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MERCURE
BRATESL
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES.
FÉVRIER , 1777 .
Mobilitate viget. VIRGIL
ER
DU
LU
Tugne
RUT
A PARIS,
Chez LACOMBE , Libraire , ruede Tournus
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi. TOR
LIBR
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, les piéces de vers ou de profe , la mufiavis
, oblervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
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•
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
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12 1.
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12 1.
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21. 10 f,
2 1. 10 f
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Dict . des Beaux -Arts , in- 8 ° . rel . 4 1. 10 f.
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12 1.
61.
3 vol .
6 1.
2 l.
21. 10f.
2 1. 10 f.
1 l. 16 f.
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in fol . avec planches br. en carton ,
41.
5: 1.
241
.
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Jaa li
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architec
ture , in-4° . avec fig. br . en carton ,
L'Agriculture réduite à fes vrais principes , vol .
broché
Annales de l'Imperatrice-Reine , in -8 ° , br avec fig.
in-12 .
21.
41 .
1773-
MERCURE
DE FRANCE..
FÉVRIER ,
1777:
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Suite de L'AUTOMNE , Chant troisième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
LA VENDANGE.
Les feux du jour ont mûri les côteaux ;
De toutes parts la grappe tranfparente
A iij
MERCURE DE FRANCE.
1
Brille à travers les mobiles rameaux
Boit le foleil , & déja ſe préſente
Au vigneron , charmé de ſes travaux ,
Dont le fuccès a paffé fon attente.
Mais le Paſteur affemble le hameau ,
Et la vendange eft enfin annoncée ;
Au lendemain la récolte eft fixée ,
Et l'allégreffe offre un coup d'oeil nouveau.
Libre de foins , dans la cour du Château ,
Au jour tombant , la ruftique affemblée
Se mêle , au fon d'un léger chalumea” ,
Et le plaifir prolonge la veillée.
Le foleil brille aux portes du matin ;
Sur le côteau le village s'avance :
Filles , garçons , la vieilleſſe , l'enfance ,
Chacun s'empreffe . En cheminant , Colin
A Lycoris exprime fa tendreffe ;
Et , racontant les tours de fa jeuneſſe ,
Le vieil Arcas abrége le chemin ;
Le rire éclatte, On arrive , on commence &
La Dame approche , & le fer à la main ,
Donne l'exemple aux vendangeurs . Alain ,
Le jeune Alain entonne une romance ,
Et tous enfemble entonnant le refrain ,
A qui mieux mieux maltraitent la cadence
De fes tréfors le pampre ek dépouillé ,
FÉVRIER. 1777. 7
Et du raiſin , dans la cuve foulé ,
Le jus vermeil à gros bouillons s'élance :
Le preffoir crie & tourne avec effort ;
Le vin nouveau s'épure ; l'allégreffe
Règne à l'entour , & le plus doux tranſport
Remplit les coeurs de joie & de lieffe .
Enfin la lune éclaire le côteau :
Des vendangeurs la troupe ſe raſſemble ;
Et lentement regagne le hameau.
La cloche fonne ; ils viennent tous enſemble
Faire , en chantant , l'effai du vin nouveau.
En le buvant , fon coloris rappelle
L'éclat d'Aminte & les charmes d'Iris :
La joie augmente , & chaque Amant fidèle
Boit à l'objet dont fon coeur eft épris.
Heureux mortels ! l'appétit afſaiſonne
Et rend meilleur ce champêtre repas :
A la gaieté la troupe s'abandonne ,
Le vin pétille & l'on rit aux éclats.
Philinte , affis auprès de fa Bergère ,
Cherche à fléchir la rigueur de fa mère ,
Qui cède enfin & ſe rend à ſes voeux :
Cloé rougit , & le doux choc du verre
Eft le fignal des plaifirs & des jeux.
Chantre éloquent des tréfors de Pomone ,
OS. L ***, c'eft le nectar des Dieux
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Qui t'infpira ces chants majestueux ,
Ou tes pinceaux , des bienfaits de l'automne ,
Ont déployé le tableau gracieux !
Jeunes Bergers , & vous , jeunes Bergères ,
Raffemblez -vous fous ces bois jauniflans ;
De nos bofquets les hôtes folitaires ,
Bientôt , hélas ! de leurs tendres accens
Ne feront plus retentir ces clairières ,
Où vous goûtiez des plaifirs fi charmans .
Le temps approche où le riant boccage
Ne fera plus témoin de votre ardeur :
Bientôt , bientôt , déchaînant ſa fureur ,
Le fombre hiver flétrira le feuillage ,
Et des frimats ramenera l'horreur :
Puifqu'il fufpend fa rage criminelle ,
Jeunes Amans, l'automne vous appelle :"
Venez , venez jouir de fes faveurs.
Le chaffelas ou la pêche vermeille ,
Sont embellis des plus vives couleurs ;
Et le mufcat , qui couronne la treille ,
A raffemblé fes parfums enchanteurs.
Déjà des vents les bruïantes haleines ,
Se difputant les côteaux & les plaines ,
Quittent le Nord & s'emparent des airs .
Le fruit plus mûr , que leur fouffle balance ,
Cède à fes coups & tombe en abondance ;
De fes débris les chemins font couverts.
1
FÉVRIER. 1777 . 2
De l'aquilon fauvez ce qui vous refte ;
L'hiver s'approche ; hâtez-vous , ô Bergers !
De préferver d'une chûte funefte ,
Et les rubis & l'or de vos vergers.
Lieux fortunés , agréable retraite ,
Séjour charmant , qu'habite le bonheur ,
Paifibles bois , où l'ame fatisfaite ,
Des vrais plaifirs favoure la douceur ;
Où , par l'effet d'une heureufe impoſture ,
L'art , déployant un preſtige enchanteur ,
Ajoute encore aux dons de la nature ;
Où cent canaux d'une onde vive & pure ,
Dans les vallons répandent la fraîcheur :
Bofquets d'A*** , folitude immorselle ,
Où le plus grand & le meilleur des Rois ,
Du poids du fceptre & du fardeau des loix ,
Se délaffoit auprès de Gabrielle !
Que j'aimerois , loin de tout embarras ,
A parcourir ces champêtres allées ,
Où le jafmin , la rofe & le lilas
Courbent en dais leurs branches émaillées !
Que j'aimerois, & fortuné féjour !
A m'égarer , au gré de mon envie ,
Dans ces vergers , où le flambeau du jour
Répand l'éclat , l'abondance & la vie !
C'eft-là , c'eft- là que refpirant le frais ,
Et qu'au matin , errant à l'aventure ...
1
Av #
10 MERCURE DE FRANCE.
Que dis-je ? hélas ! inutiles regrets ! ...
Si je ne puis jouir de fes attraits ,
Je me confole en chantant la nature.
Par M, Willemain d'Abancourt.
L'ARGUMENT SANS RÉPLIQUE.
Conte.
DEUX bourreaux de l'humanité ,
L'altière Médecine & l'humble Chirurgie ,
Toutes deux en bonne fanté ,
Plaidoient pour une minutie :
La Médecine prétendoit
Que fon vénérable bonnet
Devoit avoir la préféance:
La Chirurgie à fon tour foutenoit,
Qu'étant foeurs , la prééminence
A perfonne n'appartenoit.
Elle n'avoit pas tort. Fourré comme une hermine ,
Le Doyen de la Faculté
S'en va trouver le Juge : il entre, en qualité
De Député
De Meffieurs de la Médecine :
Monfeigneur , lui dit- il , il faut abfolument ,
»Pour éviter toute incartade,
FÉVRIER. 1777 .
Qu'un mur d'airain ... C'eſt penſer fagement ;
Mais, Monfieur le Docteur, reprit le Préfident ,
De quel côtémettra- t - on le Malade ? » *
Par le même.
LA FABLE JUSTIFIÉE.
Allégorie à Madame D... en lui offrans
une boîte.
Pour embellir la naiffante Pandore ,
La Fable affure que les Dieux
Lui firent à l'envi mille dons précieux :
La fraîcheur de fon teint fut un préfent de Flors :
Un regard tendre , un fouris gracieux ,
L'art enchanteur de plaire à tous les yeux,
Et bien d'autres charmes encore ,
Luifurent prodigués par l'Enfant de Cypris
La troupe des Jeux & des Ris ,
La timide Pudeur , la Décence , les Grâces ,
De fe fixer à jamais ſur ſes traces ,
Sentirent d'abord tout le prix.
Chef-d'oeuvre heureux de la nature ,
7 C'eft un mot de M. le Chancelier d'Aguefezu,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Son ame ignoroit l'impofture.
Minerve la combla de talens , de vertus :
On ajoute encor que Vénus ,
En fa faveur , dépouilla fa ceinture ,
Abrégé de tant d'attributs .
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Voulut à fes préfens mettre le dernier trait :
Qui l'eût penfé ? Ce perfide bienfait ,
Fut la fource des maux qui défolent la terre.
Moins faftueux & plus fincère ,
Le don que je vous fais renferme tous les coeurs.
Ne craignez pas que légers ou trompeurs ,
Ils s'échappent de leur afyle.
Vous connoître & vous fuir eft chofe difficile :
J'en ai pour fürs garans vos attraits féducteurs .
Aimables fictions , dont la Fable eft remplie ,
Vous fîtes de Pandore une femme accomplie !
Ces contes étoient bons aux fiècles de féeries ;
Réunit-on jamais tant de dons excellens ?
Pardonnez ; oui , je crois à vos fonges brillans ;
Je vois & j'admire Sophie ,
Et je m'écrie alors dans mes tranfports brûlans :
Ah ! c'étoit une prophétie !
Par M. l'Abbé Dourneau , Chevalier
du Saint- Sépulchre.
EÉVRIER. 1777. 13-
A MERCURE.
DEPUIS long-temps je briguois une place
Dans l'Almanach des Filles du Parnaffe ;
Mais trois fois mes vers préſentés
Pour être infcrits fur la fatale lifte ,
Par le rigide Nouvelliſte ,
Trois fois ont été rebutés.
Juge fi cela doit me plaire ,
Moi , dont l'unique ambition
Etoit de voir mon foible nom
A côté du nom de Voltaire ,
De la Harpe ou de Voifenon.
Qu'elle foit méritée ou non ,
Je ne puis digérer l'injure ,
Et je viens dans ton fein dépofer mes douleurs,
De grâce, venge- moi , Mercure ,
Du Gazetier de tes bavardes Soeurs .
Par M. de Saint -Marcel , Garde
d'Artois.
17
14
MERCURE
DE FRANCE
.
LA NAISSANCE de la Rose.
TRANQUILLE à l'ombre d'un vieux chêne
Pan rajuftoit fon chalumeau ,
Quand par-là le halard amène
Une Bergère & fon troupeau.
Les attraits qui brilloient en elle
Soudain réveillent fon ardeur ,
Et font jaillir quelque étincelle
Du feu qui couvoit dans fon coeur.
Fougueux comme l'eft tout Satyre ,
Et par le defir emporté ,
Vers l'aimable objet qui l'infpire,
Il court d'un pas précipité .
De l'outrage qui la menace ,
La Belle évite le danger.
Le Dieu vole envain fur fa trace :
Un cerffuit d'un pied moins léger,
Déjà loin , la Nymphe ſauvage
De fon triomphe s'applaudit ;
Mais un buiſſon , à ſon paſſage ,
L'arrête ,& le Dieu la faifit.
FÉVRIER. 1777. IS
J'ignore fi cette Bergère
Maudit ou non le mauvais pas ;
Elle fut , dit- on , moins févère ,
Lorfque Pan la tint dans fes bras.
Elle rougit : pour récompenfe ,
Dit aubuiffon l'heureux Amant ,
Produits des fleurs dont la nuance
Soit prife fur ce teint charmant.
Par le même.:
IMITATION ITALIENNE.
Ou fais-tu ton nid , Dieu d'Amour ? . U
Seroit-ce dans les yeux de Laure ,
Ou dans mon coeur qu'eft ton féjour?
Lorfque je vois ces yeux , ces beaux yeux que
j'adore ,
Amour ! c'eft- là que je te voi ;
Mais je connois bientôt , au feu qui me dévore,
Que tu te trouve tout en moi.
A ton pouvoir fi rien n'eft impoffible ,
En ma faveur opère un changement !
Viens dans mes yeux briller en ce moment ;
Ou loge-toi dans fon coeur infenfible !
Par le même
16 MERCURE DE FRANCE .
ÉPIGRAM ME.
L'EPOUX
COMPLAISANT.
CHEZ un Romain foupoit Mécène un jour ;
Il fut placé tout auprès de fa femme
Dans le repas il lui parla d'amour ,
Dont s'apperçut le mari de la Dame ,
Quifur fon lit , complaifant à fouhait ,
Comme cédant au fommeil qui l'entraîne ,
Se laiffe aller, puis s'endort tout- à -fait ,
Ou fait femblant , pour les mettre hors de gêne .
Lors un valet porte la main aux plats ;
Mais le mari fe lève , & par le bras
Le faififfant , qu'il y touchoit à peine :
Comment , coquin , dit- il , ne vois-tu pas
Que je ne dorsici que pour Mécène .
Par le même.
FÉVRIER. 1777. 17
LES JEUX DE L'AMOUR ET DU
Αν
HAZARD .
Hiftoire Espagnole.
temps où l'Efpagne étoit divifée
en plufieurs Royaumes particuliers , celui
d'Aragon effaçoit tous les autres ,
par le fafte , l'éclat , la magnificence &
la gloire qui environnoient fon Roi.
La brillante Cour d'Alphonfe attiroit
une foule de jeunes Seigneurs ; & la
Princeffe Léonore étoit pour eux un
motif de plus pour y féjourner. Jamais
on n'avoit vu en Efpagne , la beauté
fous une forme plus touchante ; des
traits nobles & modeftes , des yeux
tendres & languiffans , un efprit ingénu ,
rendoient Léonore , de toutes les femmes
, la plus aimable . Sa fenfibilité égaloit
fes charmes ; elle étoit toute âme
& toute grâce.
On fe difputoit à l'envi , le bonheur
de lui plaire ; mais pénétré du plus
profond refpect , aucun de fes adorateurs
n'ofoit lui faire part des fentimens
18 MERCURE
DE FRANCE
.
que
qu'elle leur avoit infpirés. Le feul D.
Juan , Prince héréditaire de Caſtille ,
en eut la hardieffe. Des affaires d'État
le Roi de Caftille avoit à démêler
avec le père de Léonore , jointes aux
grandes efpérances & à la figure avantageufe
de D. Juan , pouvoient faire
réuffir un mariage , auquel l'amour &
la vanité l'invitoient également. Plein de
confiance en fa perfonne & fon mérite,
sûr d'obtenir le confentement d'Alphonfe
, il fit à Léonore l'aveu de
fon amour , avec cette hauteur préfompueufe
qui faifoit la bafe de fon caractère.
La froideur que la Princeffe mit dans
fa réponſe , annonçoit une longue indifférence
, & bleffa l'amour-propre de
D. Juan ; mais peu occupé de captiver
le coeur de Léonore , il réfolut d'employer
l'autorité du Roi fon père , &
ne négligea rien pour accélérer le mariage.
La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fut un coup de foudre pour le Prince
de Léon , qui avoit toujours été le plus
paffionné , mais le plus refpectueux des
adorateurs de Léonore . Cependant la
conquête de ce coeur étoit réfervée à
FÉVRIER . 1777. 19
Vérémond ; fes qualités héroïques &
généreufes , l'en rendoient digne ; & le
penchant fecret de la Princeffe , autorifoit
fon amour. Poulfé au défeſpoir ,
il fe tranfporta chez la Princeffe . Le
difcours qu'il fit à Léonore , exprimoit
tout ce qu'une âme tendre & délicate ,
peut infpirer de plus touchant ; & le
défordre qui y règnoit , peignoit tourà-
tour les fentimens de la crainte & de
l'efpérance. Il n'eft plus tems , Madame,
lui dit - il , de garder un filence qui ,
jufqu'ici , m'a caufé les tourmens les
plus cuifans ; je viens le rompre , pour
vous demander un aveu qui fera le
bonheur ou le malheur de ma vie . Eftil
vrai que vous époufez D. Juan ?
Eftil vrai que l'heureux D. Juan
doit vous pofféder , & que votre coeur
y confent ? Parlez , Princeffe , prononcez
mon arrêt. Calmez votre inquiétude ,
répliqua Léonore , incapable de feindre
ou de diffimuler . Non Prince , je n'hésite
pas à vous faire un aveu auquel la vertu
a autant de part que l'amour . Ce fentiment
ne connoît point de loi , il eſt
au-deffus de tous les obftacles ; mais
il veut des âmes fortes & courageufes ,
que les difficultés irritent , & que les
20 MERCURE DE FRANCE .
revers n'étonnent point . Je connois la
mienne , & je vous jure une conftance
à toute épreuve ; je vous jure de n'être
qu'à vous , quoiqu'il puiffe arriver .
Cet aveu mit Vérémond hors de luimême.
Emu , agité , interdit , les mots
ne pouvoient fuffire aux fentimens . Son
langage étoit rapide, entre- coupé , plein
de force & de chaleur ; des accens
inarticulés fuppléoient aux paroles. Une
éloquence pathétique fuccéda enfin au
filence , & une action impétueufe en
redoubloit l'énergie ; mais la crainte de
trahir leurs intérêts communs , par un
entretien trop long , ayant obligé le
Prince de fe retirer , il mit dans fes
adieux un intérêt qui fit naître dans
Léonore , le plus vif defir de le revoir
bien-tôt.
Rempli des idées les plus flatteufes ,
le Prince entra dans une des allées du
Jardin Royal , & il y rencontra précifément
fon rival . Je ne m'attendois pas,
dit-il à D. Juan , à vous trouver dans
une allée ifolée , plongé dans des méditations
profondes , tandis que toute
la Cour ne parle que de votre bonheur .
Se pourroit- il que votre union prochaine
avec Léonore , excitât en vous un autre
FÉVRIER. 1777: 21
-
fentiment que celui de la plus vive joie?
- Je ne fuis point infenfible à la faveur
fignalée que la fortune m'accorde ; &
fi je recherche la folitude , c'eft pour
pouvoir m'occuper plus librement
de mon bonheur ; tandis qu'au milieu
d'un cercle de courtifans , & peut-être
d'envieux , mon coeur feroit forcé de
fe refferrer , par la néceffité où il fe
verroit de s'obferver. Mais encore,
Prince , vous marquez une indifférence
trop grande au moment où vous obtenez
la main de Léonore , & fans doute ,
auffi fon coeur . Je ne vous cache.
pas , Prince , que le langage de Léonore
eft conçu d'une manière à rebuter plutôt
mon amour qu'à le flatter ; mais j'attribue
la froideur avec laquelle elle me.
traite , à fon indifférence naturelle :
d'ailleurs , j'ai le confentement de fon
père ; & c'eft une erreur de croire que
l'amour est néceffaire pour former un
keureux mariage ; des convenances de
famille & d'état , fuffifent entre deux
époux de notre rang . Ainfi , la Princeffe
voudra bien vaincre la répugnance
qu'elle pourroit avoir pour un époux.
que le Roi fon père lui deftine ; &
elle lui facrifiera en même- tems , tout,
22 MERCURE
DE FRANCE.
penchant quelconque pour ceux auxquels
Alphonfe défend d'afpirer à fon coeur.
A ces mots , le Prince de Léon ne
put contenir davantage fa colère. Non,
dit-il , Léonore ne fera pas la victime
de votre arrogance & de l'injuftice
d'Alphonfe ; c'eft aux armes à décider
de fon fort. Il s'éleva un combat trèsvif
entre les deux rivaux , & Vérémond
eut le bonheur de défarmer fon adverfaire
, fans vouloir profiter de fon avantage
; il rendit l'épée à D. Juan , prêt
à redoubler fes efforts , & réfolu de
vaincre ou de mourir. Mais D. Juan,
touché de ce procédé , paffa de la fureur
à la générofité. Je refpecte trop ,
dit-il , à Vérémond , l'amour que Léonore
vous a infpiré à fi jufte titre ,
pour ne pas ceffer de m'y oppofer .
Jouiffez , Prince , du droit qu'elle vous
accorde , de régner fur fon coeur , en
vous cédant fa main ; je vous accorde
en même temps mon amitié pour la
vie. Ils s'embraſsèrent là - deffus ; D.
Juan chercha à fe diftraire en voyageant
; & le Prince de Léon , après
avoir informé Léonore de ce qui s'étoit
paffé , prit le parti de s'éloigner quelque
temps de Saragoffe , en attendant des
circonftances plus heureuſes.
·
FÉVRIER. 1777. 23
L'abſence de fon amant , & le défagrément
de n'entendre parler , à la
Cour , que de D. Juan , plongea bientôt
Léonore dans une noire mélancolie.
Après avoir tenté , inutilement , d'écarter
cette maladie cruelle , par des dif
fipations multipliées , Alphonfe réfolut
d'envoyer fa fille dans une des Ifles voifines
de l'Efpagne ; & ce projet fut
exécuté avec une promptitude qui ne
laiſſa pas le temps à Léonore , d'en
avertir fon amant. Arrivée dans cette
Ifle , Léonore s'abandonna , dans les
douceurs de la folitude , à tout ce qu'un
coeur qui aime tendrement , peut infpirer
de touchant . D'un côté , des rochers
& la mer ; de l'autre , un fite
fauvage , étoient le fpectacle qu'elle
revoyoit tous les jours ; & c'eft dans
ce féjour ifolé , qu'elle étoit bien aife
de nourrir fa mélancolie , le feul adouciffement
qui lui reftoit dans fa fituation.
Ofant peu efpérer de la volonté
inflexible de fon père , elle fe plaifoit
quelquefois à verfer des torrens de larmes
; enfuite fon oeil attendti s'attachoit
à la voûte du firmament , comme
fi ce rideau azuré devoit s'ouvrir pour
la recevoir dans fon fein paifible : puis
24
MERCURE DE FRANCE.
elle redifoit le nom de Vérémond à
tout ce qui l'environnoit ; elle gravoit
ce nom chéri fur tous les arbres , jufques
fur le fable ; & quand les vents
Fen emportoient , elle en renouveloit
F'empreinte fur le champ , en difant
mon cher Vérémond , ils ne parviendront
pas à l'effacer de mon coeur.
Un jour , les méditations menèrent
Léonore dans un bois qui s'étendoit
le long du rivage : elle ne fongeoit à
rien moins qu'à y trouver quelqu'un
des furveillans qui l'avoient fuivi dans
'Ifle , lorfqu'elle apperçut , au pied d'un
arbre , une femme , dont l'air pâle &
défait , les yeux enfoncés , les cheveux
en défordre , offroient tous les caractères
du malheur & du chagrin. Une
âme fenfible ne fe refufe jamais à la
rendre commifération qui l'identifie
en quelque manière , au fort des infortunés.
Léonore , pour laquelle la confiance
d'une âme affligée , étoit auffi
flatteufe que touchante , s'approcha de
l'inconnue , avec cette douceur compatiffante
qui lui étoit fi naturelle
lui témoigna le defir qu'elle avoit de
pénétrer la caufe de la douleur dont elle
la voyoit confumée,
&
Elmire ,
FÉVRIER . 1777. 25
Elmire , c'eft ainfi que s'appeloit cette
infortunée , charmée de pouvoir foulager
fon coeur auprès d'une perfonne
qui paroilloit prendre un fi tendre intérêt
à fa fituation , lui dit : puifque
vous voulez bien écouter le récit de
mes malheurs , apprenez que mes an→
cêtres , légitimes poffeffeurs du Royaume
de Caftille , en ont été dépouillés
par des ufurpateurs. Mon coeur, digne
encore de fon origine , & incapable de
fléchir fous le poids de l'infortune
trouvoit fon bonheur dans l'amour du
Prince le plus accompli ; & mon père ,
dont tous les voeux avoient pour objet
notre union , voyoit, avec une joie inexprimable,
approcher l'inftant de cet hymen,
lorfque la mort l'enleva. Un certain
Garcia , qui , par fa baffe complaifance ,
avoit fu s'infinuer dans les faveurs du
Roi de Caftille , & qui étoit tout- puiffant
à la Cour , m'avoit demandé en
mariage ; mais le refus conftant de mon
père , lui avoit ôté toute efpérance. A
la mort de ce bon père , Garcia crut
que toutes les difficultés feroient applanies
; il redoubla fes inftances , & fe
fervit de l'autorité du Roi , pour me
perfuader ; mais rien ne pouvoit m'en-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
gager à accepter une main fi méprifable
, tandis que mon coeur brûloit pour
un amant moins favorifé , à la vérité
de la fortune , mais mille fois plus eftimable.
Le funefte defir de fatisfaire une paffion
défordonnée , a été , dans tous les
temps , la fource de l'impofture & des
crimes. Et la conduite de Garcia prouve
bien à quel point un amour outragé
peut corrompre les fentimens d'un
homme. Le même jour que je devois
être unie à mon amant , le perfide
Garcia , à la tête d'une troupe de gens
armés , après m'avoir fait enlever ,
m'entraîna dans des lieux inconnus
où le refus conftant de mon coeur ,
m'expofoit à des perfécutions inouies,
J'eus cependant le bonheur d'échapper
à la vigilance de ce monftre , & le hafard
m'a conduit dans cette Ifle . Cent
fois j'aurois fini mes tourmens par une
mort violente , fi l'efpérance de revoir
encore mon amant, n'avoit arrêté mes
mains , Mais que fait-il , hélas , ce cher
amant, en ce moment , où je fuis pleine
de fon image ? Quelle eft fon occupa
tion ? Auroit-il oublié fon amarte , qui
gémit loin de lui ? Il ne m'entend
FÉVRIER. 1777.
27
point ; il ne voit point couler mes
pleurs , ces pleurs dont la fource fera
intariffable .
Léonore , attendrie par ce difcours ,
invita Elmire à venir tous les jours confondre
fon âme avec la fienne , au même
endroit où elle l'avoit trouvée. Voyant
arriver de loin fa fuivante , elle pria
Elmire de fe retirer , en lui difant encore
, la feule chofe que vous avez ou
blié de me dire , c'eft le nom de votre
amant . Je croyois l'avoir prononcé ,
dit Elmire en
s'éloignant , ce nom toujours
préfent à ma mémoire . O mon
cher Vérémond:!
A ce nom, un froid mortel fe répandit
dans les veines de Léonore , fon
coeur fe glaça , fes yeux fe couvrirent
de ténèbres ; elle fe renverfa expirante
fur la terre ; & la fuivante , qui accourut
, eut toutes les peines du monde
à l'empêcher de fuccomber à la violence
de fa douleur.
s'étoit
Pendant que ceci fe paffoit dans l'Ifle
de Léonore , le Prince de Léon , inftruit
de l'exit de fon amante ,
propofé de la rejoindre. Il rencontra
en chemin D. Ramire , le frère d'Elmire.
Qui que vous soyez , lui dit ce Che-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
valier , donnez - moi , s'il eſt potible ;
des nouvelles d'Elinire ; je veux la trouver
, pour lui apprendre que la puifi
fance de Garcia lui devient plus dangereufe
que jamais . Ce Sujet rebelle
ayant été le dépofitaire & le diftribue
teur des grâces , a fu gagner les Grands
& le Peuple ; & à la mort du Roi de
Caftille , il s'eft emparé de fes Etats ;
fi bien que l'héritier légitime, D. Juan ,
fe voit dépouillé de la fucceffion . L'a
mour & l'amitié excitèrent des mouvemens
bien violens dans l'âme de Vé .
rémond ; mais la générofité l'emportaį
je me joints à vous , dit- il à D. Ramire,
pour aller foutenir les droits de mon
ami , auquel je facrifie , en ce moment,
le plaifir de revoir ce qui m'eft plus
cher que la vie. La fermeté de fa conduite
, fit échouer toutes les difpofitions
de Garcia ; & ce traître évita , par une
fuite ignominieufe , le fupplice qui lui
étoit deftiné . En fuyant , bik vint à là
rencontre de D. Juan , & ne manqua
pas de fe jeter à fes pieds , pour lui
jurer qu'il étoit le plus fidèle de fes
Sujets . Apprenez , Seignent , dit-il , que
le Prince de Léon s'eft rendu le maître
abfolu de vos Ecars ; & que la fidélité
י
FÉVRIER 1777. 29
que j'ai toujours confervée pour mes
légitimes Maîtres , a mis ma vie dans
les plus grands périls. Vous me voyez
enfin à vos genoux , prêt à recevoir
yos ordres .
Eft-il poffible , s'écria le trop crédule
D. Juan , que Vérémond ait pouffé
la noirceur jufqu'à ce point ! Se peut-il
que fa perfidie foit montée au comble
de l'horreur ! Allons la dévoiler aux
yeux de Léonore : la haine , le mépris
de cette refptable amante , feront la
punition la plus cruelle de ce crime.
D. Juan s'embarqua aufli-tôt avec
Garcia ; & une tempête violente leur
ayant fait faire , en peu de rems , beaucoup
de chemin , ils furent bien-tôt près
de l'Ile de Léonore , lorfqu'ils apper
curent un bâtiment , fur lequel des
femmes éplorées fe lamentoient cruellement,
à l'exception d'un feule, qui fem
bloit attendre tranquillement une mort
inévitable, C'étoit Léonore à qui Alphonfe
avoit permis de retourner à
Saragoffe. Dans le même inftant où D.
Juan reconnut Léonore , il la vit dif
paroître fous les flots. I fe jeta auffi - tôr
dans la mer , & eut le bonheur de la
fauver. Après que Léonore eut été rap-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
pelée à la lumière , & qu'en ouvrang
les yeux elle eut reconnu D. Juan , qui
l'avoit fait foigner dans fon vaiffeau ;
c'est donc vous , dit- elle , qui êtes mon
libérateur ? Faut- il que je fois redevable
à D. Juan , d'une vie qui n'étoit deftinée
que pour fon rival ! Ah Princeffe
! le parjure Vérémond n'eft plus
digne de ce nom ; il a trahi les liens
les plus facrés de l'amitié non content
de m'avoir ravi ce que j'aimois
le plus au monde , il vient encore de
s'emparer de mes Etats : vous voyez
ici le plus fidèle de mes Sujets , prêt
à vous confirmer la vérité de cette action
atroce..
Comment peindre les mouvemens
qui s'élevèrent , à ce récit , dans le
coeur de Léonore , partagé , déchiré
entre l'amour & la vertu. Emue déjà
par les foupçons qu'Elmire avoit fair
naître dans fon âme , elle n'étoit que
trop difpofée à douter de la vertu du
Prince de Léon . Les idées les plus accablantes
, vinrent fe préfenter à Léonore
; mais au milieu des plaintes les
plus amères , fa douceur ne la quitta
pas. En levant au Ciel fes yeux
remplis de larmes , elle difoit ç'en
FÉVRIER. 1777. 31
eft donc fait , il faut renoncer , pour
toujours , à un amant adoré ; & je dois
rougir encore d'avoir aimé un ingrat
un parjure. Ah ! falloit -il revoir la lumière
pour la détefter ! Que je meure
plutôt mais que je meure avec ma
vertu , & que mon dernier foupir foir
deſtiné à plaindre Vérémond . Oui , la
mort , la mort dont on vient de m'arracher
avec tant de cruauté , fera mon
feul afyle. Ces mots échappés , avoient ,
en quelque façon , foulagé le coeur de
Léonore fatiguée par des fentimens
fi pénibles , elle s'endormit enfin de
laffitude , pendant que le vaiffeau s'approchoit
du rivage.
Le Roi d'Arragon qui étoit venu audevant
de fa fille , la ramena en triomphe
à Saragoffe , à côté de D. Juan ,
qui fembloit avoir acquis de nouveaux
droits fur le coeur de Léonore . Arrivés
dans fa réfidence , rien ne peut plus
arrêter les ordres impérieux d'Alphonfe ;
il veut abfolument livrer fa fille à l'objet
de fa haine tout fe prépare pour cet
hymen funefte .
Le Prince de Léon , après avoir rétabli
l'ordre & la tranquillité dans le
Royaume de Caſtille , & après en avoir
Biv
3: 2 MERCURE DE FRANCE.
confié le gouvernement à D. Ramire ,
inftruit d'ailleurs du retour de Léonore
à Saragoffe , fe remit en chemin pour
la rejoindre. Un orage épouvantable
l'obligea de s'arrêter dans un bois qui
entouroit Saragoffe , & de demander
un afyle à un Hermite qui y avoit établi
fa demeure. Ce Solitaire n'eut rien
de plus preffé que d'inftruire Vérémond
de la nouvelle du pays . Il lui apprit
que Léonore fe voyoit enfin forcée de
donner la main à D. Juan , & que les.
cérémonies du mariage alloient fe faire.
Quelle révolution pour Vérémond , de
quels coups à la fois il eft frappé ! Som
efprit fe trouble , fa raifon l'abandonne ;
& , dans l'égarement d'une douleur aveugle
, il pouffoit de longs foupirs ; mais
' étoit la douleur qui parloit , & jamais
le reffentiment . Lorfqu'il eut repris affez
de force pour apprendre à fen Hôre la
caufe de fon défefpoir , Vérémond
Prince de Catalogne , qui s'étoit retiré
dans cet Hermitage , lui dit : vous voyez
en moi un amant bien plus infortuné :
Léonore eft forcée de confentir à un
mariage que fans doute fon coeur défavoue
; mais celle que j'aimois s'eft laiffée
enlever par le plus vil fcélérat , le jour
FÉVRIER. 1777. 33
même que nous devions être unis. En
proie aux ennuis , aux chagrins les plus
cuifans , c'eft dans cette folitude que je
me pénètre de ma douleur ; c'eft ici
que je m'abreuve de toute l'amertume .
Pendant que ces deux amans fe dif
putoient la gloire d'être les plus malheureux
des hommes , Elmire avoit
trouvé le moyen de fortir de fon Ifle
fauvage ; elle s'étoit approchée de Saragolfe
, & avoit fait inviter Léonore
à venir à un endroit de ce même bois
qui environnoit fa demeure , & qu'elle
lui indiqua. Leur entrevue fut bien-tôt
interrompue par l'arrivée de D. Juan
& de Garcia. A l'afpect de ce dernier,
Elmire poufla un cri perçant , & fe précipita
dans l'endroit le plus touffu du
bois ; mais le traître la pourfuivit pendant
que D. Juan s'entretenoit avec
Léonore , & Elmire fe vit de nouveau
expofée aux infultes de fon raviffeur.
Heureufement fes cris attirèrent l'Hermite
, qui fit expirer le monftre fous les
coups redoublés d'un amant outragé.
La vengeance peur quelquefois être
un befoin dans le coeur de l'honnêtehome
; mais jamais elle ne lui fert
de confolation . Après avoir délivré
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Elmire du péril dont elle étoit menacée
, le Prince de Catalogne voulut la
repouffer comme une infidelle qu'il aimojt
peut-être encore , mais qu'il ne
pouvoit plus estimer. Les larmes d'Elmire
perfuadèrent enfin le Prince de fon innocence
alors les bras des deux amans
s'entrelacèrent de nouveau ; leurs coeurs
fe prefsèrent , leurs fanglots fe confondirent
, un torrent de pleurs fut la feule
expreffion de leur joie long - temps
immobiles & muets , ce n'eft qu'en fe
baignant de leurs larmes qu'ils fe répondoient
l'un à l'autre . Elmire furtout
étoit fi émue qu'elle refpiroit à
peine. Tantôt fes yeux fe tournoient
vers le corps fanglant de Garcia , & lui
lançoient des regards d'indignation :
tantôt elle regardoit autour d'elle , en
ferrant plus étroitement fon amant ,
comme fi elle eût entendu des raviffeurs
prêts à le lui arracher de nouveau : quelquefois
des fouvenirs amers venoient
corrompre fa joie ; agitée , fatiguée ,
affoiblie par tant de divers fentimens ,
elle fuivit le Prince de Catalogne dans
fon habitation folitaire .
Mais quelle fut leur furprife, d'y trouver
deux hommes baignés dans leur fang!
FÉVRIER. 1777 35
D. Juan , en ſe promenant avec Léonore
, avoit découvert l'Hermitage ; &
en y appercevant le Prince de Léon ,
s'étoit jeté fur lui à corps perdu : heureuſement
les bleffures qu'ils fe portèrent
mutuellement , ne furent pas mortelles
. Les fecours d'Elmire & de fon
amant , les firent bien-tôt revenir , &
mirent chacun en état d'éclaircir fa
défiance. D. Juan reconnut que tout
ce qu'on avoit imputé à fon ami , étoit
faux. Léonore apprit que le Prince de
Léon n'avoit pas ceffé un moment d'être
digne de fon coeur ; & il lui fut aifé
de voir que ce Vérémond qui lui avoit
caufé tant d'alarmes , étoit un autre
que fon amant. D. Juan touché de la
conftance de cet amour , & des procédés
généreux du Prince de Léon
fe joignit à eux pour travailler à fléchir
le Roi d'Aragon .
Alphonfe ne pouvant plus fe refufer.
à des inftances fi vives , confentit enfin
à un hymen qui devoit faire le bonheur
de fa fille. Elmire fut unie au Prince
de Catalogne ; & jamais un amour
matuel ne fit deux mariages plus heureux
. Livrés l'un à l'autre , ces nouveaux
époux oublioient l'Univers ; ils
B'vj
36 MERCURE DE FRANCE.
s'oublioient eux - mêmes. Toutes les
facultés de leurs âmes , réunies en une
feule , ne formoient plus qu'un tourbillon
de feu , dont l'amour étoit le
centre , dont le plaifir étoit l'aliment ,
& dont la vertu étoit le gardien.
Par M. dePapelier.
A LA PARESS E.
TANDIS qu'à toi je confacre ma vie ,
Tu m'abandonne au remords trifte & noir
Pareffe , cruelle manie ,
Ne me fais pas manquer à mon devoir ,
Ou fais auffi que je l'oublie .
Par M. P....
EPIGRAM ME.
DORIS , l'Epoux avec qui tu vas vivre ,
Bien fait de corps eft bien vuide d'efprit.
Ami , qu'à tant de foin votre ame ne fe livre ,
FÉVRIER. 1777. 37
»En cas préfent , d'efprit il ne s'agit ;
Quand j'en voudrai , je pourrai prendre un
≫ livre » ,
Par le même.
A Mademoiſelle ***, fur des Impromptus
qui ont été faits pour elle , par différentes
Perfonnes.
CES Impromptus que tu fais mériter ,
Sont les aveux des coeurs qui te rendent les armes.
Ne t'en étonnes pas , ils doivent peu coûters
Il ne faut qu'un inftant pour adorer tes charmes ,
En faut-il plus pour les chanter ?
Par M. Lalleman , à Saint - Germainen-
Laye.
ÉPITAPHE d'un Médecin , qui s'eft
foigné lui - même dans fa dernière
maladie.
IDELE à la loi des Apôtres ,
Qui nous prefcrit l'égalité ,
38 MERCURE
DE
FRANCE
.
Il a toujours traité les autres
Comme lui-même il s'eft traité.
Par le même.
A une Dame , qui n'a d'autre défaut
qu'une trop grande franchife , en lui
envoyant une Eftampe allégorique , où
la Vérité eft entièrement découverte.
JE vois votre pudeur févère
Rougir à cette nudité ;
Souvenez-vous , belle Glicère ,
Que fans voile , la Vérité
N'eft pas toujours fûre de plaire .
Par le même:
A M. *** , fur un fecret.
Du fecret que te fait Glicère , U
Peux-tu , Damis , contre- elle être irrité ?
Ne fais-tu pas que le myſtère
Eft l'attribut de la divinité ?
Par le même.
FÉVRIER. 1777. 39
L'ERREUR DE L'AMOUR.
Imitation de Lampride .
L'AUTRE jour , Vénus en colère ,
Vouloit frapper fon fils : eh ! qu'avoit il donc fait ?
Rien , que donner fon carquois à Glicère.
Quoi ! pour une fimple Bergère
Le petit fou fe défarmoit ! , ..
Ill'avoit prife pour ſa mère.
N'eft- ce pas elle trait pour trait ?
Par M. J... de Troyes.
LES SOUPIRS DE ROSINE.
Imitation de Paul Méliffe.
Tu veux favoir où vont , d'où viennent ces
foupirs :
Ah! dois tu l'ignorer ? Sans doute , cher Bafile ,
Echappés de mon coeur fur l'aîle des defirs ,
Ils volent dans le tien chercher un autre afyle.
Par le même,
40 MERCURE
DE FRANCE
,
PENSÉE DE SAADI , Poëte Perfan.
SUR de pompeux carreaux , dreffés par la molleffe ,
Un Tyran de l'Indus , couché tranquillement ,
Oubliant fes forfaits , dormoit paiſiblement :
Un Iman dont le fils , feul fruit de fa tendreffe ,
Au trépas condamné , fans être criminel ,
Attendoit qu'un bourreau frappât le coup mortel ,
Venoit au Roi , forti de fa fatale ivrefle ,
Redemander l'appui d'une infirme vieilleſſe .
Il entre... A fon aſpect on le vit reculer.
C'eſt le Tyran ! dit-il : dans une paix profonde...
Sans remords... il repofe ... & le fang va couler ! ...
O juftice des Dieux ! .. Infenfé qui s'y fonde...
Qu'as-tu dit , malheureux ! rougis de tes fureurs ;
S'il eût toujours dormi , verferois -tu des pleurs ?
Le fommeil des Tyrans eft le repos du monde.
FÉVRIER . 1777. 41
L'ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE.
Traduction de la II . Epode d'Horace.
Beatus ille , qui , procul negotiis , & c.
HEUREUX
EUREUX qui , dégagé d'affaires ,
Sous un ciel champêtre & ferein ,
Sans devoir aux foins mercenaires
Les fillons du champ de fes pères ,
Lui -même , d'une rude main ,
Conduit fes boeufs , trace l'image
De la fimplicité de l'âge
Où fleur:ffoit le genre-humain!
Il eft fourd au bruit des trompettes
Qui du Guerrier troublent les fens.
Il n'effuiera point les tempêtes
Dont la mer menace les têtes
Des ambitieux Commerçans ;
Du Barreau les faveurs iniques ,
Ni l'or des Grands fous leurs portiques ,
Nattirent fon fervile encens .
Mais c'eft une vigne nubile
Qu'il mirie à l'ormeau des monts :
42 MERCURE
DE FRANCE
.
Mais fon fer tranche un jet ſtérile ;
Et l'art , aufein du cep docile ,
Introduit d'actifs rejettons ;
Ou de géniffes mugiffantes ,
Son oeil fuit les bandes étrantes
Dans l'enfoncement des vallons.
Des rayons un miel pur s'exprime ,
Qu'il réferve en de clairs vaiffeaux.
Une dépouille légitime ,
Diffipe un mal qui s'envenime
Sous la toifon de fes agneaux...
Vient enfuite le Dieu de l'Automne
Afes vergers montrant Pomone ,
Ceinte des plus riches rameaux.
Il faut voir fes tranſports de joie !
Ilva donc cueillir ces raifins
Qu'à fes travaux le ciel envoie !
Quelle eft la pourpre qui déploie
Un plus beau luftre que ces grains?
Comment payer la vigilance
Des Dieux zélés pour la défenſe,
Du grand Priape & des Sylvains ?
Sous unvieux chêne où l'ombre abonde ,
L'heureux mortel va fe coucher :
Alors le bruit lointain d'une onde
FÉVRIER 1777. 43
Qui roule en fa rize profonde ;
Le chant des oifeaux d'un verger,
D'un courant d'eau le doux murmure ,
Afon lit d'épaiffe verdure ,
Appellent le fommeil léger.
Que Jupiter en fa menace ,
Préparant les longs froids piquans ,
Des guérêts blanchiffe la face ,
Et fouffle par degré la glace ;
Tantôt, avec les chiens ardens ,
C'eft un Chaffeur qui pourfuit , preffe,
Et précipite , aux rêts qu'il dreffe ,
Unfanglier grinçant des dents .
Ou ,fous l'amorce qui la guide ,
Un fubtil réſeau fufpendu ,
Trompe & furprend la grive avide.
Le lièvre imbécille & timide ,
Court fe prendre au piége tendu,
La grue y demeure au paffage :
L'homme faifit , remporte un gage
A fes travaux cher & bien dû.
Qui , coulant des jours fans nuage ,
Envie aux riches leurs foucis ?
Pour furcroît , une époufe fage ,
Veillant aux befoins du ménage ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Soigne les chers & tendres fils .
On croit voir la Sabine ancienne ,
Qu l'agiffante Apulienne
Auxbras robuftes & durcis.
Elle arrange au foyer champêtre
Du vieux bois , prompt à ranimer
Son mari las qui va paroître .
En leur enclos je vois remettre
Ses troupeaux gais , puis exprimer
Les flors de lait que leur fein donne , T
Tirer un vin doux de la tonne ,
Un repas fans frais fe former.
Il vaudra bien ces coquillages
Que le goût pêche au lac Lucrin.
Ces poiffons rares qu'en nos plages ,
Entraînent les fougueux orages,
Ne flatteront pas mieux ma faim.
Un oiſeau des fables d'Afrique ,
Un faifan du bord Ionique ,
Vient irriter mes fens envain.
J'aime autant l'ofeille cueillie
Un beau matin , fraîche en un pré;
La mauve prolongeant la vie ,
Une olive à l'arbre choifie , "
Et ce miel fuave & doré:
FÉVRIER . 1777.
45
Mais , pour les fêtes du Dieu Therme ,
Un agneau tué dans ma ferme,
Un chevreuil du loup délivré.
Puis voir mes brebis engraiffées ,
Accourir au gîte connu ;
Voir des boeufs , les têtes laffées ,
Rentrer, languiffamment baiſſées ,
Attirant leur foc rabattu ;
Voir briller la vive alegreffe
D'un effaim d'hommes , ma richeffe ,
Autour des Lares répandu.
Quelle douceur touchante & pure !
Alphius , achevant ces voeux ,
Reprit , garda pour la culture ,
Les fonds que prêtoit fon ufure ;
Il alloit devenir heureux :
Voici qu'aux calendes perfides ,
Il retourne, oubliant les Ides ,
Replacer un or précieux.
Par M. J. B. M. Gence , d'Amiens.
-masd mei angaybı ssimmilla ( nlny 25Ɔ
46 MERCURE
DE FRANCE.
DIALOGUE
Entre FRANÇOIS I , Roi de France , &
HENRI VIH , Roi d'Angleterre.
HENRI VII.
Vous fouvient- il de notre fameuſe entrevue
près d'Ardres & de Guines ? C'eft
une belle chofe que l'étiquette ! Nous
avions pris de fi bonnes mefures , qu'en
nous rendant vifite l'un & l'autre , nous
reftions pourtant chacun chez nous. Le
pied quarré de terre qu'occupoit alors votre
perfonne Royale , étoit du territoire
François, & celui qu'occupoit la mienne ,
du domaine d'Angleterre . Falloit- il , pour
la bonne grâce de l'attitude , avancer un
peu le pied droit ou le pied gauche ?
Nous le faifions ; mais ni le vôtre , ni
le mien, ne paffoient la ligne de démarcation
. J'étois bien affuié , dans cette circonftance
, de ne point compromettre la
dignité de ma couronne.
FRANÇOIS I.
Ces vaines minuties répugnoient beamFÉVRIER
. 1777 . 47
coup à ma franchife naturelle . J'eus bientôt
mis à l'écart toute étiquette puérile.
J'allai , dès le jour fuivant , vous furprendre
jufques dans votre tente , &
avant même votre petit lever ; au rifque
d'embarraffer un peu la belle Anne de
Boulen .
HENRI VIII.
On m'a dit , ( un peu tard, il eſt vrai )
que , durant fon féjour en France , vous
l'aviez accoutumée à ces fortes d'apparitions...
Mais parlons d'autre chofe. Je
l'avouerai ; votre loyale démarche me
rendit très -confus. Je vous connus dès
ce moment ; & , quoique nous fuflions
Rois l'un & l'autres quoique nous le fuffions
de deux peuples qui avoient la
folie de croire devoir fe haïr , je vous
jurai dès-lors une amitié à toute épreuve.
FRANÇOIS I.
Elle ne fut point à l'épreuve des offres
que vous fit , peu de temps après , mon
rival.
HENRI VIII.
Vous étiez un héros , votre rival fut
un grand homme , & j'aurois pu moi48
MERCURE DE FRANCE .
même être l'un & l'autre . Mais vous
occupiez tous deux la haute fcène de
l'Europe ; vous en faifiez les deftins ;
& vous ne me laiffiez que l'emploi de
mettre un poids dans la balance lorfqu'elle
paroiffoit trop pencher de l'un
ou de l'autre côté .
FRANÇOIS I.
Il eût mieux valu , au lieu de faire
couper la tête à tant de jolies femmes ,
vous joindre à moi pour arrêter un torrent
qui menaçoit de tout entraîner , de
tout envahir, L'Europe ne dût fa liberté
qu'à mon courage ; & quoique la fortune
m'ait fouvent trahi , j'ai toujours latté
avec gloire & contr'elle , & contre Char
les-Quint.
HENRI VIII.
Il est vrai que j'ai perdu bien du temps
changer de femme , & à me préparer
les moyens d'en changer encore. Que
voulez - vous ? J'étois fcrupuleux.
*
FRANÇOIS I.
Je ne m'en ferois pas douté. B
HENRI VIII .
FÉVRIER. 1777. 49
HENRI VIII.
Rien n'eft plus clair. Je ne voulois
point troubler le ménage d'autrui ; j'eus
feulement le foible de renouveller fouvent
le mien ; & , grâce à l'inconftance
du fexe , la mienne eut beau jeu pour ſe
fatisfaire. Une formule juridique me débarraffoit
facilement d'une infidelle dont
j'étois las , & de toute efpèce de remords
fur un tel événement . Je rifquois de devenir
plus coupable , fi je l'euffe trouvée
plus vertueufe .
FRANÇOIS I.
J'entends ; vous euffiez plutôt craint
d'être époux infidèle , que d'être époux
meurtrier. Le coeur de l'homme eft bien
bizarre & bien à plaindre ! Tour , jufqu'à
fes fcrupules , peut le conduire au
crime. Pour moi , je ne me piquai pas
d'une fidélité bien rigide : je paflai même
pour être un amant & un époux des plus
volages ; mais mon inconftance ne coûta
jamais la tête à perfonne ; elle en conferva
même une prête à tomber fous le
fer du bourreau. Saint Vallier dut aux
charmes de fa fille une grâce que ma
C
५०
MERCURE DE FRANCE.
juftice ne lui eût , fans doute , point ac-
/cordée .
HENRI VIII
Je l'avouerai fans peine , mon brave
frère ; la foibleffe eft encore préférable à
la cruauté . Mais voyez cependant le réful- ·
tat de vos galantes folies ? Voyez la malheureuſe
Comteffe de Châteaubrillant ,
jetée toute vive dans un lugubre tombeau,
privée de la clarté du jour avant que la
mort ferme fes yeux à la lumière ; livrée
enfin à toute la rage d'un époux qu'elle
dévoua à l'opprobre , qui ne put fe venger
tant qu'il vous craignit , & qui fe
à l'excès lorfque vous ne lui pa- vengea
rûtes plus à craindre.
FRANÇOIS I.
Terminons le trifte paralelle de vos
écarts & des miens ; il ne peut que nous
affliger l'un & l'autre. Vous fembliez
d'abord ne vouloir me parler que de
notre entrevue aux champs de Picardie.
HENRI
VIII
Je vous la rappelois , pour vous rappeler,
en même-temps , ce trait de noble
FÉVRIER. 1777 . S
confiance dont je garde encore le fouvenir.
FRANÇOIS I.
J'ai bien du regret qu'il vous ait tant
frappé .
HENRI VIII.
Mon admiration diminua un peu lorfque
j'appris qu'un Empereur , votre ennemi
le plus redoutable , qui vous traita
fi durement lorfqu'il vous eut en fon
pouvoir , étoit venu , fans aucune précaution
, fe livrer lui-même au vôtre.
FRANÇOIS I.
Il avoit ma parole : que lui falloit- il
de plus ?
HENRI VIII.
De bons ôtages . On ne peut guère fe
fier l'un à l'autre , quand on s'eft haï longtemps
l'un & l'autre.
FRANÇOIS I.
J'eus toujours préfente à l'efprit la
maxime d'un des Rois mes aïeux , auffi
vaillant qu'Alexandre , & encore plus
malheureux que moi. Il répétoit fouvent,
Cij
52
MERCURE DE FRANCE.
que
fi la bonne foi -étoit bannie du coeur
de tous les hommes , elle devroit fe retrouver
dans celui des Rois .
HENRI VIII.
La maxime eft belle , mais l'occaſion
ne l'étoit pas moins ; & la vengeance eft
fi douce !
mi
FRANÇOIS I.
Je me vengeai ; je parus oublier que
Charles-Quint eût jamais été mon en-
, pour me fouvenir feulement qu'il
étoit alors mon hôte. Je le traitai de
mon mieux , & j'eus bien du regret de
ne pouvoir lui offrir , en fait d'amufemens
, qu'une cauſe au Palais , une thèſe
en Sorbonne , & une proceffion de l'Univerfité.
HENRI VIII.
C'étoit bien peu de la part d'un Roi ,
qu'on nomme le Reftaurateur des Arts
& des Lettres dans fes États.
FRANÇOIS I.
J'avois planté l'arbre , mais il produifoit
encore plus de feuilles que de fruits.
FÉVRIER. 1777.
53
HENRI VIII.
Au moins la magnificence accompagna-
t elle notre entrevue . On furnomma
Le lieu où nous étions campés , le Champ
de Drap d'or.
FRANÇOIS I.
Un tel fafte étoit compté pour quelque
chofe ; mais on l'apprécie mieux aujourd'hui.
Il n'eft aucun Monarque fur la
terre qui ne puiffe être magnifique , au
moins une fois ; & ce que tant d'autres
peuvent fi facilement faire , il y a peu de
mérite à l'avoir fait. J'apprends que deux
jeunes Souverains , l'un defcendant de
Charles -Quint , & l'autre un de mes fucceffeurs
, & tous deux plus puiffans que
nous le fûmes jamais vous & moi , viennent
de mettre autant de fimplicité dans
leur entrevue , que nous- mêmes de fafte
dans la nôtre .
HENRI VIII.
Tous deux me font bien connus ; je
ne vois arriver ici aucune ombre qui ne
faffe leur éloge. Comment deux Princes,
dans un âge fi peu avancé , dans un âge
Ciij
54
MERCURE DE FRANCÈ.
où c'eft beaucoup de ne pas trop fournir
à la critique , ont- ils pu captiver tant de
fuffrages ? Nous ne devions autrefois
notre fageffe qu'à la plus longue expérience
, & l'expérience même ne nous
rectifioit pas toujours.
FRANÇOIS I.
Cette heureufe différence eſt le fruit
des lumières dont l'efprit humain s'eft
enrichi , & dont l'éclat fe répand d'un
bout de l'Europe à l'autre. Elles apprennent
aux Rois que leurs fujets font des
hommes. L'Europe n'a peut- être jamais
vu tant de jeunes Souverains fur le trône ;
mais , fur-tout , elle ne vit jamais tant
d'exemples de vertus , de bienfaifance
& de magnanimité , partir des trônes
qu'occupoient de jeunes Souverains .
HENRI VIII.
Il est vrai qu'ils nous donnent beau
coup à réfléchir , ' à nous qui nous en
piquions un peu moins là-bas . Nous remplîmes
notre carrière , efcortés de toutes
les paffions ; j'en excepterai peut - être
celle de bien régner . L'amour me rendit
chef de fecte , & , qui pis eft, perfécuteur
FÉVRIER. 1777-
1777. SS
L'ambition vous fit commettre d'autres
fautes. J'avouerai , pourtant , que vous
valûres beaucoup mieux que moi ; mais
avouez que nous aurions pu valoir encore
davantage ?
FRANÇOIS I.
D'accord : cependant , je ne ferai jamais
oublié des François.
HENRI VIII.
J'ai laié aux Anglois un monument
qui fubfitte encore , & qu'ils regardent
comme la bafe de leur liberté actuelle.
FRANÇOIS I.
Il y auroit bien quelque chofe à dire
fur cette bafe & fur cet édifice . Mais
pardonnez ce qui fe paffe aujourd'hui
dans mes anciens Etats , fixe plus mon attention
, que ce qui peut troubler les
vôtres. Je vais rejoindre Charles- Quint.
Nous nous fommes déja félicités réciproquement
fur l'alliance qui unit fa Maifon
& la mienne ; particulièrement fur
l'heureux gage que l'Autriche nous a
donné de cette alliance. De nouveaux
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
liens vont encore la refferrer. Les Princes
vertueux devroient fe voir fouvent . La
terre n'en feroit que plus heureuſe &
plus paisible . Combien de fois n'a- t - elle
pas été troublée par un mal- entendu ?
Un moment d'entrevue , un mot d'explication
, euffent affoupi des querelles
que vingt batailles n'ont pu décider , &
que vingt traités n'ont fait qu'entretenir.
HENRI VIII.
Et moi , je vais chercher Guillaume
Pen. J'ai quelque reproche à lui faire . Il
me femble que fes defcendans obfervent
affez mal une de leurs premières loix ,
celle de ne jamais tuer perfonne .
FRANÇOIS I.
Que voulez-vous ? Ils effayent d'étendre
l'édifice dont vous avez fourni la
bafe.
Par M. de la Dixmerie.
FÉVRIER . 1777. 57
LE CRIMINEL JUGE DE LUI-MÊME.
EL obfcur Sybarite agit avec honneur ,
Quand des gens , dont l'état eft grave & refpectable,
A la foi des traités dérogent fans pudeur :
La foifde l'or forme un voile impofteur ,
Qui fouvent cache un abyfme effroyable ,
Aux yeux cruels d'un avide oppreffeur.
Un Turc, à fon départ pour la Mecque & Médine ,
Remit à Mustapha , le plus faint des Dervis ,
A le juger fur fon auftère mine ,
Sa bague , un fabre , un arc , éclatans de rubis.
Si , vifitant le tombeau du Prophète ,
Ali trouvoit le fien , le dépôt refteroit
A l'Iman , pour le prix de fa garde difcrete ;
Ali reparoiflant , dans fes droits rentreroit .
Sous même caufe , à Zulfa , fa Maîtreffe ,
Il confia quatre mille ſequins ;
Er, fans fe confumer en des regrets bien vains ,
La combla de préfens , pour calmer fa trifteffe :
L'or eft un fpécifique aux amoureux chagrins ..
Réciproques fermens de conftance parfaite ,
Sauf quelques torts paffagers , clandeſtins ,
Cv
-$
8
MERCURE
DE
FRANCE
.
Que peut faire Zulfa , d'humeur affez coquette ,
Aux droits d'un fugitif en des lieux fi lointains.
Le Turc & fon efcorte entroient dans l'Arabie :
Un effaim de brigands , conduit par un Emir ,
Fond fur la caravane : Ali perdoit la vie ,
Si d'un tas de mourans il n'eût fu fe couvrir.
Mais il ne put exempter du pillage
Qu'un antique Alcoran , débris trifte & pieux ,
Duquel paisible maître , il reprit fon voyage.
Il voit de Mahomet les deux Temples fameux ,
Demande , entr'autres biens , un retour moins
fâcheux.
Ses voeux font vains : réduit en fervitude
An recour , chez un Maître intraitable , odieux ,
Ce n'est qu'après trois ans de l'exil le plus rude ,
Qu'Alep enfin reparoît à les yeux.
L'amitié , ce tréfor , à ſon gré , plus utile
Que for & les bijoux , en rentrant dans la ville,
L'attirent chez l'Iman : ce Dervis en forfaits,
Sans doute expert , feint , d'un air hypocrite,
Ne point fe rappeler ni fon nom , ni fes traits ;
Er lui nian; le dépôt des effets ,
Le forme d'abréger fa fâcheufe vifite .
Ali , comme étranger dans fes propres foyers ,
Ceux qui les occupoient refufant les loyers ,
Ifoié , fans reffource , erroit dans fa patrie,
Recourir à Zulfa qu'il juge , par état ,
FÉVRIER . 1777. 59
Avide & fans pitié , lui femble rêverie ,
Quine peux aboutir qu'à quelque vain débat .
Quoique jeune & bienfait , il craint que l'infortune
Ne rende fa préſence en tous lieux importune :
Les charmes indigens perdent tout leur éciat.
Ali féchoit ainfi de rage & de détreffe :
Un Efclave , mandé par la belle Maîtreffe ,
Inftruire de fon embarras ,
L'engage , de fa part , à voler dans les bras ,
Pour retirer fun or & bannir fa trifteffe .
Quels puifans aiguillons au rendez- vous galant !
Les fequins , avant tout , font remis par la Belle;
Suit le détail du larcin de l'Iman .
Le retour imprévu d'Ali , quoique indigent ,
Des feux communs ranime l'étincelle :
Après fi longue abfence , un ancien fentunent
Four la Dame , a l'attrait d'une intrigue nouvelle.
Zulfa, d'un naturel au furplus généreux ,
Se plaît à rétabli la joie & l'efpérance
Au coeur Alétri d'un ami malheureux ,
Et vent qu'il vole avec elle à Byfance ,
Dénoncer au Saltan le Dervis odieux :
Elle s'y promet tout du pouvoir de fes yeux ;
Bon droit aidé d'appas , prévaut fur l'éloquence.
Sélim fiégeoit alors fur le trône Ottoman .
Zulfa dit au Monarque , en terminant l'hiftoire :
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
«Prince accompli , dont l'efprit éminent
Egale , au moins , la puiffance & la gloire ,
Puniffez un voleur fous l'habit d'un Iman.
Le téméraire Ali , livrant fa confiance
A moi comme au Dervis , me remit beaucoup d'or;
Je l'ai rendu fans répugnance :
C'eft , pour une Coquette , un affez noble effort.
Que de gens de tout rang , dont la délicateffe
Se révolte au foupçon de la moindre foibleſſe ,
Sans pudeur auroient fu rerenir les ſequins !
D'autres qui fe flattant qu'Ali , dans fon voyage ,
Pourroit terminer fes deftins ,
Auroient d'avance englouti l'héritage.
Peu de gens pour Ali , touchés d'un pur amour ,
Auroient fait , comme moi , des voeux pour
retour :
fon
L'or d'un homme eft l'autel où mainte Belle encenfe.
J'ofe donc implorer , grand Roi , votre aſſiſtance
Pour Ali , tendre amant , qui m'attache à ſon ſort,
Contre un brigand qui mérite la mort ;
Et j'attends, à vos pieds , une prompte fentence ».
Le récit de Zulfa pénétra le Sultan ,
Prince à la fois fubtil , jufte & galant.
Pour tirer du forfait éclatante vengeance ,
Il voulut que d'Alep quittant la réfidence ,
Par un rapide effor , l'Iman devint Muphti.
FÉVRIER. 1777. 61
Muftapha , d'un tel fort auffi fier qu'étourdi ,
En raison de fortune augmenta d'impudence :
Le Turc & fes bijoux , tout fut mis en oubli ;
La richeffe d'un fot en règle l'infolence.
L'indigne Favori tient l'état fous fes loix :
Séduit par fon humeur tyrannique & rapace ,
Il vend au plus offrant les faveurs , les emplois ,
Sans préfentir la mort qui le menace.
Un Pirate cruel ainfi , fur fon vaiffeau ,
Fend l'Océan , conduit par l'avarice ,
Sans réfléchir qu'au bord du précipice ,
Il n'eft qu'un frêle bois de lui jufqu'au tombeau.
Les deux Amans , non fans impatience ,
Quoique nourris aux dépens de l'Etat ,
Du fage Prince attendoient la fentence .
Un jour Sélim , chaffant à l'entour de Byfance ,
Voulut que le Muphti par honneur s'y trouvât .
Muftapha , décoré du brillant cimeterre ,
De la bague & de l'arc , plus fier qu'un Paladin ,`
Sembloit , par fes regards , braver le genre-humain .
Reptil audacieux , il va rentrer fous terre .
L'arc , le fabre , au Sultan ſemblent faits à ravir :
Il met la bague au doigt ; le Muphti politique ,
Ne manque pas de tout offrir ,
Efpérant du bon Prince un retour magnifique .
62 MERCURE DE FRANCE.
Sélim feignit d'agréer le préſent ,
De s'unit au Mophti d'un lien plus intime.
Vous , lui dit-il , un jour en plein Divan ,
Dontl'efprit fin , la fcience fublime ,
Sont l'oracle & l'appui du culte Mufulman :
A quoi condamnez-vous un Dervis hypocrite ,
Qui , volant d'un ami le dépôt précieux ,
De chez foi le chaffa comme un monftre odieux ?
Ah ! répond Muftapha , qu'on l'empale au plus
vîte.
Scélérat , dit Selim , cet arrêt merveilleux ,
De ton propre forfait règle la récompenfe,
Gardes , faites fubirao Muphti fa fentence ;
Ali , du châtiment viens repaître tes yeux ;
Reprends le fabre , l'arc & l'anneau radieux..
Et toi, belle Zulfa , dont l'amitié fidelle
Eft un bien qu'Ali feul peut bien apprécier ,
Prends dix mille fequins , foible prix de ton zèle ,
Sur les biens du Brigand que je fais châtier.
Ta franchife eft d'autant plus belle ,
Qu'elle femble étrangère à ton galant métier.
Moi qui règne en Europe , en Afie , en Afrique ,
D'Alger à Ballora , du Phafe au Tanais ,
Que n'ai-je fur les coeurs ton pouvoir defpotique !
Rois de vingt Nations , je me vois fans amis.
Amans heureux ! que ce trait de juſtice ,
Vengeant les loix & comblant vos fouhaits ,
Puifle , dans tous les rangs extirper Kavarice ,
FÉVRIER. 1777. 63
Funefte auteur des plus graves forfaits !
Mais je crains qu'un tel voeu ne profpère jamais :
On punit les méchans , fans altérer le vice.
Par M. Flandy.
É PIGRAM ME.
PIERR IERRE & Guillot couchoient enfemble ;
Lorfqu'au beau milieu de la nuit ,
Pierre , furpris de mal fubit,
Vous jette les hauts cris ; tout le logis en tremble :
Sur quoi Guillot ronfleur , en colère ſe mit :
Morgué , je veux dormir : taifez-vous , par Saint
» Charle.
»Vraiment , dormez , dit l'autre , eft- ce à vous que
»je pale ?
39
Par M. P.
A Monfeigneur le Comte DE SAINTGERMAIN
, Lieutenant - Général des
Armées du Roi , Minifire de la Guerre.
JE ſupplie très- humblement Votre Grandeur
, de pardonner la témérité de mes
64 MERCURE DE FRANCE .
voeux , en faveur de ma très -refpectueufe
reconnoiffance , & de l'enthouſiafine d'admiration
qu'infpirent vos travaux à tous les
bons Militaires ."
Oferai - je encore , Monfeigneur , vous
prier de m'accorder la permiffion de vous
faire le récit d'une apparition que m'a procuré
le bon génie de la France : il m'a ſemblé
être au premier jour de l'an 1777 , & voir ,
avec l'Aurore , le Grand Maurice defcendre
Du féjour immortel qu'habitent les Héros ,
Vers les murs que la Seine arrofe de fes eaux ;
Il étoit couronné de ces rayons de gloire ,
Que , fur fon front brillant , attacha la victoire ,
Dans les champs de Raucoux , Laufeldt & Fontenoi
;
Il tenoit ce bâton , des léopards l'effroi ;
Ce fceptre des Guerriers , que la fière Bellone
Donne aux Héros François , foutiens de la Couronne.
Il t'appelle , t'embraffe , & te dit : « Saint- Germain ,
Je le gardois pour toi ; qu'il paffe dans ta main ;
» Je prédis ta grandeur , quand j'étois fur la terre,
» Et toi feul , de Louis peut guider le tonnerre .
כ כ »Aigledanslesconfeils,liondanslescombats,
Sois encore long-temps le père des Soldats 3
Laiffe briller l'effor de ton vafte génie ,
FÉVRIER . 1777. 65
Laiffe filer en paix les ferpens de l'envie ;
A force de vertus écrafe tes jaloux :
J'eus les miens , & je ris de leur foible courroux.
»Va , malgré leurs clameurs , Clio , dans fon hif-
ב כ
» toires
Placera nos deux noms au Temp'e de Mémoire ».
A ces mots , le Saxon difparut a mes yeux ;
Je vis ce demi Dieu fe perdre dans les cieux.
Par M. Courdavault , Capit . d'Inval. à
la Citad. de Châlons-fur Saône.
ÉPITAPHE de Mademoiſelle Q... T...
âgée de 19 ans , morte le 30 Octobre
1776.
Cicir des Nymphes la plus tendre ;
Gîr
Elle connut l'amour & ne put s'en défendre.
Fidelle à fon Amant , fidelle à la vertu ,
A détacher fon coeur nul ne devoit prétendre ;
Combattant pour l'hymen , elle auroit tout vaincu,
Préjugés , intérêts ; & la forçant d'attendre
Des jours moins orageux , la rigueur de fon fort ,
N'auroit fait qu'affermir ce qu'a détruit la mort.
66 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond vol. de Janvier.
Le mot de la première Énigme eſt
Patin ; celui de la feconde eft Plume ;
celui de la troisième eft Curedent. Le
mot du premier Logogryphe eft Bauf,
où le trouve auf; celui du fecond eft
Sergent , où l'on trouve Nègre , gêne ,
fené, Hégent , Rene ; celui du troisième
eft Bonbone
JE
ÉNIGME.
E fus jadis un figne d'esclavage ;
Mais aujourd'hui mon fort eft plas brillant :
Du feul beau fexe on m'a fait le partage ,
Et je le fers à titre d'agrément .
Souvent , pour plaire à ma Maîtreffe ,
J'offre à fes yeux l'objet dont fon coeur eft jaloux :
Souvent alors , dans un inſtant d'ivreſſe ,
Sur moi fa bouche imprime un baifer des plus doux;
Je fais baigné par fois de larmes de tendreffe.
Par M. Huet de Longchamps.
LE BAISER VOLUPTUEUX
Par Mla Comtesse de Vidampierre.
musiqueparM.Labbe Cazard.
Adagio
Volup
té! douce er:
reur ! Toi ,que mon coeur que
mon coeur appel - le Viens
sur les Levres d'Isa:
belle Eta blir ton
Trône en :: chanteur :
Elle ne sera
point
cru : elle Un bai
fera mon bonheur
ser fer
un baiser fe:ra mon bon :.
heur, un baiser fe - ra
mon bonheur
FÉVRIER. 1777. 67
A UTR E.
ON prétend qu'autrefois ma mère
Etoit une fubftance , une réalité .
Je le crois volontiers : mais , dans la vérité ,
Elle n'eft plus qu'une chimère ,
Dont on ne comprendroit ni le fens , ni l'emploi ,
Sans mes dix-neuf frères & moi.
De mon côté , je fuis le père
De quatre enfans ; & chacun d'eux
En a trois , qu'on ne voit plus geère
Que chez quelque docte Antiquaire ,
Comme des monumens rares & curieux.
Ni moi , ni ma trifte famille ,
Nous ne hantons pas les palais .
Par- out où l'or ou l'argent brille ,
Dédaignés , rebutés du dernier des valets ,
On nous renvoie à la guenille .
Où donc nous trouver enfin ?
A la campagne , à la guinguette ,
Chez la Marchande d'alumette ,
Et fur-tout chez les Quinze-Vingts.
Par M. le Méneftrier de Soupire.
68 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
MON Mon caquet & ma vigilance , ON
Tous deux en proverbe out paffé .
Ainfi le mal en moi par le bien fe balance ;
Et l'un par l'autre eft compenſé.
Si d'ordinaire on me compare
Une bavarde qu'on honnit ;
De quelqu'un , dont l'adreſſe eſt rare ,
On dit qu'il m'a trouvée au nid.
Par le même.
LOGOGRYPH E.
MON chef eft tellement rempli
De l'endroit où l'on me voit naître ,
Que je ne vais jamais fans lui ;
Et, pour mieux me faire connoître ,
Je veux avancer aujourd'hui
Que ce féjour for me ma tête .
De mon fein naiffent deux enfans ,
Dont le premier eft une bête
Que je relègue dans les champs ,
Indigné de lui donner l'être .
FÉVRIER. 1777 . 69
Lecteur , fuis fes rauques accens ,
Sur des landes laiffe le paître ,
Et ne t'occupe , en ces momens ,
Que du fecond de mes enfans.
Le revoyant toujours fans peine ,
Carefle-le bien aujourd'hui ,
Et permets qu'en fincère ami ,
Je t'en fouhaite une centaine.
Par M. Lavielle , de Dax.
AUTR E.
LECTEUR ECTEUR , tant que le malheureux
Me conferve dans fa détreſſe ,
Je lui prodigue ma tendrelle ,
Et radoucis fon fort affreux ;
Mais dès l'inftant qu'il me rejette ,
Et qu'il ne m'ouvre plus fon coeur ,
Me groffiffant de trois pieds en hauteur ,
Je l'abandonne à la mort qui le guette .
Par le même.
70 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
Je fuis une frêle prifon ,
Quoique le plus fouvent de fer je fois formée ;
De deffins & de fleurs j'ai beau paroître ornée ,
On dit , avec grande raifon ,
Que toujours ma demeure eft ennuyeuſe, horrible;
Pourtant , malgré cette opinion ,
L'être que je renferme , à fon fort peu fenfible ,
Souvent chante comme Amphion.
Pour changer mon deſtin , fi tu m'ôtes la tête ,
Lecteur , je fuis bien différent ;
Toujours à me cacher , vieille femme s'entête ,
Et ma grandeur fait fon tourment.
Veux- tu d'un autre fens pénétrer le myſtère ?
Je vais encore te l'offrir.
Sous quatre noms divers , j'ai régné fur la terre
Au premier je vais revenir.
Par M. de St. M.
FÉVRIER . 1777. 71
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Lettres de Mylord Rivers à Sir Charles
Cardignan , entremêlées d'une partie
de fes correfpondances à Londres ,
pendant fon féjour en France ; par
Madame Riccoboni ; 2 parties in- 12.
br. 3 liv. A Paris , chez Humblot ,
Libr. rue Saint Jacques.
MISS Adeline Rutland , âgée d'environ
douze ans , fut confiée par le teftament
de fon père , à la protection de
Milord Rivers , qui en avoit à peine
vingt- deux. Il étoit l'homme d'Angleterre
le mieux fait , elle , la plus attrayante
des créatures . Le Lord courut le monde ;
fa pupille élevée chez une Dame attachée
à la Cour , refta toujours à Lon- .
dres , grandit , fe forma , acquit des talens
agréables , d'utiles connoiffances.
On lui enfeigna l'art de plaire , fon coeur
lui apprit celui d'obliger. Chaque année
l'embelliffoir , attiroit fur fes pas une
foule d'admirateurs. Sans ceffe elle entendoit
vanter les grâces de fa figure &
72 MERCURE DE FRANCE.
les charmes de fon efprit. Mais dans l'âge
où l'amour-propre rend fi crédule , elle
fur diftinguer la louange de l'adulation ,
mériter l'une , dédaigner l'autre , apprécier
avec jufteffe fes avantages réels ; les
dons de la nature , les faveurs de la fortune
, fe défendre également des piéges
de l'amour , & des féduifantes exagérations
de la flatterie . La charmante orpheline
avoit un peu plus de dix-fept ans ,
quand le Lord , chargé de fa tutelle , revint
à Londres . Il vit fouvent fa pupille ,
prit de l'eftime & de l'amitié pour elle ,
lui montra de délicates attentions ; un
extrême defir de la voir heureufe , beaucoup
d'ardeur à l'obliger , & pas le moindre
deffein de lui plaire. Son coeur touché
des attraits d'un objet moins aimable
, vit ceux de fa pupille , les admira ,
& n'en reffentit point le pouvoir. La
jeune Mifs n'eut pas la même indifférence
pour les qualités diftinguées & les
agrémens de la perfonne de fon nouvel
ami. Elle préféra fon entretien à tous les
amufemens , fa vue à tous les plaiſirs ,
fes plus fimples égards à l'empreffement
de l'amour , aux hommages continuellement
rendus à fa beauté. Pendant fa
longue abfence ce tuteur , occupé de
bien
FÉVRIER. 1777. 73
bien des foins , n'avoit pas négligé les
intérêts de la pupille. Sa fortune étoit
confidérablement augmentée ; elle le
favoit , fe plaifoit à lui devoir de la reconnoiffance
, à dépendre de lai. Que de
charmes elle trouvoit dans l'amitié , que
ce châtiment lui paroifloit flatteur ! Hélas
! fon expérience lui prouva trop tôt
que la fenfibilité eft , dans le coeur d'une
femme , la fource de mille mouvemens
pénibles , & que même une innocente
amitié peut y exciter les plus douloureu-
Tes fenfations. Cependant le Lord Rivers,
prévenu en faveur d'une jeune perfonne
qui favoir diffimuler fes véritables fentimens
, étoit fur le point d'unir fon fort
au fien. Mifs Rutland ignoroit cet événement
; elle l'apprit , le vit certain . Sa
furprife , fon trouble , fes chagrins furent.
inexprimables. Elle pleura , s'affligea
s'étonna de fa douleur , fe demanda cent
fois la caufe du ferrement de fon coeur
ne put fe répondre , fe défola toujours
Une réflexion modéra enfin la violencede
fes fentimens. La félicité de fon tuteur
alloit être la fuite de cet événement.
La généreufe fille fe reprocha fes larmes.
La joie de Milord devoit-elle lui infpirer
de la trifteffe ? D'où vient pleuroit
D
76 MERCURE DE FRANCE .
coup
fu
foient. L'efpoir ramenoit au fond de
fon ame , les premières douceurs que
l'amitié lui avoit fait éprouver. Elle s'y
livroit. L'abfence de fon importun amant
rendoit encore fa fituation plus heureufe ;
elle entrevoyoit le plus grand des biens ,
tout lui en annonçoit la poffeflion , quand
fon ami , cet ami fi cher , prend tout
d'un la réfolution de fe féparer
d'elle. Milord Rivers , épris du plus tendre
amour pour fa pupille , n'avoit pas
lire les tendres fentimens qu'elle- même
nourriffoit pour lui. Il crut donc devoir
cacher un penchant qui pouvoit troubler
la tranquillité de fes jours ; & plus ce
penchant prenoit de force , plus il craignoit
de s'y livrer. L'équité d'ailleurs
l'engageoit à fe taire , à refpecter les
droits de Sir Edmond , qu'il avoit luimême
préfenté à fa pupille comme un
amant digne d'elle. Dans cette embarraffante
pofition , il penfa que la fuite
pouvoit feule l'arracher au danger de
fuccomber. Il quitte donc l'Angleterre ,
paffe la mer, & fe rend à Paris . C'eft á
cette époque que commence fa corref
pondance avec fon ami Charles Cardigan.
«Je ne t'ai pas quitté fans regret ,
» lui écrit-il dans fa première lettre
FÉVRIER. 1777. 77
» mon attendriffeinent a dû te le prous
» ver. On fe trompe fort fur l'objet de
» mon voyage. Ni le deffein de compar
» rer deux nations rivales , ni cette mélancolie
vague , qui porte une foule
» de nos compatriotes à paffer la mer, ne
» m'attirentici. Le befoin d'une diârac-
» tion néceffaire à mon repos , peut-être
» à ma raiſon , la crainte de fuccomber à
» la plus vive tentation , de juftes égards ,
""
un principe gravé dans le fond de mon
» coeur , m'impofent feuls l'efpèce de
" banniffement où je me condamne. Je
» viens effayer de perdre à Paris des idées
fantaſtiques , dont je m'occupois trop
» à Londres. Si l'inconftance naturelle da
» climat influe fur moi , diffipe une fé-
» duifante erreur je reverrai bientôt
l'Angleterre & des amis , dont l'éloignement
fe fait déjà fentir à mon
"
» coeur. "
›
Milord Rivers , en s'éloignant de l'Angleterre
, emporta avec lui les regrets ,
la paix , l'efpoir , toute la félicité de la
plus tendre , de la plus aimable des femmes.
Une conduite fi étrange la révolta.
Loin de pleurer , de gémir, elle s'indigna
contre un fexe ingrat, méprifa des créatures
fi peu capables d'attachement , jura de
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
les haïr toutes . Elle devint une petite furie ;
éloigna , maltraita , railla , défefpéra
tous fes amans. Le protégé de Milords
principal objet de fon reffentiment ,
paya cher l'appui qu'il avoit obtenu . On
s'étonna du changement d'humeur de
Mifs Rutland ; on lui fit des repréfentations
, rien ne la toucha , rien n'arrêta
le cours de fon dépit.
Une parente de Mifs Rutland , qui n'ignoroit
pas le fecret de cette jeune perfonne
, & avoit deviné celui de Milord
Rivers , s'amufe , dans les lettres qu'elle
écrit à cet amant, à le badiner fur fa conduite
, fur fes fauffes interprétations ,
fur fes inquiétudes ; & quand elle l'a
bien tourmenté , elle lui découvre par
un badinage ingénieux qu'elle fait tout ,
lui dit de venir à Londres , & rend ce
timide amant à fa maîtreffe.
Le fujet de ce Roman eft heureux fans
être bien neuf. Une petite Comédie de
Fagan nous peint une jeune perfonne, qui
aime égalment fon Tuteur , & fe trouve
d'autant plus embarraffée pour lui faire
connoître fon amour , que ce Tuteur
écarte tout ce qui pourroit faire croire
qu'il interprête en fa faveur les tendres
fentimens de fon aimable Pupille. Co
FÉVRIER. 1777. 79
Tuteur a quarante-cinq ans , & c'étoit
une raifon pour qu'il fût modefte. Celui
de Miff Rutland n'a pas vingt-fept ans ,
& fa Pupille dix fept. Leur inclination
réciproque eft par conféquent plus dans
la nature. Les tracafferies de ces deux
Amans , leurs indéciſions leur humeur
font ici peintes avec beaucoup de
grace , de légéreté , d'agrément ; mais
ce qui n'intereffe pas moins dans cette
correfpondance de Mylord Rivers à
Londres , ce font différentes réflexions
fur la fociété les moeurs les ridia
cules.
ود
>>
pas
"
,
Lady Mary , écrit Milord Rivers à
» fon ami Charles : Cardigan me de-
» mande files Dames de France font
» coquettes ? Eh , mais elles ne reſſemblent
mal à celles de la Grande-
Bretagne , avec cette différence pour-
» tant , que la coquetterie des Françoifes
» eft obligeante ; il eft doux d'en être
l'objet , quand on poffède l'art de ne
pas en devenir la victime. Loin d'affec-
» ter , comme nos belles Compatriotes ,
» un dédain marqué pour celui dont
» elles reçoivent ou veulent s'attirer
l'hommage ; de le maltraiter , de l'humilier
, de le déconcerter par de pi-
>>
ور
Div
30 MERCURE DE FRANCE .
» quantes railleries ; ceft avec une po
» liteffe infinuante , les plus flattenfes
attentions, qu'une Françoife cherche à
fixer près d'elle l'homme qu'elle entreprend
de rendre ridicule ou malbenreux.
On peut , fans danger , fe prêter
» à fon badinage , fi l'on conferve affez
de fang- froid pour fe jouer autour du
piége & n'y pas tomber. Comment
Pefprit ne s'amu feroit- il pas d'un ma-
» nège dont l'amour- propre n'eft jamais
» bleffé ? Lady Mary fera , je crois , de
» mon fentiment : trompé pour trompé,
» il eft moins fâcheux de l'être par des
→ préférences que par des duretés ».
و د
Lady Mary ne penfe cependant point
ainfi , comme il paroît par le commencement
de cette lettre qu'elle écrit
à Milord Rivers : » Convenez-en
» votre réponſe à ma queftion vous a
paru très- fine , très - fpirituelle & très-
» malicieufe . Moi , je la trouverois fort
impertinente , mon cher Coufin , fi
j'avois la foibleffe de prifer affez vo-
» tre fexe , pour m'occuper du foin de
» l'attirer , d'en fixer une partie près de
» moi. Je ne m'offenfe point de vos expreffions
, ou fi elles me bleffent
c'eft uniquement par l'injuftice & la
"
"3
و د
FÉVRIER. 1777.
prévention qui vous les dictent. Com-
» ment , Milord Revers , un Sage , un
» Philofophe , eft- il allez fufceptible
d'amour-propre , pour accorder une
préférence à décidée à l'efpèce de co-
» quetterie la plus dangereufe & la plus
blamable ? Que reproche-t -il à fes
» belles Compatriotes , de n'être ni in-
» finuantes , ni fauffes ? S'armer d'un
39
,
dédain , ou feint , ou véritable con-
» tre l'Amant qui prétend nous féduire ,
» eft- ce l'attirer ? Le mortifier par des
» railleries , eft - ce l'engager à nous fui-
» vre ? Humilier l'orgueil , eft - ce atta-
» quer le coeur ? C'eft jouir un peu durement
, peut-être , du privilège que)
» donnent les grâces , l'efprit & l'enjoue-
» ment ; c'eft , tout au plus , abufer
» du pouvoir de la beauté faifir un
» moyen de s'amufer de l'hommage d'un
importun , & badiner d'un fentiment
très-propre à caufer beaucoup d'en-
» nui , quand on l'infpire fans le partager.
Mais faire naître l'amour par
» de flatteufes attentions , par une dou-
» ceur infinuante , par des égards , par
» des préférences , c'eft employer à
» nuire l'apparence de la bonté ; c'est
» tendre un piége à la candeur ;
>> c'eft couvrir de fleurs les bords du
•
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
""
précipice où l'on s'efforce d'entraî
» ner un malheureux ; c'eft fe fervir d'un
» art pernicieux , capable de réuffir éga-
» lement fur une ame fenfible & fur
un efprit vain ; car la vanité eſt auffi
» confiante
que la bonne-foi ».
Milord Rivers , en faifant part de fes
fentimens à fon ami Charles , luifait, de
l'Amour, cet éloge charmant : » Tu ai-
» mes , tu es aimé, lui écrit- il ; de quel
» bien plus vrai fe formeroit- on l'idée ?
ود
»
و د
Si j'en juge par mon propre coeur ,
» des diverfes modifications de l'intérêt
perfonnel , fources des paffions qui
,, nous maîtriſent ou nous tourmen-
» tent , l'Amour eft la feule dont les
» fenfations délicieufes peuvent nous
» faire éprouver un plaifir pur , inté-
» rieur , réel ; indépendant du tems ,
» des lieux , des autres , & quelquefois
ود
"
و د
» de nous-mêmes . Eft-on vraiment heu-
» reux dans le fecret de fon ame , par
» de hautes dignités , par d'immenfes
poffeffions ? Parvenu au dernier degré
de la faveur , l'ambitieux femble avoir
» rempli fes voeux : il paroît content ;
» on le croit fatisfait. Ecartez de fa vue
» une foule jaloufe de fon élévation ;
» cachez- lui fes concurrens humiliés &
"
FÉVRIER. 1777 83
"
"
chagrins , fon bonheur n'existe plus.
Séparons l'homme opulent du pauvre
qui l'envie ; & , le plaçant au milieu
» de fes égaux en richefles , ôtons lui
» tout objet d'une flatteufe comparaifon
, en ceffant de regarder la fortune
» comme une diftinction , il ceffera de
la prifer. Mais l'Amour , Charles ,
»l'Amour fe fuffit à lui-même ; il n'é-
» tablit point fes jouiffances fur les pri-
» vations d'autrui ; qu'un peuple entier
» foit heureux par lui , la félicité de
» tous n'altérera jamais le bonheur d'un
N feul "".
Il y a long- tems que l'on s'eft un peu
moqué de toutes les déclamations
contre le fiècle préfent ; cependant
comme des Ecrivains modernes ne ceffent
, n'ayant de mieux à dire , de répéter
ces lieux communs , nous croyons
que la leçon que donne Milord Rivers
à fon Ami , leur fera utile. » Tes chagrines
exclamations fur la perverfité du
» fiècle m'ont fait rire. Où prens- tu
» cette idée qu'autrefois on penfoit , on
» agiffoit mieux ? Ce n'eft affurément pas
» dans l'Hiftoire. Le premier Ecrivain con-
» nu traite fes contemporains de race degénérée
; &, d'âge en âge, l'homme exif-
D vj
$4
MERCURE DE FRANCE.
1
"
tant, effuie toujours le reproche de s'etre
formé des routes nouvelles , d'avoir
perdu les traces de fes vertueux Ancê-
» tres . Cependant parcours les annales
de la trifte humanité , elles t'offri-
» ront , dans tous les temps , les vices qui
» fubfiftent, les vertus qu'on exerce , D'autres
erreurs ont diftingué les fiècles
paffés. Nos Pères ont fucceffivement
changé de loix , de coutumes , d'idées
, de modes , de préjugés ; mais
de naturel , Charles , l'homme peur-
> il en changer ; & le fuppofer , n'eft-
» ce pas une folie ? Attaché au fiècle
» qui m'a vu naître , je ne joindrai point
ma voix aux clameurs de ces prétendus
Sages qui le décrient par un excès
» d'humeur. J'aime à penfer qu'il acquerra
, dans la poftérité , le degré de
gloire dont fa jeuneffe le prive encore.
Nos Neveux vanteront notre modestie,
notre défintéreffement notre équité,
» nos talens , notre efprit , la régularité
de nos moeurs , peut-être l'austérité de
nos principes ; & , pour imiter leurs
prédécefleurs nous repréfenteront
comme de refpectables modèles , qu'on
ne peut trop fe propofer pour exem-
39
ple .
FÉVRIER. 1777 83
Cette correfpondance eft égayée par
quelques portraits peints d'un pinceau
léger & fpirituel . » Vous ne connoiffez
»
ස
»
pas Sir Richard , écrit Mifs Rutland à
» Milord Rivers. Abfent depuis cinq
années , il arrive récemment de Londres
, & femble précisément s'y occuper
du foin de m'ennuyer. C'eſt un
grand enfant , indifcret , étourdi , fans
efprit , fans idées , fans jugement. Il
n'a vu dans les pays étrangers que la
différence des bâtimens , du fervice
» de la table , & de la façon de fe mettre
. Quelques Epigrammes Françoifes ,
deux ou trois Ariettes Italiennes , cinq
» ou fix Sentences Espagnoles une
douzaine d'Epithètes Allemandes for-
» ment le fond de fes connoiffances acquifes.
Au refte , il n'eft point mal ;
une taille affez haute , affez fvelte
donne de l'aifance , même de la no-
» bleffe à fes mouvemens . Ses yeux font
vifs fa phifionomie eft fine
->
»
သ
"
"
&
quand il ne dit rien , on le croiroit
» capable de dire quelque chofe » .
Milord Rivers , dans une de fes lettres
à fon ami Charles , fe plaint fort d'un
Voyageur que cet Ami lui avoit adreflé.
Ce riche Cofmopolire eft favant , dis86
MERCURE DE FRANCE:
"
و د
ود
:
» tu ? Je veux le croire ; mais en lui
fuppofant les plus rares connoiffances,
je lui en defirerois une bien effentielle ,
celle de l'ennui qu'il intpire. Vingt
» fois je me fuis fenti vivement tenté de
» la lui donner. Ne feroit-ce pas lui ren-
» dre unfervice important,de lui appren
dre combien il eft infupportable ? Cet
» homme femble avoir étudié l'art de
» contredire il nie les faits , rejette l'expérience
, dément la nature , n'admet
point la vérité. Il veut vous ôter vos
» idées , vous donner les fiennes . Si vous
» les adoptez , il les abandonne , vous en
préfente de nouvelles. Il difpute con-
» tre vos fens , contre votre raiſon , vous
» refufe la faculté de voir , & celle de
fentir ; partant toujours d'un principe
» contraire au vôtre , détruifant , édi-
»fiant , conteftant , parlant fans ceffe &
» n'écoutant jamais , il vous réduit à la
» néceffité de lui céder ou de l'affom-
""
>>
»
و د
"
» mer » .
39
» Une très - nuifible politeffe entretient
l'eſpèce incommode de ces Tyrans de la
fociété , & les confirme dans la haute
opinion qu'ils ont d'eux-mêmes. Dès
» qu'un docte bavard , bien aigre , bien
fuffifant , bien obftiné , paroît au miFÉVRIER
1777.
87
""
» lieu d'un cercle , il en devient la ter-
» reur & le maître : on craint de l'irri-
» terjon préfère le malheur de l'entendre ,
» à l'inutile fatigue de difputer avec lui.
» On le laiffe donc s'emparer de l'entre-
» tien . Il propoſe , objecte , répond ;
perfonne ne veut l'interrompre , n'ofe
» élever la tempête qu'exciteroit un mot
» hafardé . On fe tait , on bâille , on s'at-
» trifte les moins patiens fe dérobent
» à l'ennui s'échappent furtivement ,
» tandis que l'Orateur charmé , s'enivre
» du plaifir de parler , s'applaudit du fi-
» lence de l'Auditoire affoupi , admire
» fa refpectueufe attention , & la prend
» pour une déférence due à la fupériorité
» de fon génie »
>
13.
Cette même correfpondance nous préfente
, en plufieurs endroits , une critique
vraie , des productions de nos trèsfenfibles
Romanciers . Mais la meilleure
critique que l'on puiffe faire de ces fortes
d'écrits, eft de leur oppofer ceux de Made
Riccoboni , celui fur -tout que nous venons
d'annoncer ; le ftyle en eft net , vif
& léger.Eh ! quel eft le Lecteur qui ne préférera
les traits fins , enjoués & fpirituels
dont les Lettres de Milord Rivers
font affaifonnées , à tous ces pitoyables
88 MERCURE DE FRANCE .
malheurs qu'un trifte Romancier raffemble
, preffe , accumule dans une préténdue
Nouvelle Hiftorique , pour intéreffer
un Lecteur que le plus fouvent il ne
réuffit qu'à révolter ?
a
Opere varie di Lodovico Ariofto , &c.
Euvres diverfes de Louis Ariofte ; à
Paris , chez Molini , Libraire , rue de
la Harpe ; Lefprit , au Palais-Royal ;
& Dorez , rue S. Jacques, 3 vol. in- 12 .
Prix 12 liv.
?
Les Etrangers ne connoiffoient guère
des Ouvrages de l'Ariofte , que celui
qui lui a fait la grande réputation dont
il jouit , & qui eft un chef - d'oeuvre
d'imagination , de poéfie , d'intérêt &
de variété. Le Roland furieux tient
fans contredit , le premier rang parmi
les Poëmes Romans , comme on les ар-
pelle en Italie. Il parut dans un temps
où le Roland amoureux le faifoit lire
généralement , & laiffoit , à fes lecteurs ,
le regret de ne pas voir ce Poëme fingulier
conduit à fa fin . L'Ariofte imagina
de le terminer , en continuant toutes
les aventures que Boyard avoit laiffées
imparfaites ; & de faire cependant,
FEVRIER. 1777.
de cette continuation , un nouveau
Poëme , qui , en achevant le premier ,
pût en être détaché , & former un tout
indépendant. L'entreprife étoit difficilee;
il l'exécuta en homme de génie . Le
Rolandfurieux a laiffé bien loin derrière
lui tous les Poëmes Romans qui l'ont
précédé ; & l'imagination féconde &
brillante de fon Auteur , fait encore les
délices de l'Italie & de l'Europe entière.
On en a fait de fréquentes éditions partout
il n'eft pas étonnant qu'une production
auffi célèbre , ait fait négliger
toutes les autres de l'Ariofte. Le genre
de quelques- unes pouvoit être d'un goût
moins général ; mais quelque inférieures
quelles foient , en effet , à fon grand
Poëme , elles ont leur mérite particulier;
& on ne peut que favoir gré à
M. l'Abbé Pezzana , de les avoir réunies
dans les trois volumes que nous
annonçons. Ils font du format de la jolie
collection des Auteurs Italiens de Prault,
& ne la dépareront point ; ils complettent
d'ailleurs l'édition des OEuvres de
l'Ariofte .
Les Ouvrages que nous offrent ce
Recueil , fait cinq Chants , qui font fuite
au fujet de Roland furieux ; mais on
90 MERCURE
DE FRANCE.
ignore s'il fe propofoit de les ajouter
à ce Poëme , ou s'ils faifoient partie
d'un nouveau Roman. De ces deux opinions
, la feconde paroît la mieux fondée
, fi l'on fait attention que les cinq
Chants ne préfentent que des faits pof
térieurs à la guerre d'Agramam , à la
folie & à la guérifon de Roland. Le
premier de ces cinq Chants , fur-tout,
fuppofe tous les événemens de l'autre
Poëme , terminés comme il le fait.
Roger eft Chrétien , & établi à la Cour
de Charles. Alcine, qui n'a pas oublié
que le Paladin a autrefois détruit fes
jardins enchantés , vient en demander
vengeance au Confeil des Fées . Toutes
celles qui ont à fe plaindre des Paladins
, rappellent auffi leurs injures ; elles
fe décident à envoyer l'envie dans le
coeur de Gan. Ce perfonnage fameux
dans le Morgante , par fes perfidies ,
qui joue un rôle affez fubalterne dans
le Roland amoureux , & fait peu de
chofe dans le Roland furieux , devoit
agir davantage dans le nouveau Roland;
car ce Paladin devoit y paroître auffi .
Il eft fâcheux que la mort ait empêché
l'Auteur de pouffer plus loin cette nouvelle
entrepriſe ; il l'auroit perfectionnée
FÉVRIE R.- 1777- 91
en la finiffant. Si quelquefois on n'y
retrouve pas la fagacité & la pureté de
l'Ariofte , on y retrouve toujours fon
imagination ; & on l'y auroit reconnu
par-tout , fi le temps ne lui avoit pas
manqué.
Les Comédies de l'Ariofte , font au
nombre de cinq. Les deux premières
la Caffette & les Suppofés , furent d'abord
écrites en profe ; il les mit enfuite
en vers ; & c'eft fous cette dernière
forme qu'on les préfente dans cette édition.
Les Pièces , en général , font d'un
genre un peu fingulier ; ce font des.
Romans en action , qui tiennent un peu
du temps où ils ont été écrits . Dans
la Caffette , deux jeunes gens amoureux
de deux jolies Efclaves qu'ils n'ont pas
les moyens d'acheter , parce que leurs
avares pères ne les laiffent pas difpofer
de leurs coffre- forts , craignant de les
perdre pour jamais , parce que leur maître
qui s'eft apperçu de leur amour , &
qui veut les forcer à payer le prix qu'il
defire , les a menacés de s'éloigner , &
de les emmener , confentent à employer
la rufe que leur propofe un Valet. C'eſt
d'envoyer un Etranger affidé , marchander
l'une des Efclaves , & donner en
92 MERCURE DE FRANCE.
gage , pour le prix dont il conviendra,
une caffette remplie de bijoux , qui vaut
dix fois le prix de la jeune perfonne.
Cette caffette fe trouve en effet chez
le père d'un des amans ; mais c'eſt un
dépôt facré. Pour ne pas le perdre , on
dira qu'il a été volé ; on réclamera l'autorité
du Juge qui enverra vifiter la maifon
du Marchand , où l'on la reprendra.
L'un des jeunes gens, qui eft fils du Juge,
appuiera l'exécution de ce projet qui
donne lieu à une multitude d'imbroglio
, qui finiflent à la fatisfaction des
amans , & à celle même du Marchand
qui emporte le prix des Efclaves . Ce
font les pères qui le paient par l'adreffe
des Valets , dont les fourberies ont
fourni les modèles des intrigans qu'on
a vu depuis fur le Théâtre .
Les Suppofés font encore un Roman.
Eroftiate, envoyé à Ferrare pour y faire
fes études , devenu amoureux d'une jeune
& aimable perfonne , imagine d'entrer
dans fa maifon , en qualité de Domeftique
, & charge fon Valet de le repréfenter
dans la Ville , & d'étudier fous
fon nom. Il fe fait aimer ; il est même
auffi heureux qu'un amant peut l'être..
Le père de fa maîtreffe, inftruit enfin
FÉVRIER. 1777. 93
de ce qui fe paffe , fe propofe de le
punir févèrement. Mais tout s'arrange,
dès qu'il fait que l'homme qui a defhonoré
fa fille , peut en faire une hon
nête femme , & lui donner un état convenable
à fa naiflance & à fa fortune .
entièrement Les moeurs ne font pas
refpectées dans cette Pièce ; elles le font
encore moins dans la Lena ; c'eft le nom
d'une femme très- vile , qui vit dans le
défordre , & que fon mari encourage ,
parce qu'il y trouve fon avantage. Un
vieillard qui en eft amoureux , lui a confié
fa fille pour l'élever ; & cette vile
inftitutrice eft en marché pour la vendre .
Heureufement l'acheteur ne demande
pas mieux que d'être mari , & il le devient
; mais auparavant le honteux marché
a été conclu ; & l'Auteur ne fait
grâce d'aucun détail. En lifant cette
Pièce , il faut fe tranfporter du temps
de l'Ariofte; on avoit plus de défauts
en apparence , & on étoit plus honnête
dans le fond. Abfoufe , Duc de Ferrare,
frère du Cardinal Hypolite , faifoit repréfenter
ces Pièces dans fa cour ; il fit
même bâtir exprès un magnifique Théâ
tre, & le plus beau qui exiftat . C'étoient
des Gentilshommes & des Dames ref
94 MERCURE DE FRANCE.
pectables de fa Cour , qui fe chargeoient
des rôles.
Le Négromant , d'un genre moins
bas , ne laiffe pas d'être auffi fingulier.
Cintio , fils adoptif de Maffiaco , a épousé
en fecret une perfonne qu'il aime , &
qui eft fille adoptive d'un certain Lippo .
Son père adoptif veut le marier enfuite ;
& preffe tellement les chofes , que ce
fecond mariage fe fait fans
que Cintio
ofe rien dire . Il aime fa première femme;
& , pour fe conferver entièrement à elle ,
il affecte la plus grande indifférence pour
celle qu'on l'a forcé de prendre. Les
chofes vont à un tel point , qu'on le
croit incapable d'être mari; & fa famille
s'adreffe à un Négromant, pour lover
le fort qu'elle croit qu'on a jeté fur lui .
Le Négromant eft un fripon qui reçoit
l'argent du père de Cintio , qui en reçoit
de Cintio lui-même , qui le met dans
fa confidence , pour qu'il déclare fa maladie
incurable , & qui n'en refuſe pas
non plus d'un amant de la femme infortunée
de Cintio. Il imagine de faire
furprendre cet amant avec la maîtreſſe :
cela délivrera Cintio, & rendra heureux
fon rival. Pour y parvenir , il imagine
d'enfermer celui- ci dans une caifle qu'on
FÉVRIER . 1777. 95
portera chez la Dame , & que perfonne
n'ouvrira , parce qu'il aura foin d'effrayer
les curieux. La femme fecrette de
Cintio , craint que le Sorcier ne lui enlève
le coeur de fon mari. Ceux qui
s'intéreffent à elle , arrêtent le porteur
de la caiffe , la fait décharger chez elle ,
pendant qu'elle a , avec Cintio , une
converfation qui met fon rival au fait
de tout. Délivré de fa préfence , Alain
n'a rien de plus preffé que d'aller tout
révéler à la famille intéreffée . Le père
adoptif de Cintio , trouve fa véritable
fille dans la femme épousée en fecret.
La feconde trouve un époux dans l'homme
qui l'aime .
La dernière Pièce est un Roman trop
compliqué pour en pouvoir donner une
idée exacte. L'Aviofte ne la finit point ,
il la laiffa à la quatrième Scène du quatrième
Acte. Son frère Gabriel l'acheva
après fa mort , d'après le plan qu'il avoit
tracé. Elle eft fort au-deffus des autres,
qui avoient leur mérite dans le temps
où elles furent compofées. Son frère
raconte une anecdote à l'occafion de la
première de ces Pièces . L'Ariofte étoit
jeune , il aimoit le plaifir & la diffipation;
fon père l'en reprenoit fouvent,
96 MERCURE DE FRANCE.
a
Un jour il lui fit une mercuriale trèsi
fongue & très-vive , que le fils écouta
avec beaucoup d'attention , fans répondre
un feul mot. Lorfque le père fut las
de gronder , il fe retira , & Gabriel demanda
à Louis , comment il avoit pu
fe contenir au point de ne pas répondre,
lui qui étoit accoutumé à fe juftifier bien
ou mal? Je fuis ma Comédie , dit
» l'Ariofte ; j'en fuis précisément à la
» Scène où le père fait une réprimande
» à fon fils. Le premier mot que m'a
dit mon père , m'a rappelé celui de ma
Comédie , & je n'ai pas voulu perdre
» un moment auffi heureux pour apprendre
précisément lequel je devois
» mettre dans la bouche de mon vieil-
» lard » ,
"
Les autres Ouvrages de l'Ariofte
font fes Poéfies légères , Chanfons
Sonnets , & c . Ses Élégies , fes Satyres
& fes vers latins . M. l'Abbé Pézzana ;
à qui nous devons cette édition , la re
vue , avec foin , fur les meilleures qui
ont été faites en Italie . Il y a joint des
notes qui peuvent fervir à l'intelligence
du texte.
Euvres Dramatiques de M. Mercier. A
Amfterdam ;
FÉVRIER . 1777. 97
Amfterdam , chez Chauguyon & Van-
Harrevelt ; à Paris , chez le Jay , Lib.
rue St Jacques ; & à Touloufe , chez
la Porte ; 2 vol . in- 8 ° . fig. 7 liv. 10 f.
& 2 vol, in- 12 . fans fig. 41.
Les Pièces recueillies dans ces deux
volumes , font Jenneval ou le Barnevelt
François , le Déferteur , Olynde & Sophonie
, l'Indigent , le faux Ami & Jean
Hennuyer. Nous avons rendu compte de
ces Pièces lorfqu'elles ont para ; elles
font appréciées aujourd'hui . Si elles n'ont
pas eu l'honneur de paroître fur les
Théâtres publics de la Capitale , ceux de
Province s'en font emparé avec fuccès ;
ils les redonnent fouvent , & on les revoit
avec plaifir . Le Drame , ce genre
fi
defiré par ceux qui ont un goût exclufif,
qui n'eftiment que la Comédie & la Tragédie
, tient de ces deux genres , & plaît
généralement , parce qu'il prend fes fujers
dans la fociété ordinaire , peint les
hommes tels qu'ils font , & rapproche
davantage de nous les perfonnages & les
actions qu'il met fous nos yeux . Il ne
mérite les forties que l'on fait contre
Jai , que lorsqu'il eft manquéparceux qui
s'y exercent; mais lorsqu'il eft traité com-
E
98
MERCURE
DE
FRANCE
.
me il doit l'être , le préjugé doit fe taire;
on peut , fans le préférer à la bonne
Comédie , prendre le plaifir qu'il nous
offre . Il femble même qu'aujourd'hui
l'on devroit être moins difficile . La bonne
Comédie & la bonne Tragédie font rares ;
il faut recourir aux grands Maîtres , que
l'on fait par coeur ; & pourquoi ne pas
tenir compte à l'Ecrivain du foin qu'il
prend de varier nos plaiſirs à fa manière ?
Nous n'entreprendrons pas de difcuter
fi le nouveau genre s'eft introduit au
détriment des deux autres ; il eſt certain
que quand on fent combien il eft difficile
de faire une Comédie ou une Tragédie ,
on s'effaye volontiers dans un genre plus
facile ; mais les difficultés ne rebuteroient
pas l'homme de génie , & le Public applaudiroit
à fes efforts. Si , parmi ceux qui
parcourent la carrière du Théâtre , il y
en a peu qui puiffent fe promettre des
fuccès dans le grand genre , il faut les
encourager à en chercher dans celui - ci ,
inférieur , fi l'on veut , & qui eft toujours
une nouvelle fource de plaifir ; au lieu
de la fermer , il feroit à fouhaiter qu'on
en ouvrît encore d'autres , duffent leurs
Auteurs les préférer à toutes celles que
nous avons déjà. Ne blâmons point leur
FÉVRIER. 1777. 99
parta- enthoufiafme ; on peut ne pas le
ger , mais on doit trouver bon qu'ils
Tayent : c'eft lorfque l'on fe paffionne ,
que l'on fait mieux . Quand la foule
entre dans le Parterre , chacun eft le
maître de courir à la fleur qui lui plaît
le plus ; mais celui qui préfère la rofe ,
ne doit pas pour cela dédaigner l'oeillet.
!
La Quinzaine Angloife à Paris , ou l'art
de s'y ruiner en peu de temps ; Ouvrage
pofthume du Docteur Stearne ;
traduit de l'Anglois par un Obfervateur.
A Paris , chez les Libraires qui
vendent les nouveautés ; in 12 .
Il eft douteux que cette Brochure
afoit réellement de l'Auteur célèbre auquel
on l'attribue dans le titre , & dont
on défiguré le nom ; on n'y rencontre
pas le Docteur Sterne & non' Stearne ;
quel qu'en foit l'Aureur , cela eft indiffé
rent : elle n'eft pas fans intérêt. Le Héros ,
parti de Londres pour terminer fon éducation
par des voyages , emporte , pour
fe défrayer dans leur cours entier , douze
mille livres sterling dans fon portefeuille
; malheureufement il commence
par la France ; il ne paffe à Paris que
Eij
ICO MERCURE DE FRANCE .
quinze jours ; des efcrocs s'emparent- de
lui à fon arrivée ; le jeu , les femmes
vuident fon porte- feuille , qui ne contient
plus rien le onzième jour. Un Créancier
de mauvaife humeur le fait arrêter le
treizième ; un Compatriote honnête vient
le confoler dans fa prifon , dont il le tire
'le lendemain . Honteux d'avoir été dupe ,
il repart le quinzième pour retourner
dans fa patrie , qu'il fe propofe de ne
quitter que quand il aura affez d'expérence
pour ne plus tomber dans les
écarts dont il vient d'être la victime .
Le but moral de cette brochure ne fauroit
être plus intéreffant ; il fait voir les conféquences
des voyages entrepris de trop
bonne heure : on envoie des jeunes gens
fans guide , au fortir du College , dans
un monde qu'ils ne connoillent pas ,
avec des femmes qui leur facilirent les
moyens de fatisfaire toutes leurs paffions
: c'eft exciter , d'eft armer , fi l'on
peut s'exprimer ainfi , leur imprudence ,
& mettre à leur portée tous les moyens
poffibles de faire des extravagances , en
diffipant leur fortune d'une manière
toujours aufli ridicule que fcandaleufe.
Effai fur les caufes principales qui ont
FÉVRIER , 1777. 101
contribué à détruire les deux premières
Races des Rois de France ; Ouvrage
dans lequel on développe les Conftitutions
fondamentales de la Nation
Françoife dans ces anciens temps. Par
l'Auteur de la Théorie du Luxe. A Paris
, chez la Veuve Duchefne , Lib.
rue St Jacques.
L'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres avoit autrefois propofé pour le
fujet du prix , cette queftion curieufe &
intéreffante : Pourquoi les Defcendans de
Charlemagne , Princes ambitieux & guer
riers , ne purent fe maintenir auffi longtemps
fur le Trône des François , que les
foiblesSucceffeurs de Clovis ? On ne trouva ,
en 1733 aucune pièce qui fût digne
d'entrer au concours ; elle remit le prix
à l'année 1775 , où elle a couronné l'effai
que nous annonçons . Rien de plus intéreffant
que ces fortes de difcuffions. Les
Académies ne fauroient trop les multiplier
; c'eft le vrai moyen de répandre un
jour lumineux fur ces temps anciens ,
couverts de nuages , & applanir peu-apeu
les difficultés de l'Hiftoire de France .
L'Auteur de la Differtation trouve les caufes
de décadence & de deftruction dans la
E iij
102 , MERCURE DE FRANCE.
conftitution de l'ancien Gouvernement.
C'est l'exceffive autorité des Seigneurs
de ces premiers temps qui fut la principale
origine des maux qui causèrent tant
de ravages . Ces Seigneurs pouvoient lever
des armées formidables , & porterla guerre
par- tout où ils vouloient , & fouvent
contre le gré même de leur Souverain .
Rien ne les arrêtoit , puifqu'ils avoient
en mains les richeffes & la puiffance. Ils
s'arrogèrent l'indépendance la plus abfo- 7
lue ; & c'étoit la fuite néceffaire de la
conftitution défectueufe du Gouverne
ment. On vit les mêmes abus fe perpétuer
fous la feconde race, & même .
s'augmenter, puifque la puiffance ufurpée
des Seigneurs fut encore plus grande
fous la feconde Race . On vit les Ducs ,
lés Marquis , les Comtes commander des
armées , adminiftrer les finances , traiter
en plénipotentiaires avec les voifins , &
jouir de prefque tous les droits régaliens
, fans que le Roi osât le trouver
mauvais. Une puiffance qui étoit devenue
extrême , & prefque fans bornes , ne
pouvoit manquer de miner le Trône de
la feconde Race. L'étendue des conquêtes
de Charlemagne & la formation de
l'Empire , hâtèrent la chûte de ce colotle ,
FÉVRIER. 1777. 103
qui fut plus prompte que celle des Mérovingiens.
L'Auteur de l'effai juftifie &
développe toutes ces affertions , par des
traits de l'Hiftoire des deux Races , &
par une critique judicieufe qui lui a
mérité la couronne.
Effai géométrique & pratique fur l'Architecture
navale , à l'ufage des gens de
mer; par M. Vial du Clairbois. A
Breft , chez Malaflis , Imprimeur ordinaire
du Roi & de la Marine ; &
à Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande , in- 8 ° . 2 vol . dont un
en figures.
pour
Cet Ouvrage intéreffant , & qui manquoit
encore , eft un traité où la théorie
produit la méthode , & conduit fans ceffe
à la pratique ; fans théorie point de méthode
; fans méthode , point de pratique.
Comme cette méthode eft faite
l'ufage , il faut avoir une parfaite connoiffance
des objets auxquels elle eft applicable
, tant pour l'inventer que pour
f'employer. Si ce n'eft pas fans fondement
qu'on a dit qu'un Savant du premier
ordre , feroit moins en état de
conduire un vaiffeau en mer , qu'un
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
vieux marin qui ne fauroit pas lire ; il
eft vrai aufli que quelques années d'exercice
au flambeau de la géométrie , feront
d'un jeune homme le Maître de ces vieux
marins , qui ont pratiqué cinquante ans
dans l'obfcurité de leur ignorance.
Une vérité que la routine a long - temps
conteftée , & qui ne peut être miſe en
queftion aujourd'hui , c'eft qu'avec de
bons principes , on fait un progrès rapide
dans les Arts auxquels on s'appli
que. La pratique en eft bien-tór familière
, on y marche d'un pas affuré . C'eſt
pour cette raifon que les jeunes gens
deftinés à commander fur mer ,
aujourd'hui généralement inftruits dans
les Mathématiques . M. Bezout a fait
pour eux un excellent cours , dans le
quel ils peuvent puifer toutes les connoiffances
fpéculatives qui leur font né-
. font
ceffaires. Cet Académicien a aufli compofé
un Traité de Navigation , qui en
eft la fuite.
Le pilotage n'eft qu'une des trois parties
effentielles qui conftituent la fcience
de l'homme de mer. Les deux autres
font la manoeuvre & la conftruction .
Peut-être ne convient-il qu'à un Officier
confommé , de traiter de la manoeuvre ;
"
FÉVRIER . 1777 .
quelques -uns l'ont fait habilement : &
quant à l'Architecture navale , M. Bezout
a mis fur la voie. Avec les connoillances
que l'on aura acquifes par la lecture de
fon livre , on peut entreprendre l'étude
du Traité du navire de M. Bouguer .
Pour les connoiffances pratiques , on a
les Elémens d'Architecture navale de
M. Duhamel,
1
Mais ces deux Ouvrages forment plus
de mille pages in-4° . M. Bouguer eft
fort diffus; il n'a pas toujours eu en vue.
l'homme pour qui il écrivait. Souvent
tranfcendant dans quelques endroits ,
il démontre dans d'autres les chofes les
plus élémentaires. Il s'eft aufli étendn
fur des propofitions brillantes , mais qui
laiffent le regret de les voir établies fur
des fondemens vicieux , fur une théorie
de la réfiftauce des fluides , contredite
par l'expérience. M. Duhamel a écrit
avant que le fyftême d'enfeignement fûg
fixé. Il étoit gêné , en quelque façon ,
par l'ignorance des fujets pour lefquels
il écrivoit. Il n'a pu être précis , & encore
doit- il avoir beaucoup travaillé pour
n'être pas plus long.
Epargner aux Commençans la lecture
de ces deux Quvrages ; ne laiffer rien
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
à defirer fur les matières qui en font
l'objet , dans un Traité de 400 pages ?
in- 8 °. étoit fans doute une entreprife
utile. M. Vial du Clairbois , vient de
l'exécuter avec fuccès. Un Ouvrage de
la nature du fien , eft peu fufceptible ·
d'extrait , & n'a befoin que d'être annoncé.
L'Auteur y a fans ceffe fous les
yeux , le fujet qu'il inftruit . C'eft , pour
Fintelligence de la première partie ,
l'Élève qui fait les deux ou trois premiers
volumes de M. Bezout 5⋅ & pour
Fintelligence de la feconde , celui qui
fait le cours entier. Il en dit d'autant
moins , que cet Académicien en a dir
davantage. M. Vial du Clairbois , n'a
vance rien qui ne foit fondé fur des
principes géométriques qu'il établit quel
quefois , mais pour lefquels il renvoie
le plus fouvent aux numéros de l'Ouvrage
de M. Bezout . Il s'attache enfin
à éviter tout double emploi de temps.
f
La formation des Maîtres couples ;
des couples on coupes extrêmes , des
réductions pour les couples intermédiaires
, des plans verticaux , tant felon la
longueur que felon la largeur des navires,
des plans obliques , felon les liffes,
&c. eft l'objet de la première fection.
FÉVRIER. 1777. 107
Pour la pratique , il a puifé fouvent dans
l'Ouvrage de M. Duhamel . Il applique
les méthodes qui naiffent de fa théorie ,
à une gabare de 80 pieds de longueur ,
fur les fonds de laquelle il fait voir que
l'on peut élever un vaiffeau de 66 pièces
de canon , en en doublant les dimenfions.
Dans la feconde fection , l'Auteur
paffe à la cabature de la carêne , tant.
hors - d'oeuvre pour obtenir le déplacement
, que dedans- oeuvre pour fe procurer
la jauge du navire. Il la termine
par des méthodes d'échelles de folidité ,
dont on néglige trop l'ufage.
La troisième fection eft employée à
traiter des différentes efpèces de vaiffeaux
d'abord, fommairement, de ceux
de marche ; enfuite, d'une manière affez
étendue , de ceux de Port , avec appli
cation à une flûte dans le goût des vaiffeaux
du Nord. Enfin , des vaiffeaux de
ligne , avec application à un vaiffeau de
74 canons .
La feconde partie traite de la ſtabilité
de la détermination du métacentre
des formes de carêne qui le font baiſſer
ou monter dans l'inclinaifon du navires
de la recherche du centre de gravité de
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
la partie fubmergée , confidérée comme
homogène On y trouve quelques vues
pour le procurer le centre de gravité de
tout le vaiffeau , par expérience ; le
calcul , pour cette recherche , étant long
à caufe de l'hétérogénéité de ce corps.
Dans la feconde fection de cette partie
, il eft question de problêmes qui
dépendent de la théorie du choc des
fluides , tels que la détermination de
l'emplacement de la mâture & de fa
hauteur , ou du point vélique. M. Vial
du Clairbois , n'a pas eru pouvoir fe
difpenfer de traiter les dernières quef
tions , quoique fondées fur une théorie
qui n'eft pas fatisfaifante , parce qu'il
a craint que fon Ouvrage ne parût incomplet
s'il les omettoit ; mais il l'a fait
avec beaucoup de précifion , en laiffant
de côté les calculs à faire fur ce fujet.
Il a mis plus de détails en parlant de
la ftabilité , parce que c'eft un objet fur
lequel le Géomètre Phyficien peut prononcer.
Il a donné un exemple des calculs
indiqués par les formules algébriques
.
En général , cet Ouvrage eft celui
d'un homme très- inftruit ; il doit être
mis entre les mains de tous les Élèves
FÉVRIER. 1777. 109
de la Marine , pour lefquels il deviendra
un véritable ouvrage claffique. L'Auteur
a apporté le plus grand foin à la
correction de l'impreffion , qui eft furtout
fi importante dans les livres de
cette efpèce , où la moindre faute peut
caufer de grandes méprifes. Les planches,
qui forment un volume, font trèsbien
faites & très - bien gravées.
Fragment fur les moeurs & coutumes des
Morlaques, tirés de l'Extrait du voyage
en Dalmatie , de M. l'Abbé Fortis ,
inféré dans le Tome XX du Journal
Littéraire de Pife.
Le Morlâque , habitant des lieux éloignés
de la mer & des places de guerre
eft ,, au moral, un être bien différent de
nous . La fincérité , l'honnêteté , la con- ..
france de ce Peuple , dégénèrent bien
fouvent en une fimplicité exceffive . Les
Commerçans Italiens & les Habitans des
bords de la mer , en abuſent fréquemment
; ce qui a rendu plus défians les
Morlâques , auprès defquels foi de chien
a autant de valeur que foi d'Italien. Malgré
cela , le Morlaque , né fociable &
généreux , ouvre fa cabane à l'Etranger ,
& lui fait part de tout ce qu'il a.
MERCURE DE FRANCE.
Quand un Morlâque , voyageant , s'arrête
à la maifon d'un hôte ou d'un parent
, la fille aînée de la maiſon , ou la
nouvelle mariée , s'il y en a une , va
au-devant de lui , & le reçoit avec un
baifer. Mais un Voyageur d'une autre
Nation , ne peut jouir d'une telle faveur ;
les jeunes femmes alors fe cachent , ou
fe tiennent fur la réferve. Tant que l'on
donne à manger dans les maifons de
ceux qui font à leur aife , les pauvres du
village y trouvent toujours ce qui eft
néceffaire à leur fubfiftance , ce qui fait.
que pas un d'eux ne s'abaiffe à demander
l'aumône aux Voyageurs. Le moindre
fujet de joie fert d'occafion aux Morlâques
pour dépenfer en un jour ce qui
devroit leur fuffire pour long- temps. Ils
font , au contraire , très économes dans
l'ufage dés chofes deftinées à les garan
tir de l'intempérie des faifons . Ils ont
coutume , lorfqu'ils rencontrent de la
boue , d'ôter leurs fouliers , à moins
qu'ils ne foient plus que déchirés , &
vont la tête nue en temps de pluie , pour
ne pas gâter leur bonnet neuf. Leur
exactitude à tenir-leurpromeffes , eft trèsgrande.
Un débiteur ne paffe jamais le
terme prefcrit , à moins qu'une néceffité
FÉVRIER 1777 III
;
infurmontable ne l'y force . Dans ce cas ,
il và chez fon créancier avec un préfent ,
pour en obtenir quelque délai.
L'amitié eft indiffoluble pour les Morlâques.
Ils en font un point de religion ,
& ce noeud fe refferre au pied des autels .
Le rituel Efclavon a une bénédiction particulière
pour unir folennellement deux
amis en préſence de tout le Peuple . Les
hommes qui ont été liés entre eux par
une pareille cérémonie , s'appellent , dans
cette langue , demi-frères , & les femmes
demi-fours. Les devoirs de ce lien facré ,
font de fecourir fon ami en quelle occafion
ou quel befoin que ce foit , & de le
venger des injuftices & des outrages qu'on
pourroit lui faire : les exemples de ceux
qui ont mis leur vie en danger pour lear
ami , n'y font pas rares. De même , les
inimitiés font fi durables parmi les Morlâques
, qu'elles paffent de père en fils.
Il y a chez eux un proverbe qui dit : Que
celui qui néglige de fe venger ne fe fanctifie
point , & le même mot fert à exprimer
vengeance & fanctification. Le meurtrier
d'un Morlâque eft obligé d'errer de
lieu en lien , pour fe fouftraire à la fureur
dé ceux qui le pourfuivent. S'il a pu
échapper à leurs recherches , & s'il a
112 MERCURE DE FRANCE.
ramaflé quelque argent , il cherche
après avoir prudemment
attendu un certain
temps , à obtenir la paix , qui lui eft
accordée au moyen d'un payement fixé
par les médiateurs
, & fidèlement
obfervée
.
Les Morlâques réfiftent aisément à
toute forte d'emplois . Leur fervice à la
guerre eft excellent , lotfqu'ils font bien
conduits. Ils font très- propres au commerce
& apprennent facilement , même
lorfqu'ils font adultes , à lire , à écrire &
à compter. L'art du Tailleur eft borné ,
chez eux , aux anciennes modes . Ils ont
quelques connoiffances de la teinture , &
leurs couleurs ne font certainementpoint à
méprifer. Ilsteignent en noir avec l'écorce
de frêne , qu'ils tiennent en fufion , pendant
huit jours , avec de la limaille de
fer. Ils obtiennent un beau bleu Turguin
, au moyen de l'infufion de la laitue
fauvage féchée à l'ombre , dans la leffive
pure .
Les Morlâques font extraordinairement
fuperftitieux. Ils croyent aux forciers
, aux lutins , aux fortiléges , aux
vampires. Leurs vieilles Sorcières favent
faire plufieurs charmes , dont le plus or
dinaire eft de détourner le lait des vaches
FÉVRIER. 177. 113
de leurs voifins , afin que les leurs en
ayent en abondance , & de même qu'il
y a des Sorciers , il s'y trouve aufli " des
perfonnes qui favent rompre les charmes.
Malheurà qui s'aviferoit de montrer
quelque doute für le pouvoir des unes &
des autres.
L'innocence & la liberté naturelle de '
la vie paftorale , fubfiftent encore parmi
les Moriâques . Une belle fille , rencon
trant un homme de fon Pays , l'embrate
affectueufement , fans qu'on y trouve aucun
mal . L'Auteur de ce Voyage a vu
plufieurs fois des hommes & des femmes
s'embraffer entre-eux , lorfqu'ils fe rencontroient
devant leurs Eglifes les jours
de fêtes .
Les filles font fort foigneufes de leur
parure avant de fe marier , & s'abandon- '
nent enfuite à la malpropreté , comme fi
elles vouloient juftifier le mépris que
leurs maris ont pour elles . Ce n'eft pas ,
au refte , que les filles même exhalent
une bien bonne odeur : le beurre dont
elles ont coutume d'oindre leurs cheveux ,.
devenant rance rrès promptement , produit
une exhalaifon fort défagréable pour'
les Etrangers .
L'habillement des femmes Morlâques
varie fuivant les lieux. Les femmes ma114
MERCURE DE FRANCE.
riées font diftinguées des filles par les ,
ornemens de tête. Il n'eft permis aux
premières de porter autre chofe qu'un
mouchoir uni , de quelque couleur que
ce foit. Les filles ont un bonnet d'écarlate
, d'où pend ordinairement un voile .
très- large , qui retombe par- deffus les ,
épaules.
Il arrive fouvent qu'une fille eft demandée
en mariage par un jeune homme
d'un village éloigné. Les vieillards des
deux maifons traitent alors le mariage ,:
avant que les époux fe voyent. Il arrive
rarement qu'on refufe d'accorder les fil-.
les ; on ne regarde point à la condition ,
de l'amant. La demande une fois agréée ,
le futur va voir la future , & fi les parties
ne fe déplaifent point , le mariage
elt conclu .
Les maris traitent leurs femmes avec
mépris. Ils font dans l'ufage de ne jamais
les nommer à perfonne fans employer auparavant
la formule d'excufe , avec votre
permiffion , oufauf votre refpect. Ils ne les
fouffrent point dans leurs lits , ( qui font
fort rares parmi eux ) ; mais elles doivent
coucher par terre & obéir quand on les
appelle . Une Morlâque ne change point
de régime , n'interrompt ni fes fatigues ,
ni fes courfes lorfqu'elle eft enceinte . Elle
FEVRIER . 1777 . 115
accouche fouvent dans les champs , &
ramaffe alors d'elle même fon enfant ,
le lave au premier ruiffeau qu'elle rencontre
, le porte chez elle , & retourne
le jour fuivant à fes travaux accoutumés.
On lave les enfans nouveaux - nés dans
l'eau froide ; on les emmaillotte enfuite
dans un méchant drap , & ils reftent ainſi
affez mal foignés pendant quatre mois.
On les laiffe courir enfuite dans la cabane
& dans les champs , ce qui contribue
beaucoup à les rendre robuftes . Ils
vont à la fuite de leurs mères pour les
tetter , jufqu'à ce qu'une nouvelle groffeffe
falle manquer leur lait . Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner de la prodigieufe
longueur des mamelles des femmes Morlâques
, qui peuvent donner le lait à leurs
nourriffons , non-feulement par- deffous
les bras , mais même par derrière les
épaules . Les enfans paffent leur première
jeuneffe dans les bois à garder les troupeaux
, en s'exerçant pendant ce tempslà
à faire des ouvrages de main . Leur
couteau eft le feul inftrument dont ils fe
fervent pour faire des fifflets , & pour
travailler des taffes ornées de divers basreliefs
, quis quoique bizarres , ne ſeroient
pas dédaignés dans nos villes .
Le lait , caillé de diverfes manières ,
116. MERCURE DE FRANCE.
eft la nourriture
ordinaire des Morlâques.
Ils aiment à y faire infufor du vinaigre
& font ainsi une forte de fromage frais
très- rafraîchiffant , dont le petit lait eſt
pour eux une boiffon très-agréable. Le
fromage frais , frit dans du beurre , eft le
meilleur plat qu'ils fachent apprêter pour
un hôte qui leur furvient à l'imprévu . Ils
ne font point ufage de pain cuit à notre .
façon ; mais ils font des gâteaux de toutes
les espèces de froment. Les choux , les
raves & les herbes nourriffantes , qui ſe
trouvent dans les bois & dans les campagnes
, font leurs mets les plus communs.
Monde Primitif analyfé & comparé avec
le Monde Moderne , confidéré dans :
' Hiftoire Civile , Religieufe & allégori
que du Calendrier ; ou Almanach avec !
des Figures en taille-douce , par M.
Court de Géblin , & c . p. 632. Difcours
Prélim. p. xxxii . Paris 1776.
in 4 ° . avec Fig. On foufcrit pour la
fuite , chez l'Auteur , rue Poupée
& c .
L'Auteur de cet Ouvrage s'avance à
grands pas dans la carrière qu'il s'eft tra- .
FÉVRIER. 1777. 117
cée ; il nous dome un IVe Volume
qui ne paroîtra pas moins neuf & cu.
rieux , que ceux dont le Public eft déjà en
poffeffion . Celui - ci a pour objet l'Hiftoire
du Calendrier, ou Almanach. Elle y ett
confidérée fous trois points de vue différens
, mais intimement liés au plan gé-
-néral de l'Ouvrage entier , & d'une manière
bien propre à faire fentir fon utilité
. On voit donc ici comment fe forma
de Calendrier ; quelles furent , non feulement
les Fêtes qui le compofèrent chez
les Peuples anciens ; mais fur tout le
raport de ces fêtes avec le Calendtier
même . Enfin , les Allégories auxquelles il
donna lieu.
Les développemens de ces trois Livres ,
s'ouvrent par le Calendrier des quatre
Peuples dont les Antiquités font les plus
intéréflantes les Calendriers Hébreu ,
Egyptien Gree & Romain. Ils font
comme le texte de tout l'Ouvrage.
On voit dans le Ier Livre l'influence
qu'enrent le Soleil & la Lune , Roi &
Reine phyfiques de l'Univers, que leurs
cours fervit toujours de règles pour les
divifions du Temps en femaines , mois ,
années , cycles de toute efpèce ; que la
première forme d'année , & lá plus fim118
MERCURE DE FRANCE.
ple furent de douze Lunes , ou de 354
jours qu'elle fit place à une année folaire
de 360 jours : que telle fut l'année
du Déluge. Qu'affez long-temps après ,
cette année étant devenue trop courte ,
on y ajouta s jours , qui furent féparés
des autres , fous le nom d'Epagomènes ,
en Egypte & dans l'Orient ; & de Quinquatre
à Rome. Qu'enfin , on trouva les
années biffextiles de 366 jours.
L'explication que renferme ce Livre,
des noms donnés au Calendrier , à l'Almanach
, au Soleil , à la Lune , aux Planètes
, aux jours , aux mois , & c . par
la plupart des Peuples Egyptiens , Grecs,
Hébreux , Romains , Peuples du Nord ,
&c. apprend qu'aucun mot ne fut l'effet
du hafard ; & on a la fatisfaction de voir
l'origine d'une multitude de mots qu'on
a fans ceffe à la bouche ou fous les yeux :
que tout mot eut conftamment fa raiſon,
& en devient beaucoup plus précieux.
L'Origine des VI Dieux & des VI
Déeffes qui préfidoient aux XII Mois ,:
leurs portraits relatifs au Mois auxquels
ils préfidoient ; la diftinction des jours
heureux ou malheureux l'origine de
T'Aftrologies celle de l'obfervation des
Aftres , & des Foires ; ainfi que des diFEVRIER.
1777 . 119
vers inftrumens à mefurer le tems , font
autant d'articles qui entrent dans ce
Livre.
Le 2º. a pour objet les Fêtes anciennes.
La Ire Section a pour objet les Fêtes en
général , leurs caufes , les Ouvrages qui
Y font relatifs , les Cérémonies avec lefquelles
on les annonçoient & on les célébroient.
La IIme Section traite des Fêtes relatives
à de grandes Epoques. La Victoire
remportée fur les Géans , ou ces Fêtes
relatives aux révolutions phyfiques de
l'Univers, fètes dont l'origine & les fources
étoient inconnues. » Lorfque l'année
commençoit , dit notre Auteur , on
» venoit de célébrer la victoire remportée
fur les Géans.
Il trace ici, l'Hiftoire de ces Géans , &
de leur défaite ; il décrit les Fêtes établies
à leur fujet dans différentes contrées ;
l'objet de ces fêtes , le fens qu'on doit
attacher à la défaite qu'on y célébroit :
les fêtes de la Victoire qui en réfultèrent ,
& comment la défaite de Dahac en Perfe,
& la mort d'Hiacynthe à Lacédémone ,
&c. font des évènemens relatifs à ces
fetes.
On paffe delà aux fêtes du jour de
120 MERCURE DE FRANCE.
1
•
l'An chez les Orientaux , calquées par
celles d'Oliris , d'Ancebis , & c. L'ufage
de donner des oeufs à Pâques eft ici une
fuite de la Théologie & de la Philofophie
des temps primitifs , où tout étoit né
d'un oeuf. De là réfulrèrent l'Hiftoire des
Diofcures , ou Caftor & Pollux , nés d'un
-ceuf & de Léda , la nuit éternelle , dans
le fein de laquelle naquirent tous les
Etres . Caftor & Pollux , dont la vie étoit
alternativement de fix mois , font le foleil
d'Eté & le foleil d'Hiver , qui paroiffent
tour- à-tour fix mois fur l'horizon.
Les Romains ont la même Hif
toire fous les noms de Remus & de Romulus
, nés de Rhéa- Sylvia , fils de Mars ,
nourris par une Louve , dont le premier
voit fix Vautours , tandis que celui - là
en voit douze , & dont celui -là meurt
avant celui - ci , & de la main de Celer ;
tous caractères allégoriques auxquels
on ne peut fe méprendre , ainfi qu'aux
fêtes célébrées en l'honneur de ces deux
Frères.
Paroiffent enfuite les fêtes du nouvel
An , Janus , Anna , Perenna , & c. les fètes
de la Neoménie ou nouvelle Lune, &
de la pleine Lune . Celles du 25 Decembra
, les Saturnales , les jeux féculaires,
avec
FÉVRIER. 1777. 1.25
avec le Poëme d'Horace , deftiné à être
chanté.
La 3eme Section eft confacrée aux fètes
de Cérès & aux Mystères d'Eleufis.
Elles méritoient cette diftinction par l'éclat
de ces mystères , & par leurs rapports,
avec les premiers befoins des hommes,
avec l'agriculture , dont on y célébroic
l'invention ; cette invention qui réunit
les hommes en fociété , & qui eft la
fource des propriétés & de toute légiflation.
Les fêtes des Egyptiens , des Perfes &
des Romains , compofent la 4me Section,
& celles des Grecs la 5me ; les fêtes de
ces deux derniers Peuples font diftribuées
par mois , avec les Hymnes & les Prières
anciennes qui fubfiftent encore & qui
y font relatives. Ce détail prouve le rapport
étroit qui régna toujours entre
les fêtes & les faifons de l'année où
elles arrivoient , de même qu'avec les
travaux de la campagne pour chaque
mois. Ainfi les faits fe trouvent toujours
d'accord avec les principes pofés dans
les. Volumes précédens.
Le Livre IIIme traite des Allégories
auxquelles donna lieu le Calendrier &
fes diverfes Parties. Tout fut perfonai
F
122 MERCURE DE FRANCE .
fié ; la nuit , le jour , la lumière , les
ténèbres , le tems , l'année , les faifons ,
les mois , les femaines , les jours de
l'année , le dernier fur-tout. De là l'Hif
toire & les Fables d'Athyr de Léda ,
des deux principes , d'Eole , de Circé ,
des Filles de Cérops , &c . du Loup de
Danaut , & de la Louve de Romulus.
La 2me Section offre les Perfonnages
allégoriques nés du Soleil & de la Lune.
Le premier de ces Aftres , toujours regardé
comme un Roi , fut mis à la
rête de tous les Catalogues des Rois
des Nations primitives. De- là ces prétendus
Princes , Emon , Man , Menès,
Minos , Bélus l'Affyrien , Belus le Ty
rien , Cadmus , Janus , Cécrops
mulus , Enée , Pharnace , Apis d'Argos ,
Orus de Trezène , Thor de Fin
lande .
›
Ro+
La Lune, avec les diverfes phaſes , ſes
apparitions & fes difparitions , four &
femme du Soleil , devint les Gorgones &
Méduſe , Hélène , Europe , Bafilée, Lo ,
Pafiphace , ce qui conduit à l'Hiftoire de
Théfée , d'Arianne & du Minotaure .
La 3me Section paffe en revue les Perfonnages
allégoriques
, relatifs aux pro
Auctions de la Terre. Ofiris , fis , Bacchus &
1
FÉVRIER . 1777. 123
Cérès . On explique les allégories que
renferme l'Hiftoire de ces Divinités ; on
rapporte les monumens de l'Antiquité qui
les concernent ; on analyfe les Dyonifiaques
, Poëme célèbre où l'on chantoit les
exploits de Bacchus , & les Poëmes relatifs
à l'enlèvement de Proferpine .
Ce IIIme Livre fe termine par l'explication
d'un grand nombre de monumens'
précieux de l'Antiquité tels que la
Table Héliaque , & un Calendrier Egyptien
& Grec.
4
>
Les Tables confiftent dans des liftes
étymologiques de mots & de noms ; une
table des fêtes , une des Allégories &
fymboles. On a fait entrer dans la Table
des Matières , tout ce qui concernoit les
moeurs & ufages anciens , ainfi que
leurs rapports avec les tems modernes,
ce qui y répand plus d'intérêt.
un
Le Difcours préliminaire offre après
úne analyſe légère de ce Volume
tableau des encouragemens qu'a reçu
Auteur depuis la publication du me
Volume , entre lefquels ceux accordés
par un Miniftre du Roi , & la fouſcription
du Roi pour cent Exemplaires , due
aux follicitations généreufes de quelques
Savans illuftres.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Ceci eft fuivi de la notice de quel
ques Ouvrages dans lefquels on a fait
mention du Monde Primitif , de la réponte
à quelques objections , & de
quelques corrections & additions.
" Nous ofons dire, d'après un Savant
» littérateur , fans craindre d'être dé-
» menti par les perfonnes qui ont du
goût & de l'impartialité , que plus M.
» de Géblin avance dans fa carrière , plus
il fe rend intéreffant . Le fecond Volume
intéreffe plus que le premier ;
& le troisième , que nous avons fous
, les yeux , intereffe encore plus que le
Un Lecteur impartial.
