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MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
MARS. 1741.
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
THE NEW YORKĮ
PUBLIC LIBRARY
336226 A
VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION3
EM
>
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Franoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la prevaiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
•
PRIX XX X. SoLs.
-
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MAR S. 1741 .
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JEU ,
O D E.
Imable fils de l'Innocence ,
Travail utile & glorieux ,
A
Dont la prodigue main difpenfe
Les tréfors les plus précieux ;
Que vois - je ! infenfés que nous fommes ,
O honte éternelle des hommes !
Ton Temple augufte eft profané ,
A ij
ཐན
418 MERCURE DE FRANCE
Et tes Sujets les plus fidelles ,
A ta Loi devenus rebelles ,
Aujourd'hui l'ont abandonné.
*
Un démon farouche & barbare ,
Euvre des infernales Soeurs ,
Eft forri du fond du Tartare ,
Pour tyrannifer tous les coeurs ;
La pâle & fordide Avarice ,
Le Defefpoir & l'Injuſtice ,
Et la Fureur aux yeux de feu ,
De leur poifon imperceptible
Ont allaité ce Monftre horrible ,
Que les Humains apellent Jeu. (a)
*
Des vices la coupable Mere (6)
Chés tous les Mortels l'introduit ,;
Elle paroît , & l'on révere
Ce Monftre affreux qu'elle a produit.
L'Avarice livide & pâle
A cette furie infernale
Donne le nom d'amuſement ;
Quelle extravagance innoüle !
(a) Il n'eft question dans cette Piéce que du Jeu exceffifpaffionné.
(b) L'Oifiveté.
Dans
MARS. 4.19 174 1
Dans le chagrin paffer ſa vie ,
Et s'amufer dans le tourment !
*
Tel eft le bifarre caprice
De ces coeurs , que l'oifiveté ,
L'orgueil & la baffe avarice
De leur poiſon ont infecté
Flaté par un espoir fordide ,
Et d'un vil gain toujours avide ,
Va- t'on pour s'amufer au Jeu
Non , non , fi par quelque reffource
On ne croyoit groffir la bourſe ,
Ce commerce amuferoit peu .
H
A cette criminelle Ecole
Un Pere forme ſes Enfans ,
Et pour l'offrir à cette Idole ,
En main il leur remet l'encens ;
Honteux prétexte ! erreur profonde !
Ilfaut que mon fils dans le monde
Stache défendre fon argent ;
Mais , avec l'art de fe défendre ,
Il aura celui de fe rendre
Malheureux , injufte , indigent.
*
A iij Découvrez
420 MERCURE DE FRANCE
Découvrez votre confcience ,,
Je l'attefte ; parlez , Joueurs ;
Venez aux yeux de l'évidence
Montrer les replis de vos coeurs ;
Une pénible bienséance
Au Jeu vous impoſe filence ;
Mais qu'il eft facile de voir
Qu'une contenance affectée
Couvre dans votre ame agitée
La fureur & le défefpoir.
*
Il eft des coeurs dont la nobleffe
Eclate dans l'adverfité ,
Dont la raiſon , toujours maîtreffe ,
Agit toujours en liberté ;
Au Jeu , quelle foibleffe extrême !
Le grand Homme n'eft plus lui-même ;
Sous la paffion abattu .
Il en reffent la dure atteinte ;
Son coeur esclave de la crainte ,
Eft infenfible à la vertu .
*
"
Hommes infenfés que vous êtes
Détrompez vous , ouvrez les yeux ;
Vous verrez que vos jours de Fêtes
Sont vos jours les plus malheureux ;
Cet
MARS. 421 1741 .
Cet or pour telle & telle affaire
Si bien placé , fi néceffaire ,
Sur une carte eft entaffé ;
Tournez - là : c'eſt la redoutable ! .
Par un Arrêt irrévocable
L'or en d'autres mains a paflé .
*
Voilà ce Joueur fans reffource ,
Suivons le jufqu'en fa maiſon ;
Il vient de perdre avec fa bourfe
Et fon repos & fa raifon ;
Quel ton ! .. quelle humeur ! .. tout le bieffe ,
Jufqu'à innocente carefe
D'une Epoufe ou d'un tendre Fils ;
En proye au chagrin qui l'entraîne ,
Il faut que tout porte la peine
Du défaftre qu'il a commis.
*
Heureux, qui d'un travail utile
Connoît le prix & la douceur ,
Qui , toujours paisible & tranquille ,
De la vertu fait fon bonheur !
Ses mains pures , induftrieufes ,
Suffisent à tous les défirs ;
Innocentes , laborieuſes ,
Exemt de chagrin & d'allarmes
A iiij
FA
422 MERCURE DE FRANCE
En repos il goûte les charmes
Des vrais & folides plaifirs.
Par M. le Chevalier de Canville.
*kkiki
REFLEXIONS fur la Critique.
L
E but de la Critique doit être de corriger
& d'inftruire. Ceux qui ne s'en fervent
que dans cette intention n'offenfent
ordinairement que les Efprits mal faits , ou
les coeurs endurcis . La Critique doit être
fondée fur le vrai . Si elle eft fauffe , ou mal
apliquée , elle ne fervira qu'à prouver l'ignorance
, la mauvaiſe foi , & tout enſemble
la malignité de celui qui en eft l'auteur. Il
faut auffi en bannir l'emportement & tout
ce qui eft outré : autrement elle ne paſſera
que pour une impofture ou pour un Libelle
, & fera plus de tort à la réputation
de celui qui l'a produite , qu'à celle de la
perfonne dont il en vouloit faire l'objet.
La Critique judicieufe & vraye , un peu
vive même , fupofé que le fujet mérite
qu'elle foit telle , fe fait goûter de tous les
honnêtes gens. Les Ouvrages les plus cftimés
, les plus recherchés , les plus curieux
& les plus utiles , sont ceux où la Critique
d'acMARS.
1741. 423
d'accord avec la bienféance & avec la raifon
fe rencontre dans toute la force de la vérité
.
Quelques -uns la condamnent & s'en fervent.
D'autres la craignent , parce qu'ils la
méritent , & qu'ils ne veulent ni fe corriger
, ni être inftruits. Enfin la Critique qui
s'exerce fur les Ouvrages d'efprit, eft prefque
auffi fenfible à ceux qu'elle reprend , même
avec juftice , que fi elle les attaquoit dans
leurs moeurs
dans leur réputation , dans
leur honneur.
,
Il y a d'excellens Ouvrages de Critique ;
dont on a fait des contre -Critiques qui ne
fe font guère moins admirer ; & auxquelles ,
malgré cela , on pourroit encore justement
trouver à reprendre ; preuve qu'il eft impoffible
à l'homme d'attraper le point de la
perfection , ou du moins de parvenir au bonheur
de contenter tous les goûts. M. de la
Bruyere en eſt un exemple : il a beau nous:
proteſter que , fi on reconnoît quelque profondeur
dans fes Ecrits , c'est par la bonne
opinion qu'on a de fes Lecteurs. Cette
flaterie n'a pas empêché un fort habile
Critique de le reprendre, & de prétendre que,,
quelque eftime que lui ayent attiré & que
méritent réellement fes caracteres , fon ftyle
n'eft pas fort correct en plufieurs endroits, &
que fes penfées ne font pas affés nettement
A v
י
déve
424 MERCURE DE FRANCE
dévelopées en quelques autres , pour n'avoir
pas befoin d'explication ou de commentaire .
La malignité & l'amour propre font deux
défauts qui nous font affes ordinaires , &
également pernicieux. L'un eft cause que
sur le témoignage d'autrui , ou sur la plus
légere aparence , nous croyons tout le mal
qu'on nous dit , ou qu'on publie des autres :
l'autre , que nous nous aveuglons sur nos
propres défauts , & que nous repouffons
ordinairement avec aigreur tous les traits
qui tendent à nous en corriger. Ce qu'il y a
de plus impertinent , c'eft qu'on reprend
souvent dans le prochain des fautes , où l'on
tombe ordinairement soi même.
*
La Critique sur les moeurs toute déli
cate qu'elle eft à traiter , n'eft point en rigueur
, & par forme d'usage , une espece de
tolérance. Elle eft permise , & on peut
dire autorisée par le Droit naturel & divin.
Il ne faut qu'ouvrir les Livres Sacrés &
tous ceux des Peres de l'Eglise , pour trouver
dans leurs Ecrits un nombre infini d'exemples
de la vive censure qu'ils font de
notre malice , de nos égaremens , de nos
foibleffes , de nos paffions , de nos fureurs ,
en un mot de tous nos vices. Les Livres profanes
n'en fourniffent pas moins.
* Cum omnibus pacem , adversus vitia bellum .
C'étoit la Devife de l'Empereur Othon II;
Ceux
MARS.
• 425 1741.
Ceux qui se récrient davantage contre
cette Critique , sont ceux qui , dans l'intérieur
de leurs consciences , sentent qu'elle
auroit tort de les épargner. Nullement dis .
posés à en faire leur profit , ils se livrent pleinement
à l'iniquité ; ils souhaiteroient en
effet qu'il fût secrettement défendu d'exposer
au grand jour leurs concuffions , leurs
vols , leurs tirannies , leurs rapines , ou plûtôt
il seroit à défirer pour eux qu'ils n'eussent
en "mourant d'autre risque à courir que
celui de la perte de ce biens immenses qu'ils
ont volé & qu'ils continuent encore de voler
tous les jours au Prince & au Public.
On ne doit pas moins éclater contre ceux
qui , dans quelque profeffion , dans quelque
état que ce soit , s'écartent en tout des devoits
que l'équité naturelle & la Religion
nous prescrivent. Bonis nocet , qui malis
parcit.
Les Grands du Monde , loin d'être à couvert
des traits de la Censure ou de la Critique,
y sont , malgré toute leur autorité, beaucoup
plus exposés que le commun des hommes.
Leur grandeur les décele & les met en
évidence à tout le monde : leurs moindres
paroles sont recueillies , toutes leurs actions
sont soigneusement examinées . Rien de tout
ce qu'ils ont dit, ou fait n'échapera à la Postérité.
Sur quoi on attribue ce beau mot à l'un
A vj
de
426 MERCURE DE FRANCE
de nos plus grands (a) Monarques : Les faits
des Grands , de quelque nature qu'ils puiſſent
être,ne meurentjamais. Ensorte que ceux d'entr'eux
qui sont jaloux de leur réputation &
de leur gloire , s'ils veulent que la Pofterité
respecte leurs noms & leur mémoire , doivent
se conduire d'une maniere que rien ne
puiffe en ternir l'éclat . Ce qui eft fi vrai ,
qu'il s'eft trouvé des gens , dit un (6 ) Hiſtorien
moderne , senfibles à un trait de plume
, quoiqu'ils ne le fuffent , ni aux remords
de la conscience , ni à la séverité des Loix ;
& on voit , ajoûte-t'il , un Prince au commencement
du fiécle paffé , qui ne pouvant
être détourné de commettre un inceſte , par
toutes les maximes de la Religion Chrétienne
, le fut efficacement par la refléxion
qu'on lui fit faire que la chose ne pourroit
être fi bien cachée que la Pofterité ne le sçût..
» Entre les Loix qui regardent les Tré-
و د
paffés , dit Montagne , L. 1. Ch. 3. en som
» vieux Style , celle-ci me semble autant
" solide , qui oblige les actions des Princes
» à être examinées après leur mort . Ils sont
» compagnons , finon maîtres des Loix.
» Ce que llaa Juftice nn''aa ppûû sur leurs têtes
c'eft raison qu'elle l'ait sur leur réputation
(a) Henri IV.
(b) Varillas dans la Préface des Anecdotes de
Florence.
» &
MARS. 1741 . 427
& biens de leurs Succeffeurs. Choses
» souvent nous préférons à la vie.
que
C'étoit autrefois la coûtume parmi les
Egyptiens que , lorsque le Roy étoit mort ,
on exposoit son corps au milieu de la place
publique , où chacun avoit la liberté de le
louer ou de le blâmer , selon qu'il l'avoit
mérité. On mettoit en balance les plaintes
& les acclamations ; & fi ses vices l'emportoient
sur sa vertu , sa mémoire étoit déteſtée
, & on lui refusoit l'honneur de la
sépulture. Cette coutume , toute bizarre
qu'elle peut nous paroître aujourd'hui , avoit
cela de bon qu'elle pouvoit exciter son Succeffeur
à bien , traiter ses Sujets & à gouverner
ses Etats en bon & sage Prince,
Le Juge sans reproche eft la Pofterité ,
Le tems qui détruit tout en fait la verité.
Regnier , Satyres.
On convient qu'on ne doit point nommer
, surtout en matiere d'importance , les
personnes qu'on reprend même avec beaucoup
de juftice , quoique ce ne soit que dans.
le deffein de les faire rentrer en eux -mêmes.
& les obliger à se corriger. Mais il a toujours
été permis , & il ne peut qu'être avantageux
de répandre le mépris & l'horreur sur tout
e qui porte en soi le caractere viſible
de
428 MERCURE DE FRANCE
de l'infamie & de la réprobation.
Sans cela on verroit la malice & la noirceur
des hommes , qui ne sont déjaque trop
corrompus , monter jusqu'à son comble.
Ils fouleroient bien -tôt aux pieds , fi j'ose
ici me servir de cette expreffion , toutes les
Loix de l'humanité , de l'ordre , de l'équité ,
de la sûreté publique , auffi bien que celles
de la Religion , qui eft le principe de tout
bien & la réformatrice de tout mal.
Toutes sortes de vérités ne sont pas bonnes
à être dites , j'en conviens . Mais , dès
qu'on ne bleffe ni la Religion , ni l'Etat , & ·
qu'on en parle toujours au contraire avec
beaucoup de zele , d'amour & de respect ,
il doit être permis de donner quelque force
à ce qu'on écrit , furtout en matiere de
moeurs , fi on veut qu'on en profite . C'eſt
par-là que Lucille , Horace , Juvenal &
Perfe parmi les anciens ; Arnaud , Paſcal ,
Defpreaux , la Bruyere , & un petit nombre
d'autres entre les modernes , l'emportent
fur quantité d'autres Ecrivains.
Ceux qui fe fervent de leur efprit pour
tourner en ridicules des perfonnes qui en
ont moins qu'eux , par cette raifon feule
qu'ils en ont moins , & pour le feul plaifir
de les mortifier ou d'en rire , bleffent nonfeulement
la charité , ils prouvent encore
qu'ils ont un très -mauvais coeur & fort peu
de
MAR S. 1741 429
'de Religion. Ces fortes de caracteres ne méritent
pas d'être mis au rang des bons & des
judicieux Critiques. Ils font une claffe à part,
& font parfaitement méprifables.
Ce n'eft pas toutefois qu'une Mufe un peu fine
Sur un mot en paffant ne joue & ne badine ,
Et d'un fens détourné n'abuſe avec fuccès ;
Mais fuyons fur ce point un ridicule excès .
nous
Ces Vers qui font de M. Defpreaux ;
à qui on peut bien s'en raporter ,
aprennent qu'il faut ufer fobrement & avec
beaucoup d'art , de circonfpection & de.
délicateffe , de tout ce qui s'apelle faillies
ou bons mots , furtout dans ce fiécle - ci ,
où les quolibets , les pointes , les turlupinades
ne font plus en ufage , ou du moins
ont beaucoup perdu de la vogue dans laquelle
ils étoient autrefois ; enforte qu'on
peut , ce me femble , fort bien dire .
Que qui n'a pas l'efprit de parler à propos ,
S'il n'eft un étourdi , doit aprendre à fe taire.
Quel peut être un difeur de prétendus bons mots
Sinon une tête légere ?
Moron ici prend feu , qu'il nous laiffe en repos
Avec fa langue de vipere.
Qu'il aille , & c'eft fon centre , ainſi qu'un Brioché ,
Au430
MERCURE DE FRANCE
Autrefois fi connu par fes Marionnettes ,
Faire fur des tréteaux briller en plein marché
Ses quolibets & fes fornettes.
Non qu'il foit impoffible qu'un homme
paroiffe plaifant, aimable & fpirituel tout enfemble.
Mais pour ſe faire goûter & fe faire
eftimer tel , il faut néceffairement qu'il poffede
des dons particuliers & les qualités
fuivantes.
Un Plaifant fans défaut eft une piéce rare;
Jamais emporté ni bizarre
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il fait ;
Maître de fon humeur , d'un charmant caractere ,
Il ne hazarde point de trait
.
Qui puiffe offenfer ou déplaire .
Chés lui la raillerie eft contreverité.
Il parle finement , mais toujours fans malice ;
Et s'il vous fait l'objet de fa vivacité ,
Un bon mot de fa part vous rend un bon office.
Il y a deux fortes de Critiques ou de Cenfures.
Celles qui font faites avec jugement ,
fans aigreur & dans la feule vûë de nous
faire fentir nos défauts ou nos foibleffes ,
loin de nous offenfer , doivent nous engager
à une véritable reconnoiffance . Celles
qui partent d'un efprit tout opofé , & qui ne
font que l'effet ou la production d'une bile
échauffée
MARS. 1741: 431
chauffée , pleine de fiel , d'amertume , de
malignité , d'orgueil & de préfomption , dignes
par elles- mêmes de cenfure & de mépris
, tombent bien- tôt dans l'oubli , & ne
par conféquent , ni replique , ni
méritent
attention .
La plupart de ceux qui n'aprouveront pas.
la hardieffe de ces réflexions , fe garderont
bien d'avouer qu'elles ne leur déplaifent qu'à
caufe de la force de la verité qu'elles renferment
, & qui , malgré eux , les condamne
& les bleffe .
Si on m'objecte que cette matiére pouvoit
être traitée avec plus d'art , de force , &
furtout avec plus d'étenduë que je ne l'ai fair,
fans difconvenir qu'on peut avoir raiſon, je me
contenterai de répondre qu'il me fuffit d'avoir
prouvé ce me femble , fuivant mon intention
, l'utilité de la Critique , en ajoûtant
feulement que je ne me fuis point engagé
d'épuifer ce fujet , & que je ne formerai jamais
le deffein d'en épuifer aucun autre ;
que j'écris ce qui s'offre à mon imagination
, fans me contraindre ; que je ne cherche
qu'a me rendre intelligible , en obfervant
, autant qu'il m'eft poffible , de n'offrir
rien aux yeux des Lecteurs fenfés , qui
puiffe les fcandalifer ou leur déplaire . Telle
eft ma méthode. Si ces raifons ne contentent
pas , loin de m'en fâcher , j'admirerai toujours
432 MERCURE DE FRANCE
jours & n'envierai jamais ceux qui fur la
matiere dont il s'agit , ou fur toute autre
voudront bien fe donner la peine d'en dire
davantage & de faire mieux . DE VILLEMONT.
A Rouen ce 10. Janvier 1741 .
ETRENNES
De M. Darnaud à Madame C ** en lui
envoyant une Pomme d'Or.
D'Accord avec l'Amour , la Raiſon vous la
;
Le don en eft plus précieux ;
Ainfi ne craignez point que l'envie empoiſonne
Cet hommage brillant qui n'eſt dû qu'à vos yeux ;
Paris ne fatisfit qu'une feule Déeffe ,
Son jugement en mécontenta deux ,
Moi , j'en fatisfais trois par un choix plus heureux
Et cependant ce choix à vous feule s'adrefle ;
Acceptez donc ce préfent de ma main.
Vous avez de Vénus les charmes , la jeuneffe ;
Minerve vous fit part de fon efprit divin ;
Vous furpaffez Junon , mais par d'autres richeffes;
Vous avez la vertu , vous avez tout ; les Dieux
N'ont oublié qu'un don parmi tant de largeffes ,
C'eft qu'ils devoient vous rendre immortelle comme
1 eux.
OB.
MARS. 1741. 433
OBSERVATIONS fur les Eclairciffemens
donnés par M. Maillart , ancien Bâtonnier
de l'Ordre des Avocats au Parlement de
Paris , au fujet de l'Efchiquier de Normandie,
inferés dans le Mercure de France
du mois de Decembre 1740. Tome II,
P. 2862.
L'A
Loit
,
'Auteur des Eclairciffemens dont il s'a
git , affûre que l'Efchiquier de Normandie
n'a eû le dernier reffort qu'en 1499 :
par l'Edit de Louis XII . Il fe fonde principalement
fur le témoignage de Ragueau :
je crois cependant que l'Efchiquier de Normandie
a toujours eû le pouvoir de juger
en dernier reffort.
L'établiffement de l'Efchiquier de Normandie
eft fi ancien , qu'on n'en trouve pas
précisément l'époque : il étoit d'abord am .
bulatoire comme le Parlement : en 1302 .
Philippe le Bel rendit ces Tribunaux fédentaires
, & ordonna qu'il feroit tenu deux
Parlemens à Paris , deux Efchiquiers à
Rouen , & que les Grands-Jours de Troyes
fe tiendroient deux fois l'année .
M. Maillart dit, en parlant de l'Eſchiquier
d'Alençon , de celui de l'Archevêque de
Rouen & de celui du Roy de Navarre , que
tout
434 MERCURE DE FRANCE
tout cela n'étoit que des Grands - Jours ;
d'où il femble induire que l'Efchiquier de
Normandie n'étoit pareillement qu'une tenuë
de Grands - Jours , & que ces Grands-
Jours ne jugeoient pas en dernier reffort.
Cependant ceux qui ont parlé des Grands-
Jours , les mettent au rang des Tribunaux
Supérieurs , qui avoient le pouvoir de juger
en dernier reffort.
ور
Ragueau lui - même en fon Indice , verbo ;
Grands-Jours , dit » qu'ils fe tiennent par
» Lettres Patentes & Commiffion du Roy ,
» pour juger fouverainement des Matiéres
» criminelles & des civiles jufqu'à certaines
» fommes. Plus loin il ajoûte que ce droit
» de reffort des Grands - Jours cft un droit
» de Souveraineté qui n'apartient qu'au Roy
» ou à celui à qui il a plû au Roy le bailler
" par titre exprès. » Il eft vrai que le même
'Auteur fait auffi mention des Grands -jours
accordés aux Princes & à quelques Seigneurs
, à la charge que les apellations de
ces Grands- Jours reffortiroient au Parlement
; mais il ne faut pas confondre ces
Grands-Jours des Princes & Seigneurs avec
ceux qui fe tenoient au nom du Roy. Les
premiers n'étoient proprement que des Affifes
; les autres étoient des Tribunaux en
dernier reffort , qui dans leur origine étoient
tenus par ceux que l'on apelloit Miffi Dominici,
MARS . 435 1741.
•
minici , lefquels étoient conftamment Juges
en dernier reffort , comme l'atteftent les
Auteurs qui en ont fait mention , & entr'autres
, Ducrot , Stile du Grand- Confeil , p. 16.
Auffi voit- on que Philipe le Bel par fon
Ordonnance de 1302. comprend l'Efchiquier
de Rouen & les Grands- Jours de
Troyes dans le même Article qui concerne
le Parlement de Paris , ce qui dénote qu'il
attribuoit à tous ces Tribunaux le même.
pouvoir , du moins quant au droit de juger
en dernier reffort , car du refte on ne prétend
pas que l'Efchiquier de Normandie ,
ni les Grands-Jours euffent les mêmes hon
neurs & prérogatives , que le Parlement de
Paris.
On ne manquera peut être pas de dire
que le Parlement de Toulouſe dont il eft
auffi parlé dans la même Ordonnance de
Philipe le Bel , n'eût le pouvoir de juger en
dernier reffort que par une Ordonnance
de Charles VII. du mois d'Octobre 1443 .
qu'ainfi les Tribunaux dont l'Ordonnance
de Philipe le Bel fait mention , n'étoient
pas Juges en dernier reffort ; mais il faut
obferver qu'à l'égard du Parlement de Touloufe
, Philipe le Bel dit qu'il tiendra comme
par le paffé , fi les Etats de la Province confentent
que l'on n'apelle pas des Jugemens
de ce Parlement , exception qui ne concerne
que
436 MERCURE DE FRANCE
que ce Parlement & qui ne doit pas être
apliquée , ni au Parlement de Paris , ni à
L'Efchiquier de Rouen , qui eft mis dans la
même claffe .
L'Auteur des Eclairciffemens obferve luimême
que le Parlement de Paris ne pouvoit
juger les apellations de l'Efchiquier de
Rouen, & que l'Ordonnance de Louis Hutin
du 22. Juillet 1315. dans l'Art. 18. excluoit
même le pourvoi au Roy contre les Jugemens
de l'Efchiquier ; prohibition qui bleffant
la Souveraineté du Roy , étoit cenfée
- non écrite , mais dont il réfulte du moins
que les Jugemens rendus par l'Eſchiquier
étoient en dernier reffort , & qu'on ne pouvoit
fe pourvoir pardevers le Roy contre ces
Jugemens que par Requête en caffation ,
de même que contre les Arrêts du Parlement
de Paris.
Il paroît que les Jugemens de l'Eſchiquier
de Normandie ont toujours été qualifiés
d'Arrêts , comme ceux des Parlemens
& autres Cours Supérieures . M. Du Cange
en fon Gloffaire , Verbo , Scacarium, fait mention
d'un Arrêt de l'Efchiquier de Normandie
de l'an 1279. qui regla que les Evêques
de la Province ne feroient point obligés
de venir à l'Efchiquier , à moins qu'ils
n'y fuffent mandés par le Roy.
Dans le Recücil des Ordonnances ou RegleMARS.
1741; 437
glemens de l'Efchiquier qui eft inferé à la
fuite des Décifions fur la Coûtume de Normandie
, on trouve plufieurs Ordonnances
publiées en l'Efchiquier tenu à Rouen au
terme de Pâques 1426. 1462. 1463. au
terme de S. Michel 1469. & 1497. où ce
Tribunal prend le titre de Cour qui n'apartient
qu'aux Compagnies Supérieures.
*
Il eft vrai qu'alors quelques Juges Inférieurs
s'arrogeoient auffi le titre de Cour ;
mais l'Efchiquier de Normandie étoit dèslors
Cour Supérieure : on en trouve la
preuve dans les Lettres Patentes de Louis
XII. de l'an 1499 , " Ordonnons , dit ce
» Prince , & établiffons la Cour Souveraine
» de l'Efchiquier de notredit Pays & Duché
de Normandie , à être dorénavant &
» à toujours en notre nom & de nos Suc-
» ceffeurs Ducs de Normandie , tenuë ordinairement
& continuellement en notre
» Palais de notre bonne Ville & Cité de
» Roüen.
Louis XII. n'érige pas l'Efchiquier de
Rouen en Cour Souveraine , c'est- à- dire
Supérieure ; il en parle comme d'un Tribunal
qui avoit déja ce degré d'autorité , & il
n'ordonne autre chofe finon qu'il fera ordinaire
& tiendra continuellement , au lieu
qu'auparavant il ne tenoit que deux fois
l'année , à Pâques & à la S. Michel.
Quoique
438 MERCURE DE FRANCE
Quoique cette Ordonnance explique que
toutes les Cauſes & Matiéres du Pays de
Normandie feront jugées par l'Efchiquier
en dernier & fouverain reffort , il ne s'enfuit
pas de-là que ce Tribunal n'eût pas auparavant
le même pouvoir : cela n'eft fans
doute rapellé , que parce qu'on prorogeoit
fa Jurifdiction , en le rendant ordinaire.
Les Lettres Patentes données par le même
Prince le 22. Décembre 1507. s'énoncent de
même que celles de 1499. & ne difent pas
que l'Efchiquier ait été alors érigé en Cour
Souveraine , mais que la Cour Souveraine
de l'Efchiquier a été érigée pour être ordinaire.
Le Parlement de Paris n'a pareillement
reçû que par degrés l'autorité qui lui a été
confiée. Il n'étoit d'abord qu'ambulatoire ;
Philipe le Bel ordonna qu'il tiendroit à
Paris deux fois l'année , comme l'Eſchiquier
de Roüen ; en 1315. Loüis Hutin le rendit
ordinaire ; d'autres difent que ce fut Philipe
VI. ; quoiqu'il en foit , avant que
d'être
ordinaire , il ne laiffoit pas d'être déja Cour
Supérieure.
Il en eft de même de l'Efchiquier de
Rouen on ne trouve nulle part qu'il foit
parlé d'apel de fes Jugemens , même avant
1499.
Le titre de Parlement qui lui a été donné
dans
MARS. 1741:
439
dans la fuite , n'eſt pas ce qui lui a conferé
le pouvoir de juger en dernier reffort ? car
il ne prit ce titre que fous François Premier
en 1515. & non pas en 1499. comme le
fupofe l'Auteur des Décifions fur la Coûtume
de Normandie en fon Explic. des termes
de la Coût. verbo Efchiquier , où il dit que
cette Cour fut érigée en Parlement par Louis
XII. en 1499. fous le titre de Parlement de
Roüen cet Auteur fe trompe , puifque les
Lettres Patentes de Louis XII . tant en 1499 .
qu'en 1507. ne nomment pas autrement ce
Tribunal que la Cour Souveraine de l'ELchiquier.
:
丸
LES DOUCEURS DE LA POESIE ,
O D E.
A M. le Marquis de Caumont.
E Mbrafe- moi , feu poétique ,
Je cede à tes divins attraits ;
Viens dans mes Vers , par mille traits
Répandre une force énergique ;
Eclaire , échauffe mon cerveau ;
Que d'un chant brillant & nouveau
Je faffe raifonner ma Lyre.
B Puiflent
440 MERCURE DE FRANCE
Puiffent tes plus vives ardeurs
Soutenir le tranfport qu'un tendre amour m'infpire,
A la gloire des doctes Soeurs !
*
Vous , qui fur les bords du Permeſſe
Avez daigné guider mes pas ,
Nymphes, dont les divins apas
Ont fçû captiver ma tendreffe ,
Je vais , au gré de mes défirs ,
Célebrer les charmans plaifirs
Que reffent avec vous mon ame ;
Mon coeur de vos faveurs épris ,
N'aime que vos. Lauriers , & mépriſe la flâme
Du volage Enfant de Cipris.
*
Dans vos agréables aziles
Toujours content , toujours heureux ;
Dans le fein des Ris & des Jeux
Je vois couler mes jours tranquiles.
Votre Art , à mes fens éblouis ,
Du doux bonheur dont je jouis
Etale le riche avantage ,
Et par l'éclat de mille fleurs
M'indique le fentier que doit fuivre le Sage ,
Pour fuir les vulgaires erreurs.
Dou
MARS.
441 1741.
D'où naiffent ces tendres allarmes ?
Mufes , que ces momens font doux !
Ah ! que je fens auprès de vous
De douceur à verfer des larmes !
Quand ma Lyre fur un Cercueil
Imite d'une Amante en deuil
Les cris & la peine cruelle ,
Quel fentiment faifit mon coeur !
Je m'attendris & goûte , en pleurant avec elle ;
Un doux plaifir dans la douleur .
*
Une nouvelle ardeur m'enflâme ,
Je cours avec vous dans les Bois ;
De la Mufette & du Hautbois
Les tendres fons charment mon ame,
J'entends mille Bergers heureux ,
Je les vois célebrer des jeux
Qu'animent l'Amour , l'innocence ,
Er , malgré moi , dans ce moment
Je fens s'évanouir ma froide indifference ,
Je foupire & deviens Amant.
*
Mais c'eft la gloire qui m'apelle ,
Je vole avec vous juſqu'aux Cieux,
Par mes accords audacieux
Je charme la Troupe immortelle.
Bij Déja
442 MERCURE DE FRANCE
Déja je chante dans mes Vers
Ces Dieux , Maîtres de l'Univers ;
De quels fons retentit ma Lyre !.
Mon ame, en ces momens heureux ,
Surpriſe , tranſportée , adore , loüe , admire ,
De Nectar s'enyvre avec eux .
X
Par des accens non moins fublimes
Dans les Airs élevant ma voix ,
J'immortalife les Exploits
Des Héros les plus magnanimes.
Vous , par qui ces fages Mortels
Ont pû mériter des Autels ,
O Vertus ! fources de leur gloire ,
Puiffiez - vous par vos traits divins
Me placer avec eux au Temple de Mémoire !
Sans vous tous les honneurs font vains,
*
Mufes , quelle agréable yvreffe
Saifit , enchante mes efprits !
Mon coeur vole dans mes Ecrits ;
Dieux ! que d'ardeur ! que de tendreffe !
En proye au plus vif fentiment ,
De Damon , * cet Ami charmant D
Mes Vers tracent le caractere.
*
M. G ***
A
MARS. 443 1741:
A fon coeur pour toujours lié ,
Je le peins tel qu'il eft , tendre , aimable , fincere ,
Et le Héros de l'amitié ,
*
O toi , dont le génie aimable
Sçait unir le rare talent
D'un fçavoir folide & brillant
Aux Graces d'un goût admirable ;
Amateur de ces chants divins ,
Par qui les Dieux & les Humains
N'ont plus que le même langage ;
Caumont , d'un doux tranfport épris ,
Mon coeur t'offre ces Vers ; ce n'eft que ton fuffrage
Qui peut leur donner quelque prix .
Par M. B ** , d'Aix.
LETTRE d'une Demoiſelle à une de fes
Amies de Province.
que
E vous dois , ma chere amie , dépuis
long-tems une Lettre. L'amitié va parler ;
les confeils, que vous allez lire, ne vous
furprennent pas , vous fçavez que l'amitié a
toujours eû droit d'en donner. Aimable
comme vous l'êtes , tout le monde ſe fait un
B iij plaifir
444 MERCURE DE FRANCE
>
plaifir de vous admirer , tous vous disent en
fecret que vous êtes belle , & tous voudroient
pouvoir vous le dire avec la même facilité
que ceux qui ont le bonheur de vous aprocher.
Les fuffrages que vous remportez dans
le beau monde , ne font pas peu de chofe ,
mais quelque nombreux qu'ils foient , craignez
cependant qu'ils ne s'évanouiffent,Quoique
vous ayez beaucoup d'amis , & que
vous les devicz prefque tous aux avantages
que vous tenez de la Nature , ces mêmes
avantages vous feront auffi beaucoup d'ennemis
. Cela vous paroît , fans doute , peu
vrai-femblable , mais voici de quoi vous en
convaincre. A peine avez-vous parû dans le
monde , la jeuneffe de votre vifage , l'éclat
des couleurs qui y font répandues , la blancheur
de votre teint, la douceur de vos yeux,
avec tout cela, & ce je ne fçais quoi , qui compofe
une phifionomie prévenante , vous ont
gagné tous les coeurs ; les hommes ont foupiré
& les femmes vous ont trouvée digne de
leur Sexe ; elles ont aimé à vous avoir auprès
d'elles , vous en avez éprouvé les faveurs &
les careffes ; elles vous mettoient de leurs
focietés , & il leur manquoit quelque chofe
fi la belle Aminte n'étoit de leurs cercles ;
mais les chofes changent, vous êtes devenuë
grande ; quelques années de plus vous ont
donné quelque expérience ; les hommes fe
font
MARS. 1741. 445
font fait un plaifir de vous louer en préfence
de vos Compagnes ; plufieurs même ont
déferté d'auprès d'elles , pour foupirer auprès
de vous. Fatiguées alors des éloges que vous
vous attiriez , elles fe font attachées à vous
examiner de plus près . La jaloufie a fçû bientôt
vous trouver des défauts que vous n'aviez
pas , & l'envie leur a dicté des difcours
à faire trembler toutes perfonnes de votre
âge. Le refroidiffement a fçû enfuite gagner
leurs coeurs , & la paffion n'a pas manqué
d'animer la médifance & la calomnie , qui
font les armes les plus ordinaires de leur
vengeance . Oui , ma chere , les femmes font
vos plus grandes ennemies, &fi on leur en demande
la raifon, elles diront hardiment , Aminte,
il faut l'avouer, eft d'une affes jolie figure ,
mais qu'est ce que cette figure, quand on en
fait fon unique occupation ? Qu'eft ce que
cette figure fans efprit & fans conduite ? L'amour
& la pareffe font fes Dieux favoris, &
quoiqu'elle paroiffe fage , fes amans ne font
pas toujours maltraités. Voilà , ma chere, ce
que vous avez à craindre des femmes , qui
pour fe venger de la perte de leurs courtifans
, répandront impunément le ridicule &
le crime fur vos actions les plus ordinaires &
les plus innocentes . Quoique tous leurs traits
foient fabuleux , vous conviendrez avec moi
qu'ils font bien dangereux pour une jeune
Bij perfonne
446
MERCURE DE
FRANCE
perfonne comme vous , qui par fa beauté
s'attire les regards de tout le monde. Mais ,
me direz -vous , que puis- je faire à cela ? elles
font les
maîtreffes de parler & je ne fuis
pas la maîtreffe de les en
empêcher ; je fçais
qu'il eft trifte pour moi d'être en butte à
leur jaloufie & leur envie ; fi c'eſt un mal inévitable
, quel remede y
aporterai-je ? Ce remede
eft fimple , Aminte . Qu'une lecture
choifie éclatte dans tous vos difcours , qu'aucune
de vos actions ne démente la raifon &
la vertu , que vous avez prifes pour vos guides
; que votre contenance & vos démarches
inspirent toujours le refpect qui vous eſt dû
& que, trèscertainement,
vous méritez ; qu'il
n'échape rien à la fageffe qui vous eft connue,
par- là, vous étoufferez la calomnie, vous fermerez
la bouche à la médifance & vous aurez
la
confolation de rendre vos ennemies
autant
méprifables qu'elles auront voulu vous
faire méprifer. Votre empire n'en deviendra
que plus éclatant : la juſtice vous remettra
dans l'eftime de ceux qui auroient eû la foibleffe
de fe laiffer gagner par les langues envenimées
; vous
triompherez partout ; partout
on dira , Aminte eft belle , mais avec
cela elle eft fage , elle eft
raisonnable , elle
eft
prudente, fon tems eft partagé par la lecture
des meilleurs Livres & par le travail des
mains ;fes
compagnes font toujours les plus
que
vertueuſes ,
MARS. 1741 . 447
vertueufes , fes amies les plus difcrettes ;.
elle eft pieufe à l'Eglife & modefte partout.
Quel avantage d'entendre un auffi bel éloge !:
Mais quel étonnement, quand on reconnoî-.
tra auprès de vous que ce n'eft encore là
qu'un crayon de votre mérite ! c'eft alors.
que les coeurs voleront en foule à vos pieds,
peut- être en voudrez -vous choisir un , & ce
choix , ma chere Aminte , vous mettra dans,
l'embarras. Vous avez entendu dire que les.
hommes font volages , inconftans , ingrats ,
perfides ; vous les craignez , mais vous ne les
craignez pas encore autant que vous les devez
craindre ; ils font tels qu'on vous les a
dépeints, & ceux qui vous paroiffent les plus.
éloignés du portrait qu'on vous en a fait,font
fouvent ceux qui en aprochent le plus. Tehez
-vous fur vos gardes ; examinez tout &
profitez de vos découvertes ; examinez leur:
caractere ,fans paroître occupée de cet exa-.
men. L'homme , quand nous le voulons , ne
porte pas long-tems le mafque auprès de
nous ; il nous eft toujours aifé à connoître
quand nos coeurs ne font prévenus d'aucune
paffion pour lui ; tous ceux qui penfèront:
plus au plaifir qu'au refpect qu'ils vous doivent,
font les premiers qu'il vous faut écarter;;
éloignez enfuite le glorieux , l'ambitieux
l'étourdi , ces gens là ne vous conviendront :
jamais , & font , pour ainfi dire , incorrigi
B. v.
bles
448 MERCURE DE FRANCE
prenbles.
Evitez fur tout le médifant & le calomniateur
; après vous avoir réjouie de leur Satyre
, vous en deviendriez bien- tôt le Sujet.
Fuyez le joueur ; congédiez le pareffeux ; des
Maris de cette trempe vous prépareroient des
chagrins cuifans , l'un en expofant fon patrimoine
& le vôtre, & le fecond, en négligeant
de conferver tous les deux; n'écoutez jamais
celui qui s'adonne au vin , fouvent il ne quitteroit
la bouteille que pour vous quereller ;
je ne vous confeillerois pas non plus de
dre un faux dévot ; bon Dieu , que cette Secte
cache de défauts fous fa feinte pieté! Qui
prendrez - vous donc , qui choifirez - vous
parmi cette foule d'adoratcuts qui vous environnent
? Aminte , en voici un de ma façon.
Un homme vrai , fincere , prudent ,
modefte , fage , vertueux , qu'il ait une profeffion
& qu'il la fçache , qu'il joigne à cela
quelque peu de fortune ; une figure fuportable
; qu'il foit doux & fenfible à la tendreffe
que vous devez lui promettre ; que toutes
fes actions vous marquent le refpect que
vous lui infpirez; que toutes fes paroles vous
en perfuadent , qu'il foit avec cela d'une famille
eftimée dans le monde ; voilà , ma
chere , le Mari que vous devez chercher &
que je fouhaite que vous trouviez ; un tel
homme rendra votre fort heureux , & vous
êtes digne de ce fort , qui fera toujours le
but
MARS. 1741.
449
but des défirs de celle qui vous cftime &
qui vous confidere.
J. D. C.
L
•
I donné Piéces Latines fuivantes ,
y a plufieurs mois que nous aurions
fi elles nous étoient plutôt tombées entré
les mains. C'eft l'Ouvrage de MM . les
Rhetoriciens du College de LOUIS LE GRAND ,
qui l'ont compofé d'après les Matieres prefcrites
par le P. de la Sante , Jéfuite , l'un
de leurs Profefleurs .
M. le Cardinal de TENCIN , à qui s'adreffe
l'Epitre , a préfenté au Pape la Piéce
où les jeunes Auteurs le félicitent fur fon
Exaltation. SA SAINTETE' a parû fort fatisfaite
de cet Eloge Poëtique , qui avoit été
revû par un de fes Parens , Philofophe &
Penfionnaire dans ce même College,
IN Electione BENEDICTI XIV. Summi
Pontificis , Sors à DIVINO SPIRITU vičta
&fugata.
Maximus Antiftes , meritis cumulatus & annis
VIX CLEMENS Romanam Aulæ mutaverat Aulam
B vj Sy
450 MERCURE DE FRANCE
Sydereæ Latio venerandos Murice Patres
Concilio in magno fuffragia rite daturos
Aliger æthereus variis excivit ab oris
Cæleftis clangore tube ; Rubrique Senatûs
Membra vocata , fuis , vafti fub fornice Tecti ,
Claufit in ædiculis . Proh ! quantum anguſta tenebat
Cellula quæque Vitum , quantis de rebus agentem !
Dandus enim Paftor , Chriftique Vicarius Orbi.
Ordine tergemino , gemmis , auroque nitentem.
Calicola expofuit media inter clauftra Tiaram
Hoc titulo infignem , DATUR DIGNISSIMO , & alis
Præpetibus celer ad patrium revolavit Olympum ;.
Solaque Libertas , cui jus & norma legendi
Pontificis , Patrum in coetu permiffa morari eft ,
Supplicibus votis imploratura Tonantem.
>
Sors tamen , in fan&tam quæ furtim irrepferatÆdem
Purpureos inter Proceres , fub fornicis arcu.
Nulli vifa , fuam de nocte locaverat urnam
Ut Fortuna foror vel facra fub atria fecum
Jura profana daret . Quò plures utraque dignos
Cernit adeffe viros ; hôc pluribus utraque tentat
Artibus unanimæ remorari oracula vocis ,
Summaque fupremi decoris cupit arbitra dici .
Quin & ut exftimulet mentes ad honoris amorem
Bina foror , fub vefte latens Pietatis , amici
Præfulis ora gerens ; late oftia fingula molli
Sollicitat pulfu digiti : quemcunque falutat ;
Art
MARS: 1741. 45
Arridens blanditur ; ab hoc difcurrit ad illum ,
Umam cuique fuo promittit nomine foetam ,
Seque vel invitis , & nil pofcentibus offert .
Bis tria figna Poli Sol jam luftrarat , & axe
Luna vago notum bis ter decurrerat orbem ;
Necdum animos Patrum Sors & Fortuna moleftis
Angere defierant curis . DIVINUS inanes
Cum tandem refecare moras , & folvere nodum
SPIRITUS aggreditur : defcendit ab æthere , Sortei
Fortunamque fugat ; nutu procul amovet urnam ,
Diluit ambages , mirâ dulcedine mulcet
Pectora , & aftantes tacitis illapfibus afflat :-
Numinis afflatus quæ non molimina vincit ?
SacraDomus ter mota tremit , ter blanda corufcant
Fulgura ; ter tonitru , ter nomine LAMBERTINI
Clauftra fonant . Vox multa licèt , vox una voventum
eft ,
LAMBERTINE ,
Vix
НАВЕТО.
ea ;
PETRI CLAVES , PETRUS ALTER ,
Calicolûm chorus advolat .Alter ab Arce
Fert fuperâ claves , quæ Cæli Templa recludant ,
Aut eadem , CHRISTI fupremo nomine , claudant .
Magnificum infterni folium jubet alter , & Aram
Cui dignè infideat novus Urbis Paftor & Orbis ,
Pafcere doctus oves , à facro doctus ovili
Longè arcere lupos fub ovinâ pelle latentes :
Pabula doctrinæ , quibus alma Bononia , tanto
Sub
452 MERCURE DE FRANCE
Sub Duce , pafta fuit , Romæ Mundoque daturus. ,
Majeftate potens , triplici Diademate frontem
Cinctus , adoratur : pedibus rite ofcula figit
Turba frequens , conclamat ovans. Quis nomine
SANCTI
Dignior eft PATRIS , quàm qui tam divite venâ
Ingenii à Sanctis partos memoravit konores ?
Quam bene legitimum fciet his decernere cultum ,
Tam bene legitimos potuit qui pingere Ritus ,
Queis pia Relligio facrum tranfmittit in Album
Tranfmillas in Coelum Animas ! .. Sic Roma recentem
Electi Paftoris amat celebrare triumphum .
Nos canimus quæ Roma canit, quicunque docemur
Quam docet illa Fidem ; votis adjungimus ultro
Vota novo multos multis cum laudibus annos
Pontifici , ( plus mente piâ quàm voce ) precamur
Doctores docuit faftos qui fcribere veftros ,
O SUPERI , ferum veftris infcribite Faftis .
Annuite ut claufum videat memorabile fæclum ,
Quo facra plaudentem coepit dare jura per Orbem..
>
Argumentum propofuit ,EGID. ANNA XAV.
DE LA SANTE , Societ. JESU Sacerdos.
Compofuere Verfus , Rhetorices Alumni in
gio LUDOICI MAGNI Collegio .
Opufculum recognovit JOANNES - SIMON
DE HEUVL , Dovermeere & Witbergen
Antuerpienfis , Philofophus & Convictor in
eâdem
MARS. 1741
453
eadem nobili Academia , SUM MIQUE
PONTIFICIS affinitate decoratus .
Lutetia Parifiorum , menfe Octob. an . 1740 .
******** ******
AD Eminentiffimum Cardinalem PETRUM
GUERIN DE TENCIN , Archiepifcopum
Lugdunenfem , Galliarum Primatem , &c.
EPISTOLA Juvenum Academicorum in Regio
LUDOVICI MAGNI Collegio , hoc ut Carmen
SUMMO PONTIFICI offerat.
Hos
Os tibi Verficulos hinc mittimus , Inclyte
Præful ,
Quos tua det SANCTO dextera chara PATRI .
Si nihil eft pretii Mufæ juvenilis opellæ ,
Conferet huic pretium dantis amica manus .
Si qua novus PASTOR fibi commodet otia , noftri
Tenuicula obfequii fac monumenta legat .
Illius mens docta , licèt fublimior aftris ,
Numinis è gremio larga fluenta bibat ;
Non tamen exiles faftidiet ille camoenas ,
Quæ parca ex humili vafcula fonte bibunt .
Summa petunt Aquila , fed non odere Columbas
Quæ pennâ enervi tuta per ima volǝnt .
Dic , age , PONTIFICI , voce hîc certante Magiftros
Difcipulofque , ORBIS concelebrare PATREM .
In454
MERCURE DE FRANCE.
Intereà , noftris dum conciliare favorem
Carminibus , ftudii cura laborque tui eft ;
Plaudere Lugduno , quod nunc te Præfule gaudet
Ac Patre ; fit noftri cura laborque chori .
Te repetit facra Relligio : te Gallia Romæ
Invidet : exclamant publica vota , Redi.
O utinam volucri reducem te devehat alâ
Pegafus , optantum qui tibi vota vehit !
SUITE de l'Effai d'un Traité Hiftorique
de la Croix de N. S. JESUS CHRIST.
VIII. PAR TIE.
Nous avons déja vû que la profperité
de Chofroës ne fut pas de longue durée
; on verra bien - tôt que fon impieté à
l'égard des chofes faintes qu'il fit profaner
à Jérufalem par fon Armée , lui fut fatale .
Les Perfes ne purent garder cette Ville que
jufqu'en l'année 629. qu'ils furent obligés
de la rendre à l'Empereur Heraclius , lequel
у fit cette même année fon entrée triomphante
, reportant le Bois Sacré qui en avoit
été enlevé , comme nous allons le voir.
Pendant le cours de la Guerre dont nous
avons parlé ci - devant , & lorfqu'en l'année
625. Heraclius s'avançoit vers la Perfe avec
toutes fes forces , il obligea Chofroës de
lub
MARS. 1741.
455
lui abandonner la Ville de Gazet , où étoit
le Temple du Feu , principal objet du culte
des Perfes. L'Empereur y trouva la Statuë
de Chofroës , affife fous un Hémisphere qui
repréfentoit le Ciel. Autour de la Statue
étoient le Soleil , la Lune , les Etoiles , &
des Génies debout , portant des Sceptres.
On faifoit tomber de la pluye par une certaine
méchanique , & entendre le bruit du
Tonnerre , accompagné d'Eclairs , &c. Heraclius
comme pour venger les injures faites
au vrai Dieu dans Jérufalem , fit brûler ce
Palais , le Temple du feu , & tout le refte
de la Ville.
Dans la fuite , l'Empereur , en continuant
fes progrès , livra une Bataille aux Perfes ,
laquelle dura plus de douze heures , & fut
enfin fatale à ces derniers , qui furent entierement
défaits , fans autre perte que d'environ
60. Romains. Il entra enfuite bien
avant dans la Perfe , & pourfuivant toujours
Chofroës , il prit & brûla plufieurs de fes
Palais ; il fe rendit enfin prefque maître de
la Perfe.
Les chofes en cet état en 628. Siroës , fils
aîné de Chofroës fe révolta contre fon pere ,
fe fit reconnoître Roy , & traita avec Heraclius.
Chofroës fut pris dans fa fuite , chargé
de chaînes & mis dans la Maifon de Tenebres
, que lui-même avoit fait bâtir pour y
mettre
456 MERCURE DE FRANCE
mettre les tréfors. Là , on lui faifoit fouffrir
la faim : qu'il mange ce qu'il a amaffé en
vain , difoit Siroës , & pour lequel il a fair
mourir de faim tant d'innocens . Il envoya les
Satrapes & tous fes ennemis lui infulter &
cracher fur lui. Il fut traité de la forte
cinq jours durant . Cependant on le perçoit
de coups de fleches pour le faire mourir
petit- à petit. Ainfi périt Chofroës par les
ordres de fon propre fils.
Le jour de cette mort eft marqué le 28.
Fevrier , Indist. 1. 628. dans la Lettre écrite
à Conftantinople par Heraclius fur cet évenement
, laquelle contenoit une copie de
la lettre de Siros , qui faifoit part à l'Empereur
de fon Couronnement , témoignant
défirer la paix. Cette dépêche d'Heraclius
réjouit extrêmement toute la Ville Imperiale
, après qu'elle eût été lûë en céremonie
fur la Tribune de la grande Eglife , le jour
de la Pentecôte 15. Mai de la même année ,
& la 18. de fon Regne.
Siroës fit en effet une paix folide avec
Heraclius , & lui rendit tous les Chrétiens
qui étoient captifs en Perfe , principalement
Zacharie , Patriarche de Jérufalem , avec
la Vraye Croix, que Sarbazare , Géneral de
Chofroës en avoit enlevée , quand la Ville
fut prife 14 ans auparavant ; elle fut d'abord
aportée à Conftantinople ; mais l'année ſuivance
MARS. 1741. 457
Vante 629. au commencement du printems
l'Empereur Heraclius s'embarqua pour la
raporter à Jérufalem , & rendre graces à
Dieu de fes Victoires.
Etant arrivé à la Ville Sainte , il rétablit
le Patriarche Zacharie , & remit la Croix
à fa place. Elle étoit demeurée dans fon
Etui , comme elle avoit été emportée : le
Patriarche avec fon Clergé en reconnut les
Sceaux entiers , l'ouvrit avec la clef, l'adora
& la montra au Peuple. Les Auteurs originaux
difent toujours au plurier les Bois
de la Croix Ta Euxa , ce qui montre qu'elle
étoit partagée en plufieurs pieces.
L'Eglife Latine célebre la mémoire de la
Sainte Croix , raportée par Heraclius le
XIV. de Septembre , mais les Grecs n'y font'
mémoire que de l'apparition faite à Conftantin
; quoique les uns & les autres nomment
cette Fête l'Exaltation de la Croix
il eft cependant certain qu'on célebroit cette
même Fête au même jour 14. Septembre ,
long- tems avant Heraclius. Ce Prince chaffa
alors les Juifs de Jérufalem , leur défendant
d'en aprocher de trois milles , & étant à
Edeffe , il rendit aux Catholiques l'Eglife
que Chofroës avoit donnée aux Neftoriens.
* Les Syriens qui nomment cette Fête Aid al Salib
la célebrent le 13. du même mois , nommé Ilíul , dans
leur Calendrier.
Pendant
458 MERCURE DE FRANCE DE E
Pendant tout le tems que dura la Captivité
du Patriarche Zacharie , Modefte , Abbé du
Monaftere de S. Théodofe , Homme d'une
vertu confommée , gouverna l'Eglife de Jérufalem,
& prit foin, non - feulement de laVille,
où il fit depuis rétablir les Eglifes brûlées,
mais encore du Diocèfe &. de tous les Monafteres
du Défert . Il reçût de grands fecours
de S. Jean l'Aumônier , Patriarche d'Alexandrie
, dont la charité éclata en cette occafion
: le détail en eft curieux & édifiant
dans le VIII . Tome de l'Hiftoire Eccléfiaftique
de M. Fleuri , L. xxxvII . On n'en raportera
ici que ce qui regarde notre fujet
particulier.
$
Ayant apris que l'Abbé Modefte étoit
dans un grand befoin des chofes néceffaires
pour le rétabliſſement des Saints
» Lieux , il lui envoya 1000. piéces d'Or ,
» 1000. facs de Froment , rooo . de Lé-
» gumes , 1000. livres de Fer , 1000. pa-
» quets de Poiffons fecs , 1000. Vaiffeaux .
» de Vin , & 1000. Ouvriers Egyptiens
» avec une Lettre où il difoit : Pardonnez-
» moi , fi je ne vous envoye rien qui foit digne
des Temples de J. C. je voudrois aller moi-
» même travailler à la Maifon de la Sainte
» Réfurrection. Avec ces fecours l'Abbé
» Modefte rétablit l'Eglife du Calvaire ,
» celle de la Réfurrection , celle de la Croix
-
>
33 &
MARS.
1741. 459
& celle de l'Afcenfion . Il rebâtit de fond
" en comble cette derniere , que l'on nomi-
" moit la Mere des Eglifes.
Les Orientaux apellent ce grand Saint
Markahoum , & fouvent Johanna Al Rahoum,
ou Jean le Miféricordieux . L'Auteur de
la Bibliothèque Orientale ajoûte, p. 944. qu'il
fut élû Patriarche d'Alexandrie en la IV . année
du Regne de Phocas , & qu'il contribua
de grandes fommes d'argent pour faire
rebâtir les Eglifes de Jérufalem & de la Paleftine
, que Chofroës , furnommé Parviz ,
Roy de Perfe , avoit démolies.
1
L'Eglife Orientale & celle de Jérufalem
en particulier , ne joüirent pas d'un long repos
après la paix faite avec les Perfes ; elles
fe fentirent des malheurs qui affligerent l'Empire
Romain , & qui le démembrerent bientôt
par la naiffance du Mahometifme ; car
après la mort du faux Prophete arrivée en
l'année 631. de J. Chrift , fes Sectateurs
ayant élû pour fon Succeffeur Abubecre ,fon
beau pere , qui prit la qualité de Calife , ou
de Vicaire de Mahomet ; & après la mort
de celui - ci , ayant déferé la fouveraine autorité
à Omar , les Romains perdirent en
peu de tems l'Egypte & la Syric fous ce fecond
Calife , qui à ce titre ajoûta celui de
Commandeur des Fideles , Emir- al- mou
venin.
•
L'Hif
460 MERCURE DE FRANCE
L'Hiftoire nous aprend qu'aux aproches
d'une Puiffance fi formidable , l'Empereur
Heraclius abandonna la Syrie & se retira à
Conftantinople , où il fit porter le précieux
Bois de la Croix , prévoyant que la Ville de
Jérusalem seroit bien- tôt prife , comme elle
le fut en effet en l'anné 636. Elle soûtint le
Siége pendant deux ans , & se rendit enfin
par compofition au Calife Omar , présent
en personne.
Ce Conquérant entra dans la Sainte Cité ,'
vétu , comme par dévotion , d'un Cilice de
poil de Chameau , & s'étant fait montrer la
Place où l'on croyoit qu'avoit été bâti le
Temple de Salomon , il commença lui même
à en enlever les immondices dont elle
étoit pleine , & résolut d'y bâtir un Lieu de
priere pour ceux de sa Religion, C'est alors
que S. Sophrone , Patriache de Jérusalem
dit que l'abomination de la défolation étoit
dans le Lieu Saint , suivant la Prophétie de
Daniel.
Cependant le Calife , plein de vénération
& d'égards pour cette Ville , lui donna une
Lettre de sauve-garde , conçûë en ces termes.
Au nom du Dieu clément & miféricordieux ;
Omar ,fils de Hittab , accorde une entiere sûreté
au Peuple de la Ville d'Aelia , tant
L'Empereur Hadrien , de la famille d'Aelia ,
MAR.S. 1741. 461
pour leurs personnes , que pour leurs enfans ,
leurs femmes , leurs biens , & pour toutes leurs
Eglises elles ne seront ni abbatues ni fermées,
Omar alla ensuite à Bethléem , & fit sa
priere dans la Grotte de la Nativité. Quel
que tems après , il fit bâtir une grande Mosquée
à Jérusalem , à la place du Temple de
Salomon. Quelques Auteurs ont écrit que
l'Edifice ne pouvant se soûtenir , il en demanda
la cause , & que les Juifs lui dirent ,
ce Bâtiment tombera toujours , fi vous n'ôtez
la Croix qui eft sur le Mont des Olives ;
la Croix étant ôrée , le Bâtiment demeura
ferme , & ce fut une raison aux enne
mis du Chriftianisme pour abbatre plu
fieurs autres Croix.
C'eft la Mofquée nommée SAKRAT dans
la Bibliothéque Orientale que les Mahometans
bâtirent après la prife de Jéruſalem ;
dit l'Auteur , page 739. fur les anciens fondemens
du Temple de Salomon , & fur la
Pierre où l'on difoit que Jacob avoit parlé,
à Dieu , & qu'ils croyent être celle que te
Patriarche nomnia la Porte du Ciel , après
la vifion qu'il y avoit euë.
Le même Auteur ajoûte : les Chrétiens ,
après avoir repris Jérufalem fur les Maho-
Après avoir entierement détruit Jérusalem , voulut en
abolir jufqu'au nom , & lui donna celui d'Aelia
Capitolina.
me462
MERCURE DE FRANCE
metans , planterent une Croix dorée fur le
faîte de ce Temple ; mais Saladin qui reprit
cette Ville fur eux , la fit ôter . Nous revien
drons à ce Fait , qui a befoin de quelque explication
, quand l'ordre des tems le demiandera.
Admirons cependant ici l'ignorance prefque
volontaire , ou la témerité de quelques
Voyageurs , qui de cette grande Moſquée
d'Omar , bâtie dans le VII, fiècle , ont fait le
Temple de Salomon , entr'autres le P. Boucher
, dans fon Bouquet Sacré , & c . comme
nous l'avons vû ailleurs , & plus récemment
le Chevalier d'Arvieux dans l'Edition de fes
Mémoires , revûs par le P. Labat , Dominiquain
, & imprimés à Paris en 1735 .
Le Temple de Salomon , dit M. d'Arvieux,
qui a paffé pour Sçavant dans les Langues
& dans les Hiftoires Orientales , qu'on voit
aujourd'hui , n'est plus de la grandeur , de la
figure & de la magnificence qu'il étoit , quand
"il fut ruiné par lesRomains , lorfqu'ils prirent
Jerufalem fous l'Empire de Vefpafien & de
Titus , qui n'enfirent prefque qu'un monceau
de ruines. Les Turcs en ont fait leur principale
Mofquée , l'ont orné autant qu'ils en font capables,
& l'ont enfifinguliere vénération qu'ils
ne permettent , ni aux Chrétiens , ni aux Juifs
d'y entrer , pas même d'en aprocher. T. II.
Ch. 17. p. 207.
Que
MARS: 1741. 463
Que de fautes dans ce peu de lignes , outre
l'erreur principale qui continue dans la
Defcription que fait enfuite notre Voyageur
de ce prétendu Temple de Salomon , en l'état
qu'il eft aujourd'hui , fur le raport , dit il ,
de quelques Religieux Francs qui y entrerent
pour la réparation des Vitres , & fur
ce qu'il pût en obferver lui - même avec des
Lunettes d'aproche , par une fenêtre de la
Maifon du Cadi , qui donne fur le Parvis !
L'Auteur Italien qui a vû Jérufalem après
le Chevalier d'Arvieux , & qui fur la fin du
dernier fiécle a fait imprimer à Rome un .
Ouvrage intitulé Syria ( a ) Sacra &c . s'eſt
égaré encore davantage fur ce ſujet .
Après avoir dit que le grand Temple.de
Salomon ayant duré environ mille quatrevingt
fix ans , fût enfin réduit en cendres
par l'Empereur Titus , il continue ainfi :
» Au même lieu où étoit fitué ce Temple ,
» le Grand Conftantin en fit conftruire un
» nouveau , qu'il dédia au Myftere de la
» Circoncifion du Sauveur , & où il fonda
» & établit le Siége Epifcopal de Jérufa-
» lem : depuis , Godeffroy y introduifit des
(a) SYRIA SACRA Defcrittione Iftorico- Geogra
phica delle due Chiefe Patriarcali Antiochia , e Gerufalemme
&c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di
Lauria , &c. I. vol . fol . in Roma 1695. dédié au
Pape Innocent XII .
C Cha-
1
464 MERCURE DE FRANCE
39
» Chanoines Réguliers qui chantoient nuit
» & jour l'Office Divin : d'autres attribuent
» cet Edifice à l'Empereur Heraclius , lors de
» fon retour de Perfe , & d'autres à un Emir
» ou Commandant pour le Roy d'Egypte ,
qui le fit conftruire en l'honneur de Allachiber
, ou du Grand & Vrai Dieu , ce
» que prouvent diverfes Infcriptions qui
» reftent encore en Caracteres Egyptiens
» mais il eſt probable que cet Emir n'avoit
» fait que réparer & embellir l'ancien Tem-
» ple bâti par Conftantin , lequel ayant depuis
été purifié par Godeffroy de Bouillon,
» les Chanoines Réguliers y furent apellés .
Aujourd'hui c'eft la grande & principale
» Moſquée des Mahometans , & il n'eft
» permis en aucune façon aux Chrétiens d'y
» entrer. Sa premiere forme eft totalement
changée; & pour l'enrichir , ils ont dépouillé
de leurs principaux ornemens , les
plus fomptueux , les plus refpectables des
Sanctuaires de la Ville Sainte. Sa figure eft
» octogone , & c.
"
כ
"
ر و
L'Auteur fait tout de fuite la Defcription
de cette Mofquée , & ce qu'il en dit eft tout
ce qu'il y a de vrai dans fon Narré , car
tout ce qui précede eft un tiffu d'abfurdités
de faits avanturés contre la verité de l'Hiftoire
, & qui ne peuvent en aucune façon fe
foûtenir. Mais revenons à notre fujet principal.
J'ai
MARS. 1741
465
J'ai dit , comme en paffant , dans la VII.
Partie de cet Effai , que le fameux Temple
du S. Sépulchre , ou de la Réfurrection
fut entierement ruiné & détruit ſous un des
Califes , fucceffeurs de Mahomet , puis rebâti
par les ordres du même Prince , fur quoi
j'ai promis de donner des. preuves . Je les
trouve dans la page 411 , & fuivantes de la
Bibliothéque Orientale.
Ce Calife étoit Kakem , fils d'Aziz , fils
de Moet , c'étoit le troifiéme Calife de la
Dynaftie des Fathemites , qui regnoit en
Egypte. Il parvint à cette haute Dignité dès
l'âge de douze ans fous la tutelle d'un fage
Perfonnage que fon Pere lui donna en mourant
, l'an de l'Egire 356. de J. C. 996. Ce
Prince né avec de mauvaifes inclinations
devint impie & fol dans la fuite . Il fit plufieurs
Ordonnances & plufieurs actions qui
marquoient évidemment ces deux funeftes
qualités , entr'autres de vouloir paffer pour
Dieu , &c.
L'Hiftoire marque expreffément ceci ,
» Entre les folies de Kakem , celle de faire
» brûler la moitié de la Ville du Caire , &
» de faire piller l'autre par fes foldats , mé-
» rite le premier rang. Il obligea les Juifs
" & les Chrétiens de porter des marques
» fur leurs habits , qui les diftinguaffent des
» Mufulmans ; il en contraignit plufieurs de
Cij » re466
MERCURE DE FRANCE
ود
renoncer à leur Religion , puis leur per
mit dans la fuite d'en faire une profeflion
ouverte. Il fit démolir l'Eglife de la Réfurrection
ou du Calvaire , puis la fit re-
» bâtir. Ce Temple , dfoit- il , entretenoit
La fuperftition des Chrétiens : mais , étant
mieux confeillé , & confiderant le grand
profit que lui aportoient les Pelerins qui y
accouroient de toutes les Provinces Chrétiennes
, il le fit rebâtir à fes dépens. Ce
Prince impie fut affaffiné par les intrigues
de fa propre four & du Chefde fes Troupes
, à qui il avoit lui même réfolu d'ôter
la vie , & qui trouverent à propos de le prévenir
, ce qui arriva l'an de l'Egire 411 , ou
1020. de J. C.
Il y avoit eu auparavant une autre défofation
à Jérufalem par raport aux Eglifes de
la Réfurrection & du Calvaire , comme
s'exprime M. Fleury , dans le X. Tome de
fon Hiftoire Eccléfiaftique , p. 127. » A Jérufalem
, dit- il , les Eglifes de la Réfurrec-
» tion & du Calvaire furent profanées &
» abandonnées , &c. Ce qui arriva durant
» les troubles de la Guerre civile qui s'al-
» luma après la mort du dévot Calife Aaron
» Rachid , caufée par la mefintelligence des
» trois Princes , fes enfans , entre lefquels
» il avoit partagé fes Etats. Cette Guerre
dura quatre ans , & affligea particulierement
MAR S. 1741. 467
» ment les Chrétiens de l'Orient , de l'Egypte
& de l'Afrique.
Il a raison d'apeller dévot ce fameux Ca
life Maître de l'Orient , & l'un des plus puissans
Princes qui ait jamais porté ce nom,
Il fut surnommé Al Raschid , le Droiturier ;
ou le Fuste. Il fit à pied le voyage de Bagdat
à la Mecque l'an 179. de PEgire , 795. de
J. C. On dit qu'il trouva sur toute sa route
les chemins couverts de tapis & de diverses
étoffes de prix. C'eft ce même Prince qui
fut en commerce d'amitié avec l'Empereur
Charlemagne , à qui il envoya des Ambassadeurs
& des présens magnifiques & précieux.
Le Calife Aaron , dit M. Fleury ,
» préferoit l'amitié de Charles à celle de tous
» les Princes , & disoit qu'entr'eux il n'y
» avoit que lui qui méritat d'être honoré ;
» c'eft pourquoi , continue l'Hiftorien , les
» Ambaffadeurs que l'Empereur François
" avoit envoyés au S. Sépulchre avec des
présens , étant venus trouver le Calife ,
non seulement il leur permit ce qu'ils de-
» mandoient , mais il accorda à leur Maître
» d'avoir le S. Sépulchre en sa puiflance ,
» & c'eft sans doute ce que fignifioit l'E-
» tendart & les Clefs envoyés à Char-
» lemagne par le Patriarche de Jérusa-
ور
» lem .
Nous expliquerons en tems & lieu plus
C iij par
468 MERCURE DE FRANCE A
particulierement ce qui concerne les liaisons
de l'Empereur avec le Calife par raport aux
Eglises & aux Saints Lieux de Jérusalem ,
que ces deux grands Princes protegerent.
L'Auteur de la Bibliothéque Orientale
remarque que les mêmes Princes eurent
entr'eux divers raports. Ils laifferent l'un
& Pautre trois fils auxquels ils partagerent
leurs vaftes succeffions. Le partage des Enfans
de Charlemagne , maître de la plus
grande partie de l'Europe , eft affés connu
dans notre Hiftoire. Le Calife , souverain
maître de la plus grande partie de l'Afie &
de l'Afrique , partagea ses Etats de cette
maniere.
> Il donna à Mamon , son second fils , tout
l'Orient de l'Etat des Califes , sçavoir la
Perse , le Kerman , les Indes , le Korassan
, &c.
gnité
de C
Amin , l'aîné , eut Bagdat avec la Chaldée
ou la Province Babylonniene , les trois Arabies
, la Mésopotamie , l'Allyrie , la Palestine
, l'Egypte & toute l'Afrique , jusqu'an” ,
derniers confins de l'Occident
, avec la di-
Saute ; & Maaffan , son troifiéme
us , n'eut que l'Armenie , la Natolie , la
Georgie , la Circaffie , & tout ce que les
Califes poffedoient au deffus & aux environs
du Pont- Euxin. Ainfi parle Kondemir , célebre
Hiftoriographe Perfien.
STANCES
MAR S. 1741. 469
STANCES
Imitées du Pfeaumé 1 .
H'Eureux qui vit dans l'innocence ,
Qui du peché fuit les apas ,
Qui jamais n'a porté fès pas
Dans la chaire de peftilence !
La Loi de Dieu fait fes délices
Il la médite jour & nuit ,
Elle le guide , le conduit ,
Et l'écarte des précipices.
Il est comme un arbre fertile
Planté fur le courant des eaux ,
Qui porte les fruits les plus beaux ,
Et jamais ne devient ftérile .
O toi dont le vice eft le maître ,
Toi, qui. fuis fon fatal attrait ,
Ce n'eft point ici ton portrait ;
Tu ne dois point t'y reconnoître.
Contemple la paille volage
Qui devient le jouet du vent ;
C iiij
Voila
470 MERCURE DE FRANCE
Voilà ton portrait reffemblant ,
yoilà ta plus fidelle image.
Or , quand un Dieu faint & terrible
Examinera le mortel ,
En proye au fort le plus cruck
Tu verras le Jufte paiſible.
A Picquigny ce 19. Août 1740.
******* XXXXXXX* XX*
REPONSE à une Lettre inferée dans le
Mercure de Decembre dernier , au fujer
d'un Prince nommé Sans Terre.
> Ous avez inferé , Monfieur , dans vo
tre Mercure du mois de Decembre
1740. p. 2606. une Lettre dans laquelle on
prétend prouver que Philipe II . dit le Hardi
, Duc de Bourgogne , Chef de la derniere
Race des Ducs de Bourgogne , a été nommé
Philipe Sans- Terre , jufqu'à ce que le Roy
Jean , fon pere , lui fit conceffion du Duché
de Bourgogne en 1 364. parce que jufqu'alors
on ne lui avoit donné aucune Terre ni
Seigneurie ce que l'on confirme par l'exemple
de quelques Princes d'autres Pays
que de la France.
L'AuMAR
S. 1741 . 471
L'Auteur de la Lettre permettra qu'on
lui repréfente que la Donation faite par le
Roy Jean à Philipe fon quatriéme fils , eft
datée de Germigny,fur Marne,le 6. Septembre
1363. Aucun des Hiftoriens des deux Bourgognes
, contemporains , qui font en affés
grand nombre , ne parle de cette dénomi
nation , Sans-Terre. Les Lettres de Conceffion
n'en parlent point non plus , elles.
contiennent ces termes : Ad memoriam reducentes
grata & laude digna fervitiaque
chariffimus filius nofter quarto -genitus , qui
Sponte expofitus mortis periculo nobifcum imperterritus
& impavidus ftetit in acie propè Pictavos
vulneratus , captus & detentus in hoftium
poteftate.
Il y a une claufe dans ces Lettres de Conceffion
, qui prouve le contraire de ce qu'on
a avancé , fçavoir que jufqu'à ce que Philipe
le Hardi ait été invefti du Duché de Bourgogne
, on ne lui avoit donné aucune Terre
ni Seigneurie : Per hanc autem conceffionem
noftram prafentem & donum , Ducatum Turonie
, ( quem cum fuis pertinentiis dicto filio
noftro alias donavimus ) ad manum noftram.
ponimus & retinemus ordinaturi de eodem ad
noftre beneplacitum voluntatis .
L'exemple des Princes Etrangers qu'on a
furnommés Sans - Terre , ne doit pas être tiréà
conféquence pour ce qui s'eft pratiqué
CY dans:
472 MERCURE DE FRANCE
dans le Royaume , ni en particulier pour ce
qui concerne Philipe le Hardi , dont la
fituation n'a rien de pareil à celle des autres
Princes , fuffent- ils François.
Il reste pour toute preuve du surnom de
Sans-Terre , prétendu donné à Philipe le
Hardi , avant qu'il fût Duc de Bourgogne ,
une énonciation qu'on a trouvée dans un
faux Contrat , inseré dans un pitoyable Libelle,
paffé entre deux Particuliers , qu'on dit
être de 1509. qui , quand il seroit véritable
& légitime , ne devroit pas être mis en parallele
avec le filence des Hiftoriens du
Pays contemporains , & la clause expreffe
qu'on trouve dans les Lettres de Donation
du 6. Septembre 1363. d'autant plus que
quand l'Acte seroit vrai & autentique , il
seroit pofterieur de plus de 105. ans à la
mort de Philipe le Hardi , arrivée le 25 .
Avril 1404
.
Pour être convaincu de toutes les supofitions
dont ce beau Libelle eft rempli , &
entr'autres de la fauffeté du Contrat dont il
s'agit , on peut voir un petit in 4°. de 323 .
pages , y compris les Tables , imprimé à
Dijon chés Defay. On en trouvera des Exemplaires
dans la Bibliothéque du Roy , dans
celle de Mrs les Avocats , dans toutes les
Bibliothèques publiques , & dans toutes les
autres grandes Bibliothèques de Paris .
Celi
MARS.
473 ·
1741 .
Celui qui a fait composer ce misérable Libelle
, n'a rien répondu jusqu'à présent à
l'ouvrage qu'on lui a oposé : quoiqu'il y ait
déja long- tems qu'on en a envoyé des exemplaires
dans quelques grands Monafteres qui
sont à sa porte , & dans tous les Châteaux
de ses plus proches voifins , dont quelquesuns
sont ses parens ou alliés .
Plufieurs Personnes habiles & éclairées
ont témoigné , même par écrit , le mépris,
qu'elles faisoient de ce mauvais Libelle
avant qu'elles euffent connoiffance de ce
qu'on y a répondu ,
>
On eft persuadé , que fi en faisant mention
d'une pareille Lettre , vous aviez pû prévoir
qu'elle pourroit faire de la peine & réveiller
une querelle affoupie , vous auriez observé
la loi que vous vous étiez imposée vousmême.
EPITRE
De M. le Chevalier D. B. à M. D. M.
pour le premier jour de l'An 1741 .
CE jour , où l'An fe renouvelle ,
Eft le jour des dons amoureux ;
On voit à l'Objet de fes feux
C vj
L'Amant
474 MERCURE DE FRANCE
L'Amant fincere , plein de zele ,
De fon encens & de fes voeux
Adreffer l'hommage fidele ;
Et la Bergere moins cruelle
Lui laiffer lire dans fes yeux
Ce qu'il a droit d'attendre d'elle.
Partez , mes Vers , partez gage de mon amour,
Allez porter à ma Maîtreffe
Le meffage d'une tendreffe ,
Qui femble croître chaque jour .
Vous voyez aisément le chemin qu'il faut prendre
Je n'en ai qu'une , & , fidele à fes loix ,
Mon coeur vous garantit de l'embarras du choix ::
Partez , allez fans plus attendre ;,
Volez fur l'aîle des Zéphirs
Vers l'Idole de mes foupirs.
Allez lui bien peindre ma flâme ,
Mon timide reſpect , mes durables ardeurs
Et fi vous voyez la belle ame
Pour un moment oublier fes rigueurs ;
Si dans un amoureux délire ,
Senfible elle cedoit aux tranfports de mon coeur
Inceflamment revenez me le dire ..
Ah ! que dis- je ? eſpoir féducteur !
Ne t'en offenſe pas , adorable Thémire ;
Tes apas , je le fçais , tiennent lieu de faveur ;
La
MAR S. 1741 . 475
La gloire de t'aimer doit faire mon bonhenr ;
Mais ta fierté peut - elle m'interdire
Jufqu'au fecours d'une fi douce erreur ?
SUPLEMENT & fuite de la Differtation
fur les Oifeaux de paffage , par M. François
Carré , inferée dans le premier Volume du
Mercure du mois de Decembre dernier
page 2663.
I
L m'a été confirmé , depuis que j'ai remis
ma Differtation au Mercure , que pendant
notre hyver il y a beaucoup d'Hirondelles
à Ceuta, sur la Côte d'Afrique , Place
occupée par les Espagnols . De- là , j'infere
qu'il y en a également dans tous les lieux
habités de cette grande Presqu'Ifle : & ceci
sert de preuve à ce que j'ai avancé , en disant
que les Hirondelles qui peuplent le fond
du Nord de notre Europe , & qui paffent
les dernieres en Afrique vers la fin d'Octobre
& en Novembre , reſtoient dans les
parties Septentrionales.
Une troupe d'Hirondelles doit être confiderée
comme une famille particuliere , à
laquelle celle dont elle tire son origine , a
laiffé une contrée à peupler , étant le patrimoine
que le Créateur a affigné à toute sa
poss
476 MERCURE DE FRANCE
pofterité , depuis la Création jusqu'à la fin
des tems , & dont la poffeflion ne lui eft
point disputée par celles de son espece ,'
chaque famille se contenant dans les bornes
du Ĉlimat qui lui a été affigné.
L'ordre qu'elles observent dans leur transmigration,
eft une fidelle imitation du mouvement
que fait une Armée , lorsqu'elle décampe
, pour marcher en avant. Celles qui
peuplent les Provinces Méridionales d'Europe
, paffent les premieres en Afrique dès
le commencement du mois de Septembre.
Elles continuent leur voyage jusqu'à ce
qu'elles soient arrivées dans les parties Méridionales
de la Guinée ; & celles qui peuplent
le fond du Nord , n'arrivent en Afrique
que dans le mois d'Octobre & de Novembre
, pour en occuper les parties Septentrionales
, d'où elles repaffent en Europe
vers le milieu du mois de Mars, pour le plûtard
; & celles qui occupent les parties Méridionales
de l'Afrique , n'arrivent dans nos
Provinces Méridionales que vers la fin d'Avril
& au commencement de Mai .
On ne peut pas conjecturer qu'une famille
d'Hirondelles, qui fait le centre de celles qui
l'environnent , ait des Aides de Camp pour
leur communiquer ses deffeins : il paroît au
contraire qu'il n'y a ni societé , ni relation
entr'elles , ce sont les petites bandes que j'ai
vû ,
MAR S. 477
*
1741
vûes , qui ont autorisé ce sentiment , que je
soûmets néanmoins à une intelligence supérieure
. Si elles étoient en commerce , on
ne verroit que des troupes prodigieuses , &
leur transmigration se feroit en moins de
deux mois de tems, qu'elles employent pour
paffer d'Europe en Afrique , & autant pour
repaffer d'Afrique en Europe . Que l'on at
tribue cet ordre & cette régularité invariable
à l'instinct donné aux Animaux , que differentes
sectes de Philosophes ont tenté d'anéantir
; j'y souscris , à condition qu'on ne
s'oposera pas à mon admiration respectueuse
sur les oeuvres de la Toute - Puiffance du
Créateur , contre laquelle tout raisonnement
humain se brise .
C'est un sentiment commun que chaque
troupe d'Hirondelles a son guide.
J'ai peut- être plus attentivement observé
que personne la police qu'elles observent ;
je ne déciderai pas cependant fi elles en ont
un ou plufieurs , je crois néanmoins que
ce sont les vieux mâles qui conduisent la
troupe.
Les differens séjours qu'elles font en passant
d'Europe en Afrique & d'Afrique en
Europe , ne sont que pour se repaître ; étant
en plein vol , aucune ne se détache du gros
de la troupe , pour poursuivre une mouche
ou un moucheron.
L'Hi478
MERCURE DE FRANCE
L'Hirondelle ne dégorge point , elle porte
dans son bec à ses petits la pâture, à mesure
qu'elle s'en saifit . Sa nourriture eſt dans l'air .
Elle se repaît en volant. Si l'air devient froid,
elle se raproche de la terre , où les mouches
& moucherons rentrent. Si l'air continuë
d'être froid pendant plufieurs jours , une
partie des Hirondelles meurent de faim , &
tombent à terre en volant , ce que j'ai remarqué
dans le Languedoc en Juin 1722 ..
& aux environs de Paris en 1740.
Elle ne fe pofe à terre que pour ramaffer
les matéreaux propres à réparer fon nid , ou
à le refaire à neuf. Elle ne fe perche fur une
branche d'arbre feche que pour s'égayer ,
s'éplucher , & enduire fes plumes avec fon
bec. Quand le mâle ramage fur une cheminée
, fur un ftil de Cadran folaire ou ailleurs ,
ce n'eft que pour diffiper fa femelle qui eft
fur fon nid. Čet Oifeau eft créé pour habiter
l'air , & il ne fe repofe prefque jamais que
de nuit , & dès le petit jour il parcourt l'air.
Cet Oifeau connoît fi parfaitement la
force de fon aîle , qu'il entraîne fans fcrupule
en Afrique les petits de fa derniere
couvée , en quittant leur nid . Il arrive fouvent
, ainfi que je l'ai remarqué , que la
troupe en partie affemblée , difere fon voya
ge ,pour attendre des petits trop foibles pour
dénicher; elles vont les unes après les au
tres
MAR S. 1741 479
tres , comme pour les inviter à fe fortifier
promptement. Ce délai ne va qu'à très peu
de jours.
Les Cigognes , en abandonnant le Nord ;
P'Allemagne , la Hollande & la Flandres
paffent droit dans la Balle Egypte en Octobre
ou au commencement de Novembre ;
alors la grande crue du Nil eft paffée , & le
vent maéftral qui fouffle régulierement pendant
trois mois dans les embouchures du
Nil , étant tombé , l'eau de ce Fleuve s'écoule
dans la Mer ; mais le Delta étant un
terrain fort bas , entrecoupé d'un Labyrinthe
de Canaux , dont prefque toutes les iffues
font bouchées vers la Mer , il y refte
une grande quantité d'eau qui forme des
marécages confidérables , remplis de reptiles
& autres nourritures propres aux Cigognes ,'
que le Nil y a entraîné , après avoir lavé les
Terres de l'Abiffinie , de la Nubie , &c.
Dans le même tems à peu près , arrivent
auffi dans la Baffe Egypte les Ibis ou Cigognes
noires ; celles - ci viennent des parties
les plus Méridionales.
Pendant le mois de Mars & au commen
cement d'Avril , la grande ardeur du Soleil
en Egypte deffeche en partie les marécages ,
du Delta , & corrompt les eaux qui y ref
tent.
Avant ce deffechement & cette corrup
tion ,
480 MERCURE DE FRANCE
tion , les Cigognes blanches abandonnent
la Baffle Egypte , & repaffent en Europe .
Les Ibis remontent l'Egypte & paffent
dans des Contrées où elles trouvent des
eaux faines & des alimens convenables , &
vers le mois d'Octobre ou en Novembre ,
elles reviennent fe mêler de noveau avec les
Cigognes blanches d'Europe dans la Baffe
Egypte , où il s'en voit prodigieufement ,
& d'autres Oifeaux aquatiques.
Les Egyptiens ont remarqué cette tranſ
migration annuelle de l'Ibis , mais n'en ayant
point pénetré la caufe , ou la fincerité n'é
tant pas une vertu parmi eux , ils ont ima
giné mille contes fabuleux , que la plûpare
des Voyageurs ont adoptés pour nous les
tranfmettre.
L'Ecrivain d'un Voyage que M. du Quefne
a fait à Bengale en 1690. avec une Eſcadre ,
par ordre de Louis XIV. raporte avoir vû
des Cigognes noires dans une Ile proche
le Pegu.
La Caille paffe auffi en Afrique ; on en
trouve dans toutes les parties non défertes
de cette grande Prefqu'ifle. Il y en a également
dans l'Afie; mais, autant que je puis le
conjecturer , il n'y en a point dans l'Améri
que cette grande partie du Monde en eſt .
dédommagée par des efpeces differentes , tel
les que l'Oifeau Cardinal , celui de Para-
:
dis ,
MARS: 17417 48%
dis , &c. Le Poulet d'Inde , entr'autres , en
eft originaire ; je me fonde fur Gemeli-
Careri , il raporte dans fon Voyage du Tour
du Monde avoir tiré fur des Dindons fauvages
dans les Bois , aux environs de la
Vera-Cruz.
La Tourterelle , la Hupe , le Coucou , &
plufieurs autres efpeces d'Oifeaux paffent
auffi en Afrique en Octobre & Novembre.
A Paris ce 23. Fevrier 1741 .
COMPLIMENTfait par Mlle de B******
A M. Jon Pere , à l'occafion de la
nouvelle Année.
Ainfi qu'un Arbriffeau dans un jardin fertile
Seul mérite les foins d'un Jardinier habile ;
Seule de vos bontés je fuis l'unique obiet :
Que de
graces hélas ! pour un fi grand bienfait ]
Je confens que les Dieux m'ôtent plutôt la vie,
Que de voir de vos jours la carriere finie.
Quel bonheur , fi le Ciel daigne écouter mes voeux !
Cher Pere , vivez donc , vivez , foyez heureux.
QB482
MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS de l'Auteur de la
Defcription Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie , fur deux Articles
des Mémoires de Trévoux.
Mem. de Trévoux , Novemb . 1740 .
M
EM . Page 2243. Pierre François
Giffart a mis en vente un Ouvrage
( il s'agit de la Defcription Géographique
& Hiftorique de la Haute -Normandie ) qui
doit fervir de Préliminaire à l'Histoire du
Diocèfe de Rouen , auquel ( c'eft - à dire à laquelle
) un Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , travaille depuis quel que tems.
.
OBSERV. L'Auteur de cette annonce a
été mal informé. Celui de la Defcription
Géographique & Hiftorique n'a eu en vûë ,
ni l'Hiftoire dont on parfe ici , ni aucun autre
Ouvrage de quelque nature qu'il foit.
Que la Defcription puiffe un jour fervir de
Préliminaire à l'Hiftoire , à la bonne heure ,
file cas y échet mais il n'en eft : pas moins
vrai qu'elle n'a jamais été entrepriſe dans
cette intention- là .
Mem. de Trévoux , Fevrier 1741 .
MEM. pages 289. 290. Ce Pays ( le Pays
de
MARS.
483
14
1740
de Caux ) fe div fe proprement en deux par
ties , qui font le Gouvernement Militaire du
Havre de Grace , & le Comté d'Eu.
OBSERV. Cette divifion n'eft pas de moi.
Il y a plus d'un grand tiers du Pays de Caux,
qui n'eft renfermé , ni dans le Comté d'Eu
ni dans le Gouvernement du Havre.
MEM. page 291. Il n'y a pas encore cinquante
ans qu'on apelloit les Habitans du
Pays de Caux , Caillots , on Caillettes.
OBSERV. Le Texte porte , non cinquante
ans , mais cent cinquante ans.
MEM. page 292. Lorfque Cefar entreprit
la conquête des Gaules , le Pays de Caux avois
déja paffe fous la domination des Belges ( dit
l'Auteur. ) Cette maniere de s'exprimer femble
marquer qu'il n'y avoit pas toujours été. Mais
quelle preuve en a ton?
1
OBSERV. La preuve fe préfente d'ellemême.
A moins que deux Peuples differens
ne foient defcendus du Ciel dans le même
inftant , & de maniere que l'un commandât
à l'autre , il eft indubitable qu'il a été un
tems où celui qui obéit aujourd'hui vivoit
dans l'indépendance. On perd cette indépendance
ou de gré ou de force : de gré ,
par une foumiffion volontaire , Ou par une
confederation ; de force , par le fort des
Armes . Les Chattes , les Chamaves , les Cherufques
, les Sicambres , & c. fe font ligués.
eu4
MERCURE DE FRANCE
enfemble, & ont formé la Nation des Francs
c'eft le premier cas : l'Europe prefqu'entiere
a fubi le joug des Romains ; c'eft le fecond
cas. Or,du tems de Cefar les Cauchois obéiffoient
aux Belges , ou formoient avec eux
un même corps de Nation , donc ils avoient
déja paffé , ou de gré ou de force , fous leur
domination.
1
MEM. page 293 , Parmi les raifons fortes
qui déterminent l'Auteur à croire la
que
Juliobona de Ptolemée ne doit point être
diftinguée de l'llebonne , il nous paroît un
peu furprenant qu'il mette la reffemblance des
deux noms, lui,qui quelques lignes auparavant,
dit qu'on a mal à propos donné à l'ancienne
Capitale de Caux le nom d'Infula- bona . Car
affurément l'Ilebonne a beaucoup plus de
raport au nom d'Infula-bona , qu'à celui de
Juliobona.
OBSERV, Je ne vois pas à quoi tend ce
raifonnement , ni quel eft le but que l'on
s'y propofe . Veut - on dire que puifque la
reffemblance des noms fait partie de mes
preuves , je devois m'en tenir à celle que
préfente fi naturellement Infula -bona que je
condamne , & rejetter celle que préfente
Juliobona que j'admets ? Mais il n'eft pas
queftion de fçavoir quelle eft la Ville qu'on
a apellée Infula-bona onze ou douze cent ans
après Ptolemée : on demande quelle eft celle
que
MARS. 1741 485
que Ptolemée lui même a apellée Juliobona ;
& cela pofé , on fent qu'il n'y a point d'au
tre raport à chercher , que celui qui doit fe
trouver entre le nom précis de Juliobona
& le nom plus récent de quelqu'une de nos
Villes du Pays de Caux. Imaginons , qu'on
eût fait cette queftion fous le Regne de
Hugues Capet , & qu'un Géographe attentif
eût répondu que cette conformité fe trouve
dans le nom de l'Ilebonne ; auroit - on pû
oposer une reffemblance plus parfaite entre
ce même nom de l'Ilebonne & celui d'Infulabona
qui n'exiftoit pas encore , & qui nedevoit
naître que deux cent ans après ? Veuton
dire que le nom Latin d'Infulabona eſt
plus ancien que le nom François de l'Ilebonne
? Mais que gagne t'on à cela ? 1 ° . C'eft
ce qu'il faudroit prouver ; & affurément la
chofe n'eft pas aifee, 2 °. Quand la propofition
feroit vraie , il en réfulteroit toujours
qu'Infula bona étant précisément la même
chofe que Juliobona & l'Ilebonne , cette derniere
Ville eft incontestablement la Juliobona
de Ptolemée . Quæfunt eadem uni tertio,
funt eadem inter ſe.
MEM. pages 294 295. L'Auteur remarque
que l'Itineraire d'Antonin , tel que nous
l'avons , a été fi fort alteré & corrompu par
les Copiftes , qu'il eft fouvent plus propre à
augmenter les difficultés , ou à en faire naître
de
486 MERCURE DE FRANCE
de nouvelles , qu'à les concilier ou à les levers
qu'il n'y a point d'autre parri à prendre
que de le rectifiers ( j'ai ajoûté , fi on le peut )
ou de l'abandonner totalement. Nous croyons
que ce dernier parti ne feroit pas du goût de
tous les Sçavans ; & il feroit un peu trop fore
de les compter pour rien , même dans la question
préfente , comme Auteur veut que l'on faffe.
OBSERV. Je ne pretens pas que , l'Itine
Faire fupofe fautif , il n'v ait point d'autre
parti à prendre que de l'abandonner totalement.
Il me femble que l'alternative eft affés
clairement propofée : ou rectifiez - le ,
dis-je , fi vous le pouvez , ou abandonnezle.
Les Sçavans de tous les fiécles peuventils
penfer autrement ? Veulent -ils que fi je
ne fuis pas affés habile pour corriger une
faute reconnue de l'Itineraire , je fois encore
obligé de la fuivre & de m'y conformer?
A
MEM. page 295. Je demande à mon tour
pourqu i Ptolemée s'eft avifé de mettre le Pays
de Caux à la DROITE de la Seine ? Changeronsnous
pour cela nos Cartes ? &c.
OBSERV. C'est moi , dit- on , qui parle ;
& au moyen de cela on me fait dire une
abfurdité groffiere. Voici cependant les propres
termes de mon Texte , page 6. Je demande
à mon tour pourquoi Ptolemée s'est avisé
de mettre le Pays de Caux à la GAUCHE de la
Seine , &c. En verité , Mellieurs les Imprimeurs
MARS. 487 1741.
meurs , les Correcteurs , & les Réviſeurs
d'épreuves , il y a fouvent bien de la négligence
dans votre fait.
MEM. page 298. Les Rivieres ( du Pays
de Caux ) n'arrofent que les vallées & les
plaines.
OBSERV. Cette defcription eft toute entiere
du Journaliste ; je n'y prétens rien.
J'ai dit page 39. que les Rivieres du Pays
de Caux n'arrofent que les vallées ; en forte
que les plaines , faute de puits , n'ont d'autre
reffource que des mares qui fe deffechent
facilement ce qui fupofe que ces Rivieres
n'arrofent pas les plaines . Et où font donc
celles qui arrofent d'autres Terres que les
plaines & les vallées ?
MEM. page 303. L'origine de S. Vandrille
& de Fecan eft attribuée par l'Auteur aufeptiéme
fiécle , auffi bien que celle de Caudebec.
OBSERV. Cela eft vrai pour les deux Abbayes
de S. Vandrille & de Fecan . Mais j'ai
raporté l'origine de Caudebec au tems des
Gaulois , & le Journaliſte même l'a reconnu
fix ou fept pages plus haut . Sans doute il
avoit mis Candebequet dans fon MS. & l'Imprimeur
qui a pris plus haut fa main gauche
pour la main droite , a pris ici Candebequet
pour Caudebec.
MEм. page 309. La Ville du Havre de
Grace fondée fur un terrein que la Mer & la
D Seine
488 MERCURE DE FRANCE
Seine à fon embouchure , ont laiffé à ſec en
retirant , &c.
nfe
OBSERV. Ce ne font là ni mes expreffions
, ni ma pensée. Le Havre n'a point été
fondé fur un terrein que les eaux de la Mer
& de la Seine ayent laiffé à fec en fe retirant.
De nouvelles Terres fe font formées en cet
Endroit ; & c'eft fur ces nouvelles Terres
que l'on a bâti la Ville du Havre. Voici mon
Texte , page 193. Le Havre de Grace eft
fitué à l'embouchure de la Seine fur un terrein
qui s'eft accumulé infenfiblement au moyen des
fables , du galet , de la vafe , qui n'a pris
toute l'étendue & la confiftance qu'il a aujourd'hui
, que depuis 200. ans ou environ.... La
Mer , oufi l'on veut , le lit de la Seine , s'eft
donc retréci en cet endroit pour faire place à
l'accroiffement des Terres , & c.
*
L'ARBRISSEAU ET LE JARDINIER,
D
FABLE.
E tout tems on l'a dit , c'eſt une verité ,
Qui feme dans l'Hyver , moiffonne dans l'Eté.
Jadis un Arbriffeau nâquit dans un bocage ,
Entouré de buiffons , funefte voiſinage !
Le pauvre rejetton en cet état réduit ,
Jour
MARS. 1741
48%
Jour & nuit en fecret & foupire , & gémit.
Survitun Jardinier , touché de fa mifere ;
Venez mon fils , dit- il , je ferai votre pere :
En effet il l'arrache , & dans le mêine inftant
Place notre orphelin dans un Jardin charmant.
Pendant deux ou trois ans , il vit dans l'eſperance,
De fes foins il attend la douce récompenfe.
Point du tout , l'Arbriffeau ne lui donne aucun fruit,
Le Jardinier enrage , il creve de dépit ;
Ah ! répond l'Arbriffeau , de grace je vous prie,
Encore quelque tems , ne m'ôtez pas la vie.
Qui l'auroit jamais crû ! Par un heureux deftin
L'Arbriffeau fait bien -tôt l'ornement du Jardin.
✪! vous tous , que le Ciel choifit avec fageffe ,
Pour diriger les pas d'une aimable jeuneffe ,
Ne vous rebutez point , attendez la faifon ,
Tôt ou tard vous aurez une riche moiffon.
Par l'Abbé de Malbofe.
EPITRE
De M. de la Soriniere à Mad. de ***
V
Ous ne vous feriez jamais attenduë
Madame , que je vous cuffe envoyé
pour Etrennes unė Palinodie , après avoir
Dij cé
}
490 MERCURE DE FRANCE
célebré les qualités de l'eau commune avec
un zéle fi marqué , & vous avoir décerné
tout l'honneur de l'éloge que j'en ai fait,
mais enfin , Madame , je me flate que vous
me pardonnerez un changement fi fubit
ou plutôt fi aparent , quand vous fçaurez ce
qui y a donné lieu.
Mon Eloge de l'Eau n'eut pas plutôt parû
dans le Mercure d'Octobre dernier, que quel
ques Bûveurs incorrigibles, & peu touchés du
mérite de cette liqueur , confpirerent contre
ma Muſe , & fans doute contre ma vie :
vous en allez juger.
Un beau matin , deux Députés d'une
troupe Bachique , qui pendant toute la nuit
avoit déliberé , le verre à la main , fur un
cas fi grave , s'introduifirent comme deux
phantômes dans mon petit cabinet. Chacun
d'eux portoit une énorme bouteille , amphora,
& un gobelet proportionné ; après
quelques poftures de vrais Pantomimes
dune voix entrecoupée de fanglots Bachiques
: Ami , dirent-ils , voici de quoi te régaler
; c'eft de l'eau de la fontaine Caftalie ,
dont buvoient Homere & Pindare : allons....
bois.... rime.... avale.... & ils me préfentoient
leurs prodigieufes coupes , ( cratera
Spumantia Baccho ) fi près de la bouch
que je crûs me devoir préparer à la quef
tion.
Vous
MARS. 1741 . 491
Vous jugez bien , Madame , que ma premiere
penfee fut de demander quel étoit
mon crime , & de quoi il s'agiffoit ? De
faire l'éloge du vin , morbleu , me répliquerent-
ils vivement , & de reftituer Bacchus
dans tous fes droits : vite , vite.... la plume
à la main ; commence..... voici ce qu'il faut
dire.... Je n'ai donc fait, pour ainfi dire , que
rimer ce qui m'a été dicté , & encore tout
en tremblant. La rime tardoit - elle ? on m'apliquoit
une rafade telle qu'un Suiffe ne l'au
roit pas avalée d'un trait , affûrément , ( crateras
magnas ftatuunt & vina coronant ; )
quand j'avois bien réuffi à leur gré , ils s'aproprioient
la rafade préparée pour le Rimeur
, & elle étoit coulée dans un efto .
mach où je n'aurois jamais crû qu'elle eût
pû trouver de place : enfin , voilà l'hiftoire
de cette Palinodie forcée , extorquée , abufive
& contre le droit des Gens ; auffi , Dieu
fçait comme je protefte contre.
J'aurois bien voulu , Madame , terminer
cette Piéce , déja trop longue , par la défaite
des Titans , où le Dieu des Bacchantes , felon
ces Mellieurs , fe couvrit d'une gloire
fi juftement méritée ; mais non , il a fallu la
pouffer plus loin ; on ne m'en a pas quitté à
jufte prix ; il fallut donner toutes fortes
de préferences au Vin fur l'Amour , & me
dire des injures à moi - même ; cela étoit de
D iij
la
492 MERCURE DE FRANCE
la céremonie : & l'ouvrage enfin ne fut pas
plutôt au point qu'on le défiroit , qu'on fe
faifit des brouillons , d'après lefquels plufieurs
copies fe font multipliées , fe reffentant
paffablement toutes de l'état où étoient
les Copiftes , & c'eft ce qui m'a déterminé
moi -même à ne pas faire myftere de cette
avanture. N'étoit- elle pas dangereufe , Madame
? Enfin j'en ai été quitte pour la peur
que m'ont caufée les groffes bouteilles &
les Echanfons qui les portoient ; il faut pourtant
fincerement avouer que je bûs un peu
du jus qu'elles contenoient : mais ce ne fera
qu'à la premiere entrevûë que je vous dirai
fi je le trouvai bon.
Le Public feroit fans doute fcandalifé
Madame , fi je ne l'avertiffois pas que vous
entendez auffi parfaitement le Latin que le
François , & ce n'eft nullement en vûë de
vous faire valoir que j'en ufe ainfi . Votre
modeftie n'y trouveroit pas fon compte ;
mais je dois prévenir le reproche qu'on me
feroit infailliblement d'avoir pédantefquement
mêlé du Latin en écrivant à une Perfonne
de votre fexe .
J'ai l'honneur d'être , Madame , &c.
BACMAR.
S. 1741. 493
XXXXXXXX*********
BACCHUS VENGE' ,
OU LA PALINODIE FORCE'E.
Par M. de la Soriniere .
Q Uoi donc , infulter à Bacchus !
Quel infolent Mortel , en méprifant fon Jus ,
Ofe étaler ici fes faftueufes rimes ,
Pour charger ce grand Dieu des plus énormes
crimes
Et des plus coupables abus
Adouciffez l'aigreur de vos tons fuperflus ,
Et rapellez celui de votre courtoisie .
Bacchus après Jupin eft le plus grand des Dieux :
Et c'eft fon jus délicieux
Sous le nom de Nectar & celui d'Ambroisie ,
Dont s'enyvre là - haut dans les divins banquets
La Troupe célefte & choifie.
Souvent parmi les pots & parmi les hoquets
Nous avons vû ce Dieu , débitant fes fleurettes ,
Plaire à maintes Divinités >
Et féduire ici- bas maintes jeunes brunettes ,
Qui déja fe croyoient autant de Déïtés ,
Et dont les tendres feux dans leurs coeurs enchantés ,
Et la complaisance féconde ,
D iiij
Ont
494 MERCURE DEFRANCE
Ont peuplé de Héros prefque tout ce bas Monde.
Par le Dieu des raifins que de Monftres domtés !
Et quand une engeance perverfe
Pour détrôner Jupin voulut grimper aux Cieux ,
Que déja la terreur en s'emparant des Dieux
Faifoit prendre à chacun une route diverſe ,
Hélas ! c'en étoit fait du célefte Pourpris ,
Si le fils de Sémele en fes flacons chéris
N'eût puifé la valeur , les armes , le courage ,
Dans cet horrible contre-tems •
Ou plutôt la Bachique rage ,
Qui fut fi funefte aux Titans .
Qu'un Hydropote lymphatique
Vienne , d'un ton mélancolique ,
Me chanter les vertús de l'eau ,
Irai-je de fon froid cerveau
Adopter le dogme bérétique ?
Non non, parbleu ! je veux boire du vin ,
Et l'Orateur me prêcheroit en vain
Le plus fublime pathétique.
Enfin , s'il faut opter , Bacchus ou les Amours
Qu'on ne puiffe allier dans un heureux concours
De ces Divinités les douceurs & les charmes ,
On ne me verra point préferer les allarmes
Dont l'Amour trop fouvent paya fes favoris ;
11 eft doux , je le fçais , de piaire à fon Iris ;
Mais ce plaifir eft peu durable ,
C'eft
MARS.
1741: 495
C'eft un bien paffager d'un médiocre prix ;
Mais celui de bien boire avec de vrais amis
Recommençant , toujours eft cent fois préferable.
COMPLIMENT fait à Monfieur le Comte
des Saulx de Tavannes , Maréchal desCamps
Armées du Roy, Commandant en Chefen
Bourgogne : Sur la Mort de Madame fon
Epouse. *
Par M. Carrelet , Chanoine Député de LEglife
Cathédrale de Dijon.
M à
R, le devoir, l'inclination & la reconnoiffance
nous engagent venir partager
votre douleur ; elle eft legitime , vous
ne pouvez refuser des larmes à la perte d'une
Epouse dont les rares qualités de l'esprit &
du coeur ont justement mérité votre tene
dreffe , & saifi notre admiration ..
Mais vous ne devez pas vous attrifter
comme ceux qui n'ont point d'espérance ;
Madame la Comteffe de Tavannes ,, moins
jalouse de porter dans un vain éclat la splendeur
de son nom , qu'attentive à rendre
chaque jour au Tout- Puiffant l'hommage
respectueux d'une humble dépendance , a
fait paroître dans toutes ses actions , même
* Anne Amelot , âgée de 491 ans.
Dv jus
496 MERCURE DE FRANCE
jusqu'au dernier moment de sa vie , une
pieté solide & édifiante , une patience héroïque
au milieu des plus longues & des
plus accablantes langueurs , une soûmiffion
sans réserve aux ordres de la Providence ;
présages affûrés de son heureuse deftinée :
quelque bien fondées que soient nos espérances
, il nous refte encore , Monfieur ,
pour vous témoigner tout notre dévouement
& la fincerité de nos juftes regrets , d'offrir
pour elle le Sacrifice de l'Agneau sans tache ,
& de former en même tems les voeux les
plus ardens pour votre conservation , &
celle de votre illuftre pofterité.
Nous sommes fâchés de n'avoir pas reçû
plutôt ce Discours édifiant.
ETRENNES de M. Roy lefils, âgé de 8 ans,
à Madame la Comteffe de Mailly
fa Maraine.
DvU jour même de ma naiffance
J'ai quelque droit à vos bontés ;
Ma plus vive reconnoiffance
N'a que des voeux pour vos profperités :
Des voeux innocens de l'enfance ,
On dit que les Dieux font flatés.
La
M.AR S. 2741. 497
La Grandeur, les Plaifirs , les Ris fuivent vos traces ;
Moi , dans l'état obſcur où l'âge me. réduit ,
J'attens qu'un jour par les Mufes conduit ,
Je puiffe à vos genoux faire ma cour aux Graces .
1. Janvier 1741 .
Tandis que nous sommes sur l'article de
M. Roy , nous croyons devoir placer ici les
Vers qu'il adreffa à M. le Maréchal de Belle-
Isle , lorsque ce Seigneur fut nommé Ambaffadeur
Plénipotentiaire à la Diette de
Francfort.
Vous , chés qui la raifon eft égale au courage ,
Qui fçavez du même air vaincre & perfuader ,
Allez de l'Empereur adjuger l'héritage ;
Forcez l'Europe à s'accorder..
Que fon bonheur foit votre ouvrage ,
C'est l'unique interêt digne de vous guider.
Du nouveau choix qui vous décore ,
Est- ce vous le premier qu'on doit féliciter ,
Ou le Souverain qui s'honore
D'employer les talens , ou nous d'en profiter
Le froid fpéculateur meſure
Par les difficultés , leur nombre , leur nature ;
Et par mille incidens à naître tour
* Cefar eodem animo dixit que
à tour
bellavit.
Quintil . Lib. 10 .
D vj
Ce
498 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'il faut à peu près que dure
La Diette & votre ſéjour .
Moi , qui fçais que pour vous le tems change
d'allure ,
›
Que vous doublez cent fois les minutes d'un jour,
Qu'un obſtacle eft pour vous une reffource fûre
Je compte feulement les Poftes , & j'augure
Que je célebrerai bien- ôt votre retour.
siksi aikakakakakakakakakak
EXPLICATIONS de plufieurs Tableaux
Allégoriques ( deffinés à la plume & lavés
à l'encre de la Chine ) préfentés au Roy ,
à Monfeigneur le Dauphin , à S. A. S.
M. le Duc de Chartres , & à S. E. M.
le Cardinal de Fleury. Par M. Gofmond.
, LE MODELE DES ROIS , dédié à
Monfeigneur le Dauphin ; préfenté à ce
Prince , avec l'agrément du Roy , le 23.
Mars 1740..
E Tableau eft divifé en trois groupes
Cde Figures. Le premier eft compofé
de la Gloire , de la Paix & de la Puiffance
fouveraine. La Paix dépofe le Portrait du
Roy dans le fein de la Gloire , avec cette
Légende : Ludovicus Pacificator Orbis . La
Puiffance fouveraine eft caractérisée fous
la
MARS. 1741 499
la figure d'une Femme vêtuë noblement ,
la tête ornée d'un Diadême , qui regarde
avec tendreffe le Portrait de Sa Majefté.
Pour repréfenter tous les devoirs d'un grand
Roy , on la voit d'une main récompenfer
le mérite , les Arts , les Sciences , ( tous
caracteriſes au deffous d'elle par leurs differens
attributs ; ) & de l'autre , répandre
l'abondance fur tous fes Sujets. Elle a , à fes
côtés , les attributs de la Juftice , pour marquer
qu'elle a autant, d'attention à punir le
crime , qu'à récompenfer les talens & la
vertu .
Le fecond groupe repréſente Minerve , (a)
qui conduit Monfeigneur le Dauphin. Cette
Déelle montre à ce jeune Prince , le Portrait
de fon augufte Pere , qu'elle lui propofe pour
modele. Elle le couvre de fon Egide , &
elle écarte de fa perfonae tous les vices ,
caracterifés fimplement par la Flaterie , le
Menfonge & la Molleffe , comme les premiers
mobiles de toutes les erreurs où les
Grands peuvent tomber.
Le troifiéme groupe fur le devant , repréfente
la Terre , fous la figure de Cibele , qui
regarde avec plaifir le Portrait du Roy , dépofé
par la Paix au fein de la Gloire . Elle
admire ce Monarque , né pour la félicité du
(a) Cette Figure caractériſe les Perfonnes illuftres
chargées de l'éducation de Monfeigneur le Dauphin.
MonFoo
MERCURE DE FRANCE
Monde , & elle lui préfente fon Sceptre.
Le Génie de la Terre offre à ce grand Prince
dans un feul coeur , celui de tous les hom
mes. Aux pieds de Cibele eft le Lion , confacré
à cette Divinité . On y a joint le Cocq ,
qui fait groupe avec lui , pour défigner par
ces deux fymboles de la France & de l'Efpagne
P'union éternelle qui doit regner
entre ces deux Nations.
Au bas du Tableau on lit cette Infcription :
LE MODELE DES ROIS.
Ce Modele des Rois , LOUIS , dont le grand coeur
Sçait fe vaincre dans la Victoire ,
Confacré par la Paix dans le fein de la Gloire ,
Sur le bonheur du monde a fondé fa grandeur .
De cet aimable Roy la fuprême puiffance
Remplit de fes Sujets les voeux & l'efpérance
Et lui gagne le coeur de tous fes ennemis .
La Terre le voit & l'admire :
Elle voudroit qu'à fon Empire
Tous les Peuples fuffent foumis.
"
Minerve, qui prend foin des deftins de la France,
Du Dauphin dirige l'Enfance :
Elle cultive en lui la candeur , la bonté ,
•
Dont fon augufte fang par le Ciel fut doté ;
Et le couvrant de fon Egide ,
Ecarte la troupe perfide
Qui
MARS.
1741. SOBY
1
Qui dégrade fouvent des Rois la Majesté.
Dans ce Roy magnanime , à fes devoirs fidele
Elle lui montre le Modele ,
Qui peut feul le conduire à l'Immortalité.
LE TRIOMPHE DE LA PAIX,
dédié au Roy ; préfenté à Sa Majefté
le 20. Décembre 1740.
Le Roy eſt repreſenté dans ce Tableau fur
le Mont de la Gloire. Son action paroît déterminée
vers la Victoire , qui lui préſente
d'une main une Couronne de Laurier , & de
l'autre une Palme : Sa Majefté prend la Couronne
de Laurier , pour s'en referver l'ufage
que fa fageffe en doit faire . A la droite du
Roy , on voit la Paix qui defcend du Ciel ,
pour le couronner . La Paix arrête la Victoire.
& faifit fa Palme; montrant, par cette action,
qu'elle veut partager avec elle l'honneur des
Triomphes de Sa Majefté.
La Juftice & la Sageffe , fous les figures de
Thémis & de Minerve, forment, à la gauche
du Roy , un Groupe particulier. Elles regardent
avec plaifir les fruits qu'un grand Prince
fçait recueillir de leurs confeils. Ces fruits
font caractérisés par une Corne d'abondance,
que le Roy tient de la main droite . Ce Prince
en répand fur fes Sujets tous les biens &
tous les avantages que l'Agriculture, le Commerce
Joz MERCURE DE FRANCE
merce , les Arts & les Sciences, ( figurés dans
ce Tableau par leurs attributs, ) peuvent re-.
tizer des douceurs de la Paix .
Le Temple de la Gloire , fur le fommet
du Mont à la droite du Roy , éclaire tout le
Tableau. On voit dans ce Temple l'Immortalité
affife fur un Piédeftal ; elle tient un
Médaillon ( entouré d'un Serpent qui fe
mord la queue , ſymbole de l'éternité ) dans
lequel elle montre cette Légende :
LUDOVICUS XV. amore Pacis & Patrie
, Pacificator Orbis.
Mars , fur le devant du Tableau , eft affis
fur fes Trophées à l'ombre d'un Palmier. Ce
Dieu (qui caractériſe le Militaire François )
eft apuyé sur un Bouclier où font les Armes.
de la France. Ii voit avec furpriſe que la Paix.
triomphe & l'emporte fur la Victoire dans.
le coeur de Sa Majefté ; il la regarde avec une
attention héroïque ; il femble n'attendre que
fes ordres pour reprendre les Armes & porter
la terreur chés toutes les Nations qui voudroient
troubler la Paix , dont ce grand
Prince veut faire jouir le Monde .
Au bas du Tableau on lit cette Infcription:
LE TRIOMPHE DE LA PAIX.
Tranquille & repofant au faîte de la Gloire ,
Louis,prend les Lauriers que donne la Victoire ;.
Il en aime l'éclat , fans en être féduit..
Couronné
MAR S. 1741 503
Couronné par la Paix dont l'esprit le conduit',
Il voit par fes vertus au Temple de Mémoire
Son nom braver le tems & la nuit qui le fuit.
Ce Grand Prince occupé du bonheur de la France ,
En écarte la Guerre , y répand l'abondance ;
De fes fages confeils elle eft pour nous le fruit.
Mars , affis à les pieds fur ses brillans trophées ,
Contemple avec chagrin les guerres étouffées ;
Frémiffant fous la Paix , dont il fubit la Loy
N'attend pour triompher que les ordres du Roy.
LES FRUITS D'UNE HEUREUSE NAISSANCE
ET D'UNE BELLE EDUCATION , dédiés à
S. A. S. M. le Duc de Chartres ; préſentés
à ce Prince, avec l'aprobation de M. le Duc
d'Orleans , le 22. Janvier 1741 .
Un jeune Hercule eft repréfenté dans
ce Tableau , revêtu des dépouilles du Lion.
de Nemée , qu'il dompta à l'âge de 16. ans ,
fymbole de fon courage & de fa force. Il eft
apuyé fur un Bouclier , où font gravées les
Armes de S. A. S. & il foule aux pieds l'Hydre
de Lerne , qui défigne les paffions dont
il a triomphé. La Juftice le couronne ; la Sageffe
lui fait voir, dáns les attributs des Sciences
& des Beaux - Arts , les objets qui dans
le monde peuvent illuftrer fa vertu . La Vérité
éclaire tout le Tableau , & fa divine fumiere
04 MERCURE DE FRANCE
miere juftifie les confeils de la Sageffe , & la
récompenfe que la Juftice accorde aux vertus
de ce jeune Héros .
Au bas du Tableau on lit cette Infcription :
LES FRUITS D'UNE HEUREUSE NAISSANCE
ET D'UNE BELLE EDUCATION ,
Fait voir
A peine adolefcent , Hercule glorieux ,
Triompha des efforts du Lion de Nemée ;
L'Hydre des paffions fous fes pieds oprimée ,
que de lui- même il fut victorieux ;
C'est ainsi qu'il prouvoit fa naiffance divine .
Les Titres éclatans d'une illuftre origine
Ne peuvent décorer que l'homme vertueux.
GRANDS , de qui la Naiffance eft un préfent des
Cieux ,
Imitez ce Héros : C'eft fur des traits auguftes ,
Et non pas fur des noms tranfmis par vos Ayeux,
Que l'immortalité confacrera vos Buftes ;
Dès vos plusjeunes ans montrez- vous BONS JUSTES ,
Et dites - vous après iffus du Sang des Dieux.
LE PORTRAIT CARACTERISE' de
· S. E. M. le Cardinal de FLEURY , préſenté
au mois de Septembre 1740 .
La Vérité & la Sageffe préfentent dans ce
Tableau le Portrait de S. E. La Juftice , fa .
balance en main , pefe les avantages que la
France en particulier & en géneral,toutes les
Nations
MARS. 505T 1741 .
Nations retirent de fa candeur & de fon zele
pour le bien univerfel .
le..
La France , affife fous un Palmier , où fon
Génie attache les Armes de S. E. contemple
le Portrait de ce.fage Miniftre , qui donne
tous fes memens à la folide gloire de fon
Roy & à la félicité de fes Sujets . Elle en admire
tous les traits , dans lefquels elle reconnoît
ceux des Vertus qui dirigent la grandeur
de fes fentirnens & fon zele pour le.
bien de fa Patrie . Les fruits que la France retire
de ce zele , font caractérisés par le Cartouche
des Armes de la Loraine, qui marque.
fa réunion à la France; un faifceau de Palmes
& une Corne d'abondance , défignent tous
les autres avantages dont la fageffe de S. E.
la fait joüir.
L'Amour , une Palette & des pinceaux à
la main , montre à la France le Portrait de
S. E. il lui dit que c'eft fon Ouvrage , & que
c'eft lui qui l'a peint pour lui plaire. Cet
Amour caractérife celui que la fageffe & les
vertus de S. E. ont fait naître pour elle dans
tous les coeurs , qui n'ont pour regle de leurs
jugemens , que la juftice & la vérité.
L'Envie , accablée fous les pieds de la Justice
, regarde avec fureur le Portrait d'un Miniftre
, dont la fageffe la confond. Cette feule
figure caractérife tous ceux qui portent
enyie aux vertus de S. E. & que voudroient
obfcurcir
306 MERCURE DE FRANCE
obfcurcir les avantages que le Public retire
de fon amour pour la Paix , de la candeur de
fon ame , & de la juftice qui dirige tous fes
objets.
Áu bas du Tableau on lit cette Infcription :
D'un Ministre éclairé que la Sageffe guide
Dans les confeils de qui la Juſtice préfide ,
Qui peſe ſes projets au poids de l'équité
L'Amour a peint ici le Portrait refpectable ;
Et des mains de la Vérité
Il tient le pinceau redoutable ,
Qui ne flata jamais Phumaine vanité.
A la France attentive il montre fon Ouvrage.
L'Envie en voit les traits ; elle en frémit de rage
Contre fon propre fein fes Serpens révoltés
L'étouffent du venin dont ils font infectés.
ESSAI DE MEDAILLE fur le
Mariage de Madame , premiere de France,
avec le Prince Dom Philipe , fecond Infant
d'Espagne.
Le Roy eft repréſenté dans cette Médaille ,
couronné d'Olivier & portant fur fa Cuiraffe
l'Egide de Minerve ; ce qui caractériſe la Paix
que fa modération , fa fageffe , a bien voulu
donner à fes ennemis , & dont nous avons
goûté les prémices par le Mariage de Madame.
Le
MARS. 307 1741.
Le Revers repréfente la Concorde , l'Amour
& l'Hymen. La Concorde , avec un air
de joye & de majefté , eft au milieu de ces
Divinités ; elle tient d'une main une Palme
avec un Ecuffon où les Armes de France &
d'Efpagne font réunies, & de l'autre elle préfente
à l'Amour le Dieu de l'Hymenée . Ce
Dieu regarde l'Amour avec tendreffe. L'Amour
, de fon côté , paroît voler d'un air
empreffé au devant de cette Divinité , avec
laquelle il unit fa main & fon flambeau . On
lit autour cette Légende :
Concordia fratrum.
Légende qui remplit deux differens objets,
dont le premier , qui eft que l'Hymen &
l'Amour font freres , fe raporte allégoriquement
aux noeuds qui refferrent par l'Hymen,
ceux qui uniffent par le fang les Maifons
Royales de France & d'Espagne.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
de Février font , l'Enigme , le Coeur , & Mufica.
On trouve dans le fecond Logogryphe .
Mufca , Mufa , & Mus.
ENIG
508 MERCURE DE FRANCE
****************
ENIGME.
C Elui qui créa tout , ne me fit pourtant point ,
Et l'homme , cet ouvrage accompli de tout point ,
N'égale pas encor mon anciene naiffance.
Je fuis avec les Pauvre ainſi qu'avec le Roy ;
Aveugle , je le fuis avec grande affûrance ,
Sans qu'ils s'embarraſſent de moi .
Quoique je fois fans yeux , je donne des lumieres
Auxquelles les Sçavans ont très -fouvent recours ,
Leur étant néceffaires
Pour bien regler leurs jours.
LOGOGRY PHE.
DAffs fept Lettres, Lecteur , cherche, tu trouveras
Bien des mots confondus, ne t'en embroüille pas ;
D'un immenſe fluide une vafte étenduë ;
Le plus grand Saint dont la Fête eft connuë ;
Un trop pernicieux défaut ;
Le défir de percer jufqu'au fçavoir d'enhaut ;
Une Riviere , un Saint très - connus en Champagne;
Ce qu'on jette dans la Campagne ;
Le mot dont le Poëte eft le plus entêté ;
Une
M.AR S.
