupidon , tiré de l'Afne d'or d'Apulée.
Le volume eft terminé par une Épître
DE FRANCE,
171
de Pfyché , par M. L, P. H , dans laquelle
on trouve des détails heureux.
Nous allons , pour terminer cet article ;
nous arrêter fur l'Ifte des Poëtes , qui nous
à paru d'un ton affez original. Le Voyageur,
après avoir vu les habitans de l'Ifle affifter
au lever de l'aurore & puis du foleil , qu'ils
chantoient tour -à-tour , ( car , dit l'Auteur ,
ces Peuples là chantent comme les autres
parlent ) interrogea quelques- uns d'entr'eux.
Ces Meffieurs ne répondoient à mes queftions
qu'avec un accent grave & des termes
ampoulés , pour imiter le langage des
» Dieux , à qui ils ne
reffembloient que parlà
; car ils font fort pauvres , logent dans
» des cabanes faites de rofeaux , ne portent
» que des chapeaux de fleurs , & ne font
>> couverts que de laurier & de lierre , qui
» eft un affez mauvais habit pour l'hiver. Les
n
cheveux de leurs maîtreffes font d'or , mais
» il n'y en a point fur leurs jupes ; & leurs
dents font autant de perles orientales ,
» mais il n'y en a point à leur cou . Lear
manger eft de fruits fauvages & de miel ,
& leur breuvage d'eau & de lait : néan-
» moins ils font fi glorieux , qu'ils difputent
» de la félicité avec Jupiter. Du refte , leur
pays eft très beau à la vue , & je m'étonne
qu'ils ne foient pas plus riches , vu les richeffes
dont ils difent qu'ils abondent. Car,
» à les oüir parler , leurs prés ne font que
»
d'émeraudes ; leurs guérets font couverts
d'épis dorés , leurs fleurs font de pourpre
2
Hij
172 MERCURE
& d'azur , celles des arbres , d'argent , &
?? leurs fruits , d'or ; le nectar ne vaut pas
و ر
», le cryftal de leurs fontaines , les cailloux
du rivage font autant de diamans & de
pierreries , & chaque goutte de rocher eft
une perle , & c. »
e
ود

Après quelques autres détails fur les habitans
de l'Ifle des Poëtes , l'Auteur ajoute :
Ils ont cela de propre , que chacun fait des
: enfans fans avoir befoin du fecours d'autrui
. Aufli font- ils fort fujets à faire des
» monftres , que la plupart des pères trou-
» vent néanmoins fort beaux , ce qui eft une
" grande grace qu'ils ont reçue de Jupiter ;
» car s'ils en reconnoiffoient les défauts ,
cela les rendroit chagrins & de mauvaiſe
humeur , les aimant à un tel point qu'ils
» en font fous. Mais les autres les traitent
avec mépris ; c'eft pourquoi ils ne durent
» pas long - temps , parce qu'on n'élève les
» enfans en ce pays- là que d'une viande fort
» délicate , qu'on appelle eftime. Ce qui eft
de plus étrange , c'eft la manière dont ils
conçoivent & dont ils accouchent ; car ils
bengendrent dans le creux de leur tête , &
accouchent par le bout des doigts , & c. »
ود
»
Ces deux volumes donnent une idée avantageufe
de cette Collection ; & l'on doit
engager les Aureurs à pourfuivre la carrière
qu'ils viennent de s'ouvrir,
DE FRANCE, 173
SPECTACLES.
École Royale de Chant , de Danfe & de
NOUS
Déclamation. *
ous avions promis de rendre compte
d'un effai que l'École Royale de Chant fit , il
y a quelques mois , des talens de fes nouveaux
Sujets : nous attendions qu'une feconde repré
fentation , qui avoit été annoncée , nous mit
à portée de juger des progrès de tous les Ele
ves ; cette repréfentation n'a point eu lieu ',
& nous avons gardé le filence . M. le Prévôt
d'Exmes , Profeffeur de Langue Françoife ,
d'Hiftoire & de Géographie de cette École de
Mufique , vient de nous faire paffer un article
concernant cet effai . Nous croyons devoir le
publier pour remplir notre promeffe , & en
nous permettant quelques obfervations.
Si l'on fait attention que l'Acteur qui a le plus
d'intelligence , a befoin d'un long exercice avant
de parvenir au degré où il puiffe mériter de grands
applaudiffemens , on fentira combien cette étude
devient plus difficile pour le Comédien qui entreprend
d'unir l'art du chant à celui de la déclamation .
De cette difficulté provient la rareté des fujets femblables
à M. Larrivée , qui s'eft retiré tout récem
ment du Théâtre de l'Opéra , au grand regret des
Amateurs de ce Spectacle. La Province peut - elle
:
* On donnera dans le Numéro prochain un fecond
article fur l'Opéra nouveau..
Hiij
174
MERCURE
1
fournir à l'Opéra des Acteurs auffi formés que la
Capitale les defire , pour que fon Théâtre lyrique
puiffe toujours le foutenir avec l'éclat qui le dif
tingue des autres Spectacles ? On a toujours reconnu
l'infuffifance de cette reffource . Quel moyen peuton
done employer pour remplacer , avec une jufte
confiance, les fujets précieux que l'Académie Royale
de Mufique peut perdre tous les ans ? Cette perte
inévitable faifoit defirer depuis long - temps l'établiff
ment d'une Ecole Royale de Chant , de Danfe
& de Déclamation , femblable à celle qui a été
établie en 1754 , à Paris , dans la rue Poiffonnière
où elle est attachée aux Menus Plaifirs du Roi.
Il paroîtra fans doute étonnant qu'une École , à
peine créée depuis deux ans , ait déjà pu fournir
des ſujets en état de jouer en entier un grand Opéra
fans aucun fecours étranger. L'effai en a été fait
dans l'Opéra de Roland , kes du mois d'Avril der
nier. Les Élèves de la nouvelle Ecole Royale dont
il s'agit , ont donné une repréſentation publique
de cet Opéra , mis en chant par M. Piccinni. La
Salle étoit remplie des Spectateurs les plus capables
d'apprécier les talens naifans ou perfectiones , &
l'applaud ffement de leur part a été général. Les
Chours chantés par lesjeunes Élèves, dont les plus
âgés ont à peine douze ans , ont été entendus avec
un intérêt fi vif , qu'il alloit jufqu'à l'attendriffement.
Rien n'a paru faux , ni dans le chant , ni
dans le récitatif, qui n'eft, à proprement parler ,
qu'une fimple déclamation ; les Danfeurs ont trèsbien
fecondé les Acteurs , & le tout enſemble a été ,
exécuté avec une précifion peu commune. La voix
de Mademoiſelle Mulot eft fonore , agréable , &
elle a paru étendue , du moins relativement a
Théâtre fur lequel cette jeune Actrice a joué le rôle
Angélique. M. Des Saules , repréfentant Roland,
a montré du feu , de la fenfibilité , ou de la fureur ,
DE FRANCE. 17t
fuivant les mouvemens que fon rôle esigedit ; fon
ton eft énergique , & fa voix de baffe taille eft
mâle , quoique peut-être un peu voilée. M. Lefèvre
a fait entendre dans le rôle de Médor , une hautecontre
très- flatteuſe , il a chanté avec goût ; un peu
plus de vivacité dans fon jeu lui auroit attiré des
applaudiffemens plus marqués . Mlle Delillette s'eft
diftinguée par la nobleffe de fon maintien ; on lui
a trouvé de la jufteffe dans la voix , mais un peu
moins d'étendue que dans celle de la principale Ac
trice ; ce qui pouvoit provenir de ce que fon rôle
de fuivante n'exigeoit pas qu'elle développât entièrement
fa voix.
Il faut convenir que cet effai , fait aux Menus
Plaifirs du Roi, eft d'un très heureux augure , &
qu'il donne la meilleure opinion de l'établffement
dont nous parlons. Quels fruits, ne doit- on pas attendre
d'une Ecole Royale , où le Ministère a cu
foin de ne mettre pour Profeffeurs , que des fujets
dont les talens font généralement connus & efti-
\ més ? Les bornes de cette annonce , re nous per
mettant pas de les nommer tous , nous nous con❤
tenterons d'en citer une partie. M. Goffec , Direc
teur- Général , eft un compofiteur fi diftingué , qu'il
a peu de rivaux dans le genre de la Symphonie ;
perfonne n'ignore que fon O Salutaris Hoftia , cft
un chef d'oeuvre dans fon genre. On fait l'éloge
de M. Piccinni , en difant qu'il a compofé la Mu
fique des Opéras de Roland , d'Arys & de Didon.
M. Rigel et l'Auteur de la Mufique du Savetier
& du Financier , Comédie qu'on revoit toujours
avec plaifir au Théâtre Italien. On doit la
Mulique de l'Aveugle de Palmyre à M. Rodolphe.
M. Molé, l'un des Maîtres de déclamation , eft
top connu , pour qu'il ait befoin de voir ici es
fuccès détaillés. M. Deshayes , Maître de Ballets
au Théâtre François , a fait voir à la Cour & fur
T
Hiv
176 MERCURE
différens Théâtres , le talent qu'il a pour bien
compofer & pour former d'excellens Élèves. Cet
heureux choix prouve combien le Miniftre fage ,
à qui l'on doit une inftitution fi utile , & le Commiffaire-
Général de la Maifon du Roi qui feconde
fupérieurement fes vues , ont donné d'attention ,
pour rendre l'inftitution de la nouvelle Ecole Royale,
aufli avantageufe qu'elle puiffe l'être . Parmi les
habiles Maîtres qu'elle possède , nous pourrions
citer encore MM . Langle , Guichard , de la Suze ,
Saint- Amand , Méon , Pillot , Gobert , Guenin ,
Nochez , Vion & Donadieu , qui contribuent tous
à rendre l'éducation des Élèves complette. La France
recueillera abondamment les fruits de cette inftitution
, lorfqu'on verra , dans quelques années ,
fortir de l'Ecole Royale de Chant , de Danfe &
de Déclamation , des fujets inftruits , tant en qualité
d'Acteurs que de compofiteurs , qui prouveront
par leurs productions , que le goût de la bonne
Mufique nous eit auffi facile & auffi naturel qu'aux
Italiens. On reconnoîtra alors que les Peuples
d'Italie n'ont eu l'avantage fur nous , que parce
qu'ils jouiffent depuis long- temps d'un établiffement
de cette nature fous le titre de Confervatoire.
>
Ce morceau eft , comme on le voit , un
pur éloge , & un éloge qui pourroit paroître
fufpect , puifqu'il vient d'une perfonne attachée
elle - même à cet établiffement. Cependant
nous devons dire que prefque par- tout
il eft jufte , & que fur- tout les deux premiers
Sujets n'y font pas loués au- deffus de leur
mérite. M. le Prévôt d'Exmes a eu probablement
l'intention d'encourager ces jeunes Élèves
, & cette intention eft eftimable ; mais il
DE FRANCE. 177
eût peut- être été plus utile de remarqu.r
leurs défauts à une époque où il eft temps encore
de les corriger , où le poifon de la Îouange
& de l'engouement public ne les a pas encore
corrompus, ne les a pas rendus fourds à la
critique & aux confeils. L'indulgence dans les
Beaux-Arts , & fur- tout dans ceux où l'on fe
montre foi-même au Public , n'eft pas aufli
néceffaire qu'on l'imagine. Prefque tous nos
grands Acteurs ont commencé par être vus
fur nos Théâtres avec une répugnance marquée.
Combien au contraire de débuts brillans
n'ont- ils laiffe après eux que le dédain &
l'oubli? L'amour- propre avertit affez ces Ar
tiftes de leurs bonnes qualités ; mais dès qu'une
fois les adulateurs leur répètent qu'ils font
parfaits , & que quelques applaudiffemens
de commande , ou qu'excite une fermentation
pallagère , les confirme dans cette croyan
ce , ils regardent comme des détracteurs tous
ceux qui ne partagent pas l'admiration qu'ils
penlent mériter , & deviennent incorrigibles .
Au refte, M. le Prévôtd Exmes étoit en train
de louer , il a cru devoir un tribut femblable
à to: s les Maitres qui compofent cette École .
Nous fommes , loin d'improuver les éloges
qu'il leur a donnés , nous aurions deficé feulement
qu'ils cuffent été difpenfés avec plus de
réflexion. Il falloit , par exemple , louer M.
Goffec de fo grande honnêteté , de fon intelligence
dans la conduite des Élèves , de fon ac
tivité , de fa prudence , toutes qualités effentielles
pour la place de Directeur ; mais il eft
1
1