» mettra le Monde Primitif au nombre
des meilleurs livres qu'on ait publiés
dans ce fiècle ».
?? fecond
Tréfor généalogique
, ou extraits des titres
anciens qui concernent les Maifons &
Familles de France , & des environs ,
connues en 1400 , & auparavant , par
Dom Caffiaux , Religieux Bénédictin
de la Congrégation
de S. Maur , réfidant
en l'Abbaye Royale de S. Germain-
des-Prés , à Paris. Dédié à la
Reine , Ouvrage propofé par foufcriptions
ou intcriptions
, en dix volumes
FÉVRIER . 1777. 125
in-4° . A Paris , de l'Imprimerie de
Philippe - Denys Pierres , Imprimeur
du Collège Royale de France , rue
S. Jacques , 1777.
La partie généalogique manquoit juf
qu'à préfent dans les Bibliothèques . C'eft
avec confiance , eft-il dit dans le Prof
pectus qui vient d'être publié, qu'on
offre au Public favant , un Ouvrage qui
fupplée à fes befoins , qui augmente fes
richeffes littéraires. Celui- ci eft le fruit
de quarante ans d'un travail pénible &
laborieux , L'Auteur fe Hatte qu'on lui
faura gré d'avoir raffemblé , fous un
point de vue , une infinité de titres précieux
& importans , dont on ne pouvoit
auparavant fe procurer la connoiffance
, qu'avec des dépenfes énormes
& fouvent infructueufes. La néceffité
de faire des preuves , obligeoit- elle de
recourir aux fiècles paffés , de remonter
à fes aïeux , de conftater une extraction
noble & refpectable , foit pour parvenir
aux honneurs qui ne s'accordent qu'à
l'ancienne Nobleffe , foit pour placer des
parens dans les Chapitres , foit pour
difcuter des intérêts de famille , qui ,
pour l'ordinaire , demandent une fuite
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
de filiations : Quelles peines ! quels
embarras ! Ici les difficultés difparoiffent
, les monumens & les dépôts publics
, les chartriers des Seigneurs , les
regîtres des Greffes & des Eglifes , les
archives des Chapitres , des Abbayes ,
des Monaftères , des Villes , des Provinces
, viennent de toutes parts fe ranger
& préfenter dans un ordre fuivi
tout ce qu'ils ont d'intéreſſant pour les
différentes Familles. C'eft le fil conducteur
qui donne l'entrée & la fortie
d'un labyrinthe dont on ne pouvoit fe
tirer.
L'Auteur, qui a conduit fes recherches
jufqu'aujourd'hui , fe borne, quantà
préfent , aux perfonnes qui vivoient
en 1400 , ou auparavant,, C'eft la parrie
la plus intéreffante & la plus négli
gée . Plufieurs raifons qu'il expofe , dans
fon Profpectus , l'ont engagé à ne parler
que de l'ancien temps.
Quoiqu'il n'ait particulièrement en
vue que les Habitans de la France , it
n'a pu fe difpenfer de s'étendre fur les
Provinces voifines, où plufieurs familles
Françoifes ont pris naiffance , où plufieurs
branches de Maifons fe font tranf
plantées. Il parle auffi quelquefois des
#
FÉVRIER . 1777. 127
anciennes familles roturières , pour deux
raifons. La premiere , parce que les
roturiers ont le même droit que les
Nobles , de connoître leur extraction ,
leurs ancêtres , leurs alliances . La fe
conde , parce que plufieurs Nobles doivent
leur origine à ces illuftres roturiers ,
qui , ayant les fentimens & la vertu ,
qui font la vrai Nobleffe , méritent place
dans un livre qui fait revivre les morts.
L'Auteur a mis à la tête du premier
volume , un Difcours curieux & inftructiffur
l'Art généalogique ; une lifte des
abbréviations qu'il emploie , & un catalogue
alphabétique des Auteurs , des
perfonnes , des archives , & des lieux
cités aux marges .
L'Ouvrage contiendra dix volumes
in-4° . de 800 pages chacun , en beau
papier , d'une impreflion nette & correcte
, en caractères neufs , ainfi que
les cadres & filets pour diftinguer les
quatre colonnes de chaque page . M.
Pierres , chargé de l'impreffion de cer
Ouvrage , ne négligera rien pour ce qui
concerne fa partie. La première & prins
cipale colonne , contiendra les généalogies
par ordre des temps , en commen
çant par les titres plus anciens qui les
Fiv
228 MERCURE DE FRANCE.
appuient les différens degrés de filiation
feront défignés par la fuite naturelle
des chiffres arabes mis en tête de ,
chaque article. La feconde colonne eſt
pour la date des titres , dans un ordre
chronologique. La troisième , pour l'indication
des preuves : on n'y mettra que
les pièces authentiques que l'Auteur a
vues par lui-même , & les lieux où elles
fe trouvent. La quatrième , pour les
notices , comprendra , non - feulement
les pièces rapportées dans les livres imprimés
, & dans les écrits des Compi
lateurs , mais encore celles qui font informes,
& n'ont point toute l'autorité.
requife pour faire preuve.
Chaque volume de 800 pages , équivalentes
à 1200 , à caufe des abbréviations
, ne fe vendra , en feuilles , que
huit livres pour les Soufcripteurs , &
dix livres pour les Infcripteurs ; de forte
que tout l'Ouvrage , en dix volumes
in -44. ne coûtera que quatre- vingt livres
aux uns , & cent livres aux autres .
La manière dont l'Auteur demande
des avances ou des affurances , prouve
fon défintéreffement. Il n'exige que huit
francs d'avance de chaque Soufcrip .
teur , & rien des Infcripteurs , finon
FEVRIER. 1777. 129
leur foumiffion & engagement de pren
dre les volumes à mesure qu'ils paroî
tront. L'édition commencera fur la fin
du mois de Mars de la préfente année
1777 , au cas qu'il y ait un nombre
fuffifant de foufcriptions ou d'infcrip.
tións. Le premier voluine fera achevé
fur la fin de Septemb, fuivant ; le fecond
à la fin de Mars de l'année prochaine
1778 , & les autres , fucceffivement . Leg
Soufcripteurs , en faifant retirer le pre .
mier volume , paieront le fecond , &
ainfi jufqu'au dixième , qui fera délivré
gratis. Les Infcripteurs paieront les volumes
à mesure qu'ils paroîtront , &
toujours en repréfentant leur certificat
d'infeription , fur lequel on fera note
du volume fourni & payé . Les frais
de port de lettres , port de volumes ,
feront à la charge des Soufcripteurs ou
Inferipteurs.
Les avances des Soufcripteurs , & les
foumillions des Infcripteurs , feront reçues
chez Ph. D. Pierres , Imprimeur
Libraire , rue Saint-Jacques , & dans
toutes les Maifons de la Congrégation
de S. Maur , par les Prieurs ; & , en:
cas d'abfence , " par les fous-Prieurs ou
Procureurs , qui , fans aucun intérêt ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
& par amitié pour l'Auteur
, le recevron
& en donneront
récépiffé
. Les foufcrip
tions
& infcriptions
ne feront ouvertes
, que jufqu'au
premier
de Mars de l'année
prochaine
1777 * . Ceux qui n'au ront point fait alors les diligences
, courront
le rifque de ne point avoir l'Ou vrage , ou de ne l'avoir qu'à un prix
plus confidérable
, parce qu'on n'en ti rera que cent exemplaires
par - delà le nombre
retenu
.
Differtation fur la nature du Froid.
avec des preuves fondées fur de
nouvelles expériences Chymiques
par M. Herckenroth , Apothicaire
Aide-Major des Camps & Armées
du Roi : brochure in- 12 , prix 1 1.4 f
à Paris , chez Monory , Libraire , rue
& vis-à-vis la Comédie Françoife .
*Si à cette époque , le nombre de Soufcripteurs
& Infcripteurs ne paroiffoit pas fuffifant pour
entreprendre l'Edition , les avances des Soufcripteurs
leur feront rendues, & les Infcripteurs feront
déchargés de leur engagement . Au refte , à ce
terme , on en donnera avis dans la Gazette de
France , le Mercure de France , & autres Jour
naux.
FÉVRIER. 1777. 131
Kunckel , dans fon Laboratoire Chimique,
ouvrage Allemand , & qui n'a pointencore
été traduit en François , expofe
une théorie fur le froid & fur le chaud ,
qui , jufqu'à préfent , n'a point été adoptee.
Il penfoit que le chaud étoit de nature
alkaline , & le froid de nature acide,
& que les liquides qui deviennent folides
par le froid , doivent ce nouvel état à
la combinaifon du froid & du chaud. Si
fon a égard au temps où Kunckel a vécu ,
ce Chimiste étoit excufable d'avoir publié
cette doctrine ; mais excufera- t - on
de même l'Auteur de la brochure que
nous venons d'annoncer , de vouloir faire
revivre une théorie occulte , pour ne rien
dire de plus ? Cette théorie eft aujour
d'hui abfolument oubliée , & mérite de
l'être , depuis , fur-tout , que nous avons
fur cet objet d'excellens Ouvrages donnés
d'habiles Phyficiens , que nous
nous difpenferons de nommer , parce
qu'ils font connus de tous ceux qui cultivent
la Phyfique expérimentale.,
par
Hiftoire du Bas-Empire , en commençant à
Conftantin le Grand. Par M. le Beau
Profeffeur d'Eloquence au Collège
Royal , Secrétaire ordinaire de Mon-
"
Fvi
132 MERCURE DE FRANCE.
feigneur le Duc d'Orléans , & ancien
Secrétaire Perpétuel de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres . A Paris chez Saillant
Nyon , & la veuve Defaint. Tom. 19
& 20.
&
Les deux volumes de l'Hiftoire du Bas-
Empire que nous annonçons , renferment
les événemens de l'Empire Grec ,
depuis 1118 jufqu'en 1204 , fous les
Empereurs Jean Comnène : Manuel
Cominène , Alexis II , Andronic , tous
deux de la race des Comnènes : vient
enfuite Ifaac l'Ange , détrôné au bout
de dix ans , par fon frère Alexis III , &
rétabli , huit ans enfuite , avec fon fils
Alexis IV. Nicolas Canabe , règne quel
ques jours ; Alexis V , dit Marzuphle ,
s'élève fur le trône par le meurtre des
deux derniers Princes , & fait bien-tôt
place à Baudouin , Comte de Flandres ,
que les Latins choififfent pour Empereur,
après la prife de Conftantinople. Lés
Grecs , qui ne fubiffent pas le joug des
Latins , fe donnent pour Empereur ,
Théodore Lafcaris .
Jean Comněne , fils & fucceffeur d'Alexis
, eût été un Prince accompli , s'il
FÉVRIER. 1777. 133
eût moins aimé la
guerre.
Il eut toutes
peu avantales
vertus de fon père , fans avoir aucun
de fes défauts. Un extérieur
geux cachoit une ame grande & généreufe
, & fon règne fut un de ces intervalles
de repos , qui retardèrent la chûte
de l'Empire. A peine étoit- il fur le trône,
qu'il repouffa les attaques des Turcs ,
des Patzinas , des Serves & des Hongrois.
Vainqueur de tant de nations , it
marche en Cilicie , d'où il chaffe les Arméniens
, qui s'en étoient emparés. On
voit ici l'établiffement d'un nouveau
Royaume d'Arménie. L'Empereur oblige
le Prince d'Antioche à le reconnoître
comme Souverain : il entre dans la ville ;
mais une révolte ,fourdement excitée par
ce Prince , l'oblige d'en fortir. La guerre
contre les Turcs continue ; Jean retourne
à Antioche , dont on lui refufe l'entrée .
Réfolu de fe la faire ouvrir par force , il
va paffer l'hiver en Cilicie. Une bleffure
mortelle qu'il reçoit dans une chaffe
lui ôre la vie ; mais avant que de mourir
, il choifit pour fon fucceffeur Manuel
, le plus jeune de fes fils . Le difcours
qu'il fait à fes Courtifans , renferme
des vérités précieufes , & dût faire
beaucoup de fenfation .
も
134 MERCURE DE FRANCE.
Tous les fujets de l'Empire penfoient,
de Manuel comme en avoit penſé fon:
père . Son frère Ifaac , quoique fon aîné ,
lui étoit fi inférieur en mérite , que les,
droits de la naiffance ne trouvèrent point
de défenfeurs . On admiroit dans Manuel
, le courage , la grandeur d'ame , la
paffion pour la gloire ; on vouloit dès lors
trouver en lui la prudence d'un âge,
avancé . Les grâces de fa perfonne aidoient
encore à faire valoir fon mérite :
il étoit de haute ftature ; une beauté mâle
, un regard plein de douceur , un teint.
vif & animé annonçoient un heureux
mêlange de bonté & de vigueur . Telles.
furent les qualités qu'il porta fur le trône. ,
La vigueur s'y conferva , la bonté y fut
fort altérée par les malignes influences de
la grandeur. De mauvais Miniftres.corrompirent
ce beau naturel. On voit ici
l'élévation , le manège , & la chute des
deux principaux . Environné de ces confeils
, Manuel devint dur , hautain , libertin
, jufqu'à entretenir un commerce
fcandaleux avec fa propre nièce . Sa
femme Irène , Princeffe modefte & vertueufe
, dont l'Hiftorien judicieux fait
un portrait fi intéreffant , loin de le
retirer de fes défordres , fut éclipfée par
fa Concubine .
FÉVRI E R. 1777. 134
La fierté du Prince d'Antioche fut
forcée de plier fous les armes de Manuel .
Ce Prince , foldat déterminé , fignale en
vingt conibats contre les Turcs , une
bravoure téméraire , & la mort qu'il femblechercher,
& qu'il eût fouvent méritée ,
le fuit toujours. Ses faits guerriers fem
bleroient romanefques , s'ils n'étoient atteftés
par deux Auteurs très - graves &
contemporains , dont l'un parle comme
témoin occulaire. Sa bonne - foi ne fut
pas égale à fa bravoure . Plein des anciennes
defiances qui avoient rendu Alexis
ennemi des Croifés , il fit échouer la
feconde Croifade. L'Empereur, Conrad,
& le Roi de France , Louis le jeune , revinrent
en Europe , après avoir fignalé
leur courage plus que leur prudence.
Le fiége de Corfou , dont les Siciliens
s'étoient rendus maîtres , eft un des plus,
mémorables dont l'hiftoire faffe mention .
Manuel , toujours intrépide , y fit des
miracles de cette aveugle valeur qui
faifoit fon caractère ; on vit alors quel
changement l'exemple d'un Prince peut
opérer dans une nation , Les Grecs fem
blent être ceux de Marathon & des Ter.
mopyles. Les guerres de Servie & de Hom
grie , qui fuccédèrent , offrirent à Ma-
2)
{ 136 MERCURE DE FRANCE.
nuel de nouvelles occafions de montrer
fon courage. Il n'y a point de bataille où
il ne paye de fa perfonne , & ne cher
che les plus périlleufes aventures .
On lit, dans le dix- neuvième volume,
le commencement des forfaits d'Andronic
, coufin-germain de Manuel
Prince perdu de moeurs , mais hardi ,
plein de rufes , ambitieux , capable de
tous les crimes , qui ne le conduisirent)
au trône que pour le punir fur un écha
faud plus élevé. Ses diverfes aventures
fontici diftribuées felon l'ordre des temps .
Les guerres que Manuel fit en Italie
par fes Généraux , après divers fuccès ,
fe terminèrent par une paix avec le Roi
de Sicile. La conquête de la Cilicie , &
les guerres contre les Turcs, fourniffent,
dans Manuel, des exemples de générofité
& d'une fuprême bravoure . La vifite que
le Sultan d'icone fit à Manuel à Conftan
tinople , les fêtes données à ce Sultan ,
& fon départ , intérefferont le Lecteur.
Irène, première femme de Manuel, étant
morte , il époufa Marie d'Antioche ,
plus belle perfonne de fon fiécle.
12
Après quelques réflexions fur le peu de
fruit que l'Empire retira de la valeur des
trois preiniers Comnènes , le quatre
FEVRIER . 1777. 137
vingt- neuvième livre commence par l'hiftoire
des guerres de Hongrie , & finit par
l'expédition inutile , faite en Egypte , de
concert avec Amaury , Roi de Jérufalem .
On voit ici la chûte bien méritée du Miniftre
Stypiote , & la difgrâce injufte
d'Alexis.
Le quatre-vingt- dixième livre renferme
la guerre contre les Vénitiens ,
qui dura quatre ans , & celles des Tures ,
qui ne finirent qu'avec la vie de ce Prince .
Sa témérité, heureufe jufqu'alors , effuya
la plus fanglante défaite à Myriocephales .
Cette terrible bataille , & toutes fes fuites
, font racontées en détail . Manuel .
meurt quatre ans après , dans la trentehuitième
année de fon règne ; & fa conduite
, dans le gouvernement , eft déve
loppée dans le refte du livre qui termine .
le dix-neuvième volume.
La peinture de la Cour , après la
mort d'Alexis , ouvre le vingtième volume,
page 7 ; on y voit la fuite des aventures
d'Andronic, qui fait révolter Conftantinople
contre l'Impératrice - mère
& fon Miniftre favori. Andronic eft reçu
avec joie à Conftantinople ; il n'a deffein,
dit-il , que d'affurer & d'aider le jeune
Empereur ; fous ce mafque , il fe défait
* 38 MERCURE DE FRANCE .
de fes ennemis , fait étrangler l'impé
ratrice-mère , & peu de temps après , le
jeune Empereur . La fuite du règne d'Andronic
n'eft qu'un tiffu de maffacres &
de condamnations injuftes. A la vue de
tant d'horreurs , l'Hiftorien s'arrête , &
encore frémiſſant d'effroi : C'eft , dit il
un malheur pour l'hiftoire , d'être forcée
de tenir fi long- temps fa plume trempée
dans le fang , & de n'offrir que des tableaux
funeftes. Mais chargée de reproduire
les fiécles à la mémoire des hommes,
trop heureufe quand elle n'a que des héros
à faireparoître , elle n'eft pas moins obligée
de peindre les monftres . Elle les préfen
te & les immole aux yeux de tous les áges ,
fur le même échafaud qu'ils ont teint du
fang des innocens , & jamais criminels ne
furent environnés d'un plus grandSpecta
cle. Il faut lire l'horrible catastrophe, qui
fit , de ce tyran inhumain , un exemple affreux
de la vengeance d'un peuple op- ,
primé par une cruelle barbarie .
Le portrait d'Ifaac, fucceffeur d'An- ,
dronic , & celui de fes Miniftres , pré- .
pare le règne de l'imbécillité . Ses armées
challent de l'Empire les Siciliens ,
qui y avoient fait des conquêtes ; mais
elles échouent contre l'Ifle de Cypre, dont
FÉVRIER. 1777 . 139
un tyran , nommé Ifaac , s'étoit emparé,
La Bulgarie fe révolte & fe donne des
Rois. Branas , vainqueur des Bulgares ,
prend le titre d'Empereur & vient atta
quer Conftantinople ; il eft tué dans une
bataille . La guerre des Bulgares continue,
La troisième Croifade , à la tête de la
quelle furent Philippe-Augufte , Frédéric
, Empereur , & Richard d'Angleterre,
eft encore travertée par la perdie
des Grecs . Richard chaffe le tyran Ifaac
de l'Ile de Cypre , & s'en empare . Après
plufieurs révoltes , & une fuite de mauvais
faccès contre les Bulgares , Ifaac eft
détrôné par fon frère Alexis , qui lui fait
crever les yeux.
"
Alexis III , auffi imbécille que fon
frère , fur foutenu par fa femme Euphrofyne
. Cette Princeffe joignoir une mâle
vigueur à tous les vices de fon fexe.
Un impofteur , qui fe difoit fils de
Manuel , fur bien -tô : affaffiné . Une nouvelle
Croifade , à la tête de laquelle
étoit l'Empereur Henri VI , ent peu de
fuccès par la mort de ce Prince. Les Bulgares
renouvellent la guerre ; mais leurs
Rois , Afan & Pierre , tués par leurs propres
fujets , laiflent la couronne à leur
fière Joanutce. L'Empereur Grec fe fou140
MERCURE DE FRANCE.
met à payer tribut à l'Empereur d'Alle
magne. Un pirat le fait trembler. Euphrofyne
, difgrâciée , eft bien-tôt rappelée
à la Cour ; mais le Miniftre Conftantin
en eft banni pour toujours. Génétofité
du Sultan d'Icone. Maladie de
l'Empereur. Irruption des Valaques.
Révolte de Chryfe , que l'Empereur ne
peut
peut réduire , & d'Ivan , qui repouffe
les Grecs , & eft pris par perfidie. On
ne voit , dans le refte de ce règne , que
défordres dans le Palais & dans la ville.
Tous les liens de l'obéiffance fe relâchents
le Prince tombe dans le mépris . Enfin ,
la cinquième Croifade fe prépare ; plufieurs
Princes d'Occident fe joignent aux
Vénitiens pour aller s'emparer de Conftantinople
, dont la conquête leur paroiffoit
néceffaire à celle de la Terre Sainte .
Le dernier livre du vingtième volume,
ne renferme que l'attaque & la priſe de
Conftantinople par les Latins . On y expoſe
les divers événemens de ce fiége fameux
, & l'élection de Baudouin , Comte
de Flandres , qui fut le chef d'une nounelle
race d'Empereurs; & cette partie de
l'ouvrage eft remplie de faits intéreffans .
La marche des judicieux Hiftoriens , eſt
également intéreffante dans les deux voFÉVRIER.
1777 141
par
le
lumes nous annonçons , foit
que
choix des événemens , foit par la noble
éloquence avec laquelle ils font décrits.
Euvres complettes de Démosthène &
d'Efchine , traduites en François ,
avec des remarques fur les Harangues
& Plaidoyers de ces deux Orateurs ,
& des notes critiques & grammaticales
en Latin , fur le texte Grec : accompagnées
d'un Difcours Préliminaire
fur l'Eloquence & autres objets intéreffants
; d'un Traité fur la Jurif
diction & les Loix d'Athènes ; d'un
Précis Hiftorique fur la Conftitution
de la Grèce , fur le gouvernement
d'Athènes & fur la vie de Philippe, &c .
Par M. l'Abbé Auger , de l'Académie
des Sciences , Belles - Lettres &
Arts de la ville de Rouen , ancien
Profeffeur d'Eloquence dans la même,
Ville . A Paris , chez Lacombe , rue
de Tournon , près le Luxembourg ,
S vol. in-8 °. reliés , 25 livres.
Nous rendrons compte , dans un vo
lume prochain , de la partie la plus
étendue & la plus difficile de ce recueil
intereffant , la verfion du texte de Dé142
MERCURE DE FRANCE.
mofthène . Nous devons aujourd'hui faire
connoître les acceffoires que M. l'Abbé
Auger y a joints ; ils font tous trèsimportans
. Les uns deftinés à l'éclairciffement
& à l'intelligence du texte ,
font les fruits d'une érudition peu commune
, & d'un travail de plufieurs anmées.
Les antres , en partie hiftoriques ,
en partie littéraires , annoncent également
le favant & l'homme de goût.
.
Les remarques critiques & grammaticales
fur le texte Grec , que nous indiquerons
d'abord , font placées à la fin
de chaque volume . Elles font le réſultat
des recherches de l'Auteur ; il les a écrites
en latin pour en rendre l'ufage plus
général , & l'étendre aux étrangers mêmes
qui lui fauront gré d'avoir penſé à
eux . Parmi les Auteurs qu'il a confultés
avec le plus d'avantage , dans cette partie
de fon travail , il nomme le favant Reiske
de Leipfick , mort il y a quelques années
, & à qui l'on doit une édition
complette de tous les Orateurs Greès ,
dans leur langue originale , avec des
notes , des remarques , des verfions latines .
qui ont eu le fuffrage de tous les Sa-"
vans. M. l'Abbé Auger a été en correfpondance
avec cet homme célèbre ,
FÉVRIER . 1777. 143
qui lui a dédié la dernière partie de la
collection. Cet hommage eft également
honorable à celui qui l'a rendu , & à
celui qui l'a reçu . Nous favons que la
reconnoiffance du premier y a eu beaucoup
de part il a avoué lui-même qu'il
avoit des obligations effentielles au favant
François avec lequel il étoit en
correfpondance , & dont les obfervations
lui ont été quelquefois utiles.
Nous ne nous arrêterons pas à cette
partie du travail de M. l'Abbé Auger ;.
elle eft faite pour être confultée , avec
fruit , par tous ceux qui entreprendroient
de lire Démosthène dans fa langue originale.
Nous nous bornerons auffi à
indiquer la lifte des Tribus d'Athènes,
celle des Bourgs qui faifoient partie de
l'Attique , & le Dictionnaire géographi
que des Royaumes , Provinces , Villes ,
Places & Parts , dont les deux Orateurs
ont parlé dans leurs Difcours . Ce Dictionnaire
a été revu par M. Barbeau
de la Bruyère , qui a fait une étude
approfondie de la Géographie ancienne
& moderne , fur laquelle il a écrit
plufieurs Ouvrages . Cette partie des
acceffoires de la traduction de M. l'Abbé
Auger , n'eft pas la moins intéreffantes
144 MERCURE DE FRANCE.
il n'a rien négligé de ce qui pouvoit
inftruire & fatisfaire le lecteur : il lui
offre dans fon Ouvrage , tout ce qu'il
pouvoit defirer , & lui épargne l'embarras
de le chercher ailleurs , où il ne
feroit pas sûr de le trouver toujours.
Un morceau bien intéreffant , c'eſt
un tableau précis & rapide de l'histoire
de la Grèce , en général , & des Athé
niens en particulier. Ce tableau a été
fait d'après M. l'Abbé de Condillac &
M. Tourreil. On ne peut avoir réuni
plus de faits dans un auffi petit efpace ;
& il a fallu beaucoup d'art pour les
mettre chacun à leur place , & les préfenter
d'une manière claire & diftincte,
Avant de lire Démosthène , il faut connoître
le peuple auquel il a parlé , fa
Situation , fes intérêts , fon caractère
& celui des peuples voifins. Ces con-
Roiffances font indifpenfables pour bien
entendre l'Orateur. On les trouve toutes
ici.
Le lecteur déjà inftruit de l'état de
la Grèce , à cette époque , trouve de
nouvelles lumières à la tête de chaque
Difcours . Le Traducteur ne ſe borne
pas à offrir , dans des réflexions préliminaires
, le fommaire du Difcours
,
qu'il
FÉVRIER. 1777. 345
qu'il va préfenter. Il donne l'hiftorique
des faits qui y ont donné lieu ; il en
fixe la date; & par- tout les chef- d'oeuvres
de l'éloquence Grècque , fe trouvent
alliés à l'hiftoire de la Grèce . En étudiant
les grands modèles de l'art oratoire
, on apprend à connoître en même
temps le génie , & le caractère de ces
peuples.
Ce travail intéreffant & utile ne terminoit
pas la tâche que s'impofoit M.
l'Abbé Auger. Démosthène n'a pas traité
uniquement des affaires d'Etat dans fes
harangues; il a défendu les intérêts particuliers
d'Athènes , comme les intérêts
publics de cette ville : il a parlé aufli en faveur
de quelques Citoyens, ou contre eux.
Ces Difcours , pour être bien enten dus ,
demandent d'autres connoiffances préliminaires
plus difficiles à fe procurer.
L'Auteur n'a. pas voulu les laiffer à defirer;
& il a compofé un Traité de la
Jurifdiction & des Loix d'Athènes .
Ce Traité , comme le titre l'indique ,
eft naturellement divifé en deux parties :
la première fait connoître les différentés
efpèces de Magiftrats , de Juges & de
Tribunaux ; les formes à obferver
obtenir juftice. Tous ces détails font
G
pour
146 MERCURE DE FRANCE.
piquans ; ils peuvent fournir des comparaifons
intéreffantes à ce qui fe pratique
de nos jours. De tout temps il
y a eu des procès entre les Citoyens d'un
imême lieu , des loix pour les terminer ,
& des hommes adroits qui favoient éluder
ces loix & employer les détours de la
chicane , qui eft aufli ancienne que les
Sociétés & les Tribunaux .
La feconde partie eft confacrée à faire
connoître les loix d'Athènes . L'objet
de l'Auteur n'étant point de donner un
Traité complet de Jurifprudence attique,
il fe borne aux loix principales qui ont
rapport aux Difcours qu'il a traduits . Ce
Traité peut être regardé comme neuf
par la forme & la quantité des chofes
qui y entrent il fuppofe les recherches
les plus étendues , & une critique judicieufe
.
La dernière partie qui nous refte à
indiquer du travail de M. l'Abbé Auger,
c'eft fon Difcours préliminaire , Ouvrage
plein de goût & de chofes . Le
véritable but de l'éloquence , eft de
perfuader & de déterminer fur le champ
les volontés . Les moyens qu'elle emploie
pour y arriver , font le raifonneFÉVRIER.
1777. 147
ment qui éclaire l'efprit , les images
qui frappent l'imagination , les fentimens
qui
touchent & remuent le coeur :
tantôt elle fépare les moyens , tantôt
elle les fond enfemble. D'après cette
définition , l'Auteur ne regarde comme
éloquence proprement dite , que celle
qui eft dans les genres qu'on appelle
délibératif & judiciaire . Il a du moins
raifon de les regarder comme le premier
degré de l'éloquence. Mais tous les lecteurs
n'excluront pas pour
cela le genre
démonftratif, qui ne peut remplir le
même bat dans toute la rigueur de la
définition de M. l'Abbé Auger ; mais
qui confervera fes partifans , fur- tout
dans un temps où l'éloquence n'a plus,
pour l'exercer , les grands fujets qu'elle
avoit autrefois . L'Auteur , après cette
définition , parcourt l'état de l'éloquence
, en France , à Athènes & à
Rome. Il donne enfuite des principes
Tolides fur la traduction en général , &
fur celle des Orateurs en particulier.
Ces principes amènent des réflexions
fur les différens genres de ftyle'; & il
les applique aux langues Grècque, Latine
& Françoife. Il termine ce Diſcouts
profond par un parallèle de Cicéron &
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
•
de Démosthène . Il compare , non-feulement
les deux Crateurs , mais encore,
les hommes & leur génie.
La lecture de tout ces morceaux , peut
feule donner une jufte idée du travail
de leur Auteur , & des difficultés qu'il
a eu à vaincre. Il fixe celle que nous
devons avoir de ces Orateurs généralement
moins connus que célèbres , &
que leurs Traducteurs , jufqu'à préfent,
avoient défigurés .
)
Le mouvement eft un des princi
paux caractères de l'éloquence de Démofthène
; mais ce n'eft pas un mouvement
qui va par faurs & par bonds,
fi nous pouvons nous exprimer ainfi
c'eft un mouvement progrellif & rapide
où tout eft lié , tout eft enchaîné. Un
ftyle coupé , haché , découfu , feroit
entièrement oppofé au genre de cet
illuftre Orateur. Tout n'eft pas d'ailleurs
mouvement chez lui . On fe trompe
lorfque l'on fe repréfente Demosthène ,
toujours tonnant , toujours foudroyant,
pour nous fervir d'une expreffion répétée
jufqu'au dégoût , par tout ceux qui
ont parlé de lui . Il y a dans fes Difcours
beaucoup d'endroits tranquilles &
paifibles , pleins d'adreffe & d'infinuaFÉVRIER.,
1777. 149
tion . C'est ainsi qu'en jugent ceux qui
le lifent dans fa langue . Ceux qui le
liront avec attention , dans cette traduction
, en penferont de même . En voyant
M. l'Abbé Anger avouer qu'il n'y a
point de phrafes dans ces Difcours , qu'il
n'ait remaniées bien des fois , qu'il n'ait
retouchées & repolies d'après fes idées
& d'après celles de perfonnes éclairées
qu'il a confultées ; qu'il a mis enfin à
les traduire , le temps que Démosthène
mettoit à les compofer , its concevront
difficilement que ce foir un Orateur à
traduire , d'après la première impreffion
que fait le plaifir de le relire. C'ett cependant
ce que l'on a dit , ce que l'on a
prétendu tenter Un rapprochement des
paffages ainfi traduits légèrement avec
ceux traduits par M. l'Abbé Auger ,
pourra intéreffer le Lecteur.
Il faut entendre Démosthène , a dit le
Journaliſte , répondre à ceux qui demandent
quelle néceffité de s'armer contre
Philippe . " Eh quelle autre , grands Dieux !
» que celle qui meut des hommes libres
» à la vue du déshonneur ? Est- ce cette
» néceflité que vous attendez ? Elle vous
affiège , elle vous preffe. Il en eft unc
» autre.... Dieux protecteurs ! Eloignez-
ود
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
•
T
» là des Athèniens ! Il en est une autre ,
» celle qui frappe les Efclaves , la vio-
» lence . Athéniens ! j'aurois honte de
» vous en parler
"
"".
M. l'Abbé Auger a traduit : « Pourquoi
différer ? Pourquoi temporifer ?
» Qu'attendons nous ,
Athéniens
, pour
» faire ce que nous devons ? Que la
» néceffité nous preffe ? Mais la néceffité
qu'on peut appeler celle des hom-
» mes libres , n'a plus befoin d'être attendue
; elle nous preffe depuis long- tems :
prions les Dieux d'éloigner de nous
celle des Efclaves. La plus grande né .
ceffité pour un homme libre , c'eſt
» le déshonneur. Je n'en connois point,
» on n'en peut imaginer de plus forte.
» Celle d'un Efclave , ce font les coups,
» ce font les tortures ; puiffons nous ,
Athéniens , n'éprouver jamais cette
» dernière ; on ne doit pas même en
parler »!
»
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ces deux traductions ; mais nous obfer.
verons , en paffant , au fujet des deux
harangues de la couronne , dont nous
allons citer quelques morceaux que le
Correcteur de M. l'Abbé Auger reproche
à Efchine , de donner à toutes
-
FÉVRIER . 1777. ISI
les loix qu'il cite , un fens faux & forcé.
C'eft précisément fur l'article des loix
qu'Efchine a le plus d'avantages . Quand
on lit légèrement & rapidement , on ne
peut pas prendre garde à tout ; mais
quand on relit , cela fuppofe qu'on a
déjà lu & bien lu....
Traduction faite d'après la première
lecture , par M. D. L.
وو
« Non , Athéniens , non , j'en jure,
» vous n'avez point failli en défendant
la liberté de la Grèce. J'en jure , &
» par les mânes de vos ancêtres qui ont
péri dans les champs de Marathon
» & par ceux qui ont combattu à Platée,
» Salamine & Artémife , par tous ces
grands Citoyens dont la Grèce a re-
» cueilli les cendres dans des monumens
publics. Elle leur accorde à tous la
» même fépulture & les mêmes hon-
" neurs. Oui , Efchine , à tous ; car tous
» avoient eu la même vertu , quoique
» la deftinée fouveraine ne leur eût
» donné à tous le même fuccès „ .
Verfion de M. l'Abbé Auger. Si ,
» condamnant l'Auteur du décret , vous
mépriſez mon adminiſtration , vous
ןכ
C'
pas
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
22
"
paroîtrez avoir fait une faute , & non
» pas avoir fubi les rigueurs injuftes de
» la fortune. Mais nou , Athéniens
» non , vous n'avez point fait une faute,
» en vous expofant pour le falut & la
» liberté de tous les Grecs. J'en jure ,
» & par ceux de vos ancêtres qui ont
expofé leur vie à Marathon , & par
» ceux que la Ville de Platée a vus
ranger en bataille , & par ceux qui
» ont livré le combat naval, foit d'Ar-
» témife , foit de Salamine , & par tous
» ces braves Citoyens dont les corps
repofent dans les tombeaux publics .
» L'état leur a accordé à tous les mê-
» mes honneurs , la même fépulture :
» oui , Efchine , à tous , & non pas feu
29
n
lement à ceux dont la fortune a fen
condé la valeur . Cette conduite étoit
jufte ; ils avoient tous fait le devoir
de gens braves ; mais ils ont eu le
» fort que le Souverain Etre réfervoic
» à chacun ".
»
Nous nous arrêterons un inftant fur
ce morceau , j'en jure , & par les mânes
de vos ancêtres , &c. Démosthène , plein
d'un noble enthoufiafme , repréfente les
braves guerriers d'Athènes , morts à Masathon,
à Plarée & à Salamine , comme
>
FÉVRIER 1777. 13
des Dieux protecteurs & fauveurs de la
Grèce , comme des Divinités par letquelles
il jure ; il fe fett d'une expreffion
facrée , pour ainfi dire , a , prépofition
que l'on n'employoit que dans les fermens
faits par les Dieux , y Aiα , μa
a
τον Απολλόνα , μα την Αθηνὴν , L'exprelion
manes, qui ne convient qu'à des morts ,
fuivant la réflexion judicieufe de M.
Tourreil , & non à des Dieux toujours
vivans , détruit cette idée . Qui ont combattu
à Platée , à Salamine, à Artémife.
On réunit ici les objets , tandis que Démofthène
les divife pour donner plus de
nombre à la phrafe , pour multiplier les
exemples , & pour y appliquer l'attention
de fes Auditeurs , dont la Grèce a
recueilli les cendres. Ce n'étoit pas la
Grèce qui avoit recueilli les cendres des
Athéniens morts en combattant pour leur
parrie , ou pour la Grèce ; c'étoit dans
l'enceinte de la ville & au nom de la
vilie qu'on leur avoit rendu cet honneur .
Démosthène , dans une de fes harangues
, vante cet ufage comine particulier
à la ville d'Athènes . Cui , Efchine , à
tous , M. de L. H. a omis , & non pas
feulement à ceux dont la fortune n'a pas
fecondé la valeur ; circonftance fur la
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
quelle Démosthène infifte , & à laquelle
il veut que fes Auditeurs faffent une
attention particulière.
39
ود
« L'avez-vous remarqué , Athéniens ,
dit M. L., lorfqu'il a parlé de nos malheurs
; il en parle fans rien reffentir
» fans rien témoigner de cette trifteff ,
qui fied fi bien à un Citoyen fenfibie &
» vertueux. Son vifage étoit rayonnant
» d'allégreffe ; fa voix étoit fonore &
» éclatante. Le malheureux ! il croyoit
» m'accufer , & il s'accufoit en effet lui-
» même en fe montrant dans nos revers
» communs , fi différent de ce que vous
» êtes . "
"
و د
Verfion de M. l'Abbé Auger. « Dans
le cours de fes imputations calomnieu-
» fes , ce qui m'a le plus étonné , Athéniens
, c'eft qu'en infiftant fur nos infortunes
, il en a parlé fans reffentir ,
»fans témoigner la trifteffe d'un Citoyeir
» zélé & vertueux . Avec cet air & ce
ton fatisfaits , avec les éclats d'une voix
fonore, il croyoit m'accufer fans doute ;
» mais , il prouvoit en effet contre lui-
» même , qu'il n'étoit pas affecté de nos
» revers comme les autres. »
Il y auroit bien des remarques à faire
fur ce morceau ; nous les laiffons à nos
FÉVRIER. 1777. 155
Lecteurs. Nous demanderons feulement
à l'homme de goût où eft le ftyle nombreux
de Démosthène , & fi des oreilles
Athéniennes , ces oreilles fières & délicares
auroient fupporté dans un Orateur
le concours des lettres fifilantes
( qu'on nous permette l'expreflion , ) qui:
fied fi bien à un Citoyen fenfible.
་
L'exorde de la même harangue eft un
chef-d'oeuvre dans le genre tranquille &
paifible . Nous prions le critique de juger
fi une exclamation qu'on insère n'eft pas
oppofée au genre de cet exorde . Voici
l'exemple qu'il propoſe. « Efchine a dans
» cette accufation de grands avantages :
oui , Athéniens , de bien grands ! Nos
rifques ne font pas égaux . S'il ne gagne
" pas fa caufe , il ne perd rien , & moi ,
» fi je perds votre bienveillance ... Mais ,
و د
"
non , il ne fortira pas de ma bouche
» une parole finiftre au moment où je
» commence à vous parler. Athéniens ,
» on écoute volontiers l'accufation &
l'injure , & qu'on entend avec peine
ceux qui font forcés à dire du bien d'eux-
» mêmes ! Ainfi donc Efchine a pour lui
" tout ce qui attire l'attention des hom-
» mes . H´m'a laiffé ce qui les bleſſe &
» leur déplaît. Si , dans cette crainte, je me
» tais fur les actions de ma vie , je pa-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
>>
200
» roîtrai me juftifier mal ; je ne ferai
plus celui que vous avez cru digne derécompenfe
fi ; , pour l'intérêt de ma
» cauſe , j'expofe ce que j'ai fait en per
» dant l'Etat , je ferai dans la néceffité
» de parler fouvent de moi-même. Je le
» ferai du moins avec toute la modéra-
» ration dont je fuis capable ; & ce que
» je ferai forcé de dire , imputez - le
» Athéniens , à celui qui m'oblige à me
» défendre .
30
33°
و
M. l'Abbé Auger traduit au contraired'après
l'orateur Grec. « Efchine , dans
cette affaire , a fur moi plus d'un avan-
» tage ; deux fur tout , Athéniens , &
» qui font effentiels. Premièrement, les
rifques ne font pas égaux entre nous ..
Je perdrois infiniment plus en perdant
» votre amitié , que lui en ne gagnant:
» pas fa caufe. Si je perds votre amitié ,
il y va pour moi .... Mais j'évite en
» commençant toute parole finiftre ;
» lui , au contraire , il m'accufe fans:
» avoir rien à perdre. On aime naturel-
» lement à écouter des accufations &
des invectives , & on n'entend qu'avec
peine ceux qui font eux mêmes leur
éloge. Efchine avoit donc pour lui ce
» qui captive l'attention des hommes . I
» ne me refte à moi que ce qui déplaît:
"
35"
22
FÉVRIER . 1777 : 157
à prefque tout le monde. Si , dans la
crainte de choquer , je ne parle pas
» des actions de ma vie , il femblera que
» je ne peux ni me juftifier fur les griefs
» de l'accufation , ni montrer à quel titre
» je me crois digne d'une récompenfe.
" Si , pour l'intérêt de ma caufe , j'entre
» dans le détail de ce que j'ai fait pour
» l'Etat & pour les Particuliers , me voilà
» forcé à parler fouvent de moi : je tâche-
" rai du moins de le faire avec toute la
» modération poffible ; & ce que la né-
» cellité me forcera de dire , il faut l'imputer
à celui qui m'oblige à me dé-
>> fendre . >>
Nous aurions mieux aimé que M.
l'Abbé Auger eûr préféré le mot bienveillance
à celui d'amitié. Quant au Traducteur
qui a cru mieux faire , il nous
femble qu'il a manqué une finelle qui
n'étoit pas à négliger . Il m'a laiffé ce qui
les bleffe & leur déplait , en parlant des
hommes en général eft un peu dur . Démofthène
a dit , il ne me reste à moi que ce
qui déplait àpréfentprefque à tout le monde.
Comme c'est dans l'homme un effet de
la malignité & un fentiment de jaloufie:
qui l'empêche d'entendre volontiers quelqu'un
fe louer lui-même ;, l'Orateur qui
158 MERCURE DE FRANCE.
a voulu dans ce moment ménager fes Auditeurs
, & ne rien dire abfolument qui
pût les bleffer , fe garda bien de rendre
fa propofition générale. Cette obfervation
prouve, en faveur de l'opinion de M.
l'Abbé Auger , qu'il ne faut rien omertre
dans Démosthène , autant que la lan
gue le permer.
Encore un exemple , & nous terminerons
par- là ce parallèle & notre extrait .
" Ecoutez - moi, vous le devez ; c'eſt
pour vous que j'ai eu la force de fup-
» porter tous ces travaux ; il feroit trop
» honteux que vous n'eufliez pas celle de
» les entendre . »
M. l'Abbé Auger. «Vous devez m'é-
» couter , Athéniens, pour plufieurs rai-
» fons , & fur- tout parce qu'il feroit
» honteux que j'euffe foutenu pour vous
» tant de travaux , & que vous ne puf-
» fiez en fupporter le récit. » Il n'y a ici
qu'une phrafe ; les deux leçons difent la
même chofe , mais que le ton en eft différent
! Le premier Traducteur fait parler
Démosthène en homme fier de fes
fervices , & les reproche à ceux auxquels
il les a rendus . M. l'Abbé Auger
a rendu celui que devoit avoir l'Orateur
dans cette circonftance importante pour
FEVRIER. 1777. 1-59
lui , où fa caufe étoit délicate , & où
fon adverfaire avoit un parti : fa fierté
devoit fe foutenir & craindre de bleffer
les Jugės ; auffi fa tournure adoucit- elle
tout ce que la penfée qu'il avoit à exprimer
pouvoit avoir de dur.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
LES Incas , ou la deftruction de l'Em-
-pire du Pérou , par M. de Marmontel ,
Hiftoriographie de France , l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , dédié au
Roi de Suède , très - belle édition , ornée
de onze fuperbes gravures , 2 volumes ,
grand in-8 ° . broché , 18 liv . A Paris ,
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon
, près le Luxembourg , 1777 , onvrage
important & très-intéreffant , dont
nous parlerons dans le Mercure prochain
.
Hymne au Soleil , en quatre divifions ,
traduit du Grec , par M. l'Abbé de
Reyrac, Correfpondant de l'Académie
des Infcriptions & Belles - Lettres ,
petit in- 12 , prix 24 f. broché. A Paris,
160 MERCURE DE FRANCE .
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg , 1777.
Cet ouvrage eft dans le goût des
bons Ecrivains de la Grèce . S'il n'eſt pas
un Poëme échappé à l'injure des temps ,
il paroît du moins avoir été compofé fur
les meilleurs modèles de l'antiquité :
nous en rendrons compte inceffamment .
Hiftoire des progrès de l'Esprit Humain
dans les Sciences & dans les Arts qui
en dépendent. SCIENCES INTELLECTUELLES
: favoir , la Dialectique, la
Logique , l'Ontologie , la Cofmologie ,
la Pfycologie , la Théologie natureile,
la Religion naturelle , la Morale , la
Légiflation & la Jurifprudence , la Politique
, la Grammaire , la Réthorique,
& PEloquence , la Poésie ; avec un
abrégé de la vie des plus célèbres Auteurs
dans ces fciences ; par M. Savérien
, volume in -8 ° . relié S liv . chez
Lacombe , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg,
Ce précis hiftorique des Sciences Intellectuelles
, fait fuite à l'hiftoire des Sciences
Mathématiques , & à celle des ScienFÉVRIER.
1777
161
ces Phyſiques, que le Publica favorablement
accueillies , qui font du même Auteur
, & chez le même Libraire : nous
ferons connoître plus particulièrement ce
nouvel ouvrage fi utile à l'éducation ,
Dillionnaire interprête manuel des noms
latins de la Géopraghie ancienne & moderne
, pour fervir à l'intelligence des
Auteurs latins , principalement les Auteurs
claffiques , avec les défignations
principales des lieux ; ouvrage utile à
ceux qui lifent les Poëtes , les Hiftoriens,
les Martyrologes , les Chartes , les vieux
Actes , &c. &c. &c. volume grand in- 8 ° .
reliés liv. chez le même Libraire , au
Bureau des Journaux , rue de Tournon .
Les Spectacles de Paris , vingt- fixième
partie , chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques.
Almanach de Gotha , à Paris , chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
Étrennes Orléanoifes , chez Couret de
Villeneuve , Libraire , à Orléans .
Étrennes aux Amateurs de la Loterie
162 MERCURE DE FRANCE.
Royale de France, ou la vraie explication
des Songes , avec leur
rapport
aux quatre- vingt-dix numéros de la
Loterie Royale de France , fuivie de
quatre-vingt- dix figures allufives aux
mêmes numéros, avec des cabales pour
le calcul , tirés des meilleurs Auteurs
Italiens ; ouvrage traduit de l'Italien
en François , fort intéreffant à tous
ceux qui veulent tenter la fortune par
des mifes heureuſes. A Paris , chez
Molini , Libraire , rue de la Harpe ,
Efprit , au Palais - Royal , la veuve
Duchefne , rue S. Jacques, Lefclapart,
quai de Gêvres , prix 1 liv. 16 fols.
Cet Almanach ne doit être regardé
que comme un jeu pour ceux qui ont le
loifir & la fantaisie de combiner des
chimères & de s'en amufer.
L'Égyptienne , Poëme épique , petit
in- 12 , broché , 24 fols , chez Lacombe ,
Libraire , rue de Tournon .
Hiftoire abrégée des Papes , depuis S.
Pierre jufqu'à Clément XIV , tirée des
Auteurs Eccléfiaftiques , 2 vol. in- 12
reliés 6 liv. A Paris , chez Moutard ,
Libraire , rue du Hurepoix.
FÉVRIER. 1777. 163
On trouve chez le même Libraire ,
Morceaux choifis des Prophètes , mis en
François par M. l'Abbé Champion de
Nilon , deux vol. in- 12 , 6 liv.
Hiftoire de la décadence & de la chûte
de l'Empire Romain , par M. Gibbon
ouvrage traduit de l'Anglois , in-12 ,
relié , 3 liv. chez Moutard & les frères.
Debure , Libraire , quai des Auguftins.
Defcription des afpects du Montblanc
préfenté à Sa Majefté le Roi de Sardaigue
, par Marc-Théodore Bourrit , pour
fervir de fuite à la defcription des Glacières
de Savoie , &c. Laufanne , 1776 ,
in-8° . broché , 36 f. & chez Moutard ,
Libraire , quai des Auguftins.
Précis des argumens contre les Matérialiftes
, par Pinto , in- 8 ° . broché , 36 f.
Relation ou Journal d'un Officier François
, au fervice de la Confédération de
Pologne , Amfterdam , 1776 , in- 8 ° . broché
, 36 f.
164 MERCURE DE FRANCE.
ACADEMIES.
1.
Prix proposépar l'Académie des Sciences
Belles- Lettres & Arts de Lyon , pour
l'année 1777.
M DE FLESSELLES Intendant de la
Ville & Généralité de Lyon , empreffé
de concourir à l'avancement des Arts
qui Agriffent en cette Ville , a invité
l'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts , quiy eft établie , de propoſer ,
en fon nom , une Médaille d'or , du prix
de 100 livres , pour la perfection de la
Teinture noirefur la Soie.
L'Académie a accepté cette commiffion
avec reconnoiffance , & s'empreffe
d'annoncer qu'elle décernera ce prix dans
la Séance publique de fa rentrées au mois
de Décembre 1777 , à celui qui aura
conftaté avoir porté , en France , à une
plus grande perfection , la Teinture noire
de la Soie , ou par un Mémoire détaillé ,
FÉVRIER . 1777 165
accompagné d'échantillons d'effais , ou
par des expériences répétées pardevant
les Commiffaires nommés par l'Académie
, & qui s'engageront à garder le fecret
du procédé , fi l'Inventeur l'exige .
L'intention de M. l'Intendant étant au
furplus de folliciter la faveur du Gouvernement
pour l'Auteur couronné .
Les Académiciens ordinaires font feuls
'exceptés du concours ; les Mémoires n'y
feront admis que jufqu'au 1er Août
1777. Ils pourront être adreffés à l'Académie
, fous le couvert de M. l'Intendant;
ou francs de port , à M. de la Tou
rette , Secr. perp . de la claffe des Scien
ces ; ou à M. Boullioud , Secr. perp . de lá
claffe des Belles-Lettres ; ou chez Aimé
de la Roche Imprimeur - Libraire de
l'Académie.
I. I.
Prix propofé par l'Académie des Sciences,
Arts & Belles Lettres de Châlons -fur-
Marie. Pour l'année 1778:
L'Académie des Sciences , Arts &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne ,
prapofe pout fajet du prix qu'elle adju
gera dans fon affemblée du 25 Août
1778.
166 MERCURE DE FRANCE.
Les moyens les moins onéreux à l'État
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir
les grands chemins.
Tous les amis de la patrie & de l'humanité
font invités à travailler fur ce fu--
jet. Le prix fera une médaille d'or de la
valeur de trois cens livres .
Les pièces feront écrites en François
ou en Latin , & elles feront envoyées ,
franches de port , à M. Sabbathier , Secr.
perp . de l'Académie , trois mois avant
la diftribution du prix.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une devife
à la tête ou à la fin de leur Mémoire. Ils
y joindront un billet cacheté qui contien
dra leur nom , qualités & demeure , s'ils
veulent fe faire connoître ; & la devife
fera répétée fur ce billet.
II I.
Prix propofé par l'Académie Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Pruffe.
Pour l'année 1778 .
-
L'Académie Royale des Sciences &
Belles Lettres , dans fon affemblée du
-6 Juin 1776 , a jugé le prix de la claffe
qui concernoit la queftion fuivante :
FÉVRIER . 1777. 167
Quelle a été, relativement aux denrées,
la valeur des monnoies depuis Conftantin
leGrand jufqu'au partage de l'Empire à la
mort de Théodofe ? Et quelle a été l'influence
réciproque entre les variations qu'a
fubies cette valeur , & les changemens arrivés
dans l'état politique & économique de
l'Empire ?
Ce prix a été remporté par feu M.
Jules Frédéric de Keffenbrinck , premier
Préſident de la Régence de Stettin. Son
Mémoire étoit en Allemand & avoit
pour devife Rector omnium vim quoque
intelligendi , quam ipfe dedit , & regit &
adjuvat. La Claffle des Belles- Lettres , en
le couronnant , auroit fouhaité de voir
la troisième partie plus généralifée & plus
développée .
La Claffe de Philofophie fpéculative
avoit différé jufqu'à l'année 1776 , l'adjudication
du prix fur l'examen des deux
facultés primitives de l'ame , celle de connoître
& celle de fentir. Le Mémoire Allemand
, qui a remporté ce prix , avoit
pour devife , Nofce te ipfum ; & il étoit
de M. Jean- Augufte Eberhard , Paſteur à
Charlottembourg.
L'acceffit a été accordé , 1 ° . à la Pièce
Françoife, intitulée : Recherches fur lafa168
MERCURE DE FRANCE.
culté de fentir & fur celle de connoître ,
ayant pour devife : Sin , has- ne poffim
Natura accedere partes.Virg. Georg. 2º . A
la Diflertation Allemande qui a pour deviſe
un paffage Grec de Platon ; oude yeep
&c. 3 °. Au Mémoire Allemand , qui a
pour devife : Eft quodam prodire tenus ,
& c.
LaClaffe de Philofophie expérimentale ,
a propofé pour l'année 1777 , la queftion
fuivante :
Il eft connu que les angles fous lefquels
les rameaux des artères fortent de leurs
troncs font différens , & que cette diffé
rence eft telative à celle qui fe trouve
entre les vifcères .
Cela pofé , on demande :
le
Quelle eft la grandeur déterminée de ces
angles , préférablement requife pour chaque
efpècedefécrétions ? Comment onpeut
mieux parvenir, au moyen des expériences ,
à fixercette détermination ? Et quellesfont
les modifications dans la víteffe & dans
la circulation du fang qui en résultent ?
On invite les Savans de tous pays , excepté
les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette question . Le
prix , qui confifte en une médaille d'or du
-poids de so ducats , fera donné à celui
qui
FÉVRIER. 1777. 169
qui , aujugement de l'Académie , aura
le mienux réuffi . Les Pièces écrites d'un
caractère lifible , feront adreffées à M.
le Confeiller privé Formey , Sécretaire
perpétuel de l'Académie .
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner alternativement des
repréſentations des Fragmens , compofés
de l'Acte d'Eglé , de celui de la
Danfe , des Talens Lyriques , & d'Orphée
& Euridice, Drame héroïque en trois
Actes. On a ajouté aux Fragmens le Bal
let des Horaces , de M. Noverre .
Ce Ballet eft divifé en cinq Actes ,
& en Scènes Dramatiques , où l'action
théâtrale , la déclamation muetre , la
Pantomime concourent avec la Danſe
& la Mufique pour former un Spectacle
.
ACTE Ier . La décoration représente une
falle du Palais des Horaces. Camille
H
170 MERCURE DE FRANCE.
foeur des Horaces , & amante de Curiace
, déplore fa cruelle destinée , ap-.
prenant que fon frère & fon amant doivent
combattre l'un contre l'autre pour
décider du fort de leur patrie. Cependant
elle préfente à fon Amant , une
écharpe qu'elle a brodée . Curiace accepte
ce préfent , & vole au combat ; Camille
tremble pour fon Amant , & ne
peut recevoir , fans frémir , les adieux
de fes frères. Le vieil Horace encourage
fes fils .
I. ACTE. La décoration repréfente un
Camp , & un Autel eft au milieu. Les
deux armées fe profternent devant l'Autel
; les Prêtres font des libations. Les
deux Rois ennemis fe jurent qu'ils s'en
tiendront à ce que le fort du combat
entre les Horaces & les Curiaces décidera.
Combat des trois frères Romains , contre
les trois frères Albains , en préſence,
des deux armées . L'aîné des Horaces ,
reftéfeul contre les trois Curiaces , les attaque
l'un après l'autre & en triomphe .
Tullus met fur fa tête la couronne de
la victoire . Le vieil Horace trompé par
un faux rapport , gémit de la honte de
fon fils , & ne tarde pas à fe féliciter de
fa gloire.
FÉVRIER . 1777. 171
III . ACTE. La décoration repréfente le
Capitole. Le vainqueur eft conduit en
triomphe au Capitole. Camille ne voit
dans fon frère que le meurtrier de fon
Amant ; elle lui arrache l'écharpe qu'il
avoit ôtée à Curiace ; elle s'abandonne
à tout fon défefpoir , & forme des
imprécations contre la Patrie. Horace ne
pouvant foutenir fes plaintes & fes reproches
, lui plonge fon épée dans le
fein. Ce crime fait horreur aux Romains ,
Horace , lui-même , en frémit. Le vieil
Horace applaudit feul à cet attentat. On
charge de fers le triomphateur.
IV . ACTE. La décoration repréſente
une Prifon. Horace déplore fa deftinée.
Fulvie , fon Amante , veut envain faciliter
fon évafion . Elle fe défeſpère ,
& tombe évanouie . Le vieil Horace
vient alors foutenir le courage de fon fils .
Procule , père de Fulvie , apporte le décret
du Sénat , qui accorde la grâce du
coupable , & lui donne fa fille .
•
V. ACTE. La décoration repréſente le
Palais du Roi. L'union d'Horace & de
Fulvie eft célébrée par des fêtes bril
lantes.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'examinerons point fi ce ſujer
convenoit à un Ballet , & fi une action.
auffi tragique devoit être accompagnée
de danfes . M. Noverre a voulu faire voir
que fon art pouvoit , comme la Poëfie ,
former un Drame fuivi , grand , pathétique
& intéreffant . C'eft une Tragédie
, c'eft Corneille en Pantomime ;
mais il a fallu rompre l'unité de l'action
pour la varier & la foutenir ; alors
on s'écarte des principes fi effentiels à
toute action théâtrale ; on parvient à faire
un fpectacle , mais non pas une oeuvre
de génie .
Il n'en faut pas moins admirer , dans
cette compofition , le talent avec lequel
M. Noverrefait employer tous les moyens
de fon Art. Cependant , il fent lui- même
qu'il eft des convenances & des
vraisemblances à conferver ; & il fe propofe
de faire des changemens dans les
derniers Actes. Mademoiſelle Heinel ,
Mlle Guimard , M. Veftris , M. Gardel ,
ont rempli les principaux rôles avec une
intelligence & une vérité qui ajoutent à
leur réputation & à leurs fuccès.
On a reprit l'Acte du Devin de Village
, pour être joué après Orphée &
Euridice. Mlle Levaffeur & M. Lainez
>
FÉVRIER. 1777. 739
exécutent avec diftinction les premiers
rôles.
L'Académie Royale de Muſique doit
remettre encore l'Iphigénie en aulide ,
de M. le Chevalier Gluck.
L'Olympiade , Opéra de M. Sacchini ,
pour lequel on avoit fait déjà quelques
préparatifs , exigeant encore des chan
gemens , ne fera joué qu'après Pâques.
DEBUT S.
M. L'HÔTE , jeune Acteur , chantant
la baffe- taille , a débuté le jeudi 9 Janvier,
par le Rôle d'Eurilas , Berger , dans
l'Acte de la Danfe des Talens Lyriques.
Sa voix eft très-agréable ; fa prononciation
diftincte : il eft très -bon muficien ,
& il met de la dignité dans fon maintien.
En cultivant fon talent , il pourra
acquérir la préciſion néceſſaire à là mufique.
M. LE MELLE , chantant auffi la baffetaille
, a débuté , le même jour , dans
l'Acte de Vertume & Pomone , par le
Rôle de Pan : ce jeune Acteur eſt d'une
figure théâtrale ; la qualité de fa voix
Hij
174 MERCURE DE FRANCE .
eft fort flatteufe ; fon jeu eft plein de
naturel & de feu ; il chante avec intelligence
& avec goût.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Mercredi 22 Janvier , les Comédiens
François ont donné la première
repréfentation de Zuma , Tragédie nouvelle
de M. Lefevre . La fable de cette
Pièce eft entièrement d'imagination , &
un peu romanefque ; mais elle produit
des fituations intéreffantes , & des fcènes
vives & pathétiques , relevées par
de beaux vers , & par des morceaux de
fentiment heureufement exprimés.
Une Horde Américaine s'eft réfugiée
dans l'abyme des rochers du Perou , loin de
la cruauté des Espagnols , commandés par
le fameux Pizarre. Leur Reine , tranquille
dans cette retraite , oubliant fon
ancienne grandeur , élève fa fille &
un Efpagnol qui avoit été délaiffé dans
fon enfance. Cet Efpagnol devient paffionnément
amoureux de Zuma , fa
compagne . Leur amour eft agréable à
la Reine , qui admire dans ces enfans
FÉVRIER . 1777. 175
l'image de la candeur & de la belle nature.
Ces amans voient ce jour tant
defiré de leur union , lorfqu'un Eſpa
gnol , errant de montagne en montagne ,
arrive jafques dans cet afyle de la paix
& du bonheur. C'eſt le fils du fameux
Pizarre , fi odieux aux malheureux Américains
. La Reine reconnoiffant cet Efpagnol
, fe laiffe emporter par les premiers
mouvemens de vengeance ; mais
le jeune homme , autant par autant par humanité
que par un fecret fentiment d'amitié ,
obtient qu'il foit traité avec tous les
égards de l'hofpitalité ; on l'accueille
on le plaint , on adoucit fes maux .
Cependant le fils de Pizarre reconnoit
dans Zuma l'objet de fa paffion. Il s'indigne
de la réfiftance qu'il éprouve , &
d'avoir un rival. Ses Soldats échappés
au naufrage , viennent fe ranger fous
fes ordres . Pizarre laiffe alors éclater
fa violence & fes menaces. Il eſt le tyran
de fes bienfaiteurs , il fait enlever
Zuma. La Reine découvre en lui le
meurtrier de fon époux. Elle raffemble
une troupe d'Américains & pourfuit
l'indigne raviffeur de fa fille . Le
combat eft près de fe livrer , lorfque
le jeune Amant propofe de terminer
Hiv
# 76 MERCURE DE FRANCE.
cette querelle l'un contre l'autre. Pizarre
accepte le défi , mais le jeune homme
eft détourné par un parti. Il va retrouver
fon rival , ils fe reconnoiffent pour
frères. Alors Pizarre fe livrant à toutes
les douceurs d'une union fi douce , facrifie
fa paffion à celle de fon rival aimé ,
& fe propofe de devenir le défenfeur
des Américains , après en avoir été l'oppreffeur
. La Reine , ignorant cet heureux
changement , a tout difpofé pour
perdre Pizarre. Il eft furpris fans défenſe ,
& accablé de traits. Pizarre mourant ,
reconnoît la jufte punition de fes attentats.
Cette Tragédie , dont nous n'avons
pu tracer qu'une légère idée , ďaprès
la première repréfentation , a eu
beaucoup de fuccès , & fait le plus grand
honneur à M. Lefevre.
Les principaux rôles de cette Tragédie
, font joués avec beaucoup d'intelligence
, de chaleur & de fupériorité
par MM. Molé & Larive , & par Mefdemoifelles
Sainval.
DEBUT.
M.
a débuté , le 21 Janvier ,
par le rôle d'Arviane dans Mélanide , &
FÉVRIER. 1777. 177
par celui du Marquis , dans la Pupile. II
avoit déjà paru fur ce Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont repris &
donné avec fuccès les Sultanes , en trois
Acte en Vers , de M. Favart , avec le
Couronnement de Roxelane. Cette Comédie
charmante a été revue avec plai
firon y applaudit les traits délicats &
brillants dont cette pièce eft remplie.
Les trois caractères des Sultanes Y font
tracés & foutenus avec beaucoup d'eſprit.
Mefdamés Billioni , Colombe & Beanpré
, les jouent avec intelligence. On
fe rappelle, à cette occafion, avec quelle
fineffe , quelle gaieté , quel intérêt
Roxelane étoit jouée par Madame Favart
, fi digne d'affocier fon talent à ce
lui de fon ingénieux époux . Le rôle du
Sultan n'a jamais été mieux rendu que
par M. Clairval , qui fait toujours fi
bien faifir l'efprit de fes rôles , fi différents
depuis Montauciel jufqu'au Magnifique
, & depuis Colin jufqu'à Solimand
II. Le Couronnement de Roxelane
forme un beau fpectacle.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
La Buona Figlioula a été reprife
chantée & exécutée dans l'efprit du maître
, d'après les confeils du célèbre
Piccini , qui eft l'Auteur de la Mufique.
On a donné quelques repréſentations
de Roger & Javotte , parodie d'Orphée
& Euridice.
DÉBUT.
Mademoiſelle TESSIER a débuté , le
lundi 27 Janvier , par le rôle d'Agathe
dans le Sorcier. Elle a de la jeuneſſe ,
une voix délicate , & la cadence trèsbrillante.
L'étude & l'exercice lui donneront
, dans la fuite , plus de préci
fion & de fûreté dans fon chant.
FÉVRIER. 1777. 179
ART S.
GRAVURES.
1.
Mutius Scévola dans la tente de Porfenna
Eftampe de 18 pouces de haut fur 17
de large , gravée par Jacques Schmuzer
, d'après le tableau original de Rubens
, qui eft dans le Cabinet du Prince
de Kaunitz , Comte de Rietberg , Protecteur
de l'Académie de Vienne , auquel
cette Eftampe eft dédiée. Elle fe
trouve à Vienne , chez l'Auteur , & à
Paris , chez M. Aliamet , Graveur du
Roi , rue des Mathurins , prix 16 liv
UBENS a , RUBENS dans cette fcène fi propre
à développer les paffions & l'enthoufiafme
patriotique , repréfenté Scévola
étendant , fur un brâfier ardent , la main.
qui vient de trahir fon courage. L'attitude
du jeune Romain eft noble & affurée
; il femble, en regardant Porfenna ,
braver les fupplices qui lui font réfervés.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi , placé fur un plan plus élevé , paroît
pénétré d'admiration à la vue de
cet acte d'héroïſme. Au pied du trône eft
renversé l'Officier que Mutius vient de
poignarder. Le vifage de cet Officier
victime de la méprife du Romain , annonce
avec énergie la douleur & les
convulfions qui précédent une mort
violente. La fcène eft , du côté oppoſé
remplie par les gardes de Porfenna qui
témoignent leur étonnement , & s'affurent
en même temps de la perfonne de
Scévola.
Rubens a traité très- peu de fujets
hiftoriques auffi intéreffants. L'art dail
leurs avec lequel ce fujet eft rendu en
gravure , le fera rechercher des Artiftes
& des Amateurs. Il paroît que M. Schmuzer
s'eft propofé pour modèle les plus
célèbres-Graveurs Flamands , & l'on peut
ajouter que fon Eftampe fe foutient à
côté de celles de Bolsvert , de Pontius ,
de Wofterman. Le burin du Graveur
Allemand a de la couleur , de la fou
pleffe , du brillant , & les travaux en font
variés avec l'intelligence néceffaire pour
donner à l'enfemble un effet pittorefque
& harmonieux.
FÉVRIER. 1777. 181
I I.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
I I I.
On diftribue à la même adreffe cideffus,
le Portrait de Gérard Dow , peint
par lui-même. Cet Artifte s'eft repréſenté
dans l'enceinte d'une croifée jouant du
violon. L'Eftampe , qui a 15 pouces de
haut fur 11 de large , a été gravée d'un
burin fini & foigné , par Ingouf , le
jeune , prix 4 livres .
Les Amateurs peuvent auffi fe procurer
, chez le fieur Bafan , la fuite des
gravures exécutées d'après les tableaux
peints à gouache , par Baudouin. La dernière
Eſtampe de cette fuite eft Marton
Bouquetière. Cette jolie Eftampe eft gravée
par Ponce , prix 1 liv. 4 fols.
FÉVRIER. 1777. 183
I V.
Collection de Tableaux & Deffeins des
plus Grands Maîtres des trois Ecoles de
Porcelaines anciennes , d'effets précieux
d'ancien laque , de Figures de
bronze , de Vafes d'Agathe , de Jafpe,
de Porphyre , de Tables de différens
Marbres , de riches Meubles du célèbre
Boule , de Pendules de choix
& autres Effets précieux , provenants
du Cabinet de feue M. Randon de
Boiffet , Receveur-Général des Finances.
Cette Collection , la plus variée & la
plus riche , peut- être , qu'aucun particulier
ait jamais formée , n'eft pas moins
recommandable par la rareté que par
le choix & la belle confervation des différents
objets qui la compofent. Feu M.
Randon n'avoit point pour les Arts u
fimple goût , mais un amour , une paffion
qui ne lui permettoit point d'attendre
tranquillement dans fon Cabinet
des occafions d'augmenter fa Collection .
Cet Amateur éclairé a fait plufieurs
voyages en Italie , en Flandres , en Ho184
MERCURE DE FRANCE.
lande , & eft parvenu , par des recherches
continues , à raffembler des morceaux
uniques , qu'il fera facile de diftinguer
dans le Catalogue de cette collection.
Il eft dreffé pour la partie des
tableaux , deſſeins , figures de bronze ,
par Pierre Remi , Peintre , que feu M.
Randon confultoit toujours, pour ces fortes
d'acquifitions, avec beaucoup de confiance
, & tous les Amateurs ajouteront
ici avec une confiance méritée. Le Catalogue
des porcelaines , laques ; effets
précieux eft dû au foins de C. F Julliot.
Ce genre de curiofités qui préſente
beaucoup d'objets rares & peu connus ,
eft ici détaillé d'une manière fatisfaifante
pour les Amateurs & pour tous
ceux qui voudront donner des commiflions.
-
La vente de ce riche Cabinet eſt annoncée
pour le vingt-fept du préfent
mois de Février & jours fuivans. Le Catalogue
fe diftribue à Paris , chez Mufier,
père , Quai des Auguftins , Pierre
Remi , Peintre , rue des Grands Aguftins
, C. F. Julliot , Marchand , rue S.
Honoré , près celle du Four , & chez
M. Chariot , Huiffier Prifeur , Quai de
la Ferraille. A Londres chez Thomas
>
FÉVRIER. 1777 . 185
Major , Graveur du Roi . A Amfterdam,
chez Pierre Fouquet Junior. A Bruxelle,
chez M. Danoot , Banquier.
>
Nous devons renouveller à l'occafion
de ce Cabinet , le plus beau peut-être
qu'aucun particulier ait jamais poffédé ,
que l'Amateur éclairé , qui en étoit le
propriétaire , en avoit confié depuis quatre
ans le foin & l'entretien à M. Picault
fils , demeurant rue Bourtibourg,
maifon de M. Hollande . On fait que M.
Picault a le fecret fi précieux & fi étonnant
de tranfporter les peintures de deffus les
toiles ufées , & même de deffus le plâtre
, & de les remettre fur une toile neuve
, après avoir ôté les taches que le
temps ou l'ignorance des Artiftes y
avoient faites ; enforte qu'elles ont toute
la pureté , la franchife & la fraîcheur
des touches & du coloris du maître. Cet
art de conferver les tableaux & de leur
rendre tout leur prix , eft ce qui avoit attaché
M. Randon de Boffet à M. Picault,
& ce qui l'avoit engagé à lui donner toute
fa confiance , comme l'atteftent une
foule de lettres qu'il lui a écrites , &
que cet Artifte a confervées comme des
titres de fon talent.
On voit auffi chez le fieur Picault
des tableaux de fleurs pein186
MERCURE DE FRANCE .
›
tes en grand , fur verre par le fieur
Godfrey , Anglois , qui a un art prodigieux
en ce genre , foit pour la compofition
, foit pour l'exécution brillante
de ces peintures deftinées à orner des
appartemens.
V.
Portrait de Jean- François Regnard ,
le meilleur de nos Poëtes comiques ,
après Molière ; gravé d'après le tableau
de Rigaud , par Fiquet , Graveur de
LL. MM. Imp. & Royale format in- 8 ° .
Prix livres .
3
Ce Portrait eft gravé avec beaucoup
de délicateffe , de goût & de talent ;
il fait fuite à ceux de Molière , la Fontaine
, Crébillon , J. Baptifte Rouffeau ,
Defcartes , Montaigne , Lamotte le
Vayer , Voltaire , J. Jacques Rouffeau ;
ils font tous de même grandeur , &
font également honneur au burin de
cet habile Artifte . On les donne au même
prix de 3 livres , chez Prevôt , Graveur ,
rue S. Thomas , Porte S. Jacques , &
chez les Marchands d'Eftampes .
V I.
Portrait de feu M. de Beauteville
FÉVRIER. 1777. 187
Evêque d'Alet , chez le Père & Avaulez
, rue S. Jacques. Prix livre 4 fols ,
La charité , la douceur & les vertus
épifcopales caractérisent ce digne Prélat.
Les perfonnes qui aimeront à fe retracer
fon image , ne pourront que la recevoir
avec empreffement.
Une couronne d'épine fert de cartel
à ce Portrait , gravé par M. Voyez ,
l'aîné , avec beaucoup de foin & de
talent.
VII.
Le fieur Janinet vient de graver &
metre au jour un petit Portrait de Mlle.
Colombe : il eft dans le goût du paſtel ;
l'illufion eft complette , l'emploi des
couleurs y eft entendu à faire même
honneur à un deffin précieux . C'eſt le
premier portrait qu'on a fait paroître
dans cette manière . L'Auteur a déjà
donné des ruines & des fujets très -agréables
: il va offrir dans peu des objets trèsintéreffans
. On trouvera le tout chez lui ,
rue S. Jacques , vis - à- vis celle du Plâtre.
VIII.
M. Henriquez , Graveur de Sa Ma
188 MERCURE DE FRANCE.
(
jefté Impériale de toutes les Ruffies , de
l'Académie Royale des Beaux- Arts de
Pétersbourg , vient de publier , en faveur
des Acquéreurs du Dictionnaire
Encyclopédique , le Portrait de M. de
Montefquieu , d'après le tableau qui eft
à l'Académie Françoife ; de M. de Voltaire
, peint en 1774 , à Ferney , par
Bonart de M. Diderot , peint par M.
L. M. Vanloo , & de M. d'Alembert
deffiné par M. R. Jollain, Peintre du Roi.
Ces Portraits font très- reffemblans & bien
gravés. Ils font du format in - fol . de l'Encyclopédie
, & peuvent- être placés dans
ce Dictionnaire : favoir , ceux de MM .
Diderot & d'Alembert , dans le 2º &
3 volumes , l'Eftampe du frontifpice
devant être à la tête du premier volume.
Le Portrait de M. de Voltaire fera placé
dans le 4 volume , & celui de M. de
Montefquieu fera réuni à fon éloge dans
les volume. On fe propofe de donner
fucceffivement , pour orner les autres volumes
, les Portraits de M. Rouffeau de
Genève , de M. de Buffon , de M. Dumarfais
, &c. Le prix de chacun des quatre
Portraits , publiés actuellement , eft
de livres . On les trouve chez M. Hen-
3
riquez , rue de la vieille Eftrapade , maiFÉVRIE
R. 1777 . 189
fon de M. Moreau , Maître Charpentier
, & ceux de MM. Diderot & d'Alembert
, feulement , chez Panckoucke ,
Libraire , rue des Poitevins , & Brunet
Libraire , rue des Ecrivains.
I X.
Ont vient de mettre en vente à l'Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , & chez
le fieur Regnault , Auteur de la Botanique
mife à la portée de tout le monde
Croix-des-Petits- Champs , le 7 Cahier
des Quadrupèdes enluminés de
l'oeuvre de M. de Buffon , prix 7 l . 4 f.
rue
>
La foufcription pour le Supplément
de la Botanique mife à la portée de tout
le monde , eft prolongée jufqu'à la fin
de Février , pour la commodité des perfonnes
de Province , chez Regnault , &
chez les Libraires qui ont fourni déjà
l'ouvrage .
Nota. On ne tirera que le nombre
d'exemplaires pour lefquels on aura ſoufcrit.
190 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
I.
Traité de Mufique concernant les tons ,
les harmonies , les accords , & le dif
cours mufical ; dédié à Mgr. le Duc
de Chartres , par M. Bemetzreider ,
2 volumes in-8° . chez l'Auteur , rue
des SS. Pères , maiſon de M. Bernard ,
près la rue de Verneuil , & chez Piffot
, Libraire , Quai des Auguftins ;
1776 .
L'AUTEUR a fait un ouvrage nouveau
fur la Mufique : il a éclairci & démontré
fa théorie & fa nature , en décompofant
fes élémens , en analyfant fes procédés
, & fuivant dans un ordre progreffif
, la marche des fons , leur liaiſon
& leurs rapports.
1. Dans le difcours théorique , l'Auteur
examine comment l'octave a pu fe
completter de treize fons ; comment &
dans quel cas le virtuofe altère les notes
naturelles , dièfes & bémols .
FEVRIER. 1777. 191
2º. Dans la première partie , il examine
la nature du mode majeur & mineur
; il divife les fons de la gamme en
fons naturels .... ut , mi , fol, ut... &
en fons appels.... fi , ré , fa , la ....
Il tranſporte le modèle des deux modes
dans toutes les octaves . Il compare les
tons entre eux , pour en déduire
des rapports qui les approchent & qui
facilitent leur enchaînement. Il indique
de chaque ton les iffues ou les forties
immédiates , les tons intermédiaires en
tre deux tons donnés ; la fucceffion la
plus naturelle des tons , des marches
extraordinaires qui étonnent : il donne
deux exemples fur l'enchaînement des
tons , l'un , abſtraction faite de la meſure
& du mouvement ; l'autre , mefuré : par
tout il repréfente les tons par la principale
confonance du corps fonore , un
des fons naturels à la baffe.
3. Dans la feconde partie , il confidère
les fons par rapport au ton : il
détermine tous les enfemblés harmonieux.
Il définit & indique les intervalles
confonnans & diffonans qui féparent
les fons des harmonies : de là il
infère la divifion des harmonies en confonnantes
& diffonantes. Il divife les
192 MERCURE DE FRANCE.
harmonies confonnantes en confonnances
repos & en confonnances qui fatiguent.
Il indique la fuccettion des harmonies ,
& il démontre l'infuffifance des ſyſtêmes
harmoniques.
4°. Dans la 3 partie , il confidère
les fons par rapport à la baffe , pour indiquer
les accords ; il les divife en accords
fimples & en accords compofés
en accords confonnans & accords diffonans
, en accords fuperflus , faux ou
diminués , majeurs & mineurs , & en
accords neutres Il indique une ortographe
fimple & non équivoque pour les
chiffres , qui font les fignes des accords .
Il prouve que chaque accord diffonant
fimple , détermine le ton & les fons qui
doivent fuccéder pour le fauver. Il nombre
toutes les combinaifons des accords.
Il donne de exemples fur l'enchaîne→
ment des accords .
5. Dans la 4 partie , il emploie les
tons , les harmonies & les accords pour
en former la phrafe , la période & le
difcours mufical ; il préfente d'abord le
tout , abſtraction faite de la mefure &
du mouvement , & marque feulement
les virgules & les points qui éclairciffent
le fens. Il commence par des phrafes
FÉVRIER. 1777. 193
fes , périodes & difcours qui ne renferment
que des cofonnances ; il en
donne enfuite des exemples où il y a des
diffonances mêlées avec les confonnances
. Il rapporte les plus belles penſées
harmoniques qui font difperfées dans
les chefs - d'oeuvres de mufique. Il analyfe
& décompose un morceau de mufique
, & puis le recompofe , montrant
comment on peut animer & embellir
une fimple conftruction d'accords par
la mefure & par le mouvement. Il donne
le moyen de trouver à la fois la baſſe
& les accompagnemens d'un chant donné.
Il indique les parties de la compofition
musicale qui appartiennent au
génie & au goût , & il donne le plan
d'une poétique muficale .
Ce Traité n'eft pas un ouvrage de
pure érudition , dont l'étude eft ſtérile
& ne conduit qu'à un vain raifonnement
; c'eft la fcience-pratique des tons
& des accords , des confonnances & des
diffonances .
On y apprend à décompofer la mufique
pour en extraire le fond harmonique
, c'est-à-dire , les accords enchaî
nés & phrafés par ce moyen on peut fo
meubler la tête & apprendre le doigt
1
194 MERCURE DE FRANCE.
avec tout l'efprit harmonique qui eft
difperfé dans la mufique.
En étudiant ce livre , on n'eft pas
borné au feul plaifir de l'oreille , on accoutume
encore l'efprit à obferver , à.
comparer & à déduire des conféquences ;
l'intelligence fe forme au raifonnement
, en même- temps que l'oreille fe
formeaujugement des fons & des accords.
Le traité de M. B. eft intéreſſant pour
le Muficien & pour l'Amateur ; le premier
pourra y gagner pour lui & fartout
pour les élèves ; l'Amateur , l'homme
du monde ne doit s'occuper de la
Mufique qu'autant que l'intelligence
accompagne fon étude.
Le fecond volume contient des exemples
clairs , parmi des morceaux célèbres
, & que l'on divife en vingt - trois
numéros , gravés dans le même format , "
afin que l'on puiffe mettre fur le même
pupitre , l'exemple à côté du précepte.
I I.
Concerto pour le Clavecin ou le Piano-
Forte , avec accompagnement de deux
violons , alto baffe & une ad libitum ;
dédié à M. de Vermonet fils , Fermier
FÉVRIER . 1777. 195
des Domaines du Roi , par M. R. J.
Dreux ; prix quatre livres quatre fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue Sainte-
Avoye , près la rue des Blancs - manteaux
, & aux adreffes ordinaires de Mufique.
I I I.
VI Sonates per cembalo o piano- forte,
con violino o flauto ad libitum ; compofte
da Mattia Vento, Opera V. Nuovamente
ftampata à fpefe di G. B. Venier. Prix 7
livres 4 fols .
Plufieurs de ces pièces peuvent
s'exécuter fur la harpe . A Paris , chez
M. Venier , éditeur de plufieurs ouvrages
de mufique , rue S. Thomas- du- Louvre
, vis-à-vis le Château d'Eau, & aux
adreffes ordinaires en Province , chez
tous les Marchands de Muſique.
I V.
CONTREDANSES .
Les Plaifirs de l'Amitié. La Société
Bellevilloife. La 1777 , contredanſe françoife
&
allégorique . Les Payfans de qua
lité , & autres contredanfes nouvelles
à huit figurans , par M. Bacquoi - Gué-
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
don, Auteur de la mufique & des figures.
Prix , 4 fols la feuille . A Paris , chez l'Auteur
, rue de la Potterie , près celle de la
Tifféranderie ; chez Mondharre , rue S.
Jacques ; Mademoiſelle Caftagnerie , rue
des Prouvaires , & aux adreffes ordinaires
de Mufique .
Lettre de M, Beauvalet , ancien Acteur de
l'Opéra , à l'Auteur du Mercure.
Monfieur, on me montra hier un article du Mercure
du 1 deJanvier, qui me concerne. On y p étend
que je chantois , avec Juccès, la baffe- taille
à l'Opéra. Je chantois la baffe , il eft vrai , mais
avec fuccès , c'eft autre choſe : on m'a flatté.
Le public commençoit à s'accoutumer à me voir,
& voilà tour. J'ai été en Italie , mais j'ai paſſé
un an à Naples , & non pas quelques mois , parce
que quelques mois font ordinairement quatre
ou cinq , à fix mêine on les nomme :
Je n'ai pas une voix de fauffet : il eft bien
vrai que j'ai chanté un air italien dans la manière
que l'on enfeigne à Naples. Cette ville eft
renommée par toute l'Europe pour avoir la
meilleure école de chant & de mufique en géné-
Tal : (n'en déplaiſe à toutes les autres villes d'Italie
) parce que cela eſt auſſi vrai , qu'il eſt conſtant
que la meilleure école de peinture & de
fculpture a été jadis à Rome, du temps que les
arts n'étoient point avilis en Italie. Un air à
FÉVRIER. 1777. 197
paffages eft la chofe la plus commune & la plus
aifée. Il fuffit de lier les notes qui compofent
les groupes & les volatines , au lieu de les
afpirer , ce qui n'eft pas plus agréable que de
les chevrotier. Quand on fe borne à ce genre ,
ce n'eft pas une chofe difficile. Je ne fais pas ce
qu'on entend par voix mâle, fi c'est une voix dure
& pefante qui bourdonne prefque toujours à l'o
reille , où une voix fvelte & franche , qui prend
toutes les inflexions , qui caractériſe la fierté ,
la tendreffe & l'amour. D'abord la première des
deux eft excellente pour faire la groffe note à
Féglife ; la feconde au contraire eft route théâ
trale , & c'est ce qu'on appelle la voix humaine
partout pays , & particulièrement tenor en Italie.
La preuve en eft que le jeu qu'on nomm : là
voix humaine , inféré dans l'orgue , n'a ni le
fon , ni la marche de la baffe . Il elt aifé de s'al
furer que ce n'eft , ni la haute - contre on contré
alto , ni la baffle qui ont été regardées comme
voix humaine ; car la haute - contre , telle qu'elle
doit être , n'est une voix naturelle que chez les
femmes ; (& c'eft ce qu'on appelle bas- deffus )
chez les hommes , elle eft furnaturelle , * & la
* On m'objecteroit à tort la charmante voix de M. le
Gros. Cette voix n'eft point une haute contre : c'eft
le plus rare & le plus fuperbe tenor. M. le Gros , qui ,
à cet avantage , joint encore le bon goût des écoles
d'Italie , a l'art d'employer le fauffet dans les cordes
aiguës , pour les adoucir & mieux faire valoir les fons
graves. M. Richer qui , quoiqu'on en puiffe dire , a
une voix très-décidée & très jolie , emploie , on ne
I uj
198 MERCURE DE FRANCE.
baffe bornée par fa pefanteur , a été confacrée
au fondement de la mufique..
Ceci eft effentiel à fpécifier; car, fans ce partage
que les maîtres Italiens obfervent fi fagement ,
il n'eft plus de proportions dans l'harmonie.
Ainfi , Monfieur , on peut vous affurer que je
n'ai pas une voix de fauffet & que je ne me fers
jamais dans les plus hauts tons que de trois
cordes appelées en Italie ( ifoprácuti ) lefquelles
n'auroient pas été mifes en valeur , fi ce n'étoit
pas la régle. D'ailleurs la réputation du
maître que j'ai eu , dans ce pays -là , eft folidement
établie par les élèves qu'il a faits dans la
Gabrielli & Millico.
Je fuis auffi éloigné de croire que vous ayez
eu intention de me donner un ridicule , que je
le fuis de me repentir de m'être tranfpoté à
Naples pour y étudier l'art du chant. Il eft
à penfer que vous n'avez pas été inftruit
clairement , ainfi j'attends de votre complaifance
& de votre honnêteté , que vous voudrez
bien rectifier ce jugement hafatdé , qui pourroit
me faire tort , en attendant que vous puiffiez
vous convaincre , par vous même , de la
vérité de ce que j'avance.
J'ai l'honneur d'être parfaitement, Monfieur ,
Votre très humble & très obéiffant
ferviteur , BEAUVALET.
Ce 16 Janvier 1777 .
peut mieux , la même adreffe. On n'accufera point
ces deux virtuoſes d'avoir une voix de fauffet ; pourquoi
mériterois-je ce reproche ?
FÉVRIER . 1777. 1 ୭୨
tre
OPTIQUE.
LA dame Juillet , demeurant rue de
Bièvre , maifon du Quincaillier , & le Sr
le Tellier , Ingénieur- Opticien de la Reine,
rue Saint Jacques , à côté de celle du Pláviennent
de mettre en vente un
Optique de la grandeur & du format
d'un livre in- 8 ° . Ils reçoivent auffi des
foufcriptions pour cet Ouvrage , qu'ils
promettent de rendre auffi parfait &
auffi complet qu'il eft poffible . Ils auront
foin , furtout , que le deffin & le
coloris foient mieux exécutés que tout
ce qui a paru en ce genre.
Le prix de ce livre Optique , avec
vingt eftampes ou vues , eft de 20 liv .
Les perfonnes qui voudront en faire acquifition
, peuvent s'adreffer aux adreffes
ci-deffus indiquées .
On donnera par mois quatre eftampes ,
qui coûteront 40 fols , au- deffus des 20
premières. On compte en porter le nombre
jufqu'à cent.
On peut foufcrire auffi chez Lacombe ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , rue de Tournon , près le Luxembourg
, au Bureau des Journaux .
ALMANACH.
BIBLIOTHEQUE des Amans , Odes
érotiques , par M. Sylvain M *** . A
Paris , chez la veuve Duchefne , Libraire
, au Temple du Goût.
Très-jolie édition , & poéfies trèsagréables.
Nous en rendrons compte
dans le Mercure prochain.
Lettre de M. des Hautefrayes , Profef
feur au College Royal.
J'ai reçu , Monfieur , une lettre anonyme , en
date du 26 Décembre , au fujet de l'Hiftoire de
Ja Chine , traduite par le P. de Mailla , à laquelle
je donne mes foins. La perfonne qui m'écrit , &
dont les vues me paroillent très - judicieuſes , a
trouvé dans le Profpectus de cette Hiftoire , publié
par M. l'Abbé Grofier , quelques expreffions
qui lui font craindre que le Traducteur n'ait facrifié
la chronologie Chinoife à celle dè nos
Livres Saints.
FÉVRIER. 1777.# 201
En attendant que l'Ouvrage paroiffe , ou que
cette perfonne fe faffe connoître & m'accorde
l'entretien qu'elle defire , je me fers de la voie
du Mercure , la feule qu'elle m'indique , pour la
prier de fe rappeler :
Que le P. de Mailla fut l'antagoniſte de M:
Freret , qui attaquoit la chronologie & l'hiftoire
Chinoife , pour en adapter les dates & les faits
à fon fyftême particulier.
Qu'il fut le cenfeur le plus irréconciliable de
certains figuriftes , qui , à la faveur des caractè
res Chinois , dont ils faifoient la diflection , fe
perfua loient voir dans les King, les plus anciens
livres de la Chine , des images de nos mystères
plus fenfibles , plus circenftanciées & en plus
grand nombre que dans nos Livres Saints ; qui
tentèrent de détrôner les anciens Monarques des
trois premières Dynafties Chinoifes , pour leur
fubftituer nos Patriarches.
Qu'il le feroit indubitablement , s'il vivoit
encore, d'un nouveau détracteur des antiquités
Chinoifes , qui pabla , comme une rare décou
verte , que les caux du Hoangho , dont les habitans
de Peking boivent depuis plus de 4000 ans ,
& dont les inondations ont fouvent occafionné
les plus grands ravages , n'étoient point différen
tes de celles du fleuve bienfaifant qui fertilife
régulièrement tous les ans , les can pagnes de
l'Egypte ; qui difputa aux figuriftes les Monarques
Chinois pour les tranfplanter du Paradis terieftre
, des plaines de Sennaar & de la Paleftine ,
dans le pays des Pharaons,
Qu'il riroit, en lifant dans les Mémoires
i v
202 MERCURE DE FRANCE.
fur les Chinois , imprimés l'an paffé , où l'on
fuppofe d'ailleurs une critique plus raifonnable ,
que l'Empereur Yao , chef de la colonie qui peupla
la Chine , encore toute humectée des eaux du
déluge univerfel , commença à fe plaindre amèrement
, après 60 ans de règne , de ce que les
flots mugiffans de ce déluge menaçoient encore
le ciel & rendoient fes Peuples malheureux
quoique le texte de la Genèfe marque le defféchement
de la terre , avec la fortie de l'Arche .
Viditque (Noé) quod exficcata effet furperficies
terra. Genèf. VIII. 13 .
Le P. de Mailla n'a point cherché à fe fingularifer
, ni à le faire de la réputation par des lyftêmes
neufs ; il remplit l'office d'un fimple Traducteur
, qui narre les faits tels qu'il les trouve ,
fans fe permettre aucune forte d'écart , évitant
fur- tout avec foin , de fe placer entre le Lecteur
& l'Hiftorien qu'il traduit ; par cette fage méthode
, la feule à mon gré qu'il dût fuivre , il
laiffe aux faifeurs de fyftêmes la liberté de calculer
& d'établir leurs comparaifons , d'après les
écrits originaux qu'il met fous leurs yeux , &
qu'il abandonne à leur jugement.
Voilà , Monfieur , ce que je peux répondre en
général , à la perfonne qui me fait l'honneur de
m'écrire. Je pourrois encore l'inviter à fe donner
la peine de paffer chez MM. Pierres & Cloufier ,
Imprimeurs , rue Saint Jacques , où on lui feroit
voir les deux premiers volumes bientôt en état
de paroître ; mais je ferois plus flatté qu'elle voulut
fe faire connoître , & me faire part de fes
FÉVRIER . 1777. 203
lumières. J'en profiterois avec plaifir , & le Public
y gagneroit.
Je fuis très- parfaitement , Monfieur ,
Votre très-humble & très - obéiffant
ferviteur , DES HAUTES RAYES .
Au College- Royal , ce 4 Janvier 1777 .
Acte de Courage & d'Humanité.
ON apprend de Carcaſſonne un fait
dont le civifme & la vertu refpirent les
inceurs antiques . Le 19 du mois dernier ,
le feu fe manifefta vers les onze heures
du matin dans une maifon appartenante
à la Fabrique de l'Eglife Paroifliale de
Saint-Michel , & attenante à cette Eglife.
Les planchers & les toits étoient
déjà embrafés lorfqu'on s'apperçut du
danger que couroient toutes les maifons
du quartier ; mais les progrès de l'incendie
furent arrêtés par la vigilance
des Officiers municipaux & les fecours
de tous les Citoyens . Une maiſon abattue
empêcha la communication , & il n'y
eut de confumé que deux maifons , dont
quatre familles , qui les habitoient , per-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
dirent tout ce qu'elles poffédoient de
meubles & d'effets .
Dès le lendemain , les Officiers municipaux
convoquèrent le Bureau de charité
établi dans cette Ville , où l'on ne voit
pas de pauvres , parce qu'ils y font tous
occupés & bien payés . D'une voix unanime
, on y décerna des fecours prompts
& proportionnés aux pertes qu'avoient
effuyées les quatres familles incendiées .
Une action d'éclat avoit illuftré
dans cette cataſtrophe , un Citoyen qui
s'étoit élancé au milieu des flammes pour
en arracher l'enfant d'un autre Habitant ,
& l'acte fuivant eft la récompenfe honorable
& patriotique , décernée à ce courageux
Citoyen par les Officiers municipaux.
« L'an 1776 , & le 25 jour du mois.
» de Décembre , après - midi : nous Jean
» Vidal , Huiffier Royal & Audiencier
» au Siége de Police de la Ville de Car-
» caffonne , y réfidant , fouffigné , ac-
" compagné de J. Labat , Trompette &
» Crieur public , & précédé de la Livrée-
» Confulaire de ladite Ville , & des
» Tambours , Fifres & Hautbois , nous
» fommes portés au-devant de la porte
» de la maifon & domicile du fieur RaiFÉVRIER
. 1777. 205
" mon Charbardé , Maître Cordonnier
de cette Ville , fife à la rue des Mou-
» lins , où étant , & du mandement de
» MM. les Maire , Lieutenant de Maire
» & Confuls , Capitaines - Gouverneurs
» de la préfente Ville , avons fait favoir
» à tous les Citoyens & autres quelcon-
» ques , que dans l'incendie qui arriva
» le jeudi 19 du courant , le fieur Rai-
» mond Chabardé , Maître Cordonnier
en cette Ville , ancien Soldat du Ré-
ود
"
gient de Flandres , avoit non- feulement
» donné de très- grands fecours pour ar-
» rêter les progrès de cet incendie , mais
» avoit encore expofé fa vie pour fauver
» celle de l'enfant du nommé Gazel ,
qui fe trouvoit au milieu des Aam-
» mes ; & de fuite , en vertu des ordres
» defdits fieurs Maire , Lieutenant de
» Maire & Confuls , & en mémoire &
récompenfe du courage & du zèle patriotique
dudit fieur Chabardé , nous
» avons , au fon des Tambours , Fifres
» & Hautbois , appendu & attaché fur
» la porte d'entrée de la maifon &
93
Y
"3 domicile dudit fieur Chabardé , une
» branche de chêne , & de tout ce que
» deffus nous avons dreffé le préfent pro-
» cès-verbal Fan & jour fufdits , & avons
206 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
figné avec ledit Labat , Trompette ,"
» & laiffé copie audit fieur Chabardé
» du préfent procès -verbal , dont l'original
demeurera dépofé aux archives
de l'Hôtel- de - Ville . Signé , Labat &
» Vidal . Contrôlé à Carcaffonne , le 28
» Décembre 1776. Reçu 11 fols 3 de-
» niers , Signé , Fornier » .
HISTOIRE NATURELLE.
:
I.
N habitant de Thezenai , en Poitou ,
trouva , au mois d'Octobre dernier , fur
un Jaſmin , un infecte d'une eſpèce
affez fingulière , & dont aucun Natu
ralifte n'a peut - être encore donné la
deſcription il a la forme des chenilles ;
mais il ne leur reffemble pas pour la grof
feur : il a 2 pouces de circonférence , &
5 de longueurs fa tête eft rouge , &
du genre des ichneumones , fa queue
d'un jaune moucheté . Il a les yeux noirs ,
& affez gros pour être facilement apperçus
. Ses pieds , dont la couleur eſt
d'un bleu de turquoiſe , font des poings
FÉVRIER. 1777. 207
fans aucune espèce de pointes ni de griffes
; ils approchent de la groffeur des pois
verds. Le corps préfente une très-belle
variété de couleurs : le verd y domine ;
les autres nuances font jaunes , bleues
couleur de feu. Cet infecte a été pris
vivant.
I I.
Paramaribo , eft une Colonie Hollandoife
, dans la Province de Surinam ,
fur la côte feptentrionale de l'Amérique
méridionale. Il y a en ce pays- là des fourmis
que les Portugais appellent fourmis
de vifite , & avec raifon. Elles marchent
en troupe comme une grande armée .
Quand on les voit paroître on ouvre
tous les coffres & toutes les armoires des
maifons. Elles entrent & exterminent
rats , fouris & cackerlacs , qui font des
infectes du pays ; enfin , tous les animaux
nuifibles , comme fi elles avoient
une miffion particulière de la nature
pour les punir & en défaire les hommes . Si
quelqu'un étoit affez ingrat pour les fâcher
, elles fe jetteroient fur lui & metteroient
en pièces fes bas & fes fouliers .
Le mal eft qu'elles ne tiennent pas , pour
ainfi dire , leurs grands jours affez fou208
MERCURE DE FRANCE.
vent : on voudroit les voir tous les mois,
mais elles font quelquefois trois ans fans
paroître.
1
Variétés , inventions utiles ; établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Pommes de Terre.
D'APRÈS les expériences connues que
le
Sr. Parmentier a faites fur les pommes de
terre & la fécule nourriffante qu'il en a
terirée , le fieur Demontot a perfectionné
cette fécule au point d'en pouvoir
faire , pour les enfans , des bouillies
qui les garantiffent des vers . Il l'annonce
comme une nourriture finguliè
rement appropriée aux perfonnes d'un
tempérament foible & délicat , aux malades
& aux convalefcens. On peut faire
auffi de cette farine des gelées , des bifcuits
, des crêmes , des reftaurans ; on
l'emploie avec avantage à la place du fagou
, du falep , & de tous autres farineux .
Cette découverte économique a reçu l'approbation
de la Société Royale de MédeFÉVRIER
. 1777 .. 209
eine. On la trouve , avec la manière de
s'en fervir , chez l'Auteur , rue du Temple
, entre celles de la Corderie & Porte-
Foin; & chez le fieur Talma , Chirurgien-
Dentifte , rue Mauconfeil , vis - à - vis
la rue Françoife.
Induftrie.
Le fieur Crochet , Artiſte , penfionné de
la ville de Lyon , poffède les fecrets de
faire revivre les dorures , en galons
étoffes , broderies , & ainfi que plufieurs
couleurs fur les étoffes de foie piquées où
changées. Il fait aufli revivre la couleur
fur le drap écarlate en laine , & il a les
certificats le plus authentiques de la bonté
& de l'utilité de fes fecrets . Il demeure
rue Saint-Honoré , près celle du Four.
I I I.
M. Adolphe Murray , Suédois , a publié
, depuis peu à Leipzig , une méthode
pour purger l'acier de toute efpèce d'arfenic
ou autre poifon qui fe feroit attaché
ou mcorporé à ce métal. Ce procédé
210 MERCURE DE FRANCE.
a le même effet fur le plomb & le cuivre.
M. Murray poffède auffi un fecret
étamer ce dernier métal , de forte qu'il
ne puiffe plus s'y former de verd- de gris.
pour
ANECDOTES.
I.
UN Grand - Duc de Toſcane s'amufoit
un jour à voir peindre Pierre de Cor
tone , qui repréfentoit un enfant pleurant
à chaudes larmes : Je vais bientôt ,
s'écria l'Artifte , le faire changer defigure;
alors il donna un coup de pinceau ;
& ce même enfant parut rire de la
meilleure grâce du monde : enfuite une
autre touche le remit dans fon premier
état. Vous voyez , dit le Peintre , avec
quelle facilité les enfans rient & pleurent.
I I.
George II , Roi d'Angleterre , dînant
un jour en public , dit au Baron de
Wrisberg , Préfident du Tribunal Suprême
de fes Etats Electoraux : Apprenez
FÉVRIER . 1777. 211
moi , Monfieur le Prefident , pourquoi je
perds tous mes procès au Tribunal des
Appels -Sire, répondit-il , c'est parce
que Votre Majefté n'a jamais raifon.
I I I.
Un Religieux , en faifant l'éloge de fon
Ordre , difoit qu'on n'y recevoit que,
trois fortes de gens , ou des perfonnes
de condition , ou de fort riches ou de
très- fpirituelles. M. de S . *** . , qui
étoit préfent , lui dit : Mon père , vous
êtes donc fort riche.
IV .
Bembow , Amiral Anglois , s'avança,
par fon feut mérite . Beaucoup de courage
, une expérience confominée , des
circonftances heureufes le portèrent à ce
grade. Il avoit commencé par fervir en
qualité de Matelot , fans fe douter de
ce que la fortune devoit , un jour ,
faire pour lui. Dans fa feconde campagne
, n'occupant encore que ce pofte
fur un vaiffeau de guerre , il fervoit un
canon dans une action , avec un de fes
compagnons , à qui un boulet de canon
212 MERCURE DE FRANCE.
.
emporta la jambe : « Je ne puis plus ref-
» ter debout , lui cria celui- ci , porte-
» moi , je te prie , au Chirurgien
Bembow le charge auffitôt fur fes épaules
& l'emporte ; il n'étoit pas encore à
la porte du Chirurgien , qu'un fecond
boulet de canon enlève la tête du bleffé
& Bembow qui ne s'en apperçoit pas ,
appelle à tue tête leChirurgien qui fort ,
& qui voyant fa charge , lui dit : » Que
diable veux- tu que je faffe d'un homme
dont la tête eft emportée ? » La
tête ! réponi: Pembow avec une naïveté
plaifante , & à laquelle dans le moment
il n'entendoit point fineffe , il m'avoit
dit
que c'étoit fa jambe. Le voilà bien !
Je n'ai jamais cru ce qu'il m'a dit fans
en être fâché la minute d'après.
AVIS.
LE fieur Chaumont , Perruquier , approuvé de
l'Académie Royale des Sciences , dans fa nouvelle
manière de placer les cheveux fur le bord
du front des Perruques en bouile & autres , de
façon à imiter la nature , a trouvé , depuis , le
moyen de faire de nouveaux Toupets poftiches .
FÉVRIER. 1777 2'3
Ces Toupets fort commodes pour les perfonnes
qui n'ont point de cheveux fur la tête , mais
qui en ont allez aux faces pour pouvoir être accommodés
, font faits fans tiffu ; ils en font
bien plus fins fur la peau , & pour imiter le naturel
, une espèce de cheveux très fins y font
arrangés avec art & fi librement fur le front ,
qu'ils y effacent abfolument toute apparence
de bordure .
Pommade attractive néceffaire pour ces
nouveaux Toupets .
Cette Pomade , dont l'odeur eft agréable &
qui ne fe fond point , a la propriété de faire
tenir ces Toupets , fur la tête , fans aucun inconvénient
, & de manière à faire allufion à
la chevelure la mieux plantée ; on s'en fert aufli
avec fuccès pour les Perruques fujettes à reculer
& à fe déranger: elle fe vend trente fols l'once ;
les bâtons font de deux onces chacun ; un feul
Luffit pour toute l'année .
Il demeure rue des Poulies , en entrant à
droite par la rue Saint - Honoré.
214 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES POLITIQUES.
AU
De Varfovie, les Décembre.
U nombre des fages inftitutions qui font
l'ouvrage du Confeil- Permanent , on a fur - tout
applaudi à la fuppreffion de la torture dans la
procédure criminelle , & de toute eſpèce d'actions
contre les forciers. Ces préliminaires annoncent
qu'une raifon éclairée préfidera au code de légiflation
auquel on travaille actuellement.
De Stockolm , le 28 Novembre.
Quelques-uns de ces efprits dangereux , que
le bon ordre & la tranquillité bleffent , parce
' qu'ils leur font moins favorables que le trouble
& la confufion , entreprirent , il y a quelque
temps , de corrompre un jeune homme , à qui le
talent d'écrire en vers tenoit lieu de fortune ; à
leur inftigation , le jeune Poëte ofa prendre le
Roi même pour l'objet des fatires qu'il ſe permit.
Le Monarque en fut inftruit , voulut les lire ,
& fit venir l'Auteur , qui ne parut devant lui
qu'avec le jufte effroi d'un coupable qui prévoit
fon châtiment : Mon ami , lui dit le Roi , vous
écrivez avec efprit ; mais il vous manque une
chofe effentielle , c'eft du pain . Je vous fais mon
Bibliothécaire , pour vous mettre àportée de cultiver
vos talens. Je vous pardonne ce que vous
avez écrit. Quelques jours après Sa Majeſté ayant
FÉVRIER. 1777. 215
-
fait lire au même Poëte , confus & reconnoiffant
, quelques vers de fa façon , & trouvant qu'il
avoit encore le talent de bien lire , ajouta à la
qualité de Bibliothécaire celle de fon Lecteur.
De Lisbonne , le 24 Décembre.
Avant-hier , la Princeffe du Bréfil , accoucha
très - heureuſement d'une fille , & Son Alteſſe
Royale fe porte auffi bien que fon état peut le
permettre , ainfi que la princeffe nouvellement
née . On a ordonné ici , à cette occafion ,
illuminations pendant trois jours confécutifs .
Le Roi fe trouve , depuis quelques jours , dans
un état à faire eſpérer qu'il pourra fe rétablir.
des
Un vaiffeau Américain parti de Philadelphie
dans les premiers jours de Juin dernier, & qui
étoit dans le port de cette capitale depuis plus
d'un an , ayant été expédié pour - Corke en Irlande
, avec une cargaifon de fel , fut pris la
femaine dernière , dans le moment où il débouchoit
le Tage , par une frégate Angloife , qui
alloit entrer dans cette rade ; mais le Gouvernement
, auquel cette prife auroit dû appartenir ,
fi le vailfeau avoit été dans le cas de la confifcation
, a jugé à propos de le rendre à fon Armateur.
De Londres , le 8 Janvier.
Les dépêches reçues dernièrement de l'Amérique,
ont donné lieu à de grands mouvemens
dans le Ministère. Nonobftant les fuccès divers
216 MERCURE DE FRANCE.
des armes du Roi , & la foumiffion des Comtés
les plus voisins de nos Troupes , on paroît ne pas
douter que cet hiver les Américains ne fallent
encore de tous côtés les plus grands efforts , pour
foutenir leur projet d'indépendance . Le refus des
prifonniers de recevoir la liberté & le pardon , eu
jurant la foumiffion demandée par nos Généraux ,
fembleroit prouver du moins que les événemens
n'ont point encore abatt l'efprit du foldar.
Une lettre d'an Particulier d'Halifax , dans la
Nouvelle- Ecoffe , dit que le Capitaine Barnfair ,
qui , au fiége de Québec , tua le Général Montgommery
, ayant depuis obtenu du Général Carleton
la permiffion de croifer contre les Américains
, a fait fur eux trois prifes , dont la plus
effentielle eft celle du vaiffeau l'Espérance , de'
dix huit canons & de cent-foixante hommes
d'équipage , ayant à bord cinq mille paires de
Couvertures .
Il fe répand un bruit que le Chevalier Howe
revient ici , & doit être remplacé en Amérique
par l'Amiral Clinton. On donne plufieurs motifs à
ce retour qui, avant tout, a beſoin de confirmation.
Malgré l'exécution ponctuelle de tous les
ordres pour la Preffe , il manque encore plus de
trois mille Matelots pour le fervice le plus preffaut
de la marine. Dans le port d'Yormouth , plus
de quarante vailleaux marchands tout équipés ,
font arrêtés.faure de pouvoir recompletter leur
équipage , qui leur a été enlevé pour le fervice
des vaiffeaux de guerre : on ne fait monter le
nombre des Matelots preffés , bons & mauvais ,
qu'à 4750.
De
FÉVRIER. 1777. 217
De Livourne , le 18 Décembre.
On mande de Hollande , que dans le grand
nombre de bâtimens péris dans le port du Texel ,
s'eft trouvé l'Anne , vaiffeau deftiné pour cette
ville , & qui avoit à bord une fomme d'environ
Soooco florins de Hollande. ,
De la Haye , le 7 Janvier.
९
On affure que l'efcadre de douze vaiffeaux
qu'on prépare dans les différens porrs de la République
, eft deftinée à aller relever celle du Contre-
Amiral Pichot , & que le commandement en fera
donné au Contre - Amiral Regut .
Selon les lettres d'Amfterdam , il eft entré dans
le Texel , pendant l'année 1776 , mille fix cents.
quarante - cinq vaiffeaux.
On a encore obfervé dans cette ville que pen- ,
dant le cours de la même année , le nombre des
morts a été de huit mille neuf cent quatre vingtdeux
, & qu'il n'étoit, en 1775, que de fept mille
huit cents quatre-vingt - quinze.
De Bonn , le 18 Janvier.
Dans la nuit du 14 au 15 de ce mois , entre
trois & quatre heures , une fentinelle donna avis
qu'elle appercevoit des flammes au Château de
cette réfidence électorale , & bientôt après l'embrafement
parut aux quatre coins du corps de
cet édifice iminenfe. Deux heures enfuite , quoiqu'on
cût apporté les fecours les plus prompts ,
K
218 MERCURE DE FRANCE.
la charpente des toits , dans toute leur étendue ,
& celle de trois tours fur le jardin , s'écroulant
avec un fracas épouvantable , entraînèrent par
leur poids tous les planchers des appartemens ,
enflammés auffi- tôt par cette chûte horrible. A
midi le magnifique efcalier de marbre fut renverfé
de fond en comble , ainfi que la chapelle ,
dont les Chapelains de la Cour ne purent enlever
le ciboire qu'avec le plus grand danger.
Dix-neuf perfonnes , tant de la campagne que
de la ville , ont été écrasées par la chûte d'une
corniche du bâtiment intérieur , près des arcades
du grand efcalier de marbre, dans le moment
où elles étoient employées à faire agir une pompe
fur un refte du plancher de la grand'falle au- deffus
, qui s'écrouloit & qui menaçoit d'embrafer
une des portes du Confeil- Aulique. Le Confeiller
Breuning , qui préfidoit à cette manoeuvre , fut
du nombre de ces malheureufes victimes , dont
quelques-unes, dangereufement bleffées , font.
foignées à la maiſon-de - ville.
De tous les bâtimens de cette réfidence , augmentée
fucceffivement par les trois derniers Electeurs
de la maifon de Bavière , & qui paffoit pour
une des plus vaftes , des plus richement meublées
& des plus belles de l'Allemagne , il ne reste que
l'appartement appelé le Buon- Retiro , & celui
qu'habitoit l'Electeur. L'une & l'autre forment des
aîles avancées fur le jardin , dont celle qui eft à
gauche eft la plus confidérable & s'étend vers le
Rhin. Tous les meubles qu'on avoit détachés ou
arrachés par le defir de les mettre en fûreté , ont
prodigieuſement fouffert , & il en eft peu dont
i
FÉVRIER. 1777. 219
on puiffe encore faire ufage , à l'exception de
l'argenterie de table , des bijoux & du tréfor de
l'Electeur.
On peut évaluer à plus de trois millions d'écus
le dommage caufé per cet incendie. Dans la quantité
d'effets précieux confumés par le feu , une
tenture des Gobelins , repréfentant les aventures
de Télémaque , donnée par Louis XIV à Jofeph-
Clément de Bavière , alors Electeur de Cologne ,
eft l'objet qu'on regrette le plus .
On ne fauroit donner trop d'éloges au zèle &
au courage que les Citoyens de tout état ont
montré dans cette circonftance malheureuſe.
De Verfailles , le 29 Janvier.
Sa Majefté , toujours attentive à encourager
les arts & les fciences utiles à la marine , a fait
expédier des lettres d'ennobliffement au fieur
Groignard , Ingénieur - Conftructeur en chef de
la marine , déjà connu par la grande quantité de
vaiffeaux qu'il a conftruits avec fuccès , & qui
vient de donner de nouvelles preuves de fes
talens dans la conftruction , au port de Toulon ,
d'une forme ou baffin dans lequel les vaiffeaux ,
feront radoubés avec autant de commodité , que
dans ceux de Breft & de Rochefort.
De Paris , le 31 Janvier,
L'Académie Royale des Sciences arrêta en
1775 , qu'elle n'examineroit plus aucun ouvrage
fur la quadrature du cercle , la trifection de
l'anglé , la duplication du cube & le mouvement
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
perpétuel : cette délibératión fut annoncée dans
le temps ; mais comme l'Académie , malgré fa
déclaration notifiée , a reçu encore un aflez grand
nombre de mémoires fur ces quatre objets , elle
croit devoir la renouveller aujourd'hui .
PRESENTATIONS.
Le 12 janvier , le marquis d'Aubeterre , commandant
en chef dans la province de Bretagne ,:
& l'évêque de Rennes , président de l'ordre de
l'églife , ont été préfentés au Roi par le duc de
Fronfac, premier gentilhomme de la chambre de
Sa Majefté en furvivance , & Sa Majesté leur a
témoigné fa fatisfaction de leur conduite pendant
le cours de la dernière affemblée des états de cette.
province.
Le marquis de Sérent , de retour des états de
Bretagne , où il a préfidé la nobleffe , a eu pa--
reillement à fon arrivée , l'honneur d'être préfenté
au Roi par le duc de Frónfac , premier gentilhomme
de la chambre de Sa Majesté en furvi
vance. Le Roi lui a accordé les entrées de fa
chambre .
*
Le même jour , la marquife de Vogué & la
vicomteffe de Sefmaiſons , ont eu l'honneur d'être
préfentées à Leurs Majeftés & à la Famille
royale , la première par la comteffe de Vogué , &
la feconde par la ducheffe de Laval.
Le 24 , le prince Palatin duc de Deux -Ponts ,
fut préſenté à LeursMajeſtés & à la Famille royale,
FÉVRIER. 1777. 221
par
fous le nom de comte de Sponheim , étant conduit
le fieur Lalive de la Briche , introducteur des
ambaffadeurs ; le fieur de Séqueville , fecrétaire
du Roi pour la conduite des ambaffadeurs , précédoit.
L'après-midi , la duchefle de Deux -Ponts fut
préſentée à la Reine & à la Famille royale .
Le fieur Hocquart , préfident du parlement de
Paris , a eu , le 19 , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le fieur de Miromefnil , garde des fceaux
de France , & de faire fes remerciemens à Sa Majefté
pour la place de confeiller d'honneur du
même parlement , vacante par la mort du fieur
de Thuify , à laquelle Sa Majefté l'a nommé.
Le 23 , le comte de Saint-Prieft , ambaffadeur
du Roi à la Porte , de retour ici par congé , a
eu , à fon arrivée , l'honneur d'être préfenté à Sa
Majefté par le comte de Vergennes , miniftre &
fecrétaire d'état au département des affaires étrangères.
Le 28 , le comte de Saint- Paul , miniftre plénipotentiaire
de la cour de Londres , eut une
audience particulière du Roi , dans laquelle il
prit congé de Sa Majefté ; il fut conduit à cette
audience , ainfi qu'à celle de la Reine & de la
Famille royale , par le fieur Lalive de la Briche,
introducteur des ambaffadeurs. Le fieur de Séqueville
, fecrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des ambaffadeurs , précédoit.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
PRESENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 7 janvier, le fieur Buc'hoz , médecin botanifte
& de quartier de Monfieur , a eu l'honneur
de préfenter au Roi , à Monfieur & à Monféi
gneur le comte d'Artois , les trois premiers volumes
in-fol. du difcours de l'Hiftoire univerfelle
du règne végétal.
Le fieur Lefcalier , ancien fous- commiſſaire de
la marine , a eu l'honneur de préfenter , le 20 ,
au Roi, & à la Famille royale, un Vocabulaire des
termes de marine , anglois & françois , ouvrage
utile pour les traductions de l'une én l'autre
langue , de tout ce qui a rapport à la navigation ,
ainfi qu'à la conftruction & aux manoeuvres
des
vaiffeaux .
NOMINATIONS.
Sa Majesté vient d'accorder à la demoiſelle de
Clermont-Tonnerre , petite-fille du maréchal de
Clermont-Tonnerre , pair de France , & chef du
tribunal , la permiffion de fe qualifier du titre de
dame .
Le 22 janvier, le Roi a accordé les entrées de
fa chambre au prince de Saint- Mauris , capitainecolonel
des fuiffes de la garde de Monfieur.
FÉVRIER. 1777. 223
Le duc de Chartres , chef d'efcadre , a été
promu au grade de lieutenant-général des armées
navales.
Le fieur Marchais , ancien commiffaire- géné
ral de la marine à Breft , a été fait intendant de
la marine au département de Rochefort.
MARIAGES.
Le 19 janvier , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du fieur de
Montmort , comte de Dognon , fous-lieutenant
dans les gardes- du - corps du Roi , avec demoifelle
de Guitaud ; & celui du fieur de Lameth ,
capitaine à la fuite du régiment de Berry, cavalerie
, avec demoiſelle de la Tour- du - Pin .
NAISSANCE S.
Il eſt né à Paris , dans le courant de 1776 ,
9716 garçons , & 9203 filles , en tout 18919 .
Le nombre des morts en hommes eft de 10883,
& en femmes de 8884 , en tout 19767 ; on a
porté à l'hôtel des Enfans- Trouvés , 3226 garçons
, & 3193 filles , en tout 6419. Le nombre
des morts a excédé celui de l'année dernière de
1319. Il y a eu 731 baptêmes de moins, 416
mariages de plus.
Françoife Bruneau , femme de J. Thuau , Fer224
MERCURE DE FRANCE.
mierde la Hairiaye , dans la barornie d'Ingrande ,
paroiffe d'Azé , près Château -Gontier en Anjou ,
eft accouchée le 21 décembre dernier , d'un
garçon
& de deux filles . Les deux dernières furvivent
à leur frère , mort quelques jours après.
La nommée Luce de Labatte , femme de Jean
le Lievre , fabricant de bas , rue des Petits-champs
St Martin , eft accouché le 19 décembre dernier ,.
de trois enfans , dont un garçon & deux filles ,
qui vivent encore. Ce particulier , depuis quatorze
ans qu'il eft marié , a eu quinze enfans , dont
douze garçons ; il lui en refte encore huit , y
compris ls trois nouveaux-nés,
MORT S.
Pauline de Villeneuve -Vence , époufe de Jofeph-
André- Ours de Villeneuve , marquis de Flayofc ,
eft morte en fon Château de Flayofc au commencement
de Janvier , dans la cinquantième année
de fon âge.
Henri Zacharie d'Ifle - Beauchaine , chevalier
de l'ordre royale & militaire de Saint - Louis , chef
d'efcadre des armées navales , ci -devant commandant
des gardes de la marine au port de Breft,
eft mort à Paris , âgé de 59 ans.
Louis-François de Goujon de Thuify , marquis
de Thuify , fénéchal héréditaire de Reims & confeiller
d'honneur du Parlement , eft mort à Châlons-
fur-Marne , le 2 Janvier , dans fa 66e année.
Le comte Jacques -François de la Rue Launai ,
chambellan du feu duc d'Orléans , brigadier des
FÉVRIER. 1777 225
armées du Roi , gouverneur des ville & château
de Doullens ; commandeur de l'ordre de Saint-
Lazare , eft mort à Paris le 9 Janvier , âgé de
73 ans.
N. née baronne de Duminique , veuve de Michel
Armand , marquis de Broc , commandeur
de l'ordre royal & militaire de Saint- Louis , maréchal
des camps & armées du Roi , comman
dant en Baffe -Alface , & precédemment en Bretagne
, eft mort le 11 Janvier , au château de
Kintzeim près de Scheleftadt .
Marie Louife - Angélique Barberin de Reignac,
époufe du marquis de Montmorency Laval, brie
gadier des armées du Roi , & auparavant veuve
du fieur Campet , marquis de Saujon , eft morte,
à Paris , le 16 de Janvier , dans la quatre- vingtième
année de fon âge.
Tirages de la Loterie Royale de France
du 16 Janvier 1777 .
10 , 52 , 49 , 84 , 35.
1er claffe. 83 , 10 , 64 , 38 , 73 .
.f
Pour les lots ,
Pour les
primes.
II . 61 , 52 , 90 , 16 , 8.
III . 81 , 14, 35 ¡ I , 52.
IV .
•
80 , 51 , 34 , 73 , 61 .
En vertu de l'arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 3 décembre 1776 , les tirages des primes demeureront
éteints & fupprimés , à commencer au
prochain tirage du 1 février .
226 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES EN VERS ET ENPROSE , p.5
Suite de l'Automne , ibid.
L'argument fans réplique , 10
La fable juſtifiée , II
A Mercure , 13
La naiffance de la Roſe , 14
Imitation Italienne , 15
Epigramme,
16
Les jeux de l'amour & du hafard , 17
A la Pareffe , 3.6
Epigramme ,
ibid.
A Mademoiſelle ** .
Epitaphe d'un Médecin ,
A une Dame ,
A M. ** •
L'erreur de l'amour ,
37
ibid.
38
ibid.
39
Les foupirs de Rofine ,
Penfée de Saadi ,
L'éloge de la vie champêtre ,
Le Criminel juge de lui- même ,
Epigramme ,
ibid.
41
Dialogue entre François I & Henri VIII , 46
57
63
AM. le Comte de Saint-Germain ,
Epitaphe de Mlle Q. T.
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES
Lettres de Mylord Rivers,
ibid.
65
66
ibid.
68
71
ibid.
FÉVRIER. 1777 . 227
OEuvres diverfes de Louis Ariofte ,
dramatiques de M. Mercier ,
La quinzaine Angloiſe à Paris ,
Effai fur les caufes qui ont détruit les deux
premières races des Rois de France ,
88
96
99
100
Effai géométrique fur l'architecture navale , 103
Fragmens fur les moeurs des Morlâques ,
109
Monde primitif ,
116
Tréfor
généalogique ,
124
Diſſertation fur la nature du froid , 130
Hiftoire du Bas-Empire, 131
Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine
,
141
Annonces littéraires , 159
ACADÉMIES ,
164
ibid.
Lyon ,
Pruffe ,
SPECTACLES.
Châlons-fur- Marne , 165.
166
169
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife, 174
Comédie Italienne
177
ARTS.
179
Gravures ,
ibid.
Mufique.
190
Lettre de M. Beauvalet à l'Auteur duMercure, 196
Optique ,
199
Almanachs ,
200
Lettre de M. des Hautefrayes , ibid.
Acte de
courage , 203
Hiftoire naturelle , 206
Variétés , inventions , & c. 208
Anecdotes.
210
AVIS ,
212
Nouvelles politiques ; 214
MERCURE DE FRANCE.
Préfentations ,
d'Ouvrages ,
Nominations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
220
222
ibid.
223
ibid.
224
225
APPROBATION.
'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde dest
Sceaux , le volume du Mercure de France pour
le mois de Février , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 4 Février 1777 .
DE SANCY .
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Côme,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES .
MARS
, 1777 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
Bent
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , ruede Tournon ,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
C'ESTAUSie 'ESTau Sieur LACOMBE libraire , à Paris , ru‹ de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
>
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le perimettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
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On s'abonne en tout temps.
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ceux qui n'ont pas fouferit,au lieu de 30 fols pour
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241
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JOURNAL DES CAUSES CÉLÈBRES , 12 vol in- 12 par an ,
à Paris
Et pour la Province ,
18 1 .
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JOURNAL HISTORIQUE ET POLITIQUE DE GENÉVE , 36
cahiers par an , à Paris & en Province , 181 .
LA NATURE CONSIDÉRÉE , 52 feuilles par an , pour
Paris & pour la Province , 12 1 JOURNAL
ANGLOIS , 24 cahiers par an ; à Paris & en
Province ,
24
JOURNAL DES DAMES , 12 cahiers , de chacun 5 fenilles ,
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12 .
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A ij
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Traité économique & phyſique des Oifeaux
cour , in-12 br.
Dict . Diplomatique , in - 8 ° . 2 vol . avec fig. br .
Dict. Héraldique , fig. in- 8°. br.
Révolutions de Ruflie , in- 8 ° . rel.
Spectacle des Beaux Arts , rel .
12 1.
de baſſe-
21.
12 1.
31. 15 f
21. 10 f,
21. 10 f.
Diction. Iconologique , in- 8 ° . rel.
Dia. Ecclef. & Canonique , 2 vol . in- 8 ° . rel .
Dict , des Beaux -Arts , in-8 " . rel .
3 L.
91.
4 1. 10 f.
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de l'Hift. Eccléfiaftique , 3 vol . in- 8 ° . rel . 18 l.
de l'Hift . d'Efpagne & dc Portugal , 2 vol. in- 8°.
iel.
de l'Hift. Romaine , in- 8 ° . rel .
Théâtre de M. de Saint - Foix , nouvelle édition ,
brochés ,
Theatre de M, de Sivry , vol . in- 8° . br.
Lettres nouvelles de Mde de Sevigué , in 12 br.
Les mêmes , pet. format ,
Poëme fur l'Inoculation , vol . in-8 ° . br.
121,
61.
3 vol .
6.1.
21..
2 1. 10 f.
1 l. 16 f.
31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreffer les enfans contrefaits
, in- 8 ° . br. avec fig.
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Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV,
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&c .
241.
12 1.
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4° . avec fig . br. en carton ,
L'Agriculture réduite à fes vrais principes, vol. in- 12 .
broché
Annales de l'Imperatrice -Reine , in - 8 ° , br. avec fig. 41 .
Pepalle 17737
MERCURE
DE FRANCE.
MARS , 1777.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Suite de L'AUTOMNE , Chant troisième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
LA CHASSE.
1 .1
Les cris aig us des Chaffeurs matineux ,
Le bruit des cors , le tonnerre des armes ,
A iij
6
MERCURE
DE
FRANCE
.
*
Dans les forêts vont femer les alarmes :
Viens , ô ma Muſe ! affifter à ces jeux ;
Suivons le vol de la perdrix timide ,
Qui , dans les airs , croit s'ouvrir un chemin :
Plus prompt que l'oeil du Chaffeur intrépide ,
Le plomb s'échappe & lui perce le fein.
Quels jeux cruels ! une Mufe paifible ,
Avec horreur rejetre ces tableaux';
Elle craindroit de fouiller fes pinceaux ,
En efquiffant cette peinture horrible :
Elle fe plaît à contempler l'accord
De l'Univers ; mais l'accent de la mort
Porte l'effroi dans fon ame fenfible.
Quelle fureur prélude à ton. réveil ,
Jeuneffe aveugle ! & quelle affreufe rage
Vient t'arracher aux douceurs du fommeil ,
Et t'exciter à l'ardeur du carnage ?
ན་ སྐྱ་
L'homme emporté ne fuit que fon penchant :
Rien n'eft facré pour fa rage homicide ;
Fier de fes droits , ce farouche tyran
Immole tout au plaifir qui le guide .
Vous , qui femez la terreur & l'effroi
Dans les déferts de l'inculte Hyrcanie ,
Monftres fanglans , une fuprême- loi ,
La faim , conduit votre aveugle furie !
Mais nous, mais nous,qui; comblés des bienfaits
De l'Eternel , qui , fairs à fon image ,
MARS. 1777 .
Devons chérir l'innocence & la paix ,
Nous nous livrons aux plus honteux excès ,
Et nous ofons détruire fon ouvrage !
Comment , hélas ! nos infenfibles coeurs
Peuvent- ils donc , à des jouets factices ,
Sacrifier des plaifirs enchanteurs ,
Dans le carnage éprouver des délices ,
Et de la mort favourer les horreurs ?
Si , poffédés de l'amour de la gloire ,
Vous méditez de fanguinaires jeux ,
Fuyez du moins un triomphe odieux ,
Ojeunes gens ! difputez la victoire
Au loup cruel , au fanglier fougueux ;
Domptez , domptez un courfier belliqueux ,
Venez forcer ces ennemis tertibles ,
Qui , fans pitié , dévaftent nos guérêts ;
Mais refpectez des animaux paifibles ,
Dont la préfence embellit les forêts .
Eh! quel triomphe eſt auſſi mépriſable ,
Que de réduire un animal troublé
Par les clameurs d'une meute intraitable !
Tableau cruel ! chaffé d'un champ de blé,
De la jeuneffe afyle impénétrable ,
Lelièvre part , & le grouppe ébranlé
Vole après lui : par une prompte fuite ,
De fes tyrans il trompe la pourfuite ;
A iv
MERCURE DE FRANCE
Mais c'eſt envain. Le ruiffeau fabloneux ,
Lesjoncs touffus & la rive escarpée ,
L'épais bouleau , la fougère coupée ,
Tout lui refufe un abri généreux.
Jufques à luile cri des chiens arrive :
Envain il prête une oreille attentive ;
Il fe replie , & revientfur fes pas ;
L'odeur trahit fa courfe matinale :
Il s'affoiblit , il fent l'heure fatale ,
Et tombe enfin : on fonne fon trépas ,
On fe raffemble en tumulte ; la joie
Eclatte alors en mille échos divers ,
Et les vainqueurs , infultant à leur proie ,
Du bruit des cors font retentir les airs.
Plus loin , le cerf , du chaffeur qui s'apprête
Entend les cris , fuit devant la tempête ,
Et dans fes pieds cherche fa sûreté :
L'orage approche , il double de vîteffe ,
Et , fe fiant à fa légéreté ,
Gagne un taillis qui s'offre à la détreffe .
Dans la frayeur , il fuit contre le vent ;
En s'éloigant , le cri meurtrier ceffe :
Mais fon efpoir ne dure qu'un inftant.
La meute avance ; il franchit les clairières ,
Où les rivaux redoutoient fes tranſports ,
Et , traverfant les monts & les rivières ,
MARS. 177734
Pour fe fauver, il fait de vains efforts.
Ses compagnons , qui partageoient fa fuite ,
De tous côtés échappent au malheur
Qui le menace ; accablé de langueur ,
Il voit la mort qui vole à fa pourſuite ;
L'abattement s'empare de fon coeur.
Il touche enfin à fon heure dernière ,
Entend gronder la meute fanguinaire ,
Verfe des pleurs , & lui livre fes flancs :
rouvre encor la mourante paupière ,
Et , dans l'horreur des plus cruels tourmens ,
Son oeil éteint fe ferme à la lumière..
1
Quoi! dans fon fang vous baigueriez vos mains !
Ceffez... que dis-je ? A ces jeux inhumains ,
Si trop d'ardeur entraîne la jeuneffe ,
Ah ! que du moins cette fatale ivreſſe
Negagne pas un fexe féduifant ,
Qui doit régner par la délicateffe ,
Et qu'embellit encor le fentiment !
Loin de fes yeux cette fcène terrible !
Loin de fes yeux ces fpectacles fanglans !
Il faut offrir à la Beauté ſenſible ,
Il faut offrir d'autres amuſemens.
La cruauté femble altérer fes charmes :
Le fentiment qu'infpire le malheur ,
Et la pitié qui fait couler les larmes ,
Un front orné d'une aimable pudeur ,
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE..
Une ame pure où règne la candeur ,
Voilà la gloire , & fon luftre & les armes
Que , modulant d'harmonieux accords ,
De la Beauté les lèvres féduifantesi
Du tendre amour interprêtes touchantesy II
Livrent notre ame à de plus doux tranfports!
Que fous les pas naiffe un effaim de graces ¡ I
Que l'Univers fe foumette à fes loix b
Que les talens s'empreffent fur fe's traces , V
Et que le luth réfonne fous les doigts !
Sous fes pinceaux que la toile s'anime ,
Que tout enfin fe plaife dans fes noeuds !
Mais qu'elle fuie un plaifit odieux ,
Qui peut écrit une ame magnanime ;
Quand la Beauté règne par la douceur ,
A les vertus nous devons notre eftime ,
Et fon triomphe en devient plus flatteur.
Par M. Willemain d'Abancourt.
Cr
' ÉPITAPHE d'un Bon - Homme :
Gîr , qui de parler , de chanter & d'écrire
Crut avoir le triple talent :
Dans l'autre monde , où l'a conduit fa lyre ,
Il est allé chercher le jugement."
"J
Par le même.
MAR- S. 1777.
II
L'ÉBÉNISTE.
Conte.
AUPRÈS d'un Prélat reſpectable ,
On accufa quelqu'un d'être entiché
Du dogme qu'autrefois Janfen avoit prêché.
Il mande à fon palais le prétendu coupable :
ec
«Monfeigneur , dit ce pauvre diable ,
>>Mon bon Seigneur, je tombe à vos genoux :
Je fuis innocent ... Levez - vous , ----
»Et répondez : vous êtes Janféniſte ?
-
» Moi! Monfeigneur , c'eft bien à tort
Qu'on vous a fait un tel rapport.
>>Tant mieux ; en ce cas-là vous êtes Molinifte ?
>>Molinifte ? Oui. -Je ne fais ce que c'eft.-
-
>> Mais qu'êtes-vous donc , s'il vous plaît?
Monfeigneur , je fuis Ebénifte ».
Par le même.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
VERS adreffés à LA REINE , masquée
au Bal de l'Opéra , le 26 Janvier.
POURQUO OURQUOI nous dérober , fous un maſque
fâcheux ,
La Reine & la beauté que les François adorent ?
Oh ! daignez vous montrer & nous fommes heureux.
Livrez-vous au plaifir que les Princes ignorent ,
Celui de fe fouftraire aux fuprêmes grandeurs ,
Et d'étendre leurs droits en acquérant les cours .
Jupiter dans les cieux , armé de fon tonnerre ,
Arrache des reípects , n'infpire que l'effroi ;
Mais quitte-t -il l'Olympe & defcend-il fur terre ?
Il eft aimé pour lui comme l'eft notre Roi.
Vénus même , Vénus , au ciel n'eft qu'Uranie ;
C'eſt à Paphos , à Gnide & fur le Mont Ida
Que fa Beauté triomphe , & qu'elle remporta
Le prix , au jugement du Berger de Phrygie :
Et Pâris préfenta la pomme à la Beauté ,
Qu'il avoit refufée à la Divinité.
O vous qui nous charmés , qui voyez fur vos traces
Accourir tout un Peuple amoureux de vos graces ,
Qui faites fur le trône adorer la bonté ,
MARS. 1777 . 13
Pourquoi vous cachez-vous ? Craindriez - vous
notre hommage ?
Ah ! laiffez-nous jouir de l'heureux avantage
De fixer notre Reine en toute liberté.
Envain vous espérez de refter inconnue,
Notrecoeur vous devine : il ne fauroit errer .
A- t- on jamais befoin du fecours de la vue
Pour connoître l'objet qui fe fait adorer ?
Laiffez à l'intrigante , à la vieille coquette ,
A la laide fur-tout , ce mafque officieux .
Mais ce n'eft point à vous , ô divine Antoinette ,
Vous , fille des Céfars , de tant de demi -Dieux ,
Epoufe de Louis & Reine à tous les titres ,
A refufer nos coeurs & nos yeux pour arbitres.
Paroiffez parmi nous , fans pompe , fans foldats ,
Et rapportez-vous en à vos brillans appas ,
A votre taille ſvelte , à votre grace extrême ,
A ce tendre refpe&t du Peuple qui vous aime ,
Pour n'être confondu avec nul autre objet :
L'on ne brille en ces lieux que par votre reflet.
Si pourtant une garde eft un point néceſſaire ,
Ne fouffrez , près de vous , que celle de Cypris ,
Les Grâces , les Amours , & les Jeux & les Ris .
Mariez à nos lys les rofes de Cythère.
Vous vintes vous affeoir fur le trône des fleurs ,
Pouren femer fans ceffe & régner fur les coeurs:
Ah ! donnez-vous encore un plus grand caractère !
16 MERCURE DE FRANCE .
Mais avant de tenter fortune ,
Nos Sages fatigués ſe livrent au ſommeil ;
Midi du premier jour fur l'heure du réveil.
Du lit on court à table .
Mets exquis & vin délectable ,
Ainfi finit le premier jour.. !
`Du lendemain on attend le retour.
Il arrive alors on s'empreffe -
A remplir fon objet , & chacun s'intéreffe
A s'adonner aux obfervations ,
A s'enfoncer dans les réflexions :
Mais, contre-temps fâcheux ! brillante compagnie.
Vient , en grande cérémonie 2107.
C
Ia
A nos Sages offrir magnifiques préfens , ab I
Louange , honneurs & force complimens ;
Des complimens on paſſe à la fadaiſe
Des converfations : nos Sages , à leur aife ,
Du fexe féminin aiguifent le caquet ,
Chacun d'eux fe ménage un entretien fecrer.
Autre accident: on vient troubler la fête ,
Et des voisins fâcheux rompent le tête-â tête.
Ces furieux armés demandent , à grands cris ,
Vengeance de l'affront de n'être point admis
A la commune joie.
La douceur eft l'unique voie
сь
Qui puiffe sûrement ramener les efprits :
Car par la violence , ils font toujours aigris .
Aux fentimens de paix nos Sages les invitent ;
MARS. 1777 . 17
Nos braves champions fort fatisfaits ſe quittent;
Le procès , pour le lendemain ,
Doit le juger de grand matin.
Nos Sages vont à l'audience
Exercer leur jurifprudence :
Le jour fe paffe en plaids ,
Défenfe , contredits ; on conftate les faits ,
On opine , on délibère ,
Et l'on parvient enfin à juger cette affaire.
Les trois jours font paffés : Sages de déguerpir
Sont avertis ne rien favoir , quel repentir !
A leur retour on rit de leur fotte ignorance :
Par la honte on punit leur infigne imprudence.
Ce terme de trois jours , aux yeux de la raiſon
Peut , avec notre vie , être en comparaison.
Le premier jour défigne la jeuneſſe ,
Temps de fommeil & d'une folle ivreſſe :
L'âge viril eft notre fecond jour ;
L'intérêt , le plaifir l'occupent tour- à- tour .
Le dernier jour eft la vieilleffe ,
Jour de remords & de foibleffe ;
Enfin on meurt fans avoir la vertu ,
C'eft mourir fans avoir vécu .
