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1747, 01-04
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MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROI
JANVIER .
1747 .
SPARGAT
IGIT
UT
UT
|
Cepillen
S
A
PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
rue S. Jacques.
Chez La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf, 1
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVII.
Avec Approbation & Privilége du Roii
THE NEW YORK
PUBLIC ZIZESARE DE'S LIBRAIRES
33525 qui debitent. le Mercure dans les
Provinces du Royaume.
ASTOR ,
*
AND LENAX
ALTEN FA Bordeaux, clés Raimond Labottiere, & ches Chape
10 puis Jaînd, Libraires, Place du Palais , à côté de
la Bourſe ,
Nantes , ches Nicolas Verger.
Rennes , chés Jouanet Vatar , & Vatar le fils , rue
Dauphine .
Blois , chés Maffon.
Tours chés Gripon , & chés Bully,
Rouen , ches François- Euftache Herault , & chés
Cailloüeft .
Châlons-fur-Marne , chés Seneuze ,
Amiens , ches la veuve François , & chés Godart .
Arras , chés C. Duchamp , & chés Barbier .
Orleans , chés Rouzeaux .
Angers , à la Pofte , & chés Boffard , Libraire .
Dijon , à la Pofte.
Verfailles , ches Monnier.
Befançon , chés Briffaut , à la Pofte.
Saint Germain , chés Chavepeyre,
Lyon , à la Pofte ,
Marſeille , ches Sibié , Libraire , fur le Port,
Beauvais , chés De Saint,
froyes , chés Michelin , Imprimeur-Libraire ,
Charleville , chés Pierre Thelin .
Moulins , ches Faure,
Mâcon , chés De Saint , fils .
Auxerre , chés Fournier.
Nancy , ches Nicolas ,
Touloufe , chés Robert
Nantes , chés Jofeph Vatar,
Dijon chés Mailly,
Aire chés Corbeville.
Le prix eft de XXX. fols,
VIS
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI.
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
O D E.
LA PROVIDENCE.
UEL eft l'effor fuperbe où la gloire
m'engage !
Je veux chanter le bras tuteur de
l'univers.
De tes oeuvres , Grand Dieu , le fublime langage
Va donc retentir dans mes vers.
J'enchainerai des mers les vagues orgueilleufes ,
Je foutiendrai des Cieux les voutes lumineufes ,
A ij
MERCURE DE FRANCE,
-
4
Ces feux dans leur cours fi conftans :
Je fuivrai dans les airs au gré de ma penſée ,
Sur fon immenfe poids la terre balancée ,
Et fes monts
qui bravent le tems.
Qui , Seigneur, à ta voix , d'un pas inébranlable
Je vois tout vers fa fin s'avancer fans effort :
L'eau , la terre , le feu , d'un divorce implacable
Font un invariable accord .
Mille dons font le fruit de cet accord intime :
Jamais de fon regard l'aftre qui les anime ,
N'altére la fécondité :
Il difpenfe les jours , les faifons , les années ,
Sortant du fein du tems l'une à l'autre enchaînées ,
Dans une égale activité .
Des vents impetueux l'officieufe haleine
Rivale des zéphirs , des bouts de l'univers
Raffembleles vapeurs dans la célefte plaine ,
Diffipe les fouffles pervers.
L'air fe tait, & bientôt une mer fufpendue
Au cri de mes befoins , s'épanche de la nue ,
Abreuve mes champs de fes eaux
De cent rocs que creuſa l'Architecte fuprême ,
Les fleuves empreffés , à mes pieds, fur l'or même,
Les promenent dans cent canaux .
J'abandonne leurs bords : la maîn de la Naturę
Montre de tous côtés fes chef- d'oeuvres épars .
JANVIER 1747.
D'un épi tremblotant l'étonnante ftructure
Fixe mes curieux regards.
La terre dans ſes flancs ménagea fa naiffance :
Unberceau (* ) verdoyant protégea fon enfance :
Sa tige s'y munit de noeuds .
Elle en fort : fa foupleffe efquive la tempête ;
Une forêt de dards garde au tour de ſa tête
Ses grains parés d'épis nombreux .
Plus loin d'arbres divers quelle foule admirable !
Une écorce en tiffus , ou plus forts , ou plus doux
Inveftit leurs canaux d'un fuc intariffable
Un même champ les nourrit tous.
Leur tronc répond en force au faix de leur bran
chage.
Careffé du zéphire , ombragé d'un feuillage ,
Leur fruit échappe aux feux brulans :
Eft- ce tout ? ne cédant qu'à la hache , au tonnerre ,
Ils fondent les enfers , ils embraffent la terre
Pour affronter les ouragans.
Quel peuple d'animaux fans projets, fans penfées !
Jamais pour les vêtir de trame ne s'ourdit.
Sous un avare poids de moiffons entaffées
Jamais leur grenier ne gémit.
Qui les foutient ? c'eft Dieu : fa droite bienfaiſante
Ravit l'un au danger ; l'autre , en fa marche lente
(*) Gouffe de l'épi.
Aiij
6 MERCURE DE FRANCE .
Traîne fon habitation :
Aux horreurs des combats un moucheron s'anime
Sonne la charge , s'arme en foldat magnanime
D'un dard redoutable au Lion.
Des régions de l'air le citoyen volage
Tantôt , pour fe fauver fuit plus prompt que les
vents ,
Tantôt brave en fon nid , fous un leger plumage ,
Les frimats & les ouragans.
Deffous le vêtement , le plus riche peut être ,
La docile brebis , vrai tréfor de fon maître ,
Le comble de biens fans fierté .
Oui , mortel , fa dépouille , & fur tout fa mammelle
,
Changént en abondance , en richeffe réelle ,
Ta plus extrême pauvreté.
Image du Très- Haut ,fa fuprême fageffe
Enchaina ton orgueil d'un falutaire frein ,
Balança ta grandeur du poids de ta baffeffe
Te fit efclave & fouverain .
Sous ce titre douteux , les cieux , les mers, la terres
Te prodiguent les dons que leur enceinte enferre ;
Tout y refpire en ta faveur :
Mais c'eft peu : prête à fuir , ton ſein retient ton
ame ,
La mort fufpend fes coups , laiffe allonger ta trame ;
Un élixir en eft l'auteur . "
JANVIER 1747. 7
M'étonnerai- je encor que cent métaux fertiles
Soient femés fous tes pas , y germent fans tes
foins?
Qu'il en naiſſe un effain d'inventions utiles,
Que tu comptes par tes beſoins ?
Qu'un toît fûr te dérobe à la tempête altiére ,
Que les vents affervis , (a) & l'onde prifonniere
Te prêtent de tendres efforts !
Et que quand les fleaux défolent tes campagnes ,
Le chêne, (b) le fapin defcendant desmontagnes ,
Raprochent de plus heureux bords ?
La difcorde en fremit , mais en vain mutinée
Sa lâcheté combat l'innocence & la paix .
Sur un trône éclatant l'équité couronnée
Enchaîne à fes pieds fes forfaits.
Mere tendre , équité , fous tes aîles propices ,
Les penchans des mortels , les projets , les caprices
,
Mille interêts font leur foûtien :
Leur choc tumultueux , pere de l'ordre même ,
Serre l'humble houlette , & le haut Diadême
Par les noeuds d'un commun lien .
Nos fuccès , nos malheurs , nos plaifirs , nos détreffes
;
( a ) Moulins à vent 5 à exu.
( b ) La navigation .
*
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Ce concours de defir & de poffeffion ,
De calme , de terreur , de forces, de foibleffes ,
Partagent notre inſtruction . ”
A l'afpect des vertus le vice en fá nuit fombre
Rentre , ou s'il regne encor , les horreurs de fo
ombre
Des vertus relevent l'appas.
L'oeil fixé fur la voie où l'infenfé s'égare ,
Non loin d'elle fouvent le fage voit le phare
Qui doit conduire tous fes pas.
56
Tout fert de tes deffeins la hauteur révérée,
Grand Dieu ! tu rends l'impie auteur de fes revers
:
1
De deux Rois [ * ] orgueilleux l'audace confacrée
De Juda forge & rompt les fers.
Tels font de tous tes jeux les refforts arbitraires.
Le double événement de deux caufes contraires
Marche par toi d'un pas égal,
L'opulence renaît du fein de l'indigence ,
Du fond du déſeſpoir reparoît l'efpérance ;
Le bien enfin éclôt du mal .
[ * ] Nabuchodonofor 5 Cyrus.
JANVIER 1747 ...
33233
LE DER VICHE.
CONTE TURC . (* )
Traduit par le Sr.
UN Roi de Perfe pénétré d'eftime pour
un faint perfonnage nomméCheik Aly,
lui en donna un jour des marques particu
lieres , en le faiſant revêtir d'un manteau de
brocard d'or. Le bruit de cette libéralité fe
répandit bientôt dans Ifpahan , tout le monde
donna des louanges à la fage générosité
de ce Prince, qui diftinguoit ainfi le vrai mérite
par les honneurs & les bienfaits , mais
Cheik-Aly ne fut pas longtems poffeffeur du
préfent que le Roi de Perfe lui avoit fait . Un
voleur d'autant plus à craindre qu'il avoit
tous les déhors d'un honnête homme, forma
le deffein de le lui enlever. Ce fcélerat qui
par fes artifices feroit venu à bout de fapper
s'il (*) Nous avons déja donné tant de Contes au Public
, que nous ne lui aurions pas préſenté celui - ci , s'
n'étoit réellement traduit du Turc ; on le remarquera
aifement dès les premieres pages.
Ay
10 MERCURE DE FRANCE.
les fondemens de la fortereffe de Saturne ,
& de dérober à Venus le bandeau dont elle
orne fes beaux yeux , ne tarda pas à exécuter
par la plus noire de toutes les impoftures
l'indigne projet qui ne ceffoit d'occuper
fon imagination. Il fe rend chés le Derviche ,
& lui dit qu'ayant entendu parler de ſes vertus
,il avoit conçû tout à coup un fi grand mépris
pour le monde , qu'il s'en étoir retiré pour
venir le fervir & profiter de fes faintes inftructions.
Le zéle du vénérable perfonnage
fût trompé par ces apparences. Il le reçût
au nombre de fes difciples. Ce fourbe
affectant une grande affiduité à écouter
le Derviche , fit en peu de tems tant de progrès
dans fon efprit , qu'il s'attira toute fa
confiance. Tout femblant alors le favorifer
dans fon larcin , il s'introduifit à la faveur
d'une nuit obfcure dans fa celulle , s'empara
du précieux habit , & prit la fuite. Le lendemain
Cheik-Aly ne voyant plus à fon reveil
le riche manteau, & apprenant en méme
tems l'évaſion de fon nouveau Diſciple , ne
douta pas un moment que ce malheureux
ne l'eut enlevé. Grand- Dieu ! s'écria -til , de
quels détours fe fervent les méchans pour
parvenir à leurs fins ! Après avoir dit ces mots
il fe leva & dirigea fès pas vers la ville , dans
la réfolution de faire des perquifitions pour
JANVIER. 1747. II
trouver celui qui avoit abufé fi indignement
de fes bontés. A peine s'étoit -il éloigné de
fon Monaftére , qu'il apperçut dans une plaine
deux cerfs qui s'aheurtoient l'un contre
l'autre comme des beliers. Les plaies qui
augmentoient à chaque inftant par leur
acharnement, avoient attiré des montagnes
voifines un renard qui s'abreuvoit du lang
de ces combattans. Mais le rufé citoyen des
buiffons s'étant trouvé au milieu des animaux
lorfqu'ils redoubloient leur choc , fût percé
de leurs bois , & reçut une mort que la trop
grande avidité lui caufa , & que fa foupleffe
ne lui fit pas éviter. •
Ce fpectacle fit faire au Derviche mille
réflexions fur les malheurs dans lesquels le
défir d'avoir précipite les hommes ; après s'y
être arrêté pendant quelque-tems , il continua
fa route vers la Ville,& y arriva à l'entrée
de la nuit. Les portes étoient fermées .
Cheik-Aly femblable à une colombe éloignée
de fon nid , erra longtems dans les environs
fans trouver un endroit où il pût fe
retirer. Il étoit dans cette inquiétude , lorf
qu'une vieille femme l'apperçut d'une fenêtre.
Les regards du Derviche s'étant rencontrés
avec les fiens , elle reconnut à fon air troublé
& embarraffé , qu'il étoit étranger dans ces
lieux. Elle en eut compaffion , & le fit entrer
dans fa maifon ; cet homme fenfible
A vi
12 MERCURE DE FRANCE ,
à une action fi charitable de la part d'une
perfonne qui ne le connoiffoit pas , joignit à
mille remercimens de ferventes priéres pour
attirer fur elle les bénédictions du Ciel . Mais
il ignoroit combien cette femme en étoit
indigne par le métier infâme qu'elle exerçoit.
Fahiché, ( c'eſt le nom de cette vile créature )
entretenoit chés elle plufieurs efclaves de
fon fexe , & leur apprenoit tous les geftes &
les maniéres lafcives qui peuvent excirer la
paffion des hommes,& les proftituoit enfuite
à leur brutalicé. Parmi celles qu'elle élevoit
dans ces lubriques leçons , il y en avoit une
d'une beauté éblouiffante. Elle s'appelloit
Katidjé. La moindre partie de fes agrémens
effaçoit ceux de toutes les Nymphes du Paradis.
Le Soleil, ce flambeau du monde ,
brûloit du feu de la plus ardente jaloufie en
voyant les joues de cette charmante perſonne
deſtinées à recevoir les embraffemens d'un
amant dout toute la terre envioit le bonheur,
fes.clins d'oeil femblables à des fléches
empoiſonnées , portoient une bleffure mortelle
dans le coeur de ceux qui ofoient la
regarder. Un baiſer cueilli fur fes lévres
adorables , étoit comme un fucre dont les
douceurs rendoient la vie aux morts & la
joy aux affligeés. Ses cheveux , comme autant
de chaînes, lioient les coeurs de mille
amans efclaves de les attraits.
JANVIER. 1747 .13
Mais l'aimable Catidjé n'avoit jamais imité
fes compagnes dans leurs déréglemens
exceffifs . Senfible aux feuls empreffemens de
Haflan Echélébi , elle n'accordoit fes faveurs
qu'à ce jeune homme dont la beauté
ne cédoit en rien à la fienne . Haffan Eché
lébi reffembloit par fa taille mince & élevée
à un cyprès. Son vifage étoit comparable à
une Lune. Sa langue proféroit des paroles
douces comme le miel. Ses cheveux artifte
ment treffés effaçoient le bel arrangement de
ceux desChinois. Les habitans de Samarcan
de n'auroient pu voir fans dépit les graces
répandues fur la bouche ; fi le rideau de fes
cheveux n'eût tempéré les rayons de fa beau
té , le Soleil même en auroit été embraſé ; la
ceinture de l'attachement ceignoit étroitement
l'ame de ces deux amans , & le colier
de l'amour entouroit leur coeur. Ils étoient
unis comme Vénus & Jupiter, lorfqu'il fe fait
dans le Ciel une jonction de ces deux aftres.
La paffion violente d'Haffan Echélébi le
rendoit jaloux à un point qu'il ne permettoit
pas même que l'on prît les moindres libertés
avec fa maîtreffe , ni que ceux qui
parcourent les vaftes champs de la galanterie,
vinffent auprès d'elle après une longue &
pénible courfe fe défaltérer dans la fontaine
des plaifirs amoureux. Il ne ceffoit dans des
14 MERCURE DE FRANCE .
tranſports tendres & animés de lui répéter
ces paroles. Les momens que je paſſe éloigné
de vous font autant de tourmens pour
un coeur qui vous adore. Que deviendrois je
fi vous m'oppofiez un rival ? Ce feroit le
comble de mes chagrins ; je n'y pourrois
furvivre.
Cependant Fahiché ne put voir long- tems
d'un oeil tranquille le bonheur conftant de
ces deux amans , elle faifoit beaucoup de
dépense pour leur entretien , & n'en retiroit
aucun profit. Son intérêt demandoit qu'elle
rompit cette union, mais il n'étoit plus tems,
fon eſclave fembloit s'être affranchie de fes
ordres. Elle avoit réfolu de ne point difpofer
de fon coeur qu'en faveur du jeune homme
qu'elle aimoit éperdûment.Il n'en falloit pas
tant pour porter Fahiché la plus méchante de
toutes les femmes, à la plus cruelle de toutes
les extrémités. Elle conçut dans fa colere
le deffein d'empoifonner Haffan Echélébi.
Le tems qu'elle avoit choifi pour cette infâme
action étoit la nuit même où elle avoit
reçu le Derviche chés elle . L'arrivée de ce
nouvel hôte lui fervit de prétexte à un
grand repas où le vin ne fût pas épargné.
Elle n'eut pas de peine à enyvrer l'amant de
fon efclave. Il étoit d'un âge où l'on fe livre
aux plaifirs fans ménagement , & d'ailleurs
il n'avoit aucun foupçon des mauvaifes inJANVIER.
1747. .19
tentions de Fahiché . Cependant tout le monde
s'étant retiré après le fouper, Haffan Echélébi
s'étendit fur un Sopha , & s'endormit;
alors cette abominable créature , incapable
d'aucun remords, court à fon appartement ,
met dans letuyau d'une navette une dofe confidérable
de poifon broyé , & revient auprès
du jeune homme qu'elle trouve plongé dans
unprofond fommeil . Elle s'avance auprès de
lui , & après avoir placé le tuyau fur fes narines
, elle ſe prépare à lui fouffler le poiſon
dans le cerveau , lorfque Dieu pour punir
cette malheureufe,permet que le jeune homme
éternuant à l'inftant , renvoie cette poudre
mortelle dans la gorge de l'infame Fa--
hiché. Elle en mourut fur le champ , & la
terre fut purgée de ce monftre d'impureté.
Cheik-Aly avoit été témoin de tout ce
qui venoit de fe paffer. La noire action de
Fahiché & fa mort funefte firent une telle
impreffion fur lui qu'il ne pût dormir tranquillement.
Cette nuit fut pour lui une éternité.
Saifi de frayeur & agité de mille inquiétudes
, il attendoit le jour avec impatience.
Le crépufcule ayant enfin fuccédé aux
épaifles ténébres qui couvroient la furface
de la térre , il fit tourner vers l'horifon naiffant
le tapis de l'adoration , * & après avoie
*´¨C'eft-à-dire il fit fa priere..
16 MER CURE DE FRANCE.
refté quelque tems en priére , il fe leva &
fortit de cette maiſon d'iniquité & d'infamie.
Il avoit à peine fait quelques pas qu'il
fut rencontré par un Savetier nommé Ahmed
qui fe difoit être du nombre de fes difciples.
Celui ci pénétré de vénération pour
le faint perfonnage l'invita à venir fe répofer
chés luijufqu'au lever du foleil . Le Derviche
accepta l'offre . Ahmed après l'avoir
introduit dans fa maiſon & lui avoir rendu
tous les honneurs dûs à un homme de ce caractére
, le quitta pour aller rejoindre quelques
amis qui l'attendoient. Cheik -Aly profita
du tems où on le laiffoit feul , pour fedé
dommager de la mauvaiſe nuit qu'ilavoit paffée
chés Fahiché , mais bientôt un nouvel incident
troubla fon repos. La femme du Savetier
entretenoit depuis long- tems un commerce
illicite avec un jeune homme qui joignoità
la beauté du corps des maniéres Gengageantes
qu'un feul de fes regards étoit capable
d'embrafer d'amour la plus infenfible. Il regnoit
entr'eux un attachement &june tendreffe
que rien n'étoit capable d'altérer. Ils avoient
mis dans leurs intérêts la femme d'un Opérateur
qui fecondoit leur flamme en zelée Proxenete.
C'étoit une feconde Dellée Muhtaie.
(*) ou plûtôt elle la furpaffoit par fes fortiléges
. Le feu fympatiſoit avecl'eau parla for
(*) Fameufe Sorciere chés les Turcs.
JANVIER 1747. 17
ce de fes enchantemens. Ses paroles étoient
capables de rapprocher les Pleiades de l'Etoile
de Canope , de fondre l'acier , & de
diffoudre les pierres du Temple de Jérulalem
; les fécrets de fon art étoient ignorés des
démons mêmes. Le voile de l'hypocrifie couvroit
toutes les actions. Elle tenoit fans cefle
en main un long Tesbuch. Sa tête étoit toujours
enveloppée d'un crêpe noir; des dehors
modeftes cachoient un coeur que l'impoſture,
la fraude & la magie avoient aguerri à toutes
fortes de crimes. Elle avoit paffé toute fa vie
dans les débauches , & elle voyoit venir à
regret la vieilleffe , qui alloit la priver des
plaifirs dans lesquels elle s'étoit plongée juf
qu'alors.
Cependant la femme du Savetier que l'abfence
de fon mari avoit mife au comble de fa
joye ne tarda pas à en profiter pour feménager
une entrevue avec fon amant. Fatimé ( c'eft
ainfiqu'elle fe nommoit ) fe figuroit déja tous
les plaifirs qu'elle alloit goûter avec lui , &
ne voulant pas perdre un tems dont les
moindres inftans lui étoient fi précieux , elle
appella la femme de l'Operateur, & lui dit ;
cours vers mon amant, & dis-lui de ma part
que je puis fans crainte jouir aujourd'hui de la
préſence de ce que j'ai de plus cher au monde :
que le maître de la maifon n'interrompra
point nos tendres entretiens, & que perfonne
18 MERCURE DE FRANCE.
ne troublera les doux momens que nous pafferons
enfemble.
La Proxenete d'amour fit fa commiffion
avec toute la diligence que l'on pouvoit exiger
d'elle. Lejeune homme enyvré du nectar
de la joye , fe rendit promptement à la porte
de fa maîtreffe. Elle étoit fermée. Il n'ofoit
y frapper, dans la crainte que le mari n'y fût.
Fatiméque l'on n'avoit point encore informée
de fon arrivée ,ne s'empreffoit pas de la lui ouvrir,
l'amant de fon côté ne fçavoit qu'augurer
de ce retardement ; inquiet, impatient,
il jettoit fouvent les yeux fur les fenêtres de
Fatimé. Il étoit dans cette attitude , lorfqu'il
fut apperçu par le Savetier qu'une affaire imprévue
ramenoit au logis. Ahmed avoit depuis
longtems de violens foupçons fur la mauvaife
conduite de fa femme ; après ce qu'il
venoit de remarquer , il ne douta plus qu'elle
ne lui fût infidelle ; la jaloufie l'ayan confirmé
dans cette idée , il entre chés lui avec
tant de fureur qu'il oublie même de fermer la
porte, faifit fa femme par les cheveux & fans
fe laiffer toucher par fes prieres ni par fes larmes
, il décharge fur cette infortunée une
rage que mille coups peuvent à peine affou
vir. Après l'avoir ainfi maltraitée , il l'atta
che à une colomne,& la laiffe en cet état pour
aller prendre quelques momens de repos.
Le Derviche qui avoit entendu tout ce
JANVIER 1747. 19
qui s'étoit paffé , fut outré de la cruauté
d'Ahmed, qui fembloit avoir étouffé tout fentiment
de compaffion pour n'écouter que les
mouvemens de fa colére , ce procédé lui parut
adieux, il croyoit Fatimé innocente , mais
il ne tarda pas à être détrompé de fon erreur.
La femme de l'Operateur ignoroit le contre-
tems qui venoit d'arriver ; elle n'avoit pu
en être inftruite par le jeune homme qui
étoit alors fi préoccupé de fon amour, qu'il
n'avoit pas apperçu fon redoutable rival, lorf
qu'il rentroit dans fa maiſon ; impatienté de
ne plus voir paroître perfonne , elle s'avance
vers la porte , & adreffant la parole à celle
qui avoit employé fes foins : Cruelle , s'écriet
-elle , n'aurez-vous point pitié d'un amant
qui brûle d'envie de vous voir? N'efl- ce pas
» un crime de faire fouffrir de plus beau & le
plus paffionné de tous les hommes par
» une lenteur affectée ? Eft ce ainſi que vous
recompenfez fon ardeur ? Le tems preffe.
» Ne laiſſez pas échapper une occafion dont
» Vous n'êtes redevable qu'au hazard. »
ל כ
23
"
La pauvre Fatimé que ces reproches perçoient
jufqu'au fond du coeur , lui répondit
en ces termes , O vous , dont l'ame nage
dans la mes de tranquillité , comment pouvez-
vous comprendre l'état trifte & déplorable
où je fuis réduite ? . O tourterelle , qui
16 MERCURE DE FRANCE .
,
avez le bonheur de vous percher fur la cime
des cyprès, vous ignorez que l'oifeau de mon
coeur a été pris dans les filets de l'affliction ....
Apprenez , chere amie , le fujet de mes larmes
; mon mari le plus barbare & le plus dénaturé
de tous les hommes a conçu de
violens foupçons à la vuë de mon amant. La
jaloufie l'a porté aux dernieres extrêmités . Il
m'a accablée d'injures & de coups, & après
m'avoir miſe dans le plus pitoyable état du
monde, il m'a attachée au pied d'une colomne.
Ah ! file fort d'une infortunée vous touche
; fi vous daignez appliquer aux bleffures
d'un coeur déchiré la douleur le reméde
par
de la compaffion, venez me dégager de ces
liens qui me retiennent malgré moi éloignée
de ce que j'aime , & afin de mieux tromper
la vigilence de mon cruel mari , venez oc
cuper ma place , tandis que j'irai m'entretenir
un moment avec celui qui fait toute ma
félicité, Refuferez -vous cette grace à mes larmes
? Ne ceffez pas d'être complaifante pour
celle qui implore votre fecours en un fi pref
fant befoin, obligez deux amans qui proportionneront
la récompenſe de vos foins officieux
à l'importance du ſervice que vous leur
rendrez .
La femme de l'Opérateur touchée de la
trifte fituation de Fatimé , & engagée d'ailJANVIER
1747.
21
leurs par le puiffant motif de l'intérêt , con
fentit à tout ce qu'elle lui propofoit . Elle
la délia & ſe mit en fa place . Ces dernieres
circonftances fe pafferent encore fous lesyeux
du Derviche : elles furent pour lui autant
d'éclairciffemens
qui le détromperent
de la
bonne idée qu'il avoit de Fatimé. Il ceffa de
condamner la conduite d'Ahmed & fut indigné
de celle de Fatimé , qui dans le tems
meme qu'elle fubifloit la peine de fon crime,
fe rendoit encore plus criminelle,
Sur ces entrefaites le Savetier s'étant réveillé
appella plufieurs fois Fatimé ; la fem
me de l'Opérateur dans la crainte de fe faire
reconnoître n'ofa répondre . Pour Fatimé , elle
étoit déja auprès de fon amant occupée à
fe venger entre fes bras des mauvais traitement
du jaloux Ahmed. Celui -ci bien loin
de ſe douter de tout ce qui fe paffoit , attribuant
ce filence à une obftination de fon
infidelle épouſe , fe leve précipitamment
& ranimant toute fa colere que le fommeil
n'avoit pas été capable de rallentir , il s'arme
d'un tranchet , s'avance fans lumiere vers la
colomne où étoit attachée la Proxénete , lui
coupe le nez , & le lui met dans la main
›› en ajoutant d'un ton railleur : Vas malheureufe
, indigne de porter le nom de mon
époufe , vas porter ce nouveau préfent à
ton amant. Après avoir dit ces mots , il fe re
כ
22 MERCURE DE FRANCE.
aira. La femme de l'Opérateur craignantd'augmenter
la fureur de ce mari irrité , fi elle
lui découvroit fon erreur,eut la prudence de
ne jetter aucun cri . Elle fe contenta de déplorer
en elle-même fon malheureux fort qui
la rendoit victime de fa complaifance , Hélas!
fe difoit elle , celle qui méritoit ce châtiment,
jouit à préfent des plaifirs les plus doux , tandis
que par l'injuftice la plus grande je porte
la peine qui lui étoit deſtinée .
Elle étoit encore plongée dans ces trif
tes idées , lorfque l'artificieuſe Fatimé arriva.
Celle-ci à la vue de fon amie mutilée , ne
put fe défendre des mouvemens d'une joye
intérieure, en conſidérant par quel bonheur
elle avoit évité un pareil traitement. Mais
elle fçavoit trop bien diffimuler pour la faire
éclater aux yeux de la femme de l'Opérateur .
Les larmes ne coutent rien à ce fexe féduifant.
Elle fçût les employer avec tant de fuccès
qu'elle vint à bout de lui perfuader qu'elle
étoit inconfolable de ce qui venoit de lui
arriver. Je fuis la feule coupable , lui difoitelle
, en tombant à fes pieds qu'elle arroſoit
de fes pleurs ; pourquoi vous punit- on , &
pourquoi fuis -je épargnée ?
**
Après avoir ainfi témoigné par ces paroles
entrecoupées de fanglots toutes les marques
extérieures d'une vrai douleur , elle délia
fon amie & fe remit à la place. La trop
JANVIER 1747. 23
complaifante Opératrice appaifée par la fen
fibilité apparente de Fatimé , ne s'exhala
point en reproches . Elle fe contenta de plaindre
en elle- même fon malheureux fort, &
fe rendit en gémiffant à fa maiſon . Tandis
qu'elle s'avançoit , les réflexions qu'elle faifoit
fur fon avanture produifoient en elle
deux mouvemens bien contraires , felon les
differens pointsde vue d'où elle l'enviſageoit,
Tantôt ele fondoit en larmes en fe remet- *
tant dans l'efprit ce qu'elle avoit fouffert
par la plus grande de toutes les injuſtices
tantôt elle ne pouvoit s'empêcher de rire,
lorfqu'elle faifoit attention au nouveau genre
de fupplice qu'Ahmed avoit inventé pour
punir l'infidelité de fa femme.
Cependant le Derviche de fon côté admiroit
& adoroit en même tems la diving
Providence , dont les opérations détruiſent
les deffeins des hommes par des accidens
imprévus , & détournent de deffus la tête de
ceux qu'elle veut épargner des châtimens
qu'elle fait tomberfur ceux qui dans le crime
ofent fe flater de l'impunité. Mais fes réflexions
ne fe terminerent pas là , la malice
& la fourberie de Fatimé y donnerent bientôt
un nouveau fujet.
Cette femme après avoir médité pendant
une heure entiere les moyens de fe venger
d'un mari dont elle avoit effuyé toute la
24 MERCURE DE FRANCE.
و د
33
"
39
59
colere , en vint à bout à l'aide du menfonge,
reffource ordinaire de ce fexe auffi trompeur
qu'aimable. » O Roi des Rois , s'écria-
» t-elle tout à coup , les mains élevées au
» Ciel , Dieu tout- puiffant , à qui rien n'eſt
caché , & qui diftinguez les juftes des méchans
, fouffrirez - vous que je fois facrifiée
aux faux foupçons de mon mari ? Per-
» mettrez - vous qu'il m'impute un crime,
que je n'ai point commis , & qu'il puniffe
» comme une infâme & une abandonnée
celle dont la vertu vous eft connue ? Dai-
" gnez , Seigneur , daignez , pour le confondre
, me rendre ce membre qui faifoit
» tout l'ornement de mon viſage ; daignez
» me rendre par- là cette beauté reſplendiffante
qui eft la marque des ames pures &
» conduites par la droiture. Diffipez ainfi
» les ténébres du doute & de la jaloufie .
Que l'on découvre fur mon front le fecret
de ma candeur , & que la robe de mon
honneur ne foit plus fouillée
par d'injuftes
méfiances. » Ahmed avoit écouté attentivement
cette priere. Il ne put l'entendre
fans une furprife mêlée d'indignation ,
Quoi ! dit-il en hauffant la voix & en s'adreffant
à Fatimé: malheureuſe , ofes - tu joindre
encore l'impiété à l'infidélité ? Ignorestu
donc que Dieu n'écoute point les prieres
des impudiques.& que la Cour célefte n'ad-
29
09
90
20
met
JANVIER 1747. 25
30
met point les voeux d'une fcélérate? Le Savetier
avoit à peine fini ces mots que fa femme
jetta un grand cri qu'elle accompagna
de ces paroles : Bourreau dénaturé , cruel
» que l'incrédulité aveugle , viens reconnoî-
» tre ton injuſtice. Viens voir les miracles
» que le Tout-Puiflant opére en faveur de la
» vertu fauffement accufée . Il manifeſte mon
» innocence en me rendant ce membre dont
» tabarbare jaloufie m'avoit privée.
Ahmed frappé de ce qu'il venoit d'en
tendre , fe leve , prend une lampe &
s'avance vers Fatimé.Plus il l'examine, moins
il apperçoit la cicatrice de la bleffure qu'il
croyoit lui avoir faite . Sa fimplicité acheve
de le perfuader de ce prétendu prodige. Il
fe jette aux pieds de fa femme, & s'avoчant
le plus coupable de tous les hommes , il tâ
che de l'appaifer par toutes fortes d'excuſes
& de careffes . Il employe les noms & les
expreffions les plus tendres pour fléchir ce
courroux affecté . Fatimé, lui dit- il , tout ici
déformais fera foumis à vos ordres, Je ne
ferai que le premier de vos ferviteurs. Heureux
, fi par-là je puis expier le crime que
j'ai commis à votre égard ! Quelle vengeance
plus douce pour cette artificieufe que celle
de triompher ainfi de la foibleffe & de la
crédulité de fou mari!
Cependant la femme de l'Opérateur, le
B
26 MERCURE DE FRANCE.
nez mutilé & l'efprit fort inquiet, étoit rentrée
dans fa maiton. Elle ne fçavoit quel
parti prendre dans la trifte fituation où elle
le trouvoit. Tantôt elle défefpéroit de pouvoir
cacher la caufe de fa difformité à des
parens & à des amis qui ne manqueroient
pas de l'interroger là- deffus. Tantôt elle craignoit
de découvrir un fait qui la rendroit
l'opprobre & la honte de fa famille . Agitée
de cette penfée elle alloit s'abandonner à
une noire mélancolie , lorfque fon mari qui
s'étoit réveillé l'appella & lui dit : le jour
commence à poindre , vas me chercher mes.
outils. J'ai plufieurs cures à faire en ville.
Je veux m'y prendre de bon matin. Ces paroles
furent comme un coup de foudre pour
cette femme. Elle fe voyoit obligée de paroître
devant fon mari dans l'état où elle
étoit. Troublée , incertaine , elle balança
long tems à lui obéir , & déja elle avoit
réfolu de prendre la fuite , lorfqu'une idée
que la malice lui fuggéra l'emporta fir la
honte. Elle ne doutoit pas qu'en tai dant
de fe préfenter devant l'Opérateur , elle
l'avoit mis dans une grande colére . Elle pro
fita de cette difpofition dans laquelle fa lenteur
avoit mis fon mari; pour réuf r dans un
ftratagême qu'elle feule étoit cap able d'inventer.
Elle s'avance vers lui & feignant d'avoir
oublié ce qu'il lui avoit demandé , elle
JANVIER 1747 27
lui préfente avec une fauffe fimplicité un
vieux rafoir que la rouille rendoit inutile
depuis plufieurs années. Alors ce qu'elle
avoit prévû arriva. L'Opérateur irrité de ſe
voir fi mal fervi après avoir tant attendu ,
arrache brufquement le rafoir des mains de
fa femme, & en faiant l'inftrument de fa rage
, il le rejette fur le yifage de cette malheureufe
. O Dieux, s'écria - t'elle tout à coup,
qu'avez-vous fait cruel quel trifte fort eft
comparable au mien ? c'en eft fait,je n'ai plus
de nez. Que vais-je devenir , infortunée que
je fuis ? A qui aurai-je recours pour me foustraire
à la colére d'un mari furieux ? Elle
joignit à fes plaintes des cris & des larmes
qui attirerent tous les voifins. Cette fourbe
n'eut pas de peine a émouvoir leur com
paffion . Sa bleffure étoit encore toute récente.
Le fang qui couloit à gros bouillons
aigrit les efprits contre l'Opérateur , qui
furpris, confterné & convaincu par de trompeufes
circonftances dont il ignoroit le principe
, commença lui -même à fe croire coupable.
Lorfque le jour eût fait difparoître le ri
deau de la nuit, & que le foleil , ce miroir du
monde , eût éclairé par fa réverbération la
furface de la terte , les parens de la femme
réfolurent d'avoir recours à la juftice , & de T
1
Bij
as MERCURE DE FRANCE,
faire comparoître fon mari ches le Cadi,
Cheik -Aly , de fon côté , s'y étoit rendu
pour folliciter la recherche du difciple qui
lui avoit enlevé fon manteau . Ce fut avec
une grande furpriſe qu'il vit entrer l'Opé.
rateur & fa femme fuivis de plufieurs per-
Honnes . Son étonnement augmenta à l'expo,
fition du procès qu'il entendit faire par cette
infâme qui eut la hardieffe d'imputer fa blef
fure à la fureur de fon mari . Elle fut appuyée
dans cette accufation par tous fes parens
qui prefferent le Cadi de prononcer la Sentence.
Ce Magiftrat convaincu par tant de
témoignages du crime que l'on attribuoit
à l'Opérateur , alloit le condamner à la peine
du Talion , lorfque Dieu qui ne permet
pas que le fcélérat opprime l'innocent , infpira
au Derviche de défendre fa cauſe. Ce
vénérable perfonnage s'étant levé ſe tourna
vers le juge & lui dit : » Seigneur , une affaire
de cette conféquence demande plus
d'éclairciffement , & la prudence exige
» que vous fufpendiez vôtre décifion . Če
n'eft pas à mon difciple impofteur que je
dois attribuer la perte du riche préfent
que le Roi m'avoit fait. Ce ne font point
les cerfs qui ont ôté la vie au renard . Ce
n'eft point le poifon qui a fait mourir
Fahiché. Ce n'eft point enfin le Savetier
qui a coupé le nez de cette femme qui vient
ל כ
B3
>>
"
JANVIER 17478
ici vous porter fes plaintes. Nous devons
attribuer le principe des malheurs qui
» nous arrivent à nos mauvaiſes actions ; ce
font des dangers où nous nous laiffons
entraîner par nos paffions..
Ces paroles que le Cadi avoit écoutées
avec attention étoient autant d'énigmes
pour lui. Il en demanda l'explication au
Derviche. Alors Cheik - Aly ceffant de parler
par figures , raconta tout ce qui s'étoit
paffé fous les yeux pendant la nuit précé
dente. L'hiftoire d'Ahmed & de Fatimé ,
& l'avanture de la Proxénéte mirent l'Opérateur
& fa femme dans deux fituations bien
differentes . Les affiftans devenus calomnia
teurs fans le fçavoir , s'entreregardoient les
uns les autres d'un air confus & déconcerté.
Le Derviche après avoir ainfi fatisfait la curiofité
du Cadi finit par cette morale : fi l'ambition
de faire des éleves ne m'avoit point
aveuglé fur le faux zéle de mon difciple , je
n'aurois point été privé de ce que j'avois de
plus précieux au monde.Si l'aviditéde s'abreu
ver de fang n'avoit attiré le renard auprès
des deux cerfs , il n'auroit pas perdu la vie . Si
Fahicé n'avoitpas conçu le cruel deffeind'empoifonner
l'Amant de fon efclave , elle ne fe
feroit point empoifonnée elle-même. Enfin
fi cette femme qui eft devant vous n'avoit
fervi Fatimé dans un commerce honteux ,
Biiij
30 MERCURE DE FRANCE.
elle n'auroit pas cette difformité qu'elle
impute fi injuftement à fon mari.
Après que Cheik-Aly eû ceffé de parler,
le Juge éclairci ordonna que l'on ait à l'accufé
toute la réparation qu'il pouvoit défirer
de la part de fes accufateurs , & après
avoir fait une vive reprimande à la femme
de l'Opérateur , il la chaffa honteufement
de fa préſence.
C'eft ainfi que le crime fe découvre tôt
ou tard . Ne faites point le mal , dit l'Alco
ran , parce que le mal n'eft jamais impuni
VERS pour le premier jour de l'année 1747,
à M.Titon du Tillet , Maître d'Hôtel de
feue Madame la Dauphine mere du Roi ,
Auteur du Parnaffe François exécuté en
bronze , de la defcription de ce magnifique
monument , de l'hiftoire des Poëtes de
notre nation , & des effais fur les honneurs
accordés aux illuftres Sçavans dans tous les
fiécles, par M. Des-Forges Maillard , affocié
de l'Académie des Belles - Lettres de la Rochelle.
Le beau Titon , dans fa verte jeuneſſe
Fut de l'Aurore éperdûment aimé.
JANVIER 31 1747%
Il devint vieux , & fa tendre Déeffe
Fit qu'en cigale il ſe vit transformé .
Notre Titon, favori renommé
Des doctes Soeurs , doit être un jour par elles
Volant aux Cieux en cigne tranſmué.
Mais puife-t-il fur terre habitué
Y vivre encor , paré de fleurs nouvelles ,
Trente ans gaillard & bien conftitué ,
En attendant qu'il lui vienne des aîles.
SUITE de la Séance publiquo de l'Académie
des Belles-Lettres du 14 Novembre
1746.
APrès avoir rendu compte de l'excellent
mémoire que M. de Ste. Palaye lût à
cette Affemblée , il nous refte à entretenir
nos lecteurs de la differtation de M. de
Bougainville , qui dans un âge peu avancé
a déja fait fes preuves d'une vafte érudition ,
d'un efprit jufte & méthodique,dont les productions
reçoivent un nouvel éclat de fon
ftile élégant & facile . La differtation de M.
de B. avoit pour objet des éclairciſſemens
fur la vie & les voyages de Pytheas de Marfeille.
B iiij
32 MERCURE DE FRANCE
Ce qui regarde ce fameux voyageur në
peut nous être indifferent . Pytheas eſt un
des plus anciens Ecrivains que nous connoiffions
dans nos contrées , & peut- être
même dans tout l'Occident ; habile Aftronome
, Phyficien ingénieux , Géographe
exact , hardi Navigateur , il rendit fes talens
utiles à fa patrie. Šes voyages entrepris fans
doute , comme M. de B. le prouve à la fin
de fon mémoire, dans la vûe de procurer à
fes concitoyens de nouvelles reflources pour
le commerce , ont enrichi l'hiftoire Naturelle
, & contribué à perfectionner la connoiffance
du globe Terreftre. Cependant
Polybe , & Strabon qui en le fuivant en
chérit fur lui fuivant la coûtume , traitent
Pytheas comme un voyageur infidéle qui
n'a débité que des fables. Bayle a ſouſcrit
à ce jugement rigoureux . Cependant Pytheas
a eu dans tous les tems des défenfeurs
illuftres. Erathofthéne . Hypparque ont
fait ufage de la plupart des déterminations
de latitude données par ce voyageur célébre
. M.Gaffendi follicité par M. Peyresk, &
Olaus Rudbecks ont écrit fon apologie . Mais
ils n'ont pas fait tout l'ufage qu'ils pouvoient
des preuves qu'ils avoient à oppofer à leurs
adverfaires.Le plan de M.deB.pour donner à
cette nouvelle apologie toute la folidité dont
elle eft fufceptible , eft de faire un expofé
JANVIER 1747 .
33
fimple de ce qui nous refte des opinions
philofophiques de Pytheas , de ſes obferva
tions , du motif& de l'objet de ſes voyages.
Pytheas étoit de Marſeille. Les Sçavans
ne s'accordent point fur le tems auquel il a
vêcu . M. de B. prouve par des raiſons folides
qu'il a fleuri au plus tard vers le milieu.
du quatrième ſiècle avant J. C.
La Phyfique fut un des principaux objets
de fes études . On fçait qu'il avoit un
fyftême particulier fur le flux & le reflux de
la mer. Dans ces tems où la Philofophie étoit
encore au berceau , il avoit découvert que
la Lune avoit beaucoup de part à ce phé
nomene. Mais comment croyoit il qu'elle
l'operoit , c'est ce qu'on ne peut entrepren
dre d'expliquer par le paffage obfcur de
l'Auteur qui l'a cité , mais qui nous doit faire
regretter la perte des ouvrages de Pytheas,
lefquels fubfiftoient encore au tems d'Eftienne
de Byfance , écrivain du cinquiéme fiécle.
Pytheas avoit cultivé l'Aftronomie avec fuccès
. Sa deſcription des Etoiles qui étoient
de fon tems voisines du pole boréal, eſt citée
avec éloge dans le Commentaire fur
Aratus par Hypparque , le premier des.
Aftronomes qui ait donné un catalogue des
Etoiles fixes . La plus célébre des obfervations
de Pytheas eft celle par laquelle com
parant l'ombre d'un Gnomon à fa hauteur au
B.v
44 MERCURE DE FRANCE.
tems du Solſtice , il détermina la latitude de
Marſeille , obfervation de laquelle Eratofthene
& Hypparque conclurent que la diftance
de Marſeille à l'Equateur étoit de 43
dégrés 17 minutes , ce qui a été vérifié par
Gaffendi , par le P. Feuillée , & par M. Caffini
, & le dernier remarque que fi l'on en
fçavoit exactement les circonftances , elle
ferviroit à décider la célébre queſtion du
changement de l'obliquité de l'écliptique.
M. de B. paffe enfuite à l'article des
Voyages de Pytheas qui eft l'objet le plus
important. Il falloit alors fe tranfporter dans
les pays que l'on vouloit connoître avec
certitude. On n'avoit qu'un fort petit nombre
de rélations , dont par cette même raifon
la fidélité n'étoit pas affurée . Les Nations
ayant entr'elles peu de commerce ,
l'Imprimerie n'étant point inventée , chaque
peuple gardoit fes propres connoiffances ,
& quelquefois en étoit jaloux. M. de B. remarque
avec beaucoup de jufteffe que le
dégré de paffion qui fuffit pour faire un fçavant
d'une autre efpece , ne fuffifoit pas alors
pour faire un Geographe , & pour s'expofer
aux fatigues & aux dangers qu'il étoit néceffaire
d'affronter , il falloit un grand courage
, échauffé par le défir d'être utile à fa
patrie ; auffi ne peut-on pas douter que
cette jufte confidération fût un des princi .
paux motifs de Pytheas.
JANVIER 1747. 31
C'eft Strabon qui nous apprend que ce
Voyageur partant de Marſeille , vogua de
Cap en Cap, cotoyant toute la partie Ŏrientale
de l'Eſpagne , pour entrer dans le bras
de la Méditerranée, qui baignant le Midi de
ce Royaume & le Nord de l'Afrique fe
joint à l'Océan par le détroit de Gibraltar.
Aufortir du détroit il remonta vers le Nord ,
le long des côtes de la Lufitanie , & con
tinuant de faire le tour de l'Eſpagne , il
gagna les côtes de l'Aquitaine & de l'Armo
rique , qu'il doubla pour entrer dans le
canal que l'on nomme aujourd'hui la
Manche. Au delà du Canal il ſuivit les côtes
Orientales de l'Ifle Britannique , & lorſqu'il
fut à fa partie la plus feptentrionale , pouf .
fant toujours vers le Nord , il s'avança en fix
journées de navigation jufqu'à un pays que
les Barbares nommoient Thulé , c'eft l'Iflande
fituée entre 65 & 67 dégrés de latitudo.
La durée du jour folftitial y eft de 24
heures , ainfi que dans tous les climats qui
font à 66 dégrés 30 minutes de latitude ,
& Pytheas, qui rapporte ce fait, l'avoit deviné
par la force du raifonnement avant
que de l'avoir vû. Les Sauvages des pays
moins Septentrionaux , c'eft -à-dire , fuivant
les apparences , les habitans de quelquesunes
des Orcades , lui ayant montré dans
l'horiſon les points du coucher & du lever
36 MERCURE DE FRANCE.
du foleil en differentes contrées plus voifines
dupole,ilavoit conclu du lieu deces differen's
points , qu'au tems du folftice d'été les nuits
étoient de trois heures fous un climat , de
deux heures fous un autre , & ainfi du refte,
en diminuant toujours par une proportion
marquée , à mesure qu'on approchoit du
parallele de Thulé , où le jour folftitial étoit
de vingt- quatre heures.
Ce Voyage au Nord de l'Ile Britannique
n'eft pas le feul qu'ait fait Pytheas. Il en
entreprit un fecond vers le Nord- Eft de l'Europe,
& fuivant dans celui - ci , comme il avoit
fait dans le premier,toute la côte Occidentale
de l'Océan , ( car alors n'ayant point le
fecours de la bouffole on n'ofoit fe rifquer
dans la haute Mer , & l'on ne naviguoit que
de côte en côte , ) il entra par le canal de
le Manche dans la Mer du Nord, & de celleci
par le détroit du Sond dans la Mer
Baltique , dans laquelle il vogua jufqu'à l'embouchure
d'un Fleuve, qu'il appelle Tanaïs ,
mais qu'il ne faut pas confondre avec le
Fleuve de ce nom , qui fe décharge dans le
Palus méotide, Pour aller des bords de la
Mer Baltique à ceux de la Mer Noire, il auroit
fallu que Pytheas traverfât un continent
vafte dont partie étoit inhabitée , &
M. de B. conjecture avec plus de raiſon
que le Tanaïs de Pytheas devoit être quel
JANVIER. 1747 37
qu'un des Fleuves qui fe déchargent dans
la Baltique , peut être la Vitule , ou la Redaune
qui tombe dans ce fleuve auprès de
Dantzick .
M. de B. détrui ici l'opinion commune
qui ne fait qu'un feul de ces deux Voyages
de Pytheas , mais le texte de Strabon
eft fiformel qu'il n'y aura point de Lecteur
attentif qui ne foufcrive à l'opinion du fçavant
Académicien .
Pytheas compofa en grec deux ouvrages ;
le premier fous le titre de Defcription de l'Océan
, étoit la Relation de fon premier
Voyage , le fecond appellé Periode par un
ancien Scholiafte , & périple dans l'abrégé
d'Artemidore d'Ephefe, contient la Relation
de fon Voyage dans la Baltique. Ces deux
derniers titres font foupçonner à M. de B.
que ce fecond Voyage pourroit avoir été
fait , partie par mer & partie par terre.
Dans ces relations l'Auteur rendoit compte
de ce qu'il avoit remarqué fur la nature des
pays Septentrionaux , fur la qualité des ter
res , fur les moeurs des habitans , & fes Cen
feurs n'ont point avancé qu'il fe foit écarté
de la vérité fur ces articles.
Nous ne fçavons . de ces détails que ceuxqui
nous ont été confervés par Strabon ; que
dans ces contrées on n'élevoit point d'animaux
domeftiques , que les hommes auffi
38 MERCURE DE FRANCE.
feroces que les animaux fe nourriffoient de
fruits fauvages , de légumes & de racines ,
que la boiffon des pays ou l'on recueilloit
du miel & du froment , étoit une liqueur
formée de leur mélange, que le peu de chaleur
du Soleil , & la fréquence des pluyes
ne permettoient pas l'ufage des aires pour
battre le bled.
A ces détails fur l'Hiftoire naturelle Pytheas
joignoit lesobfervations parleſquelles il avoit
déterminé la pofition de differens lieux; il paroit
qu'un des motifs de fes voyages avoit été
de connoître les côtes , objet de la plus gran
de importance pour une nation commercante
; ici M. de B. juftifie folidement fon
voyageur contre les injuftes accufations de
Strabon, qui voulant attaquer des latitudes
données par cet Aftronome, en fubftitue de
vifiblement fauffes.
Pour achever de juftifier pleinement Py
theas , M. de B. n'avcit plus qu'à répondre à
deux objections de Polybe rapportées par
Strabon, & qui attaquent la vérité des voyages
mêmes , & c'eſt ceque M. de B. fait de la fa
çon la plus convainquante ; on doit bien s'é
tonner qu'un écrivain auffi judicieux que Po
lybe ait voulu accréditer cet étrange paradoxe
, il fe peut que dans les chofes fingu
heres que Pytheas racontoit de fe voyages ,
il eût mélé quelques fables , à l'exemple des
1
JANVIER 1747. 39
voyageurs ordinaires , qui ont toujours l'am
bition de porter la furpriſe des Lecteurs au
dernier période , mais comment pest il
tomber dans l'idée d'un homme fenfé , que
des voyages tels que ceux de Pytheas , dont
la relation eft pleine d'obfervations aftronomiques
, & d'autres détails plus utiles qu'amu
fans , ayent été écrits d'imagination , & uniquement
pour tromper les hommes:Des deux
objections qui ont fait naître à Polybe cette
étrange idée , l'une eft qu'un fimple particu
lier ne pouvoit être affés riche pour foutenir
la dépense de pareilles entrepriſes , & la ſeconde
que Scipion ayant fait au fujet de l'Ifle
Britannique quelques queftions à ceux de
Marfeille , de Narbonne , & de Corbillon
fur Loire , ne put tirer d'eux aucun éclaircif
ſement.
Mais s'il eft vrai de dire que le commerce
étoit le principal objet des Marfeillois
fi des contrées où Pytheas a voyagé fortoient
deux branches importantes de commerce ,
n'eft- on pas en droit de conclure de -là que
l'objet de ces voyages intereffoit les Marfeillois
; & pourra-t on regarder comme une
conjecture frivole l'opinion qui fuppoferaque
Pytheas n'étoit pas affés riche pour faire ces
voyages à fes frais , il les faifoit comme chargé
par la République , ou par quelque Com
pagnie commercante ? c'est ainsi que les pre45
MERCURE DE FRANCE.
miers Portugais qui firent la découverte des
Indes Orientales furent protégés, & foudoiés
par le Prince Henri , & depuis par les Rois
de Portugal. Or il eft aifé de prouver que
les contrées que Pytheas a parcourues , of
froient des objets de commerce alors confidérables
, & qu'elles en offrent encore .
-Nous ne nous étendrons pas long- tems
fur les preuves que donne le fçavant Aca
démicien. L'étain que les Ifles Britanniques
fournifloient en abondance , étoit feul une
branche précieuſe de commerce.Les Anciens,
& fur- tout les Gaulois, en faifoient un grand
ufage : du tems d'Hérodote les Phéniciens &
lesCarthaginois étoient les feuls qui fiffent ce
commerce , & l'Europe étant alors auffi barbare
en partie,dumoins versleNord quel'Inde
l'eft encore, & l'etain étant plus précieux , ce
commerce pourroit être comparé à celui de
l'or que les Européens ont fait depuis dans
les Indes , mais depuis le voyage de Pytheas
les Marfeillois le partagerent. On voit depuis
ce tems les Bretons porter leur étain
des Ifles Caffiterides ou Sorlingues, & du canton
des Offidamii ( du Comté de Cornouailles
) jufqu'à la côte voifine de l'Ifle de Wigth,
& le tranſporter dans cette Ifle fur des chariots
pendant les baffes marées ; on voit des
Marchands étrangers y venir chercher ce
métal , & traverfant toute la Gaule en trente
'+
P
A
• 41 JANVIER
1744.
journées ,le porter à l'embouchure du Rhône
dans le territoire des Marfeillois . Etc'eft par
raport à ce commerce que Pytheas avoit pris
le foin de décrire exactement la fituation du
promontoire Culbium , & fa diftance à l'Ile
Oueffant qu'il nommoit Uxifama.
On voit auffi - clairement que l'accroiffement
du commerce étoit l'objet du voyage
qu'il fit dans la Baltique. Le fuccin ou l'ambre
jaune étoit d'une grande valeur parmi
les Anciens; les Medecins s'en fervoient pour
leurs malades ; les femmes le prifoient autant
que les plus belles perles , les Curieux
vouloient orner leurs Palais de vafes & de
ftatues d'ambre , ainfi le fuccin fervoit tour
à tour la prudence , la vanité & le luxe . Or
c'eft fur les bords de la mer Baltique qu'il fe
trouve , & les nations qui les habitent en font
encore aujourd'hui un affés grandcommerce.
Les Gothons qui habitoient alors ce Pays, &
qui ont donné le nom aux Goths leur defcendans
devenus depuis fi célébres , les Go..
thons le vendoient aux Germains , & ceux - ci
aux Gaulois & aux Illyriens , & comme ces
Peuples ne s'en fervoient qu'à faire des colliers,
il n'étoit pas fûr qu'ils confervaffent les
morceaux dans toute leur grofleur ; ce doute
étoitimportant pourdes gens quiavoient l'am
bition d'en avoir des vafes & des ftatues, & Néron
crutdepuis cet objet aflés intereffant pour
42 MERCURE DE FRANCE.
envoyer unChevalierRomain fur ces côtes au
travers de la Germanie , chercher des éclairciffements
fur cette matiere ; il étoit impor
tant d'examiner de quelle maniere on tiroit
de la mer ce précieux bitume , & s'il ne feroit
pas poffible à une Nation plus induftrieufe
d'en perfectionner la pêche . Telfut le
motif qui détermina Pytheas à parcourir les
côtes de la Baltique , & on voit en effet qu'il
s'étoit arrêté à la defcription des côtes qui
fourniffoient le plus d'ambre. Pytheas d'ailleurs
n'étoit pas le premier Marſeillois qui
eût voyagé. On voit quelques années avant
un Euthymenes faire un voyage dans l'Océan
du côté du Sud , & penetrer jufqu'aux environs
d'un grand golfe , dans lequel tomboit
un fleuve confidérable qui couloit vers l'Occident
, & dont les bords étoient peuplés de
Crocodiles.
On peut donc préfumer avec fondement
qu'Euthymenes & Pytheas furent envoyés
par les Marſeillois , le premier vers le midi,
pour découvrir fur les côtes d'Affrique les
Pays d'ou l'on tiroit la poudre d'or , le fecond
vers le Septentrion , pour reconnoître
les Ifles qui fourniffoient l'étain , & les contrées
d'où l'on pouvoit tirer l'ambre jaune.
Les Marfeillois ne faifoient en cela que fuivre
les Carthaginois , qui long -tems auparavant
avoient entrepris de pareils voyages .
1
JANVIER 1747. 43
La feconde objection n'eft pas plus folide-
Loin de conclure du filence des habitans de
Marſeille lorfque Scipion les interrogea fur
la fituation des Ifles Britanniques , qu'ils ne
connoiffoient pas ces Ifles , il étoit plus raifonnable
de penfer qu'ils feignirent d'ignorer
ce qu'ils fçavoient en effet,& que cette nation
jaloufe de fon commerce, ne voulut pointdonner
à un étranger des lumieres dont il auroit
pu profiter à fon préjudice. Les Phéniciens
de Cadix , qui d'abord avoient fait feuls ce
commerce, avoient employé les plus grandes
précautions pour garder leur fecret , les Carthaginois
en avoient fait autant ; avec quel
myftere les nations de l'Europe qui ont pénetré
dans l'Inde ne s'efforçoient elles pas dans
ces commencemens , de cacher les fources &
les circonftances de leur commerce !
De toutes ces raifons M. de B. conclut
qu'on auroit condamné Pytheas avec moins
de rigueur , fi on l'avoit jugé avec plus d'attention;
il y a un jufte milieu entre une aveugle
crédulité, & un pyrrhonifme trop opiniâtre.
Il faut faire reflexion que comme le faux
eft quelquefoisvraiſemblable,le vrai nel'eftpas
toujours. C'eftainfi que l'on a légérementcondamné
Hérodote quipeut- être n'eft pas toujours
exact , mais qui depuis a été juftifié par
nos voyageurs , lefquels ont vérifié pluſieurs
chofes qu'on avoit regardées comme des fa44
MERCURE DE FRANCE.
bles. Les écrivains qui ont rabaillé Pytheas
auroient fait un meilleur ufage de leur efprit,
en louant l'exactitude de fes obfervations &
en faifant fentir le mérite de les voyages &
de fes découvertes, C'eft lui qui le premier
a établi la diſtinction des climats , par la dif
ferente longueur des jours & des nuits , & qui
a frayé la route vers des contrées que l'on cro
yoit inhabitables . Ce Mémoire de M. de B.
difpofé avec méthode , écrit avec élegance,
repond à l'idée que le Public s'eft faite de lui
fur fes premiers effais. Rendons juftice à notre
fiécle où l'on voit des Sçavans pofféder
l'efprit philofophique avec l'érudition la plus
vafte , & joindre les graces du ftile à l'étendue
des connoiffances. A l'aide de ces Sçavans
illuftres, parmi lefquels M. de B. tient
déja une place honorable , les objets de la
profonde érudition , fi fouvent heriffes d'épi .
nes , pourroient devenir auffi agréables que
les fujets de littérature legere , comme ces
parties de la France , qui jadis couvertes de
forêts , n'offroient qu'un climat fauvage, font
devenues par les foins de ceux qui les ont
defrichées , comparables aux plus riches climats
de l'Univers.
Nous allons joindre ici l'Extrait de l'éloge
hiftorique de l'Abbé Mongault que lut M.
Freret Sécretaire perpétuel de l'Académie.
JANVIER 1747 . 45
-

Nicolas Hubert de Mongault nâquit à
Paris le 6 Octobre 1674. dès l'age de 16
ans le goût qu'il fentoit pour l'étude , &
pour une vie retirée le détermina à entrer
dans l'Oratoire,
Après les épreuves ordinaires , on l'envoya
étudier en Philofophie au Mans. La Philo
fophie de Defcartes avoit déja beaucoup
de célébrité , mais celle de l'école avoit en
core le premier rang , c'étoit la feule qu'il fût
permis d'enfeigner. On accoûtumoit encore
les commençans à remplir leurs têtes de
cathégories , d'univerſels à parte rei , & à répéter
au nom d'Ariftote des noms & des
mots obfcurs. Defcartes n'avoit pû encore
│réuffir à faire paffer en maxime , qu'il faut examiner
ce qu'on veut connoître , ne juger
qu'après cet examen , & ne décider que fur
ce qu'on fçait & qu'on entend bien clairement.
Le Profeffeur fous lequel étudioit l'Abbé
Mongault,tenoit bon, ainfi que tant d'autres,
pour l'ancienne Philofophie , mais un efprit
auffijufteque celui de fon éleve, n'étoitpas fait
pour la goûter,fur-tout lorfque le vrai luiétoit
préfenté d'un autre côté avec l'attrait de la
nouveauté, fi puiffant fur la jeuneſſe : dans une
theſe publique qu'il foutint à la fin de fon
cours, il changea de fon autorité la théſe defon
Régent , & y fubftitua la Philofophie de Def46
MERCURE DE FRANCE.
cartes , ofant ainfi avoir raifon malgré Arif
tote & fon Régent, qui ne fut point auſſi offenfé
de la témérité de fon éleve , qu'on auroit
pu l'attendre d'un fectateur d'Ariftote,
Mais nous ne mettons point dans nos moeurs
la même Logique que dans nos idées ; tel
homme raifonne comme M. Lock, & fe con.
duit comme un fou , & ainfi au contraire . Il
étudia la Théologie avec le méme fuccès ;
il joignoit aux études claffiques une étude
particuliere & fuivie des Saintes Ecritures ; &
quoique depuis il eût tourné ſes études vers
des objets qui étoient étrangers à ceux- ci , il
en conferva toujours une connoiffance étenduë
; tout ce qui avoit un certain mérite d'agrément
ou de folidité fe gravoit dans fa mémoire
pour ne s'en effacer jamais , & les diverfes
connoiflances qu'il acquéroit alloient
s'y placer nonfeulement , pour ainfi -dire ,
d'elles mêmes & fans confufion ,jmais encore
dans l'ordre le plus convenable pour fe prêter
un fecours mutuel.
Cependant la foibleffe de fa poitrine commença
à lui faire fentir que les devoirs de
la Regle qu'il avoit embraffée, étoient au - deſfus
de fes forces , il jugea lui-même que ne
pouvant s'afſujetir aux devoirs communs , les
menagemens dont il avoit abſolument befoin
pouvoient être d'un exemple dangereux
pour la difçipline d'une Communauté
JANVIER 1747. 47.
& lai impofoient la néceffité d'en fortir. Ce
fut en 1699 , qu'il s'y determina ; il fe retira
au Collège de Bourgogne , & ce fut là
qu'il acheva la traduction d'Hérodien qu'il
publia en 1700.
Cet Ouvrage fait avec beaucoup de foin
& d'exactitude , écrit avec élégance, ne pou- ,
voit manquer d'avoir un grand fuccès. Hérodien
Auteur élégant & judicieux ne peut
pas, il eft vrai, être mis à côté des Hiftoriens
du bon tems de la Grece , ni du fiécle d'Augufte
.Ce n'eft ni Thucydide, ni Xénophon ,
ni Polybe , mais il a le précieux avantage.
d'avoir traité une matiere intereffante , fertile
en revolutions & en événemensfinguliers.
Son Hiftoire commence à la mort de Marc
Aurele , époque remarquable , parce que depuis
ce tems l'Empire Romain fut toujours en
dépériffant , & ne fe releva plus.
L'année ſuivante 1701 , M. L. M. donna
le premier volume de la traduction des Lettres
de Ciceron à Atticus ; un travail continu
& opiniâtre avoit affecté fa poitrine ; il
cracha du fang pendant le cours de ce travail,
& on crut que fa poitrine étoit attaquée,
cependant elle le rétablit dans la fuite, & il
ne lui refta qu'un enrouement qui rendoit ſa
voix un peu fourde,
Cette même année M. Colbert Archevêquede
Toulouſe, qui s'étoit toujours inter48
MERCURE DE FRANCE,
reffé a lui , & qui lui avoit procuré en 1698
le Prieuré des Ulmes Saint Florent , l'appella
auprès de lui , le logea dans fon Palais ,
& lui donna des témoignages folides de fon
eftime & de fon affection .
Un homme tel que l'Abbé M- devoit trouyer
des amis dans une Ville , où il y a autant
de gens de mérite qu'à Touloufe ; fon eſprit
le faifoit rechercher & diftinguer , & un certain
nombre de gens d'efprit fe raffembloient
chés lui à des jours marqués , & y formoient
une espéce d'Acadêmie , ( c'eft le nom qu'on
donnoit à cette petite Société ) les liaiſons
qu'il fit alors lui ont toujours été cheres , ainſi
qu'à ceux qui les avoient formées avec lui.
Mais M.L. M. ne pouvoit oublier qu'un
homme de Lettres eft toujours déplacé hors
de la Capitale ; M. Foucault fouhaitoit d'avoir
auprès de lui un homme qui joignit l'elprit
avec le fçavoir , & dont le commerce
particulier lui fournit un délaſſement conforme
à fon goût , ce Magiftrat qui avoit luimême
beaucoupd'efprit & de littérature, avoit
toujours trouvé le temps de cultiverles lettres
au milieu des foins penibles des emplois publics.
Ces propofitions furent faites parun ami
commun à L. M. qui les accepta, M. Foucault.
fentit bientôt le prix du préfent que lui avoit
fait fon ami , & il fe hâta de le partager avec
l'Académie
JANVIER 3747. 49
TAcadémie dont il étoit honoraire. Ce fut
en 1708 que M. L. M. y entra.
En 1710 il fut enlevé à cette Compagnie
par M. le Duc d'Orléans , qui fur le témoignage
de M. Foucault lui confia l'éducation
de M. le Duc de Chartres , aujourd'hui Duc
d'Orléans,
Le refpect que nous devons à la modeſtie
du Prince vivant nous impoſe filence fur
cette partie de l'éloge de L. M. nous nous
contenterons d'obferver qu'il fcut fe conciher
, avec l'amitié de fon illuftre Eleve , la
confiance des perfonnes auxquelles il étoit
comptable de cet important emploi , &
l'eftime de ceux qui compofoient leur cour.
Madame , M. le Duc d'Orléans, & fon Alteffe
Royale Madame la Ducheffe d'Orléans,
daignoient l'admettre à leurs.converſations
particulieres , & les bontés dont il l'honoroient
n'ontjamais fouffert d'altération . M.
le Duc d'Orléans qui l'avoit nommé en 1714
à l'Abbaye de Chartreuve , lui procura encore
en 1719 celle de Ville - neuve, & lorfque
M. le Duc de Chartres obtint la charge
de Colonel général de l'Infanterie , il
le choifit pour remplir la place de Sécretaire
général , il lui confia auffi celle de Sécretaire
de la Province du Dauphiné , & après la
mort de M. le Duc d'Orléans fon pere , il
C
50 MERCURE DE FRANCE..

lui donna une des deux charges de Secrétaire
des commandemens & du cabinet,
Lorfque L. M. fut chargé en 1710 de
l'éducation de M. le Duc de Chartres , la
traduction des lettres de Ciceron étoit fort
avancée , il ne s'agiffoit prefque plus que de
la revoir pour y mettre la derniere main , ainfi,
malgré le peu de loifir que lui laiffoit cette
éducation , l'ouvrage parut en 6 volumes en
1714,
L'Abbé de S. Réal avoit déja publié en
1690 une traduction du premier & du fecond
livre des lettres de Ciceron à Atticus ,
accompagnée d'une espéce de commentaire
politique , mais la mort l'ayant arrêté au milieu
de fon travail, il reftoit 14 liv.à traduire,
& leftile de la traduction très inferieur à celui
des Ouvrages de cet Ecrivain , faifoit peu
été
regretter que cette traduction n'eut pas
achevée ; cependant L. M. voulant éviter
toutce qui pouvoit avoir l'air de concurrence
, avoit commencé par le troifiéme , & le
quatriéme Livre de ces lettres, & la traduction
des deux premiers Livres ne parut que
lorfqu'en 1714 il donna- les feize Livres . M.
Freret fait fentir le prix de ces lettres , qui
font un des plus beaux monumens de l'Antiquité
, & le mérite de la traduction ; le
fuffrage de cet illuftre & fçavant Académi
gien vaut feul un grand nombre d'éloges.
JANVIER
1747. JI
Le Public a prononcé de même fur cette
traduction,& fes fuffrages confirmés par trerte-
deux années , pendant lefquelles les éditions
ont été multipliées , nous difpenfent
fuffifamment d'en faire l'éloge.
On trouve encore dans les Mémoires de
l'Académie deux differtations de L. M. comme
il étoit alors occupé de fa traduction ,
l'une & l'autre ont rapport aux lettres qu'il
traduifoit. Il traite dans la premiere des horneurs
divins rendus aux Gouverneurs des
Provinces Romaines pendant la durée de la
République, & il fait voir que ces honneurs.
avoient,pour ainfi dire, préparé les voies à
Papothéole des Empereurs , qui réuniffant
fur leurs têtes les differentes Magiftratures ,
exerçoient dans toute l'étendue de l'Empire
& dans Rome même une autorité ſemblable
à celle dont avoient joui les anciens Gouverneurs
des Provinces . Il s'agit dans le ſecond
Mémoire du Temple ou monument
héroïque , que Ciceron avoit eu deffein de
confacrer fous le titre de Fanum à la mémoire
de fa fille Tullia . L'efprit philofophique
, cet efprit qui s'applique à tout , fans
lequel l'érudition la plus vafte ne peut s'appeller
que rudis indigeftaque moles , cet ef
prit qu'heureufement plufieurs de nos Sçavans
poffedent , fe fait fentir dans les deux
differtations de L. M, & dans plufieurs des
cij
52 MERCURE DE FRANCE,
notes de fa traduction ; cette juftice que M.
Freret rendà L. M.eft d'autant plus flateufe
que perfonne n'eft juge plus compétent fur
Cette matiere que cetAcadémicien , qui joint à
l'éruditionla plus valte un efpritvraiment philofophique
, au moyen duquel toutes les matiéres
differentes qui font l'objet de ſes connoiffances
fe prêtent un jour & un fecours
mutuel ; avantage néceffaire , puifqu'on ne
fçait jamais bien une matiére , fi on n'a été,
à portée de tirer des lumieres de beaucoup
dautres qui lui font abfolument étrangeres .
mais cet avantage n'eft fait que pour les
grands hommes . On fçait que rien n'eft.
étranger à M. Freret , & qu'il réunit tous les
genres d'érudition.
M. L. M. étoit né avec un efprit trés- étendu
, & avec un fens droit qui lui faifoit faifir
rapidement le vrai , & l'étude avoit encore
perfectionné ces heureufes difpofitions
de la nature : incapable de la moindre diffimulation
, il ne pouvoit ni penſer d'après les
autres , ni s'empêcher de dire ce qu'il pen--
foit , mais il avoit trouvé l'art de le faire pardonner
cette fincérité , même par les perfonnes
du rangle plus élevé. Par une fuite du
même caractére, ilfoutenoit fes fentimens dans
la converſation avec une chaleur , que ceux
mêmes qui en étoient l'objet , lui paffoient
aifément , parce qu'il étoit le premier à la.
JANVIER 1747
53
reconnoître , & qu'elle étoit accompagnée
de ces ménagemens dont on prend l'habi
tude dans le commerce du monde choifi avec
lequel il avoit toujours vécu .
Il étoit naturellement férieux , mais ſans
être trifte ; la jufteffe de fon efprit , la variété
de fes connoiffances , foutenues de la
facilité, de la nobleffe , & de la grace avec
laquelle il s'exprimoit , rendoient extrémement
agréable une converfation qu'il fçavoit
proportionner à ceux avec qui il fe
trouvoit . I ignoroit dans le commerce ordinaire
ces démonftrations extérieures & ces
propos affectueux, qui le plus fouvent ne font
que de fimples formules ; c'étoit encore- là
une fuite de la fincérité de fon caractére ,
mais il étoit extrémement attentif à remplir
tous les devoirs de l'amitié.
Au mal de poitrine dont il avoit été ménacé
d'abord , avoit fuccédé une gravelle
dont les attaques étoient affés vives , & lui
laiffoient une douleur fourde & habituelle ,
qui lui faifoit craindre fans ceffe le retour
des accès; quand cette douleur habituelle le
quitoit, il tomboit dans un état de vapeurs,
qui quoiqu'il n'attaquat point les principes
de la vie , n'en étoit pas moins une maladie
réelle & très-fâcheufe, Il en eut cinq
attaques confidérables qui commencerent
en 1716 ; les quatre premieres dureren't
C iij
$4 MERCURE DE FRANCE .
dix mois chacune ; il épuifa tous les remédes
, & les eaux minérales eurent toujours
T'honneur de la guérifon , peut- être parce
qu'elles furent le dernier reméde qu'il effaya,
& toutes les quatre fois cette guériſon fut
accompagnée du retour des douleurs de
gravelle qui avoient difparû pendant les
vapeurs .
La cinquiéme attaque qui commença
en 1736, fut beaucoup plus longue ; les remédes
, le régime , l'exercice du cheval , la
diffipation , les eaux , rien ne réuffit ; enfin
en 1743 une petite maladie lui fit prendre
la réfolution de fe renfermer dans fa chambre,
d'où il ne fortit plus ; fon appartement
avoit vûe fur une chapelle , & c'étoit delà
qu'il entendoit la Meffe .
Un nombre . d'amis choifis fe raffembloient
tous les jours chés lui . La lecture
rempliffoit le refte de fon tems , mais comme
il ne pouvoit lire lui-même plus d'un
quart- d'heure de fuite & fur le haut du jour,
il avoit quatre lecteurs differens , qui fe relayoient
le jour & la nuit , car fon mal étoit
accompagné d'une infomnie continuelle. Le
25 Juillet 1746 il lui prit une fiévre violente
avec des douleurs qui devinrent bientôt extrêmement
vives , & qui annoncerent un abcès
dans la veffie. Les remédes furent inutiles,
& il mourut le 5 Août fuivant dans fa foi
JANVIER 1747.. 31
xante & douzième année . Il conferva au
milieu des douleurs les plus aigues toute la
fermeté & toute la réfignation que peut
inſpirer la Philofophie chrétienne à un homme
naturellement vertueux , toujours trèsattaché
à fes devoirs , & plein d'un très -grand
reſpect pour la Religion.
အာရ
IMITATION du Pfeaume XIII . Dixit
infipiens in corde fuo , non eft Deus,
LE libertin dont la folie
Ne peut plus garder de milieu ,
Dit au fond de fon coeur impie ,
Que craindrai-je ? il n'eft point de Dieu.
Que d'abominables maximes !
Quel affreux déluge de crimeş
Inonde ce fiécle pervers !
Je ne vois qu'efclaves ' du vice ;
Par tout , helas ! de la juftice
J'apperçois les fentiers déferts .
Dans ce bas féjour où nous fommes
Dieu regardant du haut des Cieux
Si quelqu'un des enfans des hommes
Travailloit à plaire à ſes yeux ,
Qu'a-t-il vu ? qu'hommes inutiles ,
Rongés de mille foins ftériles ,
Ciiij
56 MERCURE DE FRANCE
Sans refpect pour ſes faintes Loix ?
Envain la Sageffe éternelle
A fon école les rappelle ,
· Pas un d'eux n'écoute fa voix.
Comme un fépulchre qui s'entrouvre
De la mort exhale l'odeur ,
Bien-tôt leur langage découvre
La corruption de leur coeur :
Je ne vois plus qu'ames Tordides
Cacher fous des lévres perfides
Le fiel de l'afpic irrité ,
Que bouches pleines de blafphêmes ,
D'imprécations , d'anathêmes ,
Souffler par tout l'impiété .
Quelles couleurs pourroient bien peindre
Ces monftres de fang alterés ,
Qui dans le fang brulent d'éteindre
La foifdont ils font dévorés ?
Tout l'ufage de leur puiffance
L'unique fruit de leur fcience.
>
Eft de faire des malheureux ;
La crainte de Dieu , ni nos larmes
Ni la paix avec tous fes charmes
N'ont aucun empire fur eux .
Tyrans, dit le Seigneur fuprême ,
Vous qui comme un morceau de pain
Immolez mon peuple que j'aime
JANVIER 57 1747.
A votre infatiable faim :
Répondez , bourreaux de vos freres ,
Quand pourront leurs cris , leurs miféres
Amollir votre dureté ?
Ah ! qui pourrcit , riches avares ,
Infpirer à vos coeurs barbares
Des fentimens d'humanité ?
Qu'avez vous fait de votre audace ,
Fiers oppreffeurs des innocens ?
Sans qu'aucun péril vous menace
Quel effroi vient glacer vos fens !
Des pécheurs quel eft le réfuge ,
Quand au lieu de fléchir leur Juge ,
Ils fe révoltent contre lui ?
Loin de l'implorer ils fe moquent
Des Saints qui dans lenr maux l'invoquent',,
Et dont il eft l'unique appui ..
Pour tirer Jacob d'esclavage
Quel Dieu defcendra de Sion ? ..
Tu vois , grand Dieu , comme leur rage
Infulte à notre affliction :
Mais ta parole eft infaillible '; .
Tu vas à nos malheurs ſenſible
Brifer le trône de l'orgueil ;
Ton peuple alors comblé de gloire ,
En triomphe , en chants de victoire
Verra changer fon trifte deuil,
1
58 MERCURE DE FRANCE.'
2
EPITRE
E n'honore que la Sageffe ,
Et ne fuis point de ces lâches mortels ,
Qui dans leurs coeurs n'élevent des Autels
Qu'à la grandeur ou la richeſſe.
Malgré ta dignité , je perce jufqu'a toi ,
Je penetre ton coeur , je cherche dans toî-même
Si tu merites que je t'aime ,
Tout le refte n'eft rien pour mois
Le refte des humains ne donnent leur eftime
Qu'à la grandeur , qu'aux dignités ,
Honneurs trop fouvent achetés
Par la baffeffe ou par le crime.
Encor de ce pofte brillant
Quelqu'un oferoit-il prétendre
De jouir un jour , un moment ?
Par-tout on encenfoit Clitandre ,
Par tout on prônoit fes talents ;
Il traînoit en tous lieux une foule importune
De paraſites , de clients ;
Un malheur imprévu dérange fa fortune ;
C'en eft affés : plus d'amis , plus d'encens.,
Etoit-ce donc à lui qu'on rendoit ces hommages
?
JANVIER
1747 . 59
Non,fans doute , à qui donc c'étoit à fon tréfor.
Il lui devoit fes plus beaux avantages ;
On adoroit fon argent & fon or ; t
Il n'en a plus ; adieu flateurs à gages.
Amintas eft un fat tout le monde en convient
;
>
Ghacun lui fait la cour , le flate , le prévient.
Tircis joint l'eſprit au mérite ,
Et cependant chacun l'évite ,
On craint , on fait fon entretien ,
· Cette préférence t'étonne ,
La caufe en eft cependant bonne ,
Tircis eft pauvre , Amintas a du bien .
Ce portrait eft affreux', il eft pourtant fidéle, !
Voilà l'homme , voilà fon coeur.
L'or eft l'idole aniverfelle ,
Et l'infortune eft en horreur.
Quand j'envifage cotté érreur ,
Et quoi ! dis-je alors en moi-mêmė ,
Pour être un peu plus riche , un homme eft- il
moins fot !
O Ciel qu'elle injustice extrême !
Quoi ! de la pauvreté le mépris eft le lot!
Ne devrions nous pas foulager au contraire ,
Du moins plaindre les malheureux ?
Si la feule vertu doit plaire ,
Ne peut-on pas la rencontrer chés eux ?
Auffi fincere qu'équitable ,
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
Ce lâche préjugé ne féduit point mon coeur .
Tout homme eft mon ami , dès qu'il a de l'honneur
,
Et ce riche fuperbe , infolent , intraittable
> Eft à mes yeux plus mépriſable ,
Que l'infortuné Crocheteur ,
Qui , ployant fous le faix du fardeau qui l'accable
,
Traîne dans les travaux fon deftin miférable ,,
Et peut -être au fond de fon coeur
Du moindre forfait incapable ,
A plus de charité , de bonté , de douceur
Que ce courtifan agréable ,.
Dont l'unique mérite eft la fauffe grandeur..
J'accorde aifément mon eftime ,
Mais je l'accorde légitime ,
Non pas à l'éclat emprunté
De la naiffance ou de la dignité .
Qui , cher ami , je croirois faire un crime
Si tu ne brillois à mes yeux .
Que par ces déhors faſtueux .
C'est par ton bon efprit , ta bonté , ta droitu➡-
re,dolfo
Que tu fçais captiver les coeurs ;
Vrai chef- d'oeuvre de la Nature ,
Les dignités n'ont point changé tes moeurs,
JANVIER 1747. 6
OUI,
VERS..
UI, je le fçais , ton coeur tendre & fiděle:
Prit toujours le parti d'un ami malheureux ;;
De la médifance cruelie
Tu repouffas les traits injurieux.
Content auffi de ton fuffrage ,
J'ai ri dans le fond de mon coeur
De ce vulgaire imbecille & volage ,
Qui fur moi fans fujet exerçoit fa fureur..
Amis ingrats , fexe trompeur ,
De moi vous n'avez rien à craindre ;
Comment de vous oferois je me plaindre ?
Je vous dois tout , je vous dois mon bonheur. ·
Qui , vous m'avez appris que fouvent votre efti
me ,,
Devient le prix d'un forfait odieux ; :
Que les vertus comme le crime
Ne doivent qu'aux fuccès heureux
L'éclat qui vous frappe les yeux;
Que plus fouvent fur la fageffe auftere :
La calomnie a verſé ſon poiſon ,
Et qu' enfin la vertu viendroit vivre ſur terre ,
Qu'elle ne feroit pas à l'abri du foupçon..
Quelle feroit donc ma- folie.
A
62 MERCURE DE FRANCE,
De rechercher votre éloge trompeur ?
Je fçais trop le prix de la vie ;
Le bien fuprême eft dans mon coeur.
Cher ami , qui m'aimas dès la plus tendre enfance
,
Partage avec moi ce tréfor ;
Je vais ramener l'innocence '
Et les plaifirs de l'âge d'or.
Plus philofophe que fenfible ,
J'aime tout , & je n'aime rien ;
Dès qu'une chofe eft impoffible ,
A mes yeux ce n'eft plus un bien.
D'un plaifir paffager la perte inévitable
Peut-elle chagriner mon coeur ?
Je fçais qu'ici rien n'eſt durable ;
Un moment fait notre bonheur.
Une indifférence fuprême
Me met à l'abri des défirs ;
C'eft là le précieux fiſtême
Qui me fait méprifer ces frivoles plaiſirs ,
Qui nous coutent tant de foupirs .
Si le charmant fils de Cithere
Rend fenfible à mes tendres feux
L'aimable objet qui m'a fçu plaire ,
Qu'importe , Princeffe , ou Bergere ?
Sa tendreffe me rend heureux ;
Mais fi l'ingrate me dédaigne ,
Si fon coeur d'un autre eft épris ,
JANVIER 63 1747.
Ne croyez pas que je m'en plaigne ,
Je ris d'elle & de fon mépris.
Si l'aimable Dieu de la treille
M'offre dans un repas fes biens les plus charmans
,
Je favoure à longs traits cette liqueur vermeille
;
Sa vivacité me reveille ,
Elle anime mon coeur , elle échauffe mes fens.
Demain d'une table frugale
Je ſerai convive ennuyeux ;
Eh bien , foit ; mon humeur égale
Du manoir le plus odieux
Se fera l'Olimpe des Dieux .
Irai-je en mon efprit forger mille chiméres
Sur des événemens que je ne puis changer ?
Si les deftins nous font contraires ,
Braver leurs coups c'eft s'en venger .
Toujours calme , toujours tranquille ,
Contre les caprices" du fort
Dans mon indifférence'ayant un ſur azile ,
Sans crainte & fans regret j'attens venir la
mort,
64
MERCURE
DE
FRANCE
.
MADRIGAL.
PREN'S REN'S garde , charmante Themire ,
Aux impoftures des Amans ;
Ils te diront , pour toi mon coeur foupire ,
Ils diront vrai , ce font leurs fentimens,.
Mais fi quelqu'un ofoit dire qu'il t'aime
Autant que moi s'il défioit mon coeur >
Ten jure par les Dieux , j'en jure par toi mê
me ,
Themire , c'eft un impofteur..
SAP SAP SAPSAPSAPSPSPSY SPSAP
AUTRE.
CLARICE , de légereté
A tort votre bouche m'accufe ;
Pouvez-vous condamner mon infidélité ?ð ve
Voyez Thémire ; elle eft mon crime & mon excufe.
JANVIER 1747.
REPONSE de M. Bouguer à quelques
Objections qu'on lui a faites fur la mature
des
Vaiffeaux.
Onfieur Saverien dans un écrit qu'il
Mvient de faire paroître, & dans lequel
on trouve diverfes marques de fa politeffe ,
combat mon fentiment fur la mâture des
Vaiffeaux par z différens moyens. Il m'oppofe
diverfes raifons , dont il ne rapporte
maintenant qu'une partie , parce qu'il fuppofe
qu'on a lû un livre qu'il nous donna ily
a environ deux ans ; il allegue outre cela des
autorités , & une autorité très- reſpectable,
celle du fameux M. Bernoulli. Il s'agit de
fçavoir fi on peut prendre pour point d'appui
, ou pour hypomoclion , le centre de
gravité du Navire , comme je crus pouvoir
le faire il y a près de vingt ans dans une
piéce que l'Académie Royale des Sciences.
me fit l'honneur de couronner dans la diftribution
de fes prix. J'ai déja fait une premiere
réponſe à M. Saverien dans une note
très-courte du Traité du Navire . Je croyois
avoir tranché le noeud de la difpute , & j'étois
comme fûr que ma réponſe feroit du
gout de la plûpart de mes Lecteurs , mais
66 MERCURE DE FRANCË
je vois avec chagrin dans le Mercure de Novembre
dernier , qu'elle n'a pas fatisfait M.
Saverien , & qu'il faut même reprendre les
chofes d'affés loin , pour diffiper toutes les
ténébres dont la queftion commence déja
à s'obfcurcir.
Je ne diffimule pas que c'eft avec chagrin
que je fuis obligé de me défendre une fe
conde fois je croirois faireun meilleur ufage
de mon tems en l'appliquant à toute autre
chofe. D'ailleurs prévenu par les attentions
polies de M. Saverien , tout agreffeur qu'il
eft , je me trouve dans un affés grand embarras,
lorfqu'il faut que je m'explique fur fes
objections. J'avois dit la premiere fois qu'elles
me paroiffoient obfcures , & par confideration
pour l'Auteur, je m'étois contenté
d'agir comme fi elles avoient eu un fens déterminé.
Je répondois moins à ce qu'on me
propofoit qu'à ce qu'on pouvoit avoir dans
l'efprit , mais maintenant qu'il faut que j'entre
en lice une feconde fois & que je me
vois contraint de rapporter les objections
dans toute leur étendue , j'avoue que ·les expreffions
me manquent , & que je ne fçais
comment concilier les fentimens de ma reconnoiffance
avec ma propre juftification,
ou avec tous les intérêts de la verité. Il eft
vrai qu'on peut bien dire à quelqu'un dans
ne conteftation litteraire , qu'il part d'un
JANVIER 1747: 69
principe peu certain , qu'il ne fait pas affés
d'attention à tout , que fes objectious ne
font nullement fondées , mais il faut qu'on
fçache que je n'exprimerois ainfi qu'une partie
de la chofe. L'Auteur du Journal de Trévoux
du mois d'Avril dernier , en a penſé à
peu près comme moi ; puifqu'après avoir
mûrement pefé les circonftances de la dif
pute , il acru que M. Saverien , malgré les
prétendues objections , étoit peut- être de
l'avis même qu'il combattoit , & qu'il n'avoit
rien voulu dire autre choſe. Je fouhaitereis
extremement pouvoir me borner à
cette réponſe fi fimple & néanmoins fi
tranchante,à laquelle je n'ai nulle part , mais
malheureufement le nouvel écrit de M. Saverien
ne me permet pas de refter dans le
filence. J'y refterois fi la matiére étoit moins
importante , ou fi elle étoit plus généralement
à la portée de tous les Lecteurs .
On eft obligé dans toutes les matiéres compliquées
de décompofer le fujet qu'on examine
, de l'analyfer & d'en confidérer les
parties féparément , autant qu'il eft poffible.
Le Vaiffeau doit avoir un grand nombre
de differentes propriétés ; il eſt ſujet à
beaucoup de divers mouvemens : le Tangage
& le roulis font les balancemens aufquels
il eſt fu et dans le fens de fa longueur
& dans celui de fa largeur. J'ai difcuté tou-
"
68 MERCURE DE FRANCE
tes ces chofes dans le Traité du Navire ,
parce que je me propofois d'envifager tout
le Vaiffeau & d'examiner tous fes divers mouvemens
; mais j'ai dû faire abftraction du
tangage & du roulis , lorfqu'il s'eft agi
particuliérement de la mâture , parce que
le Navire peut rouler peu ou beaucoup ,
peut tanguer avec violence ou d'une maniere
moins rude , fans que cela l'empêche
d'être bon ou mauvais voilier. Je fçais bien
qne toutes les fois que le vent eft plus fort,
le Navire qui fuit une route oblique &
qui eft mâté felon les regles ordimaires quoique
rectifiées, s'incline d'avantage , mais toute
inclinaifon n'eft pas un roulis : il s'agit ici
d'une inclinaiſon conftante , qui fera fenfiblement
la même pendant toute une traverfée
, fi on fait toujours la méme route & que
le vent ne change ni de direction ni de vîteffe,
C'eft dans cette fuppofition que j'ai toujours
confidéré le Navire , lorfqu'il a été queſtion
de fa mâture , parce que j'ai dû éloigner tout
ce qui étoit étranger au fujet , ou ce qui n'y
avoit que des rapports trop éloignés. J'avois
alors à remplir un objet encore plus important
que celui d'empêcher la violence du
tangage ou dú roulis : il s'agiffoit de regler
la fituation conftante ou, pour ainfi - dire , habituelle
du Navire , laquelle dépend immédiatement
de la difpofition de la mâture ; au
JANVIER 1747. 69
fieu que le tangage & le roulis n'ont de rapports
prochains marqués qu'avec la figure
du Vaiffeau & la diftribution de fa charge . Le
centre de gravité me fert de point d'appui ,
ou d'hypomoclion , mais il faut remarquer
que je n'introduis pas moins l'équilibre à l'égard
de tous les points imaginables qu'à l'égard
de ce centre , puifque l'équilibre que je
procure eft parfait , & qu'il le fait une deftruction
entiere & réciproque de toutes les
forces qui agiffent,
Si leVaiffeau roule ou tangue, il n'eft pas
queftion d'indiquer ici fur quel point il fera
fesbalancemens ,mais rien n'empêche de pren
dre encore le centre de gravité pour point
d'appui, pourvû qu'on falle attention à tout,
& qu'on confidere comme une puiffance ou
commeune force , la réfiftance que produit
finertie de toutes les parties du Navire , qui
ne reçoivent du mouvement qu'avec difficulté.
Tout le détruira encore , l'équilibre
fera parfait , & le centre de gravité
pourra donc fervir également d'hypomocfion
. J'aurois plufieurs autres remarques à
faire fur ce fujet , mais il arriveroit qu'en refutant
plus particuliérement une objection
qui n'eft que vague,de la maniere dont on me
la fait ,je répondrois infenfiblement à une
difficulté que M. Bernoulli a bien voulu mẹ
propofer , & à laquelle il me paroît conve
70 MERCURE DE FRANCE.
nable de deſtiner un éclairciffement, 'féparé
quoique court, que je donnerai auffi - tôt que
j'en aurai le loifir. Il ne feroit pas jufte ( que
M. Saverien me permette de le dire ) de
joindre les objections auxquelles je reponds
actuellement , à d'autres qui font d'un ordre
tout different , qui font précifes , qui font
claires, & qui peuvent fournir réellement matiére
à de nouvelles recherches .
Il n'eft pas étonnant que notre Auteur fe
récrie fi fort , & qu'il fe jette dans de fi grandes
exclamations
contre l'ufage que jai fait
du centre de gravité comme point d'appui ,
puifqu'il ne met aucune différence entre
le point d'appui & le centre de rotation ou
de converfion. Toutes les perfonnes qui font
initiées dans ces matiéres, fçavent cependant
que le mot hypomoclion dans fon acception
la plus générale , fignifie un point fim
plement relatif à la maniére dont on confidere
l'action des puiffances. C'eft pourquoi
il eft permis dans une infinité de differentes
occafions d'établir le point d'appui où l'on
veut. Notre Critique qui n'y a pas fait attens
tion , fe fera informé de plufieurs perfonnes
fi un corps qui eft exposé à l'action de diverſes
puiffances, dont la direction 'ne paſſe
pas par le centre de gravité , tourne néceffairement
fur ce point , & comme toutes
les réponſes, tant verbales qu'écrites , fe feJANVIER
1747. 71
ront accordées pour la négative , il en a conclu
qu'on ne pouvoit donc pas mettre le
point d'appui dans le centre de gravité.Il n'a,
voit, pour ne s'y pas tromper , qu'à faire encore
une autre queftion : demander ce que;
les Mathématiciens , principalement les modernes
qui fefont livrés à des recherches de
Méchanique incomparablementplus compliquées
que celles qu'avoient tenté les Anciens,
entendent par hypomoclion ou point d'appui
, pris dans le fens le plus abftrait ?
Paffons maintenant aux autres objections de
Auteur.
K I
M
E
B
F
la
a entrepris de prouver que le point
2 MERCURE DE FRANCE.
d'appui , que le centre de fufpenfion, que le
centre de balancement , que le centre de
rotation , que le centre d'ofcillation , car tous
ces mots font fynonimes dans fon Dictionnaire
, eft fitué à une hauteur confidérable
au- deffus du corps du Vaiffeau. La figure
précédente repréſente un Navire dont AE
eft la prouë , BF eft la poupe , G le centre
de gravité , & L M la voile qui eft pouffée
par le vent felon la direction NIK, pendant
que la proue à caufe de fon inclinaifon
ou de fa faillie , eft pouffée pas la rencontre
de l'eau felon la direction Ď N.
Comme fi ce n'eût pas été affés moi de
pour
répondre aux objections de notre Auteur, il
s'eft afſocié un de fes amis qu'il ne nomme pas,
mais qu'il nousaffure être unSçavant très célébre,
& il en a adopté les reflexions. Nous n'avons
qu'à ouvrir le livre de M. Saverien à la
p. 165 , nous entendrons parler le Sçavant
Anonyme.
23
39 Voycz Jean Bernoulli dans le recueil
de fes ouvrages No 177. IVme . volume
art. 14 de centro fpontaneo rotationis , où
ce grand homme ayant établi fes principes
, conclud art.20 que le centre de rotation
eft le même que le centre d'ofcilla-
» tion ou de fufpenfion d'un pendule , compofé
de toutes les parties qui forment le
Navire,Etudiés bien cet article, & vous ver
20
≫ rez
JANVIER 1747. 73
33
ג כ
3. par
rez l'ouvrage de M. Bouguer fondé fur un
principe qui eft peut- être douteux. D'ail-
» leurs file vaiffeau eft pouffé en bas par une
» direction ND (fig 1. de M. Bouguer ) perpendiculaire
à la proue A E , l'impulfion
» de l'eau qui eft auffi perpendiculaire à AE,
& contraire à ND , fe trouve détruite
» l'impulfion contraire de l'eau , qui frappe
» la poupe FB perpendiculairement au tour
du centre de gravité G, à caufe de l'équi-
» libre des parties du Vaiffeau autour de ce
» centre, Ainfi l'impulfion ND fubfifte toute
» entiere , & cette impulfion étant décompofée
en deux autres , l'une parallele à
» AE, & l'autre verticale , fi le Vaiffeau ne
» s'enfonce point par une direction verticale
, il ne lui refte que l'impulfion parallele
» à AE, ou perpendiculaire à ND .
3:
י כ
22
20
33
Le Lecteur doit remarquer qu'en tranſcrivant
ici fervilemenr le livre de M. Saverien,
j'évite l'inconvénient d'y rien changer , car je
n'ai garde de me repoſer fur ma mémoire
qui pourroit me fervir très- mal dans cette
occafion.
On a d'abord été frappé de l'identité du
centre de rotation ou de fufpenfion , & du centre
d'ofcillation , & on a vû que c'eft M. Bernoulli
qui l'a établie ; parce que ce celé-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
bre Mathématicien a peut -être dit comme
l'avoit déja démontréM.Hughens, que le centre
d'ofcillation & le point de fufpenfion ,
peuvent fe prendre réciproquement l'un pour
l'autre. M. Saverien & fon Ami ont pris dans
le fens compofé ce qui n'étoit vrai ,
que dans
le fens divifé , & ce qui impliquant contradiction
dans le fens qu'ils l'ont avancé , &
que le prend encore actuellement notre Critique
dans le Mercure de Novembre ( page
49 ) montre qu'ils ne le font pas donné une
peine exceffive pour s'informer de la fignification
des termes, ou qu'ils ne leur attachent
aucune idée. Nous voyons de plus la deftruction
de l'impulfion de l'eau felon DN,
par le choc perpendiculaire de l'eau fur la
poupe,à caufe d'un certain équilibre, qui n'eſt
pas moins extraordinaire que le choc même
de l'eau fur la poupe ; & on voit encore la
puiffance ND qui fe fauve de la deſtruction ,
& qui fe décompofe lorfqu'on y penfoit le
moins. Qu'on fe mette maintenant à ma
place , & qu'on juge fi je ne dois pas me
trouver effectivement dans une certaine for-
* Voici apparemment les paroles de M. Bernoul
li qui ont donné lieu à la méprife de M. Saverien
& à celle de fon ami , Aut quia demonftrante jam Hum
genie , pendula compofita eam habent proprietatem , ut
puz & um fufpenfionis & centrum ofcillationis poffint converti,
&c. page 269 , Tom. IV.
JANVIER
1747. 75
te d'embarras , mais tout contraire à celui
que le Critique avoit en vue. Je ne conteſte
pas , puiſqu'il nous l'affûre , qu'il ne lui fût
très glorieux de pouvoir nommer le Sçavant
qui lui a fourni de femblables réflexions, mais
en vérité étoit-il néceffaire de les divulguer,
& ne pouvoit-on pas en faire plutôt tout
autre ufage ? On voit les mots de poupe
de proue , de centre de gravité ,
d'équilibre
&c; & ce qu'il y a de plus fâcheux , c'eft prefque
la même choſe dans tout le reſte du livre.
Il faut malgré cela avoir un peu de
tience , écoutons la fuite de la démonftrapation.
Je fuis bien fûr qu'on ne la
prévoiroit
pas.
Donc (pourfuit- on ) le centre d'incli-
> naiſon eft dans la ligne DN ; il eft auffi
» dans la direction
perpendiclaire à la pou-
» pe FB ; parceque le point A ne peut com-
» mencer à décrire AE , fans que le point F
» décrive FB : donc ce centre eft dans le
" point où ces deux directions le coupent.
L'obfcurité de ce texte eft difficile à pénétrer
, j'en étois déja convenu dans ma premiere
réponſe ; mais il me paroît néanmoins
que fi M. Saverien a quelque chofe dans
l'efprit , qu'on puiffe qualifier du nom d'opinion
, c'est qu'il prétend que le centre de
rotation , ou le point autour duquel le Navire
fe balance ou s'incline , eft fitué vers
Dij
MERCURE DE FRANCE.
le point N. Pour dire la même chofe en d'autres
termes , le Critique fans faire attention
que le centre de rotation et toujours fitué
de l'autre côté du centre de gravité, par rapport
à la puiffance , place le centre de rotation
vers le même endroit où il met la puiffance
, qui eft ici repréſentée par l'effort , du
vent. La maniere dont il fe déclare pour ce
fentiment , ne fait pas augurer qu'on réuffiffe
aifément à l'en faire revenir , en oppofant des
raifons aux fiennes , Mais il s'offre à lui un
moyen bien fimple de vérifier tout d'un coup
le dégré de foi que méritent les décifions de
fon ami, Il n'a qu'à s'adreffer ou aux Marins ,
ou feulement aux perfonnes qui du rivage
ont vû quelques Navires en pleine Mer .
Lorfque ces Navires étoient agités , la poupe
& la proue s'élevoient alternativement ;
il fe faifoit aufli quelquefois des balancemens
dans le fens de la largeur , & le haut
des mâts décrivoit toujours de grands arcs ,
dont le corps du Navire étoit comme le centre.
Mais il faut que nous nous foyons bien
trompés jufqu'à préfent; puifque felon M.Saverien
les balancemens fe faifoient au contraire
, comme file Vaiffeau eût été fufpenſes
mâts ; &c'étoit malgré le témoignade
nos yeux , le corps même du Navire
qui parcouroit les plus grands efpaces , en
fe balançant autour du point N. On voit
du
par
ge
JANVIER
1747. 77
combien ce fecond fpectacle eft different du
premier , & combien nous avons d'obligations
au Critique de nous l'avoir procuré.
Enfin il ne me refte plus qu'à répondre
aux autorités dont M. Saverien fe fert ,non
pas pour établir fon avis , maispour détruire
le mien. On l'a vû alléguer M. Bernoull pour
nous perfuader que le centre de fufpenfion
eft le même que le centre d'ofcillation : c'eſt
encore la doctrine de ce fameux Géometre
qu'il m'objecte , & qu'il m'avoit déja objectée:
& il ajoute que c'eft par l'effet d'une
prudence que la vérité n'approuvera jamais,
que je n'ai eu garde de m'en prendre aux
principes de ce grandhomme ;
mae
contre
que pour
éluder la difficulté , je me fuis récrié contre
l'application, parce que je fçavois bien à qui
j'avois à faire. Il est vrai que M. Saverien ne
me défigne ici que fous la particule on : mais
après qu'il a fait un fi mauvais ufage de cet
expédient, approuveroit- ilque jem'en ferville
pour lui dire d'une maniere un peu moins
groffiere tout ce qu'on doit penfer, & de la
force de fes objections , & de la validité de
la plupart des raifonnemens qu'on trouve
dans fon Livre , & qui font femblables à celui
que je me fuis donné la peine de tranſcrire
? Il me paroît que fon extrême politeffe
pour moi fe dément ici un peu ,ou qu'elle
n'a toujours été que feinte. Quand il vou-
D iij
8 MERCURE DE FRANCE.
dra y faire attention , il reconnoîtra qu'il
m'infulte mal à propos , en m'attribuant une
baffeffe de fentiment dont je ne fuis nullement
capable. Je ne tiendrois point à defhonneur
d'être éclairé ou inftruit par M.
Bernoulli , & je puis affurer outre cela que
j'aime affés la vérité pour chercher avec empreffement
toutes les occafions de la connoître.
Au-refte je rends trop juftice à M. Saverien
pour foutenir , en ufant de recrimimation
, qu'il juge de mes difpefitions intérieures
par les fiennes ; je fens aflés que
quelqu'un à qui les démonſtrations coutent
peu , ne doit pas craindre de difputer contre
M. Bernoulli ni contre perfonne .
Ce qu'il y a ici de plus fingulier , c'est que
les recherches de M.Bernoulli aufquelles on
me renvoye & qu'on me défie d'attaquer ,
quoiqu'elles ne faffent rien au problême de
la mâture , je les ai auffi tentées dans leTraité
du Navire , où elles occupent deux fections
entieres. Elles entroient naturellement
dans le plan de mon Ouvrage , dans lequel
je me propofois , comme je l'ai déja dit , de
confidérer le Vaiffeau dans tous fes divers
états. J'avois achevé ces recherches au Pérou ,
lofqu'on imprimoit en Europe le Recueil
des OEuvres de M. Bernoulli , & j'ai eû le
plaifir de voir à mon retour que j'étois parfaitement
d'accord avec ce grand homme ,
JANVIER. 1747. 79
dans tous les examens qui nous ont été communs.
J'ai nommé centre de converſion ,
avec tous les autres Mathématiciens , les
points que ce fameux Géometre a voulu défigner
fous le nom de centres fpontanés de
rotation , à peu près dans le même fens qu'on
pourroit dire que la direction composée de
deux directions fimples eft la diagonalefpontanée.
Les termes n'y font rien ; mais j'ai difcuté
cette matiere dans la troifiéme fection
du troifiéme Livre , en fuppofant que
le corps qu'il s'agiffoit de faire tourner , étoit
expofé à l'action d'une ou de plufieurs puiffances
: & je ne craindrai pas d'ajouter que
la méthode que j'ai employée eſt ſi naturelle,
& en même tems fi générale , qu'elle
rend facile la folution de differens problêmes
qui feroient extrêmément épineux tentés
par toute autre voie.
On n'a qu'à examiner la troifiéme ſection
du fecond Livre , dans laquelle je compare
aux oſcillations d'un pendule fimple les
balancemens du Vaiffeau qui roule dans le
fens de fa largeur. On verra fans beaucoup
de peine que la formule que je donne pour
la longueur du Pendule fynchrone , eft parfaitement
conforme à celle que trouve M.
Bernoulli ( page 291 ) dans l'article de fon
quatriéme Tome qui a pour titre, De corporum
aqua infidentium ofcillationibus, &c, quoi-
Diiij
8e MERCURE DE FRANCE.
que nos deux formules nous viennent fous
des formes extrêmement différentes , à caufe
des différens chemins que nous avons fuivis
pour y parvenir. Mais enfin on peut juger
maintenant fi M. Saverien n'eft pas auffi
heureux en citations , qu'il l'eft en raifonnemens
qui concluent. Trouveroit - on effectivement
beaucoup d'autres Critiques qui puffent
dire comme lui , que que c'eſt
par prudence
que je n'attaque pas une doctrine qui
m'eft devenue propre , une doctrine que j'établis
expreflément , & dont je traite avec
étendue dans un Livre qu'il a actuellement
entre les mains , qu'il a fous les yeux , &
contre lequel il s'occupe à écrire? Je fupprime
les diverfes réflexions qui naiffent naturellement
de tout cela , comme de tous les
autres chefs de notre difpute ; & je me hâte
par déférence pour l'Auteur , de terminer
cette réponſe. Mais il me paroît que je fuis
maintenant affés en droit d'attendre que le
Public prononce , fans qu'il foit neceffaire
que je quitte les occupations que je pourrai
avoir , quelque peu importantes qu'elles
foient,pour oppofer une troifiéme oud'autres
deffenfes aux nouvelles attaques qui partiront
de la même main.
JANVIER 1747. 81
303
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX ARTS , &c.
SSAT fur l'origine des connoiffances huprincipe
tout ce qui concerne l'entendement
humain, in- 12 deux volumes. Amfterdam
1747
.
Voici un Livre , qui par fa matiere doit
être fort au goût de notre fiécle , où malgré
la frivolité qui y regne, la Métaphyfique eft
très à la mode ; auffi ce n'eft pas que les
efprits foient de meilleure trempe qu'autrefois
, au contraire les bons efprits font plus
rares que jamais , mais on aime à raifonner
, ou à faire comme fi on raifonnoit ; il y
a des gens chés qui c'eft une modé , comme
celle d'un habit & d'une coëffure , & chés
lefquels le goût de la Métaphyfique & celui
des Pantins viennent de la même fource.
Si cette efpece de Lecteurs admire , fans les
entendre , les fublimes fpéculations de M. L.
de C. elle fera au moins à portée de rendre
juftice à l'élégance de fa diction , & à
la netteté avec laquelle il procéde dans fes
raifonnemens. Le petit nombre des bons
D Y
82 MERCURE DE FRANCE
efprits lui donnera des éloges plus flateurs,
parce qu'ils feront l'ouvrage d'une plus
grande connoiffance de fon Livre . L'objet
de l'Auteur eft de montrer que les idées ſe
lient avec les fignes , & il prouve que ce
n'eft que par ce moyen qu'elles fe lient entr'elles.
Pour cet effet non- feulement il a
fuivi les opérations de l'ame dans tous leurs
progrès , mais il a encore recherché comment
nous avons contracté l'habitude des
fignes de toute efpece , & quel eft l'uſage
que nous en devons faire .
Ceux à qui il appartient de décider fur
ces matieres , fe font accordés a louer la fagacité
de l'Auteur dans fes fpéculations , la
jufteffe de fes raifonnemens ,. la méthode
avec laquelle il difpofe fes matieres , enfin
la clarté & l'élégance de fon difcours ; ce
Livre fera un utile fapplément au Traité
de l'entendement Humain , dont l'illuftre
Auteur n'a pas traité avec autant d'étendue
qu'il eût été néceffaire , les mots & la
maniere dont nous nous en fervons , ce qui
pouvoit lui , aider beaucoup à développer
les refforts de l'entendement humain. Mais
M. Loke s'en apperçut trop tard , il ne
traita que dans fon troifiéme Livre une matiere
qui devoit être l'objet du fecond , &
n'eut pas le courage de recommencer , & de
réformer quelques- unes de fes idées . Auffi

JANVIER 1747. 83
a-t-il paffé légérement fur l'origine de nos
connoiffances ; cette partie qu'il a le moins
approfondie , fait l'objet du Livre de M. L,
de C. que l'on regarde unanimement &
avec juftice , comme un fort bon Livre , qui
fait beaucoup d'honneur à fon Auteur , mais
dont l'extrait feroit trop long pour les bornes
que nous nous prefcrivons nous mêmes,
ou trop obfcur, fi nous voulions le renfermer
dans des limites fi étroites.
IDEE géographique & hiftorique de la France
en forme d'entretiens , pour l'inftruction
de la jeuneſſe , Paris 2 vol. in - 12 1747, chés
Nyon fils à l'Occafion , Quai des Auguftins.
Nous avons vû réuffir beaucoup de Livres
de cette forme , malgré le peu d'art
que l'on met communément dans les entretiens
; fouvent , en effet , tout l'artifice du
dialogue confifte a faire dire à l'un des interlocuteurs
, dites nous cela , & il le dit ; fi
quelquefois on y met plus d'art , ce n'eſt
quepour faire regretter au Lecteur cette
fimplicité plus fupportable encore que des
ornemens de mauvais goût.
Malgré cela dans beaucoup de Livres
eftimables on a choifi cette méthode préférablement
à celle de ranger les articles
l'un après l'autre, en les féparant par de fin -
ples alinéa, tels en un mot qu'ils feroiens
D vj
$4 MERCURE DE FRANCE.
être
fi on rayoit l'interlocution fuperflue , peutparce
que cela donne un air plus vivant
au Livre , & que l'on croit entendre
une converſation qui quelque froide qu'elle
foit , éveille plus le Lecteur que le diſcours
feul du Livre. D'ailleurs cet avantage eft
également
fenti par tous les Lecteurs , &
tous ne font pas également révoltés du peu
d'artifice
du dialogue. Après ce court préambule
, nous dirons que ce Livre nous a paru
affés bien fait dans fa façon , que les pofitions
que l'on y donne y font exactes , on
y ajoute même des notions fur l'origine des
Peuples , fur les changemens
de Gouvernemens
, en un mot, fur les differens états dans
lefquels les Provinces fe font trouvées . Tout
cela ne peut être le fruit que de beaucoup
de recherches
de la part de l'Auteur , &
doit être à la fois utile & agréable au Lecteur.
Mais difons ici que la meilleure
maniere d'apprendre
la Géographie
eft de l'étudier la carte à la main. Lifez l'Hiftoire
avec attention , & ayez toujours une carte
fous les yeux , vous fçaurez bien- tôt la
Géographie
, & peut-être ne ferez - vous
pas des progrès fi fürs en lifant les méthodes
Géographiques
avec des cartes , parce que
ces méthodes
ne vous parlant que des lieux,
ne vous laiffent point comme l'Hiftoire
d'acceffoire
, qui ferve à fixer dans la mê
JANVIER 1747. 85
moire les pofitions , & que d'ailleurs la
fituation d'un lieu étant bien- tôt lûe dans
un livre , & reconnue fur une carte, les objets
fe fuccédent trop rapidement & s'effacent
les uns les autres. On voit par ce que
nous venons de dire, que l'on doit fçavoir
bon gré à l'Auteur des connoiffances fubfidiaires
& indépendantes de la Géographie
qu'il a femées dans fon Livre , puifqu'en
rendant la lecture plus agréable , elles arrêteront
plus long- tems l'efprit fur le même
objet , & fourniront à la mémoire des
points de ralliement , fi l'on nous permet
cette expreffion , où elle puiffe rafflembler
fes idées.
PIECES diverfes avec quelques lettres de
Morale , & d'amufement. Paris 1746 în- 1ż
chés Briaffon rue Saint Jacques ; n'ayant pas
aujourd'hui le tems de donner une idée de
ce Livre , nous allons du moins indiquer
les matiéres qu'il renferme .
Lettre à Mademoille du M .... fur les
fentimens délicats , généreux & définteref-
-fés.
Effai fur l'utilité du jeu. L'Auteur convient
qu'en entreprenant de prouver l'uti
lité du jeu , il met en avant un étrange pa86
MERCURE DE FRANCE .
radoxe , & perfonne ne le contredira fur
cet article .
Projet pour la compofition d'un Elixir
de Livres à l'ufage des joueurs qui n'ont pas
le tems de s'inftruire. Qu'on nous permette
une réflexion qui n'a pas trop de rapport
au Livre dont il s'agit. Ceux qui n'ont
pas le tems de s'inftruire , n'ont pas le tems
de penfer , ainfi il eft inutile de leur faciliter
des fecours dont ils ne fe ferviront pas.
Apologie, de la Médifance.
Jugement fur la Beauté .
Effai fur le fondement du Droit naturel,
& fur le premier principe de l'obligation où
fe trouvent tous les hommes d'en obſerver
les loix.
Differtation fur cette queftion , fi la loi
naturelle peut porter la fociété à fa perfection
, fans le fecours des loix politiques.
Nous parlerons une autre fois de ces dif
ferentes matiéres.
DISSERTATION fur la queftion de fçavoirfi
quelqu'un peut être garand & refponſable
JANVIER 1747.
87
de la perte arrivée par les cas fortuits , telle
que celle des beftiaux occafionée par la contagion
& mortalité générale , brochure in-.
12 fe vend 15 fols chés Gyffey , rue de la
vielle Bouclerie,
ESSAI fur la nature de l'Ame, où l'on tâche
d'expliquer for union avec le corps , & les
loix de cette union , Paris 1747 , brochure
in- 12 chés Charles Olmont , rue Saint Jacques.
HISTOIRE d'un reméde très- efficace pour la
foibleffe & pour la rougeur des yeux , &
autres maladies du même organe , avec un
remede infaillible contre la morfure du
chien enragé , par le Chevalier Hans Sloane ,
Baronet , Médecin du Roi d'Angleterre , &
ancien Préſident de la Societé Royale & du
Collége des Médecins de Londres , traduits
de l'Anglois & enrichis de notes par M.
Cantwel , Docteur , Régent de la Faculté de
Médecine de Paris , & Membre de la Société
Royale de Londres , Paris 1746 , brochure
in - 12 chés Prault fils , Quai de Conti,
NOUVELLE Théorie Phyfique de la voix,
par M. Morel , Chanoine de Montpellier ,
à Paris 1746 , chés Prault pere.
88 MERCURE DE FRANCE
MEMOIRE fur la Goute, pour fervir de
réponse à M. qui demande fi on peut la
guérir radicalement, ou s'il y à quelque rémede
dont on puiffe fe fervir fans aucun rifque.
Se vend à Paris chés la veuve Ganeau .
DISSERTATION Hiftorique & Criti
que fur l'Antiquité de la Ville de Dole en
Franche Comté , religio & juftitia aterna ur
bis fata , à Dole 1744.
SUPPLEMENT à la même Differtation
, ibid.
DISSERTATION fur l'étendue de
l'ancienne Jérufalem & de fon Temple , &
fur les meſures Hébraiques de longueur.Par
M. d'Anville , à Paris 1747 , chés Prault Fils.
Les talens de M. d'Anville font avanta
geufement connus du Public , qui rend juftice
à ce célébre Géographe . C'eſt par l'ordre
d'un grandPrince qu'il a entrepris cet ouvrage
, & fentant qu'il pouvoit être utile, il
a demandé l'agrément de le publier, que cette
même confidération lui a fait obtenir. En
effet l'ancienne fituation de Jérufalem ayant
beaucoup exercé les Interpretes, dont les
plus habiles n'ont pas eû fur ce fujet toute
JANVIER 1747. 89
la précifion que l'on auroit pû défirer, ceux
qui fe livrent à l'étude de ces matieres,verront
avec plaifir que M. d'Anville a éclairci
toutes les obfcurités , & porté les chofes à
la plus grande précifion où elles puiffent
être. L'ouvrage eft accompagné d'un plan
de Jérufalem plus exact que tout ce qu'on
a vú jufqu'à préfent.
NOUVELLE Méthode contenant en
abrégé tous les principes de la Langue Italienne
, des dialogues familiers , un recueil
de noms & de verbes, & un petit Traité de
la Poëfie , par M. Bertera. Paris 747 , in
12 chés le Clerc , Quai des Auguftins.
On doit toujours être obligé à ceux qui
nous apportent de nouvelles méthodes pour
apprendre les Langue. On n'en fçauroit trop
avoir. Les efprits étant differens , tel n'arrive
pas par une voie , & tel autre y marche avec
facilité , ainfi plus il y ade chemins , plus il y
a de guides , & plus on facilite l'étude des
Langues. Cette Méthode de M. Bertèra que
nous n'avons encore eu le temps que de parcourir,
nous a paru avoir fon mérite, & pourra
être utile à ceux qui veulent apprendfe
l'Italien.
Prault Fils a mis en vente fon édition du
Roland Furieux del'Ariofte, en quatre petits
90 MERCURE DE FRANCE.
·
volumes . Le texte a été revu par M. L. Antonini,
fi connu dans la République des Lettres
pour ce qui regarde les Auteurs Italiens .
La forme en eft la même que celle de l'Aminte
& du Taffe , que le même Libraire a déja
donnée & Ton peut dire que cette
édition eft fort jolie . Mais pendant que nous
prenons beaucoup de foin pour donner de
belles éditions de Poëtes étrangers , ſe peutil
que nous oubliions les nôtres ? il ne s'eft
pas encore fait une feule édition des Corneilles
, comment ce projet n'eft il
bé dans l'efprit de quelque Libraire , qui
en l'exécutant avec foin & avec intelligence
, y trouveroit fûrement de la gloire &
du profit? Nous exhorterons par la même occafion
le Libraire qui a imprimé les Poëtes
Italiens dont nous venons de parler , à nous
donner une belle édition de l'excellente Hif
toire de Guicciardin , anfi que de l'Hiſtoire
de Florence par Machiavel , Ouvrages immortels
qui peuvent fe foutenir à côté des
chef-d'oeuvres de l'Antiquité ,
pas tom-
Nous avons rendu compte il y a 18 mois
des juftes tributs de louanges que l'Allemagne
rendoit aMad.la Marquiſe duChâtelet , en
plaçant fon portrait & fon éloge parmi ceux
desSçavans Illuftres dont M.Brukerus donne
l'Hiftoire . L'Académie de l'Inftitut de BoJANVIER
1747. 91
logne lui a rendu un hommage plus flatour
encore , en lui offrant une place dans cette
célébre Société, qui eft confacrée à l'étude des
hautes Sciences , & l'Académie des Arcades
de Rome vient de l'admettre avec des préférences
& des diftinctions , qui prouvent la
juftice que lui rendent ces judicieux appréciateurs
du mérite littéraire , En effet l'ufage
de cette Académie étant que lorfqu'on y eft
admis , on refte quelque tems furnumeraire
jufqu'à que l'on ait une campagne &
que l'on foit au nombre degli arcadi delle
campagne investiti . On a paffé par deffus ces
formalités en faveur de Madame du Châtelet.
* Il faggio Collegio di Arcadia derogando
ad ogni decreto a' riguardo della fama
gia da l'ei acquiflata , merce le opere Filofofiche
o' già publicate,o' dapublicarfi hà nel medefimo
giorno conferito il poffeffo d'elle Campagne
Citeriache. Ainfi par une jufte confidération
, ce que cette Academie n'avoit fait
encore pour perfonne , elle le fait pour Madame
du Châtelet , qui a porté fes connoif-
* C'eft à-dire,le fage Collége de l'Arcadie derogeant
à toute autre Loi , & vûla grande répu
tation d'Uranie , & les excellens Ouvrages qu'elle
a mis au jour , & ceux qui font prêts à paroître
, lui a dès le même jour donné la jouiffance des
Campagnes Citériaques .
92 MERCURE DE FRANCE
fances phyfiques & géometriques à un point
où aucune autre femme n'avoit atteint.
LA BELLE VIEILLESSE , ou
les anciens Quatrains des Sieurs de Pybrac, du
Faur , & Matthieu , fur la vie , fur la mort ,
& fur la caducité des chofes humaines , nouvelle
édition augmentée de remarques critiques
, morales & & hiftoriques fur chacun
de ces Quatrains, par l'Auteur des remarques
fur M. le Duc de la Rochefoucault , à Pa
ris , chés Jacques François Quillan, Fils , Libraire
, rue Saint Jacques , vis- à- vis celledes
Mathurin's , aux armes de l'Univerfité .
LETTRE d'un Seigneur Hollandois à
un de fes amis à la Haye , fur les droits , les
intérêts & les differentes vûes particulieres
des Puiflances bélligerantes , avec des réflexions
politiques fur les événemens les plus
interreffants de la guerre préfente .
Un Militaire zélé pour la gloire du Roi
ne s'eft pas contenté de le fuivre fur les pas
de Bellonne, il monte encore fur le Mont Séjour
de Clio , & entreprend de célébrer des
périls qu'il a partagés , fa main prend la plume
après avoir employé l'épée , & nous donne
un récit fidéle intitulé, la conquête des Pays-
Bas par le Roi dans la campagne de 1745 ,
avec laprise de Bruxelles en 1746, par Z ***
2
JANVIER
1747 . 93
Chevau- Leger de l'une des Compagnies d'Or
donnance de la Gendarmerie .
Si cet Ouvrage paroît tardif, voici comme
l'Auteur excufe lui- même fa lenteur dans fon
avertiffement; cette excufe eft un panégyrique
délicat du héros dont il ne s'avoue que l'Hiftorien.
Si j'ai tant tardé , dit- il , à mettre cet
Ouvrage au jour , je l'ai moins fait par négligence
que par crainte d'avoir omis quelques
faits. Les victoires de notre augufte Monarque
étoient fi fréquentes & fes conquêtes fi rapides,
qu'il ne fuffifoit pas d'avoir toujours la plume
à la main , il falloit encore avoir une attention
continuelle pour ne rien oublier. Le Siege
d'une Ville n'étoit
pas
en prenions une autre , & celle- cy avoit à
peine capitulé , que les Députés d'une troifiéme
venoient implorer la clemence de Sa Miajesté.
commencé que nous
On ne parlera point ici de M. le Maréchal
de Saxe , ni de tous les illuftres Guer.
riers qui l'ont fi bien fecondé dans fes
fameufes expéditions. C'est bien louer les
Conquérants que de raconter fidellement
leurs conquêtes , & les Hiftoriens éxacts des
véritables Héros leur font plus d'honneur
que leurs panégyriftes les plus fleuris. De
plus on fçait que M. le Maréchal de Saxe,
ne craint que les éloges , quoiqu'il travaille
fans ceffe à en mériter de nouveaux.
94 MEBCURE DE FRANCE
Monfieur de Pafturel fit annoncer il y a quel
que tems qu'il prioit ceux qui avoient éprouvés
de bons effets de fon Effence Balfamique
Stomachique & Anti-vermineufe , de vouloir bien
lui en faire part , afin qu'il en donnât connoiffance
au public , ce qui lui a attiré nombre de Lettres
qui feroient trop longues à rapporter ; nous ne
ferons mention que de l'extrait d'une Lettre de
Bar - fur - Seine , en date du 12 Juin 1746. Celui
qui l'a écrite eft un homme charitable & qui
diftribue à fes frais aux pauvres de fa Province ce reméde
, & no veut pas être nommé .
M. j'ai lu dans les Ouvrages Periodiques , que
vous fériés charmé d'être inftruit des bons effets
de votre reméde ; il y quatre ans que j'en donne
aux pauvres payfans des environs , & que j'ai fait
des cures furprenantes : il feroit à fouhaiter que
les perfonnes ailées vouluffent exercer la même
charité envers les pauvres , on leur épargneroit
de longues maladies , qui les empêchent de travailer
, & qui leur caufent fouvent la mort ; j'ai
éprouvé votre reméde pour des bleffures , meurtriffûres
, brulûres , & maladies internes , comme
coliques , hydropyfie , gravelle , fuppreffion
de regles , diffenteries , fiévres continues & intermittantes
, enfin j'ai guéri plus de trente perfonnes
qui fe portent encore à merveille , mais ce
qui m'a le plus furpris , eft une pauvre ferme
abandonnée des Médecins & Chirurgiens, & qui
avoit reçu fes Sacremens , je lui donnai quelques
prifes de votre Effence , elle rendit par le fondement
onze vers de quatorze pouces de long &
plus longs que de coutume , & c.
M. de Pafturel demeure toujours à Paris
rue des Gravilliers chés M. de Clermont , près
la rue des Vertus ; on peut s'adreſſer à lui &
affranchir le port.
JANVIER 1747. 25
SPECTACLES.
N trait de la Pragédie de Venise fauvée,
Ous avons promis de donner un Ex-
& nous allons fatisfaire l'impatience de nos
Lecteurs.
Le lieu de la Scéne eft la place du Rialto :
on voit le Palais du Sénat dans l'enfoncement
; la fille de Priuli Sénateur Vénitien
a été enlevée par Jaffier qui l'a épousée. Jaffier
avant ce mariage étoit ami de Priuli
il avoit fauvé la vie à cette fille qu'il a depuis
enlevée , & n'étoit point indigne par
fa naiſſance de l'alliance qu'il a contractée ,
mais Belvidera , c'eft le nom de la fille de
Priuli , étoit promife à un autre , & cette
raifon a obligé les deux amans de cacher
leur amour , & leur a enfia fait prendre le
parti violent auquel ils le font determinés.
Jaffier qui ouvre la Scéne avec Priali , inftruit
le fpectateur de tous ces évenemens
par les efforts qu'il fait pour fléchir fon infléxible
beau pere. Ainfi l'action commence
avec la piece ; Priuli inftruit des triftes extremités
où fon gendre eft réduit , s'il ne le
fléchit pas , fe retire fatisfait d'apprendre
qu'il eft vengé.
96 MERCURE DE FRANCE
Dans le défefpoir ou Jaffier fe trouve ,
Pedie fe prefente à lui , Pedre eft fſon plus
intime ami , c'eft un guerrier celebre par tes
fervices , courageux, entreprenant, intrépide ,
qui a effuyé du Sénat mille injuftices , & qui
eft anime du défir de s'en venger ; il donne
à Jaffer la trifte certitude de tous les malheurs
qu'il craignoit ; fes créanciers fe font
emparés de fon Palais , & les ordres des Magiftrats
leur en ont abandonné toutes les
richeffes. Pour comble d'infortune un Arrêt
du Sénat a caffé fon mariage , ainſi Jaffier a
perdu fes biens & eft prêt à perdre l'objet
de fon amour. Dans cet affemblage de malheurs
il ne voit de reffource que la mort ,.
mais Pedre lui apprend qu'il en eft une autre,
& c'est la vengeance.
Unique & feul recours des grands coeurs opprimés ,
Pourquoi le négliger ? fommes-nous défarmés ?
Sommes-nous fans amis , font - ils tous fans courage ?
Sentent-ils moins que nous le poids de l'esclavage?
Ce Sénat tyrannique eft - il aimé de tous ?
Et fon fceptre de fer n'a- t - il bleſſé que nous ?
Ne vois-tu pas le but de fon décret inique ?
Peux-tu n'en pas fentir la noire politique ?
Dépouillé de tes biens , fans amis , fans fecours ,
Profcrit , déshonoré , quel fera ton recours ?
Et tu prétens mourir ? cette époufe & chere ,
En
JANVIER
91 1747 .
En rentrant fous les loix d'un implacable pere ,
Ira donc expier le crime de fes yeux ,
Et détefter le jour qui te rendit heureux ?
Si tu l'aimes , conçois les maux où tu l'expofes ,
Vois ce que tu lui dois ; meurs , ingrat, fitu l'oſes.
le-
Ces raifons puiffantes animent Jaffier &
le rempliffent des mêmes défirs de vengeance
dont Pedre eft animé ; celui ci fans ouvrir
autrement qu'en annonçant qu'il médite un
grand deſſein , lui donne rendez-vous dans
le même lieu pour la nuit prochaine , & le
quitte ; Belvidera paroît , & fait avec ſon infortuné
mari une fcéne touchante , & telle
que l'on concoit qu'elle doit réfulter de la
peinture d'un amour auffi malheureux que
tendre , auquel on a tout facrifié , && par
quel on a tout perdu , mais qui eft encore
lui feul plus cher que tout ce qu'il a coûté.
Le fecond Acte commence à l'heure de.
la nuit que Pédre a affignée pour le rendezvous.
Jaffier paroît le premier ; un court
monologue exprime l'agitation & l'inquiétude
que lui caufe la démarche qu'il fait , ce
qui prépare les événemens qui fuivront. Pé
dre paroît , il lui apprend que Vénife eft prête
à périr par les efforts de plufieurs braves
hommes qui ont conjuré fa ruine. Avant que
de fe découvrir tout-à-fait , il dit à Jaffier qui
a donné lieu à cette légere défiance , de bien
E
8 MERCURE DE FRAN C
"
confulter fon courage. Celui- ci enflammé
par les difcours de fon ami , fait des fermens
qu'il n'aura pas la force de tenir. Les
conjurés approchent , mais Pédre qui doit
inftruire Jaffier de plufieurs chofes avant que
de le leur préfenter, fe retire avec lui , dès qu'il
les voit , dans le fond du Théâtre. Renault
qui eft le chef de la confpiration , les anime
par une courte harangue ; & il fe plaint de
ne point voir arriver Pédre qui paroît auffitôt.
,
Celui - ci demande à Renault qui les retient
encore , & témoigne une vive impatience
de voir le moment où ils exécuteront
leurs deffeins. Ce moment eft prêt d'arriver,
& la prudence de Renault ne doit plus enchaîner
la vive impatience des conjurés , Satisfait
de voir ces fentimens de courage qui
font de fûrs préfages du fuccès , il eft moins
content lorfque Pédre lui apprend qu'il a mis
Jaffier dans le fecret de la confpiration ; ce
dernier s'apperçoit aifément à l'air dont les
conjurés le reçoivent , qu'ils n'approuvent
pas
la confiance de Pédre. Il cherche à rafsûrer
Renault par des affürances fur lefquelles
ce conjuré défiant ne compte , ni ne doit
compter , mais voulant donner une preuve."
de fa foi qui foit hors de tout foupçon , il appelle
Belvidera , la remet entre les mains
de Renault , & lui donne un poignard dont
il doit la percer fi leur fecret eft trahi,
JANVIER
1
1747
Toi , Renault , prens ce fer , & fi tu peux douter
Qu'un jour de mes fermens je puiffe m'écarter ,
Venge-toi , prive-moi du ſeul objet que j'aime ;
Plonge-le dans fonfein , c'eft me percer moi- même.
Ceftpar cette fituation vraiment tragique &
théâtrale que le fecond Acte finit.
Belvidera qui s'eft échappée , ouvre le
troifiéme Acte , pleine d'horreur & d'effroi
ne fçachant où aller , craignant également
& la colere de fes parens , & l'azyle que fon´
époux lui avoit donné ; Jaffier paroît ; on
n'attend point de nous que nous faffions fentir
cette fituation , où Belvidera employe
tout le pouvoir que fa tendreffe & fa beauté
lui donnent fur fon mari pour découvrir fon
fecret ; elle n'a que trop vû à la façon dont
Jaffier l'a livrée aux conjurés , à ce poignard
qu'il a donné à Renault en même tems, qu'il
le trame quelque entrepriſe également importante
& funefte . Pourquoi ces liaiſons
avec ces conjurés qui font des brigands ?
Eh! quel étoit enfin ce Confeil redoutable ,
Ce Sénat infernal à qui ta cruauté
Sacrifioit mes jours comme ma liberté ,
A qui ce même époux , qui me vante fa flamme ,
Remettoit à la fois un poignard & fa femme ?
Eij
100 MERCURE DE FRANCE.