+
Hv
*
178 MERCURE
fort indifférent pour cet emploi que fon a
Salutaris fans accompagnement foit un
chef- d'oeuvre , ou fimplement un morceau
bien fait & plein de goût. M. Goffec a un
grand nombre de compofitions dont on pourroit
faire l'éloge avant fon O Salutaris. Il
falloit de même louer M. Rigel , Maître de
Solfèges , fur fa douceur , fa patience , &
non fur la mufique du Savetier. M. Rodolphe
, Maître de Compofition , a fait un Ouvrage
qui le rend beaucoup plus digne de
cette place que la mufique de l'Aveugle de
Palmyre, c'eft un Traité clair , précis , & qui
doit être à fes Élèves d'un grand fecours.
On peut être étonné aufli de ne trouver
qu'en maffe les noms de MM. Guichard &
Langlé , qui , tous deux , partagent avec M.
Piccinni la tâche difficile de guider la voix
des Élèves , de leur apprendre l'Art du Chant ,
de former , ou plutôt de réformer leur goût ,
de détruire peu - à- peu la mauvaiſe méthode
qu'une longue habitude a laille enraciner en
France , & qui a fait croire long- temps que
la Nature avoit décidé que les François ne
feroient jamais Chanteurs.
M. le Prévôt d'Exmes ne nous paroît pas
plus heureux dans les éloges qu'il donne à l'éta
bliffement en lui-même. Ce n'eft pas , comme
il le dit , pour donner des Sujets à l'Opéra ,
qu'il eft effentiellement utile , ce n'eft pas
pour remplacer les pertes que caufent les
retraites d'Acteurs; car les pertes de talens
nefe remplacent point réellement ; mais c'eft
DE FRANCE. 179
pour créer l'Art du Chant au milieu d'une
Nation qui n'en avoit prefque pas l'idée, ou ,
ce qui eft pis , qui n'er avoit qu'une idée
fauffe. Ainfi , loin d'être étonné de ce que
cette École , au bout de deux ans , a déjà preduit
des fujets capables d'exécuter un Opéra
entier , on pourroit l'être que parmi tant
d'Élèves , dont quelques- uns étoient déjà Muficiens
, il ne s'en foit pu trouver que deux au
bout d'un pareil terme, qui méritaflent d'être
diftingués , quoiqu'on ne les juge pas encore
capables de débuter ; & l'on fe demanderoit
fi l'avantage que procureront ces deux Sujets ,
peut balancer les fommes que cet établiffement
coûte. Mais il faut confidérer encore une
fois que l'efprit qui anime les Maîtres de cette
Eccle , eft beaucoup moins de préfenter au
Public des Acteurs tous faits, que de répandre,
pour ainfi , dire , une fomme égale de talent
fur tous les Élèves ; de leur donner à tous une
bonne manière de chant , pour l'oppofer à
celle qui eft trop fuivie. Or , il faut du temps
pour que le bon goût fe propage , & c'eft ce
qui paroît rallentir les premiers progrès.
Cet établiffement commence : on effaye
tout ce qui peut être utile , & c'eſt peut- être
le moment où tous ceux qui ont réfléchi fur
l'Art de la Mufique,doivent faire part de leurs,
idées à l'Adminiftration. Peut- être la multiplicité
des Maîtres attachés à l'École de Chant
eft-elle nuifible , en ce qu'elle eft difpendieufe
, & que les Élèves , obligés de répondre
à tant de différentes perfonnes , ne peu
Hvj
180
MERCURE
vent leur prêter à toutes un égal degré d'attention.
C'eſt un grand inconvénient que les
jeunes gens ne foient pas logés dans l'École ;
la néceflité d'aller & venir , en leur faifant
perdre un temps confidérable , leur caufe une
diftraction pernicieuſe. Un plus grand défaut
encore , c'eft que chaque Maître ayant fon
but particulier , & une manière différente ,
les études ne concourent pas affez à un même
point. Dans les Confervatoires d'Italie ( qui
font beaucoup plus nombreux que ne le croit
PAuteur ) il n'y a qu'un Maitre pour cent
Élèves ; les Écoliers de claffe en claffe répètent
aux Sujets inférieurs , & fous les yeux du
Maître , la leçon qu'ils viennent d'en recevoir.
Ce moyen feroit peut - être difficile à
pratiquer dans la forme actuelle ; mais au
moins que tous les Profeffeurs agiffent de
concert & fur un même & unique plan . Le
moyen d'y parvenir eft d'inftituer une Académie
compolée de Profeffeurs , de Compofiteurs
, d'Amateurs mêmes , dont les avis recueillis
formeront le plan auquel on doit tenir.
Le nom d'Académie de Mulique exifte ; mais
l'Académie eft encore à naître, il manque des
Académiciens.
On pourroit tirer un plus grand parti
des Élèves , avant de les expofer au grand
Théâtre. Pourquoi n'ont - ils encore effayé
qu'un Opéra ? Pourquoi ne l'ont ils effayé
qu'une fois ? Pourquoi ne pas les employer
à faire les répétitions d'effai des Opéras que
'Aca démie defire entendre & juger? Ce feroit
.
DE FRANCE. 181
en même-temps former les Élèves , & épargner
une peine confidérable & fouvent inutile
à nos Acteurs. Toutes ces idées font trèspraticables
; on les trouve développées &
plus étendues dans une petite Brochure qui
parut fur cet objet quelque temps avant
P'établiffement ; mais , nous le répétons ,
il ne fait que de naître , & nous convenons
qu'il faut du temps à tout. Nous croyons
au furplus qu'on ne nous faura pas mauvais
gré de ces obfervations , qui n'ont pu nous être
infpirées que par le defir d'être utiles , & nous
efpérons que M. le Prévôt d'Exmes , dont nous
approuvons infiniment les intentions & lezèle ,
nous pardonnera des réflexions & des critiques
qui n'ont que le même but pour objet.
( Par le Rédacteur de l'Article de l'Académie
Royale de Mufique. )
VARIÉTÉS.
OBSERVATIONS fur l'Effai fur le fluide
électrique , confidéré comme agent univerfel;
Ouvrage pofthume de M. le Comic
de Treffan. *
Tous
ous les genres de vérités appartiennent à
Phomme de génie , fes regards embraffent & rap-.
prochent les extrêmes ; il fait un Roman de Cheva-
* Deux vol. in - 8 ° . Prix , 10 liv. broc. , 12 liv . rel. A
Paris chez Buiffon , Libraire , hôtel de Mefgrigny , rue
des Poitevins.
182 MERCURE
lerie , ouun fyftême de l'Univers . D'un crayon léger
il peint les ufages antiques , les mccurs modernes
les amours des champs , les intrigues des Cours , les
immutabilités & les inconftances du coeur humain ;
ou d'un large pinceau il retrace les détails & l'immenfité
du monde physique , fes principes , fa formation
, la combinaifon de fes forces , les effets de
fes loix , les harmonies , les contraftes , la végéta
tion, la vie , les variétés & l'unité de la Nature . Si
le peintre de l'Univers , qui femble l'avoir créé une
feconde fois dans les tableaux , filHiftorien de l'AG
tronomie , qui eft également créateur dans ce genre ,
vouloient un jour amufer leur vicilleffe par la compofition
de quelques fables morales , infailliblement
nous n'envierions pas Richardfon à l'Angleterre."
M. le Comte de Treffan fe feroit élevé comme
eux à toutes les hauteurs du génie , fi des diverfions
me l'avoient détourné trop long- temps des vaftes
objets qui en exerçant toujours la puffance de la
penfée , l'étalent & l'agrandiffent. On comprendra
difficilement qu'un Écrivain , capable de concevoir
le premier l'idée du Buide électrique , confidéré
comme agent univerfel , & de faire l'application de
ce principe aux effets de la Nature , ait laiffé pendant
quarante ans dans fon porte- feuille , cet Ouvrage,
qu'il avoit lu à l'Académie des Sciences , &
qui lui avoit ouvert les portes des plus favantes
Compagnies de l'Europe. Sa réputation fur trèséclatante
à fa première heure ; fur le foir le folcil
de fon génie s'eft ranimé ; des productions pleines
graces ont charmé fes Lecturs. L'aurore & le
crépufcule de fa vie ont fait admirer un Auteur également
propre aux grandes penfées & aux idées
agréables . Il n'a pas laiffé vuide de gloire & de travaux
tout le milieu de fa carrière ; mais des Poéfies
légères , des Difcours Académiques , des Opufcules
pour fes enfans ; malgré l'efprit & l'intérêt que préDE
FRANCE.
18 ;
fentent ces pièces détachées , elles ne doivent être regardées
que comme les délaffemens & les jeux d'un
homme né pour de plus hautes conceptions .
Il a prévu les belles découvertes de l'immortel
Franklin , il a devancé le fyftême , gâté d'abord par
La Peyrière de Voiffé , qui écrivoit de grandes vérit s
d'un ftyle barbare , mieux préfenté enfuite par M.
l'Abbé Bertholon , qui ne peut contefter la priorité
très -évidente des expériences décifives , & des grands
rapports combinés par M. de Treffan : priorité que
démontrent la texture , l'enfemble , l'unité de fon
Ouvrage il a conçu le premier l'analogie des
Auides électriques & magnétiques ; il a lié ( ce qui
eft un mérite cffentiel ) fon principe général avec
les conceptions majeures de Newton , de Mairan ,
de d'Alembert , de M.de Buffon , d: M. Bailly , de
tous les grands Phyficiens Naturaliftes & Aftrono
mes qui ont recuié les tornes de la fcience . Lorsque
dans les conféquences il s'écarte , par la néceffité de
fes combinaiſons , de quelques- uns de leurs réfulrats
, c'eft pour des raisons fi déterminantes & avec
une circonfpection fi modefte , que l'enthoufia fine
même , excité par ces grands noms , ne peut pas s'en
offenfer.
M. de Treffan rend de la manière la plus fatisfaifante
raifon du flux & du reflux par Félectricité.
Il a fait le premier une expérience qui femble jeter
la lumière de l'évidence fur ce phénomène. Approchez
une boule électrifée d'un bafin rempli d'eau ,
l'eau s'élève à l'approche de la boule & s'abaiffe
lorfqu'elle s'éloigne ; le phénomène fe combine également
lorfque c'est l'eau qui eft électrikée , & que
la boule ne l'eft pas , ou l'eft moins , parce que ce
fluide tend toujours par fa loi inviolable à l'équi-
Kibre. La lune & le baffin de l'océan offrent démonftrativement
les mêmes effets.
Les explications des divers phénomènes de la Na184
MERCURE
ture , par la feule action du fluide électrique , ne
font qu'indiquées dans l'Ouvrage de M. de Treffan ;
mais tous les principes en font donnés , & les applications
qu'il en fait font heureufes . Les effets généraux
du feu groffier , de la terre , de l'eau , des
fels , de leurs mélanges , de leurs altérations , de
leurs combinaisons variées par le Auide moteur qui
les divife , ou les ruine , ou les dénature , ou les ramène
à d'autres formes qui ne font élémentaires
qu'en apparence , font calculés & appréciés avec
beaucoup de fagacité , de préciſion , & fur- tout de
clarté , ce qui eft très-rare dans ces fortes d'Ou-
-vrages. Il n'admet que deux élémens réels , la matière
vive & la matière morte ; l'action équilibrée
de l'une & l'inactivité néceffaire de l'autre , donnent
pour résultat les variétés inficies & la ſupiéme unité
de la Nature. On ne peut pas avec moins de principes
organifer Univers. Cette fimplicité de moyens
eft une belle idée . La minéralifation , la végétation ,
l'animaliſation même , & tout ce qu'elle a de phy
fique , font rapportées , par des apperçus très - favans,
à l'action du fluide univerfel , d'après des analogies
fenfibles , toujours fondées fur des expériences.
La théorie générale du mouvement imprimé
dans le principe des chofes à la matière vive , répul-’
five à elle même , & communiqué par elle à la matière
morte abfolument inerte ; cette théorie , appliquée
à la formation des planètes , & far-tout de
la terre en géode , ayant un noyau folide , puis un
vaide que le fluide univerfel emplit , enfuite une
croûte , compofés de couches différentes avec des
cavités éparfes & des infractuofités volcaniques ,
enfin au-dehors des afpérités , des bourfoufflares , &
dans le vague de l'espace une athmosphère trèsétendue
& toujours plus déliée ; cette belle théorie
nettement conçue & fagement expofée , offre les
convenances les plus plaufibles.
وہ
DE FRANCE. 185
Les Théologiens ne fe plaindront pas de M. de
Treffan , quoiqu'il étende beaucoup les premières
époques de la Nature ; non - feulement il respecte ,
mais il adore le texte de Moife. Son langage eft
celui du culte fincère & de la foi . Il appuie fon explication
fur le témoignage des Pères , d'Origène ,
de S. Athanafe , de Procope , de S. Grégoire de
Nyffa , & fur-tout de S. Auguftin . Il a eu encore la
précaution de confuler des Docteurs éclairés ; enfin
il eft impoffible que le zèle le plus fufceptible s'ef.
farouche de fa philofophie , & il faut convenir , que
fa phi ofophie ne perd rien en élévation & en lumière
par cette foumiffion .
Le ftyle de M. de Treffan eft en général clair ,
noble & pur. Des négligences légères ne méritent
pas d'être relevées . On voit , par quelques tableaux
des grandes combinaiſons de la Nature , qu'il auroit
pu avoir l'éclat & la magnificence de l'expreffion .
Tel qu'il eft , cet intéreffant Ouvrage eft , en remontant
à l'époque où il fut fait , une production des
plus étonnantes.
La Préface de l'Éditeur , ( M. l'Abbé de Treffan )
prouve que l'efprit , les talens , les connoiffances
font héréditaires dans la Famille.
( Cet Article nous a été envoyé. )
186 MERCURE
SCIENCES ET ARTS.
LETTRE fur la manière de fe fervir du
nouveau Bureau typographique , par M.
Reybert. Prix , 12 liv. A Avignon , chez
l'Auteur, rue Sainte- Catherine , & à Paris ,
chez Royez , quai des Auguſtins.
M. DUMAS , pour apprendre à lire aux er fans ,
imagina une méthode très ingénieufe mais qui
malheureuſement a été moins ufitée que célébrée . Son
Bureau Typographique , deft né à les inftruire , en leur
faifant faire les mêmes opérations que fait na Ouvrier
à l'Imprimerie , étoit d'abord d'un volume embarralfant,
M. Reybert , après des années d'études , après
des travaux auffi longs que difpendieux , l'a tendu
d'an ufage facile & familier ; & c'eft pour rendre
compte de fon procédé , qu'il vient de publier la
brochure que nous annonçons. On fent qu'elle eft
d'un genre qui fe refufe à l'analyfe. Nous nous
contenterons de dire que M. Reybert s'eft occupé
de la réforme de ces anciens bureaux , & qu'un fuccès
completa couronné les efforts . Il en a réduit l'étendue
& fimplifié le mécanifine. Des cafes , affez femblables
à celles de l'Imprimerie , font placées dans
l'intérieur d'une boîte d'environ 1 pouces de hau´
teur , fur 30 de largeur , & 3 de profondeur . Chaque
cafe porte fon infeription ou étiquette , & elle contient
des cartes , fur chacune defquelles eft écrit un
objet d'enfeignement.
Ces cartes font raffemblées & réunies fuivant
leur analogie refpective. Toutes les lettres de l'AlDE
FRANCE. 187
phabet , des fyllabes & des mots y font imprimés
en caractères de huit lignes de hautear ; & on y
trouve en plus petit caractère , des principes de religion
, de grammaire , de morale des notions fur
la géographie & l'hiftoire naturel'e ; & les principaux
traits de l'hiftoire & de la fable , qu'il n'eft
pas permis d'ignorer. Et pour éviter la multiplicité
des objets , toutes les cartes où il fe trouve des
noms fufceptibles de quelque explication , contiennent
cette explication fur le verfo : ainfi l'Élève feut
à fon gré s'y aurêter , fi eile excite fa curiofité ; ou
la négliger fi elle le détourne du but de fon travail,
qu'il peut diverfifir de mille manières.
Ces différentes parties d'inftruction , font trairées
avec la netteté & la précifion qui conviennent à la
flexibilité des organès des enfans,
Avec ce Bureau , toute perfonne , verſée ou non
dans les élémens des Sciences , peut parvenir à faire
un Élève , auquel il ne manquera rien de toutes les
connoiffances qui peuvent être defirées dans le cours
d'une éducation où l'on n'a point fait entrer l'étude
des Langue Étrangères.
Toutes ces connoiffances , l'Élève peut les avoir
acquifes en peu de temps , & fans avoir éprouvé ,
pour ainfi dire , les fatigues du travail.
Le Bureau Typographique peut être regardé fous
différens points devue , comme un meuble néceffaire
dans toutes les maifons où il fe trouve des
jeunes gens dont on veut foigner l'éducation , foit
qu'on préfère cette manière d'enſeigner à toute autre,
foit qu'on l'emploie colle&tivement avec les autres
méthodes connues.
Le prix eft de 120 liv. , payables en recevant
l'Ouvrage , favoir : Le Bureau Typographique
quant au boifage , portant quatre rangs de 18 cafes
ou loges , bois de noyer , fermant à clef, ferré dé
cuivre, ayant deux portes , dont l'une s'élève & fert
188 MERCURE
de pupitre , & l'autre s'abaiffe & fert de table , frontifpice
plaqué en bois de horx très- blanc , fur lequel
fort placées les infcriptions des cales . 48 liv . Les
Ca tes imprimées au nombre de 4500 , la brochure
contenant le détail de la méthode , & un Alphabet
Typographique , 72 liv. Les frais de voiture à la
charg des particuliers .
Si quelques Cartes venoient à être détruites ou
perdues , on les remplaceroit facilement en écrivant
l'Auteur.
Ces Cartes prifes en détail coûteront , ſavoir ,
celles qui ne contiennent que des lettres , des fyllabes,
des mots fin ples & inftructions grammaticales,
le cent , 2 liv ,
Celles qui contiennent des noms qui appartiennent
à Thiftcire , à la fable , à la géographie , &c.
& fur le verfo defquels fe trouvent des explications ,
le cont , 4 liv.
Et pour l'ut lié de toutes les claffes du Publie
que le feur Reybert a eu en vue en compofant fon
Ouvrage , on trouve chez lui , 1 ° . Alphabet Typo,
graphique , ou Jeu élémentaire pour la connoiffance
des lettres & des fyllabes , à l'ufage des perfonnes
qui n'ont pas de Bureau Typographique , 1 liv. 15
fols , par la Pofte , franc de port.
Ce Jeu eft compofé de 38 Cartes , fur chacune
defquelles fe trouvent des lettres de buit lignes de
hauteur , qui , étant imprimées en quatre fortes de
caractères, peuvent fervir à écrire & à compofer
de quatre façons différentes .
2 ° . Le même double , c'eft -à -dire , ayant 42
Cartes imprimées des deux côtés , par la Poſte ,
franc de fort , 3 liv .
C'eft le précis du Bureau Typographique.
3 ° . Petit Bureau Typographique , haut de 4
pouces & large de 18 ponces , pour la compofition
des mots & des phrafes courtes , 12 liv.
DE FRANCE. 189
Il contient en buit loges ériquetées , 8 defdits
Jeux , doar un imprimé des deux côtés : & peut
conduire les Enfans jufqu'à la lecture des livres .
ANNONCES ET NOTICES.
PETITE ETITE Bibliothèque des Théâtres , Nos 7 &
8 , troiſième année 1786. A Paris , au Bureau , rue
des Moulins , butte Saint-Roch , n ° . 11 , où l'on
foufcrit , ainfi que chez Belin , Lib , rue St-Jacques ;
& chez Brunet, Libraire , rue de Marivaux , place du
Théâtre Italien.
Cette Collection , intéreſſante & bien exécutée ,
jouit toujours du même fuccès , & paroît avec la
même exactitude . Les volumes que nous annonçons,
contiennent , l'un deux Tragédies avec les pièces
analogues : 1 Inès de La Mothe , & le Mahonet
Second de la Noue ; & l'autre , trois Comédies :
Efope à la Cour de Bourfault ; les Plaideurs de
Racine, & le Magnifique de La Mothe.
OEuvres de M. Julien , Peintre du Roi , gravées
par MM . Carrée , Lemat & Julien ſon neveu ; chez
l'Auteur , rue du Bouloy , n° . 49 .
Ce commencement confifte en un cahier de principes
, deux têtes au crayon rouge fur papier blancs
une tête au crayon noir & blanc fur papier gris;
deux têtes dans des ovales , l'une intitulée la Modeftie
, qui aura pour pendant la Vanité ; l'autre , la
Timidité , dont le pendant fera l'Effronterie ; & un
Amour qui , d'une main , répand des fleurs fur un
globe, & de l'autre y met le feu avec ce titre : ce
font fesjeux.
190 MERCURE
Cette première livraiſon eft d'une_correction
très utile à ceux qui veulent ſe livrer à l'étude du
deffin.
-
ABREGE Lotin de Philofophie , avec une infruction
& des notes françoifes , par M. l'Abbé Hau
checorne , de la Mailon & Société de Sorbonne ,
Profeffeur de Philofophie au Collège des Quatre-
Nations , en deux parties in- 12. A Paris , chez Nyon,
le jeune , Libraire , Place des Quatre - Nations. Prix ,
4 livr. broché , au lieu des livres,
Cet Ouvrage claffique jouit d'une eftime mé
ritée.
On trouve chez le même Libraire : Difcours fur
la tendreffe filiale , brochure in 12 de 17 pages,
Prix , 14 fols , & Trané élémentaire de morale ,
d'après les principes du Droit Naturel , in- ia de
110 pages. Prix , as fols.
L'ECOLE des Jeunes Demoifelles , ou Lettres
d'une Mere vertueuſe à fa Fil!e , ave: les réponſes
de la Fille à fa Mère , recueillies & publiées par .
M. l'Abbé Reyre , Auteur du Mentor des enfans ;
Ouvrage propre à former l'efprit & le coeur des
jeunes perfonnes da fexe. Seconde édition revue &
très-confidérablement augmentée, en deux volumes
in 12. A Paris, chez Varin , Libraire , rue du Petit
Pont , nº . 22 .
L'Approbation qu'on trouve à la tête de ce Livre
en donne une idée très- avantageufe . « C'eft , dit le
» Cenfeur Royal , un Plan d'Education qu'une main
» habile a tracé d'après les principes de la foi & de
la Morale Chrétienne. Puiffent roures les mères
» de famille & toutes les inftirutrices mettre cet ex-
» cellent Ouvrage entre les mains de leurs enfans &
» de leurs élèves , & les convaincre d'une vérité
DE FRANCE.
191
bien importante & trop méconnue aujourd'hui ,
c'eft que fans Religion on ne peut être ni folide-
» ment vertueux , ni parfaitement aimable. »
30
MEMOIRE fur les Manufactures de Lyon , par
M. Mayer , Directeur des Fabriques du Roi de
Pruffe , & Affeffeur à la Chambre Royale des Manufactures.
Prix , 1 livre 4 fols. A Paris , chez
Moutard , Imprimeur , rue des Mathurins , hôtel de
Cluni.
Cet Ouvrage eftimable a obtenu un acceffit à
l'Académie de Lyon.
HISTOIRE Civile , Eccléfiaßique & Littéraire
des Doyennés des villes de Doullens , Encre , aujourd'hui
Albert , & du bourg de Grandvilier ; trois
brochures in 12. A Amiens , chez J. B. Caron
l'atoé , 1784
C'eft une fuire de l'hiftoire de ce Diocèfe , dont
M. l'Abbé Daire s'occupe depuis plus de so
ans. Ce qui en a paru jufqu'à ce jour , fe trouve
chez Onfroy , Libraire , quai des Auguftins , &
chez l'Auteur , rue Saint- Martin , au Café du Com◄
merce, près celle des Ménétriers.
› NOUVEAU Systême fur la quadrature du cercle,
par M. Gou'lu du Pleffis de la Hauterie , ancien
Officier des troupes de la Marine, Prix , a liv. 16
fols , broché. A Orléans , de l'Imprimerie de Jacob,
rue Bourgogne , & fe trouve à Paris, chez la veuve
Valade , Imprimeur- Libraire , rue des Noyers.
HISTOIRE d'Angleterre , repréſentée par figures ,
accompagnée d'un précis hifiorique , gravée par F.
A. David , tome fecord , neuvième livraifon . Prix ,
15 liv. A Paxis , chez l'Auteur , M. David , rue des
Cordeliers, au coin de celle de l'cbfervance.
192 MERCURE
Avec un précis fort bien fait , cette livraiſon renferme
huit Eftampes : la bataille d'Azincourt , la
Pucelle d'Orléans faifant lever le fiége de cette ville
aux Anglois Henri VI réconnu dans fa retraite
pendant qu'il eft à table. Richard III montrant
-
--- · Le
corps , de
Henri
au Parlement fon bras defléché .
Richard III jeté fur le dos d'un cheval.
VII faifant fon marmiton de Lambert Simler.
Henri VIII faifant rompre fon mariage avec la
Reine Catherine . Cranmer forçant Édouard VI
de figner le Waraut de mort contre des Hérétiques .
NUMÉROS 40 à 46 des feuilles de Terpficore
pour la Harpe & pour le Clavecin . Chaque cahier
1 liv. 4 fols . Abonnement 30 liv . , chez Coufiueau ,
Père & fils , Luthiers de la Reine , rue des Poulies.
TABLE.
VERS à l'occafion du mariage
de MlleSalmon ,
Le Lapin , Fable ,
Bouts- Rimés,
de Facéties & de Bons-
145 Mots , 166
147 Ecole Royale de Chant , de
148 Danfe & de Déclamation,
Hiftoirede France avant Cio- Sciences & Arts ,
Charade, Enigme &
gryphe
Logo
173
152 Variétés .
182
186
154)Annonces & Notices , 189
Bibliothèque choijie de Conies ,
vis,
APPROBATIO N.
J'AI In , par ordre de Mgr le Garde des Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 23 Sept. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion . A
Paris , le 22 Sept. 1986. GUIDI.
MERCURE
DE FRANCE.
SAMEDI 30 SEPTEMBRE 1786.
PIÈCES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
VERS
Sur la Mort du Grand FRÉDÉRIC ,
& l'Avénement DE FRÉDÉRICGUILLAUME
II.
E l'Arabe & du Grec , menfonges admirables,
Dont toujours le preftige à l'efprit humain plaît ,
Sur les bords de l'Havel * vous n'êtes plus des Fables ;
Hercule monte aux cieux , & le Phénix renaît.
(Par M. le Chevalier Dunieug , Capitaine
au Corps Royal du Génie. )
Rivière de Poftdam.
Nº. 39 , 30 Septembre 1786.
I
194 MERCURE
IMPROMPTU fur la Mort du Roi de Pruffe.
Ii a L a donc terminé fa brillante carrière ;
Et d'un Héros de plus l'Univers eft privé.
Frédéric autrefois fut chanté par Voltaire ;
Mais , hélas ! à préfent , qui fera fon Homère?
Léopold n'en a point trouvé,
SUR le Paratonnerre que l'Académie de Dijon
fait placer fur fon Sallon d'Affemblée.
EST- CE ST- CE pour effrayer le Pinde & l'Hélicon
Que l'Olympe en courroux fait gronder fon tonnerre?
Eft-ce ux fronts couronnés des lauriers d'Apollon,
A redouter la foudre ainfi que le vulgaire ?
Ces lieux ne font-ils plus l'augufte fanétaire
Où Mars veilloit fur eux fous les traits d'un Bourbon ?
Où le font reproduits Boffuet , Crébillon ?
Où Minerve , donnant des rivaux à Voltaire ,
Décéloit la Nature à l'immortel Buffon ?
Où formant des Héros pour la paix , pour
* Elle offrit à Condé l'Égide tutélaire ,
la
Et rendit cet Oracle en y gravant fon nom
guerre ,
* Mgr. le Prince de Condé eft Protecteur de l'Académie.
KEGIA
DE FRANCE.
195
A côté de celui du vainqueur de Python ?
Pour célébrer les Dieux , pour éclairer la terre ,
La gloire a confacré ce fuperbe fallon ....
Peut-il donc être en bute aux traits de leur colère ?
ROMANCE.
AIR : Rien n'eft fi beau , fi touchant que Sylvandre.
RIEN n'eft fi doux , fi touchant que Délie !
Du Dieu d'Amour , Nymphe jolie ,
Son feul regard fait nos plaifirs....
Du Dieu d'Amour, ( bis ) Nymphe jolie ,
Sa volonté commande à- nos defirs.
·Près d'elle ou fe plaît , on s'oublie ;
Du Dieu d'Amour , Nymphe jolie ,
Sa volonté commande à nos dehts. ( bis )
C'EST la fraîcheur de la rofe nouvelle ;
Au Dieu charmant qui la fit belle ,
Elle a ravi l'air féducteur ;
Au Dicu charmant ( bis ) qui la fit belle , '
Ne pourroit elle encore ouvrir fon coeur!
Son feu dans les yeux étincelle !
Au Dieu charmant qui la fit belle,
Ne pourroit elle encore ouvrir fon coeur ? (bis)
SI TOUT reffent l'amoureuſe bleffure ,
Si tout aime dans la Nature ,
I ij
196
MERCURE
Voudrois-tu l'excepter , Amour ?
Si tout aime (bis ) dans la Nature ,
Son.coeur auffi doit s'attendrir un jour.
Que je touche fon ame pure !
Si tout aime dans la Nature,
Son coeur auffi doit s'attendrir un jour. (bis )
AH! fi l'amant le plus vrai , le plus tendre ,
A l'enflammer devoit s'attendre ,
Amour , je ferois fon vainqueur !
A l'enflammer ( bis ) je dois m'attendre
Si la conftance a des droits fur fon coeur.
En vain voudrois-tu la défendre ,
A l'enflammer je dois m'attendre
Si la conftance a des droits fur fon coeur.
(bis )
( Par M. le Chevalier de Noizet , Officier
au Corps Royal du Génie. )
Explication de la Charade , de l'Enigme &
du Logogryphe du Mercure précédent.
LEE mot de la Charade eft Poiffon ; celui
de l'Enigme eft Archet ; celui de l'Enigme en
Bouts- rimés eft Amour ; celui du Logogryphe
eft Image, où l'on trouve Mai , ami , âge.
DE FRANCE. 197.
CHARA DE.
POSSIDANT OSSÉDANT mon premier on doit faire du bien ;
Si l'on perd mon ſecond , mon tout ne fert à rien .
( Par Mme A ** )
ÉNIG ME.
JE fuis fimple , fans art , à la Cour ignorée ,
Ailleurs trèss-
peu connue , & par- tout célébrée .
Mon nom , facile à prononcer ,
Eft difficile à bien placer.
On le cite fouvent , on ſe plaît à l'entendre .
Sous mon nom , gardes toi de te laiffer forprendre
On trompe, on eft trompé ; c'eſt la commune loi .
Mes ennemis ne jurent que par moi.
Bar-tout en vain l'homme me déifie ;
Le traître , à l'intérêt , fous mon nom facrific.
C'eft fur moi que le fage établit ſon bonheur;
Je fuis fa paffion , l'idole de fon coeur.
Ainfi
I
que la Vertu je fuis fans défiance.
C'eft le bonheur d'autrui qui fait ma jouiſſance .
(Par M. F.G..... , de Sédan. )
I iij
198 MERCURE
LOGO GRYPH E.
D'UN Charlatan ou bien d'un Cuifiuier
Je fuis la proie infortunée ;
Je n'en veux pas tant au premier ;
Si tout le long de la journée
Je roule fous fes doigts à regret promenée ,
Au moins conferve- t'il mon corps en fon entier.
Mais l'autre , quel bourreau ! comme il me pulvérife !
Mutilée en plufieurs endroits ,
De me laiffer par lui reprendre une autre fois
Je fais encore la fottife .
De mes fept pieds , Lecteur , vois fortir douze enfans
Tant mâles que femelles .
Un à la Cour tient un des plas hauts rangs ;
Une foeur fur le Pinde en fait & dit de belles ;
A celle ci , pour l'ordre , on aime à s'attacher ;
Cette autre n'eft plus vierge , ou n'auroit qu'un faux
titre ;
Un de leurs frères , plat belître ,
S'arrondit chez l'Avare , habile à le cacher ;
Ce poupin , l'élégance même ,
Établi chez un Parfumeur ,
S'y trouve en aſſez bonne odeur ;
Celui-là , s'il eft feul , de fa figure blême
Réjouit peu fon poffeffeur.
Pour celui -ci, d'humeur friande ,
DE FRANCE. 199
Il ne fe plaît qu'au fein du fruit ou de la viande ,
Et cette péronnelle avec fon ton d'aigreur ,
Plus d'un Avocat la demande :
Gloire cu gain tente un époufeur ;
Ce joufflu , c'est le vent qui fouffle la chaleur.
Deux fils de reite enfin complettent ma famille ;
Ce n'eft pas par le nez que l'un de ces deux brille ,
Du dernier ( Roi d'abord ) le deftin n'eft pas beau ,
La Fable en fait un objet de rifée ,
Lui donnant d'un reptile & la forme & la
A ta patience épuiféc
peau ....
Fort à propos , Lecteur , vient ce ſecours nouveau ,
Et tu dois par ce fil démêler la fufée ,
Aidé fur- tout d'un vers da repas de Boileau.
( Par M. de Chartrait , près Melun. )
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
VOYAGE en Italie , & c. &c.; par M. de
Lalande . Seconde Édition , corrigée &
augmentée. 9 vol . in - 8 ° . A Paris , chez la
Veuve Defaint , Libraire , rue du Foin ,
1786.
LA première Édition de ce Voyage parut
en 1769 , en 8 vol . Celle- ci comprend donc un
volume d'additions , fans compter un Atlas
ou Recueil des plans de 25 villes principales
Iiv
200 MERCURE
d'Italie , dont quelques - uns étoient fort rares.
Depuis longtemps cet Ouvrage eſt jugé ,
bien ou mal. Il a été prôné, dénigré , & , felon
l'ufage , par gens qui ne fauroient pas mêine
indiquer fur la carte la route de Paris à Naples .
Les Italiens , cependant , ont été plus indulgens
envers M. de Lalande que fes propres
compatriotes. Quoiqu'ils reprochent à fon
Voyage trop de détails inutiles & d'impor
tantes omiflions , ils n'en voyent aucun dans
notre langue qui mérite la préférence.
Lorfqu'on voudra bien confidérer qu'il ne
s'agit point ici de parcourir un feul Royaume ,
gouverné par les mêmes loix & par les mêmes
moeurs , où d'un bout à l'autre tout prend la
phyfionomie de la Capitale , où le caractère
national offre en chaque lieu une couleur dominante
, où une ville centrale abforbe &
réunit tout , richeffes , arts , gouvernement ,
police , modes de vivre imités de proche en
proche ; lorfqu'au contraire on examinera
l'Italie découpée de mille manières par la
nature & par les révolutions ; enrichie d'une
multitude de variétés phyfiques & morales ;
où enfin, dans le cours d'une journée , le Voyageur
voit changer quelquefois la domination ,
le dialecte , le climat , les productions , le
coftume , les ufages , l'efprit général ; on ſe
perfuadera qu'il faut une excellente lunette
pour faifir & pour obferver exactement tant
de différences. Chacune d'elles exige des connoiffances
préliminaires & locales ; l'Obfervateur
doit arriver en Italie très - inftruit , féDE
FRANCE. 201
journer long- temps , étudier avec patience.
On peut appliquer à ce Voyage les vers de
Virgile :
Per varios cafus , per tot diſcrimina rerum ,
Tendimus ad Latium. :
Ces difficultés doivent donc adoucir la critique
des Livres étrangers faits fur l'Italie.
Peut-être vaudroit- il mieux n'en point faire
du tout , en particulier fi l'on imprime, comme
il eft de mode, un Voyage univerfel . On ne
réfifte pas à un fourire de pitié , à la vue de
ces prétendus Philofophes encyclopédiques
qui , après avoir ambulé quelques femaines
dans une contrée de vingt mille lieues quarrées
, en reviennent Docteurs de toutes Facultés
, pour fervir de guides à d'autres Chryfologues
qui , à leur tour , fabriquent des compilations
ou imaginent des fyftêmes d'après
les relations de ces Coureurs. Cette branche
de Littérature & de commerce typographique,
augmentera l'océan d'erreurs dans lequel.
nous fommes plongés , tant que le Naturalifte
ne fe bornera pas à décrire l'hiftoire naturelle
du pays qu'il a vifité ; l'Artiſte , les objets relatifs
aux Arts ; le Moralifte , les moeurs ;
l'Économiste , l'adininiftration ; l'Hiftorien ,
l'hiftoire ; le Politique , les loix & les intérêts
d'État. Il eft infenfé de croire qu'un feul
homme , fût-il Bacon ou Léibnitz , poſsède
-un cercle de connoiffances affez folides , pour
avoir un avis pertinent fur des objets ſi oppofés
entre eux.
L
Iv
102 MERCURE
Quoique M. de Lalande ait traité ici à peuprès
de tout , il s'eft attaché fpécialement à
l'état des Arts & des Lettres en Italie. Son
Voyage en eft moins intereffant , parce que
des defcriptions de galeries , des nomenclat
tures d'Auteurs , font bonnes à confulter &
non pas à lire . Cette féchereffe , néanmoins ,
vaut encore mieux que des romans brodés de
phrafes , d'affertions hafardées & de fauffes
anecdotes.
1
Le catalogue des tableaux & des ftatues
forme prefque la moitié de ce Voyage . Le
célèbre Auteur'y a joint fon jugement & celui
des autres fur différens de ces chef d'oeuvres ;
entrepriſe délicate , qui expofe le juge à beaucoup
de reproches , fans lui attirer beaucoup
de gloire , & fans fixer aucunement l'opinion,
Il eft affez fingulier qu'un autre Aftronome ,
M. Bernouilli , Frofeífeur à Berlin , ait également
écrit un Voyage , où il n'eft à peuprès
queftion que des Beaux- Arts. * Quant à
la lifte des Gens- de - Lettres Italiens , cette
énumération a fes avantages ; mais M. de
Lalande n'a pas fait fa cour aux Savans nombreux
qui diftinguent aujourd'hui cette belle
partie de l'Europe , en leur affociant une foule
de noms obfcurs , à peine connus dans leur
patrie même. Perfonne , cependant , n'avoit
plus que M. de Lalande les connoillances né-,
ceffaires pour limiter ces citations ttop uni-
* Lettres écrites pendant le cours d'un Voyage
fait en 1774 & 1775 : Berlin , 1777 , 2 vol . in- 8 °.
DE FRANCE. 203
verfelles. Il faut eſpérer qu'elles achèveront
de détruire le préjugé impertinent qui règne
encore au fujet des Italiens. On fe les repréfente
dans le monde comme exclufivement
occupés de Concetti & d'Opéras Bouffons ,
tandis que nul pays ne joue un plus grand
rôle dans l'Hiftoire actuelle des ſciences. Qui
les a traitées depuis 50 ans avec plus de fagacité
, d'application & de génie que le P. Beccaria
, que les Spallanzani , les Toaldo , les
Volta , les Bianchi , les Fortis , les Morgagni ,
les Fontana, les Frifi , les Lagrange , & c.: Dans
l'économie publique , ils ont été nos devanciers.
Il y a jo ans que l'Archidiacre Bandini ,
Patricien de Sienne , développa_publiquement
tous les fondemens de la théorie que
des Économistes étrangers s'approprièrent , il
y a 20 ans , en la défigurant par une pédanterie
fcholaftique & par d'abfurdes applications.
Avons- nous beaucoup d'Ecrits , depuis
Efprit des Lois , à placer à côté de ceux du
Comte Verri , de la Société de Milan ,
fein de laquelle naquit le fameux Traité
des Délits & des Peines , & de la Science de
la Légiflation du Chevalier Filangieri ? Les
Italiens , il eft vrai , font ipfiniment moins
riches en ouvrages d'imagination ; mais l'Europe
, en ce moment , n'a pas un comique à
comparer au célèbre Goldoni.
au
En s'occupant fi long- temps des Arts & des
Littérateurs, ce qui n'eft , après tout , qu'une
connoillance fort fecondaire dans l'hiftoire
des Nations , M. de Lalande a négligé de nous
I vj
204
MERCURE
parler de curiofités beaucoup plus importantes
, de l'état de l'agriculture , du fort du
peuple , de fon caractère en divers lieux , de
l'induſtrie générale , de la police. On eût recherché
avec avidité ces notions que pouvoit
faifir un Obfervateur ordinaire , à plus forte
raifon un Savant comme M. deLalande . Il s'eft
également interdit les defcriptions charmantes
que lui offroient divers points de fa route ;
les villes feules l'ont occupé : delà la forme
sèche d'itinéraire qu'on remarque dans ce
Voyage. On y rencontre peu de réfumés des
obfervations & des récits. Par exemple , on
auroit fu gré au célèbre Auteur de terminer
fes détails Littéraires par une vue générale
de l'état des fciences & de l'efprit humain en
Italie. Il a craint fans doute de mettre ce tableau
dans fa balance , & l'on ne peut guères
blâmer fa circonfpection.
La première Édition de ce Voyage eft affez
connue pour nous difpenfer d'analyfer la feconde.
L'Auteur y a rectifié plufieurs inexactitudes',
a développé divers morceaux , a défigné
les changemens apportés par le temps.
Ces corrections font difféminées dans les neuf
volumes . En tête du premier , on lit une differtation
de M. de Sauffure fur l'Hiftoire naturelle
de l'Italie . Elle eft digne du Phyficien
qui l'a écrite , & de l'Aftronome qui l'a
adoptée.
Quelques obfervations éparſes ſont le feul
travail qui me foit permis fur un Voyage de
cette étendue. Je les limite même aux obDE
FRANCE. 205
jets dont je puis avoir quelque connoiffance
exacte.
و ر
"Il y a des perfonnes , dit M. de Lalande ,
» qui comptent près de trois millions d'habitans
dans les Etats du Roi de Sardaigne ;
» d'autres n'en fuppofent que la moitié , &
> M. Schloezer en compte deux millions. »
Ces variantes ne font que multiplier l'incer
titude de la fupputation . On ne fait d'ailleurs
fur quelle autorité elle eft établie . En 1772 ,
on fit un dénombrement des fujets de S. M. S.
en terre ferme , d'après les regiftres des Diocèfes
, des Abbayes & Vicariats ; ce tableau ,
dreffé avec la plus grande exactitude , préfenta
2,695,727 habitans ; les Eccléfiaftiques
réguliers , la Cour & le Militaire non compris.
Buſching donne un million de têtes à la
Sardaigne : j'ai des raifons de croire ce nombre
un peu exagéré. Mais on ne fe trompera
sûrement pas en évaluant à trois millions & fix
cens mille individus la population générale
des États réunis du Roi de Sardaigne. L'Ifle
de ce nom , que M. de Lalande dit ne rendre
prefque rien d'après certains calculs qu'il
rapporte , produit au Roi 228,439 liv. de
Piémont , dépenses déduites.
L'Auteur compte 1,114,000 habitans dans
le Milanais & le Mantouan . Suivant l'état
levé en 1774, par ordre de l'Impératrice Reine,
le Duché de Milan feul comprend 1,110,152
fujets. C'eft environ 1150 habitans par lieue
quarrée. D'après le même état , la population
de la capitale eft de 128,987 perſonnes.
206 MERCURE
On trouva alors dans toure la Lombardie
22,337 Ecclefiaftiques & Religieux des deux
fexes ; nombre qui a prodigieufement diminué
depuis les dernieres reformes de l'Empereur.
Ce Monarque a également fupprimé
les fervitudes & les droits fur le commerce .
des grains , dont parle M. de Lalande.
Il n'a pas oublié de célébrer les Ordonnances
fages & humaines du Grand Duc de
Tofcane fur l'Adminiſtration de la Juftice criminelle
, fur la réforme des prifons , ſur la
feparation des malfaiteurs & des débiteurs
( en 1777 ) fur les changemens dans l'inſtruction
, & fur les peines extrêmement adoucies .
Il rappelle qu'en dix ans on n'a puni en Tofcane
que deux criminels à mort , & il ne dit
pas affez . Le regiftre général qui s'imprime
anuellement,prouve qu'en quatorze années,
on n'a infligé qu'à deux reprifes la peine de
mort , & cent quarante - deux fois celle des
galères. Voilà donc à peine dix châtimens corporels
annuellement dans un État de onze
cent mille habitans ! il eft des contrées que la
pourfuite de la feule contrebande prive chaque
année d'un plus grand nombre de Citoyens.
M. de la Lande pouvoit remarquer ici combien
la douceur de la Légiflation criminelle
en Tofcane étoit analogue au caractère national.
Il exifte chez le Tofcan un fonds de
moralité publique & de bonté originelle ,
qui rend les crimes rares & les châtimens
prefque inutiles. Le peuple eft gai , honnête ,
DE FRANCE. 207
modéré. Le paiſible Gouvernement fous lequel
il profpère depuis long temps , a détruit
les femences funettes que portèrent en Tofcane
les querelles des Guelfes & des Gibelins ,
& les diffentions républicaines . Revenu à
fon naturel , cultivant une terre féconde ,
jouiffant d'un climat aufli heureux que ſon
caractère , fans paffions violentes , & au deffus
de l'indigence , de tous les peuples , le Tofcan
eft le plus facile à gouverner. Ses mclinations
ont abrégé l'ouvrage du Légiſlateur ,
& accoutumé le Gouvernement à lui laiffer
une liberté dont il n'abuſe point.
lui
Le célèbre Voyageur énumère , d'après un
Mémoire de M. de R. , les principaux Réglemeus
économiques du Grand Duc ; mais ce
qui caractériſe particulièrement l'Adminiftration
de ce Prince n'eft pas indiqué. Lorſque
fon père acquitle Grand - Duché , un Homme
d'État , Vénitien , lui traça en deux mots fon
plan de Gouvernement. Souvenez- vous ,
dit-il , que vous êtes le Grand- Duc de Tofcane
, & non le Grand- Duc de Florence. Jufqu'alors
, en effet , cette capitale , par fes
exemptions , fes monopoles , fes droits abufifs
, avoit écrâfé le refte de l'État : le Grand-
Duc a remis l'équilibre ; il a fimplifié ou fupprimé
une foule de petits impôts particuliers
à certains diftricts ; le Pifan , le Siennois a eu
part à fes bienfaits & aux emplois comme le
Florentin ; en un mot , il a fondu Florence
dans la Tofcane. De fi grands changemens fe
font faits fans defpotifme ; ils ont été reçus
208 MERCURE
1
prefque fans murmure. Lorfque le Prince
abolit les Jurifdictions féodales , il en exigea
le, premier facrifice du premier Noble de
l'État , le Marquis de la Ghéradeſca , qui
prend le beau titre de Marquis de Tofcane ,
comme defcendant d'une Famille illuftre , anciennement
affociée à la Souveraineté du
Grand-Duché. Léopold favoit que cet exemple
entraîneroit le refte de la Nobleffe. Nous
regrettons de ne pouvoir donner ici le détail
piquant de cette négociation , traitée avec autant
de prudence que de nobleſſe . Avant
d'opérer cette fuppreffion , le Grand- Duc
confulta fur fes droits l'Univerfité de Pife ,
elle le condamna ; l'Univerfité de Bologne ,
elle le condamna , & le Confeil de Tofcane
fut auffi fcrupuleux que ces deux Corps Lit
téraires , infpirés d'un courage fi peu ordinaire
dans les Corps & parmi les Gens- de-
Lettres.
Pife , que commence à révivifier l'adminif
tration paternelle du Grand- Duc , Pife arrête
quelque temps le Voyageur; il décrit avec
foin les monumens de l'ancienne fplendeur
de cette ville; il rappelle trop paffagèrement
qu'avec fa liberté , elle perdit fa population ,
fes forces , fa gloire , fon commerce. Quelle
leçon toujours fubfiftante ! Cette fière République
, qui tenoit tête aux Rois , & le difputoit
en puiffance à Gênes & à Venife , paffe
fous la domination des Médicis , fe dépeuple
& s'appauvrit ; fes Citoyens opprimés fe difperfent
; au-lieu de 120 mille habitans qu'elle
DE FRANCE 209
Is
>
comptoit dans fes murs , Pife en voit à peine
mille qui foulent fes pavés de marbre
entre-ouverts par les racines des herbes qui
le couvrent.
Près des ruines de Pife s'élève un autre
monument d'inftruction , mille fois plus important
que les obélifques , les palais , les raretés
de l'opulence ; c'eft la République de
Lucques. Ici fe découvre l'influence des Gouvernemens
, beaucoup mieux que dans les
écrits bavards des Differtateurs à prétention.
M. de Lalande préfente de fidelles obfervations
au fujet de ce petit État ; tous les traits de fon
tableaufont exacts; il ne pouvoit d'ailleurs mentir
au témoignage de fes fens . Voici un territoire
de huit lieues de long fur autant de
large , coupé de montagnes Apennines prefque
par- tout , circonfcrit dans fon agriculture
, dans fon commerce , dans fon induftrie ,
& chargé de plus de 120 mille habitans. La
population totale de l'État eft donc d'environ
1900 perfonnes par lieue quarrée. « C'eft le
double de ce qu'on trouve en France , dit le
Voyageur. " Si l'on fépare la partie montueufe
de la République , pour comparer l'étendue
de la feule plaine de Lucques , avec le nombre
de fes habitans , on en comptera 5274 par
lieue carrée. Nulle part en Europe , excepté
dans les Cantons Suiffes de Zurich , de Soleurre
& d'Appenzell , on ne trouvera une
population équivalente.
cr
A quelles caufes eft- elle dûe ? Pourquoi ne
voit- on dans cette fourmillière ni mendians ,
210
MERCURE
ni pauvres, ni oififs ? Pourquoi chacun y eftil
bien vêtu , bien nourri , bien logé ? Pourquoi
enfin ce territoire , dont la fertilité ne
furpaffe pas celle d'une infinité de lieux parfemés
de quelques rares habitans , offre- t'il
par- tout une culture admirable & très variée?
Ce terrein cependant n'eft point une tête
rachitique où viennent aboutir les fucs de dix
Provinces defféchées ; le luxe déprédateur de
quelques propriétaires opulens ne fert point
ici à peupler la banlieue d'une capitale , tandis
qu'a peu de diftance tout languit ou meurt de
faim. La réponſe à ces pourquoi eft dans les
faits. C'eft que le Gouvernement de Lucques
offre un modèle de fageffe ; c'eft que la petiteffe
de la République lui permet de tout
voir , de tout prévenir , de tout corriger ;
c'eft que chaque abus eft à la portée de fa vigilance
; c'eft que chaque fujet ne paye que
cinq livres par tête pour toute efpèce d'impofitions
; c'eft que , malgré la modicité de
fes revenus , l'État pourvoit à tous les détails
de bien public , à tous les befoins accidentels ;
c'eft qu'on n'y connoît pas celui des armées ,
des guerres , des claffes éminentes , oifives &
onéreufes de Citoyens ; c'eft que les propriétés
foncière font très -fubdivifées ; c'eft
que les diftinctions y font bannies autant que
la fimplicité de mours y eft refpectée ; c'eſt
qu'on n'y éprouva jamais de difette ; c'eſt
que le Sénat aime fon Peuple , & le Peuple
le Sénat , qui ne s'écarte point de cette modération
tutélaire , principe confervateur des
DE FRANCE 211
Ariftocraties ; modération non feulement de
fentiment , mais encore de réflexion , & devenue
une maxime d'État fondamentale. *
Depuis deux fiècles cette proſperité & ces
principes n'ont pas varié. Tant il eft vrai que
Pariftocratie , deteftable dans une viile , règne
avec fuccès fur un territoire , lorfqu'elle a fu
réprimer fa puiffance par des loix qu'elle ne
pourroit enfieindre fuis danger.
Rome prefente un fpectacle d'un autre
genre; M. de la Lande lui a confacré près de
deux volumes de defcriptions. On parcourt
avec peine cette longue fuite de pompeufes
antiquailles ; & quand on confidère le peuple
qui habite au milieu de ces merveilles , on fe
hâte d'en fortir , comme d'une magnifique
maifon de deuil. Cet article de Rome contient
néanmoins des particularités hiftoriques intéreffantes
fur quelques- uns des derniers con.
* Ainfi l'a vu Monte quieu , & perfonne n'a
mieux vu que lui. Je ne fais fi- ce beau Génie s'eft
trompé ou non dans fes idées fur la monarchie &
fur le defpotifme je ne m'y connois pas & m'y intéreffe
peu ; mais , enfant d'une République , &
ayant été appelé de très- bonne heure , par de triftes
conjonctures , à étudier les formes des Gouvernemens
Républicains , j'ai toujours été confondu de l'étonnante
fagacité avec laquelle Monteſquieu en a parlé.
Il n'eft aucun État libre où ne foit en vénération le
nom de ce grand Écrivain , fi hardiment attaqué dans
fa patrie , depuis quelques années , par cette foule de
vains & frivoles difcoureurs , qui jugent aujourd'hui
des Gouveinemens comme ils jugent d'un Opéra,
212 MERCURE
claves ; en particulier fur celui où fut élu Clément
XIV ; mais l'Auteur n'a pas tout fu , ou
n'a pas voulu dire tout ce qu'il favoit .
J'invite le Lecteur à lire les réflexions gé-
`nérales de M. de Lalande fur les découvertes
faites à Herculanum & à Pompeïa ; ce morceau
renferme des détails , des jugemens &
des anecdotes qu'on ne trouve dans aucun
autre Voyage. Les Italiens & toutes les Nations
de l'Europe qui , hormis la France , ont
adopté l'Opéra , le chant & la mufique dè
l'Italie , ne partageront pas probablement les
fentimens de l'Auteur fur cet objet ; il en a
parlé cependant avec une décence & une impartialité
qu'il faut applaudir , même en
n'étant pas de fon avis.
Je ine
hâte de finir par deux ou trois remarques fur
Venife.
" Perfonne , felon M. de Lalande , n'a
» mieux écrit fur le Gouvernement de Ve-
» nife qu'Amelot de la Houffaye . » Cet éloge
eft extrêmement exagéré. Le Livre d'Amelot
eft plein d'inexactitudes & d'erreurs hiftoriques.
Ses jugemens font en général peu réfléchis
; & faute d'avoir approfondi le véritable
mécanisme de certaines inftitutions politiques
, il s'eft mépris fouvent fur leur effet.
L'Ouvrage où les étrangers puiferont les plus
sûres notions de ce fingulier Gouvernement ,
eft la traduction Italienne de l'excellente HifDE
FRANCE.
213
toire de Venife , de M. l'Abbé Laugier , accompagnée
de nombreufes notes du Traducteur.
M. de Lalande rappelle les doutes élevés
fur la vérité de la confpiration contre Veniſe
en 1618 ; il eût été utile & aifé de les détruire.
Perfonne , comme on fait , n'a donné plus de
vogue à ce paradoxe que M. Grofley; il s'eft
épuifé en tours de force pour établir fon hypothèſe
; mais ce qu'il a le mieux prouvé ,
c'eft l'abus de l'érudition & de la critique ,
quand elles ne font pas éclairées par des lumières
sûres. Cette confpiration fut trèsréelle
; il faut en écarter le fabuleux de Saint-
Réal & d'autres Romanciers , le maffacre du
Sénat , l'incendie de la ville , & d'autres incidens
bons à figurer dans la Tragédie. Le projet
de Bedemar étoit d'anéantir les forces de
la République , en brûlant l'Arfenal & la
flotte. L'Espagne , à cette époque , dominoit
de tous côtés . C'étoit l'inftant de la minorité
de Louis XIII en France ; l'Espagne , par fon
influence bien connue , avoit rendu l'Allié
naturel de la République indifferent au fort
qu'on lui préparoit. Les dépêches de Bedmar
coupable , citées par M. Grofley, ne méritent
certainement aucune autorité ; la politique
put dicter celles de l'Ambaffadeur de
France ; le filence de Vittorio- Siri , Milanais ,
fujet de la Maifon d'Autriche , & peu fcrupuleux
, n'eft pas plus concluant . Le plus fage,
le plus favant des Critiques , le célèbre Mura-
Atori , connoiffoit toutes ces frivoles objec214
MERCURE
tions , & n'en avoit pas été ébranlé. Son opinion
eft l'opinion univerfelle des Vénitiens ,
même des Frondeurs. Si la République ne fit
point de manifeftes , & tint fecrette la décou
verte du complot , c'eft qu'il n'avoit point été
confommé , que l'Efpagne étoit infiniment
redoutable , & qu'il falloit ou fe taire ou lui
déclarer la guerre ; mais ce n'eft pas ici le lieu
d'étendre & de prouver ces affertions.
Le Voyageur attaque la defenfe faite aux
Nobles , & toujours refpectée , de communiquer
avec les Miniftres Étrangers . Jufqu'ici
cependant cette précaution n'a pas mal
réuffi à la République , qui a écarté par-là les
intrigues à l'aide defquelles on sème la divifion
dans l'intérieur . Quoique M. de Lalande
dife trop affirmativement , qu'onfait toujours.
les déliberations lesplusfecrettes du Prégadi,
& qu'avec de l'argent on vient à bout de tout,
il faut ranger cette affertion parmi les conjectures
halardées. Elle n'eft ici appuyée d'aucun
fait ; & il me feroit aifé d'en citer de récens
, qui prouveroient avec quelle promptitude
cette corruption eft connue , & avec
quelle févérité elle eft punie. En général ,
tout cet article du Gouvernement de Venife
doit être lu avec circonfpection . Le tableau
des moeurs , des ufages , des fpectacles eft
tracé d'une main plus sûre.
Après avoir expoté mon opinion ſur ce
Voyage , il ne me refte qu'à abandonner ce
jugement à l'Auteur lui- même & aux perfonnes
inftruites. Leur critique de ce Livre ou
DE FRANCE. 215
1
leur eftime pourra être plus motivée , mais ne
fera ni plus impartiale ni de meilleure foi .
( Cet Article eft de M. Mallet du Pan . )
LES Moeurs , Poëme en Sept Chants , avec
des Notes.
Numquam aliud natura , aliud fapientia dicis.
Juv. Sat. XIV.
A Amfterdam , chez Changuion , Libraire ,
& le trouve à Paris , chez Durand l'aîné ,
Libraire , rue Galande ; Bailly , Libraire ,
rue S, Honoré , barrière des Sergens.
QUE dire en profe fur la morale après Palcal
, Montagne , La Bruyère , la Rochefoucault
, Nicole , Roulleau de Genève & tant
d'autres. Que peut- on ajouter à la beauté des
principes & aux vues nobles & élevees de ces
Écrivains célèbres ? Ces Philofophes fe font
attachés aux principes effentiels & lumineux :
ils ont négligé les petites idées. Cette indifférence
eft en eux l'ouvrage du goût & de la
raifon. Dès que les grandes vérités de la morale
font affez developpées par elles - mêmes ,
& qu'elles ne fourniffent à l'efprit qu'un exercice
facile & agréable , quel avantage , quel
plaifir peut- il refulter de leur décomposition ?
Sans doute il faut avoir de la fubtilité d'efprit
& une certaine fagacité pour etendre , amplifier
, commenter les idées premières ; mais
ne rifque t'en pas, dans une fubtile analyſe, de
216 MERCURE
les pourfuivre jufqu'à décompofer ce qu'elles
ont de corps & de folidité ? Autant vaudroitil
philofopher fur des pieds de mouches.
A cet égard la condition du Poëte eft meilleure
que celle du Profateur. Il peut , dans le
champ fi épuifé de la morale , faire éclore les
fleurs de la poéfie par une nouvelle culture.
C'eftainfi que dans l'Effaijur l'Homme, Pope
a développé en vers immortels les fyftêmes
de Léibnitz & du Lord Bolingbrooke. C'eſt
ainfi que Voltaire a embelli des charmes de
la poéfie les principes éternels de la morale
& de la loi naturelle. Que l'on retrace avec
beaucoup de préciſion & d'énergie , en vers
nombreux & élégans , des idées qui ne font
pas neuves , l'on fera bien sûr du fuccès . Voilà
les principes fur lefquels on doit , ce me femble
, apprécier ce nouveau Poëme.
Il eft divifé en fept Chants , dont il fuffira
de donner une idée générale. Dans le premier
, l'Auteur traite de la nature de l'homme
, de fes beſoins , de fes facultés & des
biens qui lui conviennent ; dans le fecond ,
des paffions , de leurs dangers , & de leur foumiflion
à l'empire de la raiſon ; dans le troifième
, des vertus & de leurs avantages ; dans
le quatrième , des devoirs des Souverains &
des Magiftrats ; dans le cinquième , de l'amitié,
de l'amour & du mariage ; dans le fixième ,
de l'éducation des enfans ou des devoirs des
pères & des mères ; & dans le feptième , après
avoir expliqué ce qui fait les moeurs vraiment
fociales , il montre que le dogme de l'immortalité
DE FRANCE.
217
A
talité foutient tout l'édifice de la morale , de
manière qu'ôter ce fondement , c'eſt le bouleverfer.
Ces divers Chants font de grands fujets ;
l'Auteur a fu y développer de folides préceptes
& de fages inftructions . Mais a- t'il fu
y répandre de la chaleur , mettre la morale
en action , la revêtir d'images poétiques , éviter
la trifte uniformité du ton didactique ?
Hélas ! non. Son ftyle , fec & hérifié de métaphyfique
, eft dénué d'harmonie & d'images ;
à peine s'élève- t'il au rang de verfificateur
foible & fans élégance. Ex aminons le début.
Je vais chanter un art de tous le plus utile :
Le foc ouvre la terre & la rend plus fertile ;
La neffillonne l'onde & brave les hafards.
Mais l'art qui fait le fage eft le premier des Arts .
Il y a un follécifie dans le premier vers. Un
ne peut tenir lieu de l'article le , ou du moins
il ne peut le remplacer fans l'exclure. Art eſt
un terme impropre. La fcience des moeurs
n'eft point un art. Pourquoi la comparer à
Pagriculture & à la navigation ? Ces objets
de comparaifon font à- la- fois trop communs
& tirés de trop loin ; ils ont trop peu de rapports
; on ne devoit pas les choifir de préférence,
Brave les hafards , eft vague & inutile.
Voilà bien des fautes. Mais ici la plus grande
de toutes , c'eft l'abfence totale de poéfie. Je
fais bon gré à l'Abbé d'Aubignac d'avoir obfervé
les règles , difoit le grand Condé; mais
No. 39, 30 Septembre 1786. K
218 MERCURE
je fais bien mauvais gré aux règles de lui avoit
fait faire une fi mauvaife pièce.- Non, re
prenoit Boileau , il a manque à la première de
toutes les règles , à celle fans laquelle toutes
les autres ne font rien , celle qui oblige d'avoir
du génie .
L'homme n'a jamais dû paffer pour un problême.
Il peut fe deficir en s'obſervant lui même.
Qu'est - il? Quel's font fes voeux ? Quel'eft ſonjufte
trix ?
Remarquens fa conduite , & nous l'aurons appris.
L'être, comme le ben , n'eft pas fous fon empire ;
Le néant dont il fort , en tout chez lui tranſpire...
Dans le champ de l'efpice & dans l'aire du tems , á
Qu'occupe- t'il ? Un point & quelques peu d'inſtans.!
De pareils vers , Allemands en François , ne
méritent pas l'examen de la critique. Ils rebutent
le Lecteur le moins difficile , & ne lui
permettent pas d'aller plus lom . Quoi de plus
trifte , de plus faftidieux & de plus aride qu'une
pareille métaphyfique appliquée à la poélie !
Je fuis bien loin d'interdire aux Poères les
matières philofophiques , je leur dirai avec
M. de la Harpe :
Penfez comme Plaron ; chantez comme Virgile.
La philofophie que je blâme ici , & qui n'en
merite pas le nom , eft une efpèce de monftre
, enfant du mauvais goûr , qui s'appefantit
triftement fur des chofes triviales , & condamue
les fictions de la poésie. Ennemie des
DE FRANCE. 219
fenfations les plus agréables , elle rejette ou
ignore cette charmante harmonie qui flatte
l'efprit autant que l'oreille , & borne la verification
à un méchaniſme de fyllabes purement
élémentaire. Mais , ddiirraa-- tt''oonn,, fe peutil
que dans un Poëme en fept Chants quelques
endroits brillans ne rachettent , par leurs
beautés , la sèche monotonie de tout l'Ouvrage
? Voyons. Palfons au feptième Chant ,
où 1 Auteur s'adrelle aux amis , aux amans ,
aux poux. La peinture de l'amour & de
l'amitié doit prêter quelques graces & quelque
chaleur au pinceau le plus froid & le
moins agréable. Voici le morceau qui m'a paru
le plus digne d'être cité.
Enfin d'un nouveau fens qui manquoit à ten être ,
L'exploſion me frappe , & ton printemps va naître.
Déjà ta voix fe renfle , & ton coeur, ingénu
Trahit par tes foupirs un befoin inconnu .
Déjà près des objets qui charmoient ton enfance ,
Tu n'en cherches qu'un feul , & le reste t'offense.
Ton oeil plus vif pétille , & l'aimable pudeur
De ton front innocent empourpre la candeur .
Plus d'Univers pour toi : l'objet de ton ivreffe
T'en diftrait , le remplace , & feul il t'inté effe.
Non , le néant des biens qu'on pourfuit fillement ,
N'eft connu que du fage , & fur to ir de l'amant.
Ce feul trait à mes yeux t'ennoblit & t'élève.
Jufqu'à ton dernier jour puiffe durer ton rêve !
En eft- il d'auſſi doux ? le laurier orgueilleux
Kij
220 MERCURE
Ne vaut pas l'humble myrthe & compte moins d'heu
reux.
N'attends pas néanmoins un long tiffu de fêtes;
La grandeur a fon vuide & l'amour les tempêtes.
Si le Poëme étoit écrit fur ce ton, on pourroit
encore le lire , en y defirant plus de chaleur ,
plus de figures , des tableaux plus frappans.
Mais les endroits un peu poétiques font rares ;
& on reconnoît même dans celui - ci que l'Auteur
a été infpiré par Rouffeau de Genève. Je
ne prétends pas le blâmer d'avoir mis en vers
les penfées de cet Écrivain fi éloquent : il feroit
à fouhaiter même que les vers de l'un
fuffent auffi poétiques que la profe de l'autre.
" Comme le mugiffement de la mer précède
de loin la tempête , cette orageuſe révolution
s'annonce par le murmure des paffions
naillantes. Une fermentation fourde avertit
de l'approche du danger . Un changement dans
l'humeur , des emportemens fréquens , une
continuelle agitation d'efprit, rendent l'enfant
prefque indifciplinable. Il devient fourd à la
voix qui le rendoit docile : c'est un lion dans
fa fièvre ; il méconnoît fon guide ; il ne veut
plus être gouverné.
و د
Aux fignes moraux d'une humeur qui
s'altère , fe joignent des changemens fenfibles
dans la figure . Sa phyfionomie fe développe
& s'empreint d'un caractère, Le coton rare &
doux qui croît au bas de fes joues , brunit &
prend confiftance. Sa voix mue , ou plutôt il
la perd..... Ses yeux , ces organes de l'ame qui
DE FRANCE. 221
n'ont rien dit jufqu'ici , trouvent un langage
& de l'expreffion , un feu naiffant les anime...
Il fent déjà qu'ils peuvent trop dire , il commence
à favoir les baiffer & rougir ; il devient
fenfible avant de favoir ce qu'il fent.... Tout
cela peut venir lentement , & vous laiffer du
temps encore . Mais ..... fi près des objets qui
commencent à devenir dangereux pour lui ,
fon pouls s'élève & fon ceil s'enflamme , fi
la main d'une femme fe pofant fur la fienne ,
le fait friffonner , s'il fe trouble ou s'intimide
auprès d'elle , Ulyffe , ôfage Ulyffe ! prendsgarde
à toi ; les outres que tu fermois avec
tant de foin font ouverts ; les vents font dé
chaînés ; ne quitte plus un moment le gou
vernail. » Emile , Tome II , Liv . IV.
On ne peut douter qu'il n'y ait dans ce
Poëme quelques traits eftimables. Ce n'eft ni
la régularité du deflin , ni la jufteſſe des penfées
que l'on peut y defirer. L'Auteur a de la
méthode , il eſt dialecticien ; il paroît que
fes
études fe font portées principalement à diſcu
ter & à approfondir les devoirs de l'homme.
Rien de plus louable. Mais en poéfie l'expreffion
eft bien plus difficile à trouver que tout
le refte ; & c'eft fur- tour ce qui lui manque.
On l'a dit fouvent , on ne peut trop le répéter
; avec de l'efprit & de l'étude , on peur ,
par la réflexion , trouver l'ordonnance d'un
poëme & les penfées convenables au plan
qu'on s'eft tracé. Mais la réflexion n'apprend
point à les bien exprimer , c'eſt le don du
génie. Le favant Évêque d'Avranches a fou
K iij
222 MERCURE
"
"
cr
tenu que le plan de la Pucelle de Chapelain
eft admirable ; il a prétendu que toutes les
règles de l'Épopée y font exactement obfervées.
La feule barbarie du ftyle a rebuté le
Public. Il s'eft difpenfé d'examiner fi l'ordonnance
étoit régulière ou non. Jamais un Poëte
ne trouvera de Lecteurs s'il ne fait pas fe les
attacher par le charme de l'expreflion . « Il me
fuffira , dit l'Auteur dans la Préface , que
le Public n'ait pas deux torts à me reprocher
à-la- fois , celui d'Écrivain foible &
celui d'Écrivain indécent. Je peux me con
foler du premier ; mais je ne faurois me
pardonner le fecond. » Si la crainte de
l'Auteur me femble peu fondée d'un côté ,
il fe confole trop facilement de l'autre. Un
Écrivain qui enfeigne les bonnes moeurs ne
paífera jamais pour indécent. Mais un Poëte ,
confacrât-il fes vers à la Religion , peut être
foible & dur ; & c'eſt un malheur inconfo
lable en Littérature.
19
"3
""
ود
MES Promenades Champêtres , ou Poéfies
Paftorales , par M. J. B. Leclerc. A Paris ,
de l'Imprimerie de MONSIEUR , & fe trouve
chez Defenne , Libraire , au Palais Royal ,
près les Variétés , Nº. 216. 1 vol. in- 8 ° . fig.
THEOCRITE , Bion & Mofchus , chez les
Grecs , ont laiffé des Poéfies paftorales eftimées
. Virgile , chez les Latins , a compofé des
Bucoliques qui lui ont affigné le premier rang
dans ce genre. Racan , Ségrais , & fur-tout
DE FRANCE. 223
Mme Deshoulières , parmi nous , fe font dif
tingués par des Idylles qui ont confervé de la
réputation , Fontenelle a fait des Eglogues ;
mais fielles ont un caractère , ce n'eft certai
nement pas celui du genre Paftoral . Les Alle
mands , de nos jours , fe font fort exercés
dans ce genre ; le célèbre Gefner y a furpallé
tous fes rivaux , & fes Écrits font fi connus ,
qu'on eft difpenté d'en faire l'eloge . Il faut
fans doute attribuer le fuccès des Allemands
dans la Littérature Paftorale , à la nature du
fol qu'ils habitent , & fur- tout à leur ma
nière de vivre. Amis de la retraite , & s'il
lant par goût , ils doivent être plus fentibles
aux charmes de la campagne que les
François , qui , frivoles par tempérament , &
dipes par habitude , voient tout d'un air
diftrait , & s'occupent plutôt de jouir des objers
que de les oblerver . Ce n'eft point d'ail
leurs dans le tourbillon de notre Capitale ,
dins nos foupers à prétention , dans nos fallons
décorés à grands frais , qu'on peut étu
dier la Nature ; c'eft encore moins dans les
petites caricatures de nos jardins qu'on peut
retrouver l'image des grands tableaux qu'elle a
jetés fur la furface du globe . Quelques- uns de
nos Écrivains modernes femblent pourtant
connoître & apprécier les délices de la vie
paftorale. M. Léonard a marché avec honneur
fur les traces du Théoerite Allemand , &
M. Leclerc paroît digne d'obtenir un jour une
place diftinguée parmi les Auteurs Bucoliques.
Les Poéfies paftorales de celui- ci ont le ton qui
Kiv
224
MERCURE
convient à ce genre ; il a fu donner de l'aetion
à fes Poëmes : quelques- uns font ingénieux
, d'autres font touchans , & il a fouvent
atteint le but moral qu'il s'étoit propoſé. Avant
de juftifier cer éloge par des paffages extraits
de fon Livre , peut- être ne fera-t'il pas inutile
de haſarder quelques réflexions fur l'habitude
qu'on a priſe de faire des Poëmes en
profe.
La profe & les vers ont leur langage diftinct
& particulier. Faire des Poëmes en
profe , c'eft n'écrire ni en profe ni en vers.
Les anciens , nos maîtres & nos modèles dans
prefque tous les genres , n'ont point connu
celui- ci ; & s'il eût dû trouver une origine
faite pour le confacrer , ce ne pouvoit être
que fur le fol fécond de la Grèce , ou ſous le
beau ciel du Latium. Ne nous effrayons point
de l'autorité impofante dont on s'appuie déjà
en nous lifant. — Télémaque est écrit en
profe ; & qui n'envieroit point à Fenélon la
gloire d'avoir feulement écrit fon immortel
Ouvrage ? -Nous nous garderons bien de
renouveler contre lui les critiques dont il a
triomphé. Mais qui nous dira que Fenélon
eût écrit fon Poëme en vers auffi facilement
qu'il l'a écrit en profe ? Perfonne affurément.
S'il a pris ce dernier parti , c'eft donc parce
qu'il lui étoit impoffible de s'élever jufqu'à la
poéfie. Auffi , tel eft l'avantage que Corneille ,
Racine , Boileau , La Fontaine , Voltaire ont
fur Fenélon , qu'on lit ce dernier , & qu'on récite
tous les jours les vers de ces grands Poëtes.
DE FRANCE. 225
La profe poétique eft née de l'impuiffance &
de la pareffe de faire des vers , en vain voudroit-
on le nier. En effet, il eft plus aifé &
plus commode de s'affranchir di joug de la
rime , des loix de l'harmonie & de la gêne du
rhythme poétique , pour ufurper le nom de
Poëte auprès de quelques perfonnes , que de
le mériter en fe foumettant aux règles de la
poésie. Il eſt inutile de rappeler le procès que
La Motte a foutenu avec fi peu d'avantage
contre tous les Poëtes de fon temps : il eut la
mal-adreffe de traduire Racine en profe , &
le procès fut jugé. On vit dès-lors la différence
qui exifte entre un Poëte & un Verfificateur ,
entre un homme de génie & un homme d'ef
prit , & on fentit bien que fi La Motte avoit
été capable d'écrire dans le ftyle de Racine
la première Scène de Mithridate , il fe fût bien
gardé de la traveftir en profe. On connoît le
mot de Voltaire fur Inès.
Les bornes d'un article ne nous permettant
pas de nous étendre fur un point qui mériteroit
une longue difcuffion , hâtons - nous de
revenir à M. Leclerc , & de prouver ce que
nous avons dit plus haut de fes difpofitions au
talent.
En lifant la Préface de fon Livre , on voit
que c'eft le coup d'effai de l'Auteur , & l'on
ne fauroit trop applaudir aux vues dans lefquelles
il l'a compofé.
" Je te falue, à mon premier né ! puiffes-
» tu vivre quelques jours pour le bonheur
de ton père ! mais apprends à quel prix je
*
Kv
226 MERCURE
"
و د
و د
ور
» chérirai ton exiſtence . Si la jeune fille peut
» te lire fans danger ; fi l'amant , abfent de
fa maîtreffe , te choifit pour confolateur ;
fi l'homme oifif te doit quelques inftans de
plaifir ; fi l'homme fenfé peut te prendre
» un quart- d'heure , & que ce moment ne
foit pas perdu pour la bienfaiſance , vis !
» Mais fi tu ne remplis aucune de ces obligations
, fi tu dois attirer fur ma tête les
» ennuis & les dégoûts qui afliègent les Litté-
» rateurs ; fi l'envie s'arme contre toi , ou fi,
» pour comble d'horreur , ce vil ſentiment
pouvoit jamais fe faire jour dans mon ame ,
» meurs à l'inftant , & replonge - moi dans
» l'oubli. »
"
و د
Il y a de la candeur & de l'honnêteté dans.
ce début ; les Poëmes qui le fuivent y répondent.
Celui qui a pour titre : l'Heureufe journée
, offre des détails intéreffans ; le ftyle en
eft élégant , harmonieux. Le dialogue entre
Philis & Chloé nous a paru mériter aufli des
éloges ; mais nous avons fur - tout diftingué le
Poëme intitulé : La Bienfaifance. L'Auteur
fuppofe que le vieux Palémon a donné la plus
grande partie de fes immenfes poffeffions à
fes voifins , felon que les malheurs , la pauvreté
ou une nombreufe famille , ont rendu
leurs befoins plus preffans.
" Un matin , en parcourant fon petit domaine
, il s'apperçoit que la terre , delféchée
par les rayons du foleil , attend qu'une
» luie favorable Paide à mûrir fes produc-
» tions : une longue expérience lui avoit ap-
33
DE FRANCE. 227
93
pris à prévoir de loin les diverſes vicili-
" tudes du temps. Il tourna fes regards autour
و د
ود
de lui , obferva l'horifon d'un oeil attentif,
» & vit avec joie que la terre touchoit au
» moment d'être defaltérée. Une longue
chaîne de nuages s'étendoit dans le loin-
» tain de l'Orient au Midi ; un vent léger ,
précurfeur de l'orage , commençoit à s'éle-
» ver ; l'éclair encore éloigné brilloit dans
la nue obfcure ; enfin la contrée étoit menacée
de la plus horrible tempête. »
"
30
Ce tableau eft bien fait & bien écrit on
n'y voit qu'une tache légère. Tourner autour
eft une redondance défagréable , & même à
la rigueur , un pléonafme ; l'Auteur pouvoit
dire plus noblement : Il promena fes regards
autour de lui.
7
Palémon cherche à prévenir les dégâts que
la tempête peut caufer ; tandis qu'il s'en occupe
, il entend les foupirs d'un jeunehomme ,
& partage déjà fes chagrins. C'eft Alexis ,
amant de Chloe , qui attend fa maîtreffe avec
impatience , & qui craint qu'elle n'ait pas
obtenu de fon père un confentement dont
dépend leur bonheur. En effet , Chloé arrive
& confirme les triftes preffentimens de fon
bien aimé. Il faut lire dans l'Auteur l'entretien
des deux Amans , il eft plein de naïveté & du
plus grand intérêt . Palémon entreprend de
les confoler ; il fait que le père de Chloé favorife
Amintas , jeune Berger , qui l'a aidé
dans fa détreife , & qu'en reconnoiffance il
lui a promis la main de fa fille ; mais Palémon
Kvj
228
MERCURE
a été long - temps ami de Lamon , père de
Chloé , il veut lui parler en faveur d'Alexis ;
il part en s'appuyant doucement fur la Bergère,
après avoir forcé les amans d'accepter le
bien qui lui refte , pour fervir a leur établiſſement.
29
D
ac.
Cependant les nuages s'étendoient de
plus en plus , & commençoient à voiler le
foleil ; le vent croiffoit ; plufieurs coups de
tonnerre s'étoient fait entendre . Bientôt
une nuit affreufe effaça la clarté du jour ;
» les éclairs réitérés fe mélèrent aux ténèbres.
Le bruit des arbres tourmentés par
les vents , fe joignit au murmure de la
» grêle & au mugiffement des caſcades effrayantes
qui fe précipitoient le long des
collines , & laiffoient après elles de longues
traces de deftruction. Enfin la foudre frappa
des coups redoublés ; la chaumière de Palémon
fut entièrement renversée , les arbres
de fon verger arrachés , brifés & em-
» portés loin de leur fouche ; une partie des
terres fut même entraînée par la fureur.
des torrens accumulés ; en un mot , ce fé-
∞ jour fi riant , fi fertile , n'étoit plus qu'un
trifte amas. de débris. Jamais deftruction
ne fut plus complette.
P
·20
Palémon gagnoit Lamon en donnant ce
qu'il n'avoit plus: tous les Bergers , qui avoient
connoiffance de fon malheur , le plaignoient
à l'envi , s'occupoient des moyens de lui prouver
leur reconnoiffance. A la nouvelle de fon
défafre , Lamon veut reprendre la parole ;
DE FRANCE. 229
Alexis , Chloé , Palémon font au déſeſpoir ;
Amintas , témoin de leur douleur , n'écoute
que fa fenfibilité; & fe jetant aux pieds de
Palémon :
ور
3
« O mon père , lui dit il avec tranfport,
» tu ne peux déformais refufer ma chau-
» mière & mes troupeaux ; je remporte fur
» moi la victoire la plus cruelle.....Que ton
» bonheur en foit la récompenfe ! En ache-
» vant ces mots , il alla prendre Alexis par
la main , & l'unit lui- même à Chloé. Vi-
» vez heureux , leur dit- il , que rien ne mette
» obſtacle aux projets de la matinée. Vivez
» avec Palémon , embelliffez fes vieux jours,
» & pardonnez- moi , s'il fe peut , les maux
» que vous a faits mon amour. »
ور
On voit que la marche de ce petit Poëme
eft intéreffante , & que l'Auteur a fu l'embellir
de tous les détails naturellement attachés
à fon fujet. Nous pourrions faire d'autres
citations ; mais elles nous meneroient
trop loin. Nous renvoyons nos Lecteurs à
POuvrage même , en les invitant à s'arrêter
fur la fin du siècle Paftoral, un des meil
leurs Poëmes de l'Auteur.
Que M. Leclerc devienne plus difficile fur
le choix de quelques- uns de fes fujets , qu'il
évite fur- tout de reffembler à ces peintres
qui , au lieu de compofer des tableaux , fe contentent
d'une légèreefquiffe ou d'une ébauche
imparfaite. Quelques unes de fes promenades
ont ce défaut. Qu'il foigne fa verification ; elle
eft prefque toujours négligée , verbeuſe &
230
MERCURE
fans couleur. Qu'il ne faffe point rimer étoile
avec belle ,préférer avec aimer; ces mots ne riment
ni à l'oeil ni à l'oreille. Nous l'engageons
enfinà s'exercer avec conftance dans l'art d'écrire
en vers, & àne pas fe bornerau mérite d'écri
re en profe harmonieufe , principalement lorf
qu'il voudra nommer Poefies fes productions
paſtorales. Encore une fois , la proſe a un
langage qui diffère abfolument de celui des
vers ; Boffuet & J. J. Rouffeau n'ont point
écrit ni dû écrire comme Corneille , Racine
& Boileau. C'eft de la confufion des genres
que font nés les abus qui dégradent , aujourd'hui
notre Littérature.
( Cet Article eft de M. de Charnois. )
SPECTACLES.
ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE.
1
On a rendu compte dans ce Journal du
fujet de la Tofon d'Or , Tragédie lyrique ,
dont les repréfentations fe continuent avec
fuccès. On a donné à l'Auteur du Poëme ,
les éloges que méritent plufieurs morceaux
de fon Ouvrage , on lui a fait aufli quelques
jufles reproches , & fi nous y revenons ici ,
c'eft qu'ayant à parler de la Mufique , nous
fommes obligés de faire connoitre les cauſes
DE FRANCE.
231
qui en ont rendu quelques endroits défectueux.
-
.
,
C'eft fur tout contre la vraisemblance ,
contre la marche & les effets du Théâtre
que péche l'Auteur de ce Poëme. D'abord
il ne donne point à Médée le caractère qu'elle
avoit à cette époque. Diodore de Sicile nous
la peint comme une jeune perfonne extrêmement
fenfible , mais douce & humaine , &
n'employant l'art des enchantemens qu'Hécate
, fa mère, lui avoit appris , qu'à prévenir
ou à réparer les maux que faifoient aux
Étrangers fon père Aëtes & fa foeur Circé.
Il eft vrai que dans la fuite , fon ame , fans
ceffe agitée & peut- être aigrie par l'infortune
, pourfuivie par la calomnie , mais foutenue
par l'impétuofité de fes paffions , &
par la confcience de fes propres forces , -
montra un caractère plus décidé , plus grand ;
& quoiqu'elle n'ait point été coupable de
tous les crimes dont on l'accufe , ( comme
nous aurons occafion de le prouver un
jour dans une differtation dont Médée
fera l'objet ) il eft probable qu'elle ne conferva
pas le caractère d'innocence qu'elle
avoit alors . M. Dériaux nous la préfente déjà
comme une furie , comme une femme atroce
à qui les crimes ne coûtent plus rien ;
telle enfin qu'Euripide a voulu la peindre à
l'époque où il lui attribue le meurtre de fes
enfans. Mais Euripide étoit payé pour cette
calomnie, & M. Dériaux ne gagne rien à donner
ce caractère à fa Médée. Il eft vrai qu'ayant
232 MERCURE
1
introduit dans fon action, à l'imitation de J. B.
Rouffeau, une Hypfipyle, ( qu'il appelle Hipfiphile
, on ne fait pourquoi ) il a voulu oppofer
la fureur de l'une à la douce naïveté
de l'autre ; mais il n'a pas pris garde que de ce
changement de caractère naiffoit une foule
d'invraiffemblances. Comment Médée peutelle
fe déclarer ouvertement pour Jaſon ,
avouer tout haut qu'elle veut l'époufer , favorifer
fans retenue la conquête de la Toifon ,
tandis que tout le monde fait , qu'elle avoue
elle-même que la vie & le Trône de fon père
font attachés à cette conquête ? Comment
Aëtes , Prince barbare & cruel , qui ne peut
igorer ce que fa fille entreprend contre lui ,
la laiffe - t- il en liberté ? Comment Médée .
affez féroce pour poignarder fa rivale entre les
bras de fon amant , pourra- t- elle l'épouſer
enfuite , & remplir les deftins qui lui font
annoncés ? On pourroit demander auffi comment
Jafon & les Argonautes trouvent le
moyen de s'enfuir de la Colchide , après que
Médée a fait brûler leurs vaiffeaux ? Comment
les Argonautes , qui font tous Princes , & au
moins auffi diftingués que Jafon , peuvent appeler
Hypfipyle leur Reine ? Jafon étoit le
Chef de l'entrepriſe ; mais il ne régnoit ni
fur les Argonautes ni fur perfonne. Qu'eftce
que cette Sybille introduite au 3º Acte ,
à l'exemple de Rouffeau , pour faire à Médée
des predictions qui ne s'accompliffent point ?
Les Sybilles , s'il y en a eu plufieurs , étoient
des perfonnages très - fubalternes , quoique
e
DE FRANCE.
233
l'Auteur donne à celle - ci le titre de Déeffe.
Médée , par ſa naiffance & par les pouvoirs
de fon art , leur étoit infiniment fupérieure ,
& n'auroit pas daigné les confulter.
Difons un mot du caractère de Jafon : il
eft difficile de le concevoir. Il dit des douceurs
à Médée; il en dit enfuite à Hypfipyle :
jufques -là , ce n'eft qu'un ainant perfide
& on le comprend très- bien ; mais dès qu'il
a revu cette Hypfipyle qu'il avoit fi légèrement
abandonnée , il revient à elle ; quitte
le máfque qu'il a pris pour tromper Médée ,
& en obtenir des fecours ; & quoiqu'il fache
bien que fans ces fecours , il ne peut achever
fon entrepriſe , il la brave ouvertement
même avant d'avoir à s'en plaindre Ce qu'il
y a de plus extraordinaire , c'eft que les Argonautes,
quine font point amoureux comme
lui d'Hypfipyle , qui n'ignorent pas que fans
Médée ils ne peuvent s'emparer de la Toifon
feul but de leur voyage , & qu'au contraire
ils y trouveront la mort infultent néanmoins
Médée en face , & prennent parti
contre elle pour Hypfipyle.
>
Parlons maintenant de la Mufique. Ce
que nous venons de dire du caractère de
Jafon , doit juftifier le Compofiteur d'avoir
-rendu ce rôle fi froid , fi langoureux , fi infignifiant.
Il a , au premier acte , des fadeurs à
chanter à Médée ; il en a de femblables ,
& dans une fituation pareille , à chanter enfuite
à Hypfipyle , & tout le talent de M.
Lays n'a pu fauver la monotonie de ces
234
MERCURE
deux airs. Que lui refte - t - il enfuite ? Un
invocation à la gloire S morceau entière
ment détaché de l'action , qui la rallentit ,
la refroidit , & par - la , manque tout fon
effer. Ce morceau feroit bien de la part
du Muficien , s'il étoit mieux place par le Poëte.
Une autre caufe du peu d'effet de ce rôle ,
c eft que le Compofiteur n'a pas allez confideré
l'étendue de la voix de M. Lays , qu'il
l'a traitée en baffe -taille véritable , & lui a
néanmoins donné des agrémens , des pallages
incompatibles avec ce genre de voix , avec
les cordes - baffes qu'il a employées . Il y a
quelques- uns de ces agrémens très - mal placés
, même à l'égard des paroles , comme
dans ce vers : Oubliez que je fus l'objet de
vos amours ; allurément le fentiment qui
fait prononcer ce vers à Jafon , doit fe refufer
à toute efpèce d'ornement.
Le rôle de Médée eft infiniment plus .
foigné de la part de M. Vogel. S'il eft tou
jours furieux & s'il en refulte de la mo
notonie , c'est moins fa faute que celle du
Poëme , & dans ces accès d'une fureur égale ,
il a fu jeter de la variété d'expreffion. L'air :
Ah! ne meparlez plus d'amour & d'espérance,
au troifiéme Acte , eft un chef- d'oeuvre. Le
défaut de ce rôle eft d'être en général écrit
trop haut. L'adreffe , la force , le grand talent
de Mlle Maillard fait difparoître en partie
la fatigue qu'il doit lui caufer , mais cette
fatigue n'en eft pas moins réelle. Il eft probable
que M. Vogel a lui - même fenti ce
DE FRANCE. 23
vice , & que dans un fecond Ouvrage il s'en
corrigera.
و
Le rôle d'Hypfipyle , chanté par Mlle
Dozon , de la manière la plus fenfible & la
plus intéreffante ; a toute la grace dont il
étoit fufceptible. Le premier air hélas !
à peine un rayon d'espérance , eft d'un trèsjoli
chant. Si celui qui termine la ſcène , -
Grands Dieux! pour une infortunée , n'est pas
d'un effet auffi grand , quoiqu'il ait plus de
prétention , c'eft que l'Auteur en a trop
varié les mouvemens , fans aucune rafon.
Après cette exclamation , Grands Dieux ! fur
un mouvement adagio , il prend un motif
allegro , en continuant le vers , pour une infortunee,
& tout de fuite il preffe & prend
le prefio fur le vers fuivant , peut- on avoir
tant de rigeurs. Pourquoi ce changement ?
L'expreflion ne l'indique pas . Il faut laiffer
ces petits moyens à ceux qui n'ont pas d'autre
reffource , & M. Vogel n'en a pas befoin.
Ses Symphonies en général font très bien ,
excepté l'ouverture , qui eft monotone , en ce
que les modulations mineures , & fur-tour
les paffages de tierce diminuée ( employés
comme mélodie ) y font trop prodigués . C'eft
en général le défaut de M. Vogel , c'eft celui
de tous les jeunes Compofiteurs , fur- tout
quand ils ont de l'ame & de la fenfibilité .
Dans la crainte de ne pas exprimer affez ,
ils veulent tout exprimer , & abufent des
imoyens d'expreffion . Prefque toutes les modulations
de cet Ouvrage font mineures ;
236 MERCURE
>
>
les accords bizarres , les tranfitions d'harmonie
les plus recherchées , y font répandues
à pleines mains. Il n'y a peut- être pas une
mefure où l'Auteur n'ait eu une intention .
Il en résulte de la fatigue de l'ennui
même. C'eſt , à la vérité , l'excès du talent
mais enfin c'eft un excès & par.conféquent
un défaut. Il faut que l'imagination d'un
Compofiteur fe repofe quelquefois , pour
laiffer repofer l'attention des Auditeurs. Il
faut dans un tableau des clairs , des ombres ,
des parties facrifiées , aux maffes principales.
Le trio du fecond Acte , accompagné du
choeur , lorfque Médée affaffine Hypfipyle ,
eft plein de chaleur , & fait de l'effet. Il en
feroit beaucoup davantage fi la fituation
étoit fupportable. Cette même caufe influe
infiniment fur la marche funèbre qui fuit.
Elle eft fort belle , & feroit fort applaudie ,
fi l'on pouvoit applaudir à l'inftant où l'on
eft révolté. Ceux qui fe plaifent à chercher
des reffemblances , pourroient en trouver
une dans ce choeur funèbre , & celui d'un
autre Ouvrage que M. Vogel ne s'eft pourtant
pas propofe d'imiter ; mais nous nous
garderons d'adopter un genre de critique
que nous défapprouverons toujours dans les
autres.
Nous parlerons feulement d'une imitation
plus importante en cequ'elle eft plus générale.
Tout le monde a fenti que M. Vogel cherche
à imiter la manière de M. Gluck . Pourquoi
voudroit-il imiter ? Pourquoi fe traîner
DE FRANCE. 237
fervilement fur les pas d'un autre , quand on
peut marcher tout feul ? On ne fe fait jamais
remarquer que par un talent original ; les
imitateurs rampent dans la foule , & M.
Vogel n'eft pas fait pour y refter. La manière
de M. Gluck lui fied ; elle fieroit mal
à tout autre. Qu'on fe pénètre des fentimens
qui animent M. Gluck quand il compoſe ;
qu'on s'attache comme lui à donner du mouvement
à l'action dramatique , à la bonne
heure. Mais pourquoi prendre fes tournures
de chant , ces phrafes entières ? Est - ce là
imiter ? C'eft copier.
M. Vogel annonce du génie ; il donne les
efpérances d'un grand talent ; il faut que ce
talent foit à lui , & ne foit pas celui d'un
autre. Il eft bon de l'avertir qu'il n'a pas
réuffi dans cette imitation ; qu'il a pris en
effet quelques phrafes de M. Gluck , mais
que fa manière n'eft pas la même ; qu'il n'eft
bon que quand il eft lui : quand il imite
ou plutôt quand il copie , il eft médiocre
ou mauvais ; & les chants que la nature lui
a dictés , font beaucoup meilleurs que cetix
qu'il a trouvés dans fa mémoire.
Si M. Vogel étoit un homme fait , & dont
les défauts fuffent fans remède , ou fi cette
première production étoit médiocre & foible,
& qu'elle ne donnât pas l'efpoir d'une plus
grande perfection , nous croirions lui devoir
de l'indulgence ; mais avec le talent qu'il
annonce , cette indulgence feroit nuifible &
déshonorante , il auroit raifon de la dédai238
MERCURE
gner. Nous convenons avec plaifir que dans
cet Ouvrage la fomme des beautés l'emporte
fur celle des défauts ; qu'aucun jeune Artiſte
ne s'eft préſenté dans la carrière d'une manière
autli diftinguée ; c'eſt à lui de foutenir
par de nouveaux efforts la bonne opinion
que fon premier Ouvrage a donné de lui.
Mlle Kofe , Élève de M. Veftris , a débuté
le Mardi dans Armide , & le Vendredi fuivant
dans le Ballet de la Chercheufe d'Efprit.
Sa manière de danfer , remplie de graces & de
nobleffe , lui a mérité les plus gtands applaudiffemens.
(Cet Article eft du Rédacteur ordinaire.)
ANNONCES ET NOTICES.
Le Cabinet des Fées , ou Collection choiße des
Contes des Fées & autres Contes merveilleux , ornés
de figures , feizième Livraiſon , Tom‹ s XXXI &
XXXIV , contenant Favertine , nouveaux Contes
des Fées, le Loup galleux , les soirées Bretonnes , par
Geulette , les contes de Mme de Lintot , Zéloïde &
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avons annoncé avec des éloges qui ont été confirmés
par le Public . L'Auteur a fu fe donner une
allure originale dans un fentier très - battu ; il fait
réunir & faire teffortir , les uns par les autres , lés
feurs de l'imagination & les fruits de la morale .
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semblé d'honneurs & des bienfaits du Roi , pour
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les envois pour la Province.
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TABLE.
1
VERS ERS fur la Mort du grand __phe ,
Frédéric,
193 Voyage en Italie , &c.
Impromptu furla Mort du Roi Les Mours , Poëme ,
de Pruffe,
199
199
215
194 Mes Promenades Champêtres ,
Sur le Paratonnerre de l'Académie
de Dijon ,
Romance,
222
ibid. Académie Roy. de Mufiq . 130
195 Annonces & Notices , 238
Charade, Enigme & Logogry- \
APPROBATION.
J'AI lu , par ordre de Mgr. le Garde- des - Sceaux , le
Mercure de France , pour le Samedi 30 Sept. 1786. Je n'y
ai rien trouvé qui puiffe en empêcher l'impreffion. A
Paris , le 29 Sept. 1786 , GUIDI.
ARRT S.
Arrêt de la Cour de Pare
ment , qui fait défenfes à toutes
perlonnes , de que que qualité
& condition qu'elles puiffent
A Paris , chez Buifon L.
rue des Poitevins , Numero 13 .
Principe de la langue frangoife
; par M. Barbier : in- 4°.
A Douay , chez l'Auteur.
Sentiment d'une aine péni- être , de s'affembler & de s'atsente
revenue des erreurs de là
philofophi moderne ; par M. de
Beffombes de S. Geniès : in 12.
A Montauban .
2
Tableau analytique & fynthéique
de la langue françoife :
en quatre placards.
A Paris , chez l'Auteur , rue
Neuve S. Auguftin , Numéro 25.
AVIS.
·
notamment
trouper dans l'étendue de la Juf
tice de Montpip- au & des Juf
tices y réunies , les jours de fètes
de patroa , ni dans aucun
autre temps de l'année , & fous
aucun prétexte
fous celui de urer que que prix,
& à tous ceux qui n'en ont pas
le droit , de porter aucunes ar
mes; fait pareillement défenfes
Théophile Barrois le jeune , aux cabaretiers de propofer lef
Libraire , quai des Auguftins , dits prix ; comme auffi de donner
Numéro 18 , vient de recevoir de là jouer chez eux à aucuns jeux,
Londres les Livres fuivans : de quelqu'efpece qu'ils purent
A narrative of the death of être, & aux marchands d'etaler
captain James Cook , to which , & vendre leurs marchandifes
are added fome particulars , coneerning
his life and character
and obfervations refpecting the
introduction of the venereal difeafe
into the Sandwich Iflands,
by David Samwel , furgeon of
the difcovery. London , 1786 ,
inn-4°. br . 2 liv. 8 fols.
A differtation on the fexes of
plants, tranflated from the latin
of Linnaeus , by James Edward
Smith. London , 1786 , in-8°.
br. 3 liv. 12 fols
A ferious and freindly addreff
to the public , on the dangerous
confequences of neglecting com
mon coughs and colds fo frequent
, by a Gentleman of the
faculty. London , in- 89 . br . 2 liv.
8 fols.
The London medical journal
for 1786 , vol . VII , part . I &
II: in-8°.
dans lefdites Paroiffes les jour
de Dimanches ou de Fêtes $
fait defenfes en outre ausdite
cabaretiers de donner à beire
les Dimanches & Fêtes aux
heures du fervice divin , & en
tout temps après huit heures du
foir en hiver , & neuf heures
du foir en été , le tout fous les
peines portées par ledit Arrêt ;
du 24 Juillet 1786.
A Paris , chez P. G. Simon
& N. H. Nyon , Impr. du Parl.
rue Mignon S. André-des- Arcs.
Déclaration du Roi , concernant
les Leconftitutions des
rentes ; donnée à Versailles le
23 Février 1786 , regiftrée en
Parlement le 19 Mai fuivant.
A Paris , chez les mêmes.
Déclaration du Roi , qui ordonne
la continuation de la perception
de trente fols par muid
The prefent practice offurgery de vin entrant dans la ville &
containing the defcription , cau- fauxbourgs de Paris , pendant
fes and treatment of each com- Ax années , à commencer du
plaint , together with the moft Janvier 1787 ; en faveur de l'Haapproved
methods of operating , tel - Dieu & de l'Hopital - Géné
by R. Vhite. Bury S. Edmund's, ral ; donnée à Ve failles le r
1786 , in-8°. br. 8 liv.
Juillet 1786 , regiftrée en Pa
ement le premier Août fuivant. A Paris , chez les mêmesi
A Paris , chez les mêïnes. Leures - Patentes du Roi
Déclaration du Roi , portant concernant la réciprocité à étaprorogation
, pendant trois années, biir entre la France & la Prim
des drons d'octrois accordés à cipauté de Neufchâtel & Val-
' Hôpital-General , & à celui des langin , par rapport à la jurif-
Enfaus trouvés de la ville de prudence des faillites ; données
Paris ; donnée à Verfailles le à Veriailles le 30 Juin 1786 »
13 Juillet 1986 , regiftree enregistrées en Parlement le
Parlement le Août fuivant. Août fuivant.
A Paris , chez les mêmes . A Paris , chez les mêmes.
Déclaration du Roi , concer. Leures Patentes du Roi , r6-
nant les baux à cens dans le ref- latives aux réconttitutions des
fort de la contume de Lorris- rentes ; données à Vertailies le
Montargis ; donnée à Verſailles 19 Juillet 1986 , regiſtrées en
le 14 Juillet 1786 , registrée en Parlement le 4 Août luivant,
Paiement le « Aoûs fuivant. A Paris , chez les mémesi
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shez PR.-D. PIERRES , premier imprimeur Ordistire as Kot,
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On svane en tout temps , à Paris , Hôtel de
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de trente livres, & pour la Province , port franca
trente-deux livres , que l'on remettra à la Pofte,
en affranchiſſant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inférer le reçu as
Directeur des Poftes.
"
Meffieurs les Soufcripteurs du mois d'Octobre
font priés de renouveler au plus tôt leur abonnement,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leurs adrefes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & quali
tés d'une écriture lifible , & affranchir les lettres}
azs quoi elles ne feront point reques.
MERCURE
DE FRANCE .
( No. 36. )
SAMEDI 9 SEPTEMBRE 186.
SEPTEMBRE a 30 jours & la Lure 29. Du 1 au 3 les jours
décroiffent de 51' 26" le matin , & de 51' 24" le foir.
Jours
du
mois.
Noms des Saints.
Temps moyen
ou
Phafes
de la
Lune, Midi vrai.
Vend. S. Leu , Evêq , de Sens.
2 Sam. S. Lazard , reffufcité.
343. D.S Grégoire - le - Grand.
Lund. S. Marcel , Martyr.
Mant . S. Artorin , Martyr.
6 Merc. S. Onéfipe.
9
Jeudi . S. Cloud , Prêtre..
Vend. a Nativité de la Vierge .
8am. S. Omner , Evêque.
1014. .S. Nicolas de Telentin.
1: Lund S, Patient , Evêque.
Mard S. Sedat , Evêque.
Merc. S. Maurille , Evêque.
Jeudi. L'Exaltat. Ste . Croix.
Vend. S. Nicomede.
72
33
14
15
16 Sam. S. Cyprien , Evêque.
1715. D. S. Famberr, Evêque.
18 Lund S. Jean-Chrifoftome.
19dard S. Janvier.
20
22
23
Merc. S. Ertache.
21 Jeudi S. Mathieu , Apôtre.
Vend . S. Maurice.
Sam. Ste Thecie , Vierge.
16. D. S, Andoche , Prêtre.
Lund S. Firmin , E &que.
26 Mard. Ste Juftine , Vierge.
24
25
27
Mere. S. Come & S. Damien.
28 Jendi. S. Ceran , Evêque.
Vend. S. Michel , Archange.
Sam . S. Jerome , Prêtre.
29
30
11h. 59 ' 41"
YI 59 22
IX 59
II 53 43
11 53 24
11 58
OP. L.E
4
57 44
le 8 à 71 57 24
h 50 m11 57 3
dumatin. 11 56 43
TE 56 23
IX 56 1
11
CD.0 I
55 40
15 19
le 14 à 11 54 53
h. 19 m.
du foir,
II 54 37
11 54 16
31 53 55
11 53 35
Q. T. 71 53 14
N. L.TT 52 53
PAutomne 22 à 2011 52 32
h. 43 m.11
du matin. 1
52 11
51
71 51
11 51
43731
31
TO
11 50
50
P.Q11 50
31
le 30 31X 50 II
h. e 111 21 49 53
du fois.
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Abrégé de la vie de Jeanne de
Cambly: in 12.
La mort généreufe du Prince
Léopold de Brunswick , poëme
élégiaque ; par M. Texiei de la
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'hiftoire de France , à l'ufage
de la jeuneffe; par M. Vetour :
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Lettre à MM. Blanchard &
Chevalier de l'Efpinay , fur leur
voyage aérien , fait à Lille le
25 Août 1785.
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, traduites de l'anglois ; par
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Traverfière S. Honoré , hôtel de
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dans l'état de fante & de
maladie ; ouvrage couronné par
l'Académie de Lyon , daus lequel
on traite de l'électricité de
l'atmosphère , ce fon influence
& de les effets fur l'éconorale
animale , des vertus médicales
de l'électricité , des découvertes
modernes & des differentts
méthodes d'électrifation avec
un grand nombre de figures en
tail e douce ; par M. l'Abbé
Bertholon , Profeffeur de Phy
fique expérimentale des Etatsgénéraux
de Languedoc ; ncavelle
édition : 2 volumes in- 8 °.
br. to 1 .
>
Calculs préfentant l'intérêt
des fonds depuis demi jufqu'à
quinze pour cent par mois
jour & an ; par M. Louis :
in - 8°. br. 2 1,
>
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 17 Août.
Andis le payſan Norwegien eſt ab-
Tfolument libre , le paylan Danois foumis
au même Souverain refté encore écrasé
par des corvées feigneuriales , & par les devoirs
de la fervitude de la glebe. En 1702
Fredéric IV les affranchit ; mais cette
fage Ordonnance fut bientôt atténuée , &
rendue inutile par divers Réglemens poftérieurs.
Plufieurs fois on a préfenté au Gouvernement
des Mémoires à ce fujet ; enfin le
Roi vient de nommer une Commiſſion de
neuf perfonnes , chargées d'examiner l'état
des payfans. Elle fera fon rapport au Confeil
qui décidera des changemens à opérer
dans cette branche de légiflation .
Le Prince royal de Danemarck fait voya
ger en Allemagne & dans la Suiffe le Pro
feffeur Sevel , pour y examiner les meilleurs
No. 35 , 2 Septembre 1786.
a
( 2 )
établiſſemens d'éducation . Au retour de ce
Savant , que le Prince a chargé de lui rendre
compte tous les mois de fes obfervations
, on travaillera à réformer les inftitutions
publiques en Danemarck .
La conftruction des navires eft un des
grands objets d'induftrie dans la Poméranie.
Les habitans de cette Province viennent
d'ajouter à ce travail celui de la fabrication
des ancres à Stettin . D'après les épreuves ,
cette fabrique , ainfi que les forges de Memel
& de Koenigsberg , fourniffent d'auffi
bonnes ancres que ceux que l'on tiroit du
Nord.
Le commerce de Pétersbourg eft plus
actif que jamais ; 550 bâtimens y font arri
vés dans la premiere moitié de cette année.
La douane à fait au mois de Juin une recette
de 300,000 roubles .
a
Le fieur Wartenbourg , Confeiller de Juftice
à Oldenbourg , âgé de 84 ans , compte
une poftérité de 135 individus , dont 95
font encore actuellement vivans.
Suivant un Journal de Commerce , que nous
avons cité plus d'une fois , l'on fabrique par
an en Chine 40 , ooo pieces d'étoffes. En 1744 ,
on y a trouvé , d'après les déclarations , 778,000
liv. pefant de foie écrue , 551,295 liv. pefant
de foie filée en liv. , 24,000 idem en paquet ,
100,230 idem de filofelle en liv . , 2,574 idem en
paquet , & 6,340 idem , tant de foie écrue que
filée.
Le commerce principal de la Province de
Tobolsk , en Sibérie , confifte en pelleteries &
·( 3 )
fuif. Quelques Négocians font auffi un commerce
allez confidérable de grains . Les principales
affaires ont lieu aux quatre Foires de l'année.
Celle qui fe tient à Irbit eft la plus fréquentée .
Les Négocians de l'intérieur de la Ruffie y apportent
toutes les marchandifes d'Europe ; ceux
d'Aftracan , d'Orenbourg , de la Bucharie & de
la Perfe , celles de l'Inde & de la Perfe ; & ceux
de la Sibérie , les pelleteries & les marchandifes
de Chine. La valeur des marchanaifes qui
y font échangées , fait un objet de plus d'un
million & demi de roubles . La feconde Foire eft
celle de Jenitfeisk ; on y apporte à - peu - près les
mêmes marchandifes qu'à la précéder te . La
troifième est celle de Kiachta , Place de commerce
fur les frontieres de la Chine . Les Ruffes
les Chinois , les Mongols & les Buchares la fréquentent.
Les Ruffes y échangent contre des
marchandifes d'Europe , celles d'Afie , & fur- tout
du thé , de la foie , des étoffes de foie , de coton
&c. On fait monter la valeur des échanges
à plus de deux millions de roubles .
"
La quatrième Foire fe tient à Berofof. Les Né.
gocians de la Sibérie , les Oft aques & les Samoyedes
s'y rendent. Les Sauvages y apportent
toutes fortes de pelleteries , & les troquent contre
de la farine , de l'eau-de - vie , du tabac , dos
uftenfiles de cuifine , &c.
Le Duc regnant de Mecklenbourg-
Schwerin a chargé le Comte de Schmettau ,
ancien Major de Brigade , au fervice de
Pruffe , de lever & de rédiger une carte topographique
, économique & militaire du
Duché de Mecklenbourg Schwerin . Le
même Auteur exécura , ily a quelques ana
2
( 4 )
nées , un pareil ouvrage pour le Duché de
Mecklenbourg-Strelitz.
DE VIENNE , le 16 Août .
Durant fon voyage , l'Empereur a reffenti
quelques atteinres de rhumatifme qui , cependant
n'ont point ralenti fa route . Le Général
Brown, qui l'accompagne , n'a pas été
exempt de cette incommodité , qu'on attribue
à l'extrême humidité de l'air , entretenue
par des pluies prefque continuelles. Les dernieres
nouvelles qu'on a reçues de S. M. I.
étoient datées de Lemberg en Gallicie.
Le 1 de ce mois , le Corps d'Artillerie en
garnifon dans cette Capitale , s'eft rendu au
camp de Simering pour y faire fes manoeuvres
. Les troupes qui formeront le camp
de Minkindorf font actuellement en marche.
Le Comte de Hazfeld , Miniftre des Finances
, eft tombé dangereufement malade ,
ainfi que le Prince de Lichtenſtein .
La femme d'un Marchand de cette ville ,
nommé Lakenbauer vient d'accoucher de
trois garçons.
L'Empereur a renouvelé en Hongrie l'Ordonnance
du 14 Novembre 1769 , concernant
les groffeffes illégitimes & l'infanticide.
S. M. défend expreffément de fuftiger à l'avenir
publiquement , & de punir d'une maniere
ignominieufe les perfonnes du fexe
qui auront déclaré leur groffeffe illégitime ,
attendu que la crainte de ces corrections in(
s )
tamantes fuffiroit pour déterminer ces malheureuſes
à l'infanticide .
La vente du jardin des Capucins dans
cette Capitale a produit à la Caiffe de Religion
une fomme de 77,000 flor. , & celle
du jardin des Récollets 30,000 .
La Société des Sciences établie à Prague
a arrêté de faire voyager tous les ans quelques
Savans dans les Provinces du Royaume
de Bohême , afin de les examiner , &
de lui rendre compte enfuite de leurs obfervations
relatives aux objets phyfiques , &c.
Elle a fait choix cette année de l'Abbé Gruber
& du fizur Gerftner , qui font actuellement
au Riefenbirge , montagne très - élevée
qui fépare la Bohême de la Siléfie & de la
haute Luface .
On a arrêté à Groslobming , en Stirie ,
un homme âgé de 70 ans , acculé d'avoir
empoifonné lept femmes , dont il a été fucceffivement
l'époux. Chacune de ces victimes
n'a , dit -on , vécu avec lui que deux
années . A la mort de fa feptieme femme
on conçut des foupçons contre lui ; en conféquence
la Juftice fit déterrer le cadavre
fur lequel , d'après l'examen , on a trouvé des
indices non équivoques de poiſon.
Vers la fin du mois dernier , on a vu partir
d'ici fur le Danube trois gros bâtimens
Turcs chargés de verrerie , de fer , de porcelaine
, de draps de Moravie & de marchandifes
de Nuremberg.
a 3
(86))
La ville de Villaz , en Carinthie , qui depuis
quelques années a effuyé plufieurs incendies
, vient d'en éprouver un nouveau
qui a réduit en cendres 40 & quelques édifices
, au nombre defquels fe trouvent le
Couvent & l'Eglife des Capucins & l'Eglife
de S. Nicolas . L'inadvertance d'une domeftique
, qui avoit porté de la lumiere
dans un bucher , a caufé ce défaftre .
DE FRANCFORT , le 23 Août.
Suivant les dernieres nouvelles de Berlin , en
date du 10 , l'état du Roi de Pruffe donne de
nouvelles inquiétudes. Une tumeur furvenue
au bas - ventre prive ce Monarque de la
faculté de fe coucher commodément ; & il
eft quelquefois réduit à paffer la nuit fur un
fauteuil. On fongeoit à faire opérer cette
tumeur , mais S. M. n'a pas goûté cet avis.
On affure qu'elle a remis elle -même au Prince
héréditaire de Pruffe le commandement
des Revues en Siléfie , où S. A. R. fe rendra
le 27. Après les Revues générales & particulieres
, le Prince ira à Neiff pour infpecter
les troupes de la Haute Siléfie & du
Comté de Glatz . Le Roi conferve la plus
grande tranquillité d'efprit. Ordinairement
il admet à fa table le Baron de Hertzberg ,
Miniftre d'Etat ; le Comte de Goertz , &
le Grand-Ecuyer , Comte de Schwerin . Sa
Majefté ne paroît point à table ; affife dans
( 7 )
un fauteuil roulant , elle écoute la converfation
depuis la chambre voifine.
On raconte de ce Prince diverfes anecdotes
du moment , que nous rapporterons ,
fans les tenir néanmoins de fources bien
certaines .
Le Duc de Courlande ayant témoigné ,
qu'avant de partir pour la Siléfie , il deliroit
encore rendre les devoirs au Roi , ce Monarque
fit répondre que cette vifite lui feroit
des plus agréables , & qu'il l'attendoit . Le
Duc, en approchant de S. M. , l'aſſura du
plaifir infini qu'il reffentoit , en la voyant fi
gaie. Je me trouve , dit le Roi , paſſablement
bien ; il n'y a que les jambes qui n'agiffent
point ; lefommeil me refufe auffi fes douceurs
, mais j'en fuis dédommagé d'ailleurs.
Comment cela ? reprit le Duc. C'est que
par- là , repliqua le Roi , je fuis devenu une
bonne fentinelle de nuit. Cette réponſe fit rire
le Duc de fi bon coeur , que le vieux Monarque
n'y put tenir , & commença à rire
lui même à gorge déployée . Ces éclats exciterent
l'attention des huffards de la Chambre
, au point que l'un d'eux entra aufli tôt,
& demanda fi on appelloit. Vous voyez ,
dit le Roi au Duc , mes gens font étonnés de
me voir rire , parce que cela ne m'eft point
arrivé depuis deux ans ; la converfation dura
fur ce ton , & le Roi y prit tant de plaifir ,
qu'il retint le Duc à dîner.
S. M. a été extrêmement fenfible au dé
a. 4
( ૪ )
part du Prince Dolgorucki , ci - devant Ambaffadeur
de Ruffie à Berlin ; lorſqu'il eut fa
derniere audience , il y a environ 15 jours
le Roi le prit par la main & le congédia en
ces termes : =Je fuis auffi fâché de votre
rappel , que de notre féparation. Portez vous
bien , mon cher Prince ; affurez votre Souveraine
de toute mon eftime ; & pour ce qui vous
concerne perfonnellement , foyez perfuadé, que
tant que je vivrai , vous me ferez toujours
cher , & que jamais vous neferez effacé de mon
fouvenir. Le vieux Prince , profondément
ému par ces marques d'attachement royal ,
n'eut pas la force de répondre ; mais lon
filence , & fes larmes furent des marques
plus éloquentes de fa vive reconnoiffance .
e Roi regarda fixement fes yeux mouillés
de pleurs , lui tendit les mains , & l'embraffa
fans dire mot. Cette fcene attendriflante
par elle- même , le devenoit encore plus par
les circonstances de l'âge très - avancé du
Prince & du Monarque , & l'idée que ces
adieux fi affectueux étoient probablement
I
éternels .
༢ Il n'y a pas long - tems que le Roi s'éveillant
pendant la nuit , fonna , & demanda à boire à
I'Heyduque qui étoit de fervice , & qui ſe préſentoit
devant lui. On lui apporta un verre . Comme
S. M. ne repofe plus que dans un fauteuil ,
même la nuit , l'Heyduque dut lui mettre la
main gauche autour du col , & tenir de la droite,
le verre d'eau. Le Monarque s'endormit en bu-
& le fommeil dura deux heures entieres.
vant ,
"
L'Heyduque fut obligé de la paffer dans cette
attitude gênante , fans faire le moindre mouvement.
Il alloit foiblir , lorfque le Roi s'éveilla :
-- J'ai bien repofé un quart d'heure , dit - il ? -- Vo
tre Majefté , répondit le ferviteur , a dormi deux
heures entieres. Pauvre diable tu as donc été
bien gêné ; il faut que je t'en récompenfe , voilà
dix louis. »
-0
"
cc La Communauté des frères Moraves de
Berlin a préfenté dernierement la fupplique fuivante
au Roi : « Sa Majesté fait que nous avons
» toujours été des Sujets fideles & obéiffans , &
» que nous ajoutons au bien- être du pays
و د
• par
l'établiffement
de diverſes
manufactures
. Nous n'avons
pas la préfomption
de nous attribuer
» à nous-mêmes
le fuccès
de nos tentatives
;
nous favons
qu'il eft dû uniquement
& exclu-
» fivement
à Jefus Chrift
. Comme
nous avons appris
que Votre
Majefté
fe porte
très- mal ,
notre confcience
nous oblige
de lui donner
le
» confeil
le plus utile au falut de fon ame. C'eft
d'employer
à la connoiffance
de Jeſus - Chrift
» & de fes mérites
, le peu de jours qui vous
reftent
encore
à vivre ; c'eft de chercher
la
paix dans les plaies
de l'Agneau
, & de s'enrôler
fous les étendarts. » Après avoir lu cette
fupplique , Sa Majefté s'informa de fon Secrétaire
de cabinet , qui l'avoit préfentée ? Apprenant
que c'étoit la Communauté des Moraves
elle répondit : il faut les en remercier bien poli
ment ; car ils font de bonne foi . »
L'Electeur de Treves , à l'exemple de
celui de Cologne , a défendu dans fon diocefe
de recourir à la Jurifdiction du Nonce
du Pape réfidant à Cologne , dans les affaia
s
( 10 )
ses qui font de la compétence légitime de
l'Ordinaire.
Voici la fubftance de l'accommodement
arrêté le 17 Mai dernier, entre le Magiftrat
& la Bourgeoifie de la ville Impériale d'Ulm.
1 °. Le Magiftrat fera chargé de payer les
frais du procès entre lui & la Bourgeoifie ;
2º. la feconde impofition extraordinaire ceffera
auffi tôt que les circonftances le permettront
; 3 ° . le Magiftrat entrerá en conférence
avec la Bourgeoifie , toutes les fois
qu'il fera queftion de faire des aliénations
confidérables ou quelque changement aux
impofitions ; 4 °. le Magiftrat fe conformera
avec exactitude aux Réglemens de l'Empereur
, concernant l'adminiftration de la Juftice
, de la Police & de l'économie des finances
de la ville .
On apprend de Berlin , que le Traité de
commerce entre cette Cour & celle de Stockolm
n'a pu être conclu , à caufe des difficultés
rencontrées en Suede , relativement
aux fournitures du tabac. On ajoute que fi
ce Traité fe fût effectué , le Roi de Suede
auroit gagné par an une fomme de 150,000
écus .
Une Société de Francfort fur l'Oder avoit
fait annoncer deux prix , à l'occafion de la
mort héroïque du Prince Jules Léopold de
Brunſwick : l'un deftiné au meilleur Poëme
Allemand , & l'autre au meilleur Tableau ,
relatifs à cet événement. Le 7 de ce mois ,
( 11 )
cette Société a tenu une affemblée , & a adjugé
le prix de Poéfie aux deux Poëmes du
fieur Conz de Tubingue & du fieur Staudlin
de Stutgard ; le prix du Tableau au fieur
Ramberg, fils , Peintre , actuellement à Londres.
P. S. Dans l'inftant , nous apprenons la
nouvelle , malheureufement trop certaine ,
& prévue depuis quelques femaines , de la
mort de Frédéric II , Roi de Pruffe . Ce
Monarque immortel eft expiré à Potzdam ,
le 17 de ce mois , à l'âge de 74 ans . Un Courier
expédié de Potzdam à Darmstadt , &
qui a traversé notre ville , va porter l'avis de
cette perte à l'augufte Famille de la Princeffe
Royale de Pruffe .
ITALI E.
DE NAPLES , le 2 Août.
Nous avons annoncé le Réglement du
Roi des deux Siciles , qui déclare les Moines
Réguliers de fes Etats indépendans de Supérieurs
réfidans hors du Royaume. Les
Généraux d'Ordres , ajoute - t on , ont tenu
des conférences à ce fujet. On a préparé des
Couvens dans l'Etat Eccléfiaftique à ceux
´des Religieux qu'on fuppofe devoir quitter
nos contrées. Depuis la publication du Réglement,
plus de 7000 Moines ont , diton
, préfenté des Suppliques à leurs Evêques ,
enleur demandant de rentre : dans le monde.
DE VENISE , le 6 Août.
Le Provéditeur général de la Dalmatie a
a 6
( 12 )
envoié au Gouvernement des dépêches ,
dont voici la ſubſtance. Un bâtiment Vénitien
arriva de Peraftro à Durazzo , port de
l'Albanie Turque , dépendant du Pacha de
Scutari. On voulut le contraindre à tranfporter
à Dulcigno un chargement d'effets
deftinés au neveu de ce Pacha. Le Capitaine,
Vénitien , craignant quelque trahifon , refuſa
de faire ce voyage. Le Gouverneur Turc ,
irrité de ce refus , ordonna à quelques barques
armées d'inveftir le bâtiment ; de fon
côté , le Capitaine Vénitien fe prépara à une
vigoureuſe défenfe. Son teu caufa beaucoup
de dommages aux affaillans , mais l'arrivée
d'un chebec qui fe joignit aux autres navires
Turcs , triompha enfin de cette réſiſtance
opiniâtre , & le brave Capitaine fut maffacré
par ces barbares , avec 12 hommes de fon
équipage. Un grand nombre de matelots
(Bocchefi ) , qui étoient dans le canal , avec
de groffes barques , prirent auffi tôt la route
de Durazzo pour aller venger la mort de
leurs compatriotes. On craint fort que ces
repréfailles , quoique juftes , n'entraînent les
plus fâcheufes conféquences.
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES , le 22 Août.
Les Adreffes de félicitations à S. M. de la
part de 32 Comtés ou principales Villes du
( 13 )
Royaume ont fuivi celle de la Cité de Londres.
Rapporter cette derniere , c'eſt donner
une idée de toutes en général.
TRES GRACIEUX SOUVERAIN ,
Nous , les très- refpectueux & très -fideles fujets
de Votre Majefté , le Lord- Maire , les Aldermans
& Communes de la Cité de Londres , affemblés
en Commun Confeil , approchons humblement
da Tróne avec les plus finceres félicitations fur
le bonheur avec lequel V. M. a échappé à l'attentat
énorme , qui derniérement a mis en danger fa
Perfonne Royale . Animés à la fois par le devoir
& l'inclination , vos fideles citoyens de Londres
font flattés de pouvoir lui offrir l'affurance fin➡
cere de leur affection & de leur zele pour la Perfonne
& le Gouvernement de V. M. , profondément
convaincus du prix & de l'importance de la
vie de V. M. pour la profpérité de fes Royaumes ,
& de l'affliction inexprimable qu'auroit éprouvée
fon peuple , fi malheureufement cette vie eût été
moiffonnée ; la derniere circonflance horrible
qui nous a menacés de cette calamité nationale ,
ne pouvoit manquer d'exciter une jufte alarme
dans leurs efprits ; mais leurs fentimens ont été
d'autant plus accablans & douloureux qu'ils confidéroient
que l'attention favorable de V. M.
pour les Requêtes de fes fujets avoit été la trifte
cafe du danger auquel votre Perfonne facrée
a été exposée.
Permettez - nous , SIRE , d'ajouter ici nos prieres
les plus ardente , pour que vous continuiez
à régner long- tems & heureufement fur des fujets
libres , contens & unis , & que vos fucceffeurs
puiffent tranfmettre à la derniere poftérité le
bonheur dont la Nation jouit actuellement.
( 14
) ( Le Roi répondit en ces termes à cette
Adreſſe :
Je reçois avec le plus grand plaifir les expreffions
vraiment affectueufes de votre fidélité & de
votre attachément pour moi ; & je vous remercie
de vos félicitations fur le bonheur avec lequel
j'ai échappé à l'attaque tentée derniérement fur
ma Perfonne. Ces témoignages ne peuvent que
m'être agréables de la part de ma fidelle Cité
de Londres , à laquelle je fuis toujours difpofé de
montrer toutes les marques d'attention & d'égards.
Le 12 , jour anniverſaire de la naiſſance
du Prince de Galles , le Roi & la Reine ,
avec trois des Princeffes leurs filles , le font
rendus de Windfor à Newnham chez le
Comte de Harcourt , dans le Comté d'Oxford.
De là , Leurs Majeftés ont été vifiter
pour la feconde fois l'Univerfité d'Oxford ,
& paffer une journée à la fuperbe campagne
de Beinheim , chez le Duc de Marlborough
. Quelques faifeurs de conjectures ont
attribué cette promenade du Roi au deffein
d'éviter de célébrer l'Anniverfaire de l'Héritier
du trône , & de recevoir à cette occafion
les refpects de la Nobleffe. Rapporter
ces conjectures , ce n'eft pas les adopter ;
& fuffent- elles vraies , on pourroit en induire
des conféquences très différentes de
celles que fe permettent quelques Papiers
publics.
L'intention de S. M. eft , dit- on , de fa re
affembler le Parlement au mois de Novem(
IS )
bre prochain , afin que le fort de la Seffion
foit en hiver , & que les Membres du Parlement
ne puiffent point alléguer les motifs ,
en vertu defquels ils fe difpenfent d'affifter
aux Séances des deux Chambres , aux approches
de l'Eté.
Selon le bruit public , toutes les difcuffions
avec la Cour d'Efpagne étant terminées
, Mylord Walfingham , nommé par le
Roi à l'Ambaffade de Madrid , fe rendra
dans peu à fa deſtination ; M. Dutens , trèsconnu
en Europe par divers Ouvrages eftimables
, l'accompagnera , en qualité de Secrétaire
d'Ambaffade.
Le Comte de Fernand Nunez , Miniſtre
Plénipotentiaire d'Efpagne à la Cour de
Lisbonne , paffera à Londres , comme Ambaffadeur
, & M. Yzquirdo , comme Conful
général d'Espagne.
Lord Dorchester [ ci devant Sir Guy Carleton
] appareillera le mois prochain , pour
fe rendre à fon Gouvernement du Canada.
Il fera chargé d'inftructions relatives aux
conteftations qui fe font élevées , touchant
les forts fitués fur les lacs qui fe trouvent
dans les limites des Etats Unis .
Le Miniftere , dit on , a propofé de régler
de la maniere fuivante l'établiffement de la
Marine en temps de paix , & l'Amirauté
doit fe conformer à ce plan du Cabinet.
Vaiffeaux de garde . A Portſmouth 7 vaiffeaux
de ligne. A Plimouth 6. A Sherneſs 3. En
tout 16 vaiffeaux de ligne.
( 16 )
Dans la Manche & autres Stations. Sept Frégates
& 30 Sloops & Cutters , favoir pour
protéger la pêche dans les mers du Nord une
Frégate , 2 Sloops & 3 Cutters. Dans la mer
d'Irlande 2 Frégates & 3 floops ; au nord de
l'Ecoffe , pour éloigner les contrebandiers , t
Frégate & 4 Sloops ; au nord de l'Irlande , pour
le même fujet , 2 Sloops & 1 Cutter ; à l'oueft
de l'Irlande , pour le même objet , 1 Frégate
& 2 Sloops ; à la ftation de Guernesey , 1
Frégate & Sloops ; à la ftation des Dunes ,
1 Frégate , 3 Sloops & 2 Cutters ; à la hauteur
de Yarmouth & fur la côte jufqu'au confluent
de la Tamife & de la Medway , pour
empêcher la contrebande , 3 Sloops & 2 Cutters.
Dans la Méditerranée un vaiffeau de so , un
de 40 , une Frégate de 28 canons & un Sloop .
A la côte d'Afrique , 1 Frégate de 32 , i Sloop
de 14 & 1 Cutter de 10.
A la Jamaïque , un de 50 , 4 Frégates , 3
Sloops , commandés par le Commodore A. Gardner
de l'Efcadre rouge .
Aux Ifles fous le vent. 1 vaiffeau de 50 , 2
Frégates , 3 Sloops , fous le commandement du
Chevalier R. Hughes , jufqu'au printems prochain.
En Amérique, à Halifax , 1 vaiffeau de 50 ,
3 Frégates , 4 Sloops. L'Efcadre ftationnée à
Terre Neuve n'eft pas fixée.
A Quebec ,
de 10 .
Sloop de 16 , un tranfport.
Dans l'Inde , I vaiffeau de 50 , 3 Frégates
de 36 , 28 & 24 , & 2 Sloops de 16 , commandés
par le Chev. Rich. Bickerton , Commodore
de l'Escadre rouge.
RECAPITULATION.
Seize vaiffeaux de ligne , 5 vaiſſeaux de so,
23 Frégates , 46 S.oops & Cutters.
( 17 )
Le Gouvernement s'occupe férieuſement
des moyens de donner le plus grand encouragement
poffible aux pêcheries fraîches , &
d'établir fur une bafe folide la nouvelle pépiniere
de marelors que ce fervice doit produire.
Il fera propofé un Bill à cet effet dans
les premieres féances du Parlement , & pour
qu'il foit conçu dans l'efprit le plus propre à
remplir ce grand objet , tous les Agens
du Gouvernement dans les différens ports
de la G. B. ont ordre de dreffer des états
exacts des bâtimens emploiés aux pêcheries ,
fur les côtes , avec des détails fur les ports ,
conftructions , équipages , &c, Ces informations
doivent être envoiées au Gouvernement
vers le 1 Octobre au plus tard.
La pêche du hareng a été très - confidérable
auprès d'Edimbourg. so à 60 barques
emploiées à cette pêche ont pris en 2 jours
so, ooo poiffons , qui ont été vendus 16 à
18 den. le cent . Si le temps continue à être
favorable pendant quelques femaines , la
pêche rendra plus cette année qu'elle n'a encore
fait de mémoire d'homme.
Marguerite Nicholfon paffe tout fon
temps à écrire. Elle prérend dreffer un Mémoire
pour fa défenfe. Tout ce qu'elle écrit
eft envoié à Mylord Sydney , l'un des Secrétaires
d'Etat.
Les ordres donnés depuis peu par les
Directeurs de la Compagnie des Indes , d'acheter
des thés des Compagnies étrangeres ,
feront probablement les dernieres de cette
( 18 )
C
efpece. On attend dans le cours de quelques
mois 16 vaiffeaux de la Chine . Ces
vaiffeaux , joints à ceux qui font actuellement
en route , & à ceux qui ont été fretés
depuis peu , fourniront certainement aſſez
de thés à la Compagnie , pour fatisfaire à
toutes les demandes qui lui feront faites .
Un projet dont s'occupent fans relache
les Directeurs de la Compagnie des Indes , eft
d'ouvrir une nouvelle branche de commerce de
la Chine au Kamtfchatka. Les bâtimens employés
à cette navigation ne feront que de 3 à
400 tonneaux , leurs équipages ne devant être
compofis que de 20 , 30 , ou tout au plus 40
hommes , avec le Capitaine & les autres Officiers
indifpenfables. Ce commerce , en procurant
un objet d'échange avec les marchandifes
Chinoifes , épargnera à la nation le numéraire
qui va s'eng outir tous les ans dans les coffres
des Douanes & des maifons de commerce Chinoifes.
Cet objet d'échange confiftera en fourrures
du Kamtfchatka , dont les Chinois font trèscurieux
. On apprend , par les dernie res nouvelles
de l'Inde , qu'un vaiffeau Anglois a déja tenté
cette entrepriſe , & qu'il eft arrivé du Kamtfchatka
à Canton , avec une riche cargaison de
pelleteries.
Le Paquebot le Fox , venant de l'Inde ,
ainfi que le Deptford , vaiffeau de la Compagnie
, parti du Bengale , font heureufement
arrivés ces jours derniers , l'un dans la
Tamife , l'autre à Plymouth . Le Deptford
eft le 21e . navire de la Compagnie des Indes
rentré cette année en Angleterre : il en
refte encore fix attendus cette faifon. Immédiatement
après , nos Papiers ont révélé ou
( 19 )
fabriqué , felon l'ufage , les nouvelles fuivantes
qu'ils difent avoir été apportées par
le Deptford.
« Les Marattes ont porté la guerre dans le
pays d'Hyder-Aly. Ils ont envoyé carte blanche
au Gouvernement du Bengale , en requérant de
lui des fecours ; mais nous espérons que le Gouverneur
attend - d'Angleterre de favoir la conduite
qu'il doit tenir. On defiteroit fort que M.
Haftings fût actuellement ici ; il n'hésiteroit pas
à envoyer fur le champ un détachement confidérable
aux Marattes ; ce que , dans le fait , nous
fommes obligés de faire en vertu de notre dernier
traité de paix. Les François ont 7000 hommes
de troupes à Pondichery. La Compagnie jouit
d'un revenu annuel de 40 lacks de roupies provenant
du fel fait dans le Bengale . Elle a en
conféquence défendu d'y en apporter d'aucuns
ports étrangers , & tous les vaiffeaux qui arrivent
font foigneufement fouil és. Il y a quelque tems
qu'un vaifleau François arrivant au Bengale , ne
voulut pas permettre qu'on le vifitât ; on lui
tira en conféquence un coup de canon à poudre ,
& voyant que cela ne produifoit aucun effet , on
lui en tira un autre à boulet , ce qui le détermina
à jetter l'ancre. Le chef de Chandernagor a regardé
cet acte comme une hoftilité . Il eft affurément
fort ridicule que nous reftions dans l'inaction
pendant que la plus grande partie des puiffances
Indiennes font en guerre , & on fuppofe
que fi nous ne donnons pas promptement aux Marattes
les fecours que nous fommes tenus de leur
fournir , ils fe join front à d'autres . »
L'état réel de la Banque a été depuis peu
eftimé à cinq millions fterl. , fomme énorme
fans contredit ; mais fi l'on confidere
par combien de canaux les richeffes fe ré(
20 )
pandent journellement & à chaque heure
dans ce Dépôt , le calcul ne paroîtra pas
outré.
"
Les Papiers ministériels affurent toujours que
les privileges dont les Anglois ont joui jufqu'à
préfent en Ruffie , feront maintenus & probablement
augmentés par le nouveau Traité
de Commerce que les Cours de Londres & de
Petersbourg font fur le point de conclure. Parmi
les principaux Privileges dont jouit en Ruffie le
commerce d'Angleterre on peut citer entre
autres ceux ci. 1 °. Le Traité établit entre la
Grande - Bretagne & l'Empire de Ruffie , une
relation politique , en vertu de laquelle les
Anglois feuls ont la permillion de porter leurs
plaintes au Gouvernement directement , & la
fatisfaction d'obtenir la justice la plus prompte ,
dans le cas de quelque atteinte portée par un
fujet Ruffe , aux conditions dudit Traité. 2 .
Les Anglois établis à Petersbourg , ne font jufticiables
que de la Chambre du Commerce ,
tandis que les affaires de tous les autres Négocians
étrangers , font portées devant un Juge
en dernier Reffort ; & il eft aifé de fentir combien
le premier Tribunal eft préférable à l'autre.
3 ° . Les Anglois faifant le commerce en
Ruffie , ne font point obligés de payer leurs
droits en Rixdales , & ils jouiffent du privilege
exclufif de les acquitter avec les efpeces qui
ont cours dans l'Empire. C'eft une faveur particuliere
dont ils ne jouiffent que depuis 177 1,
puifque avant cette époque , ils étoient tenus ,
comme le font encore tous les autres étran
gers , de payer ces droits moitié en Rixdales &
moitié en argent du pays.
On eft décidé à effectuer le projet d'établir
une correfpondance par terre de la Chi(
21 )
ne en Europe. Elle fe fera , fuivant l'uſage
des Orientaux , par une caravanne , qui fe
rendra de Canton au Bengale , en traverfant
la Péninfule de l'Inde au delà du Gange.
• Voici fa marche. Elle ira de Canton au Tonkin
, puis à la ville Chinoife de Leige , de là
à Chattingaim , d'où elle viendra traverſer
le Gange au fort Williams. Si ce projet eft
praticable , ce dont on doute encore , la
Compagnie des Indes en tirera les plus
grands avantages , fur tout en temps de
guerre , où la communicatiou la plus prompte
avec toutes les Places de commerce eft d'une
fi grande importance.
.
Pendant le féjour de LL. MM . au château
de Blenheim , la Reine dit à la Ducheffe
de Marlborough , qu'il étoit impoffible
de rien ajouter à la magnificence & à
l'agrément des appartemens. J'en demande
pardon à V. M. , répondit la Ducheffe , il
nous manque deux décorations effentielles ; ce
font les portraits des deux premiers Perfonnages
du Royaume. La Reine , flattée de ce
compliment , promit à la Ducheffe qu'elle
s'emprefferoit de remplir ce vuide.
D'après un extrait que donnent nos Papiers
de la Gazette de Charlestown , il paroîtroit
que le Général Green eft mort dans
fa maifon auprès de Savannah , le 10 Juin
dernier. On lui a rendu les plus grands honneurs
, & chacun regrette cet eftimable Of
ficier Général. Il laiffe cinq enfans , dont
l'aîné eft âgé de 11 ans.
( 22)
1
Le feu Comte de Chefterfield s'amufa un
jour à parodier affez plaifamment le ſtyle
des Courtifans , qui ne rougiffent point de
folliciter fans relâche des donations , des
graces , des penfions , comme ſi la caifle du
Tréfor public étoit une espece de dépôt
formé en faveur d'un certain nombre de
familles , & d'inutiles Valets de Cour. Voici
la pétition qu'envoya Mylord Cheſterfield
à George II .
Phillippe , Comte de Cheſterfield , Chevalier
du très- noble Ordre de la Jarretiere , remontre à
Sa Très - Excellente Majefté , le Roi ;
Que la furité ayant rendu le Suppliant auffi.
nul que la plupart de les égaux & contemporains
le font par nature , il efpere partager avec eux
les bontés de votre M. R. & fe trouver dans le
cas d'avoir à dépenser ou à épargner , comme il
le jugera à propos , plus qu'il n'a la faculté de le
faire actuellement .
Que le Suppliant ayant eu l'honneur de fervir
Votre Majefté dans différens poftes très- lucratifs
, il paroît en conféquence avoir également
droit à une retraite très- lucrative , qui le mette
à portée , en quittant les affaires , de jouir de
l'orium cum dignitate ; c'eft à dire , d'un repos abfolu
avec une bonne penfion.
Le Suppliant fe flatte d'avoir au moins le droit
ordinaire & requis pour cette faveur ; il jouit du
privilege de voter dans la plus augufte affemblée
de l'Univers, & d'un état qui le met fort au- deffus
du beſoin d'une grace pécuniaire ; mais il a en
même temps une élévation de fentimens qui lui
fait non feulement defirer , mais ( pardonnez ,
redoutable Majefté , une expreffion à laquelle
( 23 )
vos oreilles doivent être habituées ) infifter fur l'obtention
de cette grace.
Le Suppliant remontre encore que , quelque
peu habitué qu'il foit à parler avantageufement
de lui même , avec quelque répugnance qu'il le
faffe , encore faut- il après tout fe rendre à foimême
la justice qu'on fe doit. En conféquence il
prend la liberté de repréſenter à Votre Majefté,
que fa loyauté pour fon fervice n'a jamais reçu
le moindre échec , même dans les tems les plus
malheureux , particulierement dans la derniere
rebellion , lorfque le Prétendant s'avança juſqu'à
Derby , à la tête de trois mille hommes au moins
de troupes indifciplinées , élite de la Nobleffe &
du Peuple d'Ecoffe. Le Suppliant , au lieu de fe
joindre à eux , comme il auroit pu le faire fans
difficulté , fi tel eût été fon bon plaifir , leva au
contraire feize compagnies de cent hommes aux
dépens du public , pour le foutien du droit non
douteux de Votre Majesté à la Couronne, preuve
diftinguée de fa fidélité , qui jufqu'à préfent eft
reftée fins récompenſe.
Le Suppliant n'ignore pas que la Lifte Civile
de Votre Majefté doit être épuisée par les
fréquentes & exorbitantes évacuations qu'elle a
fouffertes dans ces dernieres années ; mais en
même tems il ofe efpérer que cet argument dont
il paroît qu'on n'a fait uſage contre aucune autre
perfonne , ne formera pas une objection contre
fa demande dans le cas particulier où il fe
trouve . Il est d'autant mieux fondé à entretenir
cette espérance , qu'il a de bonnes raifons pour
croire que c'est au manque de fonds néceffaires
aux penfions , que le Parlement s'attachera d'abord
à porter remede .
Le Suppliant demande la permiffion de faire
obferver à Votre Majefté, qu'une penfion modi(
24 )
que a quelque chofe de défagréable & même
d'infultant , en ce qu'elle montre dans celui qui
la donne une mefquinerie peu honorable , & pour
celui qui la reçoit , une forte de charité humiliante.
Au contraire , une penfion forte prouve
dignité & opulence d'un côté , confidération &
eftime de l'autre ; fentimens dont V. M. doit fans
doute être animée envers les grands Perfonnages
dont les noms refpectables fe trouvent fur la lifte
de fes aumônes ou de les bienfaits . D'après ce principe
, le Suppliant s'attend dor c humblement qu'on
ne lui propofera pas moins de trois mille liv. fterl .
par an.
Il fe flatte que Votre Majefié lui rendra affez
de juftice pour ne point fufpecter fa requête d'aucun
motif d'intérêt vil & de fentimens bas pour
lefquels il a toujours eu la plus grande horreur.
Non , Sire , il convient lui - même de fon faible ;
l'honneur eft fon unique objet ; l'honneur eſt ſa
paffion ; l'honneur lui eft plus cher que la vie ;
il a toujours facrifié à l'honneur toute autre confidération
. C'eft uniquement fur ce principe général
de fa conduite qu'il follicite aujourd'hui.
cet honneur , qui , dans les tems les plus brillans
de la Grece , fut la diftin&tion la plus flatteufe
des Grands Hommes nourris au Prytanée aux dépens
du public .
Sur cet honneur fi facré pour lui comme Pair ,
fi cher pour lui comme homme , il jure folemnellement
à Votre Majefté , qu'en cas qu'Elle
ait la bonté de lui accorder fa demande , il foutiendra
avec reconnoiffance , & pouffera avec
zele & vigueur les plus déteftables projets que les
plus déteftables Miniftres pourront jamais fuggérer
Votre Majefté ; mais fi , ce qu'à Dieu
ne plaife , par une exception faite pour lui feul ,
un refus venoit à l'entacher & à le rendre l'objet
2
de
( 25 )
**
de la rifée publique , il fe croit obligé en honneur
de déclarer qu'il s'oppoferoit de tout fon
pouvoir aux vues les plus fàges de Votre Maiefté.
Et le Suppliant de Votre Majefté priera toujours
, &c.
t
M. Anderfon , qui nous a fourni un morceau
intérefiant fur les moeurs des Infulaifes
de l'Ecoffe , rapporte dans le même ouvrage
des particularités curieufes de l'hiftoire du
hareng , & de la pêche de ce poiffon .
Le hareng eft un poiffon délicat , que la moindre
violence fait périr ; toutes les fois qu'on le tire de
l'eau , même lorfqu'il parcit n'avoir reçu aucune
atteinte , il pouffe un petit cri & meurt fur le
champ ; il ne revient plus à la vie , lors même
qu'on le rejette incontinent dans fon élément naturel
; ce qui a donné lieu au proverbe , auſſi mort
qu'un hareng.
On ne peut trop deviner de quoi il fe nourrit ;
il paroît le foutenir par l'ufage de quelque fabftance
très abondante & répandue par - tout dans
l'eau de la mer , mais que fa ténuité dérobe à
l'obfervation . Si l'aliment de ce poiffon ne fe rencontroit
pas par - tout , il arrive par bandes fi nombreufes
, que les dernieres fouffriroient de la difette
de vivres & deviendroient néceffairement
chétives ; or , felon le dire des pêcheurs , ce dépériffement
n'a jamais lieu . L'eftomach des harengs
ne contient , comme on l'a obiervé, qu'une
certaine quantité d'une matiere vifquenfe , excep
té aux approches du frai ; alors , on y rencontre
quelquefois de peti's poilions ; ce qui leur fait
donner le nom de foul fish ; ils font en effet plus
pleins de fang que dans tout autre faifon ; its ne
prennent l'amorce que dans cet érat ; encore le
font-ils bien rarement.
No. 35, 2 Septembre 1786.