Par M. Dagues de Clairfontaine .
18 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE à M. D. M.
HEUREUX enfant de la nature ,
Ton coeur , fans fard & fans parure ,
Ne connoît point ces faux détours ,
Ces grimaces dont rit le Sage ,
Ces vains propos , ces menfonges d'ufſage...
Ah ! puiffes- tu les ignorer toujours !
Non , mon Ami , ton ame n'eft point faite
Pour adorer l'idole des François.
Va, laiffe la marionette
Faire élégament la courbette ,
Se parfumer & s'orner de plumets.
Conferve , fous ton air Anglois ,
Sous tes cheveux épars , cette franchiſe auftère ,
La vérité , que dans toi je revère ...
Chéris cette vertu , ne la trahis jamais.
Fuis , mon cher D. M. la fade politeſſe ,
Le menfonge odieux...mais fois vrai fansrudeffe.
Garde -toi , mon Ami , de toujours penfer haut :
Renferme dans ton fein la vérité trop dure.
L'excès de la vertu fouvent eft un défaut.
On peut , en fe taifant , éviter l'impoſture ;
En parlant même , fans mentir ,
Avec urbanité , nous pouvons adoucir
MARS. 1777. 19
Lé fel piquant d'un propos trop févère.
La vérité farouche eft sûre de déplaire :
L'homme d'efprit l'admire , mais la fuit :
Le fot la craint & contre elle s'irrite ;
Souvent le repentir la fuit...
Pardonne , mon Ami , je fens que je t'imite ;
Et peut-être en ai-je trop dit.
Non , tu fais que moncoeur t'eftime & te chérit ;
Que mon amitié feule a dicté cette épître.
Cher D. M. c'eft à ce titre
Que j'ofe encor ajouter quelques mots.
D'un fexe délicat , d'un fexe fait pour plaire ,
Refpectons la pudeur juſques dans nos propos.
Couvrons toujours d'une gaze légère ,
Ces objets dont le nud dégoûte & fait rougir.
Ne faifons qu'effleurer : imitons le zéphir ;
Il admire une fleur , il vole & la carrelſe ;
Mais loin de faner les attraits ,
Du fein éblouiffant qu'il preffe ,
L'incarnat en devient plus frais.
CO
Egaïons les beaux jours de nos moitiés charmantes .
Quand il s'amufe , Ami , ce fexe s'embellit .
Mais ufons près de lui d'expreffions décentes .
Evitons les difcours dont la vertu rougir.
Contemple avec moi la pudeur qui fourit...
Admire , mon Ami , ces grâces fi touchantes ,
Vois ces yeux enchanteurs , ce tendie coloris.
20 MERCURE DE FRANCE.
Admire & connois le prix
De la fraîcheur de l'innocence :
Gardons-nous bien de la flétrir ;
Le fouffle impur de l'indécence ,
Peut à l'inftant la faire évanouir.
Laiffons , cher D. M. les cyniques fauvages
Infulter , dans leurs bois , à l'innocence en pleurs.
En un mot, foyons francs , fans choquer les ufages,
Et toujours enjoués , fans offenfer les moeurs.
ParM. Caraïbe de Sainte- Lucie.
Imitation de l'Ode VIIe du Livre IV
d'Horace.
A MON AM I.
La neige eft diſparue , & déjà la prairie A
Se pare & s'embellit des couleurs du printemps :
Le feuillage renaît , & fur l'herbe fleurie ,
Les troupeaux rajeunis errent en bondiſſant.
L'existence circule , & la rofe animée ,
Exhale fes parfums fous l'ombre des berceaux ;
Des perles du matin la verdure eft femée ,
Et la lumière éclatte au fommet des côteaux.
MARS. 1777 . 21
Les filles de Cypris , négligemment vêtues ,
D'unpas rapide & lent danfent fur les gazons;
Et l'on voit dans leurs jeux les Nymphes ingénues,
S'agiter en cadence au bruit de leurs chanfons.
En voyant s'écouler nos flottantes années ,
Lesheures , en fuyant, emportent nos beaux jours;
Nous fommes avertis que toutes nos journées
N'ont rien de permanent , & finiront leur cours.
Dans l'ordre des faifons , où tout fe renouvelle ,
Les folâtres zéphirs fuccèdent aux frimats ;
Et la faifon des fleurs s'enfuit à tire d'aîle,
Dès qu'on voit le foleil embrâfer nos climats .
La terre a fes couleurs & fes métamorphofes :
De tous fes changemens nous recueillons le fruit ,
Et l'inftant qui détruit & fait naître les rofes ,
Nous conduit pas- à-pas au féjour de la nuit.
Une fois defcendu fur la rive éternelle ,
Aquoi nous ferviront tant de talens divers ?
Hélas ! que nous importe une gloire immortelle ,
Quand on n'a jamais fu rendre heureux l'Univers !
Ami , ne compte point fur le jour qui t'éclaire :
La vie eft un éclair qui brille & qui s'enfuit :
Le jour dont tu jouis peut fermer ta paupière ,
Et t'ouvrir tout-à- coup l'empire de la nuit .
Par M. Daubert , de Caen.
1
22 MERCURE DE FRANCE .
DAPHNIS ET ALCIMADURE.
Romance imitée de La Fontaine.
A Mademoiſelle de P... Chanoineffe de M...
"
Air : L'Amour m'a fait la peinture.
ONYMPHE! NYMPHE ! qui faites gloire
De l'infenfibilité !
Dans votre jeune mémoire
Gravez bien vîte l'hiftoire
D'une trop fière Beauté..
Ainfi que vous , en partage ,
Elle eut le don de charmer;
Joli pied , joli vifage ,
Et la gaieté du bel âge ,
Ah ! que ne fût-elle aimer !
Son nom fut Alcimadure ,
Et ce nom n'eft point heureux :
Sans doute il étoit l'augure
D'une ame infenfible & dure
Qui repouffe , tous les voeux.
Le beau Daphnis , né fi tendre ,
MARS. 1777 . 23
En fut ardemment épris :
Mais envain il fut attendre
Le retour qu'il dût prétendre ,
Il n'eut pas même un fouris.
Las d'adorer une Belle
Que fes foins n'ont pu fléchir ,
Et ne voulant aimer qu'elle ,
Un jour , ce Berger fidèle ,
Ne fongea plus qu'à mourir.
A l'afyle de fa Reine
Il porte fes derniers pas :
Du défeſpoir qui l'amène ,
Elle fe rit , l'inhumaine !
La porte ne s'ouvre pas.
Elle fêtoit fa naiffance
Avec de jeunes Philis :
Sans pitié , fans indulgence ,
Les chants , les jeux & la danfe
Bravoient l'amoureux Daphnis.
Glacé du mortel breuvage,
Dont il attend fon repos ,
A la Beauté qui l'engage ,
A la Beauté qui l'outrage ,
Il fait entendre ces mots :
24
MERCURE
DE
FRANCE
.
«J'efpérois , Nymphe chérie ,
»Finir mes jours fous vos yeux ;
גכ
Mais , par votre barbarie ,
»Cette faveur m'eft ravie ,
»Et je meurs plus malheureux.
» De mon coeur , un dernier gage
» Vous'eft pourtant deſtiné :
» Dans
peu mon frère Pélage
»Vous remettra l'héritage
ככ
Que les Dieux m'avoient donné.
» Pour completter mon hommage ,
»J'ai chargé d'autres Paſteurs
"De confacrer un bocage ,
Où fans ceffe votre image
» Brillera parmi les fleurs.
» Là , j'aurai pour fépulture
» Le plus fimple monument .
>> On fira fur la bordure :
» La rigueur d'Alcimadure ,
» Fit mourir ce tendre Amant ».
Il dit : & puis il expire ;
Sa fin touche tous les cours :
Celle qui fit fon martyre ,
(Ce trait peut- il fe redire !)
Le vit fans verfer des pleurs.
Voulant
MARS. 1777. 25
Voulant au Dieu de Cythère
Montrer un mépris formel ,
Ce jour même la Bergère
S'en va , d'un pied téméraire ,
Danfer devant fon autel.
Mais enfin , l'heure eft venue
Où l'Amour veut la punir :
Oui , du poids de fa ftatue ,
Ce Dieu l'accable & la tue ;
J'entens fon dernier foupir.
Ainfi périt l'infenfible
Qui mit l'Amour en courroux.
Que cet exemple eft terrible !
Belle Eglé ! belle inflexible !
Prenez ,,
prenez garde à vous.
Par Mademoiselle Coffon de la Creffonniere.
OSMIN.
Conte moral.
OSMIN,
SMIN , qui avoit
un long
voyage
faire , s'étoit
levé de grand
matin
, &
avoit
commencé
fa route
à travers
les
B
26 MERCURE DE FRANCE.
plaines fertiles & riantes de l'Arabie
heureufe . Animé par le defir & l'efpérance
, il marchoit d'un pas rapide &
léger , croyant appercevoir de loin le
lieu de fa deftination . A l'approche du
midi , l'ardeur du foleil commença à rallentir
fes forces ; fon oeil fatigué , cherchoit
de tous côtés un endroit où il
pourroit fe mettre à l'abri des rayont
brûlans de l'aftre du jour , & à fa droite
un bois dont le feuillage étoit agité par
les zéphirs , fembloit l'inviter à venir fe
repofer fous fon onibre. Charmé d'avoir
trouvé cet adouciffement aux fatigues du
voyage , il continua fa route fur un fentier
agréable qui paffoit par ce bois , &
s'arrêta de temps en temps pour entendre
le doux ramage des oifeaux , ou pour
cueillir les feurs & les fruits qui fe préfentoient
fur fon paffage.
Ofmin fe confulta cependant s'il devoit
s'abandonner à la direction d'un
fentier qui lui étoit tout- à-fait inconnu ;
mais confidérant que la chaleur du jour
étoit dans fon plus fort degré , & que
la plaine étoit couverte de pouffière , fe
propofant d'ailleurs de regagner la grande
route lorfqu'il y feroit forcé , il réfolut
de fuivre les inflexions du fentier.
MARS. 1777. 27
Bientôt ce fentier fleuri fe confondit ,
avec plufieurs autres , dans un vallon
couvert de collines , femé de buiffons
innombrables , & abreuvé de plufieurs
ruiffeaux qui y ferpentoient & s'entrecoupcient
Ofmin fe reprochoit quelquefois
d'avoir préféré un chemin incertain
à une route sûre & immanquable :
fon imprudence lui caufoit de l'inquiétude
; la crainte de s'égarer troubloit fa
raifon au moindre bruit qui fe faifoit
entendre , il s'arrêtoit , il grimpoit far les
hauteurs pour découvrir la campagne ;
chaque nouvel objet rallumoit fon efpérance
ou augmentoit fon agitation ,
& infenfiblement les heures s'écoulèrent.
Pendant qu'Ofmin étoit ainfi balotté
par les divers fentimens qui fe préfentoient
à fon ame , le ciel s'obscurcit ,
des nuages épais s'affemblent autour de
lui , une nuit profonde arrête fes pas ; il
ne peut difcerner aucun objet , il erre ,
il tourne cent fois , le chemin fuit , l'air
fiffle , un tonnerre lointain fe fait entendre
, & arrive avec fracas fur les ailes
enflammées de l'éclair . L'oifeau nocturne ,
poutant un cri lugubre , fend d'un vol
pefant l'épaiffeur des nuages , & s'abat
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
fur un cyprès , & d'un coup d'aile il en
fait rouler le trifte feuillage avec un
bruit fourd ; des torrens accumulés
s'élancent de tous côtés & rendent le
chemin impraticable ; les bêtes féroces ,
que l'orage avoit troublé dans leurs demeures
, fe difperfent dans le vallon &
pouflent des hurlemens affreux : tout
annonce à Ofmin une mort prochaine
& inévitable . Ses idées fe confondent ;
il trébuche ; l'effroi précipite fes pas ;
mais bientôt un friffon glacé le pénètre ,
une fueur froide lui ôte le fentiment .
fes yeux fe couvrent d'un nuage , fes
genoux fléchiffent fous lui , les forces
lui manquent & il tombe à terre ; déjà
il croit voir le tableau du trépas , déjà il
croit entendre la voix des morts qui faluent
fon arrivée .
Cependant l'orage ceffe un foible
jour commence à blanchir la voûte étoilée
, & les nuages s'enfoncent fous l'horifon.
Le calme des airs , la férénité du
ciel , rapellent Ofmin à la vie. Il fe
relève , & après s'être recommandé au
Maître de la nature , il fe remet en chemin
avec un nouveau courage Il diftingue
, à travers l'épaiffeur du bois , une
foible lueur que l'ombre alloit bientôt
MARS. 1777. 29
couvrir. Ofmin s'élance à la clarté de ce
petit point lumineux , & pénètre dans le
féjour d'un Hermite , qui le reçoit dans
fa cabane. Inftruit du fujet & des circonf
tances du voyage d'Ofmin , le Solitaire
lui donna le temps de réparer fes forces
par une nourriture champêtre & frugale ,
fuivie d'un fommeil bienfaifant.
Le lendemain l'Hermite reconduifit
Ofmin fur le grand chemin ; & , avant
de le quitter , il lui dit : « Mon fils , que
» les événemens de la journée d'hier ,
» reftent profondément gravés dans ton
» coeur , & te fervent de leçon pour le
» refte de tes jours. La vie humaine eft
» la journée d'un Voyageur. Au matin
» de la jeuneffe , nous nous levons le
» coeur plein de gaieté & d'allégreffe :
»
❤le
impatiens d'arriver au vallon du repos ,
» nous enfilons le grand chemin de la
» mortalité , foutenus par l'efpérance &
le courage. Peu à peu notre ardeur
» diminue , les paffions viennent femer
» des cailloux fur nos pas , le chemin
nous paroît raboteux & pénible , la
fatigue nous épouvante , & nous voudrions
trouver un chemin plus aiſé
» pour arriver à notre deftination . Alors
» le vice , fous un afpect gracieux , nous
33
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
39
montre des fentiers faciles & agréables
, qui femblent nous difpenfer de
fuivre la grande route . Pleins de con-
» fiance en notre fermeté , nous ne crai-
» gnons pas d'avancer dans ces détours
dangereux , réfolus de les quitter au
premier faux pas qu'ils nous ferons
faire; mais infenfiblement notre vigilance
s'endort , & nous fommes envi-
» ronnés de périls & de dangers . Envain
» nous voudrions nous étourdir dans le
و د
و د
33
labyrinthe de la volupté ou dans le
» tourbillon des plaifirs ; un coup vient
» nous frapper après l'autre , & nos
» yeux deffiliés apperçoivent avec effroi
» le gouffre de l'abyfme. Heureux alors ,
" fi une main fecourable vient nous reti-
» rer du bord du précipice , pour nous
» ramener dans le véritable chemin , qui
eft celui de la vertu !
» Ainsi , mon fils , pour ne rien redou-
» ter , fois vertueux. En marchant fur
» le chemin étroit & fcabreux de la vie ,
» mets ton coeur en état de te dire : Ne
» crains rien; avance fous l'oeil d'un
Dieu , père univerfel des hommes ,
» avec la confiance d'un fils qui voudroit
» ne pas déplaire à l'auteur de fes jours.
Jouis de la vie , en t'appliquant à em
وو
MARS. 1777 . 31
"
"
» faire un digne ufage , & fouviens - toi
» qu'une vie future doit être la récompenfe
des maux innombrables qui nous.
affiégent pendant ce voyage terreftre ;
fouviens - toi que notre ame , après
» avoir habité quelque temps cette por-
» tion d'argile que la terre nous prête ,
» veut s'élancer dans fa beauté originelle ;
» & qu'alors , après un fommeil pallager,
» que nous nommons la mort , nous
» nous réveillerons à la clarté d'un jour
» éternel : l'immenfité des êtres , des
» mondes innombrables , femés avec une
magnificence prodigue , fe dévoileront
à nos yeux : au milieu d'une félicité
inaltérable , nous admirerons le fabri-
» cateur de ces pompeux miracles » .
ود
Par M. de Papelier.
LE GAS CON.
Conte.
CERTAIN Galcon, de naifance & d'humeur,
Pourvu de créanciers , fut pris de maladie .
Comme on voyoit du danger pour ſa vie ,
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
On fut foudain chercher un Confeffeur.
Meffire André , vénérable Jéfuite ,
Homme utile d'ailleurs , homme de grand crédit ,
Chez le mourant s'encourut au plus vite.
Bonnet en tête , il s'affied près du lit ,
Dit Oremus , achève fa tirade ,
Et fe met en devoir de le bien confeffer.
« Hélas ! hélas ! s'écria le malade ,
» Mourir n'eft rien ; mais en mourant laiffer
» Maints créanciers , mainté detté criarde ,
»Voilà cé qui mé déchiré lé coeur.
Raffurez-vous , reprit le Confeffeur :
» Du haut du ciel , mon fils , Dieu vous regarde ,
» Il prend pitié des pécheurs pénitens ,
» Et votre repentir ( car je le crois fincère)
Vous obtiendra de vivre tout le temps
Qui peut vous être néceſſaire
» Pour tout payer , même avec intérêts.
Lors le Gafcon : « S'il étoit vrai , mon père ,
Jé férois bien certain dé né mourir jamais.
Par M. le Roux.
MARS. 1777. 33
ÉPIGRAMME à un grand Parleur,
N'AGUIRE
'AGUÈRE un grand bavard tant jaſoit , tant
jaſoit ,
Qu'enfin las de l'entendre & ne pouvant le fuivre ,
Un Aveugle attentif, eftimant qu'il liſoit ,
Lui dit : Pour Dieu ! Monfieur , brûlez ce mauvais
livre.
Par M. l'Abbé de Reyrac , Correfp. de
l'Acad. des Infe, & Belles Lettres.
STANCES fur la mort de mon Époux.
Sous les voiles les plus fombres ,
Cachez-vous mes triſtes yeux ;
De la nuit cherchez les ombres,
Evitez l'éclat des cieux ;
La profondeur des ténèbres
Plaît aux malheureux Amans ,
Et les attributs funèbres
Flattent leurs regards mourans .
C'est pour eux que la nature
Bv
34. MERCURE DE FRANCE .
Trouble l'ordre des faifons ,
L'oiſeau de funefte augure ,
Pour eux croaffe des fons::
S'il eft un défert fauvage:
Au défefpoir confacré ,
S'il eft un fatal rivage ,
Par eux il eft defiré.
Ainfi ma douleur mortelle
N'offre à mes fens éperdus ,
Qu'une terre où je chancelle
Où rien ne m'arrête plus ;
Comme une lampe tarie,
D'où s'exhalent quelques feux,
De ma languiffante vie
e traîne le poids affreux.
ette moitié de moi- même ,
jue m'avoient donné les Dieux ,
ette volupté fuprême ,
i toujours ferroient nos noeuds ,
ur moi , ce n'eft plus que fonge ;
emon amoureux fommeil
& mort détruit le mensonge
run lugubre réveil .
Par Madame de Montanclos
MAR S. 1777 • . 35
L'ORIGINE DE LA FLÛTE.
Ovide , Métam. Liv. I.
Nouvelle imitation , par M. le Métayer.
DE DesEs bois de l'Arcadie aimant l'ombre & la
paix ,
Une Nymphe jadis y cachoit fes attraits .
Syrinx étoit le nom de la jeune Naïade ,
Plus belle mille fois qu'aucune Hamadriade ,
Da Satyre lafcif & du Faune léger ,
Ses charmes chaque jour éludoient le danger.
Son coeur , toujours envain , lui dit qu'elle étoit
belle :
Emule de Diane , auffi fauvage qu'elle ,
Elle imitoit les moeurs , ainfi que fes habits ;.
Sans fon arc , aifément l'on s'y feroit mépris ;
Le fien eft d'un bois fimple , & celui de Latoné
Fait de l'or le plus pur , a l'éclat que l'or donne."
On s'y trompoit pourtant ; Pan la furprit un jour ,
Des bois du Mont Lycée à peine de retour :
Ah ! lui dit- il ; Naïade , auffi belle que fage ,
Souffre qu'un doux hymen à ton Amant t'engage:
Je fuis le Dieu des bois... Il en auroit plus dit ;
Mais , fans vouloir l'entendre , auffi - tôt elle fuit.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Rien ne l'eût arrêté , fi ta rive profonde ,
Ladon , n'eût oppofé l'obſtacle de ton onde .
Elle implore fes foeurs ; en ce péril affreux ,
Une métamorphofe eft l'objet de fes voeux.
Le Dieu vole embraffer la Belle qu'il adore ;
Mais , fi près du bonheur, il n'en voit que l'aurore ;
Son Amante , à fes yeux , éft changée en roſeaux ,
Et n'offre à fon amour que de froids chalumeaux ,
Qu'il preffe mille fois de fa bouche amoureuſe ;
De fa bouche auffi- tôt l'haleine harmonieufe ,
Des rofeaux agités fait éclore un foupir ;
La Nymphe, de leur féin, lui ſénible encor gémir.
Ah ! dit le Dieu , charmé de cette découverts ,
Je retrouve Syrinx , quand j'en pleure la perte ;
Et desjoncs inégaux il forme un inftrument
Que de ton nom , Syrinx , appela ton Amant.
A Madame H. de L. T. qui eft accouchée
d'une troisième fille , & qui ayant déjà
trois jeunes fils très-jolis , en efpéroit
un quatrième.
PUISQU'ON voyoit voltiger fur vos traces
Le riant effaim des Amours ,
Il falloit bien , par un juſte concours ,
Qu'on y vit auffi les trois Grâces.
Par M. M**.
MARS. 1777. 37
: ÉPITRE à M. le Comte de Sainte-Fère *,
à qui Madame fa Mère envoyoit une
montre.
Le moment où je parle eft déjà loin de moi.
Boileau.
Les beaux jours de l'adoleſcence ES
Pour vous couleront déformais;
Omonfils ! les jeux de l'enfance ,
Ses goûts frivoles , ſes hochets ,
A de plus fublimes objets
Doivent céder la préférence ,
Et ne la reprendre jamais .
Ce meuble brillant & fragile ,
Que vous obtenez en ce jour ,
Foible gage de mon amour ,
Vous eft une leçon utile ,
Comme le temps d'une aile agile ,
S'envole , hélas ! & fans retour.
S'il faut à l'ardente jeuneſſe
Permettre d'innocens loisirs ,
Que les ans foient pour la fageffe ,
* Elève de M. de Longpré , célèbre Profeſſeur de Mathématiques.
38
MERCURE
DE
FRANCE
.
Er les inftans pour les plaifirs .
L'éclair rapide de la vie
Echappe à nos regards furpris :
Sans en avoir connu le prix ,
Elle nous eft fouvent ravie.
Quand la rofe s'épanouit ,
La faifon pour lors eft charmante ;
Mais d'une vîteſſe étonnante ,
Avec zéphir elle s'enfuit.
Voulez-vous vivre fans alarmes ?
Comptez vos jours par vos vertus ;
A leur pouvoir rendez les armes ;
Plus heureux alors que Titus ,
Vous n'aurez point de jours perdus
Qui puiffe vous coûter des larmes.
Aimez , cultivez les talens :
Il est beau d'agrandir ſon être :
Vers le bien portez vos élans ,
Et fi vous brûlez de l'encens ,
Que ce foit au fouverain Maître .
Au métier pénible de Mars ,
Alliant les moeurs & les arts ,
Vos émules pourront connoître
Que vous étiez digne de naître
Des Fabrices ou des Bayards.
De la faine philofophie ,
Un Elève refpectueux
Difcerne ce qu'il doit aux Dieux ,
71 MARS. 1777.
De ce qu'il doit à la patrie ;
Que dis-je ? il les fert tous les deux.
Reconnoiffant & généreux ,
Pour leur querelle il facrifie
Lefang qu'il tient de fes aieux.
Si dans ces fentiers glorieux ,
Le defir de marcher vous touche ,
Ah! mon fils ! cherchez dans mes yeux
Ma joie expirant dans ma bouche !
Par M.l'Abbé Dourneau , Chevalier
du Saint- Sépulchre.
Ě PIGRAM M E.
UN-Harpagon , bavard des plus ignares ,
Difoit un jour , à tout propos :
Comme je méprife les fots !
Combien je hais tous les avares !
Certain Plaifant lui réplique auffi- tôt :
L'amour-propre , Monfieur, n'eft pas votre défaut,
Par le même.
40 MERCURE DE FRANCE.
ODE CONTRE L'AI L. Horace ,
IIIe Epode.
Parentis olim , & c.
S'IL eft un monftre affreux qui , d'une main
barbare ,
Ait plongé le couteau dans le flanc maternel ,
Que l'ail foit fon fupplice au fond du noir Tartare,
Et fon aliment éternel .
Quels feux brûlent mon fein ! Dieux quelle per
fidie !
Des poifons de Colchos ces mets font infectés ;
Ou ne feroit- ce point l'infâme Canidie
Qui fit ces ragoûts empeftés ?
Les charmes de Médée étoient moins redoutables ;
Ou plutôt ce fut d'ail qu'elle frotta Jaſon ,
Pour lui faire dompter les taureaux indomptables
Qui gardoient la riche toifon.
Elle en teignit encor cette robe fatale ,
Qui la vengea depuis d'un Amant odieux,
Lorfque , prêt à le fuir , la mort de fa rivale
Signala fes derniers adieux.
MARS. 1777 . 41
Jamais l'été brûlant de l'ardente Appulie ,
N'éleva dans les airs de pareilles vapeurs ;
Jamais le fils d'Alcmène , aux monts de Theffalie,
Nefentit de telles ardeurs .
Quel eftomach d'airain peut fupporter fans peine,
Cet horrible aliment cher à nos moillonneurs ?
Ah ! fi je vous revois , voluptueux Mécène ,
Goûter ces fucs empoisonneurs ,
Puiffe votre Maîtreffe , au lit même cruelle
Repouffer de la main vos baiſers dangereux ,
Et détournant la tête en cherchant la ruelle ,
S'effrayer de vos tendres feux!
Par M. L. R.
VERS à M. DE LONGCHAMP le Fils,
Adminiftrateur-Général des Poftes , en
furvivance , envoyés le premier jour de
l'An.
C'EST , je l'avoue , un frivole langage ,
Que celui qu'en ce jour on tient à tous venans : ´
Cependant les Amis & les parfaits Amans
En font le plus heureux ufage,
42 MERCURE DE FRANCE.
Sous l'un de ces beaux noms , je veux , fans compliment
,
Vous adreffer des voeux d'un fortuné préſage ;
Mais quoi vous fouhaiter ? vous avez en partage
Tous les biens , tous les agrémens .
Vous êtes à cet aimable âge
Dont la main des plaifirs file tous les inftans.
Si la raifons'oppofe à vos tendres penchans ,
L'Amour , d'un doux regard , écarte fon nuage ;
Lui feul veut régner fur vos lens.
A fes jeux , à fon badinage ;
Vous favez joindre encor d'autres amuſemens :
Les beaux-arts , à leur tour , occupent vos momens..
Ainfi vous potlédez , par un triple avantage ,
Les faveurs du Dieu des Amans ,
Les attraits d'Apollon & fes heureux talens :
Que vous faudroit- il davantage ?
AM. DÉSESSART, ci- devant Procureur,
& actuellement Comédien ordinaire de
Sa Majefté , fur l'infcription defa gravure
; J'aime mieux faire rire les hommes
, que de les ruiner.
S'il faut en croire la deviſe
Queton portrait offre en tous lieux,
MARS. 1777. 43
Et dont le tour ingénieux
Décèle ton efprit & le caractérife ;
Miniftre de Thalie , aimable Défelfart ,
De l'enjouement parfait modèle ,
Qui réunis & la nature & l'art ,
Er vois toujours le parterre fidèle,
Egayé par ta bonne humeur ,
Battre des mains & rire de bon coeur.
Du deftin autrefois quelle fut la méprife ,
Lorfque voulant fe défaire de toi ,
Il te força d'accepter , fans remife ,
Dans la chicane un équivoque emploi ?
Si l'infatiable intérêt ,
Que conduit à préfent les hommes à la guile ,
Si la commune friandife
Pour les épices du Palais ,
Avoient jamais dompté ta probité docile ,
Dans quel oubli feroient ces précieux talens
Qui t'ont déjà rendu l'émule de Préville ,
Qui de la Cour & de la Ville
Font les plus doux amuſemens !
Au lieu d'en faire un glorieux ufage ,
Et de ravir l'équitable fuffrage
Des nombreux fpectateurs ,
En ufurpant fi bien le ton & le vifage
Des Financiers & des Tuteurs ;
Au lieu de prêter à Molière
Un luftre & des charmes nouveaux
44 MERCURE DE FRANCE .
Et de poursuivre la carrière
Où des rivaux jaloux , tombés fur la pouffière,
Te voyent couronné des lauriers les plus beaux ,
Dans le morne réduit d'une étude ifolée ,
Avec deux Clercs filencieux ,
Tu
griffonnerois donc des exploits ennuyeux;
Le matin & l'après - dînée.
Hélas ! que de momens perdus pour mon plaifir,
Si le plus prompt dégoût n'avoit ſu t'affranchir
De cet état peu convenable ,
Et n'eût tourné tespas vers cette route aimable
Que nous te voyons parcourir !
Ma tâche fera bien remplie ,
Quand j'aurai dir , à ton honneur ,
Qu'un qui-pro-quo caufa l'erreur
Du deftin qui voulut contenter ton envie ;
Sans doute il confondit rôles de Procureur
Avec les rôles de Thalie.
Par M. Mabille.
MARS, 1777. 45
LE VIEILLARD RAISONNABLE.
DAN
Moralité.
ANS mon cerveau , maintenant , quand je
fouille ,
Je n'y trouve plus que la rouille
D'un reffort ufé qui ſe brouille.
Sur le papier que je barbouille ,
Jen'écris pas une gribouille
Qui vaille un pepin de citrouille.
En devidant la fatale quenouille ,
Lachéfis enfin nous dépouille.
Saturne , dont le fouffle fouille
Dans l'Univers tout ce qui grouille ;
L'él phant , le rat , la grenouille ,
Goujon , baleine , & l'oiſeau qui gazouille ,
Et l'homme que l'orgueil chatouille ,
Et le dur toc que Thétis mouille ,
Sur mon crâne , ras comme andouille ,
A jeté huit luftres , bredouille.
Il faut alors , fans être niquedouille ,
Se détacher & de falmis & d'ouille ,
Et du Madère & de la Pouille * ;
* Vins exquis.
46 MERCURE DE FRANCE.
Souffrir , pour les neveux , que la marmite bouille,
Et fonger que dans la gargouille
Où le Styx affieux nous vetrouille,
Atropos qui fait la patrouille ,
Va inc plonger d'un coup de douille.
Pour la fléchir envain on s'agenoville ;
Il faut partir : ainfi faifons notie paquet ;
Adicu , Sophie , Amis , tout eft au berniquet.
Par un Vieillard.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Février.
Le mot de la première Enigme eft
Bracelet ; celui de la feconde eft Sou ,
(monnoie) , celui de la troifième eft la
Pie. Le mot du premier Logogryphe
elt Rateau , où fe trouvent rat & eau ;
celui du fecond eft Efpoir, & les trois
pieds font les trois lettres qu'on trouve.
de plus dans défefpoir; celui du troifième
eft Cage , où l'on trouve age.
ARIA .
Parolles de Mde Launay,
Musique de M. Tissier,
de l'academie Roy de musique.
F
#
Qu'elle est belle la na:
M
-ture !Quand d'un soufle les Ze =
-phirs Re font les lits de ver
-dure Trop fou-les par
Fin
L
les Plaisirs . Des le le:-
1
: ver de l'aurore Je rends
grace au Dieu dujour,Qui ne
pres:se son re :tour Quepour
e:dai:rer encore Mes offran:
des a
l'amour
Qu'elle est &c.
MARS. 1777. 47
ENIGM E.
JE fuis de ront temps dans le monde ,
Quelquefois en repos , quelquefois vagabonde :
Comme un trait on me voit paffer;
Je marcherois fans fin fans jamais me laffer.-
Je prend la forme qu'on me donne :
On ne me voit résister à perfonne.
A la Cour je tiens bien mon rang,
Sur les pas des Princes du Sang :
Je parois devant eux le chapeau fur la tête ,
Sans craindre qu'on m'arrête .
J'ofe faire encor plus , je les contrefaits tou
Sans appréhender leur courroux .
Par M. Chandorat , Curé de Saufet ,
en Bourbonnois.
'AUTRE.
JE fuis utile & redoutable ;
Au riche , à l'indigent je me rends fecourable ;
Perfide néanmoins , je cauſe bien des maux ,
Très - fouvent le trépas. J'arrête les Héros :
J'oppose à leur vertu guerrière ,.
48 MERCURE
DE FRANCE .
Sans coup férir , une forte barrière .
Je fuis toute à la fois , par l'arrêt du deftin ,
Souvent voyageur & chemin...
Je cours fans jambe & jamais ne me laffe ;
Lorfque je dors , je refte en place.
Par M. Bouvet , à Gifors.
AUTRE.
C'EST moins le tendre amour que la galanterie
Qui m'a donné naiffance , aimable Glicerie .
Connu dans les palais , aux hameaux étranger ,
Je fais aimé du Roi , méprifé du Berger.
Chaume paifible & doux qu'habite l'innocence ,
Vergers où zéphir feul éveille le filence ,
Grottes pour Amaranthe , afyles pleins d'appas ,
Champs émaillés des fleurs qui naiffent fous fes
pas ,
Vallons , lieux de foupirs , retraites des délices,
Temples où l'Amour fait de fi doux facrifices,
Siéges du vrai bonheur & trône des plaifirs ,
Je comble , comme vous , l'efpoir & les defirs ;
L'art me fait le but pour
peinture.;
que
vous fit la nature ;
Vous m'ornez quelquefois , mais ce n'eft qu'en
Et
MARS. 1777JRI 49
Et quoique les plaiſirs , dont j'enivre les ſens ,
Soient les mêmes fans doute , ah ! qu'ils font dif
férens !
Par M. le Métayer.
LOGOGRYPHE.
QUIUI veut jouir de la fanté,
De moi fouvent doit faire ufage :
Mais ou je brille davantage,
C'eft dans les beaux jours de l'été.
I
Si mon Lecteur fouhaite exercer fon genie ,
J'ai neufpleds bien comptés ; il peut donc s'amufer,
Dans fon loifir , à les décompofer,
Pour y trouver trois villes d'Italie ;
ry
Une autre en France , & deux en Arabie ;
Un inftrument néceffaire au foldat 3
Un corps puiffant que l'on mène au combat ;
Une rivière en Mofcovie ;
Deux en Toscane ; une autre en Weftphalie ;
Une en Champagne , & deux au pays des Normands
;
Une Province de Turquie ;
Une autre en Paleftine ; un principe de vie
Qui règle tous nos mouvemens ;
Un quadrupede objet de nos mépris ;
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Un lieu fameux près de Paris ;
Une efpèce de lime ; un peuple de l'Afie;"
Une ville Espagnole au terroir Africain ,
Qu'en vain crut conquérir l'Empereur Marocain ;
Un terme de Chancellerie ;
Le difcours familier que prononce un Curé ;
Certain titre en Espagne aux Nobles confacré ;
Une pièce de poëfie ;
Deux verbes à l'infinitif ,
Dont l'un eft neutre & l'autre actif;
Le réfervoir où le tient l'eau croupie ;
L'oifeau favori de Junon ;
Ce qui produit de l'herbe ; une étoffe ; un pronom;
Les deux auteurs de ta naiflance;
Ce qu'on doit décliner ; l'idole de la France ;
Le mot qu'on place après une oraiſon ;
Double terme de jeu ; de la mer une plage
De très-difficile abordage ;
Ce qui fait mouvoir un bateau ;
Le flux & le reflux de l'eau ;
Une forte de couverture ;
Le fynonyme d'univers ;
Un efprit malfaifant habitant des enfers ;
Ce
Un terme de l'architecture ;
་ །
que doit être un cercle ; un arbre ; un excrément
;
Le contraire de doux ; un héros de roman ;
De couleur noire une humaine figure ;
MAR S. 1777.
Une femme de qualité...
Quoique je puiffe allonger cet ouvrage ,
Je ne veux pourtant pas en dire davantage ,
Car je fuis las en vérité.
Par M. Vincent , C. de Q.
AUTR E.
Jouzr de l'humeur inconſtante ,
D'un Peuple toujours agité,
Mon élévation fait que l'on me tourmente ,
Mon tourment fait ma gloire & mon utilité.
Si ton efprit , Lecteur, vient à me difféquer ,
Il trouvera dans moi ,fans trop s'alambiquer,
Le logis d'une bête à poil roux , longue oreille ,
Et qui , les yeux ouverts , à ce qu'on dit , fommeille
;
Un nom d'un animal dégoûtant & vilain ,
Qui dans la fangeimpure aime à prendre fon bain ;
Ce que devient le front de la jeune Emilie ,
Lorfque quelque difcours choque la modeftie ;
Un inftrument qui fert pour le chanvre & le lin ;
Ce fans quoi , sûrement , n'iroit pas un moulin ;
Un titre que Louis fait chérir à la France ,
Et dont il ne fe fert que pour la bienfaifance ; }
Cij
$ 2 MERCURE DE FRANCE .
Une herbe que l'on craint de trouver fous fa main,
Quand, dans les bois , on va cueillir la fraife ;
Ce métal fi chéri qui rend l'homme bien-aife ;
Deux notes de mufique ; un de nos fens; un grain...
Je ne finirois pas , fi je voulois tout dire :
Si tu ne metiens pas , tu peux lire & relire .
Par M. Patu.
AUTR E.
HABITAL
ABITANT de l'humide plaine ,
A qui veut m'arracher le coeur ,
J'offre un vrai fléau deſtructeur ,
Trop connu de l'efpèce humaine .
Par M. Houllier de Saint- Remy,
à Sezanne.
MARS, 1777. 53
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
!
Buvres complettes de Démosthène &
d'Efchine , traduites en François ,
avec des remarques fur les Harangues
& Plaidoyers de ces deux Orateurs ,
& des notes critiques & grammaticales
en Latin , fur le texte Grec : accompagnées
d'un Difcours Préliminaire
für l'Eloquence & autres objets intéredants
; d'un Traité fur la Jurif
diction & les Loix d'Athènes ; d'un
Précis Hiftorique fur la Conftitution
de la Grèce , fur le gouvernement ›
d'Athènes & fur la vie de Philippe , &c .
Par M. l'Abbé Auger , de l'Académie
des Sciences , Beiles - Lettres &
Arts de la ville de Rouen , ancien
Profeffeur d'Éloquence dans la même
Ville . A Paris , chez Lacombe , rue
de Tournon , près le Luxembourg ,
5 vol. in- 8 ° . rel . & ornés du portrait de
Démosthène d'après l'antique , d'une
carte géographique , &c. prix 2s liv.
QUUEE feroit-ce fi vous l'euffiez entendu
lui-même ? Ce mot , fi connu d'Efchine ,
C iij
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
rival de Démosthène , eft l'éloge le plus
complet qui ait été fait de ce grand
Orateur; il fert d'épigraphe à la Collection
de fes OEuvres , & trouve naturellement
fa place à la tête du compte que
nous nous propofons d'en rendre. Il y a
dans le grec : Que feroit- ce fi vous euffiez
entendu tonner cet homme extraordinaire ?
Il eft affurément ridicule d'avoir traduit
le mot pov par le monftre; ce
n'eft ni le fens littéral , ni le fens raiſonnable.
Une grande précision qui , dans Démofthène
, ne nuit point à l'harmonie ,
l'énergie de la penfée & de l'expreffion
les rapports juftes & précis de l'une à
l'autre , qui fouvent ne permettent pas
de retrancher ou d'ajouter un feul mot ,
rendoient l'entreprife de le traduire
extrêmement difficile . Auffi les Ecrivains
qui ont effayé de nous le faire
connoître , fe font- ils bornés à quelques
difcours . Des cinquante-fept qui
nous reftent de cet Orateur , & des
trois de fon rival , nous n'avions que les
Philippiques , traduites par MM. Tourreil
de Maucroix & l'Abbé d'Olivet ; les
deux harangues pour la couronne , par
MM. l'Abbé Millor & Tourteil ; & celle
MARS. 1777. 55
contre la Loi Leptine , par M. Gédeon
le Cointe. Il falloit un courage rare pour
envifager l'étendue de la carrière , & fe
déterminer à la parcourir toute entière ;
il falloit un travail prodigieux pour la
fournir avec fuccès , & fur-tout des connoiffances
peu communes. M. l'Abbé
Auger n'a point été effrayé de l'entrepriſe,
& il vient de l'exécuter . C'eft un préfent
précieux qu'il fait à la littérature Françoife
; il lui en prépare un nouveau
dans la traduction de tous les Orateurs
Grecs , & de l'Orateur Latin qui fera
oppofé feul aux premiers. Cet Ouvrage
immenfe eft déjà fini ; celui que nous
annonçons , & qui manque encore , net
peut qu'en donner la plus haute idée &
le faire attendre avec impatience.
M. l'Abbé Auger a partagé en trois
claffes les difcours de Démosthène & de
fon rival , auquel il a joint une harangue
de Dinarque contre Démosthène ; ce qui
porte à foixante un le nombre des productions
oratoires contenues dans ce recueil.
Il les divife en difcours politiques ,
plaidoyers publics & plaidoyers particu
liers .
*
Dans les premiers , l'Auteur traitant
des affaires d'Etat devant le Peuple , lui
Civ
$6 MERCURE
DE
FRANCE
.
expofe fes véritables intérêts , avec cette
éloquence vive & véhémente , qui ne ſe
borne pas à féduire les Auditeurs , mais
qui les étonne & les entraîne. Dans fes
plaidoyers publics , il parle pour luimême
ou pour d'autres , tantôt accufant ,
tantôt défendant ; mais accufant plus
fouvent ; car un génie auftère & rigide ,
obferve le Traducteur , un caractère un
pen âpre , devoit le porter à l'accufation
plutôt qu'à la défenfe . La plupart de fes
plaidoyers particuliers , font les ouvrages
de fa jeunelle. Cet Orateur fécond &
fublime , qui traitoit avec tant d'élévation
& de force les fajets les plus importans
, favoit porter la même fupério
rité dans les petits détails ; il y defcendoit
fans baffefle , & y jetoit rout l'inté
rêt dont ils étoient fufceptibles.
•
Parmi les productions moins connues
de Démosthène , & que l'on retrouve dans
cette collection complette de fes OEuvres
, il y a une fuite de cinquante -fix
exordes , que M. l'Abbé Auger n'a
yu citer nulle part Ces morceaux
détachés roulent tous fur des objets politiques
, & femblent avoir été deftinés à
des difcours de ce genre. Le Traducteur
en expofant fon opinion fur ces exordes ,
MARS. 1777. 57
ne la préfente que comme une conjecture
, & elle eft au moins vraisemblable .
Démosthène avoit pour principe de ne
parler , que le moins qu'il lui étoit poffible
, fans être préparé ; mais occupé des,
affaires publiques , il fe préfentoit fouvent
des circonftances imprévues , où
Pintérêt de la République le forçoit de
monter à la Tribune , & de parler fur
le chump, on pour combattre un avis, ou
pour en propofer un autre . Le début eft
ce qui coûte le plus à l'Orateur ; Démofthène
, jaloux de fa réputation , compofoit
au moins l'exorde , lorfque le temps
ne lui permettoit pas de compofer le
difcours entier.
Les lettres des deux Orateurs Grecs ,
recueillies dans ces volumes avec leurs
difcours , complettent la collection de
leurs Euvres. Elles font d'autant plus
précieufes , qu'il nous en reite fort peu
des anciens Grecs . Celles de Platon fon
plutôr des traités de morale
que des let.t
tres ; les fragmens que nous avons de
celles de Xénophon , font à -peu-près
dans le même genre ; Ifocrate n'offre
dans les fiennes que les compofitions
d'an Rhéteur. Démosthène n'a pas mieux.
faifi le genre épiftolaire ; fes lettres font
Cv
$8* MERCURE
DE FRANCE
.
des espèces de harangues au Sénat & aw
Peuple d'Athènes , dans lefquelles tantôt
il fe juftifie , tantôt il fe plaint , & quelquefois
il donne des confeils . Les lettres
d'Efchine font de véritables lettres écrites
par un homme aimable , dont l'efprit
eft cultivé & le coeur fenfible . Elles font
au nombre de douze , & le Traducteur:
croit qu'il y en a trois qui font fuppofées ,.
ce font la feptième & les deux dernières:
de fa collection.
On connoît le genre d'éloquence de
Démosthène ; fouvent brufque & toujours
véhément ; il paroît s'occuper plus :
des chofes que des mots. Il ne diſſerte :
pas fur les objets importans dont il en--
tretient fes Auditeurs , il les leur met
fous les yeux ; s'il parle des projets de:
Philippe , il le montre travaillant à leur
exécution , parcourant la Grèce , l'envahiffant
, & négociant pour la tromper &
la foumettre il tonne , il foudroye , il
entraînes on perd de vue l'Orateur , on
ne voit que la Grèce & l'oppreffeur qui
la menace : On lui a reproché de l'em--
portement ; on lui a refufé d'avoir fu lire:
dans l'avenir, mais ceux quilui ont fait ce
reproche , l'ont jugé après l'événement.
La bataille de Chéronnée fut malheu--
MARS. 1777 . 19
reufe , & on en conclut que l'alliance
d'Athènes & de Thèbes n'étoit pas dans
la bonne politique. On ne fait pas ré-
Alexion que l'afferviffement de la Répu
blique n'eût été que retardé , & que cette
alliance pouvoit le prévenir. Philippe ,
dont le jugement eft fans doute d'un
grand poids , en avoit cette opinion . Il
s'eftima heureux d'avoir été vainqueur ;
mais il fentit que s'il avoit été vaincu ,
un feul jour lui eût fait perdre le fuccès
de vingt ans . Les Athéniens lui rendirent
auffi la juftice , que bien des Differtateurs
lui refuſent après tant de fiécles ;
ils lui érigèrent une ſtatue avec cette infcription1::
« Si tu avois eu , Démosthène ,
» autant de bravoure que tu avois d'intelligence
, les armes de Macédoine
» n'euffent jamais triomphé de la Grèce » .
Nous remarquerons à cette occafion, que
le Prince des Orateurs Grecs , comme
celui des Orateurs Latins , n'eut jamais
de goût pour les armes ; l'un & l'autre
craignirent la mort fur le champ de
bataille ; & tous deux la bravèrent enfin
lorfqu'ils ne purent l'éviter ; ils périrent
d'une manière également héroïque . Cicéron
chercha d'abord à fuir les affaflins
envoyés par Antoine mais lorsqu'ils
»
ود
C vi
63 MERCURE DE FRANCE.
l'eurent joint , il ne fongea point à fe
défendre , il leur livra fa tête. Démolthène
, fuyant aufli les Soldats d'Antipater
, & ne pouvant leur échapper , demanda
un moment pour écrire une lettre
, & en profita pour prendre du poiſon
qu'il portoit avec lat.
Après avoir indiqué les différens Ou¬
vrages contenus dans les cinq volumes.
que nous annonçons , & une partie du
travail de M. l'Abbé Auger , il nous refte
à en faire connoître la plus confidérable ,
la traduction du texte . Elle attefle une
étude profonde des Orateurs Grecs , de
La langue dans laquelle ils fe font exprimés
, & de celle dans laquelle on s'eft
propofé de les faire parler . Des citations
peuvent feules donner une idée de la
manière du Traducteur. Elle eft par- tout
bien foutenue , que, fans nous arrêter
à choir, nous pouvons ouvrir le livre
& prendre au hafard, Nous éviterons
feulement de rien préfenter des , difcours
que d'autres Traducteurs ont déjà
fait connoître ; la plupart de nos Lecteurs
feront bien aifes de les comparer euxmêmes
avec la verfion de M. l'Abbé Au
ger . Aucun de ces Traducteurs n'a rempli
le but qu'il devoir fe propofer. Trop fouMARS.
1777. 6r
vent ils ont défiguré l'Orateur qu'ils
vouloient faire connoître , tantôt par
une prolixité déplacée dans la traduction
d'un Ecrivain extrêmement concis ; tantôt
par une concifion qui détruit toute har
monie , & met la féchereffe & la froideur
à la place de l'éloquence vive &
nourrie de l'original . Pour bien traduire ,
il faut fe pénétrer de l'efprit de fon Auteur
; c'eft ce qu'a fait M. l'Abbé Auger;
"
Les harangues fur la fauffe ambaffade ,
font les premières qui nous tombent fous
la main.. Ce tableau intéreffant de la
ruine des Phocéens , s'offre à nos yeux à
l'ouverture du livre. « Jamais , Athé-
">
"
niens , vous n'avez vu dans la Grèce
» d'événemens auffi triftes , auffi impor-
» tans ; peut- être n'en a-t- on jamais vu
» dans les fiécles patfés. Un feul homme ,
Philippe , eft devenu maître des plus
» grandes affaires , par la perfidie des
Dépurés , fous les yeux d'Aihênes , de
» cette République accoutumée à veiller
» en chef aux intérêts des Grecs , à ne
» tien fouffrir de femblable . Ce n'eſt
» pas feulement la lecture du décret qui
nous inftruit de la ruine des infor
stunés Phocéens , mais encore le fpectacle
de leurs difgrâces : fpectacle
62 MERCURE DE FRANCE.
n
35
n
affreux , Athéniens , & digne de compallion
. En allant dernièrement à Delphes
, j'en ai été , malgré moi , le
témoin, J'ai vu des maifon détruites ,
» des murs renverfés , un pays déſolé ,
» plus de jeuneffe , des vieillards foibles
» & miférables . Aucun difcours enfin ne
"
"
peut exprimer le trifte état de cette
» contrée malheureufe . Cependant je
» vous entends dire à tous qu'autrefois ,
» lorsqu'on délibéra de détruire Athê-
» nes , l'opinion des Phocéens fut con-
» traire à celle des Thébains . Si vos
» ancêtres revenoient à la vie , comment
penfez - vous qu'ils opineroient dans
cette caufe? Quelle idée auroient-ils
» de ceux qui ont opéré la ruine des
» Phocéens ? Pour moi , je penfe qu'ils
» ne fe feroient aucun fcrupule de les
lapider de leurs propres mains . N'eft-il
» pas honteux en effet , ou plutôt n'est- ce
pas le comble de la honte , que des
Peuples qui nous ont fauvé alors , qui
» ont opiné pour notre confervation ,
éprouvent aujourd'hui un tel défaftre ;
» & qu'abandonnés de vous , fur les faux
avis de vos Déparés , ils fouffrent des
maux tels que nuls des Grecs n'en a
jamais foufferts ? Qui donc eft la caufe
»
"
"
MARS. 1777. 63
"
de ces maux ? Quel eft l'auteur de l'impofture
? n'est-ce point Efchine ? »
Démosthène avoit été de cette ambaffade
; il accufoit la conduite de fes Col-
Léguès ; c'est ainsi qu'il repouffe le moyen
de défenſe dont ils peuvent fe fervir ,
en difant qu'il a d'abord fait comme
eux, & que changeant enfuite tout àcoup,
il eft devenu leur accufateur , &
fur- tout d'Efchine. « Voulez -vous que ,
fupprimant tout le refte , & les difcours
que j'ai tenus contre eux devant le
Peuple , & les oppofitions que j'ai
» trouvées chez moi dans le cours de
» l'ambaſſade , & dans toute autre circonftance
; voulez- vous que je vous
prouve , par leur propre témoignage
» que j'ai fait tout le contraire de ce
qu'ils ont fait ; qu'ils ont reçu de l'ar-
» gent pour trahir vos intérêts ; que je
» n'en ai pas voulu recevoir. Voici ma
» preuve. Quel eft le Citoyen de cette.
» ville , le plus audacieux , le plus témé-
""
»
»
"
ア
raire , le plus effronté ? On ne s'y
» trompera pas , on nommera fur le
champ Philocrate. Quel eft l'Orateur le
» plus capable de déclamer tout ce qu'il
» veut d'une voix forte & fonore ? Affurément
on citera Efchine . Quel est
92
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
13
celui auquel ils reprochent le défaut
» de hardieffe , & une timidité que j'ap-
» pelle pudeur ? C'eft moi . Jamais incom-
» mode à mes Concitoyens , je ne les ai
pas forcés de m'entendre ; cependant ,
» dans toutes les affemblées , toutes les
fois qu'on a parlé de l'ambalfade pour
" la
19
*
paix , vous m'avez entendu attaquer
» les Députés , dévoiler leur perfidie ,
dire ouvertement qu'ils s'étoient laiffés
corrompre ; qu'ils avoient vendu les
intérêts de l'Etat. Aucun d'eux n'a
» combattur mes reproches , aucun n'a
» ouvert la bouche , aucun ne s'eft montré.
Pourquoi donc les plus audacieux
de cette ville , les plus diftingués par
l'éclat de leur voix , font- ils dominés
» par le plus timide des Orateurs , par
quelqu'un dont la voix n'a rien d'ex-
» traordinaire ? C'est que la vérité eſt
auffi forte que le menfonge eft foible.
» La confcience de leur corruption fait
» tomber leur audace ; elle leur ferme
» la bouche , enchaîne leur langue , arrête
» lents paroles , les réduit au filence » .
"
»
La même harangue nous fournit encore
un morceau plein de véhémence
contre les traîtres . Nous ne pouvons nous
refufer le plaifir de le cites. " Un mal
MARS. 1777. 69
"
30
$3
» contagieux s'eft répandu parmi tous
les Peuples de la Grèce , mal funefte ,
auquel vous ne pouvez échapper que
par la faveur du ciel , & une grande
» attention de votre part. Les plus diftingués
dans les Républiques , ceux
qui font à la tête des affaires , ont
» trahi leur propre liberté , fe font jetés
» indignement enx-mêmes dans une fer
» vitude qu'ils décorent des beaux noms
» de bienveillance & d'amitié de Phi
lippe , de familiarité avec le Prince. Les
» aurres Citoyens & tous les Magiftrats ,
» au lieu de punir ces Miniftres perfides ,
» & de les faire mourir far le champ ,
→ adinirent , vantent , envient leur
» bonheur. Ce mal qui s'étend de tous
» côtés , par une activité dangereufe ,
» avoit déjà dépouillé les Theffaliens de
» l'empire dans leur patrie de leur dignité
dans la Grèce ; il vient encore de leur
» ravir la liberté , en livrant à des garnifóns
Macédoines plufieurs de leurs
citadelles . Pénétrant dans le Pélopo-
» nèfe , cette maladie pernicieuſe a
» armé , les uns contre les autres , les
» habitans d'Elide ; elle a rempli d'une
démence aveugle , d'une fureur crimi
nelle , ces infortunés qui , pour fatis-
"
66 MERCURE DE FRANCE.
22
» faire leur ambition & pour complaire
» au Monarque , fe font fouillés du
» crime de leurs proches & de leurs
concitoyens . Elle a fait encore de nouveaux
progrès ; entrée dans l'Arcadie ,
elle y a tout boulverfé ; & les Arca-
» diens qui , à votre exemple , devoient
» élever leur ame par l'amour de la liberté
, puifqu'ils font les feuls , avec
» vous , vraiment originaires du pays
qu'ils habitent , les Arcadiens font
» aujourd'hui les vils flatteurs de Philippe
; ils lui ont érigé des ftatues &
» accordé des couronnes ; ils ont même
» arrêté qu'ils le recevroient dans leur
» ville , s'il venoit dans le Péloponèfe.
» Les Argiens ont agi de même . Ce
» mal , Athéniens , il faut le dire , ce mak
» deftructeur exige les plus grandes pré-
» cautions. Après avoir parcouru rous
les pays , il s'eft introduit chez vous.
» Vous n'êtes pas encore perdus ; foyez
» fur vos gardes , puniffez ceux qui , les
ود
"
39
premiers , l'ont apporté dans votre
» ville. Sinon , craignez que , convain-
» cus trop tard de la vérité de ce que je
» vous dis , vous n'en conveniez , que
lorfqu'il n'y aura plus pour vous de
"
» reffource »
MARS. 1777 . 67
"
و د
Ces morceaux ont fourni des exemples
de la vigueur & de l'énergie de
Démosthène ; tous les tons lui étoient
familiers : la harangue contre Midias ,
nous en préfente de l'adreffe de l'Orateur.
Il étoit lui-même l'objet de ce
difcours : infulté par Midias , il demandoit
vengeance. « Faites cette réflexion ;
» tout-à- l'heure , dès que la féance fera
» levée , chacun de vous s'en retournera
dans fa maifon , l'un plutôt , l'autre
plus tard , avec la plus grande fécurité ,
» fans regarder autour de foi , fans rien
craindre , foit qu'il rencontre un ami
» ou un ennemi , un Citoyen du com-
» mun ou un Citoyen puiffant , un hom-
» me fort ou un homme foible ; en un
» mor , fans éprouver la moindre inquié
» tude : pourquoi ? C'eft que rempli d'af-
»furance & plein de la confiance.
qu'infpire le gouvernement , il eft inti-
» mement perfuadé qu'il ne fera attaqué ,
» infulté & frappé par perfonne . Et vous
» ne m'accorderez point , avant de quir-
» ter le tribunal , la fûreté qui vous
" accompagnera en retournant chez
» vous ? Après les outrages que j'ai ef-
"
▸
fuyés , dans quelle efpérance pourrai-
» je furvivre , fi vous ne me vengez pas ?
68 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez rien , me dira quelqu'un ,
» vous ne ferez plus outragé . Mais fi je
» le fuis , Athéniens , punirez -vous alors
le coupable , fi vous l'épargnez aujourd'hui?
Au nom des Dieux , ne trahiffez
point ma caufe, qui eft la vôtre &
" celle des loix . Car enfin fi vous voulez
» examiner & chercher ce qui affure aux
Juges des Tribunaux , en quelque nom❤
" bre qu'ils foient , cette autorité refpecn
19
table , qui les rend arbitres abfolus de
» tous les habitans de cette ville , vous
» verrez que ce n'eft ni la terreur des
armes qui les environnent , ni la force
» de leurs corps , ni la vigueur de leur
âge , ni autre chofe de cette nature ;
» mais le pouvoir des loix . Et le pouvoir
» des loix , d'où vient-il? Accourent elles
au bruit d'un Citoyen attaqué ? Vien
nent- elles le fecourir ? Non , elles ne
font par elles mêmes que de foibles
» écritures. Elles ne le peuvent pas.
» Qu'eft- ce donc qui fait leur pouvoir ?
» C'eſt votre fidélité à les affermir par
l'exécution , à les repréfenter dans
» toute leur force pour quiconque les
implore. Vous n'avez donc d'autorité
que par les loix , comme les loix n'ont
» de pouvoir que par vous. Chacun des
n
"
•
MARS. 1777 69
»
Juges doit donc fecourir les loix
attaquées , comme on le fecourroit
» s'il étoit infulté ; regarder les fautes
commifes contre elles , quelque
» foit le coupable , comme fautes qui
intéreffe la fûreté commune ; empêcher
que nulle charge publique , nul
crédit , nul artifice , que rien enfin ne
» donne droit à perfonne de les violer
impunément. Ceux d'entre - vous qui
étoient au fpectacle , ont accablé de
buées Midias quand il eft. entré fur
le Théâtre , lui ont donné toutes les
» marques d'indignation , fans avoir en
» core rien entendu de ma part . Vous
donc , qui avant qu'on eût convaincu
l'offenfeur , étiez animés contre lui ,
exhortiez l'offenfé à le pourfuivre ,
» applaudiffiez quand je le dénonçois au
Peuple ; à préfent qu'il eftconvaincu ,
qu'il a été condamné par le Peuple
affemblé dans le Temple de Bacchus ,
» que fes autres violences font dévoilées ,
que vous êtes nommés les Juges , que
" tout dépend de vos fuffrages , balan
> cerez-vous à venger mes injures , ‹à
fatisfaire le Peuple , à rendre les autres
plus modérés par la faire , en faifant
de Midias un exemple qui les effiaye ,
#
n
186 MERCU
226
CURES DE FRANCE
> tes en grand
Godfrey , Angl
gieux en ce gen
fition , foit po
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de ces peintures
appartemens .
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le meilleur de
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après Molière ; g
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Prix 3 livres .
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S. Thomas , P
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Portrait de
feu
ABIE
1777- 73
us fur elle notre
notre ignorance de
sla fuite de part &
uvant arriver : que
te ; fi l'on attente
dème , il eft des
venger fa mort ;
confirmé : fi Chaalre
quelqu'un , on
infulté les moyens
Le décret eft donc
de toutes façons :
héniens , demande
ne ; Nouvelle hif
Arnaud ; vol. in- 8 °.
chez Delalain , Lib.
He Françoife.
de Bretagne , fils de
ne de France , étoit un
on autorité , foupçoncevoir
les ,
impreffions
donner , &
impitoyable
sames foibles . Sa libére
& fes autres bonnes
ou
l'abfoudre , aux yeux
d'une action barbare &
D
72 MERCURE DE FRANCE.
infultes & des outrages. Les amis &
» les ennemis ne font pas des espèces
d'hommes particulières: ce font leurs actions
qui les diftinguent . Ceux qui nous
» traitent en ennemis , la loi nous
la loi nous permet
·
و د
و د
. ל כ
de les traiter en ennemis . N'est- ce donc
pas une injustice affreufe qu'un feul
homme foit excepté de tous les cas où
il n'eft point défendu de tuer les autres
« hommes ? Allons plus loin. S'il arrive
» à Charidème ce qui peut arriver à tour
autre; fi , obligé de quitter la Thrace ,
il vient habiter notre ville ; fi privé de
» la force , dont il ne fait ufage que pour
exercer mille violences , mais obéillaur
toujours à fon caractère & à fes paffions
, il continue à agir de même :
ne faudroit-il pas fouffrir fes infultes
en filence? Vu le décret actuel , feroitil
fûr de lui ôter la vie , de tirer la
réparation que les loix attendent ? Si
» quelqu'un dit : Mais Charidème fe
conduira-t-il ainfi ? Qui m'empêche
de dire : Mais ôtera- t-on la vie à Cha-
» ridème ? Mais enfin , ces réflexions font
» inutiles , & puifque le décret attaqué
a pour objet une action abfolument
incertaine , & non une action déjà
» faite , laiffons à chaque événement for
» incertitude ,
"
"
MAR S. 1777. 23.
و د
incertitude , réglons fur elle notre
» attente , & , dans notre ignorance de
» l'avenir , examinons la fuite de part &
» d'autre , comme pouvant arriver : que
» le décret foit annullé ; fi l'on attente
aux jours de Charidème , il eft des
peines légales pour venger fa mort ;
Que le décret foit confirmé : fi Cha-
» ridème vivant infulte quelqu'un , on
» ôte à celui qui fera infulté les moyens
» de le pourfuivre . Le décret eft donc
» contraire aux loix de toutes façons :
» votre intérêt , Athéniens , demande
» qu'il foit annullé ».
39
Le Prince de Bretagne ; Nouvelle hiftorique
, par M. d'Arnaud ; vol. in - 8 ° .
avec fig. A Paris , chez Delalain , Lib,
rue de la Comédie Françoiſe.
François I , Duc de Bretagne , fils de
Jean V & de Jeanne de France , étoit un
Prince jaloux de fon autorité , foupçonneux
, facile à recevoir les impreffions
qu'on vouloit lui donner , & impitoyable
comme toutes les ames foibles. Sa libéralité
, fa bravoure & fes autres bonnes
qualités , n'ont pu l'abfoudre , aux yeux
de la postérité , d'une action barbare &
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ן כ
"
atroce , dont l'Auteur de la Nouvelle
hiftorique que nous annonçons , nous
rappelle le fouvenir. François avoit deux
frères , Pierre , Comte de Guingamp ,
& Gilles, Seigneur de Chantocé . Pierre ,
non moins foible que fon aîné , à une
humeur fombre & chagrine , joignoit
une dévotion peu éclairée , qui alloit
jufqu'à la fuperftition . Quoique marié ,
il vécut célibataire ; & , dans fes dernières
années , il fe foumit aux macérations du
cilice. Gilles , que M. d'Arnaud ne
défigne ici que fous le nom de Prince
» de Bretagne , bien différent de fes
frères , faifoit éclater une ame indépendante
& déterminée dans fes moin-
» dre mouvemens ; fes defits les plus
» vagues étoient des paffions dominantes ;
» tout l'enflammoit ; aveugle conféquemment
fur les fuites , il n'envifageoit
que l'objet préfent , le faififfoit avec
tranfport , & lui faifoit tous les facrifices
; fa bonté même fe reffentoit de
» fon extrême violence ; il dédaignoit
cette politique fi néceffaire aux hon-
» mes , & fur-tout à ceux de fon rang :
il ne favoit point fe déguifer & s'impofer
un frein , toujours prêt à céder
» aux premières faillies de fon caractère
39
* נכ
"
•
MARS. 1777 . 75
»
"
impétueux ». Aufli fut - il emporté
d'imprudences en imprudences , que fes
enneniis firent paller pour des crimes
auprès de fon frère & de fon Souverain ,
qui croyoit voir dans le Prince de Bretaghe
un rival de fon autorité & de fa
puiffance. François , depuis quelque
temps , ne regardoit plus ce frère que
comme un fujet rebelle , qui cherchoit
l'appui des Puiffances étrangères. Il le
peignit fous ces couleurs à Charles VII ,
Roi de France , leur oncle , & le Prince
Gilles futarrêté comme prifonnier d'Etat.
Ce Prince infortuné , livré fans défenſe
à fes plus cruels ennemis , après avoir
effuyé de leur part les traitemens les plus
indignes & les plus barbares , mourut
d'un mort violente , le 25 Avril 1450.
Un Cordelier qui l'avoit confeffé , cita
de fa part , ajoutent quelques Hiftoriens ,
le Duc François au jugement de Dieu ,
pour y comparoître dans quarante jours.
Quoi qu'il en foit , François mourut
cette même année 1450 , le 18 ou 19
Juillet, & fut enterré dans l'Eglife de
l'Abbaye de Rédon . Ceft d'après ces faits
hiftoriques, que M. d'Arnaud a compoſé
fa dernière nouvelle. Ces faits nous rappellent
les épreuves cruelles & injuftes
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
auxquelles a été foumis le malheureux
Prince de Bretagne . M. d'Arnaud , en
les rapportant , n'a eu fouvent befoin
que d'emprunter les couleurs de l'hiſtoire
pour exciter , dans l'ame du Lecteur ,
une tendre pitié , foible récompenfe des
infortunés qui n'ont point mérité leurs
difgrâces. Qui ne gémira fur les vifficitudes
humaines , en voyant un Prince
né pour jouir de tous les plaifirs & vivre
au milieu d'une Cour brillante , renfermé
dans un cachot , dont les fenêtres
grillées donnoient fur des foffés , implorer
les fecours de tous ceux que , de fa
fenêtre , il voyoit paffer au -delà des foffés
; leur tendre , à travers les barreaux ,
des mains fappliantes , & leur crier :
« C'eft le Prince de Bretagne qui vous
» demande du pain & de l'eau , pour
» l'amour de Dieu ! » Cette peinture
rappelle un tableau de Vandyck , non
moins capable de nous faire gémir fur
le fort des hommes. L'Artiſte a repréfenté
le célèbre Bélifaire , Général des
armées de l'Empereur Juftinien , accablé
fous le poids des années , devenu aveugle
, & réduit à mandier un obole à un
foldat qui avoit fervi fous lui : Date obo-
Jum Belifario. C'eft l'infcription mife au
و د
?
MAR S. 1777: 77
bas de l'eftampe qui repréfente cette
fcène pathétique , bien propre à faire
faire des réflexions au fpectateur même
le plus diftrait.
François , Duc de Bretagne , Souverain
injufte & frère dénaturé , n'étoit peutêtre
pas né avec des difpofitions cruelles
& fanguinaires ; fa mémoire cependant
n'en eft pas moins odieufe à la poftérité ,
pour s'être abandonné aux impreffions
tyranniques de fes favoris . Leurs abomi
nables intrigues empêchèrent dans Fran
çois tout retour à la fenfibilité ; & faut-il
s'étonner , après cela , qu'il fe foit rendu
coupable d'un fratricide ? C'eft de l'indifférence
des hommes pour l'être fouffrant
, qu'émanent tous leurs crimes.
rendez -les fenfibles , ajoute M. d'Arnaud,
& on n'aura que des fautes à leur reprocher.
I feroit même facile de prouver
que c'eſt de la ſenſibilité que découlent
toutes les vertus fociales.
L'Égyptienne , Poëme épique en douze
chants, vol. in-12 , petit format; broché
prix 1 1. 10 fols. A Paris , chez Lacombe
, Libraire , rue de Tournon,
Saint François d'Aflife eft le Héros de
Diij
78 MERCURE DE FRÁNCE .
ce Poëme , & c'eft un Enfant de l'Ordre
Francifcain , le P. J. R. , qui a cru devoir
confacrer fa plume & fa verve à célébrer
le Fondateur de cet Ordre: Jacques Cor
bin , Avocat au Parlement de Paris &
Maître des Requêtes de l'Hôtel de la
Reine Anne d'Autriche , a publié , en
1634 , un Poëme épique , dont St François
d'Affife eft également le Héros , & qu'il a
intitulé : La Sainte Franciade . Ce Poëmé
eft aujourd'hui abfolument oublié , &
le P. J. , qui a eu la patience de le par
courir , nous dit que c'eft une hiftoire
plate & minutieufe . Mais vraifemblablement
on n'accufera pas l'Egyptienne
d'être une fimple hiftoire. Le tableau de
la vie religieufe du Saint Instituteur , &
de fa vie apoftolique , eft tracé dans les
différens chants de ce Poëme ; mais le
Poëte , dans la vue de fe conformer aux
règles de l'épopée , dont l'action doit être
une , a pris pour principal objet de fes
chants , le voyage que fait Saint François
en Egypte , afin de convertir le Soudan ,
& mériter la couronne du martyre . Cette
couronne cependant ne lui fut point accordée
fur les bords du Nil , mais fut le
Mont Alverne , d'une manière toute particulière.
MARS. 1777 . 79
>
Le Poëte a banni de fon Poëme les Die
vinités de la Fable , les Magiciens & les
Fées , pour y fubftituer les Anges & les
Démons , autre genre de merveilleux employé
par Milton ; mais falloit - il admettre
des Agens furnaturels dans une
entrepriſe dont les événemens font fimples
& prévus. Quoi qu'il en foir , Belphégore
joue un grand rôle dans l'Egyptienne.
Il évoque la foif , le fommeil
la luxure , pour mieux traverfer les entreprifes
du Héros ; il trouve toujours
en tête l'Ange Raphaël , le Protecteur de
François ; & comme la partie n'eft point
égale , on s'attend bien que le pauvre
diable a fouvent le deffous ; ce n'eft pas
cependant la force qui lui manque ; car
ayant apperçu fur la mer le vaiffeau où
Saint François s'étoit embarqué pour fe
rendre en Egypte , il court , afin d'exciter
une tempête , vers la caverne des
vents , &
Brife d'un coup de pied quatre portes d'airain.
Vous , fortez Terrenos , le premier de la bande ,
Vous , à qui l'Indien a fait plus d'une offrande ,
Et toi , que l'on redoute au Golfe Honduras,
Violent Raléjo, tu voles fur fes pas.
L'humide Tornados vouloit reprendre haleine ,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Revenant fatigué d'une courfe lointaine ;
Il avoit pour fecond le frileux Harmatan .
Il font lâchés tous deux par l'Ange de Satan.
Le Tiphien vient encor, des côtes de Syrie ,
Contre le faint navire exercer fa furie .
Ces vents tiennent confeil le refte de la nuit ,
Et marchent de concert quand le jour ſe produir .
Le ciel , de toures parts , fe couvre de nuages;
On entend l'air ému fiffler dans les cordages :
La mer qui s'écarquille en cent endroits divers ,
Fait voir , en rugiffant , fes écueils entr'ouvers.
Les vagues en courroux , s'élevant juqu'aux nues ,
Y font , avec l'efquif, un moment ſuſpendues :
Un abyfme aux enfers , qu'on croiroit aboutir,
En les voyant tomber, s'ouvre pour l'engloutir.
Le navire vingt fois remonte fur leurs ailes :
Il eft autant de fois enfeveli fous elles ;
Une
montagne d'eau s'élançant contre un roc ,
Tantôt , pour le brifer , l'entraîne dans fon choc
Tantôt , l'ayant laiflé pour s'y rompre elle-même ,
Sa force fe ranime & fa rage eft extrême :
Elle couvre , en fautant , l'infortuné vaiſſeau ,
Quipenche vers la proue & dont on vuide l'eau.
Un coup de vent furvient , plus d'une antenne
croule ,
Les mâts font ébranlés , les mariniers en foule
Courent fur le tillac , effrayés du trépas ,
Qui grimpe avecfa faulx & s'avance à grands pas
MARS. 1777. 8F
Dès qu'il voit le faint homme , il fe jette en arrière.
François à la tempête oppofe une barrière ,
Une heure aux environs élle foudroye encor ,
Et dans l'abyfime enfin elle fuit Belphegor.
La defcription de cette tempête a au
moins le mérite de l'originalité. Quelques
Lecteurs pourront trouver l'harmonie
de ces Vers un peu rude ; mais le
Poëte a peut-être voulu ajouter par ce
moyen , à la vérité du tableau d'une teinpête;
car, dans une tête fortement échauffée
de fon fujet tout devient poćtique.
Belphegore, qui ne ceffe de lutiner le
Saint , le fuit dans la retraite , & le Poëte
en prend occafion pour nous peindre les
tentations que peuvent éprouver les Cénobites
dans le cloître . Une peinture du
fixième Chant, nous rappelle, en partie ,
la Tentation de S. Antoine
› par Callot:
on y voit les jeux qui viennent , courant
comme des foux ,
Danfer autour du Saint en faifant la grimace
Si l'un eft mis en fuite , un autre le remplace..
La Scène de ce Poëme eft principa
lement en Egypte , dans le férail même.
Dv
82 MERCURE
DE FRANCE
.
du Soudan Méledin , dont Francois a
entrepris la converfion . Belphégore, comme
on le penſe bien , ne refte point ici
tranquille plus avifé cette fois , il s'affocie
la Sultane Favorite ; & c'eſt au milieu
des danfes & des concerts , dont on
nous fait la peinture , que certe Reine
ambitieuſe follicite auprès du foible Souverain
, le renvoi de François.
La Sultane , en fon coeur enfermant for orgueil ,
Honore le Soudan d'un gracieux accueil.
De fon grand cimererre elle le debarraife ;
Puis , l'ayant fait affeoir , la perfide l'embraffe .
Le concert recommence , & les gens de fa cour
Viennent devant le Prince ,& daufenttour-à-tour .
On étend fous les pieds un beau tapis de Perfe ;
Elle y marchie en cadence , & faute & fe renverfer
Quel feu dans fon maintien ! & combien d'agré
mens !
Quelle légèreté dans tous les mouvemens !
Chaque pas développe une grace nouvelle ;
Jamais aux yeux du Prince elle ne fut fi belle .
Le bal ceffe auffi-tôt qu'elle lève la main :
Elle demeure feule auprès de Méledin.
Alors , à fes genoux , la Nymphe infidieuſe ,
Change en un ton plaintiffa voix mélodieufe .
Vous, de mon tendre coeur,le charme & le foutien,
Dit-elle en foupirant , vous devenez chrétient
Va Hermite infenfé vous caufe cette ivrelle ,
MARS. 1777. 83
Et la nécromancie endort votre fageffe !
Un preftige a le don de vous perfuader !
Un fonge eft en état de vous intimider !
Malgré tous vos fernens , vous aurez donc lá
force
De figner entre nous un éternel divorce :
Vous avez réfolu , dans vos lâches complots ,
De méprifer mes voeux , de braver mes ſanglots.
La loi , dont vous goûtez la trompeuſe lumière ,
N'accorde à fes cliers que l'époufe première ;
La froide Validé , dont la beauté vieillit,
Sera donc toute feule admite à votre lit.
Si vous me haïffez , contentez votre envie ,
Cruel; percez mon coeur , arrachez- moi la vie :
Si vous m'aimez encor , me verrez-vous mourir ,
Sans vous montrer fenfible & fans me fecourir ?
C'eft ainfi que la Nymphe exprimoit fes alarmes :
Ses yeux étincelans fe rempliffent de larmes.
Le Soudan héfite quelques inftants ;
mais trahi par fa tendrelle , il accorde
bientôt à fa Maîtreffe le renvoi de François,
qui fe rend fur le Mont Alverne , où
le Chrift même propofe au Saint le martyre
qu'il avoit été chercher en Egypte . La
pieufe crédulité des Légendaires , a fervi
de point d'appui au Poëte ; & de- là il
s'eft élevé avec François dans des ré-
D vj
8+ MERCURE DE FRANCE.
gions extatiques , qui tiennent plus que
du merveilleux . Il nous a peint le Saint
ferviteur de Dien, recevant fur le Mont
Alverne des stygmates & la couronne
du Martyre , des mains d'un Séraphin ,
origine du nom de Séraphique , qui a
paffé à tout l'Ordre de Saint François.
Cette vifion , & ce n'eft pas la feule
de ce très -fingulier Poëme , termine le
douzième & dernier Chant de l'Egyptienne.
Le Poëte Séraphique y a non- feulement
prodigué les richeffes d'une imagination
remplie de fon objet , mais
encore les tréfors de la Légende ; ce
qui , joint à la naïveté du ftyle , tranfporte
le Lecteur au milieu du douzième fiècle.
Les mondains, en lifant ce Poëme, pourront
rire quelquefois des efpiégleries du
Malin , mais les ames dévotes apprendront
du Saint Inftituteur, à mieux connoître
le prix d'une Religion qui nous.
confole dans nos peines , anime les bonnes
actions que nous faifons en fecret,
& nous donne , par l'eſpérance d'une vie
heureufe , le courage de fupporter les
tribulations préfentes , & la fermeté nécelfaire
pour entreprendre de longs &
pénibles travaux.
MAR S. 1777
85
Obfervations à MM . de l'Académie Françoife
, au sujet d'une lettre de M. de
Voltaire , lue dans cette Académie , à la
folennité de la S. Louis , le 25 Août
1776 , par M. le Chevalier Rutlidge ,
Paris , au Quai de Gêvres..
Avant la traduction du Poëte Anglois ,,
on étoit à peu près d'accord fur le mé-
Fite de fes ouvrages dramatiques. Il étoit
regardé comme le créateur du Théâtre.
de fa nation , & comme un génie plein
de force & de fécondité , de naturel &
de fublime . Mais on l'accufoit en mêmetemps
de manquer ddee ccee ggooûûtt qui dirige
le génie de n'avoir aucune connoiffance
des règles , fans lefquelles on prétend
qu'on ne peut rien faire qui foit
conftamment beau , & de tout facrifier
au plaifir de faire une mauvaife pointe
& des jeux de mots. C'étoit pour lui ,
dit un de fes Commentateurs , la pom
me d'or qui le détournoit fans ceffe defa
route , & lui faifoit manquer fon but.
Aufli fes pièces ont- elles été regardées
comme un mêlange de fcènes fublimes
& d'abfurdités barbares ; de morceaux.
pleins d'ame & de vie , & d'irrégulari
86 MERCURE DE FRANCE.
tés groffières ; de penfées grandes & de
choles triviales ; de fituations touchantes
& d'un gigantefque fouvent rifible ; des
fentimens nobles & d'un familier ridicule.
Les nouveaux traducteurs nous
fourniffent les moyens d'examiner , avec
plus de connoiffance de caufe , le degré
de mérite de ce Poëte . Ceux qui jugeoient
fur parole , & qui n'avoient pas
même la quelques unes des pièces déjà
traduites de cet Auteur , pourront voir
par eux-mêmes , s'il n'y avoit rien d'outré
dans cette critique ; c'eft ici une révifion
d'un procès , que le public fera à
portée de juger , bien entendu qu'il aura
égard aux beautés dépendantes de la langue
originale , & aux moeurs de chaque
fiècle & de chaque nation. Les Académies
pourront propofer pour prix , non
pas l'éloge du Poëte , mais l'objet même
de la difpute , en faifant difcuter à charge
& à décharge , le dégré de mérite des
productions de cet écrivain. L'autorité
de M. de Voltaire , qui certainement poffède
la Langue Angloife & l'art da
Théâtre , fera d'un grand poids dans cette
difcution. Mais les raifons doivent ici
l'emporter ; & l'impartialité doit nous
coûter d'autant moins , que la Littés
MARS. 1777.
87
ל כ
""
rature Françoife , comme le dit fi bien
» Auteur des obfervations , eft fertile
» en productions qui peuvent la faire
>> entrer en concurrence avec toutes les
" nations anciennes & modernes , chez
පා qui les fciences & les arts ont été en
» honneur. Croire que nous n'avons
point de fupérieurs , c'est un orgueil
légitime & bien fondé à l'égard de
→ bien des parties ; mais méprifer ou re-
» jeter nos rivaux & nos émules , ce feroit
un aveuglement déplorable , &
» bien fait pour nuire à nos progrès .
Et l'on a raifon de dire qu'un com
merce réciproque de lumières , n'eft
» point fait pour porter ombrage à la va-
» nité , mais plutôt pour enrichir les uns
» & les autres .".
33
32
Quant aux éloges donnés à Sakef
péar, on avoue que la qualite de créa
teur de l'art fublime du théâtre , ne
peut lui convenir que relativement à
P'Angleterre , & nullement à la France ,
où ce Poëte n'a été connu qu'à une époque
où la fcène étoit affez perfectionée.
Les traducteurs n'ont donc pu avoir en
vue que l'exiftence & la perfection du
théâtre Anglois. L'équité femble exiger
qu'on interprête de cette manière leurs
éloges .
88 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt à ceux qui poffédent parfaitement
la langue Angloife , à décider fi
l'on n'a pas encore bien faifi la manière
de Sakefpéar , & fi l'on n'a fait que le
défigurer dans les endroits qu'on s'eft propofe
d'imiter. Cette difcution ne peut con
venir qu'à ceux qui fe font familiarifés
avec les Poëtes Anglois. C'est à eux
auffi à décider fi le projet de traduire
les vers blancs des Anglois , en vers
blancs François , ne pourroit fe réaliſer
qu'aux dépens de l'idiôme Anglois . L'Au
teur des obfervations , foutient , que la
marche & le génie de la langue Françoife
, ne comportent pas les vers blancs ,
& que la rime eft effentielle à notre vercification.
» On n'a jamais fait , dit- il ,
» d'effai en ce genre qui ait approché
» d'une profe forte & bien cadencée. Il
n'en eft pas de même de la langue
Angloife. Par une fuite de fes abondances
& de fon énergie , & encore
plus de l'appuyé de toutes les termi-
» naifons , on y fait des vers fans
rimes aufli harmonieux que ceux qui
font rimés. Le plus beau Poëme qui
» foit écrit dans cette langue , le mieux
foutenu , l'ouvrage le plus veritablement
Poëtique qui exifte , le Paradis perdu
""
"
MARS. 1777 .
89
"
"
de Milton , eft en vers blancs. Le lan-
» gage en eft plein & fonore , & la mu-
» fique du difcours , fi l'on veut permet-
» tre l'expreffion , auffi fenfible & auff
» harmonieufe que celle de la Poëfie
» grecque & latine . Les vers blans de
Sakefpéar ont le même avantage ...
» Cet Auteur dans fes Tragédies ,
» fe fert de trois manières de s'exprimer
, il emploie d'abord la profe ;
» à mesure que le difcours doit s'en-
» noblir , il fait ufage des vers blancs ;
lorfqu'il veut inculquer dans la mé-
» moire du fpectateur une penfée forte
» & fublime , il a recours à la rime pro-
» pre à y clouer , pour ainfi dire , l'idée
qu'il veut imprimer. La tranfition
» d'une de ces manières de parler , à
l'autre , eſt toujours imperceptible , &
ménagée avec un artifice admirable.
» Mais cet effet délicat ne peut être ſenti
» que par une oreille angloife.
رد
"
"
L'Auteur des obfervations , foutient
» encore que , pour s'apprivoifer avec
Sakefpéar , il ne faut pas le juger fur
» des lambeaux ; qu'au contraire , il faut
» toujours confidérer l'enfemble de ſes
» pièces en général , parce que tout y
concourt à l'effet total. Les traits pris
ga MERCURE DE FRANCE.
"
» en détail font foibles ; mais réunis en
» faifceaux , ils frappent avec force , &
produifent certainement la terreur
» & la pitié , but de tous les Auteurs
tragiques . Sakefpéar , ajoute-t- il , y
» atteint d'autant plus fûrement , que la
» nature le tient toujours par la main ,
» & qu'il la fuit fans effort ".
"
On prétend dans ces obfervations juf
tifier Sakefpéar , au fujet des trois unités
G peu refpectées par cer Auteur , en fontenant
que l'unique loi inviolable du thé
tre , eft celle de la vraifemblance , dont
cet écrivain ne s'eft point écarté . D'ailleurs
, ce n'est jamais dans le même acte ,
dit- on , que l'Auteur Anglois fait des
tranfitions rapides d'un lieu très-éloi- ,
gné à un autre . Nous nous fommes
bornés à extraire les principales raiſonsde
l'obfervateur , en écartant les perfonnalités
toujours étrangères au but
qu'on doit fe propofer dans ces fortes
d'écrits .
Hiftoire des progrès de l'Eſprit Humain
dans les Sciences & dans les Arts qui
en dépendent. SCIENCES INTELLECTUELLES
: favoir , la Dialectique, la
Logique , l'Ontologie , la Cofmologie ,
MARS. 1777.
la
la Pfycologie , la Théologie naturelle,
la Religion naturelle , la Morale ,
Légifiation & la Jurifprudence , la Pohtique
, la Grammaire, la Réthorique,
& l'Eloquence , la Poéfie ; avec un
abrégé de la vie des plus célèbres Auteurs
dans ces fciences; par M. Savé
rien , volume in-8° . relié s liv . chez
Lacombe , Libraire , rue de Touraon ,
près le Luxembourg.
Cette troiſième fuite du travail de M.
Savérien fur ces grands objets , fe préfente
toujours avec la même fagoffe &
la même érudition ; c'eft le jagement
de M. de Sancy , cenfeur de cet ouvrage,
Après avoir expliqué dans l'histoire des
Sciences exactes , & dans celle des Sciegves
naturelles , comment les idées les
plus fimples que l'homme doit à la na
ture , ont acquis cette élévation qui la
laiffent bien loin d'elle ; de quelle manière
des notions les pluscommunes, font
forties les découvertes les plus hardies ;
enfin , par quelle forte de miracle une
main mortelle a pu mefuter l'infini , fou
mettre à des calculs la marche irrégulière
des aftres qui nous éclairent , & dévoi
ler à la fois , & le fecret du Créateur
92 MERCURE
DE FRANCE
.
dans la formation de la foudre , & fes
opérations myſtérieufes dans la génération
des métaux : après avoir , difonsnous
, expliqué toutes ces chofes , l'Auteur
rend compte dans l'ouvrage que
nous annonçons , des découvertes qu'on
a faites dans les Sciences intellectuelles ,
c'est-à dire , dans les fciences qui ont l'entendement
humain pour objet ; de forte
qu'il expofe ici l'origine & les progrès
de l'art de penfer , de raifonner & de
diriger les opérations de l'efprit à la connoiffance
de la vérité , à celle de l'être en
général , & en particulier de la nature
de l'ame & des attributs de la divinité ;
c'eft - là cette grande partie des fciences
intellectuelles , qu'on appelle Métaphyfi
que. 11 fait auffi l'hiftoire des travaux des
Philofophes pour apprendre à l'homme
à foutenir avec fermeté toutes les tempêtes
que les paffions élèvent dans le
coeur , afin de conferver ce calme bienfaifant,
cette douce tranquillité , qui font
le bonheur de la vie : ce qui forme la
morale. Delà fuivent les développemens
des réglemens & des loix , pour maintenir
la paix dans la fociété ; les principes
ou la théorie des langues pour communiquer
les idées , & les règles néceſſai
res à l'ornement du difcours.
MARS. 1777 . 93
La raifon de l'homme a eu fon enfan
ce . On a commencé par difputer avant
que de raiſonner ; & les anciens Philofophes
ne s'exerçoient qu'en fe défiant
de répondre à des queftions abfurdes ,
ou de réfoudre des problêmes également
captieux & ridicules . Xénophane eft le
premier Auteur de cette fauffe ſcience : il
foutint qu'il n'y a point de mouvement ,
que rien ne vit , rien ne croît , rien ne
meurt ; que fi nous voyons le contraire ,
c'eft une erreur de nos fens ; enfin , que
la raiſon même eft trompée , & qu'il n'y
a rien de réel , de conftant , ni de véritable.
Démocrite , Zénon & Protagoras
fuivirent les traces de Xénophane . Ce dernier
fe diftingua fur-tout par l'invention.
du fophifme. Il eut un difciple nommé
Prodicus , qui enchérit beaucoup fur fa
doctrine. Par la fubtilité de fes penſées
& le coloris de fon ftyle , il détruifoit les
notions les plus claires fur le bien & le
mal , fur le jufte & l'injufte ; tellement
qu'il donna lieu à cette défenfe que les
Athéniens firent aux Sophiftes , de plaider
leurs caufes : c'est le nom qu'on
donna à ces fortes de Philofophes .
Prodicus eut un rival redoutable en la
perfonne de Gorgias. Ce Sophifte l'em94
MERCURE DE FRANCE.
portoit fur tous les autres , par une préfomption
& un orgueil infultants . Etant
à Athènes , il ofa déclarer publiquement
fur un théâtre , qu'il étoit prêt à parler
fur tel fujet qu'on voudroit. Cependant
Hippias , plus faftueux & plus favant
que lui , rabattit beaucoup fon orgueil ,
& lui difputa la prééminence Ce qui
le rendoit fi préfomptueux, c'eft l'art qu'il
avoit d'envelopper une queftion , &
d'employer dans fes raifonnemens la
contradiction , la fauffeté & l'incroyable.
Malgré cette ainure , Socrate trouva le
moyen de détruire les preftiges de l'illufion
, & de prévenir les fuites de les mal .
heureux effets : il couvrit ainfi les Sophistes
de ridicule , & les fit tomber dans
le mépris . Mais , par malheur , Socrate cut
un difciple qui apporta en naiffant le goût
de la difpute , qu'il ne put furmonter.
C'eft Euclide de Mégare , lequel eut
à fon tour un difciple nommé Eubulide ,
qui inventa plufieurs Sophifmes captieux.
M. Savérien en rapporte quelques - uns ,
dont nous pouvons donner une idée , en
citant celui- ci . On fuppofe qu'un homme
a fongé, en dormant , qu'il ne faut pas
croire aux fonges ; & fur cela on raiſonne
ainfi : Si cet homme croit à ce fonge , il
MARS. 1777 . 95
croira en même- temps & ne croira pas
aux fonges ; il croira aux fonges , puifqu'il
croit à ce fonge : il ne croira point
aux fonges , puifqu'il croit à ce fonge ,
qui défend de croire aux fonges. Que fi
cet homme ne croit point à ce fonge , il
croira en même- temps & ne croira point
aux fonges , puifqu'il obéira au précepte
de ce fonge , qui défend de croire aux
fonges. Tout cela paroît fe contredire :
cependant l'Auteur donne la folution de
ce problême, qu'il faut voir dans fon ouvrage
, auquel nous renvoyons , ainfi que
pour la fuite de l'hiftoire de la Dialectique
, qui ne peut manquer d'intéreſſer
le Lecteur.
Il ne parut rien de réglé dans la Logique
avant Ariftote. Ce grand Philofophe
donna une méthode pour raifonner avec
jufteffe ; c'eft à lui qu'on doit l'invention
du Syllogifme : mais il écrivit fi obfcurément
, que fa Logique étoit plus pro
pre à perpétuer les difputes , qu'à faire
connoître la vérité : c'eft auffi ce qui arriva.
Deux Profeffeurs , l'un nommé
Oudart , & l'autre Rainbert , en examinant
ce travail d'Ariftote , eurent
des fentimens différens fur l'objet de la
Logique , & les foutinrent avec un achat
ر ا ک
MERCURE DE FRANCE.
nement qui eut des fuites fâcheuſes . Le
premier prétendoit que les chofes , & non
les mots , font l'objet de la Logique
, & , par cette raifon , on appella fes
difciples Réalistes . Rainbert , l'autre Profeffeur
, vouloit au contraire qu'il n'y eût
point de fciences des chofes , mais feule
ment des noms fes difciples prirent
le nom de Nominaux. Il fe forma ainfi
deux fectes qui divifèrent toutes les écoles
. Chaque parti compta des favans du
premier ordre. Le feu prit dans toutes
les têtes de l'Univerfité , & il fallut que le
Roi Louis XI interpofa fon autorité ,
pour prévenir un incendie général. Il fe
rangea du côté des Réaliſtes ; & , par une
ordonnance qu'il publia , il défendit aux
Nominaux d'enfeigner leur doctrine . On
enchaîna même dans les bibliothèques les
livres de ces derniers , pour empêcher
qu'on ne les lût. Cependant dans la fuite,
le Roi , mieux informé de la nature du
fait , ne voulut plus employer fon autorité
dans une vaine difpute fcholaftique.
Au milieu de cette difpute , les profeffeurs
ne s'occupoient que de queftions
non-feulement inutiles , mais encore
puériles & ridicules . Ainfi , on examinoit
férieuſement & longuement , fi
un
MARS . 1777 . 97
un porc , qu'on mene au marché , pour
le vendre , eft tenu par l'homme , ou par
la corde qu'on lui a paffée au col . Si celai
qui a acheté la chape entière , a
acheté le capuce , & c.
-Un écart rifible faccéda à cette extravagance
. Plufieurs Logiciens inventèrent des
mots , comme Endités mondales, diftinction
du lieu interne & externe , &c . que
perfonne n'entendoit , & qui néanmoins
étoient, felon eux , très - fignificatifs . Fiers
de leurs découvertes , ils s'arrogèrent les
ritres de docteurs profonds , de docteurs
merveilleux , & c. Heureufement pour
le bonheur du genre humain , Ramus
vint troubler leur fauffe gloire.
Ce philofophe indigné de toutes ces
falies , crut couper la racine du mal , en
attaquant fans ménagement toute la Logique
d'Ariftote ; mais les Logiciens , au
lieu de le combattre par des raifons , le
-citèrent devant le lieutenant- criminel ,
comme s'il seût commis quelque meur .
tre. Nouvelle allarme dans l'univerfité .
Du Châtelet , l'affaire fut portée au Parlement
, & du Parlement , elle parvint
au Confeil du Roi , où Ramus fut condamné.
Le Roi' défendit à ce profeffeur
de lire les propres ouvrages , de les faire
E
8 MERCURE DE FRANCE.
écrire , copier , & c. Nous renvoyons à
cette hiftoire de la Logique , ce qui con
cerne les Catégories & les univerfaux ,
& les figures , Barbara , Celarent , Darii
, Baralipton , dont Molière fe moque
fi agréablement dans le Bourgeois Gentilhomme.
L'Ontologie eft la troisième partie des
fciences intellectuelles : c'eft la ſcience
des êtres. On appelle être , ce qui peut
exifter. Les Chaldéens admettoient trois
fortes d'êtres : Dieu , les Anges & les
Hommes , Animaux , Plantes , & c . Zénon
eft le premier Philofophe qui a étudié la
nature de l'être , & cette étude le conduifit
à cette étrange conclufion : c'eſt
qu'il n'y a point d'être . Ce ne fut pas là
le fentiment d'Ariftote. Ce Philofophe
reconnoiffoitplufieurs fortes d'êtres, qu'il
réduifoit à une feule fubftance , fufceptible
de neuf modifications ou modes.
Les Scholaftiques admirent encore l'accident
dans l'être . On difputa enfuite fur
les modes & fur les accidens ; & Gaffendi
, Defcartes , & même Spinoza ,
confondirent les accidents avec les modes
.
Suivant Leibnitz , la poffibilité ne
conftitue pas l'exiftence d'un être : il faut
MARS. 1777 . 99
encore un fupplément à cette poffibilité :
c'eft la raison fuffifante. Cette raiſon eft
un grand principe de Métaphyfique : elle
conduit à la fameufe doctrine de l'optimifme.
En effet , rien ne fe fait fans
cauſe ; & Dieu a fait en tout le
meilleur ; parce que s'il ne l'avoit pas
fait comme meilleur , il n'auroit pas eu
raifon de le faire . Leibnitz déduit de fes
principes , le principe de contradiction ,
la loi de continuité , la non fimilitude
des êtres , & enfin , la néceffité de l'admiffion
d'un être non étendu , d'un être
fimple , qu'il appelle monade , &c. Nous
renvoyons à l'ouvrage , le développement
hiftorique de toutes ces belles vérités
, ou de ces fublimes fpéculations.
Dans la Cofmologie , qui eft la connoiffance
de l'enchaînement des êtres ,
& la manière dont l'univers en réſulte ,
il eft queſtion de favoir fi la quantité de
mouvement ou de force fe conferve toujours
la même dans la nature . Ceci a
beaucoup exercé les plus grands Philofophes.
A cette occafion , l'un d'entre
eux , c'eft M. de Maupertuis , prétend
que quand il arrive quelque changement
dans la nature , la moindre quantité
d'action employée pour ce changement ,
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
eft toujours la moindre qu'il eft poflible.
C'est le principe de la moindre quantité
d'action , fi connu des favans , & au fujet
duquel l'Auteur de la Diatribe du docteur
Akakia , amufa fi agréablement le
public. M. Savérien n'a rien négligé , à
ce qu'il paroît , pour inftruire parfaitement,
fon lecteur fur un événement fi
intéreſlant ; & nous croyons qu'on lira
ce morceau avec plaifir .
La Pfycologie eft la fcience ou la
connoiffance de l'ame . On a beaucoup
écrit fur cette matière , fans avoir expliqué
cependant la nature. Peu content
des fentimens des anciens Philofophes à
cet égard , les premiers conciles décidèrent
que l'ame étoit un corps fort délié
, formé par l'air ou par lefeu. C'étoit
le fentiment de Tertulien , qui croyoit
que l'ame ne feroit rien , fi elle n'étoit
corps. On s'eft enfuite donné beaucoup
de peine pour en favoir davantage . On
a auffi recherché avec le plus grand foin
le fiége de l'ame ; mais quoique l'hiftoire
de la Pfycologie foit extrêmement curieufe
, par la diverfité des opinions , qui
en forme le riffu , on ne nous a rien appris
de bien fatisfaifant fur la nature de
la fubftance qui penfe , & de celle qui
MARS. 1777. TOL
ne paroît avoir que des fenfations : nous
défignons l'ame des bêtes par cette dernière.
Auffi l'Auteur termine l'hiftoire de
l'ame des bêtes , qui eft à la fuite de .
l'hiſtoire de l'ame de l'homme , par ces
paroles remarquables : Parmi tant de
fyftêmes , tant de doctrines , tant de fentimens
, tant de conjectures fur la nature
de l'ame , y en a- t - il un par lequel on
l'ait véritablement devinée ? Il y a lieu de
le croire ; mais celui qui indiquera l'opinion
qui fatisfait à la question , ou qui
a refolu le problême , pourra partager
hardiment la gloire de la découverte.
Dans un livre où les matières font û
importantes & fi ferrées , il eft impoffible
de rendre compte des principaux objets ,
lorfqu'on eft obligé de fe borner à une
fimple expofition , plutôt encore qu'à
une analyfe. Nous nous contenterons
donc de donner une idée des autres parries
de cet ouvrage , en difant que
l'hiftoire de la Théologie naturelle , qui
a pour objet la connoiffance de Dieu
par les lumières de la raifon , mérite
d'être lue avec la plus grande attention ;
que celle de la religion naturelle eft fort
intéreffante ; que celle de la morale eft
très-agréable & très-variée ; que l'hif
Eij
102
MERCURE DE FRANCE.
toire de la légiflation & de la jurifprudence
& celle de la politique , font plei
nes de faits , qui forment un corps de
doctrine très-inftructif. Enfin , beaucoup
de recherches & un choix judicieux caractériſent
l'hiſtoire de la grammaire ,
de la réthorique , de l'éloquence & de
la poëfie. Depuis l'origine , ou les premières
idées qu'on a eu fur les fciences
intellectuelles & fur les arts qui en
dépendent , M. Savérien conduit le lecteur
jufqu'à l'état actuel des fciences &
des arts. C'est toujours la même méthode
, la même clarté , la même érudition
& le même goût , qui ont valu un
accueil favorable à l'hiftoire des fciences
exactes , & à celle des fciences naturelles
, par le même Auteur.
De la Philofophie , par M. Béguin ,
Licencié en Théologie , de la Société
Royale de Navarre , Profeffeur de Philofophie
en l'Univerfité de Paris , au
Collège de Louis - le -Grand , Tom. 2 .
à Paris , chez Barbou , Imprimeur- Li.
braire , rue des Mathurins.
Cet ouvrage réunit les obfervations
des Phyficiens
, fur les principaux
phéMARS.
1777. 103
nomènes de la nature . C'eſt la meilleure
route pour en démontrer les loix & les
effets , ou pour garder le filence lorfqu'il
ne réfulte rien des obfervations . Un fait
bien vu , un phénomène bien difcuté ,
dit un favant Académicien , la cauſe en
fût-elle inconnue , un doute même eft
préférable à la Théorie la plus lumineufe
, mais qui eft hypothétique . On
doit avouer que la nature opère la plupart
de fes effets par des moyens inconnus
; que nous ne pouvons nombrer fes
reffources , & qu'il feroir ridicule de
vouloir la limiter , en la réduifant à un
certain nombre de principes d'action &
de moyens d'opérations . C'eft fouvent en
expliquant moins , qu'on voit mieux la
nature telle qu'elle eft ; & l'aveu de cette
ignorance, fraye à la postérité une route
fûre , qui la guide dans la recherche de
la vérité.
La complication des effets & des caufes
, la multitude des reffources de la
nature qui nous font inconnues , le petit
nombre des obfervations exactes & com .
plettes , les limites de l'efprit humain , la
puiffance infiniment féconde du premier
être doivent infpirer néceffairement
une circonſpection religieufe à tout ef-
و
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
prit fage. C'eft parce qu'on n'a point
cette défiance fi utile , qu'on ofe imaginer
un principe fondamental , & prendre
pour tel , ce qui n'a lieu que dans
certaines circonstances , ou réunir fous
le même chef , des effets d'une nature
très- différente. Souvent embarraffé par
la multitude , on en éloigne quelquesuns
, on en fubftitue d'autres , & l'on
établit fes calculs fur des principes ima
ginaires , & fur des objets qui n'ont pas
d'existence . Voilà la fource de l'erreur
que l'on ne doit point attribuer à l'incertitude
des Mathématiques , mais à la
rémérité de ces Empyriques qui ne fa
vent douter de rien , qui fuppléent aux
faits qui leur manquent par des opinions
, & qui enfin , généralifent les objets
par des obfervations , pour éviter la
peine des détails & des expériences . Il
arrive delà que , trompés par leur ima
gination , ils prennent pour une loi primitive
de la nature , ce qui n'eſt que la
conféquence d'une formule Mathématique.
L'Auteur de l'ouvrage que nous annonçons
, s'éloigne de tout ce qui n'eft
qu'hypothèfe , & n'a recours au calcul ,
qu'autant qu'il eft joint à l'expérience . Il
MARS £ 777. 105
indique aux jeunes Phyficiens la route
qu'ils doivent fuivre dans les recherches
des objets auxquels ils defirent fe livrer ,
chacun fuivant fon attrait , & pour fon
utilité particulière. Les ouvrages auxquels
ils renvoie les difciples , ont mé
rité l'approbation des favans , & fervi
ront de fupplément à fon Cours de Philofophie.
Le fecond volume qu'il donne
au Public , renferme ce qu'il y a de plus
effentiel à obferver fur la quantité des
corps & autres propriétés : le repos & le
mouvement , les lois de la réfraction &
du choc des corps , le frottement , les
loix de la pefanteur & tous ces objets
qui tiennent à la Payfique générale , font
les plus importans , & exigent la plus
grande attention. Autant cette fcience,
étoit autrefois de difficile accès , autant
on en applanit aujourd'hui les difficul
tés , & l'on en écarte les épines , qui n'ét
toient propres qu'à rebuter ceax qui fe
livroient à cette étude fi digne de
l'homme.
D. Juftiniani Imperatoris P. P. Augufti
inflitutionum Juris Civilis expofitio méthodica
Francifci Lorry Antecefforis
...Parifienfis , opus pofthumum . Editio
Ev
TOG MERCURE DE FRANCE.
2 Vol. in 12. Parifus , apud
Viduam Defaint , & Nyon.
nova
L'étude du Droit Romain a toujours
été regardée comme
le premier
devoir du Magiftrat & du Jurifconfulte
, & l'on a cru qu'il falloir fe
familiarifer de bonne heure avec les
principes de cette Jurifprudence , qui
s'appliquent autant aux queftions du
Droit Eccléfiaftique & du Droit François
, qu'à celles qui naiffent du Droit
Romain même. On convient que la
meilleure manière de fe pénétrer de ces
principes , eft de les étudier dans le texte
même des loix , beaucoup plus que
dans les interprêtes , & de commencer
cette étude par celle des inftituts de Juftinien
, qui renferme un abrégé jufte &
précis de tout le Droit Romain. Ce
Droit eft répandu dans les quatre collections
, les inftituts , les pandectes , le
code & les nouvelles . C'eft dommage
qu'on n'ait pas fuivi le même ordre dans
ces quatre ouvrages , & qu'on ne puiffe
pas fuppléer par les uns , ce qui manque
aux autres . Il eft donc néceffaire qu'il
y ait un livre , où l'on trouve les principes
du Droit civil , expofés avec clarMARS.
1777. 107
té & avec préciſion . Tel a été le but
que fe font propofé les Auteurs des
inftituts. Ceux qui louent la diftribution
de cet ouvrage , conviennent qu'il y
manque beaucoup de chofes effentielles ,
pendant que d'un autre côté , il y en a
beaucoup d'inutiles. Cet ouvrage , malgré
ce défaut , n'en eft pas moins utile
à ceux qui étudient la Jurifprudence
Romaine , parce qu'il y renferme en
abrégé , tous les premiers principes d'une
fcience auffi fublime & auffi vaſte que
celle du Droit civil . L'Auteur du livre que
nous annonçons , a fu éviter tous les
écueils. On y trouve d'abord un abrégé
de l'origine & des progrès du Droit Romain
, enfuite un tableau exact des matières
des inftituts , qui nous préfente
dans un feul afpect , les principales matières
du Droit Romain . Après , vient le
texte avec des notes à la fin de chaque
titre. Pour en faciliter l'intelligence ,
l'Auteur y a joint une expofition analytique
des principes , méthodique &
dégagée des queftions épineufes & inutiles.
La première édition de cet ouvrage
a été bien acceuillie de tous les
Jurifconfultes ; & l'on a confeillé à tous
les étudians en Droit, de fe procurer un
,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
livre qui étoit une introduction excellen
te à la fcience de la Jurifprudence. On
a joint à cette édition une differtation
curieufe & intéreffante fur les loix des
douze tables .
.
Traités fur les Coutumes Anglo-Norman
des, qui ont été publiées en Angleterre,
depuis le onzième jufqu'au quators
zième fiecle , avec des remarques fur
les principaux points de l'Hiftoire &
de la Jurifprudence Françoife , antérieures
aux établiffemeis de S. Louis ;
par M. Houard , Avocat en Parlement ,
Correfpondant de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres ,
Tom. 1. In-4°. à Paris , chez Saillant ,
Nyon & Valade , Libraires , rue S.
Jacques .
C'eſt une vérité conftante , que les prins
cipes du Droit ne peuvent être bien.com
nus que par l'étude de l'Histoire 3 : & l'on
doit avouer , avec un célèbre Magiftrat ,
que fi cette maxime eft vraie à l'égard du
Droit en général , elle ne l'eft pas moins
relativement au Droit particulier de cha
que nation & de chaque province. L'Auteur
de l'Ouvrage que nous annonçons ,
MARS. 1777. 109
a approfondi tout ce qui a rapport à l'Hif
toire de France , & a fu dévorer toutes
les épines qui accompagnent l'étude des
anciens monumens hiftoriques. C'étoit
be feul moyen de répandre la lumière fur
des matières difficiles qui n'ont jamais
été difcutées avec exactitude . Le Jurif
confulte profond à qui nous devons
F'ouvrage fur les Coutumes Anglo Nor
mandes , a donné au public un excellent
ouvrage fur les anciennes loix des François
, confervées dans les coutumes An
gloifes & recueillies par Littleton , avec
des obfervations hiftoriques & critiques ,
où l'on fait voir que les coutumes & les
ufages fuivis anciennement en Norman
die , font les mêmes que ceux qui étoient
en vigueur dans toute la France , fous les
deux premières races de nos Rois.
Cet ouvrage , fi utile pour l'étude de
notre ancienne Hiftoire & pour l'intelligence
du Droit coutumier de chaque
Province , a été bien acceuilli du public .
Les Jurifconfultes & les Litttérateurs ont
admiré l'érudition & la fagacité de l'Au
teur. Ces deux ouvrages facilitent l'intelligence
des chartes & des diplômes
de nos derniers Rois de la feconde race ,
& fervent également à découvrir le véri
110 MERCURE DE FRANCE:
table efprit de notre Droit coutumier actuel.
C'eft en plaçant cceess coutumes
entre l'époque où nos capitulaires ont
ceffé , & celle où nos différentes coutumes
ont été réformées , que l'on peut
fuivre fans efforts ces changements que
nos loix ont fucceffivement éprouvé ,
depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à nous. C'eſt en éclairciffant
les motifs de ces changemens , qu'on
peut découvrir les principes fondamentaux
des loix & des coutumes , fous l'empire
defquelles chacune de nos provinces
fe trouve placée.
Les textes que l'Auteur met au jour
dans le fecond ouvrage , font précédés
d'une differtation préliminaire , dont le
but principal eft de faire concevoir
toute l'importance de l'Ouvrage ; elle
fert en même temps d'introduction à
l'étude de nos capitulaires , des loix Anglo-
Saxonnes , & des Coutumes Anglo-
Normandes , en faifant faifir les rapports
& les différences qui règnent entr'elles.
Les Loix Anglo- Saxonnes , telles
que Wilkins les a traduites , s'y trouvent
entières. Elles font partie de la differtation
, & d'autres fois elles ne l'accompagnent
que comme piéces juftificatives.
MARS. 1777.
117
Par cette méthode , qui peut paroître
bizarre au premier coup- d'oeil , on abrége
le travail du Lecteur. Après avoir donné
quelques Exemples de l'ufage que l'on
peut faire de ces Loix pour l'interprétation
des capitulaires , l'Auteur développe
ce qui doit réfulter de leur compataifon.
La differtation curieufe & profonde
qui eft à la tête de cet Ouvrage , eft
faivie des extraits du Domesday, des Loix
d'Henri I , & de la Pratique Judiciaire,
compofée par Glanville . L'Auteur a tiré
tous les textes que fa Collection renferme,
des éditions les plus correctes , où il
convient qu'elles ne font pas fans défauts .
On a laiffé fubfifter ces textes, fans y
changer , & l'on a renvoyé les corrections
aux remarques qui font écrites
en François , lors même qu'elles font
relatives à des textes Latins .
rien
Nous voudrions pouvoir annoncer plus
fouvent des Ouvrages auffi utiles & auffi
propres à honorer notre fiècle. Celui - ci
renferme des recherches qui répandent la
lumière fur nos Loix & fur notre Hiftoire ,
& fervent à éclaircir les matières les plus
difficiles & les plus importantes du Droit
coutumier.
114 MERCURE DE FRANCE.
Eloge Hiftorique de M. de Saint - Foix,
Hiftoriographe des ordres du Roi ,
avec plufieurs de fes bons mots & penfées
. A Paris , chez la Veuve Duchefne.
C'est à l'amitié qu'on doit le Précis
historique de la Vie & des Ouvrages de
M. de Saint Foix. Ce tribut ne peut
qu'être bien accueilli du Public, toujours
empreffé de connoître les circonftances
fouvent fingulières de la viedes Auteurs
célèbres. Ce font les amis intimes qui
fouvent font les feuls qui connoi fent les
Anecdotes les plus dignes de paffer à la
postérité. On a beau dire que les hommes
fe peignent dans leurs Ouvrages , il
y a toujours eu une très - grande diftance
entre l'efprit & le coeur. Et la conduire
journalière d'un Ecrivain , fert bien plus
que tous fes Ouvrages , à le faire connoître.
Quand on parle ou qu'on écrit,
on met un mafque . Quand on agir , dit
un Philofophe , l'on eft forcé de l'ôter.
L'Auteur de cét Eloge, en nous faifant
connoître la vertu franche & fans apprêt
de M. de Saint- Foix , ne nous diffinule.
pas cet excès de fenfibilité & d'amourMAR
S. 1777.
propre qui le rendoit fi fouvent d'un
commerce difficile & ombrageux. Nous
nous bornerons ici à extraire quelquesunes
des pensées & des bons mots de cet
Ecrivain , qu'on trouve à la fuite de
l'Eloge.
℗ -
» Demandezà une Actrice fi elle blan-
» chit elle- même fon linge , elle fera
très offenfée de la queftion . Nauf
» ca , fille du Roi des Phéaciens , Electre,
Iphigénie, & autres Princeffes, que
» cette Actrice repréfente tous les jours,
alloient avec leurs fervantes à la rivière ,
» & aidoient à laver leurs robes » .
ود
"
» Tous ceux qui ont écrit jufqu'à pré
» feat pour ou contre le luxe , auroient
» dû le diftinguer d'avec la magnificen-
» ce ; c'eft ce qu'ils n'ont pas fait, La magnificence
eft effentielle à un Erat Monarchique,&
néceffaire dans les grands;
» elle fait éclore , ou encourage & foutient
» les arts utiles & agréables : ce n'eft point
l'orgueil , c'eft un caractère noble qui
la guide selle offenfe d'autant moins,
qu'elle fait économifer pour pouvoir
paroître avec plus d'éclat , dans les oc-
» cafions qui en exigent » .
23
»
"
.
» Le luxe , au contraire , eft infultant
» & frivolement dépensier ; c'eſt l'appétit
114 MERCURE DE FRANCE .
"
» & le triomphe des petites ames ; il naîť
» & fe nourrit de l'envie ridicule de pa-
» roître plus qu'on n'eft , en s'égalants
» par l'extérieur , à ceux qui font d'une
» condition au- deffus de la nôtre . Créa-
» teur & toujours avide de nouvellesfu-
» perfluités , il nous met hors d'état de
foulager les véritables befoins des autres:
ony devient infenfible , & fa faftueu-
» fe ivreffe nous rend mauvais parens,
» mauvais amis , mauvais Citoyens ....
» Certains politiques prétendent que le
» luxe entretient les manufactures, & fait
> entrer des millions dans le Royaume ,
» par les modes & les fuperfluités qu'il
» invente fans ceffe , & qui fe débitent
» dans toute l'Europe . Eh bien foit,, en
fuppofant que l'argent vaut mieux dans
» un Etat que des moeurs , tolérons cette
efpèce de luxe ».
30
93
119
"
peu- » La corruption des moeurs eft à
près égale dans tous les fiècles . C'eft la
dépravation du caractère d'une Nation
» qui préfage fa décadence : j'appelle dépravation
dans fon caractère , lorf
qu'elle n'a plus cet orgueil pour fon
» nom, cet amour, cette eftime pour elle-
» même , fource continuelle " d'émulation
, de force & d'harmonie pour
» l'Etat » .
❤
MARS. 1777. 115
» Un foir, dans le foyer de la Comédie,
»il vint fe placer à côté de moi , dit l'Au-
» teur de l'Eloge, & de Mademoifelle .....
il dit à cette Actrice : Mademoiſelle ,
» j'entendois raiſonner faux , mais avec
» beaucoup d'efprit ; j'ai cru que c'étoit
"
» vous » .
» fiacre
»
» Un jour , au Café de Procope ,
» il entre ; il dit à M. Fréron de lui prêter
vingt -quatre fols pour payer fon
; ce dernier les lui donne : auffi-
» tôt il tire de fa poche une brochure , en
» lui difant : tenez , voilà ce que j'ai
» acheté fur la belle analyfe que vous en
» avez faite dans votre dernier numéro :
cet Ouvrage est déteftable & je ne
» veux point en être la dupe ; la plaifan-
» terie faite, il lui rendit fes vingt - quatre
» fols ".
"
و د
,
» L'ignorance, pendant plufieurs fiècles,
» étoit au point en Europe , que les plus
grands Seigneurs ne favoient pas figner
» leur nom.Nos Hiftoriens rapportent que
» nos pères ont paffé plufieurs actes où
» l'on mettoit : a déclaré ne favoir écrire,
» à caufe de fa qualité de Gentilhomme.
» En Angleterre , dit-on , pour infpirer
» à la Nation du goût pour l'étude on
accordoit la grace à un criminel qui
20
›
116 MERCURE DE FRANCE.
favoit lire & écrire. Perfonne ne peut
» prévoir ce qui lui arrivera dans le cours
de fa vie , dit M.de Saint-Foix :peut-être
nous trouverons- nous un jour dans le
» cas d'être pendus ; ainfi , il'eft bon
d'apprendre à lire & à écrire ».
Voici comme cet Ecrivain s'explique
fur la Religion & fur les difputes Théo--
logiques.
L'amour da prochain , la charité , la
» modération , l'efprit d'équité , la paix ,
» la patience , la concorde & l'obéiflance .
» aux Princes & aux Magiftrats , quoique
» Payens telle étoit la fimple & fublime
» morale que prêchoient les Apôtres.
» Tout dans l'Evangile , porte le carac-
» tère de la parole d'un Dieu , & d'un
» Dieu Créateur de l'homme , qui chérit
» fon ouvrage , & qui n'emploie que la
» douceur pour l'appeler à lui , & l'en-
» gager dans la voie d'un bonheur éternel
.
Il dit de certains Théologiens , qu'ils
font d'accord fur tous les articles & dogmes
de foi : qui le croiroit , ajoute- il , à
leur animofité réciproque ? Quand cette
affertion ne feroit pas rigoureufement
vraie , onne doit pas moins être perfuadé
que l'efprit de l'Eglife Catholique n'eſt
MARS. 1777 . 117
autre qu'un efprit de douceur & de juftice
, & que fon intention dans les difputes
d'opinions , qu'elle tolère , eft de faire régner
la vérité & la charité. En permettant
la liberté du fentiment , elle défend
d'altérer l'unité ; elle veut que chacun vive
tranquille dans fon opinion , fans s'arroger
le droit de cenfurer avec aigreur ,
ceux qui foutiennent l'opinion contraire .
Mais l'orgueil de l'efprit humain ne veut
point fouffrir de contradicteur ; il regarde
comme ennemi & comme Hérétique ,
quiconque n'aquiefce point à fes décifions.
A combien d'injustices & de faux
jugemens ne fe livre il pas? On interprête
mal les expreflions d'un adverfaire . On
palle du foupçon peu charitable , à des
imputations calomnieufes ; pour les
juftifier , on rire de fauffes conféquences
; on forge des chimères , &les noms
de fecte fe diftribuent avec profufion . Aimable
paix , vous êtes l'ouvrage de Dieu ;
vous participez , pour ainfi dire , à l'eflence
de Dieu même , felon ces paroles de l'Evangile
la paix de Dieu , le Dieu de la
paix ; il eft lui même notre paix . Ne fontce
pas là des motifs capables de nous engager
à l'aimer Aimable paix , que tout
le monde loue , & que fi peu de gens
118 MERCURE DE FRANCE.
, favent conferver comment nous avezvous
abandonné ; quand vous reverronsnous
?
Bibliothèque Amufante , ou Recueil choifi
de jolis Romans , Anecdotes intéreſſantes
, & Contes Moraux ; préfentée au
beau Sexe ; 2 Parties in- 12. A Paris ,
Quai de Gêvres , au Grand Voltaire.
1776.
Ce choix de Contes eft également intéreffant
& agréable. La plupart des
morceaux qui le compofent, étoient déjà
connus. On y diftingue , entr'autres ,
l'Hiftoire intitulée la Félicité, par feu M.
l'Abbé de Voifenon , de l'Académie Françoife.
Les autres Pièces les plus remarquables
du Recueil , font les Grâces de
P'Ingénuité , les Dangers de l'Inexpérience
, Nahamir , l'Amour Paternel. Nous
citerons l'Apologue court & piquant, intitulé
, les Lunettes & la Ceinture , que
nous croyons peu connu de la plupart de
nos Lecteurs.
» La mère des Dieux fut un jour chez
la mère des Grâces ; qu'alloit- elle y
» faire ? la critiquer , fans doute ; c'eſt
» affez le rôle des vieilles auprès des jeuMARS.
1777. 119
و د
"
و د
nes. Celle- ci prit néanmoins le prétexte
» de lire une brochure nouvelle qu'Apollon
venoit d'envoyer à Cythérée .
» Cette lecture ne rendoit pas cette viſite
plus amufante ; heureufement elle fut
» courte , Cypris fut l'abréger. Cybelle
» en fortant oublia fes lunettes ; elles fe
» trouvèrent fur la toilette de Vénus , à
» côté de cette admirable ceinture , qui
» renferme , dit- on , l'art de plaire , &
» que Junon emprunte quand elle veut
>> ramener fon mari volage. La ceinture,
» fière des attributs qu'on lui prête , fe
» trouva très-offenfée du voifinage. Quoi ,
» dit-elle , trifte partage de la vieilleffe .
» & de l'infirmité , ofez - vous paroître à
» côté du fymbole enchanteur de la jeu-
» neffe & des agrémens ? Doucement , lui
répondirent les Lunettes , ne fois point
fi vaine de quelque foible fupériorité,
ou plûtôt de quelques prétendus avan-
» tages ; tu n'es pas ce que tu penſes, &
» nous fommes plus que tu ne crois ; s'il
eft entre nous quelque différence , d'où
provient elle ? de celles à qui nous appartenons.
Ce font les charmes de Vènus
qui t'embelliffent , & c'eft la vieilleffe
de Cybelle qui nous dégrade ;
» mais s'il fe peut qu'un jour , comme
20
3
110 MERCURE DE FRANCE .
20
» nous ne défefpérons pas d'y parvenir ,
la jeunelle imagine de nous mettre à la
> mode , & qu'elle gagne à te quitter, de
quel côté fera l'avantage? Le beau Sexe
dans fon printemps communique fes
grâces à tout ce qu'il touche ; & fans
» lui , les plus jolies chofes n'ont plus
d'agrément. Tu ferois mauffade autour
» de la vieille Céphife , & nous ferions
» charmantes fur le nez de la jeune
» Cloé ».
">
"
On peut regarder cette Bibliothèque
comme une galerie de tableaux dont
les fujers offrent des leçons également
utiles pour l'efprit & pour le coeur. H
en paroîtra un Volume tous les mais ;
le prix de chaque volume , eft de treure
fols broché. Les Perfonnes de Province
qui voudront le recevoir franc de pore,
payeront dix -huit livres d'avance pour
une année , ou neuf livres pour fix
mois, Elles affranchiront le port des lec
bres & de l'argent.
Répertoire Univerfel & raifonné de Jurif
prudence Civile , Criminelle , Canonique
& Bénéficiale. Ouvrage de plufieurs
Jarifconfultes ; publié par M. Guyot ,
Ecuyer , ancien Magiftrat. tome VII,
VIII.
MARS 1777 . 121
VIII. A Paris , chez Pankoucke , à
l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Depuis long- temps on defiroit un Ouvrage
qui raffemblât tout ce quife trouve
épars dans une foule de livres fur la Jurifprudence
. M. Guyot fait ce préſent au
Public. Le projet qu'il a conçu , épargnera
dans la fuite aux Jurifconfultes la
peine de perdre un temps précieux à des
recherches fatiguantes. Ils trouveront ,
en effet , dans ce Répertoire tous les monumens
de la Jurifprudence , & toutes
les indications qui peuvent leur être néceffaires
pour puifer dans les fources.
Les deuxVolumes que nous annonçons ,
préfentent une nomenclature beaucoup
plus étendue qu'aucun des Dictionnaires
qui ait paru jufqu'ici . Les articles en
font rédigés avec beaucoup de foin . Le
style des Auteurs de cet Ouvrage , eft
pur & correcte ; mérite affez rare dans
les Recueils de Jurifprudence , où l'on
s'occuppe plus de la difcuffion des principes
que de la diction . Si le Répertoire
n'avoit que cet avantage, il ne mériteroit
pas le fuccès qu'il a obtenu : mais il y
joint celui d'approfondir méthodique-
F
22 MERCURE DE FRANCE.
ment toutes les matières qui y font traitées.
Les Tomes VII & VIII. contiennent
plufieurs articles qu'on peut regarder
comme des Traités abrégés ; tels que
ceux , Cadafire , Capitainerie , Caffation,
Cadavre , Cavalerie , Caution , Celibat ,
Cérémonies, Cenfures , Cenfeurs de Livres,
Centième denier , Chambres , &c. Dans
le nombre des Jurifconfultes qui travaillent
à la rédaction de cette Bibliothèque
Univerfelle de Jurifprudence , on difingue
les articles de MM. Dareau , Défeffarts
, l'Abbé Remi , Henry de Richeprey
, &c. Nous defirerions pouvoir donner
une analyſe de quelques uns des articles
qui nous ont paru les plus intéreffans
& les mieux rédigés ; tels que ceux
Cadaftre , Cadavre , ( de M. Dareau )
Célibar , Cérémonies , Cenfeurs de Livies
(de M. Defeffants . ) L'Article Célibat
de M. Defeffarts) eft traité d'una
manière qui ne peut que lui faire beaud'honneur.
Il confidère le Célibat
fous deux points de vue, 1. fous les
rapports qu'il a avec les Loix politiques ,
& 2 °. fous ceux qu'il a avec la difcipline
de l'Eglife. L'un & l'autre de ces objets
font développés avec beaucoup de clarté
& d'intérêt. Plufieurs autres articles: mécoup
MAR S. 1777. 123
riten les mêrnes éloges , & affarent le
fuccès de cet Ouvrage.
·
Hymne au Soleil , en quatre divifions ,
traduie du Grec , par M. l'Abbé de
* R *** , Correfpondant de l'Académie
des Infcriptions & Belles Lettres ,
petit in2, prix 24 f. broché. A Paris,
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon
, près le Luxembourg , 1777.
2
3
募
Un difcours placé à la tête de cer
Hymne traduit du grec , nous annonce
que cette efpèce de petit poënie , qui
seft confervé dans l'ombre du Cloître ,
a été trouvé , durant la guerre entre la
Ruhe & la Turquie , dans une des Isles
de l'Archipel , quelques mois avant la
découverte du tombeau d'Homère. Un
Officier François au fervice de la Rullie ,
que Fon ne noame point , & il eft facile
d'en fentir la taifon , a été affez heureux
pour fauver le manuferit des fureurs
de la guerre. If a bien voulu le conver
niquer à M. l'Abbé de R*** , qui entre
dans quelques autres explications , aux
quelles le Lecteur doit fe prêter , pour
netfx goûter l'Ouvrage qu'on lui préfente.
L'Hymnecommenceainfi Chef-
Fij
114 MERCURE DE FRANCE.
d'oeuvre magnifique de la main toute
puiffante des Dieux immortels , aſtre
fublime & toujours nouveau pour nos
» yeux enchantés ; du fommet de ce
"
mont audacieux , qui élève au-deffus
» des nues fa tête altière , & que frappe
» l'éclat de tes raïons étincelans , Soleil ,
» je te falue avec raviffement , je te confacre
ce foible hommage » .
Ce début n'eft point dans la manière
fimple & majestueufe des Poëtes Grecs ,
il tient plutôt de la chaleur enthoufiafte
des Poëtes Erfes ou Orientaux . Un Homère,
par exemple , fe feroit contenté
de dire je te falue père de la lumière ,
pour s'élever enfuite par degrés jufqu'aux
fublimes images que le fujet pouvoir lui
infpirer. Au refte , il y a de beaux mouvemens
, d'heureufes tranfitions , des
tableaux tour-à- tour rians ou pathétiques,
des images fublimes, des fentimens
bien amenés dans ce petit poëme, que le
Poëte a embelli , avec profufion , de
toutes les richeffes de l'imagination . Il
termine fes chants par ce dernier acte
d'hommage & de reconnoiffance, adreffé
au Soleil.
戴
Printemps de la vie , jeuneffe riante
quand les fleurs ,dont tu embellis
MARS. 1777. 225
39
maintenant mon front , fe feront fétries
; quand le feu du fentiment & du
génie , qui embrafe mon ame , fe fera
éteint fous les glaces de l'âge ; ô vieil-
» leffe inexorable ! quand ta froide main
» aura fillonné mon vifage , & courbé
» fous fes coups mon corps appefanti ;
» beaux arbres que j'ai plantés , & que
» mes yeux ont vu croître , quand je
viendrai , en m'attendriffant , vous de-
» mander , d'une voix prefque éteinte ,
» un de vos rameaux pour foutenir mes
bras défaillans & mà marche chancelante
; alors , abandonné du monde
entier , trifte rebut de l'humanité
» toute ma reffource , hélas ! tout mon
» bonheur fera de fixer fur toi mes regards
, fur toi , ô Soleil ! ô tendre con
folateur des vieillards , leur plus doux
fpectacle & leur dernier ami !
ו נ
» Je viendrai tous les matins , d'un
» pas tremblant , en louant les Dieux ,
m'affeoir devant toi , & te préfenter
» mes cheveux blancs ; je viendrai ranimer,
à l'éclat de tes feux bienfaifans ,
» les foibles étincelles de ma vie , & les
» fources glacées de mon fang . Ainfi
pénétrés de ta lumière vivifiante , mes
» membres engourdis fe réchaufferont ,
و د
39
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
» & je braverai encore & les malheurs
» de l'âge , & les frimats des hivers.
Oui , j'irai puifer tous les jours ,
» dans ta chaleur , des principes de vie
& de nouveaux germes d'exiftence; &
lorfqu'enfin au déclin du jour , tombant
fous la faulx du trépas , je fentirai
» le dernier fouffle de ma vie etrer fur
» ma bouche mourante , & le détacher
» de mes lèvres décolorées , mes bras
» s'étendront vers toi , & je demanderai
aux Dieux de ne rendre le dernier
foupir , que quand ton dernier rayon
difparoîtra des bords de l'horifon ". "
Cet Hymne au Soleil eft fuivi de
quelques fragmens fuppofés avoir été
trouvés à la fin du même écrit. Le dernier
de ces fragmens , qui eft traduit en
vers , eft intitulé : le Nouvel ufage de la
Vie. Tous ces écrits refpirent la vertu &
une tendre compaflion pour nos femblables.
Dans le difcours placé à la tête de
l'Ouvrage , & qui forme prefque la moitié
de la brochure que nous annonçons ,
M. l'Abbé de R*** fait très - bien voir
que l'existence d'un feul Dieu , l'immortalité
de l'ame , & la certitude d'une
autre vie , ont été la foi de tout ce que
MARS. 1777. 127
Les Gécles da Paganifme ont produits
d'Écrivains fenfés . Si l'Auteur de la
Nature des Dieux, & autres grands hommes
de l'antiquité , ont paru , foit dans
leurs écrits , foit dans leurs actions
accorder quelque chofe aux opinions
vulgaires , c'est qu'ils ont penté qu'il
étoit quelquefois prudent de ne pas contredire
les foux. Or les foux les plus dangereux
font les fuperftitieux & les fanatiques.
Un Socrate condamné à mort ,
un Alcibiade , un Ariftote , un Diagore ,
-un Stilpon , un Anaxagore , un Efchyle
perfécutés, en ont fait la trifte expérience .
Ces perfécutions , en faifant connoître le
profond mépris des grands Génies de
l'antiquité pour tous les faux Dieux ,
prouvent de plus l'intolérance religieufe
des Grecs , dont plufieurs Ecrivains ont
cherché envain à les difculper .
LES Incas , ou la deftruction de l'Empire
du Pérou , par M. de Marmontel ,
Hiftoriographe de France , l'un des
Quarante de l'Académie Françoife ,
dédié au Roi de Suède.
*
» Accordez à tous la Tolérance- civile , non
»en approuvant tout comme indifférent , mais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» en ſouffrant avec patience tout ce que Dieu
20
fouffre , & en tâchant de ramener les hom-
» mes par une douce perſuaſion.
FENELON , direction pour la
confcience d'un Roi.
·
2 volumes , grand in- 8 ° . très bien
imprimés , fur de beau papier &
ornés de fuperbes gravures d'après les
deffins de M. Moreau le jeune. A Paris
, chez Lacombe , Libraire , rue
de Tournon , près le Luxembourg.
N. B. Nous devons prévenir le Public ,
que des Imprimeurs de Province , que l'on
pourroit citer , dont toute l'induftrie pernicieufe
& criminelle , eft de contrefaire
groffièrement les bons Livres qu'ils volent
aux Propriétaires , ont réimprimé les
Incas , & que ces Forbans ont le projet
de tromper les Citoyens dupes & inattentifs
, en leur vendant , comme édition originale
, leurs livres comblés de fautes ridicules.
On ne peut méconnoître lafeule véritable
édition originale , à la correction
du ftyle , à la beauté du papier , à l'élégance
de l'impreffion & des Gravures ,
qu'ils n'ont pu contrefaire .
MAR S. 1777: 129
Le but de M. Marmontel , enpubliant
cet ouvrage , eft de contribuer à faire
dérefter de plus en plus le fanatiſme ;
d'empêcher qu'on ne le confonde jamais
avec une Religion compatillante &
charitable , & d'infpirer pour elle autant
de vénération & d'amour , que de haine
& d'exécration pour fon plus cruel ennemi.
Il a mis fur la fcène , d'après
l'hiſtoire , des Fourbes & des Fanatiques ;
mais il leur a oppofé de vrais Chrétiens.
Barthélemi de Las -Cafas eft le modèle
de ceux qu'il révère ; c'eft en lui qu'il
a voulu peindre la foi , la piété , le zèle
pur & tendre ; enfin , l'efprit du Chrif
tianifme dans toute fa fimplicité . Fernand
de Luques , Davila , Vincent de
Valverde , Requelme , font les exemples
du fanatifme qui dénature l'homme
& qui pervertit le Chrétien ; c'eſt
en eux qu'il a mis ce zèle abfurde
atroce , impitoyable , que la religion,
défavoue , & qui , s'il étoit pris pour
elle , la feroit déteſter.
Quant à la forme de l'Ouvrage , M.
Marmontel a cru devoir joindre aux
événemens que lui a fournis l'Hiftoire ,.
les réflexions que ces faits infpirent ; il
leur a fouvent donné l'action & l'intérêt
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
du drame; & a quelquefois orné ce fonds
hiftorique de fictions pour rendre la mo»
ralité des faits plus fenfible , & nieux
remplir l'objet que tout Ecrivain moralifte
doit le propofer , qui eft de plaire ,
de toucher & d'inftruire.
La most tragique d'Ataliba , dernier
Empereur du Pérou , eft la cataſtrophe
qui termine l'Ouvrage. Cette mort fut
Confeillée par le fanatifme , & la cupidité
en profita pour détruire l'Empire da
Pérou & s'emparer des richetles qu'il
renfermo . M. M. pour mieux intérelles
fon Lecteur à cet évènement , commence
par préfenter des tableaux charmans
des meurs , de la religion & des
fères des Incas.
Le premier des Incas avoit inftitné ,
en l'honneur du Soleil , quatre fores qui
répondoient aux quatre fafons de l'a
née. Ces fêtes avoient ungrand objet de
morale publique ; elles rappeloient à
l'homme la naillance , le mariage , la
paternité & la mort. Il faut voir dans
F'Ouvrage même , la defcription de ces
fêtes , dont la plus férieufe , fans doute ,
& la plus impofante , étoit la fête de la
mort. Ce qui diftinguoit des premièc'étoit
l'hymne qu'on y chamton , & res ,
MARS. 1777.
dont nous rapporterons ici quelques
Atrophes. Le Pontife , d'un air ferin &
montrant fur le front une majestueuſe
tranquillité , entonnoit cet hymne funebres
les Incas répondoient , le peuple
écoutoit en filence & méditoit la
mort.
» Homme deſtiné au travail , à la peine
» & àla douleur , confole-toi , car tu es
. mortel. Le matin tu te lèves pour
» fentir le befoin , tu te couches lefoir ,
laffé , abatru de fatigue. Confole-toi ,
car la mort t'attend , & dans fon fein
" eft le repos.
23
Tu vois une barque agitée par la
tempête , gagner la rade paifible , &
fe fauver dans le port. Cette mer ,
» fans ceffe battue par la tourmente ,
» c'est la vie ; ce port tranquille & für
d'où jamais les orages n'ont approché,
c'eft le tombeau .
»
» Homine fragile , pendant ta vie ru
» es l'efclave de la néceffité , le jouet des
» évènemens . La mort brifera tes liens
» tu ferat libre , & il n'existera pour
» toi , dans l'anmenfité , que toi- même
» & le Dieu qui t'a fait .
...La vieilleffe qui dénoue tous les liens
» de l'ame , l'alternative inévitable de
i vj
132 MERCURE DE FRANCE.
» la caducité ou du trépas , la douceur
du fommeil , qui n'eft que l'oubli
» de foi- même , l'ennui , ce fentiment
pénible d'une exiſtence froide & lente,
» tout nous difpoſe , nous invite & nous
habitue à la mort.
99
99
» Et qui voudroit fouffrir la vie file
paffage étoit moins effrayant ? La na-
» ture nous intimide , afin de nous retenir.
C'eſt un foffé profond qu'elle
» a creufé fur les confins de la vie &
» de la mort , pour empêcher la dé-
» fertion...
» S'il étoit un Dieu affez inexorable
» pour vouloir défefpérer l'homme , il
» le condamneroit à ne jamais mourir.
» Le dégoût , la trifteffe affligeroient fon
ame ; & la néceffité de vivre , fem-
» blable à un rocher hériffé de pointes
» aigues , l'écraferoit inceffamment .. Le
figne de la réconciliation entre le ciel
& l'homme , c'eft la mort .
"
Il n'eft qu'un feul moyen de ren-
» dre la vie plus précieufe qué la mort
» même : c'eft de vivre pour fa patrie ,
» fidèle à fon culte , à fes loix , utile à
» fa profpérité , digne de fa reconnoif-
» fance ; & de pouvoir dire en mourant :
ود
MAR S. 1777 . 133
و د
» je n'ai refpiré que pour elle ; elle aura
» mon dernier foupir.
Ainfi chantoient les Enfans du Soleil ,
& ces chants , qui retentiffoient dans
l'ame des jeunes guerriers , les élevoient
au-deffus d'eux - mêmes. Mais les femmes
& les enfans , regardant leurs époux ,
leurs pères , avec des yeux où la tendreffe
& la frayeur étoient peintes ,
fembloient les conjurer d'aimer ou du
moins de fouffrir la vie , & oppofoient
les mouvemens les plus naïfs de la nature
, à cet enthoufiafme qui défioit
la mort.
و د
Ce fut au milieu d'une de ces fêtes ,
qui avoit déjà été troublée par les préfages
les plus finiftres , que l'on vint
annoncer au Monarque que des infortunés
, chaffés de leur patrie , lui demandoient
l'hofpitalité : « Qu'ils paroiffent :
répond l'Inca : jamais les malheureux
» ne trouveront mon coeur inacceffible ,
» ni mon palais fermé pour eux ». Les
étrangers s'avancent : c'eft le trifte débris
de la famille de Montezuma , fuyant
le joug des Eſpagnols , & qui , de rivage
en rivage , cherchoit un refuge
impénétrable aux pourfuites de fes Tyrans.