1741. 509
Une Ville de France , où le brave eft vanté ;
Un Fleuve de l'Afrique ;
Un Golfe de la Mer Baltique :
La fubftance qui fait un tout ;'
Une Liqueur difgracieuſe au goût :
L'erreur qui rend la raifon chancelante ;
L'Etre parfait qui forme une troupe brillante :
La Province d'où vient un nombre d'impuiffans ;
Du corps , une partie , où réfide un des fens :
Une riviere en Franconie ;
Ce qui paffe, & revient dans le cours de la vie
Un inftrument néceffaire fur l'eau ;
L'Animal le moins beau ;
L'échine peu garnie ;
La plus cruelle maladie ;
Une Ville d'Espagne : un être de raiſon :
Le nom d'une jufte Pucelle ;
• Ce qu'un Plaideur pourfuit à tire - d'aîle :
Ce qu'on prend avec foin dans l'ardente
faifon :
Ce que la Terre enferme en fes entrailles
L'endroit où l'on brife les pailles :
Tout l'opofé de la douceur ;
Ce qui pour la jeuneffe eft une belle fleur
Qui paffant comme une ombre eft toujours regretée ;
Quel eft le vrai plaifir d'une fille ajuſtée ;
Ce qui rapelle à l'efprit l'homme mort ;
Après
510 MERCURE DE FRANCE
Après avoir jeûné quel eft le réconfort :
Quel eft le sûr moyen d'éviter le naufrage ;
L'objet des plus beaux feux de toute femme fage ;
Quelle eft la paffion dominanté du coeur : *
Deux fons harmonieux que l'on répete en Choeur ;
Enfin , Lecteur , il faut que je te dife
Que c'est le nom d'un Saint qu'on fête & folemnife.
&
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX -ARTS, &c.
ATALOGUE des Rôles Gafcons , Nor
Cmands & François , déposés à la Tour
de Londres. Ouvrage proposé par Souscription.
En deux Volumes in folio.
Les Provinces qui compofent aujourd'hui
le Royaume de France , quoique réunies
depuis plufieurs fiécles à la Couronne , fe
reffentent encore du malheur d'en avoir été
autrefois féparées , & d'avoir été foumiſes
à des Seigneurs particuliers ou même à des
Princes Errangers , qui fous le titre de Vaffaux
du Roy , exerçoient fur elles prefque
toutes les parties du pouvoir fouverain.
, L'Hérédité des Fiefs , l'Etabliffement des .
nouvelles Seigneuries , la Création des nouvelles
MARS. 1741
velles Charges , l'Affranchiffement des Com--
munes , l'Incorporation des Communautés
avec les Villes , la Conceffion des nouveaux
Privileges , en un mot tout ce qui fert de
titre & de fondement aux droits dont jouiffent
aujourd'hui les differens Ordres du
Royaume , a commencé dans un tems poftérieur
à celui de cette efpece de démembrement
de la Souveraineté.
Comme c'eft de l'autorité de ces Seigneurs
ou Princes Etrangers de qui relevoit chaque
Province , que tout cela émanoit , les Chartes
par lefquelles on les accordoit ou on confirmoit
ces nouveaux droits, ont été déposées
& confervées dans les Archives de ces Seigneurs
.
Les Duchés de Normandie & de Guyenne
, ainfi qu'une grande partie des autres Sei
gneuries fituées dans la partie occidentale de
la France depuis le Comté de Ponthieu juſ
qu'aux frontieres de la Navarre , relevans
des Ducs de Normandie , devenus Rois
d'Angleterre , les plus importantes de ces
Chartes étoient portées à Londres , afin que
dans les occafions qui fe préfentoient , le
Confeil du Roy pût aifément fe les faire repréfenter.
Après la réunion de ces differentes
Seigneuries à la Couronne de France
toutes ces Chartes font restées en Angleterre
, & on les conferve encore dans les
E Ar512
, MERCURE DE FRANCE
Archives de la Tour de Londres..
On a fenti en plufieurs rencontres la néceffité
qu'il y avoit de confulter ces Titres ,
pour éclaircir ou même pour décider des
Procès très- importans , portés . devant les
Tribunaux de France : mais jufqu'à préfent
la difficulté de démêler parmi le nombre
prodigieux de Chartes gardées dans les Archives
de la Tour , celles dont on avoit befoin
, a été prefque toujours infurmontable ;
& après une recherche longue , couteufe &
pénible , il a fallu renoncer à l'efpérance de
trouver ce que l'on cherchoit. Plufieurs cau
fes concouroient au peu de fuccès de ces recherches,
L'étude des anciens Titres , étude
très -épineufe & très - défagréable, eft dans tous
les Pays une chofe à laquelle peu de perfonnes
s'apliquent ainfi il eſt même affés rare
de trouver des gens qui fçachent lire ces anciennes
Chartes , écrites dans une Langue &
dans un caractere étrangers , ou du moins
très- different de la Langue & du caractere
d'à préfent.
A cette premiere difficulté il s'en joinţ
une feconde , particuliere aux Chartes confervées
dans les Archives d'Angleterre : c'eft,
le défaut de Tables ou de repertoires , des,
Titres placés dans les dépôts.
Tr L'ancienne coûtume en Angleterre , lorfque
l'on apofoit le grand Sceau à des Char-
: tes
MAR'S 17413
313
tes ou Patentes , étoit d'en faire des copies
fur des feuilles de parchemin que l'on coufoit
enfuite pour en faire un Rolle ou un
Volume , qui contenoit ce qui avoit été expedié
pendant fix mois , ou même pendant
une année , fuivant que les piéces étoient
plus ou moins nombreufes , ou qu'elles
avoient plus ou moins d'étendue. On délivroit
alors ces Rolles au Garde des Regiftres
publics avec une Schedule qui marquoit le
titre , la date & le contenu de chaque piéce ,
avec les noms, foit des Lieux , foit des Per- 1
fonnes qu'elles concernoient.
Ces Schedules fervoient de Catalogue ,
comme cela fe pratique encore dans l'Echiquier,
ou du moins on les tranfcrivoit dans
un Regiftre géneral .
Quand on connoît la date précife de la
piéce demandée , la recherche n'eſt pas
exemte d'embarras : " mais quand on ignore
cette date ( & c'eft le cas le plus ordinaire )
cette recherche devient prefque toujours infructueufe
, puifqu'il n'y a d'autre moyen de
la faire que celui de parcourir un Catalogue
énorme , qui forme pour les feuls Rolles
Gafcons , Normands & François dont il
s'agit ici , quatre gros Volumes in -folio.
Les Chattes étant toutes écrites en Latin
lés noms des Lieux & des Perfonnes font ordinairement
latinifés , & même traduits
E ij lorfque
314 MERCURE DE FRANCE
lorsque les noms présentent un sens suscepti
ble de traduction. Quand le nom François eft
conservé , l'ancienne orthographe eft presque
toujours fi differente de la moderne
que la personne qui cherche , & même le .
Garde des Archives qui connoît peu la France
, gliffent par deffus le Titre de la Charte
défirée sans la reconnoître.
L'infatigable M. Prynne effaya lorsqu'il
étoit Garde des Regiftres de la Tour , de
remédier pour les Titres Anglois au défaur
de Tables ; mais ce ne fut que sous M. Petit
que ce projet put être executé. Cinq ans
après la révolution , ce Sçavant Jurisconsulte
travailla avec son Député M. Holmes ( qui
eft encore vivant & dont le mérite & les talens
superieurs sont connus de tout le monde
) à faire des Tables exactes des noms de
Personnes & de Lieux mentionnés dans les
Chartes relatives à l'Angleterre. C'eft de leurs
extraits que M. Rymer a tiré presque tou
tes les piéces de son Recueil en dix - sept
Volumes , mais qui ne sont pas la centiéme
partie des Chartes contenues dans les Archives
de Londres. Ces Tables de Meffieurs
Prynne , Petit & Holmes ne contiennent
que les Chartes Angloises des Archives de
la Tour. Les Chartes Françoises , & presque
toutes les Chartes Angloises des autres
dépôts sont encore sans autres Tables
+
que
les
MAŘ S. 1741- 515
es Schedules dont on a parlé plus haut.
Monfieur Carte , qui sous le nom de Philips
a travaillé à la nouvelle Edition de l'Histoire
de M. de Thou , se propose de remédier
, au moins par raport à la France , aux
inconvéniens qui ont rendu infructueuses
les recherches que l'on a faites jusqu'à présent
des Chartes d'Angleterre , relatives à la
France. Ayant paffé plufieurs années à fouiller
dans les differentes Archives d'Angleterre
, & à y chercher les Mémoires & les
Matériaux dont il avoit besoin pour la nouvelle
Hiftoire de ce Pays à laquelle il travaille
, il s'eft apliqué à procurer des copies
exactes de tous les Catalogues ou Schedules
des Rolles contenus dans ces Archives , &
en particulier celles des Rolles Gascons ;
Normands & François. Il a crû que la pu
blication des Catalogues de ces derniers
Rolles pouvoit être une chose avantageuse
à la Nation Françoise , non - seulement par
le grand jour que répandront ces Chartes sur
plufieurs points de son Hiftoire , mais encore
parce qu'ils mettront un grand nombre
de Particuliers , & même de Corps des
differens Ordres du Royaume , tant Ecclefiaftiques
que Séculiers , à portée de retrouver
les Titres originaux de plufieurs droits
dont ils ne jouiffent que sur la foi d'une
poffeffion qu'il n'eft pas toujours facile de
prouver.
E iij Le
516 MERCURE DE FRANCE
Le Catalogue des Rolles Gascons , Normands
& François que l'on présente au Pirblic
, contiendra les Titres , les dates & la
matiere d'environ vingt mille Chartes. C'eſt
tout ce qu'il y a dans la Tour de Londres .
>
Les deux Tables Alphabétiques , l'une
des noms des Lieux , l'autre des noms de
Personnes qu'il joindra à ces Catalogues ,
donneront la facilité d'y trouver sans peine
ce qui sera relatif à chaque Seigneurie , Ville
, Communauté, &c. & les noms modernes
ajoutés entre deux crochets aux noms anciens
du Catalogue ne laifferont aucune
équivoque ni aucune obscurité .
La date de la Piéce ; le numero sous le
quel elle eft cotée dans le Rolle , & le Titse
dece Rolle, qui seront marqués dans le Catalogue
, mettront en état de consulter la
Charte originale dans les Archives promp
tement & facilement : & ceux qui auront
besoin d'une Copie autentique de la Charte
pourront la recevoir d'Angleterre avec autant
de diligence que la réponse d'une Lettre
écrite par la voye ordinaire de la Pofte.
M. Carte s'eft engagé avec joye à un
travail fi utile pour la Nation Françoise ,,
dans la vue de lui témoigner par- là combien
il est senfible aux politeffes qu'il a reçû d'elle
& à ses manieres obligeantes & communicatives
pour les Gens de Lettres. Il croit superflu
MAR S. 1741. 517
perflu de s'arrêter à détailler les differens
avantages de la Collection qu'il propose :
ils se font sentir aux personnes les moins
habiles. Mais comme un Ouvrage de ce
genre , quelque utile qu'il puiffe être , n'eſt
pas de ceux dont le débit eft rapide , il croit
qu'il eft à propos de se mettre en état d'exécuter
son projet d'une façon qui , sans être
à charge au Public , le mette auffi à couvert
de tous les hazards auxquels il ne serait pas
jufte que l'envie de rendre service à la Nation
l'exposât.
&
C'eft dans cette vûë qu'il propose d'imprimer
cet Ouvrage par Souscription ,
de n'en tirer qu'un très petit nombre d'Exemplaires
au delà de ceux pour lesquels on
souscrira dans le tems marqué par ce Projet
, & conformément aux conditions suf
vantes.
L'Ouvrage sera imprimé en deux Volumes
in-folio.
Le caractere & le papier seront conformes
au projet.
Le prix de cet Ouvrage sera de trente - fix
livres en feuilles ; sçavoir dix-huit livres en
recevant la Souscription , & le reftant en recevant
l'Exemplaire dudit Ouvrage.
Les Souscriptions ne seront reçûës que
jusqu'à la fin du mois de Juin 1741 .
E j On
518 MERCURE DE FRANCE
On recevra à Paris les Souscriptions chés
Jacques Barois fils , Quay des Auguftins.
& chés les principaux Libraires des Villes de
France & des Pays Etrangers.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
on Hiftoire Litteraire de l'Allemagne , de
la Suiffe , & des Pays du Nord , année
M. DCC. Xxxv. Tome xxxIII . in - 12.. de
236. pp. A Amfterdam , chés Pierre Humbert
M. DCC. xxxv .
Art, VII. JACOBI THEODORI KLEIN , & C .
Naturalis Difpofitio Echinodermatum . Acceffit
Lucubratiuncula de Aculeis Echinorum Marinorum
, cum fpicilegio de Belemnitis Genadi
&c. 1734 , c'est-à- dire , Arrangement naturel
des Ecailles des HERISSONS DE MER , avec
une petite Differtation fur les EPINES des mêmes
Heriffons , & fur les Belemnitis , par M.
Jacques Theodore KLEIN , Secretaire de la République
de Dantzig , 1. vol . in- 4°. A Dantzig
, avec des Figures , &c. ·
Ce Livre qui ne contient qu'environ 80.
pages , renferme beaucoup plus de chofes
que le titre ne promet. Outre l'arrangement
des Ecailles des Ourfins , & le refte de ce qui
eft énoncé dans le titre , on trouve à la page
65. une Table générale pour ranger les Animaux
dans un ordre naturel , ce qui eft d'une
grande
MAKS. 1747.
grande utilité
toire naturelle.
pour ceux qui étudient l'Hif-
Après cette Table générale , il y en a une
particuliere , où tous les Coquillages font
rangés dans leur ordre naturel ; l'Auteur y a
ci-devant ajouté une exacte définition , avec
les figures des Coquillages au naturel , ce
qui en a fait un affés grand Volume.
On doit fouhaiter , dit le Journaliſte , qu'il
veuille bien-tôt en faire part au Public ; car
jufqu'à préfent ; il n'y a entore aucun Auteur
qui fe foit donné la peine de ranger les Coquillages
d'une maniere affés diftincte . La
plupart de ceux qui ont écrit fur les Poiffons
teftacées , ont confondu , dit- il , plufieurs
genres, ou en ont multiplié les efpeces, fans
raifon & fans néceffité .
ว
Ces deux Tables font fuivies du Profpec
tus , ou de la Defcription du Cabinet de M.
Klein : Defcription où l'on voit d'un coup
d'oeil l'ordre & l'arrangement d'un des plus
beaux Tréfors de Curiofités naturelles , qui
ayent jamais été poffedés par des particu
liers.
Notre Journaliste s'eft peu étendur fur cet
Ouvrage. Nous ne pouvons pas , dit - il ,
fuivre le fçavant, Auteur dans la Defcription
exacte & détaillée qu'il donne des differentes
Epines de Heriffon ; il faut de négalité
E v · renvoyer
20 MERCURE DE FRANCE
renvoyer les Lecteurs à l'Ouvrage même ;
car quand nous le tranfcririons entierement ,
il faudroit encore ajouter ici les Taillesdouces
qui font excellentes , pour mettre
entierement au fait ceux qui ne font pas pás
dans Phabitude de manier de pareils fujets.
Art. X. JOH. FRIDERICI HENKELII S. Regia
Polon. Majeft, & Elect. Saxonia , Collegii
Metallici Confil. Idea generalis de Lapidum
origine , &c. c'est - à dire , Idée générale de
L'ORIGINE DES PIERRES , &cc.,ppaarr Jean-Frederic
Henkel , Confeiller du College Metallic.
1. vol. in- 8°. A Drefde & à
que
Leizig.
L'Auteur de cet Ouvrage s'eft trouvé engagé
par fon Emploi & par fon propre goût,
à s'apliquer aux recherches dont il s'agit ici.
Depuis vingt ans , il eft enfoncé , pour ainfi
dire , dans les cavernes de la Mifnie , dont
il fait fouiller les entrailles. Il a auffi vû
quantité de Pierres Emangeres , ramaſſées en
divers Climats . Enfin , il en a fait plufieurs
Analyfes Chymiques , qui lui ont fourni
de nouvelles ouvertures fur ces matieres.
Voilà les deux Articles qui nous ont paru
les plus intereffans dans ce XXXIII . volume
du Journal d'Allemagne , ou Bibliothèque
Germanique,
On trouve dans les Nouvelles Litteraires
que
MAR S. 1741. 5521
que M. Jean - Georges Hotter a pris féance
parmi les Profeffeurs de l'Académie de Péterfbourg
, en qualité de Profeffeur d'Eloquence
, & d'Antiquités Grecques & Romaines.
De Wittemberg. M. Chretien Weiſius a
publié une Differtation fur les fçavans Bâtards
Defpuriis in Ecclefia , & Re-Literaria
Claris
De Duisbourg. M. Withoff va imprimer
des Remarques fur un grand nombre
d'anciens Auteurs Latins , dont le titre paroîtra
fingulier , Cruces criticorum. Cela vaut
bien les Tortures de nos Saumaifes , dont
parle Defpreaux.
REFLEXIONS Critiques fur la Poësie & fur
la Peinture par M. l'Abbé Dubos , l'un des
Quarante & Secretaire perpétuel de l'Academie
Françoife. Quatrième Edition revûë , corrigée
, & augmentée par l'Auteur. A Paris ,
chés Pierre- Jean Mariette , ruë S. Jacques.
1740. 3. lol. in 12 .
Cet Ouvrage , déja fi bien reçû du Pu ?
blic , & monté en fi peu de tems jusqu'à
'une quatrième Edition , n'a besoin presque
que d'être annoncé ; nous ajoûterons cependant
, avec de célebres Journaliſtes qui
en ont donné depuis peu un fort bel extrait
que la troisième partie , ainſi que M. l'Abbé
E vj
du
522 MERCURE DE FRANCE
du Bos en avertit au commencement du
premier Vol. se trouve dans cette nouvelle
Edition employée uniquement à des éclairciffemens
concernant les Représentations
Théatrales des Anciens : ces Eclairciffemens
qui : dans les deux premieres Editions , étoient
pas ainfi raffemblés , deviennent.
dans le nouveau jour où ils sont exposés.
un Ouvrage plus complet , & par consé
quent plus digne de curiofité.
HISTOIRE des Empires & des Républiques
depuis le Déluge jusqu'à J. C. &c. Par M.
-L'Abbé Guyon . T.VI. Les Ptolomées. ” in- 1z .
de 488 pages. A Paris chés Hypolite - Loüis
Guerin , & autres Libraires. 1740.
4
Dans ce VI. Vol. deftiné à l'Hiftoire de
ectte Dynaftie des Princes Succeffeurs d'Alexandre
, dire des Ptolomées qui ont regné
-en Egypte , l'Auteur raporte d'abord ce
qu'il y a de vrai & de fabuleux dans l'origine
de Ptolomée Soter , dont la valeur &
l'ambition jetterent les premiers fondemens
du Royaume d'Egypte. Il étoit Macédonien
de naiffance ; son habileté & son courage le
firent bien- tôt connoître à Alexandre , & il
ne fut
pas long- tems à tenir un des premiers
irangs parmi les plus illuftres de ses Capiraines.
Après la mort de ce Prince , le Gouvernement
MARS. 1741.
nement de l'Egypte lui tomba en partage :
on voit dans notre Hiftorien par quels degrés
de prudence , de fermeté , de valeur , il devint
le Fondateur & le premier Souverain
du Royaume d'Egypte , dont lui & ses Succeffeurs
jouirent sans interruption l'espace de
près de 300. ans c'est -à- dire jusqu'à
la mort de Cléopatre , après laquelle l'Em
pereur Augufte réduifie l'Egypte en Province
de l'Empire Romain.
,
On lit dans cette Hiftoire de grands & de
finguliers évenemens , traités avec autant de
dignité que d'exactitude : arrêtons- nous seulement
à ce qui concerne les Sciences ,
les
Arts & la Religion , que le premier des Pto-
Iomés s'apliqua à faire fleurir , d'abord qu'il
se vit tranquille dans ses Etats.
Il fit bâtir un Temple à Serapis , & auprès
de ce Temple une Bibliotheque qui devine
dans la suite la plus fameuse de l'Univers.
Il y joignit un autre Edifice , où il étag
blit une Académie , à laquelle on donna
le nom de Museon : une societé de
Sçavans y travailloit à des recherches sur la
Philosophie & à perfectionner les autres
Sciences. Ils y étoient logés & entretenus
magnifiquement aux dépens de l'Etat , &
étoient dirigés pár un Préſident , dont la
Charge devint fi confidérable , que les Rois
d'Egypte s'en réserverent la nomination
&&
$ 24 MERCURE DE FRANCE
& après eux les Empereurs Romains .
C'eft à ce célebre Etabliffement qu'Ale
xandrie fut redevable de l'avantage dont elle
a joui pendant plufieurs fiécles d'avoir été lá
plus grande Ecole de l'Afrique , & d'avoir
formé tant de grands Hommes. Il eut même
la gloire d'avoir été le berceau d'où l'Eglife
tira quelques uns de fes plus habiles Défenfeurs.
La Bibliothéque que Ptolomée avoit commencée
, s'augmenta prodigieufement fous
fes Succeffeurs . Philadelphe , fon fils, la laisfa
en mourant compofée déja de cent mille
Volumes , & dans la fuite on y en compta
près de 700. mille. Aulli n'oublierent - ils
rien pour en raffembler.
Tous les Livres , fans exception , qui arri
voient en Egypte étoient faifis ; on en faifoit
faire des Copies exactes qu'on donnoit aux
Proprietaires de ces Livres , & on en gardoit
les Òriginaux dans le Mufeon. Cette Bibliothéque
fubfifta pendant plus de 900. ans
c'est - à - dire jufqu'en l'année 642. de J. C. la
20. de l'Hégire , que la Ville fut prife par les
Sarrazins Arabes.
Le Calife Omar , qui fit cette conquête ,
confulté fur l'ufage qu'on feroit des Livres
renfermés dans cette Bibliothéque , répondit
, felon les préjugés de fa fauffe Religion
, qu'il falloit tous les brûler , ce qui
fut
MAR S. 1741
529
fut exécuté. L'Auteur avertis là-deffus qu'il
ne fait que copier ce que M. Prideaux a écrit
fur cette matiere . Je ne fçais fi ce dernier a
ajoûté ce qui fe lit dans d'autres Auteurs
fçavoir , que tous ces Manuferits furent distribués
dans les differentes Etuves de la Ville
du Caire , & qu'on s'en fervit pendant plufieurs
mois à chauffer les Bains publics de
- cette grande Ville.
HISTOIRE de la Vie & du Regne de
LOUIS LE GRAND , rédigée fur les Mémoires
defen M. le Comte D... •publiée par
M. BruZen de la Martiniere , enrichie de
Médailles. T. I. A la Haye , chés Jean Vang
duren , 1740, in- 4°. pag. 199.
Comme ce titre paroit impofant , & qu'il
piquera , fans doute , la curiofité Françoife ,
nous nous faifons un devoir d'avertir nos
Lecteurs que l'Ouvrage entier ne peut paffer
que pour un Ouvrage d'imagination , & que
ce n'eft rien moins qu'une Hiftoire folide &
intereffante. Il y a tout lieu de croire que
M. de la Martiniere , du nom duquel on s'eft
fervi , la défavoüera , n'étant nullement capable
d'adopter les ignorances & les autres
fautes groffieres répandues dans les prétendus
Mémoires dont on le fait le Réviseur. On
trouvera dans le Journal des Sçavans du mois
de Janvier dernier , des preuves convaincan
CCS
28 MERCURE DE FRANCE
tes de ce que nous venons de dire , expofees
au grand jour, & pour ainfi - dire , démontrées
dans un morceau de Critique d'un excel
lent goût.
On écrit de Rome , que le fecond volume
in folio des Ouvrages de S. Ephrem , en Sy
riaque & en Latin , y paroît depuis peu
de
Imprimerie du Vatican .. Nous avons déja
parlé de cette Edition , qui eft dûë à la protection
dont le Cardinal Quirini honore les
Lettres , & aux travaux du R. P. Benoît , Jéfuite
, Maronite du Mont Liban. Il y a à la
fin de ce Volume deux Differtations de l'Editeur
, l'une contre un Profeffeur de Pétersbourg
, qui a prétendu trouver l'impanation
Luthérienne dans un Sermon de S. Ephrem ;
l'autre contre l'opinion de l'Abbé Renaudor
& du P. le Brun , qui ont crû , que felon le
même Pere , la Defcente du S. Efprit fur les
Dons offerts , jointe à la Priere , opére le
changement des Elemens , qui font la matie
re de l'Euchariftie.
On a imprimé à la Haye fur la fin de l'an
née derniere , le Tréfor des Poiffons à Coquil
les de Georges Evrard Rumphins , fous ce
titre , G. E. Rumphii Thefaurus Pifcium Tes
taceorum , ut & Cochlearum , quibus accedunt
Conchylia , Concha , Mineralia , Metalla ,
י
Lapides
MARS. 1741 529
Lapides , &c. variis in Locis reperta. Hage
Comitum , 1740. in-fol. cumfiguris.
L'ART d'écrire , nouvellement mis au jour
fur les differens caracteres les plus ufités ,
d'après M. Roffignol , gravés par le Parmentier
, orné de Vignettes & autres Gravûres
en Taille - douce. Se vend à Paris , ruë faint
Jacques chés Lambert & Durand , Libraires
à la Sageffe & à S. Landry , & chés la veuve
de Pierre Feffard , au Paffage de S. Germain
de l'Auxerrois , vis - à - vis le Louvre , grand
in folio de 30. pages , 1741. le prix eſt de
trois livres.
LA POLITIQUE du Chevalier Bacon, Chan
celier d'Angleterre, 2. vol. in- 12 . A Londres,
chés Jacques Tonffon , 1740 .
On aprend au commencement du premier
Volume , que cet Ouvrage eft une Traduction
élégante d'un excellent Original Anglois
, dont on ignore le Traducteur. A l'égard
de l'Auteur, c'eft le célebre Bacon , Baron
de Verulam, Vicomte de S. Alban , & Grand
Chancelier d'Angleterre , fous le Regne de
Jacques I. M. le Comte de Rottembourg,felon
l'Avertiffement du Libraire , a aporté
cette Traduction au retour de fon Ambaffade
d'Espagne , & a bien voulu s'en défaifir
pour l'utilité du Public. On voit dans ce Livre
328 MERCURE DE FRANCE
1
vre , comme en racourci , tout le génie de
Bacon ; un efprit aifé , un jugement fain ; le
Philofophe fenfé , l'homme de refléxion , y
brillent tour à tour.
C'étoit le fruit de la retraite d'un homme
qui avoit quitté le Monde , après en avoir
foûtenu long - tents les profpérités & les disgraces.
Jean Baudren , l'un des premiers Membres
de l'Académie Françoife , en avoit déja
publié une Traduction de fa façon en 1624 .
L'Auteur de l'Edition nouvelle l'a , dit - il ,
parcouru & y a trouvé une difference énor
me en toutes manieres , entre elle & celle
dont il s'agit ici .
Pour donner à nos Lecteurs une jufte idée
de cet Ouvrage Politique Moral & de la Traduction
, nous raporterons ici en fon entier
le court Traité qui eft intitulé de la Vérité
& qui fe trouve à la page 222. du fecond
Volume.
DE LA VERITE
Qu'est- ce que la Vérité , difoit Pilate , en
fe mocquant & fans vouloir écouter la réponfe
? Il y a des gens qui aiment le doute , &
qui regarderoient comme un esclavage d'être
affûrés de la vérité. Ils veulent jouir du libre
arbitre à l'égard de leurs penfees , de- même
qu'à l'égard de leurs actions. Quoique cette
Secte
MARS. 1741:
$ 29
Secte de Philofophes , qui faifoient profesfion
de douter de toutes chofes , ne fubfifte
plus à préfent, on voit encore certains Efprits
qui femblent attachés aux mêmes principes
, & dont l'inclination eft pareille, mais
ils n'ont pas la force des anciens ; ce n'eſt
pas la difficulté & le travail extrême qu'il en
coute pour trouver la vérité , ni le frein qu'elle
met à nos penſées , lorfqu'on l'a trouvée
qui donne le goût pour le menfonge , mais
un amour naturel , quoique dépravé , pour
le menfonge même . Un Philofophe des plus
modernes de l'Ecole Grecque, examine & pa
roît embaraffé à trouver la raifon pour laquelle
les hommes aiment le menfonge , qui ne leur
donne pas du plaifir , comme ceux des Poëtes
, ni du profit , comme ceux des Marchands
, mais uniquement pour le menfonge
même. Pour moi , je crois que comme le
grand jour convient moins pour les Jeux du
Théatre , que la lumiere des flambeaux , ainfi
la vérité n'eft pas fi propre que le menfonge
, pour les bagatelles de ce Monde , &
plaît moins par conféquent à la plupart des
hommes . La Vérité eft une belle Perle qui
a beaucoup d'éclat ; mais fi on ne la met
pas dans fon jour , elle brille moins que les
Pierres du plus bas prix . Certainement un
mêlange de menfonge ajoûte toujours quelque
plaifir. Il n'eft pas douteux que fi l'on
otois
$ 30 MERCURE DE FRANCE
1
ôtoit de l'efprit de l'homme les vaines opinions
, les efpérances flateufes , les fauffes
préventions , les imaginations faites à plaifir,
il ne tombât dans la mélancolie , le chagrin
& l'ennui . Un des Peres , dont la féverité me
paroît extrême dans cette occafion , apelle
la Poëfie vinum damonum, parce qu elle rem
plit l'imagination de chofes vaines ; elle n'eft
cependant que l'ombré du menfonge . Mais
ce n'eft
pas le menfonge qui paffe par l'esprit
, qui fait le mal , c'eft celui qui y entre
& qui s'y fixe, comme celui dont nous avons
parlé.
De quelque maniere qu'il en foit du jugement
& des affections dépravées de l'homme
, la vérité qui eft feule fon juge , nousaprend
que celui qui commie fon amant , fa
recherche , la connoît , la fouhaite , & en
joüit , poffede le plus grand bien de la Nature
humaine .
La premiere chofe que Dieu créa dans l'Uhivers
, fut la lumiere des fens , & la derniere
, celle de la raifon ; l'illumination de l'es
prit de l'homme eft fon Ouvrage perpétuel.
Il créa premierenienr la lumiere fur la face
de la matiere , & puis fur la face de l'hom
me , & il répandit toujours de la lumiere fur
fes Elûs. Un Poëte , qui a été l'ornement
d'une Secte de Philofophes , d'ailleurs infésieure
aux autres , dit avec raifon : Quek plaplaifir
MARS
33X 1741
plaifir de contempler du rivage des Vaiffeaux
battus par la tempête ! Quel plaifir de voir
du haut d'un Château une Bataille & fes divers
évenemens ? Mais quel plaifir eft égal à
celui d'être fur le fommet de la vérité , Montagne
prefque inacceffible , où l'air eft toujours
ferein , & confidérer de-là les erreurs
les égaremens, les brouillards & les tempêtes ,
pouvû qu'on les regarde d'un oeil compatisfant,
& non pas avec orgueil ? Certainement,
lofque l'efprit humain eft mû de la charité
qu'il fe repofe fur la Providence , & qu'il
tourne fur l'axe de la vérité , il s'éleve juf .
qu'au Ciel pendant cette vie. Mais paffons
de la vérité Théologique & Philofophique
à la vérité , ou plutôt à la bonne foi dans les
affaires . Ceux même qui ne la pratiquent
pas , ne peuvent nier qu'elle ne foit le plus
grand honneur de la Nature humaine.
La fauffeté dans les affaires , reffemble aut
plomb qu'on mêle à l'or , qui rend l'or plus
facile à travailler , mais qui diminuë de fa
valeur. Quoi de plus honteux que d'être Juge
faux & perfide ! Auffi lorfque Montagne
cherche la raison pour laquelle les menteurs
font fi méprisés , il dit avec beaucoup d'esprit
, que c'est parce que celui qui ment , fait le
brave avec Dien , & le poltron avec les hommes.
En effet un menteur insulte Dieu , &
s'humilie devant les hommes,
On
32 MERCURE DE FRANCE
On ne peut mieux exprimer l'énormité de
la fauffeté & de la perfidie , qu'en disant que
ces vices combleront la mesure , & feront
pour ainfi- dire , les dernieres trompettes qui
apelleront le Jugement de Dieu fur les hommes.
Il eft écrit , lorsque le Sauveur du
Monde reviendra, non reperturum fidemfuper
terram.
LETTRE écrite de Dijon le premier
Février 1741. au fujet de la nouvelle
Académie de cette Ville.
Voici enfin , Monfieur , un nouveau
Phénomene Litteraire , attendu depuis'
long-tems, L'Académie de Dijon vient d'ouvrir
fa prémiere Séance le 13. Janvier , par
un très -beau Discours qu'a prononcé M. Ta
phinon , Avocat au Parlement , & Académi-.
cien Honoraire. Cette Pićce , qui fut uni
versellement aplaudie , paroîtra inceffamment.
Le 27. du même mois , M. l'Abbé Lie-
Lault , Vicaire de S. Nicolas , & Membre de
la nouvelle Académie , lût un Mémoire fur
les principes du Mouvement. M. l'Abbé Joly
termina la Séano par la Differtation fuivante,
LET
MAR S... 1741. -335
LETTRE fur un ancien Poëte François ,
écrite à M. l'Abbé Fijan , Confeiller an
Parlement de Bourgogne, Official & Vicaire
• General de l'Evêché de Dijon, par M. l'Ab.
bé Joly , Chanoine de la Chapelle- an- Riche
Académicien de la même Ville.
La connoiffance , Monfieur, que vous m'a→ ·
vez donnée d'un Auteur de Bourgogne , oublié
dans la Bibliotheque des Ecrivains de
cette Province , par feu M. l'Abbé Papillon ,
m'a fait un véritable plaifir . ( PIERRE MICHAULT
eft un Poëte fi obfcur qu'il n'eft pas
furprenant qu'il ait échapé aux recherches de
notre fçayant Bibliographe . )
J'ai parcouru avec foin le Doctrinal de
Cour , vol. in 4. affés épais , que vous m'avez
fait l'honneur de me communiquer. Je
vais , comme vous l'exigez de moi , vous .
rendre compte de cet Ouvrage , qui me pa- ,
roît mériter quelque attention , après que je
vous aurai dit tout ce que je fçais fur l'Auteur
même.
Pierre Michault , Sujet de Philipe le Bon ,
Duc de Bourgogne , comme il le dit dans
l'Epitre Dédicatoire de fon Livre à ce Prince
, & Secretaire du Comte de Charollois ;
étoir , felon la Croix- du- Maine ( 1 ) , Poëte
& Orateur François , & vivoit l'an 1466. I
>
(1) Bibliothéque Françoise , pag. 404.
534 MERCURE DE FRANCE
a écrit , dit il , un Livre intitulé , le Doctrinal
de Cour , divifé en 12. Chapitres , lequel Livre
eft compofé , partie en Vers , partie en
Profe. Il a été imprimé à Genève , in 8. &
contient 28. feuillets .
La Croix - du- Maine n'a pas comme l'édiq
tion que j'ai entre les mains , de même que
du Verdier , qui » dit ( 1 ) que Pierre Mi-
» chault a compofé le Doctrinal de Cour , par
lequel on peut être Clerc fans aller à l'Efco-
»-le , imprimé à Genêve in 8. par Jacques Vi
» vian en 1522. avec Privilege Apoftolique .
و ر
ود
Voilà tout ce que difent ces deux Bibliothécaires
au fujet de cet Auteur . Mais M. Galland
, dans fa curieufe Differtation ( 2 ) fur
quelques anciens Poëtes, & fur quelques Romans
Gaulois peu connus , nous aprend que
Pierre Michault a compofé un autre Ouvrage
en Profe & en Veis , ( 3 ) intitulé , la Danfe
des Aveugles , confervé dans la Biblothéque
de feu M. Foucault , Confeiller d'Etat , & In-.
tendant de Caën . Le Doctrinal de Cour , dit
M. Galland , eft aparemment le même que
Ouvrage qui eft iciapellé la Danfe des Aveu-
(1 ) Bibliothéque Françoise , page 857.
(2 ) Elle eft imprimée dans les Mémoires de l'Academie
des Infcriptions , Tome fecond , page 728. de
PEdition In-4°.
(3) Du Verdier dit feulement que la Danse des
Aveugles eft en Vers . Voyez fa Bibliothéque , p. 269 .
glese
MARS. 1741.
535
gles. Ce Sçavant s'eft trompé : ce font deux
Livres bien differens , ainſi qu'on le voit par
la fin de ces Ecrits. Voici la derniere Stance
de la Danfe des Aveugles , telle qu'on la trouve
dans la differtation de M. Galland :
Pierre ne peut humeur de bas prétendre ,
Ni dure tefte entendre à bien haut eftile ;
Pour ce foubmets le fens qu'on y peut prendre
A tous lifans , à qui pourra l'entendre ,
Par élever entendement habile ,
Les prians tous que par voye utile
Il leur plaife corriger bas & haut
Leur Ecolier & Diſciple Michault .
Telle eft la fin de la Danfe des Aveugles!
Voyons à préfent la derniere Stance du Doc.
trinal de Cour.
Michault emprès une pierre très -rude ,
Pour ce forger veut affeoir fon enclume ;
Ainfi montrant l'erreur & ſon étude ,
A compofé en cette plénitude
Le contenu de ce petit Volume.
Prince excellent , votre douce coûtume
Reçoive, ainfi qu'autrefois a montré ,
Le Doctrinal du tems préfent en gré .
La diftinction de ces deux Ouvrages eft en
core clairenient marquée par un paffage de la
F Biblio
536 MERCURE DE FRANCE
Bibliothèque de du Verdier , qui ne connoiffant
pas le véritable Ecrivain de la Danfe des
Aveugles , a rangé cet Ecrit dans la Claffe des
Livres dont les Auteurs font incertains . La
Danfe des Aveugles , dit- il , c'est - à - dire, des
humains danfans en ce monde fous la condui
te de l'Amour , de la Fortune & de la Mort
compofée en Rime , & dont l'argument eft
mis au commencement , tel que s'enfuit : ( a)
Amour , Fortune & Mort , aveugles & bandés ,
Font danfer les Humains chacun par accordance, & c.
voir le refte dans du Verdier,
pouvez
qui ajoute que ce Livre à été imprimé à Lyon;
in 8. par Olivier Arnoullet en 1583.
Vous
C'elt ainfi que commence la Danfe des
Aveugles , qui , felon le Bibliothécaire que
je viens de citer , eft en Vers ; au lieu que le
Doctrinal de Cour eft partie en Vers , partie
en Profe . Voici le commencement de ce der
nier Ouvrage :
En champ femé de convenables graines ,
Bien cultivé en faifon raifonnable ,
Où on efpere avoir fruit délectable,
Chardon croît bien , ayant pointes vilaines , &c.
(a ) Voyez la Bibliothéque de du Verdier , page 269 .
M. Galland, qui n'a cité qu'un Manuferit de cet
Ouvrage, ignoroit aparemment qu'il fit imprimé.
Cc
>
MARS. 537 1741.
Ce qui , pour le dire en paffant , pa roît imj
té de ces Vers de Virgile :
GrandiaJapa quibus mandavimus hordea fulcis ,
Infelix lolium & fteriles nascuntur avena.
Pro molli viola , pro purpureo narciffo
Carduus , & Spinis furgit paliurus acutis .
Eglog. V. 36
Segnisque horreret in arvis
Carduus. Intereunt fegetes , fubit aspera filva ,
Lappa que , tribulique , interque nitentia culta
Infelix lolium & fteriles dominantur avens.
Au refte , ce n'eft que par la derniere Stance
du Doctrinal de Cour , que j'ai pû découvrir
le titre de cet Ouvrage , car le frontispice
manque dans votre Exemplaire , ou , pour
mieux dire , je crois qu'il n'y en a jamais eû .
Dans la Table de la nouvelle Bibliothéque
des Manuscrits , par le Pere de Montfaucon ,
page CC. XXIX . Pierre Michault & fes
Ouvrages font cités ainfi : Taillement al. Tailteran
, al. Tiellement (Michau ) Danfe aux
Aveugles , Poëfies, Journal ; & l'Editeur renvoye
aux pages 793. 795. & 1188.
Par les feuls titres de ces Ecrits, vous allez
voir ,Monfieur , que le Pere de Montfaucon
eft tombé dans un anachronisme confidérable
, en les attribuant tous trois à un même
Auteur,
Fij
Le
538 MERCURE DE FRANCE
Le Doctrinal de la Cour , en Vers & en
Prose , la Danse aux Aveugles , par Michau
Taillement , dit- il , page 793 .
( Page 795. ) Plufieurs Poefies du tems du
Roy Charles VII. par Michau Tailleran, avee
Hiftoire de Griselidis . ( 1 )
( Page 1188. ) Des Propofitions & Délibérations
de la Chambre du Tiers - Etat , à Paris,
aux Etats de la Ligue de l'an 1593. trancrites
de la propre main d'Aarifte , Premier Commis
de Tiellement , qui en étoit Greffier , fur le Plu
mettis ( Plumitif) de fan Maître , de l'année
1593.
Vous jugez bien , Monfieur , qu'il eft impoffible
que Pierre Michault , Secretaire du
Comte de Charolois en 1466. fut Greffier
des Etats tenus à Paris en 1593. Je ne fçais
d'ailleurs pourquoi le Pere de Montfaucon
écrit Michau.
J'ai peut- être eû tort , au reſte , de décider
au commencement de cette Lettre , que cet
ancien Auteur foit Bourguignon , quoiqu'il
fe dise Sujet du Duc de Bourgogne , puisqu'outre
cette Province, ce Prince en poffedoit
plufieurs autres.
(1 ) M. Galland , dans fa Differtation citée , affure
que l'Hiftoire de Grifelidis , mife en Vers François
par feu M. Perrault , de l'Académie Françoise , fait
partie du Parement des Dames , Ouvrage de l'Hiftorien
Olivier de la Marche. Ce Livre a été imprimé ,
felon la Croix du-Maine.
Pierre
MAR S. 1741 639
Pierre Michault, en fon Epitre Dédicatoire
au Duc Philipe le Bon , fait mention de deux
Ecrivains , dont j'aurai l'honneur de vous
entretenir , fçavoir , feu Maistre Martin le
Franc , en fon vivant Philosophe & Poëte non
moyen , & George Chatelain , Hiftriographe
du Duc de Bourgogne .
La date du Doctrinal de Cour eft marquée.
énigmatiquement à la fin , par ces quatre
Vers :
Un Treppier & quatre Croiflans ,
Par fix Croix avec fix Nains , faire
Vous feront eftre connoiffans
Sans faillir , de mon Milliaire.
C'eft à - dire , fans doute , M. CCCC.
XXXXXXIIIIII. Ce qui pourroit
engager à croire que ce Livre eft imprimé
en 1466. mais il eft aisé de prouver qu'il ne
peut avoir été mis fous preffe en cette année .
Selon Chevillier , ( 1 ) ce fut en 1470. la
dixième du Regne de Louis XI. que l'on imprima
à Paris pour la premiere fois. Or , il eft
évident , dit - il ailleurs , ( 2 ) que c'est dans cette
Capitale du Royaume , où les premiers Livres
ont été imprimés. Ainfi il est vrai de dire
que la Ville de Paris a pratiqué l'Art d'Im-
(1 ) Origine de l'Imprimerie de Paris , page 16 .
(2) Ibid. page 44.
F iij primerie
$ 40 MERCURE DE FRANCE
primerie avant toute autre Ville de France.
Il est donc certain , fi nous en croyons ce
fçavant Annaliſte de la Typographie , que le
Doctrinal de Cour n'a pû paroître en France
l'an 1466. Il n'eft guere vrai-femblable qu'il
ait vû le jour cette même année dans les Pays
Etrangers , où l'Imprimerie étoit alors en
sage. Je crois qu'il feroit difficile de prouver
que dès 1466. on eût déja imprimé aucun
Livre en Langue vulgaire , beaucoup
moins un Livre François dans un Pays non
fcumis à la Monarchie Françoise. Peut -être
direz -vous , Monfieur , que l'Imprimerie
ayant été découverte à Harlem , fuivant plufieurs
Auteurs , il fe peut faire qu'en 1466.
ce bel Art fût pratiqué dans la Flandre , fujette
du Duc de Bourgogne , où l'on parloit
François , & qu'on y ait imprimé en ce temslà
l'Ouvrage du Sécretaire du Comte de
Charollois.
On m'affûre d'ailleurs que Prosper Marchand
, dans fa nouvelle Hiftoire ( 1 ) de
l'Imprimerie , ( Livre qu'il ne m'a pas encore
été poffible de voir) prouve que l'impreffion a
été découverte plutôt qu'on ne pense communément.
Peut- être auffi a- t'il prouvé ,
contre le fentiment de Chevillier , que cet
(1 ) Hiftoire de l'origine des premiers progrès de
l'Imprimerie. A la Haye , chés la veuve Levier, 1740.
in- 4°.
Art
MARS. 1741
54
Art a été en usage à Paris dès 1466.
Quoiqu'il en foit, ce dernier prétend ( 1 ) que
lespremieres impreffions font toutes fans titre,fans
chiffre & fans fignature, & que les Imprimeurs
ne commencerent à mettre des fignatures , c'està-
dire , des Lettres alphabétiques au bas des
feuillets , qu'en l'année 1476. au Platea , de
Usuris. Le même Chevillier affûre encore
(2) que le plus ancien Livre Gothique qui
ait été imprimé , c'eft le Decret de Gratien
publié l'an 1471. à Strasbourg par Henri
Eggefteyn , & conservé dans la Bibliothéque
de Sorbonne.
Or , quoique le Doctrinal de Cour foit imprimé
fans chiffres , fans fignatures & peutêtre
fans titre , il eft en caractéres Gothiques.
D'où il résulte qu'il ne peut avoir été mis
fous preffe en 1466.
Ces raisons que j'ai exposées à deux Sçavans
du premier ordre,leur ont parû fi décifives,
qu'ils n'ont point fait difficulté de croire ,
auffi bien que moi , que les Vers énigmatiques
, qui terminent le Doctrinal de Cour
défignent l'année où il fut composé , & non
celle où il fut imprimé.
J'ai encore été confirmé dans ce fentiment
par la lettre que vous m'avez fait
(1 ) Origine de l'Imprimerie de Paris, page 38 .
(2) Page 104.
ibid.
F iiij
l'honneur
542 MERCURE DE FRANCE
l'honeur de m'écrire, où vous m'aprenez que
celui qui a rédigé le Catalogue des Livres
de feu M. Bellanger , a cité l'Ouvrage de
Pierre Michault en cette forte , page 227 .
N°. 547.
Le Doctrinal du tems présent , ou de la Cour,
par Pierre Michault , Sécretaire du Duc
( Comte ) de Charollois , composé en 1466.
ancienne Edition Gothique.
Je fuis persuadé que l'habile Libraire qui
a rangé ce Catalogue , a fait les mêmes reféxions
que moi , & qu'il en a conclu que cette
date ( 1466. ) ne pouvant être celle de
l'impreffion du Livre , marquoit le tems où
il a été composé. J'avoue cependant qu'une
raison m'a d'abord porté à croire que
ce milléfime fixoit l'année de l'impreffion
, la voici ; fi le Doctrinal de Cour n'a
pas été imprimé avant 1470. pourquoi eft
il dédié au Duc Philipe le Bon , qui mourut;
felon Mezeray , ( 1 ) le 15. Juillet 1467. c'eſtà-
dire , vers le commencement de cette année
, l'an ne commençant alors qu'à Pâques,
ou plutôt le 25 de Mars ? Eft- il vrai - femblable
que Pierre Michault ait fait imprimer fon Epitre
Dédicatoire après la mort de ce Prince ?
Mais il eft aisé de répondre que notre Poëte
lui dédia & lui présenta fon Ouvrage en
(1 ) Abregé Chronologique de l'Hiftoire de France.
Manuscrit
MARS. 1741.
543
Manuscrit l'an 1466. ( 2) & que ce Livre
ayant été imprimé dans la fuite, par les foins
de l'Auteur , s'il vivoit encore , ou par les
foins de quelqu'autre , on aura conservé l'Epitre
telle qu'en 1466. elle fut adreffée au
Duc de Bourgogne. Il ne me feroit peutêtre
pas difficile de vous citer de femblables
exemples.
Quoiqu'il en foit , la premiere lettre de
chaque Chapitre du Doctrinal de Cour , est
omife . On avoit laiffé de la place pour y
peindre ces Lettres en or ou en azur. Il y a
plufieurs autres anciens Livres , où ces lettres
manquent , n'ayant jamais été peintes.
On en voit même où les pages ne font imprimées
que d'un côté , l'Art d'imprimer le
folio verfo n'ayant pas d'abord été trouvé .
Je ne dois point paffer fous filence que dans
l'Edition Gothique du Doctrinal de Cour ,
il y a des Figures en bois , affés groffieres ,
conformément à ce tems- là. Je ne fçais s'il
s'en trouve dans les Editions citées par la
(2 ) Il paroit même par ces V'ers , qui terminent le
Doctrinal de Cour :
Prince excellent , votre douce coûtume
Reçoive , ainfi qu'autrefois a montré ,
Le Doctrinal du tems préfent en gré.
Ilparoit , dis -je , que ce Livre avoit déja été préfenté
au Duc Philipe avant 1466 .
F v Croix
544 MERCURE DE FRANCE
Croix- du - Maine & par du Verdier : au moins
n'en font- ils pas mention.
;
Le Doctrinal de Cour eft une Allégorie
continuelle l'Auteur feint qu'il s'eft trouvé
depuis peu dans une Forêt charmante peuplée
d'arbres verds , qui donnoient beaucoup
d'ombrage. Au milieu de cette Forêt , couloit
un ruiffeau fortant d'une Fontaine qu'il
eut envie de voir. Dans ce deffein , il parcourut
la Forêt jufqu'à ce qu'il eût aperçu
une Lande fort épaiffe , à travers laquelle il
vit une belle Dame toute égaree , défaite &
échevelée , comme fi elle eût été pourſuivie
par fes ennemis .
Auffi - tôt qu'il s'offrit à fa vûe , elle voulut
fe détourner ; mais il la retint par fa robe ,
& la pria de lui dire fon nom . Je fuis la
Vertu , dit - elle , qui avois autrefois de l'empire
fur les hommes ; mais à préfent mon
régne eft paffé . Je fuis venuë me réfugier en
cette Forêt pour éviter le commerce du
monde. J'y trouvai dernierement une Maifon
fous terre où l'on tient une Ecole , dans
laquelle on enfeigne de pernicieuſes maximes.
Comme je voulus y entrer , le Portier
me ferma la
porte .
Pierre Michault tâche de la confoler , &
lui offre ſes fervices . Je les reçois avec plaifir
, dit la Vertu ; ils me font d'autant plus
agréables , que tu as aucune fois écrit chofes
fortiffans
MAR S. 1741.
545
fortiffans à mon fervice. Peut-être l'Auteur
veut-il ici parler de la Danfe des Aveugles.
Quoiqu'il en foit , ils délibererent d'aller enfemble
à cette Ecole , où ils ne purent entrer
qu'avec beaucoup de difficulté.
Ils y virent buit Maîtres , c'est-à - dire , un
Recteur Général , &fept Subalternes. A l'entrée
étoit un Portier , nommé Dédain , qui à
peine vouloit regarder les entrans. L'Ecole
étoit vafte ; on y voyoit fept piliers , aux
pieds defquels étoient un Parquet , & de
petits bancs pour les Ecoliers ; & fur le bonnet
du Portier , un Ecriteau en ces termes :
Qui veut oüir bien diverfe Doctrine >
En cet Hoftel patent & général ,
Pourra ouir lire le Doctrinal
Qui les nouveaux Ecoliers endoctrine.
Je fuis Dedain , qui plufieurs achemine
En ce Couvent qui eft univerſal.
Qui fe foubmet à eftre mon Vaffal ,
Doctrine acquiert en un très-bref termine:
L'Auteur n'eut pas plutôt connoiffance des
leçons qui fe debitoient en cette Ecole ,
qu'il voulut fe retirer ; mais la Vertu l'obligea
de refter. Une Dame , qui enfeignoit ,
frapa leur vûë. C'étoit Faufjeté , dictant des
leçons à fes Ecoliers qui les écoutoient avec
Ff vj Une
attention.
546 MERCURE DE FRANCE
1
Une autre Dame fubalterne de Fauffeté
apellée Vantance , expliquoit les déclinaifons
des cas. Je tranfcris ici l'accufatif & le vocatif,
tant pour vous en donner une idée , que
pour vous faire connoître la hardieffe , ou
plutôt la naïveté & la fimplicité de l'Auteur,
à l'égard de fes Souverains le Duc & la Ducheffe
de Bourgogne . Voici donc les leçons
que Vantance donne à fes Ecoliers :
Enfans , notez ces bons enfeignemens :
Le Scorpion léche quand il veut poindre ;
De la langue convient doucement oindre ,
Et puis piquer un bon coup par derriere ;
L'Accufatif requiert telle maniere .
Par accufer plufieurs perdront offices ;
Doncque en aurez tant qu'il vous fuffira.
Les Gens d'Eglife en larront Bénéfices ,
Dont le Saint Pere à vos grés pourvoira.
Voici la déclinaifon du Vocatif.
Flattez doncque Seigneurs & Serviteurs ,
Flattez Dames & flattez Damoiſelles .
Tirez à vous ces hauts & nobles coeurs.
Puis recitez fouvent douces nouvelles ,
Et au befoin faites- les toutes neuves ,
En alleguant en ce fubtiles preuves.
Au
M-AR S. 1741. 347
Au Seigneur ( 1 ) donc convient dire en ce point :
Ha ! Monfeigneur , je fçais un avantage
Moult bel & gent , lequel pour un pourpoint
Je vous ferai amener en partage.
En verité , c'eſt une droite rage ;
Et fi n'y a ni danger ni péril :
Mais j'en ferai votre Poiffon d'Avril.
Puis faut venir à la Dame , ( 2 ) & lui dire
Ha ! Madame , Monfeigneur a des gens
Les plus mauvais qu'on fçut au monde élire ,
Qui à tous maux font prompts & diligens ,
Et font venir toutes les nuits céans
Sottes femmes , de quoi moult me déplaît ;
Mais je n'ofe de ce tenir long plaid.
Et toutefois bien fouvent je remontre
A Monſeigneur , fans lui plumer chataignes ,
Le mal qu'il fait ; car c'eſt un laid encontre
De vous changer pour ces laides araignes.
Lors il me dit : Regarde que tu gaignes.
De cet an- ci n'auras pourpoint ni robbe ,
Et dit encor par -tout que je dérobe.
Vous fçavez , Monfieur , que ce reproche
fans fondement , & que notre bon
n'eſt
pas
( 1 ) Philipe le Bon , Duc de Bourgogne. '
(2 ) Ifabelle de Portugal , troifiéme femme du Duc
Philipe le Bon
Duc
548 MERCURE DE FRANCE
Duc Philipe fut taxé d'incontinence . L'Hiftoire
qui ne l'a pas juftifié fur ce défaut ,
nous a confervé les noms de quinze de fes
Enfans naturels. Pourfuivons le récit de
Vantance :
Qui fe veut bien de ce cas entremettre
Et acquerir loz & grace commune ,
Parler convient & fervices promettre ,
Faire plaifir à chacun & chacune.
Si vous tenez de cent promeffes une ;
C'eſt bien affez ; mais promettez toujours ;
Les promeffes ne font pas les courts jours.
Voici enfuite les leçons qu'elle donne fur
la maniere de s'habiller :
D'un autre point je vous veux avertir ,
Qui le nomme Variance en habils ;
C'eſt- à-dire , qu'il vous convient veſtir
Diverſement , & tous les jours guerpir
Vos veftemens , puis bleu , puis blanc , puis bis.
Faites huy long , comme Maiftre Rabis ,
Et demain court tout découpé menu ;
C'eft le moyen qui doit eſtre tenu.
Huy fouliers ronds , & demain à long bee ;
L'un cordoan , & l'autre foit baſenne
* Aujourd'hui,
Tous
MARS. 17413
449
Tous découpez par deffus s'il fait fec ,
Vous faut porter à la plume de quenne , &c.
Ayez variables habils ,
Puis longs , puis courts , comme Rabis ;
Divers chapeaux à hautes plumes ,
En vos doigts turquoiſes , rubis ,
Emeraudes , diamans bis ,
Et autres , felon les coûtumes ,
Chaînes d'or pefant comme enclumes
Ployées en divers volumes
Sur le cou , & c .
Quand ainfi ferez habillez
Diverſement , & hoftillez
A la maniere frifque & cointe ;
Avec vos chevaux étrillez ,
Et vos harnois bien faucillez ,
Comme fçavez qu'on les accointe ;
Puis fouliers à la longue pointe ,
Qui paffent du cheval la jointe ,
Et montez pour faire pennades ,
Chantant Rondeaux , dits & Ballades.
L'Auteur fait enfuite donner par un fla
teur ces confeils au Duc de Bourgogne.
Si de matieres curieufes
On vous fait Requêtes piteufes ,
Sans
50 MERCURE DE FRANCE
Sans entendre tel appareil ,
Répondez : Portez au Confeil.
Il fuffit que le Prince vive
Plaiſamment fans ce qu'il écrive
A faire raiſon & juftice :
Car fa Grandeur fuperlative
Ne doit point être fi chetive
De s'entremettre de Police.
Le Parlement eft tout propice ,
Ayant pouvoir par fon office
De miniftrer par la Province
Juftice , fans parler au Prince , &c.
Accroiffez toujours votre titre ,
Tant qu'il foit long comme une Epitre ,
C'eſt un point colorant l'affaire ,
Roi de Phedon , Prince du Caire ,
Et Seigneur du Mont de Calvaire
Vous peut donner de titre gloire ,
Pofé qu'autre oit le Poffeffoire.
Trouvez noms de Pays & fles
De Seigneuries & de Villes ,
Comme de Thebes & Ninive
Et mettez par vos fens habiles
En vos tirres ces noms utiles ,
9.
Afin que la mémoire
en vive ,
Et Requerrez
qu'on vous écrive :
Prince de Damas & d'Eftrive ,
Roi
MARS. 17417 350
Roi de Carthage & d'Antioche ,
De Samarie en l'Epinoche , c.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui , Monfieur , que
régnent l'orgueil & l'ambition. Pierre Michaut
fe plaignoit que de fon tems les conditions
étoient confondues. Celafe voit , dit- il ,
en expérience quotidienne des habits . Car autant
de façons veut avoir un homme de métier
en fon vêtir chauffer , comme un Ecuyers
& un petit Gentilhomme , qui feulement fera
noble de nom , autant que le fils d'un Baron.
fçait on à préfent quelle différence affigner
entr'eux.
C'est ce que la Fontaine a rimé à la fin de
fa Fable de la Grenouille , qui fe veut faire
auffi groffe que le Beuf.
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands
Seigneurs ,
Tout petit Prince a des Ambaffadeurs ,
Tout Marquis veut avoir des Pages. 2
La Vertu & Pierre Michault étant fortis de
cette Ecole , elle lui dit de mettré par écrit
& de donner au Public tout ce qu'il avoit vû;
après quoi elle difparut . On voit par- là le
ftile naïf du tems qui donnoit fort dans ces
Allégories.
Au refte , Colletet n'a pas fait la vie de
Pierre
352 MERCURE DE FRANCE
>
Pierre Michault comme on le voit par la
Liſte de ſes vies des Poëtes François , imprimée
dans la Bibliothéque Hiftorique deFrance
du Pere le Long , page 885. Le nom de
Pierre Michault ne fe trouve pas auffi dans .
l'Etat des Officiers & Domestiques des Ducs
de Bourgogne , inferé en 1729. à la fuite
des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire de
France & de Bourgogne , par D. Guillaume,
Aubré , Bénédictin. D'où je conjecture que.
Pierre Michault n'étoit plus au fervice du
Comte de Charollois , quand ce Prince fucceda
à fon pere en 1467. Peut- être même
Michault mourut - il avant le Duc Philipe le'
Bon , c'est - à - dire , quelques mois après lui
avoir dédié fon Detrinal de Cour.
Je vous ai promis , Monfieur , de vous
parler de Martin le Franc , & de George
Chaftellain Hiftoriographe du Duc de
Bourgogne.
,
» Martin Franc , ou le Franc , dit la Croix-
» du - Maine , ( 1 ) natif de la Ville d'Arras en
» Artois en la Gaule Belgique , fur les Fron-
» tieres de la Picardie , felon Jean le Maire
» de Belge , en fa Coronne Margueritique ;
»& felon Claude Faucher , il étoit natif de la
» Comté d'Aumale en Normandie . Martin
» le Franc étoit Poëte , Philofophe , Hifto-
( 1 ) Bibliothéque Françoiſe , page 314 .
» rien ;
M.AR S. 1741 533
Brien & Orateur très - eftimé pour fon
tems.
» Il fut Secretaire du premier Duc de Sa-
" voye , & depuis Prevoft & Chanoine de
Protonotaire du Saint Siége ›› Lauzanne
95
>
Apoſtolique , & enfin Secretaire du Pape
sa ( Anti - Pape ) Felix , & du Pape Nicolas V.
" l'an
1447.
و د »IlaécritunLivrecontreleRomande
»la Roſe , intitulé : le Champion des Dames
"imprimé à Paris, il y plus de foixante ans ; »
c'eſt - à- dire , vers 1580. car la Croix du-
Maine écrivoit ceci en 1584. Du Verdier
cependant , dit que ce Livre fut imprimé à
Paris in- 8° . par Galiot du Pré en 1530. C'eſt
aparemment une feconde Edition .
» Martin le Franc , ajoûte la Croix - du-
» Maine a écrit en Vers François , & en
»Profe tout enſemble , un Livre intitulé :
l'Eftrifde Fortune & de Vertu , contenant
» trois Livres , imprimé à Paris par Michel le
" Noir, l'an 150s in 4°. & qui contient dix-
» huit feuillets de caracteres bâtards . »
و ر
Selon du Verdier , l'Eftrif de Fortune &
de Vertu , enforme de Dialogues , où font entremêlées
quelques Rimes , y eft démontré le
pauvre état de Fortune contre l'opinion commune
, fut imprimé à Paris in - 4°. par Michel
le Noir en 1519.
Le Pere Labbe , page 313. de fa Bibliothéque
354 MERCURE DE FRANCE
théque des Manufcrits , prétend que Martin
le Franc dédia cet Ouvrage à Philipe le
Duc de Bourgogne.
Bon ,
σ
Je n'ai vû aucun Exemplaire imprimé de
l'Eftrif de Fortune ; mais j'en ai entre les
mains un très beau Manufcrit en Velin in-4
affés épais , que m'a communiqué M. le
Préfident Bouhier. Il n'y a point d'Epitre
Dédicatoire dans ce Manuferit , qui paroît
être du tems de l'Auteur , & qui a pour titre
: C'est l'Eftrifde Fortune & Vertu , efparti
en trois livres , au premier defquels eft
Sommairement démontré la condition & l'état
de Fortune & Verth.
L'Eftrif de Fortune eft cité deux fois dans
la nouvelle Bibliothéque des Manuferits du
Pere de Montfaucon , page 787. L'Eftrif de
Vertu & de Fortune , dédié à Philippe Duc de
Bourgogne ; & à la page 1109. l'Eprit ( l'Eftrif)
de Fortune , dédié au Roi Charles VII.
Du Verdier dit que Martin le Franc vivoit
en 1447, & la Croix - du - Maine , qu'il florif
foit du tems de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, auquel il a dédié plufieurs de fes Livres.
Ce que je trouve de certain , c'eſt qu'il
eft mort au plus tard l'an 1466. puiſque
Pierre Michault dans fon Epitre Dédicatoire
du Doctrinal de Cour , préfenté cette même
année au Duc Philipe , en parle comme
d'une perfonne qui ne vivoit plus.
Colletet
MARS.
555 1741
Colletet a oublié Martin le Franc dans fes
Vies des Poëtes François.
A l'égard de George Chaſtellain , dont il
eft parlé affés amplement dans les deux Bibliothéques
Françoifes , dans le Dictionnaire
de Moreri , & dans la Bibliothéque des Hiftoriens
de France du Pere le Long , je n'en
dirai autre chofe , finon que ce dernier s'eft
trompé en lui attribuant (1 ) le Chevalier Délibere
, ou la vie & la mort de Charles , Duc
de Bourgogne , qui trépaffa devant Nancy :
en Rimes Françoifes , imprimé à Paris in-4°,
chés Michel le Noir en 1489,
M.
Cet Ouvrage eft certainement d'Olivier
de la Marche , ainfi que dans fa Differtation
l'a obfervé M. Galland , qui affûre que
Foucault en avoit un Manufcrit fur papier
avec des Figures ou Mignatures qui ne font
pas fort exquifes.
Dans le Catalogue de la Bibliothèque de
M. Colbert , page 851. N°. 11706. le Chevalier
Déliberé, imprimé à Paris en 1495. in-4°,
eft cité fous le nom d'Olivier de la Marche.
Olivier de la Marche lui - même , s'en dit
clairement l'Autar au fecond folio verso de
fon Traité des Duels . Après avoir achevé
dit- il , le Chevalier Déliberé , & ce que j'ai
(1 ) Voyez fa Bibliothéque des Hiftoriens de France,
page 541. No. 10253.
écrit
556 MERCURE DE FRANCE
écrit pour tenir forme
de la noble Toifon d'Or.
ordre à tenir la Fête
Voilà encore , fi je ne me trompe , un Ou
vrage qui a été inconnu , de même que le
Chevalier Déliberé , à la Croix - du - Maine , છે.
du Verdier , & à nos autres Bibliographes
.
C'eft , fans doute , du Chevalier Déliberé ;
que M. l'Abbé Langlet veut parler dans fa
Méthode pour étudier l'Hiftoire , (1) lorfqu'il
cite un Livre imprimé à Paris en 1489 .
in -4°. lequel contient la vie & la mort de
Charles , Duc de Bourgne , en Rimes Françoiſes
. Mais il fe trompe auffi-bien que le
Pere le Long , en donnant cet Ouvrage à
George Chaftellain.
Je doute , au refte , fi M. Galland a eu
raifon de dire dans fa Differtation fur quel
ques anciens Poëtes , que le Chevalier Déliberé
eft Olivier de la Marche lui- même. Il me
femble que l'Auteur de ce Roman a voulu
repréſenter fous cette qualité , Charles le
Guerrier , dernier Duc de Bourgogne . Le
titre fcul du Livre paroît apuyer ce fentiment.
Mais comme je n'ai pas vû cet Ouvrage,
que M. Galland avoit entre le mains ,
je n'ofe rien décider.
Le Pere de Montfaucon à la page 793. de
fa nouvelle Bibliothéque des Manufcrits , cite
des Poëfies de. George Chaftellain , Fran-
41) Tome IV. page 219. Edition in-4°.
çois
MARS. 1741 .
557
çois Robertet , & autres , du tems des Rois
Charles VIII . Louis XII . & François I.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Dijon , le fept Décembre 1740.
ASSEMBLE' E de la Societé Litteraire
dArras. Extrait d'une Lettre écrite de cette
Ville le IS. Janvier 1741 .
SocietéLitteraire établie en cette ville, tint
fon Affemblée folemnelie le 11. de ce mois .
M. le Marquis de la Ferté , Directeur , ouvrit la
Séance par un Compliment adreffé à M. le Prince
d'Ifenghien , Protecteur de cette Compagnie ,
qui préfidoit à l'Aflemblée . Enfuite M. Harduin
jeune Avocat , âgé de vingt- deux ans , lût un Discours
touchant le Retour du Comté d'Artois à la
Domination Françoife ; il commença par expliquer
en ces termes le but & le Plan de fon Ouvrage.
» Meffieurs , l'Epoque mémorable que nous rapelle
cette année , m'engage à faire entendre
» aujourd'hui ma foible voix. Un fiécle entier s'eft
» écoulé depuis que la Ville d'Arras , foûmise
» par les Armes de Louis XIII . prépara toute
*
la Province à rentrer fous l'obéiflance de nos
» Souverains légitimes , de ces Souverains , que
le Ciel avoit choifis de tout tems pour re-
» gner fur nous. Oui , Meffieurs , je ne crains pas
de l'avancer témerairement , l'Artois étoit fait
» pour obéir aux Rois de France . C'eft dans l'Artois
qu'ils ont jetté les premiers fondemens de
✰ Arras se rendit aux Generaux de Louis XIII. le
10. Août 1640. & ce Discours étoit defiiné pour le
19. Août 1740. mais des raisons particulieres en ont
fait differer la lecture.
» leur
$ 58 MERCURE DE FRANCE
leur Monarchie ; pendant le cours d'un grand
nombre d'années il n'a point reconnu d'autres
» Maîtres ; & fi ce beau fleuron a été quelquefois
» détaché de leur Couronne , le fuprême Arbitre .
» des Evenemens a toujours pris foin de l'y rejoin-
" dre par de nouveaux liens. Que dis- je ! tandis
» même que cette Contrée fut féparée de la France,
nos Princes & les Monarques François ci-
» mentoient chaque jour l'union des deux Etats
» par de fréquens Mariages & par d'autres nouds
» indiffolubles . Le Ciel fembloit attendre le fameux
» Regne de LOUIS LE GRAND , pour nous remet-
» tre à jamais fous les Loix de nos anciens Maîtres.
» L'Artois reffemble à un Ruiffeau , dont les Eaux
a détournées pendant quelque tems , minent infen-
» fiblement la digue qui les retient , & recommen-
» cent enfin à couler dans leur premier lit.
Après cet Exorde , M. Harduin détailla tous les
Evenemens célebres qui fervent àprouver les liaifons
& le raport fingulier qui fe font trouvés continuellement
entre la France & l'Artois , depuis
P'origine de la Monarchie , il rapella toutes les
grandes Révolutions arrivées dans cette Province
jufqu'aux Traités des Pyrennées & de Nimegue ,
par où l'Espagne en rendit la Souveraineté & le
Domaine à Louis XIV.
Le refte de la Séance fut rempli par une Differtation
fur quelques points de la Religion Gauloife.
Comme les Affociés fe font fait une Loi de ramener
la plupart de leurs travaux Académiques au desfein
qu'ils ont d'aprofondir l'Hiftoire de leur Pays,
P'Auteur de cette Piéce trouva bon de déclarer les
motifs qui l'ont engagé à écrire fur une matiere
auffi vague en aparence. Voici comme il s'exprima.
» Ceux qui veulent s'inftruire à fond de l'Hiftoire
d'un Peuple, doivent principalement s'attacher à
connoître
MARS.
35% 1741 :
››
55 connoître fon ancienne Religion . Les Auteurs ne
" font aucune mention particuliere de celle qu'on
» pratiquoit chés les Atrebates & les Morins , qui
habitoient l'Artois , lorfque Céfar vint y porter
la guerre. Mais comme ils faifoient partie de
» cette Nation immenfe , connue fous le titre de
» Gaulois , il eft naturel de croire que l'on trouvoit
» chés eux les mêmes notions fur la Divinité , les
» mêmes efpeces de Miniftres , & le même culte
que dans le refte de la Gaule. Ce fentiment eft
confirmé par les conjectures des Sçavans fur le
» nom de Nemetocena ou Nemetosena , que portoit
>> alors la Ville d'Arras .
ל כ
» Ils prétendent , avec une grande aparence de
» vérité , que ce mot eft formé de Nemetos , qui
> en Langue Celtique , fignifioit un Temple , & de
Senani , nom que l'on donnoit aux Druides , fuivant
une Infcription trouvée fous le Choeur de
> Notre- Dame de Paris .
כ כ
ג כ
donc
» Ce Principe établi , ce n'eft point traiter un Su-
» jet étranger à l'Hiftoire de notre Pays , que de
difcourir fur la Religion des Gaulois , il ne doit
pas fembler étonnant qu'on fe foit borné
» dans cette Differtation à expofer le fruit de quel-
>> ques Recherches fur les Prêtres & fur les Funérailles
de ces anciens Peuples.
MEMOIRE lû à la Societé des Arts le
Février dernier, par M. Julien le Roy Hor
loger du Roy , & de la même Société.
Maniere toute nouvelle de faire avec plus de facilité
de folidité , toutes les Montres les plus composées
de Machines.
5:
N Prélat doué des plus éminentes vertus
Un'ordonna P'Eté dernier , de lui faire une
Montre fonnant les heures & les quarts , repetant
G l'heure
360 MERCURE DE FRANCE
l'heure à chaque quart , avec l'ufage de la repeti
tion à volonté , l'envie de réüffir dans un Ouvrage
fi difficile , m'excita à la recherche des differens
moyens dont je pourrois faire ufage pour venir à
bout de corriger plufieurs défauts effentiels que j'a
vois remarqués dans la conftruction des Machines
de toutes celles qui étoient venuës à ma connoiſſance.
Il y a environ 28. ans que je racommodai une
pareille Repetition pour l'Ambaffadrice de Portugal ;
elle étoit de la façon & de l'invention du célebre
Tompion ; je me fouviens fort bien qu'elle differoit
peu par la conftruction & fes défauts , de celles
qu'on a faites depuis à fon imitation .
Je n'oferois quafi le dire , crainte d'être fupçonné
d'amour propre; cependant il eft exactement vrai,
mes méditations fe font terminées à d'heureuſes découvertes
, dont j'ai fait ufage avec fuccès ; il y en
a une fur tout qui feule fait le fujet de ce Memoire
; fon utilité pour toutes les Montres les plus
compofées , me paroît fi grande, que je me hâte de
la publier , afin que mes Confreres en profitent plûtôt
que plus tard. A l'égard des autres , elles feront
partie d'un Ouvrage fur l'Horlogerie , que je donnerai
au Public dans le courant de l'année prochai
ne , il aura pour titre , Suite des Mémoires fur l'Horlogerie
; je ne m'arrêterai point à détailler ce qu'ils
contiendront , puifque je n'ai ici d'autres vûës que
"celles dedonner ma nouvelle découverte .
Elle confifte en deux chofes , l'une dans une
conftruction nouvelle de fauffe plaque , l'autre dans
la fupreffion de cette partie de la Boëte d'une Montre
que nous nommons la Bâte , * & de mettre à
* La Bâte d'une Boëte de Montre eft cegrand Cercle
qu'on voit, auffi- tôt qu'on a ouvert la lunette, c'est
celui qui portant sur le plus grand cercle de laBoëte ,
profit
MAR S. 1741 538
profit tout ce vafte efpace , qui jufquà préſent a été
en pure perte.
Par ce moyen fi avantageux , ma nouvelle fauffe
plaque prenant la forme & la place de la Bâte , donne
à la platine des piliers tout le diametre du plus grand
cercle intérieur de la Boëte , & par conféquent près
d'un fixiéme de plus qu'elle n'avoit , il eft aisé de
juger ce qu'une telle augmentation donne de plus
en fuperficie aux platines & combien le mouvement
acquiert en tout un plus grand volume .
J'ajoûterai à ce qui vient d'être dit , que par la
fupreffion de la Bâte , ma nouvelle conftruction
donne la facilité de placer un mouvement de repérition
fans timbre dans la boëte exterieure d'une repétition
à timbre & à double boëte ; cela fupofé , fi
T'on comparoit le folide du mouvement fans timbre,
placé dans la Boëte exterieure , à celui du mouvement
à timbre , placé dans Vintérieur , on trouveroit
que le premier feroit au dernier comme 64. eſt
27. d'où il fuit qu'à même volume de Boëte
on auroit deux mouvemens , dont les grandeurs
feroient extrêmement differentes , & dont l'un ſeroit
abfolument préférable à l'autre .
Pour fe convaincre de cette vérité , il eft à propos
d'obferver ici que la repétition exige d'employer
plus d'un tiers de la hauteur du mouvement pour
les machines qui font fous le Cadran ; d'ailleurs le resfort
, les roues & les marteaux de la repétition
prennent environ un tiers de la grandeur du mou
>
monte enforme de dôme jusques au Cadran , où il refoit
& porte le Mouvement de la Montre.
Il ne faut que confiderer un inftant le vafte espace
de la cavité de cette Bâte , auffi- tôt on concèvra combien
il eft avantageux pour nos Machines de mettre
tout cet espace à profit.
Gij yement
362 MERCURE DE FRANCE
vement ,
, enforte que le mouvement effentiel d'une
repétition de poche ſe trouve réduit à un tiers moins
de grandeur , & plus d'un tiers de moins de la hauteur
qu'il pourroit avoir.
Je ne m'arrêterai point ici à faire l'énumération
des autres avantages qui résultent de ma nouvelle
conftruction ; ils ont tellement frapé quelquesuns
des plus habiles de mes Confreres , qu'ils
la confiderent comme l'infaillible moyen de faire
fentir le ridicule de la conftruction des petites
repétitions d'Angleterre , en effet , leurs doubles
Boetes le timbre & la calotte fur le mouvement ,
le refferrent tellement & le rendent néceffairement
fi petit , que ces Montres , même celles qui font les
mieux travaillées font toujours défectueufes pour
P'ufage non feulement parce que les frottemens
y font ordinairement variables en raifon
inverfe de leur force motrice , mais encore à caufe
de plufieurs autres defauts effentiels dont je demontrerai
l'existence dans l'Ouvrage que je me pro
pofe de donner fur mon Art.
>
·
Il me refte encore à faire obſerver une proprieté
très-importante & qui eft particuliere à ma nouvelle
maniere , & fort avantageufe aux Horlogers , la
voici ; c'eft qu'on fait faire les effets aux machines
des repétitions , le mouvement étant dans fa Boëte
& féparé de fa fauffe plaque , laquelle j'ai difpofée
de maniere qu'on peut très - facilement la mettre
en place ou l'en ôter.
Comme il n'eft que trop ordinaire à ceux qui ont
imaginé ou perfectionné des Machines , d'exagerer
le mérite de leurs découvertes , fuis - je affés heureux
pour n'être point dans ce cas , & pour que les vrais
Connoiffeurs adoptent ce que j'ai dit à l'avantage
de la mienne ?
M.de Gourné, Prêtre , Prieur Commandataire de
Notre
MARS. 1741 . 563
Notre-Dame de Taverny , a fait pour l'année 1741 °
tous les changemens néceffaires dans fa France ancienne
& moderne , dédiée & préfentée à Monfeigneur
le Dauphin. Comme cet Ouvrage fera fujet
à quelques changemens tous les ans , il en a fixé le
prix à douze fols . Il a auffi confidérablement dimi- .
nué le prix de fes autres Tables Géographiques, pour
mettre tout le monde en état de les acheter. L'Europe
, l'Afie & l'Afrique feront de quinze fols chacune
, & la Mapemonde , de 24. Son premier
deffein étoit de faire graver de pareilles Tables
Géographiques pour tous les Pays & les Provinces
particulieres , où la Géographie ancienne auroit été
comparée avec la moderne , & la Géographie qui a les
Itinéraires & les Relations pour baze, avec celle qui
eft uniquement apuyée fur les Obfervations Aftronomiques,
mais comme il faudroit un nombre
fidérable d'années pour l'exécution de ce projet, &
que d'ailleurs les Planches gravées ne font pas fufceptibles
d'une infinité de traits hiftoriques & curieux
, il vient d'obtenir un nouveau Privilege du
Roy pour douze ans , & fait imprimer à fes frais
tout fon Ouvrage qui eft actuellement fous preffe &
dont voici le Plan , qui mettra le Public au fait de ce
qu'il contient & qui avertira les Libraires,foit deParis,
foit des Provinces , qui auront envie de traiter du
Privilege.
con .
PROSPECTUS d'un nouvel Ouvrage
fur la Géographie.
Cet Ouvrage eft intitulé , le Géographe Méthodique
ou Introduction à la Géographie ancienne &
moderne , à la Chronologie & à l'Hiftoire,.
Il eſt divifé en douze Parties , qui , pour fatisfaire
l'empreffement du Public & rendre l'entreprife plus
⚫aifée , paroîtront fucceffivement , de façon que
G iij premiere
564 MERCURE DE FRANCE
Premiere fera rendue publique au 30. Mai 17415*
la feconde au 30. Juillet fuivant , & les autres pareillement
de deux mois en deux mois , fans aucu
nie interruption .
L'avantage de ce nouvel Ouvrage ( entierement
different de toutes les Méthodes , qui ont parû juf
qu'ici & dont Paris femble être inondé , ) fe fera
fentir par le fimple expofé de la Méthode que l'on
a fuivi.
Le Public fe plaint , avec raiſon ; il ne trouve
rien de fatisfaifant dans la plupart des Géographies
qui ont paru jufqu'à préfent ; il les trouve fans goût,
fans ordre , fans méthode, mal digerées , peu exactes
, trop fommaires , peu intereffantes par leur fech
refle , ou enfin rebutantes par la confufion des
atieres.
Le défaut de toutes ces Méthodes a fait naître
P'idée d'une Géographie qui joignît à l'exactitude
qu'on demande & à une étendue raifonnable, tous les
ornemens que la Chronologie & l'Hiftoire peuvent
lui prêter.
C'est donc pour rapeller la Géographie à fon
ufage , qu'on a crû qu'il falloit faire marcher ces
trois Sciences enfemble , & qu'on ne s'y eft pas borné
à de feches defcriptions, mais qu'en fa fant voyager
le Lecteur , on lui aprend par tout l'Hiftoire
Chronologique du Pays , pour lui faire connoître
en même tems le Monde naturel & le Monde politique
.
En parlant de chaque Etat , on y verra la fucceffion
Chronologique & les principales actions de fes
Souverains , avec le commencement & la fin de
leurs Regnes ; la divifion actuelle de chaque Pays ,
le dénombrement des Provinces ; les Villes avec
leurs noms anciens , tirés de l'Itinéraire Romain,
d'Antonin , de Strabon , de Ptolomée & de toutes
Les
MARS. 565 1741. -
lés fources de l'Antiquité , l'éloignement de ces
Villes entr'elles , tiré des Relations des Voyageurs '
les plus judicieux ; la fituation des Villes , Bourgs
ou Villages confidérables ; les Batailles qui s'y font
données , les établiffemens , foit Politiques , foit
Litteraires qui les diftinguent ; les inventions qu'el
les s'attribuent ; les Arts qu'on y cultive ; les hommes
célebres en tout genre qui y ont pris naiffance
ou qui y font morts ; les Conciles qui s'y font tenus
& les Hérefies qui y ont été condamnées ; les
Evenemens mémorables , foit Hiftoriques , foit Fabuleux,
& une infinité de traits critiques & curieux,
propres à former l'efprit des jeunes gens & à les rendre
capables de remplir avec dignité les diff rens
poftes où ils pourront être élevés par leurs talens
ou par leur naiffance , propres enfin à les mettre en
état de lier & de foutenir une converfation avec
honneur ; de s'entretenir feuls en lifant utilement
P'Hiftoire , en leur faifant connoître le Monde entier
& fur tout leur Pays , où , felon Ciceron , il
leur eft honteux de vivre comme des Etrangers. &
On trouvera encore dans cet Ouvrage la qualité
du Terroir de chaque Etat ; les Rivieres qui Parro-
Lent ; les moeurs & la Religion des Habitans , les
principaux dogmes des differentes Religions qu'on
y profeffe , & pour les Pays Catholiques , les Archevêchés
& Evêchés , dont la notice fera voir que
le Gouvernement Eccléfiaftique a été formé fur le
Politique ; la forme de ce dernier Gouvernement
particulier à chaque Pays ; les prétentions de chaque
Souverain, & enfin les differentes Colonies que
chaque Monarque poffede dans les autres Parties de
l'Univers .
Cet Ouvrage eft précedé d'une Hiftoire Critique
de la Géographie , qui tient lieu de Préface , & dans
laquelle on difcute l'origine , les commencemens
Giiij &
566 MERCURE DE FRANCE
& les progrès de la Géographie. On y examine jufqu'où
les Anciens ont pouffé leurs connoiffances fur
cette matiere , & on donne une idée de leur Géographie.
On paffe enfuite aux modernes & aux découvertes
faites depuis l'invention de la Bouffole &
les progrès de la Navigation dans les Indes Orientales
& Occidentales. Ce détail Hiftorique eft fuivi
d'Obfervations critiques & de reflexions fur l'utilité
, les agrémens & l'ufage de la Géographie & fur
la maniere d'étudier cette Science avec fruit.
Il demeure à Paris , rue S. Jacques à la porte cochere
& au premier apartement fur la ruë , vis-àvis
l'Eglife des Mathurins.
AVIS AU PUBLIC , touchant un
nouvel Ouvrage de Muſique, intitulé : Piéces
de Clavecin en Concerts avec un Violon
ou une Flute , & une Viole , ou un deuxième
Violon par M. Rameau. ,
' >
Cein feul,foquent prefque par-tout le Quatuor
Es Piéces , quoique compofées pour le Clave-
>
avec le Violon & la Viole . On laiffe aux perfonnes
qui les ont entendues , & à celles qui pourront les
entendre dans la fuite , le foin d'en faire l'éloge ou
la critique.
Il y a vingt- quatre Piéces , dont dix- neuf font
diftribuées en cinq Concerts , & dont les cinq autres
font tirées en partie de celles-là, pour le Clavecin
feul , elles contiennent quarante pages en
partition in-folio ; outre que le deuxième Violon ,
qu'on peut fubftituer à la Viole , eft gravé féparément
in 4°.
L'Ouvrage , qui eſt déja gravé , s'imprime actuellement
; mais comme on craint qu'il ne foit
contrefait dans les Pays Etrangers avant que l'Auteur
་ ་
MARS. 1741. 567
teur en ait tiré fes frais , on propoſe aux Amateurs
une Soufcription de vingt - quatre livres pour chaque
Exemplaire , compoſé de l'in -folio & de l'in-4°
On ne s'oblige pour lors à fournir les Exemplaires
que dans le mois d'Août de la préſente
année
1741. pour doner aux Etrangers
le tems de s'en
pourvoir
, avec promeffe
cependant
de les livrer dès
qu'il y en aura deux cent d'affûrés
, & de ne recevoir
aucune
Soufcription
au - delà de ce nombre .
Les Soufcriptions
fignées
de l'Auteur
& numérotées
pour plus grande
fûreté , fe diftribueront
chés
M. Ballot , Notaire
, rue S: Honoré
, vis- à- vis la
ruë Traverfine
. On payera la moitié comptant
,
l'autre moitié en recevant
l'Exemplaire
.
ESTAMPES NOUVELLES
.
&
La Veuve de François Chereau , Graveur du Roy ,
ruë S. Jacques, aux deux piliers d'or , a mis en vente
une fort belle Eftampe en large , ou l'on voit
quatre Perfonnages.C'eft la troifiéme Scéne du troi
fiéme Acte de la Comédie du Glorieux , de M. Deftouches
, gravée par N. Dupuis, d'après le Tableau
original de M. Lancret , qui a été expoſe au Salon
en 1739. & qui a reçû l'aplaudiflement du Public.
Cette Eftampe a beaucoup de débit , & elle le mérite
bien. Les Perfonnages ont été peints d'après
Nature,& on reconoît avec plaifir les principaux Ac
teurs & Actrices du Théatre François , qui jouent
dans cette Piéce . On lit ces Vers au bas.
D'un Amant fier & glorieux
Vous voyez ici la peinture .
Tout l'annonce , fon air , fon regard , fa pofture;.
Tel eft de fon orgueil l'excès impérieux ,
GY Qua
568 MERCURE DE FRANCE
Que même en le cachant il frape.
L'Amour voudroit en vain le rendre gracieux ,
Malgré tous les efforts la Nature s'échape.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Sciences & dans les Arts , continue de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
Quai de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de *
LOUIS III . & CARLOMAN XXVII. Roy de France.
Louis mort en 380. Carloman en 884. après
cinq ans de Regne.
BARTHELEMI TREMBLET , Sculpteur du Roy ,
né à Louvre , mort à Paris , âgé de 70. ans.
GREGOIRE LOPEZ , Eſpagnol , né à Madrid en
1542. mort en odeur de Sainteté en 1590 .
CATHERINE DE SEINE,Epoufe du Sieur du Frefne ,
née à Paris.
LETTRE de M. Lépicie Graveur ordinaire
du Roy & Secretaire de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture, à M. D. L. R₂
écrite de Paris le 11. Février 1741.
Omme vous aimez les Arts , M. & tous ceux
qui s'y diftinguent , je crois que vous aurez
été fenfible à la perte que l'Académie a faite en la
perfonne de M. Thomaffin Graveur , Académicien .
Son pere
Simon Thomaffin fut Penfionaire du
Roy à Rome , & grava pour le Roy la Transfiguration
de N. S. d'après le fameux Tableau de
RAPHAEL .
M. Thomaffin après avoir reçû de fon pere les
premiers principes de la Gravûse , entra chés le célebre
MAR 569
L
S. 1741%
lebre Picard , dit le Romain , où il acheva de fe
perfectionner. Le Maître ayant paffé en Hollande
en 1710. le Diſciple l'y fuivit , & il y reſta jufqu'en
1713.
•
Il deffinoit avec fidelité & avec élégance ; il
aimoit cette partie , qui eft la baze de la Gravûre ,"
ayant fait des Deffeins finis de la plupart des Morceaux
qu'il a gravés. Sa maniere de graver étoit
belle & fçavante , il entroit parfaitement dans Pefprit
du Peintre dont il vouloit rendre le caractére
& il avoit l'art d'en faire connoître avec fineffe la
touche & le goût des contours. Je ne citerai , M.
pour autorifer ce que je dis ) que la Mélancolie
du Féti , célebre Peintre Florentin , le Magnificat
de M. Iouvenet , le Coriolan d'après M. de la Foffe
le Retour de Bal , de Watau , & enfin les Noces de
Cana , d'après Paul Veronefe , tous Morceaux d'un
mérite décidé , & qui font l'ornement des Cabinets
de tous les vrais Curieux.
M. Thomaffin étoit né avec beaucoup de jugement
& d'efprit ; l'enjouement & la fincerité faifoient
le fonds de fon caractere , fa converfation
étoit légere & amufante , & fes faillies avoient tout
le fel de l'Epigramine , fans en avoir jamais l'aigreur.
Bon fils , bon frere & bon ami , fa mémoire
fera toujours chere à tous ceux qui l'ont connus
en un mot , autant eftimable par fes qualités perfonnelles
, que par la pureté de fes moeurs & par
fa probité , il mourut avec les fentimens d'une parfaite
réfignation , le premier Janvier 1741. âgé de
13. ans , fans avoir été marié , dans fon Logement
aux Galeries du Louvre .
Nous voudrions bien que cette Lettre de M. Lé
picié , que nous remercions ici au nom du Public ,
fervit d'exemple aux Parens & aux Amis des habiles
Antiftes que la mort nous a enlevés, & qui fe trou-
G vi Vent
370 MERCURE DE FRANCE
vent dans le même cas , de vouloir bien donner d
pareilsMémoires pour enrichir l'Hiftoire des Arts &
célebrer la mémoire de ceux qui s'y font diftingués.
*INSTRUCTION abregée fur la conduite que
doivent tenir ceux qui ont des Defcentes ,
par M. DE LAUNAY , Chirurgien-Jure
L
à Paris.
A Defcente ou Hernie eft une tumeur molle ,
ou groffeur qui paroît d'abord à l'aîne , & qui
avec le tems defcend jufque dans le fcrotum , ou
les bourſes ; elle eft faite par la préfence de l'intetin
, ou d'une partie graiffeufe qui les recouvre.
apellée Epiploon , ou de tous les deux enfemble.
9
Cette tumeur paroît , furtout quand on eft debout
, ou qu'on a agi ; lorfque l'on touffe , ou que
l'on fe mouche , elle répond fous le doigt , elle
difparoît ordinairement quand on eft couché , ou
quand on la repouffe .
Si l'inteftin forme la Defcente , on entendra un
petit gargouillement lorfqu'on le réduira , & il
femble fuir de lui - même & fe précipiter quand il
rentre.
Si au contraire c'eſt l'Epiploon , la Defcente ne
rentre pas de même tout à- coup , on ne s'apercevra
point du petit gargouillement dont nous ve
nons de parler , parce que l'Epiploon étant une
partie graiffeufe , mollaffe , qui n'a point comme
l'inteftin' de cavité qui renferme de l'air , elle ne
fe réduit que peu à peu à mesure qu'on la repouf
fe , & le Malade fent lorfque la Defcente rentre ,
ou lorfqu'elle reffort , quelque tiraillement , ordinairement
accompagné de foibleffe ou de débilité
vers l'eftomac ou le nombril ..
Si c'eſt l'inteftin & l'Epiploon conjointement qui
forment
MARS. 1741 378
forment la Deſcente , on remarquera par les fignes
differens que nous avons dit , que l'Inteftin rentrera
le premier & l'Epiploon le dernier , fi celuici
n'a pas contracté d'adherence dans le ſcrotum
qui empêche la réduction .
Ces fignes une fois établis & bien reconnus , on
ne confondra pas la Defcente avec les autres tnmeurs
qui arrivent aux aînes , aux vaiffeaux fpermatiques
, & aux tefticules , & qui ne font point
de vraies Defcentes .
Les Hernies n'arrivent pas feulement aux aînes
& dans le fcrotum , mais encore à l'ombilic ou
nombril , où fe formę la Hernie , apellée Exomphale.
Celles qui furviennent aux autres endroits
du ventre , fe nomment Hernies ventrales .
Les caufes les plus ordinaires des Defcentes ,
ou Hernies vraies , font les chutes . les coups , les
cris , les efforts , les exercices violens du cheval
de la danfe , des armes , du cors de chaffe , & au
tres inftrumens à vent , les toux fréquentes , les
vomiffemens , les paffions outrées , les excès , les
maladies longues & épuifantes , les temperamens
humides , trop d'embonpoint , trop de maigreur ;
Pufage des alimeèns , groffiers & indigeftes , venteux
& relâchans , tels que les légumes , les hui
les , le beurre , la bierre , &c .
On peut auffi les raporter aux inconveniens de chaque
âge,à la délicateffe de l'enfance à l'imprudence
& aux excès de la jeuneffe , aux fatigues & aux travaux
de l'âge viril, aux infirmités & à la caducité de
la vieilleffe.
La Defcente dans fon commencement forme une
tumeur fi petite , fi- peu fenfible , qu'il eft rare
qu'on y prête attention. On croit communément
que ce ne font que des vents qui fe diffiperont
d'eux-mêmes , on fuit la maniere de vie , & les
mêmes
2%
372 MERCURE DE FRANCE
mêmes exercices , qui en étant fouvent la premiere
cauſe , en favorisent le progrès , & en attirent les
accidens.
Les parties fe préfentant à l'anneau , l'ouvrent ,
l'écartent & s'y font un paffage qui devient plus
libre de jour en jour . Leur chûte & leur précipitation
devenues plus fréquentes & plus rapides , forment
dans le fcrotum qu'elles étendent & qu'elles
rempliffent , un volume plus ou moins confiderable,
De-là les coliques fourdes & inquiétantes , furtout
lorfque les tems le difpofent aux vents , ou à
la pluie , les débilités d'eftomac , foit avant , foir
après le manger ; le ventre devient plus pareffeux ,
& le malade fe trouve moins difpofé que de coû
tume aux fonctions les plus ordinaires , & il eft
convaincu de la néceffité de remedier à une maladie
dont il n'a connu que trop tard la conféquence .
Ce qui eft de plus fâcheux , eft que quelquefois
on eft furpris des accidens les plus funeftes avant
qu'on ait penfé à les prévoir. La Defcente que
Pon avoit le plus d'habitude de réduire , ne peut
plus rentrer comme à l'ordinaire , les tentatives que
l'on fait pour y parvenir font fouvent inutiles , la
douleur furvient & augmente en un degré infuporsable
, & le malade eft exposé à une mort auffi précipitée
que cruelle.
Si on fait attention que l'Inteftin eft le canal qui
contient & qui conduit les alimens & les excrémens
, on comprend facilement que quand une de
fes portions , petite ou grande , a paffé l'anneau ,
elle forme une anfe ou cul de fac ou les matieres
excrémenteufes s'amaffent , & font une charge qui
empêche l'Inteftin de rentrer. Son mouvement régulier
de haut en bas , change & fe porte de bas
en haut. Une partie auffi délicate qui fe trouve ti
saillée , pincée & étranglée dans l'anneau , fe tuméfie
MARS. 1741: 373
méfie , s'enflâme , & tombe en gangrenne . Ce terrible
accident eft précedé d'autres maux très - funeftes
& très - preffans , comme des coliques
cruelles , des fueurs froides , des vomiffemens des
matieres fécales , & des hocquêts , qui ne ceffent
qu'en perdant la vie.
Les Defcentes les plus petites en aparence jet
sent dans cette extrémité , l'Epiploon peut lui feut
attirer cet accident , parce qu'embraffant & enve
lopant l'Inteftin , qu'on n'aperçoit pas , comme
dans un rezeau , il le refferre en tout ou en partie,
& en intercepte & dérange les fonctions & le mouvement
régulier .
L'Expolé fuccinct de tous ces accidens , prouve
affés la néceffité qu'il y a de retenir dans leur lieu
naturel des parties , dont le déplacement intereffe
de fi près la fanté & la vie .
Le moyen le plus sûr & le plus univerfellement
reçu pour y réuffir , eft le Bandage ; mais il a deux
inconveniens qui le rendent inutile ou rebutant..
Les Bandages qui ne font compofés que d'une
ceinture molle & flexible , faite de futaine , de
chamois , ou autre étoffe , n'ont ni la folidité , ni
la résistance néceffaire . Ceux qui confultent leur
délicateffe & leur commodité , plus que leur sûreté
, leur donnent d'abord la préference ; mais avec
le tems le progrès de la Defcente , & quelque accident
qui leur arrive , les fait revenir de leur préjugé
, & les convainc de l'inutilité de ces fortes de
Bandages.
Les Bandages forgés font les feuls qu'on puiffe
employer avec sûreté . Mais ces mêmes Bandages
tels qu'ils font formés ordinairement , font fi
groffiers , fi pefans , fi roides & fi gênans , qu'il
a beaucoup de perfonnes qui n'ofent fe réfoudre
s'en fervir d'autres en font tellement rebutées &
bleflées
74 MERCURE DE FRANCE
Bleffées , qu'elles font obligées de les abandonner ,
quoiqu'il y ait certains cas où ils me paroiffent abfolument
néceffaires & inévitables ; par exemple
aux perfonnes d'un gros travail , & à ceux qui ont
des Defcentes d'un volume extraordinaire & depuis
long- tems négligées ; mais on peut pour l'ordinaire
& même prefque toujours épargner au malade les
incommodités que ces Bandages leur font fouffrir.
Pour remedier aux inconveniens des uns & des
autres , j'en ai médité & compofé un , qui par ſa
forme , fa flexibilité , fon reffort & fa légereté , n'eſt
point infuffifant comme les premiers , ni incommode
comme les feconds : & la maniere dont il eft
garni , fait que les perfonnes qui en font ufage ,
peuvent les entretenir dans une grande propreté.
Ceux qui font dans l'ufage des Bandages ordinai
res,font encore plus à portée que perfonne de juger
de la commodité & de l'avantage de celui que j'employe
; la plotte n'ayant ni la forme , ni l'épaiffeur
des autres , bouche exactement l'anneau & retient
La Defcente fans faire de compreffion gênante.
La ceinture qui eft en même tems flexible & fort
élastique , le prête facilement aux differentes attitudes
& aux differens mouvemens du corps , fans
être ſujette à ſe fauffer , ni même à ſe caffer ; défaut
qu'on remarquera dans ceux qui ne font pas
ma façon , & qu'on aura contrefaits .
de
La premiere attention avant que d'apliquer le Ban
dage , eft de réduire la Defcente , ce qui fe pratique
quelquefois debout , en y portant feulement
la main , furtout lorfqu'elle eft petite , nouvelle &
bornée à l'aîne .
Il ne faut pas fuivre cette méthode, fi c'eſt l'Epiploon
, ou fi la Defcente eft plus groffe & qu'elle
Tombe dans les bourfes. Il faut fe coucher fur le
dos , conduire les parties avec la main fans ufer de
prés
MARS. 1741. $75
précipitation , ni de violence , mais y mettre le
tems & la patience .
Si la Defcente réfifte trop & que les tentatives
caufent de la douleur , on ne doit pas s'opiniâtrer ,
il fau: garder le lit , obferver une grande diette ,
recourir à un Chirurgien pour fe faire faigner &
apliquer fur la partie les remedes convenables.
La réduction faite , on palle le Bandage autour
de foi , la plotte prend la place de la main qui a
réduit les parties , & l'apliquant jufte à l'endroit
où l'on a fenti rentrer la Defcente en dernier lieu ,
on commence par affujettir au crochet la courroye'
qui paffe par deffous la cuiffe ( qui eft néceffaire
aux perfonnes maigres , ) la ceinture enfuite, qui a
plufieurs trous s'attache par- deffus,
On obfervera de ferrer affés pour retenir la Def
cente , ce dont on s'affurera en portant la main
deffous la plotte , & en touffant ou fe mouchant,
on éprouve fi le tout eft en bon état .
Lorfqu'on éternue ou que l'on fe préfente à la
felle , il eft prudent de maintenir la plotte avec la
main , furtout fi l'Epiploon forme la Defcente
parce que cette partie s'échape facilement & fe retient
avec peine.
Si la Defcente eft forte & inveterée , il convient
de garder le Bandage jour & nuit , pour corriger
l'habitude vicieufe qu'elle a contractée : du moins
faut- il ne le quitter que dans le lit , & le reprendre
avant que les parties ayent la liberté de fe repré
fenter.
Les Defcentes nouvelles & d'un petit volume ,
peuvent , fi l'âge & le temperament le permet
tent , fe rétablir par l'affiduité à le porter ; mais il
faut prendre garde de le quitter trop tôt , il en ar
rive de fâcheux accidens ; on s'éprouve avec précaution
, & on ne doit l'abandonner que quand on
fe
$76 MERCURE DE FRANCE
fe croit bien en sûreté ; encore eft - il prudent de le
reprendre quand on veut monter à cheval ou faire .
quelque exercice qui peut faire renaître la Defcente
, furtout lorfqu'on fe trouve exposé aux mê
mes caufes qui ont d'abord occafionné la maladie.
Les perfonnes éloignées qui écriront ou com
mettront quelqu'un pour avoir des Bandages , fefont
attention aux circonftances fuivantes . Il faut
prendre avec un fil ou un ruban la groffeur de la
perfonne en faisant le tour du corps , de forte que
les deux bouts fe raportent fur la racine de la ver
ge ; enfuit: fpécifier & marquer le côté où eft la,
Defcente c'eſt à- dire , fi elle eſt à droite ou fi elle
eft à gauche , fi elle eft bornée dans l'aîne ou fi elle
tombe dans les bourſes , & l'âge des perfonnes : s'il
y a deux Defcentes , quelle eft la plus groffe , &
prendre avec un fil la diftance d'une aîne à l'autre
Les mêmes détails ferviront pour les enfans , obfervant
s'ils font nets ou s'ils ne le font pas encore,
auquel cas il leur en faudra deux pour les changer.
Je joindrai aux Bandages que je ferai tenir en Pro
vince,cette Inftruction fignée de moi , avec mon adresa:
fe , pour qu'on foit sûr de les avoir fidelement . La de
meure de M. de Launay eft dans la rue des Prou
vaires S. Euftache , du côté de la rue du Roule.
A
Le fieur Durand , Expert pour la confervation
des Dents , connu par fa dexterité pour les opérations
, a trois Remedes fpécifiques ; l'Opiat Royal ,
' Elixir , & l'Eau d'Or , pour les cas ci - après dénommés
.
L'Opiat raffermit les Dents branlantes , anime
& fait croître les Gencives rongées , blanchit parfaitement
les Dents , fans offenfer le luftre de l'émail
; les rend douces , empêche que les Gencives
ne tombent en bourlet , que l'on ne fente de la
bouche ,
MAR S. 1741. $77
bouche , & liquefie le fang groffier. Les Pots ſont
de 2. de 3. de 4. & de 6. liv..
L'Elixir par fa vertu pénétrante pour les douleurs
de Dents , détruit toutes les corruptions qui les minent
fous les alveols , réfout les tumeurs , meurit
les abfcès , & fait fortir le pus & la matiere , guérir
les Chancres qui viennent au Palais , à la Langue
& aux Gencives , lefquels ont des fuites très fâcheufes
, corrige les humeurs acres qui tiennent ou
paroiffent tenir de la nature du Scorbut , &c . Les
Bouteilles font de 2. liv. 10. f. de liv. 10. f. &
de 6. liv.
3.
L'Eau d'Or de Grenade eft pour les Fluxions &-
les Gonflemens de Gencives les plus confiderables
, les diffipe en très peu de tems , procure
des avantages réels & permanens à toutes les parties
de la Bouche. Les Bouteilles font de z . liv. &
de 4. liv
Il avertit auffi que parmi tous les fecours qu'il a
chés lui pour le bien & l'embelliffement de la Bou- :
che , on y trouve des Dents artificielles faites de
maniere à contenter toutes les Perfonnes qui en ont
befoin.
Il vend des Racines très falutaires qui embaument
la Bouche , à 15. fols le plus haut prix.
Il va le matin où on le demande , & l'après dinée
on le trouve chés lui ,
Al
Sa demeure eft avec Tableau rue Saint Honoré
vis- à- vis la Fontaine & la Croix du Traboir
premier Apartement.
>
Le Sieur Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à Sa
Côme , pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par
le
fecours des Bandages Elaftiques qu'il a inventés
pour les Hommes , Femmes & Enfans. Ces Bandages
378 MERCURE DE FRANCE
dages font fort aprouvés , non - feulement parce
qu'ils font très légers & commodes à porter jour
& nuit ; mais auffi ils font très utiles par raport a
leurs refforts , qui compriment la partie malade ,
ferment exactement l'ouverture qui a permis la
Defcente , & réfiftent aux impulfions que font les
* parties intérieures , foit à cheval ou à pied . En envoyant
la meſure prife autour du corps fur les Aines
, marquant furtout l'état de la Defcente , & le
côté malade , on eſt affûré de les avoir juſtės ; auffibien
que ceux qu'il fait pour le Nombril.
Il donne fon avis , & felon l'âge & le tempérament
, il prépare des remedes qui lui font particuliers
, & convenables à ces Maladies.
Voyant que les Chaffeurs & ceux qui courent à
Cheval ou en Chaife , qui prêchent , chantent , danfent
, font des Armes , &c . font continuellement
expofes à ces maladies ; il a auffi inventé des Ban
dages élastiques très - légers , commodes & néceffaires
à porter pendant ces exercices , ou d'autres violens
, pour fe garantir des maux , & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours.
Sa demeure eft à Paris , ruë Dauphine , au Cocq
Or ; aupremier Apartement.
Le fieur le Carlier , Gendre de défunt fieur Por
cheron , continue la même Pomade compofée de
Simples , autorisée par Lettres Patentes du Roy , ac-
' cordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs , enregiftrées
au Parlement , aprouvée de M. le premier
Médecin du Roy , de M. Helvetius , Médecin
ordinaire de Sa Majefté , & premier Médecin de
la Reine , & de Meffieurs les Doyen & Docteurs
de la Faculté de Médecine de Paris , lefquels ont
eux-mêmes guéri par le feul liniment & frotement
de cette Pomade , plufieurs Malades de Rhuma-
•
tilmes
MARS. 17413 575
tifmes inveterés , goutteux , douleurs de nerfs ,
Nerfs retirés , Sciatiques , Paralyfies & Enquilaufes
dans les boëtes des genoux , qui ne cédoient poing
aux remedes ordinaires : Elle guérit auffi les playes
abandonnées , le fait répandu aux femmes & enflûres
de jambes ; elle fait tranfpirer l'humeur au dehors
fans aucunes cicatrices : Elle ne fe corrompt
jamais , & peut fe tranfporter en toutes fortes de
Pays. La même Pommade guérit les maux de tête
, les Auxions & les hémoroides. Il donne la
maniere de s'en fervir. Les pots font de cinquante
fols , & de cent fols cachetés de fon
Cachet.
>
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier Saint
Sauveur , derriere la Comédie Italienne , proche la
vuê Françoiſe , au premier Apartement , où son Tableau
ex expoje.
Madame Barere qui a herité des plus beaux fecrets
de feu M. de la Mulotiére, & inftruite des bons effets
dont elle a été témoin oculaire pendant l'espace de
quinze années qu'elle a travaillé avec lui , avertic
fe Public qu'elle en fait ufage avec fuccès , ce
qu'elle peut prouver par les differentes cures qu'elle
a faites , & qu'elle fait journellement , furtout pour
toutes les maladies des yeux , même les plus inveterées
, à l'exception des Cataractes ; elle publiera
en fon tems les noms des perfonnes qu'elle a guéries
, afin que ceux qui auront befoin de fon fecours
, puiflent s'informer de leur guériſon avant
de s'adreffer à elle . La Dame Barere en a guéri
plufieurs à qui tous les remedes qu'ils avoient faits
auparavant , avoient été inutiles . Elle traitera gratis
les Pauvres connus pour tels , par un Certificat de
leur Curé , ou autrement . Elle loge , ruë de Seine
•que
580 MERCURE DE FRANCE
à l'Hôtel d'Espagne , vis-à -vis l'Egoût , chés Mala
me Bailly. On la trouvera à toutes les heures du
jour.
À I R.
LE Vin amufe le Sage ,
Donne de la raiſon aux Foux ;
De l'amoureux esclavage
Il nous délivre tous.
Des Grands il enrichit la table ,
Il foulage le miférable ;
Du Soldar ,
Il anime au combat
La timide vaillance .
L'Orateur lui doit fon éloquence ,
Et le Rimeur fon abondance .
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
HE
NEW
YORK
!
PUBLIC
LIBRARY
!
ASTOR
, LENCY
AHE
.
TILDEN
FOUNDA
MAR S. 1741. 181
****************
SPECTACLES.
EXTRAIT de la petite Comédie de Deucalion
Pyrrha , Piéce en Profe & en un
Acte , avec un Divertiffement de chants
de danfes , repréfentée au Théâtre François
le 20. Fevrier dernier , annoncée dans le
Mercure du même mois .
ACTEURS.
-Deucalion
Pyrrha ,
L'Amour ,
Je Sieur Grandval;
la Dile Gauffin.
la Dlle d'Angeville,
La Scene eft dans une Forêt.
Voique cettenouvelle Comédie n'air
pas eu le fuccès que le Public s'en
étoit promis , ir l'idée avantageufe que l'O
racle , Piéce du même Auteur , lui avoit fait
concevoir de tous les Ouvrages qui fortiroient
de fa plume , on ne peut difconvenir
qu'elle ne foit remplie d'efprit & de fentimens.
L'Auteur vient de la faire paroître
imprimée , & précedée d'un Prologue qui
pas été repréfenté , & qui nous annonce
qu'il n'a été fait qu'après coup. Voici de quoi
s'agit dans la Piéce ,
Deucalion .
n'a
582
82 MERCURE DE FRANCE
Deucalion fe réveille en furfaut , frapé
d'un fonge dans lequel il a. crû voir la Déeffe
Aftrée , qui lui a prononcé cette efpece d'oracle
: Une fille , qui comme toi , s'ennuye d'être
feule , viendra bientôt te trouver , vous
inftruira dès ce jour l'un & l'autre , de la vo
lonté des immortels . Deucalion fait connoître
qu'il ne demande qu'un ami , & qu'il a une
averfion invincible pour le fexe .
L'Oracle d'Aftrée n'eft pas long - tems à
s'accomplir. Pyrrha paroît au fond du Theâ--
tre , & s'exprime ainfi dans un court monologue
, après avoir aperçû Deucalion :
Voilà véritablement un homme , & s'il fe
nomme Deucalion , (je n'en puis plus douter )
c'est une voix céleste , qui cette nuit , m'a commandé
de venir en ces lieux... il en reste donc
encore un fur la terre ; ah ! ne le regardons
point.
Deucalion forme la même réfolution ; ils
s'aprochent , ils fe parlent ; mais en détournant
la tête , pour ne fe point voir , l'un &
l'autre fait éclater toute l'averfion qu'il a
pour le fexe dont il n'eft pas. Comptez , dit
Pyrrha , fur toute l'indignation que doit m'infpirer
un fexe infidéle , vain , diffimulé , bizarre
, qui , fans ceffe guidé par l'amour propre ,
déçu par l'erreur , victime de l'enêtement , furieux
par unfaux point d'honneur , dupe de la
flaterie , esclave de l'oftentation , de la mode
MARS. 1741. 583
& de mille préjugés , vient enfin d'attirer fur
lui , &fur monfexe , qu'il avoit malheureufement
féduit, ce châtiment univerfel , que lajuftice
des Dieux ne pouvoit plus retarder.
Deucalion étant d'un fexe moins prodigue
en paroles , fe contente de lui répondre :
Fort bien ; & malgré ce beau portrait que vous
venez de tracer avec des traits affés vifs , l'inconftance
, la legereté , le caprice , quelques
idées nouvelles , ou des curiofités naiſſantes
vous feront peut- être bientôt demander aux
Dieux un Epoux. Pyrrha l'interrompt
brusquement , & picquée de la préfomption
de fon adverfaire , elle paffe à l'ironie , plus
humiliante que les injures les plus picquanres.
Cette Scéne finit par un trait de vanité
de la part de Pyrrha. Elle dit à Deucalion :
Quoi ! cet homme qui infulte au caractere des
femmes , fe reconnoît fi foible , qu'il n'ofe les
regarder! Deucalion picqué d'un défi fi in--
jurieux , s'expofe hardiment au péril que ·
Pyrrha veut lui faire craindre ; mais il ne le
brave pas impunément . Frapé à fa vûe , jamais
, dit-il , rien de fi beau ne s'eft offert à mes
yeux. Ah! Deucalion , s'il te refte un inftant
de raifon , tâche de dérober ton coeur à la furprife
de tes fens.
Deucalion s'éloigne de Pyrrha qui le fuit
des yeux , & trouve très-mauvais qu'il la
quitte fi-tôt elle fait plus , elle convient
H qu'il
¿
584 MERCURE DE FRANCE
qu'il eft jeune & bien fait vrai fymptome
d'un amour naiffant ; elle fe rapelle qu'Aftrée
dans le fonge dont elle a parlé dès la premiere
Scéne,lui a annoncé qu'elle aprendroit
par une infcription au pied d'une Statuë
quelle eft la volonté des Dieux : elle y court,
avec empreffement , d'abord elle n'y trouve
aucun caractere ; mais par une efpece de pro- ,
dige , une main invifible y trace ces mots :,
A l'inftant que Deucalion & Pyrrha d'un con.
fentement unanime , mettront une guirlande de
Eleurs fur la tête de cette Statue , elle s'anime
& malheur à l'un à l'autre , s'ils ne
vouloient pas l'animer.
rai
Cet Oracle eft très - embaraffant pour
Pyrrha ; elle avoit demandé aux Dieux une
compagne de fon fexe , prévenue comme
elle étoit contre celui des hommes ; elle
penfe tout autrement ; Ab ! pourfuit- elle
Deucalion eft aimable , cette femme feroit trop
exposée avec lui; & s'il la trompoit , quels re
proches n'aurois-je pas à me faire ? De ce fen
timent de pitié , elle paffe à un autre qui re
garde Deucalion ; fi je demande auffi que ce
foit un garçon.... il voudroit être aimé , &
certainement Deucalion ..... Oui , Deucalion
en feroit jaloux ; car je me fuisfort bien aperque
qu'il cherche vanement à irriter contre
moi un coeur qui ne lui obéit pas , obeit pas , &c. Deuca
calion revient ; elle s'aperçoit de fon trou
ble
MAR S. 1741 585
ble , & ne doute point qu'elle n'y ait part ;
tajalonfie que je vais lui donner , dit - elle d'un
air de triomphe , & l'épreuve où je vais le
mettre , va l'embaraffer bien davantage.
Pyrrha fait entendre à Deucalion , qu'enfin
fon parti eft pris , & qu'elle fouhaite que los
Dieux faffent naftre de cette Statue un Epoux
digne d'elle.
Deucalion fait en vain éclater fa jaloufie
; elle lui dit pour toute réponſe , qu'elle
veut obéir aux Dieux qui les menacent tous
deux d'un malheur inévitable , s'ils ſe refufent
à la loi qu'ils leur ont prefcrite de cou
Tonner cette Statue ; elle le quitte pour aller
cueillir la Guirlande qui doit faire foi de fon
aveugle obéiffance. Comme nous touchons
au dénouement , nous pafferons légerement
fur les fentimens qui continuent de régner
dans les Scénes qui reftent , pour ne nous
attacher qu'à l'action théatrale.
Deucalion fe livre tout entier à ſa jaloufie ;
Pyrrha ne tarde pas long- tems à le rejoindre
avec la Guirlande qu'ils doivent mettre tous
deux fur la tête de la fatale Statuë ; mais fon
'Amant lui tient des difcours fi tendres & fi
généreux , que , transportée à fon tour , elle
Tui dit : Il est au pouvoir d'une Mortelle de récompenfer
tant d'amour ; j'ai voulu vous éprouver,
Deucalion , je paroiffois vous donner un Ri-
Paljunjufte dépit devoit vous irriter contre moi;
Hij
Wough
386 MERCURE DE FRANCE
ن م
vous avez cependant préferé mon bonheur au
vôtre , vous n'avez pas crû qu'une Epoufe
de la main même des Dieux pût vous conſoler ;
je goûte dans cet inftant le plaifirfenfible d'être
engagée par la reconnoiſſance à suivre tout le
penchant de mon coeur.
Egalement heureux , mais incertains du
fuccès , ils pofent la Guirlande en tremblant
, quelle agréable furpriſe ! L'Amour
paroît à la place de la Statue. Ce Dieu fecourable
finit la Piéce par ces mots qui ame
nent la Fête qu'il a pris foin lui - même de
préparers Graces , Jeux & Ris qui renaiffez
avec mon Empire , venez , raffemblez- vous
annoncez les plaifirs.
On a trouvé la Fête bien compofée , mais
un peu trop férieufe pour une petite Piéce,
Voici quelques Couplets du Vau de- Ville
L'Amour.
Amans , ceffez des plaintes vaines ;
Sans l'Amour vous ne feriez rien
Malgré tout le poids de mes chaînes ,
Comptez vos plaifirs & vos peines :
Je fais moins de mal que de bien .
Deucalion à l'Amour
Victime d'une erreur groffiere
Grand Dieu , je fuyois ton lien :
Mais enfin ton flambeau m'éclaire
A qui fent une ardeur fincere
MARS. 587 17411
Tu fais moins de mal que de bien.
L'Amour au Parterre.
Vous , mes Sujets de préférence ,
Dont je fuis l'ame & le foutien ,
Inftruits par votre expérience ,
Convenez que , fur - tout en France ,
Je fais moins de mal que de bien.
Cette Piéce paroît imprimée chés Prault
fils , Quai de Conty , vis-à -vis la defcente
du Pont Neuf, à la Charité , prix 24 : fols .
Le 3. Mars , les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce
nouvelle en Vers & en cinq Actes , dont le
titre n'a pas été annoncé ; elle eft de la compofition
de M. de Boiffy , qui l'a retirée du
Théatre après la premiere repréfentation.
Le 18. les mêmes , Comédiens firent la
clôture de leur Théatre par la Tragédie d' Ariane,
ſuivie de la petite Comédie de l'Oracle.
Le 16. l'Académie Royale de Mufique
donna par extraordinaire , pour la Capitation
des Acteurs , la Tragédie d'Amalis de
Gaules , comme cela fe pratique toutes les
années ; cette Piéce qui fut parfaitement bien
exécutée , & dans laquelle la Dlle le Maure
joüa à ravir fon rolle d'Oriane , fut terminée
par une Danfe , apellée le Pas de fix , danſée
H iij par
388 MERCURE DE FRANCE
par les meilleurs Sujets de l'Académie .
Le 18. on donna la même Piéce & le même
Divertiffement pour la clôture du Théatre.
Le 7. les Comédiens Italiens remirent au
Théatre la Tragi- Comédie de Samfon , ornée
d'une nouvelle Décoration qui repréſente au
cinquième Acte le Temple de Dagon , Idolė
des Philiftins cet Ouvrage dont on pourra
parler plus au long , eft du deffein du Sieur
Le Maire , dont le Pere a fait autrefois plufieurs
Ouvrages en ce genre pour le même
Théatre , qui ont toujours été très - goûtés ,
& qui le font encore regretter. La Piéce de
Samfon fut fuivie de la premiere repréſentation
d'une petite Piéce nouvelle en Vers &
en un Acte , de la compofition des Sieurs
Romagnefy & Riccoboni , intitulée : l'Echo
du Public , qui a été reçûë favorablement
& dont on parlera plus au long.
Le 18. jour de la clôture du Théatre , on
donna les deux mêmes Piéces avec un grand
Concours.
Le Sieur Rochart , nouvel Acteur , reçû
depuis peu dans la Troupe, du Roy , fit le
compliment ordinaire au Public , qui l'a hơ
noré de fes aplaudiffemens.
Le 9. l'Opera Comique continuant tous
jours la Piéce qui a été annoncée ſous le titre
de la Chercheufe d'Esprit , & qui attiroit
tous
MAR S. 1741. 589
tous les jours de nombreuſes Affemblées , y
joignit une autre Piéce nouvelle d'un Acte .
avec des Intermedes , intitulée : Farinette
Parodie de l'Opera de Proferpine . Cette
Piéce qui eft de l'Auteur de la Chercheufe
d'Efprit a été également goûtée du Public .
:
Le 19. on remit au Théatre la Piéce intitulée
Le Magazin des Modernes , qui fut
fuivic de deux autres Piéces nouvelles dont
on vient de parler , lefquelles ont été continuées
jufques & compris le 24 , jour de la clôture
de la Foire & de l'Opéra Comique . Les
Acteurs firent leur compliment ordinaire en
Vaudevilles , pour prendre congé du Public :
Les Vers qu'on va lire font adreffés à l'Auteur
de la Chercheufe d'Efprit.