( 26 )
Des gens à imagination difent , pour qu'il me
manque rien aux voyages des barengs , qu ils font
conduits par un chef qui regle la marche, & ce
chef, ris le nomment leur Roi. C'est un conte ,
auquel nul pêcheur n'ajoute foi.
S'il fe trouve dans la mer une bande confidéra-
Lle de harengs , l'ojerat avertit de leur préfence ,
comme je l'ai éprouvé moi- même allez fouvent.
lis nagent , tantôt fort près de la furface , tantôt
à une auffi grande' profondeur qu'on l'a rapporté.
Quant aux raifons de ces différences , on ne leş
connoît pas ; elles ne dépendent point de la faifor,
ni , autant que j'ai pu m'en indruire , d'aucune
variation du temps.
Quelquefois , ils paroiffent prendre plaisir à
monter à la furface de l'eau ; ils en fortent un inftant
leur tête & s'y replongent fur le champ. Ce
mouvement produit un petit bruit , pareil à celui
de quelques larges gouttes de pluies qui tomberoient
dans l'eau . C'est ce que les habitans des
côtes qu'ils fréquentent appellent le jeu des harengs
. Les foirées calmes font le tems le plus favorable
à ces obfervations ; & l'on prétend qu'alors
ces poiffons n'entrent pas volontiers dans les filets;
auffi croit on que la peche de la nuit ne fera pas
borne.
Mes Lecteurs verront peut- être ici avec plaifir
le trait le plus merveilleux de l'hiftoire du hareng ;
je ne le leur garantirai pas , n'ayant point eu occafion
de l'obferver par nici - même ; cependant ,
comme il m'a été pofitivement affuré par toutes
les perfonnes veriées dans ces matieres , je ne crois
pas devoir le pafler fous filence . J'ajouterai , en le
donnant comme on me l'a raconté , que je penche
à croire qu'il n'a d'autre fondement que des obfervations
peu exa&ies. A de certaines époques
, dit. on on entend dans les baics où four-
,
( 27)
>
millent les harengs , un coup fec , qui reffemble
à celui d'un pistolet . On fuppofe que ce bruit cit
formé , fans qu'on puiffe fe douter comment , par
les harengs eux-mêmes ; c'eft , dit - on , un figne
infaillible qu'ils vont quitter la côte . En effet
lorfqu'on l'a entendu , ou cru l'entendre ; ce
qu'on exprime par cette phrafe , les harengs ont
craqué , the herrings have cracked, on n'en retrouve
pas un feul le lendemain . Quoi qu'il en foit de
ce rapport , & quelque degré de confiance qu'il
mérite , il n'eft pas douteux que ces poiffons fe
retirent fouvent d'une baie en fort peu de tems
& qu'ils s'en retirent tous , fans laiffer de traîneurs
derriere eux .
La quantité de harengs qui fe réuniffent quelquefois
en une feule bande , eft fi prodigieufe ,
que les perfonnes qui n'en ont jamais entendu.
parler , auro ent de la peine à le croire.
[ M. Anderfen donne fur ce point des détails qui
lui ont été fournis par un homme digne de foi ,
& dont le témoignage eft appuyé de récits femblables
, faits par tous les Infulaires , avec lesquels
il a eu occafion de s'entretenir. ]
En 1713 , les rengs fe porterent en fi grand
nombre dans la baie de Terridon , qu'on chargea
fouvent deux fois dans une nuit 250 bulles , ainfi
qu'une quantité prodigieufe de petits bateaux , du
port de 12 à 20 barils . Les pêcheurs furent même
forcés très-fouvent de couper les cordes , avec
lefquelles on réunit les files , & de le contenter
d'en aller vuider une partie fur le rivage , étant
trop chargés pour pouvoir y con luire le tout. La
pêche continua deux mois de cette force .
Pour donner une idée de la quantité de poiffon
dont nous venons de parler , fuppofons que chacune
des 250 tufles équivale à deux bateaux &
dami ; cela donne 625 bateaux; fuppofons qu'il s'y
b2
( 28 )
1
Joigne 200 bateaux du pays , nous aurons en tout
825 bateaux ou barques de pecheurs. Si on les
charge deux fois dans une nuit , cela fera 1650
charges , qui en fe contentart de les eftimer à
12 barils pour la charge d'un bateau , ne font
pas moins de 19,800 barils de harengs pour la
pêche ordinaire d'une feule nuit .
Qu'on alloue feulement quatre honimes pour
le fervice de chaque ta eau , nous aurons 2 ; 300
pêcheurs employés. Admettons un nombre égal ,
ou même plus confidérale de femmes ou denfans
Pour vuide: le poiffon & le préparer, la péche
du bareng occupera's à 6 mile perfonnes .
ch
&
Les harengs fe porterent une fois en fi grande
abondance dans la baie de Caroy , qu'il étoi , indifférent
pour les pêcheu s de jetter le filet ou de jour
ou de nuit . Il est bon d'obſerver que certaines loix
défendent de le jester de jour , parce que cela
eraie le hareng & le fait fuir. Quelques pêeurs
tinrent conftamment leurs filets dans l'eau ,
fi quelqu'un avoit mis les fiens fécher , la che-
Mife de fon camarade lui en tenoit lieu ; elle
étoit pas plutôt dans l'eau , qu'on l'en retiroit
Chargée de poifon ; enfin , on en prit une fi gran
de quantité , qu'on ne put les emporter, Les barques
chargées , le pays des environs approvifion-
Hé , les Fermiers voilins en firent des tas dont ils
engraifferent leurs champs , la faiſon ſuivante,
Ce banc de hareng continua ainfi à ſe porter , pendant
plufieurs années , fur la même côte.
A Loch - Urn , en 1767 ou 1768 , ils vinrent en
telle quantité dans la baie , qu'elle en fut entiérement
pleine , depuis l'entrée jufqu'au fond , c'eſtà-
dire , daus un efpace de deux milles. Il s'en
porta un fi grand nombre fur le rivage , qu'ils le
couvrirent , à quatre milles à la ronde , d'une efpece
de couche , depuis 6 , jufqu'à 18 pouces
d'épaiffeur. Le fol , au- deffous de l'eau , en étoit
également couvert , autant qu'on l'a pu voir dans
les baffes marées. Je ne ferois pas même difficulté
de croire que toute la baie en étoit remplie ,
qu'ils occupoient un elpace de douze milles de
long , fur une lieue de large.
&
Il reparut à Loch- Urn , en 1782 , une troupe
de harengs , peut- être encore plus nombreufe que
celle dont nous venons de parler. Je ne faurois
dire précisément quelle quantité on en prit ,
mais certainement , elle étoit prodigieufe , &
j'ofe affurer que quand il y auroit eu deux fois plus de
vufeaux & de barques dans chacune des baies , tous
les navires emp oyés à cette pêche auroient completté
leur chargement.
M. Anderſon termine ce morceau par des réflexions
judicieufes & dignes d'un bon citoyen fur
Je dépériffement des pêcheries ; il en attribue en
partie la caufe au défaut de provifions de fel & de
caques à mettre le hareng. Quand des contrebandiers
amènent une barque chargée de fel , le prix
du hareng monte à 6 fchellings par baril . Ce fel
eft il confommé , le prix de ces mêmes harengs
baiffe graduellement jufqu'à un fchelling. Le
baril ne vaut plus même quelquefois que fix à huit
pences. Quand il en eft là , le pêcheur ne veut plus
prendre la peine de jetter le filet , parce qu'il n'y
auroit pas de quoi l'indemnifer de fes peines & de
fes frais , il préfere alors un échange , & vous avez
quelquefois un baril de harengs frais pour une
carotte de tabac ; un baril peut contenir de 600 à
1600 harengs , fuivant leur taille & leur groffeur.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 23 Août.
Le 13 de ce mois , le Baron de Clugny ,
b 3
( 30 )
Gouverneur de la Guadeloupe , & le fieur
Foulquier , Intendant de la Martinique , de
retour en France par congé , ont eu l'honneur
d'être préfentés au Roi par le Maréchal
de Caftries , Miniftre & Secrétaire d'Etat au
département de la Marine.
Aujourd'hui , jour anniverfaire de la naiffance
du Roi , l'on a chanté , fuivant l'ufage
, un Te Deum dans l'Eglife paroiffiale de
Notre- Dame de cette ville.
Les Agens généraux du Clergé de France
ont eu , le 20 , l'honneur de préfenter au
Roi , à Monfieur & à Monfeigneur Comte
d'Artois , le Précis des Rapports de l'Agence
du Clergé de France , par ordre de Matieres ,
depuis l'an 1660 juſqu'en 1780.
DE PARIS , le 30 Août..
Arrêt du Confeil d'Etat du Roi , du z
Juillet 1786 , qui fait défenfes à toutes perfonnes
, fans exception , autres que les Avocats
aux Confeils du Roi , de figner , ni faire
imprimer aucunes Requêtes , Mémoires, & c .
dans les affaires portées ou à porter au Confeil
; & aux Imprimeurs , de les imprimer , fi
la minute n'en a été fignée préalablement
d'un Avocat aux Confeils .
Cet Arrêt fait itératives défenfes , tant aux
Parties qu'à toutes autres perfonnes , fans exception
, autres que les Avocats en fes Confeils
, de figner , ni faire imprimer aucunes Requêtes
, Mémoires , Obfervations , Extraits de
( 39 )
2
"
pieces , Confultations ou autres Ecrits , tous
quelque tirre & dénomination que ce puiffe étre ,
dans les affaires portées ou à porter en fes Confeils
ou dans les Commiffions extraordinaires
qui s'exécutent à la fuite de fes Confeils , fous
les peines portées par les Edits , Déclarations
& Réglemens : Fait pareillement défenfes à
tous les Imprimeurs de Paris & des autres villes
du Royaume , à peine de mille livres d'amende
applicable à l'Hôpital général de Paris , & même
d'interdiction en cas de récidive , d'imprimer
aucunes Requêtes , Mémoires , Obfervations ,
Extraits de pieces , Confultations ou autres Ecrits ,
fous quelque titre & dénomination que ce foit ,
& fans exception , donnés pour l'inftruction des
affaires portées ou à porter dans fes Confeils
ou dans lefdites Commiffior . extraordinaires ,
quand même lefdits Ecrits feroient fignés de la
Partie , fi la minute n'en a été fignée préalablement
d'un Avocat en fefdits Confeils , & fans
le pouvoir mis au bas d'iceux par ledit Avocat
en fefdits Confeils : Défenfes à tous Libraires ,
Colporteurs & autres , de vendre ou diftribuer
lefdi: s Imprimés ou Confultations , comme auffi
à tous Huilliers de les fignifier , fous la peine
de millelivres d'amende , & même d'interdiction
s'il y échet , fuivant l'exigence des cas , contre
lefdits Huiffiers : Ordonne en outre que le préfent
Arrêt fera lu à l'affemblée du College
des Avocats en fes Confeils , & tranfcrits fur
les regiftres , ainfi que fur ceux de la communauté
des Libraires & Imprimeurs de Paris , &
fur ceux des autres Chambres fyndicales de Librairie
& Imprimerie du Royaume , & qu'il fera
en outre lu , publié & affiché par tout où befoin
fera.
Idem , du 3 Août 1736, portant exemption
6.4
( 32 )
du droit de Marc d'or fur les Lettres - Patentes
, confirmatives des décrets d'unions de
Bénéfices Eccléfiatiques , faites pour les ob
jets d'utilité publique , défignés dans cet
Arrêt.
Le Roi étant en fon Confeil , a ordonné &
ordonne que les Lettres parentes portant autotilation
& confirmation des décrets rendus
par les Evêques diocésains dans les formes accoutumées
, pour union de biens ou revenus
de bénéfices à des établiffemers d'utilité pu→
blique , tels que les Evêchés & Eglifes cathédrales
, les hôpitaux , les écoles & bureaux
de charité , les fondations pour les nourritures
& le bouillon des pauvres , les dotations des
Cures & Vicair perpétuelles , les fondations
& augmentations de dotation des Séminaires,
Colleges & Chapitres nobles de femmes , feront
exemptes du droit de marc d'or : Se réfervant
Sa Majefté de faire connoître fes intentions fur
la faveur particuliere que lui paroîtront mériter
les réunions de bénéfices pour d'autres objets
que ceux qu'Elle vient de fpécifier.
Idem , du 19 Août 1786, qui ordonne que
les Ecus de fix livres , au différent de la Monnoie
de Perpignan , au millésime de 1786 ,
portant dans la légende , du côté de l'effigie ,
ces mots : Lud. XI , feront & demeureront
fupprimés ; fait défenſes à toutes perfonnes
de les recevoir en paiement ; enjoint aux
Propriétaires de les rapporter aux Bureaux
du Change , où la valeur leur en fera payée
comptant , & piéce pour piéce , jufqu'au ier.
Janvier 1787 , après lequel tems , ils ne pour
( 33 )
ront être reçus que comme matières & payés .
fuivant le tarif.
Idem , du 25 Août 1786 , par leque ! S. M..
approuve l'offre faite par les fieurs Perrier &
Compagnie , d'affecter un fonds de Quatre
millions aux affurances qu'ils donneront contre
les incendies , & nomme un Commiflaire
pour en furveil et le dépôt .
Nous fommes obligés de revenir fur un
fait , rapporté dans.ce Journal , du 5 Août ,
d'après une lettre écrite fur les lieux & fignée.
A l'inconvénient de la ftérilité inévitabie
, néceffaire, in lépendante du Rédacteur ,
qui appauvrit conftamment l'article de ce
Journal , confacré aux nouvelles de France ,,
fe joint encore celui de la négligence avec
laquelle divers Correspondans nous font
paffer leurs informations , qu'ils font néanmoins
très impatiens de voir rendre pubques.
Dans ce cas - ci , il s'agit d'une opération
chirurgicale intéreffante , dont l'Agent
même nous rend compre en ces termes :
La nuit du 8 au 9 Mai dernier , vers les onze
heures du foir , je fus mandé feul pour visiter la
femme de Pierre Hachette , manouvrier , âgée
de 3 ans , demeurant à Nogent - les Vierges ,
diftant d'environ demie-lieue de Creil où je réfide.
Je la trouvai étendue far fon lit , fouffrant
beaucoup , & vomiffant des matieres grifâ res
très fétides : elle avoit le vifage froid , de même
que les extrémités . Je découvris le ventre , &
j'apperçus au côté droit une portion très- confi
dérable d'inteftins , dont le volume furpaffoit
celui de deux bouteilles de pintes de Paris . Cetie
bs
( 34 )
éventration s'eft faite fans aucun effort ni foulever
de fardeau , comme on vous l'a mandé.
Sa caufe a été une ancienne hernie inguinale ,
& l'ouverture naturelle d'une tumeur fuppurante
, qui étoit très - enflammée depuis quelques
jours. Le déchirement de fept ou huit cicatrices
imparfaites , fuite d'autant de femblables tumeurs
qui le font fuccédées pendant neuf ou
dix ans a auffi contribué à cette cruelle ma
ladie .
>
;
Le danger de la malade , fagroffeffe d'environ
cin mois , des paquets de vers gros comme
des noix , itolés dans les inteſtins , le volume
des parties à réduire , & un intervalle de quatre
heures entre l'accident & mon arrivée me décida
à faire administrer les fecours fpirituels avant
de rien entreprendre , Je commençai enfuite par
laver les inteftins avec de l'huile & du vin chaud ,
tant pour les réchauffer , que pour enlever des
brins de paille & de plume qui étoient colés à
leur furface , & je tentai d'en faire la réduction
mais inutilement, Sept ou huit adhérences qui
les avoient confondus avec les membranes & la
peau du ventre , m'empêcherent de réuffit . Seul ,
il falloit les difféquer , & qu'un Aide incelligent
les foutint pour les parer de l'inftrument ; je me
contentai de dilater l'anneau du mufole: grandoblique
, pour faire ceffer l'étranglement , &
je demandai qu'on fit venir M. Parfait , Chirurgien
à Liancourt. Lorsqu'il fut venu , nous opérâmes
, & pansâmes la malade ; je la faignai , &
lui impofai un régime très -auftere .
Le lendemain , à fept heures du matin , je
revis la mala e , je la faignai de nouveau , &
j'examinai l'appareil , que je trouvai prefque à
côté de la plaie , & très - fale. Le défordre avoit
beaucoup diminué.
D'après l'affertion de votre Informateur , on
( 35 )
feroit tenté de croire que la femme accoucha le
lendemain . Cette malheurefe mere n'a fubi cette
nouvelle crife , que le cinquieme jour , vers les
einq heures du foir . L'avortement a eu lieu naturellement
, les fuites ont été très heureufes ;
je l'ai délivrée trois quarts d'heure après , n'étant
pas à l'inftant fur le lieu ; l'enfant a été baptifé ,
& a encore végeté quelques heures. La malade
´à été ſaignée ſix fois dans les 4 premiers jours :
elle a rendu beaucoup de vers , tant entiers que
par lambeaux. J'ai continué de la voir deux fois
par jour , pendant trois femaines ; enfuite une
fois , jufqu'au 22 Juin , que la plaie a été parfaitement
cicatriſée .
Vous ferez convaincus de la vérité de mon
Expofé , Meffieurs , en lifant le certificat ci-joint.
VERY ,
Maître en Chirurgie , ancien
Eleve de l'Hôtel- Dieu
de Paris & de l'Hôpital gé.
néral aux Maifons de la
Pitié & de Bicêtre.
Philippe Galopin , Maçon , étant venu avec
fon fils , à Gournai - en - Bai , pour dégager les
étançons d'un puits qu'il venoit de conftruire en
maçonnerie , le fils y defcend fufpendu par une
corde attachée à ſon pied . A peine eft-il arrivé à
environ 40 pieds de profondeur & 3 de diftance
de l'eau , que frappé d'une vapeur méphitique
il tombe fuffoqué fur les derniers étançons. Son
pere veut le fecourir , defcend dans le puits &
éprouve le même fort . Cet accident attire beaucoup
de monde . Un Journalier , nommé Charles
Boucher , n'eft point effrayé du danger auquel
il s'expofe en defcendant fur le champ dans le
puits pour fauver ces deux malheureux ; & foit
b 6
( 36 )
que la vapeur méphitique füt diffipée , foi
qu'elle eût perdu de fon activité , ou que Boucher
fût d'une conftitution plus robufte , il n'en
éprouve point les atteintes ; il parvient à retirer
fucceffivement Galopin & fon fils , qui ont été
bientôt rendus à la vie .
Boucher n'a point confidéré dant ce moment
qu'il avoit une femme & fix enfans en bas âge.
qui n'ont d'autre reffource que fon travail ; il n'a
fenti que les mouvemens de l'humanité & le defir
de fauver la vie à deux infortunés .
M. l'Intendant de Rouen , informé de cette
action courageufe , a accordé à'Boucher une gratification.
Journal de Normandie. J
1
Nous recevons la Lettre luivante de M.
Arrault , Curé de Chichery par Baffou ,
dans l'Auxerrois .
Le 14 Aoûr , un homme , E Jean - Louis Cloche
de 45 ant , defcendit dans un puits , profond
de 60 pie's , pour y chercher fon porte - col
qu'il penfoit y avoir laiffé tomber quelques jours
auparavant. Quand il voulut remonter , le puits
s'affaifla dans toute fa circonférence, & le remplit
entierement. Il étoit quatre heures & demie.
Les voifins répandirent l'allarme , chacun accou
rut . La réflexion ayant fuccédé à l'étonnement
& aux cris , on fe mit à travailler vigoureufement
.
J'arrivai dans l'inftant où l'on commençoit à
reconnoître l'entrée du puits ; je demandai des.
paniers dont on fe fervit avec le plus grand fuc
cès.
Quand on eut ôté 8 ou 10 pieds de terre mêlée
de pierres , on adreffa la parole au malheu
reux qui étoit dans cet abîme . Ce fut en vain :
il ne fit entendre fes gémiflemens que 5 heures
après. Alors l'activité fut extraordinaire le
"
( 37 )
Procureur-Fifcal eut peine à contenir le peuple
affemblé. Il difpofa des hommes qui continuerent
le travail pendant la pluie jufqu'au lendemain
midi , moment heureux où notre concitoyen
nous a été rendu d'une maniere miraculeufe.
i
Quelques inftans avant la délivrance , le danger
devint effrayant . La terre mina deffous l'échelle
, du haut du puits , & fit tomber les uns
fur les autres fix de plus forts ouvriers . Alors
la confternation , l'abattement s'empara des efprits
, perfonne n'ofuit , & ne pouvoit plus tra
vailler.
Impatient de ce contre-temps , un garçon de
24 ans , Marc-Antoine Bouquin' , fe préfente ,
s'attache lui même fous les bras , avec une corde
, & veut qu'on le defcen ' e dans le puits qui
avoit déja plus de Go pieds de profondeur. Ce
trait de vigueur ranima les fpectateurs on feconda
fon ardeur , & quelques momens après , le
jeune homme eut la fatitfaction d'embraffer celui
à qui il venoit de conferver la vie.
Le chirurgien a reconnu que cet homme n'avoit
que quelques contufions , les plus fortes à
l'omoplate .
Ne préviendroit- on pas de femblables accidens
en vifitant les puits tous les ans ?
Les habitans de la
campagne font obligés de
defcendre dans les puits pour en tirer leurs feaux
qui y tombent fouvent ; le danger selleroit , fi
on leur donnoit un autre moyen.
J'ai l'honneur d'être , & c,
Votre , &c. ARRAULT , Curé de
Chichery , par Ballou.
PAYS - BAS.
DE
BRUXELLES , le 27 Août.
Le Décret du Confeil Aulique dans les
( 38 )
affaires d'Aix- la Chapelle eft du 3 Août. Il
caffe l'élection violente & tumultuaire faite
le 26 Janvier , & déclare le fieur Loneux ,
ainfi que tous ceux qui s'étoient fait élire
Confeillers par la force , incapables à jamais
d'occuper aucun Office public. L'ancienne
Régence doit reprendre fes fonctions , juf.
qu'à nouvel ordre de S. M. I. Le Chef de
l'Empire fe réſerve de punir exemplairement
les moteurs , chefs & complices de la fédition
; il déclare avoir fait déja les préparatifs
convenables , pour employer la force
militaire contre les factieux , informer de
leur faute , & leur infliger le châtiment qu'ils
auront mérité.
*
Les Etats Généraux avoient arrêté , le 2
de ce mois , un projet de réponſe aux derniers
Mémoires des Cours de Londres & de
Berlin. Quoique les Etats de Hollande fe
foient oppofés à cette réponſe , & qu'ils en
préparent une nouvelle , celle réfolue par les
autre Provinces , n'eft pas indifférente à connoître
.
>
« Mrs. de Spien de Hardenftein , & autres députés
de L. H. P. pour les affaires étrangeres , ont
examiné en conformité & pour fatisfaire à leur
réfolution commifforiel'e du 31 Mai dernier
un mémoire de M. de Thulemeyer , Envoyé- extraordinaire
de S. M. le roi de Pruffe , concernant
les diffenfions intérieures de la République . En
conféquence , ils ont rapporté à l'alemblée ,
qu'eux seigneur, députés feroient d'avis qu'il devroit
être répondu audit mémoire de M. de Thulemeyer.
Que L. H. P. ont reçu avec les fenti(
39 )
mens de la plus vive reconnoiffance & confidération
les affurances de l'amitié fince e qu'il plaît
à S. M. de vouloir bien conſerver pour cet Etat ,
&fon approbation de ce qu'une Puiffance qui
prend un égal intérêt à la prospérité de la République
, a manifefté fon defir pour le rétabliffement
de la tranquillité intérieure ; que L. H. P.
ont trouvé dans la déclaration de S. M. Pruffienne
, de ne vouloir s'immifcer dans les affaires
intérieures de la République , une preuve non
équivoque de l'intérêt qu'il lui plaît de prendre
à la confervation de la liberté & de l'indépendance
de cet Etat ; & que de leur côté , elles ne
laifferont pas de répondre aux bons offices & confeils
de S. M. Pruffienne & d'autres Puiffances
amies & voifines de ce pays , en faisant tous les
efforts poffibles pour rétablir la concorie & le
repos intérieur , pour autant qu'il eft en leur pouvoir
, & de foigner qu'il ne feit porté aucune
atteinte aux droits & prérogatives de S. A. , que
1. H. P. defirent férieufement de voir établis fur
des fondemens auffi folides que ceux fur lefquels
ils ont été fondés. »
сс
>
Que L. H. P. ne defitent rien plus ardemment
que
d'être à même de pouvoir donner des
preuves du prix qu'elles mettent à l'amitié de S.
M. Pruffienne , de la part fincere qu'elles prennent
au luftre de fon glorieux regne & à la profpéri
é des defcendans de fon illuftre maiſon , à
laquelle la République a l'honneur d'avoir une
relation particuliere , & c . ».
« Mrs. de Spaen de Hardenftin & autres députés
de L. H. P. pour les affaires étrangeres ont
examiné en conformité , & pour fati faire à leur
réfolution commifforielle du 5 Juillet dernier
un mémoire de M. le chevalier Harris , Envoyéextraordinaire
de S. M. le roi de la Grande - Bre

(+40 )
$
1
tagne contenant une déclaration des fentimens
de S. M. à l'égard de la fiteation actuelle de la ,
République . En conféquence ils ont rapporté à
l'aflemble qu'eux Seigneurs députés feroient
d'avis qu'il devroit être ré onda audit mémoire .
de M. le chevalier Harris : Qué L. H. P. ont
reçu avec la plus vive reconnoiffance les affu-'
rences que S. M. Britannique a bien voulu donner
de fon antié pour cet Etat , de fon defir de
renouveller la bonne harmonie entre les deux
nations , interrompue depuis quelque tems par
des divifions ma heureufes ; & particulierement
pour la part que S. M. témoigne de vouloir
prendre au repos & à la tranquillité extérieure
& intérieure de la République , ainfi qu'au maintien
de fa conffitution : Que L. H. P. ont reçu
comme une preuve non équivoque de ces fentimers
de S. M. Britannique , fa déclaration généreuse
exprimée dans le mémoire de M. le che
valier Harris , que S. M. repardoit l'intervention
d'une poiffance étrangere dan . les affaires intérieures
de cet Etat , comme un exemple dangereux
pour fa tranquillité & indépendance ; & que
S. M. fouhaite au contraire que la direction des
affaires puille refter dans les mains de ceux à
qui elle a été confiée par la conftitution établie
de l'aven unanime de la nation entiere : Que
cette déclaration de S. M. et une importance
d'autant plus grande pour L. H. P. qu'elles ont
toujours enu & qu'elles tiendront toujours ces
principes pour les fondemens invariables fur lefquels
repofent la liberté , l'indépendance & la
tranquillité de la République , & que L. H. P.
ne laifferont pas de maintenir de tout leur pouvoir
: Que LH, P. ne defirent rien plus ardemment
dans cette égalité de fentimens avec S. M.
Britannique , que de donner de leur côté les
preuves les plus finceres du prix qu'elles mettent
( 41 )
à l'amitié de S. M. , & de leur defir fincere de
faire profpérer les relations entre les deux Puiffances
voifines , qu'il plaît à S. M. de leur rappeller
, & de les rendre réciproquement avantageules
, &c . «
Suivant une lettre des Afturies , du 15
Juillet , le Comte de Toreno y a découvert
un fouterrain , dont voici la deſcription :
« Ce caveau a 78 pieds de long & 37 de large ,
le pavé en eft folide & uni. Sa hauteur eft de s
vares en qiques endroits , & de plus de 7 en
d'autres . Onze colonnes ou piliers reffemblant
au criftai l'entourent en demi cercle , à une certaine
distance l'un de l'autre , & à trois pieds du
parcis , foutenant le lambris , comme fi c'étoit
l'ouvrage de l'art . Leur mariere eſt une eau
congelée. Ces cr ftallifation form nt diffé - entes
figures & des deffin ; finguliers ; mais fi pétrifiés
, qu'ils font affez durs pour être polis . La
partie fupérieure , ou fi l'en veut , le lambris
qui couvre ce caveau , eft d'une blancheur qui
égale celle de la neige. I s'y est formé des efpeces
de nuées qui paroiilent couverts de crême
ou humeée de lait . Les côtés & toute la circonférence
font du plus fin marbre blanc ; & cette
grotte devint refplendiflante de clarié quelque
tems après qu'elle fut ouverte : elle reffembloit
agréable. L'autre bout du fouterrein eft fermé
à une falle de fpectacle où toutes les bougies
font allumées , ce qui faifoit un coup d'oeil fort
par une pierre de marbre pareille à celle de l'entrée
, & il y a apparence que cette découverte
fournira une carriere abondante . » .
On mande de Geneve au Rédacteur , que
des Payfans,foit Guides de la vallée de Chamouni
, dans le Faucigny , ont enfin réuffi à
( 42 )
efcalader , cet Eté , la plus haute cîme du
Mont Blanc, eftimée par les plus sûres obfervations
, de 2,426 toifes d'élévation au - deffus
du niveau de la Méditeranée. Ces intrépides
Montagnards ont fuivi dans leur voyage une
route différente de celles qu'on avoit inutilement
tentées jufqu'à ce jour. Il eft im ; offible
de donner aux Etrangers , habitans des plaines
ou des montagnes du fecond ordre , une
idée des obftacles & des dangers de cette tentative
: ils effraient l'imagination . On en ju
gera par le tems feul qu'a exigé l'efcalade de
ce Mont, dominateur de toute la chaîne centrale
des Alpes. Le premier jour , les Voyageurs
furent obligés de coucher aux rochers
les plus élevés , qui précédent les grandes neiges
ils en repartirent à 2 heures du marin ,
& arriverent à 5 heures du foir à la plus haute
S
fommité ; ils fe remirent en marche pour redefcendre
, fans perdre de tems , & moitié de
jour , moitié au clair de lune , ils revinrent à
l'endroit où ils avoient couché la veille. Dans
ce terrible trajet , ils éprouverent une alternative
de chaleurs & de froids exceflifs , une
grande difficulté de refpirer , & plufieurs fois
ils fe trouverent enveloppés dans les nuages.
Le Lac de Geneve , diftant de 18 lieues de la
bafe du Mont Blanc , leur paroiffoit , à ce
qu'ils rapportent, une riviere qui couloit fous
eux , & prefque au pied de la montagne . De
Chamouni , on les apperçur , à la lunette , fr
le fommet qui paroît le plus élevé . Personne
encore , avant ces Guides , dont la force , la
( 43 )
patience & le courage paroîtrolent des êtres
de raifon à tous les individus dégradés qui
peuplent les grandes villes , ne s'étoit élevé à
une hauteur pareille . En deux regards , ils ont
dû voir l'Italie & la Méditerranée , la Suiffe ,
la France , une partie de l'Allemagne ( 1 ) , &
fous eux , les chaînes immenfes des rochers
les plus élevés de l'Europe.
P. S. Divers couriers arrivés à la Haye ,
entr'autres à M. de Thulemeyer , Miniftre
de Pruffe , & à M. de Buttmeiſter , Envoié
du Roi d'Angleterre , comme Electeur d'Hanovre
, confirment la novelle de la mort
du Roi de Pruffe , le 17 de grand matin.
Selon l'ufage , les portes de Potzdam ont
été fermées 24 heures.
Paragraphes extraits des Papiers Angl. & autres.
Pendant que le numéraire eft fi rare dans tous
les Etats- Unis , qu'on eft réduit à l'extrémité de
recourir au papier - monnoie, les Armateurs Amé¬
ricains font des entreprises furprenantes , & qui ne
peuvent réuffir fi les efpeces manquent . Le commerce
de contrebande avec les Ifles Françoiles ,
Angloifes & les poffeffions des Hollandois , même
dans les deux Indes , fe pouffe avec une activité
incroyable . Les François & les Anglois y prennent
un peu mieux garde que les Hollandois . Il vient
d'arriver un navire de Surinam , qui nous adonné
Ja nouvelle que fept autres navires américains , richement
chargés étoient prêts à en faire voile pour
[1 ] Voyez pour l'intelligence de cette entrepriſe le
Voyage aux Alpes de M. de Sauffure , ancien Profeffeur
de Philofophie à Geneve, Le fecond volume vient de paroître
, nous en rendrons compte inceffamment dans la
partie littéraire du Mercure. Il fe vend à Paris , chez
Buiffon, Libraire , HS: el de Mefgrigny , rue des Poitevips.
44 )
différens ports des Etats - Unis . Ies Am ricains fe
foucient fi peu d'en faire un myftere aux autres
nations, que leurs papiers publics ne foit aucune
difficulté d'annoncer ces entreprifës On équipe
actuellement plufieurs petits navires deftinés à
faire un voyage au Cap de Bonne- Efpérance , où
l'on fe propofe de faire un commerce avantageux
d'importation & d'exportation . Cependant les
gens fenfés prévoient que ces Etats vont être
plongés inceffamment dans la plus grande confufion
, faute d'intelligence entre eux . Cette Ré
publique , que les Européens ont tant favoriféé ,
dont on a tant chanté les louanges , qu'on a ofe
même dire devoir faire un jour la loi à l'Europe,
ne tient aujourd'hui qu'à très peu de chofe. Les
Américains deviennent trop exigeans vis - à - vis
des nations auxquelles ils ont les plusgrandes obligations
; on eft furpris qu'à peine fortis de l'efc'avage
, fans forces & fans reffources pécuniaires ,
ils ofent s'expoter à mériter le reffentiment des
Puiffances leurs libératrices ; divifés au - dedans
les Etats Unis devroient s'appliquer à faire difparoître
toutes les fources de jaloufie qui fappent
leur union par le fondement . S'ils ne fe rappro
chent les uns des autres , & s'ils ne font le facrifice
d'une partie de leurs intérêts particuliers à
l'intéret général de la Confédération , les Etate
Confédérés , après s'être divifés & féparés , deviendront
la proie des puiffances leurs voisines, &
l'Angleterre y aura fa part comme les autres.
[ Gazette d'Aimfterdam , n°. 66.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX ( 1 ) .
Châtelet de Paris , Parc civil.
Caufe entre le curateur & la fucceffion vacante du
(1) On fouferit à toute époque pour l'Ouvrage entier
dont le prix eft de 15 liv. par an , chez M. Mars , Avocat
au Parlement , rue de la Harpe , Nº. 20,
1
( 45 )
fieur de C... , Chevalier de Saint- Louis ,
dames Ablee, Prieure & Reizicufes de...
& les
Les rentes & penfions viageres conftituées en
dot à chacune des Religieufes érant , dans les
Monafteres de nouvelle fondation , établies en
Province , ne peuvent pas excéder 350 liv . par
année. Une Religieufe qui a été ainfi dotée , &
qui n'a point de pécule , et dans l'incapacité
de jouir des rentes viageres conftituées fur le Roi
au profit d'un tiers , lequel a ftipulé par le cotrat
que ceste Religieute auroit après lui lajui
fance de cette rente . D Catherine Henriette
de... defirant de fe confacter à la vie religieuſe ,
fe retira dans l'Abbaye de... pour y faire ton
Noviciat . En 1741 , conftitution par la dame
fa mere au profit de cette Abbaye de 400 livres
de penfion viagere , payable par année pendant
Ja vie de cette Religieuse . Dans la fuite ,
par des arrangemens de famille , le fieur de C...
frere de la Religieufe , fut feul chargé de la pref
tation annuelle de la penfion- viagere dont nous
Veuons de parler. En 1761 , le fieur de C...
avoit place dans l'emprunt de trois millions de
rentes viageres , dites Tontin s , créées par Edit
du mois de Décembre 1757 , une fomme de
5oco liv , produifant scolis. de rente annuelle ,
avec l'espérance des accroiflemens . Environ
-
--
dix ans après , le Roi ayant reconnu que les Tontines
étoient très - onéreuses à 1 Etat , rendit en'
fon Confeil un Arrêt par lequel il convertit les
Tontines en restes purement viage es , avec faculté
aux rentiers de normer telles perfonnes
qu'ils jugeroient à propos , fur la tête de quelles
ils defireroient en jouir . En conféquence , par
le nouveau contrat de conflitution , le fieur de
C... déclare qu'il entend jouir de la rente viagere
de 500 livres fur la tête de fa foeur Reli(
46 )
lui.
gieufe , laquelle en jouira perfonnellement après
Le fieur de C... étant décédé , fes hériiers
préfomptifs ont renoncé à fa fucceffion ,
& y ont fait créer un curateur. Quelque tems
après , demande de la part des Religieufes de
Abbaye de... à fin de paffation de titre nouvel
de la penfion viagere conftituée à leur profit ,
lors de l'ingreffion en Religion de la Demoifelle
de C... , & à ce que le contrat de 500 liv . de
rente viagere , conftituée fur le Roi avec décla
ration de jouiffance en faveur de cette Religieufe,
leur fût remis. La caufe portée à l'audience
Sentence rendue fur délibéré le 19 Avril 1785 ,
qui a réduit, cette conflitution dotale , conformément
à la déclara ion du Roi de 1673 , à 350 liv.
par an ; & l'Abbaye de.. a été déboutée de fa
demande à fin de remife du contrat de 500 liv.
de rente viagere conflituée fur la tête de la dame
de C... Religieufe , il n'y a point eu d'appel de
cette Sentence.
Caufe extraite du Journal des Caufes célebres ( 1 ).
Laboureur victime d'un Juifufurier.
Beaucoup de Juifs fe font répandus dins cette
partie du bas Languedoc , qui avoifine le Comtat
Vénaiffain , & dans la campagne de Nîmes.
Parmi cet effain induſtrieux , il fe trouve quelques
frélons avides , qui ne cherchent qu'à recueillir
le miel d'autrui , & à recueillir fans femer.
La lettre de change , dans les mains d'un
Juif adroit & trompeur , eft un infrument dangereux
, fur tout vis-à - vis d'un payfan crédule
& groffier , qui n'en conçoit pas la fubtile mobilité
& les rapides métamorphofes .
[1] Le Bureau de ce Journal eft actuellement rue du
Théâtre François , la derniere porte cochere près la Place
chez M. Dejefarts , Avocat, & chez Mérigot le jeune ,
Libraire , Quai des Auguftins. Ptix , 18 kiv, pour Paris'..
& $4 liv pour la Province.
( 47 )
Un de ces Hébreux , valet d'écurie il y a
vingt ans , paffe aujourd'hui pour riche dans le
canton , au moyen d'une feule lettre de change.
qui lui a produit en peu d'années une abondante
moiffon ; mais on convient auffi qu'il avoit trouvé
une dupe rare pour l'aveuglement & la fimplicité :
Voici les faits.
Monteil, Juif, faifoit dans Nimes le commerce
de mulets ; il prit par charité Jofeph Crémieu ,
& le fit fon valet d'écurie . Monteil , obligé de
difparoître à raifon de quelque infidélité pour
laquelle on le pourfuivoit en justice , prit la fuite,
' emména tous les beftiaux , à l'exception de deux
mulets alors malades , qu'il laiffa , dit - on , à
Jacob pour le paiement de fes gages .
Jacob fe voyant poffeffeur de cès deux ani
maux , fentit fes idées s'agrandir.
Il chercha dans la campagne quelque Labou
reur un peu riche & d'un naturel facile à duper,
Le nommé Lhermet étoit ce qu'il defiroit .
Jacob commença par lui donner des confeils
perfides ; il lui offrit des fecours fous les fauffes
apparences de l'amitié. Le crédule Laboureur
les accepta ; mais le Juif ne perdit pas de vue
fes projets. Il fit figner une lettre de change de
15co liv . au profit d'un tiers , & à l'échéance
il en demanda le paiement. Le Laboureur étonné
pria fon créancier de lui accorder un délai. Jacob
y confentit , mais en fe faint faire une
lettre de change de mille écus . L'avidité du Juif
ne devoit pas le borner à cette fomme : en peu
de temps les 1500 liv. devirent un capital de
36840 liv. dans les mains. Depuis , par de nou
velles manoeuvres
, il s'eft trouvé créancier de
Lhermet de cent vingt-deux mille liv. Alors il
l'a fait emprifonner , & il a fait des poursuites
pour s'emparer de fes biens. Lhermet n'ayant
( 48 )
d'autre reffource pour empêcher fa - ruine , que
celle de denoncer les crimes du Juif Jacob , a
ŕendu plaine contre lui . Son défenfeur ditoit
aux Magiftrats :
c
Lorfque des infectes ravagent nos champs ,
le Gouvernement eût allarmé ; il promet des récompenfes
à ceux qui chafferont ce féau defiructeur.
Les Académies propofent des prix ; les
favans s'épuilent en veilles & en recherches ;
& celui qui a trouvé le remede , eft appellé à
Jufte titre le bienfaiteur de la patrie & de 1 humanité.
Le fléau que je vous dénonce eft bien plus
terrible & plus meurtrier ; ce n'eft pas feulement
quelques épis qu'il ronge , il at aque le cultivafeur
lui- même ; il attaque les bras de ces hommes
utiles , fans lequels la terre ne produiroit
aucun fruit .
D'ailleurs , en follicitant aujourd'hui un décret
de prife de corps contre Jacob , le payfan ne demande
que ce que le Juifa obtenu contre lui par
la plus abfurde & la plus lâche de toutes les ca
lomnies.
L'un & l'autre feront donc dans les fers , & la
vérité fe manifeftera .
Par Arrêt du 20 Février 1784 , le Parlement
faifant droit fur l'appel de Lhermet & fur les
conclufions de M. le Procureur Général , a décrété
de prife de corps Jacob Crémieu , & ordonné
que fon procès lui feroit fait felon la rigueur
des Ordonnances .
Le Juif ne jugea pas à propos de rifquer l'épreuve
& difparui.
Auffi , par un fecond Arrêt du 28 avril 1784 ,
il a été ordonné que la procédure extraordina re
feroit continuée ; & attendu la contumace de Jacob
Crémieu , que les récolemens vaudroient confrontation
.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
ALLEMAGNE.
DE HAMBOURG , le 24 Août.
Ers la fin de Juillet , l'efcadre Ruffe de
Cronstadt a mis à la voile ; l'Amiral
Pawlichin , qui la commande , ne doit ouvrir
les ordres qu'à une certaine hauteur.
Probablement cette efcadre ne fortira pas
de la Baltique , & on l'attend à Cronstadt
dans les premiers jours de Septembre.
Le projet de mettre en circulation trois
cents mille roubles en Papier-monnoie , a
eu l'approbation du Sénat , comme il étoit
aifé de le preffentir , & l'Ukafe rendu à ce
fujet a été rendu public. On parle encore
d'une prochaine création d'affignations fur
la Banque, pour la fomme de 20,000 rou
bles. Les efpeces étant rares & les vivres
très chers , on a cru remédier par cet expédient
à cette rareté & à cette difette ; mais il
eft fort douteux qu'il ait le fuccès qu'on en
attend.
No. 36,9 Septembre 1786.
( 50 )
L'Impératrice de Ruffie a nommé le Doc
teurZimmerman, dont nous avons parlé plus
d'une fois, Chevalier de l'ordre de Wladimir,
de la troifieme claffe . S. M. a chargé le Prince
de Woifemskoi , Miniftre d'Etat de lui
envoyer la decoration , le diplôme & les
ftatuts.
"
On affure que la Cour de Peterſbourg
continue à exiger de la Porte- Ottomane
l'exécution des points fuivans , favoir , que
la Porte enjoigne au Pacha d'Erzerum , d'attaquer
Iman Manfur , dans le Dagheftan ;
qu'elle faffe reftituer les Efclaves qui ont été
conduits de la Géorgie à Conftantinople, &
qu'elle permette l'établiſſement d'un Conful
Ruffe à Varna.
DE VIENNE , le 23 Août .
Le 28 & le 29 Juillet , l'Empereur a affifté
aux manoeuvres des Troupes raffemblées au
camp de Sniatin en Gallicie ; & les premier
& deux de ce mois , à celles qui ont été exécutées
à Grodek ; après les exercices S. M. Impériale
s'eft rendue à Lemberg. Elle en eft repartie
le 11 ; le 18 elle devoit affifter au camp
de Peft , d'où elle viendra le 27 à celui de
Minkendorf.
Dans fon voyage en Hongrie, ce Monarque
a affigné un fonds de 80,000 florins , pour
améliorer l'exploitation des mines près d'Orawizas
.
1.51 )
[