Le récit que le Cacique , qui eft
134 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de ces illustres fugitifs fait.
de l'irruption des conquérans Européens
en Amérique , le tableau qu'il
préfente de la deftruction de l'Empire
du Mexique , de la cruauté froide &
tranquille des vainqueurs , de leur avarice
, de leur perfidie , entroit néceffairement
dans le plan d'un ouvrage entrepris
pour vouer à la haine publique l'abus
de la force & les excès d'un zèle
fanatique. Et quels forfaits plus hottibles
en ce genre que ceux qui ont eu
pour théâtre le nouveau monde ? Ce récit
épifodique , annonce d'ailleurs au
Lecteur la fuite des attentats des Eropéens
, dans ces régions fortunées , où
la paix , la justice , l'humanité régnoient
encore fous les loix des fils du Soleil.
» Il falloit que , pour la ruine de cette
partie du nouveau Monde , la nature
» eût formé un homme d'une réſolution ,
» d'une intrépidité à l'épreuve de tous les
maux ; un homme endarci au travail
» à la mifère , à la fouffrance ; qui fûe
» manquer de tout & le paffer de tout ;
» s'animer contre les périls , fe roidir
" contre des obftacles , s'affermir fous
» les coups de la plus dure adverfiré.
» Cet homme étonnant for Pizarres &
D
ود
MARS 1777 *** * 35
39
cette force d'ane , que rien ne put
dompter, n'étoit pas la feule vertu En-
» nemi du luxe & du fafte , fimple &
grand, noble & populaire,févère quand
» lle falloi:, indulgent lociqu'il pous
» voit l'être , & modérant , par la dou
» ceur d'un commerce libre & facile ;
la rigueur de la difcipline & le poids
» de l'autorité , prodigue de fa propre
" vie , attachant un grand prix à celle
» d'un foldat , libéral , généreux , fenfible ,
» il n'avoit point pour lai cette cupidité
qui déshonoroit fes pareils : l'ambi
»stion de s'illuftrer , la gloire d'avoir
entrepris & fait une immenfe conquê
te , étoient plus dignes de fon coeur.
» vit entafer à fes pieds des mone
» ceaux d'or dans des flots de fang ;
» cet or ne l'ébionit jamais , il ne fe
plûr qu'à le répandre. Sobre & fragal
pendant fa vie yon de trouva pauvre
à fa mort. Tel fut homine que
» la fortune avoit tiré de l'état le plus
vil , pour en faire le Conquérant du
plus riche Empire du monde .
"
10
2
Cet homme, connu depuis longtemps
par fa bravoure , avoit aisément obtenu
de Dom Pèdre Arias Davila , Viceroi de
la partie de l'Amérique déjà conquife ,
136 MERCURE DE FRANCE.
le droit d'aller chercher par- delà l'équateur
, des régions nouvelles & de nouveaux
tréfors . Au feul nom de Pizarre ,
une fière jeuneffe , à la tête de laquelle
étoit Alonzo de Molina , avoit demandé
à s'aller joindre à lui . Alonzo , jeune
homme d'un courage bouillant & d'un
naturel très- fenfible , avoit gagné , par
fa candeur , l'eftime & l'amitié de Barthélemi
de Las- Cafas. Cet homme apoftolique
, livré tout entier à une vie active
& bienfaifante , étoit regardé par les
Indiens comme leur protecteur & leur
` ami . Sollicité par Alonzo d'accompagner
Pizarre , il n'y avoit conſenti que dans
l'efpoir d'être encore plus utile aux hom
mes. Le difcours que M. M. lui fait tenir
dans le Confeil des Efpagnols , eſt
bien digne de cet Apôtre de l'humanité .
Mais , que pouvoient les plus fages confeils
fur des hommes conduits , pour la
plupart , par l'avarice , l'orgueil & un
zèle fanatique , qui leur faifoit regarder
tous les Indiens comme des infidèles
profcrits par la Divinité , & les riches
contrées qu'ils habitoient , comme une
terre de Canaan , dévolue de droit aux
adorateurs du vrai Dieu ? Ils osèrent
même accufer le défenfeur de l'humanité
MAR S. 1777. 137
fouffrante , de trahir fon Roi , fa patrie ,
fon Dieu . Alonzo , déjà mécontent de
tout ce qui s'étoit paffé , fut fur- tout
indigné de voir qu'on forçoit de Las-
Cafas à rentrer dans la folitude qu'il
venoit de quitter . Il l'y auroit fuiví , fi
fon honneur trop engagé ne l'avoit retenu
, fi même il n'avoit ofé efpérer
d'adoucir la férocité des brigands auxquels
il étoit affocié. Vaine efpérance !
chaque jour éclairoit de nouvelles atrocités.
Il fongea dès- lors à fe féparer de
fes compatriotes pour embraffer les intérêtsd'un
Peuple innocent & malheureux
dont il avoit éprouvé plus d'une fois
l'amitié tendre & naïve. Il croyoit ne
point trahir fa patrie en fe déclarant
l'ennemi des brigands qui la déshonoroient
, & en cherchant à lui gagner des
coeurs. Pizarre fut affligé de la perte
d'Alonzo . Ce Conquérant , qui fe livra
aux travaux les plus pénibles , & effuya les
plus grands dangers , prouva , par fes
fuccès , qu'il n'eft point de maux que
le courage ne furmonte . Que celui qui
veut tout ofer , apprenne donc à tout
fouffrir. C'eft la fin d'une infcription que
Pizarre lui -même avoit fait mettre fur
un rocher de l'Ile de la Gorgone , Iſle
# 38 MERCURE DE FRANCE.
bien digne de fon nom , & dans laquelle
ce Conquérant , alfailli par une tempêce ,
fe réfugia avec quelques compagnons
fa fortune.
de
Les récits de la conquête du Mexique
& du Pérou , donnes par les Historiens ,
font la plupart infidèles . On en verra ici
du moins les faits des plus vraisemblables
& les plus intéreffans. Comme ces faits
font connus , nous nous bornerons à préfenter
au Lecteur une des fictions qui
ornent le livre des Incas .
On célébroit une fête du Soleil. Après
le facrifice accoutumé , ſe préfentèrent for
le veftibule du Temple , aux yeux du Monarque
, trois jeunes vierges nouvellement
choites , que leurs parens venoient
confacrer au Soleil . Un léger tiffa de
túffu
coton les déroboit aux regards des profanes.
La nature , dans ces climars ,
n'avoit jamais rien formé de fi beau. Les
trois Incas , leurs pères , les menoient
par la main; & leurs mères à leur côté ,
tenoient le bour de la ceinture , figne &
gage facté de la chaſte pudeur dont leur
fagelle avoir pris foin. Le Roi les faluant
d'un air religieux , les introduit dans le
Temple ; le Grand-Prêtre les fuit , & le
Temple eft fermé. D'abord tes trois
MARS. 1777. 189
vierges s'inclinent devant l'image du
Soleil leur époux , & au même initant le
GrandPrêtre détache le voile qui les
couvre. Le voile tombe ; & que d'attraits
il expofe à l'éclat du jour ! Deux de res
filles charmantes avoient la férénité du
bonheur peinte fur le vifage , & leur
coeur , tout plein de leur gloire , ne mê
loit au doux fentiment d'une piété tendre
& pure , l'amertume d'aucun regret ;
l'autre , & la plus belle des trois , quoi,
qu'avec la même candeur & la même
innocence qu'elles , laiffoit voir la mé,
lancolie & la trifteffe dans fes yeux. Cora
*
c'étoit le nom de la jeune Indienne )
avant de prononcer le veu qui la déta
choit des mortels , faifir les mains de
fon père , & les baifant avec ardeur , ne
Jaifa échapper d'abord qu'un rimide &
profond foupir ; mais bientôt , relevant
fes beaux yeux fur fa mère , elle fe jette
dans fes bras , elle inonde fon fein de
larmes , & crie douloureufement : Ah!
ma mère! Ses parens aveuglés par une
piété cruelle , ne virent , dans l'émotion
& dans les regrets de leur fille , , que l'attendriffement
de fes derniers adieux , &
de combat d'un coeur qui fe détache de
tout ce qu'il a de plus cher ; elle-même
140 MERCURE DE FRANCE .
"
n'attribua qu'à la force des noeuds du
fang & au pouvoir de la nature , la douleur
qu'elle reffentoit . « O le plus tendre
» & le meilleur des pères ! ô mère mille
» fois plus chère que la vie ! il faut vous
quitter pour jamais ! » Elle ne croyoit
pas fentir d'autres regrets : le Prêtre y fut
trompé comme elle ; il lui laiffa confommer
fon téméraire & cruel dévoue
ment. Cependant , lorfqu'on fit entendre
à ces trois jeunes vierges , la loi
qui attachoit les peines les plus terribles
à l'infraction de leur væu , les deux
compagnes de Cora l'écoutèrent fans
trouble & prefque fans émotion ; elle
feule , par un inftinct qui lui préfageoit
fon malheur , fentit fon coeur faili d'ef
froi on vit fes couleurs s'effacer , fes
yeux fe couvrir d'un nuage , les rofes
même de fa bouche pâlir , fe faner & s'éteindre
; & fes lèvres tremblèrent en prononçant
le voeu que fon coeur devoit
abjurer. Ce preffentiment n'éclaira ni
fes parens , ni le Pontife. On foutint
fa foibleffe , on appaifa fon trouble , on
l'enivra de la gloire d'avoir un Dieu pour
époux , & Cora fuivit fes compagnes
dans l'inviolable afyle des époufes du
Soleil.
MARS: 1777. 145
Alonzo , jeune Efpagnol , dont nous
avons déjà fait mention , Alonzo , que'
Les bons offices , fa douceur , fes vertus
faifoient tendrement aimer d'Ataliba ,
Roi du Pérou , avoit obtenu , de ce Prince
, la permiffion d'affifter à un des facrifices
qu'il faifoit au Soleil. Les vierges
du Soleil , admiſes dans fon temple
fervoient le Pontife à l'Autel. C'eft de leur
main qu'il recevoit le pain du facrifice ;
& l'une d'elles , après l'offrande , le préfentoit
aux Incas . La deftinće de Cora
voulut , qu'en ce jour folennel , ce fût
elle qui dût remplir ce ministère fi funefte.
Alonzo , par une faveur fignalée
du Monarque , étoit placé auprès de lui .
La Prêtreffe s'avance , un voile fur la
tête , & le front couronné de fleurs .
Ses yeux étoient baiffés ; mais fes longues
paupières en laiffoient échapper des
feux étincelans. Ses belles mains trembloient
; fes lèvres palpitantes , fon fein
vivement agité , tout en elle exprimoit
l'émotion d'un coeur fenfible . Heureufe
fi fes yeux timides ne s'étoient pas levées
fur Alonzo ! un regard la perdit ,
ce regard imprudent lui fit voir le plus
redoutable ennemi de fon repos & de
fon ,innocence .
141 MERCURE DE FRANCE.
Dans le tréfaillement que lui caufâ la
yue,de ce mortel , dont la parure relevoit
encore la beauté , peut s'en fallut que
la corbeille d'or qui contenoit l'offrande,
ne lui tombât des mains Elle pâlit , fom
coeur fufpendit tout-à - coup & redoubla
Les battemens. Un friffon rapide eft fuivi
d'un feu brûlant qui coule dans les veines
; & fur fes genoux défaillans elle a
peine à fe foutenir. Son ministère enfin
Lempli , elle retourne vers l'Ainel . Mais
Alonzo , préfent à fes efprits , femble
Fêtre encore à les yeux . Lerdite &
confufe de fon égarement , elle jette un
regard fuppliant fur l'image du Soleil ;:
elle y croit voir les trans d'Alonzo . »
Dieu ! dit- elle , & Dieu ! quel eft donc
» ce délire ? Quel trouble ce jeune Etran-
" ger a mis dans tous mes fous ! je ne me
» connois plus ». Le facrifice & les voeux
offerts , l'Inca fuivi de fa conr , fe retire ,
les Prêtrelles fortent du Temple , & renerent
dans l'afyle inviolable & faine qui
les cache aux yeux des morrels. Cette
retraite, où Cora voyoit couler fes jours
dans une pailible langueur , fet pour elle ,
dès ce moment une prifon trifte &
funette, Elle feurit tout le poids de fa
chaîne ; & fon coeur ne defira plus qu'a
MARS. 1777. 143
défert & la liberté , un défert où fut
Alonzo ; car elle ne ceffoit de le voir
de l'entendre , de lui parler & de fe plaindre
à lui comme s'il eût été préfent.
Cet éclair rapide & terrible , qui
embrafe à la fois deux cours faits l'un
pour l'autre , avoit frappé le jeune Ef
pagnol au même inftant que la jeune Indienne.
Étonné de voir tant de char
mes , ému , troublé jufqu'à l'ivreffe , d'un
feul regard qu'elle lui avoit lancé , il la
fuivit des yeux au fond du temple ,. &.
il fut jaloux du Dieu même en le lui
voyant adorer. Sombre , inquiet , impatient
, il retourne au palais. Tout l'affige
& le gêne. Il veut rappeler fa raifon
; il fe reproche un fol amour , il le
comdamne , il en rougit , il veut l'éloigner
de fon ame ; vain reproche. ! efforts
unutiles ! La réflexion , même enfonce.
plus avant le trait qu'il voudroit arracher.
Un feul regard de la Prêtreffe a verfé au
fond de fon coeur le doux poifon de
l'efpérance. Des voeux indiffolubles , un
étroit efclavage , une garde incorrupti
ble & vigilante , ung auftère prifon , il
voit tout , & il efpère ençose. Il lui eft
impoffible de poffeder Cara , mais non
pas d'avoir fu lui plaire. » Et fi elle m'a
144 MERCURE DE FRANCE.
»
moit , difoit- il , fi elle favoit que je
l'adore , fi nos deux coeurs , d'intelli-
» gence , pouvoient du moins s'enten-
» dre , ah ! ce feroit affez » . En s'occu→
pant d'elle fans ceffe , il paffoit , mille
fois le jour, par tous les mouvemens
d'un amour infenfé . Mais la réflexion
le rendoit à lui- même , & lui faifoit
voir l'imprudence & la honte de fes
tranfports .
Sa vertu combattoit ; elle auroit triomphé
fans doute. Mais un événement
terrible la fit céder aux mouvemens de
la crainte & de la pitié. La ville de Quito
eft dominée par un volcan terrible , qui ,
par de fréquentes fecouſſes , en ébranle
les fondemens . Un jour que le peuple
Indien , répandu dans les campagnes ,
labouroit , femoit , moiffonnoit , ( car le
ricke vallon de Quito préfente tous ces
travaux à la fois ) & que les filles du
Soleil, dans leur palais , étoient occupées ,
les unes à filer , les autres à ourdir les
précieux tiffus de laine dont le Pontife
& le roi font vêtus , un bruit fourd fe
fait d'abord entendre dans les entrailles
du volcan. Ce bruit , femblable à celui
de la mer , lorfqu'elle conçoit les tempêtes
, s'accroît , & fe change bientôt
en
MAR S. 1777: 145
en un mugiffement profond. La terre
tremble , le ciel gronde , de noires vapeurs
l'enveloppent ; le temple & le
palais chancèlent & menacent de s'écrouler
; la montagne s'ébranle , & fa
cime entr'ouverte , vomit avec les vents
enfermés dans fon fein , des flots de bitume
liquide , & des tourbillons de
fumée qui rougiffent , s'enflamment &
lancent dans les airs des éclats de rochers
brûlans qu'ils ont détachés de l'abyfme
fuperbe & terrible fpectacle
de voir des rivières de feu , bondir à
flots étincelans , à travers des montagnes
de neige , & s'y creufer un lit
vafte & profond .
Dans les murs , hors des murs , la
défolation , l'épouvante , le verrige de
la terreur fe répandent en un inftant.
Le Laboureur regarde & refte immobile:
il n'oferoit entamer la terre , qu'il
fent comme une mer flottante fous fes
pas . Parmi les Prêtres du Soleil , les uns
tremblans , s'élancent hors du Temple ;
les autres , confternés , embraffent l'Autel
de leur Dieu. Les Vierges éperdues ,
fortent de leur palais , dont les toits menacent
de fondre fur leur tête ; & , courant
dans leur vafte enclos , pâles , éche-
G
146 MERCURE DE FRANCE .
velées , elles tendent leurs mains timides
vers ces murs , d'où la pitié même n'ofe
approcher pour les fecourir.
Alonzo feul , errant autour de cette
enceinte , entend leurs gémiffantes voix ,
Dans le péril de la nature entière , il ne
tremble que pour Cora . Les cris qui frappentfon
oreille, lui femblent tous être les
fiens . Egaré , frémiffant de douleur &
de crainte , & pareil au ramier qui ,
d'une aîle tremblante , voltige autour
de la prifon où fa palombe eft enfermée
; ou tel plutôt que la lionne qui ,
l'oeil étincelant , rode & rugit autour
du piége où l'on a pris fes lionceaux , il
cherche , il découvre à la fin des ruines
& un paffage. Tranfporté de joie , il
gravit fur les débris du mur facré . Il pénètre
dans cet afyle où nul mortel jamais
n'ofa pénétrer avant lui.. Les ténè
bres le favorifent : un jour lugubre &
fombre a fair place à la nuit ; la nuit
n'est éclairée que par les flots brûlans
qui s'élancent de la montagne , &
cette effroyable lueur , pareille à celle
de l'Erèbe , ne laiffe voir au yeux d'Alonzo
que comme des ombres errantes ,
les Prêtreffes du Soleil courant épouvantées
dans les jardins de leur palais,
2
MAR S. 1777. 147
D'autres yeux que ceux d'un amant ,
tout occupé de l'objet qu'il adore , chercheroient
inutilement l'une d'elles entre
fes compagnes. Alonzo reconnoît Cora.
Les grâces qui , dans la frayeur , ne
l'ont point abandonnée , la lui font diftinguer
de loin. Il retient fes premiers
tranfports de peur de l'effrayer. Il s'avance
d'un pas timide . « Cora , lui dit-
» il de la voix la plus douce & la plus
» fenfible , un Dieu veille fur vous &
prend foin de vos jours ». A cette
voix , Cora s'arrête intimidée ; & à l'inftant
la terre tremble & la montagne ,
avec éclat , jette une colonne de flamme,
qui , dans l'obfcurité , découvre aux
yeux de la Prêtreffe fon amant qui lui
tend les bras.
"
Soit par un mouvement foudain de
frayeur , ou d'amour peut- être , Cora fe
précipite & tombe évanouie dans les
bras du jeune Efpagnol. Il la foutient ,
ii la ranime il tâche de la raffurer.
» O ! toi , lui dit- il , que j'adore depuis
que je t'ai vue au Temple , toi , pour
qui feule je refpire , Cora , ne crains
» rien : c'est le ciel qui t'envoie un
» libérateur. Suis mois. Quittons ces
lieux funeftes , laiffe moi te fauver ». 29
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Cora , foible & tremblante , s'abandonne
à fon guide. Il l'emporte ; il franchit
fans peine les débris du mur écroulé
; & le premier afyle qui s'offre à ſa
penfé , eft le vallon de Capana , du Cacique
ami de Las -Cafas.
و د
« Où vais- je , lui difoit Cora ? la
frayeur a troublé mes fens . Je ne fais
où je fuis ; je ne fais même qui vous
» êtes. Que vais- je devenir ? ayez pitié
» de moi. — Vous êtes , lui dit Alonzo ,
» fous la garde d'un homme qui ne ref-
» pire que pour vous. Je vous mène
» loin du danger , dans un vallon déli-
» cieux où un Cacique , mon ami , vous
» recevra comme fa fille.- Ah ! ca-
"
ود
chez-moi plutôt , dit- elle , à tous les
» yeux. Il y va de ma vie ; il y va de
» bien plus ! vous ignorez la loi terrible
» que vous me faites violer. Me voilà
» hors de cet afyle où je devois vivre
» cachée. Je fuis les pas d'un homme
après avoir fait voeu de fuir à jamais.
» tous les hommes ! A quoi m'expofez-
»vous ? Oh ! plutôt laiſſez -moi périr
» Cora , lui répondit Alonzo le
premier devoir de tout ce qui refpi-
» re , comme fon premier fentiment,
و د
"
›
"".
MARS. 1777. 149
c'eft le foin de fa propre vie ; & dans
» un moment où la mort vous environ.
» ne & vous pourfuit , il n'eft ni voeux
» ni loi qui doive s'oppofer à ce mou-
» vement invincible . Quand tout fera
» calmé , demain , avant l'aurore , vous
>> rentrerez dans ces jardins , où vos
compagnes effrayées auront paffé la
nuit , fans doute ; & le fecret de vo-
» tre abfence ne fera jamais révélé » .
"
Cependant le péril s'éloigne , & bientôt
il s'évanouit. La terre ceffe de trembler
, le volcan ceffe de mugir. Cette pyramide
de feu , qui s'élevoit du fommet
de la montagne , s'émouffe & paroît s'enfoncer
; les noirs tourbillons de fumée
dont le Ciel étoit obfcurci, commencent
à fe diffiper ; un vent d'Orient les chaffe
vers la mer ; l'azure du Ciel s'épuré , &
l'aftre de la nuit , par fa confolante clarté
, femble vouloir raffurer la nature .
Dans ce moment, Alonzo & fa tendre
compagne traverfoient de belles prairies ,
où mille arbres , chargés de fruits , entrelaçoient
leurs rameaux ; les rayons
tremblans de la lune , perçant à travers
le feuillage , alloient nuancer la verdure ,
& fe jouer parmi les fleurs . » Refpire ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
» ma chere Cora , dit Alonzo , repofetoi
, & dans le calme & le filence d'u-
» ne nuit qui nous favorife , laiffe -moi
» me raffafier du plaifir de te voir , d'ado-
" rer tant de charmes » . Cora confentit à
s'affeoir le premier foin d'Alonzo fut
de cueillir des fruits , qu'il vint lui préfenter
. Le doux favinte , le palta , d'un
goût plus raviffant encore , la mo:lle du
coco , fon jus délicieux , furent les mets
de ce feftin .
?
Affis aux genoux de Cora , Alonzo
refpiroit à peine ; le trouble , le faifiſſement
cette timidité craintive , qui fe
mêle aux brûlans defirs , & dont l'émotion
redouble aux approches du bonheur,
fufpendent fon impatience .......
L'intérêt que l'on prend à ces deux
Amans , s'accroît encore par la peinture
que M. M. nous fait de leurs fentimens ;
mais la néceffité de fe féparer troubla
bientôt leur bonheur préfent. Cora n'avoit
pas laiffé ignorer à fon amant , que
fes parens , en la dévouant aux Autels ,
répondirent de la fidélité . » Le fang d'un
père , d'une mère eſt garant
» que j'ai faits. Fugitive & parjure , je
» les livrerois au fupplice ; mon crime
retomberoit fur eux , & ils en porte-
89
39
des voeux
MARS. 1777. 151
» roient la peine : tel eft la rigueur de la
» loi . O Dieu ! tu frémis ! »
Cora défolée & tremblante , étoit tom
bée aux genoux d'Alonzo . Il la regarde ,
il la prend dans fes bras , l'arrofe de fes
pleurs , fe fent baigner des fiennes , lui
jure un éternel amour ; & tout - à-coup ,
s'armant de force , de cette force courageufe
qui foule aux pieds les paffions , il
la prend par la main , & marchant à
grands pas , la ramène pâle & tremblante
, jufqu'au pied de ces murs , où elle va
cacher fon crime , fon amour & fon défefpoir.
L'amour , dans l'ame de Cora ,
n'avoit été , jufqu'au moment de cette
fatale entrevue , qu'un délire confus &
vague ; elle n'en connut bien la force
que lorfqu'elle en eut poffédé l'objet.
Sa paffion , en s'éclairant , a redoublé de
violence ; le fouvenir & le regret en
font devenus l'aliment ; & le defir, fans
efpérance , toujours trompé , toujours
plus vif & plus ardent , en eft le fupplice
éternel ; mais du moins elle est
fans remords & fans frayeur fur l'ave
nir. Le défordre de cette nuit, où chacun
trembloit pour foi -même , n'a pas permis
qu'on s'apperçut de fa fuite & de fon
abfence ; elle ne fe fait point un crime de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
l'égarement où l'ont précipitée le péril ,
la crainte & l'amour. Sa plus cruelle prévoyance
eft d'être en proie au feu qui
la confume , & qui ne s'éteindra jamais.
Son amant eft plus malheureux; il éprouve
les mêmes peines , & de plus un fouci
rongeur qui le tourmente incefſamment.
O fous combien de formes l'amour
tyrannife les coeurs ! Alonzo trembloit
d'être père , & ce danger que l'innocence
déroboit aux yeux de Cora
étoit fans ceffe préfent aux fiens ; il fe
rappelle avec effroi les plus doux momens
de fa vie , & détefte l'amour qui
l'a rendu heureux .
,
Ses craintes fe réalifèrent ; le bruit
fe répand que l'azyle des vierges a été
profané ; que l'une d'elles a violé
fes voeux qu'elle porte le fruit d'un
amour facrilége , & que le Soleil irrité
de ce parjure abominable , en demande
l'expiation .
Ce jour-là le Soleil fe couvrit de
triftes nuages , & ce deuil fombre de la
nature ajoutoit encore à l'effroi dont tous
les coeurs étoient frappés. Le Roi parut ,
felon l'ufage , fous le portique du Palais.
Une multitude tremblante environnoit
le trône , & à travers les flots de ce peuMAR
S. 1777. 153
ple affemblé , le Pontife , les Prêtres
les Miniftres des loix , ſe faiſant ouvrir
un paffage , amenèrent devant l'Inca la
jeune & timide Prêtreffe . Son père accablé
de douleur , fa mère pâle & défail·
lante , deux foeurs plus jeunes , auffi belles
, trois frères , l'efpérance d'une augufte
famille , victimes de la même loi ,
vinrent tous s'offrir au fupplice .
Cora , qu'il falloit foutenir , tant elle
étoit foible & tremblante , tomba fans
force & fans couleur , en paroiffant devant
fon Juge ; on la ranime ; on l'intéroge
elle répond avec candeur.
Le Monarque attendri , mais contraint
par la loi à ufer de rigueur , ordonne
à Cora de déclarer fon raviffeur
& fon complice ; Cora frémit , & fon
filence fut d'abord fa feule réponse ; mais
les inſtances de fon Juge la forcèrent enfin
de prononcer ces mots : » Fils du
Soleil, feras -tu plus cruel & plus vio-
» lent que la loi ? La loi me condamne
» à la mort; j'y traîne avec moi ma famille
, n'eft - ce pas affez ? Te faut- il en-
» core un nouveau parricide ? Veux-tu
» que , portant dans la tombe , oùje vais
» defcendre vivante , le fruit de mon fu-
» neſte amour , j'accufe encore celui qui
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» lui a donné la vie ? Veux-tu voir mes
» entrailles fe déchirer d'horreur, & mon
» enfant épouvanté , s'arracher des flancs
de fa mère » ?
Ces paroles firent fur l'ame d'Ataliba
l'impreffion la plus terrible ; & , fans infifter
davantage , il ordonnoit , en gémifant
, au dépofitaire des loix de prononcer
l'arrêt fatal , lorfqu'on vit tourà-
coup Alonzo fendre la foule & fe précipiter
au pied du trône de l'Inca : il s'avoue
le feul coupable , & s'élève avec la
force de la vérité & l'éloquence de la
paflion , contre une loi injufte & barbare
; il parvient enfin à la faire abolir chez
un Peuple doux , pacifique , & qui ne
demandoit qu'à être éclairé pour revenir
de fes erreurs. Alonzo triomphant ,
court fe jeter aux pieds de fon amante.
Cora , dans les excès de la furprife & de
la joie , foupire & ferre dans fes bras
fon libérateur , fon amant & fon époux.
Il nous refte à donner , dans un autre
extrait, une légère efquiffe de ce bel Ouvrage
, dont toutes les parties ont leur
dégré d'intérêt ou d'utilité . S'il y a une
apparence de défordre , il faut dire avec
le Légifteur du goûr , que fouvent un
beau défordre eft un effes de l'art . Cet OuMARS.
1777. 855
vrage n'eft donc pas un Poëme , mais
il en a l'éclat & l'élévation ; il en a même
quelquefois le langage , l'harmonie
& la cadence ; ce n'eft pas une hiftoire ,
mais il eft fondé fur l'exacte vérité des
faits les plus extraordinaires ; ce n'eſt
pas un livre de morale , mais celle exprimée
par
l'Auteur, eft puifée dans les fources
pures de la religion , de la raifon &
de l'humanité ; ce n'eft pas un roman ,
mais il en a le charme , le merveilleux,
& l'intérêt ; enfin , ce n'eft point un difcours
, mais il renferme une fuite de difcours
de la plus grande énergie , & de la
plus fublime éloquence.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE de Lorraine , par M.
l'Abbé Benon , tome 1 , in- 8 ° . A Paris ,
chez Valade , Libraire , rue S. Jacques.
A Nancy , chez les principaux Libraires.
Abrégé élémentaire des fections coniques
, extrait des leçons données ci - devant,
fous l'infpection de l'Univerfité de
Paris , aux Elèves du Collège Royal de
la Flèche , par M. de la même
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
Univerfité. A Paris , de l'Imprimerie de
P.H. D. Pierres , Imprimeur du Collége
Royal de France , rue S. Jacques .
>
Hiftoire du Cardinal de Polignac ,
Archevêque d'Auch , Commandeur de
l'Ordre du Saint- Eſprit , Ambaſſadeur de
France en Pologne , en Hollande & à
Rome , des Académies des Sciences
Françaife , & des Infcriptions & Belles-
Lettres , par le P. Chryfoftôme Faucher,
Religieux de Saint François › Auteur
de l'Hiftoire de Photius , & des Obfervations
fur le Fanatifme , 2 vol . in- 1 z.
A Paris , chez d'Houry , Imprimeur - Libraire
, rue de la Vieille Bouclerie .
Lettres Écoffoifes , traduites de l'Anglois
,
, par M. Vincent , Avocat. 2 Parties
in-12 . A Paris , chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques.
Dictionnaire hiftorique des Cultes Religieux
établis dans le monde , depuis
fon origine jufqu'à préfent : Ouvrage
dans lequel ou trouvera les différentes
manières d'adorer la Divinité que la
révélation , l'ignorance , les paffions ont
fuggérées aux hommes dans tous les
MAR S. 1777 . 157 .
temps. L'Hiftoire abrégée des Dieux
& des demi-Dieux du Paganifme , & celle
des Religions Chrétienne , Judaïque
Mahometane , Chinoife , Indienne, & c.
Leurs fectes & héréfies principales ;
leurs Miniftres , Prêtres & Ordres Religieux
; leurs fêtes , leurs cérémonies ,
le précis de leurs dogmes , & leur
croyance , ornés de huit figures en taille
douce par M. de la Croix . Nouvelle
édition , 3 vol. in- 8 ° . petit format broché
12 liv. & relié 15 liv . A Paris , chez
Mérigot l'aîné , & Couturier fils , Libraires
, Quai des Auguſtins 1777 .
Nouvel Abrégé Chronologique de l'Hiftoire
& du Droit public d'Allemagne , par
M. Pfeffel , Jurifconfulte du Roi au département
des affaires étrangères , 2 vol .
in-4 ° . A paris , chez Delalain , rue de la
Comédie -Françoife , à l'Hôtel de la Fautrière
.
On trouve chez Barbou , Imprim -Lib .
rue des Mathurins , les livres fuivants :
Les Offices de Cicéron , traduction
nouvelle avec le Latin à côté , 3me édition
, retouchée in - 12 rel. 2 livres 10
fols .
.15 MERCURE DE FRANCE.
Les Livres de Cicéron , de la Vieilleſſe ,
de l'Amitié , les Paradoxes , le Songe de
Scipion , traduction nouvelle , avec le
Latin à côté , 4me édition , augmentée
de la Lettre politique à Quintus , in -12
2 liv. 10 f.
On trouve chez le même Libraire
plufieurs Ouvrages de Cicéron traduits ,
comme les Oraifons choifies , les Lettres
à Atticus, les Traductions de M. l'Abbé
Dolivet , &c.
Les Poéfies de Malherbes , in- 8 °. rel.
en veau doré 6 livres.
Perfii, Juvenalis , & Sulpicia fatyrarum,
mova éditio in 12 , veau doré , 6 liv.
Velleius Paterculus , nouvelle édition ,
à laquelle on a joint le Florus , qui n'a
point été imprimé, pour la collection des
Auteurs Latins , in - 12 , veau doré , 6
livres
Encomium Moria , nouvelle édition
à laquelle on a joint l'Eutopie de Thomas
Morus , in 12 , veau doré 6 liv.
Ces trois articles font corps avec la
MARS. 1777. 159
collectiondes Auteurs Latins , dont il y a 59
vol.
Pline le Naturalifte eft fous preffe .
ACADÉMIE.
Extrait de la Séance publique de l'Académie
des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , tenue le 18 Août
1776 .
a
M.
Maret ,
· Maret
, Secrétaire
perpétuel
,
fait
l'ouverture
de la Séance
par la proclamation
du Prix. Le fujet
de ce Prix
étoit
une
queſtion
de Médecine
, l'Académie
avoit
demandé
que
l'on
déterminât
:
Qellesfont les Maladies dans lesquelles
la Médecine expectante eft préférable à ·
l'agiffante , & celle -ci à l'expectante ; &
à quels fignes le Médecin reconnoit qu'il
doit agir ou refter dans l'inaction , en attendant
le moment favorable pour placer
les remèdes.
M. Maret a commencé par faire fentir
l'importance de cette queftion , par
160 MERCURE DE FRANCE.
établir combien fa folution peut influer
fur la pratique Médicinale , en fixant
les bornes de la Médecine agiffante , &
de celle qu'on nomme expectante .
Il a fait obferver que c'eſt par la con
fidération des avantages que le Public
doit en retirer , que l'Académie s'étoit
déterminée , en 1773 , à propoſer ce
fujet pour la feconde fois , en doublant
le prix. Mais, a- t- il ajouté :
Si elle a eu le chagrin de ne pouvoir
» alors récompenfer les efforts des Au-
» teurs , elle fe félicite de fe trouver ,
» cette année , dans le cas de prouver à
» deux des Concurrens , par la diftribution
» de deux médailles , l'eftime que leurs
Ouvrages lui infpirent. Elle regrette
» de n'en avoir pas une troifième à adjuger
à l'Auteur d'un autre Mémoire ,
» auquel cette Compagnie ne peut don-
» ner que l'acceffit.
"
>>
19
» Tous trois fe font montrés éclairés
» par la plus faine théorie , inftruits par
l'expérience la plus heureufe ; tous trois
» ont pofé avec fuccès les bornes impor-
» tantes dans lefquelles le Médecin doit
» fe renfermer , pour ne point troubler
» la nature dans fes opérations , pour ne
» point porter trop loin la confiance en
» fes reffources.
MARS . 1777 ,
» L'Auteur du Mémoire qui a pour
» devife : Optima Medicina , interdum eft
» Medicinam non facere , & auquel l'Aca-
» démie a adjugé une médaille , eſt M.
ود
Voulonne , Docteur en Médecine de
» l'Univerfité de Montpellier , & pre-
» mier Profeffeur de celle d'Avignon .
"
»
:
» Tout annonce dans l'Ouvrage de ce
» Savant , un génie obfervateur qui s'eft
» rendu maître de fon fujet ; qui , d'un
» coup -d'oeil perçant , en a faifi l'enfemble
, qui d'une main sûre & méthodique
, en a ordonné les parties . Un
ftyle nerveux , concis , harmonieux ,
ajoute au mérite du plan celui de la
plus belle exécution , & ce Mémoire
» ne peut manquer de faire fur les Mé-
» decins , qui aiment leur état , la plus
» vive impreffion.
"
"
» M. Planchon , Licentié en Médecine
de l'Univerfité de Louvain , &
» Médecin à Tournai dans la Flandre
» Autrichiene , eft l'Auteur qui a mérité
l'autre médaille ; fon Mémoire porte
» pour épigraphe : Cum ergo fint occafiones
quadamfaciendi, quadam ceffandi .
» Dicendum qua fint occafiones curandi &
» que abftinendi à curationibus.
ท
» Le ſtyle de M. Planchon n'a point
162 MERCURE DE FRANCE.
» les grâces ni l'énergie de celui de M.
» Voulonne ; mais fon plan , également
» bien conçu , offre un enfemble lumi-
» neux , des détails du plus grand effet.
» Des tableaux tracés de main de maître ,
tranfportent les Lecteurs aux lits des
» malades , & rendent fenfibles les motifs
qui , dans l'occafion , doivent décider
à agir ou à refter dans l'inaction
prudente d'un obfervateur attentif &
» vigilant.
ود
"
» La Differtation à laquelle l'Acadé-
" mie a regretté de ne pouvoir donner
» que l'acceffit , eft de M. Jaubert , Doc-
" teur en Médecine de l'Univerfité de
Montpellier, &Médecin à Aix en Pro
vence Elle a pour épigraphe : Nil
forfan novumfaltem novo ordine digefium :
"
& eft écrite en latin .
" Cette Differtation préfente , comme
» les deux autres , un plan bien conçu
» & bien exécuté. Un ftyle élégant &
» faifant fur l'oreille l'impreffion la plus
flatteufe , ajoute au mérite de cet ou-
» vrage & juftifie les regrets de l'Aca-
» démie : l'Auteur eût même infaillible-
» ment partagé le prix , fi la crainte de
» donner trop d'étendue à fa Differta
tion , ne l'eût pas empêché de pré-
39
MAR S. 1777.
163
»fenter fes principes avec tout le dé-
» veloppement qui en auroit rendu
l'application plus facile.
"
n
» Ces trois pièces ne font pas les feu-
» les que l'Académie a trouvé dignes
d'éloges : il en eft trois autres encore ,
parmi celles qui lui ont été envoyées ,
dont les Auteurs ont des droits à fon
» eftime & à fa reconnoiffance.
» Celle de ces trois pièces qui lui a
» paru approcher le plus du mérite des
Mémoires couronnés , a pour devife :
» hic meta laborum. Elle eft faite pour
99
» donner une très- bonne idée des con-
» noiffances & des talents de l'Auteur..
» Je fuis autorifé à rendre la même
juftice à l'Auteur de la Differtation
» latine , dont l'épigraphe eft cette réflexion
d'Hippocrate : Artis magnam
» partem effe duco poffe qua recte fcripta
funt fpeculari.
"
» Il eft à regretter que des circonf
» tances fâcheufes ne lui ayent pas per-
» mis de donner à fon ouvrage toute la
perfection dont il étoit fufceptible &
» que la queftion épineufe des crifes , lui
» ait paru devoir principalement l'oc-
99
"
» cuper.
» On lit à la tête de la troifième des
164 MERCURE DE FRANCE.
» Differtations , dont je dois faire une
» mention honorable , ces vers de Virgile
:
သ
Tentanda via eft quà me quoque poffim
Tollere humo , victorque virum volitare per ora.
» L'auteur de cette Pièce est un hom-
» me d'efprit, un homme éclairé, un pra-
» ticien inftruit & fait pour efpérer un
plus grand fuccès dans un autre con-
"
>> cours.
Après ce Difcours , M. de Morveau
a lu , pour M. de Broffes , un fragment
de la Vie de Sallufte , qui fait partie d'un
Ouvrage , fur cet Hiftorien , qui occupe
depuis long-temps cet Académicien ,
& dont l'impreffion eft prefque achevée .
Il eft queftion , dans ce fragment , du Tribunat
de Sallufte, & , par conféquent , du
procès criminel de Milon.
Après cette lecture , M. Maret a fait
celle d'un Mémoire de M. Allut , Entrepreneur
de la Manufacture des Glaces ,
à Rouelle. Cet écrit contient l'Hiftoire
des effais qui ont été tentés dans ſes atteliers
, en préfence de M. le Comte de
Buffon , & de M. Morveau , dans l'intention
d'avoir un bloc de verre d'une
épaiffeur affez confidérable pour en faire
MAR S. 1777 . 165
une lentille ardente , d'une efpèce particulière
.
M. Allut a voulu d'abord fondre ce
verre dans des moules d'une forme convenable
aux dimenfions que l'on défiroit
dans le bloc ; & il a fucceffivement
employé pour fes moules , de l'argile
dont il fe fert pour les creufets de
fa Manufacture , une pierre de grès entourée
d'un cercle de fer , de la hauteur
demandée ; des pierres calcaires de Montbard
& de Dijon , creufées dans les dimenfions
données .
Toutes ces épreuves n'ayant point réuffi
comme on le fouhaitoit , M. Allut s'eft
déterminé à tenter ce qu'on n'avoit pas
même ofé propofer jufqu'à ce jour. Il a
jetté la maffe de verre demandée , fur la
table de cuivre deftinée à la coulée des
Glaces , & l'y a laiffée affez long - temps ,
pour qu'elle pût y acquérir la confiftance
néceffaire avant d'être tranfportée dans
le four de recuiffon.
Cette opération , qui fut faite le 11
Avril , a donné un plateau de verre d'environ
quarante quatre pouces de longeur
, fur trente - quatre de largeur, dont
l'épaiffeur , d'environ vingt-deux lignes
dans fon milieu , pouvoit fe réduire , fur
les bords , à un pouce ou quinze lignes .
166 MERCURE DE FRANCE .
Cette dernière dimenfion eſt bien audeffous
de celle de trois ou quatre pouces
, qu'avoit demandé M. de Buffon;
mais M. Allut obferve que cette différence
ne tient qu'à quelques petites circonftances
particulières de manipulation,
qu'il fera facile de rectifier en d'autres
opérations ; & que,
établie , il ne fera pas difficile de produire
des plateaux plus confidérables ,
tant pour l'épaiffeur que pour
la méthode une fois
l'étendue .
M. Allut ebferve qu'il auroit été plus
flatteur pour lui , de ne citer que la derniere
expérience qui a eu du fuccès , mais
qu'il a eu intention , en décrivant les opérations
qui n'ont pas réuffi , d'empêcher
que quelqu'autre ne faffe auffi inutilement
les mêmes tentatives , motif qui
lui fait beaucoup d'honneur. Il finit par
propofer un problême , dont la folution
feroit très- intéreflante pour les progrès
des fciences , & l'avantage du commerce
de la Verrerie : voicì ce Problême :
» Trouver une fubftance auffi propre
» que l'argille , à la conftruction des creu-
» fets de Verrerie, & qui ne fût pas , com-
» elle , fufceptible d'adhérence avec le
» verre fondu.
"
A la lecture de ce Mémoire ,a fuccédé
MARS. 1777. 167
celle d'un difcours de M. l'Abbé Colas,
Archidiacre & Grand-Vicaire du Diocèfe
d'Aufch .
L'Orateur confidère dans ce difcours ,
la vérité comme principe des arts de
goût.
Rien n'eftbeau que le vrai , le vrai ſeul eſt aimable.
Ce vers , vraiment Philofophique ,
renferme en ſubſtance toutes les vérités
que M. l'Abbé Colas développe dans
fon Ouvrage.
›
M. l'Abbé Colas fait fucceffivement
fentir les avantages que produifent la
vérité des fentimens , l'économie des
ornemens , l'entente des fites Part
heureux du défordre apparent ; & de
tous ces préceptes , il tire la conclufion
qu'on devoit naturellement attendre du
vers qui fert d'Epigraphe à fon difcours.
» Tout , dit-il , fe réduit donc à un feul
principe , la vérité : à une feule, loi la
» vérité ; quoi de plus fimple & en mê-
» me- temps de plus naturel ! L'homme
» de génie eft imitateur ; fes traits , fon
» coloris , fon ſtyle , ſon harmonie , fęs
gradations , fes contraftes , fes nuan-
» ces , tout doit être conforme à la belle
nature qu'il prend pour modèle ; c'eft168
MERCURE DE FRANCE.
"
ر
» à-dire , tout doit être vrai ..... Dans
quelques détails que l'on entre fur les
» beaux arts quelques loix que l'on
développe à leur égard , fous quelque
point de vue qu'on les envifage ; rien
» n'est juste , rien ne doit être admis ,
qu'autant qu'il découle de ce grand
principe , & qu'il s'y réunit comme au
"
"
99-
» centre commun » .
M. Maret a fait enfuite l'Eloge de
M. Bouillet , Procureur Général de la
Chambre des Comptes , & Chancelier
de l'Académie , mort le 31 Août de
l'année précédente .
M. Bouillet joignoit aux talens , aux
connoiffances qui caractériſent l'homme
de lettres eftimable , les qualités qui font
l'homme aimable & vertueux .
. M. Maret envifage d'abord cet Académicien
, fous le premier de ces deux
points de vue ; il prouve , par des détails
convaincants , que M. Bouillet avoit de
très-heureufes difpofitions pour la Poéfie;
& que fi des études plus férieufes , des
occupations plus graves lui euffent permis
d'en profiter , elles lui auroient probablement
acquis un nom , comme
Poëte .
Il établit enfuite les droits de M. Bouillet
MAR S. 1777. 169
let à l'eftime publique , comme Hiftorien ,
& comme Moralifte , en donnant une notice
des Ouvrages qu'il a lus à l'Académie
, qui fe font trouvés dans fes portefeuilles
. Un des Ouvrages que M. Maret
fait connoître , a pour objet la politeffe.
M. Bouillet y expofe les devoirs de
l'homme poli , avec des développemens
perfuafifs , mais avec beaucoup de rigo
rifme. Auffi M. Maret dit il : » Peut-
» être trouvera- t- on que M. Bouillet exagéroir
les devoirs de l'homme poli ;
» mais il les traçoit d'après l'idée qu'il en
avoit conçue il fe peignoit dans fon
Ouvrage , & fa conduite juftifioit ce
rigorifme , qu'on feroit tenté de lui
reprocher ".
"
"
و د
י כ ל
C'eſt par cette tranfition que M. M
ret arrive à la feconde partie de fon Dif
cours , où il expofe les qualités morales
de l'Académicien qu'il s'étoit chargé de
faire connoître. » Il fe montre dans l'in-
» térieur de fa maifon , comme dans les
» cercles , dans le filence du cabinet comme
fur le tribunal où l'avoit placé la
» confiance du Monarque, toujoursdoux,
toujours affable , toujours rigide obfer
» vateur des bienféances, prévenant , empreffé,
bienfaifant, refpectant les moeurs,
"
H
170 MERCURE DE FRANCE.
พ
39
» l'autorité , la religion ; Magiftrat in-
* tègre , mais fenfible ; Citoyen zélé ,
affectueux , ami ardent , hom- parent
» me de lettres aimable , Académicien
» affidu , & qui, par les travaux & fa
bienfaifance , par les qualités de fon
» coeur & de fon efprit , avoit mérité
d'être jugé digne d'entretenir dans une
» fociété d'hommes libres , une émula-
» tion fans jaloufie , un amour de l'or
» dre fans intolérance , d'y remplir l'emploi
de fon premier Officier , & d'être
» honoré de l'éloge public.
"
و ا
La féance a été terminée par des Stances
envoyées à l'Académie , par M. Baillot
, Suppléant au Collège .
Ce jeune Poëte , qui a déjà été célé
bré le jour où M. le Comte de Buffon
lut un Mémoire dans une Séance pu
blique de cette Académie , n'a pas cru
devoir échapper l'occafion d'exprimer
les fentimens de la Patrie , à l'afpect du
bufte du Pline François , nouvellement
placé dans le fallon des féances publiques ,
parmi ceux des grands hommes qui
illuftrent la Bourgogne.
Il débute par une réflexion fur l'in
juſtice ordinaire des hommes , qui n'élèvent
des monumens
à ceux qui fe difMAR
S. 1777 . 170
tinguent , qu'alors qu'ils ne peuvent plus
jouir de leur gloire , & félicite fa Patrie
de l'honneur qu'elle rend à M. de
Buffon vivant. On va détacher ici deux
Stances , dans lefquelles M. Baillot caractériſe
le génie de cet éloquent Philofophe
& qui feront juger de la
manière heureufe dont ce jeune Poëte
·peint ce qu'il admiré.
5
De fa profe la mélodie
Embellit jufqu'au moindre objet ,
Et fa marche noble & hardie
S'agrandit avec fon fujet..
D'abord douce & légère aurore ,
C'est un ciel pur qui fe colore ,
Avant le jour , de feux naiffants ;
Puis ardent foyer de lumière
Elle accable notre paupière
De fes rayons éblouillants.
Dans les airs , d'une aile rapide
L'Aigle échappe à nos foibles yeux;
Ainfi ce Génie intrépide
S'élance par-delà les cicux.
Là , juflifiant fon audace ,
Des mondes femés dans l'efpace
Majeftueux obfervateur ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Il plane , & fa main ferme & fûre
Deffine à grands traits la nature
Sous les regards du Créateur.
JOURNAL DE LECTURE.
Es raifons particulières ont obligé
l'Éditeur du Journal de Lecture de retarder
, jufqu'à préfent , la livraifon des
trois derniers numéros de la première
année . On fe flatte de pouvoir les faire
paroître encore avant la fin du mois
d'Avril. Un nouveau Profpectus , où
l'on rendra compte des changemens que
l'on fe propofe de faire , & dans le plan
& dans la forme de l'Ouvrage , indiquera
l'époque à laquelle on pourra foufcrire
pour la feconde année . Les Soufcripteurs
qui ont payé d'avance cette feconde année
, pourront , s'il le jugent à-propos ,
faire retirer leur argent au Bureau où
ils ont foufcrit.
MAR S. 1777. 1743
AVIS concernant les Ecoles Vétérinaires.
'
PAR une inconféquence affez fingu-
Kière , quelques perfonnes occupées à déprimer
fans ceffe les Ecoles - Royales Vétérinaires
de France ont fait une forte
d'aveu de la réputation que ces Inftitutions
fe font acquife , en fe donnant ,
foit dans les Pays Etrangers , foit dans
les différentes Généralités du Royaume ,
les titres de Directeur & de Profeffeur de
ces mêmes Écoles. Elles ont fait plus :
elles ont délivré à plufieurs Particuliers
des Certificats d'étude & de capacité , à
la faveur defquels quelques- uns de ceuxci
fe font annoncés , à la manière des
Charlatans , dans les villes & les villages
, par des imprimés revêtus d'une ap
probation prétendue de l'École Vétérinaire
de Paris. D'autres , qui lui ſont
abſolument inconnus , ainfi qu'à celle
de Lyon , ont pris l'uniforme affecté aux
feuls & véritables Elèves . Il en est encore,
principalement dans des Pays hors de la
domination de S. M. qui , pour nuire
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
plus fûrement à un établiſſement dont
ils n'ont pas fçu mettre à profit les inftructions
, ont méchamment publié
notamment fur le Farcin , des principes.
abfolument contraires aux idées qu'on
doit fe former de cette maladie. Les
inftitutions les plus utiles font celles qui ,
par une fatalité incompréhenfible , éprou
vent toujours le plus de contradictions :
mais il eft effentiel de mettre un frein à
la licence , quand elle eft portée trop loin.
Les Directeurs & Profeffeurs des Eccles-
Royales Vétérinaires , qui fe préparent
, d'ailleurs , à donner les preuves les
plus réelles & les plus inconteſtables
di bien opéré par les Artiftes qu'ils ont
inftruits & créés , ont été autorifés fur
les juftes repréfentations qu'ils ont faites
au Miniftre , à prévenir le public qu'il
n'y a que deux Ecoles - Royales Vétérinaires
, ffoouuss ffeess oorrddrreess , l'une établie
à Lyon & l'autre à Paris ; que nul
particulier ne peut être regardé comme
un Artifte forti du fein de ces Établiffemens
, s'il n'eft imuni ou d'un Certificat
figné par les Directeurs & vifé par le
Directeur Général , ou du brevet que
S. M. daigne accorder à ceux qui , en
fe diftinguant dans le cours de leurs
MAR S.. 1777 . 175
études , fe font mis en état de fervir
utilement leur patrie..
Signé , CHABERT , Infpecteur Général
des Etudes des Écoles- Royales Vétérinaires
de France , Directeur- Particulier
de celle de Paris . FLANDRIN , Direc
teur Perpétuel de celle de Lyon.
Ecole - Royale gratuite de Deffin.
LA diftribution des fix Maîtrifes , grands
Prix & Prix de quartier de l'École Royale
gratuite de Deffin, s'eft faite dans la galerie
de la Reine , aux Thuileries , le 17
Janvier 1777.
Monfieur le Noir , Préfident de ladite
Ecole , étant arrivé à 6 heures , accompagné
de MM. les Adminiftrateurs ; M.
Bachelier , Directeur , ouvrit la féance
par un difcours , enfuite on procéda à la
diftribution de 220 Prix , que le Magif
trat délivra aux Élèves : Savoir:
Grands Prix .
Le fieur Navier , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. le
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Prince de Montbarrey , fe deftinant pour
la Maçonnerie , a remporté le grand
Prix d'Architecture.
Le fieur Préaux , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. le Baron
de Juigné , fe deftinant pour la Maçonnerie
, a remporté le grand Prix de
Perſpective.
Le fieur Richardon , rempliffant la
place d'Élève , fondé à l'École par M.
Bouret , fe deftinant pour la Maçonnerie
, a remporté le grand Prix de la Coupe
des Pietres .
Le fieur Laligant , rempliffant la
place d'Élève , fondé à l'École par M.
le Duc d'Harcourt , fe deftinant pour la
Maçonnerie , a remporté le grand Prix
de Mathématique.
Le fieur Courtin , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. Gaviniés
, fe deftinant pour la Broderie , a
remporé le grand Prix de Figure .
Le fieur Gautier , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'École par M.le Comte
d'Egmont , fe deftinant pour l'Orféverie
, a remporté le grand prix d'Orne .
ment.
Les Élèves couronnés , ont eu l'honneur
d'être embraffés par le Magiftrat ,
MARS. 1777 . 177
au bruit des fanfares & des acclamations
du public .
Le Directeur a prononcé un Difcours
pour marquer fa reconnoiffance & celle
des Élèves , envers le Magiftrat prorecteur
& bienfaiteur de cet établiffement
.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner les repréfentations
des Fragmens , compofés de l'Acte d'Eglé
, & de celui de la Danfe , des Ta
lens Lyriques , auxquels on a ajouté le
Devin du Village ; ce dernier Acte a
été reçu avec tranfport. Le Public , plus.
éclairé fur la Mufique , femble avoir
mieux fenti , à cette reprife , les rapports
heureux de la mufique avec les paroles
qui ont été conçus à la fois
par le même génie , ce qui fait un
enfemble parfait , que l'on trouve rarement
dans les compofitions des pluss
habiles Maitres..
*
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
On a remis fur ce Théâtre l'Iphigénie
en Aulide , de M. le Chevalier Gluck.
Mademoiſelle Arnould a joué , avec
fuccès , le rôle d'Iphigénie . Les divertiffemens
, compofés par M. Noverre ,
furtout celui du fecond acte , qui repréfente
les Jeux de la Grèce , ont été applau
dis. Le rapprochement des Opéra d'Orphée
& Euridice , d'Alcefte , d'Iphigénie ,
joués prefqu'en même-temps , a donné
lieu de remarquer que ce favant Harmonifte
imprimoit à prefque toutes les
compofitions , le même caractère , que
fon harmonie avoit prefque les mêmes
formes , la même marche & les mêmes
effets ; mais fon ftyle eft rapide , énergique
, animé. M. le Chevalier Gluck
facrifie tout à la fcène . Il s'arrête rarement
à moduler un air , & femble préférer
un récitatif relevé par des phrafes
très-courtes de modulation. C'eft ce fyftême
, fans doute , qui lui a fait dire ou
qui a fait dire à fes admirateurs , que
dans la compofition il oublioit qu'il étoit
Muficien.
MARS. 1777. 179
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Les Comédiens François continuent
avec fuccès les repréfentations de Zuma,
Tragédie nouvelle de M. Lefevre.
Nous rétabliffons ici les noms des perfonnages
de cette Pièce , un peu confondus
dans le compte que nous en avons
rendu , d'après la première repréfentation
.
Zuma , Princeſſe Péruvienne
Sainval l'aînée .
⚫ par Mile
Azélie , fille de Zuma , par Mile Sainval
cadette.
Zéliſcar , jeune frère de Pizarre , par M.
Molé.
Pizarre , Chef des Eſpagnols , par M ,
Larrive.
Un Officier Efpagnol , par M. Dauberval.
Cette Tragédie annonce de grands
talents , beaucoup de fenfibilité , de l'
magination , les fentimens de la pocfie ,
& de la véritable éloquence ; etis , Pare
d'exprimer & de faire parler aux paffions
H
180 MERCURE DE FRANCE.
leur langage . Les différents rôles de
cette pièce font parfaitement rendus .
Les Acteurs y font les fidèles interprêtes
du Poëte.
२.
On a donné , fur ce Théâtre , quelques
repréfentations de D. Japhet d'Arménie
Comédie bouffonne, en cinq actes en vers ,
par Scarron. Les folies , les extravagances
, les exagérations , tout ce qu'on peut
imaginer de plus ridicule , eft raflemblé
dans cette farce , & excite un rire con
vulfif qui eft dû au grotesque outré des
tableaux .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné ,
le Mercredi 12 Février , une repréſentation
du Mort Marié , Comédie en
deux actes mêlée d'ariettes ; paroles de
M. Sédaine , mufique de M. Bianchi.
Le fujet de cette Comédie eft tiré d'un
Conte inféré dans le Mercure ; il offre
des fituations plaifantes. Deux foeurs.
ont chacune leur Amant. L'aînée va,
époufer un homme de robe , Lieutemant-
Général de fa ville ; la cadette aime,
MARS. 1777.
188
en fecret , un jeune Officier qui eft abfent.
Elle n'ofe déclarer fon amour. Mais
fon chagrin , dans un jour de fête , trahit
le fecret de fon coeur . L'Officier
trompé par la reffemblance des noms ,
& croyant que c'eft fa maîtreffe qui doit
fe marier , lui renvoie , avec mépris
fes lettres que reçoit la foeur aînée
& protefte qu'il va bientôt venir luimême
fe venger d'un tival odieux...
Le Robin prend pour lui ces menaces
, & en fait des reproches à fon
Amante , qui fe juftifie aifément par
l'aveu que fa four lui fait de fon intrigue
amoureufe. Dès lors le Robin
projette de faire tête à l'Officier , & de.
le mystifier. Il communique fon deffein à
fa famille , & fait préparer deux piftolets
, chargés feulement à poudre. En
effet , l'Officier arrive ; il rencontre le
Robin , qu'il croit fon rival. Il l'infulte ,
& lui marque toutes fortes de dédains
pour la perfonne & fa . profeffion . Le
Robin lui répond avec fierté. La difpute
s'engage , ils fe font un défi . Le
Robin va chercher fes piftolets , & dit'
à l'Officier que le fort du combat étant
incertain , il lui donne la clef d'une.
porte du jardin , pour s'échapper en cas
d'accident. L'Officier eft étonné de cer
182 MERCURE DE FRANCE.-
acte de bravoure & de générofité. Le
combat s'engage . Le Robin tombe fous
le coup de pistolet que tire l'Officier .
Celui- ci eft alarmé d'avoir fait un meurtre
. Il fe fauve . Alors le Robin fe
relève & rit de la terreur de fon antagoniste.
Mais portant plus loin la plaifanterie
, il le fait arrêter , & amme.
ner devant fon tribunal pour être interrogé
. Les parens , & l'amante ellemême
de l'Officier , déguifés en robes ,
font affemblés comme des Jugespour con
damner le meurtrier. Cet Officier paroît
& croit reconnoître, dans le Préfident , le
Robin qu'il a tué . Il ne fait que penfer
de cette aventure. Enfin , le jugement
eft prononcé ; on dit au criminel
d'en faire la lecture ; mais au lieu d'une
condamnation de mort , il voit avec
étonnement un contrat de mariage qui'
l'unit à l'objet de fes voeux . Alors tout
s'éclaircit. Le jeune homme reite confus
de fa méprife & de fon injuftice :
il regarde cette aventure comme une
bonne leçon qui doit le corriger de fon
étourdefie.
Cette Pièce a paru avoir des longueurs
& des détails qui lui ont fait du tort , &
qu'il fembloit facile de corriger La
MARS. 17778
mufique n'est point fans mérite ; elle
annonce du talent & des connoiffances ;
mais elle n'a pas été trouvée toujours
faite pour les paroles , & pour les fituations.
M. & Madame Trial , Madame
Billioni , M. Julien , Madame Moulinghen
, & M. Meunier ont joué les principaux
rôles.
Le Mardi 19 Février , on a donné
à ce Théâtre Arlequin Efprit Folet, Commédie
Italienne en trois actes , dans
laquelle le fieur Bigotini a débuté par
le rôle d'Arlequin.
Cette Pièce est une intrigue à l'Ita
lienne ; dans laquelle Arlequin reçoit
d'un Génie le pouvoir de fe métamorphofer
toutes les fois que fon zèle pour
fervir les amours de fon Maître , l'expofe
à des dangers. Ses métamorphofes font
très- nombreufes & très - furprenantes.
Le fieur Bigotini eft admiré par la
variété de fes changemens
promptitude & l'adreffe avec laquelle il
les exécute , par le contrate qu'il met
dans fes différens rôles , & par les divers
talens qu'il développe . Cet Acteur chante
, d'une manière fort plaifante , des airs
› par
la
184 MERCURE DE FRANCE.
de fa compofition. Son jeu eft vif ,
plaifant , fpirituel. Il n'a pas la grace.
& la foupleffe des mouvemens de
M. Carlin , mais il entend bien la
fcène , & illa varie avec beaucoup d'intelligence.
Aux talens d'un Arlequin ,
il joint ceux d'un Muficien, d'un Chanteur
, d'un Machinifte , & même d'un
Compofiteur de pièces Italiennes . Car
dans cette Pièce de fon début , tout eft
de fa compofition ; Comédie , Mufique ,
Machines , Décorations. Il a été fort
applaudi , & ce qui fait fon éloge , il
amufe & fait beaucoup rire les Specta
teurs .
DEBUT..
Le Mercredi 29 Février , le fieur
Bognioli , qui a joué ci- devant dans la
Tragédie & la Comédie , au Théâtre.
François , qui depuis a joué dans les
Provinces , & au Cap- François , a débuté
fur le Théâtre Italien , par le rôle
du Déferteur , dans la pièce de ce nom.
Il a continué fon début par les rôles de
Lubin , du Sorcier , &c.
Cer Acteur a beaucoup de jeu , &
d'intelligence. Cependant , l'on defiteroit
que prenant des rôles de mufique
MAR S.. 1777. 155
il parvînt à étendre & à fortifier fa voix,
& qu'il mît plus d'affurance dans fon
chant. C'est l'ouvrage , en partie , de
l'exercice , de l'étude & de la confiance .
Réflexions fur la Science Economique.
LORSQUE
ORSQUE les hommes ont fait quelques dé
couvertes importantes , foit dans l'ordre phyfique
, foit dans l'ordre moral , il s'eft prefque
toujours trouvé des Enthoufiaftes qui en ont
exagéré l'utilité , & des Détracteurs injuftes qui
l'ont trop déprimé. D'un côté , la vanité d'en
être les promoteurs ; de l'autre , la jaloufic
d'avoir été prévenus , ont également emporté
au delà du bur , & ce but eft la vérité . Telle eft
la marche du coeur humain . f
Ariftote , après avoir été pendant des fiécles le
Monarque abfolu du monde philofophique , eft
tombé dans un difcrédit qu'il ne méritoit pas. Ce
n'eft que depuis peu qu'on l'a apprécié à la juſte
valeur.
Defcartes n'a-t - il pas fubi à- peu-près le même
fort ?
Dans l'ordre phyfique , l'antimoine a eu des
Partifans outrés & des Adverfaires opiniâtres . Les
uns ont prétendu en faire une médecine univerfelle
d'autres foutenoient qu'il ne pouvoir être
qu'un poifon pernicieux,
:
186 MERCURE DE FRANCE.
F
Mais , dans un genre bien fupérieur , la Rel
gion n'a- t- elle pas eu fes fanatiques & fes perfécuteurs
? Peu contens de la fublime perfection
de l'Evangile , combien d'Hérétiques ont voulu
enchérir fur elle , tandis que la pureté de fa
morale ne paroiffoit aux yeux des autres qu'une
belle chimère ? Ses perfécuteurs font connus de
tout le monde , fes fanatiques font en grand
nombre.
Les Gnoftiques veulent s'élever à la plus haute
fpiritualité , & tombent dans les défordres les
plus bas.
Les Montaniftes ajoutent aux obfervances de
l'Eglife , des pratiques bien plus févères encore :
ils donnent dans l'enthoufiafine & finiffent par
le ridicule .
La fcience économique qui vient de paroître ,
n'a-t-elle pas déjà éprouvé les mêmes viciffitudes ?
Annoncée par les uns comme la légiflatrice de
l'Univers , comme la fuprême évidence qui doit
fubjuguer tous les efprits , elle a été méprisée par
les autres comme un tiffu d'abfurdités , & perfécutée
comme un fyftême dangereux : mais ne
peut- on pas la ramener à un fentiment plus
équitable , qui réuniffe les bons cfprits ? Effayons
de prévenir le jugement de la pofterité . Egalement
éloignée des préventions oppofees , fans
paffion , fans jalousie , elle n'a d'autre intérêt que
celui de la vérité,
Les trois pivots du gouvernement économique
,font la propriété , la sûreté , là liberré . C'eſt
à l'autorité tutélaire à les maintenir. Les vraies
propriétés n'existent que dans un Etat Agricole :
MARS. 1777. 187
car la terre , fécondée par le travail de l'homme ,
eft la première fource des richeffes , & l'échange
en première main eft la feconde. Le commerce
les fait circuler , & l'induftrie donne aux produc
tions de nouvelles formes. Mais le commerce
n'eft point fource de richeffes ; il ne fait que les'
mettre en mouvement Il eft néceffaire , il eſt
utile ; mais les frais qu'il occafionne n'en font
pas moins des frais onéreux , & d'autant plus
onéreux , qu'il s'étend plas loin . L'induftrie donne
des formes ; mais elle n'ajoute rien , ne produit
rien il faut qu'elle foit payée , & elle ne peut
l'être que par les richeffes de la terre , puifqu'elles
font les feules qui exiftent.
:
Le profit que peuvent faire les Agens de l'induftrie
& du commerce , par delà de la fubfiftance
tue à leurs travaux , n'eft que pour eux ;
ce n'eft point une richeffe pour l'enſemble de
la fociété , c'est une charge. Ce n'est que dans les
Etats qui fubfiftent uniquement du commerce &
de l'induftrie , qu'on peut affeoir le revenu public
fur leurs profits ; mais ce revenu eft précaire ,
incertain comme le métier de ceux qui le payent.
La fortune d'un Commerçant , d'un Manufactu→
rier , eft de tous les Pays ; il peut la tranſpor
ter par - tout , il peut échapper à l'impôt : il n'eft
pas même poffible de l'aflujé: ir à un impôt fixe
Se régulier. Il n'en eft pas ainfi du propriétaire
de terres ; fon fond eſt ſous la main du Gouvernement
, il ne peut lui échapper : c'eſt donc ce
Propriétaire qui doir paver les charges de l'Etat ,
il feroit injufte & mal-adroit d'impofer le Fermier.
S'il eft affujéti à une taxe invariable , il ne
manquera pas de la rejeter fur le Propriétaire.
188 MERCURE DE FRANCE.
Si le befoin du moment le charge d'impôts in
prévus , il ne peut , à la vérité , les rejeter fur le
Propriétaire , parce qu'il eft lié par fon bail 5
mais les avances de culture en fouffriront , & ce
font fur-tout ces avances qu'il faut refpecter.
Ce font les avances du Cultivateur qui décident
du fort de l'agriculture , du revenu ou produit
net qu'elle procure annuellement . Entammez fes
avances , la récolte diminuera en proportion ;
le Fermier fera d'abord endetté , biên: ôt ruiné ,
& les terres demeureront en friche. L'impôt
établi fur les Propriétaires , doit être proportionné
au produit de leurs baux ; ils ont auffi leurs avances
à faire on les appelle foncières , & elies
doivent être autant refpectées que celles du Fermier.
Le furplus de leurs avances & de leur dépenfe
légitime appartient à l'Etat ; c'est ce qui
forme le revenu public . Envain vous l'établiríez
fur le commerce ou fur l'induftrie ; l'un & l'autre
fauroient bien en rejeter le montant fur les gens
qui les employent , c'est -à- dire , en dernière ana-
Fyfe , fur les Propriétaires.
:
De la néceffité de refpecter les avances de la
culture , découle infailliblement celle d'accorder
à fes Agens la liberté pleine & entière de vendre.
leurs productions. Toute gêne à cet égard feroit
une atteinte portée au remplacement de leurs
avances. Il n'eft pas moins néceffaire d'accorder
la même liberté au commerce & à l'induftrie ; les
entraves que vous leur donneriez feroient un tort
évident que vous leur feriez , &, par contre-coup,
à l'agriculture,
Voilà la marche du gouvernement économique
MARS. 1777. 189
Sous les loix tout eft également libre , & la liberté
n'a d'autres bornes que le préjudice d'un tiers .
Le commerce vole fans obftacles d'un pôle à
l'autre, l'induſtrie n'a point d'entraves ; la culture
eft affurée , & revenu public eft invariable dans
la proportion , a vec le revenu qui fait fa baſe.
Tous les hommes font fières ; plus de prohibition
, plus de taxes , plus de priviléges exclufifs ,
plus d'arbitraire dans la fixation de l'impôt. Le
luxe ne fera plus que la dépenfe qui entame les
avances des Propriétaires de la culture , du commerce
ou de l'induftrie ; le faſte même le plus
outré ( s'il peut être contenu dans ces bornes )
n'intervertira point l'ordre des dépenfes de la
fociété. Il ne fera dangereux que par le mauvais
exemple ; ce fera l'abus de l'opulence , ou plutôt
un défaut d'économie. Si l'économie étoit bien
entendue , elle ne devroit jamais fe laffer de porter
aux avances l'excédent d'un néceffaire honnête
; c'eft alors qu'elle feroit la bienfaitrice de
l'humanité.
Telle eft l'efquiffe de la fcience économique.
Si elle fe fùt bornée à prouver fes principes , à
en tirer clairement toutes les conféquences qui
en résultent , à expofer , d'après elles , tous les
détails de l'adminiftration , peut- être fes fuccès
euffent-ils été auffi brillans qu ils ont été médiocres
; mais elle s'eft enveloppée dans une myſtérieufe
obfcurité ; elle a adopté un langage barbare.
Loin de fimplifier fon fyftême , de le mettre
à portée de tous les efprits , elle a prononcé des
oracles , qu'on auroit pu croire fortis de l'antre
de Trophonius. Elle auroit dû rapprocher fes
expreffions des idées reçues ; elle s'eft fervie au
1.90 MERCURE DE FRANCE.
•
contraire d'un ftyle inoui dans le dix- huitième
Sécle. Ses énigmes ont été expliquées par des
énigmes encore plus obfcures ; l'enthoufiafine
s'en eft mêlé , & le ton de prophétie . Les Sectateurs
de la fcience ont cru voir l'Univers tomber
à fes pieds. Déjà ils étoient heureux du bonheur
qu'ils penfoient avoir procuré au monde . Comment
réfifter à l'impulfion de fon véritable intérêt
? Comment ne le pas préférer à celui du moment
? Pourroit- on s'aveugler fur des vérités auffi
importantes que neuves , auffi démontrées que le
calcul le plus rigoureux ? De ce moment ils font
accouchés du fantôme de l'évidence ; c'eft elle
qui régira le monde , ce fera le defpote univerfel.
Les légiflateurs & les exécuteurs des loix ne
feront plus que les organes de fes volontés fu
prêmes. Les paffions fe tairont devant eile . Plus
de conquérans , plus d'ambitieux , plus de prodigues
, plus d'avares. L'évidence n'aura qu'a paroître
, toutes les fanta fies , tous les caprices ,
toutes les animofités , l'amour effréné du luxe ,
de l'indépendance , tous les intérêts du moment
fuiront devant elle . Comment réfifter à fon pouvoir
? Elle eft armée d'un hyé ogliphe facré ; c'eft
la tête de Médufe fur l'égide de Pallas . On fent
que je veux parler du tableau économique . Je
crois l'avoir entendu ; c'eft fe vanter peut- être ,
ce fera bien pis d'ofer l'apprécier.
Le tableau économique eft une formule arithmétique
, qui repréfente l'effet des dégradations
que caufent à l'agriculture les atteintes qu'on
porte à fes avances ; mais elle a un vice inévitable
à toute formule de calcul , c'eft qu'en répréfentant
les caufes qui dégradent, elle ne peut
MARS. 1777. 191
tenir compte de celles qui diminuent , fufpendent
, arrêtent les caufes de dépériffement. Je
n'en citerai qu'un exemple. Quand on a défendu
en France la culture du tabac , fans doute qu'on
a fait un tort confidérable à la Nation : mais les
terres qui le produifoient ne font pas toutes
reftées en friche; & fi les grains qu'on y a femés
n'avoient pas autant de valeur que le tabac , ils
en avoient pourtant une. Ce font ces compenfations
dans toutes les branches de l'adminiftration
viciées , que le tableau ne peut calculer , & c'eſtla
la fource des mécomptes énormes qu'il a occafionnés.
A en croire ceux qui ont fait jouer cette
machine myſtérieufe , toutes les Nations de
l'Univers (la Chine fans doute exceptée , puifque
le defpotiſme légal y règne ) toutes les Nations ,
dis -je , feroient réduites a vivre des fruits fpontanés
de la terre , & la France fur-tout , où les
vices du Gouvernement font plus anciens qu'ailleurs
, devroit être depuis long-temps plongée
dans une décadence totale . Cependant les faits
parlent , & de bons efprits ne veulent pas ouvrir
les yeux fur les erreurs où les entraîne un calcul
rigoureux . N'en feroit -il pas du tableau économique
comme du fyllogifme , dont la découverte
fait beaucoup d'honneur à Ariftote , mais qui eft
une fource de mauvais raifonnemens , comme le
tableau l'eft de mauvais calculs . Il me femble
que ce n'eft pas trop dégrader l'inventeur du
tableau , que de l'affocier au Coryphée de la philofophie.
Mais on ne peut guère fe rendre auffi facile
fur la prééminence que les Economistes ont
voulu donner à l'ordre phyfique fur l'ordre mo192
MERCURE DE FRANCE.
tal ; il en naîtroit des conféquences qu'ils feroient
les premiers à défavouer. L'ordre physique fuffic
fans doute pour arrêter les crimes qui préjudicient
à la fociété ; mais c'eft à l'ordre moral feul qu'il
appartient de régler le coeur de l'homme , & de
purifier les vertus jufques dans leurs fources.
C'eft l'ordre moral qui eft la baſe de l'ordre phy
fique : c'est au premier qu'on doit attribuer la
primogéniture & la prééminence.
Mais un tort plus effentiel dont on doit accufer
les Economiſtes, parce qu'il influe fur la pratique
, c'eft l'abus qu'ils ont fait de l'excellent
principe de la liberté , c'eft qu'ils l'ont appliqué
au commerce des grains , dans l'état de médiocrité
où eft l'agriculture chez nous , & chez les
Peuples auxquels nous fommes unis par le commerce.
Oui , fans doute , la liberté devroit être
• "le lien commun de toutes les Nations , elle devroit
faire leur bonheur mutuel ; mais dans le défordre
où font les Gouvernemens , la liberté peut deve
nir un préfent funefte. Avant de la prôner aufi
hautement , de vouloir la rendre indéfinie , relativement
aux chofes du premier befoin , il falloit
prouver que les Pays avec lefquels nous fommes
en relation de commerce , produifent , chaque
année , affez de bled pour nourrir leurs habitans ;
car enfin , quel Monarque ofera permettre à fes
fujets de fe défaire de leurs fubfiftances , s'ils ne
font pas affurés de les remplacer ? Envain dirat-
on qu'elles s'arrêtent d'elles- mêmes. Non , cela
n'eft point vrai . Si le hafard place un Royaume ,
médiocrement pourvu , à côté d'un autre qui fera
dans la difette , mais qui aura un numéraire confidérable
, alors le vuide fera prompt & le reinplacement
MAR S. 1777 . 193°
placement lent. Des milliers d'hommes feront les
victimes d'une liberté illimitée . Qu'on lui donne
donc des bornes à cette patrone du genre -humain
, jufqu'à ce que nous foyons dignes de la
pofléder toute entière . Quand la culture fera arrivée
à fon point de perfection , quand les correfpondances
feront établies par terre & par
eau chez tous les Peuples ; quand l'impôt
fera unique & territorial , quand enfin le gouver→
nement économique aura réformé tous les autres
abus , & que l'influence de fa fageffe fe fera faic
fentir , c'eft alors qu'il faudra étendre aux alimens
de première néceffité , la liberté déjà accordée à
tout le refte .
T
Voilà , fi je ne me trompe , le vrai point auquel
il faut ramener les jugemens qu'on a porté fur
la fcience économique. C'est par ce fage milieu
qu'elle fera le bonheur de nos neveux. On l'a
tournée en ridicule ; c'eft la raifon dès fots : mais
perfonne ne l'a combattu de fiont. On n'a point
détruit fes principes : on eft même affez convenu
de fes conféquences. Beaucoup de bons efprits
s'en font rapprochés , fans trop ofer fe l'avouer
à eux-mêmes. Dans bien d'excellens écrits , en
fe moquant des Economiſtes on a prefque
adopté leurs fentimens.
>
Rendons donc aux inverteurs & aux promoteurs
de la fcience le tribur qui leur eft dû. Ils
ont tiré du néant de grandes vérités , ils ont
démafqué des erreurs dont les plus grands politiques
faifoient la régle de leur conduite par
exemple , la préférence des manufactures fur ?
l'agriculture. Ils ont aimé le vrai ; ils ont eu le
courage de le publier. Jamais leurs écrits n'ont
refpire que la bienfaiſance & l'efprit de patrio-
1
19+ MERCURE DE FRANCE .
tifme. S'il y a eu quelques ombres à ce tableau ,
c'eft que le tableau de l'Univers même a fes ombres.
Faifons donc des voeux pour que les avantages
d'une découverte fi importante ne nous foient
pas ravis , par les bien excufables de ceux
qui l'ont publié̟………
torts
Par un Abonné au Mercure.
ARTS.
GRAVURES.
1.
Marche de Sylène , Eftampe d'environ 18
pouces de large für 15 de haut , gravée
par M. de Launay , de l'Académie
Royale de Peinture , d'après le Tableau
de P. P. Rubens. Prix -8 livres.
A Paris , chez de Launay , Graveur du
Roi , rue de la Bucherie , la porte-co-
-chère après la rue des Rats.
ON
19 1.0
reconnoît aifément le bon
homme Sylène à fa corpulence épaille ,
à fa couronne de lierre , à fon air joyeux
& content ; il eſt à moitié ivre ; deux
2
MARS. MA RS. 1777 $ 1
༡ ཉ་
Satyres le foutiennent; un troisièmejoue
de la double flute , tandis qu'une Bacchante
exprime , avec fes mains , fur le
père nourricier de Bacchus , des grappes
de raifin . Un Faune qui fuit cette marche
, fait fes efforts pour embrailer une
femme , fymbole de la kure , qui ac
compagne ordinairement livreffe. Une
cheyre & des enfans portant des raisins,
enrichiffent cette fcène bachique , dont
la gravure fait honneur à M. de Lau
nay. Les travaux de fon burin font bien
empâtés ; ily a dans l'enfemble, de l'laarmonie
& un fentiment de couleur qui
décèle l'Artifte intelligent .
A
Deux Eftampes Allégoriques, faiſant pendant,
d'environ 12 pouces de haut , fur
2. gode large, gravées par Louife Maffard,
. & dédiées à Madame la Ducheffe de!
Chartres: Prix lie , chaque Eftampe.
A Paris , chez Alibert , dans le jardin
du Palais Royal. !!
La première de ces deux Eftampes re
préfente Henri IV & fa Majesté Lois
XVI, accompagnée du Génie de la Fran-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ce. On lit au bas ces quatre vers de Henri
IV à Louis XVI.
Ami de la fageffe & de la vérité ,
Tu chéris les vertus & crains 'la Batterie ;
Perfévère , mon fils , chaque inftant de ta vie
Eft un pas que tu fais vers l'immortalités
IT
La feconde Eftampe nous fait voir
Impératrice - Réiné, qui adreffe ces paroles
à fon Augufte fille , que la France
ici perfonnifiée , eft prête à recevoir entre ·
fes bras :
Sèche tes pleurs , ma fille , en toi montré à la
France
Er la mère du Peuple & l'épouſe du Roi,
Pour adoucir les maux que m'offre ton abſence ,
Le bruit de tes vertus parviendra juſqu'à moi,
11 10..
Differens acceffoires ornent ces deux
fcènes intéreffantes , que l'Artifte a rendues
avec unburin fini & foigné,
III.
Le Loup Berger, & le Lion malade , deux
Eftampes en pendant , d'environ 8.
pouces de large , fur: 6 de haur , graMARS.
777.16 197
vées dans la manière du deflin, au T
crayon rouge & noir , par M. Demarteau
, Graveur . Prix liv. f.
chaque Eſtampe. A Paris , chez Demarteau
, Graveur , rue de la Pelleterie
, à la Cloche
On diftribue à la même adreffe , dans
le même genre de gravure , & dans le
même format , deux autres Estampes
faifant pendant l'une repréfentant un
enfant qui s'amufe à faire voler un oifeau
attaché à un fil , dlaprès M. Huet;
& l'autre deux enfans dont un dort ,
d'après M. Boucher. Prix 1 div. 5/fa chaque
Eftaniperitabalos !!
M. Demarteau vient auffi de publier ,
d'après les même Maître , une très - jo
lie étude dejeunes filles , gravée dans la
manière du deflin au crayon rouge &
noir , rehauffé de blanc fur papier
teinté. Prix livro f. Cette dernière
Eftampe , d'environ io pouces de haut ,
fur 7 de large , eft fous le No. 563 , de
l'oeuvre de feu M. Demarteau , qui a
Faiffé le fonds de toutes fes planches à
M. Demarteau fon neven . Ce jeune
Artiste a déjà donné bien des preuves de
fes talens dans le genre de gravure defon
I iij'
198 MERCURE DE FRANCE.
1
oncle. Nous pouvons même ajouter ici
que cet oncle, depuis plufieurs années ,
avoit entièrement confié à fon neveu &
à fon élève , le foin de foutenir , d'augmenter
même fa réputation dans le genre
de gravure qu'il avoitadopté & beaucoup
perfectionné.
21 V.
*
Tableaux Topographiques, Pittorefques ,
Phyfiques , Hiftoriques , Moraux , Politiques
, Littéraires de da Suiffe &
de l'Italie ,bornés de 100 Eftampes,
gravées par les meilleurs.Graveurs ,
d'après les deffins de MM. Robert
Pérignon , Fragonard , Paris , Poyet,
Raymond , de Barbier , Berthélemy
Menageot , le May , Houel , &c. &
des plus habiles Maîtres de l'Italie . A
Paris , chez Née & Maſquelier , Graveurs
, rue des Francs - Bourgeois , près
la Place S. Michel , Ruault, Libraire,
Lue de la Harpe. A Londres , la Société
Typographique , rue S. Yames' :
Lyde , Libraire , dans le Strand , &
chez les principaux Libraires de l'Europe
, 1777 , avec approbation & prívilège
du Roi. 1 .
MARS. 1777. *rgg
? Nous rendrons un compte détaillé de cet
ouvrage, un des plus importants qui aient
été annoncés dans ce fiècle . On fe propofe
, comme on voit par le titre de
faire connoître la Suiffe & l'Italie fous
tous leurs afpects ; l'Edition fera fuperbe
, imprimée fur beau papier, & ornée
de gravares précieufes en tout genre.
L'Ouvrage fera divifé en fix volumes ,
grand in-fol. Le premier contiendra la
Suiffe ; le fecond & le troisième , Rome
& les États du Pape . Le quatrième , Naples
& une partie de fon Royaume. Le
cinquième , la Tofcane , les États de Lucques
; ceux de Gênes , de Modène &
de Parme. Le fixième , les Etats de Venife
le Duché de Milan , les autres
Etats de l'Empereur dans l'Italie , le Piémont
& la Savoie ; il y a 200 Eftampes
par volume.
Ces Eftampes fe diftribueront fix par
fix , de mois en mois , & l'on fe flatte
d'en pouvoir donner un nombre plus
confidérable avant peu , afın que chaque
volume foit complet en dix-huit mois.
Le prix de chaque Eftampe fera de trente
fols pour les foufcriptions, & de quarante
fols
pour ceux qui n'auront point
foufcrit.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
A la dernière hvraifon des Eftampes
de chaque volume , le texte fe diſtribuera
gratis .
Les Amateurs qui deûreront voir
quelques uns des deffins destinés à cet
Ouvrage , pourront fe tranfporter chez
les Graveurs ci - deffus indiqués ; il fe feront
un plaifir de fatisfaire lear curiofité
.
On peut foufcrire pour cet Ouvrage,
dans les Provinces , chez les principaux
Libraires.
La première livraiſon des Eftampes
que nous avons fous les yeux , atteſte les
foins donnés à cette entreprife , & les
talens des Artiftes qui y font employés.
Ces fix premières Estampes font des vues
de Suiffe , gravées avec tout l'efprit
tout le goût , tout l'effet que l'on peut
defirer.
Cette première livraifon du mois de
Janvier, s'eft faite chez les fieurs Née &
Mafquelier , chez lefquels on fouferit
actuellement , & qui font chargés de diftribuer
dans Paris, & de faire parvenir
en Province , franches de port , les fuites
d'Eftampes à l'adreffe de chaque Soufcripteur.
Les perfonnes qui voudront envoyer
MAR 34777
des Mémoires relatifs à cet Ouvrage
font priées de les leur adreffer.
6
On fera libre de ne foufcrire que pour
un volume deux , trois quatre , & c.
On trouvera dans chaque volume du
texte, une table qui indiquera les endroits
où les Eftampes doivent être placées .
La foufcription ne fera ouverte que jufqu'au
premier Avril 1777 .
1..
MUSIQUE
Macrolein , cholely rush
zing
A
PIECES D'ORGUES Hymne en fi
Majeur, dédiées à Madame de Schour , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Woilyne
en Flandre , compofce par M. Benaut
Maître de Clavecin . Prix 36 folsche
Peur
, rue Dauphine , la se porte-cochère
en entrant par le Pont-Netfl
aux adreffes ordinaires.
-olv
On trouve aux mentes adreffes, &
du même Compofiteurfil & filia,
avec , neuf variations arranges
Orgue . Prix 16 for Mimo
fols
PONT
of
202 MERCURE DE FRANCE .
1 I.
Quatre Sonates pour le Clavecin, avec
accompagnement d'un violon ; dédiées
à Madame d'Argenville , la jeune , par
M. Edelmann . OEuvre V ; fe vend
chez l'Auteur , rue du Temple , chez M.
d'Argenville , Maître des Comptes .
11 I.
1
>
com- Six Duo pour deux violons
pofés par C. F. Lefcot , Muficien de la
Comédie Italienne. Prix 7 liv . 4 fols .
A Paris , chez l'Auteur , rue du Rempart
Saint- Honoré , maifon de M. Boulanger
, Marchand de Bas , vis-à vis la
' rue S. Nicaife . Le fieur Huguet , rue
Pavée S, Sauveur , maifon de M. le Roi ,
Banquier , & aux adreffes ordinaires de
Mufique.
Ci
IV.
Concertino per violino principale due vio
lini , due flauti , due corni , alto viola &
baffo , del Signor Ulric Schmitte, ordina
rio dicapilladi.Mayence, 3 liv. 12 fols . mis
au jour & gravé par MadameTarade . APaMARS.
1777 . 201
7
ris , chez Madame Tarade , Marchande
de Mufique , rue Coquillière , à la Lyre
d'Orphée , & aux adreffes ordinaires,
On trouve aux mêmes adrefes & du
même Compofiteur , Sei quartettiper due
violini , alto viola & baffo. OEuvre I.
Prix 9 liv.
V.
La vieille Coquette : air comique,avec accompagnement
de forté-piano , par M.
Albanèfe , Muficien du Roi. A Paris ,
au Bureau du Journal de Mufique , rue
Montmartre , vis -à vis celle des Vieux-
Auguftins & aux adreffes ordinaires ,
prix 24 fols.
,
*
On trouve aux mêmes adreffes , & du
même Compofiteur , Réponse au billet
d'invitation de Madame T ***. Prix
24 fols.
V.I
Concerto pour le clavecin ou le pianoforte
, avec accompagnement de deux
violons , alto , baffe & cor ad libitum ,
dédié à M. de Vermonet fils Fermier
des Domaines du Roi , par R. J. Dreux.
>
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
?
prix 4 liv . 4 f. A Paris , chez l'Auteur ;
rue S. Avoie , la deuxième porte- cochère
au-deffus de la rue des Blanc-Manteaux ,
& auxadreſſes ordinaires.
VII.
Sonates en trio pour le clavecin ou le
piano , un violon & un alto , dédiées
à Mademoiſelle de Franclieu , par M.
Tapray , Maître de Clavecin . OEuvre
IV . Prix 6 liv. AParis, chez l'Auteur,
rue des Deux-Portes S. Sauveur, près
la rue Thévenot , & aux adreffes or
dinaires.
La réputation de cet habile Maître ;
le fuccès des Ouvrages qu'il a déjà publiés
en ce genre , fuffiroient pour faire
rechercher avec empreffement ces fonates
; mais nous devons dire qu'il s'ef
furpaffé dans les nouvelles compofitions
que nous annonçons , & qu'il a fu al
lier le chant le plus agréable , les modulations
les plus heureuſes , & les motifs
les plus neufs & les plus piquants , à
une harmonie favante & pleine d'effets.
MARS. S. 1777. 205
VIII
Ve, Recueil d'Arrietes , d'Opéra Comiques,
& autres, avec accompagnement
de guittare , menuers , Allemandes , &
autres airs connus pour la guittarre feule,
par M. Tiffier, de l'Académie Royale de
Mufique, Euvre Xe. Prix 4 liv . 4fols . A
Paris , chez l'Auteur , rue S. Honoré ,
près l'Oratoire, à la Gerbe d'or ; le Marchand,
à la Salle de l'Opéra, & aux adref
fes ordinaires de Mufique. A Verſailles,
chez Blaizot , rue Satory.
I X.
Méthode de Guittarre , pour apprendre
feul à jouer de cet inftrument , fur les
principes de M. Patouart fils , par M.
Corbelin , fon élève . Prix 13 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , Place S. Michel , maifon
du Chandelier , au Cabinet Litté
téraire , Pout Notre-Dame , chez le fieur
la Flèche , Marchand de Tabac , fur le
Pont-Neuf , au N° . 6. A Verfailles , chez
Blaifor , rue Satory , & aux adreſſes or
dinaires de Mufique.
206 MERCURE DE FRANCE.
X.
Six Quartetti pour deux violons , alte
& violoncelle , par M. Jadin. OEuvre I.
A Bruxelles , chez MM. Van-Ypen &
Pris. A Paris , chez M. Cornouaille , &
au Bureau du Journal de Mufique ,
rue Montmartre , vis-a -vis celle des
Vieux Auguftins Prix 9 liv . ୨
La première partie du fecond, du quatrième
& du fixième de ces Quatuor ,
peut convenir également au violon & à
la flûte.
X I.
Dialogue Paftoral , avec accompagnement
de balle par le même à la ,
même adreffe . Prix 12 f."
›
BIENFAISANCE.
LA Manufacture des Bas de ſoie à Nîmes,
éprouve dans ce moment une inaction
caufée par l'engorgement d'une des
MARS. 1777. 207
J
principales branches de fa confommation .
Cette ceffation de travail , jointe à la rigueur
de l'hiver , met un grand nombre
d'Ouvriers hors d'état de fe procurer des
fubfiftances. M. de Bec- de Lièvre , Evêque
de Nîmes , touché de la fituation de
cette claffe de Citoyens utiles , s'eft hâté
de venir à leur fecours. Ayant fait aſſemfembler
les principaux Fabricans, il les a
engagés à ouvrir parmi eux, une foufcriptionpour
fecourir leursOuvriers indigens,
jufqu'à ce que le retour d'une faifon plus
tempérée & le réveil du commerce leur
fourniffent les moyens de vivre de leur
travail : il a voulu foufcrire lui -même
pour une fomme qui excède la moitié
de celle qui a été jugée néceffaire pour af
furer la fubfiftance des malheureux Ouvriers
pendant cette crife facheufe. Ce
Prélat vertueux & fenfible , a fouvent fignalé
fa bienfaifance , par des traits d'au
tant plus louables, qu'il a toujours foin
de les envelopper de l'humilité Chrétienne.
Tout récemment, il a fait conftruire
, à fes frais , une Eglife Paroiffiale
, dout la dépenfe d'environ cent mille
livres , auroit été à la charge de la ville
de Nîmes .
208 MERCURE DE FRANCE.
II.
Un enfant d'environ 9 ans , s'arrêta ,
il y a quelque tems , à Vienne , devant
le caroffe de l'Empereur, & lui dit : » Sire,
» je n'ai jamais mendié ; mais ma mère
» fe meurt ; pour avoir un Médecin il
» faut un florin : nous n'avons point de
florin.... Ah ! fi V. M. me donnoit
» un florin , que nous ferions heureux ! »
L'Empereur s'étant informé du nom &
de la demeure de la malade , l'enfant fatisfit
à ces questions , & fe jetant à genoux
, ajouta que c'étoit la première &
la dernière fois qu'on le voyoit mendier.
Le Monarque lui ayant donné un florin,
Penfant difparut aufi -tôr. Cependant
T'Emperent s'enveloppe du manteau d'un
de fes gens , & fe rend chez la malade,
quile prenant pour un Médecin , lui fait
le détail de fa maladie , & lui indiquant
le mémoire & le papier de fon fils , le prie
de lui faire la recette convenable à fa guerifon
; l'Empereur écrit l'ordonnance , la
confole & fe retire . L'enfant , étant rentré
un inftant après avec fon florin & un
Médecin , la mère étonnée , dit qu'elle
avoit déjà eu la vifite d'un Docteur , qui
MAR S. 1777. 200
lui avoit fait une recette. Le Médecin
ayant jeté les yeux fur la prétendue recette
, reconnut la fignature de S. M.
Impériale , & expliqua l'énigme ; c'étoit
une affignation de so ducats fur les épargnes
du généreux Souverain .
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Méchanique d'un genre nouveau .
UNN Horloger d'une ville maritime de
Bretagne , vient de mettre au jour deux
pièces fingulières & intéreffantes ; l'une
repréfente la mer agitée , avec des vaiffeaux
en mouvement & en marche , fe
fuccédant les uns aux autres , & difparoiffant
, avec des côtes variées , & diverfes
chofes ayant trait à la compofition
d'une vue maritime , comme marfouins
, oifeaux- pêcheurs , moulins - àvent
& à l'eau ; une perfonne fe balançant
continuellement à une branche
d'arbre au bord de la mer : le tout fai
210 MERCURE DE FRANCE.
fant un point de vue admirable . Ce
buffet eft propre & orné de plantes ma
rines.
> Dans un cadre on y voit les phafes
de la lune & fon quantième , l'heure à
laquelle la mer eft pleine chaque jour auk
villes de France & d'Europe.
La feconde pièce eft un baffin où il y a
trois vaiffeaux d'une délicateffe extraordinaire;
le plus grand étant de 7 pouces de
quille, portant 120 pièces de canon; tous
les trois ont leur mouvement différent.
On voit ces Ouvrages à la Foire Saint
Germain.
II.
Induftrie.
Un Particulier vient d'inventerun fcie
courbe pour faire du merrein , que MM.
de l'Académie des Sciences ont approuvée
, & qui eft d'une grande utilité pour
façonner le merrein , & économiser les
bois. L'inventeur a reçu une gratification
de S. M. Par le moyen de cette fcie ,
on retire d'un arbre trois fois plus de merrein
que par la fendaiſon , & il eft infiniment
meilleur. En l'employant pour les
tonneaux , on n'a pas befoin de les doMAR
S. 1777. 211
ler. On trouve des modèles de cerce
machine chez Madame Magueline , rue
& Ile Saint- Louis , vis -à-vis un Harloger
, à Paris.
C
ANECDOTES.
.: I..
Nétourdi affiftoir à une Tragédie
de Dryden , à côté de ce Poëte , & fe
moquoit de la vertu du Héros de la
pièce , difant qu'en tête à -tête avec
une femme , il favoit mieux employer
899
fon tems ». Je le crois bien , lui rẻ
pondit Dryden ; mais auffi vous me permettrez
de vous dire que vous n'êtes pas
un héros.
11.
M. de Colbert ayant appelé les plus notabies
Marchands de Paris, pour les confulter,
les pria de parler librement, & leurdit
que celui qui parleroit avec plus de
franchife , feroit fon meilleur ami . Un
nommé Hazon prit la parole & lui dit :
Monfeigneur , vous avez trouvé le Char212
MERCURE DE FRANCE.
riot renversé d'un côté , vous ne l'avez
relevé que pour le renverfer de l'autre.
M. de Colbert lui répondit avec une
vivacité qui témoignoit fon mécontentement
: Comme vous parlez , mon ami ?
Monfeigneur, reprit Hazon , je demande
très-humblement pardon à V. G. de la
folie que jai faite de me fier à fa parole.
1 J I.
On faifoit voir un Cimetière au Sauvage
d'Otahiti , arrivé depuis peu à
Londres. Lorsqu'on lui en eut expliqué
l'ufage , il demanda fi tous ceux qui y
étoient enterrés étoient morts de l'Inoculation
. Sur la réponse qu'on lui fit
que cette opération étoit , au contraire ,
un préfervatif contre une maladie dangereufe
: J'aurois cru , dit-il , à la peur
qu'on en a , que tous le monde en mouroit.
IV.
Un Irlandois fe trouvoit dans un
cercle où l'on differtoit fur la falubrité
des différens climats , & fur leurs qualités
plus ou moins favorables à la longevité
de l'efpèce humaine : Pour moi ,
MARS. 1777 213
» dit-il , fi je connoiffois un pays où
» l'on fût certain de ne pas mourir
j'irois y finir mes jours
»
V.
" .
L'histoire a fait remarquer que la
fort une étoit quelquefois acharnée à
perfécuter certaines familles , entre autres,
celle des Stuarts . L'exemple du Préfident
Rançonnet n'eft pas moins frappant
: il en effuya toutes les rigueurs.
Né avec une fortune honnête , un procès
malheureux le conduifit à fervir de
Correcteur d'Imprimerie, chez les Étienne
, pour pouvoir vivre . Sa vie entière eft
une chaîne de malheurs. Sa fille mourut
de mifère fur un fumier. Son fils
périt par la main du bourreau . Sa femme
fut écrasée d'un coup de tonnerre ,
& lui- même, mis en prifon par ordre du
Cardinal de Lorraine , termina fa malheureuſe
vie en fe mettant une plaque
de marbre fur le ventre , après avoir
trop mangé de pâté.
2F4 MERCURE
DE FRANCE
.
AVIS.
I.
Pommade
pour les hémorrhoïdes
.
GETTE pommade guérit radicalement
les héde
jours ,
morrhoïdes internes & externes , en peu
fans qu'il y ait rien à craindre de retour de cetre
maladie , ni accidens pour la vie en les gué
riffant ; prouve par nombre de certificats authentiques
que l'Auteur a entre fes mains , & pat
un nombre infini de perfonnes dignes de for ,
de tout âge & de tout fexe, guéries radicalement
depuis plufieurs années , &c. pat l'ulage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
comparée par le fieur C. Levallois , ancien Herborite
, pour la propre guérifon à lui-même ,
au mois de Mai 1763. 1.
་
Cette pomarade fair fon opération avec une douceur & une diligence furprenantes
, en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
Elle eft diviféé en deux fortes , pour agir
enfemble de concert : l'ume eft préparée en fup- '
pofitoires, pour être infinuée &amollir les bémor
rhoïdes internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative furles externes , pour
dre & diffoudre , avec la même douceur , les
fonMARS.
1777. 21)
grofleurs externes & recevoir au dehors la
tranfpiration qui fe fait intérieurement .
L'on diftribue cette pommade avec approbation
& permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à fes
dépôts , chez M. Deloche , Marchand Limonadier
, au coin de la rue de la Perle , à Paris. A
Sens grande rue , chez M. Evrat , Marchand
Chaudronier .
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demiboîtes
, avec trois fuppofitoires , font de 3 liv.
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
Le prix des doubles boires , avec fix fuppofitoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
6 liv.: quant aux invétérées de 10 , 20à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la . pommade , & il
s'enfuit toujours le bien- être defiré.
Les perfonnes de Province qui defireront fe
procurer de cette pommade , font priées d'affran
chir leurs lettres , & d'indiquer leur meſſagerie.
I I.
Nouveau Bureau d'Écriture.
Nouveau Bureau où l'on entreprend tout ce
qui concerne l'écriture , tel que lettres , placets ,
mémoires, comptes , groffes d'Avocats , &c.
On y traduit les langues latine , italienne
espagnole , angloife , allemande & autres. On y
216 MERCURE DE FRANCE.
déchiffre les anciens titres . On y copie la mufique.
Le grand nombre & l'habileté des Sujets employés
dans ce bureau , les met dans le cas de
fervir le Public avec célérité & exactitude.
Ce bureau est établi rue de Viarmes , près celle
de Sartine , nº. 7 , nouvelle Halle.
II I.
Eau de Fleur d'Orange double.
Madame Savoie , rue Thérèſe , butte St Roch ,
vend du iniel de Maite & de l'eau de fleur d'orange
double du nemt pays , d'où elle attend de jour à
autre fon premier envoi d'oranges. On peat lui
écrire pour les demandes , elle fe charge de les
envoyer.
I V.
Moutardepour les engelures, vinaigres, &c.
Il s'agit d'un remède contre une des plus fréquentes
incommodités qui réfultent de l'hiver.
Les perfonnes qui s'expofent fréquemment à la
rigueur du froid , & le plus grand nombre eft
contraint de s'y expofer, font presque toutes
attaquées d'engelures ; celles même qui peuvent
ne l'affronter que rarement , n'en font pas toujours
exemptes. La moutarde que nous annonçons eft
l'expédient le plus fûr pour s'en délivrer, Elle eſt
de
MAR S. 1777. 217
譬
de la compofition du fieur Maille, Vinaigrier- Diltillateur
ordinaire du Roi , & de leurs Majeftés
Impériales, qui continue de la diftribuer gratuitement
aux perfonnes néceffiteufes Cette diftribution
a commencé le premier Dimanche de Novembre
dernier , & aura lieu tous les Dimanches
jufqu'au dernier Avril prochain , depuis huit
heures du matin jufqu'à midi ; elle fe fera même
tous les jours , en faveur de la Garde de
Paris. Il faut s'adreffer au
,, pour cet effet ,
Magafin général des Vinaigres du fieur Maille,
rue Saint André- des -Arts , la troisième porte- cochère
à droite en entrant par le Pont S. Michel.
MM. les Curés, dans toute l'étendue du Royaume,
peuvent profiter du même avantage en faveur
des pauvres de leurs Paroiffes , en ayant
à Paris un correfpondant, à qui ils enverront un
certificat du nombre de ceux qui en auront beſoin
& qui vienne au bureau avec un pot , on lui
en donnera , fuivant la quantité des perfonnes.
Nous allons indiquer , en faveur des perfonnes
opulentes ou aifées, les différents Vinaigres dont
le fieur Maille eft le feul inventeur & diftributeur.
Ils feront une nouvelle preuve des progrès
que l'induftrie fait parmi nous dans tous les genres.
On trouve donc d'abord le Vinaigre de
Rouge, déjà bien connu , divifé en trois nuances,
qui toutes imitent les couleurs naturelles au point
-de tromper la vue , fur -tout fi la peau eft blanche
& fi on emploie ce vinaigre jufqu'à cer
tain degré. Ufage très - commode , foit pour
Jes perfonnes qui préfèront les couleurs naturelles
à celles qui femblent tenir davantage de
L'art; foit pour celles qui fréquentent les bals ,puif
K
218 MERCURE DE FRANCE .
qu'il a la vertu de ne point s'effacer, quelque cha
leur que faffe éprouver la danfe , & même quoiqu'on
s'efluie le vifage. On ne parvient à
Tenlever qu'avec du vinaigre de millepertuis,
La qualité cofmétique de ces deux vinaigres , conferve
à la peau toute fa fraîcheur , la préſerve
des rides , donne aux lèvres une belle couleur
vermeille , empêche qu'elles ne fe gercent , même
durant le plus grand froid ; & de plus , il
réunit la propriété rare d'empêcher le rouge en
poudre de couler.
Vient enfuite le Vinaigre Romain , employé
avec le plus grand fuccès depuis nombre d'an
nées , pour la confervation des dents , les blanchir
, arrêter le progrès de la carie , empêcher les
autres de fe carier, les raffermir dans leurs alvéoles
; guérir les petits chancres & ulcères de la
bouche.Il eft fur- tou: de la plus grande utilité aux
perfonnes qui fréquentent la mer , qui habitent
Tur fes bords ou fur ceux des rivières, ou même
des endroits froids & humides , ainfi qu'à celles
qui font fujettes aux pituites & aux férofités.
Le Vinaigre de Storax qui blanchit la peau &
empêche qu'elle ne fe ride. Le Vinaigre admirable
& fans pareil , pour les perfonnes qui vien
nent d'avoir la petite vérole. Le Vinaigre d'Epour
les dartres . Le Vinaigre de Turbie
qui guérit radicalement le mal de dents . Le Vi
naigre defleurs de citron , pour les boutons , Le Vi
naigre de racines , pour les taches de la peau &
les mafques réfultantes d'ane couche. LeVinaigre
de Vénus , pour les vapeurs. Le Vinaigre Royal,
pour la piquure des coufins. Le véritable Vinaigre
des quatre Voleurs , préfervatif affuré concre
MARS. 1777. 219
le mauvais air . Le Vinaigre à l'uføge de la garde-
robbe , & pour les perfonnes fujettes aux hémorrhoïdes.
Le Vinaigre rafraîchiffant pour ôter
le feu du rafoir . Le Vinaigre digeftif; le Vinigre
fcellitique, pour conferver la voix . Un excellent
Stop de Vinaigre , & en outre tous les Vi
naigres deſtinés à l'ufage de la table , au nom;
bre de deux cens fortes ; de plus , différentes
efpèces de moutardes aux câpres & aux anchois,
par extrait d'herbes fines ; moutarde aux truffes
; moutarde à la ravigoite ; moutarde au jus
de citron ; moutarde des fix graines , & plufieurs
autres , qui ont toutes la propriété de fe
conferver un an & plus , & même de paller
la mer fans rien perdre de leur qualité : il en
eft ainfi des Vinaigres qui vienneur d'étre indiqués
; ils ont en fus là propriété de fe confeiver
autant qu'on le defire.
Les moindres bouteilles des Vinaigres énoncés
ci- deflus , font de trois livres , à l'excep ion du
Vinaigre rouge , de feconde nuance , qui eft de
quatre livres; celui de la troisième nuance , de cinq
livres , & le Vinaigre admirable & fans pareil
de quatie livres dix fols.
Les moindres pois de moutarde pour les en
gelures , font de trente fols, pour les perfonnes
en état de payer.
On répère ici que le fieurMaille eft le feul inventeur
de toutes ces différentes fortes de Vinaigres
, & qu'ils ne le diftribuent que chez lui , Cette
obfervation eft néceffaire pour prévenir la ma→
noeuvre des contrefacteurs, & empêcher que le
Public ne foit trompé par eux. Les Perfonnes des
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
-
Provinces de Franee & des Royaumes étrangers >
qui voudront fe procurer quelques -uns de ces
différens objets , peuvent écrire au ſieur Maille, à
l'adreffe ci- deffus & en remettant l'argent par la
Pofte , franc de port , ainfi que les lettres . Il leur
fera tenir très -exactement ce qu'elles demanderont
, & leur indiquera la manière d'un faire uſage
, quand l'objet fera fufceprible de cette explication.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Seyde , les Novembre.
la tran-
LEPacha de Damas , a , dit-on , envoyé à
Ali Daher trois ou quatre cens hommes qui , feignant
de vouloir ſe dévouer à ſon ſervice , font
fa confiance & lui ont tranché
parvenus à gagner
la tête ; le pays de Saphed eft par-là délivré entièrement
des Dahers , & l'on efpère que
quillité va s'y rétablir enfin. Le Pacha de Damas ,
qui n'a pu tromper Ali Daher que parce qu'il
l'avoit longtems foutenu en fecret , ôteà notre
gouverneur Gedzar le fruit de tous les mouvemens
qu'il s'étoit donnés , depuis la prife d'Acre , pour
s'affurer de la perfonne de ce rebelle, & parvient
à faire oublier la complicité , en délivrantla Porte
de ce dangereux ennemi.
MARS. 1777. 221
De Tunis , le 12 Décembre.
Le Bey a notifié à fa cour qu'il avoit réfolu de
faire paffer un envoyé auprès de Sa Majesté Très-
Chrétienne , & qu'il avoit confié cette commiffion
honorable & importante à Suleiman Aga ,
général de la cavalerie , & fon parent , qui étoit
debout à côté du trône du Bey , & qui , après,
avoir fait ſes remerciemens à ce prince , reçut les
complimens des grands du Pays.
De Sainte Croix de Ténériffe , le 2 Novembre.
,
L'efcadre Eſpagnole , aux ordres du marquis
de Tilly , qui avoit appareillé le 13 de Cadix ,
a paffé , le zo de ce mois , à la hauteur de cette
Inle , où elle a été apperçue vers neuf heures du
matin : elle a paru compofée de cent dix- huit voiles.
La frégate la Sainte - Thérèfe , ayant pris
fa bordée pour le Port de Sainte-Croix , détacha
à quelque diftance , fa chaloupe , avec
officier chargé de remettre un paquet au marquis
de Tavalos , commandant- général des Canaries.
Cet officier n'a point dit quelle étoit la deftination
de cet armement' , & il a rapporté que les chefs
refpectifs étoient munis de dépêches , qu'ils ne
devoient ouvrir qu'après avoir perdu de vues ces
ifles.
De Vienne , le 25 Janvier.
un
Tous les régimens viennent de recevoir l'ordre
de fe tenir complets , & l'on s'eft déjà aſſuré des
perfonnes qui feront chargées de conduire les
Kiij
211 MERCURE DE FRANCE.
fourgons & les canons , afin que tout foit prêt à
maicher à tout événement .
De Londres, te 18 Janvier.
On affure ici que la derté de la Lifte civile
montoit , à la fin de 1776 , à la fomme prodigieufe
de 860 , oco livres fterling , & l'on elt perfuadé
qu'il va être propofé , dans le cours de la feelfion
actuelle , une augmentation de 200 , 000 livres
fterling par an pour le revenu du Roi.
Avec quelque vigueur que l'on ait pouffé la
preffe , la grande flotte d'obſervation ne peut être
complettement équipée qu'à la fin de Mars , &
alors elle s'affemblera à Spirhead.
Les miniftres font aujourd'hui l'examen de
quelques perfonnes fufpectées d'être les incendiaires
qui ont mis le feu au magafin de Portf
mouth , & depuis à divers quartiers de la ville
de Briftol.
Une lettre du fergent Thompson , d'un de nos
régimens à Québec , nous apprend que l'armée y
eft tellement infectée de maladies , que dans la
plupart des régimens il n'y a pas plus de trois cens
Vingt ou trois cens quarante hommes en état de
fervir. Les couvens de Religieufes font convertis
én hôpitaux , où nos malades reçoivent les foias
les plus charitables de la part de ces fille cloîtrées,
qui , malgré la différence de culte religieux , pa
roiffent fort attachées à nos intérêts.
On parle de nouvelles dépêches du général
Howe, arrivées à l'adminiftration , & dont elle
garde le fecret ; cette prétendue récicence donne
MARS. 1777. 224
lieu au bruit qui fe répand , qu'une des brigades
Heffoiſes , poftée près de Trenton , a été ſurpriſe
par un détachement du général Washington , &
qu'après un combat affez vif , trois ou quatre
cens hommes au plus de cette brigade ont trouvé
leur falut dans une prompte retraite ; cet événement
, fuppofé vrai , ôte aux Américains , pour
cette campagne , toute crainte fur le fort de
Philadelphie .
On fait , pour la campagne prochaine , des
préparatifs plus grands encore que pour la ders
n ère; l'armée fera , dit - on , compofée
au printemps , de cinquante mille hommes , dent
quinze mille Allemands , pour le complettement
defquels on a fait de nouveaux traités , en Décembre
dernier, avec le prince de Heffe ; le nombre
additionel de troupes montant à mille foixantefept
hommes que ce Prince doit fournir , ne confftera
qu'en infanterie , à laquelle on n'attache-
La point d'officiers -généraux , On obferve encore ,.
à l'égard de ces troupes auxiliaires , qu'elles coûteront
cette année un quart de moins que les
premières. Elles s'embarqueront à Hambourg le
to Mars , & les Vaiffeaux de tranfport ont ordre
de fe rendre le 10 dans ce port. Ces bâtimens
qui avoient coûté 12 f. 6 d. fterl . par tonneau &
par mois , font frétés aujourd hui à ro f. fterl
& l'on attribue cette baiſſe de prix à la moindre
activité de notre commerce , & au grand nombre
de petits bâtimens de tranfport , qui ont été
licenciés ,
A l'égard des nouvelles de l'Amérique , elles
ne peuvent être plus incertaines , puifque le bruit
de la prife du général Lée & de celle de Philadel
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
phie , après un combat très- vif , n'eft point confirmé
par une gazette extraordinaire de la Cour ,
à laquelle des événemens auffi heureux ne peuvent
être indifférens . Ce qui porte encore à douter
du premier fait , c'eft que dans un récit , le
général Lée a été pris feul , dans une maiſon
avancée , où il avoit eu l'imprudence d'entrer ,
fans у être foutenu par aucun corps ; que , dans
une autre , il a été fait priſonnier dans la bataille
qui a décidé la perte de Philadelphie ; & que ,
dans un troisième , c'eft à l'ifle de la Providence ;
la prife de Philadelphie eft auffi conteftée , parce
que , dit - on , le général Howe n'y peut aller fans
paffer la rivière de Delaware , & qu'il manque de
pontons néceffaires à ce fujer.
De Cadix , le 21 Janvier.
L'officier de la tour des Signaux apperçut , le
s de ce mois, à la hauteur de ce port , un convoi
Anglois compofé de vingt- deux voiles , qui
faifoit route au détroit de Gibraltar ; il s'en détacha
cinq bâtiments qui vinrent mouiller lemême
jour en cette baye , & dont les capitaines ont
rapporté que ce convoi étoit parti des Dunes le
16 décembre dernier , compofé de cinquante voiles
, fous l'escorte d'un vaiffeau de foixante canons
, & que le refte de ces bâtimens s'étoit rendu
dans différens ports de la Biſcaye & du Portugal
.
De Carthagène , le 14 Janvier.
La cour vient de défendre l'entrée en fès arfenaux,
à toute perfonne de quelque qualité &,
MARS. 1777. 225
condition qu'elle foit , excepté aux employés &
aux officiers de marine ; le commandant général
de ce Département en a reçu l'ordre par le der-.
nier courier , & l'a mis fur le champ à exécution .
L'exemple des incendies furvenus dans les arfenaux
étrangers, a donné lieu à cet acte de rigueur .
De Civita- Vecchia , le 23 Décembre .
Le Pape fait faire des fouilles aux environs de
cette ville , & fingulièrement aux bains de l'Empereur
Trajan , appelés Taurini , & a un autre
endroit nommé la Seracinefca , anciennement
Caftrum Novum , où il y a encore quelques débris
de murailles antiques . Ce travail n'a pas répondu
jufqu'à préfent à l'efpérance du Saint-
Père ; car , à la réserve de quelques carreaux de
marbre jaune & Africain , & d'un pavé de mo
faïque ancien , on n'a encore rien trouvé.
De Rome , le 3 Janvier.
L'anté- muraille du port de Civita- Vecchia
élevée par l'empereur Trajan , ayant été endom
magée en plufieurs endroits , a été réparée par
les bienfaits du Pontife régnant , & on y agravé
une infcription à la gloire du Saint- Père.
Le gouverneur d'Aquapendante , petite ville
de l'Etat Eccléfiaftique fur la route de Toscane ,
a été trouvé ces jours derniers égorgé dans fon litz
on n'a pointencore découvert l'auteur de ce meuztre.
Le tribunal de la police de Rome a condamné à
mort les nommés Robert Pucci & Fulvius Zoli
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
convaincus d'avoir fait contre la Mufe Coriliaune
Comédie fatyrique , dans laquelle ils avoient
même manqué de refpect à la perfonae faciée du
Pape. On elpère que Sa Sainteté leur fera grace
de la vie , mais l'on croit que s'ils ne font pas
envoyés aux galères , ils feront au moins bannis
à perpétuité des états du Saint Père.
Le tribunal des inquifiteurs d'Etat vient de défendre
aux Patriciens de fe faire voir fur la place
de Saint-Marc autreinent qu'en robe de leur état
ou fous le mafque.
De Toulon, le 24 Janvier.
Le bâtiment chargé des préfens que le Bey de
Tunis envoyé au Roi , a précédé de quelques
jours la frégate l'Aurore , commandée par le
chevalier de Coriolis d'Efpinoufe , capitaine de
vaiffeau , fur laquelle eft embarqué Suleiman
Aga , général de la cavalerie du royaume de
Tunis , & envoyé du Bey auprès du Roi. Elle
a mouillé dans cette rade le 19 de ce mois.
Du 9 Février.
Le terme fixé pour la quarantaine de Suleiman
Aga , envoyé du Bey de Tunis auprès du
Roi , étant expiré , il s'eft embarqué ce matin
an Lazareth , dans le canót du Commandant de
la Marine , qui lui avoit été envoyé avec celui
de l'Intendant , & il s'eft rendu à Toulon , accompagné
de plufieurs officiers de la Marine , de
deux Secrétaires Interprêtes de Sa Majeſté pour
les Langues Orientales , de deux Officiers de la
MAR. S. 1777. 217
Garde du Bey , de fon fecrétaire & des gens de
fa fuite. En pallant près du vaiſeau Amiral , il
a été falué de ſept coups de canon , la garde a
pris les armes , & on a battu aux champs. En
fortant du canot , il a monté dans la voiture du
marquis de Saint Aignan , lieutenant général
des armées navales , commandant la Marine ,
qui l'attendoit fur le quai , & il a été conduit
au jardin du Roi , où fon logement avoit été
préparé. Les différens corps- de garde qui le font
trouvés fur fon paffage , ont pris les armes &
bartu aux champs.
On a établi une garde à la porte du Jardin du
Roi , où l'Envoyé fera quelque féjour , pour
fe repofer des fatigues de la mer , recevoir &
rendre les vifites d'ufage . Il fe propefe de partir
enfuite pour Paris.
De Verfailles , le 22 Février.
&
Le 19 , le Roi ayant jugé à propos
de fixer
par le fort , le rang des trois Vieux Régimens , &
des trois dénommés Petits- Vieux , qui rouloient
enfemble , Sa Majesté a fait tirer , Elle-même ,
dans fon chapeau , les Colonels , chacun fuivant
l'ancienneté de fon rang de Colonel , à cont
mencer par les trois premiers Régimens . Par le
fort , le Régiment de Piémont , dont le comte de
Peyre eft colonel , s'eft trouvé le premier ; celui
de Navarre , dont le comte de Rochechouart eft
colonel , le fecond; & celui de Champagne ,
dont le marquis de Seguelay eft colonel le
troisième.
y
Des trois autres Régimens , celui de Bourbonnois
, dont le marquis de Laval eft colonel ,
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
s'eft trouvé le premier ; celui de Béarn , dont le
marquis de Crenolle eft Colonel , le fecond ; &
le Régiment d'Auvergne , dont le vicomte de
Laval eft Colonel , le troisième.
De Paris , le 14 Février,
Le 26 du mois dernier , Pierre Luftre Attolinghi
, Juif, âgé de cinquante - fix ans , né à
Modène , a été baptifé dans l'Eglife de Saint-
Génis - lès - Ollières , près Lyon , par l'Abbé
Cazade , Docteur en Théologie de l'Univerfité
de Toulouſe , qui l'avoit inftruit ; ce Cathécumène
fut auffi admis à la Table Euchariftique
avec fon fils aîné ; tous les autres enfans
furent baptifés comme lui.
PRESENTATIONS.
Les députés des états de Cambrai , du pays &
comité du Cambréfis , ayant obtenu du Roi la
permiffion de lui être préſentés , furent admis le
mêmejour à l'audience de Sa Majefté , à laquelle
il furent préfentés par le maréchal de Soubife ,
gouverneur de la Flandre , Haynault & Cambréfis
, & par le prince de Montbarrey , fecrétaire
d'état , & en furvivance au département de la
guerre , ayant celui de la Flandre. La députation
qui fut conduire à l'audience de Sa Majefté par
le fieur de Nantouillet, maître des cérémonies ,
étoit compofée , pour le clergé , de l'archevêqueduc
de Cambrai , prince du Saint - Empire , qu
MARS. 1777. 229
porta la parole ; pour la nobleffe , du marquis
Dufart du Catelet ; & pour le tiers- état , du fieur
Lefebvre.
La députation fut enfuite rendre les refpects
à la Reine & à la Famille royale.
Le comte de Montmorin , miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur de Trêves , de
retour ici par congé , a eu , le 9 février , l'honneur
d'être préfenté au Roi par le comte de Vergennes
, miniftre & fecrétaire d'état au département
des affaires étrangères.
Le fieur Radix de Sainte -Foix , miniftre plénipotentiaire
du Roi près le duc de Deux- Ponts ,
s'étant démis de cette place , Sa Majefté y a nommé
le comte O-Kelly , qui , le même jour , a cu
l'honneur d'être préfenté , en cette qualité , au
Roi , par le comte de Vergennes , miniftre &
fecrétaire d'état au département des affaires étrangères
, & de faire fes remercîmens à Sa Majesté.
bri-
Le comte de Roquefeuil , lieutenant - général
des armées navales , & le baron de Tott ,
gadier des armées du Roi , ont eu l'honneur
d'être préfentés à Sa Majefté , le 16 Février , par
le fieur de Sartine , miniftre & fecrétaire d'état
ayant le département de la marine , & de faire
leurs remercimens à Sa Majefté ; le premier , de
la place d'infpecteur des troupes du corps - royal
d'infanterie & d'artillerie de la marine ; le fecond
de celle d'inspecteur général des établiffemens
François fitués dans les pays de la domination du
Grand - Seigneur & des princes de Barbarie. Le
baron de Tott a pris en en même- temps congé
de Sa Majesté.
130 MERCURE DE FRANCE.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
2
Le 30 du mois de Janvier , les heurs Lemoine,
ancien Directeur de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , Dhués , Sculpteur du Roi
Adjoint à Profeffeur de la même Académie , &
Delarche , Sculpteur - Cifeleur , ont préſenté a Sa
Majefté trois monumens en bronze , dont chaque
figure a dix huit pouces environ de haule
piédeſtal en marbre à proportion. Ces
trois Ouvrages avoient été demandés par le feu
Roi , & Sa Majefte - Louis XVI , par un fentiment
de refp . & pour fon aïeul, en avoit ordonné
l'entière exécution .
teur
>
Le premier de ces monumens eft la réduction
en petit de celui que la Province de Bretagne , au
milieu de la joie univerfelle qu'excita la convalef
cence du Roi Louis XV, après la maladie à Metz,
airêta d'ériger pour tranfmettre a la poftérité la
mémoire de cette ivceffe patriotique . Le célèbre
Lemoine y reprefente le Roi le montrant à fes
Peuples environné de trophées . La Déefle de la
Santé eft d'un côté du piédeſtal avec l'emblême
qui la caractériſe ; elle porte fur fon bras un ferpent
auquel elle donne à manger dans une patere
; de l'autre côté , la Province de Bretagne
montre à la Nation le Prince qui fait l'objet de
fa jote & de fon refpect ; les fruits & autres
attributs qui font au bas , indiquent les hommages
des Peuples.
MARS. 1777. 231
Le fecond monument eft celui que le Roi
Staniflas fit élever à Nancy , à la gioire de fon
gendre. Le Roiy eft repréfenté en habit Romain
de Triomphateur. La Prudence , la Juftice , la
Valeur & la Clémence , caractérisées par leurs
emblêmes , font affifes au bas du piédeltal , qui
préfente fur ces quatre faces des Médaillons al-
Egoriques , dont les fujets font le mariage de
Louis XV , la paix conclue à Vienne , la prife
de poffeffion de la Lorraine , & l'établiffement de
l'Académie des Sciences de Nancy. C'eft le
fieur Dhués qui à exécuté ce monument d'après
l'objet en grand , dont le feur Gaibal , Sculp
teur de Nancy , eft l'Auteur .
›
Le troisième est un monument projetté pour
la ville de Rouen & repréfentant Louis XV
avec l'ancien habit des Chevaliers François , élevé
fur un pavois à la vue du peuple & de l'armée ,
par trois des principaux Officiers , felon l'ufage
établi au commencement de la monarchie françoi
fe , pour la proclamation du Prince. Il a été compofé
, comme le premier , par le fieur Lemoine ,
& exécuté en bronze dans la proportion des deux
autres par le fieur Delarche ,fculpteur- cifeleur.
Sa Majefté , par la manière obligeante avec
laquelle elle a reçu ces trois morceaux de fculpture
, a donné des preuves de fon goût & de fa
pro ection pour les arts.
, Le 8 Février le P. Chri oftôme Faucher
religieux de Saint François , de la maifon de Nazareth
à Paris , auteur de l'hiftoire de Photius &
des obfervations fur le Fanatifime , a cu l'honneur
232
MERCURE
DE FRANCE
.
de préfenter à Leurs Majeftés l'hiſtoire du cardinal
de Polignac.
Le même jour , les fieurs de Horne , médecin
ordinaire de madame la comteffe d'Artois & du
duc d'Orléans , & Lafervolle , médecin confultant
de monfeigneur le comte d'Artois , ont eu
l'honneur de préfenter au Roi, à la Reine , à Monfieur
, à Madame , à monfeigneur le comte d'Artois
& à madame la comteffe d'Artois , l'Etat de
la Médecine , Chirurgie & Pharmacie en Europe,
& principalement en France , pour l'année 1777.
Le même jour , les fieurs Saillant & Nyon ,
Libraires , rue Saint- Jean - de -Beauvais , ont eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté les OEuvres du
Chancelier d'Agueffeau , tome IX , in -4 °. & le
Traité des Coutumes Anglo - Normandes , par
le fieur Houard , tome II , in- 4°.
Le to du même mois , le fieur Moreau , confeiller
en la cour des Aides de Provence , premier
confeiller de Monfieur , hiſtoriographe de France
& bibliothécaire de la Reine , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeſtés & à la famille royale
, le premer volume imprimé de Jes Difcours
fur l'Hiftoire de France. Il a eu en même- temps
celui de remettre au Roile manufcrit du XXI de
ees Difcours .
Le 16 du même mois , le marquis de Pezay a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , l'Atlas complet des campagnes du
maréchal de Maillebois en Italie. Il a en mêmetemps
remercié Sa Majefté de la place d'Infpecteur-
Général des Milices Gardes-Côtes.
MARS. 1777. 233
Le 19 du même mois , le fieur Lieutaud ,
confeiller d'état , premier médecin du Roi ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi , à Monfieur ,
& à Monfeigneur le comte d'Artois , une nouvelle
édition du Précis de la Médecine pratique
& de la Matière médicale.
Le même jour, le fieur Portal , lecteur du Roi ,
profeffeur de médecine au Collége royal de France,
médecin confult , de Monfieur, de l'Acad. R.
des Sciences de Paris , a auffi eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfieur , & à Monfeigneur
le comte d'Artois , la nouvelle édition de l'Anatomie
hiftorique & pratique du fieur Lieutaud , que
le fieur Portal a augmentée de diverfes remarques
hiftoriques & critiques , & de plufieurs nouvelles
defcriptions.
NOMINATIONS.
Le 2 Février , le Roi a accordé au comte du
Châtelet d'Haraucourt , chevalier de fes ordres ,
le titre de duc héréditaire .
Sa Majesté a auffi accordé au marquis de Maillyd'Haucourt
, meftre- de - camp du régiment royal
Pologne , le brevet de duc & les honneurs du
Louvre.
Le 9 du même mois , la marquife de Mailly ,
dame d'atours de la Reine , prit le tabouret , con234
MERCURE DE FRANCE.
formément au brevet de duc accordé par le Roi
au marquis de Mailly.
Le Roi , en apprenant la mort du maréchal
de Conflans , Pun des deux vice- amiraur de
France , a créé une troifième place de vice- amirai
, & a élevé à ce grade le comte d'Estaing & le
prince de Bauffremont - Liftenois , lieutenans - généraux
.
Sa Majefté a en même - remps accordé le grade
de lieutenant- général des armées navales au baille
de Raymond d'Eaux , au comte d'Orvilliers , commandant
la marine à Beft , & au comre
Duchaffault , com :nandant l'efcadre du Roi en
rade à Breit , tous les trois chefs d'efcadre des
armées navales.
Le romte d'Ennery , gouverneur général des
Ifles Françoifes fous le vent , étant more le 13
décembre dernier , Sa Majefté a nommé à fa
place le feur d'Argout, mar chal - de - camp , commandant
général à la Martinique , qui fera remplacé
par le marquis de Bouillé , brigadier des
armées du Roi.
MARIAGES.
Le 12 février , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Podenas , colonel du régiment de Brie , cavalerie
, avec demoiſelle Godin ; & celui du comte
de Bruet , l'un des gentilshommes de la chambre
de Monfieur , avec demoiſelle de Jardin
MARS. 1777. 231
Le 19 du même mois , Leurs Majeftés & la
Famille royale ont figné le contrat de mariage
du ficur Profper de Raftel , vicomte de Roche-
Blave , major d'infanterie avec dame Lallemand ,
veuve du freur Delaye , écuyer & confeiler du
Roi en fon confeil fouverain du Cap François
ifle Saint-Domingue.
MORTS .
Antoine - Charles Efmangard de Bournonville ,
écuyer , ancien premier commis des affaires é : ran
gères , & ancien directeur des détails militaires ,
pour les troupes Suiffes , de Monfeigneur le comte
d'Artois , colonel général des Suifles & Grifons ,
eft mo t ici , le 31 de janvier.
Paul Chauchon , docteur en théologie , anein
aumôurer du feu duc d'Orléans , commandeer
de l'ordre de Saint- Lazarre , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Waaſt , ordre
de Saint- Auguftin , diocèfe du Mans ,
eft mort
en la Paroiffe de Bénais en Anjou , le 6 janvier ,
dans la 78° année de fon âge.
Henri-Jacques de Montefquiou - Poylebon →
évêque de Sarlat , eft mort en fon palais épifcopal
, le 19 du même mois , âgé de foixante fept
ans paffés.
Jean - Baptifte Maillard , marquis de Lendreville
, meftre- de- camp de cavalerie , chevalier
236 MERCURE DE FRANCE.
de l'ordre royal & militaire de Saint-Louis , eft
mort en cette ville , le 24 janvier , âgé de 47 ans.
Marie-Thérèſe de Craff, dame de Wifme, dans
le duché de Neubourg , époufe en premières noces
d'Adam , baron de Falckemberg , directeur - géné
ral des finances , & commiffaire- général des troupes
du feu électeur de Cologne, Clément- Augufte
de Bavière , mariée en 1765 à L. Gabriel du
Buat , comte de Nançay , alors miniſtre près la
Diète de l'Empire , & depuis fon miniftre du Roi
plénipotentiaire près l'électeur de Saxe, eſt morte
en fon château de Nançay , le 24 janvier ,
dans la 43 ° année de fon âge .
Alexandre-Guillaume Courtin , comte de Villier
, chevalier de l'ordre royal & militaire de
Saint- Louis, eft mort dans fon château de Villiersfur-
Marne , les février , âgé de foixante - neuf
ans.
Hilation Frézeaux , Comte de la Frézeliere
Marquis de Germigny , Ancien premier Lieutenant
- Général de l'Artillerie de France , eft mort
en fon Château de Germigny en Bourbonnois,
le 2 Janvier dernier , âgé de 74 ans.
Il ne fubfifte plus de fon nom qu'une branche
cadette , établie en Angleterre en 1300
connue fous le nom de Frazer.
Meffire François- Gabriel Daudefens , Briga.
dier des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre-
Royal & Militaire de Saint- Louis , eſt décédé à
Montpellier , le 23 Novembre 1776 , âgé de foixante-
feize ans ; la valeur diftinguée , & fa capacité
dans les emplois de la Guerre , l'auroient
MAR S. 1777. 237
élevé aux premieres dignités , fi fon coeur plus
généreux qu'ambitieux ne l'eût ramené dans fa
Patrie , où il s'eft montré fans ceffe , bon parent,
bon ami & bon Citoyen , par les bienfaifances
& par fon affabilité. Ayant fçu les défenfes
d'enfevelir dans les Eglifes , il s'eft réjoui de
la privation du tombeau de fes pères ; fon humili .
té a confacré toute les vertus.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Février 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font
29 , 23 , 85 , 42 , 25 ,
138 MERCURE DE FRANCE.
PIÈCES
TABLE.
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Suite de l'Automne ,
Epitaphe d'un Bon-Homme ,
L'Ebéniste ,
Vers adreflés à la Reine ,
Imitation d'une Allégorie de Linnæus ,
Epître à M D. M.
Ode d'Horace,
Daphnis & Alcimadure ,
Ofmin ,
Le Gafcon ,
ibid.
10
11
12
15
18
20
22 .
25
31
Epigramme , 33
Stances ,
ibid.
L'origine de la Flûte , 35
A Madame H. de L. T.
36 Epitre à M. le Comte de Sainte-Fère , 37
Epigramme ,
39
Ode contre l'Ail , 40
Vers à M. de Lonchamp , fils , 41
A M. Defellart ,
42 Le vieillard raifonnable
45
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Euvres complettes de Démosthène & d'Ef-
46
47
49
$3
chine ,
Le Prince de Bretagne >
ibid .
73
MAR S. 1777. 239
L'Égyptienne , 77
85
90
Obfervations à MM. de l'Académie Françoile,
Hiftoire des progrès de l'Eſprit humain ,
De la Philofophie ,
D. Juftiniani Imperatoris ,
102
105
Trait's fur les Coutumes Anglo- Normandes, 108
Eloge Hiftoriq. de M. de Saint - Foix ,
Bibliothèque Amufante ,
I12
118
Répertoire Univerfel de Jurifprudence ,
120
Hymne au Soleil ,
123
Les Incas ,
127
Annonces littéraires , 155
ACADEMIES ,
159
Dijon , ibid.
Journal de Lecture , 172
Ecole Vétérinaire , 173
gratuite de Deffin , 175
SPECTACLES.
177
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe ,
179
Comédie Italienne ,
180
Début ,
184
Réflexions fur les Economiſtes ,
185
ARTS.
194
Gravures • ibid.
Mufique. 201
Bienfa: (ance . 206
Variétés , 10ventions , & c. 209
Anecdotes. 211
Avis ,
214
Nouvelles politiques ,
220
Préſentations , ` 228
d'Ouvrages , 230
Nominations ,
233
240 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
234
Morts ,
235
Loterie , 237
ΑΙ
APPROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France pour
le mois de Mars , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion .
A Paris , ce 4 Mars 1777.
DE SANCY.
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FRANCE ,
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Dict . Diplomatique , in -8°. 2 vol. avec fig. br.
Dict . Héraldique , fig, in 8 ° . br.
Révolutions de Kuffie , in- 8° . rel .
Spectacle des Beaux - Arts , rel .
Diction. Iconologique , in 8 °. rel.
12 1.
de baffe-
2 l.
12 1.
31. 15 f
21. 10 f,
2 1. 10 f
3 1.
9 1. Dict . Ecclef. & Canonique , 2 vol. in- 8 ° . rel.
Dict . des Beaux -Arts , in- 8 ° . rel . 4 1. 10 f.
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de l'Hift . d'Eſpagne & dc Portugal , 2 vol. in-8 °. ----
tel .
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Théâtre de M. de Sivry , vol . in- 89 . br.
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Les mêmes , pet. format ,
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12 1.
61.
3 vol .
6 1.
2 l.
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Les Odes Pythiques de Pindare , in -8 ° . br.
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241
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Jaa li
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ture , in-4° . avec fig. br . en carton ,
L'Agriculture réduite à fes vrais principes , vol .
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in-12 .
21.
41 .
1773-
MERCURE
DE FRANCE..
FÉVRIER ,
1777:
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Suite de L'AUTOMNE , Chant troisième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
LA VENDANGE.
Les feux du jour ont mûri les côteaux ;
De toutes parts la grappe tranfparente
A iij
MERCURE DE FRANCE.
1
Brille à travers les mobiles rameaux
Boit le foleil , & déja ſe préſente
Au vigneron , charmé de ſes travaux ,
Dont le fuccès a paffé fon attente.
Mais le Paſteur affemble le hameau ,
Et la vendange eft enfin annoncée ;
Au lendemain la récolte eft fixée ,
Et l'allégreffe offre un coup d'oeil nouveau.
Libre de foins , dans la cour du Château ,
Au jour tombant , la ruftique affemblée
Se mêle , au fon d'un léger chalumea” ,
Et le plaifir prolonge la veillée.
Le foleil brille aux portes du matin ;
Sur le côteau le village s'avance :
Filles , garçons , la vieilleſſe , l'enfance ,
Chacun s'empreffe . En cheminant , Colin
A Lycoris exprime fa tendreffe ;
Et , racontant les tours de fa jeuneſſe ,
Le vieil Arcas abrége le chemin ;
Le rire éclatte, On arrive , on commence &
La Dame approche , & le fer à la main ,
Donne l'exemple aux vendangeurs . Alain ,
Le jeune Alain entonne une romance ,
Et tous enfemble entonnant le refrain ,
A qui mieux mieux maltraitent la cadence
De fes tréfors le pampre ek dépouillé ,
FÉVRIER. 1777. 7
Et du raiſin , dans la cuve foulé ,
Le jus vermeil à gros bouillons s'élance :
Le preffoir crie & tourne avec effort ;
Le vin nouveau s'épure ; l'allégreffe
Règne à l'entour , & le plus doux tranſport
Remplit les coeurs de joie & de lieffe .
Enfin la lune éclaire le côteau :
Des vendangeurs la troupe ſe raſſemble ;
Et lentement regagne le hameau.
La cloche fonne ; ils viennent tous enſemble
Faire , en chantant , l'effai du vin nouveau.
En le buvant , fon coloris rappelle
L'éclat d'Aminte & les charmes d'Iris :
La joie augmente , & chaque Amant fidèle
Boit à l'objet dont fon coeur eft épris.
Heureux mortels ! l'appétit afſaiſonne
Et rend meilleur ce champêtre repas :
A la gaieté la troupe s'abandonne ,
Le vin pétille & l'on rit aux éclats.
Philinte , affis auprès de fa Bergère ,
Cherche à fléchir la rigueur de fa mère ,
Qui cède enfin & ſe rend à ſes voeux :
Cloé rougit , & le doux choc du verre
Eft le fignal des plaifirs & des jeux.
Chantre éloquent des tréfors de Pomone ,
OS. L ***, c'eft le nectar des Dieux
A iv
MERCURE DE FRANCE.
Qui t'infpira ces chants majestueux ,
Ou tes pinceaux , des bienfaits de l'automne ,
Ont déployé le tableau gracieux !
Jeunes Bergers , & vous , jeunes Bergères ,
Raffemblez -vous fous ces bois jauniflans ;
De nos bofquets les hôtes folitaires ,
Bientôt , hélas ! de leurs tendres accens
Ne feront plus retentir ces clairières ,
Où vous goûtiez des plaifirs fi charmans .
Le temps approche où le riant boccage
Ne fera plus témoin de votre ardeur :
Bientôt , bientôt , déchaînant ſa fureur ,
Le fombre hiver flétrira le feuillage ,
Et des frimats ramenera l'horreur :
Puifqu'il fufpend fa rage criminelle ,
Jeunes Amans, l'automne vous appelle :"
Venez , venez jouir de fes faveurs.