Quel étoit ton deffein en ce moment affreux ?
Me le cacherois-tu , s'il n'etoit odieux ?
Te verrois-je, interdit & détournant la vue ,
Me confirmer encor un foupçon qui me tue ?
Va , fije t'aimois moins tu pourrois m'abuſer,&c.(*)
Le tendre & foible Jaffier vaincu par les
larmes de fa femme , lui avoue enfin qu'un
ferment terrible & folemnel l'engage à tuer
Priuli & tous les Sénateurs. C'eft alors que
Belyidera s'éléve avec plus de force. Elle lui
fait fentir l'horreur de ce noir complot avec
toute la force d'une éloquence aidée des ar-
(*) Qu'on nous permette une très-légere critique
qui ne diminue rien du mérite de cette belle
fcéne. Belvidera dit ici ce qu'elle doit dire . Mais
au Théâtre s'il faut ne faire dire aux Acteurs que des
chofes que vraisemblablement ils ont dû dire ,
toutes celles qu'ils ont dû dire ne font pas toujours
convenables , & il y a un choix à faire. Ce
que dit ici Belvidera eft , je crois , du nombre des
chofes qu'il falloit paffer fous filence . Cela eft trop
vrai pour qu'il foit prudent de l'expofer aux yeux
des fpectateurs ; les conjurés font trop peu recommandables
par eux- mêmes , pour qu'il ne fût
pas important d'éviter toute occafion d'en faire
appercevoir , & de diminuer par-là l'intérêt . S'il a
fubfifté malgré cela dans Veniſe (auvre , c'eſt à force
de beautés fupérieures, mais il n'en eſt pas moins
vrai que tout Auteur Dramatique doit éviter avec
foin de fe faire des objections qu'il ne peut ré .
foudre.
JANVIER 1747. 101
mes de la vertu & des féductions de l'amour.
Ce n'eft pas tout , parmi ces perfides que
Jaffier croit fi bien connoître , & qu'il eftime
tant , Renault leur chef eft un traître , un
monftre qui a fait le plus indigne abus de la
confiance de Jaffier , en un mot , qui a voulu
violer fa femme , c'eft ce que Belvidera fait
entendre avec les ménagemens convenables.
On fent l'effet que cette terrible confidence
produit fur le coeur de Jaffier. Cependant
il y va de fes jours & de ceux de Belvidera
à éclater fans précaution ; il lui promet
de la venger de Renault , & lui donne rendez-
vous vers la nuit. Elle fort. Pédre qui arrive,
apprend avec horreur le criminel amour
de leur chef , mais il faut , dit - il , fufpendre
une vengeance dont l'éclat les perdroit tous.
Les conjurés paroiffent , Renault eft à leur
tête , il les a raffemblés pour la derniere fois ;
tout eft prêt pour l'exécution . Il leur propofe
de s'engager par un ferment à n'épargner
perfonne. Jaffier qui avoit déja pâli en entendant
le difcours par lequel Renault les
exhortoit à n'avoir nulle pitié , & à égorger
amis & ennemis , ne peut le réfoudre à prononcer
le ferment ; il fe retire , & lorfque
Pédre a juré , Renault lui déclare qu'il doit
commencer par Jaffier même à remplir fon
ferment.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
J'ai vu frémir Jaffier , craignez fa perfidie ;
J'ai vû dans les horreurs fon ame anéantie :
S'il échappe à nos coups nous fommes découverts,
Qu'il emporte avec lui nos projets aux enfers .
Mais Pédre qui croit que ce foupçon de
Renault n'eft que l'effet d'une noire jalousie,
met l'épée à la main , & menace Renault de
le punir lui- même s'il s'obftine à pourſuivre
fon ami , il feroit innocent , lui dit- il , fi tù
n'aimois fa femme ; remarquons en paffant
Part avec lequel l'Auteur fonde les motifs de
Pédre pour défendre fon ami & ceux de
Renault, qui déconcerté de le voir découvert
n'ofe plus infifter. Pédre répond aux
Conjurés de la fidélité de Jaffier , & après les
avoir raffûrés , il preffe Renault de les inftruire
de l'ordre qu'il faut tenir. Un papier
que celui- ci lui donne contient tout ; & ils
finiffent l'Acte en fe féparant.
C'eft Jaffier qui ouvre le quatrième Acte
avec Belvidera. Elle s'eft échappée avec autant
d'adreffe que de courage , elle conduitau
SénatJaffier, qui déchiré par le remord de trahir
fes amis, mais féduit par l'amour& enflammé
par la jaloufie, la fuit d'abordmalgré lui ,
adopte enfin les fentimens & fent toute l'horreur
du noircomplot auquel il avoit participé.
Le fond du Théâtre s'ouvre , & l'on voit lesenat
JANVIER 1747 : 103
de Veniſe affemblé; une lettre venue par une
main inconnue à Priuli a deja donné quelque
indice de la confpiration . Jaffier & Belvidera
fe préſentent . Le premier s'adreffant
au Doge , lui déclare qu'il fçaura mourir &
fe taire , & que Veniſe périra fi le Sénat ne
lui accorde la grace de fos amis : il l'obtient,
& alors Belvidera donne au Doge un papier
où font les noms de tous les Conjurés que
fur le champ on envoye arrêter ; on fait retirer
Jaffier , & après une courte fcéne du
Doge & des Sénateurs , on voit arriver Pédre,
Renault & les Conjurés chargés de fers ;
Pédre fe plaint d'abord avec la hauteur que
pourroit avoir l'innocence opprimée.
LE DOG E.
Connois tu Jaffier ?
PEDRE.
Oui , je dis plus , je l'aime ,
Je refpire par lui , fa vertu , fes malheurs
Ont formé le lien qui réunit nos coeurs ;
Rien ne peut altérer notre amitié fidele ,
Son bonheur eft le mien , & jamais ....
LE DOG E.
Qu'on l'appelle....
Jaffier paroît plus confterné
que fi on l'al
loit conduire au fupplice , il n'ofe lever les
É iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
yeux fur ceux qu'il vient de trahir
je ? dit Pédre.
: que
Que vois-je ? plus que moi tu parois abattu
vois
Ton coeur moins que le mien ſoutient il fa
vertu ;
-
Jaffiet , leve les yeux ... Ces tyrans implacables
Par la force enhardis nous traitent en coupables,
Ami, le fommes nous .
....
JAFFIER.
Epargne moi ce nom .
Taffier n'en eft plus digne.
PEDRE,
Ah! quel affreux foupçon ....
Quel trouble dans tes yeux , ami , vois-je paroftre
?
Qu'annoncent ces regards & ces fanglots ?
JAFFE R.
Un traître .
PEDRE.
O Ciel ! n'attends de moi ni plainte ni tranſport ;
Veniſe rentre aux fers ; qu'on me mene à la mort.
Envain le Doge leur offre leur grace , s'ils
veulent avouer leurs forfaits ; ils choififfent
la mort ; le Sénat fe fépare , & lorfque Pédre
va fe retirer, Jaffier defefpéré l'arrête
au paffage , & le fupplie de l'entendre , il
effuye , fans fe plaindre , les reproches dont
JANVIER
1747. 105
fon ami l'accable, il eft à fes pieds comme un
criminel à ceux de fon Juge, il ne lui demande
point de lui pardonner , mais d'accepter
fa
grace
.
Acheve, anéantis , écrafe un malheureux ,
Mais écoute du moins le dernier de fes voeux.
Ne me refufe pas , c'eft le prix de mon crime,
En acceptant la vie immole la victime;
Pédre eft inflexible , & laiffe le malheureux
Jaffier en proie au plus violent défefpoir
; il fe tourne en rage lorfque Belvidera
lui apprend que le Sénat a condamné les
Conjurés ; dans le tranfport qui l'agite , il
tire fon poignard , & veut frapper celle
qui l'a féduit , & qui eft la caufe du fupplice
de fes amis ; rien de plus touchant que
cette ſcéne, où Jaffier éprouvant tout ce que
la fureur a de plus terrible , veut percer une
époufe qu'il adore , & qui loin de le fuir s'offre
à fes coups, & jure de l'aimer toujours,
même en mourant par fes mains , mais rien
n'eft plus difficile à faire fentir dans un Extrait.
Belvidera fe jette dans les bras du furieux
qui veut la poignarder , il laiffe tombre
le fer, l'amour triomphe , & Belvidera ,
pour calmer toutes les douleurs de fon époux
prend la réfolution de faire un nouvel effort
auprès de fon pere pour obtenir la grace
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
des Conjurés , & elle fort pour aller exécuter
ce deffein .
C'est là que commence le cinquiéme Acte
. Belvidera après avoir fait pendant quelque
tems des efforts inutiles ,triomphe enfin
de la dureté du vindicatif Priuli , & le dé -
termine à demander au Sénat la grace de Pé
dre & de fes amis, qu'il ne doit point obtenir.
Jaffier qui paroît quelque tems après, annonce
que tout efpoir eft perdu , que le pere
de Belvidera a fupplié envain le Sénat. Pour
lui déterminé à mourir , il ne forme de
voeux que pour le bonheur de l'époufe dont
il va fe féparer. Belvidera effaye envain.de
le détourner d'une fi funefte réfolution ; au
milieu de cette fcéne touchante , on entend.
le fon de la Cloche qui annonce les éxécutions,
JAFFIE R.
Entends - tu ce fignal de la mort
Et ces lugubres fons précurfeurs des fupplices ,.
Que ton Sénat prépare à mes triftes complices ;
Moment terrible ;
BELVIDER A.
Hélas!
JAFFIER ...
fort! O mon ami !
Ah Pédre ! fons fatals vous m'appellés auffi ..
JANVIER 17472 197
Belvidera n'a plus de reffource que d'alfer
elle même faire un dernier effort pour
fléchir le Sénat , réfolue à fe donner la mort
fi elle ne peut réuffir . Jaffier refte & voit
Pédre que l'on conduit au fupplice; c'est ici
le moment le plus tragique de la Piéce , &
une des plus belles fituations qu'on ait mife
au Théâtre , mais qu'on ne s'attende pas que
nous cherchions à l'exprimer, nous allons extraire
quelques vers pour en donner au moins
une idée . Jaffier demande à parler au Criminel
& on lui accorde cette grace .
PEDRE.
*
C'eff- toi, Jaffier ? ce tranfport me furprendr
Qu'annonce-til ?
JAFFIER.
Ma rage , & mon état horrible D
Vois & plains ton ami,fitu n'és infenfible.
Comme un vil criminel à tes pieds profterné ,
Déteftant ,maudiffant le jour où je fuis né ,
D'horreur & de regrets vois mon ame troublée
Succomber aux remords dont elle eft accablé e;.
Grand Dieu !*
PEDRE..
JAFFIER.
Tu t'attendris ; ferois- je moins Kai 2
PEDRE.
Puis- je te croire encore
Evi
08 MERCURE DE FRANCE.
JAFFIER.
Non , car je t'ai trahi;
Vois feulement mes pleurs.
PEDRE .
Pardonne à ma colere ;
Tu fens trop tes remords pour n'être pas fincere.
Tu m'aimas, je le fçais ; l'amour feul t'a féduit;
Il a creufé l'abîme où ta main m'a conduit .
Ta foibleffe à mes yeux feroit moins pardonnable
,
Si tu t'en prévalois pour être moins coupable ;
Dans mon relſentiment je mourrois affermi ,
Mépriſant à la fois & l'amant & l'ami ,
Mais ton coeur plus fincere en m'avouant fon crime
,
Me force d'oublier que j'en fuis la victime ,
Dût être mon deftin mille fois plus cruel ,
Tu ne t'excufes point , tu n'es pas criminel.
Surmonte les tranfports où ton coeur s'abandonne,
L'auftere honneur condamne , & l'amitié pardonne
.
Je meurs moins malheureux; cher ami , leve toi ,
Ton repentir te rend plus à plaindre que moi.
JAFFLE R.
Quoi , tu ne me hais point ! O vertu que jadmire ?
Quoi, j'ai pu te trahir ! tu meurs & je reſpire ?
PEDRE.
Je te l'ordonne,
JANVIER 1747. 109
JAFFIER avec transport.
Eh bien ! c'est donc pour te venger.
Pour effacer ta honte ou pour la partager ,
Pour punir tes bourreaux, & vengeant ta mémoi-
Te ,
Elever fur leur tombe un trophée à ta gloire.
PEDRE.
Tu t'égares , Jaffier , nos projets découverts ,
Du Sénat déformais tiendront les yeux ouverts ;
C'eft rifquer fans efpoir & ta gloire & ta tête .
JAFFIER.
Cher ami ,
PEDRE.
Si tu l'es , fonge au fort qu'on m'apprête ;
Vois-tu cet échaffaut & ces honteux apprêts ,
Que ton Sénat deftine à punir les forfaits;
Eft-ce ainfi qu'un grand coeur doit perdre la lumiere
?
Eft-ce là qu'un Soldat doit finir fa carriere ?
L'OFFICIER qui commande la garde.
Seigneurs .
PEDRE.
Je vous entends.
JAFFIER.
Arretez ; le Sénat
Ne fe fouillera point d'un fi noir attentat.
Eft-ce envain qu'à fes pieds mon épouſe tremblan
Tro MERCURE DE FRANCE,
Daigne implorer ...
L'OFFICIER.
Seigneur , je l'ai vûe expirante.
Sa main d'un coup mortel,
PEDREà l'Officier.
Je vous fuis ... O Jaffier..
JAFFLER ,
Je t'entends , l'amitié doit-elle fupplier ?
Pédre , en mourant du moins tu vas me reconnoître
Embraffons nous , meurs libre , & fois vengé d'un
traître.
Il poignarde Pédre & fe tue..
Les applaudiffemens que cette Tragédie
avoit reçus aux premieres repréfentations ,
fe font foutenus dans les fuivantes. C'eſt à
M. Delaplace, Auteur d'un excellent Ouvragefur
le Théâtre Anglois , que le Public en
eft redevable, & on peut la regarder com
me fon propre Ouvrage, par les changemens
qu'il a fallu faire , & les difficultés qu'il a
fallu furmonter , pour accommoder à nos
moeurs la Tragédie Angloife ; mais on n'a
pas feulement obligation à M. Delaplace
de nous avoir donné une belle Tragédie ,,
il a rendû un fervice bien plus important ,
en prouvant par cette expérience combien
l'action eft effentielle au Théâtre , & en fusmontant
le préjugé qui nous faifoit exclure
de la Scéne Françoife toutes les fituations où
JANVIER 1747. FIR
elle eft trop forte, ou trop terrible. Il aura
la gloire d'avoir ouvert une nouvelle carriere
où on peut faire de grandes chofes,& où lur
même eft à portée de les produire, s'il continue
à travailler.
Nous allons faire un court examen de Penife
fauvée,non pour chercher le plaifir malin &
frivole de relever des défauts legers plusque
rachetés par de très grandes beautés , ni pour
nous charger de l'emploi plus convenable ,
mais plus difficile, de faire fentir le prix de ces
beautés , mais pour comparer cette Piéce
avec le Manlius Capitolinus de la Foffe , qui
traitant un fujet femblable , & ayant ainfr
que l'Auteur de la Tragédie Angloife, pris
le fond de fa Tragédie dans la conjuration
contre Venife de l'Abbé de Saint Réal * , offre
un objet de comparaifon qu'il peut être fort
utile de confidérer. Rien ne feroit plus avantageux
auxLettres que tes fortes d'examens.
En confidérant les routes différentes que deux
hommes ont prifes lofqu'ils fourniffoient la
même carriere , on découvre plus aifément
& la caufe de leurs erreurs , & le principe !
véritable des belles chofes qu'ils ont faites.
Ceci fera plus vrai à un certain égard de
La conjuration contre Venife par M. l'Abbé de;
Saint Réal fut imprimée en 1674 , la Tragédie.
Angloife fut repréfentée en 1682 , la Tragédie de
Manlius par M. de la Foffe , fut jouée en 1691..
112 MERCURE DE FRANCE
l'examen de ces deux Tragédies , puifqu'ayant
traité à peu -près le même ſujet l'Auteur
François à mis en récit tout qui eft en
action dans l'Anglois.
Commençons par dire que le fujet de
Manlius eft beaucoup plus heureux que celui
de Venife fauves . Cette République qui
fut depuis la maîtreffe du monde , & dont
l'idée ne fe réveille en nous que fous cette
forme , même quand on parle de fes commencemens
les plus obfcurs , Rome fi puiffante
, & plus célébre encore , eft un objet
bien autrement intéreffant que la Républi
que de Venife. D'un autre côté Manlius ,
cet homme qui a fauvé le Capitole de la fureur
des Gaulois , un Sénateur puiffant que
fes ennemis même regardoient comme le
premier des Romains , Kutile qui eft l'agent
du peuple chargé de traiter avec Manlius , le
peuple qui eft , pour ainfi dire , de la conjuration
contre le Sénat , font des perfonnages
bien plus impofans que Renault & Pédre ,
particuliers courageux , intrépides , mais fans
dignité & fans nom ; cette idée n'a beſoin
fans doute d'être étendue ni prouvée , il y a
beaucoup d'habileté dans Manlius dans la dif
tribution des deux rôles de Manlius & de Rutile
; quoique Manlius foit le chef de la conjuration
, il eft pourtant obligé de compter
avec Rutile qui eft l'agent fecret du peuple,
JANVIER 1747 II
ce qui donnant de la confidération à ce perfonnage
, empêche qu'il ne foit effacé par
celui de Manlius , & quoique Rutile foit celui
qui paroît avoir le plus agi dans la conjuration
, Manlius lui eft fi fupérieur que Rutile
ne l'obfcurcit point. C'eft fans doute un
grand art , & que
l'on voit rarement au
Théâtre, où il n'arrive que trop que de deux
perfonnages qui ont le même objet , l'un
écrafe abfolument l'autre . Renault dans Venile
eft le chef de la conjuration , mais Pédre
eft le perfonnage intéreffant ; fi le rôle
du premier eût eu des beautés auffi fupérieures
que celui du fecond , ou il l'auroit
effacé , ou peut être tous deux fe feroient
fait tort mutuellement . Mais le rôle de Renault
n'étant pas celui qui produit le grand
effet , ce manque de fubordination dans les
deux rôles eft un léger défaut , puifqu'il ne
fait aucun tort à l'impreffion que le fpectateur
reçoit , ce qui eft fans doute la régle
sûre par laquelle on doit apprécier les beautés
les fautes d'un ouvrage dramatique.
Quelques perfonnes auroient défiré que le
Marquis de Bedmar eût paru fur la fcéne tel
qu'il eft peint par l'Abbé de S.Réal ( *) . Mais
( Le Marquis de Bedmar joue un rôle trèscourt
& très-froid dans la Piéce Angloiſe , où il ne
paroît que pour appaifer une querelle qui furvient
entre les conjurés.
414 MERCURE DE FRANCE.
outre que ce rôle n'eût pas été auffi brillant
que l'on fe l'imagine , il auroit fûrement produit
le mauvais effet que nous venons de
dire , fa feule préfence auroit écrafé tous les
autres , par la feule raifon qu'ils lui auroient
été ablolument fubordonnés . D'ailleurs
ce rôle dangereux étoit- il fi théatral ? Un
Ambaffadeur , qui tranquille & caché au fond
de fon Palais fait mouvoir , en paroiffant immobile
, tous les refforts d'une confpiration ,
eft un perfonnage brillant dans une hiftoire
où l'on a le tems de tout examiner. II eut
peut-être été froid au Théâtre . Difons cépendant
que le nom de l'Efpagne fouvent
répété eût donné beaucoup plus d'importan
ce à la conjuration , & aux conjurés qui n'en
ont que trop peu , mais il auroit fallu alors
un art infini pour que l'intérêt de l'Eſpagne
ne traversat pas celui que l'on prend aux
conjurés , & pour que la fubordination ab
folue aux ordres de l'Ambaffadeur ne leur
fit pas perdre la confidération que le nom
d'une grande puiffance auroit donné à l'entreprife
dont ils étoient les miniftres. Ainfi
la même raifon qui procuroit un avantage ,
préfentoit en mêare tems ce qui pouvoit le
détruire , & ce font - là de ces embarras dont
on ne fe tire qu'avec une extrême habileté ,
& peut être même faut- il encore du bonheur.
JANVIER 1747.
119
On a vû dans l'Extrait de la Venise fanvée
la maniere dont le fujer eft expofé ;
voyons comment M. de la Foffe expofe
le fien. C'eft Manlius même qui ouvre la
fcéne avec Albin fon confident ; cette fcéne
fait connoître au fpectateur & le caractére
de Manlius , & l'état de la conjuration , &
on peut dire hardiment qu'elle eft de la plus
grande beauté . Le Conful Valérius vient
trouver Manlius. Servilius , ami du dernier ,
à enlevé la fille de ce Conful , lequel vient
demander à Manlius pourquoi il donne azyle
à un homme coupable ; l'intérêt de Servilius
ne remplit pas feul la fcéne ; le Conful
reproche à Manlius qu'en fe rendant ainfi le
protecteur de tous les mécontens , il chorche
à fe faire des créatures ,
ordinaire induftrie
De qui veut à fes loix affervir fa patrie.
Nous ne pouvons réfiſter à la tentation
de tranferire ici quelques vers de la répon
fe de Manlius .
Vous demandez d'où vient qu'un Romain , qu'u
feul homme.
Des miféres d'autrui foigneux de fe charger ,
Offre à tous une main prompte à les foulager ;
D'une pitié fi jufte eft-ce à vous de vous plaindre?
Si c'eft une vertu qu'en moi l'on doive craindre
116 MERCURE DE FRANCE.
Si du peuple par elle on fe fait un appui ,
Pourquoi fuis- je le feul qui l'exerce aujourd'hui ?
Que ne m'enviez-vous un ſi noble avantage ?
Pourquoi chacun de vous , pour être exempt
d'ombrage ,
Ne s'efforce- t- il pas par les mêmes bienfaits
De gagner , d'attirer les amis qu'ils m'ont faits ?
Ne peut-on du Sénat appaiſer les allarmes
Qu'en affligeant le peuple en méprifant fes larmes
, & c.
Il laiffe le Conful avec Servilius qui furvient.
Valerius moins inflexible que le beaupere
de Jaffier lui offre fa grace , s'il veut
renoncer à l'amitié de Manlius, Du reſte
Servilius n'eft point , ainfi que Jaffier, réduit
aux dernieres extrémités du befoin , mais
obligé de s'exiler de Rome , cette patrie
que les Romains aimoient avec tant d'ardeur
, il eft dans une fituation auffi trifté &
plus intéreffante , parce que l'objet a plus
de dignité.
Voyez vous , dit- il , à Valerie :
Voyez-vous ces murs fi glorieux
Où tant de grands Héros ont reçû la naiffance ,
Où la faveur des Dieux fait fentir leur préfence ,
Où de tout l'univers , s'il faut croire leur voix ,
Les peuples affervis prendront un jour des loix
JANVIER 1747 117
Cette Rome , en un mot ma patrie & la vôtre ,
Nous n'avons plus de part à fon fort l'un ni l'autre.
Cette fcéne a de très- grandes beautés ,
& ce premier Acte où l'on voit l'expofition
d'un des plus grands projets , le tableau
du caractére de Manlius un des plus forts &
desmieux peints qui foient au Théatre, eft
digne de la grande réputation de cette Tragédie
, & du rang diftingué qu'elle a tenu
jufqu'ici fur la fcéne Françoife ; nous ajouterons
que le rôle de Valerius a bien des
avantages fur celui de Priuli !, outre que
fon caractére ett plus raiſonnable , fa qualité
de Conful le rend Acteur néceflaire
dans la pièce , & la fcéne qu'il fait avec
Manlius eft traitée avec tant d'art, que quoique
les affaires de Servilius & de Valerie
enfoient l'occaſion & l'objet , cet objet épifodique
qui paroîtroit peu intéreffant à des
fpectateurs que la premiere ſcene a préparés
à entendre des chofes , plus importantes
, difparoît bien- tôt pour faire place
aux reproches que le Conful fait à Manlius
lefquels ramenent aux idées de la conjuration
qui fait l'objet principal. L'Auteur de
Venife fauvée commence par parler des affaires
de Jaffier avant qu'il foit queftion de
la conjuration , ainfi il a évité cet écueil par
une autre route On voit que dans cette
118 MERCURE DE FRANCE,
expofition les deux Auteurs ont employé
un art different qui a produit des beautés
differentes.
Manlius ouvre le fecond Acte avec Servilius
; il lui annonce , ainfi que Pedre fait à
Jaffier , que le Sénat lui ravit fes biens , fes
titres , fa nobleffe , & en même tems il l'exhorte
à fe venger , & lui découvre la conjuration
dont il eft le chef. Valerius entre
avec joie dans tous les fentimens de fon ami,
mais celui- ci veut avant tout le préfenter à
Rutile chargé par le peuple de traiter avec
lui , & il faudra raffurer par un ferment folemnel
cet homme foupçonneux & difficile,
Rutile paroît , Servilius s'éloigne , & dans
la fcéne que les deux chefs des conjurés
ont enfemble , Rutile apprend avec cha,
grin que Manlius a dit à fon ami le fecret
de la confpiration , il lui eft aifé de trouver
les raifons qui auroient dû l'en empêcher ,
mais Manlius eft peu fenfible aux inquiétu
des de Rutile, il appelle Servilius qui eft
reçu fort froidement par ce dernier ,
pour le raffurer par un gage de fa fidélité
qui ne lui laiffe aucun doute , il lui dit
Valerie eft , Seigneur , retirée en ces lieux,
De ma fidélité voilà quel eft le gage >
cet ami commun je ka livre en ôtage ,
V
JANVIER. 1747. 119
Et fi ma fermeté fe dément dans la fuite ,
A mes yeux auffi- tôt prenant ce fer en main ,
Dites à Valerie en lui perçant le fein ,
Servilius par moi t'affaffine lui-même.
?
Il charge Manlius de préparer Valérie
à être quelques jours fans le voir , & croit
avoir raffûré Rutile , qui cependant ne
compte pas encore abfolument fur lui .
Il eſt important de confidérer ici la marche
des deux Auteurs , qui femblable à
bien des égards differe par un côté eſſentiel
, en ce que dans la Venife fauvée tout
eft action , ici tout eft difcours. Jaffier vient
chercher Pédre dans l'ombre de la nuit,pour
fçavoir un fecret qu'il doit lui confier , les
conjurés s'affemblent , & cette affemblée!
qui produiroit un beau fpectacle fi elle étoit
bien exécutée , fait telle qu'elle eft plus d'effet
que ne feroit une fimple converfation
de Pédre & de Renault. Lorfque Jaffier ſe
préfente devant eux , il les voit tous le recevoir
d'un air morne , fpectacle plus impofant
peut être la froidéur avec laquelle
Rutile reçoit Servilius Il faut avouer
qu'il y a bien plus d'art & de ménagemens
dans la facon dont celui-ci livre ſa femme ;
i la confie à fon ami , au plus grand des
Romains chés qui elle étoit déja , & il ne
fait que s'engager à ne la point voir. Jaf
que
120 MERCURE DE FRANCE.
fier livre la fienne à Renault qui doit dans.
la fuite tenter de la violer , & qu'il devoit
en croire .capable ; c'eft aux yeux même
de fon époufe qu'il donne le poignard , ce
qui eft lui découvrir la conjuration , &
lui annoncer une action barbare , & qu'il
auroit dûlui cacher ; cependant malgré l'art
de l'un & les fautes de l'autre, la fituation
du poignard fait un très-bel effet dans la
Venife, & le difcours de Servilius n'eft point
auffi frappant. Il fe trouve qu'on eſt émû
involontairement quand Jaffier tire ſon poignard.
Servilius nous laiffe plus tranquilles ;
rien ne prouve mieux le pouvoir de l'action
théatrale , & plus on dira que d'un côté
il fe trouve d'art , & plus il en manque de
l'autre , l'impreffion faite par la fcéne de
Venife fauvée n'étant point douteuſe , plus
il faudra convenir que l'Auteur aura trouvé
levéritable art en mettant fon fujet en action,
& que toute l'adreffe & toute la raifon de
l'autre l'aura bien fait échapper à la critique
, mais non arriver à fon but , qui eft d'émouvoir
fortement le fpectateur.
Nous ne nous arrêterons pas beaucoup
fur les fcénes qu'au troifiéme Acte Servilius
fait avec Valerie , & Jaffier avec Belvidera
; l'un & l'autre également foibles & tendres
, fe laiffent arracher leur fecret par leurs
femmes. M. de la Foffe a profité davantage
de
JANVIER 1747. 121
de la belle harangue que l'Abbé de S. Réal
fait faire aux conjurés , nous croyons faire
plaifir à nos lecteurs de les tranfcrire ici l'une
& l'autre (*) ; ils traitent de la conjuration
(*) Ces vingt perfonnes s'étant enfermées chés la
Greque avec Renault & le Capitaine , dans le lieu
le plus fecret de la maiſon , après les précautions
ordinaires dans ces rencontres, Renault prit la parole.
Il commença par une narration fimple & étendue
de l'état préfent des affaires , des forces
de la République & des leurs , de la difpofition de
la ville & de la flotte , des préparatifs de D. Pedre
& du Duc d'Offone , des armes & autres provilions
de guerre qui étoient chés l'Ambaſſadeur
d'Espagne , des intelligences qu'il avoit dans le
Sénat & parmi les Nobles , enfin de la connoïffance
exacte qu'on avoit prife de tout ce qui pouvoit
être néceffaire de fçavoir. Après s'être attiré l'approbation
de fes auditeurs par le récit de ces chofes
, dont ils fçavoient la vérité comme lui , & qui
étoient prefque toutes les effets de leurs ſoins auſſi
bien que des fiens. « Voilà , mes compagnons, con-
» tinua-t-il , quels font les moyens deftinés pour
yous conduire à la gloire que vous cherchez.Cha-
>> cun de vous peut juger s'ils font fuffifans & af-
» fûrés. Nous avons des voies infaillibles pour in
>> troduire 1000 hommes de guerre dans une
» ville qui n'en a pas 200 à nous oppofer ; dont le
pillage joindra avec nous tous les étrangers que
» la curiofité ou le commerce y a attirés , & le
» peuple même nous aidera à dépouiller les Grands
» qui l'ont dépouillé tant de fois , auffi- tôt qu'il
» verra sûreté à le faire. Les meilleurs vaiffeaux
de la flotte font à nous , & les autres portent
F
722 MERCURE DE FRANCE.
avant que Servilius paroiffe , la force des détails
fupplée au fpectacle des conjurés af-
ל כ
» dès à préfent avec eux ce qui doit les réduire en
» cendres. L'arfenal , ce fameux arſenal , la mer-
» veille de l'Europe & la terreur de l'Afie, eft pref
» que déja dans notre pouvoir. Les neuf vaillans
» hommes qui font ici préfens , & qui font en état
» de s'en emparer depuis près de fix mois , ont fi
» bien pris leurs mefures pendant ce retardement,
» qu'ils ne croyent rien hazarder en répondant fus
» leurs têtes de s'en rendre maîtres . Quand nous
» n'aurions ni les troupes du Lazaret , ni celles de
» terre-ferme , ni la petite flotte de Haillot pour
» nous foutenir , ni les 5oo hommes de D. Pédrė,
» ni les vingt navires Vénitiens de notre camara-
» de , ni les grands vaiffeaux du Duc d'Offone ,
> ni l'armée Efpagnole de Lombardie , nous fe-
» rions affés forts avec les intelligences & les mille
» foldats que nous avons . Néanmoins tous ces dif-
» férens fecours que je viens de nommer , font dife
» pofés de telle forte que chacun d'eux pourroit
» manquer fans porter le moindre préjudice aux
» autres. Ils peuvent bien s'entr'aider , mais ils ne
>> fçauroient s'entrenuire. Il eft prefque impoffible
» qu'ils ne réuffiffent pas tous , & un feul nous fuf-
» fit. Que fi après avoir pris toutes les précautions
» que la prudence humaine peut fuggérer, on peut
» juger du fuccès que la fortune nous deftine
» quelle marque peut- on avoir de fa faveur qui ne
» foit au-deffous de celles que nous avons ? Oui ,
» mes amis , elles tiennent manifeftement du prodige.
Il eft inoui dans toutes les hiftoires qu'une
> entrepriſe de cette nature ait été découverte en
» partie fans être entiérement ruinée , & la nôtre
» a effuyé cinq accidens , dont le moindre , felon
ככ
>
JANVIER 1747. 113
femblés dans la nuit , tels que l'Auteur de la
Venife fauvée les fait paroître , mais lorsque
»toutes les apparences humaines , devoit la ren-*
»verfer. Qui n'eût crû que la perte de Spinofa qui
» tramoit la même chofe que nous , feroit l'occa-
>> fion de la nôtre ? Que le licenciement des trou-
» pes de Lieveftein , qui nous étoient toutes dé-
» vouées , divulgueroit ce que nous tenions ca
» ché ? Que la difperfion de la petite flotte rom-
>> proit toutes nos mefures , & feroit une fource
» fécondè de nouveaux inconvéniens ? Que la dé
» couverte de Créme , que celle de Maran attire-
» roit néceffairement après elle la découverte de
» tout le parti ? Cependant toutes ces chofes n'ont
» point eû de fuite , on n'en a point ſuivi la trace
» qui auroit mené jufqu'à nous . On n'a point pro-
»fité des lumieres qu'elles donnoient. Jamais repos
» fi profond ne précéda un trouble fi grand . Le Sé-
>> nat , nous en fommes fidélement inftruits , le Sé-
» nat eft dans une fécurité parfaite . Notre bonne
» deſtinée a aveuglé les plus clairvoyans de tous
»les hommes , raffûré les plus timides , endormi
»les plus foupçonneux , confondu les plus fubtils . "
» Nous vivons encore , mes chers amis ; nous fommes
plus puiffans que nous n'étions avant ces dé➡ ‹
faftres. Ils n'ont fervi qu'à éprouver notre conf
» tance. Nous vivons , & notre vie fera bien -tôt
» mortelle aux tyrans de ces lieux . Un bonheur fi
» extraordinaire , fi obftiné , peut-il être naturel ,
»& n'avons-nous pas fujet de préfumer qu'il eft
l'ouvrage de quelque puiffance au-deffus des chofes
humaines ? En vérité mes compagnons ,
qu'eft-ce qu'il y a fur la terre qui foit digne de
la protection du Ciel , fi ce que nous faifons ne
»-l'eft pas ? Nous détruîfons le plus horrible de tous
32
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
Renault ayant vû difparoître Jaffier veut que
celui-ci foit poignardé , l'Auteur a trouvé
22
92
"
les Gouvernemens . Nous rendons le bien à tous
» les pauvres fujets de cet Etat , à qui l'avarice des
Nobles le raviroit éternellement fans nous ; nous
»fauvons l'honneur de toutes les femmes qui naî-
» troient quelque jour fous leur domination avec
» affés d'agrémens pour leur plaire. Nous rappellons
à la vie un nombre infini de malheureux
» que leur cruauté eft en poffeffion de facrifier à
leurs moindres reffentimens , pour les fujets les
,, plus légers . En un mot nous puniffons les plus
, puniffables de tous les hommes , également
,, noircis des vices que la nature abhorre , & de
,, ceux qu'elle ne fouffre qu'avee pudeur . Ne crai-
2 gnons donc point de prendre l'épée d'une main ,
& le flambeau de l'autre , pour exterminer ces
,, miférables. Et quand nous verrons ces Palais
où l'impiété eft fur le trône , brûlans d'un feu ,
plutôt feu du Ciel que le nôtre ; ces tribunaux
fouillés tant de fois des larmes & de la fubftance
des innocens , confumés par les flammes dévo-
,, rantes ; le foldat furieux retirant fes mains fu
mantes du fein des méchans ; la mort errante
de toutes parts , & tout ce que la nuit & la li
cence militaire pourront produire de fpectacles
» plus affreux , fouvenons-nous alors , mes chers
,, amis , qu'il n'y a rien de pur parmi les hommes;
,, que les plus louables actions font fujettes aux
plus grands inconvéniens , & qu'enfin au lieu
des diverfes fureurs qui défoloient cette malheureufe
terre , les défordres de la nuit prochai❤
ne font les feuls moyens d'y faire regner à ja
mais la paix , l'innocence & la liberté. “
??
Le degurs fut reçû de toute l'affemblée avec
JANVIER 7725
1747.
de fecret de donner à Pédre un motif de défendre.
fon ami , que Manlius n'a pas , il eſt
1
a complaifance que les hommes ont d'ordinaire
pour les fentimens qui font conformes aux leurs .
Toutefois Renault qui avoit obfervé les vifages ,
remarqua que Jaffier , l'un des meilleurs amis du
Capitaine , avoit paffé tout d'un coup d'une attention
extrême dans une inquiétude qu'il s'efforçoit
envain de cacher , & qu'il lui reftoit encore dans
les yeux un air d'étonnement & de trifteffe , qui
marquoit une ame faiſie d'horreur . Renault le dir
au Capitaine qui s'en moqua d'abord , mais ayant
obfervé Jaffier quelque tems , il en demeura quafi
d'accord . Renault qni connoiffoft parfaitement les
rapports & les liaiſons néceffaires qu'il y a entre
les plus fecrets mouvemens de l'ame , & les plus
légeres démonftrations extérieures qui échappent
quand on eft dans quelque agitation d'efprit ,
ayant examiné mûrement ce qui lui avoit paru à
la mine & dans la contenance de Jaffier , crut devoir
déclarer au Capitaine qu'il ne croyoit point
que cet homme fût fûr. Le Capitaine qui connoiffoit
Jaffier pour un des plus vaillans hommes du
monde , accufa ce jugement de précipitation &
d'excès , mais Renault s'étant obftiné à juftifier
fon foupçon , il en expliqua fi nettement les raifons
& les conféquences , que fi le Capitaine ne les
Tentit
pas auffi vivement que lui , il comprit du
moins que Jaffier étoit un homme à obferver. II
repréſenta pourtant à Renault , que quand même
Jaffier feroit ébranlé , ce qu'il ne pouvoit fe perfuader
, il ne lui reftoit pas affés de tems jufqu'au
lendemain au foir pour délibérer de les trahir &
s'y réfoudre , mais qu'en tout cas dans les terme
où étoient les chofes il n'étoit plus tems de pren
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
naturel que Pédre imagine que Renault në
foupçonne fi légérement fon ami , que parce
dre de nouvelles mefures , & que c'étoit un rifque
qu'il falloit courir de gré ou de force. Renault repartit
qu'il y avoit un moyen fûr de ne s'y pas expofer
, & que ce moyen étoit de poignarder euxmêmes
Jaffier dès ce foir. Le Capitaine demeura
quelque tems muet à cette propofition , mais enfin
il répondit qu'il ne pouvoit fe réfoudre à tuer le
meilleur de fes amis fur un foupçon ; que cette
exécution pouvoit avoit diverfes mauvaifes fuites;
qu'il craignoit d'effaroucher leurs compagnons, de
leur devenir odieux , & d'en être confidéré comme
fi on youloit affecter quelque empire fur eux ,
& qu'on fe prétendît arbitres fouverains de leur
vie & de leur mort ; qu'il ne falloit pas eſpérer
qu'ils compriffent la néceffité de perdre Jaffier ,
comme ils la comprenoient eux deux , & que ne
la comprenant pas , chaque conjuré verroit avec regret
fa vie expofée à la premiere imagination femblable
qui leur viendroit ; que lorsque les efprits
font dans un grand mouvement , il faut peu de
chofe pour les faire détourner , & que le moindre
changement qu'ils faffent dans cet état , eft toujours
d'une extrême importance , parce qu'ils ne
peuvent plus prendre que des réfolations extrêmes
; que fi on vouloit cacher de quelle maniere
Jaffier feroit difparu , il étoit encore plus à craindre
qu'ils ne cruffent qu'il étoit découvert & en
fuite, ou prifonnier , ou traître , & que quelque
prétexte qu'on inventât , ſon abſence à la veille
de l'exécution , y ayant autant de part qu'il y en
devoit avoir , ne pouvoit que les intimider , & leur
fuggérer de triftes pensées.
1.
JANVIER 1747. 127
qu'il eſt amoureux de fa femme, & il y a dans
le parti que l'Auteur tire de cet incident un
t
Voyons comment les mêmes chofes font dites
par M. de la Foffe .
SCENE 7.
RUTILE , MANLIUS , SERVILIUS.
RUTILE à part .
Je vois Manlius avec lui ,
C'eft ce que je fouhaite. Eprouvons fon courage.
MANLIUS.
Quelle joie à nos yeux marque votre viſage ,
Seigneur De nos amis que faut - il eſpérer ?
RUTIL E ..
Tout , Seigneur ; avec nous tout ſemble confpirer
A l'effet de nos voeux il n'eft plus de remiſe.
En arrivant chés moi , quelle heureuſe ſurpriſe !

J'ai trouvé ceux du peuple à qui de nos projets
Je puis en sûreté confier les fecrets :
Eux-mêmes ils venoient , au bruit du facrifice ,
M'avertir qu'il falloit faifir ce tems propice.
Tout tranſportéde joie à voir qu'en ces befains
Leur zéle impatient eût prévenu mes foins ,
Oui , chers amis , leur dis - je , oui , troupe magnanime
,
Le deftin va remplir l'eſpoir qui vous anime ;
F
128 MERCURE DE FRANCE.
art qui manque dans Manlius. Ce n'eſt - pas
qu'il n'y ait beaucoup de noblefle dans la
Tout eft prêt pour demain , & felon nos fouhaits
Demain le Conſulat eſt éteint pour jamais.
De nos prédéceffeurs quelle fût l'imprudence ,
Qui détruifant d'un Roi la fuprême puiffance ,
Sous un nom moins pompeux fe font fait deux
Tyrans ,
2
Qui , pour nous accabler , font changés tous les ans ,
Et qui tous, l'un de l'autre héritans de leurs haines ,
S'appliquent tour à tour à refferrer nos chaînes !
Tels & d'autres difcours redoublans leur fureur ,
Je crois devoir alors leur ouvrir tout mon coeur ,
Leur marquer nos apprêts , nos divers ftratagêmes ,
Appuyés en fecret par des Sénateurs mêmes ;
Ce que devoient dans Rome exécuter leurs bras
Tandis qu'au Capitole agiroient vos foldats ;
Les poftes à furprendre ,& d'autres qu'on nous livre;
Les forces qu'on aura , les Chefs qu'il faudra ſuivre;
En quels endroits fe joindre , en quels fe féparer ;
Tous ceux dont par le fer, on doit fe délivrer ;
Les maisons des profcrits , que fur notre paffage
Nous livrerons d'abord à la flamme , au pillage .
Qu'une pitié , fur- tout indigne de leur coeur
A nos Tyrans détruits ne laiffe aucun vengeur.
Femmes , peres , enfans , tous ont part à leurs crimes
,
Tous font de nos fureurs les objets légitimes,
JANVIER 1747. 129
fcéne que Manlius & Rutile ont à ce fujet ,
ainfi que dans celle du quatriéme Acte où
Tous doivent ... Mais , Seigneur , d'où vient qu'à
ce récit
Votre vifage change , & votre coeur frémit ?
SERVILIUS.
Oui. fi près d'accomplir notre grande entrepriſe,
Je frémis à vos yeux de joie & de furpriſe ,
Et mon coeur moins émû ne croiroit pas, Seigneur ,
Sentir , autant qu'il doit , un fi rare bonheur.
RUTIL E.
Excufez mon erreur , & m'écoutez. J'ajoute ;
Ils n'ont de nos deffeins ni lumiere ni doute ,
Il faut qu'en ce repos où s'endort leur orgueil ,
La foudre les réveille au bord de leur cercueil ,
Et lorsqu'à nos regards les feux & le carnage
De nos fureurs par-tout étaleront l'ouvrage ,
Du fruit de nos travaux tous ces Palais formés ,
Par les feux dévorans pour jamais confumés ;
Ces fameux Tribunaux où regnoit l'infolence , '!
Et baignés tant de fois des pleurs de l'innocence ,
Abattus & brifés , fur la pouffiere épars ;
La terreur & la mort erràns de toutes parts ;
Les cris , les pleurs , enfin toute la violence
Où du foldat vainqueur s'emporte la licence ;
Souvenons-nous , amis , dans ces momens cruels ,
Qu'on ne voit rien de pur chés les foibles mortels;
Fy
130 MERCURE DE FRANCE.
M. de la Foffe épargne à Servilius la honte
d'avoir découvert la confpiration , c'eſt Va-
Que leurs plus beaux deffeins ont des faces di
verſes ,
Et que l'on ne peut plus , après tant de traverſes ,
Rendre par d'autre voie à l'Etat agité
L'innocence , la paix , enfin la liberté.
Chacun à ce difcours qui flate fon audace ,
Sur fon efpoir prochain s'applaudit & s'embraffe
par mille voeux en hâte les momens , Chacun
Et pour vous , à l'envi , fait de nouveaux fermens.
MANLI U S.
Ainfi donc à nos voeux la fortune propice
A conduit nos Tyrans au bord du précipice ,
Et je n'ai plus qu'un jour à fouffrir leurs mépris.
Mai quel effort , Seigneur , quel affés digne prix
M'acquittant , à vos feins ...
RUTIL E.
Je ne puis vous le taire ,
11 eft une faveur que vous pourriez me faire :
Mais cet ami veut bien que fur mes intérêts
Je n'explique qu'à vous mes fentimens fecrets.
SEVILI U S.
Je vous laiffe , Seigneur.
JANVIER · 1747 . 131
lérie qui fans l'avoir confulté en a donné avis
au Sénat , elle fait les efforts
SCENE
pour montrerà
V 1.
1
MANLIUS , RUTILE.
Vous puis-je ...
MANLIUS.
Par quel bonheur extrême
RUTIL E.
En me fervant vous vous fervez vous-même,
Seigneur, il vous fouvient des fermens que j'ai faits ,
Lorſqu'avec nos amis j'embraſſai vos projets.
Je jurai devant tous que fi j'avois un frere
Pour qui m'intéreſsât l'amitié la plus chere ,
Quand tous deux en même heure ayans reçû le
jour ,
Nourris fous mêmes foins , dans le même féjour,
LeCiel auroit uni par les plus fortes chaînes
Nos voeux , nos fentimens , nos plaiſirs & nos peines
,
Si ce frere fi cher , troublé du moindre effroi ,
Me pouvoit faire en lui craindre un manque de foi ,
Par moi-même auffi-tôt fa lâcheté punie
Préviendroit notre perte & fon ignominię.
Vous louâtes , Seigneur , ce noble ſentiment
Et chacun , après vous , fit le même ferment.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
fon époux l'horreur de cette coupable entreprife
, & lorfqu'elle croit l'avoir ébranlé ,
elle lui avoue qu'il n'eft plus tems d'hésiter ,
qu'elle a tout découvert , & que le Sénat a
promis la grace de Manlius. Servilius eft défefpéré
, Manlius paroît , & il y a fans doute
beaucoup de fublime dans la façon dont il aborde
fon perfide ami.
MANLI U S.
Connois-tu bien la main de Rutile ?
RUTILE.
Oui.
MANLI U S.
Tiens , lis
Et il lui remet une Lettre par laquelle Rutile
l'inftruit que Valérie a découvert la conf-
Eh bien ?
MANLIUS.
RUTILE.
Voici le tems qu'un effort néceſſaire -
Doit de votre ferment prouver la foi fincere.
MANLI U S.
RUTIL E.
Sur qui ?
Sur votre ami , & c.
JANVIER. .133 1747.
piration. On a vû dans l'Extrait de Venife
Sauvée de quelle façon , dans une fituation
femblable , Pedre traite Jaffier qui le fupplie
d'accepter fa grace , & nous avons oublié
de rapporter un beau vers qui trouvera
fa place ici , c'est lorfqu'à ce fujet Pédre dit
à Jaffier :
Ce dernier trait te peint à mon ame ſurpriſe .
Je croyois te haïr , traître , je te mépriſe.
Manlius ne répond pas avec moins de force
à Servilius , lorfque celui- ci lui offre fa grace
& celle de ſes amis .
Eh ! quel aveu ,quel titre ,
De leur fort & du mien te rend ici l'arbitre ?
Qui t'a dit que pour moi la vie eût tant d'attraits ?
Que veux-tu que je puiffe en faire déformais ?
Pour me voir des Romains le mépris & la fable ,
Pour la perdre peut-être en un fort miférable ,
Ou dans une querelle , en fignalant ma foi
Pour quelque ami nouveau perfide comme toi ?
Dans cette fituation Manlius & Pédre font
également admirables , & prennent une voic
différente pour toucher les Spectateurs , &
cette différence vient de celle qui eft dans
leur fituation , ce qui fait l'éloge des Auteurs
qui ont fçû la démêler. Manlius voit renver134
MERCURE DEFRANCE.
4
fer un grand projet qui devoit le rendre le
maître des Romains , & le venger du Sénat
qui l'a outragé , dans cette fituation il fe livre
au courroux qu'excite en lui le fatal accident
qui renverſe ſes deffeins , cet objer eſt
trop grand pour qu'il puiffe en enviſager.
d'autre. Pédre n'a qu'un intérêt particulier
& fubordonné dans une conjuration qui par
elle -même est beaucoup moinsconfidérable,
il eût médiocrement intéreflé s'il eût temu
le même langage que Manlius , fa fermeté
à choifir la mort plûtôt qu'une grace qui
Paviliroit , fes fentimens pour Jaffier où l'on
voit encore un fouvenir tendre de l'amitié
que celui- ci a trahie, étoient des chofes plus
capables de faire impreffion dans ce moment.
Ainfi les deux Auteurs ont dû fe
conduire différemment dans deux fituations
qui paroiffent femblables , mais que changeoit
la nuance qui diftingue Manlius de
Pedre. Venife fauvée gagnera beaucoup à
la comparaiſon , fi l'on compare Servilius
avec Jaffier ; le premier dit à Manlius que
peut -être il a dû découvrir la conjuration .
Peut-être plus tranquile aurois-tu lieu de croire
Que fans moi tes deffeins auroient fletri ta gloire
, & c.
Certainement ce difcours n'eft pas celui
JANVIER 1747. 135
que Servilius a du tenir , & il eft feul capable
d'ôter tout l'intérêt de cette fcéne. Ce n'est
qu'après s'être entendu appeller perfide par
Manlius qu'il a trahi , que Servilius s'écrie .
Noms affreux entendus pour la premiere fois.
Et qu'il eft férieufement faché de ce qu'il a
fait . Combien plus intéreffant eft Jaffier qui
n'ofe lever les yeux fur fon ami , qui voudroit
que la terre le cachât dans fon fein
pour éviter les regards de Pedre, lorſque celui-
ci paroît chargé de chaînes , qui s'accufe
le premier , qui lui demande pour unique
grace qu'il accepte la vie,& fe venge fur lui?M.
de la Foffe a fait découvrir la conſpiration
par Valerie pour éviter de faire jouerfà Servilius
un rôle trop odieux , & c'eft peutêtre
ce même art qui l'a empêché de peindre
avec affés de force les remords qui font
la partie la plus tragique de la piéce. Il n'arfive
que trop fouvent qu'en voulant corriger
un défaut on énerve la fituation & on en
ôte le pathétique. D'ailleurs les remords de
Jaffier qui commencent auffi-tôt que la
révélation du fecret , le reconcilient avec le
ſpectateur , par la vivacité dont ils font.
Remarquons encore une différence effentielle
entre les deux Tragédies au fujet de
ce quatriéme Acte. Tout eft en action dans
136 MERCURE DE FRANCE .
Venifefauvée, tout eft difcours dans Manlius .
il vaut mieux fans doute voir arriver Jaffier
& Belvidera au Sénat , & bien-tôt après
paroître les conjurés chargés de chaînes , que
d'apprendre par une converfation que Valerie
a découvert la confpiration , & par
une lettre de Rutile qui eft en fuite , que
Manlius le fçait. Celui - ci libre encore , &
pouvant s'échaper offre un moindre effor
aux remords de Servilius que Pédre enchainé
n'en offre à ceux de Jaffier . Il en eft de
même de la fcéne ou Jaffier leve le poignard
fur la femme , cette action terrible eft
tout autrement tragique que le diſcours de
Servilius qui dit à la fienne qu'elle mériteroit
la mort.
Que tarde ma fureur de le venger auffi ?
Il eft inutile de parler du cinquiéme acte
de l'une & de l'autre Tragédie. Celui de
Venife fauvée offre le tableau le plus tragique
& le plus terrible , le cinquiéme acte
Je Manlius eft , ofons le dire , abfolument
languiffant, quoique les mêmes chofes s'y paſfent
à peu près que dans Venife fauvée ; mais
dans l'une tout agit , tout eft vivant , & dans
l'autre on n'apprend rien que par de froids
récits. M. de la Foffe femble avoir été effrayé
de la force de l'action qu'il traitoit ,
JANVIER 1747.
137
& n'avoir ofé expofet ce tableau terrible
aux foibles regards du public François.
Peut-être cette crainte étoit- elle prudente ,
& eut- il rifqué de ne pas réuffir . Si M. de
la Place n'eut pas préparé les efprits par
fon excellent ouvrage du Théatre Anglois
dont on a lû déja quatre volumes avec tant
de plaifir , peut - être la forte touche du pinceau
auroit- elle révolté dans Venife fauvée.
Puiffe cet exemple encourager nos Poëtes
a introduire plus d'action fur notre Théatre
trop languiffant ! c'eft le feul défaut
qu'on eut à lui reprocher.
Au refte il ne nous appartient pas de décider
, & nous n'avons pas prétendu juger
par cet examen laquelle des deux piéces
doit l'emporter fur l'autre , elles ont été
couronnées l'une & l'autre par les fuffrages
du public ; fi la dignité du fujet donne quelque
avantage à Manlius , la force de l'action
en dédommage dans Venife ſauvée , &
l'Auteur doit d'autant plus s'applaudir d'avoir
vivement ému les fpectateurs , qu'il
fembloit moins fecondé par le fujet . En ne
comparant chacune de ces Tragédies qu'à
elles mêmes , le public a, décidé que les .
trois premiers Actes de Manlius étoient
plus intéreffans que les deux derniers , & il
a été plus ému aux deux derniers Actes de
Venife fauvée qu'aux trois premiers. Les lé138
MER CURE DE FRANCE
geres critiques que nous avons faites de l'un
& de l'autre ouvrage , ne diminuent en rien
la gloire des Auteurs ; où font les ouvrages
fans défauts ?
Optimus ille eft
Qui minimis vitiis urgetur .
D'ailleurs qu'on nous permette de répé
ter ici une chofe que nous avons déja dite
ailleurs , & qui eft très-vraie ; lorfqu'on critique
un ouvrage que le public applaudit ,
toutes les cenfures font des éloges ; car plus
on y remarque de fautes , plus il faut conclure
qu'il y a de beautés , qui ont fait excu
fer fes défauts à un public éclairé qui le méprend
rarement.
Nous ne finirons point fans rendre juftice
à la maniere dont cette Tragédie a été
jouée ; il y avoit long-tems qu'on n'en avoit
vû d'auffi parfaitement exécutéeJANVIER
1747. 139

Le 18 les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Comédie
de M. de la Chauffée intitulée la Gouvernante
; elle eut un fuccès éclatant . M. de la
Chauffée fi accoûtumé à faire briller dans fes
Piéces la vertu & les meurs ' , s'eft furpaffé
à cet égard dans celle ci. Il eft difficile &
peut-être impoffible de mieux écrire une
Comédie ; nous en rendrons compte le mois
prochain , mais on peut d'avance en concevoir
l'idée la plus avantageufe fur les talens fi
connus de l'illuftre Auteur , & fur les applaudiffemens
du Public,
L'Académie Royale de Mufique a commencé
l'année 1747 par la repréſentation
du Ballet des Amours des Dieux.
Elle a interrompu pendant quelques jours
les repréſentations de Perfée pour redonner
Hypermneftre qui n'a pas long-temps gardé
la place du fils de Jupiter ; les Jeudis ont
été occupés par les Fragmens que nous
avons fpécifiés. On y a joint l'Acte de Coronis
& d'Apollon du Ballet des Amours des
Dieux , fi bien éxécuté par Melle . Fel &
M. Jeliote .
La Comédie Francoife à long -tems brillé
par les répréfentations très- fuivies de Venife
fauvée , & M. de la Place Auteur de cet140
MERCURE DE FRANCE.
te Tragédie doit être fatisfait d'un fuccès
qu'il a mérité.
Les Italiens ont auffi très long temps joui
de la réuffite éclatante du Prince de Salerne ,
& de fes ingénieux Ballets qui ont eu une
approbation générale fi décidée , que la derniere
entrée en a été deffinée par Marvie
& gravée par Horcolli. L'Eftampe eft ornée
d'une infcription en vers , & on y reconnoît
les graces fines de l'aimable Camille .
Le Théâtre de Verſailles a amufé la Cour
le mardi vingt Novembre par la belle Tragédie
d'Héraclius du célébre Corneille , &
le Colin- Maillard , petite Comédie.
Le Jeudi 22 les Comédiens François
donnerent Venife Sauvée de M. de la Place,
& Julie ou l'Heureufe épreuve de M. de Ste.
Foi , l'ingénieux Auteur de l'Oracle , & cet,
te repréſentation fit un plaifir infini à une
affemblée refpectable & femée de connoiffeurs
délicats .
Le Jeudi 29 on joua la Coquette & l'Impromptu
de Campagne .
Le Jeudi 5 l Tragédie d'Andromaque
& le joli Efprit de contradiction du faillant
Dufréni.
Le Mardi 17 le Diftrait & les trois Freres
JANVIER
1747. 141
Rivaux, petite Comédie fouvent jouée , quoi..
que denuée d'une intrigue vrai femblable.
Le Mercredi 5 les Italiens avoient repréfenté
les Défis dArlequin & de Scapin luivis
d'un Ballet.
La Comédie Italienne a donné le Samedi
quatorze Janvier à Paris l'Inconftant ramené
Piéce en trois Actes avec un divertiffement.
On l'a retirée après la premiere repréſentation.
美味糕
A MADAME DU BOCAGE.
Sur fon Poëme qui a remporté le Prix de
l'Académie de Rouen.
DANS un enthouſiafme heureux
Vous avez des Normands célébré le Parnaffe
*
"
Saphe , parmi leurs noms fameux
Le votre aujourd'hui tient ſa place.
Fruit du génie & chef-d'oeuvre de l'Art ,
Votre Ouvrage eft chéri des Filles de mémoire ;
Vous marchez fur les pas de la Vigne * & Bernard
,
✦ Mile. de la Vigne de Vernon.
1 Mile Bernard de Rouen,
#42 MERCURE DE FRANCE,
Digne rivale de leur gloire.
Vous avez remporté le Prix
Que vous difputoient nos Orphées :
Des immortelles Scudéris ,
*
Vous renouvellez les Trophées .
Ainfi quand différens oifeaux
Dans la belle faifon chantent fous les feuillages ,
L'aimable Philoméle efface fes rivaux ,
Et réunit tous les fuffrages.
鮮肉麵
Richer.
EPITRE à M. de la Bruere Auteur du
JE
Mercure de France.
E ne fçaurois plus long- temps me contraindre ,
Et j'ofe à vous de vous même me plaindre.
De nos écrits fage appréciateur ,
Vous dont il eft infiniment flateur
De mériter l'impartial fuffrage :
Nous parcourons dans votre aimable Ouvrage
De mille Auteurs tous les effais divers ,
Et de moi feul vous rejettez les vers .
Deux légers fruits de ma naïve plume "
Auroient-ils pû charger trop'un volume ?
* Melle de Scudéri a remporté le Prix de l'Acne
démie Françoiſe.
JANVIER 1747.
143
J'ai moins d'ardeur pour me voir imprimé ,
Que de regret d'avoir envain rimé.
L'équité veut que dans la concurrence
Vous accordiez toujours la préférence
Aux doux Concerts de ces efprits brillants
Que le Public , connoiffeur des talents ,
Pour leur voix tendre & pour leur ton fonore ,
De fon encens dès leur naiffance honore :
Ils chantent bien Apollon , Mars , Cypris ;
De tous les Arts ils font les favoris ,
De leurs accents tout le monde les loue ,
Et tout le monde a raifon , je l'avoue .
De leur éclat plus touché que jaloux
Quoique rival je les adore tous.
Je confens donc que de la Soriniere,
A qui déja l'Empire littéraire
Doit jufqu'ici tant de riches tréfors ,
Avant les miens vous placiez les efforts,
Ainfi que lui par de faciles veilles ,
Lorfqu'on a l'art de charmer les oreilles ,
On ne paroît que trop tard au Public.
Dans fes tranfports la Mufe de Croifie (*)
Eft , j'en conviens , un peu moins foutenue ,
Mais cependant dans fes jeux ingénue ,
Féconde en tours , inépuiſable en traits ,
A nos regards qu'elle étale d'attraits !
( ) M, Desforges Maillard .
144 MERCURE DE FRANCE,
Aux vrais amis des Filles de mémoire
Je fuis tout prêt , & je me ferai gloire
De le céder : ces Héros pleins d'appas ,
Ont droit fur moi de prétendre le pas.
Peintres riants , imitateurs d'Horace ,
Badins , polis ils fuivent du Parnaffe ,
Où leurs travaux moiffonnent des lauriers ,
Les plus fecrets & les plus beaux fentiers.
Quand ils voudront feuls remplir la carriere ,
Quand ce fera Néricaut , ou Voltaire ,
Ecrivains purs , mâles , fans nul défaut ,
Je n'aurai pas à vous dire un feul mot.
A cela près je vous demande en grace
De me garder quelquefois une place ,
Dans ce Journal tous les mois reproduit ,
Que vous créez, vous que le goût conduit, ]
JANVIER
1747. 147
XAEX EX EX EXCESS
LETTRE de M. PHILIPPE , le fils ,
à M. de la Bruere.
Ja
E vous dois , Monfieur , des remerciemens
de la façon obligeante dont vous vėnez
d'annoncer mon édition de Velleius Pa- ·
urculus. Il faut qu'elle ait quelque mérite ,
puifqu'elle a obtenu l'approbation d'un homme
de goût & d'efprit. Je ne viens point
à mon tour vous rendre les éloges que le
public vous donne ; je fais plus , je vous
félicite fur votre difcernement, quand je vous
entends dire fouvent à vos lecteurs que ce
n'eft qu'à l'école des Ecrivains de la Grece &
de Rome que fe font formés les grands
hommes du fiécle brillant de Louis XIV ,
& de celui où nous vivons . Vous arrêtez
autant que vous pouvez le progrès des
préjugés ridicules des prétendus beaux efprits
, qui croyent aujourd'hui qu'il eft totalement
inutile de fe former fur les modéles
de l'Antiquité , & qu'il fuffit , pour l'érudi
tion , d'une crême légere puifée dans leurs
écrits fuperficiels , Mais ce n'eft point ma
miffion de combattre le faux goût qui régne
parmi nous. Mon but eft de vous en-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
?
tretenir quelques inftans de mon Lucrece
dont le Mercure n'a pas encore parlé . Je ne
me ferois jamais affiché comme Auteur ,
encore moins commeEditeur, fi je n'avois pas
eu le malheur de me voir attribuer méchamment
des écrits aufquels je n'ai eu aucune
part , ni de près ni de loin , & fi l'injuſtice
du feu Abbé Desfontaines ne m'avoit voulu
êter d'un trait de plume mon Effai de Géographie
pour les commençans , in 8° . divifé
en trois parties , que le Libraire Thiboust a
imprimé en 1744 , & dont je donnerai
une édition confidérablement augmentée.
On fouhaitoit depuis long- tems , Monfieur
, de voir fortir des preffes Parifiennes
une
Potion
correcte d'un des plus beaux
Poëmes que Rome ait produit . Lucrece eft
un des Auteurs que les Elzevirs ne purent
point apparemment donner au Monde Littéraire,
foit que la mort ait prévenu leur deffein ,
foit qu'aucun Sçavant ne voulut fe charger d'
ne revifion pénible , faute de manufcrits ou
d'éditions précédentes aflés exactes pour en
donner une hors de toute atteinte. Ces fameux
Imprimeurs avoient pourtant une
grande reffource dans le docte Lambin qui
avoit fait paroître fon Lucrece in 4 ° . à Paris
, en 1570 ( apud Joannem Bene Natum.)
Un Commentaire fçavant , un texte revû
fur cinq manufcrits par un Profeffeur Royal
JANVIER 1747 .
147 .
regardé comme l'Oracle Latin du feiziéme
fiécle , devoient faire les fûretés des Elzevirs
qui avoient formé l'utile projet de réimprimer
tous les Auteurs de l'Antiquité : ils
ne purent pas tout exécuter. Depuis eux il
s'eft trouvé des Libraires entreprenants qui
ont donné des éditions de Lucrece en différentes
formes. Il me devenoit indifpenfable
, dans la tâche que je m'étois impofée ,
de les confulter pour la plus grande partie ,
mais je me fuis attaché principalement aux
éditions de MM. Maittaire & Havercamp.
Ce dernier éditeur a réuni en deux gros
tômes in 4 ° . tous les Commentateurs de
Lucrece les plus eftimés , tels que Faber ,
Preigius , Creech , & autres de moindre confidération.
Il paroît n'avoir point connu
l'Italien Nardi , qu'il ne m'a pas été inutile
d'interroger quelquefois. J'ai profité de
ces fecours , & au bout d'un an de travail
le plus affidu & le plus conftant , j'ai livré
au public le produit de mes recherches. Les
diverfes leçons que j'ai cru devoir mettre à
la fin du Poëme de Lucrece y font placées
pour juftifier la leçon que j'ai adoptée dans
le texte , n'ayant donné la préférence qu'à
celles qui m'ent femblé former un fens lié
avec ce qui fuit ou qui précede , & qui d'ailleurs
font appuyées de l'autorité des plus anciens
manuſcrits, On fçait combien la ponc-
Gij
148. MERCURE DE FRANC
tuation influë fur le vrai fens d'un Auteur ,
& quelle clarté il peut acquerir par cette
forte d'exactitude, qui fuppofe que l'éditeur
doit commencer par s'inftruire lui- même ,
afin de donner quelque lumiere à fes lecteurs
, pour plufieurs defquels le Poëme de
la nature des Etres pourra bien être encore
une Enigme à déchiffrer.
Voici , Monfieur , comme je réponds
dans ma Préface aux objections que je m'y
fais par rapport à la doctrine de Lucrece
dont je n'admire que la Poëfie , & qui
auroit pu
mieux employer fes fublimes talens.
At cum Lucretii , aut potiùs Epicuri
Philofophia à cordato quoque viro delirantis
ingenii commentis annumeretur , non fuit quod
vereremur ne magis in rerum inanitate , quàm
in poëfeos leporibus lector fana mentis immoraretur.
Quem enim latet , fi modo attenderit ,
quæcunque de Atomis effutit Epicurus , ex
tam fuiilibus , imò tam nullis inniti rationum
momentis , ut aut per fefe ipfa ruant funditùs ,
aut leviter impulfa dilabantur ? Quotufquifque
autem eft eorum homuncionum qui Chrif
tianam Religionem apertiùs impugnant , qui
non quamlibet aliam malit quam Epicuream
opinionem tueri ? Adeo cum ratione & fecum
ipfa pugnat ! quin etiam ne iis quidem argumentis
Philofophus utitur qua fi non veroproxima
, faltem non omnino abfurda videantur.
JANVIER 1747. 149
}
Quapropter ad edendos Lucretii de Rerum
natura libros , eofdemque fedulò recognitos
induftriam omnem conferre non dubitavimus ,
rati Epicuri doctrinam jampridem ita obfoleviffe
, nihil ut indè periculi rei Chriftiane
immineat ; Lucretii verò libros qui arcana
reconditioris Phyfica plurima dilucidè ac fubiliter
explicent , poëfimque fimul offerant legentibus
Latini fermonis integritate faluberrima
delibutam , non parum ad politioris litte-
·ratura decus & utilitatem profuturos . Si quid
tamen meticulofis hominibus fupereffe videbi
tur quod ab exquifuis illis Lucretii carminibus
timere Religio jure poffit , faciet profectò
ne error latiùs graffetur , utque fidem , fi quam
invenit , amittat , expetitus ille tamdiu Eminentiffimi
Cardinalis Anti - Lucretius mox
emitiendus in publicum fingulari , nec fatis
pradicando Illuftriffimi & Eruditiffimi Abbatis
beneficio.
Je n'avois pas l'honneur d'être connu
de M. l'Abbé de Rothelin , lorfque je parlois
de lui en termes bien peu capables de rendre
l'idée que je me formai de ce grand homme
quinze jours après que mon Lucrece fut
achevé. Sa mort m'a privé d'une protection
puiffante , & les bontés qu'il m'a témoignées
peu de tems même avant qu'il nous fût
enlevé , m'ont fait comprendre que je ne
lui étois pas indifférent , & qu'il me vouloit
Giij.
156 MERCURE DE FRANCE.
du bien. Dans les intervalles d'un mieux
qu'on ne pouvoit guères appeller fanté ,
pendant les trois ou quatre premiers mois
de l'année 1744 , j'ai lû , revû en entier
avec lui l'Anti- Lucrece , & c'eft dans ces momens
de la délicieufe folitude que procure
le cabinet , que j'ai fenti avec la plus vive
admiration combien M. l'Abbé de Rothelin
éto itfupérieur à la réputation dont- il jouiffoit
dans la République des Lettres. Nous
aurons fans doute bientôt l'ouvrage de l'Illuftre
Cardinal de Polignac , & l'on verra
qu'il n'appartenoit qu'à un Prince de l'Eglife ,
& à un homme doué d'un rare génie , de
prendre en main la défenſe de la vérité , &
de la préfenter aux hommes avec tout l'éclat
dont elle brille , quand le coeur capa
ble de docilité , s'il eft fans honteufes paffions
, peut en fentir la force victorieufe¹ ,
& y foumettre humblement l'efprit . En
effet dans ce Poëme c'eſt la raiſon éclairée
qui triomphe avec les armes les plus raifonnables.
Au refte , Monfieur , fi mes éditions font
accueillies du public , il faut auffi convenir
que le zéle de M. Conftelier pour la perfection
de la Typographie lui fait beaucoup
d'honneur. Il marche fur les traces
d'un pere dont la mémoire eft précieuſe à
quiconque aime les livres imprimés avec
JANVIER 1747. 258
magnificence & avec goût. Il n'a point
épargné la dépenfe , & de ce côté- là il a
rempli l'attente des curieux d'ornemens , foit
en vignettes , foit en eftampes. Permettezmoi
d'annoncer ici que dans les premiers
jours de la prochaine année il mettra en
vente Perfe & Juvenal , de la même forme
que les Poëtes qu'il a donnés précédem
ment , & qu'à peu de diftance il donnera
une nouvelle édition de fon Phédre imprimé
en 1942.
3
J'ai l'honneur d'être avec toute la confi
deration & l'eftime qui vous font duës ,
Monfieur , Votre très- humble & très-obéif
fant ferviteur , PHILIPPE.
A Paris ce 4 Octobre 1746.
P. S. Quoiqu'on me follicite , Monfieur
dans les Pays Etrangers , d'envoyer les augmentations
que j'ai faites à mon Effai de
Géographie pour les commençans , je fuis bien
aife d'attendre encore du tems pour donner
à cet ouvrage plus de perfection , & pour
cela j'ofe ici folliciter à mon tour les gens
de Lettres , & tous ceux qui les aiment
véritablement , de vouloir bien me communiquer
des mémoires certains fur l'hiſtoire
Giiii
52 MERCURE DE FRANCE.
naturelle des quatre parties de l'Univers,
On fent bien que je ne fuis curieux d'obte
nir rien qui ne foit avéré , & qui n'ait le
mérite d'une découverte , ou qui ne foit abfolument
ignoré , car heureureufement je
connois les fources , & il me feroit aifé ,
ainfi qu'à certains faifeurs de gros, livres ,
d'en faire un immenfe du mien , mais en
vérité je refpecte trop le public , pour le
furcharger de détails qui fe trouvent par tout,
depuis que les Dictionnaires multipliés répetent
& pillent réciproquement les articles
les uns des autres. Ceux qui voudront être
mes bienfaiteurs auront la bonté de fe fervir
de la voye de votre Journal
m'écrire , en affranchiffant le port.
ou de

JANVIER 1747. 153
RONDEAU REDOUBLE' fur lis
moeurs du fiécle.
LINTERE INTEREST fait mouvoir mille & mille
refforts ;
C'eft le Dieu de l'argent qu'ici bas on révere ;
Les amis d'aujourd'hui n'en ont que le déhors ;
On n'aime plus par choix , comme au tems de Tibere.
Pour un rien fort fouvent la four trahit le frere ;
On rompt de l'amitié les liens les plus forts :
C'eſt à qui maintenant fçait mieux fe contrefaire.:
L'intereft fait mouvoir mille & mille refforts .
Depuis le Procureur jufqu'au fimple recors ,
Maltotiers & Commis, tous ont un fçavoir-faire ,
Et trouvent le fécret d'amaffer des tréfors ;
C'est le Dieu de l'argent qu'ici bas on révere.
Tel qui nous dit , vivez , penfe bien le contraire ,
Et voudroit de bon coeur nous voir au rang des
morts :
Tel nous loue en devant , qui nous blâme der-
‹riere ;
Les amis d'aujourd'hui n'en ont que le déhors.
Gv
#54 MERCURE DE FRANCE
Dans ce fiécle l'amant feint de tendres transports ,
Et vife plus aux biens qu'au coeur de fa bergere :
Ce n'eft point la vertu qu'on cherche fur nos bords ;
On n'aime plus par choix, comme au tems de Tibe™
re.
S'agit-il de chanter quelqu'un dont il eſpere ?
Le Poëte à l'inftant fait de nouveaux efforts ,
Heureux par fon travail s'il vient à bout de plaire
!
Mais de fa Lyre , ami , qui produit les accords ?
.
l'Intéreft.
M……….. de Châlons fur Marné.
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du deuxième Volume de Décembre font
Ygrec & ail. On trouve dans le Logogryphe
Lia , lai , Ali , aï, ia , al , la , note
Muficale , la , article & il.
ENIGM E.
DANS le monde je fuis tellement néceffaire ,
Qu'une fille fans moi ne peut devenir mére .
JANVIER 1747.
155
A ce trait, cher Lecteur , ne vas point penſer mal ;
Je forme l'homme , & même l'animal .
Quoiqu'inconnue en la nature ,
Tout membre me doit fa ftructure.
Je plais au fexe feminin ,
Sur-tout lorfque j'entre en ménage :
Bref je fers dans le mariage ,
Et j'aide à foutenir par-tout le genre humain.
Par le même.
*****£ 3 * 3++++++ EE
AUTRE.
JE fuis auffi vieux que le mondë ;
Je fuis le plus puiſſant des Dieux ;
Je regne fur la terre & l'onde ;
J'ai vaincu le Maître des Cieux ;
Mes fujets goûtent mille charmes
Ils ne connoiffent point les larmes ;
C'en eft affés, mon cher Lecteur ,
Dis-moi qui regne fur ton coeur.
E. N. G. D. de Rouen.
G vj
156 MERCURE DE FRANCE.
胖胖

LOGOGRYPHE.
Comme un ferpent je me gliffe par tout ;
Cent fois je change de figure ,
Pour venir à mes fins & mieux faire mon coup.
Cinq pieds font toute ma ftructure.
J'offre a qui veut les combiner
Chofe qui fert pour alligner ;
Un arbre qui toujours conſerve ſa verdure ;
Nom qui convient peut-être à mon Auteur ;
Une diphtongue ; un terme d'affûrance ;
Un de mépris ; un de douleur ;
Ce que porte un légiſlateur ,
Et le fynonyme à créance .
乳・乳
"
SI tu
AUTRE.
I tu veux fçavoir qui je fuis ,
Ami , vois ce que je produits.
Je n'ai que fix pieds en partage ,
Lefquels, fans tarder d'avantage
Vont te faire connoître un Poëte Romain ;
Ce trop téméraire Lévite ,
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIBRARY
,
ASTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
LE
NEW
YORK PUBLIC
LIBRARY
2
3.
JANVIER 1747. 157
Qui fut frappé de mort fubite ,
Pour avoir , ce dit-on , ofé porter la main
A l'Arche du Seigneur ; l'appui du corps humain ,
Ce qui trouble toujours les plaifirs de la vie ;
Ce qui fert pour faire du pain ;
Une herbe ; l'écorce d'un grain ;
Une Riviere en France , une autre en Italie ;
Celle que Junon mit fous ,la garde d'Argus ;
La fille d'Hermione & du Prince Cadmus ;
Bref ce qui d'un jeu fait partie.
Q
*****
CHANSON.
U'à nos voix l'écho ' réfonne !
Bûvons , mettons nous en train .
LA DAUPHINE qu'on nous donne
Rend notre bonheur certain
Pour nous la nouvelle eft bonne ,
Plus encor pour LE DAUPHIN.
Paris languit dans l'attente
Des paffe- tems les plus doux ;
Plus d'une fête bruyante
Fera le plaifir de tous ,
Mais au fond la plus touchante
Sera celle des époux,
158 MERCURE DE FRANCE.
Dans cette réjouiffance
Quel coeur ne fe fentira !
Du Roi la magnificence
En tous lieux éclatera ;
Pour le prix de fa dépenſe
Un petit Fils il aura.
Neuf mois en feront l'affaire ;
Plus de tems il ne faudra .
Ah ! que l'Amour & fon frere
Auront d'honneur à cela ,
S'il reffemble à fon grand Pére ,
S'il reffemble à ſon Papa !
FLA DAUPHINE à l'art de plaire
Joint du Ciel maints autres dons.
De fes vertus pour falaire
Qu'elle ait autant de Bourbons !
Ciel ! fais nous la grace entiere ,
De voir grands ces rejettons.
JANVIER 1747. 1.59
fofofofofe &
JOURNAL DE LA COUR ,
DE PARIS , & c.
E 24 du mois dernier , veille de la fête
de la Nativité de Notre-Seigneur , le
Roi & la Reine accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France
, affifterent dans la Chapelle du Château
de Verſailles aux premieres Vêpres chantées
par la Mufique .
Le lendemain jour de la fête , leurs Ma4
jeftés qui après avoir affifté aux Matines
avoient entendu trois Meffes à minuit , affifterent,
étant accompagnées comme le jour
précédent, à la Grande-Meffe célébrée pon ,
tificalement par l'Evêque de Gap. L'aprèsmidi
elles entendirent le Sermon du Perc
Imbert Théatin , & enfuite les Vêpres auxquelles
le même Prélat officia .
Le 1er. jour de l'an les Princes &
Princeffes & les Seigneurs & Dames de la
Cour , eurent l'honneur de complimenter le
Roi & la Reine fur la nouvelle année.
Le Corps de Ville a rendu à cette occafion
fes refpects à leurs Majeftés , à Monfei
60 MERCURE DE FRANCE.
gneur le Dauphin . à Madame & à Meſdames
de France .
Les Chevaliers , Commandeurs & Officiers
de l'Ordre du Saint Efprit s'étant affemblés
dans le Cabinet du Roi vers les onze heures
du matin , le Prince d'Ardore Ambaſſadeur
du Roi des deux Siciles , & le Comte de
Thomond, nommés Chevaliers dans le Chapitre
tenu le premier du mois de Janvier de
l'année derniere ,furent reçus par Sa Majesté
Chevaliers de l'Ordre de S. Michel. Le Roi
fe rendit enfuite à la Chapelle , Sa Majesté
étant précédée de Monfeigneuf le Dauphin
, du Duc de Chartres , du Comte de
Clermont , du Prince de Conty , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , & des Chevaliers
Commandeurs , & Officiers de
l'Ordre. Le Prince d'Ardore & le Comte
de Thomond en habits de Novices , mar
choient entre les Chevaliers & les Officiers.
Lorfque le Roi eût entendu la Grande-
Meffè célébrée pontificalement par l'Evêque
Duc de Langres , Commandeur de l'Ordre
du Saint Esprit , Sa Majefté monta à fon
Trône , où elle reçût Chevaliers avec les
cérémonies accoûtumées le Prince d'Ardore
& le Comte de Thomond , qui eurent pour
Pareins le Comte de Matignon & le Maréchal
de Coigny. Les nouveaux Chevaliers
ayant pris leurs places , le Roi fortit de la
Chapelle &fut reconduit à fon appartement
JANVIER 1747 , 161
A
30-
ers.
que
dre
fon
les
ore
Jur

ers
la
dans l'ordre obſervé en allant à la Chapelle .
Le 2 de ce mois le Roi accompagné comme
le jour précedent , a affifté au Service qui
a été célébré dans la Chapelle pour le repos
des ames des Chevaliers morts dans le
cours de l'année derniere , & auquel le même
Prélat a officié.
Le 1er. le Comte de Loss Miniftre du
Cabinet du Roi de Pologne Electeur de
Saxe , & fon Ambaffadeur Extraordinrire
auprès du Roi , eut en cette qualité fa premiere
audience de Sa Majefté dans le Cabinet.
Il fut conduit à cette audience , ainfi
qu'à celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame & de Meſdames de
France,par leChevalier de Sainetot Introducteur
des Ambaffadeurs.
Le 3 M. Groff Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie , eut une audien
ce particuliere du Roi , à laquelle il fut conduit
par le même Introducteur.
Le Roi a accordé au Maréchal Comte de
Saxe le titre de Maréchal Général de fes
Camps & Armées .
Sa Majefté a faitDuc le Maréchal de Coigny.
Le Marquis d'Argenſon Miniftre & Sécrétaire
d'Etat des Affaires Etrangeres, ayant
donné fa démiffion , le Roi a choifi pour le
remplacer le Marquis de Puyfieulx , Maréchal
des Camps & Armées de Sa Majelté ;
162 MERCURE DE FRANCE.
Confeiller d'Etat d'Epée , Miniftre Plénipotentiaire
du Roi aux conférences de Breda
, & cy deyant fon Ambaffadeur auprès
du Roi des deux Siciles.
Le 16 de ce mois le Duc de Ruffec &
le Duc de Mortemart Pairs de France ,,furent
reçûs au Parlement , & ils y prirent féance
avec les cérémonies accoûtumées.
L'Académie Françoile donnera dans fon
Affemblée publique du 25 Août de cette année
le Prix d'Eloquence fondé par M. de
Balzac , & elle propofe pour fujet jusqu'à
quel point il eft permis de rechercher on de
fuir les honneurs & les dignités , conformé
ment à ces paroles de l'Eccléfiaftique , noli
quærere fieri Judex , nifi valeas virtute irrumpere
iniquitates.
Le même jour elle donnera le Prix de
Poëfie fondé par M. de Clermont Tonnerre
, Evêque Comte de Noyon. Le fujet
fera que la clémence de Louis XIV. dans
la victoire eft une des vertus de fon auguste
fucceffeur.
BENEFICES DONNES.
Le Roi a accordé l'Abbaye de Corme,
ry , Ordre de Saint Benoît , Diocéfe de
Tours , à l'Abbé de la Clue , Vicaire Général
de l'Evêché de Chartres.
JANVIER 1747. 163
(01)
de
Ton
Cutet
૩ કેવું
TRAC
ed,
éné
Celle de Saint Georges fur Loire , Ordre
de Saint Auguftin , Diocéfe d'Angers ,
à l'Abbé de Beaupoil de Saint Aulaire ,
Vicaire Général de l'Evêché de Nantes
Celle de Hautefontaine , Ordre de Cîteaux
, Diocéfe de Châlons fur Marne , à
l'Abbé Darguel , Viſiteur Général des Carmelites
de France.
Le Prieuré de Chemillay , Ordre de Saint
Benoît , Diocéfe d'Angers , à l'Abbé de
Montjouvent , Comte & Vicaire Général de
Lyon.
Celui de Beaulieu , Ordre, de Saint Au
guftin , Diocéfe de Rouen , à l'Abbé de
Menibus,
PRISES DE VAISSEAU X.
Opuis peu de Terre-Neuve , que le 17
Na appris par un navire revenu dedu
mois d'Octobre dernier un bâtiment
François de fix canons & de deux pierriers ,
commandé par M. de la Rigaudiere , & monté
feulement de vingt- cinq hommes , avoit
été attaqué fur la côte de l'Acadie par un
vaiffeau Anglois de quatorze canons , de
douze pierriers & de cent hommes d'équipage
; qu'il avoit foutenu un combat de
164 MERCURE DE FRANCE..
24 heures , & que non feulement il avoit
mis en fuite le vaiffeau ennemi , mais qu'il
avoit brûlé en fa préfence quatre barques
de Pêcheurs , fur lefquelles il avoit fait vingtfix
prifonniers.
Le Capitaine Emeric commandant le
Corfaire le Tigre , de Saint Malo , y a conduit
le navire l'Italien Galley , de Thopfom,
de deux cent tonneaux , chargé d'huile
& de moruë.
Le Corfaire l'Heureux monté par M. la
Dorbalais s'eft rendu maître des navires
le Mercure de Briſtol , & le Snapper , de
quatre cent tonneaux , dont la cargaifon
confiftoit en fucre. Ce Corfaire & celui
nommé le Prince de Conty , ont repris la barque
la Marie - Jofeph , de Lannion , qu'ils
avoient enlevée .
La frégate Angloife l'Himchembroke , de
quatorze canons & de vingt-huit pierriers ,
a été menée au Havre par le Corfaire la
Marie- Magdeleine , que commande le Capitaine
Defchefnays Trehouard.)
M. Ribard qui monte le Coffaire l'Alcide
eft entré dans le Port de Saint - Malo avec le
bâtiment ennemi l'Anne Galley , de deux
cent tonneaux , chargé de fucre.
On apprend de Brehat qu'il y eft arri
vé un navire Anglois nommé le Comte de
Toulouſe dont s'eft emparé le Corfaire la
Gloire.
JANVIER
1747. 165
bgr."
mers
re
eC
veck
deux
te d

Le navire le Thomas- Jeanne , de Jerſey ,
a été pris par le Capitaine Ruault comman
dant le Corfaire le Tavignon , qui a fait
conduire à Saint Vallery ce bâtiment , &
qui a envoyé au Havre un autre navire
chargé de cotton , d'huile & d'autres marchandiſes.
Le Capitaine le Febvre , dit Juin , qui
commande le Corfaire le Gomte de Lovvendalḥ
, de Dunkerque , a mené à Breſt le
navire ennemi le Thomas & Robert.
Le navire le Tourneur , Capitaine Duhamel
, a rançonné un bâtiment Anglois
pour fix cent livres fterlings .
Suivant les avis reçûs de Granville , le
Capitaine du Pré qui monte le Corfaire la
Revanche , de ce Port , a enlevé le brûlot
le Louisbourg , & les navires le Sara , le
Michella Charmante Marie , dont les
chargemens font compofés , principalement
d'indigo , de cafſonade & de caffé.
Les Capitaines Paillet , Altacin & Pourre
commandans les Corfaires lå Bellone &
le Duc de Rambouillet , de Boulogne , & la
Levrette , de Dieppe , fe font emparés des
bâtimens le Neptune , le Souffleur & le Cefar.
Un autre navire a été rançonné pour cent
livres fterlings par le premier de ces Ca
pitaines.
Une barque de Bourgneuf a été repriſe

166 MERCURE DE FRANCE.
fur les ennemis par le Corfaire le Bacquencourt
que commande le Capitaine de Lamer,
Le Corfaire la Duchefe de Villars , de
Boulogne , a relâché dans ce Port avec
le navire Anglois l'Efperance , fur lequel on
a trouvé des canons , des pierriers & d'autres
armes .
On mande de Dunkerque que le Corfaire
la Victoire , de Calais , a conduit dans
le premier de ces deux Ports le brigantin
le Pacquet de Lisbonne , dont la cargaiſon
étoit d'eau-de- vie , d'étoffes & de toiles,
Le Corfaire le Hafard , auffi de Calais ,
a tiré de trois bâtimens Anglois cinq cent
cinquante livres fterlings de rançon .
Trois navires Anglois ont été rançonnés
pour cinq cent cinquante livres fterlings
par le Capitaine Faillant , qui monte le Corfaire
le Hafard , de Calais.
Il est arrivé dans ce Port un brigantin
de la même nation , fur lequel il y avoit
des draps , & dont le Corfaire la Gorgone ,
de Dieppe , s'eft emparé.
Le Capitaine Lami commandant le Corfaire
le Louis XV. a conduit à Amfterdam
une prife chargée de tabac , & il a tiré une
rançon de neuf cent cinquante livres fterlings
de trois bâtimens.
On apprend par des lettres écrites de
Bayonne que le Corfaire le Cantabre , de ce
JANVIER
1747: 167
ه YOU
Co
eunt
fter
esd
dece
Ca
Port ,, y eft rentré avec les navires le Silla
de Briſtol , & le Duc , qui venoit de Boſton .
Le Corfaire le Jafon , monté par le Capitaine
Vigoureux , s'eft rendu maître d'un
navire chargé de différentes marchandiſes.
› Le navire la Charmante Marie , de Yarmouth
, a été pris par le Corfaire la Levrette
que commande le Capitaine Balanque.
Suivant les avis reçûs de Saint Sebaſtien
le Capitaine Dupleffis qui monte le Corſaire
l'Alexandre , y a envoyé un navire venant
de la Barbade avec un chargement de fucre.
Le Capitaine Garalon commandant le
Corfaire le Téméraire , a enlevé le bâtiment
les Trois Freres.
• Les navires l'Eleonore de Dublin , &
le Jean Thomas , l'ont été par le Corfaire
la Bafquoife , de Saint Jean de Luz , que
monte le Capitaine Samfon du Fourcq , &
ce même Capitaine a fait payer au navire
le John & Marie dix mille huit çent livres
de
rançon
.
Le Corfaire le Comte de Noailles , Capitaine
Moleres , a relâché à Saint Jean de
Luz avec le navire le Friendship , dont la
cargaison confiftoit en tabac.
168 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE
Nmande de Conftantinople du 15 Novem-
ONeander , articlesfur lefquels il
reftoit encore quelques difficultés entre le Grand
Seigneur & le Roi de Perfe , étant entiérement
réglés , le Traité définitif de paix entre les deux
Puiffances a été figné par leurs Miniftres Plénipotentiaires
, & que l'échange des ratifications fe fera
le 21 du mois de Mars de cette année . La nouvelle
de la conclufion de ce Traité fut annoncée
le 3 Novembre au peuple par une falve générale
de Fartillerie du Sérail , de l'Arfenal , & des Châ
teaux fitués fur la côte de la Mer Noire , & le 4
le premier Interprete de la Porte alla par ordre
du Grand Vifir en donner part aux Miniftres
Etrangers. Lorfque le Grand Vifir préfenta au
Grand Seigneur l'Officier que le Pacha de Bagdad
a dépêché pour informer fa Hauteffe de la fignature
du Traité , le Grand Seigneur honora cet
Officier du Caffetan . Sa Hauteffe a nommé Kierouli
Achmet Effendi fon Ambaffadeur Extraor◄
dinaire , pour faire l'échange des ratifications.
Ce Miniître a obtenu en même tems le Gouvernement
de Chivas dans la Natolie , & il a été fait
Pacha à trois queues , ainfi que le Pacha de Bagdad
, qui a beaucoup contribué à terminer les differends
des deux Cours. Jufques à préfent on n'a
publié que quelques-unes des principales condi
tions de l'accommodement du Grand Seigneur
avec
JANVIER 1747. 169
avec le Roi de Perfe , mais il a tranfpiré qu'il y
avoit une Alliance de conclue entre les deux
Puiffances , & qu'elles étoient convenues de plufieurs
articles avantageux au commerce des fujets
de fa Hauteffe. Depuis qu'on a appris que le Traité
étoit figné , le Grand Seigneur a ordonné de
faire revenir cinquante mille hommes des troupes
qui ont été employées dans la guerre contre
les Perfans. On doit diftribuer des quartiers à
ces troupes dans les Provinces voifines du Royaume
de Hongrie , & le Grand Vifir a déja mandé
aux Gouverneurs de ces Provinces d'y établir
les magaſins néceffaires pour cet effet . Le bruit
court que dans un Divan on a examiné les réponfes
des différentes Puiffances de l'Europe aux
lettres que le Grand Seigneur leur écrivit l'année
derniere , & par laquelle il leur a offert fes bons
offices pour procurer le rétabliffement de la
tranquillité générale . La Cour de Vienne a envoyé
à M. de Penckler , Miniftrè de la Reine de
Hongrie , de nouvelles lettres de créance , dans
lefquelles elle a fait les changemens défirés par
la Porte , & M. de Penckler en ayant inftruit le
Divan , ce Ministre eut le 8 fon audience publique
du Grand Seigneur . Un Officier de fa Hauteffe
eft partijle 9 pour aller recevoir fur la
frontiere M. Porter , qui eft attendu en qualité
d'Ambaffadeur du Roi de la Grande Bretagne.
Le Grand Seigneur dîna chés le Grand
Vilir , qui fit fervir fucceffivement à la fin du repas
divers defferts que plufieurs Miniftres Etranlui
avoient envoyés pour cette fête. Le 3
le Capitan Pacha reyint de la Mer Blanche avec
fon Efcadre , compofée de trois Vaiffeaux de guerre
& de dix Galeres. On a reçu avis par cette
Efcadre que huit Vaiffeaux Anglois croiſoient dans
gers
H
170 MERCURE DE FRANCE,
les environs de l'Ile de Serigo , & qu'un con
voi de Navires François , efcorté par trois Vaif
feaux de guerre , avoit relâché fur la côte de
rifle de Candie . Depuis quelque tems la pefte a
caufé de fort grands ravages en cette Ville , par
ticulierement dans le fauxbourg de Pera , dont
la plupart des habitans fe font retirés à la campagne.
Le feu prit le 25 d'Octobre dans le
fauxbourg de Ballat , & les flammes firent un
progrès rapide , qu'en douze heures quinze
cent maifons furent réduites en cendres. Il y avoit
eu le 21 une autre incendie à Galata mais les
précautions prifes par le Grand Vifir qui s'y ren
dit pour faire éteindre le feu , en prévint les
fuites.
9
On a reçu avis que peu après la fignature du
Traité de paix entre la Turquie & la Perfe , le
Grand Seigneur avoit fait conduire à la Citadelle
de Kars le Prince de la Famille des Sophis , qui avoit
été proclamé Roi de Perfe à la tête de l'armée
Othomane. Ces lettres ajoutent que l'Ambaſſadeur
qui étoit attendu de la part du Schah Nadir ,
étoit chargé de magnifiques préfens pour fa Hauteffe
, & qu'elle fe propofoit d'envoyer à ce Prince
un fabre & une aigrette d'un très-grand prix .
Le Capitan Pacha a été privé de fa charge , laquelle
a été conférée au premier Ecuyer du Grand
Seigneur.
RUSSIE.
On mande de Petersboug du 5 Janvier qu'un
Courier venu d'Ifpahan a apporté la nouvelle que
Le Prince de Gallitzin y étoit arrivé . Depuis le
départ de ce Miniftre , on a fçu qu'il étoit char
par l'Impératrice d'achever de régler avec
JANVIER 1747. 171
1es Miniftres du Roi de Perfe quelques articles ,
fur lefquels les deux Puiffances n'ont encore pu
s'accorder par rapport aux Limites de leurs Etats.
On fe flate d'autant plus en cette Cour du fuccès de
la négociation du Prince de Gallitzin , qu'il a ordre
de déclarer que fa Majefté Impériale eft diſpoſée à
ratifier la ceffion faite de Derbent & de Baku à
la Perfe par la feue Czarine. Les affûrances données
plufieurs fois par les Miniftres du Divan à
M. de Nepluef , Résident de l'Impératrice à Conftantinople
, font auffi efpérer que le Grand Seigneur
perfiftera dans la réfolution d'obferver le
Traité figné à Belgrade par les deux Puiffances.Cependant
cette Cour n'eft point fans inquiétude , depuis
qu'elle eft inftruite que la paix eft conclue entre
fa Hauteffe & le Roi de Perfe , & la principale
attention du Gouvernement a pour objet les dépêches
qu'il reçoit des Miniftres qui réfident de
la part de fa Majefté Impériale à Conftantinople
& à Ifpahan. Le Baron de Breitlach , Miniftre
de la Reine de Hongrie auprès de l'Impératrice
, a dépêché un courier à fa Majefté Hongroife
, à l'occafion des dernieres nouvelles mandées
de Conftantinople au Comte de Befuchef
Grand Chancelier de fa Majeſté Impériale.
Le nouveau Traité d'Alliance défenfive entre
fa Majefté Impériale & la Reine de Hongrie ,
figné à Petersbourg le 22 du mois de Mai dernier
, vient d'être rendu public. Il contient dixhuit
articles , & il porte qu'il régnera une amitié
fincere & conftante entre les deux Puiffances,
ainfi qu'entre leurs fucceffeurs , & qu'elles s'efforceront
, non-feulement de fe garantir mutuellement
de tout dommage , mais encore de procurer
l'avantage l'une de l'autre , que fi l'une des
deux eft attaquée, l'autre lui enverra dans le terme
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
de trois mois , à compter du jour de la réquifition
un fecours de vingt mille hommes d'Infanterie &
de dix mille de Cavalerie , lefquelles troupes
auxiliaires demeureront au fervice de la premiere,
tant qu'elle en aura befoin pour fa défenſe , que
cette convention ne s'étendra pas cependant ,
Far rapport à l'Impératrice , aux differends qu'elle
pourroit avoir avec la Perfe , ni par rapport à la
Reme de Hongrie , aux guerres qu'elle auroit à
foutenir en Italie ou contre l'Efpagne , nommément
à celle qui fubfifte actuellement ; que dans
ces circonftances une Fuiffance n'éxigera point
que l'autre lui fourniffe des troupes , mais que
celle-ci fera obligée de tenir prêt le fecours ftipulé
, afin d'être en état de le faire marcher , s'il
furvenoit quelque nouvelle guerre , avant que
celle d'Italie ou de Perfe fût terminée ; que la
Puiffance qui aura prêté des troupes , fera libre ,
fi elles lai deviennent néceffaires pour fa propre
fûreté , de les rappeller deux mois après avoir
averti la Puiffance fon Alliée ; que conféquemment
au principe qui motive cet article , l'une &
T'autre feront difpenfées réciproquement de fe fecourir
, fi lorfque l'une requerera de l'affiſtance ,
l'autre eft elle même engagée dans quelque guerre
importante ; que les troupes Auxiliaires de Ruffie
conduiront avec elles des munitions de guerre
& deux pièces de canon de trois livres de balle
par bataillon ; qu'elles feront payées & recrutées
Far l'imperatrice , mais que la Reine de Hongrie
pourvoira à leur fubfiftance ; qu'elle fera livrer
pour chaque foldat foixante livres de pain , quatre
livres de gruau , une livre de fel , par mois , &
une livre de viande par jour , le tout au poids de
Hellande ; que pour les rations de fourage , tant
en foin qu'en avoine , on fuivra auffi la meſure du´
JANVIER 1747. 173
même Païs ; que les quartiers d'hyver feront di
tribués à ces troupes fur le même pied qu'ils le
font en Ruffie ; qu'au refte la Reine de Hongrie
pourra faire entrer en déduction les livraiſons qui
auront été exigées des Provinces ennemies , bien
entendu néanmoins qu'elle ne fera pas entrer dans
ce compte le butin , qui fuivant les loix de la
guerre doit appartenir aux troupes ; que fi elles
font dans la néceffité de traverfer le territoire
de quelque Puiffance étrangere , la Reine de Horgrie
aura le foin de leur obtenir le libre paflage ;
que ce qui eft réglé pour les fubfiftances & pour
les logemens des troupes Ruffiennes à l'égard de
cette Princeffe , l'eft de même à l'égard de l'Impératrice
pour les troupes de fa Majefté Hongroife
, & que ces arrangemens auront lieu de
part & d'autre , même lorfque les troupes de la
Puiffance , qui aura fourni du fecours , retourneront
dans leur païs , & tant qu'elles feront fur
les terres de la Puiffance , qui aura demandé d'être
fecourue ; que les troupes Auxiliaires feront.
aux ordres du Général qui aura été nommé par la
Puiffance leur Souveraine , pour les commander ,
mais que le commandement en chef appartiendra
fans difficulté au Général de l'armée combinée ,
avec cette condition qu'on ne formera aucune entreprise
de quelque conféquence , fans en avoir
préalablement délibéré avec le Commandant des
troupes Auxiliaires ; que pour prévenir les inconveniens
qui pourroient naître au fujet du grade
militaire des deux Commandans , la Puiffance quis
aura befoin de fecours , ne manquera point de
faire connoître de bonne heure le rang de l'Offcier
auquel elle aura deffein de confier le commandement
de ſes troupes ; que le Général en
chef, afin que les troupes Auxiliaires ne foient
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
"
pas expofées à de plus grandes fatigues que les
autres , fera attentif , dans toutes fes difpofitions
& fes opérations militaires , à garder , fuivant
l'état & la force de l'armée combinée , une juſte
proportion dans le nombre des troupes qu'il prendra
de chaque Nation pour l'exécution de fes
projets ; que par tout où il y aura du butin à
faire , les foldats d'une Puil'ance jouiront des
mêmes avantages que les foldats de l'autre ; qu'il
en fera de même pour l'artillerie & les drapeaux
qu'on enlevera aux ennemis ; qu'on accordera aux
troupes Auxiliaires le libre exercice de leur Réligion
, & que dans tout ce qui concerne le fervice
militaire , elles ne. feront jugées que par leurspropres
Juges & fuivant les conftitutions de leur
païs mais que s'il furvient quelques conteftations
entre les Officiers ou les foldats des deux.
Puiffances , ces conteftations feront décidées par .
un nombre égal de Commiffaires des Nations ref
pectives ; que s'il arrive qu'il foit plus avantageux
aux Puiffances Contractantes d'attaquer féparément
l'ennemi commun , elles concerteront enfemble
les moyens les plus convenables pour
mettre ce plan en exécution , & qu'afin d'en affurer
davantage la réuffite , la Puiffance" , à l'affiftance
de laquelle on aura recours, ne s'en tiendra
pas aux engagemens mentionnés dans ce Traité
; que celle qui aura été attaquéé , ne pourra
conclure ni paix ni tréve , fans y comprendre
l'autre Puiffance , afin qu'on ne caufe à celle - ci
aucun préjudice , en haine des efforts qu'elle aura
faits pour fon Alliée ; que l'Impératrice & la
Reine de Hongrie ordonneront à leurs Miniftres
dans les Cours étrangères , d'agir de concert entr'eux
, & de s'aider mutuellement de leurs bons
effices ; qu'elles inviteront le Roi & la Répu→
JANVIER 1747. 175
blique de Pologne , auffi -bien que le Roi de la
Grande Bretagne en qualité d'Electeur de Haw
nover , d'accéder au préfent Traité , & que fi la
- République de Pologne refufe fon acceffion , on
tâchera d'obtenir celle de fa Majefté Polonoife
comme Electeur de Saxe ; que quoique les deux
Puiffances regardent ce Traité comme devant être
perpétuel , cependant.comme il eft d'ufage de fixer
un tems pour la durée des alliances , on ex
convenu que cette alliance ſubſiſteroit pendant
vingt-cinq ans. Ces articles ont été fignés au nom
de l'Impératrice par le Comte de Beſtuchef fon
Grand Chancelier , & au nom de la Reine de Hongrie
par le Baron de Breitfach , Ambaffadeur Extraordinaire
de cette Princeffe , & par M. de
Hohenholt , Réſident de la'même Puiſfance en
cette Cour. Deux mois après la ſignature, le Trai
té a été ratifié par les deux Puiſſances contractantes
, ainſi qu'il avoît été ftipulé entre leurs Miniſtres
Plénipotentiaires , & l'échange des ratifications
s'eftfait à Pétersbourgen la forme accoûtumée.Il e✯
arrivé depuis peu en cette ville un Officier , chargé
par le Roi de Pruffe d'exécuter auprès de l'Impératrice
une commiffion dont on ignore le fujet.
La bleffure du Baron de Breitlach s'étant r'ouverte,
il eft de nouveau retenu au lit par cet accident.
On a arrêté par ordre de fa Majesté Impériale un
Officier étranger qui étoit venu en Ruffie fous prétexte
de demander de l'emploi dans les troupes
Ruffiennes , & qu'on accuſe d'avoir entretenu
quelques correfpondances illicites.
M. d'Allion Miniftre du Roi , ayant témoigné
au Comte de Beftuchef que fa Majeſté Très-
Chrétienne verroit avec plaifir que l'Impératrice eût
en France unMiniftre Plénipotentiaire, leComte de
Beftuchef lui a annoncé que fa Majesté Impériale
Hij
176 MERCURE DE FRANCE .
revêtiroit de cette qualité M. Groff , qu'elle
n'avoit accrédité jufqu'à préfent que comme fimple
Miniftre près de la Cour de France. Un Offcier
étranger arrivé depuis peu à Petersbourg a
offert de lever un Régiment de deux mille Suiffes
pour le fervice de l'impératrice , & il demande
fix Roubles par mois pour chaque foldat .

On mande de Petersbourg , qu'en conféquence
d'un nouveau Réglement fait par la Cour de Ruffie
, les Négocians Anglois ne pourroient à l'avenir
profiter des Caravanes Ruffiennes , que pour
faire venir des marchandifes de Perfe , & non
pour y faire paffer celles de la Grande Bretagne.
Les mêmes lettres marquent que M. Thun
étoit parti de Petersbourg après avoir éxécuté la
commiffion , dont il avoit été chargé par le Roi
de Pruffe , & qui felon les apparences étoit relative
à la garantie que ce Prince demande pour
la Siléfie. Ces avis ajoûtent que l'Officier etranger
qui fut arrêté il y a quelque tems par ordre de
Impératrice de Ruffie n'ayant pasrépondu d'une
maniere fatisfaifante aux interrogatoires qu'il a
fubis , ' on devoit le conduire fur la frontiere des
Etats de cette Princeffe , & lui défendre d'y renarer
fous peine d'un traitement plus févere.
SUEDE ..
On mande de Stockolm du 3 du mois dernier
que le Baron de Korff, Miniftre Plénipotentiaire
de l'Impératrice de Ruffie a préfenté aux Etats
depuis qu'ils font affemblés , plufieurs mémoires par
lefquels cette Princeffe leur propofe de prendre
certaines mesures qui en répondant à fa fatisfaction,
puiffent contribuer à refferer de plus en plusles
liens de la bonne intelligence entre les Sué→
يف
JANVIER 1747. 177
dois & les Ruffiens . On a fait par ordre de la
Diette divers Extraits de ces mémoires , & cette
affemblée à nommé un grand nombre de Commiffaires
pour les examiner. Le bruit court que le
même Miniftre's'eft plaint au Roi de quelques perfonnes
, dont il prétend que les difpofitions ne
font pas favorables à l'affermiffement de l'union
des deux Puiffances. Le Comte de Teffin a voulu
fe démetre de la charge de Vice - Préſident du
College de la Chancellerie , ainfi que des autres
emplois dont il eft revêtu , mais les Etats , faifant
attention au mérite de ce Seigneur & aux
preuves qu'il a données de fon zéle pour le bien
public , ont fupplié le Roi de ne pas confentir à
la demande du Comte de Teffin.
La Diette a envoyé au Prince Royal pour l'af
fûrer de l'attachement inviolable de la Nation ,
une députation compofée de vingt- quatre perfonnes
du corps de la Nobleffe , & de douze autres
choifies parmi le Clergé , parmi les repréfentans
des villes , & dans l'ordre des païfans. Le Maréchal
de la Diette lequel étoit à la tête de la députation
, porta la parole , & le Prince Royalr
pondit que perfuadé, de l'affection des Suédois , il
ne négligeroit aucune occafion de leur donner des
marques de fa reconnoiffance , & que leur bonheur
feroit toujours le premier objet de fes défirs.
Le 21 du mois paffè les Etats du Royaume réfölurent
d'accorder à ce Prince un don gratuit
pour l'indemnifer des dépenfes qu'il a été obligé
de faire , tant à l'occafion de fon mariage , que
pour la naiffance du Prince Guſtave . Il a été décidé
par cette affemblée que l'affermiffement de
la bonne intelligence entre la Suéde & la Ruffie ,
demandant toute l'attention du Gouvernement ,
il convenoit d'envoyer un Ambaffadeur Extraor
Hv
178 MERCURE DE FRANCE ..
dinaire à Petersbourg . Charles , Comte de Gyllembourg
, Senateur , Président de la Chancellerie
, & Miniftre chargé du département des
affaires étrangeres , mourut à Stockolm le vingt
Décembre âgé de 65 ans. Il avoit été Envoyé.
extraordinaire auprès du feu Roi de la Grande
Bretagne , & il avoit rempli plufieurs autres commiffions
importantes dans diverfes cours étrangeres.
Ses grands talens pour les affaires lui avoient acquis
avec juftice la confiance de fa Majefté & de
la Nation . Méprifant toutes les cabales qui fe font
formées contre lui , il ne s'eft occupé que du foin.
de mériter cette confiance , & n'ayant jamais recherché
d'autres avantages que celui de fervir fa
Patrie , il a la gloire de laiffer moins de richeffes
qu'il n'en poffédoit lorfqu'il eft entré dans le Miniftere
.
On apprend de Stockolm que les quatre Ordres
du Royaume de Suéde font convenus de dreffer
une formule de ferment , par laqu'elle tous les
députés qui affifteront à la Diette , s'engager ont
à maintenir aux dépens de leurs biens & de leur
vie ce qui a été réglé dans la Diette précédente
pour la fucceffion au Trône. Cette précaution
paroît avoir été prife afin de diffiper certains
foupçons qu'a montrés la Cour de Ruffie . Sa Majefté
Suédoife a nommé Major Général d'Infan
terie le Baron Nicolas Philippe de Schwerin Commandant
des Ville & Citadelle de Stralfund . Selon
les nouvelles de Warfovie , il y eft arrivé un
Envoyé du Kan des Tartares de Crimée , mais on
ne fçait pas encore quelle eft fa commiffion . On
écrit de Petersbourg que le 6, du mois dernier
jour de l'anniverfaire de l'avenement de l'Impératrice
de Ruffie au Trône , cette Princeffe après ,
avoir affifté à l'office dans la Chapelle de fen På
JANVIER 1747. 179
lais d'Hyver , avoit reçu les compliments des
Miniftres . Etrangers & des Seigneurs de fa Cour ;
que fuivant fa coûtume elle avoit porté pendant
-toute la journée l'habit uniforme des Officiers de
la Compagnie de fes Gardes du Corps , & que
le foir elle avoit ſoupé en public à une table de
quarante-trois couverts avec ces Officiers,
ALLEMAGNE.
On mande de Vienne du 17 du mois paffé ,
que le Nonce du Pape a eu une audience publique
de la Reine , à laquelle il a préfenté au
nom de Sa Sainteté les Langes benitspour l'Archiduc
. Sa Majesté a tenu plufieurs Confeils ,
pour délibérer fur les dépêches apportées par
divers couriers , particuliérement fur les derniéres
qu'elle a reçuës de Petersbourg & de Conftantinople.
La joye caufée par la nouvelle de l'entrée
du Comte de Browne en Provence , a été
confidérablement diminuée par des lettres écrites
de Genes , lefquelles marquent qu'une par tie
des Génois a pris les armes pour chaffer de
leur Pays les troupes qui font fous les ordres du
Marquis de Botta. La Reine a accordé au Prince
Charles de Lorraine la charge de Feldt -Maréchal
Général de fes armées , avec les mêmes préroga--
tives dont a joüi le feu Prince Eugene de Savoye .
On croit que le Cardinal Kollonitz , pour fatif
faire aux fortes inſtances qui lui font faites par les
Etats de Hongrie , acceptera l'Archevêché de
Grand. M. Diachofski a obtenu la charge
de Grand Juge de Moravie , & il confervera celle
de Vice-Tréforier de cette Province ..
• Il paroît des copies de l'acte que le Roi de Pruffe a
fait remettre au Roide la Grande Bretagne , lorfque
H vi
180 MERCURE DE FRANCE .
fa Majefté Britannique a accordé fa garantie pour
l'exécution du Traité de Drefde. Cet acte porte
que fa Majefté accepte cette garantie avec reconnoiffance
, & qu'elle promet de remplir exactement
de fon côté l'engagement qu'elle a pris
de maintenir la Reine de Hongrie dans la poffeffion
des Etats , dont cette Princeffe joüit actuellement
en Allemagne . Le Roi ajoute dans cet
acte qu'il obfervera avec la même fidélité les
Traités d'amitié & de défenſe mutuelle , conclus
avec fa Majefté Británnique , tant en qualité de
Roi de la Grande Bretagne que comme Electeur
de Hanover , & fur tout celui figné à Westminfter
en 1742 , & qu'un de fes premiers foins fera
de faire rembourfer aux Anglois les fommes qu'ils
ont prêtées à l'Empereur Charles VI , & qui ont
été hypothéquées fur les revenus de la Siléfie.
Dans le même acte le Roi déclare qu'il fe tiendra
diſpenſé de s'acquitter de fes promeffes' , fi les
Cours de Vienne & de Londres ne fatisfont aux
leurs , bien entendu cependant qu'il ne rendra
point une Cour refponfable des fautes que l'autre
pourroit commettre. Sa Majefté a confenti que
les Catholiques fiffent bâtir une Eglife à Berlin.
Le Cercle de Franconie a autorifé le Miniftre
de l'Evêque de Bamberg à faire les fonctions de
Miniftre Directorial pendant l'abſence du Miniftre
des Princes de la Maifon.de Brandebourg.
Les troupes du Cercle du Haut- Rhin pafferont
l'Hyver dans les quartiers qui leur ont été diftribués
le long duRhin. Il eft arrivé à Francfort le 29.
du mois dernier un Maréchal des Logis de la Cour
de Drefde , chargé de faire préparer des logemens
pour Madame la Dauphine & pour fa fuite ,
& cet Officier a demandé deux cent quarante
JANVIER 181
1747.
13
>
shevaux de pofte pour cette Princefle, Les lettres
de Drefde marquent que leurs Majeftés Polonoiſes
iront avec elle jufqu'à Hubertfbourg , & qu'elle
feraconduite à Strasbourg par la Comteffe de Martinitz
, & accompagnée de la Comteffe de Prebendow
& de la Baronne de Wettemberg .
Le Prince Lubomirski , Grand Général de Pologne
, le Comte de Brulh Grand Ecuyer de
Saxe , & deux Chambellans; la fuivront dans le
voyage . Le Roi de Pologne Electeur de Saxe a
nommé Chevalier de l'Ordre de l'Aigle Blanc
le Marquis des Iffars , Ambaffadeur du Roi à
Dreſde , & il a envoyé les marques de cet Ordre
au Comte de Looff , fon Ambaffadeur auprès
de Sa Majefté Très- Chrétienne . On mande de
Berlin que le M. de Cheufe , Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Dannemarck , a eu fon audience
de congé du Roi de Pruffe , & qu'après le départ
de ce Miniftre fon Sécretaire de Légation prendra
foin des affaires qui feront à traiter entre les
deux Cours. Les avis reçus de Munich confirment
que l'Electeur. de Baviere s'eft formé un nouveau
Confeil , compofé du Maréchal de Thoring ;
des Comtes de Konigsfeld , de Preyfing , de
Tattenbach & de Sintzheim ; des Barons dè
Braidlonh & d'Unertel ; de Mrs. de Rofenbufch
, de Zell , de Hoefch & de Baumgarden .
Le Duc de Richelieu , Lieutenant Général des
armées du Roi , & l'un de fes quatre Premiers
Gentilshommes de la Chambre , nommé par Sa
Majefté Très - Chrétienne fon Ambaffadeur Extraordinaire
pour faire la demande de la . Princeffe
Marie Jofephe , étant arrivé le 25 Décembre
à Drefde il en fit auffi -tôt donner
part au Comte de Bruhl , Premier Miniftre , qui
enyoya le même jour un Gentil-homme le com-
>
184 MERCURE DE FRANCE,
it
refus fit le Sénat de lui donner des armes ,
que
enfonça les Boutiques de tous les Armuriers , força
les portes de l'Arfenal & des magasins à poudre
, & courut enfuite de rues en ruës , tuant tous
les Allemands qu'il rencontra. Malgré les efforts
du Gouvernement
pour appaifer le defordre , le
maffacre dura toute la nuit , & le lendemain les
habitants établirent une batterie de huit piéces de
canon contre la Porte de S. Thomas . Ils attaquerent
en même temps la bayonnette au bout du fụ-
fil un Pofte voifin , où étoient quatre Compagnies
de Grenadiers , qui les repoufferent. La précaution
que le Marquis de Botta prit de renforcer ce
Pofte de deux Bataillons n'empêcha pas que le 7
les Génois n'en recommençaffent
l'attaque. Leur
fuccès ne fut pas plus heureux que le jour précédent
, &ils furent obligés une feconde fois de fe
retirer. Le feu continua d'être très-vif de part &
d'autre , les Génois ayant élevé plufieurs batteries
avec lesquelles ils incommodoient
beaucoup les
troupes de la Reine de Hongrie . Le Marquis de
Botta avoit réfolu de donner un affaut au retranchement
qu'ils avoient conftruit à l'entrée de la
ruë de Balbi, ma's ayant appris que ce ne feroit pas
le feul obftacle qu'il auroit à furmonter pour fe
rendre maître de la Ville , & d'ailleurs n'ayant
pu être joint par quelques Régiments qu'il atten- :
doit , il fe détermina le 8 au foir a demander une
fufpenfion d'armes de trois jours. Il ne put d'abord
en obtenir une que de trois heures , laquelle fut
prolongée enfuite jufqu'au foir du jour ſuivant, parce
qu'on eſpéra de pouvoir parvenir à un accom
modement. Les Génois s'obftinerent
à vouloir que
les Allemands leur remiffent la Porte de Saint
Thomas & le Fort de Saint Benigne , leur rendiffent
l'artillerie qu'ils avoient tirée des remparts,
JANVIER 1747.
185
& leur livraffent des ôtages , & le Marquis de Botta
ayant rejetté conftamment ces conditions , on
eut recours de nouveau aux hoftilités . Le 10 le
Sénat , pour faire ceffer le tumulte , effaya d'employer
la rigueur ; on arrêta plufieurs habitans , &
l'on en pendit quelques-uns. Les efprits n'en furent
que plus aigris , & les Allemands , chaffés de
la Porte de Saint Thomas , du Fort de Saint Benigne
& du Fanal , abandonnerent même le Fauxbourg
de Saint Pierre d'Arena , après avoir perdu
plus de deux mille fept cent hommes , en y comprenant
les prifonniers . Ils prirent le chemin de
la Bochetta , où ils ne purent arriver que le 12 ,
ayant été contraints de s'ouvrir l'épée à la main un
paffage au travers des Païfans , qui dès qu'ils avoient
fçu que les habitants de la Ville étoient en armes ,
avoient ſuivi leur exemple, & s'étoient aſſemblés au
nombre de douze mille. Inutilement le Marquis de
Botta entreprit- il de fe maintenir dans le Pofte de
la Bochetta. Le 13 les Génois , tant de la Ville
que de la campagne , s'étant réunis , forcerent ce
Pofte , & il ne refta d'autre reffource aux troupes
de la Reine de Hongrie , que de s'enfuir vers Gavi.
Elles n'ont pu einmener leurs équipages ni leur
artillerie . Celles aufquelles on avoit diftribué des
quartiers le long de la Riviere de Levant , ont
éprouvé le même fort que celles avec lefquelles le
Marquis de Botta s'eft retiré, Une partie a été taillée
en pieces par les habitants , & l'autre s'eft fauvée
précipitamment à Lucques , la Garnifon qui
étoit dans Sarzane , n'ayant pas même ofé tenter
de défendre ce Pofte. On fait monter à près de
cinq mille hommes le nombre des Allemands , qui
ont été tués ou pris dans les divers combats qu'ils
ons eu à foutenir . Depuis leur retraite des Etats
de la République , la tranquillité s'est un peu ré186
MERCURE DE FRANCE.
tablie dans Génes , & le 16 on y r'ouvrit les bou
tiques. Il n'en eft pas de même de la campagne
dont la plupart des habitáns continuent d'être fous
les armes , pour garder tous les paffages par lef
quels les Allemands pourroient rentrer dans le
Genovefan . Le Marquis de Botta de fon côté , afin
de réduire les Génois , a envoyé ordre à toutes
les troupes , qui étoient dans le Milanés , dans le
Mantouan & dans le Modénois , de venir le join
dre. Le bruit qui a couru que la Citadelle de Savone
avoit capitulé le 15 , étoit prématuré , &
cette Fortereffe ne s'eft rendue que le 18 .
,
La veille de cette émeute le Comte de Choteck
Commiffaire Général des troupes commandées par
le Marquis de Botta , avoit communiqué aux Com
miffaires , nommés par la République pour traiter
avec lui un Refcript de la Reine de Hongrie ;;
lequel portoit que la République feroit tenuë de
payer dans le terme de deux jours ce qui reftoit dû
fur le fecond des trois millions de Genuines , exigés
pour les contributions , fans qu'elle pût faire'
entrer en compenfation le bois & les fourages déli
vrés à l'armée de fa Majefté Hongroife ; qu'à l'é
gard du troifiéme million de Genuines , cette Princeffe
vouloit bien recevoir en payement für cette
fomme une quittance 'des quatre cent mille écus
qu'elle avoit empruntés des Génois , & qui étoient
hypothequés fur le revenu de la Ferme des Gabel
les de Milan , & une promeffe d'acquitter avant
la fin de l'année prochaine neuf cent mille livres
d'affignations données par fon Confeil des Finan
ces aux Entrepreneurs des vivres de fes troupes
d'Italie , mais que fon intention étoit que la République
fournît le reste du million de Genuines ,
dont il s'agit , en argent comptant , ou en lettres
de change payables fans délai , ou en billets de la
JANVIER 187 1747.
Banque de Saint Georges . Par le même Refcript
la Reine de Hongrie déclaroit qu'elle n'accordoiť
que le terme d'un mois à la République pour le
payement du quatriéme million de Genuines, qu'el
le lui avoit impofé indépendamment des contribu
tions reglées par la Capitulation , & qui étoit def
tiné à l'entretien de fes troupes pendant le quar➡
tier d'hyver , & elle demandoit de plus fur le chainp
quatre cent mille livres pour le rachapt des maga
fins qu'elle avoit confenti de reftituer à la Repu
blique . Le Comte de Choteck , en envoyant ce
Refcript aux Commiffaires de la République , leur
avoit mandé qu'ils n'avoient que vingt- quatre heures
pour prendre leurs réfolutions fur les demand
des de la Cour de Vienne , & qu'il étoit néceffaire
qu'ils donnaffent des cautions telles que cette
Cour pût compter fur l'exécution des engage
ments qu'ils auroient pris ; que la Reine de Hon
grie prétendoit abfolument qu'on la fatisfit fur tous
les articles contenus dans fon Refcript , & qu'elle
avoit ordonné au Marquis de Botta d'employer la
voye de contrainte , fi les Génois ne fe prétoient
pas à ce qu'elle leur preferivoit.
Deux jours avant laCapitulation de Savonne un
Corps de Païfans Génois avoit attaqué un quartier
des troupes Piedmontoifes , qui formoient le fiége
de cette Fortereffe , mais il avoit été repouflé avec
perte. Un autre Corps de huit mille hommes de
I'Etat de Genes s'étoit mis en marche , pour tâcher
de la fecourir , & il devoit être foûtenu par
un fecond Détachement , mais l'un & l'autre ont
été arrêtés par l'artillerie des Vaiffeaux Anglois
qui croifoient fur la côte. La Reine de Hongrie a
fait déclarer au Marquis de Spinola , Miniftre de
la République de Génes , que l'unique moyen de
prouver que la Nobleffe.Génoife n'avoit eu au
eune part à l'entrepriſe du peuple , étoit de faire
188
MERCURE DE
FRANCE.
Temettre au plutôt en liberté les Officiers Alle
mands qui ont été faits prifonniers , & du nombre
defquels font le Marquis d'Adda , Colonel Commandant
du Régiment de Piccolomini ; le Colonel
Schrens ,
Commandant de l'artillerie ; trois Lieutenants
Colonels ; cinq Majors & trente- deux Capitaines
; d'en ufer de même pour les foldats , auffi
-tôt que le Sénat pourroit le faire rendre
te de ceux qui font détenus par les fujets de la Ré. comp ,
publique ; de reftituer l'artillerie , les munitions &
les équipages , qui ont été enlevés pendant l'emeute
; d'achever de payer les
contributions exigées , &
de remplacer les dernieres fommes qui avoient été
acquittées fur ces
contributions , & qui étant
encore dans la Caiffe Militaire, ont été pillées par
le peuple. Suivant un Etat qu'on publie à Vienne
des
dommages caufés à la Reine de Hongrie &
à fes
troupes par les Génois la
plus de douze millions de florins
d'Allemagne , & > perte monte à
Sa Majesté infifte fur-tout , pour
qu'indépendamment
de fes autres prétentions on lui accorde une
indemnité égale à la valeur des effets qu'on ne
pourra retrouver. Les Génois qui ont pris les
mes , ayant combattu en diverfes occafions avec le
même ordre que des troupes régulieres , & la Reine
de Hongrie inférant de-là qu'ils ont été conduits
par des Chefs
expérimentés , Sa Majefté demande
aufi qu'il foit fait des
perquifitions exac
découvrir les
véritables fauteurs du protes
.
pour
jet formé contre fes troupes.
ar
2
Les derniers avis reçus de Génes ajoutent peu
de
particularités à celles qu'on avoit appriſes fur
la
révolution par les lettres
précédentes Ces avis
afffrent que dans
l'émeute du 10 du mois dernier ,
laquelle fuivit la fufpenfion d'armes dont on étoit
convenu par l'entremise du Prince Doria & de
quelques autres Sénateurs , les Génois
n'avoient perJANVIER
189
1747.
du qu'environ vingt . hommes , en s'emparant des
differents Poftes occupés dans la Ville & dans les
Fauxbourgs par les troupes de la Reine de Hongrie
Selon les mêmes avis , les Payfans des Vallées
de Polfevera & de Bifagno ont fait eux feuls
plus de deux mille prifonniers , parmi lesquels on
compte plufieurs Officiers de marque , & le 13
ils envoyerent à Génes tout un Bataillon qu'ils
ont obligé de fe rendre à difcretion . Quelques jours
avant que le peuple de Génes prît les armes pour
fecouer le joug de la domination étrangere , un
courier avoit apporté au Marquis de Botta un ordre
exprès de la Cour de Vienne de faire entrer
les Allemands dans la Ville , pour y vivre à difcrétion
, jufqu'à l'entier payement des contributions
exigées de la République . On prétend même
que fi la Bourgeoifie continuant de prêter l'oreille
à des propofitions d'accommodement , les hoftilitez
avoient été fufpendues de fa part plus longtemps
qu'elles ne l'ont été , le Marquis de Botta
malgré la treve fe préparoit à faire un dernier effort
pour emportér la Ville d'affaut , & qu'il avoit
réfolu d'y mettre tout à feu & à fang. Le peuple
dans la violence de fa fougue ne s'eft pas contenté
de faire éprouver les effets de fon reffentiment aux
troupes de la Reine de Hongrie. Il a pillé les maifons
de quelques uns des Sénateurs , qui ont montré
le plus d'empreffement à lui répréfenter les
fuites qu'on pouvoit craindre du parti auquel il fe
déterminoit le bruit court que le Palais du
Prince Doria eft du nombre. On publie auffi que
la Reine de Hongrie n'ayant pas perdu l'efpérance
de ramener les efprits à des yoyes de conciliation
, le Marquis Pallavicini , qui commande dans
le Milanés , doit fe rendre à Génes , afin de négocier
cettte affaire , mais cette nouvelle a beſoin
90 MERCURE DE FRANCE.
de confirmation , & l'on conjecture qu'après l'éclat
fait par les habitants , il fera difficile de leur
infpirer une parfaite confiance dans les promeffes
de la Cour de Vienne.
On a publié à Rome une défenſe de faire fortir des
efpeces d'or de l'Etat Eccléfiaftique , & le Gouver
nement promet des récompenfes confidérables à
ceux qui dénonceront les perfonnes fufpectes d'altérer
les monnoyes. Afin de remédier à la longueur
des procédures de la Rote , & d'en dimi
nuer les frais , le Pape a ordonné que les affaires,
qui feroient portées à ce Tribunal, y fuffent jus
gées en deux féances.
ESPAGNE.
On a publié en Eſpagne une amniſtie générale
pour tous les foldats & les matelots qui ont déferté
du fervice du Roi , ainfi que pour tous les Contrebandiers
qui fe font retirés en pays étranger , afin
d'éviter les peines aufquelles ils ont été condam
nés. Sa Majeſté a auffi ordonné qu'on fît fortir des
prifons toutes les perfonnes qui y étoient détenues
pour des actions que les loix ne déclarent point
puniffables de mort.
Le Décret par lequel le Roi a accordé une
amniftie à toutes les perfonnes dont les délits
ne méritent point la mort , & qui fe font enfuies
du Royaume pour éviter les peines aufquelles les
loix les condamnoient , porte que la clémence de
Sa Majefté n'aura d'effet que pour les criminels qui
d'ici à fix mois reviendront fe préfenter aux Gou
verneurs ou aux Corrégidors des villes les plus voifines
de leur ancienne réfidence. Il eft dit par le
même Décret qu'afin de donner aux Banquerou
iers , qui voudront profiter de l'amnistie , le tems
JANVIER
191 1747.
-
de rétablir leurs affaires , aucun créancier n'aura de
deux ans action contre eux , pour les dettes qu'ils
ent contractées ayant leur fuite.
GRAND E-BRETAGNE.
Le 14 du mois dernier la Chambre des Commu
nes s'étant aflemblée en grand Committé pour délibérer
fur le fubfide , régla qu'on léveroit quatre
fchelings par livre fterling fur les revenus des terres
, ainfi que fur les appointemens des charges &
des emplois , & fur les penfions . Elle approuva le r
cette réfolution , & elle ordonna de porter un Bill
en conformité. La Chambre décida dans la même
féance qu'on préfenteroit une adreffe au Roi pour
demander communication de la procédure faite
contre l'Amiral Matthews. Le 16 elle a fait la premiere
lecture du Bill de la taxe fur les terres , &
elle a fixé enfuite le nombre des troupes de terre
pour l'année prochaine à trente- trois mille trente
hommes effectifs , en y comprenant dix- huit cent
quinze Invalides . En même tems elle a accordé
pour leur entretien huit cent cinquante-fix mille
foixante & fix livres fterlings , indépendamment
de trois cent foixante & douze mille fept cent quatre-
vingt-huit pour les dépenfes extraordinaires
qu'exigent les troupes employées dans les Pays-
Bas , & de trois cent quarante- trois mille centdouze
pour les Garnifons de Gibraltar & de Port
Mahon. On croit qu'elle ne délibérera fur les fubfides
extraordinaires qu'après le retour du Duc de
Cumberland . On affûre que le Gouvernement a
deffein de convertir en Régimens de Dragons ceux
de Cavalerie de Honeywood , de Montagu , de
Wade , de Browles , de Winworth , de Brouwn &
de Ligonier, Les dernieres nouvelles de l'Améri
192 MERCURE DE FRANCE.
que font mention de pluſieurs préparatifs pour une
Entrepriſe importante qu'on y médite. Quinze cent
habitans de Boſton , & mille de Connecticut , feront
partie des troupes qui feront chargées de cette
expédition , & qui feront commandées par le
Brigadier Général Waldo .
me
La Chambre des Communes approuva le 19 du
mois paffé les réfolutions qu'elle avoit prifes le 14
& le touchant le fubfide , & elle préfenta une
adreffe au Roi , pour le remercier ' d'avoir bien
voulu foulager fes fujets , en congédiant plufieurs
des nouveaux Régimens qui avoient été levés
l'année derniere.Sa Majefté répondit à cette adreffe
, Meffieurs , Je fuis bien aife que la réforme ordonnée
vousfort agréable. l'ous pouvez être affu és que je
ferai toujours un plaifir de diminuer lefardean des
dépenfes publiques autant
?
sela que pourra convenir
à la sûreté de mes Royaumes . On remit le lendemain
à la Chambre les comptes des Commiffaires , nom
més par le Parlement pour avoir foin de la conftruction
du Pont de Weftminster , & les copies
des contrats qu'ils ont paffés depuis le 15 Octobre
1745 jufqu'au 18 Novembre 1746. Le 22 la Chambre
fit fçavoir aux Seigneurs qu'elle étoit dans le
deffein d'intenter contre le Lord Lovat une accufation
de haute trahifon , & elle a nommé les Lords
Barrington & Coock , les Chevaliers Strange ,
Loyd , Yong & Rider , Mrs. Legg , Yorck ,
Greenville , Littleton , Noël & Guillaume Murray ,
fes Commiffaires pour dreffer les articles de cette
accufation. Cette Chambre a réfolu le 23 d'accorder
au Roi cinq cent mille livres fterlings , pour
rembourfer une pareille fomme empruntée env ertu
d'un Acte de la derniere feffion du Parlement
& que le Gouvernement a promis d'acquitter dans
le cours de l'année prochaine ; quatre cent cinquante-
fix
JANVIER 1747. 193
quante-fix mille pour fuppléer aux non- valeurs
de la Lifte Civile juſqu'à la fin du mois de Juin
derpier ; deux cent quatre-vingt-quatre mille pour
les dépenfes de l'artillerie de terre , & cent quatre
-vingt- treize mille deux cent huit pour quelques
frais extraordinaires aufquels il n'avoit pas
été pourvû. Il a été inféré dans le Bill de la taxe
fur les terres une clauſe , portant que le Roi feroit
autorisé à faire un emprunt équivalent à la
fomme que doit produire cette taxe , & qu'on
remplaceroit la non-valeur de la taxe de cette année.
Les deux Chambres du Parlement ont fufpendu
leurs féances pour les reprendre le 19 de ce
mois.
Le 26 Décembre la Chambre des Communes
confirma les réfolutions qu'elle avoit prifes le 23
touchant le fubfide , & elle paffa le Bill de la Taxe
fur les terres . On fit le lendemain le rapport
de l'accufation , qui doit être intentée contre le
Lord Lovat . Le vingt - huit il fut réſolu de lever
quatre millions de livres fterlings d'Annuités , à
quatre pour cent d'intereft , pour le fervice de
l'année prochaine. La Chambre approuva le 29 cette
réſolution , & elle ordonna d'en porter un Bill .
Elle fit enfuite la premiere lecture de celui pour
arrêter les progrès de la maladie epidémique , qui
regne parmi les beftiaux. Le même jour le Lord
Lovat adreffa une Requête à la Chambre des Seigneurs
, pour demander communication des titres
fur lefquels la Chambre des Communes fonde fon
accufation contre lui. Il a été permis à ce Lord "
de nommer des Avocats , & on lui a donné jufqu'au
vingt - quatre Janvier pour ſe préparer à
fa défenſe. Le bruit court que le Parlement à la
requifition de divers Négocians , revoquera la défenfe
de faire entrer des marchandifes d'Eſpagne
I
194 MERCURE DE FRANCE.
dans ce Royaume . On continue de parler de l'é
tabliffement d'une nouvelle Lotterie , dont le benefice
fera deftiné à payer ce qui est dû ſur la Liſte
Civile. Les foufcriptions pour les nouvelles Annuités
ont été remplies le même jour qu'elles
ont été ouvertes & deux Banquiers en ont
pris , l'un pour douze cent mille livres sterlings ,
& l'autre pour fix cent mille. Les Commiffaires de
Amirauté ayant reçu avis que l'Eſcadre , commandée
par l'Amiral Anfon , avoit été difperfée
par la tempête , on a été fort inquiet de cette Efcadre
pendant quelques jours , mais on a été raffûré
par les équipages de quelques Navires , qui
ont rapporté qu'ils avoient rencontré à la hauteur
de Breft l'Amiral Anfon avec la plupart des Vaif
feaux qu'il a fous fes ordres . Le Roi a envoyé ordre
aux troupes , qui devoient s'embarquer pour les
Pais-Bas, de fufpendre leur départ.
La Fregate le Rovvley , laquelle avoit fait
voile de Londres pour porter des recrues & des
munitions à Gibraltar , ayant été jettée par la
tempête contre la côte de Porfmouth , s'y eft
brifée , & un autre Bâtiment de cette Ville a
échoué fur la même côte. On a appris que le feu
avoit pris aux poudres du Vaiffeau le François de
Liverpool & que tout l'équipage avoit péri , ainfque
quatre-vingt dix Negres qui étoient fur ce
Navire, Les François ont pris le Navire la Reine
de Hongrie , & huit autres Bâtimens , dont trois
appartenoient à la Compagnie des Indes Orien
tales. Le Parlement fe difpofe à commencer d'inf
truire le procès du Lord Lovat , auffi-tôt que ce
Seigneur , qui eft malade à la Tour , fera en état
de fubir un interrogatoire , & l'on a donné ordre
de préparer dans la Sale de Weſtminſter une
Tribune pour les Députés qui aflifteront au jugement
de la part de la Chambre des Communes.
JANVIER 1747. 195
Le 19 Décembre M. Charles Rattelife a été
éxécuté . Quatre Juges de Paix interrogerent le
13 le Docteur Henlay , accufé d'avoir proféré dans
un fermon des difcours injurieux contre le Roi &
contre le Gouvernement. Ce Docteur a été mis
d'abord fous la garde du grand Conneftable de
Westminster , & enfuite fous celle d'un Meffager
d'Etat , fon Avocat ayant offert inutilement d'être
fa caution.
LA HAY E.
Le Duc de Cumberland , accompagné du Baron
de Waffenaer de Doveren , qui par ordre des
Etats Généraux etoit allé le prendre en fon Hôtel
, fe rendit le 8 de ce mois à la maiſon où ſe
tient le Confeil d'Etat de la République. Il fut
reçû à la defcente de fon caroffe par M.
Van Haren & Verelft Députés des Provinces
de Zelande & de Frife , ainfi que par M. Vander
Hop , Sécretaire du Confeil , & par M.
Vander Doës , Tréforier Général des Provinces-
Unies. Après qu'il eût vu les appartemens du Confeil
, & les plans en relief qui font dans lès Ga
leries de ces appartements , il fut reconduit avec
les mêmes cérémonies , & il eut enfuite une longue
conférence avec le Général Ligonier , qui
commande les troupes de la Grande- Bretagne dans
les Païs-Bas . Tous les Généraux de l'armée des
Alliés s'affemblerent le 9 chés ce Prince pour corcerter
les opérations par lefquelles on fera l'ouverture
de la campagne . Lorfqu'on fera d'accord fir
cet article , le Duc de Cumberland retournera à
Londres. Le Comte de Sandwych , Miniftre Plé❤
nipotentiaire du Roj de la Grande Bretagne , &
I ij
196 MERCURE DE FRANCE.
le Feldt-Maréchal Comte de Bathiany , Général
des troupes de la Reine de Hongrie , furent admis
le 9 à l'affemblée des Etats Généraux , ayant
été reçus au haut de l'efcalier par Mrs. Van-
Haren & par le Comte de Rechterren Weftervel ,
Députés des Provinces de Zélande & d'Utrecht .
Le Marquis Finochetti , Miniftre du Roi des deux
Siciles , conféra le même jour avec le Préſident
de cette affemblée . Le jour du départ du Comte
de Sandwych pour Bréda n'eft pas encore fixé
mais on croit que ce Miniftre ne tardera pas à s'y
rendre , & que les Etats Généraux ont trouvé le
moyen de lever la plupart des difficultés , qui empêchoient
de reprendre les conférences qu'on y a
commencées .
On a reçu avis de la Haye que le Duc de Cumberland
en étoit parti le 11 pour retourner à
Londres.

JANVIER 1747. 197
NAISSANCE , MARIAGES
ET MORTS.
L5.Hulache Jerome Frédéric , fils de Armand-
EII Janvier eft né , & le 12 a été baptifé à
Jerôme Bignon Seigneur de l'Islebelle , Maître des
Requêtes ordinaire de l'Hôtel du Roi , Bibliothécaire
de fa Majefté , l'un des 40 de l'Académie
Françoife , & deDame Marie Angélique Blanche-
Huë de Vermanoir,mariés depuis le 4 Août 1736.
Le parain a été M. le Comte de Maurepas Ministre
& Sécretaire d'Etat , Commandeur des Ordres
du Roi , Jean -Frédéric Phelypeaux de Pontchartrain
, couſin iffu de germain du pere de l'enfant
; la maraine Dame Françoiſe- Agnès Hebert
du Buc mere de M. Bignon , veuve depuis le 21
Février 1724 de Armand -Rolland Bignon Seigneur
de Blanzy , Confeiller d'Etat ordinaire &
Intendant de Juftice de la Généralité de Paris
les Généalogies des familles de Bignon & de Huë
Miromenil feront rapportées dans l'Hiftoire des
Maîtres des Requêtes ci- devant annoncée , & en
attendant pour celle de Bignon voyez ce qui en
eft dit dans la Vie de Pierre Ayrault par Menage ,
& le Dictionnaire Hiftorique de Morery , édition
de 1732 , & le Supplément de 1735 .
Le ... de ce mois a été fait le mariage de Marc-
René de l'eyer de Paulmy d'Argenfon , dit le Marquis
de Voyer ,Meftre de Camp du Régiment de Berry
Cavalerie , Brigadier d'Armée , & Lieutenant
Général pour le Roi de la Haute & Baffe Alface ,