La Cour Impériale négocie avec le
Prince Evêque de Trente , la cellion de
quelques districts dans le Tyrol . Elle defireroit
acquerir la Vallée, appellée Flemiferthal.
On y compte environ 20 Villages ; la
forêt qui en dépend eft immenfe , & produit
au moins 100,000 florins de revenus annuels.
Le Danube a quitté de nouveau fon lit ,
& a emporté deux arches du pont. Il eft
tombé à Windhag une averfe fi forte que le
torrent y a emporté s maifons , quatre perfonnes
ont perdu la vie dans ce défaftre.
Soixante - trois jeunes Payfans & Payfannes
qui vouloient fe rendre à une foire en
Carinthie , ont été fubmergés en traverſant
la riviere de Drave. Cinquante - quatre de
ces infortunés ont péri .
On évalue à un million & demi de florins
les dégats occafionnés dans l'Autriche , audeffus
& au deffous de l'Ems , par les débordemens
des rivieres & les orages.
DB FRANCFORT , le 30 Août ,
La mort du Roi de Pruffe abforbe tous
les efprits en Allemagne ; & aucune autre
nouvelle ne peut obtenir d'intérêt en ce mo
ment. Afin de recueillir toutes les circonftances
de cet événement fi mémorable , fi
important dans les Annales de l'Europe ,
nous rapporterons d'abord ce qu'en dit en
C- 2
( 52 )
ces termes la Gazette de Berlin du 19 Août.
» Le 17 de ce mois nous reçumes de
» Potzdam la trifte & accablante nouvelle
» que le même jour , à trois heures du ma-
» tin , une maladie de langueur , caufée par
» un épuiſement total de forces , & fuivie
>> enfin d'une hydropifie de poitrine , avoit
» terminé les précieux jours de notre bien .
» aimé fouverain , dans fon château de Sants-
» Souci , à l'âge de 74 ans , 6 mois & 13
> jours , dont 46 ans , 2 mois & 17 jours
» de regne ont fait la gloire &le bonheur
» de fon peuple, l'admiration de notre fie .
» cle , & feront l'objet de celle de la poſté-
» rité la plus reculée. Cette perte qui a
» plongé toute la nation dans l'affliction la
plus vive & la plus douloureuſe , ne lui
» laifferoit aucun fujet de confolation , ſi
>> par les qualités les plus éminentes , par
>> cette douceur & cette bonté particulieres
» qui caractériſent S. M. le Roi aujourd'hui
regnant , Frédéric Guillaume II , neveu
» du Roi défunt , & héritier du fceptre de
» fes illuftres ancêtres de la Maiſon royale
» & électorale de Brandebourg , elle n'étoit
>> pleinement raffurée fur fa félicité & la
>> continuation de fon bien-être futur."
כ כ
>> Hier L. M. le Roi & la Reine aujour-
» d'hui regnans , accompagnés de L. A. R.
» les Princes Frédéric Guillaume & Louis de
» Pruffe font arrivés en cette capitale où ils
» ont occupé les appartemens du château
( 53 )
» royal. Auffi-tôt après fon arrivée , S. M.i
» le Roi daigna recevoir les complimens &
» les hommages de tous les Généraux , Mi-
>> niftres d'Etat & Chefs de nos départe-
» mens , qui s'étoient affemblés dans la
grand'falle pour cet effet , & qui furent
» tous admis ce jour - là au dîner de S. M.;
» à l'iffue du repas le Roi partit auffitôt pour
» Schonhaufen où fe trouve S. M. la Reine
» douairiere de Pruſſe.
"2
ןכ
» Le Roi auffitôt après fon avénement
>> au trône voulant témoigner le cas parti-
» culier qu'il fait du mérite éminent de Son
» Exc. Mr. le Baron de Hertzberg , Minif
» tre actuel & privé d'Etat , de guerre & du
» cabinet , qui depuis 5 femaines s'étoit
» trouvé à Sans -Souci & n'avoit point quitté
» S. M. le Roi défunt , de glorieuse mé-
» moire , jufqu'au dernier moment de fa
» vie , a faifi cette occafion pour lui donner
» les premiers témoignages de fon affection
» & bienveillance royale , en lui contérant
»en perfonne les marques du grand ordre
» de l'Aigle Noir.
"
» Avant-hier dans la matinée tous les ré-
» gimens en garnifon de cette ville , ont
prêté le ferment de fidélité à S. M. le Roi
» aujourd'hui regnant , & ont ter miné cette
» folemnité par des cris & acclamations re-
» doublées de vive le Roi FRÉDÉRIC GUIL-
» LAUME Second.
לכ
Quelques lettres particulieres ajoutent les
c 3
( 54 )
particularités fuivantes à celles que nous ve ..
nons de rapporter. Extrait d'une LETTRE
du 19 Août.
» Vous verrez par la Gazette de la Cour
» dans quel temps & comment le grand
» Frédéric eft mort , & fon augufte fuccef-
» feur monté fur le trône . Je pourrois écri-
» re un volume très intéreffant , fi je devois
>> vous faire part de toutes les particularités
» qui ont précédé & accompagné ce grand
» événement. Je me bornerai aux principa-
» les . Le Roi fentant fa fin approcher , avoit
» appellé auprès de lui , il y a un mois ,
» quelques perfonnes dans lefquelles il avoit ,
» le plus de confiance , & dont la conver-
» fation lui plaifoit davantage. Il les entre--
>> tenoit plufieurs heures par jour d'une ma-
> niere au agréable qu'intéreffante , quoi-
» qu'il fût tellement tourmenté par fon hy-
» dropifie qu'il ne pût fe remuer dans fon
» fauteuil , qui lui fervoit en même temps
» de lit. Quoiqu'il fût aifé de voir que ce
grand homme fouffroit prodigieufement
» il n'en laiffoit cependant rien appercevoir
» à ceux qui étoient préfens ; & il ne lui
» échappoit ni murmures , ni plaintes , ni
» inquiétudes fur fon état . Il dînoit toujours
ככ
לכ
לכ
ככ
לכ
feul vers les derniers temps ; mais il avoit
» foin de faire fervir à une fociété de 8 per-
>> fonnes qui lui tenoient fucceffivement
» compagnie , des repas magnifiques à midi
» & le foir. Malgré fes maux , ce Monar(
ss )
» que qui a pratiqué jufqu'au dernier mo-
» ment la maxime , oportet Imperatorem
» ftantem mori , ne ceffoit de felever às h.
» du matin. Il faifoit entrer fes fecrétaires
» du cabiner; & comme il avoit déja lu la
» veille au foir , toutes les lettres & dépê-
» ches , il leur dictoit des réponses auffi pré-
» cifes que bien motivées. A 8 heures , il
» parloit au commandant de la ville & à fon
» aide de camp , auxquels il donnoit fes
» ordres pour le militaire. Il s'entretenoit
» après avec quelques Généraux , & enſuite
>> il faifoit entrer fon Miniftre, M. de Hertz-
» berg , qu'il gardoit jufqu'à midi , temps
» précis auquel il fe faifoit fervir à dîner. A
» deux heures il fignoit toutes les lettres &
» dépêches , comme de coutume. Le Roi
» continua cet ordre de vie jufqu'au 13 , où
:
il fe crut mieux , parce que l'eau s'écou-
» loit par quelques ouvertures qui s'étoient
faites naturellement à la jambe mais il
» en fut tellement épuifé , qu'il tomba dans
» un grand affoupiffement , ce qui ne l'em-
» pêcha cependant pas de dicter encore
» dans la matinée du 15 , des dépêches très-
» bien raiſonnées : mais enfin il perdit pref-
» qu'entierement connoiffance , & reſta ainfi
» en cet état jufques dans la matinée du 17
» à 3 heures , où le modele des Rois & le
» pere de ſes peuples expira doucement
» comme un flambeau confumé qui s'éteint ,
» & fans éprouver aucune des agitations &
€ 4
( 56 )
» des mouvemens convulfifs qui accompa
» gnent ordinairement cet inftant terrible.
» M. de Hertzberg qui étoit préſent , &
» qui a pour ainfi dire fermé la paupiere
» à fon augufte maître , fit d'abord infor-

ככ
mer le Roi , fon fucceffeur , de ce trifte
» événement. S. M. vint & mêla fes larmes
» à celles de fon Miniftre & de toutes les
perfonnes préfentes à ce fpectacle dou-
» loureux. Après quelques arrangemens &
difpofitions préliminaires , tant pour le
corps que pour l'appofition des fcellés ,
M. le Miniftre de Hertzberg félicita le
» nouveau monarque fur fon avénement.
»S. M. prit alors les marques du grand ordre
» de l'Aigle Noir, & en revêtir elle- même
fon Miniftre , en difant : Je me hâte de vous
» donner cette premiere preuve de ma bienveil
» lance , que vous avez méritée depuis long-
» temps. Le Roi pafla enfuite au départe-
>> ment des affaires étrangeres , qui n'eft pas
éloigné de la chambre funéraire ; & là on
» expédia les premiers ordres circulaires aux
» Miniftres d'Etat , à tous les Généraux &
» Gouverneurs dans les Provinces , pour
» leur annoncer le nouveau regne & les ar-
">
rangemens à prendre. On dépêcha en-
» fuite des officiers diftingués pour faire part
» de ce double événement aux Cours pa-
» rentes ; le Roi écrivit de fa propre main
» les principales lettres à fes parens. Il ou
> vrit enfuite un paquet de dépêches & de
( 57 )
גכ
ל כ
לכ
» lettres , que le feu Roi n'avoit pu expé-
» dier la veille . Il les lut , & dicta lui- même
» les réponses à 4 de fes fecrétaires . Les dépêches
partirent le même jour , & tout étoit
déja en ordre à 8 heures du matin , 5 h .
» après la mort du feu Roi. En attendant,
" on avoit fait fermer les portes de Berlin
» & de Potzdam , & les nombreuſes garni-
» fons de ces deux villes prêterent ferment.
» Le Roi & la Reine revinrent le 18 à Ber-
» lin , où L. M. furent reçues au milieu des
» acclamations de tout le peuple raſſemblé
fur leur paffage . Arrivé au château , le
» Roi y reçut les complimens & les hom-
» mages des Princes , des Miniftres & des
» Généraux , que S. M. retint à dîner. Elle
fit un difcours très-pathétique aux Offi-
» ciers , pour les affurer de fa volonté bien
» déterminée d'entretenir l'armée Pruffienne
» dans toute fa difcipline & dans toute la
» force , à l'exemple de fon augufte prédé-
» ceffeur. S. M. fit des difcours analogues
» aux Miniftres des trois départemens , des
>> affaires étrangeres , des finances & de la
justice , affemblés chaque corps en parti-
» culier. Le Roi a débuté par faire diftri-
» buer toutes fortes de pardons & de gra-
» ces , & par ordonner des arrangemens qui
» annoncent un regne auffi actif, auffi fer-
» me & vigoureux que celui qui vient de
>> finir.
ל כ
( 58 )
Extrait d'une autre lettre de même date.
Depuis 2 jours la maladie du Roi avoit
» empiré à un degré allarmant ; les jambes
» étoient devenues noires , & ce Grand
» Homme fentoit bien lui - même fa fin ap-
"

procher. Le 16 à 10 heures du matin il
» tomba dans une espece de léthargie , dont
» il revint cependant , au point de reprendre
fa connoiffance ; & , quoiqu'il reffentît
» les douleurs les plus aiguës , il ne fe per-
» mit pas une feule plainte. Le foir il fut
attaqué de nouvelles foibleffes , & il perdit
l'ufage de la parole ; mais il continua
» à fe faire entendre par fignes , ce qui indiquoit
qu'il confervoit fon efprit préfent.
A 10 heures & demie du foir , il tomba
» dans l'agonie , & expira le 17 vers les
3 heures du matin . Vous favez que de-
>> puis ou 6 femaines M. le Miniftre de
» Hertzberg fe trouvoit près du Roi malade .
» On préfume que ce dernier , preſſentant
» fa fin prochaine , a fait quelques difpofi-
» tions , & a été bien aife de laiffer à fon
fucceffeur un Miniftre auffi confommé
» dans les affaires , un homme d'une pro-
» bité , d'une intelligence auffi reconnues.
Si tel a été le deffein du feu Roi , il a été
» bien religieufement accompli par fon fuc-
» ceffeur , puifqu'il s'eft entierement remis
» aux confeils de notre digne Hertzberg , &
» que toutes les expéditions ont paffé par
» fes mains. Auffi , le premier acte de royau-
לכ
לכ
כ כ
#
( 59 )
» té qu'a fait le nouveau Monarque a été
» de lui conférer le grand cordon , & de
» l'en décorer de fa propre main , pour
>> marque du cas qu'il fait de lui & de l'ef-
» time qu'il lui porte. On dit que le Roi a
>> diftribué encore 4 autres grands-cordons ,
» entr'autres un à M. de Hoym , Miniftre
» en Siléfie ; mais je ne puis vous dire encore
rien de pofitif à cet égard.
כ כ
A 8 heures du matin on reçut ici la
> nouvelle de la mort du Roi , & à 9 heures .
» les Régimens prêterent ferment. Ce de-
» voir rempli , les Généraux fe font écriés :
Vive le Roi Frédéric Guillaume II ! Ce cri
» fut répété par les Officiers , pendant que
" les foldats faifoient paffer trois fois leurs
chapeaux par deffus leurs têtes . Je ne puis
» vous exprimer , Monfieur , quelle morne
» & fombre trifteffe regnoit fur les vifages
» des foldats , particuliérement des vété-
כ כ
rans . On les voyoit marcher la tête pen-
» chée , les yeux fixés vers la terre , les uns
verfant des larmes , & les autres pouffant
» des fanglots. Le Général Mollendorf,
» Gouverneur de cette réfidence ne put
» s'empêcher d'éclater , & pleura à chaudes
» larmes , à mesure qu'on prononçoit le fer-
» ment.
כ כ
» En partant de Potzdam le Roi a raf
femblé le Militaire , & après avoir donné
» divers ordres , il a dit : Meffieurs , je vou
recommande la fubordination , la difcipline,
6
( 60 )
& fur tout l'humanité. Le Roi donne en
» général des marques répétées du bon
>> coeur , de l'ame droite & jufte que nous
» lui connoiffions déja ; & tout nous pro-
→ met un regne doux & paternel , mais ter-
» me & fondé fur la juftice , tel qu'il nous
» convient , & tel que celui qui vient de
>> finir. ››
1
Le Prince Royal , aujourd'hui Roi de
Pruffe , fit approcher fes deux fils aînés de
leur Oncle mort ; décora le plus jeune ,
Frédéric Louis Charles , âgé de 13 ans , du
grand ordre de l'Aigle - Noir , & conféra fon
Régiment , avec le grade de Colonel , au
Prince héréditaire , Frédéric Guillaume , âgé
de 6 ans ( 1 ). Ces deux Princes font nés
du fecond mariage du Roi actuel avec la
Princeffe Frédérique Louife de Heffe Darmf
tadt. Le nouveau Monarque qui regne fous
le nom de Frédéric Guillaume II , eft âgé de
42 ans. Il eſt le quatrieme Roi de Pruffe.
Remarquons ici qu'on ne fçait à quoi attribuer
l'erreur de Voltaire & d'autres.
Ecrivains François , qui conflamment ont
appellé le Prince étonnant que la Pruffe
vient de perdre , du nom de Frédéric III.
Son Ayel , fils du grand Electeur &
premier Roi de Pruffe , fut appellé Frédéric
I ; il mourut en 1713. Son fils regna
jufqu'en 1740 , fous le nom de
"
[1 ] Nous donnons ici ces défignatións nominales , parce
qu'elles font abfolument fautives dans l'Almanach Royal,
( 61 )
Frédéric Guillaume I, & le Héros de l'Allemagne
qui lui fuccéda , fous le nom de
Frédéric II. La vie du dernier de ces Princes
, fi jamais un Ecrivain inftruit & fidele fe
charge de la tracer , eft prefque inféparable
de celle de fon Pere , qui prépara
toutes les forces & toutes les reffources ,
dont fon Succeffeur s'eft fervi avec tant de
gloire. Il eft digne d'obfervation , que dans
Pefpace de cent ans , ce petit Royaume ,
devenu fi impofant , ait été gouverné par
deux Princes , le Grand Electeur , & Frédé
ric II , tels qu'on en chercheroit en vain
dans des Dynasties de vingt fiecles.
Le nouveau né , dont la Princeffe Pala
tine de Birkenfeld eft accouchée à Landfhut
, a été baptifé le 7 de ce mois, fous les
noms de Pie Augufte . Le Pape étoit fon
parain ; S. S. a été repréſentée par fon Nonce
ordinaire à Munich.
Le 7 de ce mois , Lord Dalrymple
Miniftre Plénipotentiaire de la Cour de Londres
à celle de Berlin , affifté des Chevaliers
Heard & Townshend , a revêtu , au nom du
Roi d'Angleterre , le Landgrave de Hefle-
Caffel régnant des marques & de l'habit de
l'Ordre de la Jarretiere.
Selon des Lettres de Stutgard , du 8 de ce
mois, le Duc régnant fournit 1,800 hommesde
troupes à la Compagnie Hollandoife des
Indes Orientales . Les conditions de la Convention
font très aventageufes au Dac & à
Les troupes.
( 62 )
Depuis le 16 de ce mois le vent eft ici
conftamment au nord , & l'atmoſphere eft
couverte d'un brouillard épais.
On prétend dans un Journal politique que la
Ferme du tabac a rapporté à la République de
Venife , depuis 1657 , la fomme de 17 millions
300,000 rixdalers . La Ferme , de 1657 juíqu'en
1662 , n'avoit payé en tout que 40,000 rixdal .
elle produit actuellement 7,199,988 .
Précédemment nous avons rapporté deux
articles du Traité d'amitié & de commerce
conclu le 10 Septembre 1785 , entre Sa
Maj. Pruffienne & les Etats -Unis de l'Amérique.
Voici maintenant la teneur du Traité
Jui même.
Sa Majesté le Roi de Pruffe , & c . &c. & les
Etats - Unis de l'Amérique , defirant de fixer
d'une maniere permanente & équitable les regles
qui doivent être obfervées relativement à
la correfpondance & au commerce à établir en .
tre les Etats refpectifs des deux parties , S. M.
& les Etats - Unis ont cru ne pouvoir mieux
remplir ce but , qu'en pofant pour bafe de lear
engagement la plus parfaite égalité & récipro
cité : Dans cette vue , Sa Majefté le Roi de Pruffe
a nommé & conftitué pour fon Plénipotentiaire
le Baron Frédéric - Guillaume de Thulemeier
fon Confeiller - Privé d'Ambaffade & Envoyé-
Extraordinaire auprès de Leurs Hautes Puiffances
les Etats Généraux des Provinces- Unies : & les
Etats Unis ont de leur côté pourvu de leurs
pleins pouvoirs le fieur John Adams , ci - devant
l'un de leurs Miniftres Plénipotentiaires pour
traiter de la paix , Délégué au Congrès de la part
de l'Etat de Maffachufett's , & Chef de Juſtice
dudit Etat , actuellement Miniftre Plénipoten(
63 )
-
tiaire des Etats -Unis près Sa Majeſté le Roi de
la Grande Bretagne ; le Do& eur Benjamin
Franklin , en dernier lieu leur Miniftre plénipotentiaire
à la Cour de Sa Majefté Très - Chrétienne
, & auffi l'un de leurs Miniftres plénipotentiaires
pour traiter de la paix ; & le fieur
Thomas Jefferſon , ci - devant Délégué au Congrès
de la part de l'Etat de Virginie , & Gou-.
verneur dudit Etat , actuellement Miniftre Plé-.
nipotentiaire à la Cour de Sa Majefte Très- Chrétienne
, lefquels Plénipotentiaires refpectifs ,
apres avoir échangé leurs pleins pouvoirs , &
en conféquence d'une mûre délibération , ont
conclu , arrêté & figné les articles fuivans :
ART. I. Il y aura une paix ferme , inviolable
& univerfelle & une amitié fincere entre S. M.
le Roi de Pruffe , fes héritiers , fucceffeurs &
fujets d'une part , & les Etats Unis d'Amérique
& leurs citoyens d'autre part , fans exception
de perſonnes ou de lieux.
II. Les fujets de S. M. le Roi de Pruffe pourront
fréquenter toutes les côtes & tous les pays.
des Etats Unis de l'Amérique , y réfider & trafiquer
en toutes fortes de productions , manufactures
& marchandiſes , & ne paieront d'autres
ni de plus forts impôts , charges ou droits dans.
lefdits Etats - Unis , que ceux que les nations
les plus favorifées font ou feront obligées de
payer , & ils jouiront de tous les droits , privileges
& exemptions dans la navigation & le commerce
, dont jouit ou jouira , la nation la plus
favorifée , fe foumettant néanmoins aux loix &
ufages y établis , & auxquels font fujets les citoyens
des Etats- Unis , & les fujets des nations
les plus favorisées.
III. Pareillement les citoyens des Etats - Unis
de l'Amérique pourront fréquenter toutes les
( 64 )
côtes & tous les Pays de S. M. le Roi de Pruffe ,
y réfider & trafiquer en toutes fortes de productions
, manufactures & marchandiſes , & ne
paieront d'autres ni de plus forts impôts , charges
ou droits dans les domaines de Sadite Majefté
, que ceux que la nation la plus favorifee
eft ou fera obligée de payer ; & ils jouiront de .
tous les droits , privileges & exemptions dans :
la navigation &le commerce , dont jouit ou jouira
la nation la plus favorifée ; fe foumettant néan
moins aux loix & ufages y établis , & auxquels
font foumis les fujets de S. M. le Roide Pruffe,
& les fujets & citoyens des nations les plus favorifées.
*
IV. En particulier , chacune des deux nations
aura le droit d'importer fes propres productions ,
manufaЯures & marchandiſes à bord de fes propres
bâtimens ou de tel autre , dans toutes les
parties du domaine de l'autre , où il fera permis
à tous les fujets & citoyens de l'autre nation de
les acheter librement , comme auffi d'y charger
les productions , manufactures & marchan lifes
de l'autre , que lefdits citoyens ou fujets auront
la liberté de leur vendre , en payant dans l'un
& l'autre cas tels impôts , droits & charges feulement
que ceux qui font ou feront payés par
la nation la plus favorifée. Cependant le Roi de
Pruffe & les Etats Unis de l'Amérique , & chacun
d'eux en particulier , fe réfervent le droit , au
cas que quelque nation reftreigne le tranfport
des marchandifes aux vaiffeaux des pays dont :
elles font la production ou la manufacture , d'établir
envers cette nation des réglemens réci- ↑
proques , fe réſervant de plus le droit de prohiber
dans leurs pays refpectifs l'importation ou
l'exportation de toute marchandife quelconque,
dès que la raifon de l'Etat l'exige . En ce cas ,
les fujets ou citoyens d'une des parties contrac(
65 )
tantes ne pourront importer ni exporter les mar
chandifes prohibées par l'autre . Mais fi l'une des
parties contractantes permet à quelqu'autre nation
d'importer ou d'exporter ces mêmes marchandifes
, les citoyens ou fujets de l'autre partie
contractante jouiront auffi- tôt d'une liberté
pareille.
V. Les Marchands , Commandans des vaiffeaux
& autres fujets ou citoyens de chacune des deux
nations ne feront pas forcés dans les ports ou
dans la Jurifdiction de l'autre de décharger ancune
forte de marchandiſes dans leurs vaiffeaux
ni de les recevoir à bord de leurs propres navires
, ni d'attendre leur chargement plus longtemps
qu'il ne leur plaira .
VI. Pour éviter que les vaiffeaux de l'une
des deux parties contractantes ne foient point
inutilement moleftés ou retenus dans les ports
ou fous la Jurifdiction de l'aure , il a été convena
que la vifite des marchandifes ordonnée
par les loix , fe fera avant qu'elles ne foient
chargées fur le navire , & qu'enfuite elles ne
feront plus fujettes à aucune vifite ; & en général
il ne fe fera point de recherche à bord du
vaiſſeau , à moins qu'on n'y ait chargé clandef- *
tinement & illégalement des marchandifes prohibées
. Dans ce cas , celui par l'ordre duquel
elles ont été portées à bord , ou celui qui les
y a portées fans ordre , fera foumis aux loix
du pays où il fe trouve , fans que le refte de
l'équipage foit molefté , ni les autres marchandifes
ou le vaiffeau faifis ou détenus par cette
raifon.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
ESPAGNE.
DE LA COROGNE , le 8 Août.
La Frégate el Aguila , fortie du Buenos(
66 )
'Ayres , le 25 Mai dernier , eft entrée dans ce
Port le 3 de ce mois. Elle a apporté des
Lettres de Lima , en date du 16 Mars , par
lefquelles on apprend que le Vaiffeau de la
Compagnie - Royale des Philippines, los Placeres
, deftiné pour Manille, eft arrivé au
Callao le Mars dernier. Ce Vaiffeau com-
25
mandé par Dom Juan Antonio de Zabaleta ,
étoit forti de Cadix , le 1 " , Octobre de l'année
derniere : depuis le regne de Philippe II,
c'eft la feule expédition qui ait été entrepriſe
en droiture pour les Ifles Philippines , par le
Cap de Horn. Ce Vaiffeau a eu la traverſée
la plus heureufe jufqu'à ce Cap , où il a été
aflailli par des vents contraires & des tempêtes
qui l'ont retenu 40 jours , fans pouvoir
doubler le Cap . Cependant le Vaiſſeau n'a
reçu aucune avarie , par l'habileté & la vigilance
des Commandans & des Officiers .
L'équipage eft arrivé en bonne fanté au Callao,
n'ayant perdu qu'un feul homme , tombé
à la mer en faifant une manoeuvre . Les
provifions, quoique fort abondantes , ont été
confervées dans le meilleur état , & il en eft
même refté une grande quantité, qui entrera
dans le ravitaillement du Vaiffeau à Callao.
On efpéroit qu'il feroit en état d'appareiller
pour Manille , vers le milieu du mois d'Avril.
6
PORTUGAL.
DE LISBONNE , le 10 Août.
S. M. T. F. a nommé grand Inquifiteur ,
( 67 )
l'Archevêque de Theffalonique fon Confeffeur,
& le Principal de l'Eglife Patriachale,
Jofeph François de Mendoza , Patriarche
de Lisbonne.
Le nommé Verifcina Nogueira , habitant
de Céderma, paroiffe de S. Jean de Godien,
Diocèse d'Oporto , eft mort le 30 Mai der
nier, âgé de 117 ans . S'érant fait Soldat à
l'âge de 17 ans ; il fervit 20 ans dans ce pofte,
& fe trouva à la bataille d'Almanza : retiré
chez lui il fe maria à l'âge de 37 ans , & ent
un grand nombre d'enfans. Il vivoit de fon
travail & d'un petit patrimoine ; il avoit
toujours joui de la fanté la plus robuſte ,
& paroiffoit devoir vivre encore longtemps
, lorfqu'il fe cafla la jambe en trois
endroits , accident dont il eft mort; il avoit
encore toutes fes dents & fes cheveux , fon
vilage étoit très frais & fans aucunes rides .
ITALI E.
DE VENISE , le 11 Août.
2
Suivant les dépêches de notre Conful , le
Pacha de Scutar non content du maf
facre de nos compatriotes dans le fort de
Durazzo , maffacre exécuté par fon ordre ,
a fait mettre en pr fon cinq Matelots Vénitiens
, qui étoient à terre , pendant l'attaque
de la barque , où nos gens ont été tués .
Enfin pour mettre le comble à fes violen(
68 )
ces , il a retenu dans ce Port trois barques
Vénitiennes , en faifant fignifier à leurs Patrons
, qu'ils n'obtiendront la liberté d'en
fortir , qu'en lui payant une fomme de 2000
fequins.
Le Sénat indigné de tant d'outrages , a
ordonné le 29 du mois dernier , l'expédition
fubite d'un Courrier à Conftantinople ,
avec un Mémoire conçu dans les termes les
plus forts, pour demander une fatisfaction
complette des attentats répétés du Pacha de
Scutari , contre le droit des gens & contre
toutes les loix de l'humanité. Le Sénat y déclare
en outre , qu'en cas de refus , ou de délai
de la part de la Porte , la République net
peut ni ne veut fouffrir l'oppreffion de fes
Sujets , ni prévenir les effets d'une défenſe :
que tout autorife , & d'un reffentiment
provoqué par mille violences . Enfin , ilavertit
la Porte qu'il ne fe croira point refponfable
des conféquences qui pourront en
réfulter.
Voici l'extrait d'une lettre écrite à bord
de l'efcadre du Chevalier Emo , à la rade de
Malte , le 6 Juillet dernier.
Le 26 du mois dernier , il eft arrivé à Malte
un bâtiment françois venu de Tunis en quatre
jours avec des dépêches pour le Grand-Maitre
& pour
le Général de l'efcadre Vénitienne. On
a fu par ce navire que les principaux habitans
de Tunis , & fur tout les Négocians , avoient fait
les plus fortes représentations au Dey contre cette
( 69 )
guerre qui détruit également leurs fubfiftances
& leurs habitations . Il eft certain que Sfax &
les environs i delicieux dé certe Place ont prodigieufement
fouffert de notre bombardement ,
puifque cinq à fix cents edifices ont été renversés,
& qu'il y eft péri beaucoup de monde , indépendamment
des ravages caufés par les Maures même
qui s'y étoient rendus fous prétexte de la défendre.
Mais le Bey perfifte toujours opiniâtrement
dans fa réfolution de continuer la guerre.
Le Grand - Maître a fait complimenter notre
Général fur fa nomination à la place de Procurateur
de Saint Marc , & des falves répétées de
l'artillerie de la fortereffe ont répondu à celle
de l'efcadre qui a pareillement célébré cet événement
par des réjouiſſances & des fêtes .
On a levé l'ancre le ; de ce mois , & tout
eft prêt pour attaquer de nouveau l'ennemi avec
plus d'activité que jamais . Le Général a fait
conftruire une galere à bombe de la plus grande
dimenfion ; elle eſt deſtinée à porter un mortier
de 500.
GRANDE - BRETAGNE;
DE LONDRES , le 29 Août.
Divers Papiers publics annoncent que le
Roi a nommé le Général Rainsfort , Gouverneur
de Gibraltar , à la place du Chevalier
Elliot , & qu'on équippe à Portſmouth
une frégate qui doit conduire le nouveau
Commandant à fa defination ; mais la Gazerte
de Londres ne dit pas un mot de cette
( 70 )