Le chaffelas ou la pêche vermeille ,
Sont embellis des plus vives couleurs ;
Et le mufcat , qui couronne la treille ,
A raffemblé fes parfums enchanteurs.
Déjà des vents les bruïantes haleines ,
Se difputant les côteaux & les plaines ,
Quittent le Nord & s'emparent des airs .
Le fruit plus mûr , que leur fouffle balance ,
Cède à fes coups & tombe en abondance ;
De fes débris les chemins font couverts.
1
FÉVRIER. 1777 . 2
De l'aquilon fauvez ce qui vous refte ;
L'hiver s'approche ; hâtez-vous , ô Bergers !
De préferver d'une chûte funefte ,
Et les rubis & l'or de vos vergers.
Lieux fortunés , agréable retraite ,
Séjour charmant , qu'habite le bonheur ,
Paifibles bois , où l'ame fatisfaite ,
Des vrais plaifirs favoure la douceur ;
Où , par l'effet d'une heureufe impoſture ,
L'art , déployant un preſtige enchanteur ,
Ajoute encore aux dons de la nature ;
Où cent canaux d'une onde vive & pure ,
Dans les vallons répandent la fraîcheur :
Bofquets d'A*** , folitude immorselle ,
Où le plus grand & le meilleur des Rois ,
Du poids du fceptre & du fardeau des loix ,
Se délaffoit auprès de Gabrielle !
Que j'aimerois , loin de tout embarras ,
A parcourir ces champêtres allées ,
Où le jafmin , la rofe & le lilas
Courbent en dais leurs branches émaillées !
Que j'aimerois, & fortuné féjour !
A m'égarer , au gré de mon envie ,
Dans ces vergers , où le flambeau du jour
Répand l'éclat , l'abondance & la vie !
C'eft-là , c'eft- là que refpirant le frais ,
Et qu'au matin , errant à l'aventure ...
1
Av #
10 MERCURE DE FRANCE.
Que dis-je ? hélas ! inutiles regrets ! ...
Si je ne puis jouir de fes attraits ,
Je me confole en chantant la nature.
Par M, Willemain d'Abancourt.
L'ARGUMENT SANS RÉPLIQUE.
Conte.
DEUX bourreaux de l'humanité ,
L'altière Médecine & l'humble Chirurgie ,
Toutes deux en bonne fanté ,
Plaidoient pour une minutie :
La Médecine prétendoit
Que fon vénérable bonnet
Devoit avoir la préféance:
La Chirurgie à fon tour foutenoit,
Qu'étant foeurs , la prééminence
A perfonne n'appartenoit.
Elle n'avoit pas tort. Fourré comme une hermine ,
Le Doyen de la Faculté
S'en va trouver le Juge : il entre, en qualité
De Député
De Meffieurs de la Médecine :
Monfeigneur , lui dit- il , il faut abfolument ,
»Pour éviter toute incartade,
FÉVRIER. 1777 .
Qu'un mur d'airain ... C'eſt penſer fagement ;
Mais, Monfieur le Docteur, reprit le Préfident ,
De quel côtémettra- t - on le Malade ? » *
Par le même.
LA FABLE JUSTIFIÉE.
Allégorie à Madame D... en lui offrans
une boîte.
Pour embellir la naiffante Pandore ,
La Fable affure que les Dieux
Lui firent à l'envi mille dons précieux :
La fraîcheur de fon teint fut un préfent de Flors :
Un regard tendre , un fouris gracieux ,
L'art enchanteur de plaire à tous les yeux,
Et bien d'autres charmes encore ,
Luifurent prodigués par l'Enfant de Cypris
La troupe des Jeux & des Ris ,
La timide Pudeur , la Décence , les Grâces ,
De fe fixer à jamais ſur ſes traces ,
Sentirent d'abord tout le prix.
Chef-d'oeuvre heureux de la nature ,
7 C'eft un mot de M. le Chancelier d'Aguefezu,
A vi
12 MERCURE DE FRANCE.
Son ame ignoroit l'impofture.
Minerve la combla de talens , de vertus :
On ajoute encor que Vénus ,
En fa faveur , dépouilla fa ceinture ,
Abrégé de tant d'attributs .
Le Dieu qui lance le tonnerre ,
Voulut à fes préfens mettre le dernier trait :
Qui l'eût penfé ? Ce perfide bienfait ,
Fut la fource des maux qui défolent la terre.
Moins faftueux & plus fincère ,
Le don que je vous fais renferme tous les coeurs.
Ne craignez pas que légers ou trompeurs ,
Ils s'échappent de leur afyle.
Vous connoître & vous fuir eft chofe difficile :
J'en ai pour fürs garans vos attraits féducteurs .
Aimables fictions , dont la Fable eft remplie ,
Vous fîtes de Pandore une femme accomplie !
Ces contes étoient bons aux fiècles de féeries ;
Réunit-on jamais tant de dons excellens ?
Pardonnez ; oui , je crois à vos fonges brillans ;
Je vois & j'admire Sophie ,
Et je m'écrie alors dans mes tranfports brûlans :
Ah ! c'étoit une prophétie !
Par M. l'Abbé Dourneau , Chevalier
du Saint- Sépulchre.
EÉVRIER. 1777. 13-
A MERCURE.
DEPUIS long-temps je briguois une place
Dans l'Almanach des Filles du Parnaffe ;
Mais trois fois mes vers préſentés
Pour être infcrits fur la fatale lifte ,
Par le rigide Nouvelliſte ,
Trois fois ont été rebutés.
Juge fi cela doit me plaire ,
Moi , dont l'unique ambition
Etoit de voir mon foible nom
A côté du nom de Voltaire ,
De la Harpe ou de Voifenon.
Qu'elle foit méritée ou non ,
Je ne puis digérer l'injure ,
Et je viens dans ton fein dépofer mes douleurs,
De grâce, venge- moi , Mercure ,
Du Gazetier de tes bavardes Soeurs .
Par M. de Saint -Marcel , Garde
d'Artois.
17
14
MERCURE
DE FRANCE
.
LA NAISSANCE de la Rose.
TRANQUILLE à l'ombre d'un vieux chêne
Pan rajuftoit fon chalumeau ,
Quand par-là le halard amène
Une Bergère & fon troupeau.
Les attraits qui brilloient en elle
Soudain réveillent fon ardeur ,
Et font jaillir quelque étincelle
Du feu qui couvoit dans fon coeur.
Fougueux comme l'eft tout Satyre ,
Et par le defir emporté ,
Vers l'aimable objet qui l'infpire,
Il court d'un pas précipité .
De l'outrage qui la menace ,
La Belle évite le danger.
Le Dieu vole envain fur fa trace :
Un cerffuit d'un pied moins léger,
Déjà loin , la Nymphe ſauvage
De fon triomphe s'applaudit ;
Mais un buiſſon , à ſon paſſage ,
L'arrête ,& le Dieu la faifit.
FÉVRIER. 1777. IS
J'ignore fi cette Bergère
Maudit ou non le mauvais pas ;
Elle fut , dit- on , moins févère ,
Lorfque Pan la tint dans fes bras.
Elle rougit : pour récompenfe ,
Dit aubuiffon l'heureux Amant ,
Produits des fleurs dont la nuance
Soit prife fur ce teint charmant.
Par le même.:
IMITATION ITALIENNE.
Ou fais-tu ton nid , Dieu d'Amour ? . U
Seroit-ce dans les yeux de Laure ,
Ou dans mon coeur qu'eft ton féjour?
Lorfque je vois ces yeux , ces beaux yeux que
j'adore ,
Amour ! c'eft- là que je te voi ;
Mais je connois bientôt , au feu qui me dévore,
Que tu te trouve tout en moi.
A ton pouvoir fi rien n'eft impoffible ,
En ma faveur opère un changement !
Viens dans mes yeux briller en ce moment ;
Ou loge-toi dans fon coeur infenfible !
Par le même
16 MERCURE DE FRANCE .
ÉPIGRAM ME.
L'EPOUX
COMPLAISANT.
CHEZ un Romain foupoit Mécène un jour ;
Il fut placé tout auprès de fa femme
Dans le repas il lui parla d'amour ,
Dont s'apperçut le mari de la Dame ,
Quifur fon lit , complaifant à fouhait ,
Comme cédant au fommeil qui l'entraîne ,
Se laiffe aller, puis s'endort tout- à -fait ,
Ou fait femblant , pour les mettre hors de gêne .
Lors un valet porte la main aux plats ;
Mais le mari fe lève , & par le bras
Le faififfant , qu'il y touchoit à peine :
Comment , coquin , dit- il , ne vois-tu pas
Que je ne dorsici que pour Mécène .
Par le même.
FÉVRIER. 1777. 17
LES JEUX DE L'AMOUR ET DU
Αν
HAZARD .
Hiftoire Espagnole.
temps où l'Efpagne étoit divifée
en plufieurs Royaumes particuliers , celui
d'Aragon effaçoit tous les autres ,
par le fafte , l'éclat , la magnificence &
la gloire qui environnoient fon Roi.
La brillante Cour d'Alphonfe attiroit
une foule de jeunes Seigneurs ; & la
Princeffe Léonore étoit pour eux un
motif de plus pour y féjourner. Jamais
on n'avoit vu en Efpagne , la beauté
fous une forme plus touchante ; des
traits nobles & modeftes , des yeux
tendres & languiffans , un efprit ingénu ,
rendoient Léonore , de toutes les femmes
, la plus aimable . Sa fenfibilité égaloit
fes charmes ; elle étoit toute âme
& toute grâce.
On fe difputoit à l'envi , le bonheur
de lui plaire ; mais pénétré du plus
profond refpect , aucun de fes adorateurs
n'ofoit lui faire part des fentimens
18 MERCURE
DE FRANCE
.
que
qu'elle leur avoit infpirés. Le feul D.
Juan , Prince héréditaire de Caſtille ,
en eut la hardieffe. Des affaires d'État
le Roi de Caftille avoit à démêler
avec le père de Léonore , jointes aux
grandes efpérances & à la figure avantageufe
de D. Juan , pouvoient faire
réuffir un mariage , auquel l'amour &
la vanité l'invitoient également. Plein de
confiance en fa perfonne & fon mérite,
sûr d'obtenir le confentement d'Alphonfe
, il fit à Léonore l'aveu de
fon amour , avec cette hauteur préfompueufe
qui faifoit la bafe de fon caractère.
La froideur que la Princeffe mit dans
fa réponſe , annonçoit une longue indifférence
, & bleffa l'amour-propre de
D. Juan ; mais peu occupé de captiver
le coeur de Léonore , il réfolut d'employer
l'autorité du Roi fon père , &
ne négligea rien pour accélérer le mariage.
La nouvelle s'en répandit bien-tôt :
elle fut un coup de foudre pour le Prince
de Léon , qui avoit toujours été le plus
paffionné , mais le plus refpectueux des
adorateurs de Léonore . Cependant la
conquête de ce coeur étoit réfervée à
FÉVRIER . 1777. 19
Vérémond ; fes qualités héroïques &
généreufes , l'en rendoient digne ; & le
penchant fecret de la Princeffe , autorifoit
fon amour. Poulfé au défeſpoir ,
il fe tranfporta chez la Princeffe . Le
difcours qu'il fit à Léonore , exprimoit
tout ce qu'une âme tendre & délicate ,
peut infpirer de plus touchant ; & le
défordre qui y règnoit , peignoit tourà-
tour les fentimens de la crainte & de
l'efpérance. Il n'eft plus tems , Madame,
lui dit - il , de garder un filence qui ,
jufqu'ici , m'a caufé les tourmens les
plus cuifans ; je viens le rompre , pour
vous demander un aveu qui fera le
bonheur ou le malheur de ma vie . Eftil
vrai que vous époufez D. Juan ?
Eftil vrai que l'heureux D. Juan
doit vous pofféder , & que votre coeur
y confent ? Parlez , Princeffe , prononcez
mon arrêt. Calmez votre inquiétude ,
répliqua Léonore , incapable de feindre
ou de diffimuler . Non Prince , je n'hésite
pas à vous faire un aveu auquel la vertu
a autant de part que l'amour . Ce fentiment
ne connoît point de loi , il eſt
au-deffus de tous les obftacles ; mais
il veut des âmes fortes & courageufes ,
que les difficultés irritent , & que les
20 MERCURE DE FRANCE .
revers n'étonnent point . Je connois la
mienne , & je vous jure une conftance
à toute épreuve ; je vous jure de n'être
qu'à vous , quoiqu'il puiffe arriver .
Cet aveu mit Vérémond hors de luimême.
Emu , agité , interdit , les mots
ne pouvoient fuffire aux fentimens . Son
langage étoit rapide, entre- coupé , plein
de force & de chaleur ; des accens
inarticulés fuppléoient aux paroles. Une
éloquence pathétique fuccéda enfin au
filence , & une action impétueufe en
redoubloit l'énergie ; mais la crainte de
trahir leurs intérêts communs , par un
entretien trop long , ayant obligé le
Prince de fe retirer , il mit dans fes
adieux un intérêt qui fit naître dans
Léonore , le plus vif defir de le revoir
bien-tôt.
Rempli des idées les plus flatteufes ,
le Prince entra dans une des allées du
Jardin Royal , & il y rencontra précifément
fon rival . Je ne m'attendois pas,
dit-il à D. Juan , à vous trouver dans
une allée ifolée , plongé dans des méditations
profondes , tandis que toute
la Cour ne parle que de votre bonheur .
Se pourroit- il que votre union prochaine
avec Léonore , excitât en vous un autre
FÉVRIER. 1777: 21
-
fentiment que celui de la plus vive joie?
- Je ne fuis point infenfible à la faveur
fignalée que la fortune m'accorde ; &
fi je recherche la folitude , c'eft pour
pouvoir m'occuper plus librement
de mon bonheur ; tandis qu'au milieu
d'un cercle de courtifans , & peut-être
d'envieux , mon coeur feroit forcé de
fe refferrer , par la néceffité où il fe
verroit de s'obferver. Mais encore,
Prince , vous marquez une indifférence
trop grande au moment où vous obtenez
la main de Léonore , & fans doute ,
auffi fon coeur . Je ne vous cache.
pas , Prince , que le langage de Léonore
eft conçu d'une manière à rebuter plutôt
mon amour qu'à le flatter ; mais j'attribue
la froideur avec laquelle elle me.
traite , à fon indifférence naturelle :
d'ailleurs , j'ai le confentement de fon
père ; & c'eft une erreur de croire que
l'amour est néceffaire pour former un
keureux mariage ; des convenances de
famille & d'état , fuffifent entre deux
époux de notre rang . Ainfi , la Princeffe
voudra bien vaincre la répugnance
qu'elle pourroit avoir pour un époux.
que le Roi fon père lui deftine ; &
elle lui facrifiera en même- tems , tout,
22 MERCURE
DE FRANCE.
penchant quelconque pour ceux auxquels
Alphonfe défend d'afpirer à fon coeur.
A ces mots , le Prince de Léon ne
put contenir davantage fa colère. Non,
dit-il , Léonore ne fera pas la victime
de votre arrogance & de l'injuftice
d'Alphonfe ; c'eft aux armes à décider
de fon fort. Il s'éleva un combat trèsvif
entre les deux rivaux , & Vérémond
eut le bonheur de défarmer fon adverfaire
, fans vouloir profiter de fon avantage
; il rendit l'épée à D. Juan , prêt
à redoubler fes efforts , & réfolu de
vaincre ou de mourir. Mais D. Juan,
touché de ce procédé , paffa de la fureur
à la générofité. Je refpecte trop ,
dit-il , à Vérémond , l'amour que Léonore
vous a infpiré à fi jufte titre ,
pour ne pas ceffer de m'y oppofer .
Jouiffez , Prince , du droit qu'elle vous
accorde , de régner fur fon coeur , en
vous cédant fa main ; je vous accorde
en même temps mon amitié pour la
vie. Ils s'embraſsèrent là - deffus ; D.
Juan chercha à fe diftraire en voyageant
; & le Prince de Léon , après
avoir informé Léonore de ce qui s'étoit
paffé , prit le parti de s'éloigner quelque
temps de Saragoffe , en attendant des
circonftances plus heureuſes.
·
FÉVRIER. 1777. 23
L'abſence de fon amant , & le défagrément
de n'entendre parler , à la
Cour , que de D. Juan , plongea bientôt
Léonore dans une noire mélancolie.
Après avoir tenté , inutilement , d'écarter
cette maladie cruelle , par des dif
fipations multipliées , Alphonfe réfolut
d'envoyer fa fille dans une des Ifles voifines
de l'Efpagne ; & ce projet fut
exécuté avec une promptitude qui ne
laiſſa pas le temps à Léonore , d'en
avertir fon amant. Arrivée dans cette
Ifle , Léonore s'abandonna , dans les
douceurs de la folitude , à tout ce qu'un
coeur qui aime tendrement , peut infpirer
de touchant . D'un côté , des rochers
& la mer ; de l'autre , un fite
fauvage , étoient le fpectacle qu'elle
revoyoit tous les jours ; & c'eft dans
ce féjour ifolé , qu'elle étoit bien aife
de nourrir fa mélancolie , le feul adouciffement
qui lui reftoit dans fa fituation.
Ofant peu efpérer de la volonté
inflexible de fon père , elle fe plaifoit
quelquefois à verfer des torrens de larmes
; enfuite fon oeil attendti s'attachoit
à la voûte du firmament , comme
fi ce rideau azuré devoit s'ouvrir pour
la recevoir dans fon fein paifible : puis
24
MERCURE DE FRANCE.
elle redifoit le nom de Vérémond à
tout ce qui l'environnoit ; elle gravoit
ce nom chéri fur tous les arbres , jufques
fur le fable ; & quand les vents
Fen emportoient , elle en renouveloit
F'empreinte fur le champ , en difant
mon cher Vérémond , ils ne parviendront
pas à l'effacer de mon coeur.
Un jour , les méditations menèrent
Léonore dans un bois qui s'étendoit
le long du rivage : elle ne fongeoit à
rien moins qu'à y trouver quelqu'un
des furveillans qui l'avoient fuivi dans
'Ifle , lorfqu'elle apperçut , au pied d'un
arbre , une femme , dont l'air pâle &
défait , les yeux enfoncés , les cheveux
en défordre , offroient tous les caractères
du malheur & du chagrin. Une
âme fenfible ne fe refufe jamais à la
rendre commifération qui l'identifie
en quelque manière , au fort des infortunés.
Léonore , pour laquelle la confiance
d'une âme affligée , étoit auffi
flatteufe que touchante , s'approcha de
l'inconnue , avec cette douceur compatiffante
qui lui étoit fi naturelle
lui témoigna le defir qu'elle avoit de
pénétrer la caufe de la douleur dont elle
la voyoit confumée,
&
Elmire ,
FÉVRIER . 1777. 25
Elmire , c'eft ainfi que s'appeloit cette
infortunée , charmée de pouvoir foulager
fon coeur auprès d'une perfonne
qui paroilloit prendre un fi tendre intérêt
à fa fituation , lui dit : puifque
vous voulez bien écouter le récit de
mes malheurs , apprenez que mes an→
cêtres , légitimes poffeffeurs du Royaume
de Caftille , en ont été dépouillés
par des ufurpateurs. Mon coeur, digne
encore de fon origine , & incapable de
fléchir fous le poids de l'infortune
trouvoit fon bonheur dans l'amour du
Prince le plus accompli ; & mon père ,
dont tous les voeux avoient pour objet
notre union , voyoit, avec une joie inexprimable,
approcher l'inftant de cet hymen,
lorfque la mort l'enleva. Un certain
Garcia , qui , par fa baffe complaifance ,
avoit fu s'infinuer dans les faveurs du
Roi de Caftille , & qui étoit tout- puiffant
à la Cour , m'avoit demandé en
mariage ; mais le refus conftant de mon
père , lui avoit ôté toute efpérance. A
la mort de ce bon père , Garcia crut
que toutes les difficultés feroient applanies
; il redoubla fes inftances , & fe
fervit de l'autorité du Roi , pour me
perfuader ; mais rien ne pouvoit m'en-
B
26 MERCURE DE FRANCE.
gager à accepter une main fi méprifable
, tandis que mon coeur brûloit pour
un amant moins favorifé , à la vérité
de la fortune , mais mille fois plus eftimable.
Le funefte defir de fatisfaire une paffion
défordonnée , a été , dans tous les
temps , la fource de l'impofture & des
crimes. Et la conduite de Garcia prouve
bien à quel point un amour outragé
peut corrompre les fentimens d'un
homme. Le même jour que je devois
être unie à mon amant , le perfide
Garcia , à la tête d'une troupe de gens
armés , après m'avoir fait enlever ,
m'entraîna dans des lieux inconnus
où le refus conftant de mon coeur ,
m'expofoit à des perfécutions inouies,
J'eus cependant le bonheur d'échapper
à la vigilance de ce monftre , & le hafard
m'a conduit dans cette Ifle . Cent
fois j'aurois fini mes tourmens par une
mort violente , fi l'efpérance de revoir
encore mon amant, n'avoit arrêté mes
mains , Mais que fait-il , hélas , ce cher
amant, en ce moment , où je fuis pleine
de fon image ? Quelle eft fon occupa
tion ? Auroit-il oublié fon amarte , qui
gémit loin de lui ? Il ne m'entend
FÉVRIER. 1777.
27
point ; il ne voit point couler mes
pleurs , ces pleurs dont la fource fera
intariffable .
Léonore , attendrie par ce difcours ,
invita Elmire à venir tous les jours confondre
fon âme avec la fienne , au même
endroit où elle l'avoit trouvée. Voyant
arriver de loin fa fuivante , elle pria
Elmire de fe retirer , en lui difant encore
, la feule chofe que vous avez ou
blié de me dire , c'eft le nom de votre
amant . Je croyois l'avoir prononcé ,
dit Elmire en
s'éloignant , ce nom toujours
préfent à ma mémoire . O mon
cher Vérémond:!
A ce nom, un froid mortel fe répandit
dans les veines de Léonore , fon
coeur fe glaça , fes yeux fe couvrirent
de ténèbres ; elle fe renverfa expirante
fur la terre ; & la fuivante , qui accourut
, eut toutes les peines du monde
à l'empêcher de fuccomber à la violence
de fa douleur.
s'étoit
Pendant que ceci fe paffoit dans l'Ifle
de Léonore , le Prince de Léon , inftruit
de l'exit de fon amante ,
propofé de la rejoindre. Il rencontra
en chemin D. Ramire , le frère d'Elmire.
Qui que vous soyez , lui dit ce Che-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE .
valier , donnez - moi , s'il eſt potible ;
des nouvelles d'Elinire ; je veux la trouver
, pour lui apprendre que la puifi
fance de Garcia lui devient plus dangereufe
que jamais . Ce Sujet rebelle
ayant été le dépofitaire & le diftribue
teur des grâces , a fu gagner les Grands
& le Peuple ; & à la mort du Roi de
Caftille , il s'eft emparé de fes Etats ;
fi bien que l'héritier légitime, D. Juan ,
fe voit dépouillé de la fucceffion . L'a
mour & l'amitié excitèrent des mouvemens
bien violens dans l'âme de Vé .
rémond ; mais la générofité l'emportaį
je me joints à vous , dit- il à D. Ramire,
pour aller foutenir les droits de mon
ami , auquel je facrifie , en ce moment,
le plaifir de revoir ce qui m'eft plus
cher que la vie. La fermeté de fa conduite
, fit échouer toutes les difpofitions
de Garcia ; & ce traître évita , par une
fuite ignominieufe , le fupplice qui lui
étoit deftiné . En fuyant , bik vint à là
rencontre de D. Juan , & ne manqua
pas de fe jeter à fes pieds , pour lui
jurer qu'il étoit le plus fidèle de fes
Sujets . Apprenez , Seignent , dit-il , que
le Prince de Léon s'eft rendu le maître
abfolu de vos Ecars ; & que la fidélité
י
FÉVRIER 1777. 29
que j'ai toujours confervée pour mes
légitimes Maîtres , a mis ma vie dans
les plus grands périls. Vous me voyez
enfin à vos genoux , prêt à recevoir
yos ordres .
Eft-il poffible , s'écria le trop crédule
D. Juan , que Vérémond ait pouffé
la noirceur jufqu'à ce point ! Se peut-il
que fa perfidie foit montée au comble
de l'horreur ! Allons la dévoiler aux
yeux de Léonore : la haine , le mépris
de cette refptable amante , feront la
punition la plus cruelle de ce crime.
D. Juan s'embarqua aufli-tôt avec
Garcia ; & une tempête violente leur
ayant fait faire , en peu de rems , beaucoup
de chemin , ils furent bien-tôt près
de l'Ile de Léonore , lorfqu'ils apper
curent un bâtiment , fur lequel des
femmes éplorées fe lamentoient cruellement,
à l'exception d'un feule, qui fem
bloit attendre tranquillement une mort
inévitable, C'étoit Léonore à qui Alphonfe
avoit permis de retourner à
Saragoffe. Dans le même inftant où D.
Juan reconnut Léonore , il la vit dif
paroître fous les flots. I fe jeta auffi - tôr
dans la mer , & eut le bonheur de la
fauver. Après que Léonore eut été rap-
Bij
30 MERCURE DE FRANCE.
pelée à la lumière , & qu'en ouvrang
les yeux elle eut reconnu D. Juan , qui
l'avoit fait foigner dans fon vaiffeau ;
c'est donc vous , dit- elle , qui êtes mon
libérateur ? Faut- il que je fois redevable
à D. Juan , d'une vie qui n'étoit deftinée
que pour fon rival ! Ah Princeffe
! le parjure Vérémond n'eft plus
digne de ce nom ; il a trahi les liens
les plus facrés de l'amitié non content
de m'avoir ravi ce que j'aimois
le plus au monde , il vient encore de
s'emparer de mes Etats : vous voyez
ici le plus fidèle de mes Sujets , prêt
à vous confirmer la vérité de cette action
atroce..
Comment peindre les mouvemens
qui s'élevèrent , à ce récit , dans le
coeur de Léonore , partagé , déchiré
entre l'amour & la vertu. Emue déjà
par les foupçons qu'Elmire avoit fair
naître dans fon âme , elle n'étoit que
trop difpofée à douter de la vertu du
Prince de Léon . Les idées les plus accablantes
, vinrent fe préfenter à Léonore
; mais au milieu des plaintes les
plus amères , fa douceur ne la quitta
pas. En levant au Ciel fes yeux
remplis de larmes , elle difoit ç'en
FÉVRIER. 1777. 31
eft donc fait , il faut renoncer , pour
toujours , à un amant adoré ; & je dois
rougir encore d'avoir aimé un ingrat
un parjure. Ah ! falloit -il revoir la lumière
pour la détefter ! Que je meure
plutôt mais que je meure avec ma
vertu , & que mon dernier foupir foir
deſtiné à plaindre Vérémond . Oui , la
mort , la mort dont on vient de m'arracher
avec tant de cruauté , fera mon
feul afyle. Ces mots échappés , avoient ,
en quelque façon , foulagé le coeur de
Léonore fatiguée par des fentimens
fi pénibles , elle s'endormit enfin de
laffitude , pendant que le vaiffeau s'approchoit
du rivage.
Le Roi d'Arragon qui étoit venu audevant
de fa fille , la ramena en triomphe
à Saragoffe , à côté de D. Juan ,
qui fembloit avoir acquis de nouveaux
droits fur le coeur de Léonore . Arrivés
dans fa réfidence , rien ne peut plus
arrêter les ordres impérieux d'Alphonfe ;
il veut abfolument livrer fa fille à l'objet
de fa haine tout fe prépare pour cet
hymen funefte .
Le Prince de Léon , après avoir rétabli
l'ordre & la tranquillité dans le
Royaume de Caſtille , & après en avoir
Biv
3: 2 MERCURE DE FRANCE.
confié le gouvernement à D. Ramire ,
inftruit d'ailleurs du retour de Léonore
à Saragoffe , fe remit en chemin pour
la rejoindre. Un orage épouvantable
l'obligea de s'arrêter dans un bois qui
entouroit Saragoffe , & de demander
un afyle à un Hermite qui y avoit établi
fa demeure. Ce Solitaire n'eut rien
de plus preffé que d'inftruire Vérémond
de la nouvelle du pays . Il lui apprit
que Léonore fe voyoit enfin forcée de
donner la main à D. Juan , & que les.
cérémonies du mariage alloient fe faire.
Quelle révolution pour Vérémond , de
quels coups à la fois il eft frappé ! Som
efprit fe trouble , fa raifon l'abandonne ;
& , dans l'égarement d'une douleur aveugle
, il pouffoit de longs foupirs ; mais
' étoit la douleur qui parloit , & jamais
le reffentiment . Lorfqu'il eut repris affez
de force pour apprendre à fen Hôre la
caufe de fon défefpoir , Vérémond
Prince de Catalogne , qui s'étoit retiré
dans cet Hermitage , lui dit : vous voyez
en moi un amant bien plus infortuné :
Léonore eft forcée de confentir à un
mariage que fans doute fon coeur défavoue
; mais celle que j'aimois s'eft laiffée
enlever par le plus vil fcélérat , le jour
FÉVRIER. 1777. 33
même que nous devions être unis. En
proie aux ennuis , aux chagrins les plus
cuifans , c'eft dans cette folitude que je
me pénètre de ma douleur ; c'eft ici
que je m'abreuve de toute l'amertume .
Pendant que ces deux amans fe dif
putoient la gloire d'être les plus malheureux
des hommes , Elmire avoit
trouvé le moyen de fortir de fon Ifle
fauvage ; elle s'étoit approchée de Saragolfe
, & avoit fait inviter Léonore
à venir à un endroit de ce même bois
qui environnoit fa demeure , & qu'elle
lui indiqua. Leur entrevue fut bien-tôt
interrompue par l'arrivée de D. Juan
& de Garcia. A l'afpect de ce dernier,
Elmire poufla un cri perçant , & fe précipita
dans l'endroit le plus touffu du
bois ; mais le traître la pourfuivit pendant
que D. Juan s'entretenoit avec
Léonore , & Elmire fe vit de nouveau
expofée aux infultes de fon raviffeur.
Heureufement fes cris attirèrent l'Hermite
, qui fit expirer le monftre fous les
coups redoublés d'un amant outragé.
La vengeance peur quelquefois être
un befoin dans le coeur de l'honnêtehome
; mais jamais elle ne lui fert
de confolation . Après avoir délivré
Bv
34 MERCURE DE FRANCE.
Elmire du péril dont elle étoit menacée
, le Prince de Catalogne voulut la
repouffer comme une infidelle qu'il aimojt
peut-être encore , mais qu'il ne
pouvoit plus estimer. Les larmes d'Elmire
perfuadèrent enfin le Prince de fon innocence
alors les bras des deux amans
s'entrelacèrent de nouveau ; leurs coeurs
fe prefsèrent , leurs fanglots fe confondirent
, un torrent de pleurs fut la feule
expreffion de leur joie long - temps
immobiles & muets , ce n'eft qu'en fe
baignant de leurs larmes qu'ils fe répondoient
l'un à l'autre . Elmire furtout
étoit fi émue qu'elle refpiroit à
peine. Tantôt fes yeux fe tournoient
vers le corps fanglant de Garcia , & lui
lançoient des regards d'indignation :
tantôt elle regardoit autour d'elle , en
ferrant plus étroitement fon amant ,
comme fi elle eût entendu des raviffeurs
prêts à le lui arracher de nouveau : quelquefois
des fouvenirs amers venoient
corrompre fa joie ; agitée , fatiguée ,
affoiblie par tant de divers fentimens ,
elle fuivit le Prince de Catalogne dans
fon habitation folitaire .
Mais quelle fut leur furprife, d'y trouver
deux hommes baignés dans leur fang!
FÉVRIER. 1777 35
D. Juan , en ſe promenant avec Léonore
, avoit découvert l'Hermitage ; &
en y appercevant le Prince de Léon ,
s'étoit jeté fur lui à corps perdu : heureuſement
les bleffures qu'ils fe portèrent
mutuellement , ne furent pas mortelles
. Les fecours d'Elmire & de fon
amant , les firent bien-tôt revenir , &
mirent chacun en état d'éclaircir fa
défiance. D. Juan reconnut que tout
ce qu'on avoit imputé à fon ami , étoit
faux. Léonore apprit que le Prince de
Léon n'avoit pas ceffé un moment d'être
digne de fon coeur ; & il lui fut aifé
de voir que ce Vérémond qui lui avoit
caufé tant d'alarmes , étoit un autre
que fon amant. D. Juan touché de la
conftance de cet amour , & des procédés
généreux du Prince de Léon
fe joignit à eux pour travailler à fléchir
le Roi d'Aragon .
Alphonfe ne pouvant plus fe refufer.
à des inftances fi vives , confentit enfin
à un hymen qui devoit faire le bonheur
de fa fille. Elmire fut unie au Prince
de Catalogne ; & jamais un amour
matuel ne fit deux mariages plus heureux
. Livrés l'un à l'autre , ces nouveaux
époux oublioient l'Univers ; ils
B'vj
36 MERCURE DE FRANCE.
s'oublioient eux - mêmes. Toutes les
facultés de leurs âmes , réunies en une
feule , ne formoient plus qu'un tourbillon
de feu , dont l'amour étoit le
centre , dont le plaifir étoit l'aliment ,
& dont la vertu étoit le gardien.
Par M. dePapelier.
A LA PARESS E.
TANDIS qu'à toi je confacre ma vie ,
Tu m'abandonne au remords trifte & noir
Pareffe , cruelle manie ,
Ne me fais pas manquer à mon devoir ,
Ou fais auffi que je l'oublie .
Par M. P....
EPIGRAM ME.
DORIS , l'Epoux avec qui tu vas vivre ,
Bien fait de corps eft bien vuide d'efprit.
Ami , qu'à tant de foin votre ame ne fe livre ,
FÉVRIER. 1777. 37
»En cas préfent , d'efprit il ne s'agit ;
Quand j'en voudrai , je pourrai prendre un
≫ livre » ,
Par le même.
A Mademoiſelle ***, fur des Impromptus
qui ont été faits pour elle , par différentes
Perfonnes.
CES Impromptus que tu fais mériter ,
Sont les aveux des coeurs qui te rendent les armes.
Ne t'en étonnes pas , ils doivent peu coûters
Il ne faut qu'un inftant pour adorer tes charmes ,
En faut-il plus pour les chanter ?
Par M. Lalleman , à Saint - Germainen-
Laye.
ÉPITAPHE d'un Médecin , qui s'eft
foigné lui - même dans fa dernière
maladie.
IDELE à la loi des Apôtres ,
Qui nous prefcrit l'égalité ,
38 MERCURE
DE
FRANCE
.
Il a toujours traité les autres
Comme lui-même il s'eft traité.
Par le même.
A une Dame , qui n'a d'autre défaut
qu'une trop grande franchife , en lui
envoyant une Eftampe allégorique , où
la Vérité eft entièrement découverte.
JE vois votre pudeur févère
Rougir à cette nudité ;
Souvenez-vous , belle Glicère ,
Que fans voile , la Vérité
N'eft pas toujours fûre de plaire .
Par le même:
A M. *** , fur un fecret.
Du fecret que te fait Glicère , U
Peux-tu , Damis , contre- elle être irrité ?
Ne fais-tu pas que le myſtère
Eft l'attribut de la divinité ?
Par le même.
FÉVRIER. 1777. 39
L'ERREUR DE L'AMOUR.
Imitation de Lampride .
L'AUTRE jour , Vénus en colère ,
Vouloit frapper fon fils : eh ! qu'avoit il donc fait ?
Rien , que donner fon carquois à Glicère.
Quoi ! pour une fimple Bergère
Le petit fou fe défarmoit ! , ..
Ill'avoit prife pour ſa mère.
N'eft- ce pas elle trait pour trait ?
Par M. J... de Troyes.
LES SOUPIRS DE ROSINE.
Imitation de Paul Méliffe.
Tu veux favoir où vont , d'où viennent ces
foupirs :
Ah! dois tu l'ignorer ? Sans doute , cher Bafile ,
Echappés de mon coeur fur l'aîle des defirs ,
Ils volent dans le tien chercher un autre afyle.
Par le même,
40 MERCURE
DE FRANCE
,
PENSÉE DE SAADI , Poëte Perfan.
SUR de pompeux carreaux , dreffés par la molleffe ,
Un Tyran de l'Indus , couché tranquillement ,
Oubliant fes forfaits , dormoit paiſiblement :
Un Iman dont le fils , feul fruit de fa tendreffe ,
Au trépas condamné , fans être criminel ,
Attendoit qu'un bourreau frappât le coup mortel ,
Venoit au Roi , forti de fa fatale ivrefle ,
Redemander l'appui d'une infirme vieilleſſe .
Il entre... A fon aſpect on le vit reculer.
C'eſt le Tyran ! dit-il : dans une paix profonde...
Sans remords... il repofe ... & le fang va couler ! ...
O juftice des Dieux ! .. Infenfé qui s'y fonde...
Qu'as-tu dit , malheureux ! rougis de tes fureurs ;
S'il eût toujours dormi , verferois -tu des pleurs ?
Le fommeil des Tyrans eft le repos du monde.
FÉVRIER . 1777. 41
L'ÉLOGE DE LA VIE CHAMPÊTRE.
Traduction de la II . Epode d'Horace.
Beatus ille , qui , procul negotiis , & c.
HEUREUX
EUREUX qui , dégagé d'affaires ,
Sous un ciel champêtre & ferein ,
Sans devoir aux foins mercenaires
Les fillons du champ de fes pères ,
Lui -même , d'une rude main ,
Conduit fes boeufs , trace l'image
De la fimplicité de l'âge
Où fleur:ffoit le genre-humain!
Il eft fourd au bruit des trompettes
Qui du Guerrier troublent les fens.
Il n'effuiera point les tempêtes
Dont la mer menace les têtes
Des ambitieux Commerçans ;
Du Barreau les faveurs iniques ,
Ni l'or des Grands fous leurs portiques ,
Nattirent fon fervile encens .
Mais c'eft une vigne nubile
Qu'il mirie à l'ormeau des monts :
42 MERCURE
DE FRANCE
.
Mais fon fer tranche un jet ſtérile ;
Et l'art , aufein du cep docile ,
Introduit d'actifs rejettons ;
Ou de géniffes mugiffantes ,
Son oeil fuit les bandes étrantes
Dans l'enfoncement des vallons.
Des rayons un miel pur s'exprime ,
Qu'il réferve en de clairs vaiffeaux.
Une dépouille légitime ,
Diffipe un mal qui s'envenime
Sous la toifon de fes agneaux...
Vient enfuite le Dieu de l'Automne
Afes vergers montrant Pomone ,
Ceinte des plus riches rameaux.
Il faut voir fes tranſports de joie !
Ilva donc cueillir ces raifins
Qu'à fes travaux le ciel envoie !
Quelle eft la pourpre qui déploie
Un plus beau luftre que ces grains?
Comment payer la vigilance
Des Dieux zélés pour la défenſe,
Du grand Priape & des Sylvains ?
Sous unvieux chêne où l'ombre abonde ,
L'heureux mortel va fe coucher :
Alors le bruit lointain d'une onde
FÉVRIER 1777. 43
Qui roule en fa rize profonde ;
Le chant des oifeaux d'un verger,
D'un courant d'eau le doux murmure ,
Afon lit d'épaiffe verdure ,
Appellent le fommeil léger.
Que Jupiter en fa menace ,
Préparant les longs froids piquans ,
Des guérêts blanchiffe la face ,
Et fouffle par degré la glace ;
Tantôt, avec les chiens ardens ,
C'eft un Chaffeur qui pourfuit , preffe,
Et précipite , aux rêts qu'il dreffe ,
Unfanglier grinçant des dents .
Ou ,fous l'amorce qui la guide ,
Un fubtil réſeau fufpendu ,
Trompe & furprend la grive avide.
Le lièvre imbécille & timide ,
Court fe prendre au piége tendu,
La grue y demeure au paffage :
L'homme faifit , remporte un gage
A fes travaux cher & bien dû.
Qui , coulant des jours fans nuage ,
Envie aux riches leurs foucis ?
Pour furcroît , une époufe fage ,
Veillant aux befoins du ménage ,
44 MERCURE DE FRANCE.
Soigne les chers & tendres fils .
On croit voir la Sabine ancienne ,
Qu l'agiffante Apulienne
Auxbras robuftes & durcis.
Elle arrange au foyer champêtre
Du vieux bois , prompt à ranimer
Son mari las qui va paroître .
En leur enclos je vois remettre
Ses troupeaux gais , puis exprimer
Les flors de lait que leur fein donne , T
Tirer un vin doux de la tonne ,
Un repas fans frais fe former.
Il vaudra bien ces coquillages
Que le goût pêche au lac Lucrin.
Ces poiffons rares qu'en nos plages ,
Entraînent les fougueux orages,
Ne flatteront pas mieux ma faim.
Un oiſeau des fables d'Afrique ,
Un faifan du bord Ionique ,
Vient irriter mes fens envain.
J'aime autant l'ofeille cueillie
Un beau matin , fraîche en un pré;
La mauve prolongeant la vie ,
Une olive à l'arbre choifie , "
Et ce miel fuave & doré:
FÉVRIER . 1777.
45
Mais , pour les fêtes du Dieu Therme ,
Un agneau tué dans ma ferme,
Un chevreuil du loup délivré.
Puis voir mes brebis engraiffées ,
Accourir au gîte connu ;
Voir des boeufs , les têtes laffées ,
Rentrer, languiffamment baiſſées ,
Attirant leur foc rabattu ;
Voir briller la vive alegreffe
D'un effaim d'hommes , ma richeffe ,
Autour des Lares répandu.
Quelle douceur touchante & pure !
Alphius , achevant ces voeux ,
Reprit , garda pour la culture ,
Les fonds que prêtoit fon ufure ;
Il alloit devenir heureux :
Voici qu'aux calendes perfides ,
Il retourne, oubliant les Ides ,
Replacer un or précieux.
Par M. J. B. M. Gence , d'Amiens.
-masd mei angaybı ssimmilla ( nlny 25Ɔ
46 MERCURE
DE FRANCE.
DIALOGUE
Entre FRANÇOIS I , Roi de France , &
HENRI VIH , Roi d'Angleterre.
HENRI VII.
Vous fouvient- il de notre fameuſe entrevue
près d'Ardres & de Guines ? C'eft
une belle chofe que l'étiquette ! Nous
avions pris de fi bonnes mefures , qu'en
nous rendant vifite l'un & l'autre , nous
reftions pourtant chacun chez nous. Le
pied quarré de terre qu'occupoit alors votre
perfonne Royale , étoit du territoire
François, & celui qu'occupoit la mienne ,
du domaine d'Angleterre . Falloit- il , pour
la bonne grâce de l'attitude , avancer un
peu le pied droit ou le pied gauche ?
Nous le faifions ; mais ni le vôtre , ni
le mien, ne paffoient la ligne de démarcation
. J'étois bien affuié , dans cette circonftance
, de ne point compromettre la
dignité de ma couronne.
FRANÇOIS I.
Ces vaines minuties répugnoient beamFÉVRIER
. 1777 . 47
coup à ma franchife naturelle . J'eus bientôt
mis à l'écart toute étiquette puérile.
J'allai , dès le jour fuivant , vous furprendre
jufques dans votre tente , &
avant même votre petit lever ; au rifque
d'embarraffer un peu la belle Anne de
Boulen .
HENRI VIII.
On m'a dit , ( un peu tard, il eſt vrai )
que , durant fon féjour en France , vous
l'aviez accoutumée à ces fortes d'apparitions...
Mais parlons d'autre chofe. Je
l'avouerai ; votre loyale démarche me
rendit très -confus. Je vous connus dès
ce moment ; & , quoique nous fuflions
Rois l'un & l'autres quoique nous le fuffions
de deux peuples qui avoient la
folie de croire devoir fe haïr , je vous
jurai dès-lors une amitié à toute épreuve.
FRANÇOIS I.
Elle ne fut point à l'épreuve des offres
que vous fit , peu de temps après , mon
rival.
HENRI VIII.
Vous étiez un héros , votre rival fut
un grand homme , & j'aurois pu moi48
MERCURE DE FRANCE .
même être l'un & l'autre . Mais vous
occupiez tous deux la haute fcène de
l'Europe ; vous en faifiez les deftins ;
& vous ne me laiffiez que l'emploi de
mettre un poids dans la balance lorfqu'elle
paroiffoit trop pencher de l'un
ou de l'autre côté .
FRANÇOIS I.
Il eût mieux valu , au lieu de faire
couper la tête à tant de jolies femmes ,
vous joindre à moi pour arrêter un torrent
qui menaçoit de tout entraîner , de
tout envahir, L'Europe ne dût fa liberté
qu'à mon courage ; & quoique la fortune
m'ait fouvent trahi , j'ai toujours latté
avec gloire & contr'elle , & contre Char
les-Quint.
HENRI VIII.
Il est vrai que j'ai perdu bien du temps
changer de femme , & à me préparer
les moyens d'en changer encore. Que
voulez - vous ? J'étois fcrupuleux.
*
FRANÇOIS I.
Je ne m'en ferois pas douté. B
HENRI VIII .
FÉVRIER. 1777. 49
HENRI VIII.
Rien n'eft plus clair. Je ne voulois
point troubler le ménage d'autrui ; j'eus
feulement le foible de renouveller fouvent
le mien ; & , grâce à l'inconftance
du fexe , la mienne eut beau jeu pour ſe
fatisfaire. Une formule juridique me débarraffoit
facilement d'une infidelle dont
j'étois las , & de toute efpèce de remords
fur un tel événement . Je rifquois de devenir
plus coupable , fi je l'euffe trouvée
plus vertueufe .
FRANÇOIS I.
J'entends ; vous euffiez plutôt craint
d'être époux infidèle , que d'être époux
meurtrier. Le coeur de l'homme eft bien
bizarre & bien à plaindre ! Tour , jufqu'à
fes fcrupules , peut le conduire au
crime. Pour moi , je ne me piquai pas
d'une fidélité bien rigide : je paflai même
pour être un amant & un époux des plus
volages ; mais mon inconftance ne coûta
jamais la tête à perfonne ; elle en conferva
même une prête à tomber fous le
fer du bourreau. Saint Vallier dut aux
charmes de fa fille une grâce que ma
C
५०
MERCURE DE FRANCE.
juftice ne lui eût , fans doute , point ac-
/cordée .
HENRI VIII
Je l'avouerai fans peine , mon brave
frère ; la foibleffe eft encore préférable à
la cruauté . Mais voyez cependant le réful- ·
tat de vos galantes folies ? Voyez la malheureuſe
Comteffe de Châteaubrillant ,
jetée toute vive dans un lugubre tombeau,
privée de la clarté du jour avant que la
mort ferme fes yeux à la lumière ; livrée
enfin à toute la rage d'un époux qu'elle
dévoua à l'opprobre , qui ne put fe venger
tant qu'il vous craignit , & qui fe
à l'excès lorfque vous ne lui pa- vengea
rûtes plus à craindre.
FRANÇOIS I.
Terminons le trifte paralelle de vos
écarts & des miens ; il ne peut que nous
affliger l'un & l'autre. Vous fembliez
d'abord ne vouloir me parler que de
notre entrevue aux champs de Picardie.
HENRI
VIII
Je vous la rappelois , pour vous rappeler,
en même-temps , ce trait de noble
FÉVRIER. 1777 . S
confiance dont je garde encore le fouvenir.
FRANÇOIS I.
J'ai bien du regret qu'il vous ait tant
frappé .
HENRI VIII.
Mon admiration diminua un peu lorfque
j'appris qu'un Empereur , votre ennemi
le plus redoutable , qui vous traita
fi durement lorfqu'il vous eut en fon
pouvoir , étoit venu , fans aucune précaution
, fe livrer lui-même au vôtre.
FRANÇOIS I.
Il avoit ma parole : que lui falloit- il
de plus ?
HENRI VIII.
De bons ôtages . On ne peut guère fe
fier l'un à l'autre , quand on s'eft haï longtemps
l'un & l'autre.
FRANÇOIS I.
J'eus toujours préfente à l'efprit la
maxime d'un des Rois mes aïeux , auffi
vaillant qu'Alexandre , & encore plus
malheureux que moi. Il répétoit fouvent,
Cij
52
MERCURE DE FRANCE.
que
fi la bonne foi -étoit bannie du coeur
de tous les hommes , elle devroit fe retrouver
dans celui des Rois .
HENRI VIII.
La maxime eft belle , mais l'occaſion
ne l'étoit pas moins ; & la vengeance eft
fi douce !
mi
FRANÇOIS I.
Je me vengeai ; je parus oublier que
Charles-Quint eût jamais été mon en-
, pour me fouvenir feulement qu'il
étoit alors mon hôte. Je le traitai de
mon mieux , & j'eus bien du regret de
ne pouvoir lui offrir , en fait d'amufemens
, qu'une cauſe au Palais , une thèſe
en Sorbonne , & une proceffion de l'Univerfité.
HENRI VIII.
C'étoit bien peu de la part d'un Roi ,
qu'on nomme le Reftaurateur des Arts
& des Lettres dans fes États.
FRANÇOIS I.
J'avois planté l'arbre , mais il produifoit
encore plus de feuilles que de fruits.
FÉVRIER. 1777.
53
HENRI VIII.
Au moins la magnificence accompagna-
t elle notre entrevue . On furnomma
Le lieu où nous étions campés , le Champ
de Drap d'or.
FRANÇOIS I.
Un tel fafte étoit compté pour quelque
chofe ; mais on l'apprécie mieux aujourd'hui.
Il n'eft aucun Monarque fur la
terre qui ne puiffe être magnifique , au
moins une fois ; & ce que tant d'autres
peuvent fi facilement faire , il y a peu de
mérite à l'avoir fait. J'apprends que deux
jeunes Souverains , l'un defcendant de
Charles -Quint , & l'autre un de mes fucceffeurs
, & tous deux plus puiffans que
nous le fûmes jamais vous & moi , viennent
de mettre autant de fimplicité dans
leur entrevue , que nous- mêmes de fafte
dans la nôtre .
HENRI VIII.
Tous deux me font bien connus ; je
ne vois arriver ici aucune ombre qui ne
faffe leur éloge. Comment deux Princes,
dans un âge fi peu avancé , dans un âge
Ciij
54
MERCURE DE FRANCÈ.
où c'eft beaucoup de ne pas trop fournir
à la critique , ont- ils pu captiver tant de
fuffrages ? Nous ne devions autrefois
notre fageffe qu'à la plus longue expérience
, & l'expérience même ne nous
rectifioit pas toujours.
FRANÇOIS I.
Cette heureufe différence eſt le fruit
des lumières dont l'efprit humain s'eft
enrichi , & dont l'éclat fe répand d'un
bout de l'Europe à l'autre. Elles apprennent
aux Rois que leurs fujets font des
hommes. L'Europe n'a peut- être jamais
vu tant de jeunes Souverains fur le trône ;
mais , fur-tout , elle ne vit jamais tant
d'exemples de vertus , de bienfaifance
& de magnanimité , partir des trônes
qu'occupoient de jeunes Souverains .
HENRI VIII.
Il est vrai qu'ils nous donnent beau
coup à réfléchir , ' à nous qui nous en
piquions un peu moins là-bas . Nous remplîmes
notre carrière , efcortés de toutes
les paffions ; j'en excepterai peut - être
celle de bien régner . L'amour me rendit
chef de fecte , & , qui pis eft, perfécuteur
FÉVRIER. 1777-
1777. SS
L'ambition vous fit commettre d'autres
fautes. J'avouerai , pourtant , que vous
valûres beaucoup mieux que moi ; mais
avouez que nous aurions pu valoir encore
davantage ?
FRANÇOIS I.
D'accord : cependant , je ne ferai jamais
oublié des François.
HENRI VIII.
J'ai laié aux Anglois un monument
qui fubfitte encore , & qu'ils regardent
comme la bafe de leur liberté actuelle.
FRANÇOIS I.
Il y auroit bien quelque chofe à dire
fur cette bafe & fur cet édifice . Mais
pardonnez ce qui fe paffe aujourd'hui
dans mes anciens Etats , fixe plus mon attention
, que ce qui peut troubler les
vôtres. Je vais rejoindre Charles- Quint.
Nous nous fommes déja félicités réciproquement
fur l'alliance qui unit fa Maifon
& la mienne ; particulièrement fur
l'heureux gage que l'Autriche nous a
donné de cette alliance. De nouveaux
Civ
56 MERCURE DE FRANCE.
liens vont encore la refferrer. Les Princes
vertueux devroient fe voir fouvent . La
terre n'en feroit que plus heureuſe &
plus paisible . Combien de fois n'a- t - elle
pas été troublée par un mal- entendu ?
Un moment d'entrevue , un mot d'explication
, euffent affoupi des querelles
que vingt batailles n'ont pu décider , &
que vingt traités n'ont fait qu'entretenir.
HENRI VIII.
Et moi , je vais chercher Guillaume
Pen. J'ai quelque reproche à lui faire . Il
me femble que fes defcendans obfervent
affez mal une de leurs premières loix ,
celle de ne jamais tuer perfonne .
FRANÇOIS I.
Que voulez-vous ? Ils effayent d'étendre
l'édifice dont vous avez fourni la
bafe.
Par M. de la Dixmerie.
FÉVRIER . 1777. 57
LE CRIMINEL JUGE DE LUI-MÊME.
EL obfcur Sybarite agit avec honneur ,
Quand des gens , dont l'état eft grave & refpectable,
A la foi des traités dérogent fans pudeur :
La foifde l'or forme un voile impofteur ,
Qui fouvent cache un abyfme effroyable ,
Aux yeux cruels d'un avide oppreffeur.
Un Turc, à fon départ pour la Mecque & Médine ,
Remit à Mustapha , le plus faint des Dervis ,
A le juger fur fon auftère mine ,
Sa bague , un fabre , un arc , éclatans de rubis.
Si , vifitant le tombeau du Prophète ,
Ali trouvoit le fien , le dépôt refteroit
A l'Iman , pour le prix de fa garde difcrete ;
Ali reparoiflant , dans fes droits rentreroit .
Sous même caufe , à Zulfa , fa Maîtreffe ,
Il confia quatre mille ſequins ;
Er, fans fe confumer en des regrets bien vains ,
La combla de préfens , pour calmer fa trifteffe :
L'or eft un fpécifique aux amoureux chagrins ..
Réciproques fermens de conftance parfaite ,
Sauf quelques torts paffagers , clandeſtins ,
Cv
-$
8
MERCURE
DE
FRANCE
.
Que peut faire Zulfa , d'humeur affez coquette ,
Aux droits d'un fugitif en des lieux fi lointains.
Le Turc & fon efcorte entroient dans l'Arabie :
Un effaim de brigands , conduit par un Emir ,
Fond fur la caravane : Ali perdoit la vie ,
Si d'un tas de mourans il n'eût fu fe couvrir.
Mais il ne put exempter du pillage
Qu'un antique Alcoran , débris trifte & pieux ,
Duquel paisible maître , il reprit fon voyage.
Il voit de Mahomet les deux Temples fameux ,
Demande , entr'autres biens , un retour moins
fâcheux.
Ses voeux font vains : réduit en fervitude
An recour , chez un Maître intraitable , odieux ,
Ce n'est qu'après trois ans de l'exil le plus rude ,
Qu'Alep enfin reparoît à les yeux.
L'amitié , ce tréfor , à ſon gré , plus utile
Que for & les bijoux , en rentrant dans la ville,
L'attirent chez l'Iman : ce Dervis en forfaits,
Sans doute expert , feint , d'un air hypocrite,
Ne point fe rappeler ni fon nom , ni fes traits ;
Er lui nian; le dépôt des effets ,
Le forme d'abréger fa fâcheufe vifite .
Ali , comme étranger dans fes propres foyers ,
Ceux qui les occupoient refufant les loyers ,
Ifoié , fans reffource , erroit dans fa patrie,
Recourir à Zulfa qu'il juge , par état ,
FÉVRIER . 1777. 59
Avide & fans pitié , lui femble rêverie ,
Quine peux aboutir qu'à quelque vain débat .
Quoique jeune & bienfait , il craint que l'infortune
Ne rende fa préſence en tous lieux importune :
Les charmes indigens perdent tout leur éciat.
Ali féchoit ainfi de rage & de détreffe :
Un Efclave , mandé par la belle Maîtreffe ,
Inftruire de fon embarras ,
L'engage , de fa part , à voler dans les bras ,
Pour retirer fun or & bannir fa trifteffe .
Quels puifans aiguillons au rendez- vous galant !
Les fequins , avant tout , font remis par la Belle;
Suit le détail du larcin de l'Iman .
Le retour imprévu d'Ali , quoique indigent ,
Des feux communs ranime l'étincelle :
Après fi longue abfence , un ancien fentunent
Four la Dame , a l'attrait d'une intrigue nouvelle.
Zulfa, d'un naturel au furplus généreux ,
Se plaît à rétabli la joie & l'efpérance
Au coeur Alétri d'un ami malheureux ,
Et vent qu'il vole avec elle à Byfance ,
Dénoncer au Saltan le Dervis odieux :
Elle s'y promet tout du pouvoir de fes yeux ;
Bon droit aidé d'appas , prévaut fur l'éloquence.
Sélim fiégeoit alors fur le trône Ottoman .
Zulfa dit au Monarque , en terminant l'hiftoire :
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
«Prince accompli , dont l'efprit éminent
Egale , au moins , la puiffance & la gloire ,
Puniffez un voleur fous l'habit d'un Iman.
Le téméraire Ali , livrant fa confiance
A moi comme au Dervis , me remit beaucoup d'or;
Je l'ai rendu fans répugnance :
C'eft , pour une Coquette , un affez noble effort.
Que de gens de tout rang , dont la délicateffe
Se révolte au foupçon de la moindre foibleſſe ,
Sans pudeur auroient fu rerenir les ſequins !
D'autres qui fe flattant qu'Ali , dans fon voyage ,
Pourroit terminer fes deftins ,
Auroient d'avance englouti l'héritage.
Peu de gens pour Ali , touchés d'un pur amour ,
Auroient fait , comme moi , des voeux pour
retour :
fon
L'or d'un homme eft l'autel où mainte Belle encenfe.
J'ofe donc implorer , grand Roi , votre aſſiſtance
Pour Ali , tendre amant , qui m'attache à ſon ſort,
Contre un brigand qui mérite la mort ;
Et j'attends, à vos pieds , une prompte fentence ».
Le récit de Zulfa pénétra le Sultan ,
Prince à la fois fubtil , jufte & galant.
Pour tirer du forfait éclatante vengeance ,
Il voulut que d'Alep quittant la réfidence ,
Par un rapide effor , l'Iman devint Muphti.
FÉVRIER. 1777. 61
Muftapha , d'un tel fort auffi fier qu'étourdi ,
En raison de fortune augmenta d'impudence :
Le Turc & fes bijoux , tout fut mis en oubli ;
La richeffe d'un fot en règle l'infolence.
L'indigne Favori tient l'état fous fes loix :
Séduit par fon humeur tyrannique & rapace ,
Il vend au plus offrant les faveurs , les emplois ,
Sans préfentir la mort qui le menace.
Un Pirate cruel ainfi , fur fon vaiffeau ,
Fend l'Océan , conduit par l'avarice ,
Sans réfléchir qu'au bord du précipice ,
Il n'eft qu'un frêle bois de lui jufqu'au tombeau.
Les deux Amans , non fans impatience ,
Quoique nourris aux dépens de l'Etat ,
Du fage Prince attendoient la fentence .
Un jour Sélim , chaffant à l'entour de Byfance ,
Voulut que le Muphti par honneur s'y trouvât .
Muftapha , décoré du brillant cimeterre ,
De la bague & de l'arc , plus fier qu'un Paladin ,`
Sembloit , par fes regards , braver le genre-humain .
Reptil audacieux , il va rentrer fous terre .
L'arc , le fabre , au Sultan ſemblent faits à ravir :
Il met la bague au doigt ; le Muphti politique ,
Ne manque pas de tout offrir ,
Efpérant du bon Prince un retour magnifique .
62 MERCURE DE FRANCE.
Sélim feignit d'agréer le préſent ,
De s'unit au Mophti d'un lien plus intime.
Vous , lui dit-il , un jour en plein Divan ,
Dontl'efprit fin , la fcience fublime ,
Sont l'oracle & l'appui du culte Mufulman :
A quoi condamnez-vous un Dervis hypocrite ,
Qui , volant d'un ami le dépôt précieux ,
De chez foi le chaffa comme un monftre odieux ?
Ah ! répond Muftapha , qu'on l'empale au plus
vîte.
Scélérat , dit Selim , cet arrêt merveilleux ,
De ton propre forfait règle la récompenfe,
Gardes , faites fubirao Muphti fa fentence ;
Ali , du châtiment viens repaître tes yeux ;
Reprends le fabre , l'arc & l'anneau radieux..
Et toi, belle Zulfa , dont l'amitié fidelle
Eft un bien qu'Ali feul peut bien apprécier ,
Prends dix mille fequins , foible prix de ton zèle ,
Sur les biens du Brigand que je fais châtier.
Ta franchife eft d'autant plus belle ,
Qu'elle femble étrangère à ton galant métier.
Moi qui règne en Europe , en Afie , en Afrique ,
D'Alger à Ballora , du Phafe au Tanais ,
Que n'ai-je fur les coeurs ton pouvoir defpotique !
Rois de vingt Nations , je me vois fans amis.
Amans heureux ! que ce trait de juſtice ,
Vengeant les loix & comblant vos fouhaits ,
Puifle , dans tous les rangs extirper Kavarice ,
FÉVRIER. 1777. 63
Funefte auteur des plus graves forfaits !
Mais je crains qu'un tel voeu ne profpère jamais :
On punit les méchans , fans altérer le vice.
Par M. Flandy.
É PIGRAM ME.
PIERR IERRE & Guillot couchoient enfemble ;
Lorfqu'au beau milieu de la nuit ,
Pierre , furpris de mal fubit,
Vous jette les hauts cris ; tout le logis en tremble :
Sur quoi Guillot ronfleur , en colère ſe mit :
Morgué , je veux dormir : taifez-vous , par Saint
» Charle.
»Vraiment , dormez , dit l'autre , eft- ce à vous que
»je pale ?
39
Par M. P.
A Monfeigneur le Comte DE SAINTGERMAIN
, Lieutenant - Général des
Armées du Roi , Minifire de la Guerre.
JE ſupplie très- humblement Votre Grandeur
, de pardonner la témérité de mes
64 MERCURE DE FRANCE .
voeux , en faveur de ma très -refpectueufe
reconnoiffance , & de l'enthouſiafine d'admiration
qu'infpirent vos travaux à tous les
bons Militaires ."
Oferai - je encore , Monfeigneur , vous
prier de m'accorder la permiffion de vous
faire le récit d'une apparition que m'a procuré
le bon génie de la France : il m'a ſemblé
être au premier jour de l'an 1777 , & voir ,
avec l'Aurore , le Grand Maurice defcendre
Du féjour immortel qu'habitent les Héros ,
Vers les murs que la Seine arrofe de fes eaux ;
Il étoit couronné de ces rayons de gloire ,
Que , fur fon front brillant , attacha la victoire ,
Dans les champs de Raucoux , Laufeldt & Fontenoi
;
Il tenoit ce bâton , des léopards l'effroi ;
Ce fceptre des Guerriers , que la fière Bellone
Donne aux Héros François , foutiens de la Couronne.
Il t'appelle , t'embraffe , & te dit : « Saint- Germain ,
Je le gardois pour toi ; qu'il paffe dans ta main ;
» Je prédis ta grandeur , quand j'étois fur la terre,
» Et toi feul , de Louis peut guider le tonnerre .
כ כ »Aigledanslesconfeils,liondanslescombats,
Sois encore long-temps le père des Soldats 3
Laiffe briller l'effor de ton vafte génie ,
FÉVRIER . 1777. 65
Laiffe filer en paix les ferpens de l'envie ;
A force de vertus écrafe tes jaloux :
J'eus les miens , & je ris de leur foible courroux.
»Va , malgré leurs clameurs , Clio , dans fon hif-
ב כ
» toires
Placera nos deux noms au Temp'e de Mémoire ».
A ces mots , le Saxon difparut a mes yeux ;
Je vis ce demi Dieu fe perdre dans les cieux.
Par M. Courdavault , Capit . d'Inval. à
la Citad. de Châlons-fur Saône.
ÉPITAPHE de Mademoiſelle Q... T...
âgée de 19 ans , morte le 30 Octobre
1776.
Cicir des Nymphes la plus tendre ;
Gîr
Elle connut l'amour & ne put s'en défendre.
Fidelle à fon Amant , fidelle à la vertu ,
A détacher fon coeur nul ne devoit prétendre ;
Combattant pour l'hymen , elle auroit tout vaincu,
Préjugés , intérêts ; & la forçant d'attendre
Des jours moins orageux , la rigueur de fon fort ,
N'auroit fait qu'affermir ce qu'a détruit la mort.
66 MERCURE DE FRANCE.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du fecond vol. de Janvier.
Le mot de la première Énigme eſt
Patin ; celui de la feconde eft Plume ;
celui de la troisième eft Curedent. Le
mot du premier Logogryphe eft Bauf,
où le trouve auf; celui du fecond eft
Sergent , où l'on trouve Nègre , gêne ,
fené, Hégent , Rene ; celui du troisième
eft Bonbone
JE
ÉNIGME.
E fus jadis un figne d'esclavage ;
Mais aujourd'hui mon fort eft plas brillant :
Du feul beau fexe on m'a fait le partage ,
Et je le fers à titre d'agrément .
Souvent , pour plaire à ma Maîtreffe ,
J'offre à fes yeux l'objet dont fon coeur eft jaloux :
Souvent alors , dans un inſtant d'ivreſſe ,
Sur moi fa bouche imprime un baifer des plus doux;
Je fais baigné par fois de larmes de tendreffe.
Par M. Huet de Longchamps.
LE BAISER VOLUPTUEUX
Par Mla Comtesse de Vidampierre.
musiqueparM.Labbe Cazard.
Adagio
Volup
té! douce er:
reur ! Toi ,que mon coeur que
mon coeur appel - le Viens
sur les Levres d'Isa:
belle Eta blir ton
Trône en :: chanteur :
Elle ne sera
point
cru : elle Un bai
fera mon bonheur
ser fer
un baiser fe:ra mon bon :.
heur, un baiser fe - ra
mon bonheur
FÉVRIER. 1777. 67
A UTR E.
ON prétend qu'autrefois ma mère
Etoit une fubftance , une réalité .
Je le crois volontiers : mais , dans la vérité ,
Elle n'eft plus qu'une chimère ,
Dont on ne comprendroit ni le fens , ni l'emploi ,
Sans mes dix-neuf frères & moi.
De mon côté , je fuis le père
De quatre enfans ; & chacun d'eux
En a trois , qu'on ne voit plus geère
Que chez quelque docte Antiquaire ,
Comme des monumens rares & curieux.
Ni moi , ni ma trifte famille ,
Nous ne hantons pas les palais .
Par- out où l'or ou l'argent brille ,
Dédaignés , rebutés du dernier des valets ,
On nous renvoie à la guenille .
Où donc nous trouver enfin ?
A la campagne , à la guinguette ,
Chez la Marchande d'alumette ,
Et fur-tout chez les Quinze-Vingts.
Par M. le Méneftrier de Soupire.
68 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
MON Mon caquet & ma vigilance , ON
Tous deux en proverbe out paffé .
Ainfi le mal en moi par le bien fe balance ;
Et l'un par l'autre eft compenſé.
Si d'ordinaire on me compare
Une bavarde qu'on honnit ;
De quelqu'un , dont l'adreſſe eſt rare ,
On dit qu'il m'a trouvée au nid.
Par le même.
LOGOGRYPH E.
MON chef eft tellement rempli
De l'endroit où l'on me voit naître ,
Que je ne vais jamais fans lui ;
Et, pour mieux me faire connoître ,
Je veux avancer aujourd'hui
Que ce féjour for me ma tête .
De mon fein naiffent deux enfans ,
Dont le premier eft une bête
Que je relègue dans les champs ,
Indigné de lui donner l'être .
FÉVRIER. 1777 . 69
Lecteur , fuis fes rauques accens ,
Sur des landes laiffe le paître ,
Et ne t'occupe , en ces momens ,
Que du fecond de mes enfans.
Le revoyant toujours fans peine ,
Carefle-le bien aujourd'hui ,
Et permets qu'en fincère ami ,
Je t'en fouhaite une centaine.
Par M. Lavielle , de Dax.
AUTR E.
LECTEUR ECTEUR , tant que le malheureux
Me conferve dans fa détreſſe ,
Je lui prodigue ma tendrelle ,
Et radoucis fon fort affreux ;
Mais dès l'inftant qu'il me rejette ,
Et qu'il ne m'ouvre plus fon coeur ,
Me groffiffant de trois pieds en hauteur ,
Je l'abandonne à la mort qui le guette .
Par le même.
70 MERCURE DE FRANCE .
AUTRE.
Je fuis une frêle prifon ,
Quoique le plus fouvent de fer je fois formée ;
De deffins & de fleurs j'ai beau paroître ornée ,
On dit , avec grande raifon ,
Que toujours ma demeure eft ennuyeuſe, horrible;
Pourtant , malgré cette opinion ,
L'être que je renferme , à fon fort peu fenfible ,
Souvent chante comme Amphion.
Pour changer mon deſtin , fi tu m'ôtes la tête ,
Lecteur , je fuis bien différent ;
Toujours à me cacher , vieille femme s'entête ,
Et ma grandeur fait fon tourment.
Veux- tu d'un autre fens pénétrer le myſtère ?
Je vais encore te l'offrir.
Sous quatre noms divers , j'ai régné fur la terre
Au premier je vais revenir.
Par M. de St. M.
FÉVRIER . 1777. 71
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
Lettres de Mylord Rivers à Sir Charles
Cardignan , entremêlées d'une partie
de fes correfpondances à Londres ,
pendant fon féjour en France ; par
Madame Riccoboni ; 2 parties in- 12.
br. 3 liv. A Paris , chez Humblot ,
Libr. rue Saint Jacques.
MISS Adeline Rutland , âgée d'environ
douze ans , fut confiée par le teftament
de fon père , à la protection de
Milord Rivers , qui en avoit à peine
vingt- deux. Il étoit l'homme d'Angleterre
le mieux fait , elle , la plus attrayante
des créatures . Le Lord courut le monde ;
fa pupille élevée chez une Dame attachée
à la Cour , refta toujours à Lon- .
dres , grandit , fe forma , acquit des talens
agréables , d'utiles connoiffances.
On lui enfeigna l'art de plaire , fon coeur
lui apprit celui d'obliger. Chaque année
l'embelliffoir , attiroit fur fes pas une
foule d'admirateurs. Sans ceffe elle entendoit
vanter les grâces de fa figure &
72 MERCURE DE FRANCE.
les charmes de fon efprit. Mais dans l'âge
où l'amour-propre rend fi crédule , elle
fur diftinguer la louange de l'adulation ,
mériter l'une , dédaigner l'autre , apprécier
avec jufteffe fes avantages réels ; les
dons de la nature , les faveurs de la fortune
, fe défendre également des piéges
de l'amour , & des féduifantes exagérations
de la flatterie . La charmante orpheline
avoit un peu plus de dix-fept ans ,
quand le Lord , chargé de fa tutelle , revint
à Londres . Il vit fouvent fa pupille ,
prit de l'eftime & de l'amitié pour elle ,
lui montra de délicates attentions ; un
extrême defir de la voir heureufe , beaucoup
d'ardeur à l'obliger , & pas le moindre
deffein de lui plaire. Son coeur touché
des attraits d'un objet moins aimable
, vit ceux de fa pupille , les admira ,
& n'en reffentit point le pouvoir. La
jeune Mifs n'eut pas la même indifférence
pour les qualités diftinguées & les
agrémens de la perfonne de fon nouvel
ami. Elle préféra fon entretien à tous les
amufemens , fa vue à tous les plaiſirs ,
fes plus fimples égards à l'empreffement
de l'amour , aux hommages continuellement
rendus à fa beauté. Pendant fa
longue abfence ce tuteur , occupé de
bien
FÉVRIER. 1777. 73
bien des foins , n'avoit pas négligé les
intérêts de la pupille. Sa fortune étoit
confidérablement augmentée ; elle le
favoit , fe plaifoit à lui devoir de la reconnoiffance
, à dépendre de lai. Que de
charmes elle trouvoit dans l'amitié , que
ce châtiment lui paroifloit flatteur ! Hélas
! fon expérience lui prouva trop tôt
que la fenfibilité eft , dans le coeur d'une
femme , la fource de mille mouvemens
pénibles , & que même une innocente
amitié peut y exciter les plus douloureu-
Tes fenfations. Cependant le Lord Rivers,
prévenu en faveur d'une jeune perfonne
qui favoir diffimuler fes véritables fentimens
, étoit fur le point d'unir fon fort
au fien. Mifs Rutland ignoroit cet événement
; elle l'apprit , le vit certain . Sa
furprife , fon trouble , fes chagrins furent.
inexprimables. Elle pleura , s'affligea
s'étonna de fa douleur , fe demanda cent
fois la caufe du ferrement de fon coeur
ne put fe répondre , fe défola toujours
Une réflexion modéra enfin la violencede
fes fentimens. La félicité de fon tuteur
alloit être la fuite de cet événement.
La généreufe fille fe reprocha fes larmes.
La joie de Milord devoit-elle lui infpirer
de la trifteffe ? D'où vient pleuroit
D
76 MERCURE DE FRANCE .
coup
fu
foient. L'efpoir ramenoit au fond de
fon ame , les premières douceurs que
l'amitié lui avoit fait éprouver. Elle s'y
livroit. L'abfence de fon importun amant
rendoit encore fa fituation plus heureufe ;
elle entrevoyoit le plus grand des biens ,
tout lui en annonçoit la poffeflion , quand
fon ami , cet ami fi cher , prend tout
d'un la réfolution de fe féparer
d'elle. Milord Rivers , épris du plus tendre
amour pour fa pupille , n'avoit pas
lire les tendres fentimens qu'elle- même
nourriffoit pour lui. Il crut donc devoir
cacher un penchant qui pouvoit troubler
la tranquillité de fes jours ; & plus ce
penchant prenoit de force , plus il craignoit
de s'y livrer. L'équité d'ailleurs
l'engageoit à fe taire , à refpecter les
droits de Sir Edmond , qu'il avoit luimême
préfenté à fa pupille comme un
amant digne d'elle. Dans cette embarraffante
pofition , il penfa que la fuite
pouvoit feule l'arracher au danger de
fuccomber. Il quitte donc l'Angleterre ,
paffe la mer, & fe rend à Paris . C'eft á
cette époque que commence fa corref
pondance avec fon ami Charles Cardigan.
«Je ne t'ai pas quitté fans regret ,
» lui écrit-il dans fa première lettre
FÉVRIER. 1777. 77
» mon attendriffeinent a dû te le prous
» ver. On fe trompe fort fur l'objet de
» mon voyage. Ni le deffein de compar
» rer deux nations rivales , ni cette mélancolie
vague , qui porte une foule
» de nos compatriotes à paffer la mer, ne
» m'attirentici. Le befoin d'une diârac-
» tion néceffaire à mon repos , peut-être
» à ma raiſon , la crainte de fuccomber à
» la plus vive tentation , de juftes égards ,
""
un principe gravé dans le fond de mon
» coeur , m'impofent feuls l'efpèce de
" banniffement où je me condamne. Je
» viens effayer de perdre à Paris des idées
fantaſtiques , dont je m'occupois trop
» à Londres. Si l'inconftance naturelle da
» climat influe fur moi , diffipe une fé-
» duifante erreur je reverrai bientôt
l'Angleterre & des amis , dont l'éloignement
fe fait déjà fentir à mon
"
» coeur. "
›
Milord Rivers , en s'éloignant de l'Angleterre
, emporta avec lui les regrets ,
la paix , l'efpoir , toute la félicité de la
plus tendre , de la plus aimable des femmes.
Une conduite fi étrange la révolta.
Loin de pleurer , de gémir, elle s'indigna
contre un fexe ingrat, méprifa des créatures
fi peu capables d'attachement , jura de
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
les haïr toutes . Elle devint une petite furie ;
éloigna , maltraita , railla , défefpéra
tous fes amans. Le protégé de Milords
principal objet de fon reffentiment ,
paya cher l'appui qu'il avoit obtenu . On
s'étonna du changement d'humeur de
Mifs Rutland ; on lui fit des repréfentations
, rien ne la toucha , rien n'arrêta
le cours de fon dépit.
Une parente de Mifs Rutland , qui n'ignoroit
pas le fecret de cette jeune perfonne
, & avoit deviné celui de Milord
Rivers , s'amufe , dans les lettres qu'elle
écrit à cet amant, à le badiner fur fa conduite
, fur fes fauffes interprétations ,
fur fes inquiétudes ; & quand elle l'a
bien tourmenté , elle lui découvre par
un badinage ingénieux qu'elle fait tout ,
lui dit de venir à Londres , & rend ce
timide amant à fa maîtreffe.
Le fujet de ce Roman eft heureux fans
être bien neuf. Une petite Comédie de
Fagan nous peint une jeune perfonne, qui
aime égalment fon Tuteur , & fe trouve
d'autant plus embarraffée pour lui faire
connoître fon amour , que ce Tuteur
écarte tout ce qui pourroit faire croire
qu'il interprête en fa faveur les tendres
fentimens de fon aimable Pupille. Co
FÉVRIER. 1777. 79
Tuteur a quarante-cinq ans , & c'étoit
une raifon pour qu'il fût modefte. Celui
de Miff Rutland n'a pas vingt-fept ans ,
& fa Pupille dix fept. Leur inclination
réciproque eft par conféquent plus dans
la nature. Les tracafferies de ces deux
Amans , leurs indéciſions leur humeur
font ici peintes avec beaucoup de
grace , de légéreté , d'agrément ; mais
ce qui n'intereffe pas moins dans cette
correfpondance de Mylord Rivers à
Londres , ce font différentes réflexions
fur la fociété les moeurs les ridia
cules.
ود
>>
pas
"
,
Lady Mary , écrit Milord Rivers à
» fon ami Charles : Cardigan me de-
» mande files Dames de France font
» coquettes ? Eh , mais elles ne reſſemblent
mal à celles de la Grande-
Bretagne , avec cette différence pour-
» tant , que la coquetterie des Françoifes
» eft obligeante ; il eft doux d'en être
l'objet , quand on poffède l'art de ne
pas en devenir la victime. Loin d'affec-
» ter , comme nos belles Compatriotes ,
» un dédain marqué pour celui dont
» elles reçoivent ou veulent s'attirer
l'hommage ; de le maltraiter , de l'humilier
, de le déconcerter par de pi-
>>
ور
Div
30 MERCURE DE FRANCE .
» quantes railleries ; ceft avec une po
» liteffe infinuante , les plus flattenfes
attentions, qu'une Françoife cherche à
fixer près d'elle l'homme qu'elle entreprend
de rendre ridicule ou malbenreux.
On peut , fans danger , fe prêter
» à fon badinage , fi l'on conferve affez
de fang- froid pour fe jouer autour du
piége & n'y pas tomber. Comment
Pefprit ne s'amu feroit- il pas d'un ma-
» nège dont l'amour- propre n'eft jamais
» bleffé ? Lady Mary fera , je crois , de
» mon fentiment : trompé pour trompé,
» il eft moins fâcheux de l'être par des
→ préférences que par des duretés ».
و د
Lady Mary ne penfe cependant point
ainfi , comme il paroît par le commencement
de cette lettre qu'elle écrit
à Milord Rivers : » Convenez-en
» votre réponſe à ma queftion vous a
paru très- fine , très - fpirituelle & très-
» malicieufe . Moi , je la trouverois fort
impertinente , mon cher Coufin , fi
j'avois la foibleffe de prifer affez vo-
» tre fexe , pour m'occuper du foin de
» l'attirer , d'en fixer une partie près de
» moi. Je ne m'offenfe point de vos expreffions
, ou fi elles me bleffent
c'eft uniquement par l'injuftice & la
"
"3
و د
FÉVRIER. 1777.
prévention qui vous les dictent. Com-
» ment , Milord Revers , un Sage , un
» Philofophe , eft- il allez fufceptible
d'amour-propre , pour accorder une
préférence à décidée à l'efpèce de co-
» quetterie la plus dangereufe & la plus
blamable ? Que reproche-t -il à fes
» belles Compatriotes , de n'être ni in-
» finuantes , ni fauffes ? S'armer d'un
39
,
dédain , ou feint , ou véritable con-
» tre l'Amant qui prétend nous féduire ,
» eft- ce l'attirer ? Le mortifier par des
» railleries , eft - ce l'engager à nous fui-
» vre ? Humilier l'orgueil , eft - ce atta-
» quer le coeur ? C'eft jouir un peu durement
, peut-être , du privilège que)
» donnent les grâces , l'efprit & l'enjoue-
» ment ; c'eft , tout au plus , abufer
» du pouvoir de la beauté faifir un
» moyen de s'amufer de l'hommage d'un
importun , & badiner d'un fentiment
très-propre à caufer beaucoup d'en-
» nui , quand on l'infpire fans le partager.
Mais faire naître l'amour par
» de flatteufes attentions , par une dou-
» ceur infinuante , par des égards , par
» des préférences , c'eft employer à
» nuire l'apparence de la bonté ; c'est
» tendre un piége à la candeur ;
>> c'eft couvrir de fleurs les bords du
•
D v
82 MERCURE DE FRANCE .
""
précipice où l'on s'efforce d'entraî
» ner un malheureux ; c'eft fe fervir d'un
» art pernicieux , capable de réuffir éga-
» lement fur une ame fenfible & fur
un efprit vain ; car la vanité eſt auffi
» confiante
que la bonne-foi ».
Milord Rivers , en faifant part de fes
fentimens à fon ami Charles , luifait, de
l'Amour, cet éloge charmant : » Tu ai-
» mes , tu es aimé, lui écrit- il ; de quel
» bien plus vrai fe formeroit- on l'idée ?
ود
»
و د
Si j'en juge par mon propre coeur ,
» des diverfes modifications de l'intérêt
perfonnel , fources des paffions qui
,, nous maîtriſent ou nous tourmen-
» tent , l'Amour eft la feule dont les
» fenfations délicieufes peuvent nous
» faire éprouver un plaifir pur , inté-
» rieur , réel ; indépendant du tems ,
» des lieux , des autres , & quelquefois
ود
"
و د
» de nous-mêmes . Eft-on vraiment heu-
» reux dans le fecret de fon ame , par
» de hautes dignités , par d'immenfes
poffeffions ? Parvenu au dernier degré
de la faveur , l'ambitieux femble avoir
» rempli fes voeux : il paroît content ;
» on le croit fatisfait. Ecartez de fa vue
» une foule jaloufe de fon élévation ;
» cachez- lui fes concurrens humiliés &
"
FÉVRIER. 1777 83
"
"
chagrins , fon bonheur n'existe plus.
Séparons l'homme opulent du pauvre
qui l'envie ; & , le plaçant au milieu
» de fes égaux en richefles , ôtons lui
» tout objet d'une flatteufe comparaifon
, en ceffant de regarder la fortune
» comme une diftinction , il ceffera de
la prifer. Mais l'Amour , Charles ,
»l'Amour fe fuffit à lui-même ; il n'é-
» tablit point fes jouiffances fur les pri-
» vations d'autrui ; qu'un peuple entier
» foit heureux par lui , la félicité de
» tous n'altérera jamais le bonheur d'un
N feul "".
Il y a long- tems que l'on s'eft un peu
moqué de toutes les déclamations
contre le fiècle préfent ; cependant
comme des Ecrivains modernes ne ceffent
, n'ayant de mieux à dire , de répéter
ces lieux communs , nous croyons
que la leçon que donne Milord Rivers
à fon Ami , leur fera utile. » Tes chagrines
exclamations fur la perverfité du
» fiècle m'ont fait rire. Où prens- tu
» cette idée qu'autrefois on penfoit , on
» agiffoit mieux ? Ce n'eft affurément pas
» dans l'Hiftoire. Le premier Ecrivain con-
» nu traite fes contemporains de race degénérée
; &, d'âge en âge, l'homme exif-
D vj
$4
MERCURE DE FRANCE.
1
"
tant, effuie toujours le reproche de s'etre
formé des routes nouvelles , d'avoir
perdu les traces de fes vertueux Ancê-
» tres . Cependant parcours les annales
de la trifte humanité , elles t'offri-
» ront , dans tous les temps , les vices qui
» fubfiftent, les vertus qu'on exerce , D'autres
erreurs ont diftingué les fiècles
paffés. Nos Pères ont fucceffivement
changé de loix , de coutumes , d'idées
, de modes , de préjugés ; mais
de naturel , Charles , l'homme peur-
> il en changer ; & le fuppofer , n'eft-
» ce pas une folie ? Attaché au fiècle
» qui m'a vu naître , je ne joindrai point
ma voix aux clameurs de ces prétendus
Sages qui le décrient par un excès
» d'humeur. J'aime à penfer qu'il acquerra
, dans la poftérité , le degré de
gloire dont fa jeuneffe le prive encore.
Nos Neveux vanteront notre modestie,
notre défintéreffement notre équité,
» nos talens , notre efprit , la régularité
de nos moeurs , peut-être l'austérité de
nos principes ; & , pour imiter leurs
prédécefleurs nous repréfenteront
comme de refpectables modèles , qu'on
ne peut trop fe propofer pour exem-
39
ple .
FÉVRIER. 1777 83
Cette correfpondance eft égayée par
quelques portraits peints d'un pinceau
léger & fpirituel . » Vous ne connoiffez
»
ස
»
pas Sir Richard , écrit Mifs Rutland à
» Milord Rivers. Abfent depuis cinq
années , il arrive récemment de Londres
, & femble précisément s'y occuper
du foin de m'ennuyer. C'eſt un
grand enfant , indifcret , étourdi , fans
efprit , fans idées , fans jugement. Il
n'a vu dans les pays étrangers que la
différence des bâtimens , du fervice
» de la table , & de la façon de fe mettre
. Quelques Epigrammes Françoifes ,
deux ou trois Ariettes Italiennes , cinq
» ou fix Sentences Espagnoles une
douzaine d'Epithètes Allemandes for-
» ment le fond de fes connoiffances acquifes.
Au refte , il n'eft point mal ;
une taille affez haute , affez fvelte
donne de l'aifance , même de la no-
» bleffe à fes mouvemens . Ses yeux font
vifs fa phifionomie eft fine
->
»
သ
"
"
&
quand il ne dit rien , on le croiroit
» capable de dire quelque chofe » .
Milord Rivers , dans une de fes lettres
à fon ami Charles , fe plaint fort d'un
Voyageur que cet Ami lui avoit adreflé.
Ce riche Cofmopolire eft favant , dis86
MERCURE DE FRANCE:
"
و د
ود
:
» tu ? Je veux le croire ; mais en lui
fuppofant les plus rares connoiffances,
je lui en defirerois une bien effentielle ,
celle de l'ennui qu'il intpire. Vingt
» fois je me fuis fenti vivement tenté de
» la lui donner. Ne feroit-ce pas lui ren-
» dre unfervice important,de lui appren
dre combien il eft infupportable ? Cet
» homme femble avoir étudié l'art de
» contredire il nie les faits , rejette l'expérience
, dément la nature , n'admet
point la vérité. Il veut vous ôter vos
» idées , vous donner les fiennes . Si vous
» les adoptez , il les abandonne , vous en
préfente de nouvelles. Il difpute con-
» tre vos fens , contre votre raiſon , vous
» refufe la faculté de voir , & celle de
fentir ; partant toujours d'un principe
» contraire au vôtre , détruifant , édi-
»fiant , conteftant , parlant fans ceffe &
» n'écoutant jamais , il vous réduit à la
» néceffité de lui céder ou de l'affom-
""
>>
»
و د
"
» mer » .
39
» Une très - nuifible politeffe entretient
l'eſpèce incommode de ces Tyrans de la
fociété , & les confirme dans la haute
opinion qu'ils ont d'eux-mêmes. Dès
» qu'un docte bavard , bien aigre , bien
fuffifant , bien obftiné , paroît au miFÉVRIER
1777.
87
""
» lieu d'un cercle , il en devient la ter-
» reur & le maître : on craint de l'irri-
» terjon préfère le malheur de l'entendre ,
» à l'inutile fatigue de difputer avec lui.
» On le laiffe donc s'emparer de l'entre-
» tien . Il propoſe , objecte , répond ;
perfonne ne veut l'interrompre , n'ofe
» élever la tempête qu'exciteroit un mot
» hafardé . On fe tait , on bâille , on s'at-
» trifte les moins patiens fe dérobent
» à l'ennui s'échappent furtivement ,
» tandis que l'Orateur charmé , s'enivre
» du plaifir de parler , s'applaudit du fi-
» lence de l'Auditoire affoupi , admire
» fa refpectueufe attention , & la prend
» pour une déférence due à la fupériorité
» de fon génie »
>
13.
Cette même correfpondance nous préfente
, en plufieurs endroits , une critique
vraie , des productions de nos trèsfenfibles
Romanciers . Mais la meilleure
critique que l'on puiffe faire de ces fortes
d'écrits, eft de leur oppofer ceux de Made
Riccoboni , celui fur -tout que nous venons
d'annoncer ; le ftyle en eft net , vif
& léger.Eh ! quel eft le Lecteur qui ne préférera
les traits fins , enjoués & fpirituels
dont les Lettres de Milord Rivers
font affaifonnées , à tous ces pitoyables
88 MERCURE DE FRANCE .
malheurs qu'un trifte Romancier raffemble
, preffe , accumule dans une préténdue
Nouvelle Hiftorique , pour intéreffer
un Lecteur que le plus fouvent il ne
réuffit qu'à révolter ?
a
Opere varie di Lodovico Ariofto , &c.
Euvres diverfes de Louis Ariofte ; à
Paris , chez Molini , Libraire , rue de
la Harpe ; Lefprit , au Palais-Royal ;
& Dorez , rue S. Jacques, 3 vol. in- 12 .
Prix 12 liv.
?
Les Etrangers ne connoiffoient guère
des Ouvrages de l'Ariofte , que celui
qui lui a fait la grande réputation dont
il jouit , & qui eft un chef - d'oeuvre
d'imagination , de poéfie , d'intérêt &
de variété. Le Roland furieux tient
fans contredit , le premier rang parmi
les Poëmes Romans , comme on les ар-
pelle en Italie. Il parut dans un temps
où le Roland amoureux le faifoit lire
généralement , & laiffoit , à fes lecteurs ,
le regret de ne pas voir ce Poëme fingulier
conduit à fa fin . L'Ariofte imagina
de le terminer , en continuant toutes
les aventures que Boyard avoit laiffées
imparfaites ; & de faire cependant,
FEVRIER. 1777.
de cette continuation , un nouveau
Poëme , qui , en achevant le premier ,
pût en être détaché , & former un tout
indépendant. L'entreprife étoit difficilee;
il l'exécuta en homme de génie . Le
Rolandfurieux a laiffé bien loin derrière
lui tous les Poëmes Romans qui l'ont
précédé ; & l'imagination féconde &
brillante de fon Auteur , fait encore les
délices de l'Italie & de l'Europe entière.
On en a fait de fréquentes éditions partout
il n'eft pas étonnant qu'une production
auffi célèbre , ait fait négliger
toutes les autres de l'Ariofte. Le genre
de quelques- unes pouvoit être d'un goût
moins général ; mais quelque inférieures
quelles foient , en effet , à fon grand
Poëme , elles ont leur mérite particulier;
& on ne peut que favoir gré à
M. l'Abbé Pezzana , de les avoir réunies
dans les trois volumes que nous
annonçons. Ils font du format de la jolie
collection des Auteurs Italiens de Prault,
& ne la dépareront point ; ils complettent
d'ailleurs l'édition des OEuvres de
l'Ariofte .
Les Ouvrages que nous offrent ce
Recueil , fait cinq Chants , qui font fuite
au fujet de Roland furieux ; mais on
90 MERCURE
DE FRANCE.
ignore s'il fe propofoit de les ajouter
à ce Poëme , ou s'ils faifoient partie
d'un nouveau Roman. De ces deux opinions
, la feconde paroît la mieux fondée
, fi l'on fait attention que les cinq
Chants ne préfentent que des faits pof
térieurs à la guerre d'Agramam , à la
folie & à la guérifon de Roland. Le
premier de ces cinq Chants , fur-tout,
fuppofe tous les événemens de l'autre
Poëme , terminés comme il le fait.
Roger eft Chrétien , & établi à la Cour
de Charles. Alcine, qui n'a pas oublié
que le Paladin a autrefois détruit fes
jardins enchantés , vient en demander
vengeance au Confeil des Fées . Toutes
celles qui ont à fe plaindre des Paladins
, rappellent auffi leurs injures ; elles
fe décident à envoyer l'envie dans le
coeur de Gan. Ce perfonnage fameux
dans le Morgante , par fes perfidies ,
qui joue un rôle affez fubalterne dans
le Roland amoureux , & fait peu de
chofe dans le Roland furieux , devoit
agir davantage dans le nouveau Roland;
car ce Paladin devoit y paroître auffi .
Il eft fâcheux que la mort ait empêché
l'Auteur de pouffer plus loin cette nouvelle
entrepriſe ; il l'auroit perfectionnée
FÉVRIE R.- 1777- 91
en la finiffant. Si quelquefois on n'y
retrouve pas la fagacité & la pureté de
l'Ariofte , on y retrouve toujours fon
imagination ; & on l'y auroit reconnu
par-tout , fi le temps ne lui avoit pas
manqué.
Les Comédies de l'Ariofte , font au
nombre de cinq. Les deux premières
la Caffette & les Suppofés , furent d'abord
écrites en profe ; il les mit enfuite
en vers ; & c'eft fous cette dernière
forme qu'on les préfente dans cette édition.
Les Pièces , en général , font d'un
genre un peu fingulier ; ce font des.
Romans en action , qui tiennent un peu
du temps où ils ont été écrits . Dans
la Caffette , deux jeunes gens amoureux
de deux jolies Efclaves qu'ils n'ont pas
les moyens d'acheter , parce que leurs
avares pères ne les laiffent pas difpofer
de leurs coffre- forts , craignant de les
perdre pour jamais , parce que leur maître
qui s'eft apperçu de leur amour , &
qui veut les forcer à payer le prix qu'il
defire , les a menacés de s'éloigner , &
de les emmener , confentent à employer
la rufe que leur propofe un Valet. C'eſt
d'envoyer un Etranger affidé , marchander
l'une des Efclaves , & donner en
92 MERCURE DE FRANCE.
gage , pour le prix dont il conviendra,
une caffette remplie de bijoux , qui vaut
dix fois le prix de la jeune perfonne.
Cette caffette fe trouve en effet chez
le père d'un des amans ; mais c'eſt un
dépôt facré. Pour ne pas le perdre , on
dira qu'il a été volé ; on réclamera l'autorité
du Juge qui enverra vifiter la maifon
du Marchand , où l'on la reprendra.
L'un des jeunes gens, qui eft fils du Juge,
appuiera l'exécution de ce projet qui
donne lieu à une multitude d'imbroglio
, qui finiflent à la fatisfaction des
amans , & à celle même du Marchand
qui emporte le prix des Efclaves . Ce
font les pères qui le paient par l'adreffe
des Valets , dont les fourberies ont
fourni les modèles des intrigans qu'on
a vu depuis fur le Théâtre .
Les Suppofés font encore un Roman.
Eroftiate, envoyé à Ferrare pour y faire
fes études , devenu amoureux d'une jeune
& aimable perfonne , imagine d'entrer
dans fa maifon , en qualité de Domeftique
, & charge fon Valet de le repréfenter
dans la Ville , & d'étudier fous
fon nom. Il fe fait aimer ; il est même
auffi heureux qu'un amant peut l'être..
Le père de fa maîtreffe, inftruit enfin
FÉVRIER. 1777. 93
de ce qui fe paffe , fe propofe de le
punir févèrement. Mais tout s'arrange,
dès qu'il fait que l'homme qui a defhonoré
fa fille , peut en faire une hon
nête femme , & lui donner un état convenable
à fa naiflance & à fa fortune .
entièrement Les moeurs ne font pas
refpectées dans cette Pièce ; elles le font
encore moins dans la Lena ; c'eft le nom
d'une femme très- vile , qui vit dans le
défordre , & que fon mari encourage ,
parce qu'il y trouve fon avantage. Un
vieillard qui en eft amoureux , lui a confié
fa fille pour l'élever ; & cette vile
inftitutrice eft en marché pour la vendre .
Heureufement l'acheteur ne demande
pas mieux que d'être mari , & il le devient
; mais auparavant le honteux marché
a été conclu ; & l'Auteur ne fait
grâce d'aucun détail. En lifant cette
Pièce , il faut fe tranfporter du temps
de l'Ariofte; on avoit plus de défauts
en apparence , & on étoit plus honnête
dans le fond. Abfoufe , Duc de Ferrare,
frère du Cardinal Hypolite , faifoit repréfenter
ces Pièces dans fa cour ; il fit
même bâtir exprès un magnifique Théâ
tre, & le plus beau qui exiftat . C'étoient
des Gentilshommes & des Dames ref
94 MERCURE DE FRANCE.
pectables de fa Cour , qui fe chargeoient
des rôles.
Le Négromant , d'un genre moins
bas , ne laiffe pas d'être auffi fingulier.
Cintio , fils adoptif de Maffiaco , a épousé
en fecret une perfonne qu'il aime , &
qui eft fille adoptive d'un certain Lippo .
Son père adoptif veut le marier enfuite ;
& preffe tellement les chofes , que ce
fecond mariage fe fait fans
que Cintio
ofe rien dire . Il aime fa première femme;
& , pour fe conferver entièrement à elle ,
il affecte la plus grande indifférence pour
celle qu'on l'a forcé de prendre. Les
chofes vont à un tel point , qu'on le
croit incapable d'être mari; & fa famille
s'adreffe à un Négromant, pour lover
le fort qu'elle croit qu'on a jeté fur lui .
Le Négromant eft un fripon qui reçoit
l'argent du père de Cintio , qui en reçoit
de Cintio lui-même , qui le met dans
fa confidence , pour qu'il déclare fa maladie
incurable , & qui n'en refuſe pas
non plus d'un amant de la femme infortunée
de Cintio. Il imagine de faire
furprendre cet amant avec la maîtreſſe :
cela délivrera Cintio, & rendra heureux
fon rival. Pour y parvenir , il imagine
d'enfermer celui- ci dans une caifle qu'on
FÉVRIER . 1777. 95
portera chez la Dame , & que perfonne
n'ouvrira , parce qu'il aura foin d'effrayer
les curieux. La femme fecrette de
Cintio , craint que le Sorcier ne lui enlève
le coeur de fon mari. Ceux qui
s'intéreffent à elle , arrêtent le porteur
de la caiffe , la fait décharger chez elle ,
pendant qu'elle a , avec Cintio , une
converfation qui met fon rival au fait
de tout. Délivré de fa préfence , Alain
n'a rien de plus preffé que d'aller tout
révéler à la famille intéreffée . Le père
adoptif de Cintio , trouve fa véritable
fille dans la femme épousée en fecret.
La feconde trouve un époux dans l'homme
qui l'aime .
La dernière Pièce est un Roman trop
compliqué pour en pouvoir donner une
idée exacte. L'Aviofte ne la finit point ,
il la laiffa à la quatrième Scène du quatrième
Acte. Son frère Gabriel l'acheva
après fa mort , d'après le plan qu'il avoit
tracé. Elle eft fort au-deffus des autres,
qui avoient leur mérite dans le temps
où elles furent compofées. Son frère
raconte une anecdote à l'occafion de la
première de ces Pièces . L'Ariofte étoit
jeune , il aimoit le plaifir & la diffipation;
fon père l'en reprenoit fouvent,
96 MERCURE DE FRANCE.
a
Un jour il lui fit une mercuriale trèsi
fongue & très-vive , que le fils écouta
avec beaucoup d'attention , fans répondre
un feul mot. Lorfque le père fut las
de gronder , il fe retira , & Gabriel demanda
à Louis , comment il avoit pu
fe contenir au point de ne pas répondre,
lui qui étoit accoutumé à fe juftifier bien
ou mal? Je fuis ma Comédie , dit
» l'Ariofte ; j'en fuis précisément à la
» Scène où le père fait une réprimande
» à fon fils. Le premier mot que m'a
dit mon père , m'a rappelé celui de ma
Comédie , & je n'ai pas voulu perdre
» un moment auffi heureux pour apprendre
précisément lequel je devois
» mettre dans la bouche de mon vieil-
» lard » ,
"
Les autres Ouvrages de l'Ariofte
font fes Poéfies légères , Chanfons
Sonnets , & c . Ses Élégies , fes Satyres
& fes vers latins . M. l'Abbé Pézzana ;
à qui nous devons cette édition , la re
vue , avec foin , fur les meilleures qui
ont été faites en Italie . Il y a joint des
notes qui peuvent fervir à l'intelligence
du texte.
Euvres Dramatiques de M. Mercier. A
Amfterdam ;
FÉVRIER . 1777. 97
Amfterdam , chez Chauguyon & Van-
Harrevelt ; à Paris , chez le Jay , Lib.
rue St Jacques ; & à Touloufe , chez
la Porte ; 2 vol . in- 8 ° . fig. 7 liv. 10 f.
& 2 vol, in- 12 . fans fig. 41.
Les Pièces recueillies dans ces deux
volumes , font Jenneval ou le Barnevelt
François , le Déferteur , Olynde & Sophonie
, l'Indigent , le faux Ami & Jean
Hennuyer. Nous avons rendu compte de
ces Pièces lorfqu'elles ont para ; elles
font appréciées aujourd'hui . Si elles n'ont
pas eu l'honneur de paroître fur les
Théâtres publics de la Capitale , ceux de
Province s'en font emparé avec fuccès ;
ils les redonnent fouvent , & on les revoit
avec plaifir . Le Drame , ce genre
fi
defiré par ceux qui ont un goût exclufif,
qui n'eftiment que la Comédie & la Tragédie
, tient de ces deux genres , & plaît
généralement , parce qu'il prend fes fujers
dans la fociété ordinaire , peint les
hommes tels qu'ils font , & rapproche
davantage de nous les perfonnages & les
actions qu'il met fous nos yeux . Il ne
mérite les forties que l'on fait contre
Jai , que lorsqu'il eft manquéparceux qui
s'y exercent; mais lorsqu'il eft traité com-
E
98
MERCURE
DE
FRANCE
.
me il doit l'être , le préjugé doit fe taire;
on peut , fans le préférer à la bonne
Comédie , prendre le plaifir qu'il nous
offre . Il femble même qu'aujourd'hui
l'on devroit être moins difficile . La bonne
Comédie & la bonne Tragédie font rares ;
il faut recourir aux grands Maîtres , que
l'on fait par coeur ; & pourquoi ne pas
tenir compte à l'Ecrivain du foin qu'il
prend de varier nos plaiſirs à fa manière ?
Nous n'entreprendrons pas de difcuter
fi le nouveau genre s'eft introduit au
détriment des deux autres ; il eſt certain
que quand on fent combien il eft difficile
de faire une Comédie ou une Tragédie ,
on s'effaye volontiers dans un genre plus
facile ; mais les difficultés ne rebuteroient
pas l'homme de génie , & le Public applaudiroit
à fes efforts. Si , parmi ceux qui
parcourent la carrière du Théâtre , il y
en a peu qui puiffent fe promettre des
fuccès dans le grand genre , il faut les
encourager à en chercher dans celui - ci ,
inférieur , fi l'on veut , & qui eft toujours
une nouvelle fource de plaifir ; au lieu
de la fermer , il feroit à fouhaiter qu'on
en ouvrît encore d'autres , duffent leurs
Auteurs les préférer à toutes celles que
nous avons déjà. Ne blâmons point leur
FÉVRIER. 1777. 99
parta- enthoufiafme ; on peut ne pas le
ger , mais on doit trouver bon qu'ils
Tayent : c'eft lorfque l'on fe paffionne ,
que l'on fait mieux . Quand la foule
entre dans le Parterre , chacun eft le
maître de courir à la fleur qui lui plaît
le plus ; mais celui qui préfère la rofe ,
ne doit pas pour cela dédaigner l'oeillet.
!
La Quinzaine Angloife à Paris , ou l'art
de s'y ruiner en peu de temps ; Ouvrage
pofthume du Docteur Stearne ;
traduit de l'Anglois par un Obfervateur.
A Paris , chez les Libraires qui
vendent les nouveautés ; in 12 .
Il eft douteux que cette Brochure
afoit réellement de l'Auteur célèbre auquel
on l'attribue dans le titre , & dont
on défiguré le nom ; on n'y rencontre
pas le Docteur Sterne & non' Stearne ;
quel qu'en foit l'Aureur , cela eft indiffé
rent : elle n'eft pas fans intérêt. Le Héros ,
parti de Londres pour terminer fon éducation
par des voyages , emporte , pour
fe défrayer dans leur cours entier , douze
mille livres sterling dans fon portefeuille
; malheureufement il commence
par la France ; il ne paffe à Paris que
Eij
ICO MERCURE DE FRANCE .
quinze jours ; des efcrocs s'emparent- de
lui à fon arrivée ; le jeu , les femmes
vuident fon porte- feuille , qui ne contient
plus rien le onzième jour. Un Créancier
de mauvaife humeur le fait arrêter le
treizième ; un Compatriote honnête vient
le confoler dans fa prifon , dont il le tire
'le lendemain . Honteux d'avoir été dupe ,
il repart le quinzième pour retourner
dans fa patrie , qu'il fe propofe de ne
quitter que quand il aura affez d'expérence
pour ne plus tomber dans les
écarts dont il vient d'être la victime .
Le but moral de cette brochure ne fauroit
être plus intéreffant ; il fait voir les conféquences
des voyages entrepris de trop
bonne heure : on envoie des jeunes gens
fans guide , au fortir du College , dans
un monde qu'ils ne connoillent pas ,
avec des femmes qui leur facilirent les
moyens de fatisfaire toutes leurs paffions
: c'eft exciter , d'eft armer , fi l'on
peut s'exprimer ainfi , leur imprudence ,
& mettre à leur portée tous les moyens
poffibles de faire des extravagances , en
diffipant leur fortune d'une manière
toujours aufli ridicule que fcandaleufe.
Effai fur les caufes principales qui ont
FÉVRIER , 1777. 101
contribué à détruire les deux premières
Races des Rois de France ; Ouvrage
dans lequel on développe les Conftitutions
fondamentales de la Nation
Françoife dans ces anciens temps. Par
l'Auteur de la Théorie du Luxe. A Paris
, chez la Veuve Duchefne , Lib.
rue St Jacques.
L'Académie des Infcriptions & Belles-
Lettres avoit autrefois propofé pour le
fujet du prix , cette queftion curieufe &
intéreffante : Pourquoi les Defcendans de
Charlemagne , Princes ambitieux & guer
riers , ne purent fe maintenir auffi longtemps
fur le Trône des François , que les
foiblesSucceffeurs de Clovis ? On ne trouva ,
en 1733 aucune pièce qui fût digne
d'entrer au concours ; elle remit le prix
à l'année 1775 , où elle a couronné l'effai
que nous annonçons . Rien de plus intéreffant
que ces fortes de difcuffions. Les
Académies ne fauroient trop les multiplier
; c'eft le vrai moyen de répandre un
jour lumineux fur ces temps anciens ,
couverts de nuages , & applanir peu-apeu
les difficultés de l'Hiftoire de France .
L'Auteur de la Differtation trouve les caufes
de décadence & de deftruction dans la
E iij
102 , MERCURE DE FRANCE.
conftitution de l'ancien Gouvernement.
C'est l'exceffive autorité des Seigneurs
de ces premiers temps qui fut la principale
origine des maux qui causèrent tant
de ravages . Ces Seigneurs pouvoient lever
des armées formidables , & porterla guerre
par- tout où ils vouloient , & fouvent
contre le gré même de leur Souverain .
Rien ne les arrêtoit , puifqu'ils avoient
en mains les richeffes & la puiffance. Ils
s'arrogèrent l'indépendance la plus abfo- 7
lue ; & c'étoit la fuite néceffaire de la
conftitution défectueufe du Gouverne
ment. On vit les mêmes abus fe perpétuer
fous la feconde race, & même .
s'augmenter, puifque la puiffance ufurpée
des Seigneurs fut encore plus grande
fous la feconde Race . On vit les Ducs ,
lés Marquis , les Comtes commander des
armées , adminiftrer les finances , traiter
en plénipotentiaires avec les voifins , &
jouir de prefque tous les droits régaliens
, fans que le Roi osât le trouver
mauvais. Une puiffance qui étoit devenue
extrême , & prefque fans bornes , ne
pouvoit manquer de miner le Trône de
la feconde Race. L'étendue des conquêtes
de Charlemagne & la formation de
l'Empire , hâtèrent la chûte de ce colotle ,
FÉVRIER. 1777. 103
qui fut plus prompte que celle des Mérovingiens.
L'Auteur de l'effai juftifie &
développe toutes ces affertions , par des
traits de l'Hiftoire des deux Races , &
par une critique judicieufe qui lui a
mérité la couronne.
Effai géométrique & pratique fur l'Architecture
navale , à l'ufage des gens de
mer; par M. Vial du Clairbois. A
Breft , chez Malaflis , Imprimeur ordinaire
du Roi & de la Marine ; &
à Paris , chez Durand neveu , Libraire ,
rue Galande , in- 8 ° . 2 vol . dont un
en figures.
pour
Cet Ouvrage intéreffant , & qui manquoit
encore , eft un traité où la théorie
produit la méthode , & conduit fans ceffe
à la pratique ; fans théorie point de méthode
; fans méthode , point de pratique.
Comme cette méthode eft faite
l'ufage , il faut avoir une parfaite connoiffance
des objets auxquels elle eft applicable
, tant pour l'inventer que pour
f'employer. Si ce n'eft pas fans fondement
qu'on a dit qu'un Savant du premier
ordre , feroit moins en état de
conduire un vaiffeau en mer , qu'un
E iv
104 MERCURE DE FRANCE.
vieux marin qui ne fauroit pas lire ; il
eft vrai aufli que quelques années d'exercice
au flambeau de la géométrie , feront
d'un jeune homme le Maître de ces vieux
marins , qui ont pratiqué cinquante ans
dans l'obfcurité de leur ignorance.
Une vérité que la routine a long - temps
conteftée , & qui ne peut être miſe en
queftion aujourd'hui , c'eft qu'avec de
bons principes , on fait un progrès rapide
dans les Arts auxquels on s'appli
que. La pratique en eft bien-tór familière
, on y marche d'un pas affuré . C'eſt
pour cette raifon que les jeunes gens
deftinés à commander fur mer ,
aujourd'hui généralement inftruits dans
les Mathématiques . M. Bezout a fait
pour eux un excellent cours , dans le
quel ils peuvent puifer toutes les connoiffances
fpéculatives qui leur font né-
. font
ceffaires. Cet Académicien a aufli compofé
un Traité de Navigation , qui en
eft la fuite.
Le pilotage n'eft qu'une des trois parties
effentielles qui conftituent la fcience
de l'homme de mer. Les deux autres
font la manoeuvre & la conftruction .
Peut-être ne convient-il qu'à un Officier
confommé , de traiter de la manoeuvre ;
"
FÉVRIER . 1777 .
quelques -uns l'ont fait habilement : &
quant à l'Architecture navale , M. Bezout
a mis fur la voie. Avec les connoillances
que l'on aura acquifes par la lecture de
fon livre , on peut entreprendre l'étude
du Traité du navire de M. Bouguer .
Pour les connoiffances pratiques , on a
les Elémens d'Architecture navale de
M. Duhamel,
1
Mais ces deux Ouvrages forment plus
de mille pages in-4° . M. Bouguer eft
fort diffus; il n'a pas toujours eu en vue.
l'homme pour qui il écrivait. Souvent
tranfcendant dans quelques endroits ,
il démontre dans d'autres les chofes les
plus élémentaires. Il s'eft aufli étendn
fur des propofitions brillantes , mais qui
laiffent le regret de les voir établies fur
des fondemens vicieux , fur une théorie
de la réfiftauce des fluides , contredite
par l'expérience. M. Duhamel a écrit
avant que le fyftême d'enfeignement fûg
fixé. Il étoit gêné , en quelque façon ,
par l'ignorance des fujets pour lefquels
il écrivoit. Il n'a pu être précis , & encore
doit- il avoir beaucoup travaillé pour
n'être pas plus long.
Epargner aux Commençans la lecture
de ces deux Quvrages ; ne laiffer rien
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
à defirer fur les matières qui en font
l'objet , dans un Traité de 400 pages ?
in- 8 °. étoit fans doute une entreprife
utile. M. Vial du Clairbois , vient de
l'exécuter avec fuccès. Un Ouvrage de
la nature du fien , eft peu fufceptible ·
d'extrait , & n'a befoin que d'être annoncé.
L'Auteur y a fans ceffe fous les
yeux , le fujet qu'il inftruit . C'eft , pour
Fintelligence de la première partie ,
l'Élève qui fait les deux ou trois premiers
volumes de M. Bezout 5⋅ & pour
Fintelligence de la feconde , celui qui
fait le cours entier. Il en dit d'autant
moins , que cet Académicien en a dir
davantage. M. Vial du Clairbois , n'a
vance rien qui ne foit fondé fur des
principes géométriques qu'il établit quel
quefois , mais pour lefquels il renvoie
le plus fouvent aux numéros de l'Ouvrage
de M. Bezout . Il s'attache enfin
à éviter tout double emploi de temps.
f
La formation des Maîtres couples ;
des couples on coupes extrêmes , des
réductions pour les couples intermédiaires
, des plans verticaux , tant felon la
longueur que felon la largeur des navires,
des plans obliques , felon les liffes,
&c. eft l'objet de la première fection.
FÉVRIER. 1777. 107
Pour la pratique , il a puifé fouvent dans
l'Ouvrage de M. Duhamel . Il applique
les méthodes qui naiffent de fa théorie ,
à une gabare de 80 pieds de longueur ,
fur les fonds de laquelle il fait voir que
l'on peut élever un vaiffeau de 66 pièces
de canon , en en doublant les dimenfions.
Dans la feconde fection , l'Auteur
paffe à la cabature de la carêne , tant.
hors - d'oeuvre pour obtenir le déplacement
, que dedans- oeuvre pour fe procurer
la jauge du navire. Il la termine
par des méthodes d'échelles de folidité ,
dont on néglige trop l'ufage.
La troisième fection eft employée à
traiter des différentes efpèces de vaiffeaux
d'abord, fommairement, de ceux
de marche ; enfuite, d'une manière affez
étendue , de ceux de Port , avec appli
cation à une flûte dans le goût des vaiffeaux
du Nord. Enfin , des vaiffeaux de
ligne , avec application à un vaiffeau de
74 canons .
La feconde partie traite de la ſtabilité
de la détermination du métacentre
des formes de carêne qui le font baiſſer
ou monter dans l'inclinaifon du navires
de la recherche du centre de gravité de
Evi
108 MERCURE DE FRANCE.
la partie fubmergée , confidérée comme
homogène On y trouve quelques vues
pour le procurer le centre de gravité de
tout le vaiffeau , par expérience ; le
calcul , pour cette recherche , étant long
à caufe de l'hétérogénéité de ce corps.
Dans la feconde fection de cette partie
, il eft question de problêmes qui
dépendent de la théorie du choc des
fluides , tels que la détermination de
l'emplacement de la mâture & de fa
hauteur , ou du point vélique. M. Vial
du Clairbois , n'a pas eru pouvoir fe
difpenfer de traiter les dernières quef
tions , quoique fondées fur une théorie
qui n'eft pas fatisfaifante , parce qu'il
a craint que fon Ouvrage ne parût incomplet
s'il les omettoit ; mais il l'a fait
avec beaucoup de précifion , en laiffant
de côté les calculs à faire fur ce fujet.
Il a mis plus de détails en parlant de
la ftabilité , parce que c'eft un objet fur
lequel le Géomètre Phyficien peut prononcer.
Il a donné un exemple des calculs
indiqués par les formules algébriques
.
En général , cet Ouvrage eft celui
d'un homme très- inftruit ; il doit être
mis entre les mains de tous les Élèves
FÉVRIER. 1777. 109
de la Marine , pour lefquels il deviendra
un véritable ouvrage claffique. L'Auteur
a apporté le plus grand foin à la
correction de l'impreffion , qui eft furtout
fi importante dans les livres de
cette efpèce , où la moindre faute peut
caufer de grandes méprifes. Les planches,
qui forment un volume, font trèsbien
faites & très - bien gravées.
Fragment fur les moeurs & coutumes des
Morlaques, tirés de l'Extrait du voyage
en Dalmatie , de M. l'Abbé Fortis ,
inféré dans le Tome XX du Journal
Littéraire de Pife.
Le Morlâque , habitant des lieux éloignés
de la mer & des places de guerre
eft ,, au moral, un être bien différent de
nous . La fincérité , l'honnêteté , la con- ..
france de ce Peuple , dégénèrent bien
fouvent en une fimplicité exceffive . Les
Commerçans Italiens & les Habitans des
bords de la mer , en abuſent fréquemment
; ce qui a rendu plus défians les
Morlâques , auprès defquels foi de chien
a autant de valeur que foi d'Italien. Malgré
cela , le Morlaque , né fociable &
généreux , ouvre fa cabane à l'Etranger ,
& lui fait part de tout ce qu'il a.
MERCURE DE FRANCE.
Quand un Morlâque , voyageant , s'arrête
à la maifon d'un hôte ou d'un parent
, la fille aînée de la maiſon , ou la
nouvelle mariée , s'il y en a une , va
au-devant de lui , & le reçoit avec un
baifer. Mais un Voyageur d'une autre
Nation , ne peut jouir d'une telle faveur ;
les jeunes femmes alors fe cachent , ou
fe tiennent fur la réferve. Tant que l'on
donne à manger dans les maifons de
ceux qui font à leur aife , les pauvres du
village y trouvent toujours ce qui eft
néceffaire à leur fubfiftance , ce qui fait.
que pas un d'eux ne s'abaiffe à demander
l'aumône aux Voyageurs. Le moindre
fujet de joie fert d'occafion aux Morlâques
pour dépenfer en un jour ce qui
devroit leur fuffire pour long- temps. Ils
font , au contraire , très économes dans
l'ufage dés chofes deftinées à les garan
tir de l'intempérie des faifons . Ils ont
coutume , lorfqu'ils rencontrent de la
boue , d'ôter leurs fouliers , à moins
qu'ils ne foient plus que déchirés , &
vont la tête nue en temps de pluie , pour
ne pas gâter leur bonnet neuf. Leur
exactitude à tenir-leurpromeffes , eft trèsgrande.
Un débiteur ne paffe jamais le
terme prefcrit , à moins qu'une néceffité
FÉVRIER 1777 III
;
infurmontable ne l'y force . Dans ce cas ,
il và chez fon créancier avec un préfent ,
pour en obtenir quelque délai.
L'amitié eft indiffoluble pour les Morlâques.
Ils en font un point de religion ,
& ce noeud fe refferre au pied des autels .
Le rituel Efclavon a une bénédiction particulière
pour unir folennellement deux
amis en préſence de tout le Peuple . Les
hommes qui ont été liés entre eux par
une pareille cérémonie , s'appellent , dans
cette langue , demi-frères , & les femmes
demi-fours. Les devoirs de ce lien facré ,
font de fecourir fon ami en quelle occafion
ou quel befoin que ce foit , & de le
venger des injuftices & des outrages qu'on
pourroit lui faire : les exemples de ceux
qui ont mis leur vie en danger pour lear
ami , n'y font pas rares. De même , les
inimitiés font fi durables parmi les Morlâques
, qu'elles paffent de père en fils.
Il y a chez eux un proverbe qui dit : Que
celui qui néglige de fe venger ne fe fanctifie
point , & le même mot fert à exprimer
vengeance & fanctification. Le meurtrier
d'un Morlâque eft obligé d'errer de
lieu en lien , pour fe fouftraire à la fureur
dé ceux qui le pourfuivent. S'il a pu
échapper à leurs recherches , & s'il a
112 MERCURE DE FRANCE.
ramaflé quelque argent , il cherche
après avoir prudemment
attendu un certain
temps , à obtenir la paix , qui lui eft
accordée au moyen d'un payement fixé
par les médiateurs
, & fidèlement
obfervée
.
Les Morlâques réfiftent aisément à
toute forte d'emplois . Leur fervice à la
guerre eft excellent , lotfqu'ils font bien
conduits. Ils font très- propres au commerce
& apprennent facilement , même
lorfqu'ils font adultes , à lire , à écrire &
à compter. L'art du Tailleur eft borné ,
chez eux , aux anciennes modes . Ils ont
quelques connoiffances de la teinture , &
leurs couleurs ne font certainementpoint à
méprifer. Ilsteignent en noir avec l'écorce
de frêne , qu'ils tiennent en fufion , pendant
huit jours , avec de la limaille de
fer. Ils obtiennent un beau bleu Turguin
, au moyen de l'infufion de la laitue
fauvage féchée à l'ombre , dans la leffive
pure .
Les Morlâques font extraordinairement
fuperftitieux. Ils croyent aux forciers
, aux lutins , aux fortiléges , aux
vampires. Leurs vieilles Sorcières favent
faire plufieurs charmes , dont le plus or
dinaire eft de détourner le lait des vaches
FÉVRIER. 177. 113
de leurs voifins , afin que les leurs en
ayent en abondance , & de même qu'il
y a des Sorciers , il s'y trouve aufli " des
perfonnes qui favent rompre les charmes.
Malheurà qui s'aviferoit de montrer
quelque doute für le pouvoir des unes &
des autres.
L'innocence & la liberté naturelle de '
la vie paftorale , fubfiftent encore parmi
les Moriâques . Une belle fille , rencon
trant un homme de fon Pays , l'embrate
affectueufement , fans qu'on y trouve aucun
mal . L'Auteur de ce Voyage a vu
plufieurs fois des hommes & des femmes
s'embraffer entre-eux , lorfqu'ils fe rencontroient
devant leurs Eglifes les jours
de fêtes .
Les filles font fort foigneufes de leur
parure avant de fe marier , & s'abandon- '
nent enfuite à la malpropreté , comme fi
elles vouloient juftifier le mépris que
leurs maris ont pour elles . Ce n'eft pas ,
au refte , que les filles même exhalent
une bien bonne odeur : le beurre dont
elles ont coutume d'oindre leurs cheveux ,.
devenant rance rrès promptement , produit
une exhalaifon fort défagréable pour'
les Etrangers .
L'habillement des femmes Morlâques
varie fuivant les lieux. Les femmes ma114
MERCURE DE FRANCE.
riées font diftinguées des filles par les ,
ornemens de tête. Il n'eft permis aux
premières de porter autre chofe qu'un
mouchoir uni , de quelque couleur que
ce foit. Les filles ont un bonnet d'écarlate
, d'où pend ordinairement un voile .
très- large , qui retombe par- deffus les ,
épaules.
Il arrive fouvent qu'une fille eft demandée
en mariage par un jeune homme
d'un village éloigné. Les vieillards des
deux maifons traitent alors le mariage ,:
avant que les époux fe voyent. Il arrive
rarement qu'on refufe d'accorder les fil-.
les ; on ne regarde point à la condition ,
de l'amant. La demande une fois agréée ,
le futur va voir la future , & fi les parties
ne fe déplaifent point , le mariage
elt conclu .
Les maris traitent leurs femmes avec
mépris. Ils font dans l'ufage de ne jamais
les nommer à perfonne fans employer auparavant
la formule d'excufe , avec votre
permiffion , oufauf votre refpect. Ils ne les
fouffrent point dans leurs lits , ( qui font
fort rares parmi eux ) ; mais elles doivent
coucher par terre & obéir quand on les
appelle . Une Morlâque ne change point
de régime , n'interrompt ni fes fatigues ,
ni fes courfes lorfqu'elle eft enceinte . Elle
FEVRIER . 1777 . 115
accouche fouvent dans les champs , &
ramaffe alors d'elle même fon enfant ,
le lave au premier ruiffeau qu'elle rencontre
, le porte chez elle , & retourne
le jour fuivant à fes travaux accoutumés.
On lave les enfans nouveaux - nés dans
l'eau froide ; on les emmaillotte enfuite
dans un méchant drap , & ils reftent ainſi
affez mal foignés pendant quatre mois.
On les laiffe courir enfuite dans la cabane
& dans les champs , ce qui contribue
beaucoup à les rendre robuftes . Ils
vont à la fuite de leurs mères pour les
tetter , jufqu'à ce qu'une nouvelle groffeffe
falle manquer leur lait . Ainfi l'on
ne doit pas s'étonner de la prodigieufe
longueur des mamelles des femmes Morlâques
, qui peuvent donner le lait à leurs
nourriffons , non-feulement par- deffous
les bras , mais même par derrière les
épaules . Les enfans paffent leur première
jeuneffe dans les bois à garder les troupeaux
, en s'exerçant pendant ce tempslà
à faire des ouvrages de main . Leur
couteau eft le feul inftrument dont ils fe
fervent pour faire des fifflets , & pour
travailler des taffes ornées de divers basreliefs
, quis quoique bizarres , ne ſeroient
pas dédaignés dans nos villes .
Le lait , caillé de diverfes manières ,
116. MERCURE DE FRANCE.
eft la nourriture
ordinaire des Morlâques.
Ils aiment à y faire infufor du vinaigre
& font ainsi une forte de fromage frais
très- rafraîchiffant , dont le petit lait eſt
pour eux une boiffon très-agréable. Le
fromage frais , frit dans du beurre , eft le
meilleur plat qu'ils fachent apprêter pour
un hôte qui leur furvient à l'imprévu . Ils
ne font point ufage de pain cuit à notre .
façon ; mais ils font des gâteaux de toutes
les espèces de froment. Les choux , les
raves & les herbes nourriffantes , qui ſe
trouvent dans les bois & dans les campagnes
, font leurs mets les plus communs.
Monde Primitif analyfé & comparé avec
le Monde Moderne , confidéré dans :
' Hiftoire Civile , Religieufe & allégori
que du Calendrier ; ou Almanach avec !
des Figures en taille-douce , par M.
Court de Géblin , & c . p. 632. Difcours
Prélim. p. xxxii . Paris 1776.
in 4 ° . avec Fig. On foufcrit pour la
fuite , chez l'Auteur , rue Poupée
& c .
L'Auteur de cet Ouvrage s'avance à
grands pas dans la carrière qu'il s'eft tra- .
FÉVRIER. 1777. 117
cée ; il nous dome un IVe Volume
qui ne paroîtra pas moins neuf & cu.
rieux , que ceux dont le Public eft déjà en
poffeffion . Celui - ci a pour objet l'Hiftoire
du Calendrier, ou Almanach. Elle y ett
confidérée fous trois points de vue différens
, mais intimement liés au plan gé-
-néral de l'Ouvrage entier , & d'une manière
bien propre à faire fentir fon utilité
. On voit donc ici comment fe forma
de Calendrier ; quelles furent , non feulement
les Fêtes qui le compofèrent chez
les Peuples anciens ; mais fur tout le
raport de ces fêtes avec le Calendtier
même . Enfin , les Allégories auxquelles il
donna lieu.
Les développemens de ces trois Livres ,
s'ouvrent par le Calendrier des quatre
Peuples dont les Antiquités font les plus
intéréflantes les Calendriers Hébreu ,
Egyptien Gree & Romain. Ils font
comme le texte de tout l'Ouvrage.
On voit dans le Ier Livre l'influence
qu'enrent le Soleil & la Lune , Roi &
Reine phyfiques de l'Univers, que leurs
cours fervit toujours de règles pour les
divifions du Temps en femaines , mois ,
années , cycles de toute efpèce ; que la
première forme d'année , & lá plus fim118
MERCURE DE FRANCE.
ple furent de douze Lunes , ou de 354
jours qu'elle fit place à une année folaire
de 360 jours : que telle fut l'année
du Déluge. Qu'affez long-temps après ,
cette année étant devenue trop courte ,
on y ajouta s jours , qui furent féparés
des autres , fous le nom d'Epagomènes ,
en Egypte & dans l'Orient ; & de Quinquatre
à Rome. Qu'enfin , on trouva les
années biffextiles de 366 jours.
L'explication que renferme ce Livre,
des noms donnés au Calendrier , à l'Almanach
, au Soleil , à la Lune , aux Planètes
, aux jours , aux mois , & c . par
la plupart des Peuples Egyptiens , Grecs,
Hébreux , Romains , Peuples du Nord ,
&c. apprend qu'aucun mot ne fut l'effet
du hafard ; & on a la fatisfaction de voir
l'origine d'une multitude de mots qu'on
a fans ceffe à la bouche ou fous les yeux :
que tout mot eut conftamment fa raiſon,
& en devient beaucoup plus précieux.
L'Origine des VI Dieux & des VI
Déeffes qui préfidoient aux XII Mois ,:
leurs portraits relatifs au Mois auxquels
ils préfidoient ; la diftinction des jours
heureux ou malheureux l'origine de
T'Aftrologies celle de l'obfervation des
Aftres , & des Foires ; ainfi que des diFEVRIER.
1777 . 119
vers inftrumens à mefurer le tems , font
autant d'articles qui entrent dans ce
Livre.
Le 2º. a pour objet les Fêtes anciennes.
La Ire Section a pour objet les Fêtes en
général , leurs caufes , les Ouvrages qui
Y font relatifs , les Cérémonies avec lefquelles
on les annonçoient & on les célébroient.
La IIme Section traite des Fêtes relatives
à de grandes Epoques. La Victoire
remportée fur les Géans , ou ces Fêtes
relatives aux révolutions phyfiques de
l'Univers, fètes dont l'origine & les fources
étoient inconnues. » Lorfque l'année
commençoit , dit notre Auteur , on
» venoit de célébrer la victoire remportée
fur les Géans.
Il trace ici, l'Hiftoire de ces Géans , &
de leur défaite ; il décrit les Fêtes établies
à leur fujet dans différentes contrées ;
l'objet de ces fêtes , le fens qu'on doit
attacher à la défaite qu'on y célébroit :
les fêtes de la Victoire qui en réfultèrent ,
& comment la défaite de Dahac en Perfe,
& la mort d'Hiacynthe à Lacédémone ,
&c. font des évènemens relatifs à ces
fetes.
On paffe delà aux fêtes du jour de
120 MERCURE DE FRANCE.
1
•
l'An chez les Orientaux , calquées par
celles d'Oliris , d'Ancebis , & c. L'ufage
de donner des oeufs à Pâques eft ici une
fuite de la Théologie & de la Philofophie
des temps primitifs , où tout étoit né
d'un oeuf. De là réfulrèrent l'Hiftoire des
Diofcures , ou Caftor & Pollux , nés d'un
-ceuf & de Léda , la nuit éternelle , dans
le fein de laquelle naquirent tous les
Etres . Caftor & Pollux , dont la vie étoit
alternativement de fix mois , font le foleil
d'Eté & le foleil d'Hiver , qui paroiffent
tour- à-tour fix mois fur l'horizon.
Les Romains ont la même Hif
toire fous les noms de Remus & de Romulus
, nés de Rhéa- Sylvia , fils de Mars ,
nourris par une Louve , dont le premier
voit fix Vautours , tandis que celui - là
en voit douze , & dont celui -là meurt
avant celui - ci , & de la main de Celer ;
tous caractères allégoriques auxquels
on ne peut fe méprendre , ainfi qu'aux
fêtes célébrées en l'honneur de ces deux
Frères.
Paroiffent enfuite les fêtes du nouvel
An , Janus , Anna , Perenna , & c. les fètes
de la Neoménie ou nouvelle Lune, &
de la pleine Lune . Celles du 25 Decembra
, les Saturnales , les jeux féculaires,
avec
FÉVRIER. 1777. 1.25
avec le Poëme d'Horace , deftiné à être
chanté.
La 3eme Section eft confacrée aux fètes
de Cérès & aux Mystères d'Eleufis.
Elles méritoient cette diftinction par l'éclat
de ces mystères , & par leurs rapports,
avec les premiers befoins des hommes,
avec l'agriculture , dont on y célébroic
l'invention ; cette invention qui réunit
les hommes en fociété , & qui eft la
fource des propriétés & de toute légiflation.
Les fêtes des Egyptiens , des Perfes &
des Romains , compofent la 4me Section,
& celles des Grecs la 5me ; les fêtes de
ces deux derniers Peuples font diftribuées
par mois , avec les Hymnes & les Prières
anciennes qui fubfiftent encore & qui
y font relatives. Ce détail prouve le rapport
étroit qui régna toujours entre
les fêtes & les faifons de l'année où
elles arrivoient , de même qu'avec les
travaux de la campagne pour chaque
mois. Ainfi les faits fe trouvent toujours
d'accord avec les principes pofés dans
les. Volumes précédens.
Le Livre IIIme traite des Allégories
auxquelles donna lieu le Calendrier &
fes diverfes Parties. Tout fut perfonai
F
122 MERCURE DE FRANCE .
fié ; la nuit , le jour , la lumière , les
ténèbres , le tems , l'année , les faifons ,
les mois , les femaines , les jours de
l'année , le dernier fur-tout. De là l'Hif
toire & les Fables d'Athyr de Léda ,
des deux principes , d'Eole , de Circé ,
des Filles de Cérops , &c . du Loup de
Danaut , & de la Louve de Romulus.
La 2me Section offre les Perfonnages
allégoriques nés du Soleil & de la Lune.
Le premier de ces Aftres , toujours regardé
comme un Roi , fut mis à la
rête de tous les Catalogues des Rois
des Nations primitives. De- là ces prétendus
Princes , Emon , Man , Menès,
Minos , Bélus l'Affyrien , Belus le Ty
rien , Cadmus , Janus , Cécrops
mulus , Enée , Pharnace , Apis d'Argos ,
Orus de Trezène , Thor de Fin
lande .
›
Ro+
La Lune, avec les diverfes phaſes , ſes
apparitions & fes difparitions , four &
femme du Soleil , devint les Gorgones &
Méduſe , Hélène , Europe , Bafilée, Lo ,
Pafiphace , ce qui conduit à l'Hiftoire de
Théfée , d'Arianne & du Minotaure .
La 3me Section paffe en revue les Perfonnages
allégoriques
, relatifs aux pro
Auctions de la Terre. Ofiris , fis , Bacchus &
1
FÉVRIER . 1777. 123
Cérès . On explique les allégories que
renferme l'Hiftoire de ces Divinités ; on
rapporte les monumens de l'Antiquité qui
les concernent ; on analyfe les Dyonifiaques
, Poëme célèbre où l'on chantoit les
exploits de Bacchus , & les Poëmes relatifs
à l'enlèvement de Proferpine .
Ce IIIme Livre fe termine par l'explication
d'un grand nombre de monumens'
précieux de l'Antiquité tels que la
Table Héliaque , & un Calendrier Egyptien
& Grec.
4
>
Les Tables confiftent dans des liftes
étymologiques de mots & de noms ; une
table des fêtes , une des Allégories &
fymboles. On a fait entrer dans la Table
des Matières , tout ce qui concernoit les
moeurs & ufages anciens , ainfi que
leurs rapports avec les tems modernes,
ce qui y répand plus d'intérêt.
un
Le Difcours préliminaire offre après
úne analyſe légère de ce Volume
tableau des encouragemens qu'a reçu
Auteur depuis la publication du me
Volume , entre lefquels ceux accordés
par un Miniftre du Roi , & la fouſcription
du Roi pour cent Exemplaires , due
aux follicitations généreufes de quelques
Savans illuftres.
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Ceci eft fuivi de la notice de quel
ques Ouvrages dans lefquels on a fait
mention du Monde Primitif , de la réponte
à quelques objections , & de
quelques corrections & additions.
" Nous ofons dire, d'après un Savant
» littérateur , fans craindre d'être dé-
» menti par les perfonnes qui ont du
goût & de l'impartialité , que plus M.
» de Géblin avance dans fa carrière , plus
il fe rend intéreffant . Le fecond Volume
intéreffe plus que le premier ;
& le troisième , que nous avons fous
, les yeux , intereffe encore plus que le
Un Lecteur impartial.
» mettra le Monde Primitif au nombre
des meilleurs livres qu'on ait publiés
dans ce fiècle ».
?? fecond
Tréfor généalogique
, ou extraits des titres
anciens qui concernent les Maifons &
Familles de France , & des environs ,
connues en 1400 , & auparavant , par
Dom Caffiaux , Religieux Bénédictin
de la Congrégation
de S. Maur , réfidant
en l'Abbaye Royale de S. Germain-
des-Prés , à Paris. Dédié à la
Reine , Ouvrage propofé par foufcriptions
ou intcriptions
, en dix volumes
FÉVRIER . 1777. 125
in-4° . A Paris , de l'Imprimerie de
Philippe - Denys Pierres , Imprimeur
du Collège Royale de France , rue
S. Jacques , 1777.
La partie généalogique manquoit juf
qu'à préfent dans les Bibliothèques . C'eft
avec confiance , eft-il dit dans le Prof
pectus qui vient d'être publié, qu'on
offre au Public favant , un Ouvrage qui
fupplée à fes befoins , qui augmente fes
richeffes littéraires. Celui- ci eft le fruit
de quarante ans d'un travail pénible &
laborieux , L'Auteur fe Hatte qu'on lui
faura gré d'avoir raffemblé , fous un
point de vue , une infinité de titres précieux
& importans , dont on ne pouvoit
auparavant fe procurer la connoiffance
, qu'avec des dépenfes énormes
& fouvent infructueufes. La néceffité
de faire des preuves , obligeoit- elle de
recourir aux fiècles paffés , de remonter
à fes aïeux , de conftater une extraction
noble & refpectable , foit pour parvenir
aux honneurs qui ne s'accordent qu'à
l'ancienne Nobleffe , foit pour placer des
parens dans les Chapitres , foit pour
difcuter des intérêts de famille , qui ,
pour l'ordinaire , demandent une fuite
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
de filiations : Quelles peines ! quels
embarras ! Ici les difficultés difparoiffent
, les monumens & les dépôts publics
, les chartriers des Seigneurs , les
regîtres des Greffes & des Eglifes , les
archives des Chapitres , des Abbayes ,
des Monaftères , des Villes , des Provinces
, viennent de toutes parts fe ranger
& préfenter dans un ordre fuivi
tout ce qu'ils ont d'intéreſſant pour les
différentes Familles. C'eft le fil conducteur
qui donne l'entrée & la fortie
d'un labyrinthe dont on ne pouvoit fe
tirer.
L'Auteur, qui a conduit fes recherches
jufqu'aujourd'hui , fe borne, quantà
préfent , aux perfonnes qui vivoient
en 1400 , ou auparavant,, C'eft la parrie
la plus intéreffante & la plus négli
gée . Plufieurs raifons qu'il expofe , dans
fon Profpectus , l'ont engagé à ne parler
que de l'ancien temps.
Quoiqu'il n'ait particulièrement en
vue que les Habitans de la France , it
n'a pu fe difpenfer de s'étendre fur les
Provinces voifines, où plufieurs familles
Françoifes ont pris naiffance , où plufieurs
branches de Maifons fe font tranf
plantées. Il parle auffi quelquefois des
#
FÉVRIER . 1777. 127
anciennes familles roturières , pour deux
raifons. La premiere , parce que les
roturiers ont le même droit que les
Nobles , de connoître leur extraction ,
leurs ancêtres , leurs alliances . La fe
conde , parce que plufieurs Nobles doivent
leur origine à ces illuftres roturiers ,
qui , ayant les fentimens & la vertu ,
qui font la vrai Nobleffe , méritent place
dans un livre qui fait revivre les morts.
L'Auteur a mis à la tête du premier
volume , un Difcours curieux & inftructiffur
l'Art généalogique ; une lifte des
abbréviations qu'il emploie , & un catalogue
alphabétique des Auteurs , des
perfonnes , des archives , & des lieux
cités aux marges .