Iiij
198 MERCURE DE FRANCE.
né le 20 Sept. 1722 , fils unique de Marc- Pierre de
Voyer de Paulmy Comte d'Argenfon , Miniftre &.
Sécretaire d'Etat de la guerre , Sur- Intendant Gé
néral des poftes & relais de France , Grand - Croix ,
Chancelier & Garde desSceaux de l'Ordre Royal&
Militaire de S. Louis , & de Dme . Anne l'Archer
de Pocancy , mariés le 24 Mai 1719, avec D'le.
Jeanne - Marie Conftance de Mailly Hancourt
fille unique de Jofeph- Auguftin de Mailly Haucourt ,
dit le Comte de Mailly , Maréchal de Camp &
Capitaine Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
Ecoffois , & de Dame Conftance Colbert de
Torcy fa premiere femme. Voyez les Généalogies
des Maifons de Voyer & de Mailly dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol. 6 fol.
593 & vol. 8 fol. 625.
Le 18 de ce mois fut célébré à S. Paul le má
riage d'Alexis - Jean - François - Jofeph de Gourgue
, Chevalier, Seigneur , Comte de S. Julien
Caftels , Caftel Mairan , & c. avec Dlle. Marie-
Angelique Pinon fille de Nicolas Pinon & de
Dame Marie-Jeanne Guillois . Il eft fils de Jean-
François-Jofeph de Gourgue , Chevalier , Seigneur,
Marquis d'Aulnay , Vayres , &c. Confeiller
du Roi en tous fes Confeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fonHôtel , & de Dame Catherine Françoife
le Marchand de Bardouville , & petit - fils d'Armand-
Jacques de Gourgue , Chevalier, Seigneur ,
Marquis d'Aulnay, Vayres , &c . Confeiller du Roi.
en tous fes Confeils , Maître des Requêtes ordinaire
de fon Hôtel & Confeiller d'Etat , lequel étoit
fils de Jean de Gourgue , Chevalier , Seigneur
Marquis de Vayres , Confeiller du Roi en tous fes
Confeils & Premier Préfident du Parlement de
Bordeaux , coufin du Chevalier de Gourgue qui
équipa à fes frais & dépens deux Vaiffeaux pour
JANVIER
1747. 199
·
aller reconquerir la Floride fur les Espagnols.
Le 30 de ce mois . Gabriel Louis de Neufville ,
Marquis de Villeroy , Lieutenant Général au Gou
vernement du Lyonnois , Forez & Baujollois , né
le 8 Octobre 1731 , fils unique & feul reftant des
enfans de feu François-Camille de Neufville Villeroy
, Duc d'Alincourt , Baron de Saint Marc &
de Marais , Meftre de Camp du Régiment de Villeroy
Cavalerie , Lieutenant du Roi au Gouverne
ment du Lyonnois , Forez & Baujollois , mort le
26 Décembre 1732 , & de D. Marie Joſephine de
Boufflers , Dame du Palais de la Reine , morte le
17 Novembre 1738 , a été marié avec Dlle .....
d'Aumont , fille de Louis Marie Auguſtin d'Au
mont , Duc d'Aumont, Pair de France , Marquis de
Villequier & c. Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roi , Chevalier des Ordres & Maréchal des
Camps & Armées de Sa Majefté , & de D. Victoire
Félicité deDurfort de Duras , mariés le 29Mai 1727 .
Les Maifons d'Aumont & de Neufville Villeroy
font fi connues qu'il fuffira de dire que M. le Mar
quis de Villeroy eft neveu de M. le Duc de Vila
leroy Pair de France , Capitaine des Gardes dụ
Corps du Roi , Chevalier de fes Ordres , Gouverneur
des Provinces du Lyonnois , Forez & Beaujollois
, lequel n'a point d'enfans de fon mariage
avec D. Marie Renée de Montmorency Luxembourg
foeur de M le Duc de Luxembourg , renvoyant
pour la Généalogie de ces Maifons à l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , vol 4 .
fol. 639 & 870.
Le 29 Décembre Mre . Alexandre-Auguftin de
Montralat d'Entragues , Abbé de l'Abbaye d'Iverheaux
O. S. A. près Paris depuis 1702 , mourut
dans la 74e . année de fon âge. Il étoit fils puîné
de Henri de Montvalat , Seigneur & Comte d'En-
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
tragues ou d'Antragues en Auvergne , Capitaine
Lieutenant de la Compagnie des Chevaux-Legers
de M. le Duc d'Orleans l'an 1656 , & de Blanche
de Caftrevieille . Il avoit pour freres aînés François
Gafton de Montvalat qui fuit , & Hyacinthe
de Montvalat d'Entragues élevé Page du Roi
dans fa grande Ecurie en 1685 , puis Colonel du
Régiment de Bugey & enfuite du Régiment Royal
des Vaiffeaux , fait Brigadier d'Infanterie en 1702 ,
tué le 11 Février de la même année à la ſurpriſe
de la ville de Crémone en Italie par le Prince Eugene
, & pour puiné Victor de Montvalat d'Entragues
, Chevalier de Malthe , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie & Brigadier d'Infanterie .
François Gafton de Montvalat Comte d'Entragues
fut reçu Capitaine dans le Régiment des
Gardes Françoiſes en 1700 , & marié la même
année avec Dlle Louife Marguerite de Pleure,
duquel mariage il a laiffé Nicolas Hyacinthe de
Montvalat Comte d'Entragues marié depuis le
26 Septembre 1739 avec Dlle Louife Olive Félicité
Bernard fille de M. Bernard Maître des Requêtes
, Sur- Intendant de la Maifon de la Reine ,
Grand-Croix , & Prevôt de l'Ordre Militaire de
Saint Louis , & de Dame Elifabeth Louiſe Olive
de la côfte Meffeliere .
Le nom de Montvalat eft marqué en Auvergne entre
les plus confidérables de cette Province par fon
ancienneté, fes alliances & fes fervices militaires , fes
armes font d'azur à un chevron d'or accompagné de
trois couronnes de Laurier de finople , liees de gueules
au chef , aux flancs 5 à la pointe , pofées deux en chef
une en pointe..
Le 1 Janvier Jean-Antoine Moron Confeiller
du Roi en fes Confeils , Grand Audiencier de
France , & Receveur Général des Finances de
JANVIER 1747. 201
Lyon , mourut à Paris dans la 39e . année de fon
âge ; il étoit fils d'Antoine Moron , Ecuyer Confeiller
Sécrétaire du Roi reçû en 1728 Receveur
Général des Finances de Lyon , & d'Eliſabeth Françoiſe
le Court ; il avoit été marié le 3 Février
1734 avec Anne Suzanne le Noir , Soeur de M.
le Noir de Cindré aujourd'hui Intendant & Contrôleur
Général de l'Argenterie, des menus plaifirs
& affaires de la Chambre du Roi , & il en laiffe
des enfans.
Eufebe Jacques Chaponx , Marquis de Verneuil ,
Vicomte de Betz , Seigneur de Sainte Julitte ,
Saint Florier , le Roulet , la Fontaine du Breuil , &
autres lieux , Confeiller Ordinaire du Roi en fes
Confeils, Sécretaire ordinaire de la Chambre & du
Cabinet de Sa Majefté , & cy-devant Introducteur
des Ambaffadeurs , mourut en cette Ville , le 2 âgé de
cinquante deux ans. Sa famille originaire de Touraine
, & qui y tient un rang confidérable , a des
alliances avec plufieurs des Maiſons les plus diftinguées
de la Province . Au commencement de
la guerre précédente il reçut ordre du Roi de
fe rendre à Nanci , afin de préparer S. A. R.
la feue Ducheffe de Lorraine à l'entrée des troupes
Françoiſes dans le Duché de ce nom. Il s'acquitta
de cette commiffion , & fatisfit également les
deux Cours. Lorfque Madame fit conduite en Ef
pagne , pour époufer l'Infant Don Philippe , le Roi
nomma M. de Verneuil pour figner l'Acte de remife
de cette Princeffe , & Sa Majesté fit auffi
choix de lui pour la même fonction , lorfque feuë
Madame la Dauphine paffa en France . Il s'étoit
démis de fa charge d'Introducteur des Ambaffa→
deurs en faveur du Marquis de Verneuil , fon fils
unique , qui a époufé Meile. d'Harville fa Coufine
, & fille aînée du Marquis d'Harville , Maré-
IV
102 MERCURE DE FRANCE.
chal des Camps & Armées de Sa Majefté. Feu M.
de Verneuil par fa mere étoit neveu de feu l'Abbé
Renaudot , de l'Académie Françoiſe , & dont
le nom eft célébre dans la République des Lettres
.
>
Le 5 De. Magdeleine- Geneviève Mélanie Def
vieux , femme d'Omer Joly de Fleury Avocat Général
au Parlement avec lequel elle avoit été
mariée le 31 Août 1740 , mourut à Paris dans la
22e. année de fon âge , laiffant des enfans . Elle
étoit fille de Louis Philippe Deſvieux Fermier Général
, mort le 13 Décembre 1735 , & de D.
Magdeleine Bonne le Coufturiel ; elle étoit foeur de
Philippes Etienne Defvieux , troifiéme Préfident de
la premiere Chambre des Requêtes du Palais .
M. Joly de Fleury fon mari eft fecond fils de M.
Joly de Fleury , ancien Procureur Général au Par◄
lement.
Le 13
Louis-Henri de Saulx Tavannes , Marquis
de Mirebel , dit le Marquis de Tavannes , Lieutenant
Général des troupes de Baviere , cy-devant Commandant
des Grenadiers à cheval du feu Empereur
Charles VII. , & l'un de fes Chambellans , mourut
à Paris âgé de 41 ans , fans avoir été marié ; il
étoit fils de Louis Armand Marie de Saulx de Tavannes
Marquis de Mirebel , & de D. Catherine de
Choifeul-Chevigny , & fa branche étoit cadette de
celles de M. le Comte de Tavannes & de M. le
Vicomte de Tavannes , tous deux Chevaliers des
Ordres du Roi &c . Voyez la Généalogie de la Maifon
de Saulx , l'une des premieres du Duché de
Bourgogne , dans l'Hiftoire des Grands Officier
de la Couronne, vol 7 fol. 239-
JANVIER 1747. 203
OUVELLES DE PROVENCE,
On a appris d'Aix du 19 Décembre que l'on comptoit
que les troupes Françoifes & celles d'Eſpagne
qui font dans cette Province , feroient inceffamment
réunies , & que même avant l'arrivée de la
feconde Divifion des quarante Bataillons , dont Sa
Majefté s'eft propofée de renforcer fon armée , on
feroit en état d'arrêter les progrès des troupes
combinées de la Reine de Hongrie & du Roi de
Sardaigne . Toute la Cavalerie Efpagnole , qui
avoit paffé en Savoye , eft en marche pour revenir
en Provence , & la premiere Diviſion de
cette Cavalerie eft arrivée à Aix le 5. Les vingt
premiers Bataillons , qui doivent joindre le Maréchal
de Belle - Ifle , font dans les environs de cette
Ville , & l'on y attendoit le 21 la premiere
Divifion du renfort de Cavalerie Françoife , que le
Roi envoye à ce Général . On affûre que quelques
Bataillons des troupes d'Efpagne fe font embarqués
à Marſeille , & qu'ils font deftinés à fe rendre à
la Spécie , où l'on prétend que les bâtimens , à
bord defquels étoient trois des Régiments qui
avoient fait voile il y a quelque tems d'Antibes
pourle Royaume de Naples , ont relâché.
On mande du Camp du Puget du 4 de ce mois
que l'Efcadre Angloife continuoit de bombarder
Antibes , mais avec beaucoup moins de vivacité
& que l'on n'avoit point encore d'avis certains
que les ennemis euffent ouvert la tranchée devant
cette Place. Aucun de leurs détachements ne s'eft
préfenté pour paffer l'Argentz , depuis la déroute
de celui qui ayant tenté cette entrepriſe , a été
battu par M. de Larnage , Maréchal de Camp.
Le Corps de leurs troupes , qui fous les ordres
I vj
204 MERCURE DE FRANCE
"
du Marquis d'Ormea s'étoit porté fur le Ver -◄
don , a été obligé d'abandonner le bord de cette
riviere , après avoir été chaffé de Châteauneuf
& de la Pallu , dont il s'étoit emparé. Quoiqu'il
foit arrivé de nouvelles troupes au Comte de Browne
, & que ce Général paroiffe vouloir fe retrancher
dans les Bois de Leftrelles , quelques-unes de
fes difpofitions , les dégats que les Allemands commencent
à commerre & fur-tout la difficulté
qu'ils ont à fubfifter , donnent lieu de croire que
l'armée de la Reine de Hongrie ne demeurera pas
encore long tems en Provence. On a appris que
le détachement ennemi qui occupoit Draguignan ,
s'étoit retiré de ce Pofte , & l'on comptoit que le
Maréchal Duc de Belle- Ifle rétourneroit au camp
du Luc. Ce Général a déja été joint par la plus
grande partie des renforts qu'il attendoit , & les
divers ordres qu'il a donnés pour vaincre les obſ
tacles qui jufqu'à préfent ont empêché de tranfporter
commodément les vivres & les munitions ,
le mettront bien- tôt en état de marcher aux
ennemis , & de les contraindre de repaffer le Var.
Les lettres de Provence du 11 marquent que
l'armée du Roi & celle des ennemis étoient encore
dans leurs mêmes pofitions , & que les troupes
Efpagnoles avoient été jointes par la derniere
Divifion de la Cavalerie qu'elles attendoient de
Savoye. 11 eft arrivé de Languedoc à Marfeille
plufieurs Navires chargés de grains. Depuis quelques
jours il ne paroiffoit fur la côte aucun Vaiffeau
de l'Efcadre du Roi de la Grande - Breta
gne.
Les dernieres lettres d'Aix du 15 de ce mois
portent que le Maréchal Duc de Belle - Ille ayant
été joint par la plus grande partie des fecours qu'i 1
attendoit , fe difpofe à mettre bien-tôt les trou
JAN VIER.
1747. 205
pes en mouvement , & qu'il eft occupé à faire raffembler
les fourages néceffaires pour cet effet. On
compte qu'il marchera avec foixante - cinq Bataillons
& douze Efcadrons , indépendamment d'un
Corps féparé qui fera de quinze Bataillons & de
quinze cent hommes de Cavalerie . Ce Général
ayant fait avancer à Riez M. de Chevert , Maréchal
du Camp , avec douze Bataillons & dix
Eſcadrons , les ennemis ont abandonné quelques
Bourgs & Châteaux qu'ils occupoient dans les environs.
Le 7 de ce mois le Pofte de Charteuil
fitué en-deça de Caſtelanne , & dont les ennemis
étoient encore maîtres , fut emporté l'epée à la
main par un détachement aux ordres de M.
d'Anfrenet , Capitaine dans le Régiment de Lyonnois
, & le Baron de Kert , qui y commandoit ,
été fait prifonnier. M. de Puyfigneux a été
détaché à la tête de douze cent hommes , pour
tourner les defilés de Soleillas & de Saint Auban
, & pour couvrir la Vallée d'Entrevaux . On
a appris que M. de Pereuze avoit attiré dans
une embuscade près de l'Argentz un Détachement
de Huffards & de Croates , dont le Commandant
a été tué . Diverfes lettres affûrent que le 4 il y
eut au défilé de la Bochetta une action très-vive entre
les Allemands & les Génois , & que les premiers
y ont fait une perte confidérable.
a
On a appris par les lettres de Provence du 17
que les troupes Efpagnoles s'étoient avancées julqu'à
Bayols , & que toute l'armée , commandée
par le Maréchal Duc de Belle- Ifle , étoit fur le
point de marcher. Les mêmes lettres marquent
que le Marquis de Maulevrier , Lieutenant Général
, étoit allé prendre le commandement du Corps
qui étoit fur le Verdon aux ordres de M. de
Chevert..
206 MERCURE DE FRANCE
EXTRAIT d'une Lettre de Génes du 28
Décembre 1740.
Cette Ville eft à préfent dans une fituation à
peu près auffi tranquille que s'il n'y avoit point
eu de révolution. Le peuple continue cependant
d'être four les armes , & le Quartier général eft au
Collége des Jefuites dans la ruë de Balbi. Les
Chefs de ce parti , lefquels ont été choifis parmi
d'anciennes familles plebeïennes , renommées par
leur zéle pour le bien public , donnent tous les or
dres pour ce qui regarde le Militaire & la fûreté de
la Ville , & ils ont pofé des Corps de Garde en
divers endroits , pour prévenir les défordres qui
pourroient arriver , mais du refte ils marquent un
extrême reſpect pour le Doge & pour le Sénat.
L'attention de ces Chefs ne fe borne pas à la confervation
de la liberté de cette Ville. Elle s'étend
à la défenſe des autres Places , & le Corps deftiné
à la garde du défilé de la Bochetta a été renforcé
confidérablement.
On affûre qu'il y a actuellement dans cet Etat
plus de quarante mille hommes armés , qui ne veulent
entendre parler que des moyens d'en défendre
l'entrée aux troupes de la Reine de Hongrie.
Aucun Noble ne s'eft joint à eux , & le Sénat , par
le défir de marquer la confidération qu'il conferve
pour la Cour de Vienne , a fait fes efforts pour
les obliger de remettre en liberté , du moins les
Officiers Allemands qui ont été faits prifon
JANVIER
1747. 207
PASSPASS
niers , mais toutes fes inftances jufqu'à préfent ont
été inutiles.
Le Marquis de Botta occupe fes mêmes Quartiers
à Gavi , à Novi & à Voltaggio , avec un Corps
avancé du côté de Fiafcone.
Les troupes Piedmontoifes , qui fous les ordres
du Comte de la Roque ont fait le fiége de la Citadelle
de Savone , font encore dans les environs .
de cette Place , dont la garniſon a été conduite
à Mondovi . Le Marquis Auguftin d'Adorno , quila
commandoit , & les autres Officiers de l'Etat
Major , ont obtenu la permiffion de fe retirer
fur leur parole où ils le jugeroient à propos.
Trois Vaiffeaux de guerre Anglois croifent de
Puis quelques jours à la hauteur de ce Port , mais
hors de la portée du canon.
208 MERCURE DE FRANCE
HEHEHEHEHE DEDEDEDEDE
OBSERVATIONS Météorologiques.
Leette année 1747 ont été le Samedi 14 , & le
Es jours les plus froids du mois de Janvier de
2
Dimanche 15. M. de Reaumur obſerva le Samedi
que la liqueur de fon Thermométre expofée à
l'air libre & au Nord , étoit defcendue à 11 dégrés
2 au- deffous du terme de la congélation de
l'eau , à 7 h. du matin , & le Dimanche 15 à
pareille heure , il la trouva defcendue un peu plus
bas , & très-près de 12 dégrés. L'hyver de 1740
eft regardé comme un des plus rudes que nous
ayons effuyés ; il le fut réellement par fa durée
& mérite de porter le nom da long hyver ; fon
dégré de froid néanmoins ne fut pas exceffif à
Paris . Le plus bas terme où la liqueur defcendit
en 1740 , fut marqué par 10 dégrés ; elle defcendit
donc un dégré de moins qu'elle n'a fait
cette année. Ce qui contribua à faire paroître
le froid de 1740 très-piquant , & ce qui le rendit
tel pour nous c'eft qu'il fut accompagné d'un
vent de Nord affés fort. En : 742 lefroid fut plus
grand qu'en 1740 , & qu'il ne l'a été cette année.
Suivant les Obfervations de M. de Reaumur le 9
Janvier 1742 la liqueur de fon Thermométre étoit
defcendue à 8 heures du matin à près de 14 dégrés
, deux dégrés plus bas qu'elle n'eft defcendue
cette année , & feulement dégré 1 ou 1 dégré
moins bas qu'elle ne defcendit dans cet
"
2
hyver de 1709 , à qui le nom du grand hyver eft
refté.
JANVIER 1747. 209
TTTTT VIIKIM
ARRESTS NOTABLES.
ORDONNANCE du Roi du 25 Novembre. portant réglement fur l'habillement des Milices.
Sa Majefté étant informée que dans la plûpart
des bataillons de Milice actuellement fur
pied , il s'eft fait des changemens aux paremens
des manches , aux poches & à l'arrangement des
boutons des juftaucorps de foldats , fous prétexte
du rang qui a été réglé aufdits bataillons pour marcher
entr'eux , fuivant celui que tiennent les Régimens
de fon Infanterie qui portent le nom des
Provinces dans lefquelles les bataillons de Milice
ont été levés ; à quoi étant néceffaire de pourvoir
, Sa Majesté a ordonné & ordonne ce qui
fuit.
ART. I. Que les juftaucorps des foldats des cent
trois bataillons de Milice , y compris les trois de
la Ville de Paris , feront fournis en drap gris blanc
de la Fabrique de Lodéve , ou de celle de Bédarieux
; que les paremens feront de la même couleur
, ayant des boutons d'étain jufques aux poches,
qui feront garnies de quatre boutons & de pareil
nombre fur les manches , au lieu de trois qu'il y
en avoit auparavant.
II. Que les habits des fergens feront auffi compofés
en drap de pareille qualité , & doublés , ain
que ceux des foldats , en Serge d'Aumale ou Cadis
gris blanc des Manufactures du Gévaudan ; les paremens
des manches feront dorénavant en blanc ,
garnis au moyen d'une aune de galon d'argent en
210 MERCURE DE FRANCE
bordé , & de quatre boutons d'étain fur chacun¿
d'un modéle different à ceux des foldats , avec le
même nombre de quatre boutons fur chaque poche.
III . Les juftaucorps des Tambours continue
tont d'être fournis de la même qualité de drap
bleu , paremens rouges , avec des agrémens de la
livrée du Roi , doublés de rouge. Fait Sa Majefté
défenfes aux Commandans deſdits bataillons de
fouffrir qu'il foit fait aucun changement à l'uniforme
qu'elle a réglé par la préſente ordonnance ,
à peine d'en répondre.
Mande & ordonne Sa Majefté aux Gouver
heurs & à fes Lieutenans généraux en fes Provinces
, aux Gouverneurs ou Commandans dans
fes villes & places , aux Intendans en fes Provinces
& fur les frontieres , aux Directeurs &
Infpecteurs généraux fur fes troupes , aux Commiffaires
des guerres , & à tous autres Officiers
qu'il appartiendra , de tenir la main à l'exécution
de la préfente. Fait à Verſailles le 25 Novembre
1746. Signé, LOUIS. Et plus bas , M. P. de
Voyer d'Argenfon .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 20 Décembre
, qui fixe les droits de péage à percevoir
fur le Pont provifionel de Poiffy , jufqu'au parfait
rétabliſſement du Pont de pierre dudit lieu .
AUTRE du même jour , qui renvoie pardevant
les fieurs Commiffaires nommés pour la vérification
des droits de péage , l'examen & vérification
des titres de propriété des Moulins conftruits
fur les Ponts dans toute l'étendue du Royaume.
AUTRE du 29 , qui ordonne l'exécution de
deux Sentences des Maire & Echevins de la Ville
d'Amiens , des 16 Septembre & 18 Octobre 1746,
portant confifcation de 22 piéces de ferges façon
de Londres , teintes en violet faux ; & condam→
nation contre les marchands de Lyon qui en ont
JANVIER 1747.
2Tr
fait l'envoi , aux différentes amendes portées par
les réglemens , pour chaque piéce & chaque contravention
. Et qui prononce auffi la confifcation
de deux autres piéces de ferges faifies depuis , pour
mêmes cauſes , avec pareilles amendes .
ORDONNANCE du Roi du premier Janvier
1747 , portant Réglement général concernant
les Hôpitaux militaires .
ARREST du Confeil d'Etat du Roi du 1o , qui
proroge pour un an , à compter du premier Jan
vier 1747 jufqu'au premier Janvier 1748 , l'exemption
de droits fur les beftiaux venant de l'étranger
, ordonnée par celui du 11 Janvier 1745.
Du Camp de Lorgues le 24 Janvier 17476
Le Maréchal Duc de Belle-Iffe ayant levé toutes
les difficultés qui retardoient fa marche , l'armée
décampa du Puget le 11 du mois dernier , & fe
porta à Gonfaron. L'avant- garde , commandée
par M. d'Arnaud , Maréchal de Camp , s'avança
jufqu'au Pont du Canet avec tout ce qui étoit né
ceffaire pour jetter divers Ponts fur l'Argentz , &
le Corps de réſerve , qui étoit à la droite fous les
ordres du Marquis de Mirepoix , Lieutenant Gé
néral , alla camper au Luc. En conféquence de
ce qui avoit été reglé entre le Maréchal Duc de
Belle-Ifle & le Marquis de la Mina , qui avoient
eu la veille enſemble une conférence , les trou
pes Eſpagnoles fe mirent le même jour en mouve
ment fur deux colonnes . Celles qui étoient à S.
Maximin & à Brignols , marcherent au Val , &
les autres à Barjol , d'où elles poufferent une
avant-garde à Salerne . Sur l'avis qu'il paroiffoit
de l'autre côté de l'Argentz vis- à-vis de Vidauban
un Corps ennemi , qui faifoit mine de fe préparer
à difputer le paffage , le Marquis de Poulpry s'étant
porté fur le bord de cette riviere avec l'avang
21 MERCURE DE FRANCE.
garde du Corps de referve du Marquis de Mirepoix
, fit tirer quelques coups de canon , qui mirent
en défordre cinq cent Huffards . Auffi - tôt les
Huffards des troupes Françoiſes , foutenus du Régiment
de Dragons de la Reine , pafferent la ri
viere , partie à gué , partie à la nage , & chargerent
l'ennemi , quoique fort fupérieur . Ils le
culbuterent , tuerent beaucoup de monde , & firent
plufieurs prifonniers. Les François dans cette
occafion n'ont eu que fix Dragons & fix Huffards
de tués , & onze bleffés . Pour tenir le Comte de
Brown dans l'incertitude fur l'endroit où nous
avions deffein de paffer l'Argentz , le Maréchal de
Belle- Ifle avoit eu la précaution de montrer à la
fois cinq têtes de roupes , & de faire avancer fur
Aups un détachement d'environ deux mille homwes
. Le même jour que l'armée du Roi quitta lẹ
camp du Puget , le Comte de Maulevrier , Lieutenant
Général , qui à la tête de treize bataillons
& des Dragons du Roi & d'Aubigné avoit marché
pendant la nuit , fe préfenta fur les hauteurs
de Caftelane , où arriverent en même tems les
Suiffes au fervice d'Espagne , qui venoient de Savoye.
Le Marquis de la Mina , afin de les mettre
à portée de joindre le Comte de Maulevrier , étoit
convenu avec le Maréchal de Belle- Ifle , de leur
faire prendre la route de Senez au lieu de celle
de Monafque , & il avoit recommandé au Marquis
de Taubin , qu'il avoit choisi pour les commander
, de fuivre en tout les ordres du Comte
de Maulevrier. Les mefures avoient été ſi bien concertées
, que le Baron de Neuhoff , Lieutenant
Général des troupes de la Reine de Hongrie ,
lequel commandoit dans Caftelane , ne fut informé
de l'approche de ces troupes , que lorfqu'elles
l'attaquerent le 21 à la pointe du jour.
Après une action très- vive qui dura trois heures
JANVIER 1747. 213
& dans laquelle les troupes du Comte de Maulevrier
& celles du Marquis de Taubin fe font comportées
avec la plus grande émulation , la Ville
fut forcée. Les trois bataillons de Palfy , de Hagenbach
& de Berencklau , de l'armée de la Reine
de Hongrie , & celui de Cazal , des troupes
Piedmontoifess , étoient dans ce pofte avec un
corps confidérable de troupes irrégulieres . Les
ennemis y ont fait une trés grande perte , & le
Baron de Neuhoff et du nombre des prifonniers.
Dans le deffein d'affurer le fuccès de l'entrepriſe
contre Caftelane , & de refferrer les ennemis en
leur fermant l'entrée des Vallées d'Entrevaux
le Maréchal de Belle Isle , avant que l'armée ſe
mit en marche , avoit détaché M. de Puyfigneux
avec douze cent hommes pour occuper les poftes
importans de faint Auban , de Soleillas , du Brage
& de Briançonnet. Le 2 , le Marquis de Mire
poix alla camper à Vidauban , & le Maréchal de
Belle-Ifle au Luc , l'avant-garde de l'armée ayant
paffé l'Argentz , & ayant porté en avant un détachement
, quia obligé les ennemis de s'éloigner
de cette Riviere. Les deux colonnes des troupes
Efpagnoles fe font avancées en même tems à Carces&
à Salerne . On fejourna hier , pour avoir
le tems de perfectionner les ponts , qui devoient
fervir pour le paffage de l'armée . Aujourd'hui
elle a paffè l'Argentz , pour venir camper ici ,
& l'avant- garde a marché à Draguignan , d'où
les ennemis fe font retirés fort précipitamment
Les Espagnols les ont fuivis pendant deux lieues
en ont tué plufieurs , & ont ramené quelques prifonniers.
L'armée continuera demain fa marche ,
ainfi que le corps de réferve du Marquis de Mirepoix
, qui eit actuellement au Muy. Le Comte
de Maulevrier eft demeuré à Caftelane , & il a
dû faire occuper divers poftes avancés , pour établir
fa communication avec M. Puyfigneux.
TABLE.
Lie
Mercure , page
ISTE des Libraires de Provinces qui débitenț
Pieces fugitives en Vers & en Profe. La Provis
vidence , Ode .
Le Derviche , Conte Turc.
3
9
Vers à M. Titon du Tillet pour le premier jour
de l'an. 39
Suite de la Séance publique de l'Académie des
Belles-Lettres , Extraits .
Imitation du Pfeaume XIII .
Epitre .
Vers .
Madrigaux,
31
55
58
61
64
"
65
Réponse de M. Bouguer fur la mâture des Vaiffeaux
.
Nouvelles Litteraires & des Beaux Arts. Effai fur
l'origine des connoiffances humaines.
Idée géographique & hiftorique de la France
Pieces diverſes.
81
83
85
Differtation fur la queftion de fçavoir fi on peut
être garand de pertes arrivées par des cas fortuits ,
Effai fur la nature de l'ame.
Hiftoire d'un remede pour les maladies des yeux,
Nouvelle Théorie phyfique de la voix.
Mémoire fur la Goute.
86
87
Ibid.
Ibid.
88
Diflertation fur l'antiquité de la Ville de Dol,
Supplément à cette Differtation .
Ibid.
Ibid,
Differtation fur l'ancienne Jérufalem . Ibid
Nouvelle Methode contenant les principes de la
Langue Italienne . 89
Nouvelle édition du Roland furieux de l'Ariofte .
Ibid.
Réception de Mme. la Marquife du Châtelet à
l'Académie des Arcades. '
Les Quatrains de Pybrac.
Lettre d'un Seigneur Hollandois .
99
92
Ibid.
Ibid.
94
La conquête des Pays-Bas par le Roi .
Certificat en faveur de l'Effence Balfamique.
Spectacles , Extrait de la Tragédie de Venife fanvée
, & comparaison de cette Tragédie avec celle
de Manlius.
95
La Gouvernante , nouvelle piéce jouée fur le Théatre
François ,
Piéces jouées à la Cour.
139
140
Vers à Madame du Bocage fur fon Poëme , &c,
Epitre à M. de la Bruere.
Lettre de M. Philippe à M. de la Bruere .
141
142
145
Rondeau redoublé fur les moeurs du fiécle . 153
Mots de l'Enigme & du Logogry phe de Décem
bre deuxiéme vol.
Enigmes & Logogryphes.
Chanfon notée .
154
Ibid.
157
Journal de la Cour , de Paris , & c . Sujet du Prix
de l'Académie Françoiſe pour 1747;
Bénéfices donnés .
Prifes de Vaiffeaux.
Nouvelles Etrangeres , Turquie.
Ruffie.
Suéde .
Allemagne .
Italie.
Espagne.
162
Ibid.
163
168
170
176
179
182
199
1 191
Grande Bretagne.
La Haye. 195
Naiffance , Mariages & Morts.
197
Nouvelles de Provence . 203
Extrait d'une Lettre de Génes. 206
Obfervations Météorologiques .
Arrefts notables.
La chanfon notée doit regarder la page .
208
209
157
MERCURE
DE
FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
FEVRIER 1747 .
LIGIT
UT
"
SPARGAT
Crillon
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER,
rue S. Jacques.
Chez La Veuve PISSOT, Quai de Conty
à la defcente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC . XLVII.
Avec Approbation & Privilège du Roi,
A VIS.
LA
'ADRESSE générale du Mercure eft
M. DE CLEVES D'ARNICOURT
rue du Champ-Fleuri dans la Maison de M.
Lourdet Correcteur des Comptes au premier
étage fur le derriere entre un Perruquier & un
Serrurier à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très-inflamment ceux qui nous adrefferont
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le port , pour nous épargner le deplaifir
de les rebuter , & à eux celui de ne
pas voir paroître leurs ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
ae France de la premiere main , plus promptement
, n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deffus
indiquée ; on fe conformera très- exactement à
leurs intentions.
Ainfi il faudra mettre fur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX. SOLS.
www
MERCURE
DE FRANCE
DÉDIÉ AU ROI
PIECES FUGITIVES
en Vers & en Profe.
SEANCE
L
PUBLIQUE
DE. L'ACADEMIE.
E vingt- fix du mois paffé M. Duclos
qui avoit été élû quelques
mois auparavant à la place de
M. l'Abbé Mongault , vint prendre
féance à l'Académie & prononcer
fuivant la coûtume fon difcours de remerciment.
Le nom de M. Duclos eft trop
connu du public par les fuccès brillants de
fes ouvrages pour que nous ayons befoin
,
A ij
4 MERCURE DE FRANCE
de nous étendre fur fon éloge ; le choix de
l'Académie avoit été prévenu par la voix
publique. Ce fut M. l'Abbé de Bernis Directeur
de l'Académie qui reçut le nouvel
Académicien ; cette place qu'ordinairement
on défere au fort,fut donnée par acclamation
à M. l'Abbé de Bernis , l'Académie ayant
jugé dans cette circonftance que l'amitié qui
étoit entre le Directeur & le Récipiendaire
devoit prévaloir aux ufages ordinaires , qui
font de tirer les Officiers au fort.
-- M. D. C. entre d'abord en matiere en
expofant la difficulté du fujet qu'il a à traiter.
Après les hommages que tant d'hommes
illuftres vous ont rendus , dit le nouvel Académicien,
on pourroit croire que la matiére
en eft épuifée . L'empreffement avec lequel
on fe rend à vos affemblées publiques , l'attention
, la curiofité même qu'on y apporte ,
paroiffent autorifer cette idée.Il femblequ'on
y vienne , non pour juger un ouvrage ordinaire
, mais pour être témoin d'une difficulté
vaincue, & qui devient chaque jour plus infurmontable
par les fuccès.
Après avoir exprimé fa reconnoiffance à
l'Académie , le Récipiendaire paffe au caractére
de fon prédéceffeur.
Je ne chercherai donc point, dit- il , à me
difimuler la diftance qu'il y a de moi à mon
prédéceffeur : peut- être faut il fe propofer
FEVRIER 1747.
un terme au - deffus de fes forces , pour être
en état de les employer toutes , & je n'en ai
point à négliger.
M. l'Abbé Mongault élevé dans les meil
leures écoles en fut bientôt l'ornement. Des
maîtres illuftres fe glorifioient de lui avoit
donné les premieres leçons , & l'auroient
préſenté comme une preuve de l'excellence
de leur méthode , fi un tel diſciple eut pû
tirer à conféquence. Par un retour heureux,
l'honneur qu'il avoit fait à fes maîtres lui
procura celui d'élever , un Prince , dont la
vertu nous interdit l'éloge qu'elle mérite .
Monfieur l'Abbé Mongault ne dut qu'à
lui la préférence qu'il obtint far fes concurrens.
Un Prince d'un génie élevé avoit intérêt
de faire un bon choix. M. l'Abbé
Mongault n'avoit befoin que d'étre connu ;
il l'étoit , il fut choifi. Loin de le relâcher
alors des études auxquelles il devoit ſa célébrité
, il en fit une utile application au devoir
précieux dont il venoit d'être chargé.
Il fçavoit d'ailleurs qu'une réputation d'éclat
n'eſt jamais dans un état de confiſtance ; fi
elle ne croît , elle s'éclipfe. Il s'étoit déja fait
un nom par la traduction d'Hérodien : il
l'augmenta par celle des Lettres de Cicéron
à Atticus , & fit voir qu'un Traducteur , qui
eft toujours un citoyen utile , peut- être encore
un Critique éclairé , un Philofophe &
A iij
• MERCURE DE FRANCE.
un Auteur diftingué. Il y a des genres où il
eft facile de réuffir à un certain point , mais
la fupériorité eft peut-être en tout genre
d'un mérite égal , quoique different.
On trouve dans les traductions de M.
L'Abbé Mongault la pureté & l'élégance du
ftile , & dans les notes une érudition chois
fie , la précifion , la jufteffe & le goût.
Quelque plaifir qu'on eût à lire fes Ouvrages
, on ne le préféroit point à celui de
converfer avec l'Auteur, & l'on fçait combien
il eft rare de trouver des hommes fupérieurs
à leurs écrits ,
Le caractére de M. l'Abbé Mongault avoir
avec fon efprit la conformité qu'il auroit
dans tous les hommes , s'ils ne le défiguroient
pas. Ses idées , fes vertus , fes défauts mêmes
, tout étoit à lui . Le commerce du monde
l'avoit inftruit & ne l'avoit pas changé
puifqu'il ne l'avoit pas corrompu. Il ne confondoit
pas les déhors d'une fauffe politeffe
avec l'eltime , ni de frivoles attentions avec
l'amitié. Jamais il ne refuſa ſa reconnoiflance
aux fervices , ni fes éloges au mérite , mais
il accordoit moins fon amitié par.retour que
par attrait. Il ne recherchoit pas fort vivement
des amis nouveaux , parce qu'il étoit
fûr de ne perdre aucun de ceux qu'il avoit.
Penfant librement , il parloit avec franchile
, ne cédoit point aux fentiments d'autrui
>
FEVRIER 1947... 7
par foibleffe , contredifoit par eftime ; ne
fe rendoit qu'à la conviction. Il étoit un ex
emple qu'un caractére vrai , fut-il mêlé de
défauts , eft plus fùr de plaire continument ,
qu'une complaifance fervile qui dégoûte à
la fin , ou une fauffe vertu qui tôt ou tard
fe démafque.
Né avec ce difcernement prompt qui pénétre
les hommes , il joignoit à la fagacité
qui faífit le ridicule , l'indulgence qui le fait
pardonner ; au talent d'une plaifanterie fine
un talent encore plus rare , celui d'en connoître
les bornes. Avec moins d'efprit qu'il
n'en avoit , il auroit pu ufurper la réputation
d'en avoir davantage , en fe rendant redoutable
dans la fociété ; il ne ceffa jamais
d'y être aimable. Sa faveur auprès des Grands
fut toujours égale , parce qu'elle étoit méritée
. On ne déplait fans fujet que lorſqu'on
a plû fans motif. Je parlerois de fes liaiſons
intimes avec les gens de Lettres , fi l'amitié
entr'eux devoit être un fujet d'éloges . Leur
devoir eft d'éclairer les hommes ; leur intérêt,
de vivre dans une union qui réduiſe leurs
ennemis à une jaloufie impuiffante , & peutêtre
refpectueule .
C'étoit à ces titres que M. l'Abbé Mongault
rempliffoit fi dignement parmi vous ,
Meffieurs , une place où vous daignez m'admettre.
Plus jaloux de votre gloire que de
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE
la grace que vous m'accordez , je n'aurois
ofé ni la rechercher , ni la recevoir , fi je n'éprouvois
depuis plufieurs années quels fe-
Cours on trouve dans une Compagnie Littéraire.
Je fens avec la plus vive reconnoiffance
ce que je dois à l'Académie des Belles-
Lettres : j'y vois tous mes Confreres comme
autant de bienfaiteurs , trop habitués à l'être
pour s'en apperçevoir eux-mêmes . J'ofe
me flater que mon attachement leur eft connu
, mais je voudrois avoir autant d'occafions
de le publier , que j'en ai de l'augmenter
chaque jour.
Ce jufte éloge de l'Academie des Belles
Lettres en attira beaucoup à M. Duclos , qui
remplit dans cette Compagnie fes devoirs
de façon à mériter de la part de fes Confreres
en pareille occafion les louanges qu'il
leur donne ,j'efpere Mrs, continua M.Duclos,
que je ne vous devrai pas moins les hommes
tels que vous s'engagent par leurs propres
bienfaits . Peut-on ignorer d'ailleurs les
avantages néceffairement attachés aux Académies
? Les hommes n'ont adouci leut état
qu'en vivant en fociété ; les Sciences & les
Lettres ont dû tirer les mêmes fecours de
la réunion des lumieres. Le premier effor de
l'efprit eft toujours accompagné d'une préfomption
qui peut d'abord lui fervir d'éguillon
, mais qui doit aufli l'égarer. Le comFEVRIER
1747.
merce avec les hommes illuftres , la comparaifon
qu'on ne peut s'empêcher de faire
de foi-même avec eux , la réflexion , les progrès
mêmes , en infpirant la confiance , font
connoître des difficultés. Plus on s'éleve ,
plus l'horifon s'étend ; plus on apperçoit
d'objets , & plus on en conçoit où l'on ne
peut atteindre. L'école du merite doit être
celle de la modeftie. En effet fi les hommes
font injuftes en leur faveur , ce n'eſt
pas dans le fentiment intérieur qu'ils ont
d'eux-mêmes , c'eft dans le jugement qu'ils
en prononcent , & dans l'idée qu'ils en veulent
donner aux autres , il eft rare que l'a .
mour propre aille plus loin.
>
Le concert des efprits ne fert pas uniquement
à les rendre plus retenus & plus fûrs ; c'eſt du
choc des opinions que fort la lumiere de la
la vérité , qui fe communique , fe réfléchit ,
fe multiplie , développe & fortifie les talens .
Le génie même , cette efpece d'inftin&t , ſupérieur
à l'efprit , plus hardi que la raiſon
quelquefois moins fûr , toujours plus brillant
, le génie , dis - je , qui eft indépendant
de celui qui en eſt doüé , reçoit ici des ſecours.
On ne l'infpire pas , mais des préceptes
fages peuvent en régler la marche , prévenir
les écarts , augmenter fes forces en
les réuniffant , & les diriger vers leur objet,
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
Si l'on réfléchit d'ailleurs fur les occupations
qui vous font communes , on verra que
le foin de polir & de perfectionner la Langue
, n'a d'autre objet que de rendre l'efprit
exact & précis.
Les Langues qui paroiffent l'effet du ha
zard & du caprice , font affujetties à une Logique
d'autant plus invariable , qu'elle eft
naturelle & prefque machinale. C'eft en la
développant qu'on éclaircit les idées , & rien
ne contribue tant à les multiplier que de les
ranger dans leur ordre naturel . En remontant
au principe commun des Langues , on reconnoît,
malgréle préjugé contraire, que leur premier
avantage eft de n'avoir point de génie
particulier , efpece de fervitude qui ne pour
roit que refferrer la fphére des idées. La
Langue Françoife élevée dans Corneille ,
élégante dans Racine , exacte dans Boileau ,
facile dans Quinault , naïve dans la Fontaine,
forte dans Boffuet , fublime auffi fouvent
qu'il eft permis aux hommes de l'être , prouve
affes que les Langues n'ont que le génie
de ceux qui les employent. Quelque Langue
que ces hommes illuftres euffent adoptée
, elle auroit reçû l'empreinte de leur génie
& fi l'on prétend que le caractére diftinctif
du François eft d'être fimple , clair &
naturel , on ne fait pas attention que ces
qualités font celles de la converfation ; qu'elFEVRIER
1747. II
les font néceffaires au commerce intime des
hommes , & que le François eft de tous le
plus fociable. Quelques peuples paroiffent
avoir cédé à leurs befoins mutuels , en formant
des Sociétés ; il femble que le François
n'ait confulté que le plaifir d'y vivre.
Ces réflexions judicieufes fur les travaux
que l'Académie confacre à perfectionner la
Langue furent fuivies de plufieurs traits du
même genre,auffi vifs & auffi frappans, mais
que les bornes d'un extrait ne nous permettent
pas de rapporter . On ne devoit pas
moins attendre, continue M. Duclos en parlant
des travaux de l'Académie , on ne devoit
pas moins attendre d'une Compagnie
où Corneille , Racine , Boffuet , Fenelon , la
Fontaine , Boileau , la Bruyere & tant d'autre
grands hommes dictoient les préceptes ,
& prodiguoient les exemples dans leurs Ouvrages
qui font les vrais Mémoires de l'Académie
Françoife , & ce qui fait le comble &
la preuve de leur gloire , leurs difciples ont
été des hommes dignes d'être leurs fucceffeurs
.
Le premier dont les jours font fi chers ,
je ne dis pas à l'Académie , un tel homme
appartient à l'Europe , ſemble n'avoir pas af
fés vécu pour la quantité & le mérite de fes
Ouvrages. Efprit trop étendu pour pouvoir
être renfermé dans les bornes du talent , il
A vij
12 MERCURE DE FRANCE.
s'eſt maintenu au milieu des Lettres & des
Sciences dans une efpéce d'équilibre propre
à répandre la lumiere fur tout ce qu'il a traité.
Il mérita prefque en naiffant des jaloux ,
mais fes ennemis ont fuccombé fous l'indignation
publique , & s'il en pouvoit encore
avoir , on les regarderoit comme des a veugles
qui n'exciteroient plus que la compaffion.
Corneille & Racine fembloient avoir fixé
les places , & n'en plus laiſſer à prétendre
dans leur carriere . Vous avez vû l'Auteur
d'Electre, de Radamifthe & d'Atrée s'élever
auprès d'eux. Quand les places font une
fois marquées , l'efprit peut les remplir ; il
n'appartient qu'au génie de les créer .
Les Etrangers jaloux de la Littérature
Françoife , & qui femblent décider la fupériorité
en notre faveur par les efforts qu'ils
font pour nous la difputer , ne nous demandoient
qu'un Poëme épique . L'Ouvrage qui
fait ceffer leur reproche doit augmenter leur
jaloufic.
Moliere & Quinault avoueroient les Ouvrages
de ceux qui ont marché fur leurs traces;
quelques-uns ont ouvert des routes nouvelles,
& leurs fuccès ont réduit les Critiqucs
à n'attaquer que le genre.
Des Sçavans qui connoiffent trop les hommes
pour ignorer qu'il ne fuffit pas d'être
FEVRIER 1747. 13
utile pour leur plaire , & que le Lecteur n'eft
jamais plus attentif que lorfqu'il ne foupçonne
pas qu'on veuille l'inftruire , préfentent
l'érudition fous une forme agréable.
Des Philofophes animés du même eſprit
cachent les préceptes de la Morale fous des
fictions ingénieufes , & donnent des leçons
d'autant plus fûres qu'elles font voilées fous
l'appas du plaifir , efpéce de féduction néceffaire
pour corriger les hommes , à qui le
vice ne paroît odieux que lorſqu'ils le trouvent
ridicule.
Ceux qui uniffent ici un rang élevé à une
naiflance illuftre , feroient également diftingués
, fi le fort les eût fait naître dans l'obſcurité.
Occupé de leurs qualités perſonnelles
, on ne fe rappelle leurs dignités que par
réflexion , & l'Académie n'en retire pas moins
d'utilité que d'éclat , ſemblable à ces Palais
d'une architecture noble où les ornemens
font partie de la ſolidité.
Tant de talens divers , des conditions fi
différentes , doivent avoir pour lien néceffaire
& pour principe d'égalité , une eſtime
réciproque qui vous affure celle du public.
Vous faites voir qu'il faut être digne de l'attention
quand on en devient l'objet.
L'admiration n'eft qu'un mouvement fubit
que la réflexion cherche à juftifier & fouvent
14 MERCURE DE FRANCE.
à défavouer ; les hommes n'accordent une
eftime continue que par l'impoffibilité de la
refufer , & leur févérité eft jufte à cet égard.
L'efprit doit être le guide le plus fùr de la
vertu ; on ne pourroit la trahir que par un
défaut de lumieres , quelques talens qu'on
eut d'ailleurs , & ce n'eft qu'en pratiquant
fes maximes qu'on obtient le droit de les
annoncer. Cet endroit fut écouté avec un
plaifir unanime ; rien n'eft plus honorable
pour l'Académie , que la maxime conftante
dont elle s'eft fait une loi , de ne recevoir
que des gens vertueux , rien de plus capable
de contenir les gens de Lettres, plus avides
fouvent de la célébrité que de l'eftime.
On fçait que l'ufage exige que les éloges du
Cardinal de Richelieu,du Chancelier Séguier
& du feu Roi , fe fuivent dans ces difcours
Académiques : après avoir donné aux deux.
premiers Protecteurs de l'Académie l'encens
qui leur eft dû, Louis le Grand dit M. D. C.
jugea bien-tôt que votre reconnoiffance n'avoit
pas peu contribué à mériter à des fujets
l'honneur d'être à votre tête , & qu'il n'appartenoit
qu'à votre Roi d'être votre Protecteur.
Ce Monarque mit par là le comble
à votre gloire , & ne crut pas donner atteinte
à la fienne , lui dont le caractére propre ,
FEVRIER 1747. 13
fi j'ofe le dire , fût d'être Roi , & qui n'a pas
moins illuftré les Lettres par la matiere que
fes actions leur ont fournie , que par les
graces dont il les a comblées .
Votre gloire , Meffieurs , ne pouvoit plus
croître , mais ce qui eft encore plus rare ,
fuivant le fort des chofes humaines, elle s'eft
maintenue dans le même éclat. L'Augufte
Succeffeur de Louis le Grand a bien voulu
vous adopter , & femble avoir regardé votre
Compagnie comme un appanage de la
Royauté.
Quel bonheur pour vous , Mrs. de lui rendre
par reconnoiflance & par amour le tribut
d'éloges que fes ennemis ne fçauroient
lui refufer ! Il n'en a point qui ne foient fes
admirateurs . Ils ont la douleur de fuccomber
fous les armes d'un vainqueur qui ne fe
glorifie pas même de la victoire. Il l'envifage
comme un malheur pour l'humanité ,
& ne voit dans le titre de Héros que la
cruelle néceffité de l'être . L'interêt qu'il
prend aux hommes prouve qu'il eft fait pour
commander à tous. Peu touché de la gloire
des fuccès, il gémit des malheurs de la guerre
; fupérieur à la gloire même, né pour elle ,
il n'en eft point ébloui : il combat , il triomphe,
& fes voeux font pour la paix . Senfible,
reconnoiffant , digne & capable d'amitié ,
Roi & Citoyen à la fois , qualités fi rarement
1
16 MERCURE DE FRANCE.
,
unies ; il aime fes fujets autant qu'il en eft
aimé , & fon peuple eft fait pour fon coeur.
Le François eft le feul qui fervant fon Prince
par amour ne s'apperçoit pas s'il a un
maître ; il aime , & tous fes devoirs ſe trouvent
remplis ; par-tout ailleurs on obéit. La
félicité publique doit être néceffairement
le fruit d'une union fi chere entre le Monarque
& le peuple. Que LOUIS foit toujours
l'unique objet de nos voeux ! fi les fiens font
remplis , nous n'en aurons point à former
pour nous mêmes.
Ce Difcours fut applaudi par une affemblée
nombreuſe qu'avoit attirée la réputation
des deux Académiciens qui devoient
parler. On y retrouve le ftyle rapide & bril .
lant qui caractériſe les Ouvrages de M. Duclos
; dans une matiere auffi ufée , cet Académicien
n'a été femblable à perfonne, parce
qu'il a été femblable à lui-même ; c'eft le
privilége rare des grands génies d'avoir un
ftyle qui leur foit propre & qui ne le foit à
perfonne. Les gens fupérieurs ouvrent tou
jours de nouvelles carrieres. Nous nous appercevons
fans peine que la force de la verité
nous fait répéter ici une idée du Difcours
de M. Duclos,
Paffons à la réponſe du Directeur . Les
circonftances de fon élection lui offroient
ne matiere neuve qu'il n'a pas négligé de
FEVRIER 1747. 17
traiter. Je ne dois point, dit il , au caprice
du foit l'honneur de préfider à cette affemblée
; l'Académie Françoife a voulu confier
à vos amis le foin de vous marquer fon eftime.
Elle auroit choifi entre eux , pour parler
en fon nom , fi elle n'eût été fenfible
qu'à fa gloire , un homme dont les talens
font connus , dont les fuccès font affûrés , &
qui né à la Cour , pourroit négliger les Lettres
s'il avoit moins d'efprit , & leur donner
un nouvel éclat s'il étoit moins modefte .
En me réſervant l'honneur de vous recevoir
dans fon ſein , l'Académie , M , n'a point
confulté mes forces , elle ne s'eft fouvenue
que de mes fentimens ; elle a envifagé comme
une récompenfe de mon zéle & de mon
refpect pour elle , le plaifir que j'aurois de
vous couronner à fes yeux , & de meſurer
le tribut d'estime qu'elle m'ordonne de vous
rendre aux éloges qu'infpire l'amitié .
Ainfi c'eft l'amitié qui dicte les éloges que
M. L. de B. va donner à fon nouveau confrere
, mais une amitié éclairée , qui fçait
fe défendre de la prévention , & qui eft in.
capable de flaterie ; pour éviter même toute
occafion d'illufion , le Directeur déclare
qu'il ne s'étendra point fur les Ouvrages de
M. Duclos. Ce n'eft point, pourfuit-il , ce
n'eft point à votre ami à vous dire que l'efprit
qui y regne eft un efprit de lumiere &
18 MERCURE DE FRANCE.
de feu qui vole rapidement à fon but , qui
dévore tous les obftacles , diffipe toutes les
ténébres , & ne néglige quelquefois de s'arrêter
fur les divers accidens qui précedent ,
accompagnent ou fuivent les objets , que
pour préfenter plus vivement les objets mêmes.
Il n'eft permis qu'à des Juges fans prévention
d'apprécier la noble hardieffe d'un
Ecrivain qui s'écarte des routes communes ,
non par fingularité , mais parce que fon génie
lui en ouvre de nouvelles ; qui attaque
avec force l'empire injufte des préjugés , &
refpecte avec foumiffion toutes les loix de
l'autorité légitime .
Je laifle à vos juftes admirateurs le foin
d'applaudir à votre efprit ; mon devoir eft
de parler de votre coeur , de dévolopper ,
de faire encore mieux connoître cette partie
de vous -même , fi interéffante pour nous ,
& fans laquelle , en vous décernant la couronne
du talent & de l'efprit , nous aurions
gémi de ne pouvoir vous accorder le prix de
notre eſtime.
Je dois rappeller pour la gloire des Lettres
ce tems à peine écoulé , où l'honneur
d'être affis parmi nous excita l'ambition
d'une foule de concurrens eftimables : le public
& l'Académie même partagés entre un
Ecrivain célébre , & un homme qui joint au
mérite littéraire l'avantage d'être utile à l'EFEVRILR
1747. 19
tat , s'occupoient fans ceffe des deux rivaux •
défendoient avec chaleur leurs interêts , &
attendoient avec une impatience mêlée de
crainte, le moment marqué pour le triomphe.
Jamais victoire ne fut mieux difputée, jamais
au milieu des follicitations les plus puiffantes
la liberté de l'Académie , fi néceffaire
au bien des lettres,& le plus grand des bienfaits
de notre Augufte Protecteur, ne fe conferva
fi pleine & fi entiere; jamais deux émules
ne s'eftimerent de fi bonne foi , & ne fe
firent la guerre avec tant de probité: ils combattoient
fans crainte, perfuadés que le vainqueur
deviendroit l'ami le plus zélé de fon
rival , au moment qu'il feroit nommé ſon
Juge .
L'événement juſtifia cette confiance réci
proque ; l'un & l'autre parti fe réunit ; les fuffrages
fe confondirent pour être unanimes ,
& les Juges cefferent d'être partagés en-
Etre les deux concurrens dès qu'ils eurent
deux couronnes à leur offrir.
Vous ne devez pas regretter , M. , de n'avoir
pû folliciter vous-même une place que
nous vous deſtinions depuis long-tems. Vos
amis pendant votre abfence ont achevé de
lever le voile qui déroboit vos vertus ; ils
ont révélé ces fecrets de l'honnête homme ,
ces actions généreufes faites fans oftenta .
20 MERCURE DE FRANCE.
tion & toujours cachées avec foin : ils
ont mis dans le plus grand jour cette nobleffe
de fentimens , cette fimplicité de
moeurs , ce fond de franchiſe & de probité
qui déconcerte fouvent la diffimulation ,
& attire toujours la confiance.
Pardonnez - moi , M. , de m'occuper fi
long-tems de vous ; peut être un jour placé
où je fuis , verrez - vous entrer dans ce fanctuaire
des Mufes un ami ; vous fentirez alors
combien il eft doux de pouvoir le louer publiquement
, & combien ' il eft difficile d'abréger,
fon éloge . Après avoir loué fon ami
avec une élégante délicateffè , M. L. D. B.
paffe à l'éloge de L.M. , mais nous nous fom.
mes fi étendus fur cet article dans l'extrait
du difcours de M. Duclos ; nous en avons
nous mêmes parlé fi au long dans le Mercure
de Janvier , que nous craindrions d'importuner
nos lecteurs en traitant plus longtems
cette matiere.
La fin du Difcours eft une invitation faite
au récipiendaire de venir partager les travaux
& les lauriers defes nouveaux confreres, Vous
verrez, lui dit - on, régner dans nos Aſſemblées
l'égalité la plus parfaite , malgré la difference
des conditions; la docilité la plus grande,
malgré la fupériorité des lumiéres ; la concorde
au milieu des talens , & l'union entre
les rivaux .
"
FEVRIER 21 1747.
>
Vous verrez l'Académie toujours équitable
, ne méprifer dans fes plus cruels ennemis
que l'injuftice de leur prevention , &
louer même de bonne foi les dons précieux
de l'efprit dont ils abuſent contre elle ,
Vous verrez enfin dans ce temple des Mufes
les vertus exciter autant d'émulation que
les talens. Qui , M. , l'eſtime d'un Roi Protecteur
des Arts , les bontés d'un Monarque
pere de fon peuple , font pour l'Académie
Françoife des motifs d'ambition plus puiffans
que les applaudiffemens de l'univers &
les louanges de la poftérité. Admis au pied
du Trône , vous bénirez avec nous le régne
de la Juftice ; vous célébrerez les fuccès
de la guerre , fans perdre de vûe les
avantages de la paix. L'encens de la Aaterie
ne fume point devant notre Maître le
Roi méprife la louange ; il n'aime que l'ex,
preffion du fentiment . Que nous fommes
heureux ! En ne difant que la vérité, nous faifons
l'éloge de fon régne. Ce Difcours excita
de nombreux applaudiffemenus. Il
porte par tout l'empreinte du fentiment &
de l'amitié , & en faifant honneur à l'efprit
de l'Auteur par l'élégance de la diction
, il n'en fait pas moins à fon coeur ,
M. L. D. B. lut enfuite un chant de fon
Poëme contre l'irréligion .
:
22 MERCURE DE FRANCE .
A M. DUCLOS , fur fon Difcours à l'Académie.
P Eignant votre prédéceffeur ,
Duclos , vous vous peignez vous-même ,
La vérité dans votre coeur
Eft comme à lui la loi fuprême .
La mignardiſe des propos
Dont à Paris on fe careffe ,
N'eft qu'une fauffe politeffe ,
Ou bien de la glu pour les fots.
Mongault les traitoit de frivoles
Vous en penſez également ,
Vous ne tenez qu'au fentiment ,
Et non aux froides hyperboles ,
De tous ceux que vous estimez
Vous parlez avec énergie ,
Et de tous ceux que vous aimez
Votre coeur fait l'apologie ;
La force de votre pinceau
Rend bien l'illuftre Fontenelle ,
Il nous fait voir auffi Nivelle
Toujours dans fon jour le plus beau ;
Crebillon arrive au Parnaffe
Moins en diſciple qu'en vainqueur.
Sa Mufe épouvante le coeur ;
FEVRIER
1747. 23
Apollan fourit , & la place
Au rang de fa dixiéme Soeur.
Le portrait de notre Monarque
Eft peint des plus tendres couleurs ;
L'original eft dans nos coeurs ;
Il n'aura jamais d'Ariftarque :
Je pense que votre diſcours
Devroit avoir cet avantage ,
Si la jalousie & fa rage
Avoient aujourd'hui moins de cours .
De Bonneval la Cadette.
A M. P *..
IL eft des Orateurs qui loin de la Nature
Recherchent le brillant , les fleurs , l'enluminure ,
Qui prodigues de fons , mais avares de fens ,
Malgré tout leur phébus font froids & languiffans.
D'un goût fi dépravé l'éblouiffante amorce
Affoiblit du difcours l'énergie & la force.
Que la clarté fur- tour luife dans un Sermon ,
Uniffez au fçavoir & l'ordre & la raiſon.
Tel profond & fubtil , difficile à comprendre ,
Croit avoir de l'efprit , s'il enfaut pour l'entendre.
D'un vif déclamateur évitez les travers ,
Et laiffez-le fans, fruit fe perdre dans les airs.
20 MERCURE DE FRANCE.
tion & toujours cachées avec foin : ils
ont mis dans le plus grand jour cette nobleffe
de fentimens , cette fimplicité de
moeurs , ce fond de franchiſe & de probité
qui déconcerte ſouvent la diffimulation ,
& attire toujours la confiance.
Pardonnez - moi , M. , de m'occuper fi
long-tems de vous ; peut être un jour placé
où je fuis , verrez -vous entrer dans ce fanctuaire
des Mufes un ami ; vous fentirez alors
combien il eft doux de pouvoir le louer publiquement
, & combien il eft difficile d'abréger,
fon éloge . Après avoir loué fon ami
avec une élégante délicateffè , M. L. D. B.
paffe à l'éloge de L.M. , mais nous nous fom.
mes fi étendus fur cet article dans l'extrait
du difcours de M. Duclos ; nous en avons
nous mêmes parlé fi au long dans le Mercure
de Janvier , que nous craindrions d'importuner
nos lecteurs en traitant plus longtems
cette matiere .
La fin du Difcours eft une invitation faite
au récipiendaire de venir partager les travaux
& les lauriers defes nouveaux confreres.Vous
verrez, lui dit- on, régner dans nos Affemblées
l'égalité la plus parfaite , malgré la difference
des conditions; la docilité la plus grande,
malgré la fupériorité des lumières ; la concorde
au milieu des talens , & l'union entre
les rivaux .
FEVRIER 1747. 21
Vous verrez l'Académie toujours équitable
, ne méprifer dans fes plus cruels ennemis
que l'injuftice de leur prevention , &
louer même de bonne foi les dons précieux
de l'efprit dont ils abuſent contre elle,
Vous verrez enfin dans ce temple des Mufes
les vertus exciter autant d'émulation que
les talens . Qui , M. , l'eftime d'un Roi Protecteur
des Arts , les bontés d'un Monarque
pere de fon peuple , font pour l'Académie
Françoife des motifs d'ambition plus puiffans
que les applaudiffemens de l'univers &
les louanges de la poftérité. Admis au pied
du Trône , vous bénirez avec nous le régne
de la Juftice ; vous célébrerez les fuccès
de la guerre , fans perdre de vûe les
avantages de la paix. L'encens de la Baterie
ne fume point devant notre Maître le
Roi méprife la louange ; il n'aime que l'expreffion
du fentiment. Que nous fommes
heureux ! En ne difant que la vérité, nous faifons
l'éloge de fon régne. Ce Difcours excita
de nombreux applaudiffemenus. Il
porte par tout l'empreinte du fentiment &
de l'amitié , & en faifant honneur à l'efprit
de l'Auteur par l'élégance de la diction
, il n'en fait pas moins à fon coeur,
M. L. D. B. lut enfuite un chant de fon
Poëme contre l'irréligion.
:
22 MERCURE DE FRANCE .
A M. DUCLOS , fur fon Difcours à l'A
cadémie.
P Eignant votre prédéceffeur ,
Duclos , vous vous peignez vous - même,
La vérité dans votre coeur
Eft comme à lui la loi fuprême .
La mignardiſe des propos 4
Dont à Paris on fe careffe ,
N'eft qu'une fauffe politeffe ,
Ou bien de la glu pour les fots.
Mongault les traitoit de frivoles ,
Vous en penſez également ,
Vous ne tenez qu'au fentiment ,
Et non aux froides hyperboles,
De tous ceux que vous estimez
Vous parlez avec énergie ,
Et de tous ceux que vous aimez
Votre coeur fait l'apologie ;
La force de votre pinceau
Rend bien l'illuftre Fontenelle ,
Il nous fait voir auffi Nivelle
Toujours dans fon jour le plus beau ;
Crebillon arrive au Parnaffe
Moins en diſciple qu'en vainqueur.
Sa Mufe épouvante le coeur ;
FEVRIER M
1747. 25
Apollan fourit , & la place
Au rang de fa dixiéme Soeur.
Le portrait de notre Monarque
Eft peint des plus tendres couleurs ;
L'original eft dans nos coeurs ;
Il n'aura jamais d'Ariftarque :
Je pense que votre diſcours
Devroit avoir cet avantage ,
Si la jalousie & ſa rage
Avoient aujourd'hui moins de cours.
De Bonneval la Cadette.
A M. P *.
IL eft des Orateurs qui loin de la Nature
Recherchent le brillant , les fleurs , l'enluminure ,
Qui prodigues de fons , mais avares de fens ,
Malgré tout leur phébus font froids & languiffans.
D'un goût fi dépravé l'éblouiffante amorce
Affoiblit du difcours l'énergie & la force.
Que la clarté ſur tout luife dans un Sermon ,
Uniffez au fçavoir & l'ordre & la raiſon .
Tel profond & fubtil , difficile à comprendre ,
Croit avoir de l'efprit , s'il en faut pour l'entendre.
D'un vif déclamateur évitez les travers ,
Et laiffez-le fans, fruit fe perdre dans les airs.
24 MERCURE DE FRANCE.
Un ruiffeau ferpentant embellit fon rivage ,
Mais un torrent fougueux le mine & le ravage .
L'Eloquence n'eft point féconde en vains diſcours,
Et ne fe pique point d'étaler fes atours,
Elle eft nob le fans fard , & fimple fans baffeffe ,
Et joint au fentiment la force & la juſteſſe.
D'un Dieu jufte & clément nous montrant le pou
voir ,
Elle fçait tour à tour éclairer , émouvoir ,
Et felon les fujets , ſublime ou pathétique ,
C'est le coeur par ſa voix qui s'énonce & s'explique ,
L'Eloquence docile à la Religion ,
A la loi du devoir foumet la paffion,
Ce que vous propofez faites- le bien entendre ;
Peut-on croire en effet ce qu'on ne peut comprens
dre ?
Pour diffiper la nuit de l'incrédulité
Il faut que la raiſon nous prête fa clarté .
Un difcours trop abftrait envain frappe l'oreille;
L'Auditeur fatigué ferme l'oeil & fommeille.
La louange ne fert qu'à nourrir notre orgueil .
Un fuccès trop brillant eft un fatal écueil ,
Mais indigne inftrument de la fainte parole
Le Sacrificateur lui- même eft fon idole ,
E : s'arrogeant l'encens qu'il doit à l'Eternel ,
Du temple de fon Dieu fait un prophane Autel..
L'Orateur orgueilleux , que flate' l'auditoire ,
Penfe à notre falut beaucoup moins qu'à fa gloire ,
Et fottement enfle d'un éloge trop vain ,
Perd
FEVRIER 1747. 25
1
Perd lui-même le Ciel qu'il procure au prochain.
Prêcher la vérité n'eft point un jeu frivole.
La Chaire n'admet point les clameurs de l'Ecole,
L'Ecriture fournit de grandes vérités :
Ne cherchons point ailleurs de futiles beautés,
De figures fans nombre elle offre la matiere.
L'on ne s'égare point marchant à fa lumiere.
De ce que vous prêchez foyez bien convaincu ;
Ce n'eft qu'aux vertueux à prêcher la vertu .
Jean-Baptifte Tollet.
O DE SUR LE TRAVAIL.
Toi que fuivent les ennuis ,
Oifiveté , mere du vice ,
Tyran qui formes le fupplice
Des foibles coeurs que tu féduis :
Fui loin de l'homme qui fommeille ,
Qu'il ouvre les yeux , qu'il s'éveille.
Laiffe triompher le remords .
Fui le lâche à qui tu fçais plaire , :
Indigne du jour qui l'éclaire ,
Languit vivant au
rang
des morts,
A la molleffe abandonné ,
Jadis affervi fous tes chaînes ,
B
8 MERCURE DE FRANCE ,
D'amers chagrins , d'affreuſes peineş
J'étois toujours environné :
Aujourd'hui dans ma folitude
Fixé par toi , riante étude ,
Mon coeur fe livre à tes attraits :
Sorti des bras de la pareffe ,
J'abhorre fa fatale yvreffe ;
Je l'ai quittée , & je renais.
Du travail le fentier fcabreux ,
Où des foins marche le cortége ,
Mais qu'une noble ardeur abrége ,
Mene l'homme au repos heureux,
Le mol chemin de l'indolence ,
Semé de fleurs en apparence ,
Où le plaifir paroît regner ,
Nous conduit efcortés d'allarmes.
Aux foucis , aux foupirs , aux larmes
Dont il fembloit nous éloigner.
Fiers & redoutables Guerriers ,
Courbés fous le faix des ſervices ,
Vos travaux & vos cicatrices
Couronnent vos fronts de lauriers ,
Sardanapale , un fort tragique ,
Prix de ton bonheur léthargique ,
T'attend fur un bucher fatal ,
Toujours l'oifiveté nous joue ,
- Rome aux délices de Capouc
Dut la défaite d'Annibal,
FEVRIER 1747. 27
De l'oeil pour frapper les filets
Le foleil darde la lumiere ,
Et fi je n'ouvre la paupiere ,
La nuit me cache les objets.
Près d'une ame molle , indolente ,
Je vois de la vertu brillante
Reluire le divin flambeau ,
Mais la pareffe , épais nuage ,
De la vertu cache l'image
Et la lueur d'un jour fi beau,
L'hyver ravage nos climats ;
Tout eſt triſte dans la nature ;
Les prés dépouillés de verdure
Languiffent fous les noirs frimats,
Si la chaleur n'aide la terre
A produire ce qu'elle enferre ,
Tout demeure au fein du néant.
Tel qui fur fon eſprit ſe fonde ,
Si le travail ne le feconde ,
Croupit à l'ombre du talent.
Hercule après de longs travaux
Dompta fa puiſſante rivale.
Que vois-je ? il file avec Omphale ,
Et l'homme éclipfe le héros.
Après la fin d'un long ouvrage ,
Unloifir doux , tranquile & fage
Au travail doit nous préparer,
Bij
28 MERCURE DE FRANCE
D'un long repos fuyons l'amorce ,
De l'homme il énerve la force
Que le loifir doit réparer.
Arts , qui nous créez des befoins
Enfans d'un luxe mépriſable ,
Vous rendez l'homme miſérable ;
La raiſon détefte vos foins .
Loin d'être utile à la patrie ,
Votre adreffe , votre induftrie
L'accablent fous d'indignes fers.
Par l'homme coupable & barbare
Monftres évoqués du Tenare ,
Rentrez au féjour des enfers.

Vous regnez fur des coeurs foumis
Plus dangereux que le tonnerre ;
Votre fouffle infecte la terre
Quittez ces lieux , chers ennemis.
Partez fuivis de la licence ;
Que fur les mortels l'innocence
Reprenne un pouvoir abfolu.
Contentons -nous du néceffaire ;
N'augmentons pas notre miferę
Par le défir du fuperflu .
Quoi donc tout rougit de fes traits ;
Siécle pervers ! tems déplorable !
Le fard regne jufqu'à la table ,
FEVRIER 1747. 29
Et me cache le nom des mêts .
Guidés par l'austére fageffe
Fuyons le luxe & la molleffe ;
Avec eux la vertu périt .
Brifons le joug de leurs caprices.
L'oiliveté produit les vices
L'infâme luxe les nourrit.
Lacoste , Avocat.
BOUQUET à Madame D **,
AImab
Imables fleurs qu'au fein de Flore
Zéphyre d'un fouffle amoureux
Pour les Amans a fait éclore
Au milieu des hyvers affreux ,
D'un jeune éléve de Cythere
Annoncez les timides feux ;
Offrez mon coeur à ma Bergere
Avant que je m'offre à fes yeux .
Si de vos parfums ma Silvie
Daigne accueillir la tendre odeur
Si fa légere main délie
Les noeuds où palpite fon coeur ,
Volez fous ces heureufes chaînes ,
Et panchez-vous languiffamment ;
B iij
to MERCURE
DE FRANCE
Epuiſez vos douces haleines
A careffer ce lieu charmant.
Les guirlandes qui dans les cieux
Ceignent les têtes immortelles , -
Vous verront d'un oeil envieux D
De l'amour miniftres fidelles ,
Finir par un fi beau deftin :
Mes chers défirs , belle mortelle
Leur immortalité vaut elle
La douceur de mourir une fois fur ton ſein ?
A C. par M. de S. G***.
EPITRE à M.
C Her B ...qui goûtes fans ceffe
D'une fage volupté
L'aimable & charmante yvreffe :
Toi , dont la fincérité
Ne fçait point avec adreſſe
Au menfonge détefté
Donner l'air de la vérité ,
Reçois des vers que la pareffe
"
Dans une heureufe offiveté
Enfante avec facilité
Sous les yeux du Dieu du Permeffe.
FEVRIER 31 1747.
La précieuſe liberté
Ecarte la fombre trifteffe
De ce féjour enchanté.
J'y goûte avec délicateffe
Des plaifirs que la fageffe
Et la raifon ont apprêté
Pour un coeur qui s'intéreſſe
A leur brillante clarté.
La faine Philofophie
A la divine Poëfie
Mêle fes attraits enchanteurs ,
Et chaque inftant de ma vie
Dans une douce rêverie
Me voit couronné de fleurs.
Tel jadis l'amant de Glicere ,
Loin de la ville & du bruit ,
A fa campagne folitaire
Cultivoit fon efprit :
Ainfi loin des yeux du vulgaire ,
Content du fimple néceſſaire ,
Dans ce charmant petit réduit ,
Rouffeau , Milton & Voltaire
Me donnent l'or qui m'enrichit.
Bij
32 MERCURE DE FRANCE.
LETTRE de Monfieur le Cat , Correfpondant
de l'Académie des Sciences de Paris ,
Membre de celles de Londres , Madrid &
Rouen , à Monfieur Morand , Membre
des Académies de Paris , Londres , Bologne
, Petersbourg & Rouen. Sur la Taille
la Gangrene feche.
Ous avez , Monfieur , une forte de
V droit aux nouvelles découvertes qui
enrichiffent notre Art par le zéle fincere
qui vous anime , & par la réputation dont
Vous jouiffez à fi jufte titre. Vous avez été
le premier à recueillir & à faire valoir les
fuccès que j'ai eûs dans l'Opération de la
Taille Latérale , & vous avez parlé en faveur
de ma Méthode de traiter la Gangrene
féche en publiant dans Paris des effets
furprenans de cette Méthode , tels que la
fuppuration & la régénération des chairs
établies par mon Traitement dans une de
ces maladies défeſpérées , mais vous n'avez
eû garde de confondre dans l'événement la
conduite du Praticien avec des accidens
étrangers confufion que l'ignorance & la
malignité feules peuvent fuggérer.
Après des procédés auffi nobles de votre
FEVRIER 1747 .
33
part , Monfieur , je ferois un ingrat , & je
connoîtrois mal mes véritables intérêts &
ceux de la Chirurgie , fi je ne me hâtois
de vous annoncer des fuccès , que vous
fçavez fi bien animer par le bon uſage que
vous en faites. Ceux dont je vais avoir l'honneur
de vous faire part , M. , font dans les
deux genres dont je viens de parler , la
Taille & la Gangrene féche.CesObfervations
Vous appartiennent encore par des circonf
tances qu'il fera aiſé d'y remarquer.
M. votre fils , M. , & deux de vos Eleves,
M. Beaumont , fils du Chirurgien ordinaire
du Roi d'Eſpagne , & M. Ricord , fils du
premier Chirurgien du Roi de Portugal ,
m'ont vû faire huit Tailles Latérales le 19
Mai de l'année 1746 , & en ont fuivi
la cure près de quinze jours ; toutes ces
Opérations ont eu un heureux fuccès.
Quelques - uns des . Sujets n'ont pas même
cû de fiévre , aucun d'eux n'a fuccombé
fous les accidens fi ordinaires à cette Opération
, & c'eſt le fixiéme printems de 14
que j'ai paffés en Normandie , dans lequel
il n'eft mort aucun de ceux que j'ai taillés. Je
n'entrerai point ici dans un plus long détail
; je le réſerve à l'ordinaire , pour l'Académie
des Sciences ; donnons le refte de
cette lettre à l'Obfervation fur la Gangrene
féche.
BY
34 MERCURE DE FRANCE.
Thomas le Monnier , Charpentier , de la
Paroiffe de Berville en Romois , âgé actuel
lement de foixante- fix ans , fut pris en Décembre
1744 de grandes douleurs de goutte
au pied droit , mais qui étoient fans tumeur.
Ces douleurs n'avoient éré précédées
d'aucune maladie . Thomas avoit vécu
durement , il avoit beaucoup travaillé du
métier de Charpentier , & il le faifoit encore
dans des lieux marécageux , & par des tems,
mauvais & froids , lorfqu'il fût pris de cette
douleur ; c'eft tout ce qu'il a pû nous apprendre
fur l'origine de fa maladie..
"
Il fit inutilement tous les remedes que:
fes amis lui enfeignerent ; fes douleurs perfifterent
, & il lui fut impoffible de marcher.
En Novembre 1745 , c'est-à- dire
onze mois après fa premiere douleur , le
pouce du pied lui devint noir , & cette
noirceur gagna infenfiblement les autres
doigts , puis le pied , & enfin les chevilles
du pied , fans qu'aucuns remedes ayent pû
l'arrêter. M. Hebert , Chirurgien de Bour
throude , qui le vit alors , ayant d'abord reconnu
cette maladie rare , & au- deffus des
remedes ordinaires , fe hâta de nous l'envoyer
à l'Hôtel-Dieu de Rouen , où il arriva
précisément le jour de la Taille 19
Mai , c'est - à- dire environ fept mois après
que la Gangrene s'étoit manifeftée au pouce ,
FEVRIEK 1747.
35
& dix- huit mois après la douleur prétendue
gouteufe qui y avoit fervi de préliminaire.
Sur tous les faits que je viens de vous
expofer , Monfieur , j'ai un procès verbal
authentique dreffé fur les lieux par le Curé
, le Chirurgien , le Syndic & les principaux
habitans de la Paroiffe.
M. votre fils , M. , & fes deux Collégues
virent ce malade : il avoit le pied entier
gangrené , noir & fec , l'articulation & les
chevilles du pied , fur - tout l'externé étoient
compriſes dans cette Gangrene ; fon pouls
étoit petit & un peu fiévreux ; il ne dormoit
jamais deux heures de la nuit , & fouffroit
des douleurs cruelles ; il étoit d'une
maigreur extrême , & avoit un teint jaune
& plombé ; fon autre pied étoit très- enflé
ædemateux , & nous annonçoit avec le vifage
cadavereux du malade une nature
épuifée. Je ne fçais s'il eft quelque Gangrene
feche mieux caractériſée , plus defavorablement
placée que celle- ci , & dont les caractéres
ayent eu plus de témoins , car outre
la Chirurgie & quantité d'autres perfonnes
de notre Hôpital , l'aventure de M. ***
nous attira de toutes parts des curieux ,
gens de l'Art & autres.
Je me gardai bien , M. , d'attaquer une
telle maladie avec le fer , par les amputations
& les fcarifications , qui achevent d'é-
B vj
36 MERCURE DE FRANCE .
teindre les fources de la vie dans un genre
nerveux , qui n'eft déja que trop confterné ,
& par lesquelles j'ai vû périr les malades
les mieux fondés à efperer leur guériſon.
Cette doctrine , M. , ne vous est pas nouvelle
; vous l'avez foutenue dans une occafion
de cette efpéce , & M. le Dran même
l'adopte auffi , page 30 de fon Traité
des Opérations ; Saviard l'établit encore
mieux par la trifte expérience qu'il a faite
de la pratique contraire pag. 98 de fes
Obfervations , auffi- bien que la Motte , Obfervation
307. Ce dernier , malgré fes préjugés
en faveur des fcarifications , fournit
en vingt endroits des faits ou des aveux
contre l'ufage des inftrumens tranchans
dans ces fortes de maux , & fur- tout pag .
371. tom. 3 .
Ces autorités , M. ,font fuperflues vis - à - vis
de ceux qui ont de l'expérience & des principes
fur cette maladie , mais elles font néceffaires
à des gens qui y font affés novices,
pour ignorer jufqu'au nom de Gangrene ſeche
, qu'ils confondent avec les autres efpéces
, & qui veulent cependant preſcrire les
régles de fa cure.
Dans cette maladie , M. , dont les caufes
font au- dedans , je fais mon capital des
remédes intérieurs , cordiaux , vivifians ,
diaphorétiques , &c. capables de ranimer ce
FEVRIER 1747. 37
principe de vie chancelant , & de le faire
rayonner juſqu'aux extrémités .
Mes topiques du genre des émolliens ,
attractifs , aromatifés , concourent au même
but , en facilitant dans la partie cette affluence
du fang & des efprits provoqués par
les remedes intérieurs ; affluence dont l'interception
fait le caractére diftinctif de la
Gangrene féche. J'évite comme des poiſons
mortels les topiques fpiritueux , aqueux ,
empreints de volatils , ceux qui font chargés
de parties falines , actives , violemment ftimulantes
& autres en ufage dans les Gangrenes
ordinaires , tous remedes propres à
refferer & deffécher davantage le tiſſu des
parties , à y augmenter l'érétisme douloureux
& les difpofitions à la Gangrene féche .
Toute ma théorie fur cette maladie , M.,
& la pratique heureufe qu'elle m'a dictée ,
font compriſes dans le peu que je viens d'avoir
l'honneur de vous dire ;c'en eft plus qu'il
ne faut à un homme auffi intelligent que vous
pour les deviner en entier , & fentir les erreurs
où l'on eft communément fur cet article
, en attendant que je puiffe les developper
dans un ouvrage exprès. Reprenons notre
Obfervation.
La fuppuration s'établit aux chevilles du
pied de Thomas . & les eskarres fe diftinguerent
des chairs vives dès les premiers jours
du traitement , comme vous l'avez vû à
38 MERCURE DE FRANCE.
M.*** , & après le tems ordinaire à ces fortes
de fuppurations , le pied & le bas des
chevilles ou malleoles fe féqueftrerent &
tomberent d'eux-mêmes en entier , & nous
laifferent un moignon tout recouvert d'une
couche charnue , à quelques petites pointes
d'os près , qu'on ne voyoit pas facilement ,
mais qu'on fentoit en paflant le doigt fur
ces nouvelles chairs.
Après ce féqueftre , ceux des tendons des
mufcles du pied qui font couchés le long
de la jambe , formerent des abfcès , des
fufées , certains praticiens euffent ouvert
ces fufées dans toute leur étendue , & ces
grandes incifions euffent appellé l'affection
Gangreneufe jufques dans l'intérieur , &
fait périr le malade , comme je l'ai vû arriver
tout récemment par de femblables manoeuvres
, mais conduit par d'autres principes
j'ai laiflé amaffer le pus dans ces fufées ;
il y forma des poches , & quand il en eût
fort émincé la peau , j'ouvris prefque fans
douleur , dans l'endroit feulement de la poche.
Ces égoûts fuffirent , & pour l'évacuation
du pus , & pour la fortie des tendons. Ils
ne furent pas plutôt tombés que les tégumens
ouverts & non ouverts fe recollérent & fe
cicatriférent ; c'eft ainfi qu'en écoutant la
nature , en la ménageant , en lui confiant la
principale partie de cette Opération , mon
FEVRIER 1747. 59
malade ſe tira de ce qu'il y avoit de plus
dangéreux dans la cure de la Gangrene feche
, après le féqueftre de la partie principale.
Enfin après fix à fept mois de traitement
, le moignon -inème s'eft cicatrifé.
Vous vous doutez bien , M. , qu'une fi
longue cure n'a pû fe faire fans avoir effuyé
des accidens . Thomas nous en a fourni de
plus d'une espéce . Je paffe pour abréger
plufieurs accès très- vifs d'une fiévre accidentelle
, & plufieurs indigeftions des plus
férieuſes , dont l'une , arrivée le 15 Juillet ,
a tenu le malade fans connoiffance pendant
vingt heures, & a été fuivie d'une fluxion de
poitrine accompagnée de crachats du plus
mauvais préfage. Ce font autant d'orages
dont le fouvenir ne peut à préfent que rendre
la convalefcence plus précieufe & plus
agréable.
Le même M. Ricord votre Eléve , qui a
vû Thomas le Monnier gangrené en Mai ,
a repaffé par Rouen le 2 Novembre , & il
a revû le même malade , dont la cicatrice
n'avoit plus à couvrir que la grandeur d'un
denier actuellement , non-feulement certe:
cicatrice eft parfaite , mais encore le Monnier
jouit d'un embonpoint dont nous ne
le croyions pas, fufceptible , & qui nous annonce
une habitude bien exempte des vices
, principes de cette maladie , enforte
40 MERCURE DE FRANCE.
que je ne ferois pas furpris que ce bon
homme parvint à une grande vieilleffe , j'en
ai des exemples dans ceux que j'ai traités
de ce mal : la Dame Fournaife , Marchande
de bois à Rouen , que j'ai guérie en 1738,
eft encore vivante , & a foixante-treize ans.
Noel- Simon Charbonnier de Perriez- fur-
Andel , que j'ai guéri en 1740. eft encore
venu à Rouen en 1744 , en bonne fanté &
âgé de 69 ans. Pierre le Febvre , Chapelier
de Rouen , rue Martainville , que j'ai guéri
vers le même - tems , a vécu jufqu'à 74 ans ,
& il eft mort d'une fluxion de poitrine ,
fans avoir eû depuis fa cure le moindre
reffentiment de cette premiere maladie.
L'opinion commune fur l'impoffibilité de
guérir radicalement la Gangrene féche
eft donc auffi fauffe que la méthode ordinaire
de la traiter eft mauvaiſfe. Cependant ,
M. , je me garderai bien de vous donner la
mienne pour infaillible , je n'en connois
point de cette efpece dans aucune maladie
interne,mais ce que je puis vous affûrer, c'eſt
que depuis huit à neuf ans que je l'employe ,
elle n'a manqué de guérir aucun de ceux
qui l'ont fuivi exactement , & qui ont obfervé
le régime qu'elle prefcrit : ç'en eſt
affés , ce me femble , pour conftater fon
excellence . Je fuis , & c. à Rouen ce 15 Décembre
1746 .
FEVRIER 1747.
41
IMITATION d'une Ode d'Horace. '
Diffugere nives . Libro Iº . Oda xv.
·LA
A neige diſparuë a chaffé la froidure ,
Et l'efpoir des moiffons orne enfin nos guérets,
Le changement de la nature
Annonce un doux azyle à l'ombre des forêts .
Les eaux n'inondent plus nos fertiles campagnes ,
Les fleuves épurés font rentrés dans leurs lits ;
Eglé danſe avec fes compagnes ;
Zephire en badinant agite fes habits.
Les ans en s'écoulant femblent vouloir nous dire,
N'efpérez pas joüir de l'immortalité ;
Aquilon fait place à Zephire
Et le Printems bientôt fera place àl'Eté.
Detoutes les faifons telle eft la deftinée.
Quand la féconde Automne aura donné fes fruits
Auffitôt l'horrible Borée
Changera nos beaux jours en de ftériles nuits .
Le foleil cependant terminant ſa carriere ,
Recommence à l'inftant à prendre un nouveau
cours ,
4
MERCURE DEFRANCE
Mais nous ne ſommes que pouffière ,
Quand la Parque a tranché la trame de nos jours,
Le tems fuit loin de nous plus leger qu'un nuage ,
Et nos jours font foumis aux ordres du deſtin ;
Du préfent faifons donc ufage ,
Peut-être qué pour nous il n'eft point de demain ,
Que fert fur l'avenir d'être toujours timide ?
Joüiffons de l'état où le fort nous a mis.
Des mains d'un héritier avide
On fauve les trefors donnés à fes amis .
Minos fera fortir de fon urne fatale
Lefort qui nous attend après notre trepaš ,
Alors de la rive infernale
L'or ,lerang , les talents ne nous fauveront pas.
Pour Hyppolyte envain Diane eft empreſſée ,
La Déeffe le voit traverfer l'Acheron ,
Et malgré fes efforts , Thefée
Laiffe Pirithous au manoir de Pluton.
CAMPAN. O. D. L. R.
EEVRIER 1747. 43
4 :34: 54: 43:4: 4
FABLE, Le Chathuant la Fauvelle.
UNN Chathuant laffé de n'avoir rien à faire ,
Un jour tout d'un coup entreprit
De fe mêler de bel efprit ;
L'entrepriſe étoit téméraire ;
Pour notre ami c'étoit bien ført ,
Mais dans le fond avoit- il tort ?
Sots , ignorans , chacun s'en mêle ,
Et vers de toutes parts pleuvent comme la grêle.
Nos gens fans fe douter des Loix de ce bel Art ,
Riment fans goût & par hazard :
Le galand rimailla , fit quelques ariettes
Pour maintes gentilles chouettes ,
Il plut même aux chauvefouris ,
Et l'arbitre partout des plaifirs & des ris ,
Il caquetoit à leurs toilettes ,
Et gagnoit le coeur des mieux faites .
Impromptus digérés , fonnets , bons madrigaux ,
J'en ai , fans me vanter , difoit-il , des plus beaux ;
Quelqu'un veut-il des épigrammes ?
On n'a qu'à dire un mot , j'ai des épithalammes.
Il étoit applaudi ; l'on goûtoit fon talent ;
L'orgueil qui rend fous les plus fages ,
Dans la tête d'un fot caufe d'affreux ravages !
L'animal devint infolent .
44 MERCURE DE FRANCE
Un jour l'infipide Poëte ,
Pour juger de fés vers s'adreſſe à la fau vette
Raconte fes exploits ; j'ai fçû plaire aux hiboux ;
Meffieurs les chatshuants trouvent mes vers très
doux ;
Ecoutez une chanfonette .
J'admire vos approbateurs ,
Répondit en volant la prudente fauvette ;
L'on fçait combien font connoiffeurs
Les beaux efprits de votre espece ,
Mais croyez-moi , c'eſt un travers ;
La nature jamais ne vous fait pour les vers ;
Je prends congé de votre Alteffe .
La bête aux yeux hagards méprifa cet avis ;
La fauvette eft une pecore ,
Difoit-il ; le talent nous fait des ennemis ,
Mais dûffent-ils crever , je veux rimer encore :
Rien ne corrige un fot , furtout un fot Auteur ;
Toujours la critique le choque ,
La louange le perd , & l'encens d'un flateur
Eft pour lui le moins équivoque .
JORRIER DELAY.
FEVRIER 1747. 45
ohhhhhhhhhhh
REPONSE à la Question proposée dans
le Mercure de Novembre 1746.
J
E ne doute pas que la queftion de fçavoir
lequel eft le meilleur d'avoir une
connoiffance médiocre de toutes chofes ,
ou bien de pofféder un Art ou une Science
au plus haut dégré , & d'ignorer toutes les
autres , ne produife de folides réflexions ,
aufquelles je foumnets d'avance ma décifion ,
ne prétendant point trancher la Queſtion.
On pourroit d'abord objecter que la
Queſtion n'en fait pas une par la difficulté
de trouver un homme qui excelle dans un
Art ou dans une Science fans le fecours
de plufieurs connoiffances qui en font
comme les préliminaires , & qui cependant
détachées de leur tout , forment chacune un
corps de fcience particulier. L'Avocat en
fournit un exemplé fenfible ; on convient
affés que la bafe de cette profeffion eft une
connoiffance profonde des Loix , mais on
fçait que fans le fecours d'une bonne Logique
, fans une étude particuliere de la Réthorique
, fans une connoiffance exacte de
la pureté de fa Langue il ne pourra jamais déeler
le tiffu embarraffé d'un ſophiſme cap46
MERCURE DE FRANCE
tieux , donner de la force à fes argumens ,
compofer avec méthode , embellir fa compofition
, plaire enfin autant par la beauté
de fon élocution , que par la force de ſes raifonnemens.
Il paroît donc prefque impoffible
de réalifer la fuppofition de l'Auteur dy
problême .
On pourroit ajouter qu'il eft dans l'Etat un
grand nombre de profeffions dont le peu
d'étendue demande auffi une application
moins conftante : des talens fort ordinaires
fuffifent toujours pour y réuffir , & le plus
occupé trouve le loifir de fatisfaire fa curiofité
naturelle , en la promenant fur les objets
qui flatent d'avantage fon goût .
Mais on peut aller encore plus loin , & decompofer
ainfi le problême ; envifagera t- on
l'amufement de la Société ou fon utilité
réelle?
Sous le premier point de vue , on ſe fentiroit
naturellement porté à donner la préférence
à celui qui par la variété de fes connoiffances
, & la légéreté de fa converſation
foutient & anime un cercle gracieux , qu'un
Sçavant profond fatigueroit bien - tôt par fa
docte monotonie. Nous n'eftimons l'efprit &
les talens dans les autres , qu'autant qu'ils
peuvent nous faire briller , & notre amourpropre
eft toujours mécontent de celui qui
luiravit cet avantage. L'efprit s'inftruit moins
FEVRIER 1747.' 47
fans doute dans ces converſations , mais il y
brille avec plus d'éclat , & il eft plus fatiffait
de l'apparence pompeufe du fçavoir ,
que du fçavoir même. Si au contraire l'on
envifage l'utilité réelle de la Société
( & c'eſt le fens naturel que doit avoir
la Queſtion , pour être intéreffante ) on peut
décider hardiment qu'il vaut mieux exceller
dans un Art , ou dans une fcience , &
rer les autres , que de les connoître médiocrement
& de n'en poffeder aucune à fond.
La juftice de cette préférence devient fenfible
par deux fimples réfléxions .
igno-
1º . Il n'y a point d'Art où de fçience qu'on
ne puiffe concevoir infini . Plus on avance ,
plus on découvre de nouvelles terres inconnuës
: laperfection, ainfi que le vrai , confifte
en un point , mais c'eft le dernier effort de
l'efprit humain de le faifir , encore ne peutil
jamais fe flater d'y être parvenu.
2 °. Notre efprit eft trop borné pour embraffer
à la fois une vafte étendue de connoiffances
, & en faifir au même dégré d'évidence
les premieres vérités , qui fe dérobent
à notre avidité de tout connoître . L'im
menfité de la nature eft un obftacle per
pétuel qui arrête notre efprit ; heureux s'il
pouvoit bien fe convaincre des bornes de la
raifon humaine ! Il eft peu de ces génies heureux
également propres à tous les genres
48 MERCURE DE FRANCE.
ces phoenix femblent être le pénible enfan
tement d'un fiécle , tant la nature avare de
de fes dons en fournit peu d'exemples.

Ces deux réflexions fuffiroient pour démontrer
que la vie entiere d'un homme fuffit
à peine à la connoiffance parfaite d'un Art où
d'une Science . Mais l'expérience de tous les
fiécles affûre cette vérité. Le progrès des
Arts & des Sciences eft dû à l'efprit actif&
entreprenant de fçavans hommes conftamment
livrés à un travail opiniâtre . C'eſt à
leur zéle infatigable que nous fommes redeyables
de la plupart des découvertes qui
ont embelli nos Cités , augmenté notre commerce
, enrichi l'Etat , multiplié nos commodités
, affùré notre repos. Ces grands
hommes frayant la route à de nouvelles découvertes
, ont facilité les moyens d'y parvenir
; ils ont , pour ainfi dire , répandu les
premieres femences des fruits , qui ne devoient
germer & éclore que long-tems après
eux .
L'inftitution de nos Académies montre
qu'on a cru néceffaire d'affigner à chacun
des membres qui la compofent un genre
de Science particulier. Le plan de cette
economie n'a pu être fondé que fur le prinpû
cipe certain , que chaque Science eft infinie
, & que l'efprit de l'homme efttrop borné
pour faifir également les connoillances
lef
FEVRIER 1747.
49
les plus oppofées ; cette méthode à réuffi ;
de nouvelles découvertes , ou d'anciennes
connoillances perfectionnées , d'ingénieufes
pratiques , en ont prouvé l'utilité . En effet
l'efprit toujours fixé à un même objet , en
faifira plus facilement toutes les faces . Il ne
pourra l'étudier , l'approfondir , fans y découvrir
de nouvelles propriétés qui le conduiront
à de précieufes découvertes .
Mais ce n'eft pas encore affés d'avoir fait
fentir l'utilité réelle de cette préférence , il
faut montrer l'avantage que chaque particulier
en retire .
Nous concevons tous aifément qu'il eſt
très difficile qu'un homme qui paroît pofléder
tous les Arts , toutes les Sciences , excelle
dans aucun. Il eft plus fuperficiel que folide
, dit-on auffi-tôt , parce qu'on fent qu'il
n'a pû effleurer toutes les matieres , acquérir
une connoiffance générale de toutes les Sciences
, qu'en partageant continuellement fon
tems entre divers objets. On fçait d'ailleurs
qu'il n'eft point d'Art ou de Science , qui ne
demande un travail opiniâtre , une application
conftante ; la perfection n'eft que le fruit
de l'affiduité.
Soumettez cet efprit brillant, ce génie vaſre
, cet homme univerfel, à un examen profond
, decompofez -le : il fçait infiniment. Il
traite tous les fujets , mais chaque exami
C
50 MERCURE DE FRANCE.
pateur hefite fur le choix du département
qu'on peut lui affigner. Il n'eft ni
Géométre , ni Phyficien,ni Chymitte. H paroît
tout , & n'eft rien , il vaut lui feul une
Académie ; il ne vaut pas un Académicien .
Or je demande fi ce fera ce beau genie , cet
homme univerfel qui perfectionnera la Navigation
par le fecours de l'Aftronomie ? Qui
forcera la Nature par le fecours de l'Art? Qui
réduira en pratique utile une Théorie ftérile?
Concevons pour un inftant un grave Magiftrat
, curieux Chymifte : un Médecin ,
habile Théologien : un Ingénieur , profond
ftronome : un Peintre , docte Jurifconfulte:
an Muficien , bon Medecin : cet alliage paroîtra
monftrueux ; on décidera hardiment
que cet homme n'eft rien en effet , ou qu'il
a négligé fa vraie profeffion.
On ne pourra lui accorder fa confiance ;
ilembraffe trop d'objets , dira-t- on , pour exceller
dans fa profeffion . Si ce jugement eft
un préjugé , vous lutteriés envain contre ,
jamais vous ne pourrez le détruire. L'intereft
perfonnel du Citoyen fe trouve donc uni
à l'utilité réelle de l'Etat .
Il eft fans doute honorable à tout Citoyen
de travailler à contribuer au bonheur des
autres : il eft flateur pour la Nation de fe
voir refpectée chés les Etrangers du côté
FEVRIER 1747. St
de l'efprit. Mais combattons l'erreur du fiécle
, trop amateur du faux brillant qui accompagne
l'efprit de polymathie. Avouons
que la connoiffance de beaucoup de chofes
peut-bien enfanter le fuperficiel , mais qu'elle
exclut néceffairement le profond. Cependant
la Nation doit fes avantages au travail
opiniâtre de l'Artifte & du Sçavant ;
le Citoyen n'eft perfonnellement eftimé
qu'autant qu'il le livre tout entier à ſon état;
tout confpire donc , tout s'unit pour accorder
une préférence folidement appuyée fur
l'utilité commune , a la connoiffance parfaite
d'un Art ou d'une Science , fur la connoiffance
médiocre de tous les Arts & de toutes
les Sciences.
Par M. Reynand Avocat au Parlement.
+3←> 3< >23< >23< 3< 3< 3<
CAPRICE.
LE coeur rempli de celle qui m'engage ,
Au coucher du Soleil j'errois dans un bocage ;
J'entends du bruit , je crois la voir ,
Flaté d'un trop crédule eſpoir ,
Je cours pour l'embraffer , mais quelle eft ma furprife
!
C'étoit l'amour ; je ne trouve point Life.
Cij
52 MERCURE DE FRANCE,
Va , me dit - il ; j'ai fait naître les feux
Dont tu brules pour cette belle ,
C'est à moi de te rendre heureux ;
Life paroît. Il me laiffe avec elle.
Par M, D. L. T. F.
TRADUCTION
.
I Llius que me devinxit imagine plenus ,
Errabam umbrofo , fole cadente , loco.
Aures percellit ftrepitus : vidiſſe puellam
Delufus nimiâ credulitate , puto.

Pronus ad amplexum curro , fed quis ftupor ! ecee
Quod fuerat vifum Lifa , videtur amor.
Vade ait , hos ipfi,juvenis , ftimulavimus ignes
Comburit pectus queis tua Lifa tuum .
Felicis , noftrum eft , pignus tibi pandere vita.
Lifa venit ; pignus , Lifa relicta , datur.
D. L. T. F
FEVRIER 1747.
53
QUATRAIN.
H Eureux qui dès fon premier âge
A fa vertu fit un rempart !
On ne peut trop tôt être fage ,
Mais on ne l'eft jamais trop tard .
*XX
IMITATION
De la cinquiéme ODE du premier Livre
d'Horace.
Quis multa gracilis te puer in rofa.
PERFIDE Lycoris , inconftante maîtreffe ,
Quel eft cet adonis ? Cet amant parfumé ,
Qui dans un antre obſcur , à l'amour confacré ,
Sur l'autel de ce Dieu vous prouve ſa tendreffe ? ]
Pour qui ces noeuds galands que forment vos che
veux ?
Ces bouquêts de brillans qu'on voit fur votre tête ?
A qui deftinez vous les plaifirs de la fête ?
C iij
54 MERCURE DE FRANCE.
Enfin quel eft l'objet de tant d'apprêts pompeux ?
Ce Médor fentira l'effet de vos caprices. ,
Quand fauffant votre foi , quand malgré vos fermens
,
Vous formerez un jour d'autres engagemens ;
Alors des flots de pleurs payeront ces délices.
A préfent qu'il ignore un danger fi prochain
11 poffede en vainqueur fa nouvelle conquête ,
Mais lors qu'après le calme il verra le tempête ,
Son efprit & fes fens fe glaceront ſoudain ,
De ceux que vous trompez que le fort eft à plaindre
!
Vos difcours engageans , vos appas fuborneurs ,
Votre efprit , votre amour , vos regards féducteurs
Plus que ceux de Médufe , ingrate , font à craindre.
Qui mieux que moi le fçait ? Mon naufrage eft récent
,
Mes habits tout mouillés au temple de Neptune
Sont un touchant tableau de ma trifte fortune ,
Et marquent le péril qu'on court en vous aimant.
Delalaure , A. E. P.
FEVRIER. 1747. 55
DIALOGUE
DE CLORIS ET DE TIRCIS
CLORIS:
M A brebis la plus chere eft foible & languil
fante.
La vois tu fe coucher fur le bord des ruiffeaux,
;
Et mêler fes foupirs au murmure des eaux ?
Elle rebutte enfin tout ce qu'on lui préfente.
Hélas , je crois que c'eft l'amour qui la tourmente
!
O Dieu quel affreux mal fe met dans nos trou◄
peaux !
TIRCI S.
C'eft lui même , il eft vrai , c'eft l'Enfant de Cya
tere ,
Qui cauſe à ta brebis ces chagrins & ces maux.
Ce mal contagieux regne dans nos hameaux ,
Mais Robin guerira la brebis qui t'eft chere .
Quel trouble ! eh quoi ! que fens-je ! Ah ! ne foig
point fevére,
Cloris , je fuis atteint du mal de nos troupeaux.
CLORI S.
Qu'un coeur fe deffend mal lorfque l'amour le pref
fe !
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
Ces bois , ces prés , ces fleurs , le chant de ces
oiſeaux ,
Font naître dans le mien des fentimens nouveaux
C'eft envain que je veux te cacher ma tendreffe ;
Reçois , mon cher Tircis, l'aveu de ma foibleffe ;
Comme toi je reffens le mal de nos troupeaux.
TIRCI S.

Un aveu fi charmant me redonne la vie ,
Lorfque je ne fongeois qu'a creufer mon tombeau.
Que notre amour augmenteainfi que cet ormeau !
Banniffons de ces lieux la noire jalouſie ;
Que ma flamme à la tienne à jamais foit unie;
Que nos chiens, nos moutons ne faffent qu'un troupeau.
Par le même.
Po
MADRIGAL.
Our faire en peu de mots l'éloge du Mercure ,
Ce curieux recueil & de Profe & de Vers ,
Il amufe , il inftruit , il plaît par fa lecture ,
Et des livres du tems ne craint pas les revers.
FEVRIER 1747.
57
Ous avons annoncé l'année derniere
Neffai fur les probabilités de la durée
de lavie humaine, Ouvrage qui a mérité l'approbation
de l'Académie Royale des Sciences
,& qui a valu à fon Auteur une place dans
la même Académie & à celle de Berlin .
Un nommé M. Thomas s'étant attaché ( ce
font fes mots ) à l'extrait qu'en donnerent les
Auteurs du Journal de Trévoux au mois de
Février de l'année derniere,trouva dans cette
matiere une difficulté qui lui parut un problême
difficile à réfondre . La voici.
Un particulier de fa connoiffance intereffé
dans la 6e . Claffe de la Tontine de 1689 ,
l'étoit auffi dans la 11e . Claffe de la Tontine
de 1709. Dans la 1ere.Claffe de ce rentier
, de 316 qu'ils étoient lors de la clôture,
il en reftoit encore 46 en 1744 , & dans
la Claffe de l'autre Tontine où ce même
Rentier étoit employé ,de 109Rentiers qu'ils
étoient alors de la clôture , il n'en reftoit que
9 en 174+ , ce qui n'étant pas en proportion
à beaucoup près avec le premier refte, eû
égard au nombre des Rentiers originaires
quoique Rentiers de deux Claffes oùle trouve
la même perfonne , cette difproportion
faifoit croire à M. Thomas que les liftes des
Tontines n'etoient pas un moyen fuffifant ,
Cy
58 MERCURE DE FRANCE.
quoique le plus inconteftable , pour effayer
d'établir quelque ordre fur la mortalité du
genre humain, & qu'à bien plus forte raiſon
ne l'étoient pas les Nécrologes des Maiſons
Religieufes , ni les Regiftres mortuaires de
Breflaw dont s'eft fervi M. Halley, difant nrême
que ce dernier moyen denué de tout principe
für devoit être totalement rejetté.
M. Deparcieux Auteur de l'ouvrage en
queftion,répondi: à toutes les difficultésdeM.
Thomas de maniere à devoir le fatisfaire , 1 °.
Que M.Halley avoit choifi la ville de Breflaw
parceque , quoique Capitale de la Siléſie,
elle n'eft pas fujette à un grand concours d'Etrangers.
2 °. Que la fidélité avec laquelle
font tenus les Nécrologes des Maifons Religieufes
qu'il a employés , doit être hors
d'atteinte, & que l'uniformité qui fe rencontre
entre tous les ordres de mortalité qu'il
en a déduits le confirme. 3 ° . Que les deux
Claffes où le trouve le Rentier de M.
Thomas ne font pas homologues ou comparables,
quoique la même perfonne fe trouve
dans toutes les deux , ce qui provient de
ce que les conftitutions de la Tontine de
1709 ont été long- tems-à fe faire, que par- là
les Rentiers qui ont voulu conftituer ont eu
la facilicité d'attendre le tems néceffaire pour
fe trouver dans des Claffes où ils étoient des
plus jeunes, & c'eft ce qui eft arrivé au RenFEVRIER
1747. 59
tier de M. Thomas , car les Édits de création
de ces deux Tontines n'étant qu'à 19 ans
& demi de diſtance, comme on le verra ciaprès
par la lettre de M. Deparcieux , files
conftitutions de chaque Tontine avoient été
faites dans un efpace de quelques mois, le
Rentier de M. Thomas fe feroit tout au plus
trouvé dans la 10e. Claffe de la Tontine de
1709, car toutes chofes d'ailleurs égales , les
Rentiers de la 6e. Claffe de la Tontine de
1689 n'avoient atteint 20 ans après que l'âge
compétant pour être dans la 10e. Claffe ,
& que c'étoit là les deux Claffes qu'il falloit
comparer. M. Thomas mit une replique
dans le Journal de Verdun du mois d'Août
fuivant , à laquelle M. Deparcieux n'a répondu
, dit-il , que parce qu'elle n'est qu'un
tiffu de phraſes tronquées ou de contrefens
de ce qu'il a dit , & dans fon livre & dans fa
premiere réponſe. Nous n'en faifons point
d'Extrait parce que M. Deparcieux rapporte
dans fa réponſe les articles à mesure qu'il
les releve, ce qui fuffit pour juger de la folidité
du refte de cette réplique . Ceux qui voudront
voir la difpute dans fon entier peuvent
s'adreffer à M. Guerin ruë S. Jacques à S.
Thomas d'Aquin , il a imprimé les quatre
Lettres enfemble,& il les donne à tousceux
qui ont le Livre de M. Deparcieux afin
qu'on puiffe mieux juger du fond & du vraž
de cette difpute.
60 MERCURE DE FRANCE,
LETTRE de M. Déparcieux à M.
de la Bruere.
MONSIEUR ,
J'aurois crû que M. Thomas fe feroit contenté
de ce que j'avois répondu à fa premiére
Lettre , ou qu'il feroit venu me propofer
lui- même fes difficultés s'il en avoit
encore , comme je lui avois offert ; mais
puifqu'il a jugé à propos de fe fervir toujours
de la voye des Journaux , je vous prie de
vouloir bien inférer ma réplique dans le premier
Journal qui paroîtra , je la fais à la vérité
moins pour répondre à la fienne , que
pour le prier s'il écrit encore , de ne me pas
faire parler autrement que je n'ai fait , tant
dans ma Lettre du Journal de Trévoux ,
que dans mon Effai fur les Probabilités de la
durée de la vie humaine , & pour faire connoître
aux Lecteurs qu'il s'eft totalement
éloigné de ma penſée , & que fes expofés
en renverfent abfolument le fens , je vais
rapporter ſes expreffions & les miennes. Les
Lecteurs jugeront fi la réplique de M. Thomas
vient du défaut d'intelligence , ou de
quelque motif que j'ignore.
FEVRIER 1747. 61
M. Thomas diftinguoit fort bien dans fa
premiere Lettre les trois moyens dont nous
Hous fommes fervis , MM. Halley , Simpfen ,
Kerfeboom & moi , pour effayer d'établir
quelques probabilités fur la durée de la vie
humaine . Ces moyens font , 1 ° . Les Regiftres
mortuaires de Breflaw , de Londres &
de quelques villes de Hollande , 2º . Les
Nécrologes des Maifons Réligieufes , 3 ° .
Les Rentiers des Tontines .
Avant que d'aller plus loin , je dois avertir
ceux qui n'ont pas lû mon Ouvrage , que
je ne me fuis point du tout fervi du premier de
ces trois moyens , pour établir aucun ordre
de mortalité , quoique M. Thomas tâche de
l'infinuer dans fa replique. Je rapporte feulement
dans mon Livre ceux qu'en ont déduits
MM. Halley , Simpson & Kerfeboom.
3
M. Thomas difoit dans fa premiere Lettre
que le premier de ces moyens devoit être
totalement rejetté , fans qu'il fçut comment
s'y étoient pris ceux qui s'en font fervis.
Je répondis en ces termes. Tout le monde
trouvera,comme moi , que c'eft aller un pen
vite ;
MM. Halley & Kerfeboom , que cet arti
cle regarde , méritent un peu plus de ménagement
il me femble qu'on ne doit pas ainfi rejetter
ce qu'un Auteur a fait ,lorfqu'on ne connoit
pas bien les moyens dont il s'eft fervi , ou
qu'on ne fent pas affes par foi-même comment
62 MERCURE DE FRANCE.
il a pû s'y prendre ;je ne dis pas qu'il faille
croire aveuglement tout ce qui vient des Au..
teurs célébres , mais leur réputation doit nous
infpirer de la défiance pour nous-mêmes , lorfque
nous croyons pouvoir les reprendre , tout
au moins jufqu'à ce que nous nous foyons parfaitement
éclaircis. Voilà ce que j'ai dit :
voyons comment M. Thomas le rapporte
dans fa réplique , & ce qu'il y ajoute de fon
propre fonds.
M. Deparcieux , dit - il , avance dans fa
réponse que les obfervations des grands hommes
pour établir des ordres de mortalité , ne
doivent point être rejettées ; qu'il n'a point admis
les Regiftres mortuaires de Londres ; qu'il
a adopté ceux de Breflavv , & que ceux de
M. le Curé de faint Sulpice ont une exactitu
de fupérieure à toutes celles de prefque tous les
Curés de France ; plus loin il ajoute encore ,
M. Halleyfuivant l'Ouvrage de M. Deparcieux
, page 35 , a remarqué qu'il ne falloit admettre
que les Regiftres mortuaires des endroits
d'où il ne fortit perfonne , & où il n'entrât aucun
étranger ; c'eft fur ce principe que M.
Deparcieux a rejetté les Regiftres mortuaires
de Londres , défectueux à cause dugrand nom
bre d'étrangers , & je ne fçais pourquoi le même
Auteur adinet ceux de Breflavv. Qui eft- ce
qui ne diroit pas d'après cet. expofé , 1º .
Que j'ai dit qu'il faut croire fans replique
FEVRIER 1747 63
tout ce qui vient des grands hommes , &
que j'ai eu affés de vanité pour vouloir me
comprendre parmi les Auteurs recommandables
, que je dis mériter un peu plus de
ménagement , quoique felon ma Lettre on
ne puiffe l'appliquer qu'à MM, Halley &
Kerfeboom ? 2°. Que c'eft moi qui me fuis
forvi des Regiftres mortuaires de Breflaw
pour établir l'ordre de mortalité du genre
humain , & que ce même moyen eft entiérement
rejetté par M. Halley , quoique j'aye
dit en plufieurs endroits de mon Livre &
dans ma Lettre , que c'eft M. Halley luimême
qui s'en eft fervi pour compofer fon
ordre de mortalité ? Je dis page 35 citée
par M. Thomas , que les Regiftres mortuaires
de Londres & de Dublin ne peuvent
point fervir à établir l'ordre de la mortali
té du genre humain , comme avoit crû pouvoir
le faire M. Guillaume Pety , Anglois
parce qu'il faudroit , s'il étoit poffible , trouver
un endroit d'où il ne fortêt perfonne , & oil it
n'entrat aucun étranger , ainsi que le remarque
M. Halley , de la Société Royale de Londres
, qui quelque toms après * compofa fa Table
des Probabilités de la vie , en fe fervant des
Registres mortuaires de Breflavv . Ces expreffions
ne me femblent pas équivoques ; je ne
crois pas qu'on puiffe dire beaucoup plus
* Tranfactions Philofophiques. 1693.
و
64 MERCURE DE FRANCE .
"
clairement que c'eft M. Halley quis eft fervi
des Regiftres de Breflaw , & non pas
moi comme le fait entendre M. Thomas.
M. Halley ne dit donc pas qu'il faille abſolument
rejetter les Regiftres de toutes les
Villes , d'où il fort & où il entre du monde
, puifqu'il en fait ufage lui- même. Si M.
Thomas avoit confulté le Mémoire que je
cite page 36 , il auroit vû que M. Halley a
préféré les Regiftres de Breflaw à ceux de
Londres , à cauſe que fa fituation au milieu
des terres , & fon commerce qui confifte
principalement en toiles , y attirent peu d'étrangers
, & que peu en fortent ; d'ailleurs
quelle préférence donnai-je à ce qui a été
fait d'après les Regiftres de Breſlaw ? je ne
le préfére qu'à ce qui a été fait fur les Regiftres
de Londres ; je préfére bien plus ce
qui a été fait par M. Kerfeboom , ce n'eft
pas queje dedaigne ce qui a été fait par M.
Halley. Ce Sçavant a trop contribué au progrès
des Sciences , pour que ceux qui les
cultivent n'en refpectent pas toujours la mémoire.
Je me ferai toujours honneur de dire
que ce qu'il a fait fur la matiere dont il s'agit
, m'a été d'un grand fecours , mais M.
Kerfeboom eft venu après lui , & de toutes
les recherches 'qui font fondées fur des faits ,
je crois que les dernieres peuvent avoir la
préférence , & encore quoique je la donne
FEVRIER 1747. 83
...
à l'ordre de mortalité établi par M. Ker
feboom , je dis page 65 que je n'ofereis affûrer
qu'on y peut compter parfaitement pour les
probal ilités de vie & de mort des habitans de la
France. Je ne veux pas foupçonner M.Thomas
de mauvaiſe foi, je l'en crois incapable ,
fon écrit en a cependant toutes les apparen
ces , car après m'avoir fait dire pofitivement
dans fa replique que M. Halley a dit qu'il
ne falloit admettre que les Registres mortuaires
des Villes d'où il ne fortoit perfonne & où il
n'entroit aucun étranger , quoique ce Sçavant
en ait fait ufage lui- même , ainfi que je le
rapporte dans mon Livre & dans ma Lettre
, pourquoi au lieu de dire que j'ai préféré
l'ordre de mortalité établi par M. Halley
d'après les Regiftres mortuaires de Breflavv
dit-il fimplement que j'ai préféré les Regiftres
mortuaires de Breſlavu , & cela toutes les
fois qu'il en parle ? Cette affectation à fupprimer
par-tout les mots d'ordre établi par
&c. fait entendre que je me fuis fervi des
Regiftres mortuaires de Breflaw que je n'ai
jamais vû , & que je l'ai même fait contre le
fentiment de M. Halley.
Qui eft- ce qui ne diroit pas encore d'après
l'expofé de M. Thomas rapporté ci - deſſus ,
que j'ai établi quelque ordre de mortalité
en me fervant des Regiftres mortuaires de
la Paroiffe de faint Sulpice , & même par
66 MERCURE DE FRANCE
fon acharnement à en combattre l'exactitu
de? ( Car il en parle à quatre ou cinq reprifes
differentes dans fa replique ) , on croitoit
que c'eft là un des principaux moyens
dont je me fuis fervi , quoique j'aye dit page
97. que mon Livre étoit déja fous la preffe
& même bien avancé , lorfque M le Cure de
faint Sulpice fit imprimer l'état des Baptêmes ,
Mariages Morts de fa Paroiffe . Je l'ai
feulement rapporté dans mon Ouvrage ,
parce qu'il venoit affés bien à mon ſujet , &
J'y fais obferver ce qui paroît s'accorder avec
quelques remarques faites précédemment
dans mon Livre , fans infinuer qu'on puiſſe
jamais s'en fervir pour établir un ordre de
mortalité , comme le dit M. Thomas. Ainfi
que les âges foient exactement marqués
dans les Regiſtres de la Paroiffe de faint
Sulpice , ou qu'ils ne le foyent pas , il m'importe
fort peu , puifque je n'en ai fait , ti
n'en ferai jamais aucun ufage , pour établir
des ordres de mortalité ; toutes les répétitions
que M. Thomas fait pour faire douter de
Lur exactitude font donc en pure perte :
quand il parle de la quantité prodigieufe
d'étrangers qui meurent dans cette Paroiffe,
il nefait que ras porrer en termes differens ce
que j'ai dit page tot . Eft- ce parce que je
rapporte cet état dans mon Livre , qu'il dit
que je le préfére à tout autre ? La préférenFEVRIER
1747. 67
ce n'eft pas bien grande , je n'en ai pas eur
d'autres , je ne fçache pas même qu'aucur
autre Curé de Paris en ait fait faire , fi ce
n'eft ceux qu'on imprime tous les ans , par
ordre de la Police , où il n'y a eu jufqu'en
$745 , aucune diftinction de fexe ni d'âge.
M Thomas dit qu'on ne doit regarder
les recherches de Mrs. Halley, Simpson, Kerfeboom
& les miennes , que comme des fources
conjecturales , pour parvenir à établir des ordres
de mortalité , mais qu'on doit les rejetter
pour probabilités quelle diftinction veut- il
mettre entre Conjectures & Probabilités ?
Eft- ce que Conjecture n'eft pas un raiſonnement
fondé fur des Probabilités ? D'ailleurs
qui eft- ce qui a jamais prétendu lui
donner des Probabilités pour des vérités
géométriques Je le donne affés à entendre
dans l'avertiffement. N'ai-je pas dit pag. 49
qu'on pourra daus la fuite vérifier ce que
j'ai fait par le moyen des mémes Tontines,
dont je me fuis fervi , & par celles qu'on a
créées depuis ? Ceft bien dire que je ne crois
pas aucuns des ordres de mortalité que je
rapporte, parfaitement exacts ; on peut même
affurer qu'il n'y en aura pas fitôt , mais
il y en a quelques -uns , je le dis dans mon
livre , que je crois fort approchans du vrai ,
& c'est tout ce qu'on peut demander fur une
pareille matiere.
68 MERCURE DE FRANCE.
Je n'ai pas dit non plus en aucun endroit
que les ordres de mortalité que j'ai établis ,
ni aucun des autres queje rapporte , pûffent
fervir pout tout le genre humain , au contraire
, je dis page 6 & 70 , que les habitans
de différens endroits ont leurs vies moyennes
différentes , ainfi que les gens de différens
états , je dis feulement page 86 qu'on
peut regarder l'ordre établi par M. Kerfeboom
, comme le plus approchant du vrai ,
pour le monde en général , c'est-à- dire , pour
les perfonnes prifes indiftinctement ; qu'on
peut fe fervir de l'ordre établi d'après les 7 ontines
pour les Rentiers , & de l'ordre établi d'après
les Bénédictins pour les Religieux . Je ne
conçois pas même comment M.Thomas peut
me faire parler autrement , puifque c'eſt une
des chofes fur lefquelles j'ai le plus inſiſté .
Après avoir bien dénigré les Regiſtres mortuaires
des Paroiffes , M. Thomas dit qu'il ne
lui paroît pas plus clair de pouvoir par
moyen établir un ordre de mortalité approchant
du vrai , que de compter le nombre des
Etoiles dans une nuit nébuleuse , y ayant , ditil
, plufieurs perfonnes qui ne fçavent pas
bien leur age , principalement du Sexe , qui le
diffimulent toujours ; je conviens avec lui qu'il
n'y a pas en cela une parfaite exactitude, mais
il n'y a pas non plus d'auffi grandes differences
qu'ilvoudroit l'infinuer, ou s'il s'en trouve
leur
FEVRIER 1747. 69
quelques-unes, elles font en petit nombre , &
étant vraisemblablement autant en plus qu'en
moins , elles ne peuvent produire que de
fort petites erreurs , fi ces Regiftres font
d'une ville d'où il fort & où il entre peu
de perfonnes , telle que M. Halley a cru la
prendre, & s'il réfulte quelque erreur fenfible
de la part de ceux qui diffimulent leur
âge , comme ce n'eft pas en général pour fe
donner plus d'années qu'on n'a , il en fera
des ordres de mortalité établis d'après ce
moyen , comme de celui établi d'après les
Rentiers , que les vies moyennes qu'on en a
déduit péchent plûtôt par défaut que par excès
, & ce fera encore un furcroit de preuve
, fur ce qu'on a avancé que les femmes
vivent en général plus que les hommes , ce
qui paroîtra à ceux qui voudront l'examiner
fans prévention , plus clair que de compter
le nombre des Etoiles dans une nuit nébuleuse,
Quant au fecours que j'ai pû tirer des
Maitons Religieuſes , fi M. Thomas avoit lú
les pages 75 & 76 , il ne diroit pas que tels·
véridiques que puiffent être les Necrologes des
Maiſons Religienfes , n'étant obfervés que dans
quelques maifons , dans une feule ville ,
ainfi dans un petit coin de la terre , peut- il
être une loi pour en déduire des ordres de mor .
talité de tout le genre humain , puiſque j'y dis
ن م
70 MERCURE DE FRANCE
que j'ai eu les Regiftres de tous les Religieux
morts dans les Congrégations de Saint Maur,
& de Sainte Geneviève ; & dans des Provinces
Eccléfiaftiques entieres des autres
Ordres de Religieux que je cite? Ce qui m'a
fourni des nombres des Religieux affés confidérables
, comme on peut le voir par les
Tables 8,9 , ro & 11 , & répandus dans
prefqu'un quart du Royaume. D'ailleurs je
me fuis affés expliqué aux pages citées cideffus
, & par ce que je viens de rapporter
de la page 86 , pour qu'on ne puiffe pas
dire que j'ai voulu établir un ordre de mortalité
d'après les Religieux pour fervir de
regle , non feulement à tout le genre humain
, comme le dit M. Thomas , mais pas
même aux gens du monde de ce pays- ci,
Voici ce que je dis page 75 , après avoir an
noncé la recherche que j'ai faite fur les maifons
Religieufes. Qu'on ne s'imagine pas fur
cet expofe que je veuille encore prouver l'ordre
de mortalité que j'ai établi pour les Rentiers
, par celui des Religieux & Religieuſes,
Je veux feulement faire comparer entr'eux les
ordres de mortalité de plufieurs nombres de Religieux
differens .
. Car
qu'un nombre de Religieux on Religieufes vivent
plus ou moins qu'un pareil nombre de
Rentiers ou de perfonnes du monde , cela ne
change rien à la confequence qu'on en tire
, ·
FEVRIER 1747. ་ ་
puifqu'il ne s'agit point ici de comparer la mortalité
des Religieux à celle des Rentiers ou des
gens du monde. Quand je n'aurois eû que les
Nécrologes des RR. PP. Bénédictins & des
Chanoines de Sainte Genviéve , j'oferois affûrer
par le bon ordre avec lequel ils font
tenus , & le nombre confidérable des morts
qu'ils m'ont donné à chaque âge , que les
vies moyennes, que j'en ai déduites,ſont trèsapprochantes
du vrai pour les Religieux ,
ce qui doit être encore affés prouvé par la
conformité qui s'y rencontre par tout.
i
J'ai dit dans mon livre page 49 , que je
n'ai pas employé la Tontine de 1709 ,
caufe de la longueur du tems qu'il y a eu
entre l'Edit de création & la clôture , & je
dis par ma lettre du mois de Mai que c'eſt
cette même longueur de tems qui a occafionné
le déplacement & les difproportions
que M. Thomas trouve dans les claffes de
fon Rentier : voici fa- replique . Et l'objection
, dit- il , que la longueur de la confection
de quelques Tontines peut occafionner ces difproportions,
me parost tomber d'elle-même ,fi
l'on fait attention que ceux qui font prépofes
pour l'opération des Tontines , n'admettent dans
les claffes ,quelque longues qu'ellesfoient à remplir,
que des perfonnes fuivant l'âge qu'elles
avoient lors de la création , à moins qu'ils ne
foient autorisés par quelque Arrêt du Confeil
que l'on devroit produire.
>
72 MERCURE DE FRANCE,
Ne croiroit - on pas que cela eft vrai par
la fécurité avec laquelle il ofe l'avancer ?
J'aurai l'honneur de lui apprendre qu'on a
toujours mis les Rentiers dans la claffe où ils
ont pû être lors de la conftitution , & non
pas dans la claffe où ils auroient pû être
lors de l'Edit de création ; je connois plufieurs
Rentiers qui font dans ce cas ; il ſuffira,
je penfe , de lui en citer un ; je le prendrai
exprès dans la Tontine qui fait fon champ
de bataille. Anne Laurence Dupuy , née à
Befançon le neuviéme Août 1692 , acheta
une action de la troifiéme Tontine au mois
de Novembre 1712 , trois années & demie
après l'Edit de création , elle a été employée
dans la cinquiéme claffe , parce qu'el
le avoit alors 20 ans complets , au lieu que
fi elle eût acheté fon action en 1709 , ou
1710 , ou 1711 , & même au commencement
de 1712 , elle n'auroit pû être employée
que dans la quatriéme claffe. Le contrat
eft dans l'étude de M. de la Manche ,
Notaire , à la pointe S. Euſtache. D'ailleurs
fi M. Thomas avoit voulu prendre garde au
Rentier qu'il cite , qui de fon propre aveu
eft légitimement placé dans fes deux claffes ,
fçavoir , dans la fixiéme en 1689 , & dans
la onzième en 1709 , ( l'Edit de création de
cette troifiéme Tontine eft du mois de Mai
& celui de la 11e , du mois de Novembre, )
FEVRIER. 1747. 73
il auroit vû que puifque ce Rentier n'avoit
pas 30 ans complets en Novembre 1689 ,
plus forte raiſon n'avoit- il pas 50 ans complets
au mois de Mai 1709. Si ce que M.
Thomas avance étoit vrai , fon Rentier auroit
dû être dans la dixiéme clafle de la Tontine
de 1709 , & non dans la onzième , comme
il l'eſt , ou bien fi ce Rentier avoit eû
50 ans jufte , lors de la création de la T'ontine
de 1709,comme le dit M. Thomas , il auroit
eu 30 ans paffés en Novembre 1689 ,
& il auroit été dans la feptiéme claffe de
cette premiere Tontine.
M. Themas doit voir par-là que j'ai eû
raifon de ne pas employer cette Tontine ,
parce qu'il doit fe trouver de trop grandes
inégalités d'âge dans toutes les claffes , la
différence pouvant aller à 7 ou 8 ans ; parlà
toutes les comparaifons qu'il fait des réfultats
des claffes de la premiere Tontine
aux réſultats des claffes de la troifiéme, tombent
d'elles-mêmes à leur tour ; s'il veut cependant
qu'elles ayent lieu, il s'enfuivra que
les vies moyennes des Rentiers doivent être
plus longues que je ne les ai faites, parce qu'il
refte plus de Rentiers vivants en 1744 à la
dixiéme claffe de la troifiéme Tontine ( que
je n'ai pas employée ) qu'il n'en devroit refter
proportionellement à ce qu'il en reſte.
dans la fixiéme claffe de la premiere Ton-
D
74 MERCURE DE FRANCE.
tine , dont j'ai fait ufage , parce qu'il ne refte
dans celle-ci qu'un feptiéme , & qu'il refte
un cinquiéme dans les deux divifions enfemble
de la dixiéme claffe de la troifiéme
Tontine , ce qui s'accorde avec ce que j'ai
dit pages 51 & 63 , que les vies , que les vies moyennes
des Rentiers péchent plûtôt par
défaut que
par excès , parce que j'ai toujours laiffe l'avantage
du côté des Rentiers . Les Lecteurs
jugeront par ce qu'on vient de voir du fond
qu'on doit faire fur la replique de M. Tho -
mas , & du motif qui peut l'avoir porté à la
faire. Je fuis , Monfieur , &c.
Extrait des Registres de l'Académie Royale
des Sciences.
M
Rs . Nicole & de Buffons , qui avoient
été nommés pour examiner quatre
Lettres que M. Deparcieux défire faire imprimer
, dont deux contiennent des diffi
cultés contre fon Effai aes Probabilités de la
vie humaine , par M. Thomas , & les deux
autres les Réponses à ces difficultés , en ayant
fait leur rapport , l'Académie lui a permis
de les donner à l'Impreflion. En foi de quoi
Hai figné le préfent certificat. A Paris le 28
Novembre 1746 , figné , GRANDJEAN DE
Focon , Secretaire perpetuel de l'Académickejale
des Sciences.
FEVRIER
75
1747-
s
Q
VERS.
A UNE VEUVE
U'une veuve furannée
Renonce aux loix d'Hyménée
De la raifon c'eft l'avis ,
Mais qu'au printems de fon âge
On facrifie au veuvage
Les jeux , les appas , les ris ,
C'eft jouer un perſonnage
Dont Cupidon eſt ſurpris :
Le fripon fait pis que rage ;
Les traits qu'il eut en partage ,
Dont la tendreffe eft le prix ,
N'allument que vos mépris.
Peut-être un jour attendrie ,
Une morne réveric
Vous rangera fous fes loix ,
Mais le traître , en tapinois
S'enfuyant à tire d'aile ,
Se rira d'une cruelle
Qui lui difputa fes droits.
D'une automne fortunée
La plus riante journée
Dij
76 MERCURE DE FRANCE
Vaut-elle un jour du printems ?
Symbole cher aux amans
Ici l'on ne voit que rofes ,
Des pleurs de l'Aurore éclofes
Et là des froids aquilons
On craint déja les glaçons. "
Pourquoi de la Tourterelle ,
Vanter l'éternel amour ?
Lotfque la Parque cruelle
Rend fa compagne fidelle
Hôteffe du noir féjour ,
Elle gémit nuit & jour ,
Mais fa trifteffe mortelle
S'évanouit au retour
D'une compagne nouvelle.
A quoi bon garder aux morts
La Foi qu'on leur a jurée ?
Lorfque des chaînes du corps
Leur ame enfin dégagée ?
Habite les fombres bords ;
Charmes , plaifirs , doux tranſports ,
Rien ne s'offre à leur idée ;
Le coeur en cette contrée
Privé du moindre défir
En perd jufqu'au fouvenir,
Creira-t-on que l'Hymenée
Vous fit en moins d'une année
FEVRIER 1747. } 77
Eprouver tant de dégoûts ,
Que votre enjoument abhorre
Jufqu'au tendre nom d'époux ?
Non. Il vous eft cher encore.
Eft- il rien de fi charmant
Quand au gré de fa tendreffe ,
Une belle voit fans ceffe
Dans un époux un amant ?
A Lyon 1746. BOYER.
RONDEAU envoyé par M. ** à Mlle . **
qui lui avoit demandé des vers contre
l'Amour.
Contre l'Amour , aimable Celimene ,
Vous défirez que j'exercema veine :
Vous obéir m'eft un plaifir bien doux ,
Mais contre un Dieu fi rédouté de tous
Avous fervir je me fens quelque peine.
Ignorez -vous qu'il peut mettre à la gêne ,
Quand il le veut , l'ame la plus hautaine ?
Qui vous a donc foufflé tant de courroux
Contre l'Amour ?
Non , fon pouvoir n'eft pas une ombre vaine ;
Irritez- le , fa vengeance eft certaine ;
Dij
78 MERCURE
DE FRANCE
Ce petit Dieu de ſes droits eft jaloux :
Peut-être un jour vous repentirez-vous
D'avoir fuivi l'excès de votre haine
Contre l'Amour.
VERS contre l'Amour à Mlle B ***
Ballade.
DE tous les maux où nous fommes ſujets
Moi , je prétends que l'Amour eft le pire ;
Ceux qui n'ont point tombé dans fes filets ,
S'en mocqueront , & ne feront que rire
De tout ce que contre lui je puis dire
Mais fi leurs coeurs s'y trouvent pris unjour ,
Vous les verrez bien changer de langage ,
Et s'écrier dans un excès de rage ,
De tous les maux le pire c'eft l'Amour.
D'abord ce Dieu par l'eſpoir des bienfaits
Nous éblouit , & vers lui nous attiré ,
Mais quels tourmens & combien de regrets
Suivent bien-tôt ! On gémit , on foupire ,
On fouffre , hélas ! un rigoureux martyre.
Lors on voudroit le bannir fans retour ›
Mais rarement , quoi qu'on mettê en uſage ,
On s'affranchit d'un fi dur esclavage ,
De tous les maux le pire c'est l'Amour.
FEVRIER 72 1747.
C'eft ménager très- mal tes intérêts ,
Fils de Venus , mais je crains peu ton ite,
Après les maux que déja tu m'as faits .
Pour foulager la fureur qui m'inſpire ,
Rien n'eft plus doux pour moi que la fatyre s
D'autres pourront t'aller faire leur cour ,
Mais ne crois pas que je ferve un volage ;
Je te veux rendre outrage pour outrage ;
De tous les maux le pire c'eſt l'Amour.
ENVO 1 A IRIS.
Aimable Iris , c'eſt par votre ordre exprès
Que de l'Amour j'entreprens de médire ,
Si cependant vous le trouvez mauvais ,
Un petit mot prononcé peut fuffire ,
Parlez moi donc fans chercher de détour
Oui , je l'ai dit , mais je puis m'en dédire ;
De tous les maux le pire c'eft l'Amour.
DA
Ans le projet de faire des loix uniformes
pour tout le Royaume ,il n'y auroit rien
de plus utile qu'une conférence de toutes
les diverſes coûtumes de fes Provinces différentes
avec celle de la Capitale . D'un autre
côté il n'y a point de fecours plus utile pour
ceux qui veulent fçavoir parfaitement le droit
coûtumier , qu'un pareil ouvrage , puifqu'a-
D iiij
to MERCURE DE FRANCE.
près avoir commencé par fçavoir la coûtume
de Paris , on peut partir de fes difpofitions
comme d'un centre & s'étendre à toutes
les autres coûtumes qui l'environnent ; il
eft aifé alors de voir d'un coup d'oeil leurs
conformités avec celle de Paris , leurs contrariétés
avec elle , leurs différences & en
quoi ces différences confiftent , & enfin de
voir les fingularités de quelques - unes , &
par-là de fe les mettre avec ordre dans
l'eſprit .
C'eft dans ce deffein que d'habiles Jurifconfultes
ont travaillé pendant un grand nombre
d'années à compofer une femblable conférencé.
Pour connoître le goût du public à
l'égard de cet ouvrage, on nous en a communiqué
un effai qui confifte dans la Conférence
de toutes les coûtumes du Royaume fur l'article
220. de la coûtume de Paris.
COUTUME DE PARIS ART. 220.
Homme Femme conjoints ensemble par mariage
font communs en biens meubles & conquets
immeubles , faits conftant ledit mariage,
& commence la Communauté dujour
des éponfailles & Bénédiction nuptiale.
Cet Article a trois parties.
10. Il établit Communauté entre le Mari
& la Femme.
FEVRIER 1747.
81
20. Il fait commencer la Communauté
du jour de la Bénédiction- nuptiale.
30. Ilfait entrer en Communauté tous les
biens meubles , acquêts & conquêts immeubles
, faits durant le mariage.
Na. Cet article eft contraire au Droit Romain
qui n'admet point la Communauté entre
le Mari & la Femme.
PREMIERE PARTIE , qui établit la
Communauté entre le Mari & la Femme.
Par rapport à cette premiere difpofition on
peut divifer les coûtumés en 4. Claffes.
La premiere de celles qui admettent la
Communauté en termes précis, comme Paris.
La Seconde de celles qui la fuppofent.
La Troifiéme de celles qui la rejettent.
La Quatrième de celles qui n'en parlent
point , & où elle n'a point de lieu,
PREMIERE CLASSE.
Coûtumes qui admettent la Communauté.
A miens article 98. Angoumois
Anjou 511.
40.
Cette coûtume explique, tout ce qui tombe
en Communauté & ce qui n'y tombepas,
Dv82
MERCURE DE FRANCE.
Auxerre article 190. Bar
Bayonne 240
276
De la maniere dont cet article de la coûtu .
me de Bayonne eft conçû , il femble exclure
de la Communauté les meubles d'aupa
ravant le mariage, & l'art. 32 de la même
coûtume confirme cet avis.
Beauquefne C 17 Cambray tit. 7. art.
Berry titre 8. art. 7 &&
Bourbonnois art. 233 Châlons art. 19
Bourgogne , Comté 25 Chartres 57 & 58
Bourgogne Duché chap. Chateauneuf 66. & 67
4. art. 2
Bretagne 424
Chaumont
Clermont
67
179
Calais
art. 23 Dourdan 77
Dreux 48 &49
Ebreules & Efcuroles Locales d'Etampes.
Etampes 96 Lile
art, 206
Labourt tit. 9. art. 1 Lodunois ch . 24 art . I
Laon art. 17 Lorraine tit. 2 art. 6
La Rochelle art. 48
Cette coûtume n'admet point la Commumauté
fille n'eft ftipulée.
Mayne , art . 508 Melun
Mantes 119 Montfort
21
227
Meaux
$6.
Montargis chap. 8 art. 1 Nivernois ch. 27 art. Ze
FEVRIER 1747. 83
Orleans
Perche
Peronne
Poirou
Ponthieu
art. 186 Saint Agnan 10 & 11
102 Saint Quentin
112 Sedan
229 Sens
76
271
44 Sole tit. 24 art . premier
Tournay, Des droits des
Tours
Troyes
2. & 21 .
gens
mariés art.
art . 230 Valois
83
94
Xaintonge art. 62. Voyez Vigier & la
Note fur Dupleffis , titre de la Communauté,
pag. is de la feconde édition.
SECONDE CLASSE
Coûtumes qui fuppofent la Communauté.
Anapes , art. 3 & 4.
Cette Coûtume eft bifarre fur le partage
de la Communauté. Quand il y a eu des
enfans , tous les biens le partagent , quand il
n'y en a point eu , il n'y a que les meubles
Arras , art. 22 & fo
Artois , articles 91 & 111 , premiere publication
Bapalmes tlocale d'Artois art , premier. >
Blois , art . 180 & 18: Chauny , art . premier ,
Boulenois
2
104 105
Coucy
12. 130
&
133
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
Dunois locale de Blois,
Hedin locale d'Artois art. 3 .
Cette Coutume ne déroge pas à Artois qui
admet la Communauté.
La Sale de Lile , tit. des droits des gens
mariés , art. 2 & 5. des fuccefficns , art. 3 z
Namur art . 53 & 114 Noyon art. 31
Ribemont 90 91
Saint Omer locale d'Artois. Saint Pol locale
d Artois.
Saint Paul Comté locale d'Amiens.
Senlis , art. 145
Vitry , art. 74 , 75 , 91 , 92.
TROISIEME CLASSE.
Coûtumes qui rejettent la Communauté.
Bearn , tit. de Marit. art. premier
Na, Dans la Coûtume de Bearn la femme
n'a rien dans les acquêts faits pendant le
mariage fi fon. mari ne lui donne par Teftament.
Normandie ,
Rheims ,
art. 289
39
Na. La Coûtume de Rheims art. 239 rejette
la Communauté & dit que le mari eſt
le maître des meubles & acquêts faits pendant
le mariage.
Neanmoins dans l'art. 241 elle donne à
FEVRIER 1747.
S
la femme,furvivante , après la diffolution du
mariage , la moitié des meubles & conquêts.
Dans l'art . 265 , en cas qu'elle prédécede
la Coûtume donne à fes héritiers la moitié
des conquêts immeubles feulement.
Ainfi on peut compter cinq différences
enrre cette Coûtume & celle de Paris.
La premiere , que fuivant l'art . 2 4 1
la femme doit opter dans quarante jours à
compter du jour de la fommation , finon eft
déchue de prendre part aux meubles & conquêts.
La feconde , que les héritiers , en cas qu'elleprédécede
, n'ont part qu'aux conquêts &
non point aux meubles.
La troifiéme , que le mari durant le mariage
peut difpofer des meubles & conquêts
à ſa fantaiſie , fans être fujet à la reftriction
de la Coûtume de Paris , art. 225
de ne le pouvoir faire qu'à perfcane capable
& fans fraude.
La quatrième , que le mari n'eft pas tenu
perfonnellement des detres de fa femme,
comme dans la Coûtume de Paris , art.
266.
La cinquième , que les héritiers de la femme
reprennent fon apport mobilier & immobilier,
& font tenus de toutes les dettes ,
art. 265. Voyez auffi l'art. 276.
6. MERCURE DE FRANCE.
Na. La Coûtume de Normandie exclut
la Communauté par l'art. 389 , auffi bien
que celle de Rheims par l'art . 239 , mais elle
differe de celle de Rheims en plufieurs cho
fes , car dans l'art. 394 la femme peut renoncer
à la fucceffion de fon mari , ce qui
fait voir que ce qui lui eft accordé
par les
art. 392 & 393 , n'eft pas un droit de Communauté
, mais eft pris à titre de fucceffion.
Auffi fes héritiers n'ont- ils point le même
droit qu'elle , par aucun article de la Coûtume
.
Par les art. 392 & 393 , quand le mari
prédécede , la femme a le tiers des meubles
quand il y a des enfans, &la moitié quand il
n'y en a point, ou lorfque n'y ayant que
des
filles , elles font mariées & payées de leur
dot mobiliare du vivant du pere , en contribuant
aux dettes pour fa part , excepté
aux funérailles , & aux legs teftamentaires.
QUATRIEME CLASSE.
Caûtumes qui ne parlent point de la Commi
nauté, où elle n'a point de lieu.
Acs
Auvergne
Bordeaux
La Marche
Forcalquier
Mets
Provence
Saint Lever
Toulouse
FEVRIER 1747. 89
SECONDE PARTIE.
De l'art. 220 qui fait commencer la Com
munauté du jour de la Bénédiction Nuptiale.
C'est le droit commun du Royaume , lequel
doit s'étendre à toutes les Coûtumes
qui ne marquent point de quel jour commence
la Communauté : ainfi il eft inutile:
de rapporter toutes les Coûtumes qui de
même que celle de Paris font commencer la
Communauté du jour de la Bénédiction
Nuptiale,
Du Molin fur l'art. 94 , de Valois dit :
non ergo à die contractus clandeftini , nifi in
vim claufula expreffa contractûs & non in vim
confuetudinis. Et für Angoumois , art. 40, &
Xaintonge , art, 62 , il dit , & fic excludit
tempus Nuptiarum clandeftinarum.
Coûtumes différentes de celle de Paris ,
qui n'établiſſent la Communauté qu'après an
& jour.
Anjou ,
Bretagne
art. 511 SFI
Châteauneuf
66,68
424 Dreux
48, 49 , 50
Chartres, art. 57,559.
Ces trois dernieres Coûtumes portent , lque
DANS LE CAS DES SECONDS MARIAGES SOIT
S MERCURE DE FRANCE.
DES DEUX CONJOINTS , SOIT DE L'UN D'EUX ,
la Communauté commence dès la premiere
nuit.
Lodunois, chap. 24 art. Mayne ,
premier
art.508
Du Molin fur cet art. dit : id eft trabitur
retro ad diem Nuptiarum.
Perch e . art. 102
TROISIEME PARTIE.
De l'art. 220 qui fait entrer dans la Communauté
tous les biens- meubles avec les acquêts
conquêts immeubles , faits durant le
mariage.
C'eſt le droit commun dans toutes les
Coûtumes qui admettent la Communauté.
Les Coûtumes différentes fe peuvent divifer
en deux Claffes. La premiere , de celles
qui établiffent une Communauté générale,
La feconde de celles qui excluent certains
biens de la Communauté.
PREMIERE CLASS E.
Coûtumes qui établissent une Communauté
générale.
Bole, tit, 24 art. premier,
FEVRIER 89 1747.
Tournay , tit. des droits des gens mariés art . 21 .
Cette Coûtume excepte feulement les Fiefs.
SECONDE CLASSE.
Coûtumes qui excluent certains biens de la
Communauté.
Artois , art. 90 & 91
Montreuil , art . 43 exclut ce qui eft dupais d'Artois
& de S. Pol.
Cambray , tit. des acquêts de Maiñferme , art.
premier 2 & 3 , & tit. des droits des gens mariés
, art. 8 & 9.
Namur ,
Ponthieu
Beauquefne
art. 114
locale
d'Amiens art. 13
44 Bapalmes , tit. 2x art.
|1 3
Cette Coûtume rend communs tous les
héritages de Mainferme ( c'est-à- dire roturiers
) poffédés même avant le mariage.
Arras
S. Omer
S. Pol
Hedin , locale d'Artois
des fucceffions de douaire
, art. premier & fuivant .
S. Paul Comté , locale d'Amiens .
**
Lorraine , art. 25 , 26 & 30 ou tit. de la Communauté
, art. 1 2 , & 6 *** >
Toutes ces Coûtumes en établiffant une
Communauté générale , en excluent cependant
les Fiefs acquis pendant le mariage ,.
90 MERCURE DE FRANCE.
dans lefquels la femme ou fes héritiers ne
prennent aucune part .
* Artois ajoute , à moins que lafemme në
foit acquirereffe avec fon mari : ce qui alieu
dans les locales d'Artois.
** Ces deux Coûtumes d'Hedin & de
S. Paul ajoutent aux Fiefs les anciens . ma→
noirs cottiers ( c'eft à-dire roturiers ) qui font
auffi exclus .
*** La Coûtume de Lorraine ne donne
point de Communauté pour les meubles , fi
elle n'eft ftipulée par Contrat de mariage ,
& donne tous les meubles au furvivant.
COUTUMES SINGULIERES
Anapes , locale de la Salle de Lile , partage
tous les biens fans diftinction quand il
y a eu des enfans du mariage , & quand il
n'y en a point eu , ne partage que les meubles
& conquêts.
Hainaut . art. 80 & fuivans , donne à la
femme qui renonce aux meubles & dettes
de fon mari la moitié dans les héritages de
Mainferme , & l'ufufruit de la moitié des
Fiefs .
Lile, art. 206 ne donne à la femme ſurvivante
que moitié des meubles catheux , &
héritages réputés meubles,
FEVRIER 97 1747.
SAPSAPSAPSAP SXSW SAPSAR
TRADUCTION de la IVe.de d'Herace
, du premier
Livre ad Seftium
.
Solvitur
acris hyems .
L'Hyver
affés long- tems a de fes nous frimats
Fait fentir la rigueur dans nos trifies climats ,
Le Printems de retour dans ce vafte hémifphére
Ranime de Phébus la féconde lumiére ,
Et l'aimable Zéphir vient fur notre horiſon
Réparer les dégâts du fougueux Aquilon.
On voit déja paroître une aimable verdure ,
Ornement de nos champs , fimple & belle parure
Les vailleaux attachés depuis long-tems au Port
Au caprice de l'eau fe livrent fans effort :
Les moutons bondiffans fur les plaines fleuries ,
Cnt peine à retourner le foit aux bergeries ;
Le Laboureur joyeux va lever fes guerets ;
Les chèvres vont brouter dans les vertes forêts =
L'on ne voit plus blanchir la neige en nos prairies,
Rien ne peut des ruiffeaux arrêter les faillies ,
Un Aftre bien-faifant venant à leur fecours ,
A fondû les glaçons qui retardoient leur cours
Par la voix de Venus les Nimphes aſſemblées
Vont déja fur le foir des Graces eſcortées ,
Former des pas charmans fur les gazons fleuris ,
Conduites par les Jeux & les folâtres Ris ,
2 MERCURE DE FRANCE.
T
andis que retiré dans fa grotte profonde
ulcain forge laf oudre au Monarque du monde.
'Tout invite en ce tems à courir les bofquets.
La terre offre à nos yeux les plus riants bouquets 3
Au Dieu Faune en ce jour offrez un ſacrifice ,
Soit qu'il demande un bouc ou bien ane géniffe.
La mort , l'affreuſe mort, dont tout fubit les loix ,
Frappe des mêmes mains les Bergers & les Rois.
Envain pour l'éviter met-on tout en uſage ,
Rien ne peut exempter de ce trifte paffage ;
Nos jours , aimable ami , coulent fi promptement
,
Qu'à peine pouvous nous difpofer du préſent ;
Bientôt l'affreuſe mort en déployant ſes aîles ,
Répandra fur vos jours fes ombres éternelles ;
Vous irez habiter ces fouterrains affreux ,
Du terrible Pluton empire ténébreux ,
Mais quand vous aurez pris une fois cette route
,
Que vous ferez entré fous l'infernale voûte ,
Ces feftins , ces plaifirs , ces jeux de nos beaux
jours ,
Pafferont comme un fonge,& fuiront pour toujours.
FEVRIER
95 1747.
TRADUCTION de la VIIIODE
d'Horace du 1er. Livre ad Thaliarcum. -
Vides ut altâ ſtet , &c.
CHer ami, de l'hyver vous voyez les ravages ;
Un froid piquant défole nos climats ;
Le doux Zéphir a quitté ces rivages ;
L'Aquilon furieux y foufle les frimars ;
Les champs ont perdu leur verdure ;
Les oiſeaux ont fini leurs aimables chanſons ;
Les bois ont quitté leur parure ;
On voit la neige au loin fur la cime de s monts,
Près d'unfoyerqui brille au milieu des flacons,
Bravez les fureurs de Borée ,
Et dans de doux plaifirs attendez l'arrivée
De la plus belle des faifons.
Laiffez aux Dieux le foin des chofes de la terre.
Quandar e ux les vents irrités
Cefferont fur les eaux de fe faire la guerre ,
Les arbres cefferont auffi d'être agités,
Si vous voulez couler doucement votre vie ,
Du préfent fongez à jouir ,
Et n'oubliez jamais que c'eft une folie
De s'occuper d'un douteux avenir,
Sçachez mettre à profit le tems de la jeuneffe ;
Des neuffçavantes Soeurs écoutez les leçons ;
Voyez fouvent les lieux qu'arrofe le Permeffe ;
Sur la Lyre effayez de former quelques fons .
94 MERCURE DE FRANCE,
NOUVELLES LITTERAIRES
ET DES BEAUX ARTS , & c.
T
RAITÉ du Navire , de fa conftruction
& de ſes mouvemens , par M.
Bouguer , de l'Académie Royale des Sciences
, ci-devant Profeffeur Royale d'Hydro- .
graphie au Port du Croific & au Havre de
Grace , volume in-quarto de 682 pages , orné
de vignettes , & de douze planches en
taille-douce. Il eft en vente depuis trois mois
& a été annoncé dans le Mercure , le prix
eft de 15 livres relié, chés Jombert.
ELEMINS de Phyfique Mathématique ,
ou Introduction à la Philofophie de Newton
à l'ufage des Etudians , par M. s'Gravefande.
Traduits en François par M. Roland de
Virleys ; en deux vol . in- octavo , enrichis de
cinquante planches . Ce Livre eft en vente du
premier Janvier de cette année , le prix eft
de douze livres , relié , chés Jombert.
Cet Ouvrage eft fans contredit le Traité
de Phyfique le plus complet qu'aucun Aureur
ait encore fait fuivant le fyftême de
Newton ; il eft très propre à donner aux
jeunes gens qui étudient la Phyſique dans
les Colléges , une connoiffance exacte du
FEVRIER
$
1747.
fiftême de ce Philofophe fameux , dont les
Cartefiéns ne leur donnent qu'une idée fort
imparfaite dans leurs cahiers de Philofophie.
Il eft divifé en fix Livres.
Le premier traite du corps en général &
de fes propriétés : des actions des puiffances,
c'eft- à- dire, des machines fimples & compofées
& des puiffances obliques , des mouvemens
changés par les actions des puiffances
, comme l'accélération & le retard des
corps péfans , leur deſcente fur un plan incliné
, l'ofcillation des pendules , la projection
des corps péfans & les forces centrales .
on y traite aufli de l'ufage des machines.
Le fecond Livre a pour objet les forcesdes
corps en mouvement , appellées forces vives ;
la percuffion fimple & compofée des corps ,
foit directe & oblique , & les loix du reffort.
On examine dans le troifiéme la péfanteur
, la preffion & la densité des fluides
leur effet fur les fluides même , fur les folides
& fur les vafes qui les contiennent :
les poids des corps , & la comparaiſon hydroftatique
des folides. On y confidere
enfuite le mouvement des fluides , & leurs
viteffes, les eaux jailliffantes, le cours des fleuves
& le mouvement de leurs ondes : les ac
tions & les réfiftances des fluidès en mouvement,&
les machines hydrauliques : les corps
mûs dans des fluides & la réfiftance qu'ils y
fouffrent.
96 MERCURE DE FRANCE.
Le quatriéme traite de l'air & des autres
fluides élaftiques : on y voit l'uſagede la Machine
Pneumatique dans les expériences de
Phyfique, & en quoi confifte le mouvement
d'ondulation de l'air qui forme le fon : on y
parle enfuite des propriétés du feu , de la chaleur
de la lumiere,du froid & de l'électricité,
Le cinquiéme Livre comprend le mouvement
de la lumiere & fes différentes inflexions
, fa réfraction , ſa réflexion , & ce qui
regarde l'opacité & les couleurs. On y rapporte
les diverfes machines qui fervent à faire
connoître la réfraction de la lumiere ; les
Microſcopes , les Teleſcopes catoptriques ,
la Lanterne Magique , & c .
L'objet du fixiéme & dernier Livre eft le
fiftême général du Monde ; celui des Planettes
, leurs mouvemens & leurs phénomenes ,
les Etoiles fixes , & les caufes phyfiques des
mouvemens célestes. On y explique ce qui
regarde le vuide & le flux & reflux de la
Mer.
Le premier volume contient 356 pages
25 planches , & le fecond 480 pagès &
25 planches, chés Jembert.
SYSTEME du Philofophe Chrétien ,
par M. de Gamaches , de l'Académie Royale
des Sciences ; brochure in-octavo , prix
24 fols chés Jombert.
L'Auteur
FEVRIER 1747. 97
L'Auteur expoſe en abregé & comme en
racourci dans ce petit Ouvrage les preuves
les plus fortes & les plus naturelles fur la
vérité de la Religion Chrétienne . Il y démontre
d'abord l'existence de Dieu , la diftinction
de l'ame & du corps , & la réalité
du moral. Il examine enfuite les loix de la
Nature , leur infuffifance , la néceffìté d'une
Loi pofitive , la Loi des Juifs , & fon infuffifance
enfin après avoir repréſenté les principales
preuves de la Miffion de J. C. il termine
ce Traité par l'expofition & le plan de
la Religion Chrétienne.
:
TRAITE' des Feux d'Artifice pour le
fpectacle , par M. Frezier Nouvelle édition ,
refondue totalement & augmentée du double,
en un volume in octavo , orné de vignettes
& de douze planches ; il contient 496,
pages. Le difcours eft achevé d'imprimer s
mais les planches ne feront finies que dans
deux mois. Le prix fera de fix liv. relé ché :
Jombert,
L'Ouvrage eft divifé en trois parties . La premiere
traite des matieres qui entrent dans la
compofition des Feux d'Artifice , & des au
tres chofes qui y ont rapport. Ony confidere
d'abord le falpêtre , le foufre & le charbon
féparément , & l'on donne la maniere de les
choifir & de les préparer , pour la fabrique
de la poudre & des Artifices. On traite en-
E
98 MERCURE DE FRANCE
fuite de l'origine de la poudre à canon , de
fa compofition & de fes differentes efpeces :
de la maniere de l'éprouver , & de rétablir
celle qui eft gâtée . Des matieres dont on
compofe les feux de fenteur , comme le
Camphre, le Benjoin , & c . des mêches à feu
& étoupilles ; des cartouches cylindriques ,
coniques , fphériques , cubiques , annulaires
, en forme de pots ou vafes , & de la maniere
de les faire . De l'atelier de l'Artificier
& des inftrumens , meubles & uftanciles qui
lui font néceffaires. Cette partie eft précédée
d'un difcours préliminaire fur l'origine
& l'Hiftoire des Feux de Joye.
La feconde partie comprend 19. Les
Feux qui s'élèvent en l'air , par leur propre
force , foit par le moyen de quelque canon
ou mortier, 20. Les Feux fixes , ou qui fe
confument à l'endroit où ils font attachés,
3. Les Artifices aquatiques qui font faits
pour brûler dans l'eau ou fur l'eau . La premiere
Section a pour objet les ferpenteaux ,
fougues, lardons & vetilles ; les futées volantes
, la proportion de leurs moules & celle
des dofes des compofitions qui leur conviennient
fuivant leur groffeur ; on ytrouvera des
recherches fort curieufes fur l'accroiffement
du feu à mefure qu'il augmente en volume, fuṛ
Tufage & les propriétés des baguettes qu'on
attache aux fufées volantes , fur le méchanifFEVRIER
1747.
99
me de leur afcenfion , fur les défauts aufquels
elles font fujettes , & fur les moyens de les
éviter & d'y remedier. On donne enſuite ce
qui regarde les garnitures des fufées volantes
, comme étoiles, fauciffons , ferpenteaux,
pluye de feu , &c. les fufées volantes figurées
: les tourbillons de feu ou foleils montans
, les courantins , &c. On traite dans la
même Section des bombes d'Artifice ou
balons , de leur figure & compofition , de
leur garniture , & des mortiers qui y conviennent
, des pots à feu , des trompes , pots
à aigrettes , & des armes antiques artificiel,
les offenfives & défenfives . La feconde Section
regarde les feux fixes , comme lances
à feu , jets & aigrettes de feu : les foleils fi
xes , les girandoles , foleils tournans , &c,
Les Artifices d'eau demandent une préparation
différente de ceux de terre ; on donne
dans la troifiéme Section leur forme &
leur compofition , avec la maniere de faire
leurs cartouches . On parle enfuite des fufées
courantes fur l'eau, des genouilleres ou Dauphins
, des plongeons , des pots à feu aquatiques
, des balons & trompes d'artifices pour
l'eau des girandoles aquatiques ,foleils d'eau,
&c. on a ajoutéà la fin de cette partie unChapitre
fur les illuminations ufitées dans divers
païs:on y traite des lampions& des feux colo,
rés: des lanternes, terrines & fanaux: des torches
& flambeaux artificiels, &c. Eij 1
100 MERCURE DE FRANCE.
On donne dans la troifiéme Partie une
idée générale de l'origine & de la conduite
des Feux de joye , appliquée aux differens
fujets qui les occafionnent , avec les
décorations particulieres qui conviennent à
chacun. On traite enfuite des fpectacles
pyriques , & l'on fait la deſcription de la
machine pyrique de la Comédie Italienne,
rapportée par M. P. d'O. On y parle des
Théâtres d'Artifices . de leur ftructure , de
la maniere d'y arranger & d'y diftribuer les
principaux Artifices ; de l'ordonnance dų
fpectacle , & de l'exécution ou de l'ordre
qu'on doit garder pour faire jouer un feu
d'Artifice. On finit par une defcription hiftorique
des principaux feux qui ont été tirés
en France depuis quelques années.
Cet ouvrage eft terminé par un petit Dic
tionnaire des termes propres aux feux d'Ar
tifice.
ABREGE' du Cours de Mathématique
de M, Chrétien Wolfius , mis à la portée des
commençans. Traduit en François , en trois
volumes in-octavo , enrichis de plus de 50
planches. Sous preffe ; il paroîtra à Pâques
prochain , chés Jombert.
Tous les Géométres connoiffent le mé
rite de cet Ouvrage , le nom du célébre Wol
fius fuffit pour en donner une idée avantageufe.
Il y a peu d'Auteurs qui ayent ſuivi
FEVRIER 1747. 101
une Méthode auffi exacte que la fienne , &
qui ayent traité d'un figrand nombre de parties
;fon Cours de Mathématique eft eftimé ,
furtout pour la préciſion , l'ordre & la netteté
de fes principes , & une certaine érudition
qui regne dans tout l'Ouvrage. Il compofe
, comme l'on fçait , cinq volumes inquarto
, mais comme il y a peu de perfon
nes qui ayent affés de loifir & de conftance
pour étudier jufqu'au bout un ouvrage auffi
confidérable , ou pour pouvoir l'enſeigner
aux perfonnes qui défirent s'inftruire dans
cette Science , M. Wolfius s'eft déterminé à
faire lui même un abregé de fom Livre , &
c'eft cet abregé que nous donnons aujour
d'hui au public traduit en François & augmenté
confidérablement. I contient les
Traités fuivans.
>
L'Arithmétique , l'Algébre, la Géométrie ,
laTrigonométrie,la Méchanique , l'Hydroftatique
, l'Hydraulique & l'Airométrie , l'Optique
, la Dioptrique , la Catoptrique & la
Perfpective ; FAftronomie , la Géographie
la Chronologie & la Gnomonique , l'Artil
lerie , la Fortification , l'attaque & la deffenfe
des Places , & l'Architecture. Ce font
là les matieres les plus intereffantes , & les
principales parties d'un Cours de Mathématique.
Pour mettre cet abregé plus à la
portée de tout le monde , l'Auteur y a
E ij
tor MERCURE DE FRANCE.
évité les recherches trop épineufes , & n'y a
mis que les chofes les plus utiles , & qui font
le plus d'uſage dans la pratique. Les jeunes
gens y trouveront ce qu'il leur convient de
Içavoir fur chaque partie desMathématiques,
& les Maîtres pourront s'en fervir comme
d'un Cours général qui les guidera & les fou
lagera beaucoup .
Au refte on avertit que malgré les bornes
d'une traduction littérale , on s'eft cru cependant
permis de changer & d'ajouter plufieurs
chofes , foit dans le difcours ou dans.
les planches , aux endroits qui en avoient
befoin.
Le refpe&t dû aux productions de ce grand
Geometre a empêché de rien retrancher de
cet Ouvrage , mais on a éclairci les endroits
difficiles par des remarques inférées dans le
difcours , & l'on a remédié à la trop grande
briéveté de quelques Traités , par des fupplémens
que l'on a ajoutés à la fin de ces
parties. On en verra entr'autres des exemples
dans les Traités qui regardent les Fortifications
, l'art Militaire & l'Architecture ,
dont le diſcours eft augmenté du double ,
& les planches font prefque toutes differentes
& beaucoup mieux deffinées que dans
l'édition originale , cet Art ayant été pouflé
à un plus haut degré de perfection en France
que dans les autres païs del'Europe.
FEVRIER 1747. 103
Auffi-tôt que cet Ouvrage fera achevé
d'être imprimé , le même Libraire fe propoſe
d'en mettre fous preffe un autre du même
Auteur ; il aura pour titre
Nouveau Dictionnaire de Mathématique
& de Phyfique , & des parties qui en dépendent
, où l'on trouve l'origine, les progrès
& les principes de toutes les Sciences , avec
la méthode d'en acquérir en peu de tems
une connoiffance affés étendue pour en raifonner
exactement , & en faire une juſte application.
Traduit de l'Allemand de M.
Chrétien Wolfius & augmenté confidérable
ment, en un volume in -folio, enrichi de quan
tité de figures.
LES ELEMENS de Géometrie , ou de
la mefure de l'étendue, qui comprennent les
Elemens d'Euclide ; les plus belles propofitions
d'Archimede touchant le Cercle , la
Sphère , le Cylindre & le Cône , avec une
idée de l'Analyfe , & une Introduction aux
Sections Coniques , par le R. P. Bernard
Lamy , de l'Oratoire : volume in-douze
fixième édition , augmentée , 1740 ; le prix
eft de cinquante fols , chés Jombert.
ELEMENS de Mathématiques , ou Traité
de la grandeur en général , qui comprend
l'Arithmétique , l'Algébre , l'Analyfe , & les
principes de toutes les fçiences qui ont la
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
grandeur pour objet , par le R. P. Bernard
Lamy , de l'Oratoire ; huitiéme édition
1741 , le prix eft de 3 liv . chés Jombert.