prétendue promotion . M. Rainsford eft le
dernier des Lieutenans.Généraux ; & il eft
beaucoup plus vrailemblable , qu'il eft nommé
pour remplacer non le Général Elliot ,
mais le feu Lieutenant Général Boyd , ancien
Lieutenant - Gouverneur de Gibraltar ,
mort l'année derniere.
On doit embarquer à Woolwich 300 tonneaux
de munitions d'artillerie pour la côte
d'Afrique , afin de mettre les forts & garnisons
de S. M. dans le meilleur état de défenſe .
Deux Ingénieurs vont diriger leurs travaux fur
cette côte .
Le Lord Dorchefter eft parti le 24 por
Portsmouth , d'où il fe rendra dans fon
Gouvernement du Canada. Le Cap. Seymour
Finch qui commande l'efcadre de la
Méditerranée , a pris congé de S. M.
M. Adams , Miniftre plénipotentiaire des
Etats -Unis auprès de notre Cour , ayant fait
au Miniftere des repréfentations touchant le
délai qu'on apportoit à remettre aux Etats-
Unis les forts fitués dans les territoires cédés
aux Américains par le dernier traité ; Mylord
Carmarthen , Sécrétaire d'Etat des affaires
étrangères , a répondu à ces repréſentations ,
difent nos Ecrivains publics, par un Mémoire
qui expofe que, S. M. B, n'héfiteroit point à
fatisfaire aux articles du dernierTraité de paix ,
fi Elle voyoit dans les Etat sUnis un vrai defir
de fe conformer de leur côté àce Traité. Paffant
enfuite aux preuves de cette mauvaiſe
( 71)
volonté , le Mémoire rappelle une quantité
d'actes par lesquels les Etats de Maffachufett
, de Newyork , de Penfylvanie , de Maryland
, de Virginie , des deux Carolines &
de la Géorgie , ont montré leur mauvaile foi,
ou du moins leur partialité contre ceux des
fujets de S. M. B. , créanciers des Américains,
foit en leur ôtant les moyens de poursuivre
leurs créances en Juftice , foit même en les
privant des intérêts de leurs créances pendant
des époques fixes. Il eft affez vraisemblable
que ce grief très- légitime retarde la ceffion
des forts.
Il eſt parti le 22 un exprès du bureau du
Marquis de Carmarthen, chargé de dépêches
pour le Chevalier James Harris à la Haie.
Le 23 il a été tenu chez le Marquis de Carmarthen
un Confeil , dont le réſultat a été
mis fous les yeux de S. M. S.
Quelques Papiers ont imaginé la converfation
fuivante entre le Prince de Galles &
M. Fox .
Le Prince , difent - ils , parloit à M. Fox de
la fituation affreufe d'un débiteur , quelque pât
être fon rang & fon état , s'il avoit l'ame honnête
& fenfible.
Telle eft ma pofition , ajouta-t il , & en conféquence
j'ai ordonné que mes effets fuffent
vendus à l'enchere pour payer par degrés mes
dettes. Mais fans les privileges de la Pairie , je
ferois certainement dans le cas d'être arrêté
& même dans ma condition actuelle , je regarde
mes propriétés comme fujettes à la loi établie
pour la fûreté du commerce. Voici à préſent ,
( 72 )
mon cher Charles , ce que je defirerois que vous
fiffiez : c'est le projet d'un bill pour allurer à
tout créancier la jufte demande fur tous les
biens du débiteur ; mais en même- tems pour
affurer la liberté de tout honnête homme contre
la tyrannie des prifes- de- corps & la cruauté des
barbares , qui veulent à quelque prix que ce
foit , affouvir leur vengeance .
J'ai fu , ajouta ce bon Prince, que M. Pitt luimême
, avant d'être Miniftre , étoit endetté
même affez confidérablement ; fans doute fa fituation
eft plus heureufe aujourd'hui ; mais
lorfqu'il fe rappellera l'état où il s'eft trouvé
& celui dans lequel est mort fon illuftre Pere , il
ne pourra fe refufer de concourir à la bonne
oeuvre , à l'oeuvre de liberté dont je prie mon
ami de vouloir bien être l'inftrument .
Le 11 de ce mois , entre deux & trois
heures du matin , on reffentit dans différentes
parties de l'Ecoffe une affez forte ſecouffe
de tremblement de terre , accompagnée d'un
bruit fouterrain . Elle n'a cependant occafionné
d'autres accidens que la chûte de
quelques cheminées . A ce fujet , un Papier
public rappelle les divers tremblemens de
terre , éprouvés en Angleterre depuis cent
ans.
En 1689 , Lime dans la Comté de Dorfet .
prefque entiérement détruit . La fecouffe
fe fait fentir en France & en Allemagne .
Le 8 feptembre 1692 , dans la plus grande
partie de l'Angleterre , mais fans accidens. Le
même jour le tremblement ,fait des ravages
affreux au Port- Royal à la Jamaïque , engloutit
( 73 )
gloutit 3000 perfonnes & une partie de la
Ville.
Le 10 octobre 1731 , à Aynho dans le
Northampton.
Le 25 octobre 1734 ,à Arundel & à Shorcham.
Le 10 décembre 1738 , à Halifax , Eland
& à Huddersfield dans la Comté d'Yorck.
Les Février 1744 , plufieurs fecoufies dan's
le de Galles au comté de Mérioneth pays ,
répandent l'allarme, mais ne caufent aucun
dommage.
Le 15 juin 1745 , dans le Comté de So
merfet.
Le 14 février 1749 , à Leudhills en Ecoffe ,
les habitans effrayés abandonnent leurs maifons.
Le 8 Février 1750 , à Londres & à Weftminster
, dans plufieurs villes & villages des
environs , quelques cheminées & une partie
d'une maifon renversées.
Le 8 mars 1750 , nouvelle fecouffe beaucoup
plus forte que la précédente à Londres
& dans les environs. Les habitans abandonnent
leurs habitations la nuit , prefque nuds .
Une fervante , dans Charter-Houfe Square ,
eft jettée hors de fon lit par la fecouife , &
fe caffe le bras. Une dame demeurant dans
Piccadilly , fort curieufe en porcelaines
ayant l'habitude de les mettre en piles , a le
déplaifir de les voir toutes jettées & brifées
par la fecouffe.
No. 36 , 9 Septembre 1786. d
"
( 74 )
Le 2 avril 1750 , à Liverpool & le pays adjacent
, dans une efpace de 40 mille N. & S.
fur 30 lieues E. & O.
Le 30 août 1750 , une fecouffe fort vive
dans le Nottingham.
Le 30 feptembre 1750 , dans les côtes de
Northampton , Lincoln , Leicefter & Derby,
à Kelmarfk une vieille femme eft jettée à bas
de fa chaife , & à Burton Overy , un enfant
eft également jetté de fa chaife dans le feu .
Le 8 juin 1753 , à Manchefter & autres
lieux au N. O. de l'Angleterre.
Le 19 avril 1754 , dans plufieurs endroits
du Comté d'Yorck.
Le 31 Juillet 1755 , dans les Comtés de
Northampton & de Lincoln. A Trodingham,
la plupart des maifons font renverfées.
Le 1 novembre 1755 , tremblement de
terre de Lisbonne , qui fait périr 70,000
perfonnes. Le 3 , on obferve une violente.
agitation dans la mer fur les côtes d'Angleterre
, & les la maréè eft fi haute dans la riviere
Carron en Ecoffe , que les eaux inondent
les campagnes & forcent une groffe
éclufe.
Le 24 juin 1756 , àAfhford dans le Kent
& environs.
Le 18 novembre 1756 , dans les côtes
'Argyle & Rothfay..
Le 24 février 1757 à Norwich , Yarmouth
, & c.
Le 24 février 1759 , à Lejkeard dans le
%
7:75 )
Cornwal , dans une elpace d'environ 6 mille
fur 4
Le 9 juin 1761 dans les côtes de Somerfet
& de Dorfet.
Le 14 août 176 , fecouffe à Guernesey
accompagnée d'un foulevement de vagues fur
les côtes.
"
Les deux fecouffes du 8 février & du 8
mars 1750 , firent une telle impreffion fur les
habitans de Londres , qu'un Garde du Roi
ayant prédit une autre fecouffe pour le s
avril fuivant , un nombre incroyable d'habitans
quitterent leurs maifons & fe ' auverent
dans les champs & fe mirent dans des bâteaux
fur la riviere. On vit des gens de diftinction
refter en voiture dans les environs
de Londres jufqu'à la pointe du jour ; d'autres
fe rendirent à de grandes diftances , de
maniere que les roures étoient couvertes de
monde toutes les auberges fe trouverent
remplies à Windfor.
« La Société Royale des Antiquaires de
cette ville , préfidée par le Comte de Lei-
» cefter , vient de recevoir un François au
nombre de fes Membres Honoraires Etran-
» gers. C'eft M. Delandine , faifant fon féjour
» à Lyon , de l'Académie de la même ville ,
» connu de la Société Royale par plufieurs
>
Ouvrages hiftoriques , & notamment par
» celui intitulé : De l'Enfer des Peuples an-
>> ciens . »
d 2
( 76 )
ÉTATS -UNIS DE L'AMÉRIQUE ( 1).
PHILADELPHIE , le 16 Juillet.
Les Etats-Unis offrent le tableau vraiment
déplorable de la to bleffe d'un Gouvernement
qui n'a point l'autorité néceffaire pour
agir avec efficacité. Le peuple fachant que le
droit de légiflation lui appartient , en intere
qu'il a celui de refufer l'obéillance à des loix
faites par les Repréfentans dans le Corps légiflatif,
par cette feule raifon que ces loix ne
lui conviennent point. Ces principes dangereux
font languir l'affaire de la collection de
l'impôt , & celle des pouvoirs à donner au
Congrès pour régler le commerce. Il réfulte
de-là que le Traité de commerce avec l'Angleterre
n'avance point ; que les laix prohi
Bitives des Anglois font toujours en vigueur ;
qu'ils confifquent impunément les bârimens
Américains que la reddition des poftes qui
fe trouvent fur les Territoires cédés aux Etats-
Unis eft fufpendue ; que la navigation du
Miflifipi eft refufée aux citoyens des Etats-
Unis , en dépit de toutes leurs réclamations
[1 ] Nous répétons encore que cet article entier eſt tra❤
duit des Gazettes Américaines, Le Rédacteur n'y ajoute
pas une ligne. Ainfi le tableau qu'on préfente ici de l'é-
Lat politique des Etats - Unis , fpécialement de ceux du
Nord, eit tracé par les Américains eux -mêmes, Une lettre
particuliere le Philadelphie , venant d'une main refpectable
, & adeffée au Rédacteur , confirme la plus
grande partie des triftes vérités qu'on va lire . Les hommes
fenfes , qui n'oient point atteints de la fievre ni
de la crédulité conmanes , ont bien prévu , dans le temps,
ces crifes qu'il eft pués de révoquer en doute , Elles au-
.. un terme ; mais il et encore indéterminé .
ፇኝ
& de tous leurs droits ; & qu'enfin , les Nations
de l'ancien - Monde perdent de leur eftime
pour un Gouvernement qui rafte acéphale.
L'opinion s'eft fortifiée que la Légiſla
ture & le Peuple font deux Corps diftincts.
De plus , tant que les Etats particuliers croiront
avoir le droit de dire : Nous ne nous
conformerons pas aux arrêtés du Congrès ,
les meilleures mefures du Gouvernement
échoueront.
Il paroît que l'efprit de divifion , répandu
dans toute l'étendue des Etats - Unis , le fait
fentir avec plus de force dans les Etats de
Maffachufett & de Rhode Iſland . Ce dernier
Etat eft en proie à des diffenfions très - alarimantes
, qui ont pour principe l'émiſſion du
Papier monnoie , & l'obligation de recevoir
en paiement ce papier , fous peine de 100 liv.
d'amende. Les Députés de la Vile de la
Providence , ainfi que les différens Corps de
Marchands , ont vainement proteſté contre
cet acte , qu'ils ont déclaré être inoui dans
un pays libre & digne des Régences d'Alger
& de Tripoli. Cette proteftation a été rejettée
par les deux Chambres , comme contrai .
re au refpect dû à l'Affemblée. Dans le Maflachufett
, les avis font partagés , relativement
au Papier onnoie. Les uns le demandent
à hauts cris , comme le feul moyen de
fuppléer à la rareté extrême des efpeces & de
fe mettre en état de payer les impôts . D'au
tres au contraire regardent avec raifon fon
d 3
(78 )
introduction , comme un arrêt de mort pour
ce qui peut refter encore d'honnêteté parmi
les homes.
L'Acte de navigation que le New- Hampshire
avoit paffé en oppofition à celui de la
Grande - Bretagne , ne lera mis en vigueur
que lorfque les autres Etats en auront paffé
de femblables .
Les Sauvages , appellés Creeks , ont déclaré
la guerre aux habitans de la Géorgie . On
lit des détails intéreffans fur cet événement ,
dans la Lettre ci jointe , en date d'Augufta ,
le zo Mai.
Etant perfuadé que vous ferez curieux d'ap
prendre où en font les chofes entre les Georgiens.
& les Creeks , j'ai pris foin de m'informer de tout
ce qui s'etoit paffé à cet égard . A mon arrivée
à Augufta , j'ai trouvé tent le monde en général
dans la plus grande indifference fur le compte
des Sauvages. Le Gouverneur avec qui j'eus une
longue converfation , tra ta cette affaire fort légérement
, & témoigna le plus grand mépris
pour les Creeks ; i'appris c pendant que deux
Planteurs établis fur la riviere d'Occonie , l'un
dans Washington County , & l'autre dans Green-
Coenry , avoient été tués par les Sauvages , &
que le corps de lun d'eux portoit des marques
révoltantes de la cruauté de fes meurtriers . La
plupart des Marchands qui commerçoient avec
les Sauvages fe font retirés , & ie Colonel Clarke ,
fans attendre aucun ordre , s'eft avancé avec 150
homines pour couvrir la fontiere Mais ici on
étoit perfuadé que les Sauvages ne le porteroient
à aucune entrepriſe férieu e , & qu'ils ne palle
roient point l'Occonie en forces.
Un ancien Marchand arrivé dernierement avec /
( 79 )
un Creek ami , a rapporté que les Sauvages n'é..
toient point dans l'intention de déclarer la guerre ,
lorfqu'il les avoit quittés , mais qu'une nation
voifine les encourageoit fortement à prendre les
armes , & qu'elle leur en avoit même envoyé
avec des munitions , en leur promettant d'ail
leurs les fecours les plus efficaces . Ce Marchand
eft reparti dans l'intention de les engager
de plus en plus à la paix . Les nouvelles qu'on
a reçues depuis annoncent qu'il n'y a plus d'ef
pérance de réconciliation . Les Sauvages font irrités
des envahiff mers que les Géorgiens le fontpermis
, & n'ettendoient que la premiere occafion
pour commencer les hoflilités . Il y a environ
trois femaines qu'une aventure particoliere leur
a fourni le prétexte qu'ils defiro ent . Depuis que,
les Géorgiens ont étendu leurs plantations juf
ques & même au- delà de la rivière d'Occonie ,
une quantité de Sauvages étoient refés parmi
eux , & vivoient avec eux en affez berne intelligence
. Un Sauvage étant devenu amoureux
de la fille d'un blanc chez lequel il logeot , lai
demanda en mariage au pers ; celui ci la lui accorda,
à condirion qu'il lui fourniroit cent peaux
de cerfs . Le Creek lui en avoit déjà payé une
partie , lorfqu'un frere de la jeune pefonne étant
arrivé du dehors , défapprou a l'union projettée
& pouffa même les chofes jufqu'à maltraiter fortement
le Sauvage . Tous les Creeks quitterent .
fur le champ le pays , & pour venger leur camar
de , revinrent quelques jours après brûler
la maifon de l'agrefieur . Cependant il n'y eut
point de fang répandu , & les premieres victimes
de leur fureur ont été les deux perfonnes dont
je vous ai parlé plus haut. Les grandes eaux les
avient empêché de traverfer plutôt la riviere.
Hier au foir le Gouverneur a reçu par un
d 4
( 80 )
exprès des nouvelles très -facheufes du Colonel
Clarke. Cet Officier s'étant avancé fur l'Occonie
, a rencontré un parti de Sauvages & de
Blancs au nombre de trois cents , auquel il n'a
pu faire têre. Il a auffi tôt envoyé demander un
renfort à Washington. Les Sauvages ont traversé
la riviere en trois corps , dont l'un s'eft dirigé
vers Broad- River , un autre vers Little Ogechec,
& le troifieme vers les marais de Williamſon .
Dans l'endroit même où ils ont traverfé , ils ont
tué un nommé Altries & toute fa famille .
On a reçu un autre exprès du marais de Williamfon,
à 65 milles de cette ville ; il rapporte
que l'autre parti y a déja paru , ce qui fait croire
que leur but eft de venir piller Auguſta , à l'aide
déferteurs géorgiens qu'ils ont avec eux , & qui
connoiflent bien le pays .
Une autre lettre de Pittsbourg renferme
le récit curieux d'une conférence entre le
Commandant Américain de ce fort , & le
Chef des Sauvages Senecas alliés des Etats-
Unis.
Alface , l'un des principaux Chefs de la nation
des Sauvages Senecas ayant entendu parler à fon
arrivée en cette ville des déprédations commifes
par les Sauvages du bas Ohio fur les Blancs
établis dans le pays demanda une conférence
avec l'Officier , Commandant de la garnifon , le
Capitaine Armstrong; elle lui fut accordée , en
voici les détails.
29
"
Alface. Nous fommes tous fort aifes de vous
voir , & très-fâchés d'apprendre qu'il y ait eu du
fang répandu au bas du Ohio. Ce n'eft pas no:re
faute, nous ne répondons que de ce qui fe paffe dans
le haut du Ohio , où nous & notre monde faifons
la chaffe, Nous comptons y refter deux ans fi
( 81 )
14
vous voulez nous y laiffer tranquillement . Tou
tes les peaux que nos jeunes geus auront , nous
les changerons avec vous pour les articles dont
nous aurons befoin . Nos freres vous ont vendu
ce pays , nous en fommes fatisfaits , & ne demandons
qu'à vivre en paix .
Le Capitaine Armstrong. Freres , je fuis charmé
de vous voir dans une difpofition pacifique.
J'ai appris que Halflown eft ailé à Niagara ; je
voudrois favor quelle commiſſion il eft chargé
d'y faire , & ce que les Anglois vous ont dit depuis
que vous avez quitté Pittsbourg.
Alface Le Chevalier John Johnſton defiroit
Tannée derniere que l'un des Chefs des fix nations
vint conférer avec lui a Niagara où il doit fe ren
dre dans trois (emaines environ : il doit y tenir
une grande affemblée ; mais je n'irai point , car
j'ai donné parole au Fort Pitt que j'étois prêt à
recevoir le bled que vous nous avez promis. Je
vous prie de nous faire donner à manger , parce
que nous avons beaucoup marché , & que nous
avons faim .
Le Capitaine Armstrong. On va vous donner
à boire & à manger ; & quant au bled je vous le
ferai donner demain à votre départ . Je vous con ~
feille de vivre en paix , & d'employer toute votre
indufrie à cultiver vos grains & à chaffer.
N'écoutez pont ce que les Anglois vous diront ,
ils ne cherchent qu'à vous tromper. Vous êtes
actuellement de notre nation , nous fommes vos
amis , & nous vous protégeons contre eux . Lorfque
Halftwn fera revenu , je vous prie de venir
me trouver avec lui , & de me rendre compie
de ce que les Anglois lui auront dit . Halftwa
eft un des vôtres , & je le crois brave homme.
Je vous ferai donner de la poudre & du plomb
pour la chaffe.
as.
( 82 )
Alface . Nous vous remercions de toutes vos
attentions. Dites - nou fi vous avez des nouvelles
de notre ami Cornplantes depuis qu'il eft a lé
à votre grande affemblée ( le Congrès . )
- Le Capitaine Armstrong. Nous en avons. La
grande ailemblée des Etats Unis la reçu avec
beaucoup d'a vitié , & lei a fait de beaux préfens
Le Major Finley que vous voyez , l'a vu à
Newyork avec fes gens ; il n'y a pas trois femaines
; ils fe portoient tous bien & doivent être à
préfent en route pour revenir.
Alface. Freres , voici deux jeunes gens qui
avoient été chalés dans les hauts du Ohio , &
tandis qu'ils étoient dehors , vos gens font venus.
dans leur camp , & ont volé tout ce qu'il y avoit,
plus de cent broches , une quantité de cuirs ,
des chaudieres , de la poudre & du plomb. Ce font
de bons enfans fort tranquilles ; cela est très - facheux
pour eux , vous voyez qu'ils n'ont plus de
hardes. Je ferois bien aife que vous leur donnaf
fiez de quoi le couvrir. Ils n'ont pas voulu faire
de mal ; nous pouvions enlever vos chevaux &
voler vos gens , mais nous n'avons pas voulu
parce que cela feroit vilain entre amis.
S
Le Capitaine Armstrong. Je fus bien fa hé
d'aprendre que nos ges foient ailez méchans
pour vous voler ; mais il y en a parmi nous le
bons & de m. uvas : fi vous en rappez encore,
ne leur faites pa nt de mal , amerez- les moi , &
je les ferai punir févérement . Envoyez moi ces
deux jeunes gens demain matin , je leur ferai donnerà
chacun une couverture & des hardes » .
Tous les Sauvages qui accompagnoient Alfice
ont alors remercié le Capitaine , & fe font fe
parés.
Nathaniel Grézn , Major Général au fervice
des Etats - Unis , eft mort le 19 Juin à fa
( 83 )
maiſon de campagne , près de Savannah..
Son corps a été transféré le lendemain dans
cette ville pour y être inhumé. Cette trifle
nouvelle a été annoncée par une décharge ,
de minute en minute , des canons du fort
Wayne ; les vaiffeaux du port ont mis leur
pavillon en panne . Les bo itiques 8: les magafins
ont été fermés , & toutes les claffes des
citoyens ont fufpendu leurs occupations ordinaires.
Les différens Corps militares de la
ville & la plus grande partie de la Milice de
Chatham ont afifié aux funéraities. Le Général
Géen laiffe après lui une femme &
cinq enfans , dont le plus âgé n'a que o ans.
Immédiatement après les funé ai les , les
Membres de a Société de Cincinnatus fe
font a lemblés , & ont arrêté que George
Washington Green, fon fils aîné , feroit reçut
Membre de la Société , lorfqu'il auroit atteint
l'âge de 18 ans.
Le 26 Juin , les Officiers des Douanes de la
province Angloife de New Brunſwick ont faifi ,
deux Bâtimens appartenant à des citoyens de
PE at de Machuffett & dans la jurifdi&tion
reconne de ces Etats . quoique les actes de
Nw Brun wik , publiés depois , affirment le
contraire & é abiffent a ce fujet une démarcation
direteme t con ra re an dernier Traité
de pix . Les dérails de cette affire ont été ens
voyé hier a Govern ment de Etat qui l'a jugée
affez impor ants pour en faire part fur le
champ u Corus légifrif.
Le 8 Juin , on a trouve un François pendu
d &
( 84 )
à un arbre dans les bois , à environ 2 milles
de Richmond en Virginie. Il avoir dans es
peches environ 4 livres fterlings en argent
& deux montres , qui toutes deux alloient
encore.
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 30 Août.
Le Roi a nommé à la place de Grand
Croix , vacante dans l'Ordre de Sa n - Louis,
pour le fervice de terre , le Comte de-
Thianges, Lieutenant général , Premie Mattre
de la Garde robe de Monfeigneur Comte
d'Artois ; & à celles de Commandeurs dudit
Ordre , vacantes dans le même fervice , le
fieur de la Rivierre de Coincy , Lieutenant
général , Commandant à To lon ; le Comte
de Moriolles , Lieutenant général , ancien
Lieutenant des Gardes de Corps du Roi ; le
Marquis d He icy , Lieutenant général , & le
fieur Defcrot d'Eftrée , Maréchal de camp ,
ancien Lieutenant- colonel du régiment da
Roi, Infanterie.
.
Le 25 de ce mois , fête de Saint - Louis , le
Roi reçut, dans fon Cabinet , Grand Crox
de l'Ordre de Sa nr Louis , le Comte de
Thianges ; & Commandeurs dudit Ordre , le
fieur de la Rivierre de Coincy , le Comte de
Moriolles , le Marquis d'Hericy & le fieur,
Delcrot d'Eftrée.
( 85 )
1
Le Roi ayant reçu les Grand - Croix &
Commandeurs ci deffus nommés , fe rendit.
à la Chapelle , portant les marques de l'Ordre
royal & militaire de Saint Louis , précédé de
Monfeigneur Comte d'Aos & des Princes
de on Sang , Chevaliers de Saint- Louis , ainfi
que des Grands Croix & Commandeurs
qui marchoient foivant leurs grades & leur
ancienneté dans le fervice , en conféquence de
l'Edit du mois de Janvier 1779. Après avoir
affifté à la grand' Meffe , chantée par la Mufique
& célébrée par l'Abbé de Ganderatz ,
Chapelain de la grande Chapelle , & à laque
le la Reine , Monfieur , Madame , Madame
Comteffe d'Artois & Madame Elifabeth
de France , affiftèrent dans la Tribune ,
Sa Majefté revint dans le même ordre dans
lequel Elle avoit été.
Le même jour , les Princes & Princeffes , les
Seigneurs & Dames de la Cour eurent l'honneur
de rendre leurs refpects au Roi à 1 occafion
de la fête de Sa Ma cité . La Mufique du Roi
ex cuta , pen fant le lever , une fymphonie de la
compofition du hieur H rang , premier violen de
la Mufique de Sa Majefté , fous la conduite du
fieur Dauvergne , Surintendant .
Le même jour , le Corps-de ville de Paris
eut audience du Roi ; il fut préfenté par le
Comte de Vergennes , Chef du Confeil Royal
des finances , Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant
le département des affaires étrangeres , à caute
de l'indifpofition du Baron e Breteuil , & con
duit par le fieur de Nantouillet , Maire des
Cérémonies , & par le fieur de Watronville ,
( 86 )
Aide des Cérémonies . Les fieurs Dorival & Guyot,
nouveaux Echevins prêterent le ferment , dont
le Comte de Vergennes fit lecture , ainfi que
du ,fcrutin qui fut préfenté par le fieur Hue de
Miroménil , Avocat du Roi au Châtelet . Le
Corps - de ville de Paris eut auffi l'honneur de
rendre les refpecs à la Reine & à la Famille
Royale.
Le fieur Beuvain de Montillet , que le Roi ,
avoit nommé précédemment Avocat général
à fon Grand Confeil , a eu l'honneur être
préfentén cette qualité , le 27 , à Sa Majeſté
par le Garde des Sceaux .
Le Duc de Saxe Te chen & la Ducheffe
fon époufe , Gouverneurs g néraux des Pays
bas Autrichiens , qui étoient ici fous le nom
de Comte & de Comreffe de Bély, ont pris ,
le 28 , congé de Leurs Majeftés.
Le même jour , Miflames Adelaide &
Victoire de France font parties pour le r châ
tean de Louvois , où elles doivent refter jafqu'à
la fin du mois prochain.
La Reine s'est rendue , le lendemain , à fon
château de Trianon , pour y paffer quelque
temps.
Le même jour , les Députés des Era's de
Langre loc firen admis à l'audience du Roi ;
i's furent préfentés à Sa Majefté par le Comte
de Biffy , Lieutenant général de la province,
& par le Baron de Brete i , Min ftre & Secrétaire
d'Erat ayant e département de la
province , & conduits par le fleur de Watron(
87 )
ville , Aide des Cérémonies. La Députation
étoit compoffe , pour le Clergé , de l'Eveque
d'Alais , qui porta la parole ; du Comte du.
Roure , Baron de Tour du Gévaudan , pour:
la Noblefle ; des fieurs de Toulouſe , de la
Roche & de Perouz , pour le Tiers Etat , &
du Marquis de Montferrier, Syndic général
de la provin e. La Députation est en uite audience
de la Reine & de la Famille Royale.
DE PARIS , le 6 Septembre.
Le 9 Août , nous écrit- on de Saint - Malo , Suzanne
Grimaud , Banchilfeufe , le lailla , par
diflraction corner de la mer fur un rocher près
le Port Royal. En vain fit- elle des efforts pour
fe fauver , la mer étoit trop profonde , & ilui
étoit impoffible de nager. Ses cris d'a larme attirerent.
lept Sold ts du Régime t de Beauce ,
qui ne fachant pas neger , lui cherchoient des
fecours le long de la grêve. Its en eurent un
très prompt auquel ils ne s'attendoient affurément
pas . Deux enfans , l'un de onze , l'autre
de douze ans , fe jettent à la mer & retirent
fans connoillance Suzanne Grimaud fur le ri
vage . Ils traverferent pour ce a
un bras de
mer large comme le parage de la Seine des Invalides
aux Thuileries ; c'étoir l'heure du dinr
des ouvriers ; de forte qu'il re fe trouva
que douze témoins de cette action h roïque.
Peu après a quelques p rticuliers dont
un parla au
Officier avertit M.
qui commande le Génie ; cet
Roi ; M. & Me. Des Lieutenant de
& plufieurs Offi
ciers qui fe trouverent alors au Château prirent
la refolution d'habiller à leurs fais de pie en
cap ces deux en ans , & de s'entremettre pour
leur procurer un fort.
( 88 )
T
?
L'un de ces enfans fe nomme Dominiq e Te.
fan , & l'autre Etienne Mérin le premier âgé
d'onze ans & demi , a pour pere in Porte-fa x
chargé de fix garçons , & le fecond âgé de douze
ans & dem , eft fils d'un Tailleur de pierre ,
chargé de trois garçons . Ces deux lommes
quoique très-laborieux , font tous les deux fort
pauvres.
Le fieur de la Porte , Intendant de Lorraine
, ayant été nommé par le Roi pour allifter
à l'election de J'Abbelle de l'infigne Chapitre
de l'églife de Saint - Pierre de Rem remont
, fe rendit à cet effet dans cette ville , le
22 du mois dernier. Les fuffrages fe font réunis
en faveur de Mademoiſelle de Bourbon-
Condé , qui a été élue d'une voix unanime.
Cette Princeffe avoit été apprébendée la
veille dans la perfonne de la Comteffe de
Moltejuols , à qui elle avoit envoyé fa pro .
curation ; & fur la préfentation de la Comeffe
de Melley de Bielle.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Lo erie Royale de France , le I de ce
mois , font : 87 , 48 , 46 , 90 , & 26 .
PAY S- B A S.
DE BRUXELLES , le 3 Septembre .
Nous devons à nos lecteurs le plus de
relations circonftanciées de la mort du Roi
de Pruffe & de les fuites , que le refpect de
la vérité nous permet d'en imprimer ; mais
avant tout , nous devons prévenir le Public
( 89 )
d'être en garde contre tous ces bulletins hafardés
, dont les Auteurs favent à 300 lieues
de Berlin ce que perfonne n'y favoit pas
plus qu'à Potzdam , c'eſt à dire , ce qui fe
paffoit dans l'intérieur des appartemens de
Sa Majesté.
>> Ce Souverain , depuis la retraite du Mé-
> decin Zimmerman , n'avoit plus voulu
» recourir aux fecours de la Faculté , & fa
» compagnie intérieure n'étoit formée que
» de M. Hertzberg , & du Marquis Luche-
» fini , avec fon Valet de chambre , Schon-
» ning qui le fervoit.
23
» Le 12 de ce mois , après avoir dormi
» tranquillement pendant fix heures , il parut
content & gai , & dit qu'il croyoit
» avoir furmonté une grande crie ; l'appétit
qu'il n'avoir plus , reparut ; & le 13 à dîné,
» le Roi mangea beaucoup & même ayec
» une forte de voracité. Dans l'après-midi
» il fe trouva incommodé & affoupi ; la nuit
» fuivante , de l'agitation & point de fom
» meil. Le 14 il eut une affez longue dé-
>> faillance ,le Médecin Zele venu de Berlin à
» fon infçu, profita de cet état pour lui tâter
כ כ
fe poulx qu'iltrouvabon ; mais le Roi ayant
>> repris connoiffance , au premier mouve-
» ment de fa paupiere le Médecin s'efquiva.
>> La nuit fuivante du 14 au 15 , fut encore
→ plus mauvaiſe , beaucoup d'abattement
» & de foibleffe, nul appétit , & depuis le
( 90 )
» dîné du 13 le Roi n'a plus rien mangé.
» Le 16 il eut une défaillance plus longue ,
» & vers le foir il tomba dans un affoupif-
» fement prefque léthargique ; mais il répondoit
toujours comme ayant la rête li-
» bre & les idées faines. Vers les 2 heures
» du matin le Roi demanda à être un peu .
plus couvert , fentant, dit il , le befoin de
>>
כ כ
ל כ
כ כ
»
tranfpirer. On lui donna des couvertures ;
» mais au bout de quelque tems i les re-
» jetta, & demeura tranquille pendant trois
quarts d'heme . Schoening , on vale de
» chambre , craignant que la fituation ne le
gênât , lui propofa de plover un troileine
» oreifter fous fa tête : Le Roi répondit très-
» diftinctement , à la bonne heure , & il expira
; il it a'ors 4 heures du matin , le 17.
» Au milieu des approches de la mort , il
» a confervé le floïcifinee le plus rare , &
» comme dans ces derniers momens il vouloit
lire toutes les lettres , il en reget une
ancryme , l'avant vele de fa fin , on l'en-
» gageoff à remplir des devoirs : après avoir
la pailiblement la lettre , il la remit au
Marquis Luch fini ; en lai difant : Voyez.
» comme ces gens là ont foin de mon ame.
23
ל כ
» Le Prince Royal ayant été averti de la
» mot du Roi , expédia ali tôt des Cou-
» riers à tous les Princes de la Mafon
» Royale. On favoir que le fen Ro avoit
fait un teltament qu'il confia au Duc de
( 91 )
» Brunfwick, fon beau trere , mort en 1780 ,
» & qui fe trouve entre les mains du Dacré-
» gnant. On attendoit cette Piece importan-
» te , qu'un Aide - de Camp de S. M. eft allé
» demander à la Cour de Brunſwick [ 1 ] . →
C'eft le Colonel Witinghoff qui a été envoyé
à Brunſwick , avec les lettres de notification
, écrites de la propre main du nouveau
Roi . Il en expédia de pareilles aux
Cours de Londres , de Hanovre , de Darmf
tadt , & au Stathouder à Loo. Tous les,
fpectacles & divertiffemens publics à Berlin
font fermés. On dit la revue de Siléfie contremandée
, quoique l'on s'attendit que le
nouveau Roi la feroit en perfonne . It eft
allé paller huit jours à Charlottenbourg , a
décoré du Grand Ordre de l'Aile Noir le
Prince Guillaume Frédéric Augufte , fils du
Prince Ferdinand de Pruffe.
Plafieurs contrées de l'Allemagne ont des
Etats Proviniaux , dont les privileges font
plus ou moins éten lus . Voici entrarres
dans quelle forme s'affemblent les Etats du
Deché de Wetpha'is.
L'affemble des Etats du Duché de Weftphalie
fe tient tous les ans à Arensberg L'Electeur
de Co ogne , en qualité de Souverain de
ce Duché , la fait conv quer de l'agrément de
fon Chapitre pas des lettres circulaires expédiées
[1 ] Le Rédacteur ne croit pas à l'exactitude de ce paragra
phe , & y reviendra au NP. prochain.
( 92 )
>
a la Régence de l'Archevêché. Le Prince s'y
rend en perfonne la veille de l'ouverture
il envoie un Commiffaire muni de pleins pouvoirs
; il eft accompagné de deux Députés du
chapitre de l'Archevêché , & d'un Confeiller de
Régence , qui , au nom du Prince , traite de
routes les affaires fur lesquelles il fera délibéré.
Le même foir arrivent les deux Corps des Erats ;
favoir , la Nobleffe & les Villes . Le lendemain
matin les Etats s'affemblent à l'hôtel de ville
chaque Corps féparément dans une falle particuliere.
Le Prince , ou en fon abfence , le Com
milfaire fait inviter enfuite les Etats par un me
fager de venir entendre la lecture des propofttions
qui feront foumifes à la délibération de l'ac
femblée , & dont la fubftance porte fur la de.
mande d'un don gratuit fuffifant pour les beoins
de l'Etat . En conféquence de cette invis
tati , les Etats fe rendent aupr 、s du Prince,
Le Confeiller de Régence prononce , en pré
fence des Députés du Chapitre , un difcours ,
dans lequel il fait connoître aux Etats les befoins
de l'Etat , & les propofitions du Prince ,
& leur recommande d'y avoir égard. Le Greffier
Provincial leur en fait enfuite lecture . Après
cett premiere formalité , le Drolard Provincial
ou Préfid.nt prend la parole au nom des Etats,
& promet que les propofitions feront prices en
confidération & alloués , fi les moyens de la
patrie le permettent . Ces actes fe paffent pue
bliquement , & il eft pernis à chacun d'y affifter.
Après cette folemnité , les Eta's retournent
à leurs falles d'affemblée , & s'affemblent
fous la direction du Droffard , tous les jours pendant
la durée de la diette , qui eft ordinairement
de vingt jours. Ils déliberent fur l'Etat de la
parie , en rendent compte, au Prince ou à fon
( 93 )
CommiLire , & le fuppient d'avancer tout ce
qui tend à ſon bien être & d'en détourner le mal,
Ces demandes font renouvellées jufqu'à ce que
le Prince y ait fait une réponfe cathégorique.
Les demandes des Etats font faites par écrit &
remifes au Prince par les Députés ; quelquefois
on les fait verbalement. Chaque Corps délibere
en particulier fur les propofitions ; la Nobleffe
a li premiere voix dans toutes les affemblées
quelconques , excepté celles des fubfides auxquels
elle ne contribue en rien ,& communique les
arrêtés faits unanimement où à la pluralité , au
Corps des villes par un Député qu'elle lui en
voie . Si ce Corps les agrée , il en résulte un
recès commun . Mais dans le cas où les deux Corps
ne s'accordent pas dans leurs arrêtés , ils entrent
en conférence fur l'objet qui divife leurs opin
nions , ou ils abandonnent abfolument cette affaire
, ou bien ils adreffent au Prince chacun fon
rapport particulier. La Nobleffe votante eft compofée
actuellement de foixante - trois membres ;
les villes font au nombre de trente- quatre. Cha
que Corps eft affilé de quatre Députés particu
liers , qui ont chacun une voix délibérative. Ces
Députés ont une très grande influence à la Diete,
& fur-tout dans le Corps des villes ; on peut les
regarder comme les principaux agens de toute
Paffemblée ; le fort des propofitions paroît abfo
lum . nt dépendre d'eux , puifqu'il arrive trèsfoutent
que leur avis eft ( uivi fans aucun examen
quelconque. Lorfque les Etats ont finileurs
délibérations , ils procedenc à la clôture de la
Die e. Ils fe rendent auprès du Prince , &.lui
offrent le don gratuit accordé. Le Droffard pro
nonce à ce te occafion un difccurs , auquel le
Confei ler de Régence répond au nom du Prince,
& accepte les fulfides des Erats,
94 )
+
GAZETTE ABRÉGÉ DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND CHAMBRE.
Caufe entre les Médecins d'Auxerie & le fieur
GUINAULT DES CREAUX. Oppofition des
Medecins d'une Ville à la réception d'un Sujet.
Quelle foi doit on ajouter à des Lettres de
Baccalaureat & de Licence rapportées par un
Candidat qui ne paroit pas s'être abfemé un feul
jour de la ville où il fait la réfidence , ville diftante
de l'Unive : firé dont il rapporte les lettres ,
de plus de 160 lieues ? quel parti doit on prendre
fur l'oppofition in College de Médecine , dans lequel
il demande à être admis ? Et lorfque les Médecins
, fans s'inferire en faux contre les Lettres
& Certificats d'étude , rapportent la preuve que
l'Afpirant a conflamment demeuré dans la ville
de fon domicile ; qu'ils établiffent ce fait par des
actes de différentes dates fignées de lui , pendant
les trois prétendues années de fon cours d'étude ;
il femble qu'on pourroit faire dépendre fa réception
d'un nouvel examen par Médecins défintéreflés
, qui donneroient entuite leur avis fur fa
capacité c'eft ce que la Cour a décidé dans la
Caufe actuelle , dont voici les circonfiances.
Le fieur Guinault des Creaux , d'abord Avocat ,
enfuite Commis des Fermes , a compofé & diftribué
, pendant plufieurs années , dans la ville
d'Auxerre , une Liqueur , à laquelle il donnoit
le nom d'Ame Minérale ; il préfenta , en 1782 , des
Mémoires à la Société Royale de Médecine pour
la faire approuver. Voici quel fut le résultat du
rapport des Commiflaires qui examinerent ce
Remède.
Les Teintures que prépare le fieur Guinault
des Creaux font au nombre de cinq. La premiere
, qui fait la bafe de toutes les autres , &
dont le fieur Guinault des Creaux s'eft réfervé le
( 56 )
3 fecret , eft une Teinture , dans la compofition
de laquelle , à en juger par la defcription , il
» entre de la Pyrite Martiale , que le fieur des
Creaux paroît ne pas connoître , puifqu'il a
denné pour échantillon de la Galéne , ou Mine
» de plomb minéralisée par le foufre , moyen trèsdangereux
, fi fon diffolvant étoit capable de la
→ difjoudre.
"
» La deuxième Teinture , qu'il appelle apé-
» ritive , et extraite de deux p antes qui n'ont
pas cette propriété. La troifiéme eft une
Teinture ftomachique , compofée de drogues
connues plus ufitees en Allemagne qu'en
France , & dont la vertu , très - échauffante
» peut rendre ce Remède nuifible dans une infinité de
cas. La quatrième , qu'il appelle fon cal-
» mant , eft extraite d'une feule plante , à la .
quelle on ne connoit pas de vertu fédative. DO
а
52
La
» cinquième enfin , qu'il regarde comme Antifcorbutique
, & qu'il adminiftre dans toutes les
convalefcences , eft la Quinteffence d'un feul
›› fruit , felon lui , très rafraichiifant .
-
Toutes
les fubftances qui entrent dans la compofition
de ces Teintures , font altérées dans leur préparation
. Les Commiffaires eftiment que la
préparation des Teintures du fieur des Creanx eft
» défectueufe , & que la Société Royale de Médecine
ne peut lui donner fon approbation.
5)
D'après ce rapport , la Société a jugé les
préparations du fieur des Creaux défectueuses , & a
requis qu'il donnât la compofition de ce qu'il
appelle fon Ame- Minérale , pour la mettre à
» poriée de prononcer fur cet objet , par un juge-
» ment plus pofitif & plus affuré. » — Le fieur
des Creaux s'eft bien gardé de donner les éclairciffemens
qu'on lui demandoit ; & en attendant
il vendoit 12 liv. fa Liqueur d'Ame- Minerale ,
( 96 )
renfermée dans une petite bouteille , appellée
Bouton ; celle d'Alkali- Minéral , 6 liv. Celle dite
Stomachique , 6 liv. Il en recommandoit l'ufage
fréquent , & la cure re pouvoit être complette ,
qu'en prenant alternativement des unes & dés
autres , I prefcrivoit au malade d'obferver , pendant
un quart d'heure , l'effet que produiroit
l'Ame- Minérale & le vifcere qu'elle pourroit battre.
Cependant , pour donner plus de crédit à fon
Remède , le fieur des Creaux imagina de fe faire
recevoir Médecin ; & tout-à coup , fans s'ètre ab¬
fenté de la ville d'Auxerre , il s'eft annoncé comme
ayant des Lettres de Licence de la Faculté de
Médecine d .... , & des Certificats d'affiduité
au cours d'étude , pendant trois ans ; il a préfenté
fa Requête au Lieutenant de Police d'Auxerre ,
à l'effet d'obtenir la permiffion d'exercer la
Médecine dans cette ville . Les Médecins
d'Auxerre fe font rendus oppofans à la demande
du fieur des Creaux ; & une Sentence du Maire de
la ville ayant été favorable au fieur des Creaux ,
ils en ent interjetté Appel au Baillage qui , avant
faire droit , a ordonné que « le feur des Creaux
• remettroit dans trois mois des Extraits en forme
de Probante , fignés du Secrétaire ou Grefè
» fier de la Faculté de Médecine d .... des douze
infcriptions qu'il difoit avoir prifes de fa
main fur les regiflres de cette Faculté , pens
» dant le cours de fes études des année: 1782 ;
» 1783 & 1734 pour être enfuite fiatué . »
Le fieur des Creaux a interjetté Appel de
cette Sentence en la Cour . Arrêt el interventi
le 22 Juillet 1786 qui , avant faire droit , a or
donné que le freur des Creaux fercit examiné par
quatre Médecins de la Faculté de Paris , pour
juger de les talens & capacité , & donner leur
avis pour , icelui rapporté , être ftatué ce qu'il
appartiendroit , dépens réfervés.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLES.
ALLEMA'G NE.
DE HAMBOURG , le 31 Août.
'N Journal de commerce rend compte du com
Un JeudalKielpendant l'année derniere , de
la maniere fuivante :
Importation.
De la Suède pour . .13,336 rixd. 36 (chel.
De Konifgberg .. 196 16
De Lubeck
1,375 39
De Courl nde , Livonie &
Ruffie ... 670
22
D'Altona , Hambourg , en
général d'Allemagne..75,134
De Wilmar , de la Poméranie
Suédoife ....... 1,317
De la Grande - Bretagne &
De la France..
d'Irlande ... 2,242
105
De Danema k & de la Norvege
... 11,842
117,220
No. 37 , 16 Septembre 1786.
ΤΟ
( 28 )
A
و ا
Exportation.
Pour la Suede ....
Pour Lubeck ..
Pour la Courlande , la Livonie
& la Ruffie………….
7.880
198
46
15
6,839
23,278.
Pour Altona , Hambourg. 8,315
Pour le Danemarck & la
Norvege.....
L'Impératrice de Ruthie vient d'ordonner
l'établiffement d'une Quarantaine , par un
Ukafe , dont voici la fubftance :
-
Il fera établi un Lazareth dans l'ifle de Sefkar
près de Cronstadt : on conftruira d'autres maitons
pareilles dans les endroits de l'Empire qui feront
propres à ces établiffemens . L'Amiral Greig
eft chargé de la direction des travaux, ——— La
fomme pour l'entretien annuel du Lazareth dans
l'ifle fufnommée eft fixée à 8314 roubles prifes
fur les revenus de la Dovane. Les vaiffeaux de
guerre & de commerce venant des endroits fufpeas
feront foumis à la quarantaine.-
Les endroits
réputés fufpects font les fuivans , favoir :
toute la côte d'Afrique , les ports Afiatiques fur
la Mer Noire & la Méditerranée , les ports dans
l'Archipel appartenans à la Porte Ottomane , les
ifles Venitiennes de Zante , de Céphalonie & de
Corfou , & les villes de Ragufe & de Gibraltar.
La contumace fera de trente jours pour les
bâtimens qui auront chargé à Conftantinople ,
Smyrne , Salonique & dans l'ifle de Chio , elle fera
de trente jours pour les bâtimens qui auront à
bord des marchandiſes des autres ifles de Zante ,
de Céphalonie , de Corfou & de Ragufe. Les
batimens venant d'autres ports de la Méditerra(
99 )
née feront munis des paffeports de fanté pris à
Venife , Livourne ou Marleille .
Une réfolution du Roi de Danemarck ,
fignée le 18 Août , rend libre le commerce
d'Iflande , qui jufqu'à préfent avoit été fait
par une Compagnie.
Le bâtiment Danois la Comteffe de Bernftarf,
Cap. Day , eft arrivé à Copenhague
des Indes Orientales ; fa cargaifon eft pour
le compte de particuliers.
DE VIENNE , le 30 Août.
Pendant la durée du camp de Grodeck ,
les troupes qui le compoloient ont reçu
double paie. Beaucoup de Polonois de la
premiere diftinction ont affifté aux manoeuvres
; S. M. repartit de Lemberg le 12 , &
arriva le 13 à Peft. 30 mille hommes y
étoient raffemblés . L'Empereur en fit la revue
générale le 16 , & le 17 commencerent
les grandes manoeuvres.
Elles ont été terminées le 18 de ce mois.
Le même jour , S. M. I. a conféré le Régiment
vacant de Mecklembourg au Major-
Général Comte de Kavanagh , & celui de
Trautmansdorf au Major - Général Comte
de Harrach. Le 24 , l'Empereur eſt arrivé à
Laxembourg.
La veille de fon départ pour le camp de
Peft ,le régiment d'Infanterie de l'Archiduc
Ferdinand , en garnifon à Presbourg , fit fes
dernièrs exercices d'une maniere bien mal-
2
e 2
( 100 )
-J
heureufe. Il a tué un jeune Etudiant qui fe
trouvoit vis à vis du Corps , à peu de di'-
tance , & qui a reçu une balle au travers Cu
corps.
L'Archiduc François a fait au camp de
Pe le fervice de Capitaine-Major au Régiment
d'Hohenzollern ; il a commandé la
Division Colonelle , à la grande fatisfaction
de l'Empereur.
L'Empereur vient d'ériger en Duché la
Seigneurie de Raudniz dans la Bohême , appartenante
à la Maifon de Lobkowitz , & ďy
attacher toutes les prerogatives dont jouilfoit
cette Mailon par la poffeffion du Duché
de Sagan , qu'elle a vendu , il y a
quelque temps , au Duc de Courlande.
Le noble Polonois , Cafimir Oſtrowski ,
vient de mourir dans fa Terre de Zadonky ,
âgé de 125 ans. En 168 , il accompagna ,
en qualité de Page , le Roi Jean Sobieski ,
lorfque ce Prince vint avec une armée déli
vrer Vienne , affiégée par les Turcs.
Une nouvelle fecouffe de tremblement
de terre a allarmé les habirans de Comore ,
de Bude & de Presbourg , fans avoir eu cependant
de fuites fâcheufes .
DE FRANCFORT , le 6 Septembre.
Dans la matinée du 19 Août , le nouveau
Roi de Pruffe , accompagné de M. de Mollendorf
, Gouverneur de Berlin , vifita la
nouvelle aîle de la Maiſon de charité ; delà
( YO1 )
il alla voir les emplacemens d'Oranienbourg,
de Rofenthal , & divers autres bâtimens
royaux. Le foir il rendit vifite à la Princeffe
Amélie. Le lendemain , Monarque aßiſta
au Service divin & au fermon du Prédicateur
de la Cour Ramm , à qui il a envolé
100 Frédérics d'or pour les pauvres de fa
Paroiffe . Le furlendemain , les Régimens de
la Garnifon manoeuvrerent en préfence du
Roi & de fes fils .
·
M. de Pretwitz , ci devant Chambe !! an
de la Reine aujourd'hui regnante , a été élevé
à la dignité de Grand Maréchal de la Cour.
Le corps du Roi défunt a été déposé à
Poczdam , dans le caveau royal , à côté du
cercueil de Frédéric Guillaume I. Les obléques
fe feront avec appareil le rer. de Septembre.
Il n'eft point vrai que la Revue de Siléfie
a't été contremandée; elle eft feulement ditférée
de quelques jours. S. M. P. ne tardera
pas à fe rendre en Pruffe , d'où elle paffera
en Silélie , pour y recevoir le ferment de fidélité
de la Province , & y faire la revue des
troupes.
M. de Hertzberg , Miniftre privé d'Etat &
du Cabinet , a été nominé par le Roi Curateur
de l'Académie des Sciences de Berlin.
Le 24 , S. A. S. le Duc regnant de Brunfwick
arriva à Berlin dans la foirée . Le lendemain
matin , il alla complimenter LL.MM.
à Potzdam , & occuper les appartemens du
€ 3
( 102 )
château qui lui avoient été préparés . Le même
jour , S. A. S. accompagna le Roi aux
manoeuvres de la Garnifen.
On répand dive fes copies du Teſtament
du feu Roi & une infinité d'hiftoires à ce fujet.
Ces fraudes ne méritent pas d'être relevées.
En attendant que nous préfentions
quelque chofe d'authentique à nos Lecteurs
à ce fujet , nous tranfcrirons ici celle de ces
difpofitions rapportées par les Gazettes , qui
paroît la moins invraisemblable.
1°. A la Reine - Douairiere , outre fon revenu
annuel , une augmentation de dix mille
rixdalers par an. 2 °. Une fomme de deux
cents mille rixd . au Prince Henri , so bariques
de vin de Hongrie & les plus beaux
luftres de crifta! qui foient au palais de Potz .
dam . 3. 50 mille rixd . au Prince Ferdinand
de Pruffe , le plus beau caroffe de S. M. &
les fix plus beaux chevaux d'atelage. 4° . Une
penfion de 10 mille rixd. à la Princeffe Amé
lie & un fervice d'argent. 5 °. Une penſion
$
de 6 mille rixd . à l'époufe du Prince Henri.
6°.A l'époufe du Prince Ferdinand 10,000 rix .
une fois paiées, & une tabatiere d'or d'un trèsgrand
prix. 7°. A la Ducheffe Douairiere de
Brunfwick , 50,000 rixd. & un fervice d'argent.
8°. Sa propre bague d'un grand prix &
2 beaux chevaux de felle avec leurs harnois ,
au Duc regnant de Brunfwick. 9 °. Au Duc
Ferdinand de Brunſwick 10 mille rixd. &
une tabatiere d'or. 10°. A la Ducheffe mere
de Wurtemberg , 20 mille rixd . 11 ° . A Mde .
( 103 )
la Landgrave-Douairiere de Heffe Caffe!
to mille rixd. 12°. A chaque foldat & Bas-
Officier des Gardes à pied & à cheval , deux
rixd. 13. A chaque Officier des deux régimens
des Gardes , une médaille d'or , fur
laquelle on fera graver la plus belle action
de la guerre de fept ans .
Quoique perfonne n'ignore les grands
événemens qui ont illuftré la vie du dernier
Ro: de Pruffe , nous en prefenterons ici un
réfumé extrêmement fuccinct .
Frédéric II naquit le 24 Janvier 1712. I
fit marié le 12 Jaillet 1733 à la Princeffe
Elifabeth de Brunſwick- Wolfembutel , & parvint
au trône le 31 Mai 1740. Son pere , le
Roi Frédéric Guillaume , lui avoit laiflé une
armée bien difciplinée de So ,ooo hommes ,
& un tréfor confidérable ; moyens dont il a
fcu profiter avec autant de génie que de fuccès.
Ce Souverain immortel a porté à leur
perfection les grands projets de l'Electeur
Frédéric Guillaume , en établiffant la puiffance
actuelle de fa maiſon , & l'état florif
fant de fes provinces. Il ouvrit fa carriere
glorieufe par la guerre de Siléfie , que termina
la paix de Breflas . Toute la Siléfie &
le Comté de Glatz , à l'exception de Troppau
, de Jagerndorf & de Tefchen lui furent
cédés. La paix de Drefde confirma cette acquifition
, après une guerre que le feu Rot
avoit entrepriſe pour la défenſe de l'Empereur
Charles VII de la Maifon de Baviere
e 4
( 104 )
La troifieme guerre fut la plus longue & la
plus fanglante ; elle dura fept années , &
fut terminée par la mémorable paix de Hubertsbuerg.
Au partage de la Pologne , Frédéric
II obtint pour l'indemnité de ſes prétentions
la Pruffe Polonoife & une partie de
la grande Pologne en deçà de la riviere de
Netze. La fucceffion de Baviere engagea le
Roi à prendre de nouveaux les armes en
1778 pour la défenſe des droits de plufieurs
Princes d'Allemagne , mais cette querelle
fut bientôt afloupie par la paix de Tefchen .
L'année derniere , Frédéric II conclut en
faveur du repos public en Allemagne , une
all ance remarquable avec plufieurs Electeurs
& Princes de l'Empire. Ce grand Roi
a augmenté la profpérité de fes Etats
par de
nombreux établiffemens utiles ; il a établi à
Embden une Compagnie des Indes Orien
tales , attiré dans fes Provinces un grand
nombre d'étrangers , & affigné tous les ans
des millions pour l'amélioration de fes Etats.
Il a perfectionné l'adminiſtration de la Juftice
, & l'a fondée fur un nouveau cede. Il a
fécondé dans fes Era's les Sciences & les
Arts ; fes propres ouvrages lui aflignent une
place diftinguée dans la Littérature . Il regna
conftamment par lui même jufqu'au
dernier moment de fa vie.
.
Deux Peintres ont tiré le portrait du feu
Roi , lorfque fon corps étoit expoſé ſur un
lit de parade.
Il a déja paru une médaille , relative à la
( 105 )
"
mort de ce Souverain . D'un côté on voit la
tête du Roi, avec une couronne à l'antique ,
& l'Infcription fuivante : Fredericus II , Boruforum
Rex terris datus d. xxiv. Jan.
1712 ; l'autre côté préfente la Déeffe tutéla
re de la Patrie : elle eft à genoux devant
un autel fur lequel elle fait le facrifice avec
une main , tandis que l'autre & la tête font
levées vers le ciel , d'où defcendent des
rayons de gloire. Le ciel paroît entrouvert.
L'Infcription de ce côté eft tirée de la cinquieme
Eclogue de Virgile , & porte les
mots fuivans : Sis bonus filixque tuis . On lit
dans l'Exergue : Calo redditus d, xvii Aug.
1786:
Le 17 Août , la Princeffe héréditaire de
Saxe- Cobourg eft accouchée d'une Princeſſe.
Le 25 du même mois , la Princeffe ,
époufe de Maximilien Jofeph , Prince Palatin
des Deux Ponts eft accouchée d'un
Prince à Strasbourg.
Suite du Traité de Commerce entre le Roi
de Pruffe & les Etats - Unis d'Amerique.
VII Chacune des deux Parties- contra&antes
tachera , par tous les moyens qui feront en fon
pouvoir , de protéger & de défendre tous les Vaiffeaux
& autres Elfets appartenans aux Citoyens
u Sujets de l'autre , & fe trouvant dans l'étendue
de fa Jurifdiction par mer ou par terre ; & elle emploiera
tous les efforts , pour recouvrer & faire
reftituer aux Propriétaires légitimes les Vaiffeaux
& Effets qui leur auront été enlevés dans l'étendue
cladite Jurifdiction.
es
( 106 )
VIII.Les Vaiffeaux des Sujets ou Citoyens d'une
des deux Parties contractantes , arrivant ſur une
Côte appartenante à l'autre , mais n'ayant pas
deffein d'entrer dans le Port , ou y étant entrés ,
ne défirant pas de décharger leurs Cargaifons , ou
de rompre leur Charge , auront la liberté de re
partir & de poursuivre leur route fans empêchement
, & fans être obligés de rendre compte de
leur cargaifon , ni de payer aucuns Impôts , Char
ges ou Droits quelconques , excepté ceux établis
fur les Vaiffeaux une fois entrés dans le Port , &
deftinés à l'entretien du Port même ou à d'autres
Etabliffemens , qui ont pour but la fûreté & la
commodité des Navigateurs , lefquels Droits ,
Charges & Impôts , feront les mêmes , & fe paye.
ront fur le même pied , qu'ils font acquittés par
les Sujets ou Citoyens de l'Etat où ils font établiș .
IX . Au cas que quelque Vaiffeau appartenant
à l'une des deux Parties contractantes auroit fait

la
naufrage , échoué ou fouffert quelque autre.
dommage fur les Côtes ou fous la Domination
de l'autre , les Sujets ou Citoyens recevront , tant
pour eux que pour leurs Vaiffeaux & Effets ,
meme affiftance qui auroit été fournie aux Habitans
du Pays où l'accident arrive ; & ils payeront
feulement les Charges & Droits auxquels les Habitans
auroient été affujettis en pareil cas ; & fi
la réparation du Vaiffeau exigeoit que la Cargaifon
fût déchargée en tout ou en partie , ils ne
payeront aucun Impôt , Charge ou Droit de ce
qui fera rembarqué & emporté. L'ancien & bar .
bare Droit de Naufrage fera entiérement aboli
à l'égard des Sujets ou Citoyens des deux Parties
contractantes.
X. Les Citoyens ou Sujets des deux Parties
contractantes auront dans les Etats de l'autre la
liberté de difpofer de leurs biens perfonnels , foit
par Teftament , Donation ou autrement ; & leurs
( 107 )
héritiers, étant Sujets ou Citoyens de l'autre Partie
contractante , fuccéderont à leurs biens , foit
en vertu du Teftament , ou ab inteftat ; & ils pourront
prendre poffeffion , foit en perfonne , foit
par d'autres , agilfant à leur place , & en difpoferont
à leur volonté , en ne payant pas d'autres
Droits que ceux auxquels les Habitans du Pays
où la fucceffion eft devenue vacante , font aflujettis
en pareille occurrence : & en cas d'abfence
des héritiers , on prendraauffi long - tems des biens
qui leur font échus , les mêmes loins qu'on aura
pris en pareille occafion des biens des Natifs du
Pays , jufqu'à ce que le Propriétaire légitime ait
agréé des arrangemens pour recueillir l'héritage.
S'il s'éleve des conteftations entre les différens
Prétendans à la fucceffion , elles feront décidées
en dernier reffort , felon les Loix & par les Juges
du Pays où la fucceffion eft vacante : & fi , par la
mort de quelque perfonne poflédant des biensfonds
fur le territoire de l'une des Parties contractantes
, ces biens fonds venoient à paffer , felon
les Loix du Pays , à un Citoyen ou Sujet de
l'autre Partie , celui- ci , fi par la qualité d'Etranger
il eft inhabile à les pofféder , obtiendra
un délai convenable pour les vendre , & pour
en retirer le provenù fans obftacle , exempt de
tous Droits de retenue , de la part du Gouverne--
ment des Etats refpectifs . Mais cet article ne dérogera
rien en aucune maniere à la force des Loix
qui ont déjà éré publiées , & qui le feront dans la
fuite par Sa Majefté le Roi de Pruffe , pour prévenir
l'émigration de fes Sujets
XI . Il fera accordé la plus parfaite liberté de
conscience & de culte aux Citoyens ou Sujets de
chaque Partie contractante dans les Etats de l'autre
; & perfonne ne fera molefté àcet égard pour
quelque caufe que ce foit , fi ce n'eft pour infulte
e 6
( 108 )
}
faite à la Religion de l'autre . De plus , fi des Sujets
ou Citoyens de l'une des Parties contractantes
venoient à mourir dans la Jurifdiction de
l'autre , leurs corps feront enterrés dans les endroits
où l'on a coutume de faire les enterremens ,
ou dans tel autre lieu décent & convenable ; & ils
feront protégés contre toute violence & trouble.
XII. Si l'une des Parties contra&tan es étoit en
guerre avec une autre Puiffance , la libre correrpondance
& le commerce des Sujets ou Citoyens
de la Partie , qui demeure neutre envers les Puiffances
belligérantes , ne feront point interrompus,
Au contraire & dans ce cas , comme en pleine
paix , les Vaiffeaux de la Partie neutre pourront
naviguer en toute fûreté dans les Ports & fur les
Côtes des Puiffances belligérantes ; les Vaiffeaux
libres rendant les marchandifes libres , en tant
q
l'on regar era comme libre tout ce qui fera à
Lord d'un Vaiffeau libre , quand même elles feroient
ennemies de l'autre Partie , excepté que
ce fuffent des gens de guerre actuellement au fervice
de l'ennemi.
XIII. Dans le cas où l'une des Parties contractantes
fe trouvât en guerre avec une autre Puiffance
, il a été convenu que , pour prévenir les
difficultés & les difcuffions qui furviennent ordinairement
par rapport aux marchandiſes ci - devant
appellées Contrebande , telles qu'Armes , Munitions
& autres provifions de guerre de toute ef
' pèce , aucun de ces articles chargés à bord des
Vaiffeaux des Citoyens ou Sujets de l'une des
Parties & deftinés po r l'ennemi de l'autre , ne
fera cenfé de Contrebande , au point d'impliquer
confiication & condamnation , & d'entraîner la
perte de la propriété des individus . Néanmoins il
fera permis d'arrêter ces fortes de Vaiffeaux &
Effets , & de les retenir pendant tout le tems que
le Preneur croira néceflaire pour prévenir les in(
109 )
convéniens & le dommage qui pourroient en réfulter
autrement ; mais dans ce cas on accordera
une compenfation ra fonnable pour les pertes qui
auront été occafionnées par la faifie : & il fera
permis en outre aux Preneurs d'employer à leur
fervice en tout ou en partie les munitions militaires
détenues , en payant aux propriétaires la pleine
valeur , à déterminer fur le prix qui aura cours à
l'endroit de leur destination ; mais que dans le cas
énoncé d'un Vaiffeau arrêté pour des Articles cidevant
appellés de Contrebande , fi le Maître de
Navire confentoit à délivrer les marchandifes fufpectes
, il aura la liberté de le faire , & le Navire
ne fera plus amené dans le Port ni détenu
plus long- tenis , mais aura toute liberté de pourfuivre
fa route.
XIV. Dans le cas où l'une des deux Parties
contractantes le trouveroit engagée dans une
guerre avee une autre Puillance , & afin que les
vaifleaux de la Partie neutre foient prompte-
- ment & sûrement reconnus , on eft convenu qu'ils
devront être munis de Lettres de mer ou Paileports
, exprimant le nom , le Propriétaire & le
port du navire , ainfi que le nom & la demeure
du Maître. Ces Paffeports , qui feront expédiés
en bonne & due forme , [ à déterminer par des
conventions entre les Parties , lorfque l'occafion
le réquerra , ] devront être renouvelles toutes les
fois que le vaiffeau retournera dans fon port ;
mais fi le navire fe trouve fous le convoi d'un ou
de plufieurs vaiffeaux de guerre , appartenans à la
Partie neutre , il fuffira que l'Officier-Commandant
du convoi déclare que le navire eft de fon
parti ; moyennant quoi , cette fimple déclaration
fera cenfée établir le fait , & diſpenſera les deux
Parties de toute vifite ultérieure .
La Suite à l'Ordinaire prochain .
( 110 )
GRANDE-BRETAGNE.
DE LONDRES, le 5 Septembre,
Lundi dernier , le Colonel Kelfo eft ar
rivé de Berlin pour notifier la mort du Roi
de Pruffe au Comte de Lufi , Miniftre Piénipotentiaire
de ce Monarque auprès de
notre Cour. Cette trifte notification a été
faite également à S. M. On craignoit qu'elle
n'affectât les fonds publics , qui cependant
n'ont rien perdu encore. La Cour a pris le
deuil le 3 .
Le brave Capitaine Seymour Finch , à qui
le Roi a donné , pour 3 ans , le commandement
de l'efcadre ſtationnée dans la Méditerranée
, a pris congé de S. M. le 23 Août.
Il a ordre de furveiller de près les Barbaref
ques & de rendre le pavillon Anglois redoutable
à ces Pirates . On reconnoît aujourd'hui
la petiteffe des vues prétendues politiques
qui faifoient ménager ces bandits avec tant
de baffeffe , & l'on eft décidé à fuivre , à
leur égard , une marche plus digne de la.
Grande - Bretagne .
>
Lord Dorchester s'eft embarqué à Portmouth
fur la frégato la Thibé, pour le rendre
à Québec .
L'Eléphant, vaiffeau neuf de 74 canons ,
lancé depuis peu du chantier de Burlefdon ,
a été mis en ordinaire à Portſmouth . Le Jamus
, de 44 , arrivé de la Jamaïque , doit fe
rendre dans la Tamife , où il fera retiré de
commiffion . Il a ramené fon Commandant ,
le Commodore Packenham.
( m )
L'Adamant , de so can. , vient également
d'arriver des Ifles , ayant à bord l'Amiral Sir
Richard Hughes.
L'Amirauté a donné ordre de mettre en
conftruction fur les formes vacantes à Harwich
, le Lenox & le Revenge , de 74 canons
chacun .
Depuis la paix , on a lancé , foit dans les
chantiers du Roi , foit dans les chantiers marchands
,
18 vaiffeaux de ligne,
2 de 5o canons ,
io de 44 ,
13 frégates ,
5 floops.
Total 48 vaiffeaux de guerre.
Le Gouvernement a reçu le 26 plufieurs
dépêches de Terre Neuve , par lefquelles on
apprend que 40 vaiffeaux ont appareillé le 10
Juillet , de St. Jean pour Malaga , Alicante
& d'autres marchés étrangers. Ces dépêches
annoncent auffi l'arrivée de plufieurs vaiffeaux
venant de Londres & d'Irlande .
La rareté de bâtimens propres à la navigation
de l'Inde difparoîtra bientôt par le
grand nombre de vaiffeaux qui font actuellement
fur les chantiers , tant dans la Tamife
que dans les autres parties du Royaume. Il
s'en conftruit actuellement à Briſtol , à Topsham
, à Liverpool & à Hull. Il en a été lancé,
depuis peu , dans la Tamife , qui feront fur
le champ remplacés par d'autres.
( 112 )
La pêcherie du faumon en Ecoffe eft trèsabondante
cette année Ce poiflon forme à
lui feul un article d'exportation très- coafidérable
, & donne de l'emploi à un grand nombre
de familles. Le droit de pêcher le faumon
eft héréditaire en Ecoffe , & on le regarde
comme la partie la plus riche d'une poffeffion.
Les deux bâtimens , partis d'Aberdeen.
pour le Groënland , ont fait la pêche la plus,
heure fe. L'un a pris 7 baleines , l'autre 3 ,
outre 1500 veaux marins. Ce fuccès augmente
les efpérances & le zèle des Armateurs
, & l'on ne doute point que l'année
prochaine ils ne doublent le nombre de leurs
expéditions . Les gratifications confidérables ,
accordées à la pêche par le Gouvernement ,
font bien faites pour encourager cette branche
d'in luftrie , puifque fur ces deux bâtimens
elles ont monté à 1400 liv. fterlings .
La Banque a , dit - on , le projet d'efcompter
à l'avenir à 4 pour cent ; ce qui fembleroit
prouver que fes caiffes regorgent d'argent.
Les Planteurs des Ifles s'adre Teront au
Parlement dans la prochaine Seffion , pour
demander une loi qui défende l'importation
des Melaffes étrangères dans les Colonies
Angloiles du Canada & de la Nouvelle-
Ecoffe , ou qui fupprime la diftillation du
Rhum dans ces Colonies. La difcuffion de
cette affaire exigera beaucoup de prudence
113 )
& de circonfpection. Si les Colonies continentales
font reftreintes à l'ufage du Rhum
des Ifles , les pêche ies Angloifes ne pourront
jamais foutenir la concurrence des pêcheries
Américaines , & les Ifles Françoifes
ne prendront plus le poiffon Anglois en
échange des Melaffes que les Angluis vont
chercher. D'un autre côté , l'importation du
Rhum n'emploiera jamais autant de bâtimens
& de matelots que celle des Melaffes écrangères.
Enfin , chaque alambic fupprimé dans
les Colonies du Canada , fervira , pour ainfi
dire , d'encouragement aux Américains -Unis
pour en établir chez eux .
Le vénérable Comte de Mansfield eft dans
un état de foibleffe qui laiffe peu d'elpoir. Sa
fenfibilité eft fi vive , qu'il verfe des pleurs
toutes les fois qu'il voit un de fes amis.
Le Miniftre de l'Empereur a fait partir , le
28 Août au ma in , un Interprête pour Douvres,
où il doit attendre l'Archiduc Ferdinand,
Gouverneur de la Lomba die Autrichienne ,
qui doit arriver inceffamment en Angleterre
avec fa fuite. Un détachement de Dragons
le recevra à Canto: béry & l'accompagnera
jufqu'ici.
M. Woodford , Secrétaire de M. Eden , et
de retour de Paris . Le 25 , il a dîné avec tous
les Miniftres d'Etat. On aflure qu'il a apporté
avec lui la ſignature des Déclarations refpectives
qui doivent fervir de baſe au Traité
de commerce entre les deux Nations .
( 114 )
On prétend avoir des nouvelles de l'arri
vée de M Howard à Conftantinople. Ce généreux
ami de l'humanité a établi la réfidence
à Pera, où demeure l'Ambaladeur d'Angleterre
& d'autres Miniftres Etrangers . Son
premier foin , à ce qu'en ajoute , a été de pro
pofer le nettoiement des rues , qui font trèsfales
& au nombre de 3,770
Ily a actuellement à Bedlam une perfonne
renfermée dans cet Hôpital , pour un accès
de folie , qui reffemble beaucoup à celle de
Marguerite Nicholſon . C'eſt un ancien Of
ficier de Marine , appellé Egbert Langbourne.
Il avoit été emploié dans l'Inde pendant
l'avant derniere guerre , & revint en Angle
terre en 1763. Durant la traverfée il rêva
qu'un Ange lui annonçoit qu'il étoit l'héritier
légitime du trône Britannique . Cet
Ange lui ordonna d'aller à Saint - James
réclamer les droits , en l'afftrant que Dieu
ne l'abandonneroit point dans cette entreprife.
En conféquence il n'eut rien de plus
preffé , auffitôt qu'il eut mis pied à terre ,
que de fe rendre au Palais. Le Roi étoit
alors affis fur fon trône , dans la grande Sa'le
d'audience , où il recevoit les adreffes de
fon Parlement. Egbert fe plaça fur le trône ,
à côté de S. M. , & proclama fes droits ,
avec ordre de les reconnoître , & de s'y
foumettre. Enfuite le nouveau Monarque
adreffa au Ciel une fervente priere pour implorer
fon affiftance , & fommer le Pere
( 1152)
Eternel de la parole qu'il lui avoit donnée.
Mais la Garde royale n'ayant pas reçu d'ordre
des Puiflances céleftes , eut bientôt mis
fin au rêve du nouveau débarqué. Ons'empara
de fa perfonne. Il fut mis en prifon , examiné
par le Confeil privé , & envoié à Bedlam ,
où il eft encore. Sa folie n'a fait que croître
depuis fa détention , il foutient toujours fes
droits au trône , & quand il écrit des let ;
tres , il ne les figne jamais autrement que
par ces mots : Egbert Rex.
Les viciffitudes de la fortune offrent des
traits fing liers ; mais il en eft peu de plus remarquable
que celui dont nous allons rendre
compte. Un jeune homme , fils d'un Péager , eft
abandonné par fa famille quoique a conduite
fût très-réguliere , & que l'on n'eût en général
aucun reproche à lui faire . Un de fes oncles , au
lit de la mort , lui donne une guinée , en l'avertiffant
que c'étoit la derniere qu'il recevroit de
lui ; mais quelle fut la furprife du malheureux
profcrit , lofqu'il apprend que fon oncle , en
mourant , lui a laillé une fortune de plus de 700
liv. ft. the rente , indépendamment d'une fomme
confidérable en argent comptant . Il a depuis
épousé une jolie femme , qui a du bien & paffe
une vie délicieufe dans une campagne fur le bord
de la Tamife. C'eft - là qu'il offre un exemple
bien rare de nos jours , celui d'un citoyen qui
conduit lui -même fa voiture , navigue dans fon
propre canot , tue & mange des moutons qui
font à lui , s'entretient pendant le jour avec un
petit nombre de vrais amis , & paffe des inftans
délicieux dans les bras d'une époule jeune , char
mante & fidele.
( 116 )
-
Le Gentleman's Magazine du mois de
Juillet dernier contient une obfervation
affez remarquable fur les chauve - fouris.
Trois Ecoliers étant à fe promener dans un
bois près de Pontefract dans le Yorkshire par un
beau jour d'été , virent voler une chauve -fouris ;
elle fut fuivie de deux autres qui fortoient d'un
nid de pie-verd qui fe trouvoit dans le creux
d'un arbre. Ces oifeaux allerent gagner un autre
trou d'arbre à quatre -vingt ou cent pas de diftance.
Les jeunes gens curieux de découvrir la
caufe de la retraite des chauves fouris , monterent
fur le premier arbre pour examiner le trou
que les chauves - fouris venoient de quitter. Ce
trou exhaloit une odeur infecte , & bientôt ils
en virent fortir encore plufieurs qui emportoient
leurs petits fur le dos. Ils jugerent alors que la
puanteur du trou provenoit du corps de quelqu'une
des chauves - fouris crevée , & que la
migration de la colonie entiere devoit être attri
buce à cette circonftance.
Suivant le calcul de Mylord Comte de
Dundonald , l'invention de la méthode d'extraire
le goudron du charbon de terre , le
revenu annuel des droits fur la fel , en les
comptant à 3 fchellings 4 deniers par boiffeau
( 61 liv. pefant ) doit être de 700, cool.
fterl. vu qu'il s'en confomme 4,200,000
boiffeaux en Angleterre. Un autre calculateur
Anglois a porté ce revenu à un million
fterling. Cependant , par un effet des fraudes
journalieres fur les droits , le produit
de ceux que paye le fel ne s'éleve pas , tous
frais faits , à 350,000 liv . ft. par an.
( 117 )
On cite un exemple bien révoltant de la
cruauté féroce des Defpotes qui tyrannifert
l'Indoftan . Un Colonel au fervice de la Compagnie
des Indes fe plaignit un jour à Sujahul
Dowla de ce qu'étant à la chaffe dans un
certain village , les habitans avoient voulu
mettre quelque obſtacle à ſes courſes . Peu de
jours après , Sujah fit avertir cet Officier
« qu'il pourroit chaffer librement à l'avenir
» dans cet endroit , parce qu'il en avoit fait
» mettre à mort tous les habitans , au nom-
» bre de 200. » Cette fanglante exécution
n'étoit malheureufement que trop vraie , &
l'Officier a confervé toute fa vie le chagrin
d'avoir été la caufe innocente de cette boucherie
.
M. John Walter , habile Imprimeur de
Londres , a exécuté , après de longs effais ,
une méthode d'imprinier , dont l'idée , je
crois , fut apperçue plus d'une fois . Cette
méthode confifte à employer au lieu de types
compofés d'une feule lettre , des types
qui forment un mor ou une fyllabe entiere :
M. Walter appeile ce procédé Art Logogra
fique il s'en eft fervi pour imprimer beaucoup
d'ouvrages confidérables , & il l'employe
chaque jour pour l'Univerfal Regifter,
Gazette du matin dont il est l'éditeur. Il a
efluyé , cela va fans dire , les tracafferies ,
les obftacles , les perfécutions d'ufage de la
part de fes Confrères ; enfin il l'a emporté ;
il a obtenu du Roi un Privilege ou Patente,
( 118 )
& il vient de rendre compte dans fa Feuille
périodique de la nature & de la bafe de fon
travail [1 ].
Tout le lyftême de la langue angloife , dit-il
fe préfenta à moi arrangé affez confufément ;
il formoit un affemblage de plus de 9000 mots ;
je réduifis cette maffe compofée de trop de
parties , à environ cinq milles , en feparant
les particules , & en écartant les mots furannés
, les termes techniques & les terminaifons
communes .
Etant averti , & voyant par moi - même que
cette réduction & cet arrangement étolent fuffifamment
fimplifiés , pour une premiere expérience
, je me procurai des cafes pour des caracteres
de différent oeil , & j'imprima l'alphabet
d'un Dictionnaire anglois fur ce plan ;
mais après beaucoup de travail , une attention
foutenue , & de forts falaires pour les Com-
Fofiteurs , que je fus obligé de payer par femaine,
au-lieu de les mettre à leurs pieces , je
vis un grand nombre d'objections férieufes , à
faire contre cet effai . Par exemple celle - ci ; qu'on
grand nombre de mots diftribués par fontes , cu
cei de caractere , étoient très - inutiles , comme
trop rarement employés ; de forte qu'en lés
rejettant , on pouvoit diminuer les fontes &
donner plus d'étendue aux cafes , que leur
peu de largeur avoir fait trouver très- incoinmodes
.