L'Ouvrage contiendra dix volumes
in-4° . de 800 pages chacun , en beau
papier , d'une impreflion nette & correcte
, en caractères neufs , ainfi que
les cadres & filets pour diftinguer les
quatre colonnes de chaque page . M.
Pierres , chargé de l'impreffion de cer
Ouvrage , ne négligera rien pour ce qui
concerne fa partie. La première & prins
cipale colonne , contiendra les généalogies
par ordre des temps , en commen
çant par les titres plus anciens qui les
Fiv
228 MERCURE DE FRANCE.
appuient les différens degrés de filiation
feront défignés par la fuite naturelle
des chiffres arabes mis en tête de ,
chaque article. La feconde colonne eſt
pour la date des titres , dans un ordre
chronologique. La troisième , pour l'indication
des preuves : on n'y mettra que
les pièces authentiques que l'Auteur a
vues par lui-même , & les lieux où elles
fe trouvent. La quatrième , pour les
notices , comprendra , non - feulement
les pièces rapportées dans les livres imprimés
, & dans les écrits des Compi
lateurs , mais encore celles qui font informes,
& n'ont point toute l'autorité.
requife pour faire preuve.
Chaque volume de 800 pages , équivalentes
à 1200 , à caufe des abbréviations
, ne fe vendra , en feuilles , que
huit livres pour les Soufcripteurs , &
dix livres pour les Infcripteurs ; de forte
que tout l'Ouvrage , en dix volumes
in -44. ne coûtera que quatre- vingt livres
aux uns , & cent livres aux autres .
La manière dont l'Auteur demande
des avances ou des affurances , prouve
fon défintéreffement. Il n'exige que huit
francs d'avance de chaque Soufcrip .
teur , & rien des Infcripteurs , finon
FEVRIER. 1777. 129
leur foumiffion & engagement de pren
dre les volumes à mesure qu'ils paroî
tront. L'édition commencera fur la fin
du mois de Mars de la préfente année
1777 , au cas qu'il y ait un nombre
fuffifant de foufcriptions ou d'infcrip.
tións. Le premier voluine fera achevé
fur la fin de Septemb, fuivant ; le fecond
à la fin de Mars de l'année prochaine
1778 , & les autres , fucceffivement . Leg
Soufcripteurs , en faifant retirer le pre .
mier volume , paieront le fecond , &
ainfi jufqu'au dixième , qui fera délivré
gratis. Les Infcripteurs paieront les volumes
à mesure qu'ils paroîtront , &
toujours en repréfentant leur certificat
d'infeription , fur lequel on fera note
du volume fourni & payé . Les frais
de port de lettres , port de volumes ,
feront à la charge des Soufcripteurs ou
Inferipteurs.
Les avances des Soufcripteurs , & les
foumillions des Infcripteurs , feront reçues
chez Ph. D. Pierres , Imprimeur
Libraire , rue Saint-Jacques , & dans
toutes les Maifons de la Congrégation
de S. Maur , par les Prieurs ; & , en:
cas d'abfence , " par les fous-Prieurs ou
Procureurs , qui , fans aucun intérêt ,
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
& par amitié pour l'Auteur
, le recevron
& en donneront
récépiffé
. Les foufcrip
tions
& infcriptions
ne feront ouvertes
, que jufqu'au
premier
de Mars de l'année
prochaine
1777 * . Ceux qui n'au ront point fait alors les diligences
, courront
le rifque de ne point avoir l'Ou vrage , ou de ne l'avoir qu'à un prix
plus confidérable
, parce qu'on n'en ti rera que cent exemplaires
par - delà le nombre
retenu
.
Differtation fur la nature du Froid.
avec des preuves fondées fur de
nouvelles expériences Chymiques
par M. Herckenroth , Apothicaire
Aide-Major des Camps & Armées
du Roi : brochure in- 12 , prix 1 1.4 f
à Paris , chez Monory , Libraire , rue
& vis-à-vis la Comédie Françoife .
*Si à cette époque , le nombre de Soufcripteurs
& Infcripteurs ne paroiffoit pas fuffifant pour
entreprendre l'Edition , les avances des Soufcripteurs
leur feront rendues, & les Infcripteurs feront
déchargés de leur engagement . Au refte , à ce
terme , on en donnera avis dans la Gazette de
France , le Mercure de France , & autres Jour
naux.
FÉVRIER. 1777. 131
Kunckel , dans fon Laboratoire Chimique,
ouvrage Allemand , & qui n'a pointencore
été traduit en François , expofe
une théorie fur le froid & fur le chaud ,
qui , jufqu'à préfent , n'a point été adoptee.
Il penfoit que le chaud étoit de nature
alkaline , & le froid de nature acide,
& que les liquides qui deviennent folides
par le froid , doivent ce nouvel état à
la combinaifon du froid & du chaud. Si
fon a égard au temps où Kunckel a vécu ,
ce Chimiste étoit excufable d'avoir publié
cette doctrine ; mais excufera- t - on
de même l'Auteur de la brochure que
nous venons d'annoncer , de vouloir faire
revivre une théorie occulte , pour ne rien
dire de plus ? Cette théorie eft aujour
d'hui abfolument oubliée , & mérite de
l'être , depuis , fur-tout , que nous avons
fur cet objet d'excellens Ouvrages donnés
d'habiles Phyficiens , que nous
nous difpenferons de nommer , parce
qu'ils font connus de tous ceux qui cultivent
la Phyfique expérimentale.,
par
Hiftoire du Bas-Empire , en commençant à
Conftantin le Grand. Par M. le Beau
Profeffeur d'Eloquence au Collège
Royal , Secrétaire ordinaire de Mon-
"
Fvi
132 MERCURE DE FRANCE.
feigneur le Duc d'Orléans , & ancien
Secrétaire Perpétuel de l'Académie
Royale des Infcriptions & Belles-
Lettres . A Paris chez Saillant
Nyon , & la veuve Defaint. Tom. 19
& 20.
&
Les deux volumes de l'Hiftoire du Bas-
Empire que nous annonçons , renferment
les événemens de l'Empire Grec ,
depuis 1118 jufqu'en 1204 , fous les
Empereurs Jean Comnène : Manuel
Cominène , Alexis II , Andronic , tous
deux de la race des Comnènes : vient
enfuite Ifaac l'Ange , détrôné au bout
de dix ans , par fon frère Alexis III , &
rétabli , huit ans enfuite , avec fon fils
Alexis IV. Nicolas Canabe , règne quel
ques jours ; Alexis V , dit Marzuphle ,
s'élève fur le trône par le meurtre des
deux derniers Princes , & fait bien-tôt
place à Baudouin , Comte de Flandres ,
que les Latins choififfent pour Empereur,
après la prife de Conftantinople. Lés
Grecs , qui ne fubiffent pas le joug des
Latins , fe donnent pour Empereur ,
Théodore Lafcaris .
Jean Comněne , fils & fucceffeur d'Alexis
, eût été un Prince accompli , s'il
FÉVRIER. 1777. 133
eût moins aimé la
guerre.
Il eut toutes
peu avantales
vertus de fon père , fans avoir aucun
de fes défauts. Un extérieur
geux cachoit une ame grande & généreufe
, & fon règne fut un de ces intervalles
de repos , qui retardèrent la chûte
de l'Empire. A peine étoit- il fur le trône,
qu'il repouffa les attaques des Turcs ,
des Patzinas , des Serves & des Hongrois.
Vainqueur de tant de nations , it
marche en Cilicie , d'où il chaffe les Arméniens
, qui s'en étoient emparés. On
voit ici l'établiffement d'un nouveau
Royaume d'Arménie. L'Empereur oblige
le Prince d'Antioche à le reconnoître
comme Souverain : il entre dans la ville ;
mais une révolte ,fourdement excitée par
ce Prince , l'oblige d'en fortir. La guerre
contre les Turcs continue ; Jean retourne
à Antioche , dont on lui refufe l'entrée .
Réfolu de fe la faire ouvrir par force , il
va paffer l'hiver en Cilicie. Une bleffure
mortelle qu'il reçoit dans une chaffe
lui ôre la vie ; mais avant que de mourir
, il choifit pour fon fucceffeur Manuel
, le plus jeune de fes fils . Le difcours
qu'il fait à fes Courtifans , renferme
des vérités précieufes , & dût faire
beaucoup de fenfation .
も
134 MERCURE DE FRANCE.
Tous les fujets de l'Empire penfoient,
de Manuel comme en avoit penſé fon:
père . Son frère Ifaac , quoique fon aîné ,
lui étoit fi inférieur en mérite , que les,
droits de la naiffance ne trouvèrent point
de défenfeurs . On admiroit dans Manuel
, le courage , la grandeur d'ame , la
paffion pour la gloire ; on vouloit dès lors
trouver en lui la prudence d'un âge,
avancé . Les grâces de fa perfonne aidoient
encore à faire valoir fon mérite :
il étoit de haute ftature ; une beauté mâle
, un regard plein de douceur , un teint.
vif & animé annonçoient un heureux
mêlange de bonté & de vigueur . Telles.
furent les qualités qu'il porta fur le trône. ,
La vigueur s'y conferva , la bonté y fut
fort altérée par les malignes influences de
la grandeur. De mauvais Miniftres.corrompirent
ce beau naturel. On voit ici
l'élévation , le manège , & la chute des
deux principaux . Environné de ces confeils
, Manuel devint dur , hautain , libertin
, jufqu'à entretenir un commerce
fcandaleux avec fa propre nièce . Sa
femme Irène , Princeffe modefte & vertueufe
, dont l'Hiftorien judicieux fait
un portrait fi intéreffant , loin de le
retirer de fes défordres , fut éclipfée par
fa Concubine .
FÉVRI E R. 1777. 134
La fierté du Prince d'Antioche fut
forcée de plier fous les armes de Manuel .
Ce Prince , foldat déterminé , fignale en
vingt conibats contre les Turcs , une
bravoure téméraire , & la mort qu'il femblechercher,
& qu'il eût fouvent méritée ,
le fuit toujours. Ses faits guerriers fem
bleroient romanefques , s'ils n'étoient atteftés
par deux Auteurs très - graves &
contemporains , dont l'un parle comme
témoin occulaire. Sa bonne - foi ne fut
pas égale à fa bravoure . Plein des anciennes
defiances qui avoient rendu Alexis
ennemi des Croifés , il fit échouer la
feconde Croifade. L'Empereur, Conrad,
& le Roi de France , Louis le jeune , revinrent
en Europe , après avoir fignalé
leur courage plus que leur prudence.
Le fiége de Corfou , dont les Siciliens
s'étoient rendus maîtres , eft un des plus,
mémorables dont l'hiftoire faffe mention .
Manuel , toujours intrépide , y fit des
miracles de cette aveugle valeur qui
faifoit fon caractère ; on vit alors quel
changement l'exemple d'un Prince peut
opérer dans une nation , Les Grecs fem
blent être ceux de Marathon & des Ter.
mopyles. Les guerres de Servie & de Hom
grie , qui fuccédèrent , offrirent à Ma-
2)
{ 136 MERCURE DE FRANCE.
nuel de nouvelles occafions de montrer
fon courage. Il n'y a point de bataille où
il ne paye de fa perfonne , & ne cher
che les plus périlleufes aventures .
On lit, dans le dix- neuvième volume,
le commencement des forfaits d'Andronic
, coufin-germain de Manuel
Prince perdu de moeurs , mais hardi ,
plein de rufes , ambitieux , capable de
tous les crimes , qui ne le conduisirent)
au trône que pour le punir fur un écha
faud plus élevé. Ses diverfes aventures
fontici diftribuées felon l'ordre des temps .
Les guerres que Manuel fit en Italie
par fes Généraux , après divers fuccès ,
fe terminèrent par une paix avec le Roi
de Sicile. La conquête de la Cilicie , &
les guerres contre les Turcs, fourniffent,
dans Manuel, des exemples de générofité
& d'une fuprême bravoure . La vifite que
le Sultan d'icone fit à Manuel à Conftan
tinople , les fêtes données à ce Sultan ,
& fon départ , intérefferont le Lecteur.
Irène, première femme de Manuel, étant
morte , il époufa Marie d'Antioche ,
plus belle perfonne de fon fiécle.
12
Après quelques réflexions fur le peu de
fruit que l'Empire retira de la valeur des
trois preiniers Comnènes , le quatre
FEVRIER . 1777. 137
vingt- neuvième livre commence par l'hiftoire
des guerres de Hongrie , & finit par
l'expédition inutile , faite en Egypte , de
concert avec Amaury , Roi de Jérufalem .
On voit ici la chûte bien méritée du Miniftre
Stypiote , & la difgrâce injufte
d'Alexis.
Le quatre-vingt- dixième livre renferme
la guerre contre les Vénitiens ,
qui dura quatre ans , & celles des Tures ,
qui ne finirent qu'avec la vie de ce Prince .
Sa témérité, heureufe jufqu'alors , effuya
la plus fanglante défaite à Myriocephales .
Cette terrible bataille , & toutes fes fuites
, font racontées en détail . Manuel .
meurt quatre ans après , dans la trentehuitième
année de fon règne ; & fa conduite
, dans le gouvernement , eft déve
loppée dans le refte du livre qui termine .
le dix-neuvième volume.
La peinture de la Cour , après la
mort d'Alexis , ouvre le vingtième volume,
page 7 ; on y voit la fuite des aventures
d'Andronic, qui fait révolter Conftantinople
contre l'Impératrice - mère
& fon Miniftre favori. Andronic eft reçu
avec joie à Conftantinople ; il n'a deffein,
dit-il , que d'affurer & d'aider le jeune
Empereur ; fous ce mafque , il fe défait
* 38 MERCURE DE FRANCE .
de fes ennemis , fait étrangler l'impé
ratrice-mère , & peu de temps après , le
jeune Empereur . La fuite du règne d'Andronic
n'eft qu'un tiffu de maffacres &
de condamnations injuftes. A la vue de
tant d'horreurs , l'Hiftorien s'arrête , &
encore frémiſſant d'effroi : C'eft , dit il
un malheur pour l'hiftoire , d'être forcée
de tenir fi long- temps fa plume trempée
dans le fang , & de n'offrir que des tableaux
funeftes. Mais chargée de reproduire
les fiécles à la mémoire des hommes,
trop heureufe quand elle n'a que des héros
à faireparoître , elle n'eft pas moins obligée
de peindre les monftres . Elle les préfen
te & les immole aux yeux de tous les áges ,
fur le même échafaud qu'ils ont teint du
fang des innocens , & jamais criminels ne
furent environnés d'un plus grandSpecta
cle. Il faut lire l'horrible catastrophe, qui
fit , de ce tyran inhumain , un exemple affreux
de la vengeance d'un peuple op- ,
primé par une cruelle barbarie .
Le portrait d'Ifaac, fucceffeur d'An- ,
dronic , & celui de fes Miniftres , pré- .
pare le règne de l'imbécillité . Ses armées
challent de l'Empire les Siciliens ,
qui y avoient fait des conquêtes ; mais
elles échouent contre l'Ifle de Cypre, dont
FÉVRIER. 1777 . 139
un tyran , nommé Ifaac , s'étoit emparé,
La Bulgarie fe révolte & fe donne des
Rois. Branas , vainqueur des Bulgares ,
prend le titre d'Empereur & vient atta
quer Conftantinople ; il eft tué dans une
bataille . La guerre des Bulgares continue,
La troisième Croifade , à la tête de la
quelle furent Philippe-Augufte , Frédéric
, Empereur , & Richard d'Angleterre,
eft encore travertée par la perdie
des Grecs . Richard chaffe le tyran Ifaac
de l'Ile de Cypre , & s'en empare . Après
plufieurs révoltes , & une fuite de mauvais
faccès contre les Bulgares , Ifaac eft
détrôné par fon frère Alexis , qui lui fait
crever les yeux.
"
Alexis III , auffi imbécille que fon
frère , fur foutenu par fa femme Euphrofyne
. Cette Princeffe joignoir une mâle
vigueur à tous les vices de fon fexe.
Un impofteur , qui fe difoit fils de
Manuel , fur bien -tô : affaffiné . Une nouvelle
Croifade , à la tête de laquelle
étoit l'Empereur Henri VI , ent peu de
fuccès par la mort de ce Prince. Les Bulgares
renouvellent la guerre ; mais leurs
Rois , Afan & Pierre , tués par leurs propres
fujets , laiflent la couronne à leur
fière Joanutce. L'Empereur Grec fe fou140
MERCURE DE FRANCE.
met à payer tribut à l'Empereur d'Alle
magne. Un pirat le fait trembler. Euphrofyne
, difgrâciée , eft bien-tôt rappelée
à la Cour ; mais le Miniftre Conftantin
en eft banni pour toujours. Génétofité
du Sultan d'Icone. Maladie de
l'Empereur. Irruption des Valaques.
Révolte de Chryfe , que l'Empereur ne
peut
peut réduire , & d'Ivan , qui repouffe
les Grecs , & eft pris par perfidie. On
ne voit , dans le refte de ce règne , que
défordres dans le Palais & dans la ville.
Tous les liens de l'obéiffance fe relâchents
le Prince tombe dans le mépris . Enfin ,
la cinquième Croifade fe prépare ; plufieurs
Princes d'Occident fe joignent aux
Vénitiens pour aller s'emparer de Conftantinople
, dont la conquête leur paroiffoit
néceffaire à celle de la Terre Sainte .
Le dernier livre du vingtième volume,
ne renferme que l'attaque & la priſe de
Conftantinople par les Latins . On y expoſe
les divers événemens de ce fiége fameux
, & l'élection de Baudouin , Comte
de Flandres , qui fut le chef d'une nounelle
race d'Empereurs; & cette partie de
l'ouvrage eft remplie de faits intéreffans .
La marche des judicieux Hiftoriens , eſt
également intéreffante dans les deux voFÉVRIER.
1777 141
par
le
lumes nous annonçons , foit
que
choix des événemens , foit par la noble
éloquence avec laquelle ils font décrits.
Euvres complettes de Démosthène &
d'Efchine , traduites en François ,
avec des remarques fur les Harangues
& Plaidoyers de ces deux Orateurs ,
& des notes critiques & grammaticales
en Latin , fur le texte Grec : accompagnées
d'un Difcours Préliminaire
fur l'Eloquence & autres objets intéreffants
; d'un Traité fur la Jurif
diction & les Loix d'Athènes ; d'un
Précis Hiftorique fur la Conftitution
de la Grèce , fur le gouvernement
d'Athènes & fur la vie de Philippe, &c .
Par M. l'Abbé Auger , de l'Académie
des Sciences , Belles - Lettres &
Arts de la ville de Rouen , ancien
Profeffeur d'Eloquence dans la même,
Ville . A Paris , chez Lacombe , rue
de Tournon , près le Luxembourg ,
S vol. in-8 °. reliés , 25 livres.
Nous rendrons compte , dans un vo
lume prochain , de la partie la plus
étendue & la plus difficile de ce recueil
intereffant , la verfion du texte de Dé142
MERCURE DE FRANCE.
mofthène . Nous devons aujourd'hui faire
connoître les acceffoires que M. l'Abbé
Auger y a joints ; ils font tous trèsimportans
. Les uns deftinés à l'éclairciffement
& à l'intelligence du texte ,
font les fruits d'une érudition peu commune
, & d'un travail de plufieurs anmées.
Les antres , en partie hiftoriques ,
en partie littéraires , annoncent également
le favant & l'homme de goût.
.
Les remarques critiques & grammaticales
fur le texte Grec , que nous indiquerons
d'abord , font placées à la fin
de chaque volume . Elles font le réſultat
des recherches de l'Auteur ; il les a écrites
en latin pour en rendre l'ufage plus
général , & l'étendre aux étrangers mêmes
qui lui fauront gré d'avoir penſé à
eux . Parmi les Auteurs qu'il a confultés
avec le plus d'avantage , dans cette partie
de fon travail , il nomme le favant Reiske
de Leipfick , mort il y a quelques années
, & à qui l'on doit une édition
complette de tous les Orateurs Greès ,
dans leur langue originale , avec des
notes , des remarques , des verfions latines .
qui ont eu le fuffrage de tous les Sa-"
vans. M. l'Abbé Auger a été en correfpondance
avec cet homme célèbre ,
FÉVRIER . 1777. 143
qui lui a dédié la dernière partie de la
collection. Cet hommage eft également
honorable à celui qui l'a rendu , & à
celui qui l'a reçu . Nous favons que la
reconnoiffance du premier y a eu beaucoup
de part il a avoué lui-même qu'il
avoit des obligations effentielles au favant
François avec lequel il étoit en
correfpondance , & dont les obfervations
lui ont été quelquefois utiles.
Nous ne nous arrêterons pas à cette
partie du travail de M. l'Abbé Auger ;.
elle eft faite pour être confultée , avec
fruit , par tous ceux qui entreprendroient
de lire Démosthène dans fa langue originale.
Nous nous bornerons auffi à
indiquer la lifte des Tribus d'Athènes,
celle des Bourgs qui faifoient partie de
l'Attique , & le Dictionnaire géographi
que des Royaumes , Provinces , Villes ,
Places & Parts , dont les deux Orateurs
ont parlé dans leurs Difcours . Ce Dictionnaire
a été revu par M. Barbeau
de la Bruyère , qui a fait une étude
approfondie de la Géographie ancienne
& moderne , fur laquelle il a écrit
plufieurs Ouvrages . Cette partie des
acceffoires de la traduction de M. l'Abbé
Auger , n'eft pas la moins intéreffantes
144 MERCURE DE FRANCE.
il n'a rien négligé de ce qui pouvoit
inftruire & fatisfaire le lecteur : il lui
offre dans fon Ouvrage , tout ce qu'il
pouvoit defirer , & lui épargne l'embarras
de le chercher ailleurs , où il ne
feroit pas sûr de le trouver toujours.
Un morceau bien intéreffant , c'eſt
un tableau précis & rapide de l'histoire
de la Grèce , en général , & des Athé
niens en particulier. Ce tableau a été
fait d'après M. l'Abbé de Condillac &
M. Tourreil. On ne peut avoir réuni
plus de faits dans un auffi petit efpace ;
& il a fallu beaucoup d'art pour les
mettre chacun à leur place , & les préfenter
d'une manière claire & diftincte,
Avant de lire Démosthène , il faut connoître
le peuple auquel il a parlé , fa
Situation , fes intérêts , fon caractère
& celui des peuples voifins. Ces con-
Roiffances font indifpenfables pour bien
entendre l'Orateur. On les trouve toutes
ici.
Le lecteur déjà inftruit de l'état de
la Grèce , à cette époque , trouve de
nouvelles lumières à la tête de chaque
Difcours . Le Traducteur ne ſe borne
pas à offrir , dans des réflexions préliminaires
, le fommaire du Difcours
,
qu'il
FÉVRIER. 1777. 345
qu'il va préfenter. Il donne l'hiftorique
des faits qui y ont donné lieu ; il en
fixe la date; & par- tout les chef- d'oeuvres
de l'éloquence Grècque , fe trouvent
alliés à l'hiftoire de la Grèce . En étudiant
les grands modèles de l'art oratoire
, on apprend à connoître en même
temps le génie , & le caractère de ces
peuples.
Ce travail intéreffant & utile ne terminoit
pas la tâche que s'impofoit M.
l'Abbé Auger. Démosthène n'a pas traité
uniquement des affaires d'Etat dans fes
harangues; il a défendu les intérêts particuliers
d'Athènes , comme les intérêts
publics de cette ville : il a parlé aufli en faveur
de quelques Citoyens, ou contre eux.
Ces Difcours , pour être bien enten dus ,
demandent d'autres connoiffances préliminaires
plus difficiles à fe procurer.
L'Auteur n'a. pas voulu les laiffer à defirer;
& il a compofé un Traité de la
Jurifdiction & des Loix d'Athènes .
Ce Traité , comme le titre l'indique ,
eft naturellement divifé en deux parties :
la première fait connoître les différentés
efpèces de Magiftrats , de Juges & de
Tribunaux ; les formes à obferver
obtenir juftice. Tous ces détails font
G
pour
146 MERCURE DE FRANCE.
piquans ; ils peuvent fournir des comparaifons
intéreffantes à ce qui fe pratique
de nos jours. De tout temps il
y a eu des procès entre les Citoyens d'un
imême lieu , des loix pour les terminer ,
& des hommes adroits qui favoient éluder
ces loix & employer les détours de la
chicane , qui eft aufli ancienne que les
Sociétés & les Tribunaux .
La feconde partie eft confacrée à faire
connoître les loix d'Athènes . L'objet
de l'Auteur n'étant point de donner un
Traité complet de Jurifprudence attique,
il fe borne aux loix principales qui ont
rapport aux Difcours qu'il a traduits . Ce
Traité peut être regardé comme neuf
par la forme & la quantité des chofes
qui y entrent il fuppofe les recherches
les plus étendues , & une critique judicieufe
.
La dernière partie qui nous refte à
indiquer du travail de M. l'Abbé Auger,
c'eft fon Difcours préliminaire , Ouvrage
plein de goût & de chofes . Le
véritable but de l'éloquence , eft de
perfuader & de déterminer fur le champ
les volontés . Les moyens qu'elle emploie
pour y arriver , font le raifonneFÉVRIER.
1777. 147
ment qui éclaire l'efprit , les images
qui frappent l'imagination , les fentimens
qui
touchent & remuent le coeur :
tantôt elle fépare les moyens , tantôt
elle les fond enfemble. D'après cette
définition , l'Auteur ne regarde comme
éloquence proprement dite , que celle
qui eft dans les genres qu'on appelle
délibératif & judiciaire . Il a du moins
raifon de les regarder comme le premier
degré de l'éloquence. Mais tous les lecteurs
n'excluront pas pour
cela le genre
démonftratif, qui ne peut remplir le
même bat dans toute la rigueur de la
définition de M. l'Abbé Auger ; mais
qui confervera fes partifans , fur- tout
dans un temps où l'éloquence n'a plus,
pour l'exercer , les grands fujets qu'elle
avoit autrefois . L'Auteur , après cette
définition , parcourt l'état de l'éloquence
, en France , à Athènes & à
Rome. Il donne enfuite des principes
Tolides fur la traduction en général , &
fur celle des Orateurs en particulier.
Ces principes amènent des réflexions
fur les différens genres de ftyle'; & il
les applique aux langues Grècque, Latine
& Françoife. Il termine ce Diſcouts
profond par un parallèle de Cicéron &
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
•
de Démosthène . Il compare , non-feulement
les deux Crateurs , mais encore,
les hommes & leur génie.
La lecture de tout ces morceaux , peut
feule donner une jufte idée du travail
de leur Auteur , & des difficultés qu'il
a eu à vaincre. Il fixe celle que nous
devons avoir de ces Orateurs généralement
moins connus que célèbres , &
que leurs Traducteurs , jufqu'à préfent,
avoient défigurés .
)
Le mouvement eft un des princi
paux caractères de l'éloquence de Démofthène
; mais ce n'eft pas un mouvement
qui va par faurs & par bonds,
fi nous pouvons nous exprimer ainfi
c'eft un mouvement progrellif & rapide
où tout eft lié , tout eft enchaîné. Un
ftyle coupé , haché , découfu , feroit
entièrement oppofé au genre de cet
illuftre Orateur. Tout n'eft pas d'ailleurs
mouvement chez lui . On fe trompe
lorfque l'on fe repréfente Demosthène ,
toujours tonnant , toujours foudroyant,
pour nous fervir d'une expreffion répétée
jufqu'au dégoût , par tout ceux qui
ont parlé de lui . Il y a dans fes Difcours
beaucoup d'endroits tranquilles &
paifibles , pleins d'adreffe & d'infinuaFÉVRIER.,
1777. 149
tion . C'est ainsi qu'en jugent ceux qui
le lifent dans fa langue . Ceux qui le
liront avec attention , dans cette traduction
, en penferont de même . En voyant
M. l'Abbé Anger avouer qu'il n'y a
point de phrafes dans ces Difcours , qu'il
n'ait remaniées bien des fois , qu'il n'ait
retouchées & repolies d'après fes idées
& d'après celles de perfonnes éclairées
qu'il a confultées ; qu'il a mis enfin à
les traduire , le temps que Démosthène
mettoit à les compofer , its concevront
difficilement que ce foir un Orateur à
traduire , d'après la première impreffion
que fait le plaifir de le relire. C'ett cependant
ce que l'on a dit , ce que l'on a
prétendu tenter Un rapprochement des
paffages ainfi traduits légèrement avec
ceux traduits par M. l'Abbé Auger ,
pourra intéreffer le Lecteur.
Il faut entendre Démosthène , a dit le
Journaliſte , répondre à ceux qui demandent
quelle néceffité de s'armer contre
Philippe . " Eh quelle autre , grands Dieux !
» que celle qui meut des hommes libres
» à la vue du déshonneur ? Est- ce cette
» néceflité que vous attendez ? Elle vous
affiège , elle vous preffe. Il en eft unc
» autre.... Dieux protecteurs ! Eloignez-
ود
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
•
T
» là des Athèniens ! Il en est une autre ,
» celle qui frappe les Efclaves , la vio-
» lence . Athéniens ! j'aurois honte de
» vous en parler
"
"".
M. l'Abbé Auger a traduit : « Pourquoi
différer ? Pourquoi temporifer ?
» Qu'attendons nous ,
Athéniens
, pour
» faire ce que nous devons ? Que la
» néceffité nous preffe ? Mais la néceffité
qu'on peut appeler celle des hom-
» mes libres , n'a plus befoin d'être attendue
; elle nous preffe depuis long- tems :
prions les Dieux d'éloigner de nous
celle des Efclaves. La plus grande né .
ceffité pour un homme libre , c'eſt
» le déshonneur. Je n'en connois point,
» on n'en peut imaginer de plus forte.
» Celle d'un Efclave , ce font les coups,
» ce font les tortures ; puiffons nous ,
Athéniens , n'éprouver jamais cette
» dernière ; on ne doit pas même en
parler »!
»
Nous ne ferons aucune réflexion fur
ces deux traductions ; mais nous obfer.
verons , en paffant , au fujet des deux
harangues de la couronne , dont nous
allons citer quelques morceaux que le
Correcteur de M. l'Abbé Auger reproche
à Efchine , de donner à toutes
-
FÉVRIER . 1777. ISI
les loix qu'il cite , un fens faux & forcé.
C'eft précisément fur l'article des loix
qu'Efchine a le plus d'avantages . Quand
on lit légèrement & rapidement , on ne
peut pas prendre garde à tout ; mais
quand on relit , cela fuppofe qu'on a
déjà lu & bien lu....
Traduction faite d'après la première
lecture , par M. D. L.
وو
« Non , Athéniens , non , j'en jure,
» vous n'avez point failli en défendant
la liberté de la Grèce. J'en jure , &
» par les mânes de vos ancêtres qui ont
péri dans les champs de Marathon
» & par ceux qui ont combattu à Platée,
» Salamine & Artémife , par tous ces
grands Citoyens dont la Grèce a re-
» cueilli les cendres dans des monumens
publics. Elle leur accorde à tous la
» même fépulture & les mêmes hon-
" neurs. Oui , Efchine , à tous ; car tous
» avoient eu la même vertu , quoique
» la deftinée fouveraine ne leur eût
» donné à tous le même fuccès „ .
Verfion de M. l'Abbé Auger. Si ,
» condamnant l'Auteur du décret , vous
mépriſez mon adminiſtration , vous
ןכ
C'
pas
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
22
"
paroîtrez avoir fait une faute , & non
» pas avoir fubi les rigueurs injuftes de
» la fortune. Mais nou , Athéniens
» non , vous n'avez point fait une faute,
» en vous expofant pour le falut & la
» liberté de tous les Grecs. J'en jure ,
» & par ceux de vos ancêtres qui ont
expofé leur vie à Marathon , & par
» ceux que la Ville de Platée a vus
ranger en bataille , & par ceux qui
» ont livré le combat naval, foit d'Ar-
» témife , foit de Salamine , & par tous
» ces braves Citoyens dont les corps
repofent dans les tombeaux publics .
» L'état leur a accordé à tous les mê-
» mes honneurs , la même fépulture :
» oui , Efchine , à tous , & non pas feu
29
n
lement à ceux dont la fortune a fen
condé la valeur . Cette conduite étoit
jufte ; ils avoient tous fait le devoir
de gens braves ; mais ils ont eu le
» fort que le Souverain Etre réfervoic
» à chacun ".
»
Nous nous arrêterons un inftant fur
ce morceau , j'en jure , & par les mânes
de vos ancêtres , &c. Démosthène , plein
d'un noble enthoufiafme , repréfente les
braves guerriers d'Athènes , morts à Masathon,
à Plarée & à Salamine , comme
>
FÉVRIER 1777. 13
des Dieux protecteurs & fauveurs de la
Grèce , comme des Divinités par letquelles
il jure ; il fe fett d'une expreffion
facrée , pour ainfi dire , a , prépofition
que l'on n'employoit que dans les fermens
faits par les Dieux , y Aiα , μa
a
τον Απολλόνα , μα την Αθηνὴν , L'exprelion
manes, qui ne convient qu'à des morts ,
fuivant la réflexion judicieufe de M.
Tourreil , & non à des Dieux toujours
vivans , détruit cette idée . Qui ont combattu
à Platée , à Salamine, à Artémife.
On réunit ici les objets , tandis que Démofthène
les divife pour donner plus de
nombre à la phrafe , pour multiplier les
exemples , & pour y appliquer l'attention
de fes Auditeurs , dont la Grèce a
recueilli les cendres. Ce n'étoit pas la
Grèce qui avoit recueilli les cendres des
Athéniens morts en combattant pour leur
parrie , ou pour la Grèce ; c'étoit dans
l'enceinte de la ville & au nom de la
vilie qu'on leur avoit rendu cet honneur .
Démosthène , dans une de fes harangues
, vante cet ufage comine particulier
à la ville d'Athènes . Cui , Efchine , à
tous , M. de L. H. a omis , & non pas
feulement à ceux dont la fortune n'a pas
fecondé la valeur ; circonftance fur la
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
quelle Démosthène infifte , & à laquelle
il veut que fes Auditeurs faffent une
attention particulière.
39
ود
« L'avez-vous remarqué , Athéniens ,
dit M. L., lorfqu'il a parlé de nos malheurs
; il en parle fans rien reffentir
» fans rien témoigner de cette trifteff ,
qui fied fi bien à un Citoyen fenfibie &
» vertueux. Son vifage étoit rayonnant
» d'allégreffe ; fa voix étoit fonore &
» éclatante. Le malheureux ! il croyoit
» m'accufer , & il s'accufoit en effet lui-
» même en fe montrant dans nos revers
» communs , fi différent de ce que vous
» êtes . "
"
و د
Verfion de M. l'Abbé Auger. « Dans
le cours de fes imputations calomnieu-
» fes , ce qui m'a le plus étonné , Athéniens
, c'eft qu'en infiftant fur nos infortunes
, il en a parlé fans reffentir ,
»fans témoigner la trifteffe d'un Citoyeir
» zélé & vertueux . Avec cet air & ce
ton fatisfaits , avec les éclats d'une voix
fonore, il croyoit m'accufer fans doute ;
» mais , il prouvoit en effet contre lui-
» même , qu'il n'étoit pas affecté de nos
» revers comme les autres. »
Il y auroit bien des remarques à faire
fur ce morceau ; nous les laiffons à nos
FÉVRIER. 1777. 155
Lecteurs. Nous demanderons feulement
à l'homme de goût où eft le ftyle nombreux
de Démosthène , & fi des oreilles
Athéniennes , ces oreilles fières & délicares
auroient fupporté dans un Orateur
le concours des lettres fifilantes
( qu'on nous permette l'expreflion , ) qui:
fied fi bien à un Citoyen fenfible.
་
L'exorde de la même harangue eft un
chef-d'oeuvre dans le genre tranquille &
paifible . Nous prions le critique de juger
fi une exclamation qu'on insère n'eft pas
oppofée au genre de cet exorde . Voici
l'exemple qu'il propoſe. « Efchine a dans
» cette accufation de grands avantages :
oui , Athéniens , de bien grands ! Nos
rifques ne font pas égaux . S'il ne gagne
" pas fa caufe , il ne perd rien , & moi ,
» fi je perds votre bienveillance ... Mais ,
و د
"
non , il ne fortira pas de ma bouche
» une parole finiftre au moment où je
» commence à vous parler. Athéniens ,
» on écoute volontiers l'accufation &
l'injure , & qu'on entend avec peine
ceux qui font forcés à dire du bien d'eux-
» mêmes ! Ainfi donc Efchine a pour lui
" tout ce qui attire l'attention des hom-
» mes . H´m'a laiffé ce qui les bleſſe &
» leur déplaît. Si , dans cette crainte, je me
» tais fur les actions de ma vie , je pa-
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
>>
200
» roîtrai me juftifier mal ; je ne ferai
plus celui que vous avez cru digne derécompenfe
fi ; , pour l'intérêt de ma
» cauſe , j'expofe ce que j'ai fait en per
» dant l'Etat , je ferai dans la néceffité
» de parler fouvent de moi-même. Je le
» ferai du moins avec toute la modéra-
» ration dont je fuis capable ; & ce que
» je ferai forcé de dire , imputez - le
» Athéniens , à celui qui m'oblige à me
» défendre .
30
33°
و
M. l'Abbé Auger traduit au contraired'après
l'orateur Grec. « Efchine , dans
cette affaire , a fur moi plus d'un avan-
» tage ; deux fur tout , Athéniens , &
» qui font effentiels. Premièrement, les
rifques ne font pas égaux entre nous ..
Je perdrois infiniment plus en perdant
» votre amitié , que lui en ne gagnant:
» pas fa caufe. Si je perds votre amitié ,
il y va pour moi .... Mais j'évite en
» commençant toute parole finiftre ;
» lui , au contraire , il m'accufe fans:
» avoir rien à perdre. On aime naturel-
» lement à écouter des accufations &
des invectives , & on n'entend qu'avec
peine ceux qui font eux mêmes leur
éloge. Efchine avoit donc pour lui ce
» qui captive l'attention des hommes . I
» ne me refte à moi que ce qui déplaît:
"
35"
22
FÉVRIER . 1777 : 157
à prefque tout le monde. Si , dans la
crainte de choquer , je ne parle pas
» des actions de ma vie , il femblera que
» je ne peux ni me juftifier fur les griefs
» de l'accufation , ni montrer à quel titre
» je me crois digne d'une récompenfe.
" Si , pour l'intérêt de ma caufe , j'entre
» dans le détail de ce que j'ai fait pour
» l'Etat & pour les Particuliers , me voilà
» forcé à parler fouvent de moi : je tâche-
" rai du moins de le faire avec toute la
» modération poffible ; & ce que la né-
» cellité me forcera de dire , il faut l'imputer
à celui qui m'oblige à me dé-
>> fendre . >>
Nous aurions mieux aimé que M.
l'Abbé Auger eûr préféré le mot bienveillance
à celui d'amitié. Quant au Traducteur
qui a cru mieux faire , il nous
femble qu'il a manqué une finelle qui
n'étoit pas à négliger . Il m'a laiffé ce qui
les bleffe & leur déplait , en parlant des
hommes en général eft un peu dur . Démofthène
a dit , il ne me reste à moi que ce
qui déplait àpréfentprefque à tout le monde.
Comme c'est dans l'homme un effet de
la malignité & un fentiment de jaloufie:
qui l'empêche d'entendre volontiers quelqu'un
fe louer lui-même ;, l'Orateur qui
158 MERCURE DE FRANCE.
a voulu dans ce moment ménager fes Auditeurs
, & ne rien dire abfolument qui
pût les bleffer , fe garda bien de rendre
fa propofition générale. Cette obfervation
prouve, en faveur de l'opinion de M.
l'Abbé Auger , qu'il ne faut rien omertre
dans Démosthène , autant que la lan
gue le permer.
Encore un exemple , & nous terminerons
par- là ce parallèle & notre extrait .
" Ecoutez - moi, vous le devez ; c'eſt
pour vous que j'ai eu la force de fup-
» porter tous ces travaux ; il feroit trop
» honteux que vous n'eufliez pas celle de
» les entendre . »
M. l'Abbé Auger. «Vous devez m'é-
» couter , Athéniens, pour plufieurs rai-
» fons , & fur- tout parce qu'il feroit
» honteux que j'euffe foutenu pour vous
» tant de travaux , & que vous ne puf-
» fiez en fupporter le récit. » Il n'y a ici
qu'une phrafe ; les deux leçons difent la
même chofe , mais que le ton en eft différent
! Le premier Traducteur fait parler
Démosthène en homme fier de fes
fervices , & les reproche à ceux auxquels
il les a rendus . M. l'Abbé Auger
a rendu celui que devoit avoir l'Orateur
dans cette circonftance importante pour
FEVRIER. 1777. 1-59
lui , où fa caufe étoit délicate , & où
fon adverfaire avoit un parti : fa fierté
devoit fe foutenir & craindre de bleffer
les Jugės ; auffi fa tournure adoucit- elle
tout ce que la penfée qu'il avoit à exprimer
pouvoit avoir de dur.
ANNONCES LITTÉRAIRES .
LES Incas , ou la deftruction de l'Em-
-pire du Pérou , par M. de Marmontel ,
Hiftoriographie de France , l'un des Quarante
de l'Académie Françoiſe , dédié au
Roi de Suède , très - belle édition , ornée
de onze fuperbes gravures , 2 volumes ,
grand in-8 ° . broché , 18 liv . A Paris ,
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon
, près le Luxembourg , 1777 , onvrage
important & très-intéreffant , dont
nous parlerons dans le Mercure prochain
.
Hymne au Soleil , en quatre divifions ,
traduit du Grec , par M. l'Abbé de
Reyrac, Correfpondant de l'Académie
des Infcriptions & Belles - Lettres ,
petit in- 12 , prix 24 f. broché. A Paris,
160 MERCURE DE FRANCE .
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg , 1777.
Cet ouvrage eft dans le goût des
bons Ecrivains de la Grèce . S'il n'eſt pas
un Poëme échappé à l'injure des temps ,
il paroît du moins avoir été compofé fur
les meilleurs modèles de l'antiquité :
nous en rendrons compte inceffamment .
Hiftoire des progrès de l'Esprit Humain
dans les Sciences & dans les Arts qui
en dépendent. SCIENCES INTELLECTUELLES
: favoir , la Dialectique, la
Logique , l'Ontologie , la Cofmologie ,
la Pfycologie , la Théologie natureile,
la Religion naturelle , la Morale , la
Légiflation & la Jurifprudence , la Politique
, la Grammaire , la Réthorique,
& PEloquence , la Poésie ; avec un
abrégé de la vie des plus célèbres Auteurs
dans ces fciences ; par M. Savérien
, volume in -8 ° . relié S liv . chez
Lacombe , Libraire , rue de Tournon,
près le Luxembourg,
Ce précis hiftorique des Sciences Intellectuelles
, fait fuite à l'hiftoire des Sciences
Mathématiques , & à celle des ScienFÉVRIER.
1777
161
ces Phyſiques, que le Publica favorablement
accueillies , qui font du même Auteur
, & chez le même Libraire : nous
ferons connoître plus particulièrement ce
nouvel ouvrage fi utile à l'éducation ,
Dillionnaire interprête manuel des noms
latins de la Géopraghie ancienne & moderne
, pour fervir à l'intelligence des
Auteurs latins , principalement les Auteurs
claffiques , avec les défignations
principales des lieux ; ouvrage utile à
ceux qui lifent les Poëtes , les Hiftoriens,
les Martyrologes , les Chartes , les vieux
Actes , &c. &c. &c. volume grand in- 8 ° .
reliés liv. chez le même Libraire , au
Bureau des Journaux , rue de Tournon .
Les Spectacles de Paris , vingt- fixième
partie , chez la veuve Duchefne , rue S.
Jacques.
Almanach de Gotha , à Paris , chez
Ruault , Libraire , rue de la Harpe.
Étrennes Orléanoifes , chez Couret de
Villeneuve , Libraire , à Orléans .
Étrennes aux Amateurs de la Loterie
162 MERCURE DE FRANCE.
Royale de France, ou la vraie explication
des Songes , avec leur
rapport
aux quatre- vingt-dix numéros de la
Loterie Royale de France , fuivie de
quatre-vingt- dix figures allufives aux
mêmes numéros, avec des cabales pour
le calcul , tirés des meilleurs Auteurs
Italiens ; ouvrage traduit de l'Italien
en François , fort intéreffant à tous
ceux qui veulent tenter la fortune par
des mifes heureuſes. A Paris , chez
Molini , Libraire , rue de la Harpe ,
Efprit , au Palais - Royal , la veuve
Duchefne , rue S. Jacques, Lefclapart,
quai de Gêvres , prix 1 liv. 16 fols.
Cet Almanach ne doit être regardé
que comme un jeu pour ceux qui ont le
loifir & la fantaisie de combiner des
chimères & de s'en amufer.
L'Égyptienne , Poëme épique , petit
in- 12 , broché , 24 fols , chez Lacombe ,
Libraire , rue de Tournon .
Hiftoire abrégée des Papes , depuis S.
Pierre jufqu'à Clément XIV , tirée des
Auteurs Eccléfiaftiques , 2 vol. in- 12
reliés 6 liv. A Paris , chez Moutard ,
Libraire , rue du Hurepoix.
FÉVRIER. 1777. 163
On trouve chez le même Libraire ,
Morceaux choifis des Prophètes , mis en
François par M. l'Abbé Champion de
Nilon , deux vol. in- 12 , 6 liv.
Hiftoire de la décadence & de la chûte
de l'Empire Romain , par M. Gibbon
ouvrage traduit de l'Anglois , in-12 ,
relié , 3 liv. chez Moutard & les frères.
Debure , Libraire , quai des Auguftins.
Defcription des afpects du Montblanc
préfenté à Sa Majefté le Roi de Sardaigue
, par Marc-Théodore Bourrit , pour
fervir de fuite à la defcription des Glacières
de Savoie , &c. Laufanne , 1776 ,
in-8° . broché , 36 f. & chez Moutard ,
Libraire , quai des Auguftins.
Précis des argumens contre les Matérialiftes
, par Pinto , in- 8 ° . broché , 36 f.
Relation ou Journal d'un Officier François
, au fervice de la Confédération de
Pologne , Amfterdam , 1776 , in- 8 ° . broché
, 36 f.
164 MERCURE DE FRANCE.
ACADEMIES.
1.
Prix proposépar l'Académie des Sciences
Belles- Lettres & Arts de Lyon , pour
l'année 1777.
M DE FLESSELLES Intendant de la
Ville & Généralité de Lyon , empreffé
de concourir à l'avancement des Arts
qui Agriffent en cette Ville , a invité
l'Académie des Sciences , Belles - Lettres
& Arts , quiy eft établie , de propoſer ,
en fon nom , une Médaille d'or , du prix
de 100 livres , pour la perfection de la
Teinture noirefur la Soie.
L'Académie a accepté cette commiffion
avec reconnoiffance , & s'empreffe
d'annoncer qu'elle décernera ce prix dans
la Séance publique de fa rentrées au mois
de Décembre 1777 , à celui qui aura
conftaté avoir porté , en France , à une
plus grande perfection , la Teinture noire
de la Soie , ou par un Mémoire détaillé ,
FÉVRIER . 1777 165
accompagné d'échantillons d'effais , ou
par des expériences répétées pardevant
les Commiffaires nommés par l'Académie
, & qui s'engageront à garder le fecret
du procédé , fi l'Inventeur l'exige .
L'intention de M. l'Intendant étant au
furplus de folliciter la faveur du Gouvernement
pour l'Auteur couronné .
Les Académiciens ordinaires font feuls
'exceptés du concours ; les Mémoires n'y
feront admis que jufqu'au 1er Août
1777. Ils pourront être adreffés à l'Académie
, fous le couvert de M. l'Intendant;
ou francs de port , à M. de la Tou
rette , Secr. perp . de la claffe des Scien
ces ; ou à M. Boullioud , Secr. perp . de lá
claffe des Belles-Lettres ; ou chez Aimé
de la Roche Imprimeur - Libraire de
l'Académie.
I. I.
Prix propofé par l'Académie des Sciences,
Arts & Belles Lettres de Châlons -fur-
Marie. Pour l'année 1778:
L'Académie des Sciences , Arts &
Belles Lettres de Châlons - fur - Marne ,
prapofe pout fajet du prix qu'elle adju
gera dans fon affemblée du 25 Août
1778.
166 MERCURE DE FRANCE.
Les moyens les moins onéreux à l'État
& au Peuple , de conftruire & d'entretenir
les grands chemins.
Tous les amis de la patrie & de l'humanité
font invités à travailler fur ce fu--
jet. Le prix fera une médaille d'or de la
valeur de trois cens livres .
Les pièces feront écrites en François
ou en Latin , & elles feront envoyées ,
franches de port , à M. Sabbathier , Secr.
perp . de l'Académie , trois mois avant
la diftribution du prix.
Les Auteurs ne fe feront point connoître
; ils mettront feulement une devife
à la tête ou à la fin de leur Mémoire. Ils
y joindront un billet cacheté qui contien
dra leur nom , qualités & demeure , s'ils
veulent fe faire connoître ; & la devife
fera répétée fur ce billet.
II I.
Prix propofé par l'Académie Royale des
Sciences & Belles-Lettres de Pruffe.
Pour l'année 1778 .
-
L'Académie Royale des Sciences &
Belles Lettres , dans fon affemblée du
-6 Juin 1776 , a jugé le prix de la claffe
qui concernoit la queftion fuivante :
FÉVRIER . 1777. 167
Quelle a été, relativement aux denrées,
la valeur des monnoies depuis Conftantin
leGrand jufqu'au partage de l'Empire à la
mort de Théodofe ? Et quelle a été l'influence
réciproque entre les variations qu'a
fubies cette valeur , & les changemens arrivés
dans l'état politique & économique de
l'Empire ?
Ce prix a été remporté par feu M.
Jules Frédéric de Keffenbrinck , premier
Préſident de la Régence de Stettin. Son
Mémoire étoit en Allemand & avoit
pour devife Rector omnium vim quoque
intelligendi , quam ipfe dedit , & regit &
adjuvat. La Claffle des Belles- Lettres , en
le couronnant , auroit fouhaité de voir
la troisième partie plus généralifée & plus
développée .
La Claffe de Philofophie fpéculative
avoit différé jufqu'à l'année 1776 , l'adjudication
du prix fur l'examen des deux
facultés primitives de l'ame , celle de connoître
& celle de fentir. Le Mémoire Allemand
, qui a remporté ce prix , avoit
pour devife , Nofce te ipfum ; & il étoit
de M. Jean- Augufte Eberhard , Paſteur à
Charlottembourg.
L'acceffit a été accordé , 1 ° . à la Pièce
Françoife, intitulée : Recherches fur lafa168
MERCURE DE FRANCE.
culté de fentir & fur celle de connoître ,
ayant pour devife : Sin , has- ne poffim
Natura accedere partes.Virg. Georg. 2º . A
la Diflertation Allemande qui a pour deviſe
un paffage Grec de Platon ; oude yeep
&c. 3 °. Au Mémoire Allemand , qui a
pour devife : Eft quodam prodire tenus ,
& c.
LaClaffe de Philofophie expérimentale ,
a propofé pour l'année 1777 , la queftion
fuivante :
Il eft connu que les angles fous lefquels
les rameaux des artères fortent de leurs
troncs font différens , & que cette diffé
rence eft telative à celle qui fe trouve
entre les vifcères .
Cela pofé , on demande :
le
Quelle eft la grandeur déterminée de ces
angles , préférablement requife pour chaque
efpècedefécrétions ? Comment onpeut
mieux parvenir, au moyen des expériences ,
à fixercette détermination ? Et quellesfont
les modifications dans la víteffe & dans
la circulation du fang qui en résultent ?
On invite les Savans de tous pays , excepté
les Membres ordinaires de l'Académie
, à travailler fur cette question . Le
prix , qui confifte en une médaille d'or du
-poids de so ducats , fera donné à celui
qui
FÉVRIER. 1777. 169
qui , aujugement de l'Académie , aura
le mienux réuffi . Les Pièces écrites d'un
caractère lifible , feront adreffées à M.
le Confeiller privé Formey , Sécretaire
perpétuel de l'Académie .
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner alternativement des
repréſentations des Fragmens , compofés
de l'Acte d'Eglé , de celui de la
Danfe , des Talens Lyriques , & d'Orphée
& Euridice, Drame héroïque en trois
Actes. On a ajouté aux Fragmens le Bal
let des Horaces , de M. Noverre .
Ce Ballet eft divifé en cinq Actes ,
& en Scènes Dramatiques , où l'action
théâtrale , la déclamation muetre , la
Pantomime concourent avec la Danſe
& la Mufique pour former un Spectacle
.
ACTE Ier . La décoration représente une
falle du Palais des Horaces. Camille
H
170 MERCURE DE FRANCE.
foeur des Horaces , & amante de Curiace
, déplore fa cruelle destinée , ap-.
prenant que fon frère & fon amant doivent
combattre l'un contre l'autre pour
décider du fort de leur patrie. Cependant
elle préfente à fon Amant , une
écharpe qu'elle a brodée . Curiace accepte
ce préfent , & vole au combat ; Camille
tremble pour fon Amant , & ne
peut recevoir , fans frémir , les adieux
de fes frères. Le vieil Horace encourage
fes fils .
I. ACTE. La décoration repréfente un
Camp , & un Autel eft au milieu. Les
deux armées fe profternent devant l'Autel
; les Prêtres font des libations. Les
deux Rois ennemis fe jurent qu'ils s'en
tiendront à ce que le fort du combat
entre les Horaces & les Curiaces décidera.
Combat des trois frères Romains , contre
les trois frères Albains , en préſence,
des deux armées . L'aîné des Horaces ,
reftéfeul contre les trois Curiaces , les attaque
l'un après l'autre & en triomphe .
Tullus met fur fa tête la couronne de
la victoire . Le vieil Horace trompé par
un faux rapport , gémit de la honte de
fon fils , & ne tarde pas à fe féliciter de
fa gloire.
FÉVRIER . 1777. 171
III . ACTE. La décoration repréfente le
Capitole. Le vainqueur eft conduit en
triomphe au Capitole. Camille ne voit
dans fon frère que le meurtrier de fon
Amant ; elle lui arrache l'écharpe qu'il
avoit ôtée à Curiace ; elle s'abandonne
à tout fon défefpoir , & forme des
imprécations contre la Patrie. Horace ne
pouvant foutenir fes plaintes & fes reproches
, lui plonge fon épée dans le
fein. Ce crime fait horreur aux Romains ,
Horace , lui-même , en frémit. Le vieil
Horace applaudit feul à cet attentat. On
charge de fers le triomphateur.
IV . ACTE. La décoration repréſente
une Prifon. Horace déplore fa deftinée.
Fulvie , fon Amante , veut envain faciliter
fon évafion . Elle fe défeſpère ,
& tombe évanouie . Le vieil Horace
vient alors foutenir le courage de fon fils .
Procule , père de Fulvie , apporte le décret
du Sénat , qui accorde la grâce du
coupable , & lui donne fa fille .
•
V. ACTE. La décoration repréſente le
Palais du Roi. L'union d'Horace & de
Fulvie eft célébrée par des fêtes bril
lantes.
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Nous n'examinerons point fi ce ſujer
convenoit à un Ballet , & fi une action.
auffi tragique devoit être accompagnée
de danfes . M. Noverre a voulu faire voir
que fon art pouvoit , comme la Poëfie ,
former un Drame fuivi , grand , pathétique
& intéreffant . C'eft une Tragédie
, c'eft Corneille en Pantomime ;
mais il a fallu rompre l'unité de l'action
pour la varier & la foutenir ; alors
on s'écarte des principes fi effentiels à
toute action théâtrale ; on parvient à faire
un fpectacle , mais non pas une oeuvre
de génie .
Il n'en faut pas moins admirer , dans
cette compofition , le talent avec lequel
M. Noverrefait employer tous les moyens
de fon Art. Cependant , il fent lui- même
qu'il eft des convenances & des
vraisemblances à conferver ; & il fe propofe
de faire des changemens dans les
derniers Actes. Mademoiſelle Heinel ,
Mlle Guimard , M. Veftris , M. Gardel ,
ont rempli les principaux rôles avec une
intelligence & une vérité qui ajoutent à
leur réputation & à leurs fuccès.
On a reprit l'Acte du Devin de Village
, pour être joué après Orphée &
Euridice. Mlle Levaffeur & M. Lainez
>
FÉVRIER. 1777. 739
exécutent avec diftinction les premiers
rôles.
L'Académie Royale de Muſique doit
remettre encore l'Iphigénie en aulide ,
de M. le Chevalier Gluck.
L'Olympiade , Opéra de M. Sacchini ,
pour lequel on avoit fait déjà quelques
préparatifs , exigeant encore des chan
gemens , ne fera joué qu'après Pâques.
DEBUT S.
M. L'HÔTE , jeune Acteur , chantant
la baffe- taille , a débuté le jeudi 9 Janvier,
par le Rôle d'Eurilas , Berger , dans
l'Acte de la Danfe des Talens Lyriques.
Sa voix eft très-agréable ; fa prononciation
diftincte : il eft très -bon muficien ,
& il met de la dignité dans fon maintien.
En cultivant fon talent , il pourra
acquérir la préciſion néceſſaire à là mufique.
M. LE MELLE , chantant auffi la baffetaille
, a débuté , le même jour , dans
l'Acte de Vertume & Pomone , par le
Rôle de Pan : ce jeune Acteur eſt d'une
figure théâtrale ; la qualité de fa voix
Hij
174 MERCURE DE FRANCE .
eft fort flatteufe ; fon jeu eft plein de
naturel & de feu ; il chante avec intelligence
& avec goût.
COMÉDIE FRANÇOISE.
LE Mercredi 22 Janvier , les Comédiens
François ont donné la première
repréfentation de Zuma , Tragédie nouvelle
de M. Lefevre . La fable de cette
Pièce eft entièrement d'imagination , &
un peu romanefque ; mais elle produit
des fituations intéreffantes , & des fcènes
vives & pathétiques , relevées par
de beaux vers , & par des morceaux de
fentiment heureufement exprimés.
Une Horde Américaine s'eft réfugiée
dans l'abyme des rochers du Perou , loin de
la cruauté des Espagnols , commandés par
le fameux Pizarre. Leur Reine , tranquille
dans cette retraite , oubliant fon
ancienne grandeur , élève fa fille &
un Efpagnol qui avoit été délaiffé dans
fon enfance. Cet Efpagnol devient paffionnément
amoureux de Zuma , fa
compagne . Leur amour eft agréable à
la Reine , qui admire dans ces enfans
FÉVRIER . 1777. 175
l'image de la candeur & de la belle nature.
Ces amans voient ce jour tant
defiré de leur union , lorfqu'un Eſpa
gnol , errant de montagne en montagne ,
arrive jafques dans cet afyle de la paix
& du bonheur. C'eſt le fils du fameux
Pizarre , fi odieux aux malheureux Américains
. La Reine reconnoiffant cet Efpagnol
, fe laiffe emporter par les premiers
mouvemens de vengeance ; mais
le jeune homme , autant par autant par humanité
que par un fecret fentiment d'amitié ,
obtient qu'il foit traité avec tous les
égards de l'hofpitalité ; on l'accueille
on le plaint , on adoucit fes maux .
Cependant le fils de Pizarre reconnoit
dans Zuma l'objet de fa paffion. Il s'indigne
de la réfiftance qu'il éprouve , &
d'avoir un rival. Ses Soldats échappés
au naufrage , viennent fe ranger fous
fes ordres . Pizarre laiffe alors éclater
fa violence & fes menaces. Il eſt le tyran
de fes bienfaiteurs , il fait enlever
Zuma. La Reine découvre en lui le
meurtrier de fon époux. Elle raffemble
une troupe d'Américains & pourfuit
l'indigne raviffeur de fa fille . Le
combat eft près de fe livrer , lorfque
le jeune Amant propofe de terminer
Hiv
# 76 MERCURE DE FRANCE.
cette querelle l'un contre l'autre. Pizarre
accepte le défi , mais le jeune homme
eft détourné par un parti. Il va retrouver
fon rival , ils fe reconnoiffent pour
frères. Alors Pizarre fe livrant à toutes
les douceurs d'une union fi douce , facrifie
fa paffion à celle de fon rival aimé ,
& fe propofe de devenir le défenfeur
des Américains , après en avoir été l'oppreffeur
. La Reine , ignorant cet heureux
changement , a tout difpofé pour
perdre Pizarre. Il eft furpris fans défenſe ,
& accablé de traits. Pizarre mourant ,
reconnoît la jufte punition de fes attentats.
Cette Tragédie , dont nous n'avons
pu tracer qu'une légère idée , ďaprès
la première repréfentation , a eu
beaucoup de fuccès , & fait le plus grand
honneur à M. Lefevre.
Les principaux rôles de cette Tragédie
, font joués avec beaucoup d'intelligence
, de chaleur & de fupériorité
par MM. Molé & Larive , & par Mefdemoifelles
Sainval.
DEBUT.
M.
a débuté , le 21 Janvier ,
par le rôle d'Arviane dans Mélanide , &
FÉVRIER. 1777. 177
par celui du Marquis , dans la Pupile. II
avoit déjà paru fur ce Théâtre.
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont repris &
donné avec fuccès les Sultanes , en trois
Acte en Vers , de M. Favart , avec le
Couronnement de Roxelane. Cette Comédie
charmante a été revue avec plai
firon y applaudit les traits délicats &
brillants dont cette pièce eft remplie.
Les trois caractères des Sultanes Y font
tracés & foutenus avec beaucoup d'eſprit.
Mefdamés Billioni , Colombe & Beanpré
, les jouent avec intelligence. On
fe rappelle, à cette occafion, avec quelle
fineffe , quelle gaieté , quel intérêt
Roxelane étoit jouée par Madame Favart
, fi digne d'affocier fon talent à ce
lui de fon ingénieux époux . Le rôle du
Sultan n'a jamais été mieux rendu que
par M. Clairval , qui fait toujours fi
bien faifir l'efprit de fes rôles , fi différents
depuis Montauciel jufqu'au Magnifique
, & depuis Colin jufqu'à Solimand
II. Le Couronnement de Roxelane
forme un beau fpectacle.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
La Buona Figlioula a été reprife
chantée & exécutée dans l'efprit du maître
, d'après les confeils du célèbre
Piccini , qui eft l'Auteur de la Mufique.
On a donné quelques repréſentations
de Roger & Javotte , parodie d'Orphée
& Euridice.
DÉBUT.
Mademoiſelle TESSIER a débuté , le
lundi 27 Janvier , par le rôle d'Agathe
dans le Sorcier. Elle a de la jeuneſſe ,
une voix délicate , & la cadence trèsbrillante.
L'étude & l'exercice lui donneront
, dans la fuite , plus de préci
fion & de fûreté dans fon chant.
FÉVRIER. 1777. 179
ART S.
GRAVURES.
1.
Mutius Scévola dans la tente de Porfenna
Eftampe de 18 pouces de haut fur 17
de large , gravée par Jacques Schmuzer
, d'après le tableau original de Rubens
, qui eft dans le Cabinet du Prince
de Kaunitz , Comte de Rietberg , Protecteur
de l'Académie de Vienne , auquel
cette Eftampe eft dédiée. Elle fe
trouve à Vienne , chez l'Auteur , & à
Paris , chez M. Aliamet , Graveur du
Roi , rue des Mathurins , prix 16 liv
UBENS a , RUBENS dans cette fcène fi propre
à développer les paffions & l'enthoufiafme
patriotique , repréfenté Scévola
étendant , fur un brâfier ardent , la main.
qui vient de trahir fon courage. L'attitude
du jeune Romain eft noble & affurée
; il femble, en regardant Porfenna ,
braver les fupplices qui lui font réfervés.
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi , placé fur un plan plus élevé , paroît
pénétré d'admiration à la vue de
cet acte d'héroïſme. Au pied du trône eft
renversé l'Officier que Mutius vient de
poignarder. Le vifage de cet Officier
victime de la méprife du Romain , annonce
avec énergie la douleur & les
convulfions qui précédent une mort
violente. La fcène eft , du côté oppoſé
remplie par les gardes de Porfenna qui
témoignent leur étonnement , & s'affurent
en même temps de la perfonne de
Scévola.
Rubens a traité très- peu de fujets
hiftoriques auffi intéreffants. L'art dail
leurs avec lequel ce fujet eft rendu en
gravure , le fera rechercher des Artiftes
& des Amateurs. Il paroît que M. Schmuzer
s'eft propofé pour modèle les plus
célèbres-Graveurs Flamands , & l'on peut
ajouter que fon Eftampe fe foutient à
côté de celles de Bolsvert , de Pontius ,
de Wofterman. Le burin du Graveur
Allemand a de la couleur , de la fou
pleffe , du brillant , & les travaux en font
variés avec l'intelligence néceffaire pour
donner à l'enfemble un effet pittorefque
& harmonieux.
FÉVRIER. 1777. 181
I I.
Première fuite de douze Eftampes , de
format in- 4° . gravées fous la direction
du fieur le Brun , Peintre , d'après
différens Tableaux des plus célèbres
Peintres des Ecoles Flamande &
Hollandoife , prix 18 livres A Paris ,
chez Bafan & Poignant , Marchands
de Tableaux & d'Estampes , rue &
hôtel Serpente.
L'objet de M. le Brun , en publiant
ces Gravures , exécutées par d'habiles.
Artiftes , eft de former une Collection
qui puiffe rappeller aux Amateurs le gente
de compofition & le faire des meil
leurs Maîtres des Ecoles de Flandre &
de Hollande , dont les tableaux font
aujourd'hui fi ' fort recherchés ; & il
faut avouer qu'ils méritent cet empreffement
par la gaieté de la compofition
la vérité du coloris & le fini précieux
du pinceau. La fuite que nous venons
d'annoncer , préfente divers fujets de
Lingelbach , P. Potter , J. Steen , Terburg
, Rembrandt , Metzu , Berghem ,
Wouvermans , Winants , Cuyp , Van
182 MERCURE DE FRANCE.
dermeulen ces Tableaux font ou ont
été dans le Cabinet de M. le Brun ,
qui fe propofe de continuer cette Collection.
Le choix & le zèle qu'il y met,
ne peuvent qu'être agréables aux Amateurs.
Il eft dit à la tête de la première
livraiſon , que la feconde , auffi de douze
Eftampes , fe fera dans l'efpace de fix
mois environ.
I I I.
On diftribue à la même adreffe cideffus,
le Portrait de Gérard Dow , peint
par lui-même. Cet Artifte s'eft repréſenté
dans l'enceinte d'une croifée jouant du
violon. L'Eftampe , qui a 15 pouces de
haut fur 11 de large , a été gravée d'un
burin fini & foigné , par Ingouf , le
jeune , prix 4 livres .
Les Amateurs peuvent auffi fe procurer
, chez le fieur Bafan , la fuite des
gravures exécutées d'après les tableaux
peints à gouache , par Baudouin. La dernière
Eſtampe de cette fuite eft Marton
Bouquetière. Cette jolie Eftampe eft gravée
par Ponce , prix 1 liv. 4 fols.
FÉVRIER. 1777. 183
I V.
Collection de Tableaux & Deffeins des
plus Grands Maîtres des trois Ecoles de
Porcelaines anciennes , d'effets précieux
d'ancien laque , de Figures de
bronze , de Vafes d'Agathe , de Jafpe,
de Porphyre , de Tables de différens
Marbres , de riches Meubles du célèbre
Boule , de Pendules de choix
& autres Effets précieux , provenants
du Cabinet de feue M. Randon de
Boiffet , Receveur-Général des Finances.
Cette Collection , la plus variée & la
plus riche , peut- être , qu'aucun particulier
ait jamais formée , n'eft pas moins
recommandable par la rareté que par
le choix & la belle confervation des différents
objets qui la compofent. Feu M.
Randon n'avoit point pour les Arts u
fimple goût , mais un amour , une paffion
qui ne lui permettoit point d'attendre
tranquillement dans fon Cabinet
des occafions d'augmenter fa Collection .
Cet Amateur éclairé a fait plufieurs
voyages en Italie , en Flandres , en Ho184
MERCURE DE FRANCE.
lande , & eft parvenu , par des recherches
continues , à raffembler des morceaux
uniques , qu'il fera facile de diftinguer
dans le Catalogue de cette collection.
Il eft dreffé pour la partie des
tableaux , deſſeins , figures de bronze ,
par Pierre Remi , Peintre , que feu M.
Randon confultoit toujours, pour ces fortes
d'acquifitions, avec beaucoup de confiance
, & tous les Amateurs ajouteront
ici avec une confiance méritée. Le Catalogue
des porcelaines , laques ; effets
précieux eft dû au foins de C. F Julliot.
Ce genre de curiofités qui préſente
beaucoup d'objets rares & peu connus ,
eft ici détaillé d'une manière fatisfaifante
pour les Amateurs & pour tous
ceux qui voudront donner des commiflions.
-
La vente de ce riche Cabinet eſt annoncée
pour le vingt-fept du préfent
mois de Février & jours fuivans. Le Catalogue
fe diftribue à Paris , chez Mufier,
père , Quai des Auguftins , Pierre
Remi , Peintre , rue des Grands Aguftins
, C. F. Julliot , Marchand , rue S.
Honoré , près celle du Four , & chez
M. Chariot , Huiffier Prifeur , Quai de
la Ferraille. A Londres chez Thomas
>
FÉVRIER. 1777 . 185
Major , Graveur du Roi . A Amfterdam,
chez Pierre Fouquet Junior. A Bruxelle,
chez M. Danoot , Banquier.
>
Nous devons renouveller à l'occafion
de ce Cabinet , le plus beau peut-être
qu'aucun particulier ait jamais poffédé ,
que l'Amateur éclairé , qui en étoit le
propriétaire , en avoit confié depuis quatre
ans le foin & l'entretien à M. Picault
fils , demeurant rue Bourtibourg,
maifon de M. Hollande . On fait que M.
Picault a le fecret fi précieux & fi étonnant
de tranfporter les peintures de deffus les
toiles ufées , & même de deffus le plâtre
, & de les remettre fur une toile neuve
, après avoir ôté les taches que le
temps ou l'ignorance des Artiftes y
avoient faites ; enforte qu'elles ont toute
la pureté , la franchife & la fraîcheur
des touches & du coloris du maître. Cet
art de conferver les tableaux & de leur
rendre tout leur prix , eft ce qui avoit attaché
M. Randon de Boffet à M. Picault,
& ce qui l'avoit engagé à lui donner toute
fa confiance , comme l'atteftent une
foule de lettres qu'il lui a écrites , &
que cet Artifte a confervées comme des
titres de fon talent.
On voit auffi chez le fieur Picault
des tableaux de fleurs pein186
MERCURE DE FRANCE .
›
tes en grand , fur verre par le fieur
Godfrey , Anglois , qui a un art prodigieux
en ce genre , foit pour la compofition
, foit pour l'exécution brillante
de ces peintures deftinées à orner des
appartemens.
V.
Portrait de Jean- François Regnard ,
le meilleur de nos Poëtes comiques ,
après Molière ; gravé d'après le tableau
de Rigaud , par Fiquet , Graveur de
LL. MM. Imp. & Royale format in- 8 ° .
Prix livres .
3
Ce Portrait eft gravé avec beaucoup
de délicateffe , de goût & de talent ;
il fait fuite à ceux de Molière , la Fontaine
, Crébillon , J. Baptifte Rouffeau ,
Defcartes , Montaigne , Lamotte le
Vayer , Voltaire , J. Jacques Rouffeau ;
ils font tous de même grandeur , &
font également honneur au burin de
cet habile Artifte . On les donne au même
prix de 3 livres , chez Prevôt , Graveur ,
rue S. Thomas , Porte S. Jacques , &
chez les Marchands d'Eftampes .
V I.
Portrait de feu M. de Beauteville
FÉVRIER. 1777. 187
Evêque d'Alet , chez le Père & Avaulez
, rue S. Jacques. Prix livre 4 fols ,
La charité , la douceur & les vertus
épifcopales caractérisent ce digne Prélat.
Les perfonnes qui aimeront à fe retracer
fon image , ne pourront que la recevoir
avec empreffement.
Une couronne d'épine fert de cartel
à ce Portrait , gravé par M. Voyez ,
l'aîné , avec beaucoup de foin & de
talent.
VII.
Le fieur Janinet vient de graver &
metre au jour un petit Portrait de Mlle.
Colombe : il eft dans le goût du paſtel ;
l'illufion eft complette , l'emploi des
couleurs y eft entendu à faire même
honneur à un deffin précieux . C'eſt le
premier portrait qu'on a fait paroître
dans cette manière . L'Auteur a déjà
donné des ruines & des fujets très -agréables
: il va offrir dans peu des objets trèsintéreffans
. On trouvera le tout chez lui ,
rue S. Jacques , vis - à- vis celle du Plâtre.
VIII.
M. Henriquez , Graveur de Sa Ma
188 MERCURE DE FRANCE.
(
jefté Impériale de toutes les Ruffies , de
l'Académie Royale des Beaux- Arts de
Pétersbourg , vient de publier , en faveur
des Acquéreurs du Dictionnaire
Encyclopédique , le Portrait de M. de
Montefquieu , d'après le tableau qui eft
à l'Académie Françoife ; de M. de Voltaire
, peint en 1774 , à Ferney , par
Bonart de M. Diderot , peint par M.
L. M. Vanloo , & de M. d'Alembert
deffiné par M. R. Jollain, Peintre du Roi.
Ces Portraits font très- reffemblans & bien
gravés. Ils font du format in - fol . de l'Encyclopédie
, & peuvent- être placés dans
ce Dictionnaire : favoir , ceux de MM .
Diderot & d'Alembert , dans le 2º &
3 volumes , l'Eftampe du frontifpice
devant être à la tête du premier volume.
Le Portrait de M. de Voltaire fera placé
dans le 4 volume , & celui de M. de
Montefquieu fera réuni à fon éloge dans
les volume. On fe propofe de donner
fucceffivement , pour orner les autres volumes
, les Portraits de M. Rouffeau de
Genève , de M. de Buffon , de M. Dumarfais
, &c. Le prix de chacun des quatre
Portraits , publiés actuellement , eft
de livres . On les trouve chez M. Hen-
3
riquez , rue de la vieille Eftrapade , maiFÉVRIE
R. 1777 . 189
fon de M. Moreau , Maître Charpentier
, & ceux de MM. Diderot & d'Alembert
, feulement , chez Panckoucke ,
Libraire , rue des Poitevins , & Brunet
Libraire , rue des Ecrivains.
I X.
Ont vient de mettre en vente à l'Hôtel
de Thou , rue des Poitevins , & chez
le fieur Regnault , Auteur de la Botanique
mife à la portée de tout le monde
Croix-des-Petits- Champs , le 7 Cahier
des Quadrupèdes enluminés de
l'oeuvre de M. de Buffon , prix 7 l . 4 f.
rue
>
La foufcription pour le Supplément
de la Botanique mife à la portée de tout
le monde , eft prolongée jufqu'à la fin
de Février , pour la commodité des perfonnes
de Province , chez Regnault , &
chez les Libraires qui ont fourni déjà
l'ouvrage .
Nota. On ne tirera que le nombre
d'exemplaires pour lefquels on aura ſoufcrit.
190 MERCURE DE FRANCE.
MUSIQUE.
I.
Traité de Mufique concernant les tons ,
les harmonies , les accords , & le dif
cours mufical ; dédié à Mgr. le Duc
de Chartres , par M. Bemetzreider ,
2 volumes in-8° . chez l'Auteur , rue
des SS. Pères , maiſon de M. Bernard ,
près la rue de Verneuil , & chez Piffot
, Libraire , Quai des Auguftins ;
1776 .
L'AUTEUR a fait un ouvrage nouveau
fur la Mufique : il a éclairci & démontré
fa théorie & fa nature , en décompofant
fes élémens , en analyfant fes procédés
, & fuivant dans un ordre progreffif
, la marche des fons , leur liaiſon
& leurs rapports.
1. Dans le difcours théorique , l'Auteur
examine comment l'octave a pu fe
completter de treize fons ; comment &
dans quel cas le virtuofe altère les notes
naturelles , dièfes & bémols .
FEVRIER. 1777. 191
2º. Dans la première partie , il examine
la nature du mode majeur & mineur
; il divife les fons de la gamme en
fons naturels .... ut , mi , fol, ut... &
en fons appels.... fi , ré , fa , la ....
Il tranſporte le modèle des deux modes
dans toutes les octaves . Il compare les
tons entre eux , pour en déduire
des rapports qui les approchent & qui
facilitent leur enchaînement. Il indique
de chaque ton les iffues ou les forties
immédiates , les tons intermédiaires en
tre deux tons donnés ; la fucceffion la
plus naturelle des tons , des marches
extraordinaires qui étonnent : il donne
deux exemples fur l'enchaînement des
tons , l'un , abſtraction faite de la meſure
& du mouvement ; l'autre , mefuré : par
tout il repréfente les tons par la principale
confonance du corps fonore , un
des fons naturels à la baffe.
3. Dans la feconde partie , il confidère
les fons par rapport au ton : il
détermine tous les enfemblés harmonieux.
Il définit & indique les intervalles
confonnans & diffonans qui féparent
les fons des harmonies : de là il
infère la divifion des harmonies en confonnantes
& diffonantes. Il divife les
192 MERCURE DE FRANCE.
harmonies confonnantes en confonnances
repos & en confonnances qui fatiguent.
Il indique la fuccettion des harmonies ,
& il démontre l'infuffifance des ſyſtêmes
harmoniques.
4°. Dans la 3 partie , il confidère
les fons par rapport à la baffe , pour indiquer
les accords ; il les divife en accords
fimples & en accords compofés
en accords confonnans & accords diffonans
, en accords fuperflus , faux ou
diminués , majeurs & mineurs , & en
accords neutres Il indique une ortographe
fimple & non équivoque pour les
chiffres , qui font les fignes des accords .
Il prouve que chaque accord diffonant
fimple , détermine le ton & les fons qui
doivent fuccéder pour le fauver. Il nombre
toutes les combinaifons des accords.
Il donne de exemples fur l'enchaîne→
ment des accords .
5. Dans la 4 partie , il emploie les
tons , les harmonies & les accords pour
en former la phrafe , la période & le
difcours mufical ; il préfente d'abord le
tout , abſtraction faite de la mefure &
du mouvement , & marque feulement
les virgules & les points qui éclairciffent
le fens. Il commence par des phrafes
FÉVRIER. 1777. 193
fes , périodes & difcours qui ne renferment
que des cofonnances ; il en
donne enfuite des exemples où il y a des
diffonances mêlées avec les confonnances
. Il rapporte les plus belles penſées
harmoniques qui font difperfées dans
les chefs - d'oeuvres de mufique. Il analyfe
& décompose un morceau de mufique
, & puis le recompofe , montrant
comment on peut animer & embellir
une fimple conftruction d'accords par
la mefure & par le mouvement. Il donne
le moyen de trouver à la fois la baſſe
& les accompagnemens d'un chant donné.
Il indique les parties de la compofition
musicale qui appartiennent au
génie & au goût , & il donne le plan
d'une poétique muficale .
Ce Traité n'eft pas un ouvrage de
pure érudition , dont l'étude eft ſtérile
& ne conduit qu'à un vain raifonnement
; c'eft la fcience-pratique des tons
& des accords , des confonnances & des
diffonances .
On y apprend à décompofer la mufique
pour en extraire le fond harmonique
, c'est-à-dire , les accords enchaî
nés & phrafés par ce moyen on peut fo
meubler la tête & apprendre le doigt
1
194 MERCURE DE FRANCE.
avec tout l'efprit harmonique qui eft
difperfé dans la mufique.
En étudiant ce livre , on n'eft pas
borné au feul plaifir de l'oreille , on accoutume
encore l'efprit à obferver , à.
comparer & à déduire des conféquences ;
l'intelligence fe forme au raifonnement
, en même- temps que l'oreille fe
formeaujugement des fons & des accords.
Le traité de M. B. eft intéreſſant pour
le Muficien & pour l'Amateur ; le premier
pourra y gagner pour lui & fartout
pour les élèves ; l'Amateur , l'homme
du monde ne doit s'occuper de la
Mufique qu'autant que l'intelligence
accompagne fon étude.
Le fecond volume contient des exemples
clairs , parmi des morceaux célèbres
, & que l'on divife en vingt - trois
numéros , gravés dans le même format , "
afin que l'on puiffe mettre fur le même
pupitre , l'exemple à côté du précepte.
I I.
Concerto pour le Clavecin ou le Piano-
Forte , avec accompagnement de deux
violons , alto baffe & une ad libitum ;
dédié à M. de Vermonet fils , Fermier
FÉVRIER . 1777. 195
des Domaines du Roi , par M. R. J.
Dreux ; prix quatre livres quatre fols.
A Paris , chez l'Auteur , rue Sainte-
Avoye , près la rue des Blancs - manteaux
, & aux adreffes ordinaires de Mufique.
I I I.
VI Sonates per cembalo o piano- forte,
con violino o flauto ad libitum ; compofte
da Mattia Vento, Opera V. Nuovamente
ftampata à fpefe di G. B. Venier. Prix 7
livres 4 fols .
Plufieurs de ces pièces peuvent
s'exécuter fur la harpe . A Paris , chez
M. Venier , éditeur de plufieurs ouvrages
de mufique , rue S. Thomas- du- Louvre
, vis-à-vis le Château d'Eau, & aux
adreffes ordinaires en Province , chez
tous les Marchands de Muſique.
I V.
CONTREDANSES .
Les Plaifirs de l'Amitié. La Société
Bellevilloife. La 1777 , contredanſe françoife
&
allégorique . Les Payfans de qua
lité , & autres contredanfes nouvelles
à huit figurans , par M. Bacquoi - Gué-
Tij
196 MERCURE DE FRANCE.
don, Auteur de la mufique & des figures.
Prix , 4 fols la feuille . A Paris , chez l'Auteur
, rue de la Potterie , près celle de la
Tifféranderie ; chez Mondharre , rue S.
Jacques ; Mademoiſelle Caftagnerie , rue
des Prouvaires , & aux adreffes ordinaires
de Mufique .
Lettre de M, Beauvalet , ancien Acteur de
l'Opéra , à l'Auteur du Mercure.
Monfieur, on me montra hier un article du Mercure
du 1 deJanvier, qui me concerne. On y p étend
que je chantois , avec Juccès, la baffe- taille
à l'Opéra. Je chantois la baffe , il eft vrai , mais
avec fuccès , c'eft autre choſe : on m'a flatté.
Le public commençoit à s'accoutumer à me voir,
& voilà tour. J'ai été en Italie , mais j'ai paſſé
un an à Naples , & non pas quelques mois , parce
que quelques mois font ordinairement quatre
ou cinq , à fix mêine on les nomme :
Je n'ai pas une voix de fauffet : il eft bien
vrai que j'ai chanté un air italien dans la manière
que l'on enfeigne à Naples. Cette ville eft
renommée par toute l'Europe pour avoir la
meilleure école de chant & de mufique en géné-
Tal : (n'en déplaiſe à toutes les autres villes d'Italie
) parce que cela eſt auſſi vrai , qu'il eſt conſtant
que la meilleure école de peinture & de
fculpture a été jadis à Rome, du temps que les
arts n'étoient point avilis en Italie. Un air à
FÉVRIER. 1777. 197
paffages eft la chofe la plus commune & la plus
aifée. Il fuffit de lier les notes qui compofent
les groupes & les volatines , au lieu de les
afpirer , ce qui n'eft pas plus agréable que de
les chevrotier. Quand on fe borne à ce genre ,
ce n'eft pas une chofe difficile. Je ne fais pas ce
qu'on entend par voix mâle, fi c'est une voix dure
& pefante qui bourdonne prefque toujours à l'o
reille , où une voix fvelte & franche , qui prend
toutes les inflexions , qui caractériſe la fierté ,
la tendreffe & l'amour. D'abord la première des
deux eft excellente pour faire la groffe note à
Féglife ; la feconde au contraire eft route théâ
trale , & c'est ce qu'on appelle la voix humaine
partout pays , & particulièrement tenor en Italie.
La preuve en eft que le jeu qu'on nomm : là
voix humaine , inféré dans l'orgue , n'a ni le
fon , ni la marche de la baffe . Il elt aifé de s'al
furer que ce n'eft , ni la haute - contre on contré
alto , ni la baffle qui ont été regardées comme
voix humaine ; car la haute - contre , telle qu'elle
doit être , n'est une voix naturelle que chez les
femmes ; (& c'eft ce qu'on appelle bas- deffus )
chez les hommes , elle eft furnaturelle , * & la
* On m'objecteroit à tort la charmante voix de M. le
Gros. Cette voix n'eft point une haute contre : c'eft
le plus rare & le plus fuperbe tenor. M. le Gros , qui ,
à cet avantage , joint encore le bon goût des écoles
d'Italie , a l'art d'employer le fauffet dans les cordes
aiguës , pour les adoucir & mieux faire valoir les fons
graves. M. Richer qui , quoiqu'on en puiffe dire , a
une voix très-décidée & très jolie , emploie , on ne
I uj
198 MERCURE DE FRANCE.
baffe bornée par fa pefanteur , a été confacrée
au fondement de la mufique..
Ceci eft effentiel à fpécifier; car, fans ce partage
que les maîtres Italiens obfervent fi fagement ,
il n'eft plus de proportions dans l'harmonie.
Ainfi , Monfieur , on peut vous affurer que je
n'ai pas une voix de fauffet & que je ne me fers
jamais dans les plus hauts tons que de trois
cordes appelées en Italie ( ifoprácuti ) lefquelles
n'auroient pas été mifes en valeur , fi ce n'étoit
pas la régle. D'ailleurs la réputation du
maître que j'ai eu , dans ce pays -là , eft folidement
établie par les élèves qu'il a faits dans la
Gabrielli & Millico.
Je fuis auffi éloigné de croire que vous ayez
eu intention de me donner un ridicule , que je
le fuis de me repentir de m'être tranfpoté à
Naples pour y étudier l'art du chant. Il eft
à penfer que vous n'avez pas été inftruit
clairement , ainfi j'attends de votre complaifance
& de votre honnêteté , que vous voudrez
bien rectifier ce jugement hafatdé , qui pourroit
me faire tort , en attendant que vous puiffiez
vous convaincre , par vous même , de la
vérité de ce que j'avance.
J'ai l'honneur d'être parfaitement, Monfieur ,
Votre très humble & très obéiffant
ferviteur , BEAUVALET.
Ce 16 Janvier 1777 .
peut mieux , la même adreffe. On n'accufera point
ces deux virtuoſes d'avoir une voix de fauffet ; pourquoi
mériterois-je ce reproche ?
FÉVRIER . 1777. 1 ୭୨
tre
OPTIQUE.
LA dame Juillet , demeurant rue de
Bièvre , maifon du Quincaillier , & le Sr
le Tellier , Ingénieur- Opticien de la Reine,
rue Saint Jacques , à côté de celle du Pláviennent
de mettre en vente un
Optique de la grandeur & du format
d'un livre in- 8 ° . Ils reçoivent auffi des
foufcriptions pour cet Ouvrage , qu'ils
promettent de rendre auffi parfait &
auffi complet qu'il eft poffible . Ils auront
foin , furtout , que le deffin & le
coloris foient mieux exécutés que tout
ce qui a paru en ce genre.
Le prix de ce livre Optique , avec
vingt eftampes ou vues , eft de 20 liv .
Les perfonnes qui voudront en faire acquifition
, peuvent s'adreffer aux adreffes
ci-deffus indiquées .
On donnera par mois quatre eftampes ,
qui coûteront 40 fols , au- deffus des 20
premières. On compte en porter le nombre
jufqu'à cent.
On peut foufcrire auffi chez Lacombe ,
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
Libraire , rue de Tournon , près le Luxembourg
, au Bureau des Journaux .
ALMANACH.
BIBLIOTHEQUE des Amans , Odes
érotiques , par M. Sylvain M *** . A
Paris , chez la veuve Duchefne , Libraire
, au Temple du Goût.
Très-jolie édition , & poéfies trèsagréables.
Nous en rendrons compte
dans le Mercure prochain.
Lettre de M. des Hautefrayes , Profef
feur au College Royal.
J'ai reçu , Monfieur , une lettre anonyme , en
date du 26 Décembre , au fujet de l'Hiftoire de
Ja Chine , traduite par le P. de Mailla , à laquelle
je donne mes foins. La perfonne qui m'écrit , &
dont les vues me paroillent très - judicieuſes , a
trouvé dans le Profpectus de cette Hiftoire , publié
par M. l'Abbé Grofier , quelques expreffions
qui lui font craindre que le Traducteur n'ait facrifié
la chronologie Chinoife à celle dè nos
Livres Saints.
FÉVRIER. 1777.# 201
En attendant que l'Ouvrage paroiffe , ou que
cette perfonne fe faffe connoître & m'accorde
l'entretien qu'elle defire , je me fers de la voie
du Mercure , la feule qu'elle m'indique , pour la
prier de fe rappeler :
Que le P. de Mailla fut l'antagoniſte de M:
Freret , qui attaquoit la chronologie & l'hiftoire
Chinoife , pour en adapter les dates & les faits
à fon fyftême particulier.
Qu'il fut le cenfeur le plus irréconciliable de
certains figuriftes , qui , à la faveur des caractè
res Chinois , dont ils faifoient la diflection , fe
perfua loient voir dans les King, les plus anciens
livres de la Chine , des images de nos mystères
plus fenfibles , plus circenftanciées & en plus
grand nombre que dans nos Livres Saints ; qui
tentèrent de détrôner les anciens Monarques des
trois premières Dynafties Chinoifes , pour leur
fubftituer nos Patriarches.
Qu'il le feroit indubitablement , s'il vivoit
encore, d'un nouveau détracteur des antiquités
Chinoifes , qui pabla , comme une rare décou
verte , que les caux du Hoangho , dont les habitans
de Peking boivent depuis plus de 4000 ans ,
& dont les inondations ont fouvent occafionné
les plus grands ravages , n'étoient point différen
tes de celles du fleuve bienfaifant qui fertilife
régulièrement tous les ans , les can pagnes de
l'Egypte ; qui difputa aux figuriftes les Monarques
Chinois pour les tranfplanter du Paradis terieftre
, des plaines de Sennaar & de la Paleftine ,
dans le pays des Pharaons,
Qu'il riroit, en lifant dans les Mémoires
i v
202 MERCURE DE FRANCE.
fur les Chinois , imprimés l'an paffé , où l'on
fuppofe d'ailleurs une critique plus raifonnable ,
que l'Empereur Yao , chef de la colonie qui peupla
la Chine , encore toute humectée des eaux du
déluge univerfel , commença à fe plaindre amèrement
, après 60 ans de règne , de ce que les
flots mugiffans de ce déluge menaçoient encore
le ciel & rendoient fes Peuples malheureux
quoique le texte de la Genèfe marque le defféchement
de la terre , avec la fortie de l'Arche .
Viditque (Noé) quod exficcata effet furperficies
terra. Genèf. VIII. 13 .
Le P. de Mailla n'a point cherché à fe fingularifer
, ni à le faire de la réputation par des lyftêmes
neufs ; il remplit l'office d'un fimple Traducteur
, qui narre les faits tels qu'il les trouve ,
fans fe permettre aucune forte d'écart , évitant
fur- tout avec foin , de fe placer entre le Lecteur
& l'Hiftorien qu'il traduit ; par cette fage méthode
, la feule à mon gré qu'il dût fuivre , il
laiffe aux faifeurs de fyftêmes la liberté de calculer
& d'établir leurs comparaifons , d'après les
écrits originaux qu'il met fous leurs yeux , &
qu'il abandonne à leur jugement.
Voilà , Monfieur , ce que je peux répondre en
général , à la perfonne qui me fait l'honneur de
m'écrire. Je pourrois encore l'inviter à fe donner
la peine de paffer chez MM. Pierres & Cloufier ,
Imprimeurs , rue Saint Jacques , où on lui feroit
voir les deux premiers volumes bientôt en état
de paroître ; mais je ferois plus flatté qu'elle voulut
fe faire connoître , & me faire part de fes
FÉVRIER . 1777. 203
lumières. J'en profiterois avec plaifir , & le Public
y gagneroit.
Je fuis très- parfaitement , Monfieur ,
Votre très-humble & très - obéiffant
ferviteur , DES HAUTES RAYES .
Au College- Royal , ce 4 Janvier 1777 .
Acte de Courage & d'Humanité.
ON apprend de Carcaſſonne un fait
dont le civifme & la vertu refpirent les
inceurs antiques . Le 19 du mois dernier ,
le feu fe manifefta vers les onze heures
du matin dans une maifon appartenante
à la Fabrique de l'Eglife Paroifliale de
Saint-Michel , & attenante à cette Eglife.
Les planchers & les toits étoient
déjà embrafés lorfqu'on s'apperçut du
danger que couroient toutes les maifons
du quartier ; mais les progrès de l'incendie
furent arrêtés par la vigilance
des Officiers municipaux & les fecours
de tous les Citoyens . Une maiſon abattue
empêcha la communication , & il n'y
eut de confumé que deux maifons , dont
quatre familles , qui les habitoient , per-
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
dirent tout ce qu'elles poffédoient de
meubles & d'effets .
Dès le lendemain , les Officiers municipaux
convoquèrent le Bureau de charité
établi dans cette Ville , où l'on ne voit
pas de pauvres , parce qu'ils y font tous
occupés & bien payés . D'une voix unanime
, on y décerna des fecours prompts
& proportionnés aux pertes qu'avoient
effuyées les quatres familles incendiées .
Une action d'éclat avoit illuftré
dans cette cataſtrophe , un Citoyen qui
s'étoit élancé au milieu des flammes pour
en arracher l'enfant d'un autre Habitant ,
& l'acte fuivant eft la récompenfe honorable
& patriotique , décernée à ce courageux
Citoyen par les Officiers municipaux.
« L'an 1776 , & le 25 jour du mois.
» de Décembre , après - midi : nous Jean
» Vidal , Huiffier Royal & Audiencier
» au Siége de Police de la Ville de Car-
» caffonne , y réfidant , fouffigné , ac-
" compagné de J. Labat , Trompette &
» Crieur public , & précédé de la Livrée-
» Confulaire de ladite Ville , & des
» Tambours , Fifres & Hautbois , nous
» fommes portés au-devant de la porte
» de la maifon & domicile du fieur RaiFÉVRIER
. 1777. 205
" mon Charbardé , Maître Cordonnier
de cette Ville , fife à la rue des Mou-
» lins , où étant , & du mandement de
» MM. les Maire , Lieutenant de Maire
» & Confuls , Capitaines - Gouverneurs
» de la préfente Ville , avons fait favoir
» à tous les Citoyens & autres quelcon-
» ques , que dans l'incendie qui arriva
» le jeudi 19 du courant , le fieur Rai-
» mond Chabardé , Maître Cordonnier
en cette Ville , ancien Soldat du Ré-
ود
"
gient de Flandres , avoit non- feulement
» donné de très- grands fecours pour ar-
» rêter les progrès de cet incendie , mais
» avoit encore expofé fa vie pour fauver
» celle de l'enfant du nommé Gazel ,
qui fe trouvoit au milieu des Aam-
» mes ; & de fuite , en vertu des ordres
» defdits fieurs Maire , Lieutenant de
» Maire & Confuls , & en mémoire &
récompenfe du courage & du zèle patriotique
dudit fieur Chabardé , nous
» avons , au fon des Tambours , Fifres
» & Hautbois , appendu & attaché fur
» la porte d'entrée de la maifon &
93
Y
"3 domicile dudit fieur Chabardé , une
» branche de chêne , & de tout ce que
» deffus nous avons dreffé le préfent pro-
» cès-verbal Fan & jour fufdits , & avons
206 MERCURE DE FRANCE.
"
ود
figné avec ledit Labat , Trompette ,"
» & laiffé copie audit fieur Chabardé
» du préfent procès -verbal , dont l'original
demeurera dépofé aux archives
de l'Hôtel- de - Ville . Signé , Labat &
» Vidal . Contrôlé à Carcaffonne , le 28
» Décembre 1776. Reçu 11 fols 3 de-
» niers , Signé , Fornier » .
HISTOIRE NATURELLE.
:
I.
N habitant de Thezenai , en Poitou ,
trouva , au mois d'Octobre dernier , fur
un Jaſmin , un infecte d'une eſpèce
affez fingulière , & dont aucun Natu
ralifte n'a peut - être encore donné la
deſcription il a la forme des chenilles ;
mais il ne leur reffemble pas pour la grof
feur : il a 2 pouces de circonférence , &
5 de longueurs fa tête eft rouge , &
du genre des ichneumones , fa queue
d'un jaune moucheté . Il a les yeux noirs ,
& affez gros pour être facilement apperçus
. Ses pieds , dont la couleur eſt
d'un bleu de turquoiſe , font des poings
FÉVRIER. 1777. 207
fans aucune espèce de pointes ni de griffes
; ils approchent de la groffeur des pois
verds. Le corps préfente une très-belle
variété de couleurs : le verd y domine ;
les autres nuances font jaunes , bleues
couleur de feu. Cet infecte a été pris
vivant.
I I.
Paramaribo , eft une Colonie Hollandoife
, dans la Province de Surinam ,
fur la côte feptentrionale de l'Amérique
méridionale. Il y a en ce pays- là des fourmis
que les Portugais appellent fourmis
de vifite , & avec raifon. Elles marchent
en troupe comme une grande armée .
Quand on les voit paroître on ouvre
tous les coffres & toutes les armoires des
maifons. Elles entrent & exterminent
rats , fouris & cackerlacs , qui font des
infectes du pays ; enfin , tous les animaux
nuifibles , comme fi elles avoient
une miffion particulière de la nature
pour les punir & en défaire les hommes . Si
quelqu'un étoit affez ingrat pour les fâcher
, elles fe jetteroient fur lui & metteroient
en pièces fes bas & fes fouliers .
Le mal eft qu'elles ne tiennent pas , pour
ainfi dire , leurs grands jours affez fou208
MERCURE DE FRANCE.
vent : on voudroit les voir tous les mois,
mais elles font quelquefois trois ans fans
paroître.
1
Variétés , inventions utiles ; établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Pommes de Terre.
D'APRÈS les expériences connues que
le
Sr. Parmentier a faites fur les pommes de
terre & la fécule nourriffante qu'il en a
terirée , le fieur Demontot a perfectionné
cette fécule au point d'en pouvoir
faire , pour les enfans , des bouillies
qui les garantiffent des vers . Il l'annonce
comme une nourriture finguliè
rement appropriée aux perfonnes d'un
tempérament foible & délicat , aux malades
& aux convalefcens. On peut faire
auffi de cette farine des gelées , des bifcuits
, des crêmes , des reftaurans ; on
l'emploie avec avantage à la place du fagou
, du falep , & de tous autres farineux .
Cette découverte économique a reçu l'approbation
de la Société Royale de MédeFÉVRIER
. 1777 .. 209
eine. On la trouve , avec la manière de
s'en fervir , chez l'Auteur , rue du Temple
, entre celles de la Corderie & Porte-
Foin; & chez le fieur Talma , Chirurgien-
Dentifte , rue Mauconfeil , vis - à - vis
la rue Françoife.
Induftrie.
Le fieur Crochet , Artiſte , penfionné de
la ville de Lyon , poffède les fecrets de
faire revivre les dorures , en galons
étoffes , broderies , & ainfi que plufieurs
couleurs fur les étoffes de foie piquées où
changées. Il fait aufli revivre la couleur
fur le drap écarlate en laine , & il a les
certificats le plus authentiques de la bonté
& de l'utilité de fes fecrets . Il demeure
rue Saint-Honoré , près celle du Four.
I I I.
M. Adolphe Murray , Suédois , a publié
, depuis peu à Leipzig , une méthode
pour purger l'acier de toute efpèce d'arfenic
ou autre poifon qui fe feroit attaché
ou mcorporé à ce métal. Ce procédé
210 MERCURE DE FRANCE.
a le même effet fur le plomb & le cuivre.
M. Murray poffède auffi un fecret
étamer ce dernier métal , de forte qu'il
ne puiffe plus s'y former de verd- de gris.
pour
ANECDOTES.
I.
UN Grand - Duc de Toſcane s'amufoit
un jour à voir peindre Pierre de Cor
tone , qui repréfentoit un enfant pleurant
à chaudes larmes : Je vais bientôt ,
s'écria l'Artifte , le faire changer defigure;
alors il donna un coup de pinceau ;
& ce même enfant parut rire de la
meilleure grâce du monde : enfuite une
autre touche le remit dans fon premier
état. Vous voyez , dit le Peintre , avec
quelle facilité les enfans rient & pleurent.
I I.
George II , Roi d'Angleterre , dînant
un jour en public , dit au Baron de
Wrisberg , Préfident du Tribunal Suprême
de fes Etats Electoraux : Apprenez
FÉVRIER . 1777. 211
moi , Monfieur le Prefident , pourquoi je
perds tous mes procès au Tribunal des
Appels -Sire, répondit-il , c'est parce
que Votre Majefté n'a jamais raifon.
I I I.
Un Religieux , en faifant l'éloge de fon
Ordre , difoit qu'on n'y recevoit que,
trois fortes de gens , ou des perfonnes
de condition , ou de fort riches ou de
très- fpirituelles. M. de S . *** . , qui
étoit préfent , lui dit : Mon père , vous
êtes donc fort riche.
IV .
Bembow , Amiral Anglois , s'avança,
par fon feut mérite . Beaucoup de courage
, une expérience confominée , des
circonftances heureufes le portèrent à ce
grade. Il avoit commencé par fervir en
qualité de Matelot , fans fe douter de
ce que la fortune devoit , un jour ,
faire pour lui. Dans fa feconde campagne
, n'occupant encore que ce pofte
fur un vaiffeau de guerre , il fervoit un
canon dans une action , avec un de fes
compagnons , à qui un boulet de canon
212 MERCURE DE FRANCE.
.
emporta la jambe : « Je ne puis plus ref-
» ter debout , lui cria celui- ci , porte-
» moi , je te prie , au Chirurgien
Bembow le charge auffitôt fur fes épaules
& l'emporte ; il n'étoit pas encore à
la porte du Chirurgien , qu'un fecond
boulet de canon enlève la tête du bleffé
& Bembow qui ne s'en apperçoit pas ,
appelle à tue tête leChirurgien qui fort ,
& qui voyant fa charge , lui dit : » Que
diable veux- tu que je faffe d'un homme
dont la tête eft emportée ? » La
tête ! réponi: Pembow avec une naïveté
plaifante , & à laquelle dans le moment
il n'entendoit point fineffe , il m'avoit
dit
que c'étoit fa jambe. Le voilà bien !
Je n'ai jamais cru ce qu'il m'a dit fans
en être fâché la minute d'après.
AVIS.
LE fieur Chaumont , Perruquier , approuvé de
l'Académie Royale des Sciences , dans fa nouvelle
manière de placer les cheveux fur le bord
du front des Perruques en bouile & autres , de
façon à imiter la nature , a trouvé , depuis , le
moyen de faire de nouveaux Toupets poftiches .
FÉVRIER. 1777 2'3
Ces Toupets fort commodes pour les perfonnes
qui n'ont point de cheveux fur la tête , mais
qui en ont allez aux faces pour pouvoir être accommodés
, font faits fans tiffu ; ils en font
bien plus fins fur la peau , & pour imiter le naturel
, une espèce de cheveux très fins y font
arrangés avec art & fi librement fur le front ,
qu'ils y effacent abfolument toute apparence
de bordure .
Pommade attractive néceffaire pour ces
nouveaux Toupets .
Cette Pomade , dont l'odeur eft agréable &
qui ne fe fond point , a la propriété de faire
tenir ces Toupets , fur la tête , fans aucun inconvénient
, & de manière à faire allufion à
la chevelure la mieux plantée ; on s'en fert aufli
avec fuccès pour les Perruques fujettes à reculer
& à fe déranger: elle fe vend trente fols l'once ;
les bâtons font de deux onces chacun ; un feul
Luffit pour toute l'année .
Il demeure rue des Poulies , en entrant à
droite par la rue Saint - Honoré.
214 MERCURE DE FRANCE
NOUVELLES POLITIQUES.
AU
De Varfovie, les Décembre.
U nombre des fages inftitutions qui font
l'ouvrage du Confeil- Permanent , on a fur - tout
applaudi à la fuppreffion de la torture dans la
procédure criminelle , & de toute eſpèce d'actions
contre les forciers. Ces préliminaires annoncent
qu'une raifon éclairée préfidera au code de légiflation
auquel on travaille actuellement.
De Stockolm , le 28 Novembre.
Quelques-uns de ces efprits dangereux , que
le bon ordre & la tranquillité bleffent , parce
' qu'ils leur font moins favorables que le trouble
& la confufion , entreprirent , il y a quelque
temps , de corrompre un jeune homme , à qui le
talent d'écrire en vers tenoit lieu de fortune ; à
leur inftigation , le jeune Poëte ofa prendre le
Roi même pour l'objet des fatires qu'il ſe permit.
Le Monarque en fut inftruit , voulut les lire ,
& fit venir l'Auteur , qui ne parut devant lui
qu'avec le jufte effroi d'un coupable qui prévoit
fon châtiment : Mon ami , lui dit le Roi , vous
écrivez avec efprit ; mais il vous manque une
chofe effentielle , c'eft du pain . Je vous fais mon
Bibliothécaire , pour vous mettre àportée de cultiver
vos talens. Je vous pardonne ce que vous
avez écrit. Quelques jours après Sa Majeſté ayant
FÉVRIER. 1777. 215
-
fait lire au même Poëte , confus & reconnoiffant
, quelques vers de fa façon , & trouvant qu'il
avoit encore le talent de bien lire , ajouta à la
qualité de Bibliothécaire celle de fon Lecteur.
De Lisbonne , le 24 Décembre.
Avant-hier , la Princeffe du Bréfil , accoucha
très - heureuſement d'une fille , & Son Alteſſe
Royale fe porte auffi bien que fon état peut le
permettre , ainfi que la princeffe nouvellement
née . On a ordonné ici , à cette occafion ,
illuminations pendant trois jours confécutifs .
Le Roi fe trouve , depuis quelques jours , dans
un état à faire eſpérer qu'il pourra fe rétablir.
des
Un vaiffeau Américain parti de Philadelphie
dans les premiers jours de Juin dernier, & qui
étoit dans le port de cette capitale depuis plus
d'un an , ayant été expédié pour - Corke en Irlande
, avec une cargaifon de fel , fut pris la
femaine dernière , dans le moment où il débouchoit
le Tage , par une frégate Angloife , qui
alloit entrer dans cette rade ; mais le Gouvernement
, auquel cette prife auroit dû appartenir ,
fi le vailfeau avoit été dans le cas de la confifcation
, a jugé à propos de le rendre à fon Armateur.
De Londres , le 8 Janvier.
Les dépêches reçues dernièrement de l'Amérique,
ont donné lieu à de grands mouvemens
dans le Ministère. Nonobftant les fuccès divers
216 MERCURE DE FRANCE.
des armes du Roi , & la foumiffion des Comtés
les plus voisins de nos Troupes , on paroît ne pas
douter que cet hiver les Américains ne fallent
encore de tous côtés les plus grands efforts , pour
foutenir leur projet d'indépendance . Le refus des
prifonniers de recevoir la liberté & le pardon , eu
jurant la foumiffion demandée par nos Généraux ,
fembleroit prouver du moins que les événemens
n'ont point encore abatt l'efprit du foldar.
Une lettre d'an Particulier d'Halifax , dans la
Nouvelle- Ecoffe , dit que le Capitaine Barnfair ,
qui , au fiége de Québec , tua le Général Montgommery
, ayant depuis obtenu du Général Carleton
la permiffion de croifer contre les Américains
, a fait fur eux trois prifes , dont la plus
effentielle eft celle du vaiffeau l'Espérance , de'
dix huit canons & de cent-foixante hommes
d'équipage , ayant à bord cinq mille paires de
Couvertures .
Il fe répand un bruit que le Chevalier Howe
revient ici , & doit être remplacé en Amérique
par l'Amiral Clinton. On donne plufieurs motifs à
ce retour qui, avant tout, a beſoin de confirmation.
Malgré l'exécution ponctuelle de tous les
ordres pour la Preffe , il manque encore plus de
trois mille Matelots pour le fervice le plus preffaut
de la marine. Dans le port d'Yormouth , plus
de quarante vailleaux marchands tout équipés ,
font arrêtés.faure de pouvoir recompletter leur
équipage , qui leur a été enlevé pour le fervice
des vaiffeaux de guerre : on ne fait monter le
nombre des Matelots preffés , bons & mauvais ,
qu'à 4750.
De
FÉVRIER. 1777. 217
De Livourne , le 18 Décembre.
On mande de Hollande , que dans le grand
nombre de bâtimens péris dans le port du Texel ,
s'eft trouvé l'Anne , vaiffeau deftiné pour cette
ville , & qui avoit à bord une fomme d'environ
Soooco florins de Hollande. ,
De la Haye , le 7 Janvier.
९
On affure que l'efcadre de douze vaiffeaux
qu'on prépare dans les différens porrs de la République
, eft deftinée à aller relever celle du Contre-
Amiral Pichot , & que le commandement en fera
donné au Contre - Amiral Regut .
Selon les lettres d'Amfterdam , il eft entré dans
le Texel , pendant l'année 1776 , mille fix cents.
quarante - cinq vaiffeaux.
On a encore obfervé dans cette ville que pen- ,
dant le cours de la même année , le nombre des
morts a été de huit mille neuf cent quatre vingtdeux
, & qu'il n'étoit, en 1775, que de fept mille
huit cents quatre-vingt - quinze.
De Bonn , le 18 Janvier.
Dans la nuit du 14 au 15 de ce mois , entre
trois & quatre heures , une fentinelle donna avis
qu'elle appercevoit des flammes au Château de
cette réfidence électorale , & bientôt après l'embrafement
parut aux quatre coins du corps de
cet édifice iminenfe. Deux heures enfuite , quoiqu'on
cût apporté les fecours les plus prompts ,
K
218 MERCURE DE FRANCE.
la charpente des toits , dans toute leur étendue ,
& celle de trois tours fur le jardin , s'écroulant
avec un fracas épouvantable , entraînèrent par
leur poids tous les planchers des appartemens ,
enflammés auffi- tôt par cette chûte horrible. A
midi le magnifique efcalier de marbre fut renverfé
de fond en comble , ainfi que la chapelle ,
dont les Chapelains de la Cour ne purent enlever
le ciboire qu'avec le plus grand danger.
Dix-neuf perfonnes , tant de la campagne que
de la ville , ont été écrasées par la chûte d'une
corniche du bâtiment intérieur , près des arcades
du grand efcalier de marbre, dans le moment
où elles étoient employées à faire agir une pompe
fur un refte du plancher de la grand'falle au- deffus
, qui s'écrouloit & qui menaçoit d'embrafer
une des portes du Confeil- Aulique. Le Confeiller
Breuning , qui préfidoit à cette manoeuvre , fut
du nombre de ces malheureufes victimes , dont
quelques-unes, dangereufement bleffées , font.
foignées à la maiſon-de - ville.
De tous les bâtimens de cette réfidence , augmentée
fucceffivement par les trois derniers Electeurs
de la maifon de Bavière , & qui paffoit pour
une des plus vaftes , des plus richement meublées
& des plus belles de l'Allemagne , il ne reste que
l'appartement appelé le Buon- Retiro , & celui
qu'habitoit l'Electeur. L'une & l'autre forment des
aîles avancées fur le jardin , dont celle qui eft à
gauche eft la plus confidérable & s'étend vers le
Rhin. Tous les meubles qu'on avoit détachés ou
arrachés par le defir de les mettre en fûreté , ont
prodigieuſement fouffert , & il en eft peu dont
i
FÉVRIER. 1777. 219
on puiffe encore faire ufage , à l'exception de
l'argenterie de table , des bijoux & du tréfor de
l'Electeur.
On peut évaluer à plus de trois millions d'écus
le dommage caufé per cet incendie. Dans la quantité
d'effets précieux confumés par le feu , une
tenture des Gobelins , repréfentant les aventures
de Télémaque , donnée par Louis XIV à Jofeph-
Clément de Bavière , alors Electeur de Cologne ,
eft l'objet qu'on regrette le plus .
On ne fauroit donner trop d'éloges au zèle &
au courage que les Citoyens de tout état ont
montré dans cette circonftance malheureuſe.
De Verfailles , le 29 Janvier.
Sa Majefté , toujours attentive à encourager
les arts & les fciences utiles à la marine , a fait
expédier des lettres d'ennobliffement au fieur
Groignard , Ingénieur - Conftructeur en chef de
la marine , déjà connu par la grande quantité de
vaiffeaux qu'il a conftruits avec fuccès , & qui
vient de donner de nouvelles preuves de fes
talens dans la conftruction , au port de Toulon ,
d'une forme ou baffin dans lequel les vaiffeaux ,
feront radoubés avec autant de commodité , que
dans ceux de Breft & de Rochefort.
De Paris , le 31 Janvier,
L'Académie Royale des Sciences arrêta en
1775 , qu'elle n'examineroit plus aucun ouvrage
fur la quadrature du cercle , la trifection de
l'anglé , la duplication du cube & le mouvement
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
perpétuel : cette délibératión fut annoncée dans
le temps ; mais comme l'Académie , malgré fa
déclaration notifiée , a reçu encore un aflez grand
nombre de mémoires fur ces quatre objets , elle
croit devoir la renouveller aujourd'hui .
PRESENTATIONS.
Le 12 janvier , le marquis d'Aubeterre , commandant
en chef dans la province de Bretagne ,:
& l'évêque de Rennes , président de l'ordre de
l'églife , ont été préfentés au Roi par le duc de
Fronfac, premier gentilhomme de la chambre de
Sa Majefté en furvivance , & Sa Majesté leur a
témoigné fa fatisfaction de leur conduite pendant
le cours de la dernière affemblée des états de cette.
province.
Le marquis de Sérent , de retour des états de
Bretagne , où il a préfidé la nobleffe , a eu pa--
reillement à fon arrivée , l'honneur d'être préfenté
au Roi par le duc de Frónfac , premier gentilhomme
de la chambre de Sa Majesté en furvi
vance. Le Roi lui a accordé les entrées de fa
chambre .
*
Le même jour , la marquife de Vogué & la
vicomteffe de Sefmaiſons , ont eu l'honneur d'être
préfentées à Leurs Majeftés & à la Famille
royale , la première par la comteffe de Vogué , &
la feconde par la ducheffe de Laval.
Le 24 , le prince Palatin duc de Deux -Ponts ,
fut préſenté à LeursMajeſtés & à la Famille royale,
FÉVRIER. 1777. 221
par
fous le nom de comte de Sponheim , étant conduit
le fieur Lalive de la Briche , introducteur des
ambaffadeurs ; le fieur de Séqueville , fecrétaire
du Roi pour la conduite des ambaffadeurs , précédoit.
L'après-midi , la duchefle de Deux -Ponts fut
préſentée à la Reine & à la Famille royale .
Le fieur Hocquart , préfident du parlement de
Paris , a eu , le 19 , l'honneur d'être préfenté au
Roi par le fieur de Miromefnil , garde des fceaux
de France , & de faire fes remerciemens à Sa Majefté
pour la place de confeiller d'honneur du
même parlement , vacante par la mort du fieur
de Thuify , à laquelle Sa Majefté l'a nommé.
Le 23 , le comte de Saint-Prieft , ambaffadeur
du Roi à la Porte , de retour ici par congé , a
eu , à fon arrivée , l'honneur d'être préfenté à Sa
Majefté par le comte de Vergennes , miniftre &
fecrétaire d'état au département des affaires étrangères.
Le 28 , le comte de Saint- Paul , miniftre plénipotentiaire
de la cour de Londres , eut une
audience particulière du Roi , dans laquelle il
prit congé de Sa Majefté ; il fut conduit à cette
audience , ainfi qu'à celle de la Reine & de la
Famille royale , par le fieur Lalive de la Briche,
introducteur des ambaffadeurs. Le fieur de Séqueville
, fecrétaire ordinaire du Roi pour la
conduite des ambaffadeurs , précédoit.
Kiij
222 MERCURE DE FRANCE.
PRESENTATIONS D'OUVRAGES.
Le 7 janvier, le fieur Buc'hoz , médecin botanifte
& de quartier de Monfieur , a eu l'honneur
de préfenter au Roi , à Monfieur & à Monféi
gneur le comte d'Artois , les trois premiers volumes
in-fol. du difcours de l'Hiftoire univerfelle
du règne végétal.
Le fieur Lefcalier , ancien fous- commiſſaire de
la marine , a eu l'honneur de préfenter , le 20 ,
au Roi, & à la Famille royale, un Vocabulaire des
termes de marine , anglois & françois , ouvrage
utile pour les traductions de l'une én l'autre
langue , de tout ce qui a rapport à la navigation ,
ainfi qu'à la conftruction & aux manoeuvres
des
vaiffeaux .
NOMINATIONS.
Sa Majesté vient d'accorder à la demoiſelle de
Clermont-Tonnerre , petite-fille du maréchal de
Clermont-Tonnerre , pair de France , & chef du
tribunal , la permiffion de fe qualifier du titre de
dame .
Le 22 janvier, le Roi a accordé les entrées de
fa chambre au prince de Saint- Mauris , capitainecolonel
des fuiffes de la garde de Monfieur.
FÉVRIER. 1777. 223
Le duc de Chartres , chef d'efcadre , a été
promu au grade de lieutenant-général des armées
navales.
Le fieur Marchais , ancien commiffaire- géné
ral de la marine à Breft , a été fait intendant de
la marine au département de Rochefort.
MARIAGES.
Le 19 janvier , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du fieur de
Montmort , comte de Dognon , fous-lieutenant
dans les gardes- du - corps du Roi , avec demoifelle
de Guitaud ; & celui du fieur de Lameth ,
capitaine à la fuite du régiment de Berry, cavalerie
, avec demoiſelle de la Tour- du - Pin .
NAISSANCE S.
Il eſt né à Paris , dans le courant de 1776 ,
9716 garçons , & 9203 filles , en tout 18919 .
Le nombre des morts en hommes eft de 10883,
& en femmes de 8884 , en tout 19767 ; on a
porté à l'hôtel des Enfans- Trouvés , 3226 garçons
, & 3193 filles , en tout 6419. Le nombre
des morts a excédé celui de l'année dernière de
1319. Il y a eu 731 baptêmes de moins, 416
mariages de plus.
Françoife Bruneau , femme de J. Thuau , Fer224
MERCURE DE FRANCE.
mierde la Hairiaye , dans la barornie d'Ingrande ,
paroiffe d'Azé , près Château -Gontier en Anjou ,
eft accouchée le 21 décembre dernier , d'un
garçon
& de deux filles . Les deux dernières furvivent
à leur frère , mort quelques jours après.
La nommée Luce de Labatte , femme de Jean
le Lievre , fabricant de bas , rue des Petits-champs
St Martin , eft accouché le 19 décembre dernier ,.
de trois enfans , dont un garçon & deux filles ,
qui vivent encore. Ce particulier , depuis quatorze
ans qu'il eft marié , a eu quinze enfans , dont
douze garçons ; il lui en refte encore huit , y
compris ls trois nouveaux-nés,
MORT S.
Pauline de Villeneuve -Vence , époufe de Jofeph-
André- Ours de Villeneuve , marquis de Flayofc ,
eft morte en fon Château de Flayofc au commencement
de Janvier , dans la cinquantième année
de fon âge.
Henri Zacharie d'Ifle - Beauchaine , chevalier
de l'ordre royale & militaire de Saint - Louis , chef
d'efcadre des armées navales , ci -devant commandant
des gardes de la marine au port de Breft,
eft mort à Paris , âgé de 59 ans.
Louis-François de Goujon de Thuify , marquis
de Thuify , fénéchal héréditaire de Reims & confeiller
d'honneur du Parlement , eft mort à Châlons-
fur-Marne , le 2 Janvier , dans fa 66e année.
Le comte Jacques -François de la Rue Launai ,
chambellan du feu duc d'Orléans , brigadier des
FÉVRIER. 1777 225
armées du Roi , gouverneur des ville & château
de Doullens ; commandeur de l'ordre de Saint-
Lazare , eft mort à Paris le 9 Janvier , âgé de
73 ans.
N. née baronne de Duminique , veuve de Michel
Armand , marquis de Broc , commandeur
de l'ordre royal & militaire de Saint- Louis , maréchal
des camps & armées du Roi , comman
dant en Baffe -Alface , & precédemment en Bretagne
, eft mort le 11 Janvier , au château de
Kintzeim près de Scheleftadt .
Marie Louife - Angélique Barberin de Reignac,
époufe du marquis de Montmorency Laval, brie
gadier des armées du Roi , & auparavant veuve
du fieur Campet , marquis de Saujon , eft morte,
à Paris , le 16 de Janvier , dans la quatre- vingtième
année de fon âge.
Tirages de la Loterie Royale de France
du 16 Janvier 1777 .
10 , 52 , 49 , 84 , 35.
1er claffe. 83 , 10 , 64 , 38 , 73 .
.f
Pour les lots ,
Pour les
primes.
II . 61 , 52 , 90 , 16 , 8.
III . 81 , 14, 35 ¡ I , 52.
IV .
•
80 , 51 , 34 , 73 , 61 .
En vertu de l'arrêt du Confeil d'Etat du Roi ,
du 3 décembre 1776 , les tirages des primes demeureront
éteints & fupprimés , à commencer au
prochain tirage du 1 février .
226 MERCURE DE FRANCE.
TABLE.
PIÈCES FUGITIVES EN VERS ET ENPROSE , p.5
Suite de l'Automne , ibid.
L'argument fans réplique , 10
La fable juſtifiée , II
A Mercure , 13
La naiffance de la Roſe , 14
Imitation Italienne , 15
Epigramme,
16
Les jeux de l'amour & du hafard , 17
A la Pareffe , 3.6
Epigramme ,
ibid.
A Mademoiſelle ** .
Epitaphe d'un Médecin ,
A une Dame ,
A M. ** •
L'erreur de l'amour ,
37
ibid.
38
ibid.
39
Les foupirs de Rofine ,
Penfée de Saadi ,
L'éloge de la vie champêtre ,
Le Criminel juge de lui- même ,
Epigramme ,
ibid.
41
Dialogue entre François I & Henri VIII , 46
57
63
AM. le Comte de Saint-Germain ,
Epitaphe de Mlle Q. T.
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES
Lettres de Mylord Rivers,
ibid.
65
66
ibid.
68
71
ibid.
FÉVRIER. 1777 . 227
OEuvres diverfes de Louis Ariofte ,
dramatiques de M. Mercier ,
La quinzaine Angloiſe à Paris ,
Effai fur les caufes qui ont détruit les deux
premières races des Rois de France ,
88
96
99
100
Effai géométrique fur l'architecture navale , 103
Fragmens fur les moeurs des Morlâques ,
109
Monde primitif ,
116
Tréfor
généalogique ,
124
Diſſertation fur la nature du froid , 130
Hiftoire du Bas-Empire, 131
Euvres complettes de Démosthène & d'Efchine
,
141
Annonces littéraires , 159
ACADÉMIES ,
164
ibid.
Lyon ,
Pruffe ,
SPECTACLES.
Châlons-fur- Marne , 165.
166
169
Opéra ,
ibid.
Comédie Françoife, 174
Comédie Italienne
177
ARTS.
179
Gravures ,
ibid.
Mufique.
190
Lettre de M. Beauvalet à l'Auteur duMercure, 196
Optique ,
199
Almanachs ,
200
Lettre de M. des Hautefrayes , ibid.
Acte de
courage , 203
Hiftoire naturelle , 206
Variétés , inventions , & c. 208
Anecdotes.
210
AVIS ,
212
Nouvelles politiques ; 214
MERCURE DE FRANCE.
Préfentations ,
d'Ouvrages ,
Nominations ,
Mariages ,
Naiflances ,
Morts ,
Loterie ,
220
222
ibid.
223
ibid.
224
225
APPROBATION.
'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde dest
Sceaux , le volume du Mercure de France pour
le mois de Février , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion.
A Paris , ce 4 Février 1777 .
DE SANCY .
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Côme,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROI ,
PAR UNE SOCIÉTÉ DE GENS DE LETTRES .
MARS
, 1777 .
Mobilitate viget. VIRGILE.
Bent
A PARIS ,
Chez LACOMBE , Libraire , ruede Tournon ,
près le Luxembourg.
Avec Approbation & Privilége du Roi.
AVERTISSEMENT.
C'ESTAUSie 'ESTau Sieur LACOMBE libraire , à Paris , ru‹ de
Tournon , que l'on prie d'adrefler , francs de port,
les paquets & lettres , ainfi que les livres , les eftampes
, les piéces de vers ou de profe , la mufique
, les annonces , avis , obſervations , anecdotes
, événemens finguliers , remarques fur les
fciences & arts libéraux & méchaniques , & généralement
tout ce qu'on veut faire connoître au
Public , & tout ce qui peut inftruire ou amufer le
Lecteur. On prie auffi de marquer le prix des livres
, eftampes & pièces de mufique.
>
Ce Journal devant être principalement l'ouvrage
des amateurs des lettres & de ceux qui les
cultivent ils font invités à concourir à fa perfection
; on recevra avec reconnoiffance ce qu'ils
enverront au Libraire ; on les nommera quand
ils voudront bien le perimettre , & leurs travaux ,
utiles au Journal , deviendront même un titre de
préférence pour obtenir des récompenſes fur le
produit du Mercure.
L'abonnement du Mercure à Paris eft de 24 liv.
que l'on paiera d'avance pour feize volumes rendus
francs de port.
L'abonnement pour la province eft de 32 livres
pareillement pour feize volumes rendus francs de
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fes rapports , 2 vol . in- 8 ° . rel .
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cour , in-12 br.
Dict . Diplomatique , in - 8 ° . 2 vol . avec fig. br .
Dict. Héraldique , fig. in- 8°. br.
Révolutions de Ruflie , in- 8 ° . rel.
Spectacle des Beaux Arts , rel .
12 1.
de baſſe-
21.
12 1.
31. 15 f
21. 10 f,
21. 10 f.
Diction. Iconologique , in- 8 ° . rel.
Dia. Ecclef. & Canonique , 2 vol . in- 8 ° . rel .
Dict , des Beaux -Arts , in-8 " . rel .
3 L.
91.
4 1. 10 f.
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de l'Hift. Eccléfiaftique , 3 vol . in- 8 ° . rel . 18 l.
de l'Hift . d'Efpagne & dc Portugal , 2 vol. in- 8°.
iel.
de l'Hift. Romaine , in- 8 ° . rel .
Théâtre de M. de Saint - Foix , nouvelle édition ,
brochés ,
Theatre de M, de Sivry , vol . in- 8° . br.
Lettres nouvelles de Mde de Sevigué , in 12 br.
Les mêmes , pet. format ,
Poëme fur l'Inoculation , vol . in-8 ° . br.
121,
61.
3 vol .
6.1.
21..
2 1. 10 f.
1 l. 16 f.
31.
Traité du Rakitis , ou l'art de redreffer les enfans contrefaits
, in- 8 ° . br. avec fig.
Les Odes Pythiques de Pindare , in-8 ° . br.
Monumens érigés en France à la gloire de Louis XV,
in-fol. avec planches br. en carton ,
41.
$ 1.
&c .
241.
12 1.
Mémoires fur les objets les plus importans de l'Architecture
, in-4° . avec fig . br. en carton ,
L'Agriculture réduite à fes vrais principes, vol. in- 12 .
broché
Annales de l'Imperatrice -Reine , in - 8 ° , br. avec fig. 41 .
Pepalle 17737
MERCURE
DE FRANCE.
MARS , 1777.
PIECES FUGITIVES
EN VERS ET EN PROSE.
Suite de L'AUTOMNE , Chant troisième
du Poëme des Saifons ; imitation libre
de Tompfon.
LA CHASSE.
1 .1
Les cris aig us des Chaffeurs matineux ,
Le bruit des cors , le tonnerre des armes ,
A iij
6
MERCURE
DE
FRANCE
.
*
Dans les forêts vont femer les alarmes :
Viens , ô ma Muſe ! affifter à ces jeux ;
Suivons le vol de la perdrix timide ,
Qui , dans les airs , croit s'ouvrir un chemin :
Plus prompt que l'oeil du Chaffeur intrépide ,
Le plomb s'échappe & lui perce le fein.
Quels jeux cruels ! une Mufe paifible ,
Avec horreur rejetre ces tableaux';
Elle craindroit de fouiller fes pinceaux ,
En efquiffant cette peinture horrible :
Elle fe plaît à contempler l'accord
De l'Univers ; mais l'accent de la mort
Porte l'effroi dans fon ame fenfible.
Quelle fureur prélude à ton. réveil ,
Jeuneffe aveugle ! & quelle affreufe rage
Vient t'arracher aux douceurs du fommeil ,
Et t'exciter à l'ardeur du carnage ?
ན་ སྐྱ་
L'homme emporté ne fuit que fon penchant :
Rien n'eft facré pour fa rage homicide ;
Fier de fes droits , ce farouche tyran
Immole tout au plaifir qui le guide .
Vous , qui femez la terreur & l'effroi
Dans les déferts de l'inculte Hyrcanie ,
Monftres fanglans , une fuprême- loi ,
La faim , conduit votre aveugle furie !
Mais nous, mais nous,qui; comblés des bienfaits
De l'Eternel , qui , fairs à fon image ,
MARS. 1777 .
Devons chérir l'innocence & la paix ,
Nous nous livrons aux plus honteux excès ,
Et nous ofons détruire fon ouvrage !
Comment , hélas ! nos infenfibles coeurs
Peuvent- ils donc , à des jouets factices ,
Sacrifier des plaifirs enchanteurs ,
Dans le carnage éprouver des délices ,
Et de la mort favourer les horreurs ?
Si , poffédés de l'amour de la gloire ,
Vous méditez de fanguinaires jeux ,
Fuyez du moins un triomphe odieux ,
Ojeunes gens ! difputez la victoire
Au loup cruel , au fanglier fougueux ;
Domptez , domptez un courfier belliqueux ,
Venez forcer ces ennemis tertibles ,
Qui , fans pitié , dévaftent nos guérêts ;
Mais refpectez des animaux paifibles ,
Dont la préfence embellit les forêts .
Eh! quel triomphe eſt auſſi mépriſable ,
Que de réduire un animal troublé
Par les clameurs d'une meute intraitable !
Tableau cruel ! chaffé d'un champ de blé,
De la jeuneffe afyle impénétrable ,
Lelièvre part , & le grouppe ébranlé
Vole après lui : par une prompte fuite ,
De fes tyrans il trompe la pourfuite ;
A iv
MERCURE DE FRANCE
Mais c'eſt envain. Le ruiffeau fabloneux ,
Lesjoncs touffus & la rive escarpée ,
L'épais bouleau , la fougère coupée ,
Tout lui refufe un abri généreux.
Jufques à luile cri des chiens arrive :
Envain il prête une oreille attentive ;
Il fe replie , & revientfur fes pas ;
L'odeur trahit fa courfe matinale :
Il s'affoiblit , il fent l'heure fatale ,
Et tombe enfin : on fonne fon trépas ,
On fe raffemble en tumulte ; la joie
Eclatte alors en mille échos divers ,
Et les vainqueurs , infultant à leur proie ,
Du bruit des cors font retentir les airs.
Plus loin , le cerf , du chaffeur qui s'apprête
Entend les cris , fuit devant la tempête ,
Et dans fes pieds cherche fa sûreté :
L'orage approche , il double de vîteffe ,
Et , fe fiant à fa légéreté ,
Gagne un taillis qui s'offre à la détreffe .
Dans la frayeur , il fuit contre le vent ;
En s'éloigant , le cri meurtrier ceffe :
Mais fon efpoir ne dure qu'un inftant.
La meute avance ; il franchit les clairières ,
Où les rivaux redoutoient fes tranſports ,
Et , traverfant les monts & les rivières ,
MARS. 177734
Pour fe fauver, il fait de vains efforts.
Ses compagnons , qui partageoient fa fuite ,
De tous côtés échappent au malheur
Qui le menace ; accablé de langueur ,
Il voit la mort qui vole à fa pourſuite ;
L'abattement s'empare de fon coeur.
Il touche enfin à fon heure dernière ,
Entend gronder la meute fanguinaire ,
Verfe des pleurs , & lui livre fes flancs :
rouvre encor la mourante paupière ,
Et , dans l'horreur des plus cruels tourmens ,
Son oeil éteint fe ferme à la lumière..
1
Quoi! dans fon fang vous baigueriez vos mains !
Ceffez... que dis-je ? A ces jeux inhumains ,
Si trop d'ardeur entraîne la jeuneffe ,
Ah ! que du moins cette fatale ivreſſe
Negagne pas un fexe féduifant ,
Qui doit régner par la délicateffe ,
Et qu'embellit encor le fentiment !
Loin de fes yeux cette fcène terrible !
Loin de fes yeux ces fpectacles fanglans !
Il faut offrir à la Beauté ſenſible ,
Il faut offrir d'autres amuſemens.
La cruauté femble altérer fes charmes :
Le fentiment qu'infpire le malheur ,
Et la pitié qui fait couler les larmes ,
Un front orné d'une aimable pudeur ,
A v
ΤΟ MERCURE DE FRANCE..
Une ame pure où règne la candeur ,
Voilà la gloire , & fon luftre & les armes
Que , modulant d'harmonieux accords ,
De la Beauté les lèvres féduifantesi
Du tendre amour interprêtes touchantesy II
Livrent notre ame à de plus doux tranfports!
Que fous les pas naiffe un effaim de graces ¡ I
Que l'Univers fe foumette à fes loix b
Que les talens s'empreffent fur fe's traces , V
Et que le luth réfonne fous les doigts !
Sous fes pinceaux que la toile s'anime ,
Que tout enfin fe plaife dans fes noeuds !
Mais qu'elle fuie un plaifit odieux ,
Qui peut écrit une ame magnanime ;
Quand la Beauté règne par la douceur ,
A les vertus nous devons notre eftime ,
Et fon triomphe en devient plus flatteur.
Par M. Willemain d'Abancourt.
Cr
' ÉPITAPHE d'un Bon - Homme :
Gîr , qui de parler , de chanter & d'écrire
Crut avoir le triple talent :
Dans l'autre monde , où l'a conduit fa lyre ,
Il est allé chercher le jugement."
"J
Par le même.
MAR- S. 1777.
II
L'ÉBÉNISTE.
Conte.
AUPRÈS d'un Prélat reſpectable ,
On accufa quelqu'un d'être entiché
Du dogme qu'autrefois Janfen avoit prêché.
Il mande à fon palais le prétendu coupable :
ec
«Monfeigneur , dit ce pauvre diable ,
>>Mon bon Seigneur, je tombe à vos genoux :
Je fuis innocent ... Levez - vous , ----
»Et répondez : vous êtes Janféniſte ?
-
» Moi! Monfeigneur , c'eft bien à tort
Qu'on vous a fait un tel rapport.
>>Tant mieux ; en ce cas-là vous êtes Molinifte ?
>>Molinifte ? Oui. -Je ne fais ce que c'eft.-
-
>> Mais qu'êtes-vous donc , s'il vous plaît?
Monfeigneur , je fuis Ebénifte ».
Par le même.
A vj
12 MERCURE DE FRANCE.
VERS adreffés à LA REINE , masquée
au Bal de l'Opéra , le 26 Janvier.
POURQUO OURQUOI nous dérober , fous un maſque
fâcheux ,
La Reine & la beauté que les François adorent ?
Oh ! daignez vous montrer & nous fommes heureux.
Livrez-vous au plaifir que les Princes ignorent ,
Celui de fe fouftraire aux fuprêmes grandeurs ,
Et d'étendre leurs droits en acquérant les cours .
Jupiter dans les cieux , armé de fon tonnerre ,
Arrache des reípects , n'infpire que l'effroi ;
Mais quitte-t -il l'Olympe & defcend-il fur terre ?
Il eft aimé pour lui comme l'eft notre Roi.
Vénus même , Vénus , au ciel n'eft qu'Uranie ;
C'eſt à Paphos , à Gnide & fur le Mont Ida
Que fa Beauté triomphe , & qu'elle remporta
Le prix , au jugement du Berger de Phrygie :
Et Pâris préfenta la pomme à la Beauté ,
Qu'il avoit refufée à la Divinité.
O vous qui nous charmés , qui voyez fur vos traces
Accourir tout un Peuple amoureux de vos graces ,
Qui faites fur le trône adorer la bonté ,
MARS. 1777 . 13
Pourquoi vous cachez-vous ? Craindriez - vous
notre hommage ?
Ah ! laiffez-nous jouir de l'heureux avantage
De fixer notre Reine en toute liberté.
Envain vous espérez de refter inconnue,
Notrecoeur vous devine : il ne fauroit errer .
A- t- on jamais befoin du fecours de la vue
Pour connoître l'objet qui fe fait adorer ?
Laiffez à l'intrigante , à la vieille coquette ,
A la laide fur-tout , ce mafque officieux .
Mais ce n'eft point à vous , ô divine Antoinette ,
Vous , fille des Céfars , de tant de demi -Dieux ,
Epoufe de Louis & Reine à tous les titres ,
A refufer nos coeurs & nos yeux pour arbitres.
Paroiffez parmi nous , fans pompe , fans foldats ,
Et rapportez-vous en à vos brillans appas ,
A votre taille ſvelte , à votre grace extrême ,
A ce tendre refpe&t du Peuple qui vous aime ,
Pour n'être confondu avec nul autre objet :
L'on ne brille en ces lieux que par votre reflet.
Si pourtant une garde eft un point néceſſaire ,
Ne fouffrez , près de vous , que celle de Cypris ,
Les Grâces , les Amours , & les Jeux & les Ris .
Mariez à nos lys les rofes de Cythère.
Vous vintes vous affeoir fur le trône des fleurs ,
Pouren femer fans ceffe & régner fur les coeurs:
Ah ! donnez-vous encore un plus grand caractère !
16 MERCURE DE FRANCE .
Mais avant de tenter fortune ,
Nos Sages fatigués ſe livrent au ſommeil ;
Midi du premier jour fur l'heure du réveil.
Du lit on court à table .
Mets exquis & vin délectable ,
Ainfi finit le premier jour.. !
`Du lendemain on attend le retour.
Il arrive alors on s'empreffe -
A remplir fon objet , & chacun s'intéreffe
A s'adonner aux obfervations ,
A s'enfoncer dans les réflexions :
Mais, contre-temps fâcheux ! brillante compagnie.
Vient , en grande cérémonie 2107.
C
Ia
A nos Sages offrir magnifiques préfens , ab I
Louange , honneurs & force complimens ;
Des complimens on paſſe à la fadaiſe
Des converfations : nos Sages , à leur aife ,
Du fexe féminin aiguifent le caquet ,
Chacun d'eux fe ménage un entretien fecrer.
Autre accident: on vient troubler la fête ,
Et des voisins fâcheux rompent le tête-â tête.
Ces furieux armés demandent , à grands cris ,
Vengeance de l'affront de n'être point admis
A la commune joie.
La douceur eft l'unique voie
сь
Qui puiffe sûrement ramener les efprits :
Car par la violence , ils font toujours aigris .
Aux fentimens de paix nos Sages les invitent ;
MARS. 1777 . 17
Nos braves champions fort fatisfaits ſe quittent;
Le procès , pour le lendemain ,
Doit le juger de grand matin.
Nos Sages vont à l'audience
Exercer leur jurifprudence :
Le jour fe paffe en plaids ,
Défenfe , contredits ; on conftate les faits ,
On opine , on délibère ,
Et l'on parvient enfin à juger cette affaire.
Les trois jours font paffés : Sages de déguerpir
Sont avertis ne rien favoir , quel repentir !
A leur retour on rit de leur fotte ignorance :
Par la honte on punit leur infigne imprudence.
Ce terme de trois jours , aux yeux de la raiſon
Peut , avec notre vie , être en comparaison.