ESSAI de Phyfique , par M. Pierre an
Muffchenbroek , Profeffeur de Philofophie
& de Mathématiques , à Utrecht , avec une
Deſcription de nouvelles fortes de machines
Pneumatiques & un recueil d'expériences
de Phyfiqne , en deux volumes in-quarto
imprimés à Leyde , en 1739 , avec beaucoup
de figures : il fe vend 30 livres relié,
chés Jombert,
M. Belidor va donner inceffamment au
public la feconde partie de fon Architecture
Hydraulique qui traitera de >
l'art de conftruire les Eclufes & de bâtir dans
l'eau. Elle formera deux volumes in-quarto ,
grand Papier , dont le premier paroîtra fans
faute à Pâques prochain ; on en verra le
détail plus au long dans le Profpectus de
cet Ouvrage , qui fe diftribue à Paris chés
Jombert , Quai des Auguftins , à l'Image
Notre-Dame.
COUTUMES générales du Pays & Duché
de Bretagne , & ufemens locaux de la
même Province , avec les procès verbaux
des deux réformations , les notes de M.
FEVRIER
1747. τος
Pierre Hevin , Doyen des Avocats du Parlement.
Les Arrêts recueillis par le même .
Auteur fur les articles de la Coûtume , l'Aitiologie
de Meffire Bertrand d'Argentré , Sénéchal
de Rennes. La traduction abrégée
de fon Commentaire fur l'ancienne Coûtume
de Bretagne par M. H. E. Poullain de
Belair, Doyen des Avocats du même Parlement.
Et les notesde M. Charles du Moulin,
fur la même Coûtume , le tout revû , corrigé
& augmenté de la Conférence des trois
Coûtumes de la Province , des autres Coûtumes
du Royaume , & des Ordonnances des
Rois depuis le commencement de la Monarchie
Françoiſe , avec des notes par M. A.
M. Poullain Duparc, Avocat au même Parlement
, & Profeffeur Royal en Droit François
des Facultés de Rennes , z vol. in 4° . à
Rennes chés Guillaume Vatar , Imprimeur
ordinaire du Roi, du Parlement & du Droit,
au coin du Palais , à l'Imprimerie Royale, &
à la Palme d'Or. 1746. Et à Paris chés la
Veuve Ganeau Libraire rue Saint Jacques.
RECUEIL dé Jurifprudence civile du
Pays de Droit Ecrit & Coûtumier , par ordre
alphabétique , nouvelle édition , corrigée
& confidérablement augmentée par M.
Guy du Rouffeau de la Combe , Avocat au
Parlement , un vol, in-40, 1746. Dans la
Ev
106 MERGURE DE FRANCE,
premiere édition de cet ouvrage , parmi la
multitude prodigieufe de citations dont il
eft rempli , il s'étoit gliffé un grand nombre
de fautes d'impreffion par le changement
ou tranfpofition d'une lettre ou d'un
chiffre , cependant le public toujours Juge
équitable en a connu le mérite & l'utilité, &
n'a pas laiffé d'enlever cette premiere édition,
toute fautive qu'elle étoit ; que ne doiton
pas eſpérer de cette feconde édition où
tout eft revû avec exactitude? Elle eft augmentée
de près de moitié , étant compofée
de 101 feuilles , au lieu que la précédente
n'en avoit que 59 , & eft en plus beaux
caractéres & en meilleur papier . Ce Livre
fe vend à Paris au Palais chés Legras Libraire
, Grand'Sale à l'L couronnée, Paulus Du
mefnil , Imprimeur- Libraire , Grand'Sale
au pilier des Confultations au Lyon d'Or.
de Nully Libraire , Grand'Sale à l'Ecu de
France & à la Palme , & Debats Libraire ,
Grand'Sale à S. Franço is. Le prix eft de
O livres relié.
NOUVEAU SYSTEME DE MUSIQUE
pratique qui rend l'étude de cet art plus
facile en donnant de l'agrément à la folfiation
, & en foutenant ainfi l'ardeur des
commençans , dédié à S. A. M. le Comte
de Saxe , Maréchal Général des
FEVRIER 1747. 107
Camps & Armées de France , par M. Denis
, ci- devant Directeur des Académies
Royals de Mufique de Lyon , Rouen, Marfeille
, Lille , Bruxelles & Anvers , & Maître
de Mufique des Cathédrales de S. Omer &
de Tournay. Livre premier , chés l'Auteur
fauxbourg S. Martin vis - à - vis l'Eglife S. Laurent
, Mrs. Ballard pere & fils rue S. Jean de
Beauvais au Mont Parnaffe, Mad, BoivinMarchande,
rue S, Honoré à la Regle d'Or, M. le
Clerc Marchand , rue du Roule à la Croix
d'Or 1747 , Le prix eft de 8 livres broché.
M.
l'Abbé Pithon - Curt , dont nous
avons depuis trois ans les deux
premiers volumes de l'Hiftoire de la Nobleffe
d'Avignon , du Comté-Venaillin &
de la Principauté d'Orange , avertit les perfonnes
intéreffees qu'il donnera dans le courant
de cette année le troifiéme & dernier
volume de cet ouvrage, comme il s'y eft engagé
, mais comme bien des gens dont l'Auteur
ne fera peut- être aucune mention , s'attendent
à voir dans ce dernier volume l'article
de leur Maiſon , nous fommes priés de
donner ici la lifte des articles que l'on y
trouvera , ainfi que dans le fupplément que
l'Auteur eft obligé d'y joindre , foit pour
augmenter ou rectifier plufieurs articles dé-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
ja imprimés , foit pour employer ceux dont
les preuves ne lui ont été fournies qu'après
l'impreffion des deux premiers volumes . Ce
fupplément ne fera qu'un même corps avec
ce troffiéme volume , deforte que c'est ici
la fin de cette collection que nous annonçons
au public.
On trouvera dans le troifiéme volume
les Maifons & Familles de Raffelly , comprenant
les branches de Roquefante , de St.
Sauveur , de Soiffan & de la Roque.
De Raimond- Mourmoiron avec les branches
de Montlaur , de Pomerols & de Modéne.
De Raxi- Flaffans.
De Rhodes.
De Ripert-d'Alauzier.
De Riviere & les branches de Ste. Marie ,
de Brueix & du Puget d'Albanez .
De Robin- Gravefon , Barbentane & Beaulieu.
De Rodulf-Limans , Lirac & St. Paulet.
De Rolland Reillanette & Reauville.
De Roquard - Vinfobres & la Cour St.
Maurice .
De Roftagni.
De Rouffet St. Sauveur.
De Rouvillafe en partie.
De Sade- Mazan , Aiguieres , Romanil
& Saumane.
FEVRIER 1747. 109
De Sagnet-Aftoaud.
De la Salle.
De Salvador.
Des Seguins , comprenant les branches
de St. Roman , deVaffieux , d'Aubignan &
de Cabaffole .
De Serres-la Marine .
De Seytres Caumont , Piéver & Vau,
clufe.
De Simiane.
De St. Sixte.
De Soubirats.
De Suarez- d'Aulan.
De Taulignan ancien & moderne.
De Thesan Pujols , Saze , Venaſque , St.
Genies & Afpiran.
De Tollon Ste. Jalle , la Laupie & St.
Julien.
De Tonduti Falicon , Eſcaréne , Châteauneuf
, Péglion , Blauvac & Malijac.
De Tulle-Villefranche.
De Vaffadel.
De Venafque ancien.
De Vaëfc, en grande partie , le refte imparfait
, faute de preuves.
+
De Vaëfe , Grimaud & Caromb.
De Véri , Canove & Rainoard.
De Villelles.
De Vincens Caufans , Savoillans & Propiac.
110 MERCURE DE FRANCE,
De Vanel-l'Ifle Roy.
D'Urre , comprenant les branches de
Brette , de la Touche , du Puy St. Martin ,
d'Aiguebone , d'Ourches , de Montanégue ,
de Comerçy , de Molans , de Mézerac , de
Sagnes , de Fauquemberge , de Grane , de
Croze & de Glane- Cugy.
Dans le fupplément à la fuite du troifiéme
volume , outre plufieurs articles augmentés
& corrigés, feront les fuivans
Des Achards la Baume & Ste. Colombe.
D'Adhemar , comprenant les branches de
Grignan , de Monteil de la Garde , de St.
Gervais de Lombers & de Rochemaure , les
Comtes d'Orange, les Vicomtes de Marſeille.
D'Agoult pour la plus grande partie , le
refte imparfait , faute de preuves ,
De Baux comprenant les Sires de Baux ,
les Princes d'Orange , de Salerne & de Tarente
, les Ducs d'Andrie , les Comtes d'Avellino
, les Vicomtes de Marfeille , & généra
lement toutes les branches de Provence , du
Comté-Venaiffin & du Royaume de Naples.
De la Baume- Pluvinel , furnommée de
Tertulle
De Bellujon,
De Boniface , les branches du Bofléhard ,
de la Molle & de Cabanes,
De Brunier , furnommée d'Adhemar , les
branches de Larnage & d'Aps.
FEVRIER 1747. III
De Claret- Truchenu .
D'Efcalin,furnommée d'Adhemar.
De Fournier Pradines & d'Aultane.
De Genas Aiguilles , Puyredon , Beauvoilin
& Beaulieu .
le.
De Granollafe S. Martin.
De Grignan Mondragon & Haute- vil-
De Langes . Montmirail .
De Magnin de Gafte & de Montroux.
De Montaynard.
De Parpaille S. Géoire , St. fecond , la
Baftide & Molans .
De Pons plufieurs branches , le reſte imparfait.
Les familles qui n'ont point encore fourni
leurs preuves auront pour tout délai jufqu'à
la fin du mois de Mai prochain pour
les faire tenir à l'Auteur , port payé. Son
adreffe eft à Verneuil au Perche où les paquets
lui feront exactement rendus. On
pourra pour plus grande fûrété en faire charger
le Livre de la Pofte , de forte qu'ils ne
feront remis à l'Auteur que fous fon récépifé
GERARDI VAN SWIETEN
Doct . Med. Commentaria in Hermanni Boerbaave
Aphanifmos de cognofcendis & curandis
morbis , deux volumes in-quarto, 22 liv.
112 MERCURE DE FRANCE.
Parifiis apud Guillelmum Cavelier, Patrem,
viâiJacobeâ , fub figno Lilii Aurei , 1747.
PRATIQUE de Chirurgie , ou Hiftoire.
des Playes en général & en particulier , contenant
une Méthode fimple , courte , & aifée,
pour fe conduire fûrement dans les cas
les plus difficiles , troifiéme édition enrichie
d'obſervations curieufes , & confidérablement
augmentée , par M. Guifard , Docteur
en Medecine de l'Univerfité de Montpellier,
avec un recueil de Thèfes du même Auteur
, deux volumes in-douze , 5 livres , à Paris
chés Guillaume Cavelier , Pere , rue S.
Jacques , près la Fontaine Saint Severin au
Lys d'Or, 1747.
Coignard & Defaint Libraires viennent de
donner au Public en 4 vol in- 12 une jolie
édition des oeuvres deM. Racine, fils de l'illuftre
Racine, dont le nom fi cher à la Républides
Lettres, eft porté dignement par fon fils.
Il eft inutile que nous nous arrêtions longtems
fur les éloges dûs au Poëme de la Religion;
ce Poëme réimprimé 5 fois à Paris, &
plus fouvent encore dans les Provinces depuis
fort peu d'années , eft confacré par les
fuffrages du public , & le fera par ceux de
la poftérité ; outre plufieurs Poëfies nouvelles
que l'on trouve dans cette édition , les
F
FEVRIER 1747. 113
Lecteurs y verront avec plaifir dés reflexions
fur la Poëfie , lefquelles rempliffent les deux
derniers volumes. La juftefle du raiſonnement
, le bon goût , une connoiffance faine
des bons Auteurs de l'Antiquité & des
excellens modéles que nous avons dans notre
Langue , y brillent à chaque page.
Tous les bons efprits feront fort fatisfaits
de voir M. Racine défendre avec zéle la
rime que tous nos bons Poëtes ont refpectée
, & qui eft effentielle à la verfification.
On n'eft pas obligé de rimer, dit M. Racine,
mais quand onfait des vers , ilfaut qu'ils foient
bien rimés. Dans les longs Ouvrages il n'eft pas
toujours néceffaire que la rime foit riche , mais
il est toujours néceffaire qu'elle foit exactespécher
en vers François contre la rime c'eftpécher en
vers Latins contre la quantité ; le crime eft
égal; mal rimer c'eft mal faire des vers.
C'eſt dans le Livre même qu'il faut lire
ce que M. Racine dit fur le langage Poëtique.
La Poëfie quoi qu'affujetie à la même
fyntaxe que la Profe , quoique fe fervant
de smêmes mots ,ja pourtant un langage particulier.
M. Racine détruit fans peine le fyftême
du P. du Cerceau , qui prétendoit
que l'inverfion formoit le caractére diftin&
tif de la Poëfie , ce ne font point non
plus les images feules , quoiqu'il foit vrai de
dire qu'elles font beaucoup plus familieres
114 MERCURE DE FRANCE.
à la Poëfie qu'à la Profe , c'eft la façon de
les employers On peut faire des vers où
les images ne foient point prodiguées , &
qui foient fort beaux ; la Poëfie des Tragédies
de Racine eft dans ce cas :
Nous voudrions pouvoir entretenir nos
Lecteurs plus longtems des réflexions judicieufes
qui fe trouvent dans l'ouvrage de
M. R.; tout y refpire le bon goût , la droite
raiſon , & l'élégance avec laquelle M. R.
exprime fes penſées leur donne un nouveau
mérite, en joignant l'agréable à l'utile .
ORAISON FUNEBRE de trèshaute
, très puiffante, excellente & très vertueufe
Princeffe Marie Théreſe Infante
d'Espagne , Dauphine , prononcée le 24 No.
vembre 1746 dans l'Eglife de Notre-Dame ,
par Meffire Jean- Georges le Franc Evêque
du Puy , à Paris 1746 , chés Prault Fils.
Ceux qui aiment la faine éloquence , la
raifon ornée des graces d'une élégance noble
& naturelle , & d'un ftile facile , goûteront fürement
l'ouvrage de l'illuftre Prélat. Ce dife
cours où on remarque un difcernement jufte,
un efprit éclairé & méthodique , qui fçait arranger
fes idées,& en former un tout dont les
parties fe répondent , n'eſt point infecté de
ces antithèſes fatiguantes ; & de ce fautillement
de ftile, qui font fi à la mode de nos jours.
FEVRIER 1747. 115
ABREGE de l'Histoire des Infectes s
pour fervir de fuite à l'Hiftoire naturelle des
Abeilles , avec des figures en taille douce , à
Paris 1747 2 vol . in 12 .
Ce Livre qui eft de l'Auteur de l'Hiftoire
des Abeilles, ne mérite pas moins d'éloges, &
ne lui fera pas moins d'honneur que fon premier
ouvrage , lequel a eu un très-grand fuccès
;nous en parlerons plus au long.
TOME SECOND de la Coûtume de Bourgogne
avec les obfervations de M. le Préſi
dent Bouhier , in fol. 1746 , à Dijon chés P.
Defaint , Imprimeur- Libraire ordinaire du
Roi ; il vend auffi le tome premier , & les
2 volumes fe trouvent à Paris chés deNully
au Palais.
DISSERTATIONS fur Herodote par
M. Boubier , avec des mémoires fur la vie
& les ouvrages de ce Sçavant, &c. in- quario
1746 , à Dijon , chés le même Imprimeur
du Roi, & fe vend à Paris chés David le jeune
, Quai des Auguftins , & chés Quillan Fils
rue Saint Jacques.
NOUVEAUX CERTIFICATS
en faveur dufpécifique du fieur Arnoult , con
Papoplexie.
M. Gaullard , Medecin ordinaire du Roi,
"
118 MERCURE DE FRANCE
& dont le mérite & la capacité lui ont acquis
une confiance univerfelle , confulté par
Made. Bureau de la Rochelle au fujet d'une
paralyfie qui lui étoit arrivée le 7e. mois
d'une groffeffe, accouchée, & toujours parali
tique,foupçonnée d'une nouvelle groffeffe ,
M. Gaullard dans fa confultation après avoir
indiqué les remédes ufités en pareil cas s'explique
ainsi.
Dans l'un ou l'autre cas , c'eft- à- dire qu'il
y ait groffeffe ou non ,foit par conféquent
qu'on faffe des remédes ou qu'on n'en faffe
pas , on ne peut trop recommander le fachet
antiapoplectique du fieurArnoult, il eft certainement
falutaire & ne peut jamais nuire ;
il a eû des effets fi heureux & des fuccès fi
authentiques qu'on ne peut lui refufer une
confiance qu'il a bien méritée ; deliberé à Paris
ce 21 Janvier 1747. Signé Gaullard Medecin
ordinaire du Roi,
M. du Bertran Maître Chirurgien Juré
à Paris confirme ce témoignage par un Certificat
en forme,déclarant que le fieur Colas
après fix attaques d'apoplexie, dont la der
niere fut fuivie de paralyfie fur la langue , &
fur une partie du corps , ayant fait ufage du
fachet du fieur Arnoult pendant 4 années , il
ne lui étoit arrivé aucune rechute , qu'en
ayant diſcontinué l'ulage quelques jours , i
s'étoit trouvé hors d'état d'agir , reffentant
FEVRIER . 1747. 117
1
1
un engourdiffement univerfel , une oppreffion
, une difficulté de parler , une vûe
chargée & ombrageufe, une tête péfante ; le
pouls très plein; qu'ayant eu recours au fachet
du fieur Arnoult Md. Droguifte , à Paris ,
il s'étoit rétabli comme auparavant,
Feu M. Larchevefque , ce célébre Medeçin
de la Ville de Rouen , confeilloit l'ufage
de ce reméde & en prenoit ouvertement
la défenfe ; il a même déclaré
par une
de fes lettres que deux perſonnes fous fes
yeux s'étoient trouvées gueries par le ſpécifique
du fieur Arnoult contre l'apoplexie,
On a du expliquer les Enigmes & les
Logogryphes du Mercure de Janvier par
la lettre M. l'amour,filou &faifon. On trouve
dans le premier Logogryphe , fil , if, fou ,
ọi , oui , fi , ouf, loi & foi. On trouve dans
le fecond Nafe , Ofa , os , foin , fas , anis ,
fon, Ain , Anio , Io, Jno & as.

ENIGME.
JE fuis un meuble portatif,
Affés mignon , fort utile
Tant au Village qu'à la Ville .
118 MEBCURE DE FRANCE
Je fuis un grand préférvatif ,
Contre ... alte-là ; qu'allois- je faire ?
Je ne fçais qui m'a retenu ,
Mais par un trait fort ingenu
J'allois découvrir le myftere.
Lecteur , fi tu veux me connoître ?
Examine bien ce qui fuit ,
Affés au long s'y voit réduit
Tout ce qui compofe mon être.
L'on me fait garder la maiſon
Dans cette charmante ſaiſon
Qui donne aux arbres la verdure
Mais auffi dès que les frimats
Selon l'ordre de la Nature ,
Se font fentir en nos climats ,
Soit qu'on aille à la Comédie ,
Aux Spectacles , aux Opéras ,
Peu veulent fortir , faire un pas
Sans m'avoir en leur compagnie ,
Même pour aller à l'Eglife ,
Enfin par- tout je fuis de mife ,
Sans aucune diſtinction
De fexe ou de condition .
Avancé plus ou moins en âge ,
Le Seigneur & le Villageois ,
L'Artifan comme le Bourgeois ,
Chacun de moi peut faire ufage.
Voilà , Lecteur , ce que je puis
?
FEVRIER
119
1747.
De toi pour me faire connoître ;
C'en est fait , & déja peut-être
Tu n'ignores plus qui je fuis .
* ઈંડ
LOGOGRYPHE.
ON m'offre en hyver rarement ;
Auffi pendant l'été fuis-je fort en ufage ,
Mais fi de moi l'on n'ufe avec ménagement ,
Souvent dans l'eftomach je fais un grand ravage.
Developpons ceci , mets fans deffus deffous ,
Lecteur , les feize pieds qui forment ma ſubſtance ,
Tu trouveras une Ville de France ,
Un terme qui fubfifte en dépit des jaloux
Ce qui fait que Tircis s'attache à fa Silvie
Une Ville de Normandie ,
Un fleuve d'Allemagne , un fameux Conquérant ,
Un fiége , un poids , ce qu'aime maint gourmand ,
Le lieu d'où les Curés expliquent l'Evangile ,
Fameufe cité de Sicile ,
Ce dont tout homme eft compofé ,
Deux mois , un Moine , un animal rufé
Celle qui nous donne la vie ,
Ce qui n'eft pas commun , un Royaume puiffant ,
Une Déeffe , un élément ,
Un mets chéri par un peuple d'Afie,
1
120 MERCURE DE FRANCE A
Ce qui dans la Réligion
Exige une aveugle croiance ,
Un mot dont l'application
Choque de front la bienſéance ,
Ce qu'en France jamais ne porte un Capucin
Un Empire d'Afie , un célébre affaffin ,
Ce que de conferver prend à coeur une belle ,
Sur Scarpe fameufe Cité ,
Un Prophéte d'antiquité ,
Un ornement d'Evêque , un compagnon fidelle ,
Un fruit ; je t'offre enfin un chion
En voilà bien affés , je ne dirai plus rien.
AUTRE
J E fuis un compofé de diverſe matiere.
J'ai place dans ce monde & non parmi les morts ,
A la rigueur pourtant je ne fuis que chimere ,
Car je ne fuis efprit ni corps ,
Tu t'étonnes , Lecteur ; voici bien autre affaire.
1
J'ai des effets fi furprenants ,
Que les Etats fans moi font très peu floriffants ,
Et le bas peuple accablé de miſére .
Ce n'est pas encor tout ; je porte dans mon fein
Un Empereur Romain ,
Trois netes de Mufique ,
Peuple
FEVRIER 1747. 121
Peuple d'Europe , autre peuple d'Affrique,
Un verbe dont Cloris voudroit fuir la rigueur,
Antique inftrument de chaffeur,
Ce qu'on laiffe en marchant , un Moine, un coquillage
,
Meuble utile quand on voyage ,
Ce qu'on voit faire aux baladins ,
Un exercice ordinaire aux marins ,
Ce qu'ordinairement défire tout Vicaire
Offement de la tête, un poids, une riviere ,
Un inftrument de Menuifier ,
Une matiére utile au Serrurier ,
Un titre qu'on prodigue à plus d'un petit maître
Un vêtement de deuil , un terrible élément ?
Enfin de tout ceci veux tu le dénoûment ,
Onze pieds compofent mon être.
Marraud Avocat au Parlement de Touloufe.
AUTRE .
M Algré l'Ariftote François ,
Sans être efprit , je fuis plus que machine.
Sur mes pas amoureux le Printems s'achemine ;
Je charme par mes fons les échos de nos bois.
F
122 MERCURE DE FRANCE,
Dans les fix qui forment mon être ,
Tu trouveras le lieu qui t'a vû naître ,
Celui qui te verra mourir ;
La bafe de toute Mufique ;
Le plus fameux fleuve d'Affrique ,
Ce charre précieux qui fert à te couvrir ,
Le nom du Dieu qu'à la Chine on revere ,
Mais c'eft trop longtemps t'amufer ;
Dans ce bocage folitaire
C'eft moi qui t'appris à jaſer,
ધર્મ }***
CHANSON .
Pour donner àma voix toute fon étendue ,
Je vais la monter dans la nue ,
Et la defcendre après jufqu'au fond des caveaux
Enfuite par des tons nouveaux ,
Je veux chanter le triomphe & la gloire
De nos plus célébres Héros ,
Et prenant haleine à propos ,
Je finis ma chanfon par boire.
2
V
YORK
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
. A
TILDE
1
THE
NEW
YORK
!
PUBLIC
LIBRARY
.
ASTOR
,
LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATIONS
.
FEVRIER 1747. 123
**************
NOUVELLES DE PROVENCE
Au Camp de Fayence le 27 Janvier 1747•
L
E 25 M. le Marquis de Mirepɔix a marché
avec fa referve à Fréjus , que les ennemis
avoient abandonné Ja nuit , M. de Pereufe qui
faifoit fon avant-garde les a fuivis juſques au bois
de l'Efterelle , où il a joint leur arriere garde , &
il y a fait 45 prifonniers ; le même jour M. de
Ferrary à pouffé un corps de Cavalerie des ennemis
qu'il a battu , il y a pris un Capitaine de
Carabiniers , & 11 Cuiraffiers ou Huffards.
M. d'Arnaud qui commande toujours le corps
de l'avant garde s'eft avancé jufques au col de Ca.
lar . M. le Maréchal fçachant que tous les differents
détachemens des ennemis s'étoient raffemblés
de ce côté là , a fait foutenir cette avantgarde
par les brigades de la Marine & des Gardes
Lorraines, & huit pieces de canon ; les ennemis
qui s'étoient mis en bataille de l'autre côté du Ravin
qu'ils ont fait mine de vouloir deffendre, ſe font
retirés précipitamment au premier coup de canon
qu'on leur a tiré ; nous avons paffé le Ravin , on
leur a fait une trentaine de prifonniers , dont un
Capitaine de Croates.
M de Campofanto qui commande l'avant-garde
Efpagnole , a pris de fon côté fur Clavieres &
Bargemont , où il a auffi fait 27 priſonniers , dont
un Lieutenant .
M. de Maulevrier s'eſt rendû maître de tous les
poftes que tenoient les ennemis entre le Verdon
l'Efteron fans aucune réſiſtance de leur part,
1
Fij
T24 MERCURE DE FRANCE
Le 26 le Marquis de Mirepoix ayant vû 4 barques
chargées de Sel des greniers du Roi à Fréjus ,
& de toutes les armes qui ont été enlevées aux habitans,
& autres effets , les a obligées à coups de canon
de revenir à bord ce qui nous met en état d'armer
de nouveau tous les peuples qui défirent avec
empreffement à courir fus à l'ennemi, il a fait avanfer
M. de Pereufe dans les bois de l'Efterelle, lequel
ayant trouvé 4Compagnies de grenadiers dont deux
Autrichiennes & deux Piédmontoifes , retranchées
près le cabaret de l'Efterelle avec beaucoup de trou
pes irrégulieres , il les a attaquées la bayonnete
au bout du fufil , les y a emportées , & prefque tout
y a été tué , excepté un Capitaine de grenadiers
Piémontois , & une foixantaine de grenadiers qui
ont é é bleffés & pris . Comme on a appris que M.
Odonel étoit à peu de distance de là retranché
dans le plus épais du bois avec plufieurs bataillons ,
M. de Mirepoix a marché cette nuit avec les deux
brigades de Poitou & d'Anjou , & du canon pour
les y attaquer ce matin à la pointe du jour.
Un détachement de fa referve a attaqué auprès
de Bagnols ; la meilleure partie des Cuiraffiers de
Berlinkingen qui y étoit encore , il y a eu une trentaine
de Cuiraffiers tués , 17 prifonniers & plus de
40 chevaux,
9
M. le Maréchal a fait avancer M. d'Arnaud juf
qu'à Scillan , tout le reste de l'Infanterie a fuivi
en échelons à Bargeme , & au col de Clavieres
les ennemis n'ont point paru que par quelques dé
tachemens d'Huffards , les Efpagnols fe font avancés
à la même hauteur à Broves . M. de Mauleyrier
eft venu camper à Bargeme , ils n'ont vû que
quelques Croates & Huffards , tout étant retiré
fur le Pont de la Ciagne à Tournon ; il nous vient
des déferteurs en grand nombre & par bandes , ils
FEVRIER 1747.
difent tous qu'il ont été furpris , les Officiers ajou
tent qu'ils comptoient que l'armée du Roi ne fe
roit point en état de marcher faute de ſubſiſtan➡
ce, & les adjudans généraux avoient déja fait des
difpofitions pour placer les troupes le long de l'Ar
gens & du Verdon , comptant à couvert de
Caftellanne occuper toutes les valées pendant l'hyver.
tauroux ,
Aujourd'hui 27 toute l'armée continue à mar
cher par échelons , notre avant garde eft à Mon-
& nos colonnes commencent à entrer
dans la grande montagne pour tourner les fources de
la Ciagne ; la pluye n'a point ceffé depuis que nous
fommes en mouvement , ce qui retarde confidéra
blement tous nos convois de fourage.
Au Camp de Graffe le 3
Février 1747.
Le 28, le 29 , & le 30 Janvier ont été employés
à fe porter fur la Ciagne , nos avant-gardes ont
pouffé les ennemis au de- là de cette riviere ; les
Efpagnols ont fait 27 prifonniers & en ont tué environ
autant , celle de l'armée commandée par M.
d'Arnaud a pris pofte fur le haut de Tournon &
le Marquis de Mirepoix s'eft porté fur la Napoules
M. le Maréchal a féjourné le 31 pour donner
le loifir aux colonnes de la gauche & aux détachemens
qui faifoient le tour des grandes monta◄
gnes , d'arriver au point fixe qu'il avoit déterminé
pour attaquer les ennemis par endroits à la fois le
premier Février à la pointe du jour , mais les enhemis
ayant abandonné tous leurs poftes & retranchements
pendant la nuit , & nos patrouilles s'en
étant apperçu dès dix heures du foir au pont de
Tournon , onfit paffer tous les grénadiers au gué ;
on pourſuivit les ennemis & l'on fit une centaine
1
L
DE
F iij
126 MERCURE DE FRANCE.
de prifonniers , toute l'armée paffa la Ciagne les
premier , & toutes les colonnes par les différens
chemins tournanis à travers les hautes montagnes ,
arriverent prefque à la même heure à Graffe que
l'ennemi n'avoit évacué que la nuit ; on y fit
encore grand nombre de prifonniers , M. de Mirepoix
arriva auffi à la même heure à Antibes où il fit
entrer un détachement.
Le 2 M. le Maréchal pouffa en devant de très
gros détachements fur le Loup , le défaut de pain
ayant obligé de féjourner , & comme fuivant tous
les rapports des émiffaires & des déferteurs , M. de
Braun avoit raffemblé toute fon armée fur la Ciagne,
M. le Maréchal fit de nouvelles difpofitions pourlesy
aller combattre, pour cet effet lecorps de M.deMau
levrier marcha droit à S. Jannet , les Eſpagnols envoyerent
un gros détachement fur Vence , & M.
le Chevalier deBelle- Ifle fut détaché avec dix mille
hommes , dont tous les grénadiers de l'armée , les
volontaires Royaux , &5 efcadrons Efpagnols pour
fe porter à Ville- Neuve , & à Saint Paul , où il a
fait toutes les difpofitions pour attaquer ces poftes
ce matin 3 à la pointe du jour , devant être foutenu
par toute l'armée qui s'eft miſe en marche à
la même heure fans équipages , M. de Mirepoix
devant venir s'y joindre au Biot , l'action eût été
générale , M. le Marquis de Lamina devant attaquer
parVence , toutes nos forces devant ſe réunir
fur Caignes où étoit l'armée ennemie , mais M.
le Chevalier de Belle- Ifle s'étant apperçu cette
nuit que les ennemis évacuoient le Château de
Ville- Neuve , a fait paffer une partie de fes troupes
aux gués. Tout a plié , & il n'a pû joindre leur
arriere-garde qu'à Saint Laurent que les ennemis
tenoient en force ; il les y a fait attaquer fi vivement
qu'on les a culbutés fur leur pont dont il
A
FEVRIER 1747. 127
s'eft rendu maître dans toute la partie qui eft fur
le grand bras du Var jufqu'à une Ifle où les ennemis
ont fait des retranchements garnis de gros
canons , enforte qu'il n'a pas été poffible d'aller
plus loin , mais nous fommes reftés maîtres de
cette partie du pont & il n'y a plus un feul Autrichien
ni Piémontois en deça du Var . Antibes a
été fecouru à tems , & il n'a refté à nos ennemis
que la honte d'une entrepriſe dont ils avoient
fait un éclat prématuré , on ne peut affés donner
d'éloges aux Officiers & aux foldats des troupes
Françoifes & Efpagnoles , lefquelles ont fupporté
avec beaucoup de courage les fatigues & les incommodités
d'une marche très longue & très pénible.
Les troupes des deux Nations défiroient ardemment
de pouvoir joindre les ennemis , mais
ceux-ci ne s'en font jamais mis à portée , cependant
les differentes aflaires qu'il y a eu leur coûtent
en tués bleffés & déferteurs , cinq ou fix
mille hommes , & nous n'en avons pas perdu deux
cent.
"
F iiij
118 MERCURE DE FRANCE.
SPECTACLES.
LES Comédiens François ont continué
avec le même fuccès les répréfentations
de la Gouvernante ; cette Piéce pourroit
être intitulée le triomphe de la Vertu ,
& les plus honnêtes gens font ceux à qui elle
a fait le plus de plaifir : nous allons en
donner un Extrait , qui ne peut être qu'une
efquiffe fort imparfaite de toutes les beautés
repandues dans cet Ouvrage.
La perte d'un Procès confidérable a renverfé
totalement la fortune de deux malheureux
époux , gens d'un grand nom , que
ce malheur a réduits à la derniere mifére avec
une fille alors au berceau , feul fruit de leur
hymen . On verra dans la fuite que ce Procès
où ils foutenoient une caufe jufte , fut
perdu par la friponnerie d'un Sécrétaire qui
fçut fouftraire le titre décifif, & par la négligence
du Rapporteur qui s'en rapporta
a l'Extrait infidéle de ce traître ; depuis la
perte de ce Procès , le mari a peri dans
une guerre étrangere où il avoit pris de
J'emploi , la mere a fubfifté pendant quelque
tems d'une penfion modique qu'elle
FEVRIER
1747. 129
"
'avoit obtenue , mais cette penſion ayantceffé
d'être payée, elle n'a pu continuer à fournir
à fa fille élevée dans un Convent les fecours
néceffaires une maladie l'a même
empêchée d'aller l'y reprendre , & pendant
ce tems une Baronne , riche veuve , touchée
des graces d'Angelique , c'eft le nom de la
jeune fille , l'a prife chés elle fans la connoître
à l'âge d'environ dix ans , elle la appellée
fa niéce , & cette jeune enfant a cru
l'être en effet. Il y a quatre ou cinq ans qu'-
elle a été retirée du Convent par la Baronne
qu'elle croît fa Tante ; telle eft l'avant- fcéne
que l'Auteur éclaicit par dégrés , & à proportion
que la connoiffance de chaque incident
eft néceffaire à l'action .

Angelique ouvre la Scéne avec Juliette
fa Suivante ; le Spectateur apprend par
leur entretien , qu'un jeune homme nommé
Sainville fils d'un Préfident qui demeure
dans la même maifon que la Baronne , a été
amoureux de la jeune Angelique , qui n'étoit
pas infenfible à fon amour , que depuis
trois mois ce jeune homme ayant été forcé
par fes parens à fe repandre dans le grand
monde , il a négligé Angelique qui fe croit
abandonnée , une Gouvernante que cette
jeune perfonne a depuis fix mois , s'eft emparée
de fa confiance , & a acquis fur elle
affés d'autorité pour qu'elle n'agiffe plus que
FY
130 MERCURE DE FRANCE:
par fes confeils , la jeune Suivante eſſaye
envain de prendre le parti de Sainville auprès
d'Angelique , qui dans la trifteffe où
elle eft plongée, fouhaiteroit de retourner au
Convent fon premier azile .
L'une & l'autre fe retirent à la vue de
la Baronne qui paroît avec le Préfident , pere
de Sainville , ce Magiftrat a fait perdre ily
a douze ans un Procès jufte qui a ruiné une
famille illuftre , par la négligence qu'il a
eu de fe laiffer tromper par fon Sécrétaire ,
le crime de ce traître étant connu , il veut le
réparer en reftituant la valeur de la perte
qu'il a caufée,mais il ne fçait à qui s'adreffer ,
on a perdu la trace des malheureux que fon
imprudence a ruinés , & il a prié la Baronne
de le feconder dans la recherche qu'il fait.
On voit affés que ce Procès eft le même
que celui qui a ruiné les parens d'Angelique
, dont le pere ayant été tué , & la mere
ayant changé de nom & d'état , comme on
verra dans la fuite, font fort difficiles à trouver.
Cependant la Baronne a des foupçons ,
que le Préfident l'exhorte à éclaicir. Elle
fort & le laiffe avec Sainville fon fils , dont
le caractére ainfi que celui de fon pere fe
développe dans cette fcéne , ces deux caractéres
font de la plus grande beauté , & il
y en a fortpeu au Théâtre de cette force ,
ils ont encore le mérite de la nouveauté ;
FEVRIER 1747. 131
le Préfident veut fçavoir ce que fon fils penfe
du monde au milieu duquel il s'eft jetté
depuis peu.
SAINVILLE
Avec fincérité s'il faut que je réponde ,
2.
J'ai vu que l'impudence eft la Reine du monde ,
Ecqu'il faut quand on veut y faire fon chemin ,
Aller à la fortune avec un front d'airain ,
Que l'Art d'en impofer eft le feul art utile ,
Qu'une louange aride , une eſtime ſtérile,
(Eft tout ce qu'on accorde à peine aux gens de
bien.
Nous tranfcrirons encore , de peur de
l'affoiblir par un Extrait , ce que le même
Sainville dit fur la bonne Compagnie.
La bonne Compagnie , eh ! croyez-vous auffi
A cette rareté que l'on appelle ainfi ?
J'ai tout vû , j'ai par-tout cherché cette merveille
Dont le nom réfonnoit ſans ceffe àmon oreille ,
Mais ce n'eft qu'un grand mot nouvellement admis ,
Qui n'a rien de réel , que l'uſage a tranfmis
Par l'organe des fots dans la langue ordinaire ,
Qui fert à défigner un être imaginaire ,
Ouvrage de l'orgueil & de la vanité.
Tout cercle , tel qu'il foit , toute fociété ,
Croit en être de droit la véritable fphére
F vj
132 MERCURE DE FRANCE .
Du bien, de la naiffance , & telle autre chimere ,
De la fatuité , des airs & du jargon ,
Voilà tout ce qu'il faut pour ufurper ce nom ,
Quant à moi j'en appelle , elle eſt mal définie ,
Cefont les moeurs qui font la bonne Compagnie,
Sainville dit encore dans cette fcéne plufieurs
chofes auffi fortement exprimées , lefquelles
annoncent la fermeté & la droiture
de fon ame, & peignent vivement le ridicule
de nos moeurs , la philofophie du Préfident
eft moins fauvage & plus douce , il
connoît les travers des hommes , mais inftruit
par l'expérience , il a connu qu'il falloit
s'y prêter,
Quand j'entrai dans le monde ,
Je le vis à peu-près des mêmes yeux que vous ;
Chacun m'y déplaifoit & je déplús à tous..
Mais il rompit fon humeur , & il exhorte
fon fils à l'imiter.
Scachez donc vous foumettre à cette dépendance ;
L'ufage des vertus a beſoin de prudence ,
Dans unjufte milieu la raiſon l'a borné ,
D'ailleurs il faut toujours que leur front foit orné
Des graces & des fleurs qui font à notre uſage ;
Quand la vertu déplaît , c'eft la faute du fage.
FEVRIER 1747. £ 35
Cette fcéne admirable perd beaucoup à
être ainfi tronquée dans un Extrait, mais elle
eft telle qu'on peut affûrer qu'elle fera à la
lecture autant de plaifir qu'à la repréfentation
. Les caractéres du Préfident & de fon
fils feroient honneur à Moliere .
Sainville refté feul , paroît peu touché
des maximes de fon
pere.
Monbonheur dépend-il d'être au-deffus d'un au
tre ,
De briller dans le monde un peu plus , un pew
moins ?
Eh! bien ; mon existence aura moins de témoins.
Eft-ce un fi grand malheur de n'éblouir perfonne ,
De n'avoir que l'éclat que la probité donne ?
Quoiqu'il en foit enfin je ferai dans le cas ,
Et c'eft un être heureux qu'on ne connoîtra past
Sainville prend la réfolution de retourner
vers Angelique , & de fe livrer tout entier à
fon amour , Juliette qui arrive , a un paquet
de lettres à luiremettre , la joye qu'il ref
fent , parce qu'il croit que ce font des lettres
qu'Angelique lui a écrites pendant fon
abfence , fe change en défeſpoir lorfqu'il voit
que ce font fes lettres & fon portrait qu'elle
lui renvoye : le dépit de cet amant eft peint
auffi bien qu'on avoit droit de l'attendre de
M. de la Chauffée , & l'acte finit par la réfo
134 MERCURE DE FRANCE.
lution que prend Sainville d'écrire à fon infidelle
une lettre que Juliette promet de
rendre.
C'est la Gouvernante qui ouvre feule le
fecond acte , on apprend par un monologue
quelle eft cette mere infortunée d'Angelique
dont nous avons parlé fous un nom
inconnu , & fans fe faire connoître à fa fille
elle s'eft réduite à être fa Gouvernante , afin
de lui rendre au moins fous ce nom les foins
& la tendreffe d'une mere . C'eft elle qui a
montré à cette jeune perfonne le piége ou
elle s'engageoit en aimant Sainville , & qui
a obtenu d'elle qu'elle renvoyeroit - les lettres
& le portrait . Angelique qui furvient ne
lui cache pas que ce facrifice lui a couté , elle
a encore plus de peine a promettre à ſa
Bonne qu'elle ne verra plus Sainville, celleci
obtient encore plus difficilement , que.
s'il écrit , fes lettres feront renvoyées . La
Gouvernante pour lui ôter fans reffource
toutes les efpérances qu'elle pourroit concevoir
d'époufer Sainville , & lui montrer qu'il
n'eft point fait pour elle , lui déclare qu'elle
n'eft point la niéce de la Baronne , qu'elle eft
une Orpheline qui n'a rien à prétendre ,
' eft ici que l'Auteur place le récit intéreſfant
de ce Procès dont nous avons parlé en
expofant l'avant- ſcéne ; par cet art l'expofition
devient une fcéne fort touchante ; la
44
FEVRIER 1747. 135

Gouvernante ne cache rien à Angelique ,
finon qu'elle eft fa mere & le principal perfonnage
de la fcéne funefte qu'elle lui raconte.
Enfin après lui avoir bien montré l'impoffibilité
qu'il y a qu'elle épouſe jamais
Sainville , elle la détermine , non fans beaucoup
de peine à lui permettre de demander
pour elle à la Baronne , qu'ellejles renvoye
toutes deux dans leConvent;à peine Angelique
a t'elle foufcrit à ce facrifice , à peine la
Gouvernante eft elle fortie pour aller porter
cette parole à la Baronne, Juliette paroît, elle
a une lettre de Sainville à remettre à Angelique
, mais il faut ufer d'adreffe pour la
faire tenir , l'artifice que l'Auteur a employé
eft neuf & agréable , mais comme il dépend
de la fuite d'un dialogue précis & vif ,
il eft difficile de le faire fentir dans un Extrait
, nous ferions obligés de copier toute
la Piéce , fi nous voulions donnér une idée
exacte de toutes fes beautés.Après que Juliete
a préparé l'efprit d'Angelique,la piquant à
deffein , & lui faifant entendre que Sainville
eft bien éloigné de fonger à elle , elle touffe ,
c'eft à ce fignal convenu qu'un valet doit
lui apporter la lettre , Angelique ne s'y
méprend pas , & Juliette feignant d'ignorer
de qui elle eft , l'ouvre toujours , & la lit
malgré Angelique , mais au lieu de lire la vétable
lettre , elle en compofe une d'ima136
MER CURE DE FRANCE.
gination ,par laquelleSainville paroît fort peu
touché du congé qui lui a été donné; il arrive
dans cet inftant où le dépit d'Angelique
éclate , & il eft avec raifon fort étonné de
tout ce qu'elle lui dit fur ce billet fuppofé ,
la lecture du vrai billet éclaircit tout , les
amans fe racommodent , il ne doit plus être
queftion de Convent , Sainville déclare à fa
maîtreffe qu'il n'a jamais eu d'autre deffein
que de l'époufer ; dans la chaleur des proteftations
qui fuivent cet éclaiciffement , il
fe jette à fes genoux , la Baronne & la Gouvernante
arrivent dans ce moment , les deux
amans s'échapent chacun de leur côté. La
Baronne eft fort furprife , la Gouvernante dé
fefpérée la preffe d'employer fon autorité
pour faire retourner Angelique au Convent ;
la Baronne témoigne fur ce fujet beaucoup
de froideur , mais c'eft dans le deffein d'éclaircir
par-là les foupçons qu'elle avoit fur
l'état de la faufle Gouvernante , en effet la
chaleur que celle ci met dans fes follicitations
auprès de la Baronne , eft bien capa
ble de faire découvrir la nature de l'intérêt
qu'elle prend au fort d'Angelique , & des
papiers qu'on a dû lui furprendre doivent
achever de dévoiler ce mittere , c'eft ce qu'on
apprend par un court monologue de la Ba
ronne , qui termine l'acte.
Angelique ouvre le troifiéme avec Juliette ;
FEVRIER 1747. 137
après un courte ſcéne Sainville paroît , il
ne doute pas qu'on n'ait réfolu leur perte ,
que l'on ne foit prêt d'entraîner Angelique
au Convent, où on réuffira enfin à le lui faire
oublier ; il n'y voit qu'un reméde , c'eft que
tous deux s'engagent par un écrit à s'aimer
toujours & à s'époufer.Angelique étonnée de
la propofition n'ofe d'abord recevoir lapromeffe
de mariage que Sainville lui préfente ,
envain lui dit-il qu'étant Orpheline elle ne
dépend de perfonne que d'elle, ces raifons ne
fuffifent pas pourla détermier , mais Sainville
la preffe avec tant d'amour & de vivacité,
qu'il eft bien difficile qu'elle le réfuſe , Juliette
qui faifoit le guet vient avertir les amans
que le Préfident s'avance , Angelique fuit &
va figner , tandis que Sainville refte avec
fon pere. La fcéne que ces deux hommes
font enſemble , a fair fur tous les fpectateurs
l'impreffion la plus vive , nous ne craindrons
point de dire qu'il y en a peu d'auffi belles
au Théâtre , & pour foutenir notre avis par
des raifons fans réplique , nous allons tranf
crire ici une partie de cette fcéne ...
LE PRESIDENT.
On voudroit votre avis fur un cas fingulier .
SAINVILLE .
Mon pere ,vous fçavez que jamais je ne flate,
#38 MERCURE
DE
FRANCE
LE PRESIDENT
C'est par cette raiſon , l'affaire eft délicate ,
Les confeils les plus vrais font ici les meilleurs .
Un Juge affés habile , honnête homme d'ailleurs .
Vous riez ?
SAINVILLE.
C'eft de voir ce titre imaginaire
Etre fi conftamment l'épithete ordinaire
Que s'accordent entr'eux les hommes indulgens .
LE PRESIDENT
Ainfi vous ne croyez guére aux honnêtes gens.
SAINVILLE.
Ma foi , ceux que j'ai vû me font douter des autres.
LE PRESIDENT .
1
Mon fils , quels préjugés étranges que les vôtres !
Il eft des gens de bien , je penfe ſur ma foi
Que vous ne jugez pas plus ſainement de moi.
SAINVILLE.
Mon pere , en vérité , ce reproche me pique.
LE PRESIDENT .
Vous me croyez du moins un peu trop politique.
Eh ! prenez ou laiffez les hommes tels qu'ils
font ;
Tout auffi bien que vous je les connois à fond
Mais je fuis envers eux avec moins de rudeffe ,
Indulgent par lumiere & non pas par foibleffe.
Mais revenons enfin ce Juge en queſtion
Fut chargé d'un Procès , dont la décision
FEVRIER. 1747 139 :
Devoit à fon rapport regler la deſtinée
De gens de qualité qu'un heureux hymenée
Venoit d'unir.
SAINVILLE.
Laiffons la nobleffe du fang ,
Aux yeux de l'équité tous ont le même rang.
Péfons les droits réels ; la plus haute naiffance
Ne doit pas faire un grain de plus dans la balance,
LE PRESIDENT.
Oui , mais tout l'embarras eft de bien rencontrer ,
Souvent le meilleur droit ne fçait pas fe montrer ,
Car vous n'ignorez pas qu'il n'eſt rien que n'employe
Ce monftre ingénieux à pourfuivre fa proye ,
Dont le metier cruel & cependant permis
Eft fouvent de corrompre ou d'égarer Themis.
A ce fleau funefte , à ce mal fans remede ,
Ajoutez pour furcroit que la main qui nous aide ,
Peut fe laiffer furprendre , ou gagner , en effet
Ne fçauroit on nous faire un infidéle Extrait ?
SAINVILLE.
Tout Juge qui s'en fert a tort , c'eft mon fiftême.
Mais il n'eft pas trop bon pour tout voir par luimême
,
Et s'il n'y donne pas tout fon foin , tout fon tems
Cette épargne eft un vol qu'il fait à ſes cliens ;
Pourquoi le charge t- il des fortunes publiques ?
LE PRESIDENT,
Vous êtes bien rigide .
140 MERCURE DE FRANCE.
3
SAINVILLE.
Et des plus véridiques ,
Je prévois que ce Juge indigne de pardon ,
Fut comme il méritoit dupé par un fripon..
LE PRESIDENT .
1
Vous l'avez dit ; un traître , un ferpent domefti
que ,
Priva la vérité de fa preuve authentique ;
Le titre difparut , le bon droit fuccomba ,
L'erreur dicta l'Arrêt , & le malheur tomba
Sur des infortunés trop pleins de confiance ,
Et qui n'avoient d'ailleurs aucune expérience.
SAINVILLE.
Mais leurJuge étoit fait pour en fçavoir plus qu'eux,
Peut-il fe confoler de leur défaftre affreux ,
Et d'enavoir été la caufe ?
LE PRESIDENT.
involontaire.
SAINVILLE.
Qu'importe il a laiffé trahir fon miniftere ,
Il avoit un dépôt , à qui l'ail remis ?
Si l'excufe avoit lieu , tout deviendroit permis .
LE PRESIDENT.
Le tems & le hazard firent enfin connoître ,
Mais trop tard , les excès qu'avoit commis ce
traitre .
On fçut la vérité , le titre n'étoit plus,
It le Juge accablé de regrèts fuperflus
FEVRIER
14!
1747 .
Fut réduit à verfer des pleurs trop légitimes ,
Enfuite l'on apprit que l'une des victimes ,
Cherchant à réparer les rigueurs de leur fort
Sous un Ciel étranger avoit trouvé la mort ,
Quefa veuve fans biens pour élever leur fille
Unique rejetton d'une illuftre famille ,
L'avoit abandonnée auffi bien- que fon nom .
SAINVILLE.
?
Eh ! bien , s'il est ainsi , que me demande- t- on ?
LE PRESIDENT.
100..
ה
Ce que doit faire un Juge en ce malheur extrême,
SAINVILLE.
Tout homme qui confulte eft peu fûr de lui-même.
Eh ! que dire à celui qui ne fe juge pas ?
LE PRESIDENT.
Mais vous, qu'auriez vous fait dans un femblable cas ?
Ce Juge le demande .
SAINVILLE..
Il veut que je prononce ?
Qu'il tremble ; mais à quoi fervira ma réponſe ?
Quoiqu'il en foit enfin , j'aurois déja rendu
A ces infortunés tout ce qu'ils ont perdu ,
C'eft à quoi je condamne un Juge qui s'abuſe ,
Qu'il répare fes torts , s'il veut qu'on les excufe
L'ignorance & l'erreur font des crimes pour lui,
LE PRESIDENT,
On prononce aifément dans la caufe d'autrui.
Celui dont je vous parle eft peu riche,
142 MERCURE DE FRANCE,
SAINVILLE.
Qu'importe ?
LE PRESIDENT.
La reftitution pourroit être fi forte ,
SAINVILLE.
La fomme n'y fait rien , l'exacte probité
Ne peut jamais avoir de terme limité.
LE PRESIDENT.
Ainfi vous vous feriez éxécuté vous- même?

SAINVILLE,
Affûrément :
Fort bien.
LE PRESIDENT
en Sourian ,
SAINVILLE.
Je vous paroîs extrême ,
Ma façon de penfer contraire aux moeurs du teme
N'attirera fur moi que des ris infultans.
LE PRESIDENT.
Pardonnez moi , mon fils ;
SAINVILLE.
Que dites vous, mon pere ?
LE PRESIDENT.
J'ai pensé comme vous , j'ai fait plus & j'espere
Que vous y donnerez l'ayeu le plus flateur ;
Vous voyez le coupable & le réparateur .
SAINVILLE.
Vous ?
LE
PRESIDENT.
Moi-même.
FEVRIER 1747. 343
SAINVILLE,
Ah ! grand Dieu , que ma fource m'eſt chere !
Que je fuis enchanté de vous avoir pour pere !
Il lembraffe,
Pardonnez ces tranfports à mon coeur éperdu ,
LE PRESIDENT.
Si tôt que je l'aipû , j'ai fait ce que j'ai dû ,
Et je viens d'expier ma méprife funefte ;
Il vous en coutera ;
SAINVILLE.
Votre vertu me refte.
LE PRESIDENT ..
Ah ! qu'il m'eft doux de voir que je renais en vous ?
O! Pere fortuné,
SAINVILLE.
Vous méritez de tous
La vénération , l'eftime la plus haute ;
Que vous étes heureux d'avoir fait une faute
Qui vous a procuré l'heure uſe occaſion
De faire une fi belle & fi bonne action !
Le Préfident apprend enfuite à fon fils
qu'un de fes amis fort riche lui deftine fa
fille , mais Sainville eft fort éloigné de confentir
à ce mariage , il donne à fon pere des
raifons dont celui - ci ne fe fatisfait pas , le .
pere fort pour aller travailler à conclure
cette affaire malgré les répugnances de fon
fils. Celui- ci ne refte pas long- tems avec Ju144
MERCURE DE FRANCE,
liette qui arrive , & enfin elle laiffe la Baronne
& la Gouvernante fur le Theâtre . La
Baronne qui a découvert le fecret de fon fort,
veut envain l'en faire convenir , ce n'eft qu'avec
une peine extrême qu'elle lui arrache l'aveu
de ce miftere , elle ne l'a point, dit elle révélé
au Préfident, qui content de fe faire juftice
ne connoît pas la perfonne qui en eft l'objet
, il arrive fur ces entrefaites défefpéré de
ce qu'on lui a renvoyé la reftitution dont
il avoit chargé la Baronne , vous vous êtes
fûrement méprife , lui dit- il , la Gouvernante
prend ici la parole & l'affûre que c'eft lui
qui s'eft trompé, qu'ayant cru rendre unArrêt
jufte , il ne devoit rien à fa victime , le Préfident
infifte envain ,la Gouvernante qui feint
de parler pour une autre , ne céde point
dans ce combat d'une rare génerofité , &
lorfqu'elle eft fortie , le Préfident ne doute
plus que ce ne foit là ſa victime , & fort réſo,
Ju à faire de nouveaux efforts pour lui faire
accepter le facrifice qu'il lui offre.
On avû que dans les trois premiers actes
une partie des fecrets des Acteurs eft éclaircie.
Le Préfident connoît la Gouvernante
pour fa victime , mais il ne fçait pas qu'Angelique
eft fa fille , il ignore l'amour de
Sainville , & il n'a rien fait jufqu'à ce qu'il
ait déterminé cette généreufe infortunée à
accepter la réparation qu'il lui offre.La Gou
/ vernant
t
FEVRIER 1747. 145
Fernante qui connoit l'amour de Sainville ;
n'eft point inftruite des engagemens que ce
lui- ci vient de contracter avec Angelique ,
mais la confiance naïve de cette derniers
trahira bientôt ſon fécret. Dans la fcéne qu'elles
ont enſemble & qui ouvre le quatriém :
acte , la Gouvernante feint de ne l'avoir pas
vue à la fupriſe du fecond acte , afin de n'avoir
point de reproches à lui faire , mais
Angelique voulant juftifier fon amant &
montrer à la Gouvernante qu'il n'a que des
defleins vertueux , lui rend compte de leur
engagement, & lui en communique le titre ;
furpriſe de cet évenement , la Gouvernante
après avoir dit à la pupille ce qu'une telle
occafion exige, refufe de lui remettre le papier
qu'elle lui a confié ; Sainville qui fur
vient fait d'inutiles efforts pour la fléchir
il lui propofemême de les faire conduire toutes
deux dans une retraite où il ne pourra
les voir jufqu'à ce que fon pere ait confenti
à cette union,la Gouvernante infléxi
ble n'adopte aucun de ces arrangemens ; cer
deux fçénes font fort belles & fort intereſ
fantes mais la longueur déja trop grande de
cet extrait nous empêche de nous y arre
ter , enfin la Gouvernante femet la promef
fe de mariage au Préfident qui eft juſtement
furpris quetonfils fe foitengagé fans fon aveu;
on fent ailément combien ces fituations font
G
# 46 MERCURE DE FRANCE
ouchantes ; qu'il uſe , dit le Préfident à An
gelique en parlant de fon fils.
Qu'il ufe contre lui de fa feverité ,
âge,
Devoit il vous laiffer ignorer qu'à votre
S'engager fur la foi d'un pareil mariage ,
Eft un vol que l'on fait à ceux dont on dépend !
L'Amourrend comme un autre un fage inconféquent
ANGELIQUE
.
Il ne m'a point ravie à ceux dont je fuis née.
Dês ma plus tendre enfance ils m'ont abandonnée,
Elle apprend au Préfident que la Baronne
n'eft point fa tante , & cet éclairciffement
qui allarme Sainville fait naître fur l'état de
cette fille de juftes foupçons dans l'efprit du
Préfident , il les quitte fans leur rien promettre
, mais fans les défefperer , & leur féparation
termine l'acte.
Après une courte fcéne de Juliette & de
Sainville, qui veut envain parler à la maîtref
fe. & un monologue auffi court de Juliette .
Angelique fe trouve avec fa Gouvernante ,
c'est ici que le fait la reconnoiffance de la
nere & de la fille cette mere inexorable
veut toujours emmener fa fille , mais
Le Préfident qui eft enfin éclair fur le fort
de la mere x de la fille, détermine la premiere
à confentir à l'union de Sainville & d'Angelique
, & la Baronne pour achever de la
FEVRIER 1747. * 47
Refoudre affûre fon bien au deux époux.
Les beautés fupérieures dont cette P.éce
eft remplie juſtifient les applaudiffemens du
public. Envain feroit on quelques objections
fur la texture de la piéce. Où font les Ou
vrages fans défauts ? Les grands hommes qui
font l'honneur de notre Littérature n'ont pas
atteint ce haut dégré de gloire , en faisant
des Ouvrages fans faute , mais en mettant
dans ces Ouvrages des beautés d'un ordre
fuperieur; quelle piéce plus belle
que leCid?
cependant combien de défauts n'y a t'on pas
relevés ? Cet efprit de critique eft phis que
jamais devenu l'efprit de notre fiécle. On
analyſe tout , on examine tout , & l'examen
étouffe le fentiment. Bien des gens croyent
faire parade de beaucoup d'efprit en relevant
les défauts légers d'un Ouvrage qui
étincelle de beautés brillantes , mais bien
loin qu'en apercevant ainfi des taches que
l'efprit le plus borné peut remarquer , ils
faffent preuve de leurs lumieres , ils montrent
au contraire qu'ils font des aveugles
puifqu'avec des yeux meilleurs , ils auroient
été fi frappés des endroits lumineux , qu'ils auroient
negligé de remarquer les autres . Si
l'on a fait quelques critiques de la Piéce dé
M. de la Chauffée , il eft fuffifament vengé
par le public qui met fa piéce au rang des
meilleures de notre Théâtre.
Gij
MERCURE DE FRANCE
Nous ne quitterons point cette matiere
lans parler d'une objection vague qui attaque
en général le genre des piéces de M,
de la Chauffée. Un Critique fort accrédité
ayoit défini ce genre le Comique Larmo
ant, & le jeu de mots joint à l'autorité
que ce Critique s'étoit acquife a fait repeter
cette objection par plufieurs de fes echos
accoûtumés à chercher un avis dans fes
feuilles périodiques . Cette objection ne mé→
riteroit pas de réponſe s'il n'y avoit que de
bons efprits. Si c'eſt un nouveau genre que
M. de la Chauffée a créé, dès qu'il nous fait
plaifir , recevons ce préfent avec reconnoiffance,
mais on va à la Comédie, dira-ton , pour
rire & nonpas pour pleurer, oui à la farce,mais
face principe étoit vrai , on profcriroit beaucoup
debonnes Comédies confacrées par les
fuffrages conftans du public , & auxquelles
on rit fort peu .
Le haut comique , le comique noble ne
peut pas exciter des ris perpetuels , il faut
fouvent qu'il foit ferieux. Or quand il eſt
impoffible de faire rire le Spectateur , n'eſtil
pas heureux que l'on cherche à l'attendrir
? Envain nous diroit on que la Tragédie
& la Comédie ont leurs bornes prefcrites ,
& que l'une ne doit pas empiéter fur les
droits de l'autre , vaine , allégation & qui
n'a aucun fondement. L'objet de l'une & de
FEVRIER 1747. 149
l'autre eft de peindre les moeurs , & de nous
fendre meilleurs en nous expofant un ta
bleau fidéle des vertus & des vices. La Tra
gédie repréfentant des Héros éleve l'ame
au-deffus d'elle-même ; en nous peignant de
grands hommes , elle nous accoutume à dé
firer de les imiter, elle nous donne, pour ainfi
dire , une plus grande idée de nous- mêmes ,
Ce qui eft un acheminement à devenir meil
leurs, de même en nous montrant des coupables
que nous devons detefter , elle nous
accoutume à avoir horreur du crime. Mais
ce ne font là que des vûes générales pour le
commun des hommes , la Comédie a un'
objet plus particulier , elle defcend dans le
détail des vices , des défauts , des ridicules de
chaque état , de chaque profeſſion ; comme
les hommes n'ont que trop fouvent plus de
honte d'être ridicules que d'être malhonnêtes
gens , le moyen le plus fûr de les corriger
de leurs défauts , eft de leur en montrer les
ridicules , & c'eft celui que les Poëtes comiques
ont choifi le plus fouvent , mais ce
n'eft pas le feul , il y a des défauts dont il
importe de corriger les hommes , & qui ne
font pas fuceptibles de ridicule. Par exemple
la morale qui réfulte de la fcéne que le
Préfident a au troifiéme acte avec fon fils ,
n'étoit pas de nature à être traitée dans le
genre ordinaire. Cependant l'objet des Poë-
Giij
50 MFR CURE DE FRANCE.
du
tes dramatiques étant de nous exciter a
la vertu , toute action qui peut nous porter
à la vertu eft donc de leur reffort , or cette
action n'étant point & ne pouvant être
genre de la Tragédie , elle étoit donc
de celui de la Comédie que l'on fubdivifera
, fi l'on veut , en deux genres , mais dont
aucun ne fera fubordonné à l'autre , car fi
l'objet de la Comédie , eft de corriger lest
moeurs , le genre qui afpirera à corriger les
défauts les plus importans fera le meilleur ,
conféquemment le plus utile.
L'Académie Royale de Mufique a continué
les repréſentations alternatives de la
Tragédie de Perfée. La charmante Méduſe
a toujours les mêmes applaudiffemens , & le
Ballet eft compofé de fragmens choifis aut
goût du public.
Le Vendredi 17 Février ona repris Armide,
& Mlle.Chevalier a toujours joué ce beau
rôlle à la fatisfaction unanime de fes Auditeurs.
On a repréſenté fur le Theatre de la Cour
Lundi 13 un Ballet intitulé l'Année Galante,
Les paroles font de M. Roy , Chevalier de
l'Ordre de S. Michel, Auteur connu par dif
ferens ouvrages
FEVRIER 1747 151
La Mufique eft de M. Mion habile Maf-r
fre de chant & compofiteur de Nitétis , Tra
gédie lyrique.
Les deux Auteurs ont obtenu de juftes
applaudiffemens. La Mufique eft agréable ,
variée , harmonieuſe. M. Roi a foutenu fa
réputation , l'acte de la Mineide fur tout a
paru très-ingénieux & très-neuf.
Les entrées de tous les divertiffemens de
'Année Galante font de M. de Laval com→
pofiteur des Ballets du Roi.
Les habits ont été deffinés par M. Pero
net deffinateur des fêtes de Verfailles & de
l'Académie Royale de Mufique.
Toutes ces differentes parties d'un fpecta
ele ingenieux &varié ont eu un fuccès égal .
accordé par le goût & l'amour des talens.
Outre tous les excellens fujets qu'on
admire à Paris fur le Théâtre de l'Opéra,
M. de Laval le fils , Mlle Verrieres jeune
Actrice de la troupe de Bruxelles , Mlle .
Himblo , & la gracieuſe petite Puvignée
en uniffant leurs agrémens aux idées riantes
du compofiteur de leurs danfes ont augmenté
les plaifirs de leurs auguftes ſpectateurs.
Nous en donnerons l'extrait dans le pro
shain Mercure, G iiij
J
53
MERCURE DE FRANCE.
E Concert Spirituel exécuté au Louvre
Lle Jendy Peux de ce mois jour
de la Chandeleur a commencé par Confi
teor , Motet de Monfieur de la Lalande qui
a été fuivi d'un Concerto de M. Blavet ;
& du Confitemini, auffi de M. de la Lande ;
Mlle. Riquier jeune muficienne arrivée de
Marſeille, fit admirer l'étendue & la légereté
de fa voix dans un verfet qu'elle chanta aved
un applaudiffement général. Le Concert fur
terminé par le Magnus Dominus & un Cone
certo de M. de Mondonville.
Les Comédiens Italiens donnerent le 28
Janvier le Faux Marquis en trois actes avce
un divertiflement , & le 9 Février l'amufante
Comédie du Prince de Salerne fut précedée
d'un divertiffement à l'occafion de l'Augufte
mariage célebré fincerement dans
toute la France. Cet ingénieux morceau eft
parfaitement écrit & femé de traits fins qui
nomment l'auteur.
Il eft imprimé & fe trouve chés Prauli
fils , Quai de Conti à la defcente du Pontneuf
à la Charité.
A AND
VATIONS
TTONS DE L'ANNEE 1747
IV
II
N
PARTIES CASUELLES
1747
ACIES
LOL
CURA
S
NON
TRESOR ROYAL
I7 47
VREX
Sm
SIC
TU
TATUR
LILIA
ORDINAIRE
GUERRES
17 47
VII
DES
VI
F
ULMEN
CONSOCIARE
X
ARTILLERIE
1747
CORONA
NON
EX
CHRISTCIANISS
BATIMENS DU ROY
1747
MPATIEN
PRETIUM
MAISON DE LAREINE
1747
NUNQUAM
SICCAB
CHAMBRE AUX DENIERS
1747
PARATUS
PONERE
ASTU
MAT
EXT-DES GUERRES
1747
VIII
SECUNDIS
QUE REBUS
DUBILS
RECTA
PUGN
GALERES
1747
IX
MARINE
1747
VICECRIS OTIA
MEN PLATS ET
DELACHDUROY
1747
XI
TALLUNT
Sornique Sec
TEVRIER 1747. 1.53*
La Foire St. Germain a ouvert le 3 Fé--
vrier. La troupe du fieur Reftier y continue
fes exercices ordinaires.
Le nouveau fpectacle Pantomime doit ,
exciter la curiofité du public par deux Turcs
qui font tant fur le Théâtre que fur la corde
lâche des tours finguliers & qui méritent
l'applaudiffement des fpectateurs

EXPLICATION
DES JETTONS
de
l'année
1747.
TRESOR ROTA L.
Le Soleil élevant des vapeurs qui forment
des
nuages.
Legende. Terris , non fibi.
Ce n'eft point pour lui, c'eft pour le bien
de la terre.
Exergue → Tréfor Royal.
Gy
1
1
1747 .
54 MERCURE DE FRANCE.
PARTIES CASUELLES.
Un arbre fruitier que l'on taille.
Legende.
Juvat annua cura.
Tous les ans il demande de nouveaux foins.
Exergue .
Parties Cafuelles.
1747
MAISON DE LA REINE.
Une Grenade.
Legende. Non ex corona pretium .
Sa couronne n'en fait pas tout le prix.
Maiſon Exergue. de la Reine.
1747.
CHAMBRE AUX DENIERS.
Le Nil appuyé fur fon Urne, qui répand
fon eau féconde dans les Campagnes.
Legende,
Exergue.
Nunquam ficcabitur aftu.
Elle ne tarira jamais
Chambre aux deniers,
1747.
FEVRIER 1747. 15.5
EXTRAORDINAIRE DES GUERRES
Jupiter fur un nuage , la foudre à la
main .
Legende.
Paratus ponere.
Il eft prêt à la pofer.
Exergue, Extraordinaire des Guerres .
1747.
ORDINAIRE DES GUERRES,
Des élephans armés en guerre,
Legende. Tot acies.
Chacun d'eux eft une armée.
Exergue.
Ordinaire des guerres .
1747
·MARIN E.
Une Bouffole de Mer montée fur fes
pivots
Legende. Dubiis fecundisque rebus recta.
Elfe eft jufte dans les tems orageux ,
comme dans les tems favorables
Exergue Marine:
#747.
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
GALERES.
Un Oifeau de proye encapuchonné fur
fa
perche.
Legende
. Impatiens pugna.
Le moment du combat tarde à fon impatience.
Exergue.
Galeres
1747
BATIMENTS DU ROL
Minerve appuyée d'une main fur ſa lance
avec fon cafque & fon ægide, tenant de
l'autre main un niveau.
Legende Confociare amat.
Elle fçait concilier la guerre & les Arts ,
Bâtiments du Roi,
1747
Exergue.
ARTILLERIE.
Trois Lys deffendus par un Dragon vomiffant
des tourbillons de feu , & mettant
FEVRIER 1747. 157
en fuite un Aigle , un Léopard , & un Lion.
Legende. Tutatur fic lilia fulmen .
C'eft ainfi quela foudre met les lys à
Couvert.
Exergue,
Artillerie
1747 .
Exergue . Les trois Déeffes du Théâtre ,
Melpomene , Thalie & Terplicore.
1,8 MERCURE DE FRANCE.
JOURNAL DE LA CO UR, "
L
DE PARIS, & c.
E 23 du mois dernier pendant la Mefle du
Roi l'Evêque de Rhodez prêta ferment de
hidélité entre les mains de Sa Majefte
Le même joar la Cour quitta le deuil qu'elle
avoit pris pour feue Madame la Dauphine.
Le Roy a diftrait du département du Secretaire
d'Etat des affaires étrangeres , & a réunià
celui du Comte de Saint Florentin la haute &
balle Guyenne dans laquelle font comprifes les
Intendances de Bordeaux & d'Auch ; la Normandie
qui renferme les généralités de Rouen , de
Caen & d'Alençon ; la Champagne- & la partie
de la Brie , qui depend de la généralité de
Châlons ; la Ville & la généralité de Lyon , & la
Province de Berry.
Le 22 du mois dernier l'Evêque de Rhodez
fut facré dans la Chapelle du Noviciat des Jefuites
par l'Archevêque de Rouen affifté des Evêques
de Laon & de Bayeux .
Le 2 de ce mois Fête de la Purification de la
Sainte Vierge , les Chevaliers Commandeurs &
Officiers de l'Ordre du St. Elprit s'étant allemblés
dans le Cabinet du Roi , Sa Majesté fe rendit
à la Chapelle étant précedée de Monſeigneur le
Dauphin , du Duc de Chartres , du Comte de
Clermont , du Prince de Dombes , du Comte
d'Eu & des Chevaliers. Le Roi après avoir af
ſulté à la bénédiction des cierges & à la procef
1
3
FEVRIER 1747.
fion entendit la grande- Meile célébrée pontiticalement
par l'Archevêque de Tours , Prélat
Commandeur de l'Ordre. La Reine & Meldames
de France entendirent la même Melle dans la
Tribune,
Leurs Majeftés accompagnées de Monſeigneur
le Dauphin & de Mefdames de France ont allifté
à la prédication du Pere Hericourt Théatin , &
enfuite aux Vêprès chantées par la Mufique
Le 1er de ce mois la Reine communia par les
mains de l'Archevêque de Rouen , fon Grand-
Aumônier.
Le 3r du mois dernier le Baron de Keller
Miniftre Plénipotentiaire du Duc de Wirtemberg
eut une audience particuliere du Roi . 11
fut conduit à cette audience ainfi qu'à celles de
la Reine , de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
& de Mefdames de France par M. de Ver
neuil Introdu teur des Amballadeurs.
M. du Theil Secretaire du Cabinet du Roi
a été nommé par S. M. pour remplacer le Marquis
de Puyfiealx aux conferences de Breda.
Le Roi en confideration des fervices de feu
M. de Verneuil a accordé à fon fils l'agrément
de la charge de Secretaire dur Cabinet , & S. M.
lui en a attribué en même tems les fonctions.
Le 1er de ce mois M. Cochet Recteur de l'Umiverfité
fe rendit à Verfailles étant accompagné
des Doyens des Facultés & des Procureurs des
Nations , & fuivant l'ancien uſage il eut l'ho
neur de préſenter un cierge au Roi à la Reir
& à Monfeigneur le Dauphin ,
.
>
Live
Le même jour le Pere Hubault Vicaire Général
des Réligieux de la Mercy accompagné de
trois Religieux de leur Couvent du Marais eut
l'honneur de préfenter un cierge à la Reine použ
160 MERCURE DE FRANCE.
fatisfaire a l'une des conditions de leur établif
fement fait à Paris en 1615 par la Reine Marie
de Medicis .
Le Pere du Baudory l'un des Profefleurs de
Réthorique du College de Louis le Grand y prononça
le 30 du mois dernier un difcours latin
en préfence de l'Archevêque de Paris , de plufieurs
auttes Prélats & d'un grand nombre de
perfonnes de diftinction . Il examina dans ce
difcours ce qu'on doit penfer des Auteurs de nouveaux
fiftemes.
On a reçu avis de Treves que Dom Paul le Jeune
Prieur de l'Abbaye de S. Martin , fitué dans l'Elec- _"
torat de ce nom avoit été élu Abbé de cette Abbaye.
Le 13 de ce mois le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Melle de
Requiem , pendant laquelle le De profundis fut
chanté par la Mufique pour l'anniverfaire de Ma
dame la Dauphine mere du Roi .
Le 15 Mercredi des Cendres le Roi a reçû les
Cendres des mains du Coadjuteur de Strasbourg.
La Reine les a reçûë's des mains de l'Archevêque
de Rouen , fon Grand Aumônier , Monfeigneur
le Dauphin des mains de l'Abbé de
Lafcaris Aumônier du Roi , & Madame la Dau■ .
phine des mains de l'Evêque de Bayeux , fon
Premier Aumônier.
> L'ouverture de l'Affemblée générale du Clergé
de France fe fit le 12 de ce mois dans l'Eglife
des Grands Auguftins par la Meffe du St. Efprit
, à laquelle les Prélats & les autres Dépu ‚
tés , qui compofent l'Affemblée communierent.
L'Archevêque de Tours yofficia pontificalement ,:
& le Sermon fut prononcé par l'Evêque de
Troyes.
L'Allemblée a élu pour Préfidents l'archevêque
de Tours , l'Archevêque de Paris , l'Archevêque
FEVRIER 1747. 16F .
d'Arles , l'Evêque de Mende , l'Evêque de Silte
ron & l'Evêque de Grenoble. L'Abbé de Nicolay,
eft Promoteur , & l'Abbé de Breteuil Se
retaire .
Le 12 les Prélats & les autres Députés rendi.
rent leurs refpects au Roi. Ils s'aflemblerent au
Château de Verſailles dans la Sale qui leur
avoit été deſtinée , & le Comte.de St. Floren.
tin Secretaire d'Etat étant venu les prendre pour
les préfenter à S. M. , ils furent conduits àl'au
dience du Roi par le Marquis de Brezé Grand
Maître des Cérémonies avec les honneurs qui fe
rendent au Clergé lorfqu'il eft en Corps , les
Gardes du Roi étant en haye fous les armes dans
leur Sale , & les battans des portes étant ouverts,
L'Archevêque de Tours complimenta S. M. an
om du Clergé.
>
Les mêmes Députés enrent audience de la
Keine & de Monfeigneur le Dauphin.
Le lendemain l'Ailemblée par une délibération
unanime accorda le fecours de onze mil
lions demandé de la part du Roi par les Com
miffaires de S. M. , lefquels étoient le Comte
de Maurepas , Miniftre & Secretaire d'Etat , M.
d'Ormellon & M. de Brou Confeillers d'Etat or
dinaires au Confeil Royal des Finances , & M.
de Machault d'Arnouville Controlleur Général
des Finances.
RELATION
De l'Ambaffade de M. le Duc de Ri
chelieu à Drefde.
Onfieur le Duc de Richelieu nommé Am
balladeur Extraordinaire du Roi pour aller
Faire la demande de la Princelle Marie-Jofeph
162 MERCURE DE FRANCE :
de Pologne pour Monfeigneur le Dauphin ar
riva à Drefde le 25 Decembre 1746 à neuf heures
du foir en pofte avec cinq caroffes & une
trentaine d'hommes à cheval qui portoient des
flambeaux.
Le Maître des Cérémonies de la Cour étoit
venu au-devant de lui à une journée de diſtance
pour le complimenter de la part du Roi de Pologne
Electeur de Saxe,fur fon arrivée à Drefde ; en arrivant
dans la Ville il fut conduit dans' un Palais ma
gnifique que le Roi de Pologne lui avoit fait préparer
& meubler où il alla defcendre , il y trouva
des Officiers du Roi de Pologne de toute ef
pece , des Pages , des Coureurs , des Heyduques
& Valets de pied pour le fervir . M. le Comte .
de Sehomberg , de la même famille que celui
qui a été Marechal de France, avoit été nommé
par le Roi pour lui fervir de Grand- Maître &
pour faire les honneurs de fa maifon , où il
trouva à ſon arrivée des tables fervies magnifiquement
par les Officiers du Roi pour lui &
toute fa fuite, ce qui a continué pendant fon féjour
à Drefde excepté le jour de la demande
qu'il a donné une très- belle Fête , qui a été
fervie par fes Officiers particuliers .
Auffitôt que M. le Duc de Richelieu eut don
né part de fon arrivée , il reçut les visites de
tous les Princes , Seigneurs & Miniftres de la
Cour.
Le 26 lendemain de fon arrivée M. le Duc
de Richelieu eût one audience particuliere du
Roi , de la Reine & des Princes & Princefles
de la Famille Royale.
Le Roi lui fit l'honneur de l'inviter à diner
lé fur- lendemain , & deux jours après il fut pareillement
invité chés le Prince Royal où il fe
sendit.
FEVRIER 1747. 163
*
Le 7 Janvier fut defigné pour le jour de l'audience
publique & pour faire la demande en Cérémonie
; tout avoit été préparé pour cela ,
M. le Comte de Rex Miniftre du Cabinet &
Chevalier de l'Ordre de St. André de Ruffie,vint
prendre M. le Duc de Richelieu chés lui dans
un des caroffes du Roi à dix heures du matin
& le Cortege fe mit en marche dans l'ordre fuivant.
I commença par les caroffes des Chambellans
& Miniftres , enfuite celui du Comte de Rex &
fa livrée.
Après fuivoit une partie de la livrée de M.
le Duc de Richelieu.
+
1 4 Coureurs.
2. Suiffes.
30 Valets de pied .
Enfuite marchoit la livrée du Roi 2 Pages du
Roi à la tête des fix chevaux du carofle de Sa
Majefté où étoit M. le Duc de Richelieu , ayant
dans le fond à fa gauche M. le Marquis des
Iflarts , & fur le devant M. le Comte de Rex
les Pages de M. le Duc de Richelieu au nom-
L bre de dix marchoient aux deux côtés du caroffe
vêtus magnifiquement auffi bien que tou
te la livrée , & les Heyduques marchoient à câ
sé des Pages.
- Trois caroffes de l'Amba ffa de fuivoient,
Puis celui du Nonce.
Celui du Miniftre d'Espagne.
Celui du Miniftre de Prulle.
Celui du Miniftre de Baviere, tous attelés de fix
chevaux , enfuite nombre de carofles remplis
de Gentilhommes .
• Les rues étoient bordées de troupes de dif
sance en diſtance , la garde fous les armes tam
t
164 MERCURE DE FRANCE,
bour battant ; on marcha dans cet ordre du Pa
lais de M. le Duc de Richelieu au Palais du
Roi , il fut reçû à la defcente du carolle pas
quatre Gentilshommes de la Chambre du Roi &
au haut de l'escalier par quatre Chambellans , &
à l'entrée des appartemens après la Sale des
Gardes par le Marechal de la Cour qui le con
duifirent juſqu'à la Chambre qui précédoit celle
d'audience , en traverfant les appartemens du Roi
qui étoient remplis de touté la Noblefle & des
Seigneurs & Officiers de la Cour fuperbement,
verus . Alors M. le Comte de Bruhl Premier
Miniftre & Grand Chambellan alla avertir le Roi
de l'arrivée de M. le Duc de Richelieu & l'introduifit
à la Chambre d'audience où le Roi
Fattendoit fur fon Trône , après l'audience M.
le Duc de Richelieu fut reconduit de la même
façon & avec les mêmes cérémonies , il alla enfuite
chés la Reine & les Princes & Princeffes ,
après quoi il retourna à fon Palais dans le mê
he cortége , & pendant fa marche il faifoir jet
er de l'argent au peuple .
Le même jour M. le Duc de Richelieu don
na une Fête magnifique , elle commença l'aprèsdinée
par un concert Italien exécuté par les
plus célébres de la mufique du Roi de Pologne,
les paroles étoient faites au fujet du mariage, de
la compofition de l'Abbé Pafquini , & la mufique
du fieur Riftori compofiteur du Roi de
Pologne,
Tout le Palais de M. le Duc de Richelieu
étoit illuminé dans un goût merveilleux , on
avoit élevé au- deffus de la porte un grand Baldaquin
de vélours cramoifi richement galoné
d'or , au fond duquel on avoit placé les arines
de Monfeigneur le Dauphin & de la Princelle de
4
TEVREER 1949183
Saxe,& toute la façade étoit ornée de peinture , de
devifes & d'emblemes; plufieurs fontaines de vin
couloient dans les places voifines du Palais de M.
le Duc de Richelieu .
A neuf heures les
mirent à table au
Après le fouper le
te la nuir.
Dames & les Seigneurs fe
nombre de plus de 400.
Bal commença & dura tou
Le 8 M. le Comte de Bruhl Premier Mini
Atre donna auffi une Fête magnifique où la mê
me aflemblée qui avoit affifté à celle de M.
Duc de Richelieu , fe trouva.
Le 9 le contract de mariage fut figné & après
la fignature du contract , le Roi de Pologne fit
préfent à M. le Duc de Richelieu d'une très -belle
épée garnie de diamans & envoya chés lui
un beau ſervice de Porcelaine,
3 Le lendemain 10 la Cerémonie du mariage
fut faite par M. le Nonce affifté des Evêques de
Cracovie & de Cujavie , en préfence de toute
la Cour , on avoit élevé un Autel dans unė
des Sales du Palais du Roi où fe fit cette au
gufte célébration. Le Prince Royal de Pologne
époufa au nom de Monfeigneur le Dau
phin la Princeffe fa Soeur , la Salle étoit rem
plie de gradins où les Dames & les Seigneurs de
la Cour furent placés pendant la Cérémonie
dans la plus grande & la plus brillante parure.
La mufique étoit placée au fond de la Sale
avec les trompettes & tymballes , l'on tira le canon
& l'on fit plufieurs décharges d'artillerie
pendant la Cérémonie.
Après la célébration du mariage , il y eut à
8 heures du foir dans une autre Sale du Palais
Banquet Royal où Madame la Dauphine fe pla
ça au milieu de la table , le Roi à la droite &
766 MERCURE DE FRANCE.
la Reine a fa gauche , enfuite les Princes &
Princeffes de la Famille Royale , M. le Nonce &
Mrs. les Ambafladeurs de France , il y eut en même
tems dans plufieurs autres Sales du Palais
un nombre infini de tables fervies pour les Dames
, les Seigneurs, les Officiers de la Cour, toute
la Noblefle & les perfonnes diftinguées qui avoient
affifté à la Cérémonie, pendant le fouper il y eut
musique , & il fe fit encore plufieurs décharges
d'artillerie, après le fouper qui finit à 10 heu→
res , toute la Cour pafla dans la Sale du Bal
qui commença par une danſe avec des flambeaux
qui eft en ufage dans le pays aux mariages
des Princes & Princefles.
Après cette danfe des flambeaux , on danſa
quelques menuets & le Roi prit Madame
la Dauphine pour commencer la danſe Polonoife.
M. le Duc de Richelieu donna la main à
la Reine pour le fuivre , les Princeffes & quelques
Dames y danferent & cette danfe où l'on
va deux felon fon rang termina le Bal qui finit
à minuit:
Le même jour M. le Duc de Richelieu fit
jetter au peuple quantité de Medailles d'or &
d'argent qu'il avoit foit frapper à l'occafion du
mariage.
Le lendemain il y eut un opera Italien
exécuté fur le grand Theâtre de la Cour par la
mufique du Roi,
Le 12 on tira un feu d'artifice fur l'Elbe qui
étoit pour lors glacé , mais dont on avoit callé
les glaces pour que rien ne mit obftacle à l'exécution
; tout le monde fçait que les Artificiers
Saxons font très- renommés pour la beauté & la
varieté de leurs artifices & l'exécution de celui-
ci répondit à l'opinion avantageufe qu'on en
avoir .
>
FEVRIER 1747. 1 ]
t
>
"
DESCRIPTION
De la Décoration du Feu d'Artifice , tire
par ordre de Sa Majefté LE ROI DE
POLOGNE Electeur de Saxe le iz
Janvier 1747 , pour le Mariage de
Monfeigneur LE DAUPHIN,
و
A Décoration fimple & fans aucun de ces
n'avoit pas permis de penfer , repréſentoit la face
d'un Jardin fur les bords d'un fleuve ; elle confiftoir
dans deux Pavillons qui la terminoient , dans un
corps d'Architecture en demi - ceintre , compofé
d'Arcades , dont la Courtine donnoit la forme au
Jardin , & dans un Rocher qui faifoit le fond de ce
Jardin & du Spectacle..
Les Pavillons étoient élevés fur une terraffe à
laquelle on montoit de l'Elbe par trois grands ef
caliers , l'un au centre, & les autres fur les côtés .
Les Feux de differentes couleurs qui formoient &
éclairoient toutes les parties de cet Edifice, retraceroient
aflés l'idée du Palais & des Jardins du Soleil
qui couronnent la Décoration, fi l'on n'y voyoit par
tout les attributs de l'Hymenée & des deux auguftes
Maiſons de France & de Saxe qu'il vient d'unir.
Sans vouloir examiner fi la Saxe tire en effet fon
nom du mot Saxum , qui fignifie Rocher , on a cru
pouvoir hazarder l'allufion du mot Latin ; & la par◄
tie la plus élevée de la Décoration repréfentoit un
Rocher , du fommer duquel on voyoit jaillir l'eaų
la plus pure, & tomber par differens replis en nap
168 MERCURE DE FRANCÈ.
pes dans des Laffins que l'art avoit ménagés au pied
de ce roc.
La Devife , Purior è Saxo , mife au haut du Ro
cher peut être appliquée & à la pureté du fang , &
à celle de la vertu,
Les lumiéres qui compofoient le deflein du Parterre,
ne fervoient qu'à éclairer deux grandes tiges de
lys , fur lefquelles on voyoit deux fleurs avec quelques
boutons , que l'on diroit n'attendre que le moment
d'éclore,autour de ces tiges ,étoient les génies
qui préfident au bonheur , à l'abondance , à la fécondité
, quelques-uns s'emprefloient à arrofer ces
tiges de l'eau qui tomboit du Rocher,
Tandis qu'ils travaillent ainfi à l'envi , deux Re
nommées fe préparoient à porter au-bout de l'Univers
les heureuſes efperances que donnent ces lys ,
image d'une puiffance dont la deſtinée eſt ſi anie
la fienne, l'une annonce ces efperances , & l'autre ,
l'amour qui en doit être le prix,
La premiere portoit pour Devife : Crefcent illa.
Et la feconde : Simul crefcetis amores,
L'Auteur de ce bonheur , l'Hymenée , ne pouvoit
manquer d'avoir fon Temple dans un fpectacle fair
pour le célébrer ; la Grotte que la nature avoit for
mée dans le bras du Rocher , le devenoit ; à l'entrée
étoit l'autel du Dieu , brillant du feu * le plus pur ,
avec cette Infcription ;
HY MENEO ET PACI;
Au- deflus étoit le Dieu agitant fon flambeau ,
fymbole des nouveaux feux qu'il vient d'allumer ;
¡ un Groupe d'amours marquoit par cette Inſcription ,
qu'il portoit dans un étendart : Face Nuptiali digna,
• Ce feu étoit d'un verd plus brillant que l'émeraude.
que
FEVRIER 1747 169
que
fait.
la Princeſſe méritoit le choix que le Dieu en a
Quoiqu'il paroiffe uniquement occupé de fon
triomphe & de fa joye , il n'oublie pas les foins qu'il
doit aux deux autres auguftes Mariages dont il mé--
dite les apprêts , & déja l'on voit dans l'éloignement
des amours préparer par fon ordre de nouvelles
Couronnes , & vouloir enchainer de guirlandes
un Aigle & un Lion que l'on apperçoit à l'entrée
du Temple, avec cette Infcription :
HYMEN EIS SERTA FUTURIS.
L'Aigle & le Lion qui forment les Armes de Po
logne & de Baviere , défignent affés le double Mariage
qui doit unir ces deux Maifons.
Les Arcades qui formoient la façade de la Décoration
, étoient toutes ornées de Statues qui repréfentent
les Vertus , fymboles & gages de la félicité
du Mariage que l'Hymen célebre , la Sageſſe & la
Douceur ; & l'on n'a pas dû être étonné de voir au
milieu d'elles les quatre auguftes Princes & Princeffes,
qui font la principale partie & les plus grand
ornemens de cette Fête;ils y étoient repréſentés par
des Statues allégoriques , le Roi fous la forme de
Cefar- Augufte, Monfeigneur le Dauphin fous celle
d'un jeune Romain , la Reine avec les attributs de
la mere des Dieux , & Madame la Dauphine , avec
ceux d'une Divinité du Printems , & tous avoient
leur Infcription particuliere.
Celle du Roi : Augufti Paternus in pueros animusă
Dela Reine: Lata Deumpartu.
De Monſeigneur le Dauphin : CaraDeumfoboles
De Madame la Dauphine : Adde genus de cond
juge tanta.
: Tous les ornemens de la Décoration de cet Edifice
Ervoient à défigner cet augufte Mariage ; par-tout
H
70 MERCURE DE FRANCE.
on voyoit des Fleurs-de - Lys & des Dauphins couronnés.
Et outre les noms de Louis & de Marie-Jofephe
que l'on voyoit en chiffres fur les pilaftres des pavillons
, on avoit mis aux centres des arcades, d'un
côté l'Aigle blanc de Pologne , planant & fixant fes
regards fur un Lys , avec ces mots :
CANDOR UTRIQUE DAT DECUS.
Er de l'autre , le même Aigle repofant , & por
tant dans fon bec des Lys , au lieu de la foudreque
la Poëfie & la Peinture lui donnent , avec cette Devile
:
PRO FULMINE FLORES.
L'un des frontons étoit auffi formé par les armes
de Monfeigneur le Dauphin , & l'autre par les ar
mes de Madame la Dauphine.
Les fleuves qui accompagnoient les deux pavillons,
& qui terminoient la Décoration , repréſentoient
L'Elbe ** & la Seine ; on voyoit que malgré l'éloi
gnement qui les fépare , & que leur pofition dans la
Décoration femble retracer , ils fe regardoienr mutuellement,&
avec complaifance , comme des fleu
ves qui doivent déſormais fervir aux deſtinées d'un
même Peuple , & comme des fleuves enfin d'un
même Pays ; leur Inſcription étoit :
JAM NUNC POPULARIA FLUMINA
Toute la Décoration étoit couronée par un grand
Ces Chiffres étoient d'un feu d'azur le plus éclatant .
** Ce Fleuve étoit couvert de Dauphins en artifice &
d'autres poiffons en feu qui s'élevoient de l'eau dans l'air
y formoient le plus beau ſpectacle du monde.
?

d
FEVRIER 174 171 T
Soleil , qui peut être confideré comme le fignal du
plus beau & du plus heureux jour pour les deux Maifons
, & comme le fymbole que celle de France a
adopté.
Le 13 fut un jour confacré aux adieux de la
famille Royale.
Le 14 Madame la Dauphine partit à 11 heures
du matin de Drefde , elle reçut encore les
adieux de la Cour qui fondoit en larmes , & témoignoit
par fa jufte douleur le regret de perdre
une Princefle auffi cherie , elle y marqua
toute la fenfibilité qu'on pouvoit attendre de la
bonté de fon coeur & monta dans un carofle
de parade du Roi entouré de toutes fes Gardes ,
& de tymbales & trompettes , plufieurs carof-
*fes fuivirent , elle fit dans ce Cortege quelques
tours dans la Ville au bruit du canon , toutes
les rues étant bordées de troupes , elle fortit enfin
de la Ville & alla à quelque diſtance defcendre
dans une maifon de bois qu'on avoit fair
conftruire exprès , entourée de plufieurs tentes
pour les Seigneurs , elle quitta dans cette maifon
l'habit de Cour , & la parure qu'elle avoit
pour prendre l'habit à la Polonnoile avec lequel
elle a fait le voyage jufqu'à Strasbourg."
Le deux Janvier 1747. une partie de la Maiſon
du Roi deftinée pour aller recevoir Madame la
Dauphine fur la frontiére d'Allemagne eft partie
de Verſailles pour fe rendre à Strasbourg où la
Princefle étoit attendue le 26 du même mois.
Le détachement étoit compofé de quelques Of
ficiers de la Chambre & Garderobe , & de la bou-
* Il partit un artifice du Soleil de plus. de quatre mille
fufées de toutes couleurs , qui femblerent fendre les Cieux
en formant dans les airs une queue de paon d'une étendue
prodigieufe : ce trait termina le feu,
Hij
172
MERCURE DE FRANCE.
1

che qui ne devoient fervir qu'à Strasbourg .
Les détachemens des Gardes du Corps , de la
Compagnie des Gardes de la Porte & de la Preyôté
de l'Hôtel avoient auffi eu ordre de s'y rendre
pour y arriver en même tems que le refte de la
Mallon,
Le 14 du même mois , Madame la Ducheffe
de Brancas Dame d'honneur de Madame la Dauphine
, Madame la Duchefle de Lauraguais Dame
d'Atours, &Mefdames la Marquife de Telle, Comtelle
de Lorges ; de Champagne & Marquife
de Fodoas Dames de compagnie de Madame la
Dauphine partirent en pofte dans les caroffes du
Roi , pour fe rendre pareillement à Strasbourg ,
par la route de Franche-Comté.
Les détachemens de la Maifon de Sa Majesté tant
de la Chambre , Garderobe , Bouche, Office & Ecuries
, qui devoient fervir Madame la Dauphine à
Strasbourg , & pendant la route , partirent auffi
le mêmejour en pofte,
Le détachement de la bouche & Office étoit fous
la conduite de M. Gallet de Bauchêne , Confeiller
d'Etat , Me , d'Hôtel ordinaire du Roi , celui des
Ecuries étoit conduit par M. des Angles Ecuyer de
Sa Majesté , & Lieutenant Colonel de Dragons.
Mr. le Maréchal de la Fare Chevalier d'honneur
de Madame la Dauphine , M. le Comte de
Rubempré fon Premier Ecuyer , & M. Defgranges
Me. de Cérémonies du Roi fe font auffi rendus à
Strasbourg.

Sa Majesté ayant été informée que Ma
dame la Dauphine étoit arrivée à Stralbourg,
enyoya le Duc de Fleury l'un des Premiers
Gentilhommes de fa Chambre pour la complimen
Jer de la part de Sa Majefté , la Reine envoya auffi
>
FEVRIER 1747 173
te Comte de la Motte fon Chevalier d'hon
neur pour le même fujet , & le chargea d'un trèsbeau
Noeud de Diamans de grand prix , pour le
prefenter à Madame la Dauphine de la part de
Sa Majesté.
Le 27 jour auquel Madame la Dauphine étoit
attendue à Strasbourg , le Marefchal de la Fare
-& la Ducheffe de Brancas , chargés par le Roi de
recevoir cette Princeffe fur la frontiére , fe ren⭑
dirent à une maiſon , fituée dans une Prefqu'Ifle .
que forme le Rhin entre la Redoute à Machi
coulis & la Barriere de l'ancien terrain du Fort de
la Pile , où devoit ſe faire la cérémonie de la remife.
Madame la Dauphine y étant arrivée ſur les
quatre heures après-midi , le Prince Lubomirsky ,
que le Roy de Pologne Electeur de Saxe avoit nom
mé pour la conduire , la remit entre les mains du
Marefchal de la Fare & de la Ducheſſe de Brancas.
Après cette cérémonie , ils prefenterent à Madame.
La Dauphine une lettre de Sa Majefté , une de Monfeigneur
le Dauphin, & le Portrait de ce Prince, Madame
la Dauphine partit enfuite pour venir à Strafbourg
étant accompagnée des Dames & des Officiers
nommés par Sa Majefté pour la recevoir, En approchant
de cette Ville , elle trouva plufieurs Compagnies
de Cavalerie & d'Infanterie de la Bourgeoifie
, en habits uniformes , les premiéres très -richement
habillées & montées fur de très-beaux
chevaux , & une foule innombrable de Peuple ,
dont les acclamations réïterées marquerent la fatisfaction
qu'il avoient de voir cette Princefle. Elle
fut reçue à la porte par les Magiftrats qui lui rendirent
leurs refpe& s , elle entra au bruit de l'ar
tillerie des remparts , les rues étant bordées des
troupes de la Garnifon , lefquelles étoient en haye
i
Hij
174 MERCURE DE FRANCE:
a
fous les armes. Le foir il y eut de magnifiques
illuminations , & l'on tira fur l'eau vis - à - vis
du Palais du Cardinal de Rohan où Madame la
Dauphine. a été logée pendant fon fejour en cette
Ville , un feu d'artifice dont cette Princefle
daigné paroître extrêmement fatisfaite . Le 28
Madame la Dauphine a entendu la Meffe dans
l'Eglife Cathedrale , à la porte de laquelle le Comte
de Blankenheim à la tête du Chapitre l'a complimentée.
Les Corps qui font dans l'ufage de
jouir de cet honneur , fe font acquittés du mêmedevoir.
Madame la Dauphine étant partie de Straf
bourg le 29 , coucha le même jour à Colmar , le
30 à Beffort , le 31 à Vefoux , le 1. de ce mois
à Langres , le 2 à Chaumont en Baffigny, le 3 àરે
Bar- Sur- Aube , le 4 à Troyes , & le 5 à Nangis
où elle fejourna le 6. Dans toutes les Villes où
Madame la Dauphine a paílé , elle a reçu les compliments
des Magiftrats ; elle a trouvé les rues
rendues de Tapifleries , & la Garnifon ou la Boutgeoifie
en haye fous les armes , & un concours
inexprimable de peuple s'eft empreffé d'aller audevant
de cette Princeffe , dont les graces , la dou
ceur & l'affabilité , accompagnées de l'air de dignité
qui annonce une ame fuperieure , ont infpiré
l'amour & le refpect à toutes les perfonnes ,
qui ont eu le bonheur d'approcher d'elle.
Le Roi fe rendit au Château de Choify les Fé
vrier & partit le 7 , acompagné de Monſeigneur
le Dauphin , & de fes premiers Officiers & alla audevant
de Madame la Dauphine jufques auprès ..
de Brie , & trouva cette Princeffe à la croifée des
chemins dont l'un conduit à Corbeil , & l'autre à
Nangis où cette Princelle étoit arrivée dès le trois ,
Auffi-tôt qu'elle aperçut le carofle . du Roi elle def
e
1
f
FEVRIER 1747. 175
?
cendit du fien , & én approchant de Sa Majeſté elle
fe jetta à fes genoux. Sa Majefté l'ayant relevée &
embraffée , lui prefenta Monfeigneur le Dauphin ,
après cette entrevue le Roi fit entrer dans fon carolle
Madame la Dauphine , & enſuite Monſeigneur
le Dauphin & la mena à Corbeil où Sa
Majefté la conduifit dans l'appartement qui lui
avoit été preparé.
+
Sa Majesté lui prefenta les Princes qui s'y étoient
rendus , & en fuite fit apporter la magnifique parure
de Diamans dont Sa Majeſté a fait preſent à
cette Princefle , Mgr. le Dauphin lui preſenta auffi
un bouquet de Diamans blancs & de couleur.
Le Roy étant forti de la Chambre de Madame
la Dauphine pour pafler dans un autre appartement
de la même maifon, & Mgr. le Dauphin étant
auffi allé dans le fien pour s'y repofer , les Princes
s'affirent au cercle chés Madame la Dauphine, ainfi
que le Cardinal de Tencin , & après un moment
de converfation s'étant levés , & ayant fait leur reverence
à la Princefle ils fe retirerent.
On lui preſenta alors les Ducs , les Miniftres &
les Seigneurs qui s'étoient rendus à Corbeil , ainfi
que les principaux Officiers de la Maifon de la
Princefle , quelque tems après M. le Duc de Bouillon
lui apporta une Caflette de la part du Roi ,
garnie de plufieurs Bijoux tels queMontres , Boëtes
d'or , Etuis de coté &c.
On lailla quelque tems la Princeffe ſeule avec
fes Dames , & enfuite le Roi revint à fon appartement
, pour paffer avec elle dans la Sale où on
avoit preparé une table de Lanfquenet.
Le jeu dura jufqu'au foir , où les Princes & les
Dames qui avoient accompagné Madame la Dau
phine eurent l'honneur de fouper avec le Roy.
Le lendemain & le Roi partit à midi de Cor- 8
Hiiij
176
MERCURE DE FRANCE :
to

beil avec Madame la Dauphine & Monfeigneur
le Dauphin pour la conduire à Choify où la Reine
s'étoit rendue. Le matin Sa Majeſté s'étant avancée
fur le chemin d'Eflone près de la croifée du
pavé de Choify , & y ayant trouvé le Roi , leurs
Majeftés defcendirent de caroffe , & Madame la
Dauphine fe jetta aux genoux de la Reine , laquelle
la releva & l'embrafla , Sa Majefté lui prefenta
Mefdames , après quoi le Roi & la Famille
Royale monterent dans le carofle de la Reine &
allerent à Choify.
Le 9 au matin Madame la Dauphine partit de
Choify & arriva à Verſailles à dix heures du matin
, elle entra d'abord dans fon appartement où
- le Roi vint la voir , Mefdames y vinrent auffi quelque
tems après , elle fe mit à fa toilette & vint à
midi & demi étant accompagnée de Meldames
& des Princelles qui s'étoient rendues chés elle ;
elle pafla par l'appartement de Monfeigneur le Dauphin
chés lequel les Princes s'étoient auffi rendus ,
& ils pafferent dans l'appartement de la Reine
pour l'accompagner chez le Roi.
A une heure leurs Majeftés étant allées à la
Chapelle Monfeigneur le Dauphin & Madame la
Dauphine y reçurent avec les cérémonies ordinaire
la Benediction Nuptiale par les mains du Coadjuteur
de Strasbourg , Grand-Aumonier de France
en furvivance du Cardinal de Rohan.
La cérémonie étant finie & Madame la Dauphine
rentrée dans fon appartement , elle y reçut les ferments
de ſes Officiers dans l'ordre fuivant , fçavoir:
pre-
Du premier Aunionier , du Chevalier d'honneur
, des Dames d'honneur & d'Atours , des
mier Ecuyer , & Me. d'Hôtel , du Sur- intendant
de fa Maiſon , de fes deux Secretaires des comFEVRIER
177 1747
mandemens , de l'Intendant général des Finances
de fa Mallon , & du premier Medecin qui font
les feuls qui prêtent le ferment entre les mains.
Mefdames s'étant enſuite rendues dans la chambre
lui prefenterent leur prefents , qui étoient compofés,
l'un d'une magnifique Aigrette de Diamans,
l'autre de fix fleurons en ponpons de Diamans.
Enfaite elle dina à fon grand couvert avec Mgr .
le Dauphin & Meſdames.
Le même jour le Roi & la Reine accompagnés
de Mgr, le Dauphinde Madame la Dauphine & de
Mefdames fe rendirent dans la Sale qui a été
-conſtruite en 1745 , où il y eut un magnifique Bal
paré , après lequel leurs Majeftés, Mgr. le Dauphin ,
Madame la Dauphine & Mefdames fouperent avec
-les Princeffes .
Après le fouper on paffa dans l'appartement de
la Reine où après avoir refté un heure on en fortit
pour mener Mgr. le Dauphin & Madame la Dauphine
dans leurs appartements , le coucher fe fit
à la maniére & avec les cérémonies ordinaires.
Le 10 Madame la Dauphine accompagnée de
Monfeigneur leDauphin pafla à une heure chés la
Reine quelle fuivit à la Melle , d'où elle revine
diner chés elle à fon petit couvert avec Mgr. le Dauphin.
Le foir il y eut appartement dans la grande Galerie
magnifiquement ornée .
La nuit du Vendredi au Samedi , Bal maſqué
dans les Galeries & dans tous les grands Appartemens
; l'affluence des mafques y fut très-grande.
Le famedi Comédie fur le Theatre,ordinaire , &
fouper au grand couvert chés la Reine.
Dimanche appartement & grand couvert.
Lundi repréſentation du Ballet de l'Année Galante
fur le Théatre dans le manége couvert.
Hv
178 MERCURE DE FRANCE.
Mardi appartement & Bal mafqué la nuit
Le jour du Mariage ainfi que le 10 & le 14 le-
Château & les Ecuries furent illuminés , toutes
les parties de ces Bâtimens étant éclairées par un
triple cordon lumineux & par un grand nombre
de Girandoles .
Maifon de Madame la Dauphine.
Le Roi a confervé tous les Officiers que Sa Ma
jefté avoit nommés pour fervir feue Madame la
Dauphine. M. l'ancien Evêque de Mirepoix ayane
cependant fupplié Sa Majefté de difpo fer de la place
de Premier Aumônier dont il étoit revêtu , Sa
Majeſté y a nommé M. l'Evêque de Bayeux, Sax
Majefté a pareillement nommé Madame la Comtefle
de Rubempré Dame de Compagnie furnumeraire
de Madame la Dauphine.
M. l'Evêque de Bayeux , Premier Aumonier,
M. Le Marefchal de la Fare , Chevalier d'honneur ,
M. la Ducheffe de Brancas , Dame d'honneur.
M. la Ducheffe de Lauraguais , Dame d'atours.
M. le Comte de Rubempré , Premier Ecuyer.
M. le Marquis du Muy , Premier Me. d'Hôtel,
M. Ogier ancien Préſident au Parlement , Surina
tendant.
M. Boula de Quincy Me. des Requêtes , Secretaire
des commandemens.
M. Galler de Beauchefne , autre Secretaire des com
mandemens.
M Mefnard , Intendant de la Maiſon.
M. Boulliac , Premier Medecin , qui l'eft auffi de
Monfeigneur le Dauphin,
FEVRIER 1747. 179
*
Dames de Compagnie.
M. la Ducheffe de Rohan .
M. la Duchelle de Caumont.
M. la Marquife de Teflé.
M. la Marquife de Fodoas.
M. la Comteile du Roure.
M.la Marquife de Bellefonds.
M. la Coniteffe de Lorges.
M. la Comtelle de Champagne.
M. la Marquife de Pons.
M. la Comteile de Rubempré , furnumeraire
"
On mande de Bruxelles du 31 du mois pallé,…
qu'on fit partir le 21 deux convois de farine & de
munitions de guerre pour Namur & pour Louvain.
Les milices que le Roi à ordonné de tirer
des Provinces conquifes , fe levent avec toute
la diligence poffible , & les deux Députés qui
étoient allés à Lille de la part des Etats de Brabant
afin de tâcher d'obtenir que ce Duché ne
fournit pas le nombre d'hommes qui lui a été
demandé , n'ont pas réuffi dans leur commiffion.
Il paroît une ordonnance , par laquelle il eſt enjoint
à tous les Intendans , Receveurs ou Fermiers
des biens appartenans à des Seigneurs ou Officiers
qui font actuellement au fervice de la Rei ---
ne de Hongrie , de remettre dans quinze jours à
M. Moreau de Gechelles , Intendant de Flandres ,
un état exact des terres ou autres fonds dont
ils touchent ou font valoir les revenus, Le zo les
Vicomte du Chayla , après avoir fait la revue des
troupes qui compofent la garnifon de Gand , par
tit pour aller pafler quelque tems à Paris . Le-
Conte de faint Germain , qui commande à Lou
vain, a été vifiter tous les poftes fitués le long .
H.vj
J MERCURE DE FRANCE .
180
de la Dyle & du Demer. En confequence des
ordres qu'il a reçus , il fait fortifier la Ville d'Ar
chot , & élever diverfes redoutes fur les bords
1 de ces deux rivieres. Un Détachement de cent
cinquante hommes du Régiment de la Morlieré
a furpris dans le Village d'Avenne foixante &
dix Hullards , qui ont été tous tues ou fairs
prifonniers , Suivant les nouvelles de Hollande ,
quelques bataillons des troupes de la Reine de
Hongrie doivent être détachés de l'armée des
Alliés , pour ſe rendre en Italie .
Le Roi vient de donner une Ordonnance , portant
création d'une charge de Colonel des Volontaires
Royaux , avec toutes les prérogatives attachées
au Grade de Colonel des Régimens Etrangers
, & la création d'une Compagnie Colonelle à
la tête de ce corps.
Le Roi a donné une autre Ordonnance , portant
création d'une Charge d'Infpecteur pour M. le
Comte de Mortaigne , comme M. de Berchiny l'eſt
des Huffards.
S. M. a conné cette Place de Colonel des Volontaires
Royaux à M. le Comte de Chabot , qui étoit
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , qui
a été donné à M. le Comte de Cruffol , fils de M. le
Duc d'Ufez .
PRISES DE VAISSEAUX.
LA
A Fregate du Roi la Mutine , commandée par
M. de Quelen , Lieutenant de Vaifſeau , a rançonné
pour quatorze mille livres le Navire Anglois
je Polley.
FEVRIER 780 1747.
Le Capitaine du Pleffis qui monte le Corfaire
PAlexandre , de Bayonne , s'eft emparé de la Fregate
le Comte de Henebroock , de trois cent tonneaux
, armée de feize canons & dont la charge,
deſtinée pour Londres , confiftoit en fucre.
>
Deux autres Bâtimens Ennemis , dont le premier
étoit auffi chargé de fucre , ont été pris par
le Corfaire le Comte de Noailles , que commande
M. Moleres.
On a reçû avis de Saint Malo que le Corfaire
le Conquerant , de Granville , avoit envoyé dans le
premier de ces deux Ports le Navire les deux Freres,
de cent trente tonneaux , chargé comme les deux
précédens.
Le Navire le Pelican , de Londres , qui avoit fait
voile de Plymouth pour Antigues , avec un chargementde
cordages , de voiles & d'ancres , a été conduit
à Breft par le Corfaire le Comte de Lowendahl.
le
Il eſt arrivé à Rofcoff une priſe faite par
Capitaine Flahaut , commandant le Corfaire la
Mauve , de Dieppe.
Le Corfaire le Cheval Marin, de ce dernier Port ,'
s'eft rendu maître du Bâtiment les Trois Amis , de
Jerſey.
Selon les lettres de Boulogne , le Corfaire le
Comtede Treffan y a fait conduire le Yacht le Leo
pard.
Le Capitaine Cock qui commande le Corfaire
la Gorgone , a enlevé le Navire Ecoffois la Jolie
Jeannette , fur laquelle il y avoit diverfes efpeces
de marchandiſes .
Le Cofaire le Pellerin monté par le Capitaine
Gerard Morel , eft entré dans le Port de Dunkerque
avec le Bâtiment Anglois le Jean Judith , de ſoizante
& dix tonneaux.
182 MERCURE DE FRANCE.
* NOUVELLES ETRANGERES.
L
TURQUIE.
Es dernieres lettres de Conftantinople con
tiennent les particularités fuivantes. Le Kan
des Tartares de Crimée y a été mandé , pour aſfifter
à un Divan , & il doit avoir fait fon entrée
publique le z du mois dernier. Muſtapha Effendi
y arriva le 13 Décembre de Bagdad : il fut préfenté
le lendemain par le Grand Vifir au Grand
Seigneur , & il lui remit le Traité de paix conclu
avec la Perfe , & qu'il a figné en qualité de Mi
niftre Plénipotentiaire de la Hauteffe . La Porte
Le prépare à envoyer une magnifique Ambaſſade à
Ifpahan , & l'on prétend que la valeur ces préfens
deftinés pour le Roi de Perte , montera à cinq mil .
lions. Il y a eu plufieurs changements dans le Mi
niftere , & le Grand Vifir a privé de leurs emplois
toutes les perfonnes qui étoient attachées à fon
prédécelleur. La pefte continue de caufer beaucoup
de ravages à Conftantinople , & la plufparti
des habitans aifés fe font enfermés dans leurs
maifons.
On apprend de Warfovie que le Hofpodar de Va
lachie a ordre du Grand Seigneur de faire préparer
des vivres & des fourages pour un Corps des
troupes de vingt mille hommes , qui doit fe ren .
dre dans cette Province.
On écrit auffi de Waríovie que les Cofaques ,
& non les Tartares de Crimée , font les auteurs des
divers defordres , qui ont été commis à la fin de
l'année derniére dans quelques Provinces des fron
FEVRIER 17477 183
tieres de laPologne . Selon les mêmes lettres, l'objet
de la commiflon du Miniftre , que le Kan de
Crimée à envoyé à Warſovie , eft d'allûrer la Republique
de la difpofition dans laquelle e ce Kande
conferver avec elle une parfaite intelligence.
Ces lettres font mention des magafins confiderables
que le Grand Seigneur a ordonné d'établir
dans quelques-unes de fes Places frontières , &-
du grand nombre de troupes Ottomanes qui ar
rivent fucceffivement dans les Provinces voisines
de la Hongrie & de la Ruffie.
SUED E.-
Quoique le Roi & les Etats du Royaume de Sue
de ayent réfufé au Comte de Teffin la permiffion
de fe démettre de fes emplois , ce Seigneur
a jugé qu'il ne devoit point en reprendre les
fonctions , jufqu'à la décifion de l'affaire qui lui
a été fufcitée. Pour faire approuver par la Majefté
& par la Nation le parti qu'il prend à cet
égard , il a déclaré que s'il ne s'agiffoit que de
difcours populaires , dictés par la prévention &
par l'ignorance , il les mépriferoit ; mais qu'il
étoit attaqué par une accufation formelle , que
les plaintes portées contre lui étoient de telle
nature qu'on ne pouvoit rien y ajouter qu'on
lui reprochoit d'avoir fuivi les fuggeſtions de
Puiffances Etrangeres , même d'avoir contracté
avec elles de dangereufes liaiſons , & par conféquent
d'avoir agi contre les devoirs le plus ef
fentiels d'un Miniftre d'Etat ; que les loix dự
Royaume ne permettoient point d'imputer de pareils
crimes à une perfonne , fans ordonner
qu'on examinât fa conduite ; que s'il étoit reconnu
coupable , il fe foumettoit à la condam
184 MERCURE DE FRANCE .
nation qu'il meritoit , mais qu'il efperoit que s'il
prouvoit fon innocence , les Etats du Royaume
lui accorderoient une juftification auth éclatante
que l'outrage auquel il avoit été exposé ;
qu'il demandoit feulement que dans l'examen des
Memoires prefentés contre lui , on écartât toutes
les allegations vagues & non circonstanciées ;
qu'on s'arrêtât feulement aux faits articulés d'une
façon claire & précife , & que fi fes accufateurs
'ne pouvoient fournir des preuves de ces faits ,
ils fuffent traités comme calomniateurs. Il a fait
remettre en même tems aux Etats du Royaume
un Ecrit , par lequel il affère qu'on lui a fait la
plus haute injuftice , en l'accufant d'avoir des
fentimens contraires au maintien de la bonne
intelligence entre la Suede & la Ruffie ; qu'il a
toujours regardé l'union des deux Puillances comme
un objet des plus importans & des plus dé
firables ; que fi dans l'examen de fa conduite on
trouve quelques démarches qui démentent de
pareils principes , il foufcrit aux accufations
formées contre lui ; qu'au refte il ne craint point
cet examen , quelque rigoureux qu'il puifle être ,
qu'il a fait conftamment profeflion du plus profond
refpect pour l'Imperatrice de Ruffe , &
qu'en plufieurs occafions il a donné des marques
de fes difpofitions à cet égard. On prévoit de
plus en plus que cette affaire aura de grandes
fuites , & il paroit que la Diette veut examiner
quelles perfonnes ont excité les foupçons de la
Cour de Pétersbourg contre le Comte de Teffin,
dans quelles vues elles l'ont fait , fi elles étoient
autorifées à le faire , fi par là elles n'ont pas manqué
elles-mêmes à leur devoir , & s'il convient
a des fujets d'indifpofer contre un Miniftre
e Puiflance Etrangere. Le Prince Royal , cong
FEVRIER 1747 185.
aincu des fentimens du Comte de Teffin , &
lui portant toujours la même affection a écrit
plufieurs lettres à l'Imperatrice de Ruffie , pour
lui reprefenter combien il étoit à craindre qu'on
ne l'eût mal informée , & qu'on n'eût donné de
faulles interprétations aux actions les plus innocentes.
Afin de ne lailler aucun doute à cette
Princeffe fur le defir que la Nation a de vivre
en paix avec elle , le Gouvernement penfe à re
nouveller de la maniere la plus folemnelle les
Traités & engagemens d'amitié , qui fubfiftent
entre les deux Cours. Le Committé fecret s'étant
affemblé extraordinairement le 24 du mois de
Decembre, pour déliberer fur le choix du fujer
auquel on confereroit la charge de Préfident de
la Chancellerie , vacante par la mort du Comte
de Gyllembourg , la plufpart des Deputés , dont
ce Committé eft compofé , ont été d'avis que
cette place ne pouvoit être réfufée au Comte de
Teffin . Quelques-uns au contraire , en convenant
qu'elle ne feroit remplie par perfonne plus
dignement que par ce Seigneur , ont prétendu
que le malheur voulant qu'il y eût de facheux
préjugés établis contre lui à la Cour de Ruffie ,
la confideration due à cette Cour exigeoit qu'on
évitât ou du moins qu'on differât de le mettre
à la tête du Miniftere. Les repréſentations de
ces Deputés ont été communiquées à l'Ordre de
la Nobleffe , qui les a approuvées , en fe refervant
cependant d'examiner jufqu'à quel point
peut être portée la confideration qu'on doit en
pareil cas à une Puiflance Alliée . Lorfqu'on a
donné part de ces mêmes repréſentations aux
Deputés des Villes & aux Payfans , les premiers
ont réfolu de s'en rapporter à ce que décideroient
les trois autres Ordres , & les feconds
86 MERCURE DE FRANCE.
ayant réduit la propofition à la queftion fimple ;
· s'il faut dépofer un Miniftre , dès qu'une Puiffance
Etrangere le demande , & avant que cette
Puiffance ait demontré bien clairement que ce Mi
niftre eft coupable , ils ont prononcé qu'il ne fuffifoit
pas d'accufer un Miniftre ; que de fimples
apparences pouvoient auffibien tromper une Cour,
qu'abufer des particuliers ; qu'il étoit neceflaire
que la Puiflance , qui fe permettoit des imputations
contre un Miniftre y joignît des preuves
'de la plus grande évidence , qu'autrement ce fetoit
rendre un Etat dépendant d'un autre Etat
& qu'une Nation libre & fouveraine ne pouvoit
s'accommoder de cette fujétion ; mais qu'en mê➡
me tems file Miniftre accufé étoit convaincu
de fomenter des differends avec telle Nation
voifine que ce fût , particulierement avec celles
dont on doit rechercher l'amitié & redouter la
puiflance , il étoit de la prúdence d'éloigner un
pareil Miniftre du maniment des affaires. Con ”
formément à cette décifion , ils ont fait fçavoir
à l'Ordre de la Noblefle qu'ils defiroient qu'on
preflât le Miniftre de Ruffie de donner de
plus amples éclairciffemens fur les Memoires
qu'il a préfentés à la Diette. Ce Miniftre a promis
ces élairciflemens , & il s'eft plaint de ce
que des perfonnes , dont il a produit une lifte ,.,
étoient apoftées aux environs de fon Hôtel pour
épier ce qui y entroit & ce qui en fortoit ; qu'el
Les faifoient des queftions indifcrettes à fes do--
meftiques , & qu'elles cherchoient à rendre fes
démarches fufpectes.
Les lettres de Stockholm marquent que le Rois
& les Etats de Suede n'ayant point jugé devoir
fe rendre aux inftances que le Comte de Teffin avoit
faites , pour qu'il lui fûr permis de ne point exer
FEVRIER 1747. 187
4
eer les fonctions de fes emplois , juſqu'à ce qu'on
eût examiné la validité des accufations intentées
contre lui , ce Seigneur avoit repris féance au Senat
, & avoit recommencé à fe charger de l'admi
niftration des affaires .
L'Imperatrice de Ruffie a fait fçavoir aux Miniftres
Etrangers , qui réfident à fa Cour , qu'elle
La réfolu d'armer par terre & par mer , fi la tranquillité
n'eft bientôt rétablie en Europe. Il doity
avoir divers changemens dans la répartition des
quartiers , qui ont été diftribués aux troupes de
cette Princefle. On affûre qu'elle renouvellera la
* permiffion accordée cy- devant aux fujets du Roi
de la Grande Bretagne de faire pafler leurs mar
chandifes par la Ruffie pour les envoyer en Perfe.
ALLEMA G N E.
On mande de Francfort du 15 du mois dernier
qu'il palle fucceffivement dans ces cantons un
grand nombre de recrues pour les troupes de la
Reine de Hongrie , qui font dans les Pays-Bas,.
On apprend de Duffeldorp que l'Affemblée des
Etats de Bergue & de Juliers étoit prête a fe féparer
, & qu'elle avoit confenti à la levée de deux :
nouveaux Régimens. Les lettres de Bonn mar--
quent que la Reine de Hongrie avoit fait demander
à l'Electeur de Cologne douze cent anciens foldats
, pour les incorporer dans les Régimens des
troupes commandées par le Feldt-Marefchal Comte
de Bathiany , & que le Baron de Hagenbach , qui
a été chargé de cette commiffion , devoit en aller
exécuter une pareille dans diverſes Cours d'Allemagne,
Suivant les nouvelles de Ratisbonne , las
Diettedet Empire recommença le 12 fes féances ,
& l'on y propofa de reprendre les déliberations fur
les moyens de procurer la fûreté de l'Allemagne
188 MERCURE DE FRANCE.


+
mais il n'y eut rien de décidé à ce ſujet , tant
cauſe de l'abſence de quelques Miniftres , que parce
que plufieurs autres n'avoient point reçu les inftructions
dont ils avoient befoin . On apprend de
Vienne que le Prince Charles de Lorraine a été
nommé Vicaire Général de la Reine de Hongrie
en Italie , & qu'il partira dans peu pour Milan .
Les mêmes avis portent que Sa Majesté Hongroife
a fait fignifier au Marquis Spinola , qui réfidoit
auprès d'elle en qualité de Miniftre de la
République de Genes , de fortir de Vienne dans
vingt- quatre heures , & de fes Etats dans fix jours
Selon ces avis , on a été informé que plus de
deux cent Officiers des troupes de cette Princeffe
font retenus prifonniers par le Peuple de Genes
Les avis reçus de Vienne portent que M.
Robinfon , Miniftre de Sa Majefté Britannique auprès
de la Reine de Hongrie , infifte fortement
pour que cette Princelle , conformément à Pengagement
qu'elle a contracté avec fes Alliés , augmente
le nombre de fes troupes dans les Pays-bas
Ces avis ajoutent que le Comte de Choteck devoit
retourner à Munich , pour y réfider en qualité
de Miniftre Plenipotentiaire de Sa Majefté Hongroife
, & pour fuivre les négociations qu'il
a déja commencées avec les Miniftres de l'Electeur
de Baviere. Il y a eu à Vienne un tumulte confiderable
, excité par les Etudians , qui ont voulu
forcer les portes d'une prifon , où l'on avoit en
fermé quelques jeunes gens aufquels ils s'interef
foient. Une partie des troupes qui font dans
le Royaume de Boheme , a ordre de marcher en
Italie , & la Reine de Hongrie y enverra auſſi
le Régiment de Neuperg , qui eft en quartier
dans les environs d'Olmutz.
S
Le Cercle du Haut Rhin a declaré qu'il étoit
FEVRIER 1747 189
de même avis que celui de Franconie fur la neceffité
de renouveller l'affociation des Cercles Anterieurs.
Suivant les nouvelles de l'Electorat de Cologne
, les troupes de la Reine de Hongrie , qui
y font cantonnées , viennent de recevoir ordre de
le tenir prêtes à marcher , pour aller rejoindre l'ar
mée des Alliés dans les Païs-Bas . On mande de Ber
lin que le Roi de Prufle a fait publier qu'il accorderoit
la proprieté des marais des environs de
Stettin , de Damm , de Gartz , de Greffenhahen &
de Golnow , dans la Pomeranie , aux perfonnes
qui voudroient entreprendre de les rendre fertiles.
Les Etrangers auront partà cette grace , ainfi
que les fujets de fa Majefté Pruffienne , & il fera
permis à ceux de ces derniers, qui , depuis fix ans
font fortis des Etats de ce Prince , pour éviter d'être
enrollés , de profiter de la même faveur. Les
uns & les autres pourront s'adreffer pour cet effet
à, la Chambre des Domaines , établie à Stettin , la
quelle leur affignera les portions de terrain , qu'ils
fe chargeront de cultiver. Non-feulement ils feront
exempts de toutes impofitions pendant quinze
ans , mais encore ils ne feront jamais fujets à la
Milice.
GENES.
On mande de Genes du 14 Janvier que le mortier,
qui a donné lieu à la révolution par laquelle cetteRé
publique a recouvré fa liberté, fut conduit le 9
de ce mois avec grand appareil dans les princi
pales rues de cette ville , étant précedé de fept
cent Fufiliers, & fuivi d'une Compagnie de Gre
nadiers ainfi que d'une de Cavalerie , & qu'il
fut replacé enfuite à la Batterie de Carignan ,
d'où le Marquis de Botta l'avoit fait enlever. Outre
les cent vingt nouvelles compagnies , cha ■
790 MERCURE DE FRANCE .
7
a
cune de foixante hommes , lefquelles ont été tirées
de la Bourgeoifie , & qui commencerent le 26 de
Décembre à monter la garde , on a formé pluſieurs
Compagnies de Grenadiers , commandées par des
Officiers Etrangers , & aufquelles on a donné les
armes & les bonnets des Grenadiers Allemands ,
qui ont été tués ou fait prifonniers. On travaille
a dreffer un Role de tous les habitans , qui fe trouvent
foit dans la ville , foit dans les fauxbourgs,
en état de porter les armes , & ily a déja plus de
quarante mille perfonnes infcrites . Les Vallées de Bifagno
& de Polfevera ont offert, l'une fix mille hommes
, & l'autre huit mille , fi l'on vouloit entreprendre
le fiége de la Place de Savone , pour laquelle le
Roi de Sardaigne paroît avoir quelque inquietude ,
ce Prince ayant fait rompre tous les chemins des
environs . Plufieurs nouvelles batteries ont été établies
en divers endroits , & l'on compte actuellement
près de quatre-vingt-dix pieces de canon
fur les remparts depuis le Pofte de San Benigno
jufqu'au fauxbourg de Saint Pierre d'Arena.
On apprend par Geneve du 1er Février que les
lettres de Genes marquent que fix mille hommes
de troupes commandées par le Marquis de Botta ,
ayant attaqué un Pofte du Defilé de la Bochetta ,
cent quatre-vingt Corfes s'y étoient défendus avec
tant de valeur , qu'ils avoient donné le tems aux
troupes Genoifes des Poftes voifins , de marcher à
leur fecours , & que les Allemands avoient été repoullés.
Ces derniers quelques jours après ont
trouvé le moyen de pénétrer du côté de Voltri ,
& ils y ont commis beaucoup de défordres , mais
les Païfans des environs s'étant promptement raf
femblés , les ont obligés de fe retirer avec préci
pitation , & leur ont fait un grand nombre de prifonniers,
Selon les mêmes avis , un autre Déta
FEVRIER 1747 198
chement des troupes de fa Majeſté Hongroife s'eft
avancé jufqu'au fauxbourg de Bifagno , & y a pillé
& brûlé plufieurs maifons. Après cette expédition ,
il a ufé d'une telle diligence dans fa retraite , qu'il
n'a pu être joint par les troupes qui ent marché
pour le pourfuivre. On a recu avis de Piedmont
que le Col de Tende eft fi rempli de neige , que
le Roi de Sardaigne n'a pu y pafler pour retourner
à Turin .
Cependant tous les jours quelques perfonnes
plus timides que les autres abandonnent Genes &
la plufpart fe retirent dans les Villes de Pife & de
Livourne. La Nobleffe de ce païs commence à
paroître allarmée des prétentions du peuple , qui
demande que tous les Gentils- hommes , feudataires
de la Reine de Hongrie & du Roi de Sardaigne,
foient exclus du Petit Confeil. On affûre qu'il veut
même qu'à l'imitation des Romains on mette Sematus
Populufque à la fufcription de tous les Actes
qui émaneront du Gouvernement. Il fait depuis
le 10 un froid exceffif , & il regne un vent de
Nord très-violent , lequel a obligé trois vailleaux
de guerre Anglois qui étoient devant Savone , de
s'en éloigner. On affûre que les Rebelles de Corfe,
. ennuyés de facrifier leur repos au caprice & à l'ambition
de leurs Chefs , font dans la difpofition de
rentrer fous l'obéiflance de la République , & qu'ils
doivent convoquer une Aflemblée , dans laquelle
ils nommeront des Deputés qu'ils chargeront d'aller
à Calvi conferer à ce fujet avec le Marquis Mari
, Commiſlaire Général. Une barque de Sardaigne
, chargée de bled pour l'armée commandée
par le Comte de Browne , a été contrainte par la
tempête de relâcher dans ce dernier Port , & nonfeulement
on s'en eſt emparé , mais on l'a armée
pour aller fe faifir de quelques autres , qui ont été
jettées vers San Bonifacio.
192 MERCURE DE FRANCE.
GRANDE BRETAGNE.
Le 15 du mois paffé le Duc de Cumberland™
revint de Hollande , & il fut reçu de fa Majefté
avec de grandes démonſtrations de tendrefle. On
affûre qu'avant la fin du mois prochain ce Prince
, qui a été declaré Généraliffime de l'armée
des Alliés dans les Pays-Bas , repaflera la
mer , afin de donner fes ordres pour l'ouverture
de la campagne. 11 eft convenu avec les Etats
Generaux des Provinces - Unies des principales
operations , par lefquelles on la commencera. M.
Trevor , ci-devant Envoyé Extraordinaire & Plénipotentiaire
du Roi à la Haye , a rendu compte
à la Majefté du fuccès des négociations dont il
a été chargé , & il lui a remis une lettre des
Etats-Generaux , laquelle porte qu'ils n'ont vû
qu'avec beaucoup de chagrin le départ d'un Miniftre
qui dans toutes les affaires qu'il a eu à
traiter avec leur République
a montré autant
>
de capacité que de zéle pour le fervice du Roi ;
qu'ils ne doutent nullement que M. Trevor ne
fe diftingue également dans tous les emplois
dont fa Majefté l'honorera , & qu'ils ont eu une
extrême fatisfaction d'apprendre que le Roi , en
le rappellant , fe propofoit de lui donner de nou
velles preuves de fa confiance & de fon affec
tion ; que rien au refte ne les touche plus que
le renouvellement des affûrances de la bienveillance
du Roi pour leur République , & les proteftations
qui leur ont été faites par M. Trevor
que fa Majefté fouhaitoit de refferrer de plus en
plus les liens de l'union entre les deux Puif
fances , que le gage le plus précieux qu'ils pûf
fent reçevoir des fentimens du Roi , étoit celui
qu'ils ont eu le bonheur de poffeder en la
perfonne
1
FEVRIER 1747. 193
perfonne du Duc de Cumberland ; qu'ils efperent
que M. Trevor peindra fidélement à la Majefté
la vivacité de leur réconnoiffance , & le
defir aufli ardent que fincere qu'ils ont de demeurer
fermement attachés au Roi , perſuadés
que les interêts de la Grande Bretagne & ceux
de la Hollande font inféparables. Le Roi s'étant
rendu le 3 à la Chambre des Pairs avec les cérémonies
accoûtumées , & ayant mandé la Chambre
des Communes , fa Majefté donna ſon confentement
au Bill de la taxe fur les terres. Le
lendemain les Seigneurs lurent une Requête,
par laquelle le Lord Lovat les fupplioit de lui
accorder jufqu'au 11 Fevrier , pour repondre à
l'accufation intentée contre lui , mais fa demande
fut rejettée . On pretend que le Parlement
portera un Bill pour exempter les Catholiques
de payer le double des taxes ordinaires
, & pour fupprimer de la formule de ferment
qu'on exige , l'article qui regarde la Religion
. Le Lord Ilchefter , d'une des principales
Maifons du Royaume d'Irlande a été crée
Pair de la Grande Bretagne. On équipe neuf
vailleaux de guerre , deſtinés à renforcer l'Efcadre
commandée par l'Amiral Medley dans la
Mediterranée. Il doit partir incellamment des Duune
Efcadre , qui fera fous les ordres du
Chefd'Efcadre Mathieu Mitchel , & dont on ignore
la deftinatior , Le bruit court que l'Amirai
Warren qui est revenu depuis peu de la
nouvelle Angleterre à bord du vaifleau le Chefer,
aura le commandement d'une autre Elcadre
qu'on arme à Spithead & à Plymouth, Les
Commitlaires de l'Amirauté ont reçu avis qu'un
Convoi de plus de quatre-vingt navires Mar
chands fe difpofoit à faire voile de la Martinines
I
194 MERCURE DE FRANCE.
que pour les les Ports de France . Un bâtiment
François , qui alloit de Bordeaux à Bavonne à
été pris par le vaifleau de guerre le Lion . Le
Corfaire la Princeffe de Naffau a conduit a Corck
deux autres bátiniens ennemis. Ces prifes ne dedommagent
pas à beaucoup près du grand nombre
de celles qui ont été faites dernierement par
les François , tant en Europe qu'en Amerique , &
parmi lesquelles on compte plus de quarante
navires qui venoient des Colonies. La quatriéme
Compagnie des Gardes du Corps a été
congedite , ainfi que la troifiéme l'avoit été il
y a quelque tems. Les Officiers de ces deux
Compagnies jouiront de leur même paye , juf
qu'à ce qu'ils ayent été placés dans d'autres Corps.
Les Gardes qui ne font plus en état de fervir
auront une penfion de quinze livres fterlings
par an , & on en donnera une de dix aux
autres en attendant qu'on puiffe les employer
convenablement. Le General Wentworth , qui
doit aller prendre le commandement des troupes
en Ecofle à la place du Comte d'Albermale ,
fe rendra auparavant à Yorck , pour licencier le
Régiment de Cavalerie de Montagu. Le Régiment
de Wade vient d'être converti en Régiment
de Dragors. Les équipages du Régiment du
Major General Hamilton font partis d'Edimbourg
pour Liverpool , où ce Régiment doit s'embar
quer pour pafler en Irlande. On doit choifir inceflamment
dans les trois Régiments des Gardes
à pied les foldats , dont fera composé le Détachement
qui fervira cette année dans les Pays-
Bas.
Le Lord Lovat fut conduit le 24 de ce mois à la
Chambre des Seigneurs , afin de répondre aux
accufations intentées contre lui. I prefenta à
FEVRIER. 1747. 195
>
cette Chambre deux Requêtes , par l'une deſquelles
il demanda d'être défendu par M. Fraſer
& dont l'autre étoit deftinée à la reclamation d'un
coffre fort qui lui a été enlevé. On lui accorda
le premier article , mais le fecond lui fut refufé;
Le lendemain les Seigneurs firent communiquer
à la Chambre des Communes par un Meffage
la réponſe de ce Lord , qui niant tous les faits
qu'on lui allegue , a foutenu que perfonne n'avoit
Jamais été plus attaché que lui au Roi & au prefent
Gouvernement. La Chambre des Communes
affigna le même jour un fond de cent quatre- vingtfeize
mille trois cent livres ſterlings pour les dépenſes
ordinaires de la Marine ; trente- cinq mille
pour une année des arrerages du million emprunté
fur les droits du fel ; quarante- huit mille huit
cent pour les non- valeurs du fond general , & des
impofitions , tant anciennes que nouvelles , établies
fur les baillons & fur les vins étrangers ; feize
mille pour continuer le Bâtiment de l'Hôpital de
Gofport , & dix mille pour l'entretien de l'Hô
pital de Greenwich, Cette déliberation fut approu
vée le 26 par cette Chambre , qui ordonna que
M. Trebeck feroit prié de prêcher devant elle
le jour de l'Anniverfaire de la mort de Charles J
Le 27 la Chambre envoya un Mellage aux Seigneurs
avec une Réplique à la reponſe du Lord
Lovat. S'étant aflemblée enfuite en grand Committé
, elle réſolut d'accorder au Roi deux cent
cinq mille fept cent vingt - huit livres ſterlings
pour les depenfes des tranfports des troupes & des
munitions depuis le 1 Janvier 1745 jufqu'au 31
Décembre de l'année derniére ; foixante - fix mille
fix cent foixante & huit pour les vivres des troupes
de terre pendant cette année ; cent trente-cinq
mille trois cent pour fuppléer aux fubfides de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE ,
l'année derniére , & deux cent mille pour la non
valeur de divers droits. Le bruit court qu'on mettra
une impofition de vingt livres sterlings par
an fur chaque carolle à fix chevaux , une de dix
fur chaque carolle à quatre chevaux, une de cinq
fur les autres , & une de deux fur chaque chaile où
caleche, Mrs. Henry Osborn , Georges Berkley ,
André stappleton , Thomas Smith , Curtis Barner
& Thomas Grifin , ont été nommés Chefs d'Efc:
dre . Le 21 l'Amiral Bing arbora fon Pavillon
a bord du vailleau de guerre le Superbe, & dans peu
il fer voile de Gofport pour la Mediterranée avec
T'Elcadre qui eft fous les ordres . Les Commiffaires
de l'Amirauté ont donné au Chef d'Elcadre
Smith le commandement en chef des vailleaux
de guerre , qui doivent efcorter le convoi defticé
pour la Jamaïque. On attend inceffament à Plynath
Efcadre de l'Amiral Anfon , laquelle a
fini le temps de fa croifiere . Le vailleau de guerre
le Rupert eit arrivé des Indes Orientales à Portf &
mouth, & il rapporte une charge très-confiderable.
Suivant divers avis , un navire François , qui
revenoit de la Vera- Cruz , & fur lequel il y a plufieurs
caillons remplis d'argent , a été pris par les
vaille aux le Larck & Glocefter. En confideration des
répréfentations des Etats Generaux , & des inftances
que le Comte de Flemming , Miniftre du Roi
de Pologne Electeur de Saxe , a faites par ordre
de ce Prince , le Comte de Hatley a été remis en
liberté , mais il a été déclaré déchu de toutes les
pretentions qu'il peut avoir dans la Grande Bretagne
, & le Gouvernement a ordonné qu'il en fortît
pour n'y jamais rentrer
MERCURE DE FRANCE.
199