En conféquence de ces obfervations , je me
réfolus à changer tout le fyftême , malgré ce
qu'il devoit m'en coûter ; car les premieres cafes
ne purent plus fervir , & il fallut féparer de nou-
[1 ] L'Univerfal Regifter , que nous avons fous les yeux ›
eft le mieux imprimé de tous les Papiers Anglois .
( 119 )
J
veau un grand nombre de lettres réunies dans les
types des mots rejettés , comme employés rarement
; cette derniere opération le fait trèsaifément
, ce qui répond à la principale objection
des Imprimeurs & Libraires , qu'une feule
lettre défectueule gâtoit tout un mot , & ne permettoit
plus qu'il pût fervir .
Je fis ma premiere expérience avec huit cafes
de 6 pieds & demi de long, fur 4 & demi de large ;
je réduifis enfuite le nombre de mes cafes à 6;
& enfin j'ai diftribué mes fontes en quatre cafes
en réduisant le nombre des mots : j'en ai profité
pour élargir les caffetins où les lettres font dépofées
, affez pour contenir a- peu - près tout ce
qu'on peut defirer dans toutes les circonftances &
faciliter le travail du Compofiteur.
La premiere de ces cafes contient le romain.
ordinaire environné des particules d'un ufage
commun. La feconde contient les capitales & les
terminaifons fréquentes , avec une partie de
l'alphabet des mots dont le refte eft contenu
dans la traifieme & la quatrieme cafe.
Le premier arrangement général étoit fi propre
à faire attendre le point de perfection propofée ,
que chaque mot fimple , chaque, racine de la
langue pouvoit fe joindre aifément à la terminailon
néceffaire pour former le compofé dont
on paut avoir befoin. Avec un léger changerent
, cette méthode auroit pu fervir non- feulement
pour l'Anglois , mais même ( en excep
tant toutefois les accens ) pour le François &
le Latin , & fournirun fonds d'amufement à une
efprit méditatif.
Cette acquifition m'encouragea ; elle étendit
mes vues & mes eſpérances ; elle m'ouvrit une
perfpective d'honneur & de profit , quoique
dans une progreffion plus lente que celle que
( 120 )
mon imagination flattée avoit ofé concevoir
Mais les difficultés que j'ai éprouvées , & dont
je donnerai le détail dans ma prochaine lettre
ont rallenti mes efforts , ils ne les ont cependant
pas arrêtés , & je ſuis en état d'afſurer ceux qui
ont bien voulu m'encourager , que j'ai avancé
l'art d'imprimer , au point de ne plus
avoir à douter que je ne réuffiffe , d'ici à
très - peu de tems , à remplir entierement mes
efpérances.
FRANCE.
DB VERSAILLES , le 6 Septembre .
Leurs Majeftés & la Famille Royale ont
figné , le 20 du mois dernier , le contrat de
mariage du Comte de Montagu Lomagne,
Lieutenant au régiment du Roi , Infanterie ,
avec Demoifelle de Rochechouait Ponteville.
Le 3 de ce mois , le Baron de Goltz ,
Envoié extraordinaire de la Cour de Berlin ,
a eu une audience particuliere du Roi , pendant
laquelle , en fong manteau de deuil , il
a notifié à Sa Majefté la mort du Roi de
Pruffe , étant conduit à cette audience par
le fieur de la Garenne , Introducteur des
Ambaffadeurs ; le fieur de Séqueville , Secrétaire
ordinaire du Roi à la conduite des
Ambaffadeurs , précédoit.
Le Marquis de Bombelles , Ambaſſadeur
du Roi près Sa Majesté Très Fidele , a eu ,
le même jour , l'honneur de prendre congé
Four fe rendre à fon Ambaffade , étant préfenté
( 121 )
1
fenté à Sa Majefté par le Comte de Vergennes
, Chef du Confeil royal des Finances ,
Miniftre & Secrétaire d'Etat ayant le département
des Affaires étrangeres.
La Cour prend aujourd'hui le deuil , pour
21 jours , à l'occafion de la mort du Roi
de Pruffe.
DE PARIS , le 13 Septembre.
L'Hiftoire n'offre aucun exemple , même
thez les peuples les plus déteftablement corrompus
, du fcandafe inoui que préfente aujourd'hui
la prostitution publique dans quelques
Villes capitales. Le métier de la débauche
, car c'en eft un , grace à la tolérance de
nos moeurs , s'exerce aufli impunément ,
avec autant d'appareil que tout autre ; les
petits elprits regardent ce défordre affreux ,
dont les fuites font frémir l'humanité , la
politique & la raifon , comme un mal néceffaire.
Les Gens de Lettres , toujours prêts à
devenir les apologiftes des abus qui ont un
libre cours , plus d'une fois ont ofé imprimer
cet infâme paradoxe. Heureufement , il
vient de fe trouver dans une Cour Souve→
raine du Royaume , illuftrée par fes vertus
& par fon zele , un Magiftrat plus fage.
M. Dudon , Procureur Général au Parlement
de Bordeaux , a fat rendre par fa
Compagnie un Arrêt qui devroit fervir
d'exemple par - tout , & qui probable-
N°. 37, 16 Septembre 1786.
f
( 122 )
ment n'en fervira pas. Voici le précis du Réqu.
fitoire & de l'Arrêt ; tous les honnêtes
gens le liront avec reconnoiffance.
« Ce jour , [ eft- il dit dans le Réquifitoire ] le
Procureur - Général du Roi eft entré , & a dir :
Qu'on ne peut qu'être effrayé pour l'intérêt des
mours & pour celui des races futures , du défordre
fcandaleux qui regne dans cette ville , par le
nombre prodigieux de ces perfonnes vouées à une
prostitution publique ; que leur audace s'e accrue
au point qu'elles ne gardent plus aucune réferve
, & que , loin de prendre des meſures pour
cacher leur turpitude elles fe montrent hardiment
en public , pour répandre avec plus de facilité
leur corruption .
"
En vain la Police parcît- elle s'être occupée
de cet important objet ; les diverfes Ordonnances
rendues par les Maire & Jurats , les 20 Décembre
1774 , 16 Janvier 1776 , 15 Juin 1778 , 12 Mai
& 4 Juin 1783 , font demeurées fans effet , &
depuis cette époque , la licence paroît avoir pris
de nouveaux accroiffemens ; le ſcandale eft tel
qu'on diroit , à en juger par tout ce qui le paffe ,
que la proftitution publique eft un état toléré par
les loix , ou que les loix font impuiſſantes , puifqu'elles
ne peuvent pas en arrêter le cours . On fe
borne à déplorer les maux de tout genre dont elle
eft la cauſe , fans ofer prendre les voies de rigueur
, les feu'es capables de détruire le mal dans
fa fource , & d'en arrêter les progrès,
» Les Ordonnances qui ont été rendues par les
Maire & Jura's , font toutes également défectueufes
, parce qu'elles n'ont flatué que fur des cas particuliers
déférés à la Police , ou parce qu'elles ne
contiennent que des réglemens partiaires , qu'il
af toujours facile d'éluder.
( 123 )
Le Procureur Général du Roi propoſera à la
Cour un réglement plus étendu , dont il fera plus
aifé de fentir l'utilité & les avantages , quand il
aura indiqué les véritables fources du défordre
qui s'eft gliffé dans cette partie de la Police.
at-
» Il eft notoire que la ville de Bordeaux , par
fa fituation & par l'étendue de fon commerce ,
tire des étrangers de tous états & de toute profeffion
; que les ouvriers , les artifans , plus encore
les oifeux , les libertins , les gens fans aveu , y
affluent de toutes les Provinces du Royaume , &
même des pays étrangers ; que Bordeaux eft re¬
gardé comme une ville de reſſource , non ſeulement
pour ceux qui ont quelque talent à faire valoir
, mais encore pour ceux qui ne peuvent tra
vailler que de leurs bras , peur ceux qui fuient
les rigueurs de la Juftice , pour ceux qui font
congédiés des galères , pour les voleurs & pour les
malfaiteurs.
" Ce grand nombre d'étrangers qui vivent de
leur travail ou de leurs forfaits , font reçus à Bordeaux
, fans aucune précaution : ils trouvent facilement
à fe loger ; & celui qui leur donne le
logement , en eft quitte en allant déclarer au Prépofé
de la ville le nom vrai ou fuppofé de celui
auquel il a donné un aſyle dans la maiſon.
Il en eft de même de ces filles ou femmes
proflituées ; elles viennent à Bordeaux des extrêmités
du Royaume ; èlles trouvent la même facilité
de fe procurer un logement , & le prix de
leur proftitution eft le garant le plus sûr que puiffe
avoir le propriétaire ou le locataire principal de
la maison .
Ce font donc les propriétaires & les locataires
que la Juftice doit févérement punir , lorſque
la cupidité les aveugle , au point de faire de leur
mailon un ufage auffi infâme : cet objet doit faire
f2
( 384 )
le premier article du réglement que la Cour fe
propofe de prononcer dans l'intérêt des moeurs &
de la sûreté publique.
2
Il en eft ur fecond , tur lequel elle doit porter
un oeil attentif : c'eft celui des Billards & des
Cafés , dont le nombre s'eft prodigieulement ac-
Cru aux dépens des bonnes moeurs , dans la ville
de Bordeaux , & particuliérement dans les quartiers
fufpects ; il eft effentiel d'en fixer le nombre,
& de défendre que la même perfonne puiffe tenir
Billard ou Café & donner à loger. La Police l'a
fouvent défendu ,, mais toujours inutilement ,
parce que les infracteurs de la loi ne manquent
jamais de trouver des protecteurs.
Un troisième objet , non moins intéreffant
pour la sûreté publique , c'eft d'obliger tous les
propriétaires ou principaux locataires de déclarer
à la Police ceux des étrangers qui , étant logés
chez eux , auront découché pendant la nuit précédente.
Il n'eft perfonne qui ne fente l'imporsance
de cette précaution ; c'eft le feul moyen
d'éclairer la conduite des gens fufpec's , & de
découvrir les coupables qui ofent attenter à la
sûreté & à la tranquillité publique . Il eft donc
effentiel d'ufer de la plus grande févérité contre
les propriétaires ou principaux locataires qui
manqueroient à cette obligation , & de leur faire
connoître d'avance les peines auxquelles ils s'expoferont
en cas de refus , de négligence ou d'infidélité
de leur part.
» Il n'eft pas moins effentiel de preferire les
conditions , fans lesquelles il ne fera permis à
quiconque de recevoir dans leur maiſon , ni de
donner logement à aucun homme , femme ou
fille étrangere , à peine d'être pourfuivis crimirellement
, comme complices des débauches &
fcandale auxquels lefdits étrangers ou étrangeres
pourront donner licu,
( 125 )
>
93
Mais toutes ces précautions feroient encore
inutiles , fi le réglement ne pourvoyoit à la ma
niere dont la permiffion de loger , tenir billard
ou café , doit être accordée : il s'eft introduit à
cet égard des abus dont il eft effentiel d'arrêter
le cours.
» Attant , le Procureur général du Roi a
requis étre ordonné par forme de réglement :
1. Qu'il ne pourra être accordé aucune permiffion
de louer des appartemens , ou donner à
loger à qui que ce foit , que par une délibération
de la Jurande aflemblée ,laquelle délibération ſera
couchée fur un regiftre qui fera tenu à cet effet
dans l'Hôtel -de-Ville , & fignée de tous les Jurats
qui y auront affifté .
>> 2°. Qu'aucune permiffion de donner à los
ger , louer chambres , lits ou appartemens
, ne fera accordée que fur une enquête des vie & moeurs de celui ou celle qui demandera ladite permiffion , & fur les conclufions du Procureur-
Syndic , laquelle enquête fera compofée au moins de fix témoins biens connus, qui attefleront
, fous
la foi du ferment , l'honnêteté & la bonne con- duite de celui ou celle qui demandera ladite per- miffion .
» 2°. Que ceux ou celles qui auront obtenu
Jadite permiffion , foit propriétaires ou principaux
locataires , feront tenus d'aller déclarer aux
Jurats ou au Commiffaire du quartier , avant
l'heure du midi , ceux qui étant logés chez eux ,
auront découché pendant la nuit précédente ; à
peine d'être déchus de ladite permiffion , & d'être
déclarés incapables d'en obtenir à l'avenir , &
pareillement à peine de mille livres d'amende
qui ne pourra être remife ni modérée , & en oufre
de demeurer civilement reſponſables des dé
£ 3
7126 )
lits que les étrangers logés chez eux auroient pu
commettre pendant la nuit.
ל כ
4° . Etre fait tres expreffes inhibitions &
défenfes à tous ceux qui auront obtenu la permiffon
de donner à loger , de recevoir dans leur
maiſon , ni accorder logement à aucun homme ,
femme ou fille étrangere , qui ne leur ait apparu,
par bons certificats & paffeports , des vie &.
moeurs defdits étrangers & étrangeres , à peine d'ê
tre pourfuivis criminellement , comme complices
des débauches & fcandales auxquels lefdits étrangers
ou étrangeres pourroient donner lieu ; comme
auffi à peine contre les propriétaires qui
toléreroient les infractions faites par leurs locataires
à l'arrêt qui interviendra , après en avoir
été averti , de voir murer les portes & fenêtres
de leur maifon.
5 °. Etre ordonné que dans trois jours , au
plus tard , il fera fait , par les Maire & Jurats de
la préfente ville , un recenfement exact de tous
les billards & cafés établis dans la préfente ville ,
& particuliérement dans les lieux les plus fufpects
, à l'effet d'être par eux procédé à la réduction
du nombre defdits billards & cafés , le
quel état de réduction fera préſenté à la cour ,
fans qu'il puiffe être augmenté à l'avenir fous
aucun prétexte , fans qu'il en ait été par la cour
autrement ordonné.
» 6°. Etre pareillement ordonné que , vacation
arrivant d'aucuns billards ou cafés qui auront
été réservés , il ne pourra être par lefdits Jurats
fait aucun remplacement que par délibération de
la Jurande affemblée , & en forme prefcrite par
l'article z ci - deffus . En conféquence , toutes
lefdites permiffions de tenir cafés ou billards ci
devant accordées , être déclarées nulles , & comme
non avenues ; être ordonné que ceux qui les,
( 127 )
ont obtenues , ainsi que ceux qui ont obtenu permiffion
de donner à loger , feront tenus de les
remettre dans vingt- quatre heures au Greffe de
la police.
"3
7°. Etre ordonné que toutes femmes & filles
étrangeres , n'ayant aucune profeffion connue ,
mais défignées fous le nom de femmes du monde,
feront tenues de vuider la ville & banlieue dans
trois jours , au plus tari , après la publication de
l'arrêt qui interviendra , à peine de punition
corporelle ; lequel arrêt fera imprimé , publié &
affiché par - tout ou beloin fera , & enregistré ès.
regiftres de l'Hôtel - de - Ville , pour fervir de réglement
duquel enregistrement les Jurats feront
tenus de certifier la cour dans vingt- quatre
heures.
» La Cour , toutes les chambres affemblées ,
faifant droit du requifitoire du Procureur général
du Roi , ordonne :
1 °. Qu'il ne pourra être accordé aucune
permiffion de louer des appartemens garnis , ou
donner à lager à qui que ce foit , que par une
délibération de la jurande affemblée , laquelle
délibération fera couchée fur un regiftre qui fera
tenu à cet effet dans l'Hôtel - de- Ville , fignée
de tous les Jurats qui y auront affifté , laquelle
permiffion fera délivrée fans frais.
» 2°. Qu'aucune permiffion de donner à loger
, louer chambres , lits ou appartemens , ne
fera accordée que d'après une atteftation de bonne
vie & moeurs , affermentée par quatre perfonnes
domiciliées & bien connues,de laquelle atteftation
fera dreflé procès verbal par les Jurats , qui fera !
déposé au Greffe de l'Hôtel- de-Ville , le tout fans
frais.
3 ° . Fait ladite Cour très - expreſſes inhibitions
& défenſes à tous ceux qui auront obtenu
£ 4
( 128 )
me,
la permiffion de donner à loger , de recevoir dans
leur maison ni accorder logement à aucun homfemme
ou filles étrangeres , s'ils ne font
munis de bons certificats cu paffeports , à peine
d'être poursuivis extraordinairement , & punis
fuivant l'exigence du cas , à raifon des débauches
& fcandales auxquels les étrangers ou étrangeres.
pourroient donner lieu , & même la police de location
être réfiliée de plein droit , & à peine
contre les propriétaires qui feront convaincus
d'avoir toléré les infractions de leurs locataires:
aux difpofitions du préfent article , de voir or
donner que les portes & fenêtres de leurs maiſons.
feront murées .
30
4°. Ordonne que , dans trois jours au plus
tard , il fera fait par les Maire & Jurais de la préfente
ville un recenfement exact de tous les billards
& cafés établis dans la préfente ville , &
particuliérement dans les lieux les plus fufpects ,
à l'effet d'être par eux procédé à la réduction du
nombre defdits billards & cafés , lequel état de
réduction fera préſenté à la cour , fans qu'il puiffe
être augmenté , à l'avenir , fous aucun prétexte
, fans qu'il en ait été par la cour autrement
ordonné.
» 5 °. Ordonne pareillement que , vacation
arrivant d'aucuns billards ou cafés qui auront été
réservés , il ne pourra être par lefdits Jurats fait
aucun remplacement que par délibération de la
Jurande aflemblée , & la en forme prefcrite par
l'article 2 ci - deffus ; en conféquence , toutes lef
dites permiffions de tenir cafés ou billards , ci..
devant accordées , font déclarées nulles & comme
non avenues ; ordonne que ceux qui les ont ob.
tenues , ainfi que ceux qui ont obtenu permiffien
de donner à loger , feront tenus de les remettre
dans vingt- quatre heures , au Greffe de
police .
( 129 )
» 6º. Ordonne que toutes femmes & filles
n'ayant aucune profeffion connue , & vivant
fcandaleufement , feront tenues de vuider la ville
& banlieue dans quinzainé après la publication
du préfent arrêt , à peine de punition corporelle ,
lequel arrêt fera imprimé , publié & affiché parrout
où befoin fera , & enregistré ès regiftres de
l'Hôtel de Ville , pour fervir de réglement
duquel enregistrement les Jurats feront tenus de
certifier la cour dans vingt - quatre heures. Fait à
Bordeaux , en Parlement , toutes les chambres
affemblées , le 21 Juin 1786 ».
Une autre Cour Souveraine , le Parlement
de Toulouſe , s'eft élevée contre un abus
moins dangereux , mais que des préjugés
abfurdes ont entretenu jufqu'à préfent ; il
s'agit de l'ulage de fonner les cloches pendant
l'orage. L'Arrêt du Parlement de Lan
guedoc , en date du 14 Juillet dernier
porte :
99
Ce jour, les Gens du Roi font entrés : Louis-
Emmanuel- Elifabeth de Reffeguier , Avocat-Gé
néral , portant la parole , ont dit : MM . , l'expé
rience fait fentir depuis long tems l'abus des
fonneries pendant les oragės ; il n'eft pas d'année
& plus particulierement celle ci , où les accidens
multipliés ne prouvent combien l'effet:
qu'elles produifent eft contraire à celui qu'y attachent
des idées fauffés ou fuperftitiéules .
C'eft vainément que les Pafteurs ont cherché ,
par leurs exhortations , à déraciner de l'efprit
crédule du peuple ce préjugé qui attachoit au fon
des cloches , & à la vibration qu'elles occafionnent:
dans l'air , l'avantage de diffiper la nue : les catastrophes
arrivées fous les yeux , des carillonmeurs
écrasés par la foudre , des clochers abattus ,
( 130 )
des Eglifes entraînées par leur chûte , n'ont pu
vain re la réfiftance ; la fimplicitées habitans
de la campagne ne leur asas permis d'entre voir
que d'éclat du fon des doches mifes à la volée ,
ne peur qu occafionner , dans l'atmoſphère , une.
révolution propre à déplacer la colonne d'air , &
à faire fendre la nue , fu tout lorfqu'e le fe trouve
perpendiculaire , ou à une petite diflance.
La Providence p rmettroit el e , qabandonnés
ainfi à leur erreur , ils en dem ur ffent plus
long - tems les victimes ? N - t- elle pas établi des
Mag ftrats , dont la premiere & la plus douce des
ob git ons eft de veler à la ûre é de leurs
jour Ceux de tous les citoyens ne vous fontils
pas également chers ? Et fi les ha itans des
villes on en puôr que les ures le bonheur
d'étre é laires fur les conféquences de ce dan
ger ; fi les foneries , en tems d'orage , font déjà
profcrites dans la plupart des cel'es de votre reffort
; jerrez un regard favor.ble fur la claffe
fi inter effante du Pay en & du Cultivateur ; &
tani que les Paft urs leur en e grent que , la
religion défavoue toure pra que , tout fage ,
qui , quoique religieux en apparence . feroient
contrai es aux loix qu'e'le impofe à l'homme
pour te foin de fa conv rfation , obligez les de fe
co former à ce I ix falutaires .
>
l'effet que n'ont pu opérer leurs follicitudes ,
va deni MM , vore ouv age : prêtèz - leur
le fecours de votre autorité ; c'eſt par notre bou
che qu'is la reclament ; que ce monument de
vorebienfaisance ne le foit pas moins de l accord
qui regne entre la religion & la Juftice.
Par ces motifs nous requérons la Cour de &c.
Et e font lefdits gens u Ro retir´s : Eux retirés
: La Cour fit rès - expreff sinhibiti ^ ns & défenſes
à tous Carillonneurs ou autres , de mettre,
( F31 )
en tems d'orage , les cloches à la volée : leur
permet feulement ladite Ceur d'en tinter une
feule , lorfqu'il faudra appeiler les fidèles à l'Eglife
, à peine, en cas de contravention , de vingtcinq
livres d'amende pour la premiere fois , contre
les Carillonneurs ou autres , de cinquante
livres pour la feconde , & de plus forte peine s'il
y écheoit ; lefquelles amendes feront décernées
fur les procès -verbaux des Officiers de Police fur
les lieux ; auquel effet ladite Cour leur enjoint
de tenir la main à l'exécution du préſent Arrêt ,
chacun pour ce qui le concerne.
On a reçu quelques lettres de MM . de
la Peyrouse & de la Langle , chargés d'un
Voyage autour du monde. Les lettres du
24 Mars font écrites de la Conception fur
la côte du Chili . Les bâtimens ont doublé
heureuſement le cap de Hon , & n'avoient
pas de malades . Ils fe ravitailloient à la
Conception , pour reprendre leur voyage
inceffamment.
Un Courrier, arrivé de Cadix famedi dernier
, a apporté au Commerce l'agréable
nouvelle , qu'il venoit d'entrer dans ce port
deux vaiffeaux de regiftre , l'un venant de
Callao de Lima , & l'autre de la Vera Cruz.
Leur chargement confifte en trois milions
de piaftres fortes monnoiées , outreaune
quantité confidérable de marchandiſes . On
attend auffi dans le courant de ce mois à
Ca lix un vaiffeau de guerre , venant des
Indes Orientales avec une riche cargaifon ;
& on évalue que la totalité des importations
qui font attendues dans le courant de
f6
( 132 ) *
l'Eté , s'élevera à environ 14 milions de
piaftres fortes. ( Art. envoyé au Rédacteur. )
La femme Marchand, âgée de 103 ans ,
demeurant à Coté en Bretagne , vient d'avoir
une petite vérole très abondante , &
en eft parfaitement guérie.
Nous femmes accablés en ce moment
d'énormes Programmes Académiques , qui
pleuvent fur nous de toutes parts. Nous faifrons
cette occafion de faire obferver aux
Secrétaires de ces Académies , que la complaifance
avec laquelle nous nous prêtons à
inférer leurs prix , leurs couronnes , leurs fujets
de difcours n'eft pas une fervitude ; que
peu de lecteurs s'intéreffent à ces Annonces ,.
qu'elles n'ont de rapport d'aucune efpece
avec un Journal hiftorique & politique ;;
que MM. les Secrétaires devroient par con
féquent les abréger infiniment , & fur- tout
ne pas fe plaindre , lorfque nous les abrégeonsnous
mêmes. Si le ton que fe permettent
quelques uns de ces Meffieurs , continuoit
, nous leur déclarons qu'à l'avenir ce
Journal fera fermé à toutes ces Légendes:
Académiques.
La Société Royale de Médecine a tenu le-
29 Août fa féance publique au Louvre.
La Société avoit propofé dans la Séance pu-.
blique du 15 Février 1785 , pour fujet du prix
de Goo liv. fondé par le Roi , la. queſtion fuivante
:
Déterminer par l'examen comparé des propriétéss
physiques & chimiques la nature des laits de femme ,
( 133 )
de vache, de chevre , d'âneffe , de brebis & de ju
ment.
Ce prix devoit être décerné dans la Séances
que la Société Royale tient aujourd'hui ; mais:
aucun des Mémoires envoyés au concours n'ayant
rempli fes vués , elle eft forcée d'en différer la
diftribution.
En conféquence , elle propofe de nouveau la.
même question pour fujet d'un prix double. Les
Mémoires feront reçus juſqu'au premier Janvier
1788.
Après la lecture de la diftribution & annoncedes
prix faite par le Secrétaire ,
M. Doublet a lu un Mémoire fur la fievre
puerpérale.
M. Vicq d'Azyr a fait la lecture des Eloges
de MM. Bonami , Doyen de la Faculté de Mé--
decine de Nantes , Hecquer , Doyen du College
de Médecine d'Abbeville ; Marrigues , Chirur
gien en chef de l'infirmerie de Verfailles ; &.
Looftein , Profeffeur d'Anatomie & de Chirur
gie dans la Faculté de Médecine de Strasbourg
Affocié & Correfpodant de la Société.
M. Hallé a lu un Mémoire fur la fievre fecondaire
de la petite - vérole.
M. de Fourcroy a lu un Mémoire fur le fel
marin calcaire & fur fon ufage en Médecine.
La Séance a été terminée par la lecture que:
M. Vicq d'Azir a faite de l'éloge de feu M. Wa
telet , Affocié libre de la Société..
« Les réfulrats du Commerce des Colonies
d'Amérique ont préfenté une pro-
» greffion fenfible dans la culture ; ils done
22. nent la preuve que les Entrepôts accordés :
( 134 )
ax Etrangers dans lefdires Colonies , ne
» orment pas , comme on le craignoit , un
» écoulement de denrées à l'Etranger , con-
» traire aux intérêts du Commerce national.
» Les ventes en Europe des années qui
» ont précédé la guerre , ne le font point
» élevées , année commune , à plus de 115
» à 120 millions.
" L'année 1784 a monté à 139 millions ;
» celle de 1785 a d- paffé 180 millions , fur
» lefquels il paroît que plus des deux tiers
des objets compris dans ces deux foni-
> me , ont été reverfés à l'Etranger . ( Arti
clé envoié. )
לכ
PAYS- BAS.
DE BRUXELLES , le 27 Août.
La Province de Hollande garde à fon
compte particulier la Légion du Rhingrave
de Salm . h
Les Etats d'Utrecht s'affemblen à Ame :f
foort,& ont demandé au Stathouder le ' econd
bataillon de Hefe Darmstadt en anfon
à Grave , pourotéger leurs délibérations.
Le premier barail'on eft déja à Amersfoort,
& le starhouder a expédié tot de fiite les
Parents noir le départ du fecon . Le Régm
nt et fur la répar t'on de la Province.
Celle de Gueldres renvoie les troupes à
( 135 )
la folde de la Province de Hollande , & les
remplace car les fiennes prores . Le régiment
de Welderen eft en conféquence parti
de Gave pout Zupthen où les Etats de
Gueldres devoient tenir une affemb ée extraordinaire
, le 29 Aoûr. La petite bourgade
d'Hattem & cele d'Elbourg dans cette
Province , le préparent à foutenir un fiége
plutôt que d'obéir à leur Régence & aux
Etats. Les Bourgeois d'Elbourg ont écrifia
Lettre fuivante , datée de leurs remparts , aux
differens Corps fancs de la Républiq e.
Nobles & braves Meffieurs , le noment › pproche
où il faudra nous défendre contre l'ennemi
commun. La violence & le defpotifine vont for
ter leurs premiers coups fur nos remparts ; notre
territoire va devenir le premier & le malheu .
reux théatre d'une guerre civile. Et pour quoi ?
parce que nous refufons conftitutionnellement
d'accepter un Régent qui n'a point les qualités
prefcrites par le Réglement , parce qu'on veut
que le vil dépendant du Stadhouder devienne le
repréfentant d'un pe ple libre. Nous avons réfolu
de tour hafarder tôt que de courber ' ons
le joug Sta houdérien fi arbitr ire & de jour en
jour plus oppreffif. C'eft ce qui nous engage à tol.
liciter votre affiftance , au nom de l'union fa
crée qui nous lie. Nous vous prions de nous
mander au plus vite le nombre d'hommes pourvus
d'armes , que vous pourrez nous envoyer
en cas de befoin . Autori és par le Confeil , nous
commençons dès aujourd'hui à monter la garde ;
demain nous met rons la ville en état de repouter
l'attaque ; & fous peu de jours , nous
arrêterons un plan de défenfe , que nous en¬
f136 )
verrens , fi vous le defirez, à une commiffion
fecrette nommée par vous . Sar quoi , & c.
Les Etats de Hollande ont fait défendre'
à tous Régimens de leur répartition , de
marcher pour le maintien de la tranquillité
publique dans les autres Provinces , fous.
peine d'être caffés , & c. & c. Pour l'intelligence
de tout ceci , qui pourra paroître fort
obfcur à une infinité de nos Lecteurs , il
faut leur dire que la folde de l'armée des
Etats- Unis des Pays Bas eft divifée entre les
diverfes Provinces ; ce qui fait fept armées
diftintes dans la République. Si l'un des
Eta's a befoin d'un Régiment , l'autre le
refufe; & il en a le droit..
On mande de Berlin , que lorsque les
Généraux fe préfenterent pour baifer la main
du nouveau Roi , S. M. les embraffa , &
cette marque touchante de bonté caufa une
fcene d'attendriffement. S. M. a donné un
témoignage non moins éclatant de fon
amour pour fon peuple. Sous le regne précédent
on accordoit aux Régimens de Ca+
valerie la permiffion de mener paître leurs
chevaux dans les terres après les récoltes ,
les parcs même des Seigneurs étoient fujets
à cette relevance militaire , & ces terribles.
glaneurs renouvelloient tous les ans aux yeux
des cultivateurs l'image d'une fervitude trèsdure.
S. M. a aboli cet ufare , & a déclaré
qu'il n'auroit plas lieu déformais . Les troupes
y perdent un très- petit avantage , & less
( 137 )
peuples fe trouvent foulagés d'une contribution
, dont la charge leur paroiffoit très
pén.ble.
Il paroît une copie d'une Lettre du Roi
de Pruffe au Colonel de Hanhnftein , qui
fembleroit contredire le prochain départ de
ce Prince pour la Siléfie . Cette lettre porte :
» Mon cher Colonel de Hanhnftein. Le
» Roi , mon Oncle , de glorieule mémoire ,
» étant décédé hier , vous diez de ma part
aux Officiers de l'Infanterie affemblée à
» Neiff & à ceux qui fe trouvent au camp
qui devoit s'affembler à Breffau , que ne
pouvant affifter en perfonne à la revue , je
» vous ai chargé de les affurer en mon nom
» de ma reconnoiffance pour leurs fervices
» envers l'Etat , & envers le feu Roi. Vous
ajouterez que je fuis convaincu qu'ils
perfévereront
dans le même zele & la même
» fidélité. Comme ils favent que l'ordre &
» la difcipline qui ont regné juſqu'à préſent
» dans notre armée, ordre imité par toutes
» les troupes en Europe , ont été les feuls
» garans de l'étendue de la confidération &
» de la sûreté de nos Etats , ils peuvent être
כ כ
affurés, que tant que je vivrai , je les main-
>> tiendrai avec exactitude & même avec rigueur.
Je récompenferai avec plaifir tous.
» ceux qui fe montreront zélés pour mon
» fervice , & ce ne fera que malgré moi que
» je punirai ceux qui ne feront pas leur de
voir. Vous ferez mes complimens aux.
( 138 )
» Généraux de Tauenzien , Prince de Hohen-
» lohe , Comte d'Anhalt & de Goeze , ainfi
» qu'à tous les autres Généraux. Je fuis vo-
>> tre affectionné Roi , Frédéric Guillaume.
Berlin , le 18 Août 1786,
Une lettte de Lisbonne parle en ces termes
d'unphénomene aflez curieux , fur l'exiftence
duquel nous nous en rapportons au
difcernement de nos lecteurs .
Don Rodrigue de Méneffès , fils du Gouverneur
de la baye de Tous les-Sa nis , a envoyé
à la Reine un Negre d'une affez jolie figure.
Il a une tache blanche triangulaire fur le front ,
& qui aboutit en pointe fur le nez les cheveux
ainsi que la partie des fourcils qui e trouvent
dans cette tache font blancs , mais crêpus comme
à l'ordinaire chez les Negres. Une feconde tache
eft fur le menton; les épaules font parfaitement
noires ; ma's la poitrine & le ventre font pref
qu'en entier de couleur blanche , mêlée cependant
de quelques taches noires. Les bras & le
refte du corps font diaprés de blanc & de noir
julques vers le genou & au deffous du jarret ;
la couleur noire eft fans mélange jufqu'à la
pointe des pieds ; ce qui préfente le coup - d'oeil
de brodequins chaffés . Le pere & la mere
de ce Zebre font parfaitement noirs , & la
bigarrure de l'enfant ne prouve rien contre la
fidélité de la mere , puifque cette fingularité de
la nature eft la premiere dont on connoiffe un
exemple.
Les lettres de Naples du 11 Août contiennent
un récit déplorable de l'incendie du
Mont de Piété dans cette capitale.
( 139 )
« Lundi 31 du mois dernier , écrit- on , cet
incendie , éclata fur le foir dans la maiſon du
Lombard ou Mont- de- Piété , connu fous le nom
de Mont de- Pegni ou de gages . La flamme paſſa
du Bureau des Archives , avec un incroyable rapidité
, à l'entrepôt des Gages de Drap , fitué
entre les Galeries contigues , & de là à d'autres
corps du bâtiment. Le feu , trouvant de l'aliment,
gagna non feulement les livres de Compte , mais
encore la charpente. Sa fureur a duré trois jours
continus , fans que les fecours ni les fages précautions
du Gouvernement aient pu mettre obftacle
à fes ravages. Ainfi tous les gagés de Drap
& les papiers de la Banque depuis environ 70
ans , ont été dévor és par les flammes . C'étoit le
célébre Architecte Fontana , qui avoit dirigé le
Plan de ce fuperbe Edifice. Et , pour prévenir
tout accident d'incendie , il avoit difpofé des fenêtres
à une hauteur & de maniere , que les volets
étoient revêtus de fer , au lieu d'être faits
de bois , afin de n'offrir aucun aliment à la flamme.
Quoique ce bâtiment ne fût pas bien vaſte ,
il fuffifoit ce pendant pour les affaires des emprunts
fur ga ges & de la caiffe publique des dépôts
, appellée proprement la Banque : mais la
population & le négoce étant augmentés avec
le tems , les fonds deftinés à l'article des gages.
s'accrurent également ; & il fallut un autre édi
fice ' , qui eft celui où l'incendie commença , &
qui eft féparé du premier. Mais on ne refléchit
pas , qu'il n'étoit pas propre à cet ufage , parce
qu'il n'étoit ifolé , ni voûté ; & , depuis que l'acquifition
en avoit été faite , on n'avoit jamais
penſé à fubftituer des voûtes aux plafonds de bois .
Pour fe faire une idée du dommage caufé par cet
incendie , il ne faut que confidérer , que cet
établiſſement furpaffoit , foit par fa richeſſe , ſoit
( 140 )
par l'utilité qu'en tiroit le Public , tout ccee qu'ily
a dans ce genre en Europe . Ses revenus annuels
font de 108, coo ducats , qui équivalent à environ
470 mille livre de France. Ce Lombard avoit
en outre un fonds de 720 mille ducats , deſtiné
aux gages de Drap , de Toile , de Crystal & Verrerie,
& d'Or , qui ne paffem pas les ro ducats ,
& lefquels ne paient aucun intérêt , afin de fubvenir
aux befoins de la portion indigente du peu-,
ple. Une telle fomme , renouvellée quatre fois
Fan , formoit une circulation de prefque 3. millions
de ducats , faifant environ 13 millions de
France, Ces fonds cependant ne fuffifolent pas aux
befoins de la Capitale & des environs , puifque
les petites gens fe voyoient fouvent obligés de
recourir aux fix autres Banques , où l'on paie intérét
, & qui cependant elles- mêmes ne peuvent
fire face aux befoins du public , puifqu'on
compte à Naples plus de 300 femmes , qui font le
métier de prêter fur gages. Le Lombard avoit en
outre un fonds de 280 mille duçais pour les gages
qui paffent la valeur de dix ducats , & paient
un intérêt de fix pour cent. Le produit annuel
de cet intérêt forme environ feize mille ducats.
Une partie du revenu de ce Lombard étoit employée
au foutien de plufieurs familles indigentes
, tant Nobles que Bourgeoiles , & le refle à
défrayer les dépenfes de l'établiffement. Ainfi
n'eft pas une exagération que de faire monter
à un million deux cents mille ducats le dommage
caufe par cet incendie : Et , comme c'eft une régle
, que ce Mont- de - Piété ne donne que le
quart de la valeur des effets engagés , il en réfulte
, que le public fait une perte inestimable.
On prétend généralement , que ce terrible malheur
n'eft pas le pur effet du hazard ; & l'on fuí-,.
pede quelques Employés de la maifon même ,
Ge
( 141 )
qui , pour cacher leurs larcins fecrets , auront
commis certe horreur. Plufieurs ſont déjà arrêtés;
& , fi la juſtice trouve des criminels , il en tera
fait un exemple éclatant . " On remarque , que la
populace Napolitaine , quelque violentes & nombreufes
qu'aient été les infurrections , auxquelles
' elle s'eût portée , à toujours respecté cet Etabliffement
comme un dépôt facté . Auffi ce malheur
a - t il plongé un peuple immenfe dans l'affliction
& la douleur.
Caufe extraite du Journal des Cauſes célébres ( 1 ) ¿
Donation faite par un Corfaire Anglois , d'un petit
bâtiment françois , à un Espagnol fon prifonnier,
en dédommagement de celui qu'il lui avoit pris.
Cette queftion étoit tout- à- fait neuve . Il eft
affez rare de voir des conteftations fur les dons
d'un Corfaire à fes prifonniers.
Voici les faits.
Don Fernandès étoit propriétaire d'une goëlette
nommée le Saint- Jofeph: Voulant venir au
Cap , il prit un congé , le 29 Novembre 1782 ,
de Don Joachim Cabrera , Gouverneur de
Monte-Chrift où il fait la réſidence , & où elle
avoit mouillé. Le lendemain il mit à la voile ,
A peine étoit- il fous le vent de ce port des alliés
de la France , qu'il fut chaffé & pris par
la goëlette angloiſe l'Endeavour : Porkins la commandoit.
Ce Corfaire fit differentes prifes le
même jour ; entr'auttes , celle d'une petite goël
fette conduite par des Nègres , & qui faifoit
voile pour Maribaroux .
En perdant la goëlette , Don Fernandès
avoit vu fa fortune s'évanouir ; la plus étroite
mifere étoit la feule perfpe&ive qu'il eûr . Sa
( 142 )
trifteffe & fa contenance , à bord de l'Endeavour,
annonçoient les fentimens dont fon ame étoit
affe&tée. Porkins s'en apperçut ; il y fut fenfible ,
& la pitié entra dans le coeur du Corfaire. Cédant
généreufement à cette tendre impulfion ,
Porkins fe détermina à brifer les fers de fon
prifonnier Espagnol , & à le dédommager , en
quelque forte , de la perte qu'il avoit faite ;
il lui paffa un acte de donation , dont voici la
traduction littérale :
Je certifie que la goëlette , nom inconnu ,
a a été prife par la goëlette l'Endeavour de
Sa Majefté , fous mon commandement , &
que je l'ai donnée à Jof ph Fernandès . Donné
fous mon feing , à bord du floop de guerre
l'Endeavour , en mer , le premier jour de Décembre
1782. JOHN PORKINS «.
11 le garda cependant encore deux jours ; enfuite
il le relâcha avec une petite goëlette &
l'acte de donation qu'il lui avoit paffé.
Quoique ce petit bâtiment ne fût pas , à beaucoup
près , auffi bon voilier que celui qui étoit
retenu par Porkins , Don Fernandès bénit cependant
le moment qui le lui avoit procuré.
Joyeux de fa liberté , cet Efpagnol oublie fon
malheur & dirige fa route vers le port de
Monte Chrift; mais il ne put y arriver : une
foule d'obstacles s'y oppoferent ; les vents fe trouverent
contraires ; la mer étoit des plus groffes.
D'un autre côté , les vivres lui manquoient. Il
fe determina donc à entrer dans le port le plus
voifin du lieu où il fe trouvoit ; c'étoit celui du
Fort- Dauphin , il y mouilla.
7 Après quelques jours de féjour paifible & de
la plus grande tranquillité dans ce beau port ,
il voulut en fortir pour le rendre à Monte-
Ct.rift ; mais il en fut empêché ; les ports étoient
2
( 143 )
fermés par ordre des Adminiftrateurs. Il eut re
cours à eux pour obtenir la permiffion de partir.
Sa demande fut accordée. Il fe difpofoit
à ufer de cette faveur , lorsqu'il apprit que les
fleurs Darris & Ferraut s'étoient emparés de la
goëlette , & qu'ils s'en difoient propriétaires.
Alors il s'adreffa au Juge de l'Amirauté , pour
être autorité à les faire affigner , à l'effet de
les contraindre à lui remettre fa goëlette. Sur
l'affignation , ils fe préfenterent ; leur début fur
de demander à Don Fernandès , en fa qualité
d'étranger , une caution pour répondre des dépens
de l'événement de la caufe ; ils y étoient
fondés , Fernandès y fatisfit ( 1 ) . Enfuite il fallut
favoir quel étoit le vrai maftre de la goëlette .
La caufe fut portée de nouveau à l'audience du
23 Decembre , où il a été rendu une Sentence
qui 1º . a déclaré sul l'acte de donation fait par
Pokins ; 2 ° . ordonné la remife de la goëlette
aux fieurs Darris & Ferraut , à la charge de payer
le tiers de fa valeur à Don Fernandès . Cet
Espagnol a appellé de ce Jugement : les fieurs
Darris & Ferraut en ont appellé auffi ; de forte
que la prétention des uns comme des autres por
toit fur la propriété de la totalité de la goëlette.
M. Langlois des Foffes , qui défendoit l'E
pagnol , foutenoit que les fieurs Darris & Ferraut
étoient fans droit pour réclamer la goëlette
, & que la Sentence qui leur en adjugeoit
les deux tiers étoit injufte & irréguliere.
Quand il feroit prouvé, difoit - il, que les fieurs
Darris & Ferraut étoient les maîtres de cette
goëlette , au moment même où elle a été prise
(1 ) Il dépofa 1000 liv , au Greffe de l'Amir auté
du Cap.
( 144 )
par Porkins , ils ont perdu toute efpece de propriété
; elle eft paflče enla perfonne de ce Cor
faire , elle lui a été bien acquile , le droit de
Ja guerre la lui a tranfmife . Ce droit a é é de
tout temps autorifé, & conféquemment légitimes
c'est une vérité avouée par les peuples les plus
barbares , comme par les nations les plus éclairées
. Pokins eft donc devenu réellement le maître
de la goëlette ; s'il en étoit le maître , il
a pu en difpofer à fa volonté , c'eft une conféquence
néceffaire. Or , fi cet anglois a pu la
donner à Don Fernandès , elle appartient donc
à cet Efpagnol , nous ne poffédons rien de mieux
acquis que ce qui nous eft donné.
Il a plu au premier Juge d'annuler l'acte de
donarion qui fait le titre de Don Fernandes , c'est
une erreur de fa part ; il n'en avoit pas plus le
droit qu'il n'auroit eu celui de prononcer la nullité
d'une vente qui auront été faite à cet Ef
pagnol ; car, pour qu'un Juge déclare justement
un acte quelconque nul , il faut qu'il y ait une
loi qui prononce cette nullité , & il n'y en a
pas. Nous ne connoiffons en France de nullité
que celles qui font défignées par la loi ; il n'en
exifte pas qui prohibe ies donations,faites à des
François ou à leurs alliés par les ennemis de
PEtat. Or , fi le premier Juge a excédé les bornes
de fon pouvoir , en annullant la donation
faite par Porkin: à Don Fernandês , il en ré
fulte que l'acte qui la renferme doit avoir fon
effet. S'il doit être exécuté , les fieurs Darris &
Ferraut n'ont pas plus de droit à réclamer les deux
tiers de la goëlette , que la totalité ; la Sens
tence doit donc être infirmée . Malgré ces raifons,
le Confeil fuprême du Cap François confirma
la Sentence du premier Juge.
JOURNAL POLITIQUE
DE BRUXELLE S.
ALLEMAGNE.
DE
HAMBOURG , le 7 Septembre.
ES nouvelles opérations de banque faites
en Ruflie ont été préfentées dans di
vers Papiers publics fous un jour très dé avorable.
Voici la fubftance de l'Ukafe de
l'Impératrice , en date du 18 Juin , concernant
les nouveaux billets de Banque.
i
Il fera établi une banque de fecurs pour la
Bobleffe & les villes , laquelle banque fera réunie
à la banque des affignations.Le fonds de
cette banque fera de 13 millions de roubles ,
dont 22 pour la nobleffe , & II pour les villes ,
& fervira à encourager & à foutenir le co nmerce
intérieur & celui avec la Chine , la Perfe , & c.
A la fin de chaque année on paiera cinq pour .
cent d'intérêts , & 3 pour cent en fus pour l'amortiffement
du capital . Les payfans - ferfs peuvent
être hypothéqués , la tête à raifon de 40
roubles. A l'échéance du terme de 4 années , l'hypotheque
donnée en ferfs fera diminuée dans la
proportion des paiemens qui auront été faits , &
No. 38 , 23 Septembre 1786. g
( 146 )
les maîtres pourront diſpoſer librement des ferfs
déchargés d'hypotheque . La banque fera fous
la protection immédiate de l'Impératrice , & ne
dépendra que de S. M. Chacun pourra y départir
des capitaux , on en payera par an un &
demi pour cent. Il fera établi à cette banque
un comptoir d'expéditions d'affurances , qui effurera
, à raison d'un & demi pour cent , les maifons
conftruites en pierres , fabriques , &c. dans tout
l'empire , les affurances pour maifons , fabriques ,
& c. en pays étranger feront défendues . Les
maifons & fabriques appartenant à la nobleffe ,
qui font affurées , feront acceptées par la banque
dans les contrats , comme hypotheques .. La
Banque d'aflignations pourra acheter du cuivre
dans l'empire , le vendre à l'étranger , cu le faire
monnoyer ; elle pourra faire venir de l'étranger
de l'or & de l'argent , & établir à Péter:bourg un
hotel de Monnoie , & y faire frapper des efpeces
d'or , d'argent & de cuivre , cette banque pourra
auffi efcompter des lettres de change , mais elle
ne pourra prendre par mois qu'u demi pour cent
d'intérêts. Il eft défendu aux caiffes de la Cou
ronne , & aux caifles des particuliers de ne jaz
mais prendre plus de cinq pour cent d'intérêts
annuels.
6
BE BERLIN , le 6 Septembre.
Inceffamment le Roi ira recevoir en perfonne
la foi & l'hommage de fes fujets du
royaume de Pruffe ; les préparatifs de ce
yoyage font achevés , & depuis quelques
jours , les chevaux de relais & de main des
écuries de S. M. ont pris les devants ,
Le Roi a trouvé bon de réunir au Direc(
147 )
toire général , toutes les affaires qui ont un
rapport direct avec les Finances. Le dépar
tement des Eaux & Forêts , & celui des mihes
feront incorporés au Directoire. S. M.
n'a excepté de cette réunion que la Banque ,
la Compagnie maritime & l'adminiſtration
des Poftes ; cette derniere cependant fera
tenue de faire confirmer par le Directoire
général tous les Réglemens relatifs aux affaires
commerciales.
S. M. a nommé une Commiffion , préfi
dée par le Baron de Werder , Miniftre d'Etat
& de guerre , & qui fera chargée d'examiner
le régime & l'état de la Régie royale.
Tous les meubles de prix , les bijoux ,
l'argenterie raffemblés dans les appartemens
des châteaux de Potydam & de Sans Souci
ont été tranſportés ici , & déposés au châ
teau , ainfi que l'argent comptant de la caffette
particuliere du feu Roi , qu'on évalue
à deux millions de florins. Il paroft que le
Roi fixera fa réfidence habituelle dans cette
Capitale.
On dit que le Général Major de Backoff,
Gouverneur du Prince héréditaire , a été
difpenfé de ce fervice , & qu'il ira rejoindre
fon Régiment dans la vieille-Marche . Cette
éducation a été confiée , à ce qu'on ajoute ,
pour l'Art militaire au Général de Mollendorf
, & pour la Politique au Baron de
Hertzberg.
Le 27 Août, S. M., accompagnée de fes
8 2
( 148 )
93
deux fi's aînés , du Duc regnant de Brunfwick
, du Prince de Coethen & du Comte
de Stolberg , fe rendit à l'Eglife de Sainte-
Marie , & affifta au Service divin. A la fin
du fermon , le Prédicateur ayant fait mention
dans la priere d'une veuve malade
âgée de 103 ans , le Roi, de retour dans fon
appartement , fit fur le champ porter à cette
femme la fomme de 103 rixdalers . Le même
jour S. M. fit remettre mille frédérics
d'or au Baron de Zedlitz , Chef de l'établiffement
des pauvres , pour les faire diftribuer
parmi les indigens de cette Capitale.
Le Roi a accordé une penfion de 800
rixdalers au Profeffeur Ramler , qui par fes
productions poétiques s'eft fait une réputarion
diftinguée parmi les Littérateurs Allemands
.
མ ོན། ན ི རྩེ
Une lettre de Potſdam rapporte les détails
fuivans , relatifs à la mort & aux funérailles
du feu Roi.
Le 16 Août , nous étions occupés à
faire exécuter à la garnifon la manoeuvre
pour laquelle le feu Roi , qui a tenu le gouvernail
de l'Etat juſqu'au dernier moment
de fa vie , avoit dicté la veille les ordres au
Lieutenant-général de Rodich , avec la même
préfence d'efprit & cette précifion étonnante
qui diftinguoient fi éminemment le
héros fur le champ de bataille , lorsqu'on
wint annoncer à notre général , que la maladie
du Roi venoit d'empirer , au point
( 149 )
que probab'ement S. M. ne pafferoit pas lá
nuit prochaine. Effectivement les ordres
donnés cette nuit même de tenir les portes
de la ville fermées , furent un coup de foudre
pour les habitans & la garnifon confternés
, & le jour ne parut que pour nous
éclairer fur la gran de perte que nous venions
de faire . Vers les 11 heures du matin , les
Officiers furent avertis d'aller recevoir l'ordre
à Sans-Souci ; & il le ir fut permis en
même temps d'entrer dans l'appartement
funéraire; là , raffemblés dans un morne filence
autour du lit de repos fur lequel le
corps du Grand Frédéric étoit étendu , ils
Pinonderent de larmes , & formerent la ſcene
la plus intéreffante , le fpectacle le plus at
tendriffant qui ait jamais frappé la vue d'un
homme ».
כ כ » Quelque temps après, le corps du Roi,
lorfqu'on lui eut fait la ponction pour l'évacuation
des eaux , fut lavé fimplement avec
de l'efprit de vin fans aucun embaumement ,
conformément aux ordres exprès que le
Roi avoit donnés de fon vivant à ce fujet.
Le peintre & fcalpteur Eckstein eut enfuite
ordre de mouler le vifage du Roi en plâtre ;
& le corps ayant été revêtu de l'Un forme
du premier bataillon des Gardes , fut mis
en prétence du Lieutenant -Général de Rodich
& du Grand Ecuyer Comte de Schwerin
, par 12 bas Officiers dudit bataillon ,
dans un cercueil de bois de chêne , bourré
de crin , doublé de fatin blanc & couvert
g 3
( 150 )
de cuir noir de Ruilie. Ve s les 8 heures du
for , il fit conduit fur un char funebre au
château de Potzdam. Tous les Officiers de
la garnifon s'étant raffemblés à la porte de
la ville , fe joignirent au convoi , & le fuivirent
jufqu'au pied du grand efcalier du
château , d'où le cercueil fur porté dans la
chambre d'audience , & placé en parade
fois le dais. Pendant la ornée du 18 qu'il
fut exposé à la vue du public , plus de vingt
mille perfonnes fe font empreffées de jouir
pour la derniere fois de la vue de leur bienaimé
Monarque , & les trois baraillons des
Gardes ayant demandé la même grace au
Roi aujourd'hui regnant , S. M. la leur acco
da très gracieuſement.
» Le jour de l'enterrement , 12 Capitaines
des Gardes replacerent le cercueil fur le
char funebre , attelé de 8 chevaux ; la marche
du convoi s'ouvrit au milieu d'une
double haie , formée par les trois bataillons
des Gardes ; il fut fuivi des 12 Capitaines ,
des Généraux , des Officiers de l'Etat - Major
de la garnifon , & de tous les Officiers
de la maiſon & de la livrée du Roi défunt ,
en grand deuil , la marche étoit fermée par
les membres du Magiftrar de la ville. Le
convoi arrivé devant la grande porte de
l'Eglife , lefdits Capitaines defcendirent le
cercueil , & le porterent jufqu'à l'entrée du
caveau au pied de la chaire , au fon d'une
mufique lugubre qui fut exécutée fur l'orfig
)
gue.
Enfm les Généraux & les Colonels qui
avoient fuivi le convoi , dépoferent Frédéric
le Grand dans le caveau à côté de la cendre
de Frédéric Guillaume I, fon pere.
Lor que le Colonel de Witingshoff arriva
le 18 Août à Magdebourg , avec la nouvelle
de la perte que la Pruffe venoit de faire ,
M. de Lengefeld , Gouverneur de la Place ,
affembla fur le champ les principaux Officies.
Il étoit deux heures après minuit. On
réveilla la garni on & les bourgeois. Juf.
qu'aux enfans tout le monde pleuroit. A 8
heures du matin la garnifon prêta le ferment
de fidélité. Le Duc Ferdinand de Brunfwick
qui regardoit certe cérémonie depuis fa fenêtre,
en fut fi ému , qu'il fut obligé de
s'arracher à ce fpectacle.
Il paroît deix médailles à l'occafion de
lavénement a 1 trône du Roi actuel. L'une
repréfente d'un côté le bufte du Roi , avec
cette infcription : Fredericus Wilhelmus II ,
Borufforum Rex ; de l'autre côté on voit
Hercule affis fur un cube, & ayant une lyre
à fon côté. Il tient dans la main gauche fa
m: ffue fur laquelle il paroît fe repofer, &
prend de l'autre main le gouvernail que Minerve
lui préfente ; l'infcription porte les
mcts fuivans : Tu regere populum imperio ,
divine , memento ; on lit dans l'Exergue :
Regnum adeptus die xvij Aug. 1786.
L'autre médaille préfente d'un côté le
bufte du Roi , dans le coftume d'un héros
g 4
( 152 ))
Germanique , avec l'infcription fuivante :
Fredericus Wilhelmus , Rex Borufforum , pater
patriæ. L'autre côté offre Minerve tenant
dans une main l'Egide avec la tête de
Médufe, & montrant de l'autre un olivier ,
fous lequel on voit les attributs de la Litté
rature , des Arts & de l'Agriculture ; l'inf
cription de ce côté porte : Artibus umbram ,
hoftibus terrorem , & l'Exergue : Regnum
adeptus die xvij Aug. 1786.
DE VIENNE , le 7 Septembre..
Le 20 Août , un courrier extraordinaire
du Prince de Reus,Miniftre plénipotentiaire
de notre Cour auprès de celle de Berlin ,
arriva en cette Capitale , avec la nouvelle
de la mort de Frédéric II . L'Empereur étoit
alors au camp de Peft ; le Prince de Kaunitz
lui dépêcha fur le champ un Garde-
Noble , & le lendemain un courrier partit
pour annoncer cet événement à la Cour de
Tofcane .
Les manoeuvres des troupes du camp de
Minkendorf commencerent , le 28 du mois
dernier ; elles ont été continuées jufqu'au 2
de ce mois. S. M. I. qui étoit revenue en
cette Capia'e , le 25 Août , de fon voyage
dans la Hongrie & la Gallicie , jouit d'une
fanté parfaite , & fe rendit immédiatement à
Laxembourg , ainfi que l'Archiduc François
, qui vient d'être élevé au grade de Général-
Major,
( 153 )
Le Comte Wence flas de Colloredo , qui
de voit prendre le commandement général
de l'Esclavonie , paffe à celui de la Moravie
, & le Général Comte d'Alton a été
nonimé au premier.
S. M. I. a nommé le Prince de Saxe-
Cobourg Général de Cavalerie , & Com
mandant dans la Gallicie , le Lieutenant ,
Général de Schroeder , Commandant d'Olmuz,
& le Comte Jofeph de Colloredo ,
Général d'Artillerie. Le Régiment vacant
de Riefe , Infanterie , a été conféré au Major
Général d'Alvinzi .
Le Comte de Pergen fe difpofe à faire un
voyage à Londres ; fon fils l'accompagnera.
On prétend qu'il eft chargé de négocier un
Traité de commerce avec l'Angleterre pour
les Pays Bas Autrichiens..
On affure que la Commiffion Eccléfiaftique
de cetre Capitale a ordonné de porter
aux Papeter es , les in folio trouvés dans s
Bibliotheques des Couvens fupprimés , &
qui traitent de Théologie polémique ou
d'afcétique. On fabriquera de bon carton
avec ces recueils . Déja l'opération a com
mencé au Couvent des Dominicains .
Une anecdote moins certaine eft cellè cf.
Il s'eft trouvé dans un Couvent des Jéfuites
à Prague une ftatue de S. Jean Nepomucene ,
qu'un payfan Bohémien a acheté avec d'antres
meubles. En examinant fon emplecte
de p'us près , le payfan apperçut dans la tête
g S
(154)
du Saint une vis qu'il ouvrit , & qui cou--
vroit un trou , où fe trouva renfermée une
obligation de deux millions de florins , fignée
d'un certain Monarque en faveur des
Jéfuites. Le payſan , à ce qu'on raconte, eft
venu faire part de fa découverte au Prince
de Kaunitz , & a reçu ordre de l'Empereur
de refter à Vienne
DB FRANCFORT , le 31 Septembre.
L'Archevêque de Salzbourg a quitté Spa
pour retourner dans fes Etats ; il a couché à
Cologne le 24 Août.
On reçoit de divers endroits les nouvelles
les plus affligeantes des débordemens récens
du Danube , de la Moldau , de l'Ifer, &c .
les chemins font excavés par les eaux dans
beaucoup d'endroits fur la route de Vienne;
auffi les courriers de cette Capitale arriventils
beaucoup plus tard qu'à l'ordinaire.
On écrit de Quedlimbourg , que le Confiftoire
Luthérien a cédé un Oratoire dans :
la maifon des Orphelins , aux Proteftans réformés
de cette ville , pour y célébrer le
culte divin .
Suite du Traité d'amitié & de commerce entrela
Pruffe &les Etats- Unis d'Amérique.
XV. Pour prévenir entierement tout défordre
& toute violence en pareil cas , il a été ſtipulé.
que , lorfque des navires de la partie neutre , naviguant
fans convoi , rencontreront quelque va iffeau
de guerre public ou particulier de l'autre par
( 155 )
tie , le vaiffeau de guerre n'approchera le navire
neutre qu'au -delà de la portée du canon , & n'enverra
pas plus de deux ou trois hommes dans fa
chaloupe à bord , examiner les lettres de iner
ou paffeports ; & toutes les perſonnes appartenantes
à quelque vaiffeau de guerre public ou particulier
, qui molefleront oa infulteront en quel
que maniere que ce foit l'équipage , les vailleaux
ou effets de l'autre partie , feront refponfables en
leurs perfonnes & en leurs biens de tous dommages
& intérêts ; pour lefquels il fera donné caution
fuffifante pour tous les commandans des vaiſſeaux.
armés en courſe, avant qu'ils reçoivent leurs commimons.
XVI. Il a été convenu , que les ſujets ou citoyens
de l'une des parties contractantes , leurs
vaiffeaux , ni effets , ne pourront être affujettis à
aucun Embargo , ni retenus de la part de l'autre
pour quelque expédition militaire , ufage public
ou particulier de qui que ce foit ; & dans tous les
cas de faifie , de détention , ou d'arrêt , foit pour
dettes contractées , ou offenfes commifes par quefque
citoyen ou fujets de l'une des parties contrac
tantes , dans la jurifdiction de l'autre , on procédera
uniquement par ordre & autorité de la Juf
tice , & fuivant les voies ordinaires en pareil cas
úfnées.
XVII. S'il arrivoit , que les bâtimens ou effets
de la puiffance neutre fuflent pris par l'ennemi
de l'autre ou par un pirate , & enfuite repris par
La puiffance en guerre , ils feront conduits dans
un Port de l'une des deux parties contractantes
& remis à la garde des Officiers du port , afin
d'être reftitués en entier au propriétaire légitime
, dés qu'il aura duement conftaté fon droit
de propriété..
1
XVIII. Lorsque les citoyens ou fujets de l'une
g: &
( 156 )
des deux parties contractantes feront forcés par
des tempêtes , par la pourfuite des corfaires, pu
vaiffeaux ennemis , ou par quelque autre accident
, à fe refugier , avec leurs vaiffeaux ou effets,
dans les Havres ou dans la Jurifdiction de l'autre ,
ils feront reçus , protégés & traités avec humanité
& honnêteté. Il leur fera permis de fe pourvoir
à un prix raisonnable de rafraîchiffemens, de provifions
& de toutes chofes néceffaires pour leur
fub fiftance , fanté & commodité , & pour la réparat;
on de leurs vaiffeaux .
XIX. Les vaiffeaux de guerre publics & particuliers
des deux parties contractantes pourront
conduire en toute liberté , par -tout où il leur plaira
, les vaiffeaux & fets , qu'ils auront pris fur
leurs ennemis , fans être obligés de payer aucuns
impôts , charges ou droits , aux Officiers de l'Amirauté
, des Douanes ou autres. Ces prifes ne
pourront être non plus ni arrêtées , ni vifitées ,
ni foumises à des procédures légales , en entrant
dans le port de l'autre partic ; mais elles pourront
en fortir librement , & être conduites en tout tems.
par le vaiffeau Preneur aux endroits portés par les
commiffions , dont l'Officier commandant ledit
vaiffeau fera obligé de faire montre . Mais tout
vaiffeau , qui aura fait des prifes fur les fujets de
Sa Majefté Très - Chrétienne , le Roi de France , ne
fauroit obtenir un droit d'afyle dans les ports , ou
havres des Etats - Uunis. Et , s'il étoit forcé d'y
entrer par les tempêtes ou dangers de mer , il fera
obligé d'en repartir le plutôt poffible , conformé
ment à la teneur des traités fubfiftans entre S. M.
Très Chrétienne & les Etats-Unis.
La Suite à l'Ordinaire prochain.
M. Meiners , Profeffeur à Gottingue ,
rapporte dans les lettres fur la Suiffe , une
( 157 )
anecdote authentique , qui doit fervir à
prouver , jufqu'à quel point il eft nécellaire,
de pouffer les précautions dans l'Inftruction
criminelle , fi l'on ne veut tirer de fauffes
conclufions de l'aveu même des accufés . Il
y a quelques années on trouva à Berne , un
entant tué près d'une maifon qu'habitoit une
femme de mauvaifes mocus . Le foupçon
du crime tomba naturellement fur cette
malheureuſe , la feule du voifinage dont la
conduite fût fufpecte. On l'arrêta , on l'interrogea
, elle nia le fait , en affirmant qu'elle
étoit enceinte. Aucunes marques extérieures
n'annonçant fa groffeffe , on regarda cette
déclaration comme une défaite. Cependant
on fit examiner la prifonniere non feulement
par quelques Matrones , mais encore par des
Médecins. Les Sages Femmes affirmerent
que l'accufée n'étoit point groffe ; mais que
tout atteftoit en eile un accouchement antérieur.
Les Médecins moins hardis referent
dans le doute. Dans cette incertitude , les
Juges prefferent l'accufée d'avouer le délit ;
ébranlée d'abord , elle finit par une confef
fion complette , & même circonftanciée . Cet
ayeu difpofa les Juges à regarder comme
fuperflu l'examen de ces circonfiances fabuleafes
, l'accufée fut condamnée à mort ;
elle reçut fa fentence avec la résignation
d'une coupable elle fe prépara pieufement
à fon dernier inftant. La veille de l'exécution
, elle dit à l'Eccléfiaftique qui la confor
loit , qu'elle mouroit fans regrets , pénét.ée
du repentir de fes péchés ; mais que fa confcience
lui reprochoit d'entraîner dans fon
fupplice , l'en'ant malheureux qu'elle porroit
dans fon fein , & dont elle avoit fenti
les mouvemens. A l'inftant, le Prédicateut
court au Magiftrat qui ordenne le furfis. On
reprend l'information , & il en résulte que.
l'accufée eft réellement au quatrieme mois
de fa groffeffe. Les Sages Femmes furent
amendées ; on mit l'accufée en liberté , &
on lui affigna une penfion viagere ,. pour
l'indemnifer de l'injustice qu'elle avoit foufferte.
Lorfque les Juges lui demanderent
pourquoi elle n'avoit pas perfifté dans un
défaveu qui les auroit conduit à un examen
ultérieur , elle répondit , qu'elle n'avoit pas.
voulu les fatiguer plus long- temps..
ITALI E.
DE LIVOURNE, le 30 Août..
On apprend de Tunis , que le 24 Juillet
dernier l'efcadre Vénitienne mouilla à Biferte.
Toute la journée les équipages furent
occupés à mettre à flot 4 pontons, deftinés
à battre la place. Les Vénitiens répondirent
au feu de l'ennemi par des bombes & des
grenades , & continuerent à bombarder la
place jufqu'au 31. à 7 heures du matin. Le
feu recommença de leur part le foir du même
jour. Il étoit entretenu feulement par
deux pontons & deux bombardes. Biferte a
L
7159 )
beaucoup fouffert ; toutes les maifons & les
magafins des Négocians François & d'autres
nations , ainfi que les Mofquées & les édifices
élevés ont été renverfés. Les habitans fe
font retirés à la campagne , & ont emporté
avec eux leurs principales richeffes. Mais les
Maures des montagnes font defcendus & les
ont pillé, Le Bey a envoié 400 Cavaliers
pour les défendre. On prétend que ces troupes
ont reçu ordre du Bey de furveiller ces
malheureux , qui font réduits au déſeſpoir ,
& qui projettent de fe révolter contre un.
gouvernement fi follement entêté à la
guer,
re. De toutes parts on s'attend à un fouleves
ment général contre le Bey.
Il est entré dans ce port un navire , fous
pavillon Ragufien , venant de Tunis , d'ou
il a ramené le Conful Suédois , qui retourne
en Suede avec toute fa famille. A fon départ
la place de Biferte étoit réduite à l'état le
plus déplorable. Les Tunifiens fe flattoient
cependant de repouffer l'ennemi auffitôt que
l'efcadre du Capitan Pacha qu'on attend
des Dardanelles ferait arrivée.
Des nouvelles plus récentes encore confir
ment la deftruction de Biferte. Voici l'extrait .
d'une lettre de Tunis , du 10 Août.
« Toute l'efcadre Vénitienne eft encore devant
Biferte , que l'on ne peut plus appeller une
Ville , mais un monceau de ruines . On y a
jetté plus de 120 bombes , qui ont fait un
ravage affreux . Le Gouverneur de la place &
mune partie des, principaux habitans on été
34.
( 160 )
thés. Quant aux bleffés , leur nombre eft fr
grand , qu'on a été obligé d'y envoyer d'ici un
Chirurgien pour aider à leur panfement. Trois
canons de la place ont crevé , & cet acci-
» dent a fait périr beaucoup de monde .
"
Après le bombardement , les Vénitiens fe
font rendus à terre pour y faire de l'eau , fans
» aucune réſiſtance.
On appiend , dans ce moment, par un Cou-
» rier expédié de Biferte , que l'efcadre Vénie
tienne le préparoit à remettre à la voile. Cette
nouvelle caufa ici les plus grandes allarmes re-
→ lativement au Fort de la Goulette , qu
que l'on
croit ne pouvoir être fauvé , s'il n'eft feccuru
➡à tems par un détachement de l'efcadre aux
» ordres du Capitan Pacha ». postriki
DE ROME , le 26 Août.vi.
On a des nouvelles certaines de la mort,
du Cardinal Antonio Colonna Brancinforte ,
décédé en fon Evêché de Girhenti en Sicile,
Ce Prélat étoit né à Pavie en 1711. Il avoit
été créé Cardinal , le 26 Septembre 1766 ,
par le Pape Ciément XIII , & le Pape actuel.
l'avoit fait Evêque de cette ville , le is Avril
1776.
Le Chevalier Piranefi vient de publier en
6 planches très - bien gravées le fameux tombeau
des Scipions & les infcriptions intéreffantes
, qu'on a retrouvées en 1780 dans la
Vigne des fieurs Safli . Ce monument fera
joint aux autres tombeaux qui fe trouvent
dans les 4 volumes d'Antiquités Romaines.
( 161 )
GRANDE - BRETAGNE ;
DE LONDRES , le 8 Septembre.
L'échange des ratifications de la convention
conclue entre l'Eſpagne & l'Angleterre ,
s'eft faite le 1er. , par le Marquis de Camarthen
, Secrétaire d'Etat , & le Chevalier del
Campo , Miniftre Plénipotentiaire de la Cour
d'Efpagne à Londres. Le 4 , ces ratifications
ont été envoyées à Madrid , & le Traité luimême
ne tardera pas à être rendu public.
La Compagnie d'Afrique & la Chambre
du Commerce à Liverpool ont tenu une
Affemblée relativement aux empiétemens
prétendus des François fur les côtes d'Afri
que . Suivant ces Négocians mal inftruits ,
ces ufurpations très -allarmantes font auffi
contraires à l'efprit qu'à la lettre du dernier
Traité de Paix ; & les plaignans ne doutent
point que le Gouvernement ne faffe à ce fujet
des Remontrances à la Cour de France .
On a donné ordre d'équiper en toute diligence
à Portsmouth , un Brigantin , que l'on
doit envoyer à la côte d'Afrique avec des
dépêches.
Le Miniftere , dit un papier public , a mis
tant d'empreffement à réduire l'établiſſement
de paix de la Marine , que dans toutes les
ſtations réunies de l'Alie , de l'Afrique & de
l'Amérique , y compris les lles , il n'y a que
12 ou 14 vaiffeaux de force . Il paroît que
( 162 )
le Miniftere a fenti la faute de cette trop
grande réduction , & qu'il s'occupe férieufement
à la réparer.
On fait à Plymouth les préparatifs néceffaires
pour la reception du Lord Howe , &
des autres Lords de l'Amirauté , qui doivent
s'y rendre vers le 15 de ce mois . Leur objet
eft d'infpecter le Port , & de voir lancer le
Royal Sovereig , vaiffeau neuf de 110 ca
nons à trois ponts , & le plus grand qui ait
jamais été conftruit en Angleterre. Ce bâti
ment fera auffi tôt doublé en cuivre , & mis
en ordinaire dans ce Port , avee fes petits
mâts & toutes fes munitions à bord, excepté
les poudres. Par cette nouvelle méthode ,
qui eft actuellement genérale , il ne faut que
très peu
de tems pour mettre un vaiffeau en
état d'appareiller
La ville de Shelburne, dans la Nouvelle
Ecoffe , offre une preuve des avantages que
les grands capitaux procurent dans le commerce.
Cette Colonie a actuellement 300
bâtiments de toute efpèces , dont la plus
grande partie font employés au commerce
avec les lles ; & le reste à la pêche de la baleine
, & à celle de la morue fur les côtes de la
Province.
Le dernier vaiffeau venu de la Chine rapporte
qu'au moment même où il alloit appareiller
de Canton , il y étoit entré un bâtiment
Anglois , arrivant du Kamfchatka avec
une cargaison de pelleteries . Lorfque ce na
( 163 )
1
vire parut fur les côtes du Kamfchatka , où
le pavillon Anglois étoit jufqu'alors inconnu ,
il fe trouva environné de pirogues remplies
d'hommes , qui fembloient avoir deffein
de l'attaquer. Mais le Capitaine ayant fait
hiffer le pavillon blanc en figne de paix , ils
fe hafarderent de venir à bord pour y trafiquer.
"
Fifieurs Etrangers fufpects ont été arrêtés
dans les différens Ports de l'Inde. Ils fe font
donnés pour Matelots en montrant des
paffe-ports obtenus à Madras , pour fe rendre
dans les parties feptentrionales. Mais on a
depuis découvert , ou cru découvrir , qu'ils
n'étoient que des efpions. Il y a ordre
d'arrêter à l'avenir tous les gens de cette
efpèce.
·
Les Nouvelliftes à la journée font circuler
, depuis quelques jours , une lettre de
Madras du 24 Mars , conçue en ces termes :
Une nouvelle très étrange , & qui eft confidérée
avec raiſon comme une circonftance de la
plus grande importance , occupe ici tous les
efprits. On vient de recevoir des avis qui affurent
pofitivement que Tippo - Saib n'est point
mort. Voici les détails particuliers qui nous font
parvenus.
Hyder-Aly avoit promis fa fille à un des Prin
ces les plus confidérables du pays. Lors de l'avénement
de Tippo au trône , il ne jugea point
à propos de remplir les engagemens de fon pere
en mariant fa foeur à ce Prince , mais il lui or
donna de quitter fa Capitale. Celui- ci fe retira
en effet , avec la forme réſolution de tirer une
;
( 164 )