Non , je ne l'ai pas encore vûë ,
Cette jeune fille ingénuë ,
Qui brûle d'avoir de l'efprit ;
Mais fur le bien qu'on m'en a dit ,
Je ne méconnois point fon pere :
Quand on met au monde un Enfant ,
Qui de l'efprit fait ſon affaire ,
Et que l'on force , en badinant ,
La Critique même à fe taire ,
Il faut avoir bien du talent.
L'Affichard.
Hiiij NOU590
MERCURE DEFRANCE
****************
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
Es derniers avis de Conftantinople portent , que
Les drivesavisquequelques Hortons que
les mouvemens que quelques Hongrois mécontens
le font donnés pour déterminer le Grand
Seigneur à faire la guerre à la Reine de Hongrie ,
n'ont pas eu le fuccès qu'ils en attendoient , et que
Sa Hauteffe paroît perfifter , dans la réfolution de
remplir les engagemens qu'elle a pris avec le feu
Einpereur .
On a apris depuis qu'il y a dans le Divan deux
partis , dont l'un veut abfolument la guerre , et
J'autre fait tout fon poffible pour en détourner Sa
Hauteffe. Les Miniftres du Grand Seigneut , qui
font de ce dernier parti , craignent que fi Sa Hauteffe
fe détermine à une rupture avec le Czar , our
avec la Reine de Hongrie , Thamas Kouli Kan ne
profite de cette occafion , pour tâcher d'exécuter
les entrepriſes qu'on le foupçonne de méditer contre
la Turquie. Ils foutiennent en même tems , que
pour peu qu'on connoiffe la nature du Gouvernement
de Moſcovie , on ne peut fe flater que la mort
de la Czarine puiffe y caufer aucun changement
qui foit avantageux aux Turcs , d'autant qu'on eft
inftruit que la Grande Princeffe de Mofcovie ayant
été déclarée Régente après la dépofition du Comte
Erneft Biron , fon autorité a été généralement reconnue
de tous les Ordres , de l'Etat .
Y Les Lettres de Choczin portent que le bruit
couroit qu'une partie du peuple de Conftantinople
s'étoit
MAR S. 17410 591
s'étoit foulevée , & que les Séditieux demandoient
qu'on déposât le Grand Seigneur , ou au moins , le
Grand Vilir.
RUSSIE.
N mande de Peterſbourg du 21. du mois de
anvier dernier , que la Reine de Hongrie
ayant prié le Czar d'employer les bons offices ,
pour engager le Roy de Pruffe à retirer les Troupes
de la Siléfie S.M. Cz . avoit écrit à ce Prince qu'elle
lui a fait connoître le cas qu'elle fait de fon amitié,
par l'empreffement avec lequel elle a renouvellé
P'Alliance qui fubfifte depuis plufieurs années entre
les deux Puiffances , que la fatisfaction qu'elle reffent
de lui avoir donné cette preuve de la pureté de
les intentions , a été troublée par la nouvelle qu'elle
a reçûë de l'entrée des troupes Pruffiennes en Siléfie
; que loin de foupçonner le Roy de Pruffe de
youloir troubler le repos de l'Empire , & de penfer
à donner atteinte à l'équilibre que toutes les Puiffances
ont interêt de conferver en Europe , on auroit
dû s'attendre que S. M. Pr. auroit pris la défenfe
de l'un & de l'autre contre ceux qui auroient
voulu inquiéter la Maiſon d'Autriche dans la conjoncture
où elle fe trouve par la mort de l'Empereur
; qu'ainfi , comme le Roy de Pruffe ne fçauroit
ignorer les inconvéniens que réfulteroient des
obftacles qu'il aporteroit à l'exécution de la Pragmatique
Sanction , le Czar l'exhorte à ne pas allu
mer le feu de la guerre en Allemagne , & à recou
rir aux moyens de conciliation , pour terminer fes
differends avec la Reine de Hongrie.
M. Wifnakow , Miniftre du Czar à la Porte , a
dépêché un Courier à S. M. Cz. pour l'informer
que le Grand Seigneur ayant apris la nouvelle de
HY Ja
592 MERCURE DE FRANCE
la mort de la Czarine , avoit fait affembler le Di
van à l'occafion de cette nouvelle ; & que malgré
les efforts que quelques - uns des Miniftres de Sa
Hautefle avoient faits pour lui perfuader de ne pas
s'en tenir à ce qui a été reglé par le Traité de
Paix entre la Turquie & la Molcovie , le Grand
Seigneur avoit réfolu d'obſerver exactement les
conditions de ce Traité.
-Selon les ordres du Czar , quelques Bataillons
des troupes qui font en Livonie , fe font mis en
marchel, pour le rendre fur les Frontieres du Duché
de Curlande .
M. de Beftuchef, qui étoit prifonnier à Kexholm ,
a été conduit dans la Citadelle de Petersbourg , &
le Général Víchakow , s'y étant rendu avec M.
Ehmer , pour l'interroger , M. de Befuchef leur a
remis un Ecrit , dans lequel il rend compte de tous
les faits qui font parvenus à fa connoiffance pendant
fon Miniftere.
On mande du premier Février que le fort da
ci-devant Duc de Curlande eft décidé . On avoit
propofé d'abord de l'envoyer à Oranienbourg
en Ukraine , ou à Tobolska , Capitale de la Sibérie.
Il a depuis été reglé qu'on l'exileroit effectivement
dans ce Pays- là ; mais qu'au lieu de Tobolska
, on choifiroit Jenifeskoy , qui eft une des
Villes les plus avancées dans la Sibérie , & fituée fur
la riviere de Janifea , dans la partie la plus fertile &
la plus agréable de la Sibérie . Comme la Cour dé
fire qu'il y foit logé convenablement , on a fait
partit un Architecte avec plufieurs ouvriers , pour
lui bâ ir une Maifon dans cet endroit , laquelle
fera environnée de murs & de foffés , n'y ayant que
des Maifons de bois peu propres pour la Garde
d'un Prifonnier. Il fera accompagné dans fon exil
par toute fa Famille.
Les
MAR S. 1741.
$ 93
Les Commiffaires chargés d'interroger le Comto
Erneft Biron , ayant affûré qu'il avoit l'efprit entierement
troublé , et leur raport ayant été confir
mé par le Docteur Smith , qui étoit allé à Schlieffelbourg
par ordre du Czar , pour examiner fi le
délire du prifonnier n'étoit point un délire affecté ,
S. M. Cz. a ordonné qu'on ne continuât point les
procédures cominencées contre ce Comte .
à
Le jour de l'Anniverſaire de la naiffance de la
Princeffe Elizabeth Petrowna , le Czar envoya
cette Princeffe une Tabatiere d'or , garnie de Dia
mans , dans laquelle il y avoit une Ordonnance de
40000. Roubles , et la Princeffe Régente a fait préfent
à la même Princeffe d'une paire de Bracelets
d'un prix confidérable .
La Régence de Mofcow a dépêché un Courier au
Czar , pour l'informer qu'on venoit d'y aprendre
que Thamas Kouli-Kan s'étoit emparé depuis peu
de la Grande Bucharie , et on a depuis reçu la confirmation
de cette nouvelle par plufieurs Lettres
qui contiennent les particularités fuivantes,
>
Thamas Kouli - Kan ayant pris la résolution de
fe venger des Tartares Usbecks, qui depuis plufieurs
années , ont mis tout en ufage pour traverfer, fes
deffeins , ce Prince fit marcher au commencement
du mois d'Octobre dernier , une Armée de 40°CO.
hommes fous la conduite d'un de fes meilleurs Généraux
vers la Grande Bucharie , qui eſt habitée par
ces Tartares . Les Perfans rencontrerent près de la
riviere d'Amu l'armée des ennemis ; et quoique
ces derniers fuflent fort fupérieurs en nombre
les Perfans les attaquerent avec tant de valeur ,
qu'ils les obligerent à prendre la fuite . Pour
profiter de la confternation que cette victoire avoit
répandue parmi les Tartares , les Perfans le bâterent
de paffer la riviere d'Amu , et ils marcherent à Bu-
H vj
chara
394 MERCURE DE FRANCE
chara , Capitale de la Grande Bucharie. Les enhe
mis voulant éprouver à la fortune leur feroit plus
favorable dans un fecond combat , qu'elle ne leur
avoit été dans le premier , leur livrerent bataille à
quelque diftance de cette Place , mais ils furent mis
une feconde fois en déroute , et les Perfans empor
terent d'affaut la Vilte de Buchara , dont ils pafferent
la plus grande partie des habitans au fil de
l'épée .
Après s'être repofés pendant quelques jours , ils
fe remirent en marche pour achever de foûmettre
le reste du Pays , qui a été entierement réduit ſous
L'obéillance de Thamas Kouli-Kan . Cette Province,
qui comprend les Pays connus anciennement fous
les noms de Bactriane et de Sogdiane , eft fituée
entre la Perfe et le Pays des Calmouques , Tribu
taires du Czar. Elle a 1o. lieues de longueur fur
40. de largeur , et elle eft la Partie de la Tartarie
la plus fertile & la plus peuplée..
On a apris de Petersbourg , que le Czar doit
faire publier inceffamment une Déclaration , dans
laquelle S. M. Cz. expliquera les motifs qui l'ont
déterminé à faire arrêter le Comte Erneft Biron
ci-devant Duc de Curlande ; la conduite que ce
Comte à tenue depuis fon élévation jufqu'à la difgrace
; les artifices qu'il a mis en ufage pour gagner
la confiance de la feue Czarine ; les projets ambitieux
qu'il avoit formés , même avant la mort de
cette Princeffe , pour partager l'autorité Souverai
ne', et pour s'en emparer entierement dans la fuite ;
les intrigues dont il s'eft fervi pour affûrer l'exécu
tion de fes deffeins ; les cruautés qu'il a exercées
contre des perfonnes du premier rang , dont tout le
crime étoit de s'opofer à fes vûës ; les traitemens
qu'il fe propofoit de faire éprouver à d'autres perfonnes
confidérables , dont il devoit craindre
créd
MARS. 395 17417
rédit; fes concuffions énormes , et le peu de cónfi
dération qu'il a fait paroître pour la Grande Prin
ceffe de Mofcovie , et pour le Prince Antoine Ulrich
de Bevern .
On a apris depuis que le Comte Erneft Biron
ayant paru depuis quelque tems avoir l'efprit moins
troublé , fes Commiflaires font retournés à Schlief
felbourg , pour continuer de l'interroger , & pour
achever d'inftruire fon procès qui avoit été fufpendu
à caufe du peu de fuite qu'avoient fes difcours. Ce
Prifonnier dans les derniers interrogatoires qu'il a
fubis , a répondu avec affés de préſence d'efprit
aux queftions qu'on lui a faites , & il s'eft reconna
coupable de la plupart des crimes dont il étoit ac
cufé . Ces Commiffaires après avoir tiré de lui tous
les éclairciflemens dont on avoit beſoin , ont fair
leur raport au Confeil d'Etat , qui a décidé que les
crimes du Comte Erneſt Biron étant ſuffiſamment
prouvés , que fon aveu fortifiant les preuves qu'on
avoit contre lui , rien ne pouvoit arrêter le cours
de la Juftice , & que fa maladie ou feinte , ou réelle
, ne devoit point empêcher fon jugement. En
conféquence de cette décifion , S. M. Cz. ayant
ordonné qu'il fût jugé par une Affemblée des differens
Ordres de l'Etat , le Sénat & le Synode , conjointement
avec les Miniftres & les Généraux ,
s'affemblerent
extraordinairement
le 7. du mois
dernier , pour examiner les réponſes de ce Prifonnier
à fes interrogatoires
, & les autres Piéces du
Procès , & il fut déclaré Criminel de Lèze -Majefté .
au premier Chef.
Le lendemain il fut condamné à mort , & le 9 ;
fes Juges fignerent fon Arrêt , ainfi que le Manifefte
qui doit être publié à l'occaſion de fon Ju¬
gement.
Les Prélats qui compofent le Synode , n'ont point
affifté
98 MERCURE DE FRANCE
affifté à la Séance dans laquelle il a été condamné
& ils le font contentés d'envoyer par écrit leur avis,
lequel étoit conçu en ces termes : Nous déclarons
dans la fincerité de nos coeurs , & comme fi nous étions
devant le Tribunal du Tout- Puiffant, que vû les crimes
commis par Jean Erneft Biron , nous sommes perfua
dés qu'il a encouru la peine de mort fuivant toutes les
Loix Divines & Humaines , & nous ſommes prêts à
rendre compte de notre Jugement , lorsque nous paroi
trons devant laFace du Souverain Juge du Ciel &
de la Terre.
Pendant les Affemblées qui fe font tenuës pour
juger ce Prifonnier , on n'a permis à perfonne d'entrer
dans la Sale qui précede celle du Sénat , & l'on
avoit pofé des Gardes à toutes les portes des premieres
Sales. S. M. Cz . avoit recommandé qu'il ne
transpirât rien des délibérations , & par cette raifon
, le Public a ignoré pendant quelques jours ,
non feulement le Jugement prononcé contre le
Comte Erneft Biron mais même la raison pour
laquelle les differens Ordres de l'Etat s'étoient affemblés
>
Le Czar paroît perfifter dans la réfolution d'accorder
la vie à ce Comte , qui doit être transferé
dans la Citadelle de Petersbourg , pour qu'on lui
prononce fon Jugement.
Les derniers avis de Mittau portent que , quatre
Régimens Mofcovites étoient en marche pour aller
joindre le Corps de troupes de leur Nation , qui eft
en Curlande ; & que le Czar fur les repréfentations
qui lui avoient été faites à ce ſujet , avoit fait affûrer
les Etats de ce Duché , que c'étoit malgré lui
qu'il faifoit fuporter aux Curlandois cette nouvelle
charge , mais qu'il y étoit obligé pour empêcher
qu'ils ne fuffent inquietés de la part de quelques
Puiflances voifines..
ALIEMAR
S. 1741. 19%
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du 4. Février, que le Sé
cretaire d'Ambaffade qui y étoit chargé des
affaires de la Cour de Madrid , eft parti de cette
Ville , après avoir remis au Comte de Sinzendorf ,
Grand Chancelier de la Reine de Hongrie , une
Proteftation par laquelle le Roy d'Eſpagne déclare
"que le titre de Grand - Maître & de Souverain. de
TOrdre de laToifon d'or n'apartenant qu'àlui, comme
fucceffeur Direct & Actuel de Charles II . tant par la
difpofition Teftamentaire de ce Prince , que par le
Droit du Sang , & par l'unanime reconnoiffance de
1'Europe , S. M. C. ne peut confentir qu'aucun autre
Prince prenne le Titre de Grand -Maître de cet
Ordre ; que par cette raifon elle a ordonné au Sécretaire
d'Ambaffade , chargé de fes affaires auprès
de la Reine , d'annoncer le jufte refus que S. M. C.
fait de reconnoître la validité de tous les Actes , tels
qu'ils foient, qui ont été ou qui feront fairs au préjudice
de fa légitime poffeffion de Titre d'Unique
Grand- Maître & de feul Souverain de l'Ordre de la
Toifon d'Or , & que le Roy d'Efpagne protefte en
même- tems contre tous autres Actes , contrai-
"res aux Droits qui le concernent & qui lui font dévolus
comme au fucceffeur & héritier de Charles II.
Les dernieres lettres reçues de Vienne portent que
la Reine fera couronnée à Presbourg le 14. Mai
prochain , & que la Diette génerale du Royaume
de Hongrie ne s'affemblera que quelques jours.
' avant le couronnement de S. M.
t
Le Corps de troupes que commande le Géneral
Braun , eft actuellement de 10. à onze mille hommes
, & l'on a envoyé à ce Géneral plufieurs Piéces
de canon . Le Régiment d'Infanterie de Diemar ,
ceux de Cuiraffiers de Lubomirsky & de Potztazky,
&
MERCURE DE FRANCE
& celui de Dragons d'Althan , doivent l'aller join
dre en Moravie, & le Régiment de Palfi , Cuiraffiers,
fe rendra à Vienne pour remplacer le Régiment de
Dragons d'Althan. Six autres Régimens ont reçû
ordre de fe rendre dans la Haute Autriche , pour
obferver les mouvemens des troupes Bavaroiles que
fe font avancées fur la Frontiere .
Une partie de la Nobleffe Hongroife a offert de
monter à cheval, & de fervir à fes dépens dans l'Armée
que S. M. affemble , pour s'opoſer aux entreprifes
du Roy de Pruffe .
Le Feldt-Maréchal Comte de Palfi , Palatin de
Hongrie , a écrit une Lettre circulaire au Clergé &
à la Nobleffe de tous les Comtés de ce Royaume ,
dans laquelle il leur marque que le Roy de Pruffe
ayant formé le deffein de s'einparer de la Siléfie
& les troupes de ce Prince s'étant avancées jufque
fur les Frontieres de Moravie, il eft à craindre qu'elles
ne pénetrent en Hongrie, & qu'elles ne caufent
beaucoup de maux à ce Royaume , que la derniere
guerre a déja réduit dans une fituation fi malheu➡
fe , que les Hongrois manqueroient à ce qu'ils fe
doivent , s'ils ne faifoient tous leurs efforts , pour
s'opofer à des entreprifes qui menacent leur propre
tranquillité, & qu'ainfi étant obligé par fa charge
, de veiller à la confervation & au bonheur de la
Hongrie , il les prie de lui faire fçavoir au plûtôt
combien chaque Comté eft en état de fournir d'hom
mes armés pour la défenſe de la Patrie ; que la Reine
pourvoyera à leur fubfiftance , & qu'elle envoyera
fes ordres pour les faire marcher où elle aura
befoin de les employer.
Le 11. du mois dernier, le Capitaine Muchlbourg
à la tête de trente Soldats , fe rendit chés le Duc
d'Uzeda , Efpagnol , qui depuis plufieurs années étoit
établi à Vienne, & recevoit de cette Cour une Penfion
MARS. 174
395
fion de 12000. florins , & il s'affûra de lui par ordre
de la Reine . On a arrêté pluieurs autres perfonnes
qu'on accufe d'avoir formé avec ce Duc un complot
contre les interêts de S. M. laquelle a nominé
des Commiffaires , pour inftruire leur procès.
On mande de Vienne du 15. Février , que le 12.
Janvier dernier, le Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur
de France à Conftantinople , envoya fon Sécretaire
Interprete , chés le Grand Vifir , chés les
autres Miniftres de la Porte , & chés tous les Ministres
Etrangers , leur porter en préfent de fa part , le
magnifique Plan de Paris , que le Prévôt des Marchans
& les Echevins de la même Ville ont fait graver
depuis peu. Ce Préfent a été fort agréable à
tous les Miniftres de la Porte. Le grand Seigneur a
trouvé ce Plan fi beau , que S. H. l'a fait placer dans
un des Kiosques ou Pavillon des Jardins du Serrail.
ils
On a apris de Moravie que 200. Huffards des
troupes du Roy de Pruffe , étant entrés dans cette
Province , pour y lever des contributions
avoient été prefque tous tuis ou faits prifonniers ,
& qu'il ne s'en étoit fauvé que 35. Les mêmes lettres
marquent qu'un détachement des troupes de la
Reine de Hongrie avoit entierement défait un
Corps de foo. Pruffiens dans les environs de Jablunka
; & qu'un autre détachement qui étoit allé
du côté de Troppau , pour reconnoître la fituation
des ennemis, avoit fait quatorze prifonniers , du
nombre defquels eft un Capitaine.
Les Commiffaires nommés par la Reine , pour
examiner l'affaire du Duc d'Üzeda & de fes complices
, font le Comte de Konigleg , Miniftre d'Etat
& de Conférence ; M. de Managetta , Réferendaire
, & M. de Buhl , Confeiller Privé . Ce Duc
a déja été interrogé plufieurs fois , & on travaille à
l'examen de fes Papiers , dans lesquelles on dit
qu'on
Coo MERCURE DE FRANCE
qu'on a trouvé les preuves d'une intelligence fecrette
, qu'il entretenoit avec une Puiffance Etran
gere .
L
NUREMBERG.
Es dépêches d'un courier arrivé vers la fin du
mois de Janvier dernier de Siléfie , contiennent
les particularités fuivantes , touchant le Siége de la
Ville de Neiff , entrepris par le Roy de Prufle .
Un Corps de troupes Pruffiennes ayant formé le
blocus de la Place , & le Roy de Pruffe ayant fair
établir plufieurs batteries de cañons & de mortiers ,
ces batteries commencerent à tirer le 19. f
Le lendemain , S. M. Pr . ayant fait fçavoir au
Colonel de Roth qui y commande , qu'il ne devoit
point être furpris qu'elle fit battre la Place , puifque
contre toutes les regles de la guerre , on avoit fait
feu la veille fur un Colonel qu'elle avoit envoyé
avec un Trompette , pour fommer la Garnifon de fe
rendre , le Colonel de Roth fit réponse qu'il n'avoit
aucune connoiffance du fait dont S. M. Pr . fe plaignoit
, & qu'il fe feroit inftruire de quelle maniere
la chofe s'étoit paffée ; qu'au refte , il étoit déterminé
à fe défendre jufqu'à la derniere extrêmité ,
pour donner à la Reine de Hongrie des marques
de fa fidelité. Les Pruffiens continuerent leur feu
pendant le refte du jour , & la garnifon y répondit
de fon côté avec beaucoup de vivacité .
Le 21. les Affiégeans jetterent , ainfi qu'ils
avoient fait la veille , une grande quantité de bom-.
bes dans la Ville , & à la faveur du feu de leur artillerie
, ils s'avancerent vers la Place pour l'attaquer ;
mais le Colonel de Roth ayant fait une fortie , ils
furent repouffés avec quelque perte.
Le feu des Pruffiens ceffa le 22. & une partie de
leurs troupes décampa le même jour , pour aller
prendre
MARS. 1741 1601
prendre des quartiers d'hyver. Celles qui étoient
rettées pour bloquer la Ville , font auffi décampées
depuis ; mais l'on s'attend qu'elles recommenceront
le Siége dès que la faifon fera plus favorable .
La garnifon qui eft compofée de cinq Bataillons ,
fe prépare à faire une vigoureuſe réſiſtance , & l'on
affûre qu'il y a dans la Place des vivres pour plus de
quatre mois.
Len
RATISBONNE.
Es dernieres nouvelles qu'on a reçûës por
tent , que le Roy de Pruffe a adreffé à la
Diette un nouveau Refcript dans lequel il eft
dit que S. M. Pr. voit avec furprife que la Reine de
Hongrie cherche à lui attirer la haine des Princes
& Etats de l'Empire , en tachant de faire regarder
l'entrée des Troupes Pruffiennes en Siléfie , comme
une invafion injufte & odieufe ; que le Roy de .
Pruffe , bien loin d'avoir fait miftere de fes intentions
, ainfi que le Refcrit de la Reine de Hongrie
l'infinue , les a expliquées clairement au Marquis
de Botta , qui n'a répondu que par des affûrances
vagues de l'amitié de cette Princeffe , enforte qu'on
a été obligé de répeter plus d'une fois à ce Miniftre
, qu'il ne s'agiffoit pas de fimples complimens
mais d'une déclaration pofitive fur les demandes de
S. M. Pr. que lorfque le Roy de Pruffe s'eft déter
miné à rentrer dans la poffeffion d'une Province ,
que la Maifon d'Autriche avoit retenue fi long
tems par la fupériorité de fes Forces , il avoit don→
né part de fa réfolution à toutes les Puiffances de
l'Europe , en obfervant d'employer les mêmes expreffions
dans les differentes dépêches qu'il avoir
fait expédier à ce fujet ; que le feu Empereur ayant
déclaré, en propofant aux Etats de l'Empire , d'ac
cepter
302 MERCURE DE FRANCE .
cepter & de garantir la Pragmatique Sanctiona
qu'il n'entendoit pas qu'elle portât préjudice aux
Droits d'aucun Souverain , & les Etats de l'Empire
n'étant cenfès l'avoir acceptée qu'à cette condition ,
il n'y a point de doute que le Roy de Pruffe ne puiffe
faire valoir. fes prétentions , faus donner atteinte à
cette Pragmatique Sanction ; que la Cour de Vienne
, au lieu de rapeller la garantie particuliere du
feu Roy de Pruffe , devroit garder le filence fur cet
article , afin de ne pas donner lieu de réveler des
faits , dont la connoiffance cauferoit beaucoup d'étonnement.
Que quelque intereffée que foit S. M.
Pr. à ne les pas cacher en cette occafion , elle veut
bien cependant facrifier fon reflentiment particulier
att bien public ; qu'au refte , il eft très indifferent
que la Siléfie foit entre les mains de la Maifon d'Autriche
ou de celle de Brandebourg , & que le Roy
de Pruffe ne pouvant efperer que la Reme de Hongrie
lui faffe juftice , il eft fuffisamment autorifé à
fe fervir des voyes que le droit de la nature & des
Gens fourniflent aux Princes dans de femblables
circonstances.
La Cour de Vienne ayant objecté au Roy de
Prusse dans une réponse au premier Manifeste de ce
Prince , que Frederic- Guillaume , Electeur de Brandebourg
étoit convenu par un Traité figné à Berlin
en 1686. de renoncer aux prétentions de fa Maiſon
fur les Principautés de Jagerndorff , de Lignitz , de
Brieg & de Vohlau , moyennant la ceffion que
l'Empereur Léopold par ce même Traité lui fit & à
fes Defcendans mâles , du Territoire de Schwibus ,
fauf le droit de relief réſervé à la Couronne de Bohême
, & les fommes qui étoient hypotequées à la
Maifon de Lichteinstein fur les Seigneuries d'Esens *
& de Witmond , le Roy de Prusse a fait inférer
dans le Mémoire intitulé, Expofition des Droits de
LA
MAR S. 1741. 203
la Maifon Electorale de Brandebourg , un article
dans lequel il est dit que l'Electeur Frederic - Guillaume
,fon Bifayeul , voulant s'unir d'une maniere
intime avec l'Empereur Léopold , & jugeant nécessaire
d'écarter tout ce qui pouvoit alterer cette
union , avoit confenti de facrifier les droits pour
une acquifition auffi peu confiderable que celle du
Territoire de Schwibus , afin de n'avoir plus aucun
interêt à démêler avec la Maiſon d'Autriche ; qu'en
effet , fi la Cour de Vienne avoit aporté dans la
conclufion de cette affaire autant de bonne foi que
l'Electeur , il n'auroit plus été parlé que dans l'Hif
toire des prétentions de la Maifon de Brandebourgfur
la Silefie , mais que tandis que l'Empereur fai
foit négocier publiquement à Berlin un accommo
dement avec l'Electeur Fréderic- Guillaume,S . M. I,
avoit employé differens moyens pour empêcher que
le Roy de Prusse Fréderic I. alors Prince Electoral
ne confervât la jouissance du Territoire de Schwibus
, lorfqu'il fuccederoit à l'Electeur , fon pere ;
que le Baron de Freytag , qui étoit chargé de cette
commiffion fecrette , menaça ce Prince d'une ini
mitié éternelle de la part de l'Empereur , s'il ne
s'engageoit de rendre à S. M. I. ce Territoire
auffi tot après la morr de l'Electeur ; que cette menace
ayant de quoi intimider le Prince Electoral
dans les circonſtances où il ſe trouvoit , il n'avoir
pû fe difpenfer de figner la promesse qu'on avoit
demandée , mais qu'à fon avenement à la Régence
de fes Etats , ayant propofé la chafe à fes Miniftres
, tout fon Confeil avoit déclaré unanimement
qu'il n'étoit nullement lié par cette promesse , tant
parce qu'elle étoit directement contraire aux Conf
titutions fondamentales de fa Maiſon , qu'à caufe
des moyens dont on s'étoit fervi pour la tirer de
kai, & qui, felon les Loix naturelles , aussi -bien que
felon
B54 MERCURE DE FRANCE
felon les civiles , la rendoient nulle ; qu'on s'adressa
là-dessus à la Cour de Vienne , qu'on lui prouva
incontestablement l'invalidité de l'engagement pris
par ce Prince , mais qu'on tenta vainement tous ces
moyens pour la faire défister de la prétention , &
que le Roy de Prusse Fréderic 1. fouverainement
jaloux de fa parole , fe détermina à rendre le Territoire
de Schwibus , en acceptant une fomme qui
fuffifoit à peine pour payer les améliorations qu'ili
y avoit faites.
Le Roy de Prusse ajoûte que c'est une maxime
univerfellement reconnue à l'égard de toutes les
Couronnes , que dès qu'une Partie contractante ne
remplit pas les conditions auxquelles elle s'est foûmife
, Pautre Partie n'est plus tenue à ſes engagemens
; qu'ainfi , la Cour de Vienne ayant contraint
le Roy de Prusse Fréderic I. de rétroceder le Territoire
qui faifoit la condition fine quâ non de la renonciation
de la Maifon Electorale de Brandebourg
aux Principautés de Jagerndorff , de Lignitz , de
Brieg & de Vohlau , il s'enfuit incontestablement
que par- là cette renonciation perd abfolument toute
fa force , & que la Maifon Electorale de Brandebourg
est rentrée dans tous fes droits ; que c'est
ainfi que le Roy de Prusse Fréderic I. a envisagé
cette affaire , lorfque pressé par la Cour de Vienne,
il lui a abandonné le Territoire de Schwibus ; qu'il
s'est donné de garde de rien promettre au nom de
fes Successeurs , & qu'il n'a point renouvellé la renonciation
faite par l'Electeur fon pere , ce qui
étoit abfolument nécessaire , fi l'on vouloit que
cette renonciation ne fût pas anaullée par la rétrocession
de Schwibus ; que bien loin de prétendre
que cette renonciation dût avoir lieu , il déclara
expressément à fes Ministres , lorfqu'ils le pressesent
d'infister fur les droits , qu'il vouloit s'acquit
ter
MARS. 60
1741
*
ter de fa parole , que quant à la poursuite de ſes
prétentions fur la Silefie , il en laiffoit le foin a fa Posterité
, à laquelle il ne pouvoit ni ne vouloit lier les
mains dans des circonftances où il étoit obligé defouffrir
l'injustice ; que fi Dieu ne permettoit pas qu'on
fe trouvat en état de la faire ceffer , il falloit fe tranquillifer
; mais que fi Dieu en ordonnoit autrement ,
fes defcendans verroient ce qu'ils auroient à faire ,.
Lorfqu'ils en trouveroient l'occafion.
On a apris du 26. du mois dernier que l'Electeur
de Baviere & l'Electeur Palatin ont écrit à la Diette,
pour l'informer qu'en conféquence d'une Convention
faite entre la Maiſon de Baviere & la Maiſon
Palatine , ils ont refolu d'exercer conjointement
le Vicariat Géneral de l'Empire dans les Cercles de
Suabe & de Franconie ; qu'ils avoient prié l'Empereur
quelque tems ayant la mort , d'aprouver & de
confirmer ce qui avoit été reglé à ce fujet entre les
deux Maifons , & que fi S. M. I. n'a point accordé
la confirmation qui lui étoit demandée , ce n'eft que
parce qu'ils n'ont pas renouvellé leurs inftances
pour l'obtenir ; que l'Empereur Léopold avoit luimême
confeillé par écrit aux Maifons de Baviere
& Palatine de prendre le parti qu'elles ont pris ,
dans la fuite , & que par- là il a en quelque forte
donné à leur convention fon confentement Impé
rial ; qu'au refte ils font difpofés à en demander la
confirmation à l'Empereur qui fera élû , & qu'en
attendant ils ont donné part de leurs réfolutions à
l'Electeur de Mayence & à l'Electeur de Saxe , qui
les ont aprouvées , qu'ils fe flatent d'obtenir auffi
Paprobation des autres Electeurs & des Princes &
Etats de l'Empire , d'autant plus que l'arrangement
pris par la Maifon de Baviere & par la Mailon Palatine
, diftinctes comme elles le font , femblent
conftituer deux Vicariats diftincts de celui qui eft
attaché
Zo MERCURE DE FRANCE
attaché à la Dignité Electorale de Saxe ; il n'y a
cependant , vû l'adminiſtration commune du Vicariat
des Maifons Electorales de Baviere & Palatine >
que deux Vicariats effectifs dans les deux Districts
de l'Empire , conformément à ce qui eft porté par
la Bulle d'Or.
Ces Princes ajoûtent qu'ils ont nommé deux
Affeffeurs de la Confeffion d'Ausbourg , pour affifter
au Tribunal du Vicariat .
Le Roy de Pologne Electeur de Saxe eft convenu
avec l'Electeur de Baviere & avec l'Electeur
Palatin , d'ordonner à la Haute Chambre Impé
riale de reprendre fes déliberations , & le bruit
court que ces Princes font dans la réfolution de
prolonger la Diette affemblée à Ratisbonne , afin
de procurer la prompte expédition des affaires de
l'Empire .
Le Baron de Schomberg , à qui le Roy de Pologne
Electeur de Saxe a accordé un titre deComte,
ayant été nommé par S. M. P. fon Premier Ambaffadeur
à la Diette de Francfort , il partit le 17.
du mois dernier , pour s'y rendre , ainfi que M.
Hugo qui y va en qualité de fecond Amballadeur
du Roy de la Grande Bretagne pour PElectorat de
Hanover.
On a apris depuis que plufieurs Princes & Etats
de l'Empire, des Cercles de Suabe & de Franconie ,
refufent d'aprouver la Convention faite entre la
Maiſon Electorale de Baviere & la Maifon Palatine
pour exercer conjointement le Vicariat General de
P'Empire dans ces Cercles , & que comme en conféquence
de ce refus ils ne veulent point reconnoître
l'autorité du College du Vicariat , établi à
Ausbourg par l'Electeur de Baviere & par l'Electeur
Palatin , les Miniftres qui réfident à Ratisbonne de
leur part , ont dressé à ce ſujet un Mémoire qu'ils
oat
MARS. 1741. 607
◆nt remis aux Ministres de ces deux Electeurs.
On ne fçait pas encore quand fe fera l'ouverture
de la Diette qui doit fe tenir à Francfort pour
Election d'un Empereur , & quelques Electeurs
paroissent défirer que cette Diette ne s'assemble
qu'après qu'on aura levé les principales difficultés
qui pourroient retarder l'Election , & que les bons
offices que plufieurs Puissances employent pour
terminer les differends de la Reine de Hongrie avec
le Roy de Prusse & l'Electeur de Baviere , auront
eu le fuccès qu'on en attend .
Le Roy de Prusse est du nombre des Electeurs
qui font d'avis qu'on differe l'ouverture de la
Diette , & il a écrit à l'Electeur de Mayence , que
quoiqu'on ne puisse faire des voeux plus finceres &
plus ardens que ceux qu'il fait , pour qu'il plaife à
Dieu de donner bien-tôt un Chef à l'Empire , il
juge néanmoins qu'il feroit à propos que la Diette
ne s'assemblât pas de quelques mois , parce qu'on
feroit en état de travailler pendant ce tems à faire
cesser les divifions qui regnent entre plufieurs Cours
de l'Empire . & que le rétablissement de la bonne
intellig nce entre ces Cours donneroit plus de facilité
, tant pour regler les articles de la Capi ulation
Impériale , que pour proceder à l'Election d'un
Empereur.
S. M. Pr. ajoûte dans fa Lettre , que l'affaire de
Siléfie n'est pas un objet qui doive empêcher d'ouvrir
la Diette , parce qu'elle est prête à s'accommoder
avec la Reine de Hongrie , dès que cette
Princeffe voudra accepter les conditions qui lui ont
été offertes.
SILESIE.
N aprend que le Corps de troupes Pruffiennes
qui avoit investi la Ville de Neiss , s'étoit
retiré , après l'avoir bombardée pendant trois jours
Į confécutifs.
08 MERCURE DE FRANCE
confécutifs , & que le Colonel de Roth qui y com
mande pour la Reine de Hongrie , avoit fait chanter
le Te Deum , en action de graces de la levée
du Siége.
Le Commissaire qui est demeuré à Breslaw de la
part du Roy de Prusse , a déclaré aux Magistrats
que S. M. Pr. voulant donner des marques de fon
affection aux habitans de cette Ville , n'exigeoit
d'eux aucune impofition , mais qu'elle ordonnoit
qu'on lui payât les contributions qu'elle avoit demandées
, & qu'on pourvût à la fubfistance de ses
Troupes.
La Régence , conformément à fes droits , s'est
réſervé de déliberer fur cette matiere , & elle a
promis de donner incessamment réponſe au Commissaire
du Roy de Prusse .
Il est resté un détachement de troupes Pruffiennes
dans les Fauxbourgs de Breslaw , pour garder
les Magafins que le Roy de Prusse y a établis.
Le Roy de Prusse ayant fait demander à la Régence
de Breslaw , qu'elle fournit tous les mois
15000. Florins pour les troupes Pruffiennes ; que
les Régimens Prufliens qui traverferont cette Ville ,
puissent à l'avenir y passer en Corps , & ne foient
plus obligés de se séparer par détachemens , comme
ils ont fait jusqu'à présent; qu'on donne aux Prusfiens
ponr établir des Magafins , le Bâtiment de
P'Hôpital qui est près de la porte de Saint Nicolas ,
& que l'Eglife Luthérienne fituée fur le chemin qui
conduit de cette Ville à Hunsfeldt , ſoit affectée
pour eux ; la Régence de cette Ville a allegué diverfes
raifons pour s'excufer de confentir à ces de-,
mandes , mais on croit cependant qu'elle ne pourra
fe difpenfer d'en accorder quelques upes.
Le 10. du mois dernier , tous les Catholiques
Romains qui étoient établis dans le Quartier de
BischoffsMARS.
1741 . 600
Bischoffs - Hoff , reçûrent ordre des Commissaite
Pruffiens de fortir de Breslaw , & on ne leur a
donné pour fe retirer , que le tems qui leur étoit
nécessaire pour emporter leurs effets . Les mêmes
Commissaires ont fait arrêter M. Grossa , Député
de la Principauté de Jagerndorff.
Le Roy de Prusse a fait publier à la tête de tous
fes Régimens , que les Soldats qui recevront dans
la Campagne prochaine quelques blessûres qui les
mettront hors d'état de fervir , continueront de recevoir
leur folde pendant leur vie.
O
PRUSSE.
Na apris de Berlin du r4. du mois dernier
que S. M. Pr. fe propofoft de retourner
inceffamment en Siléfie , & de faire ouvrir peu de
jours après fon arrivée , la tranchée devant Brieg,
Le train d'Artillerie , qui fera employé au Siége de
cette Place , eft parti pour fe rendre en Siléfie . Un
Corps de 25000. hommes doit s'affembler du côté
de Magdebourg; on croit qu'il fera commandé par
le Prince d'Anhalt Deflau , qui aura fous fes ordres
les Margraves Fréderic & Henri de Schwedt.
Le Roy eft dans le deffein de lever un nouveau
Régiment , dans lequel on ne recevra que des Siléfiens
, & qui fera de trois Bataillons.
Le Comte de Gotter , Grand Maréchal de la
Cour , & le Baron de Cocceji , ont été nommés par
S. M. fes Ambaffadeurs Extraodinaires à la Diette
qui doit fe tenir à Francfort pour P'Election d'un
Empereur.
Les lettres de cette derniere Ville , marquent qu'on
y croyoit que l'ouverture de la Diette ne s'y feroit
qu'après que les Electeurs feroient d'accord fur plufieurs
articles , dont l'indécifion pourroit retarder
l'Election..
I ij Оп
310 MERCURE DE FRANCE
On mande de Berlin , que le 19. du mois der
nier le Roy partit de cette Ville , & que le même
jour S. M arriva à Croffen , d'où elle continua le
lendemain fa route pour aller fe mettre à la tête de
fes troupes en Silefie . Le plan des opérations de la
campagne avoit été changé quelques jours avant le
départ du Roy , & S. M au lieu de la commencer
par le Siége de Brieg , attaquera d'abord le Grand
Glogaw , qu'on dit être fi dépourvû de vivres & de
munitions , que le Comte de Wallis qui y commande
, ne pourra faire une longue réfiſtance .
Le Régiment de Dideric fe mit en marche le 21 .
pour fe rendre en Siléfie , & il doit être ſuivi par
quelques autres Régimens . On fera partir inceffamment
pour la même Province un train d'Artillerię
& une grande quantité de munitions de guerre . Un
Corps de 1scoo . hommes doit s'affembler dans les
environs de Croffen , afin d'être à portée d'aller
joindre l'Armée , fi le Roy a befoin d'un renfort de
troupes.
ESPAGNE.
Na aprisdeSaint Sébastien, que l'Armateur
Don Pedre Ignace de Goicoechea y avoit con
duit deux Brigantins Anglois , dont il s'étoit emparé
le 24. Décembre dernier vers le 46. degré de La-
Atitude Septentrionale . L'un de ces Brigantins , lequel
fe nomme le Saint Charles & fainte Brigide ,
& qui eft du port de 80. tonneaux , faifoit voile pour
la nouvelle Yorck , & l'autre nommé le Saint Thomas
, étoit deftiné pour Porto , en Portugal . Leur
charge confiftoit en Charbon de pierre , & il y avoit
à bord du premier , outre l'équipage , 44. paflagers.
Cet Armateur , quelques jours après avoir fait
ces deux prifes , a enlevé entre le 48. & le degré
de Latitude , la Frégate Angloife le Sublay , de
49 .
90.
MARS. 1741. 611
96. tonneaux, qui portoit des munitions à Gibraltar.
Jamet Afiain , Maure de Nation , ayant
été converti
à la Religion Chrétienne par les Capucins du
Convent du Pardo , fut baptifé le 13. du mois dernier
dans l'Eglife Paroiffiale de Fuencarral , par le
Pere Paul Fi ele de Burgos , Prédicateur du Roy &
Confulteur de la Chambre de l'Infant Cardinal , &
il eut pour Parain Don Etienne de Caceres , Grand
Arbaletrier d'Espagne , lequel le nomma François-
Paul Etienne - Joachim de la Paż.
ITALIE.
N aprend de Rome , que le 24 Janvier dernier
,
en célebra dans l'Eglife du College de
Saint Apollinaire , un Service folemnel pour le repos
de l'ame de l'Empereur. Après la Meffe , à laquelle
M. Louis Cremona Valdina , Evêque d'Hermopolis
, officia pontificalement , l'Orailon Funebre
fut prononcée par le Comte Jofeph de Spau , &
les Cardinaux Annibal & Alexandre Albani , Lercari
& Corfini , Protecteurs de ce College , firent les
honneurs.
Les eaux du Tibre augmenterent confidérablement
fur la fin de Janvier dernier , & le 27. elles
monterent à un pied plus haut que dans la derniere
crue , deforte qu'on a été obligé pendant plufieurs
jours de porter des vivres dans des Barques à une
partie des habitan's de Rome , qui étoient enfermés
dans leurs Maiſons. Les Payfans de plufieurs Villages
voifins ne pouvant , à caufe du débordement du
Fleuve , travailler aux terres , font entrés en foule
dans cette Ville.
Sa Sainteté , pour remédier à la rareté dont eft
l'argent dans l'Etat Ecclefiaftique , a ordonné à la
Banque du S. Efprit , d'emprunter des Banques
I iij Etran
12 MERCURE DE FRANCE
Etrangeres 1ooooo. écus , pour acquitter une par
ties de fes Billets.
L
PORTUGA L.
Es dernieres lettres de Lisbonne portent que
le 21. Janvier dernier , le Docteur Jofeph de
Antas Barbofa , fit au nom du Cardinal Patriarche
de cette Ville la céremonie de pofer la premiere
pierre d'une Eglife qu'on bâtit à Obidos , pour y
placer une Image miraculeuſe de N. S. & qu'on célebra
à cette occafion dans la Chapelle où cette
Image eft confervée , une Meffe folemnelle , après
laquelle le Sermon fut prononcé par le Pere Denis
Matofo , Religieux Hyeronimite .
L'équipage d'un Vaiffeau arrivé fur la fin du mois
de Janvier dernier du Brefil , a raporté que les Negres
des Plantations de cette Principauté avoient
formé le deffein d'égorger tous leurs Maîtres, & que
leur complot ayant été découvert , on avoit fait mous
rir ceux qui en étoient les príncipaux auteurs .
ISLE DE CORSE.
N. mande qu'un Capitaine du Régiment de
Flandres étant parti de San Firenzo le 31. Janvier
avec deux domestiques , pour aller à la chaffe
dans les environs de S. Pierre de Nebbio, fes chiens
étoient retournés feuls le lendemain à San Fiorenzo
, fans qu'on ait pû fçavoir ce que lui & fes gens
étoient devenus. Les deux Bandits de Lento , qu'on
foupçonne d'avoir affaffiné cet Officier, ont été attaqués
le 6. du mois dernier dans une Grotte où ils
étoient retirés , par un détachement qu'on a fait
marcher contre eux, mais ils ont trouvé le moyen
de ſe ſauver.
Le
MAR 3. 1741.
613
Le Marquis de Maillebois célebra le 15. du mois
dernier à la Baftie , avec beaucoup de magnificence ,
P'Anniverfaire de la Naiffance de S. M. T. C. &
pendant le repas que ce Géneral donna à cette occafion
, il y eut plufieurs falves de l'Artillerie de la
Place & de tous les Vaiffeaux qui étoient dans le
Port.
On ne doute plus que le Capitaine du Régiment
de Flandres , dont on n'a point eû de nouvelles depuis
les perquifitions qu'on a faites fur ce qui pouvoit
lui être arrivé , n'ait été aſſaſſiné avec fes domefti-'
ques par les deux Bandits de Lento , dont on a fait
paffer dernierement par les armes un parent , qui a
été convaincu d'avoir eû part à quelques- uns de
leurs brigandages.
O
GRANDE BRETAGNE,
N mande de Londres du 16. du mois paffé ,
que le Roy a ordonné que le Prince & la Princeffe
deGalles fuffent nommés à l'avenir dans toutes
les Prieres publiques qu'on fera pour S. M. & pour
la Famille Royale.
Un Vaiffeau Elpagnol , chargé de vin de Malaga,
a été pris par l'Armateur Dumarefque , qui l'a con
duit à Gibraltar.
Les Efpagnols fe font emparés du Vaiffeau le
Charles Molly , qui alloit de Cork à Philadelphie .
Le Vaiffeau Anglois le Hargrave , armé en cour
fe , a enlevé dans les environs de Cartagene , cinq
Barques qu'il a conduites à Gibraltar. Ce Vaiffeau
a brûlé une autre Barque Efpagnole , & en a coulé
une à fond .
& iiij FRANCE
14 MERCURE DE FRANCE
****************
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
L
E 26. Février , fecond Dimanche du Carême ,
le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Meſſe , qui fut chantée
par la Mufique.
Avant la Meffe , Monfeigneur le Dauphin reçût
le Sacrement de Confirmation par les mains du
Cardinal de Rohan , Grand Aumônier de France .
L'après midi , Leurs Majeftés , accompagnées de
de Monfeigneur le Dauphin & de Madame, affifterent
à la Prédication du Pere Hericourt , Supérieur
des Théatins.
Le 4. de ce mois , Dom Rocquevert , Abbé de
Villers- Coterets , & qui a été élû le 25. Janvier
dernier Géneral de l'Ordre de Prémontré , eut
Phonneur de rendre fes refpects au Roy.
Le s . troifiéme Dimanche de Carême , le Roy
& la Reine entendirent dans la même Chapelle ,
Meife chantée par la Mufique.
L'après midi , la Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin affiſta à la Prédication du Pere
Hericourt.
Le 3. & le 8. Leurs Majeftés entendirent le Sermon
du même Prédicateur.
Le 12. quatrième Dimanche de Carême , le Roy
& la Reine entendirent dans la même Chapelle , la
Meffe chantée par la Mofique. L'après midi Leurs
Majeftés , accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, affifterent au Sermon du même Prédicateur.
L'Evêque
MARS. 1741. 615
L'Evêque de Nevers & l'Evêque de Tarbes , furent
Sacrés le 5. de ce mois dans la Chapelle du
Séminaire de S. Sulpice , par l'Archevêque de Sens ,
affifté des Evêques de Die & d'Agen , & ils prêterent
le 8. Serment de fidelité entre les mains du Roy.
Le Maréchal de Belle - Ifle , Ambassadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roy en Allemagne,
pendant la Diette qui doit fe tenir à Francfort pour
'Election d'un Empereur , partit de Paris le 4. de
cè mois , pour fe rendre en Allemagne.
•
Le Comte de Montijo, qui va à Francfort en qualité
d'Ambassadeur Extraordinaire & Plénipotentiaire
du Roy d'Espagne, eut le même jour une audience
particuliere du Roy,& il prit congé de S. M.
Il eut enfuite audience de la Reine, de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames , & il fut conduit à
toutes ces audiences par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambassadeurs .
Le Marquis de Breteuil , Sécretaire d'Etat ayant
le Département de la guerre , a été nommé Ministre
d'Etat , & le 3. de ce mois il prit féance au
Confeil d'Etat.
Le Comte de Sade , que le Roy a nommé fon
Miniftre Plénipotentiaire auprès de l'Electeur de
Cologne , eft parti pour fe rendre auprès de cer
Electeur .
Le Marquis de Brezé , Maréchal des Camps &
Armées du Roy , a été nommé Inſpecteur d'Infan
terie.
Le 2. Mars , les Comédiens François repréfente
Li v rent
616 MERCURE DE FRANCE
rent à la Cour la Tragédie de Britannicus , & la pe
tite Comédie de Deucalion & Pyrrha.
Le 7. le Légataire & le Bon Soldat La Dlle Cam
masse , dont nous avons eû occafion de parler plufieurs
fois avec éloge , danfa entre les deux Piéces
les Caracteres de la Danfe , & à la fin de la dernie
re , la grande Chaconne d'Arlequin toute entiere ,
avec l'aplaudissement de la Reine & de toute la
Cour.
Le 9. la Tragédie d'Héraclius & Crispin Médecin.
Le 14. le Bourgeois Gentilhomme avec tous fes
agrémens .
Le 16. Polieucte & le Double Veuvage.
1
Le premier Mars , les Comédiens Italiens répréfenterent
auffi à la Cour la Comédie nouvelle de
la Gageure , & le Retour de tendreffe.
Le 8. Les Fées , & la Jalousie imprévûë.
Le 15. Arlequin Aprentif Philofophe , la derniere
Piéce nouvelle de l'Echo du Public , fuivie d'un
Divertissement très bien executé .
Le 27. Février , il y eut Concert chés la Reine ,
où l'on chanta le Prologue & le premier Acte de
l'Opera d'Amadis de Grece , de la compofition de
M. Deftouches , Sur- Intendant de la Mufique du
Roy , qu'on continua le 4. & le 6. Mars par les
Actes fuivans. Les principaux rolles furent remplis
par les Dlles d'Aigremont , Huguenot , Mathieu &
Defchamp , & par les fieurs Dubourg , Poirier &
Benoît.
Le 11. & le 13. on concerta le Ballet des Elemens
du même Auteur , dont les principaux perfonnages
furent chantés par les mêmes Sujets qu'on
vient de nommer , par les Dlles Romainville &
Abec , & par les fieurs d'Angerville & Jelyot. "
Le 18. on exécuta le Divertissement intitulé : Le
Retour
MARS. 1741 617
Retour du Printems , mis en Mufique par le fieur
Mathieu , ordinaire de la Mufique du Roy. La Dlle
Mathieu & le fieur Benoît remplirent les deux premiers
rolles .
Le 19. Dimanche de la Paffion , l'Académie
Royale de Mufique donna le premier Concert Spirituel
, qu'on donne tous les ans pendant les trois
femaines de Pâques , lequel on continue pendant
differens jours , jufques & compris le Dimanche de
Quasimodo ; on a exécuté les plus beaux Moters à
grands Choeurs de feu M. de la Lande , de M. Madin
, Maître de Mufique de la Chapelle du Roy , &c
d'autres Maîtres anciens & modernes. La Dile le
Maure a chanté plufieurs fois les deux beaux Verfets
, Amplius lava me , & facrificium Deo du Miferere
de M. de la Lande , à ravir tous les Spectateurs.
La Dile Chevalier , nouvelle Actrice reçûë
'à l'Académie Royale de Mufique , y a chanté differens
petits Motets à voix feule , avec beaucoup
d'aplaudissemens , de même que la Dlle Fel dans
les Airs Italiens qu'elle a chantés avec beaucoup de
précifion. Les fieurs Blavet , Guignon & Ruault
ont auffi exécuté differens Concerto & autres Piéces
de Symphonie fur la Flute , le Violon & le Basson ,
qui ont fait beaucoup de plaifir .
Le 2 r. le Chevalier Servandoni , Peintre & Ar
chitecte du Roy , et de l'Académie Royale de Peinture
, donna fur le Théatre du Château des Tuilleries
, la premiere Repréſentation d'un nouveau
Spectacle , repréſentant les Travaux d'Ulyſſe , à fon
retour du Siége de Troye , jufqu'à ſon arrivée en
Itaque. L'Auteur a fait imprimer une petite Brochure
de quinze pages , pour l'intelligence de ce
magnifique Spectacle ; on la trouvera chés la veuve
Piffot , Quai de Conty , à la defcente du Pont Neuf ,
à la Croix d'or..
I vj
618 MER CURE DE FRANCE
Il a paru deux jours après , une autre petite Brochure
de feize pages , au fujet du même Ouvrage ,
qui eft encore plus détaillée que celle dont on
vient de parler , en voici le titre : Lettre écrite par
M... & M. le Comte de au fujet du Spectacle
des Avantures d'Uliffe , à fon retour du Siége de
Troye , &c.
.. •
L'Auteur de la Lettre rend compte à fon ami
des differentes Scénes , au nombre de fept , dont ce
Spectacle eft compofé ; ce que nous pourrions dire
là- dessus , ne feroit qu'une répetition de ce qu'on
peut voir dans ces deux Brochures ainfi on ne
donnera ici que le dernier article de la Lettre en
queftion
02
;
2.
On n'a pas eu dessein dans cette Deſcription-
Sommaire du Spectacle des Avantures d'Ulisse
as de prévenir trop favorablement les Spectateurs fur
» l'exécution d'une auffi grande Machine ; on 's'eft
>> contenté de donner une idée du caractére de chaque
Scéne , tant pour la partie de la Décoration , que
» pour celle de l'Action Pantomime . Cette derniere
» a été redigée et conduite par le feur Maimbray ,
→ déja connu par des Pantomimes de fon invention
» dans d'autres genres. Pour ce qui regarde la Dé-
» coration et la Méchanique des Machines , le Chevalier
Servandoni fe flateroit d'un plein fuccès , fi
»le zél de plaire au Public , lui tenoit lieu de ce
25.
que les Connoisseurs pourroient encore trouver à
» défire: pour la perfection de fon Spectacle : il n'a ·
» du moins épargné , ni étude , ni foin ni dépenſes
pour y parvenir , et il pourroit dite à fes Spectateurs
, à plus jufte titre que Terence ne le difoit
fes Auditeurs, dans le Pro gue d'une de fes Piéces,
Numquam avarè pretium.
Statut Artis mea
Et eum effe quaftum in animum
MAR S. 1741 . 619
Induxi maxumum >>
Quàm maxumè fervire veftris
Commodis .
BENEFICES DONNE'S.
L'Evêché de Senez vacant par le décès de M. de
Soanen , à M. l'Abbé de Vocance.
L'Abbaye de Notre Dame de la Prée , Ordre de
Citeaux , Diocèfe de Bourges , vacante par la démiffiou
. M. Bofquet de Montlaur , à M. Macé ,
Prêtie , Confeiller de la Grand Chambre du Parlement
de Paris .
L'Abbaye de Chartres , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèle de Saintes , à M. Desbats.
L'Abbaye de Sainte Croix de Quingamp , Ordre
de S. Auguftin Diocèfe de Treguier , vacante par
le décès de M d'Argentré , Evêque de Tulles , à
M de Gouyon de Launay Commats , Aumônier de
la Reine .
Réception de M.Roy dans l'Ordre de S.Michel .
M. Pierre-Charles Roy , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roy , l'un des Tréforiers des Chancelleries
Provinciales , ancien Confeiller au Châtelet de
Paris , célebre par fon talent pour la Poëfie & pour
l'Eloquence , dont il a remporté trois fois le prix à
l'Académie Françoife , & un grand nombre d'autres
à celle de Toulouſe , apellé à la Cour pour compofer
le Ballet des Elemens , danié par le Roy en
1721. & pour plufieurs autres Divertiffemens ordonnés
par MM. les Premiers Gentilshommes de .
la Chambre , tels que la Fête du Labyrinthe , donnée
à la Reine ; les Ballets des Sens , des Graces , de la
Paix , & connu dès få tendre jeuneffe par plufieurs
Opéra , joüéş & repris avec fuccès ; Philomele Cal-
Lirboé
20 MERCURE DE FRANCE
lirhoé , &c. & par un Recueil de Poëfies & de Difcours
imprimés en 1727. & reçûs avec aplaudiffement
, a été honoré le 17. Février dernier par le
Roy , de l'Ordre de S. Michel .
"
Cette récompenfe , accordée jufqu'à préſent à la
Peinture & à l'Architecture , n'étoit pas encore
tombée ſur la Poëfie & la Litterature. M. Roy eft
le premier qui ait reçû cette distinction . La Cérémonie
de fa Réception fe fit le 26. Février par M.
le Duc de Gêvres , Chevalier des Ordres du Roy
qui donna le Cordon & la Croix au nouveau Chevalier
. M. Roy lui en témoigna fa reconnoiffance
par les Vers fuivans , qu'il prononça après fon ferment
. Il avoit dès la veille rendu l'hommage de la
Poëfie à M. l'Abbé de Pomponne , Chancelier des
Ordres du Roy , en recevant les Proviſions.
A M. LE DUC DE GESVRES .
Chevalier des Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de fa Chambre , Gouverneur
de Paris.
M
Iniftre des faveurs , que le plus grand des
Rois
Epanche fur notre Art pour la premiere fois ,
Votre apui jufqu'au Trône a guidé mon hommage
;
Vous comblez un eſpoir né de votre fuffrage ;
Enfin mon nom , forti de fon obſcurité
Paffe à l'abri du vôtre à la Pofterité .
D'autres Arts font parés de cette marque
Le nôtre n'ofoit-il en efperer le luftre ?.
illuftre ;
Si
MAR S. 1741.
621
Si j'ouvre le premier cette route d'honneur ,
Que de rares talens naîtront de mon bonheur !
Le Sage dont nos voeux prolongent la carriere ,
L'ami du Roy, du Peuple , & de l'Europe entiere
A daigné , comme vous , accueillir mes travaux ;
Mon zéle couronné veut des efforts nouveaux.
Commandez , & déja mon eſprit qui s'éclaire
Augure fes fuccès de l'ardeur de vous plaire.
Les Spectacles , les Jeux , les Fêtes , les Concerts.
Du Bonheur d'un Empire inftruiſent l'Univers.
Ah ! puissai-je bien- tôt d'un auguſte Hymenée
Célebrer fous vos loix la pompeuſe journée !
Puiffiez-vous à l'Europe annoncer par ma voix
Sa gloire , fon repos , fon eſpoir & fes Rois !
A M. L'ABBE DE POMPONNË
Confeiller d'Etat , Chancelier des Ordres
du Roy.
D'Igne heritier d'un fang fi fidele à nos Rois ,
D'un fang qu'ont illuftré les Armes & les Loix ,
Du Trône & des Autels Miniftre infatigable ,
POMPONNE , fur ces Vers jette un oeil favorable ;
Tribut d'un coeur pour toi dès long - tems prévenu
,
De la publique eftime interprete ingenu .
Le Sage , en refpectant l'éclar qui t'environne ,
Peu
G22 MERCURE DE FRANCE
M
Sçait écarter la pompe , & chercher la Perfonne ,
Peu touché des honneurs , s'ils ne font mérités ,
Il conte tes vertus plus que tes dignités.
Fidele imitateur de ton illuftre Pere ,
Qui , fi jeune , foutint le faix du miniſtere ,
Et fçut du vieux Lyonne égaler les talens
VENISE te voyoit dans la fleur de tes ans ,
Par un mêlange heureux de franchiſe & d'adresse
La vaincre dans un Art , dont on la crût Maî❤
tresse ..
La France jouissant du fuccès de tes foins ,
Te rendit à nos voeux , à fes nouveaux befoins :
Oracle des Confeils , apui de l'innocence ,
Tu revins de Themis diriger la balance ..
Entre les prix divers propofés de tout tems
Aux fervices marqués , aux Exploits éclatans ,
Il en eft * un fuprême , & feul digne de l'être ;
C'eft le plus pur rayon de la gloire du Maître :
C'est à : oi qu'eft remis ce Dépôt précieux ;
Qui prétend à ce prix eft jugé par tes yeux ;
Et quand Louis diſpenſe une faveur fi chere ,
Ta main imprime au Don le facré caractere.
Les Chefs même des Arts , laissant à leurs rivaux
Le vil éclat de l'or pour payer leurs travaux ,
* Les Ordres du Roy.
Le
MAR S. 623
1741:
Le (1) Vitruve du tems , ( 2 ) l'Amphion , & (3 )
l'Apelle ,
Par toi font decorés d'une Palme immortelle
Tel qui fçait à la Cour aimer la verité ,
Admire de ton coeur la noble fermeté .
On ne te vit jamais fur ce vafte Théatre
Offrir à la Fortune un encens idolatre ;
Ami fans interêt Courtifan fans fadeur ,
Tu fçais & foutenir & quitter la grandeur .
Mais les Mufes chés toi font- elles étrangeres
Fieres de s'être acquis des droits heréditaires ,
On les voit à ta fuite : & non loin de ces bois
Confacrés par les pas du plus faint de nos Rois ;
Tu les reçois fouvent dans ( 4 ) tes riants aziles ,
Où la vertu d'éclat cede aux vertus tranquilles.
Puissai -je un jour t'y fuivre , & t'admirant de près
A ce foible Tableau donner les derniers traits !
LOUIS par la Grace de Dieu Roy de France & de
Navarre
, Chef & Souverain
Grand- Maître des
Ordres de S. Michel
& du S. Efprit ; A tous ceux
qui ces préfentes
Lettres verront
, Salut. L'une des
(1 ) Mrs Gabriël , Molet , Dorbay , Architectes du
Roy ; & avant eux , Mrs Manfart , & de Côte ,
corés de l'Ordre de S. Michel.
dé
(2 ) Feu M. de la Lande , Sur-Intendant de la
Mufique du Roy.
(3 ) Mrs Rigaud & de Troy , Peintres célebres.
(4) Maison à Nogent , près Vincennes .
principales
824 MERCURE DE FRANCE
›
principales attentions des Souverains confiftant
diftribuer les graces & les récompenfes à ceux de
leurs Sujets qui s'en font rendus les plus dignes par
leurs fervices , mettant en confidération ceux que
nous a rendus notre cher & bien Amé Pierre - Charles
Roy , ci - devant notre Confeiller au Châtelet de
Paris & à préfent notre Confeiller Tréforier
Payeur des gages & augmentations de gages de
notre Chancellerie , établie près la Cour des Aydes
de Clermont-Ferrand , & déftrant fur tout lui fiire
connoître la fatisfaction que nous avons de l'emploi
qu'il a fait de fon talent pour les Belles Lettres , &
de fon génie pour la Poefie Lirique , tant dans les
circonftances particulieres où nous l'avon fait travailler
à des Fêtes publiques , qu'à notre Académie
de Mufique , qu'il a en ichie de plufieurs Ouvrages'
d'un caractére agréable & nouveau , dont les fuccès
ont éclaté dans les reprifes ainfi que dans les
premieres repréſentations , nous avons crû devoir
ajoûter quelques marques d'honneur à celles
dont les talens ont été déja décorés par dixfept
Prix qu'il a remportés en tems differens dans
les plus célebres Académies de notre Royaume ;
d'autant qu'en accordant ainsi des diftinctions à
la Litterature & à la Poefie , nous travaillons en
quelque façon à la goire de notre Royaume , &
nous excitons de plus en plus l'émulation de ceux
qui ont des difpofitions propres à exceller dans les
Belles Lettres. A CES CAUSES , nous avons le 17 .
Février dernier , nommé ledit Sieur Roy pour être
affocié à notre Ordre de S. Michel , en fatisfaifant
à ce qui eft requis par les Statuts , & fait expedier
le même jour les pouvoirs & inftructions néceffaires
à notre très cher & bien Amé coufin le Duc de
Gêvres , premier Gentilhomme de notre Chambre ,
Gouverneur de notre Ville de Paris , & Chevalier
Com-
1
AMAR S. MARS. 1741. 625
Commandeur de nosdits Ordres , pour le recevoir
s'il trouvoit fes preuves fuffifantes ; & nous étant
aparu par le Procès - Verbal , figné dudit fieur Duc
de Gêvres , & du freur de Clairambault , Génealogifte
defdits Ordres du 26. dudit mois de Février
, remis avec le ferment dudit fieur Roy entre
les mains de notre Amé & féal Miniftre & Secraitaire
d'Etat , Commandeur Secretaire defdits Ordres
le fieur Comte de S. Florentin ,que les preuves
dudit fieur Roy ont été admifes , qu'il a prêté le
ferment , & a été fait Chevalier en vertu de nofdits
pouvoirs , Nous voulons qu'il foit reconnu en cette
qualité, & qu'il jouffe de tous les honneurs , pri
vileges droits attribués aux Chevaliers de notred.
Ordre de S. Michel . En témoin de quoi nous avons
fait expedier ces Préfentes fignées de notre main ,
& fcellées du Sceau de l'Ordre de S. Michel.
DONNE' à Versailles le 14. Mars l'an de Grace
1741. & de notre Régne le z6 . & fur le repli ; Par
le Roy , Chef & Souverain , Grand Maître des Or- ,
dres de S. Michel & du S. Efprit . Signé , Phelypeaux.
Vila , Arnaud de Pomponne . "
j j j j į į į į į į į: §§ §
MORTS & NAISSANCE.
Na Nude Roy du 23. dour
Na apris que N ... de Radovay , Chef d'Es-
1738. étoit mort le 2. Novembre de l'année dernie
re dans la traversée de la Martinique à S. Domingue.
Il montoit le Vaiffeau le Bourbon , l'un de
ceux de l'Efcadre Françoife , commandée par le
Marquis d'Antin , Vice- Amiral. Il avoit été fait
Capitaine de Vaisseau en 1706. & Commissaire
Géneral d'Artillerie à Breft en 1734 .
La
626 MERCURE DE FRANCE
La Veuve Marie Cochet , Laitiere du Village
d'Ivry près Paris , mourut fur la fin de Décembre
, âgée de 104 ans accomplis . Il n'y a pas
huit ans qu'elle aportoit en ore tous les jours à Paris
du lait aux maifons qu'elle fournifloit , commerce
qu'elle a fait pendant près de 80. ans ,
fans
interruption & fans maladie.
7
Le 2. Janvier , Bertrand de Narbonne - Lara
apellé l'Abbé de Narbonne , mourut fubitement à
Agen , en Guyenne , âgé de 29. ans laiffant un
frere aîné nommé François de Narbonne Lara ,
& Officier dans le Regiment de Vermandois , lequel
refte feul de la Branche aînée de la Maiſon de
Narbonne , iffue des Vicomtes de Narbonne de la
feconde Race , qui tiroient leur origine de la Maifon
de Lara , en Efpagne. La Généalogie en eft raportée
dans le tom. des Grands Officiers de la
Couronne P 760 & fuivantes; mais on y a omis
P. 772. François de Narbonne Lara , Seigneur de
Goudaille , qui de fon mariage avec Jeanne Rafin
d'Hauterive , avoit eu celui qui vient de mourir ,
& fon frere. Ce François , Seigneur de Goudaille ,
avoit eu deux freres aînés , dont il eft fait mention
dans la Génealogie qu'on vient de citer. Le premier
, étoit Louis de Narbonne Comte de Clermont
, pere de la D. de Raftignac , qui a inftitué
pour heritier fon mari au préjudice de fes coufins
germains , & le fecond étoit Louis- Benoît de Narbonne
, Chevalier de l'Ordre Militaire de S Louis ,
Lieutenant- Colonel du Régiment de Mirabeau ,
Infanterie , & Gouverneur de Reggio dans le Modénois.
Ce fut lui qui défendit le 31. Mai 1705. la
Caffinelle de Mofcolino dans le Breffan , contre tous
les Grenadiers de l'Armée du Prince Eugene de Savoye,
& qui les obligea de fe retirer après plus de s
heures d'attaque , action qui a mérité que le Che-,-
Y
valier
MARS. 627
1741.
3
valier Folard en donnât une relation dans fon Commentaire
fur Polybe , ayant fait graver le plan de
La Caffine & de l'attaque. Le même Louis - Benoît
de Narbonne défendit auffi Reggio contre le Prince
Eugene , & ne lui rendit cette Place qu'après une
longue défenſe le 14. Août 1706 .
Anne Oudette Grappin , Veuve en quatrièmes
nôces de François le Brun Procureur Fifcal de la
Seigneurie de M. de Rumon , demeurant à Paris
Quai des Théatins , mourut en cette Ville , ruë
de la Mortellerie , le s . âgée de 134. ans dix mois ,
& fut inbumée le lendemain dans le Cimetiere de
la Paroiffe S. Paul. Ce grand âge eft conftaté par
fon Extrait baptiftaire qui a été produit en bonne
forme à M. le Curé de S. Paul , lequel l'a inferé
dans fon Regiftre à la tête de l'Acte mortuaire de
cette femme. Il paroît par cet Extrait baptiftaire
qu'elle eft née te 5. Mars 1606. dans la Paroiffe de
Balheram , proche la Ville de Gray en Franche-
Comté . L'Acte eft en Latin fuivant l'ufage du tems
& du Pays .
Le 22. D. Angelique- Françoiſe Pepin , Veuve
depuis le 11 Septembre 1732. de Guillaume Tartarin
, Confeiller Secretaire du Roy , Maifon ,
Couronne de France & de fes Finances , ancien
Bâtonnier de l'Ordre des Avocats au Parlement de
Paris , Confeiller & Avocat Géneral de la Reine ,
& Doyen des anciens Echevins de la Ville de Paris
, mourut dans un âge avancé laiffant deux fils ,
l'un Controlleur General des Reftes . & l'autre
Tréforier de France à Paris. La défunte étoit fille
de Jean Pepin , Confeiller - Sécretaire du Roy ,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances
Honoraire , & de Marguerite Varet .
Le 26. Frere Antoine- Henry de Villeneuve de
Trans-Tourettes , Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de
628 MERCURE DE FRANCE
de Jérufalem , Commandeur de S. Mautis en Pi
cardie , & auparavant de Villedieu lès Bailleul
Chef d'Efcadre des Galeres de France du premier
Juillet 1739. après avoir été fucceffivement Garde
de l'Etendaft , Enfeigne , Lieutenant , Capitaine-
Lieutenant le 23. Janvier 1713. & Capitaine de
Galeres le 18. Mars 1725. mourut à Marſeille en
Provence , âgé d'environ 68. ans . Il étoit fils de
Pierre de Villeneuve , Comte de Tourettes , Seigneur
de la Napoule , Efclapon , Avaye , & c . Marquis
de Trans , Lieutenant de Roy en Provence.
& de Marie-Françoiſe Bitaut de Vaillé de Paris , qui
avoient été mariés le 15. Août 1665. On a parlé
de la Maifon de Villeneuve , l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Provence , dans le
Mercure de Novembre 1738. p. 2507. à l'occafion
du mariage du Marquis de Trans , neveu du Commandeur
dont on annonce la mort , avec la Dile
Pernot de Paris.
On a reçû avis de Vienne , que le 13.de ce mois
à deux heures du matin , la Reine de Hongrie étoit
accouchée heureufement d'un Prince , lequel a été
ténu fur les Fonts de Baptême aux noms du Pape &
du Roy de Pologne , Electeur de Saxe , & qu'il a
été nommé Joseph - Benoît- Augufte.
PRE
TABLE.
IECES FUGITIVES . Ode , fur le Jeu , 417
Refléxions fur la Critique ,
Etrennes de M. Darnaud à Mad . C✶ ✶
422
432
Obfervations de M. Maillart , fur l'Efchiquier de
Normandie , 433
Ode , les douceurs de la Poëfie au Marquis de
·
Caumont , 429
Lettre
Lettre d'une Dlle à une de fes Amies de Province,443
Piéces Latines fur l'Election du Pape , &c . 449
Suite de l'Eflai Hiftorique de la Croix de N. S. 454
Stances imitées du Pleaume I. 469
Réponse à une Lettre au fujet d'un Prince nommé
Sans Terre , 470
Epitre du Chevalier D. B. à M. D. M. pour le jour
de l'An ,
Differtation fur les Oifeaux de paffage ,
473
475
48 r
Compliment de Mlle de B. à M. fon Pere , le jour
de l'An ,
Obfervations de l'Auteur de la Defcription de la
Haute Normandie ,
Fable , l'Arbriffeau & le Jardinier ,
482
48,8
489
Epitre de M. de la Soriniere à Mad . de ***
Compliment au Comte de Tavanne , fur la mort
de fon Epouſe ,
4
495
Etrennes de M. Roy le fils , à la Comteffe de Mail-
496 ly ,
Vers du Pere , adreffés au Marech.de Belle -Ifle , 497
Explication de plufieurs Tableaux préfentés au Roy,
à Monfeigneur le Dauphin , & c.
Enigme , Logogryphes , & c .
498
108
$ 10
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS
&c. Catalogue des Rôles Gafcons , Normands &
François . &c .
Bibliotheque Germanique , &c. Tome xxx111. 518
Reflexions Critiques fur la Poefie & la Peinture , 521
Hiftoire des Empires & des Républiques , & c. 2
Hift . de la Vie & du Regne de Louis le Grand, 25
Le Trésor des Poissons à Coquilles ,
L'Art d'écrire , d'après Roffignol .
La Politique du Chevalier Bacon ,
526
527
ibid.
Lettre écrite de Dijon , au fujet de la nouv. Acad. 532
Assemblée de la Societé Littéraire d'Arras ,
Mémoire lû à la Societé des Arts ,
Profpectus fur an Ouvrage de Géographie ,
517
519
563
Avis
Avis fur un nouvel Ouvrage de Muſiqué ,
Eftampes nouvelles ,
Lettre fur la Mort de M. Thomaffin
Inftruction fur les Defcentes ,
Chanfon notée ,
Spectacles , Deucalion & Pyrrha , Comédie ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Ruſſie ,
Allemagne ,
Nuremberg & Ratisbonne ,
Sielefie ,
Pruffe , Efpagne & Italie ,
566
567
568
170
580
581
590
197
600
607
609
Portugal , Ife de Corfe & Grande- Bretagne , 612
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 614
Bénefices donnés ,
M. Roy fait Chevalier de S. Michel ,
619
ibid.
Vers à M. le Duc de Gêvres & à M. l'Abbé de
Ponponne ,
Mort & Naiflance ,
620
625
Errata de Fevrier.
Age 345. ligne 4. méthodes , lise , malades,
Ibid. 1. 24. vifqueufes , l . ialqueufes.
Même page , 1. 30. retirés , l. rebutés .
P. 347. 1. 3. inaction , l. injection.
Ibid. 1 , derniere , Corfteits , l . Carteret.
P. 348. 1.6 foible , l. molle.
Ibid. 1.
P.
349.
7 .. l'effort , l . l'effet.
1. 30. Sr , 1. Docteur
Fautes à corriger dans ce Livre,
P Age 425. ligne 12. ce , lifez ces.
La Chanson notée doit regarder la page 580
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL
1741 .
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillow
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ;
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLI
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
A VIS.
L'ADREMOREAS
'ADRESSE generale eft à
Monfieur
Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com◄
modité voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour
les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. Sols,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
V
AVRIL. 1741 .
**********
PIECES FUGITIVES
en Vers et en Prose.
ODE
Tirée du Pseaume V. Verba mea auribus
percipe , &c.
Souverain Dieu de mon ame
Prêtez l'oreille à mes accens .
Exaucez mes voeux innocens ;
Dès le matin je vous réclame ;
Je fçais que loin de vous l'Impie eft rejetté , ·
Qu'implacable ennemi de toute iniquité ,
A ij Voy
632 MERCURE DE FRANCE
"
Vous perdrez à jamais ceux dont la bouche impure
Pour la perte du Jufte ufant de trahifon ,
Répand de la noire impoſture
Sur cet infortuné le funefte poiſon .
*
Oui , fûr qu'à vos regards céleſtes
La fraude eft un Monftre odieux ,
Et qu'au menfonge audacieux
Vos Jugemens feront funeftes
Contre leurs traits mortels , fources de mon ennui ;
Sur vos bontés , Seigneur , je fonde mon apui ,
Et marchant avec zele à cette Maiſon fainte ,
Où réfide avec vous mon fuport immortel ;
J'irai , faifi d'une humble crainte ,
Adorer vos grandeurs aux pieds de vos Autels,
*
Dans le fentier de la justice
Vous accompagnerez mes pas
Et loin des portes du trépás
Vous ferez mon guide propice ;
Par vous j'éviterai les abîmes profonds
Que mes lâches rivaux en adreffes féconds
S'efforcent nuit & jour de creufer pour ma perte ₫
Ainfi , bravant la mort & la froide terreur ?
De leur malignité couverte
Le Jufte confondra l'homicide fureur,
I'
AVRIL: 17412 633
O Race infenfée & fauvage !
Leur coeur n'eft que perverfité ,
Et le menfonge détesté
Eft pour eux le plus doux langage ;
On diroit que leur bouche eft un fépulchre affreux ,
Toujours prêt d'engloutir en ſon ſein ténebreux
Celui dont la vertu fait la douce efpérance ;
Et leur langue fur lui ne verfe un miel flateur ,
noircir fon innocence
Que pour
Et le faire périr par ce piége impofteur..
*
Perdez cette Troupe ennemie
De vos céleftes vérités ;
Que leurs projets déconcertés
Tournent à leur propre infamie ,
Qu'il s'ouvre fous leurs pas un abîme éternel ,
Où de leurs noirs forfaits le tiffu criminel
Précipite avec eux leur orgueil indomptable ,
Orgueil dont ces méchans élevant jufqu'à vous
L'excès impie & déteſtable ,
N'ont pas craint d'irriter votre jufte courroux.
*
Mais ceux de qui la confiance
En votre immortelle bonté ,
Leur a juſtement mérité
Les trésors de votre clémence ,
A iij Grand
34 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu ! qu'ils foient comblés d'un tranquille
bonheur ;
Que leurs jours foient fereins , que leurs ames
Seigneur,
S'enyvrent à jamais dans des flots d'allegreffe ;
Que toujours affiftés de vos foins bienfaifans ,
Et guidés par votre fageffe ,
De trouble & de péril ils foient toujours exempts
*
Alors le Serviteur fidele ,
Témoin des dons de votre amour,
Vous glorifiera chaque jour
D'avoir récompenſé leur zéle ;
Oui , fans ceffe il loüera par fes humbles concerts
De ce divin amour tous les bienfaits divers ,
Lorfqu'il verra l'effet de fon aide paisible ,
Et qu'elle eft pour le Jufte à votre Loi foûmis ,
Comme un Bouclier invincible
Qui le défend des traits de fes vains ennemis.
LETTRE écrite à M. D. R** fur l'Epoque
de l'Invention du Zodiaque.
E
N lifant , Monfieur , dans le Journal
de Trévoux du mois de Juin 1740.
'Art. 51.l'Extrait d'une Lettre du Pere le Mire,
fur
AVRIL: 1741 : 635
fur l'Invention du Zodiaque , j'ai vû avec
plaifir de quelle maniere il aplaudit à l'explication
que M.Pluche nous a donnée des noms
des Signes & des figures qui les repréfentent.
Il reconnoît avec raison que personne avane
cet illuftre Auteur , n'étoit remonté à la fource
de toutes ces chofes , par des conjectures
plus conformes à la raison . Ce jugement que
le Pere le Mire porte de la nouvelle explication
, m'a obligé à lire avec beaucoup d'attention
les raisons qu'il a crû lui être contraires,
elles m'ont parù fortes . du premier coup ,
mais non pas décifives. La lecture que j'en
ai faite , n'a fait naître plufieurs refléxions
que j'expose aujourd'hui à votre critique .
L'Hiftoire & l'Aftronomie fourniffent au
P. le Mire les raisons qui l'empêchent de
s'accorder avec M. Pluche fur l'Epoque où
celui- ci place la premiere origine & la divifion
du Zodiaque. Quant à l'Hiftoire , il
trouve que les témoignages fur lesquels M.
Pluche fe fonde , font infuffifans , & de plus
qu'ils font démentis par d'autres témoignages
clairs & pofitifs.
1º. Maciobe & Sextus Empiricus, qui font
les garands de M. Pluche , n'établiffent pas
l'Epoque qu'il donne à la divifion du Zodiaque
; car S. Empiricus , raportant parmi les
principes chimériques des Chaldéens ce
qu'ils difoient de la maniere dont.on s'y étoit
A iiij
,
pris
636 MERCURE DE FRANCE
pris autrefois pour divifer le Zodiaque , défigne
les Auteurs de cette divifion par ces
mots , qui olim. Or , cet Auteur ayant vécu
dans le fecond fiécle après J. C. le terme
d'Anciens dans fa bouche peut convenir
exactement à des générations poftérieures au
Déluge de mille , de quinze cent ans, & par
conséquent cette expreffion ne caractérise pas
les Enfans de Noé , réunis autour de Babel.
ment ,
Pour juger fi cette démonftration rend in
utile pour M. Pluche le témoignage de S.
Empiricus , il ne faut que confidérer l'ufage
qu'il en fait. Il ne s'en fert pas précisément
pour fixer l'époque où il place la divifion du
Zodiaque , mais pour recueillir une ancienne
Tradition qui nous a confervé la maniere
dont en s'y prit pour le divifer. Sextus Empiricus
n'eft pas ici l'Hiftorien de cet Evéneil
n'en détermine pas le tems , mais
il eft le dépofitaire de la Tradition qui en a
confervé le fouvenir chés les Chaldéens ;
c'eft à cette Tradition que M. Pluche s'attache
; & qui peut nier qu'elle ne mérite une
grande attention puifqu'elle étoit toute
commune chés les Chaldéens , c'est - à - dire
chés le plus ancien Peuple du Monde ?Je fçais
que l'Aftronomie avoit dégénéré parmi eux
de fa prémiere pureté en des abfurdités grosfieres
; mais feroit- il raifonnable de confondre
les principes folides de l'Aftronomie avec
>
Les
AVRIL 1741. 637
les folies de l'Aftrologie judiciaire ? M. Pluche
a donc eû raifon de féparer cette Tradition
véritable des fauffetés qui l'accompagnent.
En effet fi fur le témoignage d'un Ancien , qui
eſt venu juſqu'à nous dans quelque fragment,
on décide quelquefois des points importans
dans l'Hiftoire, quel cas ne devons - nous pas
faire du témoignage de tout un Peuple fameux
, que nous trouvons heureuſement fixé
dans deux Auteurs , l'un Grec & l'autre Ro
main ?
Après avoir juftifié l'ufage que M. Pluche
fait du récit de Sextus Empiricus , voyons en
quel tems on peut placer l'Evenement qu'il
nous raconte. S'il étoit du nombre de ceux
qui ne font liés expreffément à aucune Epo
que , on ne pourroit le placer dans un tems,
plû- tôt que dans un autre , par le feul Texte
de cet Auteur, car quoique le terme d'Anciens
convienne fort bien aux premiers Habitans.
de la Chaldée , il peut auffi convenir à ceux
qui n'ont vécu que 1500. ans après le Déluge.
Ce n'est donc pas fur ce terme qu'on
peut fonder l'Epoque de la divifion du Zodiaque
, mais fur la liaifon étroite que cette
divifion a avec l'Aftronomie. On conviendra
fans peine qu'elle en eft le fondement
En effet , que connoîtroit- on dans le Ciel !
fi on ignoroit la route du Soleil & les bornes,
qui la terminent vers le Nord & vers le Mi-
A v di a
838 MERCURE DE FRANCE
di ? Comme cet Aftre eft l'ame de la Nature,
auffi la connoiffance de fes mouvemens eſt→
elle le principe de l'étude du Ciel . Or , le
tems des commencemens de cette étude eftil
auffi incertain que celui , auquel fe raporte
le terme vague d'Anciens , & peut-on reculer
l'origine de l'Aftronomie jufqu'à 1500.
ans après le Déluge ? Il nous faudroit .
prendre une étrange idée de l'esprit de l'homme,
pour penser que toujours courbé vers la
terre & occupé des choses qui l'environnent,
il n'eût jamais porté fes regards & fon attention
vers le grand ſpectacle des Cieux. Peuton
s'imaginer que tant de grands esprits qui
ont inventé de bonne heure plufieurs Arts
utiles à la Societé , n'euffent négligé que l'étude
du Ciel , qui ntereffoit tout le genre
humain ? on convient que les Egyptiens ne
furent pas long tems à trouver l'arpentage &
la Géométrie , dans la néceffité où ils étoient
de reconnoître les bornes de leurs champs
confondus l'inondation du Nil ; il ne paroît
pas moins certain que l'Aftronomie àa la
même antiquité parmi ce Peuple & parmi les
Chaldéens.
par
On fçait ce que Josephe raporte dans le
premier Livre de fes Antiquités , que les Enfans
de Seth , dès lors apliqués à l'étude dư
Ciel , ayant apris que le Monde devoit périr
par le Déluge , graverent leurs observations
fur
AVRIL 1741 639
fur deux colomnes , l'une de brique & l'autre
de pierre , afin de les fauver de l'inondation
univerfelle. Sur ce pied - là , l'Aſtronomie
feroit plus ancienne que le Déluge , & puisque
dans ces premiers tems on diftinguoit
l'année par mois , il falloit bien qu'on eût
connû la route du Soleil & qu'on l'eût divisée
en douze parties égales. Mais fans examiner
ici quel a pû être l'état de l'Aftronomie
avant le Déluge , & fi le Soleil a depuis
changé fa route , on fçait jusqu'à quelle antiquité
remontoient les observations que les
Chaldéens remirent dans Babylone ( 1 ) à Callipthene
pour Ariftote , elles étoient de 1900 .
ans , felon Porphire , & leur commencement
concouroit avec les tems les plus voifins du
Déluge , ce qui revient juftement à l'Epoque
de M. Pluche. Cela étant , tout ce qui nous
prouve l'antiquité de l'Aftronomie , nous
prouve auffi celle de la divifion du Zodiaque,
fans laquelle il n'y a point d'Aftronomie. Si
donc les premiers habitans de Chaldée ont
été Aftronomes , il faut qu'ils ayent découvert
& divisé le Zodiaque , & il eft démontré
qu'ils font les Anciens dont parle Empiricus.
Les premiers hommes voyoient le Soleil
changer chaque jour les points de fon lever
& de fon coucher dans l'horison ; ils le
(1 ) Porph. apud Simpl . Lib. 2. de Coelo .
A vj voyoient
640 MERCURE DE FRANCE
dans un tems que
voyoient s'élever en fon midi beaucoup plus
dans un autre ; ils observerent
que les Etoiles qui le fuivoient de plus
près dans fon coucher , disparoiffoient après
15. ou 30. jours , obscurcies par fa lumiere.
Ces mêmes Etoiles qui avoient été cachées
pendant deux mois environ , ils les voyoient
reparoître avant le jour , lorsqu'elles commençoient
à fe dégager des rayons du Soleil
. Dès- lors ils ne pouvoient douter qu'il
n'eût paffé devant elles & qu'il n'eût un
mouvement propre qui le faisoit avancer
chaque jour d'Occident en Orient. En le fuivant
chaque mois dans fon mouvement progreffif
, ils parvinrent aisément à reconnoître
toute la fuite d'Etoiles qui étoient effacées
dans un an par fon'paffage , & ils furent en
état de défigner fa route dans le Ciel.
L'ayant enfin reconnuë , ils n'eurent plus
qu'à la diviser en parties à peu près égales.
Čette divifion leur étoit absolument nécessaire
pour fixer le commencement & la fin de
l'année , & pour regler le tems de toutes les
opérations de la campagne. Pouvoient- ils s'y
prendre avec plus d'adreffe & de précaution'
que de la maniere dont ils s'y prirent, au raport
d'Empiricus? Ils étoient affûrés d'avoir dans la
premiere quantité d'eau qu'ils laifferent écouler
d'un foir à l'autre , la jufte mesure de la
révolution de tout le Ciel & des Etoiles que
le
AVRIL 17417
345
le Soleil couvre dans un an. Ils ne l'étoient
pas moins que la douzième partie de cette
quantité d'eau leur donnoit la mesure de la
douzième partie de la révolution céleste .
On voit par- là que la feconde démonſtration
du Pere le Mire n'eft pas auffi convaincante
qu'il l'a pensé . Il fupose que les Chaldéens
fe fervirent des moyens dont nous avons
parlé pour reconnoître exactement la Ligne
que le Soleil décrit dans un an , & il démontre
que cette connoiffance n'a pû être
l'effet de l'opération qu'ils employerent ,
mais que tout le fruit qu'on peut en retirer
c'eft de partager le Firmament , l'Equateur ,
le Zodiaque même , & tous les paralleles en
2. portions, fans que l'on puiffe jamais connoître
par- là fi le Soleil paffe fous une fuite
d'Etoiles plû-tôt que fous une autre ; mais
auffi ce n'étoit pas ce qu'ils cherchoient ,
puisqu'ils connoiffoient déja , comme j'ai dit,
& le mouvement propre du Soleil & les bornes
de fa route. Leurs idées auroient été
bien extraordinaires , s'ils avoient entrepris
de trouver cette route par le moyen proposé.
Quel étoit donc leur but & leur deffein ?
C'étoit de diviser la route du Soleil , déja
connue , en 12. portions égales , & dès-lors
leur opération étoit très -jufte . Au refte , il
eft facile de voir que M. Pluche ne leur attribuë
pas d'autre vûë , par ce qu'il dit immédiatement
642 MERCURE DE FRANCE
diatement avant que de rapeller le récit de
S. Empiricus
. Voici donc , dit il , comme on
partagea la route du Soleil en 12. portions on
amas d'Etoiles. Il ne dit pas qu'on la reconnut
, mais qu'on la partagea .
Cependant ces premiers Habitans de Chaldée
n'avoient pas besoin pour leur deffein de
reconnoître avec la derniere précifion , fi la
route du Soleil étoit invariablement la même
, s'il coupoit toujours l'Equateur précisément
aux mêmes points , & s'il s'en écartoit
toujours également; il leur fuffisoit de fçavoir
que la pofition de l'Ecliptique eft fenfiblement
la même à l'Equateur ; & il faut bien
que la difference , s'il y en a , foit très- inſenfible
, puisque la fagacité de nos plus habiles
Aftronomes n'a encore pû s'en affûrer , &
cependant nous ne laiffons pas de connoître
fuffisamment la Ligne que le Soleil décrit fous
le Ciel dans fes déplacemens perpétuels .
2º. Le P. le Mire tire de l'Hiftoire des Argumens
pofitifs , qui lui paroiffent plus que
fuffisans pour renverser l'Epoque de M. Pluche
; les noms, dit - il , que nous donnons aujourd'hui
aux Signes du Zodiaque , font differens
de ceux dont fe fervoient les Aftronomes
Chaldéens , c'eft Achilles - Tatius , Evêque
d'Alexandrie , bien inftruit dans l'Aftronomie
des Chaldéens , & des Egyptiens, qui
le dit expreffément. D'ailleurs, notre langage
AftronoAVRIL
1741 643
Aftronomique nous vient des Grecs , & les
noms que ceux - ci donnerent aux Conftellations
, étoient fondés fur leur Mythologie &
fur les Avantures de leers Dieux ou demi-
Dieux. Donc on ne peut dire que les Chal
déens ayent défigné les Signes du Zodiaque
par les noms qui font aujourd'hui en ufage .
Donc les noms & la divifion du Zodiaque
ne nous viennent pas des premiers enfans
de Noë.
S'il étoit bien prouvé que les Grecs ne
s'accordent pas avec les Chaldéens fur les
noms & les marques des Signes du Zodiaque
, on pourroit peut - être en conclure
que ceux- ci n'en font pas les Auteurs. Mais
il s'en faut bien que cela ne foit. Tous les
Sçavans qui ont examiné l'Aftronomie des
Grecs , fe font réunis à penfer que les Egypriens
avoient été leurs Maîtres . Achilles
Tatius , dans le Livre cité par le P. le Mire ,'
dit expreffément ( 1 ) que les Egyptiens ont
été les premiers à mefurer le Ciel & la Terre.
Et Higin déclare nettement que les figu
res & les marques que les Aftronomes donnent
aux Aftres & aux Planettes ,viennent des
Chaldéens & des Egyptiens. Il eft vrai que
le tems , les vûës & le génie de chaque Ñation
peuvent avoir mis quelque difference
dans les noms & dans les formes de quel
(1) Ifagoge ad Arati phanomena ,
•
ques
$44 MERCURE DE FRANCE
ques Conftellations ; mais cette difference
ne fait que mieux fentir à qui eft dûë la gloire
de la premiere invention , & c'eſt tout ce
qu'a voulu dire Achilles Tatius , dont voici
les termes : » Les Conſtellations du Dragon ,
» de l'Ourſe & de Cephée ne fe trouvent , ni
» dans la Sphere des Chaldéens, ni dans celle
» des Egyptiens , mais à leur place il y en a
» d'autres qui portent d'autres noms. Au reſte,
» ajoûte -t - il , les Grecs ont donné aux
» Conftellations des noms tirés de l'Hiftoi
» re de leurs Héros afin qu'on pût les re-
» connoître plus aifément. » On voit qu'Achilles
Tatius ne parle que de trois Conf
tellations , & qu'il ne dit pas un mot des
Signes du Zodiaque . Il nous découvre en
même tems pourquoi les Grecs ne s'accor
dent pas entierement avec les Anciens.
Les premiers Aftronomes de la Grece
ayant reçû des Egyptiens , comme nous le
montrerons , les figures d'Animaux qu'ils
attribuent à chaque Signe du Zodiaque & à
la plupart des Conftellations , & ne comprenant
pas ce qu'elles pouvoient fignifier ,
chercherent eux-mêmes à leur donner un
fens. Dans cette difpofition , l'amour de la
Patrie , la gloire de la Nation , & peut - être
l'envie de fe donner pour Inventeurs , les
porterent bien- tôt à donner à leurs Conftellations
les noms de leurs Héros . Ils étoient
affûrés
A V R 1 L. 645 1741.
affûrés de les immortalifer en les plaçant
dans le Ciel , & en les expofant à la vûë de
tous les fiécles. On fçait comment , trompés
par la double fignification du mot Dubbé ,
ils allerent imaginer la Fabie de la Nymphe
Calliftho, changée en Ourfe. Mais quoiqu'ils
ayent ainfi travefti les Figures Egyptiennes
en celles de leurs Dieux , ils en ont affés
refpecté la fubftance , furtout dans les fignes
du Zodiaque que nous avons encore aujour
d'hui , prefque fous les mêmes figures que
leur donnerent les premiers Aftronomes de
Chaldée .
Ce qui termine tout doute là deffus , c'eſt
que , comme le remarque M. Pluche , on
trouve fréquemment les figures entieres des
Signes céleftes dans les Monumens Egyptiens
, qu'on fçait être d'un tems peu éloigné
du Déluge. On peut s'en raporter au
fçavant P. Kirker qui avoit fi bien étudié
ces Monumens. Il démontre dans fon dipe
( 1 ) que les Grecs n'ont fait qu'altérer
ce qu'ils avoient reçû des Egyptiens , que
malgré la difference qu'ils ont voulu y mettre
, on reconnoît encore l'ouvrage des premiers
Autcurs jufque dans les Notes abregées
dont nous nous fervons. Pour former
là - deffus une entiere conviction , il raporte
le Planifphere des anciens Egyptiens , & le
(1 ) Oedip. Egyphiacus, tom, 2. cl . 7. c. 1. ý 2 .
com
48 MERCURE DE FRANCE
comparant avec celui des Grecs , qui eſt
auffi le nôtre , il fait voir qu'il n'y a entre
l'un & l'autre , que la difference que nous
avons marquée . Obfervons ici que fi l'ufage
de ces figures , pour défigner les douze portions
du Ciel & de l'année , a paffé à la plûpårt
des Peuples , c'eft une preuve qu'il provient
, comme eux tous , de la fource commune
du Genre humain.
.Ceci nous conduit à examiner le fecond
argument du Pere le Mire , dont voici le
précis : l'invention du Zodiaque & la dénoinination
de fes Signes ont une antiquité à
peu près égale , & les mêmes Auteurs . Or ,
felon Pline & Diogène Laërce , les Grecs ,
Auteurs de notre Aftronomie , ne commencerent
à avoir ces connoiffances que plus de
1500. ans après le Déluge : & elles ne furent
chés eux que le fruit de leur propre travail ,
qui , par un progrès lent & fucceffif, & par
une fuite d'obfervations faites de loin en
loin , forma après quelques fiécles le corps
de leur Aftronomie.
Nous avons vû en quel fens les Grecs
étoient Auteurs de notre langage Aftronomique.
Tout le fervice qu'ils nous ont rendu
en cela , c'eſt de nous avoir donné leurs Fables
& de nous avoir fait perdre les verités
d'Hiftoire naturelle que les Egyptiens avoient
cachées fous leurs Hieroglyphes. Mais , pour
L'AftroAVRIL
1741: 849
Aftronomie , elle étoit cultivée bien avant
que les Grecs s'apliquaffent aux Sciences ,
& même avant le tems de leurs Héros . Ils
étoient encore fans Loix , fans Police, & errans
dans leurs Forêts , lorfque l'Aftronomie
fleuriffoit depuis plufieurs fiécles dans la
Chaldée .
Sans rapeller ici ce que nous avons dit au
fujet des Aftronomes de ce Pays , Pline raporte
qu'ils avoient gravé fur des carreaux
de brique des obfervations de 720. ans ; &
Ecriture nous aprend , L. 4. des Rois , c. 20.
qu'au tems d'Ezéchias , Roy de Juda , l'ombre
du Soleil ayant reculé de dix lignes à la parole
d'Ifaïe fur le Cadran de ce Prince le
Roy de Babylone lui envoya une Ambaſſade.
célebre , pour s'informer du prodige qui
étoit arrivé en Judée. Soit que les Aftronomes
de Chaldée s'en fuffent aperçus dans le
Ciel , foit qu'ils l'euffent apris par
mée , c'eſt toujours une preuve non fufpecte
de l'attachement qu'ils avoient à étudier
le Ciel & les mouvemens du Soleil plus de
*. 100. ans avant le tems de Thalès ; & dèslors
peut-on leur refufer la connoiffance du
Zodiaque & de l'obliquité de l'Ecliptique ?
Tout cela nous oblige à reconnoître qu'ils
ont été fans conteftation les premiers Obfervateurs
des Aftres , auffi - bien que les
Auteurs du Genre humain, Comme ils vi
la renomvoient
848 MERCURE DE FRANCE
voient dans un Pays fort uni & fous un Ciel
toujours ferain , ils profitoient du loifir que
feur donnoit la garde de leurs Troupeaux ,
pour obferver l'ordre & le mouvement des
Cieux.
Il faut en dire autant des Egyptiens , chés
qui l'Aftronomie n'eft guére moins ancienne
au raport de Platon in Epinom. Primus , dit - il,
barum rerumfpectator , barbarus fuit, antiqua
enim regio illos aluit qui propter aftivi temporis
ferenitatemprimi hac infpexerunt . Talis Ægypthus
& Syria fuit ubi ftella omnes clarè cernuntur
, quoniam Cali confpectum nec pluvie
intercipiunt , nec nubes . Quoniam vero magis
quam barbari ab aftivâ diftamus ferenitate ,
fiderum ordinem tardiùs intelleximus . Il n'y a
que la force de la verité qui ait pû tirer de
ce grand Homme un aveu fi fincere , malgré
l'amour de la Patrie naturel à tous les
hommes. L'attention qu'eurent les Egyptiens
en bâtiffant leurs Pyramides , d'en diriger
les quatre faces vers les quatre points
cardinaux , eft une preuve du foin qu'ils
donnoient dès - lors à l'étude du Ciel. Or, on
fçait de quelle antiquité font ces Pyramides.
Hermès furnommé Trismegifte , qui fit luimême
plufieurs découvertes , fixa le corps
de leur Aftronomie , divifa le Ciel en 48 .
Conſtellations & regla l'année par la connoiffance
exacte qu'il acquit de la révolution
an
AVRIL. 1741. 649
annuelle du Soleil . Les fix heures qu'il met
à remplir cette révolution , outre les 365.
jours , n'échaperent pas à Hermès ; il écrivit
ces principes d'Aftronomie & plufieurs fecrets
d'Hiftoire naturelle dans 12. Livres ,
qui furent depuis fi refpectés en Egypte .
Dans le même tems,Atlas , Roy de Mauritanie
& d'Ethiopie , fe rendit fi fameux dans
la fcience des Aftres , qu'on lui a attribué lo
foin d'en regler le mouvement. Auffi Virgile,
qui remonte affés fûrement à la véritable
origine des chofes , fait chanter à Jopas
dans le Feftin de Didon
Docuit que maximus Atlas
Hiccanit errantem Lunam Solifque labores. Æneid.1.
1
Lucien dans fon Traité de l'Aftrologie
reconnoît que les Ethiopiens ( qu'il confond
aparemment avec les Egyptiens ) ont été
les premiers à découvrir que la Lune n'avoit
point de lumiere propre , & qu'elle
l'empruntoit du Soleil , quoique les Grecs
ayent voulu faire honneur de cette découverte
à Thalès de Milet ou à fes Diſciples .
C'eft fur toutes ces preuves que le Pere
Kirker , dans l'endroit cité , après avoir raporté
les monumens qui nous reftent de cette
premiere antiquité , & le témoignage des
Auteurs Arabes & Syriens , plus inftruits que
Aes Grecs de l'Hiftoire & des Sciences de
PE=
650 MERCURE DE FRANCE
Egypte , conclut par ces paroles remarqua
bles. » Il n'y a donc rien de plus mal fondé
que d'attribuer à Anaximandre ou à Thalès
la découverte de l'obliquité de l'Ecliptique
& la divifion du Zodiaque. Ces
» connoiffances étoient communes en Egyp
te , lorfque les Grecs étoient encore dans
une profonde ignorance , & il s'eft paffé
bien du tems avant qu'ils les en ayent ti-
" rées. " Après cela n'y a- t'il pas lieu de
s'étonner de ce que dit Pline L. 2. G., 28.
qu'Anaximandre de Milet & Cleoftrate de
Tenedos , furent les premiers à découvrir ,
l'un , l'obliquité du Zodiaque , & l'autre , les
Signes du Belier & du Sagittaire, Comme
Thalès , inftruit par les Pheniciens , aprit le
premier aux Grecs à faire ufage de l'obfervation
des deux Ourfes fur Mer , on lui a attribué
, ou à fes Difciples les commencemens
de l'Aftronomie , & avec raiſon , fi on parle
de l'Aftronomie chés les Grecs. Il paroît que
Pline ne l'entend pas autrement , puifqu'il
ajoûte tout de fuite qu'Atlas avoit obfervé
la Sphere des Cieux long- tems auparavant ,
Spharam ipfam multò ante Atlas , & par-là il
revient à ce que nous avons dit.
11 eft fi vrai que les Grecs ne font pas Inventeurs
en Aftronomie , que leurs plus anciens
Philofophes ont tous voyagé en Egypte
, pour y puifer les connoiffances du Ciel
dans
AVRIL 1741 65*
dans leur fource . C'eft ce que Diogene
Laërce , cité par le P. le Mire , atteſte dans
Les Vies de Pytagore , de Thalès , d'Eudoxe
& de plufieurs autres ; & on a remarqué que
ces Voyageurs Grecs raportoient dans leur
Pays plus de connoiffances , à mesure qu'ils
avoient fait plus de féjour en Egypte . Pytagore
qui y demeura fept ans avec les Prêtres ,
alla le plus loin en Géométrie , & fit
noître le premier en Grece le vrai fyftême
du Monde.
52
con-
» Rien n'eft plus décifif là deffus que le
témoignage de Strabon ( L. 17. de fa Géographie.
) Platon & Eudoxe , dit- il , de-
» meurerent long- tems en Egypte avec les
» Prêtres qui étoient fort habiles dans la
» connoiffance des chofes céleftes , mais qui
» en faifoient un fecret aux Etrangers . Cependant
avec le tems ces Barbares ne pu-
» rent refufer aux affiduités des Voyageurs
» Grecs de leur communiquer quelques-
» unes de leurs connoiffances , mais ils en
» cacherent toujours la meilleure partie. Ils
» leur aprirent à ajoûter quelques heures aux
trois cent foixante cinq jours de l'année
pour la rendre complette . On ne connoif-
» foit pas alors en Grece la grandeur préciſe
» de l'année , comme bien d'autres chofes
jufqu'à ce que les Aftronomes nouveaux
» les cuffent aprifes par la traduction qu'on a
و د
»faite
352 MERCURE DE FRANCE
faite en Grec des Livres des Prêtres Egyp
» tiens ; & ils continuent encore aujourd'hui
» à tirer d'eux & des Chaldéens plufieurs
» découvertes. » Cette réſerve des Prêtres
d'Egypte envers les Etrangers nous fait comprendre
pourquoi l'Aſtronomie est allée ſi
fentement chés les Grecs , enforte qu'elle
fembloit être le fruit de leur propre travail
& d'une longue fuite d'expériences. Car ces
Prêtres ne dévoiloient pas toutes leurs découvertes
aux Voyageurs de la Grece , comme
nous pourrions aujourd'hui démontrer
le fyftême complet du Ciel à une troupe
d'Iroquois qui viendroient en France. Ils fe
contentoient de les mettre fur les voyes ,
comme ils ne s'expliquoient qu'à demi , il
n'eft pas étonnant que les Grecs ayent été
long- tems à comprendre toute la fuite de
leurs principes , en y joignant leurs propres
obfervations. Mais il ne feroit pas plus rai
fonnable de leur attribuer la première connoiffance
des Signes du Zodiaque , que d'attribuer
à Sulpitius Gallus la premiere connoiffance
des Eclipfes , parce qu'il a été le
premier à la communiquer aux Romains.
&
Je n'ajoûterai à cela qu'une remarque que
nous fournit le P. le Mire lui- même au fujet
de la Conſtellation des deux Gemeaux. Elle
fut d'abord marquée par deux Chevreaux , à
quoi les Grecs fubftituerent dans la fuite
Caftor
AVRIL. 1741 653
Caftor & Pollux. N'eft- ce pas là une preuve
évidente que l'envie d'immortalifer leurs
Héros leur a fait changer les figures qu'ils
avoient reçûës des Egyptiens ?
11 eft donc conftant que l'Aftronomie ;
c'eft à dire la connoiffance exacte de la Ligne
que le Soleil décrit dans le Ciel , la divifion
de cette route , & la dénomination de
fes parties , eft plus ancienne dans le monde
que les premieres études des Grecs , & puifqu'ils
font parvenus fi tard à connoître toutes
ćes chofes , il eft clair qu'ils n'ont pû en être
les Inventeurs . La Grece a été le féjour des
Sciences , le Lieu où elles ont acquis une
forte de perfection , mais non pas
celui de
leur naiffance.
30.
3°. Après avoir fuivi le P. le Mire dans les
argumens qu'il tire de l'Hiftoire , voyons
celui que lui fournit l'Aftronomie : en voici
Ja fubftance. Les Etoiles du Belier ( & il en
eft de même des autres ) ont avancé depuis
la premiere conſtruction de la Sphere de
degrés d'Occident en Orient , ce qui fait la
12. partie d'une révolution célefte . Cela
étant , il faut de deux choſes l'une , ou que
les Etoiles foient au commencement de leur
feconde révolution depuis la conftruction de
la Sphere , & alors le Monde fera ancien de
27300. ans ; ou elles feront au commencement,
à la 12. partie de leur premiere révolu
B tion ,
54 MERCURE DE FRANCE
tien , & alors il n'y a d'aujourd'hui jufqu'au
premier arrangement de la Sphere que 2100 ,
ans , donc l'époque de cette invention revient
environ à 300 , ans avant Jefus Chriſt .
Ce dilemme feroit fans replique fi l'invention
du Zodiaque n'étoit pas plus ancienne
que la Sphere. Mais il paroît certain
qu'on a long- tems étudié le Ciel en lui - même,
avant que de le repréfenter par des Globes
ou par des Spheres. La fimplicité de ces
premiers tems ne s'accorde pas avec le grand
art que nous voyons dans ces Machines . Le
P. le Mire ne peut en difconvenir , puifque ,'
felon lui , Anaximandre découvrit le premier
le Zodiaque , & que la Sphere n'a été mife
dans l'état où nous l'avons aujourd'hui , que
vers le tems d'Archimede & d'Hipparque ,
c'eſt à dire tout au plus 200. avant J. C,
ainfi , quoique l'avancement de 30. degrés
vers l'Orient nous oblige à reconnoître qu'il
ne s'eft paflé que 2100. ans depuis la conftruction
de la Sphere , on n'en peut rien
conclure pour la divifion du Zodiaque , qui
eft beaucoup plus ancienne , Mais comme
j'ai prouvé que l'Aftronomie étoit de la premiere
antiquité chés les Egyptiens , il eft
naturel de penfer qu'ils ont inventé quelque
forte de Sphere dans cette longue fuite
d'années. En effet ils en attribuent l'invention
à leur Mercure ; & Aratus dans fes
Phé
AVRIL 1741 . 655
Phénomènes s'accorde avec eux là- deffus :
ils le repréfenrent ordinairement avec une
Sphere à la main , mais moins compofée
que celle des Grecs.
le
Quoiqu'il en foit , une preuve déciſive
que les Signes du Zodiaque & les Points des
Equinoxes & des Solftices étoient connus
bien avant la conftruction de la Sphere .
eft ce que raporte Saint Clement Alexandrin,
fçavoir que Chiron qui étoit de l'expedition
des Argonautes , obferva l'Equinoxe du
Printems au milieu du Belier , & celui d'Automne
au milieu de la Balance , & que Me- ›
thon , un an avant la Guerre du Peloponefe
obferva que le Solftice d'Eté paffoit par
huitiéme degré du Cancer. Or l'expédition
des Argonautes et arrivée vers le tems du
Siége de Troye , c'cft - à- dire vers l'an 2800 .
du Monde ; donc l'invention du Zodiaque
eft au moins de cette antiquité & mille ans
avant la conftruction de la Sphere . On reconnoîtra
fans doute qu'elle eft beaucoup
plus ancienne , fi on fait attention que Chiron
, occupé de cette fameuſe expédition ,
ne penfoit pas à découvrir pour la premiere
fois les Points où l'Ecliptique coupe l'Equateur
, mais qu'il ne faifoit qu'employer
des connoiffances qu'il avoit déja acquifes
par le commerce des Phéniciens .
Quant à la préceffion des Equinoxes
Bij elle
1
656 MERCURE DE FRANCE
elle ne nous eft connuë que depuis Ptolomée,
qui obferva les changemens arrivés dans
le Ciel depuis qu'Hipparque en avoit dreffé
l'Etat. Mais il paroît difficile que les Egyptiens
, qui obfervoient avec foin & depuis
tant de ficcles, ce qui fe paffoit dans le Ciel,
ne fe foient pas aperçûs d'un fi grand changement.
C'eft aparemment parce qu'ils l'avoient
connu , qu'ils établirent cette grande
année après laquelle la révolution des Cieux
étant finie , toutes chofes devoient retourner
dans leur premier état. Cette année ou ré--
volution étoit , felon eux , de 36000. parcel
qu'ils croyoient , faute d'obfervations affés
exactes , que les Etoiles n'avançoient d'un
degré vers l'Orient , que dans l'efpace de
cent ans.
Vous verrez , Monfieur , par tout ce détil
, que M. Pluche n'eft pas moins fondé
fur l'époque où il place l'invention du Zodiaque
, que fur les autres points qu'il traite
fi heureuſement dans fes Ouvrages. Partout
vous trouverez même exactitude & même
folidité. Cependant je m'aperçois que cette
Lettre eft devenue plus longue que je ne
penfois. Je craindrois même qu'elle ne le fût
trop , fi je n'étois affuré de votre bonté pour
celui qui a l'honneur d'être, &c. J. B. d'Aix,
Le 25. Janvier 1741 .
ODE
AVRIL 1741 657
*******:
ODE fur la mort du R. P. PORE'e Jésuite
Profeffeur de Rhétorique au College de
LOUIS LE GRAND , adreffée à M. l'Abbé
PHILIPPE . Par M. des Forges Maillard.
(
LE front fec & noirci , ceint de paille allumée ;
La Mort roulant fa faux , en traverſant les airs ,
Dévance , fuit , réveille , éteint la Renommée ,
Et terraffe la gloire & fes héros divers.
Le Monde, à fon afpect, garde un morne filence ;
Son fceptre d'offemens préſage ſa fureur.
La Brute , comme l'Homme , évite fa préſence :
Son image fuffit pour les glacer d'horreur.
Rien ne peut écarter fa foudre & les tempêtes ;
Les Lauriers d'Apollon , & les Lauriers de Mars
N'en ont point garanti les plus illuftres têtes.
Ses traits ont mis en poudre & Porée & Villars.
• Philippe , avec raiſon tu regrettes Porée ,
Immortel ornement de fa Societé ;
Au feu du vrai foleil fa fageffe épurée ,
Au - deffus des grandeurs plaçoit l'integrité.
Quelque illuftré qu'il ſoit , qu'eft - ce en effer
qu'un homme ,
B iij
Aux
58 MERCURE DE FRANCE
Aux yeux de l'Equité , qu'une vaine fourmi ,
Qu'éleve ie hazard fur un vil brin de chaume ,
S'il n'eft
par la vertu dans fon rang affermia
Si le corps eft de boue , & l'ame une étincelle
Des rayons de Dieu même un vif écoulement ,
Commune aux Animaux , la naiffance doit - elle ,
Ou l'efprit , operer notre annobliffement ?
Tu vis dès fon aurore , Eloquence Romaine ,
Reparoître l'éclat de ton aftre éclipſé :
De Sophocle tonant l'inimitable veine ,
Pour modele eût choifi fon délire fenfé.
Dans le champ de Pallas il fournit fa carriere
Athlete infatigable ; & dans fes derniers ans ,
Son efprit conferva fa feve , & la lumiere
Dont la fame animoit les fleurs de fon printems.
Le talent le plus rare eft quelquefois ſemblable
A certains fruits brillans , dont la couleur féduit , *
Mais dont le fein renferme un poiſon déteſtable ,
Qui court de veine en veine , & que la Parque fuit,
Vit- on jamais le fien coloré d'impofture ,
Bleffer d'un trait fatal les moeurs , la charité ,
* On trouve de ces fruits dans l'Amérique , tels
que les pommes du Machemillier , &c.
Stilet
AVRIL
. 1741.
659
Stilet pernicieux , qui , cachant fa bleffure ,
Gliffe fon fer aigu chés la Pofterité ?
Heureux l'homme de bien , qui , fans prendre le
change ,
Du faux goût de fon fiécle immuable vainqueur,
Recevra comme lui , cette jufte louange :
Son efprit n'ajamais deshonoré fon coeur!
La Perfuafion s'écouloit de fa bouche ;
Le vrai , le pur , l'honnête accompagnoit
le beau
Frémiffant de courroux , le vice à l'oeil farouche ,
Se plongeoit à la voix dans l'ombre du tombeau .
Que de fois on a vû les Cygnes de la Seine ,
Regler fur fes accords , leurs tons mélodieux ,
Et dans fes entretiens , mieux que dans l'Hipocrene
,
Puifer le doux nectar du langage des Dieux !
Que de fois tout Paris, accouru pour l'entendre ,
L'admira , le couvrit d'un encens mérité !
Il brilloit par devoir , & toujours , fans attendre
Ailleurs que dans les Cieux , fon immortalité .
Que d'Eleves fameux fur la fcêne du monde
Dans les divers états fes leçons ont produits ,
Comme autant de rameaux d'une tige féconde ,
Dont les uns ont des fleurs , & les autres des fruits
В iiij
Mon
360
MERCURE DE
FRANCE
Mon cher Philippe , ô toi , dont les trop juftas
larmes
Payent fon amitié d'un fidele retour ,
C'est à lui que tu dois la fcience & les charmes
D'où ton ame formée acquit un nouveau jour.
Seche tes pleurs j'ai vû les vertus fur leurs aîles ,
L'ardente pieté, l'innocente candeur ,
L'emporter au fommet des voutes éternelles ,
Et la verité fainte annoncer fon bonheur.
Né près du froid rivage , où je vis folitaire ;
* La Sante , de Porée éleve , ami , rival ,
Couroit à fes côtés dans le champ litteraire ,
Vif, fubtil , abondant & prefque fon égal.
Vannes avec tranſport vit fa Minerve éclore ;
Mais Paris de bonne heure en priva les Bretons.
C'est cet homme excellent , c'eſt lui qui , jeun@
encore ,
Peut long-tems remplacer celui que nous perdons.
* Le Pere de la Sante eft né près de Rhedon en
Bretagne , Ville qui eft éloignée du Croific d'environ
dix lieuës.
M. l'Abbé Philippe nous prie d'inftruire
le Public qu'il prépare actuellement une édition
complette de tous les Ouvrages du R.
P. PORE'E , Nous fçavons de lui - même ,
qu'éAVRIL
1741 661
qu'étant en poffeffion de la plus grande
quantité des Manufcrits de ce célebre Profeffeur
, on ne peut guére s'empêcher d'avoir
recours à lui , furtout pour les dernieres copies
des Piéces de Théatre que le P. Porée
retouchoit toutes les fois qu'il les faifoit
jouer de nouveau. Outre cinq Harangues en
original , non imprimées , qui ne feront pas
aifées à trouver , M. l'Abbé Philippe eft ,
dit- il , en état de démontrer en tems & lieux
que fans fon fecours , on ne pourra jamais
donner que des éditions imparfaites , par la
raifon qu'il poffede plufieurs morceaux uniques
; il offre de faire part de tout ce qu'il a.'
Ôn doit fouhaiter que la République des
Lettres foit bien-tôt enrichie de cette collection
qui , par fon utilité , doit exciter
l'empreffement de tous ceux qui fe confacrent
à l'éducation de la Jeuneſſe .
QUESTION importante jugée au Parlement
de Paris.
ود
ود
Spe
I , en Artois , un Ayeul , parent de fa
petite fille dans la ligne & côté mag
» ternels, fuccede aux propres du même cô
té , à l'exclufion d'un collateral plus prò
» chain du même côté.
23
Bv FAIT,
662 MERCURE DE FRANCE
FAIT.
Le 24. Août 1738. Marie-Eugenie - Jofeph
Caucheteur , mourut à S. Omer , Lieu de
fon domicile , y laiffant des biens-meubles ,
acquêts & propres.
Le fieur le Sergeant , fon ayeul maternel
& plus proche parent, habile à lui fucceder,
d'abord heritier des meubles & ac- fe
porta
quêts.
Le fieur Defcamps d'Inglebert , Lieutenant
Géneral au Bailliage de S. Omer , fe
prétendit heritier des propres maternels .
L'ayeul maternel réclama ces mêmes propres
; mais étant mort avant le jugement de
cette conteftation , fes enfans reprirent en
fon lieu & place , & obtinrent au Confeil
Provincial d'Artois une Sentence par défaut ,
qui leur adjugea les propres en queftion.
Le fieur d'Inglebert ayant apellé de cette
Sentence , la Caufe fut plaidée en la Grand'-
Chambre du Parlement .
On difoit pour l'Appellant que dans la
fucceflion des propres , on fuit un ordre different
de celui que l'on fuit pour les autres
biens , foit meubles ou acquêts ; ceux- ci
apartiennent au plus proche parent, fans diftinction
du côté d'où ils font provenus au
défunt , au lieu que les propres fuivent leur
ligne & apartiennent au plus prochain lignager
AVRIL 1741
663
ger du côté d'où ils font provenus , quand
même il ne feroit pas le plus proche parent
du défunt. On ne confidere point le degré
de parenté , mais feulement celui du lignage
, & le raprochement de parenté , qui fe
forme par quelque alliance furvenante entreperfonnes
de la même ligne , ne change rien
quant à l'ordre de fucceder aux propres de
cette ligne.
Ce principe eft établi par l'Auteur des
Notes fur Artois , Art. 105. N. 20. & fuiv.
& la Queſtion a été ainfi jugée par plufieurs
Arrêts , notamment par un Arrêt rendu en
forme de Reglement le 3. Septembre 1734-
Cet Arrêt , quoique rendu dans la Coûtume
de Paris , doit être obfervé dans toutes les
Coûtumes femblables , c'eft -à - dire qui font
de côté & ligne , telles que celle d'Artois .
On difoit au contraire pour les Intimés ,
fi on confidere le Droit commun , on
trouve que dans tous les tems & chés toutes
les Nations , un premier principe eft que la
fucceffion d'un défunt eft dévolue à fon plus
proche parent , fuivant cette maxime des
Romains, proximus agnatus familiam habeto.
que
Il n'y avoit qu'une forte de patrimoine
chés les Romains ; la diftinction des propres
n'a été introduite dans le Droit coûtumier ,
que pour perpétuer les familles , & y conferver
les biens , en affectant à chaque ligne
В vj
ceux
664 MERCURE DE FRANCE
ceux qui en feroient provenus .
Pour remplir ces vûës , les Coûtumes ont
pris des routes differentes ; les unes , que
nous nommons foucheres , exigent pour que
l'on recueille un propre , qu'on foit defcendu
de l'acquereur ; d'autres , que l'on apelle de
côté & ligne , comme celle d'Artois , veulent
feulement qu'on foit le plus proche du
côté & ligne , dont l'heritage eft échû au
défunt.
En accordant aux Intimés les propres en
queftion , ils ne fortiront point de la ligne s
le voeu des Coûtumes pour la conſervation
des propres , eft rempli.