La Chambre des Communes fit le 30 du mois
dernier la premiere lecture du Bill , pour révoquer
la défenſe de commercer avec l'Espagne. Eile
réfolut enfuite d'établir une nouvelle impofition
de deux fchelings par mailon , & d'un fcheling
par feneftre fur toutes les maiſons qui en autont
plus de neuf. Le ir de ce mois elle accorda au
Roi un million de livres fterlings pour acquitter
les dettes de la Marine. On propofa le 2 dans la
Chambre , d'établir un Committé pour examiner
la conduite des perſonnes chargées de la direction
des affaires de ce Département , mais après de
grands débats cette propofition fut rejettée à la
pluralité de cent quatre-vingt- quatre voix contre
cent quarante- trois . La Chambre a continué le
-3 de déliberer fur le fubfide & l'on y a lu
un projet pour impofer une taxe aux perfonnes
qui ont des équipages. Le départ du Duc
de Cumberland pour les Païs- Bas elt differé de
quelques jours. Les Officiers Généraux , qui feront
employés fous les ordres de ce Princ . , font
le Chevalier Jean Ligonier , Général de Cavalerie
; le Comte d'Albermale & M. Henry
H.wley , Lieutenants Généraux , & les Majors
Généraux Fuller , Huske , Howard , Bland & de
Crawford Les navires l'Oxford , le Scarborough
& le Royal Georges , appartenants a , la Compagnie
des Indes Orientales , font arrivés , les deux
premiers à Douvres , & le dernier à Briftol. Le
Dividen e des Actions de la Compagnie de la mer
du Sud pour les fix derniers mois de 1746 a été
fixé a deux pour cent. Les Actions de cette Compagnie
font à cent quatre ; celles de la Banque à
cent vingt huit , un quart ; celles de la Compagnie
des Indes Orientales à cent foixante & dixfept
, & les Annuitez à cent , trois quarts.
I iij
198 MERCURE DE FRANCE .
963636 983616:363636363696
MARIAGES ET MORTS.
Lamalan de M. le Procureur Général , M.
E 16 Janvier a été marié dans la chapelle dé
Guillaume - François-Louis Joly de Fleury Procureur
Général au Parlement depuis 1740 , & avant
Avocat Géneral au même Parlement depuis 1731 ,
avec Marie- Renée le Lievre de la Grange , fille
de M. Armand - Jofeph le Lievre Marquis de la
Grange & de Fourille, & de Dame Marie Magdeleine
de Caffan Dorriac.
M. le Procureur Général qui donne lieu à cet
article , a pour freres, puînés Omer Joly de Fleury
Avocat Général au Parlement depuis 1746 , &t
avant Avocat Général au Grand Confeil depuis
1737, veufdepuis les de Janvier de Magdeleine-
Genevieve-Melanie Defvieux , dont la mort eft
rapportée dans le Mercure , & Jean-François Joly
de Fleury Maître ordinaire des Requêtes de l'Hô
tel du Roi depuis 1743 , & pour foeurs , outre plufeurs
Religieufes , Dame Louife - Françoiſe Joly
de Fleury mariée le 21 Février 1716 avec M.
Nicolas Megret de Serilly Maître des Requêtes en
1732 , & Intendant de Juftice en Franche-Comté
depuis 1744 , & Marie-Louife Joly de Fleury mariée
avec M. Gafpard - Nicolas Brayer Confeiller
au Parlement ; ils font enfans de M. Guillaume-
François Joly de Fleury Procureur Général au
Parlement ; reçu le 17 Février 1717 , & avant
Avocat Général au Parlement , reçu en Décembre
1704, après l'avoir été de la Cour des Aydes le
25 Décembre 1700 , & de Dame Marie- Françoiſe
Lemaître.
Le Pere de Guillaume- François Joly de
Fleury étoitM, Jean - François Joly Chevalier SeiFEVRIER
1747. 199

neur de Fleury , qui fut d'abord Avocat Gé
neral au Parlement de Metz en 1660 , puis Confeiller
au Parlement de Paris le 9 Février 1664,
& mourut Confeiller-Clerc de la Grand'Chambre
lè 11 Octobre 102. La mère étoit Dame Magdeleine
Talon morte le premier Juin 1684 , elle
étoit fille d'Omer Talon Avocat Général au Par
fement , & de Dame Françoiſe Doujat : Jean Joly
Seigneur de Fleury pere de Jean- François , &
ayeul de Guillaume - François , fut reçu Conſeil-
Ier au Parlement de Bretagne en 1629 , puis as
Grand Confeil le 25 Octobre 16 ; 1 & mourut le
30 Octobre 1649 , Dame Charlotte Boutlon fa
femme mourut le 8 Avril 1667. François Joly Seigneur
de Fleury bifayeul de Guillaume-François
étoit Maître des Requêtes de Navarre , & Chef du
Confeil du Cardinal de Richelieu , il mourut le 22
Octobre 1635 ; il avoit époufé Dame Charlotte
Boudon qui étoit fille d'Etienne Boudon & de Char
lotte le Liévre , & Charlotte le Liévre étoit petite
fille de Claude le Liévre quadrifayeul de Ma
rie-Renée le Liévre de la Grange que M. le Prow
cureur Général vient d'époufer . François Joly Sei
gneur de Fleury étoit fils de Barthelemy Joly ,
Greffier en chef au Parlement de Bourgogne , le
quel étoit fils de Barthelemy Joly premier du nom
Avocat au Parlement de Bourgone , & celui - ci fils
de Jean Joly Confeiller du Duc de Bourgogne ent
1462. Barthelemy premier du nom a eu un fils
aîné appellé Jacques Joly dont les defcendans font
éncore Préſidents & Confeillers au Parlement & à
la Chambre des Comptes de Bourgogne .
Barthelemy Joly fecond du nom fils puiné de
Barthelemy premier du nom eut un fils aîné Zacharie
Joly qui a formé à Dijon une feconde bran
che de cette maiſon , dont les deſcendans ont été
3
Iiiij
200 MERCURE DE FRANCE
Confeillers au Parlement de Bourgogne.
Le puîné de Barthelemy Joly fecond du nom fut
François Joly Seigneur de Fleury dont on a parlé,
trifayeul de M. le Procureur Général .
Barthelemy Joly a eû un troifiéme fils Edme Joly
qui a formé la quatriéme branche de cette Maiſon,
& qui mourut Maître des Comptes de Dijon.
ǎ
Il eut une quatriéme fils , Antoine Joly Baron
de Blaify qui a fait la cinquiéme branche. Son
fils fut Georges. Joly Préfident à Mortier au Parlement
de Bourgogne, pere d'Antoine Joly Marquis
de Blaify, Confeiller au Parlement de Paris en
1679 & depuis Préfident au Grand Confeil ,
quoi l'on peut ajouter que du mariage de Dame
Françoife Joly de Fleuryfoeur de M.Joly de Fleury
ci-devant Procureur Général au Parlement, avec
M. Louis de l'Epine , Chevalier Seigneur de
Grainville , font iffus plufieurs enfans , dont un
eft Confeiller au Parlement de Paris.
Les Armes de Joly de Fleury étoient anciennement
d'Azur à un Lys au naturel d'argent au chef
d'or chargé d'une croix pattée de fable . Quelques-
uns de cette Maiſon ayant obtenu du Roi au
mois de Décembre 1648 une conceffion pour porter
un quartier d'Azur au Leopard d'or armé de
gueules , la famille porte à préfent pour Armes au
premier & quatriéme d'Azur au Lys au naturel
d'argent au chef d'or chargé d'une croix pattée de
fable , au fecond & troifiéme d'Azur au Leopard
d'or armé de gueules.
Pour la famille de le Liévre , il fuffira de dire
que Madame Joly de Fleury eft niéce de Dame
Anne-Judith le Liévre femme de Claude de
Bretagne Comte de Vertus , Baron d'Avaujour,
premier Baron de Bretagne, morte en 1690 , mere
de feu M. le Comte de Vertus mort depuis quelque
FEVRIER 1747. 201

tems le dernier de fa maifon ; qu'elle eft auffi
niéce de . le Liévre femme de M.
Dorieu , & encore de Dame Marie-Marguerite le
Liévre femme en 1671 de Henri Defcoubleau
Comte de Monluc , Prince de Chabanois , &c . &
petite fille de M. Thomas le Liévre Marquis de,
Fourille dont il obtint l'érection en Marquifat en
1649 , & de la Grange le Roi , Baron d'Huriel , &
Maître des Requêtes en 1634 , Préfident au Grand
Confeil en 1637 , mort le 13 Août 1669 , & de
Dame Anne Faure qu'il époufa le 28 Janvier 1639
& morte le 10 Mars 1704 , & que le nom de le
Liévre eft connu depuis plus de 300 ans , puifque
M. Gerard le Liévre fut annobli avec fa pofterité
au mois d'Octobre 1400 , & que Jean le Liévre
étoit Avocat du Roi au Parlement en 1521. Les
Armes de cette famille font d'azur à un chevron
d'argent accompagné en chef de deux quintefeuilles
, & en pointe d'un aigle à deux têtes ou éployé
auffi d'argent.
Le 18 fut fait dans l'Eglife de S. Sulpice le mariage
de M. LouisHilaire de Boufchet Comte de Sourches ,
Capitaine de Dragons au Régiment de Languedoc
, fils unique de Louis-François de Boufchet
Comte de Sourches, Seigneur de la Ronce , & c . Lieutenant
Général des Armées du Roi , du 20 Février
1734, & de Dame Hilaire - Urfule Thierfaut ,
avec Dame Louife-Françoife le Vayer, fille mineure
de feu Jean - Jacques le Vayer Seigneur de
Marfilly , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hôtel
du Roi , puis Préfident au Grand Confeil ,
mort le 7 Septembre 1740 , & de Dame Anne Louiſe
du Pin fa veuve. M.leComte de Sourches qui donne
lieu à cet article eft petit-fils de Louis- François
de Boufchet Marquis de Sourches , Confeiller d'Etat
, Prevôt de l'Hôtel du Roi & grand Prevôt de
France,& avant Gouverneur & Lieutenant Général
Iv
202 MERCURE DE FRANCE.
au Gouvernement des Provinces du Mayne , Perche
& Comté de Laval , & Capitaine & Gouverneur des
Ville & Château duMans , mort le 4 Mars 1716,& de
Dame Marie- Geneviève de Chombés Comteffe de
Montforeau , & arriere petit fils de jean de Boufchet
Marquis de Sourches , Confeiller d'Etat , Prevôt
de l'Hôtel du Roi & grand Prevôt de France ,
fait Chevalier des Ordres du Roi à la promotion du
31 Décembre 1661 , mort le premier Février
1677 , & de Dame Marie Nevelet. Mrs de Sourches
defcendent d'une branche cadette de la Maifon
de Bouschet du Mayne , dont Jeanne de Bouf
chet heritiere de la branche ainée fut mariée vers
l'an 1200 avec Robert Comte de Belefme de Ponthieu
& d'Alençon , comme il ſe voit par l'Epitaphe
qui eft fur fa tombe au Chanceau de l'Abbaye
de Perfeigne au Perche , où elle eft inhumée
auprès dejfon mari. Voyés pour les derniers'
dégrés de cette Généalogie le vol . 9 de l'hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne fol.75 , pour la
famille de le Vayer , voyez ce qui en a été dit dans
le Mercure de France du mois d'Avril 1746 fol.
198 à l'occafion du mariage de M.le Vayer Maître
des Requêtes , frere de Madame la Comteffe de
Sourches avec M. de Catinat.
Le 23 a été fait en l'Eglife de St. Paul le mariage
d'André Fetier de Novion Marquis de Grignon ,
Prefident à Mortier au Parlement depuis le 28
Mai 1732. veuf depuis le 26 Février 1741 de Dame
Anne-Remiette- Sophie Langlois de la Fortelle
, avec laquelle il avoit été marié le 3 Décembre
1739 , avec Dlle. Marie - Philippe Tafchereau
de Baudry , fille de M. Gabriel Taſchereau
Seigneur de Baudry , Confeiller d'Etat &
Intendant des Finances , & de Dame Philippe Taboureau.
M. de Novion eft fils de Nicolas Potier
Marquis de Grignon, Seigneur de Novion, & c.Con•
203 FEVRIER 1747.
feiller au Parlement de Paris , mort le .. Octobre
1720 , & de Dame Catherine Gallard de Coutance
, petit fils d'André Fotier Seigneur de Novion ,
Premier Préfident du Parlement le premier Nov.
1723 ,Commandeur des Ordres du Roi,& de D.Anne
Berthelot morte le 7 Février 1697 , arriere petitfils
d'André Potier Seigneur de Novion , Marquis
de Grignon , Maître des Requêtes & Préſident à
Mortier en furvivance de fon pere , mort le 24
Janvier 1677 , & de Dame Catherine- Anne Malon
de Bercy. Nicolas Potier Seigneur de Grignon
& Marquis de Novion fon trifayeul , Premier Préfident
au Parlement , Greffier , Commandeur des
Ordres du Roi , mort le premier Septembre 1693
fut marié avec Dame Catherine Gallard de Coutance,
André Potier Seigneur de Novion fon quatriéme
ayeul , Préſident à Mortier au Parlement ,
reçu le Juillet 1618 , & mort le ... Novembre
1645 , fut marié avec Dame Catherine Cavelier ;
Nicolas Pozier Seigneur de Blancmefni fon 5e:
ayeul , Préfident à Mortier au Parlement , pourvû
le 23 Avril 1578 , mort le premier Juin 1635 ,
eut pour frere puîné Louis Potier Baron de Gefvres
& Comte de Trefmes , fait Secretaire d'Etat
le 22 Février 1589 , mort le 25 Mars 1630 , trifayeul
de M. le Duc de Gefvres , de M. l'Evêque
de Beauvais , auffi Pair de France , & de M. le
Comte de Trefmes , Lieutenant Général des Armées
du Roi , Branche cadette de Mrs de Novion.
Voyés cette Généalogie dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de la Couronne, vol . 4 fol. 763 .
2
'Le premier Février a été fait en l'Églife de Saint
Roch le mariage de Henri- Gabriel Amproux Cemte
de la Maffs , Colonel du Régiment de Piémont
Infanterie du 15 Mars 1740,& Brigadier d'Armée
du 23 Février 1746 , avec Dlle. Anne- Catherine
I vj
204 MERCURE DE FRANCE .
Douet fille de Claude Douet Ecuyer & de Dame
Catherine Gervais . M. de la Maffais eft fils de feu
Henri Amproux Seigneur de la Maffais & du Parc
de Soubife , Colonel du Régiment de l'Ile de France
, Brigadier des armées du Roi , Inſpecteur
Général d'Infanterie & Lieutenant Général au
Gouvernement du Bas Poitou , mort le ....
Janvier 1706 & de Dame Marie- Anne Frezon
& petit - fils de Jean Amproux Seigneur de la
Maffais , Maître d'Hôtel ordinaire du Roi , & de
Dame Elifabeth de Maffane fa feconde femme. La
famille d'Amproux eft originaire de l'Evêché de
Nantes , fes armes font de finople à trois larmes
d'argent pofées deux & une .
Le 24 fut fait dans l'Eglife de S.Paul le mariage de
M. Céfar-François Clini Seigneurṛide Thury , Penfionaire
de l'Académie Royale des Sciences pour L'AL
tronomie, & auffi de l'Académie de Berlin , âgé de
31 ans , fils puîné de M.Jacques Caffini, Seigneur de
Thury , Confeiller du Roi en fes Confeils , Maître
ordinaire en la Chambre des Comptes , premier
Aftronome du Roi , de la Societé Royale de Londres
, & de l'Académie de Berlin , & de Dame Suzanne-
Françoiſe Charpentier , avec Dlle Charlotte
Drouyn , fille de M. Louis - François Drouyn
Seigneur de Vaudeuil , Préfident des Tréforiers
de France à Soiffons , & de Dame Marie - Charlotte
Maffon. M. Caffini eft frere de M. Jean-
Dominique Caffini Seigneur de Thury , Maître ordinaire
en la Chambre des Comptes , veuf depuis
le 3 Juin 1746 de Dame Bonne- Marie de Marard,&
deM.Dominique Jofeph Caffini aujourd'hui
Exempt des Gardes du Corps du Roi . Voyez ce qui
eft dit de M.Jean-Dominique Caflini ayeul de Mrs.
Caffini dans le Dictionaire Hiftorique de Moery ,
édition de 1732 , vol . 2 fol . 601.
FEVRIER. 1747. 205.
Le 24 Janvier Antoine - François Talon , ci-devant
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment
des Gardes Françoiſes , à laquelle il fut reçû
en 717 , & dont il fe demit en 1726 , mourut
à Paris dans la 68e. année de fon âge, il étoit veuf
depuis le 3 Octobre 1733 de D. Anne Thérefe
Hebert du Buc , qu'il avoit époufée le 3 Novembre
1718 , étant veuve alors de M, Pierre Larcher ,
Seigneur de Poncancy , Confeiller au Parlement
& mere de Madame la Comteffe d'Argenfon ,
femme du Miniftre de la Guerre , il étoit fils d'Omer
Talon , Tréforier de France à Poitiers , mort
le 24 Mars 1680,& deDe . Marguerite l'Eftendart ,
& il étoit d'une branche cadette de celle de feu M.
Louis- Denis Talon Marquis du Boulay , Préfident à
mortier au Parlement ,mort le premier Mars 1744.
Le même jour Ingelelme Jofeph de Volvire, dit lo
Marquis de Volvire , Comte du bois de la Roche ,
Meftre de Camp , Lieutenant du Régiment Dauphin
Cavalerie , & Brigadier des armées du Roi ,
du Mai 1745 , mourut dans un Village de la
Haute Alface en revenant de Berlin , dans la 29e.
année de fon âge; il étoit fils unique de Jofeph de
Volvire Comte du bois de la Roche , & Marquis de
Volvire, premier Capitaine Sous Lieutenant des
Gendarmes de la garde du Roi , Maréchal de fes
camps & armées , & Lieutenant Général pour Sa
Majefté de la Haute-Bretagne dans les Evêchés de
Rennes , Dol , Vannes & faint Malo , mort le...
Mai 1731 , & de De. Marie-Anne Jofeph de Guémaleux
, il étoit neveu de Philippe Augufte de
Volvire, Comte de Volvire , aujourd'hui Lieutehant
Général des armées du Roi du 14 Octobre
1746 , & Lieutenant Général pour Sa Majesté de
la Haute-Bretagne , dans les Evêchés de Dol &
deRennes , & il avoit pour IVe. aygul Philippe
206 MERCURE DE FRANCE.
de Volvire Marquis de Ruffee , Vicomte du bois de
la Roche , Confeiller d'Etat , Capitaine de cent
hommes d'armes , Gouverneur d'Angoumois , fait
Chevalier de l'Ordre du Saint Efprit à la promotion
du 3 Déc. 1582 , mort le 6 Janv . 1585 après
avoir fervi les Rois Henri II. François I , Charles
IX, & Henri H. La Maiſon de Volvire eſt originaire
de la Frovince de Poitou où elle eft connue
par titres dès l'an 1032 , & fes alliances font
avec les plus grandes Maifons du Royaume. Voyez
pour les dégrés de cette généalog, le vol 9 del'Hiftoire
desGrands Officiers de la Couronne au catalogue
des Chevaliers de l'Ordre du S.Eſprit fol . 75 .
Le 1er. Février Jean-Baptifte Henri de Sacrifte,
Chevalier Marquis de Tombebeufen Agenois ,Baron de
Montpouillan , Seigneur de Samazan en Bazadois & c.
Colonel du Régiment de la Sarre Infanterie , mourut
à Toulon dans la 33e . année de fon âge , laiffant
un fils du mariage qu'il avoit contracte le 2
Avril 746 , avec D. Claudine Auguftine le Ragois
de Bretonvilliers , il étoit fils de Henri de Sacrifte
Seigneur de Tombebeuf & de Samazan , &
de Dame Marie de Briquemault , & avoit pour
frere Louis Guy de Sacrite de Montpouillan Capitaine
au Régiment du Roi ; voyez pour le nom de
Sacrite ce qui en eft rapporté dans la e . partie
du Registre de l'Armorial général de France.
Le 7 Dom Zozime Hure , Abbé de l'Abbaye
réguliere de la Trappe , y mourut dans la 71e année
de fon âge , il gouvernoit cette Abbaye depuis
13 ans, & il en a été le feptiéme Abbé depuis
la réformé.
Le 8 M. Jerôme Phelypeaux Cote de Penichar
train ,Commandeur des Ordres du Roi , ci - devant
Sécrétaire d'Etat ayant le département de la Marine
, mourut â Paris âgé de prés de foixante &
FEVRIER 1747.. 207
Breize ans , étant né le ... Mars 1674 , il étoit fils de
Louis Phelypeaux Comte de Pontchartrain ,Chancelier
de France , Commandeur des Ordres du
Roi , mort lejz2 Décembre 1727 , & de D. Marie
de Maupeou morte le 12 Avril 1714 , il avoit
été marié 1º . le vingt- huit Février 1697 avec
Dlle. Chriſtine Eléonore de la Rochefoucaud de
Roye , morte le 13 Juin 1708 à l'âge de 27 ans ,
fille de Fréderic-Charles de la Rochefoucaud de
Roye,Comte de Roye , & de D. Ifabelle de Dur
fort Duras , 20. le 3&L Juillet 1713 avec Dlle.
Helene-Rofalie Angelique de l'Aubefpine de Ver
deronne , fille d'Etienne de l'Aubefpine Marquis
Verderonne, & de D. Marie - Anne Feſtard , il avoit
eû de la premiere , 1o . Jean Frederic Phelypeaux
Comte de Maurepas né le 9 Juillet 1701 , aujourd'hui
Miniftre & Sécrétaire d'Etat ayant le dépar
tement de la Marine, Commandeur & Grand Tréforier
des Ordres du Roi , marié depuis le 19 Mars
1718 avec Dlle. Marie Jeanne Phelypeaux de la
Vrilliere fa Coufine , Soeur de M. le Comte de Saint
Florentin auffi Sécrétaire d'Etat , de la quelle il
n'a point d'enfans, 10. Paul Jerôme Phelypeaux ,
Marquis de Pontchartrain né le : 5 Avril 1703 aujourd'hui
Lieutenant Général des armées du Roi,
Inspecteur Général de la Cavalerie , & Lieutenant
Général au Gouvernement du Pays d'Aunis, non
marié , 30. Charles Henri Phelypeaux né le 14
Juin 1706 , mort le 24 Juin 1734 , étant nommé
à l'Evêché de Blois , & de la feconde , 4º . Marie-
Louife-Rofalie Phelypeaux née le ..Juin 1714, mariée
le 12 Mai 1729 avec Maximilien Emanuel de
Watteville , Marquis de Conflans , Comte de Buffolant&
c. fo . &Helene- Angelique Françoife Phé-
Lypeaux née le .... Mai 1715, mariée le 18 Décembre
1730 avec Louis Jules Barbon Mazarini Man208
MERCURE DE FRANCE.
cini Duc de Nivernois , Pair de France, Prince de
Vergagne & du Saint Empire , Brigadier des armées
du Roi , duquel elle à des enfans , & elle eft
à préfent l'une des Dames du Palais de la Reine .
Nous renvoyons pour la généalogie de cette Maifon
qui a produit II Sécretaires d'Etat y compris
M. le Chancelier de Pontchartrain , pere de M. de
Pontchartrain , & ayeul de M. le Comte de Maurepas
, aux differents Auteurs qui en ont parlé, en
attendant la généalogie qui fera raportée avec tou
tes fes branches , & fur les preuves,dans la nouvelle
édition des grands Officiers de la Couronne.
Le 10 M. Henri Louis Daguefſſeau d'Orcheux
dit le Chevalier Dagueffeau , Maréchal des Camps
& armées du Roi du 2 Mai 1744 , & avant Capitaine
Lieutenant des Gendarmes de Flandre
mourut à Paris dans la 44e année de ſon âge, étant
né le 27 Mai 1703 , & fans être marié , il étoit
le dernier fils vivant de M. Henri- François Dagueffeau
Seigneur de Frefne , Chancelier & Garde
desSceaux de France , & Commandeur des Ordres
du Roi , & de feue D. Anne le Fevre d'Ormeffon
, morte le 1 Décembre 1735 , il avoit
pour freres aînés M. Dagueffeau , & M. Dagueffeau
de Frefne tous deux Confeillers d'Etat ordinaires
, & la généalogie de fa famille fera rapportée
dans le fupplément à l'Hiftoire des grands
Officiers de la Couronne, Chapitre des Chanceliers
de France , auquel on travaille actuellement.
FEVRIER 1747. 201
**B********
1
.
ARRESTS NOTABLES.
>
ARREST du Confeil 1476 , qui déclare qude'EltaaDtidreuct1e2 uSneipvtereſmeblrlee
emportant Cenfives Lods & ventes , & autres
droits feigneuriaux , appartient à Sa Majesté
dans toute l'étendue des villes , jurifdictions &
territoires d'Agen , Condom , Marmande , Mezin
& Montréal , dont les Confuls , communautés &
habitans prétendoient pofféder leurs héritages en
Franc-alleu naturel & fans titre .
ORDONNANCE du Roy du 1 Déc.portant
réglement pour le payement des Troupes de Sa
Majefté pendant l'hyver prochain.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
27 Décembre , qui régle les droits d'entrée des
cinq groffes fermes fur les oayrages de Verrerie
fabriqués en Alface & en Franche- comté , & fur
ceux venans de l'étranger .
ORDONNANCE du Roy du 1 Janvier
1747 , portant augmentation dans la Compagnie
des Chaffeurs de Fifcher.
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
dix Janvier , qui ordonne que la finance des Offices
d'Infpecteurs & Contrôleurs des maitres &
gardes dans les corps des marchands , des offices
d'Infpecteurs & Contrôleurs dans les Communautés
d'arts & métiers , & des offices d'Infpecteurs
& Contrôleurs des fyndics des marchands & ar2oz
MERGURE DE FRANCE.
tifans qui n'ont ni maîtriſe ni jurande , reftant à
lever , ferà répartie & impofée ſur les marchands
& artifans de chacun art & profeffion pour lefquels
ils ont été créés.
ORDONNANCE du Roy du 15 , pour augmenter
de deux Efcadrons le régiment de Huf
fards de Ferrary.
AUTRE du 19 , portant réglement pour
Phabillement de l'Infanterie françoife.
ARREST de la Cour des Monnoyes du
vingt- un , qui enjoint aux Officiers des Monnoies
de fon reffort , d'être plus exacts à remplir
les fonctions de leur charge ; leur ordonne de faire'
exactement & fréquemment des visites chez tous
les jufticiables de leurs département ; d'en juftifier
à la Cour , & d'envoyer au moins de fix mois
en fix mois un état exact de celles qu'ils auront
faites .
ARREST du Confeil d'Etat du Roy du
même jour , qui ordonne que les Communautés ,
particuliers & commis qui auront été chargés de
faire des achats & fournitures de pain , riz viande
& fourages aux Troupes qui ont tenu garnifon &
agi en campagne pendant l'année 1 44 , tant
dans le Dauphiné que dans la Provence , le Pićmont
, le Milanofs & autres Etats d'Italie , feront
tenus de repréfenter dans trois mois les billets , ovdres
& piéces comptables concernant lesdites fournitures
, & e.
AUTRE du 22 qui preferit les formalités à obferver
par ceux qui , en exécution de l'Arrêt du ConFEVRIER
1747. 203
eil du 11 Décembre 1746 , voudront faire paffer
-n Provence des grains , farines ou légumes , en
Exemption des droits d'octrois de la riviére de
Saône .
AUTRE du premier Fevrier , qui nomme un
Receveur & Payeur , & un Contrôleur des rentes
créées fur le produit des deux fols pour livre en
fus du Dixiéme , & fur la Ferme générale des
Poftes , par édits du mois de Décembre 1746.
LETTRES PATENTES du Roy du
même jour , qui nomment des Commiffaires du
Confeil pour l'aliénation des rentes créées par
édit du mois de Décembre 1746.
SUR la défenfe de la Bochettas
CEs Es fiers Liguriens aux détroits difficiles
Repouffants le Germain de fa honde irrité ,
Font revivre à nos yeux le coeur , la fermeté
Du Spartiate invincible au pas des Thermopiles.
Par M. de Cir ....à Nevers.
TABLE..
P
IECES FUGITIVES , en Vers & en
Profe. Séance publique de l'Academie Françoiſe
, Extrait . 3
Vers à M. Duclos fur fon difcours à l'Académie 22
Autres à M. P. *.
Ode fur le travail .
Bouquet à Madame D. **.
Epitre à M.
Lettre fur la taille & la gangréne féche .
Imitation d'une Ode d'Horace.
Le Chat-huant & la Fauvette , Fable.
231
25
29
30
Réponse à une queftion propofée dans le Mercure
de Novembre.
Caprice.
Traduction de cette Piéce .
Quatrain.
32
41
43
45
51
52
53
Ibid .
55
56
Imitation de la je. Ode du 1er. Livre d'Horace.
Dialogue de Cloris & de Tircis.
Madrigal.
Difficulté malaiſée à réfoudre dans l'Effai fur les
probabilités de la durée de la vie humaine. 57
Lettre de M. Deparcieux à M. de la Bruere fur
le mêmefujet.
Vers à une veuve.
Rondeau .
Vers contre l'Amour.
бо
75
77
78
Conférence de toutes les coûtumes du Royaume
fur l'article 220 de la coûtume de Paris. 80
Traduction de la quatrieme Ode d'Horace du premier
Livre .
Autre de la huitiéme du même Livre.
91
93
Nouvelles Litteraires & des beaux Arts. Traité du
Navire , &c . 94
Elémens de Phyfique Mathématique , Extrait, ibid.
Eyftême du Philofophe Chrétien,
raité des feux d'Artifice , Extrait.
96
97
Abregé du cours de Mathématique de M. Chrétien
Wolfius , Extrait . 100
Nouveau Dictionaire de Mathematique & de Phyfique.
Les Élémens de Géometrie , & Elémens de Ma
thématique.
Efai de Phyfique.
Ile . Partie de l'Architecture Hydraulique.
103
ibid.
104
ibid.
Coûtumes générales du Pays & Duché de Bretagne
Recueil de Jurifprudence civile.
Nouveau fyftême de Mufique pratique .
ibid.
105
106
IIIe. & dernier volume del'Hiftoire de la nobleſſe
d'Avignon , &c .
Commentaria Gerardi Van Svviten , 5c.
Pratique de Chirurgie.
107
111
112
Nouvelle Edition des Quyres de M. Racine, ibid.
Oraifon funebre de Madame la Dauphine.
Abregé de l'Hiftoire des Infectes .
114
115
Tome IIe. de la Coûtume de Bourgogne. ibid.
Differtations fur Herodote. ibid.
Nouveaux certificats en faveur du Sachet du fieur
Arnoult.
ibid.
Mots des Enigmes & des Logogryphes du Mereure
de Janvier.
Enigme & Logogryphes.
Chanfon notée.
'117
ibid.
122
Nouvelles de Provence .
123
Spectacles , Extrait de la Gouvernante, 128
Concert Spirituel. 15
Explication des Jettons.
Journal de la Cour.
1
IS
Relation de l'Ambaffade de M. le Duc de Rich
lieu à Drefde . 161
Deſcription de la décoration du feu d'Artifice tirg
à Drefde pour le mariage de Monſeigneur le
Dauphin.
Prifes des Vaiffeaux.
Nouvelles Etrangeres , Turquie.
Suede.
Genes .
Allemagne ..
Grande Bretagne,
Mariages & Morts.
Arrêts Notables .
Vers fur la défenſe de la Bochetta.
167
18
182
183
187
189
192
198
201
203
La Chanfon notée doit regarder la page 122
La planche des Jettons doit regarder la page 153
{
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AV ROI.
MARS.
1747 .
LIGIT
UT
SPARG
illon
Yo
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
å la defcente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC. XLVII
Avec Approbation & Privilege du Rai.
A VIS.
L'ADRESSE
"ADRESSE générale du Mercure eft
à M. DE CLEVES D'ARNICOURT ,
rue du Champ - Fleuri , dans la Maiſon de M,
Lourdet Correcteur des Comptes , au premier
étagefur le derriere , entre un Perruquier & un
Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de ne pas voir paroître
leurs Ouvrages,
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
de France de la premiere main , plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreffe ci- deffus
indiquée ; on fe conformera très - exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreffes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ-Fleuri , pour rendre
à M. de la Bruere.
PRIX XXX, SOLS
t
MERCURE
DE
FRANCE ,
1
DEDIE AU ROI.
1747. MARS.
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers en Profe.
L'AMBITION ,
OD E.
Ayon de l'Eternel , fource de l'Harmonie
,
Quitte pour un inftant , adorable
Úranie ,
De l'antique Sion les fommets défolés ,
Et par les fons divins de ta Lyre immortelle
D'un Prophete fidelle
Viens ranimer en moi les accords fignalés.
A if
4 MERCURE DE FRANCE.
Quel monftre formidable à mes yeux fe préfente ?
Géant audacieux , fa tête menaçante ,
Au -deffus des éclairs s'éleve dans les Cieux :
La coupable lueur de fon noir Diadêine ,
De la clarté fuprême
'Affronte avec dédain l'éclat majeftueux,
De fes forfaits heureux complice tutelaire ;
Bellone lui prépare un Autel ſanguinaire ,
Sur les triftes débris du Monde confumé ,
Tandis que dans le fein de fa grandeur frivole ,
Cette fanglante Idole
S'enyvre d'un encens par le crime allumé,
C'eft toi , je reconnois ton orgueil homicide ;
Funefte ambition , déteftable Eumenide ,
Enfant féditieux de la cupidité :
Faut-il que jufqu'au fein d'une heureuſe baffeffe
Ta bouche enchantereffe
Vienne embrafer nos coeurs de fon fouffle infecté
XXX
Tranquille fans dégoûts , heureux fans artifice ,
Vertueux fans contrainte , & libre fans caprice ,
L'homme naquit au fein de la félicité :
De plaifirs toujours purs un parfait affemblage
MARS.
1747.
Fut
l'aimable partage
Des jours, des heureux jours de fa fidélité.
****
Mais , 6 moment fatal ! ce fortuné rebelle
A peine eut-il fouillé fa bouche criminelle
Du poifon menfonger de la féduction ,
Que plongé tout-à coup au ſein de la diſgrace ;
De fa coupable audace
Il pleura pour toujours la fauffe illufion,
炒菜
Son coeur où triomphoit le calme & l'innocence ,
Son coeur enflé dès - lors d'orgueil & d'infolence ,
Fut de l'ambition le trône frauduleux :
Héritiers de fon fang & non moins de fa peine
De fon antique chaîne
Nous fentons après lui le poids victorieux.
***
Mais ou fuis-je , grand Dieu ? quelle affreuſe
contrée ?
Quel objet vient s'offrir à ma vûë égarée ?
Sont-ce là des mortels font- ce là vos enfans ?
L'erreur les réünit , la cruauté les guide ;
Le carnage homicide
Fait triompher la mort fous leurs drapeaux
Langlans.
A iij
6 MERCURE DE FRANCE.
Ils s'avancent ; les cris annoncent leur paffage
Le défefpoir les fuit , la fureur & la rage
Font luire devant eux leur char enfanglanté :
Déja la charge fonne , & l'Aurore incertaine
N'allume qu'avec peine
De ce jour malheureux la lugubre clarté.
*3**
Arrêtez , arrêtez , troupe farouche & dure ;
Ecoutez , s'il le peut , la voix de la Nature ;
Vous devez la connoitre à fes frémiffemens ;
Quoi! pourrez-vous fouiller d'une main téméraire
Le facré caractére
Que Dieu grava lui-même au front de fes enfans
炒菜
Barbares , pourrez- vous dans le fein de vos freres
Enfoncer par devoir vos armes meurtrieres ;
De leur fang par honneur faire rougir vos mains
Ah ! défabufez-vous , non, la foif véritable
D'une gloire durable
Ne s'étancha jamais dans le fang des humains.
Voulez -vous que vainqueurs de la nuit éternelle
Vos noms aillent au fein d'une gloire immortelle
Exiger les refpects de la postérité ?
Protegez lavertu , fecourez l'indigence ,
MARS. Z 1747.
Etouffez la licence
Dans les bras rigoureux de la févérité.
***
Dans les fombres accès d'une ftoïque yvreffe ;
Je ne viens point ici d'une affreuſe ſageffe
A'vos yeux ulcerés préſenter le flambeau ,
Mais craignez de vos coeurs le trouble légitime ;
Et fongez que du crime.
Vous portez avec vous un éternel bourreau.
D.C. Officier au Régiment Royal Infanterie:
GAYAKA YAUDEDEDEDIDIDEATA
I
MEMOIRE
Sur une Apparition finguliere.
L m'a parû , Monfieur , que le Livre
de l'Apparition des Efprits méritoit
dans votre Journal autre chofe qu'une
fimple annonce. Il n'eft pas difficile d'en
donner un Extrait. On a à choifir ; la
matiere eft copieuſe . Mais comme le fçavant
Auteur n'a pas eu intention de tout
dire , & qu'il pourroit auffi avoir oublié
des faits importans par fimple inadvertance,
vous devez préfumer qu'il ne trouvera
mauvais que vous pas infériez dans votre
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Journal , lorfque vous aurez occafion de
parler de cet Ouvrage , un évenement qui
fe trouve dans l'Hiftoire des Evêques du
Mans , telle que Dom Mabil.on l'a publiée
dans fes Analectes , Tome III . C'eſt en
rapportant les actions de Hugues , Evêque,
qui mourut l'an 1142. Voici en abregé ce
qu'en dit un Hiftorien du pays & du tems,
qui laiffe , comme il convient , le Lecteur
très -libre d'y ajoûter foi ou non.
Il paroiffoit dans la maifon du Prévôt
Nicolas , un de ces fantômes , qui dans
les Livres des Payens font appellés Faunes,
lequel épouvantoit fort les femmes & les
enfans. Tantôt il faifoit un bruit confus ,
comme de cloches ou pieces d'airain , tantôt
c'étoit un cliquetis de doigts qu'on
entendoit , fouvent il jettoit des pots caffés
ou bien des pierres de toute fa force
fur le toît , dont il ébranloit les murailles
& les planchers . Il tranfportoit invifiblement
d'un lieu à un autre les couffins , les
cruches , les vafes à boire : il allumoit les
chandelles avec du feu qui en étoit fort
éloigné. Pendant qu'on préparoit à manger
ou que les plats étoient fur la table , il
y jettoit des pailles , des cendres & de la
fuye . La femme du Prévôt avoit préparé
du fil pour en faire de la toile ; on trouva
au bout d'une nuit qu'il en avoit entouré
MAR S. 1747. 9
un banc qui étoit proche le feu , & cela
d'un tiffu artiftement fait & d'un travail .
inconcevable , & qui parut furpaffer l'adreffe
de l'efprit humain. Les Prêtres vinrent
faire dans la maifon des afperfions
d'Eau benite , & formerent le figne de la
Croix fur leur front & fur celui des habitans
. Pendant la nuit on entendit la voix ,
comme d'une petite fille , qui après de
longs foupirs & bien des gémiffemens , fe
prit à dire très- intelligiblement : » Je fuis
رو
Garnier. Hélas ! que j'ai enduré de froid
» & de chaud pour venir jufqu'ici ! Nico-
» las mon frere , mes neveux & mes amis,
n'ayez pas peur , car je n'ai permiffion
» de nuire à perfonne ; cependant munif
» fez-vous .du figne de la Croix , parce
» que de mauvais Efprits m'accompagnent,
» mais ils s'en retourneront avec moi. Il
demanda enfuite deux Meffes , & qu'on
diftribuât des habits aux pauvres à fon
intention. Sur les queftions qu'on lui fit ,
il fe mêla d'annoncer l'avenir , & de remettre
à la mémoire des faits paffés depuis
très-long-tems. Il voulut auffi déclarer que
tels étoient damnés , tels fauvés . Mais
lorfque l'Evêque du Mans eut envoyé des
gens fçavans pour l'interroger, l'Hiftorien
dit qu'il en eut peur & qu'il n'ouvrit pas
la bouche devant eux. On voit par tout
A v
10 MERCURE DE FRANCE.
ceci que ce même Hiftorien , qui écrivoit
dans le fiecle de l'évenement , a eu raifon
de mettre à la tête du récit de ces aventures
ce petit préambule : Ecce novum & formidabile
, & his etiam qui audierunt vix credibile
prodigium , quod dum legeris aut impoffibile
aut fictitium te non dubito putaturum ,
宗宗宗宗: 宗宗宗:宗宗宗宗宋
EPITRE
A M. J ** , Etudiant en Médecine.
DE ton Epitre enchantereffe
Je ferois doublement flaté ,
Si l'élégante politeffe
S'allioit à la vérité.´
Démêlant la trompeufe adreffe
De la fubtile vanité ,
Je n'aurai jamais la foibleffe ,
Ni la fotte fatuité
De m'imaginer qu'au Permeffe
Mes Ecrits , malgré ta promeffe,
Soient fürs de l'immortalité .
Ce fantôme que l'on careffe ,
L'incertaine Postérité ,
Ne me plonge point dans l'yvreffe ;
MARS. IL 1747.
Dont l'amour propre eft tranſportẻ.
Il faut apprendre à fe connoître.
Si la Nature m'a fait naître
Avec le germe des talens ,
L'aveugle caprice eft mon matre ;
Et me conduit depuis vingt ans .
Par le malheur de la naiffance ,
Je fuis contraint depuis l'enfance ,
Pour me compoſer d'heureux jours
Et me fauver de l'indigence ,
De chercher d'utiles fecours
Dans les travaux de la Finance.
Juge , ami , quelle eft la diftance
Du Dieu Plutus au Dieu des Vers :
Figure- toi l'efpace immenſe
Des deux Pôles de l'Univers,
Sur une Montagne riante ,
Dont les chemins font épineux ,
Il est un Temple lumineux
Où l'on voit la troupe brillante
Des Ecrivains les plus fameux :
La Déeffe de l'Harmonie
Ne quitte point ces lieux chéris
Apollon , le Dieu du Génie ,
Daigne y former fes Favoris ;
Mais il faut qu'un loifir tranquille
1
A vj
12 MERCURE DE FRANCE:
Lui foit conftamment confacré ,
Sans quoi , dans un ſentier ſtérile
On fe voit bien - tôt égaré.
Bien loin de ce Temple adorable
Il est un Antre ténebreux
Où le riche , qu'on croit heureux ,
N'eft dans le fond qu'un miférable ,
Martyr d'un travail rigoureux ,
Là l'intérêt pâle & livide ,
D'un bien fatal toujours avide ,
Dédaignant tous les doctes jeux ,
Dans l'examen d'un compte aride
Se confume en calculs nombreux :
Des douceurs d'un fommeil paiſible
Il ne s'eft jamais convaincu ;
Au vrai bonheur fourd , infenfible ,
Il périt fans avoir vécu.
Tel eft , ami , le parallele
De la Finance & des Beaux- Arts
Malgré moi , deſtiné pour elle ,
J'en dois fuivre les étendarts , "
Et compter peu fur les regards
Du Dieu de la troupe immortelles
Sans ofer me promettre un nom ,
Toutefois , fans être rebelle
A cette légere étincelle ,
1
T
MAR S. 1747.
Qui m'éclaire au facré Vallon ;
Prefque guéri d'ambition ,
A mon devoir , au goût , fidelle ,
Si chaque jour Plutus m'appelle ;
Tout mon coeur eft pour Apollon.
R. ***
A Angers le 18. Septembre 1746.
Par l'Auteur de la Piéce intitulée : Epitre
fur ma Maladie , inférée dans le Mercure
d'Avril 1746.
N. B. Lejeune Auteur ne fçait pas le Latin .
LETTRE à M. D. L. B. à l'occafion
de la Question fur les Anes de Bourges.
I c'eft du Berry , Monfieur , que l'on
S vous
tion du Proverbe des Anes de Bourges , ou
des Armes de Bourges, un Ane en Chaire,je
ne puis m'empêcher de vous dire que l'on
a grand tort , puifqu'il n'y avoit qu'à onvrir
un des Oracles du Pays , & que l'on
auroit trouvé , au moins en partie , la folution
de la difficulté ; je veux dire les
Euvres de Catherinot , cet homme uni14
MERCURE DE FRANCE.
verfel , & qu'on peut dire avoir écrit fur
le Berry & fur Bourges , de omni fcibili .
Regardant dernierement ce qu'il dit de
S. Antoine dans fon Sanctuaire de Berry ,
j'y ai lû ces lignes : » Il y a cinq Comman-
» deries de fon nom en Berry. Ce Saint a
» été fans Lettres .... L'ancien nom Gau-
» lois étoit S. Afne par abregé pour Antoi-
» ne, C'eſt auffi de-là que nous appellons
» les ignorans Afnes , Non Afinos fed An-
» tonios. Si en renvoyant les Berruyers à
leur Catherinot , j'en rapporte ici les paroles
, ce n'eft pas tant pour eux , que pour
les étrangers qui n'ont pas le Recueil de
fes OEuvres. Mais , direz -vous , quand même
dans le vulgaire on auroit dit S. Afne
par abbréviation pour Saint Antoine , quel
rapport cela aura- t'il eu plus particulierement
avec les gens de Bourges ? Ont- ils honoré
plus fpécialement ce faint Afne ou
Ane , que leurs voifins ne l'ont fait ? Je
vous répondrai qu'oüi , & que s'ils ne l'ont
pas fait réellement , on a crû par leur extérieur
qu'ils le faifoient : Quoique le 17
Janvier fût diftingué à Bourges par quelque
folemnité , ce n'étoit pas pour S. Antoine
, mais pour S. Sulpice , Evêque de
cette Ville , mort le même jour . Mais le
peuple du voifinage n'eft pas toujours capable
de faire la difference : lorſqu'il voit
¿
MAR S. 1747
15
fêter le 17 Janvier , il croit que c'eft pour
S. Antoine. Au refte ne pourroit- on pas
dire auffi que ce qu'on applique aux Bitu
riges Cubi a pû être dit plus véritablement
des Bituriges Vibifci , qui font les habitans
de Bordeaux ? Ceux -là ont été fort dévots
à S. Antoine , que vous appellerez , fi vous
voulez , S. Ane. L'Abbé Chaſtelain marque
dans le mois de Janvier de fes Notes
fur le Martyrologe Univerfel , que S. Antoine
a été fêté dans tout le Diocèfe de
Bordeaux , jufqu'en 1611 , auquel tems
le Cardinal de Sourdis retrancha cette Fête.
Il faut après cela aider un peu à la let
tre , & croire que ce qu'on a pû dire primitivement
des Bituriges de Bordeaux ,
aura été tranfporté à leurs voisins fynony
mes. Je compte qu'il restera toujours quelque
obfcurité à dévoiler dans un fait de
cette importance.
Un Tourangeau de mes amis , à qui j'ai
fait part de mes penfées , les a approuvées
fecundum quid ; il m'a fuggeré de m'infor
mer fi dans le Berry il n'y auroit pas plus
que dans les autres Provinces des Religieux
d'un Ordre reffemblant à S. Antoine
fub aliquo refpectu ; comme auffi de voir le
Gloffaire de Du Cange , au mot Ordo Afinorum
, ou Afinorum Ordo. Mais en même
tems il ofe propofer un autre doute , fondé
16 MERCURE DE FRANCE:
fur les anciens cris de guerre ou fur les
Devifes des Enfeignes . Rien n'étoit plus
facile , dit-il , à la populace , que de Paffavant
ou Paffe avant , qui étoit un de ces
cris , faire Pas fçavant : & fi ce mot a ſervi
de Sentence , il étoit encore plus facile de
le lite fur les Enfeignes ou Drapeaux , ainfi
partagé PAS - SAVANT . Or quel
eft le fynonyme de Non favant , finon
Afne Mais par malheur ce n'étoit pas
ceux de Bourges qui avoient Paffavant
pour cri;c'étoit le cri duComte de Sancerre
& d'autres Seigneurs. Si mon Tourangeau
ni moi n'avons pas trouvé le dénouement
de l'affaire , je ne vois plus que la Fête de
l'Afne fur laquelle on puiffe fe jetter. Un
Champenois m'a fait remarquer , d'après
un ancien Mercure de Juillet de l'an 1725 ,
que les Senonois la célebroient avec pompe
au XIIIe . fiécle , mais comme ce qui
eft exceffif n'eft pas de durée , on lui a
dir qu'un Cardinal Légat la fit fupprimer .
Elle continua , ajoûte t'il , plus long- tems
à Bourges , parce qu'elle y fut traitée plus
modeftement. De- là vient qu'on en trouve
la Profe dans des Livres qui n'ont pas trois
cent ans , entre autres à la Collégiale de
Notre-Dame de Sales . Ceux de Bourges
ayant donc maintenu la Fête de l'Ane vers
celle de Noël , après que dans les autres
MAR S. 1747.
17
Villes on l'avoit ceffée , le nom put leur
en refter , car fi à Sens on ne trouvoit rien
d'indécent à coucher une Chappe fur cet
animal célebre dans l'Ecriture , on a pû
pareillement dans quelque Communauté
de Bourges tenter de l'affeoir dans une
Chaire faite exprès . On voit au Portail de
plus d'une Cathédrale un Ane tenant une
Lyre , & cela en relief. Le Gothique fupportoit
tout. Je fuis , &c.
QUATRAINS
De M. de Haulteterre , L. F.
Comment veut- on qu'à la folie
Je renonce de bonne foi ?
Dans le doux printems de lavie'
Pourroit-on fuivre une autre loi
Je ne vois rien dans la Morale
Qui n'effraye mes triftes yeux ,
Et c'eft en vain que l'on m'étale
Ses avantages précieux.
Il faut pour bien vivre avec elle ,
Se brouiller avecque les fens ,
18 MERCURE DE FRANCE;
Et cette maxime cruelle
Combat des charmes trop puiffans.
1.
Mais tout rit avec la folie ;
Tout promet un parfait bonheur
Mille fois heureux qui s'oublie ,
Et qui la fixe dans fon coeur !
Parmi les fujets qu'elle enrôle
Chaque pas conduit au plaifir,
.Et fi quelquefois il s'envole ,
Il fe cache fous le defir.
Sous un Ciel pur & fans nuage
Au milieu des ris & des jeux
La Divinité qui m'engage
Offre mille objets gracieur.
Ici la volupté repoſe
Dans un bocage toujours frais ,
Et l'Amour fur un lit de rofe ,
Sourit en aiguifant fes traits.
Là cette charmante Déeffe ,
Qui fait tant de mortels heureux ;
Souffle dans nos coeurs la molleffe !
A l'ombre d'un myrthe amoureu
MARS. A
1747. 19
Plus loin couvert de feuilles vertęs
Bacchus eny vre la raifon y
Et les Graces toujours alertes
Foulent tendrement le gazon.
Sous l'empire de la folie
Tous les plaifirs font raffemblés
Mon fort feroit digne d'envie
S'ils pouvoient n'être pas troublés
Mais qu'eft-ce que je viens de lire
Dans le Livre ouvert des Deftins
Faudra- t'il que je me retire
De ces lieux chéris des humains
Hélas ! fans quitter la folie ,
Ce féduifant je ne fçais quoi
Dont mon ame étoit ft ravie
M'abandonnera malgré moi.
Déja ma jeuneffe craintive
M'annonce l'arriere ſaiſon ,
Et je ne vois en perſpective
Que le flambeau de la raiſon
Quoi cette fatale ennemie
Doit un jour me faire la lois
MERCURE DE FRANCE
Moi qui n'y penfai de ma vie ,
Comment penferoit - elle à moi
Que fçais- je ... mais ... voici l'époque
Des tems qui m'étoient annoncés ...
Le Deſtin n'eſt pas équivoque ,
Et mes beaux jours font éclipfés,
La folie au riant vifage
Dans un moment a diſparu ,
Et j'embraffe une vaine image
Qui fuit à mon coeur éperdu
Faut-il que mon ame abuſée
Conferve encor le fouvenir
D'une félicité paffée
Qui n'auroit jamais dû finir ?
Mais ces regrets inefficaces
'Ajoûtent encore à mes maux ,
Et peut- être dans mes difgraces
La raifon furvient à propos.
A Dreux ce o Septembre 1746 ;
MARS. 1747. 27
ãƒãƒãõ és és és és és és és és ésés és
PORTRAIT de M. de la Motte par
fenë Mad, la M. de L.
M
R de la Motte me demande fon
Portrait , il me paroît très-difficile
à faire ; ce n'eft pas par la ftérilité de la
matiere , c'eſt par fon abondance . Je ne
fçais par où commencer ni fur quel talent
m'arrêter davantage. M. de la Motte eft
Poëte , Philofophe , Orateur . Dans fa Poëfie
il y a du genie, de l'invention , de l'ordre
, de la netteté , de l'unité , de la force,
& quoiqu'en ayent dit quelques critiques,
de l'harmonie & des images ; toutes les
qualités néceffaires y entrent, Mais fon
imagination eft reglée ; fi elle pare tout ce
qu'il fait , c'eft avec fageffe . Si elle répand
des fleurs , c'eft avec une main ménagere ,
quoiqu'elle en pût être auffi prodigue que
toute autre. Tout ce qu'elle produit paffe
par l'examen de la raifon.
M. de la Motte eft Philofophe profond
* Ce Portrait fut fait il y plus de vingt ans . Il y
a peu de tems qu'il nous est tombé entre les mains,
& nous faififfons avec joye l'occafion de rendre un
jufte hommage à la mémoire d'un Ecrivain illuftre
, qui a fait honneur à fon fiécle , & qui a fi bien
mérité des Lettres.
12 MERCURE DE FRANCE.

Philofopher , c'eft rendre à la raiſon toute
fa dignité & la faire rentrer dans fes droits;
c'eft rapporter chaque chofe à fes principes
propres , & fecquer le joug de l'opinion
& de l'autorité. Enfin la droite rai
fon bien confultée & la nature bien vûë ,
bien entenduë, font les maîtres de M. de la
Motte.Quelle meſure d'efprit ne met-il pas
dans tout ce qu'il fait ? Avec quelles graces
ne nous préfente- t'il pas le vrai & le
nouveau ? N'augmente - t'il pas le droit
qu'ils ont de nous plaire ? Jamais les termes
n'ont dégradé fes idées ; les termes
propres font toujours prêts & à fes ordres,
Son éloquence eft douce, pleine & toute
de choſes. Il regne dans tout ce qu'il écrit
une bienféance , un accord , un harmonie
admirables. Je ne lis jamais fes Ouvrages,
que je ne penfe qu'Apollon & Minerve
les ont dictés de concert. Un Philofophe
a dit que quand Dieu forma les ames il
jetta de l'or dans la fonte des unes , & du
fer dans celle des autres. Dans la formation
de certaines ames privilégiées , telles
que
celle de M. de la Motte , il a fait entrer
les métaux les plus précieux ; il y a
renfermé toute la magnificence de la nature.
Ces ames à génie , fi l'on peut parler
ainfi , n'ont befoin d'aucun fecours étranger
; elles tirent tout d'elles-mêmes ; le géMARS.
1747. 23
nie eft une lumiere & un feu de l'efprit
qui conduit à la perfection par
des moyens
faciles.L'ame de la M, de Motte eft née toute
inftruite , toute fçavante ; ce n'eft pas
un fçavoir acquis , c'eft un fçavoir infpiré.
On fent dans tous fes Ouvrages cette heu
reufe facilité qui vient de fon abondance ;
il commande à toutes les facultés de fon
ame ; il en est toujours le maître, auffi-bien
que de fon fujet. Nous n'avons pas vû en
lui de commencement ; fon efprit n'a point
eu d'enfance ; il s'eft montré à nous tout
fait & tout formé.
Ses malheurs lui ont tourné à profit,
Quand ce monde matériel a difparu à fes
yeux par la perte de la vûë , un monde intellectuel
s'eft offert à fon ame ; fon intel
ligence lui a tracé une route de lumiere
toute nouvelle dans le chemin de l'efprit,
La vûë , plus que tous les autres fens , unit
l'ame avec les objets fenfibles. Quand tout
commerce a été interrompu avec eux , l'ame
de M. de la Motte , deftituée de ces
appuis extérieurs, s'eft recueillie & repliée
fur elle même; alors elle a acquis une nouvelle
force , & eft entrée en joüiffance de
Les propres biens .
Laiffons l'homme à talens & enviſageons
le grand homme. Souvent les talens fupérieurs
le tournent en malheur & en peti
24 MERCURE DE FRANCE.
teffe ; ils nous
expofent
à la vanité, qui eft
l'ennemie
du vrai bonheur
& de la vraie
grandeur
. Ce font les grands
fentimens
qui
font les grands
hommes
. Nulle
élévation
fans grandeur
d'ame
& fans
probité
. M. de
la M. nous a fait fentir
des moeurs
& toutes
les vertus
du coeur, dans ce qu'il a écrit.
Ses qualités
les plus eftimables
n'ont
rien
pris fur fa modeftie
, cet orgueil
lyrique
qu'on
lui a reproché
, n'eft que l'effet
de
fa fimplicité
, un pur langage
imité
des
Poëtes
fes prédéceffeurs
, & non un fentiment.
M. de Fenelon
, cet homme
fi refpectable
, dit de M. de la Motte
que fon
rang eft reglé parmi
les premiers
des madernes
; qu'il faut pourtant
l'inftruire
de fa
fupériorité
& de fa propre
excellence
, & c,
C'eftun fpectacle
bien digne
d'attention
,
difoient
les Stoïciens
, qu'un
homme
ſeul
aux mains
avec les privations
& la douleur
.
Quelle
privation
que la perte
de la vûë
pour
un homme
de Lettres
! Ce font les
yeux qui font les organes
de fa joüiffance
;
c'eft par les yeux qu'il
eft en focieté
avec
les Mufes
.
Elles uniffent deux plaifirs qui ne
fe trouvent que chez elles , le défir &
la jouiffance. Vous n'effuyez avec elles
ni chagrin ni infidelité ; elles font toujours
prêtes à fervir tous vos goûts ; elles
nous
MARS.
25 1747 .
nous offrent
toujours des graces nouvelles;
mais nous ne joüiffons
de la douceur
de
leur commerce
que quand l'efprit eſt tranquille
, & que le coeur & les moeurs font
purs.
Non-feulement M. de la Motte foutient
de fi grandes privations , mais il s'eft livré
à la plus vive douleur ; il la fouffre avec
patience ; il eft doux avec elle , il fait fentir
qu'il n'a point ufé dans les plaifirs ce
fonds de gayeté que la Nature lui a donné
, puifqu'il fçait la retrouver dans fes
peines . Dans la douleur il faut que l'ame
foit toujours fous les armes , qu'à tous momens
elle rappelle fon courage , qu'elle
foit ferme contre elle-même.
Il a paffé par l'épreuve de l'envie. Quand
l'ame ne fçait pas s'élever par une noble
émulation , elle tombe aifément dans la
baffeffe de l'envie . Quelle injuftice n'a- t'il
pas fouffert quand fes Fables parurent ? Je
crois que ceux qui les ont improuvées
n'avoient pas en eux de quoi en connoître
toutes les beautés; ils ont crû qu'il n'y avoit
pour la Fable que le fimple & le naïf de
M. de la Fontaine ; le fin , le délicat ,
penfé de M. de la Motte leur ont échappé,
ou ils n'ont pas fçû le goûter. A fes Tragédies.
on a vû les mêmes perfonnes pleufer
& critiquer ; leur fentiment plus fince-
B
le
26 MERCURE DE FRANCE,
re dépofoit contre leur injuftice ; ils fe refufoient
à fes douces émotions , & mettoient
l'improbation à la place du plaifir.
Avec quelle dignité & quelle bienféance
n'a-t'il pas répondu à la critique amere
de Mad. Dacier ? Enfin nous joüiffons de
fon mérite & de fes talens , & la malignité
du fiécle l'empêche de jouir de fa gloire &
de fon immortalité. Pour moi je le vois
avec les mêmes yeux que la postérité le
verra.
La conftante amitié de M. de Fontenelle
pour M. de la Motte fait l'éloge de tous les
deux ; le premier m'a dit que le plus beau
trait de fa vie étoit de n'avoir pas été jaloux
de M. de la M. Jugez du mérite d'un
Auteur , qu'un auffi grand homme que M.
de Fontenelle a trouvé digne de ſa jaloufie.
Le morceau fuivant trouve naturelle
ment fa place après ce Portrait de M. de la
Motte. On fe fouvient encore de la difpu
te excitée par cet homme célebre , qui
quoiqu'il eût fait des vers toute fa vie ,
vouloit introduire la Profe dans la Tragédie
. M. de la Motte , fes Partiſans , ſes Adverfaires
, ont tous employé beaucoup d'efprit
dans la difcuffion de cette queftion .
Un Ecrivain célebre , connu dès-lors par
un grand nombre de fuccès éclatans fur le
MARS. 1747.
27
2
Théatre , par des Ouvrages où regne une
Méthaphyfique très fine , une connoiffan
ce profonde du coeur humain , une Morale
faine & épurée , un grand amour de
la vertu , foutenus d'un ftyle vif , rapide ,
brillant , fingulier , parce que les idées
neuves & fingulieres de l'Auteur ont befoin
, pour être rendues , de tours nouveaux
& finguliers , cet Ecrivain , au lieu de
traiter didactiquement la queftion , entreprit
defaire, fi l'on peut parler ainfi, l'expérience
du fentiment de M. de la Motte . Il
feroit à fouhaiter que d'autres occupations
ne l'euffent pas empêché d'achever ce qu'il
avoit fi heureufement commencé. Les vives
follicitations de plufieurs amis éclairés
n'ont pû l'engager à donner la fuite. Nous
avons crû que le Public verroit avec plạifir
cet effai fingulier.
Letitre & le fujet de la Tragédie étoient
Mahomet fecond.
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
ACTE PREMIER.
SCENE PREMIER E,
Q
Ibrahim , Irene,
Irene.
Ue me demandez-vous ? quel mo.
tif d'entretien peut- il y avoir entre
vous & moi ?
Ibrahim.
Eh quoi ! Madame , l'aimable Irene ne
me connoît- elle plus ?
Irene,
Avant les malheurs de ma Patrie , je
connoiffois un Prince qui s'appelloit Comnene
, & qui fortoit d'un fang illuftre à
qui le mien étoit allié , mais je ne le reconnois
plus dans le Favori de Mahomet
dans un homme infidelle à fon Dieu , &
qui a pû fe réfoudre à l'ignominie de s'appeller
Ibrahim.
Ibrahim.
>
Il est vrai , Madame , ma condition eft
changée , devenu prifonnier de Mahomet,
réduit au trifte choix de l'esclavage ou du
Turban , accablé de la mifere de ma fituaMARS
. 1747. 29
tion , fans efperance d'en fortir , entouré
des ruines de notre Empire , dont il ne
refte plus que Conftantinople qu'on affiége
& qui va tomber à fon tour ; je l'avoie
, Madame , j'ai fuccombé , j'ai cedé
aux offres du Sultan , je fuis devenu Ibrahim
, & vous me mépriſez . Je n'ai rien à
vous répondre ; vous voici dans l'état où
j'étois. Captive du Sultan comme moi , expofée
à des fers encore plus triftes ; je ne
parle point du péril d'une mort fanglante ;
dans le cas où vous êtes , nos pareils la demanderoient
en grace , & l'on nous la refufe;
nous ne pouvons la trouver que dans les
langueurs de la fervitude , & l'on ne nous
fait expirer qu'en nous abandonnant au
fupplice de vivre. C'eft à cette épreuve où
je vous attends , Madame , elle a rebuté
mon courage , fi le vôtre la foutient , vous
aurez meilleure grace à me trouver méprifable.
Irene.
Allez Ibrahim, ne travaillez point à m'épouvanter
, vous avez quitté votre Dieu
ne foyez point fon ennemi jufqu'à le pourfuivre
dans les autres , ne lui enviez point
les coeurs qu'il fe réferve ; pourquoi me
tentez-vous ? pourquoi m'exagerer le péril ?
votre crime vous fait- il hair mon innocence
? je ne vous crois encore que coupa-
B iij
30 MERCURE DE FRANCE.
ble , auriez - vous le malheur d'être devenu
méchant ?
Ibrahim.
Votre zele eft injufte , Madame , & cet
emportement que je ne mérite pas.....
Irene.
Dans l'état odieux où je vous vois , quand
je ne fais que vous foupçonner , je vous
épargne. Finiffons , vous êtes venu pour
me parler , eft- ce- là tout ce que vous aviez
à me dire ?
Ibrahim.
Vous avez touché le coeur du Sultan ,
Madame , fon amour , fi vous le ménagez,
put vous donner le rang d'époufe , que
les pareils n'accordent à perfonne , & dans
l'efpérance que j'en conçois moi -même , je
n'ai pû lui refufer de vous prévenir fur
fes fentimens , & de lui rapporter les
vôtres.
Jufte Ciel !
Irene à part.
Ibrahim .
Que voulez - vous que je lui réponde ?
Irene.
Rien ; je ne fçaurois me réfoudre à vous
charger de ma réponſe.
Ibrahim.
Quel eft donc le motif qui vous arrêté ,
Madame a
MARS. 31 1747.
Irene,
La pitié qui me faifit pour vous ; je ne
fçaurois me prêter à l'aviliffement où Mahomer
vous plonge , vous n'êtes point fait
pour fervir les amours , & mon indignation
même vous refufe la flétriffure que
yous me demandez.
Ibrahim.
De quel aviliffement , de quel deshon
neur eft-il donc queftion pour moi , Madame
? je ne dois fentir ici que l'injure que
vous me faites , quand je vous apprens
que le Sultan vous aime , je vous l'ai déja
dit , c'eſt qu'il peut vous offrir ſa main , du
moins je le crois , & c'eft dans cet efprit
que je vous parle , je ne viens que pour
vous confoler.
Irene.
Me confoler , moi , Comnene ? ch ! d'où
mon coeur pourroit- il recevoir la moindre
joye ? que peut-il déformais arriver qui me
regarde la défolation de ma Patrie eft-elle
un fonge ? mon pere & mon frere n'ont-ils
pas péri : les morts fortent- ils du tombeau?
à quoi donc puis-je encore m'intéreffer fur
la terre ? biens , honneurs , liberté , parens ,
amis , tout y a difparu pour moi , tout y
eft étranger pour Irene.
Ibrahim.
Ce que vous avez de plus cher y refte
peut-être encore. B iiij
$2 MERCURE DE FRANCE.
Irene.
Je n'y vois plus qu'un tyran qui m'y
tient captive , que des barbares qui m'environnent
, & qu'un Ibrahim qui rit de
de ma douleur.
Ibrahim.
Raffùrez vous , Madame , ce pere & fon
fon fils que vous pleurez .....
Irene.
Ah Ciel ! achevez , Comnene, expliquez
il feroit cruel de me tromper.
vous ,
Ibrahim.
Si le Ciel vous les avoit confervés ?
Irene.
Quoi ! Comnene , ils vivroient ? feroitil
poffible : ils vivroient ? les avez vous
vûs ? me fera-t'il permis de les voir ?
Ibrahim
L'Empereur ne m'en a pas appris davantage
, & fans doute il n'eft permis qu'à
lui de vous dire le refte.
Irene.
Eh bien , Comnene , courez lui parler ,
conjurez-le de hâter ma joye , qu'il me les
montre , qu'il fe rende à mon impatience ;
je lui pardonne tout , fi je les vois paroître:
quelqu'un vient , je me retire , foyez
fenfible à mon inquiétude , & revenez
m'en tirer, fi vous ne m'abufez pas.
MARS. 1747.
33
Ibrahim.
Vous n'attendrez pas long-tems , Madame.
SCENE II.
Ibrahim , Mahomet , Roxane.
Mahomet.
C'eft Irene que vous quittez , Ibrahim?
Ibrahim.
Oui , Seigneur , elle fçait que vous l'aimez
, & m'a paru l'apprendre fans colere ;
je ne dis
pas que fon coeur fe promette encore
au vôtre , mais elle eft dans la douleur
, elle eft Chrétienne , elle gémit d'une
infortune qu'elle doit à vos victoires , &
cependant elle eft tranquille au récit de
votre amour. Je ne dis pas affés , quand
je lui ai fait efpérer qu'on pouvoit lui rendre
ce pere & ce frere qu'elle regrette , fa
reconnoiffance pour ce bienfait m'a furpris
, on eût dit qu'elle étoit charmée d'y
trouver un motif de ne vous plus haïr ;
j'oublie tout , je lui pardonne tout , s'eftelle
écriée dans le tranfport d'un coeur qui
fe réconcilioit avec vous , & je me fuis
chargé de l'avertir quand elle pourroit
les voir.
Mahomet.
Ne tardez donc
pas
Ibrahim , allez lu
B.
34 MERCURE DE FRANCE.
affùrer qu'ils vivent & qu'ils me font chers,
& dites qu'on les amene ici dans l'inſtant
qu'Irene y fera venuë.
Ibrahim.
Seigneur, ils étoient dans les fers , quand
je les ai reconnus ; eft - ce dans cet état que
vous ordonnez qu'on les amene ?
Mahomet.
Oui , je veux qu'Irene les en délivre
elle-même , c'eſt un plaifir que je réſerve à
fa tendreffe .
Ibrahim.
Je cours exécuter vos ordres , mais , Seigneur
, pendant que vos faveurs fe répandent
fur eux , daignez vous reffouvenir
qu'à mon tour j'attends mon bonheur de
vous , qu'il en eft un que vous avez promis
de m'obtenir de cette Princeffe , & que
mon coeur .
Roxane.
J'ignore les promeffes que l'Empereur
vous a faites , mais fi j'y fuis intéreffée ,
j'efpere qu'il ne les remplira pas fans mon
aveu , & c'eft fa bonté qui m'en affùre.
Mahomet.
Ibrahim , vous fçavez que je vous aime,
& ma faveur vous doit fuffire , je hais les
defirs importuns ; allez , laiffez - moi le foin
de vous rendre heureux , & ne prétendez
pas me gêner dans les graces que je vous
deftine.
MARS. 35 1747 .
SCENE III.
Mahomet , Roxane .
Roxane.
Je vous l'avoue , Seigneur , le diſcours
d'Ibrahim m'effraye ; daignez m'inftruire
de ce qu'il ofe attendre.
Mahomet .
J'avois deffein de vous le propofer pour
époux , je viens de foumettre les Chrétiens
à mon Empire , j'en ai triomphé par
les armes , mais tout vainqueur que j'en
fuis , je ne les regarde pas comme des fujets
, ce ne font encore que des ennemis
vaincus, à qui ma victoire donne un tyran
qu'ils craignent , & non pas un maître
qu'ils refpectent . Ils m'obéiffent dans un
effroi fauvage qui a toujours infpiré la
révolte , & je voulois les raffurer par l'hon
neur que j'aurois fait à Comnene ; il eft ,
dit-on , d'un fang qu'ils eftiment , mais j'ai
changé d'avis fans m'écarter de mon projet.
Non , ce n'eft plus à lui , Roxane
qu'il faut que votre coeur s'accorde , &
votre frere aujourd'hui vous le demande
pour un autre.
Roxane.
"
Mon coeur fe refufoit à Ibrahim , mais
ma main feroit à lui fi vous l'ordonniez ;
c'eft vous dire que vous pouvez en difpo-
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
fer à votre gré ; après cela Seigneur ,
puis-je fçavoir à qui vous voulez que je la
donne?
Mahomet.
Ce qui va fe paffer vous l'apprendra, Roxane
, mais tandis que nous fommes feuls ,
ne me diffimulez rien. Vous étiez avec
moi quand on m'a préfenté les deux Chrétiens
, dont l'un , à ce qu'on affûre , eft le
pere d'Irene , & l'autre fon frere ; que
penfez -vous du dernier ? je vis vos yeux
s'attacher fur lui.
Roxane.
Son fort me touchoit , Seigneur , je le
plaignois d'être fi jeune & déja captif..
Mahomet
Répondez avec franchife ; il joint aux
graces de la jeuneffe une phyfionomie noble
& touchante , & vous l'avez remarqué.
Roxane.
Vcus lui parliez, Seigneur, & j'écoutois.
Mahomet.
Ce n'eft pas tout , fes, regards à lui- même
fe fixoient fur vous , il étoit ſenſible à
vos charmes.
Roxane.
J'ignore à quoi tend ce difcours qui
m'embarraffe .
Mahomet.
Vous rougiffez , je ne vous preffe point
MARS. 1747.
37
de m'en avouer davantage , c'eft affés que
vous m'entendiez là-deffus , & voici ce qui
me refte à vous dire. Jufqu'ici je n'avois
point connu l'amour ; le féroce orgueil
de vaincre ; l'honneur d'effrayer des peuples
& de fubjuguer des Etats ; le plaifir
tumultueux de la guerre & du carnage , &
tout ce que la gloire des Héros porte avec
elle de redoutable , voila les douceurs qui
me flatoient ; je n'en voyois point de plus
dignes de charmer une ame qui nous vient
du Ciel , & dont , à mon gré , les inclinations
devoient être auffi fuperbes que fon
origine. Dieu même eft appellé le Dieu
des combats ; on l'a peint la foudre à la
main ; rien ne nous frappe tant que fa
puiffance , & je croyois qu'à fon exemple,
pour être le plus heureux de tous les hommes
, il falloit en être le plus terrible. Je
me trompois , Roxane ; Irene m'a défabufé.
Le vrai bonheur ne fe trouve ni dans.
la victoire ni dans la terreur qu'on répand
après elle. Ce fang dont nos lauriers font.
teints , ces ravages dont nous confternons.
la terre , & les gémiffemens des peuples ,
mêlent à nos plaifirs je ne fçais quoi d'inquiet
& de funefte qui les corrompt. J'ai
fenti quelquefois en moi -même la nature
s'atrifter de ma lugubre gloire, & condamner
la joye que mon orgueil afoit en pren38
MERCURE DE FRANCE.
dre. Que le plaifir d'aimer eft different ,
Roxane quelle douce fympathie entre
l'amour & nous ! on diroit que nos coeurs
quand ils aiment , ont trouvé leur véritable
bonheur. J'ai fenti des bornes à tous
les autres plaifirs , aucun ne m'a pénetré
tout entier. Le fond de mon coeur leur a
toujours été inacceffible , ils l'ont toujours
laiffé folitaire . L'amour feul m'a rempli ,
lui feul a verfé dans mon ame des douceurs
auffi intariffables que mes defirs . Depuis
que j'aime , je ne me reconnois plus
moi-même , j'ai perdu cette fierté farouche
qui me rendoit fi formidable ; je me
voyois feul au milieu des hommes ; l'humanité
tremblante ne laiffoit autour de
moi que des efclaves ,& ne m'accordoit pas
pas un coeur qui voulût s'affocier au mien ;
j'étois comme exilé fur le trône . Tout a
changé, Roxane; il femble que mon amour
ait fait ma paix avec tous les coeurs , ils ſe
rapprochent , ils me pardonnent ; c'eft ainfi
que je le fens ; enfin tout me paroît aimable
& je crois l'être devenu moi-même.
Ah ! Roxane , fi tel eft mon fort à préſent
que j'aime , quel feroit- il done fi j'étois
aimé ?
Roxane.
Aimé , Seigneur ! eh comment ne le fe
riez- vous pas , vous qui dans l'âge le plus
MARS. 1747. 39
aimable , nous montrez déja le plus grand
des hommes , vous que l'univers honore
de fon refpect & de fon admiration ? Vos
pareils n'ont qu'à fe déclarer , Seigneur , il
n'eft point de fierté que le don de leur
coeur ne confonde , & fi votre choix eft
tombé fur Irene ....
Mahomet.
Eh ! quelle autre qu'Irene eût pû triompher
de Mahomet ? il n'étoit réſervé de me
foumettre qu'à l'objet le plus parfait dont
le Ciel ait honoré la terre. Je ne l'ai vûë
qu'un inftant parmi les Captives ; fa douleur
l'accabloit, fes yeux étoient baignés de
larmes . Dans cet état un de fes regards
tomba fur moi ; ce regard étonna mon ame
altiere , me confondit , m'humilia , me
rendit plus fuppliant qu'elle. Il vengea
dans mon coeur la douleur du fien , il me
punit de ma victoire , me condamna comme
un tyran & me laiffa faifi d'un attendriffement
qui n'a fini que par l'amour le
plus violent qui fût jamais ; le croiriezvous
, Roxane ? Je n'ai point encore ofé
reparoître ; j'ai craint fes yeux qui m'ont
déja reproché leurs larmes.Chargé du crime
de l'avoir affligée, je n'étois pas digne de la
revoir , je me cachois à fa colere , & j'attendois
que le tems m'eût rendu plus fupportable
à fa haine , mais enfin le moment eft
40 MERCURE DE FRANCE.
venu , on a découvert ces deux Chrétiens
qu'elle regrettoit, je vais les lui remettre,
& j'oferai me montrer à la faveur de ce
bienfait. Vous , Roxane , qui voyez l'ardeur
que j'ai de lui plaire , j'ai befoin que
votre coeur m'aide à réüffir ; je vois Irene
qu'on nous amene , & ce que je vais faire
vous inftruira du fervice que je vous de-.
mande.
SCENE IV..
'Mahomet , Roxane , Théodore pere d'Irene ,
Lafcaris fonfrere , Ibrahim , Irene.
Théodore & Lafcaris ont encore leurs fers.
Irene.
Où fuis-je ? où me conduisez-vous ?
A Ibrahim. Cruel , vous m'avez donc
trompée.
Et puis voyant fon pere & fon frere qu'on
amene d'un autre côté.
Ah ciel ! ah mon pere ! eft- ce vous que
j'embraffe ? & vous , mon frere , je vous
retrouve , & tous deux languiffans dans les
fers ? [ à Mahomet . ] Ah ! Seigneur , vous
qui me les rendez , pourquoi vos bontés
me laiffent- elles encore tant de douleur ?
hélas , ils font Captifs , pourquoi mêler
tant d'amertume à ma joye ?
MAR S.
1747.
Mahomet allant les délivrer.
Goûtez- la toute pure , & que leurs fers
difparoiffent ; venez , Irene , aidez - moi
vous- même à les en délivrer , & que vos
mains fe joignent aux miennes pour en réparer
l'outrage .
Théodore.
Quoi vous-même , Seigneur !
Mahomet.
Ne m'en
empêchez pas , la générofité
*
eft le droit du vainqueur, recevez tous deux
ce que je fais comme un gage de mon amitié
& des honneurs qu'elle vous deftine ;
votre Empire a paffé fous mes loix , & mes
victoires vous ont coûté des foupirs ; vous
aviez dans vos fers la liberté de me hair &
vous l'avez encore , mais fi vous êtes géné
reux , vous ne la garderez pas long- tems ,
mes bienfaits m'en répondent ; & vous
Irene , à qui je rends un pere qui vous eſt
fi cher , oubliez déformais vos malheurs &
daignez me fuivre avec lui , venez voir
Mahomet apprendre aux fiens combien il
veut qu'on vous honore. [ A Laſcaris. ]
Vous , jeune Chrétien , fur le front de qui
l'on voit empreint tant de courage & de nobleffe,
attendez tout de mon eftime, je n'interdis
nul efpoir à votre coeur , je ne mets
rien ici au-deffus de fon audace , vous-même
vous n'êtes plus à moi . [ en lui montrant
42 MERCURE DE FRANCE..
Roxane . Cette Princeffe vous a degagé de
mes fers , vous pouvez changer de Maître,
& je vous laiffe avec elle , fortons.
SCENE V.
Lafcaris , Roxane.
Lafcaris.
Vous n'êtes plus à moi & je vous laiffe
avec elle ; que peut fignifier ce difcours ?
je n'ofe l'interpréter , Madame.
Roxane.
L'Empereur s'eft affés expliqué , vous
ne lui appartenez plus .
Lafcaris.
Il m'a permis de changer de Maître &
je me jette à vos genoux pour obtenir que
je vous appartienne. Si vous y confentez ,
j'aimerai mieux mon fort que celui de
l'Empereur même.
Roxane,
Levez-vous , Lafcaris .
Lafcaris.
Ne vous offenfez pas du tranſport qui
m'échappe ; à l'afpect de tant de beautés
il n'eft point de raifon qui ne s'égare .
Roxane.
Non , vous ne m'offenſez point , je vous
trois digne de moi , Lafcaris , vous me
paroiffez vertueux , & la véritable fierté
I
MARS. 1747. 43
que le excepte de fes dédains un coeur tel
vôtre ; je n'en mépriſe donc point l'hommage
, vous dirai -je encore plus ? je l'eſtime.
Lafcaris.
Qu'entens-je ? Ah ! Princeffe.
Roxane
Je vous ai plaint dès que je vous ai vû.
Lafcaris.
J'ai donc été dès cet inftant le plus heureux
de tous les hommes ; quoi ! Roxane
me plaignoit ?
Roxane,
Roxane a fouhaité la fin de vos infortunes
, puiffent- elles enfin être terminées !
puiffe le Ciel exaucer mes voeux ! mais rejoignons
l'Empereur ; à peine Irene vous
a-t'elle vû , & fa tendreffe vous attend
fans doute , avec impatience.
PASS
44 MERCURE DE FRANCE.
CAVACAYA¤Ã¶ƏVƏYƏYƏCƏYƏÇA
EPITRE
A ma Mere.
DEja plus de fept fois l'Aftre qui nous éclaire
De fon cercle annuel a fourni la carriere ,
Depuis que je n'ai vu l'objet de mon amour
Celle de qui je tiens la lumiere du jour.
Pour un coeur tendre &vifquel intervalle immenſe
Je me flatois qu'enfin franchiffant la distance
Qui durant fi long-tems de vous m'a feparé ,
Je pourrois vous parler & vous voir à mon grẻ ;
Que dans fes vains projets la jeuneffe fe trompe !
J'abjurois le Parnaffe avec beaucoup de pompe ,
Je me félicitois d'en être defcendu ,
A moi-même , au repos je me croyois rendu ,
Je dormois en efprit aux bords de la Garonne ;
Chimere ! illufion ! la févere Bellonne
M'a déja commandé , m'éveillant en furfaut ,
Dans un mois d'être prêt à marcher vers l'Eſcaut...
Le danger à mes fens n'offre rien que je craigne ,
L'ardeur eft dans mon ame & le courage y regne ;
Qu'il eft beau , qu'il eft doux , au milieu des ha
zards ,
De vaincre ou de mourir fur les pas des Céfars !
J'entendois , j'admirois la lyre de Voltaire ,
MARS. 1747.
45
Déformais pour tout fon j'entendrai le tonnerre
De cet heureux Saxon , de ce fier Maréchal ,
Dont à nos ennemis le nom même eft fatal ..
J'aime autant du Dieu Mars la mâle ſymphonie.
Que les accords touchans du Dieu de l'harmonie
Les célebres Auteurs & les vaillans Guerriers ,
Fameux également , moiffonnent des lauriers.
Je ne regrette point les rives de la Seine
Mon unique regret & mon unique peine ,
C'est plus , croyez mes Vers , de m'éloigner de
vous ,
Que d'aller à la gloire à travers mille coups.
Par M. de la Siguenie , Cornette de la
Meftre de Camp Générale,
লিখেনাও লাখ লাখ লাখ লাখ
REFLEXIONS MORALES.
Ous devons vivre librement ; où il
Nn'y a point de liberté , il n'y a point
de plaifir.
Le bienfait eft la chofe qui vieillit le
plutôt.
Les confolations nous viennent plutôt
des autres que
de nos propres refléxions .
46 MERCURE DE FRANCE.
Sixte V. Pape , difoit qu'il canoniferoit
une femme dont le mari feroit l'éloge , &
il ne s'engageoit à rien,
C'eft folie de fonder fa félicité fur la
tendreffe d'une femme,
Les faveurs de la fortune font des glaces
de miroir , qui flatent fi fort ceux qui s'y
regardent , qu'ils ne fe connoiffent plus.
Les morts n'ont jamais manqué de terre,
& les vivans n'en ont jamais affés,
Le corps fait en l'abſence de l'efprit , ce
que les valets font en l'abſence de leur
Maître.
Celui qui voit les hommes avec refléxion
, eft dans le monde ce qu'un Machinifte
qui étudie le jeu des décorations , eft
à l'Opera.
C'eft plus grant chofe de fçavoir feigneurier
la volonté , que de feigneurier le
monde de Orient en Occident.
De tous les animaux , le plus nuifible
à l'homme , c'eft le flateur,
Encore qu'on ait peu de lumiere , pourMARS.
1747. $ 47
vû qu'on foit docile & traitable , on n'eſt
pas un fot,
Il ne peut y avoir de regle dans l'efprit
ni dans le coeur des femmes , fi le tempé
ramment n'en eft d'accord,
Il eft difficile de vanter le bien qu'on a
fait , fans donner lieu de juger que l'on ne
s'en vante pas parce qu'on l'a fait , mais
qu'on l'a fait pour s'en vanter ,
Il faut moins de vertu pour renoncer au
monde , que pour en foutenir le renoncement.
Il y a plus de gloire à donner la paix au
monde , qu'à le vaincre .
Il y a fouvent plus de profit à converſer
avec les morts , qu'avec les vivans.
La dépenfe exceffive eft le figne évident
d'une Cité mourante.
La femme eft un mal néceffaire.
La fortune la plus contraire ne peut dé
truire les reffources du coeur , de l'efprit
& de la raifon .
48 MERCURE DE FRANCE.
La Jurifprudence & la Médecine font
deux fciences établies dans le monde , l'une
pour priver l'homme de fon repos ,
l'autre pour abreger fes jours,
La nature & l'amour ont rendu beau
le dehors des femmes , & ont négligé le
dedans.
L'étude propre de l'homme , eft l'homme
, & c'eft la plus négligée .
L'intérêt nous rend preſque tous injuftes
, non-feulement dans nos actions , mais
aufli dans nos jugemens.
On aime ordinairement les belles femmes
par inclination , les laides
& les vertueufes par raifon .
par intérêt,
Obligez cent fois , refuſez une , on ne
fe fouviendra que du refus,
On ne doit pas plus compter fur la préference
d'une femme galante , que fut celle
d'un Marchand ; quelque promeffe qu'on
vous faffe de vous garder l'étoffe que vous
avez choisie , on la donnera à celui qui en
offrira plus que vous.
Où raifon fault , nul bien ne croît.
Pour
MARS. 49 1747.
Pour l'amour de foi-même il faut aimer
les autres .
Quelques plaintes qu'on faffe de l'amour,
il fait beaucoup moins de malheureux que
d'ingrats.
Répondez au fot felon ſa ſottiſe .
Rien n'eft plus propre à faire naître l'amitié
que la reffemblance des moeurs.
de
Sans l'ufage & l'expérience l'efprit fert
peu de chofe..
S'il eft des exemples honteux à la nature
humaine , il en eft atiffi qui lui font bien
honorables.
Si l'on mettoit en ce monde le jufte
prix aux chofes , de combien d'erreurs . ne
reviendroit- on point tous les jours ?
C
so MERCURE DE FRANCE.
EAKARARARARA KOVARALARAYA
SONETTO del Petrarca.
Voi che afcoltate in rime fparfe il fono
Di quei fofpiri ond' io nutriva il core ,
In ful mio primo giovenile errore ,
Quand' era in parte altr' vuom' da quel chie fone.
Del vario ftile in cui piango , e ragiono
Tra le vane fperanze , e il van timore
Ove fia chi per prova intenda amore
Spero trovar pietó non che perdons.'
Ma ben viggi or ficcome al poffol tutto
Favola fui gran tempo , unde fovente
Di me mede mo me co mi vergogno ;
Del mio vaneggi or vergogna è il frutto
Il ſpentirfi , e il conofcer chiaramente
Che quanto piace al mondo è breve fogno .
L
MARS.
1747. SI
【洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗洗
IMITATION.
Tandis que j'étois jeune & conduit par les fens
D'une foule d'erreurs.malheureuſe victime ,
J'offrois au feul plaiſir mon encens & ma rime ;
Que j'éprouve aujourdhui des foins bien differens !
Vous qui fûtes touchés de mes premiers accens ,
Accordez quelques pleurs au deftin qui m'opprime.
Quiconque de l'Amour connoît les traits puiſſans ,
Doit fentir que mes maux font plus grands que
mon crime.
Oui , je comprends enfin qu'aux yeux de l'Univers
Je me deshonorai par l'emploi de mes vers ,
Et je fuis le premier à rougir de moi-même.
De mes égaremens les regrets font le fruit ;
Je fçais que tous ces biens qu'on recherche &
qu'on aime
Sont un fonge léger qui nous trompe & s'enfuit.
C ij
52 MERCURE DE FRANCE,
HYGIE , *
ALLEGORIE.
Hdon riche Pafteur nommé Ponus (4),
Ygie étoit une jeune Bergere , fille
& de la Nymphe Eutelie ( 6 ) . Elle habitoit
avec eux le côté méridional & délicieux
d'une montagne de Theffalie '; elle étoit
aimée de tous les Bergers d'alentour ; ce
n'eft pas que fes attraits fuffent pleins de
ce feu & de cette vivacité qui allument
ordinairement une paffion auffi violente
que peu durable ; fes charmes étoient fimples
& naturels , & fa phyfionomie étoit ſi
heureufe , fi revenante & pleine d'une
gaieté fi douce , que tout le monde recherchoit
avec ardeur fes bonnes graces . Lorfqu'elle
manquoit dans une affemblée de
Bergers & de Bergeres , on s'en appercevoit
aifément ; on eût dit que les beautés naturelles
de ce lieu champêtre difparoiffoient
avec elle des endroits où elle n'étoit point :
les fleurs même paroiffoient lugubres &
fembloient avoir perdu leurs belles & viyes
couleurs & cette odeur fi agréable & fi
douce qui caufe nos raviffemens. Cette ai-
* La Santé. ( a) Le Travail. ( b) La Frugalité.
MARS. 1747 .
53
mable Bergere n'étoit ni fiere ni capricieufe
; elle ne dédaignoit perfonne , elle
faifoit connoître à chacun quel étoit le
moyen de lui plaire & d'acquérir fes bonnes
graces ; c'étoit de fe conformer entierement
à l'humeur de fon pere & de fa
mere , comme elle faifoit elle -même en
fille obéiffante & bien née. On la voyoit
occupée fans relâche ; elle avoit appris tous
les ouvrages & tous les exercices convenables
à fon état , & elle faifoit tout avec
une adreffe & une vigueur fans égale.
Cependant malgré tous les appas & tous
les charmes de la belle Hygie , il arrivoit
fouvent que ceux qui étoient parvenus à
fes bonnes graces , en oublioient bientôt
le prix , & que , méprifant les moyens
qu'elle leur avoit enfeignés pour les conferver
comme pour les acquérir , ils
fe laiffoient éblouir & vaincre par les faux
charmes de quelques autres Bergeres fes
ennemies implacables . Les noms des plus
redoutables , & qui avoient Part de féduire
un plus grand nombre des favoris de la
charmante Hygie , étoient, Epithymie (a) ,
Methe (b) & Gaftrimargia (c) . Elles étoient
naturellement laides & haïffables , mais
elles fçavoient fi bien fe farder , & ne fe
(a ) Paffion déreglée. (b ) L'Yvrognerie. ( c) La
Gourmandife.
Cij
$4 MERCURE DE FRANCE.
montrer que dans le point de vûë le plus
favorable , ou plutôt elles fçavoient fi bien
fafciner les yeux de ceux qui les approchoient
, qu'elles faifoient un très - grand
nombre de conquêtes. Mais les malheureux
qui s'étoient laiffés furprendre par
les appas trompeurs de ces féductrices
n'étoient pas long- tems fans fe repentir de
leur folie. Leurs impérieuſes maîtreffes les
privoient bien-tôt de la compagnie & de
la vûë de l'aimable Hygie , & par des chemins
que
des yeux fafcinés pouvoient feuls .
trouver agréables , elles les conduifoient
du côté feptentrional de la montagne , &
les livroient entre les mains d'une Bergereaffreufe
& dégoutante , appellée Nofe (a) ,.
qui les enchaînoit & les détenoit dans l'efclavage
le plus dur & le plus cruel . Ce qui
mettoit le comble à la mifere de ces malheureux
Bergers , c'eft que les charmes
d'Hygie ne leur paroiffoient jamais fi
ravillans , ni fa poffeffion ſi ſouhaitable
que dans cet état où ils s'en voyoient privés
par leur faute & par leur indigne lâcheté.
Ils fe maudiffoient eux - mêmes &
leurs infâmes maîtreffes , qui après les avoir
livrés à l'horrible Nofe , les avoient abandonnés.
Il y avoit de ce même côté de la monta
( 2 ) La Maladie.
MARS . 1747.
SS
gne , que l'habitation de Noſe rendoit un
lieu d'horreur , certains Enchanteurs qui
faifoient, femblant d'être fes ennemis ,
(quoique quelques- uns prétendiffent qu'au
contraire ils la favorifoient, & qu'ils étoient
bien aifes de voir augmenter le nombre de
fes efclaves , ) & qui promettoient à ces
miférables Bergers de brifer leurs chaînes ,
de les ramener du côté riant de la montagne
& de les remettre dans les bonnes
graces de leur chere Hygie , par le moyen
de certains termes barbares & magiques &
de certains Talifmans qu'ils difoient être
merveilleux pour cet effet. On les appelloit
latres (a) , mais fouvent ceux qui fe
mettoient entre leurs mains & fe confioient
à eux , fentoient de jour en jour
ferrer & appefantir fur eux les chaînes de
la méchante Nofe , & quelquefois même
ces mauvais génies abufant de la confiance
qu'on avoit en eux , au lieu de conduire ,
fuivant leur promeffe , ces malheureux du
côté méridional de la montagne où habitoit
la douce Hygie , ils les précipitoient
dans une caverne ténebreufe & profonde ,
appellée la caverne Thanatée (b) , d'où il
leur étoit impoffible de fortir.
(a) Les Médecins. (b) La Mort.
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE .
REPONSE de M. F. à une Lettre
de M. D.
Sur le filence de ma lyre
Tes reproches font fuperflus.
Laiffe-moi , cher Damon , oublier le délire-
Et les amuſemens d'un âge qui n'eft plus .
Ma verve eft éclipfée , ainfi que ma jeuneffe.
Aujourd'hui la ferule en main .
Contre mon naturel humain.
Je fuis un Porteur de triſteſſe.
On le veut, j'y foufcris. Dans ce nouveau métier
Mon unique devoir m'occupe tout entier.
Bien que la liberté fût jadis mon. Idolė ,
Bien qu'il m'arrive quelquefois
De regretter l'ombre des bois
Dans la pouffiere de l'Ecole ,.
La raiſon cependant furmonte mes ennuis ;.
Au défaut d'un plus doux , mon travail fçait msplaire
,
Et fi je ne fais pas tout ce qu'il faudroit faire ,
Je fais du moins ce que je puis.
Quant à l'aimable Terpficore ,
Ne t'imagines point qu'elle accompagne encore
Un chétif Magifter , fous l'ardoife niché ,
MAR.S...
$ 7 1747.
Qui fuyant par état l'enjoûment & les graces
Du matin jufqu'au foir fe morfond dans les glaces
De la Particule On , & du Que retranché.
DISSERTAΤΙΟΝ
Sur le 430 Vers du fixiéme Livre de
Eneide de Virgile.
Mtion ingénieufe & fçavante de ce
R Warburton , dans fon Explica-
Livre , a parû embarraffé fur le fens du Vers
fuivant :
Hosjuxtà falfo damnati crimine mortis:
Il s'agit de ceux qui ont été injuſtement
condamnés à la mort , & que le judicienx
Virgile place cependant dans l'Enfer payen
avec les Suicides & les petits enfans morts
en bas âge .
Le fçavant Anglois a été fcandalife ,"
comme M. Bayle , de l'injuftice de la Théologie
payenne fur le fort de ces innocentes
victimes de l'iniquité des Juges. Il avoit
bien ſçû la juſtifier fur l'état des enfans ,
mais à l'égard de ces premiers , il s'eft donné
la torture pour fauver l'horreur d'un
pareil dogme.
Il a prétendu que par ces mots falfo dam-
C v
38 MERCURE DE FRANCE..
1
natt crimine mortis , Virgile n'avoit pas entendu
addicti ob " injuftam calumniam , mais
homines indignè & perperam adjudicati ; it
change le mot de Crimine en celui de Tempore
, & cite enfuite le Gorgias de Platon,.
& Diodore de Sicile.
C'eft , fi je ne me trompe , de l'érudition
& de l'efprit en pure perte. Il est étonnant:
que ce fçavant homme n'ait pas trouvé cequ'il
m'a fourni lui -même , car c'eſt à fa
Differtation que je dois la mienne .
Il n'avoit , fans tronquer le Poëte , ni
citer le Philofophe & l'Hiftorien , il n'avoit,
dis-je, qu'à fe fouvenir de la façon ada
mirable dont il avoit expliqué deux autres:
points de Théologie aufi fcabreux , qui.
étoient :
1 °. La peine à laquelle étoient condamnés
ceux qui n'avoient pas été inhumés ,.
dont les ombres erroient pendant cent ans
fur les bords de l'Acheron .
*
2º. La punition des petits enfans dont
on vient de parler.
Comment M..Warburton a- t'il expliqué
ces dogmes extraordinaires ? comment en
a- t'il penetré l'utilité & la fageffe ?
Il faut l'entendre ici lui- même , ce feroit
le défigurer que de lui donner d'autre Interpréte
, je me fervirai de la Traduction
de M. l'Abbé Desfontaines , qui , comme
MARS.
59
1747.
on fçait , poffedoit la Langue Angloife.
Sur le fort des Ombres errantes voici
les termes de l'Auteur Anglois .
» Ne penfons pas que cette ancienne
» notion doive fon origine au vulgaire
fuperftitieux ; c'eft une des plus fages in-
» ventions des anciens fages Légiflateurs ,
» d'avoir fçû imprimer cette idée dans l'ef-
» prit des peuples. Il n'y a aucun lieu de
» douter que ce ne foit à eux qu'il faut l'at,
tribuer , puifqu'elle vient originairement
» des Egyptiens. Ces grands Maîtres de la
Sageffe voulant procurer la fûreté de
» leurs concitoyens , trouverent que rien
» n'y contribuoit davantage que l'enter-
» rement public & folemnel des morts ,
»fans quoi on, auroit pû aifément & im-
"
"
39
punément commettre mille meurtres fe-
» crets ; c'eft pourquoi ils introduifirent la
» coûtume des funérailles publiques &
» pompeufes. Hérodote & Diodore de Sicile
nous apprennent que les Egyptiens
» étoient de tous les peuples ceux chés qui
les obfeques fe faifoient avec le plus de
» cérémonies, mais afin d'en affûrer davan-
» tage l'obfervation , par un motif de Religion
, auffi- bien que par la coûtume
ils enfeignerent au peuple que les morts
» ne pouvoient arriver en un lieu de re-
» pos dans l'autre monde , avant qu'on
D
ر
C vj
60 MERCURE DE FRANCE.
leur eût rendu des honneurs funébres
» en celui- ci ; ce qui doit avoir néceffai-
»rement porté les hommes à obferver foigneufement
toutes les cérémonies des
» funérailles. Par- là le Législateur parve
» noit à fon but , qui étoit la fûreté du
peuple.
A l'égard des fupplices deftinés aux
petits enfans, voici comme M. Warburton .
en développe le dogme.
·39
» Je crois , dit-il , que c'est ici une autre
»Inftitution du Législateur , deftinée à la
» confervation des enfans , comme l'éta-
>> bliffement des funérailles étoit deſtiné à
» la confervation des peres. Rien n'étoit
plus propre à engager les peres de pren-
» dre foin de la vie de leurs enfans que
» cette terrible doctrine ; & qu'on ne dife
point que l'amour naturel des parens eft
» affés puiffant de lui-même & n'a pas - be-
»foin d'un nouveau motif pour les porter
»à conferver leurs enfans , on fçait que la
pratique horrible & dénaturée d'expofer
» les enfans étoit univerfellement établie
parmi les Anciens , & avoit prefque dé
raciné de leurs coeurs les fentimens de
la nature & ceux de la Morales: It fal-
» loit oppofer une forte & puiffante digue
» à ce défordre , & c'eft ce qui engagea le
Magiftrat à employer cet artifice , c'eſt-
" .
ל כ
33
MARS. 1747. G
d-dire , à perfuader aux peuples que les
» enfans morts fouffroient dans l'autre
» monde , afin de rétablir l'instinct & de
» ranimer les fentimens qui étoient pref-
» que éteints. Rien en effet n'étoit plus
digne des foins du Magiftrat.
"
Si les idées du Commentateur ne font
pas tout-à-fait conformes à la vérité , on
peut bien lui appliquer le Proverbe Italien
, Se non è vero è bene trovato . Pour
moi j'embraffe volontiers fon fentiment &
je m'en fers pour rendre raifon du dogme
dont l'explication lui a coûté tant d'efprit
& tant de fcience .
Je pense que c'eft encore à la fageffe des
Egyptiens que cette opinion devoit fa
naiffance.
De même qu'ils vouloient arrêter les
meurtriers & les peres dénaturés , par
les deux points de Doctrine que M. de
Warburton a fi doctement approfondis
ainfi ces fages & fins Légiflateurs fongeoient
à retenir les Juges injuftes , en
mettant devant leurs yeux les fupplices à
venir des innocentes victimes de leurs jugemens.
Quel motif en effet plus capable
de réveiller leur humanité & leur juftice ?
oui , pouvoient- ils fe dire à eux-mêmes ,
ce n'eft rien que cette vie que j'arrache a
ce malheureux , mais je le plonge encore
62 MERCURE DE FRANCE.
dans des tourmens horribles qui l'atten
dent dans les Enfers ; il fera confondu
avec les Suicides qui
Vellent athere in alto
Nunc&pauperiem , & duros perferre labores.-
Virg..
Et avec les petits enfans , dont
Continuò audita voces , vagitus & ingens
Infantumque anima flentes in limine primo·
Quos dulcis vita exfortes , & ab ubere raptos:
Abftulit atra dies & funere merfit acerbo.
Virg.
Il eût fallu avoir le coeur d'une Megere
pour ne pas trembler à la vûe d'un Jugement
dont les fuites étoient auffi terribles..
Qui eût ofé , fi ce n'eft un monftre , commettre
une espece d'animicide , s'il m'eſt
permis de m'exprimer de la forte ?
qui
On a regardé comme un prodige de
celerateffe le crime d'un monftre
ayant menacé un de fes ennemis le piftolet
fur la gorge , de le tuer s'il ne renioit
Dieu , le tua un inftant après que ce malheureux
eut vomi fes blafphêmes.
On obfervera que les Payens n'efti
moient pas , à beaucoup près , la vie autant
que nous le faifons ; quelques-uns d'entres
MARS. 1747. 635
eux la regardent comme une punition des
crimes commis dans une vie antérieure..
Ariftote compare ingénieufement l'union
de nos ames avec nos corps dans ce monde,.
aux fupplices que faifoient fouffrir les brigands
d'Etrurie , & que Virgile prête au
cruel Mezence..
Mortua quin etiam jungebat corpora vivis
Componens manibuſque manus , atque oribus ora..
Ciceron prétend qu'il n'y a que les
Dieux qui fçachent fi la vie eft préférable
à la mort : Utrum vivere an mori fit melius
Dii immortales fciunt, hominem quidem arbibitror
fcire neminem. 1. Tufc.
Nous fommes nés , dit- il ailleurs , pour
porter la peine de nos crimes.
Un Juge Payen qui eût été dans ce Syſtême
& qui eût rejetté le dogmeEgyptien queje
viens d'expliquer , auroit bien pû être
tenté de condamner à mort un homme injuftement
accufé. Quel grand crime eft- ce
que je commets , pourroit- il dire ? je délivre
une ame d'un fupplice cruel , je vais
faire fon bonheur par mon injuftice..
Le Législateur a prévenu fagement cette
Logique Cartouchienne par la Doctrine
falutaire dont il s'agit.
Cependant il peut le préfenter une diffi64
MERCURE DE FRANCE.
culté contre l'explication de M. Warbur
ton & la mienne, qu'il eft bon de réfoudre.
Il eft hors de doute , dira- t'on , que
Cafuiftes les plus relâchés du Paganifme.
condamnoient au Tartare les Homicides
les Peres barbares & les Fuges iniques..
les
Or fi les fupplices perfonnels dont
étoient menacés ceux qui avoient commis
de pareils crimes , n'étoient pas un motif
affés puiffant pour empêcher les hommes
de les commettre , comment des fupplices
étrangers , deftinés à d'autres , auroient- ils
pû les retenir ? l'amour du prochain peut-il
avoir plus de force que l'amour propre ?
Il y a deux réponses à cette Objection.
1º . On ne fçauroit difconvenir que
deux freins ne foient plus forts qu'un feal ;
il est une maniere de Statique fpirituelle
qui concerne la détermination des efprits.
Le Dictateur me rend l'arbitre de la vie &
de la mort de Titius , qu'il veut perdre par
la calomnie la plus atroce. Il y aura au
bout de la Sentence la Charge de Préteur
pour mon fils. Cette efpérance d'un côté ,
crainte perfonnelle du Tartare de l'autre
; je balance , je confulte , je délibére ,
je penfe heureufement , dans cet état d'irréfolution
, aux peines terribles que ma
Sentence coûtera dans l'autre vie au malheureux
qu'on veut que je facrifie , double
3
MAR S. 1.747~ 65
motif pour moi d'équité & de juftice , je
ceffe de délibérer , la balance perd l'équi
Libre , l'innocent eft fauvé.
2°. Le motifde Religion , fondé fur l'amour
du prochain , devient ici plus fort
que le perfonnel ; pourquoi ? parce que
L'un eft préfent & l'autre éloigné. Je prononce
un Arrêt de mort contre un homme
injuftement accufé ; ma Sentence & celle
de Minos ne font qu'un : le même inftant
qui l'arrache à la vie , le fixe dans un ſéjour
de douleurs & de fouffrances..
Il n'en eft pas de même du fupplice
dont je fuis menacé perfonnellement ; it
eft encore éloigné , je ne le vois que dans
un fombre avenir , je peux d'ailleurs ,
quand je voudrai, appaifer le courroux célefte
; je ferai couler le fang des victimes.
fur plus d'un Autel . Les Interprétes des
Dieux , leurs Miniftres facrés ne pourrontils
rien en ma faveur ?
Telle doit être la marche du coeur humain ..
L'éloignement d'un mal , comme je l'ai déja
remarqué, nous y rend prefque infenfibles.
Rien n'eft plus certain & plus affreux que
la mort , c'eft aujourd'hui , au fentiment
de prefque tous les hommes , le plus terrible
de tous les maux , cependant quelle
impreffion dans l'éloignement fait - il fur
nos efprits ce vieillard fur lequel la
66 MERCURE DE FRANCE,
mort tient fa faulx levée , rit , boit &
chante ; eft- ce intrépidité : eft- ce Religions
fans doute , il tremblera , il fera
anéanti à fa derniere heure , mais il faut
qu'il l'entende fonner pour la craindre.
non ,
Si chaque Vers de Virgile occafionnoit
autant de profe qu'on vient d'en lire , ce
feroit une prodigieufe multiplication dont
je ne crois pas que le public fût fort aife ,
au cas que les Commentateurs ne fuffent
pas plus éclairés que moi ; il eft vrai que
J'ai emprunté les lumieres d'un des plus
fçavans hommes d'Angleterre , & ce qui
eft fingulier , c'eft que je m'en fuis fervi
contre lui-même . Si la victoire eft de mon
côté , on peut dire qu'il a été lui - même
fon propre vainqueur.
Par M. Ricaud , de Marseille.
MARS. 67 1747 .
CONSEILS
Donnés à une jeune Perfonne , par M. Cottereau
, Curé de Donnemarie.
V Oulez-vous recevoir un avis falutaire ,
Qui part d'un coeur d'ami, de Paſteur & de pere
Apprenez à votre âge à regler vos défirs ;
Ne vous livrez point trop aux charmes des plaifirs
On a beau détefter & le crime & le vice ,
L'excès de toute chofe entraîne au précipice
Il faut fçavoir uſer des plaifirs innocens ,
Ils font pernicieux dès qu'ils charment les fens
Amulez votre efprit fans captiver votre ame :
Trop d'attache au plaifir ne peut être fans blâme.
Gardez -vous de l'amour ; fon funefte poiſon ,
En corrompant le coeur , offufque la raifon ,
Et le monde méprife une verte jeuneffe
Dont les pas ne font point guidés par la fageffe..
Ne prêtez point l'oreille à des difcours flateurs ;
Songez que le Serpent fe cache fous des fleurs.
Peut- on, quand on eftjeune & fans expérience ,
Ecouter ce qui plaît avec indifference ♣
Non , un tendre entretien eft toujours dangereux ;
Ce n'eft qu'en l'évitant qu'on peut fe rendre heu
ICHX..
68 MERCURE DE FRANCE.
Ne vous prévalez point du pouvoir de vos charmes;
La beauté nous aveugle & nous caufe des larmes.
Les plus brillans appas étalés fans pudeur
Ne triomphent jamais qu'aux dépens de l'honneur,
Pour prévenir des maux que la vertu déteſte ,
Dans vos ajuftemens foyez fimple & modeſte .
Il est beau d'être aimé quand l'auſtere devoir
Sur l'efprit & le coeur exerce fon pouvoir ;
Quand les charmes du corps parés avec décence
Donnent un nouveau luftre à ceux de l'innocence,
Et quand on prend le foin de défendre fon coeur
Des tranfports infenfès d'une coupable ardeur.
Mais ce difcours vous plaît , vous touche & vous
étonne !
Goûtez-vous à préfent les avis qu'on vous donne?
Rendez graces aux Cieux d'un fi prompt change
ment :
Signalez votre zéle & votre attachement
Pour ce Maître divin , fage Auteur de la grace ,
Qui vous offre à propos fon fecours efficace ;
Secondez fes deſſeins ; ce Dieu victorieux
Entreprend aujourd'hui de deffiller vos yeux ,
De vous donner affés de raifon & de force
Pour faire avec vos fens un éternel divorce.
Profitez fans délai de cet heureux moment ;
Fuyez, éloignez -vous, & courez promptement
Confacrer au Seigneur le tems d'une jeuneffe
MARS. 69 1747.
Que fouvent on dérobe aux foins de fa fageffe,
Attachez-vous à lui par les noeuds les plus forts ;
Faites pour ce deffein de généreux efforts ;
Allez dans les emplois d'une fainte retraite
Affurer la conquête & la rendre parfaite .
Heureux , qui retiré dans un paiſible lieu ,
Sçait remplir les devoirs que lui prefcrit fon Dieu !
A l'abri des revers & des fracas du monde ,
Goûtant mille douceurs dans une paix profonde ,
Sur l'aimable vertu reglant tous fes déſirs ,
Il paffe tous les jours dans d'innocens plaifirs .
Enfin quand Atropos d'une main meurtriere
Vient fermer pour jamais fes yeux à la lumiere ,.,
Peu furpris & charmé d'atteindre au jour heureux,
Qui va finir fa courfe & combler tous fes voeux ,
D'un vifage ferein, d'un oeil calme & tranquile ,
Il regarde la mort comme un objet utile .
Plein d'une fainte ardeur , & muni des fecours
Dont s'arme un vrai Fidéle à la fin de ſes jours ;
Sans effuyer du fort le caprice & l'outrage ,
Sans craindre du Démon la malice & la rage
Son amé avec plaifir quitte fon corps mortel
Et s'envôle au féjour du repos éternel.
70 MERCURE DE FRANCE.
1
302 303 304 305 306 307 30-506 307 304 305 306 302 30
LETTRE de M. de Tollot , à un Etudiant
en Pharmacie , à Genève ce 24
Janvier 1747.
Ous me donnez , Monfieur , une
V grande tâche , en me priant de répondre
à toutes vos queſtions ; il faut bien
que vous comptiez fur ma complaifance
& fur mon loifir.Hé bien, pour vous montrer
que je n'en manque pas , je vais vous
fatisfaire . J'ai votre lettre devant les yeux,
& pour ne pas jouer aux propos rompus ,
j'y répondrai article par article , & avec
franchiſe.co
Vous me demandez d'abord par quelles
études vous devez commencer ; cela, felon
moi , n'eft pas problématique ; dans le but
que vous vous propofez , rien ne vous convient
mieux. que de préluder par la Botanique
; cette varieté de Plantes , rangées
avec ordre & fymmétrie , forme un coup
d'oeil très agréable ; l'attention que chacune
d'elles exige , eft foutenue par la diverfité
de leurs couleurs , par les ufages que le
hazard & l'expérience a fait découvrir
par la figure de leurs fleurs , qui fervent à
les diftinguer & à les caractériſer , car mal-
>
MAR S. 1747. 70
gré la varieté de leurs nuances , il eft aifé
de voir qu'elles font de la même famille ;
on fe plaît à contempler cette multitude
de Plantes , d'Arbriffeaux & d'Arbres, qui
vient , en quelque forte , fe ranger d'ellesmême
fous un petit nombre de claffes &
de genres. On affujettit ainfi à certaines
regles , cette multiplicité d'efpeces que la
nature, avoit femées avec confufion fur la
terre ; la mémoire foulagée en retient
plus aifément les noms & les qualités
quelques-unes d'elles nous rappellent avec
plaifir des hommes illuftres que l'eftime
& la reconnoiffance ont immortalifés . Les
noms des Fagons , des Tourneforts , des Bignons
, &c. dureront auffi long-tems que
des Plantes dont de célebres Botaniftes les
ont fait les parains. Ces Monumens, quelques
fragiles qu'ils paroiffent , font
dant plus durables le marbre & que
l'airain.
que
1
cepen-
Après avoir contemplé cette vaſte
perfpective de Plantes de tout genre & de
tout pays , je vous confeille , Monfieur ,
de vous réduire à l'étude d'un petit nombre
* M. Tournefort compte 14 Claffes, qu'il range
fous 673 genres , qui comprennent fous eux
8846 elpeces de Plantes , foit de Terre , foit de
Mer. On en a découvert dans Niffors un plus
grand nombre,
44
72 MERCURE DE FRANCE.
de Plantes ufuelles . A quoi nous fert , en
effet , de fçavoir les noms de plufieurs
Plantes , dont on ignore les proprietés , &
qui , étrangeres chés nous , femblent regretter
leur patrie par leur abattement &
le changement de leur port & de leur figure
? Laiffons à l'Amérique & aux Indes
ce qui leur appartient , & qui n'eft peutêtre
déftiné qu'aux befoins & aux maladies
de leurs habitans , & ce qui feroit un vrai
luxe pour nous. Nous fommes affés riches
de notre propre fond ; il ne nous reſte
qu'à le bien cultiver & à faire ufage de ce
que nous poffedons. Après l'étude de la
Botanique le préfente naturellement celle
de la matiere médicale ; étude bien
importante , puifqu'elle eft en quelque
forte le fondement de la Médecine pra
tique ; rien donc n'eft plus néceffaire à un
Pharmacien que de bien connoître les
Drogues , leurs differentes efpeces , les
fraudes dont l'avarice fe fert pour les falfifier
, leurs dofes , & les moyens de les
préparer, mais il n'eft peut-être pas moins
utile de connoître les Drogues , qui n'ont
befoin pour toute préparation que d'être
cueillies à propos , bien fechées & bien
choifies. Ce feroit en vérité dommage ,
comme le dit M. de Fontenelle , d'employer
l'Art à gâter la Nature,
Cette
MAR S.
73
1747 .
Cette fcience appartient principalement
au Pharmacien , & elle doit faire le fondement
de fa profeffion , autrement il travaillera
en aveugle fur un fujet qu'il ne
connoît point ; de -là combien de bévûës
& d'équivoques? on placera au hazard une
drogue pour une autre , ou l'on préférera
une mauvaiſe à une bonne ; vous vous fouvenez
, fans doute,de l'hiftoire tragique de
la malheureuſe Marquife de Ganges , que
fon beau- frere força à prendre du poifon ,
vous vous rappellez que lorfqu'elle fe fut
échappée de les mains , on lui fit avaler de
la thériaque pour contre-poifon , mais cette
ignorance lui coûta cher , le prétendu
reméde ne fit qu'augmenter par fon âcreté
la force & la violence du mal qui étoit
caufé par un poifon corrofif; dans ce cas
rien de meilleur que les adouciffans , comme
l'huile & le lait ; il faut réferver la thériaque
& le mithridat pour les poifons coagulans
, tels que font le venin de la Vipere
& des autres animaux venimeux . Il y a peu
de maladies aufquelles la Providence n'ait
fourni quelques remédes propres & efficaces
, mais il s'agit de les découvrir & fur
tout de les appliquer à propos ; c'eft cette
connoiffance qui diftingue le Médecin &
l'Apoticaire de l'Empirique & du Charlatan.
Quelles obligations les hommes n'ont-

74 MERCURE DE FRANCE.
ils pas à une profeffion qui leur affûre , en
quelque forte , la fanté du corps & celle de
l'efprit, qui y eft ordinairement attachée ?
Voilà vos Cours avancés , mais il vous
refte le Cours de Chymie , & vous n'êtes
pas homme à le négliger. Quoique la Chymie
foit mieux cultivée en Allemagne
qu'elle ne l'eft en France , cependant vous
trouverez à Paris de très -bons Artiſtes,
Quel plaifir n'aurez - vous pas de foumettre
les mixtes à votre examen & à votre
analyſe , de les décompofer & de pénetrer
jufqu'à leurs principes les plus intimes
? Ne vous flatez pourtant pas de découvrir
tous les myfteres de la nature , &
de la prendre, en quelque forte , fur le fait,
les élémens des fubftances échapperont
toujours à votre travail & à vos recherches.
Ce qui donne , pour ainfi-dire , l'ame
& la vie aux corps naturels , eft trop fubtil
pour fe laiffer faifir ; le feu le déguife ou
le diffipe. Diſtillez une Roſe , une Vipere ,
réiiniffez tous les principes que le feu
vous donne , vous ferez bien loin de retrouver
la Vipere ou la Rofe , lenoeud eft
rompu , vous n'aurez que des membres
groffiers & informes ; l'affemblage détruit
ne fçauroit fe rétablir . Celui qui a fait le
méchanifme eft feul capable de le repro-
' duire. Vous ne voyez plus qu'une tête
MARS.
75
1747 .
morte ; ce qu'on appelle improprement
efprits , n'eft qu'un fouffre raréfié , un acide
divifé dans le phlegme ; ce qu'on
nomme improprement fel fixe , fel acide ,
fel alkali , fel neutre , devient tel par la
torture où il a été expofé , par le different
degré de calcination qu'il a reçu , & par
le mêlange que l'on en a fait . Ainfi l'art
de la Palingénéfie , par lequel on prétend
recréer, en quelque forte , une ſubſtance
qui avoit été détruite , eft un art trompeur
& chimérique. Vanini , accuſé d'Athéilme,
prétendit fe juftifier , en montrant une
paille , comme une preuve démonſtrative
de l'exiftence d'un Dieu. Il avoit raifon :
T'homme peut la brûler , la mettre en
cendres , mais il ne fçauroit la reproduire.
A la vérité on a trouvé depuis peu un
moyen d'analyfer les mixtes avec plus de
fimplicité , & fans le fecours du feu : on
fe fert , pour cet effet , de fon contraire, de
l'eau : elle opére plus lentement , mais elle
déchire moins les fubftances ; les principes
qu'on en tire font plus purs & plus naturels
, mais cette méthode eft imparfaite à
plufieurs égards ; elle eft infuffifante pour
un grand nombre d'opérations ; il s'en faut
beaucoup qu'elle ne donne tout ce qu'on
cherche. Les mixtes lui réfiftent , ils ne s'ouvrent,
& ne donnent leurs fecrets que lorfqu'ils
y font forcés. Dij
76 MERCURE DE FRANCE .
Vous vouliez , Monfieur , que l'on vous
traçât un plan , & le voilà tout dreffé ;
vous n'aurez pas de peine à le fuivre , aimant
votre Profeffion , & vous faiſant un
point d'honneur de vous rendre propre à
l'exercer avec fuccès . Ce n'eſt pas une petite
affaire ; un bon Pharmacien eſt bien
digne de l'eftime & de la confiance du
public , quand il a des talens , des lumieres
, mais far- tout de la probité ;
cette qualité , felon moi , eft la principale
, & je voudrois que l'on entât
fur celle-ci toutes les autres. Mais combien
voyons- nous de gens qui font de cette
Profeffion un vil métier ; qui n'ont.en
vûe qu'un gain fordide , & qui obtiennent
par leurs brigues & par leurs cabales ce
qu'on refufe au mérite & aux connoiſfances
, gens dont la funefte jaloufie ferme
tous les paffages à l'établiffement d'un honnête-
homme ? Ce n'eft pas tout , puifque
vous m'avez pris pour votre Directeur , je
voudrois encore que vous fiffiez un Cours
d'Anatomie , non pour vous ériger en
Médecin , n'y étant pas appellé , & ayant
d'autres devoirs à remplir ; la Botanique ,
la Chymie , & la Pharmacie , font plus
que fuffifantes pour vous occuper , mais
pour avoir une idée générale de la ftructure
du corps humain , il me femble que
MARS. 77 1747.
cette étude appartient à tout le monde ; il
eft honteux que nous connoiffions moins
notre propre corps que la terre que nous
habitons , & que nous foyons , en quelque
forte , étrangers chés nous . On fait ici de
tems en tems quelques diffections anatomiques
, mais comme il n'y a point de démonftrateur
établi , cela fe fait peu regulierement
& affés à la legere . J'ai fouvent
propofé une chofe , qui ne feroit pas moins
utile ; ce feroit d'avoir un jardin de Plan- .
tes ufuelles ; nos montagnes en fourni
roient beaucoup , de très belles , & de
très-falutaires. Meffieurs les Profeffeurs de
Jufficu, Bianchi , & Haller , ont eû la bonté
de m'offrir , à ce fujer , des avis & des
fecours , bien propres à nous encourager :
on pourroit y joindre un petit laboratoire
pour la Chymie. La Phyfique expérimen
tale & l'Histoire naturelle en tireroient de
grands avantages , ces obfervations feroient
plus utiles que la découverte de l'électricité
& celle du Polybe que l'on multiplie
en le divifant.
Toutes les Sciences fe prêtent la main ;
veut-on les faire fleurir ? il n'en faut négliger
aucune. Marquer de la prédilection
pour les unes , à l'exclufion ou au préju
dice des autres , c'eft faire tort à celles
même en faveur de qui l'on fe déclare.
Diij
78 MERCURE DE FRANCE.
Après tout , de la maniere dont les hom
mes fe conduifent aujourd'hui , la Médecine
ne leur eft pas moins néceffaire que le
Droit. On ne peut s'empêcher de rire
des contradictions dans lefquelles on
tombe tous les jours ; on regarde la
fanté comme le plus grand.de tous les
biens , & l'on néglige les moyens de la
rétablir . On court , avec avidité , à tous
les remédes nouveaux ; on donne dans tous
les piéges que tendent les Charlatans &
les Empiriques , & l'on ne fait rien pour fe
procurer des Médecins fages , éclairés &
expérimentés.
Mais n'en avons-nous pas de tels dans
notre Ville ? oiii , Monfieur , graces à Dieu,
& aux autres Académies. Mais je voudrois
bien que nous ne fuffions pas réduits à
chercher loin ce que nous pourrions trouver
plus près : cela fait qu'on oublie aifément
ce qu'on a appris , & qu'on s'en tient
à un aveugle routine. Je connois des Médecins
à formules , qui ne fortent jamais
du cercle qu'elles leur prefcrivent ils
pourroient dire , graces à Dieu , je n'ai jamais
lû ni Boerhaave , ni Hyppocrate.
:
Que l'on ne s'entête d'aucun fyftême ,
à la bonne heure , mais comme les obfervations
varient dans des cas qui paroiffent
femblables , je voudrois que l'on joiMARS.
1747 . 79
gnit le raifonnement à l'expérience : le
pronoftic ne fçauroit être fûr , fi l'on ne
réunit ces deux chofes ; fans elles , on décide
au hazard & l'évenement répond rarement
à la prédiction . J'ai vu un Médecin
décider qu'un malade étoit hors de
danger , & le même malade mourir deux
heures après. La mort n'étoit- elle pas bien
hardie de donner ainfi le démenti à un
vieux Docteur :
fi
Quelquefois auffi le Médecin , efclave
de fa routine , fait des ordonnances avec
peu de goût , & connoît fi peu la matiere
Médicale , que les drogues , dont il
ordonne le mêlange , font furprifes de fe
trouver enſemble : il s'imagine qu'il n'a
qu'à commander , pour que l'une fe transporte
d'abord à la tête , & l'autre au basventre.
Dans le choix des Médicamens
il prend pour femblable ce qui ne l'eft
point , fans faire attention que toutes les
drogues ont des proprietés particulieres ,
& que dans la Médecine , il y a moins encore
de fynonimes que dans la Langue
Françoife .
Heureux fi là comme ici , on s'en tenoit
à une belle & noble fimplicité ! on eft
fortuné , lorfque par hazard le reméde ſe
trouve plus habile que le Médecin . J'aime
Diiij
80 MERCURE DE FRANCE.
encore mieux un Docteur qui s'en tient
à la méthode de fes peres , & qui eft trop
timide pour fortir du cercle qu'ils lui ont
tracé , qu'un autre qui fe plaît à fe frayer
des routes nouvelles ; qui pour acquerir
de la réputation , donne dans des effais téméraires
& fe jouë ainfi de la fanté & de
la vie de ſes malades . Ne feroit- ce point
eux qui ont voulu mettre en crédit le
Kermés mineral , dont on s'étoit , avant eux ,
fibien pallé ,la Teinture minérale d'Hoftman ,
acide corrofif & brûlant , dont toutes les
recettes varient , & dont nous ignorons.
quelle eft la véritable ? Rien n'eft plus frivole
& plus dangereux que ces titres brillans
& ces pompeufes chiméres. Je vous
affure., Monfieur ; que tous ces effais ont
tué plus de gens que l'épée & le canon ;
c'eft beaucoup dire , mais ce n'eft pas trop .
Après tout , l'immortalité feroit un trèsgrand
mal pour la plupart des hommes ;
elle ne feroit que perpétuer leurs paffions
& leurs chiméres. Vivent les Médecins
qui n'ordonnent que de l'eau. & de la limonade
: du moins laiffent-ils agir la nature
, au lieu que les autres femblent vouloir
lutter contre clle ; elle a à furmonter
également & le mal & les remédes . Parlons
franchement ; avoüons qu'on pour

MARS. C 1747... 8r
roit retrancher les trois quarts des compofitions
de Pharmacie , fans que le public
y perdit rien. A la vérité , l'interêt & la
charlatanerie qui ont introduit tout ce
fatras y perdroient beaucoup. Le bien
public , éclairé par la raifon & par l'expérience
, devroit les bannir pour jamais.
C'est s'enrichir véritablement , que de fup.
primer ce qui eft de mauvais aloi , pour
n'avoir que de bonne monnoye. Je préfere
un petit nombre de livres bien choisis à
une vafte Bibliothèque qui remplit la tête
de fatras , aux dépens du jugement , &
qui charge la mémoire fans éclairer
Fefprit
Ne croyons pas que notre fanté dépende
de tant de chofes : je connois un
jeune Médecin , très- aimable , qui guérit
admirablement les vapeurs , fans toutes
ces fariboles que la Médecine a inventées
: j'entends les vapeurs des jolies femmes
, car les hommes fe font avifés , depuis
peu, d'en avoir auffi , & ce n'eft pas la feule
chofe qu'ils ayent emprunté d'elles . J'ai
auffi connu à Paris un célébre Docteur qui
fe trouvoit fort bien d'ordonner le vin ;
c'eft en effet un excellent cordial ; pour
prouver fon efficace , il bûvoit une bouteille
de Bourgogne , pour chaque palette
D v
82 MERCURE DEFRANCE.
de fang qu'il faifoit tirer à ſes malades , il
falloit bien le réparer ; je vous affûre que
cette méthode n'eſt point mauvaiſe : il faut
bien que le Médecin vive , pour empêcher
fes malades de mourir..
, on
Il n'y a que deux voies pour parvenir ,
l'une de fe rendre utile par fon application-
& fes connoiffances , l'autre de fe rendre
agréable , en flatant les inclinations des
hommes celle- ci eft certainement la plus
facile , & peut- être la plus fûre
échouera prefque toujours avec la premiere
, fi on ne s'aide d'un peu de manége,
& fil'on n'a l'adreffe d'écarter fes concurrens
; quand le mérite vous fera ombrage
, faites vîte contre lui une bonne
levée de bouclier , & tâchez de l'écrafer .
Un fot ne fçauroit nous faire concurrence,
& fa fottife le met en fûreté : fur-tout réfolvez-
vous à devenir Charlatan ou à mourir
de faim. Mais , direz- vous , il y a des
Loix qui répriment les Charlatans , mocquez-
vous de cela ; les hommes ont befoin.
d'être dupés , ils veulent l'être , & c'eft les
fervir que de les tromper. Si vous ne pouvez
pas forcer la barriere , il faut faire
comme les Empiriques , & fauter par deffus.
Si vous mettez l'opinion de votre
côté, & que vous ayez l'art de gagner
MARS. 1747 .
$3
t
Fimagination de vos malades , en remplif
fant votre bourſe , vous guérirez bien des
maladies , parce que la plupart n'ont rien
de réel , & qu'un Charlatan qui plaît &
qui a la confiance de fon malade , eft plus
fûr de rétiffir qu'un Médecin qui n'a en fa
faveur que fon fçavoir , fon expérience &
fa probité ; & ne craignez point que les
Charlatans perdent jamais leur crédit , les
fages crieront toujours contre eux , mais
les fous , qui font certainement le plus
grand nombre , s'en ferviront toujours.
Un art qui eft fondé fur l'ignorance & la
crédulité des hommes , a des fondemens
bien folides. Ainfi , croyez -moi , furmontez
l'antipathie que vous fentez
pour les
Empiriques & les Charlatans ; flatez - les , .
entendez -vous avec eux ; procurez - leur
- des malades , ils vous fourniront des ordonnances.
>
Je viens à préfent à votre derniere
queſtion , & j'avoue que vos fcrupules me
paroiffent fondés ; vous ne voulez pas ,
dites-vous , autorifer , par votre exemple
la définition de Richelet , qui définit un
Apoticaire , un animal qui fait de groffes
parties , mais il devoit ajouter que la plûpart
de ceux qui les payent , font auffi des
animaux très-peu équitables , qui promettent
beaucoup & ne tiennent rien . Le
D vj
84 MERCURE DE FRANCE.
Public n'a prefque point d'égard aux foins
& aux travaux d'une Profeffion pénible
& defagréable : on confidére uniquement
le prix des drogues , fans confidérer l'att
de l'ouvrier , & la façon qu'il y met : la
forme eft fouvent plus précieufe que le
fond. On ne veut pas voir que cet art lui
a coûté beaucoup à acquérir , qu'il ne
l'exerce pas fans dépenfe , & que pour
faire certaines opérations de Chymie , il
faut que l'Artifte expofe fa fanté & quelquefois
fa vie. Combien de faux frais !
Combien de compofitions qui ne fervent
que de parade , & qu'il faut pourtant
avoir ! Combien de drogues & de préparations
qui vieilliffent , & qui font perdues
pour le proprietaire ! tout cela coûte : il
faut bien que ce qui fe vend compenfe ce
qui ne fe vend point . Après tout un Pharmacien
n'eft pas un manoeuvre , il faut qu'il
gagne affés pour vivre felon fon état &
fa condition . Voilà , Monfieur , de quoi
lever vos doutes , mais fi une confcience
auffi délicate que la vôtre ne veut pas fe
ployer à l'ufage , elle peut effayer de le
reformer , il ne tiendra qu'à vous de faire,
des comptes au juſte , mais je vous avertis
que vous aurez bien de la peine à diffiper
le préjugé il eft terriblement enraciné :
vous aurez beau marquer de la bonne foi ,
MARS. 1747
81
:
&.vous borner à un profit très-médiocre
vous n'avancerez rien , on croira toujours
que vous gagnez les trois quarts ; on voudra
rabattre , & vous en ferez infailliblement
la dupe heureux fi vous n'y êtes
que pour la façon & vos peines , & qu'après
beaucoup de foins & de travail vous
ayez enfin , & après plufieurs années d'attente
, ce que vous avez débourfé ! Voulez-
vous n'avoir rien à vous reprocher ,
& n'être pas la victime de l'opinion : fai
tes , j'ofe le dire , comme moi ; conformezvous
à l'ufage , puifque રે vous y êtes forcé
mais ne tendez des piéges à perfonne , &
foyez affez équitable pour rendre le furplus
à ceux qui font affés généreux pour
ne rien rabattre.
Voici une longue lettre ; j'ai bien prévû
que vos questions me meneroient plus
loin que je ne voulois aller , mais mon
amitié pour vous ne me permet pas de
vous rien refufer. J'ai répondu à toutes
vos queftions , excepté à une feule . Il s'agit
de fçavoir s'il eft pernis de donner des
remédes , ne fçachant comment ils operent ,
& pour des maladies dont on ignore la
cauſe : mais cette tâche n'eft pas la vôtre ;
croyez- moi , .laiffez la folution de ces pro- .
blêmes au Médecin ; la caufe de la plupart
des maladies nous eft cachée , parce qu'il
$6 MERCURE DE FRANCE.
nous importe peu de la connoître , mais il
nous importe beaucoup de les guérir , & la
Providence nous a fourni des remédes ;
tout ce qu'elle exige de nous , c'eft de les
bien choisir , de les bien préparer , de les
proportionner à nos forces & de les appliquer
à propos. Le progrès du mal eſt
trop rapide & trop cruel ; la marche de la
raifon eft trop lente & trop incertaine pour
s'en repofer entierement fur elle du foin
de la guérifon . La Providence y a pourvû ;
contentons- nous des dons qu'elle nous
fait , fans nous inquieter de ce qu'eHe dérobe
à nos connoiffances .

A Mad. C✶✶✶ furfes vapeurs.
REtirez- vous d'ici , vapeurs empoiſonnées ;
Sources de troubles , de terreurs ,
Et laiffez couler nos années
Dans un repos plein de douceurs .
Sur les jours que le Ciel nous laiſſe
Vous répandez une fombre trifteffe
Et vous les femez de douleurs.
Votre venin fatal infecte notre vie.
Triftes fruits de l'humanité ,
Jufques dans le fang de Julie
MARS.
87 1747.
Vous portez la malignité.i.
Hélas ! fans vous fon fort feroit digne d'envie ;
D'une aimable tranquillité
Elle goûteroit tous les charmes ;
Son coeur joüiroit fans allarmes
Des dons de la profpérité.
Chés elle les plaiſirs ſe trouvent fans foiblefley
Et d'un badinage inventé
Par l'efprit & la politeſſe ,
Sans fe piquer d'austérité
On goûte la délicateffe.
3
Dans l'honneur & la probité
On fait confifter la nobleffe.
On rit de l'imbécillité
D'un fou plongé dans la molleffe
Qui ne nourrit fa vanité
Que du clinquant de la richeffe
De juftice & de vérité
On compofe fa pieté ,
Mais l'on détefte la fineffe
D'un Dévot dont l'air affecté ,
Sous le mafque de la ſageſſe
Déguiſe fon iniquité .
Quand on fçait bannir la trifteffe,
Qu'on fait tout avec gayeté ,
Des heureux jours de la jeuneſſe
9 MERCURE DE FRANCE.
On paffe à ceux de la vicilleſſe
Sans en fentir l'infirmité ,
Et l'on jouit prefque fans ceffe
Du doux tréfor de la fanté.
O vous , célebre ami , d'une illuftre famille ,
" vous délicat Pavillon ,
Vous qui fur un fi noble ton
Sçaviez fi bien louer & la mere & la fille ,
Que ne puis-je de vos accens
Imiter les graces légeres !
Je célebrerois dans mes chants ,
Non pas des beautés paffageres
Mais l'efprit , les vertus fincéres
Le bon goût & les fentimens
Qui vous charmoïent jadis dans l'aimable Julie ,
Et qui refpectés par l'envie ,
Font de ces lieux les plus beaux ornemens,
MARS. 89 1747.
TZKEREKEKERE<
DISCOURS prononcé par le Lord Arthur
Balmerino , fur l'échauffant où il a été
décapité le 29. Août 1746. *
" Ai été élevé dans les principes contraires
à la révolution qui a enlevé ce
Royaume à fes Maîtres légitimes , & je
crois avoir donné des preuves convaincan
tes de mon attachement à cos principes,
Je dois avouer que j'ai fait une faute confidérable,
( dont je fuis pénétré de douleur )
en acceptant un Régiment d'Infanterie
au fervice de la Princeffe Anne , car je reconnois
que cette Princeffe n'avoit pas plus
de droit au Trône , que fon Prédéceffeur
le Prince d'Orange , que j'ai toujours regardé
comme un odieux ufurpateur.
Pour réparer cette faute , autant qu'il
étoit en moi , je me fuis joint au Roi lorfqu'il
vint autrefois en Ecoffe , ** & quand
fes affaires furent entierement défefperées ,
je m'échappai de ce Royaume , & je demeurai
dans les pays étrangers jufqu'en
1734. Au commencement de cette année
* Ce difcours a étéimprimé il y a plusieurs mois dans
une Gazette Angloife..
** En 1715.
go MERCURE DE FRANCE.
je reçus une lettre de mon pere , qui me
furprit beaucoup. Il me mandoit par cette
lettre qu'il avoit obtenu.du Gouvernement
la promeffe de ma grace. Je me trouvai
fort embarraffé ; j'étois alors dans le
Canton de Berne en Suiffe , & je n'avois
perfonne à qui je pûffe demander confeil .
Je pris le parti d'écrire au Roi , qui étoit
à Rome , & j'affûrai fa Majefté que cette
promeffe avoit été obtenue fans que je la
demandaffe , & même fans que j'en euffe
Connoiffance , & que je ne recevrois jamais
ma grace prétendue fans le confentement
de fa Majefté. Je reçus peu de tems après
une lettre écrite de la propre main du Roi ,
par laquelle ce Prince me permettoit de retourner
en Angleterre , & m'ordonnoit de
prendre chés fon Banquier , en paffant par
Paris , l'argent dont j'avois befoin pour
faire mon voyage , & que je reçus en effet.
Lorfque Son Alteffe Royale eft venue à
Edimbourg , je l'ai joint auffi-tôt , comme
an devoir indifpenfable m'y obligeoit. Il
eft vrai que j'aurois pû m'excufer de prendre
les armes fous prétexte de mon âge
mais ma confcience n'auroit pû être en
repos , fi j'étois demeuré tranquille chés
moi , dans un tems où ce Prince rempli de
courage , s'expofoit nuit & jour à toutes
fortes de dangers & de fatigues : les terMARS.
1747. 91
mes me manquent quand je veux parler
de ce Héros. Je ne me fens point capable
de peindre fon caractére , & j'en laiffe le
foin à de plus habiles que moi qu'il me
foit feulement permis de dire que la douceur
incomparable de fon naturel , fon
affabilité , la compaffion , fa juftice , fa
tempérance , fa patience & fon courage ,
font des vertus qui fe réuniffent rarement
en une feule perfonne , & qu'en un mót ,
il ne manque d'aucune des qualités neceffaires
pour former un grand homme ;
qu'on me permette auffi de dire que par
tour où j'ai commandé , je n'ai jamais fouffert
qu'on commît aucuns défordres , comme
le peuvent affùrer les domeftiques du
Duc de Beuchlengs , à Taft- park , & ceux
du Comte de Finlaters à Cullin . Je puis
auffi en prendre à témoin Mr. Late Miniftre
, & Meffieurs Rofe & Nairn , auffi
Miniftres , qui m'ont honoré de leurs vifites
dans le tems que j'étois prifonnier à
Inverness ; enfin la même chofe peut être
attestée par les domestiques du Lord Préfident
au Château de Culloden , & par un
grand nombre d'autres , ce qui me remplit
d'une grande çonfolation en ce moment ,
oùje vois le billot fur lequel je fuis prêt à
laiffer ma tête , & quand même je n'aurois
pas été porté par mon inclination naturelle
02 MERCURE DE FRANCE.
à protéger tout le monde ,autant qu'il étoit
en mon pouvoir , il auroit été de mon interêt
d'en agir ainfi , car fon Alteffe
Royale a toujours cû en horreur ceux qui
étoient capables de caufer le moindre dommage
à aucuns des fujets du Roi fon pere ,
de quelque parti qu'ils fuffent.
Depuis que je fuis à la Tour , j'ai appris
qu'on avoit répandu un bruit odieux , qui
a été même imprimé dans quelques papiers
publics , que fon Alteffe Royale
avoit donné ordre avant la bataille de
Culloden , de ne faire aucun quartier à
l'ennemi . Un pareil ordre auroit été ſi
contraire au Chriftianifme , & au caractére
de ce généreux Prince , que tous ceux qui
le connoiffent ne pourront le croite ; il
feroit fort étrange , fi fon Alteffe Royale
avoit donné de tels ordres , que ni le
Comte de Kilmarnock , qui étoit Colonel
du premier Régiment de fes Gardes à pied ,
ni moi , qui étois Colonel du fecónd Régiment
de ces Gardes , ne les euffions pas
reçus , particulierement le matin du jour
de la bataille , lorfque nous étions chacun
à la tête de nos quartiers. Je fuis convaincu
que nos ennemis ont femé · malicieufement
ce bruit infâme , pour s'excufer
du carnage horrible qu'ils ont fait de fang
froid après la bataille : durant le tems de
,
MARS. 1747.
93 .

ma prifon le Major With & Mr. Fouler
m'ont honoré plufieurs fois de leurs viſites,
& m'ont traité d'une maniere fi, obligeante
, que je ne puis leur en exprimer affés ma
reconnoiffance , Mais je fuis fâché de n'en
pouvoir pas dire autant du Député Williamfon.
Il m'a traité avec barbarie , quoiqu'il
m'ait encore plus menagé qu'il n'a
fait autrefois l'Evêque de Rochefter. J'aurois
prié pour lui , comme faifoit autrefois
David , ( Pfalm. 139. verf. 5-14. ) i je
n'en avois été détourné par les confeils
d'un vertueux Ecclefiaftique . Je pardonne
à Williamfon , & à tous mes ennemis .
J'efpere avoir prouvé que je veux mourir
en paix avec tout le monde , car je reçus
hier la Sainte Euchariftie de la main d'un
Prêtre de l'Eglife Anglicane. Je meurs dans
la Communion de cette Eglife , & dans
l'union avec l'Eglife Epifcopale d'Ecoffe.
Je finirai par une courte priere.
>
Dieu tout-puiffant , je vous fupplie
humblement de bénir le Roi , le Prince ,
le Duc d'York , & tous les Sujets attachés
à la Famille Royale . Rempliffez-les de
votre Efprit faint , enrichiffez les de votre
grace célefte , & après les avoir comblés
de bonheur en ce monde , conduifez -les
à votre Royaume éternel . Je recommande
auffi à votre bonté paternelle tous mes
94 MERCURE DE FRANCE .
bienfaiteurs , & tous les fidéles partifans
de la caufe pour laquelle je vais fouffrir.
Rendez- les heureux en ce monde & en
l'autre , je vous le demande par les mérites
de J.C. & j'ofe vous en ſupplier, en me ſervant
de fes propres paroles , Notre Pere
qui êtes aux Cieux, &c.Seigneur , rétabliſfez
mon Roi, protegez mes amis, pardonnez
à mes ennemis & recevez mon ame.

REPONSE à M. de L.
LA plus vive amitié pour toi fe fait entendre ;
Tu ne peux, cher Tircis , en concevoir l'ardeur ;
Non , jamais d'une voix plus tendre
Elle ne parla dans mon coeur ,
Mais quand je fuis de feu , tu ne fens que froideur;
L'amour ſeul occupe ton ame ;
C'est lui qui te meut , qui t'enflâme ,
Et tu n'écoutes que fa voix.
Efclave des plus dures loix ,
Ton coeur chérit la fervitude ,
Et pour plaire à l'objet dont il a fait le choix ,
Nul foin ne te paroît trop rude.
Les Vers , l'Eloquence & l'Etude
N'ont plus pour toi cette douceur
Dont tu m'as fi ſouvent vanté l'atrait flateur ;
MARS.
$ .
1747.
Dans tesyeux égarés on lit l'inquiétude ;
Abfent d'Amarillis tu prens un air rêveur
Ton ame en proye à la langueur
Ne cherche que la folitude.
Corneille , Racine & Boileau ,
1
¿
A tes yeux ont perdu ce qu'ils avoient de beau ;
Et tu laiffes dans la pouffiere
Boffuet , Fenelon , Rouffeau .
Pour te dérober lå lumiere 2.
1 femble que l'amour t'ait prêté fon bandeau ;
Si le vice t'endort , que la vertu t'éveille ; .
A fa divine voix daigne ouvrir ton oreille .
Que ne puis-je , rompant le charme féducteur
Qui de la volupté te cachoit la laideur
Sous une trompeuſe apparence ,
Te rendre , cher ami , cette aimable innocence
Qui feule fait notre bonheur !
Aux dépens des vrais biens faut- il fe fatisfaire ?
Quand l'honneur a parlé , le penchant doit ſe taire,
Faut-il pour jouir des plaifirs
Se livrer à tous les défirs ?
C
Quoi qu'Ovide en ait dit , l'amour n'est qu'une
yvreffe
Dont le coeur eft trop agité ,
Et qui montre notre foib effe,
La paiſible amitié n'a pas moins de tendreffe ;
Mais a plus de folidité,
96 MERCURE DE FRANCE.
Tout ce qu'approuve la ſageſſe
Affure la félicité .
Ainfi donc , cher Tircis , que ton ame égarée
De l'aimable vertu pratique la leçon.
L'homme vivroit encor fous le regne
Si le vice odieux n'infectoit fa raiſon,
Aviliffant ce que nous fommes ,
d'Aftrée ,
Il féduit , il corrompt , il dégrade les hommes.
Mais ne vas point auffi trop follement épris
De l'éclat féduifant d'une vaine fumée ,
Eternifer par tes écrits
Ton amour pour la Renommée,
Rien n'eft plus dangereux qu'un nom trop tôt
connu ;
1
Dès que la nouvelle eft femée ,
Qu'au pied du Mont facré vous êtes parvenu ,
Soudain de mille Auteurs la troupe envenimée ,
Pour vous mieux décrier vous prête des travers ,
Et du plus noir venin dont l'envie eft armée,
Leur effain infecte les airs.
Jouet d'une fotte manie ,
Et conduit par la vanité ,
Faut- il donc immoler fon repos & ſa vie,
Pour goûter l'immortalité ,
Qui par la mort nous eft ravie ?
Faut- il pour obtenir de l'encens , des Autels ,
Sous un joug rigoureux affervir fon génic
FautMAR
97 A
S..
1747.