vengeance éclatante de cet affront. En effet il
ne tarda pas à paroître à la tête d'une arméé
confidérable avec laquelle il attaqua Tippo. I
y eut plufieurs actions entre ces Princes. Le fucceffeur
de Hyder-Aly ayant été bleffé dans la
derniere , fe fit reconduire dans fa Capitale. Des
raifons politiques Pengagerent à répandre le bruit
de fa mort en conféquence fon fils fut reconnu
Souverain. Il s'éleva une faction pour le
dépofer , & le Prince. Indien qui avoit pris les
armes contre le pere , fe déclara en faveur du
fils , vraisemblablement dans l'espoir d'obtenir
par ce moyen la main ,de la Princeffe qui lui avoit
été promife par Hyder- Aly. Cette conduite fit
tant de plaifir à Tippo-Saib , qu'il annonça
auffi-tôt fon rétabliffement , fe reconcilia avec
fon ennemi , & lui donna fa foeur en mariage .
D'autres Papiers traitent cette réfurrection
de fable ; & au milieu de tous ces romans.
divers , les gens fenfés reftent dans le doute.
FRANCE .
DE VERSAILLES , le 10 Septembre.
Aujourd'hui , l'Affemblée du Clergé
compofée de Cardinaux , d'Archevêques ,
d'Evêques & de Députés du fecond Ordre ,
fe rendit ici , & fut préfentée à l'audience du
Roi par le Baron de Breteü , Miniftre &
Secrétaire d'Etat , chargé des affaires du
Clergé , & conduite par le fieur de Watronville
Aide des Cérémonies. L'Archevêque
d'Aix , au nom de l'Affemblée , porta la parole
à Sa Majefté , après quoi , les Députés
ཨཏྠཱིཏི །
( 163 )
du premier & du fecond Ordre furent préfentés
& nommés au Roi par l'Archevêque
de Narbonne.
Le 3 de ce mois , les Députés des Etats
de Languedoc ont eu l'honneur de préfenter
à Sa Majefté un Mémoire imprimé , qu'ils
ont chargé le fieur Parmentier de rédiger
fur les avantages que la province de Languedoc
peut retirer de fes grains , confidérés ſous
leurs différens rapports avec l'Agriculture , le
Commerce , la Meúnerie & la Boulangerie.
DE PARIS , le 20 Septembre.
Lettres Patentes du Roi , du 30 Juin
1786 , concernant la réciprocité à établir entre
la France & la Principauté de Neufchâ
tel & Vallengin , par rapport à la Jurifprudence
des faillites.
Déclaration du Roi , du 13 Juillet 1786 ,
portant prorogation pendant trois années
des droits d'Octrois accordés à l'Hôpital-
Général & à celui des Enfans Trouvés de la
ville de Paris.
Idem du 13 Juillet 1786 , qui ordonne la
continuation de la perception de trente fols
par muid de vin entrant dans la ville &
fauxbourgs de Paris , pendant fix années ,
commencer du premier Janvier 1787 , en
faveur de l'Hôtel Dieu & de l'Hôpital Générrl.
â
Arrêt du Confeil d'Etat , du 28 Juillet 9
1786 , qui fupprime un ouvrage ayant pour
( 166 ).
titre, Effaifur la conftitution des Régimens
de Chaffeurs , & c.
Idem du 25 Août 1786 , portant modération
de droits fur les cartons liffés , façon
d'Angleterre , deftinés à l'apprêt des étoffes.
Idem du 28 Août 1786 , concernant la
reftauration des Arênes de Niſmes,
Vu par le Roi , étant en fon Confeil , la
délibération des Etats de Languedoc , du 14
février dernier , par laquelle , pour opérer la
reftauration des Arènes de la ville de Nîmes ,
l'un des plus beaux monumens qui restent de
la grandeur des Romains , ils ont arrêté de
fupplier Sa Majefté de vouloir bien concourir
à la dépenfe , offrant d'y contribuer eux mêmes
jufqu'à la concurrence de cent cinquante
mille livres , & la ville de Nimes propofant
de fournir pareille fomme , fuivant la délibé
ration qu'elle en a pris le : 4 du même mois ;
Sa Majesté a jugé digne de l'accueil le plus
favorable une entrepriſe qui doit rendre aux
Arts & à l'admiration publique , un édifice célebre
, échappé aux ravages des guerres & du
temps , mais dont l'antique magnificence eft
en quelque forte déshonorée par les viles conftructions
qu'on y a élevées dans des fiecles de
barbarię. Są Majefté s'eft portée d'autant plus
volontiers à protéger & faciliter l'exécution
de ce projet , qu'il en refultera pour la ville
de Nîmes , l'avantage d'être à l'avenir préfervée
des maladies meurtrieres que l'infalubrité
des matures qui obftruent aujourd'hui , tant
l'intérieur que Je pourtour extérieur des Arènes
, occafionne fréquemment dans cette ville ,
auffi intéreffante par. fon commerce que par
La population. A quoi voulant pourvoir , &c.
1
( 167 )
Le Roi étant en fon Confeil , a . approuvé &
approuve la délibération des Etats de Languedoc
, du 14 février dernier , & celle de la
ville de Nimes , du 14 du même mois : En
conféquence , ordonne qu'il fera procédé au
rétabliffement des Arènes de la ville de Nimes ,
& à la démolition des mailons conftruites , tant
dans l'intérieur que dans le pourtour extérieur
de cet édifice , le tout fur les ordres du fieur
Intendant & Commiſſaire départi en ladite Province
, & fous la direction du fieur Raymond ,
Archite&e de Sa Majesté ; à l'effet de quoi
permet aux Etats de ladite Province , d'em
prunter , conformément à lalite délibération
la fomme de cent cinquante mille livres , dont les
intérêts feront prélevés fur les fonds de la
Caiffe des prêts des Diccèfes , & qui fera dé
livrée en trois termes égaux ; le premier après
l'adjudication des ouvrages ; le deuxieme après
la démolition des maifons ; & le troifieme après
la confection defdits ouvrages : Permet pareillement
à la ville de Nîmes d'employer à cette
dépenfe la même fomme de cent cinquante mille
livres , Sa Majesté l'autorisant à prendre ladite
fomme fur le fonds des fubventions , ou à emprunter
à défaut dudit fonds , en affectant fur
lefdites fubventions l'intérêt de l'Emprunt qui
pourra être ftipulé fans retenue , & à la charge
de pourvoir au remboursement : Ordonne en
outre que fur les deniers qui doivent être verfés
au Tréfor Royal par le Tréforier des Etats
de la Province , il fera payé par ledit Tréforier
, & en vertu des Ordonnances que rendra
ledit fieur Intendant , la fomme de cent
cinquante mille livres , dont Sa Majefté fait don
pour être employée au rétabliffement dudit édi
fice , & être délivrée dans les mêmes termes
( 168 )
& aux mêmes conditions fixées par la délibération
des Etats , &c.
:
Edit du Roi du mois de Septembre 1786 ,
registré en Parlement le 7 defdits mois &
an , Qui ordonne la démolition des maifons
conftruites fur les Ponts de la ville de
Paris , fur les quais de Gêvres , de la Pelleterie
, & autres adjacentes des deux côtés de
la riviere , conformément au Projet arrêté
en 1769 la conftruction d'un pont en face
de la place de Louis XV : celle d'une nouvelle
falle d'Opéra : le parachevement du
quai d'Orfay , & autres objets relatifs à l'utilité
publique , à la falubrité & à l'embelliffement
de la Capitale : autorife en conféquence
les Prévôt des Marchands & Echevins
de ladite ville de Paris , à conftituer
Douze cents mille livres de rentes perpétuelles
à Quatre pour cent , avec un tirage de primes
de Dix mille Lots .
Les 16 premiers articles de cet Edit font
relatifs aux démolitions & reconstructions
ordonnées. Voici la teneur des fuivans qui
ont pour objet l'emprunt de 30 millions
auquel la Ville eft autorifée.
Pour fubvenir à l'exécution des difpofitions
ci-deffus , ainfi qu'à la conſtruction d'une nouvelle
falle d'Opéra , fuivant ce qui fera par nous
déterminé , lefdits Prévôt des Marchands & Eche.
vins de la ville de Paris , feront & demeureront
autorités , par notre préfent Edit , à emprunter
la fomme de trente millions en conftitutions
de rentes perpétuelles au denier vingt- cing , faifant
douze cens mille livres de rentes , qui feront
( 169 )
Font exemptes de toutes retenues préſentes ou
à venir , & fpécia ement affe &ées fur la fomme
annuelle de douze cens mille livres que nous
dél guons à ladite Vile , fur le produit de ces
fernes générales , ai fi qu'il fera dit ci- après.
XVIII. Sur ladite fomme de trente milions ,
formant le montant dudit emprunt , il fera gardé
dès à préfent trois m ll ons dans la caifle de la
Vilie , pour être employes ; favoir , douze cens
mille livres à lacquifition & à la démo ition des
maifons du pont au Change & autres objets
fuivant l'ordre dans lequel ils font rappellés à l'article
premier. Douze cens mille pour commençer
la conftruction du pont vis a vis la piace
de Louis XV , & fix cens mille livres pour l'acquifition
des maifons néceffaires à l'établiſſement
du marché du détail , vis - à- vis la nouvelle haile
à la marée.
f
XIX. Le furplus defdits trente millions , fera
verfé en uite en notre Trefor royal ; pour , la
même fomme de trois millions , être prélevée
chaagque année fur la maffe dudit emprunt , &
rapportée dans la caiffe de notre bonne ville de
Paris , à l'effet d'être employée fucceffivement à
la confection defdits ouvrages & autres pareillement
utiles à fes habitans , qui feroient par nous
déterminés , & fervir au paiement des dépenfes
qui auront été arrêtées pour chacune defdites
années.
XX. Les trente millions compofant la totalité
de l'emprunt, feront partagés en 30000 reconno f
fances de Icoo I chacune, conforme au modele
annexé au préfent Edit, numérotées depuis le n° . 1
jufques & compris le numéro 30000 , & fignées
par le feur de Villeneuve , Receveur général
des Domaines de la ville de Paris , ès mains
No. 38 , 23 Septembre 1786 .
h
( 170 ))
duquel leur montant fer a verfé par les prêteurs
en deniers comptans .
XXI. Ces trente mille reconnoiffances par
ticiperont d'abord à un tirage de dix mille lois
de primes payables en efpeces , montant enfemble
, fuivant le tableau annexé à notre préfent
Edit , à la fomme de fept millions cinq
cens mille livres , & feront enfuite lefcites reconnoiffances
conftituées en rentes au denier
vingt-cinq de leur capital , de mille livres
chaque.
XXII. Le tirage de ces dix mille lots de
primes s'effectu ra en deux temps , favoir , dans
les cix derniers jours de Décembre prochain ,
à l'eftet de conftater quels feront les dix mille
numéros qui gagneront les lots , & dans le courant
d'Avril 1787 , pour déterminer quels feront
les lots échus à chaque numéro gagnant .
>
XXIII. Pour déterminer la premiere de ces
chances , & confta er les dix mille numéros gagnans
, il fera mis dans une roue de fortune
fuivant la forme ordinaire employée par l'Adminiſtration
de la Loterie royale , trois numéros
fous les nombres I 2 & 3 , defquels il ne
fera tiré qu'un feul . Ce numéro forti déterminera
la fétie des dix mille numéros gagnans :
en forte que fi c'est le numéro un qui fort de
la roue , ce feront les dix mille reconnoiffances
numérotées de un à dix mille inclufivement qui
gagneront les dix mille lots .
Si c'eft le numéro deux , ce feront celles numérotées
dix mille un jufques & compris vingt
mille , & fi c'eft le numéro trois , les dix mille
lots feront attribués aux reconnoiffances portant
les numéros , depuis vingt mille un juſqu'à
trente mille .
XXIV. Le tirage d'Avril 1787 , qui aura
171 )
171 )
pour objet de répartir les dix mille lots entre
les dix mille biliets gagnans , s'effectuera en
plaçant dans une roue de fortune les dix mille
numéros de la férie qui fera fortie au premier
tirage & dans une autre roue les dix mille lots ,
conformément au tableau annexé au préfent
Edit.
Ces tirages dont le jour & l'heure feront indiqués
& affichés à l'avance , s'effectueront à
l'Hôtel- de - Ville , en préſence des Prévôt des
Marchands & Echevins , & des perfonnes qui
voudront y affifter.
XXV. Les dix mille lots de Primes feront acquittés
par ledit fieur Tréforier de la Ville , à
bureau ouvert & en deniers comptans , dans le
mois de Septembre 1787 , & à compter du 10
dudit mois , aux Porteurs de reconnoiffances auxquels
ces lots feront échus , & il leur fera en même
temps délivré des certificats du Tréforier de
la Ville , d'après le modele ci - annexé , à l'effet
de leur donner droit à la conftitution du capital de
mille livres au denier vingt- cinq.
XXVI. Pour mettre la ville de Paris en état
de remplir exactement l'engagement qu'elle a pr's
de payer au mois de Septembre 1787 , les lots attachés
au préfent emprunt , Nous lui ferons verfer
par le Garde de notre Tréfor royal , dans les
premiers jours dudit meis , une fomme de fept
millions cinq cents mille livres , dont un million
cinq cent mille livres pour une année de l'intérêt
de trente millions à cinq pour cent , & fix millions
à l'effet de réduire ces trente milions ; cinq cents
mille livres feront aufi ôt employés par la ville
au payement des lots de primes réfultans du tirage
qui s'en fera en Avril prochain , ainſi qu'il eft
ordonné par l'article précédent .
XXVII. Il fera accordé jufqu'au 1er. Juillet
h 2
( 172 )
1788 , pour effectuer les conftitutions de rentes
gant en faveur des Porteurs defdits certificats qui
auront gagné des lots , que des propriétaires des
vingt mille reconnoiffances qui n'en auront pas
gagné , & les arrérages defdites rentes commen
Ceront à avoir cours , à dater du er . Juillet
1787 : toutes les conflitutions qui feront faites ,
paffé ce délai , ne jouiront des arrérages qu'à dater
du premier jour du fémeftre dans lequel elles
auront été faites.
XXVIII. Lefdites conflitutions ne pourront
être moindres de mille livres de principal , & les
contrats feront mention des numéros des reconnoiffances
à l'extinction defquels ils auront fervi:
ils feront paffés par les Prévôt des Marchands
& Echevins , pardevant tels Notaires du Châtelet
de Paris que les Porteurs des reconnoiffances choifront
, auxquels les groffes defdits contrats feront
délivrées fans frais , & au payement defquelles fl
fera pourvu ainfi qu'aaux frais defdits tirages , par
les Prévôt des Marchands & Echevins , fur les
deniers dudit emprunt.
XXIX Les arrérages defdites rentes feront
payés en deux termes égaux de fix en fix mois par
ledit Receveur général de notredite Ville , dans
la même forme & de la même maniere que ceux
des autres rentes dues par notredite Ville.
XXX . Permettons aux propriétaires defdites
rentes d'en tranfimettre la propriété par la voię
de la réconftitution ; en conféquence , autorifons
Jefdits Prévôt des Marchands & Echevins , ainfi
que ledit Receveur des Domaines de notredite
Ville , à recevoir de ceux qui fe préfeateront
pour être fubrogées aux poffeffeurs defdites rentes,
les deniers comprans qui leur ferent offerts , pour
en éire conftitués de nouvelles & pareilles , en
remplacement de celles qui feront remboursées.
( 173 )
avec les deniers fournis par les nouveaux acquéreurs
, lefquels contrats de reconftitution feront
numérotés des mêmes numéros que ceux des
contrats remboursés .
XXXI. Les étrangers non naturalifés , même
ceux demeurans hors de notre royaume , pays ,
terres & feigneuries de notre obéillance, pourront
acquérir des capitaux dudit emprunt , perc- voir
le montant des lots , & jouir des rentes des confti
tutions , ainsi que pourroient faire nos propres
fujets même en difpofer en capitaux & intérets
entre-vifs , & par teftament , en quelq e forte &
maniere que ce foit ; & en cas qu'; s n'en euffent
difpofé , leurs héritiers leur fuccé : eroient , encore
qu'ils fuffent étranger. & non Regnicoles : renonçant
à cet effet à tous droits d'aubaines & autres
, même à celui de confifcation , en cas qu'ils
fuffent fujets des Princes ou Etats avec lefquels
nous pourrions être en guerre : renonçant auffi à
l'effet de toutes lettres de marque , repréfailles
& autres.

XXXII. Permettons également aux Commi
nautés féculieres & régulieres , Hôpitaux , Fa
briques & autres gens de main-morte , d'acquérir
lefdites rentes fans être tenus de payer aucuns
droits d'amortiffement ni autres.
XXXIII . A l'effet de donner une hypothéque
fpécial au préfent emprunt, & affurer le payement
exact des arrérages des douze cents mille livres
de rentes qui vont être conftituées , Nous avons,
par le préfent Edit , affigné & délégué , affignons
& déléguons au Receveur général des Domaines
de notre ville de Paris , une fomme annuelle de
douze cent mille livres , à commencer du 1er.
Juillet 1787 , au payement de laquelle fomme de
douze cents mille livres , Nous affe&tons & hypothéquons
dès à préfent , le produit de nos
h3
( 174 )
à
Fermes générales , fauf les reprifes que nous jugerons
à propos
d'ordonner fur l'accroiffement
du revenu que nous nous propofons de procurer
notredite ville , pour être employé au payement
de la portion defdites rentes qui viendra à la char
ge , à mefure & en proportion des fommes qui
feront verfées dans fa caiffe pour fervir aux fufdites
deftinations , ainfi qu'il fera ci - après expliqué.
XXXIV. Voulons que l'adjudicataire de nofdites
Fermes générales , verfe ladite fomme de
douze cents mille livres dans la caiffe de la ville ,
en deux payemens égaux , dans les premiers
jours de Janvier & de Juillet de chaque année
& dont le premier s'effectuera en Janvier 1788 ,
& cela par préférence à la partie de notre Tréfor
royal , fur les fimples quittances du Receveur général
de la ville de Paris , & fans qu'il foit befoin
d'antorifer de verfement par aucune ordonnance
particuliere , ni d'autre affignat que notre préfent
Edit.
XXXV. LESDITS Prevôt des Marchands &
Echevins feront tenus de juftifier tous les ans de
l'exécution fucceffive des ouvrages annoncés par
notre préfent Edit , & de l'emploi des trois millions
qui feront verfés chaque année dans la caille
de notredite Ville de Paris ; duquel emploi il
fera formé un compte particulier , dont une
copie fera remiſe à notre Secrétaire d'Etat au
département de Paris , une autre au Contrôleur
général de nos finances , & une troifieme à notre
Procureur général de notre Parlement .
l'ac
XXXVI. LORSQUE nous aurons fixé & déterminé
, par les moyens les moins onéreux ,
croiffement de revenu qui fera jugé néceffaire pour
mettre notredite Ville en état de fubvenir au paiement
des intérêts & amortiffemens des capitaux de
la partie du préfent emprunt dont elle devra être
( 175 )
chargée en raifon de la portion de dépenſe qui la
concernera , & en proportion des fonds qui lui au
ront été remis , le montant de cet accroiffement
de revenu fera imputé fur nos Fermes générales ,
laquelle fe trouvera en conféquence réduite à
celle qui fera néceffaire , tant pour le paiement
des intérêts , que pour l'accroiffement fucceffif
des capitaux de la portion defdites rentes reftée
à notre charge , comme relative aux ouvrages pus
blics qui concernent norre Domaine : Voulons
au furplus que ledit affignat fur nos Fermes
générales , puille fervir dans tous les cas , & en
tant que de befoin, de complément d'hypotheque
& de garantie pour tous les engagemens réfultans
du préfent Edit , &c.
TABLEAU des Lots qui feront attribués par le
Tirage d'Avril 1787 aux dix mille Numéros
de la férie qui fera fortie au Tirage de Décembre
1786 .
Lot de . •
2. de 150000 .
3
4
ΤΟ
20
бо
· •
• ·

24000

• ·
6000 .
·
300000
300000
• 360000
400000
240000
120000
· 130000
· de 120000
• • de 100000
• de
de • • •
de • 3000
၄၁၁ .
de 1000 · ·
2000 . de
600 . •
900000
• 1200000
7000 • • · de 500 • •
3500000
7500000
10000 Lots
-
Le Magnétifme Animal ayant trouvé des
Adeptes zélés & nombreux parmi les Negres
de S. Domingue , on a craint qu'il n'en réfultât
des dangers pour la Colonie. Cette
h 4
( 176 )
pratique vient d'être foudroyée au Cap-Francois
par un Arrêtdu 16 Mai dernier , rendu
fur un Réquifitoire de M. François de Neufchateau
, Procureur Général du Roi , felon
un Journal de la Capitale de qui nous em,
pruntons ces fragmens.
» pas
«Vu par le Confeil la Remontrance du Procureur
Général du Roi , contenant qu'il ne peut
différer plus long - tems de rendre compte
aux Magiftrats d'un défordre nouveau qui regne
» dans quelques quartiers du reffort de la Cour ,
& qui , foible dans fa naiffance & bizarre dans
fon eſpèce , mais rapide dans fes progrès &
allarmant dans fes fuites , feroit dans peu de
tems un de ces maux terribles qu'il eft dangereux
d'attaquer & impoffible de guérir , fi l'on
» ne fe hâtoit d'en extirper le germe tandis qu'il
» en eft tems encore.
D .. •
Il feroit du plus grand danger , dans
cette Colonie , de laiffer dans les mains des
Nègres , épris du merveilleux , un inftrument
que la Phyfique ne remue elle - même
qu'avec précaution , & dont l'abus eft fi facile
& fi propre aux tours des Jongleurs , communs
parmi les Nègres & vénérables à leurs
yrux , comme ils le font toujours par la crédulité
des peuples ignorans , même pour bien
des têtes foibles parmi les peuples éclairés.
» Le quartier de la Marmelade eft actuelle .
ment le théâtre des faux prodiges de ce prérendu
Magnétifme ; les Nègres s'y raffemblent
> la nuit en des lieux écartés , & ce qui eft plus
illicite , en troupes très- nombreuſes. L'Opérateur
miraculeux fe fait préfenter dans ce cercle
les fujets qui demandent à fubir fon pouvoir.
Il ne fe borne pas à les magnétifer , fni(
177)
vant Facceptic n moderne de ce mot. Après que
» le Magicien leur a caufé de la ftupeur ou des
» convulfions , mêlant le facré au profane , il ſe
» fait apporter de l'eau bénite , qu'il prétend
» néceffaire pour déíenforceler ceux qu'il a mis
» en criſe ; & quand l'affemblée circulaire a bien
→ joui de ce ſpectacle , on fait une collecte au
profit de l'homme étonnant qui a produit
tant de merveilles .
C» Les Gérants honnêtes & fermes , qui veillent
avec foin fur la police in érieure des habitations
, favent bien que les Réglemens pronon-
» cent une amende contre ceux qui tolerent de
telles affemblées ; mais s'ils ne veulent pas
s'expofer à l'amende , ils rifquent un plus
» grand défordre : ils ont à redouter que la
» confufion ne règne dans leurs attéliers , & que
» le maronnage ne leur enleve jufqu'aux Chefs ;
stant les Nègres efclaves font fâchés qu'on les
prive de la diffraction qu'ils cherchent dans
leurs affemblées.
" .
50
» C'est donc l'occafion de rappeller les Loix fur
les affemblées illicites , & d'appliquer aux
" Charlatans du Magnétifine , ou du Bila ( nom
fous lequel le Magnétifme eft déguisé par les
Nègres ) chez les Gens de couleur , les difpofitions
des Réglemens rendus en de pareilles
circonftances.
"
fait
» A CES CAUSES , &c. la Cour.....
» très - expreffes défenſes à tous Nègres ou Mulâ-
» tres de pratiquer & exercer le Magnétiſme ou
le Bila , fous peine d'être pourfuivis extraor-
» dinairement & punis , pour la premiere fois ,
» de trois ans de galere , comme Profanateurs ,
Charlatans & Moteurs d'affemblées & attrou .
hs
.
( 178 )
pemens défendus par les Ordonnances , & fous
peine de plus grande en cas de récidive » .
On ne peut qu'applaudir aux intentions
de l'Auteur des Obfervations fuivantes fur
les moyens de rappeller à la vie le plus grand
nombre des noyés , & nous laiffons au pu
blic d'en apprécier la folidité.
On ne fauroit affurément trop applaudir aux
établiffemens qui ont été faits de toutes parts ,
pour rappeller les noyés à la vie ce font des
monumens de bienfaiſance & d'humanité , qui
honoreront notre fiecle dans tous les tems Mais ,
d'où vient ne réuffiffent- ils que rarement ? d'où
vient , fur quantité de noyés retirés de l'eau peu
de tems après leur accident , n'en fauve - t- on
qu'un petit nombre ? Il m'eft venu à ce ſujet une
idée qui , je crois , mérite d'être approfondie , à
caufe de fon importance.
Ce n'eft certainement pas la quantité d'eau qu'avallent
les noyés , qui les tue : car perfonne n'ignore
que ceux qui périffent ainſi en ont à peine
trois chopines dans le corps : on boit fouvent plus
dans un grand repas : ceux auxquels on donne la
queftion à l'eau font forcés d'en avaler cinq ou fix
fois d'avantage , & n'en meurent point.
Cela pofé : ce n'eft donc point la quantité d'eau
qui occafionne la mort d'un noyé ; fa véritable
caufe a évidemment pour principe fon affluence
qui , en fe précipitant dans fon gofier , intercepte
la refpiration , ce qui produit chez lui une fuffocation
, un étouffement ou une espece d'aphixie
c'eftprobablement encette circonstance , & quand
un noyé n'a pas féjourné trop long-tems dans l'eau
que l'on réuffit , ainfi qu'il arrive quelquefois
, à lui adminiflrer efficacement les fecours
unités.
( 179 )
Mais tout porte à croire que la fuffocation eft
mrement feule , & qu'elle eft volontiers accompagnée
d'un incident qui aggrave l'état du noyé ,
& contribue à rendre le plus fouvent les fecours
infructueux. L'eau en fe précipitant dans la gorge
ne fauroit manquer d'attaquer , par fon paffage ,
la trachée-artere par où l'air s'introduit dans les
poulmons , & doit de nceffité produire en cet- endroit
fenfible une violente irritation qui occa
fionne une très-forte toux , à- peu - près feinblable
à celle que l'on éprouve lorfqu'on boit ou
qu'on avalle de travers . Qu'arrive- t-il delà ? c'eft
que cette toux , par fa continuité , & faute de
pouvoir être foulagée par l'air extérieur , qui
feroit néceffaire pour la faire ceffer , oblige celui
qui fe noie à des efforts multipliés & extraordi
naires , qui ajoutent à la fuffocation ufitée , la
rupture de quelques gros vaiffeaux , feit dans la
poitrine , foit dans la tête. Alors , quand bien
même le noyé auroit été retiré de l'eau à tems,
les fecours deviennent infuffifans , ils ne fauroient
plus lui être adminiftrés avec fuccès , la circulation
du fang fe trouvant interrompue , la
mort a fuivi néceffairement la rupture en quef
tion.
Si ma conje&ure , comme il y a tout lieu de le
présumer , eft fondée , le vrai fecret de rappeler
le plus grand nombre à la vie , confifteroit donc
à trouver quelqu'expédient capable de mettre
obftacle à la trop grande abondance d'eau qui
veut s'introduire à la fois dans leur gofier ;
& cela , je crois , n'eft pas tout - à - fait impoffible
.
Si l'on pouvoit , par exemple , avoir aez de
préfence d'efprit , pour obferver de replier fa
langue dans la bouche , ou de la tenir , le plus
que faire fe ferrée contre le palais , à
peut ,
h 6
( 180 )
l'effet d'appofer quelqu'obftacle à la trop grande,
précipitation de l'eau ; fi , fur le point de tomber
dans une riviere , on s'avifoit de mettre entre fes
dents une petite éponge , une étoupe , ou bien
un petit morceau de papier roulé , dont on fe feroit
précautionné , il eft à croire que par l'un de ces
moyens , ou de quelqu'autre , capable de remplir
le but en queftion , l'eau ne s'introduifant
que peu -à-peu dans le gofier , & ne pouvant point
par fon paffage , irriter , du moins à un certain
point , la trachée-artere , n'y produiroit guere
d'autre effet que celui qui réſulte en avalant
comme de coutume.
Peut-être que cette précaution , en empêchant
celui qui fe noie , d'être auffi promptement fuffoqué
, faciliteroit d'autant ces fecours pour peu
qu'il s'agitât dans l'eau , il reparoîtroit de tems
à autre fur la furface , & on le perdroit de vue
moins aifément : dans fa perfuafion que ce qu'il
tiendroit ainfi entre fes dents , pourroit devenir
fon fauveur , il ne s'en deffaifiroit pas volontiers;
& cela eft d'autant plus vraisemblable , qu'il eft
notoire qu'un noyé ne quitte pas facilement
prife , quand il s'eft attaché à quelque objet
qu'il imagine propre à le fecourir .
La refpiration à la vérité ne feroit pas , quoique
plus lentement que de coutume , pour cela
moins interceptée il y auroit toujours un
étouffement , une fuffocation , une espece d'aphixie
, d'où s'enfuivroit la mort , faute de fecours
mais comme , à l'aide de cette précaution
, il n'arriveroit pas de rupture de vaiffeaux
dans la poitrine ou dans la tête , il réſulteroit
( en fuppofant qu'un noyé eût été retiré de l'eau
à tems ), qu'il feroit à même d'être fecouru efficacement
, & que l'on obtiendroit par - là l'avantage
d'en fauver un plus grand nombre que
( 181 )
de coutume : ce feroit un pas de plus en faveur
de l'humanité fouffrante.
Je fens bien que ce confeil eft plus aiſé à donner
qu'à fuivre . Dans une pareille fituation , on
s'effraie , on perd d'autant plus aisément la tête
dans le danger , qu'il eft plus preffant , & qu'on
envifage mo ns de reffource peur s'en tirer. Dans
la crainte d'être fuffoqué par le défaut de refpiration
, on court au plus preffé ; on ouvre mas
chinalement la bouche tant que l'on peut , tandis
qu'il vaudroit peut - être mieux faire en forte
de ne l'ouvrir que médiocrement , ou de retenir
en partie fon haleine .
Cependant , s'il étoit bien conftaté qu'à l'a'de
de quelque moyen éprouvé , pour empêcher la
trachée-artere d'être trop offenfée par la grande
précipitation de l'eau dans la gorge , on pour
roit le fiter d'augmenter la certitude d'être
rappellé à la vie par les fecours , l'efpérance fe
trouvant alors foutenue par cette idée falutaire ,
engageroit la plupart de ceux qui feroient en
péril , à faire les plus grands efforts pour fe procurer
cet avantage ; ils l'envifageroient dans ces
momens défaftreux comme une derniere reffource
, à l'exemple d'un Nautonier qui , en voyant
engloutir fon vaiffeau dans les flots , chere
che à fe faifir de quelques - uns des débris
auxquels il doit fouvent fon falut , tandis que fes
compagnons , faute de la même prévoyance , en
ont été la victime .
PATT E , Architecte du
Duc- Regnant de deux Ponts,
M. Patte exagere l'inefficacité des fecours
donnés aux noyés jufqu'à préfent. J'ignore
fi en France on n'en fauve en effet qu'un
petit nombre, mais je fais que la refpectable
Société d'humanité en Angleterre rappelle à
( 182 )
la vie , chaque année , plus des trois quarts .
des perfonnes qu'elle retire de l'eau . Ses regiftres
imprimés ne laiffent aucun doute à
cet égard. La Société d'humanité a publié
divers Mémoires rédigés par les Docteurs
Lettfom , Hawes & autres , qui laiffent peu
de chofes à defirer fur les caufes de la mort
des noyés , & fur la nature des fecours à
leur adminiftrer. Probablement M. Patte
n'en a pas eu connoiffance , & nous l'invitons
à y recourir. Il exifte auffi d'excellens
ouvrages en Hollande fur cette matiere .
Qu'on me permette d'ajouter une feule ob-,
fervation qui paroît avoir échappé à ces:
Ecrivains & à M. Patte ; c'eft qu'on n'a
pas encore affez fait d'attention à la différente
qualité des eaux dans lefquelles périffent
les noyés. Cette différence infius certainement
fur l'effet quelconque des fecours .
Avec quelque foin qu'on les adminiftre , on.
les voit infiniment moins efficaces fur les
bords de certains fleuves , & j'ai été en
Suiffe témoin oculaire de cette obfervation
conftante.
L'Ecole Royale Vétérinaire d'Alfort
présidée par la Société Royale d'Agricul- ,
ture , a tenu le 4 une féance publique.
Cette Séance a été ouverte par un difcours de
M. Loir, Subdélégué de M. l'Intendant de Paris ,
à Alfort , fur les progrès de l'Art vétérinaire ,
& l'extenfion que l'Ecole vétérinaire a reçue en
dernier lieu .
M. de Fourcroy a lu enfuite pour M. Dau
benton , Profeffeur d'Economie vétérinaire &'.
( 183 )
d'Economie rurale , un mémoire fur l'Art vétérinaire
tel qu'il étoit pratiqué chez les anciens ,
& fur les avantages que nous pouvons en retirer.
M. Vicq d'Azir , Profeffeur d'Anatomie comparée
, a fait lecture d'un difcours fur l'Anatomie
confidérée dans fes rapports avec le
regne animal en général , fur la maniere de
perfectionner la nomenclature & d'accélérer fes
progrès.
M. de Fourcroy, Profeffeur de Chymie , alu
un Mémoire contenant un expofé du plan qu'il
fe propofe de fuivre dans les recherches chymiques
fur les fubftances animales.
M. Brouffonet , Profeffeur - Adjoint d'Econo
mie vétérinaire & rurale , a fait lecture d'un
expofé des rapports de l'Art vétérinaire avec
l'agriculture en général .
M. Chabert , Directeur de l'Ecole , a lu un
Mémoire fuccint des avantages de l'Art vétérinaire
confidéré dans toutes fes Parties , &
fur les fuccès qu'on a obtenus dans différentes
épizooties . La Séance a été terminée par les
réponfes que les Eleves de l'Ecole ont faites
aux Queftions qui ont été propofées par M. le
Contrôleur- général des Finances , relativement
à l'Anatomie des animaux . Les prix de ce con.
cours confiftoient en Médaillons & en inftrumens
d'ufage dans l'Art vétérinaire.
L'Académie Royale des Sciences , Inf
criptions & Belles - Lettres de Toulouſe propofe
les Prix fuivans pour les années 1787 ,
1788 , 1789.
Le fujet propofé en 1783 pour le Prix de
1786 , étoit de déterminer les moyens de conftruire
un Pont de charpente de vingt - quatre pieds de
voie , & d'un feul jet , c'est-à - dire , fans piles ,
Sur une riviere de quatre cent cinquantepieds de lar(
184 )
geur , dont les rives fint ſupérieures d'environvinge
cinq pieas au niveau des eaux ordinair´s ,
"
Dan le nombre des Mémoires envoyés à
l'Académie , elle a accordé le Prix annoncé
au Mémoire dont l'Auteur eft M. Aubry , Ingénieur
en chef des Provinces de Breffe & du
Bugey , Membre de plufieurs Académies.
Elle a accordé un prix réservé à partager entre
les Mémoires n ° 4 , dont l'Auteur ne s'eft pas
fait connoître , & n° 12 , par M. Racle , de
Pont-de-Vaux en Breffe , Architecte- Ingénieur
du Canal de navigation de Reyflouze .
Elle a cru auffi devoir faire une mention bonorable
du mémoire nº 10 ; elle l'a jugé digne
d'un Acceffit , dont l'Auteur eft M. Migneron
de Brocqueville ,
Le Programme de 1784 annonce pour Sujet
du Prix qui fera diftribué en 1787 ,
1°. D'indiquer dans les environs de Touloufe, &
dans l'étendue de deux ou trois lieues dlaronde,
une terre propre à fabriquer une poterie légere &
peu coûteufe , qui refifte au feu , qui pu fe fervir
aux divers befoins de la cuifine & du ménage , &
aux opérations de l'Orfèvrerie & de la Chynie,
2° De propofer un vernis fimple pour recouvrir
la poterie deftinée aux ufages domefiiques ,fans nul
danger pour la fanté.
Les Auteurs qui travailleront à ce sujet ,
joindront à leur Mémoire des uftenfiles , ou
feulement des échantillons de poterie faite avec
la terre qu'ils indiqueront. Ces échantillons
feront , les uns recouverts du vernis propofé
& les autres fans couverte , fimplement biscuits
, & propres à fervir de creufets . L'Académie
foumettra ces échantillons aux épreuves
néceffaires , pour conftater qu'ils rempliffent les
conditions du Programme.
On fut informé par le Programme de 1784 ;
185 )
que l'Académie qui avoit propofe pour Sujet
du Prix de l'année , d affigner les effets de l'air
& des fluides aériformes introduits ou produits dans
le corps human , relativement à l'économie animale
avoit vu à regret que les Auteurs de deux
Mémoires qu'elle avoit diftingués , s'étoient
plus occupés , l'un de la partie Médicale ,
l'autre de la partie Chymique , tandis qu'elle
exige que ces deux parties foient traitées également
, ce qui la détermina à propofer encore
le même fujet pour le Prix double de
1787 , qui fera de cent piftoles .
Elle avoit propofé dans le Programme de
1782 , pour 1785 , d'expofer les principales révolutions
que le Commerce de Touloufe a effuyées ,
& les moyens de l'animer , de l'étendre & de détraire
les obftacles , fot moraux , foit phyfiques
~ s'il en eft , qui s'opposent à fon activité & à ſes
progrès. L'Académie n'ayant reçu que très -peu
de Mémoires , elle repropofa l'année derniere
le même fujet pour 1788. Le Prix double fera
de 1000 liv.
L'Académie propofe pour Sujet du Prix ordinaire
de soo liv . qui fera diftribué en 1789 ,'
de déterminer la caufe & la nature du vent produit
par les chûtes d'eau , principalement dans
les trompes des forges à la Catalane , & d'affigner
les rapports & les différences de ce vent avec celut
qui eft produit par l'eolipyle.
Les Mémoires feront adreffés à M. Caftilhon ,
Avocat , Secrétaire perpétuel de l'Académie ,
ou le lui feront remettre par quelque perſonne
domiciliée à Toulouſe.
A la même date , l'Académie d'Amiens a
auffi tenu Séance publique.
M. Demeux , Directeur , a fait l'ouverture par
un Difcours fur le Bonheur.
( 186 )
Après certe ouverture , M. le Directeur an
nonça ,
1 °. Que le prix d'éloquence , dont le fujet étoit
l'Eloge de M. d'Orléans de la Motte , Evêque d'Amiens
, avoit été décerné au Difcours , n° 1. dont
l'Auteur et M l'Abbé DE THORAME , Vic. Géné
ral du Diocefe de Lilieux , Chanoine de Blois .
2°. Que le Prix propofé par la bienf ifance de
M. le Comte d'Agay , Intendant de la Province
& dont le fujet étoit :
Indiquer les caufes du Bled noir ou charboné ,
& les moyens les plusfürs & les moinsdifpendieux
deprévenir & de guérir cette maladie des Bleds ,
avoit été accordé au Mémoire , n° 8 , dont l'Auteur
eft M. MORISE , Affocié libre de la Société
d'Agriculture d'Eyreux.
3°. Que le Prix de Chymie , confiftant en une
Médaille d'argent , aux Armes de la Ville & de
l'Académie , avoit été accordé à M. Bourgeois
& les Acceffit à MM. de Baifieux & Sagebie .
Le Prix de Botanique , confitant en une pareille
Médaille , à MM. Sageben & Bourgeois ,
& les Acceffit à MM. de Garenne , Cailly & Berlan
court.
4°. Que le Prix de Bienfaifance , confiftant en
une fomme de 500 liv. fondé par M. Delatour ,
Peintre du Roi , Citoyen de S. Quentin , pour une
action d'humanité , faite dans l'année en Picardie
, par un Habitant de la Province , ou à ce défaut
pour une invention utile , &c. avoit été partagé
entre les nommés Charles Parent , Madeleine
Marié & Antoine Sené , âgé de douze ans , tous
trois de la Paroiffe de Reffons , Election de Montdidier.
Les Couronnés ont reçu la récompenfe due à
leur courage des mains de M. l'Evêque , de M.
'Intendant & de M. l'Adjoint à l'Intendance ,
Honoraires de l'Académie , comme les autres
( 187 )
Vainqueurs ont reçu leur Médaille des mains de
Meldames d'Agay.
M. le Directeur a lu cet extrait du procès- verbal
dreffé fur les lieux .
Le 16 Jain , fur les deux heures après midi ,
une pluie abondante força un grand nombre des
Habitans de Reflons qui étoient répandus dans la
campagne, de chercher un abri . Ils coururent vers
le Village ; mais une vallée large de trois à quatre
cents pieds qu'il falloit traverfer , étoit couver e
par les eaux. Un pont placé fur le chemin , ne
pouvoit plus être apperçu ; ces Habitans forment
une chaîne , afin de réfifter plus fûrement au torren:.
Les premiers échappent aux dangers ; mais
les eaux en augmentant , roulent avec tant d'im .
pétuofité , qu'elles rompent la chaîne . Le nommé
Antoine Sené , âgé de 12 ans , & une fille du
même âge , font emportés. Après avoir parcoura
un cerain eſpace , le garçon trouve un arbre &
s'y accroche. Si compagne paffe à quelque dif
tance , auffi tôt il oublie le danger qu'il court
lui-même , & veut fauver la vie à cette infortunée
qui alloit périr. Il la faifit par les jupons , effaie de
l'amener vers l'arbre ; elle lui échappe . Il s'élance
& l'arrête de nouveau , la ferre dans fes bras &
arrive jufqu'à l'arbre où ils reſtent plusieurs heures
, demandant du fecours que perfonne ne pou-
-voit leur donner.
Madeleine Marié , fille courageufe , qui auroit
pu échapper au péril , étoit rette au milieu des
eaux, pour garder deux autres jeunes filles qu'elle
tenoit à fes côtés . Elle combat & réfiite aux val
ges pendant plus d'une heure & demie . Elle fuccombe
enfin , & difparoît aux yeux des fpectateurs;
elle fe remontre , on veut l'aborder avec des chevaux
; mais les chevaux & les Cavaliers font entraînés
& repouflés par le torrent . Cette fille jette
un regard de douleur vers les compagnes de lon
( 188 )
malheur , & croit toucher comme elles à fon dernier
inftant . Le nommé Charles Parent ne peut
voir ce fpectable fans en être ému. Il n'eft point
effrayé de l'exemple ; l'humanité parle à fon coeur
il vole vers ces triftes victimes. Il fait 30 pas da´s
l'eau ; la crainte le faifit , il revient; mais il ne peut
voir périr les femblables ': muni d'une corde , il
affronte de nouveau le danger ; l'eau flottoit juf
que fur les épaules. Ii jette la corde a plufieur reprifes,
fans fuccès. Madeleine Marié la reçoit enfin
Un des enfans tient cette fille par les jupons , &
l'autre tient fa petite compagne de la même maniere.
Les jupons s'arrachent . Madeleine Mairié
s'en apperçoit , & abandonne la corde pour s'emparer
des deux enfans que les vagues lui déroboient.
L'une ai échappe & périt . Elle fe faifit
de l'autre . Charles Parent va la prendre fur les
épaules & l'amène à bord . Il retourne pour la troifieme
fois , & ramene Madeleine Marié. Puis il
s'élance vers l'arbre que tenoient les deux autres
enfans , & les délivre fucceffivement. C'eſt alors
que Parent fe dit à lui-même , Que je fuis malheu
reux , je n'ai pufauver l'enfant que nous avons vu
périr!
L'Académie a cru devoir partager ce Prix entre
Charles Parent , Madeleine Marie & Antoine Sené.
Le même Prix aura lieu tous les ans.
M. le Duc de Charoft , honoraire de cette Aca
démie , avoit deftiné , l'année derniere , un fonds
de 600 liv . à l'Auteur du meilleur Mémoire fur
les moyens de prévenir & de s'opposer au progrès
des incendies .
L'Académie a vu avec peine qu'une matiere
auffi intéreffante , n'avoit pas éte traitée felon fes
voeux. Elle a propofé le même fujet pour cette
année avec un Prix double de 1200 liv . Malgré
le grand nombre de Mémoires envoyés , elle n'en
( 189 )
a trouvé aucun qui lui ait paru mériter d'être
couronné.
L'Académie a cru devoir remettre ce même
fujet pour l'année prochaine ; le Prix fera de
1200 liv.
: L'Académie donnera dans la même Séance publique
, l'année prochaine 1787 , le prix de 600
Liv . également fondé par M. le Duc de Charoft,
& annoncé l'année derniere , au meilleur Mémoire
fur les moyens de multiplier les Prairies
artificielles dans cette Province , Voici l'énoncé :
1°. Quel eft ordinairement , dans la Généralité de
Picarcie , la proportion eutre les terres labourables
les prés , foit naturels , foit artificiels , d'une même
exploitation.
2. Ne feroit-il pas avantageux qu'il y eût plus
de prés qu'il n'y en a pour chaque exploitation ?
2. Quels en feroient les avantages ?
4. N'est -ce pas au défaut d'une jufte proportion
qu'on doit attribuer le peu d'a fance des Cultivateurs
dans les Provinces abondantes en bled.
5°. Quelferoit le moyen d'établir cette proportion
& de favorifer la multiplication des prairies artifi
cielles ?
6°. Quelles font les prairies artificielles connues
dans la Généralité d'Amiens ? Quelles font celles
que l'on pourroit y introd.ire.
L'Académie propofe pour l'année 1787 , une
Médaille de la valeur de 300 liv. au Mémoire qui
trait ra le mieux cette question :
Quels moyens rendroient en Picardie la culture des
Lins plus jure , plus facile & plus lucrat ve
L'A falemie e propofe de donner dans la
fance publique de 1783 , un prix de la valeur
de 300 liv. a l'Auteur du Mémoire qui préfentera
» l'apperçu le plus exact , ou l'enſemble le
plus complet d une partie de l'Hiftoire naturelle
» de la Picardie dins un Regne quelconque.
( 190 )
24
Les Ouvrages feront adreffés franc de port , ou
fous le couvert de M. l'Intendant , à M. Goffart ,
Avocat , Secrétaire perpétuel de l'Académie , avec
une devife répétée fur le billet cacheté , qui contiendra
le nom de l'Auteur. *
Les Mémoires feront remis avant le 15 Juin
1787 , terme de rigueur.
Après la diftribution & l'annonce des Prix , M.
Goffart , Secrétaire perpétuel , a lu l'Eloge hiftorique
do M. Elie de Beaumont , ancien Avecat
au Parlement.
M. Bizet a lu des obfervations fur les caufes de
la rareté des bois dans la Province de Picardie.
M. Anfelin , un Mémoire fur les abus des Amputations
Chirurgicales.
M. l'Abbé Reynard , un Mémoire fur l'Education
que l'on doit aux enfaas dans la premiere
Jeuneffe.
Les Numéros fortis au Tirage de la
Loterie Royale de France , le 16 de ce
mois , font : 42 , 22 , 75 , 47 , &.45.
GAZETTE ABRÉGÉE DES TRIBUNAUX (1).
PARLEMENT DE PARIS , GRAND'CHAMBRE.
Caufe entre le fieur Texier Olivier , Mineur , &
les Procureurs du Siege Royal de
Délibération prife par une Communaute de Procureurs
contre un jeune Clerc , déclarée nulle.
Cette caufe fournit un exemple frappant
des écarts auxquels l'efprit de parti peut s'abandonner.
Le jeune Texier Olivier , mineur
, étoit depuis deux ans premier Clerc de
Me. M.... Procureur à L..... Il paroit qu'il
( ( 191 )
avoit eu une querelle très vive avec la dame
M.... en l'abſence du mari . La dame M... en
écrivit à fon mari , & celui - ci donna ordre fur
le champ au jeune homme de fe retirer, -
Lorfque le fieur M... fut de retour , la dame
M... réitéra fes plaintes , elle exagéra fans doute
le récit de ce qui en avoit été l'objet. Me.
M... aulieu de rendre plainte , dénonça le fieur
Olivier à fes Confreres , qui , croyant avoir le
droit de juger leurs Clercs , & de leur in fliger
des peines , reçurent la dénonciation , & arrêterent
fur leur Regiftre une délibération le
26 juin 1784 , conçue en ces termes :
">
Nous avons unanimement délibéré & arrêté
entre nous , qu'aucun ne pourra recevoir le-
» dit fieur Olivier , foit en qualité de Clerc
» ou autrement , fous quelque prétexte que ce
puiffe être ; qu'il fera par notre Secrétaire-
» Greffier délivré audit Me. M.... expédition
de la préfente délibération , pour être envoyée
aux Syndics des Communautés de nos
» Confreres , dans tous les Siéges qu'il appar-
. tiendra , en les priant par des fentimens de
confraternité qui doivent régner entre nous
d'y avoir égard , & de procurer audit Me.
... la fatisfaction qui lui eft due ».
"
Cette délibération a été envoyée notamment
aux Syndics des Procureurs du Bailliage de T...
La lecture en a été faite dans une affèmblée de
la Communauté , & l'effet en a été , que le
jeune Olivier , qui étoit entré en quali é de
premier Clerc chez Me . De... a été auffi- tôt
congédié. Ne pouvant trouver à fe placer , le
jeune homme fut obligé de fe retirer dans fa
famille. En Novembre 1784 , Me .
Olivier , Procureur au Parlement , fon oncle ,
fe trouvant à L...., prit des informations exac-
‡es , relativement à la querelle d'entre la dame
..
( 192 )
M... & fon neveu ; il crut alors qu'il y avoit
néceffité de le pourvoir contre la délibération
des Procureurs de L... Un Arrêt du feptembre
fuivant a autorifé le Mineur Olivier & fon
pere , à former leurs demandes devant le Lieutenant
général du Bailliage du Palais .
Les Procureurs de L... y ont été affignés , &
ap ès une inftruction refpective , fentence eft
intervenue le 24 janvier 1786 , qui a déclaré
la délibération nulle & injurieufe ; a ordonné ſa
radiation du Regiftre , avec mention en marge
de la fentence ; a condamné les Procureurs en
200 liv. de dommage & intérêt ; a ordonné
Pimpreffion & l'affiche de la fentence au nombre
de 25 exemplaires , & les a condamnés aux dépens.
Les Procureurs de L. ont interjetté
appel ; ils ont dans des requêtes répétéce
qu'ils avoient dejà dit contre le jeune homme
, & ont demandé même à faire preuve des
faits par eux nouvellement articulés . Le Mi
neur Olivier les a foutenus non-recevables &
mai fondés , parce que ces faits font perſonnels
aux fieur & dame M... font étrangers aux Procureurs
, qui ne peuvent juger ni punir , co
droit étant réfervé à la Juftice . Le Mi
niftere public s'étant élevé avec force contre
Pillégalité de la délibération des Procureurs de
L... l'arrêt du 12 août 1786 a mis l'appellation
au neant avec amende & dépens ; a ordonné
la fuppreffion des termes injurieux répandus
, fur l'appel , dans les requêtes des
Procureurs , & pour raifon defd . injures les a
condamnés en 100 liv. de dommages & intérêts ,
Outre ceux prononcés par la fentence
donné l'impreffion & affiche de l'arrêt au
nombre de 100 exemplaires aux frais des Procureurs.
• a orJOURNAL
POLITIQUE
DE BRUXELLES.
DANEMAR CK.
DE COPENHAGUE , le 2 Septembre,
A Caiffe de crédit , établie par S. M. en
L faveur des poffeffeurs de terres qui voudront
entreprendre des améliorations
a
été ouverte le 16 du mois dernier. La direction
de ce nouvel établiffement eft compofée
de 8 membres ; le Miniftre des finan
ces en eft le chef.
Le Roi a fait remettre au fieur Appelberg
la grande médaille d'or pro meritis , comme
un témoignage de fa fatisfaction ; cet Artifte
ayant établi ici une fabrique de marchandifes
, connues fous le nom de marchandifes
de Nuremberg.
L'Affemblée générale de la Compagnie
de la Baltique & de Guinée a arrêté , le 28
Août dernier , que le plan propofé par la
Direction fera fuivi & exécuté. D'après ce
plan , chaque Actionnaire qui voudra fe re-
N°39 , 30 Septembre 1786.
i
( 194 )
tirer de la Société , recevra pour chaque action
75 rixdalers , moitié en argent , moitié
en obligations garanties par le Roi Le
fonds de l'argent comptant deftiné à cet objet
eft de 250,000 rixdalers , & les obligations
font de 400,000 portant un intérêt
de 4 pour 100 .
Les Lettres - Patentes qui rendent libre
le commerce d'Iflande à tous les fujets du
Roi en Europe , font du 18 Août. L'ancienne
-Compagnie ceffera d'avoir lieu , à
compter du premier Janvier 1788 ; & il eft
permis à tous les fujets du Roi de faire ce
commerce , à commencer de l'Eté prochain .
La liberté de commerce en Iflande fera illimitée
; cette ifle jouira pendant 20 ans d'une
exemption entiere de droits ; on y établira
6 villes de commerce, dont les habitans
jouiront de prérogatives conſidérables . Les
étrangers, & notamment les ouvriers , qui
s'établiront en lilande, obtiendront des privileges
particuliers ; on accordera des encouragemens
à ceux qui y feront des éta :
bliffemens utiles : on établira des paquebots
pour la communication , &c.
ALLEMAGNE
DE BERLIN , le 10 Septembre.
Du 5 On tranſporta hier à Potzdam ,
fous convoi Militaire, les ornemens Royaux,
qui doivent fervir à la pompe funebre du
( 195 )
-
dernier Roi ; nuit & jour on travaille à cet
appareil.
Le 7 & pendant trois jours confécutifs '
après les funérailles , l'entrée du château de
Potfdam & de l'Eglife fera ouverte à tous
les étrangers , attirés par la curiofité. Ils font
en fi grand nombre , que toutes les hôtelleries
de la ville & celles des fauxbourgs font
occupées ou arrêtées ; pour y fuppléer , on
a permis aux Habitans & aux Bourgeois de
loger chez eux les derniers venus, Les croifees
de toutes les maifons de la grand - rue ,
par où le convoi funèbre doit paffer , fontégalement
déja louées ; les unes 8 , les autres
o écus pour le jour des funérailles .
L'on a ménagé à un prix plus modique ,
dans la même rue , des places commodes
pour les autres fpectateurs , moyennant quelques
échaffauds de charpente , en forme
d'amphithéâtres , appuyés contre les maifons
, fans cependant en offufquer la vue.
La Cantate funèbre , com ofée en latin
par le Chambellan du Roi , Marquis de
Luchefini , traduite en allemand par M. le
Profeteur Ramler , & mife en m . fique par
M. Reichardt Maître de Chapelle de S. M. ,
fera chantée & exécutée avec tout fon accompagnement
dans Eglife de garnifon ,
le jour qu'on dépofera folemnellement le
cercueil de parade dans le Caveau Royal ;
mais ce jour - là , il ne fera permis d'entrer
i 2-
( 196 )
dans l'Eglife qu'aux perfonnes du convoi &
à celles qui auront obtenu des billets , de
S. Exc. le Lieutenant Général de Rodich.
Du 8. Mardi dernier , le Roiaccompagné
des Princes de la Maifon Royale , de S. A.
S. le Duc regnant de Brunswick, & des Généraux
, fit la revue des quatre Régimens d'Artillerie
, & témoigna à l'Infpecteur M. de
Dittmar , ainfi qu'aux Chefs de ces quatre
corps , combien il étoit fatisfait de la précifion
de leurs exercices .
Le 3 , S. M. donna audience au Baron de
Beulwits , Miniftre de l'Electeur d'Hanovre ,
au Baron de Gailing d'Altheim , Chambellan
du Duc regnant des Deux - Ponts , au Baron
de Reeden , Miniftre accrédité du Stathouder
& des Etats- Généraux , & aux trois
Députés de la ville de Dantzig. Ces différens
Miniftres préfenterent à S. M. les complimens
de condoléance de leurs Cours refpectives
, fur la mort du Roi défunt , & la féliciterent
fur fon avénement au trône.
Aujourd'hui , le Roi , fes deux fils & les
Princes de la Maifon Royale fe font rendus
à Potzdam, afin d'affifter demain à la pompe
funébre de Frédéric II.
Quelque temps avant fa mort , le Roi défunt
fit remettre au fieur Villaume de Potzdam
une collection de manufcrits qui renferment
l'hiftoire de la guerre de 1756 , plufieurs
pieces de Poéfie , & l'hiftoire entiere
du dernier regne , à laquelle le Souverain
( 197 )
qui en fit la gloire , avoit encore travaillé
durant fa derniere maladie . Ces manufcrits
font deſtinés à l'impreffion , & formeront
environ 20 volumes in 8°.
Le Roi actuel a conféré à la famille d'Arnim
la dignité héréditaire de Grand Maître
d'Hôtel de la Marche Electorale ; dignité
vacante par l'extinction de la famille de
Munchow. Le Baron d'Arnim de Boizenbourg
a été nommé Grand -Maréchal de la
Cour.
S. M. a fait préfent au Prince Henri de
la Seigneurie de Wusterhaufen , que le Roi
Frédéric Guillaume I, avoit achetée & léguée
dans fon teftament au pere de S. M. actuellement
regnante. 1.
"
"
En vertu de deux refcrits émanés de la Chan ..
cellerie Royale , en date du 25 Août dernier ,
dont l'un eft adreffé aux Etats & l'autre aux Magiftrats
des Marches électorales de Brandebourg
il a été notifié auxdits Etats & Magikrats que le
z du mois d'Octobre prochain . S. M. le Roi aujourd'hui
régnant recevra dans la capitale la foi
& l'hommage qu'ils auront à lui rendre à cette
fin les Etats des cinq Marches électorales auront
à comparoître à Berlin , foit en perfonne , foit par
mandataire deux jours avant l'époque préfixe ,
afin de faire exhibition à la chambre des archives
& fiefs royaux des droits de propriété & de fucceffion
aux fiefs qu'ils tiennent à foi & hommage ,
y appofer leur propre fignature à l'acte par écrit
qui contient leur propre ferment de fidélité , &
rendre enfuite leur foi & hommage accoutumés ,
le jour fixé ci- deffus pour cette cérémonie. Quant
aux Magiftrats des Marches électorales de Brani
3
(( 1988 )
debourg, ils auront à envoyer ici fimplement des
députés de leur part , ainfi que des corps de mé--
tiers & des bourgeoifies de chaque Ville , munis
de pleins pouvoirs de la part de leur commettans,
pour prêter le ferment de fidélité au Roi , conjointement
avec les bourgeois de la capitale.
Le fieur Hoffman , Peintre , a compofé
le dellin fuivant fur la mort de Frédéric II. -
Ce Roi eft repréſenté fortant de la barque de
Caron; plufieurs de fes ancêtres , & entr'autres
Taffilon de Hohenzollern , l'attendent au rivage;
au milieu de ces deux héros , fe trouve une ombre
de femme qui préſente à Frédéric , dans une .
coupe , la boiffon de l'oubli ; mais ce Prince la
refule . Le groupe des héros eft compofé des perfonnages
uivans , favoir : Taffilon , les Electeurs
Frédéric I & II , Albert , Achille , Jean Cicéron,
Sigifmond , Jean Georges , Frédéric Guillaume
le grand . & Is Rois Frédéric & Frédéric Guil- ,
la me I Talilon , auquel Frédéric I montre le
grand Frédéric admire avec étonnement la
grandeur de ce Prince. Derriere le Roi Frédéric I
font group és Marc Aurele , Jules - Célar , & Pla
ton , qui à l'afpect du grand Roi déchire, fon livre
fur les Républiques. Sur le devant du tableau
& à droite , font placésous un vieux chêne.
Alexandre - le- Grand , Henri IV, Charles XII ,.
& Louis XIV , qui fixent avec admiration le
nouvel arrivé . A une certaine diftance de ces Princes
on voit arriver , dans une allée de bouleaux ,
le Général Ziethen , qui fe preffe pour aller audevant
de fon Roi ; il eft fuivi par les deux Généraux
de Zeidliz & de Scheverin , qui fortent enfemible
d'une autre allée Les figures font deffinées
d'après des pierres gravées & des Tableaux
originaux ; elles font au nombre de 25 , & de la hau
( 199 )
teur de quatre pouces & demi. Ce deffein fera
gravé fous le titre d'Arrivée de Frédéric- le Grand
aux Champs-Elifées ; la planche fera de la hauteur
de 18 pouces fur une largeur de 21 pouces & de-
La foufcription mi. eft de 3 écus ; Elle ref
tera ouverte jufqu'à la fin de Novembre.
Le même Artifte eft occupé actuellement de la
compofition d'un deffein repréfentant la nouvelle.
alliance des Princes d'Aliemagne , formée par
Frédéric II .
DE VIENNE , le 13 Septembre.
L'Empereur eft parti le rer. de ce mois
pour les camps de Moravie & de Bohême ,
dont les manoeuvres auront lieu avant le
tems qui avoit été fixé . L'abfence de S. M.
I. fera , dit on , de cinq femaines ; Elle féjournera
à Brunn , à Prague , & vifitera enfuite
les fortereffes de Pleff, Konisgratz &
Theresienstadt.
Suivant les lettres de Lintz , le 28 Août ,
le Danube eft rentré dans fon lit , après avoir
caufé des dégâts immenfes.. Les feuls dommages
effuyés dans les falpêtrieres font éva-
Jués à 15000 florins ; toutes les plantations
font abîmées , & une grande partie de l'édi
fice s'eft écroulée.
La derniere foire de Léopold a prouvé
fuffifamment que nos fabriques ne font pas
encore en état de nous fournir les marchandifes
dont nous avons beloin . Plufieurs articles
ont été très - rares & d'une cherté exceffive
, entre autres la groffe toile. Les coi
4
( 200 )
sons de Macédoine ont auffi manqué ; les
Turcs font mécontens de nos Réglemens
de douane , & préferent aujourd hui de
donner leurs marchandifes à d'autres nations.
L'intention de l'Empereur eft à la vérité d'établir
des maifons de travail dans tous les
faubourgs de cette Capitale , mais ces établiffemens
ne peuvent profpérer fans matériaux.
D'ailleurs la maifon de travail dans
la ville n'eft pas fréquentée , parce que les
ouvriers y gagnent à peine 6 creutzers par
jour , ce qui ne fuffit pas pour leur entretien .
DE FRANCFORT , le 20 Septembre.
La Gazette de Berlin a défavoué officiellement
, les prétendues copies d'un teftament
du feu Roi , inventées par les Gazetiers &
par les faifeurs de Buletins , & répétées depuis
un mois par cent mille échos. En rapportant
ce teftament imaginaire , nous prévînmes
nos lecteurs de fe défier de fon authenticité
: voici encore quelques détails viais
fur les derniers inftans de ce Monarque , que
quelques Folliculaires citent aujourd'hui à
leur Tribunal , & dont ils ne craignent pas
d'outrager la cendre encore chaude. Le Mardi
15 Août, après une nuit très-inquiete , ce
Prince dormit jufqu'à onze heures du matin,
la nuit fuivante fut fupportable, cependant le
Roi ne parla qu'avec grande difficulté. Le
16, il dormit comme à l'ordinaire , après dîner
, fur fon fauteuil ; le ſoir à ſept heures ,
1
( 201 )
en ouvrant les yeux , il apperçut M. Engel ,
premier Chirurgien du Régiment des Gardes
, qui étoit venu pour examiner : l'ouverture
faite aux jambes. Sa. Maj . demanda
une voix foible : Que veut it? Le Huffard
de la chambre répondit ; M. Engel veut regarder
la jambe de V. M. Le Roi tendit fon
pied , & demanda cominent on le trouvoit ;
bien, répliqua leChirurgien, à qui le Roi fit alors
figne de fe retirer. Un inftant après , il fit entendre
à fon Valet de chambre Borck, qu'on
devoit fe hârer de lui adreffer les dernieres
paroles qu'on pouvoit avoir à lui dire ; qu'il
fentoit approcher fa fin , & que bientôt tout
feroit terminé. A minuit il demanda à boire
& s'endormit; la refpiration étant pénible , on,
appuya fa tête de quelques couffins de plus ;
enfin après plufieurs hocquets , il s'endormit
doucement du dernier fommeil , le 17 , vers
les trois heures du matin. MM. de Hertzberg,
de Scheverin , de Goerty , d'Egglofstein
étoient dans fa chambre , à fon dernier moment
; fur la fin de fa vie , ce Monarque fe
faifoit lire Suétone & la Vie d'Henri IV.
2
Pour apprécier les inepties déclamatoires
de quelques-uns de ces Ecrivailleurs prétendus
Economiftes politiques , qui font le
fléau de l'Europe , de la juftice ,, & du bon
fens , depuis vingt ans , il fuffit de dire , qu'à
l'avénement de Frédéric II. au trône , la population
de fes Frats , montoit à 2,240,000
ames : aujourd'hui , elle paffe fix millions :
fi l'on n'en diftrait les Provinces acquifes par
7
I
is
202 )
le dernier Roi , qui comprennent deux millions
d'habitans , on trouvera qu'il a prefque
doublé la population de fes anciens Etats .
De 176 1763 jufqu'en 1785 , c'eſt à - dire en
22 ans , il a diftribué en bienfaits , en avances
à fes Peuples , 47 millions de rixdalers
foit 177 millions de liv. Tournois .
Nous parlâmes dans le tems de l'entretien
qu'eut le célébre Gleim , avec le feu Roi
de Pruffe. Cet Ecrivain ayant témoigné au
Duc Frédéric de Brunfwick , un grand defir
de poffeder le chapeau que portoit le Roi
dans cette conférence , il a reçu ce mémorial
le 25 Août dernier.
M. de Hertzberg , Miniftre d'Etat , vient
de publier , dans le Journal de Berlin , uns
notice hiftorique fur le refus qu'ont fait
les Papes d'accorder le titre de Roi à S. M..
P. Clément XI , par un bref de 1701 ,
écrivit au Roi de France & autres Princes.
Catholiques , que le Marquis de Brandebourg,
Proteftant , ne pouvoit prendre la dignitéroyale
, fans l'autorité du S. Siége . La Cour
de Pruffe traita cette prétention avec indif
férence. Cependant le publicifte Ludwig, Profeffeur
à Halle, la refuta. Frédéric I. & Frédéric
Guillaume , n'ayant rien à traiter avec la Cour
de Rome, s'inquiéterent peu de fes prétentions
& de fon opiniâtre réſiſtance ; mais les relations
avec le S. Siége changerent fous
Frédéric II, lorfqu'il eut acquis la Siléfie & la
Pruffe occidentale , où fe trouvent un très-
1
( 203 )
grand nombre de Sujers catholiques , les trois
Evêques de Breslau, d'Ermeland & de Culm ,
& un multitude de Couvens & d'Abbayes.
Le feu Roi ayant accordé à fes Sujets catho-
Hiques , non feulement le libre exercice de
leur culte ; mais encore celui de leurs
relations avec le Saint -Siege , & la confirmation
des Eccléfiaftiques à Rome , il s'y
donna un Agent , le Chevalier Controlini ,
auquel fuccéda l'Abbé Ciofani , qui occupe
aujourd'hui cette place. Comme dans
les lettres du Pape aux Evêques de Breflau
, il falloit nommer quelquefois le Prince
, le prudent Benoit XIV , fans lui accorder
expreffément le titre de Roi , le
nomma dans plufieurs lettres écrites de 174
à 1758 , Monarcha Pruffia , Eledor Brandeburgi.
Dans un Bref du 15 Avril 1758 au
Chapitre de Breslau , il fe fervit de l'expreffion
Regia Majeftatis Boruffice . Clément XIV
fut moins coulant. En 1772 il ſe fervit dans
un Bref du titre de fupremus Boruffiæ Dominator.
Frederic II qui fe mocquoit beaucoup
des formalités , rit de cette réferve , &
n'infifta point. Lorfque Pie VI vint à Vienne
, M. de Hertzberg , de fon propre mouvement
, écrivit au Baron de Riedefel , Miniftre
de Prutle auprès de l'Empereur , de
re préfenter au Pape , que la tolérance fans
bornes & les faveurs même inufitées dans
plufieurs Etats Catholiques qu'accordoit le
Roi à ceux de fes fujets de cette Communion
, fembloit exiger de S. S. plus de méi6
( 204 )
nagemens. Le Pape en convint , & dans
plufieurs Brefs fubféquens , notamment dans
celui de Février 1784 , adreffé au Coadjuteur
de Culm , il a nommé Roi colui que la
juftice & la nature avoient fait tel. Au refte
Frédéric II ne prit aucune part à cette négocia
tion , & témoigna même la plus grande indifférence
, lorfque M. de Hertzberg la lui
communiqua . Jufqu'ici néanmoins l'affaire
n'a point été déférée au College des Cardinaux
, ni la dignité royale des Souverains
de la Pruffe reconnue folemnellement par le
S. Siege . Si l'on confuite le Calendrier de la
Cour de Rome de 1785 , [ Notizie per l'anno
1785 , Con licenza de Juperiori e privilegio
] on n'y trouvera ni Royaume , ni Duché
de Pruffa, ni Electorat de Brandebourg.
Ie Roi y eft nommé Marquis [ Marchefe
La Princeffe d'Orange , époufe du Stathouder
, y eft fimplement nommée Frédérique-
Sophie de Brandebourg. Sous le titre d'Angleterre
, on lit , Charles Edouard , fils du
feu Roi Jacques III. On ne trouve dans cet
Almanach pas plus d'Electeur d'Hanovre
que d'Electeur de Brandebourg , &c.
е
Le premier de ce mois , la Cour de Caffel
a pris le deuil pour huit femaines , à l'occafion
de la mort de Frédéric II , Roi de
Pruffe.
..,
Suivant une lettre de Berlin , le Roi a fait
remettre en liberté l'ex - Miniftre de Goerne ,
qui depuis quatre ans étoit enfermé dans la
fortereffe de Spandaw. S. M. lui a enjoint de(
205 )
fe rendre dans la ville de Brandebourg , &
d'y paffer le refte de fes jours.
Uneautre lettre de la même Capitale affure
que le Roi dans une converfation relative
aux affaires de Religion , s'eft expliqué de la
maniere fuivante : » Je veux maintenir dans
» mes Etats la Religion Chrétienne , parce
» qu'elle en eft l'appui ; nous fommes des.
» Chrétiens , & nous devons en remercier
» l'Etre fuprême. La tolérance entre dans
לכ
mes principes , & je ne perfécuterai ja-
» mais perfonne pour des opinions ; mais je
» veux que les chaires Chrétiennes foient.
» occupées par des Docteurs Chrétiens. :
» Mon intention n'eft nullement de faire
» revivre dans mes Etats la fuperftition & le
» fanatifme ; mais je ne fouffrirai pas que
» l'incrédulité ni le Socinianifme y arborent
» leurs étendards .
Le Prince dont eft accouchée à Strasbourg
la Princefle , épouſe du Duc Maximilien des
Deux-Ponts , a été baptifé fous les noms de
Charles-Louis Augufte.
On écrit de Manheim , que le 6 de ce
mois on y a obfervé vers les 11 heures de
la nuit un globe de feu qui fe dirigeoit vers
l'Eft, & qui fut vifible pendant 3 minutes.
Fin du Traité de Commerce entre le Roi de
Pruffe & les Etats - Unis d'Amerique.
XX. Aucun citoyen ou fujet de l'une des deux
parties contractantes n'acceptera d'une puiffan(
206 )
ce , aveclaquelle l'autre pourroit être en guerre,
mi commiffion , ni lettre de marque , pour armer
en courfe contre cette derniere , fous peine d'être
puni comme pirate : Et ni l'un ni l'autre
des deux Etats ne louera , prêtera ou donnera
une partie de fes forces navales ou militaires à
Pennemi de Fautre , pour l'aider à agir offenfivement
ou défenfivement contre l'Etat > qui eft en
guerre.
XXI. S'il arrivoit , que les deux parties contractantes
fuffent en même tems en guerre contre
un ennemi commun , on obſervera de part & d'autre
les points fuivans.
1 Si les bâtimens de l'une des deux Nations ,
repris par les Armateurs de l'autre , n'ont pas été
au pouvoir de l'ennemi au - delà de 24 heures
ils feront reftitués au premier propriétaire, moyennant
le paiement du tiers de la valeur du bâtiment
& de la cargaifon . Si au contraire le vaiffeau
repris a été plus de 24 heures au pouvoir de
l'ennemi, il appartiendra en entier à celui qui
l'aura repris.
2 Dans le cas qu'un navire foit repris par un
vaiffeau de guerre de l'une des deux puiffances
contractantes , it fera rendu au propriétaire ,
moyennant qu'il paie un trentieme du navire
& de la cargaifon , fi le bâtiment n'a pas été
plus de vingt - quatre heures au pouvoir de l'ennemi
, & le dixieme de cette valeur , s'il y a été
plus long- tems ; lefquelles formes feront diftri-
Euées en guife de gratification à ceux qui l'auront
repris.
3 Dans ce cas la reffitution n'aurà lieu qu'après
les preuves faites de la propriété , fous caution de
la quote part , qui en revient à celui qui a repris
le navire.
4 Les vaiffeaux de guerre publics & particu
( 207 )
liers des deux parties contractantes feront admis
réciproquement avec leurs prifes dans les ports.
refpectifs . Cependant ces prifes ne pourront y être
déchargées ni vendues qu'après que la légitimité
de la prife aura été décidée fuivant les Loix & les
Réglemens de l'Etat , dont le preneur eft fujet
mais par la justice du lieu où la prife aura été
conduite.
5 Il fera libre à chacune des parties contractantes
de faire tels Réglemens qu'elles jugeront néceffaires
, relativement à la conduite que devront
tenir refpectivement leurs vaiffeaux de guerre publics
& particuliers , à l'égard des bâtimens qu'ils
auroient pris & amenés dans les ports des deux
puiffances.
XXII. Lorfque les parties contractantes feront
engagées en guerre contre un ennemi commun
ou1 qu'elles feront neutres toutes deux , les vaiſfeaux
de guerre de l'une prendront en toute occas
fion , fous leur protection , les navires de l'autre .
qui font avec eux la même route ; & ils les défendront
, auffi long -tems qu'ils feront voile enfemble
, contre toute force & violence , & de la même
maniere qu'ils protégeroient & défendroient les
Navires de leur propre Nation.
XXIII . S'il furvient une guerre entre les parties
contractantes , les marchands de l'un des deux
Etats , qui réfideront dans l'autre , auront la permiflion
d'y refter encore neuf mois, pour recueillir
leurs dettes actives & arranger leurs affaires ;
après quoi ils pourront partir en toute liberté , &
emporter tous leurs biens , fans être moleftés ni
empêchés. Les Femmes & les enfans , les gens
de lettres de toutes les facultés , les cultiva
teurs , artifans , manufacturiers & pêcheurs
qui ne font point armés , & qui habitent des vil
les , villages , ou places qui ne font point forti(
208 )
fiés , & en général tous ceux dont la vocation
tend à la fubfiftance & à l'avantage commun du
genre humain , auront la liberté de continuer
leurs profethions reſpectives , & ne feront point
moleftés en leurs perfonnes , ni leurs maiſons ou
leurs biens incendiés ou autrement détruits , ni
leurs champs ravagés par les armées de l'ennemi,
au pouvoir duquel ils pourroient tomber par les
événemens de la guerre ; mais fi l'on fe trouve
dans la néceffité de prendre quelque chofe de
leurs propriétés pour l'ufage de l'armée ennemie,
la valeur en fera payée à un prix raifonnable.
Tous les vaiffeaux marchands & commerçans ',
employés à l'échange des productions de différens
endroits , & par conféquent deftinés à faciliter & -
à répandre les néceffités , les commodités & les
douceurs de la vie , palleront librement & fans
être moleftés ; & les deux puiflances contractan
tes s'engagent à n'accorder aucune commiſſion
à des vaiffeaux armés en courfe , qui les au- *
torifat à prendre ou à détruire ces fortes de:
vaiffeaux marchands , ou à en interromprè ' le
commerce .
XXIV. Afin d'adoucir le ſort des Prifonniers
de guerre , & ne les point expofer à être envoyés
dans des climats éloignés & rigoureux , ou refferrés
dans des Habitations étroites & mal - faines ,
les deux Parties Contractantes s'engagent folem-"
nellement l'une envers l'autre , & a la face de l'U
nivers , qu'Elles n'adopteront aucun de ces ufages
; que les prifonniers qu'Elles pourroient fairs »
l'un fur l'autre , ne feront tranfportés , ni aux
Indes Orientales, ni dans aucune Contrée de l'Afie
où de l'Afrique , mais qu'on leur affignerá en Europe
ou en Amérique , dans les territoires refpectifs
des Parties Contractantes , un féjour fitué dans un
air fain ; qu'ils ne feront point confinés dans des
( 209 )
cachots , ni dans des prifons , ni dans des vaiffeaux
de prifon ; qu'ils ne feront pas mis aux fers
ni garottés, ni autrement privés de l'ufage de leurs
membres ; que les Officiers feront relâchés fur
leur parole d'honneur dans l'enceinte de certains
diftricts qui leur feront fixés , & qu'on leur accordera
des logemens commodes ; que les fimples
Soldats feront diftribués dans des cantonnemens
ouverts , affez vaftes pour prendre l'air & l'exercice
, & qu'ils feront logés dans des barraques
auffi fpacieufes & auffi commodes que le font
celles des troupes de la Puiffance an pouvoir de
laquelle fe trouvent les prifonniers ; que cette
Puiffance fera pourvoir journellement les Officiers .
d'autant de rations compofées des mêmes Articles
& de la même qualité dont jouiffent en nature
ou en équivalent les Officiers du même rang
qui font àfon propre fervice ; qu'elle fournira également
à tous les autres prifonniers une ration pareille
à celle qui eft accordée au Soldat de fa propre
Armée . Le montant de ces dépenles fera payé
par l'autre Puiffance , d'après une liquidation de
compte à arrêter réciproquement pour l'entretien
des prifonniers à a fin de la guerre ; & ces comptes
ne feront point confondus ou balancés avec d'autres
comptes , ni la folde qui en eft due , retenue
comme compenfation ou repréfailles pour rel
autre article ou telle autre prétention réelle ou
fuppofée. Il fera permis à chacune des deux Puiffances
d'entretenir un Commiffaire de leur choix
dans chaque cantonnement des prifonniers qui
font au pouvoir de l'autre. Ces Commiffaires auront
la liberté de vifiter les prifonniers auſſi ſouvent
qu'ils le defireront. Ils pourront également
recevoir & diftribuer les douceurs que les Parens
eu Amis des prifonniers leur feront parvenir. Enfin
, il leur fera libre encore de faire leurs rapports
( 210 )
ou
par Lettres ouvertes à ceux qui les employent.
Mais fi un Officier manquoit à fa parole d'honneur
, ou qu'un autre prifonnier fortît des limites
qui auront été fixées à fon cantonnement ,
un tel Officier ou autre prifonnier fera fruftré individuellement
des avantages ftipulés dans cet Article
pour relaxation fur parole d'honneur
pour fon cantonnement. Les deux Puiflances
Contractantes ont déclaré en outre que ni le prétexte
que la guerre rompt les Traités , ni tel autre
motif quelconque , ne feront cenfès annuller ou
fufpendre cet Article & le précédent ; mais qu'au
contraire le tems de la guerre eft précisément celui
pour lequel ils ont été ftipulés , & durant lequel
ils feront obfervés auffi faintement que les
Articles les plus univerfellement reconnus par le
Droit de la nature & des Gens.
XXV. Les deux Parties Contra&antes ſe ſont
accordé mutuellement la faculté de tenir dans
leurs Ports refpectifs des Confuls , Vice- Confuls ,
Agens & Commiflaires de leur choix , & dont les
fonctions feront déterminées par un arrangement
particulier , lorfque l'une des deux Puiffances aura
nommé à ces Pottes ! Mais dans le cas que tel ou
autre de ces Confuls veuille faire le Commerce , il
fera foumis aux mêmes Loix & ufages auxquels
font foumis les particuliers de fa Nation à l'endroit
où il réfide.
XXVI. Lorſque l'une des deux Parties Contractantes
accordera dans la fuite quelque faveur
particuliere en fait de Navigation ou de Commerce
à d'autres Nations , elle deviendra auffi- tôt
commune à l'autre Partie Contra&ante , & celleci
jouira de cette faveur gratuitement , fi la conceffion
eft gratuite , ou en accordant la même com
penfation , fi la conceffion eft conditionnelle .
XXVII. Sa Majesté le Roi de Pruffe & les Etats(
211 )
Unis de l'Amérique font convenus que le préfent
Traité aura fon plein effet pendant l'espace de dix
ans , à compter du jour de l'échange des Ratifications
; & que , fi l'expiration de ce terme arrivcit
dans le cours d'une guerre entr'eux , les Articles
ci- deffus ftipulés pour régler leur conduite en
tems de guerre , conferveront toute leur force jufqu'à
la conclufion du Traité , qui rétablira la
Paix .
Le préfent Traité fera ratifié de part & d'autre
, & les Ratifications feront échangées dans
l'efpace d'une année à compter du jour de la fignature
.
En foi de quoi les Plénipotentiaires fufnommés ont
figné le préfent Traité , & y ont appofe le cachet de
leurs Armes, aux ieux de leur domicile refpectif,
ainfi qu'il fera exprimé ci - deffous.
F. G. DE THULE
MEIER
.
ALA HAYE , le 10 Sept. 1785.
.
( L. S. )
TH JEFFERSON .
PARIS Juill. 28. 1785 .
[ L. S. 1 JOHN ADAMS .
( L.S. )
[ L. S. ]
B. FRANKLIN.
PASSY , Juill. 1785.
LOND. Aug. 5. 1795 .
ITALIE.
DE VENISE , le 5 Septembre.
On a fait fortir de l'Arfenal deux frégates
de 36 can.; l'une la Pallas , l'autre la Vénus
, & on les arme en diligence.
ל כ
Quoique l'on fe fût attendu à de grands
chang emens dans le miniftre Ottoman à la
fin du Beyram , le feul Suleyman Effendi, cidevant
grand Tréforier, a été nommé Garde
( 212 )
des regiftres de l'Empire, le mécontentement
continue parmi le peuple , & les incendies
font fréquens. Le 6 Août , le feu éclata dans
le fauxbourg de Pera derriere l'hôtel de
l'Ambaffadeur de Hollande , & près de celui
de l'Ambaffadeur de France , à environ midi
& demi. Malgré de prompts fecours , il fut
impoffible d'empêcher les progrès du feu
avant la nuit. Plus de 130 mai ons ont été
entiérement confumées. On avoit jetté des
matieres con b. ftib'es en deux différens endroits
près de l'hôtel de Venife , & quoique
les flammes aient été promptement arrêtées
par la diligence des domeftiques de l'Ambaffadeur
, on en a conçu de grandes inquiétudes
, d'autant plus que ces frenes funeftes
fe renouvellent de moment en moment dans
divers quartiers de Conftantinople,
» Le Pacha de Romelie , Abdi Pacha , cé·
lebre pour fon habileté dans les affaires milita'res,
a été nommé Commandant de Siliftrie,
fur le Danube.
» Meleck - Pacha , un des plus anciens Officiers
de l'Empire , qui dans la derniere
guerre contre les Ruffes occupoit le pofte de
Kaimakan , vient d'être nommé Gouverneur
de Widin , fituée auffi fur le Danube.
» Suivant les derniers avis du Capitan
Pacha , il eft arrivé au commencement de
Juillet à Alexandrie avec toute fon Efcadre;
& il y a fait débarquer fon armée , forte d'ent
viron 25 mille hommes. Le Bey rebelle en
( 213 )
a au plus 15 mille. Le Pacha de Damas a tout
préparé pour foutenir l'Amiral Turc , & s'eft
emparé de tous les chemins des environs de
Gaza pour tenir en bride les Mammelus.
GRANDE-BRETAGNE .
DE LONDRES , le 16 Septembre.
Le Lord Chancelier , l'Archevêque de
Cantorbéry & le Marquis de Carmarthen ,
fe rendirent hier en cérémonie à la Chambre
Haute , où , en vertu d'une Commiffion fpéciale
de S. M. , ils prorogerent le Parlement
au 26 Octobre prochain , jour auquel cette
Affemblée fera fa rentrée.
Le Comité du Confeil - Privé , inftitué au
mois de Mars 1784 , pour prendre en confidération
les affaires du Commerce & des
Colonies , ( Board oftrade and Plantations )
vient d'être révoqué & rétabli fur un nouveau
plan. Le Comité actuel , dont Sa Maj.
vient de nommer les différens Membres
comprend quelques- uns des principaux Officiers
d'Etat du Royaume d'Irlande , & fera
préfidé par Mylord Hawkesbury , ( ci -devant
Mr. Jenkinfon ) Chancelier du Duché de
Lancaftre , ou à fon défaut , par M. Wyndham
Grenville.
Les ouvriers des chantiers de Portſmouth
font actuellement tous occupés à la réparation
des vaiffeaux en ordinaire. Pour le moment,
on a fufpendu dans ce port le travail
des bâtimens en conftruction.
On vient de commencer à Deptford celle
( 214 )
d'un vaiffeau neuf de 74 canons , qui fera
nommé le Brunfwick.
La vente des thés à l'Hôtel de la Compagnie
des Indes a commencé le 12 de ce
mois , & elle durera douze jours. Les prix
font de 4 pour cent au deffous de la derniere
vente.
Les dépêches de S. Jean , dans l'Ifle de
Terre Neuve , arrivées le 9 , nous apprenent
que plus de 30 navires avoient appareillé de
ce Port pour Lisbonne , Alicante , Malaga
&c. , & qu'il y en reftoit à - peu près autant ,
prêts à partir , plufieurs de ces derniers font
deſtinés pour l'Amérique.
Au mois d'Août, le feu s'eft manifefté dans
les bois fitués au Sud de S. Jean. L'incendie
s'eft repandu avec tant de force & de rapi
dité, que les efforts réunis des habitans , des
troupes & des marins, n'ont pu l'éteindre. Le
Commodore Elliot , a pris les plus grands
foins pour encourager les travail eurs ; au
bout de fept jours , le feu a été é eint par une
forte pluie , furvenue , pour ainfi die , miraculeulement
dans une faifon où les pluies
font très rares : fi le feu avoit continué un
jour de plus , les pêcheurs fur la côte auroient
efluye une perte confidérable , parce
que le vent portoit les flammes préciſement
fur leurs barraques & échaffauds au vent.
Une étendue de bois , de 10 milles en circonférence
, a été entierement confumée .
Le vent fut fi violent , écrit.on de Portfmouth
, en date du 12 , & la mer fi haute ,
( 215 )
Samedi dernier , jour fixé pour lancer le
Royal - Souverain , de 110 canons , le plus
beau vaiffeau de la marine Britannique, que
l'opération fut différée au Lundi fuivant.
Le temps étant très- beau ce jour- là , &
le vent de l'Ouest au Nord , il fut décidé à
midi que ce fupe be vaiffeau feroit lancé à
la marée du foir. On fit en conféquence
les préparatifs nécefla res ; on arbora le pavillon
Britannique , & dès les trois heures
les chemins & les rues qui con luifent au
chantier étoient remplies d'un concours prodigieux
de ſpectateurs. A fept heures les derniers
étançons furent coupés, & le Royal-
Souverain fut livré à la mer . Quoiqu'il y eût
près de 50,000 fpectateurs, l'étonnement que
caufa ce fpectacle majeftueux fit regner parmi
eux un filence abfolu pendant quelques minutes
, après que le vaiffeau eur été lancé. Ce
filence fut fuivi de cris de joie , de la décharge
des canons , & du fon des cloches. Il
avoit un nombre infini de perfonnes de
diftinction , d'Officiers de marine & de terre ,
plufieurs centaines d'yachts , & un nombre
immenfe de bateaux rangés en ligne fous le
vent, qui formoient le plus beau coup d'oeil.
Lady Edgecumbe nomma le Royal Souverain
avec les cérémonies ordinaires. Il n'eft
arrivé aucun accident. Toutes les auberges
de Plymouth étoient li remplies , que la plupart
des perfonnes qui s'y étoient rendues
ont été obligées de coucher fur les tapis , les
chaifes , &c.
( 216 )
i
Suivant une lettre de Liverpool , un homme
& fa femme , mariés depuis huit jours , étant venus
à la ville pour affaire le trouverent fur le port
au moment où un vaiſſeau négrier entroit dans le
baffin. Tandis qu'ils étoient à le regarder , le mari
fut fort étonné de voir trois matelots du vaiffeau
adreffer la parole à fa compagne dans les termes
les plus familiers. Il jugea d'abord que c'étoit
d'anciennes connoiffances ; mais quelle fut fa
furprife lorfqu'il les vit tous trois la réclamer
pour fa femme. On a fu depuis que de ces trois
matelots , elle en avoit épousé un à Glasgow ,
l'autre à Cheſter & le troifieme à Dublin. Ce qui
ajoute encore à la fingularité du fait , c'eft que
ces quatre maris font tous de différentes Nations ;
l'un eft Anglois , l'autre Ecoffois , le troifieme
Gallois , & le dernier Irlandois . Cette charmante
polygame eft âgée de foixante ans , & cependant
aucun de fes maris ne paſſe quarante ans. L'inté
rêt feul les avoit engagé à l'époufer , & chacun
avoit été fucceffivement trompé dans fes efpérances
. On croit que cette affaire n'aura point de
fuite , vu la tiédeur extrême que ces quatre compétiteurs
mettent à faire valoir leurs prétentions
reſpectives.
1
FRANCE.
DE VERSAILLES , le 20 Septembre .
Le fieur du Puget , Colonel au Régiment
du Corps royal de l'Artillerie des Colonies
de retour de l'infpection générale qu'il
vient de faire de l'artillerie qui exifte dans
toutes les Colonies Françoifes de l'Amérique
, a eu , le 11 de ce mois , l'honneur
d'être préfenté au Roi par le Duc de
Villequier , Premier Gentilhomme de la
Chambre
( 217 )
Chambre de Sa Majefté
en exercice.
Le 17 , le Comte du Toucher , Capitaine
de Dragons , a prêté ferment entre les mains
de Sa Majefté , en qualité de Lieutenant-
Général du Vermandois & Thiérache .
DB PARIS , le 27
Septembre.
Déclaration du Roi , du 2 Septembre
1786 , régistrée en Parlement le s du même
mois ,
concernant les Portions congrues .
Par Edit du mois de mai 1768 , les portions
congrues des Curés furent fixées à
& par la Déclaration du 12 mai 1778 , celles
5oo livres ,
des Vicaires furent fixées à 250. Sur les repréfentations
des Affemblées du Clergé , relativement
à la cherté progreffive de tous les objets
néceſſaires à une honnête fubfiftance , S. M.
fixe , à compter du premier janvier prochain ,
à 700 liv. la portion congrue des Curés & Vicaires
perpétuels dans tout le Royaume , & celle
des Vicaires à 350 , fans que les Décimateurs ,
Curés ou non Curés , puiflen: être tenus de payer
d'autres Vicaires que ceux que les
Archevêques
ou Evêques Diocéfains jugeront convenables &
utiles d'établir ou de conferver.
Les
Décimateurs autres que les Curés , feront
&
demeureront tenus des portions congrues defdits
Vicaires dans toutes les Paroiffes où ils font
dans l'ufage actuel de les acquitter , quand bien
même les Curés defdites Paroiffes ne fe réduiroient
pas eux - mêmes à la portion congrue ;
& ne pourront les Curés qui font en ufage de
payer leurs Vicaires , en tout ou en partie ,
s'en décharger fur les Décimateurs eccléfiafti
ques ou laïcs , fi ce n'eft en optant pour eux - mêmes
la portion congrue portée en l'article
premier.
No. 39, 30 Septembre 1786. k
( 218 )
. Les Curés ne pourront ni réfigner , ni permuter
leur Bénéfice , avec réferve de penfion ,
à moins qu'il ne refte au nouveau Titulaire
le montant net de ladite portion congrue ,
après ladite penfion acquittée , non compris le
cafuel & les fondations .
Les Archevêques & Evêques font exhortés ,
& il leur eft enjoint de procéder inceffamment ,
fuivant les formes requifes & accoutumées
par voies d'union de Bénéfices - Cures ou non
Cures , ou autres biens eccléfiaftiques , à l'exception
toutefois des Bénéfices & Cures dépendans
du patronage laïc , à la donation des
Curés & Vicaires , auxquels l'abandon total des
dimes n'allure pas un revenu équivalent à la
portion congrue , & notamment à la dotation
des Curés des Villes ; comme auffi à l'amélioration
ultérieure des Cures qui jouiffent d'un
revenu égal à la portion congrue , lorfque les
circonftances locales paroîtront l'exiger ; & feront
encore lefdites unions utilement employées,
foit à affuzer d'équitables indemnités aux établiſ
femens qui en paroî ront fufceptibles , foit à
procurer des penfions de retraite aux anciens
Curés , Vicaires & autres Prêtre , que l'âge
ou les infirmités contraignent à quitter les fonctions
du miniftere .
Les Archevêques & Evéques procéderont également
inceffamment , dans leurs Diocèfes ,
aux fuppreffions , tranflations & unions de Cures
qu'ils eftimeront convenables , & notamment
dans les Villes ou Bourgs où il s'en trouvera
plufieurs , dont la population feroit moindre de
deux mille Paroiffiens de tout âge ; & ce , fans
préjudice des oppofitions des Seigneurs , des
Communautés d'Habitans , des Paroiffiens &
des Patrons ou Coliateurs ; lefquelles oppofit
( 219 )
tions feront en tout cas , s'il en furvient , ju -
gées en la maniere ordinaire , conformément aux
Loix & Ordonnances , fans que la difpofition du
préfent article puiffe être appliquée aux Cures
dépendantes du patronage laïc , ni à celles des
Seigneurs qui ne peuvent avoir féance aux Etats
de leurs Provinces , que lorfqu'ils font Seigneurs
de Paroiffes.
Les Patrons & Collateurs eccléfiaftiques des
Bénéfices dont la fuppreflion.eft autorisée pour
remplir les objets ci - deffus mentionnés , feront
entendus en la forme ordinaire , fans néanmoins
que leur confentement puiffe être réputé néceffaire
, même à l'égard des Bénéfices réguliers ,
ni leur refus , empêcher l'effet defdites fuppref-
Gons ; dérogeant quant à ce , à l'article XVIII
de l'Edit du mois de décembre 1606 ; & feront
les oppofitions defdits Patrons ou Collateurs ,
ou de tous autres s'il en furvient , jugées en
la forme ordinaire , & conformément aux Loix
& Ordonnances.