D'ailleurs , l'ayeul maternel a pour lui le
Droit commun , l'équité naturelle , & la
volonté préfumée de la défunte ; confiderations
que l'on doit concilier , autant qu'il eft
poffible , avec le Droit coûtumier fur les
propres.
S'il y a de la difficulté fur la fucceffion
des propres , ce n'eft point une Coûtume
étrangere qu'il faut confulter ; il faut s'arrêter
aux termes & à l'efprit de celle où font fitués
les biens contentieux ; il faut donc écarter
les inductions que l'on tire de la Coûtume
de Paris , & des Arrêts intervenus dans
cette Coûtume.
La Coûtume d'Artois , Articles 105. 107 .
& 108. porte que tous heritages patrimoniaux
Suivent
AVRIL: 1741. 665
Juivent côté & ligne , ce qui fait voir que le
voeu de cette Coûtume fe borne à empêcher
que les propres ne fortent de la ligne : enforte
que quand l'afcendant eft de la ligne
il doit fucceder à l'exclufion des collatefuivant
la Note de Dumolin fur
l'Art. 107. de la Coûtume d'Artois , lequel
fur ces mots de l'Article , PROPRES NE REMONTENT
POINT , dit , nè labantur in lineam
diverfam , fecùs , fi parentes fint de lineâ &
proximiores.
>
Par ce mot proximiores , Dumolin n'a
pas entendu le plus proche par la ligne
comme le prétend l'Apellant , mais le plus
proche parent , qui fe trouve en même tems
de la ligne. C'eft ainfi que Dumolin luimême
s'en explique dans fes Notes fur les
Coûtumes d'Auvergne & de Montfort ; &
c'eft ainfi que fa Note a été entenduë par
Chopin & par plufieurs autres Auteurs.
Les Intimés citoient auffi en leur faveur
plufieurs Arrêts , entr'autres , deux des 2r.
Mai & 30. Juillet 1718. & un du 21. Mai
1738. rendus dans la Coûtume d'Artois ,
& deux autres rendus dans la Coûtume d'A
miens , voiſine de celles d'Artois & de
S. Omer.
Nonobftant tous ces moyens propofés
par les Intimés , par Arrêt contradictoire du
19. Decembre 1740. conforme aux Conclufions
666 MERCURE DE FRANCE
clufions de M. l'Avocat Géneral Joly de
Fleury , la Sentence du Confeil Provincial
d'Artois dont étoit apel , fut infirmée , émendant
; les propres en queftion furent adjugés
au fieur d'Inglebert parent collateral plus
prochain du côté & ligne, dont les heritages
étoient venus à la défunte.
Cette Queſtion eft amplement traitée par
M. Maillart en fes Notes fur les Articles
105. & 107. de la Coûtume d'Artois , Edition
de 1739.
LETTRE de M. S.... à M. Leubo , écrite
de Ly.... le Mars 1741.
3.
Dans le cours de la Quarantaine
Accompagnerez-vous le gracieux C....
Qu'au tendre Anacréon Saphos eût préferé ,
Et dont le beau minois eût pû charmer Helene ?
De ce plaifir puis- je bien me flater ?
Ah ! que n'a t'il fcellé votre promeffe !
Pardonnez , cher ami , fi j'en ofe douter ;
"
-Mon doute naît de ma tendreffe.
Venez , venez , couple charmant ,
Satisfaites bien-tôt mon vif empreffement.
Ce qu'eft à toute la Nature
Le retour du Printems couronné de verdure ,
Après
A V RIL 669 1741.
Après un hiver rigoureux ;
Ce qu'eftaux tendres fleurs qui s'empreffent d'éclore
L'haleine des Zéphirs , ou les pleurs de l'Aurore
Tel à mon coeur fera ce jour heureux
Qui pourra vous rendre à mes voeux.
Si Dame Fortune indulgente
Sur qui fçait vous aimer le mieux
Verfoit fes bienfaits précieux ,
J'aurois pour vous loger une maifon riante.
Tout s'embelliroit à vos yeux ;
De fes mains l'active abondance
Orneroit nos feftins de mêts délicieux ,
Et l'empreflée Intempérance
Verferoit à grands flots du vin digne des Dieux,
Sourde à ma voix , la Déeffe ennemie,
Porte loin de moi fes faveurs ;
Mais malgré les âpres rigueurs
Nous tirerons bon parti de la vie.
Amateurs de la liberté ,
Oui , ( je m'en fate , Amis , ) la médiocrité
Dans mon taudis, par l'amitié fervie ,
Contentera toujours votre philofophie .
REPONSE de M. Leubo. A Villefr...
le 8. Mars 1741 .
Jamais les Vergiers , les Courtins , Ami
charmant
568 MERCURE DE FRANCE
charmant , n'ont chanté leurs Io Bacche !
de meilleure grace. Je viens de communiquer
votre joyeuſe fommation à notre riant
Ĉ.... & il a trouvé , comme moi , qu'il faut
aller tâter de votre frugalité. Attendez - nous
demain. Je voulois que ce pareffeux vous en
fît lui-même la promeffe , mais il n'y a pas
eu moyen de l'y déterminer . Il m'a vû fans
pitié froter l'occiput & le finciput , pour vous
répondre. Vous fentirez aifément combien
Vous y perdez.
Oiii fans doute , Ami loyal ,
Quiconque comme nous penſe ,
Préfere un repas frugal
'Aux dégoûts de l'abondance ,
Et laiffe à l'intempérance
Le choix des vins & des mêts.
L'éclat des verres bien news , ( 1)
Où le délicat Convive
De fa joye & pure & vive
Voyoit briller tous les traits :
D'une viande ordinaire ( 2 )
La quantité néceſſaire ,
Mife dans des plats petits ,
( 1 ) Cantarus & lanx oftendat tibi te. Hor
Ep.`s . L. 1 .
(2 ) Nec modica coenare times olus omne patella ;
Ibid..
BorAVRIL
1741 669
Bornoient d'Horace jadis
La voluptueule chere .
Toujours couronné de fleurs
Entouré d'amis fideles ,
Ce favori des neuf Soeurs ,
Sur le vin & fur les Belles
Donnoit fes tendres leçons ,
Qu'Amour même fur fes aîles
Portoit à fes nourriffons.
Tel , ami toujours aimable ,
Enfant de la liberté ,
L'Horace de notre table ช่
A notre efprit enchanté
Sur de pareffeufes rimes ,
Vous chanterez les maximes
D'une fage volupté
Ah ! fi jamais la Fortune
Réunifloit , cher ami ,
Nos goûts , notre amour commune
Dans un riant Tivoli ,
*
Pour nous toujours fans nuages
Le Soleil fe leveroit ;
Tout fous de douces images
Anous fe préfenteroit.
* Sed vacuum Tibur placet, aut imbelle Tarentum.
Hor. Ep. 7. L. I.
Dans
70 MERCURE DE FRANCE
Dans le fein de la molleffe
Sur nos jours pleins de douceurs ,
Tour-à-tour, chere Pareffe ,
Et vous , Aateuſes erreurs ,
Du délicieux Permeffe ,
Vous parfemeriez des fleurs.
Áinfi, remplis d'allegreſſe ,
Nos coeurs érreroient fans ceffe
Au gré des plus chers plaifirs ,
Et pafferoient leurs années
Comme de courtes journées ,
De la faifon des Zéphirs.
糖鼎鼎鼎鰻鼎惠
REPONSE à la Lettre de M. T** écrite
à M. Desbarbalieres , Commis au Bureau
de la Guerre , au fujet de fes Réflexions fur
le mauvais goût , inferées dans le Mercure
de Novembre dernier.
Sue. * avoit bien fait attention à la
queftion für la caufe du mauvais goût ,
& à tout ce qu'y a répondu M. Desbarbalieres
, il auroit vû que l'inconftance & l'amour
propre parmi les hommes , contribuoient
à la deftruction du bon goût cn
general , & n'étoient pas , comme il l'a interprété
, les caufes premieres du mauvais
goût
Á VRIL. 671 1741.
goût précisément ; cela n'exigeoit pas , ce
femble , des diftinctions de la morale & de
la Phyfique perfonne n'ignore que par la
conftitution differemment organifée de
l'homme , fe font les differentes opérations
de fon efprit ; mais il s'agit auffi du mobile
qui meut cette organiſation , & qui felon le
fiécle eft plus ou moins en butte à la défectuofité
; il peut s'affoiblir , fe vitier & por
ter à faux ; malgré cette exacte & riche difpofition
de la nature , on fe laiffe aller au
torrent du mauvais exemple , & l'amour
propre eft le premier ecüeil.
M. T... eût dû à fon tour premierement
diftinguer l'amour propre ; celui qui eft défectuofité
dans l'homme , n'eft pas celui qui
eft l'éguillon dont il a befoin pour cette
émulation à qui il doit fes plus belles opérations
, qui lui eft abfolument néceffaire ,
& qui enfin, loin d'être un vice , cft une qualité
effentielle pour lui . On devoit entendre
par l'amour propre dont on a parlé , celui
qui eft porté au- delà de fes bornes , & qui
eft précisément un défaut trop commun aujourd'hui
, le premier illuftre l'homme , &
celui- ci le fait méprifer. Bien loin donc que
M. Desbarbalieres ait penfé que l'amour
propre , pris du bon côté , fût incompatible
avec les autres , comme l'a crû M. T... il
affûre qu'il en eft abfolument inféparable ,
qu'elles
572 MERCURE DE FRANCE
lui ,
qu'elles n'ont d'éclat que par
, que fans
lui tout feroit dans l'indolence & l'anéan
tiflement , l'homme d'efprit feroit morne ,
le véritable héros ( fi fans lui il en pouvoit
être ) n'affronteroit pas les périls pour la
fimple gloire , l'homme profond & fans interêt
s'épargneroit la peine d'enfanter de
bonnes productions ; pourquoi ne veut - on
donc pas ,
fi celui ci eft fi utile , que l'autre
produife quelque défordre ?
Ne peut- on pas , dit M. T ... faire une
bonne Tragédie & avoir de l'amour propre ?
Oui fans doute , on le peut , mais qu'il fça .
the au li qu'on la feroit encore meilleure
fi on n'avoit pas cet amour propre , d'où réfultent
la prévention , la préfomption & la
précipitation , chofes très - contraires à un
Auteur. Il en eft un fameux , par exemple ,
de nos jours , qui fans ce dernier défaut fe
rendroit encore plus célebre.
M. T... prétend que l'amour
propre eft
caufé par le mauvais goût , & ne veut pas
que ce même amour propre porte atteinte
au bon goût ; c'cft un fait cependant
moralement
plauſible
, qu'en géneral le mauvais
gâte le bon.
Enfin , felon M. T... l'origo malorum ne ſe
peut trouver que dans la Phyſique ; je ne
fçais fi en qualité de Théologien on n'auroit
pas plus d'objections à lui faire qu'en qualité
AVRIL: 1747. 673
lité de naturalifte , mais ce feroit toucher
une autre corde .
On répond donc à fa derniere objection ;
& on affûre que quand même la nature produiroit
deux hommes de la trempe de Corneille
& de Racine , organifés de même !
( ce qu'il eft naturel de croire qu'elle a
déja fait dans le nombre de fes opérations )
il ne s'enfuivroit pas de- là que le goût dramatique
devînt le même qu'il étoit du tems
de ces deux célebres Auteurs , par les raifons
qu'on a déja déduites dans la premiere
Lettre fur ce fujet ; on y ajoûte que
ce prétendu Corneille, nouvellement créé
foit qu'il n'eût pas auffi beau jeu que le
premier , par la difette de la matiere déja
épuifée , foit que ne fe contentant pas de
l'égaler , ( qui eft pourtant tout ce qu'il
pourroit faire ) voulant le furpaffer , il lui
Teroit inférieur,
EPITRE
674 MERCURE DE FRANCE
EPITRE
AM. P. M. L. G. D. L. Auteur de celle qui
eft adreffée à Mlle Julie , dans le Mercure
dAoût dernier , page 1778. Par M. des
Forges Maillard dont on a vu l'Ode Anacréontique
à Mlle Julie du V✶ ✶ , du
Croific , dans le Mercure de Mars, p. 512.
Comment votre Julie eft- elle ,
Monfieur , qui vantez les attraits
La mienne eft petite , mais belle ,
Et tout l'Art du Pinceau d'Apelle ,
Qui peignit les Dieux , n'eut jamais
Au jufte imité de fes traits
La beauté vive & naturelle ,
Dont voici l'ébauche à peu près.
Loin que fon regard foit farouche ,
Quand elle gronde fon Amant ;
Les Graces regnent fur fa bouche ,
Et fon courroux même eft charmant ;
Qu'on prenne garde cependant,
La Sageffe en forme d'Abeille ,
Empêche avec ſon éguillon
Qu'un téméraire Papillon
N'éfleure fa levre vermeille
AVRIL 678
1741 .
Et fçait repouffer le fripon .
L'or de fa chevelure blonde ,
Sans l'importun fecours du feu ,
Eft annelé , defcend
par onde ,
Et le Zéphir s'en fait un jeu .
Son front , uni comme une glace ,
N'eft point de ces fronts , où les ris
Et les chagrins font la grimace ,
Et qui n'ont pas certaine grace
Trop étendus ou trop petits.
Sur ce front tapiffé de Lys
Brille l'exacte bienséance
Qui permet des égards polis ,
Le plaifir que fuit l'innocence
Et la vertu fans arrogance .
Son nez eft railleur & bien fait ;
Son teint , figurez - vous du lait
Où l'on eût éfeüillé des Rofes .
La vôtre a des talens divers ,
Rime & fçait les
Métamorphofes.
La mienne ne fait point de Vers
Mais elle dit d'aimables choſes.
Nature , mere de l'efprit ,
?
Sans fard & fans chercher des glofes ,
Lui dice tout ce qu'elle dit.
Or , fatisfaites mon envie ,
Déclarez -moi , galant Auteur ,
Jufqu'où va , fidele vainqueur ,
yotte
7 MERCURE DE FRANCE
Votre amour pour votre Julie ?
La mienne eft fi chere à mon coeur ,
Que je l'aime autant que ma vie ;
Croyez- vous l'emporter fur moiz
Qui dit plus , dit une hiperbole ;
On ne peut aimer plus que foi ;
Le refte eft un conte frivole ,
Qui ne mérite point de foi.
La mienne n'a point de richeffe ,
La vôtre n'en a point auffi ,
Et rarement PHymen fe preffe
Quand il trouve ce fâcheux si.
Les Belles , qu'on nomme Julie ,
Naissent- elles toutes fans bien ,
Depuis celle dont l'Italie
Soupçonna l'amoureux lien
Avec l'Auteur , qui chés les Getes
Subit un fort pareil au mien
fes Mufes indifcrettes
•
Et que
Firent
jufqu'à
fon dernier
jour
Chés une Nation groffiere
Pleurer la douceur passagere
De fon audacieux amour ?
Si Plutus , qui m'eft fi contraire ,
Vous a fait riche assés pour deux ;
Unissez-vous par de doux noeuds
A la Belle qui vous eft chere .
Pour moi , qui dans ces triftes lieux ;
N'ai
AVRIL
377 17412
N'ai qu'un modique nécessaire ,.
Que j'ai reçû de mes Ayeux ,
Je ne veux qu'adorer la mienne
Dans un célibat précieux ,
Comme Petrarque fit la fienne ;
Et comme lui pour fes beaux
Rimer mes foupirs & mes feux.
D
yeux ,
Conftant pour l'objet qui m'infpire
Les tendres accords de ma Lyre
Rendront ces bords auffi fameux
Que la Fontaine de Vauclufe
Et que la Source d'Aréthufe ,
Que dans fes Vers à Lycoris ,
Du Poëte ami d'Alexis ,
Célebra la naissante Muſe.
Au furplus , aimable Inconnu ,
Recevez la fincere excufe
D'un curieux trop ingénu.
C'eſt avec plaifir que j'ai lû
Votre élégante Poëfie ;
Et ce que vous a répondu
Le bon coeur de votre Julie.
An Croific,en Bretagne le 29. Octobre 1740)
C LETTRE
678 MERCURE DE FRANCE
L
LETTRE de M. le Tors , Lieutenant Cris
minel au Bailliage d'Avallon , écrite à
M. Lebeuf , Chanoine & Sous- Chantre
de l'Eglife Cathédrale d'Auxerre , au ſujet
de la Relique de S. Lazare , Ami de J. C.
qui eft dans l'Eglife Collégiale de Notre-
Dame, S. Lazare , d'Avallon,
Uoique L. A. Bocquillot ait écrit , M.
à M.de Tillemont une Lettre qui a été
imprimée,dans laquelle il expofe fes fentimens
fur la Relique de S. Lazare, Ami de J. C. qui
eft dans la Collégiale d'Avallon , dont il étoit
Chanoine , j'ai cru ne pas manquer au refpect
que j'ai pour la mémoire de ce pieux & fçavant
homme , & à l'attachement que j'ai eû
pour lui pendant fa vie , en ajoûtant à fes Reflé
xions & même en le contredifant fur des Faits
qu'il eft furprenant qu'il n'ait pas connus .
quoiqu'il ait lû les Piéces du Procès quefon
Églife a foûtenu au quinziéme fiécle , contre
la Cathédrale d'Autun , au fujet de cette Relique
, dont il a eû principalement en vûë
de faire l'Hiftoire.
Pierre Foreftier , Chanoine de la même
Eglife & fon Contemporain , dans un de fes
Ouvrages intitulé , les Vies des SS. Patrons ;
Martyrs Evêques d'Autun ,.au Panégyrique
AVRIL 1741. 679
ود
وو
·
»
que de S. Lazare, fixe comme L. A. Bocquillot
, la Tradition de cette Eglife fur cette
Relique , à l'an Mille ; il dit que l'Eglife
" ( Collégiale d'Avallon " ) dont il a l'honneur
d'être Chanoine , avoit des Reliques de
» S. Lazare dès la fin du dixiéme fiécle , qui
» lui furent données par Henri I. Duc de
Bourgogne , lequel mourut en IOCI , ce
» qui lui a fait ajoûter à fon ancien Titre de
» Notre - Dame , celui de S. Lazare ; elle en
» honore la Tranflation le 30. Avril , & elle
» portoit ce Titre avec celui de la Vierge ,
» dès le commencement du douziéme fiécle,
» comme on le lit dans les anciens Titres de
» fes Archives ; il dit à peu près la même
chofe dans fa Notice manufcrite d'Avallon¸
compofée depuis.
Ils ne difent ni l'un ni l'autre , & je n'ai pû
découvrir , M. de quel Pays le Duc Henri
avoit eû cette Relique ; je fuis bien affûré
que ces deux Chanoines ont crû qu'elle étoit
venue de Conftantinople , étant attachés à
F'opinion des Grecs , à laquelle des Auteurs ,
tels que M. de Tillemont & vous , M. qui
l'avez adoptée l'un & l'autre fur le témoignage
des Auteurs Grecs & même Latins ,
donnez bien du poids.
On voit bien Charlemagne en Relation
avec les Princes d'Orient, & fuivant la Chronique
de Moyen- Monftiers , il y avoit en ce
C ij Mo680
MERCURE DE FRANCE
*
Monaftere des Reliques de S. Lazare au
commencement du X. ficcle ; le Patriarche
Fortunat , venu de Jérufalem , depuis Abbé
de Moyen-Monſtiers , les y aporta en 903 .
ce qui apuye la Tradition des Grecs , qui
probablement ont eû encore depuis le Corps
de S. Lazare , puifque Fortunat n'en aporta
qu'une partie on croit communément que
le Corps de S. Lazare n'a été aporté en France
que vers le dixiéme fiécle , ce qui s'accordant
avec la Tradition de l'Eglife d'Avallon,'
me feroit douter que le Duc Henri l'avoit
cû de Conftantinople , mais il faudroit ſçavoir
quelles étoient fes relations , fes alliances
, les voyages qu'il a pû faire , les guerres
qu'il a foûtenues , &c. peut- être la tenoit- il
d'Orient , par le moyen d'un autre Prince ;
peut être auffi l'avoit - il eû de quelqu'un de
fes Ancêtres ; quoiqu'il en foit , la Tradition
de l'Eglife d'Avallon étant fixe & conftatée
par une fuite non interrompuë de Monumens
anciens & modernes , on peut fonder l'autorité
de la Relique fur celle d'un Prince que
Dom Plancher , dans fon Hiftoire de Bourgogne
, charge d'éloges , n'étant pas à pré-
Tumer qu'il aura voulu tromper ou qu'il aura
été trompé fur un pareil fait.
le Dic-
Je crois devoir placer ici , M.
M. que
tionaire de Morery fait douter fi ce Prince
ne mourut pas à Avallon , je ne fçais d'où ce
Fait
AVRIL 1741 681
donc
Fait a été tiré,puifque la petite Chronique de
Vezelay le fait mourir à Pouilly fur - Saone ,
auffi - bien que Glaber , qui ajoûte qu'il fue
enterré à S. Germain d'Auxerre ; if y
aparence que fi ce n'eft pas une faute , celui
d'après lequel on l'a avancé , aura fait cette
équivoque, parce que le voyage de ce Princé
à Avallon , pour y aporter la Relique , étoit
peu avant la mort.
un
Le plus ancien Titre que je connoiffe où il
foit fait mention de S. Lazare d'Avallon , eft
la Donation qui fut faite de cette Eglife aux
Moines de Clugny en 1077. inférée dans le
Spicilege de Dom Dachery , T. 3. p. 412 .
Edit. de 1723. Dom Plancher , qui l'a cité ,
p. 273. L. 6. T. 1. obſerve à l'occafion du
Bufte d'or de S. -Lazare, dont il eft fait mention
parmi les Ornemens de cette Eglife , que
cela eft digne de remarque : Imago fandte
Maria cum aurea corona & armillis aureis.
Imago fancti Lazari aurea. Il y eft auffi
parlé des Reliques des SS . & la Repréfentation
de S. Lazare, qui eft à côté de l'ancienne
Patronne , fait juger que la Relique étoit dans
cette Eglife & renfermée dans ce Bufte , dont
la matiere annonce une figure creufe & capable
de la contenir ; car quel autre motif
cette Eglife , qui a pris le Titre de S. Lazare ,
auroit- elle eû de conferver fon Buſte , fi elle
n'en avoit pas eû des Reliques ? Pourquoi le
diftinguer Ĉ iij
82 MER CURE DE FRANCE
diftinguer & le mettre au- deffus des autres
Saints dont on a des Reliques & qu'on ne
nomme feulement pas ? Les expreffions de
ce Titre n'apuyent- elles pas autant la Tradition
de cette Eglife , que cette Tradition lui
donne ce même fens ?
Trente- neuf ans après , une Bulle de Pafcal
II. de l'an 1116. donne à cette Eglife les
deux Titres de Notre- Dame & de S. Lazare;
ce fecond Titre ne paroît pas lui avoir été
donné par aucune délibération , puiſqu'on
voit que dans ce tems-là même , l'Eglife a
quelquefois pris le feul Titre de fon ancien
nom , d'autres fois tous les deux enſemble ,
ce qui me fait croire que le Titre de S. Lazare
ne lui a été donné que par la voix publià
caufe de la célebrité de la Relique &
du concours des Peuples , qui ont donné à
cette Eglife le nom du Saint dont ils alloient
reclamer l'interceffion.
que ,
Etienne , Evêque d'Autun , dans un Jugement
rendu en faveur du Chapitre , contre
Anfelme de Chatelchinon , en 1134. lui donne
les deux Titres de Notre - Dame & dė
S. Lazare. Ce dernier , donné par le Pape &
par l'Evêque à cette Eglife , laquelle ne l'avoit
pas porté auparavant, n'eft- il pas une
aprobation au moins indirecte , de la Relique
& du culte qu'on lui rendoit , puifqu'il
en étoit la caufe ou l'objet ?
·
UBE
A ÝR Í L. 1741. • 683
Une obfervation que je ne crois pas devoir
négliger ici , M. c'eft que cette Eglife céle-
-bre la Fête de la Tranflation de S. Lazare le
30. Avril; la Fête de fa Réfurrection , le Ven
dredi avant le Dimanche de la Paffion ; la
grande Fête de S. Lazare le premier Septem
bre ; la Révélaffe ou la découverte de fes Re
liques , que les Grecs célebrent le 17. Octobre
, le 20. du même mois , enfin le 17. Déz
cembre , fa feconde Mort.
D'ailleurs de huit Foires qu'il y a à Avallon
, il y en a quatre fixées aux differentes
Fêtes qui fe célebrent pour S. Lazare, au jour
que la Relique a été aportée , au premier
Septembre , au jour de la Fête de fa Réfur
rection , & à celui de fa feconde Mort. On
fçait que ces Foires fe font fouvent établies
à l'occafion du Peuple qui s'affembloit pour
la célebration de quelque Fête ou pour la
dévotion à quelque Saint , que même elles
s'apelloient Meffes ; & il eft arrivé que ces
Foires, qui fe tenoient principalement le jour
de la Fête qui y a avoit donné lieu , ont été
fixées à la veille ou autre jour prochain, pour
ne pas troubler la folemnité.
En 1170. Hugues III . Duc de Bourgogne ,
avant fon départ pour Jérufalem,donne à perpétuité
à l'Eglife Notre Dame S. Lazare d'Avallon
, pour le falut de fon ame & de fes
Prédeceffeurs , la moitié des revenus an-
Cij
nuels
684 MERCURE DE FRANCE
nuels de deux Foires , dont l'une eſt celle
de S. Lazare du premier Septembre.
Je crois qu'on peut tirer quelques conféquences
des Enquêtes qui furent faites dans
le tems & à l'occafion du fameux Procès
dont L. A. Bocquillot a fait l'Hiftoire , je
les ai lûës , & vous jugerez , M. fi elles ne
méritent pas un peu plus d'attention qu'il
ne l'a penſé.
J'y ai remarqué que Philipe , Duc de Bourgogne
, étoit venu voir la Relique ; les "Témoins
qui dépofent de ce Fait, affûrent avoir
vû qu'on aporta le Chef au devant de lui.
Louis XI. vint auffi en perfonne voir la
même Relique ; les Témoins qui l'y ont vû,
ajoûtent qu'il donna trente- un écus à l'Eglife,
& avoir vû les Orfévres, qu'il envoya depuis,
pour travailler à un Reliquaire d'or pour
mettre la Relique , ce qui n'eut pas lieu &
fut le motif du Procès .
D'autres dépofent de plufieurs préfens que
les Rois & les Ducs de Bourgogne ont faits à
cette Eglife , en confidération de la Relique ,
que ces Rois & Princes font peints à côté de
l'Armoire où elle eft dépofée , avec plufieurs
marques des Miracles qui y ont été operés.
Ils ajoûtent que la Relique fut d'abord
tée dans un Reliquaire , que l'on a confervé,
& qu'ils ont vû , dans lequel elle a repofé ,
jufqu'à ce qu'une Dame de Bretagne , ayant
aporété
AVRIL. 1741. 685
été guérie par l'interceffion de S.Lazare d'Avallon
, envoya un Reliquaire de vermeil , &
que dans l'un & l'autre il eft écrit , hoc eft
Caput Beati Lalari quod attulit Avallon ,
Henricus cui Burgundia obediebat.
Ils disent que cette Dame de Bretagne avoie
composé par reconnoiffance un Cantique ,
Carmen quoddam , en l'honneur de ce Saint ,
qu'il eft dans la bouche de tous les Pelerins ,
& qu'il commence par ces mots , Sire Saint
Ladre d'Avallon .
Un Chanoine de Langres , fort âgé , qu ;
l'avoit été auparavant de l'Eglife d'Avallon
& un Avocat de Montargis , dépofent avoir,
vû deux Martyrologes fort anciens , fains &
entiers , mais que l'un eft plus ancien que
l'autre , qu'on y lit au 30. d'Avril , Hac die
celebraturfeftum Allationis Beati Lazari quod
attulit Avallon. Henricus. Dux Burgundia ,
& à la fin de l'autre feüillet , l'Hiftoire de la
Ducheffe ou Dame de Bretagne , qui donna
le Reliquaire en 1274.
les
C'eft dans ce Reliquaire où la Relique a
repofé jufqu'au 30. Avril 15.3.5 . que le Chapitre
en ayant fait faire un autre de vermeil ,
qui eft celui où elle eft préfentement ,
Chanoines firent , fuivant l'Acte qu'ils en ont
dreffé, une grande folemnité , à laquelle préfida
Philibert de Beaujeu , Evêque de Bethléem
,Chanoine & depuis Doyen d'Avallon ,
Cv qui
686 MERCURE DE FRANCE
qui le dépofa dans le nouveau Bufte , & ils y
affûrent , après que par dix jours fuivans ,fut
ledit précieux Chef démontré à nud dévotement
& magnifiquement à tous allans & venans de
tous Pays & autres en grand nombre, tellement
qu'il fut raporté & certifié qu'en cinq jours entre-
fuivans furent en ladite Eglife par dévotion
environ cent mille perfonnes , tant grands que
petits allans & venans.
Il eft vrai que dans cet Acte ils font vivre
la Dame de Bretagne au quatorziéme fiécle
& lui font donner le Reliquaire la veille de
la Nativité 1303. & ils difent que c'eft Blanche
de Bretagne , contaminée de Lepre , qui fit
la Chanfon, Sire Saint Ladre d'Avallon , laquelle
fut depuis femme de Philipe d'Artois.
Mais je préfere la date que l'Enquête donne
à ce Préfent , parce qu'elle eft plus ancienne
que cet Acte , & qu'elle eft fondée ſur le témoignage
de deux Témoins qui dépofent fur
la lecture des Martyrologes où ce Fait eft raraporté
& daté.
Ces Enquêtes font compofées de Témoins
de Vezelay , de Clamecy , de Cofne , de
Gien, d'Orléans & du Diocèfe ;de Montargis,
de Sens , de Joigny , d'Auxerre, de Chablis ,
de Langres , de Beaune , & de quelques
Endroits des Environs d'Avallon .
Toutes les dépofitions des Témoins concourent
à prouver que l'Eglife d'Avallon eft
са
AVRIL. 1741. 687
en poffeffion de montrer la Relique , qu'ils
ont toujours oui dire à leurs peres , à ceux
avec qui ils ont vécu , que la Relique de
S. Lazare eft à Avallon , qu'on vient la refpecter
de Normandie , de Bretagne , de Picardie
, de Touraine , de Poitou , de Paris ,
&c. d'Allemagne même & d'autres Pays
Etrangers ; à ces Faits qu'ils détaillent & fur
lefquels ils donnent raifon de leur dépofition
, ils ajoûtent avoir oui dire par Tradition,
que c'étoit Henri Duc de Bourgogne qui avoit
donné la Relique à cette Eglife.
A trés -peu de Témoins près , tous dépofent
avoir oui dire qu'il s'y étoit operé des
Miracles, d'autres en raportent qu'ils ont vûs
ou qui ont été operés fur eux-mêmes , &
beaucoup , à peu près dans le tems du Procès
de la Cathédrale d'Autun ; je n'en raporterai
que deux ou trois , fans m'attribuer le
droit d'en juger.
Le Curé de Quarrée- les -Tombes & plufieuss
de fes Paroiffiens , dépofent avoir vû un Enfant
de quelques mois , tenu pour mort, enseveli
pour être enterré , qui ayant été voué à Saint
Lazare d' Avallon , commença à refpirer &
fut guéri après la priere de fes Parens.
Un des Témoins dépofe , qu'ayant perdu
l'ufage d'un oeil , parce que une petite pierre
y êtoit entrée , elle tomba à l'aproche de la
Relique.
C vj Les
388 MERCURE DE FRANCE
Les Habitans de Vezelay en Corps , Prê
tres , Cordeliers , & c. dépofent que la Ville
de Vezelay ayant été affligée d'une pefte fi
dangereufe , que tous ceux qui en étoient atteints
, mouroient auffi- tôt ; qu'avec la per
miffion de l'Official , il firent unanimement un
voeu à S. Lazare d'Avallon , où étant venus
en proceffion , la pefte ceffa & les Malades
furent guéris Illicò , c'eft le terme.
' La Ville d'Auxerre , votre Patrie , M. a
toujours eû une dévotion particuliere à cette
Relique , & les Auxerrois n'ont pas ceffé d'y
venir, à l'exemple de leurs Peres. Vous m'avez
apris , M. que votre Eglife Cathédrale
avoit accordé en 1522. trois jours de vacance
à Germain de Charmoy , Chanoine , pour
aller à S. Lazare & à Sainte Magdeleine , ce
qui doit néceffairement s'entendre d'Aval-
Ion & de Vezelay. Voilà un Pelerinage bien
autorisé par une Eglife célebre , & les regles
obfervées de ne pas s'abfenter fans permiffion
du Chapitres les Statuts de celui d'Avallon
portent la même Regle : Nemo prafumat
abfens effe ,five parum five diu, nifi petitâ venia
à Capitulo aut poft reditum veniam petat.
Pourroit- on m'objecter que la vérité de la
Tradition ne prouve pas la vérité de la Reli
que , qu'il eft poffible qu'une Relique , mêine
fauffe , ait un culte célebre pendant plufieurs
fiécles , que les feuls Miracles n'étant
pas
AVRIL: 1741. 689
pas une preuve de la fainteté , n'en font pas
une de la vérité de la Relique , que par conféquent
on peut douter fi la Relique d'Aval
lon eft du Saint Ami de J. C ?
Je fçais bien que les Miracles opérés par
une Relique , ne prouvent pas toujours la
vérité de la Relique , ni la fainteté de celui
qu'on invoque. C'eſt un principe que Dom
Mabillon a puifé dans Guibert , dont il cite
le Paffage dans fa Lettre de Cultu Sanctorum
ignotorum , N. 18. parce que la foi de celui
qui prie , étant raportée à Dieu , ne doit pas
être privée de fon effet , par une erreur de
fait , à laquelle le Miracle accordé n'induit
pas. Mais dans le cas particulier de l'objection
, quand ces Miracles font joints à une
Tradition certaine , ancienne , univerſelle &
dont on connoît l'origine , ils font une preuve
ajoûtée à celle qu'on tire de la Tradition ,
de-même que pour la Canonifation d'un
Saint , les feuls Miracles ne fuffifent pas pour
en décider; on exige auffi des preuves de las
fainteté de la vie , & c . alors les Miracles font
regardés comme le moyen par lequel Dieu.
dicte à fon Eglife le Jugement qu'elle doit
porter.
J'ajoûte , M. que la Tradition étant, qu'un
grand Prince a aporté cette Relique , on ne.
peut pas fupofer qu'il aura fait cette démarche
éclatante pour une Relique dont il n'aura pas
été
65 MERCURE DE FRANCE
été affûré. L'autorité Eccléfiaftique inftruite
de ce Préfent, auroit- elle fouffert le Culte qui
a fuivi la Relique ? Ft on a vû par ce que j'ai
dit , que ce Culte a été expreffément autorisé
par des faits , comme il l'a été par le filence
qu'elle a gardé , deforte qu'on peut dire que
le confentement des deux Puiffances eft le
principe fur lequel le Cuite eft apuyé.
A peine la Relique eft - elle à Avallon , que
le Vaiffeati de l'Eglife eft augmenté par raport
au grand concours des Peuples ; le Por
tail que Dom Plancher démontre être du onziéme
fiécle , portoit , quand il étoit entier ,'
l'Hiftoire du Saint dont on poffede la Relique
; ainfi les Chanoines du XVI . fiécle s'en
raportoient au témoignage des yeux , pour
la donner en preuve de leur Tradition , le
Culte eft foûtenu pendant pluſieurs fiécles.
perfonne ne s'y opofe , & tous au contraire
concourent à l'établir.
Quoique le Bufte de S. Lazare , qui eft fur
le milieu du grand Portail , foit moins ancien
que ce Portail , on voit à côté une Infcription
qui date de l'an mille ,fans chiffres ; enfin .
on peut aporter en preuves les Monumens
modernes comme les plus anciens, puifqu'ils
s'accordent enſemble à faire voir la fuite non
interrompuë de la Tradition .
Il ne faut pas conclure de ce que je dis ,'
qu'on ne doit pas examiner les Reliques; mais
jo
AVRIL: 1741. bgr
•
je penfe qu'il faut les examiner dans le tems
qu'elles commencent à paroître, & que ce font
celles qui ayant certainement échapé à la vigilance
des Magiftrats & des Paſteurs , portent
toujours avec elles un caracteré de fauffeté, qui
entraîne dans un abus vifible , qui ne fe prefcrit
pas & qu'on ne fupofe pas avoir fubi les
loix d'un examen juridique ; par exemple ,
une Relique d'un Saint inconnu ou douteux,
mais quand il s'agit d'une Relique que la
Tradition nous aprend avoir été aportée exprès
par un Prince Souverain , je crois qu'une
telle Relique porte avec elle des preuves fuffifantes
pour être jugée véritable ; l'équité ;
d'ailleurs , femble exiger qu'on refpecte le
jugement de l'antiquité , qu'on doit préferer
aux doutes d'une Critique outrée , qui voulant
demander raifon de tout , conduiroit à
enlever à quantité d'Eglifes les Reliques les
plus refpectées , & pourroit faire tort au
Culte des Reliques en géneral , fi on laiffe
entrevoir aux Peuples qu'il y a une trop grande
liberté de les examiner. N'eft- il pas plus
fage de la refferrer dans les bornes des cas
abfolument néceffaires ?
L'Eglife d'Avallon , qui a plufieurs Reliques
dont elle ignore , pour la plûpart , de
quels Saints elles font , a toujours eû la fageffe
des les garder avec décence , & ne
montre avec éclat que celle de S. Lazare Ce
difcer
792 MERCURE DE FRANCE
diſcernement eft d'un grand fecours pour
lever bien des doutes , puifqu'on ne croira
pas qu'un Corps de Chapitre , animé de cet
efprit , aura violé les regles fur celle qu'il expofe
aux Fideles , pendant qu'il juge avec
difcrétion , & qu'il tient les autres en fecret,
fans les condamner. Auffi cette Eglife ,la plus
ancienne Collégiale du Diocèſe d'Autum , at'elle
eû en differens tems des Hommes recommandables
par la pieté , les lumieres, &
quelques uns par la naiffance , qu'on peut
regarder comme de fideles Témoins de cette
Tradition , & qu'on ne peut accufer d'avoir
mis cette Relique, pour ainfi- dire , à l'encan ,
en laiffant croire au Peuple, que c'est un moyen
d'obtenir d'un Saint , de faire des dons aux
Miniftres de l'Eglife où fes Reliques repofent.
La conduite de ce Chapitre eft fondée fur
le principe de S. Martin de Tours , qui fic
tomber le Culte d'un faux Martyr, parce que,
Nihilcerti conftansfibi majorum memoria tradidiffet.
S. Martin ne demandoit pas d'autres
Titres que le témoignage des Anciens , &
les Anciens dépofent ici que la Relique de
S. Lazare eft à Avallon , & que c'eft Henri I.
qui l'a aportée ; ce feroit donc une témerité
de venir après environ fept fiécles ; accufer
l'Antiquité & lui reprocher fon Jugement ,
auquel , fuivant la regle de S. Martin , il faut
plûtôt s'en raporter , que de lui faire un procès
AVRIL 1741. 691
cês fur des doutes injurieux. C'eft auffi le
parti que prend Dom Plancher en parlant du
Procès du XV . fiécle : Cette Cathédrale d'Autun
& la Collégiale d'Avallon font demeurée ,
chacune en la poff ffion où elle étoit avant les
troubles ; & de dire qu'elle a une Reliqu: de
S. Lazare , & de lui rendre un culte public ,
& de l'expofer à la vénération des Fideles.
Ce fentiment de refpect pour l'Antiquité ,
apuyé fur l'autorité de S. Martin, eft conforme
à l'efprit des Loix , la Loi 20. ff. de
Legibus , Non omnium quæ à majoribus noftris
conftituta funt ratio reddi poteft .... Traditio
vim Legis accipit , &c. Tertullien a penſé de
même quand il a dit , Traditio eft , nihil amplius
quæras. Enfin , Tacite , L. 4. Annal .
Majoribus etiam noftris nullâ ratione redditâ
rationis eft credere . Si un Payen a eû ces fentimens
pour d'autres Payens qui l'avoient
précedé , combien ne devons - nous pas avoir
plus de confiance à nos Prédeceffeurs Chrétiens
, pour des Faits qui regardent le Culte
& la Religion ?
Vous me direz peut - être, M. que plufieurs
Eglifes croyant avoir des Reliques de S. Lazare
, Ami de J. C. & ces Reliques étant
dans quelques unes des mêmes portions quí
ne peuvent avoir fait partie d'un même corps,
il en résulte qu'il y a au moins du doute fur
chacune de ces Reliques, puifqu'il eft certain
qua
94 MERCURE DE FRANCE
que quelqu'une de ces Eglifes n'a pas une
Relique de S. Lazare ?
On prétend , il eft vrai , M. avoir des Rcliques
de ce Saint à Autun , à Marſeille , à
Finfidlen , en Suiffe , à Plaifance , en Italie ,
à Andlaw , en Alface ; à Moyen - Monſtiers ;
Vezclay même croyoit avoir . le Corps de ce
Saint , Epift. Coron . A. S. L. Hift Vezel. L.
1. Cependant l'Abbé de Vezelay affifta à la
cérémonie de l'ouverture de la Châffe de
S. Lazare d'Autun au XII . fiécle , auffi les .
Chanoines d'Avallon difoient dans les Piéces
de leur Procès , qu'il y avoit un bras de ce
Saint à Vezelay . M. Gerntain , Théologal
d'Autun , m'aprend que M. de Bliſterwich de
Montcley, Evêque d'Autun, mortArchevêque
de Besançon , avoit donné une Vertebre de
ce Saint, tirée de fa Cathédrale, à l'Eglife de
Marſeille.Ces prétentions,quoique contraires ,
prouvent l'ancienne & univerfelle croyance
dans laquelle la France eft, d'avoir ces précieufes
Reliques. La confufion peut venir de ce.
qu'il y a eû plufieurs Saints de ce nɔm ; S. Lazare,
Evêque d'Aix, un autre du même nom, qui
fe retira à Moyen - Montiers , venu d'Orient
avec fa fille Aza , & peut - être d'autres.
Il ne feroit pas jufte que cette obfcurité fit
porter un même jugement fur toutes les Reliques
attribuées à S. Lazare , puifqu'on s'expoferoit
à condamner les véritables avec celles
AVRIL. 1741:
ةور
les qui ne le font pas. Il faudroit examiner
l'original de chacune de ces Reliques , la
Tradition des Eglifes , le tems auquel leur
Culte a été établi , s'il a été plus ou moins
célebre , le raport des differentes parties de
ces Reliques, &c. Il vaut mieux en attendant
tolerer la bonne foi des Eglifes , en confervant
à chacune fa poffeffion , que de donner
dans l'excès aveugle d'une décifion , qui n'étant
pas fondée fur l'évidence ni fur les regles
,feroit injufte & témeraire , puifque l'Eglife
n'a fuprimé aucun des Chefs de S. Jean
Baptifte , ni le Culte qu'on leur rend .
Je fuis furpris , & vous ne le ferez pas
moins que moi , M. quand vous fçaurez que
L.A.Bocquillot & P. Foreftier, n'ont pas connû"
la Relique de leur Eglife , puifqu'ils ont fait
entendre qu'elle ne poffe de qu'une partie du
Crâne , qui , fuivant le témoignage de Saulnier
dans fon Autun Chrétien , p.162 . & celui
du Grand - Vicaire Dufen , cité dans la Lettre
à M. de Tillemont , s'accordoit avec ce qui
manquoit à Autun, dont le Chef, felon eux,
n'étoit pas non plus entier.
Mais les Piéces du Procès du XV. fiécle ;
faifant voir que chacune des Eglifes d'Autun
& d'Avallon, prétendoit avoir le Chef entier
de S.Lazare , à chacun defquels il ne manquoit
que la mâchoire inférieure ; je crus devoir
examiner de plus près ce que nos Chanoines
d'Autum
898 MERCURE DE FRANCE
d'Autun & d'Avallon avoient avancé ; je rea
connus d'abord l'erreur de Saulnier & du
Grand-Vicaire Dufeu , à la vûë du Procès
verbal fait cn 1727. à l'occafion de la découverte
du Corps de S. Lazare à Autun ; j'en
écrivis même à M. Germain , Théologal , qui
penfa comme moi, qu'il n'y avoit pas moyen
d'excufer ces Certificats particuliers , que
P'évidence
& le Procès verbal de 1727. détruifoient
, puifque l'Eglife d'Autun a un Chef,
auquel il ne manque que la mâchoire inférieure
.
Nos deux Chanoines d'Avallon , trompés
fur le raport d'autrui , ont fait la même faute
fur leur propre Relique , puifqu'ils ont auffi
un Chef entier , auquel il ne manque de même
que la mâchoire inférieure ; je l'ai vû
moi-même cette année , & il leur étoit facile
de s'en éclaircir la même voye ,
par
au lieu
de n'en juger que par ce qu'on en peut voir
fans le fortir du Buſte , ce qui , à la vérité
ne fe doit faire que rarement & avec précaution
, parce qu'on rifque de le voir tomber
én pouffiere.
J'ai même fait refléxion que fi les Reliques
des deux Eglifes avoient pû s'accorder,
le Procès du XV. fiécle n'auroit pas été fi
loin ; la convenance auroit fuffi pour conferver
la paix & l'union.
Quoiqu'il en foit de l'état actuel de ce
Che
AVRIL 1741 797
Chef d'Avallon , il s'accorde avec ce que
Vincent de Beauvais en raporte dans fon Miroir
Moral, L.1 . p.130 . diftinct. 14. prob. x1 ,
où aprés avoir dit que le Corps de S. Lazare
eft à Autun , il attribue fon Chefà l'Egliſe
d'Avallon , in Villa Avalone Caput ejus
effe perhibetur. On voit fur le Bufte le Duc
Henri préfentant à l'Eglife un Chef tel que
je le décris , & qu'il eft raporté dans les Piéces
du Procès , & dans l'Acte de 1535 .
J'oubliois,M.de remarquer que ce Chef de
S. Lazare eft de couleur brune , & d'une légereté
furprenante , ce qui prouve combien
il eft ancien , puifque ce n'eft que par vétufté
qu'il peut s'être ainfi noirci & deffeché.
C'est ce qui me fit obferver qu'un Offement
qui eft au- devant du Bufte , & qu'on
voit par une petite ouverture ronde , fermée
d'un verre , n'a pas. fait partie du Chef qu'on
voit par une autre ouverture ronde au - deſſus
de la tête , parce que cet Os n'eft pas de même
couleur ; il y a cependant écrit au deffus
Portio Capitis Beatiffimi Lazari.
Je ne fçais que penfer de cet Offement, finon
que les deux Eglifes fe feront accordées
fous la condition tacite que celle d'Autun
donneroit cet Offement à celle d'Avallon
au moyen de quoi elle continueroit de dire
qu'elle avoit le Chef de S. Lazare , & il n'importoit
plus à l'Eglife d'Autun de flécrir la
Tradition
98 MERCURE DE FRANCE
Tradition ni la Relique d'Avallon , puifqu'en
Jui donnant une portion de la fienne , il étoit
vrai , felon elle , qu'elle avoit ce qu'elle lui
avoit contefté , & elle avoit même cet avantage
, en finiflant un long Procès qui avoit
beaucoup coûté, & qui expofoit fa Relique,
d'intéreffer l'Eglife d'Avallon à défendre la
Relique d'Autun .
L'Eglife d'Avallon , d'un autre côté , gagnoit
en tout fens , puifqu'on convenoit de
la Tradition , de la poffeffion & de la vérité
de la Relique qu'elle continuoit d'expoſer ,
&, en acquerant celle d'Autun, fon ancienne
Relique ne perdoit rien de fon autenticité.
Ce que je dis ne paffera peut -être pas pour
une fimple conjecture , quand on fçaura qu'il
n'eft pas fait mention de cetOffement dans les
Piéces du Procès , & quand on raprochera
tout ce qui concourt à conftater ces Faits..
On voit tout d'un coup un gros Procès fort
animé , fe terminer fans autre condition aparente,
que chacun demeurera en la poffeffion
où il étoit avant les troubles.
Comment d'ailleurs l'Eglife d'Autun auroit-
elle pû convenit de la Tradition & de la
vérité de la Relique d'Avallon , qu'elle avoit
contredite fi vivement , s'il ne s'étoit pas
paffé quelque chofe de fecret entre l'une
& l'autre Eglife ? La Cathédrale crut ne pas
fe démentir en donnant un confentement
aparent
AVRIL 1741. B99
parent à la Relique qu'elle avoir conteſtée ,
& qui ne portoit , felon elle , que fur celle
qu'elle donnoit , la Collégiale , qui ne vouloit
rien perdre de fes avantages , n'acceptoit
ce confentement, qu'en l'apliquant à fon ancienne
Relique , & ne recevant la nouvelle ,
que pour faire ceffer un Procès fur l'ancienne.
Ce procedé , je l'avoue , eft loin de la fincerité
, mais il ne faut pas toujours juges des
affaires , même Eccléfiaftiques , par les regles
ordinaires; il eft bon de chercher quelquefois
à démêler ce qui s'eft fait , & il paroît que
cès bonnes gens ne crurent pas faire un mal,
en ufant d'un ménagement qu'ils regardoient
comme une fineffe permife , parce qu'ayant
de part & d'autre une Relique , il importoir
peu pour les Peuples qu'une partie du Crâne
d'Autun fût à Avallon avec l'ancienne Relique.
Que perfonne ne trouve mauvais que je
les falle penfer & agir ainfi ; les Piéces du
Procés les convainquent d'une ignorance
craffe & ftupide ; fi elles méritoient de voir
le jour, on ritoit des raifons qu'ils employent
dans leurs Ecritures , où l'on chercheroit in
utilement du bon fens & de la raifon.
Cette portion de Relique que je tire d'Autun,
ne contredit pas l'intégrité du Chef con-
Tervé dans l'Eglife d'Autun , puifqu'elle eft fi
peu confiderable , qu'on peut toujours dire
qu'il
Yoo MERCURE DE FRANCE
qu'il n'y manque que la mâchoire inférieure,
quoique cer Offement en foit détaché ; je
n'empêche cependant pas,fi cette conjecture
n'eft pas goûtée , qu'on ne croye qu'elle
vient de quelqu'autre Eglife , en tout cas
celle d'Avallon a cete affûrance de plus , d'avoir
une Relique de S. Lazare.
- Vousjugez,fans doute, M.que la découverte
qui a été faite à Autun en 1727. ne fait aucun
préjudice à Avallon , ni aux autres Eglifes,
qui croyent avoir des Reliques de S.Lazare
; chacune a fa Tradition pour elle , &
celle d'Autun ne peut fe prévaloir de la plus
grande quantité de Reliques , dont l'autenticité
dépend des mêmes raifons que fi etle
en avoit moins.
Je finis , on obfervant que je n'ai prétendu
rien changer à ce que L. A. Boquil
lot a dit fur le Procès du XV. fiécle ; il eſt
exact fur ce que je n'ai pas relevé , & ma
Lettre n'eft qu'un fuplément de la fienne ,
qui peut toujours avoir ſon utilité.
Je vous opoſerai vous - même , M. à notre
fçavant Chanoine , qui fut embaraffé du filence
d'Honorius ; lequel parlant de S. Lazare
dans un Sermon du Dimanche des Rameaux
, ne fit pas mention de ses Reliques
ni à Autun ni à Avallon , quoiqu'il convint
que cet Argument négatif fût plus concluant
Contre Autun, que contre Avallon , mais il a
fuivt
AV RIL. 1741 .
701
fuivi en ce point M. de Launoy , qui s'eft
trompé , en croyant Honorius Prêtre de l'Eglife
d'Autun , comme vous l'avez prouvé
dans une fçavante Differtation , où vous faites
voir que cet Auteur apartient à l'Allemagne
& non pas à la France.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Avallon ce 28. Décembre 1740 .
LETTRE du Roy Louis XI. à M. le
Cardinal Rolin , Evêque d'Autun.
A notre Amé & féal Confeiller le Cardinal
Evêque d'Autun. Monfieur le Cardinal , j'ai
puis naguieres envoyé à Oftun & pareillement
à Avallon , pour fçavoir au vrai fe le
Corps & le Chef de Monfieur Saint Ladre
il font , & comme ils furent aportés. On
m'a fait le raport de ce qu'on y a treuvé
mais pour la diverfité & differens qui font à
caufe du Chef , que les uns dient être en l'Eglife
dudit Oftun & les autres en l'Eglife
d'Avallon , ja ne fçai bonnement à quoi m'en
arrefter , ou pour ce que je veux par que incontinent
à toute diligence , vous mandiez à
Vos Vicaires, que on face le Procès pour ſçavoir
à la vérité où ledit Chef eft , & vousmême
enquerra vous & en faites que la Sentence
en foit donnée & qu'on n'y abuſe plus,
& s'il vous plaît qu'il n'y ait point de faulte ,
D car
702 MERCURE
DE FRANCE
car j'ai grand defir de le favoir à la vérité .
Adieu , Monfieur le Cardinal. Efcrit à Notre-
Dame de Clery , Signé , Louis , & du Sécre
taire Parent
Juin 1482.
LETTRE du même Roy à l'Evêque
d'Avefnes.
A notre Amé & féal Confeiller & Aumofnier
l'Evêque d'Avefnes . Depar le Roy . Notre
Amé & féal, vous avez bien fçû que comme
puis naguieres nous avons envoyé à Oftun
& à Avallon , pour favoir la vérité où est le
Chef & auffi le Corps M. S. Ladre , dont
on nous a fait le raport de ce qui en a été
treuvé , & pour cela il y a quelques differenss
nous écrivons à notre très cher & grand
Ami le Cardinal d'Oftun , que incontinent
ce face & face faire par fes Vicaires , au vrai
le Procès pour en déclarer la vérité , & à
cette caufe , auffi que vous êtes fon Vicaire ,
nous vous prions que de votre part
vafquer & entendre à toute bonne juftice &
équité , fans y avoir ni donner faveur d'une
part ne d'autre , car nous défirons très - fort
favoir la vérité de cette matiere , fi gardez
qu'il ne ayt faulte. Donné à Clery. Signé ,
Louis , & du Sécretaire Parent.
Juin 1482 .
il vouslut
LETTRE
AVRIL, 1741. 703
LETTRE du Cardinal Rolin , Evêque
d'Autun , àfes Officiers.
A mes chers Freres & Amis mes Officiers
ordinaires à Oftun. Très- chers Freres & bons
Amis ,fe tous les plaiſirs & fervices que ja
mais defires à me faire incontinent & toutes
chofes arrieres miſes , fans y épargner aulcunes
chofes ; procedés & befongnés en la
commiffion , felon que le Roy le me mande
par fes Lettres , & pour cette caufe vous
envoye haftivement-mon Familier & Servi
teur le Curé de Vandeneffe , Porteur de cette,
à vous folliciter d'y befongner à toute diligence
; portés vous y tellement que le Roy
doye être content de moy , & y befongnés
en telle façon que y ayés honneur , fe vous
n'y faictes bon devoir , vous en bailleray la
charge , & fe ne fuft cette mortalité qui eft
à Oftun , y fuffe allé noi même
-
pour cetto
caufe. Tout ce que je fçay & puis principalement
& devant toute autre chofe vous recommander
cette matiere , & prie que toute
poffibilité
y faffiés , comme ay dict au préfent
Meffager pour le vous dire & raporter,
Notre Seigneur foit garde de vous. Efcript à
Paris bien haftivement
le 28. jour de Juin
1482. Le vostre , J. CARDINAL
D'OSTUN.
Dij
LETTRE
704 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du même Cardinal. A Monfieur
mon Official d'Oftun , Maître Jean
Saulnier , Docteur ès Droits.
Très-cher & bon Ami , envoye ce Porteur
de cette par de - là , ainfi que le Roy
mande par fes Lettres ,lefquelles vous envoye ,
vous prie donc , tant que faire le puis , que y
befongniés de plus diligement que pourrez ,
toutes autres chofes arriere mifes , vous en
prie encore de rechef, & tellement vous y
employes que en foyes terme à vous & plutôt
que vous pourrez dépêcher l'euvre , vous
en prie , & faire le fault pour obéïr au Roy.
Notre Seigneur foit garde de vous. Eſcript à
Paris haftivement le 28. jour de Juin l'an
148 2. le voftre , J. CARDINAL D'OSTUN .
ETRENNES EN VAUDEVILLES ,
A M. le Duc de **
Air : Du Cap de bonne esperance.
$ Eigneur , recevez l'hommage
Qui vous est dû par mon coeur ;
Il ofe fuivre un uſage
Qui fait fon plus grand bonheur ;
Je vous fouhaite une année
Pa
Y
1741. 705
Par les Plaifirs couronnée ;
Afin
que je fois heureux ,
Le Ciel comblera mes voeux .
Air : Réveillez- vous belle endormie !
Oui , j'ai la plus douce eſpérance
Que vos jours feront gracieux ;
Si- tôt qu'ils font chers à la France ,
Ils doivent l'être à tous les Dieux.
Air : Quel plaifir de voir Claudine !
Ma gloire fut non commune
Quand je parus devant vous ;
C'eſt le jour où la Fortune
Me promit un fort plus doux.
Air : De tous les Capucins du monde.
Depuis ce jour rempli de charmes ,
Contre elle j'ai reçu des armes
Qui la captivent dans mon coeur ;
Oui , mon allegreffe eft extrême ;-
Je joüis d'un deftin flateur ,
Et je ne le dois qu'à vous- même .
Air : Trois freres gueux , &c.
Ne pouvant pas vous faire aucun préfent
Digne de vous , Seigneur, pour vos Etrennes ,
Permettez- moi que , dans ce même inftant ,
Je puisse ici vous demander les miennes.
D iij Air :
MERC! DE FINANCE
7
Air: Du haut en bas.
Votre Portrait ,
De la plus fçavante Gravûre ,
Votre Portrait
M'a parû fi beau, fi parfait ,
Que mon envie eft fans meſure
De poffeder dans fa bordure
Votre Portrait. *
'Air : Tu croyois , en aimant Colette
Si j'obtiens ce que je defire ,
Quel Mortel fera plus heureux
D'Apollon la brillante Lyre
Ne fatteroit pas tant mes voeux.
Air : Que faites- vous , Marguerite &
Avec ce Portrait aimable
Je ferai toujours joyeux ;
Un Tableau fi refpectable
Occupera tous les yeux.
Air : Folies d'Efpagne.
Si votre main me refufe le gage
Qui peut aider à faire mon bonheur ,
Aurai -je moins pour cela votre image ?
Le zéle a ſçû la graver dans mon coeur .
* L'Auteur a obtenu fa demande.
•
D iiij
Air :
AVRIL. 1741. 707
Air :Ton himeyr eft Cathereine,
Jouiffez toute l'année
D'une parfaite ſanté ;
Je prierai la Deſtinée
Pour votre félicité ;
Pour vous dans trente ans encore
Puiffai- je former des voeux ,
Et Paris qui vous adore
Sous vos Loix fe voir heureux !
Laffichard.
****************
SEANCE de MM. les Maréchaux de
France , tenue à la Connétablie
le 23. Mars 1741 .
M
Effieurs les Maréchaux de France ont
à Paris deux Tribunaux ; l'un eft celui
de la Connétablie & Maréchauffée de
France au Siége géneral de la Table de Marbre
du Palais , qui fe tient dans la Galerie
des Prifoniers ; l'autre , qu'on apelle communément
le Tribunal du Point d'honneur ,
fe tient chés le plus ancien de ces Meffieurs .
La Connétablie eft la premiere des trois
Jurisdictions féantes au Siége Géneral de la
Table de Marbre du Palais à Paris ; ce Siege
D iiij
de
708 MERCURE DE FRANCE
de la Table de Marbre eft une des plus ifluftres
& des plus anciennes Jurifdictions du
Royaume ; il eft ainfi nommé , parce qu'il fe
tenoit autrefois dans la Grand' - Salle du Palais
, fur une grande Table de Marbre , où le
Connétable , l'Amiral , & le Grand Forestier ,
aujourd'hui repréſenté par les Grands- Martres
des Eaux & Forêts , donnoient leurs
Audiences.
Préfentement ce qui refte du pouvoir de
ce Siége Géneral eft partagé en trois Jurisdictions
, qui s'exercent en trois Chambres
differentes & connoiffent de différentes matieres.
Celle de la Connétablie avoit autrefois pour
Chef le Connétable , mais après la mort du
Connétable de Lesdiguieres , Louis XIII .
ayant en 1627. fuprimé cette Charge , MM .
les Maréchaux de France font préfentement
les Chefs de cette Jurisdiction , qui a tou
jours confervé le même nom de Connétablie
Maréchauffée de France , & les Sentences
qui s'y rendent font encore intitulées , Les
Connétable & Maréchaux de France , à tous
préfens & avenir , c. quoiqu'il n'y ait plus
de Connétable , parce qu'il eft repréfenté par
le plus ancien des Maréchaux de France ,
apellé premier Maréchal de France , ou, comme
on dit communément , Doyen des Maxéchaux
de France , lefquels ne font enfemble
AVRIL. 1741.
709
ble qu'un Corps , dont il eft le Chef, & en
cette qualité il jouit de tous les droits &
honneurs du Connétable.
La Connétablie connoît en premiere inftance
dans toute l'étenduë du Royaume des
actions perfonnelles que les Gens de Guerre
peuvent avoir l'un contre l'autre pour le fait
de la guerre , & de tous Contrats , Cédules
& Obligations à ce fujet , payement de gages
, foldes , foldes , & malverfatians des Tréforiers
& Payeurs. Elle connoît auffi par apel des
Sentences des Prévôts des Maréchaux.
Le Doyen de M M. les Maréchaux de
France préfide à la Connétablie ; après lui fićgent
M M. les Maréchaux de France , fuivant
l'ordre de leur promotion , enfuite les Officiers
de Robe - Longue de ce Tribunal ; fçavoir
, le Lieutenant Géneral , le Lieutenant
Particulier , & le Procureur du Roy.
Les Prévôts des Maréchaux & les Commiffaires
des Guerres ont droit d'y fiéger en Epée,
immédiatement après M M. les Maréchaux
de France , & y ont voix délibérative .
M M. les Maréchaux de France viennent
fiéger à la Connétablie , quand ils le jugent
મે propos ; ordinairement le Doyen y vient
une fois à fon avenement au décanat . M. le
Maréchal de Villars étoit le dernier qui y
étoit venu , il y a environ 18. ans , lorfqu'il
faifoit les fonctions de Doyen en l'ab-
D Y fence
710 MERCURE DE FRANCE
fence de M. le Maréchal de Villeroy.
Ils y vinrent le Jeudi 23. Mars dernier , à
l'occafion de la Réception qu'ils devoient
faire du Prévôt Géneral de la Maréchauffée
de Dijon , lequel , à ce qu'on prétend , a le
droit d'être reçû par M M. les Maréchaux de
France eux-mêmes.
M M. les Maréchaux de Puyfegur , de
Noailles , de Montmorency , de Coigny, de
Brancas , de Chaulnes , de Nangis , d'Ifenghien
& de Duras , fe rendirent pour cet effet
le matin chés M. le Maréchal de Biron
Doyen , avec lequel ils partirent pour fe ren .
dre au Palais , dans leurs caroffes , avec cha.
cun un caroffe de fuite , marchant fuivant
leur rang.
›
Ils étoient tous en Manteau de velours
noir , avec le Chapeau en forme de Tocque,
garni de Plumes.
Les Valets de pied de M. le Maréchal de
Biron , marchoient à pied des deux côtés de
fon caroffe .
Un détachement de cinq hommes, fçavoir,
un Officier & quatre Gardes de la Compagnie
de la Connétablie, marchoit à cheval audevant
du Caroffe de M. le Maréchal de
Biron ; un détachement pareil fermoit la
marche. Les Gardes étoient armés de leurs
Moufquets , & revêtus de leurs Hoquetons.
Un autre détachement de la même Com-
>
pagnie
AVRIL.
1741. 711
pagnie étoit à pied fous les Armes , pofté au
bas de l'Efcalier de la Ste Chapelle . Il y
avoit auffi quelques Gardes aux deux portes
de la Chambre de la Connétablie .
Cette Compagnie de la Connétablie , qui
eft aux ordres de M M. les Maréchaux de
France , & qui monte tous les jours la garde
chés le Doyen , eft proprement la Compagnie
Colonelle du Corps des Maréchauffées &
Gendarmeries de France.
Devant
Lorfque M.le Maréchal de Biron defcendit
de caroffe dans la Cour du Palais , les Officiers
& Gardes de la Connétablie , tinrent
lui l'Epée nue , comme on faifoit pour le
Connétable qu'il repréfente , & ils remirent
l'Epée dans le fourreau , auffi - tôt qu'il fut paſſé .
M M. les Maréchaux de France monterent
par l'Escalier de la Ste Chapelle , pafferent
par la Salle Merciere & par la Galerie des
Prifoniers.
Ils étoient précedés des deux Trompettes
de la Connétablie , qui fonnerent diverfes
Fanfares jufqu'à la porte de l'Auditoire ; enfuite
marchoient les Valets de Pied de
M. le Maréchal de Biron ; les Officiers de la
Connétablie ; MM . les Maréchaux de France
; M. le Prévôt Géneral des Monnoyes , &
celui de l'Ile de France ; les Gardes marchoient
des deux côtés & fe rangerent en
haye dans la Galerie des Prifonniers.
D vj
Les
712 MERCURE DE FRANCE
Les Officiers de Robe- Longue de la Con
nétablie , précedés de leurs Huiffiers , fortirent
de la Chambre pour recevoir M M. les
Maréchaux de France.
Lorsqu'ils eurent pris féance , il firent ou
vrir l'Audience ; il y eut une Caufe plaidée
devant eux par trois Avocats , après quoi le
Lieutenant Particulier , en l'absence du Lieutenant
Géneral , recueillit les opinions & prononça
la Sentence en leur nom .
Ils reçûrent enfuite celui qui fe préfentoit
pour la Charge de Prévôt Géneral de la Maruffée
de Dijon; après quoi ils repartirent
le même ordre qu'ils étoient venus.
" IIs dînerent ce jour - là chés M.le Maréchal
de Biron, & après dîner ils tinrent chés lui
Tribunal du Point d'honneur, comme ils ont
coûtume de faire tous les Jeudis Ils y con
noiffent par eux- mêmes & fans apel de tous
les differends mûs entre les Gentilshommes
& Gens faifant profeffion des Armes , pour
raifon de leurs engagemens de paroles , points
& billets d'honneur ; les Requêtes que l'on
y préfente font fur papier commun en
forme de Placets ; on les donne d'abord au
Sécretaire Géneral des Affaires , qui les remet
enfuite au Confeiller d'Etat ou Maître
des Requêtes, nommé par le Roy pour affifrer
à toutes les Affemblées de MM . les Maréchaux
de France , auxquels il fait le rapor
des Requêtes , &c. Quand
AVRIL. 1741. 713
Quand le Doyen de MM. les Maréchaux
de France eft en même- tems Duc & Pair
& qu'en cette derniere qualité il vient pren.
dre féance au Parlement , il eft ordinairement
accompagné des Officiers & Gardes de
la Connétablie , mais fans Trompettes , &
les Gardes reftent dans la Grand'- Salle en
dehors du Parquet des Huiffiers.
CANTIQUE DE MOYSE ,
Après le paffage de la Mer Rouge.
Qo
V. I. 2.
Ue nos voix célebrent la gloire
Du Dieu de la Terre & des Mers ;
Du Souverain de l'Univers
Qu'elles annoncent la victoire .
Il a ſubmergé dans les flots
Les Guerriers & leurs Chariots ;,
Je dois la vie à fa puissance .
Il fut le Dieu de mes Ayeux ;
C'eft le mien ; ma reconnoissance
Doit le chanter à mes Neveux .
$ 3. 4. 5 .
En Guerrier il vient de paroêtre,
714 MERCURE DE FRANCE
Mais fous le nom de Tout - Puissant ,
Que tout un Peuple en périssant
S'eſt vû forcé de reconnoître.
Suprême Arbitre des Combats ,
Il abîme Chef & Soldats ,
Pharaon , fon Char , fon Armée ;
Ses plus habiles Géneraux ,
Comme une masse inanimée
Sont defcendus au fond des Eaux.
4.6.7.
Seigneur , de ta main triomphante
Que les traits marquent de grandeur !
fous ton bras vengeur ,
Tu frapes
Toute l'Egypte eft impuissante.
Ta gloire n'a plus d'Ennemis ;
Ta force te les a foûmis ...
Dieu , que ta fureur eft rapide !
En proye à ce feu confumant
Un Peuple eft une paille aride ,
Qui n'eft que cendre en un moment.
. 8. 9.
La Mer à ton foufle eft docile ;
Ta colere assemble les Eaux ,
( Pour nous c'étoient deux murs nouveaux ;
Le fluide étoit immobile ...
A llons , dit le Perfécuteur ,
Que
1
AVRIL. 719 1741.
Que rien n'échape à ma fureur ;
Que ma main fume de carnage .
Des Hébreux j'aurai les tréſors ,
Et je veux que l'autre rivage
Soit inondé du fang des Morts. )
V. 10 .
Ton foufle s'éleve . . . & l'Impie ,
Surpris dans les gouffres profonds ,
Se trouve accablé par deux Monts ,
Sans pouvoir difputer fa vie .
Veut- il lutter contre tes Loix ?
Il tombe de fon propre poids
Couvert de vagues furieuſes ,
Et ce Tiran fi redouté ,
Eft , avec les Troupes nombreuſes ,
Le jouet de ton équité.
V. II. 12 .
Saint , quand tu lances le Tonnerre
Adorable dans ta fureur ,
Qui peut imiter ta Grandeur ?
Qui le peut des Dieux de la Terre ?
Toujours digne de notre encens ,
Tu furprens notre coeurs & nos fens ;
Quand tu frapes tes adverſaires,
Tu ne fais qu'étendre la main ...
Pour
716 MERCURE DE FRANCE
Pour dévorer ces témaires
La Terre ouvre & ferme fon fein.
.
13.
Ton amour , grand Dieu , nous dégage
D'une dure captivité ;
Ces merveilles de ta bonté
D'un parfait bonheur font le gage.
Ifraël a passé les Mers ,
Il traverfera les Deferts ,
Conduit , porté par ta Sagesse ,
Et malgré tous fes Ennemis ,
Il entrera plein d'allegresse
Au féjour que tu lui promis.
V. 14. 15. 16.
La douleur , l'effroi , la colere ,
Arment les Peuples & leurs Rois ;
Contre nous , qui fuivons tes Loix ,
Que peut cette poudre légere ?
Enfans de Cham , Iduméens ,
Moabites , Chananéens ,
Pâlissez , reftez immobiles . ..
Passe , Peuple que Dieu foutient ... )
Aprenez , Guerriers inutiles ,
A quel Roy Jacob apartient.
*.
AVRIL 717 1741.
V. 17. 18.
Ainfi , Grand Dieu , par ta Puissance
S'ouvrira le facré féjour ,
Ce Mont gardé par ton amour
Aux Enfans de ton Alliance.
Ta main le fit en un moment ,
En affermit le fondement ;
C'eft ton éternel héritage.
Là , du Regne de ta douceur ,
Après les jours du dernier âge ,
Jacob goûtera le honheur.
* . 19.
Oui , Mortels , de cette promesse
L'Onde annonce la vérité.
Conduit par fa témerité ,
Pharaon nous fuit & nous preffe.
Ses Efeadrons audacieux ,
Bravans & la Mer & les Cieux ,
Entrent . les flots fe réunissent ...
Et nous , fauvés par le chemin
Où nos fiers Ennemis périssent ,
Nous chantons le fecours divin.
;
LET TRE
718 MERCURE DE FRANCE
jkjkakakakakakakakakakakakakak
LETTRE de M. *** à M... Avocat
à Meaux , touchant une Maiſon Religieufe
de la dépendance du Paraclet.
V
de Ous me permettrez , Monfieur ,
vous propofer un ſcrupule que j'ai touchant
un endroit de votre Hiftorien Eccléfiaftique
moderne. Je fais profeffion de reconnoître
fon habileté à dreffer des Pouillés.
Celui de Meaux me paroît être un des mieux
faits que j'aye vûs ; mais ne lui feroit- il point
arrivé de donner à ce Diocèfe des Bénefices
qui n'y font pas? Je m'en raporterai à vous fur
le cas que je vais vous énoncer.
Cet Auteur croit à la page 156. de fon
premier Volume, que le Diocèfe de Meaux à
cû une Maifon dépendante du Paraclet,& il
donne à cette Maiſon le nom de Triangle.
que
Ce qui me fait foupçonner quelque mépri
fe, c'eſt que je crois qu'il n'a pas fait refléxion
s'il y a une Communauté du nom Latin
de Triangulum dans le Poüillé du Paraclet,
c'eft Trainel , du Diocèfe de Sens , qu'il faut
entendre par ce Triangulum .
Trainel eft dit en Latin Triangulus ou
Triangulum. Les Seigneurs de Triangulo
font fort connus. Un Prieuré du Paraclet
fubfift oit autrefois dans le Bourg du même
non
AVRIL. 1741 . 919
nom , proche Nogent- fur- Seine. On trouve
dans Defguerrois, Hiftorien de Troyes, feüillet
80. recto de la Sainteté Chrétienne, impref
fion de 1637, cette petite Notice. Le Mos
naftere de Pommeraije , les Prieurés de Sainte
Magdelaine de Trainel , de Léavalle , an Dios
cèfe de Sens ; celui de Neofort , au Diocèfe de
Meaux celui de Beaurain , Diocèfe de Beauvais
, dépendent du Paraclet. Vous voyez
par-là , Monfieur , que la Paraclet n'a pas de
Maifon du nom de Triangle ou Trainel à re
vendiquer dans le Diocèle de Meaux. J'attendrai
là - deffus votre avis , dont je ferai
tout le cas qu'il mérite.
Ce feroit une choſe triviale de remarquer
que c'eft de ce Bourg de Trainel, au Diocèſe
de Sens , qu'ont été tansferées au Fauxbourg
de S.Antoine- lès- Paris,les DamesReligieufes,
dites de la Magdelaine de Traine
Je fuis , &c.
**************
SONNET, fur les Rimes propofees dam
le Mercure de Janvier 1743 .
N
On ,je ne puis parler Théatre ni Couliffe ,
Ni vous tracer en Vers de gracieux Devis
Du Palais de Phébus j'ignore le
Parvis ,
Et mon efprit boiteux auroit beſoin d'Ecliffe.
Votre
720 MERCURE DE FRANCE
Votre fatal Sonnet me donne la
3 . Il expofe à mes yeux fossés &
Puis au fortir de -là , m'entraîne
L'Herboriste Lucas , le Marchand de
J'aimerois mieux crier Rainette &
Jauniffe ;
Pont -Levis ,
Vis-à-vis
Regliffe.
Cabendss ,
Que fur vos Bouts-Rimés me trouver Morfondu ;
Un Roquet rifque moins , pourſuivi par un Dogue.
La Critique fur moi fondroit comme un Vautour ,
Et des Rimeurs jaloux l'altiere
Armeroit contre moi Sifflets , Fifre ,
Sinagogue
Tambour.
Le Maire.
3
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
de Mars par l'Ombre & Germain . On
trouve dans le Logogryphe , Mer , Jean ,
Ire , Magie , Marne , Remi , Grain , Rime
Agen , Niger , Riga , Ame , Amer , Manie ,
Ange , Maine , Main , le Mein , An , Rame,
Ane , Maigre , Rage , Jaën , Rien , Marie ,
Gain , Air , Mine , Aire , Aigre , Age", Mire,
Image , Manger , Nager , & Mari.
ENIGME
AVRIL. 1741. 721
Atetett
もんもんむ
ENIGM E.
ON peut, fans déroger, avec art me conftuire,
Brulant, quand on me fait , il faut encor me cuire,
Avant qu'on me touche du doigt :
On fouffle enfin , je deviens froid ,
Et plus froid qu'une fouche ;
J'ai très-fouvent le pied plus petit que la bouche ;
Comme un Cameleon , je change de couleur ;
Sans crainte des jaloux , je donne avec douceur
Un baiſer amoureux à la fage Climene ,
Je la foulage dans la peine ,
Je recommence au gré de ſon défir ;
Et je fuis infenfible à ce charmant plaifir.
Dans un combat je brille & je me fais entendre."
Par accident , par divertissement ,
On me détruit impitoyablement ;
Mais , comme le Phénix , je renais de ma cendre,
Gueroult, de Fécamp, en Normandie.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
P Rends mon non & l'article ; en combinant les
deux ,
Tu trouveras un Saint , un Conquerant fameux ;
Une
22 MERCURE DE FRANCE
Une Ville , & s'il faut t'en dire davantage ,
La mesure du tems , la mefure de l'âge ;
Jadis une Tribu qu'on chérit en tous Lieux ;
Un Oifeau , dont le vol penetre jufqu'aux Cieux ;
Prefque à tous les Humains Liqueur très- agréables
Un apas féduifant , un bien , feul défirable ;
Ragoût pour un Gafcon des plus apétissans ;
Un mal qui fait gratter bon gré , malgré les gens;
Fille par fa laideur célebre dans l'Hiſtoire ;
Un efprit qui jouit d'une immortelle gloire.
Parcours le Languedoc , Lecteur embarrassé ,
Ceft - là que fur trois pieds tout mon cops eft placé,
Par M. Desjardins de la Bonnardiere.
AUTRE.
C Haque Mortel me porte avec fon Chef ;
Cinq pieds forment mon corps , dont je donne la
clef.
Prends - les , Lecteur , par acrostiche
Tu trouveras , fi tu ne triche ,
Cinq Enfans , tous auffi puissans que moi
Et par ce régulier emploi
L'angle d'abord d'une chofe folide :
Un Ruisseau ; ce qui fert fur la Plaine liquide ;
Un Poisson qu'on ne voit d'ordinaire qu'en Mer ;
Un Inftrument , qui ne fert qu'en Hyver .
Par Duchemin , Mufiçien à Angers.
NOUAVRIL.
1741.
723
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
IBLIOTHEQUE Germanique , &c.
BTome XXXIV. 4 Amsterdam , &c.
1736 .
MEMOIRES sur la Vie & les Ecrits des
Sçavans de l'Europe , qui sont actuellement
en vie , soigneusement raffemblés par M,
Gabriel - Guillaume Gotten . I. vol . 8 ° 1735 .
Ce Volume eft divisé en cinq Chapitres
qui renferment. 1.Les Sçavans de Hambourg,
de Lubec & de Kiel . 2. Ceux de Mekclenbourg
, 3. Ceux des Etats de S. M. Pruffienne
, 4. Ceux de Lunebourg , de Zell , de
Hanover , de Gottingen , & de Wolfenbutel
, & 5. ceux d'Hildeshein & d'Alfeld.
Tout cela renferme un détail curieux & intéreffant
pour l'Hiftoire Littéraire du Siécle
paffé & de celui où nous vivons.
MEMOIRES de Charles Louis , Baron de
Pollnitz , &c. Seconde Edit. 4. Vol. 8º. A
Amfterdam 1735. Le Journaliſte affûre que
Auteur de cet Ouvrage eft un Homme de
naiffance & d'esprit , qui a vû le monde
qui a parcouru la meilleure partie de l'Europe,
& &
qui s'eft soigneusement informé
de
24 MERCURE DE FRANCE
de ce que chaque Pays a de plus remarquable
, & surtout du caractere des Personnes
qui composent les principales Cours , en
conservant pour les Princes ,le respect & les
ménagemens qui leur sont dûs , ne faisant
paroître aucun penchant pour la Satyre , & c.
On a mis dans cette nouvelle Edition faite
fix mois après la premiere , un morceau particulier
, intitulé l'Etat de la Cour de Saxe ,
sans parler de plufieurs Additions confidérables
, tant dans les Notes que dans le corps
de l'Ouvrage , & plufieurs détails curieux.
L'Auteur commence par les Etats du
Roy de Pruffe. Il parle de l'Arsenal de Berlin
, comme d'un des plus parfaits Bâtimens
de l'Europe , lequel a été élevé , dit il , sur
des Deffeins de M. Bot , François de Nation,
& qui a fait en cette occafion tout ce que
le célebre C. Bernin auroit pû faire.
>
Meiffen eft la Capitale de la Misnie ; l'Auteur
s'y arrête , à cause de la Fabrique des
Porcelaines , lesquelles par la beauté de la
Peinture & la maniere dont l'or y eft
incrufté , surpaffe la Porcelaine du Japon
, auffi eft - elle beaucoup plus chere ;
on en doit l'invention à un Alchimiste qui
avoit persuadé qu'il sçavoit faire de l'Or. Le
Roy de Pologne l'avoit crû , & pour s'affûrer
de sa personne , il l'avoit fait mettre au
Château de Konigstein , à trois milles de
Dresde ,
AVRIL. 1741. 725
رو
Dresde : » Là , dit notre Voyageur , au lieu
» de faire de l'Or , ce métal solide & pré-
» cieux , qui fait faire tant de folies aux.
hommes , il inventa la fragile Porcelaine ;
» par où , en quelque maniere , il faisoit de
» l'Or , puisque le grand débit qui s'en fait ,
» attire beaucoup d'especes dans le Pays .
""
"
Drefde , suivant la même Relation , Capitale
de l'Electorat de Saxe , peut être mise
au rang des plus belles Villes du Monde. Le
Palais des Indes eft de trois étages ; dans
toutes les chambres sont autant de cabinets
de Porcelaines du Japon & de la Chine ;
on en fait monter la valeur à un million
d'écus. Tous les meubles de cette Maison
sont des Indes . Il y a un ameublement par- .
ticulier de plumes de differentes couleurs
& toutes naturelles , mises en oeuvre avec
tant d'art , qu'on le prend pour un beau Satin
à bouquets. Ce magnifique Palais eft accompagné
d'un Jardin qui à la vûë sur l'Elbe
, & qui eft orné de Statues de Marbre
blanc, venues de Rome.
Le Journaliſte finit son Extrait du Livre
de M. le Baron de Pollnitz , en disant qu'on
ne sçauroit guere lire de Relation plus variée
& plus intéreffante que la fienne.
On trouve dans les Nouvelles Litteraires
de ce même XXXIV . Tom. Art. de Petersbourg,
que M. le Profeffeur Kher travaille à
E une
726 MERCURE DE FRANCE
une Hiftoire des Peuples Orientaux , Arabés,
Persans , Turcs , Tartares & Indiens. Il enrichira
cet Ouvrage de Médailles & de Monnoyes
Orientales qui se trouvent au nombre
de plus de cinq mille dans le Cabinet de
S. M. Czarienne. Le même Auteur compose
auffi une Hiftoire Litteraire de l'Orient
qu'il intitulera Polyhiftor Orientalis Litterarius.
De Vienne. M. Salomon Kleiner , Ingé
nieur de S. A. E. de Mayence , & le fieur
Jérémie-Jacques Seldemair , habile Graveur,
ont entrepris de publier les Descriptions en
Tailles-douces du magnifique Bâtiment de la
Bibliothèque Impériale. Ces Gravûres seront
accompagnées de Descriptions en Latin &
en Allemand , & divisées en trois parties.
Cet Ouvrage proposé par souscriptions , doir
être à présent achevé , &c.
De Stetin. M. le Capitaine Humbert travaille
à une Hiftoire Critique des Cartes Géographiques
: Ouvrage très- utile à ceux qui s'apliquent
à la Géographie. Il sera précedé
d'une Préface très - utile , &c,
RECUEIL de Piéces d'Hiftoire & de Litterature.
Tome IV. A Paris , chés Chaubert
1741 .
Après avoir parlé des trois précedens Volumes
de cette nouvelle Collection , il ne
nous
AVRI L. RIL. 1741. 727
nous refte qu'à marquer les Piéces qui font
contenues dans ce quatriéme Volume. Il eft
précedé d'un Avertiffement qui aprend au
Public que l'Auteur promet de donner un
femblable Volume tous les trois mois.
La premiere Piéce de ce dernier Tome
eft du Pere Oudin , Jéfuite de Dijon , Auteur
de la fçavante Differtation fur l'Afcia ,
imprimée à la fin du Recueil de M. l'Abbé
Lebeuf. Cet Ecrivain y recherche tout ce que
les anciens Auteurs ont dit fur les Ambrons ,
Peuples de la Gaule Celtique. Quelques Crisiques
s'étoient imaginés que Ambro en Latin
n'étoit pas un nom de Peuple , mais une injure
, & que les Ambrons n'étoient pas un
Peuple fixe , mais une troupe de Brigands .
Cette fauffe opinion n'eft fondée que für uno
équivoque grammaticale , & le P. Oudin
après s'être affûré que les Ambrons faifoient
un Peuple , marque qu'ils habitoient le Pays
qui fut depuis occupé par les Sebufiens , c'eftà-
dire qu'ils étoient les premiers ennemis
que les Romains avoient au- delà du Rhône.
Ĉet Article du P. Oudin fervira à enrichir les
Dictionaires Géographiques où le nom d'Ambrons
s'eft trouvé manquer , & on y puifera
tout ce qu'on peut fçavoir fur ces anciens
Peuples .
On voit enfuite des confidérations écrites
fur la Vie de Ciceron, traduites de l'Anglois.
E ij La
7728 MERCURE DE FRANCE
La troifiéme Piéce eft une Lettre pour justifier
Pomponius Atticus de la Cenſure de
M. l'Abbé de S. Réal , déguifé fous le nom
de Cafarion . Cette Lettre eft datée du mois
de Juin 1686. On trouve à la fuite dans ce
Recueil, plufieurs Lettres Latines de M.François
Atterburi , Evêque de Rochefter à M.
des
Jean de Serres , Marquis de Caumont ,
années 1730. & 1731. fur l'origine de la Rime
dans la Poëfie , & fur d'autres ſujets qui
concernent les Belles Lettres . La derniere
Lettre eft adreffée à Franciſco Granet , Aụ-
teur de ce Recueil de Piéces de Litterature ,
&c.
Elle eft fuivie de la Traduction d'un Difcours
d'Isocrate , fur la conduite d'un honnête
homme , faite par M. l'Abbé Regnier
des Marais , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Françoise. La Piéce fuivante regarde
quelques uns des Poëtes François du dernier
fiécle. On a fait après cela la comparaifon de
deux Odes faites par deux Auteurs differens.
pour le Cardinal de Richelieu ; fçavoir , M.
D *** & M. Chapelain.
Après ces Morceaux , déja anciens , fuit le
Compliment fait à M. M. de l'Académie des
Belles - Lettres de la Rochelle , par M. Des-
Landes , Commiffaire Géneral de la Marine ;
& enfin une Differtation fur l'Hiftoire de
Sainte Ursule , où l'on dės aporte preuves
que
$
AVRI L. 1741 . 729
que , dès le neuviéme fiécle , Vandalbert ,
Diacre de Pruin , commoiffoit une Tradition
qui admettoit à Cologne le Martyre d'un
nombre de Vierges que l'on comptoit par
milliers. L'Auteur de cette Differtation après
avoir rejetté , ainfi qu'il convient , les vifions
de Sainte Elifabeth de Sehonaug , au
fujet de ces Saintes , rend fort probable l'opinion
qu'elles furent martyrisées en 451.
fous Attila, comme l'a crû Robert d' Auxerre,
en fa Chronique , écrite à la fin du XII .
fiécle.
LIVRE DE PIETE ', par M. Picard de Sant
Adon , Docteur de Sorbonne , Doyen - Chanoine
de l'Eglise Royale de Sainte Croix
d'Eftampes. A Paris , chés la veuve Brocas ,
rue S. Jacques , au Chef S. Jean , 1741 .
LETTRE de M. de Mairan , Secretaire petpétuel
de l'Académie Royale des Sciences ',
& c. à Madame *** , fur la Queſtion des
Forces vives , en réponse aux objections qu'el-
Te lui fait fur ce fujet dans fes Inftitutions de
Phyfique .
DISSERTATION fur l'eftimation & la me-
´sure des Forces motrices des Corps , par
le même Auteur , nouvelle Edition .
NOUVELLE REFUTATION de l'Hypotéfe
Eij
des
1
730 MERCURE DE FRANCE
des Forces vives , par M. l'Abbé Deidier.
Ces trois Ouvrages brochés ensemble , se
trouvent à Paris chés Charles- Antoine Jombert
, Libraire du Roy pour l'Artillerie &
le Génie , ruë S. Jacques , à l'Image Notre-
Dame , 1741 .
HISTOIRE DE LA GUERRE , avec des Refléxions
fur l'origine & les progrès de cet
Art , par M. Beneton de Morange de Perrin.
In 12. à Paris , chésle Mercier & Bondet ,
Imprimeurs & Libraires ordinaires de lá
Ville , ruë S. Jacques au Livre d'Or , 1741 .
L'Auteur de cet Ouvrage déclare que fon
deffein , en le faifant , a été d'offrir à fes Lecteurs
unTableau qui , quoiqu'en racourci , leur
préfente la plupart des chofes exécutées à la
Euerre , les difpenfe par- là de lire beaucoup
de Livres qui nefont que contenir plus
au long ce qui n'eft raporté qu'en abregé dans
celui- ci.
Il fait enfuite l'éloge de l'Art de la Guerre.
Il'établit quatre âges dans lefquels il partage
tout le tems qui s'eft écoulé depuis le commencement
du Monde jufqu'à préfent , pour
montrer comment l'Art de la Guerre a acquis
par degrés la perfection où il eft aujourd'hui
; chacun de ces âges s'ouvre par
une Bataille mémorable , & par la defcription
de chacune de ces Batailles on aprend
quelle
A V.R I L. 1741 .
731
quelle étoit ( lorfqu'elles fe donnerent ) la
maniere d'arranger une Armée pour combattre
; on explique à cette occafion ce que
c'étoit que les Corps particuliers qui compofoient
une Armée ancienne ; les princi
paux de ces Corps s'apelloient chés les Grecs
Phalanges , & chés les Romains Légions. A
cette explication fe trouvent jointes des Refléxions
fur le fort & le foible de ces Corps ,
& des paralleles entre ces mêmes Corps &
ceux qui compofent les Armées d'à préfent ;
tels que les Bataillons pour l'Infanterie , &
les Efcadrons pour la Cavalerie ; ce que M.
Beneton dit fur cela eft curieux,de même que
ce qu'il dit fur la maniere de faire marcher
& camper les Armées. L'ufage des Romains
de ne camper que dans des Camps fortifiés ,
lui fournit encore niatiere à d'autres Refléxions
; il montre le tort qu'ont eû prefque
toutes les Nations connues depuis les Romains
d'avoir abandonné cet ufage . On voit
à la page 63. la figure d'un Camp propre
contenir une Armée dans un arrangement
nouveau , qui eft de l'invention de l'Auteur.
à
Differens endroits du Livre annoncé font
employés à décrire avec foin les differentes
Ordonnances qu'on a pû faire obferver aux
Armées , & fur lefquelles on a combattu
dans les quatre âges de la Tactique ; ces Ordonnances
font nommées chacune de fon
E iiij nom
I
732 MERCURE DE FRANCE
nom particulier , & pour celles fuivies par
les Nations de l'Europe qui ont paru depuis
les Romains , elles font offertes au moyen
d'une fuite chronologiquement raportée des
principales Batailles qui fe font données depuis
le commencement de notre Monarchie
jufqu'au fiécle paffé , que l'ancienne Ordonnance
Romaine a reparu , & a prévalu fur
toutes les autres. La Defcription de ces Batailles
donne non -feulement des exemples
pour l'intelligence de chacune de ces Ordonninces
intermédiaires entre l'Ordonnance
Romaine quittée & reprife , mais encore
inftruifent des rufes & des ftratagêmes qui
ont pû contribuer à faire tourner chacune
de ces Batailles à l'avantage de ceux qui les
ent remportées. Cela fait connoître le
tems à peu près de l'invention de chacune
des Ordonnances d'Armées , qui nous ont
été propres , ainfi que le tems où la plupart
des ftratagêmes de Guerre , ufités à préfent ,
ont auffi
paru.
Le Lecteur fuffifainment inftruit fur ces
deux chofes , l'Auteur en vient à la déduc
tion de quelques- unes des évolutions qu'exécutoient
les Phalanges & les Légions ;
celles de ces évolutions qui fe faifoient en
défenfive , s'apelloient Tortues ; plufieurs de
ces Tortues étoient admirables ; M. Beneton
s'eſt attaché à en décrire quelques- unes. Il
parle
AVRIL. 1741 . 733
parle enfuite des Grades Militaires , & entre
dans un affés grand détail fur l'étymologic
des noms portés par les Officiers , en prouvant
que ces noms viennent des fonctions
qu'exerçoient ces Officiers dans les Corps.
auxquels ils étoient attachés ; l'étymologic
de chaque Corps eft aufli raportée.
L'endroit qui concerne les Dieux , Patrons
de la Guerre , eft un des plus curieux de
P'Ouvrage , de même que celui qui regarde`
l'Origine de quelque Nation ; le Gérie particulier
de chaque Peuple d'à préfent eft affes
bien dévelopé , furtout en ce qui a rap it
à la Guerre ; enfin l'Ouvrage eft neuf & fingulier
en fon genre ; il contient des étymɔlogies
nouvelles , & beaucoup de chofes que
les Guerriers, tant de Terre que de Mer, qui
aiment leur Profeffion , ne peuvent ignorer ,
& fon Auteur le termine par la maniere
dont la valeur a été récompenfee & la lâcheté
punie dans tous les tems.
EXAMEN Réfutation des Leçons de
Phyfique , expliquées par M. de Molieres , au
College Royal de France. Par M. Sigorne.
1. Vol. 8°. d'environ. ; 00 . pages . A Paris ,
chés Jacques Cloufier , rue S. Jacques , à l'Ecu
de France. 1741 .
Ce titre préfente d'abord quelque chofe
de defobligeant à l'égard de- l'Auteur contre-
Ev le734
MERCURE DE FRANCE
lequel l'Ouvrage eft entrepris. Il eft vrai que
le terme dur de Réfutation n'eft point employé
dans l'Aprobation de M. de Montcarville
; le titre y eft autrement énoncé ,
& tel aparemment qu'il a été préfenté dans
le Manufcrit qu'il s'agiffoit d'aprouver.
Deux choses sont à diftinguer dans ce
Livre , la matiere & la forme. Pour la matiere
, ce n'eft gueres qu'un Recueil des objections
qu'on a accoûtumé de proposer
dans les Théses de Philosophie &c .
A l'égard de la forme , il paroît que l'Auteur
Critique a voulu donner à son Ouvrage
un air de nouveau syftême , dans lequel il
tâche de renverser tous les Principes de la
Phyfique.
,
On trouve à la page 417. une Remarque
dans laquelle l'Auteur de l'Examen dit que
M. de Molieres a eû communication de son
Manuscrit , avant qu'il lui fût permis de le
faire imprimer , & qu'il s'étoit efforcé de
répondre à deux Articles fondamentaux
par lesquels il attaquoit son fiftême : mais
c'eft de quoi M. de Molieres ne convient
nullement , soûtenant au contraire que rien
n'eft plus frivole qu'une pareille allégation.
Nous renvoyons au jugement du Public
éclairé la décifion de ce Procès Litteraire.
L'CRIGINE & les progrès des Arts & des
Sciences.
A VR II . 1741. 735
Sciences . On verra auffi à la fin de ce petit
Traité l'invention des Lettres de l'Alphabet '
la matiere sur laquelle on écrivoit ancienne
ment & l'inſtrument dont on se servoit pour
écrire. On y fait mention des premieres Bibliothèques
& des plus fameuses qui subfistent
aujourd'hui , & de l'Hiftoire véritable
de l'Imprimerie. Par M. NOBLOT . I. Vol. 8 °.
de 428. pages . A Paris , chés Hypolite- Louis
Guerin , rue S. Jacques à S. Thomas d'Aquin .
M. DCC. XL.
L'Auteur expose dans une courte Préface
que ce Traité de l'origine & des progrès des
Arts & des Sciences seroit déja imprimé ,
s'il n'avoit apris qu'il devoit inceffamment
paroître quelque chose de pareil sur cette
matiere. Après trois mois d'attente , les
Effais de M. Juvenel de Carlencas sur l'Histoire
des Belles - Lettres , des Sciences & des
Arts , ont enfin paru . Ses Recherches sont ,
dit-il , curieuses , mais quoique fort courtes ,
elles ne laiffent pas de faire connoître son
génie & son goût pour les Sciences . Aucune ,
non plus qu'aucun Art ne lui a échapé : il a
cependant semblé à notre nouvel Hiftorien.
que M. de Carlencas n'étoit pas entré affés
avant dans l'origine des unes & des autres ,
ce qu'il croit qu'on remarquera aisément
fi on prend la peine de lire le Livre qu'il
donne au Public . Par exemple , le premier
E vj
n'a
736 MERCURE DE FRANCE
n'a rien dit de l'origine de la Pofie Françoise
, dont il fait cependant un affés long
détail ; pourquoi , continue- t'il , paffer sous
filence les Troubadours de Provence , qui
en sont sans contredit les premiers Auteurs ?
Nous paffons le , refte de la Critique de
M. Noblot sur l'Ouvrage de son Emule ,
Critique qui nous paroît également solide.
& moderée . A l'égard de l'ordre , dans l'Ouvrage
dont il s'agit ici , on a suivi celui des
tems ; & comme l'Agriculture & l'Architecture
sont les deux premiers Arts dont:
Ecriture nous donne connoiffance , c'eft.
par eux qu'on a commencé cet Ouvrage .
Après ces deux Arts , suivent la Sculpture.
& la Peinture . Puis on vient à la Grammaire.
& à la Poëfie . Ce dernier Article eft d'une:
grande étendue & contient des choses curieuses
qui marquent l'esprit de sagacité &.
d'exactitude d'un Auteur laborieux , heureux
dans ses recherches & solide dans ses.
Refléxions ..
Il reconnoît pour les plus anciens Poëmes ,
qui nous reftent , ceux de Moïse , de Job , de
David & des autres Prophétes , ajoûtant
qu'il y a beaucoup de raison de croire qu'Adam
, n'a pas ignoré la Poëfie , & qu'il en a
inftruit ses enfans & ses petits- enfans , avec
lesquels il a fi long- tems vécu : ce qui s'ac-
Gorde avec le sentiment du célebre M. Huet,,
scaAVRIL
1741 737
sçavoir qu'avant Moïse , avant même le Déluge
, il y a eû des Hommes qui ont mis en
Vers ce qui leur étoit arrivé de grand par la
protection de Dieu , pour être chanté en
esprit de reconnoiffance à la gloire de cesouverain
Etre . Vollius a pensé la même.
chose .
Enfin , dit fort sensément M. Noblot , fi
Jubal eft le Pere de la Mufique , comme il
eft dit dans le 4 Chap. de la Genéfe , il falloit
que les Poëmes & les Cantiques fuffentavant
la Mufique : car il ne peut l'avoir inventée
, ou pour mieux dire , plus particu
lierement cultivée, que pour mettre en chant
les Compofitions mesurées de la Poëfie ,.
que la Mufique supose néceffairement ,
puisqu'on n'invente les Airs , qu'après les
Paroles ..
Notre Auteur n'oublie pas dans cet Article
de dire & de prouver par de bonnes-
& respectables Autorités , que les Poëtes .
ont été les premiers Théologiens , les premiers
Philosophes , & les premiers Hiftoriens
. Descendant ensuite dans le détail des
diverses opérations de la Poëfie , il parle én
particulier de la Comédie , de la Tragédie ,
& de tous les autres Genres de Poëmes , &c.
détail très-curieux à lire & agréablement
inftructif.
Pour ce qui concerne la Poëfie Françoise ,,
“
738 MERCURE DE FRANCE
il en fait remonter la premiere origine à nos
anciens Poëtes Provençaux nommés Troubadours
, & donne là deffus un morceau
d'Hiftoire très curieux ; ces Troubadours ont
fait une grande figure dans l'onziéme & le
douziéme fiécles à la Cour de plufieurs Princes
, fingulierement à celle des Comtes de
Provence. Il n'oublie pas les gayes & agréables
Queſtions traitées par ces fameux Poëtes
. On auroit pû les nommer Theses d'Amour
, comme les grandes Affemblées , tenus
à Aix pour prononcer juridiquement
sur ces Queſtions , étoient nommées Parlement
d'Amour , & les Décifions honorées
du nom d'Arrêts.
,
En examinant ce que differens Auteurs
raportent de ces Troubadours ; on en trouve ,
dit M. Noblot , jusqu'à fix vingt & plus ,
entre lesquels il y a des Empereurs , des
Rois , des Marquis , des Comtes , non qu'ils
cuffent composé des Poëmes entiers en Provençal
, mais quelques Epigrammes , &c.
Notre Auteur en attribuant l'origine de
la Poëfie Françoise aux Troubadours , auroit
pû fortifier son sentiment de celui du célebre
& sçavant M. Huet , qui soûtient dans
une de ses Differtations , que la premiere ,
» véritable , & presque unique source de la
» Poësie Françoise ne se trouve qu'en Pro-
» vence dans les Ouvrages des anciens
>>
>>> TrouAVRIL.
1741 . 739
» Troubadours , qu'on peut rencontrer en-
» core , dit- il , dans les Archives des an-
» ciens Monafteres de la Province , où ils
» sont négligés . Cette découverte , ajoûte-
» t'il , se peut faire fingulierement dans
l'Abbaye de S. Victor de Marseille , où
» ont vécû Roftang de Brignolles & Hilaire
» des Martins , tous deux Poëtes & Auteurs
» de l'Hiftoire des Trouveres & des Chan-
ود
""
» teres.
ןכ
L'Article de la Poëfie mene fort loin
comme nous l'avons déja dit , & on y voit
de fort beaux traits ; il le finit en disant que
la vénération qu'on avoit pour les grands &
excellens Poëtes , alla fi loin "
qu'on leur
» dreffoit des Statues , des Pyramides , des
» Colomnes , des Tombeaux , & jusqu'à des
Temples , comme il eft arrivé à Homere
» dans Smyrne & dans Alexandrie : on dit
» même qu'on lui fit des Sacrifices à Argos ,
» & qu'on l'invoquoit de même qu'Apollon .
Les Médailles frapées en l'honneur d'Homere
, dont notre Auteur ne parle point ,
sont , ce semble , des Monumens plus certains
& plus réels , témoin la belle Médaille
de ce Prince des Poëtes Grecs , dont nous
avons donné la Gravûre avec une Diflertation
, dans le Mercure de Juillet 1724. P.
1454. sur l'Original tiré du Cabinet de M.
le Préfident de Mazaugues .
Nos
740 MERCURE DE FRANCE
Nos bornes ne nous permettent pas de
nous arrêter sur les autres Articles , lesquels
concernent l'Hiftoire , la Rhétorique , les
Mathématiques & ses dépendances , la Philosophie
, toutes ses Sectes & Ecoles , la
Médecine , l'invention des Lettres , & les
Bibliothéques . Nous sommes fâchés d'être .
obligés de finir sans rien entamer sur ces
matieres , que l'Auteur a traitées avec beaucoup
d'ordre & de netteté , en disant avec
autant de juftice que de verité qu'il n'avoit
parû depuis long- tems un Ouvrage dans ce
genre , auffi utile , auffi agréable à lire que
celui- ci , & qu'à tous égards on peut l'apeller
un bon Livre..
COUTUMES des Duché , Bailliage & Pré
vôté d'Orléans , avec les Notes de M. Henri
Fornier , Conseiller au Préfidial d'Orléans ,
les Notes de Dumoulin sur l'ancienne Coùtume
d'Orléans , & des Observations nouvelles
où l'on a renfermé tout ce qui a parû néceffaire
pour faire connoître le fens & l'aplication des
Articles , les maximes autorisées par l'usage
du Palais , les derniers pr grès de la Jurisprudence.
On y a joint un Discours préliminaire
sur la Coutume d'Orléans , un Traité
des Profits & Droits Seigneuriaux , l'éloge de
M. de Lalande & des Observations sur son
Commentaire. 2. V. in- 12. A Orléans , chés
François
AVRIL. 1741 . 745
1
François Rouzeau , Imprimeur du Roy ,
de S. A. S. M. le Duc d'Orléans de
la Ville. M. DCC. XL. Prix , 4. liv.
10. f.
Tel eft le titre de l'Ouvrage qu'on annonce
ici au Public. Les Observations nouvelles
qui en font la principale partie , sont
dûës aux travaux réunis de quelques Conseillers
au Préfidial d'Orléans , qui ont entrepris
d'y renfermer comme en un tableau
racourci tout ce qui a parû néceffaire pour
l'intelligence la plus pleine & l'aplication la
plus féconde des Articles de la Coûtume
d'Orléans. Ils se sont apliqués surtout à
marquer exactement les derniers progrès de
la Jurisprudence reçûë au Parlement , les
Arrêts qui l'ont fixée , les nouvelles Ordonnances
qui l'ont étendue , & enfin les maximes
que l'usage du Palais a perfectionnées.
S'ils ont rempli ces vûës , ce Livre , quelque
court qu'il paroiffe , sera peut - être regardé
comme un espece de Corps affés
complet du Droit Coûtumier , & POuvrage
ne sera pas moins intéreffant ni moins.
utile à Paris qu'à Orléans. La Coûtume d'Orléans
eft faire sur le modele de celle de Pale
même fond & le même esprit y regnent
, & les mêmes dispofitions y sont répetées
dans tous les Titres . Ainfi tout ce que
les Observations dont il s'agit ici , nous
ris ;
apren
742 MERCURE DE FRANCE
raports ,
aprennent sur les grandes matieres de la
communauté , du doüaire , des prescriptions
, des donations , des teftamens , des
de la contribution aux
propres , des
dettes , des saifies réelles , des profits de
fiefs & autres droits seigneuriaux , a son
usage naturel & son aplication toute entiere
à Paris. Les Juges & les Avocats de cette
grande Ville auront donc le plaifir en lisant
ce nouvel Ouvrage , de s'y rapeller sans
peine toutes les idées des choses qui leur
ont tant coûté à sçavoir, d'y apercevoir comme
d'un coup d'oeil toute la suite des Décifions
les plus sûres & les plus autorisées , &
de ces maximes qui sont d'un usage continuel
dans les Affaires & dans le Barreau.
ELEMENS D'ASTRONOMIE ET DE GEOGRAPHIE
à l'usage des Négocians. Par A. J.
Panckouke , 1739. & Elémens de Géographie
auffi à l'usage des Négocians , par
le même. A Lille 1740. Ces deux Livres se
vendent à Paris chés Piget & Gandouin
Quai des Auguftins , & leur prix ensemble
eft de cinquante sols .
On ne peut guere présenter au Public
d'Ouvrage plus utile en son genre que celui
ci , non- seulement pour les Négocians
que l'Auteur semble avoir principalement
en vûë , mais encore pour une infinité d'au
tics
AVRIL.
1741. 743
es personnes auxquelles il doit être hon
teux d'ignorer certaines choses dont on parle
tous les jours dans le Monde ; nous n'en
produirons ici qu'un exemple , & qui eft
du tems .
Comme les Espagnols , dit cet Auteur
p. 161 , en parlant du Commerce de l'Amérique
, ont donné de tout tems une entiere
exclufion aux autres Nations pour tous les
Lieux qui apartiennent à la Couronne d'Espagne
, il y a trois sortes de Vaiffeaux Espagnols
qui font le commerce en ces Pays - là .
le
1º. La Flote qui eft composée d'un certain
nombre de Vaiffeaux , tant du Roy que
des Marchands. Elle eft destinée pour
Méxique , & décharge ses Marchandises à
la Vera Crux. Elle part de Cadix vers le mois
d'Août , & met 18. à 19. mois dans son
voyage.
Ce qu'on apelle la Flotille eft une Frégate
où deux , quelquefois davantage , qui précede
l'arrivée des Galions & de la Flote , &
qui en aporte des nouvelles.
2º. Les Galions ou Vaiffeaux de Guerre
deftinés pour Porto- Bello , sont ordinairement
8. ou 10. servant de convoi à 12. ou
15. Navires Marchands. Ils paffent à Carthagene
, où il se tient une premiere Foire
pour recueillir les richeffes du Popayan &
de la Côte , de là à Porto Bello , où se tient
la
742 MERCURE DE FRANCE
aprennent sur les grandes matieres de 1
communauté , du doüaire , des prescriptions
, des donations , des teftamens , des
propres , des de la contribution aux raports ,
dettes , des saifies réelles , des profits de
fiefs & autres droits seigneuriaux , a son
usage naturel & son aplication toute entiere
à Paris. Les Juges & les Avocats de cette
grande Ville auront donc le plaifir en lisant
ce nouvel Ouvrage , de s'y rapeller sans
peine toutes les idées des choses qui leur
ont tant coûté à sçavoir, d'y apercevoir comme
d'un coup d'oeil toute la suite des Décifions
les plus sûres & les plus autorisées ,
de ces maximes qui sont d'un usage continuel
dans les Affaires & dans le Barreau.
&
ELEMENS D'ASTRONOMIE ET DE GEOGRAPHIE
à l'usage des Négocians. Par A. J.
Panckouke , 1739. & Elémens de Géographie
auffi à l'usage des Négocians , par
le même. A Lille 1740. Ces deux Livres se
vendent à Paris chés Piget & Gandouin ,
Quai des Auguftins , & leur prix ensemble
eft de cinquante sols.
On ne peut guere présenter au Public
d'Ouvrage plus utile en son genre que celui
ci , non -seulement pour les Négocians
que l'Auteur semble avoir principalement
en vûë , mais encore pour une infinité d'autics
AVRIL.
1741. 743
es personnes auxquelles il doit être hon
teux d'ignorer certaines choses dont on parle
tous les jours dans le Monde ; nous n'en
produirons ici qu'un exemple , & qui eft
du tems.
Comme les Espagnols , dit cet Auteur
p. 161 , en parlant du Commerce de l'Amérique
, ont donné de tout tems une entiere
exclufion aux autres , Nations pour tous les
Lieux qui apartiennent à la Couronne d'Espagne
, il y a trois sortes de Vaiffeaux Espagnols
qui font le commerce en ces Pays - là .
1º. La Flote qui eft composée d'un certain
nombre de Vaiffeaux , tant du Roy que
des Marchands. Elle eft destinée pour le
Méxique , & décharge ses Marchandises à
la Vera Crux. Elle part de Cadix vers le mois
d'Août , & met 18. à 19. mois dans son
voyage .
Ce qu'on apelle la Flotille eft une Frégate
ou deux , quelquefois davantage , qui précede
l'arrivée des Galions & de la Flote , &
qui en aporte des nouvelles.
2º. Les Galions ou Vaiffeaux de Guerre
deftinés pour Porto -Bello , sont ordinairement
8. ou 10. servant de convoi à 12. Ou
15. Navires Marchands. Ils paffent à Carthagene
, où il se tient une premiere Foire
pour recueillir les richeffes du Popayan &
de la Côte , de là à Porto Bello , où se tient
la
744 MERCURE DE FRANCE
i
la plus célebre Foire de l'Univers , pour ra
maffer celles du Perou & de la Terre Ferme.
Les Galions reviennent de nouveau à Carthagene
, où se tient une autre Foire ,
après laquelle ils reviennent en Espagne par
la route de la Havane.
Après l'arrivée à Porto Bello , on en détache
un , qu'on apelle Patache Royale , qui
va recueillir le tribut de la Côte , à la Marguerite
, à la Hacha , à Ponta-Guiare , &c..
3. Les Navires de Regître , c'est- à - dire ,
ceux que la Chambre des Indes permet
des Marchands particuliers de fréter , dont
les uns vont à Porto- Cavallo pour les Honduras
, à Macaraibo pour la Venezuella ,
aux Caraques , à Buenos- Ayres , &c.
રે
Les Affogues peuvent être mis dans cette
derniere claffe ; ce sont ordinairement deux
Bâtimens Royaux deftinés pour Buenos-
Ayres , & qui transportoient autrefois en
Amérique le Mercure pour le compte du
Roy.
Quoique l'Espagne tire de grandes richesses
de l'Amérique , il eft certain , continue
M. Panckouke , que sur le pied où sont les
choses , les Galions & les Flotes reviendront
toujours moins richement chargés , & que
le commerce des Anglois à la Jamaique ,
celui de la Compagnie de Hollande à Suvinam
& à Curaçao , & des Danois à S. Tho
mas,
AVRIL. 1741.
745:
mas , affoiblira toujours de plus en plus
celui de Cadix & de tous les Négocians de .
l'Europe , qui sont intéreffés avec les Espagnols.
Quand on veut entrer dans quelque Port
Espagnol , on feint des besoins d'eau , de
bois , de vivres ; on présente un Placet ;
c'eft un Mât craqué ; c'eft une voye d'eau
qu'on ne peut étancher ; on aveugle par
présens. On se défait cependant de ses Marchandises
on se remplit de Caiffes d'Indigo
, de Cochenille , d'Argent en Barres &
en Monnoye , Tabac & autres , sans parler
des intelligences que les Officiers du Roy
d'Espagne lient avec ces Etrangers , pour
leur faciliter l'entrée de leurs Marchandises,
Souvent on se tient aux embouchures des
Rivieres ; on tire un coup de Canon pour
aviser l'arrivée ; les Négocians viennent avec
des Canots ; on ne parle point alors de crédit
, & ce commerce se fait la nuit , on
apelle cette maniere de trafiquer , traiter à
la pique , &c.
LE CHEVALIER BAYARD , Comédie
Héroïque en, Vers & en cinq Actes , par
M. Autreau. A Paris , chés Briaffon , Libraire
rue S Jacques , à la Science & à
l'Ange Gardien. Brochure de 84. pages ,
avec une courte Préface au sujet de la
com746
MERCURE DE FRANCE
compofition des Comédies , qu'on lit avec
plaifir.
M. Autreau a donné d'autres Piéces aux
Théatres François & Italien qui ont eû également
du succès ; celle dont nous annonçons
l'impreffion , fut représentée au Théatre
François le 23. Novembre 1731. On y
trouve plufieurs beaux Caractéres bien soûtenus
, & beaucoup d'interêt , ce qui nous
engagea ( dans la nouveauté de cette Piece)
d'en donner un Extrait très - circonftancié
dans le second Vol. de Decembre de la
même année , pag. 3024. auquel nous renvoyons.
DESCRIPTION de toutes les Cérémonies
qui se sont observées à Rome depuis la
mort du Pape Clement XII . jusqu'au Couronnement
de Notre Saint Pere le Pape Benoît
XIV. son Succeffeur au S. Siége , suivie
de la Lifte de tous les Cardinaux qui composent
présentement le Sacré College , le
tout recueilli très - exactement , & arrangé
par M. Amand de la Chapelle , se vend à
Paris , Chés Michel Gandouin , Libraire ,
Quai de Conty , 1741 .
LES MEMOIRES du Marquis de Maffei,
écrits
par lui- même , & nouvellement traduits
de l'Italien : cet Ouvrage qui eft enrichi
AVRIL. 1741 .
747
richi de Notes Critiques , Hiftoriques &
Géographiques , renferme un détail trèscirconftancié
de tous les mouvemens qui
ont agité l'Europe depuis 1683. jusqu'en
1720. & des traits d'Hiftoire qu'on ne trouve
point ailleurs. Il se vend à Paris chés la
Veuve Ganean , Libraire , aux Armes de
Dombes , & chés David le fils , à la Plume
d'Or , ruë S. Jacques 1741 .
>
DISSERTATION fur deux Pallages d'Origene
, au sujet des mesures de l'Arche de
Noé.
Cette Differtation qui fait le CXIII . Article
du Journal de Trévoux du mois de
Decembre 1740. mérite d'être lûë dans son
entier. Elle eft curieuse , solide , & bien
écrite.
REFLEXIONS CRITIQUES sur la Poëfie
& sur la Peinture , par M. l'Abbé Dubos
l'un des Quarante , & Sécretaire perpétuel
de l'Académie Françoife. IV. Edition , revûë
, corrigée & augmentée par l'Auteur,
A Paris , chés P. T. Mariette , ruë S. Jacques
, 1740. in 12. Trois Volumes . Dans
cette quatrième Edition , la Diſſertation fur
les Représentations Théatrales des Anciens
occupe toute la troifiéme Partie de l'Ouvrage
; auffi eft - elle confidérablement augmen748
MERCURE DE FRANCE
mentée , & elle fuffit à un juſte Volume .
HISTOIRE SAINTE des deux Alliances ,
compofée du feul Texte des Livres Hiftoriques
, Prophétiques & Moraux de l'Ecritare
, d'où l'on a tiré ce qui a raport à l’Hiſtoire
, pour le mettre dans l'ordre naturel
& chronologique , en fe fervant uniquement
des paroles de l'Ecriture même , avec des
Reflexions fur chaque Livre de l'Ancien &
du Nouveau Teftament , & un fuplément
qui conduit l'Hiftoire des Machabées jufqu'à
la Naiffance de J. C. A Paris , chés
Didot , Quai des Auguftins , à la Bible d'Or.
1741. Sept Volumes in - 12 .
On a dans cet Ouvrage , non une Traduction
dans notre Langue de chacun des
Livres Hiftoriques de l'Ecriture ; c'eſt ce
qui fe trouve dans les Bibles Françoiſes ; mais
une Hiftoire fuivie & complette du Peuple
de Dieu , où les Faits & leurs circonstances
répandus dans les Livres Saints , font réunis
& racontés fuivant l'ordre des tems , fans
rien omettre ni rien répeter. Pour conferver
le refpect , & n'affoiblir en rien la créance
qui eft due à la Parole de Dieu , l'Auteur
n'a pas crû devoir fe permettre de mêler fes
penfées à celles que le S. Efprit a dictées.
Cette Hiftoire n'eft donc compoféc que du
feul Texte Sacré , excepté quelques mots
inAVRIL.
1741 .
749
inferés pour la liaiſon ou pour l'integrité
la clarté & l'intelligence du Difcours ; encore
a t'on porté l'exactitude jufqu'à mettre
ces mots en Italique .
,
HISTOIRE LITTERAIRE de la France , où
l'on traite de l'origine & du progrès , de la
décadence & du rétabliffement des Sciences
parmi les Gaulois & parmi les François ; du
goût & du génie des uns & des autres pour
les Lettres en chaque ficcle ; de leurs anciennes
Ecoles ; de l'établiffement des Univerfités
en France ; des principaux Colleges ;
des Académies des Sciences & des Belles-
Lettres ; des meilleures Bibliothèques anciennes
& modernes ; des plus célebres Imprimeries
, & de tout ce qui a un raport particulier
à la Litterature. Avec les Eloges
Hiftoriques des Gaulois & des François qui
s'y font fait quelque réputation ; le Catalogue
& la Chronologie de leurs Ecrits ; des
Remarques Hiftoriques & Critiques fur les
principaux Ouvrages ; le dénombrement des
principales Editions , le tout juftifié par les
Citations des Auteurs originaux , par des
Religieux Bénédictins de la Congrégation dé
S. Maur . Tome V. qui comprend la fuite
du neuviéme fiécle jufqu'à la fin. A Paris ,
chés Chaubert, Quai des Auguftins , & Compagnie
, 1740. in - 4° . de 717. pages , y com
F pris
750 MERCURE DE FRANCE
pris la Table Chronologique , fans l'Avertiffement
qui eft de 39. pages , en y comprenant
la Table des Citations , & fans une
troifiéme Table fort ample des Auteurs &
des Matieres , qui finit le Volume.
RECUEIL de Piéces d'Hiftoire & de Litterature
. Tome IV. A Paris , chés le même
Libraire , 1741. in 12. Cet Ouvrage
qui fert de fuite à la Continuation des
Mémoires de Litterature de Salengre , avoit
été interrompu pendant quelque tems , mais
on affûre qu'on en donnera à l'avenir un
nouveau Tome tous les trois mois , & qu'on
n'y inferera que des Ecrits annoncés dans la
Préface du premier. A l'égard des Piéces
qu'on a fait entrer dans celui ci , elles font
au nombre de 9. toutes curieufes & utiles .
Jofeph Rigaccius , Libraire à Florence ,
fe propofe d'imprimer par Soufcription une
Collection confidérable de Lettres écrites
par divers Auteurs du XV. fiècle . La plûpart
de ces Lettres n'avoient pas encore été
imprimées ; & celles qui l'avoient été , outre
qu'elles font devenues rares , font fi pleines
de fautes , qu'il n'eft preſque pas poffible
de les entendre . Le fçavant M. Laur
Meheus s'eft chargé de l'Edition de cet Ouvrage
. En conféquence , il vient de tirer des
BiAVRIL.
1741 751
Bibliothèques de Florence , très - riches en
ce genre de Litterature , les Lettres de ces
Auteurs , qui n'avoient jamais prû , & à
l'égard de celles qui avoient été publiées cidevant,
il les a revûës & corrigées fur les Manufcrits
, pour former un Corps entier des
unes & des autres . M. Meheus mettra à la
tête du Recueil de Lettres de chaque Auteur
, un Abregé de la Vie du même Auteur
, tirée de fes Ecrits & des Auteurs contemporains.
Il ajoûtera de courtes remarques
pour faire connoître , autant qu'il eft
poffible , l'Hiftoire de ceux à qui ces Lettres
ont été écrites. L'Imprimeur en donnera
de trois mois en trois inois un Volume
imprimé en beaux Caracteres & fur de beau
Papier en grand in 8 °. Le premier Volume
qu'il comptoit de donner dans le courant du
mois de Janvier 1741. contiendra le Recueil
des Lettres de Leonard Arétin , revûës fur
huit Manufcrits , & augmentées de plus de
90. Lettres qui manquent dans l'Edition de
Fabricius de 1724.
ACTA SANCTORUM Augufti ex Latinis &
Gracis , aliarumque Gentium Monumentis ;
fervata primi genud veterum Scriptorum phrafi
; collecta , digefta , commentariifque & obfervationibus
illuftrata à Joanne Pinio
Guillelmo Cupero , è Societate Jefu Presbyte-
Fij ris
752 MERCURE DE FRANCE
ris Theologis. Tomus IV. quo dies vicefimu
primus , vicefimus fecundus , vicefimus tertius
&vicefimus quartus continentur. Antuerpiæ
apud Bernardum Albertum Vender Pasche ,
in folio , 1739.