Le premier jour défigne la jeuneſſe ,
Temps de fommeil & d'une folle ivreſſe :
L'âge viril eft notre fecond jour ;
L'intérêt , le plaifir l'occupent tour- à- tour .
Le dernier jour eft la vieilleffe ,
Jour de remords & de foibleffe ;
Enfin on meurt fans avoir la vertu ,
C'eft mourir fans avoir vécu .
Par M. Dagues de Clairfontaine .
18 MERCURE DE FRANCE.
ÉPITRE à M. D. M.
HEUREUX enfant de la nature ,
Ton coeur , fans fard & fans parure ,
Ne connoît point ces faux détours ,
Ces grimaces dont rit le Sage ,
Ces vains propos , ces menfonges d'ufſage...
Ah ! puiffes- tu les ignorer toujours !
Non , mon Ami , ton ame n'eft point faite
Pour adorer l'idole des François.
Va, laiffe la marionette
Faire élégament la courbette ,
Se parfumer & s'orner de plumets.
Conferve , fous ton air Anglois ,
Sous tes cheveux épars , cette franchiſe auftère ,
La vérité , que dans toi je revère ...
Chéris cette vertu , ne la trahis jamais.
Fuis , mon cher D. M. la fade politeſſe ,
Le menfonge odieux...mais fois vrai fansrudeffe.
Garde -toi , mon Ami , de toujours penfer haut :
Renferme dans ton fein la vérité trop dure.
L'excès de la vertu fouvent eft un défaut.
On peut , en fe taifant , éviter l'impoſture ;
En parlant même , fans mentir ,
Avec urbanité , nous pouvons adoucir
MARS. 1777. 19
Lé fel piquant d'un propos trop févère.
La vérité farouche eft sûre de déplaire :
L'homme d'efprit l'admire , mais la fuit :
Le fot la craint & contre elle s'irrite ;
Souvent le repentir la fuit...
Pardonne , mon Ami , je fens que je t'imite ;
Et peut-être en ai-je trop dit.
Non , tu fais que moncoeur t'eftime & te chérit ;
Que mon amitié feule a dicté cette épître.
Cher D. M. c'eft à ce titre
Que j'ofe encor ajouter quelques mots.
D'un fexe délicat , d'un fexe fait pour plaire ,
Refpectons la pudeur juſques dans nos propos.
Couvrons toujours d'une gaze légère ,
Ces objets dont le nud dégoûte & fait rougir.
Ne faifons qu'effleurer : imitons le zéphir ;
Il admire une fleur , il vole & la carrelſe ;
Mais loin de faner les attraits ,
Du fein éblouiffant qu'il preffe ,
L'incarnat en devient plus frais.
CO
Egaïons les beaux jours de nos moitiés charmantes .
Quand il s'amufe , Ami , ce fexe s'embellit .
Mais ufons près de lui d'expreffions décentes .
Evitons les difcours dont la vertu rougir.
Contemple avec moi la pudeur qui fourit...
Admire , mon Ami , ces grâces fi touchantes ,
Vois ces yeux enchanteurs , ce tendie coloris.
20 MERCURE DE FRANCE.
Admire & connois le prix
De la fraîcheur de l'innocence :
Gardons-nous bien de la flétrir ;
Le fouffle impur de l'indécence ,
Peut à l'inftant la faire évanouir.
Laiffons , cher D. M. les cyniques fauvages
Infulter , dans leurs bois , à l'innocence en pleurs.
En un mot, foyons francs , fans choquer les ufages,
Et toujours enjoués , fans offenfer les moeurs.
ParM. Caraïbe de Sainte- Lucie.
Imitation de l'Ode VIIe du Livre IV
d'Horace.
A MON AM I.
La neige eft diſparue , & déjà la prairie A
Se pare & s'embellit des couleurs du printemps :
Le feuillage renaît , & fur l'herbe fleurie ,
Les troupeaux rajeunis errent en bondiſſant.
L'existence circule , & la rofe animée ,
Exhale fes parfums fous l'ombre des berceaux ;
Des perles du matin la verdure eft femée ,
Et la lumière éclatte au fommet des côteaux.
MARS. 1777 . 21
Les filles de Cypris , négligemment vêtues ,
D'unpas rapide & lent danfent fur les gazons;
Et l'on voit dans leurs jeux les Nymphes ingénues,
S'agiter en cadence au bruit de leurs chanfons.
En voyant s'écouler nos flottantes années ,
Lesheures , en fuyant, emportent nos beaux jours;
Nous fommes avertis que toutes nos journées
N'ont rien de permanent , & finiront leur cours.
Dans l'ordre des faifons , où tout fe renouvelle ,
Les folâtres zéphirs fuccèdent aux frimats ;
Et la faifon des fleurs s'enfuit à tire d'aîle,
Dès qu'on voit le foleil embrâfer nos climats .
La terre a fes couleurs & fes métamorphofes :
De tous fes changemens nous recueillons le fruit ,
Et l'inftant qui détruit & fait naître les rofes ,
Nous conduit pas- à-pas au féjour de la nuit.
Une fois defcendu fur la rive éternelle ,
Aquoi nous ferviront tant de talens divers ?
Hélas ! que nous importe une gloire immortelle ,
Quand on n'a jamais fu rendre heureux l'Univers !
Ami , ne compte point fur le jour qui t'éclaire :
La vie eft un éclair qui brille & qui s'enfuit :
Le jour dont tu jouis peut fermer ta paupière ,
Et t'ouvrir tout-à- coup l'empire de la nuit .
Par M. Daubert , de Caen.
1
22 MERCURE DE FRANCE .
DAPHNIS ET ALCIMADURE.
Romance imitée de La Fontaine.
A Mademoiſelle de P... Chanoineffe de M...
"
Air : L'Amour m'a fait la peinture.
ONYMPHE! NYMPHE ! qui faites gloire
De l'infenfibilité !
Dans votre jeune mémoire
Gravez bien vîte l'hiftoire
D'une trop fière Beauté..
Ainfi que vous , en partage ,
Elle eut le don de charmer;
Joli pied , joli vifage ,
Et la gaieté du bel âge ,
Ah ! que ne fût-elle aimer !
Son nom fut Alcimadure ,
Et ce nom n'eft point heureux :
Sans doute il étoit l'augure
D'une ame infenfible & dure
Qui repouffe , tous les voeux.
Le beau Daphnis , né fi tendre ,
MARS. 1777 . 23
En fut ardemment épris :
Mais envain il fut attendre
Le retour qu'il dût prétendre ,
Il n'eut pas même un fouris.
Las d'adorer une Belle
Que fes foins n'ont pu fléchir ,
Et ne voulant aimer qu'elle ,
Un jour , ce Berger fidèle ,
Ne fongea plus qu'à mourir.
A l'afyle de fa Reine
Il porte fes derniers pas :
Du défeſpoir qui l'amène ,
Elle fe rit , l'inhumaine !
La porte ne s'ouvre pas.
Elle fêtoit fa naiffance
Avec de jeunes Philis :
Sans pitié , fans indulgence ,
Les chants , les jeux & la danfe
Bravoient l'amoureux Daphnis.
Glacé du mortel breuvage,
Dont il attend fon repos ,
A la Beauté qui l'engage ,
A la Beauté qui l'outrage ,
Il fait entendre ces mots :
24
MERCURE
DE
FRANCE
.
«J'efpérois , Nymphe chérie ,
»Finir mes jours fous vos yeux ;
גכ
Mais , par votre barbarie ,
»Cette faveur m'eft ravie ,
»Et je meurs plus malheureux.
» De mon coeur , un dernier gage
» Vous'eft pourtant deſtiné :
» Dans
peu mon frère Pélage
»Vous remettra l'héritage
ככ
Que les Dieux m'avoient donné.
» Pour completter mon hommage ,
»J'ai chargé d'autres Paſteurs
"De confacrer un bocage ,
Où fans ceffe votre image
» Brillera parmi les fleurs.
» Là , j'aurai pour fépulture
» Le plus fimple monument .
>> On fira fur la bordure :
» La rigueur d'Alcimadure ,
» Fit mourir ce tendre Amant ».
Il dit : & puis il expire ;
Sa fin touche tous les cours :
Celle qui fit fon martyre ,
(Ce trait peut- il fe redire !)
Le vit fans verfer des pleurs.
Voulant
MARS. 1777. 25
Voulant au Dieu de Cythère
Montrer un mépris formel ,
Ce jour même la Bergère
S'en va , d'un pied téméraire ,
Danfer devant fon autel.
Mais enfin , l'heure eft venue
Où l'Amour veut la punir :
Oui , du poids de fa ftatue ,
Ce Dieu l'accable & la tue ;
J'entens fon dernier foupir.
Ainfi périt l'infenfible
Qui mit l'Amour en courroux.
Que cet exemple eft terrible !
Belle Eglé ! belle inflexible !
Prenez ,,
prenez garde à vous.
Par Mademoiselle Coffon de la Creffonniere.
OSMIN.
Conte moral.
OSMIN,
SMIN , qui avoit
un long
voyage
faire , s'étoit
levé de grand
matin
, &
avoit
commencé
fa route
à travers
les
B
26 MERCURE DE FRANCE.
plaines fertiles & riantes de l'Arabie
heureufe . Animé par le defir & l'efpérance
, il marchoit d'un pas rapide &
léger , croyant appercevoir de loin le
lieu de fa deftination . A l'approche du
midi , l'ardeur du foleil commença à rallentir
fes forces ; fon oeil fatigué , cherchoit
de tous côtés un endroit où il
pourroit fe mettre à l'abri des rayont
brûlans de l'aftre du jour , & à fa droite
un bois dont le feuillage étoit agité par
les zéphirs , fembloit l'inviter à venir fe
repofer fous fon onibre. Charmé d'avoir
trouvé cet adouciffement aux fatigues du
voyage , il continua fa route fur un fentier
agréable qui paffoit par ce bois , &
s'arrêta de temps en temps pour entendre
le doux ramage des oifeaux , ou pour
cueillir les feurs & les fruits qui fe préfentoient
fur fon paffage.
Ofmin fe confulta cependant s'il devoit
s'abandonner à la direction d'un
fentier qui lui étoit tout- à-fait inconnu ;
mais confidérant que la chaleur du jour
étoit dans fon plus fort degré , & que
la plaine étoit couverte de pouffière , fe
propofant d'ailleurs de regagner la grande
route lorfqu'il y feroit forcé , il réfolut
de fuivre les inflexions du fentier.
MARS. 1777. 27
Bientôt ce fentier fleuri fe confondit ,
avec plufieurs autres , dans un vallon
couvert de collines , femé de buiffons
innombrables , & abreuvé de plufieurs
ruiffeaux qui y ferpentoient & s'entrecoupcient
Ofmin fe reprochoit quelquefois
d'avoir préféré un chemin incertain
à une route sûre & immanquable :
fon imprudence lui caufoit de l'inquiétude
; la crainte de s'égarer troubloit fa
raifon au moindre bruit qui fe faifoit
entendre , il s'arrêtoit , il grimpoit far les
hauteurs pour découvrir la campagne ;
chaque nouvel objet rallumoit fon efpérance
ou augmentoit fon agitation ,
& infenfiblement les heures s'écoulèrent.
Pendant qu'Ofmin étoit ainfi balotté
par les divers fentimens qui fe préfentoient
à fon ame , le ciel s'obscurcit ,
des nuages épais s'affemblent autour de
lui , une nuit profonde arrête fes pas ; il
ne peut difcerner aucun objet , il erre ,
il tourne cent fois , le chemin fuit , l'air
fiffle , un tonnerre lointain fe fait entendre
, & arrive avec fracas fur les ailes
enflammées de l'éclair . L'oifeau nocturne ,
poutant un cri lugubre , fend d'un vol
pefant l'épaiffeur des nuages , & s'abat
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
fur un cyprès , & d'un coup d'aile il en
fait rouler le trifte feuillage avec un
bruit fourd ; des torrens accumulés
s'élancent de tous côtés & rendent le
chemin impraticable ; les bêtes féroces ,
que l'orage avoit troublé dans leurs demeures
, fe difperfent dans le vallon &
pouflent des hurlemens affreux : tout
annonce à Ofmin une mort prochaine
& inévitable . Ses idées fe confondent ;
il trébuche ; l'effroi précipite fes pas ;
mais bientôt un friffon glacé le pénètre ,
une fueur froide lui ôte le fentiment .
fes yeux fe couvrent d'un nuage , fes
genoux fléchiffent fous lui , les forces
lui manquent & il tombe à terre ; déjà
il croit voir le tableau du trépas , déjà il
croit entendre la voix des morts qui faluent
fon arrivée .
Cependant l'orage ceffe un foible
jour commence à blanchir la voûte étoilée
, & les nuages s'enfoncent fous l'horifon.
Le calme des airs , la férénité du
ciel , rapellent Ofmin à la vie. Il fe
relève , & après s'être recommandé au
Maître de la nature , il fe remet en chemin
avec un nouveau courage Il diftingue
, à travers l'épaiffeur du bois , une
foible lueur que l'ombre alloit bientôt
MARS. 1777. 29
couvrir. Ofmin s'élance à la clarté de ce
petit point lumineux , & pénètre dans le
féjour d'un Hermite , qui le reçoit dans
fa cabane. Inftruit du fujet & des circonf
tances du voyage d'Ofmin , le Solitaire
lui donna le temps de réparer fes forces
par une nourriture champêtre & frugale ,
fuivie d'un fommeil bienfaifant.
Le lendemain l'Hermite reconduifit
Ofmin fur le grand chemin ; & , avant
de le quitter , il lui dit : « Mon fils , que
» les événemens de la journée d'hier ,
» reftent profondément gravés dans ton
» coeur , & te fervent de leçon pour le
» refte de tes jours. La vie humaine eft
» la journée d'un Voyageur. Au matin
» de la jeuneffe , nous nous levons le
» coeur plein de gaieté & d'allégreffe :
»
❤le
impatiens d'arriver au vallon du repos ,
» nous enfilons le grand chemin de la
» mortalité , foutenus par l'efpérance &
le courage. Peu à peu notre ardeur
» diminue , les paffions viennent femer
» des cailloux fur nos pas , le chemin
nous paroît raboteux & pénible , la
fatigue nous épouvante , & nous voudrions
trouver un chemin plus aiſé
» pour arriver à notre deftination . Alors
» le vice , fous un afpect gracieux , nous
33
B iij
30 MERCURE DE FRANCE .
39
montre des fentiers faciles & agréables
, qui femblent nous difpenfer de
fuivre la grande route . Pleins de con-
» fiance en notre fermeté , nous ne crai-
» gnons pas d'avancer dans ces détours
dangereux , réfolus de les quitter au
premier faux pas qu'ils nous ferons
faire; mais infenfiblement notre vigilance
s'endort , & nous fommes envi-
» ronnés de périls & de dangers . Envain
» nous voudrions nous étourdir dans le
و د
و د
33
labyrinthe de la volupté ou dans le
» tourbillon des plaifirs ; un coup vient
» nous frapper après l'autre , & nos
» yeux deffiliés apperçoivent avec effroi
» le gouffre de l'abyfme. Heureux alors ,
" fi une main fecourable vient nous reti-
» rer du bord du précipice , pour nous
» ramener dans le véritable chemin , qui
eft celui de la vertu !
» Ainsi , mon fils , pour ne rien redou-
» ter , fois vertueux. En marchant fur
» le chemin étroit & fcabreux de la vie ,
» mets ton coeur en état de te dire : Ne
» crains rien; avance fous l'oeil d'un
Dieu , père univerfel des hommes ,
» avec la confiance d'un fils qui voudroit
» ne pas déplaire à l'auteur de fes jours.
Jouis de la vie , en t'appliquant à em
وو
MARS. 1777 . 31
"
"
» faire un digne ufage , & fouviens - toi
» qu'une vie future doit être la récompenfe
des maux innombrables qui nous.
affiégent pendant ce voyage terreftre ;
fouviens - toi que notre ame , après
» avoir habité quelque temps cette por-
» tion d'argile que la terre nous prête ,
» veut s'élancer dans fa beauté originelle ;
» & qu'alors , après un fommeil pallager,
» que nous nommons la mort , nous
» nous réveillerons à la clarté d'un jour
» éternel : l'immenfité des êtres , des
» mondes innombrables , femés avec une
magnificence prodigue , fe dévoileront
à nos yeux : au milieu d'une félicité
inaltérable , nous admirerons le fabri-
» cateur de ces pompeux miracles » .
ود
Par M. de Papelier.
LE GAS CON.
Conte.
CERTAIN Galcon, de naifance & d'humeur,
Pourvu de créanciers , fut pris de maladie .
Comme on voyoit du danger pour ſa vie ,
Biv
32
MERCURE
DE
FRANCE
.
On fut foudain chercher un Confeffeur.
Meffire André , vénérable Jéfuite ,
Homme utile d'ailleurs , homme de grand crédit ,
Chez le mourant s'encourut au plus vite.
Bonnet en tête , il s'affied près du lit ,
Dit Oremus , achève fa tirade ,
Et fe met en devoir de le bien confeffer.
« Hélas ! hélas ! s'écria le malade ,
» Mourir n'eft rien ; mais en mourant laiffer
» Maints créanciers , mainté detté criarde ,
»Voilà cé qui mé déchiré lé coeur.
Raffurez-vous , reprit le Confeffeur :
» Du haut du ciel , mon fils , Dieu vous regarde ,
» Il prend pitié des pécheurs pénitens ,
» Et votre repentir ( car je le crois fincère)
Vous obtiendra de vivre tout le temps
Qui peut vous être néceſſaire
» Pour tout payer , même avec intérêts.
Lors le Gafcon : « S'il étoit vrai , mon père ,
Jé férois bien certain dé né mourir jamais.
Par M. le Roux.
MARS. 1777. 33
ÉPIGRAMME à un grand Parleur,
N'AGUIRE
'AGUÈRE un grand bavard tant jaſoit , tant
jaſoit ,
Qu'enfin las de l'entendre & ne pouvant le fuivre ,
Un Aveugle attentif, eftimant qu'il liſoit ,
Lui dit : Pour Dieu ! Monfieur , brûlez ce mauvais
livre.
Par M. l'Abbé de Reyrac , Correfp. de
l'Acad. des Infe, & Belles Lettres.
STANCES fur la mort de mon Époux.
Sous les voiles les plus fombres ,
Cachez-vous mes triſtes yeux ;
De la nuit cherchez les ombres,
Evitez l'éclat des cieux ;
La profondeur des ténèbres
Plaît aux malheureux Amans ,
Et les attributs funèbres
Flattent leurs regards mourans .
C'est pour eux que la nature
Bv
34. MERCURE DE FRANCE .
Trouble l'ordre des faifons ,
L'oiſeau de funefte augure ,
Pour eux croaffe des fons::
S'il eft un défert fauvage:
Au défefpoir confacré ,
S'il eft un fatal rivage ,
Par eux il eft defiré.
Ainfi ma douleur mortelle
N'offre à mes fens éperdus ,
Qu'une terre où je chancelle
Où rien ne m'arrête plus ;
Comme une lampe tarie,
D'où s'exhalent quelques feux,
De ma languiffante vie
e traîne le poids affreux.
ette moitié de moi- même ,
jue m'avoient donné les Dieux ,
ette volupté fuprême ,
i toujours ferroient nos noeuds ,
ur moi , ce n'eft plus que fonge ;
emon amoureux fommeil
& mort détruit le mensonge
run lugubre réveil .
Par Madame de Montanclos
MAR S. 1777 • . 35
L'ORIGINE DE LA FLÛTE.
Ovide , Métam. Liv. I.
Nouvelle imitation , par M. le Métayer.
DE DesEs bois de l'Arcadie aimant l'ombre & la
paix ,
Une Nymphe jadis y cachoit fes attraits .
Syrinx étoit le nom de la jeune Naïade ,
Plus belle mille fois qu'aucune Hamadriade ,
Da Satyre lafcif & du Faune léger ,
Ses charmes chaque jour éludoient le danger.
Son coeur , toujours envain , lui dit qu'elle étoit
belle :
Emule de Diane , auffi fauvage qu'elle ,
Elle imitoit les moeurs , ainfi que fes habits ;.
Sans fon arc , aifément l'on s'y feroit mépris ;
Le fien eft d'un bois fimple , & celui de Latoné
Fait de l'or le plus pur , a l'éclat que l'or donne."
On s'y trompoit pourtant ; Pan la furprit un jour ,
Des bois du Mont Lycée à peine de retour :
Ah ! lui dit- il ; Naïade , auffi belle que fage ,
Souffre qu'un doux hymen à ton Amant t'engage:
Je fuis le Dieu des bois... Il en auroit plus dit ;
Mais , fans vouloir l'entendre , auffi - tôt elle fuit.
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
Rien ne l'eût arrêté , fi ta rive profonde ,
Ladon , n'eût oppofé l'obſtacle de ton onde .
Elle implore fes foeurs ; en ce péril affreux ,
Une métamorphofe eft l'objet de fes voeux.
Le Dieu vole embraffer la Belle qu'il adore ;
Mais , fi près du bonheur, il n'en voit que l'aurore ;
Son Amante , à fes yeux , éft changée en roſeaux ,
Et n'offre à fon amour que de froids chalumeaux ,
Qu'il preffe mille fois de fa bouche amoureuſe ;
De fa bouche auffi- tôt l'haleine harmonieufe ,
Des rofeaux agités fait éclore un foupir ;
La Nymphe, de leur féin, lui ſénible encor gémir.
Ah ! dit le Dieu , charmé de cette découverts ,
Je retrouve Syrinx , quand j'en pleure la perte ;
Et desjoncs inégaux il forme un inftrument
Que de ton nom , Syrinx , appela ton Amant.
A Madame H. de L. T. qui eft accouchée
d'une troisième fille , & qui ayant déjà
trois jeunes fils très-jolis , en efpéroit
un quatrième.
PUISQU'ON voyoit voltiger fur vos traces
Le riant effaim des Amours ,
Il falloit bien , par un juſte concours ,
Qu'on y vit auffi les trois Grâces.
Par M. M**.
MARS. 1777. 37
: ÉPITRE à M. le Comte de Sainte-Fère *,
à qui Madame fa Mère envoyoit une
montre.
Le moment où je parle eft déjà loin de moi.
Boileau.
Les beaux jours de l'adoleſcence ES
Pour vous couleront déformais;
Omonfils ! les jeux de l'enfance ,
Ses goûts frivoles , ſes hochets ,
A de plus fublimes objets
Doivent céder la préférence ,
Et ne la reprendre jamais .
Ce meuble brillant & fragile ,
Que vous obtenez en ce jour ,
Foible gage de mon amour ,
Vous eft une leçon utile ,
Comme le temps d'une aile agile ,
S'envole , hélas ! & fans retour.
S'il faut à l'ardente jeuneſſe
Permettre d'innocens loisirs ,
Que les ans foient pour la fageffe ,
* Elève de M. de Longpré , célèbre Profeſſeur de Mathématiques.
38
MERCURE
DE
FRANCE
.
Er les inftans pour les plaifirs .
L'éclair rapide de la vie
Echappe à nos regards furpris :
Sans en avoir connu le prix ,
Elle nous eft fouvent ravie.
Quand la rofe s'épanouit ,
La faifon pour lors eft charmante ;
Mais d'une vîteſſe étonnante ,
Avec zéphir elle s'enfuit.
Voulez-vous vivre fans alarmes ?
Comptez vos jours par vos vertus ;
A leur pouvoir rendez les armes ;
Plus heureux alors que Titus ,
Vous n'aurez point de jours perdus
Qui puiffe vous coûter des larmes.
Aimez , cultivez les talens :
Il est beau d'agrandir ſon être :
Vers le bien portez vos élans ,
Et fi vous brûlez de l'encens ,
Que ce foit au fouverain Maître .
Au métier pénible de Mars ,
Alliant les moeurs & les arts ,
Vos émules pourront connoître
Que vous étiez digne de naître
Des Fabrices ou des Bayards.
De la faine philofophie ,
Un Elève refpectueux
Difcerne ce qu'il doit aux Dieux ,
71 MARS. 1777.
De ce qu'il doit à la patrie ;
Que dis-je ? il les fert tous les deux.
Reconnoiffant & généreux ,
Pour leur querelle il facrifie
Lefang qu'il tient de fes aieux.
Si dans ces fentiers glorieux ,
Le defir de marcher vous touche ,
Ah! mon fils ! cherchez dans mes yeux
Ma joie expirant dans ma bouche !
Par M.l'Abbé Dourneau , Chevalier
du Saint- Sépulchre.
Ě PIGRAM M E.
UN-Harpagon , bavard des plus ignares ,
Difoit un jour , à tout propos :
Comme je méprife les fots !
Combien je hais tous les avares !
Certain Plaifant lui réplique auffi- tôt :
L'amour-propre , Monfieur, n'eft pas votre défaut,
Par le même.
40 MERCURE DE FRANCE.
ODE CONTRE L'AI L. Horace ,
IIIe Epode.
Parentis olim , & c.
S'IL eft un monftre affreux qui , d'une main
barbare ,
Ait plongé le couteau dans le flanc maternel ,
Que l'ail foit fon fupplice au fond du noir Tartare,
Et fon aliment éternel .
Quels feux brûlent mon fein ! Dieux quelle per
fidie !
Des poifons de Colchos ces mets font infectés ;
Ou ne feroit- ce point l'infâme Canidie
Qui fit ces ragoûts empeftés ?
Les charmes de Médée étoient moins redoutables ;
Ou plutôt ce fut d'ail qu'elle frotta Jaſon ,
Pour lui faire dompter les taureaux indomptables
Qui gardoient la riche toifon.
Elle en teignit encor cette robe fatale ,
Qui la vengea depuis d'un Amant odieux,
Lorfque , prêt à le fuir , la mort de fa rivale
Signala fes derniers adieux.
MARS. 1777 . 41
Jamais l'été brûlant de l'ardente Appulie ,
N'éleva dans les airs de pareilles vapeurs ;
Jamais le fils d'Alcmène , aux monts de Theffalie,
Nefentit de telles ardeurs .
Quel eftomach d'airain peut fupporter fans peine,
Cet horrible aliment cher à nos moillonneurs ?
Ah ! fi je vous revois , voluptueux Mécène ,
Goûter ces fucs empoisonneurs ,
Puiffe votre Maîtreffe , au lit même cruelle
Repouffer de la main vos baiſers dangereux ,
Et détournant la tête en cherchant la ruelle ,
S'effrayer de vos tendres feux!
Par M. L. R.
VERS à M. DE LONGCHAMP le Fils,
Adminiftrateur-Général des Poftes , en
furvivance , envoyés le premier jour de
l'An.
C'EST , je l'avoue , un frivole langage ,
Que celui qu'en ce jour on tient à tous venans : ´
Cependant les Amis & les parfaits Amans
En font le plus heureux ufage,
42 MERCURE DE FRANCE.
Sous l'un de ces beaux noms , je veux , fans compliment
,
Vous adreffer des voeux d'un fortuné préſage ;
Mais quoi vous fouhaiter ? vous avez en partage
Tous les biens , tous les agrémens .
Vous êtes à cet aimable âge
Dont la main des plaifirs file tous les inftans.
Si la raifons'oppofe à vos tendres penchans ,
L'Amour , d'un doux regard , écarte fon nuage ;
Lui feul veut régner fur vos lens.
A fes jeux , à fon badinage ;
Vous favez joindre encor d'autres amuſemens :
Les beaux-arts , à leur tour , occupent vos momens..
Ainfi vous potlédez , par un triple avantage ,
Les faveurs du Dieu des Amans ,
Les attraits d'Apollon & fes heureux talens :
Que vous faudroit- il davantage ?
AM. DÉSESSART, ci- devant Procureur,
& actuellement Comédien ordinaire de
Sa Majefté , fur l'infcription defa gravure
; J'aime mieux faire rire les hommes
, que de les ruiner.
S'il faut en croire la deviſe
Queton portrait offre en tous lieux,
MARS. 1777. 43
Et dont le tour ingénieux
Décèle ton efprit & le caractérife ;
Miniftre de Thalie , aimable Défelfart ,
De l'enjouement parfait modèle ,
Qui réunis & la nature & l'art ,
Er vois toujours le parterre fidèle,
Egayé par ta bonne humeur ,
Battre des mains & rire de bon coeur.
Du deftin autrefois quelle fut la méprife ,
Lorfque voulant fe défaire de toi ,
Il te força d'accepter , fans remife ,
Dans la chicane un équivoque emploi ?
Si l'infatiable intérêt ,
Que conduit à préfent les hommes à la guile ,
Si la commune friandife
Pour les épices du Palais ,
Avoient jamais dompté ta probité docile ,
Dans quel oubli feroient ces précieux talens
Qui t'ont déjà rendu l'émule de Préville ,
Qui de la Cour & de la Ville
Font les plus doux amuſemens !
Au lieu d'en faire un glorieux ufage ,
Et de ravir l'équitable fuffrage
Des nombreux fpectateurs ,
En ufurpant fi bien le ton & le vifage
Des Financiers & des Tuteurs ;
Au lieu de prêter à Molière
Un luftre & des charmes nouveaux
44 MERCURE DE FRANCE .
Et de poursuivre la carrière
Où des rivaux jaloux , tombés fur la pouffière,
Te voyent couronné des lauriers les plus beaux ,
Dans le morne réduit d'une étude ifolée ,
Avec deux Clercs filencieux ,
Tu
griffonnerois donc des exploits ennuyeux;
Le matin & l'après - dînée.
Hélas ! que de momens perdus pour mon plaifir,
Si le plus prompt dégoût n'avoit ſu t'affranchir
De cet état peu convenable ,
Et n'eût tourné tespas vers cette route aimable
Que nous te voyons parcourir !
Ma tâche fera bien remplie ,
Quand j'aurai dir , à ton honneur ,
Qu'un qui-pro-quo caufa l'erreur
Du deftin qui voulut contenter ton envie ;
Sans doute il confondit rôles de Procureur
Avec les rôles de Thalie.
Par M. Mabille.
MARS, 1777. 45
LE VIEILLARD RAISONNABLE.
DAN
Moralité.
ANS mon cerveau , maintenant , quand je
fouille ,
Je n'y trouve plus que la rouille
D'un reffort ufé qui ſe brouille.
Sur le papier que je barbouille ,
Jen'écris pas une gribouille
Qui vaille un pepin de citrouille.
En devidant la fatale quenouille ,
Lachéfis enfin nous dépouille.
Saturne , dont le fouffle fouille
Dans l'Univers tout ce qui grouille ;
L'él phant , le rat , la grenouille ,
Goujon , baleine , & l'oiſeau qui gazouille ,
Et l'homme que l'orgueil chatouille ,
Et le dur toc que Thétis mouille ,
Sur mon crâne , ras comme andouille ,
A jeté huit luftres , bredouille.
Il faut alors , fans être niquedouille ,
Se détacher & de falmis & d'ouille ,
Et du Madère & de la Pouille * ;
* Vins exquis.
46 MERCURE DE FRANCE.
Souffrir , pour les neveux , que la marmite bouille,
Et fonger que dans la gargouille
Où le Styx affieux nous vetrouille,
Atropos qui fait la patrouille ,
Va inc plonger d'un coup de douille.
Pour la fléchir envain on s'agenoville ;
Il faut partir : ainfi faifons notie paquet ;
Adicu , Sophie , Amis , tout eft au berniquet.
Par un Vieillard.
Explication des Enigmes & Logogryphes
du volume de Février.
Le mot de la première Enigme eft
Bracelet ; celui de la feconde eft Sou ,
(monnoie) , celui de la troifième eft la
Pie. Le mot du premier Logogryphe
elt Rateau , où fe trouvent rat & eau ;
celui du fecond eft Efpoir, & les trois
pieds font les trois lettres qu'on trouve.
de plus dans défefpoir; celui du troifième
eft Cage , où l'on trouve age.
ARIA .
Parolles de Mde Launay,
Musique de M. Tissier,
de l'academie Roy de musique.
F
#
Qu'elle est belle la na:
M
-ture !Quand d'un soufle les Ze =
-phirs Re font les lits de ver
-dure Trop fou-les par
Fin
L
les Plaisirs . Des le le:-
1
: ver de l'aurore Je rends
grace au Dieu dujour,Qui ne
pres:se son re :tour Quepour
e:dai:rer encore Mes offran:
des a
l'amour
Qu'elle est &c.
MARS. 1777. 47
ENIGM E.
JE fuis de ront temps dans le monde ,
Quelquefois en repos , quelquefois vagabonde :
Comme un trait on me voit paffer;
Je marcherois fans fin fans jamais me laffer.-
Je prend la forme qu'on me donne :
On ne me voit résister à perfonne.
A la Cour je tiens bien mon rang,
Sur les pas des Princes du Sang :
Je parois devant eux le chapeau fur la tête ,
Sans craindre qu'on m'arrête .
J'ofe faire encor plus , je les contrefaits tou
Sans appréhender leur courroux .
Par M. Chandorat , Curé de Saufet ,
en Bourbonnois.
'AUTRE.
JE fuis utile & redoutable ;
Au riche , à l'indigent je me rends fecourable ;
Perfide néanmoins , je cauſe bien des maux ,
Très - fouvent le trépas. J'arrête les Héros :
J'oppose à leur vertu guerrière ,.
48 MERCURE
DE FRANCE .
Sans coup férir , une forte barrière .
Je fuis toute à la fois , par l'arrêt du deftin ,
Souvent voyageur & chemin...
Je cours fans jambe & jamais ne me laffe ;
Lorfque je dors , je refte en place.
Par M. Bouvet , à Gifors.
AUTRE.
C'EST moins le tendre amour que la galanterie
Qui m'a donné naiffance , aimable Glicerie .
Connu dans les palais , aux hameaux étranger ,
Je fais aimé du Roi , méprifé du Berger.
Chaume paifible & doux qu'habite l'innocence ,
Vergers où zéphir feul éveille le filence ,
Grottes pour Amaranthe , afyles pleins d'appas ,
Champs émaillés des fleurs qui naiffent fous fes
pas ,
Vallons , lieux de foupirs , retraites des délices,
Temples où l'Amour fait de fi doux facrifices,
Siéges du vrai bonheur & trône des plaifirs ,
Je comble , comme vous , l'efpoir & les defirs ;
L'art me fait le but pour
peinture.;
que
vous fit la nature ;
Vous m'ornez quelquefois , mais ce n'eft qu'en
Et
MARS. 1777JRI 49
Et quoique les plaiſirs , dont j'enivre les ſens ,
Soient les mêmes fans doute , ah ! qu'ils font dif
férens !
Par M. le Métayer.
LOGOGRYPHE.
QUIUI veut jouir de la fanté,
De moi fouvent doit faire ufage :
Mais ou je brille davantage,
C'eft dans les beaux jours de l'été.
I
Si mon Lecteur fouhaite exercer fon genie ,
J'ai neufpleds bien comptés ; il peut donc s'amufer,
Dans fon loifir , à les décompofer,
Pour y trouver trois villes d'Italie ;
ry
Une autre en France , & deux en Arabie ;
Un inftrument néceffaire au foldat 3
Un corps puiffant que l'on mène au combat ;
Une rivière en Mofcovie ;
Deux en Toscane ; une autre en Weftphalie ;
Une en Champagne , & deux au pays des Normands
;
Une Province de Turquie ;
Une autre en Paleftine ; un principe de vie
Qui règle tous nos mouvemens ;
Un quadrupede objet de nos mépris ;
C
50
MERCURE DE FRANCE.
Un lieu fameux près de Paris ;
Une efpèce de lime ; un peuple de l'Afie;"
Une ville Espagnole au terroir Africain ,
Qu'en vain crut conquérir l'Empereur Marocain ;
Un terme de Chancellerie ;
Le difcours familier que prononce un Curé ;
Certain titre en Espagne aux Nobles confacré ;
Une pièce de poëfie ;
Deux verbes à l'infinitif ,
Dont l'un eft neutre & l'autre actif;
Le réfervoir où le tient l'eau croupie ;
L'oifeau favori de Junon ;
Ce qui produit de l'herbe ; une étoffe ; un pronom;
Les deux auteurs de ta naiflance;
Ce qu'on doit décliner ; l'idole de la France ;
Le mot qu'on place après une oraiſon ;
Double terme de jeu ; de la mer une plage
De très-difficile abordage ;
Ce qui fait mouvoir un bateau ;
Le flux & le reflux de l'eau ;
Une forte de couverture ;
Le fynonyme d'univers ;
Un efprit malfaifant habitant des enfers ;
Ce
Un terme de l'architecture ;
་ །
que doit être un cercle ; un arbre ; un excrément
;
Le contraire de doux ; un héros de roman ;
De couleur noire une humaine figure ;
MAR S. 1777.
Une femme de qualité...
Quoique je puiffe allonger cet ouvrage ,
Je ne veux pourtant pas en dire davantage ,
Car je fuis las en vérité.
Par M. Vincent , C. de Q.
AUTR E.
Jouzr de l'humeur inconſtante ,
D'un Peuple toujours agité,
Mon élévation fait que l'on me tourmente ,
Mon tourment fait ma gloire & mon utilité.
Si ton efprit , Lecteur, vient à me difféquer ,
Il trouvera dans moi ,fans trop s'alambiquer,
Le logis d'une bête à poil roux , longue oreille ,
Et qui , les yeux ouverts , à ce qu'on dit , fommeille
;
Un nom d'un animal dégoûtant & vilain ,
Qui dans la fangeimpure aime à prendre fon bain ;
Ce que devient le front de la jeune Emilie ,
Lorfque quelque difcours choque la modeftie ;
Un inftrument qui fert pour le chanvre & le lin ;
Ce fans quoi , sûrement , n'iroit pas un moulin ;
Un titre que Louis fait chérir à la France ,
Et dont il ne fe fert que pour la bienfaifance ; }
Cij
$ 2 MERCURE DE FRANCE .
Une herbe que l'on craint de trouver fous fa main,
Quand, dans les bois , on va cueillir la fraife ;
Ce métal fi chéri qui rend l'homme bien-aife ;
Deux notes de mufique ; un de nos fens; un grain...
Je ne finirois pas , fi je voulois tout dire :
Si tu ne metiens pas , tu peux lire & relire .
Par M. Patu.
AUTR E.
HABITAL
ABITANT de l'humide plaine ,
A qui veut m'arracher le coeur ,
J'offre un vrai fléau deſtructeur ,
Trop connu de l'efpèce humaine .
Par M. Houllier de Saint- Remy,
à Sezanne.
MARS, 1777. 53
NOUVELLES LITTÉRAIRES.
!
Buvres complettes de Démosthène &
d'Efchine , traduites en François ,
avec des remarques fur les Harangues
& Plaidoyers de ces deux Orateurs ,
& des notes critiques & grammaticales
en Latin , fur le texte Grec : accompagnées
d'un Difcours Préliminaire
für l'Eloquence & autres objets intéredants
; d'un Traité fur la Jurif
diction & les Loix d'Athènes ; d'un
Précis Hiftorique fur la Conftitution
de la Grèce , fur le gouvernement ›
d'Athènes & fur la vie de Philippe , &c .
Par M. l'Abbé Auger , de l'Académie
des Sciences , Beiles - Lettres &
Arts de la ville de Rouen , ancien
Profeffeur d'Éloquence dans la même
Ville . A Paris , chez Lacombe , rue
de Tournon , près le Luxembourg ,
5 vol. in- 8 ° . rel . & ornés du portrait de
Démosthène d'après l'antique , d'une
carte géographique , &c. prix 2s liv.
QUUEE feroit-ce fi vous l'euffiez entendu
lui-même ? Ce mot , fi connu d'Efchine ,
C iij
$ 4 MERCURE DE FRANCE.
rival de Démosthène , eft l'éloge le plus
complet qui ait été fait de ce grand
Orateur; il fert d'épigraphe à la Collection
de fes OEuvres , & trouve naturellement
fa place à la tête du compte que
nous nous propofons d'en rendre. Il y a
dans le grec : Que feroit- ce fi vous euffiez
entendu tonner cet homme extraordinaire ?
Il eft affurément ridicule d'avoir traduit
le mot pov par le monftre; ce
n'eft ni le fens littéral , ni le fens raiſonnable.
Une grande précision qui , dans Démofthène
, ne nuit point à l'harmonie ,
l'énergie de la penfée & de l'expreffion
les rapports juftes & précis de l'une à
l'autre , qui fouvent ne permettent pas
de retrancher ou d'ajouter un feul mot ,
rendoient l'entreprife de le traduire
extrêmement difficile . Auffi les Ecrivains
qui ont effayé de nous le faire
connoître , fe font- ils bornés à quelques
difcours . Des cinquante-fept qui
nous reftent de cet Orateur , & des
trois de fon rival , nous n'avions que les
Philippiques , traduites par MM. Tourreil
de Maucroix & l'Abbé d'Olivet ; les
deux harangues pour la couronne , par
MM. l'Abbé Millor & Tourteil ; & celle
MARS. 1777. 55
contre la Loi Leptine , par M. Gédeon
le Cointe. Il falloit un courage rare pour
envifager l'étendue de la carrière , & fe
déterminer à la parcourir toute entière ;
il falloit un travail prodigieux pour la
fournir avec fuccès , & fur-tout des connoiffances
peu communes. M. l'Abbé
Auger n'a point été effrayé de l'entrepriſe,
& il vient de l'exécuter . C'eft un préfent
précieux qu'il fait à la littérature Françoife
; il lui en prépare un nouveau
dans la traduction de tous les Orateurs
Grecs , & de l'Orateur Latin qui fera
oppofé feul aux premiers. Cet Ouvrage
immenfe eft déjà fini ; celui que nous
annonçons , & qui manque encore , net
peut qu'en donner la plus haute idée &
le faire attendre avec impatience.
M. l'Abbé Auger a partagé en trois
claffes les difcours de Démosthène & de
fon rival , auquel il a joint une harangue
de Dinarque contre Démosthène ; ce qui
porte à foixante un le nombre des productions
oratoires contenues dans ce recueil.
Il les divife en difcours politiques ,
plaidoyers publics & plaidoyers particu
liers .
*
Dans les premiers , l'Auteur traitant
des affaires d'Etat devant le Peuple , lui
Civ
$6 MERCURE
DE
FRANCE
.
expofe fes véritables intérêts , avec cette
éloquence vive & véhémente , qui ne ſe
borne pas à féduire les Auditeurs , mais
qui les étonne & les entraîne. Dans fes
plaidoyers publics , il parle pour luimême
ou pour d'autres , tantôt accufant ,
tantôt défendant ; mais accufant plus
fouvent ; car un génie auftère & rigide ,
obferve le Traducteur , un caractère un
pen âpre , devoit le porter à l'accufation
plutôt qu'à la défenfe . La plupart de fes
plaidoyers particuliers , font les ouvrages
de fa jeunelle. Cet Orateur fécond &
fublime , qui traitoit avec tant d'élévation
& de force les fajets les plus importans
, favoit porter la même fupério
rité dans les petits détails ; il y defcendoit
fans baffefle , & y jetoit rout l'inté
rêt dont ils étoient fufceptibles.
•
Parmi les productions moins connues
de Démosthène , & que l'on retrouve dans
cette collection complette de fes OEuvres
, il y a une fuite de cinquante -fix
exordes , que M. l'Abbé Auger n'a
yu citer nulle part Ces morceaux
détachés roulent tous fur des objets politiques
, & femblent avoir été deftinés à
des difcours de ce genre. Le Traducteur
en expofant fon opinion fur ces exordes ,
MARS. 1777. 57
ne la préfente que comme une conjecture
, & elle eft au moins vraisemblable .
Démosthène avoit pour principe de ne
parler , que le moins qu'il lui étoit poffible
, fans être préparé ; mais occupé des,
affaires publiques , il fe préfentoit fouvent
des circonftances imprévues , où
Pintérêt de la République le forçoit de
monter à la Tribune , & de parler fur
le chump, on pour combattre un avis, ou
pour en propofer un autre . Le début eft
ce qui coûte le plus à l'Orateur ; Démofthène
, jaloux de fa réputation , compofoit
au moins l'exorde , lorfque le temps
ne lui permettoit pas de compofer le
difcours entier.
Les lettres des deux Orateurs Grecs ,
recueillies dans ces volumes avec leurs
difcours , complettent la collection de
leurs Euvres. Elles font d'autant plus
précieufes , qu'il nous en reite fort peu
des anciens Grecs . Celles de Platon fon
plutôr des traités de morale
que des let.t
tres ; les fragmens que nous avons de
celles de Xénophon , font à -peu-près
dans le même genre ; Ifocrate n'offre
dans les fiennes que les compofitions
d'an Rhéteur. Démosthène n'a pas mieux.
faifi le genre épiftolaire ; fes lettres font
Cv
$8* MERCURE
DE FRANCE
.
des espèces de harangues au Sénat & aw
Peuple d'Athènes , dans lefquelles tantôt
il fe juftifie , tantôt il fe plaint , & quelquefois
il donne des confeils . Les lettres
d'Efchine font de véritables lettres écrites
par un homme aimable , dont l'efprit
eft cultivé & le coeur fenfible . Elles font
au nombre de douze , & le Traducteur:
croit qu'il y en a trois qui font fuppofées ,.
ce font la feptième & les deux dernières:
de fa collection.
On connoît le genre d'éloquence de
Démosthène ; fouvent brufque & toujours
véhément ; il paroît s'occuper plus :
des chofes que des mots. Il ne diſſerte :
pas fur les objets importans dont il en--
tretient fes Auditeurs , il les leur met
fous les yeux ; s'il parle des projets de:
Philippe , il le montre travaillant à leur
exécution , parcourant la Grèce , l'envahiffant
, & négociant pour la tromper &
la foumettre il tonne , il foudroye , il
entraînes on perd de vue l'Orateur , on
ne voit que la Grèce & l'oppreffeur qui
la menace : On lui a reproché de l'em--
portement ; on lui a refufé d'avoir fu lire:
dans l'avenir, mais ceux quilui ont fait ce
reproche , l'ont jugé après l'événement.
La bataille de Chéronnée fut malheu--
MARS. 1777 . 19
reufe , & on en conclut que l'alliance
d'Athènes & de Thèbes n'étoit pas dans
la bonne politique. On ne fait pas ré-
Alexion que l'afferviffement de la Répu
blique n'eût été que retardé , & que cette
alliance pouvoit le prévenir. Philippe ,
dont le jugement eft fans doute d'un
grand poids , en avoit cette opinion . Il
s'eftima heureux d'avoir été vainqueur ;
mais il fentit que s'il avoit été vaincu ,
un feul jour lui eût fait perdre le fuccès
de vingt ans . Les Athéniens lui rendirent
auffi la juftice , que bien des Differtateurs
lui refuſent après tant de fiécles ;
ils lui érigèrent une ſtatue avec cette infcription1::
« Si tu avois eu , Démosthène ,
» autant de bravoure que tu avois d'intelligence
, les armes de Macédoine
» n'euffent jamais triomphé de la Grèce » .
Nous remarquerons à cette occafion, que
le Prince des Orateurs Grecs , comme
celui des Orateurs Latins , n'eut jamais
de goût pour les armes ; l'un & l'autre
craignirent la mort fur le champ de
bataille ; & tous deux la bravèrent enfin
lorfqu'ils ne purent l'éviter ; ils périrent
d'une manière également héroïque . Cicéron
chercha d'abord à fuir les affaflins
envoyés par Antoine mais lorsqu'ils
»
ود
C vi
63 MERCURE DE FRANCE.
l'eurent joint , il ne fongea point à fe
défendre , il leur livra fa tête. Démolthène
, fuyant aufli les Soldats d'Antipater
, & ne pouvant leur échapper , demanda
un moment pour écrire une lettre
, & en profita pour prendre du poiſon
qu'il portoit avec lat.
Après avoir indiqué les différens Ou¬
vrages contenus dans les cinq volumes.
que nous annonçons , & une partie du
travail de M. l'Abbé Auger , il nous refte
à en faire connoître la plus confidérable ,
la traduction du texte . Elle attefle une
étude profonde des Orateurs Grecs , de
La langue dans laquelle ils fe font exprimés
, & de celle dans laquelle on s'eft
propofé de les faire parler . Des citations
peuvent feules donner une idée de la
manière du Traducteur. Elle eft par- tout
bien foutenue , que, fans nous arrêter
à choir, nous pouvons ouvrir le livre
& prendre au hafard, Nous éviterons
feulement de rien préfenter des , difcours
que d'autres Traducteurs ont déjà
fait connoître ; la plupart de nos Lecteurs
feront bien aifes de les comparer euxmêmes
avec la verfion de M. l'Abbé Au
ger . Aucun de ces Traducteurs n'a rempli
le but qu'il devoir fe propofer. Trop fouMARS.
1777. 6r
vent ils ont défiguré l'Orateur qu'ils
vouloient faire connoître , tantôt par
une prolixité déplacée dans la traduction
d'un Ecrivain extrêmement concis ; tantôt
par une concifion qui détruit toute har
monie , & met la féchereffe & la froideur
à la place de l'éloquence vive &
nourrie de l'original . Pour bien traduire ,
il faut fe pénétrer de l'efprit de fon Auteur
; c'eft ce qu'a fait M. l'Abbé Auger;
"
Les harangues fur la fauffe ambaffade ,
font les premières qui nous tombent fous
la main.. Ce tableau intéreffant de la
ruine des Phocéens , s'offre à nos yeux à
l'ouverture du livre. « Jamais , Athé-
">
"
niens , vous n'avez vu dans la Grèce
» d'événemens auffi triftes , auffi impor-
» tans ; peut- être n'en a-t- on jamais vu
» dans les fiécles patfés. Un feul homme ,
Philippe , eft devenu maître des plus
» grandes affaires , par la perfidie des
Dépurés , fous les yeux d'Aihênes , de
» cette République accoutumée à veiller
» en chef aux intérêts des Grecs , à ne
» tien fouffrir de femblable . Ce n'eſt
» pas feulement la lecture du décret qui
nous inftruit de la ruine des infor
stunés Phocéens , mais encore le fpectacle
de leurs difgrâces : fpectacle
62 MERCURE DE FRANCE.
n
35
n
affreux , Athéniens , & digne de compallion
. En allant dernièrement à Delphes
, j'en ai été , malgré moi , le
témoin, J'ai vu des maifon détruites ,
» des murs renverfés , un pays déſolé ,
» plus de jeuneffe , des vieillards foibles
» & miférables . Aucun difcours enfin ne
"
"
peut exprimer le trifte état de cette
» contrée malheureufe . Cependant je
» vous entends dire à tous qu'autrefois ,
» lorsqu'on délibéra de détruire Athê-
» nes , l'opinion des Phocéens fut con-
» traire à celle des Thébains . Si vos
» ancêtres revenoient à la vie , comment
penfez - vous qu'ils opineroient dans
cette caufe? Quelle idée auroient-ils
» de ceux qui ont opéré la ruine des
» Phocéens ? Pour moi , je penfe qu'ils
» ne fe feroient aucun fcrupule de les
lapider de leurs propres mains . N'eft-il
» pas honteux en effet , ou plutôt n'est- ce
pas le comble de la honte , que des
Peuples qui nous ont fauvé alors , qui
» ont opiné pour notre confervation ,
éprouvent aujourd'hui un tel défaftre ;
» & qu'abandonnés de vous , fur les faux
avis de vos Déparés , ils fouffrent des
maux tels que nuls des Grecs n'en a
jamais foufferts ? Qui donc eft la caufe
»
"
"
MARS. 1777. 63
"
de ces maux ? Quel eft l'auteur de l'impofture
? n'est-ce point Efchine ? »
Démosthène avoit été de cette ambaffade
; il accufoit la conduite de fes Col-
Léguès ; c'est ainsi qu'il repouffe le moyen
de défenſe dont ils peuvent fe fervir ,
en difant qu'il a d'abord fait comme
eux, & que changeant enfuite tout àcoup,
il eft devenu leur accufateur , &
fur- tout d'Efchine. « Voulez -vous que ,
fupprimant tout le refte , & les difcours
que j'ai tenus contre eux devant le
Peuple , & les oppofitions que j'ai
» trouvées chez moi dans le cours de
» l'ambaſſade , & dans toute autre circonftance
; voulez- vous que je vous
prouve , par leur propre témoignage
» que j'ai fait tout le contraire de ce
qu'ils ont fait ; qu'ils ont reçu de l'ar-
» gent pour trahir vos intérêts ; que je
» n'en ai pas voulu recevoir. Voici ma
» preuve. Quel eft le Citoyen de cette.
» ville , le plus audacieux , le plus témé-
""
»
»
"
ア
raire , le plus effronté ? On ne s'y
» trompera pas , on nommera fur le
champ Philocrate. Quel eft l'Orateur le
» plus capable de déclamer tout ce qu'il
» veut d'une voix forte & fonore ? Affurément
on citera Efchine . Quel est
92
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
13
celui auquel ils reprochent le défaut
» de hardieffe , & une timidité que j'ap-
» pelle pudeur ? C'eft moi . Jamais incom-
» mode à mes Concitoyens , je ne les ai
pas forcés de m'entendre ; cependant ,
» dans toutes les affemblées , toutes les
fois qu'on a parlé de l'ambalfade pour
" la
19
*
paix , vous m'avez entendu attaquer
» les Députés , dévoiler leur perfidie ,
dire ouvertement qu'ils s'étoient laiffés
corrompre ; qu'ils avoient vendu les
intérêts de l'Etat. Aucun d'eux n'a
» combattur mes reproches , aucun n'a
» ouvert la bouche , aucun ne s'eft montré.
Pourquoi donc les plus audacieux
de cette ville , les plus diftingués par
l'éclat de leur voix , font- ils dominés
» par le plus timide des Orateurs , par
quelqu'un dont la voix n'a rien d'ex-
» traordinaire ? C'est que la vérité eſt
auffi forte que le menfonge eft foible.
» La confcience de leur corruption fait
» tomber leur audace ; elle leur ferme
» la bouche , enchaîne leur langue , arrête
» lents paroles , les réduit au filence » .
"
»
La même harangue nous fournit encore
un morceau plein de véhémence
contre les traîtres . Nous ne pouvons nous
refufer le plaifir de le cites. " Un mal
MARS. 1777. 69
"
30
$3
» contagieux s'eft répandu parmi tous
les Peuples de la Grèce , mal funefte ,
auquel vous ne pouvez échapper que
par la faveur du ciel , & une grande
» attention de votre part. Les plus diftingués
dans les Républiques , ceux
qui font à la tête des affaires , ont
» trahi leur propre liberté , fe font jetés
» indignement enx-mêmes dans une fer
» vitude qu'ils décorent des beaux noms
» de bienveillance & d'amitié de Phi
lippe , de familiarité avec le Prince. Les
» aurres Citoyens & tous les Magiftrats ,
» au lieu de punir ces Miniftres perfides ,
» & de les faire mourir far le champ ,
→ adinirent , vantent , envient leur
» bonheur. Ce mal qui s'étend de tous
» côtés , par une activité dangereufe ,
» avoit déjà dépouillé les Theffaliens de
» l'empire dans leur patrie de leur dignité
dans la Grèce ; il vient encore de leur
» ravir la liberté , en livrant à des garnifóns
Macédoines plufieurs de leurs
citadelles . Pénétrant dans le Pélopo-
» nèfe , cette maladie pernicieuſe a
» armé , les uns contre les autres , les
» habitans d'Elide ; elle a rempli d'une
démence aveugle , d'une fureur crimi
nelle , ces infortunés qui , pour fatis-
"
66 MERCURE DE FRANCE.
22
» faire leur ambition & pour complaire
» au Monarque , fe font fouillés du
» crime de leurs proches & de leurs
concitoyens . Elle a fait encore de nouveaux
progrès ; entrée dans l'Arcadie ,
elle y a tout boulverfé ; & les Arca-
» diens qui , à votre exemple , devoient
» élever leur ame par l'amour de la liberté
, puifqu'ils font les feuls , avec
» vous , vraiment originaires du pays
qu'ils habitent , les Arcadiens font
» aujourd'hui les vils flatteurs de Philippe
; ils lui ont érigé des ftatues &
» accordé des couronnes ; ils ont même
» arrêté qu'ils le recevroient dans leur
» ville , s'il venoit dans le Péloponèfe.
» Les Argiens ont agi de même . Ce
» mal , Athéniens , il faut le dire , ce mak
» deftructeur exige les plus grandes pré-
» cautions. Après avoir parcouru rous
les pays , il s'eft introduit chez vous.
» Vous n'êtes pas encore perdus ; foyez
» fur vos gardes , puniffez ceux qui , les
ود
"
39
premiers , l'ont apporté dans votre
» ville. Sinon , craignez que , convain-
» cus trop tard de la vérité de ce que je
» vous dis , vous n'en conveniez , que
lorfqu'il n'y aura plus pour vous de
"
» reffource »
MARS. 1777 . 67
"
و د
Ces morceaux ont fourni des exemples
de la vigueur & de l'énergie de
Démosthène ; tous les tons lui étoient
familiers : la harangue contre Midias ,
nous en préfente de l'adreffe de l'Orateur.
Il étoit lui-même l'objet de ce
difcours : infulté par Midias , il demandoit
vengeance. « Faites cette réflexion ;
» tout-à- l'heure , dès que la féance fera
» levée , chacun de vous s'en retournera
dans fa maifon , l'un plutôt , l'autre
plus tard , avec la plus grande fécurité ,
» fans regarder autour de foi , fans rien
craindre , foit qu'il rencontre un ami
» ou un ennemi , un Citoyen du com-
» mun ou un Citoyen puiffant , un hom-
» me fort ou un homme foible ; en un
» mor , fans éprouver la moindre inquié
» tude : pourquoi ? C'eft que rempli d'af-
»furance & plein de la confiance.
qu'infpire le gouvernement , il eft inti-
» mement perfuadé qu'il ne fera attaqué ,
» infulté & frappé par perfonne . Et vous
» ne m'accorderez point , avant de quir-
» ter le tribunal , la fûreté qui vous
" accompagnera en retournant chez
» vous ? Après les outrages que j'ai ef-
"
▸
fuyés , dans quelle efpérance pourrai-
» je furvivre , fi vous ne me vengez pas ?
68 MERCURE DE FRANCE.
Ne craignez rien , me dira quelqu'un ,
» vous ne ferez plus outragé . Mais fi je
» le fuis , Athéniens , punirez -vous alors
le coupable , fi vous l'épargnez aujourd'hui?
Au nom des Dieux , ne trahiffez
point ma caufe, qui eft la vôtre &
" celle des loix . Car enfin fi vous voulez
» examiner & chercher ce qui affure aux
Juges des Tribunaux , en quelque nom❤
" bre qu'ils foient , cette autorité refpecn
19
table , qui les rend arbitres abfolus de
» tous les habitans de cette ville , vous
» verrez que ce n'eft ni la terreur des
armes qui les environnent , ni la force
» de leurs corps , ni la vigueur de leur
âge , ni autre chofe de cette nature ;
» mais le pouvoir des loix . Et le pouvoir
» des loix , d'où vient-il? Accourent elles
au bruit d'un Citoyen attaqué ? Vien
nent- elles le fecourir ? Non , elles ne
font par elles mêmes que de foibles
» écritures. Elles ne le peuvent pas.
» Qu'eft- ce donc qui fait leur pouvoir ?
» C'eſt votre fidélité à les affermir par
l'exécution , à les repréfenter dans
» toute leur force pour quiconque les
implore. Vous n'avez donc d'autorité
que par les loix , comme les loix n'ont
» de pouvoir que par vous. Chacun des
n
"
•
MARS. 1777 69
»
Juges doit donc fecourir les loix
attaquées , comme on le fecourroit
» s'il étoit infulté ; regarder les fautes
commifes contre elles , quelque
» foit le coupable , comme fautes qui
intéreffe la fûreté commune ; empêcher
que nulle charge publique , nul
crédit , nul artifice , que rien enfin ne
» donne droit à perfonne de les violer
impunément. Ceux d'entre - vous qui
étoient au fpectacle , ont accablé de
buées Midias quand il eft. entré fur
le Théâtre , lui ont donné toutes les
» marques d'indignation , fans avoir en
» core rien entendu de ma part . Vous
donc , qui avant qu'on eût convaincu
l'offenfeur , étiez animés contre lui ,
exhortiez l'offenfé à le pourfuivre ,
» applaudiffiez quand je le dénonçois au
Peuple ; à préfent qu'il eftconvaincu ,
qu'il a été condamné par le Peuple
affemblé dans le Temple de Bacchus ,
» que fes autres violences font dévoilées ,
que vous êtes nommés les Juges , que
" tout dépend de vos fuffrages , balan
> cerez-vous à venger mes injures , ‹à
fatisfaire le Peuple , à rendre les autres
plus modérés par la faire , en faifant
de Midias un exemple qui les effiaye ,
#
n
186 MERCU
226
CURES DE FRANCE
> tes en grand
Godfrey , Angl
gieux en ce gen
fition , foit po
ро
de ces peintures
appartemens .
Portrait de
le meilleur de
Je
1
après Molière ; g
de
Rigaud ,
LL. MM.
Imp .
Prix 3 livres .
par
&
eft
de
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Ce Portrait
le délicate ffe ,
I fait fuite à
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Descartes , Monta
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font tous de n
nt égalem ent
thabile Arcifte . O
x de 3 lives , ch
S. Thomas , P
ez les Marchands
Portrait de
feu
ABIE
1777- 73
us fur elle notre
notre ignorance de
sla fuite de part &
uvant arriver : que
te ; fi l'on attente
dème , il eft des
venger fa mort ;
confirmé : fi Chaalre
quelqu'un , on
infulté les moyens
Le décret eft donc
de toutes façons :
héniens , demande
ne ; Nouvelle hif
Arnaud ; vol. in- 8 °.
chez Delalain , Lib.
He Françoife.
de Bretagne , fils de
ne de France , étoit un
on autorité , foupçoncevoir
les ,
impreffions
donner , &
impitoyable
sames foibles . Sa libére
& fes autres bonnes
ou
l'abfoudre , aux yeux
d'une action barbare &
D
72 MERCURE DE FRANCE.
infultes & des outrages. Les amis &
» les ennemis ne font pas des espèces
d'hommes particulières: ce font leurs actions
qui les diftinguent . Ceux qui nous
» traitent en ennemis , la loi nous
la loi nous permet
·
و د
و د
. ל כ
de les traiter en ennemis . N'est- ce donc
pas une injustice affreufe qu'un feul
homme foit excepté de tous les cas où
il n'eft point défendu de tuer les autres
« hommes ? Allons plus loin. S'il arrive
» à Charidème ce qui peut arriver à tour
autre; fi , obligé de quitter la Thrace ,
il vient habiter notre ville ; fi privé de
» la force , dont il ne fait ufage que pour
exercer mille violences , mais obéillaur
toujours à fon caractère & à fes paffions
, il continue à agir de même :
ne faudroit-il pas fouffrir fes infultes
en filence? Vu le décret actuel , feroitil
fûr de lui ôter la vie , de tirer la
réparation que les loix attendent ? Si
» quelqu'un dit : Mais Charidème fe
conduira-t-il ainfi ? Qui m'empêche
de dire : Mais ôtera- t-on la vie à Cha-
» ridème ? Mais enfin , ces réflexions font
» inutiles , & puifque le décret attaqué
a pour objet une action abfolument
incertaine , & non une action déjà
» faite , laiffons à chaque événement for
» incertitude ,
"
"
MAR S. 1777. 23.
و د
incertitude , réglons fur elle notre
» attente , & , dans notre ignorance de
» l'avenir , examinons la fuite de part &
» d'autre , comme pouvant arriver : que
» le décret foit annullé ; fi l'on attente
aux jours de Charidème , il eft des
peines légales pour venger fa mort ;
Que le décret foit confirmé : fi Cha-
» ridème vivant infulte quelqu'un , on
» ôte à celui qui fera infulté les moyens
» de le pourfuivre . Le décret eft donc
» contraire aux loix de toutes façons :
» votre intérêt , Athéniens , demande
» qu'il foit annullé ».
39
Le Prince de Bretagne ; Nouvelle hiftorique
, par M. d'Arnaud ; vol. in - 8 ° .
avec fig. A Paris , chez Delalain , Lib,
rue de la Comédie Françoiſe.
François I , Duc de Bretagne , fils de
Jean V & de Jeanne de France , étoit un
Prince jaloux de fon autorité , foupçonneux
, facile à recevoir les impreffions
qu'on vouloit lui donner , & impitoyable
comme toutes les ames foibles. Sa libéralité
, fa bravoure & fes autres bonnes
qualités , n'ont pu l'abfoudre , aux yeux
de la postérité , d'une action barbare &
D
74 MERCURE DE FRANCE.
ן כ
"
atroce , dont l'Auteur de la Nouvelle
hiftorique que nous annonçons , nous
rappelle le fouvenir. François avoit deux
frères , Pierre , Comte de Guingamp ,
& Gilles, Seigneur de Chantocé . Pierre ,
non moins foible que fon aîné , à une
humeur fombre & chagrine , joignoit
une dévotion peu éclairée , qui alloit
jufqu'à la fuperftition . Quoique marié ,
il vécut célibataire ; & , dans fes dernières
années , il fe foumit aux macérations du
cilice. Gilles , que M. d'Arnaud ne
défigne ici que fous le nom de Prince
» de Bretagne , bien différent de fes
frères , faifoit éclater une ame indépendante
& déterminée dans fes moin-
» dre mouvemens ; fes defits les plus
» vagues étoient des paffions dominantes ;
» tout l'enflammoit ; aveugle conféquemment
fur les fuites , il n'envifageoit
que l'objet préfent , le faififfoit avec
tranfport , & lui faifoit tous les facrifices
; fa bonté même fe reffentoit de
» fon extrême violence ; il dédaignoit
cette politique fi néceffaire aux hon-
» mes , & fur-tout à ceux de fon rang :
il ne favoit point fe déguifer & s'impofer
un frein , toujours prêt à céder
» aux premières faillies de fon caractère
39
* נכ
"
•
MARS. 1777 . 75
»
"
impétueux ». Aufli fut - il emporté
d'imprudences en imprudences , que fes
enneniis firent paller pour des crimes
auprès de fon frère & de fon Souverain ,
qui croyoit voir dans le Prince de Bretaghe
un rival de fon autorité & de fa
puiffance. François , depuis quelque
temps , ne regardoit plus ce frère que
comme un fujet rebelle , qui cherchoit
l'appui des Puiffances étrangères. Il le
peignit fous ces couleurs à Charles VII ,
Roi de France , leur oncle , & le Prince
Gilles futarrêté comme prifonnier d'Etat.
Ce Prince infortuné , livré fans défenſe
à fes plus cruels ennemis , après avoir
effuyé de leur part les traitemens les plus
indignes & les plus barbares , mourut
d'un mort violente , le 25 Avril 1450.
Un Cordelier qui l'avoit confeffé , cita
de fa part , ajoutent quelques Hiftoriens ,
le Duc François au jugement de Dieu ,
pour y comparoître dans quarante jours.
Quoi qu'il en foit , François mourut
cette même année 1450 , le 18 ou 19
Juillet, & fut enterré dans l'Eglife de
l'Abbaye de Rédon . Ceft d'après ces faits
hiftoriques, que M. d'Arnaud a compoſé
fa dernière nouvelle. Ces faits nous rappellent
les épreuves cruelles & injuftes
Dij
76 MERCURE
DE FRANCE
.
auxquelles a été foumis le malheureux
Prince de Bretagne . M. d'Arnaud , en
les rapportant , n'a eu fouvent befoin
que d'emprunter les couleurs de l'hiſtoire
pour exciter , dans l'ame du Lecteur ,
une tendre pitié , foible récompenfe des
infortunés qui n'ont point mérité leurs
difgrâces. Qui ne gémira fur les vifficitudes
humaines , en voyant un Prince
né pour jouir de tous les plaifirs & vivre
au milieu d'une Cour brillante , renfermé
dans un cachot , dont les fenêtres
grillées donnoient fur des foffés , implorer
les fecours de tous ceux que , de fa
fenêtre , il voyoit paffer au -delà des foffés
; leur tendre , à travers les barreaux ,
des mains fappliantes , & leur crier :
« C'eft le Prince de Bretagne qui vous
» demande du pain & de l'eau , pour
» l'amour de Dieu ! » Cette peinture
rappelle un tableau de Vandyck , non
moins capable de nous faire gémir fur
le fort des hommes. L'Artiſte a repréfenté
le célèbre Bélifaire , Général des
armées de l'Empereur Juftinien , accablé
fous le poids des années , devenu aveugle
, & réduit à mandier un obole à un
foldat qui avoit fervi fous lui : Date obo-
Jum Belifario. C'eft l'infcription mife au
و د
?
MAR S. 1777: 77
bas de l'eftampe qui repréfente cette
fcène pathétique , bien propre à faire
faire des réflexions au fpectateur même
le plus diftrait.
François , Duc de Bretagne , Souverain
injufte & frère dénaturé , n'étoit peutêtre
pas né avec des difpofitions cruelles
& fanguinaires ; fa mémoire cependant
n'en eft pas moins odieufe à la poftérité ,
pour s'être abandonné aux impreffions
tyranniques de fes favoris . Leurs abomi
nables intrigues empêchèrent dans Fran
çois tout retour à la fenfibilité ; & faut-il
s'étonner , après cela , qu'il fe foit rendu
coupable d'un fratricide ? C'eft de l'indifférence
des hommes pour l'être fouffrant
, qu'émanent tous leurs crimes.
rendez -les fenfibles , ajoute M. d'Arnaud,
& on n'aura que des fautes à leur reprocher.
I feroit même facile de prouver
que c'eſt de la ſenſibilité que découlent
toutes les vertus fociales.
L'Égyptienne , Poëme épique en douze
chants, vol. in-12 , petit format; broché
prix 1 1. 10 fols. A Paris , chez Lacombe
, Libraire , rue de Tournon,
Saint François d'Aflife eft le Héros de
Diij
78 MERCURE DE FRÁNCE .
ce Poëme , & c'eft un Enfant de l'Ordre
Francifcain , le P. J. R. , qui a cru devoir
confacrer fa plume & fa verve à célébrer
le Fondateur de cet Ordre: Jacques Cor
bin , Avocat au Parlement de Paris &
Maître des Requêtes de l'Hôtel de la
Reine Anne d'Autriche , a publié , en
1634 , un Poëme épique , dont St François
d'Affife eft également le Héros , & qu'il a
intitulé : La Sainte Franciade . Ce Poëmé
eft aujourd'hui abfolument oublié , &
le P. J. , qui a eu la patience de le par
courir , nous dit que c'eft une hiftoire
plate & minutieufe . Mais vraifemblablement
on n'accufera pas l'Egyptienne
d'être une fimple hiftoire. Le tableau de
la vie religieufe du Saint Instituteur , &
de fa vie apoftolique , eft tracé dans les
différens chants de ce Poëme ; mais le
Poëte , dans la vue de fe conformer aux
règles de l'épopée , dont l'action doit être
une , a pris pour principal objet de fes
chants , le voyage que fait Saint François
en Egypte , afin de convertir le Soudan ,
& mériter la couronne du martyre . Cette
couronne cependant ne lui fut point accordée
fur les bords du Nil , mais fut le
Mont Alverne , d'une manière toute particulière.
MARS. 1777 . 79
>
Le Poëte a banni de fon Poëme les Die
vinités de la Fable , les Magiciens & les
Fées , pour y fubftituer les Anges & les
Démons , autre genre de merveilleux employé
par Milton ; mais falloit - il admettre
des Agens furnaturels dans une
entrepriſe dont les événemens font fimples
& prévus. Quoi qu'il en foir , Belphégore
joue un grand rôle dans l'Egyptienne.
Il évoque la foif , le fommeil
la luxure , pour mieux traverfer les entreprifes
du Héros ; il trouve toujours
en tête l'Ange Raphaël , le Protecteur de
François ; & comme la partie n'eft point
égale , on s'attend bien que le pauvre
diable a fouvent le deffous ; ce n'eft pas
cependant la force qui lui manque ; car
ayant apperçu fur la mer le vaiffeau où
Saint François s'étoit embarqué pour fe
rendre en Egypte , il court , afin d'exciter
une tempête , vers la caverne des
vents , &
Brife d'un coup de pied quatre portes d'airain.
Vous , fortez Terrenos , le premier de la bande ,
Vous , à qui l'Indien a fait plus d'une offrande ,
Et toi , que l'on redoute au Golfe Honduras,
Violent Raléjo, tu voles fur fes pas.
L'humide Tornados vouloit reprendre haleine ,
Div
80 MERCURE DE FRANCE.
Revenant fatigué d'une courfe lointaine ;
Il avoit pour fecond le frileux Harmatan .
Il font lâchés tous deux par l'Ange de Satan.
Le Tiphien vient encor, des côtes de Syrie ,
Contre le faint navire exercer fa furie .
Ces vents tiennent confeil le refte de la nuit ,
Et marchent de concert quand le jour ſe produir .
Le ciel , de toures parts , fe couvre de nuages;
On entend l'air ému fiffler dans les cordages :
La mer qui s'écarquille en cent endroits divers ,
Fait voir , en rugiffant , fes écueils entr'ouvers.
Les vagues en courroux , s'élevant juqu'aux nues ,
Y font , avec l'efquif, un moment ſuſpendues :
Un abyfme aux enfers , qu'on croiroit aboutir,
En les voyant tomber, s'ouvre pour l'engloutir.
Le navire vingt fois remonte fur leurs ailes :
Il eft autant de fois enfeveli fous elles ;
Une
montagne d'eau s'élançant contre un roc ,
Tantôt , pour le brifer , l'entraîne dans fon choc
Tantôt , l'ayant laiflé pour s'y rompre elle-même ,
Sa force fe ranime & fa rage eft extrême :
Elle couvre , en fautant , l'infortuné vaiſſeau ,
Quipenche vers la proue & dont on vuide l'eau.
Un coup de vent furvient , plus d'une antenne
croule ,
Les mâts font ébranlés , les mariniers en foule
Courent fur le tillac , effrayés du trépas ,
Qui grimpe avecfa faulx & s'avance à grands pas
MARS. 1777. 8F
Dès qu'il voit le faint homme , il fe jette en arrière.
François à la tempête oppofe une barrière ,
Une heure aux environs élle foudroye encor ,
Et dans l'abyfime enfin elle fuit Belphegor.
La defcription de cette tempête a au
moins le mérite de l'originalité. Quelques
Lecteurs pourront trouver l'harmonie
de ces Vers un peu rude ; mais le
Poëte a peut-être voulu ajouter par ce
moyen , à la vérité du tableau d'une teinpête;
car, dans une tête fortement échauffée
de fon fujet tout devient poćtique.
Belphegore, qui ne ceffe de lutiner le
Saint , le fuit dans la retraite , & le Poëte
en prend occafion pour nous peindre les
tentations que peuvent éprouver les Cénobites
dans le cloître . Une peinture du
fixième Chant, nous rappelle, en partie ,
la Tentation de S. Antoine
› par Callot:
on y voit les jeux qui viennent , courant
comme des foux ,
Danfer autour du Saint en faifant la grimace
Si l'un eft mis en fuite , un autre le remplace..
La Scène de ce Poëme eft principa
lement en Egypte , dans le férail même.
Dv
82 MERCURE
DE FRANCE
.
du Soudan Méledin , dont Francois a
entrepris la converfion . Belphégore, comme
on le penſe bien , ne refte point ici
tranquille plus avifé cette fois , il s'affocie
la Sultane Favorite ; & c'eſt au milieu
des danfes & des concerts , dont on
nous fait la peinture , que certe Reine
ambitieuſe follicite auprès du foible Souverain
, le renvoi de François.
La Sultane , en fon coeur enfermant for orgueil ,
Honore le Soudan d'un gracieux accueil.
De fon grand cimererre elle le debarraife ;
Puis , l'ayant fait affeoir , la perfide l'embraffe .
Le concert recommence , & les gens de fa cour
Viennent devant le Prince ,& daufenttour-à-tour .
On étend fous les pieds un beau tapis de Perfe ;
Elle y marchie en cadence , & faute & fe renverfer
Quel feu dans fon maintien ! & combien d'agré
mens !
Quelle légèreté dans tous les mouvemens !
Chaque pas développe une grace nouvelle ;
Jamais aux yeux du Prince elle ne fut fi belle .
Le bal ceffe auffi-tôt qu'elle lève la main :
Elle demeure feule auprès de Méledin.
Alors , à fes genoux , la Nymphe infidieuſe ,
Change en un ton plaintiffa voix mélodieufe .
Vous, de mon tendre coeur,le charme & le foutien,
Dit-elle en foupirant , vous devenez chrétient
Va Hermite infenfé vous caufe cette ivrelle ,
MARS. 1777. 83
Et la nécromancie endort votre fageffe !
Un preftige a le don de vous perfuader !
Un fonge eft en état de vous intimider !
Malgré tous vos fernens , vous aurez donc lá
force
De figner entre nous un éternel divorce :
Vous avez réfolu , dans vos lâches complots ,
De méprifer mes voeux , de braver mes ſanglots.
La loi , dont vous goûtez la trompeuſe lumière ,
N'accorde à fes cliers que l'époufe première ;
La froide Validé , dont la beauté vieillit,
Sera donc toute feule admite à votre lit.
Si vous me haïffez , contentez votre envie ,
Cruel; percez mon coeur , arrachez- moi la vie :
Si vous m'aimez encor , me verrez-vous mourir ,
Sans vous montrer fenfible & fans me fecourir ?
C'eft ainfi que la Nymphe exprimoit fes alarmes :
Ses yeux étincelans fe rempliffent de larmes.
Le Soudan héfite quelques inftants ;
mais trahi par fa tendrelle , il accorde
bientôt à fa Maîtreffe le renvoi de François,
qui fe rend fur le Mont Alverne , où
le Chrift même propofe au Saint le martyre
qu'il avoit été chercher en Egypte . La
pieufe crédulité des Légendaires , a fervi
de point d'appui au Poëte ; & de- là il
s'eft élevé avec François dans des ré-
D vj
8+ MERCURE DE FRANCE.
gions extatiques , qui tiennent plus que
du merveilleux . Il nous a peint le Saint
ferviteur de Dien, recevant fur le Mont
Alverne des stygmates & la couronne
du Martyre , des mains d'un Séraphin ,
origine du nom de Séraphique , qui a
paffé à tout l'Ordre de Saint François.
Cette vifion , & ce n'eft pas la feule
de ce très -fingulier Poëme , termine le
douzième & dernier Chant de l'Egyptienne.
Le Poëte Séraphique y a non- feulement
prodigué les richeffes d'une imagination
remplie de fon objet , mais
encore les tréfors de la Légende ; ce
qui , joint à la naïveté du ftyle , tranfporte
le Lecteur au milieu du douzième fiècle.
Les mondains, en lifant ce Poëme, pourront
rire quelquefois des efpiégleries du
Malin , mais les ames dévotes apprendront
du Saint Inftituteur, à mieux connoître
le prix d'une Religion qui nous.
confole dans nos peines , anime les bonnes
actions que nous faifons en fecret,
& nous donne , par l'eſpérance d'une vie
heureufe , le courage de fupporter les
tribulations préfentes , & la fermeté nécelfaire
pour entreprendre de longs &
pénibles travaux.
MAR S. 1777
85
Obfervations à MM . de l'Académie Françoife
, au sujet d'une lettre de M. de
Voltaire , lue dans cette Académie , à la
folennité de la S. Louis , le 25 Août
1776 , par M. le Chevalier Rutlidge ,
Paris , au Quai de Gêvres..
Avant la traduction du Poëte Anglois ,,
on étoit à peu près d'accord fur le mé-
Fite de fes ouvrages dramatiques. Il étoit
regardé comme le créateur du Théâtre.
de fa nation , & comme un génie plein
de force & de fécondité , de naturel &
de fublime . Mais on l'accufoit en mêmetemps
de manquer ddee ccee ggooûûtt qui dirige
le génie de n'avoir aucune connoiffance
des règles , fans lefquelles on prétend
qu'on ne peut rien faire qui foit
conftamment beau , & de tout facrifier
au plaifir de faire une mauvaife pointe
& des jeux de mots. C'étoit pour lui ,
dit un de fes Commentateurs , la pom
me d'or qui le détournoit fans ceffe defa
route , & lui faifoit manquer fon but.
Aufli fes pièces ont- elles été regardées
comme un mêlange de fcènes fublimes
& d'abfurdités barbares ; de morceaux.
pleins d'ame & de vie , & d'irrégulari
86 MERCURE DE FRANCE.
tés groffières ; de penfées grandes & de
choles triviales ; de fituations touchantes
& d'un gigantefque fouvent rifible ; des
fentimens nobles & d'un familier ridicule.
Les nouveaux traducteurs nous
fourniffent les moyens d'examiner , avec
plus de connoiffance de caufe , le degré
de mérite de ce Poëte . Ceux qui jugeoient
fur parole , & qui n'avoient pas
même la quelques unes des pièces déjà
traduites de cet Auteur , pourront voir
par eux-mêmes , s'il n'y avoit rien d'outré
dans cette critique ; c'eft ici une révifion
d'un procès , que le public fera à
portée de juger , bien entendu qu'il aura
égard aux beautés dépendantes de la langue
originale , & aux moeurs de chaque
fiècle & de chaque nation. Les Académies
pourront propofer pour prix , non
pas l'éloge du Poëte , mais l'objet même
de la difpute , en faifant difcuter à charge
& à décharge , le dégré de mérite des
productions de cet écrivain. L'autorité
de M. de Voltaire , qui certainement poffède
la Langue Angloife & l'art da
Théâtre , fera d'un grand poids dans cette
difcution. Mais les raifons doivent ici
l'emporter ; & l'impartialité doit nous
coûter d'autant moins , que la Littés
MARS. 1777.
87
ל כ
""
rature Françoife , comme le dit fi bien
» Auteur des obfervations , eft fertile
» en productions qui peuvent la faire
>> entrer en concurrence avec toutes les
" nations anciennes & modernes , chez
පා qui les fciences & les arts ont été en
» honneur. Croire que nous n'avons
point de fupérieurs , c'est un orgueil
légitime & bien fondé à l'égard de
→ bien des parties ; mais méprifer ou re-
» jeter nos rivaux & nos émules , ce feroit
un aveuglement déplorable , &
» bien fait pour nuire à nos progrès .
Et l'on a raifon de dire qu'un com
merce réciproque de lumières , n'eft
» point fait pour porter ombrage à la va-
» nité , mais plutôt pour enrichir les uns
» & les autres .".
33
32
Quant aux éloges donnés à Sakef
péar, on avoue que la qualite de créa
teur de l'art fublime du théâtre , ne
peut lui convenir que relativement à
P'Angleterre , & nullement à la France ,
où ce Poëte n'a été connu qu'à une époque
où la fcène étoit affez perfectionée.
Les traducteurs n'ont donc pu avoir en
vue que l'exiftence & la perfection du
théâtre Anglois. L'équité femble exiger
qu'on interprête de cette manière leurs
éloges .
88 MERCURE DE FRANCE .
C'eſt à ceux qui poffédent parfaitement
la langue Angloife , à décider fi
l'on n'a pas encore bien faifi la manière
de Sakefpéar , & fi l'on n'a fait que le
défigurer dans les endroits qu'on s'eft propofe
d'imiter. Cette difcution ne peut con
venir qu'à ceux qui fe font familiarifés
avec les Poëtes Anglois. C'est à eux
auffi à décider fi le projet de traduire
les vers blancs des Anglois , en vers
blancs François , ne pourroit fe réaliſer
qu'aux dépens de l'idiôme Anglois . L'Au
teur des obfervations , foutient , que la
marche & le génie de la langue Françoife
, ne comportent pas les vers blancs ,
& que la rime eft effentielle à notre vercification.
» On n'a jamais fait , dit- il ,
» d'effai en ce genre qui ait approché
» d'une profe forte & bien cadencée. Il
n'en eft pas de même de la langue
Angloife. Par une fuite de fes abondances
& de fon énergie , & encore
plus de l'appuyé de toutes les termi-
» naifons , on y fait des vers fans
rimes aufli harmonieux que ceux qui
font rimés. Le plus beau Poëme qui
» foit écrit dans cette langue , le mieux
foutenu , l'ouvrage le plus veritablement
Poëtique qui exifte , le Paradis perdu
""
"
MARS. 1777 .
89
"
"
de Milton , eft en vers blancs. Le lan-
» gage en eft plein & fonore , & la mu-
» fique du difcours , fi l'on veut permet-
» tre l'expreffion , auffi fenfible & auff
» harmonieufe que celle de la Poëfie
» grecque & latine . Les vers blans de
Sakefpéar ont le même avantage ...
» Cet Auteur dans fes Tragédies ,
» fe fert de trois manières de s'exprimer
, il emploie d'abord la profe ;
» à mesure que le difcours doit s'en-
» noblir , il fait ufage des vers blancs ;
lorfqu'il veut inculquer dans la mé-
» moire du fpectateur une penfée forte
» & fublime , il a recours à la rime pro-
» pre à y clouer , pour ainfi dire , l'idée
qu'il veut imprimer. La tranfition
» d'une de ces manières de parler , à
l'autre , eſt toujours imperceptible , &
ménagée avec un artifice admirable.
» Mais cet effet délicat ne peut être ſenti
» que par une oreille angloife.
رد
"
"
L'Auteur des obfervations , foutient
» encore que , pour s'apprivoifer avec
Sakefpéar , il ne faut pas le juger fur
» des lambeaux ; qu'au contraire , il faut
» toujours confidérer l'enfemble de ſes
» pièces en général , parce que tout y
concourt à l'effet total. Les traits pris
ga MERCURE DE FRANCE.
"
» en détail font foibles ; mais réunis en
» faifceaux , ils frappent avec force , &
produifent certainement la terreur
» & la pitié , but de tous les Auteurs
tragiques . Sakefpéar , ajoute-t- il , y
» atteint d'autant plus fûrement , que la
» nature le tient toujours par la main ,
» & qu'il la fuit fans effort ".
"
On prétend dans ces obfervations juf
tifier Sakefpéar , au fujet des trois unités
G peu refpectées par cer Auteur , en fontenant
que l'unique loi inviolable du thé
tre , eft celle de la vraifemblance , dont
cet écrivain ne s'eft point écarté . D'ailleurs
, ce n'est jamais dans le même acte ,
dit- on , que l'Auteur Anglois fait des
tranfitions rapides d'un lieu très-éloi- ,
gné à un autre . Nous nous fommes
bornés à extraire les principales raiſonsde
l'obfervateur , en écartant les perfonnalités
toujours étrangères au but
qu'on doit fe propofer dans ces fortes
d'écrits .
Hiftoire des progrès de l'Eſprit Humain
dans les Sciences & dans les Arts qui
en dépendent. SCIENCES INTELLECTUELLES
: favoir , la Dialectique, la
Logique , l'Ontologie , la Cofmologie ,
MARS. 1777.
la
la Pfycologie , la Théologie naturelle,
la Religion naturelle , la Morale ,
Légifiation & la Jurifprudence , la Pohtique
, la Grammaire, la Réthorique,
& l'Eloquence , la Poéfie ; avec un
abrégé de la vie des plus célèbres Auteurs
dans ces fciences; par M. Savé
rien , volume in-8° . relié s liv . chez
Lacombe , Libraire , rue de Touraon ,
près le Luxembourg.
Cette troiſième fuite du travail de M.
Savérien fur ces grands objets , fe préfente
toujours avec la même fagoffe &
la même érudition ; c'eft le jagement
de M. de Sancy , cenfeur de cet ouvrage,
Après avoir expliqué dans l'histoire des
Sciences exactes , & dans celle des Sciegves
naturelles , comment les idées les
plus fimples que l'homme doit à la na
ture , ont acquis cette élévation qui la
laiffent bien loin d'elle ; de quelle manière
des notions les pluscommunes, font
forties les découvertes les plus hardies ;
enfin , par quelle forte de miracle une
main mortelle a pu mefuter l'infini , fou
mettre à des calculs la marche irrégulière
des aftres qui nous éclairent , & dévoi
ler à la fois , & le fecret du Créateur
92 MERCURE
DE FRANCE
.
dans la formation de la foudre , & fes
opérations myſtérieufes dans la génération
des métaux : après avoir , difonsnous
, expliqué toutes ces chofes , l'Auteur
rend compte dans l'ouvrage que
nous annonçons , des découvertes qu'on
a faites dans les Sciences intellectuelles ,
c'est-à dire , dans les fciences qui ont l'entendement
humain pour objet ; de forte
qu'il expofe ici l'origine & les progrès
de l'art de penfer , de raifonner & de
diriger les opérations de l'efprit à la connoiffance
de la vérité , à celle de l'être en
général , & en particulier de la nature
de l'ame & des attributs de la divinité ;
c'eft - là cette grande partie des fciences
intellectuelles , qu'on appelle Métaphyfi
que. 11 fait auffi l'hiftoire des travaux des
Philofophes pour apprendre à l'homme
à foutenir avec fermeté toutes les tempêtes
que les paffions élèvent dans le
coeur , afin de conferver ce calme bienfaifant,
cette douce tranquillité , qui font
le bonheur de la vie : ce qui forme la
morale. Delà fuivent les développemens
des réglemens & des loix , pour maintenir
la paix dans la fociété ; les principes
ou la théorie des langues pour communiquer
les idées , & les règles néceſſai
res à l'ornement du difcours.
MARS. 1777 . 93
La raifon de l'homme a eu fon enfan
ce . On a commencé par difputer avant
que de raiſonner ; & les anciens Philofophes
ne s'exerçoient qu'en fe défiant
de répondre à des queftions abfurdes ,
ou de réfoudre des problêmes également
captieux & ridicules . Xénophane eft le
premier Auteur de cette fauffe ſcience : il
foutint qu'il n'y a point de mouvement ,
que rien ne vit , rien ne croît , rien ne
meurt ; que fi nous voyons le contraire ,
c'eft une erreur de nos fens ; enfin , que
la raiſon même eft trompée , & qu'il n'y
a rien de réel , de conftant , ni de véritable.
Démocrite , Zénon & Protagoras
fuivirent les traces de Xénophane . Ce dernier
fe diftingua fur-tout par l'invention.
du fophifme. Il eut un difciple nommé
Prodicus , qui enchérit beaucoup fur fa
doctrine. Par la fubtilité de fes penſées
& le coloris de fon ftyle , il détruifoit les
notions les plus claires fur le bien & le
mal , fur le jufte & l'injufte ; tellement
qu'il donna lieu à cette défenfe que les
Athéniens firent aux Sophiftes , de plaider
leurs caufes : c'est le nom qu'on
donna à ces fortes de Philofophes .
Prodicus eut un rival redoutable en la
perfonne de Gorgias. Ce Sophifte l'em94
MERCURE DE FRANCE.
portoit fur tous les autres , par une préfomption
& un orgueil infultants . Etant
à Athènes , il ofa déclarer publiquement
fur un théâtre , qu'il étoit prêt à parler
fur tel fujet qu'on voudroit. Cependant
Hippias , plus faftueux & plus favant
que lui , rabattit beaucoup fon orgueil ,
& lui difputa la prééminence Ce qui
le rendoit fi préfomptueux, c'eft l'art qu'il
avoit d'envelopper une queftion , &
d'employer dans fes raifonnemens la
contradiction , la fauffeté & l'incroyable.
Malgré cette ainure , Socrate trouva le
moyen de détruire les preftiges de l'illufion
, & de prévenir les fuites de les mal .
heureux effets : il couvrit ainfi les Sophistes
de ridicule , & les fit tomber dans
le mépris . Mais , par malheur , Socrate cut
un difciple qui apporta en naiffant le goût
de la difpute , qu'il ne put furmonter.
C'eft Euclide de Mégare , lequel eut
à fon tour un difciple nommé Eubulide ,
qui inventa plufieurs Sophifmes captieux.
M. Savérien en rapporte quelques - uns ,
dont nous pouvons donner une idée , en
citant celui- ci . On fuppofe qu'un homme
a fongé, en dormant , qu'il ne faut pas
croire aux fonges ; & fur cela on raiſonne
ainfi : Si cet homme croit à ce fonge , il
MARS. 1777 . 95
croira en même- temps & ne croira pas
aux fonges ; il croira aux fonges , puifqu'il
croit à ce fonge : il ne croira point
aux fonges , puifqu'il croit à ce fonge ,
qui défend de croire aux fonges. Que fi
cet homme ne croit point à ce fonge , il
croira en même- temps & ne croira point
aux fonges , puifqu'il obéira au précepte
de ce fonge , qui défend de croire aux
fonges. Tout cela paroît fe contredire :
cependant l'Auteur donne la folution de
ce problême, qu'il faut voir dans fon ouvrage
, auquel nous renvoyons , ainfi que
pour la fuite de l'hiftoire de la Dialectique
, qui ne peut manquer d'intéreſſer
le Lecteur.
Il ne parut rien de réglé dans la Logique
avant Ariftote. Ce grand Philofophe
donna une méthode pour raifonner avec
jufteffe ; c'eft à lui qu'on doit l'invention
du Syllogifme : mais il écrivit fi obfcurément
, que fa Logique étoit plus pro
pre à perpétuer les difputes , qu'à faire
connoître la vérité : c'eft auffi ce qui arriva.
Deux Profeffeurs , l'un nommé
Oudart , & l'autre Rainbert , en examinant
ce travail d'Ariftote , eurent
des fentimens différens fur l'objet de la
Logique , & les foutinrent avec un achat
ر ا ک
MERCURE DE FRANCE.
nement qui eut des fuites fâcheuſes . Le
premier prétendoit que les chofes , & non
les mots , font l'objet de la Logique
, & , par cette raifon , on appella fes
difciples Réalistes . Rainbert , l'autre Profeffeur
, vouloit au contraire qu'il n'y eût
point de fciences des chofes , mais feule
ment des noms fes difciples prirent
le nom de Nominaux. Il fe forma ainfi
deux fectes qui divifèrent toutes les écoles
. Chaque parti compta des favans du
premier ordre. Le feu prit dans toutes
les têtes de l'Univerfité , & il fallut que le
Roi Louis XI interpofa fon autorité ,
pour prévenir un incendie général. Il fe
rangea du côté des Réaliſtes ; & , par une
ordonnance qu'il publia , il défendit aux
Nominaux d'enfeigner leur doctrine . On
enchaîna même dans les bibliothèques les
livres de ces derniers , pour empêcher
qu'on ne les lût. Cependant dans la fuite,
le Roi , mieux informé de la nature du
fait , ne voulut plus employer fon autorité
dans une vaine difpute fcholaftique.
Au milieu de cette difpute , les profeffeurs
ne s'occupoient que de queftions
non-feulement inutiles , mais encore
puériles & ridicules . Ainfi , on examinoit
férieuſement & longuement , fi
un
MARS . 1777 . 97
un porc , qu'on mene au marché , pour
le vendre , eft tenu par l'homme , ou par
la corde qu'on lui a paffée au col . Si celai
qui a acheté la chape entière , a
acheté le capuce , & c.
-Un écart rifible faccéda à cette extravagance
. Plufieurs Logiciens inventèrent des
mots , comme Endités mondales, diftinction
du lieu interne & externe , &c . que
perfonne n'entendoit , & qui néanmoins
étoient, felon eux , très - fignificatifs . Fiers
de leurs découvertes , ils s'arrogèrent les
ritres de docteurs profonds , de docteurs
merveilleux , & c. Heureufement pour
le bonheur du genre humain , Ramus
vint troubler leur fauffe gloire.
Ce philofophe indigné de toutes ces
falies , crut couper la racine du mal , en
attaquant fans ménagement toute la Logique
d'Ariftote ; mais les Logiciens , au
lieu de le combattre par des raifons , le
-citèrent devant le lieutenant- criminel ,
comme s'il seût commis quelque meur .
tre. Nouvelle allarme dans l'univerfité .
Du Châtelet , l'affaire fut portée au Parlement
, & du Parlement , elle parvint
au Confeil du Roi , où Ramus fut condamné.
Le Roi' défendit à ce profeffeur
de lire les propres ouvrages , de les faire
E
8 MERCURE DE FRANCE.
écrire , copier , & c. Nous renvoyons à
cette hiftoire de la Logique , ce qui con
cerne les Catégories & les univerfaux ,
& les figures , Barbara , Celarent , Darii
, Baralipton , dont Molière fe moque
fi agréablement dans le Bourgeois Gentilhomme.
L'Ontologie eft la troisième partie des
fciences intellectuelles : c'eft la ſcience
des êtres. On appelle être , ce qui peut
exifter. Les Chaldéens admettoient trois
fortes d'êtres : Dieu , les Anges & les
Hommes , Animaux , Plantes , & c . Zénon
eft le premier Philofophe qui a étudié la
nature de l'être , & cette étude le conduifit
à cette étrange conclufion : c'eſt
qu'il n'y a point d'être . Ce ne fut pas là
le fentiment d'Ariftote. Ce Philofophe
reconnoiffoitplufieurs fortes d'êtres, qu'il
réduifoit à une feule fubftance , fufceptible
de neuf modifications ou modes.
Les Scholaftiques admirent encore l'accident
dans l'être . On difputa enfuite fur
les modes & fur les accidens ; & Gaffendi
, Defcartes , & même Spinoza ,
confondirent les accidents avec les modes
.
Suivant Leibnitz , la poffibilité ne
conftitue pas l'exiftence d'un être : il faut
MARS. 1777 . 99
encore un fupplément à cette poffibilité :
c'eft la raison fuffifante. Cette raiſon eft
un grand principe de Métaphyfique : elle
conduit à la fameufe doctrine de l'optimifme.
En effet , rien ne fe fait fans
cauſe ; & Dieu a fait en tout le
meilleur ; parce que s'il ne l'avoit pas
fait comme meilleur , il n'auroit pas eu
raifon de le faire . Leibnitz déduit de fes
principes , le principe de contradiction ,
la loi de continuité , la non fimilitude
des êtres , & enfin , la néceffité de l'admiffion
d'un être non étendu , d'un être
fimple , qu'il appelle monade , &c. Nous
renvoyons à l'ouvrage , le développement
hiftorique de toutes ces belles vérités
, ou de ces fublimes fpéculations.
Dans la Cofmologie , qui eft la connoiffance
de l'enchaînement des êtres ,
& la manière dont l'univers en réſulte ,
il eft queſtion de favoir fi la quantité de
mouvement ou de force fe conferve toujours
la même dans la nature . Ceci a
beaucoup exercé les plus grands Philofophes.
A cette occafion , l'un d'entre
eux , c'eft M. de Maupertuis , prétend
que quand il arrive quelque changement
dans la nature , la moindre quantité
d'action employée pour ce changement ,
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.
eft toujours la moindre qu'il eft poflible.
C'est le principe de la moindre quantité
d'action , fi connu des favans , & au fujet
duquel l'Auteur de la Diatribe du docteur
Akakia , amufa fi agréablement le
public. M. Savérien n'a rien négligé , à
ce qu'il paroît , pour inftruire parfaitement,
fon lecteur fur un événement fi
intéreſlant ; & nous croyons qu'on lira
ce morceau avec plaifir .
La Pfycologie eft la fcience ou la
connoiffance de l'ame . On a beaucoup
écrit fur cette matière , fans avoir expliqué
cependant la nature. Peu content
des fentimens des anciens Philofophes à
cet égard , les premiers conciles décidèrent
que l'ame étoit un corps fort délié
, formé par l'air ou par lefeu. C'étoit
le fentiment de Tertulien , qui croyoit
que l'ame ne feroit rien , fi elle n'étoit
corps. On s'eft enfuite donné beaucoup
de peine pour en favoir davantage . On
a auffi recherché avec le plus grand foin
le fiége de l'ame ; mais quoique l'hiftoire
de la Pfycologie foit extrêmement curieufe
, par la diverfité des opinions , qui
en forme le riffu , on ne nous a rien appris
de bien fatisfaifant fur la nature de
la fubftance qui penfe , & de celle qui
MARS. 1777. TOL
ne paroît avoir que des fenfations : nous
défignons l'ame des bêtes par cette dernière.
Auffi l'Auteur termine l'hiftoire de
l'ame des bêtes , qui eft à la fuite de .
l'hiſtoire de l'ame de l'homme , par ces
paroles remarquables : Parmi tant de
fyftêmes , tant de doctrines , tant de fentimens
, tant de conjectures fur la nature
de l'ame , y en a- t - il un par lequel on
l'ait véritablement devinée ? Il y a lieu de
le croire ; mais celui qui indiquera l'opinion
qui fatisfait à la question , ou qui
a refolu le problême , pourra partager
hardiment la gloire de la découverte.
Dans un livre où les matières font û
importantes & fi ferrées , il eft impoffible
de rendre compte des principaux objets ,
lorfqu'on eft obligé de fe borner à une
fimple expofition , plutôt encore qu'à
une analyfe. Nous nous contenterons
donc de donner une idée des autres parries
de cet ouvrage , en difant que
l'hiftoire de la Théologie naturelle , qui
a pour objet la connoiffance de Dieu
par les lumières de la raifon , mérite
d'être lue avec la plus grande attention ;
que celle de la religion naturelle eft fort
intéreffante ; que celle de la morale eft
très-agréable & très-variée ; que l'hif
Eij
102
MERCURE DE FRANCE.
toire de la légiflation & de la jurifprudence
& celle de la politique , font plei
nes de faits , qui forment un corps de
doctrine très-inftructif. Enfin , beaucoup
de recherches & un choix judicieux caractériſent
l'hiſtoire de la grammaire ,
de la réthorique , de l'éloquence & de
la poëfie. Depuis l'origine , ou les premières
idées qu'on a eu fur les fciences
intellectuelles & fur les arts qui en
dépendent , M. Savérien conduit le lecteur
jufqu'à l'état actuel des fciences &
des arts. C'est toujours la même méthode
, la même clarté , la même érudition
& le même goût , qui ont valu un
accueil favorable à l'hiftoire des fciences
exactes , & à celle des fciences naturelles
, par le même Auteur.
De la Philofophie , par M. Béguin ,
Licencié en Théologie , de la Société
Royale de Navarre , Profeffeur de Philofophie
en l'Univerfité de Paris , au
Collège de Louis - le -Grand , Tom. 2 .
à Paris , chez Barbou , Imprimeur- Li.
braire , rue des Mathurins.
Cet ouvrage réunit les obfervations
des Phyficiens
, fur les principaux
phéMARS.
1777. 103
nomènes de la nature . C'eſt la meilleure
route pour en démontrer les loix & les
effets , ou pour garder le filence lorfqu'il
ne réfulte rien des obfervations . Un fait
bien vu , un phénomène bien difcuté ,
dit un favant Académicien , la cauſe en
fût-elle inconnue , un doute même eft
préférable à la Théorie la plus lumineufe
, mais qui eft hypothétique . On
doit avouer que la nature opère la plupart
de fes effets par des moyens inconnus
; que nous ne pouvons nombrer fes
reffources , & qu'il feroir ridicule de
vouloir la limiter , en la réduifant à un
certain nombre de principes d'action &
de moyens d'opérations . C'eft fouvent en
expliquant moins , qu'on voit mieux la
nature telle qu'elle eft ; & l'aveu de cette
ignorance, fraye à la postérité une route
fûre , qui la guide dans la recherche de
la vérité.
La complication des effets & des caufes
, la multitude des reffources de la
nature qui nous font inconnues , le petit
nombre des obfervations exactes & com .
plettes , les limites de l'efprit humain , la
puiffance infiniment féconde du premier
être doivent infpirer néceffairement
une circonſpection religieufe à tout ef-
و
E iv
104 MERCURE DE FRANCE .
prit fage. C'eft parce qu'on n'a point
cette défiance fi utile , qu'on ofe imaginer
un principe fondamental , & prendre
pour tel , ce qui n'a lieu que dans
certaines circonstances , ou réunir fous
le même chef , des effets d'une nature
très- différente. Souvent embarraffé par
la multitude , on en éloigne quelquesuns
, on en fubftitue d'autres , & l'on
établit fes calculs fur des principes ima
ginaires , & fur des objets qui n'ont pas
d'existence . Voilà la fource de l'erreur
que l'on ne doit point attribuer à l'incertitude
des Mathématiques , mais à la
rémérité de ces Empyriques qui ne fa
vent douter de rien , qui fuppléent aux
faits qui leur manquent par des opinions
, & qui enfin , généralifent les objets
par des obfervations , pour éviter la
peine des détails & des expériences . Il
arrive delà que , trompés par leur ima
gination , ils prennent pour une loi primitive
de la nature , ce qui n'eſt que la
conféquence d'une formule Mathématique.
L'Auteur de l'ouvrage que nous annonçons
, s'éloigne de tout ce qui n'eft
qu'hypothèfe , & n'a recours au calcul ,
qu'autant qu'il eft joint à l'expérience . Il
MARS £ 777. 105
indique aux jeunes Phyficiens la route
qu'ils doivent fuivre dans les recherches
des objets auxquels ils defirent fe livrer ,
chacun fuivant fon attrait , & pour fon
utilité particulière. Les ouvrages auxquels
ils renvoie les difciples , ont mé
rité l'approbation des favans , & fervi
ront de fupplément à fon Cours de Philofophie.
Le fecond volume qu'il donne
au Public , renferme ce qu'il y a de plus
effentiel à obferver fur la quantité des
corps & autres propriétés : le repos & le
mouvement , les lois de la réfraction &
du choc des corps , le frottement , les
loix de la pefanteur & tous ces objets
qui tiennent à la Payfique générale , font
les plus importans , & exigent la plus
grande attention. Autant cette fcience,
étoit autrefois de difficile accès , autant
on en applanit aujourd'hui les difficul
tés , & l'on en écarte les épines , qui n'ét
toient propres qu'à rebuter ceax qui fe
livroient à cette étude fi digne de
l'homme.
D. Juftiniani Imperatoris P. P. Augufti
inflitutionum Juris Civilis expofitio méthodica
Francifci Lorry Antecefforis
...Parifienfis , opus pofthumum . Editio
Ev
TOG MERCURE DE FRANCE.
2 Vol. in 12. Parifus , apud
Viduam Defaint , & Nyon.
nova
L'étude du Droit Romain a toujours
été regardée comme
le premier
devoir du Magiftrat & du Jurifconfulte
, & l'on a cru qu'il falloir fe
familiarifer de bonne heure avec les
principes de cette Jurifprudence , qui
s'appliquent autant aux queftions du
Droit Eccléfiaftique & du Droit François
, qu'à celles qui naiffent du Droit
Romain même. On convient que la
meilleure manière de fe pénétrer de ces
principes , eft de les étudier dans le texte
même des loix , beaucoup plus que
dans les interprêtes , & de commencer
cette étude par celle des inftituts de Juftinien
, qui renferme un abrégé jufte &
précis de tout le Droit Romain. Ce
Droit eft répandu dans les quatre collections
, les inftituts , les pandectes , le
code & les nouvelles . C'eft dommage
qu'on n'ait pas fuivi le même ordre dans
ces quatre ouvrages , & qu'on ne puiffe
pas fuppléer par les uns , ce qui manque
aux autres . Il eft donc néceffaire qu'il
y ait un livre , où l'on trouve les principes
du Droit civil , expofés avec clarMARS.
1777. 107
té & avec préciſion . Tel a été le but
que fe font propofé les Auteurs des
inftituts. Ceux qui louent la diftribution
de cet ouvrage , conviennent qu'il y
manque beaucoup de chofes effentielles ,
pendant que d'un autre côté , il y en a
beaucoup d'inutiles. Cet ouvrage , malgré
ce défaut , n'en eft pas moins utile
à ceux qui étudient la Jurifprudence
Romaine , parce qu'il y renferme en
abrégé , tous les premiers principes d'une
fcience auffi fublime & auffi vaſte que
celle du Droit civil . L'Auteur du livre que
nous annonçons , a fu éviter tous les
écueils. On y trouve d'abord un abrégé
de l'origine & des progrès du Droit Romain
, enfuite un tableau exact des matières
des inftituts , qui nous préfente
dans un feul afpect , les principales matières
du Droit Romain . Après , vient le
texte avec des notes à la fin de chaque
titre. Pour en faciliter l'intelligence ,
l'Auteur y a joint une expofition analytique
des principes , méthodique &
dégagée des queftions épineufes & inutiles.
La première édition de cet ouvrage
a été bien acceuillie de tous les
Jurifconfultes ; & l'on a confeillé à tous
les étudians en Droit, de fe procurer un
,
Evj
108 MERCURE DE FRANCE.
livre qui étoit une introduction excellen
te à la fcience de la Jurifprudence. On
a joint à cette édition une differtation
curieufe & intéreffante fur les loix des
douze tables .
.
Traités fur les Coutumes Anglo-Norman
des, qui ont été publiées en Angleterre,
depuis le onzième jufqu'au quators
zième fiecle , avec des remarques fur
les principaux points de l'Hiftoire &
de la Jurifprudence Françoife , antérieures
aux établiffemeis de S. Louis ;
par M. Houard , Avocat en Parlement ,
Correfpondant de l'Académie Royale
des Infcriptions & Belles Lettres ,
Tom. 1. In-4°. à Paris , chez Saillant ,
Nyon & Valade , Libraires , rue S.
Jacques .
C'eſt une vérité conftante , que les prins
cipes du Droit ne peuvent être bien.com
nus que par l'étude de l'Histoire 3 : & l'on
doit avouer , avec un célèbre Magiftrat ,
que fi cette maxime eft vraie à l'égard du
Droit en général , elle ne l'eft pas moins
relativement au Droit particulier de cha
que nation & de chaque province. L'Auteur
de l'Ouvrage que nous annonçons ,
MARS. 1777. 109
a approfondi tout ce qui a rapport à l'Hif
toire de France , & a fu dévorer toutes
les épines qui accompagnent l'étude des
anciens monumens hiftoriques. C'étoit
be feul moyen de répandre la lumière fur
des matières difficiles qui n'ont jamais
été difcutées avec exactitude . Le Jurif
confulte profond à qui nous devons
F'ouvrage fur les Coutumes Anglo Nor
mandes , a donné au public un excellent
ouvrage fur les anciennes loix des François
, confervées dans les coutumes An
gloifes & recueillies par Littleton , avec
des obfervations hiftoriques & critiques ,
où l'on fait voir que les coutumes & les
ufages fuivis anciennement en Norman
die , font les mêmes que ceux qui étoient
en vigueur dans toute la France , fous les
deux premières races de nos Rois.
Cet ouvrage , fi utile pour l'étude de
notre ancienne Hiftoire & pour l'intelligence
du Droit coutumier de chaque
Province , a été bien acceuilli du public .
Les Jurifconfultes & les Litttérateurs ont
admiré l'érudition & la fagacité de l'Au
teur. Ces deux ouvrages facilitent l'intelligence
des chartes & des diplômes
de nos derniers Rois de la feconde race ,
& fervent également à découvrir le véri
110 MERCURE DE FRANCE:
table efprit de notre Droit coutumier actuel.
C'eft en plaçant cceess coutumes
entre l'époque où nos capitulaires ont
ceffé , & celle où nos différentes coutumes
ont été réformées , que l'on peut
fuivre fans efforts ces changements que
nos loix ont fucceffivement éprouvé ,
depuis le commencement de la Monarchie
jufqu'à nous. C'eſt en éclairciffant
les motifs de ces changemens , qu'on
peut découvrir les principes fondamentaux
des loix & des coutumes , fous l'empire
defquelles chacune de nos provinces
fe trouve placée.
Les textes que l'Auteur met au jour
dans le fecond ouvrage , font précédés
d'une differtation préliminaire , dont le
but principal eft de faire concevoir
toute l'importance de l'Ouvrage ; elle
fert en même temps d'introduction à
l'étude de nos capitulaires , des loix Anglo-
Saxonnes , & des Coutumes Anglo-
Normandes , en faifant faifir les rapports
& les différences qui règnent entr'elles.
Les Loix Anglo- Saxonnes , telles
que Wilkins les a traduites , s'y trouvent
entières. Elles font partie de la differtation
, & d'autres fois elles ne l'accompagnent
que comme piéces juftificatives.
MARS. 1777.
117
Par cette méthode , qui peut paroître
bizarre au premier coup- d'oeil , on abrége
le travail du Lecteur. Après avoir donné
quelques Exemples de l'ufage que l'on
peut faire de ces Loix pour l'interprétation
des capitulaires , l'Auteur développe
ce qui doit réfulter de leur compataifon.
La differtation curieufe & profonde
qui eft à la tête de cet Ouvrage , eft
faivie des extraits du Domesday, des Loix
d'Henri I , & de la Pratique Judiciaire,
compofée par Glanville . L'Auteur a tiré
tous les textes que fa Collection renferme,
des éditions les plus correctes , où il
convient qu'elles ne font pas fans défauts .
On a laiffé fubfifter ces textes, fans y
changer , & l'on a renvoyé les corrections
aux remarques qui font écrites
en François , lors même qu'elles font
relatives à des textes Latins .
rien
Nous voudrions pouvoir annoncer plus
fouvent des Ouvrages auffi utiles & auffi
propres à honorer notre fiècle. Celui - ci
renferme des recherches qui répandent la
lumière fur nos Loix & fur notre Hiftoire ,
& fervent à éclaircir les matières les plus
difficiles & les plus importantes du Droit
coutumier.
114 MERCURE DE FRANCE.
Eloge Hiftorique de M. de Saint - Foix,
Hiftoriographe des ordres du Roi ,
avec plufieurs de fes bons mots & penfées
. A Paris , chez la Veuve Duchefne.
C'est à l'amitié qu'on doit le Précis
historique de la Vie & des Ouvrages de
M. de Saint Foix. Ce tribut ne peut
qu'être bien accueilli du Public, toujours
empreffé de connoître les circonftances
fouvent fingulières de la viedes Auteurs
célèbres. Ce font les amis intimes qui
fouvent font les feuls qui connoi fent les
Anecdotes les plus dignes de paffer à la
postérité. On a beau dire que les hommes
fe peignent dans leurs Ouvrages , il
y a toujours eu une très - grande diftance
entre l'efprit & le coeur. Et la conduire
journalière d'un Ecrivain , fert bien plus
que tous fes Ouvrages , à le faire connoître.
Quand on parle ou qu'on écrit,
on met un mafque . Quand on agir , dit
un Philofophe , l'on eft forcé de l'ôter.
L'Auteur de cét Eloge, en nous faifant
connoître la vertu franche & fans apprêt
de M. de Saint- Foix , ne nous diffinule.
pas cet excès de fenfibilité & d'amourMAR
S. 1777.
propre qui le rendoit fi fouvent d'un
commerce difficile & ombrageux. Nous
nous bornerons ici à extraire quelquesunes
des pensées & des bons mots de cet
Ecrivain , qu'on trouve à la fuite de
l'Eloge.
℗ -
» Demandezà une Actrice fi elle blan-
» chit elle- même fon linge , elle fera
très offenfée de la queftion . Nauf
» ca , fille du Roi des Phéaciens , Electre,
Iphigénie, & autres Princeffes, que
» cette Actrice repréfente tous les jours,
alloient avec leurs fervantes à la rivière ,
» & aidoient à laver leurs robes » .
ود
"
» Tous ceux qui ont écrit jufqu'à pré
» feat pour ou contre le luxe , auroient
» dû le diftinguer d'avec la magnificen-
» ce ; c'eft ce qu'ils n'ont pas fait, La magnificence
eft effentielle à un Erat Monarchique,&
néceffaire dans les grands;
» elle fait éclore , ou encourage & foutient
» les arts utiles & agréables : ce n'eft point
l'orgueil , c'eft un caractère noble qui
la guide selle offenfe d'autant moins,
qu'elle fait économifer pour pouvoir
paroître avec plus d'éclat , dans les oc-
» cafions qui en exigent » .
23
»
"
.
» Le luxe , au contraire , eft infultant
» & frivolement dépensier ; c'eſt l'appétit
114 MERCURE DE FRANCE .
"
» & le triomphe des petites ames ; il naîť
» & fe nourrit de l'envie ridicule de pa-
» roître plus qu'on n'eft , en s'égalants
» par l'extérieur , à ceux qui font d'une
» condition au- deffus de la nôtre . Créa-
» teur & toujours avide de nouvellesfu-
» perfluités , il nous met hors d'état de
foulager les véritables befoins des autres:
ony devient infenfible , & fa faftueu-
» fe ivreffe nous rend mauvais parens,
» mauvais amis , mauvais Citoyens ....
» Certains politiques prétendent que le
» luxe entretient les manufactures, & fait
> entrer des millions dans le Royaume ,
» par les modes & les fuperfluités qu'il
» invente fans ceffe , & qui fe débitent
» dans toute l'Europe . Eh bien foit,, en
fuppofant que l'argent vaut mieux dans
» un Etat que des moeurs , tolérons cette
efpèce de luxe ».
30
93
119
"
peu- » La corruption des moeurs eft à
près égale dans tous les fiècles . C'eft la
dépravation du caractère d'une Nation
» qui préfage fa décadence : j'appelle dépravation
dans fon caractère , lorf
qu'elle n'a plus cet orgueil pour fon
» nom, cet amour, cette eftime pour elle-
» même , fource continuelle " d'émulation
, de force & d'harmonie pour
» l'Etat » .
❤
MARS. 1777. 115
» Un foir, dans le foyer de la Comédie,
»il vint fe placer à côté de moi , dit l'Au-
» teur de l'Eloge, & de Mademoifelle .....
il dit à cette Actrice : Mademoiſelle ,
» j'entendois raiſonner faux , mais avec
» beaucoup d'efprit ; j'ai cru que c'étoit
"
» vous » .
» fiacre
»
» Un jour , au Café de Procope ,
» il entre ; il dit à M. Fréron de lui prêter
vingt -quatre fols pour payer fon
; ce dernier les lui donne : auffi-
» tôt il tire de fa poche une brochure , en
» lui difant : tenez , voilà ce que j'ai
» acheté fur la belle analyfe que vous en
» avez faite dans votre dernier numéro :
cet Ouvrage est déteftable & je ne
» veux point en être la dupe ; la plaifan-
» terie faite, il lui rendit fes vingt - quatre
» fols ".
"
و د
,
» L'ignorance, pendant plufieurs fiècles,
» étoit au point en Europe , que les plus
grands Seigneurs ne favoient pas figner
» leur nom.Nos Hiftoriens rapportent que
» nos pères ont paffé plufieurs actes où
» l'on mettoit : a déclaré ne favoir écrire,
» à caufe de fa qualité de Gentilhomme.
» En Angleterre , dit-on , pour infpirer
» à la Nation du goût pour l'étude on
accordoit la grace à un criminel qui
20
›
116 MERCURE DE FRANCE.
favoit lire & écrire. Perfonne ne peut
» prévoir ce qui lui arrivera dans le cours
de fa vie , dit M.de Saint-Foix :peut-être
nous trouverons- nous un jour dans le
» cas d'être pendus ; ainfi , il'eft bon
d'apprendre à lire & à écrire ».
Voici comme cet Ecrivain s'explique
fur la Religion & fur les difputes Théo--
logiques.
L'amour da prochain , la charité , la
» modération , l'efprit d'équité , la paix ,
» la patience , la concorde & l'obéiflance .
» aux Princes & aux Magiftrats , quoique
» Payens telle étoit la fimple & fublime
» morale que prêchoient les Apôtres.
» Tout dans l'Evangile , porte le carac-
» tère de la parole d'un Dieu , & d'un
» Dieu Créateur de l'homme , qui chérit
» fon ouvrage , & qui n'emploie que la
» douceur pour l'appeler à lui , & l'en-
» gager dans la voie d'un bonheur éternel
.
Il dit de certains Théologiens , qu'ils
font d'accord fur tous les articles & dogmes
de foi : qui le croiroit , ajoute- il , à
leur animofité réciproque ? Quand cette
affertion ne feroit pas rigoureufement
vraie , onne doit pas moins être perfuadé
que l'efprit de l'Eglife Catholique n'eſt
MARS. 1777 . 117
autre qu'un efprit de douceur & de juftice
, & que fon intention dans les difputes
d'opinions , qu'elle tolère , eft de faire régner
la vérité & la charité. En permettant
la liberté du fentiment , elle défend
d'altérer l'unité ; elle veut que chacun vive
tranquille dans fon opinion , fans s'arroger
le droit de cenfurer avec aigreur ,
ceux qui foutiennent l'opinion contraire .
Mais l'orgueil de l'efprit humain ne veut
point fouffrir de contradicteur ; il regarde
comme ennemi & comme Hérétique ,
quiconque n'aquiefce point à fes décifions.
A combien d'injustices & de faux
jugemens ne fe livre il pas? On interprête
mal les expreflions d'un adverfaire . On
palle du foupçon peu charitable , à des
imputations calomnieufes ; pour les
juftifier , on rire de fauffes conféquences
; on forge des chimères , &les noms
de fecte fe diftribuent avec profufion . Aimable
paix , vous êtes l'ouvrage de Dieu ;
vous participez , pour ainfi dire , à l'eflence
de Dieu même , felon ces paroles de l'Evangile
la paix de Dieu , le Dieu de la
paix ; il eft lui même notre paix . Ne fontce
pas là des motifs capables de nous engager
à l'aimer Aimable paix , que tout
le monde loue , & que fi peu de gens
118 MERCURE DE FRANCE.
, favent conferver comment nous avezvous
abandonné ; quand vous reverronsnous
?
Bibliothèque Amufante , ou Recueil choifi
de jolis Romans , Anecdotes intéreſſantes
, & Contes Moraux ; préfentée au
beau Sexe ; 2 Parties in- 12. A Paris ,
Quai de Gêvres , au Grand Voltaire.
1776.
Ce choix de Contes eft également intéreffant
& agréable. La plupart des
morceaux qui le compofent, étoient déjà
connus. On y diftingue , entr'autres ,
l'Hiftoire intitulée la Félicité, par feu M.
l'Abbé de Voifenon , de l'Académie Françoife.
Les autres Pièces les plus remarquables
du Recueil , font les Grâces de
P'Ingénuité , les Dangers de l'Inexpérience
, Nahamir , l'Amour Paternel. Nous
citerons l'Apologue court & piquant, intitulé
, les Lunettes & la Ceinture , que
nous croyons peu connu de la plupart de
nos Lecteurs.
» La mère des Dieux fut un jour chez
la mère des Grâces ; qu'alloit- elle y
» faire ? la critiquer , fans doute ; c'eſt
» affez le rôle des vieilles auprès des jeuMARS.
1777. 119
و د
"
و د
nes. Celle- ci prit néanmoins le prétexte
» de lire une brochure nouvelle qu'Apollon
venoit d'envoyer à Cythérée .
» Cette lecture ne rendoit pas cette viſite
plus amufante ; heureufement elle fut
» courte , Cypris fut l'abréger. Cybelle
» en fortant oublia fes lunettes ; elles fe
» trouvèrent fur la toilette de Vénus , à
» côté de cette admirable ceinture , qui
» renferme , dit- on , l'art de plaire , &
» que Junon emprunte quand elle veut
>> ramener fon mari volage. La ceinture,
» fière des attributs qu'on lui prête , fe
» trouva très-offenfée du voifinage. Quoi ,
» dit-elle , trifte partage de la vieilleffe .
» & de l'infirmité , ofez - vous paroître à
» côté du fymbole enchanteur de la jeu-
» neffe & des agrémens ? Doucement , lui
répondirent les Lunettes , ne fois point
fi vaine de quelque foible fupériorité,
ou plûtôt de quelques prétendus avan-
» tages ; tu n'es pas ce que tu penſes, &
» nous fommes plus que tu ne crois ; s'il
eft entre nous quelque différence , d'où
provient elle ? de celles à qui nous appartenons.
Ce font les charmes de Vènus
qui t'embelliffent , & c'eft la vieilleffe
de Cybelle qui nous dégrade ;
» mais s'il fe peut qu'un jour , comme
20
3
110 MERCURE DE FRANCE .
20
» nous ne défefpérons pas d'y parvenir ,
la jeunelle imagine de nous mettre à la
> mode , & qu'elle gagne à te quitter, de
quel côté fera l'avantage? Le beau Sexe
dans fon printemps communique fes
grâces à tout ce qu'il touche ; & fans
» lui , les plus jolies chofes n'ont plus
d'agrément. Tu ferois mauffade autour
» de la vieille Céphife , & nous ferions
» charmantes fur le nez de la jeune
» Cloé ».
">
"
On peut regarder cette Bibliothèque
comme une galerie de tableaux dont
les fujers offrent des leçons également
utiles pour l'efprit & pour le coeur. H
en paroîtra un Volume tous les mais ;
le prix de chaque volume , eft de treure
fols broché. Les Perfonnes de Province
qui voudront le recevoir franc de pore,
payeront dix -huit livres d'avance pour
une année , ou neuf livres pour fix
mois, Elles affranchiront le port des lec
bres & de l'argent.
Répertoire Univerfel & raifonné de Jurif
prudence Civile , Criminelle , Canonique
& Bénéficiale. Ouvrage de plufieurs
Jarifconfultes ; publié par M. Guyot ,
Ecuyer , ancien Magiftrat. tome VII,
VIII.
MARS 1777 . 121
VIII. A Paris , chez Pankoucke , à
l'Hôtel de Thou , rue des Poitevins.
Depuis long- temps on defiroit un Ouvrage
qui raffemblât tout ce quife trouve
épars dans une foule de livres fur la Jurifprudence
. M. Guyot fait ce préſent au
Public. Le projet qu'il a conçu , épargnera
dans la fuite aux Jurifconfultes la
peine de perdre un temps précieux à des
recherches fatiguantes. Ils trouveront ,
en effet , dans ce Répertoire tous les monumens
de la Jurifprudence , & toutes
les indications qui peuvent leur être néceffaires
pour puifer dans les fources.
Les deuxVolumes que nous annonçons ,
préfentent une nomenclature beaucoup
plus étendue qu'aucun des Dictionnaires
qui ait paru jufqu'ici . Les articles en
font rédigés avec beaucoup de foin . Le
style des Auteurs de cet Ouvrage , eft
pur & correcte ; mérite affez rare dans
les Recueils de Jurifprudence , où l'on
s'occuppe plus de la difcuffion des principes
que de la diction . Si le Répertoire
n'avoit que cet avantage, il ne mériteroit
pas le fuccès qu'il a obtenu : mais il y
joint celui d'approfondir méthodique-
F
22 MERCURE DE FRANCE.
ment toutes les matières qui y font traitées.
Les Tomes VII & VIII. contiennent
plufieurs articles qu'on peut regarder
comme des Traités abrégés ; tels que
ceux , Cadafire , Capitainerie , Caffation,
Cadavre , Cavalerie , Caution , Celibat ,
Cérémonies, Cenfures , Cenfeurs de Livres,
Centième denier , Chambres , &c. Dans
le nombre des Jurifconfultes qui travaillent
à la rédaction de cette Bibliothèque
Univerfelle de Jurifprudence , on difingue
les articles de MM. Dareau , Défeffarts
, l'Abbé Remi , Henry de Richeprey
, &c. Nous defirerions pouvoir donner
une analyſe de quelques uns des articles
qui nous ont paru les plus intéreffans
& les mieux rédigés ; tels que ceux
Cadaftre , Cadavre , ( de M. Dareau )
Célibar , Cérémonies , Cenfeurs de Livies
(de M. Defeffants . ) L'Article Célibat
de M. Defeffarts) eft traité d'una
manière qui ne peut que lui faire beaud'honneur.
Il confidère le Célibat
fous deux points de vue, 1. fous les
rapports qu'il a avec les Loix politiques ,
& 2 °. fous ceux qu'il a avec la difcipline
de l'Eglife. L'un & l'autre de ces objets
font développés avec beaucoup de clarté
& d'intérêt. Plufieurs autres articles: mécoup
MAR S. 1777. 123
riten les mêrnes éloges , & affarent le
fuccès de cet Ouvrage.
·
Hymne au Soleil , en quatre divifions ,
traduie du Grec , par M. l'Abbé de
* R *** , Correfpondant de l'Académie
des Infcriptions & Belles Lettres ,
petit in2, prix 24 f. broché. A Paris,
chez Lacombe , Libraire , rue de Tournon
, près le Luxembourg , 1777.
2
3
募
Un difcours placé à la tête de cer
Hymne traduit du grec , nous annonce
que cette efpèce de petit poënie , qui
seft confervé dans l'ombre du Cloître ,
a été trouvé , durant la guerre entre la
Ruhe & la Turquie , dans une des Isles
de l'Archipel , quelques mois avant la
découverte du tombeau d'Homère. Un
Officier François au fervice de la Rullie ,
que Fon ne noame point , & il eft facile
d'en fentir la taifon , a été affez heureux
pour fauver le manuferit des fureurs
de la guerre. If a bien voulu le conver
niquer à M. l'Abbé de R*** , qui entre
dans quelques autres explications , aux
quelles le Lecteur doit fe prêter , pour
netfx goûter l'Ouvrage qu'on lui préfente.
L'Hymnecommenceainfi Chef-
Fij
114 MERCURE DE FRANCE.
d'oeuvre magnifique de la main toute
puiffante des Dieux immortels , aſtre
fublime & toujours nouveau pour nos
» yeux enchantés ; du fommet de ce
"
mont audacieux , qui élève au-deffus
» des nues fa tête altière , & que frappe
» l'éclat de tes raïons étincelans , Soleil ,
» je te falue avec raviffement , je te confacre
ce foible hommage » .
Ce début n'eft point dans la manière
fimple & majestueufe des Poëtes Grecs ,
il tient plutôt de la chaleur enthoufiafte
des Poëtes Erfes ou Orientaux . Un Homère,
par exemple , fe feroit contenté
de dire je te falue père de la lumière ,
pour s'élever enfuite par degrés jufqu'aux
fublimes images que le fujet pouvoir lui
infpirer. Au refte , il y a de beaux mouvemens
, d'heureufes tranfitions , des
tableaux tour-à- tour rians ou pathétiques,
des images fublimes, des fentimens
bien amenés dans ce petit poëme, que le
Poëte a embelli , avec profufion , de
toutes les richeffes de l'imagination . Il
termine fes chants par ce dernier acte
d'hommage & de reconnoiffance, adreffé
au Soleil.
戴
Printemps de la vie , jeuneffe riante
quand les fleurs ,dont tu embellis
MARS. 1777. 225
39
maintenant mon front , fe feront fétries
; quand le feu du fentiment & du
génie , qui embrafe mon ame , fe fera
éteint fous les glaces de l'âge ; ô vieil-
» leffe inexorable ! quand ta froide main
» aura fillonné mon vifage , & courbé
» fous fes coups mon corps appefanti ;
» beaux arbres que j'ai plantés , & que
» mes yeux ont vu croître , quand je
viendrai , en m'attendriffant , vous de-
» mander , d'une voix prefque éteinte ,
» un de vos rameaux pour foutenir mes
bras défaillans & mà marche chancelante
; alors , abandonné du monde
entier , trifte rebut de l'humanité
» toute ma reffource , hélas ! tout mon
» bonheur fera de fixer fur toi mes regards
, fur toi , ô Soleil ! ô tendre con
folateur des vieillards , leur plus doux
fpectacle & leur dernier ami !
ו נ
» Je viendrai tous les matins , d'un
» pas tremblant , en louant les Dieux ,
m'affeoir devant toi , & te préfenter
» mes cheveux blancs ; je viendrai ranimer,
à l'éclat de tes feux bienfaifans ,
» les foibles étincelles de ma vie , & les
» fources glacées de mon fang . Ainfi
pénétrés de ta lumière vivifiante , mes
» membres engourdis fe réchaufferont ,
و د
39
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE
» & je braverai encore & les malheurs
» de l'âge , & les frimats des hivers.
Oui , j'irai puifer tous les jours ,
» dans ta chaleur , des principes de vie
& de nouveaux germes d'exiftence; &
lorfqu'enfin au déclin du jour , tombant
fous la faulx du trépas , je fentirai
» le dernier fouffle de ma vie etrer fur
» ma bouche mourante , & le détacher
» de mes lèvres décolorées , mes bras
» s'étendront vers toi , & je demanderai
aux Dieux de ne rendre le dernier
foupir , que quand ton dernier rayon
difparoîtra des bords de l'horifon ". "
Cet Hymne au Soleil eft fuivi de
quelques fragmens fuppofés avoir été
trouvés à la fin du même écrit. Le dernier
de ces fragmens , qui eft traduit en
vers , eft intitulé : le Nouvel ufage de la
Vie. Tous ces écrits refpirent la vertu &
une tendre compaflion pour nos femblables.
Dans le difcours placé à la tête de
l'Ouvrage , & qui forme prefque la moitié
de la brochure que nous annonçons ,
M. l'Abbé de R*** fait très - bien voir
que l'existence d'un feul Dieu , l'immortalité
de l'ame , & la certitude d'une
autre vie , ont été la foi de tout ce que
MARS. 1777. 127
Les Gécles da Paganifme ont produits
d'Écrivains fenfés . Si l'Auteur de la
Nature des Dieux, & autres grands hommes
de l'antiquité , ont paru , foit dans
leurs écrits , foit dans leurs actions
accorder quelque chofe aux opinions
vulgaires , c'est qu'ils ont penté qu'il
étoit quelquefois prudent de ne pas contredire
les foux. Or les foux les plus dangereux
font les fuperftitieux & les fanatiques.
Un Socrate condamné à mort ,
un Alcibiade , un Ariftote , un Diagore ,
-un Stilpon , un Anaxagore , un Efchyle
perfécutés, en ont fait la trifte expérience .
Ces perfécutions , en faifant connoître le
profond mépris des grands Génies de
l'antiquité pour tous les faux Dieux ,
prouvent de plus l'intolérance religieufe
des Grecs , dont plufieurs Ecrivains ont
cherché envain à les difculper .
LES Incas , ou la deftruction de l'Empire
du Pérou , par M. de Marmontel ,
Hiftoriographe de France , l'un des
Quarante de l'Académie Françoife ,
dédié au Roi de Suède.
*
» Accordez à tous la Tolérance- civile , non
»en approuvant tout comme indifférent , mais
Fiv
128 MERCURE DE FRANCE .
» en ſouffrant avec patience tout ce que Dieu
20
fouffre , & en tâchant de ramener les hom-
» mes par une douce perſuaſion.
FENELON , direction pour la
confcience d'un Roi.
·
2 volumes , grand in- 8 ° . très bien
imprimés , fur de beau papier &
ornés de fuperbes gravures d'après les
deffins de M. Moreau le jeune. A Paris
, chez Lacombe , Libraire , rue
de Tournon , près le Luxembourg.
N. B. Nous devons prévenir le Public ,
que des Imprimeurs de Province , que l'on
pourroit citer , dont toute l'induftrie pernicieufe
& criminelle , eft de contrefaire
groffièrement les bons Livres qu'ils volent
aux Propriétaires , ont réimprimé les
Incas , & que ces Forbans ont le projet
de tromper les Citoyens dupes & inattentifs
, en leur vendant , comme édition originale
, leurs livres comblés de fautes ridicules.
On ne peut méconnoître lafeule véritable
édition originale , à la correction
du ftyle , à la beauté du papier , à l'élégance
de l'impreffion & des Gravures ,
qu'ils n'ont pu contrefaire .
MAR S. 1777: 129
Le but de M. Marmontel , enpubliant
cet ouvrage , eft de contribuer à faire
dérefter de plus en plus le fanatiſme ;
d'empêcher qu'on ne le confonde jamais
avec une Religion compatillante &
charitable , & d'infpirer pour elle autant
de vénération & d'amour , que de haine
& d'exécration pour fon plus cruel ennemi.
Il a mis fur la fcène , d'après
l'hiſtoire , des Fourbes & des Fanatiques ;
mais il leur a oppofé de vrais Chrétiens.
Barthélemi de Las -Cafas eft le modèle
de ceux qu'il révère ; c'eft en lui qu'il
a voulu peindre la foi , la piété , le zèle
pur & tendre ; enfin , l'efprit du Chrif
tianifme dans toute fa fimplicité . Fernand
de Luques , Davila , Vincent de
Valverde , Requelme , font les exemples
du fanatifme qui dénature l'homme
& qui pervertit le Chrétien ; c'eſt
en eux qu'il a mis ce zèle abfurde
atroce , impitoyable , que la religion,
défavoue , & qui , s'il étoit pris pour
elle , la feroit déteſter.
Quant à la forme de l'Ouvrage , M.
Marmontel a cru devoir joindre aux
événemens que lui a fournis l'Hiftoire ,.
les réflexions que ces faits infpirent ; il
leur a fouvent donné l'action & l'intérêt
Fv
130 MERCURE DE FRANCE .
du drame; & a quelquefois orné ce fonds
hiftorique de fictions pour rendre la mo»
ralité des faits plus fenfible , & nieux
remplir l'objet que tout Ecrivain moralifte
doit le propofer , qui eft de plaire ,
de toucher & d'inftruire.
La most tragique d'Ataliba , dernier
Empereur du Pérou , eft la cataſtrophe
qui termine l'Ouvrage. Cette mort fut
Confeillée par le fanatifme , & la cupidité
en profita pour détruire l'Empire da
Pérou & s'emparer des richetles qu'il
renfermo . M. M. pour mieux intérelles
fon Lecteur à cet évènement , commence
par préfenter des tableaux charmans
des meurs , de la religion & des
fères des Incas.
Le premier des Incas avoit inftitné ,
en l'honneur du Soleil , quatre fores qui
répondoient aux quatre fafons de l'a
née. Ces fêtes avoient ungrand objet de
morale publique ; elles rappeloient à
l'homme la naillance , le mariage , la
paternité & la mort. Il faut voir dans
F'Ouvrage même , la defcription de ces
fêtes , dont la plus férieufe , fans doute ,
& la plus impofante , étoit la fête de la
mort. Ce qui diftinguoit des premièc'étoit
l'hymne qu'on y chamton , & res ,
MARS. 1777.
dont nous rapporterons ici quelques
Atrophes. Le Pontife , d'un air ferin &
montrant fur le front une majestueuſe
tranquillité , entonnoit cet hymne funebres
les Incas répondoient , le peuple
écoutoit en filence & méditoit la
mort.
» Homme deſtiné au travail , à la peine
» & àla douleur , confole-toi , car tu es
. mortel. Le matin tu te lèves pour
» fentir le befoin , tu te couches lefoir ,
laffé , abatru de fatigue. Confole-toi ,
car la mort t'attend , & dans fon fein
" eft le repos.
23
Tu vois une barque agitée par la
tempête , gagner la rade paifible , &
fe fauver dans le port. Cette mer ,
» fans ceffe battue par la tourmente ,
» c'est la vie ; ce port tranquille & für
d'où jamais les orages n'ont approché,
c'eft le tombeau .
»
» Homine fragile , pendant ta vie ru
» es l'efclave de la néceffité , le jouet des
» évènemens . La mort brifera tes liens
» tu ferat libre , & il n'existera pour
» toi , dans l'anmenfité , que toi- même
» & le Dieu qui t'a fait .
...La vieilleffe qui dénoue tous les liens
» de l'ame , l'alternative inévitable de
i vj
132 MERCURE DE FRANCE.
» la caducité ou du trépas , la douceur
du fommeil , qui n'eft que l'oubli
» de foi- même , l'ennui , ce fentiment
pénible d'une exiſtence froide & lente,
» tout nous difpoſe , nous invite & nous
habitue à la mort.
99
99
» Et qui voudroit fouffrir la vie file
paffage étoit moins effrayant ? La na-
» ture nous intimide , afin de nous retenir.
C'eſt un foffé profond qu'elle
» a creufé fur les confins de la vie &
» de la mort , pour empêcher la dé-
» fertion...
» S'il étoit un Dieu affez inexorable
» pour vouloir défefpérer l'homme , il
» le condamneroit à ne jamais mourir.
» Le dégoût , la trifteffe affligeroient fon
ame ; & la néceffité de vivre , fem-
» blable à un rocher hériffé de pointes
» aigues , l'écraferoit inceffamment .. Le
figne de la réconciliation entre le ciel
& l'homme , c'eft la mort .