Seront pareillement entendus en la forme
ordinaire , les Communautés d'Habitans , Marguilliers
ou Fabriciens , qui auroient quelques
droits de Patromge ; fans néanmoins que leur
refus puiffe empêcher les fuppreffions des conforces
, fraternités ou obiteries , en titre de Bénéfices
, dépendans defdites Communautés d'Habitans
, Marguilliers ou Fabriciens , ou dont
il nous auroit paru convenable d'autorifer la
fuppreffion , foit pour améliorer le fort des
Cures ou Vicaires defdites Paroiffes , foit pour
accroître la dotation de leurs Fabriques ; & leurs
oppofitions , s'il en furvient , feront jugées en
la maniere accoutumée.
Ne pourront les Bénéfices , dont la fuppreffion
aura été approuvée pour remplir les objets
k 2.
( iza )
ci-deſſus mentionnés , être , à compter du jour
de la préſentation des Lettres-Patentes qui feront
adreffées aux Cours à cet effet , réſignés
ni permutês , ni même , en cas de vacance ,
conférés ou impécrés , fans néanmoins que les
biens en provenans , & les revenus d'iceux puiffent
tourner au profit des oeuvres auxquelles
ils feront deftinés , qu'en vertu des décrets des
Archevêques ou Evêques diocésains , & duement
revêtus de Lettres - Patentes enregistrées dans les
Cours.
Les conteftations qui pourront naître au fujet
de l'exécution de la préfente Déclaration ,
même celles qui pourroient s'élever à raifon
des oppofitions dont il eft parlé ci -deffus , feront
portées en premiere inftance devant les
Baillis & Sénéchaux , & autres Juges des cas
royaux ,
fans que l'appel des Sentences & Jagemens
par eux rendus en cette matiere , puif-
Tent être relevés ailleurs que dans lefdites Cours
de Parlement.
Le 13 de ce mois , l'efcadre de M. d'Albert
de Rioms eft rentrée en bon état à Breſt , au
nombre de 14 voiles , y compris le Patriote
de 74 canons . Cette efcadre , après avoir navigué
dans la mer du Nord , & envoyé à
Riga less gabarres qui vont y charger des
mîtures & des bois de conftruction , eſt revenue
par le nord de l'Ecoffe en faiſant le
tour de l'Irlande. Le Patriote va être réarmé
fous le commandement de M. le Vicomte de
Beaumont, ainfi que plufieurs autres bâtimens
de la même efcadre , & notamment la frégate
la Raillenfe, commandée par M. de Grafe
du Bar , pour aller tenir la ftation de Saint(
221 )
C
Domingue. Cette divifion y remplacera le
Téméraire de 74 canons , qui en eft arrivé
depuis quelques jours , & qui fait voile vers
le nord de l'Amérique en quittant Saint -Domingue.
L'avifo le Lévrier vient d'arriver auffi de
Terre Neuve. On a appris par lui que la
pêche de la morue n'avoit pas été fort abondante
; mais que la prétendue nouvelle d'un
engagement entre la frégate la Proferpine &
la frégate Angloife l'Hébé n'avoit aucun fondement.
Les deux corvettes la Boulonoife & la Pan
deure font entrées à Breft , venant de la côte
d'Or , elles rapportent qu'elles y ont laiffé le
vaiffeau l'Expériment en affez mauvais état
pour qu'il ne puiffe pas fe rendre en Amérique
felon fa premiere deftination.
La Société Royale d'Agriculture de Laon propofe
les deux queftions fuivantes pour le fujet
du prix qu'elle diftribuera dans fa Séance publique
du mois d'Août de l'année prochaine :
1. Quels font les avintages qui réfulteroient du
deféchement des marais du Laonos : 2 Quels font
les graines , les plantes & les arbres les plus prapres
à être cultivés dans les terreins defféchés . Ce
fujet déterminé par le Duc de Charoft , l'un des
Affociés de cette Académie , qui a fait le fonds
du prix , ne fauroit être plus intéreffant : l'utilité
du defféchement des marais eft démontrée
par l'avantage qui en réfulte pour l'agriculture
dont on étend le domaine , pour le bien-être
des habitans qui avoifinent les marais , auxquels
on procure un air plus falubre , par la multik
3
( 222 )
plication des beftiaux qu'on pourra nourrir dans
ces marais convertis en bonnes prairies , par l'augmentation
des engrais qu'ils procureront , & par
le parti qu'on peut tirer de la tourbe pour le
chauffage ou les engrais . Les Mémoires en françois
ou en latin feront adreffés avant le premier
Juin 1787 , au Secrétaire perpétuel de la Société
à Laon , francs de port , ou fous le couvert
de l'Intenjant de la Généralité de Soiffons.
D'après le relevé qui a été fait fur les regiftres
de toutes les Paroiffes de Dauphiné
& des hôpitaux, il réfulte que pendant l'an
née 1785 , il eft né dans cette Province
13,914 garçons , & 130,30 filles ; qu'il eft
mort 11,454 hommes, & 11,405 femmes ;
ce qui donne un excédant de population de
4085 perfonnes. Pendant la même anne
, il y a eu 5962 mariages , 19 profeffions
religieufes ; & il eft mort 38 perfonnes
en religion.
PAYS- B A S.
DE BRUXELLES , le 23 Septembre.
Extraits des Gazettes Hollandoifes & autres ( 1 ) .
Extrait des Réfolutions des Etats de Gueldre
, du Jeudi 31 Août 1786.
» Reçu une lettre des Confeillers de ce
[1 ] M. Mallet du Pan , Rédacteur ordinaire de ce Journal
, prévient fes lecteurs , qu'il ne participe en aucune
manière à la confection & à la publication de ces extraits,
( 223 )
» Duché & Comté, datée d'Arnheim , le 26
» de ce mois , contenant qu'ils ont fait affi-
» cher notre publication du 11 Mai dernier ,
» &c. &c. &c. Sur quoi délibéré , & ayant
»pris en confidération la fituation malheu-
» reufe des villes de Hattem & d'Elbourg , &
»la nécefité d'y rétablir l'ordre & le repos ,
» L. N. P. ont entendu & trouvé bon , de
» charger immédiatement S. A. S. , comme
» Capitaine Général,d'y envoyer un nombre
ל כ
לכ
לכ
fuffifant de troupes , fous le commande-
» ment d'un Officier expérimenté , avec injonction
d'y refter jufqu'à nouvel ordre ;
que fi , contre notre attente , les habitans
» faifoient réfiftance , il fera enjoint au fufdit
» Officier Commandant d'établir garn fon
» dans les deux villes, malgré tous les obfta-
»cles , & d'ufer de violence & de force , pour
» le maintien de l'autorité Souveraine de
" L. N. P. On donnera à cet effet connoiffan-
»ce de cette réfolution aux Magiftrats defdites
» deux villes , en leur recommandant de pro-
» curer aux troupes toutes les facilites qui
dépendront d'eux , afin d'obéir ftricte-
» ment à la férieufe intention de L. N. P. »
[ Gazette de la Haye , No. 111. ]
"
« Des Lettres directes de la Province
d'Over-Yffel nous ont informé de l'éva-
>> cuation des deux villes d'Ebourg & de
» Hattem , dans la Province voifine de Guel-
» dre , par les Garnifons Bourgeoifes qui s'y
» étoient jettées , & par la plupart des habik
4
( 224 )
» tans. La premiere de ces villes , qui n'a que
» quelques anciennes fortifications , n'étoit
» capable de réfifter qu'à l'artillerie d'un
» moindre calibre ; mais il étoit impoffibé
» de fouten r , même durant peu de temps ,
la groffe artillerie . Hattem étoit abfolu-
> ment hors d'état de fe défendre avec le
moindre efpoir de fuccès. Des Régens
5 bien intentionnés
» Milices
Bourge
ont donc
engagé les
& les à ne
» pas fe facrifier inutilement , & à aban-
» donner plutôt leurs foyers pour un tems, »
[ Gazette de Leyde' , nº. 73. ]
Les Etats de la Province , affemblés extraordinairement
Lundi , le font encore ; les
» Affaires ont pris une tournure fi allarmante
pour la tranquillité publique , qu'il n'y a
» pas apparence , qu'ils fe feparent de quelques
jours. Il a été figné au Château de Loo , Réfi,
dence actuelle de la Cour du Prince d'Orange

5
une Confédération antipatriotique , le 21
Août : on ne fait pas difficulté de l'appellec
une vraie Confpiration , telle que les Syllas,
les Catilinas & les autres Romains turbulens
en fignerent autrefois contre Rome. On s'y eft
engagé à exterminer les Villes & les Régens
Patriotiques les uns après les autres , par le
fer & par le feu : Si le complot a été longtems
muri & réfléchi , il a été mis en exécu-
> tion fur le champ. Le Capitaine - Général de
» la Province de Gueldre & d'Utrecht a affemblé
autour de fon Château de Loo une Armée
, compofée des Régimens à la Solde des
fix Provinces de l'UNION , cette Armée eft en
pleine activité ; elle s'eft préfentée devant la
( 225 )
09
Ville d'Elburg , qu'elle a trouvé évacuée , &
où il n'étoit pas refté une feule ame ; la
» Conquête n'en a pas été difficile . Il n'en eit
malheureufement pas de même de l'attaque de
» la Ville de Hattem ; elle a été canonné le 5
» à 4 heures du foir ; les Habitans armés , &
les Bourgeois des Villes des autres Provinces ,
qui s'y étoient jettés pour la défendre , ont
fait de la réfiftance & ont canonné à leur tour
» les Affaillans ; on ne fait pas encore les dé-
" tails de cette funefte journée , qui a préparé
» & affuré le triomphe de la Liberté , quoi
9
qu'une partie de fes braves Défenfeurs y
» ayent péri les armes à la main. Les Trou
pes du Capitaine Général ont perdu beaucoup
de monde ; les Bourgeois ont évacué , lorf-
» qu'ils ont vu qu'ils ne pouvoient plus tenir..
» Voilà donc da fang répandu ; il retombera
fur la tête de ceux qui ont ofé le verfer ,
& les Etats de Hollande , inviolablement atta
chés à ce qu'ils doivent à la Patrie , au Pa
triotifme , à l'UNION & enfin au Peuple qui
réclame fes Droits , ont déja pris des Réfo
lutions capables de déconcerter la Conspira
tion de Lao. [ Gaz. d'Amfterdam n °. 72. ],
מ
Il a été envoyé aux Officiers Comman-
» dans des Gardes , Infanterie & Cavalerie de
L. N. & Grandes Puiffances , une Lettre de
» la teneur fuivante , de la part des Etats de la
→ Province . 1
» CONFORMÉMENT à notre Réfolution d'aujourd'hui
( 6 du préfent ) nous vous difpenfons
, de même que les autres Officiers de
vos Régimens , par celle- ci , de la partie d
» Serment Provincial qui a rapport à l'obéiffance
aux Ordres du Capitaine- Général ; nous
vous chargeons d'en donner connoiffance aux
S
( 226 )
» Officiers abfens pour avoir à vous y
≫ tous . "
conformer
Toutes les autres Troupes à la répartition
» de la Province , ont reçu les mêmes Ordres. »
[ Idem. 73. ]
» Les Etats de Hollande , journellement af-
» femblés , ne difcontinuent pas de prendre des
>> mefure: efficaces , pour mettre leur Autorité
à l'abri de toute atteinte & pour garantir la
Province de toute Invafion fubite : L. N. &
DG. P. pour n'avoir rien à craindre de la Milice
» de l'Etat , peu difpofée en général à feconder
» les vues fages du Suverain , relativement
au maintien du repos & de la tranquillité
publique , ont rendu une nouvelle Ordon-
Donance qui ne regarde uniquement , que les
Troupes de leur Province. Peu portées à fe
> foumettre aux Placards rendus contre les
>> Seditions , ces Troupes les ont éludés & même
tranfgreffés fans refpect pour le Souverain ;
» il a fallu donc mettre directement un frein
aux violations multipliées qu'elles fe font
permifes , & chercher à les contenir dans le
devoir & l'ordre , par des moyens capables de
les intimider. Voici cette Ordonnance .
V
» Les Etats de Hollande & de Weff ife &c.
Salut , ayant appris avec la plus grande indignation
, que fans égard à nos Ordonnances
rigoureu es du 16 Juin 17845 23 Février
→ 1785 & 23 Février 1785 , plufieurs Militaires
afe font permis de tems à autres ,
en marchant
dans cette Province , des excès puniffables
, en portant des marques de Sédition
défendues fi ftrictement & des Signes de
Parti , en criant même Hoezée Orange par
» deffus tout , & autres cris de Révolte de cette
nature ; qu'ainfi ils fe mequoient de notre
( 227 )
> Autorité Souveraine en troublant le Répos
public , & en engageant même d'autres Ha-
» bitans à le troubler , foit par leur exemple ,
foit par d'autres moyens.
ور
-
A CES CAUSES , nous avons trouve bon ,
» en renouvellant & ampliant les Placards
précédens , d'avertir très férieufement la
Millce au Service de l'Etat , de s'abstenir de
» tous les excès ci - deffus , foit fous prétexte de
» Réjouiſſance , ou quelqu'autre , que ce puiffe
» être , capables de troubler la tranquilité publique
& bien particulierement de porter des
» Cocardes couleur d'Orange , des Nouds , Rubans
, Papiers & Fleurs de la fufdite cou
» leur , & tous autres Ornemens ; défendons .
pareillemt auxdite Troupes toutes fortes
d'acclamations féditieufes & bien particulierement
encore de crier Hoezée Orange, pardeffus
tout , & autres cris de joye femblables ;
» de plus leur défendons d'exciter dans leurs
» Garnifons , ou ailleurs , aucuns mouvemens
qui puiffent donner occafion à des Tumultes
& à des Combuftions : Le tout fous peine ,
» non feulement de notre haute indignation
pour les contrevénans , mais en outre d'être
pourfuivis comme des perturbateurs du repos
public & comme defobéiffans à nos Ordres
» Souverains , cela fans aucune connivence ni
égard , & punis comme tels felon l'exigence
» du cas , même de la peine de mort . Char- :
» geons notre Procureur Général , de même ,
que notre Avocat - Fifcal & autres nos Offi-
» ciers Civils de notre Province de faire
exécuter ponctuellement la préfente Ordonnance
, fous peine d'être privés de leurs
» Offices en cas de connivence ou de contravention
de leur part. Ordonnons aux Com-
و ر
>>
30

"
k 6
( 228 )
" mandans refpectifs des Régimens qui fe trou-
» vent dans notre Province , ou qui font à la
Répartition de notre Province , de veiller fcrupuleufement
fur les Troupes confiées à leurs
» Ordres , fous peine d'être caffés fur le champ,
» en cas de négligence de leur part : Recom-
» mandant la même chofe aux Commandans
ور
des autres Régimens , fe trouvant for notre
" territoire , mais non à notre Solde , les
rendant refponfables des excès des Troupes
» à leurs ordres , s'ils ne veillent pas (ur Elles
avec le plus grand foin ; & c . &c . [ Idem . ]
« Les nouvelles que nous recevons cha-
» que jour de la Gueldre & de la Hollande ,
» font de plus en plus alarmantes & annon-
>> cent le dernier période du défordre comme
très prochain. Les Hollandois ayant con-
.ככ
gédié les Gardes- Dragons , la Gueldre les
→ a aufli tôt pris à fa folde , comme elle pren-
» dra toutes les troupes à qui la Hollande re-
» fufera leur paiement. Les Etats de cette
» Province ayant donné à toutes les troupes
» à fa répartition l'ordre de fe tenir prêtes à
» marcher , les Suiffes ont tenu leur Confeil
» de guerre ; & le réfultat a été , dit on ,
qu'ayant prêté ferment à la Generalité &
>> au Stathouder , ils n'obtempéreroient point
>> aux ordres particuliers de cette Province.
כ כ
» Celle- ci veut défendre Utrecht avec fes
» troupes , & leur a donné ordre de marcher ;
» de fon côté , la Gueldre a défendu à celles
>> qui fe trouvent fur fon territoire d'obéir à
» d autres ordres qu'aux fiens . En attendant ,
» l'armée eft effectivement en marche pour
( 229 )
réduire les Confédérés d'Utrecht ; la ville
>> eft fermée , aucune famille n'a la liberté
» d'en fortir ; les remparts font garnis d'une
» forte artillerie ; & s'ils doivent fe rendre ,
» on menace de fufilier tous les chefs des
» familles qu'ils foupçonnent ne leur être
pas affectionnées. » Courier du Bas Rhin ,
n°. 73. }
*
« On apprend que par une réfolution des
» Seigneurs Etats de Gueldre, prife le 7 de
» ce mois dans leur affemblée extraordinaire,
» L. N. P. ont trouvé bon & arrêté d'ordon-
» ner au Colonel & Officier- Commandant
» du régiment des Gardes Dragons, & enfuite
» à tous les autres Régimens qui fe trouvent
» à la répartition de la Hollande , & qui fe
» tiennent en garnilon dans le territoire des
Etats de Gueldre , de perfifter dans leur
» ferment prêté à cette province . Il eft en mê
» me tems ordonné auxdites troupes par la
» même réſolution de ne point refpecter d'au-
» tres ordres pour marcher ou autrement, que
fur des patentes de S. A. commeCapitaine-
» Général, & attaches des Sgrs . Députés ordinaires
, en ajoutant en même tems que
» s'il arrivoit quelque chofe auxdites troupes
» par rapport au retenu de leur folde ou quel-
» que chofe de cette maniere , les Etats de
» Gueldre y pourvoiront en forme de prêt, »
( Gazette de la Haye , No. 109 & de Bruxelles,
N°. 75. )
Le 8 de ce mois , L. N. & G. P. les Sgrs.
( 230 )
Etats de Hollande & de Weft - Frife , ont
reçu la Lettre fuivante de S. A. S. Mgr. le
Prince Stathouder , en réponse à celle que
lefdits Sgrs. Etats avoient écrite à S. A.
Nous avons reçu la lettre que V. N. & G. P.
ont trouvé bon de nous adrefler le 6 de ce mois ,
par laquelle elles requierent que « nous déclarions
ouvertement notre intention perfonnelle
»fur les troubles qui concernent les villes de
" Hattem & d'Elbourg en Gueldre , ainsi que
fur ceux qui concernent la Province d'Utrecht
avec la requifition d'une réponſe en deux fois
24 heures ; requifition qui nous touche d'autant
plus qu'elle manifefte un foupçon , comme
» s'il exiftoit chez nous des intentions qui ne
»foient pas conformes aux regles de notre ferment
& devoir.
Vos foupçons , Nobles & Puiffans Seigneurs ,
nous paroiffent d'autant plus étranges , que
VV. NN. PP. ont reçu vraisemblablement par
une Miflive des Seigneurs Etats de Gueldre ,
adreffée à VV. NN. PP . un ample détail de
toute la conduite de cette affaire , & qu'elles
auront vu qu'il n'a été rien fait , ni exécuté
par nous , que fur la demande & requifition
fpéciale defdits Seigneurs Etats , auxquelles
nous fommes obligés d'obtempérer en qualité
de Stadhouder & de Capitaine - Général de ladite
Province. De même que relativement à
la Province d'Utrecht , à l'exception du premier
Bataillon du Prince de Heffe - Darmſtad ,
lequel a marché vers Amersfoort , il n'a été
fait aucune demande à nous par les Seigneurs-,
Etats d'Utrecht , pour envoyer des troupes dans
leur Province , ni expédié par nous aucune
patente à cet effet . En attendant , ce nous eft
( 231 )
un grand fujet de contentement , que les diverfes
réfolutions approbatoires des Seigneurs-
Etats de Gueldre démontrent clairement que
nous avons complettement fatisfait aux requifitions
de LL. NN. Puiffances : ce qui fuffit
pour notre juftification . Et quoique nous penfions
ne pas demander trop , en réclamant ,
avec tous les habitans , une maniere libre de
penfer , nous te faifons néanmoins aucune difficulté
de nous conformer encore aux fentimens
que nous avons autrefois expofés , tant à
VV. NN. PP. qu'aux autres confédéres ; & c'eft
fur le fondement de ces principes que nous
pouvons affurer à VV. NN. PP . qu'éloignés
autant que perfonne de tous moyens de violence
, nous n'aurions fouhaité rien de plus ardemment
, finon que l'autorité légitime du Sou
verain eût pu être confervée & rétablie , partout
où elle a été bleffée , par les voles de douceur;
mais que l'expérience ayant appris plufieurs
fois , tant dans la province de Hollande que
dans d'autres , que la force militaire a été jugée
nécefaire à leur confervation , Vos Nobles
Puiffances ne pourront être furprifes que les
Etats de Gueldre en aient fait auffi ufage à la
méme fin , non pour ajuſter les différends entre
leurs Nobles Puiffances & les habitans , mais
pour donner occafion que ces plaintes & différends
fuffent examinés & accommodés d'uné
maniere modérée & juridique. En attendant , il
nous est très agréable de pouvoir ajouter , que,
dans l'expédition qui paroît avoir attiré particuliérement
l'attention de VV. NN. PP . il n'a
point été verfé de fang des citoyens.
» Nous nous flattons que ces ouvertures de
> nos fentimens & obligations perfonnelles feront
trouvées entierement fatisfaifantes par
( 232 )
V. N. & G. P. de maniere que nous devons
>> nous con enter en la préfente , de la conviction
» agréable & flatteufe de n'avoir rien fait & exé-
» cuté que ce que notre ferment & notre devoir
» exigeoient de nous. ( Idem. )
« Les Etats de Hollande ont reçu une
» ample Miffive des Etats d'Utrecht , dans
laquelle ces derniers communiquent à
» L. N. & G. P. , de n'avoir aucun deffein
» d'employer dans leur Province des moyens
» de violence , particuliérement contre la
» ville d'Utrecht ; & que la demande de
» troupes qu'ils ont faire à Mgr . le Stathouder
, n'a eu pour motif que de fe mettre en
» défenfe , puifque les Etats de Hollande:
avoient fait marcher les Régimens à leur
» répartition , vers les frontières voifines de
» la Province d'Utrecht , ainfi que pour ga
» rantir les Régens , que les Bourgeois
>> d'Utrecht ont démis de leurs poftes ; qu'au
» refte , ils étoient prêts à accepter la mé-
» diation offerte par la Hollande ; mais
» qu'ils defirolent , que préalablement les
» États de cette Province expliquaffent leurs
→ vrais fentimens fur les différends qui par-
> tagent celle d'Utrecht , attendu qu'ils permettoient
que des citoyens armés de
» Hollande fe rendiffent fur le territoire
» d'Utrecht. » [ Idem . ]
« Dans l'état de crife où en font les affaires ,
» le lecteur ne fera pis fâché de connoître le nome
bre de troupes à la folde de chaque province ;
en voici le détail :
La Gueldre. La moitié du régiment de Tuil
( 233 )
van Serooskerken , cavalerie , Orange - Gueldre
» & van Welderen , infanterie.
» La Hollande. Les gardes - du - corps , les gar
des à cheval , les carabiniers , Staveniffe , Pons,
» Heffe-Philipftal , la moitié de van Stoken , la
» moitié de van der Hoop , les garde -dragons ,
» les dragons de Heffe - Caffel , les dragons de
Byland , en cavalerie ; & en infanterie les régimens
des gardes Hollandoifes , d'Orange-
» Naffau ( premier & fecond régiment , ) d'En-
» vie, d'Oonderwater , de Hardenhroek, de Wal-
» deck [premier & fecond régiment de Houſtoun ,
» de Stuart , de Dundas , de Bylandt , de Gree
5
nier , [ Wallons , ] de Pallardy, de van Pabst ,
» de Leefdaal , de van Salm , [ de la marine ] &
de Saxe-Gotha .
» La Zélandle. De van Dopff , de van Brakel ,
infanterie ; de Douglas , [ de la marine ] & de ,
Dumoulin [ mineurs ].
La Frife. D'Orange -Frife , cavalerie ; &
» des Gardes- Frife , une compagnie , d'Orange
Frife , de Baden - Dourlach , de Schepper , de
van Plettemberg , & de Heffe - Darmfladt , in-
» fanterie.
33
59
» Utrecht. L'autre moitié de Tuil van Serooskerken
, cavalerie , & en infanterie , le
régiment du Prince héréditaire Guillaume Frédéric
, & ceux de Monſter & de van Efferen.
» Over Yffel. L'autre moitié de van der Hoop
» cavalerie ; & le régiment de Baden- Dourlach ,
infanterie.
Groningue. La moitié de van Stoken , cava
lerie ; les Gardes Groningue une [ une com-
» pagnie , Orange Stad- en- Land- en - Drenthe
» ier. bataillon , Lewe & Sommerlate , [ infanterie-
ور
» Le pays de Drenthe , paie le fecond ba(
234 )
5)
taillon d'Orange - Stad en - Land - en Drenthe.
Il y a outre cela fix régimens Suiffes ,
dont la province de Hollande folde la plus
grande partie ; & à compter d'aujourd'hui , elle
» paiera la légion du rhingrave de Salm , qui eft
compofée de 3 compagnies de cavalerie légere,
» de 8 compagnies de huffards , d'une compa
» gnie de chaleurs , & de 2 compagnies d'in-
>> fanterie.
» Les habitans de Gorcum , malgré les défenfes
réitérées des magiftrats , portent les couleurs
du prince , & crient , Vive Orange, &c.
on vient d'ériger un corps dans cette ville ,
en faveur du Stadhouder. »
રે
» Les Etats Généraux étant affemblés le 14 ,
» délibérerent fur un point des plus délicats dans
» la circonftance actuelle . Les Etats de Hollande
» ont donné des ordres aux Régimens à leur folde
» particuliere , aquellement en garnifon dans di-
>>verfes Places de la Genéralité , d'en fortir &
> de revenir dans leur Province . Les Gouver
neurs de Bois- le Duc & de Bergen op- Zoom
» de même que le Commandant de Mastricht ,
» l'abfence de M. le Princede Heffen- Caffel, qui
en eft Gouverneur , ont refufé de laiffer partic
les Régimens Hollandois qui fe trouvent dans
ces trois Villes . Ces Officiers Généraux don-
» nent pour raiſon , que ces Régimens étant pris
à ferment par les Etats Généraux , ne peuvent
» fortir que par un nouvel ordre de L. H. P. , &·
que les ordres des Etats de Hollande ne font
» rien à leur égard. L. N. & G. P. le font plaintes
aux Etats- Généraux de ces Gouverneurs
> & ont dit que fi L. H. P. perfiftent à ne pas
ordonner la fortie de leurs Régimens defdites
» Places , ils défendroient à leurs Députés de
paroître à l'Affemblée des Etats- Généraux , &
כ כ
( 235 )
. ל כ
qu'ils fe regarderoient comme féparés de la
» Confédération . Les quatre Provinces de Guel-
» dre , de Frife , de Zélande & d'Utrecht , qui
formoient la Majorité , opinoient que les Etats-
» Généraux ne devoient pas déférer à la demande
des Etats de Hollande ; mais voyant que
ceux - ci , préfens en Corps à l'Affemblée de
» L. H. P. fe levoient pour fortic & pour effectuer
» leur ménace , les débats recommencerent ; &
» enfin , par une espece de conciliatoire , il fut
arrêté L. H. P. donneroient les ordres les que
» plus précis aux trois Gouverneurs & Commandans
des Villes de la Généralité , de laiffer fortir
les Régimens Hollandois , qui feroient rappellés
par les Etats de Hollande. Il fut encore
réfolu d'écrire au Capitaine général , d'envoyer
des l'atentes néceffaires aux fufdits Régimens.
Les Etats de Hollande ont fortement
protefté contre cette derniere Réfolution ;
» & comme ils font décidés à ôter ce droit de
Patentes au Capitaine - général , & que même
ils l'en ont privé en leur particulier par leurs
dernicres Réfolutions , ils n'ont pu laiffer certe
» Réfolution fans la contredire. L. H. P. ont
5 donné ordre fur le champ au Capitaine général
» de fe conformer à leur Réfolution . Ainsi les
Régimens Hollandois rentreront bientôt fous
» le commandement direct des Etats de cette
>> Province .
>>
"
» Les Etats de Gueldre ont malgré cela pris une
» Réfolution particuliere , par rapport aux Régimens
Hollandois , qui font encore dans leur
» Province , tels que celui des Gardes- Dragons &
"
quelqu'autre . Ils leur ont défenda d'en fortir ,
» ni de bouger fans leur ordre , & fans les Paten-
» tes du Capitaine général ; ils leur ont enjoint
de n'obéir à qui que ce foit qu'à eux feuls.
( 236 )
ככ
5 Pour les encourager à refpecter leurs ordres ,
ils leur ont promis de les payer de leurs deniers
particuliers , au cas que les Etats de Hollande
leur retiraffent la folde , ou les puniffent
autrement ; mais feulement en forme de
prêt. Cette réfolution eft d'autant plus finguliere
que la Gueldre eft celle de toutes
les Provinces la plus difficile dans fes payemens
à la Généralité , qu'elle fe plaint tou-
» jours qu'elle eft trop chargée , &c Il faut
» néceffairement qu'elle ait trouvé une nouvelle
reffource qui lui fourniffe des Finances
abondantes pour s'annoncer fur le ton qu'elle
fait. Gazette d'Amſterdam , Nº 75 .
» On apprend de Nimegue, que Mgr. le
»Prince d'Orange a déclaré vouioir paffer.
» l'hiver dans cette ville ; on prépare actuel-
» lement le château pour recevoir la Cour
» Stathouderienne. Idem.
» On débite, que les Etats d'Amersfoort
» ont envoiéune députation à Zutphen , pour
» y propoſer une Confédération particuliere
» entre les deux provinces de Gueldre &
2 d Utrecht. Idem.
כ כ »Le Général Spengler qui a commandé l'expédition
contre les villes de Hattem & d'Elbourg
, a envoyé aux Etats de Gueldres un
» rapport circonftancié , figné de fa main , de
la maniere dont s'eft exécutée cette com-
» miffion militaire . Par ce raport , il eft avéré
» que , malgré les canonades qui ont eu lieu
de part & d'eutre , il n'y a eu perfonne de
» tué ni du côté des bourgeois ni du côté des
» foldats à Hattem , ainfi qu'à Eibourg , & que
و د
les garnifons entrées dans ces deux villes , loin
» d'y commettre aucun défordre , s'y font com(
2379 Y
" portées avec toute la modération poffible. Ce
rapport du Général Spengler eft figné & daté
» du 7 du courant . Gazette de la Haye , Nº. 115.
Le Comte de Goertz , Miniftre d'Etat
du Roi de Pruffe , eft arrivé à la Haye
avec deux Confeillers de Légation , après
avoir paflé quelques jours chez S. A. Š. le
Stathouder à Loo. Dans la nuit du 17 , il
elt arrivé à ce Miniftre un courrier extraordinaire
de Berlin , chargé de dépêches
dont on ignore le contenu. [ Article du
Rédacteur.
Ce Miniftre a remis le 18 fes Lettres de
créance au Préfident des Etats-Généraux ,
en qualité d'Envoyé extraordinaire de la
Cour de Berlin , & en même temps la Lettre
fuivante du Roi fon maître à LL. HH,
PP.
HAUTS ET PUISSANS SEIGNEURS , PARTICULIE
REMENT AMIS ET VOISINS.
Puifqu'il a plu à la Providence de retirer de
cette vie notre très- honoré & très -aimé oncle
Frédéric II , Roi de Pruffe , & que nous fommes
parvenus au regne de fes Etats , nous avons
trouvé bon d'envoyer à V. H. P. en qualité d'Envoyé
Extraordinaire & Miniftre Plénipotentiaire
notre Miniftre d'Etat privé & effectif , & Grand-
Maître de la Garde- robe , le Comte de Goertz,
afin de leur donner une preuve particuliere de
notre eftime & de leur communiquer plus amplement
notre defir de continuer avec les Provinces-
Unies le même bon voifinage & amitié
Particuliere ; mais en même tems , pour leur
témoigner la vive part que nous prenons comme
proches voifins , aux, diffenfions malheureufes
(
238)
qui agitent depuis long- tems quelques -unes
des Provinces- Uuies , particulierement aux différends
qui fe font élevés dans quelques - unes avec
le Séréniffime Stadhouder , Prince d'Orange &
de Nallau , & à l'oppreffion très - extraordinaire
dont ce Prince eft l'innocent objet. Nous n'arrêterons
point V. H. P. par un grand détail à cet
égard , puifque S. A. le Prince Stadhouder Héréditaire
, a expofé par diverfes lettres aux Etats
de Hollande & de Weft Frife d'une maniere auffi
détaillée que convaincante , la dureté avec laquelle
on lui raviffoit fes prérogatives : nous
nous en référons à la miffive que S. M. notre
prédéceffeur expédia le 18 Septembre 1785 ,
tant à V. H. P. qu'aux Etats de Hollande &
de Weft Frife ; en confirmant & renouvellant le
contenu de cette lettre bien intentionnée , de la
maniere la plus férieufe , en réitérant la demande
amicale qui y a été faite , de diriger les
affaires relatives au Stadhoudérat , par des moyens
réciproquement convenables, afin qu'elles foient
rétablies fur le pied-où elles étoient ci - devant ,
conformément à la conſtitution & au contrat de
1747. Par celle - ci , nous prions particulierement
V. H. P. amicalement & avec inftance , de vou-
Joir bien employer leur interceffion puiffante
d'une maniere férieufe auprès des Etats de Hol-
Jande & de Weft Frife , pour que S. A. S. le
Stadhouder héréditaire foit mis en état par des
moyens très faciles à trouver , de pouvoir retourner
avec honneur & décence à la Haie , afin
d'y ecer les emplois éminens , & qu'enfuite
il foit mis une fin durable aux autres différends ;
ce à quoi nous voulons con ribuer avec d'autres
amis & vorfins de la République , par nos confeils
& médiation , d'u d'une maniere auffi équitable
qu'impartiale. Nous avons donné des inftructions
( 239 )
aux
au Comte de Goertz , afin d'expofer ceci , tant
à V. H. P. que , felon les circonstances ,
Etats de chaque Province en particulier d'une
maniere plus détaillée , d'affurer de notre part
ce qui eft néceffaire , & lorfqu'il fera trouvé
bon d'entrer à ce fujet en négociation.
Nous prions eu conféquence V. H. P. d'ajouiter
foi entiere au Comte de Goertz dans une
affaire de cette conféquence , & de négocier &
finir avec lui tout ce qu'on pourroit trouver convenable
aux deux Parries , felon les circonftances.
Nous espérons & fommes dans la confiance
que V. H. P. ainfi que les Etats de chacune des
Provinces ne foupçonneront pas l'intérêt fi vif
& fi férieux que nous prenons au Stadhouder
Héréditaire. Le fort de ce Prince , de fon épouse
notre chere & digne foeur , dont les fentimens
élevés & dévoués entierement à la République
ne peuvent paroître douteux à V. H. P. ainfi que
de leurs enfans & poftérité , ne fauroit en aucune
maniere nous être indifférent. Nous favons
d'une maniere convaincante , & nous pouvons
affurer que S. A. le Seigneur Stadhouder Héréditaire
& toute fa famille font affectionnés de
toute leur ame à la haute République des Provinces-
Unies , & que certainement ils ne feront
jamais rien contre leurs intérêts & leur fyftême
d'Etat, mais qu'au contraire ils tâcheront toujours
de les conferver & de contribuer à leur bien- être ,
Comme le plus proche voifin des Provinces-
Unies , & en conféquence des liaisons qui n'ont
jamais été interrompues entre les Puiffances ref
pectives , nous avons un grand & confidérable
intérêt , que le Gouvernement de la République
, conforme à l'ancienne Conftitution , foit
confervé intact , & que les divifions inteftines
( 240 )
& les différends , qui certainement ont été caufés
par une injufte défiance , foient applanis le
plutôt poffible par une réconciliation équitable ,
jufte & fincere , & par une intelligence durable
chez toutes les Parties intéreflées.
Nous recommandons cette affaire de la plus
grande importance à V. H. P. ainfi que tout
ce dont nous leur avons fait ouverture de la
maniere la plus fincere & la plus amicale. Et nous
affurons réciproquement V. H. P. que nous
fommes & ferons toujours portés avec une amitié
de voifin & affection pour la République entiere
des Provinces -Unies , & pour chacune des Provinces
en particulier.
Berlin , ce 2 Septembre 1786.
De V. H. P. le bon ami & voifin.
Signé , FREDERIC- GUILLAUME.
Contrefigné , Finckenfte n . V. Hertzberg,
Errata pour le N°. 29 , p . 181 : Mémoire
de D. Pradine fur la trempe du fer. Au lieu
de ces mots Brandt confeille de mêler du
charbon groffiérement pilé en travers de la
barre , fur tout lorfqu'on la bat ; lifez : Mr.
Brandt confeille d'y méler avec la mine , du
charbon pilé groffièrement , afin que la chaleurfoit
affez forte pour en expuifer la plus
grande partie de l'arfénic. ·
Legras , Lib. quai de Conty , & élémentaire de géographie ,
à côté du petit Dunkerque , a de chronologie & d'histoire , tant
rapporté de Londres : ancienne que moderne , par une
A new geographical , hiftori- fociété de gens de lettres , dirical
, and commercial , grammar, gé par le feur Defnos : 5 vol.
and prefent ftate , of the feveral in - fol. actuellement complets ;
kingdoms , of the world , by feconde édition , propofée par
William Guthrie : 2 vol. in-8 . foufcription , pour laquelle il ne
avec cartes enluminées , rel. à fera rien payé d'avance , & qui
Londres , 16 liv. 4 fols. ne confiitera que dans une foumiffion
de prendre les livraiſons
lorfqu'elles paroîtrost.
7
11
Le même ouvrage , rel .en
an vol. 13 liv . 4 fols.
The new fpelling dictionary , Il y en aura onze de trente
teaching to write , and pro- cartes chacune , lefquelles fornounce
the english tongue with meront les trois cent trenteeafe
, and propriety , by John deux qui compofent cet Atlas ;
Entick : vol. rel . à Londres , elles fe feront le de chaque
3 liv . 12 fols. mois , à compter du jour de
l'enregistrement. ARRET S.
Edit du Roi , portant création
de huit offices de Receveurs
particuliers des finances de la
ville de Paris ; donné à Ver
failles au mois de Février 1786 ,
regiftré en la Cour des Aydes le
5 Juillet fuivant.
A Par's , chez Knapen & fils ,
Lib. Imp, de la Cour des Aydes ,
au bas du pont S. Michel.
Lettres patentes du Roi ,
portant fixation des droits du
domaine de Verlail'es au port
de Marly ; données à Versailles
le 6 Mai 1786 , regiftrées en la
Cour des Aydes le 5 Juillet
fuivant.
A Paris , chez les mêmes."
Lettres- patentes du Roi , qui
fixer la fomme à payer annuellement
par la Généralité de la Rochelle
, à titre d'abonnement
pour les droits en principal & dis
fols pour liv . fur les huiles fabri
quées & confommées dans cette
Généralité : données à
le 12
4
Le prix de cette foufcription
eft de 132 liv. à raifon de 12
liv. par livraifon ; elle ne fera
onverre que jufqu'au 15 Nov.
pour Paris , & un mois de plus
pour la Province . Ceterine
pafé , les cartes de cet Atlas
feront payées fur le pied de 12
fois , au lieu de 8 fois qu'elles
coûtent aux Seu'cripteurs ; ce
qui fait une différence de 66 liv .
tur la totalité de l'ouvrage.
C'est au fieur Deines , Ingénieur
- Géographe & Libraire du
Rei de Danemarck , à Paris ,
re S. Jacques , au Globe , qu'il
faut s'adreffer pour cette foufcription
; le prix de chaque livraifon
, franche de part , paur
la Province , fera de 14 liv. 8e
pour Paris , 12 liv.
Le catalogue général du ficu
Defnos , contenant plus de 800 .
articles en géographie , atlas
globes , fpheres , cartes itiné
des portes
Mai 1786 , en
wees as Espagne
France , d'Ien
la Cour des Aydes le 31 Mai
fuivant.
A Paris , chez les mêmes.
CARTE S.
Atlas général civil ,,ecc'éiaf
tique & militaise , méthodique
d'Angleterre
& d'Allemagne , &c. , & c. , le
diftribue gratuitement , ainfi que
l'analyse de fes almanachs nouveaux
pour l'année 1787.
GRAVURES.
Second calier , contenant en
fix planches des jardins angio- M. l'Abbé Lebugéen - fol.
chinois , avec des embelliffemens! A Paris , chez Mile . Caflagnietant
exécutés qu'à exécuter ; par ry, rue S. Honoré , Numéro 33 .
M. Panferon , Architecte ; troi-j
fième volume , 2.liv. lavé , 4 liv.)
1 Paris , chez Auteur , rue
des Maçons , près la Sorbonne ,
maifon de M. Levaffeur , Graveur
du Roi , Numéro 12.
MUSIQUE.
Collection de petits airs pour
le forté piano ou le clavecin ;!
par M. Haynd : in-fol.
LIVRES ETRANGERS.
Détails nouveaux & circonftenciés
fur la mort du capitaire
Cook, traduits de l'anglois :
in- 8. liv. 4 fols.
A Paris , chez Gogué & Nee
de la Rochelle , Lib. rue du Hu
repoix , Numéro 13 . Nouvelle vie du fervitent de .
Dieu Benoit Jofeph - Labre :
in 12.
A Paris , chez Weneck , rue
de Chabanois , Numéro 42. Paris , chez Efclapart ,
Premier concerto pour le cla- Lib. rue du Roule.
vecin ou le forté - piano ; par
On fonferit féparément pour le JocRNAL DE LA LIBRAIRA
chez FH . PIERRES , premier imeruker Cedicare dejci ,
Saias . Jacques. Le prix de l'abonnement af de 71.4role pas
anade , arces Table.
On s'abonne en tout temps , à Paris , Hôtel de
Taov , ru des Poitevins . Le prix eft , pour , Pai ;
de trente i vres, & pour la Province , per fran
trente-deux livres l'on reniettra à la Pofte
en affianchiffant le Port de l'argent & la lettre
d'avis , dans laquelle il faut inferer le reçu du
Directeur des Poftes.
J que
Meffieurs les Soufripteurs du mois d'Odobre
font priés derenouveler au plus tôt leur abonnement ,
afin qu'on ait le temps de réimprimer leurs adreffes,
& qu'ils n'éprouvent aucun retard dans l'expédition.
Ils voudront bien donner auffi leurs noms & qualités
d'une écriture lifible , & affranchir les lettres ,
fans quoi elles ne feront point reçues.
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le