De Rome. Il a parû ici une fçavante Differtation
fur deux anciennes Pierres gravées ,
elle porte pour titre : Differtatio Geographica
; five Gemma dua Graco Artificis nomine
infignita , que extant Roma in Muſeo Victorio,
explicata & illuftrata. Roma , 1739. in 4°.
Cet Ouvrage eft fans nom d'Auteur , mais
on l'attribue à M, le Chevalier François Vittori
, qui donna ici en 1737. un autre Ouvrage
également eftimé , fous ce titre :
Nummus areus veterum Chriftianorum, Roma,
in 4° .
VINDICIE Canonicarum Scripturarum
vulgata Latina Editionis , feu vetera Sacrorum
Bibliorum Fragmenta , juxta Græcam vulgatam
, & Hexaplarem Latinam antiquam Italam
, duplicemque S. Euf. Hieronimi tranflationem
; nunc primùm in lucem edita , atque
illuftrata operâ & ftudio Jofephi Bianchini
Veronenfis , Presbyteri Congregationis Oratorii
Romani. Ex Typographia Sancti Michaëlis ,
fumptibus Hieronimi Mainardi. Ce Volume
contient 736. pages , avec 20. Planches , qui
répré-
>
AVRIL. 1741. 753
repréfentent fidelement . les formes des caracteres
des anciens Manufcrits , gravés en
cuivre. A Rome , 1740. in fol.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire & au
progrès de l'Aftronomie , de la Géographie
& de la Phyfique , recueillis de plufieurs
Differtations lûes dans les Affemblées de
l'Académie Royale des Sciences de Paris
& de celle de Petersbourg , qui n'ont point
encore été imprimées , comme auffi de plufieurs
Piéces nouvelles , Obfervations &
Refléxions raffemblées pendant plus de 25.
années par M. de l'Ifle , Profeffeur de Mathématique
au College Royal de France ,
Membre des Académies Royales , & c . De
I'Imprimerie de l'Académie des Sciences.
A Petersbourg, 1740. in-4°.
CORFUS Juris Germanici antiqui , quo continentur
Leges Francorum Salica & Ripuariorum
, Alamannarum , Bajuvariorum , Burgundionum
, Frifiorum , Angliorum & Werinorum
, Saxonum , Langobardorum , Wifigothorum
, Ostrogothorum , necnon Capitularia
Regum Francorum , unà cum Libris Capitularium
ab Anfegifo Abbate & Benedict, Le !
vita collectis. Opus in gratiam Juris Germanici
ftudioforum , poft Clar. Virorum Bas .
Joannis Heroldi , Friderici Lendenbrogii ,
F iij
Ste754
MERCURE DE FRANCE
Stephani Baluzii , Joannis Georgii Eccardi ,
Lud. Ant. Muratorii , aliorumque praftantiffimos
labores diligentiùs recognitum ; variantibus
lectionibus & indice uberrimo tam rerum
quam verborum inftructum , confilio Joannis
Gotlieb. Heineccii Pruff. Reg. à Confil . Sanc
tior. cujus Præfatio pramiffa eft , adornavit
Petrus Georgifch J. V. D. Hala Sax. in-4°.
Colomn. 2236. Nouvelle Edition , plus correcte
& plus complette que toutes celles qui
ont parû jufqu'ici.
SPICILEGIORUM Hiftorico - Chronologicorum
Leonardi Offerhaus Libri tres , quibus
Chronologia Sacra , Origines & Fata Regnorum
per Orientem , ut & Græcorum migratio-
·nes exhibentur. Accedunt Differtationes dua
de Ptolemao Aulete , & Vita Salvatoris privata
& publica ; necnon Diſſertatio D. Ten
Cate , qua dubiorum & difficilium quorumdam
è Prophetis locorum explicatio Evangelica
Hiftoria congruens traditur. A Groningue ,
1739. in 4°. L'Auteur s'eft proposé pour
regle de ne fuivre que le Texte Hébreu , &
de n'attaquer que très- rarement l'opinion.
d'autrui , lorfqu'elle eft apuyée du témoignage
de quelque Auteur digne de foi .
Cet Ouvrage eft terminé par la Differtation
de M. Ten Care , dans laquelle on explique
plufieurs endroits des Prophêtes , où l'on
croit
AVRI L.
1741. 755
croit qu'il s'agit du Meffie , & on en fait
voir la conformité avec l'Hiftoire de l'Evangile
.
MEMOIRES inftructifs fur la Vacance du
Trône Impérial , fur les Droits des Electeurs
& de l'Empire , fur la Capitulation Impériale
, fur l'Election , le Serment & le Couronnement
, & fur l'addition de la Capitulation
perpétuelle & du Suffrage de Boheme
, par le Baron de ** , Miniſtre à la Diette
de Ratisbonne. A Amfterdam , chés Pierre
Mortier , 741. in - 12.
RECUEIL CHOISI des Antiquités Romaines
de M. Heineccius , pour l'intelligence du
Droit , fuivant l'ordre des Inftituts de Juftinien.
A Strasbourg. Cinquiéme Edition ,
plus ample & plus correcte. 2. Vol . in- 8°.
1741 .
EXPERIENCES PHYSIQUES fur la maniere
de rendre l'Eau de Mer potable , fur la maniere
de conferver l'Eau douce , le Biſcuit
& le Bled , & fur la maniere de fabler les
Animaux , lûës dans les Affemblées de la
Societé Royale de Londres par M. Hales ,
Membre de cette Societé , in- 8 °. avec des
Figures. A Paris , chés Rollin , Libraire ,
Quai des Auguftins .
F iiij
OEU756
MERCURE DE FRANCE
CUVRES de Ciceron , avec des Commentaires
choifis , par M. l'Abbé d'Olivet , trois
Volumes. Le premier contient les Ouvrages
de Rhétorique de Ciceron ; le fecond & le
troifiéme , fes Philosophiques . Cette Edition
eft très -belle , foit pour le papier & les caractéres
, foit pour la diftribution . A Paris ,
chés J. B. Coignard , H. L. Guerin , J. Desaint
, & Jacques Guerin.
On trouve dans un nouveau Catalogue ,
publié en 1740. par Henri Albert Goffe &
Compagnie , Libraires & Imprimeurs à Geneve
, les Livres fuivans.
,
HISTOIRE des Eaux de Schwalbach , des
Bains de Wisbaden & de Schlangenbad ;
avec deux Relations curieuses , l'une de la
nouvelle Jérusalem , & l'autre d'une partie
de la Tartarie indépendante , &c. 1. vol . in-
8. Liege , avec figures.
HISTOIRE de l'origine & des premiers
progrès de l'Imprimerie . 1. vol. in- 4°. à la
Haye , 1740.
REMARQUES Hiftoriques fur les Médailles
& les Monnoyes . Par M. J. D. Koehler.
1. vol. in-4°. Berlin.
NOUVELLE Bibliothèque ou Hiftoire Litceraire
AVRIL. 1741 . 757
teraire des principaux Ecrits qui fe publient ,
commencée en Octobre 1738. jusqu'en Juillet
1740. in- 12 . La Haye , 1740 .
HISTOIRE de Thamas Kouli - Kan , Sophi
de Perse. 1. vol. in- 12 . Amfterdam , 1740.
ABREGE' de l'Effai de M. Locke , fur l'Entendement
humain , traduit de l'Anglois par
J. P. Boffet. 1. vol. in - 8 ° . Geneve , 1741 .
troifiéme Edition.
Le Programme qui fuit regarde un Ouvrage
important ; fa brieveté nous engage de
le donner en fon entier & tel qu'il nous a
été envoyé .
CULTORIBUS Erudite Antiquitatis
Auctores Editionis Muser Florentini.
I
N Prodromo , qui in lucem editus eft anno
MDCCXXXVI . promifimus quamprimum
daturos in manus doctorum hominum
quartum Volumen Mufei Florentini , complectens
Numifmata omnia maximi , ut aiunt,
moduli , numquam antea edita , quæ in Regio
Magni Ducis Etruria Thesauro exftant,
atque adfervantur. Singulari Volumine tunc
cenfuimus Tabulas omnes unà cum Observationibus
Cl . V. Antonii Francisci Gorii
Publici Hiftoriarum in patrio Lyceo Profes-
F v foris
,
*
758 MERCURE DE FRANCE
foris , exhiberi poffe . Sed quum he Observationes
non adeo breves , fed pleniores ,
longe quàm putabamus , fuerint : re poftea
bene perfpecta , coacti fumus in tria Volumina
juftæ quidem molis , universum opus
diftribuere ac dispescere. Interim quem duo
Volumina jam absoluta fint , ne diutius inutili
mora hoc opus Cultoribus eruditæ Antiquitatis
optatiflimum longeque gratiffimum,
retardetur , quinpotius Litteraria Reipublica
bono tandem prodeat , decrevimus in lucem
dare hæc ipsa duo Volumina , eodem chartarum
& typorum nitore , atque elegantia ,
ut reliqua , impreffa : tertium vero facile intra
hunc ipsum annum , ut fperamus , vel anni
vertentis primo vere.
Igitur Volumen primum & fecundum
( quæ in ordine reliquorum funt IV. & v . )
in lucem proferentur & diftribuentur à Typographo
noftro Francifco Moücke , proximo
menfe Februario hujufce anni MDCCLI.
In altero ex his primum exhibentur Tabula
omnes , non centum , ut antea fcriptum fuerat
, fed cxxxi . In fingulis hiscè Tabulis tria
Numismata maximæ formæ expreffa funt accuratiffime,
egregieque æri incifa , & quidem
longe emendatiffima , quum in iisdem conferendis
cum archetypis docti viri laboris temporisque
plurimum impenderint. In altero
vero Volumine , nimiruni v . adferuntur Ob--
fervationes
AVRIL. 1741. 759
fervationes & Fxplicationes fingulorum Numismatum
CLXXVI. que definunt in Commodo
Inperatore inclufive ; præmiffa fingu
Jocam Numismatum , quæ explicantur , descriptione.
Quidquid laboris , ftudii , ac didiligentiæ
in his Numismatis , quæ , ut diximus,
nunc primum evulgantur & illuftrantur
, impensum fuerit , in Præfatione Auctor
declarat.
Tertium Volumen in ordine Musei Florentini
fextum , mox , ut diximus , pervulgandum
, complectetur reliquorum Numismatum
maximorum Descriptionem , necnon
Observationes ejusdem Auctoris , & in fine
Indicem rerum locupletiffimum , exordio
facto à Numismate Septimii Severi Imperatoris.
Decembri mense elapfi anni MDCCXL. hæc
duo descripta Volumina jam absoluta , quum
in lucem proditura effent , inopinato & incredibili
casu accidit 111. Nonas ejusdem
menfis, quod nimia aquarum copia exundante
Arno , maximoque & irreparabili damno,
ut jam pervulgatum eft, majorem ultra citraque
urbis partem adluente, ea aquis fubmersa
, vel omnino perierunt , vel miserandum
in modum deformata , & corrupta jacuere.
Ducenta tantum exemplaria tum i v . tum v.
oluminis forte fortuna intacta fuperfuerunt,
uæ ex aquarum irruentium vi eripi , & fal-
F vj
vari
760 MERCURE DE FRANCE
vari ftatim potuerunt. Hæc interim in lucem
emittuntur ; & quia pauca funt , ut Sociis
noftris fiat fatis , integrum opus prelo iterum
committi mandavimus.
Igitur Sociis noftris , qui editis fuperioribus
Voluminibus Musei Florentini perhumaniter
fubscripsere , tum hæc duo Volumina , tum
etiam tertium , mox pervulgandum , dabimus
pretio Scutatorum xv . monetæ Florenrinæ
; adeoque pro duobus hisce Voluminibus
mense Februario à Typographo noftro
diftribuendis , folvent Scutata x . ejusdem
monetæ pro tertio poftmodum Scutata v .
dum illud accipient. Integrum hunc annum
fubscriptioni legitimum tempus ftatuimus &
adfignamus : hoc elapso , qui non fubcripserint
, pro tribus hifce voluminibus folvent
Scutata xx . monetæ Florentina ; adeoque
pro descriptis Voluminibus Iv . & v. Scutata
XIV. pro VI . vero Scutata fex . Hæc funt
quæ
Socios noftros fcire volumus . Bene valete.
Florentia XVIII . Kal. Februar. A. MDCCXLI.
Desbordes , Libraire à Amfterdam , débite
actuellement les Voyages du Chevalier d'Oliveira
, imprimés en Portugais fous le titre
de Memorias das Viagens de Francisco Xavier
de Olivier. Tomo I. Dans peu il débitera auſſi
un autre Ouvrage du même Auteur fous le
nom
AVRIL. 761 1741 .
nom de Mémoires de Portugal , avec la Eibliothéque
Portugaise , T. I.
CAMPAGNES PHILOSOPHIQUES , ou Mémoires
de M. de Montcal, Aide de Camp de
M. le Maréchal de Schonberg , contenant
l'Hiftoire de la Guerre d'Irlande , par l'Auteur
des Mémoires d'un Homme de Qualité. 4 .
Volumes in- 12 . Le premier , de 169. pages ;
le fecond , de 176. le troifiéme de 175. & le
quatrième , de 162. A Amfterdam , chés
Desbordes , près la Bourse , 1741 .
ELEGIE LATINE par M. le Comte de Mirabel
, Ingénieur ordinaire du Roy , mise en
Vers François par M. Majfon , de la Societé
Litteraire d' Arras. Brochure in 4° . M. DCCXL .
Cette Elegie porte pour titre , Atrebatum
Queftus. Ces Plaintes ont pour objet les
fleaux qui ont affligé la France cette année
derniere , déreglemens des Saisons
ftérilité , mortalité , &c. L'Auteur s'exprime
partout d'une maniere patétique , touchante
& cependant noble , & majestueuse
En quoi le Traducteur François
l'a heureusement imité. Nos Lecteurs en
jugeront par un Morceau ou deux, que nous
nous contentons de raporter ici , pour ne
pas nous jetter au - delà de nos bornes ordinaires.
Le Poëte commence ainfi .
Infandas
762 MERCURE DE FRANCE
Infandos liceat verbis aperire dolores ,
$ Non nunquam curas fallere verba valent.
Ne pudeat largos imo de pectore fletus
Fundere , quis lacrymis debeat effe modus !
Alme Pater , Nati partos tibi fanguine fervos ,
O pietas ! celfs protegat umbra manus.
Nate , Patri fimilis , fonti data victima mundo ,
O amor ! urgentis fis medicina mali.
Qui facro cacas recreati lumine Gentes ,
O perfectafalus ! Spiritus , affer opem .
Tot perpella Neces , Nati morientis amore ,
Virgofave , natos nos quoque mater amas .
therei Proceres , noftri quo cura receffit ?
Agnatum miferè languet , adefte , genus .
&c.
TRADUCTION.
PLAINTES du Peuple d' Arras..
De nos calamités traçons ici l'image ;
En parlant de fes maux fouvent on les foulage ,
Si le Ciel n'a point mis de borne à nos malheurs ,
Ne mettons pas auffi de mesure à nos pleurs.
Grand Dieu ! Pere immortel de tout ce qui respire ,
A l'ombre de ton bras , fous ton puissant Empire ,
Protege des Sujets rachetés par ton Fils ;
De notre liberté tout fon Sang fut le prix .
Et toi , Fils adorable , en tout égal au Pere ,
Des coupables Mortels Victime volontaire ,
Daigne
AVRIL. 1741. 763
Daigne du haut des Cieux nous tendre encor la
main .
Esprit , Saint , Feu facré , dont le fouffle divin
Fit prendre à l'Univers une nouvelle face ,
Laisse tomber fur nous un rayon de ta grace.
Vierge, qui par l'amour d'un Fils mourant en Croix
Souffiîtes , fans mourir , inille moits à la fois ,
Nous fommes vos Enfans , vous êtes notre Mere ,
Donnez -nous à ce titre un fecours nécessaire .
Et vous Hommes heureux , magnanimes Heros ,
Qui goûtez dans le Ciel un glorieux repos ,
Auriez- vous oublié que nous fommes vos freres ,
En ne ferez- vous pas touchez de nos miferes
& c.
Après l'énumération des calamités publiques
& génerales , le Poëte s'arrête & donne
ce nom à un Evénement qui regarde particulierement
la Ville d'Arras. Voici le lande
la Religion & de la pieté de l'Auteur.
gage
Prob dolor ! infauftos mala jam graviora fequuntur,
Quis novus attonitâ furgit in Urbe fragor !
Delicia, tutela, comes , virtufque fuperftes
⭑
>
* Le Calvaire d'Arras eft placé fur la Porte d'une
Tour de l'ancien Rempart qui fépare la Ville d'avec
la Cité. On en avoit com nencé la démolition ,
ce qui auroit occafionné la Tranflation de la Croix ,
lorfque M. le Maréchal d'A‹fal// reçû le la part
du Roy l'offre que fit M. PEvéqueras , de le
réparer à fes deperis . Cela a été exatu , avec magnificence
.
RUX
764 MERCURE DE FRANCE
CRUX procul hofpitiis exulat acta fuis .
Nec prohibere pii gemitus , fuspiria , planētus ,
Nec repetita valent nectere vota moras.
O Fortunatos tanto fub fydere cives !
Te fine quam miferos afpera fata manent !
Eneus ignito ferpentum vulnere lafis ,
Serpens Isacidis vifus , & orta falus .
Crux , in te pendens , vitiorum vulnere lafis
Chriftus Chriftiadis vifus , & orta falus .
Crux facro geminos fecernit limite cives >
Et facro geminos vincit amore fui.
Janua pandit iter populis adeuntibus urbem ,
Et Parafiliacumj inua pandit iter.j
Crux karet mediis in manibus infita tectis ,
Haret & in mediis infita pectoribus .
Certatim properat meritos impendere honores
Civis uterque , vocat civis uterque fuam .
O lux Chriftiadum ! gentis fpes fida redempta ,
Regia Crux , omnis fumma modufque boni ,
Ara falutifero litantis tincta cruore !
Eternum infolita pignus amicitia !
Tanta ne ceperunt antiqua tadia fedis ?
Quis nova follicitat quarere tecta locus ?
Dulces relliquia ! Cæli pretiofa fupellex !
Nata Deo & confors ! qua duce vera Fides !
Inclyta prodigiis Crux fecuriffima Turris ,
Prafidium patria , gloria , vita , falus !
Quid
AVRI L.
1741. 765.
Quid tantum potuere nefas committere cives ?
&.c.
Quo raperis tuus eft , quem fugis , ifte locus .
TRADUCTION.
Mais quel nouveau tumulte épouvente nos fens !
Sommes nous réservés à des fleaux plus grands ?
Objet de notre amour , richesse précieuſe ,
De graces , de vertus , fource mystérieuse
,
Croix Sainte ! en quel exil veux -tu te tranſporter
?
Quoi ! nos voeux empressés
ne peuvent
t'arrêter
?
Tu fuis , & tu parois infenfible
à nos larmes ,
Tu fuis , & c'eft en vain que tu vois nos allarmes
,
Citoyens
trop heureux
fous un Aftre fi beau !
Si nous perdons jamais ce radieux flambeau
,
Qu'allons-nous devenir ? que d'affreufes
tempêtes ,
Quel déluge de maux va fondre fur nos têtes !
Autrefois
un Serpent fauvoit le Peuple Hébreu ,
Mortellement
blessé par des Serpens de feu.
Aujourd'hui
tout couvert des blessures
du vice ,
Le Chrétien
dans la Croix trouve un fecours propice
.
O Porte , qui foutiens ce fardeau glorieux ,
Tu conduis à la Ville & tu conduis aux Cieux.
Par deux Peuples voifins fans cesse réverée ,
La Croix à deux Cités fert de borne facrée.
Ce beau Signe eft placé ( quel comble de douceurs)
Au milieu de nos murs , au milieu de nos coeurs .
Chacun
766 MERCURE DE FRANCE
Chacun vient à l'envi lui rendre fon hommage,
Chacun brigue fous elle un illuftre eſclavage ,
Chacun le veut pour foi. Lumiere du Chrétien ,
Prodige de faveurs , principe de tout bien ,
Du Monde racheté douce & ferme espérance ,
Bouclier des Elus , leur force , leur puissance ,
D'un Dieu Prêtre & Victime inébranlable Autel ,
D'un amour fans égal Monument immortel ,
O Croix ! mépriſez- vous le féjour où vous êtes ?
Qui vous porte à chercher de nouvelles retraites ?
Guide de notre Foi , riche tréfor des Cieux ,
Des tourmens de JESUS Inftrument glorieux ,
Miraculeufe Croix , l'apui de la Patrie ;
Sa gloire , fon falut , fa victoire , ſa vie ,
Reftez , où fuyez -vous ? le Lieu que vous quittez ,
Ce Lieu vous apartient , il eſt à vous , reftez .
&c.
mais Nous obmettons le refte à regret ,
nous ne sçaurions finir fans remercier publiquement
l'illuftre Auteur , qui a bien voulu
enrichir ce Journal d'une fi belle Piéce.
AVIS fur l'Armorial General de France.
M. d'Hozier , Juge d'Armes de France ,
Conseiller du Roy en fes Confeils , Maître ,
des Comptes , & c . chargé du grand Ouvrage
qui a pour titre Armorial General de
France ,
A VRI L. 1741. 767
France , ou Regiftres Géneraux de la Nobleſſ
du Royaume, donne avis au Public que le fe
cond Regiftre qu'il avoit compté publier au
mois de Janvier dernier , ne pourra paroître
qu'au commencement de Mai , parce qu'il a
été arrêté dans le cours de l'impreffion par
une grande quantité de Familles diftinguées
qui ont défiré avec empreffement d'être
comprises dans le Regiftre prêt à paroître ;
& ainfi au lieu d'un jufte Volume que
faire ce fecond Regiftre, à caufe des augmentations
confidérables que l'on y fait , il fera
en deux Parties , comme le premier.
devoit
On espere que le Public fera content & du
fond de l'Ouvrage & de la forme. La Nobleffe
de chaque Famille y eft remontée à fa
plus haute Epoque , & les Articles ont toute
l'étenduë qu'ils peuvent avoir . Les Faits
Hiftoriques des Familles y font détaillés
auffi bien que leurs Services, leur Illuſtration
& leurs Alliances. S'il fe trouve dans une
Famille un homme dont la vie ait parû digne
de la curiofité du Public , on en donne un
abregé , dans lequel on touche légerement
les Faits les plus confidérables ; & il y a aussi
plufieurs Observations Critiques, foit pour
l'Hiftoire Génerale , foit pour la réformation
des Ouvrages Genealogiques qui ont précedé
celui du Juge d'Armes .
A la fuite de la Préface , où l'on rendra
un
768 MERCURE DE FRANCE
fait
un compte plus particulier de ce que l'on a
pour perfectionner l'Ouvrage , on mettra
une Differtation contenant plufieurs Recherches
intereffantes fur laNobleffe . On y traitera
à fond des anciennes qualités des Nobles
, de leur origine , du tems où elles fe
font établies , de ce qui fert à défigner la
vraye Nobleffe d'extraction dans les differentes
Provinces , & felon les Coûtumes , &c.
En un mot on n'omet rien de ce qu'on croit
pouvoir aprendre quelque chose & faire
plaifir au Public.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.
Barrere , Docteur & Profeffeur Royal en
Médecine de l'Univerfité de Perpignan , au
R. P. C. Docteur de Sorbonne.
I mé
E ne fçais , M. R. P. fi vous êtes inforque
mon petit Ouvrage fur la Botanique
, lequel vous avez eû la bonté de faire
insérer dans le fecond Volume du Mercure
du mois de Décembre dernier , page 2893 .
a été attaqué par un véritable Libelle , de la
compofition d'un jeune Médecin de notre
Univerfité , ci- devant mon Ecolier. Ce procedé
a parû fi extraordinaire , que je crus devoir
en porter mes plaintes à M. le Chancelier
, à qui je pris la liberté d'envoyer & ma
Differtation , & la Réponse du jeune Médecin
,
AVRIL.
769 1741 .
eut
cin , que j'ai raison de qualifier de Libelle.
En effet , M. R. P. M. le Chancelier ayant
jugé là - deffus avec fon équité ordinaire ,
la bonté d'écrire auffitôt à M. le Premier Préfident
& à M. le Procureur Géneral du Conseil
Souverain de Rouffillon , leur mandant
de faire ordonner par un Arrêt la fupreffion
de cette Critique fcandaleufe, qui porte pour
titre , Réponse à une Quftion de Médecine
dans laquelle on examine fi la Théorie de la
Botanique , ou la connoiffance des Plantes eft
néceffaire à un Médecin ? Par J. B. Garçon
Apotiquaire.
Le Conseil Souverain rendit le 2. Septembre
dernier un Arrêt fur les Conclufions de
M. le Procureur Géneral , qui ordonne la
fupreffion de cet Ouvrage , avec défenses de
le vendre , diftribuer , & c . fous les peines y
portées.
A Perpignan le 6. Février 1741 .
On écrit d'Angers du 25. Février , qu'il y
a eû un concours des plus habiles Jurisconsultes
des Provinces voisines , qui ont disputé
publiquement dans l'Univerfité de cette
Ville , une Chaire de Profeffeur en Droit de
4000. livres de rente , & que le 9. de ce mois
les Officiers du Préfidial , les Profeſſeurs en
Droit & les Anciens des Facultés de Théolo
gie & de Médecine , après avoir juré fur le
Saint
770 MERCURE DE FRANCE
Saint Evangile, d'élire celui qu'ils jugeroient
en être le plus digne par fa capacité, avoient
donné la Palme à M. Dubois , Avocat au
Parlement de Bretagne.
Le Mercredi 12. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint fon Affemblée publique , à laquelle
M. d'Argenfon , Confeiller d'Etat & Intendant de
Paris, préfida, comme Préſident de l'Académie pour
cette année .
Mrs le Chancelier , le Cardinal de Polignac , les
Comtes de Maurepas & de S. Florentin , Honorai
res de cette Académie , s'y trouverent
M. de la Peyronie , premier Chirurgien du Roy ,
ouvrit la Séance par la lecture d'un Mémoire , dans
lequel , après avoir réfuté les differens fentimens
des Anciens fur la partie de notre corps à laquelle
les principales fonctions de l'ame font unies , il effaya
de prouver par plufieurs Obfervations Anatomiques
fort curieufes , que la partie du cerveau nommée
le Corps Caleux , eft celle qui a la proprieté ,
tant qu'elle eft faine , de conferver cette faculté dé
l'ame , quoique toutes les autres parties du cerveau
foient affectées de maladies , & qu'au contraire lors.
que cette partie feule eft affectée , les autres étaat
faines , on perd auffi tôt la connoiffance & le raifonnement.
M le Monier , fils , lút enfuite un Mémoire , dans
lequel il annnonça une Hiftoire du Ciel , qui s'imprime
& qui eft fur le point de paroître ; cette Histoire
eft un Recueil de toutes les Obfervations Aftronom
ques, qui ont été faites à l'Obfervatoire Royal,
depuis fon établiffement , par Mrs Picard de la
Hire , &c auquel M. Monier a joint les fieunes ,
lefquelles lui ont fait faire une découverte impor-
Laute
AVRIL.. 1741 .
771
[
ante pour l'Aftronomie Cette découvere eft que
les rayons de lumiere éprouvent une variation de
réfraction du froid au chaud .
M. Duhamel út une Differtation fur les fractures
des Os & prouva que le Cal ou Calus , qui rejoint
les s rompus , tire fa fubftance du Periofte .
M. de Reaumur termina la Séance par une Disfertation
fur la Mouche nommée Araignée , qui
produit des Mouches auffi grofles qu'elle , au moment
de leur naiffance.
Le Mardi 11. Avril , l'Académie Royale des Inscriptions
& Belles Lettres , tint auffi fon flemblée pupblique
d'après Pâques . M. le Comte de Maurepas ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , y préfida M. de Boze ,
Secretaire Perpétuel , déclara d'abord que l'Acadé
mie avoit adjugé le Prix , dont nous avons expofé
le Sujet en fon tems , à M. l'Abbé Venuti de Cro
tonne , de l'Académie de la Crufca , & de celle
de Crotonne , Grand- Vicaire de S. Jean de Latran
.
M. de Boze ouvrit la Séance par l'Eloge de feu
M. Lancelot , Académicien & Infpecteur du College
Royal , lequel fut extrêmement goûté.
M. l'Abbé Vatry lût enfuite une Differtation
fur l'origine de la Comédie Grecque.
M. de Foncemagne lût la Vie d'un fameux Troubadour
, ou Poëte Provençal , nomme Guillaume de
Cabeftin , dont la fin fut très malheureuſe , & c.
Et M. l'Abbé Gedoin remplit le refte de la Séance
par l'Hiftoire de la Ville & des Tyrans d'Heraclée
, traduite des Extraits de Memnon qui fe trouvent
dans la Bibliothéque de Photius, & accompagnée
de Remarques.
Le Lundi 10. Avril , l'Académie Royale de Soisſons
772 M C
JETNANCE URE
fons tint fon Affemblée publique dans la Grande
Sale du Palais Epifcopal . M. Goffet , Doyen de l'Eglife
Cathédrale , Directeur , en fit l'ouverture par
un Difcours , dans lequel il déclara que c'étoit encore
M. l'Abbé Lebeuf , Chanoine & Sous - Chantre
d'Auxerre , qui avoit remporté le Prix de la Diflertation
fur P'Hiftoire de France , dont l'Académie
avoit propofé le Sujet . Il déclara auffi que c'eft pour
la derniere fois que M. l'Abbé Lebeuf feroit couronné
, fon Affciation récente à l'Académie des Inscriptions
& Belles- Lettres ne le lui permettant plus.
On fit enfuite la lecture de cette Diflertation fur
differens endroits qui concernent les Enfans de Clovis
, & en particulier fur la Chevelure des anciens
Francs . A la fin de cette lecture , l'Auteur , placé
immédiatement à côté de M. le Duc de Fit james,
Evêque de Soiffons , reçut de fes mains le Prix en
queftion , qui eft une Médaille d'or du prix de trois
cent livres , laquelle eft décrite dans plufieuis Mer-
& fingulierement dans celui du mois de Mai
1735 page 957. C'eft , au refte , la cinquième Médaille
que M. l'Abbé Lebeuf a reçû dans l'Académie
de Soiffons .
cures ,
Le 25. du mois de Mars dernier , l'Académie établie
à Rome pour faire des techerches fur les Rites
& fur la Liturgie , tint une Affemblée publique à
laquelle les Cardinaux de Boflu , Firrao & Spinola,
affifterent avec plufieurs perfonnes de diftinction ,
& Don Antoine Galli , Chanoine Régulier de Saint
Sauveur , & l'un des douze Académiciens , Y
une Differtation , dans laquelle il donna des preuves
de fon Erudition .
lût
SUITE
1
THE
FI
PULLIC
CRK
LARY
ARTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
*
XV
.
REX
LUD
.
GEN
MDCCXXXVIII
NEVENSIS
PACATA
CHRISTI
AVRIL
773 1741.
SUITE des Médailles du Roy.
Ivers incidens , qui nous font étrangers ,
Davoient interrompu la suite des Méda lles du
Roy dans ce Journal ; nous la reprenons avec le
même zele. La Médaille' dont on voit ici la Gravûre
, a été frapée fur la pacification des troubles
de Geneve . D'un côté c'est le Portrait du Roy en
Bufte , avec l'Infcription ordinaire LUD. XV . REX
CHRISTIANISS . Et fur le Revers , le Génie de la
France , caracteriſé par les attributs & par l'Ecu de
fes Armes , paroît defcendre du Ciel , aportant une
branche d'Olivier à la Ville de Geneve , repréſentée
fous la figure d'une Femme , couronnée de Tours ,
dans le goût antique , & affife fur un Cube où les
Armes de Geneve font gravées . Pour Légende :
RESPUB. GENEVENSIS PACATA , & dans l'Exergue,
M. DCC . XXXVIII . Les Coins de cette Médaille
ont été gravés par M. Duvivier , Graveur du Roy
de l'Académie Royale , &c. connû depuis longtems
par fa grande capacité & particulierement par
la maniere heureuſe dont il a toujours exécuté les
Médailles du Roy.
>
Prefque en même tems la Ville de Geneve marqua
fa reconnoiffance par deux Médailles qu'elle
fit fraper. Dans la premiere , l'Infcription fuivante
enfermée dans une Couronne de Chêne , en occupe
un côté : DISSIDIA GENEV. COMPOSITA OFFICIIS
ET ARBITRIO LUDOVICI XV. REGIS CHRISTIANISS.
ET HELVET. CIVITATUM TIGURIN. ET BERNENS.
M. DCC. XVIII . De l'a tre côté , la Paix & la
Juftice , avec leurs Symboles , font debout , terrasfant
la Difcorde , avec un Autel au milieu , fur lequel
eft un feu allumé , & ces deux mots , SALUS
KEIPUBLICÆ.
L'autre , Médaille repréſente d'un côté le Comte
G
de
774 MERCURE DE FRANCE
de Lautrec en Bufte , avec cette Infcription : D. F.
COMES A LAUTREC , LEGAT. AD PAC. GENEV . Et
fur le Revers font caractériſées par leurs Symboles ,
la Force , la Prudence & la Juftice . Pour Legende
FORTITUDO PRUDENTIA ÆQUITAS . Et dans l'E- 、
xergue , CONSPICUÆ IN UNO .
Le St Maffe , l'un des Vingt- quatre de la Muſique
de la Chambre du Roy , vient de faire graver
un quatriéme Livre de Sonates à deux Violonchelles
ou deux Baffons , beaucoup plus aifé que les premiers
, que le Public a reçûs très - favorablement ; il
fe vend fix livres , aux adreffes ordinaires.
M. Bouvard vient de donner au Public un cinquiéme
Recueil d'Airs férieux & à boire , à une &
deux voix , avec accompagnement de Flûte , Violon
& la Baffe continue , mêlé de Brunettes , Mufettes
, Récits de Baffes , Ariettes & Vaudevilles .
Prix trois livres.
NANETTE , Cantatille à voix feule , avec accompagnement
de Mufette & la Baffe- continue , & un
Air Italien avec des Couplets. Prix 24. fols,
Ces deux Livres fe vendent à Paris , chés l'Auteur
, Cour du Dragon Ste Marguerite , Fauxbourg
S. Germain ;. la.veuve Boivin , à la Regle d'or , ruë
S. Honoré , le Sr le Clerc , rue du Roulle , à la Croix
d'or ; & chés le Sr Hue , Graveur de Muſique , attenant
le Palais Royal , chés un Bonnetier , vis- àvis
le Caffé du Sr Dupuis,
On a parlé dans le Mercure du mois dernier d'un
Ouvrage de M. Rameau , pour le Clavecin ; en voici
un autre à peu près dans le même genre qui
commence à faire du bruit. M. Geminiani vient de
propofer par Soufcription un Livre qui a pour titre
Guide
AVRIL. 1741. 775
Guide Harmonique , ou Combinaison fimple & fenfible
de tous les Raports que les fons peuvent avoir entre
eux , Ouvrage par le fecours duquel , fans avoir
aucune connoiffance de la Musique & fans cependant
fortir des regles de la Compofition , on pourra dans
l'inftant compofer de la façon la plus exacte & la plus
harmonique, & varier cette compofition à l'infini, infolio
gravé. Le nom de l'Auteur femble faire l'éloge
de cet Ouvrage. D'ailleurs ceux que nous avons
déja de lui font affés connus pour efperer beaucoup
de ce dernier. Ce n'eft point un Traité de théorie ;
tant de grands Maîtres nous en ont donné , qu'il
femble qu'on n'ait plus rien à fouhaiter de ce côtélà
; tout le fecret de celui- ci eft fous les yeux , il ne
s'agit que d'operer ; au moyen de cette efpece de
Dictionaire , vous vous trouvez conduit par des
exemples fenfibles & fûrs dans tous les accords
dont un ton peut être fufceptible , foit dans le naturel
, foit dans l'accidentel . Les Amateurs de Mu
fique , & furtout ceux qui s'adonnent à la Compofition
, ne peuvent trop s'intereffer au fuccès d'un
Ouvrage qui femble enfin nous dévoiler ce qu'un
Art, auffi agréable & auffi utile , a parû avoir juſqu'à
préfent de difficile & d'obfcur . Il a fait d'avance
l'étonnement de ceux à qui l'Auteur a bien voulu
le communiquer. C'eft un de ces Phénomenes
qu'on voit de tems - en-tems fortir du fein des Arts,
lefquels ont les leurs , ainfi que la Nature.
Les Soufcriptions fe délivrent chés Prault , fils ,
Libraire , Quai de Conty , vis -à- vis la defcente du
Pont- Neuf, à la Charité.
ESTAMPES NOUVELLES.
Dans le goût prefque univerfel qui s'eſt répandu
en France pour les Beaux-Arts , pour les Tableaux,
Gij
les
776 MERCURE DE FRANCE
lesEftampes& géneralement pour tout ce qui peut piquer
la curiofité des Gens de goût, le fieur Odieuvre ,
Marchand d'Eftampes , qui a déja fait paroître depuis
quelques années tant de Portraits intereffans ,
s'eft faté que le Public recevroit avec plaisir les
nouveaux foins qu'il s'eft donné pour faire paroître
trois nouvelles Eftampes d'après trois des plus beaux
Tableaux du Correge.
Lorfque les trois Sujets font fortis de la main
de ce fameux Peintre , ils repréfentoient Leda, Da
naé&Io, & on ne pourroit difcon venir qu'ils ne fusfent
admirables à tous égards , fi on en exceptoit un
peu trop de licence dans la compofition , qui empêcheroit
de les faire paroître aujourd'hui tels qu'on
les a vûs autrefois .
C'est par cette unique raifon que le fieur Odieuvre
s'eft déterminé à faire faire fur les anciennes
Planches quelques légers changemens par une habile
main , & qui d'ailleurs eft un des grands Admirateurs
pour tout ce qu'a produit le Pinceau du célebre
Antoine Correge .
Le fieur Sornique a gravé avec beaucoup d'intelligence
les nouveaux changemens qu'on a été obligé
de faire ; à peine s'aperçoit - on de quelque difference
dans le Burin ; & ces Morceaux , qu'on peut
placer hardiment partout , fans crainte d'offenfer la
plus grande délicateffe , forment aujourd'hui une
efpece de Suite de l'Hiftoire de Diane.
Dans l'un , cette Déeffe eft repréſentée , prenant
le Bain ; dans l'autre , elle rend à l'Amour les traits
dont ce Dieu l'a bleffée , & dans le troifiéme , on
la voit prefque endormie , & elle paroît attendre
l'arrivée d'Endimion.
LA FAMILLE DU MARECHAL , Payfage en large.
On voit une Forge fur le devant , Figures &
Chevaux
AVRIL. 1741 . 777
Chevaux qu'on ferre , &c. C'eft la 40. Eftampe
que le fieur Moyreau a gravée avec beaucoup d'in
telligence d'après Philipe Vauvremens , excellent
Peintre Hollandois , & d'après le Tableau original du
Cabinet de M. Porlier , Maître des Comptes. Elle eft
de la même grandeur que le Tableau , & fe vend chés
le fieur Moyreau , Graveur du Roy , rue Galande ,
vis- à-vis S. Blaiſe , 1741 .
LE MATIN , Payfage en large , d'un caractére
varié & admirable , avec Figures & Animaux , gravé
par Jacques- Philipe le Bas , d'après le Tableau
original de Berghem , 1741. fe vend à Paris ,
chés l'Auteur , Graveur du Roy , rue de la Harpe ,
vis- à vis la ruë Percée . Cette Eftampe fait également
honneur à la grande réputation du Peintre &
à l'habileté du Graveur.
Le même fieur Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
Quai de l'Ecole , vis - à - vis la Samaritaine , à la
Belle Image , vient de mettre en vente "
TROPHEES DE CHASSE , en fix Piéces en hauteur ,
deffinés par le feur C. Huet , & gravés par le fieur
Guelard , de très - bon goût..
Il vient auffi de mettre en vente les Portraits de
CHARLES III. DIT LE GRAS , Empereur, XXVIII .
Roy de France , mort en Souabe le 8. Janvier 888 .
après trois ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par J. G. de Will.
DOM BERNARD DE MONTFAUCON , Religieux
de la Congrégation de S. Maur , né au Château de
Soulage , Diocèfe de Narbonne , le 16: Janvier
1655. gravé par Tardieu , le fils,
On nous affûre que M. Chycoineau , Confeiller
d'Etat , Premier Médecin du Roy , ayant vû la gué-
Gij rifon
778 MERCURE DE FRANCE
1
I.
ifon d'un grand Prélat , qui avoit des Boutons ,
Rougeurs & Dartres au vifage depuis plus de huit
ans , & ayant apris d'ailleurs la guérifon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , par les Remedes
compofés & débités depuis plus de 40. ans
par Mad. de Leftrade , a bien voulu , pour l'utilité
& le foulagement du Public , donner fon Aprobation
pour les débiter.
Ces Remedes font une Eau pour la guérison des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs
Taches de rouffeur , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiftance de Pomade
qui ôte les cavités & les rougeurs après la petite
vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
le teint.
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout. Les Bouteilles de
cette Eau font de 2. 3. 4. 6. livres & au- deffus
felon la grandeur. Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots d'une livre
15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. 11 y a une Affiche au- deffus de la porte.
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
De de Leftrade d'une Penfion fa vie durant.
›
CHANSON.
CHer Amant , pour pleurer ton abſence ;
Je cherche une retraite auſſi trifte que moi.
Ah ! trop heureuſe encor , fi ta perfeverance
Etoit le prix des pleurs que je répands pour toi !
LE
AVRIL. 1741. 779
LE PLAISIR DE RIRE ,
P
VAUDEVILLE.
Ourquoi ne chanter que le vin ,
Et le Dieu qui fait qu'on foupire ?
Pourquoi ne pas chanter fans fin
Le doux plaifir de rire ?
*
Un Yvrogne , qui nuit & jour
Jouit d'un bacchique délire ,
Procure à chacun tour à
Le doux plaifir de rire .
*
tour
Un Avare , qui meurt de faim ,
Pour épargner fa tirelire ,
Infpire à tout le Gente humain
Le doux plaifir de rire.
*
Un Amant épris des apas
De Célimene , ou de Thémire ;
Tous les jours ne donne - t'il pas
Le doux plaifir de rire ?
*
Un Petit- Maître turbulent ,
Lorfque fon vertigo l'infpire ,
Gij
Nous
780 MERCURE DE FRANCE
Nous fait goûter à chaque inſtant
Le doux plaifir de rire.
*
Un jeune Abbé lefte & poupin ,
Qui près de Climene foupire ,
Nous excite foir & matin
•
Au doux plaifir de rire .
*
Quand on voit un vieux Magiftrat
Qui conte fon tendre martyre ,
Il inſpire avec fon rabat
Le doux plaifir de rire.
XX
Lays , avec un-air badin ,
Range fous fon aimable empire.
L'homme fage & la Calotin ,
Amis , il en faut rire .
L'Affichard.
SPECTHE
1
PUBLICA
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIPSARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATORE
I
AVRIL. 1741. 781
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie de l'Echo du
Public , Piéce en un Acte & en Vers. Par
les fieurs Romagnesi & Riccoboni, repréſentée
au Théatre Italien le 7. Mars dernier.
ACTEURS.
, La Critique
Un Suivant d'Apollon ,
Belife ,
L'Arlequin François ,
L'Arlequin Italien ,
Le Marquis ,
Philemon
L'Auteur >
la Dlle Silvia.
le Sr Sticoti.
la Dile Riccoboni.
le Sr Terodat.
le Sr Conftantini.
.
le Sr Rochart.
• le Sr Deshayes.
le Sr Riccoboni.
La Scene eft au Château de : Tuilleries .
UN Suivant d'Apollon ouvre la Scéne
avec la Critique , par un ordre exprès
d'Apollon , qui veut qu'elle devienne l'Echo
du Public, & qu'en cette qualité , elle réforme
les abus. La Critique a beau refuſer un
Emploi dont elle prévoit l'inutilité , elle eft
forcée d'obéir au Dieu du Parnaffe. Le bruit
de fa nouvelle dignité s'étant déja répandu
par tout , Belife eft la premiere qui vient la
trouver pour fçavoir ce qui fe paffe dans tou-
G v tes
782 MERCURE DE FRANCE
tes les Conditions ; la nouvelle Sybile ne
lui aprend rien dont elle ne foit déja informée
, & fur quoi elle n'ait déja fait des refléxions
critiques. Voici ce que le nouvel
Echo du Public lui aprend fur ce que ce
même Public penſe d'elle.
Ils difent que
les traits d'une fecrette envie
Contre tout votre Sexe animent vos difcours
Et que pour décrier une femme jolie ,
De cent propos malins empruntant le fecours ,
D'un ridicule affreux vous noirciffez ſa vie ;
Que vous n'épargnez point votre meilleure amie ;
Qu'à peine de chés vous quelqu'un s'en eſt allé ,
Que de cent traits mordans on le voit accablé ;
Que ce goût pour la raillerie
Vous fait fouvent calomnier ,
Et qu'on n'eft à l'abri de la plaifanterie
Qu'en fe retirant le dernier
Que cet étrange caractere
Eloigne de chés vous la fincere amitié
>
Et que fi vous traitez l'Univers fans pitié ,
Sur ce qui vous regarde il ne s'épargne guere .
La médifante Belife s'étant retirée , peu
fatisfaite de la fincerité dont l'Echo du Public
vient de faire profeffion , l'Arlequin
François vient la confulter à fon tour ; après
s'être défini lui- même , il n'aprouve pas la
définition
4.
783 AVRIL. 1741.
définition que la Critique fait de l'efprits
voici quelle eft la fienne.
A votre jugement vous donnez une entorfe ;
Un mot fuffit à pareil jeu ,
Er comme l'efprit eft un feu ,
On doit fentir le coup , voyant partir l'amorce.
Il fe plaint de la défertion des Spectateurs ,
qui venoient en foûle quand on ne les entendoit
pas ; l'Echo du Public lui répond
que c'eft précisément parce qu'ils font entendus
, qu'on ceffe de les venir voir . L'Arlequin
François veut fçavoir de la Critique , non
ce que l'Echo public dit de lui ; mais il veut
feulement aprendre d'elle ce qu'on dit de
l'Arlequin Italien;voici ce qu'elle lui répond :
L'Italien eft vieux , le François ne vaut rien .
Et pour le corriger de la curiofité qu'il a
de fçavoir ce qu'on penfe de fon Antagoniste
, préférablement à ce qu'on dit de lui mê
me , elle parle ainſi :
Voilà comme on penſe aujourd'hui ;
Chacun n'eft occupé que des défauts des autres;,
Je le pardonnerois , fi les fautes d'autrui
Pouvoient nous corriger des nôtres 9
Mais cela ne fe peut , & par bonne raiſon ;
Nos defauts & l'amour l'on
que
Qut une intime liaison
a
pour
foi-même
G. vij
784 MERCURE DE FRANCE
Et comme l'on ne peut condamner ce qu'on aime ,
On blâme fon voifin , fans y connoître même
Et notre exemple & fa comparaison.
L'Arlequin Italien qui furvient , interrompt
la converfation qui commençoit à s'échauffer
entre l'Arlequin François & la Critique.
Ces deux Arlequins fe traitent d'abord
avec beaucoup de politeffe & ſe difent
avec la même hypocrifie ce qu'ils ne pensent
nullement l'un de l'autre. L'Arlequin Italien
demande à la Critique ce que l'Echo duPublic
décide de fes talens ; la Critique lui demande
s'il veut fçavoir les défauts qu'on lui impute;
il lui répond , qu'il ne veut rien aprendre qui
lui déplaife. L'Arlequin François répond
C'eſt des Comédiens l'uſage accoûtumé ;
Ils font comme le Petit- Maître ,
Qui , du moment qu'il eft aimé ,
Ne s'embarraffe pas s'il mérite de Pêtre .
La Critique défaprouve cet ufage & en fait
sonnoître les pernicieuſes fuites par ces Vers :
C'eſt le Public qui cauſe ce malheur.
Par la même raison qui le rend favorable
Aux talens d'un paffable Acteur ,
S'il abufe de fa faveur ,
Il lui doit être inexorable , & c .
Les deux Arlequins, après avoir affés longtems
AVRIL 17410
785
tems diffimulé , jufqu'à fe loüer réciproquement
, en viennent enfin aux menaces &
aux coups . La Critique les congédie par cette
réponſe déciſive :
Les complimens que l'un à l'autre
En arrivant vous vous êtes pouffés ,
De la façon dont ils étoient penſés ,.
Font votre portrait & le vôtre.
Un Marquis des plus fats qu'il en fût jamais
, fuccede aux deux . Arlequins . Il demande
à l'Echo du Public ce que la Renommée
publie fur fon compte, & il le demande
avec une entiere confiance , parce qu'il ne
doute point qu'on ne lui ait rendu juſtice ,
tant dans les Champs de Mars , que dans :
ceux de l'Amour. La Critique lui dit que
toutes les belles proüeffes dont il s'aplaudit
avec tant de fécurité , font ignorées dans le
monde; pour achever de rabattre fon orgueil,"
elle lui parle ainfi :
D'après moi je vais vous parler
Avec une exacte franchife.
Une vertu qu'on veut trop étaler
Ne mérite pas qu'on la prife ;
Elle fe fait timpanifer ,
Pour peu qu'elle foit fanfaronne ,
Et le Public malin , fe plaît à refufer
Ce
786 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'à foi-même l'on fe donne.
Rabatez donc de cette vanité
A tant d'honnêtes gens
Joignez à l'intrépidité
funefte ;
L'heureux talent d'être modefté ;
Si de vous faire aimer vous trouvez le fecret ,
Dans votre coeur renfermez cette gloire ,
Et fçachez qu'en amour un vainqueur indiſcret ,
Bien loin de triompher , avilit fa victoire ,
Puifqu'on en mépriſe l'objet.
Nous pafferons légerement fur les deux
dernieres Scénes. L'une eft avec un Mifantrope
qui s'ennuye de tout ; l'autre eft avec
un Auteur qui veut fe fingularifer par une
nouvelle maniere de compofer pour le Théatre.
Le premier s'apelle Philemon. LaCritique ,
au fujet de fon dégoût outré pour tout ce
qui n'a pas la grace de la nouveauté , lui fait
cette fage remontrance :
Je voi que votre efprit s'occupe
A chercher toujours du nouveau ;
Mais de ce fentiment on eft toujours la dupe ,
Le nouveau n'eft pas toujours beau.
Ne vaut- il pas bien mieux voir ces divins Ouvrages,
Qu'on a de tout tems admirés ,
Qui font le défeſpoir de ces Auteurs peu fages ;
Dont les pas chancelans & fouvent égarés ,
Courent
AVRIL 787 1741.
Courent après l'efprit dans leurs Vers bigarés ,
Et ne font que rimer les ennuyeufes pages
Des Romans les plus ignorés ?
Philemon infifte par cette réponſe :
Quoi ? ne faire plus rien ! j'en fuis inconfolable.
Reveillez les Auteurs de l'assoupiffement ,
Déeffe , & le Spectacle à mes yeux plus aimable ,
Fera tout de nouveau mon feul amuſement.
La Critique lui répond :
Je ne puis feconder le défir qui vous guide.
Par une Critique folide
J'effraye les Auteurs , loin de les animer ;
C'est mon Emploi de les tenir en bride ,
Mais vainement mon oeil les intimide ,
Leur amour propre a foin de rallumer ,
Malgré ma cenfure rigide ,
La fureur qu'ils ont de rimer.
Quant au Perſonnage de la derniere Scéne
qui nous peint le caractere d'un Auteur
qui ne travaille que pour fe fingularifer , on
voit bien qu'on veut faire tomber la Critique
fur l'ingénieux Auteur de l'Oracle , qui a été
du goût de tout Paris ; on prétend même
obfcurcir la gloire du fuccès par ces Vers
qu'on met dans la bouche de la Critique :
Une Actrice agréable & finement placée ,
L'an
788 MERCURE DE FRANCE
L'an paffé , foûtint le bonheur
D'une Piéce flateufe , où toûjours la penſée ,
Sans éblouir l'efprit , arrivoit droit au coeur , &c.
L'Auteur dans cette derniere Scéne veut
faire voir le ridicule d'une Piéce à trois ou à
deux Acteurs , par un plan de Comédie où
il prétend qu'il n'y ait qu'un feul Acteur , &
dont les Avantures de Robinfon peuvent faire
le Sujet. La Critique eft bien loin d'aprouver
ce nouveau deffein de fe fingularifer ,
finit cette ingénieufe Comédie par un remerciment
qu'elle adreffe au Public , & par
l'annonce d'une Fête ; voici comme elle s'exprime
:
A corriger les foibleffes humaines
Le Seigneur Apollon perdra toujours fon tems ;
Mes démarches ont été vaines ,
&
Mais quel bonheur , Meffieurs , quel doux fruit de
mes peines ,
Si j'ai pu vous flater pendant quelques inftans !
Enfans de Terpficore ,
Venez former des pas
badins ,
Et que vos Jeux dans ces Jardins
Annoncent le retour de Flore.
Le 10. Avril les mêmes Comédiens firent
l'ouverture de leur Théatre par une Piéce
Italienne en Profe & en trois Actes , intitulée
,
AVRIL. 1741 . 789
lée, Arlequin muet par crainte , dans laquelle
le fieur Carlo Bertinazzi , né à Turin , âgé
de près de 28. ans , joüa pour la premiere
fois avec aplaudiffement le Rôle d'Arlequin ,
qui eft le principal Perfonnage de la Piéce.
Cette Piéce , qui eft de M. Riccoboni ,
retiré du Théatre & toujours fort regretté
, avoit été joüée dans fa nouveauté le
16. Décembre 1717. par l'Auteur , & par le
fameux Thomaffin , d'une maniere à ne
laiffer rien à défirer par le jeu , le naturel
& la précision de ces deux incomparables
Sujets.
Le fieur Rochart , qui avoit fait le Compliment
au Public à la clôture du Thêatre , fit
auffi celui de l'ouverture , il s'exprima en ces
termes.
Mrs, ce jour, qui renouvelle nos foins & nos
hommages, devoit être marqué par une nouveauté
, que nous vous avions préparée ; mais
l'Acteur qui va avoir l'honneur de paroître
devant vous , pour la premiere fois , avoit
trop d'interêt & d'impatience d'aprendre fon
fort , pour nous permettre de reculer fon
début.
Si votre nouvauté tombe ( nous a - t'il dit )
j'aprendrai comme le Public fiffle , & c'est ce
que je ne veux point fçavoir ; fi elle réüſſit , je
Içaurai comme on aplaudit , & ferai peut - être
une funefte comparaison de fa réception à la
mienne :
790 MERCURE DE FRANCE
mienne ; & pour ne donner au nouvel Acteur
aucun lieu de reproche , nous nous fommes
entierement conformés à fes intentions .
Il fçait , Mrs , non -feulement ce qu'il a
à craindre en paroiffant devant vous , mais
en y paroiffant encore après l'excellent Acteur
que nous avons perdu , dont il va jouer
le même Rôle. Les ſujets d'une fi jufte crainte
, feroient balancés dans fon efprit , s'il
connoiffoit les reffources qu'il doit trouver
dans votre indulgence. Mais eft en vain
que nous avons effayé de le raffûrer ; il ne
peut être convaincu de cette vérité que par
vous- mêmes,& nous efperons , Mrs, que vous
voudrez bien foufcrire aux promeffes que
nous lui avons faites de votre part.Elles font
fondées fur une fi longue & fi heureuſe expérience
, que nous fommes auffi fürs de vos
bontés , que vous devez l'être de notre zele,
& de notre profond respect.
Le 18. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre Belphegor , Comédie - Ballet , en
Profe et en trois Actes , avec trois Intermedes
de Chants et de Danfes. Cette Piéce
qui eft de la compofition du feu Sr le Grand
Comédien du Théatre François , avoit été
donnée dans fa nouveauté le 24. Août
1721. avec fuccès . On l'a revûë encore avec
beaucoup de plaifir.
Le 20, ils donnerent une Piéce nouvelle
Italienne
AVRIL. 1741. 791
Italienne qui n'avoit jamais été joie à l'Hôtel
de Bourgogne . Elle eft en trois Actes
et a pour titre , le Défi d' Arlequin & de
Scapin. C'eft une Piéce dans le vrai goût
Italien , avec un Jeu de Théatre continuel ,
exécuté par le nouvel Arlequin et Scapin ,
qui jouent les Rôles de Valets , de Mario
et de Lelio : ces deux fourbes fe diſputent
chacun la gloire de réuffir dans leur entreprife
pour tromper Pantalon & le Docteur ,
dont la fille et la niéce font les Amantes de
Mario et de Lelio ; les deux Amans obtiennent
enfin ( pour finir la Piéce ) le confentement
des deux Vieillards , et épouſent
leurs Maîtreffes . Cette Comédie eft terminée
par un fort joli Divertiffement , dont
l'exécution a fait beaucoup de plaifir.
Le Théatre François vient de faire une perte
des plus confidérables . Le Sieur Dufresne
qui , quoique dans un âge peu avancé , fe
trouve le Doyen de tous fes Camarades , &
géneralement regretté , le Sieur Duchemin,la
Dlle Quinaut Dufrefne , & la Dlle Jouvenot,
ayant obtenu la permiffion de fe retirer.
Le 10. Avril , les Comédiens François
firent auffi l'ouverture de leur Théatre par
la Tragédie d'Abfalon , tirée de l'Ecriture
Sainte de feu M. Duché , de l'Académie
Royale des Infcriptions et Belles- Lettres.
Cette
792 MERCURE DE FRANCE
Cette Piéce n'avoit pas été donnée depuis le
12. Juillet 1730. qu'elle fut remife au Théatre
avec un très -grand fuccès. Les Rôles de
David , d'Abfalon d'Achitophel , de foab ,
&c. étoient remplis par les Sieuts Sarrazin ,
Dufresne , Legrand , & Dubreüil . Le Sieur
Grandval remplace aujourd'hui le Sieur Dufrefne
, & la Dlle Gauffin joue le Rôle de
Tharez que jouoit la Dlle Dufrefne. On a
parlé amplement de cette Piéce , par l'Extrait
circonftancié que nous en avons donné
dans le Mercure d'Août 1730. page 1832.
Le même jour , le Sieur Grandval fit le Compliment
qu'on adreffe ordinairement au Public
à l'ouverture du Théatre , lequel fut
aplaudi.
Le 18. ils repréfenterent la Tragédie de
Phedre & d' Hippolite , dans laquelle le Sieur
d'Angeville , âgé d'environ 18. ans , qui n'a
jamais parû fur aucun Théatre public , joüa
pour la premiere fois le Rôle d'Hippolite
avec beaucoup d'intelligence , & fort au grét
du Public. Il eft frere de la Dlle d'Angeville,
dont les talens font fi connus du Public .
Il a encore joué depuis avec plus de fuccès
le Rôle de Xipharés dans la Tragédie de
Mithridate.
Le 11. Avril , l'Académie Royale de Mufique
fit l'ouverture du Théatre par la Tragédie
A V RIL. 793 1741 .
و ا
gédie de Nitetis , Piéce nouvelle , dont le
Poëme eft de M. de la Serre mis en Mufique
par M. Mion , Compofiteur de Mufique.
Nous parlerons plus au long de cet
Ouvrage le mois prochain , ayant été reçû
favorablement du Public.
Le 27. on donna , par extraordinaire , une
Repréſentation de Proferpine , pour la Capitation
des Acteurs , comme cela fe pratique
toutes les années. La Dlle le Maure remplit
le Rôle de Cérès , au grand contentement
du Public,
Les Vers qu'on va lire font adreffés à la
Dile le Maure , à l'occafion du Rôle de
Cérès qu'elle avoit joué dans cet Opera.
De fard & de pompons la nature accablée ,
Par la main des Auteurs en Coquette affublée ,
Se dégoûta du coeur pour faire de l'efprit :
Le langage , ou plutôt le jargon qu'elle prit ,
Fut un cabos luifant de phraſes hazardées ,
Un corps abftrait d'analyfe d'idées .
Le fentiment fi fimple & fi naïf ,
Devint un faifeur d'Epigrammes.
La Mufique , d'un ton rétif 1
Exprimoit de l'amour les langueurs & les flâmes ;
Et l'Actrice , en venant déplorer fon malheur ,
Et reprocher au fort fa cruelle injuſtice ,
Jettoit fur le Parterre un re rd de Couliffe,
Et
794 MERCURE DE FRANCE
Et faifoit minauder le coeur.
Ces faux brillans féduifoient la nature ;
Lorfque les partifans de fes premiers attraits ,
S'écrierent en Choeur , pour venger cette injure :
Cérès , favorable Cérès ,
Ecoutez nos triftes regrets.
Cérès paroît , la voix ſe fait entendre ,
Elle répand le trouble dans nos fens ;
Nos coeurs font les échos qui s'empreffent de rendre
La tendreffe de fes accens.
Ses flambeaux verfent moins de terreur & de
flâmes ,
Que l'immensité de fes fons
N'en répand au fond de nos ames ;
C'eft nos coeurs qu'elle brûle , & non pas les
moiffons.
O toi , Divinité fi tendre & fi terrible ,
Ne te laffe jamais de triompher de nous ;
Fais frémir l'envie en courroux ; `
Des éclats de ta voix perce fon antre horrible , ~
Et vois tomber à tes genoux
Et le monde penfant , & le monde ſenſible.
Jadis le don des coeurs , aux yeux des immortels
Renfermoit tout le prix des hommages fuprêmes ;
*
Nous n'ofons pas t'élever des Autels ,
Mais nos offrandes font les mêmes .
Allufion aux flambeaux avec lesquels Cérès paroit
au troifiéme Acte.
NOUAVRIL.
1741.
795
NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE.
N mande de Conftantinople que les Séditieux
qui demandoient la dépofition de Sa Hauteffe
ou celle du Grand Vifir , avoient été obligés de rentrer
dans le devoir , & qu'on en avoit fait mourir
trente des plus mutins .
A
nou-
Il y eut le onze Janvier dernier une
velle Sédition , qu'on apaifa avec bien de la peine
, les Séditieux . vouloient mettre fur le Trône
le Fils du Sultan Achmet , à qui les Japisfaires
ont ôté l'Empire il y a quelques années ;
le parti qui défire la guerre vouloit profiter
de la circonftance pour déterminer le Grand
Seigneur à rompre la Paix avec la Reine de Hongrie
& avec le Czar , mais Sa Hauteffe a refufé de
faire aucune démarche contraire, aux engagemens
qu'elle a pris par les derniers Traités .
On a apris depuis , qu'il y avoit toujours
de fort grands troubles , qu'il continuoit de
regner beaucoup de divifion dans le Divan , & que
Sa Hautefle avoit dépofé le Reys Effendy ou Grand
Chancelier , & fait trancher la tête au Premier Interprete
de la Porte .
Le Grand Seigneur a été obligé pour fatisfaire .
ceux des fes Sujets qui veulent que Sa Hauteffe fasfe
affembler un Corps de Troupes dans la Servie ,
d'ordonner que 30000. Janiffaires & 10000. Spahis
fe rendiffent dans les environs de Belgrade , pour y
former un Camp , mais Sa Hauteffe a fait affûrer
en même tems le Comte d'Uhlefeldt , Ambasfadeur
796 MERCURE DE FRANCE
fadeur de la Reine de Hongrie , qu'elle perfiftoit
dans le deffein d'obferver fidelement le dernier
Traité de Paix conclu avec le feu Empereur.
TRIPOLI.
Es lettres reçûës de cette Ville du s. du mois
L'de Fevrier dernier , marquent que Dom Hyacinte
Vofchi y eft arrivé de Naples avec caractére
¡
de Miniftre Plénipotentiaire du Roy des deux Siciles
, pour figner le Traité de Paix & de Commerce
entre S. M. Sic. & la Régence de cet Etat ; qu'il a
aporté plufieurs préfens pour le Bey & pour les Cors
feillers du Divan , & que le Roy des deux Siciles a
envoyé en même- tems au Pays une Tartane chargée
de grains , dont l'arrivée a fait d'autant plus de
plaifir, que le bled étoit à un prix exceffif.
RUSSIE
Na apris du 20. de Février dernier , que le
Comte Erneft Jean de Biron étant toujours
fort malade à Schlieffelbourg , on n'a pu encore le
transferer dans la Citadelle de Pétersbourg , & que
jufqu'à préfent on ne lui a point prononcé fon jugement
. Les Commiffaires qui ont été chargés
d'inftruire fon procès & celui des autres prifonniers,
ont fait fubir un nouvel interrogatoire à quelquesuns
de ces prifonniers , & en particulier à M. de
Beftuchef, qu'on affûre s'être juftifié de la plupart
des accufations formées contre lui.
Le Czar a fait remettre en liberté les filles du
Comte Wolinsky , Miniftre du Cabinet , qui a eû la
tête tranchée quelque tems avant la mort de la Cza
rine , & S. M. Cz. leur a permis de fe retirer dans
une de leurs Terres.
Le
AVRIL
1741. 797.
Le Feldt Maréchal Lefcy n'eft point allé en Curlande
, comme le bruit en avoit couru.
Les Etats de Curlande doivent s'affembler incesfamment
, pour procéder à l'Election d'un nouveau
Souverain , & on affûré qu'ils éliront un frere du
Prince de Brunſwick Bevern .
On a apris d'Ukraine , que Donduck Ombro ,
Kan des Calmouques , Tributaires de S. M. Cz lequel
avoit refufé de fe foûmettre à la difpofition
teftamentaire par laquelle la feuë Czarine avoit déclaré
le Comte Erneſt Biron , kégent de Moſcovie,
avoit non-feulement reconnû l'autorité de la Princeffe
actuellement Régente , mais qu'il devoit lui
envoyer un de fes principaux Officiers , pour l'affûrer
qu'il rechercheroit avec empreffement toutes les
occaſions de lui marquer fon zele & fon attachement.
Le 3. du mois dernier , quatre Sénateurs allerent
à la Fortereffe de Schliffelbourg pour lire au Comte
Ernest Biron le jugement prononce contre lui, &
le Czar lui fit annoncer enfuite par un de fes Chambellans
, qu'il vouloit bien lui accorder la vie .
La mauvaiſe fanté du Feldt Maréchal Comte de
Munich ne lui permettant pas de vacquer aux affaires
dont il étoit chargé , ce Premier Miniftre a donné
fa démiffion de tous fes Emplois , & la Princeffe
Régente , qu'on affûre n'y avoir confenti qu'avec
peine , lui a fait accorder par le Czar une Penfion
de 15000. Roubles.
On a apris depuis peu de Pétersbourg , que le
Comte Erneft Biron , qui paroît un peu plus tranquille,
depuis qu'on lui a annoncé que le Czar avoit
bien voulu lui accorder la vie , fera conduit en Siberie
, dès que la Maiſon qu'on conftruit à Tenifes
koy , pour l'y enfermer avec fa femme & fes enfans
, fera achevée. Lorsqu'ü a apris dans fa prifon ,
H que
798 MERCURE DE FRANCE
que le Feldt Maréchal Comte de Munich s'étoit
démis de tous fes Emplois , il a crû que ce changement
pourroit rendre fa fituation " differente ,
& qu'il obtiendroit quelque adouciffement à fon
exil , mais il paroît qu'il s'eft flaté à cet égard d'une
vaine efperance. La Princeffe Régente lui a fait di
re par le Sénateur Cruschoff , qu'il auroit la liberté
d'emporter avec lui tous les meubles dont il croiroit
avoir befoin.
Le Jugement prononcé contre ce prifonnier n'a
point encore été rendu public , & il ne le fera que
lorfque le Manifefte , qui doit expliquer les crimes
- dont il a été déclaré convaincu , fera en état de
roître .
pa.
Le Gouvernement fait des recherches fur la conduite
de plufieurs perfonnes qu'on accuſe d'avoir
commis des malverfations fous le dernier Regne ,
particulierement dans l'Emploi des fommes deftinées
aux dépenfes de la guerre contre les Turcs, &
l'on a arrêté M. Fennin , Maître des Requêtes , &
ci-devant Premier Commis du Bureau de la Guerie,
lequel a été Sécretaire du Feldt- Maréchal Comté
de Munich.
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne , que le Comte de Neuperg
a dû partir le 4. du mois dernier pour aller
prendre le commandement des troupes qui font
affemblées en Moravie , d'où on a apris que cent
Huffards de la Garniſon de Glatz , en Siléfie , avoient
entierement défait un Eſcadron des troupes du
Roy
de Prufe , & qu'ils avoient pris aux Ennemis deux
Etendarts , deux paires de Timbales & environ 60.
-chevaux .
Le Géneral Braun a mandé à la Reine qu'un ause
détachement de Huffards , de la Garnifon de
Brieg ,
AVRIL. 1741.
Brieg, ayant attaqué 400. Pruffiens qui conduifoient
un Convoy , il les avoit mis en fuite , & qu'il s'étoit
emparé d'un grand nombre de chariots chargés
de munitions .
S. M. a rendu à la Nobleffe du Royaume de
Hongrie plufieurs privileges qui lui avoient été ôtés
fous les derniers Empereurs , & cette Nobleffe, en reconnoiffance
de cette grace, s'eft engagée à monter à
cheval dès que la Reine aura befoin de fes fervices .
Sur l'avis qu'on a reçû que les Turcs paroiffoient
être dans le deffein de faire rétablir les fortifications
de Belgrade , la Reine a envoyé ordre au Comte
d'Uhlefeldt , fon Ambaffadeur auprès du Grand Seigneur
, de faire des repréfentations à Sa Hauteffe
fur ce fujet.
Le Comte de Braun a fait fçavoir à la Reine qu'i
avoit fait entrer du fecours dans la Ville de Neiff ,
& qu'il avoit mis en déroute un Corps de 7. à 800 .
hommes des troupes du Roy de Pruffe . Ce Géneral
a en même-tems informé S. M. que le Feldt Maréchal
de Schwerin s'étant avancé à la tête d'un dé.
tachement des troupes Pruffiennes , pour reconnoître
le Pays entre Jagerfdorff & Troppau , le Régiment
de Huffards de Deloffi l'avoit attaqué , &
qu'on avoit fait en cette occafion so. prifonniers.
La Reine de Hongrie a ordonné que le Prince
dont elle accoucha le 1. du mois dernier , portật
le nom d'Archiduc , fuivant l'ufage établi pour les
Princes Fils des Souverains de l'Archiduché d'Autriche
. ཚ་སི །
Le Comte de Neuperg , qui a pris le commandement
des troupes affemblées en Moravie , a mandé
à S.M.que lesPruffiens avoient abandonné le Fort
de Jablunka , & que le Feldt-Maréchal de Schwerin
, qui s'étoit avancé dans les environs de Tefchen
& de Jagerndorff , s'étoit retiré du côté de Breſlaw.
Hij Le
800 MERCURE DE FRANCE
Le Duc d'Uzeda a été condamné à mort, mais la
Reine lui a fait grace de la vie & S. M. a ordonné
qu'il fût transferé de Neuftadt à Gratz , en Stirie,
pour y demeurer dans la Citadelle le refte de fes
jours.
On aprend de Vienne du premier de ce mois ,
qu'il y paroît un nouveau Mémoire par lequel la
Keine répond à des Ecrits que le Roy de Pruffe a
fait publier depuis quelque tems.
Cette Réponse porte que S. M. n'a eû que trop
de
ménagement pour ce Prince , & que fi elle a quelque
chofe à fe reprocher , c'eft de s'être fié trop
légerement aux affûrances flateules qu'elle en a reçûës
; que la modération de la Reine a éclaté dans
tous les Ecrits qui ont été publiés en fon nom , &
que la Déclaration remife de fa part au Comte de
Gotter & au Baron de Borck, en eft une preuve qui
ne peut paroître équivoque ; que S. M. y a requis
très- inftamment le Roy de Pruffe, & qu'elle l'a conjuré
par toutes les confidérations capables de faire
impreffion fur le coeur d'un grand Prince , de retirer
les troupes de Siléfie ; qu'elle a offert en mêmetems
de faire tout ce qu'on pourroit raiſonnablement
attendre d'elle , pour parvenir à un accommodement
; qu'un pareil langage eft fort different
des hauteurs que le Roy de Pruffe lui reproche , &
qu'on ne trouve pas le même caractere dans les
Écrits de la Cour de Berlin ; que bien loin qu'on
puiffe accufer la Reine de n'avoir pas confervé les
égards convenables , elle les a pouffés fi loin , que
fa modération pendant quelque tems l'a rendû fufpecte
à plufieurs autres Puiflances ; que S. M. ne ſe.
repent pas cependant d'avoir tenu cette conduite ,
& qu'elle a formé une réſolution invariable de pren
dre la vérité & la droiture pour les guides , & d'avoir
pour le Roy de Pruffe toute l'attention que les
Têtes
A V.RIL. 801
1741.
Têtes couronnées fe doivent mutuellement , même
en tems de guerre .
Ce Mémoire finit par une Réponse de la Reine à
P'Ecrit que le Roy de Pruffe a adreffé en dernier
lieu à fes Miniftres , pour être communiqué à
ceux des Cours Etrangeres.
.
L'Univerfité de Vienne a fait célebrer un Service
pour le repos de l'ame de l'Empereur dans l'Eglife
Métropolitaine , au milieu de laquelle elle avoit
fait élever un magnifique Catafalque.
O
FRANCFORT.
N aprend de cette Ville du 6. de ce mois que
les principaux Articles fur lefquels on doit déliberer
dans les Conférences qui fe tiendront à
Offenbach avant l'ouverture de la Diette d'Election,
font les difficultés concernant le Vicariat General
qu l'Electeur de Baviere & l'Electeur Palatin exercent
conjointement , & le College du Vicariat qu'ils
ont établi en conféquence à Ausbourg ; le droit que
le Prince slectoral de Saxe prétend avoir de repréfenter
Pelecteur de Boheme dans la Diette ; la forinule
de la Capitulation qu'on fera figner au nouvel
Empereur après fon Election ; le redreffement
des griefs de plufieurs Princes & Etats de l'Empire,
& la décifion des autres affaires qui peuvent intereffer
la tranquillité de l'Allemagne.
RATISBONNE.
Na apris du 16 du mois dernier que le Roy
porte, que S. M. Pr. a été informée avec beaucoup
de déplaifir, que l'entrepriſe qu'elle a été obligée de
former pour le maintien de fes droits ſur la Siléſie ,
Hiij donnoit
1
To2 MERCURE DE FRANCE
donnoit quelque inquiétude à plufieurs Princes &
Etats Catholiques de l'Empire , lefquels croyent
avoir lieu d'apréhender que les habitans de ce Duehé
, qui font de lear Communion , ne puiffent plus
profeffer leur Religion avec liberté fous un Prince
Proteftant. Le Roy de Pruffe déclare dans ce Ref
erit , qu'il eft très - éloigné de rien faire qui puifle
autorifer cette crainte , & qu'il eft réfolu au contraire
de maintenir les Catholiques de Silésie , auffi
bien que le refte des habitans de cette Province ,
dans la joiffance de tous leurs privileges ; qu'il
tiendra à leur égard la même conduite qu'il tient à
Pégard des Catholiques de fes autres Etats , & qu'il
évitera toujours avec une extrême a tention tout ce
qui pourroit lui attirer le titre odieux de Perfecuteur.
I paroît à Ratisbonne un Mémoire au ſujet du
droit que le Prince Electoral de Saxe prétend avoir
de donner fa voix pour le Royaume de Boheme dans
la Diette qui doit le tenir pour l'Election d'un Empereur.
Le Miniftre qui réude en cette Ville de la part du
Roy de Pruffe , a remis à la Diette de l'Empire un
nouveau Mémoire intitulé Raifons qui prouvent ένια
demment que l'entrée des troupes de S. M. Pr . en Siléfie
ne met point la Cour de Vienne en droit de reclamer
lefecours des Puiffances, garantes de la Pragmatique
Sanction..
Ce Mémoire porte que la Pragmatique Sanction
eft une difpofition de Famille , faite par le feu Empereur,
pour établir l'ordre de fucceffion de fes defcendans
, & que les Puiffances qui ont garanti l'execution
de cette difpofition , fe font engagées feulement
à empêcher que cet ordre de fucceffion ne
fût troublé ; que l'Empereur , en demandant la garantie
de la Pragmatique Sanction , n'a pû prétendre
que les Puiffances , qui fe chargoient de cette
garantie ,
AVRIL. 1741. 803
garantie , s'impofaffent la loi de maintenir la Maifon
d'Autriche dans la poffeffion des biens qui ne
lui apartiendroient pas , & que les Puiffances garantes
, en promettant de faire executer la Fragmatique
Sanction , n'ont pu avoir pour but de s'opofer
aux démarches des Souverains , qui ayant de
juftes prétentions fur quelques- unes des Provinces
dont la Maifon d'Autriche le trouve en poffeffion ,
feroient leurs efforts pour fe faire rendre les biens
qui leur apartiennent ; que ce feroit avancer un paradoxe
infoûtenable , que de dire qu'il fuffit à un
Prince , pour annuller les droits de ceux qui font
fondés à reclamer une partie de fes poffeffions ,
d'ordonner que ces poffeffions ne foient point partagées
; que le Roy de Prufle n'eft nullement dans
le deffein de renverfer l'ordre de fucceffion , établi
dans la Maifon d'Autriche par le feu Empereur ;
qu'il n'eft pas moins éloigné de vouloir favorifer
les Puiffances qui entreprendroient de donner atteinte
à la difpofition faite pour établir cet ordre
de fucceffion ; qu'il fé borne à poursuivre les droits
particuliers , & qu'il employe pour cela les moyens
que les coûtumes de toutes les Nations autorifent
entre les Princes qui ne reconnoiffent point de Juges
; qu'ainfi la Reine de Hongrie n'a aucun droit
d'exiger que les Puiffances , qui ont garanti l'execution
de la Pragmatique Sanction , lui fourniffent
des fecours contre S. M. Pr. & que ces Puiffances ,
fi elles veulent s'en tenir aux engagemens qu'elles
ont pris par leur garantie , ne peuvent offrir que
leur entremife , pour procurer un accommodement
entre la Cour de Vienne & celle de Berlin , puifque
ni ces Puiffances ,ni même la Pragmatique Sanétion,
dont elles fe font rendues garantes, ne fouffrent aucun
préjudice par les prétentions particulieres que
le Roy de Pruffe peut avoir fur une petite étendue
de Pays. Hij Les
804 MERCURE DE FRANCELes
dernieres Lettres de Ratisbonne portent, que
la Reine de Hongrie avoit fait remettre aux Miniftres
qui compofent la Diette de l'Empire , un
fort long Mémoire , dans lequel elle entreprend de
réfuter les raiſons fur lefquelles le Roy de Pruffe fe
fonde pour juftifier fon entrepriſe fur la Siléfie.
PRUSSE.
A Reine de Pruffe a apris le 11. du mois der-
Lnier ,que le Roy étant informé qu'il y avoit
encore dans le Grand Glogaw des vivres & des
munitions pour trois femaines , & ne voulant pas
s'arrêter fi long tems devant cette Place , S. M. s'étoit
déterminée à tâcher de s'en emparer par furpri
fe ; que la nuit du 9. au 1o. de ce mois , par fa
grande obfcurité , s'étoit trouvée favorable au desfein
du Roy , & que S. M. ayant fait une fauffe attaque
du côté dont la Place eft plus foible , elle
avoit en même- tems fait donner l'affaut dans un
endroit par lequel les Affiégés ne devoient pas pré
fumer naturellement qu'ils feroient attaqués : que
comme le Comte de Wallis avoit pris la fauffe attaque
pour la véritable , il avoit mis toute fon attention
à repouffer de ce côté les Affiégeans , & qu'il
avoit dégarni de troupes les endroits où il croyoit
avoir moins à craindre ; qu'ainfi les troupes du Roy,
commandées pour la véritable attaque , étoient entrées
par efcalade dans la Place, fans éprouver pres
que de réfiftance , & qu'elles avoient contraint
le Comte de Wallis de fe rendre prifonnier de
guerre avec tous les Officiers & les Soldats de la
Garnifon .
La Reine a été informée en même tems que 70.
Dragons du Régiment de Schullenbourg, ayant été
attaqués près de Beaumgarden par 5oo. Huffards
des
AVRIL. 805 1741.
des troupes de la Reine de Hongrie , s'étoient défendus
avec tant de valeur , malgré leur petit nombre
, qu'ils s'étoient fait jour au travers des ennemis
, après leur avoir tué beaucoup plus de monde
qu'ils n'en ont perdu.
On a apris depuis que le Roy n'étoit point, comme
on l'avoit publié , à la tête des troupes qui ont
emporté d'affaut le Grand Glogaw. Cette Place a
été prise par le Prince Léopold d'Anhalt Deffau ,
qui commandoit le blocus , & on n'a été inftruit
exactement de la maniere dont cette entreprife a
été exécutée , que par une Relation qui contient les
particularités fuivantes .
S. M. ayant envoyé le 7. du mois dernier un Officier
au Prince Leopold ' Anhalt Deflau , pour lui
ordonner d'attaquer le Grand Glogaw l'épée à la
main , le Prince Leopold fit affembler le lendemain
de grand matin les principaux Officiers des troupes
qui étoient fous les ordres , & il leur déclara qu'il
falloit dès le foir même donner l'affaut Après leur
avoir donné par écrit la difpofition des differentes.
attaques , il marqua aux Capitaines , deftinés à con
duire les premiers détachemens , les endroits par
lefquels ils devoient entrer dans la Ville. Tout
étant prêt pour l'affaut , les troupes commencerent
vers les huit heures du foir à fe mettre fous les Armes
Une heure après , elles défilerent de leurs differens
quartiers , pour fe rendre aux lieux qui
avoient été marques aux Commandans , & étant
arrivés fur les dix heures à mille ou 1200. pas de
la Piace chaque Bataillon prit fon pofte , en obfervant
un grand filence. A minuit , on avança juſqu'au
pied du Glacis , & dans le même moment
toutes les troupes monterent aux premieres Palisfades
, qu'elles franchirent , pour fe jetter dans le
cheinin couvert.
Ну Pendang
806 MERCURE DE FRANCE
•
Pendant que les détachemens , chargés d'en chasfer
les ennemis , executoient leurs ordres , les troupes
, commandées pour les attaques , defcendirent
dans le Foffé , malgré le grand feu que les Affiegés
firent du Rempart, & s'étant reformées en très -peu
de tems , elles fe préparerent à attaquer le Corps
de la Place. Le rempart étant haut de 34. pieds , &
n'ayant que 10. pieds de talus , il étoit difficile de
monter ce rempart , d'autant plus qu'il geloit depuis
deux jours , & que le chemin étoit fort glisfant
, mais cet obftacle ne rallentit point l'ardeur
des troupes.
Le Prince Leopold & le Margrave Charles , lesquels
étoient à la tête de celles deſtinées pour la
principale attaque , furent des premiers qui arriverent
au haut de la Courtine , par laquelle , fuivant
le plan concerté avec le Roy , ils devoient tenter
d'entrer dans la Ville , & ils furent bientôt fuivis
par le fecond Bataillon du Régiment de Leopold &
par quatre Compagnies de Grenadiers , dont deux
prirent , l'une à droite , & l'autre à gauche , pour
s'emparer des deux Baſtions võifips .
Lorfque le Prince Leopold s'en fut rendu maître,
il marcha droit au Château , à la porte duquel il
mit douze Charpentiers pour la rompre . Les Géneraux
Wallis & Raysky , qui étoient accourus avec
des Grenadiers pour la détendre , firent faire un feu
très- vif fur les troupes commandées par le Prince
Leopold , mais le Géneral Raysky ayant reçû deux
coups de fufil dans le bas ventre , les Grenadiers
qui défendoient la porte, abandonnerent leur pofte,
& le Géneral Wallis fut obligé de les fuivre. Auftôt
la porte fut ouverte , & le Prince Leopold, à la
ête du Corps de troupes qu'il commandoit , entra
dans le Château & de - là dans la Ville .
Outre l'attaque commandée par le Prince Leopold,
A V RI L. 1941. 807
pold , il y a eû deux autres attaques , & les têtes do
toutes les Colonnes font arrivées à peu près en même-
tems dans les rues de la Place , laquelle a été
emportée en une heure de tems. La confternation
que jetta parmi les Affiegés la vivacité avec laquel
le ils furent attaqués , fut fi grande , que quatre
Grenadiers du Régiment de Glafenap , qui avoient
été des derniers à monter fur le rempart , & qui
cherchoient leur Compagnie dont ils s'étoient féparés
, s'étant préfen és à la gorge d'un Baftion ,
où il y avoit un Capitaine avec 52. Soldats , & leur
ayant crié hardiment de mettre les armes bas , ceuxtrompés
aparemment par l'obfcurité de la nuit ,
& croyant les ennemis en plus grand nombre , fe
rendirent prifonniers de guerre , & trois des Grenadiers
les garderent , pendant que le quatrième alla
chercher du fecours .
M. Buer , Capitaine d'une des Compagnies de
Grenadiers du Régiment de Leopold , eft un des
Officiers des troupes du Roy qui fe font le plus distingués
, s'étant ouvert le chemin au travers de deux
rangs de Chevaux de frife & de trois rangs dePalifades
, ayant grimpé un flanc garni de quelques piéces
de canon dont il effuya une décharge à cartouche
, étant entré par les embrafures , & ayant enrompu
une des portes de la Ville a fuite
hache.
}
coups
de
La Garnifon , qui a été faite prifonniere de guerre
, étoit de 1000. hommes , & il y avoit 28. Offi- ly
ciers , outre ceux de l'Etat Major. On ne fçait pas
encore au jufte quelle perte ont fait les affiegés ,
mais du côté des Pruffiens il n'y a eû que neuf
hommes de tués & trente- huit de bleffés , parmi
lefquels on compte deux Officiers.
Le Prince Leopold,avant que de monter à l'affaut ,
avoit défendu aux troupes le maffacre & le pillage
N vj
7
&
808 MERCURE DE FRANCE
& fes ordres ont été fi bien obfervés , qu'aucun
Soldat n'eft entré dans les maifons de la Ville , jus- :
qu'à ce qu'on eut diftribué les logemens aux troupes,
La Reine a apris par un Courier
› que le 15. du
mois dernier M. de Jeetz , Major General , s'étoit
emparé de la petite Ville de Zackmantel , & que
le Comte de Hacken , à la tête de 140. Huffards ,
avoit battu un détachement de 300. hommes des
ennemis , dont 20. avoient été tués & 27. faits prifonniers.
Le Géneral Wallis , qui a été fait prifonnier de
guerre dans le grand Glogaw , arriva le 24. à Berlin
, & les Officiers de la Garnifon de la même
Place , ont été conduits à Stettin .
On a apris de Siléfie que les Habitans de Troppau
& de Newftadt ont payé , les uns 24000. Florins
, & les autres 6000 pour ſe racheter du pillage,
& que le Roy de Pruffe avoit donné ordre de fortifier
la premiere de ces deux Villes. Les mêmes
lettres portent que le Major Géneral Jeetz a fait
mettre le feu à celle de Zuckmantel.
Le Miniftre qui réfide à Berlin de la part de l'Electeur
de Baviere , a diſtribué plufieurs copies d'un
Mémoire touchant les prétentions du Prince fon
Maître fur la fucceffion de l'Empereur.
SILESIE.
Lbs pone lesportes de
Es derniers avis de Siléfie , portent que les Ha
leur Ville aux troupes que le Roy de Pruffe avoit
voulu y mettre en garnifon ; que S. M. Pr . avoit
fait arrêter le Cardinal de Sinzendorf , & qu'elle
avoit fait déclarer à tous les Miniftres Etrangers , que
malgré les égards qu'elle a eûs pour ce Cardinal &
malgré les avertiffemens réiterés qu'elle lui a fair
donner
AVRIL: 809
1741
"
donner de ne point fortir de fon caractere & de ne
point le mêler de ce qui pouvoit regarder les diffe .
rends de la Cour de Berlin avec celle de Vienne ,
ce Cardinal s'étoit oublié au point d'entretenir une
correfpondance reglée avec le Commandant de la
Ville de Neiff; de lui donner des avis fur la marche
des troupes Pruffiennes , & fur les moyens de fe
faifir de leurs Convois , d'envoyer à Neiff tous les
vivres & les fecours qu'il a pú y faire entrer , &
d'empêcher , autant qu'il a dépendu de lui , qu'on
n'en portât dans les endroits où font les troupes du
Roy ; que S. M. juftement irritée d'un procedé fi
peu convenable, avoit crû devoir s'affûrer de la perfonne
du Cardinal de Sinzendorf, & l'avoit fait conduire
au Château d'Otmachow ; qu'au refte S. M.
avoit recommandé qu'on le traitât avec toute la
diſtinction dûë à une perfonne de fon rang.
O
ITALIE.
Na apris de Malthe , que le nouveau Grand-
Maître avoit nommé le Bailly de Tencin pour
aller réfiler à Rome en qualité d'Ambaffadeur de
la Religion, & que ce Prince avoit donné au Bailly
Colonne , Frere du Maître de Chambre du Pape , la
Charge de Géneral des Galeres de la Keligion ,
qu'avoit le Bailly de Tencin.
tint le
Sa Sainteté dans le dernier Confiftoire qu'elle,
S. du mois dernier , déclara au Sacré College
, qu'elle n'avoit pú aprendre fans chagrin que la
Reine de Hongrie , à l'exemple du feu Empereur ,
ne vouloit point reconnoître que les Duchés de
Parme & de Plaifance fuffent des Fiefs du Saint Siége
; qu'étant comptable des Droits de l'Eglife à Jefus
- Chrift qui en eft le Chef, il fe croyoit obligé
de fe conformer à la conduite que le feu Pape Cle
ment
810 MERCURE DE FRANCE
ment XII. a tenue , lorfque les troupes Impériales
font entrées dans ces Duchés ; que les traces de ce
Souverain Pontife font trop gloricafes , pour que
Sa Sainteté ne fe faffe pas un devoir de les fuivre ,
qu'ainfi elle n'a garde de ne pas défaprouver hietement
& folemnellement tour ce qui a pû être fait
de contraire aux prétentions du Saint Siége par les
Miniftres de la Reine de Hongrie. Le Pape ajoû :a
qu'il ne doutoit point que les Cardinaux ne partageaffent
avec lui la douleur que cette affaire lui
caufe , & il les affûra qu'il ne celferoit point de
remplir les devoirs de la follicitude Apoftolique ;
qu'il enverroit à fes Nonces toutes les inftructions
néceffaires , & qu'il prendroit toutes les autres mefures
convenables , dans l'efpérance que le Pere des
Miféricordes accorderoit à fes foins un heureux
fuccès.
Les Médailles d'or , qui ont été mifes dans les
fon.lemens du Portail de la Bafilique de Sainte Marie
Majeure , portent d'un côté cette Infcription ,
Benedictas XIV. anteà Profper Lambertinus , Tituli
Sancta Crucis in Jerufalem , Sacra Romana Ecclefia
Presbiter Cardinalis , primarium hunc Lapidem
folemni Ritu benedixit , & fundamentis iftius Bafili
ca Pontificio are conftruenda locavit , quarta Nonas
Martii , anno 1741. Pontificatus fui primo , & fur
l'autre , on lit ces paroles , Templum roboravit &
Atrium erexit Benedictus XIV .
En fouillant dans la terre auprès de l'Eglife de
Saint Etienne in Piſcivola , on a trouvé trois ført
belles Colonnes de Granit d'Egypte.
ESPACNE.
A
811
AVRIL VR . 1741
L
ESPAGNE.
Es lettres de Madrid du 14. du mois dernier ,
portent que le Brigantin Anglois nommé le
Bolton , de 1o. tonneaux , lequel étoit parti de la
Caroline le 4. Janvier dernier , & dont la charge e
eftimée 10000. Piaftres, fut pris le 18. Février der
nier par la Frégate la Notre - Dame du Rofaire , entre
le 49. & le so . degré de Latitude Septentrionale .
L'Armateur Don Antoine Lafarga a conduit à
S. Sébastien deux prifes Angloifes qu'il a faites ,
l'une à 23. lieuës des Ifles Sorlingues , & l'autre fur
les côtes du Royaume d'Angleterre .
Le Vaiffeau le Saint Elme , commandé par le Capitaine
François Barrere , s'eft emparé du Brigantin
le Poly , qui portoit des marchandiſes d'Angleterre
à Porto , en Portugal.
Un Armateur Espagnol s'eft emparé du Vaiffeau
Matchand la Marie Snow , commandé par le Capitaine
Beft.
On mande d'Alicante du 22. du mois dernier ,
que Don Antoine Vilar , Enfeigne de Vaiffeau , lequel
en étoit forti le 13. avec fix petits Bâtimens
pour aller en courfe fur les côtes de Valence & de
La Catalogne , avoit conduit dans ce Port un Pinque
d'Alger , dont il s'étoit emparé le 18. à la hanteur
du Cap de S. Antoine après un combat dans lequel
il y a eû huit Maures de tués ; on a fait 37.
efclaves fur ce Pinque , & l'on y a trouvé huit canons
& dix pierriers .
NAPLES.
N mande de Naples , que le s . du mois dernier
,jour de l'anniverlaire de l'infant d'Espagne
Don Philipe , les Miniftres Etrangers & tous
les
812 MERCURE DE FRANCE
les Seigneurs qui étoient en cette Ville , allerent au
Palais , pour rendre leurs refpects à l'Infante , &
que le foir on fit une falve génerale de l'artillerie
des Châteaux .
Le Duc de Caftro Pignano , Ambaffadeur de
S. M. auprès du Roy de France , & qui a été nommé
il y a déja quelque tems Capitaine Géneral des
Armes du Royaume de Naples , y retournera dans
peu pour prendre poffeffion de cet Emploi, & le bruit
court que le Prince d'Ardore le remplacera à la
Cour de France .
Les Commiffaires , nommés pour inftruire le procès
du nommé Giannini , fe rendirent le 15. du
mois dernier dans les prifons de la Cour de la Vicairerie
, pour interroger ce prifonnier , auquel on a
permis de prendre un Avocat. On affûre qu'on a
déja découvert pour plus de 200000 Ducats de faux
billets de banque , qu'il a répandus dans le Public.
Un Secretaire de la Junte Royale s'eft rendu chés ,
plufieurs Banquiers & Marchands de Naples , pour
leur ordonner de la part du Roy, de payer au Tré
for Royal dans les differens terines des échéances ,'
toutes les lettres de change que le nommé Giannini
a tirés fur eux.
On a amené en cette Ville de Catanzaro , un
homme qu'il y avoit envoyé avec une lomme condérable,
pour y acheter des marchandifes.
O
PORTUGAL.
N mande de Coppenhague , que le Roy de
Dannemarck a nommé le Comte de Rantzau
Aschberg , fon Ambaffadeur Extraordinaire & Pié.
nipotentaire à la Diette qui doit fe tenir à Francfort
pour l'Election d'un Empereur.
Les Allemands établis à Lisbonne , firent célebres
AVRIL. 1741. 813
brer le 9. du mois dernier dans l'Eglife des Chanoines
Réguliers de S. Auguftin , un Service folemnel
pour le repos de l'ame de l'Empereur , dont l'Oraifon
Funebre fut prononcée par le Pere François-
Xavier de Ste Thérefe , Chronologifte de l'Ordre
de l'Obfervance .
GENES ET ISLE DE CORSE.
Es derniers avis de cette Ifle , portent que
Lle Marquis de Maillebois avoit reçu la nouvelle
de la Promotion , dans laquelle il a été nommé
Maréchal de France.
On a apris en même- tems que trois détachemens
compofés de troupes reglées & de Payfans armés ,
tenoient la campagne par ordre de ceMaréchal, pour
tâcher de fe faifir des deux Bandits de Lento , mais
qu'on n'avoit encore pû rejoindre ces Bandits depuis
qu'ils s'étoient fauvés de la Grotte où on les
avoit attaqués. En les cherchant dans cette Grotte
on y a trouvé quelques hardes qu'on dit avoir apartenu
au Capitaine du Régiment de Flandres , qu'ils
ont affaffiné..
Un Armateur Catalan , qui croifoit depuis quel
ques jours à la hauteur de Portofino , conduifit à
Genes le 15. du mois dernier un Vaiffeau Anglois
de 20. canons & de 30. à 40. hommes d'équipage ,
dont la charge eft eftimée 50000. Piaftres.
Les équipages de quelques Bâtimens venant des
côtes de l'Etat Ecclefiaftique, ont raporté qu'un autre
Armateur Espagnol s'étoit emparé d'un Brigantin
Anglois dans les environs du Canal de Piombino.
Un Vaiffeau Anglois qui a été conduit à Genes
par un Armateur Catalan , a été déclaré de boune
prife , & il fera vendu à l'enchere avec fa charge
eftimée 35000. Piaftres. Comme il avoit été allûré
à
14 MERCURE DE FRANCE
à Londres , fa prife ne caufera aucun préjudice ni
au Capitaine , ni aux Proprietaires .
Le Vaiffeau le San Salvador , commandé par
François Montada , Armateur Catalan , entra le 15 .
du mois dernier dans le Port de Genes avec une
prife Angloife qu'il a faite dans les environs de Portofino
, & dont la charge eft eftimée 35000. Piastres.
Il y avoit fur le Bâtiment Anglois dix - huit
canons & fix pierriers , & fon équipage étoit de
32. hommes .
Cet Armateur , qui eft un jeune homme de 23 .
ans, avoit fait voile de Barcelonne le 21.du mois de
Janvier dernier , & après avoir croifé pendant quelque
tems fur les côtes de l'Ile de Mayorque , il étoit
allé fur celles de Corfe & enfuite fur celles de Sardaigne
, près defquelles il avoit été attaqué par un
Corfaire Afriquain : il alloit à Genes, pour faire réparer
le dommage que fon Vaiffeau avoit fouffert
dans le combat avec ce Corfaire , lorfqu'il a rencontré
le Bâtiment Anglois dont il s'eft rendu maître,
$
GRANDE BRETAGNE.
Na apris de Londres , qu'un Armateur Aglois
avoit fait fauter un Armateur Efpagnol ,
qu'on croit être le même qui a fait un grand
nombre de prifes dans les environs de S. Euflache ,
Le Vaifleau Marchand le Bolton , a été pris par
n Armateur Efpagnol , en revenant de la Caroline
.
Le Poly , autre Vaiffeau Marchand , commandé
par le Capitaine Packer , a été pris par un Armateur
de la même Nation .
MORTS
AVRIL. 1741. 813
********************** ! **
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
L
E nommé Louis Torge , eft mort à Lisbonne ,
âgé de 108. ans & quelques mois.
Le nommé Mathieu , Domeftique du College
que les Jéfuites ont dans la Ville de Bragance , y
mourut le 27. Janvier dernier , âgé de 120. ans, un
mois & cinq jours , étant né le 22. Décembre
1520. à Seixas.
Dom
i
On mande de Naples du 15. Février , que
Matheo Egizio, célebre Antiquaire & Bibliothecaire
du Roy des deux Siciles , ci - devant Sécretaire d'Ambaffade
en France , y étoit mort regretté de tous les
Sçavans.
Le 14. Mars Jean - François Fouquet , natif de
Vezelay , Diocèfe d'Autun en Bourgogne , Evêque
d'Eleuteropolis , dans la Paleſtine , & Evêque Alfiftant
au Trône Pontifical , ci- devant Jéfuite ,
Millionnaire à la Chine pendant vingt - quatre
ans , mourut, âgé de 77. à 78. ans à Rome dans
te College de Propaganda fide , où le Pape Innocent
XIII. lui avoit donné un apartement au mois
de Juin 1723 , à fon retour de la Chine. Le Pape
Benoît XIII. propofa pour lui en Confiftoire le Titre
d'Evêque d'Eleuteropolis , le 21. Mars 1725. &
le facra enfuite le 25. du même mois dans la Chapelle
de S. Pie du Vatican . Il le déclara aufi Evêque
Affiftant le to Mars 1725. Le défunt a difposé
du peu
de bien qu'il avoit en faveur du College de
Propagandafide, & il a legué au Pape tous les Ecrits ,
ainfi que ceux de Claude de Visdelou , fon Confrere,
Evêque de Claudiopolis , qui traitent des Affaires de
la Chine, & qui compofent environ 20.gros vo'umes,
que le Pape a fait d'abord tranſporter au Vatican.
Le
816 MERCURE DE FRANCE
Le dix-fept , Jean- Baptifte Rouſſeau , natif de`
Paris , Poëte François , célebre par les Ouvrages ,
qui l'ont fait regarder comme un des premiers
Poëtes de fon tems , mourut âgé de 72. ans , à.
Bruxelles en Brabant , où il a paffé les 30 dernierés
années de fa vie . Il y fut enterré le lendemain
dans l'Eglife des Carmes Déchauffés
On aprend de Rome que la Marquise d'Ornano
y étoit morte le 17. du mois dernier. Cette Famille ,
eft originaire de Corfe , d'où elle a été tranfportee
en France : il y a eu de cette Maiſon deux Maréchaux
de France.
CONVALESCENCE ,
OU REMERCIMENT.
LA Fièvre de ma vie alloit borner le cours ,
Quand l'amitié , pour me défendre ,
D'Efculape à l'inftant implore le fecours.
Car c'étoit l'attaquer cette amitié fi tendre ,
Que de vouloir attenter à mes jours.
Le monstre , à fon vainqueur obligé de fe rendre ,
Sous la main fe replonge au ténébreux manoir.
Auffi-tôt à nos yeux la Santé le fait voir.
Quoique rempli de fa divine flâme ,
Un fentiment plus vif s'empara de mon ame.
J'élevai deux autels dans mon premier tranſport ;
Sur chacun d'eux , ces mots fe préfentoient d'abord.
A LA SANTE' fi digne qu'on l'adore .
A L'AMITIE' plus précieuſe encore.
De
A. VRIL. 817
1741 .
De ce culte divin les Miniftres facrés ,
L'obligeante Fouquet * Blamont ** plein de tendreffe,
Offrant leurs voeux réïterés ,
Encenfoient à l'envi l'une & l'autre Déeffe.
Tous leurs traits à la fois font entrés dans mon
coeur ,
Mais l'Amitié fidele y regne avec ardeur ;
Elle comble mon allegreffe ,
Et j'éprouve , en goûtant fa`douce volupté ,
Qu'il eft un Bien plus grand que la fanté.
Rivale de l'Amour , Divinité charmante ,
Plus fincere que lui , moins vive , & plus conftante ,
Fille de la candeur , digne préfent des Dieux ,
Non , cet âge fi cher à nos premiers ayeux ,
Où , de tous les humains l'ame étoit fatisfaite ,
Ne te vit point plus pure & plus parfaite
Que je te contemple en ces lieux.
La Simplicité fuit tes traces.
Mêmes attraits & mêmes graces
Accompagnent mille bienfaits
Confiés à des mains fideles ;
Généreux inftrument de tes faveurs nouvelles ,
Qui prodigue tes dous , & ne tarit jamais .
Ta beauté me ravit , me penetre & m'enflâme.
Comme un torrent de feux tu palles dans mon ame.
* Soeur de M. de Blamout.
** Surintendant de la Musique du Roy.
Im818
MERCURE DE FRANCE
D
Immortelles ardeurs , que prompte à me charmer,
Ta préfence en mon fein pouvoit feule allumer !
Dieux quels font mes tranfports , lorsque je me
rapelle
+
Ces fecours affidus , ces foins , ce noble zele ,
Que l'on m'a prodigués en cent & cent façons
Dans cet afile ou tout refpire
Et ta ferveur , & ton empire !
Tel Voltaire autrefois fut malade à Maifons.
En faveur des amis que m'acquit ta puiffance ,
Et qui font ma félicité ,
Confacre à l'immortalité
Et ma tendreffe , & ma reconnoiffance.
M. Tanevoi.
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c.
L
E 19. du mois dernier, Dimanche de la Paffion,
le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Versailles ,laMeffe chantée par la Mufique.
L'après midi , Leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , affifterent au Sermon
du Pere Hericourt , Superieur des Théatins,
Le 17. le Roy & la Reine avoient entendu le
Sermon de ce même Prédicateur.
Le 25. Fête de l'Annonciation de la Ste Vierge.
le
AVRIL. 1741 . 819
le Roy & la Reine entendirent dans la même
Chapelle , la Meffe chantée par la Mufique , &
Leurs Majeftés affifterent aux Vêpres .
L'après - midi , le Roy & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin , entendirent la Prédication
du Pere Hericourt
Le 26. Dimanche des Rameaux , Leurs Majeftés ,
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin , affit
rerent dans la même Chapelle à la Benediction des
Palmes , qui fut faite par l'Abbé Broffeau , Chape
Jain Ordinaire de la Chapelle de Mufique , lequel
en préfenta une au Roy , à la Reine & à Monfeigneur
le Dauphin. Leurs Majeftés allifterent à la
Proceffion , & après l'Evangile elles adorerent la
Croix. Le Roy & la Reine entendirent enfuite la
Grande Meffe .
L'après midi , Leurs Majeftés entendirent le
même Prédicateur .
Le 27. la Reine fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe
du Château , & S. M. Y communia par les mains
du Cardinal de Fleury ,fon Grand Aumônier.
A
Le 29. Mercredi Saint , Leurs Majeftés entendirent
dans la Chapelle du Château l'Office des Ténebres ,
qui fut chanté par la Mufique .
Le 30. Jeudi Saint , le Roy entendit le Sermon
de la Cêne , du Pere Imbert , Religieux Théatin
après quoi l'Archevêque d'Embrun fit l'Abfoute .
Enfuite le Roy lava les pieds à douze Pauvres , &
S. M. les fervit à table. Le Comte de Charolois ,
faifant les fonctions de la Charge de Grand Maître
de la Maiſon du Roy , étoit à la tête des Maîtres-
'd'Hôtel , & il précedoit le Service , dont les Plats
étoient portés par Monfeigneur le Dauphin , par le
Duc de Chartres , par le Comte de Clermont , par
le Prince de Conty , par le Prince de Dombes ,
par le Comte d'Eu , par le Duc de Penthiévre , &
par
820 MERCURE DE FRANCE
pat les Principaux Officiers de S. M. Après cette
Cérémonie , le Roy & la Reine , accompagnés de
Monfeigneur le Dauphin , fe rendirent à la Chapelle
du Château , où Leurs Majeftés entendirent la
Grande Meffe , & affifterent à la Proceffion. Madame
& Madame Adélaïde entendirent la même
Meffe , & affifterent à l'Office .
L'après- midi , la Reine entendit le Sermon de
l'Abbé de Cicery , fon Prédicateur Ordinaire , &
l'Archevêque d'Embrun ayant fait l'Abfoute , S. M.
lava les pieds à douze pauvres filles , & les fervit
atable. Le Marquis de Chalmazel , premier Maîtred'Hôtel
de la Reine , précedoir le Service , dont
les Plats étoient portés par Madame , par Madame
Adélaïde , par Mademoiſelle de Clermont . & par
les Dames du Palais. Le foir , Leurs Majeſtés afſiſterent
dans la Chapelle du Château à l'Office des
Ténebres.
Le 31. Vendredi Saint , le Roy & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin , entendirent
dans la même Chapelle le Sermon de la Paf-
Gon , du Pere Hericourt. Leurs Majeftés affifterent
enfuite à l'Office , & Elles alierent à l'Adoration
de la Croix. L'après - midi , le Roy & la Reine entendirent
l'Office des Ténebres.
Le premier de ce mois , Samedi Saint , Leurs
Majeftés , accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame , entendirent dans la même
Chapelle la Grande Meffe , célebrée pontificale -
ment par l'Archevêque d'Embrun & chantée par la
Mufique ; l'après- midi , Leurs Majeftés , accompaguées
comme le matin , affifterent au Sermon du
même Prédicateur , & enfuite aux Vêpres , auxquelles
le même Prélat officia .
Le 8. de ce mois , Monfeigneur le Dauphin fe
rendit à l'Eglife de la Paroiffe du Château , & il y
-fit
AVRIL
821
1741 .
fit fa premiere Communion par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Le Roy a accordé au Duc de la Tremoille le
Gouvernement de l'ifle de France , vacant par la
démiffion volontaire du Comte d'Evreux , & au
Comte de Trefmes , le Gouvernement du Pont-
Audemer , & la Lieutenance de Roy du Pays de
Caux & au Bailliage de Rouen.
S. M. a donné le Régiment Dauphin , Dragons ,
dont le feu Maquis de Vaffé étoit Colonel- Lieute
nant , au Vidame de Vaffé , fon frere , & l'agrément
du Régiment de Cavalerie de Vaffé , au Chevalier
de Broglie , Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de Chepy..
Le Comte de Lanoy , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de S. Simon , a été nommé fecond
Cornette de la Compagnie des Chevau- Legers
Dauphins.
Le 9. l'Evêque de Quebec fut facré dans la Chapelle
de l'Archevêché par l'Evêque de Saint Brieux ,
affifté des Evêques d'Agen & de Bethleem .
On a apris de Malthe , que le Bailly de Froulay
avoit été nommé Ambaffadeur Extraordinaire de
la Religion de Malthe auprès du Roy.
On Le neuf , Dimanche de Quasimodo ,
célebra dans l'Eglife des RR. PP . Cordeliers du
Grand Couvent de Paris , la Céremonie ordinaire
de la Confrerie des Chevaliers , Voyageurs Palmiers
du S. Sépulcre de Jérusalem. Les Confreres
s'affemblerent à huit heures du matin dans cette
Eglife, d'où ils partirent avec la Proceffion , pour
rendre à l'Eglife du S. Sépulchre rue S. Denis , en
I paffant
fe
822 MERCURE DE FRANCE
paffant par le Grand Châtelet ; où ( fuivant le pieux
ufage de cette Confrerie , commencé en 1727.
& heureuſement continué jufqu'à préfent ) ils delivrerent
plufieurs Prifonniers pour dettes , lefquels
accompagnerent la Proceffion .
Au retour de l'Eglife du S Sepulchre à celle des'
Cordeliers , la Mefle fur chantée au Grand Autel
en Grec , fuivant la coûtume. Après l'Offertoire ,
il y eut un Sermon prononcé en François par M.,
l'Abbé Regnault , Docteur en Théologie , & Confrere
de l'Archiconfrerie . Toute cette Céremonie
fut terminée avec beaucoup de folemnité.
·VERS adreſſes à Mlle Deschamps , de la
Mufique de la Reine.
N E fuffit- il pas des yeux de ma Bergere,
Pour triompher de tous les coeurs ?
Quel charme offre fa bouche : & quels accens
vainqueurs
semblent nous tranfporter fur les bords de Cytherel
Sa voix allume en nous les plus vives ardeurs.
Et Fair qui retentit de fes fans agréables
Portés fur l'aile des Zéphirs ,
Se plaît à redoubler fes échos innombrables
Pour multiplier nos plaifirs.
M. Tanevot
Le 1. le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château , la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverfaire de Manfeigneur le Dauphin ,
Ayeul de S. M.
Le
AVRIL. 1741. 823
Le 17. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque de
Quebec, prêta ferment de fidelité entre les mains
de S. M.
Le 18. le Bailly de Froulay , Ambaffadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe , eut fa premiere
Audience particuliere du Roy . Il donna part
à S. M. de la mort du Grand- Maître Raymond
Defpuig , & de l'Election unanime du Bailly Don
Emmanuel Pinto , duquel il préfenta une Lettrê
au Roy. Le Bailly de Froulay eut enfuite Audience
de la Reine , de Monfeigneur fe Dauphin , de
Mefdames de France , & il fut conduit à toutes ces
Audiences par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
1
La Loterie Royale établie par Arrêt du Conseil
du 22. Janvier 1741. en faveur des Pauvres , tur
tirée pour la premiere fois dans la Grande Salle de
l'Hôtel de Ville , en préfence du Prevôt des Marchands
& Echevins le Mardi 28. Mars 1741 La
Lifte Generale des Billets gagnans fut publiée le
lendemain . Le grot Lot qui eft de 60000. liv. eft
échú au No. 246. fous la Devife de Molines, freres
de Nimes & fes Alloc. Lé fecond Lot , qui eft de
30000. liv . eſt échû au No. 989. fous la Devife ,
Argent perdu.
AM. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
1 Toi ,dont le front eft couronné ,
Et placé de nos jours au Temple de Mémoire ,
J'admire la nouvelle gloire
Dont je te vois environné.
Mais, crois-moi, ce n'eſt point cette faveur infigne,
I ij Qui
824 MERCURE DE FRANCE
Qui tranfmettra ton nom à la Pofterité ;
Tes Vers feuls t'en ont rendu digne ,
Et tu jouis déja de l'Immortalité .
Par l'Abbé de Fuvigny!
MORTS & MARIAGES.
E 25. Janvier,D.Antoinette de Lattre, veuve de-
Lusie 19
puis le 19 Fevrier 1740 de Pierre Robert,Confeiller
Sécretaire du Roy, Maifon, Couronne de France
& de fes Finances , mourut à Paris , ayant eu pour
fille unique défunte Jeanne- Antoinette Robert, qui
avoit été mariée avec feu Martin d'Alegre , vivant
Gendarme de la Garde du Roy , duquel Mariage il
reſta un fils , & une fille nommée Marie -Jeanne-
Antoinette d'Alegre , & mariée le 2. Juillet 1739,
avec Jean-Baptifte le Tourneur, Confeiller au Parlement
de Paris&Commiffaire auxRequêtes du Palais.
Le 27. Alexandre Gabriel Blondel de Joigny de
Bellebrune , Gentilhomme à Drapeau dans le Régiment
des Gardes Françoifes , & ci-devant Page
du Roy dans fa petite Ecurie pendant fix années ,
mourut à Paris dans la 20. année de fon âge , étant
né le 23. Mars 1721. Il étoit fils aîné de Gabriel
Blondel de Joigny de Bellebrune , Seigneur de la
Belluë en Guyenne, à quatre lieues de Blaye , d'une
ancienne Nobleffe , Originaire de la Province
de Boulonnois , & Capitaine Géneral Garde - côte
au Département de Moron en Guyenne, & de Jeanne
de Coffon de l'Ifle , fon Epoufe , d'une Nobleffe
de Périgord , auxquels par cette mort il ne refte
plus qu'un fils , qui eft Charles- Claude Blondel de
Joigny
AVRIL. 825 L 1741.
1
Joigny de Bellebrune , né le 22. Avril 1725. & actuellement
Page du Roy en fa petite Ecurie , & trois
filles.
Le 2. Février , Frere Jean-Jacques de Mefmes ,
Chevalier , Bailly , Grand - Croix de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Boncourt , de Sommereux, & de Haute-
Avelne , Abbé Commandataire de l'Abbaye Royale
de la Valroy , O. de Cit . Dioc . de Rheims , du 17 .
Mai 17 : 0. auffi Prieur Commandataire du Prieuré
de S. Denis de Leftrée , O. S. B. Dioc . de Paris ,
du mois d'Avril 1721. Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe auprès du Roy , mourut
à Paris dans la 66. année de fon âge , étant
né le 23. Avril 1675. Il avoit été reçû Chevalier
de minorité au Grand Prieuré de France le 12.
Avril 1676. Il fut nommé à l'Ambaffade de Malthe
à la place du Bailly Jean de la Vieuville , mort
Je 26. Octobre 1714. Il fit fon Entrée publique à
Paris le 24. Février 1715. & il eut fa premiere Audience
publique du Koy le 26. fuivant . Il affifta en
cette qualité au Sacre de S. M. regnante le 25 , Octobre
1722. Il étoit troifiéme fils de Jean-Jacques
de Mefmes , Comte d'Avaux , Vicomte de Neufchâtel
, Seigneur de Cramayel , Marquis de S.
Etienne , Commandeur des Ordres du Koy , Préfident
du Parlement de Paris , mort le 9. Janvier
1688. âgé de 58. ans , & de D, Marguerite Bertrand
de la Baziniere , morte le 27. Septembre de
la même année 1688. âgée de 43. ans.
Le 4. D. Jeanne - Genevieve Perrele , veuve de
François-Antoine de Verthamon de Villemenon ,
Seigneur d'Ambloy , S. Amant & Poutines , Confeiller
au Parlement de Paris , dont on a raporté la
mort dans le Mercure de Decembre 1735 Vol . 2 .
P. 2944. mourut à Paris , âgée d'environ 42 ans .
I j Elle
826 MERCURE DE FRANCE
Elle étoit fille de feu Pierre Perrelle , Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , & de défunte
Marie Jeanne le Maigre , & foeur de feu André- Robert
Perrelle , dont on a parlé avec, éloge en annonçant
fa mort dans le Mercure de Decembre
1735. premier volume , page 2742. & ſecond volume
, page 2939. Elle étoit mere de feuë la Dame
Angran d'Alleray , morre le 20. Novembre dernier,
comme on l'a marqué dans le Mercure du mois de
Decembre , premier volume.
Le . D. Jeanne de Coffan de l'Ile , épouſe de Gabriel
Blondel de Joigny de Bellebrune , Seigneur de
Ja Belluë , Capitaine Géneral Garde- Côte au Département
de Moron en Guyenne , mourut à Bourdeaux
, âgée d'environ 47. ans , n'ayant furvécu
que dix jours à fon fils aîné , dont la mort eft ci- devant
raportée.
Le Jean Baptifte- Robert Auget , Seigneur &
Baron de Monthy on , Joffigny , Minerval , Chambry
, &c Confeiller du Roy en fes Confeils , Maître
ordinaire en fa Chambre des Comptes de Paris,
reçû à cette Charge le 13. Février 1718. mourut à
Paris dans la 46 année de fon age , étant né le 22.
Juillet 1695. Il étoit fils de Jean Auget , Seigneur &
Baron de Monthyon , Joffigny , Minerval , Ptéfident
Honoraire au Bureau des Finances & Chambre
du Domaine de la Generalité de Paris , mort le 29 .
Avril 1722. & de Louife- Geneviève Coufiner , fille
d'un Maître des Comptes à Paris , morte le 27. Avail
1736. & il avoit été marié deux fois , la premiere
le 18 Mars 1727 avec Catherine- Marie - Françoile
Sutirey de S. Remy , morte le 28 Avril 1728. dans
la 19 année de fon âge , laquelle étoit fille de Michel
Surirey, Seigneur de S. Kemy & Pottival , Tréforier
des Ponts & Chauffées de France , & de Ma.
rie-Louife Vacherot ; & la feconde , le 7. Juillet
3
1732.
AVRIL 1741 . 827
1732. avec Marie- Anne Pajot , fille de feu Henty
Pajot , Seigneur du Bouchet , Confeiller Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de fes
Finances , & d'Anne Geoffroy de Coiffy. De la
premiere , il laiffe une fille unique , dont on a ra
porté le mariage dans le Mercure de Decembre
dernier , vol. 1. p . 2758. & de la feconde , deux
fils qui font , Antoine Jean- Baptifte - Robert Auget,
né le 16 Decembre 1733. & Jacques- Chriftophe-
Louis Auget né le 14. Fevrier 1735.
Le 26. Nicolas - François de Simiane , Seigneur
de Bayard , Villars Benoist , S. Maximin , la Chapelle
Blanche , la Terraffe , S. Jean d'Avallon ,
Bernin , S. Bernard Lumbin en Dauphiné , &c .
apellé le Comte de Simiane , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis . Maréchal des Camps & Armées
du Roy , ci - devant premier Ecuyer de feue
S. A. R. Madame Ducheffe Douaitiere d'Orléans
au mois d'Octobre 171. & enfuite fon Chevalier
d'Honneur au mois de Mars 1720 mourut à Paris
en fon apartement au Palais Royal , âgé d'environ
70. ans. Il avoit commencé à fervir dès l'âge. de
15. ans dans le Régiment de Cavalerie du Marquis
de Langallerie , fon beau-pere , dans lequel il fut
d'abord Cornette , & enfuite Capitaine pendant 10.
années. Il fut fait Meftre de Camp de ce Régiment
au mois de Janvier 1702. par la démiſſion du Marquis
de Langallerie , devenu Maréchal de Camp.
Il fut fait Brigadier le 7. Mars 1706. & Maréchaf
de Camp à la Promotion du 8. Mars 1718. Il s'eft
trouvé aux Batailles & Combats de Fleurus en 1690.
De Leuze en 1691. De Steinkerque en 1692. & de
Nerwindes en 1693. Il fervit en Italie à la tête de
fon Régiment depuis 1702. jufqu'en 1706. s'étant
trouvé au Siége de Turin , où il donna des marque's
de valeur & de prudence dans la retraite des Trou
I iiij pes ,
828 MERCURE DE FRANCE
C
pes , lorfqu'on leva ce Siége. Il paffa de- là en Efpagne
fous les ordres du Duc d'Orléans , & fervit
au Siége de Lérida en 1707. & à celui de Tortofe
en 1708. Il paffa la même année en Flandres pendant
le Siége de Lille , & il fit les cinq dernieres
Campagnes dans le même Pays de Flandres , où il
fe diftingua dans toutes les occafions où il fe rencontra
. Il étoit fils aîné de feu François de Simianela
Cofte , Seigneur de Montbivos , Préfident á
Mortier du Parlement de Dauphiné , & de Marie-
Anne de Pourroy de Voyffene , Gouvernante des
Filles d'Honneur de feue Madame Ducheffe d'Orléans
, morte le 12. Janvier 1708. alors femme en
fecondes nôces de Philipe le Gentil , Marquis de
Langallerie , Lieutenant Géneral des Armées du
Roy. Le Comte de Simiane étoit veuf depuis 1717.
de Marie-Sufanne Guyhou , fille de Paul- Bernard
Guyhou , Ingénieur des Armées du Roy , & de
Barbe Collet , fa femme . Il l'avoit épousée le s Mai 1714. & il en avoit eu deuoufée le s
fils , morts au
berceau , & une fille nommée Marie - Françoife-
Pauline de Simiane , née à Paris & baptifée à S.