Faut-il étaler fa folie
Pour rendre fages les mortels ?
Je place le bonheur au- deffus de la gloire ;
Mars ne me verraa . point marchant fous les dra
G
peaux ,
Et de pleurs & de fang faire rougir les eaux .
Sylla par fes forfaits fignalant fa victoire ,
N'eft pour moi qu'un objet affreux .
Faut-il pour bri ler dans l'Hiftoire ,
Et pour graver fou nom au Temple de Mémoire ,
Faire d'illuftres malheureux ?
Malgré l'éclat qui l'environne ,
Je ne veux point d'une couronne
Qui pourroit troubler mon bonheur ;
Si l'on fentoit fa peſanteur ;
Elle ne tenteroit perfonne.
Le Trône très-fouvent s'écroule par fon poids,
Il eſt environné de foucis & de larmes.
Le fimple citoyen peut à l'ombre des loix ,
De l'étude goûter les charmes ,
Sur elle il peut regler fes moeurs ,
Et fermant l'oreille aux flateurs ,
Prendre la vérité pour maître.
Il peut de l'amitié connoître la douceur ,
Et s'attacher , plein de candeur ,
D'être fage en effet bien plus qu'à le paroître .
Toi , dont le Ciel comble les voeux ,
E
98 MERCURE DE FRANCE,
Que te faut-il de plus , Tircis , pour être heureux,
Si jamais un mortel peut l'être ? -
J.B. Tollot,
PENSEES Reflexions Moralesfur
divers fujets,
A Nobleffe cu un droit & the obli
gation d'avoir plus de mérite que les
autres.
11
Il y a des noms difficiles à remplir ,
dont la chûte accable ceux qui ne les peuvent
porter,
La nobleffe du fang eft l'ouvrage de la
créature , celle du mérite eft celui du
Créateur.
Le vice ne fait pas reffembler le vulgaire
aux grands hommes , mais les grands hommes
au vulgaire.
Il faut avoir dans le bonheur la modef
tie d'un homme malheureux , & dans le
malheur l'affûrance d'un homme heureux.
Etre civil envers fes Supérieurs , c'eft
MARS.
1747. 99
efprit , avec fes égaux , honnêteté , envers
fes inférieurs , c'est bonté , & envers tous,
c'eſt devoir.
La confolation d'un malheureux eft de
mérité de l'être .
n'avoir pas
Nous accufons quelquefois le malheur ,
& quelquefois le malheur nous accufe.
On ne peut être plus à plaindre , que
de n'être plaint de perfonne.
Il eft glorieux d'être connu des malheu
reux plutôt par fes fecours que par fa
perfonne.
La générofité ne peut aller plus loin
que d'obliger pour le feul plaifir qu'il y a
d'obliger.
Le tems qu'on perd à ſe réfoudre , n'eſt
pas un tems perdu.
Il faut beaucoup de fageffe dans le bonheur
, beaucoup d'égalité dans les deux
fortunes , beaucoup de mefure à punir ,
beaucoup de générofité à fecourir , beaude
fermeté dans l'occafion , beaucoup
de modeſtie à donner , beaucoup de prucoup
E ij
100 MERCURE DE FRANCE .
dence à prendre confeil , & autant de
promptitude à exécuter , que de lenteur à
fe déterminer,
L'alliance de l'efprit & du coeur eft difficile
.
Le vifage tient fouvent le parti du coeur
contre l'efprit..
Il femble que les yeux , les levres , les
bras & tout le corps ont un langage particulier.
Le ton de voix fignifie même quelque
chofe. L'excellence de l'efprit eft de
ne leur faire dire que ce qu'il veur .
On eft vengé du moment qu'il ne tient
qu'à nous de l'être.
Il faut faire dans l'occafion des actions
d'éclat qui répondent de celles qu'on ne
yoit pas.
Il faut de néceffité fe confier à ceux qu'on
employe.
La confiance aggrave l'infidélité , la dé,
fiance la justifie,
Les perfonnes fidelles cefferoient volonཏི
ཛྫུ
MA RS. 1747. for
tiers de l'être , pour ſe venger de ce qu'on
ne les croit pas. ukelela
La méchante opinion attire la haine des
bons coeurs , & la trahifon des mauvais.
Qui a du penchant à croire le mal , a du
penchant à le faire.
La défiance caufe la tromperie , & la
tromperie la défiance.
Le plus grand ennemi d'un homme foup-
Conneux eft lui-même.
Il faut s'abfenter pour fe donner du prix ;
on ne voit point croître un arbre qu'on
voit tous les jours.
On ne parle jamais d'une fortune furprenante
, fans parler du lieu d'où elle eſt
fortie.
L'humilité ne doit point faite tort à la
dignité qu'on remplitson n'eft ni tout entier
à foi , ni tout entier à fa dignité , de-même
que l'habit qui nous doit orner , & non
pás nous cacher entierement.
2: On envie moins ce que la naiffance donne
, que ce que le mérite a acquis.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
Les autres veulent bien oublier ce qu'on
a été , quand on a le foin de ne le pas oublier
foi - même.
3 ..
7
Jamais ce qu'on eft ne doit faire oublier
ce qu'on a été ; l'arbre conſerve dans
fon coeur le noyau dont il eft forti.
Reconnoître quelquefois fon néant, c'eſt
defcendre avec honneur ; y rentrer , c'est
faire une double chûte.
Le blâme & la loüange doivent exciter
la vertu .
Il femble qu'un bien qui vient tard , ne
vienne que pour ôter au mérite la gloire
d'avoir été malheureux pendant fa vie.
Remplir une dignité par obligation , eſt
un malheur qu'on ne doit point éviter.
Toutes les dignités ont un fardeau que
l'orgueil trouve léger .
Les emplois reffemblent au lierre qui
ruine la muraille qu'il femble parer.
Affecter de ne rien croire , eft le plus
mauvais caractére qu'on le puiffe donner.
MARS. 1747 103
On loüe fouvent des perfonnes dans le
deffein d'en offenfer d'autres.
La défiancé a des yeux malades , elle
voit tout criminel , comme le goût amer
fent tout amer.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
du Mercure de Février font manchon,
rafraichiffement , manufacture & linote. On
trouve dans le premier Logogryphe Mante
, car , charmes , Caen , Rhin , Céfar , chaife ,
marc , chére , chaire , Meſſine , chair , Mai ,
Mars, Carme , chat , mere , rare , France ,
İris , terre , Ris , Miſtére , mentir , chemife ,
Chine , Cain , tein , Arras , Ifaie , Mine
rime , cerife & mâtin . On trouve dans le
fecond Numa , ut , re , fa , Turc , Cafre ,
faner , arc , trace , Carme , nacre , manteau ,
farce , fumer , Cure , crâne , marc , marine
marteau , fer , fat , mante & feu. On trouve
dans le troifiéme , lit , note , Nik, lin &
Tien.
3
12 If
E iiij
104 MERCURE DE FRANCE.
UREDKA VAIDEDEDEDIAKAEDED
J
ENIGME
E fuis un être utile à l'Univers ;
J'y.caufe quelquefois de terribles revers.
Quoique feul, ceperdant on me voit chés le More
Jufqu'aux climats où naît l'Aurore.
Je fuis tout à a fois en mille endroits divers.
Il fuffit qu'on me voye ,
Tout s'anime , tout rit ,
Et tout eft dans la joye ;
Mais ne me voit on plus ? tout meurt, tout dépérit,
ENIGME EN LOGO GRYPHE.
J'Excite le plaifir dans l'ame ,
Et je vife toujours au coeur.
Plus d'un ,pour m'avoir vu,s'eft fenti tout de flâme,
Qui jufques-là n'étoit que glace & que froideur ;
Chacun à mon fort s'intéreffe.
Suis je dans la trifteffe ?
Je tire les larmes des yeux ;
Suis je dans l'allegreffe ?
Comme moi chacun eft joyeux.
A me venir voir on s'empreffe.
Les deux fexes de moi font leur amuſement .
MAR S. 1747. 195
Tout mon corps fe foutient fur cinq pieds feulement
;
Otez- en trois , je fuis un Fleuve d'Italie ,
Et j'enferme en mon fein un métal précieux ,
Mais qui cauſe beaucoup d'envie.
Dans deux un , quatre , trois , imperceptible
aux yeux ,
A l'airje fournis un paffage ;
Par un dernier effort , je deviens inftrument
A faire poudre , dont l'ufage
Eft fréquent chés les grands ,le peuple & le manant.
Vincent , de Rofnai en Champagne .
LOGOGRYP HE.
Ans le fiécle paffé , ce Roi dont la puiffance
Fit trembler l'ennemi fur les Rives du Rhin ,
Par le fecours de l'art me donna la naiſſance
Dans un ingrat terrein.
Voici comme j'explique
Le fens énigmatique
Du Sphinx audacieux
Que j'expofe à vos yeux.
1,7,6,4 , 10 , joignez 9 , la Phrygie
Du fang de fes fujets a vû ma main rougie.
3,7,6 , on me vit au milieu d'Ifpahan
>
E v
106 MERCURE DE FRANCE,
Prêcher avec chaleur les loix de l'Alcoran .
2,7,6,4,9 , celle qui pour Enée
Finit , par défefpoir , ſa triſte deſtinée.
4 , 6 , 7 , 8 , 5 , tout le peuple Romain
Me vit pour dominer , les armes à la main.
l'ennemi de la Déeffe Flore ,
I 2 3,
" "
Qui fouvent fait mourir ce qu'elle fait éclore.
10 , 9 , 3 , 5 , 6 , 7 , mes fuperbes lambris
Renferment des Sultans les amours & les ris
6 , 4 , 7 & 2 , dans les eaux je fuis née
Et de tous les côtés j'en fuis environnée .
2 , 7 , 6 , avec 9 , je confondrai l'erreur
D'un monftre le Ciel verra naître en fureur que
,
NOUVELLES LITTERAIRES ,
A
DES BEAUX- ARTS , &c.
BREGE de l'Hiftoire des Infectes ,
pour fervir de fuite à l'Hiftoire naturelle
des Abeilles , avec des figures en
taille-douce. Paris , 1747. 2. vol . in- 12 .
chés les freres Guerin,
Nous avons annoncé dès le mois paffe
cet ouvrage , qui , comme le porte le titre,
eft un Extrait des Mémoires fçavans &
curieux qui compofent l'Hiftoire des InMARS.
-1747 . 107

fectes de M. de Reaumur. On fçait avec
quels travaux & quels fuccès ce fçavant
Académicien a étudié cette partie de l'Hiftoire
naturelle , dans laquelle il a fait tant
de découvertes . Ses obfervations lui ont
fait connoître une efpéce de monde nouveau
des créatures abfolument inconnuës
, & des opérations de la nature toutes
nouvelles pour les Sçavans. Mais les
Mémoires de M. de Reaumur ne font
pas
à la portée de tout le monde , il a dû rendre
compte de fes procédés , de fes obfervations
, des moyens dont il s'eft fervi pour
découvrir le fecret de la nature ; tous ces
détails juftement intéreffans pour ceux qui
étudient à fond ces matieres , neceffaires
même pour acquérir aux découvertes de
l'Auteur la confiance qu'elles méritent
tous ces détails , dis -je , ont peu d'attrait
pour une certaine claffe de lecteurs qui
ne cherchent en lifant que le plaifir de
lire , & que l'on ne peut inftruire qu'à
leur infçû , pour ainfi dire , & en piquant
à tout moment leur curiofité. C'est pour
cette efpéce de lecteurs qu'a travaillé
F'Auteur de ce Livre ; par ce moyen les
gens les plus indifferens pour les objets
de l'Hiftoire naturelle , qu'a traités M. de
Reaumur , apprendront tout ce qu'il a
découvert , comme on apprend des nou-
E vj
108 MERCURE DE FRANCE.
velles qui excitent la curiofité .Après avoir
lû ce Livre , ils fe trouveront inftruits en
croyant n'avoir fait que s'amufer.
Ainfi c'eft une nouvelle claffe d'admirateurs
que cet ouvrage va procurer à M. de
Reaumur , dont les Mémoires écrits avec
clarté , avec méthode & avec l'élégance
convenable à ces matieres , ont tout l'agrément
que l'on peut défirer dans des
ouvrages de cette nature ; au refte la forme
des dialogues que l'on a prife dans cet
Abregé , eft juftifiée par le fuccès du premier
ouvrage fur les Abeilles , qui avoit
éré ainfi fait à l'inftar du Spectacle de la
Nature . Le Dialogue eft fort bien écrit
les matieres difpofées avec ordre , énoncées
avec clarté, précifion & élégance ;
la fingularité des faits excite & foutient
la curiofité. Le fuccès de cette efpéce de
Livres eft prefque toujours fûr. L'Auteur
vous fait faire à tous momens quelques
nouvelles découvertes , & vous affocie au
plaifir des fuccès de l'Obfervateur , fans
vous faire partager fes pénibles travaux .
C'eft ainfi que les voyageurs par leurs Relations
nous donnent le plaifir des voyages
, en faifant , pour ainfi dire , paffer
en revûe devant nous les differentes nations
, fans nous donner la peine de traverfer
les mers pour
les connoître.
MARS.17475 A fog
"
"
Chanbert Libraire vient de réimprimer
la Tragédie de Didon , ouvrage couronné
il dix ans par
y a les applaudiffemens du
public , & qui depuis peu de tems remis
fur la Scene , a obtenu les mêmes fuffrages.
Ila araffemblé dans ce volume plufieurs
morceaux de Poefie de l'illuftre Auteur ,
lefquels avoient déja été imprimés dans
divers Journaux , & il y a joint une tra
duction Italienne de la Tragédie de Didon
, par M. l'Abbé Venuti , fçavant Italien
, dont le nom eft diftingué parmi les
gens de Lettres de France & d'Italie. On
trouve à la fuite de cette Traduction une
Lettre du Traducteur , qui contient un dénombrement
des femmes Italiennes qui
fe diftinguent par leurs talens. N'auroiton
pas quelque droit d'être furpris de voir
que prefque toutes font Geométres ? Les
Arts agréables ne femblent- ils pas offrir unt
triomphe plus convenable à un fexe , dont
les agrémens font le partage , dont le fentiment
femble conftituer la principale
exiſtence ? Dans le fiécle paffé notre France
n'a compté qu'une Sçavante , & a vû lix
ou fept femmes fe diftinguer par les vers!
& les romans . Quoiqu'il en foit , nous ne
ferons point humiliés par cette cohorte
geométre de M. l'Abbé Venuti , & l'illuftre
& refpectable Autear des Inſtitu- 1
10 MERCURE DE FRANCE.
tions de Phyfique , fuffit feule pour empê
cher notre Patrie d'avoir du defavantage
dans le paralléle .
>
Outre un Voyage de Provence dont
nous avons parlé l'année paffée , on trouve
dans ce Livre plufieurs paraphrafes des
Pleaumes. Nous fçavons que l'illuftre
Rouffeau , Juge bien refpectable fur cette
matiere , admiroir les ouvrages de l'Auteur
où il reconnoiffoit la même harmonie
la même vérité d'images , la même
force d'expreffions qu'il a mifes dans fes
Odes facrées , nous n'avons rien à ajou
ter à un tel fuffrage. Le goût de l'antiquité
qui a formé nos grands Ecrivains brille
dans toutes les parties de ce volume. L'Aus
teur joint à un grand talent des connoiffances
fort étendues , fans lesquelles on ne
peut jamais être fupérieur . La nature toute
feule ne fuffit pas pour former un grand
homme , & quelque talent qu'il reçoive de
la nature , in ignorant & un pareffeux ferai
toujours médiocre.
M. le Marquis Maffei , fi connu dans la
République des Lettres , a publié l'année
paffée à Verone un petit Traité intitulé
Grecorum Sigla lapidaria à Marchion: Scipione
Maffeo collecte atque explicata. On entend
par ce mot Sigla , les abbreviations dont fe
MAR S. 1747.
fervoient les Anciens dans leurs Medailles.
Sigla eft une contraction de Singula ,
parce qu'un mot étoit défigné par fa premiere
fyllabe , & fouvent par une feule
lettre quoique nous ayons lû cet ouvrage
avec beaucoup de fatisfaction , nous ne
croyons pas devoir entretenir long-tems
nos lecteurs d'une matiere qui leur eft
trop peu familiere.
:

Le même M. Maffei a publié auffi une
Traduction Italienne des deux premiers
Chants de l'Iliade , & du premier de
Eneide! Les Italiens nous font fort fupérieurs
en ce genre , ils ont d'excellentes
Traductions de tous les Auteurs , le geniè
de leur Langue les fert peut-être fur cet
article , notre fyntaxe qui nous prefcrit
une marche toujours uniforme , eft moins
favorable à un Traducteur qui s'aftraint à
rendre les penſées d'autrui .
LETTRES de Ciceron , qu'on nomme
vulgairement familieres , traduites en
François fur les Editions de Grævius , &
de M. l'Abbé d'Olivet , avec des notes
continuelles , par M. l'Abbé Prevôt , Aumônier
de S. A. S. M. le Prince de Conti,
Paris 1747. chés Didot Tomes IV . & V.
Le public a déja fait un accueil favorable
aux trois premiers volumes de cette
12 MERCURE DE FRANCE.
Traduction. La difficulté de l'ouvrage ,
les foins que l'Auteur a pris pour lui don
ner la perfection dont il eft fufceptible ,
font des raifons fort valables de l'intervalle
de tems qui a été entre l'impreffion
des premiers & des derniers volumes. Il
eft vrai que les Lettres de Ciceron à Quintus
fon frere fe reffentent plus que tou
tes les autres de la négligence des copiſtes
& de l'injure des tems. On y trouve plufreurs
lacunes qu'il eft impoffible de répa
rer , un grand nombre de mots, corrom
pus de noms alterés , les Commentateurs
les plus infatigables ont renoncé , à l'eſpoir
de débrouiller ce cahos . Lorfque les
trois premiers volumes de cette Tra
duction parurent , l'Abbé Desfontaines
dans fes feuilles périodiques en parla
d'une maniere qui n'étoit pas auffi favorable
que le méritent & l'ouvrage & les
talens de l'Auteur . Sans s'arrêter ici à rẻ-
pondre aux objections qui lui furent faites
alors , M. l'Abbé Prevôt nous inftruit à
ce fujet d'une Anecdote littéraire , qui eft
la meilleure réponſe qu'il pût faire à fon
Critique. » Je devois , dit- il , être bien
» moins offenfé de cette Critique , que
>> fatisfait de me voir traiter avec tant de
menagement. L'Auteur m'avoit annoncé
» fort honnêtement la guerre par un billet
MAR S. 1747. 113
» que je conferve encore . Je crois le devoir
au public pour la confolation d'une
» infinité d'Auteurs maltraités , qui ont
»eru pouvoir fe plaindre de la rigueur
»avec laquelle ils étoient jugés. Voici
» les termes. «
Je vais rendre compte , Monfieur , de vos
Lettres familieres de Ciceron , je vous prie de
trouver bon qu'en rendant juffice au mérite
de la Traduction & des notes , je ne laiffe pas
de faire mon métier. Alger meurt defaim
quand il est en paix avec tout le monde.
Nous nous difpenferons de faire des ré-
Aléxions fur cette lettre , on les fent affés.
Nous finirons cet article en rendant juftice
au mérite de cette Traduction , dont les
deux derniers volumes répondent aux
premiers , & font dignes de la plume éle
gante & facile dont ils font l'ouvrage .
LIBER Pfalmorum Vulgata editionis cum
notis , in quibus explicatur titulus , occafio &
argumentum cujufque Pfalmi. Dilucidatur
fenfus litteralis , paucis attingitur s. fenfus
mifticus &c. ftudio & opera Franc.B . Doctoris
facra Facultatis Parifienfis, Pars prima &
altera. Parifiis apud viduam Brocas 1747 .
in - 1 2 .
1. Cette édition des Pfeaumes que la veuve
Brocas vient d'imprimer , fur le texte de la
114 MERCURE DE FRANCE.
Vulgate , revû & orné de notes fçavantes &
judicieufes par M.l'Abbé Bellanger , eft bien .
exécutée , la forme en eft commode , les
deux parties pouvant fe relier en un feul
volume , fans qu'il foit trop gros, o za
LE PREJUGE VAINCU , Comédie
en profe & en un acte , par M. de Marivaux.
Paris 1747. chés Jacques Cloufier.
Nous avons rendu compte l'année paffé
dans l'article des Spectacles de cette
Comédie , qui fut répréfentée avec fuccès
par les Comédiens François. C'eft un fort
ordinaire aux ouvrages de M. de Marivaux,
qui démêlant avec fagacité les replis
les plus obfcars du coeur humain , attache
le fpectateur par des idées fines, profondes,
neuves , fingulieres ; cette Comédie qui fûr
jouée à Fontainebleau deux fois dans fa
nouveauté , y eût un très-grand fuccès .
Le même Libraire a imprimé en même
tems une autre Comédie du même Auteur
, intitulée la Difpute , qui eft pleine
d'efprit.
ESSAIS de Sermons , par un Prêtre du
Diocèle de Lyon , à Trexoux.
On a imprimé fous le titre modefte d'effais,
deux Sermons, dont l'un eft l'éloge du
Sacerdoce & des faints Prêtres , & l'au
MAR S. 1747.
é
tre eft intitulé : Difcours fur le Scapulaire
de la fainte Vierge. Ces deux Difcours ont
nne éloquence qui a fon mérite : l'Auteur
poffede l'Ecriture Sainte , & en place avec
art plufieurs beaux paffages dans fon Difcours.
Il nous apprend dans un Avertiffe
tiffement qu'il a plufieurs autres Sermons
fur des fujets finguliers , qu'il donnera , ſi
ceux- ci réuffiffent. Nous ne doutons pas
que ces Sermons ne foient bientôt impri
més.
TREIZIE ME LETTRE d'un Ser
gneur Hollandois à un de fes amis à la
Haye. Paralléle de la fituation de la République
de Hollande avec celle de la
République de Genes.
Nous avons annoncé les premieres Lettres
de cet ouvrage politique &périodique,
que l'on continue toujours.
JOURNAL de la Campagne du Roi en
1746 , imprimé à Anvers , & fe trouve à
Paris chés Nyon.
RECHERCHES HISTORIQUES
fur l'origine & les progrès de la conftruction
des navires des Anciens , par M. Saverien
, Ingénieurt de la Marine , à Paris
1747. chés Chaubert.
16 MERCURE DE FRANCE.
Nous rendrons compte inceffamment
de cet ouvrage , qui eft orné d'une vignette
& des armes de M. le Prince de Rohan ,
deffinés par, M. Chevillon , Peintre du
Roi. L'Auteur fe propofe de faire graver
des Planches où feront repréſentées les
figures des vaiffeaux Grecs , Romains ,
Carthaginois , &c. & il en donnera en
même tems la defcription , où il marquera
leurs grandeurs & leurs diverfes formes ,
* telles que nous les ont tranfmifes Polybe ,
Tite-Live & Plutarque ; nous ne pouvons
qu'applaudir à ce projet .
LE ROMAN, Comédie en trois actes
& en vers, par Mrs P.C. & G.de Merville,
Paris 1746 , chés Clouſier.
Cette Piéce a été jouée par les Comédiens
Italiens , & elle eft bien écrite .
LES VRAIS PRINCIPES de la Langue
Françoife , ou la parole réduite en méthode
, conformément aux loix de l'ufage ,
en feize Diſcours , par M. l'Abbé Girard ,
de l'Académie Françoife , & Secretaire Interprete
du Roi. Paris , 17.47 , 2 vol. in-
12 , chés le Breton.
Le nom de M. l'Abbé Girard eft déja
connu & diftingué par fon Livre des Synonintes
, & cet ouvrage nouveau foutiendra
MAR S. 1747. 117
dignement la réputation méritée de l'Auteur.
Il fembloit que tant d'ouvrages faits.
pour enfeigner les principes de la Langue
Françoife , avoient épuifé la matiere , furtout
en voyant les derniers répeter uniquement
ce que les premiers avoient dit,
Aujourd'hui M. l'Abbé Girard nous en
donne un qui la traite comme n'ayant pas
encore été été touchée par aucun Auteur,
Laiffant le chemin battu , c'est -à-dire les
regles du Latin , il cherche celles du François
dans le François même , & nous montre
fenfiblement que la Grammaire n'eſt
que l'ufage réduit en méthode , que par
conféquent elle ne fçauroit être bornée aux
principes d'une feule Langue , mais qu'elle
eft l'art de trouver dans ce qui fe pratique,
ceux qui font propres à chacune d'elles . Il
faut avouer que cette méthode fait évanoüir
bien des difficultés , qui ne viennent
que de l'application de regles étrangeres ,
nullement analogues au génie de notre
Langue . On en trouve de fréquentes preuves
dans cet ouvrage , où l'ufage eft auffi vivement
défendu contre ceux qui l'accufent
d'irrégularité , que clairement expliqué à
ceux qui n'ont point étudié . Il paroît bien
l'Auteur n'eft pas né pour être plagiai
re, puifque dans un genre de Littérature
fi rebattu , ce qu'il dit ne reffemble à rien
que
118 MERCURE DE FRANCE.
le de ce qu'on a dit avant lui , ni pour
fonds ni pour la maniere , & quand on l'a
lû avec attention , on eft perfuadé que ce
font là les vrais principes de la Langue
Françoife.
RECUEIL de Fables nouvelles , précédé
d'un Difcours fur ce genre de Poëfie ,
par M. d'Ardenne , Affocié à l'Académie
des Belles Lettres de Marfeille. Paris ,
1747 , in- 12 , chés Lottin & Buttard. I
Plufieurs Auteurs célebres nous ont donné
des Fables , & chacun travaillant fuivant
fon génie , ils ont formé differeas
genres , aufquels la juftice impartiale du
public a affigné les places qu'ils méritoient,
L'inimitable la Fontaine n'a pas empêché
que M. de la Motte n'entrât dans cette
carriere que
le premier avoit parcourue
avec tant de gloire . Sans vouloir difcuter
le mérite de fes Fables , il eft fûr que dans
fa route s'il cueillit des lauriers il
trouva des épines . L'ingénieux Auteur
de Momus fabulifte , fans donner un Recueil
complet de Fables , s'affûra un rang
diftingué dans ce genre ; nous avons vu
depuis M. Richer donner un Recueil de
Fables qui ont leur mérite ; c'eft avec rai
fon que M. d'Ardenne n'a pas crû la matiere
épuifée , il y a toujours des chofes
› >
MARS. 1747 . 119
neuves à dire pour les gens qui font en
état de penfer ; il a eu raifon de n'être
point découragé par le mérite éclatant de
la Fontaine. Il dit avec une judicieuſe modeftie
que le découragement qu'infpirent les
chefs- d'oeuvres littéraires pourroit devenir le
tombeau des Arts & des Sciences .... la nature,
en gratifiant libéralement la Fontaine
·du talent diftingué qui le caractériſe , n'a
point prétendu s'épuifer , elle peut accorder la
même faveur à d'autres ; le défir , l'espérance
d'égaler ce grand homme , donneront naiffance
à des productions , quifans atteindre à leur
original , ne laifferont pas d'avoir leur mérite,
Tout ce que dit M. D, à ce fujet eft fort
judicieux. D'ailleurs fur cet article la vanité
des Ecrivains foutient heureuſement
ce que dicte la raifon . Il n'y a point
d'Auteur fi chérif qui n'afpire à effacer les
grands hommes. Un Poëte fort médiocre ,
mort depuis peu d'années , difoit qu'il ne
falloit jamais donner la premiere places
il la gardoit pour lui . Au refte c'eft ici l'oc
cafion de dire que ces Difcours fur un genre
traité par l'Auteur même du Difcours
font beaucoup plus utiles que les réfléxions
d'un Ecrivain fyftêmatique qui n'auroit
pas joint la pratique à la théorie. On peut
dire fur les matieres littéraires , comme fur
la conduite de la vie , Experientia magiftra
120 MERCURE DE FRANCE.
vita ; un homme qui travaille fur un genre,
même avec un fuccès médiocre , eft plus en
état de décider que tous les Ariftarques
qui jugeant au hazard , fe conftituent des
Oracles de goût . Citons une Fable de M.
d'Ardenne , pour donner une idée de fòn
Italent.
L'ALMANACH ET LE ROMAN.
UN Almanach de l'an paflé ,
Craffeux , découfu , prefque ufé,
Avoit rang en une tablette ,
Dù fans choix réfidoient l'un fur Pautre entaffé
Maint bon Livre & mainte fornette.
Notre Almanach , pour fon malheur ,
Se trouva tout auprès d'un Livre dont l'Auteur .
Avoit tiffu le fil d'une aventure
Délicate, fufpeéte , & laiffant dans le coeur
Une dangereuse bleffure ,
Un Roman en un mot ; ce Roman entêté
De tous les petits riens , lui reprochoit fa craffe ,
Sa parfaite inutilité.
Non , ce n'eft point ici ma place ,
Dit l'Almanach , je le fçais bien ;
Mes beaux jours font paffés, je ne fers plus à rien ,
Mais enfin pareille disgrace
En fait gémir d'autres que moi ;
Je
MARS. 121
1747 .
Je fçais tous mes malheurs , mais toi ,
Livre connu , qui t'en fais tant accroire ,
Ne chante point fi tôt victoire ,
Répond-moi feulement , dis, qu'aimeroit-on mieux
De l'inutile ou du pernicieux ?
INSTRUCTION fur l'ufage des Lunetres
ou Conferves pour toutes fortes de
vues , marques auxquelles on peut connoître
fi les vûes longues ordinaires ont befoin
de Conferves ou Lunettes , des verres
convexes qui leur conviennent & des verres
concaves qui font propres aux vûës
courtes; méthode pour fe conferver la yûë,
avec une Differtation fur ce que les perfonnes
âgées la recouvrent quelquefois
dans un age avancé. Paris , 1746. in- 12 .
chés Claude Lamefle . Par M. Thomin, Marchand
Miroitier Lunetier.
REFLEXIONS für l'origine, l'hiftoire
& la fucceffion des anciens Peuples Chaldéens
, Hébreux , Phéniciens , Egyptiens ,
Grecs , &c. jufqu'au tems de Cyrus , par
M. Fourmont l'aîné . Nouvelle Edition ,
augmentée de la vie de l'Auteur & d'une
Table alphabetique des matieres. Paris ,
1747. 2. vol. in-4° . chés De Bure , l'aîné.
Nous parlerons inceffamment de cet Ou
F
122 MERCURE DE FRANCE,
vrage , pour aujourd'hui nous nous contenterons
d'annoncer que pour ne pas faire
perdre l'argent à ceux qui ont la premiere
Edition , le Libraire leur vendra féparément
, moyennant 3 liv. 12 fols , la
vie de l'Auteur & la Table des matieres.
Il faut rendre juſtice au défintéreſſement de
ce procedé, qui quoiqu'il foit dans la juſtice
la plus exacte & la plus indiſpenſable , eft
cependant fort rare,
ESTAMPES NOUVELLES.
Le Sr le Grand , l'aîné , Architecte , a deffiné im
'Arc de triomphe à la gloire du Roi , & ce morceau
a été gravé par le Sr Pierre- François Tardieu. On lit
dans la table renforcée du pied d'eſtal du milieu
, dont l'archivolte forme le ceintre , cette
Infcription :
Gallia , debebant tibi magnum numina Regem ■
Et Lodoicedatofpesfuperata tua eft.
Le Sr Moyreau , Graveur du Roi , vient de mettre
en vente un nouveau Wauvermans , numero
intitulé la Chaumiere , de grandeur moyenne, $4,
Il paroît chés le Sr Lerouge , Ingénieur Géogra
phe du Roi , demeurant rue des Auguftins , de
nouvelles Cartes de l'Europe , de l'Afie , de l'Afrique
& de l'Amérique. Ces Cartes contiennent
de nouvelles découvertes par Mrs de la Condamiwe
, de Maupertuis , par le P. de Charlevoix ou par
"
12 /
MARS. 1747.
M. Hafs , de forte qu'elles n'ont rien de commun
avec les anciennes.
Plus une nouvelle Carte de Provence , & un fecond
Plan de la Bataille de Raucoux , plus détaillé
que le premier.
REPONSE à quelques vers de l'Epitre
anonime , adreffée à M. de la Bruere ,
l'un des Auteurs du Mercure , & inferée
dans celui de Janvier , par M. Desforges
Maillard , Affocié de l'Académie des Belles-
Lettres de la Rochelle,

P
Our régenter fur le Mont Hélicon
Il faut avoir un Brévet d'Apollon ,
Et qu'icelui foit du fceau des trois Graces
Muni dûment. O vous qui décidez ,
Me fouhaitant des vers plus haut guindés ,
Pour vos avis je vous dois humbles graces ;
Mais rendez-moi le fervice complet ,
Et prêtez- moi , s'il vous plaît , des échaſſes .
Si n'en avez , & que fuffiez difcret ,
Courtois rimeur , fubtil thuriféraire ,
Très-bien fçaurois , & fans y tarder guére ;
Vous indiquer maint brillant cabinet ,
Où vous pourriez rencontrer votre affaire.
Notez pourtant qu'une Epitre légere
Fij
124 MERCURE DE FRANCE.
N'eft point une Ode. Aux accords de mes doigts
Sur ce clavier , Néricault & Voltaire
Ont bien voulu fourire quelquefois.
'Adieu , Seigneur , bon jour , je vous révére
Et vos talens au féal la Bruere ,
De Charlemagne habile Hiftorien ,
Juge chantant au Choeur Parnaffien ,
Ferai moi-même une tendre priere
Perſuaſive à ce qu'en fon Recueil
A vos blafons il faffe bon accueil ;
Non moins que vous j'eftime Soriniere ;
J'en ai fait gloire & ne m'en dédis point ,
En lui coeur noble à bei eſprit eſt joint,
'Au demeurant , feuilletez le Bréviaire
Du docte Horace , en diverfes leçons
Y trouverez , guidé par fa lumiere ,
L'art qui diftingue & polit nos chanfons .
PRIX proposé par l'Académie Royale de
Chirurgie pour l'année 1748 .
'Académie Royale de Chirurgie propofe pour
le Prix de l'année 1748 , de déterminer ce que
c'eft que les Remedes Defficatifs Cauſtiques , d'expliquer
leur maniere d'agir , de diftinguer leurs differentes
efpeces, & de marquer leur usage dans les ma-
Ladies Chirurgicales.
L'Académie défireroit que ceux qui travailles
MARS.
125 1747 .
Yont fur ce fujet , s'attachaffent fur -tout à range
par claffes les differens genres de remedes Defficatifs
& Cauftiques , tant fimples que compofés ; à
diftinguer , foit par le degré d'activité , foit par
differentes qualités de ces temedes , les diverfes
efpeces que chaque genre peut renfermer ; à prefcrire
les préparations , les formules & l'ufage de
ces remedes dans les maladies felon leurs genres ,
leurs differentes complications , leurs differens
tems & les differentes parties où elles arrivent ; à
appuyer leur doctrine fur l'expérience & fur les
obfervations des meilleurs Praticiens .
l'avancement
L'Académie , qui n'a en vûë que
de la Chirurgie , n'adopte que les connoiffances
qui peuvent conduire fûrement dans la pratique ;
elle rejette toutes opinions , toutes explications
purement ingénieufes , & tous raifonnemens qui
ne font fondés que fur des conjectures ou fur des
yraifemblances.
Le Prix eft une Médaille d'or de la valeur de
deux cent livres , qui fera donnée à celui qui , au
jugement de l'Académie , aura fait le meilleur
ouvrage fur le Sujet proposé.
Ceux, qui enverront des mémoires , font priés
de les écrire en latin ou en françois , & d'avoir attention
qu'ils foient fort lifibles.
Ils mettront à leurs mémoires une marque diftinctive
, comme Sentence , Devife , Paraphe ou
Signature ; & cette marque fera couverte d'un papier
collé ou cacheté , qui ne fera levé qu'en cas
que la Piéce ait remporté le Prix.
Ils auront foin d'adreffer leurs ouvrages francs
de port à M. Quefnay , Secretaire de l'Académie
de Chirurgie , ou à M. Hevin , Secrétaire pour
les correfpondances , ou le leur feront remettre
entre les mains,
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
Toutes perfonnes de quelques qualité & pays
qu'elles foient , pourront afpirer au Prix : on n'excepte
que les membres de l'Académie.
Le Prix fera délivré à l'Auteur même ou au porteur
d'une procuration de fa part , l'un ou l'autre
repréfentant la marque diftinctive , & une copie
nette du Mémoire. Les Ouvrages feront reçûs
jufqu'au dernier Février 1748 inclufivement , &
l'Académie à fon Affemblée publique de la même
année , qui fe tiendra le Mardi d'après la Fête de
la Trinité , proclamera la Piéce qui aura remporté
le Prix .
SUJETpropofé par l'Académie des Sciences
& Beaux-Arts , établie à Pau , pour
un Prix qui fera diftribué le premier Jeudi
du mois de Février 1748.
L'Académie
'Académie accordera un Prix d'une Médaille
d'or , empreinte de fes Armes , à l'Ouvrage en
Profe qu'elle jugera le mériter lequel ne pourra
être de plus d'une demie heure de lecture , & qui
aura pour Sujet. La foibleffe eft- elle un plus grand
obftacle à la vertu que le vice ?
Ceux qui fouhaiteront que leurs Ouvrages entrent
en concours pour le Prix , les adrefferont à
M. de Blair , Confeiller au Parlement de Navarre ,
Secretaire de l'Académie , mais il n'en fera reçû
aucun après le mois de Novembre prochain , &
les paquets refteront au rebut , s'ils ne font affranchis
des frais du
port.
"
Chaque Auteur mettra au pied de fon Ouvrage
Ja Sentence ou Devife qu'il voudra , il la répètera
au- deffus d'un Billet cacheté , & il écrira fon nom
au dedans du Billet.
YORK
OLN
LIBRARY
,
CX
AND
NDATIONS
.
TINEW
YORK
BLIC
LIBRARY
.
ON
,
LENOX
AND
OUNDATION3
.
MARS. 1747. 127
CACACOZACE
DEDIDCDCФÐRD
RECIT
DE BASSE.
D feux immortels , fixez les Aquilons ,
Enchaînez leurs haleines ;
Qu'ils aillent murmurer fur les liquides plaines ,
Mais qu'ils refpectent nos vallons ;
Le raifin va couler ; quelle effrayante image !
Préſervez -nous ,grands Dieux , de cet affreux revers,
La vigne eft de vos foins le plus parfait ouvrage ;
Laiſſer périr le vin , c'eft perdre l'univers ,
D :ཡུ ❁༧❁ ལྕི ཀྱི
SPECTACLES
.
Là fur le grand Theatre l'OE
premier de ce mois on repréſenta
pera de Perfée . Le Spectacle qui regne
dans cette Tragédie fut exécuté avec magnificence
, & les vers & la mufique obtinrent
les applaudiffemens dont ils font
depuis fi long- tems en poffeffion . On avoir
fubftitué au Prologue de Perfée un nouveau
Prologue , dont l'objet étoit de chanter
l'augufte Mariage qui a donné lieu aux
fètes . On fent bien qu'il n'y a point d'Au-
F iiij
128 MERCURE DE FRANCE;
teur affés vain pour ofer mettre fon Ouvrage
à la place & à côté de celui de ces
grands hommes , s'il n'y eft obligé par des
ordres exprès. Les paroles étoient de M.
de la Bruere , l'un des Auteurs de ce Journal
, & la mufique de M. de Bury , Maître
de Mufique de la Chambre du Roi , qui
dans un âge fort peu avancé , donna il y a
quelques années le Ballet des Caractéres
de la folie , lequel eut un grand fuccès. La
mufique de ce nouveau Prologue obtint
de juftes applaudiffemens. L'ouverture ,
qui eft dans le goût moderne , paffe , avec
raifon , pour une des plus belles de ce
genre . Toutes les paroles font fort bien
exprimées , il y a un Choeur très -beau , &
les fymphonies font agréables , mélodieufes
, pleines de tours de chant heureux
& faciles à danfer. En un mot cet ouvrage
a fort bien répondu aux efpérances
qu'on avoit conçues des talens de l'Auteur ,
& en a donné de nouvelles . On nous difpenfera
de parler des paroles.
Livré à des études plus férieufes , l'Auteur
avoit abandonné ce genre , qui avoit
été l'amufement de fa jeuneffe ,& il y avoit
renoncé , mais le genre le plus frivole
s'annoblit & devient une occupation convenable
, dès qu'il a le Souverain pour objet.
La matiere eft fi refferrée dans ce ProMAR
S. 1747. 129
logue , qu'il eft impoffible d'en faire un
Extrait qui ne foit pas auffi longque l'Ouvrage.
Ainfi on va le donner ici tout entier
; fa grande briéveté nous y autoriſe .
Le Théatre répréfente le Temple de
Mémoire : chaque colonne eft chargée de
trophées relatifs aux Conquêtes du Roi .
On voit dans le fond du Théatre la Renommée
prête à s'envoler . Jupiter & les
douze grands Dieux defcendent fur des
nuages.
Jupiter & les Dieux.
Jupiter.
Miniftres du Dieu du tonnerre,
Qui reglez fous mes loix les deftins de la terre .
Ecoutez-moi , Dieux immortels..
Contemplez ce féjour , & ces traits éternels ,
Qui du plus grand des Rois vous peignent la vail
lance ;
Je veux la couronner par des prix folemnels :
Voyez , jugez , Dieux immortels ,
Et décernez la récompenfe.
Choeur des Dieux.
"
La gloire eft le feul prix digne de fes travaux..
Que de fon nom tout retentiffe ,
Ev
130 MERCURE DE FRANCE.
Que la voix des Dieux applaudiffe.
Aux triomphes de ce Héros .
Venus.
Non , cet éclat pompeux & cet honneur ſuprême
A ce fage Héros ne paroît qu'une erreur.
Monarque Citoyen, & modefte vainqueur ,
L'humanité ſacrée habite dans ſon coeur ;
"
Ses droits lui font plus chers que ceux duDiadême.
Dieux immortels , pour faire fon bonheut
Rendez heureux un Fils qu'il aime.
Que ce jeune Héros des mains du tendre Amoug
Reçoive une Nymphe charmante ;
Que l'Hymen la lui préſente
Pour enchanter fon coeur & pour orner ſa Cour,
Jupiter.
Déeffe des Héros , Meffagere des Dieux ;
Partez , Renommée immortelle :
Que vos centvoix annoncent en tous lieux
Une union fi belle.
La Renommée s'envole.
Choeur des Dieux.
Déeffe des Héros , Meffagere des Dieux ;
Partez , Renommée immortelle :
Que vos cent voix annoncent en tous lieux
Une union fi belle.
MARS.
131
1747.
Vénus.
Doux Plaifirs , chantez ce beau jour
L'Hymen feul n'en a pas la gloire ;
Il ne remporte la victoire
Qu'avec les armes de l'Amour.
Les Amours volent à la voix de Vénus,
Jupiter.
Amours , changez ces lieux , parez- les de vos
charmes ;
Cachez-nous cet amas de glaives , d'étendarts ,
Monument de la gloire , & fignes des allarmes ,
Sur de plus doux objets arrêtez nos regards ;
Que vos traits ,que vos feux brillent de toutes parts;
Qu'on ne voye ici que vos armes.
Les Amours exécutent les ordres de Jupiter
, des berceaux de myrthes prennent
Ja place des colonnes: aux trophées d'armes,
les Amours fubftituent des trophées formés
de leurs fleches , de leurs flambeaux , de leurs
carquois. Le Trône de Vénus eft dans le
fond du théatre , l'Amour & l'Hymen
font aux deux côtés du Trône , les Graces,
font au pied. Les Amours , les Jeux & les
Plaifirs l'environnent & forment le divertiffement.
F vj
132 MERCURE DE FRANCE:
Vénus.
Alternativement avec le Choeur des Amours.
Les triomphes amoureux
Sont plus doux que ceux de la gloire.
Ils ne font point de malheureux ,.
Les combats d'amour font des jeux ,
On en chérit la mémoire ;
Les Amans partagent entr'eux
Le prix charmant de la victoire..
Les triomphes , &c.
Vénus
Suivez la gloire aux combats ;
On danfe
Guerriers , d'une ardeur fidelle
Volez fur fes pas ;.
Mais n'oubliez pas,
Que l'Amour eft Dieu comme elle
Mais n'oubliez pas
Que Vénus vous rappelle ,
fon fils vous tend les bras:
Et que
Jupiter..
Le nouveau trait
que
l'Amour lance
Efface fes exploits divers ;
Il va donner des Maîtres à la France
Et des Héros à l'Univers
MARS.
1747. 133
De cette augufte mortelle
Un Oracle a reglé le deſtin glorieux ,
Et cet Oracle eft écrit dans fes yeux ;
L'Epoux d'une Nymphe fi belle
Des Epoux à jamais fera le plus heureux.
Le Choeur.
Déeffe des Héros , Meffagere des Dieux ,
Partez , Renommée immortelle ,
Que vos cent voix annoncent en tous lieux
Une union fi belle:
Le 1s on repréfenta fur le Théatre de la
Grande Ecurie devant le Roi , la Famille
Royale & toute la Cour les Fêtes de l'Hymen
, Ballet dont les paroles font de M.
de Cahufac , qui donna il y a deux ans les
Fêtes de Polhymnie , dont la Mufique ,
ainfi que celle de ce Ballet , eft du célebre
M. Rameau , notre moderne Orphée . Le
fuccès de ce Ballet a parfaitement répondu
à ce qu'on attendoit des deux Auteurs ,
chacun dans leur genre. M. R. n'a pas parû.
moins fupérieur en compofant des chants.
gracieux & agréables , que lorfqu'il déploye
toutes les richeffes de l'harmonie ,
& qu'il étonne & remplit l'oreille par la
force de fes accords .
Le Prologue nous repréfente l'Amour ,
placé fur fon Trône , mais fans armes , &
134 MERCURE DE FRANCE.
plongé dans une profonde trifteffe ; il a
pourtant autour de lui fes Graces, les Jeux ,
&c. & fon cortége ordinaire. Les Graces
danfent autour de lui , & dépofant à ſes
pieds leurs ornemens , font un Ballet figuré.
Après que les plaifirs ont fini leur fêre , on
apprend de l'Amour le fujet de fa triſteſſe.
Cruel deftin , quel arrêt rigoureux ! ...
'A l'Hymen , il eft vrai , j'ai déclaré la guerre ,
Il regnoit en tyran fur des coeurs malheureux.
Ma victoire a comblé leurs voeux ;
Deftin , tu me punis du bonheur de la terre.
L'Hymen arrive , annoncé par une fymphonie
brillante , il calme bientôt les allarmes
de l'Amour.
Ma puiffance pour moi deviendroit une peine ,
Si l'Amour étoit malheureux .-
J'ai foumis à mes loix deux auguftes Epoux ,
Leur bonheur eft l'objet des voeux d'un vafte Em
pire ,
Et l'Univers l'attend de vous.
L'Amour & l'Hymen fe réconcilient &
leurs fuivans célebrent cette réunion
une fête galante.
par
Les trois Entrées qui fuivent font Ofiris ,
Canope & Arueris ou les Ifies . Ces trois
MARS.
135 1747
Entrées étoient d'abord deftinées à former
un Ballet intitulé Les Dieux d'Egypte.
Mais cet ouvrage ayant été choifi pour les
fêtes de la Cour , l'Auteur a compofé un
prologue pour les circonftances , & il a
donné à fon Ballet le titre Desfêtes de l'Hymen.
Il effaye dans un avertiffement de montrer
ces trois Entrées fous un même point
de vûë , relatif au prologue , en nous apprenant
que l'Amour & l'Hymen triomphent
dans tous les Actes : mais n'eft-ce
pas prendre une peine inutile ? un Ballet
peut être fort bon , fans que les differentes
Entrées foient liées enfemble par une
même idée . Quand cela fe rencontre ,
comme dans l'Europe Galante , dans les
Elemens , c'eft un mérite & une difficulté
de plus , mais on peut fort bien s'en paſſer ;
pourvû que chaque Entrée foit bonne en
foi , l'ouvrage réuffira , & l'Auteur peut fe
difpenfer de donner la torture à ſon eſprit
pour ramener fes Entrées au titre vague
qu'il aura choifi. En voilà affés & peut-être
trop fur cette matiere ; paffons à la premiere
Entrée .
L'Avertiffement nous apprend qu'Ofiris
parcourut la terre pour répandre fes découvertes
dans les Arts , & fur- tout l'ufage
du bled & du vin . Il arrive chés des Amazones
; Orthefie leur Reine ne paroît pas
136 MERCURE DE FRANCE.
auffi affermie dans la haine depuis l'arrivée
de ce vainqueur. Elle dit à Myrrine fa
confidente :
Myrrine , entendois-tu fes perfides difcours ? .2
Que ces mortels font redoutables ! ....
Mon bras à mon repos doit immoler leurs jours;
Par des fermens inviolables
J'ai promis ànos Dieux d'en terminer le cours.
Que ces mortels font redoutables ! ...
Mon bras à mon repos doit immoler leurs jours.
Myrrine conferve mieux la ferocité de
La nation. Cependant on entend crier aux
armes , les Amazonės viennent en foule fur
le Théâtre , & Ofiris arrive de l'autre côté
avec fa fuite.
Les galanteries qu'il dit aux Amazones
font d'abord affés mal reçues , la Reine
même répond avec une fermeté qu'elle
ne foutiendra pas , & Ofiris après avoir
fait de vains efforts pour les perfuader par
fes chants agréables , ordonne à fa fuite de
le feconder ..
Vous , qui fuivez mes pas , offrez à leurs regards
Les préfens de Cerès , de Pomone , & de Flore,.
Et les fruits aimables - des - Arts.
Cer ordre d'Ofiris donne lieu à un Baller.
Ofiris profitant de l'impreffion que fait furt
MARS. 137 1747.
les Amazones la nouveauté agréable de ces
objets , s'adreffe à la Reine :
Dans ces lieux la naiffante Aurore
Répandra- t'elle envain ſes pleurs ?
Zephire pour fixer fes volages ardeurs
N'y trouvera-t'il jamais Flore ?
Ce n'eft que pour parer l'amante qu'il adore
Que fon foufle amoureux fait éclore les fleurs.
L'infléxible Myrrine voyant Ofiris prêt
à triompher , fort pour fervir la Reine
malgré elle. Les Mufes qui font à la fuite
d'Oliris forment un nouveau Ballet & affurent
fon triomphe; Orthefie eſt attendrie
à la voix d'Ofiris .
A ux accens d'une voix ſi tendre
Le charme qui vient me ſaiſir
Dans les airs femble fe répandre.
'Aux accens d'une voix fi tendre
On croit refpirer le plaífir .
La fuite d'Ofiris chante l'Amour , &
Orthefie qui commence à craindre que le
trouble qu'elle fent ne foit l'ouvrage de
ce Dieu , demande quel il eft , Ofiris ré
pond :
13S MERCURE DE FRANCE.
Il regne en Souverain fur toute la nature ,
Elle fe ranime à ſa voix ,
Les jours font plus ferains , l'onde devient plus
pure ,
Mille charmans concerts font retentir les bois.
Les fleurs naiffent,les champs fe parent de verdure,
Pour embellir la terre il lui donne des loix .
Cependant Myrrine revient fuivie d'une
troupe armée , elle veut faire périr Ofiris ,
mais elle eft bien- tôt enveloppée par la
fuite d'Orthefie & d'Ofiris ; les deux
Amans triomphent de fa rage impuiffante ,
& s'uniffent par les noeuds d'un doux
Hymen.
Le rôle d'Ofiris rempli de chants agréables
& brillans a été exécuté par M. Jelotte
dont la voix mélodieufe a mis dans
tout leur jour les charmes de la Mufique.
La feconde Entrée porte le titre de
Canope , c'étoit le Dieu des eaux pour les
Egyptiens , il paroît d'abord fous l'habit
de fimple Egyptien ; amoureux de Memphis
jeune Nymphe , il veut lui plaire ,
fans l'éblouir par l'éclat de fon rang . Ce
jour eft deftiné à une fête cruelle où les
Egyptiens immolent une fille à Canope
il est bien éloigné d'approuver cette barbarie
,
MARS. 1747. 139
Mon ame eſt toute entiere à l'objet qui m'engage,
L'Amour retient mon bras vengeur ,
D'un vil peuple aveuglé je dédaigne P'hommage ,
Et je ne fens que mon bonheur.
Memphis arrive , elle eft effrayée d'un
fonge terrible.
Autour de moi les fonges bienfaifans
Ne retraçoient que votre image...
Tout à coup le tonnerre éclate dans les airs ,
La foudre perce le nuage
Le Dieu s'offre à mes yeux précédé des éclairs.
Le croiriez -vous ? ce Dieu barbare
Sembloit avoir pris tous vos traits
Il approche... Mon coeur s égare...
Je veux fuir... La frayeur de mon ame s'empare
Et le reveil détruit ces terribles objets.
On apprend bien- tôt après que le fort
a choifi Memphis pour victime. A cette
nouvelle Canope fe ranime , il fent toute
l'horreur de ce facrifice , & fort pour défendre
Memphis. Cependant les Prêtres
arrivent , on pare la victime , mais lorfqu'on
eft prêt à frapper, le Nil fe déborde,
le Ciel s'obfcurcit , on entend le tonnerre,
& le Dieu fort du fleuve fur un Char traîné
par des Crocodiles. Ce fpectacle eft fort
140 MERCURE DE FRANCE.
beau & a été fort bien exécuté , le Chat
Impétueux torrens , chanté par Canope &
pat fa fuite , accompagné d'une fymphonie
qui exprime le foulevement des flots , tandis
qu'on entend en même tems les cris & les
gemiffemens des peuples prêts à être fubmergés
, ce Choeur eft de la plus grande
beauté , il eft digne de M. Rameau , &
c'eft le plus grand éloge qu'on puiſſe lui
donner.
Canope avance vers l'Autel , &appelle
Memphis que tout ce tumulte avoit fait
évanouir . D'abord reconnoiffant les traits
de Nilée fon amant dans ceux du Dieu
Canope , elle craint que ce Dieu ne veuille
la tromper , cet éclairciffement forme entre
les deux amans une Scéne qui auroit
été plus intéreffante , fi elle eût été plus
courte ; tout fe termine enfin à la fatisfaction
du Dieu , lequel époufe Memphis ,
& l'Acte finit par une fête. Il y a dans cet
Acte une marche des Sacrificateurs qui eft
d'une grande beauté , au refte en citant
ainfi quelques morceaux qui nous ont fingulierement
affectés , nous ne prétendons
pas déprifer les autres qui ne font pas d'un
ordre inférieur à ceux - ci , mais fi nous
voulions parler de tout , nous aurions trop
de peine à finir. Paſſons à la troifiéme Entrée.
MARS . 141
147.
Arueris fils d'Ifis & d'Ofiris , annonce
d'abord les fêtes Ifiennes qui font le fujet
de l'Acte,
Les talens à l'envi par d'agréables jeux
Vont célébrer d'Ifis la gloire & la naiſſance ,
Et l'Amour des vainqueurs doit couronner les
voeux .
On leur offre là récompenfe
Qui peut feule être digne d'eux.
Il pourfuit en s'adreffant à Orie qu'il ajme
& dont il eſt aimé.
Les dons les plus brillans font votre heureux par
tage ,
Dédaignez-vous le prix qui vous est préſenté è
Orie.
Ces foibles dons fur la beauté
Pourroient-ils avoir l'avantage
Arueris.
A nos coeurs la beauté porte fes premiers coups
Son aimable empire fur nous
Triomphe de l'indifference "
}
Mais à des traits plus fürs & peut - être plus doux ;
L'amour conftant doit fa puiffance .
· Mais Orie a négligé fes talens , elle n'a
que celui d'aimer , & elle a peu de préten142
MERCURE DE FRANCE.
tions à remporter le prix de la fête . Avant
que d'aller plus loin ,obfervons que le fujet
de cet Acte eft trop peu clairement expliqué
, on voit bien qu'Orie remportera le
prix , ce prix eft d'époufer ce qu'on aime ,
maisArueris, qui étoit le maître , ne pouvoit
il l'époufer fans cela , ou bien étoit- il déterminé
à époufer celle qui chanteroit ,
danferoit , peindroit le mieux ? car il y a
des combats dans tous ces genres ; le prix
pouvoit être remporté par une autre que
par Orie , & alors fi elle eût demandé la
main d'Arueris , il paroît qu'il la lui eût
donnée , puifque ce n'eft qu'en vertu du
prix remporté qu'il femble l'époufer. De
plus , fi les prix de la voix , celui de la danfe
, des inftrumens , de la peinture , &c.
euffent été remportés par autant de femmes
qui euffent chacune demandé à époufer
Arueris , comment les auroit-on accordées
? ces petites contradictions peuvent
fe fauver facilement ; M. de C. cite dans
la premiere Scene un Oracle d'Ifis , qu'il
l'explique, que cet Oracle ait preferit que la
main d'Arueris fera donnée à celle qui aura
remporté le prix de la voix , qu'Arueris en
paroiffe auffi fâché qu'il doit l'être s'il aime
Orie ; que des prix d'une autre nature
foient propofés aux autres talens , c'eft ici
une idée fort imparfaite , & pour peu que
MARS. 143 1747.
M. de C. y refléchiffe , il trouvera beaucoup
mieux , mais il est d'autant plus important
de rectifier ces légers défauts , que
'Acte eft admirable de la part du Muficien ,
& que dans les paroles il y a de fort jolis y'a
détails . Continuons notre Extrait.
On voit paroître ceux qui doivent difputer
les prix de tous les Arts , de la peinture
, de la fculpture , des inftrumens , de
la danfe & enfin de la voix . Voici les
trois morceaux qui difputent ce prix.
Une Bergere.
L'Amant que j'adore
Alloit former de nouveaux noeuds ;
J'entendis des oiſeaux heureux
Les chants amoureux
Au lever de l'Aurore.
J'imitai leurs accens ,
Mon Amant courut pour m'entendre ;
Mes fons touchants
L'ont rendu fidele & plus tendre ,
Je dois mon bonheur à mes chants.
Un Berger.
Ma Bergere fuyoit l'Amour ,
Mais elle écoutoit ma mufette.
1
Ma bouche diſcrette
144 MERCURE DE FRANCE.
De ma flâme parfaite
N'ofoit demander le retour.
Ma Bergere auroit craint l'Amour
Mais je fis parler ma mufette.
Ses fons plus tendres chaque jour
Lui peignoient mon ardeur fecrette ,
Mais fi ma flâme étoit muette •
Mes yeux s'expliquoient fans détour,
Ma Bergere écouta l'amour ,
Croyant écouter ma muſette.
Orie arrive , interrompt les jeux , &
chante cette Cantatille.
Naiffez du tranfport qui me preffe ,
Naiffez accens harmonieux .
Charmes du fentiment, divine & douce yvreffe ,
Paffez dans mes chants amoureux .
-
Enchantez l'amant que j'adore ,
Sons touchans fecondez mes feux ,
Allez jufqu'à fon coeur , rendez plus tendre encore
L'amour qui brille dans fes yeux,
Sons brillans , hâtez- vous d'éclore.
Volez , foyez l'image des Zéphirs.
Peignez le doux penchant qui les attache à Flore ,
Gardez-vous d'exprimer leurs volages foupirs.
Qu'à jamais mon Amant ignore
Si l'inconftance a des plaifirs
Amufez
M AR S.
1-45 1747.
Amufez l'Amant que j'adore ;
Vôlez , foyez l'image des Zéphirs.
Nous avons tranfcrit ces trois morceaux
pour mettre nos lecteurs à portée d'en
faire la comparaifon . Le chant de ces trois
Cantatilles eft de la tournure la plus agréable
. En un mot les paroles & la muſique
font dignes du fuccès qu'elles ont eu , &
M. de Cahufac doit être encouragé plus
que jamais à travailler pour le Théatre
Lyrique avec M. Rameau.
L'Académie Royale de Mufique a continué
les repréſentations d ' Armide , dont le
rôle a été fort bien exécuté , tantôt par
Mlle Chevalier , tantôt par Mile Metz.
Le Samedi 18 l'Opera donna pour la
clôture du Théatre & la Capitation des
Acteurs , le Prologue des Fêtes de Thalie
la Provençale , l'Alle du Bal & Zelindor.
La Comédie Françoife a remis fur fon
Théatre le Mari retrouvé , ancienne Comédie
de M. Dancourt , qui dans fon tems
étoit un Vaudeville. Le fujet de cette petite
Piéce fe trouve dans l'épaiffe compilation
des Caufes célebres & intéreſſantes , ſous
le nom de la Pivardiere , & a fort occupé
de Barreau. On y a joint un Ballet nouveau,
G
146 MERCURE DE FRANCE.
de la compofition de M. Droitin , qui a eu
l'approbation du Public..
Les mêmes Comédiens donnerent Mérope
& le Magnifique , pour la clôture de
leur Théatre.
La Comédie Italienne reprend fouvent
le Prince de Salerne , dont les repréſentations
font toujours fuivies.
Les Comédiens Italiens donnerent
pour la clôture de leur Théatre le Prince
de Salerne.
Le Jeudi 16 Février les Comédiens
François repréſentérent à la Cour la Tragédie
de Bajazet & le Mari retrouvé.
Le Mardi 21 il y eut jeu dans les grands
Appartemens.
Le Mercredi 22 & le Jeudi 23 l'Abbé
Rouleau , Maître de Mufique de la Cathédrale
de Beauvais , fit chanter pendant la
Meffe de leurs Majeftés le Pfeaume Beatus
vir , &c. Moter de fa compofition.
Le même jour Mercredi 22 on exécuta
pour la feconde fois le Ballet de l'Anpée
galante.
Le Jeudi 23 les Comédiens François
repréſenterent la Tragédie de Mérope &
le Dédit.
Le 26 le Roi accorda 2000 livres de
MARS. 147 1747 .
penfion à M. Roy , Auteur des paroles
du Ballet de l'Année galante , & la même
penfion à M. Mion , Auteur de la Mufique
de ce Ballet.
Le Jeudi 2 les Comédiens François repréfenterent
la Tragédie de Poliencte & la
Comteffe d'Efcarbagnas.
Le Vendredi 33 & le Samedi 4 M. l'Abbé
Rouleau fit chanter devant leurs Majeftés
le Pfeaume Dixit Dominus , &c. Motet de
La compofition.
Le Samedi 4 les Comédiens Italiens
joüerent le Cabinet, piéce Italienne, & Ar
lequin Baron Suiffe , fuivis d'un divertiffel'ament.
Il y eut jeu le 7 dans les Appartemens
près midi.
Le Mercredi 8 & le Jeudi 9 l'Abbé Benoît
, Maître de mufique de la Cathédrale
de Chartres , fit chanter pendant la Meſſe
de leurs Majeftés les Pleaumes Diligam te,
&c. & Exaltabo te Deus , &c. Motets de fa
compofition.
Le Mercredi 8 on exécuta pour la feconde
fois l'Opera de Perfée & le nouveau
Prologue. M. Benoift , de la Mufique du
Roi , chanta avec beaucoup d'applaudiffemens
les deux fois le rôle de Jupiter dans
ce Prologue.
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
Le Jeudi 9 les Comédiens François repréfenterent
la Tragédie de Britannicus &
le Galand Jardinier.
Le Samedi 11 les Comédiens Italiens
joüerent le double Mariage d'Arlequin ,
l'Amant Auteur & Valet , & les Gondoliers
Vénitiens , divertiffement.
Le Mardi 14 il y eut jeu dans les grands
Appartemens.
MARS. 1747. 149
NOUVELLES ETRANGERES ,
CONSTANTINOPLE.
Na reçu une copie du Traité qui a été conclu
entre le Grand Seigneur & le Roi de
Perfe , & dont les principaux articles portent que
les limites des Etats des deux Puiffances feront reglées
fur le même pied qu'elles l'étoient pendant
le regne d'Amurath IV ; que tous les prifonniers
& les esclaves faits de part & d'autre feront rendus
réciproquement, chacune des deux Puiffances laiffant
cependant la liberté à ceux de fes fujets , qui .
auront pris des établiffemens dans les païs de la
domination de l'autre , d'y refter s'ils le jugent à
propos ; que les deux Puiffances fe renverront
avec fidélité & fans aucune exception tous les
transfuges , qui fe retireront dans les Etats de l'une
ou de l'autre , que l'une ne pourra fe mêler des
differends que l'autre pourroit avoir avec les Puiffances
voifines , mais que fi l'une propofe fa médiation
pour terminer ces differends , l'autre répondra
à cette offre de la manière qui eft convenable
à des Alliés , qu'il fera recommandé aux Commandans
des Provinces & des Places frontieres des
deux Etats de prévenir tout ce qui pourroit altérer
la bonne intelligence entre la Turquie & la
Perfe ; que pour affermir les liens de la bonne intelligence
, il réfidera conftamment un Ambaffadear
du Roi de Perfe auprès du Grand Seigneur ,
qui de fon côté en entretiendra auffi toujours un à
Ifpahan ;; que les Perfans ne pourront envoyer des
Caravannes à la Mecque , mais qu'on y recevta
Gij
150 MERCURE DE FRANCE.
tous les Pelerins de cette nation , & qu'ils pour
ront s'y rendre en fûreté , & fous la protection de:
fa Hauteffe , à condition de ne tenir aucun dif
cours injurieux contre la Secte d'Omar.
RUSSIE
'Impératrice de Ruffie a été reconnue en cette
qualité par les Colléges des Princes & des Etats.
de l'Empire , ainfi qu'elle l'avoit été déja par la
Cour de Vienne & par le College des Electeurs .
1
11 eft dit dans la réponſe faite par la Cour de
Ruffie au dernier Mémoire qui avoit été préfentépar
le Secretaire de Légation de la Cour de
Berlin , que ce Mémoire ne faifant mention que
du renouvellement de la garantie du Traité de
Breflau, l'Impératrice en infere que le Roi de Pruffe
ceffe d'infifter fur l'article de la garantie du Trai
té de Drefde ; qu'au refte il paroît à l'Impératrice
qu'il eft inutile d'accumuler les engagemens qui
fubfiftent entre elle & Sa Majefté Pruffienne ,& mê .
me qu'il feroit à craindre que cela ne fit naitre des
difficultés que Sa Majefté Impériale fouhaite de
prévenir , autant qu'il eft en fon pouvoir. Le Baron
de Breitlach , Ambaffadeur de la Reine de
Hongrie , fait de fortes inftances pour que l'Impératrice
tienne un Corps de troupes prêt à marcher
au fecours de cette Princeffe , fi les circonf
tances l'exigent. Quatorze Bataillons & deux Régimens
de Cavalerie ont ordre de fe rendre fur la
frontiere de Finlande, & le Gouvernement a réfolu
d'augmenter confidérablement la. Garnifon de
Wybourg.
On mande de Pétersbourg du 9 Février que le
Commandant de Pultowa ayant dépêché un cousier
à l'impératrice , pour lui donner avis de diMAR
S... 1747. ISI
vers mouvemens faits par les Tartares de Crimée ,
Sa Majefté Impériale à envoyé ordre au Miniftre
qui réfide de fa part à Conftantinople , de faire
des repréſentations à la Porte à ce fujet , afin que
le Grand Seigneur prévienne ce qui pourroit caufer
une rupture entre les deux Puiffances . Le Gouvernement
a mandé en même tems au Commandant
de Pultowa de faire réparer & augmentér
les fortifications de cetre Place , & de la munir de
toutes les provifions néceffaires pour fa défenſe.
Il a été réſolu auffi , afin de s'opposer aux courfes
que les Tartares pourroient faire en Ukraine , de
faire avancer des troupes versla frontiere de cette
Province . On doit lever quinze mille hommes de
recrues pour completter les Régimens d'Infanterie
, & le bruit court qu'on établira une nouvelle
taxe pour fubvenir aux dépenfes qu'exige l'entretien
des troupes. L'Impératrice avant la fin du
mois prochain nommera les Officiers Généraux
qu'elle fe propofe d'employer cette année. Le
Feldt- Maréchal Comte de Lafcy fe prépare à retourner
inceffamment à Riga , afin d'exécuter les
arrangemens militaires qu'il a concettés avec le
Confeil de Guerre.
SUE DE.
L'Acte par lequel les Députés dont la Diette
générale eft compofée ont renouvellé le ferment
prêté au Prince Royal , porte qu'étant affemblés
pour la premiere fois depuis Farrivée de ce
Prince , ils profitent de cette circonftance pour
confirmer tout ce qui a été réglé par rapport à la
fucceffion au Trône , & qu'ils promettent de nouveau
de maintenir aux dépens de leurs biens & de
leurs vies les arrangemens pris à cet égard. Le
G. iiij
152 . MERCURE DE FRANCE.
College de la Nobleffe a approuvé le Reglement
propofé pour diminuer le luxe. Ce Reglement fera:
examiné par le Clergé & par les Représentans des
Villes , dès qu'il l'aura été par le Committé fecret.
Le 4 Janvier les quatre Ordres du Royaume s'af- .
femblerent en Corps , pour délibérer fur quelques
affaires qui regardent l'adminiſtration des Finances
& les moyens de favorifer les progrès du commerce.
On lut le même jour dans la Chambre de
la Nobleffe un Mémoire préfenté par le Baron de
Buddenbroeck , qui a été pendant quelque tems :
au fervice des Etats Généraux des Provinces Unies ,
& qui étant revenu à Stokolm pour quelques affaires
particulieres , a été nommé Lieutenant d'une
Compagnie des Gardes Suedoiſes . Cet Officier,
fils du Général Buddenbroëck qui a été décapité
en 1744 , expofe dans ce Mémoire que fon pere
n'auroit point fubi ce trifte fort , fi les Etats n'avoient
été contraints de prévenir, en le facrifiant ,:
les troubles dont on étoit menacé , & d'appaifer
par cette victime les clameurs d'une multitude irritée
d'une longue fuite de mauvais fuccès ; qu'il:
implore la justice de la Diette , & qu'il fupplie
très -humblement cette affemblée de réhabiliter la:
mémoire d'un Général , auquel on ne peut reprocher
que d'avoir été malheureux ; qu'il fe flate en
même-tems que la Diette voudra bien révoquer
la confifcation de fes biens. La Nobleffe après la
lecture de ce Mémoire l'a envoyé au Committé
fecret , afin qu'il donnât fon avis fur la réſolutionqu'il
convient de prendre à ce fujet . Le Roi a fait
fçavoir aux Miniftres: Etrangers qu'ils euffent à
s'adreffer au Comte de Teffin pour toutes les affai
res qui peuvent regarder leurs Cours .
Le Baron de Korff continue d'infifter . pour ob
tenir une réponse décifive fur les repréfentations .
MARS.
1747. 153
·
qu'il a faites de la part de l'Impératrice de Ruffie.
En conféquence de la réfolution priſe dans la
Diette , le Roi de Suede a fait écrire au Cointe de
Barck , fon Envoyé Extraordinaire auprès de l'Impératrice
de Ruffe , d'affûrer les Miniftres de cette
Princeffe que Sa Majefté & les Etats du Royaume
fouhaitoient avec empreffement de terminer le
differend qui fubfifte entre les deux Puiffances par
rapport au Reglement des limites de la Finlande , ›
& que cette Cour fe prêteroit volontiers à toutes les
facilités qu'on pouvoit attendre de fa part fur cet
article. Le Comte de Barck a ordre auffi de demander
que l'Impératrice de Ruffie nomme des Commiffaires
pour traiter de cette affaire avec ceux
que le Roi fe propofe d'envoyer. Lorsqu'on a délibéré
dans la Diette fur la Requête préſentée par
lé Baron de Buddenbroeck , cette Requête a été
appuyée fortement par plufieurs Députés de l'affemblée.
D'autres Députés ont prétendu que la
révision du procès du feu Général , pere de ce Baron
, non-feulement exigeroit un tem's fort confidérable
, mais encore feroit fujette à de grands inconvéniens;
que fans entrer dans d'autres détails ,
il fuffifoit de fe rappeller certaines circonstances ,
dont on feroit obligé de réveiller le fâcheux fouvenir
; qu'ainfi il étoit plus convenable de laiffer
cette procédure dans l'oubli , qu'au refte il étoit
jufte de ne point faire fouffrir la famille de ce Gé
néral du malheur qu'il avoit effuyé , & de pour
voir au foulagement de cette famille , en lui ren
dant ou la totalité ou une partie des biens dont
elle a été privée. La Diette a reçû de la part de la
famille du Comte de Lowenhaupt une Requête
feublable à celle du Baron de Buddenbroëck.
G v
154 MERCURE DE FRANCE.
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne du 21 du mois paffé:
qu'il a été décidé dans le Confeil d'Etat ,.
que par égard pour les fortes inftances des Hongrois
, & afin de les récompenfer du zéle qu'ils
ont témoigné pour le fervice de la Reine , on incorporeroit
le Bannat de Temefwar au Royaumede
Hongrie. Le bruit court que la dignité de .
Primat de ce Royaume , laquelle rapporte deuxcent
mille florins par an , demeurera vacante pen-,
dant la guerre , & qu'on en employera les revenus .
aux befoins de l'Etat. Le 1s du mois de Février
fa Majefté reçut d'Italie un courier dont les dépêches
ont donné lieu à la tenuë d'une conférence .
On a fait partir pour l'armée deſtinée à agir contre
les Genois , un train d'artillerie & une grandequantité
de munitions de guerre. Le Prince de Saxe
Hildburfghaufen , Gouverneur & Adminiftrateur
Général de la Croatie , étoit à la tête des bataillons
Lycaniens , lorfqu'ils ont paffé en revûë devant la
Reine. Ce Corps s'eft remis en marche pour fe
rendre dans les Pays Bas , & il eft conduit par le
Comte de Harrach , Gentilhomme de la Chambre
de fa Majefté , & Commiffaire Provincial . Le
Gouvernement a fait lever trois autres bataillons
de la même nation , lefquels demeureront en
Croatie , d'où il vient d'arriver un nouveau Régiment
d'Huffards que la Reine fe propofe d'envoyer
auffi aux Pays-Bas. On parle d'affembler fur
la Mofelle une armée de trente mille hommes, afin
de faire une diverfion en faveur de celle des Alliés.
Le Confeil de guerre a expédié une lettre
circulaire à tous les Colonels , pour leur annoncer
qu'à l'avenir le Comte de Salabourg , Commiffaire
Général des troupes , recevroit les ordres die
2.
MAR S
ISS. 1747 .
la
rectement de fa Majefté. On écrit de Pologne
qu'il étoit arrivé quatre mille Janniffaires à
Choczim ; qu'on en attendoit vingt mille à Bender
& dans les environs , & que la Porte ſe diſpoſoit
à envoyer de ce côté plus de quarante mille hommes
,
fans y comprendre les troupes irrégulières.
Les mêmes nouvelles portent que le Pacha de
Choczim a été privé de fon Gouvernement .
On mande de Berlin du , 28 Février
que
réponse de la Reine de Hongrie au Mémoire ,
qui lui avoit été préfenté le 16 Septembre de l'année
derniere , au fujet de la garantie que le Roi
veut obtenir de l'Empire pour le Traité de Drefde,
elt dattée duro Décembre,mais que cette Réponse
n'a été remife à S M. que depuis environ un mois,
Il y eft dit qu'une convention n'en détruit pas une
précédente , lorfque l'une n'eft pas oppofée à l'autre
; que le Roi par fon fuffrage à la Diette de
l'Empire a pris part fans nulle réferve à la garantie
de la Pragmatique Sanction ; que par le Traité
de Drefde fa Majesté n'a rien ftipulé de contraire ,
qu'ainfi la Reine de Hongrie , en exigeant le concours
du Roi à cette garantie , ne demande que
l'exécution d'une obligation contractée par la
Majefté; qu'il n'eft donc pas extraordinaire que
cette Princeffe regarde la garantie du Traité de
Drefde par l'Empire, comme dépendante de la
garantie promife par le Roi pour la fucceffion de
la Maiſon d'Autriche , & que la Cour de Vienne
veüille que ces deux affaires marchent d'un pas
égal , & foient réglées en même tems ; que cette
prétention peut même être légitimement appuyée
fur l'article IX. du Traité de Drefde ; que
cet article il eft fait mention d'une garantie , de la
part du Roi , relative à tous les Etats de la Reine
de Hongrie , que la restriction portée par l'article
dans
G vj
156 MERCURE DE FRANCE
VIII , laquelle limite cette garantie aux Etats
poffedés par cette Princeffe en Allemagne , n'exclud
point les Pays bas , & que d'ailleurs le Roi
en vertu des loix que lui impofe le lien qui exifte
entre le Grand Duc de Tofcane & les Membres
de l'Empire , doit s'intéreffer efficacement en faveur
de ce Prince , & aider à le maintenir dans fa
dignité. La Cour de Vienne ajoute qu'en négociant
féparement la garantie de la Grande Breta--
gne , le Roi s'eft écarté lui - même du Traité de
Drefde , & que furtout il a contrevenu au premier
article de ce Traité , ainfi qu'aux réfolutions de
Empire , en favorifant les deffeins de la Cour de
France , & les démarches des Miniftres de cette
Cour auprès de plufieurs Princes d'Allemagne , &
en s'oppofant à l'affemblée d'une armée de l'Empire
, fans égard pour ce qui avoit été ordonné
par le Conclufum du 17 Décembre 1745. Peu de
jours après avoir reçu la réponſe de la Reine de
Hongrie , le Roi a envoyé à cette Princeffe un
nouveau Mémoire , dans lequel on établit pour
principe qu'aucune convention ne conferve fa
force en entier , qu'autant qu'elle n'a pas été ref
trainte par une convention poftérieure ; que f
dans le Traité de Drefde on avoit paffé fous filence
l'affaire de la garantie de la Pragmatique
Sanction , la Reine de Hongrie feroit fondée à
réclamer les conventions faites ci - devant fur ce
fujet entre les deux Cours , mais que puifqu'il a
été expliqué dans ce Traité avec la plus grande
précifron , jufqu'où la garantie doit s'étendre de
part & d'autre , le difpofitif du même Traité doit
feul fervir de régle für cette matiere: Les Miniftres
de la Reine de Hongrie ayant voulu , pour don
ner plus d'extenfion aux engageniens , dans left
quels le Roi eft entré par fon accoming dement
MARS. 1747. 157
1
de ,
2.
avec cette . Princeffe , fe prévaloir d'une ancienne
convention concluë en 1728 entre l'Empereur
Charles VI & le feu Roi , on montre que quand
inême cette convention ſubſiſteroit encore , elle
ne pourroit fervir à interpréter le Traité de Dref-
& que de plus la Cour de Vienne a elle - même
dérogé à ladite convention. En 1728 l'Empereur
Charles VI fe trouva dans des circonftances trèsfâcheufes
, & les plus grandes Puiflances de l'Europe
étoient liguées contre lui. Le feu Roi , malgré
les avantages confidérables qu'on lui offroit
dans l'autre Parti , réfolut d'embraffer les interêts
de la Maifon d'Autriche . Sur les inftances de la
Cour de Vienne , il s'engagea à garantir la Pragmatique
Sanction , à condition que l'Empereur lut
procureroit la poffeffion , du Duché de Bergue
après la mort du feu Electeur Palatin . Le Memoire
du Roi rappelle ce qui s'eft paffé à l'égard de ce
Duché , & les diverfes occafions dans lefquelles en
conféquence le feu Roi a déclaré que la Cour de
Vienne n'ayant point tenu fes promeffes , il fe
tenoit difpenfé de fatisfaire aux fiennes . On en
conclud que lorsqu'on a commencé les négocia
tions pour le Traité de Drefde , le Roi n'étoit plus
par la convention dont il s'agit , & l'on obſer
ve que fifa Majefté a fait connoître en certaines
circonftances qu'elle ne fongeoit pas à donner
atteinte à la Pragmatique Sanction , elle n'a cependant
jamais déclaré qu'elle eut intention de la
garantir ; que la Cour de Vienne devoit donc, fuppofé
qu'elle eût voulu y obliger, le Roi , ftipuler
expreffément cette condition dans le Traité de
Diefde ; que puifqu'elle ne l'a pas fait, & puifqu'au
contraire , pour prévenir toute équivoque , on eft
convenu par ce Trairé que tous les Etats du Roi
fans aucune exception , lui feroient garantis par la
lié
158 MERCURE DE FRANCE.
Reine de Hongrie , & que le Roi ne feroit tenu
qu'à garantir à cette Princeffe les Etats qu'elle
poffede en Allemagne , on ne peut exiger du Roi
une garantie plus étendue que celle à laquelle il
s'eft engagé , qu'on peut encore bien moins faire
dépendre de cette prétention l'exécution de ce que
la Reine de Hongrie a promis en termes formels
de faire en faveur du Roi ; que l'argument qu'on
voudroit , pour colorer cette prétention , tirer de
Particle IX. du Traité de Dreſde , ne demande
pour refutatión que l'expofition même de cet article
; qu'il eft énoncé dans ledit article que la garantie
dont il y eft parlé , ne fe négociera pas avec
I'Empire en particulier , mais avec toutes les Puiffances
intéreffées dans le Traité , qui procurera la
pacification générale , & cela feulement dans le
tenis de la fignature de ce dernier Traité ; que
pour ce qui regarde l'explication finguliere prêtée à
Particle VIII du Traité de Drefde , & par laquelle
la Cour de Vienne s'efforce d'étendre aux Pays-
Bas la garantie , dont le Roi s'eft chargé par rapport
aux Etats poffedés par la Reine de Hongrie en
Allemagne , ce n'eft pas la peine d'entrer dans une
difcuffion férieufe , qu'il s'eft déja écoulé plus d'un
an depuis la paix conclue entre les deux Puiflances,
& que jamais fa Majefté Hongroife ne s'étoit
avifée de former une demande fi étrange. Pour
répondre à l'article inferé dans l'écrit de la Reine
de Hongrie , fur ce que les Membres de l'Empire
doivent au Grand Duc de Tofcane , on affûre que
le Roi ne perdra jamais de vue les devoirs que lui
impofe fa qualité d'Electeur envers le Chef du
Corps Germanique , & qu'il fatisfera pleinement
ces devoirs toutes les fois que les circonstances
le requerreront , mais en même tems on ajoute
que le Grand Duc de Tofcane n'a perfonnelleMARS.
1747. 1599
ment aucune part à la guerre préſente contre la
France ; que cela eft fi vrai que ce Prince a- entretenu
fans interruption jufqu'à préfent un Miniftre
auprès de fa Majefté Très- Chrétienne ; que fi le
Roi de France différe juſqu'à la paix , de reconnoître
l'Election faite à Francfort en faveur du
Grand Duc de Toſcane , c'eſt une fuite des troubles
furvenus avant cette Election ; que la France
en a ufé de même envers l'Empereur Charles VL
avant la paix de Raftadt ; que la Reine de Hongrie
a tenu la même conduite à l'égard de l'Empereur
Charles VII , & que l'Empire ne s'eft point cru
obligé d'en marquer fon reffentiment , ni de déclarer
la guerre à cette Princeffe ; qu'il eft donc
injufte d'accufer le Roi d'avoir violé fes obligations
, en détournant l'Empire de s'engager dans
les differends qui agitent l'Europe. De cet article
On paffe à l'examen des plaintes faites par la Cour
de Vienne , fur ce que le Roi a négocié féparement
la garantie de la Grande Bretagne pour la
Silefie. On dit que fa Majefté , en ordonnant le 8
Janvier 1746 aux Miniftres , qui réfident de fa
part à Londres & à la Haye , d'inviter le Roi de la
Grande Bretagne & les États Généraux des Provinces
Unies à accéder au Traité de Drefde , leur
recommanda formellement d'agir en cela de
concert avec les Miniftres de la Reine de Hongrie
, mais que ces derniers , toutes les fois qu'on
a voulu traiter avec eux cette affaire , fe font
trouvés dépourvûs d'inftructions , ou ont feint de
l'être ;; qu'on ne peut donc blâmer fa Majefté
d'avoir pris des mefures pour la fûreté de fes
Etats , & d'avoir cherché à acquerir des garanties,
qui indépendamment du Traité de Drefde lui
avoient été, promifes par d'autres conventions ;
que de cette efpece eft la garantie obtenue du Roi
160 MERCURE DE FRANCE .
de la Grande Bretagne que bien qu'elle foir
relative au Traité en queftion , elle n'en eft point
une fuite , & qu'elle eft l'accompliflement de la
convention de Hanover , dans laquelle la Reine
de Hongrie n'a point été Partie contractante ;
que par conféquent il n'étoit point néceffaire que
la négociation fe fit de concert avec M. de.
Wafner , mais qu'au reftè on ne lui en a jamais’
fait de myftere , & qu'on l'y auroit volontiers"
admis s'il l'avoit fouhaité. On néglige de répondre'
aux reproches vagues que la Cour de Vienne fait
à fa Majefté de favorifer la France contre les intérêts
de la Reine de Hongrie , & l'on fe réſerve
forfque cette Princeffe alléguera des faits détaillés,
d'en prouver évidemment la fauffeté . Pour le prés
fent , on fe contente de faire voir que la Cour de
Vienne accufe injuftement le Roi d'avoir contrevenu
aux décrets de l'Empire , en appuyant le
fyftême de la neutralité ; que le danger dans lequel
l'Empire s'imaginoit être en 1745 de voir
le feu de la guerre qui étoit allumée en Allemagne
, y faire de plus grands progrès , eft aujour
d'hui entierement diffipé , qu'ainfi les motifs quiont
pu donner lieu au Conclufum arrêté alors par
le Corps Germanique , ont perdu la plus grande
partie de leur force ; que malgré ces confidérations
fa Majefté eft très éloignée de vouloir s'oppofer
à ce Conclufum , ou en contefter la validité ;
qu'au contraire elle approuve pleinement les réfolutions
qui y font contenues , mais que ces réfo
lutions portent feulement que pour le maintien dè
la fûreté publique , &fans que cela tende à l'offenſe
de qui que ce foit , les Etats de l'Empire , pour couvrir
les Provinces d'Allemagne exposées au danger , fourniront
le triplé du contingent de troupes qu'ils ont
coutume defournir tiendront leurs troupes prétes
MARS. 1747- 161
marcher ; que bien loin qu'il foit mention de faire
affembler ces troupes , on renvoye expreffément
à une déliberation ultérieure l'examen de la maniere
dont elles feront employées pour le bien de
la Patrie & pour le maintien de la tranquillité
commune ; que lorfqu'on fait de preffantes inftances
pour accélerer cette déliberation , & pour
obtenir que ces troupes s'affemblent , le Roi eft
donc en droit & même dans l'obligation , comme
étant un des principaux Electeurs , de difcuter
avec foin , fi les circonftances rendent cette démarche
néceffaire ; que l'Empire jouiffant intérieurement
d'un parfait repos , aucune Puiffance
ne formant des prétentions fur l'Allemagne , le
Roi Très -Chrétien ne demandant autre chofe
finon que le Corps Germanique demeure neutre
& tranquille , ce Prince donnant même les affû
rances les plus fortes qu'il n'attaquera point les
Etats de la Reine de Hongrie fitués en Allemagne ,
fa Majefté ne fçauroit fe difpenfer de juger qu'ik
eft abfolument inutile à l'Empire d'affembler une
armée . A la fuite de ces obfervations , le Roi dé→
clare qu'il est toujours difpofé à procurer les avantages
de la Reine de Hongrie , autant qu'il pourra
concilier cette bonne volonté , premierement avec
le bien de l'Allemagne , & fecondement avec la
fûreté & les droits de la Maifon de Brandebourg
que fi après la conclufion de la paix générale , on
juge à propos de requerir des Etats de l'Empire le
renouvellement de la garantie du Corps Germa
nique pour les poffeffions de la Reine de Hongrie,
& de l'étendre même aux Provinces fituées hors
de l'Allemagne , fa Majefté n'y apportera aucun
empêchement , pourvû qu'on n'exige rien d'elle
fur cet article , au- delà des engagemens qu'elle a
pris par le Traité de Drefde .
162 MERCURE DE FRANCE
S
ESPAGNE.
Uivant les avis reçus de Cadix , l'équipage'
d'un Batiment Maltois , parti de la Havanne
le 18 du mois de Novembre dernier , a rapporté
que quatre vaiffeaux de l'Efcadre , commandée
par l'Amiral Reggio , avoient mis à la voile pour
revenir en Europe avec douze millions de piaftres ,
mais que les vents contraires les avoient obligés
de rentrer dans le Port ; que la nouvelle de la
mort de Philippe V. étant arrivée en même-tems
à la Havanne , on y avoit affemble le Confeil , &
qu'il avoit été réfolu de décharger le tréfor qui
étoit à bord de ces vaiffeaux , & d'attendre de
nouveaux ordres de cette Cour. On a fçû par le
même Bâtiment , que ce tréfor étoit augmenté de
fix millions de piaftres , qui avoient été envoyées
de la Vera Cruz. Le vaiffeau de Registre le Fort ,
avec lequel ce navire a fait de conferve une partie
de la route , eft attendu à Madrid avec beaucoup
d'impatience. Il a à bord cent mille piaftres pour le
compte de fa Majefté , & cinquante mille pour le
Négociant qui l'a fretté. On juge par les fonds
confidérables qui reviennent du Mexique , que
marchandifes y ont été vendues à un prix avantageux.
Le 1s du mois paffé , premier jour du Carême
, le Roi , accompagné de fes principaux Officiers
, fe rendit à l'Eglife des Hyeronimites , & il
y reçut les Cendres des mains du Patriarche des
Indes , fon Grand Aumônier . Sa Majesté affiſta le
même jour & le Dimanche fuivant à l'Office dans
la même Eglife.
les
L'Electeur de Cologne & l'Electeur Palatin ont
protefté contre la réfolution que quelques Etats du
Cercle du Bas-Rhin ont prife d'entrer dans l'affociation
des Cercles du Haut-Rhin & de Franconie.
MARS. 163 1747
O
ITALIE
N mande de Genes qu'un Corps des trou
pes commandées par le Marquis de Botta
ayant furpris le 15 Janvier les Poftes de Buffella
& de Borgo di Fornari , ce Général attaqua quel
ques troupes de la République , qui furent obligées:
de fe replier à Ponte Decimo, & qu'il s'empara de
Pietra Lavezara, Sur l'avis qu'un Détachement de
trois cent homines , qui gardoit un des défilés de
la Bochetta , s'étoit retiré dans un Village voiſin
parce que n'ayant ni tentes ni barraques , il n'avoit
pû réfifter à l'extrême rigueur du froid , quatre
mille Allemands pafferent le lendemain ce défilé
& s'avancerent fur trois colonnes dans la Plaine
de Polfevera. Auffi-tôt on fonna le tocfin dans
toutes les Eglifes , chacun prit les armes , & perdant
qu'on fit marcher des troupes à Ponfanela ,
on envoya trois mille Païfans de la vallée de Bifagno
occuper les hauteurs . Ces difpofitions intimi
derent les ennemis , qui dans la crainte qu'on ne
leur coupât la retraite , prirent la fuite avec précipitation
. Non contens de tailler en piéces tous les
Génois qui tombent entre leurs mains , ils commettent
tous les jours des excès inconnus parmi
les nations policées . Ils ont fait mourir dernierement
à coups de bâton un des principaux habitans
de Roffiglione , fort âgé qui étoit retenu au lit
par r la goute , & on trouva le 16 à Pietra Lavezara ,,
qu'ils ont abandonné, les membres d'un jeune enfant
qu'ils avoient coupé par morceaux , fes parens
n'ayant pas eu le tems de l'emmener. La
Communauté de Novi étant dans l'impuif
fance de payer les trois cent mille livres, que le
Marquis de Botta en exige par mois , ce Général
164 MERCURE DE FRANCE.
a fait mettre aux fers les Députés de cette Com →→
munauté , & il ne leur a accordé la liberté qu'après
qu'ils le font engagés , fous peine de paffer
par les baguettes , à payet ce qui étoit dû des contributions.
De fi grandes cruautés ont tellement
irrité le peuple de Genes, qu'il vouloit maffacrer'
tous les Officiers des troupes de la Reine de Hongrie
, qui font prifonniers de la République , &
on n'a pu leur fauver la vie , qu'en pofant une
nombreuſe garde au Convent du Saint Efprit , ou
ils font enfermés . Le petit Confeil ayant ordonné
le 16 qu'on rétablit , pour s'en fervir à tout évenement
, les fours qui étoient anciennement dans le
Palais , quelques mal intentionnés répandirent le
bruit que le Sénat penfoit à s'y fortiffer , pour faire
fon accommodement particulier avec la Reine
de Hongrie , & cela penfa exciter une émeute
mais le défordre fut bien- tôt appaifé . Le Pere Jean
Baptifte Mari , de la Congrégation des Clercs Réguliers
de la Providence s'embarqua le 16 pour al
fer exécuter une commiffion de la République auprès
du Roi de Portugal. Il doit ; en paffant à Madrid
, complimenter de la part du Doge & du Sénat
le Roi d'Espagne fur fon avenement à la Cou
ronne , en attendant que la République charge de
cette commiffion un Miniftre avec caractére.
Le Cardinal Marini eft mort à Genes le 16 Janv
gé de foixante & dix- neuf ans , dix mois & trois
jours , étant né le 13 Mars 1667. Il étoit Préfident
d'Urbin & Préfet des Rites , & il avoit été créé
Cardinal en 1715 par le Pape Clément XI .
£
- On apprend qu'un Détachement des ennemis eft
revenu à Pietra Lavezara , & qu'on n'a pû encore
Pen chaffer , mais on efpere qu'il ne s'y mainiendra
pas long - tems .
Qn mande de Genes du 4 Février que la nuit
MARS. 1747.
16$
du premier au 2 du mois paffé on apprit que le
matin fuivant les troupes de la Reine de Hongrie
devoient attaquer, les Poftes de Langafco , de
Vittoria & de Croce d'Orero. Ces Poftes furent
fur le champ renforcés par plufieurs Compagnies
de Grenadiers , par quelques autres troupes reglées
& par un grand nombre de Païfans , & l'on fit
avancer en même-tems vers Pietra Lavezara un
Corps de troupes qui obligea les ennemis de fe retirer
, & qui les pourfuivit jufqu'à Capane . Ils fe
préfenterent le lendemain devant Croce d'Orero ,
mais on les repouffa , & on leur fit plufieurs prifonniers.
Ces mauvais fuccès ne les rebuterent
point , & ils firent , pour s'emparer de Vittoria ,
une tentative qui ne leur a pas mieux réuffi. Trois
mille Païfans ont coupé la retraite au Détachement
chargé de cette expédition , & l'on s'attend à
être bien- tôt informé que ce Détachement aura
mis bas les armes. Pour le réduire plus fûrement à
cette néceffité , on a envoyé aux Païfans , qui le
tiennent enveloppé , un renfort confidérable . Le 4
un Corps de troupes de la Reine de Hongrie , lequel
étoit pofté à Campo au- deffus de Voltri , en
a été chaffè , & les Païlans ont été à la pourſuite.
On a reçû avis que la Cavalerie Allemande , à laquelle
le Marquis de Botta avoit diftribué des quar
tiers dans les environs de Novi , s'étoit mife en
marche pour le rendre dans le Parmeſan, Des letires
adreffées par le Marquis de Botta à quelques .
uns des habitans de la vallée de Polfevera , ayant
éré interceptées , on a découvert que ces habitans
étoient d'intelligence avec ce Général , pour favorifer
fes opérations. La plupart de ces traîtres ont
été arrêtés & conduits dans les prifons de cette
Ville. Un nommé Bachelippa , qui eft du nombre,
a déja ſubi pluſieurs interogatoires, dans leſquels il
166 MERCURE DE FRANCE.
arevelé les principaux fecrets de cette intelligence .
Il a déclaré que le Marquis de Botta avoit répandu
trente mille Genuines dans la vallée de Polfevera,
pour engager une partie des Payfans , non-feulement
à ne point s'oppofer aux troupes de fa Majefté
Hongroise , mais encore à fe joindre à elles.
Cette découverte a déterminé les Chefs du peuple
à faire venir quatre mille hommes de la côte
Orientale , afin de contenir dans le devoir les habitans
de la vallée de Polfevera , qui ont été gagnés
par l'argent des ennemis. La défertion eft fort
grande dans l'armée de ces derniers. Plus de quatre
cent malades des Allemands , qui font priſonniers
de guerre, ayant été mis dans le Convent de
Saint François de Caftelletto , ils y ont cauſé une
telle infection , que huit Religieux & même plufieurs
habitans du voifinage en font morts , ce qui
a obligé de tranfporter ces malades au Lazaret. Lé
peuple tient actuellement fon quartier général
dans le Palais de Mrs Hippolite & Jean - Baptifte
Mari. On affûre que la Reine de Hongrie a fait
infinuer par le Général Jean- Luc Pallavicini , Com
mandant de Milan , qu'elle étoit difpofée à confentir
d'oublier le mauvais traitement fait à fes
troupes , fi la République vouloit lui payer une
nouvelle contribution d'un million de Genuines .
s
On mande de Novi du 7 Février que la Reine
de Hongrie ayant rappellé le Marquis de Botta ;
le Comte de Schullembourg , qu'elle a nommé
pour le remplacer , s'eft rendu de Vienne à Novi ,
& qu'il a pris le commandement des troupes. Il attend
onze bataillons que le Comte de Browne
doit lui envoyer , & il fait venir de Pavie huit canons
& fix mortiers , outre l'artillerie qu'il a ordonné
qu'on lui amenât de Gavi. Auffi -tôt qu'il
aura recu ces fecours , il tentera de reprendre les
MARS.
167
1747-
poftes dont les Allemands s'étoient rendus maîtres,
& qu'ils ont été forcés d'abandonner. Son princi
pal objet paroît être de recouvrer le pofte de PietraLavezara
,& de s'y fortifier.La néceffité dans la
quelle le Marquis de Botta a été de faire retourner
dans le Parmelan la Cavalerie qui étoit à Novi & à
Voltaggio , empêchera les Allemands , quand mê
me ils s'empareroient de tous les défilés des monta
gnes , de s'engager fort avant dans la vallée de
Polievera.

Les lettres écrites de Genes le 11 du mois dernier
marquent qu'un détachement des troupes de
la Reine de Hongrie , commandées par le Comte
de Schullembourg , a repris le pofte de Pietra La
vezara & qu'il s'y eft retranché avec quelques
piéces de canon , mais que les Genois n'en ont
nulle inquiétude , & que jugeant inutile de facrifier
du monde pour chaffer ce détachement , ils fe
font contentés de lui couper la communication
avec le Comte de Schullembourg Ces lettres
ajoutent qu'un fameux Partifan , nommé Barbaoffa
, a taillé en piéces plus de deux cent Alle
mands qu'il a furpris fur les hauteurs de Voltri .
On mande de Turin du 14 Février que M. de
Villetes , Miniftre de S. M. Britannique, a eu une
audience particuliere du Roi de Sardaigne, à qui il
a donné part de la difpofition dans laquelle eft le
Parlement de la Grande Bretagne de contribuer
par de puiflans fubfides au foutien des Alliés de la
Couronne d'Angleterre. Sa Majesté a donné ordre
de mettre en quartiers de cantonnement les Régimens
d'Infanterie de fes troupes , qui ont fervi
dans l'armée du Comte de Browne , & de faire
marcher la Cavalerie vers le Montferrat, M. de
Guibert , qui a fervi en qualité d'Ingénieur général
dans la même armée , & qui a dirigé les opéra168
MERCURE DE FRANCE.
tions de l'attaque d'Antibes , eft de retour à Turin
Il a eu l'honneur de faluer le Roi , & de lui rendre
compte des difficultés qui ont fait échouer cette
entreprife. Les lettres de Villefranche marquent
qu'il en eft parti , fous l'escorte d'une Frégate Angloife
, deux Bâtimens chargés de vivres pour
les Garnifons que le Comte de Browne a laiffées
dans les lles de Sainte Marguerite & de Saint
Honorat,
On mande de Genes du 11. Février qu'on
allure que les Cours de Vienne , de Londres &
de Turin , ont conclu une nouvelle Convention ,
par laquelle il a été ſtipulé qu'on entreprendroit
inceffamment le fiége de cette Ville ; que le Roi
de Sardaigne fourniroit pour cette expédition quatorze
Bataillons & quarante piéces de canon de
batterie ; que les Anglais la favoriferoient du côté
de la mer; que la Reine de Hongrie renforceroit
de toute l'Infanterie , dont le Comte de Browne
pourroit fe paffer dans le Comté de Nice , l'armée
commandée par le Comte de Schullembourg , &
qu'aucune des Puiffances Contractantes ne pourroit
figner fans la participat on des deux autres , แค
accommodement avec la République. Les ennemis
ayant repris le pofte de Pietra Lavezara , y
ont conftruit un retranchement , & élevé une batterie
. Malgré leurs précautions pour conferver ce
pofte , il auroit été facile d'en chaffer le détachement
qui l'occupe , mais on a jugé qu'il étoit plus
convenable de couper la retraite à ce détachement
, & d'obliger par la famine les troupes dont
il eft compofé , de fe rendre prifonnieres de guerre.
Comme le Roi de Sardaigne a fait arrêter divers
BâtimensGenois le long de la côte de Genes àSavone,
onaenvoyé une Barque armée pour les délivrer.
Il est entré le 8 dans ce Port deux Galiottes Napolitaines
>
MARS.
169 1747.
litaines , à bord defquelles eft le Marquis de Torrechiufa,
Grand d'Efpagne , qui retourne à Madrid.
I
GRANDE BRETAGNE.
L fut décidé le 2 du mois paffé par la Chambre
des Communes qu'on mettroit une impofition
de cinq livres fterlings fur chaque caroffe , & de
deux fur les chaiſes , & qu'on leveroit un million
de livres sterlings par voie de Lotterie fur le produit
de cette taxe. Le 6 la même Chambre accorda
quatre cent trente- trois mille livres sterlings
à la Reine de Hongrie pour l'entretien des foixante
& dix mille hommes qu'elle s'eft engagée
d'avoir cette année à l'armée des Alliés dans les
Pays- Bas , trois cent mille au Roi de Sardaigne ,
pour remplir les conditions du Traité de Worms ;
quatre cent mille pour les treize mille hommes
d'Infanterie , & les cinq mille de Cavalerie des
#roupes Hanoveriennes à la folde de la Grande
Bretagne , & dix mille pour la dépense de l'artillerie
que ces troupes conduitent avec elles . Cette
Chambre réfolut le 8 de continuer jufqu'au 23
Juin de l'année prochaine la'perception des droits
fur le malt & fur les boiffons fortes , & elle ordonna
que les cent douze mille huit cent livres
fterlings , que les nouvelles impofitions établies.
fur ces boiffons ont produites au- delà de ce qu'elles
avoient rapporté en 1745 , fuffent employées
au fervice de cette année. On fit enfuite dans la
Chambre la feconde lecture du Bill pour réſerver
une partie des prifes faites par les vaiffeaux du
Roi , laquelle fera deftinée à récompenfer les équipages
qui s'empareront de vaiffeaux de guerre
François ou Espagnols . Le Parlement a commencé
le 3 de ce mois le procès du Lord Lovat , & le
H
170 MERCURE DEFRANCE,
-Roi a donné de nouvelles Patentes au Lord Chan
celier , pour préfider au jugement en qualité de
Grand Stewart d'Angleterre. Le 9 du mois paffé,
le Commun Confeil s'affembla à la Maifon de
Ville , & il y fut réglé qu'on pré e teroit une Rè
quête au Parlement contre le Bill qui regarde la
naturaliſation des Proteftans Etrangers, Deux Bataillons
des Gardes à pied & le Régiment de Dragons
de Rich prirent le 8 la route de Gravefend
& de Wolwich , où ils s'embarquerent le 9 fur
plufieurs bâtimens de tranfport avec le Régiment
de Fufiliers de Galles , pour paffer dans les Pays-
Bas. On a reçu avis de Corck que le Régiment
Royal , ceux de Bragg , de Richbell , de Trampton
& de Harrifon , & celui des Montagnards
d'Ecoffe , commandé par le Lord Jean Murray ,
s'étoient auffi embarqués pour la même deftination
. Le Gouvernemenr a donné ordre d'enlever
tous les matelot qui fe trouveront dans les Ports
fitués le long de la Manche , & de les conduire à
bord des vaifleaux d'une nouvelle eſcadre , qu'on
équipe avec toute la diligence poffible. Selon les
lettres de Spithead , l'Amiral Bing donna le 4 au
foir le fignal , pour que les navires , qu'il doit
efcorter avec les waiffeaux de guerre le Superbe ,
le Lichtfield , le Colchester & le winchelfea , le difpofaflent
à lever l'ancre . La galiotte à bombes la
Grenade a enlevé un Corfaire de Dunkerque de
dix canons , d'un pareil nombre de pierriers , &
de centhommes d'équipage. Un navire François
a été conduit à Gibraltar par le Corfaire le Saltahs ,
& le bâtiment le Saint Joseph qui venoit de la Martinique
, a été pris par un Armateur de la nouvelle
Yorck. Les Commiffaires de la Montagne de
Sainte Marguerite ont déclaré Meffieurs Jacques
Stormouth & Charles Oliphant coupables de
MARS. 4747 . 171
haute trahison , & fe font féparés enfuite pour ne
plus fe raffembler. M. Archibald Stewart , ci- devant
Lord Prevêt de la ville d'Edimbourg , a
obtenu , en donnant caution , la permiffion de fortir
de la Tour.
Le 16 Février après midi le Roi fe rendit à la
Chambre des Pairs avec les cérémonies accoutumées
, & Sa Majefté, après avoir mandé la Chambre
des Communes , donna fon confentement au
Bill pour la nouvelle taxe fur les maifons & pour
la création de quatre millions quatre cent mille
livres fterlings d'antiuités , hypotéquées fur cette
taxe , & au Bill concernant les moyens d'arrêter
les progrès de la maladie épidémique qui regne
parmi les beftiaux. Les Seigneurs ont réfolu de
préfenter une adreffe au Roi , pour le fupplier de
leur faire remettre un état des dettes de la Nation .
Le 13 du mois paflé la Chambre des Communes
paffa les deux Bills , qui furent approuvés le 16
par Sa Majefté. Cette Chambre fit le 14 la premiere
lecture de celui , pour continuer les droits
fur le malt & fur les boiſſons fortes . Le 17 elle a
accordé au Roi cinquante-neuf mille quatre cent
quarante cinq livres fterlings , pour remplir les
engagemens contractés avec les Electeurs de
Mayence de Cologne & de Baviere ; cent foixante-
fix mille cent quatre-vingt- dix - huit pour les
dépenfes extraordinaires , occafionnées par la révolte
de l'Ecofle , aufquelles le Parlement n'avoit
pas pourvu ; cent foixante & deux mille pour l'entretien
des fix mille Heffois , qui font à la folde de
la Grande Bretagne ; quarante-huit mi'le cinq cent
foixante & quinze pour les appointemens des Of
ficiers Généraux ; vingt- neuf mille neuf cent quales
Officiers des troupes de terre & de
mer , à la demi paye ; deux cent fix mille deux .
·
torze pour
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
cent cinquante- trois pour les onze mille cinq cent
cinquante hommes de Marine , qui feront employés
cette année ; trois mille neufcent quatrevingt-
quatre pour les penfions des veuves des Officiers
réformés , fix mille cent vingt pour rempla
cer les chevaux qui ont été perdus l'année derniere
dans les batailles de Falkirk & de Culloden , &
trois mille pour achever le Pont de Weſtminſter.
Le 11 le Roi fit dans le parc de Saint James la re
vue du Régiment de Dragons du Duc de Cumberland
, qui étoit à la tête . Ce Régiment ne fera
point cette année la campagne dans les Pays- bas ,
où l'on enverra à fa place celui de Hawley , qui
s'embarquera inceffamment avec quelques autres
troupes. Le Duc de Cumberland ' eft parti le 12
pour retourner à la Haye , afin de concerter avec
les Etats Généraux les moyens de faire affembler
de bonne heure l'armée des Alliés . Les Commiffaires
du Bureau des vivres ont fait l'adjudication
du marché , pour l'approvifionnement de tous les
vaiffeaux de guerre qui feront deftinés à croifer
dans la Manche. Le vaiffeau de guerre le Grand
Ture a pris le Corfaire François le Tavignon , de
vingt-quatre canons & de cent vingt hommes
d'équipage , lequel depuis le commencement de la
guerre s'étoit emparé de plus de treme navires
Anglois , & qui dans fa derniere courfe a enlevé
deux bâtimens venans , l'un de Bofton & l'autre de
Livourne. M. Guaftaldi , Miniftre de la République
de Genes a donné part au Duc de Newcaſtle ,
Sécretaire d'Etat , de la réfolution prife par cette
République , d'envoyer à Londres le Marquis
Doria pour exécuter une commiffion auprès du
Roi.
Le Lord Chancelier a préfenté aux Seigneurs
un Bill, pour abolir les Juftices des particuliers
MARS. 1747 . 173
en Ecoffe , & pour les réunir à la Couronne. Les
Seigneurs ont renvoyé au 16 du mois prochain le
procès du Lord Lovat , qui devoit commencer le
de ce mois. La Chambre des Communes a paffé
le Bill du Malt , & le 11 elle continuera de délibérer
fur le fubfide. Elle a réfolu de prier le Roi de
lui communiquer les mefures , qui ont été prifes
pour établir à Gibraltar un Gouvernement civil .
On croit que le Parlement finira dans deux mois
fes féances , & que le Roi fe rendra enfuite à Hanover.
Le Comte de Kildare a été créé Pair de la
Grande Bretagne , fous le titre de Vicomte de
Leinster. Le Roi a nommé M. Cofne , pour aller
en qualité de Commiffaire de Sa Majefté , recevoir
en France les prifonniers Anglois que Sa
Majefté Très-Chrétienne a confenti de remettre
* en liberté. On a reçu avis de Portſmouth que le
28 du mois dernier l'Amiral Byng en avoit fait
voile avec les vaiffeaux de guerre le Colchester , le
Litchfield & le Superbe. Le vaiffeau de guerre le
Britel a conduit à Plymouth un navire François
PROVINCE 9 - UNIES .
N mande de la Haye que le Duc de Cumbery
16 du mois paflé , le Préſident de l'affemblée des
Etats généraux alla le 16 à onze heures du matin
complimenter ce Prince au nom de cette affemblée.
Ce Prince a donné le 20 un magnifique repas
à quelques Miniftres Etrangers & à plufieurs
autres perfonnes de diftinction . Le 17 il foupa
chés le Comte de Golofkin , Ambaffadeur Extraor
dinaire de Impératrice de Ruffie . Les Députés
des Etats de la Province d'Utrecht fe féparerent le
Hiij
174 MERCURE DE FRANCE.
22 , pour reprendre leurs féances le & de ce mois.
Le même jour le Comte de Waffenaar de Twickel,
Miniftre Plénipotentiaire des Etats Généraux aux
conférences de Bréda , partit pour y retourner . Il
fera fuivi inceffamment du Comte de Sandwych ,
Miniftre Plénipotentiaire du Roi de la Grande
Bretagne , & de M. de Macanas , qui doit s'y rendre
en la même qualité de la part de Sa Majefté
Catholique . M. du Theil nommé par le Roi pour
remplacer le Marquis de Puy fieulx dans les mêmes
conférences eft attendu auffi dans peu à Bréda , &
l'on a reçû avis de fon arrivée à Anvers.M.Chiquet,
chargé des affaires de la Cour de France pendant
l'abfence de M. l'Abbé de la Ville , Miniftre du Roi
T. C. auprès de cette République,a eu ainfi que M.
de Macanas ,une conférence avec quelques Députés
de l'affemblée des Etats Généraux. Ileft arrivé de
Londres par le Pacquetbot qui a apporté les lettres
du 17 , un courier dépêché de Lisbonne à la Reine
de Hongrie par le Comte de Rofemberg. On a
été införiné par ce courier que le Roi de Portugal
n'avoit négligé aucun bon office , pour feconder
les difpofitions de Sa Majefté Britannique à un
accommodement avec l'Espagne , mais que Sa
Majefté Catholique avoit déclaré qu'ayant envoyé
aux conférences de Bréda un Miniftre inftruit de
Les dernieres réfolutions , elle jugeoit convenable
de s'en remettre à ce qui feroit reglé dans ces con
férences , & que d'ailleurs elle perfiftoit dans le
deffein de ne conclure aucun Traité rélatif à la
pacification générale , que d'un commun'accord
avec Sa Majeſté Très - Chrétienne . Le Comte de
Sandwych reçut le 17 de Turin un courier , qu'il
fit partir fur le champ pour Londres .
MARS. 175 1747.
宗宗宗宗: 宗宗宗宗宗宗宗宗
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c .
E Roi & la Reine entendirent le 18
Ldu mois dernier dans la Chapelle du
Château la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté
par la
Mufique , pour l'Anniverfaire
de Monfeigneur
le Dauphin pere du Roi.
Le 19 premier Dimanche du Carême
le Roi & la Reine entendirent dans la
même Chapelle la Meffe chantée par la
Mufique. Leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , de Madame
la Dauphine & de Mefdames de France
affifterent l'après-midi à la prédication du
Pere Hericourt Théatin .
Le 21. le Roi & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
de France , affifterent au Sermon du
même Prédicateur.
Leurs Majeftés & la Famille Royale
virent le 22 dans la Sale préparée pour
les fêtes du Mariage de Monfeigneur le
Dauphin , la feconde repréſentation du
Ballet intitulé l'Année Galante.
Les Prêtres de la Congrégation de la
H iiij
176 MERCURE DE FRANCE.
Miffion , dans l'Affemblée générale qu'ils
ont tenu à Paris en leur Maifon de S.Lazare,
ont élû le 16 pour Supérieur - Général de
leur Congrégation le Pere Louis Debras ,
Supérieur du Séminaire de Tours & Viſiteur
de la Province de Bretagne.
Le 23 l'Abbé de Choifeul Stainville
foûtint en Sorbonne , pour être reçû Bachelier
, une Théfe qu'il a dédiée à Monfeigneur
le Dauphin , & que le 18 il avoit
eu l'honneur de préfenter à S. M. & à ce
Prince.
Le 26 fécond Dimanche du Carême
le Roi & la Reine entendirent dans la
Chapelle du Château la Meffe chantée par
la Mufique. L'après- midi leurs Majeſtés
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, de Madame la Dauphine & de Mefdames
de France , affifterent à la prédication
du Pere Hericourt.
Leurs Majeftés entendirent le 24 &
le 28 le Sermon du même Prédicateur.
Le premier de ce mois le Roi & la
Reine accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine & de
Mefdames de France , virent une repré--
fentation de l'Opera de Perfée , auquel on
a ajouté un nouveau Prologue dont les
paroles font de M. de la Bruere , & la
Mufique , de M. Bury.
MARS.
177 1747.
Les de ce mois troifiéme Dimanche
du Carême le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meffe
chantée par la Mufique , & l'après- midi
leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
& de Mefdames de France , affifterent
à la prédication du Pere Hericourt
Théatin .
La Reine accompagnée de même entendit
le 3 & le 7 le Sermon du même
-Prédicateur.
Leurs Majeftés & la Cour virent le 8
une feconde repréſentation de l'Opera de
Perfée & du nouveau Prologue qui y a
été ajouté.
Le Roi a difpofé de la Capitainerie des
Chaffes de la Varenne du Louvre , en favenr
de M. de Vandiere.
Le Roi a donné au Marquis de Mirepoix
, Lieutenant Général de fes Armées ,
le Gouvernement de Brouage , vacant par
la mort du Vicomte de Beaune .
S. M. a accordé le Régiment d'Infanterie
de la Sarre , qui vaquoit par la mort
de M. de Tombebeuf , à M. de Tombebeuf
de Monpouillan fon frere , Capitaine
dans le Régiment d'Infanterie du Roi ,
l'agrément du Régiment de la Marche au
HY
178 MERCURE DE FRANCE.
Marquis de Rochambeau , Capitaine dans
le Régiment de Cavalerie de Saint-Simon;
celui du Régiment Dauphin Cavalerie ,
vacant par la mort du Marquis de Voluire.
au Comte de Marbeuf , Capitaine dans
le Régiment des Cuiraffiers ; celui de Cavalerie
d'Orleans , vacant par la démiſſion
du Comte de Montauban , au Comte de
Melfort , Colonel du Régiment de la
Marche .
Le Roi ayant difpofé des Emplois qui
vacquoient dans la Gendarmerie , a nommé
le Marquis de l'Efperoux , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie des Gendar
mes de Flandre ; le Chevalier de Biffy ,
Capitaine-Lieutenant de la Compagnie des
Chevau- Legers de Bretagne ; le Chevalier
deMonaco , Sous- Lieutenant de cette Compagnie
; le Marquis de Clermont Montoifon
, Sous-Lieutenant de la Compagnie
des Chevau- Legers Dauphins ; le Marquis
de Cruffol d'Amboife , Sous - Lieutenant
de la Compagnie des Gendarmes de
Flandre ; le Marquis de Jaucourt , premier
Cornette de la Compagnie des Chevau-
Legers de Bretagne ; le Comte de Biarnay,
Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes
Bourguignons ; M. de Sommievres , Enfeigne
de la Compagnie des Gendarmes de
Berry ; le Marquis Dupleffis Chaſtillon >
MARS . 179 1747.
Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes.
d'Orleans ; le Comte de Fougiere , Guidon
de la Compagnie des Gendarmes Anglois ,
le Marquis de Foffeufe , Guidon de la
Compagnie des Gendarmes de la Reine ;
le Marquis de Carvoifin d'Achy , Guidon
de la Compagnie des Gendarmes de Bretagne
, & le Marquis de Fourbin , fecond
Cornette de la Compagnie des Chevau-
Legers de Berry.
S. M. en confidération de la conduite
tenue pour la défenſe d'Antibes par le
Comte de Sade , qui y a commandé pendant
le blocus & le fiége de cette Place , l'a
nommé Maréchal de fes Camps & Armées.
Le Roi a accordé le Régiment d'Infanterie
de Dauphiné , vacant par la mort du
Comte de Vaubecourt au Vicomte de
Nettancourt fon frere , Capitaine dans le
même Régiment , & S. M. a difpofé d'un
Guidon de Gendarmerie en faveur de M.
de Gardouche de Belefta,
Le 12 de ce mois quatrième Dimanche
du Carême le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la Meffe
chantée par la Mufique , & l'après - midi
leurs Majeftés accompagnées de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames de
France , affifterent à la prédication du Pere
Hericourt Théatin.
H vj
180 MERCURE DE FRANCE.
Leurs Majeftés entendirent le 10 &
le 14 le Sermon du même Prédicateur.
Le 12 les Députés des Etats de la Province
d'Artois eurent audience du Roi
étant préfentés par le PrinceCharles de Lorraine,
Gouverneur de la Province en furvivance
du Duc d'Elbeuf & par le Comte
d'Argenfon , Miniftre & Secretaire d'Etat
de la Guerre, & conduits par le Marquis de
Dreux , Grand- Maître , & M. Defgranges,
Maître des Cérémonies. La Députation
étoit compofée , pour le Clergé , de M.
de Gherbode , Abbé de St. Bertin , de M..
Dorefmieulx de Foucquieres , pour la No-.
bleffe , & de M. Harduin , Echevin de la
ville d'Arras , pour le Tiers- Etat .
Le Roi vit le 15 dans la Sale préparée.
pour les fêtes du mariage de Monfeigneur
le Dauphin , la premiere repréfentation du
Ballet , intitulé les fêtes de l'Hymen & de
l'Amour , dont les paroles font de M. Cahufac
, & la Mufique de M. Rameau.
Les Prélats & les autres Députés dont
l'Affemblée générale du Clergé étoit compofée
, fe rendirent le 12 de ce mois à
Verfailles pour prendre congé du Roi ,
fuivant l'ufage établi à la fin de chaque
Affemblée , & ils eurent une audience de
S. M. avec les honneurs qui font rendus au
Corps du Clergé. Ils furent préfentés par
MAR S. 1747. ISI
le Comte de Maurepas , Miniftre & Secretaire
d'Etat , & conduits par le Grand-
Maître & le Maître des Cérémonies.
L'Archevêque d'Arles porta la parole au
nom des Députés .
BENEFICES DONNE'S.
Le Roi a accordé l'Abbaye Réguliere
de la Trappe , Ordre de Cîteaux , Diocèle
de Seez , à Dom Brun , dit Malachie ,
Prieur du Convent de cette Abbaye .
Celle de S. Defir , Ordre de S. Benoît ,
Diocèfe de Lizieux , à Madame de Vaulanglart.
Le onze du mois dernier le Corps - de-
Ville , le Duc de Gêvres Gouverneur de
Paris étant à la tête , cût l'honneur de complimenter
Monfeigneur le Dauphin &
Madame la Dauphine fur leur mariage ,
& de leur offrir les préfens que la Ville
eft dans l'ufage de faire en ces occafions.
M. de Bernage Prévôt des Marchands ,
porta la parole au nom du Corps - de - Ville , `
lequel étoit en robes de cérémonie , &
qui fut conduit à l'audience de Monfeigneur
le Dauphin & à celle de Madame la
Dauphine , par le Marquis de Brezé Grand
Maître des Cérémonies.
182 MERCURE DE FRANCE.
Le 12. à fix heures du matin il y eût une
falve de boetes & des canons de la Ville ;
on fit une nouvelle falve à fept heures du
foir , & enfuite on tira dans la place de
l'Hôtel-de-Ville le feu d'artifice , que le
Corps-de-Ville avoit fait préparer à l'occafion
du mariage de Monfeigneur le
Dauphin.
La décoration de ce feu repréfentoit
un Temple deſtiné pour les nôces de Neptune
& d'Amphitrite , & qui étoit de figure
octogone , ouvert fur les huit côtés.
Son architecture étoit compofite , en marbre
de couleur , avec entablement doré.
Devant la principale face du Temple , &
au pied du dégré qui y conduifoit , on
voyoit Neptune & Amphitrite dans un
char de nacre tiré par deux chevaux marins,
& conduit par l'Amour qui portoit le
Trident du Dieu de la mer . Ce char étoit
accompagné de plufieurs Divinités des
eaux , montées fur des Dauphins . Un grand
ceintre d'arcade , appuyé fur les entablemens
, couronnoit la face du fond , & étoit
couvert d'un tableau dans lequel la France
étoit peinte , recevant des mains du Génie
de la Pologne le Portrait de Madame la
Dauphine. Dans le couronnement des deux
petites faces du Temple étoient les Armes
accolées de Monfeigneur le Dauphin &
MARS. 1747. 183
de cette Princeffe , & les quatre pans coupés
de l'édifice portoient des enfans dans
des nuages. L'Autel étoit placé au milieu
du Temple , & à la droite de cet Autel
paroiffoit l'Hymen qui y mettoit le feu
avec fon flambeau . Tout l'édifice étoit
conftruit fur un focle de roches , couvertes
de diverfes richeffes de la mer , & fur lefquelles
étoient aux quatre angles quatre
groupes compofés chacun d'une Nayade ,
& d'un Triton qui portoit un Etendart
femé de fleurs de Lys. Des palmiers dorés
enveloppoient tous les angles faillans du
bâtiment . Le feu commença par la flamme
de l'Autel , laquelle fut allumée
par le
flambeau de la figure de l'Hymen ; le refte
de l'artifice partit des roches qui formoient
le focle , & des nuées des couronnemens ,
& pendant qu'il dura on apperçût en l'air
cette infcription , Vive Louis , tracée en
caractéres de feu , lefquels changerent
plufieurs fois de forme & de couleur.
Quoique le tems ne fut pas favorable , ce
feu exécuté conjointement par les Artificiers
François & Italiens , qui fe font
empreffés à l'envi de fe diftinguer , a merité
l'approbation des Juges les plus difficiles
, & il a répondu par fa magnificence
au defir que le Corps - de-Ville avoit de
marquer par une fête d'éclat fes fentimens,
184 MERCURE DEFRANCE.
& ceux de tous les habitans de cette Ca
pitale , fur- tout ce qui intéreffe leurs Majeftés
& la Famille Royale,
Après l'artifice la décoration fut illuminée
en dedans par un grand nombre de
terrines , & en dehors par huit grands Ifs
de lumieres , difpofés dans le pourtour
du Temple , & cette illumination produifit
un fecond fpectacle , qui feul auroit été
digne de fatisfaire la curiofité publique.
Par un vaiffeau arrivé depuis peu de
Saint- Domingue , on a appris les circonftances
fuivantes , concernant le convoi
qui eft parti des Ports de France le 6 Oc-.
tobre dernier , fous le commandement de
M. Dubois de la Mothe Capitaine de
Vaiffeau. Ce convoi étant arrivé le 28.
Novembre devant le Fort Royal de la
Martinique , M. Dubois de la Mothe y fit
entrer la Flotte destinée pour cette Ifle ,
& continua fa route avec la Flotte expediée
pour Saint Domingue.
Le lendemain à huit heures du matin
il apperçût quatre Vaiffeaux au vent qui
venoient à toutes voiles fur lui. Comme
il n'avoit alors que le Vaiffeau le Magnanime
de foixante & quatorze canons qu'il
montoit , & la Fregate l'Etoile de quarante
canons , il fit fignal à toute la Flotte de
MARS. 1747. 185
forcer de voiles avec la Fregate ; il mit
en même tems en panne pour arrêter les
Vaiffeaux ennemis , à mesure qu'ils approcheroient
, & ce ne fut que quand tous
les Navires Marchands & la Fregate furent
paffés de l'avant , qu'il fit fervir fous
les deux huniers fur le ton . Deux des Vaiffeaux
ennemis l'ayant approché , il tira fes
canons de retraite fur eux. Ils y répondi
rent par leurs bordées , & le combattirent
tout de fuite par les hanches. M. Dubois
de la Mothe s'apperçût dans cette conjoncture
que plufieurs Navires de fa Flotte
s'étant ébranlés , fe trouvoient expofés
à tomber entre les mains des ennemis . Il
prit fur le champ le parti d'attirer fur lui
feul la chaffe des quatre Vaiffeaux ennemis.
Les manoeuvres qu'il fit dans cette
vûë lui réuffirent , & après avoir fait arriver
tous les bâtimens qui reftoient avec
lui , il donna ordre à la Fregate de les fuiafin
de les mettre à couvert des Corfaires
qu'ils pourroient rencontrer aux
atterrages de Saint Domingue , où il leur
indiqua un rendez- vous. Il ne s'occupa
plus que de fe défendre contre les Vaiffeanx
ennemis , de telle forte que fa Flotte
eût affés de tems pour fe fauver . Il redoubla
fon feu contre les deux bâtimens qui le
canonnoient , & il les força enfin à trois
vre ,
186 MERCURE DE FRANCE .
heures après minuit de tenir le vént pour
s'éloigner & attendre les deux autres.
Le 30 Novembre au matin ils reparurent
tous quatre , il n'y en eût encore que
deux qui pûrent l'approcher , & ceux-ci
fe tinrent à une certaine diftance jufqu'à
quatre heures après- midi , que voyant que
fes deux autres ne pouvoient pas fe joindre
à eux pour attaquer enfemble le Magnanime
, ils fe déterminerent à quitter la
chaffe,
C'est ainsi que M. Dubois de la Mothe
avec ce feul Vaiffeau , par l'habileté & la
hardieffe de fes manoeuvres a fauvé la Flotte
contre quatre Vaiffeaux dont un étoit
de quatre-vingt canons , deux de foixante
& l'autre de cinquante. Il continua fa
route pour le rendez - vous qu'il avoit donné
à fa Flotte fur la côte de Saint Domingue.
Sur ce qu'il avoit remarqué que
plufieurs Navires s'étoient difperfés , il
régla fa navigation de maniere à pouvoir
rallier ceux qui fe rencontreroient dans
les parages par où il devoit paffer , & il
en rallia en effet vingt- cinq avec lefquels
i entra au Cap. A l'égard des autres , ils
fe font rendus avec la Fregate l'Etoile dans
d'autres Ports de Saint Domingue , à l'exception
de trois qui ont été pris par des
Corfaires ennemis fur la côte du Sud de
MARS. 1747. 187
cette Ifle , & de trois autres dont on n'avoit
pas cû de nouvelles , & qui étoient
attendus.
On mande de Bruxelles du 26 du mois
paffé qu'on vient de publier un Edit par lequel
le Roi permet aux Communautés des
Villes du fecond ordre du Duché de Brabant,
ainsi qu'aux Communautés des bourgs
& des villages de cetteProvince , de faire des
emprunts en conftitutions de rentes , pour
payer les charges extraordinaires qui leur
font impofées. Le même Edit porte que
trois ans après la conclufion de la paix on
commencera à procéder સે au remboursement
de ces emprunts , & que les Communau
tés auront alors la liberté d'établir pour
cet effet une impofition fur les denrées de
certaine nature ; que ces Communautés ne
pourront conftituer aucunes rentes , qu'el
les n'ayent remis préalablement aux Dé
putés des Etats de la Province un état des
fommes dont elles auront befoin , & que
l'argent qu'elles emprunteront ne fera
point employé au payement des Guides ni
des Pionniers , non plus qu'aux dépenfes
pour les chevaux & les charois qu'elles
feront obligées de fournir. Le Duc de
Bouteville , qui commande en cette Ville
fit le 18 la revûë du Régiment de Nor
39 MERCURE DE FRANCE.
mandie. On attend de Courtray le Régi
ment d'Uhlans du Maréchal Comte de
Saxe & de quelques autres troupes. Celles
qui compofent la garnifon d'Anvers doivent
être confidérablement renforcées , &
l'on a commandé deux millePionniers pour
travailler aux nouveaux ouvrages qu'il a
été réfolu d'ajouter aux fortifications de
cette Place , où l'on fait conduire tous les
jours une grande quantité de vivres & de
munitions de guerre. Un Corps de Huf
fards des troupes de la Reine de Hongric
ayant porté une grande Garde à une lieuë
en- deçà de Tirlemont , & les habitans des
lieux voifins étant fort allarmés à cette
occafion , on à fait avancer un détache
ment à Genappe. On parle beaucoup du
prochain retour du Maréchal Comte de
Saxe dans ce pays , & l'on affûre que tous
les Officiers de l'armée , qu'il doit com
mander , ont ordre d'avoir joint leurs Ré
gimens au premier du mois d'Avril. Le 13
de ce même mois le Duc de Bouteville
donna une fête à l'occafion du mariage de
Monfeigneur le Dauphin . Cette fête fut
annoncée le matin par une falve générale
de l'artillerie des remparts , & le
foir l'Hôtel du Commandant fut entierement
illuminé. Toutes les perfonnes
qualifiées de la Ville y fouperent , ainſ
MARS. 1747. 189
que les principaux Officiers des troupes
de la garnifon . Le repas fut fuivi d'un Bal
qui dura toute la nuit , & pendant lequel
on diftribua des rafraichiffemens en abondance
. On écrit de Namur que le Comte
de Lowendalh y a célebré auffi avec beaucoup
d'éclat le mariage de Monfeigneur le
Dauphin . Le 9 jour deftiné pour cette fête ,
ce Lieutenant Général fit repréfenter une
Comédie fur un Théâtre qui avoit été
conftruit par fes ordres dans une des Sales
de la maifon du Gouvernement. On fervit
enfuite plufieurs tables avec autant de profufion
que de délicateffe , & après un trèsbeau
feu d'artifice il y eût un Bal maſqué,
EXTRAIT d'une ' Lettre du Camp de
Graffe le 18 Février,
Es ennemis , depuis qu'ils ont repaffé
Llevar ,Pont cappés fur la rive gauche,
de cette riviere , où ils ont élevé plufieurs
batteries & conftruit divers retranchemens.
Il regne beaucoup de maladies dans leur
armée , & l'on compte actuellement dans
leurs Hôpitaux plus de dix mille foldats.
La mortalité y eft fi grande que leurs Ba
taillons les plus forts ne font pas à trois,
cent hommes. Leur Cavalerie qui man190
MERCURE DE FRANCE.
quoit totalement de ſubſiſtance , a repris
la route de Lombardie , les Cavaliers étant
obligés de mener par la bride leurs chevaux
, dont la plupart tombent morts dans
les chemins , & dont à peine on pourra
fauver la troifiéme partie . Cette Cavalerie
paffe par le Col de Tende , & onze Bataillons
, que le Comte de Browne a détachés
de la même armée , marchent du cô
té de Savonne. Selon les apparences ils
feront fuivis de quelques autres. M. d'Arnault
, avec les troupes qui ont compofé
l'avant-garde de l'armée du Roi , occupe
Saint Laurent & la partie du Pont qui traverfe
le grand bras du Var , & vingt Bas
taillons campent par Brigades le long de
la rive droite de cette riviere depuis la mer
jufqu'au Brock. La rareté des fourages &
& la difficulté de faire tranfporter les vivres
mettant le Maréchal Duc de Belle Ifle
dans la néceffité de fufpendre fes opérations
, ce Général a envoyé dans la Baffe-
Provence , dans le Languedoc & dans le
Dauphiné trente Bataillons & toute la Cavalerie
, & il n'a gardé qu'un Régiment de
Dragons & les Huffards. Il auroit même
féparé entierement les troupes , s'il n'avoit
pas été à propos d'exciter , en tenant un
Corps confidérable fur le Var , l'inquiétu
MARS. 1747 . 191
de des Allemands & des Piémontois , & fi
ce n'étoit un moyen d'achever de ruiner
leur armée , que de la contraindre à demeurer
dans le Comté de Nice . Les troupes
de fa Majefté Catholique font allées
prendre des quartiers dans le Languedoc,
PRISES DE VAISSEAUX.
On mande du Havre que le Capitaine
Defchenais Threhouart commandant le
Corfaire la Marie Magdeleine , de Saint
Malo , s'eft rendu maître de la corvette
du Roi de la Grande Bretagne le Hornett
& des Navires Anglois le Roi Guillaume
de fix cent tonneaux , & la Diligence , de
deux cent. Le premier de ces deux Navires
portoit à la Jamaïque cent canons de
vingt-quatre livres de balle ; quatorze
canons de trente- deux , & differentes munitions.
Le Corfaire le Tigre , de Saint Malo ,
monté par le Capitaine Emerie , a envoyé
au Havre un Vaiffeau Marchand de la
même nation.
un
Il est arrivé auffi dans ce dernier Port
autre bâtiment Anglois nommé le
Terrible dont la charge confiftoit en tabac
, & qui a été pris par le Corfaire le
192 MERCURE DE FRANCE.
Tavignon , de Saint Malo , que commande
le Capitaine Ruault de la Mothe . Ce
même Corfaire s'eft emparé du Navire la
Charmante Marie , qui a été conduit à
Morlaix , & qui étoit chargé de vin de
Cherez , de graine de lin & de guildive.
Le Capitaine Hautmenil Hugon qui
monte le Corfaire le Conquerant , de Granville
, eft rentré dans ce Port avec le bâtiment
ennemi le Pêcheur , de cent vingt
tonneaux , chargé de tabac. Il a fait deux
autres prifes dont une s'eft rachetée pour
la fomme de trente -fix mille livres.
Le Corfaire la Revanche , Capitaine
Dupré Hugon , du même Port , a enlevé le
Navire le Boyd Galley , de trois cent tonneaux
, à bord duquel il y avoit une grande
quantité de draps de toiles & d'autres
marchandiſes.
Suivant les avis reçûs de Saint Malo ,
le Corfaire l'Heureux commandé par le
Capitaine Dorbelais , y a conduit le Corfaire
le Williammain , de Jerfey , armé de
huit canons & de huit pierriers , & il s'eft
emparé aufli du Navire la Fortune , chargé
de fel & de vin de Portugal. Le Navire
le Cefar chargé de fucre , a été pris par le
Corfaire le Cerf, que monte le Capitaine
Robert Bernard. Le Corfaire la Sultane
dont
MARS. 1747. 193
dont M. Pinou eft Capitaine , s'eft rendu
maître du bâtiment la Rebecca & Marie ,
dont la cargaifon confiftoit en tabac & en
pelleteries , & d'un autre Navire Anglois ,
chargé de fel . Les Capitaines Ribard &
Giraudais Chenart qui commandent les
Corfaires l'Alcide & la Riche , ont repris
fur les ennemis , le fecond , le Navire la
Jeanne , fur lequel il y avoit des cuirs , des
laines & des fruits , le premier , le bâtiment
le Grand Conty , de trois cent foixante
tonneaux , armé de vingt canons , & qui
avoit fait voile de la Rochelle pour l'Amérique
avec un chargement confidérable.
Les lettres de la Rochelle marquent que
le Navire l'Humilité de Glafgow , de quatre-
vingt canons , à bord duquel on a
trouvé diverfes marchandifes , a été conduit
dans le premier de ces deux Ports par
le Corfaire le Lyon , de Bayonne .
On a appris de Saint Jean de Luz qu'il
y
étoit arrivé un bâtiment ennemi , nommé
le Surefaw, dont la charge confiftant en
toiles à voiles , en cordages & en munitions
de guerre , étoit deſtinée pour la
Caroline: Cette prife a été faite par le
Corfaire le Comte de Noailles , que monte
le Capitaine Molleres.
Le Corfaire le Romieu , Capitaine Ber-
I
1
194 MERCURE DE FRANCE.
the , s'eft rendu maître de deux bâtimens ,
l'un d'environ deux cent tonneaux , chargé
de fucre & de raffia , l'autre chargé d'étain
& d'autres marchandiſes.
Le Capitaine Deſchefnays Trehouart
qui monte le Corfaire la Marie Magde
leine de Saint Malo , y a conduit le Navire
La . Diligence de Londres , de cent foixantedix
tonneaux.
On mande du Havre qu'il y eft arrivé
un bâtiment appellé la Galere de Rokley ,
de deux cent tonneaux , chargé de differentes
marchandifes , lequel a été pris par
les Corfaires le Comte des Maurepas , de
Dunkerque , & le Romieu , du Havre.
Le Navire Anglois la Prudence , chargé
de fucre , a été enlevé par le Capitaine
Figoly , commandant le Corfaire le Figoly ,
& il a été mené à Dieppe.
Le Corfaire la Gorgone , de Dieppe , Capitaine
Cok , a rançonné pour huit cent
livres fterlings les Navires Alexandre &
Helene , de foixante & dix tonneaux , &
le Georges & Marie , de deux cent.
Le Capitaine Lamy qui commande le
Corfaire le Louis Quinze , de Calais , s'eſt
emparé du Navire la Cecile , d'Arbrow
chargé de tabac & d'autres marchandiſes ,
& il l'a envoyé à Dunkerque.
On apprend de la Rochelle que les CorMARS.
1747.
195
faires le Lyon & l'Eclair , de Bayonne ,
montés par les Capitaines Lalande & Saboulin
ont fait conduire dans ce premier
Port l'Atlas , de deux cent foixante tonneaux
, chargé de fucre , & le You Millery ,
de Glafcow , chargé de ballots de toile.
Les lettres écrites de Bayonne marquent
que le Capitaine du Crabon , commandant
le Corfaire la Victoire , s'eft rendu
maître des Navires le Nancy , de trois
cent tonneaux , chargé de differentes
marchandiſes ; le Pacquebot de la Barbade ,
de cent tonneaux , dont la cargaifon confifte
en poudre & en armes à feu , & le
Villet , de Londres , de quatre cent cinquante
tonneaux , armé de vingt- deux canons
, & dont le chargement eft compofé
de differentes marchandifes.
Le Corfaire la Bafquoife , dont eft Capitaine
M. Samfon Dufourcq , s'eft emparé
d'un Navire armé de douze canons
& douze pierriers , lequel a été conduit
à Saint Jean de Luz.
I ij
196 MERCURE DE FRANCE,
DESCRIPTION de la fête donnée le
12 Mars 1747 à S. A. Electorale
de Cologne par M. l'Abbé Aunillon
Miniftre du Roi auprès dé ce Prince
L'occafion du mariage de Monfeigneur le
Dauphin.
C
Ette fète fut annoncée au peuple
dès le matin par une triple décharge
de toute l'artillerie des remparts de la
Ville,lefquelles furent renouvellées à midi
& à onze heures du foir pour terminer la
fête.
Toute la maison de ce Miniftre , qui
eft une des plus belles & des plus grandes
de la Ville , fut illuminée de lampions
fuivant l'ordre de fa propre architecture,
L'illumination étoit terminée en bas par
une rampe de pots à feu , & partagée au
fecond ordre par une autre rampe de flam
beaux de cire blanche .
Un grand balcon qui forme le milieu
de tout l'édifice foûtenoit un tableau tranfparent
, de dix-huit à vingt pieds de hauteur
, repréfentant un cartouche orné de
guirlandes de fleurs & de divers attributs
convenables au fujet de la fête,& furmonté
par la couronne de Dauphin. Au milieu
MARS. 197 "
1747 .
du cartouche , fur une mer , étoit peint un
Dauphin fur lequel étoit affis le Dieu de
l'Hymen , tenant de fa main droite fon
flambeau allumé & entouré d'un faifceau
de Lys , & de la main gauche l'écuffon de
Saxe & de Pologne appuyé fur le Dauphin,
avec cette legende :
Novum decus liliis addam.
Les deux côtés du balcon en retraite
étoient auffi ornés de tranfparents , fur lef
quels étoient peints des génies foûtenans
les écuffons de France à la droite , & de
Pologne & Saxe à la gauche , entourés &
fufpendus par des guirlandes de fleurs.
Les appartemens hauts & bas de ce
Miniftre étoient éclairés par plufieurs luftres
, girandoles & bras garnis d'une infi--
nité de bougies.
M. l'Abbé Aunillon eût l'honneur d'y
recevoir à fouper S. A. Electorale de Cologne
& leurs A. E. le Duc & la Ducheffe
de Baviere , accompagnés d'un grand nombre
de Seigneurs, & Dames de la Cour de
ces Princes , parmi lefquels étoient tous
les Miniftres & Grands Officiers de la
Maifon de S. A. Electorale.

I iij.
798 MERCURE DE FRANCE.
Il y a eu deux tables ; celle de Leurs A. E..
étoit de vingt- quatre couverts fervie à trois
fervices.
Le. fruit repréfentoit fur un plan de
trente-fix plâteaux joints l'un à l'autre ,
dans le milieu un Temple de l'Hymen foûtenu
par douze colonnes de feize pouces
de haut , dans lequel étoient repréſentés
Monfeigneur le Dauphin & Madame la
Dauphine fe donnans la main . Aux deux
côtés du Temple , fous deux veftibules .
étoient d'un côté la Victoire avec des trophées
d'armes , dont un génie fufpendu
en l'air couronnoit Monfeigneur le Dauphin
d'une Couronne de laurier , & de
l'autre Minerve avec des trophées des
Arts , dont un génie préfentoit à Madame
la Dauphine une Couronne de Dauphin.
Le milieu du Temple étoit furmonté de
quatre Dauphins foutenans la Couronne
de France , & des deux extrêmités étoient
deux terraffes environnées de balustrades
fur lefquelles plufieurs Amours formoient
des jeux & des concerts.
On voyoit aux deux extrêmités de ce
Temple , d'un côté la Seine dont les eaux
étoient chargées de plufieurs cignes , de
l'autre côté l'Elbe , fur lequel un Dauphin
portant le Dieu d'Hymen avec fon flamMARS.
1747. 199
beau & l'écuffon de France , paroiffoit nager
fur la furface des eaux , vers la fource
de ce fleuve des jardins environnoient de
l'édifice & les feuves .
toutes parts
› y
Les fantés de Sa Majefté , de Monfeigneur
le Dauphin , de Madame la Dauphine
, de l'Electeur & des Princes de fa
Maiſon , y furent bûes dans les grands verres
au bruit du canon , les vins les plus
rares y ont été préfentés aux convives ,
& toute la Maifon de l'Electeur a été
traitée.
Il y a eû pendant le fouper un concert
de trompettes & de cors de chaffe.
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. de
la Bruere par M. De...
L n'eft perfonne , M, qui ne convienne
de la néceffité indifpenfable d'une
ample connoiffance de l'Arithmétique
pour réuffir dans le Commerce.
Notre fiécle nous offre un homme , qui
par les fecours de la nature eft parvenu à
une profonde connoiffance des Changes
étrangers , des Négociations , des
Correfpondances , des Arbitrages , &
de la tenue des Livres à parties doubles ,
& qui joint à la fupériorité de fes talens
I iiij
200 MERCURE DE FRANCE.
une heureufe facilité de fe faire entendre ,
même à ceux que la nature a rendus le
moins capables de réuflir .
C'eft le fieur Lebez , Maître Expert Juré
Ecrivain de la ville de Paris , à qui il ne
manque que des témoins de fon habileté :
pour prévenir la défiance du public fur
les promeffes qu'on lui fait , le fieur Lebez
a formé le généreux deffein d'ouvrir gratuitement
une école publique particuliere
pour le fervice de ceux à qui la médiocrité
de leur fortune ne permet pas de reconnoître
les foins d'un habile Maître .
Il n'exige pour reconnoiffance , qu'un
peu d'attention & d'exactitude de la part
de ceux qui voudront bien ſe ſoumettre à
fes lumieres . Je fuis , & c .
Le fieur Lebez demeure rue de l'Echelle
proche les Thuilleries.
Le Samedi 25 de ce mois Leurs Majeftés
prirent le deuil pour la mort de la Reine
de Pologne , Ducheffe de Lorraine & de
Bar , Mere de la Reine .
MARS. 201 1747.
LE PHILOSOPHE ET LE PANTIN,
FABLE.
A Mademoiselle de L.....
LEs Pantins du beau Sexe ont mérité l'amour
Vous voulez que fur eux j'imagine une Fable ;
Eft-ce pour honorer ou rendre méprifable
Ce goût nouveau qui charme & la Ville & la Cour
Cenfeur amer faut-il
› de que ma bile
Stoïquement j'épanche les aigreurs ,
En retraçant cette ardeur puerile
Que les Pantins excitent dans les coeurs
Non, felon vous il eft plus fage
De s'inftruire , en riant des fottifes d'autrui :
C'eft auffi fur ce plan que je vais aujourd'hui
De ma Fable à vos yeux crayonner une image
Et puifque mon fujet eſt par vous défigné ,
Seule vous avez droit au tribut de ma veine :
Mais quand j'écris pour une Sévigné ,
Que ne puis-je être un la Fontaine !
Un Philofophe , en voyant d'un Pantin
La voltigeante & bizare ftructure ,
I V
202 MERCURE DE FRANCE.
Se lamentoit fur le goût enfantin
Qu'on a pour agiter fa comique figure ,
Quand un fil allongé dilate fes refforts ,
Et fait à nos regards avec mainte pofture
En fautillant grimacer tout fon corps.
Quel tems , s'écria - t'il , que le fiécle où nous fommes
!
2
Nous voyons en enfans fe tranformer les hommes :
L'efprit leur offre en vain fes utiles tréfors
Loin d'eux , fans nul retour , le tems s'envole ; on
P'ufe
A mouvoir d'un carton l'affemblage indécent ,
Dont l'ébranlement les amuſe ,
Ainfi
que
l'on charme un enfant
Qu'avec une poupée enchante fa nourrice.
Notre Héraclite après ce beau difcours
Voulut pourtant effayer l'exercice
Qui fait faire au Pantin & fes fauts & les tours ,
Mais le fil qu'il toucha dénoüa de fa langue ,
Sans le fçavoir , les mouvemens nouveaux ,
Et le Pantin à fon tour , en ces mots
'Au grave Philoſophe adreffa fa harangue .
Les tours , les grimaces , les fauts ,
Que je fais quand un fil ébranle ma ftature ,
Qui felon vous n'amufe que les fots ,
Des homines néanmoins expriment la peinture.
Pour vous , la vanité , voilàvotre vrai fil ;
MAR S.
203
1747.
Qu'on le touche ? on vous verra faire ,
Souple , pliant , actif , ſubtil ,
Mille tours pour la fatisfaire.
Ames avides , qu'un fil d'or
Eclatte en cent façons il ébranle votre ame ,
Et pour groffir votre tréfor ,
Que ne fait point en vous l'ardeur qui vous en
Alâme ?
La corde de ton atc , Amour impérieux ,
N'eft- elle pas ce fil d'où naît cette foupleffe
Qui remuë avec tant d'adreſſe
Les coeurs que tu foûmets au pouvoir de tes feur ?
Caprice , paffions , préjugés , ignorance ,
Vous êtes des fils auffi forts ,
Qui des plus violens tranſports
Chés les mortels excitez l'indécence .
Notte Sage à ces traits connoiffant les humains ,
Au Pantin impofa filence :
D'un fil chacun de nous éprouve la puiffance ;
Va, dit-il, plus que toi nous fommes des Pantins,
De Saulx,
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
to sendokaratnentnentnin
MARIAGES ET MORTS.
L
I
E Jeudi 9 de ce mois à été fait en la Paroiffe
de S. Roch à Paris , le mariage de Louis-Paul
de Braneas , dit le Marquis de Brancas , Meftre de
Camp du Régiment de Cavalerie de Brancas, en Octobre
1739 , Brigadier des Armées du Roi du 1 Mai
1745 , avec Dile Marie- Anne-Renée - Jacqueline
Grandhomme de Gizeux , fille de René - Simon
Grandhomme , Seigneur de Gizeux en Anjou ;
Arvillé , Hommes , le Pleffis - au-Maire , les Ricor
dieres , &c. Maître des Cérémonies de France , &
de D. Marie Anne de la Motte. M. le Marquis de
Brancas eft frere puîné de M. le Comte de Forcal
quier, Lieutenant Général au Gouvernement de
Provence , lequel eft nrarié depuis le 6 Mars 1742
avec D. Françoife- Renée de Carbonnel de Canify
& de laquelle il n'a point d'enfans .. Il eft né le 25
Mai 1718 , & fils de Louis de Brancas de Forcalquier
, Marquis de Cerefte , Baron du Catellet ,
Seigneur de Rofcon, de Montjuftin & de Vetrolle,
Maréchal de France , Grand d'Efpagne de la premiere
Claffe , Chevalier des Ordres du Roi & de
la Toifon- d'or, Lieutenant Général en Provence ,
Gouverneur des Ville & Château de Nantes &
Commandant en Bretagne , & de D. Elizabeth-
Charlotte Candide de Brancas- Villars , mariée le
24 Janvier 1896, & morte le 26 Août 1741. Voyez
pour la Généalogie de l'illuftre Maifon de Brancas,
I'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
Vol. 5. fol. 277. & le premier Volume de l'Hiftoire
de la Nobleffe du Comté Venaiffin , par M. Pithon-
Curt , fol . 194.
Le 16 fut fait à S. Euftache par M. l'Evêque de
Blois ( François de Cruffol d'Uzés ) le Mariage
MARS. 205 1747.
d'Anne-Emanuel- François - Georges de Cruffol d'U
zés d'Amboife , dit le Marquis de Cruffol d'Amboife
Sous- Lieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de Flandre , avec Dlle Claude - Louiſe- Angélique
Berfin , fille de M. Jean- Baptifte Berfin , Confeiller
du Roi en fes Confeils , Grand Audiencier de
France , & de D. Louife- Angélique Rondin. M. le
Marquis de Cruffol eft né le 30 Mai 1726 , & fils
de feu Jean-Emanuel de Cruſſol d'Uzés Marquis
d'Amboife , & de D. Anne- Martine- Louiſe Maboul
de Fors , mariés le 24 Juin 1725. Ileft neveu
de M. l'Evêque de Blois , &petit- fils d'Alexandre
Gallios de Cruffol de S.Sulpice d'Amboife , Comte
d'Amboife & de D. Charlotte - Gabrielle de Timbrune
de Valence. La Branche dont il fort , eft
Cadette de celles des Ducs d'Uzés , des Marquis de
Montauzier, des Marquis de Cruffol - l'Eſtrange &
des Marquis de Saint- Sulpice , & defcend comme
eux de Jacques de Cruffol Duc d'Uzés , Pair de
France, par la mort d'Antoine de Cruffol fon frere,
qui en avoit obtenu l'érection par Lettres du mois
de Mai 1565 , comme on le peut voir dans la Généalogie
de cette illuftre Maiſon , rapportée dans
P'Hiftoire des Grands Officiers de la Couronne
vol. 3. fol. 762.
Dame Chriftine Groppo , veuve de M. Denis de
la Haye , lequel a été employé pendant quarante
ans en Ambaffade ou dans diverſes négociations
auprès de diferentes Cours , mourut le 17 Janvier
dans fon Château de la Boutfelle , âgée de 83 ans
".
La nommée Marie Jacob eft morte à Raintembaut
en Bretagne , dans la 105e . année de ſon âge.
Le 24 Février Henri Cochin Ecuyer Confeiller-
Secretaire du Roi , ancien Avocat au Parlement
, Adminiftrateur de l'Hôtel - Dieu & .des
Incurables , mourut à Paris dans la 60º. année de
206 MERCURE DE FRANCE.
fon âge , laiffant de fon Mariage avec Jeanne-
Helene Renard , Henri- Auguftin Cochin Ecuyer ,
deftiné à la robe , & Marie - Helene Cochin ,
mariée depuis le 18 Juillet 1740 , avec Gerard-
François Michel de Montpezat , Confeiller au
Grand-Confeil & Grand Rapporteur en la Chancellerie
de France.