"
Il n'eft qu'un feul moyen de ren-
» dre la vie plus précieufe qué la mort
» même : c'eft de vivre pour fa patrie ,
» fidèle à fon culte , à fes loix , utile à
» fa profpérité , digne de fa reconnoif-
» fance ; & de pouvoir dire en mourant :
ود
MAR S. 1777 . 133
و د
» je n'ai refpiré que pour elle ; elle aura
» mon dernier foupir.
Ainfi chantoient les Enfans du Soleil ,
& ces chants , qui retentiffoient dans
l'ame des jeunes guerriers , les élevoient
au-deffus d'eux - mêmes. Mais les femmes
& les enfans , regardant leurs époux ,
leurs pères , avec des yeux où la tendreffe
& la frayeur étoient peintes ,
fembloient les conjurer d'aimer ou du
moins de fouffrir la vie , & oppofoient
les mouvemens les plus naïfs de la nature
, à cet enthoufiafme qui défioit
la mort.
و د
Ce fut au milieu d'une de ces fêtes ,
qui avoit déjà été troublée par les préfages
les plus finiftres , que l'on vint
annoncer au Monarque que des infortunés
, chaffés de leur patrie , lui demandoient
l'hofpitalité : « Qu'ils paroiffent :
répond l'Inca : jamais les malheureux
» ne trouveront mon coeur inacceffible ,
» ni mon palais fermé pour eux ». Les
étrangers s'avancent : c'eft le trifte débris
de la famille de Montezuma , fuyant
le joug des Eſpagnols , & qui , de rivage
en rivage , cherchoit un refuge
impénétrable aux pourfuites de fes Tyrans.
Le récit que le Cacique , qui eft
134 MERCURE DE FRANCE.
à la tête de ces illustres fugitifs fait.
de l'irruption des conquérans Européens
en Amérique , le tableau qu'il
préfente de la deftruction de l'Empire
du Mexique , de la cruauté froide &
tranquille des vainqueurs , de leur avarice
, de leur perfidie , entroit néceffairement
dans le plan d'un ouvrage entrepris
pour vouer à la haine publique l'abus
de la force & les excès d'un zèle
fanatique. Et quels forfaits plus hottibles
en ce genre que ceux qui ont eu
pour théâtre le nouveau monde ? Ce récit
épifodique , annonce d'ailleurs au
Lecteur la fuite des attentats des Eropéens
, dans ces régions fortunées , où
la paix , la justice , l'humanité régnoient
encore fous les loix des fils du Soleil.
» Il falloit que , pour la ruine de cette
partie du nouveau Monde , la nature
» eût formé un homme d'une réſolution ,
» d'une intrépidité à l'épreuve de tous les
maux ; un homme endarci au travail
» à la mifère , à la fouffrance ; qui fûe
» manquer de tout & le paffer de tout ;
» s'animer contre les périls , fe roidir
" contre des obftacles , s'affermir fous
» les coups de la plus dure adverfiré.
» Cet homme étonnant for Pizarres &
D
ود
MARS 1777 *** * 35
39
cette force d'ane , que rien ne put
dompter, n'étoit pas la feule vertu En-
» nemi du luxe & du fafte , fimple &
grand, noble & populaire,févère quand
» lle falloi:, indulgent lociqu'il pous
» voit l'être , & modérant , par la dou
» ceur d'un commerce libre & facile ;
la rigueur de la difcipline & le poids
» de l'autorité , prodigue de fa propre
" vie , attachant un grand prix à celle
» d'un foldat , libéral , généreux , fenfible ,
» il n'avoit point pour lai cette cupidité
qui déshonoroit fes pareils : l'ambi
»stion de s'illuftrer , la gloire d'avoir
entrepris & fait une immenfe conquê
te , étoient plus dignes de fon coeur.
» vit entafer à fes pieds des mone
» ceaux d'or dans des flots de fang ;
» cet or ne l'ébionit jamais , il ne fe
plûr qu'à le répandre. Sobre & fragal
pendant fa vie yon de trouva pauvre
à fa mort. Tel fut homine que
» la fortune avoit tiré de l'état le plus
vil , pour en faire le Conquérant du
plus riche Empire du monde .
"
10
2
Cet homme, connu depuis longtemps
par fa bravoure , avoit aisément obtenu
de Dom Pèdre Arias Davila , Viceroi de
la partie de l'Amérique déjà conquife ,
136 MERCURE DE FRANCE.
le droit d'aller chercher par- delà l'équateur
, des régions nouvelles & de nouveaux
tréfors . Au feul nom de Pizarre ,
une fière jeuneffe , à la tête de laquelle
étoit Alonzo de Molina , avoit demandé
à s'aller joindre à lui . Alonzo , jeune
homme d'un courage bouillant & d'un
naturel très- fenfible , avoit gagné , par
fa candeur , l'eftime & l'amitié de Barthélemi
de Las- Cafas. Cet homme apoftolique
, livré tout entier à une vie active
& bienfaifante , étoit regardé par les
Indiens comme leur protecteur & leur
` ami . Sollicité par Alonzo d'accompagner
Pizarre , il n'y avoit conſenti que dans
l'efpoir d'être encore plus utile aux hom
mes. Le difcours que M. M. lui fait tenir
dans le Confeil des Efpagnols , eſt
bien digne de cet Apôtre de l'humanité .
Mais , que pouvoient les plus fages confeils
fur des hommes conduits , pour la
plupart , par l'avarice , l'orgueil & un
zèle fanatique , qui leur faifoit regarder
tous les Indiens comme des infidèles
profcrits par la Divinité , & les riches
contrées qu'ils habitoient , comme une
terre de Canaan , dévolue de droit aux
adorateurs du vrai Dieu ? Ils osèrent
même accufer le défenfeur de l'humanité
MAR S. 1777. 137
fouffrante , de trahir fon Roi , fa patrie ,
fon Dieu . Alonzo , déjà mécontent de
tout ce qui s'étoit paffé , fut fur- tout
indigné de voir qu'on forçoit de Las-
Cafas à rentrer dans la folitude qu'il
venoit de quitter . Il l'y auroit fuiví , fi
fon honneur trop engagé ne l'avoit retenu
, fi même il n'avoit ofé efpérer
d'adoucir la férocité des brigands auxquels
il étoit affocié. Vaine efpérance !
chaque jour éclairoit de nouvelles atrocités.
Il fongea dès- lors à fe féparer de
fes compatriotes pour embraffer les intérêtsd'un
Peuple innocent & malheureux
dont il avoit éprouvé plus d'une fois
l'amitié tendre & naïve. Il croyoit ne
point trahir fa patrie en fe déclarant
l'ennemi des brigands qui la déshonoroient
, & en cherchant à lui gagner des
coeurs. Pizarre fut affligé de la perte
d'Alonzo . Ce Conquérant , qui fe livra
aux travaux les plus pénibles , & effuya les
plus grands dangers , prouva , par fes
fuccès , qu'il n'eft point de maux que
le courage ne furmonte . Que celui qui
veut tout ofer , apprenne donc à tout
fouffrir. C'eft la fin d'une infcription que
Pizarre lui -même avoit fait mettre fur
un rocher de l'Ile de la Gorgone , Iſle
# 38 MERCURE DE FRANCE.
bien digne de fon nom , & dans laquelle
ce Conquérant , alfailli par une tempêce ,
fe réfugia avec quelques compagnons
fa fortune.
de
Les récits de la conquête du Mexique
& du Pérou , donnes par les Historiens ,
font la plupart infidèles . On en verra ici
du moins les faits des plus vraisemblables
& les plus intéreffans. Comme ces faits
font connus , nous nous bornerons à préfenter
au Lecteur une des fictions qui
ornent le livre des Incas .
On célébroit une fête du Soleil. Après
le facrifice accoutumé , ſe préfentèrent for
le veftibule du Temple , aux yeux du Monarque
, trois jeunes vierges nouvellement
choites , que leurs parens venoient
confacrer au Soleil . Un léger tiffa de
túffu
coton les déroboit aux regards des profanes.
La nature , dans ces climars ,
n'avoit jamais rien formé de fi beau. Les
trois Incas , leurs pères , les menoient
par la main; & leurs mères à leur côté ,
tenoient le bour de la ceinture , figne &
gage facté de la chaſte pudeur dont leur
fagelle avoir pris foin. Le Roi les faluant
d'un air religieux , les introduit dans le
Temple ; le Grand-Prêtre les fuit , & le
Temple eft fermé. D'abord tes trois
MARS. 1777. 189
vierges s'inclinent devant l'image du
Soleil leur époux , & au même initant le
GrandPrêtre détache le voile qui les
couvre. Le voile tombe ; & que d'attraits
il expofe à l'éclat du jour ! Deux de res
filles charmantes avoient la férénité du
bonheur peinte fur le vifage , & leur
coeur , tout plein de leur gloire , ne mê
loit au doux fentiment d'une piété tendre
& pure , l'amertume d'aucun regret ;
l'autre , & la plus belle des trois , quoi,
qu'avec la même candeur & la même
innocence qu'elles , laiffoit voir la mé,
lancolie & la trifteffe dans fes yeux. Cora
*
c'étoit le nom de la jeune Indienne )
avant de prononcer le veu qui la déta
choit des mortels , faifir les mains de
fon père , & les baifant avec ardeur , ne
Jaifa échapper d'abord qu'un rimide &
profond foupir ; mais bientôt , relevant
fes beaux yeux fur fa mère , elle fe jette
dans fes bras , elle inonde fon fein de
larmes , & crie douloureufement : Ah!
ma mère! Ses parens aveuglés par une
piété cruelle , ne virent , dans l'émotion
& dans les regrets de leur fille , , que l'attendriffement
de fes derniers adieux , &
de combat d'un coeur qui fe détache de
tout ce qu'il a de plus cher ; elle-même
140 MERCURE DE FRANCE .
"
n'attribua qu'à la force des noeuds du
fang & au pouvoir de la nature , la douleur
qu'elle reffentoit . « O le plus tendre
» & le meilleur des pères ! ô mère mille
» fois plus chère que la vie ! il faut vous
quitter pour jamais ! » Elle ne croyoit
pas fentir d'autres regrets : le Prêtre y fut
trompé comme elle ; il lui laiffa confommer
fon téméraire & cruel dévoue
ment. Cependant , lorfqu'on fit entendre
à ces trois jeunes vierges , la loi
qui attachoit les peines les plus terribles
à l'infraction de leur væu , les deux
compagnes de Cora l'écoutèrent fans
trouble & prefque fans émotion ; elle
feule , par un inftinct qui lui préfageoit
fon malheur , fentit fon coeur faili d'ef
froi on vit fes couleurs s'effacer , fes
yeux fe couvrir d'un nuage , les rofes
même de fa bouche pâlir , fe faner & s'éteindre
; & fes lèvres tremblèrent en prononçant
le voeu que fon coeur devoit
abjurer. Ce preffentiment n'éclaira ni
fes parens , ni le Pontife. On foutint
fa foibleffe , on appaifa fon trouble , on
l'enivra de la gloire d'avoir un Dieu pour
époux , & Cora fuivit fes compagnes
dans l'inviolable afyle des époufes du
Soleil.
MARS: 1777. 145
Alonzo , jeune Efpagnol , dont nous
avons déjà fait mention , Alonzo , que'
Les bons offices , fa douceur , fes vertus
faifoient tendrement aimer d'Ataliba ,
Roi du Pérou , avoit obtenu , de ce Prince
, la permiffion d'affifter à un des facrifices
qu'il faifoit au Soleil. Les vierges
du Soleil , admiſes dans fon temple
fervoient le Pontife à l'Autel. C'eft de leur
main qu'il recevoit le pain du facrifice ;
& l'une d'elles , après l'offrande , le préfentoit
aux Incas . La deftinće de Cora
voulut , qu'en ce jour folennel , ce fût
elle qui dût remplir ce ministère fi funefte.
Alonzo , par une faveur fignalée
du Monarque , étoit placé auprès de lui .
La Prêtreffe s'avance , un voile fur la
tête , & le front couronné de fleurs .
Ses yeux étoient baiffés ; mais fes longues
paupières en laiffoient échapper des
feux étincelans. Ses belles mains trembloient
; fes lèvres palpitantes , fon fein
vivement agité , tout en elle exprimoit
l'émotion d'un coeur fenfible . Heureufe
fi fes yeux timides ne s'étoient pas levées
fur Alonzo ! un regard la perdit ,
ce regard imprudent lui fit voir le plus
redoutable ennemi de fon repos & de
fon ,innocence .
141 MERCURE DE FRANCE.
Dans le tréfaillement que lui caufâ la
yue,de ce mortel , dont la parure relevoit
encore la beauté , peut s'en fallut que
la corbeille d'or qui contenoit l'offrande,
ne lui tombât des mains Elle pâlit , fom
coeur fufpendit tout-à - coup & redoubla
Les battemens. Un friffon rapide eft fuivi
d'un feu brûlant qui coule dans les veines
; & fur fes genoux défaillans elle a
peine à fe foutenir. Son ministère enfin
Lempli , elle retourne vers l'Ainel . Mais
Alonzo , préfent à fes efprits , femble
Fêtre encore à les yeux . Lerdite &
confufe de fon égarement , elle jette un
regard fuppliant fur l'image du Soleil ;:
elle y croit voir les trans d'Alonzo . »
Dieu ! dit- elle , & Dieu ! quel eft donc
» ce délire ? Quel trouble ce jeune Etran-
" ger a mis dans tous mes fous ! je ne me
» connois plus ». Le facrifice & les voeux
offerts , l'Inca fuivi de fa conr , fe retire ,
les Prêtrelles fortent du Temple , & renerent
dans l'afyle inviolable & faine qui
les cache aux yeux des morrels. Cette
retraite, où Cora voyoit couler fes jours
dans une pailible langueur , fet pour elle ,
dès ce moment une prifon trifte &
funette, Elle feurit tout le poids de fa
chaîne ; & fon coeur ne defira plus qu'a
MARS. 1777. 143
défert & la liberté , un défert où fut
Alonzo ; car elle ne ceffoit de le voir
de l'entendre , de lui parler & de fe plaindre
à lui comme s'il eût été préfent.
Cet éclair rapide & terrible , qui
embrafe à la fois deux cours faits l'un
pour l'autre , avoit frappé le jeune Ef
pagnol au même inftant que la jeune Indienne.
Étonné de voir tant de char
mes , ému , troublé jufqu'à l'ivreffe , d'un
feul regard qu'elle lui avoit lancé , il la
fuivit des yeux au fond du temple ,. &.
il fut jaloux du Dieu même en le lui
voyant adorer. Sombre , inquiet , impatient
, il retourne au palais. Tout l'affige
& le gêne. Il veut rappeler fa raifon
; il fe reproche un fol amour , il le
comdamne , il en rougit , il veut l'éloigner
de fon ame ; vain reproche. ! efforts
unutiles ! La réflexion , même enfonce.
plus avant le trait qu'il voudroit arracher.
Un feul regard de la Prêtreffe a verfé au
fond de fon coeur le doux poifon de
l'efpérance. Des voeux indiffolubles , un
étroit efclavage , une garde incorrupti
ble & vigilante , ung auftère prifon , il
voit tout , & il efpère ençose. Il lui eft
impoffible de poffeder Cara , mais non
pas d'avoir fu lui plaire. » Et fi elle m'a
144 MERCURE DE FRANCE.
»
moit , difoit- il , fi elle favoit que je
l'adore , fi nos deux coeurs , d'intelli-
» gence , pouvoient du moins s'enten-
» dre , ah ! ce feroit affez » . En s'occu→
pant d'elle fans ceffe , il paffoit , mille
fois le jour, par tous les mouvemens
d'un amour infenfé . Mais la réflexion
le rendoit à lui- même , & lui faifoit
voir l'imprudence & la honte de fes
tranfports .
Sa vertu combattoit ; elle auroit triomphé
fans doute. Mais un événement
terrible la fit céder aux mouvemens de
la crainte & de la pitié. La ville de Quito
eft dominée par un volcan terrible , qui ,
par de fréquentes fecouſſes , en ébranle
les fondemens . Un jour que le peuple
Indien , répandu dans les campagnes ,
labouroit , femoit , moiffonnoit , ( car le
ricke vallon de Quito préfente tous ces
travaux à la fois ) & que les filles du
Soleil, dans leur palais , étoient occupées ,
les unes à filer , les autres à ourdir les
précieux tiffus de laine dont le Pontife
& le roi font vêtus , un bruit fourd fe
fait d'abord entendre dans les entrailles
du volcan. Ce bruit , femblable à celui
de la mer , lorfqu'elle conçoit les tempêtes
, s'accroît , & fe change bientôt
en
MAR S. 1777: 145
en un mugiffement profond. La terre
tremble , le ciel gronde , de noires vapeurs
l'enveloppent ; le temple & le
palais chancèlent & menacent de s'écrouler
; la montagne s'ébranle , & fa
cime entr'ouverte , vomit avec les vents
enfermés dans fon fein , des flots de bitume
liquide , & des tourbillons de
fumée qui rougiffent , s'enflamment &
lancent dans les airs des éclats de rochers
brûlans qu'ils ont détachés de l'abyfme
fuperbe & terrible fpectacle
de voir des rivières de feu , bondir à
flots étincelans , à travers des montagnes
de neige , & s'y creufer un lit
vafte & profond .
Dans les murs , hors des murs , la
défolation , l'épouvante , le verrige de
la terreur fe répandent en un inftant.
Le Laboureur regarde & refte immobile:
il n'oferoit entamer la terre , qu'il
fent comme une mer flottante fous fes
pas . Parmi les Prêtres du Soleil , les uns
tremblans , s'élancent hors du Temple ;
les autres , confternés , embraffent l'Autel
de leur Dieu. Les Vierges éperdues ,
fortent de leur palais , dont les toits menacent
de fondre fur leur tête ; & , courant
dans leur vafte enclos , pâles , éche-
G
146 MERCURE DE FRANCE .
velées , elles tendent leurs mains timides
vers ces murs , d'où la pitié même n'ofe
approcher pour les fecourir.
Alonzo feul , errant autour de cette
enceinte , entend leurs gémiffantes voix ,
Dans le péril de la nature entière , il ne
tremble que pour Cora . Les cris qui frappentfon
oreille, lui femblent tous être les
fiens . Egaré , frémiffant de douleur &
de crainte , & pareil au ramier qui ,
d'une aîle tremblante , voltige autour
de la prifon où fa palombe eft enfermée
; ou tel plutôt que la lionne qui ,
l'oeil étincelant , rode & rugit autour
du piége où l'on a pris fes lionceaux , il
cherche , il découvre à la fin des ruines
& un paffage. Tranfporté de joie , il
gravit fur les débris du mur facré . Il pénètre
dans cet afyle où nul mortel jamais
n'ofa pénétrer avant lui.. Les ténè
bres le favorifent : un jour lugubre &
fombre a fair place à la nuit ; la nuit
n'est éclairée que par les flots brûlans
qui s'élancent de la montagne , &
cette effroyable lueur , pareille à celle
de l'Erèbe , ne laiffe voir au yeux d'Alonzo
que comme des ombres errantes ,
les Prêtreffes du Soleil courant épouvantées
dans les jardins de leur palais,
2
MAR S. 1777. 147
D'autres yeux que ceux d'un amant ,
tout occupé de l'objet qu'il adore , chercheroient
inutilement l'une d'elles entre
fes compagnes. Alonzo reconnoît Cora.
Les grâces qui , dans la frayeur , ne
l'ont point abandonnée , la lui font diftinguer
de loin. Il retient fes premiers
tranfports de peur de l'effrayer. Il s'avance
d'un pas timide . « Cora , lui dit-
» il de la voix la plus douce & la plus
» fenfible , un Dieu veille fur vous &
prend foin de vos jours ». A cette
voix , Cora s'arrête intimidée ; & à l'inftant
la terre tremble & la montagne ,
avec éclat , jette une colonne de flamme,
qui , dans l'obfcurité , découvre aux
yeux de la Prêtreffe fon amant qui lui
tend les bras.
"
Soit par un mouvement foudain de
frayeur , ou d'amour peut- être , Cora fe
précipite & tombe évanouie dans les
bras du jeune Efpagnol. Il la foutient ,
ii la ranime il tâche de la raffurer.
» O ! toi , lui dit- il , que j'adore depuis
que je t'ai vue au Temple , toi , pour
qui feule je refpire , Cora , ne crains
» rien : c'est le ciel qui t'envoie un
» libérateur. Suis mois. Quittons ces
lieux funeftes , laiffe moi te fauver ». 29
Gij
148 MERCURE DE FRANCE.
Cora , foible & tremblante , s'abandonne
à fon guide. Il l'emporte ; il franchit
fans peine les débris du mur écroulé
; & le premier afyle qui s'offre à ſa
penfé , eft le vallon de Capana , du Cacique
ami de Las -Cafas.
و د
« Où vais- je , lui difoit Cora ? la
frayeur a troublé mes fens . Je ne fais
où je fuis ; je ne fais même qui vous
» êtes. Que vais- je devenir ? ayez pitié
» de moi. — Vous êtes , lui dit Alonzo ,
» fous la garde d'un homme qui ne ref-
» pire que pour vous. Je vous mène
» loin du danger , dans un vallon déli-
» cieux où un Cacique , mon ami , vous
» recevra comme fa fille.- Ah ! ca-
"
ود
chez-moi plutôt , dit- elle , à tous les
» yeux. Il y va de ma vie ; il y va de
» bien plus ! vous ignorez la loi terrible
» que vous me faites violer. Me voilà
» hors de cet afyle où je devois vivre
» cachée. Je fuis les pas d'un homme
après avoir fait voeu de fuir à jamais.
» tous les hommes ! A quoi m'expofez-
»vous ? Oh ! plutôt laiſſez -moi périr
» Cora , lui répondit Alonzo le
premier devoir de tout ce qui refpi-
» re , comme fon premier fentiment,
و د
"
›
"".
MARS. 1777. 149
c'eft le foin de fa propre vie ; & dans
» un moment où la mort vous environ.
» ne & vous pourfuit , il n'eft ni voeux
» ni loi qui doive s'oppofer à ce mou-
» vement invincible . Quand tout fera
» calmé , demain , avant l'aurore , vous
>> rentrerez dans ces jardins , où vos
compagnes effrayées auront paffé la
nuit , fans doute ; & le fecret de vo-
» tre abfence ne fera jamais révélé » .
"
Cependant le péril s'éloigne , & bientôt
il s'évanouit. La terre ceffe de trembler
, le volcan ceffe de mugir. Cette pyramide
de feu , qui s'élevoit du fommet
de la montagne , s'émouffe & paroît s'enfoncer
; les noirs tourbillons de fumée
dont le Ciel étoit obfcurci, commencent
à fe diffiper ; un vent d'Orient les chaffe
vers la mer ; l'azure du Ciel s'épuré , &
l'aftre de la nuit , par fa confolante clarté
, femble vouloir raffurer la nature .
Dans ce moment, Alonzo & fa tendre
compagne traverfoient de belles prairies ,
où mille arbres , chargés de fruits , entrelaçoient
leurs rameaux ; les rayons
tremblans de la lune , perçant à travers
le feuillage , alloient nuancer la verdure ,
& fe jouer parmi les fleurs . » Refpire ,
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
» ma chere Cora , dit Alonzo , repofetoi
, & dans le calme & le filence d'u-
» ne nuit qui nous favorife , laiffe -moi
» me raffafier du plaifir de te voir , d'ado-
" rer tant de charmes » . Cora confentit à
s'affeoir le premier foin d'Alonzo fut
de cueillir des fruits , qu'il vint lui préfenter
. Le doux favinte , le palta , d'un
goût plus raviffant encore , la mo:lle du
coco , fon jus délicieux , furent les mets
de ce feftin .
?
Affis aux genoux de Cora , Alonzo
refpiroit à peine ; le trouble , le faifiſſement
cette timidité craintive , qui fe
mêle aux brûlans defirs , & dont l'émotion
redouble aux approches du bonheur,
fufpendent fon impatience .......
L'intérêt que l'on prend à ces deux
Amans , s'accroît encore par la peinture
que M. M. nous fait de leurs fentimens ;
mais la néceffité de fe féparer troubla
bientôt leur bonheur préfent. Cora n'avoit
pas laiffé ignorer à fon amant , que
fes parens , en la dévouant aux Autels ,
répondirent de la fidélité . » Le fang d'un
père , d'une mère eſt garant
» que j'ai faits. Fugitive & parjure , je
» les livrerois au fupplice ; mon crime
retomberoit fur eux , & ils en porte-
89
39
des voeux
MARS. 1777. 151
» roient la peine : tel eft la rigueur de la
» loi . O Dieu ! tu frémis ! »
Cora défolée & tremblante , étoit tom
bée aux genoux d'Alonzo . Il la regarde ,
il la prend dans fes bras , l'arrofe de fes
pleurs , fe fent baigner des fiennes , lui
jure un éternel amour ; & tout - à-coup ,
s'armant de force , de cette force courageufe
qui foule aux pieds les paffions , il
la prend par la main , & marchant à
grands pas , la ramène pâle & tremblante
, jufqu'au pied de ces murs , où elle va
cacher fon crime , fon amour & fon défefpoir.
L'amour , dans l'ame de Cora ,
n'avoit été , jufqu'au moment de cette
fatale entrevue , qu'un délire confus &
vague ; elle n'en connut bien la force
que lorfqu'elle en eut poffédé l'objet.
Sa paffion , en s'éclairant , a redoublé de
violence ; le fouvenir & le regret en
font devenus l'aliment ; & le defir, fans
efpérance , toujours trompé , toujours
plus vif & plus ardent , en eft le fupplice
éternel ; mais du moins elle est
fans remords & fans frayeur fur l'ave
nir. Le défordre de cette nuit, où chacun
trembloit pour foi -même , n'a pas permis
qu'on s'apperçut de fa fuite & de fon
abfence ; elle ne fe fait point un crime de
Giv
152 MERCURE DE FRANCE.
l'égarement où l'ont précipitée le péril ,
la crainte & l'amour. Sa plus cruelle prévoyance
eft d'être en proie au feu qui
la confume , & qui ne s'éteindra jamais.
Son amant eft plus malheureux; il éprouve
les mêmes peines , & de plus un fouci
rongeur qui le tourmente incefſamment.
O fous combien de formes l'amour
tyrannife les coeurs ! Alonzo trembloit
d'être père , & ce danger que l'innocence
déroboit aux yeux de Cora
étoit fans ceffe préfent aux fiens ; il fe
rappelle avec effroi les plus doux momens
de fa vie , & détefte l'amour qui
l'a rendu heureux .
,
Ses craintes fe réalifèrent ; le bruit
fe répand que l'azyle des vierges a été
profané ; que l'une d'elles a violé
fes voeux qu'elle porte le fruit d'un
amour facrilége , & que le Soleil irrité
de ce parjure abominable , en demande
l'expiation .
Ce jour-là le Soleil fe couvrit de
triftes nuages , & ce deuil fombre de la
nature ajoutoit encore à l'effroi dont tous
les coeurs étoient frappés. Le Roi parut ,
felon l'ufage , fous le portique du Palais.
Une multitude tremblante environnoit
le trône , & à travers les flots de ce peuMAR
S. 1777. 153
ple affemblé , le Pontife , les Prêtres
les Miniftres des loix , ſe faiſant ouvrir
un paffage , amenèrent devant l'Inca la
jeune & timide Prêtreffe . Son père accablé
de douleur , fa mère pâle & défail·
lante , deux foeurs plus jeunes , auffi belles
, trois frères , l'efpérance d'une augufte
famille , victimes de la même loi ,
vinrent tous s'offrir au fupplice .
Cora , qu'il falloit foutenir , tant elle
étoit foible & tremblante , tomba fans
force & fans couleur , en paroiffant devant
fon Juge ; on la ranime ; on l'intéroge
elle répond avec candeur.
Le Monarque attendri , mais contraint
par la loi à ufer de rigueur , ordonne
à Cora de déclarer fon raviffeur
& fon complice ; Cora frémit , & fon
filence fut d'abord fa feule réponse ; mais
les inſtances de fon Juge la forcèrent enfin
de prononcer ces mots : » Fils du
Soleil, feras -tu plus cruel & plus vio-
» lent que la loi ? La loi me condamne
» à la mort; j'y traîne avec moi ma famille
, n'eft - ce pas affez ? Te faut- il en-
» core un nouveau parricide ? Veux-tu
» que , portant dans la tombe , oùje vais
» defcendre vivante , le fruit de mon fu-
» neſte amour , j'accufe encore celui qui
Gv
154 MERCURE DE FRANCE .
» lui a donné la vie ? Veux-tu voir mes
» entrailles fe déchirer d'horreur, & mon
» enfant épouvanté , s'arracher des flancs
de fa mère » ?
Ces paroles firent fur l'ame d'Ataliba
l'impreffion la plus terrible ; & , fans infifter
davantage , il ordonnoit , en gémifant
, au dépofitaire des loix de prononcer
l'arrêt fatal , lorfqu'on vit tourà-
coup Alonzo fendre la foule & fe précipiter
au pied du trône de l'Inca : il s'avoue
le feul coupable , & s'élève avec la
force de la vérité & l'éloquence de la
paflion , contre une loi injufte & barbare
; il parvient enfin à la faire abolir chez
un Peuple doux , pacifique , & qui ne
demandoit qu'à être éclairé pour revenir
de fes erreurs. Alonzo triomphant ,
court fe jeter aux pieds de fon amante.
Cora , dans les excès de la furprife & de
la joie , foupire & ferre dans fes bras
fon libérateur , fon amant & fon époux.
Il nous refte à donner , dans un autre
extrait, une légère efquiffe de ce bel Ouvrage
, dont toutes les parties ont leur
dégré d'intérêt ou d'utilité . S'il y a une
apparence de défordre , il faut dire avec
le Légifteur du goûr , que fouvent un
beau défordre eft un effes de l'art . Cet OuMARS.
1777. 855
vrage n'eft donc pas un Poëme , mais
il en a l'éclat & l'élévation ; il en a même
quelquefois le langage , l'harmonie
& la cadence ; ce n'eft pas une hiftoire ,
mais il eft fondé fur l'exacte vérité des
faits les plus extraordinaires ; ce n'eſt
pas un livre de morale , mais celle exprimée
par
l'Auteur, eft puifée dans les fources
pures de la religion , de la raifon &
de l'humanité ; ce n'eft pas un roman ,
mais il en a le charme , le merveilleux,
& l'intérêt ; enfin , ce n'eft point un difcours
, mais il renferme une fuite de difcours
de la plus grande énergie , & de la
plus fublime éloquence.
ANNONCES LITTÉRAIRES.
HISTOIRE de Lorraine , par M.
l'Abbé Benon , tome 1 , in- 8 ° . A Paris ,
chez Valade , Libraire , rue S. Jacques.
A Nancy , chez les principaux Libraires.
Abrégé élémentaire des fections coniques
, extrait des leçons données ci - devant,
fous l'infpection de l'Univerfité de
Paris , aux Elèves du Collège Royal de
la Flèche , par M. de la même
G vj
156 MERCURE DE FRANCE .
Univerfité. A Paris , de l'Imprimerie de
P.H. D. Pierres , Imprimeur du Collége
Royal de France , rue S. Jacques .
>
Hiftoire du Cardinal de Polignac ,
Archevêque d'Auch , Commandeur de
l'Ordre du Saint- Eſprit , Ambaſſadeur de
France en Pologne , en Hollande & à
Rome , des Académies des Sciences
Françaife , & des Infcriptions & Belles-
Lettres , par le P. Chryfoftôme Faucher,
Religieux de Saint François › Auteur
de l'Hiftoire de Photius , & des Obfervations
fur le Fanatifme , 2 vol . in- 1 z.
A Paris , chez d'Houry , Imprimeur - Libraire
, rue de la Vieille Bouclerie .
Lettres Écoffoifes , traduites de l'Anglois
,
, par M. Vincent , Avocat. 2 Parties
in-12 . A Paris , chez la Veuve Duchefne
, Libraire , rue S. Jacques.
Dictionnaire hiftorique des Cultes Religieux
établis dans le monde , depuis
fon origine jufqu'à préfent : Ouvrage
dans lequel ou trouvera les différentes
manières d'adorer la Divinité que la
révélation , l'ignorance , les paffions ont
fuggérées aux hommes dans tous les
MAR S. 1777 . 157 .
temps. L'Hiftoire abrégée des Dieux
& des demi-Dieux du Paganifme , & celle
des Religions Chrétienne , Judaïque
Mahometane , Chinoife , Indienne, & c.
Leurs fectes & héréfies principales ;
leurs Miniftres , Prêtres & Ordres Religieux
; leurs fêtes , leurs cérémonies ,
le précis de leurs dogmes , & leur
croyance , ornés de huit figures en taille
douce par M. de la Croix . Nouvelle
édition , 3 vol. in- 8 ° . petit format broché
12 liv. & relié 15 liv . A Paris , chez
Mérigot l'aîné , & Couturier fils , Libraires
, Quai des Auguſtins 1777 .
Nouvel Abrégé Chronologique de l'Hiftoire
& du Droit public d'Allemagne , par
M. Pfeffel , Jurifconfulte du Roi au département
des affaires étrangères , 2 vol .
in-4 ° . A paris , chez Delalain , rue de la
Comédie -Françoife , à l'Hôtel de la Fautrière
.
On trouve chez Barbou , Imprim -Lib .
rue des Mathurins , les livres fuivants :
Les Offices de Cicéron , traduction
nouvelle avec le Latin à côté , 3me édition
, retouchée in - 12 rel. 2 livres 10
fols .
.15 MERCURE DE FRANCE.
Les Livres de Cicéron , de la Vieilleſſe ,
de l'Amitié , les Paradoxes , le Songe de
Scipion , traduction nouvelle , avec le
Latin à côté , 4me édition , augmentée
de la Lettre politique à Quintus , in -12
2 liv. 10 f.
On trouve chez le même Libraire
plufieurs Ouvrages de Cicéron traduits ,
comme les Oraifons choifies , les Lettres
à Atticus, les Traductions de M. l'Abbé
Dolivet , &c.
Les Poéfies de Malherbes , in- 8 °. rel.
en veau doré 6 livres.
Perfii, Juvenalis , & Sulpicia fatyrarum,
mova éditio in 12 , veau doré , 6 liv.
Velleius Paterculus , nouvelle édition ,
à laquelle on a joint le Florus , qui n'a
point été imprimé, pour la collection des
Auteurs Latins , in - 12 , veau doré , 6
livres
Encomium Moria , nouvelle édition
à laquelle on a joint l'Eutopie de Thomas
Morus , in 12 , veau doré 6 liv.
Ces trois articles font corps avec la
MARS. 1777. 159
collectiondes Auteurs Latins , dont il y a 59
vol.
Pline le Naturalifte eft fous preffe .
ACADÉMIE.
Extrait de la Séance publique de l'Académie
des Sciences , Arts & Belles-
Lettres de Dijon , tenue le 18 Août
1776 .
a
M.
Maret ,
· Maret
, Secrétaire
perpétuel
,
fait
l'ouverture
de la Séance
par la proclamation
du Prix. Le fujet
de ce Prix
étoit
une
queſtion
de Médecine
, l'Académie
avoit
demandé
que
l'on
déterminât
:
Qellesfont les Maladies dans lesquelles
la Médecine expectante eft préférable à ·
l'agiffante , & celle -ci à l'expectante ; &
à quels fignes le Médecin reconnoit qu'il
doit agir ou refter dans l'inaction , en attendant
le moment favorable pour placer
les remèdes.
M. Maret a commencé par faire fentir
l'importance de cette queftion , par
160 MERCURE DE FRANCE.
établir combien fa folution peut influer
fur la pratique Médicinale , en fixant
les bornes de la Médecine agiffante , &
de celle qu'on nomme expectante .
Il a fait obferver que c'eſt par la con
fidération des avantages que le Public
doit en retirer , que l'Académie s'étoit
déterminée , en 1773 , à propoſer ce
fujet pour la feconde fois , en doublant
le prix. Mais, a- t- il ajouté :
Si elle a eu le chagrin de ne pouvoir
» alors récompenfer les efforts des Au-
» teurs , elle fe félicite de fe trouver ,
» cette année , dans le cas de prouver à
» deux des Concurrens , par la diftribution
» de deux médailles , l'eftime que leurs
Ouvrages lui infpirent. Elle regrette
» de n'en avoir pas une troifième à adjuger
à l'Auteur d'un autre Mémoire ,
» auquel cette Compagnie ne peut don-
» ner que l'acceffit.
"
>>
19
» Tous trois fe font montrés éclairés
» par la plus faine théorie , inftruits par
l'expérience la plus heureufe ; tous trois
» ont pofé avec fuccès les bornes impor-
» tantes dans lefquelles le Médecin doit
» fe renfermer , pour ne point troubler
» la nature dans fes opérations , pour ne
» point porter trop loin la confiance en
» fes reffources.
MARS . 1777 ,
» L'Auteur du Mémoire qui a pour
» devife : Optima Medicina , interdum eft
» Medicinam non facere , & auquel l'Aca-
» démie a adjugé une médaille , eſt M.
ود
Voulonne , Docteur en Médecine de
» l'Univerfité de Montpellier , & pre-
» mier Profeffeur de celle d'Avignon .
"
»
:
» Tout annonce dans l'Ouvrage de ce
» Savant , un génie obfervateur qui s'eft
» rendu maître de fon fujet ; qui , d'un
» coup -d'oeil perçant , en a faifi l'enfemble
, qui d'une main sûre & méthodique
, en a ordonné les parties . Un
ftyle nerveux , concis , harmonieux ,
ajoute au mérite du plan celui de la
plus belle exécution , & ce Mémoire
» ne peut manquer de faire fur les Mé-
» decins , qui aiment leur état , la plus
» vive impreffion.
"
"
» M. Planchon , Licentié en Médecine
de l'Univerfité de Louvain , &
» Médecin à Tournai dans la Flandre
» Autrichiene , eft l'Auteur qui a mérité
l'autre médaille ; fon Mémoire porte
» pour épigraphe : Cum ergo fint occafiones
quadamfaciendi, quadam ceffandi .
» Dicendum qua fint occafiones curandi &
» que abftinendi à curationibus.
ท
» Le ſtyle de M. Planchon n'a point
162 MERCURE DE FRANCE.
» les grâces ni l'énergie de celui de M.
» Voulonne ; mais fon plan , également
» bien conçu , offre un enfemble lumi-
» neux , des détails du plus grand effet.
» Des tableaux tracés de main de maître ,
tranfportent les Lecteurs aux lits des
» malades , & rendent fenfibles les motifs
qui , dans l'occafion , doivent décider
à agir ou à refter dans l'inaction
prudente d'un obfervateur attentif &
» vigilant.
ود
"
» La Differtation à laquelle l'Acadé-
" mie a regretté de ne pouvoir donner
» que l'acceffit , eft de M. Jaubert , Doc-
" teur en Médecine de l'Univerfité de
Montpellier, &Médecin à Aix en Pro
vence Elle a pour épigraphe : Nil
forfan novumfaltem novo ordine digefium :
"
& eft écrite en latin .
" Cette Differtation préfente , comme
» les deux autres , un plan bien conçu
» & bien exécuté. Un ftyle élégant &
» faifant fur l'oreille l'impreffion la plus
flatteufe , ajoute au mérite de cet ou-
» vrage & juftifie les regrets de l'Aca-
» démie : l'Auteur eût même infaillible-
» ment partagé le prix , fi la crainte de
» donner trop d'étendue à fa Differta
tion , ne l'eût pas empêché de pré-
39
MAR S. 1777.
163
»fenter fes principes avec tout le dé-
» veloppement qui en auroit rendu
l'application plus facile.
"
n
» Ces trois pièces ne font pas les feu-
» les que l'Académie a trouvé dignes
d'éloges : il en eft trois autres encore ,
parmi celles qui lui ont été envoyées ,
dont les Auteurs ont des droits à fon
» eftime & à fa reconnoiffance.
» Celle de ces trois pièces qui lui a
» paru approcher le plus du mérite des
Mémoires couronnés , a pour devife :
» hic meta laborum. Elle eft faite pour
99
» donner une très- bonne idée des con-
» noiffances & des talents de l'Auteur..
» Je fuis autorifé à rendre la même
juftice à l'Auteur de la Differtation
» latine , dont l'épigraphe eft cette réflexion
d'Hippocrate : Artis magnam
» partem effe duco poffe qua recte fcripta
funt fpeculari.
"
» Il eft à regretter que des circonf
» tances fâcheufes ne lui ayent pas per-
» mis de donner à fon ouvrage toute la
perfection dont il étoit fufceptible &
» que la queftion épineufe des crifes , lui
» ait paru devoir principalement l'oc-
99
"
» cuper.
» On lit à la tête de la troifième des
164 MERCURE DE FRANCE.
» Differtations , dont je dois faire une
» mention honorable , ces vers de Virgile
:
သ
Tentanda via eft quà me quoque poffim
Tollere humo , victorque virum volitare per ora.
» L'auteur de cette Pièce est un hom-
» me d'efprit, un homme éclairé, un pra-
» ticien inftruit & fait pour efpérer un
plus grand fuccès dans un autre con-
"
>> cours.
Après ce Difcours , M. de Morveau
a lu , pour M. de Broffes , un fragment
de la Vie de Sallufte , qui fait partie d'un
Ouvrage , fur cet Hiftorien , qui occupe
depuis long-temps cet Académicien ,
& dont l'impreffion eft prefque achevée .
Il eft queftion , dans ce fragment , du Tribunat
de Sallufte, & , par conféquent , du
procès criminel de Milon.
Après cette lecture , M. Maret a fait
celle d'un Mémoire de M. Allut , Entrepreneur
de la Manufacture des Glaces ,
à Rouelle. Cet écrit contient l'Hiftoire
des effais qui ont été tentés dans ſes atteliers
, en préfence de M. le Comte de
Buffon , & de M. Morveau , dans l'intention
d'avoir un bloc de verre d'une
épaiffeur affez confidérable pour en faire
MAR S. 1777 . 165
une lentille ardente , d'une efpèce particulière
.
M. Allut a voulu d'abord fondre ce
verre dans des moules d'une forme convenable
aux dimenfions que l'on défiroit
dans le bloc ; & il a fucceffivement
employé pour fes moules , de l'argile
dont il fe fert pour les creufets de
fa Manufacture , une pierre de grès entourée
d'un cercle de fer , de la hauteur
demandée ; des pierres calcaires de Montbard
& de Dijon , creufées dans les dimenfions
données .
Toutes ces épreuves n'ayant point réuffi
comme on le fouhaitoit , M. Allut s'eft
déterminé à tenter ce qu'on n'avoit pas
même ofé propofer jufqu'à ce jour. Il a
jetté la maffe de verre demandée , fur la
table de cuivre deftinée à la coulée des
Glaces , & l'y a laiffée affez long - temps ,
pour qu'elle pût y acquérir la confiftance
néceffaire avant d'être tranfportée dans
le four de recuiffon.
Cette opération , qui fut faite le 11
Avril , a donné un plateau de verre d'environ
quarante quatre pouces de longeur
, fur trente - quatre de largeur, dont
l'épaiffeur , d'environ vingt-deux lignes
dans fon milieu , pouvoit fe réduire , fur
les bords , à un pouce ou quinze lignes .
166 MERCURE DE FRANCE .
Cette dernière dimenfion eſt bien audeffous
de celle de trois ou quatre pouces
, qu'avoit demandé M. de Buffon;
mais M. Allut obferve que cette différence
ne tient qu'à quelques petites circonftances
particulières de manipulation,
qu'il fera facile de rectifier en d'autres
opérations ; & que,
établie , il ne fera pas difficile de produire
des plateaux plus confidérables ,
tant pour l'épaiffeur que pour
la méthode une fois
l'étendue .
M. Allut ebferve qu'il auroit été plus
flatteur pour lui , de ne citer que la derniere
expérience qui a eu du fuccès , mais
qu'il a eu intention , en décrivant les opérations
qui n'ont pas réuffi , d'empêcher
que quelqu'autre ne faffe auffi inutilement
les mêmes tentatives , motif qui
lui fait beaucoup d'honneur. Il finit par
propofer un problême , dont la folution
feroit très- intéreflante pour les progrès
des fciences , & l'avantage du commerce
de la Verrerie : voicì ce Problême :
» Trouver une fubftance auffi propre
» que l'argille , à la conftruction des creu-
» fets de Verrerie, & qui ne fût pas , com-
» elle , fufceptible d'adhérence avec le
» verre fondu.
"
A la lecture de ce Mémoire ,a fuccédé
MARS. 1777. 167
celle d'un difcours de M. l'Abbé Colas,
Archidiacre & Grand-Vicaire du Diocèfe
d'Aufch .
L'Orateur confidère dans ce difcours ,
la vérité comme principe des arts de
goût.
Rien n'eftbeau que le vrai , le vrai ſeul eſt aimable.
Ce vers , vraiment Philofophique ,
renferme en ſubſtance toutes les vérités
que M. l'Abbé Colas développe dans
fon Ouvrage.
›
M. l'Abbé Colas fait fucceffivement
fentir les avantages que produifent la
vérité des fentimens , l'économie des
ornemens , l'entente des fites Part
heureux du défordre apparent ; & de
tous ces préceptes , il tire la conclufion
qu'on devoit naturellement attendre du
vers qui fert d'Epigraphe à fon difcours.
» Tout , dit-il , fe réduit donc à un feul
principe , la vérité : à une feule, loi la
» vérité ; quoi de plus fimple & en mê-
» me- temps de plus naturel ! L'homme
» de génie eft imitateur ; fes traits , fon
» coloris , fon ſtyle , ſon harmonie , fęs
gradations , fes contraftes , fes nuan-
» ces , tout doit être conforme à la belle
nature qu'il prend pour modèle ; c'eft168
MERCURE DE FRANCE.
"
ر
» à-dire , tout doit être vrai ..... Dans
quelques détails que l'on entre fur les
» beaux arts quelques loix que l'on
développe à leur égard , fous quelque
point de vue qu'on les envifage ; rien
» n'est juste , rien ne doit être admis ,
qu'autant qu'il découle de ce grand
principe , & qu'il s'y réunit comme au
"
"
99-
» centre commun » .
M. Maret a fait enfuite l'Eloge de
M. Bouillet , Procureur Général de la
Chambre des Comptes , & Chancelier
de l'Académie , mort le 31 Août de
l'année précédente .
M. Bouillet joignoit aux talens , aux
connoiffances qui caractériſent l'homme
de lettres eftimable , les qualités qui font
l'homme aimable & vertueux .
. M. Maret envifage d'abord cet Académicien
, fous le premier de ces deux
points de vue ; il prouve , par des détails
convaincants , que M. Bouillet avoit de
très-heureufes difpofitions pour la Poéfie;
& que fi des études plus férieufes , des
occupations plus graves lui euffent permis
d'en profiter , elles lui auroient probablement
acquis un nom , comme
Poëte .
Il établit enfuite les droits de M. Bouillet
MAR S. 1777. 169
let à l'eftime publique , comme Hiftorien ,
& comme Moralifte , en donnant une notice
des Ouvrages qu'il a lus à l'Académie
, qui fe font trouvés dans fes portefeuilles
. Un des Ouvrages que M. Maret
fait connoître , a pour objet la politeffe.
M. Bouillet y expofe les devoirs de
l'homme poli , avec des développemens
perfuafifs , mais avec beaucoup de rigo
rifme. Auffi M. Maret dit il : » Peut-
» être trouvera- t- on que M. Bouillet exagéroir
les devoirs de l'homme poli ;
» mais il les traçoit d'après l'idée qu'il en
avoit conçue il fe peignoit dans fon
Ouvrage , & fa conduite juftifioit ce
rigorifme , qu'on feroit tenté de lui
reprocher ".
"
"
و د
י כ ל
C'eſt par cette tranfition que M. M
ret arrive à la feconde partie de fon Dif
cours , où il expofe les qualités morales
de l'Académicien qu'il s'étoit chargé de
faire connoître. » Il fe montre dans l'in-
» térieur de fa maifon , comme dans les
» cercles , dans le filence du cabinet comme
fur le tribunal où l'avoit placé la
» confiance du Monarque, toujoursdoux,
toujours affable , toujours rigide obfer
» vateur des bienféances, prévenant , empreffé,
bienfaifant, refpectant les moeurs,
"
H
170 MERCURE DE FRANCE.
พ
39
» l'autorité , la religion ; Magiftrat in-
* tègre , mais fenfible ; Citoyen zélé ,
affectueux , ami ardent , hom- parent
» me de lettres aimable , Académicien
» affidu , & qui, par les travaux & fa
bienfaifance , par les qualités de fon
» coeur & de fon efprit , avoit mérité
d'être jugé digne d'entretenir dans une
» fociété d'hommes libres , une émula-
» tion fans jaloufie , un amour de l'or
» dre fans intolérance , d'y remplir l'emploi
de fon premier Officier , & d'être
» honoré de l'éloge public.
"
و ا
La féance a été terminée par des Stances
envoyées à l'Académie , par M. Baillot
, Suppléant au Collège .
Ce jeune Poëte , qui a déjà été célé
bré le jour où M. le Comte de Buffon
lut un Mémoire dans une Séance pu
blique de cette Académie , n'a pas cru
devoir échapper l'occafion d'exprimer
les fentimens de la Patrie , à l'afpect du
bufte du Pline François , nouvellement
placé dans le fallon des féances publiques ,
parmi ceux des grands hommes qui
illuftrent la Bourgogne.
Il débute par une réflexion fur l'in
juſtice ordinaire des hommes , qui n'élèvent
des monumens
à ceux qui fe difMAR
S. 1777 . 170
tinguent , qu'alors qu'ils ne peuvent plus
jouir de leur gloire , & félicite fa Patrie
de l'honneur qu'elle rend à M. de
Buffon vivant. On va détacher ici deux
Stances , dans lefquelles M. Baillot caractériſe
le génie de cet éloquent Philofophe
& qui feront juger de la
manière heureufe dont ce jeune Poëte
·peint ce qu'il admiré.
5
De fa profe la mélodie
Embellit jufqu'au moindre objet ,
Et fa marche noble & hardie
S'agrandit avec fon fujet..
D'abord douce & légère aurore ,
C'est un ciel pur qui fe colore ,
Avant le jour , de feux naiffants ;
Puis ardent foyer de lumière
Elle accable notre paupière
De fes rayons éblouillants.
Dans les airs , d'une aile rapide
L'Aigle échappe à nos foibles yeux;
Ainfi ce Génie intrépide
S'élance par-delà les cicux.
Là , juflifiant fon audace ,
Des mondes femés dans l'efpace
Majeftueux obfervateur ,
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Il plane , & fa main ferme & fûre
Deffine à grands traits la nature
Sous les regards du Créateur.
JOURNAL DE LECTURE.
Es raifons particulières ont obligé
l'Éditeur du Journal de Lecture de retarder
, jufqu'à préfent , la livraifon des
trois derniers numéros de la première
année . On fe flatte de pouvoir les faire
paroître encore avant la fin du mois
d'Avril. Un nouveau Profpectus , où
l'on rendra compte des changemens que
l'on fe propofe de faire , & dans le plan
& dans la forme de l'Ouvrage , indiquera
l'époque à laquelle on pourra foufcrire
pour la feconde année . Les Soufcripteurs
qui ont payé d'avance cette feconde année
, pourront , s'il le jugent à-propos ,
faire retirer leur argent au Bureau où
ils ont foufcrit.
MAR S. 1777. 1743
AVIS concernant les Ecoles Vétérinaires.
'
PAR une inconféquence affez fingu-
Kière , quelques perfonnes occupées à déprimer
fans ceffe les Ecoles - Royales Vétérinaires
de France ont fait une forte
d'aveu de la réputation que ces Inftitutions
fe font acquife , en fe donnant ,
foit dans les Pays Etrangers , foit dans
les différentes Généralités du Royaume ,
les titres de Directeur & de Profeffeur de
ces mêmes Écoles. Elles ont fait plus :
elles ont délivré à plufieurs Particuliers
des Certificats d'étude & de capacité , à
la faveur defquels quelques- uns de ceuxci
fe font annoncés , à la manière des
Charlatans , dans les villes & les villages
, par des imprimés revêtus d'une ap
probation prétendue de l'École Vétérinaire
de Paris. D'autres , qui lui ſont
abſolument inconnus , ainfi qu'à celle
de Lyon , ont pris l'uniforme affecté aux
feuls & véritables Elèves . Il en est encore,
principalement dans des Pays hors de la
domination de S. M. qui , pour nuire
Hij
174 MERCURE DE FRANCE.
plus fûrement à un établiſſement dont
ils n'ont pas fçu mettre à profit les inftructions
, ont méchamment publié
notamment fur le Farcin , des principes.
abfolument contraires aux idées qu'on
doit fe former de cette maladie. Les
inftitutions les plus utiles font celles qui ,
par une fatalité incompréhenfible , éprou
vent toujours le plus de contradictions :
mais il eft effentiel de mettre un frein à
la licence , quand elle eft portée trop loin.
Les Directeurs & Profeffeurs des Eccles-
Royales Vétérinaires , qui fe préparent
, d'ailleurs , à donner les preuves les
plus réelles & les plus inconteſtables
di bien opéré par les Artiftes qu'ils ont
inftruits & créés , ont été autorifés fur
les juftes repréfentations qu'ils ont faites
au Miniftre , à prévenir le public qu'il
n'y a que deux Ecoles - Royales Vétérinaires
, ffoouuss ffeess oorrddrreess , l'une établie
à Lyon & l'autre à Paris ; que nul
particulier ne peut être regardé comme
un Artifte forti du fein de ces Établiffemens
, s'il n'eft imuni ou d'un Certificat
figné par les Directeurs & vifé par le
Directeur Général , ou du brevet que
S. M. daigne accorder à ceux qui , en
fe diftinguant dans le cours de leurs
MAR S.. 1777 . 175
études , fe font mis en état de fervir
utilement leur patrie..
Signé , CHABERT , Infpecteur Général
des Etudes des Écoles- Royales Vétérinaires
de France , Directeur- Particulier
de celle de Paris . FLANDRIN , Direc
teur Perpétuel de celle de Lyon.
Ecole - Royale gratuite de Deffin.
LA diftribution des fix Maîtrifes , grands
Prix & Prix de quartier de l'École Royale
gratuite de Deffin, s'eft faite dans la galerie
de la Reine , aux Thuileries , le 17
Janvier 1777.
Monfieur le Noir , Préfident de ladite
Ecole , étant arrivé à 6 heures , accompagné
de MM. les Adminiftrateurs ; M.
Bachelier , Directeur , ouvrit la féance
par un difcours , enfuite on procéda à la
diftribution de 220 Prix , que le Magif
trat délivra aux Élèves : Savoir:
Grands Prix .
Le fieur Navier , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. le
Hiv
176 MERCURE DE FRANCE.
Prince de Montbarrey , fe deftinant pour
la Maçonnerie , a remporté le grand
Prix d'Architecture.
Le fieur Préaux , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. le Baron
de Juigné , fe deftinant pour la Maçonnerie
, a remporté le grand Prix de
Perſpective.
Le fieur Richardon , rempliffant la
place d'Élève , fondé à l'École par M.
Bouret , fe deftinant pour la Maçonnerie
, a remporté le grand Prix de la Coupe
des Pietres .
Le fieur Laligant , rempliffant la
place d'Élève , fondé à l'École par M.
le Duc d'Harcourt , fe deftinant pour la
Maçonnerie , a remporté le grand Prix
de Mathématique.
Le fieur Courtin , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'Ecole par M. Gaviniés
, fe deftinant pour la Broderie , a
remporé le grand Prix de Figure .
Le fieur Gautier , rempliffant la place
d'Élève , fondé à l'École par M.le Comte
d'Egmont , fe deftinant pour l'Orféverie
, a remporté le grand prix d'Orne .
ment.
Les Élèves couronnés , ont eu l'honneur
d'être embraffés par le Magiftrat ,
MARS. 1777 . 177
au bruit des fanfares & des acclamations
du public .
Le Directeur a prononcé un Difcours
pour marquer fa reconnoiffance & celle
des Élèves , envers le Magiftrat prorecteur
& bienfaiteur de cet établiffement
.
SPECTACLES.
OPÉRA.
L'ACADÉMIE ROYALE DE MUSIQUE
continue de donner les repréfentations
des Fragmens , compofés de l'Acte d'Eglé
, & de celui de la Danfe , des Ta
lens Lyriques , auxquels on a ajouté le
Devin du Village ; ce dernier Acte a
été reçu avec tranfport. Le Public , plus.
éclairé fur la Mufique , femble avoir
mieux fenti , à cette reprife , les rapports
heureux de la mufique avec les paroles
qui ont été conçus à la fois
par le même génie , ce qui fait un
enfemble parfait , que l'on trouve rarement
dans les compofitions des pluss
habiles Maitres..
*
Hv
178 MERCURE DE FRANCE .
On a remis fur ce Théâtre l'Iphigénie
en Aulide , de M. le Chevalier Gluck.
Mademoiſelle Arnould a joué , avec
fuccès , le rôle d'Iphigénie . Les divertiffemens
, compofés par M. Noverre ,
furtout celui du fecond acte , qui repréfente
les Jeux de la Grèce , ont été applau
dis. Le rapprochement des Opéra d'Orphée
& Euridice , d'Alcefte , d'Iphigénie ,
joués prefqu'en même-temps , a donné
lieu de remarquer que ce favant Harmonifte
imprimoit à prefque toutes les
compofitions , le même caractère , que
fon harmonie avoit prefque les mêmes
formes , la même marche & les mêmes
effets ; mais fon ftyle eft rapide , énergique
, animé. M. le Chevalier Gluck
facrifie tout à la fcène . Il s'arrête rarement
à moduler un air , & femble préférer
un récitatif relevé par des phrafes
très-courtes de modulation. C'eft ce fyftême
, fans doute , qui lui a fait dire ou
qui a fait dire à fes admirateurs , que
dans la compofition il oublioit qu'il étoit
Muficien.
MARS. 1777. 179
COMÉDIE
FRANÇOISE.
Les Comédiens François continuent
avec fuccès les repréfentations de Zuma,
Tragédie nouvelle de M. Lefevre.
Nous rétabliffons ici les noms des perfonnages
de cette Pièce , un peu confondus
dans le compte que nous en avons
rendu , d'après la première repréfentation
.
Zuma , Princeſſe Péruvienne
Sainval l'aînée .
⚫ par Mile
Azélie , fille de Zuma , par Mile Sainval
cadette.
Zéliſcar , jeune frère de Pizarre , par M.
Molé.
Pizarre , Chef des Eſpagnols , par M ,
Larrive.
Un Officier Efpagnol , par M. Dauberval.
Cette Tragédie annonce de grands
talents , beaucoup de fenfibilité , de l'
magination , les fentimens de la pocfie ,
& de la véritable éloquence ; etis , Pare
d'exprimer & de faire parler aux paffions
H
180 MERCURE DE FRANCE.
leur langage . Les différents rôles de
cette pièce font parfaitement rendus .
Les Acteurs y font les fidèles interprêtes
du Poëte.
२.
On a donné , fur ce Théâtre , quelques
repréfentations de D. Japhet d'Arménie
Comédie bouffonne, en cinq actes en vers ,
par Scarron. Les folies , les extravagances
, les exagérations , tout ce qu'on peut
imaginer de plus ridicule , eft raflemblé
dans cette farce , & excite un rire con
vulfif qui eft dû au grotesque outré des
tableaux .
COMÉDIE ITALIENNE.
LES Comédiens Italiens ont donné ,
le Mercredi 12 Février , une repréſentation
du Mort Marié , Comédie en
deux actes mêlée d'ariettes ; paroles de
M. Sédaine , mufique de M. Bianchi.
Le fujet de cette Comédie eft tiré d'un
Conte inféré dans le Mercure ; il offre
des fituations plaifantes. Deux foeurs.
ont chacune leur Amant. L'aînée va,
époufer un homme de robe , Lieutemant-
Général de fa ville ; la cadette aime,
MARS. 1777.
188
en fecret , un jeune Officier qui eft abfent.
Elle n'ofe déclarer fon amour. Mais
fon chagrin , dans un jour de fête , trahit
le fecret de fon coeur . L'Officier
trompé par la reffemblance des noms ,
& croyant que c'eft fa maîtreffe qui doit
fe marier , lui renvoie , avec mépris
fes lettres que reçoit la foeur aînée
& protefte qu'il va bientôt venir luimême
fe venger d'un tival odieux...
Le Robin prend pour lui ces menaces
, & en fait des reproches à fon
Amante , qui fe juftifie aifément par
l'aveu que fa four lui fait de fon intrigue
amoureufe. Dès lors le Robin
projette de faire tête à l'Officier , & de.
le mystifier. Il communique fon deffein à
fa famille , & fait préparer deux piftolets
, chargés feulement à poudre. En
effet , l'Officier arrive ; il rencontre le
Robin , qu'il croit fon rival. Il l'infulte ,
& lui marque toutes fortes de dédains
pour la perfonne & fa . profeffion . Le
Robin lui répond avec fierté. La difpute
s'engage , ils fe font un défi . Le
Robin va chercher fes piftolets , & dit'
à l'Officier que le fort du combat étant
incertain , il lui donne la clef d'une.
porte du jardin , pour s'échapper en cas
d'accident. L'Officier eft étonné de cer
182 MERCURE DE FRANCE.-
acte de bravoure & de générofité. Le
combat s'engage . Le Robin tombe fous
le coup de pistolet que tire l'Officier .
Celui- ci eft alarmé d'avoir fait un meurtre
. Il fe fauve . Alors le Robin fe
relève & rit de la terreur de fon antagoniste.
Mais portant plus loin la plaifanterie
, il le fait arrêter , & amme.
ner devant fon tribunal pour être interrogé
. Les parens , & l'amante ellemême
de l'Officier , déguifés en robes ,
font affemblés comme des Jugespour con
damner le meurtrier. Cet Officier paroît
& croit reconnoître, dans le Préfident , le
Robin qu'il a tué . Il ne fait que penfer
de cette aventure. Enfin , le jugement
eft prononcé ; on dit au criminel
d'en faire la lecture ; mais au lieu d'une
condamnation de mort , il voit avec
étonnement un contrat de mariage qui'
l'unit à l'objet de fes voeux . Alors tout
s'éclaircit. Le jeune homme reite confus
de fa méprife & de fon injuftice :
il regarde cette aventure comme une
bonne leçon qui doit le corriger de fon
étourdefie.
Cette Pièce a paru avoir des longueurs
& des détails qui lui ont fait du tort , &
qu'il fembloit facile de corriger La
MARS. 17778
mufique n'est point fans mérite ; elle
annonce du talent & des connoiffances ;
mais elle n'a pas été trouvée toujours
faite pour les paroles , & pour les fituations.
M. & Madame Trial , Madame
Billioni , M. Julien , Madame Moulinghen
, & M. Meunier ont joué les principaux
rôles.
Le Mardi 19 Février , on a donné
à ce Théâtre Arlequin Efprit Folet, Commédie
Italienne en trois actes , dans
laquelle le fieur Bigotini a débuté par
le rôle d'Arlequin.
Cette Pièce est une intrigue à l'Ita
lienne ; dans laquelle Arlequin reçoit
d'un Génie le pouvoir de fe métamorphofer
toutes les fois que fon zèle pour
fervir les amours de fon Maître , l'expofe
à des dangers. Ses métamorphofes font
très- nombreufes & très - furprenantes.
Le fieur Bigotini eft admiré par la
variété de fes changemens
promptitude & l'adreffe avec laquelle il
les exécute , par le contrate qu'il met
dans fes différens rôles , & par les divers
talens qu'il développe . Cet Acteur chante
, d'une manière fort plaifante , des airs
› par
la
184 MERCURE DE FRANCE.
de fa compofition. Son jeu eft vif ,
plaifant , fpirituel. Il n'a pas la grace.
& la foupleffe des mouvemens de
M. Carlin , mais il entend bien la
fcène , & illa varie avec beaucoup d'intelligence.
Aux talens d'un Arlequin ,
il joint ceux d'un Muficien, d'un Chanteur
, d'un Machinifte , & même d'un
Compofiteur de pièces Italiennes . Car
dans cette Pièce de fon début , tout eft
de fa compofition ; Comédie , Mufique ,
Machines , Décorations. Il a été fort
applaudi , & ce qui fait fon éloge , il
amufe & fait beaucoup rire les Specta
teurs .
DEBUT..
Le Mercredi 29 Février , le fieur
Bognioli , qui a joué ci- devant dans la
Tragédie & la Comédie , au Théâtre.
François , qui depuis a joué dans les
Provinces , & au Cap- François , a débuté
fur le Théâtre Italien , par le rôle
du Déferteur , dans la pièce de ce nom.
Il a continué fon début par les rôles de
Lubin , du Sorcier , &c.
Cer Acteur a beaucoup de jeu , &
d'intelligence. Cependant , l'on defiteroit
que prenant des rôles de mufique
MAR S.. 1777. 155
il parvînt à étendre & à fortifier fa voix,
& qu'il mît plus d'affurance dans fon
chant. C'est l'ouvrage , en partie , de
l'exercice , de l'étude & de la confiance .
Réflexions fur la Science Economique.
LORSQUE
ORSQUE les hommes ont fait quelques dé
couvertes importantes , foit dans l'ordre phyfique
, foit dans l'ordre moral , il s'eft prefque
toujours trouvé des Enthoufiaftes qui en ont
exagéré l'utilité , & des Détracteurs injuftes qui
l'ont trop déprimé. D'un côté , la vanité d'en
être les promoteurs ; de l'autre , la jaloufic
d'avoir été prévenus , ont également emporté
au delà du bur , & ce but eft la vérité . Telle eft
la marche du coeur humain . f
Ariftote , après avoir été pendant des fiécles le
Monarque abfolu du monde philofophique , eft
tombé dans un difcrédit qu'il ne méritoit pas. Ce
n'eft que depuis peu qu'on l'a apprécié à la juſte
valeur.
Defcartes n'a-t - il pas fubi à- peu-près le même
fort ?
Dans l'ordre phyfique , l'antimoine a eu des
Partifans outrés & des Adverfaires opiniâtres . Les
uns ont prétendu en faire une médecine univerfelle
d'autres foutenoient qu'il ne pouvoir être
qu'un poifon pernicieux,
:
186 MERCURE DE FRANCE.
F
Mais , dans un genre bien fupérieur , la Rel
gion n'a- t- elle pas eu fes fanatiques & fes perfécuteurs
? Peu contens de la fublime perfection
de l'Evangile , combien d'Hérétiques ont voulu
enchérir fur elle , tandis que la pureté de fa
morale ne paroiffoit aux yeux des autres qu'une
belle chimère ? Ses perfécuteurs font connus de
tout le monde , fes fanatiques font en grand
nombre.
Les Gnoftiques veulent s'élever à la plus haute
fpiritualité , & tombent dans les défordres les
plus bas.
Les Montaniftes ajoutent aux obfervances de
l'Eglife , des pratiques bien plus févères encore :
ils donnent dans l'enthoufiafine & finiffent par
le ridicule .
La fcience économique qui vient de paroître ,
n'a-t-elle pas déjà éprouvé les mêmes viciffitudes ?
Annoncée par les uns comme la légiflatrice de
l'Univers , comme la fuprême évidence qui doit
fubjuguer tous les efprits , elle a été méprisée par
les autres comme un tiffu d'abfurdités , & perfécutée
comme un fyftême dangereux : mais ne
peut- on pas la ramener à un fentiment plus
équitable , qui réuniffe les bons cfprits ? Effayons
de prévenir le jugement de la pofterité . Egalement
éloignée des préventions oppofees , fans
paffion , fans jalousie , elle n'a d'autre intérêt que
celui de la vérité,
Les trois pivots du gouvernement économique
,font la propriété , la sûreté , là liberré . C'eſt
à l'autorité tutélaire à les maintenir. Les vraies
propriétés n'existent que dans un Etat Agricole :
MARS. 1777. 187
car la terre , fécondée par le travail de l'homme ,
eft la première fource des richeffes , & l'échange
en première main eft la feconde. Le commerce
les fait circuler , & l'induftrie donne aux produc
tions de nouvelles formes. Mais le commerce
n'eft point fource de richeffes ; il ne fait que les'
mettre en mouvement Il eft néceffaire , il eſt
utile ; mais les frais qu'il occafionne n'en font
pas moins des frais onéreux , & d'autant plus
onéreux , qu'il s'étend plas loin . L'induftrie donne
des formes ; mais elle n'ajoute rien , ne produit
rien il faut qu'elle foit payée , & elle ne peut
l'être que par les richeffes de la terre , puifqu'elles
font les feules qui exiftent.
:
Le profit que peuvent faire les Agens de l'induftrie
& du commerce , par delà de la fubfiftance
tue à leurs travaux , n'eft que pour eux ;
ce n'eft point une richeffe pour l'enſemble de
la fociété , c'est une charge. Ce n'est que dans les
Etats qui fubfiftent uniquement du commerce &
de l'induftrie , qu'on peut affeoir le revenu public
fur leurs profits ; mais ce revenu eft précaire ,
incertain comme le métier de ceux qui le payent.
La fortune d'un Commerçant , d'un Manufactu→
rier , eft de tous les Pays ; il peut la tranſpor
ter par - tout , il peut échapper à l'impôt : il n'eft
pas même poffible de l'aflujé: ir à un impôt fixe
Se régulier. Il n'en eft pas ainfi du propriétaire
de terres ; fon fond eſt ſous la main du Gouvernement
, il ne peut lui échapper : c'eſt donc ce
Propriétaire qui doir paver les charges de l'Etat ,
il feroit injufte & mal-adroit d'impofer le Fermier.
S'il eft affujéti à une taxe invariable , il ne
manquera pas de la rejeter fur le Propriétaire.
188 MERCURE DE FRANCE.
Si le befoin du moment le charge d'impôts in
prévus , il ne peut , à la vérité , les rejeter fur le
Propriétaire , parce qu'il eft lié par fon bail 5
mais les avances de culture en fouffriront , & ce
font fur-tout ces avances qu'il faut refpecter.
Ce font les avances du Cultivateur qui décident
du fort de l'agriculture , du revenu ou produit
net qu'elle procure annuellement . Entammez fes
avances , la récolte diminuera en proportion ;
le Fermier fera d'abord endetté , biên: ôt ruiné ,
& les terres demeureront en friche. L'impôt
établi fur les Propriétaires , doit être proportionné
au produit de leurs baux ; ils ont auffi leurs avances
à faire on les appelle foncières , & elies
doivent être autant refpectées que celles du Fermier.
Le furplus de leurs avances & de leur dépenfe
légitime appartient à l'Etat ; c'est ce qui
forme le revenu public . Envain vous l'établiríez
fur le commerce ou fur l'induftrie ; l'un & l'autre
fauroient bien en rejeter le montant fur les gens
qui les employent , c'est -à- dire , en dernière ana-
Fyfe , fur les Propriétaires.
:
De la néceffité de refpecter les avances de la
culture , découle infailliblement celle d'accorder
à fes Agens la liberté pleine & entière de vendre.
leurs productions. Toute gêne à cet égard feroit
une atteinte portée au remplacement de leurs
avances. Il n'eft pas moins néceffaire d'accorder
la même liberté au commerce & à l'induftrie ; les
entraves que vous leur donneriez feroient un tort
évident que vous leur feriez , &, par contre-coup,
à l'agriculture,
Voilà la marche du gouvernement économique
MARS. 1777. 189
Sous les loix tout eft également libre , & la liberté
n'a d'autres bornes que le préjudice d'un tiers .
Le commerce vole fans obftacles d'un pôle à
l'autre, l'induſtrie n'a point d'entraves ; la culture
eft affurée , & revenu public eft invariable dans
la proportion , a vec le revenu qui fait fa baſe.
Tous les hommes font fières ; plus de prohibition
, plus de taxes , plus de priviléges exclufifs ,
plus d'arbitraire dans la fixation de l'impôt. Le
luxe ne fera plus que la dépenfe qui entame les
avances des Propriétaires de la culture , du commerce
ou de l'induftrie ; le faſte même le plus
outré ( s'il peut être contenu dans ces bornes )
n'intervertira point l'ordre des dépenfes de la
fociété. Il ne fera dangereux que par le mauvais
exemple ; ce fera l'abus de l'opulence , ou plutôt
un défaut d'économie. Si l'économie étoit bien
entendue , elle ne devroit jamais fe laffer de porter
aux avances l'excédent d'un néceffaire honnête
; c'eft alors qu'elle feroit la bienfaitrice de
l'humanité.
Telle eft l'efquiffe de la fcience économique.
Si elle fe fùt bornée à prouver fes principes , à
en tirer clairement toutes les conféquences qui
en résultent , à expofer , d'après elles , tous les
détails de l'adminiftration , peut- être fes fuccès
euffent-ils été auffi brillans qu ils ont été médiocres
; mais elle s'eft enveloppée dans une myſtérieufe
obfcurité ; elle a adopté un langage barbare.
Loin de fimplifier fon fyftême , de le mettre
à portée de tous les efprits , elle a prononcé des
oracles , qu'on auroit pu croire fortis de l'antre
de Trophonius. Elle auroit dû rapprocher fes
expreffions des idées reçues ; elle s'eft fervie au
1.90 MERCURE DE FRANCE.
•
contraire d'un ftyle inoui dans le dix- huitième
Sécle. Ses énigmes ont été expliquées par des
énigmes encore plus obfcures ; l'enthoufiafine
s'en eft mêlé , & le ton de prophétie . Les Sectateurs
de la fcience ont cru voir l'Univers tomber
à fes pieds. Déjà ils étoient heureux du bonheur
qu'ils penfoient avoir procuré au monde . Comment
réfifter à l'impulfion de fon véritable intérêt
? Comment ne le pas préférer à celui du moment
? Pourroit- on s'aveugler fur des vérités auffi
importantes que neuves , auffi démontrées que le
calcul le plus rigoureux ? De ce moment ils font
accouchés du fantôme de l'évidence ; c'eft elle
qui régira le monde , ce fera le defpote univerfel.
Les légiflateurs & les exécuteurs des loix ne
feront plus que les organes de fes volontés fu
prêmes. Les paffions fe tairont devant eile . Plus
de conquérans , plus d'ambitieux , plus de prodigues
, plus d'avares. L'évidence n'aura qu'a paroître
, toutes les fanta fies , tous les caprices ,
toutes les animofités , l'amour effréné du luxe ,
de l'indépendance , tous les intérêts du moment
fuiront devant elle . Comment réfifter à fon pouvoir
? Elle eft armée d'un hyé ogliphe facré ; c'eft
la tête de Médufe fur l'égide de Pallas . On fent
que je veux parler du tableau économique . Je
crois l'avoir entendu ; c'eft fe vanter peut- être ,
ce fera bien pis d'ofer l'apprécier.
Le tableau économique eft une formule arithmétique
, qui repréfente l'effet des dégradations
que caufent à l'agriculture les atteintes qu'on
porte à fes avances ; mais elle a un vice inévitable
à toute formule de calcul , c'eft qu'en répréfentant
les caufes qui dégradent, elle ne peut
MARS. 1777. 191
tenir compte de celles qui diminuent , fufpendent
, arrêtent les caufes de dépériffement. Je
n'en citerai qu'un exemple. Quand on a défendu
en France la culture du tabac , fans doute qu'on
a fait un tort confidérable à la Nation : mais les
terres qui le produifoient ne font pas toutes
reftées en friche; & fi les grains qu'on y a femés
n'avoient pas autant de valeur que le tabac , ils
en avoient pourtant une. Ce font ces compenfations
dans toutes les branches de l'adminiftration
viciées , que le tableau ne peut calculer , & c'eſtla
la fource des mécomptes énormes qu'il a occafionnés.
A en croire ceux qui ont fait jouer cette
machine myſtérieufe , toutes les Nations de
l'Univers (la Chine fans doute exceptée , puifque
le defpotiſme légal y règne ) toutes les Nations ,
dis -je , feroient réduites a vivre des fruits fpontanés
de la terre , & la France fur-tout , où les
vices du Gouvernement font plus anciens qu'ailleurs
, devroit être depuis long-temps plongée
dans une décadence totale . Cependant les faits
parlent , & de bons efprits ne veulent pas ouvrir
les yeux fur les erreurs où les entraîne un calcul
rigoureux . N'en feroit -il pas du tableau économique
comme du fyllogifme , dont la découverte
fait beaucoup d'honneur à Ariftote , mais qui eft
une fource de mauvais raifonnemens , comme le
tableau l'eft de mauvais calculs . Il me femble
que ce n'eft pas trop dégrader l'inventeur du
tableau , que de l'affocier au Coryphée de la philofophie.
Mais on ne peut guère fe rendre auffi facile
fur la prééminence que les Economistes ont
voulu donner à l'ordre phyfique fur l'ordre mo192
MERCURE DE FRANCE.
tal ; il en naîtroit des conféquences qu'ils feroient
les premiers à défavouer. L'ordre physique fuffic
fans doute pour arrêter les crimes qui préjudicient
à la fociété ; mais c'eft à l'ordre moral feul qu'il
appartient de régler le coeur de l'homme , & de
purifier les vertus jufques dans leurs fources.
C'eft l'ordre moral qui eft la baſe de l'ordre phy
fique : c'est au premier qu'on doit attribuer la
primogéniture & la prééminence.
Mais un tort plus effentiel dont on doit accufer
les Economiſtes, parce qu'il influe fur la pratique
, c'eft l'abus qu'ils ont fait de l'excellent
principe de la liberté , c'eft qu'ils l'ont appliqué
au commerce des grains , dans l'état de médiocrité
où eft l'agriculture chez nous , & chez les
Peuples auxquels nous fommes unis par le commerce.
Oui , fans doute , la liberté devroit être
• "le lien commun de toutes les Nations , elle devroit
faire leur bonheur mutuel ; mais dans le défordre
où font les Gouvernemens , la liberté peut deve
nir un préfent funefte. Avant de la prôner aufi
hautement , de vouloir la rendre indéfinie , relativement
aux chofes du premier befoin , il falloit
prouver que les Pays avec lefquels nous fommes
en relation de commerce , produifent , chaque
année , affez de bled pour nourrir leurs habitans ;
car enfin , quel Monarque ofera permettre à fes
fujets de fe défaire de leurs fubfiftances , s'ils ne
font pas affurés de les remplacer ? Envain dirat-
on qu'elles s'arrêtent d'elles- mêmes. Non , cela
n'eft point vrai . Si le hafard place un Royaume ,
médiocrement pourvu , à côté d'un autre qui fera
dans la difette , mais qui aura un numéraire confidérable
, alors le vuide fera prompt & le reinplacement
MAR S. 1777 . 193°
placement lent. Des milliers d'hommes feront les
victimes d'une liberté illimitée . Qu'on lui donne
donc des bornes à cette patrone du genre -humain
, jufqu'à ce que nous foyons dignes de la
pofléder toute entière . Quand la culture fera arrivée
à fon point de perfection , quand les correfpondances
feront établies par terre & par
eau chez tous les Peuples ; quand l'impôt
fera unique & territorial , quand enfin le gouver→
nement économique aura réformé tous les autres
abus , & que l'influence de fa fageffe fe fera faic
fentir , c'eft alors qu'il faudra étendre aux alimens
de première néceffité , la liberté déjà accordée à
tout le refte .
T
Voilà , fi je ne me trompe , le vrai point auquel
il faut ramener les jugemens qu'on a porté fur
la fcience économique. C'est par ce fage milieu
qu'elle fera le bonheur de nos neveux. On l'a
tournée en ridicule ; c'eft la raifon dès fots : mais
perfonne ne l'a combattu de fiont. On n'a point
détruit fes principes : on eft même affez convenu
de fes conféquences. Beaucoup de bons efprits
s'en font rapprochés , fans trop ofer fe l'avouer
à eux-mêmes. Dans bien d'excellens écrits , en
fe moquant des Economiſtes on a prefque
adopté leurs fentimens.
>
Rendons donc aux inverteurs & aux promoteurs
de la fcience le tribur qui leur eft dû. Ils
ont tiré du néant de grandes vérités , ils ont
démafqué des erreurs dont les plus grands politiques
faifoient la régle de leur conduite par
exemple , la préférence des manufactures fur ?
l'agriculture. Ils ont aimé le vrai ; ils ont eu le
courage de le publier. Jamais leurs écrits n'ont
refpire que la bienfaiſance & l'efprit de patrio-
1
19+ MERCURE DE FRANCE .
tifme. S'il y a eu quelques ombres à ce tableau ,
c'eft que le tableau de l'Univers même a fes ombres.
Faifons donc des voeux pour que les avantages
d'une découverte fi importante ne nous foient
pas ravis , par les bien excufables de ceux
qui l'ont publié̟………
torts
Par un Abonné au Mercure.
ARTS.
GRAVURES.
1.
Marche de Sylène , Eftampe d'environ 18
pouces de large für 15 de haut , gravée
par M. de Launay , de l'Académie
Royale de Peinture , d'après le Tableau
de P. P. Rubens. Prix -8 livres.
A Paris , chez de Launay , Graveur du
Roi , rue de la Bucherie , la porte-co-
-chère après la rue des Rats.
ON
19 1.0
reconnoît aifément le bon
homme Sylène à fa corpulence épaille ,
à fa couronne de lierre , à fon air joyeux
& content ; il eſt à moitié ivre ; deux
2
MARS. MA RS. 1777 $ 1
༡ ཉ་
Satyres le foutiennent; un troisièmejoue
de la double flute , tandis qu'une Bacchante
exprime , avec fes mains , fur le
père nourricier de Bacchus , des grappes
de raifin . Un Faune qui fuit cette marche
, fait fes efforts pour embrailer une
femme , fymbole de la kure , qui ac
compagne ordinairement livreffe. Une
cheyre & des enfans portant des raisins,
enrichiffent cette fcène bachique , dont
la gravure fait honneur à M. de Lau
nay. Les travaux de fon burin font bien
empâtés ; ily a dans l'enfemble, de l'laarmonie
& un fentiment de couleur qui
décèle l'Artifte intelligent .
A
Deux Eftampes Allégoriques, faiſant pendant,
d'environ 12 pouces de haut , fur
2. gode large, gravées par Louife Maffard,
. & dédiées à Madame la Ducheffe de!
Chartres: Prix lie , chaque Eftampe.
A Paris , chez Alibert , dans le jardin
du Palais Royal. !!
La première de ces deux Eftampes re
préfente Henri IV & fa Majesté Lois
XVI, accompagnée du Génie de la Fran-
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
ce. On lit au bas ces quatre vers de Henri
IV à Louis XVI.
Ami de la fageffe & de la vérité ,
Tu chéris les vertus & crains 'la Batterie ;
Perfévère , mon fils , chaque inftant de ta vie
Eft un pas que tu fais vers l'immortalités
IT
La feconde Eftampe nous fait voir
Impératrice - Réiné, qui adreffe ces paroles
à fon Augufte fille , que la France
ici perfonnifiée , eft prête à recevoir entre ·
fes bras :
Sèche tes pleurs , ma fille , en toi montré à la
France
Er la mère du Peuple & l'épouſe du Roi,
Pour adoucir les maux que m'offre ton abſence ,
Le bruit de tes vertus parviendra juſqu'à moi,
11 10..
Differens acceffoires ornent ces deux
fcènes intéreffantes , que l'Artifte a rendues
avec unburin fini & foigné,
III.
Le Loup Berger, & le Lion malade , deux
Eftampes en pendant , d'environ 8.
pouces de large , fur: 6 de haur , graMARS.
777.16 197
vées dans la manière du deflin, au T
crayon rouge & noir , par M. Demarteau
, Graveur . Prix liv. f.
chaque Eſtampe. A Paris , chez Demarteau
, Graveur , rue de la Pelleterie
, à la Cloche
On diftribue à la même adreffe , dans
le même genre de gravure , & dans le
même format , deux autres Estampes
faifant pendant l'une repréfentant un
enfant qui s'amufe à faire voler un oifeau
attaché à un fil , dlaprès M. Huet;
& l'autre deux enfans dont un dort ,
d'après M. Boucher. Prix 1 div. 5/fa chaque
Eftaniperitabalos !!
M. Demarteau vient auffi de publier ,
d'après les même Maître , une très - jo
lie étude dejeunes filles , gravée dans la
manière du deflin au crayon rouge &
noir , rehauffé de blanc fur papier
teinté. Prix livro f. Cette dernière
Eftampe , d'environ io pouces de haut ,
fur 7 de large , eft fous le No. 563 , de
l'oeuvre de feu M. Demarteau , qui a
Faiffé le fonds de toutes fes planches à
M. Demarteau fon neven . Ce jeune
Artiste a déjà donné bien des preuves de
fes talens dans le genre de gravure defon
I iij'
198 MERCURE DE FRANCE.
1
oncle. Nous pouvons même ajouter ici
que cet oncle, depuis plufieurs années ,
avoit entièrement confié à fon neveu &
à fon élève , le foin de foutenir , d'augmenter
même fa réputation dans le genre
de gravure qu'il avoitadopté & beaucoup
perfectionné.
21 V.
*
Tableaux Topographiques, Pittorefques ,
Phyfiques , Hiftoriques , Moraux , Politiques
, Littéraires de da Suiffe &
de l'Italie ,bornés de 100 Eftampes,
gravées par les meilleurs.Graveurs ,
d'après les deffins de MM. Robert
Pérignon , Fragonard , Paris , Poyet,
Raymond , de Barbier , Berthélemy
Menageot , le May , Houel , &c. &
des plus habiles Maîtres de l'Italie . A
Paris , chez Née & Maſquelier , Graveurs
, rue des Francs - Bourgeois , près
la Place S. Michel , Ruault, Libraire,
Lue de la Harpe. A Londres , la Société
Typographique , rue S. Yames' :
Lyde , Libraire , dans le Strand , &
chez les principaux Libraires de l'Europe
, 1777 , avec approbation & prívilège
du Roi. 1 .
MARS. 1777. *rgg
? Nous rendrons un compte détaillé de cet
ouvrage, un des plus importants qui aient
été annoncés dans ce fiècle . On fe propofe
, comme on voit par le titre de
faire connoître la Suiffe & l'Italie fous
tous leurs afpects ; l'Edition fera fuperbe
, imprimée fur beau papier, & ornée
de gravares précieufes en tout genre.
L'Ouvrage fera divifé en fix volumes ,
grand in-fol. Le premier contiendra la
Suiffe ; le fecond & le troisième , Rome
& les États du Pape . Le quatrième , Naples
& une partie de fon Royaume. Le
cinquième , la Tofcane , les États de Lucques
; ceux de Gênes , de Modène &
de Parme. Le fixième , les Etats de Venife
le Duché de Milan , les autres
Etats de l'Empereur dans l'Italie , le Piémont
& la Savoie ; il y a 200 Eftampes
par volume.
Ces Eftampes fe diftribueront fix par
fix , de mois en mois , & l'on fe flatte
d'en pouvoir donner un nombre plus
confidérable avant peu , afın que chaque
volume foit complet en dix-huit mois.
Le prix de chaque Eftampe fera de trente
fols pour les foufcriptions, & de quarante
fols
pour ceux qui n'auront point
foufcrit.
I iv
200 MERCURE DE FRANCE.
A la dernière hvraifon des Eftampes
de chaque volume , le texte fe diſtribuera
gratis .
Les Amateurs qui deûreront voir
quelques uns des deffins destinés à cet
Ouvrage , pourront fe tranfporter chez
les Graveurs ci - deffus indiqués ; il fe feront
un plaifir de fatisfaire lear curiofité
.
On peut foufcrire pour cet Ouvrage,
dans les Provinces , chez les principaux
Libraires.
La première livraiſon des Eftampes
que nous avons fous les yeux , atteſte les
foins donnés à cette entreprife , & les
talens des Artiftes qui y font employés.
Ces fix premières Estampes font des vues
de Suiffe , gravées avec tout l'efprit
tout le goût , tout l'effet que l'on peut
defirer.
Cette première livraifon du mois de
Janvier, s'eft faite chez les fieurs Née &
Mafquelier , chez lefquels on fouferit
actuellement , & qui font chargés de diftribuer
dans Paris, & de faire parvenir
en Province , franches de port , les fuites
d'Eftampes à l'adreffe de chaque Soufcripteur.
Les perfonnes qui voudront envoyer
MAR 34777
des Mémoires relatifs à cet Ouvrage
font priées de les leur adreffer.
6
On fera libre de ne foufcrire que pour
un volume deux , trois quatre , & c.
On trouvera dans chaque volume du
texte, une table qui indiquera les endroits
où les Eftampes doivent être placées .
La foufcription ne fera ouverte que jufqu'au
premier Avril 1777 .
1..
MUSIQUE
Macrolein , cholely rush
zing
A
PIECES D'ORGUES Hymne en fi
Majeur, dédiées à Madame de Schour , Abbeffe
de l'Abbaye Royale de Woilyne
en Flandre , compofce par M. Benaut
Maître de Clavecin . Prix 36 folsche
Peur
, rue Dauphine , la se porte-cochère
en entrant par le Pont-Netfl
aux adreffes ordinaires.
-olv
On trouve aux mentes adreffes, &
du même Compofiteurfil & filia,
avec , neuf variations arranges
Orgue . Prix 16 for Mimo
fols
PONT
of
202 MERCURE DE FRANCE .
1 I.
Quatre Sonates pour le Clavecin, avec
accompagnement d'un violon ; dédiées
à Madame d'Argenville , la jeune , par
M. Edelmann . OEuvre V ; fe vend
chez l'Auteur , rue du Temple , chez M.
d'Argenville , Maître des Comptes .
11 I.
1
>
com- Six Duo pour deux violons
pofés par C. F. Lefcot , Muficien de la
Comédie Italienne. Prix 7 liv . 4 fols .
A Paris , chez l'Auteur , rue du Rempart
Saint- Honoré , maifon de M. Boulanger
, Marchand de Bas , vis-à vis la
' rue S. Nicaife . Le fieur Huguet , rue
Pavée S, Sauveur , maifon de M. le Roi ,
Banquier , & aux adreffes ordinaires de
Mufique.
Ci
IV.
Concertino per violino principale due vio
lini , due flauti , due corni , alto viola &
baffo , del Signor Ulric Schmitte, ordina
rio dicapilladi.Mayence, 3 liv. 12 fols . mis
au jour & gravé par MadameTarade . APaMARS.
1777 . 201
7
ris , chez Madame Tarade , Marchande
de Mufique , rue Coquillière , à la Lyre
d'Orphée , & aux adreffes ordinaires,
On trouve aux mêmes adrefes & du
même Compofiteur , Sei quartettiper due
violini , alto viola & baffo. OEuvre I.
Prix 9 liv.
V.
La vieille Coquette : air comique,avec accompagnement
de forté-piano , par M.
Albanèfe , Muficien du Roi. A Paris ,
au Bureau du Journal de Mufique , rue
Montmartre , vis -à vis celle des Vieux-
Auguftins & aux adreffes ordinaires ,
prix 24 fols.
,
*
On trouve aux mêmes adreffes , & du
même Compofiteur , Réponse au billet
d'invitation de Madame T ***. Prix
24 fols.
V.I
Concerto pour le clavecin ou le pianoforte
, avec accompagnement de deux
violons , alto , baffe & cor ad libitum ,
dédié à M. de Vermonet fils Fermier
des Domaines du Roi , par R. J. Dreux.
>
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
?
prix 4 liv . 4 f. A Paris , chez l'Auteur ;
rue S. Avoie , la deuxième porte- cochère
au-deffus de la rue des Blanc-Manteaux ,
& auxadreſſes ordinaires.
VII.
Sonates en trio pour le clavecin ou le
piano , un violon & un alto , dédiées
à Mademoiſelle de Franclieu , par M.
Tapray , Maître de Clavecin . OEuvre
IV . Prix 6 liv. AParis, chez l'Auteur,
rue des Deux-Portes S. Sauveur, près
la rue Thévenot , & aux adreffes or
dinaires.
La réputation de cet habile Maître ;
le fuccès des Ouvrages qu'il a déjà publiés
en ce genre , fuffiroient pour faire
rechercher avec empreffement ces fonates
; mais nous devons dire qu'il s'ef
furpaffé dans les nouvelles compofitions
que nous annonçons , & qu'il a fu al
lier le chant le plus agréable , les modulations
les plus heureuſes , & les motifs
les plus neufs & les plus piquants , à
une harmonie favante & pleine d'effets.
MARS. S. 1777. 205
VIII
Ve, Recueil d'Arrietes , d'Opéra Comiques,
& autres, avec accompagnement
de guittare , menuers , Allemandes , &
autres airs connus pour la guittarre feule,
par M. Tiffier, de l'Académie Royale de
Mufique, Euvre Xe. Prix 4 liv . 4fols . A
Paris , chez l'Auteur , rue S. Honoré ,
près l'Oratoire, à la Gerbe d'or ; le Marchand,
à la Salle de l'Opéra, & aux adref
fes ordinaires de Mufique. A Verſailles,
chez Blaizot , rue Satory.
I X.
Méthode de Guittarre , pour apprendre
feul à jouer de cet inftrument , fur les
principes de M. Patouart fils , par M.
Corbelin , fon élève . Prix 13 liv . A Paris ,
chez l'Auteur , Place S. Michel , maifon
du Chandelier , au Cabinet Litté
téraire , Pout Notre-Dame , chez le fieur
la Flèche , Marchand de Tabac , fur le
Pont-Neuf , au N° . 6. A Verfailles , chez
Blaifor , rue Satory , & aux adreſſes or
dinaires de Mufique.
206 MERCURE DE FRANCE.
X.
Six Quartetti pour deux violons , alte
& violoncelle , par M. Jadin. OEuvre I.
A Bruxelles , chez MM. Van-Ypen &
Pris. A Paris , chez M. Cornouaille , &
au Bureau du Journal de Mufique ,
rue Montmartre , vis-a -vis celle des
Vieux Auguftins Prix 9 liv . ୨
La première partie du fecond, du quatrième
& du fixième de ces Quatuor ,
peut convenir également au violon & à
la flûte.
X I.
Dialogue Paftoral , avec accompagnement
de balle par le même à la ,
même adreffe . Prix 12 f."
›
BIENFAISANCE.
LA Manufacture des Bas de ſoie à Nîmes,
éprouve dans ce moment une inaction
caufée par l'engorgement d'une des
MARS. 1777. 207
J
principales branches de fa confommation .
Cette ceffation de travail , jointe à la rigueur
de l'hiver , met un grand nombre
d'Ouvriers hors d'état de fe procurer des
fubfiftances. M. de Bec- de Lièvre , Evêque
de Nîmes , touché de la fituation de
cette claffe de Citoyens utiles , s'eft hâté
de venir à leur fecours. Ayant fait aſſemfembler
les principaux Fabricans, il les a
engagés à ouvrir parmi eux, une foufcriptionpour
fecourir leursOuvriers indigens,
jufqu'à ce que le retour d'une faifon plus
tempérée & le réveil du commerce leur
fourniffent les moyens de vivre de leur
travail : il a voulu foufcrire lui -même
pour une fomme qui excède la moitié
de celle qui a été jugée néceffaire pour af
furer la fubfiftance des malheureux Ouvriers
pendant cette crife facheufe. Ce
Prélat vertueux & fenfible , a fouvent fignalé
fa bienfaifance , par des traits d'au
tant plus louables, qu'il a toujours foin
de les envelopper de l'humilité Chrétienne.
Tout récemment, il a fait conftruire
, à fes frais , une Eglife Paroiffiale
, dout la dépenfe d'environ cent mille
livres , auroit été à la charge de la ville
de Nîmes .
208 MERCURE DE FRANCE.
II.
Un enfant d'environ 9 ans , s'arrêta ,
il y a quelque tems , à Vienne , devant
le caroffe de l'Empereur, & lui dit : » Sire,
» je n'ai jamais mendié ; mais ma mère
» fe meurt ; pour avoir un Médecin il
» faut un florin : nous n'avons point de
florin.... Ah ! fi V. M. me donnoit
» un florin , que nous ferions heureux ! »
L'Empereur s'étant informé du nom &
de la demeure de la malade , l'enfant fatisfit
à ces questions , & fe jetant à genoux
, ajouta que c'étoit la première &
la dernière fois qu'on le voyoit mendier.
Le Monarque lui ayant donné un florin,
Penfant difparut aufi -tôr. Cependant
T'Emperent s'enveloppe du manteau d'un
de fes gens , & fe rend chez la malade,
quile prenant pour un Médecin , lui fait
le détail de fa maladie , & lui indiquant
le mémoire & le papier de fon fils , le prie
de lui faire la recette convenable à fa guerifon
; l'Empereur écrit l'ordonnance , la
confole & fe retire . L'enfant , étant rentré
un inftant après avec fon florin & un
Médecin , la mère étonnée , dit qu'elle
avoit déjà eu la vifite d'un Docteur , qui
MAR S. 1777. 200
lui avoit fait une recette. Le Médecin
ayant jeté les yeux fur la prétendue recette
, reconnut la fignature de S. M.
Impériale , & expliqua l'énigme ; c'étoit
une affignation de so ducats fur les épargnes
du généreux Souverain .
Variétés , inventions utiles , établiſſemens
nouveaux , &c.
I.
Méchanique d'un genre nouveau .
UNN Horloger d'une ville maritime de
Bretagne , vient de mettre au jour deux
pièces fingulières & intéreffantes ; l'une
repréfente la mer agitée , avec des vaiffeaux
en mouvement & en marche , fe
fuccédant les uns aux autres , & difparoiffant
, avec des côtes variées , & diverfes
chofes ayant trait à la compofition
d'une vue maritime , comme marfouins
, oifeaux- pêcheurs , moulins - àvent
& à l'eau ; une perfonne fe balançant
continuellement à une branche
d'arbre au bord de la mer : le tout fai
210 MERCURE DE FRANCE.
fant un point de vue admirable . Ce
buffet eft propre & orné de plantes ma
rines.
> Dans un cadre on y voit les phafes
de la lune & fon quantième , l'heure à
laquelle la mer eft pleine chaque jour auk
villes de France & d'Europe.
La feconde pièce eft un baffin où il y a
trois vaiffeaux d'une délicateffe extraordinaire;
le plus grand étant de 7 pouces de
quille, portant 120 pièces de canon; tous
les trois ont leur mouvement différent.
On voit ces Ouvrages à la Foire Saint
Germain.
II.
Induftrie.
Un Particulier vient d'inventerun fcie
courbe pour faire du merrein , que MM.
de l'Académie des Sciences ont approuvée
, & qui eft d'une grande utilité pour
façonner le merrein , & économiser les
bois. L'inventeur a reçu une gratification
de S. M. Par le moyen de cette fcie ,
on retire d'un arbre trois fois plus de merrein
que par la fendaiſon , & il eft infiniment
meilleur. En l'employant pour les
tonneaux , on n'a pas befoin de les doMAR
S. 1777. 211
ler. On trouve des modèles de cerce
machine chez Madame Magueline , rue
& Ile Saint- Louis , vis -à-vis un Harloger
, à Paris.
C
ANECDOTES.
.: I..
Nétourdi affiftoir à une Tragédie
de Dryden , à côté de ce Poëte , & fe
moquoit de la vertu du Héros de la
pièce , difant qu'en tête à -tête avec
une femme , il favoit mieux employer
899
fon tems ». Je le crois bien , lui rẻ
pondit Dryden ; mais auffi vous me permettrez
de vous dire que vous n'êtes pas
un héros.
11.
M. de Colbert ayant appelé les plus notabies
Marchands de Paris, pour les confulter,
les pria de parler librement, & leurdit
que celui qui parleroit avec plus de
franchife , feroit fon meilleur ami . Un
nommé Hazon prit la parole & lui dit :
Monfeigneur , vous avez trouvé le Char212
MERCURE DE FRANCE.
riot renversé d'un côté , vous ne l'avez
relevé que pour le renverfer de l'autre.
M. de Colbert lui répondit avec une
vivacité qui témoignoit fon mécontentement
: Comme vous parlez , mon ami ?
Monfeigneur, reprit Hazon , je demande
très-humblement pardon à V. G. de la
folie que jai faite de me fier à fa parole.
1 J I.
On faifoit voir un Cimetière au Sauvage
d'Otahiti , arrivé depuis peu à
Londres. Lorsqu'on lui en eut expliqué
l'ufage , il demanda fi tous ceux qui y
étoient enterrés étoient morts de l'Inoculation
. Sur la réponse qu'on lui fit
que cette opération étoit , au contraire ,
un préfervatif contre une maladie dangereufe
: J'aurois cru , dit-il , à la peur
qu'on en a , que tous le monde en mouroit.
IV.
Un Irlandois fe trouvoit dans un
cercle où l'on differtoit fur la falubrité
des différens climats , & fur leurs qualités
plus ou moins favorables à la longevité
de l'efpèce humaine : Pour moi ,
MARS. 1777 213
» dit-il , fi je connoiffois un pays où
» l'on fût certain de ne pas mourir
j'irois y finir mes jours
»
V.
" .
L'histoire a fait remarquer que la
fort une étoit quelquefois acharnée à
perfécuter certaines familles , entre autres,
celle des Stuarts . L'exemple du Préfident
Rançonnet n'eft pas moins frappant
: il en effuya toutes les rigueurs.
Né avec une fortune honnête , un procès
malheureux le conduifit à fervir de
Correcteur d'Imprimerie, chez les Étienne
, pour pouvoir vivre . Sa vie entière eft
une chaîne de malheurs. Sa fille mourut
de mifère fur un fumier. Son fils
périt par la main du bourreau . Sa femme
fut écrasée d'un coup de tonnerre ,
& lui- même, mis en prifon par ordre du
Cardinal de Lorraine , termina fa malheureuſe
vie en fe mettant une plaque
de marbre fur le ventre , après avoir
trop mangé de pâté.
2F4 MERCURE
DE FRANCE
.
AVIS.
I.
Pommade
pour les hémorrhoïdes
.
GETTE pommade guérit radicalement
les héde
jours ,
morrhoïdes internes & externes , en peu
fans qu'il y ait rien à craindre de retour de cetre
maladie , ni accidens pour la vie en les gué
riffant ; prouve par nombre de certificats authentiques
que l'Auteur a entre fes mains , & pat
un nombre infini de perfonnes dignes de for ,
de tout âge & de tout fexe, guéries radicalement
depuis plufieurs années , &c. pat l'ulage
qu'elles ont fait de cette pommade , inventée &
comparée par le fieur C. Levallois , ancien Herborite
, pour la propre guérifon à lui-même ,
au mois de Mai 1763. 1.
་
Cette pomarade fair fon opération avec une douceur & une diligence furprenantes
, en ôtant
d'abord les douleurs dès fes premières applications.
Elle eft diviféé en deux fortes , pour agir
enfemble de concert : l'ume eft préparée en fup- '
pofitoires, pour être infinuée &amollir les bémor
rhoïdes internes par une douce tranſpiration ;
l'autre eft applicative furles externes , pour
dre & diffoudre , avec la même douceur , les
fonMARS.
1777. 21)
grofleurs externes & recevoir au dehors la
tranfpiration qui fe fait intérieurement .
L'on diftribue cette pommade avec approbation
& permiffion , chez l'Auteur , Vieille rue
du Temple , maifon de M. Barnoult , en face
de la rue Sainte Croix de la Bretonnerie ; & à fes
dépôts , chez M. Deloche , Marchand Limonadier
, au coin de la rue de la Perle , à Paris. A
Sens grande rue , chez M. Evrat , Marchand
Chaudronier .
Pour les hémorroïdes nouvelles , les deux demiboîtes
, avec trois fuppofitoires , font de 3 liv.
joint à un imprimé qui indique la manière de
s'en fervir.
Le prix des doubles boires , avec fix fuppofitoires
, pour les hémorrhoïdes anciennes , eft de
6 liv.: quant aux invétérées de 10 , 20à 30 ans ,
il faut redoubler l'ufage de la . pommade , & il
s'enfuit toujours le bien- être defiré.
Les perfonnes de Province qui defireront fe
procurer de cette pommade , font priées d'affran
chir leurs lettres , & d'indiquer leur meſſagerie.
I I.
Nouveau Bureau d'Écriture.
Nouveau Bureau où l'on entreprend tout ce
qui concerne l'écriture , tel que lettres , placets ,
mémoires, comptes , groffes d'Avocats , &c.
On y traduit les langues latine , italienne
espagnole , angloife , allemande & autres. On y
216 MERCURE DE FRANCE.
déchiffre les anciens titres . On y copie la mufique.
Le grand nombre & l'habileté des Sujets employés
dans ce bureau , les met dans le cas de
fervir le Public avec célérité & exactitude.
Ce bureau est établi rue de Viarmes , près celle
de Sartine , nº. 7 , nouvelle Halle.
II I.
Eau de Fleur d'Orange double.
Madame Savoie , rue Thérèſe , butte St Roch ,
vend du iniel de Maite & de l'eau de fleur d'orange
double du nemt pays , d'où elle attend de jour à
autre fon premier envoi d'oranges. On peat lui
écrire pour les demandes , elle fe charge de les
envoyer.
I V.
Moutardepour les engelures, vinaigres, &c.
Il s'agit d'un remède contre une des plus fréquentes
incommodités qui réfultent de l'hiver.
Les perfonnes qui s'expofent fréquemment à la
rigueur du froid , & le plus grand nombre eft
contraint de s'y expofer, font presque toutes
attaquées d'engelures ; celles même qui peuvent
ne l'affronter que rarement , n'en font pas toujours
exemptes. La moutarde que nous annonçons eft
l'expédient le plus fûr pour s'en délivrer, Elle eſt
de
MAR S. 1777. 217
譬
de la compofition du fieur Maille, Vinaigrier- Diltillateur
ordinaire du Roi , & de leurs Majeftés
Impériales, qui continue de la diftribuer gratuitement
aux perfonnes néceffiteufes Cette diftribution
a commencé le premier Dimanche de Novembre
dernier , & aura lieu tous les Dimanches
jufqu'au dernier Avril prochain , depuis huit
heures du matin jufqu'à midi ; elle fe fera même
tous les jours , en faveur de la Garde de
Paris. Il faut s'adreffer au
,, pour cet effet ,
Magafin général des Vinaigres du fieur Maille,
rue Saint André- des -Arts , la troisième porte- cochère
à droite en entrant par le Pont S. Michel.
MM. les Curés, dans toute l'étendue du Royaume,
peuvent profiter du même avantage en faveur
des pauvres de leurs Paroiffes , en ayant
à Paris un correfpondant, à qui ils enverront un
certificat du nombre de ceux qui en auront beſoin
& qui vienne au bureau avec un pot , on lui
en donnera , fuivant la quantité des perfonnes.
Nous allons indiquer , en faveur des perfonnes
opulentes ou aifées, les différents Vinaigres dont
le fieur Maille eft le feul inventeur & diftributeur.
Ils feront une nouvelle preuve des progrès
que l'induftrie fait parmi nous dans tous les genres.
On trouve donc d'abord le Vinaigre de
Rouge, déjà bien connu , divifé en trois nuances,
qui toutes imitent les couleurs naturelles au point
-de tromper la vue , fur -tout fi la peau eft blanche
& fi on emploie ce vinaigre jufqu'à cer
tain degré. Ufage très - commode , foit pour
Jes perfonnes qui préfèront les couleurs naturelles
à celles qui femblent tenir davantage de
L'art; foit pour celles qui fréquentent les bals ,puif
K
218 MERCURE DE FRANCE .
qu'il a la vertu de ne point s'effacer, quelque cha
leur que faffe éprouver la danfe , & même quoiqu'on
s'efluie le vifage. On ne parvient à
Tenlever qu'avec du vinaigre de millepertuis,
La qualité cofmétique de ces deux vinaigres , conferve
à la peau toute fa fraîcheur , la préſerve
des rides , donne aux lèvres une belle couleur
vermeille , empêche qu'elles ne fe gercent , même
durant le plus grand froid ; & de plus , il
réunit la propriété rare d'empêcher le rouge en
poudre de couler.
Vient enfuite le Vinaigre Romain , employé
avec le plus grand fuccès depuis nombre d'an
nées , pour la confervation des dents , les blanchir
, arrêter le progrès de la carie , empêcher les
autres de fe carier, les raffermir dans leurs alvéoles
; guérir les petits chancres & ulcères de la
bouche.Il eft fur- tou: de la plus grande utilité aux
perfonnes qui fréquentent la mer , qui habitent
Tur fes bords ou fur ceux des rivières, ou même
des endroits froids & humides , ainfi qu'à celles
qui font fujettes aux pituites & aux férofités.
Le Vinaigre de Storax qui blanchit la peau &
empêche qu'elle ne fe ride. Le Vinaigre admirable
& fans pareil , pour les perfonnes qui vien
nent d'avoir la petite vérole. Le Vinaigre d'Epour
les dartres . Le Vinaigre de Turbie
qui guérit radicalement le mal de dents . Le Vi
naigre defleurs de citron , pour les boutons , Le Vi
naigre de racines , pour les taches de la peau &
les mafques réfultantes d'ane couche. LeVinaigre
de Vénus , pour les vapeurs. Le Vinaigre Royal,
pour la piquure des coufins. Le véritable Vinaigre
des quatre Voleurs , préfervatif affuré concre
MARS. 1777. 219
le mauvais air . Le Vinaigre à l'uføge de la garde-
robbe , & pour les perfonnes fujettes aux hémorrhoïdes.
Le Vinaigre rafraîchiffant pour ôter
le feu du rafoir . Le Vinaigre digeftif; le Vinigre
fcellitique, pour conferver la voix . Un excellent
Stop de Vinaigre , & en outre tous les Vi
naigres deſtinés à l'ufage de la table , au nom;
bre de deux cens fortes ; de plus , différentes
efpèces de moutardes aux câpres & aux anchois,
par extrait d'herbes fines ; moutarde aux truffes
; moutarde à la ravigoite ; moutarde au jus
de citron ; moutarde des fix graines , & plufieurs
autres , qui ont toutes la propriété de fe
conferver un an & plus , & même de paller
la mer fans rien perdre de leur qualité : il en
eft ainfi des Vinaigres qui vienneur d'étre indiqués
; ils ont en fus là propriété de fe confeiver
autant qu'on le defire.
Les moindres bouteilles des Vinaigres énoncés
ci- deflus , font de trois livres , à l'excep ion du
Vinaigre rouge , de feconde nuance , qui eft de
quatre livres; celui de la troisième nuance , de cinq
livres , & le Vinaigre admirable & fans pareil
de quatie livres dix fols.
Les moindres pois de moutarde pour les en
gelures , font de trente fols, pour les perfonnes
en état de payer.
On répère ici que le fieurMaille eft le feul inventeur
de toutes ces différentes fortes de Vinaigres
, & qu'ils ne le diftribuent que chez lui , Cette
obfervation eft néceffaire pour prévenir la ma→
noeuvre des contrefacteurs, & empêcher que le
Public ne foit trompé par eux. Les Perfonnes des
Kij
220 MERCURE DE FRANCE .
-
Provinces de Franee & des Royaumes étrangers >
qui voudront fe procurer quelques -uns de ces
différens objets , peuvent écrire au ſieur Maille, à
l'adreffe ci- deffus & en remettant l'argent par la
Pofte , franc de port , ainfi que les lettres . Il leur
fera tenir très -exactement ce qu'elles demanderont
, & leur indiquera la manière d'un faire uſage
, quand l'objet fera fufceprible de cette explication.
NOUVELLES POLITIQUES.
De Seyde , les Novembre.
la tran-
LEPacha de Damas , a , dit-on , envoyé à
Ali Daher trois ou quatre cens hommes qui , feignant
de vouloir ſe dévouer à ſon ſervice , font
fa confiance & lui ont tranché
parvenus à gagner
la tête ; le pays de Saphed eft par-là délivré entièrement
des Dahers , & l'on efpère que
quillité va s'y rétablir enfin. Le Pacha de Damas ,
qui n'a pu tromper Ali Daher que parce qu'il
l'avoit longtems foutenu en fecret , ôteà notre
gouverneur Gedzar le fruit de tous les mouvemens
qu'il s'étoit donnés , depuis la prife d'Acre , pour
s'affurer de la perfonne de ce rebelle, & parvient
à faire oublier la complicité , en délivrantla Porte
de ce dangereux ennemi.
MARS. 1777. 221
De Tunis , le 12 Décembre.
Le Bey a notifié à fa cour qu'il avoit réfolu de
faire paffer un envoyé auprès de Sa Majesté Très-
Chrétienne , & qu'il avoit confié cette commiffion
honorable & importante à Suleiman Aga ,
général de la cavalerie , & fon parent , qui étoit
debout à côté du trône du Bey , & qui , après,
avoir fait ſes remerciemens à ce prince , reçut les
complimens des grands du Pays.
De Sainte Croix de Ténériffe , le 2 Novembre.
,
L'efcadre Eſpagnole , aux ordres du marquis
de Tilly , qui avoit appareillé le 13 de Cadix ,
a paffé , le zo de ce mois , à la hauteur de cette
Inle , où elle a été apperçue vers neuf heures du
matin : elle a paru compofée de cent dix- huit voiles.
La frégate la Sainte - Thérèfe , ayant pris
fa bordée pour le Port de Sainte-Croix , détacha
à quelque diftance , fa chaloupe , avec
officier chargé de remettre un paquet au marquis
de Tavalos , commandant- général des Canaries.
Cet officier n'a point dit quelle étoit la deftination
de cet armement' , & il a rapporté que les chefs
refpectifs étoient munis de dépêches , qu'ils ne
devoient ouvrir qu'après avoir perdu de vues ces
ifles.
De Vienne , le 25 Janvier.
un
Tous les régimens viennent de recevoir l'ordre
de fe tenir complets , & l'on s'eft déjà aſſuré des
perfonnes qui feront chargées de conduire les
Kiij
211 MERCURE DE FRANCE.
fourgons & les canons , afin que tout foit prêt à
maicher à tout événement .
De Londres, te 18 Janvier.
On affure ici que la derté de la Lifte civile
montoit , à la fin de 1776 , à la fomme prodigieufe
de 860 , oco livres fterling , & l'on elt perfuadé
qu'il va être propofé , dans le cours de la feelfion
actuelle , une augmentation de 200 , 000 livres
fterling par an pour le revenu du Roi.
Avec quelque vigueur que l'on ait pouffé la
preffe , la grande flotte d'obſervation ne peut être
complettement équipée qu'à la fin de Mars , &
alors elle s'affemblera à Spirhead.
Les miniftres font aujourd'hui l'examen de
quelques perfonnes fufpectées d'être les incendiaires
qui ont mis le feu au magafin de Portf
mouth , & depuis à divers quartiers de la ville
de Briftol.
Une lettre du fergent Thompson , d'un de nos
régimens à Québec , nous apprend que l'armée y
eft tellement infectée de maladies , que dans la
plupart des régimens il n'y a pas plus de trois cens
Vingt ou trois cens quarante hommes en état de
fervir. Les couvens de Religieufes font convertis
én hôpitaux , où nos malades reçoivent les foias
les plus charitables de la part de ces fille cloîtrées,
qui , malgré la différence de culte religieux , pa
roiffent fort attachées à nos intérêts.
On parle de nouvelles dépêches du général
Howe, arrivées à l'adminiftration , & dont elle
garde le fecret ; cette prétendue récicence donne
MARS. 1777. 224
lieu au bruit qui fe répand , qu'une des brigades
Heffoiſes , poftée près de Trenton , a été ſurpriſe
par un détachement du général Washington , &
qu'après un combat affez vif , trois ou quatre
cens hommes au plus de cette brigade ont trouvé
leur falut dans une prompte retraite ; cet événement
, fuppofé vrai , ôte aux Américains , pour
cette campagne , toute crainte fur le fort de
Philadelphie .
On fait , pour la campagne prochaine , des
préparatifs plus grands encore que pour la ders
n ère; l'armée fera , dit - on , compofée
au printemps , de cinquante mille hommes , dent
quinze mille Allemands , pour le complettement
defquels on a fait de nouveaux traités , en Décembre
dernier, avec le prince de Heffe ; le nombre
additionel de troupes montant à mille foixantefept
hommes que ce Prince doit fournir , ne confftera
qu'en infanterie , à laquelle on n'attache-
La point d'officiers -généraux , On obferve encore ,.
à l'égard de ces troupes auxiliaires , qu'elles coûteront
cette année un quart de moins que les
premières. Elles s'embarqueront à Hambourg le
to Mars , & les Vaiffeaux de tranfport ont ordre
de fe rendre le 10 dans ce port. Ces bâtimens
qui avoient coûté 12 f. 6 d. fterl . par tonneau &
par mois , font frétés aujourd hui à ro f. fterl
& l'on attribue cette baiſſe de prix à la moindre
activité de notre commerce , & au grand nombre
de petits bâtimens de tranfport , qui ont été
licenciés ,
A l'égard des nouvelles de l'Amérique , elles
ne peuvent être plus incertaines , puifque le bruit
de la prife du général Lée & de celle de Philadel
Kiv
224 MERCURE DE FRANCE.
phie , après un combat très- vif , n'eft point confirmé
par une gazette extraordinaire de la Cour ,
à laquelle des événemens auffi heureux ne peuvent
être indifférens . Ce qui porte encore à douter
du premier fait , c'eft que dans un récit , le
général Lée a été pris feul , dans une maiſon
avancée , où il avoit eu l'imprudence d'entrer ,
fans у être foutenu par aucun corps ; que , dans
une autre , il a été fait priſonnier dans la bataille
qui a décidé la perte de Philadelphie ; & que ,
dans un troisième , c'eft à l'ifle de la Providence ;
la prife de Philadelphie eft auffi conteftée , parce
que , dit - on , le général Howe n'y peut aller fans
paffer la rivière de Delaware , & qu'il manque de
pontons néceffaires à ce fujer.
De Cadix , le 21 Janvier.
L'officier de la tour des Signaux apperçut , le
s de ce mois, à la hauteur de ce port , un convoi
Anglois compofé de vingt- deux voiles , qui
faifoit route au détroit de Gibraltar ; il s'en détacha
cinq bâtiments qui vinrent mouiller lemême
jour en cette baye , & dont les capitaines ont
rapporté que ce convoi étoit parti des Dunes le
16 décembre dernier , compofé de cinquante voiles
, fous l'escorte d'un vaiffeau de foixante canons
, & que le refte de ces bâtimens s'étoit rendu
dans différens ports de la Biſcaye & du Portugal
.
De Carthagène , le 14 Janvier.
La cour vient de défendre l'entrée en fès arfenaux,
à toute perfonne de quelque qualité &,
MARS. 1777. 225
condition qu'elle foit , excepté aux employés &
aux officiers de marine ; le commandant général
de ce Département en a reçu l'ordre par le der-.
nier courier , & l'a mis fur le champ à exécution .
L'exemple des incendies furvenus dans les arfenaux
étrangers, a donné lieu à cet acte de rigueur .
De Civita- Vecchia , le 23 Décembre .
Le Pape fait faire des fouilles aux environs de
cette ville , & fingulièrement aux bains de l'Empereur
Trajan , appelés Taurini , & a un autre
endroit nommé la Seracinefca , anciennement
Caftrum Novum , où il y a encore quelques débris
de murailles antiques . Ce travail n'a pas répondu
jufqu'à préfent à l'efpérance du Saint-
Père ; car , à la réserve de quelques carreaux de
marbre jaune & Africain , & d'un pavé de mo
faïque ancien , on n'a encore rien trouvé.
De Rome , le 3 Janvier.
L'anté- muraille du port de Civita- Vecchia
élevée par l'empereur Trajan , ayant été endom
magée en plufieurs endroits , a été réparée par
les bienfaits du Pontife régnant , & on y agravé
une infcription à la gloire du Saint- Père.
Le gouverneur d'Aquapendante , petite ville
de l'Etat Eccléfiaftique fur la route de Toscane ,
a été trouvé ces jours derniers égorgé dans fon litz
on n'a pointencore découvert l'auteur de ce meuztre.
Le tribunal de la police de Rome a condamné à
mort les nommés Robert Pucci & Fulvius Zoli
Ky
226 MERCURE DE FRANCE.
convaincus d'avoir fait contre la Mufe Coriliaune
Comédie fatyrique , dans laquelle ils avoient
même manqué de refpect à la perfonae faciée du
Pape. On elpère que Sa Sainteté leur fera grace
de la vie , mais l'on croit que s'ils ne font pas
envoyés aux galères , ils feront au moins bannis
à perpétuité des états du Saint Père.
Le tribunal des inquifiteurs d'Etat vient de défendre
aux Patriciens de fe faire voir fur la place
de Saint-Marc autreinent qu'en robe de leur état
ou fous le mafque.
De Toulon, le 24 Janvier.
Le bâtiment chargé des préfens que le Bey de
Tunis envoyé au Roi , a précédé de quelques
jours la frégate l'Aurore , commandée par le
chevalier de Coriolis d'Efpinoufe , capitaine de
vaiffeau , fur laquelle eft embarqué Suleiman
Aga , général de la cavalerie du royaume de
Tunis , & envoyé du Bey auprès du Roi. Elle
a mouillé dans cette rade le 19 de ce mois.
Du 9 Février.
Le terme fixé pour la quarantaine de Suleiman
Aga , envoyé du Bey de Tunis auprès du
Roi , étant expiré , il s'eft embarqué ce matin
an Lazareth , dans le canót du Commandant de
la Marine , qui lui avoit été envoyé avec celui
de l'Intendant , & il s'eft rendu à Toulon , accompagné
de plufieurs officiers de la Marine , de
deux Secrétaires Interprêtes de Sa Majeſté pour
les Langues Orientales , de deux Officiers de la
MAR. S. 1777. 217
Garde du Bey , de fon fecrétaire & des gens de
fa fuite. En pallant près du vaiſeau Amiral , il
a été falué de ſept coups de canon , la garde a
pris les armes , & on a battu aux champs. En
fortant du canot , il a monté dans la voiture du
marquis de Saint Aignan , lieutenant général
des armées navales , commandant la Marine ,
qui l'attendoit fur le quai , & il a été conduit
au jardin du Roi , où fon logement avoit été
préparé. Les différens corps- de garde qui le font
trouvés fur fon paffage , ont pris les armes &
bartu aux champs.
On a établi une garde à la porte du Jardin du
Roi , où l'Envoyé fera quelque féjour , pour
fe repofer des fatigues de la mer , recevoir &
rendre les vifites d'ufage . Il fe propefe de partir
enfuite pour Paris.
De Verfailles , le 22 Février.
&
Le 19 , le Roi ayant jugé à propos
de fixer
par le fort , le rang des trois Vieux Régimens , &
des trois dénommés Petits- Vieux , qui rouloient
enfemble , Sa Majesté a fait tirer , Elle-même ,
dans fon chapeau , les Colonels , chacun fuivant
l'ancienneté de fon rang de Colonel , à cont
mencer par les trois premiers Régimens . Par le
fort , le Régiment de Piémont , dont le comte de
Peyre eft colonel , s'eft trouvé le premier ; celui
de Navarre , dont le comte de Rochechouart eft
colonel , le fecond; & celui de Champagne ,
dont le marquis de Seguelay eft colonel le
troisième.
y
Des trois autres Régimens , celui de Bourbonnois
, dont le marquis de Laval eft colonel ,
K vj
228 MERCURE DE FRANCE.
s'eft trouvé le premier ; celui de Béarn , dont le
marquis de Crenolle eft Colonel , le fecond ; &
le Régiment d'Auvergne , dont le vicomte de
Laval eft Colonel , le troisième.
De Paris , le 14 Février,
Le 26 du mois dernier , Pierre Luftre Attolinghi
, Juif, âgé de cinquante - fix ans , né à
Modène , a été baptifé dans l'Eglife de Saint-
Génis - lès - Ollières , près Lyon , par l'Abbé
Cazade , Docteur en Théologie de l'Univerfité
de Toulouſe , qui l'avoit inftruit ; ce Cathécumène
fut auffi admis à la Table Euchariftique
avec fon fils aîné ; tous les autres enfans
furent baptifés comme lui.
PRESENTATIONS.
Les députés des états de Cambrai , du pays &
comité du Cambréfis , ayant obtenu du Roi la
permiffion de lui être préſentés , furent admis le
mêmejour à l'audience de Sa Majefté , à laquelle
il furent préfentés par le maréchal de Soubife ,
gouverneur de la Flandre , Haynault & Cambréfis
, & par le prince de Montbarrey , fecrétaire
d'état , & en furvivance au département de la
guerre , ayant celui de la Flandre. La députation
qui fut conduire à l'audience de Sa Majefté par
le fieur de Nantouillet, maître des cérémonies ,
étoit compofée , pour le clergé , de l'archevêqueduc
de Cambrai , prince du Saint - Empire , qu
MARS. 1777. 229
porta la parole ; pour la nobleffe , du marquis
Dufart du Catelet ; & pour le tiers- état , du fieur
Lefebvre.
La députation fut enfuite rendre les refpects
à la Reine & à la Famille royale.
Le comte de Montmorin , miniftre plénipotentiaire
du Roi près l'Electeur de Trêves , de
retour ici par congé , a eu , le 9 février , l'honneur
d'être préfenté au Roi par le comte de Vergennes
, miniftre & fecrétaire d'état au département
des affaires étrangères.
Le fieur Radix de Sainte -Foix , miniftre plénipotentiaire
du Roi près le duc de Deux- Ponts ,
s'étant démis de cette place , Sa Majefté y a nommé
le comte O-Kelly , qui , le même jour , a cu
l'honneur d'être préfenté , en cette qualité , au
Roi , par le comte de Vergennes , miniftre &
fecrétaire d'état au département des affaires étrangères
, & de faire fes remercîmens à Sa Majesté.
bri-
Le comte de Roquefeuil , lieutenant - général
des armées navales , & le baron de Tott ,
gadier des armées du Roi , ont eu l'honneur
d'être préfentés à Sa Majefté , le 16 Février , par
le fieur de Sartine , miniftre & fecrétaire d'état
ayant le département de la marine , & de faire
leurs remercimens à Sa Majefté ; le premier , de
la place d'infpecteur des troupes du corps - royal
d'infanterie & d'artillerie de la marine ; le fecond
de celle d'inspecteur général des établiffemens
François fitués dans les pays de la domination du
Grand - Seigneur & des princes de Barbarie. Le
baron de Tott a pris en en même- temps congé
de Sa Majesté.
130 MERCURE DE FRANCE.
PRÉSENTATIONS D'OUVRAGES.
2
Le 30 du mois de Janvier , les heurs Lemoine,
ancien Directeur de l'Académie Royale de Peinture
& Sculpture , Dhués , Sculpteur du Roi
Adjoint à Profeffeur de la même Académie , &
Delarche , Sculpteur - Cifeleur , ont préſenté a Sa
Majefté trois monumens en bronze , dont chaque
figure a dix huit pouces environ de haule
piédeſtal en marbre à proportion. Ces
trois Ouvrages avoient été demandés par le feu
Roi , & Sa Majefte - Louis XVI , par un fentiment
de refp . & pour fon aïeul, en avoit ordonné
l'entière exécution .
teur
>
Le premier de ces monumens eft la réduction
en petit de celui que la Province de Bretagne , au
milieu de la joie univerfelle qu'excita la convalef
cence du Roi Louis XV, après la maladie à Metz,
airêta d'ériger pour tranfmettre a la poftérité la
mémoire de cette ivceffe patriotique . Le célèbre
Lemoine y reprefente le Roi le montrant à fes
Peuples environné de trophées . La Déefle de la
Santé eft d'un côté du piédeſtal avec l'emblême
qui la caractériſe ; elle porte fur fon bras un ferpent
auquel elle donne à manger dans une patere
; de l'autre côté , la Province de Bretagne
montre à la Nation le Prince qui fait l'objet de
fa jote & de fon refpect ; les fruits & autres
attributs qui font au bas , indiquent les hommages
des Peuples.
MARS. 1777. 231
Le fecond monument eft celui que le Roi
Staniflas fit élever à Nancy , à la gioire de fon
gendre. Le Roiy eft repréfenté en habit Romain
de Triomphateur. La Prudence , la Juftice , la
Valeur & la Clémence , caractérisées par leurs
emblêmes , font affifes au bas du piédeltal , qui
préfente fur ces quatre faces des Médaillons al-
Egoriques , dont les fujets font le mariage de
Louis XV , la paix conclue à Vienne , la prife
de poffeffion de la Lorraine , & l'établiffement de
l'Académie des Sciences de Nancy. C'eft le
fieur Dhués qui à exécuté ce monument d'après
l'objet en grand , dont le feur Gaibal , Sculp
teur de Nancy , eft l'Auteur .
›
Le troisième est un monument projetté pour
la ville de Rouen & repréfentant Louis XV
avec l'ancien habit des Chevaliers François , élevé
fur un pavois à la vue du peuple & de l'armée ,
par trois des principaux Officiers , felon l'ufage
établi au commencement de la monarchie françoi
fe , pour la proclamation du Prince. Il a été compofé
, comme le premier , par le fieur Lemoine ,
& exécuté en bronze dans la proportion des deux
autres par le fieur Delarche ,fculpteur- cifeleur.
Sa Majefté , par la manière obligeante avec
laquelle elle a reçu ces trois morceaux de fculpture
, a donné des preuves de fon goût & de fa
pro ection pour les arts.
, Le 8 Février le P. Chri oftôme Faucher
religieux de Saint François , de la maifon de Nazareth
à Paris , auteur de l'hiftoire de Photius &
des obfervations fur le Fanatifime , a cu l'honneur
232
MERCURE
DE FRANCE
.
de préfenter à Leurs Majeftés l'hiſtoire du cardinal
de Polignac.
Le même jour , les fieurs de Horne , médecin
ordinaire de madame la comteffe d'Artois & du
duc d'Orléans , & Lafervolle , médecin confultant
de monfeigneur le comte d'Artois , ont eu
l'honneur de préfenter au Roi, à la Reine , à Monfieur
, à Madame , à monfeigneur le comte d'Artois
& à madame la comteffe d'Artois , l'Etat de
la Médecine , Chirurgie & Pharmacie en Europe,
& principalement en France , pour l'année 1777.
Le même jour , les fieurs Saillant & Nyon ,
Libraires , rue Saint- Jean - de -Beauvais , ont eu
l'honneur de préfenter à Sa Majefté les OEuvres du
Chancelier d'Agueffeau , tome IX , in -4 °. & le
Traité des Coutumes Anglo - Normandes , par
le fieur Houard , tome II , in- 4°.
Le to du même mois , le fieur Moreau , confeiller
en la cour des Aides de Provence , premier
confeiller de Monfieur , hiſtoriographe de France
& bibliothécaire de la Reine , a eu l'honneur
de préfenter à Leurs Majeſtés & à la famille royale
, le premer volume imprimé de Jes Difcours
fur l'Hiftoire de France. Il a eu en même- temps
celui de remettre au Roile manufcrit du XXI de
ees Difcours .
Le 16 du même mois , le marquis de Pezay a
eu l'honneur de préfenter au Roi & à la Famille
Royale , l'Atlas complet des campagnes du
maréchal de Maillebois en Italie. Il a en mêmetemps
remercié Sa Majefté de la place d'Infpecteur-
Général des Milices Gardes-Côtes.
MARS. 1777. 233
Le 19 du même mois , le fieur Lieutaud ,
confeiller d'état , premier médecin du Roi ,
a eu l'honneur de préſenter au Roi , à Monfieur ,
& à Monfeigneur le comte d'Artois , une nouvelle
édition du Précis de la Médecine pratique
& de la Matière médicale.
Le même jour, le fieur Portal , lecteur du Roi ,
profeffeur de médecine au Collége royal de France,
médecin confult , de Monfieur, de l'Acad. R.
des Sciences de Paris , a auffi eu l'honneur de
préfenter au Roi , à Monfieur , & à Monfeigneur
le comte d'Artois , la nouvelle édition de l'Anatomie
hiftorique & pratique du fieur Lieutaud , que
le fieur Portal a augmentée de diverfes remarques
hiftoriques & critiques , & de plufieurs nouvelles
defcriptions.
NOMINATIONS.
Le 2 Février , le Roi a accordé au comte du
Châtelet d'Haraucourt , chevalier de fes ordres ,
le titre de duc héréditaire .
Sa Majesté a auffi accordé au marquis de Maillyd'Haucourt
, meftre- de - camp du régiment royal
Pologne , le brevet de duc & les honneurs du
Louvre.
Le 9 du même mois , la marquife de Mailly ,
dame d'atours de la Reine , prit le tabouret , con234
MERCURE DE FRANCE.
formément au brevet de duc accordé par le Roi
au marquis de Mailly.
Le Roi , en apprenant la mort du maréchal
de Conflans , Pun des deux vice- amiraur de
France , a créé une troifième place de vice- amirai
, & a élevé à ce grade le comte d'Estaing & le
prince de Bauffremont - Liftenois , lieutenans - généraux
.
Sa Majefté a en même - remps accordé le grade
de lieutenant- général des armées navales au baille
de Raymond d'Eaux , au comte d'Orvilliers , commandant
la marine à Beft , & au comre
Duchaffault , com :nandant l'efcadre du Roi en
rade à Breit , tous les trois chefs d'efcadre des
armées navales.
Le romte d'Ennery , gouverneur général des
Ifles Françoifes fous le vent , étant more le 13
décembre dernier , Sa Majefté a nommé à fa
place le feur d'Argout, mar chal - de - camp , commandant
général à la Martinique , qui fera remplacé
par le marquis de Bouillé , brigadier des
armées du Roi.
MARIAGES.
Le 12 février , Leurs Majeftés & la Famille
royale ont figné le contrat de mariage du comte
de Podenas , colonel du régiment de Brie , cavalerie
, avec demoiſelle Godin ; & celui du comte
de Bruet , l'un des gentilshommes de la chambre
de Monfieur , avec demoiſelle de Jardin
MARS. 1777. 231
Le 19 du même mois , Leurs Majeftés & la
Famille royale ont figné le contrat de mariage
du ficur Profper de Raftel , vicomte de Roche-
Blave , major d'infanterie avec dame Lallemand ,
veuve du freur Delaye , écuyer & confeiler du
Roi en fon confeil fouverain du Cap François
ifle Saint-Domingue.
MORTS .
Antoine - Charles Efmangard de Bournonville ,
écuyer , ancien premier commis des affaires é : ran
gères , & ancien directeur des détails militaires ,
pour les troupes Suiffes , de Monfeigneur le comte
d'Artois , colonel général des Suifles & Grifons ,
eft mo t ici , le 31 de janvier.
Paul Chauchon , docteur en théologie , anein
aumôurer du feu duc d'Orléans , commandeer
de l'ordre de Saint- Lazarre , abbé commendataire
de l'abbaye royale de Waaſt , ordre
de Saint- Auguftin , diocèfe du Mans ,
eft mort
en la Paroiffe de Bénais en Anjou , le 6 janvier ,
dans la 78° année de fon âge.
Henri-Jacques de Montefquiou - Poylebon →
évêque de Sarlat , eft mort en fon palais épifcopal
, le 19 du même mois , âgé de foixante fept
ans paffés.
Jean - Baptifte Maillard , marquis de Lendreville
, meftre- de- camp de cavalerie , chevalier
236 MERCURE DE FRANCE.
de l'ordre royal & militaire de Saint-Louis , eft
mort en cette ville , le 24 janvier , âgé de 47 ans.
Marie-Thérèſe de Craff, dame de Wifme, dans
le duché de Neubourg , époufe en premières noces
d'Adam , baron de Falckemberg , directeur - géné
ral des finances , & commiffaire- général des troupes
du feu électeur de Cologne, Clément- Augufte
de Bavière , mariée en 1765 à L. Gabriel du
Buat , comte de Nançay , alors miniſtre près la
Diète de l'Empire , & depuis fon miniftre du Roi
plénipotentiaire près l'électeur de Saxe, eſt morte
en fon château de Nançay , le 24 janvier ,
dans la 43 ° année de fon âge .
Alexandre-Guillaume Courtin , comte de Villier
, chevalier de l'ordre royal & militaire de
Saint- Louis, eft mort dans fon château de Villiersfur-
Marne , les février , âgé de foixante - neuf
ans.
Hilation Frézeaux , Comte de la Frézeliere
Marquis de Germigny , Ancien premier Lieutenant
- Général de l'Artillerie de France , eft mort
en fon Château de Germigny en Bourbonnois,
le 2 Janvier dernier , âgé de 74 ans.
Il ne fubfifte plus de fon nom qu'une branche
cadette , établie en Angleterre en 1300
connue fous le nom de Frazer.
Meffire François- Gabriel Daudefens , Briga.
dier des Armées du Roi , Chevalier de l'Ordre-
Royal & Militaire de Saint- Louis , eſt décédé à
Montpellier , le 23 Novembre 1776 , âgé de foixante-
feize ans ; la valeur diftinguée , & fa capacité
dans les emplois de la Guerre , l'auroient
MAR S. 1777. 237
élevé aux premieres dignités , fi fon coeur plus
généreux qu'ambitieux ne l'eût ramené dans fa
Patrie , où il s'eft montré fans ceffe , bon parent,
bon ami & bon Citoyen , par les bienfaifances
& par fon affabilité. Ayant fçu les défenfes
d'enfevelir dans les Eglifes , il s'eft réjoui de
la privation du tombeau de fes pères ; fon humili .
té a confacré toute les vertus.
Tirage de la Loterie Royale de France ,
du 17 Février 1777.
Les numéros fortis de la roue de fortune font
29 , 23 , 85 , 42 , 25 ,
138 MERCURE DE FRANCE.
PIÈCES
TABLE.
IÈCES FUGITIVES EN VERS ET EN PROSE , P. S
Suite de l'Automne ,
Epitaphe d'un Bon-Homme ,
L'Ebéniste ,
Vers adreflés à la Reine ,
Imitation d'une Allégorie de Linnæus ,
Epître à M D. M.
Ode d'Horace,
Daphnis & Alcimadure ,
Ofmin ,
Le Gafcon ,
ibid.
10
11
12
15
18
20
22 .
25
31
Epigramme , 33
Stances ,
ibid.
L'origine de la Flûte , 35
A Madame H. de L. T.
36 Epitre à M. le Comte de Sainte-Fère , 37
Epigramme ,
39
Ode contre l'Ail , 40
Vers à M. de Lonchamp , fils , 41
A M. Defellart ,
42 Le vieillard raifonnable
45
ENIGMES ,
LOGOGRYPHES ,
Explication des Enigmes & Logogryphes ,
NOUVELLES LITTÉRAIRES ,
Euvres complettes de Démosthène & d'Ef-
46
47
49
$3
chine ,
Le Prince de Bretagne >
ibid .
73
MAR S. 1777. 239
L'Égyptienne , 77
85
90
Obfervations à MM. de l'Académie Françoile,
Hiftoire des progrès de l'Eſprit humain ,
De la Philofophie ,
D. Juftiniani Imperatoris ,
102
105
Trait's fur les Coutumes Anglo- Normandes, 108
Eloge Hiftoriq. de M. de Saint - Foix ,
Bibliothèque Amufante ,
I12
118
Répertoire Univerfel de Jurifprudence ,
120
Hymne au Soleil ,
123
Les Incas ,
127
Annonces littéraires , 155
ACADEMIES ,
159
Dijon , ibid.
Journal de Lecture , 172
Ecole Vétérinaire , 173
gratuite de Deffin , 175
SPECTACLES.
177
Opéra , ibid.
Comédie Françoiſe ,
179
Comédie Italienne ,
180
Début ,
184
Réflexions fur les Economiſtes ,
185
ARTS.
194
Gravures • ibid.
Mufique. 201
Bienfa: (ance . 206
Variétés , 10ventions , & c. 209
Anecdotes. 211
Avis ,
214
Nouvelles politiques ,
220
Préſentations , ` 228
d'Ouvrages , 230
Nominations ,
233
240 MERCURE DE FRANCE.
Mariages ,
234
Morts ,
235
Loterie , 237
ΑΙ
APPROBATIO N.
J'AI lu , par ordre de Monfeigneur le Garde des
Sceaux , le volume du Mercure de France pour
le mois de Mars , & je n'y ai rien trouvé qui
m'ait paru devoir en empêcher l'impreffion .
A Paris , ce 4 Mars 1777.
DE SANCY.
NIA
De l'Imp. de M. LAMBERT , rue de la Harpe ,
près Saint Côme,
Qualité de la reconnaissance optique de caractères