Roch le 14. Avril 1715 laquelle eft reſtée feule &
unique héritiere du Comte de Simiane qui vient de
mourir. Elle a été mariée le 25. Juillet 173. avec
Jacques Bernard Durey de Noinville , Seigneur de
Prefle Bierry , Magny , Eftrées , Saintry , &c.
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du Roy ,
& Préfident Honoraire au Grand Confeil , dont ily
a plufieurs enfans. V. le Mercure de Juiller 1735.
P. 1670. Dans l'Histoire des Grands Officiers de la
Couronne , Tom. 2. où eft raportée la Génea ogie
de la Maifon de Simiane , l'on dit p. 256. que la
femme du Comte de Simiane , qui donne lieu à
cet article , eft morte fans enfans , ce qui eft une
erreur de fait démontrée par ce qu'on vient de raporter
ci-deffus, Le
AVRIL 1741. 829
Le même jour , D. Marie-Loüife Pouynet de la
Bliniere , époule de Jean- Baptifte- François Durey ,
Seigneur de Meinieres , Préfident en la Seconde
Chambre des Requêtes du Palais du Parlement de
Paris , avec lequel elle avoit été mariée le 4. Fevrier
1733. mourut âgée de 14. ans , après être
accouchée le 14. précèdent d'une fille , fon troifiéme
enfant. Elle étoit fille aînée de Louis Pouynet,
Sieur de la Bliniere , Confeiller au Grand Confeil.
Le même jour , D. Anne - Remiette - Sophie
Langlois de la Fortelle , époufe d'André Potier de
Novion , Marquis de Grignon , Préfident du Parlement
de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
le 3. Decembre 1739. mourut das la 19. année de
fon âge , après être accouchée à fix mois le 16.
précedent d'un garçon , fon premier enfant , mort
auffi-tôt après avoir reçû le Baptême. Elle étoit fille
de Robert Lang'ois Seigneur de la Fortelle , Nefles,
Richebourg , &c. Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , & de défunte D. Geneviève-
Sophie Cherré , morte le s . Novembre 1738 .
Le 2. Mars , Dlle Pauline d'Eftampes , fille aînée
de feu Philipe- Charles d'Eftampes , Marquis dela
Ferté Imbaud Sallebris , Brigadier des Armées du
Roy, ci-devant Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, & Capitaine des Gardes du Corps du feu
Duc d'Orléans , Régent de France , & mort le
11. Mars 1737. & de D. Jeanne- Marie du Pleffis
de Chaftillon de Nonant , fa veuve , mourut à
Paris , âgée d'environ 19. ans. Cette Dlle étoit
accordée en mariage depuis peu avec le fecond
fils de Barthelemi Thoynard , Baron du Vouldy ,
de Montfuzain , Voüé , S. Remy & S. Martin
Seigneur de Monçay , Cendre , Ligny & Jouy ,
l'un des Fermiers Géneraux des Fermes du Roy.
On nous a envoyé les Vers fuivans au fujer de
D'EL cette mort.
Iv
830 MERCURE DE FRANCE
D'Estampes meurt, fes beaux yeux pour toujours
Sont couverts d'épaiffes tenebres ;
2
Le Flambeau de l'Hymen & celui des Amours
Pour elle font changés en des torches funebres a
Les graces , les vertus pleurent fur fon cerceuil
Quel plus jufte fujet de deuil !
Les vertus perden, un exemple ,
Et les graces leur plus beau Temple.
Par M. de Benville:
Le 3. Louis le Boulanger , Seigneur de Hacqueville
, Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mourut à Paris , âgé d'environ 80. ans.
Il avoit été d'abord Confeiller au Parlement de
Paris , où il fut reçû le 29. Avril 1682. Il fut enfuite
reçû Maître des Requêtes en furvivance de fon
pere le 8. Janvier 1686. mais il n'entra en exercice
que le 23 Fevrier 1692 létoit encore actuellement
revêtû de cette Charge. Il étoit fils aîné de Louis
le Boulanger , Seigneur de Hacqueville , Maître
des R. quêtes de l'Hôtel du Roy , mort le 18. Septembre
1701. & de Marie- Catherine le Mairat ,
morte le 22. Mai 1693. Il avoit été marié , 1º . au
mois d'Avril 1690 , avec Marguerite Guyet , morte
fans enfans le 31. Mai 1702. laquelle étoit fille
d'Antoine Guyet , Maître des Comptes à Paris , &
de Marie Vincent ; 2 ° . au mois d'Août 1704. avec
Marie Magdeleine Parent , morte le 21. Août 17 30.
fille unique de Louis Parent , Correcteur des
Comptes à Paris , & de Marie Charpentier . Il avoit
eu de celle - ci deux fils , après la mort defquels fe
voyant fans enfans , il fe maria pour la troifiémẹ
fois le 31. Mars 1732. avec Dlle Giraud ,
fille de Jacques Giraud , Sieur de Miron , Chevalier
·
des
A VRI L. 17412 831
des Ordres de N. D. du Mont Carmel , & de S.
Lazare de Jérufalem , Ecuyer ordinaire de Marie-
Françoise de Bourbon , Ducheffe Douairiere d'Orléans
, & d'Eleonore de Moucy, Il la laiffe veuve
& mere de deux fils.
Le 5. Palamede - Paulin- Thelefphore de Forbin
d'Oppede , Prêtre , du Diocêfe d'Aix , Docteur en
Théologie , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
Larivour , O. Cit . Dioc . de Troyes , depuis le mois
d'Août 1726. mourut à Troyes en Champagne
âgé d'environ 46. ans . Il avoit affifté à l'Affemblée
Génerale du Clergé de France , tenue à Paris en
1723. en qualité de Député du fecond Ordre de la
Province d'Arles . Il n'étoit alors que Soûdiacre &
Recteur de la Chapelle de S. Jean - Baptiste dans
Ferrieres- lès - Martigues . Il fut fait Aumônier du
Roy au mois de Novembre 1725. mais il fe retira
de la Cour en 1728. & fa Charge d'Aumônier du
Roy fut donnée à André - Conftance- Bernard de
Forbin d'Oppede , fon fiere aîné , Prêtre , Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine d'Aix , qui a été
pommé au mois de Novembre 1730. Abbé de l'Abbaye
de S. Florent-lès - Saumur , O. S. B. Dioc .
d'Angers . Ils font fils P'un & l'autre de défunt
Jean- Baptifte de Forbin de Maynier,Marquis d'Oppede
, Préfident à Mortier du Parlement de Provence
, & de Charlotte - Marie Marin, laquelle étoit
fille de Denis Marin , Seigneur de la Chaftaigneraye
, Confeiller d'Etat , & Intendant des Finances
, & de Marguerite Colbert , fa feconde femme.
Le 6. Hilaire- Jean- Baptiste Marcés , Seigneur de
Villers le Rigault , Correcteur Ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , reçû en cette
Charge le 27. Avril 1700. mourut à Paris , dans la
65. année de fon âge , étant né le 10. May 1676 .
Il étoit fils d'Hilaire Marcés , Maître ordinaire en
I vj
la
832 MERCURE DE FRANCE
la même Chambre des Comptes , mort le 16. Mar?
1685. & de Marie Efmery , morte le 28. Mal
1691. & il avoit été marié le 14. Fevrier 1713 , avee
Jeanne-Catherine Guy , de laquelle il laiffe Jeanne.
Françoife Marcés , fille unique , née le 27. Janvier
1714. & mariée le 10. Mars 1739. avec Nicolas
du Port , Maître ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris .
Le 7. D. Magdelaine- Anne de Surbeck , veuve
fans enfans depuis le 24. Septembre 1710. de Charles
de Beranger du Gua , apellé le Comte de Beranger
, Colonel du Régiment du Bugey , Infanterie,
avec lequel elle avoit été mariée au mois de
Fevrier 1708 , inourut à Paris dans la 1 année de fon
âge , étant née le 28. Juillet 1690. Elle étoit fille
de Jean- Jacques de Surbeck , du Canton de Soleure
en Suiffe , Lieutenant Géneral des Armées du Roy ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fa Nation
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
mort le 4. Mai 1714. & de Marie - Magdelaine
Chappellier , fa feconde femme , morte le 21. Fevrier
1712 & foeur d'Eugene- Pierre de Surbeck ,
Seigneur de Garlande , Capitaine- Lieutenant Commandant
la Compagnie Génerale du Régiment des
Gardes Suifles , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , & Brigadier des Armées du Roy du 1 .
Mars 1738. Académicien Honoraire Etranger de
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles Let
tres , né d'une premiere femme.
Le même jour , D. Marie Charlotte de Thubieres
de Caylus , veuve depuis le 11. Mai 1733. de Jofeph
Robert , Marquis de Lignerac , Seigneur ,
Comte de S. Chamans , Brigadier des Armées du
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Grand-Bailly, Lieutenant Géneral , & Commandant
pour S. M. au Gouvernement de la Haute
AuAVRIL
1741. 833
•
un fils
Auvergne , avec lequelle elle avoit été mariée je
25. Août 1699. mourut à Paris dans la Communauté
des Filles de S. Thomas , où elle s'étoit retirée
depuis quelques années , âgée de 69. ans. Elle
étoit foeur de l'Evêque actuel d'Auxerre , & fille
de Charles Henry de Thubieres de Grimoard de
Peitels de Levis , Comte de Caylus , de Salmioch
& de Landores , mort le 28. Decembre 1679 & de
Claude de Fabert , Marquife d'Efternay , en Brie ,
fille du Maréchal de Fabert , morte le premier Avril
1718. à l'âge de 83. ans . La Marquife de Lignerac
laiffe , outre trois ou quatre filles mariées ,
qui eft Charles -Jofeph Robert , Marquis de Lignerac
, Grand Bailly , Lieutenant Géneral & Com
mandant pour le Roy dans la Haute Auvergne ,
Meftre de Camp de Cavalerie , & Enfeigne de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde de S. M.
qui a été marié le 18. Août 1732. avec Marie-
Françoise de Broglio , fille de Charles- Guillaume
Marquis de Broglio , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Gravelines , & de Marie-
Magdeleine Voyfin .
Le huit , D. Marie- Anne - Françoiſe Commeau,
Comteffe d'Ufez , mourut à Paris dans la 52. année
de fon âge . Elle avoit été mariée , 1º. au mois de
Mai 1707. avec Pierre de Bailleul , Seigneur ,
Marquis de S. Maclou , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes , & 2 ° . avec François - Charles de
Cruffol d'Ufez , Marquis de Montauzier , Lieutenant
General des Armées du Roy , Gouverneur de
Landrecie , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Mai 1736. p. 1021. où l'on a marqué de
qui la Comtefle d'Uſez ſa veuve, qui vient de monzir
, étoit fille .
Le 9. D. Marie-Anne de Maupeon , veuve de
Prof.
834 MERCURE DE FRANCE
Profper- Nicolas Bruyn , Seigneur d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de la Guerre , dont on a annoncé la mors
dans le Mercure du mois de Fevrier 1740. p. 396.
mourut à Paris âgée de 65 ans . On a marqué dans
le même Mercure de qui cette Dame étoit fille
& l'on y verra qu'elle ne laiffe qu'une fille qui eft
la Marquife de Ruffec .
Le 11. François-Jofeph . Honorat de Laubefpine ,
apellé le Marquis d'Hauterive , fecond fils de Char
les - François de Laubefpine , Seigneur de Varize ,
Sivery , Bazoches en Dunois , &c & de D. Marie-
Françoife de Beauvilliers de S. Aignan , fon épouse ,
mourut à Paris , dans la 19. année de fon âge.
étant né le 22 Avril 1722. Il venoit de finir fes
Exercices Académiques & il étoit reçû Moufquetaire
dans la feconde Compagnie. Par fa mott ,
François - Charles de Laubefpine , fou frere aîné ,
né le 17 Septembre, 1719. le trouve unique.
Lers. mourut D. Françoife- Gabrielle Machet ,
époufe de Robert Machet , du Canton de Soleure ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ci -devant
Capitaine & Lieutenant - Colonel du Régiment des
Gardes Suiffes ,
Le 20 D Catherine - Agnès Langlois ,
veuve de
puis le 11 Fevrier 1718. de Barthelemi Rolland ,
Seigneur de Champbaudouin , Confeiller Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de ſes
Finances , mourut âgée de 81. ans , laiffant pour
enfans Pierre - Barthelemi Rolland , Seigneur de
Champbaudouin & de Charmont , Confeiller en la
Grand' - Chambre du Parlement de Paris veuf de
Marie-Catherine Pichon morte le 2. Fevrier 1737 .
de laquelle il a des enfans ; &.. ... Rolland , Sieus
d'Aubreüil , l'un des Fermiers Géneraux du Roy
•
veuf
AVRIL. 1741 835
veuf de Louiſe- Bonne Defvieux , morte fans enfans
le 3. Mai 1731. La Dame Rolland qui vient de
mourir , étoit fille de Pierre Langlois & de Catherine
Olivet , & tante de Robert Langlois , Seigneur
de la Fortelle , Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , pere de la défunte Préfidente
de Novion.
Le 23. Jean-Etienne Merlier , Prêtre , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
& Societé de Sorbonne , du 9. Decembre 1727. &
Maître au Spirituel de l'Hôtel- Dieu de Paris , y
mourut âgé de 42. ans.
Le 26. Sicaire Antonin- Armand- Augufte d'Aydie,
Comte de Rions , Gouverneur de la Ville de Coignac
en Saintonge , Meftre de Camp de Dragons , mourut
à Paris dans la 49. année de fon âge , étant né
en Périgord le 22. Septembre 1692. Il avoit commencé
à fervir dans la Gendarmerie, où il fut fait en
1716. Soûlieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Reine . I obrint au mois de Mars
1718. le Régiment Dauphin de Dragons , dont il
fe démit au mois de Decembre 1725. Il avoit été
fait auffi Lieutenant des Gardes du Corps de feue
S. A. R. la Ducheffe de Berri dès le mois de Novembre
171f . Depuis , il fut premier Ecuyer de
certe Princeffe au mois d'Août 1717. & il eut au
mois de Novembre fuivant le Gouvernement de
Coignac. Il n'a point été marié. Il étoit fecond filş
de Blaife d'Aydie , Comte de Benauges , Seigneur -
des Bernardieres & de Montchel , Baron de
Rions , mort le 27. Juin 1710. & de D. Marguerite-
Louife-Therefe Diane de Bautru de Nogent ,
morte le 6. Fevrier 1732 remariée en fecondes
nôces avec Chrétien Louis , Prince Souverain
d'Arco , Comte du S. Empire , Lieutenant - Colonel
au Service du feu Electeur Duc de Baviere,
-
Le
836 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , Claude Lebas de Montargis ,
Marquis du Bouchet , Confeiller d'Etat , ancien
Garde du Tréfor Royal , ci devant Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy , mourut en fon
Château du Bouchet , près d'Estampes , dans la 83.
année de fon âge , étant né le 29. Janvier 1659.
Il avoit été fucceffivement Receveur des Confignations
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris
, Tréforier Général de l'Extraordinaire des
Guerres & Cavalerie Légere de France , tant de çà
que
de-là les Monts , en 1701. Garde du Tréfor
Royal en 1708. & Sécretaire - Greffier des Ordres
du Roy en 1716. Il fe démit de cette derniere
Charge au mois de Mars 1724. & il obtint en même
tems un Brevet pour en conferver les honneurs
fa vie durant . Il étoit troifiéme fils de François Lebas
, Confeiller- Sécretaire du Roy & de fes Finances
, & Tréforier des Ponts & Chauffées en Chainpagne
, mort au mois de Mars 1666. & de Catherine
Roger , morte le 14. Juillet 1711. veuve alors
en fecondes nôces de Charles , Renouard , Sr de la
Touanne, Tréforier Gén . de l'Extraord. des Guerres
& Cavalerie Légere de France. Le Sr de Montargis
avoit épousé en 1693. Catherine Henriette Hardoüin
Manfart , fille aînée de feu Jules Hardoüin
Manfart , alors Infpecteur Géneral , & depuis Surintendant
General des Bâtimens du Roy , Arts &
Manufactures de France , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Comté de Sagonne , & d'Anne Bodin ;
il n'en laiffe qu'Anne - Charlotte Lebas de Montargis
, fon unique heritiere , Dame du Palais de la
feue Ducheffe de Berry , & veuve depuis le 21.
Août 1736. de Louis Marquis d'Arpajon , Lieutenant
Général des Armées du Roy , Grand - Bailly
& Gouverneur de S. M. de la Province & Duché
du Haut & Bas Berry , Gouverneur Particulier des
Villes
AVRIL 1741 . 837
Villes de Bourges & d'iffoudun . La Marquise d'Arpajon
avoit pour four aînée Catherine - Henriette
Lebas de Montargis , époufe de Jean - François Hénault
, Préfident Honoraire aux Enquêtes du Parlement
de Paris , & l'un des 40. de l'Académie
Françoife , laquelle mourut fans enfans le 17. Juin
1728.
Le 27. D. Elizabeth- Michelle de Guiry , veuve
de Claude-Henry le Pelletier de la Houflaye , Seigneur
de S. Laurent , mourut à Paris dans la 70 .
année de fon âge , étant née le 16. Septembre 1671..
Elle étoit fille aînée d'André Marquis de Guiry ,
Seigneur du Perchay en Vallée , de Gouzangré ,
&c. mort le 16. Septembre 1722. & d'Aone- Sufanne
Lamy. Elle laiffe pour enfans Michel le Pel
letier de la Houffaye , Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoifes , marié le Fevrier 1716. avec
Angelique du Gué , fille de feu François du Gué ,
Préfident en la Chambre des Comptes de Paris , &
de Françoife de Paris , & Claire Elizabeth le Pelletier
de la Houffaye , mariée avec Alexandre-
Edme le Riche' , Seigneur de la Cheveigne , le Per
ché , Prefle , Gouzangré , Valliere , Confeiller au
Parlement de Paris.
Le même jour , D. Elizabeth de Juigné , veuve,
depuis l'année 1676. de Jean - Baptifte Tronchot .
Treforier Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville de
Paris , mourut âgée d'environ 88. aus fans pofterité.
Elle étoit fille de Gilles de Juigné , Ecuyer ,
auffi Receveur General & Payeur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , & de Marie Vaudin .
Le 30. D. Marie- Anne Jacqueline d'Arncllet de
Lochefontaine , époufe d'André de Colomber , Seigneur
de Bourgbaudouin , Vicomte de Peny , Mef..
tre de Camp de Cavalerie , ancien Lieutenant- Colonel
du Régiment de Beringhen , Cavalerie , Che-.
valier
838 MERCURE DE FRANCE
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Chambellan
du feu Duc de Berry , avec lequel elle avoit
été mariée le 30. Juin 1707. mourut à Paris , âgée
d'environ 69. ans , fans lailler d'enfans . Elle étoit
fille de feu Jean - Baptifte d'Arnollet de Lochefontaine
Rochefontaine, Marquis de Buffy d'Amboife ,
Vicomte de Peny , Préfident en la Cour des Monnoyes
de Paris , & auparavant Confeiller au Parle
ment de Metz , mort le 2. Decembre 1706. &
d'Elizabeth de Creil. Elle laiffe pour heritiers les
enfans de fes deux foeurs aînées , dont on a raporté
la mort dans les Mercures de Janvier & Juin 1739.
vol . p. 182. & 1462 .
2.
Le 22. Decembre dernier . Jean-Baptifte de Crosville
, Seigneur & Patron de Crofvile , Biniville ,
Jourlaville , S. Nazaire , &c. Préfident en la Cour
des Comptes . Aydes & Finances de Normandie ,
reçû à cette Charge le 23. Decembre 1715. fils de
feu Hervé de Crofville . Seigneur des mêmes Lieux,
mort Doyen des Confeillers du Parlement de Normandie
, & d'Angélique Boyvia de Bonnetot , fut
marié à Rouen , à l'âge de 74. ans , avec Dile Géneviève
le Diacre des Effars , âgée de 14. ans , fille
de Jacques - Guillaume le Diacre , Seigneur des Esfars
, Lieutenant de Noffeigneurs les Maréchaux
de France pour le point d'honneur à Rouen , & de
D. Marie - Anne Bonne Aimable de Bailleul de Va.
tetot. Le Marié eft l'aîné d'une Famille noble du
Cotentin , dont l'ancien nom étoit Boudet,
Le 16. Janvier , le Marquis de Sabran , nouvelle
ment Colonel - Lieutenant du Régiment de Condé
, Infanterie , & auparavant Capitaine de Cavalerie
, fils unique de jean Honoré de Sabran , de
la Branche des Seigneurs du Biofc , ci devant premier
Chambellan du feu Duc d'Orleans , Régent ,
&
AVRIL. 1741. 835
"
& de D. Magdelaine - Louife Charlotte de Foix de
Rabat , épousa à Paris Dlle Agathe - Françoiſe de
Coetlogon , âgée de 16. ans , fille de Charles-
Elizabeth de Coetlogon, Seigneur de Romilly-fur-
Seine , & de D. Marie - Catherine-Françoife de Veteris
du Reveft . Les Maifons de Sabran & de Coët
logon font d'une grande ancienneté , & fort connuës.
La Généalogie de la premiere , qui eft de
Provence , fe trouve dans les Généalogies Hiftorique
des Maifons Souveraines, tome 4. p. 517. Table
102. & fuivantes . Celle de la feconde , qui eft
de Bretagne, eft raportée dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de 1. Couronne , tome 7. p. 717,
·
Le 18. Fevrier , Emmanuel de Croy , Comte de
Solre , Baron de Beaufort & de Maldeghem , Seigneur
de Condé , &c . apellé le Prince de Croy ,
né le 23. Juin 1718. Mestre de Camp du Régiment
Royal Koufillon , Cavalerie per Commiflion du
15. Avril 1738. fils unique de feu Philipe Alexandre
- Emmanuel Prince de Croy , Comte de
Solre , Baron de Beaufort & de Maldeghem , Seigneur
de Condé, Grand Veneur héreditaire du Pays .
de Haynault , Lieutenant General des Armées du
Roy , mort à Condé le 31. Octobre 1723. âgé de
47. ans , & de D. Marie Marguerite Louife , née
Comteffe de Millendonck , fa veuve , époufa Dlle
Gabrielle Lidie d'Harcourt , née le 21. Decembre
1722. troifiéme fille de François d'Harcourt- Beuvron
, Duc d'Harcourt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitaine d'une Compagnie
de fes Gardes du Corps , Lieutenant Général de
fes Armées , & Gouverneur & Lieutenant Géneral
de la Ville , Château & Principauté de Sedan , &
de défunte D. Marie- Magdeleine le Tellier de
Barbefieux , fa feconde femme , morte le 10. Mars
1735. âgée de 37. ans .
Ce
$40 MERCURE DE FRANCE
Ce mariage a été célebré dans la Chapelle de
l'Hôtel du Comte de Belleifle , à preſent Maréchal
de France. La Bénediction Nuptiale a été donnée
aux nouveaux Mariés par Louis- Abraham d'Harcourt
, Doyen de l'Eglife de Paris , Onele de la
Mariée , qui a deux foeurs aînées , dont la premiere
fut mariée au mois de Juillet 1738. avec le Mar
quis d'Hautefort , Maréchal de Camp des Armées
du Roy du 15. Mars 1740. & la feconde au mois
de Mai 1745. avec le Comte de Guerchy , Colonel
du Régiment Royal Vaiffeaux , fils du Marquis de
Guerchy , Lieutenant Géneral des Armées du Roy.
Le 4. Avril Jean- Baptifte-François de Barral de
Montferra , Marquis de la Baftie d'Arvillar , Confeiller
au Parlement de Dauphiné , veuf fans enfans
de D. Marie-Dominique Peirenc de S. Cyr , & fils
aîné de Jofeph de Barral , fecond Préfident à Mortier
du même Parlement , & de D. Marie - Françoife
Blondel épousa à Paris Dlle Marie- Charlotte-
Françoile Antoinette de Chaumont , née le 11 .
Avril 1719. fille aînée de Jacques - Antoine de
Chaumont , Marquis de Guitry & d'Orbec , & de
feue D. Renée- Françoife de la Pallu du Mefnil-
Habert , fa premiere femme . Ce mariage a été célebré
dans la Chapelle de l'Hôtel du Duc de la
Force , proche parent de la Mariée , & qui a donné
le repas de nôce..
Le marié eft neveu à la mode de Bretagne de
Pierre Guerin de Tencin , Cardinal , Archevêque
de Lyon , par Loüife Guerin , fon Ayeule paternelle
, femme de François de Barral , fon Ayeul ,
mort Doyen du Parlement de Dauphiné . La Mariée
eft de l'ancienne & illuftre Maifon de Chaumont ,
fortie des anciens Comtes du Vexin. L'Abbé le
Laboureur en a compofé l'Hiftoire génealogique
qui eft reftée manufcrite , mais on en trouve un
extrait
AVRIL. 1741. 841
extrait imprimé dans le Nobiliaire de Champagne ,
grand in- fol. par lequel on voit que cette Maifon
eft connue dès le commencement du 10. fiécle ,
& qu'elle a donné trois Connétables de France
dont le premier a été Walo de Chaumont qui fur
tué au Siége d'Antioche en 1098. au raport de
Guibert , Abbé de Nogent , Auteur contemporain.
le fecond , Gafce de Chaumont , Seigneur de Poif
fy , qui l'étoit en 1107. fous le Regne de Philipe
1. & le troifiéme , Hugues de Chaumont ,
furnommé le Borgne , qui foufcrivit plufieurs
Chartres en cette qualité de Connétable de France
depuis 1108 jufqu'en 1134. Guillaume premier du
nom , Seigneur de Chaumont & de Guitry , duquel
la nouvelle Mariée defcend en ligne directe , eft
qualifié Gendre du Roy par Orderic Vitalis , ce qui
fait préfumer à l'Abbé le Laboureur qu'il avoir
époufé une fille du Roy Philipe 1. & de Ber
trade de Montfort . Outre la Génealogie de cette
Maifon qui eft imprimée dans le Nobiliaire de
Champagne , on la trouve encore dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , Tom. 6. p.
42. & Tom . 8. p . 885. & dans le Dictionaire de
Moreri , Edit . de 1725. & de 1732.
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvés & Morts de la Ville & Fauxbourgs
de Paris pendant l'année 1740 , fçavoir ,
Baptêmes , 18632
Mariages , 4917
Enfans Trouvés . 3150
Morts ,
Au Cimetiere des Etrangers
MaifonsReligieufes, hommes &femmes320 25284
Partant le nombre des Morts de l'année
1740. excede celui des Baptêmes de
249497
IS
6652
*Le
842 MERCURE
DE FRANCE
Le nombre des Baptêmes de Pannee 1740 .
elt diminué de celui de 1739. de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft augmenté de
Celui des Enfans Trouvés eft diminué de
1149
95
3298
139
On a fait une omiffion confidérable en parlant
de la mort de la D. Angélique -Françoife Tarta-
Fin ,dans le Mercure de Mars , page 627. Il n'eft
parlé dans cet Article que de Pierre & Guillaume
Tartarin , fes Enfans , cependant cette Dame en a
laiffé fix ; les quatre autres dont on n'a pas parlé ,
font Jacques Tartario , Capitaine de Grenadiers du
Régiment de Picardie , Chevalier de S. Louis ; Re-
Dlle Marie- An- né Tartarin , Jéfuite Miffionnaire ;
gélique Tartarin , fille ; & D. Anne- Françoiſe Tartarin,
veuve de M. Julien de Prunay , ancien Avocat
au Parlement , Controlleur de la Marine , de la
mort duquel il a été parlé dans le Mercure de Mars
1736.
La Vente de la Bibliothéque de feu M. Lancelot,
de l'Académie des Belles Lettres , & Inspecteur du
Colege Royal , fe fera en détail après les Fêtes de
la Pentecôte . Cette Bibliothèque, dont la principale
& la plus confidérable partie confifte en un Corps
d'Hiftoire de France très- furivie, & remplie de Piéces
fingulieres & curieufes , eft compofée de près
de neuf mille Volumes. Le Catalogue imprimé le
trouve chés Martin ,Libraire à Paris , ruë S. Jacques.
P
TABLT
.
IECES FUGITIVES. Ode , tirée du Pfeaume
V. Verba, ¿c. 631
Lettre à M. D. R. fur le Zodiaque ,
634
Ode fur la mort du P. Porée , à l'Ab. Philipe , 657
Queſtion
Queftion importante , jugée au Parlem.de Paris , 66 17
Le tre de M. S ... à M Leubo , 666
670
Réponse à la Let de M. T à M. Desbarbalieres ,
Epitre à M... Auteur de celle adreffée àMlle Julie , 674
Lettre de M. le Tors à M. Lebeuf, fur S. Lazare , 678
Etrennes en Vaudevilles ,
704
Séance des Maréch . de France ,à la Connétablie,707
Cantique de Moyſe , 713
719
Lettre deM.à M.touchant uneMaifonReligieufe , 718
Sonnet fur les nouveaux Bouts Rimés ,
Enigme , Logogryphes , & c .
721
730
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Bibliotheque Germanique,Tome xxxiv. 723
Hiftoire de la Guerre , par M. Beneton ,
Examen & Réfutation des Leçons de l'hyfique, 733
L'Origine & les progrès des Arts & des Sciences ,7 34
Coûtumes du Duché d'Orléans avec les Notes , 740
Elélemens d'Aftronomie & de Géographie ,
Le Chevalier Bayard , Comédie , &c.
742
745
ibid.
747
Ceremonies obfervées à Rome depuis Clem XII.746
Mémoires du Marquis de Maffei , &c.
Differtation fur deux Paffages d'Ovide ,
RefléxionsCritiques fur la Poëfie & la Peinture. ibid.
Hiftoire Sainte des deux Alliances ,
L'Hiftoire Littéraire de France ,
748
749
Recueil de Piéces d'Hiftoire & de Littérature , 750
Mémoires fur la Vacance du Trône Impérial , 755
Recueil d'Antiquités Romaines , ibid.,
Expériences Phyfiques pour rendre l'Eau de la Mer,
*** potable ,
Plufieurs Livres imprimés à Genêve ,
ibid.
786
Programme fur un Ouvrage important , Cultoribus
, &c.
Campagnes Philofophiques ,
Elégie Latine, par le Comte de Mirabel ,
Avis fur l'Armorial Géneral de France ,
Extrait de Lettre écrite par M. Barere ,
757
761
ibid.
766
768
Académics
Académies des Sciences & des Belles- Lettres , 770
Académies de Soiffons & de Rome , 772
Suite des Médailles du Roy , 773
775
ibid.
778
781
Guide Harmonique , Mufique , &c.
Eftampes nouvelles ,
Chanfon notée
2
Spectacles , l'Echo du Public ,
Nouv . Acteur aux Italiens ,ouverture du Théatre, 788
Théatre François , Abfalon , nouvel Acteur , &c . 792
Nitetis , Tragédie nouvelle à l'Opera ,
Vers à la Dlle le Maure ,
ibid.
793
Nouvelles Etrangeres , Turquie Ruffie , Allemagne
, &c .
Morts des Pays Etrangers
Convalescence ou Remerciment ,
795
815
816
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 818
Proceffion des PP. Cordeliers à l'Eglife du S. Sépul
chre ,
Vers à Mlle Deſchamps ,
821
822
Vers adreflés à M. Roy ,
Loterie Royale , tirée le 28. Mars ,
823
ibid
824
830
Morts & Mariages ,
Epitaphe de Mlle d'Eſtampes ,
Nombre des Baptêmes , Morts , Mariages , & c .
pendant 1740:
Fautes à corriger dans ce Livre.
841
PAge 694. lignes . Finfidlen , lifez Einſidlen.
P. 715. 1. 21. notre , l. nos.
P. 717.1. 10. honheur , l. bonheur .
P. 729. 1.7 Sehonaug , I. Schonaug.
P. 791. 1. 3. Défi , 1. Déf.
La Médaille gravée doit regarder lapage
La Chanson notée , la page
77
77
DE FRANCE ,
DEDIE AU ROT.
MARS. 1741.
COLLIGIT
SPARGIT
Chés
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER ;
rue S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ;
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC. XLI.
Avec Aprobation & Privilege du Roy,
THE NEW YORKĮ
PUBLIC LIBRARY
336226 A
VIS.
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATION3
EM
>
ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Franoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la prevaiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
•
PRIX XX X. SoLs.
-
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
MAR S. 1741 .
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LE JEU ,
O D E.
Imable fils de l'Innocence ,
Travail utile & glorieux ,
A
Dont la prodigue main difpenfe
Les tréfors les plus précieux ;
Que vois - je ! infenfés que nous fommes ,
O honte éternelle des hommes !
Ton Temple augufte eft profané ,
A ij
ཐན
418 MERCURE DE FRANCE
Et tes Sujets les plus fidelles ,
A ta Loi devenus rebelles ,
Aujourd'hui l'ont abandonné.
*
Un démon farouche & barbare ,
Euvre des infernales Soeurs ,
Eft forri du fond du Tartare ,
Pour tyrannifer tous les coeurs ;
La pâle & fordide Avarice ,
Le Defefpoir & l'Injuſtice ,
Et la Fureur aux yeux de feu ,
De leur poifon imperceptible
Ont allaité ce Monftre horrible ,
Que les Humains apellent Jeu. (a)
*
Des vices la coupable Mere (6)
Chés tous les Mortels l'introduit ,;
Elle paroît , & l'on révere
Ce Monftre affreux qu'elle a produit.
L'Avarice livide & pâle
A cette furie infernale
Donne le nom d'amuſement ;
Quelle extravagance innoüle !
(a) Il n'eft question dans cette Piéce que du Jeu exceffifpaffionné.
(b) L'Oifiveté.
Dans
MARS. 4.19 174 1
Dans le chagrin paffer ſa vie ,
Et s'amufer dans le tourment !
*
Tel eft le bifarre caprice
De ces coeurs , que l'oifiveté ,
L'orgueil & la baffe avarice
De leur poiſon ont infecté
Flaté par un espoir fordide ,
Et d'un vil gain toujours avide ,
Va- t'on pour s'amufer au Jeu
Non , non , fi par quelque reffource
On ne croyoit groffir la bourſe ,
Ce commerce amuferoit peu .
H
A cette criminelle Ecole
Un Pere forme ſes Enfans ,
Et pour l'offrir à cette Idole ,
En main il leur remet l'encens ;
Honteux prétexte ! erreur profonde !
Ilfaut que mon fils dans le monde
Stache défendre fon argent ;
Mais , avec l'art de fe défendre ,
Il aura celui de fe rendre
Malheureux , injufte , indigent.
*
A iij Découvrez
420 MERCURE DE FRANCE
Découvrez votre confcience ,,
Je l'attefte ; parlez , Joueurs ;
Venez aux yeux de l'évidence
Montrer les replis de vos coeurs ;
Une pénible bienséance
Au Jeu vous impoſe filence ;
Mais qu'il eft facile de voir
Qu'une contenance affectée
Couvre dans votre ame agitée
La fureur & le défefpoir.
*
Il eft des coeurs dont la nobleffe
Eclate dans l'adverfité ,
Dont la raiſon , toujours maîtreffe ,
Agit toujours en liberté ;
Au Jeu , quelle foibleffe extrême !
Le grand Homme n'eft plus lui-même ;
Sous la paffion abattu .
Il en reffent la dure atteinte ;
Son coeur esclave de la crainte ,
Eft infenfible à la vertu .
*
"
Hommes infenfés que vous êtes
Détrompez vous , ouvrez les yeux ;
Vous verrez que vos jours de Fêtes
Sont vos jours les plus malheureux ;
Cet
MARS. 421 1741 .
Cet or pour telle & telle affaire
Si bien placé , fi néceffaire ,
Sur une carte eft entaffé ;
Tournez - là : c'eſt la redoutable ! .
Par un Arrêt irrévocable
L'or en d'autres mains a paflé .
*
Voilà ce Joueur fans reffource ,
Suivons le jufqu'en fa maiſon ;
Il vient de perdre avec fa bourfe
Et fon repos & fa raifon ;
Quel ton ! .. quelle humeur ! .. tout le bieffe ,
Jufqu'à innocente carefe
D'une Epoufe ou d'un tendre Fils ;
En proye au chagrin qui l'entraîne ,
Il faut que tout porte la peine
Du défaftre qu'il a commis.
*
Heureux, qui d'un travail utile
Connoît le prix & la douceur ,
Qui , toujours paisible & tranquille ,
De la vertu fait fon bonheur !
Ses mains pures , induftrieufes ,
Suffisent à tous les défirs ;
Innocentes , laborieuſes ,
Exemt de chagrin & d'allarmes
A iiij
FA
422 MERCURE DE FRANCE
En repos il goûte les charmes
Des vrais & folides plaifirs.
Par M. le Chevalier de Canville.
*kkiki
REFLEXIONS fur la Critique.
L
E but de la Critique doit être de corriger
& d'inftruire. Ceux qui ne s'en fervent
que dans cette intention n'offenfent
ordinairement que les Efprits mal faits , ou
les coeurs endurcis . La Critique doit être
fondée fur le vrai . Si elle eft fauffe , ou mal
apliquée , elle ne fervira qu'à prouver l'ignorance
, la mauvaiſe foi , & tout enſemble
la malignité de celui qui en eft l'auteur. Il
faut auffi en bannir l'emportement & tout
ce qui eft outré : autrement elle ne paſſera
que pour une impofture ou pour un Libelle
, & fera plus de tort à la réputation
de celui qui l'a produite , qu'à celle de la
perfonne dont il en vouloit faire l'objet.
La Critique judicieufe & vraye , un peu
vive même , fupofé que le fujet mérite
qu'elle foit telle , fe fait goûter de tous les
honnêtes gens. Les Ouvrages les plus cftimés
, les plus recherchés , les plus curieux
& les plus utiles , sont ceux où la Critique
d'acMARS.
1741. 423
d'accord avec la bienféance & avec la raifon
fe rencontre dans toute la force de la vérité
.
Quelques -uns la condamnent & s'en fervent.
D'autres la craignent , parce qu'ils la
méritent , & qu'ils ne veulent ni fe corriger
, ni être inftruits. Enfin la Critique qui
s'exerce fur les Ouvrages d'efprit, eft prefque
auffi fenfible à ceux qu'elle reprend , même
avec juftice , que fi elle les attaquoit dans
leurs moeurs
dans leur réputation , dans
leur honneur.
,
Il y a d'excellens Ouvrages de Critique ;
dont on a fait des contre -Critiques qui ne
fe font guère moins admirer ; & auxquelles ,
malgré cela , on pourroit encore justement
trouver à reprendre ; preuve qu'il eft impoffible
à l'homme d'attraper le point de la
perfection , ou du moins de parvenir au bonheur
de contenter tous les goûts. M. de la
Bruyere en eſt un exemple : il a beau nous:
proteſter que , fi on reconnoît quelque profondeur
dans fes Ecrits , c'est par la bonne
opinion qu'on a de fes Lecteurs. Cette
flaterie n'a pas empêché un fort habile
Critique de le reprendre, & de prétendre que,,
quelque eftime que lui ayent attiré & que
méritent réellement fes caracteres , fon ftyle
n'eft pas fort correct en plufieurs endroits, &
que fes penfées ne font pas affés nettement
A v
י
déve
424 MERCURE DE FRANCE
dévelopées en quelques autres , pour n'avoir
pas befoin d'explication ou de commentaire .
La malignité & l'amour propre font deux
défauts qui nous font affes ordinaires , &
également pernicieux. L'un eft cause que
sur le témoignage d'autrui , ou sur la plus
légere aparence , nous croyons tout le mal
qu'on nous dit , ou qu'on publie des autres :
l'autre , que nous nous aveuglons sur nos
propres défauts , & que nous repouffons
ordinairement avec aigreur tous les traits
qui tendent à nous en corriger. Ce qu'il y a
de plus impertinent , c'eft qu'on reprend
souvent dans le prochain des fautes , où l'on
tombe ordinairement soi même.
*
La Critique sur les moeurs toute déli
cate qu'elle eft à traiter , n'eft point en rigueur
, & par forme d'usage , une espece de
tolérance. Elle eft permise , & on peut
dire autorisée par le Droit naturel & divin.
Il ne faut qu'ouvrir les Livres Sacrés &
tous ceux des Peres de l'Eglise , pour trouver
dans leurs Ecrits un nombre infini d'exemples
de la vive censure qu'ils font de
notre malice , de nos égaremens , de nos
foibleffes , de nos paffions , de nos fureurs ,
en un mot de tous nos vices. Les Livres profanes
n'en fourniffent pas moins.
* Cum omnibus pacem , adversus vitia bellum .
C'étoit la Devife de l'Empereur Othon II;
Ceux
MARS.
• 425 1741.
Ceux qui se récrient davantage contre
cette Critique , sont ceux qui , dans l'intérieur
de leurs consciences , sentent qu'elle
auroit tort de les épargner. Nullement dis .
posés à en faire leur profit , ils se livrent pleinement
à l'iniquité ; ils souhaiteroient en
effet qu'il fût secrettement défendu d'exposer
au grand jour leurs concuffions , leurs
vols , leurs tirannies , leurs rapines , ou plûtôt
il seroit à défirer pour eux qu'ils n'eussent
en "mourant d'autre risque à courir que
celui de la perte de ce biens immenses qu'ils
ont volé & qu'ils continuent encore de voler
tous les jours au Prince & au Public.
On ne doit pas moins éclater contre ceux
qui , dans quelque profeffion , dans quelque
état que ce soit , s'écartent en tout des devoits
que l'équité naturelle & la Religion
nous prescrivent. Bonis nocet , qui malis
parcit.
Les Grands du Monde , loin d'être à couvert
des traits de la Censure ou de la Critique,
y sont , malgré toute leur autorité, beaucoup
plus exposés que le commun des hommes.
Leur grandeur les décele & les met en
évidence à tout le monde : leurs moindres
paroles sont recueillies , toutes leurs actions
sont soigneusement examinées . Rien de tout
ce qu'ils ont dit, ou fait n'échapera à la Postérité.
Sur quoi on attribue ce beau mot à l'un
A vj
de
426 MERCURE DE FRANCE
de nos plus grands (a) Monarques : Les faits
des Grands , de quelque nature qu'ils puiſſent
être,ne meurentjamais. Ensorte que ceux d'entr'eux
qui sont jaloux de leur réputation &
de leur gloire , s'ils veulent que la Pofterité
respecte leurs noms & leur mémoire , doivent
se conduire d'une maniere que rien ne
puiffe en ternir l'éclat . Ce qui eft fi vrai ,
qu'il s'eft trouvé des gens , dit un (6 ) Hiſtorien
moderne , senfibles à un trait de plume
, quoiqu'ils ne le fuffent , ni aux remords
de la conscience , ni à la séverité des Loix ;
& on voit , ajoûte-t'il , un Prince au commencement
du fiécle paffé , qui ne pouvant
être détourné de commettre un inceſte , par
toutes les maximes de la Religion Chrétienne
, le fut efficacement par la refléxion
qu'on lui fit faire que la chose ne pourroit
être fi bien cachée que la Pofterité ne le sçût..
» Entre les Loix qui regardent les Tré-
و د
paffés , dit Montagne , L. 1. Ch. 3. en som
» vieux Style , celle-ci me semble autant
" solide , qui oblige les actions des Princes
» à être examinées après leur mort . Ils sont
» compagnons , finon maîtres des Loix.
» Ce que llaa Juftice nn''aa ppûû sur leurs têtes
c'eft raison qu'elle l'ait sur leur réputation
(a) Henri IV.
(b) Varillas dans la Préface des Anecdotes de
Florence.
» &
MARS. 1741 . 427
& biens de leurs Succeffeurs. Choses
» souvent nous préférons à la vie.
que
C'étoit autrefois la coûtume parmi les
Egyptiens que , lorsque le Roy étoit mort ,
on exposoit son corps au milieu de la place
publique , où chacun avoit la liberté de le
louer ou de le blâmer , selon qu'il l'avoit
mérité. On mettoit en balance les plaintes
& les acclamations ; & fi ses vices l'emportoient
sur sa vertu , sa mémoire étoit déteſtée
, & on lui refusoit l'honneur de la
sépulture. Cette coutume , toute bizarre
qu'elle peut nous paroître aujourd'hui , avoit
cela de bon qu'elle pouvoit exciter son Succeffeur
à bien , traiter ses Sujets & à gouverner
ses Etats en bon & sage Prince,
Le Juge sans reproche eft la Pofterité ,
Le tems qui détruit tout en fait la verité.
Regnier , Satyres.
On convient qu'on ne doit point nommer
, surtout en matiere d'importance , les
personnes qu'on reprend même avec beaucoup
de juftice , quoique ce ne soit que dans.
le deffein de les faire rentrer en eux -mêmes.
& les obliger à se corriger. Mais il a toujours
été permis , & il ne peut qu'être avantageux
de répandre le mépris & l'horreur sur tout
e qui porte en soi le caractere viſible
de
428 MERCURE DE FRANCE
de l'infamie & de la réprobation.
Sans cela on verroit la malice & la noirceur
des hommes , qui ne sont déjaque trop
corrompus , monter jusqu'à son comble.
Ils fouleroient bien -tôt aux pieds , fi j'ose
ici me servir de cette expreffion , toutes les
Loix de l'humanité , de l'ordre , de l'équité ,
de la sûreté publique , auffi bien que celles
de la Religion , qui eft le principe de tout
bien & la réformatrice de tout mal.
Toutes sortes de vérités ne sont pas bonnes
à être dites , j'en conviens . Mais , dès
qu'on ne bleffe ni la Religion , ni l'Etat , & ·
qu'on en parle toujours au contraire avec
beaucoup de zele , d'amour & de respect ,
il doit être permis de donner quelque force
à ce qu'on écrit , furtout en matiere de
moeurs , fi on veut qu'on en profite . C'eſt
par-là que Lucille , Horace , Juvenal &
Perfe parmi les anciens ; Arnaud , Paſcal ,
Defpreaux , la Bruyere , & un petit nombre
d'autres entre les modernes , l'emportent
fur quantité d'autres Ecrivains.
Ceux qui fe fervent de leur efprit pour
tourner en ridicules des perfonnes qui en
ont moins qu'eux , par cette raifon feule
qu'ils en ont moins , & pour le feul plaifir
de les mortifier ou d'en rire , bleffent nonfeulement
la charité , ils prouvent encore
qu'ils ont un très -mauvais coeur & fort peu
de
MAR S. 1741 429
'de Religion. Ces fortes de caracteres ne méritent
pas d'être mis au rang des bons & des
judicieux Critiques. Ils font une claffe à part,
& font parfaitement méprifables.
Ce n'eft pas toutefois qu'une Mufe un peu fine
Sur un mot en paffant ne joue & ne badine ,
Et d'un fens détourné n'abuſe avec fuccès ;
Mais fuyons fur ce point un ridicule excès .
nous
Ces Vers qui font de M. Defpreaux ;
à qui on peut bien s'en raporter ,
aprennent qu'il faut ufer fobrement & avec
beaucoup d'art , de circonfpection & de.
délicateffe , de tout ce qui s'apelle faillies
ou bons mots , furtout dans ce fiécle - ci ,
où les quolibets , les pointes , les turlupinades
ne font plus en ufage , ou du moins
ont beaucoup perdu de la vogue dans laquelle
ils étoient autrefois ; enforte qu'on
peut , ce me femble , fort bien dire .
Que qui n'a pas l'efprit de parler à propos ,
S'il n'eft un étourdi , doit aprendre à fe taire.
Quel peut être un difeur de prétendus bons mots
Sinon une tête légere ?
Moron ici prend feu , qu'il nous laiffe en repos
Avec fa langue de vipere.
Qu'il aille , & c'eft fon centre , ainſi qu'un Brioché ,
Au430
MERCURE DE FRANCE
Autrefois fi connu par fes Marionnettes ,
Faire fur des tréteaux briller en plein marché
Ses quolibets & fes fornettes.
Non qu'il foit impoffible qu'un homme
paroiffe plaifant, aimable & fpirituel tout enfemble.
Mais pour ſe faire goûter & fe faire
eftimer tel , il faut néceffairement qu'il poffede
des dons particuliers & les qualités
fuivantes.
Un Plaifant fans défaut eft une piéce rare;
Jamais emporté ni bizarre
Dans ce qu'il dit , dans ce qu'il fait ;
Maître de fon humeur , d'un charmant caractere ,
Il ne hazarde point de trait
.
Qui puiffe offenfer ou déplaire .
Chés lui la raillerie eft contreverité.
Il parle finement , mais toujours fans malice ;
Et s'il vous fait l'objet de fa vivacité ,
Un bon mot de fa part vous rend un bon office.
Il y a deux fortes de Critiques ou de Cenfures.
Celles qui font faites avec jugement ,
fans aigreur & dans la feule vûë de nous
faire fentir nos défauts ou nos foibleffes ,
loin de nous offenfer , doivent nous engager
à une véritable reconnoiffance . Celles
qui partent d'un efprit tout opofé , & qui ne
font que l'effet ou la production d'une bile
échauffée
MARS. 1741: 431
chauffée , pleine de fiel , d'amertume , de
malignité , d'orgueil & de préfomption , dignes
par elles- mêmes de cenfure & de mépris
, tombent bien- tôt dans l'oubli , & ne
par conféquent , ni replique , ni
méritent
attention .
La plupart de ceux qui n'aprouveront pas.
la hardieffe de ces réflexions , fe garderont
bien d'avouer qu'elles ne leur déplaifent qu'à
caufe de la force de la verité qu'elles renferment
, & qui , malgré eux , les condamne
& les bleffe .
Si on m'objecte que cette matiére pouvoit
être traitée avec plus d'art , de force , &
furtout avec plus d'étenduë que je ne l'ai fair,
fans difconvenir qu'on peut avoir raiſon, je me
contenterai de répondre qu'il me fuffit d'avoir
prouvé ce me femble , fuivant mon intention
, l'utilité de la Critique , en ajoûtant
feulement que je ne me fuis point engagé
d'épuifer ce fujet , & que je ne formerai jamais
le deffein d'en épuifer aucun autre ;
que j'écris ce qui s'offre à mon imagination
, fans me contraindre ; que je ne cherche
qu'a me rendre intelligible , en obfervant
, autant qu'il m'eft poffible , de n'offrir
rien aux yeux des Lecteurs fenfés , qui
puiffe les fcandalifer ou leur déplaire . Telle
eft ma méthode. Si ces raifons ne contentent
pas , loin de m'en fâcher , j'admirerai toujours
432 MERCURE DE FRANCE
jours & n'envierai jamais ceux qui fur la
matiere dont il s'agit , ou fur toute autre
voudront bien fe donner la peine d'en dire
davantage & de faire mieux . DE VILLEMONT.
A Rouen ce 10. Janvier 1741 .
ETRENNES
De M. Darnaud à Madame C ** en lui
envoyant une Pomme d'Or.
D'Accord avec l'Amour , la Raiſon vous la
;
Le don en eft plus précieux ;
Ainfi ne craignez point que l'envie empoiſonne
Cet hommage brillant qui n'eſt dû qu'à vos yeux ;
Paris ne fatisfit qu'une feule Déeffe ,
Son jugement en mécontenta deux ,
Moi , j'en fatisfais trois par un choix plus heureux
Et cependant ce choix à vous feule s'adrefle ;
Acceptez donc ce préfent de ma main.
Vous avez de Vénus les charmes , la jeuneffe ;
Minerve vous fit part de fon efprit divin ;
Vous furpaffez Junon , mais par d'autres richeffes;
Vous avez la vertu , vous avez tout ; les Dieux
N'ont oublié qu'un don parmi tant de largeffes ,
C'eft qu'ils devoient vous rendre immortelle comme
1 eux.
OB.
MARS. 1741. 433
OBSERVATIONS fur les Eclairciffemens
donnés par M. Maillart , ancien Bâtonnier
de l'Ordre des Avocats au Parlement de
Paris , au fujet de l'Efchiquier de Normandie,
inferés dans le Mercure de France
du mois de Decembre 1740. Tome II,
P. 2862.
L'A
Loit
,
'Auteur des Eclairciffemens dont il s'a
git , affûre que l'Efchiquier de Normandie
n'a eû le dernier reffort qu'en 1499 :
par l'Edit de Louis XII . Il fe fonde principalement
fur le témoignage de Ragueau :
je crois cependant que l'Efchiquier de Normandie
a toujours eû le pouvoir de juger
en dernier reffort.
L'établiffement de l'Efchiquier de Normandie
eft fi ancien , qu'on n'en trouve pas
précisément l'époque : il étoit d'abord am .
bulatoire comme le Parlement : en 1302 .
Philippe le Bel rendit ces Tribunaux fédentaires
, & ordonna qu'il feroit tenu deux
Parlemens à Paris , deux Efchiquiers à
Rouen , & que les Grands-Jours de Troyes
fe tiendroient deux fois l'année .
M. Maillart dit, en parlant de l'Eſchiquier
d'Alençon , de celui de l'Archevêque de
Rouen & de celui du Roy de Navarre , que
tout
434 MERCURE DE FRANCE
tout cela n'étoit que des Grands - Jours ;
d'où il femble induire que l'Efchiquier de
Normandie n'étoit pareillement qu'une tenuë
de Grands - Jours , & que ces Grands-
Jours ne jugeoient pas en dernier reffort.
Cependant ceux qui ont parlé des Grands-
Jours , les mettent au rang des Tribunaux
Supérieurs , qui avoient le pouvoir de juger
en dernier reffort.
ور
Ragueau lui - même en fon Indice , verbo ;
Grands-Jours , dit » qu'ils fe tiennent par
» Lettres Patentes & Commiffion du Roy ,
» pour juger fouverainement des Matiéres
» criminelles & des civiles jufqu'à certaines
» fommes. Plus loin il ajoûte que ce droit
» de reffort des Grands - Jours cft un droit
» de Souveraineté qui n'apartient qu'au Roy
» ou à celui à qui il a plû au Roy le bailler
" par titre exprès. » Il eft vrai que le même
'Auteur fait auffi mention des Grands -jours
accordés aux Princes & à quelques Seigneurs
, à la charge que les apellations de
ces Grands- Jours reffortiroient au Parlement
; mais il ne faut pas confondre ces
Grands-Jours des Princes & Seigneurs avec
ceux qui fe tenoient au nom du Roy. Les
premiers n'étoient proprement que des Affifes
; les autres étoient des Tribunaux en
dernier reffort , qui dans leur origine étoient
tenus par ceux que l'on apelloit Miffi Dominici,
MARS . 435 1741.
•
minici , lefquels étoient conftamment Juges
en dernier reffort , comme l'atteftent les
Auteurs qui en ont fait mention , & entr'autres
, Ducrot , Stile du Grand- Confeil , p. 16.
Auffi voit- on que Philipe le Bel par fon
Ordonnance de 1302. comprend l'Efchiquier
de Rouen & les Grands- Jours de
Troyes dans le même Article qui concerne
le Parlement de Paris , ce qui dénote qu'il
attribuoit à tous ces Tribunaux le même.
pouvoir , du moins quant au droit de juger
en dernier reffort , car du refte on ne prétend
pas que l'Efchiquier de Normandie ,
ni les Grands-Jours euffent les mêmes hon
neurs & prérogatives , que le Parlement de
Paris.
On ne manquera peut être pas de dire
que le Parlement de Toulouſe dont il eft
auffi parlé dans la même Ordonnance de
Philipe le Bel , n'eût le pouvoir de juger en
dernier reffort que par une Ordonnance
de Charles VII. du mois d'Octobre 1443 .
qu'ainfi les Tribunaux dont l'Ordonnance
de Philipe le Bel fait mention , n'étoient
pas Juges en dernier reffort ; mais il faut
obferver qu'à l'égard du Parlement de Touloufe
, Philipe le Bel dit qu'il tiendra comme
par le paffé , fi les Etats de la Province confentent
que l'on n'apelle pas des Jugemens
de ce Parlement , exception qui ne concerne
que
436 MERCURE DE FRANCE
que ce Parlement & qui ne doit pas être
apliquée , ni au Parlement de Paris , ni à
L'Efchiquier de Rouen , qui eft mis dans la
même claffe .
L'Auteur des Eclairciffemens obferve luimême
que le Parlement de Paris ne pouvoit
juger les apellations de l'Efchiquier de
Rouen, & que l'Ordonnance de Louis Hutin
du 22. Juillet 1315. dans l'Art. 18. excluoit
même le pourvoi au Roy contre les Jugemens
de l'Efchiquier ; prohibition qui bleffant
la Souveraineté du Roy , étoit cenfée
- non écrite , mais dont il réfulte du moins
que les Jugemens rendus par l'Eſchiquier
étoient en dernier reffort , & qu'on ne pouvoit
fe pourvoir pardevers le Roy contre ces
Jugemens que par Requête en caffation ,
de même que contre les Arrêts du Parlement
de Paris.
Il paroît que les Jugemens de l'Eſchiquier
de Normandie ont toujours été qualifiés
d'Arrêts , comme ceux des Parlemens
& autres Cours Supérieures . M. Du Cange
en fon Gloffaire , Verbo , Scacarium, fait mention
d'un Arrêt de l'Efchiquier de Normandie
de l'an 1279. qui regla que les Evêques
de la Province ne feroient point obligés
de venir à l'Efchiquier , à moins qu'ils
n'y fuffent mandés par le Roy.
Dans le Recücil des Ordonnances ou RegleMARS.
1741; 437
glemens de l'Efchiquier qui eft inferé à la
fuite des Décifions fur la Coûtume de Normandie
, on trouve plufieurs Ordonnances
publiées en l'Efchiquier tenu à Rouen au
terme de Pâques 1426. 1462. 1463. au
terme de S. Michel 1469. & 1497. où ce
Tribunal prend le titre de Cour qui n'apartient
qu'aux Compagnies Supérieures.
*
Il eft vrai qu'alors quelques Juges Inférieurs
s'arrogeoient auffi le titre de Cour ;
mais l'Efchiquier de Normandie étoit dèslors
Cour Supérieure : on en trouve la
preuve dans les Lettres Patentes de Louis
XII. de l'an 1499 , " Ordonnons , dit ce
» Prince , & établiffons la Cour Souveraine
» de l'Efchiquier de notredit Pays & Duché
de Normandie , à être dorénavant &
» à toujours en notre nom & de nos Suc-
» ceffeurs Ducs de Normandie , tenuë ordinairement
& continuellement en notre
» Palais de notre bonne Ville & Cité de
» Roüen.
Louis XII. n'érige pas l'Efchiquier de
Rouen en Cour Souveraine , c'est- à- dire
Supérieure ; il en parle comme d'un Tribunal
qui avoit déja ce degré d'autorité , & il
n'ordonne autre chofe finon qu'il fera ordinaire
& tiendra continuellement , au lieu
qu'auparavant il ne tenoit que deux fois
l'année , à Pâques & à la S. Michel.
Quoique
438 MERCURE DE FRANCE
Quoique cette Ordonnance explique que
toutes les Cauſes & Matiéres du Pays de
Normandie feront jugées par l'Efchiquier
en dernier & fouverain reffort , il ne s'enfuit
pas de-là que ce Tribunal n'eût pas auparavant
le même pouvoir : cela n'eft fans
doute rapellé , que parce qu'on prorogeoit
fa Jurifdiction , en le rendant ordinaire.
Les Lettres Patentes données par le même
Prince le 22. Décembre 1507. s'énoncent de
même que celles de 1499. & ne difent pas
que l'Efchiquier ait été alors érigé en Cour
Souveraine , mais que la Cour Souveraine
de l'Efchiquier a été érigée pour être ordinaire.
Le Parlement de Paris n'a pareillement
reçû que par degrés l'autorité qui lui a été
confiée. Il n'étoit d'abord qu'ambulatoire ;
Philipe le Bel ordonna qu'il tiendroit à
Paris deux fois l'année , comme l'Eſchiquier
de Roüen ; en 1315. Loüis Hutin le rendit
ordinaire ; d'autres difent que ce fut Philipe
VI. ; quoiqu'il en foit , avant que
d'être
ordinaire , il ne laiffoit pas d'être déja Cour
Supérieure.
Il en eft de même de l'Efchiquier de
Rouen on ne trouve nulle part qu'il foit
parlé d'apel de fes Jugemens , même avant
1499.
Le titre de Parlement qui lui a été donné
dans
MARS. 1741:
439
dans la fuite , n'eſt pas ce qui lui a conferé
le pouvoir de juger en dernier reffort ? car
il ne prit ce titre que fous François Premier
en 1515. & non pas en 1499. comme le
fupofe l'Auteur des Décifions fur la Coûtume
de Normandie en fon Explic. des termes
de la Coût. verbo Efchiquier , où il dit que
cette Cour fut érigée en Parlement par Louis
XII. en 1499. fous le titre de Parlement de
Roüen cet Auteur fe trompe , puifque les
Lettres Patentes de Louis XII . tant en 1499 .
qu'en 1507. ne nomment pas autrement ce
Tribunal que la Cour Souveraine de l'ELchiquier.
:
丸
LES DOUCEURS DE LA POESIE ,
O D E.
A M. le Marquis de Caumont.
E Mbrafe- moi , feu poétique ,
Je cede à tes divins attraits ;
Viens dans mes Vers , par mille traits
Répandre une force énergique ;
Eclaire , échauffe mon cerveau ;
Que d'un chant brillant & nouveau
Je faffe raifonner ma Lyre.
B Puiflent
440 MERCURE DE FRANCE
Puiffent tes plus vives ardeurs
Soutenir le tranfport qu'un tendre amour m'infpire,
A la gloire des doctes Soeurs !
*
Vous , qui fur les bords du Permeſſe
Avez daigné guider mes pas ,
Nymphes, dont les divins apas
Ont fçû captiver ma tendreffe ,
Je vais , au gré de mes défirs ,
Célebrer les charmans plaifirs
Que reffent avec vous mon ame ;
Mon coeur de vos faveurs épris ,
N'aime que vos. Lauriers , & mépriſe la flâme
Du volage Enfant de Cipris.
*
Dans vos agréables aziles
Toujours content , toujours heureux ;
Dans le fein des Ris & des Jeux
Je vois couler mes jours tranquiles.
Votre Art , à mes fens éblouis ,
Du doux bonheur dont je jouis
Etale le riche avantage ,
Et par l'éclat de mille fleurs
M'indique le fentier que doit fuivre le Sage ,
Pour fuir les vulgaires erreurs.
Dou
MARS.
441 1741.
D'où naiffent ces tendres allarmes ?
Mufes , que ces momens font doux !
Ah ! que je fens auprès de vous
De douceur à verfer des larmes !
Quand ma Lyre fur un Cercueil
Imite d'une Amante en deuil
Les cris & la peine cruelle ,
Quel fentiment faifit mon coeur !
Je m'attendris & goûte , en pleurant avec elle ;
Un doux plaifir dans la douleur .
*
Une nouvelle ardeur m'enflâme ,
Je cours avec vous dans les Bois ;
De la Mufette & du Hautbois
Les tendres fons charment mon ame,
J'entends mille Bergers heureux ,
Je les vois célebrer des jeux
Qu'animent l'Amour , l'innocence ,
Er , malgré moi , dans ce moment
Je fens s'évanouir ma froide indifference ,
Je foupire & deviens Amant.
*
Mais c'eft la gloire qui m'apelle ,
Je vole avec vous juſqu'aux Cieux,
Par mes accords audacieux
Je charme la Troupe immortelle.
Bij Déja
442 MERCURE DE FRANCE
Déja je chante dans mes Vers
Ces Dieux , Maîtres de l'Univers ;
De quels fons retentit ma Lyre !.
Mon ame, en ces momens heureux ,
Surpriſe , tranſportée , adore , loüe , admire ,
De Nectar s'enyvre avec eux .
X
Par des accens non moins fublimes
Dans les Airs élevant ma voix ,
J'immortalife les Exploits
Des Héros les plus magnanimes.
Vous , par qui ces fages Mortels
Ont pû mériter des Autels ,
O Vertus ! fources de leur gloire ,
Puiffiez - vous par vos traits divins
Me placer avec eux au Temple de Mémoire !
Sans vous tous les honneurs font vains,
*
Mufes , quelle agréable yvreffe
Saifit , enchante mes efprits !
Mon coeur vole dans mes Ecrits ;
Dieux ! que d'ardeur ! que de tendreffe !
En proye au plus vif fentiment ,
De Damon , * cet Ami charmant D
Mes Vers tracent le caractere.
*
M. G ***
A
MARS. 443 1741:
A fon coeur pour toujours lié ,
Je le peins tel qu'il eft , tendre , aimable , fincere ,
Et le Héros de l'amitié ,
*
O toi , dont le génie aimable
Sçait unir le rare talent
D'un fçavoir folide & brillant
Aux Graces d'un goût admirable ;
Amateur de ces chants divins ,
Par qui les Dieux & les Humains
N'ont plus que le même langage ;
Caumont , d'un doux tranfport épris ,
Mon coeur t'offre ces Vers ; ce n'eft que ton fuffrage
Qui peut leur donner quelque prix .
Par M. B ** , d'Aix.
LETTRE d'une Demoiſelle à une de fes
Amies de Province.
que
E vous dois , ma chere amie , dépuis
long-tems une Lettre. L'amitié va parler ;
les confeils, que vous allez lire, ne vous
furprennent pas , vous fçavez que l'amitié a
toujours eû droit d'en donner. Aimable
comme vous l'êtes , tout le monde ſe fait un
B iij plaifir
444 MERCURE DE FRANCE
>
plaifir de vous admirer , tous vous disent en
fecret que vous êtes belle , & tous voudroient
pouvoir vous le dire avec la même facilité
que ceux qui ont le bonheur de vous aprocher.
Les fuffrages que vous remportez dans
le beau monde , ne font pas peu de chofe ,
mais quelque nombreux qu'ils foient , craignez
cependant qu'ils ne s'évanouiffent,Quoique
vous ayez beaucoup d'amis , & que
vous les devicz prefque tous aux avantages
que vous tenez de la Nature , ces mêmes
avantages vous feront auffi beaucoup d'ennemis
. Cela vous paroît , fans doute , peu
vrai-femblable , mais voici de quoi vous en
convaincre. A peine avez-vous parû dans le
monde , la jeuneffe de votre vifage , l'éclat
des couleurs qui y font répandues , la blancheur
de votre teint, la douceur de vos yeux,
avec tout cela, & ce je ne fçais quoi , qui compofe
une phifionomie prévenante , vous ont
gagné tous les coeurs ; les hommes ont foupiré
& les femmes vous ont trouvée digne de
leur Sexe ; elles ont aimé à vous avoir auprès
d'elles , vous en avez éprouvé les faveurs &
les careffes ; elles vous mettoient de leurs
focietés , & il leur manquoit quelque chofe
fi la belle Aminte n'étoit de leurs cercles ;
mais les chofes changent, vous êtes devenuë
grande ; quelques années de plus vous ont
donné quelque expérience ; les hommes fe
font
MARS. 1741. 445
font fait un plaifir de vous louer en préfence
de vos Compagnes ; plufieurs même ont
déferté d'auprès d'elles , pour foupirer auprès
de vous. Fatiguées alors des éloges que vous
vous attiriez , elles fe font attachées à vous
examiner de plus près . La jaloufie a fçû bientôt
vous trouver des défauts que vous n'aviez
pas , & l'envie leur a dicté des difcours
à faire trembler toutes perfonnes de votre
âge. Le refroidiffement a fçû enfuite gagner
leurs coeurs , & la paffion n'a pas manqué
d'animer la médifance & la calomnie , qui
font les armes les plus ordinaires de leur
vengeance . Oui , ma chere , les femmes font
vos plus grandes ennemies, &fi on leur en demande
la raifon, elles diront hardiment , Aminte,
il faut l'avouer, eft d'une affes jolie figure ,
mais qu'est ce que cette figure, quand on en
fait fon unique occupation ? Qu'eft ce que
cette figure fans efprit & fans conduite ? L'amour
& la pareffe font fes Dieux favoris, &
quoiqu'elle paroiffe fage , fes amans ne font
pas toujours maltraités. Voilà , ma chere, ce
que vous avez à craindre des femmes , qui
pour fe venger de la perte de leurs courtifans
, répandront impunément le ridicule &
le crime fur vos actions les plus ordinaires &
les plus innocentes . Quoique tous leurs traits
foient fabuleux , vous conviendrez avec moi
qu'ils font bien dangereux pour une jeune
Bij perfonne
446
MERCURE DE
FRANCE
perfonne comme vous , qui par fa beauté
s'attire les regards de tout le monde. Mais ,
me direz -vous , que puis- je faire à cela ? elles
font les
maîtreffes de parler & je ne fuis
pas la maîtreffe de les en
empêcher ; je fçais
qu'il eft trifte pour moi d'être en butte à
leur jaloufie & leur envie ; fi c'eſt un mal inévitable
, quel remede y
aporterai-je ? Ce remede
eft fimple , Aminte . Qu'une lecture
choifie éclatte dans tous vos difcours , qu'aucune
de vos actions ne démente la raifon &
la vertu , que vous avez prifes pour vos guides
; que votre contenance & vos démarches
inspirent toujours le refpect qui vous eſt dû
& que, trèscertainement,
vous méritez ; qu'il
n'échape rien à la fageffe qui vous eft connue,
par- là, vous étoufferez la calomnie, vous fermerez
la bouche à la médifance & vous aurez
la
confolation de rendre vos ennemies
autant
méprifables qu'elles auront voulu vous
faire méprifer. Votre empire n'en deviendra
que plus éclatant : la juſtice vous remettra
dans l'eftime de ceux qui auroient eû la foibleffe
de fe laiffer gagner par les langues envenimées
; vous
triompherez partout ; partout
on dira , Aminte eft belle , mais avec
cela elle eft fage , elle eft
raisonnable , elle
eft
prudente, fon tems eft partagé par la lecture
des meilleurs Livres & par le travail des
mains ;fes
compagnes font toujours les plus
que
vertueuſes ,
MARS. 1741 . 447
vertueufes , fes amies les plus difcrettes ;.
elle eft pieufe à l'Eglife & modefte partout.
Quel avantage d'entendre un auffi bel éloge !:
Mais quel étonnement, quand on reconnoî-.
tra auprès de vous que ce n'eft encore là
qu'un crayon de votre mérite ! c'eft alors.
que les coeurs voleront en foule à vos pieds,
peut- être en voudrez -vous choisir un , & ce
choix , ma chere Aminte , vous mettra dans,
l'embarras. Vous avez entendu dire que les.
hommes font volages , inconftans , ingrats ,
perfides ; vous les craignez , mais vous ne les
craignez pas encore autant que vous les devez
craindre ; ils font tels qu'on vous les a
dépeints, & ceux qui vous paroiffent les plus.
éloignés du portrait qu'on vous en a fait,font
fouvent ceux qui en aprochent le plus. Tehez
-vous fur vos gardes ; examinez tout &
profitez de vos découvertes ; examinez leur:
caractere ,fans paroître occupée de cet exa-.
men. L'homme , quand nous le voulons , ne
porte pas long-tems le mafque auprès de
nous ; il nous eft toujours aifé à connoître
quand nos coeurs ne font prévenus d'aucune
paffion pour lui ; tous ceux qui penfèront:
plus au plaifir qu'au refpect qu'ils vous doivent,
font les premiers qu'il vous faut écarter;;
éloignez enfuite le glorieux , l'ambitieux
l'étourdi , ces gens là ne vous conviendront :
jamais , & font , pour ainfi dire , incorrigi
B. v.
bles
448 MERCURE DE FRANCE
prenbles.
Evitez fur tout le médifant & le calomniateur
; après vous avoir réjouie de leur Satyre
, vous en deviendriez bien- tôt le Sujet.
Fuyez le joueur ; congédiez le pareffeux ; des
Maris de cette trempe vous prépareroient des
chagrins cuifans , l'un en expofant fon patrimoine
& le vôtre, & le fecond, en négligeant
de conferver tous les deux; n'écoutez jamais
celui qui s'adonne au vin , fouvent il ne quitteroit
la bouteille que pour vous quereller ;
je ne vous confeillerois pas non plus de
dre un faux dévot ; bon Dieu , que cette Secte
cache de défauts fous fa feinte pieté! Qui
prendrez - vous donc , qui choifirez - vous
parmi cette foule d'adoratcuts qui vous environnent
? Aminte , en voici un de ma façon.
Un homme vrai , fincere , prudent ,
modefte , fage , vertueux , qu'il ait une profeffion
& qu'il la fçache , qu'il joigne à cela
quelque peu de fortune ; une figure fuportable
; qu'il foit doux & fenfible à la tendreffe
que vous devez lui promettre ; que toutes
fes actions vous marquent le refpect que
vous lui infpirez; que toutes fes paroles vous
en perfuadent , qu'il foit avec cela d'une famille
eftimée dans le monde ; voilà , ma
chere , le Mari que vous devez chercher &
que je fouhaite que vous trouviez ; un tel
homme rendra votre fort heureux , & vous
êtes digne de ce fort , qui fera toujours le
but
MARS. 1741.
449
but des défirs de celle qui vous cftime &
qui vous confidere.
J. D. C.
L
•
I donné Piéces Latines fuivantes ,
y a plufieurs mois que nous aurions
fi elles nous étoient plutôt tombées entré
les mains. C'eft l'Ouvrage de MM . les
Rhetoriciens du College de LOUIS LE GRAND ,
qui l'ont compofé d'après les Matieres prefcrites
par le P. de la Sante , Jéfuite , l'un
de leurs Profefleurs .
M. le Cardinal de TENCIN , à qui s'adreffe
l'Epitre , a préfenté au Pape la Piéce
où les jeunes Auteurs le félicitent fur fon
Exaltation. SA SAINTETE' a parû fort fatisfaite
de cet Eloge Poëtique , qui avoit été
revû par un de fes Parens , Philofophe &
Penfionnaire dans ce même College,
IN Electione BENEDICTI XIV. Summi
Pontificis , Sors à DIVINO SPIRITU vičta
&fugata.
Maximus Antiftes , meritis cumulatus & annis
VIX CLEMENS Romanam Aulæ mutaverat Aulam
B vj Sy
450 MERCURE DE FRANCE
Sydereæ Latio venerandos Murice Patres
Concilio in magno fuffragia rite daturos
Aliger æthereus variis excivit ab oris
Cæleftis clangore tube ; Rubrique Senatûs
Membra vocata , fuis , vafti fub fornice Tecti ,
Claufit in ædiculis . Proh ! quantum anguſta tenebat
Cellula quæque Vitum , quantis de rebus agentem !
Dandus enim Paftor , Chriftique Vicarius Orbi.
Ordine tergemino , gemmis , auroque nitentem.
Calicola expofuit media inter clauftra Tiaram
Hoc titulo infignem , DATUR DIGNISSIMO , & alis
Præpetibus celer ad patrium revolavit Olympum ;.
Solaque Libertas , cui jus & norma legendi
Pontificis , Patrum in coetu permiffa morari eft ,
Supplicibus votis imploratura Tonantem.
>
Sors tamen , in fan&tam quæ furtim irrepferatÆdem
Purpureos inter Proceres , fub fornicis arcu.
Nulli vifa , fuam de nocte locaverat urnam
Ut Fortuna foror vel facra fub atria fecum
Jura profana daret . Quò plures utraque dignos
Cernit adeffe viros ; hôc pluribus utraque tentat
Artibus unanimæ remorari oracula vocis ,
Summaque fupremi decoris cupit arbitra dici .
Quin & ut exftimulet mentes ad honoris amorem
Bina foror , fub vefte latens Pietatis , amici
Præfulis ora gerens ; late oftia fingula molli
Sollicitat pulfu digiti : quemcunque falutat ;
Art
MARS: 1741. 45
Arridens blanditur ; ab hoc difcurrit ad illum ,
Umam cuique fuo promittit nomine foetam ,
Seque vel invitis , & nil pofcentibus offert .
Bis tria figna Poli Sol jam luftrarat , & axe
Luna vago notum bis ter decurrerat orbem ;
Necdum animos Patrum Sors & Fortuna moleftis
Angere defierant curis . DIVINUS inanes
Cum tandem refecare moras , & folvere nodum
SPIRITUS aggreditur : defcendit ab æthere , Sortei
Fortunamque fugat ; nutu procul amovet urnam ,
Diluit ambages , mirâ dulcedine mulcet
Pectora , & aftantes tacitis illapfibus afflat :-
Numinis afflatus quæ non molimina vincit ?
SacraDomus ter mota tremit , ter blanda corufcant
Fulgura ; ter tonitru , ter nomine LAMBERTINI
Clauftra fonant . Vox multa licèt , vox una voventum
eft ,
LAMBERTINE ,
Vix
НАВЕТО.
ea ;
PETRI CLAVES , PETRUS ALTER ,
Calicolûm chorus advolat .Alter ab Arce
Fert fuperâ claves , quæ Cæli Templa recludant ,
Aut eadem , CHRISTI fupremo nomine , claudant .
Magnificum infterni folium jubet alter , & Aram
Cui dignè infideat novus Urbis Paftor & Orbis ,
Pafcere doctus oves , à facro doctus ovili
Longè arcere lupos fub ovinâ pelle latentes :
Pabula doctrinæ , quibus alma Bononia , tanto
Sub
452 MERCURE DE FRANCE
Sub Duce , pafta fuit , Romæ Mundoque daturus. ,
Majeftate potens , triplici Diademate frontem
Cinctus , adoratur : pedibus rite ofcula figit
Turba frequens , conclamat ovans. Quis nomine
SANCTI
Dignior eft PATRIS , quàm qui tam divite venâ
Ingenii à Sanctis partos memoravit konores ?
Quam bene legitimum fciet his decernere cultum ,
Tam bene legitimos potuit qui pingere Ritus ,
Queis pia Relligio facrum tranfmittit in Album
Tranfmillas in Coelum Animas ! .. Sic Roma recentem
Electi Paftoris amat celebrare triumphum .
Nos canimus quæ Roma canit, quicunque docemur
Quam docet illa Fidem ; votis adjungimus ultro
Vota novo multos multis cum laudibus annos
Pontifici , ( plus mente piâ quàm voce ) precamur
Doctores docuit faftos qui fcribere veftros ,
O SUPERI , ferum veftris infcribite Faftis .
Annuite ut claufum videat memorabile fæclum ,
Quo facra plaudentem coepit dare jura per Orbem..
>
Argumentum propofuit ,EGID. ANNA XAV.
DE LA SANTE , Societ. JESU Sacerdos.
Compofuere Verfus , Rhetorices Alumni in
gio LUDOICI MAGNI Collegio .
Opufculum recognovit JOANNES - SIMON
DE HEUVL , Dovermeere & Witbergen
Antuerpienfis , Philofophus & Convictor in
eâdem
MARS. 1741
453
eadem nobili Academia , SUM MIQUE
PONTIFICIS affinitate decoratus .
Lutetia Parifiorum , menfe Octob. an . 1740 .
******** ******
AD Eminentiffimum Cardinalem PETRUM
GUERIN DE TENCIN , Archiepifcopum
Lugdunenfem , Galliarum Primatem , &c.
EPISTOLA Juvenum Academicorum in Regio
LUDOVICI MAGNI Collegio , hoc ut Carmen
SUMMO PONTIFICI offerat.
Hos
Os tibi Verficulos hinc mittimus , Inclyte
Præful ,
Quos tua det SANCTO dextera chara PATRI .
Si nihil eft pretii Mufæ juvenilis opellæ ,
Conferet huic pretium dantis amica manus .
Si qua novus PASTOR fibi commodet otia , noftri
Tenuicula obfequii fac monumenta legat .
Illius mens docta , licèt fublimior aftris ,
Numinis è gremio larga fluenta bibat ;
Non tamen exiles faftidiet ille camoenas ,
Quæ parca ex humili vafcula fonte bibunt .
Summa petunt Aquila , fed non odere Columbas
Quæ pennâ enervi tuta per ima volǝnt .
Dic , age , PONTIFICI , voce hîc certante Magiftros
Difcipulofque , ORBIS concelebrare PATREM .
In454
MERCURE DE FRANCE.
Intereà , noftris dum conciliare favorem
Carminibus , ftudii cura laborque tui eft ;
Plaudere Lugduno , quod nunc te Præfule gaudet
Ac Patre ; fit noftri cura laborque chori .
Te repetit facra Relligio : te Gallia Romæ
Invidet : exclamant publica vota , Redi.
O utinam volucri reducem te devehat alâ
Pegafus , optantum qui tibi vota vehit !
SUITE de l'Effai d'un Traité Hiftorique
de la Croix de N. S. JESUS CHRIST.
VIII. PAR TIE.
Nous avons déja vû que la profperité
de Chofroës ne fut pas de longue durée
; on verra bien - tôt que fon impieté à
l'égard des chofes faintes qu'il fit profaner
à Jérufalem par fon Armée , lui fut fatale .
Les Perfes ne purent garder cette Ville que
jufqu'en l'année 629. qu'ils furent obligés
de la rendre à l'Empereur Heraclius , lequel
у fit cette même année fon entrée triomphante
, reportant le Bois Sacré qui en avoit
été enlevé , comme nous allons le voir.
Pendant le cours de la Guerre dont nous
avons parlé ci - devant , & lorfqu'en l'année
625. Heraclius s'avançoit vers la Perfe avec
toutes fes forces , il obligea Chofroës de
lub
MARS. 1741.
455
lui abandonner la Ville de Gazet , où étoit
le Temple du Feu , principal objet du culte
des Perfes. L'Empereur y trouva la Statuë
de Chofroës , affife fous un Hémisphere qui
repréfentoit le Ciel. Autour de la Statue
étoient le Soleil , la Lune , les Etoiles , &
des Génies debout , portant des Sceptres.
On faifoit tomber de la pluye par une certaine
méchanique , & entendre le bruit du
Tonnerre , accompagné d'Eclairs , &c. Heraclius
comme pour venger les injures faites
au vrai Dieu dans Jérufalem , fit brûler ce
Palais , le Temple du feu , & tout le refte
de la Ville.
Dans la fuite , l'Empereur , en continuant
fes progrès , livra une Bataille aux Perfes ,
laquelle dura plus de douze heures , & fut
enfin fatale à ces derniers , qui furent entierement
défaits , fans autre perte que d'environ
60. Romains. Il entra enfuite bien
avant dans la Perfe , & pourfuivant toujours
Chofroës , il prit & brûla plufieurs de fes
Palais ; il fe rendit enfin prefque maître de
la Perfe.
Les chofes en cet état en 628. Siroës , fils
aîné de Chofroës fe révolta contre fon pere ,
fe fit reconnoître Roy , & traita avec Heraclius.
Chofroës fut pris dans fa fuite , chargé
de chaînes & mis dans la Maifon de Tenebres
, que lui-même avoit fait bâtir pour y
mettre
456 MERCURE DE FRANCE
mettre les tréfors. Là , on lui faifoit fouffrir
la faim : qu'il mange ce qu'il a amaffé en
vain , difoit Siroës , & pour lequel il a fair
mourir de faim tant d'innocens . Il envoya les
Satrapes & tous fes ennemis lui infulter &
cracher fur lui. Il fut traité de la forte
cinq jours durant . Cependant on le perçoit
de coups de fleches pour le faire mourir
petit- à petit. Ainfi périt Chofroës par les
ordres de fon propre fils.
Le jour de cette mort eft marqué le 28.
Fevrier , Indist. 1. 628. dans la Lettre écrite
à Conftantinople par Heraclius fur cet évenement
, laquelle contenoit une copie de
la lettre de Siros , qui faifoit part à l'Empereur
de fon Couronnement , témoignant
défirer la paix. Cette dépêche d'Heraclius
réjouit extrêmement toute la Ville Imperiale
, après qu'elle eût été lûë en céremonie
fur la Tribune de la grande Eglife , le jour
de la Pentecôte 15. Mai de la même année ,
& la 18. de fon Regne.
Siroës fit en effet une paix folide avec
Heraclius , & lui rendit tous les Chrétiens
qui étoient captifs en Perfe , principalement
Zacharie , Patriarche de Jérufalem , avec
la Vraye Croix, que Sarbazare , Géneral de
Chofroës en avoit enlevée , quand la Ville
fut prife 14 ans auparavant ; elle fut d'abord
aportée à Conftantinople ; mais l'année ſuivance
MARS. 1741. 457
Vante 629. au commencement du printems
l'Empereur Heraclius s'embarqua pour la
raporter à Jérufalem , & rendre graces à
Dieu de fes Victoires.
Etant arrivé à la Ville Sainte , il rétablit
le Patriarche Zacharie , & remit la Croix
à fa place. Elle étoit demeurée dans fon
Etui , comme elle avoit été emportée : le
Patriarche avec fon Clergé en reconnut les
Sceaux entiers , l'ouvrit avec la clef, l'adora
& la montra au Peuple. Les Auteurs originaux
difent toujours au plurier les Bois
de la Croix Ta Euxa , ce qui montre qu'elle
étoit partagée en plufieurs pieces.
L'Eglife Latine célebre la mémoire de la
Sainte Croix , raportée par Heraclius le
XIV. de Septembre , mais les Grecs n'y font'
mémoire que de l'apparition faite à Conftantin
; quoique les uns & les autres nomment
cette Fête l'Exaltation de la Croix
il eft cependant certain qu'on célebroit cette
même Fête au même jour 14. Septembre ,
long- tems avant Heraclius. Ce Prince chaffa
alors les Juifs de Jérufalem , leur défendant
d'en aprocher de trois milles , & étant à
Edeffe , il rendit aux Catholiques l'Eglife
que Chofroës avoit donnée aux Neftoriens.
* Les Syriens qui nomment cette Fête Aid al Salib
la célebrent le 13. du même mois , nommé Ilíul , dans
leur Calendrier.
Pendant
458 MERCURE DE FRANCE DE E
Pendant tout le tems que dura la Captivité
du Patriarche Zacharie , Modefte , Abbé du
Monaftere de S. Théodofe , Homme d'une
vertu confommée , gouverna l'Eglife de Jérufalem,
& prit foin, non - feulement de laVille,
où il fit depuis rétablir les Eglifes brûlées,
mais encore du Diocèfe &. de tous les Monafteres
du Défert . Il reçût de grands fecours
de S. Jean l'Aumônier , Patriarche d'Alexandrie
, dont la charité éclata en cette occafion
: le détail en eft curieux & édifiant
dans le VIII . Tome de l'Hiftoire Eccléfiaftique
de M. Fleuri , L. xxxvII . On n'en raportera
ici que ce qui regarde notre fujet
particulier.
$
Ayant apris que l'Abbé Modefte étoit
dans un grand befoin des chofes néceffaires
pour le rétabliſſement des Saints
» Lieux , il lui envoya 1000. piéces d'Or ,
» 1000. facs de Froment , rooo . de Lé-
» gumes , 1000. livres de Fer , 1000. pa-
» quets de Poiffons fecs , 1000. Vaiffeaux .
» de Vin , & 1000. Ouvriers Egyptiens
» avec une Lettre où il difoit : Pardonnez-
» moi , fi je ne vous envoye rien qui foit digne
des Temples de J. C. je voudrois aller moi-
» même travailler à la Maifon de la Sainte
» Réfurrection. Avec ces fecours l'Abbé
» Modefte rétablit l'Eglife du Calvaire ,
» celle de la Réfurrection , celle de la Croix
-
>
33 &
MARS.
1741. 459
& celle de l'Afcenfion . Il rebâtit de fond
" en comble cette derniere , que l'on nomi-
" moit la Mere des Eglifes.
Les Orientaux apellent ce grand Saint
Markahoum , & fouvent Johanna Al Rahoum,
ou Jean le Miféricordieux . L'Auteur de
la Bibliothèque Orientale ajoûte, p. 944. qu'il
fut élû Patriarche d'Alexandrie en la IV . année
du Regne de Phocas , & qu'il contribua
de grandes fommes d'argent pour faire
rebâtir les Eglifes de Jérufalem & de la Paleftine
, que Chofroës , furnommé Parviz ,
Roy de Perfe , avoit démolies.
1
L'Eglife Orientale & celle de Jérufalem
en particulier , ne joüirent pas d'un long repos
après la paix faite avec les Perfes ; elles
fe fentirent des malheurs qui affligerent l'Empire
Romain , & qui le démembrerent bientôt
par la naiffance du Mahometifme ; car
après la mort du faux Prophete arrivée en
l'année 631. de J. Chrift , fes Sectateurs
ayant élû pour fon Succeffeur Abubecre ,fon
beau pere , qui prit la qualité de Calife , ou
de Vicaire de Mahomet ; & après la mort
de celui - ci , ayant déferé la fouveraine autorité
à Omar , les Romains perdirent en
peu de tems l'Egypte & la Syric fous ce fecond
Calife , qui à ce titre ajoûta celui de
Commandeur des Fideles , Emir- al- mou
venin.
•
L'Hif
460 MERCURE DE FRANCE
L'Hiftoire nous aprend qu'aux aproches
d'une Puiffance fi formidable , l'Empereur
Heraclius abandonna la Syrie & se retira à
Conftantinople , où il fit porter le précieux
Bois de la Croix , prévoyant que la Ville de
Jérusalem seroit bien- tôt prife , comme elle
le fut en effet en l'anné 636. Elle soûtint le
Siége pendant deux ans , & se rendit enfin
par compofition au Calife Omar , présent
en personne.
Ce Conquérant entra dans la Sainte Cité ,'
vétu , comme par dévotion , d'un Cilice de
poil de Chameau , & s'étant fait montrer la
Place où l'on croyoit qu'avoit été bâti le
Temple de Salomon , il commença lui même
à en enlever les immondices dont elle
étoit pleine , & résolut d'y bâtir un Lieu de
priere pour ceux de sa Religion, C'est alors
que S. Sophrone , Patriache de Jérusalem
dit que l'abomination de la défolation étoit
dans le Lieu Saint , suivant la Prophétie de
Daniel.
Cependant le Calife , plein de vénération
& d'égards pour cette Ville , lui donna une
Lettre de sauve-garde , conçûë en ces termes.
Au nom du Dieu clément & miféricordieux ;
Omar ,fils de Hittab , accorde une entiere sûreté
au Peuple de la Ville d'Aelia , tant
L'Empereur Hadrien , de la famille d'Aelia ,
MAR.S. 1741. 461
pour leurs personnes , que pour leurs enfans ,
leurs femmes , leurs biens , & pour toutes leurs
Eglises elles ne seront ni abbatues ni fermées,
Omar alla ensuite à Bethléem , & fit sa
priere dans la Grotte de la Nativité. Quel
que tems après , il fit bâtir une grande Mosquée
à Jérusalem , à la place du Temple de
Salomon. Quelques Auteurs ont écrit que
l'Edifice ne pouvant se soûtenir , il en demanda
la cause , & que les Juifs lui dirent ,
ce Bâtiment tombera toujours , fi vous n'ôtez
la Croix qui eft sur le Mont des Olives ;
la Croix étant ôrée , le Bâtiment demeura
ferme , & ce fut une raison aux enne
mis du Chriftianisme pour abbatre plu
fieurs autres Croix.
C'eft la Mofquée nommée SAKRAT dans
la Bibliothéque Orientale que les Mahometans
bâtirent après la prife de Jéruſalem ;
dit l'Auteur , page 739. fur les anciens fondemens
du Temple de Salomon , & fur la
Pierre où l'on difoit que Jacob avoit parlé,
à Dieu , & qu'ils croyent être celle que te
Patriarche nomnia la Porte du Ciel , après
la vifion qu'il y avoit euë.
Le même Auteur ajoûte : les Chrétiens ,
après avoir repris Jérufalem fur les Maho-
Après avoir entierement détruit Jérusalem , voulut en
abolir jufqu'au nom , & lui donna celui d'Aelia
Capitolina.
me462
MERCURE DE FRANCE
metans , planterent une Croix dorée fur le
faîte de ce Temple ; mais Saladin qui reprit
cette Ville fur eux , la fit ôter . Nous revien
drons à ce Fait , qui a befoin de quelque explication
, quand l'ordre des tems le demiandera.
Admirons cependant ici l'ignorance prefque
volontaire , ou la témerité de quelques
Voyageurs , qui de cette grande Moſquée
d'Omar , bâtie dans le VII, fiècle , ont fait le
Temple de Salomon , entr'autres le P. Boucher
, dans fon Bouquet Sacré , & c . comme
nous l'avons vû ailleurs , & plus récemment
le Chevalier d'Arvieux dans l'Edition de fes
Mémoires , revûs par le P. Labat , Dominiquain
, & imprimés à Paris en 1735 .
Le Temple de Salomon , dit M. d'Arvieux,
qui a paffé pour Sçavant dans les Langues
& dans les Hiftoires Orientales , qu'on voit
aujourd'hui , n'est plus de la grandeur , de la
figure & de la magnificence qu'il étoit , quand
"il fut ruiné par lesRomains , lorfqu'ils prirent
Jerufalem fous l'Empire de Vefpafien & de
Titus , qui n'enfirent prefque qu'un monceau
de ruines. Les Turcs en ont fait leur principale
Mofquée , l'ont orné autant qu'ils en font capables,
& l'ont enfifinguliere vénération qu'ils
ne permettent , ni aux Chrétiens , ni aux Juifs
d'y entrer , pas même d'en aprocher. T. II.
Ch. 17. p. 207.
Que
MARS: 1741. 463
Que de fautes dans ce peu de lignes , outre
l'erreur principale qui continue dans la
Defcription que fait enfuite notre Voyageur
de ce prétendu Temple de Salomon , en l'état
qu'il eft aujourd'hui , fur le raport , dit il ,
de quelques Religieux Francs qui y entrerent
pour la réparation des Vitres , & fur
ce qu'il pût en obferver lui - même avec des
Lunettes d'aproche , par une fenêtre de la
Maifon du Cadi , qui donne fur le Parvis !
L'Auteur Italien qui a vû Jérufalem après
le Chevalier d'Arvieux , & qui fur la fin du
dernier fiécle a fait imprimer à Rome un .
Ouvrage intitulé Syria ( a ) Sacra &c . s'eſt
égaré encore davantage fur ce ſujet .
Après avoir dit que le grand Temple.de
Salomon ayant duré environ mille quatrevingt
fix ans , fût enfin réduit en cendres
par l'Empereur Titus , il continue ainfi :
» Au même lieu où étoit fitué ce Temple ,
» le Grand Conftantin en fit conftruire un
» nouveau , qu'il dédia au Myftere de la
» Circoncifion du Sauveur , & où il fonda
» & établit le Siége Epifcopal de Jérufa-
» lem : depuis , Godeffroy y introduifit des
(a) SYRIA SACRA Defcrittione Iftorico- Geogra
phica delle due Chiefe Patriarcali Antiochia , e Gerufalemme
&c. Opera dell'Abb . Biagio Terzi di
Lauria , &c. I. vol . fol . in Roma 1695. dédié au
Pape Innocent XII .
C Cha-
1
464 MERCURE DE FRANCE
39
» Chanoines Réguliers qui chantoient nuit
» & jour l'Office Divin : d'autres attribuent
» cet Edifice à l'Empereur Heraclius , lors de
» fon retour de Perfe , & d'autres à un Emir
» ou Commandant pour le Roy d'Egypte ,
qui le fit conftruire en l'honneur de Allachiber
, ou du Grand & Vrai Dieu , ce
» que prouvent diverfes Infcriptions qui
» reftent encore en Caracteres Egyptiens
» mais il eſt probable que cet Emir n'avoit
» fait que réparer & embellir l'ancien Tem-
» ple bâti par Conftantin , lequel ayant depuis
été purifié par Godeffroy de Bouillon,
» les Chanoines Réguliers y furent apellés .
Aujourd'hui c'eft la grande & principale
» Moſquée des Mahometans , & il n'eft
» permis en aucune façon aux Chrétiens d'y
» entrer. Sa premiere forme eft totalement
changée; & pour l'enrichir , ils ont dépouillé
de leurs principaux ornemens , les
plus fomptueux , les plus refpectables des
Sanctuaires de la Ville Sainte. Sa figure eft
» octogone , & c.
"
כ
"
ر و
L'Auteur fait tout de fuite la Defcription
de cette Mofquée , & ce qu'il en dit eft tout
ce qu'il y a de vrai dans fon Narré , car
tout ce qui précede eft un tiffu d'abfurdités
de faits avanturés contre la verité de l'Hiftoire
, & qui ne peuvent en aucune façon fe
foûtenir. Mais revenons à notre fujet principal.
J'ai
MARS. 1741
465
J'ai dit , comme en paffant , dans la VII.
Partie de cet Effai , que le fameux Temple
du S. Sépulchre , ou de la Réfurrection
fut entierement ruiné & détruit ſous un des
Califes , fucceffeurs de Mahomet , puis rebâti
par les ordres du même Prince , fur quoi
j'ai promis de donner des. preuves . Je les
trouve dans la page 411 , & fuivantes de la
Bibliothéque Orientale.
Ce Calife étoit Kakem , fils d'Aziz , fils
de Moet , c'étoit le troifiéme Calife de la
Dynaftie des Fathemites , qui regnoit en
Egypte. Il parvint à cette haute Dignité dès
l'âge de douze ans fous la tutelle d'un fage
Perfonnage que fon Pere lui donna en mourant
, l'an de l'Egire 356. de J. C. 996. Ce
Prince né avec de mauvaifes inclinations
devint impie & fol dans la fuite . Il fit plufieurs
Ordonnances & plufieurs actions qui
marquoient évidemment ces deux funeftes
qualités , entr'autres de vouloir paffer pour
Dieu , &c.
L'Hiftoire marque expreffément ceci ,
» Entre les folies de Kakem , celle de faire
» brûler la moitié de la Ville du Caire , &
» de faire piller l'autre par fes foldats , mé-
» rite le premier rang. Il obligea les Juifs
" & les Chrétiens de porter des marques
» fur leurs habits , qui les diftinguaffent des
» Mufulmans ; il en contraignit plufieurs de
Cij » re466
MERCURE DE FRANCE
ود
renoncer à leur Religion , puis leur per
mit dans la fuite d'en faire une profeflion
ouverte. Il fit démolir l'Eglife de la Réfurrection
ou du Calvaire , puis la fit re-
» bâtir. Ce Temple , dfoit- il , entretenoit
La fuperftition des Chrétiens : mais , étant
mieux confeillé , & confiderant le grand
profit que lui aportoient les Pelerins qui y
accouroient de toutes les Provinces Chrétiennes
, il le fit rebâtir à fes dépens. Ce
Prince impie fut affaffiné par les intrigues
de fa propre four & du Chefde fes Troupes
, à qui il avoit lui même réfolu d'ôter
la vie , & qui trouverent à propos de le prévenir
, ce qui arriva l'an de l'Egire 411 , ou
1020. de J. C.
Il y avoit eu auparavant une autre défofation
à Jérufalem par raport aux Eglifes de
la Réfurrection & du Calvaire , comme
s'exprime M. Fleury , dans le X. Tome de
fon Hiftoire Eccléfiaftique , p. 127. » A Jérufalem
, dit- il , les Eglifes de la Réfurrec-
» tion & du Calvaire furent profanées &
» abandonnées , &c. Ce qui arriva durant
» les troubles de la Guerre civile qui s'al-
» luma après la mort du dévot Calife Aaron
» Rachid , caufée par la mefintelligence des
» trois Princes , fes enfans , entre lefquels
» il avoit partagé fes Etats. Cette Guerre
dura quatre ans , & affligea particulierement
MAR S. 1741. 467
» ment les Chrétiens de l'Orient , de l'Egypte
& de l'Afrique.
Il a raison d'apeller dévot ce fameux Ca
life Maître de l'Orient , & l'un des plus puissans
Princes qui ait jamais porté ce nom,
Il fut surnommé Al Raschid , le Droiturier ;
ou le Fuste. Il fit à pied le voyage de Bagdat
à la Mecque l'an 179. de PEgire , 795. de
J. C. On dit qu'il trouva sur toute sa route
les chemins couverts de tapis & de diverses
étoffes de prix. C'eft ce même Prince qui
fut en commerce d'amitié avec l'Empereur
Charlemagne , à qui il envoya des Ambassadeurs
& des présens magnifiques & précieux.
Le Calife Aaron , dit M. Fleury ,
» préferoit l'amitié de Charles à celle de tous
» les Princes , & disoit qu'entr'eux il n'y
» avoit que lui qui méritat d'être honoré ;
» c'eft pourquoi , continue l'Hiftorien , les
» Ambaffadeurs que l'Empereur François
" avoit envoyés au S. Sépulchre avec des
présens , étant venus trouver le Calife ,
non seulement il leur permit ce qu'ils de-
» mandoient , mais il accorda à leur Maître
» d'avoir le S. Sépulchre en sa puiflance ,
» & c'eft sans doute ce que fignifioit l'E-
» tendart & les Clefs envoyés à Char-
» lemagne par le Patriarche de Jérusa-
ور
» lem .
Nous expliquerons en tems & lieu plus
C iij par
468 MERCURE DE FRANCE A
particulierement ce qui concerne les liaisons
de l'Empereur avec le Calife par raport aux
Eglises & aux Saints Lieux de Jérusalem ,
que ces deux grands Princes protegerent.
L'Auteur de la Bibliothéque Orientale
remarque que les mêmes Princes eurent
entr'eux divers raports. Ils laifferent l'un
& Pautre trois fils auxquels ils partagerent
leurs vaftes succeffions. Le partage des Enfans
de Charlemagne , maître de la plus
grande partie de l'Europe , eft affés connu
dans notre Hiftoire. Le Calife , souverain
maître de la plus grande partie de l'Afie &
de l'Afrique , partagea ses Etats de cette
maniere.
> Il donna à Mamon , son second fils , tout
l'Orient de l'Etat des Califes , sçavoir la
Perse , le Kerman , les Indes , le Korassan
, &c.
gnité
de C
Amin , l'aîné , eut Bagdat avec la Chaldée
ou la Province Babylonniene , les trois Arabies
, la Mésopotamie , l'Allyrie , la Palestine
, l'Egypte & toute l'Afrique , jusqu'an” ,
derniers confins de l'Occident
, avec la di-
Saute ; & Maaffan , son troifiéme
us , n'eut que l'Armenie , la Natolie , la
Georgie , la Circaffie , & tout ce que les
Califes poffedoient au deffus & aux environs
du Pont- Euxin. Ainfi parle Kondemir , célebre
Hiftoriographe Perfien.
STANCES
MAR S. 1741. 469
STANCES
Imitées du Pfeaumé 1 .
H'Eureux qui vit dans l'innocence ,
Qui du peché fuit les apas ,
Qui jamais n'a porté fès pas
Dans la chaire de peftilence !
La Loi de Dieu fait fes délices
Il la médite jour & nuit ,
Elle le guide , le conduit ,
Et l'écarte des précipices.
Il est comme un arbre fertile
Planté fur le courant des eaux ,
Qui porte les fruits les plus beaux ,
Et jamais ne devient ftérile .
O toi dont le vice eft le maître ,
Toi, qui. fuis fon fatal attrait ,
Ce n'eft point ici ton portrait ;
Tu ne dois point t'y reconnoître.
Contemple la paille volage
Qui devient le jouet du vent ;
C iiij
Voila
470 MERCURE DE FRANCE
Voilà ton portrait reffemblant ,
yoilà ta plus fidelle image.
Or , quand un Dieu faint & terrible
Examinera le mortel ,
En proye au fort le plus cruck
Tu verras le Jufte paiſible.
A Picquigny ce 19. Août 1740.
******* XXXXXXX* XX*
REPONSE à une Lettre inferée dans le
Mercure de Decembre dernier , au fujer
d'un Prince nommé Sans Terre.
> Ous avez inferé , Monfieur , dans vo
tre Mercure du mois de Decembre
1740. p. 2606. une Lettre dans laquelle on
prétend prouver que Philipe II . dit le Hardi
, Duc de Bourgogne , Chef de la derniere
Race des Ducs de Bourgogne , a été nommé
Philipe Sans- Terre , jufqu'à ce que le Roy
Jean , fon pere , lui fit conceffion du Duché
de Bourgogne en 1 364. parce que jufqu'alors
on ne lui avoit donné aucune Terre ni
Seigneurie ce que l'on confirme par l'exemple
de quelques Princes d'autres Pays
que de la France.
L'AuMAR
S. 1741 . 471
L'Auteur de la Lettre permettra qu'on
lui repréfente que la Donation faite par le
Roy Jean à Philipe fon quatriéme fils , eft
datée de Germigny,fur Marne,le 6. Septembre
1363. Aucun des Hiftoriens des deux Bourgognes
, contemporains , qui font en affés
grand nombre , ne parle de cette dénomi
nation , Sans-Terre. Les Lettres de Conceffion
n'en parlent point non plus , elles.
contiennent ces termes : Ad memoriam reducentes
grata & laude digna fervitiaque
chariffimus filius nofter quarto -genitus , qui
Sponte expofitus mortis periculo nobifcum imperterritus
& impavidus ftetit in acie propè Pictavos
vulneratus , captus & detentus in hoftium
poteftate.
Il y a une claufe dans ces Lettres de Conceffion
, qui prouve le contraire de ce qu'on
a avancé , fçavoir que jufqu'à ce que Philipe
le Hardi ait été invefti du Duché de Bourgogne
, on ne lui avoit donné aucune Terre
ni Seigneurie : Per hanc autem conceffionem
noftram prafentem & donum , Ducatum Turonie
, ( quem cum fuis pertinentiis dicto filio
noftro alias donavimus ) ad manum noftram.
ponimus & retinemus ordinaturi de eodem ad
noftre beneplacitum voluntatis .
L'exemple des Princes Etrangers qu'on a
furnommés Sans - Terre , ne doit pas être tiréà
conféquence pour ce qui s'eft pratiqué
CY dans:
472 MERCURE DE FRANCE
dans le Royaume , ni en particulier pour ce
qui concerne Philipe le Hardi , dont la
fituation n'a rien de pareil à celle des autres
Princes , fuffent- ils François.
Il reste pour toute preuve du surnom de
Sans-Terre , prétendu donné à Philipe le
Hardi , avant qu'il fût Duc de Bourgogne ,
une énonciation qu'on a trouvée dans un
faux Contrat , inseré dans un pitoyable Libelle,
paffé entre deux Particuliers , qu'on dit
être de 1509. qui , quand il seroit véritable
& légitime , ne devroit pas être mis en parallele
avec le filence des Hiftoriens du
Pays contemporains , & la clause expreffe
qu'on trouve dans les Lettres de Donation
du 6. Septembre 1363. d'autant plus que
quand l'Acte seroit vrai & autentique , il
seroit pofterieur de plus de 105. ans à la
mort de Philipe le Hardi , arrivée le 25 .
Avril 1404
.
Pour être convaincu de toutes les supofitions
dont ce beau Libelle eft rempli , &
entr'autres de la fauffeté du Contrat dont il
s'agit , on peut voir un petit in 4°. de 323 .
pages , y compris les Tables , imprimé à
Dijon chés Defay. On en trouvera des Exemplaires
dans la Bibliothéque du Roy , dans
celle de Mrs les Avocats , dans toutes les
Bibliothèques publiques , & dans toutes les
autres grandes Bibliothèques de Paris .
Celi
MARS.
473 ·
1741 .
Celui qui a fait composer ce misérable Libelle
, n'a rien répondu jusqu'à présent à
l'ouvrage qu'on lui a oposé : quoiqu'il y ait
déja long- tems qu'on en a envoyé des exemplaires
dans quelques grands Monafteres qui
sont à sa porte , & dans tous les Châteaux
de ses plus proches voifins , dont quelquesuns
sont ses parens ou alliés .
Plufieurs Personnes habiles & éclairées
ont témoigné , même par écrit , le mépris,
qu'elles faisoient de ce mauvais Libelle
avant qu'elles euffent connoiffance de ce
qu'on y a répondu ,
>
On eft persuadé , que fi en faisant mention
d'une pareille Lettre , vous aviez pû prévoir
qu'elle pourroit faire de la peine & réveiller
une querelle affoupie , vous auriez observé
la loi que vous vous étiez imposée vousmême.
EPITRE
De M. le Chevalier D. B. à M. D. M.
pour le premier jour de l'An 1741 .
CE jour , où l'An fe renouvelle ,
Eft le jour des dons amoureux ;
On voit à l'Objet de fes feux
C vj
L'Amant
474 MERCURE DE FRANCE
L'Amant fincere , plein de zele ,
De fon encens & de fes voeux
Adreffer l'hommage fidele ;
Et la Bergere moins cruelle
Lui laiffer lire dans fes yeux
Ce qu'il a droit d'attendre d'elle.
Partez , mes Vers , partez gage de mon amour,
Allez porter à ma Maîtreffe
Le meffage d'une tendreffe ,
Qui femble croître chaque jour .
Vous voyez aisément le chemin qu'il faut prendre
Je n'en ai qu'une , & , fidele à fes loix ,
Mon coeur vous garantit de l'embarras du choix ::
Partez , allez fans plus attendre ;,
Volez fur l'aîle des Zéphirs
Vers l'Idole de mes foupirs.
Allez lui bien peindre ma flâme ,
Mon timide reſpect , mes durables ardeurs
Et fi vous voyez la belle ame
Pour un moment oublier fes rigueurs ;
Si dans un amoureux délire ,
Senfible elle cedoit aux tranfports de mon coeur
Inceflamment revenez me le dire ..
Ah ! que dis- je ? eſpoir féducteur !
Ne t'en offenſe pas , adorable Thémire ;
Tes apas , je le fçais , tiennent lieu de faveur ;
La
MAR S. 1741 . 475
La gloire de t'aimer doit faire mon bonhenr ;
Mais ta fierté peut - elle m'interdire
Jufqu'au fecours d'une fi douce erreur ?
SUPLEMENT & fuite de la Differtation
fur les Oifeaux de paffage , par M. François
Carré , inferée dans le premier Volume du
Mercure du mois de Decembre dernier
page 2663.
I
L m'a été confirmé , depuis que j'ai remis
ma Differtation au Mercure , que pendant
notre hyver il y a beaucoup d'Hirondelles
à Ceuta, sur la Côte d'Afrique , Place
occupée par les Espagnols . De- là , j'infere
qu'il y en a également dans tous les lieux
habités de cette grande Presqu'Ifle : & ceci
sert de preuve à ce que j'ai avancé , en disant
que les Hirondelles qui peuplent le fond
du Nord de notre Europe , & qui paffent
les dernieres en Afrique vers la fin d'Octobre
& en Novembre , reſtoient dans les
parties Septentrionales.
Une troupe d'Hirondelles doit être confiderée
comme une famille particuliere , à
laquelle celle dont elle tire son origine , a
laiffé une contrée à peupler , étant le patrimoine
que le Créateur a affigné à toute sa
poss
476 MERCURE DE FRANCE
pofterité , depuis la Création jusqu'à la fin
des tems , & dont la poffeflion ne lui eft
point disputée par celles de son espece ,'
chaque famille se contenant dans les bornes
du Ĉlimat qui lui a été affigné.
L'ordre qu'elles observent dans leur transmigration,
eft une fidelle imitation du mouvement
que fait une Armée , lorsqu'elle décampe
, pour marcher en avant. Celles qui
peuplent les Provinces Méridionales d'Europe
, paffent les premieres en Afrique dès
le commencement du mois de Septembre.
Elles continuent leur voyage jusqu'à ce
qu'elles soient arrivées dans les parties Méridionales
de la Guinée ; & celles qui peuplent
le fond du Nord , n'arrivent en Afrique
que dans le mois d'Octobre & de Novembre
, pour en occuper les parties Septentrionales
, d'où elles repaffent en Europe
vers le milieu du mois de Mars, pour le plûtard
; & celles qui occupent les parties Méridionales
de l'Afrique , n'arrivent dans nos
Provinces Méridionales que vers la fin d'Avril
& au commencement de Mai .
On ne peut pas conjecturer qu'une famille
d'Hirondelles, qui fait le centre de celles qui
l'environnent , ait des Aides de Camp pour
leur communiquer ses deffeins : il paroît au
contraire qu'il n'y a ni societé , ni relation
entr'elles , ce sont les petites bandes que j'ai
vû ,
MAR S. 477
*
1741
vûes , qui ont autorisé ce sentiment , que je
soûmets néanmoins à une intelligence supérieure
. Si elles étoient en commerce , on
ne verroit que des troupes prodigieuses , &
leur transmigration se feroit en moins de
deux mois de tems, qu'elles employent pour
paffer d'Europe en Afrique , & autant pour
repaffer d'Afrique en Europe . Que l'on at
tribue cet ordre & cette régularité invariable
à l'instinct donné aux Animaux , que differentes
sectes de Philosophes ont tenté d'anéantir
; j'y souscris , à condition qu'on ne
s'oposera pas à mon admiration respectueuse
sur les oeuvres de la Toute - Puiffance du
Créateur , contre laquelle tout raisonnement
humain se brise .
C'est un sentiment commun que chaque
troupe d'Hirondelles a son guide.
J'ai peut- être plus attentivement observé
que personne la police qu'elles observent ;
je ne déciderai pas cependant fi elles en ont
un ou plufieurs , je crois néanmoins que
ce sont les vieux mâles qui conduisent la
troupe.
Les differens séjours qu'elles font en passant
d'Europe en Afrique & d'Afrique en
Europe , ne sont que pour se repaître ; étant
en plein vol , aucune ne se détache du gros
de la troupe , pour poursuivre une mouche
ou un moucheron.
L'Hi478
MERCURE DE FRANCE
L'Hirondelle ne dégorge point , elle porte
dans son bec à ses petits la pâture, à mesure
qu'elle s'en saifit . Sa nourriture eſt dans l'air .
Elle se repaît en volant. Si l'air devient froid,
elle se raproche de la terre , où les mouches
& moucherons rentrent. Si l'air continuë
d'être froid pendant plufieurs jours , une
partie des Hirondelles meurent de faim , &
tombent à terre en volant , ce que j'ai remarqué
dans le Languedoc en Juin 1722 ..
& aux environs de Paris en 1740.
Elle ne fe pofe à terre que pour ramaffer
les matéreaux propres à réparer fon nid , ou
à le refaire à neuf. Elle ne fe perche fur une
branche d'arbre feche que pour s'égayer ,
s'éplucher , & enduire fes plumes avec fon
bec. Quand le mâle ramage fur une cheminée
, fur un ftil de Cadran folaire ou ailleurs ,
ce n'eft que pour diffiper fa femelle qui eft
fur fon nid. Čet Oifeau eft créé pour habiter
l'air , & il ne fe repofe prefque jamais que
de nuit , & dès le petit jour il parcourt l'air.
Cet Oifeau connoît fi parfaitement la
force de fon aîle , qu'il entraîne fans fcrupule
en Afrique les petits de fa derniere
couvée , en quittant leur nid . Il arrive fouvent
, ainfi que je l'ai remarqué , que la
troupe en partie affemblée , difere fon voya
ge ,pour attendre des petits trop foibles pour
dénicher; elles vont les unes après les au
tres
MAR S. 1741 479
tres , comme pour les inviter à fe fortifier
promptement. Ce délai ne va qu'à très peu
de jours.
Les Cigognes , en abandonnant le Nord ;
P'Allemagne , la Hollande & la Flandres
paffent droit dans la Balle Egypte en Octobre
ou au commencement de Novembre ;
alors la grande crue du Nil eft paffée , & le
vent maéftral qui fouffle régulierement pendant
trois mois dans les embouchures du
Nil , étant tombé , l'eau de ce Fleuve s'écoule
dans la Mer ; mais le Delta étant un
terrain fort bas , entrecoupé d'un Labyrinthe
de Canaux , dont prefque toutes les iffues
font bouchées vers la Mer , il y refte
une grande quantité d'eau qui forme des
marécages confidérables , remplis de reptiles
& autres nourritures propres aux Cigognes ,'
que le Nil y a entraîné , après avoir lavé les
Terres de l'Abiffinie , de la Nubie , &c.
Dans le même tems à peu près , arrivent
auffi dans la Baffe Egypte les Ibis ou Cigognes
noires ; celles - ci viennent des parties
les plus Méridionales.
Pendant le mois de Mars & au commen
cement d'Avril , la grande ardeur du Soleil
en Egypte deffeche en partie les marécages ,
du Delta , & corrompt les eaux qui y ref
tent.
Avant ce deffechement & cette corrup
tion ,
480 MERCURE DE FRANCE
tion , les Cigognes blanches abandonnent
la Baffle Egypte , & repaffent en Europe .
Les Ibis remontent l'Egypte & paffent
dans des Contrées où elles trouvent des
eaux faines & des alimens convenables , &
vers le mois d'Octobre ou en Novembre ,
elles reviennent fe mêler de noveau avec les
Cigognes blanches d'Europe dans la Baffe
Egypte , où il s'en voit prodigieufement ,
& d'autres Oifeaux aquatiques.
Les Egyptiens ont remarqué cette tranſ
migration annuelle de l'Ibis , mais n'en ayant
point pénetré la caufe , ou la fincerité n'é
tant pas une vertu parmi eux , ils ont ima
giné mille contes fabuleux , que la plûpare
des Voyageurs ont adoptés pour nous les
tranfmettre.
L'Ecrivain d'un Voyage que M. du Quefne
a fait à Bengale en 1690. avec une Eſcadre ,
par ordre de Louis XIV. raporte avoir vû
des Cigognes noires dans une Ile proche
le Pegu.
La Caille paffe auffi en Afrique ; on en
trouve dans toutes les parties non défertes
de cette grande Prefqu'ifle. Il y en a également
dans l'Afie; mais, autant que je puis le
conjecturer , il n'y en a point dans l'Améri
que cette grande partie du Monde en eſt .
dédommagée par des efpeces differentes , tel
les que l'Oifeau Cardinal , celui de Para-
:
dis ,
MARS: 17417 48%
dis , &c. Le Poulet d'Inde , entr'autres , en
eft originaire ; je me fonde fur Gemeli-
Careri , il raporte dans fon Voyage du Tour
du Monde avoir tiré fur des Dindons fauvages
dans les Bois , aux environs de la
Vera-Cruz.
La Tourterelle , la Hupe , le Coucou , &
plufieurs autres efpeces d'Oifeaux paffent
auffi en Afrique en Octobre & Novembre.
A Paris ce 23. Fevrier 1741 .
COMPLIMENTfait par Mlle de B******
A M. Jon Pere , à l'occafion de la
nouvelle Année.
Ainfi qu'un Arbriffeau dans un jardin fertile
Seul mérite les foins d'un Jardinier habile ;
Seule de vos bontés je fuis l'unique obiet :
Que de
graces hélas ! pour un fi grand bienfait ]
Je confens que les Dieux m'ôtent plutôt la vie,
Que de voir de vos jours la carriere finie.
Quel bonheur , fi le Ciel daigne écouter mes voeux !
Cher Pere , vivez donc , vivez , foyez heureux.
QB482
MERCURE DE FRANCE
OBSERVATIONS de l'Auteur de la
Defcription Géographique & Hiftorique
de la Haute Normandie , fur deux Articles
des Mémoires de Trévoux.
Mem. de Trévoux , Novemb . 1740 .
M
EM . Page 2243. Pierre François
Giffart a mis en vente un Ouvrage
( il s'agit de la Defcription Géographique
& Hiftorique de la Haute -Normandie ) qui
doit fervir de Préliminaire à l'Histoire du
Diocèfe de Rouen , auquel ( c'eft - à dire à laquelle
) un Religieux Benedictin de la Congrégation
de S. Maur , travaille depuis quel que tems.
.
OBSERV. L'Auteur de cette annonce a
été mal informé. Celui de la Defcription
Géographique & Hiftorique n'a eu en vûë ,
ni l'Hiftoire dont on parfe ici , ni aucun autre
Ouvrage de quelque nature qu'il foit.
Que la Defcription puiffe un jour fervir de
Préliminaire à l'Hiftoire , à la bonne heure ,
file cas y échet mais il n'en eft : pas moins
vrai qu'elle n'a jamais été entrepriſe dans
cette intention- là .
Mem. de Trévoux , Fevrier 1741 .
MEM. pages 289. 290. Ce Pays ( le Pays
de
MARS.
483
14
1740
de Caux ) fe div fe proprement en deux par
ties , qui font le Gouvernement Militaire du
Havre de Grace , & le Comté d'Eu.
OBSERV. Cette divifion n'eft pas de moi.
Il y a plus d'un grand tiers du Pays de Caux,
qui n'eft renfermé , ni dans le Comté d'Eu
ni dans le Gouvernement du Havre.
MEM. page 291. Il n'y a pas encore cinquante
ans qu'on apelloit les Habitans du
Pays de Caux , Caillots , on Caillettes.
OBSERV. Le Texte porte , non cinquante
ans , mais cent cinquante ans.
MEM. page 292. Lorfque Cefar entreprit
la conquête des Gaules , le Pays de Caux avois
déja paffe fous la domination des Belges ( dit
l'Auteur. ) Cette maniere de s'exprimer femble
marquer qu'il n'y avoit pas toujours été. Mais
quelle preuve en a ton?
1
OBSERV. La preuve fe préfente d'ellemême.
A moins que deux Peuples differens
ne foient defcendus du Ciel dans le même
inftant , & de maniere que l'un commandât
à l'autre , il eft indubitable qu'il a été un
tems où celui qui obéit aujourd'hui vivoit
dans l'indépendance. On perd cette indépendance
ou de gré ou de force : de gré ,
par une foumiffion volontaire , Ou par une
confederation ; de force , par le fort des
Armes . Les Chattes , les Chamaves , les Cherufques
, les Sicambres , & c. fe font ligués.
eu4
MERCURE DE FRANCE
enfemble, & ont formé la Nation des Francs
c'eft le premier cas : l'Europe prefqu'entiere
a fubi le joug des Romains ; c'eft le fecond
cas. Or,du tems de Cefar les Cauchois obéiffoient
aux Belges , ou formoient avec eux
un même corps de Nation , donc ils avoient
déja paffé , ou de gré ou de force , fous leur
domination.
1
MEM. page 293 , Parmi les raifons fortes
qui déterminent l'Auteur à croire la
que
Juliobona de Ptolemée ne doit point être
diftinguée de l'llebonne , il nous paroît un
peu furprenant qu'il mette la reffemblance des
deux noms, lui,qui quelques lignes auparavant,
dit qu'on a mal à propos donné à l'ancienne
Capitale de Caux le nom d'Infula- bona . Car
affurément l'Ilebonne a beaucoup plus de
raport au nom d'Infula-bona , qu'à celui de
Juliobona.