Le 25 Henri de Cordouan Comte de Langey , ancien
Lieutenant des Gardes du Corps du Roi &
Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis , mourut
à Paris âgé de 80 ans , fans enfans ; il avoit
pour frere aîné Philippe de Cordouan , Marquis
de Langey,qui de fon Mariage avec D.Hardouine-
Françoife de Broffin de Meré avoit eu N... de Cordouan
, Marquis de Langey fils unique , Capitaine
de Grenadiers dans le Régiment des Gardes Françoifes
& Brigadier des Armées du Roi , tué au
combat d'Ettingen le 27 Juin 1743 , fans avoir
été marié , & pour four D. Anne - Henriette de
Cordouan , mariée le 14 Mai 1703 , avec Charles
Houel,Marquis d'Houelbourg à la Guadeloupe en
Amérique , Maréchal des Camps & Armées du
Roi & Gouverneur de l'Ifle de Rhé , mort le 29
Janvier 1736 ; & elle mourut le 20 Décembre
1719. Ils étoient tous trois enfans de René de
Cordouan , Marquis de Langey , Seigneur de la
Rochebernard , Colonel d'un Régiment de Cavalerie
étrangere , & de D. Diane de Montout de
Benece, foeur de M. le Maréchal Duc de Navailles.
Le nom de Cordouan eft marqué entre les Nobles
de la Province du Mayne , par fon ancienneté ,
par fes alliances & par fes fervices militaires , & fes
Armes font d'or à une Croix engrélée de fable &
cantonnée de quatre Lyons de gueules , lampaffés
& armés de fable.
Le 27 M. Julien Florian Jamarz Sieur de Gournay,
MARS. 1747. 207
Maître ordinaire en la Chambre des Comptes de
Paris , mourut à l'âge de 2 ans . Il avoit épousé
D. Claude Verduc , foeur d'Yves Verduc, Confeiller
au Parlement.
Le ...Mars Charles- François de Nettancourt de
Hauffenville Comte de Vaubecourt , Colonel du Ré
giment de Dauphiné depuis le 15 Mars 1740 ,
mourut à Geneft près de Graffe , où étoit fon Régiment
; il étoit âgé de 28 ans , & fils de Charles-
François -Hiacinthe de Nettancourt , Seigneur de
Neufville & de D....de Vaffignac , & il avoit
été marié le 20 de Mars 1736 avec D. Jeanne-
Henriette de Chatenet de Puyfegur , fille aînée
de Jacqués de Chaftenet ; Marquis de Puyfegur ,
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Roi, &c. & de D. Jeanne- Henriette- Auguftine de
Fourcy; feu M. le Comte de Vaubecourt laiffe un
frere Cadet , dit le Vicomte de Nettancourt , Capitaine
dans le Régiment de Dauphiné , auquel le
Roi a accordé le Régiment vacant par la mort de
fon frere . Voyez la Généalogie de la Maifon de
Nettancourt , une des plus anciennes de Champagne
dans le Nobiliaire de cette Province , imprimé
en 1668 par ordre de M. de Caumartin , alors Intendant
de Juftice , & dreffé par M. d'Hozier.
Le 3. Louis
Bontems
premier
Valet
-de-
Chambre
ordinaire
du Roi
, Gouverneur
du Palais
des Tuilleries
, Bailly
& Capitaine
des Chaffes
de
la Varenne
des Tuilleries
& Chevalier
de l'Ordre
de S. Lazare
& de Notre
-Dame
du Mont
- Carmel
,
mourut
au Château
des Tuilleries
dans
la 43 ° . année
de fon âge ; il étoit
filleul
du Roi
, & avoit
époufé
au mois
de Février
1735.
D. . . . . Belon
,
fille
de Jean
Belon
, Ecuyer
, Confeiller
- Secretaire
du Ro , & il en laiffe
deux
filles
& un fils âgé de
8 ans , auquel
le Roi a donné
la Charge
de premier
208 MERCURE DEFRANCE.
Valet-de- Chambre ordinaire de Sa Majefté. Il étoit
fils de feu Louis- Alexandre Bontems , Chevalier
Commandeur , Prévôt & Maître des Cérémonies
des Ordres de Notre - Dame du Mont Carmel & de
S. Lazare de Jérufalem , premier Valet-de-Chambre
ordinaire du Roi , Bailly & Capitaine des
Chaffes de la Varenne du Louvre , & Capitaine-
Concierge du Palais , Château & Jardin royal des
Tuilleries , fur -Intendant des Bâtimens & Jardins
de la Reine , & ci - devant Gouverneur de la Ville
de Rennes en Bretagne mort au Château des
Tuilleries, le 22 Mars 1742 , & de D. Charlotte le
Vafleur de Saintvrain , fa premiere femme, morte
le 29 Août 1709 , & petit - fils d'Aléxandre Bontems
, auffi premier Valet- de-Chambre ordinaire
du Roi , Intendant des Châteaux , Parcs & Domaines
de Verſailles & de Marly , & Secretaire
général des Suiffes & Grifons , mort le 17 Janvier
1701 , & de D. Marie - Marguerite Bofc , morte le
11 Mars 1674.
"
Le 4 D. Angélique Denyellé , veuve de Jean-
Louis Barré , Auditeur des Comptes du 16 Mai
1688 , & avec lequel elle avoit été mariée le 3
Juillet 1690 , mourut à Paris , laiffant de fon Mariage
Louis Barré , Seigneur de Guyon - Boulart
reçu Confeiller au Parlement le 11 Mai 1720 , veuf
depuis le 27 Décembre 1736 , de D. Anne- Louife-
Verani de Varannes , duquel Mariage eft née D.
Marie-Louife Barré, mariée le 3 Février 1739 avec
Charles-Louis Aubin , Confeiller au Parlement.
-
Le 7 Jean Baptifte des Galloys de la Tour ,
Premier Préfident au Parlement d'Aix , mourut à
Aix âgé de 67 ans , étant né le 26 Janvier 1681 ; il
avoit été reçu Confeiller au Parlement de Paris le
29 Août 1703 , puis pourvu de la Charge de Maître-
des-Requêtes par Lettres du 23 Février 1712 ,
MAR S.
209 1747.
nommé Intendant de Juftice en Bretagne en 1728,
& enfin Premier Préfident au Parlement de Provence
& Intendant de Juſtice de la mênie Province
en 1734. Il étoit fils de Pierre des Galloys , Seigneur
de la Tour , Vicomte de Glené , & de D.
Anne le Gendre de Saint Aubin , & il avoit épousé
.. de laquelle il a laiffé entr'autres enfans Charles-
Jean- Baptifte des Galloys de la Tour, Vicomte
de Glené , né le 12 Mars 1715 , reçu Confeiller au
Parlement de Provence en 1735 , puis pourvu de
l'Office de Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô
tel du Roi fur la démiffion de fon pere, par Lettres
du 7 Août 1738 , & Préfident au Grand - Confeil
par Commiffion du 18 Mai 1740 , & aujourd'hui
Intendant de Juftice en Provence depuis 1744. Mrs
de la Tour portent pour Armes de Sable à un fautoir
d'or.
que
-
Le 13 mourut à Paris Arthus - Louis Thimo™
Jeon Comte de Gorffier , Capitaine de Cavalerie au
Régiment Dau hin , né le 23 Juin 1727 , fils aîné
de François Louis de Gouffier , Marquis de
Thois & Comte de Paflavant , ancien Metre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie , & de Dame
Armande- Louife de Gouffier fon époufe , fille unide
Pierre Marc- Antoine de Gouffier , Comte
de Caravas ; il avoit épousé le 23 Avril 1746 D.
Magdeleine -Bernardine- Marguerite Kadot de Sebbeville
, fille puînée de feu Charles- Louis- Frederic
Kadot , Comte de Sebbeville , Enſeigne de la feconde
Compagnie des Moufquetaires de la Garde du
Roi ,& d'Elizabeth- Thérefe- Marguerite Chevalier
de Montigny fa femme , il n'y a point eu d'enfans
de ce Mariage. Voyez pour la généalogie de cette
Maifon illuftre par fon ancienneté , fes alliances
& par les dignités & les fervices militaires , le se .
Volume de l'Hiftoire des grands Officiers de la
210 MERCURE DE FRANCE.
Couronne , fol. 605. à l'article du Duché de Gouf
fer Rouannois.
M. le Curé de S. Sulpice , dont le zéle infatiga
ble & les talens éminens fe confacrent avec tant
de fuccès au bien public , vient de faire publier un
état des mariages , baptêmes & morts de fa Paroiffe
pendant l'année 1746 , diftinctement mois
par mois. On voit par cet état que le nombre des
mariages eft de 533 , celui des baptêmes de 2351 ,
celui des morts de 1626 .
On en compte depuis un jour jufqu'à un an inclufivement
,
Garçons ,
169.*
Filles ,
142.*
Depuis un an jufqu'à 7 ans. Garçons
228,
Filles ,
214.
Depuis fept jufqu'à 10. Garçons ,
Filles ,
37
33
Depuis 10 ans jufqu'à cent , de l'un & de
Fautre Sexe ,
"
S03.
1626.
Dans l'année 1744 le nombre des morts
avoit été de 1446 , fçavoir , depuis un jour
jufqu'à un an. Garçons ,
169.
Filles , 117.
Depuis un an jufqu'à 7. Garçons ,
139.
Filles ,
158
Depuis 7 ans jufqu'à 10. Garçons ,
13.
Filles ,
164
Depuis 10 ans jufqu'à cent , de l'un & de
F'autre Sexe ,
8343
1446
MARS. 210
1747.
En 1745 le nombre des morts a été de
1405 , fçavoir ,
Depuis unjour jufqu'à un an. Garçons ,
Filles ,
Depuis un an juſqu'à 7. Garçons ,
Filles ,
Depuis 7 ans jufqu'à 10. Garçons ,
Filles ,
Depuis 10 ans jufqu'à cent , de l'un & de
Pautre Sexe ,
12398
118
137.
154.
18 .
20.
8291
1405%
On obfervera que pendant ces trois années le
nombre des morts eft fort inférieur à celui des
baptêmes , ce qui peut s'imputer à plufieurs caufes.
1. Beaucoup d'enfans meurent en nourrice ,
hors de Paris , & plufieurs habitans font engagés.
dans les armées .
Nota. On compte dans la Paroifle de S. Sulpice
Boooo ames.
洗洗洗洗洗洗洗洗澡洗洗洗洗洗洗洗
ARRESTS NOTABLES.
ECLARATION du Roi , qui ordonne
ce qui doit être fait pour la perception du
droit établi fur les Cartes par celle du 16 Février
1745. Donnée à Fontainebleau le 21Octobre 1746.
Registrée en Parlement,
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , qui décharge
les Employés des Fermes à Sedan , du
payement des fommes auxquelles ils ont été com
212.MERCURE DE FRANCE.
pris par les Collecteurs dans les rôles de l'impofition
établie pour la penfion des Enfans trouvés
dans ladite Ville & fes dépendances ; & leur défend
de comprendre lefdits Employés dans aucun
rôle. Du 10 Janvier 1747.
AUTRE du Confeil d'Etat du Roi , & Let
tres Patentes fur icelui , regiſtrées en la Chambre
des Comptes qui nomment un Receveur &
Payeur & un Contrôleur des Rentes créées fur le
produit des deux fols pour livre en fus du Dixiéme
, & fur la Ferme générale des Poftes , par Edits
du mois de Décembre 1746. Données à Verſailles
le premier Février, 1747.
ORDONNANCE du Roi , concernant les
nouveaux Bataillons dont le Roi a ordonné la levée
dans fon Infanterie Françoife. Du 20. Fé
vrier.
ARREST du Confeil d'Etat du Roi , qui
ordonne que les habitans de Saint- Germain en
Laye feront compris dans les rôles des Tailles &
autres impofitions des Paroiffes circonvoifines &
autres dans lesquelles ils fe trouveront avoir fais
des acquifitions d'héritages poftérieurement à
l'Arrêt du Confeil du 2 Mars 1715 ; comme auffi
pour raifon de celles qu'ils pourront y faire à l'a
venir. Du 21 Février
TABLE.
IECEL FUGITIVES en Vers & en Profe;
PPAmbition , Ode ,
Mémoire fur une apparition finguliere ,
Epitre à un Etudiant en Médecine ,
Lettre fur les Anes de Bourges
Quatrains de M de Haulteterre
Portrait de M. de la Motte ,
3
7
1Q
13
17
2I
Eflai d'une Tragédie ,
28
Epitre d'un fils à fa mere ? 44
Refléxions morales ,
45
Sonetto del Petrarca , So
Imitation , SI
Hygie , Allégorie , 52
Réponse en Vers , 56
Differtation fur le 430 ° Vers du fixiéme Livre de
P'Enéïde de Virgile ,
57
Confeils donnés à une jeune perfonne par M. Cot
tereau ,
Lettre de M. Tollot à un Etudiant en Pharmacie
,
Vers à Mad. C *** ſur ſes vapeurs ,
67
70
86
Difcours du Lord Balmerino avant que d'être décapité
,
Réponse à M. de L ** ,
Penfées & Reflexions morales ,
Mots de l'Enigme & des Logogryphes du Mercure
de Février ,
Enigmes & Logogryphe ,
Nouvelles Littéraires & des Beaux-Arts .
de l'Hiftoire des Infectes ,
89
94
98
103
104
Abregé
106
Nouvelle Edition de la Tragédie de Didon , 109
III
Gracorum Sigla lapidaria à Marchione Scipione Maf
fao ,
Traduction Italienne des deux premiers Chants
de l'Iliade & du premier de l'Eneide , par M.
Maffei ,
Lettres de Cicéron , traduites en François , ibid.
Edition des Pfeaumes fur le Texte de la Vulgate
,
Le Préjugé vaincu & la dispute , Comédies ,
Effais de Sermons ,
Treiziéme Lettre d'un Hollandois ,
Journal de la Campagne du Roi en 1746 ,
Recherches fur les Navires des Anciens
Le Roman , Comédie >
ibid.
113
114
ibid.
115
ibid.
ibid.
116
Les vrais principes de la Langue Françoiſe , ibid.
Recueil de Fables nouvelles ,
L'Almanach & le Roman , Fable ,
Inftruction fur l'ufage des Lunettes ,
118
120
121
Reflexions fur les anciens peuples Chaldéens ,
& c.
Eftampes nouvelles ,
Nouvelles Cartes ,
ibid.
12.2
ibid
Réponse en Vers de M. Desforges Maillard
123
Programme de l'Académie de Chirurgie pour
Pannée 1748. 124
Celui de l'Académie de Pau pour la même année
,
Chanfon notée ,
126
127
ibid.
Spectacles , nouveau Prologue de l'Opera de
Perfée , fur le Mariage de Monfeigneur le Dauphin
,
Les Fêtes de l'Hymen , nouveau Ballet fur le même
fujet , Extrait , 131
Le Mari retrouvé remis au Théatre François , 145
Pieces jouées à la Cour ,
146
$
Nouvelles Etrangeres , Conftantinople ,
Ruffie ,
Suede ,
Seconde repréfenration du Ballet de l'année ga
Lante , ibid.
149
150
151
154
162
163
169
173
175
Allemagne ,
Elpague ,
Italie ,
Grande Bretagne ,
Provinces-Unies ,
Journal de la Cour , de Paris ,
176
Thefe dédiée à Monfeigneur le Dauphin , 176
L'Opera de Perfée repréfenté à la Cour , avec un
nouveau Prologue de la compofition de M. de
la Bruere ,
* Seconde repréſentation du même Opera & du
même Prologue ,
Gouvernement & Régimens donnés par le Roi ;
177
ibid
178
Emplois donnés dans la Gendarmerie & dans les
Chevau- Légers ,
Les Fêtes de l'Hymen & de l'Amour , nouveau
Ballet repréſenté à la Cour ,
Bénéfices donnés ,
180
181
Le Corps de Ville complimente Monfeigneur le
Dauphin & Madame la Dauphine fur leur Mariage,
ibid.
Defcription du feu d'artifice tiré devant l'Hôtel
de Ville ,
Relation d'un combat naval ,
Edit publié à Bruxelles ,
182
184
187
Fête donnée par M. le Duc de Boutteville , Commandant
de cette Ville , à l'occafion du Mariage
de Monfeigneur le Dauphin , 188
Autre Fête donnée à Namur par M, le Comte de
Lowendalh àla même occafion ... 189
Extrait d'une lettre du Camp de Graffe ,
Prifes de Vaiffeaux
ibid.
191
Defcription de la Fête donnée à l'Electeur de Cologne
par M. l'Abbé Aunillon au fujet du Mariage
de Monfeigneur le Dauphin .
Extrait de lettre écrite à M. de la Bruere ,
196
199
Deüil pris par leurs Majeftés pour la mort de la
Reine de Pologne ,
Le Philofophe & le Pantin , Fable .
Mariages & Morts ,
200
201
204
Récapitulation des mariages , baptêmes & morts
fur la Paroiffe de S. Sulpice pendant l'année
1746 ,
Arrêts notables
210
211
La Chanson notée doit regarderla page 127
De l'Imprimerie de J. BULLOT.
MERCURE
DE FRANCE .
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL.
1747 .
UT
SPARGATS
Papillon
S
A PARIS ,
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ,
à la defcente du Pont- Neuf.
Chés JEAN DE NULLY , au Palais.
JACQUES BARROIS Quai
des Auguftins , à la ville de Nevers.
M. DCC . XLVII.
Avec Approbation & Privilege du Roi,
A VIS.
LAM. DE CLEVES
D'ARNICOURT , 'ADRESSE
générale du Mercure eft
rue du Champ - Fleuri ,dans la Maifon de M.
Lourdet Correcteur des Comptes , au premier
étagefurle derriere, entre un Perruquier & un
Serrurier , à côté de l'Hôtel d'Enguien. Nous
prions très- inftamment ceux qui nous adreſſeront
des Paquets par la Pofte , d'en affranchir
le Port , pour nous épargner le déplaifir de les
rebuter , & à eux celui de nepas voir paroître
leurs Ouvrages.
Les Libraires des Provinces ou des Pays
Etrangers , qui fouhaiteront avoir le Mercure
deFrancede la premiere main , & plus promptement,
n'auront qu'à écrire à l'adreſſe ci-deſſus
indiquée ; on fe conformera très-exactement à
leurs intentions.
Ainfi ilfaudra mettrefur les adreſſes à M.
de Cleves d'Arnicourt , Commis au Mercure
de France , rue du Champ-Fleuri , pour ren-.
dre à M. de la Bruere.
PRIX XXX. Soin
MERCURE
DE FRANCES
DÉDIÉ AU ROI.
AVRIL 1747..
PIECES FUGITIVES ,
en Vers & en Profe.
REFLEXIONS
Sur l'amour de la Patrie , par M. J. B.
Tollot , à Geneve.
ES devoirs des hommes ne font
pas fondés fur des régles de pure
fantaifie ; ils font établis fur des
principes évidens & invariables.
C'eft fat ces principes que l'on doit régler
l'ordre & la fubordination de nos devoirs.
A ij
4 MERCURE DE FRANCE.
La Divinité mérite, fans doute, nos premiers
hommages. Nous lui devons la vie
& tous les biens dont nous joüiffons. Ses
droits font manifeftes : l'Etre fuprême a
également le pouvoir de nous punir & de
nous récompenfer. A fon égard , notre
refpect & notre reconnoiffance ne font
pas
feulement volontaires , ils font encore
d'inftitution divine : ce font des obligations
qui nous font impofées par le fouverain
Législateur.
La Patrie occupe le fecond rang dans
l'ordre de nos devoirs. On doit toujours
être prêt à lui facrifier fes biens , fes amis,
fa famille :il faut fe donner foi-même pour
elle , fi ce facrifice eft neceffaire. J'aime
mieux , difoit l'illuftre Fenelon , ma famille
que moi- même , mais j'aime encore mieux ma
Patrie que mafamille.
Mais cette obligation , fur quoi eft- elle
fondée ? Sur les grands avantages que notre
Patrie nous procure c'eft la mere
commune de tous les citoyens ; nous
trouvons fous fes aîles un azile - contre nos
ennemis ; chacun y jouit en paix de l'héritage
de fes peres , & profite de l'induſtrie
de fes concitoyens. Nous lui avons voué
une tendreffe filiale " nous avons fait
ferment de maintenir fes Loix , & de la
défendre contre tous ceux qui la you
AVRIL. 1747.
droient opprimer. De fi faints engagemens
font encore fondés fur ce principe général
& incontestable , c'eft que l'interêt d'un
ou de plufieurs particuliers doit toujours
céder à l'interêt d'une Communauté &
au bien public.
Les fentimens d'amour pour la Patric
font fi naturels , que Jefus- Chrift lui -même
nous en a donné l'exemple , en pleurant
fur Jerufalem , dont il voyoit la ruine
prochaine. Dieu veut que nous aimions
le lieu de notre naiffance , afin que toute
la terre fe peuple & fe cultive. Les cantons
beaux & fertiles ne pourroient pas
fuffire aux befoins des habitans , files lieux
moins favorifés de la nature étoient défèrts
& abandonnés. Heureufement un
certain inftinct , un penchant fecret , inf
piré fans doute par le Créateur , nous attache
aux Pays les plus difgraciés : une
forte d'inquiétude nous y ramene lorfque
nous en fommes éloignés nous aimons
à revoir. notre berceau , & à refpirer cet
air natal à qui nous croyons devoir la
lumiere du jour. C'eft ainfi qu'Uliffe pré-.
fera le pauvre , le fterile rocher d'Ithaque,
aux délices de l'Ile de Calypfo . On ne
fçauroit étouffer ces fentimens fans honte
& fans infâmie : de quelle maniere regarde-
t'on le Comte Julien , qui facrifia fa
A ij
6 MERCURE DE FRANCE.
Patrie à fon reffentiment , & qui appella
les Maures en Efpagne l'année 711 ? AD
contraire , quel éloge ne fait-on pas de
Coriolan qui fut , fans doute , plus touché,
à la vûë de ces murs qui l'avoient vû
naître , & qu'il étoit prêt de renverſer ,
que des larmes de fa mere & de fon épouse?
Camille , bien loin de fe venger de fon
exil fur les Romains , courut à leur défenſe ,
& fut leur libérateur. On peut dire que
l'amour de la Patrie étoit la vertu favorite
des Romains , & que c'eft à elle à qui
ils doivent la plupart de leurs belles actions
, & cette grandeur étonnante où ils
parvinrent. Elle étoit comme le centre de
leurs actions ; la confervation & la profpérité
de leur Patrie , étoient le but commun
des Patriciens & des Plébéïens , & ce point
les réüniffoit au milieu même de leurs plus
grandes divifions . Si les Payens ont facri
fié à la Patrie leurs préjugés , leurs reffentimens
& leurs injures , que ne devroient
pas faire les Chrétiens Les Romains ne
commencerent à dégénérer , que lorsque
F'amour de la Patrie eût fait place à l'ambition
, & que l'interêt particulier prévalut
fur l'interêt général. Alors les armées
ne furent plus celles de la République ; ce
furent celles de Sylla , de Marius . de
Céfar & de Pompée. L'amour du bien pu
AVRIL. 1747.
7
blic difparut avec l'ancienne fimplicité.
L'époque du luxe fut celui de la décadence
de l'Etat , & de ces moeurs pures & généreufes
, qui rendoient les Romains, dignes
de commander à des Rois.
Je ne fçaurois me réfoudre à paffer entierement
fous filence les grands exemples
d'amour de la Patrie que Rome nous
fournit. Mais dans la multitude qui s'offre
, je me bornerai à en citer quelquesuns.
Rutilius & Callicrate , bannis injuſte .
ment par les Romains , aimerent mieux
mourir dans l'exil , que d'exciter quelque
trouble , en follicitant leur rappel ; Séné
que les loue beaucoup de cette fage mo →
dération. Chacun fçait que Brutus condamna
lui-même à la mort fes propres fils ,
convaincus d'être d'intelligence avec Tarquin
, qui avoit été banni de Rome à cauſe
de fa tyrannie. Un autre Brutus , héritier
de fon courage comme de fon nom , porta
le premier coup à Jules- Céfar , qui étoit
fon bienfaicteur , & peut - être fon pere ;
action féroce , felon quelques-uns ; action
héroïque , felon d'autres , qui mettent l'amour
de la Patrie au-deffus de l'amitié &
de fa famille.
A iiij
8 MERCURE DE FRANCE.
Un fage Citoyen n'a pour pere & pour fils ,
Que Dieu , que la Vertu , les Loix & fon Pays:
Voltaire.
Les Decius fe dévoüent eux-mêmes ,
pour fauver leur Patrie ; Scevola fe brûle
la main dans un brafier ardent , pour montrer
à Porfenna que les tourmens les plus
cruels font incapables de l'épouvanter
Epicharis , fimple courtifanne , mais qui
avoit les fentimens d'un Romain , eût le
courage de fe couper elle-même la langue,
pour n'être pas forcée à trahir les fecrets
qu'on lui avoit confiés. L'Hiftoire ancienne
eft remplie de pareils exemples de générofité
& de vrai - heroïfme ; Athénes feule
nous en fourniroit une foule . Je n'en citerai
qu'un feul , c'eft celui de Phocion ;
condamné injuftement à mort par les
Athéniens , il commande à fes enfans de
ne jamais venger la mort de leur pere , il
prie les Dieux de pardonner à fes Juges
fes dernieres paroles font des voeux pour
la Patrie,
L'Hiftoire moderire nous offre auffi de
beaux modéles fur ce fujer ; il ne manque
peut- être à nos Héros que des noms
Grecs ou Romains , pour être comparables
à ce que Rome & la Gréce ont eu de plus
grand : peut- on trop admiter le courage
de fix habitans de Calais ? Cette Ville étoit
AVRIL. 1747. ·
affiégée en 1347. par Edouard III . Roi
d'Angleterre , & ce fiége dura environ
dix à onze mois . Les affiégés étant réduits
à l'extrêmité implorerent la clémence du
vainqueur , mais ce Prince irrité de leur
longue réfiftance , menaça de ne faire
quartier à perfonne , fi on ne livroit fix
des principaux habitans pour être pendus
à la vûë de toute la Ville . On vit alors fix
vénérables citoyens , dont l'Hiftoire a
confacré les noms , s'empreffer d'offrir leur
vie pour le falut de leur Patrie : ces hommes
généreux marchoient à la mort comme
en triomphe : mais la Reine d'Angleterre
attendrie de ce fpectacle , fe jetta aux
genoux d'Edouard ;;
par fes fupplications.
& fes larmes elle obtint la vie de ces vertueux
citoyens.
La Suiffe doit fa liberté à Guillaume
Tell quoique fimple payfan , il eut la
hardieffe d'abattre l'orgueil & les fureurs
du Gouverneur de ce Pays , qui , au nom
de l'Empereur Albert , commandoit avec
une autorité tyrannique. Secondé de fes
braves compagnons , il fecoüa , l'année
1307 le joug onéreux qu'on vouloit leur
impofer ; ils combattirent , & la victoire
fe déclara en leur faveur. Si Tell ne perdit
pas la vie dans le combat , il ne craignoit
pas de la perdre ; fon facrifice , pour
A V
10 MERCURE DE FRANCE.
n'être
pas fanglant
, n'en eft pas moins réel & ne mérite
pas moins
nos éloges
.
par
La République de Genéve nous fournit
auffi plufieurs citoyens généreux & intrépides
, qui ont combattu pour la liberté
fous les Etendarts de la Patrie . Cette Ville
a été fort long- tems menacée , & preffée
les Ducs de Savoye , qui , les armes
à la main , n'ont rien négligé pour la mettre
en fervitude ; réduite très-fouvent à
l'extrêmité , elle ne s'eft fauvée que par
miracle , & par une protection particuliere
de la Providence ; tantôt elle devoit fon
falut au Canton de Fribourg , dont elle
étoit alliée , & dont Philibert Berthelier ,
citoyen zélé , lui avoit menagé la protection
, tantôt c'étoient les Bernois qui
vôloient à fon fecours , & qui la tiroient
de l'oppreffion. Mais il n'y a point de
Puiffance qui ait prategé cette République
avec plus d'efficace que la Couronne
de France : on peut dire qu'elle lui doit
fa liberté & fon indépendance : auffi la
Ville de Genève n'en perdra-t'elle jamais
le fouvenir : il eft gravé dans les coeurs de
tous fes citoyens : mais il faut convenir
qu'elle a tiré des forces de fa propre foibleffe
, & que jamais fes habitans n'ont
marqué plus de fermeté & de courage ,
que lorfque le péril étoit le plus preffant ,
& qu'ils manquoient de tout.
AVRIL. TI 1747.
Craignant plus que la mort un honteux efclavage ;
Ils trouvoient leur rempart dans leur
rage.
propre cou-
Après tout , difons- le , Genéve ne s'eft
peut- être fauvée
que par fa petiteffe, à peu
près , comme ces cabanes ruftiques que l'on
voit entre de hauts rochers , & qui n'échapent
à la rapacité des voleurs , que par
leur mifére & leur obfcurité . Il n'en eft
cependant pas moins vrai moins vrai que Berthelier,
Pecolat , Levreri , fe fignalerent pour la
liberté de leur Patrie : tous les trois en
furent les victimes , & furent mis à mort
par les ordres des Ducs de Savoye,
Il n'a manqué à ces généreux citoyens
qu'un plus grand théâtre , pour être com
parables à ce que Rome a produit d'hommes
illuftres & vertueux. Leur fang a cimenté
les droits & la liberté de la Répu
blique de Genéve , & leur mémoire doit
être encore en vénération à ceux qui joüiffent
des avantages précieux qu'ils leur ont
procurés.
Mais ce n'eft pas toujours les armes à
la main & dans les occafions d'éclat que
F'on prouve fon amour pour la Patrie ; il
doit être accompagné de modération , de
prudence & d'attachement aux Loix : il
doit fe manifefter par les moeurs & par la
Avj
12 MERCURE DE FRANCE
à
conduite. Ce n'eft pas aimer fincérement
fa Patrie , que de préférer une vie molle &
oifive aux Charges publiques , auxquelles
nos lumieres & nos talens nous appellent ,
& nous rendent propres. Membres de la
focieté , nous devons en remplir exactement
tous les devoirs , nous occuper
faire fleurir les Sciences , le Commerce &
les Beaux Arts , qui font l'ornement & la
profpérité des Etats. C'eft par-là que
Rome & Athénes fe font illuftrées : mais
il faut protéger principalement les Arts
& les Sciences utiles & néceffaires ; je ne
fçais fi les Manufactures qui produifent le
luxe , & qui ne peuvent fe maintenir que
par lui , méritent notre recommandation ;
il eft certain que le luxe caufe la ruine de
plufieurs anciennes familles , & qu'il eft
l'avant- coureur de celle des plus puiffans
Etats ; dès que les Romains eurent abandonné
, pour le fuivre , la fimplicité des
moeurs & la frugalité de leurs ancêtres , ils
dégenererent & fomberent dans la décadence
. Ici le mal moral entraîne neceffairement
le mal phyfique ; ainfi que l'on ne
dife point qu'il faut laiffer aux Prédica
teurs le foin de déclamer contre le luxe ,
& que les politiques doivent tourner la
folie des riches au profit des pauvres & de
l'induftrie . Le luxe , bien loin de fecourir
AVRIL. 1747. 13.
les pauvres , en augmente le nombre ; fi
l'induftrie n'a pour objet que les Arts
utiles , elle les perfectionnera avec plus de
facilité. Donnons aux ufages reçus ce que
la bienféance demande , mais refufons - leur
tout ce qui peut conduire à la molleſſe &
au libertinage. Ces réfléxions ont d'autant
plus de force , fi on les applique à une pe
tite République , dont le territoire eft trèsborné
, & qui ne pourroit que difficilement
confumer au-dehors ce que le luxe
fabriqueroit au-dedans .
Il fe préfente ici une queftion : la
voici fi notre ami confpire contre la
Patrie , qu'il nous confie fon fecret , &
que rien ne puiffe le détourner d'un projet
aufli pernicieux fommes- nous dans l'obligation
de le révéler ?
Oui , fans doute ; la tendre amitié a beau
murmurer & gemir du facrifice , ce feroitprévariquer
que de fe taire . Ainfi il n'étoit
plus permis à Mr. de Thou de garder
le filence , fuppofé qu'il fut perfuadé que
Mr. de Cinq - Mars eut véritablement confpiré
contre l'Etat & contre fon Prince .
S'il étoit vrai que fon ami lui eut appris
tout le fecret de la conjuration , il n'a pû
lui être fidéle , fans être infidéle au Roi ,
Je plains l'ami infortuné , mais il a prononcé
lui-même l'Arrêt de fa mort , &
14 MERCURE DE FRANCE.
Themis le condamne , en levant fon bandeau
pour verfer des larmes.
[RERERERY
RONDE A U
AM. Mond ***. Par un Baron Allemand
qui l'avoit entendu jouer au Concert
Spirituel.
C'Eft Apollon , qui dans un beau délire 2
Par les accords d'une touchante lyre ' ,
Vint chés Pelée enchanter tous les Dieux ,
Et fait encor le vrai bonheur des Cieux ,
Par les effets que fon art fçait produire .
Hier vous voyant ravir , toucher , féduire ,
Dans tous les coeurs établir votre empire ;
Oh ! je difois : le cas eft férieux. -
C'eft Apollon .
Sur ce fujet voulant à fond m'inftruire ,
A mon voifin je m'aviſai de dire ;
Entendez -vous ces fons harmonieux ?
Et ce mortel eft - il né dans ces lieux ?
Lui reprit-il , mortel ? vous voulez rire
C'eft Apollon.
* Aux Noces de Thétis & Peléer
AVRIL
1747.
ENVO 1.
Génie heureux que tout Paris admire ,
L'éloge vrai que vous venez de lire ,
Du fentiment langage précieux ,
Sçavez-vous bien qui le met fous vos yeux ?
Un inconnu ; fçavez -vous qui l'infpire ?
C'eft Apollon.
ODE ANACREONTIQUE
A une Dlle ,fur un moucheron qui l'avoie
piquée à l'oeil , & qu'elle tua,
UN. Infecte témeraire
Vient fe loger dans vos yeux ;
Amour frémit de colere ,
Et brûle l'audacieux.
Il meurt , vous prouvant fa flame ,
Tout doit envier fon fort :
Vous avez reçû fon ame ;
Qui pourroit pleurer ſa mort ?
Mais vos yeux verfent des larmes
Ils honorent fon trépas.
Je meurs vous rendant les armes ;
Et vous ne me plaignez pas.
La Cofte , Avocat.
16 MERCURE DE FRANCE.
+
VERS
De M. de la Soriniere à Mad, la Mare
quife de la G....
L'Enfant gâté qu'on révére à Cythére
S'en vint un jour , pour me mettre à quia ,
Me propofer une énigme , un mystére ,
Que d'un feul coup mon efprit pénétra :
Lenouveau Sphinx trouva bien fon @dipe,
Ami , dit-il , à qui font ces grands yeux ,
De tous les yeux le parfait prototype ;
Ces yeux charmans , nobles & gracieux ,
D'où tant de fois , exerçant mon empire ,
J'ai fubjugué les hommes & les Dieux ?
Il s'attendoit le maître Sire "'
Qu'après avoir long-tems cherché ,
Tout bonnement j'allois lui dire :
'Amour , fi ce n'eft pas Pfiché ,
C'eft à coup-fûr la Reine d'Amathonte.. ;
Mais point du tout... je vous nommai.
Qui fut penaud de ſe voir deviné ?
Ce fut l'enfant , qui pour cacher fa honte ;
Comme le Sphinx auroit dû fe noyer ,
Mais l'immortel , loin de ſe fourvoyer ,
Fendant les airs , ainfi qu'on le raconte
Dans vos beaux yeux retourna fe nicher,
AVRIL エブ1747.
LETTRE de M*** à M **.
UN
N livre qui parut l'année paffée J
Monfieur , au fujet des abus qui
naiffent des enterremens précipités , a
caufé les réfléxions de bien des gens dont
il n'avoit pas excité la curiofité. La ſeule
existence de ce livre a donné lieu à ceux
qui mêine ne l'avoient pas lû , de rappeller
plufieurs hiftoires femblables à celles
que l'Auteur rapporte ; les fçavans ſe ſont
reffouvenus qu'il y a quelques années
M.Winflou avoit publié un excellent Traité
fur cette matiere, dans lequel il prouvoit
qu'il n'y a qu'un commencement de pu
trefaction qui foit un figne infaillible de
la mort. Chacun a été,affecté fuivant fon
caractére. Les gens timides ont crû ſe voir
déja enterrés tout vivans , & fe font hâtés
de prendre des précautions bonnes ou
mauvaiſes pour prévenir cet inconvénient ;
les fpéculatifs fe font épuifés en longs &
inutiles raifonnemens fur la néceffité , la
poffibilité & la forme d'un réglement à ce
fujet.

Je vous avoiierai que j'ai vû avec quelque
forte de furprife & de peine une allés
18 MERCURE DE FRANCE.
mauvaiſe objection acquerir un grand crédit.
L'Auteur du livre & du projet de
réglement voudroit que fuivant les principes
de M. Winflou , on attendit les premiers
indices de la putrefaction pour inhumer
le mort, C'eft cet article qui a foulevé
univerfellement, on s'eft récrié contre
Finconvénient qui naîtroit de la pourriture
, & on a crû voir déja la pefte dans
Paris. Ceux qui ont fait cette objection
n'y avoient affûrement pas bien réfléchi .
Tant que le corps ne rend aucune mau
vaiſe odeur il n'incommode point , & on
he court aucun rifque à le garder ; dès
qu'on s'apperçoit qu'il commence à fe
corrompre , on peut l'enterrer auffi- tôt ; les
précautions qu'il faudroit prendre pour
conftater la corruption , telle que d'envoyer
chercher la perfonne prépofée pour
en juger , ne confommeront jamais plus de
deux heures , & on ne peut pas regarder
ce tems comme trop confidérable par rap
port à l'objet dont il s'agit.
Mais fans recourir au réglement , on
pourroit du moins opérer une partie des
bons effets qu'on y a en vûë , en reformant.
deux abus dont l'un eft barbare , & l'autre
ridicule. A peine un homme eft- il mort
qu'on le met fur la paille , de façon que s'il
y avoit encore quelque efperance, le froid
A VRI L. 1747: 19
feul eſt capable de l'ôter , & d'achever fa
mort. Quel inconvénient de laiffer le mort
dans fon lit jufqu'à ce qu'on l'enferme dans
fa biere ? La Loi qui ordonne que les
corps ne feront inhumés que vingt - quatre'
heures après la mort , n'eft-elle pas manifeftement
violée par cet ufage ? Car ce'
mort n'eft-il pas cruellement inhumé dès
qu'on l'a mis dans fa biere , où la fuppreffion
de l'air fuffiroit pour étouffer un
homme qui jouiroit d'une fanté parfaite
Il me femble que pour obferver l'efprit &
la lettre de la Loi , il faudroit ne tirer le
corps du lit , & ne l'enfermer dans la biere
que lorfque l'Eglife le vient chercher pour
le conduire à fa derniere demeure .
Le ſecond abus dont je vous ai parlé eft
la retraite précipitée des Médecins ; des
qu'ils défefpérent de la vie du malade , ils
l'abandonnent , & on en a vû plufieurs
Lauvés après cet abandon . Si le malade
meurt à l'infçu de fon Médecin , & que
celui -ci vienne pour le voir , les voiſins
croyent lui rendre fervice en lui apprenant
que fon patient eft expédié . Il femble
que les Médecins fe croyent compli
ees de la nature , & qu'ils foient perfuadés
qu'ils ont tué leurs malades . Il y
auroit dans cette opinion beaucoup d'orgueil
ou d'humilité , il faut pourtant que
20 MERCURE DE FRANCE.
ces Meffieurs fçachent qu'on meurt fort
bien fans eux . Les malades & les morts
font plus anciens que la Médecine. It
n'eft pas befoin de prouver de quelle utilité
feroit l'examen du Médecin , qui obferveroit
avec attention l'état du corps qui
paffe pour mort . Il y a des maladies où
la léthargie eft plus commune , d'autres
où elle eft plus rare , ainfi le Médecin recommanderoit
de plus ou moins grandes
précautions , à proportion des poffibilités
qu'il pourroit entrevoir à la refurrection
de fon malade. Je fçais bien que le motif
de la conduite que j'attaque vient de la
jufte crainte qu'un Médecin a de la mauvaife
humeur des parens , qui rejettent
quelquefois fur lui la caufe deleur malheur
. Mais cette confidération n'eft pas
affés forte pour empêcher un homme
d'honneur de remplir un devoir auffi important
que celui dont il s'agit , & d'ailfeurs
le Médecin ne court point rifque de
rencontrer des parens dans la chambre du
mort ; il n'a qu'à y aller tout droit.
Puifque je fuis fur cette matiere , je ne
finirai point fans vous avoir communiqué
mes réfléxions au fujet des gardes -malades.
Ces gardes & fur -tout celles des femmes
en couche , ont la dépouille des malades
qu'elles fervent lorfque celles- ci meurent.
AVRIL. 1747.
que
Cet ufage encourage manifeftement la
négligence & peut-être la cruauté. Il y
en a eu plufieurs exemples prouvés , fans
l'on ait ouvert les yeux. L'origine
de cette coûtume a été fans doute la jufte
douleur d'un mari qui ne voulant rien
voir qui pût lui rappeller le fujet de fes
larmes , a donné ou laiffé prendre à la
garde tout ce qui avoit appartenu à fa
femme , mais cette coûtume eft un abus
très-confidérable .
Je n'en veux pour preuve qu'un fait
qui m'a été attefté par des gens dignes de
foi.
Une malade étoit tombée dans une fyncope
qui lui ôtoit abſolument l'uſage de
la parole ; deux gardes qu'elle avoit crurent
auffi qu'elle avoit perdu connoif
fance & ne pouvoit entendre. Ainfi négligeant
toutes précautions , elles s'entretinrent
librement des avantages qu'elles
devoient retirer de la mort de la malade ,
& des embarras qu'elles
abregeroient en
lui aidant , c'étoit leur terme. On conçoit
aifément la fituation de celle qui entendoit
fe former un complot prêt à s'exécuter
, & qui n'avoit aucune défenfe . Avant
que d'en venir à l'exécution , ces deux
créatures remarquant la beauté d'un cou22
MERCURE DE FRANCE.
vrepied qui étoit fur le lit , voulurent
décider à laquelle des deux il appartiendroit
, & ne purent s'accorder ; la difpute
s'échauffant elles firent tant de bruit qu'il
vint du monde , & la terreur de cette fituation
ranimant les forces de la malade ,
elle en trouva affés pour dire que l'on me
chaffe ces malheureuſes,
Je ne m'étendrai point fur les réfléxions
que cette hiftoire fait naître , je dirai feulement
que ce n'eſt pas là un abus que
chaque particulier puiffe reformer chés
lui , car celui qui voudroit ne point donner
la dépouille à la garde en cas de mort ,
n'en trouveroit point ; il faudroit que tout
le monde s'accordât à la fois pour abroger
cet ufage , ce qui eft impoffible , il n'y a
qu'un Réglement des Magiftrats qui peut
obvier à tous les inconvéniens qui en ré
fultent.
AVRIL 1747.
EPITRE
A M**. Docteur en Médecine,
Octeur , qu'Efculape illumine ,
Si j'ai mis en lambeaux l'Ordonnance Latine
Que je t'ai vû pour moi griffonner ce matin ,
Faut-il que ton courroux tonne , éclate , fulmine ≥
Ce n'eft point par mépris de ton talent divin ;
Pardonne à mon humeur chagrine.
Tu fçais à quel point je m'obftine
A dérober ma veine à ce trait affallin
Qui fait jaillir d'un bras une liqueur fanguine ;
Et crains que dans mon inteſtin
Cliftorel ne feringue un reméde anodin.
A plus forte raifon , mon ame ſe mutine
Quand le fené, la caffe unis au tamarin ,
A la mange , à la barbotine ,
Doivent pat mon gofier fe frayer un chemin
Au canal où du dos vient aboutir l'épine.
Toutefois , puifqu'il faut que je m'y détermine
Plus docile à tes loix , demain fur mon couflin
Je fouleverai mon échine
Pour fabler la boiflon que ton art me deſtine
Duflai-je , empaqueté dans quatre ais de fapin
24 MERCURE DE FRANCE.
Devenir plûtôt le butin
Du fombre époux de Proferpine.
Mais non , j'augure mieux de ta rare doctrine
Sur toi je me repofe enfin ,
Et d'ailleurs , plus je m'examine ;
Moins je vois qu'à l'excès du vin
Je doive attribuer la fiévre qui me mine
Je n'ai pas non plus , libertin ,
Fréquenté mainte Meffaline ,
Qui dans les plaifirs de Cyprine
Ait de mes jours hâté la fin .
Pour quelque agréable yoifine
Mon coeur à la tendreffe autrefois fut enclin ,
Mais ce qu'en mes tranſports j'ai fait à la fourdine
Avec le fexe féminin ,
Se pourroit expier d'un coup de difcipline.
Quoiqu'il en foit , Docteur , à mon poulx , à má
mine ,?
Ton efprit pénétránt & fin
Sans doute a de mon mal découvert l'origine
Si tu peux par tes foins empêcher ma ruine ,
Je chanterai ta gloire , & mon plus doux.deftin
Tant que pour moi Clotho tournera ſa bobine ,
Sera d'aimer , j'en jure , autant mon Médecin
Que je hais une médecine .
Par M. Cocquard.
EXTRAIT
AVRIL.
1747. 25
EXTRAIT d'une Lettre de Berlin
à M. de la B.
' Ai remarqué que dans les Ouvrages
J'qui te ont donnés à l'occafion des po
lipes d'eau douce & de leur finguliere reproduction
, il avoit échappé à tous ceux
qui en ont parlé, que cette découverte pouvoit
être regardée comme fort ancienne ;
il y a là-deffus quelque chofe de bien fingulier
& de bien marqué dans le petit
Traité de la connoiffance des bêtes , que
le Pere Pardies publia vers la fin du fiécle
paffé ; je vais en tranfcrire un paffage * auquel
je fuis furpris que l'on n'ait pas fait
attention .
»Confidérons un de ces petits animaux
à plufieurs pieds , femblable à celui dont
parle S. Auguftin au Livre de la quantité
» de l'ame. Ce faint Docteur raconte qu'un
» de fes amis prit un de ces animaux, qu'il
» le mit fur une table & qu'il le coupa en
و و
deux , & qu'en même- tems ces deux par-
» ties coupées fe mirent à marcher & à fuir
» fort vite , l'une d'un côté & l'autre de
» l'autre.... J'ai fait fouvent une fembla-
Page 50. de l'Edition de la Haye en 1690.
Б
26 MERCURE DE FRANCE.
ble expérience avec bien du plaifir , &
»Ariftote dit que cela arrive à la plupart
» des infectes longs à plufieurs pieds , &
❤même il dit en un autre endroit, qu'il ar-
»rive à peu près à de certains animaux ce
que nous voyons aux arbres , car comme
en prenant un rejetton & le tranf
plantant , nous le voyons vivre , & de
s partie d'arbre qu'il étoit auparavant , de-
» venir lui - même un arbre particulier,
» Ainfi , dit ce Philofophe, en coupant un
de ces animaux , les pieces qui aupara-
>> vant ne faifoient enſemble qu'un animal,
» deviennent enfuite autant d'animaux féparés.
S. Auguftin dit que cette expérience
le ravit en admiration , & qu'il
» demeura quelque tems fans fçavoir que
penfer de la nature de l'ame.
و د
ב כ
C'eft ainfi qu'on a tous les jours occafion
de fe convaincre de la maxime du Sage ,
qu'il n'y a rien de nouveau fous le Soleil .
J'ai crû , Monfieur , que ce trait d'érudi
tion d'un de nos Livres François pourroit
vous être agréable , quoiqué venant de
Berlin.
Voici une Note à l'occafion d'un Livre
qui a été imprimé en 1736 , & dont M.
Formey a examiné & renversé les preuves
dans une Differtation récente .
Au commencement de Mai 1734 un
AVRIL. 1747. 27
Suédois nommé Jean Robeck , âgé de près
de 62 ans , vint à Rintel & fe fit immatriculer
dans l'Univerfité. Il étoit de Calmar,
fils du premier Conful du lieu , & après
avoir fait de très -bonnes études dans fa patrie,
il fe mit à parcourir l'Allemagne . Il fut
reçû chés les R.P. Jéfuites d'Hildesheim &
fit profeffion dans leur Ordre en 1705. IL
fut employé dans plufieurs affaires confidérables
, & il paroît par divers pouvoirs
très-étendus , trouvés parmi fes papiers ,
que fes Supérieurs l'honoroient d'une grande
confiance.Mais tout-à- coup dégoûté de
fon état , il le quitta & vint faire à Rintel
la démarche que nous allons rapporter; il
y vécut avec beaucoup de régularité &
dans une profonde application à l'étude ;
au bout d'un an & quelques jours il écrivit
une lettre au Recteur magnifique , par laquelle
il le prioit de recevoir en dépôt une
caiffe de Livres & environ cent florins
pendant un voyage qu'il fe propofoit de
faire. Le Recteur reçut le dépôt & Robeck
partit le 18 Juin fuivant ; il écrivit encore
de Breme au Recteur , lui adreffant un peu
d'argent avec quelques effets & indiquant
la maniere dont on devoit en difpofer au
cas qu'il ne revint pas . Enfin peu de jours
après ( M. Funk , c'est le nom du Recteur )
reçût des nouvelles de Breme qui lui appri-
Bij
28 MERCURE DE FRANCE.
rent que Robeck avoit loüé une petite
barque , qu'il y étoit entré feul fort proprement
habillé & que l'ayant laiffé aller
au gré du courant on l'avoit perdu de vûë,
mais qu'enfuite on avoit trouvé fon cadavre
dans la fiviere trois milles au de-là de
Breme ; M. Funk touché de cette cataſtrophe
, n'eut point de foin plus preffant que
celui d'exécuter les intentions du défunt ;
il avoit furtout recommandé la publication
de fes manufcrits , au moins de ceux
qui en paroîtroient dignes ; parmi fept
Ouvrages qu'il avoit compofés , M. Funk
fit choix de celui qui traite de la mort volontaire
, écrit que celle de l'Auteur rendoit
doublement intéreffant ; il parut donc
à Rintel fous ce titre : Joannis Robeck
Calmaria Suedi exercitatio Philofophica de
ΕΥΛΟΓΩ ΕΞΑΓΩΓΗ , five morte volontaria
Philofophorum & bonorum virorum, etiam Judeorum
& Chriftianorum, edidit cum animadv.
Nic. Funccius , Rintel 1736 , in -4°.
7.
M. Formey a donné une Differtation où
il détruit les prétendues preuves de l'Auteur
, que je ne vous rapporte pas ,
AVRIL. 1747. 29
cacacava¤arə¤ərəçə¤avata
EPITRE A L'AMOUR.
A Mour trompeut , je renonce à tes charmes ;
Je ne veux plus gémir , verfer des larmes ;
D'autres que moi , jaloux de tes faveurs ,
Peuvent jouir de leurs fades douceurs.
Affés long-tems rangé fous ton empire ,
J'ai foupiré , j'ai chanté mon martyre ;
Tout languiffoit où Cloris n'étoit pas
Je voyois même en hyver fur fes pas
Naître des fleurs. Les jeux , les ris , les graces ;
Quo que chagrine , accompagnoient fes traces ;
L'oeil fottement abattu de langueur ,
Je lui vantois mes tranfports , mon ardeur ;
Tu triomphois de mon ame éperduë .
Qu'ai- je gagné ? Cloris irréfolce
Cherchoit à plaire , & fans faire aucun choix
Flatoit les coeurs affervis fous fes loix.
Pour fes amans pleine d'indifference ,
Par des coups d'oeil affûroit leur conftance ;
Enfans de l'art & non des tendres feux ,
Quelques foupirs lui confervoient leurs voeux
Tous efpéroient , à tous Cloris affable ,
N'aimant que foi , vouloit paroître aimable ;
B iij
fo MERCURE DE FRANCE.
Cloris enfin foupiroit pour Cloris.
De mon amour voilà quel fut le prix ,
Et je pourrois .... » Arrête téméraire ;
» Rends-toi juſtice , étois-tu né pour plaire ?
» Trop réservé ,tu n'avois point cet art
» De critiquer , d'applaudir au hazard ;
» Tu fredonnois d'infipides pensées ,
Par la raiſon péfamment compaffées.
» Bon Citoyen , mais ridicule amant ,
» Ami du vrai , grave dans l'enjouëment ,
» Tu n'avois pas ces éclairs , ces faillies,
» Ce ris fardé , ces heureufes folies ,
»Ce ton qui charme. Apre & fombre Cenfeur ,
» Connoiffois- tu le langage du coeur ?
Ton lourd bon fens t'empêchoit d'être aimable.
J'entends , Amour ; j'étois trop raiſonnable ;
Adieu , de moi parle toujours ainfi ,
Ce beau défaut eft bien rare aujourd'hui.
La Cofte , Avocat
AVRIL
.
32 1747.
DYALAY:DDDDD
தை
LETTRE écrite de Bayeux par M. de
L ... Médecin de Caën , à M. l'Abbé
J..... au Collège de Harcourt à Paris ,
fur les maladies des Beſtiaux , qui fouvent
annoncent les maladies épidémiques des
hommes.
LAir mourir un figrand nombre de va-
A maladie qui depuis plufieurs années
&
ehes , de boeufs & de veaux dans l'Europe,
a fait moins de ravages en Normandie que
dans aucune autre contrée de la France ,
elle n'a penetré dans cette Province qu'après
avoir défolé les environs de Paris .
à ce
J'écrivis dans ce tems à M. Maloüin , qui
étoit un des Commiffaires que le Parlement
& la Faculté de Paris avoient nommés
pour prendre connoiffance de cette maladie
& pour donner leur avis fur ce qui étoit
à faire dans cette conjoncture. Je demandai
Médecin quel étoit le caractere de la
maladie ; je le priai de m'en expliquer la
caufe & de m'indiquer les remédes propres
à la guérir . J'exigeai furtout de lui qu'il me
marquât les précautions qu'on pouvoit
prendre pour en garantir les beftiaux fains.
M. Malouin me répondit que c'étoit un
В iiij
12 MERCURE DE FRANCE.
fcorbut dont les bêtes à corne étoient attaquées
long- tems avant qu'il y parût ; que
ce mal faifoit un progrès infenfible jufqu'à
ce qu'il fe décidât par un dépôt inflammatoire
, qui le plus fouvent fe faifoit fur les
vifceres trois jours au moins , quatorze
jours au plus avant qu'elles mouruffent
d'une corruption gangréneufe.
M. Malouin me marquoit qu'on trouvoit
àl'ouverture des corps de ces animaux
morts , les eftomacs extraordinairement
pleins de mangeaille , & il m'ajoûta qu'on
avoit obfervé que le lait des vaches dans le
commencement de leur maladie , crêmoit
à l'ordinaire & ne fe cailloit point fur le
feu , d'où il concluoit que les eftomacs
étoient affectés du vice fcorbutique avant
les autres parties , & que quoiqu'alors la
premiere digeftion ne fe fit prefque plus ,
cependant les autres digeftions continuoient
encore quelque tems à fe faire : le
chyle continuoit à fe changer en lait comme
dans l'état fain ; la quantité du lait diminaoit
feulement comme celle du chyle.
Dans les premiers jours de la maladie ces
bêtes continuoient de manger à l'ordinai
re , parce qu'elles fe fentoient du befoin ,
quoique leurs eftomacs ne fe vuidaffent
point ; ce befoin venoit , felon M. Malouin
, de ce qu'il ne paffoit plus ou pref
AVRIL. 1747.
33
que plus de chyle dans le fang qui continuoit
encore à fournir des liqueurs aux
differens couloirs du corps , comme aux
mammelles .
Un des fignes qui caractériſe le mieux
cette maladie des beftiaux , c'eſt que les entrailles
de ces animaux morts étoient parfemées
de taches livides , rouges ou bleuâtres
, comme on le voit fouvent dans les
maladies fcorbutiques.
Pour ce qui eft de la caufe de la maladie ,
M. Maloüin m'affûroit dans fa lettre qu'on
ne peut donner fur cela que des conjectures,
Il ne peut ſe perfuader que le levain
de cette maladie foit porté par quelque
mauvais vent d'un païs dans un autre ,
parce que , dit- il , fi cette maladie fe communiquoit
par les vents , elle auroit été
portée plus promptement dans les païs où
elle a été , & de-là dans ceux où elle eft
actuellement.
par
Il y a plus de douze ans que cette maſadie
parcourt l'Europe, ayant commencé
les régions méridionales vers l'Orient , &
allant de contrées en contrées fucceffivement
jufqu'aux occidentales vers le Septentrion
. M. Malouin m'a fait encore remarquer
que dans chaque païs cette maladie
commence auffi dans le Printems , qu'elle
eft dans fa plus grande force en Eté ,
B v
34 MERCURE DE FRANCE:
& qu'elle difparoît en Hyver pour revenir
au printems fuivant , parce qu'ordinairement
elle refte dans chaque païs trois ou
quatre ans avant que de le quitter tout-àfait.
Cette confidération de la durée de la maladie
dans differens païs , ne permet pas de
la regarder comme l'effet de la température
particuliere de quelque année , & elle diffipe
auffi tout foupçon fur la qualité des
fourages dont ces animaux fe nourriffent.
Ceux qui ne regardent pas comme certain
que cette maladie foit contagieufe ,
c'est- à- dire , fe communique d'animal à
animal , ne peuvent jufqu'ici , felon M.
Malouin , être fondés que fur ce qu'elle a
parâ dans des Ifles entourées de la mer ,
comme dans celles de la Grande Bretagne ,
où même elle n'a commencé à fe faire fentir
que depuis que le commerce de la France
avec ce païs a été interdit.
M. Malouin foupçonne que la caufe de
cette maladie fort de la terre fucceffivement
du Midi vers le Septentrion , & plus
en été qu'en hyver. Il prétend que la terre
peut fur l'air plus qu'on ne le croit ordinairement.
Il prouve dans fa lettre que les
qualités des differens airs & des differentes
eaux viennent furtout de la terre.
Il fonde encore fon fentiment fur ce
AVRI L.
35 1747.
qu'il y a des régions de la terre d'où il fort
tous les ans en certaines faifons des caufes
de maladies particulieres , & il y parle d'autres
contrées d'où il fort, continuellement
des exhalaifons pernicieufes à la vie des
animaux .
M. Malouin prévient dans fa lettre une
question que je pouvois lui faire fur cela ,
fçavoir pourquoi la caufe de la maladie
dont il s'agit affecte - t'elle particulierement
les bêtes à corne & qu'elle n'incommode
point les autres animaux. Il cite plufieurs
exemples femblables de païs où ne peuvent
vivre certains animaux , quoique les autres
y vivent bien & s'y multiplient. Il y a en
Syrie , au rapport de Bergerus , d' Agricola
& de Strabon , un endroit de la terre d'où
il fort des vapeurs mortelles pour les bêtes
à corne & qui n'incommodent point les
poulets. En effet , ce qui eft contraire au
tempérament d'une efpece d'animal , n'eſt
pas toujours contraire à celui d'une autre
efpece , comme on voit que les animaux ,
tels que
font les chiens , ne gagnent point
les maladies peftilentielles des hommes, ni
les hommes celles des animaux.
C
Quant à la guérifon de cette maladie
fcorbutique des bêtes à corne , M. Malətin
me marquoit que lorfqu'elle eft arrivée au
point d'être fenfible aux proprietaires de
B vj
36 MERCURE DE FRANCE.
ces animaux , il falloit la traiter comme
une fiévre maligne putride .
Il me confeilloit de faire faigner l'animal
plufieurs fois en peu de tems , de lui
donner enfuite des fleurs d'antimoine &
des purgations ordinaires , & enfin de lui.
faire prendre des cordiaux anti-fcorbutiques
avec acide. Il me recommandoit de
commencer par faire retirer la nourriture
ordinaire à ces animaux & de leur faire donner
feulement de la farine d'orge dans de
l'eau tiede , pour les exciter à boire autant
qu'il eft poffible.
Il n'y a point , felon M. Maloüin , de
reméde à cette maladie , lorfque le dépôt eft
fait fur les viſceres , & ce qui eft bien fâcheux
, c'eft qu'ordinairement le dépôt eft
fait foit à la peau, foit fur les vifceres avant
qu'on s'apperçoive que l'animal eft malade,
parce qu'il continue de manger jufqu'à ce
tems.
M. Maloüin affûre qu'on peut au contraire
guérir ces bêtes malades lors même
que le dépôt de la maladie eſt fait à la peau
& non pas fur les vifceres. Ce Médecin me
marquoit qu'il s'abftenoit de la faignée
lorfque le dépôt eft fait ainfi à la peau ,
foit en galle , foit en boutons , foit en petits
abfcès, les fetons & les véficatoires font
alors , felon lui , fort utiles ; il confeilloit
AVRIL.
1747: 37
outre cela les fleurs d'antimoine , les cordiaux
fudorifiques & enfin les purgatifs.
L'objet le plus important dans cette affaire
eft de garantir de la maladie les bef
tiaux fains. M. Malouin penfe qu'il eft aufli
facile d'y réüffir qu'il eft difficile de les guérir
lorfque la maladie eſt déclarée .
Pour mettre les bêtes à corne à couvert
de la maladie , M. Malouin veut qu'on les
empêche de fe remplir de mangeaille fans
boire ; il recommande de les faire boire au
moins trois fois chaque jour & d'obſerver
fi elles ruminent à l'ordinaire . Si on s'apperçoit
qu'elles ruminent moins , il confeille
de leur faire prendre une potion anti-
fcorbutique avec graine de moutarde
pour ranimer les eftomacs .
Le fentiment de M. Maloüin eft outre
cela de commencer par les purger deux fois
en huit jours , d'être enfuite huit jours fans
les purger , & de les repurger au bout de
quinze jours , continuant ainfi de les purger
en doublant chaque fois l'intervalle du
tems des deux dernieres purgations. On
fçait qu'il faut diminuer à ces animaux leur
nourriture la veille du jour de la purgation
, & que le jour même de la médecine
jufqu'au foir on ne leur donne que de l'eau
blanche ; & il ne faut pas manquer de leur
faire prendre le foir du jour de la pur38
MERCURE DE FRANCE.
gation un potion anti- fcorbutique.
M. Malouin voudroit que quand la faifon
le permet , on laiffât coucher dehors
les vaches , comme on les laiffe la nuit dans
nos herbages de Normandie. Il trouve que
c'eft très-mal fait de les mettre à couvert
lorfqu'il pleut en Eté , il feroit d'avis au
contraire qu'on les baignât quelquefois
dans les abreuvoirs .
Enfin M. Malouin recommande de les
nourrir d'herbes anti-fcorbutiques, autant
qu'on le pourra. Il faut remarquer qu'il y a
dans les Prairies de Normandie un quantité
extraordinaire de plantes à fleurs en
croix qui font anti-fcorbutiques , & qu'il
y a auffi dans ces pâturages beaucoup plus
d'ofeille qu'il n'y en a communément dans
celles des autres païs. Il eft vrai-femblable
( fuivant le principe préſervatif de M. Malouin
) que c'eft ce qui a fait qu'il y a eu
moins de beftiaux attaqués de cette maladie
en Normandie que dans les autres païs,
quoiqu'il y ait plus de bêtes à corne dans
cette Province que dans aucune autre de la
France ; & ce qui rend cette obfervation
plus finguliere, c'eft que la maladie a d'autant
plus fait de défordre dans les autres païs
où elle a été , qu'il y avoit plus de bêtes à
corne , c'eft pourquoi elle a moins fait de
ravage en Espagne qu'en Lombardie , parA
V R IL.
1747. 39
ce qu'il y a moins de bêtes à corne en Ef
pagne qu'en Lombardie.
Je n'ai pu faire mettre en pratique les
confeils de M. Maloüin ; le peuple ne
connoît point le régime , fans lequel on ne
doit point employer de remédes , & les
beftiaux font néceffairement confiés aux
foins de gens du peuple. Rien n'eft plus
ordinaire que d'entendre dire à ce fujet
qu'on n'a pas encore trouvé de reméde à la
maladie des vaches, il feroit plus jufte de dire
qu'on n'a pas encore trouvé le moyen de
faire recevoir le traitement qui guériroit
cette maladie , ni de faire adopter les précautions
qui en mettroient à couvert les
bêtes faines.
Il ne feroit cependant pas abfolument
impoffible de furmonter ces difficultés , fi
on s'y appliquoit conftamment , mais un
Médecin , après s'être porté en bon Citoyen
à tâcher de remedier à cette calamité
publique , eft obligé de fe retirer , pour
ne pas facrifier fa fortune à de grands défagrémens.
Cette confidération mérite l'attention
du Miniftere qui veille à la confervation
du Bien public.
Au refte M. Malouin finit fa lettre en
me marquant que les maladies épidémides
hommes font fouvent annoncées
par celles des beftiaux,& il y ajoûte qu'il a
ques
40 MERCURE DE FRANCE.
obfervé que depuis trois ans , il y avoit un
caractére fcorbutique dans prefque toutes
les maladies , & qu'avant cela , c'eft - à - dire
en 1742 , il y avoit eu beaucoup de maladies
du coeur. Il prétend que le coeur eft
fujet à des maladies qui lui font particulieres
, comme les poulmons , le foye , &c.
ont leurs maladies particulieres ; ces maladies
du coeur demandent , felon M. Maloüin
toute l'attention des Médecins , parce
qu'on peut prendre pour des maladies
du poulmon ou de la poitrine, des maladies
propres du coeur.
Et à cette occafion M. Maloüin promettoit
dans fa lettre de donner chaque année
des obfervations fur les maladies épidémiques
qui auroient eu cours l'année précédente
, & il ajoûtoit qu'il commenceroit
l'année fuivante . C'étoit en 1745 qu'il
m'écrivit cela ; 1746 eft paffé & je ne vois
point paroître ces obfervations . J'ai écrit
plufieurs fois à M. Malouin à ce fujet , &
pour lui rendre compte de l'ufage que j'avoit
fait de fa lettre ; il ne m'a fait aucune
réponse ; je vous prie , Monfieur , de me
faire le plaifir de l'aller trouver & de lai
en demander la raiſon. Je voudrois bien
auffi que vous trouvaffiez moyen de rendse
publique ma lettre , dans laquelle j'ai fait
exprès l'extrait de celle que m'avoit écrite
AVRIL. 1747. 47
M. Malouin fur les maladies des beftiaux ;
mais je vous prie de lui communiquer le
tout auparavant , pour qu'il y falfe tel
changement qu'il jugera à propos d'y faire;
d'ailleurs je ne cherche point à lui faire de
la peine , au contraire je cherche feulement
à le forcer de fatisfaire à l'engagement
qu'il a pris pour le bien public , de
donner tous les ans l'hiftoire des maladies
épidémiques , ou bien j'efpere engager par
tà quelqu'autre Médecin de Paris à le faire,
parce que ces obfervations peuvent mieux
fe faire dans une grande Ville comme Paris
, qu'ailleurs. Je fuis , & c.
EPITAPHE de M. Cochin , Avocat
au Parlement.
P
Our cet efprit profond la Loi n'eut rien d'oc
culte ;
Partout il porta le flambeau.
L'Ecrivain , l'Orateur & le Jurifconfulte
Sont renfermés dans ce tombeau.
{
Par L. P. D.
42 MERCURE DE FRANCE.
RASAGAPARARATOPARARDEAIA
LETTRE de M. N. D. à Mad, la
Comteffe de.....
Vous voulez donc encore des Prologues
* ? Eh bien , Madame , en voici
deux autres. Le premier tient un peu du
ftyle d'Horace & de Rouffeau , & le fecond
, fi je ne me trompe , n'imite pas mal
Defpreaux.
Par privilège d'Apollon
Je dors dans le facré vallon ,
Et bois dans l'onde Aganippide
Ce Dieu dans mon eſprit réſide
Il en fait mouvoir les refforts ,
Et fous lui ma Mufe préfide
A mes poëtiques efforts.
Je veux , tandis qu'elle me guide ;
M'abandonner à mes tranſports.
Un feu divin court dans mes veines ¿
Impatient de s'exhaler :
L'Auteur avoit envoyé à cette Dame les Pro
logues du Curieux impertinent & de l'Ambitieux ,
qu'on peut lire dans le cinquiéme Tome des Eu-
Tres Dramatiques du même Auteur.
AVRIL:
43 1747.
La bile à grands flots va couler .
Que de tortures , que de gênes
Pour ces critiques infolens ,
Noirs ennemis des beaux talens
Efprits envieux , ames vaines ,
" Coeurs bas , qui toutes les femaines
Font trafic de leurs traits pefans ,
Ou mettent à prix leur encens !
Sauvez-vous * Abbé des F....
Le fecond Prologue n'a ni ce feu , ni
cet enthouſiaſme , c'eft proprement une
fatyre que je mets à la tête de mon cinquiéme
Livre.
EH quoi ! de l'Epigramme à préfent idolatré
Muſe , c'en eft donc fait , vous quittez le Théatre
La Satyre pour vous a de plus doux attraits ?
Vous faites vos plaifirs de lancer traits fur traits à
De tout le genre humain fujet à vos caprices
Vous peignez hardiment les travers & les vices
Nulle erreur de l'efprit , ou du coeur ou des fens ,
Ne fçauroit échaper à vos regards perçans.
D'abord vous la tancez d'un ton fier & cauftique ;
* Cette lettre a été écrite plufieurs années avant
la mort de ce faux Ariſtarque , à qui on en fit par
venir une copie.
ཀེ
ཀམ
44 MERCURE DE FRANCE.
Puis vous la défolez par un ris fardonique ."
En vers de toute efpece , en termes éloquens
Vous répandez fur tout vos farcafmes piquans
Mais cette liberté qui me femble effrenée ,
A de graves avis devroit s'être bornée .
Si les hommes font fous , méchans & vicieux ,
Faut-il les en railler d'un air malicieux ?
Loin de vous mocquer d'eux , comme fit Démocrite
,
Vous devriez pleurer , & nouvel Héraclite
Plaindre le genre huniain , gémir de ſes travers ,
Et prêcher triftement tant en profe qu'en vers.
Moi prêcher ? dites-vous. Tu veux donc que
j'étale
Les dogmes férieux d'une fainte morale ?
Quel en feroit le fruit ? d'ennuyer mes lecteurs.
A quoi fervent les cris de vos Prédicateurs !
Je connois les mortels. Prêchons par la Satyre ;
Nous les corrigerons fi nous les faifons rire,
Ah ! fans perdre le tems à les moraliſer ,
Pour entrer dans leurs coeurs il faut les amufer .
D'un vif déclamateur le zéle eft inutile.
Tous les élans fougueux trouvent l'homme indocile.
D'an ftyle fin , railleur , lancez - lui quelque trait ,
Vous le divertirez par fon propre portrait ,
Et cet art falutaire , en égayant fon ame ,
AVRIL .
45 1747 .
Le rendra plus fenfible à la honte du blâme ;
Plus il eft amufé , plus le remede agit ;
Il rit de fon image , & puis il en rougit.
Muſe , votre argument me femble péremptoire.
vaille. Rions au nez de l'auditoire .
Tout coup
Mais où trouverons
- nous d'autres
originaux
,
Dignes
d'être expofés
à mille traits nouveaux
?
Où nous les trouverons
à la Cour , à la Ville ,
En tous lieux . Grace à Dieu , la matiere
eft fertile,
Et tant qu'il enverra
des hommes
ici- bas ,
A ta jufte cenfure
ils n'échapperont
pas.
Ils vont s'offrir en foule à ton Livre cinquième ,
Et nous feroient fans peine arriver au vingtiéme.
Puifqu'ils fourniffent tant à votre eſprit malin ,
Mufe , dictez -moi donc ; mon cornet eft tout plein.
C'eft ainfi , Madame , que je commence
mon cinquiéme Livre , & pour vous faire
avancer vîte en fort peu de tems , je m'en
vais vous conduire à la fin du même Livre
qui fe termine par ce petit Epilogue .
Cher Lecteur , je te tiens parole :
Deflai-je te faire enrager,
Je m'égaye à te corriger ;
Si c'eft envain , je m'en confole,
Pour t'égayer aufſi ſur moi ,
46 MERCURE DE FRANCE.
Dis que j'ai fait un plat ouvrage ,
Et que vouloir te rendre fage ,
C'eft être encor plus fou que toi.
Je ne fçais fi je me fais illufion ; il me
femble que le commencement & la fin du
Livre ne déplairont pas , fi jamais je prends !
le parti de donner au public l'ample Recueil
d'Epigrammes que j'ai formé & que
j'augmente tous les jours ; mais toute ré
fléxion faite , je ne crois pas que j'ofejamais
m'y réfoudre, Sept ou-huit cent Epigrammes
de fuite font un terrible objet
pour un Lecteur , & quelque variées qu'elles
puiffent être par le ton , par la mefure
du vers & par les fujets , il aura bien
de la peine à fe traîner jufqu'à la derniere.
J'en juge par le Recueil de Martial que
je n'ai jamais pû lire de fuite , & que je
trouve une marchandiſe bien mêlée , malgré
l'élégance & la délicateffe de fon ſtyle,
& tout le feu qui pétille dans la plupart
de fes Epigrammes . N'eft- ce point auffi
parce qu'il recherche trop fouvent la
pointe , & que cette ambition qui a quelque
chofe de puéril , le fait quelquefois
tomber dans de petits jeux de mots qui ne
peuvent jamais chatouiller un goût délicat
? Pour moi je les évite tant qu'il m'eft
poffible ,
› parce que j'en fuis l'ennemi déAVRIL.
47. 1747.
claré , & que je goûte infiniment plus la
noble fimplicité des Grecs , qui ne font
confifter l'efprit qu'à penfer jufte , & qui
dans leurs Epigrammes n'affectent jamais
la pointe , & fe gardent bien de jouer fur
le mot. Chés eux le fel eft fi délicat , qu'il
n'y a qu'un palais bien fin qui puiſſe le
fentir. Ils ne fe fervent point de ce gros
fel dont Martial & fes imitateurs font fi
prodigues , & dont on veut aujourd'hui
renouveller l'ufage , ufage que je condamne
& qui ne peut m'impofer. Je tiens
qu'une Epigramme eft bonne , & trèsbonne
, quand elle fe termine par une
penfée délicate qui donne au Lecteur une
ample matiere de réfléchir , ou par quelque
trait de morale finement & vivement
exprimé , ou enfin par quelque coup
vigoureuſement affené fur un homme
vicieux ou ridicule . Que la Satyre y regne
à la bonne heure , c'eft l'ame de l'Epigramme
, mais je ne veux point qu'elle déchire,
je veux feulement qu'elle picque , pourvû
que fon aiguillon n'ait point de venin.
Je permets qu'elle s'égaye , qu'elle badine
, qu'elle folâtre ; rien ne lui fied mieux,
je la détefte quand elle fe permet la
noirceur , la licence , l'irréligion & l'obfcénité
, quelque agrément qu'elles ayent
pour les méchans efprits & les libertins ;
48 MERCURE DE FRANCE.
qu'il vaut mille fois mieux ennuyer que
de déplaire aux gens de bien. Loin de nous
cette frivole excufe des Poëtes licencieux ,
qui difent que leurs moeurs font aufli chaftes
que leurs ouvrages font impurs . S'ils
font tels qu'ils fe dépeignent , ils font
doublement coupables , puifque leur verve
effrenée choque leurs principes : mais je
les crois point fur leur parole , & je fuis
fûr que leur conduite répond à leurs productions.
Un Auteur fe peint toujours
dans fes ouvrages , quelque attentif qu'il
puiffe être à y diffimuler le fond de fon
coeur. Jamais un homme chafte ne s'eft
plû à faire des peintures lubriques , à moins
qu'il n'ait été néceffairement queſtion de
déceller quelques fociétés ou quelques
fectes déteftables , afin de les rendre odieufes
& d'en préferver le public. Mais de
gayeté de coeur , & fans autre objet que
de s'attirer des Lecteurs , exciter fon imagination
à exprimer & à décrire ce qui
peut produire les effets les plus dangereux,
ou tout au moins bleffer les oreilles délicates
, & la pudeur des perfonnes innocentes
& vertueufes , c'eft l'entrepriſe
d'une ame corrompue , d'un mal- honnête
homme , & d'un perturbateur de la fociété.
Voilà mes principes . C'eft fur eux que j'ai
formé mes Comédies & mes Epigrammes.
Je
AVRIL. 1747.
49
Je fçais que mon goût n'eft plus guéres
celui de notre fiécle , & que je m'expole
à lui paroître Gothique , mais fur ce piedlà
je ferai plus glorieux de l'ennuyer que
de lui plaire , & peut-être que nos neveux
revenus à réfipifcence , me rendront
la juftice que nos importans me refuſent .
Si je me trompe dans mes eſperances , je
m'en confole d'avance , heureux de n'avoir
rien à me reprocher. Mon ambition eſt
de vivre & de mourir en paix avec ma
confcience. Moins de gloire & plus de
repos , voilà ma deviſe . Je n'ai jamais eu
cette folle ambition qui facrifie tout au
defir de fe faire lire , & j'ai toujours penſé
que le monde ne valloit pas la peine qu'on
fe perdît pour l'amour de lui. Toute ma
vie j'ai dédaigné la gloire & les richeffes
mal acquifes , & je me fuis fait les reproches
les plus vifs & les plus amers , quand
j'ai eu la foibleffe d'oublier mes maximes
& de troubler mon heureufe tranquillité
pour me livrer à l'ambition . Jugez-en par
ces Stances que je fis en Angleterre , peu
de tems après qu'on m'eut fait l'honneur
de m'y envoyer : honneur que je n'avois
nullement brigué cependant , & qui vînt
pour ainfi dire , me ravir à ma folitude :
C
jo MERCURE DE FRANCE ,
Qu'eft devenu ce tems heureux
Où je vivois dans l'innocence ,
Où fans crainte & fans efperance
J'étois au comble de mes voeux ?
Pauvre , mais content & tranquile ,'
Je goûtois dans un fombre azyle
Des biens inconnus aux mortels ,
Et jamais ma main importune
Four fléchir l'aveugle fortune ,
N'alloit encenfer les autels.
Je regardois d'un oeil cynique
Et l'orgueil , & l'ambition :
De vivre exempt de paffion
Je faifois mon bonheur unique.
Je fuyois les Grands & la Cour,
De l'attente ennuyeux féjour ,
Théâtre des revers funeftes :
De ma vertu feule entouré ,
Du fiécle d'or tant célébré
Je goûtois les précieux reftes.
Tantôt couché nonchalamment
'Aux bords d'une onde claire & pure }
Je contemplois de la Nature
Le fimple & pompeux ornement
AVRIL.:
51 1747.
Le Zephir d'une douce haleine
Careffoit les fleurs dans la plaine ,
Et les fleurs parfumoient les airs ;
Les moutons paiffoient l'herbe tendre ,
Et les oifeaux faifoient entendre
L'accord de mille chants divers.
Tantôt me contemplant moi- même ;
J'entrois jufqu'au fond de mon coeur ,
Je m'efforçois avec ardeur
D'y prendre un empire ſuprême :
Tous mes voeux étoient accomplis , .
Si , développant ſes replis ,
J'y déracinois les foibleffes ;
Et fi , leur livrant mille affauts ,
Des lieux , où regnoient les défauts
Les Vertus fe rendoient maîtreſſes.
Souvent mon efprit s'occupoit
A fe fonder , à fe connoître ,
Et ce foin faifoit difparoître
L'aveugle erreur qui le trompoit ;
Erreur qui le portoit à croire
Qu'il pouvoit acquerir la gloire
De démêler le vrai du faux :
Mais après une longue étude ,
Cij
32 MERCURE DE FRANCE.
Il voyoit que l'incertitude
Etoit le fruit de les travaux,
Il aſpiroit à l'évidence ;
Et malgré mille efforts puiffans ;
Trop enveloppé par les fens ,
Il n'atteignoit qu'à l'apparence:
Honteux d'un joug qui l'abbaiffoit
En raisonnant il s'efforçoit
A voir , à juger par lui- même: .
Défait de fes guides trompeurs ,
Il tomboit dans d'autres erreurs }
Et bâtiffoit un vain ſyſtême.
Grand Dieu , s'écrioit-il alors ,
D'un feul mot tu formas le monde ;
Et c'eft ta fageffe profonde
Qui feule en connoît les refforts,
Envain par de foibles lumieres ,
Cherchant a forcer tes barrieres,
L'homme afpire à tout pénétrer ;
Tout l'abbaiffe dès qu'il s'éleve ,
Heureux , fi fa courfe s'acheve ,
En fe bornant à t'adorer.
Tel qu'un voyageur qui s'égare i
Surpris par une épaifle nuit ,
AVRIL. 53 1747.
Il cherche le chemin qui fuit ;
Chaque pas qu'il fait l'en sépare.
S'obftinant à fe retrouver ,
Au moment qu'il croit arriver ,
Il recommence fa carriere :
Enfin las d'un filong détour ,
Il attend que l'aſtre du jour
Sur lui répande la lumiere.
Ainfi dans nies voeux indiſcrets ,
'A travers d'une nuit obfcure ,
Je voulois chercher la Nature
Au fein de ſes profonds fecrets :
Fatigué d'une courſe vaine ,
Je revins honteux , hors d'haleine ,
Détrompé d'un espoir flateur ,
Et plus fage , je fçûs attendre ,
Que mon efprit pût tout comprendre ,
En voyant tout dans fon Auteur.
Soumis à la Toute- Puiffance ,
Je goûtois un repos charmant ,
Et je dormois tranquillement
Dans le fein de la Providence.
Là , je méprifois les Grandeurs ,
La gloire , les biens , les honneurs ,
Viles fources de nos foibleffes :
Ciij
54 MERCURE DE FRANCE,
Nul defir n'ofoit m'obféder , .-
Et nion coeur , fans rien pofféder ,
Poflédoit toutes les richeffes .
Helas ! de quels maux eſt ſuivi
Ce bonheur pur & fans allarmes ! .
En me faſcinant par fes charmes
L'ambition me l'a ravi :
Trop heureux encor de me dire
Et de fentir que fon empire
Eft un joug indigne de moi.
Sauvez mon coeur des précipices ,
Grand Dieu , qui faifois mes délices ;
Il n'en veut plus trouver qu'en toi .
C'eſt ainfi , Madame , que je penfois en
1717. tems où j'avois tout lieu d'efperer
de grands poftes & une brillante fortune.
Le Ciel par des évenemens auffi triftes
pour moi qu'imprévûs , m'en a préfervé ,
pour me fauver , peut- être , de la hauteur
choquante & du ridicule orgueil qui naiffent
avec nous , & qui croiffent & fe développent
à mesure que nous nous élevons
.
AVRIL. 1747 .
55
EXPLICATION d'un terme vulgaire
qui étoit ufité en France au treiziéme fiècle.
JEviens de lire les notes fur la vie de la B. Ifabelle dans le dernier volume des
Actes des Saints des Bollandiſtes au 31
Août. Il y en a une qui m'a déterminé à
prendre le parti des François fur ce qu'on
les taxe de demeurer courts au fujet d'un
vieux terme , && ddee nn''aavvooiirr ppûû en donner
l'explication . C'eft de quoi je veux vous
entretenir.
"
Agnés de Harcourt dit de la B. Ifabelle :
Elle prenoit fes difciplines , non pas
»fans plus de fimples verges , mais de
» Fracon , dont fa robe étoit fouvent teinte
» de fang. « Le Pere Stilting traduit :
Non virgis folùm communibus fæviebat in
corpus fuum , fed de Fracon , unde veftis
ipfius frequenter fanguine tingebatur. La note
qu'il fait enfuite confifte à dire : Hic gallice
de Fracon fed in epitaphio fcribitur de
Fragon. Vtrum melius fit ignoro , nam vocis
fignificatio mihi prorfus eft incognita , quam
bac de caufa ab eruditis Gallis fruftra quafivi,
nec fic quidem inveni .
Mais ne feroit- ce pas une témérité de
ma part d'entreprendre de donner la figni-
C iiij
56 MERCURE DE FRANCE.
"
fication d'un terme que les fçavans François
confultés par le Pere Stilting n'ont
pû fournir ? Du Cange n'a pas expliqué ce
mot dans fon édition de la Vie de la Bienheureufe
Yfabelle . M. Chaftelain page
713 de fon Bimeftre , après avoir die
qu'elle fe faifoit donner la difcipline
» par Madame Helvis , & que fes difciplines
n'étoient pas de verges , mais de
fragon , ajoûte tout de fuite , M. Du
Cange n'a donné nulle part l'explication de ce
mot. Apparemment que ce fçavant François
, quoique Auteur d'un Gloffaire ,
qu'on peut regarder comme un puits de
fcience , n'a pû deviner ce que ce terme
fignifioit. Cependant j'efpere qu'à l'aide
d'un petit endroit de fon immenfe ouyrage
, je viendrai à bout de dévoiler ce qui
eft caché fous ce nom.
Un Magiftrat de la ville de Bourges me
demanda il y a quelques mois ce qu'il
falloit entendre par Froncina , terme fouvent
employé dans l'Inventaire d'une petite
Bibliothèque , de l'an 1324. publié
parmi les piéces de la nouvelle Hiftoire
d'Auxerre num. 363. page 297. Item Decretales
partim in Froncina, partim in pergamino
caprino. Item parvum volumen in Froncinâ
cum apparatu ordinario. Item Codicem
in Froncina. Item Digeftum vetus in Fron
AVRIL. 1747. 57
cina , &c. J'aurois cherché fort inutilement
ce terme dans le Gloffaire de Du
Cange . Il n'eft pas même dans la nouvelle
édition , quoique augmentée de moitié
par les fçavans Benedictins. Mais je me
fuis avifé de parcourir toutes les colomnes
de cette édition , où font les mots qui ren- ,
ferment confécutivement quatre confonnes
f.r. c. n . comptant que ce qu'en Bourgogne
on appelloit Froncina ; pouvoit être
appellé ailleurs Fruncanus , ou Frecona , ou
d'un nom approchant , parce que les
voyelles font ce qui a le plus fouvent varié
dans le langage , felon les Provinces , &
qu'il n'en eft pas de même des confones.
Je n'étois pas fort avancé , lorfque j'ai
trouvé au bas de la colomne 671 FRANCENUM
, pergamenum ex pelle vitulina confectum
, Flandris Francyn noftris vêlin . Occurrit
in chron. Windefem. lib. 2. cap. 42 .
43. 54. J'ai cru qu'il n'en falloit pas davantage
pour expliquer le Froncina du titre
de 1324. Les Livres de Droit du Chanoine
d'Auxerre étoient écrits la plupart
fur du velin , & quelquefois fur du parchemin.
Il n'y a rien là dedans que. de
très- recevable , & cela doit frayer le chemin
à l'intelligence du mot Fracon ,

Mais dira-t'on , 'quoique Froncina fignifie
du velin , quel rapport a ce mot avec
Cv
58 MERCURE DE FRANCE.
Fraçon Ma réponſe eft que toutes les
confones qui forment les deux noms font
les mêmes : & cela me paroît fuffire pour
en conclure que c'étoit avec un foüet fait
de velin découpé en long & rempli de
noeuds que la B. Yfabelle fe faifoit battre.
Peut-être difoit- on du Frangon & que
la lettre n. de la premiere fyllabe a été
oubliée par un abbreviateur. Mais en
voilà plus qu'il n'en faut pour fatisfaire
ceux qui rechercheront ce que c'étoit
que du Fraçon qui fervoit à donner la difcipline
dans le XIII fiécle . Cette matiere
n'eft pas affés intéreffante pour s'arrêter à
la difcuter plus long- tems.
Pour achever de remplir cette page ,
je vous dirai encore quelque chofe à
l'occafion d'un mot de baffe latinité contenu
dans le même volume , fur lequel
c'eft le pur hazard qui m'a fait tomber ,
car l'endroit où il eft n'a aucun rapport 3
la France . Dans les notes fur les miracles
du B. Antoine dont les Bollandistes ont
donné la vie au 29. Août pag. 540 col.
7 , en parlant de l'enflure d'un malade ,
l'écrivain de ces miracles dit : Valde fortiter
poftea ipfa inflatura fe viravit in fronte.
La note fur le mot viravit eft Fortaffe gyravit
, nifibarbarè fignificetur quod ipfa inflatura
vires fuas fortiter exeruerit in fronte.
AVRIL 1747. 59
Mais pourquoi douter que viravit ne foit
l'équivalant de gyravit ? Si certain langage
populaire de notre France étoit étendu
jufqu'à Anvers , l'Auteur de cette note
auroit clairement apperçu que fe virer &
fe tourner font la même chofe : en quelques
Provinces même pour fe retourner , on dit
fe revirer. Je me fouviens d'avoir lû dans
les notes fur les Noëls Dijonnois que
Vermand bon Prêtre de Dijon avoit mis
dans un Traité de Cérémonies , le Prêtre
fe revirera , pour dire le Prêtre fe retournera
: ce qu'il avoit pû puifer de l'ancien
langage d'au-delà de la Loire. Je trouve
dans les rubriques d'un Rituel Limouſin
du XIII. fiécle , qui font redigées en langue
vulgaire , ces paroles qui ordonnent
ce que fera le Prêtre : Puey fe vira vers le
poble , difen : Orate fratres , &c. Ainfi il
faut abandonner totalement la conjecture
que virare puiffe venir de vires exerere.
Cvj
60 MERCURE DE FRANCE.
200 POS POS POS POS POS 207 208 209 208 207 208 20
Q₁
O D E.
Sur l'utilité des Belles- Lettres.
Uels concerts féducteurs ! quelle tendre
harmonie
Vient enchanter ici mes fens ?
Ris legers , doux loifirs , flateufe rêverie ,
Sufpendez vos charmes puiffans.
Ah ! du Dieu de Claros j'entends l'aimable lyre :
Aux tranfports que je fens mon coeur ne peut
fire ;
Tout s'émeut au bruit de fes fons.
fuf-
A moi-même enlevé , fecondé de mon zéle ,
Dans fon temple brillant , où fon amour m'appelle ;
Je cours puifer mille leçons.
De la fimple Clio , qui préfide à l'hiſtoire ,
J'ouvre les faftes précieux ;
Qu'apperçois-je ? quels traits d'éternelle mémoire
Ses Héros offrent à mes yeux ?
Ici , d'un Antonin la bonté bienfaifante ,
La clémence facile , & la douceur conftante ,
Me font hair la cruauté :
AVRIL . 61 1747 .
Là , l'immortel Trajan , que la raiſon éclaire ,
M'apprend à réprimer d'un indigne colere
L'emportement fi détefté.
炒菜
Vous , qui du poids des ans éprouvez la foiblefle ;
Dans les écrits de Ciceron
Venez confidérer héroïque vieilleffe
Et de Neftor & de Caton .
Apprenez à fouffrir avec un fier courage
Les douleurs & les maux attachés à votre âge :
Loin de vous les triftes humeurs .
Toujours d'un cil ferain , d'un air tranquille &
ferme ,
Regardant de vos jours le redoutable terme ,
Semez vos derniers
pas
de fleurs .
*3**
Quelle eft cette furie , à l'envie effrenée
Son fouffle infecte l'univers .
C'eſt la fombre avarice , aux ennuis condamnée ;
En proye àmille foins divers.
L'efpoir qui la nourrit féduira - t'il mon ame ?
:
Non bientôt Polymnie avec des traits de flâme
Me va peindre ce monftre affreux .
J'apperçois voltiger les foucis , au teint blême ,
Les troubles dévorans , l'indigence elle-même
Autour des lambris faftueux,
62 MERCURE DE FRANCE.
Quitte le mont facré , viens redreffer , Thalie ,
Ce que nos moeurs ont de mauvais.
Au milieu des plaifirs épure notre vie ,
En te joüant de nos excès.
Tu fecondes mes voeux , & déja ton adreſſe
Montrant à tout mortel le vice qu'il careffe
Va l'en retirer fans efforts :
Tu peux tout à la fois , & corriger & plaire ,
Si du Dieu de Paphos la voix tendre & légére
Ne profane point tes accords .
炒菜
Quel empire charmant la fublime éloquence
Exerce-t'elle fur les coeurs ?
C'eft envain qu'ils voudroient s'armer de réſiſtance ;
Tout céde à fes appas vainqueurs.
Elle frappe , elle plaît , elle étonne , elle enchante ,
Elle ébranle , elle abat , par fa force puiffante ,
Tout ce qui s'oppose à fes traits :
Veut-elle diffiper ce que l'oeil du vulgaire
Dans la pure vertu trouve de trop auſtere è
Elle l'orne de fes attraits.
Mortels , qu'on voit courir , fur le char de la
gloire ,
Dans la carriere des beaux arts ,
Le front ceint des lauriers des Filles de mémoire ,
AVRIL. 63
1747.
Volez , brillez de toutes parts .
Si d'un fort envieux l'inévitable injure
Prétend cacher vos noms dans une nuit obfcure ,
Vous percez les voiles épais :
La Ville vous admire & la Cour vous contemple ;
Vos veilles , vos travaux , vous affûrent un temple
Qui ne fe détruira jamais.
+3+
Quels fons frappent les airs ? Votre lyre touchante
Adoucit ours & léopards :
A fes divins accords la pierre obéiffante
Accourt élever des remparts..
Votre art qui convertit en or tout ce qu'il touche,
Ote aux peuples groffiers ce qu'ils ont de farou
che :
Je vois des prodiges nouveaux .
C'eft par lui qu'un Etat fe diftingue & s'illuftre ,
C'est lui qui fçait encore donner un nouveau luſtre
Aux hautes vertus des Héros.
Beaux arts , enfans du Ciel dignes qu'on vous encenfe
Riants objets de mes amours ,
Yous comblez de faveurs ceux qui , dès leur cnfance
,
Vous confacrent leurs plus beaux jours.
Retranchés dans le fein d'une active molleffe ,
64 MERCURE DE FRANCE.
Ils connoiffent par vous de l'aveugle Déeffe
Les brillantes illufions.
Mais que dis- je ? C'eſt peu ; votre main ſecourable
Ecarte de leur coeur la foule déteſtable
Des tyranniques paffions.
Par M. Vidal de Cabris , Profeffeur de
Rhétorique au Collège de Villefranche en
Beaujolois.
DUDU: DUDU DEDDED
LETTRE aux Auteurs du Mercure.
M
RS. Le Miffel de l'Eglife de Séez
imprimé à Rouen chés Pierre
Regnault en 1500 , dont il eft parlé dans
une lettre inférée dans le premier volume
de votre Mercure du mois de Juin de l'année
derniere pag. 79 , & qui appartient
à la Bibliothéque de Sainte Geneviève de
Paris , n'eft pas le feul Livre de ce tems
où l'on trouve les Quatrains qu'on lit au
milieu des mois de Mars , Avril , Mai ,
Juin , Juillet , dans le Calendrier qui eft
à la tête de ce Livre Gothique. On en voit
de femblables dans des Heures tant en
papier qu'en velin : comme en fait foi la
lettre dont vous avez fait part au public
AVRIL. 1747. 5
pag. 75,76 & 77 de votre Mercure du
mois d'Août dernier ; & ce que vous dites
vous-mêmes , Meffieurs , en cet endroit
touchant ceux que vous avez reçu de Lille .
Mais ce qui pourra furprendre , & avcc
raifon , c'est qu'on trouve encore ces
mêmes Quatrains plus de cinquante ans
après dans des Heures à l'ufaige de Rome
imprimées à la Requefte & devotion de Meffire
Claude Gouffier , Chevalier de l'Ordre du
Roy , Comte de Caravas & de Maulevrier ,
Seigneur de Boyfi , Grand Ecuyer de France
Capitaine des Cent Gentishommes de la Maifon
du Roy ; à Paris , par Michel de Vafcofan
en M. D. LVIII. Etant difficile de découvrir
la caufe d'une fi longue faveur
pour des mots eftropiés , qui ne préfentent
aucun fens & paroiffent n'avoir que peu
ou point d'utilité .
Ces Heures dont j'ai l'honneur de vous
parler font comme neuves , & en papier
& caractéres tels que ceux qu'on employe
aujourd'hui , avec les lettres initiales
& rubriques rouges. Les Quatrains
font les mêmes , à quelques mots près ,
que ceux que vous a envoyés M.Fauquette .
Ils different feulement en ce que ceux des
Heures de 1558 font exactement ponctués
après chaque fyllabe , comme dans
celui - ci du mois de Janvier.
66 MERCURE DE FRANCE.
En. jan. vier. que: les . Rois. ue . nus . font.
Glau. me. dort. Fre. min . Mor. font.
An. toin. boit, le . jour . Vin . cent. fois.
Pol. lus, en. font . tous . fes. doigts.
Et qu'après chaque Quatrain il s'en
trouve un autre de fuite qui compare un
âge de la vie de l'homme au mois à la fin
duquel il eft placé. Comme vous avez ,
Meffieurs , fait imprimer les premiers ,
je ne vous les répéterai point ici : je me
bornerai à vous communiquer les feconds
dont vous n'avez point parlé : vous laiffant
enfuite la liberté d'en faire l'ufage
que vous croirez qu'ils méritent.
Janvier.
Les fix premiers ans que vit l'homme au monde ,
Nous comparons à Janvier droictement :
Car en ce moys vertu ne force abonde
Non plus que quand fix ans a un enfant.
Février.
Les fix d'après refemblent à Fevrier ,
En fin du quel commence le Printemps :
Car l'efprit s'ouvre , preft eft à enfeigner
Et doulx devient l'enfant quand a douze ans ,
"
AVRIL. 67 1747.
Mars.
Mars dénote les fix ans enfuyvans ,
Que le temps change en produifant uerdure ,
En celuy aage s'adonnent les enfans .
A maintz eſbats fans foucy ne fans cure.
Avril.
Six ans prochains vingt & quatre en fomme
Sont figurez par Avril gracieux :
Car foubz ceft aage , eft gay & jōly l'homme ;
Plaifant aux Dames , courtoys & amoureux.
May.
Au moys de May , ou tout eft en uigueur ;
Autres fix ans comparons par droicture ,
Qui trente font , lors eft l'homme en ualeur ,
En la fleur , force , & beauté de nature.
Juin.
En Juin les biens commençent à meurir ,
Auffi fait l'homme , quand a trente fix ans :
Pour ce en tel temps doit- il femme querir ,
Si lui uiuant ueult pourueoir fes enfans.
Juillet.
Sage doit eftre , ou ne fera jamais ,
L'homme quand il a quarante- deux ans :

38 MERCURE DE FRANCE.
Lors fa beauté décline deformais ,
Comme en Juillet toutes fleurs font paffans.
Aouft.
Les biens de terre commence-len à cueiliť
En Aouft , auffi quand à l'an quarante-huict
L'homme approche , il doibt biens acquerir ,
Pour fouftenit uieilleffe qui le fuit.
·Septembre.
Avoir
grans
biens ne fault
que
l'homme cuide }
S'i ne les a à cinquante - quatre ans ,
Non plus que quand il a fa grange uuide
En Septembre , plus de l'an n'aura riens
Octobre.
Au moys d'Octobre figurant foixante ans ,
Si l'homme eft riche , cela eft à bonne heure s
Des biens qu'il a , nourrit femme & enfans
Plus n'a befoing qu'il travaille ou labeure.
Novembre.
Quand à foixante & fix ans l'homme uient
Repreſenté par le moys de Novembre ,
Vieulx & caduc , & maladif devient
Lors de bien faire eft temps qu'il le remembre
AVRIL. 1747.
69
Decembre .
L'an par Decembre prent fin & fe termine ,
Auffi faict l'homme aux ans foixante & douze
Le plus fouvent , car uieillefle le mine :
L'heure eft venue que pour partir fe houze.
J'ai l'honneur d'être , & c.
Fr. E. NADAL , Prieur de
l'Abbaye de Coulombs.
Coulombs le 25 Février 1747.
SUR LA MORT D'UN SERIN
Q
à M. de L.
$
Ue je plains votre fort , aimable & tendre
oifeau !
La parque d'un fatal ciſeau
A coupé de vos jours la trame fortunée ;
Quel farouche & cruel bourreau
A tranché votre déftinée ?
Le ventre d'un matou devint votre tombeau.
Vos couleurs , votre chant , fi varié , fi beau ,
Non , rien n'a pû fléchir fon ame forcenée,
Hélas ! depuis plus d'une année.
Votre amante verfe des pleurs ;
70 MERCURE DE FRANCE.
Au défefpoir abandonnée
Rien ne peut calmer fes douleurs ..
Même après le trépas , fon coeur vous eft fidéle ;
Auffi quel n'étoit pas , cher oiſeau , votre zéle
A fatisfaire fes défirs !
Quels épanchemens , quels plaifirs ,
Ne goûtiez-vous pas avec elle !
L'Amour vous uniffoit par les plus doux liens .
Lui feul faifoit & vos maux & vos biens.
Rien ne troubloit des feux qu'approuvoit l'inno-
• cence.
Applaudiffant à tous vos voeux
L'Amour en préparoit l'aimable récompenſe.
Ah ! lorſqu'on s'aime on eſt heureux .
Le bonheur n'eft - il donc qu'au Temple de Mé-
Faut-il
moire ?
pour
être heureux voir fon nom dans
l'Hiftoire
Paffer à nos derniers neveux ?
Un moment de plaifir vaut un fiécle de gloire.
L'homme défire envain cette félicité
Qui des oifeaux eft le partage :
Quand il croít la faifir il n'en tient que l'image ;
Ils en ont la réalité.
J. B. Tollot , à Geneve.
AVRIL. 1747. 71
носи носи ножа ножа ножен нож
SILVANDRE JALOUX ,
EGLO GUE,
A Mademoiselle **
Tandis que les bergers de ces champêtres lieux
Témoignoient leur .ardeur par des chants amoureux
,
Silvandre de l'amour méprifant la puiffance ,
Se rioit de fes traits & bravoit fa
vengeance ;
D'un tendre engagement il ignoroit le prix.;
Ce malheureux berger n'avoit point vû Doris ;
Indigné du mépris d'un mortel téméraire ,
L'Amour pour s'en venger lui fit voir la bergere.
Les nôces de Clarice à l'ombre d'un ormeau
Venoient de raffembler les bergers du hameau ,
Telle dans un jardin nouvellement éclofe
Brille parmi les fleurs une naiſſante roſe ,
Et telle auffi Doris brilloit de mille appas ;
Les ris & les amours voltigeoient fur fes pas.
La bergere avoit mis des fleurs dans fa coëffure ;
Quelques rubans choifis compofoient fa parure.
On voyoit un air fimple en fes ajuſtemens ,
Mais cet air tenoit lieu des plus beaux ornemens :
D'une naiffante ardeur il voulut ſe défendre ,
1
72 MERCURE DE FRANCE .
Mais ce berger bientôt fut contraint de fe rendre .
Il vit , aima Doris , & fon coeur enflâmé
N'eût plus d'autre défir que celui d'être aimé ,
Mais dans le même inftant une atteinte cruelle
Porta jufqu'à fon coeur une douleur mortelle.
Avec un tendre foin le jalotix Corilas
pas; Etoit à fes côtés , fuivoit par tout fes
Il crût que Corilas par fes feux & fon zéle
Avoit fçû défarmer ſa fierté naturelle .
Guidé par fon dépit il fut dans les forêts
Dévorer fans témoins fes foupirs , les regrets.
Dans un fombre boſquet qu'arroſe une fontaine ;
Par ces tendres accens il foulageoit fa peine,
Quoi! j'aurai pu fix ans me plaire dans ces bois
A braver de l'Amour & les traits & les loix ? .
Mon coeur , ce même coeur , & trop foible & trop
tendre ,
Des charmes de Doris ne fçauroit le défendre
Et la jeune Doris méprifant mon amour ,
A l'heureux Corilas marque un tendre retour ?
Profitant avec art d'un amoureux délire
Corilas en fecret l'inftruit de fon martyre ?
On a vu la bergere avec foin l'écouter ;
Elle aime Corilas ; je n'en fçaurois douter,
Et de l'aimer encor j'aurai donc la foibleffe ?
Quoi ! mon coeur montreroit une telle baſſeſſe ?
Non ,
AVRIL. 1747 .
73
?
Non , non , & qu'en ces lieux au plus beau de nos
jours
Le Dieu de la lumiere interrompe fon cours ;
Que ces rapides eaux remontent à leur fource ,
Qu'au milieu de l'Eté les orages de l'ourſe
Dépouillent dans nos bois ces arbres toujours
verds ,
Que nos champs font fleurir au milieu des hyvers ,
Avant que mon amour nourriffe dans mon ame
Pour l'ingrate Doris une conftante fâme.
L'infortuné Silvandre épris de tendres feux ,
Soulageoit par ces mots fon dépit amoureux .
Il fe croyoit guéri , mais ſon ame abuſée ,
Déja de la revoir concevoit la penfée ;
Il la vit ; avec elle il vit l'heureux berger ;
Interdit & troublé cherchant à fe
venger ,
Ses lévres au hazard furent dire à Climéne
Que fon coeur de Doris avoit brifé la chaîne ,
Qu'il reffentoit pour elle une naiffante ardeur ,
Que le feu de les yeux lançoit un trait vainqueur ,
Un trait fûr de fes coups, qui l'enflâmoit pour elle ;
Qu'il venoit lui jurer une ardeur éternelle .
* Il le difoit envain ; fon coeur encore épris ,
Son coeur brûloit toujours pour l'aimable Doris,
Ce malheureux berger en proye à fon yvreffe
Blâmoit toujours envain fa fatale tendrefle ;
Vouloit-il fuir fes yeux ? vouloit-il la quitter ?
D
74 MERCURE DE FRANCE.
Un regard échapé fçavoit bien l'arrêter.
Las enfin de refter dans de rudes contraintes
A fa bergere un jour il adreffa ces plaintes :
Je vous aime Doris , vous voyez mon amour
Je n'ofe me flater d'obtenir du retour ,
D'un berger plus heureux les foins ont fçû vous
plaire ,
Et déja mon difcours vous paroît téméraire
Mais écoutez du moins une timide voix ,
:
Et fi je vous déplais , c'eft la derniere fois.
Vous voyez mon ardeur , comment vous y méprendre
?
Mes difcours , mes regards ont bien fçû vous l'apprendre
;
Mais fans faire parler & ma bouche & mes yeux ,
Les troubles de mon coeur vous. le difent bien
mieux.
Suis-je éloigné de vous ? ingrate , je foupire ,
Je fens en vous quittant un amoureux martyre ,
Victime auprès de vous d'un tourment rigoureux ,
J'éprouve malgré moi le pouvoir de vos yeux :
Cependant avez-vous ces regards pleins de flame ,
Qui dans ma vive ardeur iroient jufqu'à mon ame ,
Cette aimable langueur , ces doux raviffemens ,
Qui font & le plaifir & le fort des amans ?
> Vous dédaignez mes voeux & Corilas moins
tendre ,
A ravi votre coeuņau malheureux Silvandre
AVRIL. 1747. 1 75
Je ne le vois que trop , vous aimez Corilas ;
Avec un foin jaloux de berger fuit vos pas ;
Enchanté de l'amour que vous faites paroître ,
Il triomphe déja des feux qu'il a fait naître ,
Mais le trifte Silvandre en proye à fa douleur
D'un amour malheureux éprouve la rigueur.
Eh ! Non , non , croyez- moi , lui difoit la bergere,
Le berger Corilas n'a jamais fçû me plaire.
S'il m'adreffa fes voeux , jamais du moins mon ame
D'une ardeur que je hais n'autorifa la flâme.
Pour vous , toujours épris de volages ardeurs ,
Silvandre , puis-je donc écouter vos douceurs ?
Vous portez en tous lieux une flame nouvelle.
Dites , dites phûtôt que mon coeur trop fidelle ,
Que mafincere ardeur ne peuvent vous channer ,
Que ce berger , Doris , a fçû vous enflâmer ;
Qu'épriſe pour lui ſeul, vous dédaignez Silvandre
Mille fecrets refforts ont bien fçu me l'apprendre ,
Cent regards échapés à deux coeurs amoureux ,
Trahiffent leur fecret , font éclater leurs feux.
Le plaifir de fe voir , le défir de fe plaire ,
Quelques mots dits tout bas découvrent le myftére.
Vous aimez ce rival... Non répondoit Doris :
Jamais pour Corilas mon coeur ne fût épris.
Silvandre , pour vous (eul je pourrois être telle ,
Mais vous portez par tout un coeur trop infidelle,
Dij
76 MERCURE DE FRANCE.
Dans fon illufion , de ce difcours charmé,
Il crut que Corilas ne feroit point aimé.
Bientôt défabufé , fes féduifans caprices , ·
Tant de feintes froideurs , de fecrets artifices ,
Tout parut inventé pour dérober fes feux ,
Inutiles dédains que démentent fes yeux ;
Pouvoit-il en douter conduit par fa foibleffet
Il alloit chés Doris lui marquer fa tendreffe,
Il vit ce fier rival embraffer fes genoux ;
Il lui parloit tout bas , mille foupçons jaloux
Succédans à l'amour qu'il eût pour fa bergere ,
Il en fort transporté d'une vive colere ;
Jure que de Doris le langage flateur
De Silvandre jamais ne féduiroit le coeur.
Nor , difoit-il envain , l'ingrate , l'infidelle ,
Compte encor fur l'amour dont je brûlai pour elle,
Elle croit abufer un trop foible berger ,
Mais l'heureux Corilas a trop fçû l'engager.,
Ainfi parloit Silvandre , & de ſa jaloufie
Exhaloit en fecret la fatale manie.
Mais qu'elle dura peu ! ce jour , ce même jour ,
Vit mourir les foupçons & croître fon amour ;
Il l'aime , & dans fon coeur fe trouve feul coupable
;
De tant de trahiſons ne la croit point coupable ;
Il vôle chés Doris , & guidé par fes feux ,
Il brûle de montrer fes tranfports amoureux.
AVRIL. 77 1747.
Illa voit , lui promet une flâme éternelle ,
La preffe d'oublier une erreur criminelle ;
Il jure à fa Doris qu'un doute dangereux
Jamais ne détruira le pouvoir de fes yeux :
Dans les vifs mouvemens où fon coeur s'abandonne
Il fe croit trop heureux que Doris lui pardonne:
ENVOI à Mademoiselle **
Ce berger , mon Iris , dont j'emprunte la voix ,
Ce Silvandre jaloux me prête fon hautbois ;
Malheureux comme lui d'avoir le coeur trop tendre,
Des frayeurs qu'il te peint je n'ai pu me défendre :
Envain de quelque efpoir tu flatois mon ardeur ,
J'ai crû pour mon rival voir foupirer ton coeur ,
J'ai crû que tous ces noms d'inconftant , de volage
,
N'étoient qu'un jeu fecret , qu'un féducteur langage
:
Qué tu voulois cacher à mes yeux ton amour ,
Mais que tu lui marquois en fecret du retour.
Maintenant mon amour l'emporte dans mon ame;
Je reviens à tes pieds te témoigner ma flâme.
Pardonne , mon Iris , à l'ardeur de mes feux ;
Plus Silvandre eft jaloux , plus il eſt amoureux.
an
Teyffonnier de Valence , Avocat au Parlement
de Dauphiné.
D iij.
76 MERCURE DE FRANCE.
Les mots des Enigmes & du Logogryphe
du Mercure de Mars font le Soleil ,
l'Opera & Verſailles. On trouve dans l'Enigme
en Logogryphe Pô , or , pore , rape.
On trouve dans le Logogryphe Uliſſe
Ali , Elife , Silla , ver , Serail , Ifle , Elie.
ENIGME EN LOGOGRYPHE.
Sous quatre fens divers que l'on me confidere
Inftrument redouté des vengeances des Rois .
Refpectable ornement des Miniftres des Lois ,
A la plus chétive chaumiere 2
Comme au plus fuperbe palais ,
Je fuis chofe très- néceffaire.
Me reconnoiffez - vous , lecteur , à tous ces traits ?
Allez donc me chercher chés votre Apoticaire .
J
AUTRE
Adis dans les combats j'étois d'un grand uſages.
Je fuis également couru
Et par les fots & par le fage ;
Qu'on me coupe la tête , il me refte le cân
AVRIL. 1747. 73
AUTRE.
ON vous annonce une mailoni
A louer en toute faifon :
-
Elle a deux pattes , trois fenêtres ,
Du logement pour quatre Maîtres ,
Même pour cinq en un befoin ;
Ecurie & greniet au foin ;
Elle eft danssin quartier qui pourroit ne pas plaire,
En tout cas le proprietaire
Avec ceftains mots qui font peur ,
Et fa baguette d'enchanteur
Enlevera maifon , meubles & locataire ,
Et fera tant qu'il les mettra
En tel endroit que l'on voudra.
On connoît cet hôtel célebre
A fon écriteau fingulier ,
Pris dans Barêine & dans l'Algebre ,
Et l'on trouve au Calendrier
Son nom , & celui du forcier .
3202
D iiij
80 MERCURE DE FRANCE.
*ERERERERERERE**
NOUVELLES LITTERAIRES ,
DES BEAUX - ARTS , Luc.
du Théâtre François
Hdepuis fon origine jufqu'à préſent ,
avec la vie des plus célébres Poëtes dramatiques
, un catalogue exact de leurs
piéces , & des notes hiftoriques & critiques
, tome neuviéme in- 12 , 1746 , chés
P. G. le Mercier & Saillant,
On voit par ce neuvième volume qui
parut vers la fin de l'année derniere , avec
quelle diligence infatigable MM. P. travaillent
à fatisfaire l'impatience du public.
Le fuccès excite leur émulation , & couronne
leurs travaux ; & ce volume ne peut
qu'ajouter de nouveaux fuffrages à ceux
qu'ont obtenu les tomes précédens . Il
n'embraffe que l'intervalle des tems écoulés
depuis 1661 jufqu'en 1665 , mais ce
font les tems brillans de notre Théâtre.
Corneille , ce Maître du Cothurne François,
y fait encore admirer les reſtes de
fa Mufe vieilliffante ; c'eft un Soleil couchant
qui, quoique moins éclatant, répand
fur l'horifon une lumiere que d'autres
Aftres ne pourroient fuppléer . En un mot
AVRIL. 1747. SE
il conferve toujours ce privilége des
grands genies , que leurs fautes même por
tent l'empreinte de la fupériorité de leur
efprit , & font telles qu'un homme médiocre
parviendra plûtôt à mériter un fuccès
qu'à obtenir une chute femblable aux
leurs. Le frere de M. Corneille continue
en même tems fa carriere avec gloire .
On voit Moliere créer , pour ainfi dire ,
la bonne Comédie , inconnue juſqu'à lui ,
& enfanter fes premiers chefs- d'oeuvres
tels que l'Ecole des Maris , l'Ecole des
Femmes, les Facheux , &c.Quinault à qui fes
contemporains rendirent trop peu de juftice
, & qui vit fa réputation prefque
anéantie par des fatyres injuftes , donne
deux Tragédies , & la Comédie de la
Mere Coquette , qui fe foutiennent encore
au Théâtre avec une grande réputa
tion . Enfin MM. P. nous montrent les
commencemens de notre illuftre Racine
dans la Thébaïde & l'Alexandre , tels font
les principaux objets qui paffent en revûë
devant les lecteurs , car ne voulant pas
nous arrêter à faire un extrait de ce livre ,
nous ne perdrons point de tems à parler
de la foule de Poëtes vulgaires qui rempliffoient
auffi la feéne , nous nous conrenterons
de faire quelques réfléxions fur
ceux que nous venons de nommer.
Dv
82 MERCURE DE FRANCE.
Nous avoüerons que nous avons été
en quelque forte indignés de la perfécution
opiniâtre que l'Abbé d'Aubignac fufci
toit au grand Corneille ; cet homme enorgueilli
de l'efpéce de fuccès de fa Pratique
du Théâtre , ouvrage aujourd'hui oublié ,
fe croyoit le juge né des Auteurs dramatiques.
Il s'étoit fait une efpéce de tribunal
, chofe affés facile à tout homme qui
voudra juger& écrire fur les ouvrages de
goût ; en effet les hommes avides de
trouver la raison de tout , croyent qu'on
la leur donne dès qu'on leur parle de régles
, & qu'on pofe des principes quoiqu'appliqués
, au hazard , parce que le véritable
point de vue de ces matieres dépendant
d'une infinité de combinaifons délicates
fort difficiles à faifir , peu de gens:
font en état de démêler les fophifmes du
raiſonneur & font la dupe de fon ton
dogmatique. La fource de la haine de D ...
contre le grand Corneille , étoit que ce
dernier n'avoir pas cité la pratique du
Théâtre dans fes admirables difcours fur
le Poëme Dramatique , inde ira. Pendant
que ce critique ofoit juger le maître de la
fcéne , il faifoit des Tragédies qui tom
boient , il arrangeoit des plans que Madame
de Villedieu mettoit en vers , & ces.
Quvrages n'étoient pas mieux . traités par
AVRIL 1747. 83
Le public , de façon qu'il prouvoit par une
expérience continuelle l'infuffifance de fes
régles. M. de Voltaire a dit très-judicieufement
qu'un Peintre s'inftruit plus en,
voyant une tête de Raphaël , qu'en lifant,
toutes les régles de la peinture. Olons
dire à fon exemple qu'un Poëte Dramarique
apprendra plus de fecrets de fon art
dans les admirables difcours que le grand
Corneille a mis à la fuite de chacune de ,
fes Tragédies , que dans toutes les Poëtiques
du monde. Il feroit à fouhaiter que
nos grands hommes euffent pris , & que
ceux qui vivent encore priffent , ainfi que
le grand Corneille , la peine de fe juger
avee une exacte impartialité, qu'ils fe chargeaffent
eux-mêmes du foin d'apprécier
leurs beautés & leurs fautes , de nous
montrer quels écueils ils ont évités
quelle route les a conduit quand ils ont
bien fait , & quelle a été la caufe de leut
méprife quand ils fe font trompés. Cette
collection de jugemens fur les excellens ou--
vrages formeroit fans doute nue Poëtique
d'un prix ineftimable..
Moliere fut auffi perfécuté par les cri
niques.. L'envie & la fatyre font le fleau &
la tache des Lettres. Nous finirons par
quelques réfléxions fur un paffage d'une
Lettre de M. de Valincour , au fujet de
Dvj
84 MERCURE DE FRANCE.
l'Alexandre de Racine . Corneille après la
lecture de cette pièce , conſeilla au jeune
Auteur de s'appliquer à tout autre genre
de Poësie qu'au Dramatique , d'où il conclut
que ce grand homme avoit peu de
goût , & étoit plus propre à compofer qu'à
juger les ouvrages d'autrui . M. de Valincour
auroit peut-être changé d'avis s'il
eût fait attention qu'immédiatement après
cette Tragédie d'Alexandre , M. Racine
défera lui- même à l'avis de Corneille , il
fentit qu'il n'étoit pas propre au genre de
Tragédie tel
que Corneille l'avoit formé ,
ilen créa un nouveau & il· y excella.
Il avoit été médiocre quand il avoit fuivi
un modéle , il devint lui- même un modéle
inimitable dès qu'il n'en eût plus. It
fentit fa fupériorité , il fe livra à fon
génie, & abandonna une carriere , où fans
doute ileût été fort inférieur à ce qu'il a été
dans la route nouvelle qu'il s'eft frayée.
Mais M. Corneille qui n'avoit point de
connoiffance de ce genre encore à naître ,
genre abfolument oppofé à fes idées , qui
d'ailleurs le jugeoit fur ce qu'il voyoit ,
eut raifon de lui dire qu'il étoit peu propre
au genre Dramatique , c'est- à- dire au
genre Dramatique tel que M. Corneille
le concevoit & l'avoit fait concevoir aux
autres. Les beautés dont Alexandre eft
AVRIL. 1747:
rempli annonçoient plûtôt un grand talent
pour llaa Poëfie en Poëfie en général que pour.
la Pocfie Dramatique , & c'eft fans doute
ce que M. Corneille avoit en vûä.
RECHERCHES
HISTORIQUES
fur l'origine & les progrès de la conftruction
des Navires anciens.. Par M. Saverien
Ingénieur de la Marine , chés Chaubert.
Nous avons déja annoncé le mois paffé
ce Livre , auquel l'Auteur , ainfi que nous
l'avons dit , fe propofe d'ajouter des
defcriptions détaillées de la figure des
Navires anciens. Si M. Saverien avoit
donné à cette matiere toute l'étenduë dont
elle eft fufceptible , il auroit fallu qu'il
fât des recherches immenfes qui l'auroient
trop diftrait du plan ordinaire de fes étu
des. Une profonde connoiffance de toute
Fantiquité , une lecture affidue de tout ce
qui nous refte d'Auteurs Grecs & Latins ,
jointe aux lumieres que l'on peut tirer
des Langues . Orientales , feroit néceffaire
pour donner une bonne Hiftoire de la
Marine des Anciens. Auffi M. Saverien
intitule-t-il modeftement fon ouvrage Recherches
Hiftoriques , & non Hiftoire ; c'eſt
un effai , une efquiffe d'un plus grand tableau
, mais qui , tel qu'il eft , peut inf
uire agréablement , & donner des no-

86 MERCURE DE FRANCE.
tions générales de l'objet que l'Auteur
préfente.
M. S. trouve furprenant que long- tems
après le déluge on ne fe foit fervi que de
rofeaux entrelaffés , auxquels on donna dans
la fuite la forme de certaines grandes corbeilles
, femblables à celle fur laquelle Moyfe fuc
expofé. Cela feroit fans doute étonnant ;;
les enfans de Noë inftruits par leur pere ,
frappés du fecours miraculeux que l'Arche
leur avoit donné, dûrent s'appliquer à
perfectionner une invention fi utile ; auffi
le firent-ils. Nous n'oferons pas contredire
M. S. fans preuves , mais en voici une
tirée du fragment de Sanchoniaton Auteur
Phénicien ; il dit en termes formels que
les enfans de Sydyk trouverent les pre
miers l'art de conftruire un Vaiffeau 2
zoîov. Or Sydyk & Noë font la même
chofe , cela est très-bien prouvé. Si Sanchoniaton
attribue aux enfans de Sydyk
Finvention de l'art de navigaer , c'eft
qu'ils le perfectionnerent , en trouverent:
les principes & en firent un art , ce que:
n'avoit pas fait Noë.
On a été long- tems à ne naviguer qu'avec
la rame.. C'eft un petit poiffon appellé
Nautile qui donna aux Marins l'idée des
voiles . Ce poiffon fort connu des Navigateurs
auroit dû leur ouvrir plûtôt les.
#
AVRIL. 1747- 87
yeux & faire naître cette utile découverte ..
Il y a peut-être dans la Nature mille chofes
de ce genre qui n'attendent qu'un homme
de genie , obfervateur exact & induftrieux
, & peut -être un hazard . heureux
pour nous donner de nouveaux arts..
Ne découvre-t'on pas tous les jours des,
opérations de la Nature qui paroîtroient
des fables , fi elles n'étoient pas conftatées ?
La regeneration des polypes , les phenoménes
furprenans de l'électricité , feroient
niés. par l'homme le plus crédule , fi l'expérience
ne forçoit à les admirer. Nous.
ne nous arrêterons pas plus long- tems fur
L'ouvrage de M. S. qui mérite les fuffrages,
du public . Mais avant que de finir nous.
donnerons ici la defcriptiondela manoeuvre
de ce Nautile dont nous venons de
parler .. Quand il veut voguer fur la mer il.
fait fortir l'eau renfermée dans fa coquille
, & fe rendant par-là plus leger
qu'un égal volume du fluide qui l'environne
, il nage fur la furface de la mer..
Alors déployant fes pattes de derriere ,
jointes par une membrane très-délicate
il les éleve afin qu'elles lui fervent de mât
& de voile. Il plonge celles de devant
leur fait faire la fonction des rames &
donne à fa queue , qui lui fert de gouver
88 MERCURE DE FRANCE.
A
nail ' , tous les mouvemens néceffaires pour *
le diriger dans fa route.
TRAITE' D'ARITHMETIQUE avec
les élemens de Géométrie par M. Rivard
Profeffeur de Philofophie en l'Univerfité
de Paris. Prix liv. 10 fols in - 80. Paris
1747 chés Pk. N. Lottin & Jean De-
Saint.
Ona déja fait quatre éditions in-40. des
élemens de Mathématiques de l'Auteur' ,
mais plufieurs perfonnes ne fe fouciant
pas des élemens d'algébre , M. R. donne
cette édition in - 80. de laquelle il a ôté les
calculs algébriques. Il a exprimé les équa-`
tions dont il donne des exemples en nombre
, & s'eft mis à la portée de ceux qui
n'entendent que l'Arithmétique. On ne
peut que louer l'attention de l'Auteur de
fe mettre ainfi à portée de tout le monde.
Quoique l'Algébre qu'il faut fçavoir pour
réfoudre les équations du premier degré
foit auffi facile que l'Arithmétique la plus
fimple , il y a des gens que ce nom feul
effraye , & M. R. a eu raifon de prévenir
leurs répugnances . Les nombreufes éditions
qu'il a déja faites de fon Livre , celles
que l'on a contrefaites dans le Pays
étranger , prouvent le mérite de cer ou-"
it
AVRIL. Sa 1747.
>
vrage , & en même tems le goût général
que l'on a pour la Géométrie . La connoiffance
des élemens entre dans toutes les
éducations qui ne font point négligées ;
elle ne peut qu'être utile , parce que tout
ce qui exerce l'efprit contribue à le former
& cette étude eft plus commode
qu'aucune autre , parce qu'on trouvera
toujours des Maîtres pour enfeigner la
Logique & la Géométrie , mais fi l'on
vouloit former l'efprit & le goût d'un
enfant , fi pour cet effet on lui faifoit lire
PHiftoire , fi le faifant juger par lui-même
de tous lès évenemens qu'on lui mettroit
fous fes yeux, on lui montroit lorfqu'il s'eft
trompé , non-feulement qu'il n'a pas bien
jugé , mais par quelle raifon il eft tombé
dans l'erreur , par quelle route if auroit
pû l'éviter , fr on fuivoit le même plan
pour lui faire connoître les differentes
parties de la Littérature , ileft inconteſtable
que les connoiffances que l'éleve acquereroit
par une telle éducation ,
feroient plus utiles . que toutes les régles,
de la Logique , & toutes les connoiffances.
de la Géométrie la plus fublime ; mais où
trouveroit-on des Maîtres pour enfeigner
fuivant ce plan ? On voit à la fin de ces
élemens un Traité affés ample de la Trigonométrie.
lui
90 MERCURE DE FRANCE.
LES HOMELIES de faint Gregoire
Pape far Ezechiel. Prix liv. 18 . en
f.
blanc . Paris 1747 , in - 12 chés Ph. N. Lottin
, Jean Defaint , & la veuve Robinot.
par
Saint Gregoire eft un des plus grands
Papes qui ait occupé la Chaire de Saint
Pierre , & les ouvrages qu'il nous a laiffés
tiennent une place diftinguée parmi ceux
des Peres. Ce Saint placé dans des tems
fort difficiles où Rome étoit menacée
le Roi des Lombards qui vouloit l'envahir,
montra les talens d'un homme d'Etat &
d'un grand Pontife , & mérita à la fois
le nom de Grand & celui de Saint. Ses
ouvrages ont toujours été regardés comme
un des plus précieux monumens de l'antiquité
; des hommes pleins de piété & d'érudition
avoient déja traduit fes Homélies
fur les Evangiles de l'année , & les
morales fur Job. On doit de la reconnoiffance
à celui dont le zéle acheve leur ouvrage.
Dans ces Homélies tout refpire
une piété tendre , tout eft empreint d'une
onction qui pénétre le coeur ; une fécondité
admirable , & une noble fimplicité,
en font le caractére . Les maximes de la
Religion , les régles les plus importantes
de la piété & de la morale , y font expli
quées avec folidité & avec fageffe ; tous,
les efprits , tous les états peuvent y trouAVRIL.
1747- 91
ver les inftructions qui leur conviennent.
On voit briller dans les écrits de ce faint
Pontife un grand difcernement , une connoiffance
profonde du coeur humain , &
une rare intelligence des faintes Ecritures..
JOURNAL HISTORIQUE de la
derniere campagne de l'Armée du Roi
en 1746 , ouvrage enrichi de plans &
d'une carte du Brabant pour l'intelligence
des pofitions.
SUITE des élemens de la Médecine-
Pratique , avec des Differtations & des
Remarques de théorie & de pratique pour
fervir de Prodrome à une Hiftoire géné
rale des maladies . Par M. Bouillat. Tome
fecond Béziers , 1746. in-4º.
Nous annonçâmes au mois de Décembre
1744 le premier volume de cet Ouvrage ,
& nous lui donnâmes les éloges dont nous
le jugions digne ; en voici la fuite , qui ou
tre des obfervations fur les maladies que
Fon a éprouvées le plus communément à
Béziers pendant les années 1743 , 1744 &
1745 , & fur le climat de cette Ville , contient
encore plufieurs Differtations lûës à
FAcadémie de Béziers. On trouve à la tête.
un Préface où l'Auteur paffe en revûë les
differens, états de la Médecine , & les Mé92
MERCURE DE FRANCE.
decins qui ont contribué felon leurs talens
à la perfectionner , ou à la corrompre.
Pour trouver les principes de cet art,
il fallut d'abord obferver foigneufement
ce que pouvoit la Nature, aidée feulement
du régime , & ce qu'elle ne pouvoit pas ,
quels étoient les mouvemens qu'elle excitoit
dans ceux qui avoient le bonheur de
réchapper des maladies aiguës , & quels
étoient ceux qu'elle ne pouvoit pas exciter
ou qu'elle excitoit à contre- tems dans ceux
qui avoient le malheur de fuccomber ;
c'est ce que fit Hyppocrate , qui fe fonda
toujours plutôt fur des refléxions tirées de
l'expérience &de l'obfervation , que fur des
raifonnemens fyftématiques.Il ofa dire dèsfors
qu'en vain fe donneroit-on la torture
pour chercher une autre méthode ; on
n'en crut pas les confeils fages qu'il avoit
donnés. Bien-tôt les Médecins agités de
de l'efprit fyftématique renverferent les
fondemens de l'édifice qu'Hyppocrate
avoit élevé , en voulant le perfectionner.
On aima mieux raifonner qu'obferver , &
en voulant pénétrer le fecret des opérations
de la Nature, qu'elle s'obftine à nous
cacher , on négligea de découvrir les lumieres
qu'elle nous laiffe appercevoir de
tems en tems , à l'aide de l'expérience . Cet
efprit de fyftême a été long- tems la perte ,
1
AVRIL. 1747.
93
non-feulement de la Médecine , mais aufli
de la Phyfique ; on vouloit tout expliquer
fans chercher à rien entendre ; combien
d'hommes de génie ont perdu par- là un
tems qui auroit été employé utilement ,
s'ils fe fuffent contentés de s'attacher à l'expérience
? c'eft enfin le parti qu'on a
Mais c'eftfurtout en Médecine que l'expris.
périence eft néceffaire , parce que les cas
particuliers,même ceux qui paroiffent ſem .
blables , différent ſouvent par des nuances,
qui quoique légeres , font pourtant effentielles
; le fecours que l'on peut tirer
des regles générales de la théorie eft fort
peu de chofe, On voit par-là que quand
nous parlons d'expérience , nous entendons
celle d'un obfervateur exact , qui a
bien vû & bien connu ce qu'il a vû , car
un homme peut avoir beaucoup vû ſans
avoir d'expérience. Il en eft de la connoiffance
des maladies comme de celle des caractéres.
Ce n'eft pas celui qui a vû le plus
de gens , qui connoît le mieux les hommes;
au milieu du tourbillon du monde , un'
homme inattentif ou peu éclairé ne connoîtra
point les hommes , tandis qu'un
Philofophe renfermé dans fon cabinet, qui
en fortant rarement, n'aura fait que les ap
percevoir, les aura fort bien démêlés . Il eft
peut- être vrai que les caractéres des hom-'
94 MERCURE DE FRANCE..
mes ne different pas plus entr'eux que leurs
tempéramens & leurs maladies. Il y en a
telle pour laquelle la connoiffance du malade
eft plus effentielle que celle de la Médecine
. Auffi rien n'eft plus utile que la
méthode qui commence à s'introduire d'avoir
, outre le Médecin ordinaire , qui
étant trop employé ne peut donner que
quelques momens , un jeune Médecin , lequel
ayant moins d'occupation , a le tems
de fuivre le malade , d'obſerver les differens
périodes de la maladie , & rendant un
compte exact de ce qu'il a obfervé avec
des yeux intelligens , met le Médecin en
état de profiter de toutes les indications
que fournit la Nature, ce qui eft peut-être
la feule vraie Médecine , & a été le fondement
réel de toutes les théories générales
que l'on a fur l'art de guérir.
REFLEXIONS fur l'origine , l'hiftoire
& la fucceffion des anciens Peuples Chaldéens
, Hébreux , Phéniciens , Egyptiens ,
Grecs , &c. jufqu'au tems de Cyrus. Par
M. Fourmont , l'aîné , deux vol. in-4°. chés
Debure l'aîné.
Nous avons annoncé le mois paffé cet
Ouvrage , & le nom feul de l'Auteur a dû
donner une grande idée de l'érudition qui
y eft prodiguée. Il y a peu de fçavans dont
AVRIL. 1747.
95
La mémoire foit chargée d'un plus grand
nombre de connoiffances que l'étoit celle
de M. Fourmont. L'étude des Langues fçavantes
ne fut pour lui qu'un jeu , & en
ayant dévoré toutes les difficultés , il compta
pour rien la gloire de fçavoir des chofes
que quelques gens fçavoient comme lui ,
& fir une excurfion heureuſe fur le Chinois
pour avoir une matiere d'érudition
qui lui fût propre. Cet Ouvrage eft fondé
principalement fur un fragment de Sanchoniaton,
Auteur Phénicien . L'authentici
té de ce morceau a été conteſtée
par plufieurs
fçavans , mais d'illuftres fuffrages
l'ont défendu , & M. Fourmont appuye cet
avis par des raisonnemens très- convainquans,
c'eft principalement fur l'authorité
de Sanchoniaton que M. F. établit ſon ſyſtéme,
qui rapporte aux Patriarches l'origine
des faux Dieux du Paganifme ; cet avis
avoit déja été foutenu par d'habiles
gens ; M, Huet , Bochart, le Clerc , avoient
formé chacun leur plan , mais M. Fourmont
a porté de nouvelles lumieres. Si dans les
détails des preuves que tous ces fçavans
donnent de leurs opinions , il y a quelques
endroits foibles , au moins ce concert qui
eft entre eux pour le fond de la queſtion ,
eft un grand préjugé . D'ailleurs le ſimple
raifonnement fuffit pour rendre cette opi96
MERCURE DE FRANCE.
prey
nion probable ; il eft certain que les
miers Dieux ont été des hommes puiffants
& célebres , que leurs defcendans
ont apothéofés , & l'idolatrie remontant.
jufqu'aux premiers fiécles du monde , il
a tout lieu de croire que ceux qui inventerent
ce culte criminel , en prirent pour objets
les Chefs de leurs générations ; or parmi
ces Chefs étoient les Patriarches ; toutes
les nations de la terre defcendoient de
Noé & de fes trois enfans , toutes les nations
idolâtres durent déifier les Chefs de
leur origine. En effet le Paganiſme Latin
Grec , Egyptien , Phénicien , Arabe , a
ignoré l'origine des Dieux qu'il adoroir.
Les Latins tenoient leurs grands , Dieux de
la Grece ; la Grece , à l'exception de Nep-,
tune ,tenoit les fiens de l'Egypte ; l'Egypte
étant compofée de Phéniciens , de Chaldéens
& d'Arabes , & furtout des derniers ,
il faut dire que ces Dieux étoient Phéniciens,
Chaldéens , Arabes . Les Phéniciens ,
par un culte des ancêtres , tiré de laChaldée,
accoûtumés infenfiblement à apothéofer les
grands hommes de leur nation , avoient
déifié plufieurs Chananéens , furtout la famille
d'Abraham . Ce Patriarche étoit la
tige des Ifmaelites , qui étoient les Arabes
, comme il étoit celle des Hébreux . M.
Fourmont accorde auffi clairement qu'il
eft
AVRIL. 1747.
97
eft poffible dans des tems fi obſcurs , les filiations
rapportées par Sanchoniaton avec
celles de la Genéfe . Selon lui Sydyk eft la
même chofe que Noé .Kronos, pere de Saturne
, eft la même chofe qu'Abraham ;
Rhéa ou Ifis premiere , eft Sara ; Junon eft
Rébecca ; Diane eft Lia ; Aftarté ou Venus.
eft Rachel , &c.
que ceux
On peut dire que cet ouvrage offre un
amas d'érudition
auffi vafte qu'il foit poffible
de defirer, On fent bien que des conjectures
qui portent fur des tems auffi reculés
ne peuvent avoir autant de folidité
que s'il s'agiffoit de chofes plus proches de
nous . Mais il n'eft pas moins vrai
qui fe plaifent à l'étude de l'antiquité
reculée
, lifent avec plaifir cet ouvrage , où
l'on voit le fçavant Auteur lutter contre
les difficultés
, avec toutes les reffources que
peuvent fournir l'érudition
vafte , la critique
ingénieufe
& l'efprit fubtil de conjecture
& d'étymologic
.
RECHERCHES fur la Langue Latine
principalement par rapport au Verbe & à
la maniere de le bien traduire . Premier volume
, à Paris , chés Valleyre , rue & vis-àvis
S. Severin , à l'Annonciation , & Jacques
le Clerc , au Palais , au ſecond pilier
de la Grand'Sale , 1747 , in- 12 .
E
9S MERCURE DE FRANCE.
ESTAMPES NOUVELLES.
Le fieur Petit , Graveur , rue S. Jacques , près les
Mathurins , qui continuë de graver la fuite des
hommes illuftres du feu fieur Defrochers , Graveur
ordinaire du Roi , vient de mettre au jour les por
traits fuivans.
JEAN- FRANÇOIS REGNARD , Parifien ,
Lieutenant des Eaux & Forêts & Chaffes de Dourdan
, mort au mois de Septembre 1709 , âgé de 52
aus , dans fon Château de Grillon . On lit ces Vers
au bas , qui font de M. Daquin jeune Etudiant en
Médecine , fils de M. Daquin, Organiſte ordinaire
du Roi,
Difciple de Moliere , & rempli de fes traits ,
Sur la fcéne après lui Regnard ſefit connoître ;
Il eft vif, délicat , & dans plufieurs portraits ,
Sans craindre de rivaux , il égale fon maître.
PIERRE-RENE' D'AUBERT DE VIR
TOT D'AUBOENES , Commandeur de Santeny,
de l'Académie des Belles - Lettres , né le 25
Novembre 1659 , mort le 15 Janvier 1735. On lic
ces Vers au bas , qui font de M. Moraine.
Les révolutions de l'Empire Romain ,
Que le public charmé tient de ta docte main,
Et de Malthe la noble Hiftoire
Eterniferont ta mémoire ;
De l'illuftre Vertot la réputation
Toujours fe foutiendrafans révolution.
AVRIL. 1747. 99
ALAIN - RENE LE SAGE. Les Vers qui font
au bas , font du même M. Moraine.
Ingénieux&fage Auteur ,
Qui remportes tous les fuffrages ,
Lorfque de l'homme en tes ouvrages
Tu decouvres fi bien le coeur ,
Tu fçais gagner celui de ton lecteur.
DEMOSTHENE , Prince des Orateurs Grecs ;
il vivoit fous les regnes de Philippe de Macédoine
& d'Alexandre le Grand ; il mourut l'an du monde
3650 , âgé de 64 ans . Ces Vers font au bas.
Pour fervirfon pays ce foudre d'éloquence
Contre le Roi Philippe avec force tonna :
Banni , perfécuté, pour toute récompenfe ,
A la fin il s'empoiſonna.
La Statue érigée à ce grand perfonnage
Fit bien connoître alors que le peuple eft volage.
FRANÇOIS DE TROY , Peintre ordinaire du
Roi , ancien Directeur de l'Académie Royale de
Peinture & Sculpture. Les Vers qui fuivent font
an bas.
De Troy dansfongrand art avoit très-peu d'égaux
Et fes portraits avoient tant de force de vie ,
Que tous ceux qu'il peignoit fembloient de fes ta
bleaux ,
N'être que lafoible copie.
E ij
100 MERCURE DE FRANCE,
Le vrai portrait de la vénérable Soeur SPIRITE
DE JOSSAUD DE JESUS , décedée le 7 Août
1658 à Carpentras , lieu de fa naiffance , le tren
tiéme de fon âge. On lit ces Vers au bas̟
Sen plus viche ornement eft une pudeur fage ,
Dont les Vierges fur terre empruntent leur Splendeur
Cette aimable vertu brille fur le visage ,
Quand elle eft dans le coeur.
PLAN géometral & perfpectif de la Ville de
Caen , levé & gravé avec exactitude , dédié à M.
le Maréchal de Coigny , par M. de Lalonde , de
l'Académie Royale des Belles- Lettres de Caën ; fe
vend à Paris chés le fieur Philippes Buache , Géographe
du Roi , l'un des quarante de l'Académię
des Sciences , Quai de l'Horloge.
Differentes fuites de Médailles Romaines Im
périales , de grand & de petit Bronze , & plufieurs
anciennes Monnoyes de France , ſont à vendre,
Les Curieux qui défireront en acquérir , s'adrefferont
à M. Chappotin , demeurant au troifiéme étage
chés le Poudrier qui eft à main gauche dans la
rue Geoffroi Lafnier , en entrant par la rue S. Antoine.
On le trouve tous les matins jufqu'à huit
heures , excepté les Fêtes & Dimanches qu'on le
trouve juſqu'à onze heures.
La belle & magnifique Edition des Mémoires de
Philippes de Comines , qui va paroître en quatre
volumes in-4°. chés Rollin , Libraire , par les
foins de M. l'Abbé Lenglet Dufrefnoi , a donné
lieu au fieur Odieuvre , Marchand d'Eftampes , rue
d'Anjou- Dauphine , de faire graver. les portraits
A VRÍL. 101
·1747.
"
de toutes les perfonnes illuftres qui ont parû fous
les regnes de Louis XI & de Charles VIII . Ce ne
font pas des Portraits d'imagination , comme la
plupart de ceux qu'on infere ordinairement dans
1'Hiftoire ; tous font tirés fur des originaux , ſoit
tombeaux , foit migniatures du tems , foit même
des tableaux peints dans le fiecle où ils ont vêcu .
Cette fuite ne va pas à moins de cinquante- trois ,
dans laquelle , outre les Princes du Sang , on verra
encore le Maréchal de Gié , l'un des plus illuftres
Seigneurs de la Maifon de Rohan . Antoine de
Chabanne , Comte de Dammartin , fi célebre par
fes difgraces & par les fervices qu'il a rendus à l'Etat
, y eft pris d'après fon tombeau ; on y trouvera
même le Cardinal Ballue , qui n'a pas été moins
diftingué par fon élévation que par fes trahifons &
par fa prifon.Cette fuite fera incontestablement l'une
de plus belles de celles qu'a fait graver le fieur
Odieuvre , qui continue toûjours avec le même
fuccès à nous donner les portraits des perfonnes
illuftres, tant du Royaume que des pays étrangers.
Il a joint même à celle de Louis XI . la Bataille
de Montlherri en 1465 , & celle de Nanci , où
fut tué Charles dernier Duc de Bourgogne en
1477 , & furtout les portraits des perfonnes illuftres
qui ont vêcu fous les regnes de Henri IV ,
pour les Mémoires de Sully , & de Louis XIV ,
pour fon Hiftoire imprimée en Avignon.
E iij
102 MERCURE DE FRANCE.
RECIT DE BASSE .
Q Uelle étrange folie ,
S'écrioit l'autre jour Colin !
Grégoire fe marie ,
Lui qui n'aime que le vin.
Ah ! ceffe d'attaquer la gloire ,
Lui répondis-je , mon voifin ;
Sa future a fon caveau plein ;
Il ne l'époufe que pour boire.
MENU E T.
NEE vous étonnez pas , Bergere ,
Si je brife un lien dont j'étois enchanté ;
Sçachez que pour fixer & plaire
L'apparence n'a rien dont un coeur foit flaté ;
Il eft bon que le caractére ,
Soit l'ornement de la beauté.
9
THE
THE
NA
YORK
PUBLIC
LIEN
RI
A&TOR
, LENGX
AND TILDEN
FOUMY
K.
YORK
ARY
STON
LEMON
AND
GERDATIONS.
AVRIL. 1747.
103
RAKA YA RACOPACOPARDYO PARA PARDED
SPECTACLES.
L'Académie a
'Académie Royale de Mufique a r'ouvert
fon Théatre le Mardi 11 Avril
par le Ballet de l'Année galante , exécuté
pour la premiere fois fur le grand Théatre
à Verſailles , nous en parlerons le mois
prochain.
LETTRE fur les Monftres , adreffée aux
Auteurs du Mercure par une Dame
de qualité de Bourgogne.
'Avoüe , Mrs , que les Beaux - Arts
و J'ontinfolie,ou pour micas direis
prétends que rien n'eft fi raifonnable que de
les aimer , & que le defir de contribuer à
leur perfection eft après l'étude de la Morale
, une des occupations la plus digne
d'un bon efprit.C'eft pour un intérêt fi cher
que je vous prie d'inferer ma lettre dans
votre Journal ; j'efpere que la matiere qui
và la remplir réveillera l'émulation éteinte
fur un objet bien important. Je vois avec
douleur qu'une des beautés du Théatre Lyrique
eft négligée & tombe de jour en
jour dans un dépériffement très-condam-
E iiij *
104 MERCURE DE FRANCE .
nable ; en bonne foi c'eft une chofe honteufe
pour un fiécle éclairé comme l'eft
celui-ci. Quoi quand on employe des
Monftres dans une Tragédie, ils font fi chetifs
, fi gauches , que cela fait pitié ; j'avoue
que l'Opera s'embellit de beaucoup à d'autres
égards. J'étois à une répréfentation de
Perfée au Théatre de la Cour;il faut en convenir
& je l'ai dit à toute notre Province ;
les Perfees fe font extrêmement perfectionnés
, mais par un contrafte incroyable les
monftres n'ont plus rien d'intéreffant , rien
de ce qui les caractériſe , rien de ce qui caufoit
fi heureuſement chés les Anciens cette
vive impreffion que nous appellons la peau
de poule.
On me répondra peut - être que ce dépériffement
fur lequel je me récrie , eft affés
indifferent ; que les monftres n'attirent
plus l'attention du public , qui les regarde
comme un tour de gobelet ; je foutiens ( &
plufieurs Dames de cette Province en font
convenues ) qu'on ne voit jamais de monf
tre fans émotion . Quelle reffource pour
remuer violemment l'ame du fpectateur, fi
les monftres étoient ce qu'ils doivent être!
mais qu'est- ce qu'un monftre , qui avec
deux pattes grandes comme mon éventail ,
fait femblant d'effrayer une Andromede
A VRI E. 1747 . 105
qui eft prête à lui rire au nez ? Cependant
on ne manque pas d'inftruction fur la formation
& le maintien des monftres ; il ne
faut
que fe rappeller ce beau portrait dans
la Phédre de Racine .
Indomptable Taureau , Dragon impétueux, -
Sa croupe fe recourbe en replis tortueux , & c .
Quant aux monftrês qui naiffent du fang
de Médufe , quelles efpeces ! En vérité il
feroit bien néceffaire d'ajoûter à la Poëtique
quelques regles , quelques principes
ftables fur l'ufage des monftres. Il faudroit
par exemple convenir que tout monftre
marin auroit au moins 18 pieds de long
fur fix de large', & une ouverture de tête
propre à engloutir une perfonne de vingt
ans environ , car quel ridicule qu'un monftre
qui eft réduit à mordre comme feroit
un fimple mâtin ? cela eft bien ignoble.
Quant aux monftres terreftres, quelque figure
qu'on leur donne , tant qu'ils ne feront
mis en mouvement que par un ou
deux petits garçons fans éducation , & ne
fçachans pas s'occuper férieufement de
leurs perfonnages , ils feront toujours
froids , décontenancés , traînans ; je voudrois
même que ce fût de pures machines
bien agréablement horribles par la forme.
E v
106 MERCURE DE FRANCE.
Je confentirois qu'on les fît agir avec des
cordes , ce feroit affés pour leur donner les
attitudes bifares , les contorfions furprenantes
, les élans prodigieux , les vols inoüis
, enfin les agrémens convenables &
mêmes indifpenfables à l'état de monftre.
Tandis qu'on voit à l'Opera l'art des
machines & des décorations fe perfectionner
& attirer chaque jour de nouveaux éloges
, les monftres reftent dans l'humiliation
& le mépris , cette injuftice eft infupportable
.
Croyez , je vous prie , qu'on peut por
ter bien plus loin encore pour l'embelliffement
de la fcéne l'ufage des monftres . Si je
n'appréhendois de paffer les bornes d'une
lettre, je vous ferois ici le programme d'un
Opera très-intéreffant, dont tous les perfonnages
font des monftres,fans en excepter les
amours & les ris . Je réſerve cette fuite de
mes obfervations pour une feconde lettre.
En attendant faites- moi part de vos lumieres
fur les refléxions que vous venez de
lire. Je fuis , Meffieurs , votre , & c..
La Baronne de ***
Les Concerts des Thuilleries donnés
pendant la quinzaine de Pâques ont eû
des agrémens nouveaux. Mlle Riquier y
AVRIL. 1747
107
*
a été fort applaudie dans les morceaux
qu'elle a chantés ; M. Martin Symphonifte
de l'Opera a exécuté fur le violoncelle
un concerto de fa compofition , qui a
obtenu l'approbation du public.
Voici la liste des Concerts & des Motets
, & autres ouvrages de Mufique qui
en ont foûtenu la réputation .
Le Concert Spirituel du Louvre donna
le 19 Mars Dimanche de la Paffion Confitebor
tibi Domine , Motet à grand Choeur
de M. de la Lande , fuivi d'un concerto
exécuté par M. Blavet. On donna enfuite
Confitemini de M. de la Lande. On finit
par Bonum eft , Motet à grand Choeur de
M: Mondonville.
Le 25 Fête de l'Annonciation le Concert
commença par Lauda Jerufalem , Motet à
grand Choeur de M. de la Lande , dans lequel
Mlle Riquier chanta le Recit Qui pofuit
. M. Blavet joia enfuite un concerto .
M. Mondonville joüa feul , & le Concert
init par Nifi Dominus , Motet à grand
Choeur de M. Mondonville .
Le 26 Dimanche des Rameaux le Concert
commença par Cantate Domino
Moter à grand Choeur de M. Duluc , dans
lequel Mlle Riquier chanta le Recit
Latentur cæli. M. Blavet exécuta un concerto.
On chanta enfuite Laudate Domi-
E vi
108 MERCURE DE FRANCE.
num omnes gentes , Motet à grand Chout
de M. Mondonville , qui joua feul. Le
Concert finit par Miferere mei Deus , Motet
à grand Choeur de M. de la Lande .
3
Le 29 Mercredi- Saint on commença
par Lauda Jerufalem , Motet à grand
Choeur de M. de la Lande , dans lequel
Mlle Riquier chanta le Recit Qui pofuit.
M. Blavet exécuta un concerto . On donna
enfuite Diligam te Domine , Motet à grand
Choeur de M. Giles , & .on & on finit par
Bonum eft , Motet à grand Choeur de M.
Mondonville .
Le 30 Jeudi- Saint le Concert commença
par Exurgat Deus , Motet à grand
Choeur de M. de la Lande , dans lequel
Mlle Riquier chanta le Recit Regna terra.
M. Blavet exécuta un concerto . On
chanta enfuite Exaltabote , Deus meus Rex,
Motet à grand Choeur de M. de la Lande.
M. Mondonville joua feul , & on finit
Dominus regnavit , Motet à grand Choeur
de M. Mondonville.
par

Le 31 Vendredi - Saint on commença
par Cantate Domino , Motet à grand Choeur
de M. Duluc , dans lequel Mile Riquier
chanta le Recit Latentur coeli, M. Blavet
joua un concerto. On chanta'enfuite Nifi
Dominus , Motet à grand Choeur de M.
Mondonville , qui joua feul. Le Concert
.
AVRIL. 1747. rog
finit par Miferere mei , Deus , Motet à
grand Chour de M. de la Lande.
Le premier Avril Samedi - Saint le Concert
commença par O Filii & Filia , Motet
à grand Choeur de M. de la Lande . M.
Blavet exécuta un concerto . On donna
enfuite Confitebor tibi , Domine , Motet à
grand Choeur de M. de la Lande . M.
Mondonville joua feul , & le Concert
finit par Jubilate Deo , omnis terra , Motet
à grand Choeur de M. Mondonville .
Le 2 jour de Pâques on commença par
Confitemini Domino , Motet à grand Choeur
de M. de la Lande , dans lequel Mlle Riquier
chanta le Recit Expandit nubem .
M. Blavet joüa un concerto. On chanta
enfuite Cantate Domino , Motet à grand
Choeur de M. de la Lande , & on finit par
Venite , exultemus , Motet à grand Choeur
de M. Mondonville.
Le 3 Lundi de Pâques le Concert commença
par Latatus fum in his , Motet à
grand Choeur de M. Martin , qui exécuta
une Sonate pour le violoncelle . On chanta
enfuite Exaltabo te , Deus meus Rex ,
Motet à grand Choeur de M. de la Lande.
M. Mondonville joüa feul , & le Concert
finit par Magnus Dominus , Motet à grand
Choeur de M. Mondonville .
Le 4 Mardi de Pâques on commença
110 MERCURE DE FRANCE.
par Venite, exultemus, Motet à grand Choeur
de M. Davefne. M. Blavet exécuta un
concerto. On chanta enfuite Diligam te ,
Domine , Motet à grand Choeur de M. Giles.
M. Mondonville joüia feul , & le Concert
finit par Lauda , Jerufalem , Motet à
grand Choeur de M. Mondonville .
Le 7 Vendredi de Pâques on commença
par Exurgat Deus , Motet à grand Choeur
de M. de la Lande , dans lequel Mlle Riquier
chanta le Recit Regna terra. M. Blavet
exécuta un concerto. On chanta enfuite
Dominus regnavit , Motet à grand
Choeur de M. de la Lande . M. Mondonville
joua feul , & le Concert finit par
Jubilate Deo , omnis terra , Motet à grand
Choeur de M. Mondonville .
Le 9 Dimanche de Quafimodo on com- ༡
mença pour la clôture des Concerts par
Confitemini Domino , Motet à grand Chaur
de M. de la Lande , dans lequel Mlle Riquier
chanta le Recit Expandit nubem. M.
Blavet joia un concerto. On donna enfuite
Cantate Domino , Motet à grand
Choeur de M. de la Lande . M. Mondonville
joua feul , & le Concert finit par
Venite , exultemus , Motet à grand Choeur
de M. Mondonville .
On ne peut rien retrancher au difcours
AVRIL. 1747. TIT
judicieux & modefte prononcé par le fieur
Roſely , à la clôture du Théâtre de la
Comédie Françoife , qui contient l'éloge
délicat & mérité de plus d'un illuftre Auteur.
DISCOURS prononcé à la clôture du
Théâtre François par le Sr Roſely.
M
de ce
ESSIEURS , que le retour
jour doit nous être précieux
! Eh !
qu'il nous eft cher en effet ! C'eft en notre
propre nom que nous avons l'honneur
de paroître devant vous. L'ufage de cette
grace que vous daignez
nous accorder
femble avoir deux motifs , le foin de vous
témoigner
notre refpectueufe
reconnoiffance
, & l'attention
de vous rappeller
les divers ouvrages
qui pendant le cours
de l'année vous ont principalement
enga
gés à nous honorer de vos bontés , mais ,
Meffieurs
, ces deux objets n'en font bientôt
qu'un , puifque nous ne pouvons nous
entretenir
de vos applaudiffemens
, fans
célébrer ceux qui nous les ont procurés
vos plaifirs feuls ne font-ils pas la gloire
des Auteurs ?
De quelque fuccès que nos efforts
foient fuivis , c'eft toujours avec la même
ardeur que nous devons vous rendre notre
112 MERCURE DE FRANCE.
hommage. Si nous avons effuyé quelque
difgrace , il nous faut refpecter & cherir
des Arrêts qui nous éclairent , & de qui
n'êtes vous pas les juges ? Mais quelle
heureuſe conjoncture ! J'ofe dire que nous
n'avons que des graces à vous rendre . Je
ne parle point ici des piéces de different
genre remiſes au Théâtre , auxquelles
Vous avez fait accueil ; il ne feroit en cela
question que de nous ; le zéle eft notre
devoir , & c'eft en vous pure générosité
quand vous daignez y attacher quelque
récompenfe , mais , Meffieurs , plufieurs
Auteurs ont paru fur notre fcéne ; aucun
n'a eu le malheur de vous déplaire. L'un
dans le Duc de Surrey vous préfentoit
avec crainte un de fes enfans , intéreffant
par des malheurs qu'il avoit trop peu
mérités ; il a goûté la fatisfaction de le
voir renaître , vivre & applaudir.
L'autre dans la Comédie du Préjugé
vaincu vous a repréfenté à votre gré les
dangers intéreffans d'une fierté trop dédaigneufe
, & vous a fait voir le mérite ,
quoique dénué de titres héréditaires ,
triompher des vains fcrupules qui ne font
que le mafque de la nobleffe.
Celui dont l'imagination riante & féconde
vous avoit déja donné l'Oracle ,
les Graces, plufieurs productions charmanA
VRIL. 1747. FI
tes , a fçû vous amufer dans un tems cri
tique où nous manquons de la plus grande
partie de nos forces. Il vous a offert
l'Heureufe Epreuve où il a placé dans une
adroite oppofition la fourberie , la préfomption
& l'avarice d'un petit-maître ,
avec la candeur , la modeftie & le définte
reffement d'un amant fincére .
paru
que
· Un nouvel Athléte a dans la lyce
dramatique avec de nouvelles armes.
Venife fauvée a étendu la carrière du Tragique.
Les richeſſes de l'étranger ont été
tranfportées dans notre pays , fans ce mélange
peu compatible avec les moeurs châtiées
de la fcéne Françoife. On a vû
les entreprifes qui ont le plus l'air de
la témérité , réulliffent toujours , quand
elles font préparées par une main habile ;
que les fituations les plus hazardées de →
viennent les plus belles , lorfque l'art les
fait naître du fujet , & fçait les amener
à ce degré de vraiſemblance qui laiſſe
jouir de tout le piquant de la nouveauté ,
fans qu'il en coûte à la raiſon .
Enfin , Meffieurs , cet aimable Ecrivain ,
ce Peintre ingénieux , dont vous reconnoiffez
les tableaux à leurs fujets & à leurs
couleurs , vous a tracé de fidelles images
des modéles que vous cheriffez le plus.
Le coeur n'a pas moins applaudi que l'ef114
MERCURE DE FRANCE.
prit aux repréſentations de la Gouver
nante. On ne fçait en effet ce que vous
avez le plus admiré des fentimens vertueux
dont cet ouvrage eft rempli , ou la
maniere dont ils font exprimés , & quel
gré ne doit-on pas fçavoir à un Auteur
qui fait trouver une école de moeurs où
on ne cherche que de l'amufement
qui fçait allier aux préceptes les plus
févéres de la morale les charmes du plaifir
?
› &
Si j'ofois , Meffieurs , après vous avoir
parlé de ceux qui créent & difpofent les
fujets de vos plaifirs , j'irois jufques à vous
faire fouvenir de ceux qui vous les tranſmettent.
Je le pourrois avec quelque
confiance , y ayant moi-même très- peu
contribué ; je le devrois peut-être par reconnoiffance.
Quelles leçons plus utiles
pour moi , que de les voir , chacun dans
leur genre , étudier votre goût , chercher
les moyens d'en fatisfaire la délicateffe ,
les rencontrer , les employer enfin ! Mais
je ferois für de bleffer leur modeftie , & je
craindrois même , en vous occupant plus
long--tteemmss de nous , de porter atteinte au
profond refpect que nous vous devons.
Maintenant , Meffieurs , ferois- je affés
téméraire pour détourner un de vos regards
jufques fur moi ? Pour me croire en
AVRIL . 1747.
IIS
droit d'implorer vos bontés , me fuffit- il
de défirer ces talens que j'admire , ces prix
Aateurs que vous y attachez , fources de
ma vive émulation ? Ne faudroit- il pas
encore que cette émulation eut déja contribué
à vos amuſemens ? Mais non , Meffieurs
, je ne mets point de bornes à mon
zéle & au défir de vous plaire ; je ferois
trop à plaindre fi vous en mettiez à votre
indulgence.
DISCOURS prononcé à la rentrée du
Theatre François . Par le même.
MESSIEURS
, à la clôture du Théatre
nous avons l'honneur de vous
apporter un tribut de reconnoiffance ou
d'excufes , felon la nature des fuccès que
nous avons eus , & notre hommage alors
femble , fi j'ofe le dire , moins prefcrit par
la néceffité , qu'infpiré par le fentiment ;
en rentrant dans la carriére que nous
allons parcourir , plufieurs motifs raffemblés
, tous plus puiffans les uns que les
autres , nous font de l'hommage que nous
vous rendons en ce jour , un indifpenfable
devoir . Le refpect que nous vous devons
comme à nos Juges , le befoin que nous
avons de votre indulgence , d'un côté la
foibleffe de nos talens , de l'autre la for116
MERCURE DE FRANCE.
ce des engagemens que nous contractons
en ofant entreprendre de vous amuſer
cette commiffron fi délicate dont nous fommes
chargés , lorfqu'il nous faut choiſir les
moyens de varier vos plaifirs , le peu d'af
furance que nous avons en notre goût ,
quand il n'eft pas encore fixé par vos jugemens
; que de raifons pour exciter en
nous le zéle le plus attentif ! que d'inté
rêt pour vous en faire agréer les ardentes
proteftations !
Nous implorons tous vos bontés , quoiqu'il
femble cependant que parmi nous
tous n'ayent pas befoin d'une mefure égale
d'indulgence. Il en eft avec moi quelquesuns
peut être en qui vous ne pouvez loüer
que du zéle , dont vous ne pouvez que
concevoir des espérances ; nos progrès font
lents & prefqu'infenfibles , le chemin qui
conduit aux fuccès nous paroît étroit , épineux
, pénible , quelquefois même nous
en écartons-nous pour prendre un fentier
qui nous égare ; nous goûtons rarement la
fatisfaction d'être applaudis , & fans doute
nous avons encore des graces à Vous rendre.
Il en eft d'autres ( & vos fuffrages
éclatans nous apprennent à les diftinguer )
il en eft que la nature complaifante a ornés
de dons heureux qui leur applaniffent les
difficultés de la route. Par un fentiment
AVRIL: 1-747. II#
équitable & éclairé vous accordez à des
qualités prévenantes de favorables difpofitions
; bien-tôt ils voyent fuir loin d'eux
la honte , la crainte , l'embarras , tyrans
cruels du génie & des talens ; ils ne fe trouvent
plus environnés , foutenus que par
l'émulation ; l'eſpoir , la liberté , & en pen
de tems une noble & active ambition ache.
vent pour ainfi -dire l'ouvrage que vous
aviez ébauché de concert avec la Nature.
Ce font ces mêmes qui joignent en ce
moment leurs vives inftances aux nôtres ,
qui fe croyent obligés d'avancer vers la
perfection , comme nous de fortir de la
médiocrité , qui poffedant l'avantage de
vous plaire , en connoiffent tout le prix, &
tentent pour ſe conferver un fi grand bien,
autant d'efforts que nous en employons
pour l'acquérir.
Nous voici donc tous réunis par nos ref
pects pour vous implorer , par nos travaux
pour vous fervir. Daignez , Meffieurs
nous récompenfer de notre fincérité en
Vous en laiffant convaincre ; daignez
nous infpirer cette confiance féconde, fi néceffaire
aux progrès de l'art , à l'intérêt de
vos amuſemens , & s'il m'eft permis de l'ajoûter
, au bonheur de tous ceux qui s'y
font confacrés.
118 MERCURE DE FRANCE.
Nous ne tronquerons pas plus les Complimens
de la Comédie Italienne , qui ne
pouvoient pas manquer d'être applaudis ,
étant débités par Coraline , Arlequin &
Scapin.
COMPLIMENT à la clôture du
Théatre Italien,
M
Arlequin.
ESSIEURS , nous aurons l'honneur
de vous donner .....
Scapin , du bord de la Couliffe.
St , St ?
Arlequin,
Quoi ?
Scapin.
C'est la clôture , c'eft un Compliment
qu'il faut.
Arlequin.
Tu as raifon , mon cher Scapin , je te
céde la pláce,
Scapin
Il faut un Difcours préparé,
Arlequin,
Tu n'as qu'à le faire à la muette.
Scapin.
C'eft aux amoureux à fe charger d'un
pareil emploi,
AVRIL.
1747. 119
1
Arlequin.
Meffieurs les Amoureux ? hé , hé ! Perfonne
ne répond.
Coraline , arrivant.
Chacun s'excufe , perfonne ne veut venir.
Puifque vous y êtes , tirez -vous- en.
Scapin.
Je m'en tirerois mal.
Arlequin .
Et moi , point du tout.
Coraline.
Négliger le moment de remercier le public
des bontés qu'il a pour nous , quand
nous devons plus que jamais en être reconnoiffans
, cela feroit affreux.
Arlequin.
Vous pensez bien , Mademoiſelle , parlez
de même , voilà le champ libre .
Coraline.
Sans m'y attendre ? y pensez - vous ?
Arlequin,
Le public , content de votre bonne volonté
, fe prêtera à ce que vous direz de
médiocre ,
Coraline.
Ah ! Monfieur , il vous donne tous les
jours la préférence . J'ai plus de courage
que vous autres . Je fçais heureuſement
quelques Vers , qui ne viendront pas mala-
propos , mais fecondez-moi,
120 MERCURE DE FRANCE,
Scapin.
De tout mon coeur , fi je le pouvois faire
en Italien .
Arlequin.
Qu'importe ? tu ne te feras pas plus en
cendre en François .
Scapin
Je vais donc le faire.
Coraline
En Profe ?
Scapin,
Affûrément ,
Arlequin,
En Profe , & toi en Vers ? comment vou
lez-vous donc que je le faffe ? je n'ai ni
Profe ni Vers à dire . Je fuis piqué , je
fuis furieux. Comme je n'ai jamais manqué
l'occafion de prouver mon zéle , je veux
être des vôtres , dûffai -je le faire en Mufi
que ; oui , en Mufique , en Vaudevilles.
Scapin.
Ha , ha , le joli Compliment ! Coraline
dira des Vers , moi de la Profe , comme je
pourrai ; & toi , mon camarade , tu chan
teras Oh ! comme tu chanteras ! ....
Arlequin.
Commence par détonner ta Profe.
Scapin , après qu'ils ont fait la révérence.
Meffieurs , c'eft la premiere fois que j'ai
l'honneur de m'acquitter de ce devoir ;
comme
AVRIL. 1747. 121
comme c'eft dans une langue qui m'eft auffi
étrangere que je fouhaiterois qu'elle me fût
naturelle , je m'exprimerai fort mal , mais
le coeur y fuppléra..
Coraline.
Meffieurs ,l'on rifque à faire un compliment ;
Mon embarras le fait affés connoître :
Pourrois-je parler hardiment ?
L'éleve doit toûjours trembler devant fon maître,
Arlequin.
AIR: Tique , tique , taque, lon lan là.
Moi , qui vois depuis fix ans , bis.
Les Spectateurs indulgens ,
Tout de même je friffonne ,
Tique , tique , taque , lon lan là ,
Votre préfence me donne
Du tin toin parci , par-là .
Scapin.
Nous avons donné cette année une
quantité de nouveautés , très - peu ont
réülli .
Coraline.
L'Italien pour nous fertile en bagatelles ,
Plus d'une fois a ſecondé nos voeux ,
Et nous avons donné pour varier nos jeux ,
F
122 MERCURE DE FRANCE.
Dans le François , quatre Piéces nouvelles ,
Encore avons- nous vû que c'étoit trop de deux.
Arlequin.
AIR: Ces filles font fi fottei.
Nous nous flations d'un fort plus doux ,
Mais fouvent nous nous trompons tous ,
Voilà toute la faute ;
Meffieurs , quand nous comptons fans vous ,
Nous comptons fans notre hôte ,
Lon là ,
Nous comptons fans notre hôte.
Scapin.
Notre moiffon auroit été très - ample
cette année , mais par malheur , nous n'avons
eu qu'un Prince de Salerne , il nous
en falloit au moins cinq ou fix.
Coraline.
Je pouvois chaque foir jouir de votre vûë
Et votre préfence affiduë
Paya bien notre zéle , en nous faiſant honneur ;
Jamais Prince chés nous n'eut un fi grand bonheur
Arlequin.
AIR: Nous avons pour vous fatisfaire:
Tous les jours je me mets en quatre
AVRIL.
1747. 123
Pour aider des Actes nouveaux ;
Ce jour- là , fur notre Théatre ,
Je me fuis mis en fix morceaux.
Scapin.
L'Heureux Efclave a penfé faire naufrage
avant que de s'embarquer. Nous aurions
été plus dédommagés des frais que nous
avons faits pour le dernier Ballet , fi nous
avions eu l'efprit de l'annoncer .
Coraline.
J'y faifois Ariane , hélas ! quelle trifteſſe ,
Quandfortant du fommeil, je vis que, fans raiſon ,
L'ingrat qui me quittoit pour une autre maîtreffe,
Avoit du haut en bas démeublé ma maiſon !
Arlequin.
AIR: Deux coeurs fe donnent troc pour troca
Bacchus furvint heureuſement ,
Et pour réparer cette injure ,
Ce Dieu vous meubla galamment
D'une riche & belle verdure.
Scapin.
Que nous avons de remercimens à vous .
faire ! Nous vous avons attirés en foule ,
même à Arlequin Cabaretier jaloux , & vous .
nous fçavez peut-être bon gré de vous en
avoir épargné la feconde repréſentation.
F ij
124 MERCURE DE FRANCE
Coraline.
Meffieurs les Officiers ,
Nous allons ce Printems perdre votre préfence ;
Ce qui confolera nos coeurs de votre abſence ,
C'est l'efpérance des lauriers
Qui vont couronner votre gloire ,
Et le préfage heureux qu'au gré de vos fouhaits ,
Vous allez forcer la victoire
De ramener bien- tôt la paix.
Vous
Arlequin.
AIR: A la Baronne.
A la clôture ,
que l'on voit ici ce foir
Beau fexe je vous en conjure ,
Faites qu'on puiffe vous revoir,
A l'ouverture.
Scapin.
Votre fuffrage , Meffieurs fait tout notre
eſpoir & toute notre envie , nous ne
négligerons rien pour nous en rendre dignes
, mais ayez toûjours la bonté de nous
l'accorder , en attendant que nous le méritions.
Coraline.
Au Théatre François deux ouvrages nouveaux {
Au gré de leurs Auteurs ont fçû yous fatisfaire a
AVRIL..
747% 125
Leurs fuccès ne feront qu'augmenter nos travaux,,
Sans en être jaloux nous cherchons à vous plaire ,
Heureux fi nous pouvons balancer nos rivaux !
Arlequin
AIR: Des Pantins .
Votre afpect nous met en train
Ah ! qu'il nous eft néceffaire !
Votre afpect nous met en train ,
Honorez - nous en fans fin :
Vous faites notre deſtin ,
N'armez jamais votre main¹
De cet inftrument févére
Qui nous donne du chagrin.
Votre afpect , & c .
Je vous réponds qu'Arlequin
Sera joyeux & badin ,
Et pour finir il va faire
La capriole en Pantin.
Votre afpect , & c.
Fiij
126 MERCURE DE FRANCE.
COMPLIMENT pour l'ouverture
du Théâtre Italien.
SCENE PREMIERE .
Arlequin , & Coraline qui furvient.
Arlequin.
Mchané d'être le plus diligent . Je
E voilà le premier arrivé je fuis
ne fuis pas étonné que Coraline foit encore
à fa toilette , mais que ce drôle de
Scapin ne foit pas encore prêt , cela eft
affreux. Comment ? la Symphonie a ceffé !
Allons , Meffieurs de l'Orqueftre , amufez
jufqu'à ce qu'on commence un concerto,
Ah ! bon jour Coraline.
Coraline.
Bon jour Monfieur Arlequin , avezvous
fait bon voyage ?
Arlequin.
Fort bon , je l'aurois encore fait meilleur
, fi vous en aviez été.
Coraline,
Monfieur aujourd'hui eft fort fur le
compliment.
Arlequin.
pas
Si je pouvois exprimer ce que je fens ,
je me flaterois que le public ne feroit
mécontent de celui que j'aurois l'honneur
de lui faire,
AVRIL. 1747. 127
Coraline
Sans doute qu'ainfi qu'à la clôture ,
Monfieur ne manquera pas d'étaler fes
graces en chanſons ?
Arlequin.
Pas tant que vous à dire des vers.
Coraline.
Beaucoup d'étude , encore plus de docilité
, me perfectionneroient peut être
dans une langue que j'apprends , mais
vous , ne vous flatez pas de changer de
voix.
Arlequin .
Tant mieux , je ne ferai pas reçû à
l'Opera.
SCENE I I.
Arlequin , Coraline , Scapin.
Scapin.