OBSERV, Je ne vois pas à quoi tend ce
raifonnement , ni quel eft le but que l'on
s'y propofe . Veut - on dire que puifque la
reffemblance des noms fait partie de mes
preuves , je devois m'en tenir à celle que
préfente fi naturellement Infula -bona que je
condamne , & rejetter celle que préfente
Juliobona que j'admets ? Mais il n'eft pas
queftion de fçavoir quelle eft la Ville qu'on
a apellée Infula-bona onze ou douze cent ans
après Ptolemée : on demande quelle eft celle
que
MARS. 1741 485
que Ptolemée lui même a apellée Juliobona ;
& cela pofé , on fent qu'il n'y a point d'au
tre raport à chercher , que celui qui doit fe
trouver entre le nom précis de Juliobona
& le nom plus récent de quelqu'une de nos
Villes du Pays de Caux. Imaginons , qu'on
eût fait cette queftion fous le Regne de
Hugues Capet , & qu'un Géographe attentif
eût répondu que cette conformité fe trouve
dans le nom de l'Ilebonne ; auroit - on pû
oposer une reffemblance plus parfaite entre
ce même nom de l'Ilebonne & celui d'Infulabona
qui n'exiftoit pas encore , & qui nedevoit
naître que deux cent ans après ? Veuton
dire que le nom Latin d'Infulabona eſt
plus ancien que le nom François de l'Ilebonne
? Mais que gagne t'on à cela ? 1 ° . C'eft
ce qu'il faudroit prouver ; & affurément la
chofe n'eft pas aifee, 2 °. Quand la propofition
feroit vraie , il en réfulteroit toujours
qu'Infula bona étant précisément la même
chofe que Juliobona & l'Ilebonne , cette derniere
Ville eft incontestablement la Juliobona
de Ptolemée . Quæfunt eadem uni tertio,
funt eadem inter ſe.
MEM. pages 294 295. L'Auteur remarque
que l'Itineraire d'Antonin , tel que nous
l'avons , a été fi fort alteré & corrompu par
les Copiftes , qu'il eft fouvent plus propre à
augmenter les difficultés , ou à en faire naître
de
486 MERCURE DE FRANCE
de nouvelles , qu'à les concilier ou à les levers
qu'il n'y a point d'autre parri à prendre
que de le rectifiers ( j'ai ajoûté , fi on le peut )
ou de l'abandonner totalement. Nous croyons
que ce dernier parti ne feroit pas du goût de
tous les Sçavans ; & il feroit un peu trop fore
de les compter pour rien , même dans la question
préfente , comme Auteur veut que l'on faffe.
OBSERV. Je ne pretens pas que , l'Itine
Faire fupofe fautif , il n'v ait point d'autre
parti à prendre que de l'abandonner totalement.
Il me femble que l'alternative eft affés
clairement propofée : ou rectifiez - le ,
dis-je , fi vous le pouvez , ou abandonnezle.
Les Sçavans de tous les fiécles peuventils
penfer autrement ? Veulent -ils que fi je
ne fuis pas affés habile pour corriger une
faute reconnue de l'Itineraire , je fois encore
obligé de la fuivre & de m'y conformer?
A
MEM. page 295. Je demande à mon tour
pourqu i Ptolemée s'eft avifé de mettre le Pays
de Caux à la DROITE de la Seine ? Changeronsnous
pour cela nos Cartes ? &c.
OBSERV. C'est moi , dit- on , qui parle ;
& au moyen de cela on me fait dire une
abfurdité groffiere. Voici cependant les propres
termes de mon Texte , page 6. Je demande
à mon tour pourquoi Ptolemée s'est avisé
de mettre le Pays de Caux à la GAUCHE de la
Seine , &c. En verité , Mellieurs les Imprimeurs
MARS. 487 1741.
meurs , les Correcteurs , & les Réviſeurs
d'épreuves , il y a fouvent bien de la négligence
dans votre fait.
MEM. page 298. Les Rivieres ( du Pays
de Caux ) n'arrofent que les vallées & les
plaines.
OBSERV. Cette defcription eft toute entiere
du Journaliste ; je n'y prétens rien.
J'ai dit page 39. que les Rivieres du Pays
de Caux n'arrofent que les vallées ; en forte
que les plaines , faute de puits , n'ont d'autre
reffource que des mares qui fe deffechent
facilement ce qui fupofe que ces Rivieres
n'arrofent pas les plaines . Et où font donc
celles qui arrofent d'autres Terres que les
plaines & les vallées ?
MEM. page 303. L'origine de S. Vandrille
& de Fecan eft attribuée par l'Auteur aufeptiéme
fiécle , auffi bien que celle de Caudebec.
OBSERV. Cela eft vrai pour les deux Abbayes
de S. Vandrille & de Fecan . Mais j'ai
raporté l'origine de Caudebec au tems des
Gaulois , & le Journaliſte même l'a reconnu
fix ou fept pages plus haut . Sans doute il
avoit mis Candebequet dans fon MS. & l'Imprimeur
qui a pris plus haut fa main gauche
pour la main droite , a pris ici Candebequet
pour Caudebec.
MEм. page 309. La Ville du Havre de
Grace fondée fur un terrein que la Mer & la
D Seine
488 MERCURE DE FRANCE
Seine à fon embouchure , ont laiffé à ſec en
retirant , &c.
nfe
OBSERV. Ce ne font là ni mes expreffions
, ni ma pensée. Le Havre n'a point été
fondé fur un terrein que les eaux de la Mer
& de la Seine ayent laiffé à fec en fe retirant.
De nouvelles Terres fe font formées en cet
Endroit ; & c'eft fur ces nouvelles Terres
que l'on a bâti la Ville du Havre. Voici mon
Texte , page 193. Le Havre de Grace eft
fitué à l'embouchure de la Seine fur un terrein
qui s'eft accumulé infenfiblement au moyen des
fables , du galet , de la vafe , qui n'a pris
toute l'étendue & la confiftance qu'il a aujourd'hui
, que depuis 200. ans ou environ.... La
Mer , oufi l'on veut , le lit de la Seine , s'eft
donc retréci en cet endroit pour faire place à
l'accroiffement des Terres , & c.
*
L'ARBRISSEAU ET LE JARDINIER,
D
FABLE.
E tout tems on l'a dit , c'eſt une verité ,
Qui feme dans l'Hyver , moiffonne dans l'Eté.
Jadis un Arbriffeau nâquit dans un bocage ,
Entouré de buiffons , funefte voiſinage !
Le pauvre rejetton en cet état réduit ,
Jour
MARS. 1741
48%
Jour & nuit en fecret & foupire , & gémit.
Survitun Jardinier , touché de fa mifere ;
Venez mon fils , dit- il , je ferai votre pere :
En effet il l'arrache , & dans le mêine inftant
Place notre orphelin dans un Jardin charmant.
Pendant deux ou trois ans , il vit dans l'eſperance,
De fes foins il attend la douce récompenfe.
Point du tout , l'Arbriffeau ne lui donne aucun fruit,
Le Jardinier enrage , il creve de dépit ;
Ah ! répond l'Arbriffeau , de grace je vous prie,
Encore quelque tems , ne m'ôtez pas la vie.
Qui l'auroit jamais crû ! Par un heureux deftin
L'Arbriffeau fait bien -tôt l'ornement du Jardin.
✪! vous tous , que le Ciel choifit avec fageffe ,
Pour diriger les pas d'une aimable jeuneffe ,
Ne vous rebutez point , attendez la faifon ,
Tôt ou tard vous aurez une riche moiffon.
Par l'Abbé de Malbofe.
EPITRE
De M. de la Soriniere à Mad. de ***
V
Ous ne vous feriez jamais attenduë
Madame , que je vous cuffe envoyé
pour Etrennes unė Palinodie , après avoir
Dij cé
}
490 MERCURE DE FRANCE
célebré les qualités de l'eau commune avec
un zéle fi marqué , & vous avoir décerné
tout l'honneur de l'éloge que j'en ai fait,
mais enfin , Madame , je me flate que vous
me pardonnerez un changement fi fubit
ou plutôt fi aparent , quand vous fçaurez ce
qui y a donné lieu.
Mon Eloge de l'Eau n'eut pas plutôt parû
dans le Mercure d'Octobre dernier, que quel
ques Bûveurs incorrigibles, & peu touchés du
mérite de cette liqueur , confpirerent contre
ma Muſe , & fans doute contre ma vie :
vous en allez juger.
Un beau matin , deux Députés d'une
troupe Bachique , qui pendant toute la nuit
avoit déliberé , le verre à la main , fur un
cas fi grave , s'introduifirent comme deux
phantômes dans mon petit cabinet. Chacun
d'eux portoit une énorme bouteille , amphora,
& un gobelet proportionné ; après
quelques poftures de vrais Pantomimes
dune voix entrecoupée de fanglots Bachiques
: Ami , dirent-ils , voici de quoi te régaler
; c'eft de l'eau de la fontaine Caftalie ,
dont buvoient Homere & Pindare : allons....
bois.... rime.... avale.... & ils me préfentoient
leurs prodigieufes coupes , ( cratera
Spumantia Baccho ) fi près de la bouch
que je crûs me devoir préparer à la quef
tion.
Vous
MARS. 1741 . 491
Vous jugez bien , Madame , que ma premiere
penfee fut de demander quel étoit
mon crime , & de quoi il s'agiffoit ? De
faire l'éloge du vin , morbleu , me répliquerent-
ils vivement , & de reftituer Bacchus
dans tous fes droits : vite , vite.... la plume
à la main ; commence..... voici ce qu'il faut
dire.... Je n'ai donc fait, pour ainfi dire , que
rimer ce qui m'a été dicté , & encore tout
en tremblant. La rime tardoit - elle ? on m'apliquoit
une rafade telle qu'un Suiffe ne l'au
roit pas avalée d'un trait , affûrément , ( crateras
magnas ftatuunt & vina coronant ; )
quand j'avois bien réuffi à leur gré , ils s'aproprioient
la rafade préparée pour le Rimeur
, & elle étoit coulée dans un efto .
mach où je n'aurois jamais crû qu'elle eût
pû trouver de place : enfin , voilà l'hiftoire
de cette Palinodie forcée , extorquée , abufive
& contre le droit des Gens ; auffi , Dieu
fçait comme je protefte contre.
J'aurois bien voulu , Madame , terminer
cette Piéce , déja trop longue , par la défaite
des Titans , où le Dieu des Bacchantes , felon
ces Mellieurs , fe couvrit d'une gloire
fi juftement méritée ; mais non , il a fallu la
pouffer plus loin ; on ne m'en a pas quitté à
jufte prix ; il fallut donner toutes fortes
de préferences au Vin fur l'Amour , & me
dire des injures à moi - même ; cela étoit de
D iij
la
492 MERCURE DE FRANCE
la céremonie : & l'ouvrage enfin ne fut pas
plutôt au point qu'on le défiroit , qu'on fe
faifit des brouillons , d'après lefquels plufieurs
copies fe font multipliées , fe reffentant
paffablement toutes de l'état où étoient
les Copiftes , & c'eft ce qui m'a déterminé
moi -même à ne pas faire myftere de cette
avanture. N'étoit- elle pas dangereufe , Madame
? Enfin j'en ai été quitte pour la peur
que m'ont caufée les groffes bouteilles &
les Echanfons qui les portoient ; il faut pourtant
fincerement avouer que je bûs un peu
du jus qu'elles contenoient : mais ce ne fera
qu'à la premiere entrevûë que je vous dirai
fi je le trouvai bon.
Le Public feroit fans doute fcandalifé
Madame , fi je ne l'avertiffois pas que vous
entendez auffi parfaitement le Latin que le
François , & ce n'eft nullement en vûë de
vous faire valoir que j'en ufe ainfi . Votre
modeftie n'y trouveroit pas fon compte ;
mais je dois prévenir le reproche qu'on me
feroit infailliblement d'avoir pédantefquement
mêlé du Latin en écrivant à une Perfonne
de votre fexe .
J'ai l'honneur d'être , Madame , &c.
BACMAR.
S. 1741. 493
XXXXXXXX*********
BACCHUS VENGE' ,
OU LA PALINODIE FORCE'E.
Par M. de la Soriniere .
Q Uoi donc , infulter à Bacchus !
Quel infolent Mortel , en méprifant fon Jus ,
Ofe étaler ici fes faftueufes rimes ,
Pour charger ce grand Dieu des plus énormes
crimes
Et des plus coupables abus
Adouciffez l'aigreur de vos tons fuperflus ,
Et rapellez celui de votre courtoisie .
Bacchus après Jupin eft le plus grand des Dieux :
Et c'eft fon jus délicieux
Sous le nom de Nectar & celui d'Ambroisie ,
Dont s'enyvre là - haut dans les divins banquets
La Troupe célefte & choifie.
Souvent parmi les pots & parmi les hoquets
Nous avons vû ce Dieu , débitant fes fleurettes ,
Plaire à maintes Divinités >
Et féduire ici- bas maintes jeunes brunettes ,
Qui déja fe croyoient autant de Déïtés ,
Et dont les tendres feux dans leurs coeurs enchantés ,
Et la complaisance féconde ,
D iiij
Ont
494 MERCURE DEFRANCE
Ont peuplé de Héros prefque tout ce bas Monde.
Par le Dieu des raifins que de Monftres domtés !
Et quand une engeance perverfe
Pour détrôner Jupin voulut grimper aux Cieux ,
Que déja la terreur en s'emparant des Dieux
Faifoit prendre à chacun une route diverſe ,
Hélas ! c'en étoit fait du célefte Pourpris ,
Si le fils de Sémele en fes flacons chéris
N'eût puifé la valeur , les armes , le courage ,
Dans cet horrible contre-tems •
Ou plutôt la Bachique rage ,
Qui fut fi funefte aux Titans .
Qu'un Hydropote lymphatique
Vienne , d'un ton mélancolique ,
Me chanter les vertús de l'eau ,
Irai-je de fon froid cerveau
Adopter le dogme bérétique ?
Non non, parbleu ! je veux boire du vin ,
Et l'Orateur me prêcheroit en vain
Le plus fublime pathétique.
Enfin , s'il faut opter , Bacchus ou les Amours
Qu'on ne puiffe allier dans un heureux concours
De ces Divinités les douceurs & les charmes ,
On ne me verra point préferer les allarmes
Dont l'Amour trop fouvent paya fes favoris ;
11 eft doux , je le fçais , de piaire à fon Iris ;
Mais ce plaifir eft peu durable ,
C'eft
MARS.
1741: 495
C'eft un bien paffager d'un médiocre prix ;
Mais celui de bien boire avec de vrais amis
Recommençant , toujours eft cent fois préferable.
COMPLIMENT fait à Monfieur le Comte
des Saulx de Tavannes , Maréchal desCamps
Armées du Roy, Commandant en Chefen
Bourgogne : Sur la Mort de Madame fon
Epouse. *
Par M. Carrelet , Chanoine Député de LEglife
Cathédrale de Dijon.
M à
R, le devoir, l'inclination & la reconnoiffance
nous engagent venir partager
votre douleur ; elle eft legitime , vous
ne pouvez refuser des larmes à la perte d'une
Epouse dont les rares qualités de l'esprit &
du coeur ont justement mérité votre tene
dreffe , & saifi notre admiration ..
Mais vous ne devez pas vous attrifter
comme ceux qui n'ont point d'espérance ;
Madame la Comteffe de Tavannes ,, moins
jalouse de porter dans un vain éclat la splendeur
de son nom , qu'attentive à rendre
chaque jour au Tout- Puiffant l'hommage
respectueux d'une humble dépendance , a
fait paroître dans toutes ses actions , même
* Anne Amelot , âgée de 491 ans.
Dv jus
496 MERCURE DE FRANCE
jusqu'au dernier moment de sa vie , une
pieté solide & édifiante , une patience héroïque
au milieu des plus longues & des
plus accablantes langueurs , une soûmiffion
sans réserve aux ordres de la Providence ;
présages affûrés de son heureuse deftinée :
quelque bien fondées que soient nos espérances
, il nous refte encore , Monfieur ,
pour vous témoigner tout notre dévouement
& la fincerité de nos juftes regrets , d'offrir
pour elle le Sacrifice de l'Agneau sans tache ,
& de former en même tems les voeux les
plus ardens pour votre conservation , &
celle de votre illuftre pofterité.
Nous sommes fâchés de n'avoir pas reçû
plutôt ce Discours édifiant.
ETRENNES de M. Roy lefils, âgé de 8 ans,
à Madame la Comteffe de Mailly
fa Maraine.
DvU jour même de ma naiffance
J'ai quelque droit à vos bontés ;
Ma plus vive reconnoiffance
N'a que des voeux pour vos profperités :
Des voeux innocens de l'enfance ,
On dit que les Dieux font flatés.
La
M.AR S. 2741. 497
La Grandeur, les Plaifirs , les Ris fuivent vos traces ;
Moi , dans l'état obſcur où l'âge me. réduit ,
J'attens qu'un jour par les Mufes conduit ,
Je puiffe à vos genoux faire ma cour aux Graces .
1. Janvier 1741 .
Tandis que nous sommes sur l'article de
M. Roy , nous croyons devoir placer ici les
Vers qu'il adreffa à M. le Maréchal de Belle-
Isle , lorsque ce Seigneur fut nommé Ambaffadeur
Plénipotentiaire à la Diette de
Francfort.
Vous , chés qui la raifon eft égale au courage ,
Qui fçavez du même air vaincre & perfuader ,
Allez de l'Empereur adjuger l'héritage ;
Forcez l'Europe à s'accorder..
Que fon bonheur foit votre ouvrage ,
C'est l'unique interêt digne de vous guider.
Du nouveau choix qui vous décore ,
Est- ce vous le premier qu'on doit féliciter ,
Ou le Souverain qui s'honore
D'employer les talens , ou nous d'en profiter
Le froid fpéculateur meſure
Par les difficultés , leur nombre , leur nature ;
Et par mille incidens à naître tour
* Cefar eodem animo dixit que
à tour
bellavit.
Quintil . Lib. 10 .
D vj
Ce
498 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'il faut à peu près que dure
La Diette & votre ſéjour .
Moi , qui fçais que pour vous le tems change
d'allure ,
›
Que vous doublez cent fois les minutes d'un jour,
Qu'un obſtacle eft pour vous une reffource fûre
Je compte feulement les Poftes , & j'augure
Que je célebrerai bien- ôt votre retour.
siksi aikakakakakakakakakak
EXPLICATIONS de plufieurs Tableaux
Allégoriques ( deffinés à la plume & lavés
à l'encre de la Chine ) préfentés au Roy ,
à Monfeigneur le Dauphin , à S. A. S.
M. le Duc de Chartres , & à S. E. M.
le Cardinal de Fleury. Par M. Gofmond.
, LE MODELE DES ROIS , dédié à
Monfeigneur le Dauphin ; préfenté à ce
Prince , avec l'agrément du Roy , le 23.
Mars 1740..
E Tableau eft divifé en trois groupes
Cde Figures. Le premier eft compofé
de la Gloire , de la Paix & de la Puiffance
fouveraine. La Paix dépofe le Portrait du
Roy dans le fein de la Gloire , avec cette
Légende : Ludovicus Pacificator Orbis . La
Puiffance fouveraine eft caractérisée fous
la
MARS. 1741 499
la figure d'une Femme vêtuë noblement ,
la tête ornée d'un Diadême , qui regarde
avec tendreffe le Portrait de Sa Majefté.
Pour repréfenter tous les devoirs d'un grand
Roy , on la voit d'une main récompenfer
le mérite , les Arts , les Sciences , ( tous
caracteriſes au deffous d'elle par leurs differens
attributs ; ) & de l'autre , répandre
l'abondance fur tous fes Sujets. Elle a , à fes
côtés , les attributs de la Juftice , pour marquer
qu'elle a autant, d'attention à punir le
crime , qu'à récompenfer les talens & la
vertu .
Le fecond groupe repréſente Minerve , (a)
qui conduit Monfeigneur le Dauphin. Cette
Déelle montre à ce jeune Prince , le Portrait
de fon augufte Pere , qu'elle lui propofe pour
modele. Elle le couvre de fon Egide , &
elle écarte de fa perfonae tous les vices ,
caracterifés fimplement par la Flaterie , le
Menfonge & la Molleffe , comme les premiers
mobiles de toutes les erreurs où les
Grands peuvent tomber.
Le troifiéme groupe fur le devant , repréfente
la Terre , fous la figure de Cibele , qui
regarde avec plaifir le Portrait du Roy , dépofé
par la Paix au fein de la Gloire . Elle
admire ce Monarque , né pour la félicité du
(a) Cette Figure caractériſe les Perfonnes illuftres
chargées de l'éducation de Monfeigneur le Dauphin.
MonFoo
MERCURE DE FRANCE
Monde , & elle lui préfente fon Sceptre.
Le Génie de la Terre offre à ce grand Prince
dans un feul coeur , celui de tous les hom
mes. Aux pieds de Cibele eft le Lion , confacré
à cette Divinité . On y a joint le Cocq ,
qui fait groupe avec lui , pour défigner par
ces deux fymboles de la France & de l'Efpagne
P'union éternelle qui doit regner
entre ces deux Nations.
Au bas du Tableau on lit cette Infcription :
LE MODELE DES ROIS.
Ce Modele des Rois , LOUIS , dont le grand coeur
Sçait fe vaincre dans la Victoire ,
Confacré par la Paix dans le fein de la Gloire ,
Sur le bonheur du monde a fondé fa grandeur .
De cet aimable Roy la fuprême puiffance
Remplit de fes Sujets les voeux & l'efpérance
Et lui gagne le coeur de tous fes ennemis .
La Terre le voit & l'admire :
Elle voudroit qu'à fon Empire
Tous les Peuples fuffent foumis.
"
Minerve, qui prend foin des deftins de la France,
Du Dauphin dirige l'Enfance :
Elle cultive en lui la candeur , la bonté ,
•
Dont fon augufte fang par le Ciel fut doté ;
Et le couvrant de fon Egide ,
Ecarte la troupe perfide
Qui
MARS.
1741. SOBY
1
Qui dégrade fouvent des Rois la Majesté.
Dans ce Roy magnanime , à fes devoirs fidele
Elle lui montre le Modele ,
Qui peut feul le conduire à l'Immortalité.
LE TRIOMPHE DE LA PAIX,
dédié au Roy ; préfenté à Sa Majefté
le 20. Décembre 1740.
Le Roy eſt repreſenté dans ce Tableau fur
le Mont de la Gloire. Son action paroît déterminée
vers la Victoire , qui lui préſente
d'une main une Couronne de Laurier , & de
l'autre une Palme : Sa Majefté prend la Couronne
de Laurier , pour s'en referver l'ufage
que fa fageffe en doit faire . A la droite du
Roy , on voit la Paix qui defcend du Ciel ,
pour le couronner . La Paix arrête la Victoire.
& faifit fa Palme; montrant, par cette action,
qu'elle veut partager avec elle l'honneur des
Triomphes de Sa Majefté.
La Juftice & la Sageffe , fous les figures de
Thémis & de Minerve, forment, à la gauche
du Roy , un Groupe particulier. Elles regardent
avec plaifir les fruits qu'un grand Prince
fçait recueillir de leurs confeils. Ces fruits
font caractérisés par une Corne d'abondance,
que le Roy tient de la main droite . Ce Prince
en répand fur fes Sujets tous les biens &
tous les avantages que l'Agriculture, le Commerce
Joz MERCURE DE FRANCE
merce , les Arts & les Sciences, ( figurés dans
ce Tableau par leurs attributs, ) peuvent re-.
tizer des douceurs de la Paix .
Le Temple de la Gloire , fur le fommet
du Mont à la droite du Roy , éclaire tout le
Tableau. On voit dans ce Temple l'Immortalité
affife fur un Piédeftal ; elle tient un
Médaillon ( entouré d'un Serpent qui fe
mord la queue , ſymbole de l'éternité ) dans
lequel elle montre cette Légende :
LUDOVICUS XV. amore Pacis & Patrie
, Pacificator Orbis.
Mars , fur le devant du Tableau , eft affis
fur fes Trophées à l'ombre d'un Palmier. Ce
Dieu (qui caractériſe le Militaire François )
eft apuyé sur un Bouclier où font les Armes.
de la France. Ii voit avec furpriſe que la Paix.
triomphe & l'emporte fur la Victoire dans.
le coeur de Sa Majefté ; il la regarde avec une
attention héroïque ; il femble n'attendre que
fes ordres pour reprendre les Armes & porter
la terreur chés toutes les Nations qui voudroient
troubler la Paix , dont ce grand
Prince veut faire jouir le Monde .
Au bas du Tableau on lit cette Infcription:
LE TRIOMPHE DE LA PAIX.
Tranquille & repofant au faîte de la Gloire ,
Louis,prend les Lauriers que donne la Victoire ;.
Il en aime l'éclat , fans en être féduit..
Couronné
MAR S. 1741 503
Couronné par la Paix dont l'esprit le conduit',
Il voit par fes vertus au Temple de Mémoire
Son nom braver le tems & la nuit qui le fuit.
Ce Grand Prince occupé du bonheur de la France ,
En écarte la Guerre , y répand l'abondance ;
De fes fages confeils elle eft pour nous le fruit.
Mars , affis à les pieds fur ses brillans trophées ,
Contemple avec chagrin les guerres étouffées ;
Frémiffant fous la Paix , dont il fubit la Loy
N'attend pour triompher que les ordres du Roy.
LES FRUITS D'UNE HEUREUSE NAISSANCE
ET D'UNE BELLE EDUCATION , dédiés à
S. A. S. M. le Duc de Chartres ; préſentés
à ce Prince, avec l'aprobation de M. le Duc
d'Orleans , le 22. Janvier 1741 .
Un jeune Hercule eft repréfenté dans
ce Tableau , revêtu des dépouilles du Lion.
de Nemée , qu'il dompta à l'âge de 16. ans ,
fymbole de fon courage & de fa force. Il eft
apuyé fur un Bouclier , où font gravées les
Armes de S. A. S. & il foule aux pieds l'Hydre
de Lerne , qui défigne les paffions dont
il a triomphé. La Juftice le couronne ; la Sageffe
lui fait voir, dáns les attributs des Sciences
& des Beaux - Arts , les objets qui dans
le monde peuvent illuftrer fa vertu . La Vérité
éclaire tout le Tableau , & fa divine fumiere
04 MERCURE DE FRANCE
miere juftifie les confeils de la Sageffe , & la
récompenfe que la Juftice accorde aux vertus
de ce jeune Héros .
Au bas du Tableau on lit cette Infcription :
LES FRUITS D'UNE HEUREUSE NAISSANCE
ET D'UNE BELLE EDUCATION ,
Fait voir
A peine adolefcent , Hercule glorieux ,
Triompha des efforts du Lion de Nemée ;
L'Hydre des paffions fous fes pieds oprimée ,
que de lui- même il fut victorieux ;
C'est ainsi qu'il prouvoit fa naiffance divine .
Les Titres éclatans d'une illuftre origine
Ne peuvent décorer que l'homme vertueux.
GRANDS , de qui la Naiffance eft un préfent des
Cieux ,
Imitez ce Héros : C'eft fur des traits auguftes ,
Et non pas fur des noms tranfmis par vos Ayeux,
Que l'immortalité confacrera vos Buftes ;
Dès vos plusjeunes ans montrez- vous BONS JUSTES ,
Et dites - vous après iffus du Sang des Dieux.
LE PORTRAIT CARACTERISE' de
· S. E. M. le Cardinal de FLEURY , préſenté
au mois de Septembre 1740 .
La Vérité & la Sageffe préfentent dans ce
Tableau le Portrait de S. E. La Juftice , fa .
balance en main , pefe les avantages que la
France en particulier & en géneral,toutes les
Nations
MARS. 505T 1741 .
Nations retirent de fa candeur & de fon zele
pour le bien univerfel .
le..
La France , affife fous un Palmier , où fon
Génie attache les Armes de S. E. contemple
le Portrait de ce.fage Miniftre , qui donne
tous fes memens à la folide gloire de fon
Roy & à la félicité de fes Sujets . Elle en admire
tous les traits , dans lefquels elle reconnoît
ceux des Vertus qui dirigent la grandeur
de fes fentirnens & fon zele pour le.
bien de fa Patrie . Les fruits que la France retire
de ce zele , font caractérisés par le Cartouche
des Armes de la Loraine, qui marque.
fa réunion à la France; un faifceau de Palmes
& une Corne d'abondance , défignent tous
les autres avantages dont la fageffe de S. E.
la fait joüir.
L'Amour , une Palette & des pinceaux à
la main , montre à la France le Portrait de
S. E. il lui dit que c'eft fon Ouvrage , & que
c'eft lui qui l'a peint pour lui plaire. Cet
Amour caractérife celui que la fageffe & les
vertus de S. E. ont fait naître pour elle dans
tous les coeurs , qui n'ont pour regle de leurs
jugemens , que la juftice & la vérité.
L'Envie , accablée fous les pieds de la Justice
, regarde avec fureur le Portrait d'un Miniftre
, dont la fageffe la confond. Cette feule
figure caractérife tous ceux qui portent
enyie aux vertus de S. E. & que voudroient
obfcurcir
306 MERCURE DE FRANCE
obfcurcir les avantages que le Public retire
de fon amour pour la Paix , de la candeur de
fon ame , & de la juftice qui dirige tous fes
objets.
Áu bas du Tableau on lit cette Infcription :
D'un Ministre éclairé que la Sageffe guide
Dans les confeils de qui la Juſtice préfide ,
Qui peſe ſes projets au poids de l'équité
L'Amour a peint ici le Portrait refpectable ;
Et des mains de la Vérité
Il tient le pinceau redoutable ,
Qui ne flata jamais Phumaine vanité.
A la France attentive il montre fon Ouvrage.
L'Envie en voit les traits ; elle en frémit de rage
Contre fon propre fein fes Serpens révoltés
L'étouffent du venin dont ils font infectés.
ESSAI DE MEDAILLE fur le
Mariage de Madame , premiere de France,
avec le Prince Dom Philipe , fecond Infant
d'Espagne.
Le Roy eft repréſenté dans cette Médaille ,
couronné d'Olivier & portant fur fa Cuiraffe
l'Egide de Minerve ; ce qui caractériſe la Paix
que fa modération , fa fageffe , a bien voulu
donner à fes ennemis , & dont nous avons
goûté les prémices par le Mariage de Madame.
Le
MARS. 307 1741.
Le Revers repréfente la Concorde , l'Amour
& l'Hymen. La Concorde , avec un air
de joye & de majefté , eft au milieu de ces
Divinités ; elle tient d'une main une Palme
avec un Ecuffon où les Armes de France &
d'Efpagne font réunies, & de l'autre elle préfente
à l'Amour le Dieu de l'Hymenée . Ce
Dieu regarde l'Amour avec tendreffe. L'Amour
, de fon côté , paroît voler d'un air
empreffé au devant de cette Divinité , avec
laquelle il unit fa main & fon flambeau . On
lit autour cette Légende :
Concordia fratrum.
Légende qui remplit deux differens objets,
dont le premier , qui eft que l'Hymen &
l'Amour font freres , fe raporte allégoriquement
aux noeuds qui refferrent par l'Hymen,
ceux qui uniffent par le fang les Maifons
Royales de France & d'Espagne.
Les mots de l'Enigme & des Logogryphes
de Février font , l'Enigme , le Coeur , & Mufica.
On trouve dans le fecond Logogryphe .
Mufca , Mufa , & Mus.
ENIG
508 MERCURE DE FRANCE
****************
ENIGME.
C Elui qui créa tout , ne me fit pourtant point ,
Et l'homme , cet ouvrage accompli de tout point ,
N'égale pas encor mon anciene naiffance.
Je fuis avec les Pauvre ainſi qu'avec le Roy ;
Aveugle , je le fuis avec grande affûrance ,
Sans qu'ils s'embarraſſent de moi .
Quoique je fois fans yeux , je donne des lumieres
Auxquelles les Sçavans ont très -fouvent recours ,
Leur étant néceffaires
Pour bien regler leurs jours.
LOGOGRY PHE.
DAffs fept Lettres, Lecteur , cherche, tu trouveras
Bien des mots confondus, ne t'en embroüille pas ;
D'un immenſe fluide une vafte étenduë ;
Le plus grand Saint dont la Fête eft connuë ;
Un trop pernicieux défaut ;
Le défir de percer jufqu'au fçavoir d'enhaut ;
Une Riviere , un Saint très - connus en Champagne;
Ce qu'on jette dans la Campagne ;
Le mot dont le Poëte eft le plus entêté ;
Une
M.AR S.
1741. 509
Une Ville de France , où le brave eft vanté ;
Un Fleuve de l'Afrique ;
Un Golfe de la Mer Baltique :
La fubftance qui fait un tout ;'
Une Liqueur difgracieuſe au goût :
L'erreur qui rend la raifon chancelante ;
L'Etre parfait qui forme une troupe brillante :
La Province d'où vient un nombre d'impuiffans ;
Du corps , une partie , où réfide un des fens :
Une riviere en Franconie ;
Ce qui paffe, & revient dans le cours de la vie
Un inftrument néceffaire fur l'eau ;
L'Animal le moins beau ;
L'échine peu garnie ;
La plus cruelle maladie ;
Une Ville d'Espagne : un être de raiſon :
Le nom d'une jufte Pucelle ;
• Ce qu'un Plaideur pourfuit à tire - d'aîle :
Ce qu'on prend avec foin dans l'ardente
faifon :
Ce que la Terre enferme en fes entrailles
L'endroit où l'on brife les pailles :
Tout l'opofé de la douceur ;
Ce qui pour la jeuneffe eft une belle fleur
Qui paffant comme une ombre eft toujours regretée ;
Quel eft le vrai plaifir d'une fille ajuſtée ;
Ce qui rapelle à l'efprit l'homme mort ;
Après
510 MERCURE DE FRANCE
Après avoir jeûné quel eft le réconfort :
Quel eft le sûr moyen d'éviter le naufrage ;
L'objet des plus beaux feux de toute femme fage ;
Quelle eft la paffion dominanté du coeur : *
Deux fons harmonieux que l'on répete en Choeur ;
Enfin , Lecteur , il faut que je te dife
Que c'est le nom d'un Saint qu'on fête & folemnife.
&
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX -ARTS, &c.
ATALOGUE des Rôles Gafcons , Nor
Cmands & François , déposés à la Tour
de Londres. Ouvrage proposé par Souscription.
En deux Volumes in folio.
Les Provinces qui compofent aujourd'hui
le Royaume de France , quoique réunies
depuis plufieurs fiécles à la Couronne , fe
reffentent encore du malheur d'en avoir été
autrefois féparées , & d'avoir été foumiſes
à des Seigneurs particuliers ou même à des
Princes Errangers , qui fous le titre de Vaffaux
du Roy , exerçoient fur elles prefque
toutes les parties du pouvoir fouverain.
, L'Hérédité des Fiefs , l'Etabliffement des .
nouvelles Seigneuries , la Création des nouvelles
MARS. 1741
velles Charges , l'Affranchiffement des Com--
munes , l'Incorporation des Communautés
avec les Villes , la Conceffion des nouveaux
Privileges , en un mot tout ce qui fert de
titre & de fondement aux droits dont jouiffent
aujourd'hui les differens Ordres du
Royaume , a commencé dans un tems poftérieur
à celui de cette efpece de démembrement
de la Souveraineté.
Comme c'eft de l'autorité de ces Seigneurs
ou Princes Etrangers de qui relevoit chaque
Province , que tout cela émanoit , les Chartes
par lefquelles on les accordoit ou on confirmoit
ces nouveaux droits, ont été déposées
& confervées dans les Archives de ces Seigneurs
.
Les Duchés de Normandie & de Guyenne
, ainfi qu'une grande partie des autres Sei
gneuries fituées dans la partie occidentale de
la France depuis le Comté de Ponthieu juſ
qu'aux frontieres de la Navarre , relevans
des Ducs de Normandie , devenus Rois
d'Angleterre , les plus importantes de ces
Chartes étoient portées à Londres , afin que
dans les occafions qui fe préfentoient , le
Confeil du Roy pût aifément fe les faire repréfenter.
Après la réunion de ces differentes
Seigneuries à la Couronne de France
toutes ces Chartes font restées en Angleterre
, & on les conferve encore dans les
E Ar512
, MERCURE DE FRANCE
Archives de la Tour de Londres..
On a fenti en plufieurs rencontres la néceffité
qu'il y avoit de confulter ces Titres ,
pour éclaircir ou même pour décider des
Procès très- importans , portés . devant les
Tribunaux de France : mais jufqu'à préfent
la difficulté de démêler parmi le nombre
prodigieux de Chartes gardées dans les Archives
de la Tour , celles dont on avoit befoin
, a été prefque toujours infurmontable ;
& après une recherche longue , couteufe &
pénible , il a fallu renoncer à l'efpérance de
trouver ce que l'on cherchoit. Plufieurs cau
fes concouroient au peu de fuccès de ces recherches,
L'étude des anciens Titres , étude
très -épineufe & très - défagréable, eft dans tous
les Pays une chofe à laquelle peu de perfonnes
s'apliquent ainfi il eſt même affés rare
de trouver des gens qui fçachent lire ces anciennes
Chartes , écrites dans une Langue &
dans un caractere étrangers , ou du moins
très- different de la Langue & du caractere
d'à préfent.
A cette premiere difficulté il s'en joinţ
une feconde , particuliere aux Chartes confervées
dans les Archives d'Angleterre : c'eft,
le défaut de Tables ou de repertoires , des,
Titres placés dans les dépôts.
Tr L'ancienne coûtume en Angleterre , lorfque
l'on apofoit le grand Sceau à des Char-
: tes
MAR'S 17413
313
tes ou Patentes , étoit d'en faire des copies
fur des feuilles de parchemin que l'on coufoit
enfuite pour en faire un Rolle ou un
Volume , qui contenoit ce qui avoit été expedié
pendant fix mois , ou même pendant
une année , fuivant que les piéces étoient
plus ou moins nombreufes , ou qu'elles
avoient plus ou moins d'étendue. On délivroit
alors ces Rolles au Garde des Regiftres
publics avec une Schedule qui marquoit le
titre , la date & le contenu de chaque piéce ,
avec les noms, foit des Lieux , foit des Per- 1
fonnes qu'elles concernoient.
Ces Schedules fervoient de Catalogue ,
comme cela fe pratique encore dans l'Echiquier,
ou du moins on les tranfcrivoit dans
un Regiftre géneral .
Quand on connoît la date précife de la
piéce demandée , la recherche n'eſt pas
exemte d'embarras : " mais quand on ignore
cette date ( & c'eft le cas le plus ordinaire )
cette recherche devient prefque toujours infructueufe
, puifqu'il n'y a d'autre moyen de
la faire que celui de parcourir un Catalogue
énorme , qui forme pour les feuls Rolles
Gafcons , Normands & François dont il
s'agit ici , quatre gros Volumes in -folio.
Les Chattes étant toutes écrites en Latin
lés noms des Lieux & des Perfonnes font ordinairement
latinifés , & même traduits
E ij lorfque
314 MERCURE DE FRANCE
lorsque les noms présentent un sens suscepti
ble de traduction. Quand le nom François eft
conservé , l'ancienne orthographe eft presque
toujours fi differente de la moderne
que la personne qui cherche , & même le .
Garde des Archives qui connoît peu la France
, gliffent par deffus le Titre de la Charte
défirée sans la reconnoître.
L'infatigable M. Prynne effaya lorsqu'il
étoit Garde des Regiftres de la Tour , de
remédier pour les Titres Anglois au défaur
de Tables ; mais ce ne fut que sous M. Petit
que ce projet put être executé. Cinq ans
après la révolution , ce Sçavant Jurisconsulte
travailla avec son Député M. Holmes ( qui
eft encore vivant & dont le mérite & les talens
superieurs sont connus de tout le monde
) à faire des Tables exactes des noms de
Personnes & de Lieux mentionnés dans les
Chartes relatives à l'Angleterre. C'eft de leurs
extraits que M. Rymer a tiré presque tou
tes les piéces de son Recueil en dix - sept
Volumes , mais qui ne sont pas la centiéme
partie des Chartes contenues dans les Archives
de Londres. Ces Tables de Meffieurs
Prynne , Petit & Holmes ne contiennent
que les Chartes Angloises des Archives de
la Tour. Les Chartes Françoises , & presque
toutes les Chartes Angloises des autres
dépôts sont encore sans autres Tables
+
que
les
MAŘ S. 1741- 515
es Schedules dont on a parlé plus haut.
Monfieur Carte , qui sous le nom de Philips
a travaillé à la nouvelle Edition de l'Histoire
de M. de Thou , se propose de remédier
, au moins par raport à la France , aux
inconvéniens qui ont rendu infructueuses
les recherches que l'on a faites jusqu'à présent
des Chartes d'Angleterre , relatives à la
France. Ayant paffé plufieurs années à fouiller
dans les differentes Archives d'Angleterre
, & à y chercher les Mémoires & les
Matériaux dont il avoit besoin pour la nouvelle
Hiftoire de ce Pays à laquelle il travaille
, il s'eft apliqué à procurer des copies
exactes de tous les Catalogues ou Schedules
des Rolles contenus dans ces Archives , &
en particulier celles des Rolles Gascons ;
Normands & François. Il a crû que la pu
blication des Catalogues de ces derniers
Rolles pouvoit être une chose avantageuse
à la Nation Françoise , non - seulement par
le grand jour que répandront ces Chartes sur
plufieurs points de son Hiftoire , mais encore
parce qu'ils mettront un grand nombre
de Particuliers , & même de Corps des
differens Ordres du Royaume , tant Ecclefiaftiques
que Séculiers , à portée de retrouver
les Titres originaux de plufieurs droits
dont ils ne jouiffent que sur la foi d'une
poffeffion qu'il n'eft pas toujours facile de
prouver.
E iij Le
516 MERCURE DE FRANCE
Le Catalogue des Rolles Gascons , Normands
& François que l'on présente au Pirblic
, contiendra les Titres , les dates & la
matiere d'environ vingt mille Chartes. C'eſt
tout ce qu'il y a dans la Tour de Londres .
>
Les deux Tables Alphabétiques , l'une
des noms des Lieux , l'autre des noms de
Personnes qu'il joindra à ces Catalogues ,
donneront la facilité d'y trouver sans peine
ce qui sera relatif à chaque Seigneurie , Ville
, Communauté, &c. & les noms modernes
ajoutés entre deux crochets aux noms anciens
du Catalogue ne laifferont aucune
équivoque ni aucune obscurité .
La date de la Piéce ; le numero sous le
quel elle eft cotée dans le Rolle , & le Titse
dece Rolle, qui seront marqués dans le Catalogue
, mettront en état de consulter la
Charte originale dans les Archives promp
tement & facilement : & ceux qui auront
besoin d'une Copie autentique de la Charte
pourront la recevoir d'Angleterre avec autant
de diligence que la réponse d'une Lettre
écrite par la voye ordinaire de la Pofte.
M. Carte s'eft engagé avec joye à un
travail fi utile pour la Nation Françoise ,,
dans la vue de lui témoigner par- là combien
il est senfible aux politeffes qu'il a reçû d'elle
& à ses manieres obligeantes & communicatives
pour les Gens de Lettres. Il croit superflu
MAR S. 1741. 517
perflu de s'arrêter à détailler les differens
avantages de la Collection qu'il propose :
ils se font sentir aux personnes les moins
habiles. Mais comme un Ouvrage de ce
genre , quelque utile qu'il puiffe être , n'eſt
pas de ceux dont le débit eft rapide , il croit
qu'il eft à propos de se mettre en état d'exécuter
son projet d'une façon qui , sans être
à charge au Public , le mette auffi à couvert
de tous les hazards auxquels il ne serait pas
jufte que l'envie de rendre service à la Nation
l'exposât.
&
C'eft dans cette vûë qu'il propose d'imprimer
cet Ouvrage par Souscription ,
de n'en tirer qu'un très petit nombre d'Exemplaires
au delà de ceux pour lesquels on
souscrira dans le tems marqué par ce Projet
, & conformément aux conditions suf
vantes.
L'Ouvrage sera imprimé en deux Volumes
in-folio.
Le caractere & le papier seront conformes
au projet.
Le prix de cet Ouvrage sera de trente - fix
livres en feuilles ; sçavoir dix-huit livres en
recevant la Souscription , & le reftant en recevant
l'Exemplaire dudit Ouvrage.
Les Souscriptions ne seront reçûës que
jusqu'à la fin du mois de Juin 1741 .
E j On
518 MERCURE DE FRANCE
On recevra à Paris les Souscriptions chés
Jacques Barois fils , Quay des Auguftins.
& chés les principaux Libraires des Villes de
France & des Pays Etrangers.
BIBLIOTHEQUE GERMANIQUE ,
on Hiftoire Litteraire de l'Allemagne , de
la Suiffe , & des Pays du Nord , année
M. DCC. Xxxv. Tome xxxIII . in - 12.. de
236. pp. A Amfterdam , chés Pierre Humbert
M. DCC. xxxv .
Art, VII. JACOBI THEODORI KLEIN , & C .
Naturalis Difpofitio Echinodermatum . Acceffit
Lucubratiuncula de Aculeis Echinorum Marinorum
, cum fpicilegio de Belemnitis Genadi
&c. 1734 , c'est-à- dire , Arrangement naturel
des Ecailles des HERISSONS DE MER , avec
une petite Differtation fur les EPINES des mêmes
Heriffons , & fur les Belemnitis , par M.
Jacques Theodore KLEIN , Secretaire de la République
de Dantzig , 1. vol . in- 4°. A Dantzig
, avec des Figures , &c. ·
Ce Livre qui ne contient qu'environ 80.
pages , renferme beaucoup plus de chofes
que le titre ne promet. Outre l'arrangement
des Ecailles des Ourfins , & le refte de ce qui
eft énoncé dans le titre , on trouve à la page
65. une Table générale pour ranger les Animaux
dans un ordre naturel , ce qui eft d'une
grande
MAKS. 1747.
grande utilité
toire naturelle.
pour ceux qui étudient l'Hif-
Après cette Table générale , il y en a une
particuliere , où tous les Coquillages font
rangés dans leur ordre naturel ; l'Auteur y a
ci-devant ajouté une exacte définition , avec
les figures des Coquillages au naturel , ce
qui en a fait un affés grand Volume.
On doit fouhaiter , dit le Journaliſte , qu'il
veuille bien-tôt en faire part au Public ; car
jufqu'à préfent ; il n'y a entore aucun Auteur
qui fe foit donné la peine de ranger les Coquillages
d'une maniere affés diftincte . La
plupart de ceux qui ont écrit fur les Poiffons
teftacées , ont confondu , dit- il , plufieurs
genres, ou en ont multiplié les efpeces, fans
raifon & fans néceffité .
ว
Ces deux Tables font fuivies du Profpec
tus , ou de la Defcription du Cabinet de M.
Klein : Defcription où l'on voit d'un coup
d'oeil l'ordre & l'arrangement d'un des plus
beaux Tréfors de Curiofités naturelles , qui
ayent jamais été poffedés par des particu
liers.
Notre Journaliste s'eft peu étendur fur cet
Ouvrage. Nous ne pouvons pas , dit - il ,
fuivre le fçavant, Auteur dans la Defcription
exacte & détaillée qu'il donne des differentes
Epines de Heriffon ; il faut de négalité
E v · renvoyer
20 MERCURE DE FRANCE
renvoyer les Lecteurs à l'Ouvrage même ;
car quand nous le tranfcririons entierement ,
il faudroit encore ajouter ici les Taillesdouces
qui font excellentes , pour mettre
entierement au fait ceux qui ne font pas pás
dans Phabitude de manier de pareils fujets.
Art. X. JOH. FRIDERICI HENKELII S. Regia
Polon. Majeft, & Elect. Saxonia , Collegii
Metallici Confil. Idea generalis de Lapidum
origine , &c. c'est - à dire , Idée générale de
L'ORIGINE DES PIERRES , &cc.,ppaarr Jean-Frederic
Henkel , Confeiller du College Metallic.
1. vol. in- 8°. A Drefde & à
que
Leizig.
L'Auteur de cet Ouvrage s'eft trouvé engagé
par fon Emploi & par fon propre goût,
à s'apliquer aux recherches dont il s'agit ici.
Depuis vingt ans , il eft enfoncé , pour ainfi
dire , dans les cavernes de la Mifnie , dont
il fait fouiller les entrailles. Il a auffi vû
quantité de Pierres Emangeres , ramaſſées en
divers Climats . Enfin , il en a fait plufieurs
Analyfes Chymiques , qui lui ont fourni
de nouvelles ouvertures fur ces matieres.
Voilà les deux Articles qui nous ont paru
les plus intereffans dans ce XXXIII . volume
du Journal d'Allemagne , ou Bibliothèque
Germanique,
On trouve dans les Nouvelles Litteraires
que
MAR S. 1741. 5521
que M. Jean - Georges Hotter a pris féance
parmi les Profeffeurs de l'Académie de Péterfbourg
, en qualité de Profeffeur d'Eloquence
, & d'Antiquités Grecques & Romaines.
De Wittemberg. M. Chretien Weiſius a
publié une Differtation fur les fçavans Bâtards
Defpuriis in Ecclefia , & Re-Literaria
Claris
De Duisbourg. M. Withoff va imprimer
des Remarques fur un grand nombre
d'anciens Auteurs Latins , dont le titre paroîtra
fingulier , Cruces criticorum. Cela vaut
bien les Tortures de nos Saumaifes , dont
parle Defpreaux.
REFLEXIONS Critiques fur la Poësie & fur
la Peinture par M. l'Abbé Dubos , l'un des
Quarante & Secretaire perpétuel de l'Academie
Françoife. Quatrième Edition revûë , corrigée
, & augmentée par l'Auteur. A Paris ,
chés Pierre- Jean Mariette , ruë S. Jacques.
1740. 3. lol. in 12 .
Cet Ouvrage , déja fi bien reçû du Pu ?
blic , & monté en fi peu de tems jusqu'à
'une quatrième Edition , n'a besoin presque
que d'être annoncé ; nous ajoûterons cependant
, avec de célebres Journaliſtes qui
en ont donné depuis peu un fort bel extrait
que la troisième partie , ainſi que M. l'Abbé
E vj
du
522 MERCURE DE FRANCE
du Bos en avertit au commencement du
premier Vol. se trouve dans cette nouvelle
Edition employée uniquement à des éclairciffemens
concernant les Représentations
Théatrales des Anciens : ces Eclairciffemens
qui : dans les deux premieres Editions , étoient
pas ainfi raffemblés , deviennent.
dans le nouveau jour où ils sont exposés.
un Ouvrage plus complet , & par consé
quent plus digne de curiofité.
HISTOIRE des Empires & des Républiques
depuis le Déluge jusqu'à J. C. &c. Par M.
-L'Abbé Guyon . T.VI. Les Ptolomées. ” in- 1z .
de 488 pages. A Paris chés Hypolite - Loüis
Guerin , & autres Libraires. 1740.
4
Dans ce VI. Vol. deftiné à l'Hiftoire de
ectte Dynaftie des Princes Succeffeurs d'Alexandre
, dire des Ptolomées qui ont regné
-en Egypte , l'Auteur raporte d'abord ce
qu'il y a de vrai & de fabuleux dans l'origine
de Ptolomée Soter , dont la valeur &
l'ambition jetterent les premiers fondemens
du Royaume d'Egypte. Il étoit Macédonien
de naiffance ; son habileté & son courage le
firent bien- tôt connoître à Alexandre , & il
ne fut
pas long- tems à tenir un des premiers
irangs parmi les plus illuftres de ses Capiraines.
Après la mort de ce Prince , le Gouvernement
MARS. 1741.
nement de l'Egypte lui tomba en partage :
on voit dans notre Hiftorien par quels degrés
de prudence , de fermeté , de valeur , il devint
le Fondateur & le premier Souverain
du Royaume d'Egypte , dont lui & ses Succeffeurs
jouirent sans interruption l'espace de
près de 300. ans c'est -à- dire jusqu'à
la mort de Cléopatre , après laquelle l'Em
pereur Augufte réduifie l'Egypte en Province
de l'Empire Romain.
,
On lit dans cette Hiftoire de grands & de
finguliers évenemens , traités avec autant de
dignité que d'exactitude : arrêtons- nous seulement
à ce qui concerne les Sciences ,
les
Arts & la Religion , que le premier des Pto-
Iomés s'apliqua à faire fleurir , d'abord qu'il
se vit tranquille dans ses Etats.
Il fit bâtir un Temple à Serapis , & auprès
de ce Temple une Bibliotheque qui devine
dans la suite la plus fameuse de l'Univers.
Il y joignit un autre Edifice , où il étag
blit une Académie , à laquelle on donna
le nom de Museon : une societé de
Sçavans y travailloit à des recherches sur la
Philosophie & à perfectionner les autres
Sciences. Ils y étoient logés & entretenus
magnifiquement aux dépens de l'Etat , &
étoient dirigés pár un Préſident , dont la
Charge devint fi confidérable , que les Rois
d'Egypte s'en réserverent la nomination
&&
$ 24 MERCURE DE FRANCE
& après eux les Empereurs Romains .
C'eft à ce célebre Etabliffement qu'Ale
xandrie fut redevable de l'avantage dont elle
a joui pendant plufieurs fiécles d'avoir été lá
plus grande Ecole de l'Afrique , & d'avoir
formé tant de grands Hommes. Il eut même
la gloire d'avoir été le berceau d'où l'Eglife
tira quelques uns de fes plus habiles Défenfeurs.
La Bibliothéque que Ptolomée avoit commencée
, s'augmenta prodigieufement fous
fes Succeffeurs . Philadelphe , fon fils, la laisfa
en mourant compofée déja de cent mille
Volumes , & dans la fuite on y en compta
près de 700. mille. Aulli n'oublierent - ils
rien pour en raffembler.
Tous les Livres , fans exception , qui arri
voient en Egypte étoient faifis ; on en faifoit
faire des Copies exactes qu'on donnoit aux
Proprietaires de ces Livres , & on en gardoit
les Òriginaux dans le Mufeon. Cette Bibliothéque
fubfifta pendant plus de 900. ans
c'est - à - dire jufqu'en l'année 642. de J. C. la
20. de l'Hégire , que la Ville fut prife par les
Sarrazins Arabes.
Le Calife Omar , qui fit cette conquête ,
confulté fur l'ufage qu'on feroit des Livres
renfermés dans cette Bibliothéque , répondit
, felon les préjugés de fa fauffe Religion
, qu'il falloit tous les brûler , ce qui
fut
MAR S. 1741
529
fut exécuté. L'Auteur avertis là-deffus qu'il
ne fait que copier ce que M. Prideaux a écrit
fur cette matiere . Je ne fçais fi ce dernier a
ajoûté ce qui fe lit dans d'autres Auteurs
fçavoir , que tous ces Manuferits furent distribués
dans les differentes Etuves de la Ville
du Caire , & qu'on s'en fervit pendant plufieurs
mois à chauffer les Bains publics de
- cette grande Ville.
HISTOIRE de la Vie & du Regne de
LOUIS LE GRAND , rédigée fur les Mémoires
defen M. le Comte D... •publiée par
M. BruZen de la Martiniere , enrichie de
Médailles. T. I. A la Haye , chés Jean Vang
duren , 1740, in- 4°. pag. 199.
Comme ce titre paroit impofant , & qu'il
piquera , fans doute , la curiofité Françoife ,
nous nous faifons un devoir d'avertir nos
Lecteurs que l'Ouvrage entier ne peut paffer
que pour un Ouvrage d'imagination , & que
ce n'eft rien moins qu'une Hiftoire folide &
intereffante. Il y a tout lieu de croire que
M. de la Martiniere , du nom duquel on s'eft
fervi , la défavoüera , n'étant nullement capable
d'adopter les ignorances & les autres
fautes groffieres répandues dans les prétendus
Mémoires dont on le fait le Réviseur. On
trouvera dans le Journal des Sçavans du mois
de Janvier dernier , des preuves convaincan
CCS
28 MERCURE DE FRANCE
tes de ce que nous venons de dire , expofees
au grand jour, & pour ainfi - dire , démontrées
dans un morceau de Critique d'un excel
lent goût.
On écrit de Rome , que le fecond volume
in folio des Ouvrages de S. Ephrem , en Sy
riaque & en Latin , y paroît depuis peu
de
Imprimerie du Vatican .. Nous avons déja
parlé de cette Edition , qui eft dûë à la protection
dont le Cardinal Quirini honore les
Lettres , & aux travaux du R. P. Benoît , Jéfuite
, Maronite du Mont Liban. Il y a à la
fin de ce Volume deux Differtations de l'Editeur
, l'une contre un Profeffeur de Pétersbourg
, qui a prétendu trouver l'impanation
Luthérienne dans un Sermon de S. Ephrem ;
l'autre contre l'opinion de l'Abbé Renaudor
& du P. le Brun , qui ont crû , que felon le
même Pere , la Defcente du S. Efprit fur les
Dons offerts , jointe à la Priere , opére le
changement des Elemens , qui font la matie
re de l'Euchariftie.
On a imprimé à la Haye fur la fin de l'an
née derniere , le Tréfor des Poiffons à Coquil
les de Georges Evrard Rumphins , fous ce
titre , G. E. Rumphii Thefaurus Pifcium Tes
taceorum , ut & Cochlearum , quibus accedunt
Conchylia , Concha , Mineralia , Metalla ,
י
Lapides
MARS. 1741 529
Lapides , &c. variis in Locis reperta. Hage
Comitum , 1740. in-fol. cumfiguris.
L'ART d'écrire , nouvellement mis au jour
fur les differens caracteres les plus ufités ,
d'après M. Roffignol , gravés par le Parmentier
, orné de Vignettes & autres Gravûres
en Taille - douce. Se vend à Paris , ruë faint
Jacques chés Lambert & Durand , Libraires
à la Sageffe & à S. Landry , & chés la veuve
de Pierre Feffard , au Paffage de S. Germain
de l'Auxerrois , vis - à - vis le Louvre , grand
in folio de 30. pages , 1741. le prix eſt de
trois livres.
LA POLITIQUE du Chevalier Bacon, Chan
celier d'Angleterre, 2. vol. in- 12 . A Londres,
chés Jacques Tonffon , 1740 .
On aprend au commencement du premier
Volume , que cet Ouvrage eft une Traduction
élégante d'un excellent Original Anglois
, dont on ignore le Traducteur. A l'égard
de l'Auteur, c'eft le célebre Bacon , Baron
de Verulam, Vicomte de S. Alban , & Grand
Chancelier d'Angleterre , fous le Regne de
Jacques I. M. le Comte de Rottembourg,felon
l'Avertiffement du Libraire , a aporté
cette Traduction au retour de fon Ambaffade
d'Espagne , & a bien voulu s'en défaifir
pour l'utilité du Public. On voit dans ce Livre
328 MERCURE DE FRANCE
1
vre , comme en racourci , tout le génie de
Bacon ; un efprit aifé , un jugement fain ; le
Philofophe fenfé , l'homme de refléxion , y
brillent tour à tour.
C'étoit le fruit de la retraite d'un homme
qui avoit quitté le Monde , après en avoir
foûtenu long - tents les profpérités & les disgraces.
Jean Baudren , l'un des premiers Membres
de l'Académie Françoife , en avoit déja
publié une Traduction de fa façon en 1624 .
L'Auteur de l'Edition nouvelle l'a , dit - il ,
parcouru & y a trouvé une difference énor
me en toutes manieres , entre elle & celle
dont il s'agit ici .
Pour donner à nos Lecteurs une jufte idée
de cet Ouvrage Politique Moral & de la Traduction
, nous raporterons ici en fon entier
le court Traité qui eft intitulé de la Vérité
& qui fe trouve à la page 222. du fecond
Volume.
DE LA VERITE
Qu'est- ce que la Vérité , difoit Pilate , en
fe mocquant & fans vouloir écouter la réponfe
? Il y a des gens qui aiment le doute , &
qui regarderoient comme un esclavage d'être
affûrés de la vérité. Ils veulent jouir du libre
arbitre à l'égard de leurs penfees , de- même
qu'à l'égard de leurs actions. Quoique cette
Secte
MARS. 1741:
$ 29
Secte de Philofophes , qui faifoient profesfion
de douter de toutes chofes , ne fubfifte
plus à préfent, on voit encore certains Efprits
qui femblent attachés aux mêmes principes
, & dont l'inclination eft pareille, mais
ils n'ont pas la force des anciens ; ce n'eſt
pas la difficulté & le travail extrême qu'il en
coute pour trouver la vérité , ni le frein qu'elle
met à nos penſées , lorfqu'on l'a trouvée
qui donne le goût pour le menfonge , mais
un amour naturel , quoique dépravé , pour
le menfonge même . Un Philofophe des plus
modernes de l'Ecole Grecque, examine & pa
roît embaraffé à trouver la raifon pour laquelle
les hommes aiment le menfonge , qui ne leur
donne pas du plaifir , comme ceux des Poëtes
, ni du profit , comme ceux des Marchands
, mais uniquement pour le menfonge
même. Pour moi , je crois que comme le
grand jour convient moins pour les Jeux du
Théatre , que la lumiere des flambeaux , ainfi
la vérité n'eft pas fi propre que le menfonge
, pour les bagatelles de ce Monde , &
plaît moins par conféquent à la plupart des
hommes . La Vérité eft une belle Perle qui
a beaucoup d'éclat ; mais fi on ne la met
pas dans fon jour , elle brille moins que les
Pierres du plus bas prix . Certainement un
mêlange de menfonge ajoûte toujours quelque
plaifir. Il n'eft pas douteux que fi l'on
otois
$ 30 MERCURE DE FRANCE
1
ôtoit de l'efprit de l'homme les vaines opinions
, les efpérances flateufes , les fauffes
préventions , les imaginations faites à plaifir,
il ne tombât dans la mélancolie , le chagrin
& l'ennui . Un des Peres , dont la féverité me
paroît extrême dans cette occafion , apelle
la Poëfie vinum damonum, parce qu elle rem
plit l'imagination de chofes vaines ; elle n'eft
cependant que l'ombré du menfonge . Mais
ce n'eft
pas le menfonge qui paffe par l'esprit
, qui fait le mal , c'eft celui qui y entre
& qui s'y fixe, comme celui dont nous avons
parlé.
De quelque maniere qu'il en foit du jugement
& des affections dépravées de l'homme
, la vérité qui eft feule fon juge , nousaprend
que celui qui commie fon amant , fa
recherche , la connoît , la fouhaite , & en
joüit , poffede le plus grand bien de la Nature
humaine .
La premiere chofe que Dieu créa dans l'Uhivers
, fut la lumiere des fens , & la derniere
, celle de la raifon ; l'illumination de l'es
prit de l'homme eft fon Ouvrage perpétuel.
Il créa premierenienr la lumiere fur la face
de la matiere , & puis fur la face de l'hom
me , & il répandit toujours de la lumiere fur
fes Elûs. Un Poëte , qui a été l'ornement
d'une Secte de Philofophes , d'ailleurs infésieure
aux autres , dit avec raifon : Quek plaplaifir
MARS
33X 1741
plaifir de contempler du rivage des Vaiffeaux
battus par la tempête ! Quel plaifir de voir
du haut d'un Château une Bataille & fes divers
évenemens ? Mais quel plaifir eft égal à
celui d'être fur le fommet de la vérité , Montagne
prefque inacceffible , où l'air eft toujours
ferein , & confidérer de-là les erreurs
les égaremens, les brouillards & les tempêtes ,
pouvû qu'on les regarde d'un oeil compatisfant,
& non pas avec orgueil ? Certainement,
lofque l'efprit humain eft mû de la charité
qu'il fe repofe fur la Providence , & qu'il
tourne fur l'axe de la vérité , il s'éleve juf .
qu'au Ciel pendant cette vie. Mais paffons
de la vérité Théologique & Philofophique
à la vérité , ou plutôt à la bonne foi dans les
affaires . Ceux même qui ne la pratiquent
pas , ne peuvent nier qu'elle ne foit le plus
grand honneur de la Nature humaine.
La fauffeté dans les affaires , reffemble aut
plomb qu'on mêle à l'or , qui rend l'or plus
facile à travailler , mais qui diminuë de fa
valeur. Quoi de plus honteux que d'être Juge
faux & perfide ! Auffi lorfque Montagne
cherche la raison pour laquelle les menteurs
font fi méprisés , il dit avec beaucoup d'esprit
, que c'est parce que celui qui ment , fait le
brave avec Dien , & le poltron avec les hommes.
En effet un menteur insulte Dieu , &
s'humilie devant les hommes,
On
32 MERCURE DE FRANCE
On ne peut mieux exprimer l'énormité de
la fauffeté & de la perfidie , qu'en disant que
ces vices combleront la mesure , & feront
pour ainfi- dire , les dernieres trompettes qui
apelleront le Jugement de Dieu fur les hommes.
Il eft écrit , lorsque le Sauveur du
Monde reviendra, non reperturum fidemfuper
terram.
LETTRE écrite de Dijon le premier
Février 1741. au fujet de la nouvelle
Académie de cette Ville.
Voici enfin , Monfieur , un nouveau
Phénomene Litteraire , attendu depuis'
long-tems, L'Académie de Dijon vient d'ouvrir
fa prémiere Séance le 13. Janvier , par
un très -beau Discours qu'a prononcé M. Ta
phinon , Avocat au Parlement , & Académi-.
cien Honoraire. Cette Pićce , qui fut uni
versellement aplaudie , paroîtra inceffamment.
Le 27. du même mois , M. l'Abbé Lie-
Lault , Vicaire de S. Nicolas , & Membre de
la nouvelle Académie , lût un Mémoire fur
les principes du Mouvement. M. l'Abbé Joly
termina la Séano par la Differtation fuivante,
LET
MAR S... 1741. -335
LETTRE fur un ancien Poëte François ,
écrite à M. l'Abbé Fijan , Confeiller an
Parlement de Bourgogne, Official & Vicaire
• General de l'Evêché de Dijon, par M. l'Ab.
bé Joly , Chanoine de la Chapelle- an- Riche
Académicien de la même Ville.
La connoiffance , Monfieur, que vous m'a→ ·
vez donnée d'un Auteur de Bourgogne , oublié
dans la Bibliotheque des Ecrivains de
cette Province , par feu M. l'Abbé Papillon ,
m'a fait un véritable plaifir . ( PIERRE MICHAULT
eft un Poëte fi obfcur qu'il n'eft pas
furprenant qu'il ait échapé aux recherches de
notre fçayant Bibliographe . )
J'ai parcouru avec foin le Doctrinal de
Cour , vol. in 4. affés épais , que vous m'avez
fait l'honneur de me communiquer. Je
vais , comme vous l'exigez de moi , vous .
rendre compte de cet Ouvrage , qui me pa- ,
roît mériter quelque attention , après que je
vous aurai dit tout ce que je fçais fur l'Auteur
même.
Pierre Michault , Sujet de Philipe le Bon ,
Duc de Bourgogne , comme il le dit dans
l'Epitre Dédicatoire de fon Livre à ce Prince
, & Secretaire du Comte de Charollois ;
étoir , felon la Croix- du- Maine ( 1 ) , Poëte
& Orateur François , & vivoit l'an 1466. I
>
(1) Bibliothéque Françoise , pag. 404.
534 MERCURE DE FRANCE
a écrit , dit il , un Livre intitulé , le Doctrinal
de Cour , divifé en 12. Chapitres , lequel Livre
eft compofé , partie en Vers , partie en
Profe. Il a été imprimé à Genève , in 8. &
contient 28. feuillets .
La Croix - du- Maine n'a pas comme l'édiq
tion que j'ai entre les mains , de même que
du Verdier , qui » dit ( 1 ) que Pierre Mi-
» chault a compofé le Doctrinal de Cour , par
lequel on peut être Clerc fans aller à l'Efco-
»-le , imprimé à Genêve in 8. par Jacques Vi
» vian en 1522. avec Privilege Apoftolique .
و ر
ود
Voilà tout ce que difent ces deux Bibliothécaires
au fujet de cet Auteur . Mais M. Galland
, dans fa curieufe Differtation ( 2 ) fur
quelques anciens Poëtes, & fur quelques Romans
Gaulois peu connus , nous aprend que
Pierre Michault a compofé un autre Ouvrage
en Profe & en Veis , ( 3 ) intitulé , la Danfe
des Aveugles , confervé dans la Biblothéque
de feu M. Foucault , Confeiller d'Etat , & In-.
tendant de Caën . Le Doctrinal de Cour , dit
M. Galland , eft aparemment le même que
Ouvrage qui eft iciapellé la Danfe des Aveu-
(1 ) Bibliothéque Françoise , page 857.
(2 ) Elle eft imprimée dans les Mémoires de l'Academie
des Infcriptions , Tome fecond , page 728. de
PEdition In-4°.
(3) Du Verdier dit feulement que la Danse des
Aveugles eft en Vers . Voyez fa Bibliothéque , p. 269 .
glese
MARS. 1741.
535
gles. Ce Sçavant s'eft trompé : ce font deux
Livres bien differens , ainſi qu'on le voit par
la fin de ces Ecrits. Voici la derniere Stance
de la Danfe des Aveugles , telle qu'on la trouve
dans la differtation de M. Galland :
Pierre ne peut humeur de bas prétendre ,
Ni dure tefte entendre à bien haut eftile ;
Pour ce foubmets le fens qu'on y peut prendre
A tous lifans , à qui pourra l'entendre ,
Par élever entendement habile ,
Les prians tous que par voye utile
Il leur plaife corriger bas & haut
Leur Ecolier & Diſciple Michault .
Telle eft la fin de la Danfe des Aveugles!
Voyons à préfent la derniere Stance du Doc.
trinal de Cour.
Michault emprès une pierre très -rude ,
Pour ce forger veut affeoir fon enclume ;
Ainfi montrant l'erreur & ſon étude ,
A compofé en cette plénitude
Le contenu de ce petit Volume.
Prince excellent , votre douce coûtume
Reçoive, ainfi qu'autrefois a montré ,
Le Doctrinal du tems préfent en gré .
La diftinction de ces deux Ouvrages eft en
core clairenient marquée par un paffage de la
F Biblio
536 MERCURE DE FRANCE
Bibliothèque de du Verdier , qui ne connoiffant
pas le véritable Ecrivain de la Danfe des
Aveugles , a rangé cet Ecrit dans la Claffe des
Livres dont les Auteurs font incertains . La
Danfe des Aveugles , dit- il , c'est - à - dire, des
humains danfans en ce monde fous la condui
te de l'Amour , de la Fortune & de la Mort
compofée en Rime , & dont l'argument eft
mis au commencement , tel que s'enfuit : ( a)
Amour , Fortune & Mort , aveugles & bandés ,
Font danfer les Humains chacun par accordance, & c.
voir le refte dans du Verdier,
pouvez
qui ajoute que ce Livre à été imprimé à Lyon;
in 8. par Olivier Arnoullet en 1583.
Vous
C'elt ainfi que commence la Danfe des
Aveugles , qui , felon le Bibliothécaire que
je viens de citer , eft en Vers ; au lieu que le
Doctrinal de Cour eft partie en Vers , partie
en Profe . Voici le commencement de ce der
nier Ouvrage :
En champ femé de convenables graines ,
Bien cultivé en faifon raifonnable ,
Où on efpere avoir fruit délectable,
Chardon croît bien , ayant pointes vilaines , &c.
(a ) Voyez la Bibliothéque de du Verdier , page 269 .
M. Galland, qui n'a cité qu'un Manuferit de cet
Ouvrage, ignoroit aparemment qu'il fit imprimé.
Cc
>
MARS. 537 1741.
Ce qui , pour le dire en paffant , pa roît imj
té de ces Vers de Virgile :
GrandiaJapa quibus mandavimus hordea fulcis ,
Infelix lolium & fteriles nascuntur avena.
Pro molli viola , pro purpureo narciffo
Carduus , & Spinis furgit paliurus acutis .
Eglog. V. 36
Segnisque horreret in arvis
Carduus. Intereunt fegetes , fubit aspera filva ,
Lappa que , tribulique , interque nitentia culta
Infelix lolium & fteriles dominantur avens.
Au refte , ce n'eft que par la derniere Stance
du Doctrinal de Cour , que j'ai pû découvrir
le titre de cet Ouvrage , car le frontispice
manque dans votre Exemplaire , ou , pour
mieux dire , je crois qu'il n'y en a jamais eû .
Dans la Table de la nouvelle Bibliothéque
des Manuscrits , par le Pere de Montfaucon ,
page CC. XXIX . Pierre Michault & fes
Ouvrages font cités ainfi : Taillement al. Tailteran
, al. Tiellement (Michau ) Danfe aux
Aveugles , Poëfies, Journal ; & l'Editeur renvoye
aux pages 793. 795. & 1188.
Par les feuls titres de ces Ecrits, vous allez
voir ,Monfieur , que le Pere de Montfaucon
eft tombé dans un anachronisme confidérable
, en les attribuant tous trois à un même
Auteur,
Fij
Le
538 MERCURE DE FRANCE
Le Doctrinal de la Cour , en Vers & en
Prose , la Danse aux Aveugles , par Michau
Taillement , dit- il , page 793 .
( Page 795. ) Plufieurs Poefies du tems du
Roy Charles VII. par Michau Tailleran, avee
Hiftoire de Griselidis . ( 1 )
( Page 1188. ) Des Propofitions & Délibérations
de la Chambre du Tiers - Etat , à Paris,
aux Etats de la Ligue de l'an 1593. trancrites
de la propre main d'Aarifte , Premier Commis
de Tiellement , qui en étoit Greffier , fur le Plu
mettis ( Plumitif) de fan Maître , de l'année
1593.
Vous jugez bien , Monfieur , qu'il eft impoffible
que Pierre Michault , Secretaire du
Comte de Charolois en 1466. fut Greffier
des Etats tenus à Paris en 1593. Je ne fçais
d'ailleurs pourquoi le Pere de Montfaucon
écrit Michau.
J'ai peut- être eû tort , au reſte , de décider
au commencement de cette Lettre , que cet
ancien Auteur foit Bourguignon , quoiqu'il
fe dise Sujet du Duc de Bourgogne , puisqu'outre
cette Province, ce Prince en poffedoit
plufieurs autres.
(1 ) M. Galland , dans fa Differtation citée , affure
que l'Hiftoire de Grifelidis , mife en Vers François
par feu M. Perrault , de l'Académie Françoise , fait
partie du Parement des Dames , Ouvrage de l'Hiftorien
Olivier de la Marche. Ce Livre a été imprimé ,
felon la Croix du-Maine.
Pierre
MAR S. 1741 639
Pierre Michault, en fon Epitre Dédicatoire
au Duc Philipe le Bon , fait mention de deux
Ecrivains , dont j'aurai l'honneur de vous
entretenir , fçavoir , feu Maistre Martin le
Franc , en fon vivant Philosophe & Poëte non
moyen , & George Chatelain , Hiftriographe
du Duc de Bourgogne .
La date du Doctrinal de Cour eft marquée.
énigmatiquement à la fin , par ces quatre
Vers :
Un Treppier & quatre Croiflans ,
Par fix Croix avec fix Nains , faire
Vous feront eftre connoiffans
Sans faillir , de mon Milliaire.
C'eft à - dire , fans doute , M. CCCC.
XXXXXXIIIIII. Ce qui pourroit
engager à croire que ce Livre eft imprimé
en 1466. mais il eft aisé de prouver qu'il ne
peut avoir été mis fous preffe en cette année .
Selon Chevillier , ( 1 ) ce fut en 1470. la
dixième du Regne de Louis XI. que l'on imprima
à Paris pour la premiere fois. Or , il eft
évident , dit - il ailleurs , ( 2 ) que c'est dans cette
Capitale du Royaume , où les premiers Livres
ont été imprimés. Ainfi il est vrai de dire
que la Ville de Paris a pratiqué l'Art d'Im-
(1 ) Origine de l'Imprimerie de Paris , page 16 .
(2) Ibid. page 44.
F iij primerie
$ 40 MERCURE DE FRANCE
primerie avant toute autre Ville de France.
Il est donc certain , fi nous en croyons ce
fçavant Annaliſte de la Typographie , que le
Doctrinal de Cour n'a pû paroître en France
l'an 1466. Il n'eft guere vrai-femblable qu'il
ait vû le jour cette même année dans les Pays
Etrangers , où l'Imprimerie étoit alors en
sage. Je crois qu'il feroit difficile de prouver
que dès 1466. on eût déja imprimé aucun
Livre en Langue vulgaire , beaucoup
moins un Livre François dans un Pays non
fcumis à la Monarchie Françoise. Peut -être
direz -vous , Monfieur , que l'Imprimerie
ayant été découverte à Harlem , fuivant plufieurs
Auteurs , il fe peut faire qu'en 1466.
ce bel Art fût pratiqué dans la Flandre , fujette
du Duc de Bourgogne , où l'on parloit
François , & qu'on y ait imprimé en ce temslà
l'Ouvrage du Sécretaire du Comte de
Charollois.
On m'affûre d'ailleurs que Prosper Marchand
, dans fa nouvelle Hiftoire ( 1 ) de
l'Imprimerie , ( Livre qu'il ne m'a pas encore
été poffible de voir) prouve que l'impreffion a
été découverte plutôt qu'on ne pense communément.
Peut- être auffi a- t'il prouvé ,
contre le fentiment de Chevillier , que cet
(1 ) Hiftoire de l'origine des premiers progrès de
l'Imprimerie. A la Haye , chés la veuve Levier, 1740.
in- 4°.
Art
MARS. 1741
54
Art a été en usage à Paris dès 1466.
Quoiqu'il en foit, ce dernier prétend ( 1 ) que
lespremieres impreffions font toutes fans titre,fans
chiffre & fans fignature, & que les Imprimeurs
ne commencerent à mettre des fignatures , c'està-
dire , des Lettres alphabétiques au bas des
feuillets , qu'en l'année 1476. au Platea , de
Usuris. Le même Chevillier affûre encore
(2) que le plus ancien Livre Gothique qui
ait été imprimé , c'eft le Decret de Gratien
publié l'an 1471. à Strasbourg par Henri
Eggefteyn , & conservé dans la Bibliothéque
de Sorbonne.
Or , quoique le Doctrinal de Cour foit imprimé
fans chiffres , fans fignatures & peutêtre
fans titre , il eft en caractéres Gothiques.
D'où il résulte qu'il ne peut avoir été mis
fous preffe en 1466.
Ces raisons que j'ai exposées à deux Sçavans
du premier ordre,leur ont parû fi décifives,
qu'ils n'ont point fait difficulté de croire ,
auffi bien que moi , que les Vers énigmatiques
, qui terminent le Doctrinal de Cour
défignent l'année où il fut composé , & non
celle où il fut imprimé.
J'ai encore été confirmé dans ce fentiment
par la lettre que vous m'avez fait
(1 ) Origine de l'Imprimerie de Paris, page 38 .
(2) Page 104.
ibid.
F iiij
l'honneur
542 MERCURE DE FRANCE
l'honeur de m'écrire, où vous m'aprenez que
celui qui a rédigé le Catalogue des Livres
de feu M. Bellanger , a cité l'Ouvrage de
Pierre Michault en cette forte , page 227 .
N°. 547.
Le Doctrinal du tems présent , ou de la Cour,
par Pierre Michault , Sécretaire du Duc
( Comte ) de Charollois , composé en 1466.
ancienne Edition Gothique.
Je fuis persuadé que l'habile Libraire qui
a rangé ce Catalogue , a fait les mêmes reféxions
que moi , & qu'il en a conclu que cette
date ( 1466. ) ne pouvant être celle de
l'impreffion du Livre , marquoit le tems où
il a été composé. J'avoue cependant qu'une
raison m'a d'abord porté à croire que
ce milléfime fixoit l'année de l'impreffion
, la voici ; fi le Doctrinal de Cour n'a
pas été imprimé avant 1470. pourquoi eft
il dédié au Duc Philipe le Bon , qui mourut;
felon Mezeray , ( 1 ) le 15. Juillet 1467. c'eſtà-
dire , vers le commencement de cette année
, l'an ne commençant alors qu'à Pâques,
ou plutôt le 25 de Mars ? Eft- il vrai - femblable
que Pierre Michault ait fait imprimer fon Epitre
Dédicatoire après la mort de ce Prince ?
Mais il eft aisé de répondre que notre Poëte
lui dédia & lui présenta fon Ouvrage en
(1 ) Abregé Chronologique de l'Hiftoire de France.
Manuscrit
MARS. 1741.
543
Manuscrit l'an 1466. ( 2) & que ce Livre
ayant été imprimé dans la fuite, par les foins
de l'Auteur , s'il vivoit encore , ou par les
foins de quelqu'autre , on aura conservé l'Epitre
telle qu'en 1466. elle fut adreffée au
Duc de Bourgogne. Il ne me feroit peutêtre
pas difficile de vous citer de femblables
exemples.
Quoiqu'il en foit , la premiere lettre de
chaque Chapitre du Doctrinal de Cour , est
omife . On avoit laiffé de la place pour y
peindre ces Lettres en or ou en azur. Il y a
plufieurs autres anciens Livres , où ces lettres
manquent , n'ayant jamais été peintes.
On en voit même où les pages ne font imprimées
que d'un côté , l'Art d'imprimer le
folio verfo n'ayant pas d'abord été trouvé .
Je ne dois point paffer fous filence que dans
l'Edition Gothique du Doctrinal de Cour ,
il y a des Figures en bois , affés groffieres ,
conformément à ce tems- là. Je ne fçais s'il
s'en trouve dans les Editions citées par la
(2 ) Il paroit même par ces V'ers , qui terminent le
Doctrinal de Cour :
Prince excellent , votre douce coûtume
Reçoive , ainfi qu'autrefois a montré ,
Le Doctrinal du tems préfent en gré.
Ilparoit , dis -je , que ce Livre avoit déja été préfenté
au Duc Philipe avant 1466 .
F v Croix
544 MERCURE DE FRANCE
Croix- du - Maine & par du Verdier : au moins
n'en font- ils pas mention.
;
Le Doctrinal de Cour eft une Allégorie
continuelle l'Auteur feint qu'il s'eft trouvé
depuis peu dans une Forêt charmante peuplée
d'arbres verds , qui donnoient beaucoup
d'ombrage. Au milieu de cette Forêt , couloit
un ruiffeau fortant d'une Fontaine qu'il
eut envie de voir. Dans ce deffein , il parcourut
la Forêt jufqu'à ce qu'il eût aperçu
une Lande fort épaiffe , à travers laquelle il
vit une belle Dame toute égaree , défaite &
échevelée , comme fi elle eût été pourſuivie
par fes ennemis .
Auffi - tôt qu'il s'offrit à fa vûe , elle voulut
fe détourner ; mais il la retint par fa robe ,
& la pria de lui dire fon nom . Je fuis la
Vertu , dit - elle , qui avois autrefois de l'empire
fur les hommes ; mais à préfent mon
régne eft paffé . Je fuis venuë me réfugier en
cette Forêt pour éviter le commerce du
monde. J'y trouvai dernierement une Maifon
fous terre où l'on tient une Ecole , dans
laquelle on enfeigne de pernicieuſes maximes.
Comme je voulus y entrer , le Portier
me ferma la
porte .
Pierre Michault tâche de la confoler , &
lui offre ſes fervices . Je les reçois avec plaifir
, dit la Vertu ; ils me font d'autant plus
agréables , que tu as aucune fois écrit chofes
fortiffans
MAR S. 1741.
545
fortiffans à mon fervice. Peut-être l'Auteur
veut-il ici parler de la Danfe des Aveugles.
Quoiqu'il en foit , ils délibererent d'aller enfemble
à cette Ecole , où ils ne purent entrer
qu'avec beaucoup de difficulté.
Ils y virent buit Maîtres , c'est-à - dire , un
Recteur Général , &fept Subalternes. A l'entrée
étoit un Portier , nommé Dédain , qui à
peine vouloit regarder les entrans. L'Ecole
étoit vafte ; on y voyoit fept piliers , aux
pieds defquels étoient un Parquet , & de
petits bancs pour les Ecoliers ; & fur le bonnet
du Portier , un Ecriteau en ces termes :
Qui veut oüir bien diverfe Doctrine >
En cet Hoftel patent & général ,
Pourra ouir lire le Doctrinal
Qui les nouveaux Ecoliers endoctrine.
Je fuis Dedain , qui plufieurs achemine
En ce Couvent qui eft univerſal.
Qui fe foubmet à eftre mon Vaffal ,
Doctrine acquiert en un très-bref termine:
L'Auteur n'eut pas plutôt connoiffance des
leçons qui fe debitoient en cette Ecole ,
qu'il voulut fe retirer ; mais la Vertu l'obligea
de refter. Une Dame , qui enfeignoit ,
frapa leur vûë. C'étoit Faufjeté , dictant des
leçons à fes Ecoliers qui les écoutoient avec
Ff vj Une
attention.
546 MERCURE DE FRANCE
1
Une autre Dame fubalterne de Fauffeté
apellée Vantance , expliquoit les déclinaifons
des cas. Je tranfcris ici l'accufatif & le vocatif,
tant pour vous en donner une idée , que
pour vous faire connoître la hardieffe , ou
plutôt la naïveté & la fimplicité de l'Auteur,
à l'égard de fes Souverains le Duc & la Ducheffe
de Bourgogne . Voici donc les leçons
que Vantance donne à fes Ecoliers :
Enfans , notez ces bons enfeignemens :
Le Scorpion léche quand il veut poindre ;
De la langue convient doucement oindre ,
Et puis piquer un bon coup par derriere ;
L'Accufatif requiert telle maniere .
Par accufer plufieurs perdront offices ;
Doncque en aurez tant qu'il vous fuffira.
Les Gens d'Eglife en larront Bénéfices ,
Dont le Saint Pere à vos grés pourvoira.
Voici la déclinaifon du Vocatif.
Flattez doncque Seigneurs & Serviteurs ,
Flattez Dames & flattez Damoiſelles .
Tirez à vous ces hauts & nobles coeurs.
Puis recitez fouvent douces nouvelles ,
Et au befoin faites- les toutes neuves ,
En alleguant en ce fubtiles preuves.
Au
M-AR S. 1741. 347
Au Seigneur ( 1 ) donc convient dire en ce point :
Ha ! Monfeigneur , je fçais un avantage
Moult bel & gent , lequel pour un pourpoint
Je vous ferai amener en partage.
En verité , c'eſt une droite rage ;
Et fi n'y a ni danger ni péril :
Mais j'en ferai votre Poiffon d'Avril.
Puis faut venir à la Dame , ( 2 ) & lui dire
Ha ! Madame , Monfeigneur a des gens
Les plus mauvais qu'on fçut au monde élire ,
Qui à tous maux font prompts & diligens ,
Et font venir toutes les nuits céans
Sottes femmes , de quoi moult me déplaît ;
Mais je n'ofe de ce tenir long plaid.
Et toutefois bien fouvent je remontre
A Monſeigneur , fans lui plumer chataignes ,
Le mal qu'il fait ; car c'eſt un laid encontre
De vous changer pour ces laides araignes.
Lors il me dit : Regarde que tu gaignes.
De cet an- ci n'auras pourpoint ni robbe ,
Et dit encor par -tout que je dérobe.
Vous fçavez , Monfieur , que ce reproche
fans fondement , & que notre bon
n'eſt
pas
( 1 ) Philipe le Bon , Duc de Bourgogne. '
(2 ) Ifabelle de Portugal , troifiéme femme du Duc
Philipe le Bon
Duc
548 MERCURE DE FRANCE
Duc Philipe fut taxé d'incontinence . L'Hiftoire
qui ne l'a pas juftifié fur ce défaut ,
nous a confervé les noms de quinze de fes
Enfans naturels. Pourfuivons le récit de
Vantance :
Qui fe veut bien de ce cas entremettre
Et acquerir loz & grace commune ,
Parler convient & fervices promettre ,
Faire plaifir à chacun & chacune.
Si vous tenez de cent promeffes une ;
C'eſt bien affez ; mais promettez toujours ;
Les promeffes ne font pas les courts jours.
Voici enfuite les leçons qu'elle donne fur
la maniere de s'habiller :
D'un autre point je vous veux avertir ,
Qui le nomme Variance en habils ;
C'eſt- à-dire , qu'il vous convient veſtir
Diverſement , & tous les jours guerpir
Vos veftemens , puis bleu , puis blanc , puis bis.
Faites huy long , comme Maiftre Rabis ,
Et demain court tout découpé menu ;
C'eft le moyen qui doit eſtre tenu.
Huy fouliers ronds , & demain à long bee ;
L'un cordoan , & l'autre foit baſenne
* Aujourd'hui,
Tous
MARS. 17413
449
Tous découpez par deffus s'il fait fec ,
Vous faut porter à la plume de quenne , &c.
Ayez variables habils ,
Puis longs , puis courts , comme Rabis ;
Divers chapeaux à hautes plumes ,
En vos doigts turquoiſes , rubis ,
Emeraudes , diamans bis ,
Et autres , felon les coûtumes ,
Chaînes d'or pefant comme enclumes
Ployées en divers volumes
Sur le cou , & c .
Quand ainfi ferez habillez
Diverſement , & hoftillez
A la maniere frifque & cointe ;
Avec vos chevaux étrillez ,
Et vos harnois bien faucillez ,
Comme fçavez qu'on les accointe ;
Puis fouliers à la longue pointe ,
Qui paffent du cheval la jointe ,
Et montez pour faire pennades ,
Chantant Rondeaux , dits & Ballades.
L'Auteur fait enfuite donner par un fla
teur ces confeils au Duc de Bourgogne.
Si de matieres curieufes
On vous fait Requêtes piteufes ,
Sans
50 MERCURE DE FRANCE
Sans entendre tel appareil ,
Répondez : Portez au Confeil.
Il fuffit que le Prince vive
Plaiſamment fans ce qu'il écrive
A faire raiſon & juftice :
Car fa Grandeur fuperlative
Ne doit point être fi chetive
De s'entremettre de Police.
Le Parlement eft tout propice ,
Ayant pouvoir par fon office
De miniftrer par la Province
Juftice , fans parler au Prince , &c.
Accroiffez toujours votre titre ,
Tant qu'il foit long comme une Epitre ,
C'eſt un point colorant l'affaire ,
Roi de Phedon , Prince du Caire ,
Et Seigneur du Mont de Calvaire
Vous peut donner de titre gloire ,
Pofé qu'autre oit le Poffeffoire.
Trouvez noms de Pays & fles
De Seigneuries & de Villes ,
Comme de Thebes & Ninive
Et mettez par vos fens habiles
En vos tirres ces noms utiles ,
9.
Afin que la mémoire
en vive ,
Et Requerrez
qu'on vous écrive :
Prince de Damas & d'Eftrive ,
Roi
MARS. 17417 350
Roi de Carthage & d'Antioche ,
De Samarie en l'Epinoche , c.
Ce n'eft pas d'aujourd'hui , Monfieur , que
régnent l'orgueil & l'ambition. Pierre Michaut
fe plaignoit que de fon tems les conditions
étoient confondues. Celafe voit , dit- il ,
en expérience quotidienne des habits . Car autant
de façons veut avoir un homme de métier
en fon vêtir chauffer , comme un Ecuyers
& un petit Gentilhomme , qui feulement fera
noble de nom , autant que le fils d'un Baron.
fçait on à préfent quelle différence affigner
entr'eux.
C'est ce que la Fontaine a rimé à la fin de
fa Fable de la Grenouille , qui fe veut faire
auffi groffe que le Beuf.
Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands
Seigneurs ,
Tout petit Prince a des Ambaffadeurs ,
Tout Marquis veut avoir des Pages. 2
La Vertu & Pierre Michault étant fortis de
cette Ecole , elle lui dit de mettré par écrit
& de donner au Public tout ce qu'il avoit vû;
après quoi elle difparut . On voit par- là le
ftile naïf du tems qui donnoit fort dans ces
Allégories.
Au refte , Colletet n'a pas fait la vie de
Pierre
352 MERCURE DE FRANCE
>
Pierre Michault comme on le voit par la
Liſte de ſes vies des Poëtes François , imprimée
dans la Bibliothéque Hiftorique deFrance
du Pere le Long , page 885. Le nom de
Pierre Michault ne fe trouve pas auffi dans .
l'Etat des Officiers & Domestiques des Ducs
de Bourgogne , inferé en 1729. à la fuite
des Mémoires pour fervir à l'Hiftoire de
France & de Bourgogne , par D. Guillaume,
Aubré , Bénédictin. D'où je conjecture que.
Pierre Michault n'étoit plus au fervice du
Comte de Charollois , quand ce Prince fucceda
à fon pere en 1467. Peut- être même
Michault mourut - il avant le Duc Philipe le'
Bon , c'est - à - dire , quelques mois après lui
avoir dédié fon Detrinal de Cour.
Je vous ai promis , Monfieur , de vous
parler de Martin le Franc , & de George
Chaftellain Hiftoriographe du Duc de
Bourgogne.
,
» Martin Franc , ou le Franc , dit la Croix-
» du - Maine , ( 1 ) natif de la Ville d'Arras en
» Artois en la Gaule Belgique , fur les Fron-
» tieres de la Picardie , felon Jean le Maire
» de Belge , en fa Coronne Margueritique ;
»& felon Claude Faucher , il étoit natif de la
» Comté d'Aumale en Normandie . Martin
» le Franc étoit Poëte , Philofophe , Hifto-
( 1 ) Bibliothéque Françoiſe , page 314 .
» rien ;
M.AR S. 1741 533
Brien & Orateur très - eftimé pour fon
tems.
» Il fut Secretaire du premier Duc de Sa-
" voye , & depuis Prevoft & Chanoine de
Protonotaire du Saint Siége ›› Lauzanne
95
>
Apoſtolique , & enfin Secretaire du Pape
sa ( Anti - Pape ) Felix , & du Pape Nicolas V.
" l'an
1447.
و د »IlaécritunLivrecontreleRomande
»la Roſe , intitulé : le Champion des Dames
"imprimé à Paris, il y plus de foixante ans ; »
c'eſt - à- dire , vers 1580. car la Croix du-
Maine écrivoit ceci en 1584. Du Verdier
cependant , dit que ce Livre fut imprimé à
Paris in- 8° . par Galiot du Pré en 1530. C'eſt
aparemment une feconde Edition .
» Martin le Franc , ajoûte la Croix - du-
» Maine a écrit en Vers François , & en
»Profe tout enſemble , un Livre intitulé :
l'Eftrifde Fortune & de Vertu , contenant
» trois Livres , imprimé à Paris par Michel le
" Noir, l'an 150s in 4°. & qui contient dix-
» huit feuillets de caracteres bâtards . »
و ر
Selon du Verdier , l'Eftrif de Fortune &
de Vertu , enforme de Dialogues , où font entremêlées
quelques Rimes , y eft démontré le
pauvre état de Fortune contre l'opinion commune
, fut imprimé à Paris in - 4°. par Michel
le Noir en 1519.
Le Pere Labbe , page 313. de fa Bibliothéque
354 MERCURE DE FRANCE
théque des Manufcrits , prétend que Martin
le Franc dédia cet Ouvrage à Philipe le
Duc de Bourgogne.
Bon ,
σ
Je n'ai vû aucun Exemplaire imprimé de
l'Eftrif de Fortune ; mais j'en ai entre les
mains un très beau Manufcrit en Velin in-4
affés épais , que m'a communiqué M. le
Préfident Bouhier. Il n'y a point d'Epitre
Dédicatoire dans ce Manuferit , qui paroît
être du tems de l'Auteur , & qui a pour titre
: C'est l'Eftrifde Fortune & Vertu , efparti
en trois livres , au premier defquels eft
Sommairement démontré la condition & l'état
de Fortune & Verth.
L'Eftrif de Fortune eft cité deux fois dans
la nouvelle Bibliothéque des Manuferits du
Pere de Montfaucon , page 787. L'Eftrif de
Vertu & de Fortune , dédié à Philippe Duc de
Bourgogne ; & à la page 1109. l'Eprit ( l'Eftrif)
de Fortune , dédié au Roi Charles VII.
Du Verdier dit que Martin le Franc vivoit
en 1447, & la Croix - du - Maine , qu'il florif
foit du tems de Philippe le Bon , Duc de Bourgogne
, auquel il a dédié plufieurs de fes Livres.
Ce que je trouve de certain , c'eſt qu'il
eft mort au plus tard l'an 1466. puiſque
Pierre Michault dans fon Epitre Dédicatoire
du Doctrinal de Cour , préfenté cette même
année au Duc Philipe , en parle comme
d'une perfonne qui ne vivoit plus.
Colletet
MARS.
555 1741
Colletet a oublié Martin le Franc dans fes
Vies des Poëtes François.
A l'égard de George Chaſtellain , dont il
eft parlé affés amplement dans les deux Bibliothéques
Françoifes , dans le Dictionnaire
de Moreri , & dans la Bibliothéque des Hiftoriens
de France du Pere le Long , je n'en
dirai autre chofe , finon que ce dernier s'eft
trompé en lui attribuant (1 ) le Chevalier Délibere
, ou la vie & la mort de Charles , Duc
de Bourgogne , qui trépaffa devant Nancy :
en Rimes Françoifes , imprimé à Paris in-4°,
chés Michel le Noir en 1489,
M.
Cet Ouvrage eft certainement d'Olivier
de la Marche , ainfi que dans fa Differtation
l'a obfervé M. Galland , qui affûre que
Foucault en avoit un Manufcrit fur papier
avec des Figures ou Mignatures qui ne font
pas fort exquifes.
Dans le Catalogue de la Bibliothèque de
M. Colbert , page 851. N°. 11706. le Chevalier
Déliberé, imprimé à Paris en 1495. in-4°,
eft cité fous le nom d'Olivier de la Marche.
Olivier de la Marche lui - même , s'en dit
clairement l'Autar au fecond folio verso de
fon Traité des Duels . Après avoir achevé
dit- il , le Chevalier Déliberé , & ce que j'ai
(1 ) Voyez fa Bibliothéque des Hiftoriens de France,
page 541. No. 10253.
écrit
556 MERCURE DE FRANCE
écrit pour tenir forme
de la noble Toifon d'Or.
ordre à tenir la Fête
Voilà encore , fi je ne me trompe , un Ou
vrage qui a été inconnu , de même que le
Chevalier Déliberé , à la Croix - du - Maine , છે.
du Verdier , & à nos autres Bibliographes
.
C'eft , fans doute , du Chevalier Déliberé ;
que M. l'Abbé Langlet veut parler dans fa
Méthode pour étudier l'Hiftoire , (1) lorfqu'il
cite un Livre imprimé à Paris en 1489 .
in -4°. lequel contient la vie & la mort de
Charles , Duc de Bourgne , en Rimes Françoiſes
. Mais il fe trompe auffi-bien que le
Pere le Long , en donnant cet Ouvrage à
George Chaftellain.
Je doute , au refte , fi M. Galland a eu
raifon de dire dans fa Differtation fur quel
ques anciens Poëtes , que le Chevalier Déliberé
eft Olivier de la Marche lui- même. Il me
femble que l'Auteur de ce Roman a voulu
repréſenter fous cette qualité , Charles le
Guerrier , dernier Duc de Bourgogne . Le
titre fcul du Livre paroît apuyer ce fentiment.
Mais comme je n'ai pas vû cet Ouvrage,
que M. Galland avoit entre le mains ,
je n'ofe rien décider.
Le Pere de Montfaucon à la page 793. de
fa nouvelle Bibliothéque des Manufcrits , cite
des Poëfies de. George Chaftellain , Fran-
41) Tome IV. page 219. Edition in-4°.
çois
MARS. 1741 .
557
çois Robertet , & autres , du tems des Rois
Charles VIII . Louis XII . & François I.
J'ai l'honneur d'être , & c.
A Dijon , le fept Décembre 1740.
ASSEMBLE' E de la Societé Litteraire
dArras. Extrait d'une Lettre écrite de cette
Ville le IS. Janvier 1741 .
SocietéLitteraire établie en cette ville, tint
fon Affemblée folemnelie le 11. de ce mois .
M. le Marquis de la Ferté , Directeur , ouvrit la
Séance par un Compliment adreffé à M. le Prince
d'Ifenghien , Protecteur de cette Compagnie ,
qui préfidoit à l'Aflemblée . Enfuite M. Harduin
jeune Avocat , âgé de vingt- deux ans , lût un Discours
touchant le Retour du Comté d'Artois à la
Domination Françoife ; il commença par expliquer
en ces termes le but & le Plan de fon Ouvrage.
» Meffieurs , l'Epoque mémorable que nous rapelle
cette année , m'engage à faire entendre
» aujourd'hui ma foible voix. Un fiécle entier s'eft
» écoulé depuis que la Ville d'Arras , foûmise
» par les Armes de Louis XIII . prépara toute
*
la Province à rentrer fous l'obéiflance de nos
» Souverains légitimes , de ces Souverains , que
le Ciel avoit choifis de tout tems pour re-
» gner fur nous. Oui , Meffieurs , je ne crains pas
de l'avancer témerairement , l'Artois étoit fait
» pour obéir aux Rois de France . C'eft dans l'Artois
qu'ils ont jetté les premiers fondemens de
✰ Arras se rendit aux Generaux de Louis XIII. le
10. Août 1640. & ce Discours étoit defiiné pour le
19. Août 1740. mais des raisons particulieres en ont
fait differer la lecture.
» leur
$ 58 MERCURE DE FRANCE
leur Monarchie ; pendant le cours d'un grand
nombre d'années il n'a point reconnu d'autres
» Maîtres ; & fi ce beau fleuron a été quelquefois
» détaché de leur Couronne , le fuprême Arbitre .
» des Evenemens a toujours pris foin de l'y rejoin-
" dre par de nouveaux liens. Que dis- je ! tandis
» même que cette Contrée fut féparée de la France,
nos Princes & les Monarques François ci-
» mentoient chaque jour l'union des deux Etats
» par de fréquens Mariages & par d'autres nouds
» indiffolubles . Le Ciel fembloit attendre le fameux
» Regne de LOUIS LE GRAND , pour nous remet-
» tre à jamais fous les Loix de nos anciens Maîtres.
» L'Artois reffemble à un Ruiffeau , dont les Eaux
a détournées pendant quelque tems , minent infen-
» fiblement la digue qui les retient , & recommen-
» cent enfin à couler dans leur premier lit.
Après cet Exorde , M. Harduin détailla tous les
Evenemens célebres qui fervent àprouver les liaifons
& le raport fingulier qui fe font trouvés continuellement
entre la France & l'Artois , depuis
P'origine de la Monarchie , il rapella toutes les
grandes Révolutions arrivées dans cette Province
jufqu'aux Traités des Pyrennées & de Nimegue ,
par où l'Espagne en rendit la Souveraineté & le
Domaine à Louis XIV.
Le refte de la Séance fut rempli par une Differtation
fur quelques points de la Religion Gauloife.
Comme les Affociés fe font fait une Loi de ramener
la plupart de leurs travaux Académiques au desfein
qu'ils ont d'aprofondir l'Hiftoire de leur Pays,
P'Auteur de cette Piéce trouva bon de déclarer les
motifs qui l'ont engagé à écrire fur une matiere
auffi vague en aparence. Voici comme il s'exprima.
» Ceux qui veulent s'inftruire à fond de l'Hiftoire
d'un Peuple, doivent principalement s'attacher à
connoître
MARS.
35% 1741 :
››
55 connoître fon ancienne Religion . Les Auteurs ne
" font aucune mention particuliere de celle qu'on
» pratiquoit chés les Atrebates & les Morins , qui
habitoient l'Artois , lorfque Céfar vint y porter
la guerre. Mais comme ils faifoient partie de
» cette Nation immenfe , connue fous le titre de
» Gaulois , il eft naturel de croire que l'on trouvoit
» chés eux les mêmes notions fur la Divinité , les
» mêmes efpeces de Miniftres , & le même culte
que dans le refte de la Gaule. Ce fentiment eft
confirmé par les conjectures des Sçavans fur le
» nom de Nemetocena ou Nemetosena , que portoit
>> alors la Ville d'Arras .
ל כ
» Ils prétendent , avec une grande aparence de
» vérité , que ce mot eft formé de Nemetos , qui
> en Langue Celtique , fignifioit un Temple , & de
Senani , nom que l'on donnoit aux Druides , fuivant
une Infcription trouvée fous le Choeur de
> Notre- Dame de Paris .
כ כ
ג כ
donc
» Ce Principe établi , ce n'eft point traiter un Su-
» jet étranger à l'Hiftoire de notre Pays , que de
difcourir fur la Religion des Gaulois , il ne doit
pas fembler étonnant qu'on fe foit borné
» dans cette Differtation à expofer le fruit de quel-
>> ques Recherches fur les Prêtres & fur les Funérailles
de ces anciens Peuples.
MEMOIRE lû à la Societé des Arts le
Février dernier, par M. Julien le Roy Hor
loger du Roy , & de la même Société.
Maniere toute nouvelle de faire avec plus de facilité
de folidité , toutes les Montres les plus composées
de Machines.
5:
N Prélat doué des plus éminentes vertus
Un'ordonna P'Eté dernier , de lui faire une
Montre fonnant les heures & les quarts , repetant
G l'heure
360 MERCURE DE FRANCE
l'heure à chaque quart , avec l'ufage de la repeti
tion à volonté , l'envie de réüffir dans un Ouvrage
fi difficile , m'excita à la recherche des differens
moyens dont je pourrois faire ufage pour venir à
bout de corriger plufieurs défauts effentiels que j'a
vois remarqués dans la conftruction des Machines
de toutes celles qui étoient venuës à ma connoiſſance.
Il y a environ 28. ans que je racommodai une
pareille Repetition pour l'Ambaffadrice de Portugal ;
elle étoit de la façon & de l'invention du célebre
Tompion ; je me fouviens fort bien qu'elle differoit
peu par la conftruction & fes défauts , de celles
qu'on a faites depuis à fon imitation .
Je n'oferois quafi le dire , crainte d'être fupçonné
d'amour propre; cependant il eft exactement vrai,
mes méditations fe font terminées à d'heureuſes découvertes
, dont j'ai fait ufage avec fuccès ; il y en
a une fur tout qui feule fait le fujet de ce Memoire
; fon utilité pour toutes les Montres les plus
compofées , me paroît fi grande, que je me hâte de
la publier , afin que mes Confreres en profitent plûtôt
que plus tard. A l'égard des autres , elles feront
partie d'un Ouvrage fur l'Horlogerie , que je donnerai
au Public dans le courant de l'année prochai
ne , il aura pour titre , Suite des Mémoires fur l'Horlogerie
; je ne m'arrêterai point à détailler ce qu'ils
contiendront , puifque je n'ai ici d'autres vûës que
"celles dedonner ma nouvelle découverte .
Elle confifte en deux chofes , l'une dans une
conftruction nouvelle de fauffe plaque , l'autre dans
la fupreffion de cette partie de la Boëte d'une Montre
que nous nommons la Bâte , * & de mettre à
* La Bâte d'une Boëte de Montre eft cegrand Cercle
qu'on voit, auffi- tôt qu'on a ouvert la lunette, c'est
celui qui portant sur le plus grand cercle de laBoëte ,
profit
MAR S. 1741 538
profit tout ce vafte efpace , qui jufquà préſent a été
en pure perte.
Par ce moyen fi avantageux , ma nouvelle fauffe
plaque prenant la forme & la place de la Bâte , donne
à la platine des piliers tout le diametre du plus grand
cercle intérieur de la Boëte , & par conféquent près
d'un fixiéme de plus qu'elle n'avoit , il eft aisé de
juger ce qu'une telle augmentation donne de plus
en fuperficie aux platines & combien le mouvement
acquiert en tout un plus grand volume .
J'ajoûterai à ce qui vient d'être dit , que par la
fupreffion de la Bâte , ma nouvelle conftruction
donne la facilité de placer un mouvement de repérition
fans timbre dans la boëte exterieure d'une repétition
à timbre & à double boëte ; cela fupofé , fi
T'on comparoit le folide du mouvement fans timbre,
placé dans la Boëte exterieure , à celui du mouvement
à timbre , placé dans Vintérieur , on trouveroit
que le premier feroit au dernier comme 64. eſt
27. d'où il fuit qu'à même volume de Boëte
on auroit deux mouvemens , dont les grandeurs
feroient extrêmement differentes , & dont l'un ſeroit
abfolument préférable à l'autre .
Pour fe convaincre de cette vérité , il eft à propos
d'obferver ici que la repétition exige d'employer
plus d'un tiers de la hauteur du mouvement pour
les machines qui font fous le Cadran ; d'ailleurs le resfort
, les roues & les marteaux de la repétition
prennent environ un tiers de la grandeur du mou
>
monte enforme de dôme jusques au Cadran , où il refoit
& porte le Mouvement de la Montre.
Il ne faut que confiderer un inftant le vafte espace
de la cavité de cette Bâte , auffi- tôt on concèvra combien
il eft avantageux pour nos Machines de mettre
tout cet espace à profit.
Gij yement
362 MERCURE DE FRANCE
vement ,
, enforte que le mouvement effentiel d'une
repétition de poche ſe trouve réduit à un tiers moins
de grandeur , & plus d'un tiers de moins de la hauteur
qu'il pourroit avoir.
Je ne m'arrêterai point ici à faire l'énumération
des autres avantages qui résultent de ma nouvelle
conftruction ; ils ont tellement frapé quelquesuns
des plus habiles de mes Confreres , qu'ils
la confiderent comme l'infaillible moyen de faire
fentir le ridicule de la conftruction des petites
repétitions d'Angleterre , en effet , leurs doubles
Boetes le timbre & la calotte fur le mouvement ,
le refferrent tellement & le rendent néceffairement
fi petit , que ces Montres , même celles qui font les
mieux travaillées font toujours défectueufes pour
P'ufage non feulement parce que les frottemens
y font ordinairement variables en raifon
inverfe de leur force motrice , mais encore à caufe
de plufieurs autres defauts effentiels dont je demontrerai
l'existence dans l'Ouvrage que je me pro
pofe de donner fur mon Art.
>
·
Il me refte encore à faire obſerver une proprieté
très-importante & qui eft particuliere à ma nouvelle
maniere , & fort avantageufe aux Horlogers , la
voici ; c'eft qu'on fait faire les effets aux machines
des repétitions , le mouvement étant dans fa Boëte
& féparé de fa fauffe plaque , laquelle j'ai difpofée
de maniere qu'on peut très - facilement la mettre
en place ou l'en ôter.
Comme il n'eft que trop ordinaire à ceux qui ont
imaginé ou perfectionné des Machines , d'exagerer
le mérite de leurs découvertes , fuis - je affés heureux
pour n'être point dans ce cas , & pour que les vrais
Connoiffeurs adoptent ce que j'ai dit à l'avantage
de la mienne ?
M.de Gourné, Prêtre , Prieur Commandataire de
Notre
MARS. 1741 . 563
Notre-Dame de Taverny , a fait pour l'année 1741 °
tous les changemens néceffaires dans fa France ancienne
& moderne , dédiée & préfentée à Monfeigneur
le Dauphin. Comme cet Ouvrage fera fujet
à quelques changemens tous les ans , il en a fixé le
prix à douze fols . Il a auffi confidérablement dimi- .
nué le prix de fes autres Tables Géographiques, pour
mettre tout le monde en état de les acheter. L'Europe
, l'Afie & l'Afrique feront de quinze fols chacune
, & la Mapemonde , de 24. Son premier
deffein étoit de faire graver de pareilles Tables
Géographiques pour tous les Pays & les Provinces
particulieres , où la Géographie ancienne auroit été
comparée avec la moderne , & la Géographie qui a les
Itinéraires & les Relations pour baze, avec celle qui
eft uniquement apuyée fur les Obfervations Aftronomiques,
mais comme il faudroit un nombre
fidérable d'années pour l'exécution de ce projet, &
que d'ailleurs les Planches gravées ne font pas fufceptibles
d'une infinité de traits hiftoriques & curieux
, il vient d'obtenir un nouveau Privilege du
Roy pour douze ans , & fait imprimer à fes frais
tout fon Ouvrage qui eft actuellement fous preffe &
dont voici le Plan , qui mettra le Public au fait de ce
qu'il contient & qui avertira les Libraires,foit deParis,
foit des Provinces , qui auront envie de traiter du
Privilege.
con .
PROSPECTUS d'un nouvel Ouvrage
fur la Géographie.
Cet Ouvrage eft intitulé , le Géographe Méthodique
ou Introduction à la Géographie ancienne &
moderne , à la Chronologie & à l'Hiftoire,.
Il eſt divifé en douze Parties , qui , pour fatisfaire
l'empreffement du Public & rendre l'entreprife plus
⚫aifée , paroîtront fucceffivement , de façon que
G iij premiere
564 MERCURE DE FRANCE
Premiere fera rendue publique au 30. Mai 17415*
la feconde au 30. Juillet fuivant , & les autres pareillement
de deux mois en deux mois , fans aucu
nie interruption .
L'avantage de ce nouvel Ouvrage ( entierement
different de toutes les Méthodes , qui ont parû juf
qu'ici & dont Paris femble être inondé , ) fe fera
fentir par le fimple expofé de la Méthode que l'on
a fuivi.
Le Public fe plaint , avec raiſon ; il ne trouve
rien de fatisfaifant dans la plupart des Géographies
qui ont paru jufqu'à préfent ; il les trouve fans goût,
fans ordre , fans méthode, mal digerées , peu exactes
, trop fommaires , peu intereffantes par leur fech
refle , ou enfin rebutantes par la confufion des
atieres.
Le défaut de toutes ces Méthodes a fait naître
P'idée d'une Géographie qui joignît à l'exactitude
qu'on demande & à une étendue raifonnable, tous les
ornemens que la Chronologie & l'Hiftoire peuvent
lui prêter.
C'est donc pour rapeller la Géographie à fon
ufage , qu'on a crû qu'il falloit faire marcher ces
trois Sciences enfemble , & qu'on ne s'y eft pas borné
à de feches defcriptions, mais qu'en fa fant voyager
le Lecteur , on lui aprend par tout l'Hiftoire
Chronologique du Pays , pour lui faire connoître
en même tems le Monde naturel & le Monde politique
.
En parlant de chaque Etat , on y verra la fucceffion
Chronologique & les principales actions de fes
Souverains , avec le commencement & la fin de
leurs Regnes ; la divifion actuelle de chaque Pays ,
le dénombrement des Provinces ; les Villes avec
leurs noms anciens , tirés de l'Itinéraire Romain,
d'Antonin , de Strabon , de Ptolomée & de toutes
Les
MARS. 565 1741. -
lés fources de l'Antiquité , l'éloignement de ces
Villes entr'elles , tiré des Relations des Voyageurs '
les plus judicieux ; la fituation des Villes , Bourgs
ou Villages confidérables ; les Batailles qui s'y font
données , les établiffemens , foit Politiques , foit
Litteraires qui les diftinguent ; les inventions qu'el
les s'attribuent ; les Arts qu'on y cultive ; les hommes
célebres en tout genre qui y ont pris naiffance
ou qui y font morts ; les Conciles qui s'y font tenus
& les Hérefies qui y ont été condamnées ; les
Evenemens mémorables , foit Hiftoriques , foit Fabuleux,
& une infinité de traits critiques & curieux,
propres à former l'efprit des jeunes gens & à les rendre
capables de remplir avec dignité les diff rens
poftes où ils pourront être élevés par leurs talens
ou par leur naiffance , propres enfin à les mettre en
état de lier & de foutenir une converfation avec
honneur ; de s'entretenir feuls en lifant utilement
P'Hiftoire , en leur faifant connoître le Monde entier
& fur tout leur Pays , où , felon Ciceron , il
leur eft honteux de vivre comme des Etrangers. &
On trouvera encore dans cet Ouvrage la qualité
du Terroir de chaque Etat ; les Rivieres qui Parro-
Lent ; les moeurs & la Religion des Habitans , les
principaux dogmes des differentes Religions qu'on
y profeffe , & pour les Pays Catholiques , les Archevêchés
& Evêchés , dont la notice fera voir que
le Gouvernement Eccléfiaftique a été formé fur le
Politique ; la forme de ce dernier Gouvernement
particulier à chaque Pays ; les prétentions de chaque
Souverain, & enfin les differentes Colonies que
chaque Monarque poffede dans les autres Parties de
l'Univers .
Cet Ouvrage eft précedé d'une Hiftoire Critique
de la Géographie , qui tient lieu de Préface , & dans
laquelle on difcute l'origine , les commencemens
Giiij &
566 MERCURE DE FRANCE
& les progrès de la Géographie. On y examine jufqu'où
les Anciens ont pouffé leurs connoiffances fur
cette matiere , & on donne une idée de leur Géographie.
On paffe enfuite aux modernes & aux découvertes
faites depuis l'invention de la Bouffole &
les progrès de la Navigation dans les Indes Orientales
& Occidentales. Ce détail Hiftorique eft fuivi
d'Obfervations critiques & de reflexions fur l'utilité
, les agrémens & l'ufage de la Géographie & fur
la maniere d'étudier cette Science avec fruit.
Il demeure à Paris , rue S. Jacques à la porte cochere
& au premier apartement fur la ruë , vis-àvis
l'Eglife des Mathurins.
AVIS AU PUBLIC , touchant un
nouvel Ouvrage de Muſique, intitulé : Piéces
de Clavecin en Concerts avec un Violon
ou une Flute , & une Viole , ou un deuxième
Violon par M. Rameau. ,
' >
Cein feul,foquent prefque par-tout le Quatuor
Es Piéces , quoique compofées pour le Clave-
>
avec le Violon & la Viole . On laiffe aux perfonnes
qui les ont entendues , & à celles qui pourront les
entendre dans la fuite , le foin d'en faire l'éloge ou
la critique.
Il y a vingt- quatre Piéces , dont dix- neuf font
diftribuées en cinq Concerts , & dont les cinq autres
font tirées en partie de celles-là, pour le Clavecin
feul , elles contiennent quarante pages en
partition in-folio ; outre que le deuxième Violon ,
qu'on peut fubftituer à la Viole , eft gravé féparément
in 4°.
L'Ouvrage , qui eſt déja gravé , s'imprime actuellement
; mais comme on craint qu'il ne foit
contrefait dans les Pays Etrangers avant que l'Auteur
་ ་
MARS. 1741. 567
teur en ait tiré fes frais , on propoſe aux Amateurs
une Soufcription de vingt - quatre livres pour chaque
Exemplaire , compoſé de l'in -folio & de l'in-4°
On ne s'oblige pour lors à fournir les Exemplaires
que dans le mois d'Août de la préſente
année
1741. pour doner aux Etrangers
le tems de s'en
pourvoir
, avec promeffe
cependant
de les livrer dès
qu'il y en aura deux cent d'affûrés
, & de ne recevoir
aucune
Soufcription
au - delà de ce nombre .
Les Soufcriptions
fignées
de l'Auteur
& numérotées
pour plus grande
fûreté , fe diftribueront
chés
M. Ballot , Notaire
, rue S: Honoré
, vis- à- vis la
ruë Traverfine
. On payera la moitié comptant
,
l'autre moitié en recevant
l'Exemplaire
.
ESTAMPES NOUVELLES
.
&
La Veuve de François Chereau , Graveur du Roy ,
ruë S. Jacques, aux deux piliers d'or , a mis en vente
une fort belle Eftampe en large , ou l'on voit
quatre Perfonnages.C'eft la troifiéme Scéne du troi
fiéme Acte de la Comédie du Glorieux , de M. Deftouches
, gravée par N. Dupuis, d'après le Tableau
original de M. Lancret , qui a été expoſe au Salon
en 1739. & qui a reçû l'aplaudiflement du Public.
Cette Eftampe a beaucoup de débit , & elle le mérite
bien. Les Perfonnages ont été peints d'après
Nature,& on reconoît avec plaifir les principaux Ac
teurs & Actrices du Théatre François , qui jouent
dans cette Piéce . On lit ces Vers au bas.
D'un Amant fier & glorieux
Vous voyez ici la peinture .
Tout l'annonce , fon air , fon regard , fa pofture;.
Tel eft de fon orgueil l'excès impérieux ,
GY Qua
568 MERCURE DE FRANCE
Que même en le cachant il frape.
L'Amour voudroit en vain le rendre gracieux ,
Malgré tous les efforts la Nature s'échape.
La fuite des Portraits des Rois de France , des
Grands Hommes , & des Perfonnes Illuftres dans
les Sciences & dans les Arts , continue de paroître
avec fuccès chés Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
Quai de l'Ecole ; il vient de mettre en vente , toujours
de la même grandeur , ceux de *
LOUIS III . & CARLOMAN XXVII. Roy de France.
Louis mort en 380. Carloman en 884. après
cinq ans de Regne.
BARTHELEMI TREMBLET , Sculpteur du Roy ,
né à Louvre , mort à Paris , âgé de 70. ans.
GREGOIRE LOPEZ , Eſpagnol , né à Madrid en
1542. mort en odeur de Sainteté en 1590 .
CATHERINE DE SEINE,Epoufe du Sieur du Frefne ,
née à Paris.
LETTRE de M. Lépicie Graveur ordinaire
du Roy & Secretaire de l'Académie Royale
de Peinture & de Sculpture, à M. D. L. R₂
écrite de Paris le 11. Février 1741.
Omme vous aimez les Arts , M. & tous ceux
qui s'y diftinguent , je crois que vous aurez
été fenfible à la perte que l'Académie a faite en la
perfonne de M. Thomaffin Graveur , Académicien .
Son pere
Simon Thomaffin fut Penfionaire du
Roy à Rome , & grava pour le Roy la Transfiguration
de N. S. d'après le fameux Tableau de
RAPHAEL .
M. Thomaffin après avoir reçû de fon pere les
premiers principes de la Gravûse , entra chés le célebre
MAR 569
L
S. 1741%
lebre Picard , dit le Romain , où il acheva de fe
perfectionner. Le Maître ayant paffé en Hollande
en 1710. le Diſciple l'y fuivit , & il y reſta jufqu'en
1713.