Allons , més amis , il eft cinq heures
& demie ; n'ayons pas , comme l'an paffé ,
la mauvaiſe coûtume de commencer fi
tard.
Arlequin.
Tu te plains , & tu viens le dernier.
Scapin à Coraline .
Que j'aye l'honneur de vous embraffer,
Mademoiselle , & toi auffi , mon cher camarade.
Fiiij
128 MERCURE DE FRANCE.
Arlequin.
Pas fi fort. Tu as la cruelle habitude ,
pour divertir , de m'embraffer juſques à
in'étrangler.
Scapin.
Dans la chaleur du jeu , je ne fais point
de réfléxion , mon premier devoir eft de
faire rire.
Arlequin lui donne des coups de batte.
Scapin.
Hoime ! que fais- tu donc ?
Arlequin.
Mon premier devoir eft de faire rire.
Scapin.
Attends que nous foyons au Théâtre..
Arlequin.
Je n'en fçaurois faire trop de répéti
tions.
Commençons.
Coraline.
Scapin.
Oui , car ce drôle m'affommeroit.
Coraline.
A vous , Meffieurs.
Arlequin , & Scapin enſemble .
Nous fçavons la politeffe.
Coraline .
Votre abſence, Meffieurs, femble afſoupir Thalie ,
Et ces lieux défertés nous paroiffent affreux ,
AVRIL 1747.129
= Mais nous touchons l'inftant heureux
Qui va donner l'efforà fon génie.
Scapin.
Meffieurs ; vous ránimez nos jeux ,
Le Spectacle n'eft beau qu'autant qu'on le fré
quente ,
Et nous ferons de notre mieux
Four vous voir au Parterre au moins cinq cent
cinquante .
Arlequin.
AIR : Vous m'entendez-bien:
Meffieurs , notre plus grand défir
C'eft de vous donner du plaifir ,
Convaincus que le nôtre ,,
Eh bien ,
Dépend toujours du vôtre ,
Vous m'entendez- bien--
"
Coraline.
Dans cette nouvelle carriére
Nous elpérions travailler en François
Plus que dans la derniére ;
Si nous pouvions donner du nouveau tous les mois

Nous en ferions plus de frais de mémoire
Mais le travail nous fait- il jamais peur ,
Quand il s'agit de plaire au Spectat eur
F. v.
130 MERCURE DE FRANCE.
Saps rebattre toujours notre vieux repertoire
Que mieux que nous il fçait par coeur F
Scapin.
Four tâcher de vous plaire ,
Nous donnerons dès demain du nouveau -
Puiffe-t'il donc , Meffieurs , vous fatisfaire ,
Pour nous encourager dans un projet fi beaut
Arlequin.
AIR Des fraiſes.
Nous aurons grand ſoin de ne
Pas manquer de courage
Et nous agirons pour que
Nos Auteurs nous donnent de
L'ouvrage , l'ouvrage , l'ouvrage .
Coraline .
Tout jufqu'à notre Artificier
A nos foins va s'affocier ,
Charmé que le public à fes feux foit propice,
Pour les faire durer ſon art n'oublira rien ;
Et vous verrez qu'il n'eft tel qu'un Italien
Pour bien employer l'artifice.
*
Scapin.
S'ils vous attirent dans ces lieur ;
Qué leur fort fera glorieux !' ! ..
AVRIL
731 1747.
Fous leurs efforts ne peuvent rien produire
Qui puiffe vous féduire;
Cenfeur judicieux ,
Votre lumiere eft nette ;
Le clinquant ne vous jette
Jamais de poudre aux yeux.
Arlequin.
AIR : Folies d'Eſpagne.
Pour foutenir un ouvrage débile ,
Les feux pourront faire de bons effets ;
Aux froids Auteurs le tapage eft utile
Et les pétards étouffent les filets.
Coraline.
Tandis que nos Guerriers,ardens à nous deffendre,
Vont au fond de la Flandre
Seconder la valeur & les foins d'un Héros ,
Membres choifis d'un corps illuftre ,
Vous par qui dans les Tribunaux
Lajuftice aujourd'hui jouit de tout fon luftre ,
Sufpendez quelquefois vos pénibles travaux ,
Et venez à nos jeux prendre un peu de repos.
Phébus comme Themis vous remit la balance
Vous jugez fainement de tout ,
Et votre exacte connoiflance
F vj
132 MERCURE DEFRANCE .
Fait aujourd'hui regner en France-
Et le bon droit & le bon goût..
Arlequin.
AIR : Marbleu , vive unflateur.
Vous chés qui l'agrément
Eft joint à l'utile ,
Qui du grand mobile
Avez le maniment ,
Venez , Meffieurs de la finance ;.
Et nous nous efforcerons
D'avoir toujours de nouveaux fonds ;
Pour payer vos droits de préfence.
Scapin
Souvent le Spectateur ne vient que pour vous voir,,
Mesdames , c'eft votre pouvoir
Qui bannit de ce lieu le vuide fi funefte;
Malgré les fautes des Acteurs ,
Dès qu'on peut vous avoir on eft certain du
refte ,
Vos beaux yeux font l'aiman des coeurs.
Arlequin.
AIR Reveillez- vous belle endormie
L'Eventail attire la brette ,..
La mule attire l'efcarpin ,,
A V R.I.L.. 1336 1747
Un chapeau fuit une cornette
Comme un Chaffeur fuit un lapin..
Coraline..
L'interet , le plaifir , l'honneur ,
Tout nous rend cher votre fuffrage ;.
Moins le public a pour nous de rigueur
Plus à le contenter ſa bonté nous engage ,.
Mais quand nous n'aurions pas toujours même
avantage ,
Nous fommes fürs d'avoir.toujours la même ar
deur.
Arlequin
ALR : Oricandaine , Oricandon ..
Dans ces lieux nous vous attendons ,
Oricandaine, oricandon ,
Que dans les Loges tout du long ,
De Dames regne un beau cordon ,..
Qricandaine !
Rempliffez en toute faifon
Parterre , Théâtre , Balcon ;
Car
Plus j'en attirerai ,
Oricandaine !:
Plus j'en retirerai,,..
Oricandé !
2
334 MERCURE DE FRANCE.
AIR : Ah ! qu'il eft drôle !
Puifque vous daignez m'écouter ,
C'eft bon augure ,
Sur ce qu'on doit repréſentér
Un doux espoir vient me flater ,
Meffieurs , je conjecture
Que nous aurons lieu de chanter
Ah l'heureufe ouverture !
Scapin , même air.
Quand je vois le public en train,
Je me raffure ;
Meffieurs , permettez que Scapin , ·
Suivant les traces d'Arlequin , A
Sans voix & fans mefure ,3°
Répete à fon tour ce frein :
Ah l'heureufe ouverture !
Coraline , même air.
Si quelqu'un de mauvais humeur
Par avanture ,
Faifoit naître quelque rumeur ,
Nous comptons que votre faveur
Détruira fon murmure ;
Et nous chanterons de bon coeur
Ah Pheurenfe ouverture !
AVRIL. 1747. 739
Le Mardi onze de ce mois , les Comé
diens Italiens donnerent la premiere repré
fentation d'une nouvelle piéce intitulée ,
Amour Caftillan , Comédie en Vers em
trois actes , fuivie Nous en parlerons d'un divertiffement.
plus au long.
A M. Greffet , fur fa Comédie du Méchant ,
représentée pour la premiere fois le 15 de ce
mois. Cette Piéce a un très-grand succès.
Nous en parlerons le mois prochain.
UN niembre de Caffé , Philofophe pédant ,
Qui de l'efprit fe croit & le juge & l'arbitre ,
En fots propos s'égayoit fur le titre
De votre piéce du Méchant ;
Quelqu'un dit au mauvais plaifant ,
Pour un Auteur c'eft bon augure ,
Lorſque fur un Livre nouveau ,
L'envie au délefpoir de ne voir que du beau ,
De rage mord la couverture.
Mufe Bourgeoife du Parterre.
136 MERCURE DE FRANCE.
NOUVELLES ETRANGERES ,
L
TUR QUI E
Es lettres de Conftantinople marquent que le
in du mois de Février M. Porter , Ambafladeur
du Roi de la Grande Bretagne, y étoit arrivé, &
qu'il avoit eu le 2 La premiere audience du Grand
Vifir. Ces lettres ajoûtent que M.de Penckler , Miniftre
Plénipotentiaire de la Reine de Hongrieà la
Porte , avoit remis de la part de Sa Majeſté à M.
Porter une bague de fix mille florins , en recons
noiffance du foin que cet Ambafladeur a pris d'af
furer les Pachas des lieux où il a paffé du défir que
la Reine avoit de conferver une parfaite intelli
gence avec le Grand Seigneur, Selon les mêmes
lettres , le fameux Pirate Grillo , qui depuis plu
feurs années fous le Pavillon de Malthe s'eft emparé
d'un grand nombre de bâtimens appartenans
aux fujets de Sa Hauteffe , a été pris par des vaiffeaux
Turcs près de Durazzo . Il a été pendu à fon
mats, & l'on prétend que les effets qu'on a trouvés
fur fon bord , montent à plus de deux millions.
Les foldats & les matelots de fon équipage ont
été faits efclaves...
O
RUSSIE
N mande de Pétersbourg du 20Fev.que quoique
la Porte continuë de donner des affûran.
ces du défir qu'elle a de conferver la paix avec la
Ruffe , les divers mouvemens faits par les troupes
AVRIL. 1747.
137
Ottomanes,paroiffent caufer quelque inquiétude au
Gouvernement , & qu'il a réfolu de faire aflembler
du côté de la mer Noire une armée d'obſervation .
Il a été fort furpris d'apprendre que le Roi de Pér
fe faifoit défiler vers la mer Cafpienne une partie
des troupes , qui ont été employées dans la guerre
contre le Grand Seigneur. Sur cette nouvelle on a
renforcé les Garnifons des Places voifiñes de cette
mer,en attendant que la faifon permette de former
un camp dans les environs d'Aftracan . Des troupes
qui ont eu ordre de fe rendre en Finlande , il
n'y a que cinq Bataillons qui ayent pris cette rou
te , & les neuf autres Bataillons , dont ils devoient
être fuivis , font encore dans leurs quartiers. En
conféquence de la réſolution qui a été priſe d'augmenter
les troupes , le Confeil de guerre a fait
publier un Edit pour lever cinquante mille hommes
de Milices. Cet Edit regle le nombre de foldats
qu'on doit tirer de chaque Province , & il
ordonne que d'ici à deux mois ils foient en état de
marcher . On demande auffi aux Provinces diz
mille chevaux pour la remonte de la Cavalerie &
trois mille bêtes de charge. Le 12 Février l'Impératrice
revint de Teffina , où elle étoit depuis
quelques jours. M. de Cheufe , Envoyé Extraor
dinaire du Roi de Dannemarca , eut le 15 fa premiere
audience de Sa Majesté Impériale , & il fut
conduit l'après-midi à l'audience du Grand Duc
de Ruffie . Ce Miniftre eft traité avec beaucoup de
diftinction dans cette Cour , & l'on ne doute pref
que point qu'il ne termine à la fatisfaction de Sa
Majefté Danoife les négociations commencées par
le Comte de Hoften.
On mande de Warfovie du premier Mars qu'it
arrive fucceffivement dans quelques - unes des Provinces
voisines de ce Royaume une grande quan
138 MERCURE DEFRANCE.
tité de troupes Ottomanes , mais elles ne commer
tent aucuns défordres fur la frontiere , & les Off
ciers qui les commandent ont fait affûrer le Pala
tin de Podolie que le Grand. Seigneur perfiftoit
dans la réfolution de vivre dans une parfaite intel
ligence avec la République. On a reçû avis qu'un
Corps confidérable de troupes Ruffiennes devoit fe
rendre inceffamment en Curlande, & qu'il y étoit
déja arrivé des ordres pour leur préparer des quar
tiers. L'Impératrice de Ruffie a fait promettre aux
Etats de ce Duché que ces troupes ne feroient
point à charge au païs , & qu'elles payeroient ar
gent comptant tout ce qu'on leur fourniroit .
Le bruit court que l'Impératrice de Ruffie offre
de faire marcher au fecours de Sa Majefté Hongroife
un Corps de trente mille hommes , fi le
Roi de la Grande Bretagne & les Etats Généraux
des Provinces- Unies confentent de payer le ſubfide
que Sa Majefté Impériale demande pour cet effet,
On prétend que fi cette propofition eft acceptée ,
le Knées Rupnin aura le commandement dés troupes
qui feront employées à cette deſtination . La
Cour a envoyé un contr'ordre à deux des Régimens
qui devoient ſe rendre en Finlande , & il
y
a apparence qu'ils marcheront en Curlande avec
quelques autres. Lorfque les nouvelles levées or
données par le Gouvernement feront faites , l'Impératrice
aura fur pied deux cent foixante mille
hommes. Depuis quelque tems Sa Majeſté Impériale
a repris à fon fervice le Baron de Biſmarca ,
Lieutenant Feldt- Maréchal ; M. de Tettau , Major,
Général & le Baron de Bauden , Brigadier. Elle a
accordé une penfion de trois mille roubles au
Comte de Brummer , ci -devant Grand Chambellán
du Grand Duc de Ruffie. Les lettres de Tufquie
marquent que le 4 Février le Grand Sei
AVRIL. 1747. 139
gneur , accompagné du Kan de Crimée avoit vu
lancer à Peau un nouveau vaiffeau de guerre de
foixante pieces de canon , & que le 6 ce Kan , lequel
pendant fon féjour à Conftantinople a eu de
fréquentes conférences avec le Grand Vifir , avoit
pris congé de Sa Hauteffe pour retourner en Crimée.
Selon les mêmes lettres , Achmet Effendi ,
que le Grand Seigneur a nommé fon Ambaffadeur
Extraordinaire auprès du Roi de Perfe , eft parti
le 21 du mois dernier pour Ifpahan avec une fuite
de plus de mille perfonnes Ces lettres ajoûtent
que M. de Penckler , Réfident de la Reine de
Hongrie à la Porte , s'étant plaint de quelques
courfes faites par les Tartares de Crimée fur la
frontiere du Royaume de Hongrie , le Grand Vi
fir avoit promis d'en parler au Kan , & de lui recommander
d'empêcher que fes fujets ne caufaf
fent aucun dommage aux fujets de Sa Majefte
Hongroife .
SUEDE.
Epuis long-tems on foupçonnoit que des furefpondances
illicites avec des Cours étrangeres .
La Diette ayant eu des indices que M. Chriftophe
Springer étoit dans ce cas , a fait arrêter ce Négociant
. On a enlevé en même-tems tous fes papiers.
& l'on a nommé pour les examiner fix Députés de
P'Ordre de la Nobleffe , trois de celui de la Bourgeoifie
, & un pareil nombre de celui des Païfans.
Ce Négociant a déja fubi deux interrogatoires ,
mais il le défend avec beaucoup d'obftination , &
pout éluder l'accutation intentée contre lui , il
profite du double fens de la plupart des expref- '
fions dont il s'eft fervi dans celles de fes lettres
140 MERCURE DE FRANCE.
qu'on a interceptées. Le foin de fa garde eft confé
à un Officier , un Caporal & quatre foldats
auxquels il a été défendu de le laiffer parler à qui
que ce fût , de porter de fa part aucun billet & de
lui en remettre aucun . Son affaire eſt traitée d'autant
plus férieuſement , qu'on perfuade que fes
faux avis ont pû influer beaucoup dans les démarches
faites par la Cour de Ruffie contre le Comte
de Teffin . Les Paifans infiftent fortement pour
qu'on ne differe pas d'inftruire le procès du prifonnier,
afin de le punir conformément aux Conftitutions
du Royaume , mais le Clergé a repréſenté
qu'il étoit à propos d'ufer de moins de précipitation
, & il eft d'avis qu'on examine l'affaire dans
l'affemblée générale de la Diette , avant que d'en
renvoyer la décifion au Committé fecret. Quelques
jours après que M. Springer a été arrêté , on s'eft
affuré auffi de la perfonne & des papiers d'un autre
Négociant nommé Franck . L'ordre a été expedié
pour emprisonner divers autres particuliers ,
mais plufieurs ont pris le parti de la fuite . Le Gou
vernement a dépêché un courier au Comte de
Barck , Miniftre du Roi à Péterfbourg , afin de
L'informer de la détention , de Mrs Springer &
Franck & des raifons qui y ont déterminé les Etats
du Royaume, On croit que la Diette fe fépareia
plus tard qu'on ne s'y étoit attendu , parce qu'elle
ne veut point terminer fes féances fans avoir fair
tout ce qui dépend d'elle pour ôter à li Ruffie tout
prétexte de fe plaindre de la Suéde. Quoiqu'on efpere
d'y réüffir , on a ordonné à divers Régimens
de fe tenir prêts à marcher en Finlande , où l'on a
réfolu , pour être prêt à tout événement , d'affembler
un Corps de troupes , en cas que l'Impératrice
de Ruffie forme un camp dans les environs
de Wybourg,
AVRIL.
141 1747.
On mande de Stockholm que le bruit s'étant
répandu dans cette ville que M. Springer avoit été
arrêté pour des intelligences qu'il entretenoit avec
le Baron de Korff; ce Miniftre a préſenté au Roi
un Mémoire qui porte que fi l'on ne faifoit point
ceffer un pareil bruit , il pourroit avec le tems paroître
vraisemblable à la Nation , lui donner occafion
de fe former des idées peu juftes des vraies
difpofitions de l'linpératrice de Ruffie & nuire à
-l'union dont les deux Puiffances défirent de refferrer
les liens ; que PImpératrice de Ruffié n'a né
gligé dans aucune circonftance de donner au Røi
les preuves les plus évidentes de fes intentions pa
cifiques & de fon affection pour la Suéde ; qu'il eft
vrai que le Baron de Korff s'eft fervi de M. Springer
pour fe procurer diverfes marchandifes ou
denrées étrangeres , mais qu'en ce point il a fuivi
l'exemple de plufieurs autres Miniftres , & qu'il
remet à la prudence de Sa Majefté de décider s'il
ne convient point d'impofer filence aux perfonnes
qui tirent de- là des inductions propres à femer la
divifion entre la Suéde & la Ruffie. Par le même
Mémoire le Baron de Korff annonce qu'il a ordre
de l'Impératrice fa Souveraine de propofer au
Roi d'acceder au Traité d'Alliance défenfive , conclu
le 22 Mai de l'année derniere entre elle & la
Reine de Hongrie. On a délibéré dans le Sénat for
cette propofition , & après de longs débats il a été
• décidé qu'elle devoit être regardée comme une
marque du défir que l'Impératrice de Ruffie avoit
de demeurer unie à la Suéde , qu'ainfi l'on devoit
renvoyer l'examen de cette affaire au Committé
fecret. Les Commiffaires qui ont été donnés à M.
Springer tiennent extrêmement fecret tout ce que
leur a déclaré ce Négociant , & leur circonfpection
à cet égard eft encore augmentée depuis le
142 MERCURE DE FRANCE.
Mémoire préſenté par le Baron de Korff. Sur les
aveux faits par le prifonnier , on a arrêté un autre
Négociant nommé Heidman. On fait dans ce Port
& dans quelques autres de ce Royaume divers
préparatifs pour l'embarquement d'un Corps confidérable
de troupes , deftiné à paffer en Finlande.
Les levées de foldats fe continuent avec
toute la diligence poffible , & dans peu tous les
Régimens feront complets . Le 14 Mars la Diette
s'affembla extraordinairement. Quelques differends
s'étant élevés entre les Députés de l'Ordre
des Païfans , les repréſentations de la Nobleſſe ont
réüffi à calmer les efprits.
On mande de Coppenhague du 16 Mars qu'il
fe tient de fréquentes conférences entre les Miniftres
du Roi & M. Titley , Miniftre du Roi de la
Grande- Bretagne. Le bruit court que ce Prince
offre de payer un fubfide à Sa Majefté , fi elle veut
lui fournit un Corps de troupes , mais le Traité de
fubfide conclu avec la France fubfiftant encore , &
Sa Majefté ayant déclaré en prenant poffeffion du
Trône , qu'elle obferveroit exactement tous les
engagemens pris par le Roi fon pere , on eft
fuadé que la négociation de M. Titley n'aura pas le
fuccès qu'il en attend.
per-
Le 22 du mois dernier le Prince Royal de Suéde
donna audience aux Députés nommés par l'Univerfité
d'Upfal pour le remercier de ce qu'il a
bien voulu accepter le titre de Chancelier de cette .
Univerfité, Le Comte d'Eckeblat a obtenu la charge
de Vice-Préfident du Collège de la Chancelle
rie , vacante par la démiffion du Comte de Teffin ,
qui continuera de faire les fonctions de Préfident
de ce Gollége , jufqu'à ce que Sa Majeſté Suédoiſe
ait choifi quelqu'un pour remplir cet emploi. La
place de Chancelier de la Cour & celle de ChanceAVRIL
. 1747 .
143
fier de la Chambre de Juftice , ont été données
Mrs de Nolken & de Lowenheim . Les Etats du
Royaume de Suéde ne fe font point affemblés depuis
le 16 jufqu'au 25 du mois dernier à caufe de
l'indifpofition du Maréchal de laDiette . Ils ont déci
dé que le jugement rendu contre le feu Comte de
Leuwenhaupt & contre le feu Baron de Buddenbroeck
ne devoit point imprimerde flétriffure à leur
mémoire; que leurs biens feroient totalement reftitués
à leurs héritiers , & que leurs familles feroient
recommandées au Roi de Suéde , afin que ce Prin
ce leur accordât des marques de fa faveur dans les
occafions qui s'en préfenteroient. Sa M, Suédoiſe a
fait arrêter M. Blackwal ,un de fes Médecins, qui eft
Anglois , & qu'elle avoit attaché à fon ſervice par
une penfion confidérable . Il a été interrogé par le
Sénat , & le bruit court que l'examen de fes papiers
a donné lieu à des découvertes importantes.
ALLEMAGNE.
ONmande de Vienne du 4 Mars que la Reine
de Hongrie a été fi fatisfaite de la conduite
tenuë en Provence par le Comte de Brown
qu'elle lui a donné le commandement général dé
fes troupes en Italie. Le Régiment de Cuiraffiers
de Cordoue a reçû ordre d'y marcher , & l'on y
doit envoyer avec une grande quantité de munitions
de guerre tous les foldats de recruës qui ont
été levés par les Etats de laBaffe Autriche.On parle
toujours de faire affembler du côté de la Mofelle
une armée qui fera fous les ordres du Feldt - Maré
chal Comte de Traun . Le bruit court qu'un nou
veau Corps de troupes légeres doit prendre la route
des Païs-Bas , Il eft arrivé en cette Ville deux
Bataillons de Lycaniens & quatre Compagnies du
344 MERCURE DE FRANCE.
Régiment de Huffards de Mytorfsky , deftinés
aufli pour l'armée des Alliés , commandée par le
Duc de Cumberland. L'entretien des fortifica- t
tions des Places frontières de la Hongrie ayant été
extrêmement négligé depuis la conclufion de la
paix de Belgrade , le Gouvernement a ordonné de
réparer celles d'Effeck , de Peter-Waradin , de Temefwar
, de Segedin & des Forts & Châteaux le
long du Danube , de la Drave , de la Salve & de la
Theiffe. Le dernier courier que la Cour avoit dépêché
à Conftantinople , en eft de retour. Les
réponſes qu'il a rapportées font de même nature
que celles faites précédemment par la Porte , & le
Grand Vifir a de nouveau affûré M. de Penckler ,
Réfident de la Reine auprès de Sa Hauteffe , que
l'arrivée de plufieurs Corps des troupes Ottomanes
en Europe n'a d'autre caufe que la difficulté de les
faire fubfifter en Afic. Plufieurs perfonnes de diftinction
follicitent vivement pour obtenir la liber.
té du Baron de Trenck , mais jufqu'à préſent Sa
Majefté n'a point eu d'égards à leurs prieres .
On mande de Hambourg que la Bourgeoifie de
sette Ville , dans une affemblée extraordinaire qui
s'eft tenuë le 6 Mars , a donné fon approbation
à la réſolution prife par les Magiftrats d'accorder
au Grand Duc de Tofcane un don gratuit
de cent mille florins. Il a été reglé le tiers de
que
cette fomme feroit envoyé dès - a- préfent à Vienne
& les deux autres tiers avant le premier du mois
de Juin prochain. Suivant les nouvelles de Coppenhague
, on y publia le 27. Février avec les
cérémonies accoûtumées l'ouverture du Haut-
Tribunal , & elle s'eft faite le deux Mars. Les
Commiffaires nommés par le Roi de Dannemarck
pour vifiter les chantiers deftinés à la conftruction
des vailleaux , fe font acquités de cette commif
fion
it
1747. 145 AVRIL.
730
3
Lion. On équipe actuellement quatre Frégates par
ordre de Sa Majefté Danoife , & le bruit court
qu'on doit travailler bien- tôt à l'armement , de
quelques vaiffeaux de guerre , lefquels feront deffinés
à porter de nouveaux préfens au Dey & à la
Régence d'Alger. Le Baron de Holberg a laiffé
par fon teftament à l'Académie établie à Soroë
pour les exercices de la jeune Nobleffe , tous les
biens qu'il poffedoit en fonds de terre Les avis
reçûs de Berlin portent que le Roi de Pruffe a été
malade pendant quelques jours , mais que fa fanté
eft parfaitement rétablie. Ces avis ajoutent que le
du mois dernier le Comte de Keyferling,Miniftre
Plénipotentiaire de l'Impératrice de Ruffie , eut fa
premiere audience du Roi de Pruffe , étant préfenté
par le Comte de Podewils , Miniftre du Cabinet,
& qu'il eut enfuite l'honneur de diner avec ce
Prince. Le 6 le Marquis de Valory , Envoyé du
Roi de France , remit au Roi de Pruffe une lettre
par laquelle Sa Majesté Très - Chrétienne a donné
part à ce Prince du mariage de Monſeigneur le
F Dauphin . Le Baron de Borck , Miniftre d'Etat de
Sa Majefté Pruffienne & Chevalier de l'Ordre de
S. Jean , eft mort à Berlin le 8 Mars , dans la quarante-
troifiéme année de fou âge. On mande de
Ratifbonne , que le Cardinal Prince Evêque de
Liége avoit porté de nouvelles plaintes à la Diette
de l'Empire fur les excès commis dans l'Evêché de
Liége par les troupes des Alliés , & principalement
par celles de la Reine de Hongrie, La Diette a
reçû un Mémoire , par lequel le Duc Charles Léopold
de Meckelbourg la prie de le rétablir dans la
poffeffion de fes Etats. Les lettres de Nuremberg
marquent que M. de la Buirette , qui y réfide de
la part du Roi de Pruffe , a reçû ordre de ce Prinse
de représenter aux Etats du Cercle de Franco-
G
146 MERCURE DE FRANCE.
nie les fuites fâcheufes qui pourroient réfuter de
leur oppofition à la Convention conclue entre Sa
Majefté Pruffienne & l'Electeur Palatin pour la
Seigneurie de Zwingenberg. Anne Sophie Charlotte
de Brandebourg , époufe du Duc de Saxe
Weimar Eifenach , mourut à Eifenach le 2 Mars,
Elle étoit âgée de 40 ans , 2 mois & huit jours ,
tant née le 22 Décembre 1706,
On mande de Cologne , que les Magiftrats de
Cette Ville ont reçû un Refcript , par lequel le
Grand Duc de Tofcane témoigne beaucoup de
mécontentement de ce qu'ils ont refufé de recevoir
quelques-unes des troupes de la Reine de
Hongrie & les équipages du Prince Charles de
Lorraine , malgré les offres faites par la Cour de
Vienne de dédommager la Ville des dépenses
qu'elle pourroit faire en cette occafion . Par le
même Refcript le Grand Duc de Tofcane ordonne
aux Magiftrats d'envoyer une Députation à
Vienne pour fçavoir fes intentions fur la fatisfac
tion qu'il exige , & il déclare qu'il ne recevra aucu
ne des repréfentations qui pourroient être faites au
Réfident qu'il entretient à Cologne.On apprend de
Munich que le mariage de l'Electeur de Baviere
ne fera pas célebré à Dreſde , comme le bruit en
avoit couru. Les nouvelles de Berlin portent que
le Roi de Pruffe a fait la revûe de plufieurs Régimens
qui formeront un camp dans les environs , &
qu'il fera enfuite un voyage en Pomeranie & en
Silefie , pour voir les troupes qui y font en quartiers.
Ce Prince a nommé Miniftre du Cabinet
le Baron de Mardefeldt , l'un de fes Miniftres
d'Etat & ci-devant fon Envoyé Extraordinaire
à Pétersbourg , & il lui a donné le Département,
des Affaires Etrangeres . On écrit de Drefde que
le Roi de Pologne Electeur de Saxe demande à la
AVRIL. 1747.
147
Cour de Vienne douze cent mille florins d'indemnité
pour
les dégats commis en Saxe & en Luface
par les troupes de la Reine de Hongrie pendant
la derniere campagne qui a précedé la Paix de
Drefde. Les lettres de Vienne marquent que
le 7
Mars les Députés de la République de Lucques
y avoient eu audience du Grand Duc de Tofcâne.
Ces lettres ajoûtent qu'il s'eft tenu en préſence de
ce Prince une longue conférence , à laquelle ont
affifté le Miniftre du Roi de la Grande - Bretagne
& celui des Etats Généraux des Provinces - Unies.
Les mêmes lettres confiriment que la Reine de
Hongrie a donné ordre de lever trois nouveaux
Régimens dans le Bannat de Temeſwar.
Sur la nouvelle qu'on a reçûë d'unEdit par lequel
le Roi T.C.ordonneroit à tous les Seigneurs &Gen
tilshommes qui poffedant des biens dans le Bra
bant , demeurent attachés au fervice de la Reine ,
d'abandonner ce fervice , fous peine de confifcation
de leurs terres & de leurs autres immeubles ,
le Duc d'Aremberg a pris la réſolution de fe rétirer
à Cologne, & il partit le 19 Mars pour s'y ren
dre. La Reine de Hongrie a promis au fecond fils
de ce Seigneur le premier Régiment d'Infanterie
qui fera vacant.
On mande de Drefde que le Comte Efterhafi
Miniftre Plénipotentiaire de la Reine de Hongrie ,
y eft attendu de Vienne à chaque inftant, & l'on attribuë
fon retardement à quelque ordre qu'il a reçû
de ne point s'y rendre , avant qu'on lui ait
envoyé de nouvelles inftructions. On ne doute pas
qu'il n'ait des pouvoirs de Sa Majefté Hongroife ,
pour regler avec les Miniftres du Roi ce qui regarde
les indemnités demandées par Sa Majefté
pour les dommages caufés dans la Saxe & dans la
Luface par les troupes de cette Princeffe.
G ij
148 MERCURE DE FRANCE.
On apprend par les nouvelles de Stutgard que
quoique la Cour de Vienne continue de preffer
Vivement le Duc de Wirtemberg & les autres Etats
du Cercle de Suabe de fe prêter au projet d'affociation
des Cercles antérieurs , on ne croit pas
qu'elle y réüffiffe , parce que l'Empire ne paroiffant
point être expofé au rifque de fouffrir aucun
préjudice de la part de la France , on regarde cette
affociation comme inutile , & que le Cercle de
Suabe pourroit être le premier à éprouver le reffentiment
de Sa Majesté Très- Chrétienne , s'il fe
déterminoit à quelque démarche dont elle eût lieu
de fe plaindre . Plufieurs autres Cercles & Etats de
l'Empire par les mêmes raiſons font détournés d'accepter
la propofition de la Cour de Vienne . Le Duc
de Wirtemberg, qui étoit'allé faire un voyage à Bareith,
en révint le 17 de ce mois , mais on n'en attendoit
que le 19 la Ducheffe Douairiere , cette
Princefle s'étant arrêtée à Elwangen pour y paffer
quelques jours avec la Princeffe de la Tour
Taxis. Le Comte de Naffau la Lecq , Colonel
Commandant d'un Régiment de Cavalerie au fervice
de la République des Provinces- Unies , ayant
témoigné défirer d'être reçû Chevalier de l'Ordre
de Wirtemberg , ce Prince lui a envoyé les marques
de cet Ordre.
La premiere Divifion du Corps de Lycaniens qui
vient de Hongrie , arriva le 27 du mois paffé à
Cologne , & le 2 de ce mois il fut fuiyi par le Ré.
giment de Neuperg. Tous les Régimens de la Reine
de Hongrie qui étoient en quartiers dans cet
Electorat & dans celui de Treves , ainfi que dans
Le Duché de Limbourg , fe font mis en marche.
vers la Meufe. Ils pafferont cette riviere entre
Maeftricht & Ruremonde , & ils joindront les au-
$res troupes qui doivent s'affembler fur le Demer.
AVRIL. 1747. 149
IN

L'Electeur a fait déclarer au Cercle de Franconie
qu'il perfiftoit dans la réfolution de s'en tenir à ce
qui avoit été reglé par rapport à la neutralité de
PEmpire ; qu'en conféquence il proteftoit contre
tout cantonnement de troupes , & qu'il regardoit
comme nulles les délibérations des Etats du
Cercle , dans lesquelles il n'y auroit point unanimité
de fuffrages.
On mande de Vienne que la Cour prépare une
Réponse au dernier Mémoire du Roi de Pruffe, &
elle entreprend d'y prouver que ce Prince ne peut
fans accorder fa garantie pour la Praginatique,
Sanction , demander la garantie de l'Empire pour
l'exécution du Traité de Drefde. Dans le même
écrit on fe propoſe de juftifier l'Empereur Charles
VI de n'avoir pas rempli les engagemens qu'il
avoit contractés avec le feu Roi de Pruffe par rap
port à la fucceffion des Duchés de Bergue & de
Juliers.Le Prince Efterhafy eft allé faire un.voyage
en Hongrie, d'où il devoit revenir dans les premiers
jours de ce mois . On a reçû avis de Temefwar
que le Comte d'Eſcothi , qui commandoit dans le
Bannat , y étoit mort le 21 Mars , âgé de quatrevingt
ans . Selon les mêmes lettres le Grand Seigneur
a donné au Pacha Kiupruli le commandement
général des troupes qui font en Servie.
On écrit de Drefde que le Prince Electoral de
Saxe fe rendra à Waldmunchen für la frontiere du
Royaume de Boheme , pour y attendre la Princeffe
de Baviere , & que l'Electeur de Baviere ira
au -devant de la Princeffe de Saxe jufqu'à Alt - Ottingen.
Le jour du départ de l'une & l'autre Princeffe
n'eft pas encore fixé , & le Baron de Gerſdorf
Miniftre du Roi de Pologne Electeur de Saxe à
Munich , eft chargé de fe concerter à ce ſujet avec
les Miniftres de l'Electeur de Baviere . Les avis re
Giij
150 MERCURE DE FRANCE.
"
çûs de Pétersbourg portent que l'Impératrice de
Ruffie , accompagnée du Grand Duc & de la Grande
Ducheffe , avoit fait l'honneur au Comte de
Beftuchef, fon grand Chancelier, d'affiſter à un Bal
qu'il avoit donné le 5 Mars pour le mariage duComte
fon fils. Ces avis confirment que cette Princeſſe
perfifte dans la réfolution de faire un voyage à Riga
avant l'été.On a été informé par les mêmes lettres
que
le froid exceffif avoit faitfufpendre la marche
des troupes qui ont ordre de pafler en Livonie.
Suivant les nouvelles de Ratisbonne il paroît
que la Cour de Vienne ne perd point de vûë fon
deffein d'engager les Cercles à former une affociation
, & certe affaire doit être recommandée dans
peu de la maniere la plus forte à la Diette de l'Empire
par un Décret de Commiffion , que le Grand
Duc de Toscane a envoyé au Prince de Furftemberg
, fon principal Commiffaire auprès de cette
affemblée. Le Comte de Cobenzel eft chargé en
même -tems des inftructions les plus précifes pour
combattre les raifons que le Cercle de Suabe pourroit
alleguer contre la propofition du Grand Duc
de Tofcane . Les Etats de ce Cercle fe préparant à
s'affembler inceffamment , on attend avec beaucoup
d'impatience le réfultat de leurs délibérations
. L'Electeur de Cologne a fait déclarer à la
Diette de l'Empire , ainfi qu'il avoit fait il y a
quelque tems au Cercle de Franconie , qu'il étoit
déterminé à ne point s'écarter du fyftême de neutralité
adopté par plufieurs des principaux Etats
d'Allemagne , & à refufer par conféquent fon concours
à toutes les mesures qui pourroient y être
contraires.
L'affaire concernant la réunion de l'Efclavonie
au Royaume de Hongrie , vient d'être terminée ,
& la Reine de Hongrie vient d'établir une ComA
VRIL . 1747. -15%
miffion pour examiner les moyens de joindre le
Bannat de Temefwar au même Royaume.
O
LISBONNE.
N apprend par les nouvelles de Lisbonne ,
que depuis l'arrivée d'un courier que le
Comte de Rofemberg a reçû de Vienne le 20 de
Février , ce Miniftre n'a eu qu'une conférence avec
les Miniftres du Roi de Portugal, & il paroît que la.
Reine de Hongrie & le Roi de la Grande- Bretagne
ont perdu l'efpérance de réüffir par l'entremife de
cette Cour à conclure un accommodement avec Sa
Majefté Catholique. Les Négocians de ce païs ont
appris avec beaucop de chagrin que les pierreries
venoient d'être mifes en Eſpagne au nombre des
marchandifes qui doivent des droits d'entrée , &
que les perfonnes qui en enfermeroient dans des
lettres ou dans des paquets expédiés par la Pofte ,
étoient à préſent obligées d'en faire la déclaration .
Plufieurs d'entre eux , lefquels n'étoient pas encore
inftruits de ce nouveau Reglement , n'ayantpoint
pris à ce fujet les méfures convenables , leurs
lettres ont été ouvertes & les diamans qu'elles
contenoient , faifis .
L
ITALIE .
E Pape employe tous les bons offices , qui dépendent
de lui , pour engager la Reine de
Hongrie à ne point porter les chofes à l'extrêmité ,
contre les Génois . Sur les repréſentations que Sa
Sainteté a faites au Roi de Sardaigne à ce même
fujet , ce Prince a répondu qu'il ne tenoit point à
l'égard de la République de Génes une autre conduite
que celle à laquelle il étoit obligé en qualité
Gi
252 MERCURE DE FRANCE.
de Puiffance Auxiliaire de Sa Majefté Hongroife ;
qu'il ne formoit aucune prétention à la charge des
Génois , fi ce n'étoit celle qui regarde le Marquifat
de Final , & que par rapport à là Ville & à la
Citadelle de Savone dont fes troupes s'étoient emparces
,, il les remettroit à la République auffi- tôt
que la ceffion du Marquifat de Final feroit effectuée.
Le commandement de Ferrare vient d'être accordé
au Commandeur Buffi , Général des Galeres , &
M. Renunaldi de Montallone a obtenu les honneurs
de la Prélature. Les Cardinaux Petra , Accoramboni
& Acquaviva , font morts à Rome ,
les deux premiers le 21 Mars & le troifiéme
le 20. Les deux premiers avoient été créés Cardinaux
par Benoît XIII , l'un en 1724 , l'autre en
1728 ; le dernier l'avoit été en 1732 par Clément
XII. Le Cardinal Petra étoit né le 13 Novembre
1662 ; le Cardinal Accoramboni le 24 Septembre
1672 , & le Cardinal Acquaviva le 15 Janvier
1695. Celui- ci depuis long - tems étoit chargé des
affaires de la Cour de Madrid auprès du Saint Siége
Son corps fut porté le 21 à l'Eglife de Sainte
Cecile , où l'on célebra fes obfeques , auxquelles
le Pape a affifté , étant accompagné de vingt- cinq
Cardinaux. Les lettres de Naples marquent que le
Roi des deux Siciles fe propofe de paffer une partie
du Printems au Château de Portici , & que ce Prince
a nommé le Marquis d'Ingano , neveu du Marquis
Fogliani , pour aller réfider à Conftantinople
en qualité de fon Envoyé Extraordinaire auprès du
Grand Seigneur. On a fçu par les mêmes lettres ,
que M. Venerolo s'étoit engagé de fournir quinze
cent mulets pour le fervice des troupes de Sa Majefté
Sicilienne.
AVRIL 1747 .
153
On mande de Nice du 24 du même mois , que
cent Grenadiers des troupes que le Comte de
Browne a laiffées dans le Fort de l'Ifle Sainte Marguerite
, ayant traversé le bras de mer qui fépare
Cette lile de la terre ferme , ont fait une deſcente
à la pointe de la Croifette , où les François ont
établi une batterie . Ils ont attaqué le Détachement
par lequel la batterie étoit gardée , mais ce
- Détachement ayant reçû des fecours , ils ont été
repouffés & ils n'ont pu réuffir dans le projet qu'ils
avoient formé d'encloüer les canons des François.
Depuis quelques jours ces derniers ne tirent point
contre le Fort de l'Ile Sainte Marguerite. Des félouques
Angloifes fe font emparées de quelques
tartanes , qui portoient des munitions aux troupes
deftinées pour l'attaque de cette Ifle. Le Comte
= de Browne eft allé faire un voyage à Turin , d'où
= P'on mande qu'il y eft arrivé le 20 , & que le lendemain
il avoit eu une audience du Roide Sardaigue.
Ce Général y fera quelque féjour , afin de
concerter avec ce Prince les opérations que les
troupes Allemandes & Piémontoifes exécuteront .
Les mêmes avis ajoûtent que le Roi de Sardaigne
avoit donné le Gouvernement de Turin au Marquis
de Carail , celui d'Alexandrie au Marquis de
Rivaroles , celui de Novarre au Marquis de Cumianes
, & celui de Cazal au Comte de Beston .
GENE 9.
N mande de Genes du 24 Février que le
Comte de Schullembourg a fait de la part de
Ja Reine de Hongrie à la République de nouvelles
propofitions d'accommodement , mais que S , M.
Hongroife perfiftant à vouloir que préalablement
à la fignature du Traité on lui remette tous les
Gy
154 MERCURE DE FRANCE.
prifonniers qui font entre les mains des Génois &
qu'on lui paye ce qu'elle prétend lui être dû pour
les contributions exigées par le Marquis de Botta ,
le Sénat a répondu que l'exécution du premier atticle
ne dépendoit pas de lui , mais du peuple,
qui vraisemblablement n'y confentiroit point , fans
avoir obtenu les fûretés qu'il demandoit pour
fa
liberté , & que pour ce qui regardoit la feconde
prétention de la Reine de Hongrie , on ne pouvoit
abfolument la fatisfaire . Le Comte de Schullembourg
ayant infinué que Sa Majefté Hongroise
fe contenteroit que la République demeurât neutre
dans la guerre d'Italie , le Sénat a mandé à ce
Général que les Génois n'avoient jamais ceffé
d'obferver la neutralité & qu'ils n'avoient jamais
fongé qu'à veiller à la confervation de leurs droits
légitimes & de leurs poffeffions , dont il avoit plâ
à la Cour de Vienne de difpofer en faveur du Roi
de Sardaigne . La nuit du 16 au 17 du mois de Fé
vrier un Détachement des troupes de la Reine de
Hongrie enveloppa cinq cent Paifans Génois , qui
ayant reçû quelque fecours , fe firent jour au travers
des ennemis . Un autre Détachement attaqua
la même nuit un pofte où il y avoit cent trente
fufiliers des montagnes , mais ils s'y défendirent
avec tant de valeur que les Allemands ne purent
s'en rendre maîtres. Toutes les troupes irrégulie
res de l'armée commandée par le Comte de Schullembourg
s'étant avancées la nuit fuivante fur fept
colonnes , les Milices les chargerent partout avec
une égale vigueur , & les ennemis furent repouffés
après avoir fait une perte confidérable. Le peuple
pour profiter de cet avantage , a fait marcher la
moitié des Compagnies de la Bourgeoisie de cette
Ville & quarante Compagnies de Milices de Bifagno
, qui ont chaffé les Allemands de la plupart
AVRIL .
1747. * 55
des poftes qu'ils occupoient en-deça de la Bochetta
Vingt- quatre de ces Compagnies ont pénetré
jufqu'à Campo- Morone , où fix cent des ennemis
ont été taillés en pieces.
On apprend par les nouvelles de Génes du &
Mars que non -feulement les troupes de la Reine
de Hongrie , commandées par le Comte de Schullembourg
, ont été chaffées de la plupart des poftes
qu'elles occupoient en- deçà de la Bochetta , mais
qu'une partie a été pourfuivie jufqu'au- delà de cette
montagne. Dans le nombre des poftes qui ont été
repris par les Génois , on compte celui de Pietra
Lavezara , dont l'attaque a duré depuis huit heures
du matin jufqu'à deux heures après midi. On a
conduit à Génes près de fept cent prifonniers qu'on
a faits fur les ennemis dans les differentes actions
qui fe font paffées depuis le feize Février. Les
Païfans de la vallée de Polfevera , irrités des
cruautés inoues que les Croates & les Pandoures y
ont exercées en plufieurs endroits , ne vouloient
faire aucun quartier aux foldats de ces nations qui
font tombés entre leurs mains , & il a fallu employer
des exemples de févérité pour les empêcher,
d'ufer de repréfailles. Dernierement les Allemands
ont été encore chaffés de deux poftes , où ils
avoient continué de fe maintenir. Il y avoit dans ly
F'un deux cent quarante hommes qui ont été prefque
tous faits prifonniers de guerre , & dans l'autre
fix cent qui ont été obligés de l'abandonner
après avoir fait une perte confidérable. Suivant divers
avis quatorze Bataillons de l'armée du Comte
de Browne font en marche pour venir renforcer
celle du Comte de Schullembourg , mais ces Bataillons
ne font guéres qu'à trois cent foldats , &
les fatigues exceffives y caufent beaucoup de ma
ladies, Le Général qui les cominande a fait prendse
Gvj
156 MERCURE DE FRANCE.
les devans à huit cent hommes , tirés des méilleurs
Corps de les troupes. Quelques menaces que les
ennemis faflent d'affiéger Génes , on ne croit
pas qu'ils penfent férieufement à former cette entreprife.
On prétend même qu'ils ne demeurent
dans les environs de la Bochetta que parce que la
Reine Hongrie , tant pour foutenir l'honneur de
Les armes , que pour tirer de nouveaux ſecours de
fes Alliés , ne veut point paroître renoncer au deffein
de foumettre cette République . Cependant
afin d'être prêt à tout évenement , on travaille avec
beaucoup de diligence à augmenter les fortifications
, & l'on fe flate , moyennant la précaution
qu'on prend en même-tems d'amafler toutes les
fubfiftances dont on peut avoir befoin pour une
longue défente , que les ennemis ne pourront fe
rendre maîtres de la Place.
Les nouvelles de Genes du 11 du mois dernier
portent que les troupes de la Reine de Hongrie
font toûjours retranchées en- deçà de la Bochetta ,
& qu'elles doivent beaucoup fouffrir par la grande
quantité de neige qui eft tombée depuis quelques
jours. Il paroît qu'on perfifte dans le deffein de ne
point engager avec elles une action générale . On
fe contente de furprendre de tems en tems quelques-
uns de leurs poftes & fouvent on y réuffit ,
furtout depuis qu'on a fait avancer douze cent
hommes de troupes reglées pour foûtenir les Païfans
. Prefque tous les pêcheurs de la côte Orientale
de cet Etat le font déterminés à faire la courſe,
& ils ont conduit cinq ou fix prifes à Portofino.
Le 1o , à la vue de deux vaiffeaux de
guerre du Roi de la Grande-Bretagne , une galere
de la République enleva aux Anglois trois barques
Génoifes dont ils s'étoient emparés. Le Gou
vernement a laiſſé la liberté aux matelots enneAVRIL.
1747. 15.7
mis qu'on a trouvés fur ces barques & on leur a
donné des paffeports pour fe retirer où ils jugeroient
à propos . Un Chebec Genois s'eft rendu
maître d'un navire deftiné pour Villefranche , &
dont la charge eft eftimée plus de foixante mille
livres. On a appris que le Feldt- Maréchal Comte
de Schul embourg , Général des troupes de la République
de Venite , éto mort depuis peu à Verone.
Son corps doit être tranfporté à Veniſe
y être inhumé dans l'Eglife de Saint Marc , ou
cette République a réfolu de lui faire élever un
Maufolée. Le Comte de Schullembourg , fon neveu
, Grand Veneur de l'Electorat de Hanover
eft fon légataire univerfel.
pour
On mande de Génes du 25 Mars que la Fréga
te Françoife la Flore ,faifant partie du Convoi qui
a mis à la voile de Marſeille & de Toulon pour
transporter à Génes des troupes Françoifes & Efpa.
gnoles, y arriva le 19 de ce mois. Il entra en même
tems dans ce Port plufieurs tartanes du même Convoi
, & l'on apprit par les équipages , que le 20 au
matin il avoit été furpris dans le Golfe par une
violente tempête , qui avoit difperfé un grand
nombre de bâtimens , que quelques- uns avoient
été interceptés par les Anglois' , & que d'autres s'étoient
réfugiés dans les Ports d'Antibes & de Monaco.
Cette frégate & ces tartanes furent fuivies
le lendemain de divers navires , à bord defquels
étoit le Régiment Royal Italien des troupes de Sa
Majefté Tiès- Chrétienne. On fut informé le 21
que treize bâtimens de la Divifion de Marfeille
s'étoient rendus à Porto Fino , & quatre à Seftri
di Levante. Les troupes qu'ils y ont débarquées &
qui compofent environ deux mille homm's ,
marché à Saint Pierre d'Arena , où elles et depuis
le 23. Le Gouvernement a reçû avis
qu'environ foixante autres navires de la même Diont
15S MERCURE DE FRANCE.
vifion ont actucHement moüillés à la rade de la
Spécie , & que quatre vaiffeaux de guerre Anglois
qui leur ont donné la chaffe pendant deux jours
n'ont pu les joindre . On attend les troupes qui
font venues par ces derniers navires & auxquelles
on a préparé des quartiers dans les environs de cette
Capitale. Elles forment , avec celles dont elles
ont été précedées , un Corps de cinq mille quatre
cent hommes , & ce qui a été pris par les Anglois
ne monte pas à plus de fix cent. Il est difficile
d'exprimer la joye qu'a caufée au peuple l'arrivée
de ce fecours , & la réception qui a été faite , tant
aux foldats qu'aux Officiers . Indépendamment des
troupes auxiliaires , on compte qu'il y a dans cet
Etat quarante mille hommes en armes. La Garnifon
de cette Ville confifte en deux mille hommes
de troupes reglées & dix mille de Milices , fans y
comprendre les Compagnies de la Bourgeoifie .
Tous les jours il fe préfente une multitude prodigieufe
de Volontaires , réfolus de fe facrifier pour
La défenſe de la Patrie. Chacun refpire la guerre ;
le Noble , le Négociant , l'Artifan & le Laboureur,
tout eft devenu foldat . Le Sénat a accepté le titre
de Colonel d'un nouveau Régiment de douze cent
jeunes gens, divifés en deux Bataillons , & qui fera
bien - tôt augmenté de deux autres . L'uniforme de
ce Régiment , dans lequel on n'a reçû que des fils
de Citoyens honorables , eft blanc avec la vefte &
les paremens de velours noir & une bandoliere galonnée
d'or. Dans le Drapeau , qui eft auffi blanc ,
on lit ces mots La Liberté. Il doit arriver de Corfe
un Corps confidérable , formé de l'élite des habitans
de cette Ile. Differens Détachemens de trou
pes reglées , de Milices & des Païfans qui fe font
armés de leur propre mouvement , font diftribués
dans les vallées de Polfevera & de Bifagno & du
AVRIL. 159- 1747.
4
côté de Voltri , de forte qu'ils font à portée de fe
foutenir mutuellement , & fuppofé qu'ils ne puffent
réfilter aux efforts de l'ennemi , il leur fera
aifé de fe replier vers cette Ville , en difputant le
terrain qui eft coupé par plufieurs défilés . Quatre
mille Paifans ont attaqué à la Cafella douze cent
Allemands , qui quoiqu'ayant été fecourus par
deux mille des leurs , ont été mis en fuite après
avoir fait une très- grande perte . Le Chevalier Balbi
à la tête de neuf cent Génois a défait prefque
totalement un autre Détachement des ennemis
qui étoit fort fupérieur. Six cent foldats des troupes
de la Reine de Hongrie , qui reviennent de
Provence , ayant furpris , en paffant vers les hauteurs
de Voltri , cent cinquante Corfes , les obligerent
de fe battre en retraite , mais le Partiſan
Barbarofla , qui étoit près de là en courfe , marcha
fi promptement au fecours de ceux - ci , & fondit
avec tant d'impétuofité fur les ennemis , qu'ils furent
dans peu difperfés , à l'exception de deux cent
qui fe retrancherent dans le Château de Mrs Raggi
. Il les y força , tua trente hommes , & ramena
cent foixante & dix prifonniers , parmi lesquels
font cinq Officiers , dont un eft Aide de Camp
du Général Nadafti , & un autre eft au fervice du
Roi de Sardaigne. Le 22 l'armée ennemie fe mit
en mouvement fur trois colonnes avec de l'artillerie
pour s'avancer vers cette ville , & elle continua
le 23
fa marche , la dirigeant fur Pietra Lavezara ,
Voltagio , Langafco & Ponte Decimo , où étoit
fon point de réunion pour déboucher en force dans
Ja plaine, Le mauvais tems qu'il a fait depuis ce
jour , a mis les Allemands dans la néceffité de s'arrêter
à Ponte Decimo . Les bâtimens Génois , armés
en courfe , enlevent fouvent des navires chargés
de munitions pour les troupes de Sa Majesté
160 MERCURE DE FRANCE.
Hongroife; malgré les vaiffeau Anglois qui croifent
continuellement dans ces Parages , il entre
tous les jours dans ce Port quelque tartane qui
apporté ici des provifions.
L

GRANDE BRETAGNE .
E 6 du mois paffé les Seigneurs préſentérent
une Adreffe du Roi , pour le fupplier de leur
faire remettre un état des dettes de la Nation . Ils
déciderent dans la même fé nce que les articles
d'accufation contre le Lord Lovat , la réponſe de
ce Lord & la réplique qui y a été faite par la Chambre
des Communes , feroient imprimés , & qu'on
en donneroit un exemplaire à chaque Seigneur.
Le 9 ils pafferent le Bill pour continuer les droits
fur le Malt , & le Grand- Maître de la Maiſon du
Roi fit
rapport que fa Majefté devoit envoyer à la
Chambre l'état demandé par l'Adreſſe du 6. Le
Lord Lovat ayant repréſenté que deux des témoins
qu'il attendoit d'Ecoffe ne pouvoient arriver que
le 19 , fon procès qui devoit commencer le 16 ,
a été de nouveau differé . Le 6 la Chambre des
Communes lût pour la premiere fois le Bill , qui
établit une taxe fur les équipages , & elle ordonna
à la pluralité de cent cinquante-quatre voix contre
quatre-vingt- dix- fept , d'en faire une feconde
lecture. Elle lût le lendemain pour la feconde fois
celui concernant la révocation de l'acte qui défend
le commerce avec l'Espagne . On propofa de s'affembler
en Committé pour délibérer fur ce Bill ,
mais après quelques débats on convint de prier le
Roi de révoquer la défenſe , dès qu'il feroit informé
que Sa Majefté Catholique auroit confenti de
rendre à fes fujets la permiffion de commercer
avec ceux de la Grande- Bretagne . La Chambre
AVRIL. 1747. 161
réfolut le 9. de porter un Bill pour abolir les Jurif
dictions héréditaires d'Ecoffe , & elle fit quelques,
changemens au Bill pour naturalifer les Etrangers
Proteftans . Dans la féance fuivante la Chambre
fit la premiere lecture du Bill contre les foldats
mutins & les déferteurs. Ayant lû pour la feconde
fois le Bill de la taxe fur les équipages , elle rejetta
à la pluralité de cent quatre-vingt feize voix contre
cent trente la propofition qui fut faite d'effacer
la claufe portant que la direction de la levée de cette
taxe fera confié aux Commiffaires de l'Accife . Le
dernier Détachement des Gardes à pied , deftinées
à pafler dans les Païs - Bas , eft allé s'embarquer à
Gravefend. Une partie du Régiment d'Infanterie
de Johnſon a paffé par Londres pour le rendre au
même Port. On mande de Dublin que le Régiment
de Cavalerie de Ligonier & celui de Dragons
d'Hamilton avoient été obligés par une teinpête
, d'y relâcher. Le Régiment Royal & ceux
de Murray & de Bragg font toujours retenus à
Corcx par les vents contraires. Il y a apparence
que ce retard empêchera ces Régimens de prendre
terre fur la côte d'Angleterre , comme il leur avoit
été d'abord ordonné , & qu'ils continueront leur
route en droiture vers la Hollande. Tous les bâtimens
fretés pour y tranfporter les troupes qui
font en quartier dans les environs d'Edimbourg ,
font arrivés à la Rade de Leith . Selon les lettres de
Liverpool les Régimens qui s'y étoient embarqués
⚫ ont mis à la voile fous l'efcorte du vaiffeau de guerre
leWhitehaven , mais quelques- uns de bâtimens ,
à bord defquels ils font partis , ont échoué, & d'autres
font rentrés dans le Port , afin de réparer le
dommage qu'ils ont fouffert par le mauvais tems.
Plufieurs des Officiers Généraux , employés dans
l'armée commandée par le Duc de Cunbe: land ,
162 MERCURE DE FRANCE.
font déja partis pour aller joindre ce Prince . On
doit envoyer à cette armée un grand nombre de
canons de bronze , de fix livres de bale , fondus
fur le modéle des nouveaux canons inventés par
un Officier Saxon.
Les Seigneurs s'étant affemblés le 20 du mois
paffé dans leur Chambre , & le Lord Chancelier
s'y étant rendu avec les cérémonies accoûtumées ,
ils pafferent dans la grande Salle de Westminster,
où ils trouverent les Commiffaires choifis par la
Chambre des Communes , pour accufer le Lord
Lovat. Après que ce Lord eut été conduit à la
Barre , le Clerc de la Chambre des Pairs préſenta
la Commiffion par laquelle le Roi avoit nommé le
Lord Chancelier Grand Stewart , & l'on en fit la
lecture . On lût enfuite fept chefs d'accufation contre
le Lord Lovat , lefquels portoient que dès l'an
née 1743 il avoit entretenu des correspondances
avec le Chevalier de Saint Georges , lequel l'avoir
créé Duc de Fraſer & lui avoit accordé le grade de
Lieutenant Général avec le titre de Commandant
en chef dans les montagnes d'Ecoffe ; qu'il avoit
écrit au Prince Edouard une lettre pour lui offrir
ſes ſervices & ceux de fon fils ; qu'il avoit adreffé
plufieurs autres lettres à divers Partiſans de la
Maifon de Stuard , particulierement aux Lochiels
& aux Camerons ; qu'il avoit fait répandre dans le
Nord d'Ecoffe quelques écrits tendans à foulever
le peuple contre le Gouvernement ; qu'il avoit le
vé des foldats pour faire la guerre au Roi ; qu'il
avoit envoyé fon fils aíné à la tête d'un grand
nombre de ſes vaffaux joindre le Prince Edouard ;
& qu'il avoit fourni de l'argent , des armes & des
munitions de guerre aux troupes de ce Prince .
Sur la fommation faite au Lord Lovat de déclarer
s'il fe reconnoilloit coupable des faits allegués
AVRIL. 163 1747.
contre lui , il protefta qu'il étoit innocent , & qu'il
avoit toujours fait profeffion d'être inviolablement
attaché aux intérêts du Roi. Le Chevalier Young ,
un des Commiffaires de la Chambre des Communes
, fit le rapport des preuves fur lesquelles étoit
fondée l'accufation , & il produifit deux témoins
qui furent entendus , quoique le Lord Lovat prétendit
qu'étant de fes Fermiers , ils ne pouvoient
dépofer contre leur Seigneur. Ce Lord fut ramené
le lendemain à la Barre , où les deux Chambres
lui permirent de s'affeoir à caufe de ſa vieilleffe
& de fes infirmités. Les Commiffaires de la
Chambre des Communes ayant propofé de recevoir
contre lui la dépofition de M. Jean Murray ,
ci-devant Secretaire du Prince Edouard , le Lord
Lovat objecta que ce Secretaire ne pouvoit être
admis comme témoin , puifqu'il étoit lui -même
accufé de haute trahifon . Le Solliciteur Général
répondit que M. Murray avoit abandonné le
Prince Edouard avant l'expiration du terme fixé
par le Parlement . Pour le prouver on rapporta
un Extrait des Regiftres de la Cour du Banc du
Roi , dont le Lord Lovat demanda inutilement de
montrer la fauffeté. Le 22 M. Murray , après
avoir prêté ferment devant les deux Chambres ,
certifia que le Lord Lovat avoit affifté à plufieurs
affemblées tenues par les Adhérans de la Maiſon
de Stuard , & qu'il avoit affifté ce Parti d'hommes
& d'argent. Ce témoin entra dans- plufieurs dé
tails fur ce qui s'étoit paffé pendant le féjour da
Prince Edouard en Ecoffe , & il nomma diverfes
perfonnes de diftinction comme étant impliquées
dans les projets de ce Prince mais quelques
Seigneurs l'interrompirent , & on lui ordonna
de fe borner à ce qui concernoit la perfonne du
Lord Lovat. Lorfque M. Murray cut cellé de par-
2.
>
164 MERCURE DE FRANCE.
ler on interrogea plufieufs particuliers qui confirmerent
fes dépofitions.Une indifpofition du Lord
Lovat fit fufpendre le 23 la procédure. La féance
du 24 & celle du 27 furent employées à la vérification
des lettres écrites par le prifonnier ou par
fon ordre à des Partifans de la Maifon de Stuard.
Dans cette derniere féance il fupplia le Parlement
de confentir que Mrs Norman & Leod
Députés de la Chambre des Communes , priffent
fa défenſe. Le 28 le procès fut continué : les deux
Députés ci-deffus nommés firent fans fuccès de
longs difcours pour juftifier l'accufé , & ce prifonfonnier
ayant eu ordre de répondre définitivement
, dit que fon grand âge & la foiblefle de ſa
fanté ne lui permettoient point de plaider luimême
fa caufe , mais qu'il avoit exposé confufément
fes idées dans un Mémoire , & qu'il efperoit
que les Seigneurs voudroient bien en entendre la
lecture. Cette grace lui fut accordée. Après l'examen
du Mémoire on demanda au Lord Lovat s'il
étoit en état d'appeller quelques témoins , fur quoi
il repliqua que ceux qu'il avoit mandés d'Ecoffe
n'avoient pû fe rendre à Londres. Il offrit en
même tems de prouver que les uns avoient été
menacés de prifon , en cas qu'ils dépofaffent en fa
faveur , & que d'autres avoient été contraints de
s'enfuir dans les montagnes , pour fuir une injufte
perfécution. Les Commiflaires de la Chambre des
Communes traiterent de calomnies les allégations
du prifonnier , & les Seigneurs s'étant retités dans
leur Chambre , examinerent le Journal des procédures
faites en 1715 contre le Comte de Wintown.
Ils retournerent enfuite dans la grande Salle
de Weftminfter , à l'exception des Pairs Eccléfiaftiques
, & le Grand Stewart ayant pris les avis
des Juges , le Lord Lovat fut déclaré coupable de
AVRIL. 1747. 169
le
haute trahifon . On le ramena à la Barre pour
lui annoncer. Le 30 , jour auquel fa Sentence
devoit être prononcée , il harangua les Seigneurs ,
& fe plaignit de ce qu'on ne lui avoit pas fourni
les moyens de faire venir les témoins qui pouvoient
prouver fon innocence, Sans avoir égard
à fon difcours les Seigneurs rentrerent dans leur
Chambre pour rediger le jugement , & ils réfolu
rent qu'il feroit conforme à celui qui avoit été
porté contre le Comte de Wintown, Dès qu'ils
furent retournés à la grande Salle de Weſtminſter ,
le Grand Stewart demanda de nouveau s'il reftoit
au Lord Lovat quelque chofe à alleguer pour
fufpendre fa condamnation. Ce Lord ayant répondu
que non , le Grand Stewart déclara que
Paccufé étoit puniffable de mort , & il rompit la
baguette , pour figne que fa Commiffion étoit
terminée. Les Seigneurs ordonnerent que le dif
cours , adreffé en cette occafion au prifonnier par
le Grand Stewart , fût publié , & inferé dans les
Regiftres de leur Chambre.Avant que d'être reconduit
à la Tour , le Lord Lovat fe recommanda au
Parlement , & le pria d'implorer pour lui la clémence
du Roi. Quelques recherches qu'on ait
faites , on n'a pû retrouver la caffette dont il
avoit demandé la reftitution , & dans laquelle il
prétend qu'il y avoit fix mille guinées & plufieurs
bijoux . Le 24 les Seigneurs pafferent le Bill contre
les foldats mutins & les déferteurs , & le 28
ils firent la troifiéme lecture du Bill pour établir
une taxe fur les caroffes , & pour lever un million
de livres fterlings par voie de Lotterie . Les habitans
de Weftminſter préfenterent le même jour.
a la Chambre des Communes une Requête , dans
laquelle ils remontrent les inconvéniens qui peuvent
réfulter de la naturalifation des Etrangers.
166 MERCURE DE FRANCE.
Le bruit court que le Parlement doit ordonner
par un Bill de ne plus fe fervir dans les dattes que
du nouveau Stile. On équipe à Spithéad une
nombreuſe Efcadre , dont on ne dit pas encore la
deftination, L'Amiral Warren en aura le commandement
, & il arborera fon Pavillon à bord du
Vaiffeau le Yarmouth. Le Corfaire le Guernesey
s'eft emparé d'un navire qui revenoit de la Martinique
à Nantes. Deux autres navires François ,
& un Hollandois de vingt - quatre canons , chargé
de cacao pour la France , ont été pris par le Corfaire
le Sheernes. Il eft arrivé à Gibraltar un vaiffean
de guerre Efpagnol , dont le vaiffeau du
Roi le Jersey s'eft rendu maître après un combat
de trois heures, Ce Vaiffeau ennemi avoit fait.
voile de Cadix pour l'Amérique avec trois vaif
feaux de Régiftre auxquels il fervoit d'escorte , &
qui , pendant qu'il a combattu , ont profité du
vent pour continuer leur route. Les François &
les Efpagnols ont enlevé huit navires Anglois ,
fur l'un defquels étoit une partie du Régi
ment de Bragg avec les tentes & les équipages
de ce Corps , & l'on prétend que depuis le
commencement de la guerre la Grande Bretagne
a déja perdu plus de douze cent bâtimens. On
embarqua le 18 fur la Tamife un train d'artillerie
& une grande quantité de fourage pour l'armée
que les Alliés fe propofent d'affembler dans les
Pays Bas. Les lettres de divers Ports d'Irlande
marquent qu'on y prenoit de force tous les matelots
pour les employer au fervice de la Flotte de
fa Majefté. Selon les mêmes avis on a reçu à
Dublin un ordre de la Cour de reformer cinq
hommes par Compagnie dans divers Régimens
d'Infanterie , & de réduire à quarante Cavaliers
chacune de celles du Régiment de Ligonier, Ces
AVRIL. 1747. 167
avis ajoutent que les troupes , qui s'étoient embarquées
à Corcx avoient été obligées par les
vents contraires , de relâcher à Crockaven près
du Cap de Clare. On mande d'Edimbourg qu'on
avoit levé en Ecoffe un grand nombre de foldats
de recrues pour les Régimens Ecoffois qui font
à la folde des Etats Généraux des Provinces Unies ,
& qu'on devoit à la premiere occafion favorable
les faire pafler en Hollande. Le 25 le Roi reçur
un courier extraordinaire du Duc de Cumberland .
Les Intéreffés dans la Banque tinrent le 30 du
mois paffé une affemblée générale , & ils réfolu
rent que le Dividend des Actions qui écherra le s
du mois prochain , feroit de deux & demi pour
cent payable le 11 Mai. Les Négocians de cette
Ville fe difpofent à préfenter une Adreffe au Parlement
pour demander que le commerce des ſujets
de fa Majefté foit protegé plus efficacement. M,
Stafford , qui avoit été détenu pendant plufieurs
mois dans la prifon de Newgate comme fufpect
au Gouvernement , fut remis le 28 en liberté . “ On
arrêta le 27 fut un navire Hollandois trois Etrangers
qu'on accufe d'être des efpions , & ils furent
Conduits à la Tour.
Les Actions de la Compagnie de la mer du Sud
font à cent un & un quart ; celles de la Banque
à cent vingt- neuf ; celles de la Compagnie des Indes
Orientales à cent foixante quatorze & demi
& les Annuités à cent un.
DE LA HA Y E.
Na publié depuis peu une Convention conblique
& le Landgraviat de Heffe Caffel au fujet
des Déferteurs. Il eſt réglé par cette Convention
168 MERCURE DE FRANCE.
qu'aucun Déserteur des troupes d'un Etat ne
pourra être reçu dans les troupes de l'autre , qu'en
conféquence on fera obligé refpectivement de
faire arrêter tous ceux qui le préfenteront , de les
mettre fous fûre garde & de les dénoncer au
Commandant des troupes dont ils auront déferté ;
qu'on renverra de même tous ceux qui ne feront
point munis de paffeports , quand même ils prouveroient
qu'en abandonnant leur Drapeau
ils
n'ont point eu deffein de paffer à un fervice étranger;
que tout déferteur fera rendu dans lemême
état qu'il aura été arrêté ; que s'il a vendu fon
cheval , ſon habit & fes armes , les Commandans
des Corps refpećtifs feront leur poffible pour
qu'ils foient reftitués au Régiment , & que de
part & d'autre on fe rembourfera réciproquement
les dépenfes qui auront été faites pour la.détention
& pour la fubfiftance du prifonuier . La plupart
des troupes dont l'armée des Alliés doit être comrofée
font en mouvement , & l'on aflûre qu'elles
commenceront à cantonner le 15 de ce mois. Celles
de Hannover , qui ont paffé l'hyver dans la
Province de Gueldre , marchent du côté de Grave.
Le rendez-vous de celles de la Reine de Hongrie
eft à Sittard , & le Feldr Maréchal Comte de Ba
thiani en détachera quinze mille hommes , deftinés
à joindre les troupes Angloifes & celles de la
République qui doivent former un camp dans les
environs de Breda . Selon un état qui paroît des
troupes de fa Majefté Hongroife , elles feront
compofées de cinquante-deux Bataillons & de
foixante & dix Efcadrons de troupes réglées , de
trente-trois Efcadrons de Huffards & de Croates
de quatre mille Lycaniens , de quatre Compagnies
Franches , & du Corps de Pandoures , ci- devant
commandé par le Baron de Trenck. On a jetté
部蹄
AVRIL. 1747.
169

un pont fur la Meufe près de Maſeуk , afin de
faciliter le paffage des troupes qu'on attend d'Allemagne.
Il s'eft tenu chés le Duc de Cumberland
plufieurs conférences , aufquelles tous les
Généraux des troupes des Alliés ont affifté , & ce
-Prince eft parti de 7 pour Rois-le-Duc , où le Feldt-
Maréchal Comte de Bathiani eft depuis le 3, Le
Prince de Waldeck , Général des troupes de la
République , confera le 19 avec M. Gerlacius
Préſident de l'affemblée des Etats Généraux . Les
Etats de Gueldre ont difpofé d'un Régiment de
Cavalerie en faveur de M. Van - Eck , à la place
duquel M. de Lynden a été nommé Colonel Com
mandant du Régiment de Brakel . Les nouvelles
de Stockholm affûrent que le Comte de Teffin a
repris de nouveau la réſolution de ſe démettre de
tous les emplois , malgré les inftances que les Etats
du Royaume de Suéde ont faites pour l'en détourner.
Le Roi de Pologne Duc de Lorraine & de Bar
ayant fait donner part aux Etats Généraux de la
mort de la Reine fon époufe , les Etats Généraux
ont écrit à Sa Majeſté Polonoiſe une lettre de
condoleance fur cet évenement, On a appris que
le Duc de Cumberland , après avoir fait quelque
féjour à Bois-le-Duc , s'étoit rendu à Tillebourg
où il a établi fon quartier général. L'armée des
Alliés fera partagée d'abord en trois Corps differens
, les troupes de la Reine de Hongrie devant
camper dans les environs de Liége , celles du Roi
de la Grande Bretagne près de Bois- le - Duc , &
celles de la République fous Breda . Les Gardes à
cheval & le Régiment des Gardes à pied des Etats
Généraux le mettront inceffamment en marche
pour fe rendre à ce dernier camp.
H
#70 MERCURE DE FRANCE .
OPERATIONS DE L'ARME'E DE FLANDRES.
L
Du 17 Avril 1747 .
Es troupes du Roi deftinées à former
l'armée des Pais- Bas , fe font raffemblées
en differens Corps , fçavoir :
Un Corps de 21 Bataillons , d'un Régiment
de Dragons & d'un Régiment de Volontaires
a dû être rendu à Gand oi à
Bruges du 14 au 16 , avec un train de
de groffe artillerie ; ce Corps eft aux ordres
de Mrs de Lowendal & de Montmorin.
Quatre Bataillons & un Régiment de
Dragons cantonneront aujourd'hui 17 fur
la Durme , aux ordres de Mrs de Contade
& d'Hérouville , qui étant à Anvers , ont
auffi à leur difpofition la Garnifon d'Anvers
compofée de 18 Bataillons & de 8
Efcadrons , avec un fecond équipage de
gros canon , & le Bataillon de Royal Artillerie
de Pumbeck.
Le
gros des troupes
, à l'exception
de la
Maifon du Roi , de la Gendarmerie , de la
Brigade des Gardes & de quelques Bataillons
qui feront ici , ou à portée , avant la
fin du mois , eft cantonnée depuis le 15';
I'Infanterie fur deux lignes , entre la Dylle
& la Seine , au nombre de 103 Bataillons
AVRIL. 171 1747.
& de 68 Efcadrons , y compris les Garnifons
de Louvain , Malines & Bruxelles.
Cette Infanterie appuye fa droite à
Vauze , où commande M. de Maubourg ;
le centre eft à Louvain , aux ordres de M.
de Senneterre.
La gauche fe prolonge jufqu'au- deffous
de Malines , ou eft Milord Clare.
La Cavalerie eft cantonnée fur deux lignes
entre la Dendre & la Senne.
La droite eft aux ordres de M. le Prince
de Pons , qui eft à Anderleck .
La Cavalerie du centre eft commandée
par M. du Châtel , qui fe tient à l'Abbayc
de Grimberghe.
M. de Berchiny , qui eft à Dendermonde
, commande la Cavalerie de la gauche.
M. de Pontchartrain eft à Aloft , avec les
Carabiniers.
M. le Maréchal eft dans Bruxelles avec
Mrs les Officiers Généraux , qui ne font
point employés dans les cantonnemens.
M. le Maréchal a donné des ordres pour
élaguer toutes les hayes &buiffons qui font
à la rive droite de la Dylle , fur laquelle
on va jetter plufieurs ponts.
Les Alliés font en mouvement depuis
plufieurs jours , ils fe raffemblent en trois
Corps , celui de la droite , compofé des
Hij
172 MERCURE DE FRANCE.
Hollandois , eft fous Bréda , avec quelques
Bataillons vers Bergoploom.
Le centre.compofé des troupes à la folde
d'Angleterre , eft à Bois-le-Duc , la gauche
compofée des Autrichiens , eft à Cindhoven
, s'allongeant vers Maffeik.
Le mouvement des troupes Alliées qui
fe font retirées du Luxembourg , en a déterminé
un dans le Corps que nous avions
dans les Evêchés , ces troupes defcendent
la Meufe fucceffivement & par cantonnement.
M. le Comte de Clermont
qui les commande , fera en perfonne le
18 à Namur , où les Régimens d'Enghien ,
de Vermandois & d'Heudicourt l'ont précedé
de quelques jours ; le Régiment de la
Ferre , qui avoit marché en même-tems que
ces derniers Régimens , s'eft rendu à Mons.
300 canoniers de marine ont ordre de
fe rendre de Dunkerque à Bruges ; on en a
envoyé auffi un ſecond pour arrêter toutes
les Bellandres qui font fur l'Eſcaut , & les
raffembler à Gand .
Du Quartier général de M. de Lowendal ,
à Ardembourg le 18 Avril 1747.
La longueur de la marche que les
troupes ont été obligées de faire pour fe
fe rendre aux endroits défignés , ne leur a
AVRIL. 1747. 173
permis d'y arriver que très-tard . M. de
Vaux a dû prendre pofte ce matin de l'autre
côté du Sas de Gand & inveftir cette
Place .
M. de Lowendal s'eft établi de fon côté
à Ardembourg pour faire l'inveftiffement
de l'Eclufe ; il a dû faire attaquer le 19 au
point du jour une redoute qui eft fur la
Digue qui cottoye la mer , & laquelle prorege
l'Eclufe , qui fert à former l'inondation
de ces côtés - là . Les Dragons de Septimanie
& deux Bataillons aux ordres de
M. de Rollinger , ont pris pofte dans l'Ilede
Cadfant.
Les Lamorlieres ont pris chemin faifant,
deux redoutes , dans l'une defquelles il y
avoit fept piéces de canon , plufieurs fuſils
& des munitions , avec douze hommes
qu'on a fait prifonniers . On a pris d'autre
part pareil nombre & deux Officiers .
Il y a trois Bataillons dans l'Eclufe & ya
deux dans le Sas de Gand .
Du Quartier Général de M. de Contades ,
à Doël le 18 Avril 1747.
Le 17 Avril à l'entrée de la nuit dix
Compagnies de Grenadiers & 500 fafiliers
aux ordres de M. d'Hérouville , Maréchal
de Camp , fe font embarqués à Anvers
pour paffer à la tête de Flandres . Ce Dé-
H iij
174 MERCURE DE FRANCE.
tachement s'eft porté au village de Doël
où il est arrivé & a pris pofte à la pointe
du jour fans aucune oppofition de la part
de la Garnifon du Fort de Lieskenzoek .
>
M. d'Hérouville avoit avec ce Détachement
quatre piéces de canon de douze
qui en paroiffant fur la Digue fans tirer ,
ont fait retirer les frégates Hollandoifes
qui étoient fous le Fort de l'Illo , & qui fe
font mifes à l'ancre au- deffous de Doël de
l'autre côté de l'Escaut & hors de la portée
du canon .
Les trois Bataillons de Bettens font arrivés
le 18 à 11 heures du matin au village
de Lalloo , & ont inveſti du côté de la terre
le Fort de la Perle . Le Commandant de
ce Fort s'attendoit peu d'être attaqué £
qu'il avoit envoyé 60 hommes de fa Garnifon
pour lui chercher des vivres . On eft
actuellement à leur pourfuite.
Les Dragons d'Egmont & le Régiment
de la Tour Dupin ont dû prendre pofte du
18 au 19 à Doël & Kildreck , & le Régiment
de Berri à Beveren .
On a débarqué le 18 à Borek , rive de
l'Eſcaut , la groffe artillerie deftinée pour
cette expédition , & qu'on avoit embarquée
à Bruxelles.
1
AVRIL. 1747. 178
宗箂宋宋:宗宗宗宗宗宗宗宗
L
FRANCE.
Nouvelles de la Cour , de Paris , &c.
E 19 du mois dernier Dimanche de
la Paffion le Roi & la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château la
Meffe chantée par la Mufique.
L'après-midi la Reine accompagnée de
Monfeigneur le Dauphin & de Mefdames
Ide France affifta à la prédication du Pere
Hericourt Théatin .
La Reine accompagnée de même enrendit
le 17 & le 21 le Sermon du même
Prédicateur.
Le 21 M. Grofs. Miniftre Plénipotentiaire
de l'Imperatrice de Ruffie eut une
audience particuliere du Roi dans le Cabinet
de S. M. étant conduit par le Mar
quis de Verneuil Introducteur des Ambaffadeurs
.
Le 24 le Marquis de Braffac Premier
Gentilhomme de la Chambre du Roi de
Pologne , Duc de Lorraine & de Bar
préfenta au Roi la lettre que ce Prince a
écrite à S. M. pour lui donner part de la
mort de la Reine de Pologne.
Le Maréchal Comte de Saxe ayant pris
Hiiij
176 MERCURE DE FRANCE.
congé du Roi le 24 , partit le 28 pour
aller prendre le commandement de l'Armée
que S. M.fe propofe de faire affembler
dans les Pays- Bas.
Le 26 Dimanche des Rameaux le Roi
accompagné de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France , affifta dans la
Chapelle du Château à la Bénédiction des
Palmes qui fut faite par l'Abbé Broffeau
Chapelain ordinaire de la Chapelle de
Mufique , lequel en préfenta une au Roi.
S. M. alla à la Proceffion & adora la
Croix. Le Roi entendit enfuite la grande
Meffe célébrée par le même Chapelain ..
La Reine & Madame la Dauphine entendirent
la Meffe dans la Tribune.
L'après- midi le Roi accompagné comme
fe matin affifta à la prédication du Pere
Hericourt.
Le 27 la Reine communia dans l'Eglife
de la Paroiffe du Château par les mains
de l'Evêque de Chartres fon Premier
Aumônier.
Le 29 Mercredi -Saint le Roi & la Reine
entendirent dans la même Chapelle
F'Office des Ténébres.
Le 31 Vendredi- Saint le Roi & la
Reine accompagnés de Monfeigneur le
Dauphin & de Mefdames de France , affifterent
au Sermon de la Paffion du Pere
AVRIL. 1747. 177
Hericourt. Leurs Majeftés entendirent
l'Office & allerent à l'Adoration de la
Croix. Le foir elles affifterent à l'Office
des Ténébres..
Le premier de ce mois Samedi Saint la
Reine accompagnée de Monfeigneur le
Dauphin & de Meſdames de France affifta
aux Complies & au Salut , pendant lequel
10 Filii für chanté par la Mufique.
Le 2 Fête de Pâques le Roi & la Reine
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
& de Mefdames de France entendirent
dans la Chapelle du Château la grande
Meffe célébrée pontificalement par I'Evêque
de Dijon & chantée par la Mufique.
Madame la Dauphine entendit la
même Meffe dans la Tribune. L'aprèsmidi
leurs Majeftés affifterent au Sermon
du Pere Hericourt , & enfuite aux Vêpres
auxquelles le même Prélat officia .
Le même jour le Roi fit rendre à l'E--
glife de la Paroiffe du Château les Pains
bénits qui furent préfentés par un des Au
môniers de S. M.
Le 4 de ce mois les nouveaux Drapeaux
du Régiment des Gardes Françoifes
& de. celui des Gardés Suiffes furent portés
à l'Eglife Métropolitaine , où ils furent
bénits par l'Archevêque de Paris avec les
cérémonies accoûtumées..
Hw
"
178 MERCURE DEFRANCE.
Le 7 de ce mois après- midi le Roi fit
dans la Plaine des Sablons la revûë du
Régiment des Gardes Françoifes & de
celui des Gardes Suiffes , defquels après
avoir fait l'exercice défilerent en préfence
de S. M. Mefdames de France fe trouverent
à cette revûë.
Le 9 Dimanche de Quasimodo le Roi
& la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château la Meffe chantée par la Mufique.
La Reine fit rendre le même jour à
l'Eglife de la Paroiffe du Château les
Pains bénits qui furent préfentés par l'Abbé
de Goyon de Matignon fon Aumônier
en Quartier.
Le M. Durini Archevêque de
Rhodes , Nonce ordinaire du Pape , à la
tête des Ambaffadeurs , des Envoyés &
des Miniftres. Plénipotentiaires , tous en
longs manteaux de deüil eut une audience.
publique du Roi , dans laquelle il fit fon
compliment de condoléance à S. M. fur la
mort de la Reine de Pologne , Ducheffe
de Lorraine & de Bar. Le Duc de Bethune-
Capitaine des Gardes du Corps , en long
manteau de deüil le reçut à la porte en
dedans de la Salle où les Gardes du Corps
étoient en haye & fous les armes. M. Duxini
fut conduit à cette audience ainfi qu'à
AVRIL. 1747. 179
celles de la Reine , de Monfeigneur le
Dauphin , de Madame la Dauphine , de
Madame & de Mefdames de France , par
le Marquis de Verneuil Introducteur des
Ambaffadeurs.
La Ducheffe de Chartres accoucha le
13 à Saint Cloud d'un Prince qui fera.
nommé le Duc de Montpenfier...
Le Roi a accordé à M. de Lamoignon
de Montrevault la Charge de Préfident du
Parlement , vacante par la démiffion du
Préſident de Lamoignon..
Par un article préliminaire d'échange
que M. Seigneur Commiffaire des guerres
, & M. Cakaüre Lieutenant Colonel
du Régiment Anglois de Pulteney ont
figné à Anvers les de ce mois , on eft
convenu que tous les Officiers & Soldats
faits prifonniers de guerre par les troupes
du Roi & par celles de S. M. Br . & qui
ont été renvoyés de part & d'autre fur leur
parole , feroient libres & pourroient comme
tels recommençer leur fervice milimaire.
Le 14 de ce mois le Roi & la Reine
entendirent dans la Chapelle du Château
Ja Meffe de Requiem , pendant laquelle le
De profundis fut chanté par la Mufique
pour l'Anniverfaire de Monfeigneur le
Dauphin , Aycul du Roi .
Hvj
180 MERCURE DE FRANCE.
Le 13 au matin le Parlement , M. dè .
Maupeou Premier Préfident , portant la
parole , complimenta le Roi fur la mort
de la Reine de Pologne , Ducheffe de
Lorraine & de Bar. La Chambre des
Comptes , la Cour des Aides , la Cour
des Monnoyes , & le Corps de Ville , eu .
rent audience de Sa Majefté fur le même
fujet . M. de Nicolay Premier Préfident de
Ja Chambre des Compres ; M. de Lamoignon
de Blancmefnil Premier Préſident
de la Cour des Aides ; M. Chopin de
Gouzangré Premier Préfident de celle des:
Monnoyes , & M. de Bernage Prévôt- des
Marchands , porterent la parole. L'aprèsmidi
le Grand Confeil , M. de Caumartin
Conſeiller d'Etat , nommé par Sa Majeſté
pour préfider pendant cette année à cette
Compagnie , étant à là tête , s'acquitta du
même devoir , ainfi que l'Univerfité &
l'Académie Françoife . M. Cochet- Recteur
parla pour l'Univerfité , & l'Abbéde
Bernis au nom de PAcadémie. Le Par
lement , la Chambre des Comptes , la
Cour des Aides & le Grand Confeil , fu-.
rent préfentés à l'audience du Rei , & à
celles qu'ils eurent le même jour de la.
Reine , de Monfeigneur le Dauphin & de
Madame la Dauphine , par le Comte de
Maurepas Miniftre & Secretaire d'Etats
4 AVRIL. 1747. 18t
& ils y furent conduits par le Marquis de
Dreux Grand Maître des Cérémonies , &
par M. Giféux , Maître des Cérémonies en
furvivance de M. Defgranges.
*
Le Roi a difpofé du Gouvernement de
Mezieres , vacant par la mort du Comte
de Saumery , en faveur du Chevalier de
Gramont Maréchal de Camp , Lieutenantdes
Gardés du Corps..
Sa Majesté a accordé au Marquis dé
Valence Brigadier le Régiment d'Infan
terie de Bearn , vacant par la démiffion du
Chevalier de Válence fon frere , qui a été ›
nommé Colonel en fecond de ce Régi
ment , & au Chevalier de Marcieu Capi
raine dans le Régiment Royal Pologne
le Régiment d'Infanterie des Landes don
s'eft demis M. de Villeneuve ..
Le 16 de ce mois M. Tron Ambaffadeur
Ordinaire de la République de Venife ,
fit fon entréé publique en cette Ville..
Le Maréchal d'Ifenghien & le Marquis
-de Verneuil Introducteur des Ambaffa
deurs , allèrent le prendre dans les caroffés
dé leurs Majeftés au Couvent de Picpus,
d'où la marche fe fit en cet ordre. Le caroffe
de l'Introducteur , celui du Maréchal
d'Ifenghien ; un Suiffe de l'Ambaffadeur, à
cheval ; ſa Livrée à pied ; cinq de fes Officiers
, un Ecuyer & fix Pages à cheval ; le

182 MERCURE DE FRANCE.
4
caroffe du Roi , à côté duquel marchoient
la Livrée du Maréchal d'Ifenghien & celle
de l'Introducteur ; le caroffe de la Reine ;
celui de Madame la Dauphine ; ceux de
Madame la Ducheffe d'Orleans , .du Duc
d'Orleans , du Duc de Chartres , de la.
Ducheffe de Chartres , du Prince de Conty,
de la Ducheffe du Maine , du Prince
de Dombes , du Comte d'Eu , de la Com-
Leffe de Toulouſe , & celui du Marquis
de Puyficulx Miniftre & Secretaire d'Eat
, ayant le Département des Affaires.
Etrangeres. Les quatre caroffes de l'Ambaffadeur
, précédés d'un Suiffe à cheval ,
marchoient enfuite à une diftance de trente
à quarante pas. Lorfque l'Ambaffadeur
fut arrivé à fon Hôtel , il fut complimenté
de la part du Roi par le Duc de Gêvres ,
Premier Gentilhomme de la Chambre de
Sa Majefté ; de la part de la Reine par le
Duc de Bethune , faifant les fonctions de
fon Premier Ecuyer , de la part de Madame
la Dauphine par le Comte de Rubempré
, fon premier Ecuyer , & de la.partde
Madame la Ducheffe d'Orleans par le Marquis
de Crevecoeur , Premier Ecuyer de:
fon Altefle Royale.
Le 18 le Prince Camille & le Marquis
de Verneuil Introducteur des Ambaf
fadeurs allerent prendre M. Tron
AVRIL. 1747. 1833
3
-
fon Hôtel dans les caroffes du Roi & de la
Reine , & ils le conduifirent à Verſailles ,
où il eut fa premiere audience publique
du Roi. L'Ambaffadeur trouva à ſon paffage
dans l'avant- cour du Château les
Compagnies des . Gardes Françoiſes &
Suiffes fous les armes , les tambours appellans
; dans la Cour , les Gardes de la Porte
- & ceux de la Prévôté de l'Hôtel fous les.
carmes à leurs poftes ordinaires , & fur l'ef
calier les Cent Suiffes la hallebarde à la
main. Il fut reçu en dedans de la Salle
des Gardes par le Duc de Bethune , Capi
taine des Gardes du Corps qui étoient en
haye & fous les armes . Après l'audience
-du Roi l'Ambaffadeur fut conduit à l'au
dience de la Reine , & à celles de Monfeignent
le Dauphin & de Madame la
Dauphine par le Prince Camille & par
Introducteur des Ambaffadeurs. Il fut
-conduit enfuite à celles de Madame & de
-Mefdames de France , & après avoir été
traité par les Officiers du Roi , il fut reconduit
à Paris dans les caroffes de leurs
Majeftés avec les cérémonies accoûtumées.
Les Lieutenans Généraux nommés par le
Roi pour fervir pendant la campagne prochaine
dans l'armée que Sa Majesté a fait
affembler en Flandres , font MM. le Mar184
MERCURE DE FRANCE
"
.
quis de Clermont Tonnerre , le Marquis
de Senecterre , le Comte de Clermont ,
le Prince de Dombes , le Comte d'Eu , le
Marquis de Maubourg , le Marquis de
Meuze , le Marquis de Clermont Gallerande
, le Marquis du Chaila , le Comte
de Baviere , le Comte de Monteffon , le
Comte de Lautrec , le Marquis dé Putanges
, le Comte de Coigny le Duc de Biron
, le Comte de Lowendal, le Marquis
de Berenger , le Duc de Bouttevillė , le
Marquis du Chaſtel , le Duc de Richelieu ,
le Prince de Pons , le Marquis de Brezé ,
le Duc de Luxembourg, le Comte d'Eftrées,
le Comte de Berchiny , le Comte de
Clare , le Marquis de Salieres , le Cheva-
-lier d'Apcher , le Marquis de Mirepoix ,
le Marquis de Clermont d'Amboife , le
Marquis de Langeron , le Marquis de
Croiffy , le Duc de Chartres , le Marquis.
de Pontchartrain , le Comte de Courtomer
, le Marquis de Contades & le Marquis
d'Armentieres.
Les Maréchaux de Camp employés
dans la même armée,font MM.le Marquis
de Fimarcon , le Comte de Graville , le Duc
de Briffac , le Marquis de Souvré , le Duc
de Chevreufe , le Marquis du Châtelet ,
le Chevalier Courten , le Due d'Aumont ,
le Duc d'Ayen , le Prince de Soubize , le
AVRIL. 1747. 185
Duc de Chaulnes , M. de Relingue , le
Marquis du Muy , le Marquis d'Anlezy ,
Le Comte de Laigle , le Marquis de Sourches
, le Comte de Rozen , le Comte de
Fitz- James , le Marquis de Baufremont ,
le Comte de Saulx , le Prince de Tingry
le Comte de la Suze , le Chevalier de Nicolay
, le Duc de Fitz-James , le Comte
= de Luffan , le Comte de Noailles , le
Comte de Maillebois , le Comte de Choifeul
, le Duc de Broglie , le Comte de Blet,
le Marquis du Mefnil , le Baron de Montmorency
, le Chevalier du Muy , M. de
Rothe , le Marquis de Chabannois
Marquis de Rochechouart Faudoas , le
Marquis de Montmorin , le Comte de
Lorges , le Marquis d'Hérouville , le Duc
de Lauraguais , le Duc de Duras , le Comte
de Froulay , le Comte de la Marche
le Marquis de Boudeville , le Comte de
Pons , le Marquis de Montbarrey , le Marquis
de Beaupreau , le Comte de la Vauguyon
, le Marquis de Guerchy , le Marquis
de Gontault , le Duc d'Havré & le
Comte de Saint Germain .
, le
M. de Cremille a été nommé Maréchal
Général des Logis de cette armée ; le Che
valier de Vaudreuil , Major Général de
Infanterie , & . M. de Croifmar , Maréchal
Général des Logis de la Cavalerie
"C
186 MERCURE DE FRANCE.
,
Le Roi a fait une Promotion de quarante-
fept Brigadiers d'Infanterie de
trente- neuf de Cavalerie & de fix de Dragons
.
Brigadiers d'Infanterie.
Mrs de Befenval Capitaine au Régi
ment des Gardes Suiffes ; de la Tour Dupin
Colonel Lieutenant du Régiment de
Bourbon ; le Comte de Gramont Colonel
du Régiment de Haynault , Settiés
Capitaine au Régiment des Gardes Suiffes
; le Baron de Rool commandant la
Compagnie Générale des Suiffes ; le Baron
de Travers d'Hertenftein Capitaine
au Régiment des Gardes Suiffes ; le Chevalier
de Courtomer Capitaine d'une
Compagnie de Grenadiers du Régiment
des Gardes Françoifes ; de Reynold Lieutenant
des Cent Suiffes de la Garde du
Roi ; de Balleroy Colonel Lieutenant du
Régiment d'Orleans ; Waldner Capitaine
commandant une Compagnie dans
le Régiment des Gardes Suiffes ; le Comte
de Revel Colonel du Régiment de Poitou
; de Moncalm Colonel du Régiment
d'Auxerrois ; d'Erlach Lieutenant Colonel
du Régiment Suiffe de Bettens avec
rang de Colonel ; Cabalzar Lieutenant
Colonel du Régiment Suiffe de Diefback
AVRIL. 1747.
187
-Cr
avec rangde Colonel ; Rouffinger Lieutenant
Colonel du Régiment de Saxe avec
rang de Colonel ; le Chevalier de la
Marck , Lieutenant Colonel du Régiment
de la Marck avec rang de Colonel ; le
Baron d'Efclimeux Lieutenant Colonel
du Régiment de Boufflers Wailon avec
rang de Colonel ; Tunderfeld Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Suédois avec
rang de Colonel ; le Chevalier de Grollier
Colonel du Régiment de Foix ; de Beauregard
Lieutenant Colonel du Régiment
de Guife ; de Bercy Lieutenant Colonel
du Régiment de Segur ; de Gunderode
Lieutenant Colonel du Régiment Royal
Baviere ; Barbau de Grandvillars Lieute
nant Colonel du Régiment de la Courau-
Chantre ; de Comeiras Lieutenant Colonel
du Régiment Royal Corfe ; de Malmedy
Lieutenant Colonel du Régiment
Dauphin ; de Faucon Lieutenant Colonel
du Régiment de Montmorin ; de Tondut
Lieutenant Colonel du Régiment de Lorraine
de Bompart Lieutenant Colonel
du Régiment de Medoc ; de Cufacque
Lieutenant Colonel du Régiment de Rothe
; de Marfeilhas Lieutenant Colonel
du Régiment de Vivarais ; de Rouffiac
Lieutenant Colonel du Régiment de
Rouergue ; Remond Lieutenant Colonel
;
88 MERCURE DE FRANCE
du Régiment de Vexin ; de la Serre Lieu
tenant Colonel du Régiment Royal Marine
; Chambardier Lieutenant Colonel
du Régiment de Bourbon ; de Courbuiffon
Lieutenant Colonel du Régiment d'Eu ;
Gaudechart Lieutenant Colonel commandant
un Bataillon du Régiment Royal
Artillerie ; Rigal Lieutenant Colonel du
Régiment de la Couronne ; de Cambron
Lieutenant Colonel du Régiment de Navarre
; de la Graulet Aide- Major Général
de l'Infanterie ; de Bruflart Lieutenant
Colonel du Régiment de Lyonnois ; de la
Blimiere Lieutenant Colonel du Régiment
Royal , Antoniazzi Capitaine de
Mineurs , Louftau Capitaine d'Ouvriers ;
du Gravier , le Chevalier Defpicieres , de
Roftaing , & Guyol de Guiran , Licutemans
d'Artillerie.
Brigadiers de Cavalerie.
Mrs du Tillet Exemt de la Compagnie
des Gardes du Corps d'Harcourt ; le Chevalier
de Vogué Exemt dans la même
Compagnie ; de Charleval Meftre- de-
Camp , Lieutenant du Régiment Royal
Etranger,le Comte de Fouquet Meftre - de-
Camp d'un Régiment ; le Comte de Cler
mont- Tonnerre Meftre-de- Camp d'un Régiment
; le Marquis , du Fretoy Lieutenant
T
AVRIL... 174.7.
189
de la Compagnie des Gardes du Corps
d'Harcourt le Marquis de Chabannes
Cornette de la feconde Compagnie des'
Moufquetaires ; le Comte de Bouville
premier Cornette de la Compagnie des
Chevau-Legers Dauphins ; le Comte de
Carvoifin Cornette de la premiere Compagnie
des Moufquetaires ; le Marquis de
Maugiron Meftre- de-Camp d'un Régiment
; de Baye Capitaine dans le Régiment
Royal Rouffillon , avec rang de
Meftre-de-Camp ; le Comte de Broglie
Meftre-de-Camp d'un Régiment ; le Marquis
de la Cheze Cornette de la premiere
Compagnie des Moufquetaires ; le Marquis
de Merainville Enfeigne de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde du
Roi , le Comte de Selles Capitaine Lieutenant
des Gendarmes Bourguignons ; de
Cattron premier Lieutenant de la Compagnie
des Grenadiers à Cheval ; Gaffendy
Lieutenant Colonel du Régiment de Beaucaire
; le Prince Camille Meftre- de- Camp
d'un Régiment ; d'Audeffens Lieutenant
Colonel du Régiment de Chabrillan , avec
rang de Metre-de- Camp ; de Leftang
Lieutenant Colonel d'une Brigade du Régiment
Royal des Carabiniers avec rang de
Meftre-de-Camp ; de Coeurlis Lieutenant
Colonel d'uneBrigade du mêmeRégiment,
190 MERCURE DE FRANCE.
avec rang deMeftre-de-Camp ; Tott Lieutenant
Colonel du Régiment de Huffards de
Berchiny , avec rang de Meftre-de- Camp ;
le Marquis de Bellefont Meftre- de- Camp
d'un Régiment ; le Prince de Turenne
Colonel Général de la Cavalerie ; le
Comte de Frife Meftre- de-Camp Reformé
à la fuite du Régiment Royal Allemand ;
de Marfay Lieutenant Colonel du Régiment
d'Heudicourt ; de Loftange Lieute
nant Colonel du Régiment d'Anjou ; de
Refie Lieutenant Colonel du Régiment
de Talleyrand , de Villers Lieutenant Colonel
du Régiment de la Rochefoucault ;
de Moulins Lieutenant Colonel du Régiment
de Barbanfon ; de Varax Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Cravattes ;
de Saint- Martin Lieutenant Colonel du
Régiment du Rumain ; le Chevalier de
Bar Lieutenant Colonel du Régiment de
Bourbon ; d'Obenheim premier Lieutenant
Colonel du Régiment Royal Allemand
; de Lameth Lieutenant Colonel
du Régiment de Saluces ; de Sarlabous
Lieutenant Colonel du Régiment de
Noailles le Baron des Adrets Lieutenant
Colonel du Régiment de Fiennes ; de
Guyonnet Lieutenant Colonel du Régiment
de Berry ; de Bengy Lieutenant
Colonel du Régiment Meftre- de- Camp
Général,
AVRIL. 1747. 191
Brigadiers de Dragons.
Le Chevalier de Bauffremont Liftenois
Meftre- de-Camp d'un Régiment ; le Comte
d'Egmont Meftre -de - Camp d'un Régiment
; M. d'Ormenans Meftre-de- Camp
Lieutenant du Régiment du Roi ; le Chevalier
d'Hugues Lieutenant Colonel du
Régiment d'Aubigné ; M. Severac de
Juffes Lieutenant Colonel du Régiment
de Languedoc , & le Comte de Sommery
Lieutenant Colonel du Régiment d'Asfeld
:
V
On apprend de Rome que le 10 de ce
mois le Pape a tenu un Confiftoire , dans
lequel Sa Sainteté a créé Cardinaux à la
nomination du Roi , l'Archevêque de
Bourges , Ambaffadeur de Sa Majefté auprès
du Pape ; à la nomination du Roi
d'Efpagne , Don Alvar de Mendoça Patriarche
des Indes ; à la nomination de la
Reine de Hongrie , M. Marius Melini
- Auditeur de Rote ; à la nomination du
Chevalier de Saint Georges, le Coadjuteur
de Strasbourg ; à la nomination du Roi de
Pologne Electeur de Saxe , M. Jean-
François Albani Protonotaire Apoftolià
la nomination du Roi de Portugal, que ;
Don Joſeph Manuel d'Atalaya Protono192
MERCURE DE FRANCE
taire Apoftolique , & Premier Dignitaire
de l'Eglife Patriarchale de Liſbonne ; à la
nomination du Roi de Sardaigne M. Charles-
Victor-Amedée des Lances , & à la
nomination de la République de Veniſe
M. Daniel Delfino , Patriarche d'Aquilée.
Par la même Promotion M. Ranier Simonetti
Archevêque , de Nicofie , ci- devant
Gouverneur de Rome ; M. Jean-Baptiſte
Mefmer Tréforier Général de la Chambre
Apoftolique, ont été auffi élevés à la pourpre
, & le Pape , en confidération de l'Election
faite à Francfort en faveur du
Grand Duc de Tofcane , lui a accordé un
Chapeau pour l'Evêque d'Olmutz.
4
On mande de Bruxelles du 20 , que
M. le Maréchal de Saxe part ce même
jour pour aller à Louvain, paffant par Terrure.
Il fera le 21 à Malines , le 22 à
Anvers , d'où il reviendra le 23 ou le 24 ;
il va vifiter la Dyle & les fortifications
d'Anvers.
M
41798
LETTRE
E
193
AVRIL . 1747-

LETTRE de M.le Chevalier d'......
à M. de la Bruere .
Es occupations néceffaires , Mon-
Dieu , empêché de veiller
à l'impreffion du Journal de la derniere
campagne que j'ai donné au public , il s'y
eft gliflé quantité de fautes , & dans les
dates & dans les faits : il y a furtout une
erreur groffiere à la page 105 ligne 15 ,
où l'Imprimeur a mis quinze cent hommes
au lieu de cent cinquante ; je fens
auffi , Monfieur , que j'aurois dû prévenir
le public que j'ai copié mot pour mot
les bulletins des fiéges d'Anvers & de
Namur. Ces differentes fautes s'accordant
peu avec l'exactitude que j'ai promis , j'ai
befoin de toute l'indulgence du lecteur ,
& je compte fur celle de ces vrais militaires
, qui bien loin de rébuter l'émulation ,
cherchent à la favorifer . Je fçais qu'il eſt rare
qu'un Journal réuffiffe : l'Officier en état
d'en juger , mais qui auroit voulu qu'on
y parlât de lui , fans y avoir donné lieu ,
le trouve déteſtable , l'autre dont le jugement
eft borné, critique par vanité ce qu'il
ne connoît pas quelques- uns condamnent
tout par caufticité , & la plûpart pareſſeux
par tempérament ou envieux par amourpropre
, trouvent fingulier que l'on donne
I
194 MERCURE DE FRANCE.
des preuves de fon zéle & de fon appli
cation . Ces conſidérations m'ont fait héfiter
long-tems à donner cet ouvrage : je
devois m'attendre que l'autorité qui m'a
enhardi me feroit honneur. Aurois-je pû
penfer que mon Imprimeur m'humilieroit
, & que ce feroient fes fautes qui deviendroient
l'objet de la critique de bien
des gens ? J'y ferois véritablement ſenſible,
i ces connoiffeurs avoient combattu par
des principes contraires les réfléxions
militaires qui font dans mon Journal
Quoi qu'ils en difent, il feroit à fouhaiter
que l'on confervât exactement les évenemens
de chaque campagne. Pour peu
qu'on fe donne la peine de fuivre les
mouvemens de celle où nous allons entrer,
on verra la liaiſon qu'il y a de l'une
à l'autre : c'eft par cette combinaiſon des
opérations qu'un militaire fe développe le
jugement, & qu'il apprend l'art de la
guerre
, qu'on n'acquiert que par l'expérience
& par une étude féfléchie .
J'attends de votre complaifance , Mon-
Leur , que vous voudrez bien donner
cette lettre au public dans votre premier
Mercure .
J'ai l'honneur d'être , &c.
1:
AVRIL. 1747. 195
2. On a oublié de rapporter dans fon
rems que le Roi avoit donné au mois de
Novembre paffé le Commandement du
Poitou , du Xaintonge , du Pays d'Aunis
& de toutes les côtes de la Rochelle an
Comte de Chabannes , Lieutenant Génécral
de fes Armées , Gouverneur de Ver
dun & du Verdunois , & Grand'Croix
de l'Ordre Militaire de Saint Louis ; M.
le Marquis de Chabannes a épouſé au mois
de Novembre 1745 Mademoiſelle Dupleffis
Châtillon ; voyez le Mercure de
ce même mois ; il eft oncle du Marquis de
Chabannes , Seigneur de Pionfac & de
Lachenal , Baron d'Apchon , du Vaumiere
, Trizac , & premier Baron d'Auvergne
, Brigadier des Armées du Roi , premier
Cornette de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis ; & de l'Abbé de Chabannes Abbé
de Bonport , Ordre de Câteaux , Diocéſe
d'Evreux.
On reçût le 21 du mois dernier la
trifte nouvelle de la mort de la Reine de
Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
Depuis un grand nombre d'années cette
Princeffe étoit incommodée d'un afthme
dont elle reffentoit de tems en tems de
I ij
194 MERCURE DE FRANCE.
des preuves de fon zéle & de fon application
. Ces confidérations m'ont fait héfiter
long-tems à donner cet ouvrage : je
devois m'attendre que l'autorité qui m'a
enhardi me feroit honneur. Aurois- je pû
penfer que mon Imprimeur m'humilieroit
, & que ce feroient fes fautes qui deviendroient
l'objet de la critique de bien
des gens ? J'y ferois véritablement ſenſible,
Ti ces connoiffeurs avoient combattu par
des principes contraires les réfléxions
militaires qui font dans mon Journal
Quoi qu'ils en difent, il feroit à fouhaiter
que l'on confervât exactement les évenemens
de chaque campagne. Pour peu
qu'on fe donne la peine de fuivre les
mouvemens de celle où nous allons entrer,
on verra la liaiſon qu'il y a de l'une
à l'autre c'eſt par cette combinaiſon des
opérations qu'un militaire fe développe le
jugement, & qu'il apprend l'art de la guerre
, qu'on n'acquiert que par l'expérience
& par une étude féfléchie.
2
J'attends de votre complaifance , Mon-
Leur que vous voudrez bien donner
cette lettre au public dans votre premier
Mercure.
J'ai l'honneur d'être , &c.
AVRIL. 1747. 195
On a oublié de rapporter dans fon
rems que le Roi avoit donné au mois de
Novembre paffé le Commandement du
Poitou , du Xaintonge , du Pays d'Aunis
& de toutes les côtes de la Rochelle au
Comte de Chabannes , Lieutenant Général
de fes Armées , Gouverneur de Ver
dun & du Verdunois , & Grand'Croix
de l'Ordre Militaire de Saint Louis ; M.
le Marquis de Chabannes a épousé au mois
de Novembre 1745 Mademoiſelle Dupleffis
Châtillon ; voyez le Mercure de
ce même mois ; il eft oncle du Marquis de
Chabannes , Seigneur de Pionfac & de
Lachenal , Baron d'Apchon , du Vaumiere
, Trizac , & premier Baron d'Auver
gne , Brigadier des Armées du Roi , premier
Cornette de la feconde Compagnie
des Moufquetaires de la Garde du Roi ,
& Chevalier de l'Ordre Militaire de Saint
Louis ; & de l'Abbé de Chabannes Abbé
de Bonport , Ordre de Câteaux , Diocéfe
d'Evreux.
On reçût le 21 du mois dernier la
triste nouvelle de la mort de la Reine de
Pologne , Ducheffe de Lorraine & de Bar.
Depuis un grand nombre d'années cette
Princeffe étoit incommodée d'un afthme
dont elle reffentoit de tems en tems de
I ij
196 MERCURE DE FRANCE,
longues & vives attaques ; une hydropific
s'y eft jointe en dernier lieu & nul reméde
n'a pû fufpendre le progrès de cette
feconde maladie. La Reine de Pologne
ayant bientôt reconnu l'extrême danger
de fon état , l'a enviſagé avec cette fermeté
qui ne convient qu'aux grandes ames ;
jufqu'au dernier moment fa Majefté a
montré une tranquillité & une préfence
d'efprit également admirables , & elle s'eft
fervie principalement de l'une & de l'autre
pour faire éclater par fa refignation à
la volonté divine , & par la piété avec
laquelle elle a reçu les Sacremens , les fentimens
de Religion dont elle avoit toujours
été animée . Sans avoir eu d'agonie
elle mourut le 19 à cinq heures & demie
après-midi. Cette Princeffe qui fe nommoit
Catherine de Bnin Opalinska , &
qui étoit d'une des plus illuftres Maiſons
de Pologne , étoit fille de Henri Opalinski
Caftellan de Pofnanie , mort en
1697 , & de Catherine Czarnkowska
morte le 2 Décembre 1701. Elle étoit
âgée de 66 ans , quatre mois & quatorze
jours , étant née les Novembre 1680 .
Elle avoit époufé en 1698 Staniflas I , élu -
Roi de Pologne le 12 Juillet 1704 , &
couronné à Warfovie le 4 Octobre de
l'année fuivante , lequel par les arrangeAVRIL.
1747. 197
mens de la paix de 1736 , a renoncé à fes
prétentions fur la Couronne de Pologne ,
moyennant la ceffion du Duché de Lorraine.
Le caractere élevé de la Reine de
Pologne ne s'eft jamais démenti dans les
plus rudes difgraces par lefquelles la Providence
l'a éprouvée , & elle n'avoit pas
befoin d'être fur le Trône pour être jugée
digne d'y monter ; fes grandes qualités la
font regretter de toute la Lorraine , &
la France confervera précieuſement le
fouvenir d'une Princeffe à qui elle doit
une Reine , l'objet de fon amour & de fon
respect.
NAISSANCE , MARIAGE
& morts.
E premier Avril Mad. la Comteffe de Noailles
Grande d'Efpagne de la premiere Claffe
& Grand'Croix de l'Ordre de Malthe , accoucha
d'un fils qui fut baptifé le lendemain à S. Sulpice ,
& tenu fur les Fonts baptifmaux par M. le Maréchal
de Noailles grand pere maternel , &
Mad. la Marquife d'Arpajon grand'mere mater
nelle , & nommé par eux Arien - Charles le
même jour fon Excellence M l'Ambaffadeur de
Malthe fit la Cérémonie de donner au nouveau
né la Croix de l'Ordre fuivant la Bulle Magiftrale
de Conceffion du Grand Maître & de l'Ordre de
;
I iij
198 MERCURE DE FRANCE.
Malthe , qui tranfmet la prérogative accordée en
1645 à perpetuité à Louis Duc d'Arpajon , Bifayeul
de Mad, la Comteffe de Noailles , aux aînés
de la Maiſon, & aux premiers nés des enfans mâles
qui viendront du mariage de M. le Comte de
Noailles avec l'héritiere de l'illuftre & ancienne
Maifon d'Arpajon .
Le 22 Février Jacques de Rochefort-ď Allý Chevalier
, Comte d'Ally , Lieutenant dans le Régiment
Royal Dragons , âgé de 23 ans , époufa en
Ja Paroiffe Saint Nicolas-des-Champs à Paris.
Dile Claire Françoife de Graffi , fille de défunt
François de Graffi Chevalier , Seigneur
de la Caille & de la Cluzelle en Lyonnois ,
Préfident au Grand Confeil où il avoit été reçu
en 1722 , originaire de Florence où fa famille
étoit connue dès l'an 1421 , & où elle a rempli
fucceffivement les premieres Charges & Dignités.
de la République , & de D. Marie Coquelard de
Prefoffe , fille de M. Jacques Coquelard , Sieur
de Prefoffe , Meftre - de- Camp & Inspecteur
d'Infanterie , Chevalier de l'Ordre Militaire de
Saint Louis & Commandant dans les ville & pays.
d'Uzès en Languedoc , & de D. Anne de Bournel:
de Monchy.
Le marié eft fils de Jean-Jacques de Rochefort,
d'Ally , Chevalier , Baron de Saint Vidal en Auvergne
, & de Dame Jeanne de Fradet de Bellecombe
fille de Jofeph de Fradet Chevalier , Seigneur
de Bellecombe en Auvergne où la Maifon
de Rochefort- d'Ally tient un des premiers rangs ,
tant par l'ancienneté de fa nobleffe que par fes.
alliances avec les Maifons de Bourbon Buflet ,
de Lucinges , des Serpens , d'Apchon , de Montmorin
, de la Queille , de la Roche- Aimon , de
Lufignan , de la Rochefoucaud , de Montaigu ,,
"
AVRIL. 1747.
199
9
de la Tour Saint Vidal , de Ligondez , de
Châteauneuf- de- Rochebonne , de Brûlart Sillery ,
d'Allemand-de- Montmartin & c. Elle eft conauë
dès le commencement du onzième fiécle,
fuivant les Commentaires de Prohet fur la Coû
tume de la Province d'Auvergne , imprimés à
Paris chés Coignard en 1695 , où il eft dit à la
page 61 dans fes notes locales au mot Ally , que
Théritiere d'Ally fut mariée l'an mil un à Antoine
de Rochefort , comme il paroît par la fondation
du Prieuré de Bonnat.

Cette Maifon a produit dans tous les tems des.
Abbés , Prévôts , Chanoines & Comtes de Briou
de ; on trouve dans Gallia Chriftiana que Bernard
de Rochefort fut choifi en 1226 pour fuccéder
Guillaume de la Tour qui en étoit Abbé , que
François de Rochefort remplit pareillement cette
dignité, long- tems avant qu'elle fut fupprimée par
une Bulle de Clément VI . du 13 Juillet 1342, qui*
étoit la premiere année de fon Pontificat ; que
parmi les Prévôts & Doyens de ce Chapitre , il
eft fait mention d'Itier de Rochefort Doyen l'an
1277 , & que Jean de Rochefort fut élevé à la
dignité de Prévôt le X. des Calendes de Mars l'an
1:281 ; le même n'étant que Chanoine eft nommé
dans un échange que Guillaume de Rochefort
Chevalier , Seigneur d'Ally fon frere aîné , fit
avec les Prieur & Religieux du Prieuré de Sauxillanges
& le Prieur de Bonnat au mois d'Août
1269 , dont la Charte qui eft en Latin , eft confer-
Tée aux Cordeliers de Brioude .
Le ........ Février , D. Perette-Marie de Culan
Abbeffe de N. D. du S. Defir de Lifieux, Ordre
de S. Benoît , mourut âgée de 85 ans dans cette
Abbaye qu'elle gouvernoit depuis quarante ans
étant née en 1662 & ayant été nommée par le
Liiij
200 MERCURE DE FRANCE.
Roi le 15 Août 1707 , après avoir été Religieufe
à Argentan pendant plufieurs années . Elle étoit
fille de Louis Marquis de Culan , Meftre - de-
Camp d'un Régiment de Cavalerie tué au com
bat d'Ensheim le 4 Octobre 1674, & de Geneviéve-
Marie de la Boiffiere de Chambors morte
à Paris âgée de quatre-vingt ans le 31 Août
1719.
La Maifon de Culan a produit dans tous les
tems plufieurs perfonnages recommandables , en
dernier lieu Hubert de Culan Grand Prieur de
Champagne , frere du Marquis de Gulan . La Marquife
de Culan mere de l'Abbeffe de Lifieux
avoit été avant fon mariage Fille d'honneur de
la Reine Anne d'Autriche. Elle étoit fille unique
de Philippe de la Boiffiere de Chambors , Seigneur
de Ste Marie en Vexin , mort en 1666 , qui fut fucceffivement
Lieutenant au Régiment des Gardes
Françoiles , Gentilhomme ordinaire du Roi ,
Maître d'Hôtel de S. M. & Lieutenant des Cent
Suiffes de la Garde.
Le..... du mois dernier Jofeph Pierre Collinet
de la Rerye Lieutenant Général des Armées du Roi,
ci -devant Directeur Général des fortifications des
places d'Artois , mourut à Arras dans la 81 année
de fon âge ; fes longs fervices dans le génie lui
avoient fait mériter fucceflivement les grades en
1710 de Brigadier d'Armée & de Chevalier de
l'Ordre Militaire de S. Louis , en 1734 de Maréchal
de Camp , & enfin en 1738 celui de Lieutenant
Général des Armées du Roi.
Le 8 Angelique - Cecile de Montmorin de S.
Herem , veuve depuis le 12 Octobre 1701 de François
de Harville des Urfins , Marquis de Paloiſeau
& de Frefnel , Maréchal des Camps & Armées
du Roi , & Gouverneur de Charleville & du
AVRIL.. 1747 . 201
4 Montolimpe , avec lequel elle avoit été mariće
-le 27 Septembre 1699 , & dont elle étoit la troifiéme
femme , mourut à Paris âgée de 84 ans fans
avoir eu d'enfans de ce mariage ; elle étoit fille
de François-Gafpard de Montmorin , Grand Lou-
-vetier de France , Gouverneur & Capitaine des
Chaffes de Fontainebleau , mort le... Juillet 1701 ,
& de D. Anne le Gras morte le 7 Novembre
1709. Elle avoit pour frere Charles - Louis de
Montmorin Marquis de S. Herem , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de Fontainebleau , mort
le 10 Juin 1722 , laiffant de D. Marie Geneviève
Rioult de Douilly qu'il avoit épousée les Février
Jean- Baptifte -François de Montmoria
Marquis de S. Herem dit le Marquis de Mont-
--morin , Maréchal de Camp & Gouverneur &
Capitaine des Chaffes de Fontainebleau , matié
depuis le 15 Février 1724 avec Dlle Conftance-
Lucie le Valois de Villette dont il a des enfans .
Voyez la Genealogie de la Maifon de Montmorin
l'une des plus grandes d'Auvergne , dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne vol . 8. fol.
813 .
-1696 >
Le 16 D.Antoinette- Euftachie Crozat du Chaftel,
femme de Charles-Antoine de Gontaut de Biron ,
Marquis de Gontaut , Maréchal des Camps &
Armées du Roi , avec lequel elle avoit été mariée
le 20 Janvier 1744 , mourut à Paris dans fa 19
année , elle étoit fille de Louis François Crozat
Marquis du Chaftel , Lieutenant Général des Armées
du Roi , & de D. Marie- Therefe- Catherine
Gouffier de Heilly.
Le 17 D. Marie Anne de Loflange de S. Alvere ,
veuve de François de Beaumont , Seigneur du
Repaire en Perigord , avec lequel elle avoit été
mariée le 4 Janvier 1699 , mourut à Sarlat âgée
I v
202 MERCURE DE FRANCE..
de 80 ans ou environ , ayant eu de fon mariage
entr'autres enfans N .... de Beaumont du Repaire
qui a plufieurs enfans dont les deux aînés :
font Officiers dans le Régiment des Gardes.
Françoifes ; Mad. de Beaumont laiffe auffi pour
fils M. Chriftophe de Beaumont du Repaire fac
ceffivement Evêque de Bayonne , Archevêque de
Vienne , & enfin de Paris au mois d'Août 1746 ,,
à l'occafion duquel nous avons rendu compte.
de la nobleffe & de l'ancienneté de la Mailon
de Beaumont & de fes alliances dans le Mercuredu
mois d'Août de l'année derniere 1746 fol 167.
Feue Mad.de Beaumont étoit fille d'Emmanuel
Galiot de - Loftange Marquis de S. Alvere , Séné
chal & Gouverneur de Quercy , & de Claude Simonne
Ebrard de S. Sulpice , & petite-fille de
Jean - Louis de Loftange Seigneur & Baron de:
S.Alvere , & de D.Elizabeth de Cruffol d'Uzès qu'il
époufa le 14 Décembre 1e03 ,fille de Jacques;
de Cruffol Duc d'Uzès , Pair de France , Cheva
lier des Ordres du Roi , & de Françoife de Clermont-
Tonnerre mariés le 20 Août 1568. La Mai--`
fon de Loftange tire fon noin du Château de
Loftange dans le Bas- Limofin , elle est marquée
entre les premieres de cette Province par
fon:
ancienneté , par fes alliances & par fes fervices.
militaires ; fes armes font d'argent à un. lion de
gueules couronné , lampaflé & armé d'or , & une
orle des étoiles de gueules pofées 2 , 2 & une
Voyez cette Genealogie dans le Dictionnaire
Hiftorique de Morery vol. 4 fol. 664 .
Le 19 D Marthe- Suzanne de Rochechouart
veuve depuis le 2 Février 1709 de François René du
Bellay , Seigneur de la Courbe , dit le Marquis du
de Bellay , premier Ecuyer de M. le Prince de
AVRIL.
203 1747.
Conty , mourut à Paris âgée de 69 ans , ayant eu
pour enfans Guillaume du Bellay de la Courbe ,
-Marquis du Bellay , chef du nom & des armes
de la Maifon du Bellay , Brigadier des Armées
du Roi de la promotion du premier Août 1734 ►
ci- devant Colonel du Régiment de Brie Chevalier
des Ordres Militaires de S. Louis & de
S: Lazare , & Martin du Bellay Evêque de Frejus
facré le 13 Décembre 1739 , Abbé de S. Melaine
de Rennes depuis 1725 Elle étoit fille d'Ifaac-
Louis de Rochechouart Seigneur de Montigny
& de la Broffe , & de D. Marie - Chriftine de
Machault , & elle étoit tante de Pierre - Jules-
Céfar de Rochechouart , à préfent Evêque d'Evreux
1733. Voyez la Genealogie de la Maifon
de Rochechouart dans l'Hiftoire des Grands Of
ficiers de la Couronne vol . 4 fol 649 , & celle de
la Maifon du Bellay dans le Dictionnaire Hifto •-
rique de Motery Editions de 1725. & 1732.
Le 21 D.Louife Bernardine de Durfort de Duras,
veuve depuis le 6 Octobre 1703 de Jean - François-
Paul de Bonne de Crequy , d'Agoult de Vefe de
Montlaur & de Montauban , Duc de Lefdiguieres ,
Pair de France , Comte de Sault & c. Colonel du :
Régiment de Sault & Brigadier des Armées du
Roi , avec lequel elle avoit été mariée le 17-
Janvier 1696 , mourut à Paris dans la 65 année
de fon âge & fans laiffer d'enfans ; elle étoit fille
de Jacques-Henri de Durfort Duc de Diras ,.
Maréchal de France , Chevalier des Ordres du
Roi , Capitaine de fes Gardes du Corps , Gouver
neur & Lieutenant Général du Comté de Bourgogne
& de la Ville & Citadelle de Befançon , &
de D. Marguerite- Felice de Levi Ventadour , &
elle étoit tante de M. le Maréchal Doc de Duras ..
Voyez pour la Génealogie de feu M: le Duc de
I vj
204 MERCURE DE FRANCE.
<
Lefdiguieres l'Hiftoire des Grands Officiers de la
Couronne , v . I fol . 288 , & pour celle de Durfort
le cinquiéme volume de la même Hiftoire fol.
720.
Le même jour D. Marie- Antoinette Rouault
de Gamaches , femme de François - Philippes
de Marmier Marquis de Marmier , mourut au
Château d'Avrenville en Champagne, dans la 25
année de fon âge, étant née le 15 Juin 1722 ; elle
étoit fille aînée de Jean- Joachim Rouault Marquis
de Gamaches , Comte de Cayeux , Maréchal
des Camps & Armées du Roi du 20 Février
1734 , & de feue D. Catherine - Conftance-- Eniilie
Arnauld de Pomponne. Voyez la Géuealogie
de la Maifon de Rouault dans l'Hiftoire des
Grands Officiers de la Couronne vol. 7 fol. 97 ,
& celle de Marmier, nobleffe diftinguée du Comté
de Bourgogne , dans l'Hiftoire de la nobleffe de
cette Province par Dunod.
·
Le 27 Charles- Leonor Colbert Comte de Seignelay
, Baron de Linieres , Lieutenant Général pour
le Roi de la Province de Berry , mourut à Paris
dans la 59 année, de fon âge , étant né en 1689 ; il
étoit le quatriéme fils de Jean- Baptifte Colbert
Marquis de Seignelay , & c. Miniftre & Secretaire
d'Etat , Commandeur , & grand Tréforier des
Ordres du Roi , & c. mort le 3 Novembre 1690 &
de D. Catherine -Therefe de Matignon fa feconde
femme morte le 7 Décembre 1699 , étant alors
remariée avec Charles de Lorraine Comte de
Marfan , Prince de Pons , &c. & il étoit petit- fils
de Jean Baptifte Colbert Marquis de Seignelay ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , Commandeur &
Grand Tréforier des Ordres du Roi , mort le 6
Septembre 1683 dans la réputation d'un des plus
grands Miniftres que la France ait jamais eu , &
AVRIL. 1747. 201
de D. Marie Charron de Menars, morte le 7 Avril
1687. Il avoit époufé 1 ° . D.Anne de la Tour Taf
fis , née Comtefle de Valfaffine , & de même
Maiſon que les Princes de la Tour Taxis , Princes
de l'Empire,& morte le 19 Février 1719. 22. le iz
Décembre 1726 Marie - Renée de Gontaut , fille de
M.le Maréchal Duc de Biron ; il la laiffe veuve &
en a eu plufieurs enfans,& de fa premiere femme il
n'a eu que D. Elifabeth-Pauline Gabrielle Colbert,
mariée depuisle 6 Févr. 1736 avec Pierre - Charles-
François d'Efperbez de Luffan d'Aubeterre , Marquis
de Jonzac. Feu M. le Comte de Seignelay
avoit pour freres aînés feu M. le Marquis de Seignelay,
pere de Madame la Ducheffe de Luxem
bourg d'à préfent , & M. le Comte de Creuilly ,
Maréchal de Camp , veuf & fans enfans depuis le
7 Septembre 1744 de feuë D. Anne- Marie -Françoife
-Thérefe Spinola , foeur puînée de feue Mad .
la Ducheffe de Nevers , mere de M. le Duc de
Nivernois. Voyez pour la Généalogie de Colbert
le Dictionnaire Hiftorique de Moréry, Editions
de 1725 & 1732 , & le vol. 9 de l'Histoire des
Grands Officiers de la Couronne,
Le 10 Avril Mre .Jofeph de Thiard de Biffy, Abbé
de l'Abbaye de S. Faron lès - Meaux , de l'Ordre
de S. Benoît , depuis l'an 1728 ; Prieur de Reuil
& de Fontenay , & ci -devant Abbé Commandataire
de S. Florent de Saumur , du même Ordre , au
Diocèle d'Angers, mourut à Paris dans la 81 année
de fon âge. Il étoit fils puîné de Claude de Thiard
Comte de Billy , Chevalier des Ordres du Roi ,
Lieutenant Général de fes Armées & Commandant
en chef dans les trois Evêchés de Metz , Toul &
Verdun , & Gouverneur des Ville & Château d'Auxonne
, mort à Metz le 3 Novembre 1701 , âgé de
80 ans , & de D.Eleonore - Angélique de Nuchefes
206 MERCURE DE FRANCEL
des Francs. Il avoit pour freres aînés Henri Pong
de Thiard de Biffy Cardinal Prêtre , du Titre de
S. Bernard-aux-Termes , Evêque de Meaux , Abbé
Commandataire des Abbayes de S. Germain des
Prés à Paris & de Trois- Fontaines , Commandeur
des Ordres du Roi ; mort le 26 Juillet 1737 ; Claude
de Thiard Chevalier de Biffy , Grand Croix de
P'Ordre de S. Jean de Jéruſalem , Capitaine d'une
des Galéres du Roi , Commandeur de Xugny , &
Jacques de Thiard , aîné de tous , Marquis de
Biffy , Lieutenant Général des Armées du Roi ,
Gouverneur des Ville & Château d'Auxonne
mort le 29 Janvier 1744 , âgé de 96 ans , laiffant
de fon mariage avec D: Bonne- Marguerite de Ha.
raucourt , Claude- Anne de Thiard Marquis de
Biffy , Lieutenant Général des Armées du Roi &
Gouverneur des Ville & Château d'Auxonne , au--
jourd'hui vivant & marié depuis le premier Mai
1712 avec D. Angélique- Henriette - Thérefe Chau
velin, foeur de M. Chauvelin , ci -devant Garde dest
Sceaux de France , de laquelle il a Anne - Louis de
Thiard Marquis de Bifty , Meftre de Camp du
Régiment Commiffàire Général de la Cavalerie &
Maréchal de Camp de la promotion du 20 Février
1743. Voyez la Généalogie de la Maifon de
Thiard dans l'Hiftoire de la Ville de Meaux , par
D. du Pleffis , Religieux Bénédictin , imprimée à
Paris en 1731 , & le volume 9 de l'Hiftoire des
Grands Officiers de là Couronne , & le 6 volume:
du. Dictionnaire Hiftorique de Morery.
AVRIL.. 1747. 20%
CATECACACACOCACO:
VERS fur la mort de M. Cochin..
LA vertu de Caton , l'ame de Démofthenes ” ,
La fageffe de Rome & le flambeau d'Athenes );
Dans l'illuftre Cochin refpiroient de nouveau :
Trifte fort des humains il n'eft plus ce grandi
homme ;
Le rival de Philippe & le Cenfeur de Rome ,
Une feconde fois rentrent dans le tombeau.
M..de B ....
Le Chevalier de Beauteville , Aide Maréchal
Général des Logis de l'armée que commande le-
Maréchal Comte de Saxe , a été dépêché au Roi
par ce Général pour informer Sa Majesté que M..
de Lambrecht , Gouverneur du Fort de l'Eclufe ,
ayant fait battre le 21 la Chamade , la Capitulation
avoit été fignée le 22 , & qu'on étoit convenu
que la Garnifon , compofée de trois Bataillons
Hollandois , feroit prifonniere de guerre . Sa Majefté
a nommé le Chevalier de Beauteville Brigadier:
Depuis que le Roi a reça la nouvelle de la prife
du Fort de l'Eclufe , Sa Majefté a été informée que
le 24 le Commandant du Fort d'Iffendick avoit
capitulé ; que la Garnifon , qui étoit de trois cent.
hommes , avoit été faite prifonniere de guerre , &
que le même jour celle du Fort de la Perle , com
pofée de deux cent hommes , s'étoit renduë, aux.
mêmes conditions.,
208 MERCURE DE FRANCE.
DECLARATION communiquée par
ordre de Sa Majesté Très Chrétienne aux
Seigneurs Etats généraux des Provincesunies.
Quoique le Roi ait eu jufqu'à préfent les plus
juftes fujets de fe plaindre des fecours illimités
que les Provinces unies fourniffent à la
Reine de Hongrie , Sa Majefté n'a cependant pas
voulu regarder les Etats généraux comme les ennemis
directs .
Les égards qu'Elle n'a point ceffé d'avoir pour
eux , & les propofitious qui en differentes occafions
leur ont été faites par fes Miniftres ,
font un
monument de la difpofition fincére dans laquelle
Sa Majefté a toujours été , non- feulement d'éloigner
le théatre de la guerre du territoire & du voifinage
même des Provinces- unies , mais auffi de
leur procurer la gloire de contribuer efficacement
à rétab'ir la paix entre les Puiffances belligérantes .
C'eſt dans une vûë fi falutaire que dès le mois
de Juillet 1742 le Roi rendit les Miniftres de la
République dépofitaires de fes intentions pacifiques
& des conditions juftes & raifonnables auxquelles
Sa Majefté confentoit alors à terminer
les troubles dont l'Europe étoit malheureuſement
agitée .
Le Roi , pour ne laiffer aucun doute fur la pureté
& la droiture de fes difpofitions , & fur la
confiance entiere qu'il vouloit bien accorder aux
Etats généraux , offrit même de remettre Dunquerque
à la garde de leurs troupes.
Sa Majefté a conftamment profeffé depuis cette
époque la même modération & les mêmes défias
AVRIL. 1747. 209
de conciliation , fans avoir eu la confolation d'inf
pirer aux Provinces- unies des fentimens fi conformes
à l'intérêt particulier de leur République ,
& à l'avantage commun de toutes les Nations.
Non content d'exciter par des démarches fecrettes
le zéle des Etats généraux , le Roi leur fit propofer
par un Mémoire public , que fon Miniftre
leur remit au mois de Septembre 1745 l'affemblée
d'un Congrès pour travailler fans délai & de concert
au grand ouvrage de la paix.
Enfin il n'étoit pas poffible que Sa Majefté portât
plus loin qu'Elle l'a fait les témoignages de fon
affection & de fa confiance pour les Etats généraux
& les ménagemens qu'Elle a eus pour eux.
Ces ménagemens fubfifteroient encore fi la rai.
fon de guerre & la fûreté des conquêtes que le
Roi a faites fur la Reine de Hongrie n'exigeoient
abfolument de la part de Sa Majefté les précautions
les plus promptes & les plus efficaces pour fe
garantir des defleins de fes ennemis.
Si la République ne leur avoit donné aucun afy
le fur fon territoire & fi elle ne leur fourniffoit pas
les fecours abondans qu'ils en tirent en tout genre,
le Roi ne fe trouveroit pas dans la néceflité indif
penfable d'interrompre ces moyens multipliés de
perpétuer malgré lui une guerre qui n'a déja que
trop duré.
Ce n'est donc que forcée par les circonstances
& par la conduite des Provinces- Unies , que Sa
Majefté a permis au Général de fes troupes de
prendre indiftinctement toutes les méfures que
fon habileté & fon expérience dans l'art militaire
pourroient luifuggérer,pour empêcher l'armée ennemie
de troubler la poffeflion légitime des con
quêtes du Roi & pour affermir le repos des peu
ples nouvellement foumis à fa domination
210 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi auroit été en droit dès le commence
ment de la derniere campagne d'entrer avec fon
armée fur le territoire des Etats généraux , lorf
qu'ils y accorderent une retraite aux troupes ens
nemies de la France , mais Sa Majefté , perfuadée
qu'il n'y avoit que de la fincérité dans les démar
ches qu'ils faifoient alors auprès d'Elle pour par
venir à la paix , fufpendit l'exécution d'une entreprife
que les loix de la guerre & le mauvais état de
l'armée des Alliés auroient également juftifiée. Le
Koi préféra l'idée avantageufe qu'il avoit de la
candeur & de la bonne foi de la République, à l'opinion
généralement répandue en Europe , que
fous le voile spécieux d'une négociation , la véri
table intention des Etats généraux étoit de fe procurer
les délais néceffaires pour éloigner le danger
dont ils étoient menacés & pour le préparer à de
plus grands efforts , afin de continuer la guerre..
Ces foupçons fe font confirmés par les difficultés
qu'on a fait naître avec affectation dès l'ouverture
des Conférences de Bréda , difficultés auffi imprévûës
que contraires aux engagemens formels qu'on
avoit pris avec le Roi , & qui paroiflent n'avoir
été imaginées que pour embarraffer de plus en
plus les négociations de paix & pour en empêcher
e fuccès..
Quoi qu'il en foit de ce motif, que l'événement
ne rend que trop vrai-femblable , les troupes Hol-
Pandoifes étant entrées en 1744 fur le territoire de
Erance , dans les plaines de Lille & de Cifoing ,
fans que les Etats généraux ayent prétendu par
cette invafion faire une guerre directe au Roi , Sa
Majefté déclare qu'en prenant le parti forcé d'entrer
fur le territoire de la République , fon deffein
n'eft pas de rompre avec elle , mais uniquement
d'arrêt ou de prévenir les dangereux effets de la
AVRIL. 1747- 211
protection qu'elle accorde aux troupes. de la Reine
de Hongrie & du Roi d'Angleterre.
Il ne feroit pas jufte d'exiger. que le Roi portât
le fcrupule au point de refpecter à fon préjudice
la prétendue neutralité des Puiffances auxiliaires.
de fes ennemis , tandis que ceux- ci exercent les
plus grandes véxations contre les Alliés de Sa Majefté
& même contre des pays qui ne font jamais
fortis des bornes d'une exacte impartialité.
Cependant le Roi , pour concilier autant qu'il
fera poffible , ce qu'il fe doit à lui-même avec les
fentimens de bienveillance qu'il conferve encore
pour les Etats généraux , a expreffèment ordonné
aux Commandans de fon armée de faire obferver
la plus rigoureufe difcipline aux troupes Françoi
fes qui entreront fur le territoire des Provincesunies,&
de regler toutes leurs opérations fur la né
ceffité des circonftances . Sa Majefté , bien éloi
gnée de vouloir apporter aucun trouble à la Reli
gion , au Gouvernement & au Commerce de la
République, eft au contraire dans l'intention d'ac
Corder toute protection aux Sujets des Etats Géné
raux, dans la perfuafion où eft Sa Majefté que leur
conduite répondra à des difpofitions fi favorables..
Enfin , pour donner une preuve encore plus con
vaincante de la fincérité des deffeins du Roi , qui:
n'ont uniquement pour but que de rendre inutile:
la mauvaiſe volonté de fes ennemis , & de vaincre
leur infléxibilité aux voies de conciliation , Sa Majefté
déclare qu'Elle ne regardera les places & païs.
qu'Elle fe trouveroit obligée d'occuper pour fa
propre fûreté , que comme un dépôt qu'Elle s'engage
à reftituer dès que les Provinces - unies donneront
des preuves non- équivoques qu'elles ne
fourniffent plus aux ennemis de fa Couronne ces
fecours de toute efpece , qui font une des principa
les caufes de la continuation de la guerre..
212 MERCURE DE FRANCE.
Le Roi ne defire que le rétabliffement du repos
public fur des fondemens juftes & folides , & l'intérêt
que Sa Majefté prend à la fûreté & au bonheur
des Etats généraux , lui feroit voir avec regret
qu'ils continuaffent de facrifier à des confi
dérations étrangeres & à des paffions injuftes leurs
finances , leurs troupes , leurs poffeffions , leur
tranquillité , & peut- être la forme de leur gou
vernement.
17 Avril 1747.
TABLE.
PIECES en Versi
IECES FUGITIVES en Vers & en Profe ,
Rondeau à M. M * * * *
Ode anacréontique ,
Vers à Mad. la Marquife de la G ***
Lettre de M.* * * à M ** (ur l'abus des enterremens
précipités ,
Epitre à un Médecin ,
Extrait de lettre de Berlin ,
Epitre à l'Amour ,
3
14
15
16
17
24
29 .
Lettre d'un Médecin de Caën fur les maladies des
beftiaux , qui fouvent annoncent les maladies
épidémiques des hommes ,
Epitaphe de M. Cochin ,
31
41
42
Lettre de M. Deftouches à Mad. la Comtefle
de * * *
Explication d'un terme ufité en France au XIIIe
fiécle ,
Ode fur l'Utilité des Belles- Lettres ,
Lettre aux Auteurs du Mercure ,
$ 5
60
64
Vers fur la mort d'un Serin
Silvandre jaloux , Eglogue ,
67
.7I
Mots des Enigmes & du Logogryphe de Mars , 76
Enigmes , ibid.
Nouvelles Littéraires & des Beaux- Arts. Neuviéme
Tome de l'Hiftoire du Théatre François ,
Extrait , 80
Recherches Hiftoriques fur les navires anciens ,
Extrait,
Traité d'Aritméthique , Extrait ,
Les Homélies de S. Grégoire , Pape ,
85
88
90
Journal hiftorique de la campagne du Roi en
1746 ,
91
Suite des Elémens de la Médecine pratique , Exibid.
trait ,
Refléxions
fur l'origine
des anciens
peuples
Chaldéens
, &c. Extrait ,
Recherches fur la Langue Latine ,
Eftampes nouvelles ,
Chanfons notées ,
Spectacles, Lettre fur les monftres ,
Concerts des Thuilleries ,
94
97
98
102
103
106
Difcours prononcés à la clôture & à la rentrée du
Théatre François ,
Complimens faits à la clôture & à Ja rentrée du
Théatre Italien ,
Vers à M. Greffet fur fa Comédie du Méchant ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie ,
Ruffie ,
Suéde ,
Allemagne
Liſbonne ,
Italie ,
Génes ,
Grande Bretagne
La Haye ,
118
135
136
ibid.
139
143
ISI
ibid.
153
160
167
Opérations de l'armée de Flandres ,
Journal de la Cour , de Paris , & c.
370
175
Lieutenans Généraux , Maréchaux de Camp &
Brigadiers qui doivent fervir en Flandres , 183
Création de Cardinaux , 194
Lettre de M. le Chevalier d' .……… à M. de la
Bruere ,
Naiffance , Mariage & Morts ,
Vers fur la mort de M. Cochin ,
193
197
207
Prife de l'Eclufe , d'lffendick & de la Perle , ibid.
Déclaration communiquée par ordre du Roi aux
Etats Généraux , 208
Les Chansons notées doivent regarder la page
JOZ
M. de Chabrier , Major du Régiment de Royal
Artillerie , a apporté an Roi le 4 de ce mois la
nouvelle de la priſe du Sas de Gand.
De l'Imprimerie de J. BULLOT
Qualité de la reconnaissance optique de caractères
Soumis par lechott le