•
Il deffinoit avec fidelité & avec élégance ; il
aimoit cette partie , qui eft la baze de la Gravûre ,"
ayant fait des Deffeins finis de la plupart des Morceaux
qu'il a gravés. Sa maniere de graver étoit
belle & fçavante , il entroit parfaitement dans Pefprit
du Peintre dont il vouloit rendre le caractére
& il avoit l'art d'en faire connoître avec fineffe la
touche & le goût des contours. Je ne citerai , M.
pour autorifer ce que je dis ) que la Mélancolie
du Féti , célebre Peintre Florentin , le Magnificat
de M. Iouvenet , le Coriolan d'après M. de la Foffe
le Retour de Bal , de Watau , & enfin les Noces de
Cana , d'après Paul Veronefe , tous Morceaux d'un
mérite décidé , & qui font l'ornement des Cabinets
de tous les vrais Curieux.
M. Thomaffin étoit né avec beaucoup de jugement
& d'efprit ; l'enjouement & la fincerité faifoient
le fonds de fon caractere , fa converfation
étoit légere & amufante , & fes faillies avoient tout
le fel de l'Epigramine , fans en avoir jamais l'aigreur.
Bon fils , bon frere & bon ami , fa mémoire
fera toujours chere à tous ceux qui l'ont connus
en un mot , autant eftimable par fes qualités perfonnelles
, que par la pureté de fes moeurs & par
fa probité , il mourut avec les fentimens d'une parfaite
réfignation , le premier Janvier 1741. âgé de
13. ans , fans avoir été marié , dans fon Logement
aux Galeries du Louvre .
Nous voudrions bien que cette Lettre de M. Lé
picié , que nous remercions ici au nom du Public ,
fervit d'exemple aux Parens & aux Amis des habiles
Antiftes que la mort nous a enlevés, & qui fe trou-
G vi Vent
370 MERCURE DE FRANCE
vent dans le même cas , de vouloir bien donner d
pareilsMémoires pour enrichir l'Hiftoire des Arts &
célebrer la mémoire de ceux qui s'y font diftingués.
*INSTRUCTION abregée fur la conduite que
doivent tenir ceux qui ont des Defcentes ,
par M. DE LAUNAY , Chirurgien-Jure
L
à Paris.
A Defcente ou Hernie eft une tumeur molle ,
ou groffeur qui paroît d'abord à l'aîne , & qui
avec le tems defcend jufque dans le fcrotum , ou
les bourſes ; elle eft faite par la préfence de l'intetin
, ou d'une partie graiffeufe qui les recouvre.
apellée Epiploon , ou de tous les deux enfemble.
9
Cette tumeur paroît , furtout quand on eft debout
, ou qu'on a agi ; lorfque l'on touffe , ou que
l'on fe mouche , elle répond fous le doigt , elle
difparoît ordinairement quand on eft couché , ou
quand on la repouffe .
Si l'inteftin forme la Defcente , on entendra un
petit gargouillement lorfqu'on le réduira , & il
femble fuir de lui - même & fe précipiter quand il
rentre.
Si au contraire c'eſt l'Epiploon , la Defcente ne
rentre pas de même tout à- coup , on ne s'apercevra
point du petit gargouillement dont nous ve
nons de parler , parce que l'Epiploon étant une
partie graiffeufe , mollaffe , qui n'a point comme
l'inteftin' de cavité qui renferme de l'air , elle ne
fe réduit que peu à peu à mesure qu'on la repouf
fe , & le Malade fent lorfque la Defcente rentre ,
ou lorfqu'elle reffort , quelque tiraillement , ordinairement
accompagné de foibleffe ou de débilité
vers l'eftomac ou le nombril ..
Si c'eſt l'inteftin & l'Epiploon conjointement qui
forment
MARS. 1741 378
forment la Deſcente , on remarquera par les fignes
differens que nous avons dit , que l'Inteftin rentrera
le premier & l'Epiploon le dernier , fi celuici
n'a pas contracté d'adherence dans le ſcrotum
qui empêche la réduction .
Ces fignes une fois établis & bien reconnus , on
ne confondra pas la Defcente avec les autres tnmeurs
qui arrivent aux aînes , aux vaiffeaux fpermatiques
, & aux tefticules , & qui ne font point
de vraies Defcentes .
Les Hernies n'arrivent pas feulement aux aînes
& dans le fcrotum , mais encore à l'ombilic ou
nombril , où fe formę la Hernie , apellée Exomphale.
Celles qui furviennent aux autres endroits
du ventre , fe nomment Hernies ventrales .
Les caufes les plus ordinaires des Defcentes ,
ou Hernies vraies , font les chutes . les coups , les
cris , les efforts , les exercices violens du cheval
de la danfe , des armes , du cors de chaffe , & au
tres inftrumens à vent , les toux fréquentes , les
vomiffemens , les paffions outrées , les excès , les
maladies longues & épuifantes , les temperamens
humides , trop d'embonpoint , trop de maigreur ;
Pufage des alimeèns , groffiers & indigeftes , venteux
& relâchans , tels que les légumes , les hui
les , le beurre , la bierre , &c .
On peut auffi les raporter aux inconveniens de chaque
âge,à la délicateffe de l'enfance à l'imprudence
& aux excès de la jeuneffe , aux fatigues & aux travaux
de l'âge viril, aux infirmités & à la caducité de
la vieilleffe.
La Defcente dans fon commencement forme une
tumeur fi petite , fi- peu fenfible , qu'il eft rare
qu'on y prête attention. On croit communément
que ce ne font que des vents qui fe diffiperont
d'eux-mêmes , on fuit la maniere de vie , & les
mêmes
2%
372 MERCURE DE FRANCE
mêmes exercices , qui en étant fouvent la premiere
cauſe , en favorisent le progrès , & en attirent les
accidens.
Les parties fe préfentant à l'anneau , l'ouvrent ,
l'écartent & s'y font un paffage qui devient plus
libre de jour en jour . Leur chûte & leur précipitation
devenues plus fréquentes & plus rapides , forment
dans le fcrotum qu'elles étendent & qu'elles
rempliffent , un volume plus ou moins confiderable,
De-là les coliques fourdes & inquiétantes , furtout
lorfque les tems le difpofent aux vents , ou à
la pluie , les débilités d'eftomac , foit avant , foir
après le manger ; le ventre devient plus pareffeux ,
& le malade fe trouve moins difpofé que de coû
tume aux fonctions les plus ordinaires , & il eft
convaincu de la néceffité de remedier à une maladie
dont il n'a connu que trop tard la conféquence .
Ce qui eft de plus fâcheux , eft que quelquefois
on eft furpris des accidens les plus funeftes avant
qu'on ait penfé à les prévoir. La Defcente que
Pon avoit le plus d'habitude de réduire , ne peut
plus rentrer comme à l'ordinaire , les tentatives que
l'on fait pour y parvenir font fouvent inutiles , la
douleur furvient & augmente en un degré infuporsable
, & le malade eft exposé à une mort auffi précipitée
que cruelle.
Si on fait attention que l'Inteftin eft le canal qui
contient & qui conduit les alimens & les excrémens
, on comprend facilement que quand une de
fes portions , petite ou grande , a paffé l'anneau ,
elle forme une anfe ou cul de fac ou les matieres
excrémenteufes s'amaffent , & font une charge qui
empêche l'Inteftin de rentrer. Son mouvement régulier
de haut en bas , change & fe porte de bas
en haut. Une partie auffi délicate qui fe trouve ti
saillée , pincée & étranglée dans l'anneau , fe tuméfie
MARS. 1741: 373
méfie , s'enflâme , & tombe en gangrenne . Ce terrible
accident eft précedé d'autres maux très - funeftes
& très - preffans , comme des coliques
cruelles , des fueurs froides , des vomiffemens des
matieres fécales , & des hocquêts , qui ne ceffent
qu'en perdant la vie.
Les Defcentes les plus petites en aparence jet
sent dans cette extrémité , l'Epiploon peut lui feut
attirer cet accident , parce qu'embraffant & enve
lopant l'Inteftin , qu'on n'aperçoit pas , comme
dans un rezeau , il le refferre en tout ou en partie,
& en intercepte & dérange les fonctions & le mouvement
régulier .
L'Expolé fuccinct de tous ces accidens , prouve
affés la néceffité qu'il y a de retenir dans leur lieu
naturel des parties , dont le déplacement intereffe
de fi près la fanté & la vie .
Le moyen le plus sûr & le plus univerfellement
reçu pour y réuffir , eft le Bandage ; mais il a deux
inconveniens qui le rendent inutile ou rebutant..
Les Bandages qui ne font compofés que d'une
ceinture molle & flexible , faite de futaine , de
chamois , ou autre étoffe , n'ont ni la folidité , ni
la résistance néceffaire . Ceux qui confultent leur
délicateffe & leur commodité , plus que leur sûreté
, leur donnent d'abord la préference ; mais avec
le tems le progrès de la Defcente , & quelque accident
qui leur arrive , les fait revenir de leur préjugé
, & les convainc de l'inutilité de ces fortes de
Bandages.
Les Bandages forgés font les feuls qu'on puiffe
employer avec sûreté . Mais ces mêmes Bandages
tels qu'ils font formés ordinairement , font fi
groffiers , fi pefans , fi roides & fi gênans , qu'il
a beaucoup de perfonnes qui n'ofent fe réfoudre
s'en fervir d'autres en font tellement rebutées &
bleflées
74 MERCURE DE FRANCE
Bleffées , qu'elles font obligées de les abandonner ,
quoiqu'il y ait certains cas où ils me paroiffent abfolument
néceffaires & inévitables ; par exemple
aux perfonnes d'un gros travail , & à ceux qui ont
des Defcentes d'un volume extraordinaire & depuis
long- tems négligées ; mais on peut pour l'ordinaire
& même prefque toujours épargner au malade les
incommodités que ces Bandages leur font fouffrir.
Pour remedier aux inconveniens des uns & des
autres , j'en ai médité & compofé un , qui par ſa
forme , fa flexibilité , fon reffort & fa légereté , n'eſt
point infuffifant comme les premiers , ni incommode
comme les feconds : & la maniere dont il eft
garni , fait que les perfonnes qui en font ufage ,
peuvent les entretenir dans une grande propreté.
Ceux qui font dans l'ufage des Bandages ordinai
res,font encore plus à portée que perfonne de juger
de la commodité & de l'avantage de celui que j'employe
; la plotte n'ayant ni la forme , ni l'épaiffeur
des autres , bouche exactement l'anneau & retient
La Defcente fans faire de compreffion gênante.
La ceinture qui eft en même tems flexible & fort
élastique , le prête facilement aux differentes attitudes
& aux differens mouvemens du corps , fans
être ſujette à ſe fauffer , ni même à ſe caffer ; défaut
qu'on remarquera dans ceux qui ne font pas
ma façon , & qu'on aura contrefaits .
de
La premiere attention avant que d'apliquer le Ban
dage , eft de réduire la Defcente , ce qui fe pratique
quelquefois debout , en y portant feulement
la main , furtout lorfqu'elle eft petite , nouvelle &
bornée à l'aîne .
Il ne faut pas fuivre cette méthode, fi c'eſt l'Epiploon
, ou fi la Defcente eft plus groffe & qu'elle
Tombe dans les bourfes. Il faut fe coucher fur le
dos , conduire les parties avec la main fans ufer de
prés
MARS. 1741. $75
précipitation , ni de violence , mais y mettre le
tems & la patience .
Si la Defcente réfifte trop & que les tentatives
caufent de la douleur , on ne doit pas s'opiniâtrer ,
il fau: garder le lit , obferver une grande diette ,
recourir à un Chirurgien pour fe faire faigner &
apliquer fur la partie les remedes convenables.
La réduction faite , on palle le Bandage autour
de foi , la plotte prend la place de la main qui a
réduit les parties , & l'apliquant jufte à l'endroit
où l'on a fenti rentrer la Defcente en dernier lieu ,
on commence par affujettir au crochet la courroye'
qui paffe par deffous la cuiffe ( qui eft néceffaire
aux perfonnes maigres , ) la ceinture enfuite, qui a
plufieurs trous s'attache par- deffus,
On obfervera de ferrer affés pour retenir la Def
cente , ce dont on s'affurera en portant la main
deffous la plotte , & en touffant ou fe mouchant,
on éprouve fi le tout eft en bon état .
Lorfqu'on éternue ou que l'on fe préfente à la
felle , il eft prudent de maintenir la plotte avec la
main , furtout fi l'Epiploon forme la Defcente
parce que cette partie s'échape facilement & fe retient
avec peine.
Si la Defcente eft forte & inveterée , il convient
de garder le Bandage jour & nuit , pour corriger
l'habitude vicieufe qu'elle a contractée : du moins
faut- il ne le quitter que dans le lit , & le reprendre
avant que les parties ayent la liberté de fe repré
fenter.
Les Defcentes nouvelles & d'un petit volume ,
peuvent , fi l'âge & le temperament le permet
tent , fe rétablir par l'affiduité à le porter ; mais il
faut prendre garde de le quitter trop tôt , il en ar
rive de fâcheux accidens ; on s'éprouve avec précaution
, & on ne doit l'abandonner que quand on
fe
$76 MERCURE DE FRANCE
fe croit bien en sûreté ; encore eft - il prudent de le
reprendre quand on veut monter à cheval ou faire .
quelque exercice qui peut faire renaître la Defcente
, furtout lorfqu'on fe trouve exposé aux mê
mes caufes qui ont d'abord occafionné la maladie.
Les perfonnes éloignées qui écriront ou com
mettront quelqu'un pour avoir des Bandages , fefont
attention aux circonftances fuivantes . Il faut
prendre avec un fil ou un ruban la groffeur de la
perfonne en faisant le tour du corps , de forte que
les deux bouts fe raportent fur la racine de la ver
ge ; enfuit: fpécifier & marquer le côté où eft la,
Defcente c'eſt à- dire , fi elle eſt à droite ou fi elle
eft à gauche , fi elle eft bornée dans l'aîne ou fi elle
tombe dans les bourſes , & l'âge des perfonnes : s'il
y a deux Defcentes , quelle eft la plus groffe , &
prendre avec un fil la diftance d'une aîne à l'autre
Les mêmes détails ferviront pour les enfans , obfervant
s'ils font nets ou s'ils ne le font pas encore,
auquel cas il leur en faudra deux pour les changer.
Je joindrai aux Bandages que je ferai tenir en Pro
vince,cette Inftruction fignée de moi , avec mon adresa:
fe , pour qu'on foit sûr de les avoir fidelement . La de
meure de M. de Launay eft dans la rue des Prou
vaires S. Euftache , du côté de la rue du Roule.
A
Le fieur Durand , Expert pour la confervation
des Dents , connu par fa dexterité pour les opérations
, a trois Remedes fpécifiques ; l'Opiat Royal ,
' Elixir , & l'Eau d'Or , pour les cas ci - après dénommés
.
L'Opiat raffermit les Dents branlantes , anime
& fait croître les Gencives rongées , blanchit parfaitement
les Dents , fans offenfer le luftre de l'émail
; les rend douces , empêche que les Gencives
ne tombent en bourlet , que l'on ne fente de la
bouche ,
MAR S. 1741. $77
bouche , & liquefie le fang groffier. Les Pots ſont
de 2. de 3. de 4. & de 6. liv..
L'Elixir par fa vertu pénétrante pour les douleurs
de Dents , détruit toutes les corruptions qui les minent
fous les alveols , réfout les tumeurs , meurit
les abfcès , & fait fortir le pus & la matiere , guérir
les Chancres qui viennent au Palais , à la Langue
& aux Gencives , lefquels ont des fuites très fâcheufes
, corrige les humeurs acres qui tiennent ou
paroiffent tenir de la nature du Scorbut , &c . Les
Bouteilles font de 2. liv. 10. f. de liv. 10. f. &
de 6. liv.
3.
L'Eau d'Or de Grenade eft pour les Fluxions &-
les Gonflemens de Gencives les plus confiderables
, les diffipe en très peu de tems , procure
des avantages réels & permanens à toutes les parties
de la Bouche. Les Bouteilles font de z . liv. &
de 4. liv
Il avertit auffi que parmi tous les fecours qu'il a
chés lui pour le bien & l'embelliffement de la Bou- :
che , on y trouve des Dents artificielles faites de
maniere à contenter toutes les Perfonnes qui en ont
befoin.
Il vend des Racines très falutaires qui embaument
la Bouche , à 15. fols le plus haut prix.
Il va le matin où on le demande , & l'après dinée
on le trouve chés lui ,
Al
Sa demeure eft avec Tableau rue Saint Honoré
vis- à- vis la Fontaine & la Croix du Traboir
premier Apartement.
>
Le Sieur Neilson , Chirurgien Ecoffois , reçû à Sa
Côme , pour la guérifon des Hernies ou Defcentes
traite ces Maladies avec beaucoup de fuccès , par
le
fecours des Bandages Elaftiques qu'il a inventés
pour les Hommes , Femmes & Enfans. Ces Bandages
378 MERCURE DE FRANCE
dages font fort aprouvés , non - feulement parce
qu'ils font très légers & commodes à porter jour
& nuit ; mais auffi ils font très utiles par raport a
leurs refforts , qui compriment la partie malade ,
ferment exactement l'ouverture qui a permis la
Defcente , & réfiftent aux impulfions que font les
* parties intérieures , foit à cheval ou à pied . En envoyant
la meſure prife autour du corps fur les Aines
, marquant furtout l'état de la Defcente , & le
côté malade , on eſt affûré de les avoir juſtės ; auffibien
que ceux qu'il fait pour le Nombril.
Il donne fon avis , & felon l'âge & le tempérament
, il prépare des remedes qui lui font particuliers
, & convenables à ces Maladies.
Voyant que les Chaffeurs & ceux qui courent à
Cheval ou en Chaife , qui prêchent , chantent , danfent
, font des Armes , &c . font continuellement
expofes à ces maladies ; il a auffi inventé des Ban
dages élastiques très - légers , commodes & néceffaires
à porter pendant ces exercices , ou d'autres violens
, pour fe garantir des maux , & prévenir les
incommodités qui arrivent tous les jours.
Sa demeure eft à Paris , ruë Dauphine , au Cocq
Or ; aupremier Apartement.
Le fieur le Carlier , Gendre de défunt fieur Por
cheron , continue la même Pomade compofée de
Simples , autorisée par Lettres Patentes du Roy , ac-
' cordées à défunt Porcheron & à fes fucceffeurs , enregiftrées
au Parlement , aprouvée de M. le premier
Médecin du Roy , de M. Helvetius , Médecin
ordinaire de Sa Majefté , & premier Médecin de
la Reine , & de Meffieurs les Doyen & Docteurs
de la Faculté de Médecine de Paris , lefquels ont
eux-mêmes guéri par le feul liniment & frotement
de cette Pomade , plufieurs Malades de Rhuma-
•
tilmes
MARS. 17413 575
tifmes inveterés , goutteux , douleurs de nerfs ,
Nerfs retirés , Sciatiques , Paralyfies & Enquilaufes
dans les boëtes des genoux , qui ne cédoient poing
aux remedes ordinaires : Elle guérit auffi les playes
abandonnées , le fait répandu aux femmes & enflûres
de jambes ; elle fait tranfpirer l'humeur au dehors
fans aucunes cicatrices : Elle ne fe corrompt
jamais , & peut fe tranfporter en toutes fortes de
Pays. La même Pommade guérit les maux de tête
, les Auxions & les hémoroides. Il donne la
maniere de s'en fervir. Les pots font de cinquante
fols , & de cent fols cachetés de fon
Cachet.
>
Il demeure à Paris , rue Pavée , Quartier Saint
Sauveur , derriere la Comédie Italienne , proche la
vuê Françoiſe , au premier Apartement , où son Tableau
ex expoje.
Madame Barere qui a herité des plus beaux fecrets
de feu M. de la Mulotiére, & inftruite des bons effets
dont elle a été témoin oculaire pendant l'espace de
quinze années qu'elle a travaillé avec lui , avertic
fe Public qu'elle en fait ufage avec fuccès , ce
qu'elle peut prouver par les differentes cures qu'elle
a faites , & qu'elle fait journellement , furtout pour
toutes les maladies des yeux , même les plus inveterées
, à l'exception des Cataractes ; elle publiera
en fon tems les noms des perfonnes qu'elle a guéries
, afin que ceux qui auront befoin de fon fecours
, puiflent s'informer de leur guériſon avant
de s'adreffer à elle . La Dame Barere en a guéri
plufieurs à qui tous les remedes qu'ils avoient faits
auparavant , avoient été inutiles . Elle traitera gratis
les Pauvres connus pour tels , par un Certificat de
leur Curé , ou autrement . Elle loge , ruë de Seine
•que
580 MERCURE DE FRANCE
à l'Hôtel d'Espagne , vis-à -vis l'Egoût , chés Mala
me Bailly. On la trouvera à toutes les heures du
jour.
À I R.
LE Vin amufe le Sage ,
Donne de la raiſon aux Foux ;
De l'amoureux esclavage
Il nous délivre tous.
Des Grands il enrichit la table ,
Il foulage le miférable ;
Du Soldar ,
Il anime au combat
La timide vaillance .
L'Orateur lui doit fon éloquence ,
Et le Rimeur fon abondance .
THE NEW YORK
PUBLIC LIBRARY
ASTOR, LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
HE
NEW
YORK
!
PUBLIC
LIBRARY
!
ASTOR
, LENCY
AHE
.
TILDEN
FOUNDA
MAR S. 1741. 181
****************
SPECTACLES.
EXTRAIT de la petite Comédie de Deucalion
Pyrrha , Piéce en Profe & en un
Acte , avec un Divertiffement de chants
de danfes , repréfentée au Théâtre François
le 20. Fevrier dernier , annoncée dans le
Mercure du même mois .
ACTEURS.
-Deucalion
Pyrrha ,
L'Amour ,
Je Sieur Grandval;
la Dile Gauffin.
la Dlle d'Angeville,
La Scene eft dans une Forêt.
Voique cettenouvelle Comédie n'air
pas eu le fuccès que le Public s'en
étoit promis , ir l'idée avantageufe que l'O
racle , Piéce du même Auteur , lui avoit fait
concevoir de tous les Ouvrages qui fortiroient
de fa plume , on ne peut difconvenir
qu'elle ne foit remplie d'efprit & de fentimens.
L'Auteur vient de la faire paroître
imprimée , & précedée d'un Prologue qui
pas été repréfenté , & qui nous annonce
qu'il n'a été fait qu'après coup. Voici de quoi
s'agit dans la Piéce ,
Deucalion .
n'a
582
82 MERCURE DE FRANCE
Deucalion fe réveille en furfaut , frapé
d'un fonge dans lequel il a. crû voir la Déeffe
Aftrée , qui lui a prononcé cette efpece d'oracle
: Une fille , qui comme toi , s'ennuye d'être
feule , viendra bientôt te trouver , vous
inftruira dès ce jour l'un & l'autre , de la vo
lonté des immortels . Deucalion fait connoître
qu'il ne demande qu'un ami , & qu'il a une
averfion invincible pour le fexe .
L'Oracle d'Aftrée n'eft pas long - tems à
s'accomplir. Pyrrha paroît au fond du Theâ--
tre , & s'exprime ainfi dans un court monologue
, après avoir aperçû Deucalion :
Voilà véritablement un homme , & s'il fe
nomme Deucalion , (je n'en puis plus douter )
c'est une voix céleste , qui cette nuit , m'a commandé
de venir en ces lieux... il en reste donc
encore un fur la terre ; ah ! ne le regardons
point.
Deucalion forme la même réfolution ; ils
s'aprochent , ils fe parlent ; mais en détournant
la tête , pour ne fe point voir , l'un &
l'autre fait éclater toute l'averfion qu'il a
pour le fexe dont il n'eft pas. Comptez , dit
Pyrrha , fur toute l'indignation que doit m'infpirer
un fexe infidéle , vain , diffimulé , bizarre
, qui , fans ceffe guidé par l'amour propre ,
déçu par l'erreur , victime de l'enêtement , furieux
par unfaux point d'honneur , dupe de la
flaterie , esclave de l'oftentation , de la mode
MARS. 1741. 583
& de mille préjugés , vient enfin d'attirer fur
lui , &fur monfexe , qu'il avoit malheureufement
féduit, ce châtiment univerfel , que lajuftice
des Dieux ne pouvoit plus retarder.
Deucalion étant d'un fexe moins prodigue
en paroles , fe contente de lui répondre :
Fort bien ; & malgré ce beau portrait que vous
venez de tracer avec des traits affés vifs , l'inconftance
, la legereté , le caprice , quelques
idées nouvelles , ou des curiofités naiſſantes
vous feront peut- être bientôt demander aux
Dieux un Epoux. Pyrrha l'interrompt
brusquement , & picquée de la préfomption
de fon adverfaire , elle paffe à l'ironie , plus
humiliante que les injures les plus picquanres.
Cette Scéne finit par un trait de vanité
de la part de Pyrrha. Elle dit à Deucalion :
Quoi ! cet homme qui infulte au caractere des
femmes , fe reconnoît fi foible , qu'il n'ofe les
regarder! Deucalion picqué d'un défi fi in--
jurieux , s'expofe hardiment au péril que ·
Pyrrha veut lui faire craindre ; mais il ne le
brave pas impunément . Frapé à fa vûe , jamais
, dit-il , rien de fi beau ne s'eft offert à mes
yeux. Ah! Deucalion , s'il te refte un inftant
de raifon , tâche de dérober ton coeur à la furprife
de tes fens.
Deucalion s'éloigne de Pyrrha qui le fuit
des yeux , & trouve très-mauvais qu'il la
quitte fi-tôt elle fait plus , elle convient
H qu'il
¿
584 MERCURE DE FRANCE
qu'il eft jeune & bien fait vrai fymptome
d'un amour naiffant ; elle fe rapelle qu'Aftrée
dans le fonge dont elle a parlé dès la premiere
Scéne,lui a annoncé qu'elle aprendroit
par une infcription au pied d'une Statuë
quelle eft la volonté des Dieux : elle y court,
avec empreffement , d'abord elle n'y trouve
aucun caractere ; mais par une efpece de pro- ,
dige , une main invifible y trace ces mots :,
A l'inftant que Deucalion & Pyrrha d'un con.
fentement unanime , mettront une guirlande de
Eleurs fur la tête de cette Statue , elle s'anime
& malheur à l'un à l'autre , s'ils ne
vouloient pas l'animer.
rai
Cet Oracle eft très - embaraffant pour
Pyrrha ; elle avoit demandé aux Dieux une
compagne de fon fexe , prévenue comme
elle étoit contre celui des hommes ; elle
penfe tout autrement ; Ab ! pourfuit- elle
Deucalion eft aimable , cette femme feroit trop
exposée avec lui; & s'il la trompoit , quels re
proches n'aurois-je pas à me faire ? De ce fen
timent de pitié , elle paffe à un autre qui re
garde Deucalion ; fi je demande auffi que ce
foit un garçon.... il voudroit être aimé , &
certainement Deucalion ..... Oui , Deucalion
en feroit jaloux ; car je me fuisfort bien aperque
qu'il cherche vanement à irriter contre
moi un coeur qui ne lui obéit pas , obeit pas , &c. Deuca
calion revient ; elle s'aperçoit de fon trou
ble
MAR S. 1741 585
ble , & ne doute point qu'elle n'y ait part ;
tajalonfie que je vais lui donner , dit - elle d'un
air de triomphe , & l'épreuve où je vais le
mettre , va l'embaraffer bien davantage.
Pyrrha fait entendre à Deucalion , qu'enfin
fon parti eft pris , & qu'elle fouhaite que los
Dieux faffent naftre de cette Statue un Epoux
digne d'elle.
Deucalion fait en vain éclater fa jaloufie
; elle lui dit pour toute réponſe , qu'elle
veut obéir aux Dieux qui les menacent tous
deux d'un malheur inévitable , s'ils ſe refufent
à la loi qu'ils leur ont prefcrite de cou
Tonner cette Statue ; elle le quitte pour aller
cueillir la Guirlande qui doit faire foi de fon
aveugle obéiffance. Comme nous touchons
au dénouement , nous pafferons légerement
fur les fentimens qui continuent de régner
dans les Scénes qui reftent , pour ne nous
attacher qu'à l'action théatrale.
Deucalion fe livre tout entier à ſa jaloufie ;
Pyrrha ne tarde pas long- tems à le rejoindre
avec la Guirlande qu'ils doivent mettre tous
deux fur la tête de la fatale Statuë ; mais fon
'Amant lui tient des difcours fi tendres & fi
généreux , que , transportée à fon tour , elle
Tui dit : Il est au pouvoir d'une Mortelle de récompenfer
tant d'amour ; j'ai voulu vous éprouver,
Deucalion , je paroiffois vous donner un Ri-
Paljunjufte dépit devoit vous irriter contre moi;
Hij
Wough
386 MERCURE DE FRANCE
ن م
vous avez cependant préferé mon bonheur au
vôtre , vous n'avez pas crû qu'une Epoufe
de la main même des Dieux pût vous conſoler ;
je goûte dans cet inftant le plaifirfenfible d'être
engagée par la reconnoiſſance à suivre tout le
penchant de mon coeur.
Egalement heureux , mais incertains du
fuccès , ils pofent la Guirlande en tremblant
, quelle agréable furpriſe ! L'Amour
paroît à la place de la Statue. Ce Dieu fecourable
finit la Piéce par ces mots qui ame
nent la Fête qu'il a pris foin lui - même de
préparers Graces , Jeux & Ris qui renaiffez
avec mon Empire , venez , raffemblez- vous
annoncez les plaifirs.
On a trouvé la Fête bien compofée , mais
un peu trop férieufe pour une petite Piéce,
Voici quelques Couplets du Vau de- Ville
L'Amour.
Amans , ceffez des plaintes vaines ;
Sans l'Amour vous ne feriez rien
Malgré tout le poids de mes chaînes ,
Comptez vos plaifirs & vos peines :
Je fais moins de mal que de bien .
Deucalion à l'Amour
Victime d'une erreur groffiere
Grand Dieu , je fuyois ton lien :
Mais enfin ton flambeau m'éclaire
A qui fent une ardeur fincere
MARS. 587 17411
Tu fais moins de mal que de bien.
L'Amour au Parterre.
Vous , mes Sujets de préférence ,
Dont je fuis l'ame & le foutien ,
Inftruits par votre expérience ,
Convenez que , fur - tout en France ,
Je fais moins de mal que de bien.
Cette Piéce paroît imprimée chés Prault
fils , Quai de Conty , vis-à -vis la defcente
du Pont Neuf, à la Charité , prix 24 : fols .
Le 3. Mars , les Comédiens François donnerent
la premiere repréſentation d'une Piéce
nouvelle en Vers & en cinq Actes , dont le
titre n'a pas été annoncé ; elle eft de la compofition
de M. de Boiffy , qui l'a retirée du
Théatre après la premiere repréfentation.
Le 18. les mêmes , Comédiens firent la
clôture de leur Théatre par la Tragédie d' Ariane,
ſuivie de la petite Comédie de l'Oracle.
Le 16. l'Académie Royale de Mufique
donna par extraordinaire , pour la Capitation
des Acteurs , la Tragédie d'Amalis de
Gaules , comme cela fe pratique toutes les
années ; cette Piéce qui fut parfaitement bien
exécutée , & dans laquelle la Dlle le Maure
joüa à ravir fon rolle d'Oriane , fut terminée
par une Danfe , apellée le Pas de fix , danſée
H iij par
388 MERCURE DE FRANCE
par les meilleurs Sujets de l'Académie .
Le 18. on donna la même Piéce & le même
Divertiffement pour la clôture du Théatre.
Le 7. les Comédiens Italiens remirent au
Théatre la Tragi- Comédie de Samfon , ornée
d'une nouvelle Décoration qui repréſente au
cinquième Acte le Temple de Dagon , Idolė
des Philiftins cet Ouvrage dont on pourra
parler plus au long , eft du deffein du Sieur
Le Maire , dont le Pere a fait autrefois plufieurs
Ouvrages en ce genre pour le même
Théatre , qui ont toujours été très - goûtés ,
& qui le font encore regretter. La Piéce de
Samfon fut fuivie de la premiere repréſentation
d'une petite Piéce nouvelle en Vers &
en un Acte , de la compofition des Sieurs
Romagnefy & Riccoboni , intitulée : l'Echo
du Public , qui a été reçûë favorablement
& dont on parlera plus au long.
Le 18. jour de la clôture du Théatre , on
donna les deux mêmes Piéces avec un grand
Concours.
Le Sieur Rochart , nouvel Acteur , reçû
depuis peu dans la Troupe, du Roy , fit le
compliment ordinaire au Public , qui l'a hơ
noré de fes aplaudiffemens.
Le 9. l'Opera Comique continuant tous
jours la Piéce qui a été annoncée ſous le titre
de la Chercheufe d'Esprit , & qui attiroit
tous
MAR S. 1741. 589
tous les jours de nombreuſes Affemblées , y
joignit une autre Piéce nouvelle d'un Acte .
avec des Intermedes , intitulée : Farinette
Parodie de l'Opera de Proferpine . Cette
Piéce qui eft de l'Auteur de la Chercheufe
d'Efprit a été également goûtée du Public .
:
Le 19. on remit au Théatre la Piéce intitulée
Le Magazin des Modernes , qui fut
fuivic de deux autres Piéces nouvelles dont
on vient de parler , lefquelles ont été continuées
jufques & compris le 24 , jour de la clôture
de la Foire & de l'Opéra Comique . Les
Acteurs firent leur compliment ordinaire en
Vaudevilles , pour prendre congé du Public :
Les Vers qu'on va lire font adreffés à l'Auteur
de la Chercheufe d'Efprit.
Non , je ne l'ai pas encore vûë ,
Cette jeune fille ingénuë ,
Qui brûle d'avoir de l'efprit ;
Mais fur le bien qu'on m'en a dit ,
Je ne méconnois point fon pere :
Quand on met au monde un Enfant ,
Qui de l'efprit fait ſon affaire ,
Et que l'on force , en badinant ,
La Critique même à fe taire ,
Il faut avoir bien du talent.
L'Affichard.
Hiiij NOU590
MERCURE DEFRANCE
****************
NOUVELLES ETRANGERES,
TURQUIE.
Es derniers avis de Conftantinople portent , que
Les drivesavisquequelques Hortons que
les mouvemens que quelques Hongrois mécontens
le font donnés pour déterminer le Grand
Seigneur à faire la guerre à la Reine de Hongrie ,
n'ont pas eu le fuccès qu'ils en attendoient , et que
Sa Hauteffe paroît perfifter , dans la réfolution de
remplir les engagemens qu'elle a pris avec le feu
Einpereur .
On a apris depuis qu'il y a dans le Divan deux
partis , dont l'un veut abfolument la guerre , et
J'autre fait tout fon poffible pour en détourner Sa
Hauteffe. Les Miniftres du Grand Seigneut , qui
font de ce dernier parti , craignent que fi Sa Hauteffe
fe détermine à une rupture avec le Czar , our
avec la Reine de Hongrie , Thamas Kouli Kan ne
profite de cette occafion , pour tâcher d'exécuter
les entrepriſes qu'on le foupçonne de méditer contre
la Turquie. Ils foutiennent en même tems , que
pour peu qu'on connoiffe la nature du Gouvernement
de Moſcovie , on ne peut fe flater que la mort
de la Czarine puiffe y caufer aucun changement
qui foit avantageux aux Turcs , d'autant qu'on eft
inftruit que la Grande Princeffe de Mofcovie ayant
été déclarée Régente après la dépofition du Comte
Erneft Biron , fon autorité a été généralement reconnue
de tous les Ordres , de l'Etat .
Y Les Lettres de Choczin portent que le bruit
couroit qu'une partie du peuple de Conftantinople
s'étoit
MAR S. 17410 591
s'étoit foulevée , & que les Séditieux demandoient
qu'on déposât le Grand Seigneur , ou au moins , le
Grand Vilir.
RUSSIE.
N mande de Peterſbourg du 21. du mois de
anvier dernier , que la Reine de Hongrie
ayant prié le Czar d'employer les bons offices ,
pour engager le Roy de Pruffe à retirer les Troupes
de la Siléfie S.M. Cz . avoit écrit à ce Prince qu'elle
lui a fait connoître le cas qu'elle fait de fon amitié,
par l'empreffement avec lequel elle a renouvellé
P'Alliance qui fubfifte depuis plufieurs années entre
les deux Puiffances , que la fatisfaction qu'elle reffent
de lui avoir donné cette preuve de la pureté de
les intentions , a été troublée par la nouvelle qu'elle
a reçûë de l'entrée des troupes Pruffiennes en Siléfie
; que loin de foupçonner le Roy de Pruffe de
youloir troubler le repos de l'Empire , & de penfer
à donner atteinte à l'équilibre que toutes les Puiffances
ont interêt de conferver en Europe , on auroit
dû s'attendre que S. M. Pr. auroit pris la défenfe
de l'un & de l'autre contre ceux qui auroient
voulu inquiéter la Maiſon d'Autriche dans la conjoncture
où elle fe trouve par la mort de l'Empereur
; qu'ainfi , comme le Roy de Pruffe ne fçauroit
ignorer les inconvéniens que réfulteroient des
obftacles qu'il aporteroit à l'exécution de la Pragmatique
Sanction , le Czar l'exhorte à ne pas allu
mer le feu de la guerre en Allemagne , & à recou
rir aux moyens de conciliation , pour terminer fes
differends avec la Reine de Hongrie.
M. Wifnakow , Miniftre du Czar à la Porte , a
dépêché un Courier à S. M. Cz. pour l'informer
que le Grand Seigneur ayant apris la nouvelle de
HY Ja
592 MERCURE DE FRANCE
la mort de la Czarine , avoit fait affembler le Di
van à l'occafion de cette nouvelle ; & que malgré
les efforts que quelques - uns des Miniftres de Sa
Hautefle avoient faits pour lui perfuader de ne pas
s'en tenir à ce qui a été reglé par le Traité de
Paix entre la Turquie & la Molcovie , le Grand
Seigneur avoit réfolu d'obſerver exactement les
conditions de ce Traité.
-Selon les ordres du Czar , quelques Bataillons
des troupes qui font en Livonie , fe font mis en
marchel, pour le rendre fur les Frontieres du Duché
de Curlande .
M. de Beftuchef, qui étoit prifonnier à Kexholm ,
a été conduit dans la Citadelle de Petersbourg , &
le Général Víchakow , s'y étant rendu avec M.
Ehmer , pour l'interroger , M. de Befuchef leur a
remis un Ecrit , dans lequel il rend compte de tous
les faits qui font parvenus à fa connoiffance pendant
fon Miniftere.
On mande du premier Février que le fort da
ci-devant Duc de Curlande eft décidé . On avoit
propofé d'abord de l'envoyer à Oranienbourg
en Ukraine , ou à Tobolska , Capitale de la Sibérie.
Il a depuis été reglé qu'on l'exileroit effectivement
dans ce Pays- là ; mais qu'au lieu de Tobolska
, on choifiroit Jenifeskoy , qui eft une des
Villes les plus avancées dans la Sibérie , & fituée fur
la riviere de Janifea , dans la partie la plus fertile &
la plus agréable de la Sibérie . Comme la Cour dé
fire qu'il y foit logé convenablement , on a fait
partit un Architecte avec plufieurs ouvriers , pour
lui bâ ir une Maifon dans cet endroit , laquelle
fera environnée de murs & de foffés , n'y ayant que
des Maifons de bois peu propres pour la Garde
d'un Prifonnier. Il fera accompagné dans fon exil
par toute fa Famille.
Les
MAR S. 1741.
$ 93
Les Commiffaires chargés d'interroger le Comto
Erneft Biron , ayant affûré qu'il avoit l'efprit entierement
troublé , et leur raport ayant été confir
mé par le Docteur Smith , qui étoit allé à Schlieffelbourg
par ordre du Czar , pour examiner fi le
délire du prifonnier n'étoit point un délire affecté ,
S. M. Cz. a ordonné qu'on ne continuât point les
procédures cominencées contre ce Comte .
à
Le jour de l'Anniverſaire de la naiffance de la
Princeffe Elizabeth Petrowna , le Czar envoya
cette Princeffe une Tabatiere d'or , garnie de Dia
mans , dans laquelle il y avoit une Ordonnance de
40000. Roubles , et la Princeffe Régente a fait préfent
à la même Princeffe d'une paire de Bracelets
d'un prix confidérable .
La Régence de Mofcow a dépêché un Courier au
Czar , pour l'informer qu'on venoit d'y aprendre
que Thamas Kouli-Kan s'étoit emparé depuis peu
de la Grande Bucharie , et on a depuis reçu la confirmation
de cette nouvelle par plufieurs Lettres
qui contiennent les particularités fuivantes,
>
Thamas Kouli - Kan ayant pris la résolution de
fe venger des Tartares Usbecks, qui depuis plufieurs
années , ont mis tout en ufage pour traverfer, fes
deffeins , ce Prince fit marcher au commencement
du mois d'Octobre dernier , une Armée de 40°CO.
hommes fous la conduite d'un de fes meilleurs Généraux
vers la Grande Bucharie , qui eſt habitée par
ces Tartares . Les Perfans rencontrerent près de la
riviere d'Amu l'armée des ennemis ; et quoique
ces derniers fuflent fort fupérieurs en nombre
les Perfans les attaquerent avec tant de valeur ,
qu'ils les obligerent à prendre la fuite . Pour
profiter de la confternation que cette victoire avoit
répandue parmi les Tartares , les Perfans le bâterent
de paffer la riviere d'Amu , et ils marcherent à Bu-
H vj
chara
394 MERCURE DE FRANCE
chara , Capitale de la Grande Bucharie. Les enhe
mis voulant éprouver à la fortune leur feroit plus
favorable dans un fecond combat , qu'elle ne leur
avoit été dans le premier , leur livrerent bataille à
quelque diftance de cette Place , mais ils furent mis
une feconde fois en déroute , et les Perfans empor
terent d'affaut la Vilte de Buchara , dont ils pafferent
la plus grande partie des habitans au fil de
l'épée .
Après s'être repofés pendant quelques jours , ils
fe remirent en marche pour achever de foûmettre
le reste du Pays , qui a été entierement réduit ſous
L'obéillance de Thamas Kouli-Kan . Cette Province,
qui comprend les Pays connus anciennement fous
les noms de Bactriane et de Sogdiane , eft fituée
entre la Perfe et le Pays des Calmouques , Tribu
taires du Czar. Elle a 1o. lieues de longueur fur
40. de largeur , et elle eft la Partie de la Tartarie
la plus fertile & la plus peuplée..
On a apris de Petersbourg , que le Czar doit
faire publier inceffamment une Déclaration , dans
laquelle S. M. Cz. expliquera les motifs qui l'ont
déterminé à faire arrêter le Comte Erneft Biron
ci-devant Duc de Curlande ; la conduite que ce
Comte à tenue depuis fon élévation jufqu'à la difgrace
; les artifices qu'il a mis en ufage pour gagner
la confiance de la feue Czarine ; les projets ambitieux
qu'il avoit formés , même avant la mort de
cette Princeffe , pour partager l'autorité Souverai
ne', et pour s'en emparer entierement dans la fuite ;
les intrigues dont il s'eft fervi pour affûrer l'exécu
tion de fes deffeins ; les cruautés qu'il a exercées
contre des perfonnes du premier rang , dont tout le
crime étoit de s'opofer à fes vûës ; les traitemens
qu'il fe propofoit de faire éprouver à d'autres perfonnes
confidérables , dont il devoit craindre
créd
MARS. 395 17417
rédit; fes concuffions énormes , et le peu de cónfi
dération qu'il a fait paroître pour la Grande Prin
ceffe de Mofcovie , et pour le Prince Antoine Ulrich
de Bevern .
On a apris depuis que le Comte Erneft Biron
ayant paru depuis quelque tems avoir l'efprit moins
troublé , fes Commiflaires font retournés à Schlief
felbourg , pour continuer de l'interroger , & pour
achever d'inftruire fon procès qui avoit été fufpendu
à caufe du peu de fuite qu'avoient fes difcours. Ce
Prifonnier dans les derniers interrogatoires qu'il a
fubis , a répondu avec affés de préſence d'efprit
aux queftions qu'on lui a faites , & il s'eft reconna
coupable de la plupart des crimes dont il étoit ac
cufé . Ces Commiffaires après avoir tiré de lui tous
les éclairciflemens dont on avoit beſoin , ont fair
leur raport au Confeil d'Etat , qui a décidé que les
crimes du Comte Erneſt Biron étant ſuffiſamment
prouvés , que fon aveu fortifiant les preuves qu'on
avoit contre lui , rien ne pouvoit arrêter le cours
de la Juftice , & que fa maladie ou feinte , ou réelle
, ne devoit point empêcher fon jugement. En
conféquence de cette décifion , S. M. Cz. ayant
ordonné qu'il fût jugé par une Affemblée des differens
Ordres de l'Etat , le Sénat & le Synode , conjointement
avec les Miniftres & les Généraux ,
s'affemblerent
extraordinairement
le 7. du mois
dernier , pour examiner les réponſes de ce Prifonnier
à fes interrogatoires
, & les autres Piéces du
Procès , & il fut déclaré Criminel de Lèze -Majefté .
au premier Chef.
Le lendemain il fut condamné à mort , & le 9 ;
fes Juges fignerent fon Arrêt , ainfi que le Manifefte
qui doit être publié à l'occaſion de fon Ju¬
gement.
Les Prélats qui compofent le Synode , n'ont point
affifté
98 MERCURE DE FRANCE
affifté à la Séance dans laquelle il a été condamné
& ils le font contentés d'envoyer par écrit leur avis,
lequel étoit conçu en ces termes : Nous déclarons
dans la fincerité de nos coeurs , & comme fi nous étions
devant le Tribunal du Tout- Puiffant, que vû les crimes
commis par Jean Erneft Biron , nous sommes perfua
dés qu'il a encouru la peine de mort fuivant toutes les
Loix Divines & Humaines , & nous ſommes prêts à
rendre compte de notre Jugement , lorsque nous paroi
trons devant laFace du Souverain Juge du Ciel &
de la Terre.
Pendant les Affemblées qui fe font tenuës pour
juger ce Prifonnier , on n'a permis à perfonne d'entrer
dans la Sale qui précede celle du Sénat , & l'on
avoit pofé des Gardes à toutes les portes des premieres
Sales. S. M. Cz . avoit recommandé qu'il ne
transpirât rien des délibérations , & par cette raifon
, le Public a ignoré pendant quelques jours ,
non feulement le Jugement prononcé contre le
Comte Erneft Biron mais même la raison pour
laquelle les differens Ordres de l'Etat s'étoient affemblés
>
Le Czar paroît perfifter dans la réfolution d'accorder
la vie à ce Comte , qui doit être transferé
dans la Citadelle de Petersbourg , pour qu'on lui
prononce fon Jugement.
Les derniers avis de Mittau portent que , quatre
Régimens Mofcovites étoient en marche pour aller
joindre le Corps de troupes de leur Nation , qui eft
en Curlande ; & que le Czar fur les repréfentations
qui lui avoient été faites à ce ſujet , avoit fait affûrer
les Etats de ce Duché , que c'étoit malgré lui
qu'il faifoit fuporter aux Curlandois cette nouvelle
charge , mais qu'il y étoit obligé pour empêcher
qu'ils ne fuffent inquietés de la part de quelques
Puiflances voifines..
ALIEMAR
S. 1741. 19%
ALLEMAGNE.
Na apris de Vienne du 4. Février, que le Sé
cretaire d'Ambaffade qui y étoit chargé des
affaires de la Cour de Madrid , eft parti de cette
Ville , après avoir remis au Comte de Sinzendorf ,
Grand Chancelier de la Reine de Hongrie , une
Proteftation par laquelle le Roy d'Eſpagne déclare
"que le titre de Grand - Maître & de Souverain. de
TOrdre de laToifon d'or n'apartenant qu'àlui, comme
fucceffeur Direct & Actuel de Charles II . tant par la
difpofition Teftamentaire de ce Prince , que par le
Droit du Sang , & par l'unanime reconnoiffance de
1'Europe , S. M. C. ne peut confentir qu'aucun autre
Prince prenne le Titre de Grand -Maître de cet
Ordre ; que par cette raifon elle a ordonné au Sécretaire
d'Ambaffade , chargé de fes affaires auprès
de la Reine , d'annoncer le jufte refus que S. M. C.
fait de reconnoître la validité de tous les Actes , tels
qu'ils foient, qui ont été ou qui feront fairs au préjudice
de fa légitime poffeffion de Titre d'Unique
Grand- Maître & de feul Souverain de l'Ordre de la
Toifon d'Or , & que le Roy d'Efpagne protefte en
même- tems contre tous autres Actes , contrai-
"res aux Droits qui le concernent & qui lui font dévolus
comme au fucceffeur & héritier de Charles II.
Les dernieres lettres reçues de Vienne portent que
la Reine fera couronnée à Presbourg le 14. Mai
prochain , & que la Diette génerale du Royaume
de Hongrie ne s'affemblera que quelques jours.
' avant le couronnement de S. M.
t
Le Corps de troupes que commande le Géneral
Braun , eft actuellement de 10. à onze mille hommes
, & l'on a envoyé à ce Géneral plufieurs Piéces
de canon . Le Régiment d'Infanterie de Diemar ,
ceux de Cuiraffiers de Lubomirsky & de Potztazky,
&
MERCURE DE FRANCE
& celui de Dragons d'Althan , doivent l'aller join
dre en Moravie, & le Régiment de Palfi , Cuiraffiers,
fe rendra à Vienne pour remplacer le Régiment de
Dragons d'Althan. Six autres Régimens ont reçû
ordre de fe rendre dans la Haute Autriche , pour
obferver les mouvemens des troupes Bavaroiles que
fe font avancées fur la Frontiere .
Une partie de la Nobleffe Hongroife a offert de
monter à cheval, & de fervir à fes dépens dans l'Armée
que S. M. affemble , pour s'opoſer aux entreprifes
du Roy de Pruffe .
Le Feldt-Maréchal Comte de Palfi , Palatin de
Hongrie , a écrit une Lettre circulaire au Clergé &
à la Nobleffe de tous les Comtés de ce Royaume ,
dans laquelle il leur marque que le Roy de Pruffe
ayant formé le deffein de s'einparer de la Siléfie
& les troupes de ce Prince s'étant avancées jufque
fur les Frontieres de Moravie, il eft à craindre qu'elles
ne pénetrent en Hongrie, & qu'elles ne caufent
beaucoup de maux à ce Royaume , que la derniere
guerre a déja réduit dans une fituation fi malheu➡
fe , que les Hongrois manqueroient à ce qu'ils fe
doivent , s'ils ne faifoient tous leurs efforts , pour
s'opofer à des entreprifes qui menacent leur propre
tranquillité, & qu'ainfi étant obligé par fa charge
, de veiller à la confervation & au bonheur de la
Hongrie , il les prie de lui faire fçavoir au plûtôt
combien chaque Comté eft en état de fournir d'hom
mes armés pour la défenſe de la Patrie ; que la Reine
pourvoyera à leur fubfiftance , & qu'elle envoyera
fes ordres pour les faire marcher où elle aura
befoin de les employer.
Le 11. du mois dernier, le Capitaine Muchlbourg
à la tête de trente Soldats , fe rendit chés le Duc
d'Uzeda , Efpagnol , qui depuis plufieurs années étoit
établi à Vienne, & recevoit de cette Cour une Penfion
MARS. 174
395
fion de 12000. florins , & il s'affûra de lui par ordre
de la Reine . On a arrêté pluieurs autres perfonnes
qu'on accufe d'avoir formé avec ce Duc un complot
contre les interêts de S. M. laquelle a nominé
des Commiffaires , pour inftruire leur procès.
On mande de Vienne du 15. Février , que le 12.
Janvier dernier, le Marquis de Villeneuve , Ambaffadeur
de France à Conftantinople , envoya fon Sécretaire
Interprete , chés le Grand Vifir , chés les
autres Miniftres de la Porte , & chés tous les Ministres
Etrangers , leur porter en préfent de fa part , le
magnifique Plan de Paris , que le Prévôt des Marchans
& les Echevins de la même Ville ont fait graver
depuis peu. Ce Préfent a été fort agréable à
tous les Miniftres de la Porte. Le grand Seigneur a
trouvé ce Plan fi beau , que S. H. l'a fait placer dans
un des Kiosques ou Pavillon des Jardins du Serrail.
ils
On a apris de Moravie que 200. Huffards des
troupes du Roy de Pruffe , étant entrés dans cette
Province , pour y lever des contributions
avoient été prefque tous tuis ou faits prifonniers ,
& qu'il ne s'en étoit fauvé que 35. Les mêmes lettres
marquent qu'un détachement des troupes de la
Reine de Hongrie avoit entierement défait un
Corps de foo. Pruffiens dans les environs de Jablunka
; & qu'un autre détachement qui étoit allé
du côté de Troppau , pour reconnoître la fituation
des ennemis, avoit fait quatorze prifonniers , du
nombre defquels eft un Capitaine.
Les Commiffaires nommés par la Reine , pour
examiner l'affaire du Duc d'Üzeda & de fes complices
, font le Comte de Konigleg , Miniftre d'Etat
& de Conférence ; M. de Managetta , Réferendaire
, & M. de Buhl , Confeiller Privé . Ce Duc
a déja été interrogé plufieurs fois , & on travaille à
l'examen de fes Papiers , dans lesquelles on dit
qu'on
Coo MERCURE DE FRANCE
qu'on a trouvé les preuves d'une intelligence fecrette
, qu'il entretenoit avec une Puiffance Etran
gere .
L
NUREMBERG.
Es dépêches d'un courier arrivé vers la fin du
mois de Janvier dernier de Siléfie , contiennent
les particularités fuivantes , touchant le Siége de la
Ville de Neiff , entrepris par le Roy de Prufle .
Un Corps de troupes Pruffiennes ayant formé le
blocus de la Place , & le Roy de Pruffe ayant fair
établir plufieurs batteries de cañons & de mortiers ,
ces batteries commencerent à tirer le 19. f
Le lendemain , S. M. Pr . ayant fait fçavoir au
Colonel de Roth qui y commande , qu'il ne devoit
point être furpris qu'elle fit battre la Place , puifque
contre toutes les regles de la guerre , on avoit fait
feu la veille fur un Colonel qu'elle avoit envoyé
avec un Trompette , pour fommer la Garnifon de fe
rendre , le Colonel de Roth fit réponse qu'il n'avoit
aucune connoiffance du fait dont S. M. Pr . fe plaignoit
, & qu'il fe feroit inftruire de quelle maniere
la chofe s'étoit paffée ; qu'au refte , il étoit déterminé
à fe défendre jufqu'à la derniere extrêmité ,
pour donner à la Reine de Hongrie des marques
de fa fidelité. Les Pruffiens continuerent leur feu
pendant le refte du jour , & la garnifon y répondit
de fon côté avec beaucoup de vivacité .
Le 21. les Affiégeans jetterent , ainfi qu'ils
avoient fait la veille , une grande quantité de bom-.
bes dans la Ville , & à la faveur du feu de leur artillerie
, ils s'avancerent vers la Place pour l'attaquer ;
mais le Colonel de Roth ayant fait une fortie , ils
furent repouffés avec quelque perte.
Le feu des Pruffiens ceffa le 22. & une partie de
leurs troupes décampa le même jour , pour aller
prendre
MARS. 1741 1601
prendre des quartiers d'hyver. Celles qui étoient
rettées pour bloquer la Ville , font auffi décampées
depuis ; mais l'on s'attend qu'elles recommenceront
le Siége dès que la faifon fera plus favorable .
La garnifon qui eft compofée de cinq Bataillons ,
fe prépare à faire une vigoureuſe réſiſtance , & l'on
affûre qu'il y a dans la Place des vivres pour plus de
quatre mois.
Len
RATISBONNE.
Es dernieres nouvelles qu'on a reçûës por
tent , que le Roy de Pruffe a adreffé à la
Diette un nouveau Refcript dans lequel il eft
dit que S. M. Pr. voit avec furprife que la Reine de
Hongrie cherche à lui attirer la haine des Princes
& Etats de l'Empire , en tachant de faire regarder
l'entrée des Troupes Pruffiennes en Siléfie , comme
une invafion injufte & odieufe ; que le Roy de .
Pruffe , bien loin d'avoir fait miftere de fes intentions
, ainfi que le Refcrit de la Reine de Hongrie
l'infinue , les a expliquées clairement au Marquis
de Botta , qui n'a répondu que par des affûrances
vagues de l'amitié de cette Princeffe , enforte qu'on
a été obligé de répeter plus d'une fois à ce Miniftre
, qu'il ne s'agiffoit pas de fimples complimens
mais d'une déclaration pofitive fur les demandes de
S. M. Pr. que lorfque le Roy de Pruffe s'eft déter
miné à rentrer dans la poffeffion d'une Province ,
que la Maifon d'Autriche avoit retenue fi long
tems par la fupériorité de fes Forces , il avoit don→
né part de fa réfolution à toutes les Puiffances de
l'Europe , en obfervant d'employer les mêmes expreffions
dans les differentes dépêches qu'il avoir
fait expédier à ce fujet ; que le feu Empereur ayant
déclaré, en propofant aux Etats de l'Empire , d'ac
cepter
302 MERCURE DE FRANCE .
cepter & de garantir la Pragmatique Sanctiona
qu'il n'entendoit pas qu'elle portât préjudice aux
Droits d'aucun Souverain , & les Etats de l'Empire
n'étant cenfès l'avoir acceptée qu'à cette condition ,
il n'y a point de doute que le Roy de Pruffe ne puiffe
faire valoir. fes prétentions , faus donner atteinte à
cette Pragmatique Sanction ; que la Cour de Vienne
, au lieu de rapeller la garantie particuliere du
feu Roy de Pruffe , devroit garder le filence fur cet
article , afin de ne pas donner lieu de réveler des
faits , dont la connoiffance cauferoit beaucoup d'étonnement.
Que quelque intereffée que foit S. M.
Pr. à ne les pas cacher en cette occafion , elle veut
bien cependant facrifier fon reflentiment particulier
att bien public ; qu'au refte , il eft très indifferent
que la Siléfie foit entre les mains de la Maifon d'Autriche
ou de celle de Brandebourg , & que le Roy
de Pruffe ne pouvant efperer que la Reme de Hongrie
lui faffe juftice , il eft fuffisamment autorifé à
fe fervir des voyes que le droit de la nature & des
Gens fourniflent aux Princes dans de femblables
circonstances.
La Cour de Vienne ayant objecté au Roy de
Prusse dans une réponse au premier Manifeste de ce
Prince , que Frederic- Guillaume , Electeur de Brandebourg
étoit convenu par un Traité figné à Berlin
en 1686. de renoncer aux prétentions de fa Maiſon
fur les Principautés de Jagerndorff , de Lignitz , de
Brieg & de Vohlau , moyennant la ceffion que
l'Empereur Léopold par ce même Traité lui fit & à
fes Defcendans mâles , du Territoire de Schwibus ,
fauf le droit de relief réſervé à la Couronne de Bohême
, & les fommes qui étoient hypotequées à la
Maifon de Lichteinstein fur les Seigneuries d'Esens *
& de Witmond , le Roy de Prusse a fait inférer
dans le Mémoire intitulé, Expofition des Droits de
LA
MAR S. 1741. 203
la Maifon Electorale de Brandebourg , un article
dans lequel il est dit que l'Electeur Frederic - Guillaume
,fon Bifayeul , voulant s'unir d'une maniere
intime avec l'Empereur Léopold , & jugeant nécessaire
d'écarter tout ce qui pouvoit alterer cette
union , avoit confenti de facrifier les droits pour
une acquifition auffi peu confiderable que celle du
Territoire de Schwibus , afin de n'avoir plus aucun
interêt à démêler avec la Maiſon d'Autriche ; qu'en
effet , fi la Cour de Vienne avoit aporté dans la
conclufion de cette affaire autant de bonne foi que
l'Electeur , il n'auroit plus été parlé que dans l'Hif
toire des prétentions de la Maifon de Brandebourgfur
la Silefie , mais que tandis que l'Empereur fai
foit négocier publiquement à Berlin un accommo
dement avec l'Electeur Fréderic- Guillaume,S . M. I,
avoit employé differens moyens pour empêcher que
le Roy de Prusse Fréderic I. alors Prince Electoral
ne confervât la jouissance du Territoire de Schwibus
, lorfqu'il fuccederoit à l'Electeur , fon pere ;
que le Baron de Freytag , qui étoit chargé de cette
commiffion fecrette , menaça ce Prince d'une ini
mitié éternelle de la part de l'Empereur , s'il ne
s'engageoit de rendre à S. M. I. ce Territoire
auffi tot après la morr de l'Electeur ; que cette menace
ayant de quoi intimider le Prince Electoral
dans les circonſtances où il ſe trouvoit , il n'avoir
pû fe difpenfer de figner la promesse qu'on avoit
demandée , mais qu'à fon avenement à la Régence
de fes Etats , ayant propofé la chafe à fes Miniftres
, tout fon Confeil avoit déclaré unanimement
qu'il n'étoit nullement lié par cette promesse , tant
parce qu'elle étoit directement contraire aux Conf
titutions fondamentales de fa Maiſon , qu'à caufe
des moyens dont on s'étoit fervi pour la tirer de
kai, & qui, felon les Loix naturelles , aussi -bien que
felon
B54 MERCURE DE FRANCE
felon les civiles , la rendoient nulle ; qu'on s'adressa
là-dessus à la Cour de Vienne , qu'on lui prouva
incontestablement l'invalidité de l'engagement pris
par ce Prince , mais qu'on tenta vainement tous ces
moyens pour la faire défister de la prétention , &
que le Roy de Prusse Fréderic 1. fouverainement
jaloux de fa parole , fe détermina à rendre le Territoire
de Schwibus , en acceptant une fomme qui
fuffifoit à peine pour payer les améliorations qu'ili
y avoit faites.
Le Roy de Prusse ajoûte que c'est une maxime
univerfellement reconnue à l'égard de toutes les
Couronnes , que dès qu'une Partie contractante ne
remplit pas les conditions auxquelles elle s'est foûmife
, Pautre Partie n'est plus tenue à ſes engagemens
; qu'ainfi , la Cour de Vienne ayant contraint
le Roy de Prusse Fréderic I. de rétroceder le Territoire
qui faifoit la condition fine quâ non de la renonciation
de la Maifon Electorale de Brandebourg
aux Principautés de Jagerndorff , de Lignitz , de
Brieg & de Vohlau , il s'enfuit incontestablement
que par- là cette renonciation perd abfolument toute
fa force , & que la Maifon Electorale de Brandebourg
est rentrée dans tous fes droits ; que c'est
ainfi que le Roy de Prusse Fréderic I. a envisagé
cette affaire , lorfque pressé par la Cour de Vienne,
il lui a abandonné le Territoire de Schwibus ; qu'il
s'est donné de garde de rien promettre au nom de
fes Successeurs , & qu'il n'a point renouvellé la renonciation
faite par l'Electeur fon pere , ce qui
étoit abfolument nécessaire , fi l'on vouloit que
cette renonciation ne fût pas anaullée par la rétrocession
de Schwibus ; que bien loin de prétendre
que cette renonciation dût avoir lieu , il déclara
expressément à fes Ministres , lorfqu'ils le pressesent
d'infister fur les droits , qu'il vouloit s'acquit
ter
MARS. 60
1741
*
ter de fa parole , que quant à la poursuite de ſes
prétentions fur la Silefie , il en laiffoit le foin a fa Posterité
, à laquelle il ne pouvoit ni ne vouloit lier les
mains dans des circonftances où il étoit obligé defouffrir
l'injustice ; que fi Dieu ne permettoit pas qu'on
fe trouvat en état de la faire ceffer , il falloit fe tranquillifer
; mais que fi Dieu en ordonnoit autrement ,
fes defcendans verroient ce qu'ils auroient à faire ,.
Lorfqu'ils en trouveroient l'occafion.
On a apris du 26. du mois dernier que l'Electeur
de Baviere & l'Electeur Palatin ont écrit à la Diette,
pour l'informer qu'en conféquence d'une Convention
faite entre la Maiſon de Baviere & la Maiſon
Palatine , ils ont refolu d'exercer conjointement
le Vicariat Géneral de l'Empire dans les Cercles de
Suabe & de Franconie ; qu'ils avoient prié l'Empereur
quelque tems ayant la mort , d'aprouver & de
confirmer ce qui avoit été reglé à ce fujet entre les
deux Maifons , & que fi S. M. I. n'a point accordé
la confirmation qui lui étoit demandée , ce n'eft que
parce qu'ils n'ont pas renouvellé leurs inftances
pour l'obtenir ; que l'Empereur Léopold avoit luimême
confeillé par écrit aux Maifons de Baviere
& Palatine de prendre le parti qu'elles ont pris ,
dans la fuite , & que par- là il a en quelque forte
donné à leur convention fon confentement Impé
rial ; qu'au refte ils font difpofés à en demander la
confirmation à l'Empereur qui fera élû , & qu'en
attendant ils ont donné part de leurs réfolutions à
l'Electeur de Mayence & à l'Electeur de Saxe , qui
les ont aprouvées , qu'ils fe flatent d'obtenir auffi
Paprobation des autres Electeurs & des Princes &
Etats de l'Empire , d'autant plus que l'arrangement
pris par la Maifon de Baviere & par la Mailon Palatine
, diftinctes comme elles le font , femblent
conftituer deux Vicariats diftincts de celui qui eft
attaché
Zo MERCURE DE FRANCE
attaché à la Dignité Electorale de Saxe ; il n'y a
cependant , vû l'adminiſtration commune du Vicariat
des Maifons Electorales de Baviere & Palatine >
que deux Vicariats effectifs dans les deux Districts
de l'Empire , conformément à ce qui eft porté par
la Bulle d'Or.
Ces Princes ajoûtent qu'ils ont nommé deux
Affeffeurs de la Confeffion d'Ausbourg , pour affifter
au Tribunal du Vicariat .
Le Roy de Pologne Electeur de Saxe eft convenu
avec l'Electeur de Baviere & avec l'Electeur
Palatin , d'ordonner à la Haute Chambre Impé
riale de reprendre fes déliberations , & le bruit
court que ces Princes font dans la réfolution de
prolonger la Diette affemblée à Ratisbonne , afin
de procurer la prompte expédition des affaires de
l'Empire .
Le Baron de Schomberg , à qui le Roy de Pologne
Electeur de Saxe a accordé un titre deComte,
ayant été nommé par S. M. P. fon Premier Ambaffadeur
à la Diette de Francfort , il partit le 17.
du mois dernier , pour s'y rendre , ainfi que M.
Hugo qui y va en qualité de fecond Amballadeur
du Roy de la Grande Bretagne pour PElectorat de
Hanover.
On a apris depuis que plufieurs Princes & Etats
de l'Empire, des Cercles de Suabe & de Franconie ,
refufent d'aprouver la Convention faite entre la
Maiſon Electorale de Baviere & la Maifon Palatine
pour exercer conjointement le Vicariat General de
P'Empire dans ces Cercles , & que comme en conféquence
de ce refus ils ne veulent point reconnoître
l'autorité du College du Vicariat , établi à
Ausbourg par l'Electeur de Baviere & par l'Electeur
Palatin , les Miniftres qui réfident à Ratisbonne de
leur part , ont dressé à ce ſujet un Mémoire qu'ils
oat
MARS. 1741. 607
◆nt remis aux Ministres de ces deux Electeurs.
On ne fçait pas encore quand fe fera l'ouverture
de la Diette qui doit fe tenir à Francfort pour
Election d'un Empereur , & quelques Electeurs
paroissent défirer que cette Diette ne s'assemble
qu'après qu'on aura levé les principales difficultés
qui pourroient retarder l'Election , & que les bons
offices que plufieurs Puissances employent pour
terminer les differends de la Reine de Hongrie avec
le Roy de Prusse & l'Electeur de Baviere , auront
eu le fuccès qu'on en attend .
Le Roy de Prusse est du nombre des Electeurs
qui font d'avis qu'on differe l'ouverture de la
Diette , & il a écrit à l'Electeur de Mayence , que
quoiqu'on ne puisse faire des voeux plus finceres &
plus ardens que ceux qu'il fait , pour qu'il plaife à
Dieu de donner bien-tôt un Chef à l'Empire , il
juge néanmoins qu'il feroit à propos que la Diette
ne s'assemblât pas de quelques mois , parce qu'on
feroit en état de travailler pendant ce tems à faire
cesser les divifions qui regnent entre plufieurs Cours
de l'Empire . & que le rétablissement de la bonne
intellig nce entre ces Cours donneroit plus de facilité
, tant pour regler les articles de la Capi ulation
Impériale , que pour proceder à l'Election d'un
Empereur.
S. M. Pr. ajoûte dans fa Lettre , que l'affaire de
Siléfie n'est pas un objet qui doive empêcher d'ouvrir
la Diette , parce qu'elle est prête à s'accommoder
avec la Reine de Hongrie , dès que cette
Princeffe voudra accepter les conditions qui lui ont
été offertes.
SILESIE.
N aprend que le Corps de troupes Pruffiennes
qui avoit investi la Ville de Neiss , s'étoit
retiré , après l'avoir bombardée pendant trois jours
Į confécutifs.
08 MERCURE DE FRANCE
confécutifs , & que le Colonel de Roth qui y com
mande pour la Reine de Hongrie , avoit fait chanter
le Te Deum , en action de graces de la levée
du Siége.
Le Commissaire qui est demeuré à Breslaw de la
part du Roy de Prusse , a déclaré aux Magistrats
que S. M. Pr. voulant donner des marques de fon
affection aux habitans de cette Ville , n'exigeoit
d'eux aucune impofition , mais qu'elle ordonnoit
qu'on lui payât les contributions qu'elle avoit demandées
, & qu'on pourvût à la fubfistance de ses
Troupes.
La Régence , conformément à fes droits , s'est
réſervé de déliberer fur cette matiere , & elle a
promis de donner incessamment réponſe au Commissaire
du Roy de Prusse .
Il est resté un détachement de troupes Pruffiennes
dans les Fauxbourgs de Breslaw , pour garder
les Magafins que le Roy de Prusse y a établis.
Le Roy de Prusse ayant fait demander à la Régence
de Breslaw , qu'elle fournit tous les mois
15000. Florins pour les troupes Pruffiennes ; que
les Régimens Prufliens qui traverferont cette Ville ,
puissent à l'avenir y passer en Corps , & ne foient
plus obligés de se séparer par détachemens , comme
ils ont fait jusqu'à présent; qu'on donne aux Prusfiens
ponr établir des Magafins , le Bâtiment de
P'Hôpital qui est près de la porte de Saint Nicolas ,
& que l'Eglife Luthérienne fituée fur le chemin qui
conduit de cette Ville à Hunsfeldt , ſoit affectée
pour eux ; la Régence de cette Ville a allegué diverfes
raifons pour s'excufer de confentir à ces de-,
mandes , mais on croit cependant qu'elle ne pourra
fe difpenfer d'en accorder quelques upes.
Le 10. du mois dernier , tous les Catholiques
Romains qui étoient établis dans le Quartier de
BischoffsMARS.
1741 . 600
Bischoffs - Hoff , reçûrent ordre des Commissaite
Pruffiens de fortir de Breslaw , & on ne leur a
donné pour fe retirer , que le tems qui leur étoit
nécessaire pour emporter leurs effets . Les mêmes
Commissaires ont fait arrêter M. Grossa , Député
de la Principauté de Jagerndorff.
Le Roy de Prusse a fait publier à la tête de tous
fes Régimens , que les Soldats qui recevront dans
la Campagne prochaine quelques blessûres qui les
mettront hors d'état de fervir , continueront de recevoir
leur folde pendant leur vie.
O
PRUSSE.
Na apris de Berlin du r4. du mois dernier
que S. M. Pr. fe propofoft de retourner
inceffamment en Siléfie , & de faire ouvrir peu de
jours après fon arrivée , la tranchée devant Brieg,
Le train d'Artillerie , qui fera employé au Siége de
cette Place , eft parti pour fe rendre en Siléfie . Un
Corps de 25000. hommes doit s'affembler du côté
de Magdebourg; on croit qu'il fera commandé par
le Prince d'Anhalt Deflau , qui aura fous fes ordres
les Margraves Fréderic & Henri de Schwedt.
Le Roy eft dans le deffein de lever un nouveau
Régiment , dans lequel on ne recevra que des Siléfiens
, & qui fera de trois Bataillons.
Le Comte de Gotter , Grand Maréchal de la
Cour , & le Baron de Cocceji , ont été nommés par
S. M. fes Ambaffadeurs Extraodinaires à la Diette
qui doit fe tenir à Francfort pour P'Election d'un
Empereur.
Les lettres de cette derniere Ville , marquent qu'on
y croyoit que l'ouverture de la Diette ne s'y feroit
qu'après que les Electeurs feroient d'accord fur plufieurs
articles , dont l'indécifion pourroit retarder
l'Election..
I ij Оп
310 MERCURE DE FRANCE
On mande de Berlin , que le 19. du mois der
nier le Roy partit de cette Ville , & que le même
jour S. M arriva à Croffen , d'où elle continua le
lendemain fa route pour aller fe mettre à la tête de
fes troupes en Silefie . Le plan des opérations de la
campagne avoit été changé quelques jours avant le
départ du Roy , & S. M au lieu de la commencer
par le Siége de Brieg , attaquera d'abord le Grand
Glogaw , qu'on dit être fi dépourvû de vivres & de
munitions , que le Comte de Wallis qui y commande
, ne pourra faire une longue réfiſtance .
Le Régiment de Dideric fe mit en marche le 21 .
pour fe rendre en Siléfie , & il doit être ſuivi par
quelques autres Régimens . On fera partir inceffamment
pour la même Province un train d'Artillerię
& une grande quantité de munitions de guerre . Un
Corps de 1scoo . hommes doit s'affembler dans les
environs de Croffen , afin d'être à portée d'aller
joindre l'Armée , fi le Roy a befoin d'un renfort de
troupes.
ESPAGNE.
Na aprisdeSaint Sébastien, que l'Armateur
Don Pedre Ignace de Goicoechea y avoit con
duit deux Brigantins Anglois , dont il s'étoit emparé
le 24. Décembre dernier vers le 46. degré de La-
Atitude Septentrionale . L'un de ces Brigantins , lequel
fe nomme le Saint Charles & fainte Brigide ,
& qui eft du port de 80. tonneaux , faifoit voile pour
la nouvelle Yorck , & l'autre nommé le Saint Thomas
, étoit deftiné pour Porto , en Portugal . Leur
charge confiftoit en Charbon de pierre , & il y avoit
à bord du premier , outre l'équipage , 44. paflagers.
Cet Armateur , quelques jours après avoir fait
ces deux prifes , a enlevé entre le 48. & le degré
de Latitude , la Frégate Angloife le Sublay , de
49 .
90.
MARS. 1741. 611
96. tonneaux, qui portoit des munitions à Gibraltar.
Jamet Afiain , Maure de Nation , ayant
été converti
à la Religion Chrétienne par les Capucins du
Convent du Pardo , fut baptifé le 13. du mois dernier
dans l'Eglife Paroiffiale de Fuencarral , par le
Pere Paul Fi ele de Burgos , Prédicateur du Roy &
Confulteur de la Chambre de l'Infant Cardinal , &
il eut pour Parain Don Etienne de Caceres , Grand
Arbaletrier d'Espagne , lequel le nomma François-
Paul Etienne - Joachim de la Paż.
ITALIE.
N aprend de Rome , que le 24 Janvier dernier
,
en célebra dans l'Eglife du College de
Saint Apollinaire , un Service folemnel pour le repos
de l'ame de l'Empereur. Après la Meffe , à laquelle
M. Louis Cremona Valdina , Evêque d'Hermopolis
, officia pontificalement , l'Orailon Funebre
fut prononcée par le Comte Jofeph de Spau , &
les Cardinaux Annibal & Alexandre Albani , Lercari
& Corfini , Protecteurs de ce College , firent les
honneurs.
Les eaux du Tibre augmenterent confidérablement
fur la fin de Janvier dernier , & le 27. elles
monterent à un pied plus haut que dans la derniere
crue , deforte qu'on a été obligé pendant plufieurs
jours de porter des vivres dans des Barques à une
partie des habitan's de Rome , qui étoient enfermés
dans leurs Maiſons. Les Payfans de plufieurs Villages
voifins ne pouvant , à caufe du débordement du
Fleuve , travailler aux terres , font entrés en foule
dans cette Ville.
Sa Sainteté , pour remédier à la rareté dont eft
l'argent dans l'Etat Ecclefiaftique , a ordonné à la
Banque du S. Efprit , d'emprunter des Banques
I iij Etran
12 MERCURE DE FRANCE
Etrangeres 1ooooo. écus , pour acquitter une par
ties de fes Billets.
L
PORTUGA L.
Es dernieres lettres de Lisbonne portent que
le 21. Janvier dernier , le Docteur Jofeph de
Antas Barbofa , fit au nom du Cardinal Patriarche
de cette Ville la céremonie de pofer la premiere
pierre d'une Eglife qu'on bâtit à Obidos , pour y
placer une Image miraculeuſe de N. S. & qu'on célebra
à cette occafion dans la Chapelle où cette
Image eft confervée , une Meffe folemnelle , après
laquelle le Sermon fut prononcé par le Pere Denis
Matofo , Religieux Hyeronimite .
L'équipage d'un Vaiffeau arrivé fur la fin du mois
de Janvier dernier du Brefil , a raporté que les Negres
des Plantations de cette Principauté avoient
formé le deffein d'égorger tous leurs Maîtres, & que
leur complot ayant été découvert , on avoit fait mous
rir ceux qui en étoient les príncipaux auteurs .
ISLE DE CORSE.
N. mande qu'un Capitaine du Régiment de
Flandres étant parti de San Firenzo le 31. Janvier
avec deux domestiques , pour aller à la chaffe
dans les environs de S. Pierre de Nebbio, fes chiens
étoient retournés feuls le lendemain à San Fiorenzo
, fans qu'on ait pû fçavoir ce que lui & fes gens
étoient devenus. Les deux Bandits de Lento , qu'on
foupçonne d'avoir affaffiné cet Officier, ont été attaqués
le 6. du mois dernier dans une Grotte où ils
étoient retirés , par un détachement qu'on a fait
marcher contre eux, mais ils ont trouvé le moyen
de ſe ſauver.
Le
MAR 3. 1741.
613
Le Marquis de Maillebois célebra le 15. du mois
dernier à la Baftie , avec beaucoup de magnificence ,
P'Anniverfaire de la Naiffance de S. M. T. C. &
pendant le repas que ce Géneral donna à cette occafion
, il y eut plufieurs falves de l'Artillerie de la
Place & de tous les Vaiffeaux qui étoient dans le
Port.
On ne doute plus que le Capitaine du Régiment
de Flandres , dont on n'a point eû de nouvelles depuis
les perquifitions qu'on a faites fur ce qui pouvoit
lui être arrivé , n'ait été aſſaſſiné avec fes domefti-'
ques par les deux Bandits de Lento , dont on a fait
paffer dernierement par les armes un parent , qui a
été convaincu d'avoir eû part à quelques- uns de
leurs brigandages.
O
GRANDE BRETAGNE,
N mande de Londres du 16. du mois paffé ,
que le Roy a ordonné que le Prince & la Princeffe
deGalles fuffent nommés à l'avenir dans toutes
les Prieres publiques qu'on fera pour S. M. & pour
la Famille Royale.
Un Vaiffeau Elpagnol , chargé de vin de Malaga,
a été pris par l'Armateur Dumarefque , qui l'a con
duit à Gibraltar.
Les Efpagnols fe font emparés du Vaiffeau le
Charles Molly , qui alloit de Cork à Philadelphie .
Le Vaiffeau Anglois le Hargrave , armé en cour
fe , a enlevé dans les environs de Cartagene , cinq
Barques qu'il a conduites à Gibraltar. Ce Vaiffeau
a brûlé une autre Barque Efpagnole , & en a coulé
une à fond .
& iiij FRANCE
14 MERCURE DE FRANCE
****************
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR , DE PARIS , &c.
L
E 26. Février , fecond Dimanche du Carême ,
le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Versailles , la Meſſe , qui fut chantée
par la Mufique.
Avant la Meffe , Monfeigneur le Dauphin reçût
le Sacrement de Confirmation par les mains du
Cardinal de Rohan , Grand Aumônier de France .
L'après midi , Leurs Majeftés , accompagnées de
de Monfeigneur le Dauphin & de Madame, affifterent
à la Prédication du Pere Hericourt , Supérieur
des Théatins.
Le 4. de ce mois , Dom Rocquevert , Abbé de
Villers- Coterets , & qui a été élû le 25. Janvier
dernier Géneral de l'Ordre de Prémontré , eut
Phonneur de rendre fes refpects au Roy.
Le s . troifiéme Dimanche de Carême , le Roy
& la Reine entendirent dans la même Chapelle ,
Meife chantée par la Mufique.
L'après midi , la Reine , accompagnée de Monfeigneur
le Dauphin affiſta à la Prédication du Pere
Hericourt.
Le 3. & le 8. Leurs Majeftés entendirent le Sermon
du même Prédicateur.
Le 12. quatrième Dimanche de Carême , le Roy
& la Reine entendirent dans la même Chapelle , la
Meffe chantée par la Mofique. L'après midi Leurs
Majeftés , accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
, affifterent au Sermon du même Prédicateur.
L'Evêque
MARS. 1741. 615
L'Evêque de Nevers & l'Evêque de Tarbes , furent
Sacrés le 5. de ce mois dans la Chapelle du
Séminaire de S. Sulpice , par l'Archevêque de Sens ,
affifté des Evêques de Die & d'Agen , & ils prêterent
le 8. Serment de fidelité entre les mains du Roy.
Le Maréchal de Belle - Ifle , Ambassadeur Extraordinaire
& Plénipotentiaire du Roy en Allemagne,
pendant la Diette qui doit fe tenir à Francfort pour
'Election d'un Empereur , partit de Paris le 4. de
cè mois , pour fe rendre en Allemagne.
•
Le Comte de Montijo, qui va à Francfort en qualité
d'Ambassadeur Extraordinaire & Plénipotentiaire
du Roy d'Espagne, eut le même jour une audience
particuliere du Roy,& il prit congé de S. M.
Il eut enfuite audience de la Reine, de Monfeigneur
le Dauphin & de Mefdames , & il fut conduit à
toutes ces audiences par M. de Verneuil , Introducteur
des Ambassadeurs .
Le Marquis de Breteuil , Sécretaire d'Etat ayant
le Département de la guerre , a été nommé Ministre
d'Etat , & le 3. de ce mois il prit féance au
Confeil d'Etat.
Le Comte de Sade , que le Roy a nommé fon
Miniftre Plénipotentiaire auprès de l'Electeur de
Cologne , eft parti pour fe rendre auprès de cer
Electeur .
Le Marquis de Brezé , Maréchal des Camps &
Armées du Roy , a été nommé Inſpecteur d'Infan
terie.
Le 2. Mars , les Comédiens François repréfente
Li v rent
616 MERCURE DE FRANCE
rent à la Cour la Tragédie de Britannicus , & la pe
tite Comédie de Deucalion & Pyrrha.
Le 7. le Légataire & le Bon Soldat La Dlle Cam
masse , dont nous avons eû occafion de parler plufieurs
fois avec éloge , danfa entre les deux Piéces
les Caracteres de la Danfe , & à la fin de la dernie
re , la grande Chaconne d'Arlequin toute entiere ,
avec l'aplaudissement de la Reine & de toute la
Cour.
Le 9. la Tragédie d'Héraclius & Crispin Médecin.
Le 14. le Bourgeois Gentilhomme avec tous fes
agrémens .
Le 16. Polieucte & le Double Veuvage.
1
Le premier Mars , les Comédiens Italiens répréfenterent
auffi à la Cour la Comédie nouvelle de
la Gageure , & le Retour de tendreffe.
Le 8. Les Fées , & la Jalousie imprévûë.
Le 15. Arlequin Aprentif Philofophe , la derniere
Piéce nouvelle de l'Echo du Public , fuivie d'un
Divertissement très bien executé .
Le 27. Février , il y eut Concert chés la Reine ,
où l'on chanta le Prologue & le premier Acte de
l'Opera d'Amadis de Grece , de la compofition de
M. Deftouches , Sur- Intendant de la Mufique du
Roy , qu'on continua le 4. & le 6. Mars par les
Actes fuivans. Les principaux rolles furent remplis
par les Dlles d'Aigremont , Huguenot , Mathieu &
Defchamp , & par les fieurs Dubourg , Poirier &
Benoît.
Le 11. & le 13. on concerta le Ballet des Elemens
du même Auteur , dont les principaux perfonnages
furent chantés par les mêmes Sujets qu'on
vient de nommer , par les Dlles Romainville &
Abec , & par les fieurs d'Angerville & Jelyot. "
Le 18. on exécuta le Divertissement intitulé : Le
Retour
MARS. 1741 617
Retour du Printems , mis en Mufique par le fieur
Mathieu , ordinaire de la Mufique du Roy. La Dlle
Mathieu & le fieur Benoît remplirent les deux premiers
rolles .
Le 19. Dimanche de la Paffion , l'Académie
Royale de Mufique donna le premier Concert Spirituel
, qu'on donne tous les ans pendant les trois
femaines de Pâques , lequel on continue pendant
differens jours , jufques & compris le Dimanche de
Quasimodo ; on a exécuté les plus beaux Moters à
grands Choeurs de feu M. de la Lande , de M. Madin
, Maître de Mufique de la Chapelle du Roy , &c
d'autres Maîtres anciens & modernes. La Dile le
Maure a chanté plufieurs fois les deux beaux Verfets
, Amplius lava me , & facrificium Deo du Miferere
de M. de la Lande , à ravir tous les Spectateurs.
La Dile Chevalier , nouvelle Actrice reçûë
'à l'Académie Royale de Mufique , y a chanté differens
petits Motets à voix feule , avec beaucoup
d'aplaudissemens , de même que la Dlle Fel dans
les Airs Italiens qu'elle a chantés avec beaucoup de
précifion. Les fieurs Blavet , Guignon & Ruault
ont auffi exécuté differens Concerto & autres Piéces
de Symphonie fur la Flute , le Violon & le Basson ,
qui ont fait beaucoup de plaifir .
Le 2 r. le Chevalier Servandoni , Peintre & Ar
chitecte du Roy , et de l'Académie Royale de Peinture
, donna fur le Théatre du Château des Tuilleries
, la premiere Repréſentation d'un nouveau
Spectacle , repréſentant les Travaux d'Ulyſſe , à fon
retour du Siége de Troye , jufqu'à ſon arrivée en
Itaque. L'Auteur a fait imprimer une petite Brochure
de quinze pages , pour l'intelligence de ce
magnifique Spectacle ; on la trouvera chés la veuve
Piffot , Quai de Conty , à la defcente du Pont Neuf ,
à la Croix d'or..
I vj
618 MER CURE DE FRANCE
Il a paru deux jours après , une autre petite Brochure
de feize pages , au fujet du même Ouvrage ,
qui eft encore plus détaillée que celle dont on
vient de parler , en voici le titre : Lettre écrite par
M... & M. le Comte de au fujet du Spectacle
des Avantures d'Uliffe , à fon retour du Siége de
Troye , &c.
.. •
L'Auteur de la Lettre rend compte à fon ami
des differentes Scénes , au nombre de fept , dont ce
Spectacle eft compofé ; ce que nous pourrions dire
là- dessus , ne feroit qu'une répetition de ce qu'on
peut voir dans ces deux Brochures ainfi on ne
donnera ici que le dernier article de la Lettre en
queftion
02
;
2.
On n'a pas eu dessein dans cette Deſcription-
Sommaire du Spectacle des Avantures d'Ulisse
as de prévenir trop favorablement les Spectateurs fur
» l'exécution d'une auffi grande Machine ; on 's'eft
>> contenté de donner une idée du caractére de chaque
Scéne , tant pour la partie de la Décoration , que
» pour celle de l'Action Pantomime . Cette derniere
» a été redigée et conduite par le feur Maimbray ,
→ déja connu par des Pantomimes de fon invention
» dans d'autres genres. Pour ce qui regarde la Dé-
» coration et la Méchanique des Machines , le Chevalier
Servandoni fe flateroit d'un plein fuccès , fi
»le zél de plaire au Public , lui tenoit lieu de ce
25.
que les Connoisseurs pourroient encore trouver à
» défire: pour la perfection de fon Spectacle : il n'a ·
» du moins épargné , ni étude , ni foin ni dépenſes
pour y parvenir , et il pourroit dite à fes Spectateurs
, à plus jufte titre que Terence ne le difoit
fes Auditeurs, dans le Pro gue d'une de fes Piéces,
Numquam avarè pretium.
Statut Artis mea
Et eum effe quaftum in animum
MAR S. 1741 . 619
Induxi maxumum >>
Quàm maxumè fervire veftris
Commodis .
BENEFICES DONNE'S.
L'Evêché de Senez vacant par le décès de M. de
Soanen , à M. l'Abbé de Vocance.
L'Abbaye de Notre Dame de la Prée , Ordre de
Citeaux , Diocèfe de Bourges , vacante par la démiffiou
. M. Bofquet de Montlaur , à M. Macé ,
Prêtie , Confeiller de la Grand Chambre du Parlement
de Paris .
L'Abbaye de Chartres , Ordre de S. Auguftin ,
Diocèle de Saintes , à M. Desbats.
L'Abbaye de Sainte Croix de Quingamp , Ordre
de S. Auguftin Diocèfe de Treguier , vacante par
le décès de M d'Argentré , Evêque de Tulles , à
M de Gouyon de Launay Commats , Aumônier de
la Reine .
Réception de M.Roy dans l'Ordre de S.Michel .
M. Pierre-Charles Roy , Ecuyer , Confeiller Secretaire
du Roy , l'un des Tréforiers des Chancelleries
Provinciales , ancien Confeiller au Châtelet de
Paris , célebre par fon talent pour la Poëfie & pour
l'Eloquence , dont il a remporté trois fois le prix à
l'Académie Françoife , & un grand nombre d'autres
à celle de Toulouſe , apellé à la Cour pour compofer
le Ballet des Elemens , danié par le Roy en
1721. & pour plufieurs autres Divertiffemens ordonnés
par MM. les Premiers Gentilshommes de .
la Chambre , tels que la Fête du Labyrinthe , donnée
à la Reine ; les Ballets des Sens , des Graces , de la
Paix , & connu dès få tendre jeuneffe par plufieurs
Opéra , joüéş & repris avec fuccès ; Philomele Cal-
Lirboé
20 MERCURE DE FRANCE
lirhoé , &c. & par un Recueil de Poëfies & de Difcours
imprimés en 1727. & reçûs avec aplaudiffement
, a été honoré le 17. Février dernier par le
Roy , de l'Ordre de S. Michel .
"
Cette récompenfe , accordée jufqu'à préſent à la
Peinture & à l'Architecture , n'étoit pas encore
tombée ſur la Poëfie & la Litterature. M. Roy eft
le premier qui ait reçû cette distinction . La Cérémonie
de fa Réception fe fit le 26. Février par M.
le Duc de Gêvres , Chevalier des Ordres du Roy
qui donna le Cordon & la Croix au nouveau Chevalier
. M. Roy lui en témoigna fa reconnoiffance
par les Vers fuivans , qu'il prononça après fon ferment
. Il avoit dès la veille rendu l'hommage de la
Poëfie à M. l'Abbé de Pomponne , Chancelier des
Ordres du Roy , en recevant les Proviſions.
A M. LE DUC DE GESVRES .
Chevalier des Ordres du Roy , Premier
Gentilhomme de fa Chambre , Gouverneur
de Paris.
M
Iniftre des faveurs , que le plus grand des
Rois
Epanche fur notre Art pour la premiere fois ,
Votre apui jufqu'au Trône a guidé mon hommage
;
Vous comblez un eſpoir né de votre fuffrage ;
Enfin mon nom , forti de fon obſcurité
Paffe à l'abri du vôtre à la Pofterité .
D'autres Arts font parés de cette marque
Le nôtre n'ofoit-il en efperer le luftre ?.
illuftre ;
Si
MAR S. 1741.
621
Si j'ouvre le premier cette route d'honneur ,
Que de rares talens naîtront de mon bonheur !
Le Sage dont nos voeux prolongent la carriere ,
L'ami du Roy, du Peuple , & de l'Europe entiere
A daigné , comme vous , accueillir mes travaux ;
Mon zéle couronné veut des efforts nouveaux.
Commandez , & déja mon eſprit qui s'éclaire
Augure fes fuccès de l'ardeur de vous plaire.
Les Spectacles , les Jeux , les Fêtes , les Concerts.
Du Bonheur d'un Empire inftruiſent l'Univers.
Ah ! puissai-je bien- tôt d'un auguſte Hymenée
Célebrer fous vos loix la pompeuſe journée !
Puiffiez-vous à l'Europe annoncer par ma voix
Sa gloire , fon repos , fon eſpoir & fes Rois !
A M. L'ABBE DE POMPONNË
Confeiller d'Etat , Chancelier des Ordres
du Roy.
D'Igne heritier d'un fang fi fidele à nos Rois ,
D'un fang qu'ont illuftré les Armes & les Loix ,
Du Trône & des Autels Miniftre infatigable ,
POMPONNE , fur ces Vers jette un oeil favorable ;
Tribut d'un coeur pour toi dès long - tems prévenu
,
De la publique eftime interprete ingenu .
Le Sage , en refpectant l'éclar qui t'environne ,
Peu
G22 MERCURE DE FRANCE
M
Sçait écarter la pompe , & chercher la Perfonne ,
Peu touché des honneurs , s'ils ne font mérités ,
Il conte tes vertus plus que tes dignités.
Fidele imitateur de ton illuftre Pere ,
Qui , fi jeune , foutint le faix du miniſtere ,
Et fçut du vieux Lyonne égaler les talens
VENISE te voyoit dans la fleur de tes ans ,
Par un mêlange heureux de franchiſe & d'adresse
La vaincre dans un Art , dont on la crût Maî❤
tresse ..
La France jouissant du fuccès de tes foins ,
Te rendit à nos voeux , à fes nouveaux befoins :
Oracle des Confeils , apui de l'innocence ,
Tu revins de Themis diriger la balance ..
Entre les prix divers propofés de tout tems
Aux fervices marqués , aux Exploits éclatans ,
Il en eft * un fuprême , & feul digne de l'être ;
C'eft le plus pur rayon de la gloire du Maître :
C'est à : oi qu'eft remis ce Dépôt précieux ;
Qui prétend à ce prix eft jugé par tes yeux ;
Et quand Louis diſpenſe une faveur fi chere ,
Ta main imprime au Don le facré caractere.
Les Chefs même des Arts , laissant à leurs rivaux
Le vil éclat de l'or pour payer leurs travaux ,
* Les Ordres du Roy.
Le
MAR S. 623
1741:
Le (1) Vitruve du tems , ( 2 ) l'Amphion , & (3 )
l'Apelle ,
Par toi font decorés d'une Palme immortelle
Tel qui fçait à la Cour aimer la verité ,
Admire de ton coeur la noble fermeté .
On ne te vit jamais fur ce vafte Théatre
Offrir à la Fortune un encens idolatre ;
Ami fans interêt Courtifan fans fadeur ,
Tu fçais & foutenir & quitter la grandeur .
Mais les Mufes chés toi font- elles étrangeres
Fieres de s'être acquis des droits heréditaires ,
On les voit à ta fuite : & non loin de ces bois
Confacrés par les pas du plus faint de nos Rois ;
Tu les reçois fouvent dans ( 4 ) tes riants aziles ,
Où la vertu d'éclat cede aux vertus tranquilles.
Puissai -je un jour t'y fuivre , & t'admirant de près
A ce foible Tableau donner les derniers traits !
LOUIS par la Grace de Dieu Roy de France & de
Navarre
, Chef & Souverain
Grand- Maître des
Ordres de S. Michel
& du S. Efprit ; A tous ceux
qui ces préfentes
Lettres verront
, Salut. L'une des
(1 ) Mrs Gabriël , Molet , Dorbay , Architectes du
Roy ; & avant eux , Mrs Manfart , & de Côte ,
corés de l'Ordre de S. Michel.
dé
(2 ) Feu M. de la Lande , Sur-Intendant de la
Mufique du Roy.
(3 ) Mrs Rigaud & de Troy , Peintres célebres.
(4) Maison à Nogent , près Vincennes .
principales
824 MERCURE DE FRANCE
›
principales attentions des Souverains confiftant
diftribuer les graces & les récompenfes à ceux de
leurs Sujets qui s'en font rendus les plus dignes par
leurs fervices , mettant en confidération ceux que
nous a rendus notre cher & bien Amé Pierre - Charles
Roy , ci - devant notre Confeiller au Châtelet de
Paris & à préfent notre Confeiller Tréforier
Payeur des gages & augmentations de gages de
notre Chancellerie , établie près la Cour des Aydes
de Clermont-Ferrand , & déftrant fur tout lui fiire
connoître la fatisfaction que nous avons de l'emploi
qu'il a fait de fon talent pour les Belles Lettres , &
de fon génie pour la Poefie Lirique , tant dans les
circonftances particulieres où nous l'avon fait travailler
à des Fêtes publiques , qu'à notre Académie
de Mufique , qu'il a en ichie de plufieurs Ouvrages'
d'un caractére agréable & nouveau , dont les fuccès
ont éclaté dans les reprifes ainfi que dans les
premieres repréſentations , nous avons crû devoir
ajoûter quelques marques d'honneur à celles
dont les talens ont été déja décorés par dixfept
Prix qu'il a remportés en tems differens dans
les plus célebres Académies de notre Royaume ;
d'autant qu'en accordant ainsi des diftinctions à
la Litterature & à la Poefie , nous travaillons en
quelque façon à la goire de notre Royaume , &
nous excitons de plus en plus l'émulation de ceux
qui ont des difpofitions propres à exceller dans les
Belles Lettres. A CES CAUSES , nous avons le 17 .
Février dernier , nommé ledit Sieur Roy pour être
affocié à notre Ordre de S. Michel , en fatisfaifant
à ce qui eft requis par les Statuts , & fait expedier
le même jour les pouvoirs & inftructions néceffaires
à notre très cher & bien Amé coufin le Duc de
Gêvres , premier Gentilhomme de notre Chambre ,
Gouverneur de notre Ville de Paris , & Chevalier
Com-
1
AMAR S. MARS. 1741. 625
Commandeur de nosdits Ordres , pour le recevoir
s'il trouvoit fes preuves fuffifantes ; & nous étant
aparu par le Procès - Verbal , figné dudit fieur Duc
de Gêvres , & du freur de Clairambault , Génealogifte
defdits Ordres du 26. dudit mois de Février
, remis avec le ferment dudit fieur Roy entre
les mains de notre Amé & féal Miniftre & Secraitaire
d'Etat , Commandeur Secretaire defdits Ordres
le fieur Comte de S. Florentin ,que les preuves
dudit fieur Roy ont été admifes , qu'il a prêté le
ferment , & a été fait Chevalier en vertu de nofdits
pouvoirs , Nous voulons qu'il foit reconnu en cette
qualité, & qu'il jouffe de tous les honneurs , pri
vileges droits attribués aux Chevaliers de notred.
Ordre de S. Michel . En témoin de quoi nous avons
fait expedier ces Préfentes fignées de notre main ,
& fcellées du Sceau de l'Ordre de S. Michel.
DONNE' à Versailles le 14. Mars l'an de Grace
1741. & de notre Régne le z6 . & fur le repli ; Par
le Roy , Chef & Souverain , Grand Maître des Or- ,
dres de S. Michel & du S. Efprit . Signé , Phelypeaux.
Vila , Arnaud de Pomponne . "
j j j j į į į į į į į: §§ §
MORTS & NAISSANCE.
Na Nude Roy du 23. dour
Na apris que N ... de Radovay , Chef d'Es-
1738. étoit mort le 2. Novembre de l'année dernie
re dans la traversée de la Martinique à S. Domingue.
Il montoit le Vaiffeau le Bourbon , l'un de
ceux de l'Efcadre Françoife , commandée par le
Marquis d'Antin , Vice- Amiral. Il avoit été fait
Capitaine de Vaisseau en 1706. & Commissaire
Géneral d'Artillerie à Breft en 1734 .
La
626 MERCURE DE FRANCE
La Veuve Marie Cochet , Laitiere du Village
d'Ivry près Paris , mourut fur la fin de Décembre
, âgée de 104 ans accomplis . Il n'y a pas
huit ans qu'elle aportoit en ore tous les jours à Paris
du lait aux maifons qu'elle fournifloit , commerce
qu'elle a fait pendant près de 80. ans ,
fans
interruption & fans maladie.
7
Le 2. Janvier , Bertrand de Narbonne - Lara
apellé l'Abbé de Narbonne , mourut fubitement à
Agen , en Guyenne , âgé de 29. ans laiffant un
frere aîné nommé François de Narbonne Lara ,
& Officier dans le Regiment de Vermandois , lequel
refte feul de la Branche aînée de la Maiſon de
Narbonne , iffue des Vicomtes de Narbonne de la
feconde Race , qui tiroient leur origine de la Maifon
de Lara , en Efpagne. La Généalogie en eft raportée
dans le tom. des Grands Officiers de la
Couronne P 760 & fuivantes; mais on y a omis
P. 772. François de Narbonne Lara , Seigneur de
Goudaille , qui de fon mariage avec Jeanne Rafin
d'Hauterive , avoit eu celui qui vient de mourir ,
& fon frere. Ce François , Seigneur de Goudaille ,
avoit eu deux freres aînés , dont il eft fait mention
dans la Génealogie qu'on vient de citer. Le premier
, étoit Louis de Narbonne Comte de Clermont
, pere de la D. de Raftignac , qui a inftitué
pour heritier fon mari au préjudice de fes coufins
germains , & le fecond étoit Louis- Benoît de Narbonne
, Chevalier de l'Ordre Militaire de S Louis ,
Lieutenant- Colonel du Régiment de Mirabeau ,
Infanterie , & Gouverneur de Reggio dans le Modénois.
Ce fut lui qui défendit le 31. Mai 1705. la
Caffinelle de Mofcolino dans le Breffan , contre tous
les Grenadiers de l'Armée du Prince Eugene de Savoye,
& qui les obligea de fe retirer après plus de s
heures d'attaque , action qui a mérité que le Che-,-
Y
valier
MARS. 627
1741.
3
valier Folard en donnât une relation dans fon Commentaire
fur Polybe , ayant fait graver le plan de
La Caffine & de l'attaque. Le même Louis - Benoît
de Narbonne défendit auffi Reggio contre le Prince
Eugene , & ne lui rendit cette Place qu'après une
longue défenſe le 14. Août 1706 .
Anne Oudette Grappin , Veuve en quatrièmes
nôces de François le Brun Procureur Fifcal de la
Seigneurie de M. de Rumon , demeurant à Paris
Quai des Théatins , mourut en cette Ville , ruë
de la Mortellerie , le s . âgée de 134. ans dix mois ,
& fut inbumée le lendemain dans le Cimetiere de
la Paroiffe S. Paul. Ce grand âge eft conftaté par
fon Extrait baptiftaire qui a été produit en bonne
forme à M. le Curé de S. Paul , lequel l'a inferé
dans fon Regiftre à la tête de l'Acte mortuaire de
cette femme. Il paroît par cet Extrait baptiftaire
qu'elle eft née te 5. Mars 1606. dans la Paroiffe de
Balheram , proche la Ville de Gray en Franche-
Comté . L'Acte eft en Latin fuivant l'ufage du tems
& du Pays .
Le 22. D. Angelique- Françoiſe Pepin , Veuve
depuis le 11 Septembre 1732. de Guillaume Tartarin
, Confeiller Secretaire du Roy , Maifon ,
Couronne de France & de fes Finances , ancien
Bâtonnier de l'Ordre des Avocats au Parlement de
Paris , Confeiller & Avocat Géneral de la Reine ,
& Doyen des anciens Echevins de la Ville de Paris
, mourut dans un âge avancé laiffant deux fils ,
l'un Controlleur General des Reftes . & l'autre
Tréforier de France à Paris. La défunte étoit fille
de Jean Pepin , Confeiller - Sécretaire du Roy ,
Maifon , Couronne de France & de fes Finances
Honoraire , & de Marguerite Varet .
Le 26. Frere Antoine- Henry de Villeneuve de
Trans-Tourettes , Chevalier de l'Ordre de S. Jean
de
628 MERCURE DE FRANCE
de Jérufalem , Commandeur de S. Mautis en Pi
cardie , & auparavant de Villedieu lès Bailleul
Chef d'Efcadre des Galeres de France du premier
Juillet 1739. après avoir été fucceffivement Garde
de l'Etendaft , Enfeigne , Lieutenant , Capitaine-
Lieutenant le 23. Janvier 1713. & Capitaine de
Galeres le 18. Mars 1725. mourut à Marſeille en
Provence , âgé d'environ 68. ans . Il étoit fils de
Pierre de Villeneuve , Comte de Tourettes , Seigneur
de la Napoule , Efclapon , Avaye , & c . Marquis
de Trans , Lieutenant de Roy en Provence.
& de Marie-Françoiſe Bitaut de Vaillé de Paris , qui
avoient été mariés le 15. Août 1665. On a parlé
de la Maifon de Villeneuve , l'une des plus anciennes
& des plus illuftres de Provence , dans le
Mercure de Novembre 1738. p. 2507. à l'occafion
du mariage du Marquis de Trans , neveu du Commandeur
dont on annonce la mort , avec la Dile
Pernot de Paris.
On a reçû avis de Vienne , que le 13.de ce mois
à deux heures du matin , la Reine de Hongrie étoit
accouchée heureufement d'un Prince , lequel a été
ténu fur les Fonts de Baptême aux noms du Pape &
du Roy de Pologne , Electeur de Saxe , & qu'il a
été nommé Joseph - Benoît- Augufte.
PRE
TABLE.
IECES FUGITIVES . Ode , fur le Jeu , 417
Refléxions fur la Critique ,
Etrennes de M. Darnaud à Mad . C✶ ✶
422
432
Obfervations de M. Maillart , fur l'Efchiquier de
Normandie , 433
Ode , les douceurs de la Poëfie au Marquis de
·
Caumont , 429
Lettre
Lettre d'une Dlle à une de fes Amies de Province,443
Piéces Latines fur l'Election du Pape , &c . 449
Suite de l'Eflai Hiftorique de la Croix de N. S. 454
Stances imitées du Pleaume I. 469
Réponse à une Lettre au fujet d'un Prince nommé
Sans Terre , 470
Epitre du Chevalier D. B. à M. D. M. pour le jour
de l'An ,
Differtation fur les Oifeaux de paffage ,
473
475
48 r
Compliment de Mlle de B. à M. fon Pere , le jour
de l'An ,
Obfervations de l'Auteur de la Defcription de la
Haute Normandie ,
Fable , l'Arbriffeau & le Jardinier ,
482
48,8
489
Epitre de M. de la Soriniere à Mad . de ***
Compliment au Comte de Tavanne , fur la mort
de fon Epouſe ,
4
495
Etrennes de M. Roy le fils , à la Comteffe de Mail-
496 ly ,
Vers du Pere , adreffés au Marech.de Belle -Ifle , 497
Explication de plufieurs Tableaux préfentés au Roy,
à Monfeigneur le Dauphin , & c.
Enigme , Logogryphes , & c .
498
108
$ 10
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS
&c. Catalogue des Rôles Gafcons , Normands &
François . &c .
Bibliotheque Germanique , &c. Tome xxx111. 518
Reflexions Critiques fur la Poefie & la Peinture , 521
Hiftoire des Empires & des Républiques , & c. 2
Hift . de la Vie & du Regne de Louis le Grand, 25
Le Trésor des Poissons à Coquilles ,
L'Art d'écrire , d'après Roffignol .
La Politique du Chevalier Bacon ,
526
527
ibid.
Lettre écrite de Dijon , au fujet de la nouv. Acad. 532
Assemblée de la Societé Littéraire d'Arras ,
Mémoire lû à la Societé des Arts ,
Profpectus fur an Ouvrage de Géographie ,
517
519
563
Avis
Avis fur un nouvel Ouvrage de Muſiqué ,
Eftampes nouvelles ,
Lettre fur la Mort de M. Thomaffin
Inftruction fur les Defcentes ,
Chanfon notée ,
Spectacles , Deucalion & Pyrrha , Comédie ,
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Ruſſie ,
Allemagne ,
Nuremberg & Ratisbonne ,
Sielefie ,
Pruffe , Efpagne & Italie ,
566
567
568
170
580
581
590
197
600
607
609
Portugal , Ife de Corfe & Grande- Bretagne , 612
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 614
Bénefices donnés ,
M. Roy fait Chevalier de S. Michel ,
619
ibid.
Vers à M. le Duc de Gêvres & à M. l'Abbé de
Ponponne ,
Mort & Naiflance ,
620
625
Errata de Fevrier.
Age 345. ligne 4. méthodes , lise , malades,
Ibid. 1. 24. vifqueufes , l . ialqueufes.
Même page , 1. 30. retirés , l. rebutés .
P. 347. 1. 3. inaction , l. injection.
Ibid. 1 , derniere , Corfteits , l . Carteret.
P. 348. 1.6 foible , l. molle.
Ibid. 1.
P.
349.
7 .. l'effort , l . l'effet.
1. 30. Sr , 1. Docteur
Fautes à corriger dans ce Livre,
P Age 425. ligne 12. ce , lifez ces.
La Chanson notée doit regarder la page 580
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU
ROT.
AVRIL
1741 .
RICOLLIGIT
SPARGIT
Chés
Papillow
A PARIS ;
GUILLAUME CAVELIER ,
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT, Quai de Conty ;
à la descente du Pont - Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais.
M. DCC . XLI
Avec Aprobation & Privilege du Roy.
A VIS.
L'ADREMOREAS
'ADRESSE generale eft à
Monfieur
Commis au
Mercure , vis - à - vis la Comédie Frangoife
, à Paris. Ceux qui pour leur com◄
modité voudront remettre leurs Paquets cachetés
aux Libraires qui vendent le Mercure
, à Paris , peuventfe fervir de cette voye
pour
les faire tenir.
On prie très- inftamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de ne
pas voir paroître leurs Ouvrages mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garde
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
l'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. Sols,
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT
V
AVRIL. 1741 .
**********
PIECES FUGITIVES
en Vers et en Prose.
ODE
Tirée du Pseaume V. Verba mea auribus
percipe , &c.
Souverain Dieu de mon ame
Prêtez l'oreille à mes accens .
Exaucez mes voeux innocens ;
Dès le matin je vous réclame ;
Je fçais que loin de vous l'Impie eft rejetté , ·
Qu'implacable ennemi de toute iniquité ,
A ij Voy
632 MERCURE DE FRANCE
"
Vous perdrez à jamais ceux dont la bouche impure
Pour la perte du Jufte ufant de trahifon ,
Répand de la noire impoſture
Sur cet infortuné le funefte poiſon .
*
Oui , fûr qu'à vos regards céleſtes
La fraude eft un Monftre odieux ,
Et qu'au menfonge audacieux
Vos Jugemens feront funeftes
Contre leurs traits mortels , fources de mon ennui ;
Sur vos bontés , Seigneur , je fonde mon apui ,
Et marchant avec zele à cette Maiſon fainte ,
Où réfide avec vous mon fuport immortel ;
J'irai , faifi d'une humble crainte ,
Adorer vos grandeurs aux pieds de vos Autels,
*
Dans le fentier de la justice
Vous accompagnerez mes pas
Et loin des portes du trépás
Vous ferez mon guide propice ;
Par vous j'éviterai les abîmes profonds
Que mes lâches rivaux en adreffes féconds
S'efforcent nuit & jour de creufer pour ma perte ₫
Ainfi , bravant la mort & la froide terreur ?
De leur malignité couverte
Le Jufte confondra l'homicide fureur,
I'
AVRIL: 17412 633
O Race infenfée & fauvage !
Leur coeur n'eft que perverfité ,
Et le menfonge détesté
Eft pour eux le plus doux langage ;
On diroit que leur bouche eft un fépulchre affreux ,
Toujours prêt d'engloutir en ſon ſein ténebreux
Celui dont la vertu fait la douce efpérance ;
Et leur langue fur lui ne verfe un miel flateur ,
noircir fon innocence
Que pour
Et le faire périr par ce piége impofteur..
*
Perdez cette Troupe ennemie
De vos céleftes vérités ;
Que leurs projets déconcertés
Tournent à leur propre infamie ,
Qu'il s'ouvre fous leurs pas un abîme éternel ,
Où de leurs noirs forfaits le tiffu criminel
Précipite avec eux leur orgueil indomptable ,
Orgueil dont ces méchans élevant jufqu'à vous
L'excès impie & déteſtable ,
N'ont pas craint d'irriter votre jufte courroux.
*
Mais ceux de qui la confiance
En votre immortelle bonté ,
Leur a juſtement mérité
Les trésors de votre clémence ,
A iij Grand
34 MERCURE DE FRANCE
Grand Dieu ! qu'ils foient comblés d'un tranquille
bonheur ;
Que leurs jours foient fereins , que leurs ames
Seigneur,
S'enyvrent à jamais dans des flots d'allegreffe ;
Que toujours affiftés de vos foins bienfaifans ,
Et guidés par votre fageffe ,
De trouble & de péril ils foient toujours exempts
*
Alors le Serviteur fidele ,
Témoin des dons de votre amour,
Vous glorifiera chaque jour
D'avoir récompenſé leur zéle ;
Oui , fans ceffe il loüera par fes humbles concerts
De ce divin amour tous les bienfaits divers ,
Lorfqu'il verra l'effet de fon aide paisible ,
Et qu'elle eft pour le Jufte à votre Loi foûmis ,
Comme un Bouclier invincible
Qui le défend des traits de fes vains ennemis.
LETTRE écrite à M. D. R** fur l'Epoque
de l'Invention du Zodiaque.
E
N lifant , Monfieur , dans le Journal
de Trévoux du mois de Juin 1740.
'Art. 51.l'Extrait d'une Lettre du Pere le Mire,
fur
AVRIL: 1741 : 635
fur l'Invention du Zodiaque , j'ai vû avec
plaifir de quelle maniere il aplaudit à l'explication
que M.Pluche nous a donnée des noms
des Signes & des figures qui les repréfentent.
Il reconnoît avec raison que personne avane
cet illuftre Auteur , n'étoit remonté à la fource
de toutes ces chofes , par des conjectures
plus conformes à la raison . Ce jugement que
le Pere le Mire porte de la nouvelle explication
, m'a obligé à lire avec beaucoup d'attention
les raisons qu'il a crû lui être contraires,
elles m'ont parù fortes . du premier coup ,
mais non pas décifives. La lecture que j'en
ai faite , n'a fait naître plufieurs refléxions
que j'expose aujourd'hui à votre critique .
L'Hiftoire & l'Aftronomie fourniffent au
P. le Mire les raisons qui l'empêchent de
s'accorder avec M. Pluche fur l'Epoque où
celui- ci place la premiere origine & la divifion
du Zodiaque. Quant à l'Hiftoire , il
trouve que les témoignages fur lesquels M.
Pluche fe fonde , font infuffifans , & de plus
qu'ils font démentis par d'autres témoignages
clairs & pofitifs.
1º. Maciobe & Sextus Empiricus, qui font
les garands de M. Pluche , n'établiffent pas
l'Epoque qu'il donne à la divifion du Zodiaque
; car S. Empiricus , raportant parmi les
principes chimériques des Chaldéens ce
qu'ils difoient de la maniere dont.on s'y étoit
A iiij
,
pris
636 MERCURE DE FRANCE
pris autrefois pour divifer le Zodiaque , défigne
les Auteurs de cette divifion par ces
mots , qui olim. Or , cet Auteur ayant vécu
dans le fecond fiécle après J. C. le terme
d'Anciens dans fa bouche peut convenir
exactement à des générations poftérieures au
Déluge de mille , de quinze cent ans, & par
conséquent cette expreffion ne caractérise pas
les Enfans de Noé , réunis autour de Babel.
ment ,
Pour juger fi cette démonftration rend in
utile pour M. Pluche le témoignage de S.
Empiricus , il ne faut que confidérer l'ufage
qu'il en fait. Il ne s'en fert pas précisément
pour fixer l'époque où il place la divifion du
Zodiaque , mais pour recueillir une ancienne
Tradition qui nous a confervé la maniere
dont en s'y prit pour le divifer. Sextus Empiricus
n'eft pas ici l'Hiftorien de cet Evéneil
n'en détermine pas le tems , mais
il eft le dépofitaire de la Tradition qui en a
confervé le fouvenir chés les Chaldéens ;
c'eft à cette Tradition que M. Pluche s'attache
; & qui peut nier qu'elle ne mérite une
grande attention puifqu'elle étoit toute
commune chés les Chaldéens , c'est - à - dire
chés le plus ancien Peuple du Monde ?Je fçais
que l'Aftronomie avoit dégénéré parmi eux
de fa prémiere pureté en des abfurdités grosfieres
; mais feroit- il raifonnable de confondre
les principes folides de l'Aftronomie avec
>
Les
AVRIL 1741. 637
les folies de l'Aftrologie judiciaire ? M. Pluche
a donc eû raifon de féparer cette Tradition
véritable des fauffetés qui l'accompagnent.
En effet fi fur le témoignage d'un Ancien , qui
eſt venu juſqu'à nous dans quelque fragment,
on décide quelquefois des points importans
dans l'Hiftoire, quel cas ne devons - nous pas
faire du témoignage de tout un Peuple fameux
, que nous trouvons heureuſement fixé
dans deux Auteurs , l'un Grec & l'autre Ro
main ?
Après avoir juftifié l'ufage que M. Pluche
fait du récit de Sextus Empiricus , voyons en
quel tems on peut placer l'Evenement qu'il
nous raconte. S'il étoit du nombre de ceux
qui ne font liés expreffément à aucune Epo
que , on ne pourroit le placer dans un tems,
plû- tôt que dans un autre , par le feul Texte
de cet Auteur, car quoique le terme d'Anciens
convienne fort bien aux premiers Habitans.
de la Chaldée , il peut auffi convenir à ceux
qui n'ont vécu que 1500. ans après le Déluge.
Ce n'est donc pas fur ce terme qu'on
peut fonder l'Epoque de la divifion du Zodiaque
, mais fur la liaifon étroite que cette
divifion a avec l'Aftronomie. On conviendra
fans peine qu'elle en eft le fondement
En effet , que connoîtroit- on dans le Ciel !
fi on ignoroit la route du Soleil & les bornes,
qui la terminent vers le Nord & vers le Mi-
A v di a
838 MERCURE DE FRANCE
di ? Comme cet Aftre eft l'ame de la Nature,
auffi la connoiffance de fes mouvemens eſt→
elle le principe de l'étude du Ciel . Or , le
tems des commencemens de cette étude eftil
auffi incertain que celui , auquel fe raporte
le terme vague d'Anciens , & peut-on reculer
l'origine de l'Aftronomie jufqu'à 1500.
ans après le Déluge ? Il nous faudroit .
prendre une étrange idée de l'esprit de l'homme,
pour penser que toujours courbé vers la
terre & occupé des choses qui l'environnent,
il n'eût jamais porté fes regards & fon attention
vers le grand ſpectacle des Cieux. Peuton
s'imaginer que tant de grands esprits qui
ont inventé de bonne heure plufieurs Arts
utiles à la Societé , n'euffent négligé que l'étude
du Ciel , qui ntereffoit tout le genre
humain ? on convient que les Egyptiens ne
furent pas long tems à trouver l'arpentage &
la Géométrie , dans la néceffité où ils étoient
de reconnoître les bornes de leurs champs
confondus l'inondation du Nil ; il ne paroît
pas moins certain que l'Aftronomie àa la
même antiquité parmi ce Peuple & parmi les
Chaldéens.
par
On fçait ce que Josephe raporte dans le
premier Livre de fes Antiquités , que les Enfans
de Seth , dès lors apliqués à l'étude dư
Ciel , ayant apris que le Monde devoit périr
par le Déluge , graverent leurs observations
fur
AVRIL 1741 639
fur deux colomnes , l'une de brique & l'autre
de pierre , afin de les fauver de l'inondation
univerfelle. Sur ce pied - là , l'Aſtronomie
feroit plus ancienne que le Déluge , & puisque
dans ces premiers tems on diftinguoit
l'année par mois , il falloit bien qu'on eût
connû la route du Soleil & qu'on l'eût divisée
en douze parties égales. Mais fans examiner
ici quel a pû être l'état de l'Aftronomie
avant le Déluge , & fi le Soleil a depuis
changé fa route , on fçait jusqu'à quelle antiquité
remontoient les observations que les
Chaldéens remirent dans Babylone ( 1 ) à Callipthene
pour Ariftote , elles étoient de 1900 .
ans , felon Porphire , & leur commencement
concouroit avec les tems les plus voifins du
Déluge , ce qui revient juftement à l'Epoque
de M. Pluche. Cela étant , tout ce qui nous
prouve l'antiquité de l'Aftronomie , nous
prouve auffi celle de la divifion du Zodiaque,
fans laquelle il n'y a point d'Aftronomie. Si
donc les premiers habitans de Chaldée ont
été Aftronomes , il faut qu'ils ayent découvert
& divisé le Zodiaque , & il eft démontré
qu'ils font les Anciens dont parle Empiricus.
Les premiers hommes voyoient le Soleil
changer chaque jour les points de fon lever
& de fon coucher dans l'horison ; ils le
(1 ) Porph. apud Simpl . Lib. 2. de Coelo .
A vj voyoient
640 MERCURE DE FRANCE
dans un tems que
voyoient s'élever en fon midi beaucoup plus
dans un autre ; ils observerent
que les Etoiles qui le fuivoient de plus
près dans fon coucher , disparoiffoient après
15. ou 30. jours , obscurcies par fa lumiere.
Ces mêmes Etoiles qui avoient été cachées
pendant deux mois environ , ils les voyoient
reparoître avant le jour , lorsqu'elles commençoient
à fe dégager des rayons du Soleil
. Dès- lors ils ne pouvoient douter qu'il
n'eût paffé devant elles & qu'il n'eût un
mouvement propre qui le faisoit avancer
chaque jour d'Occident en Orient. En le fuivant
chaque mois dans fon mouvement progreffif
, ils parvinrent aisément à reconnoître
toute la fuite d'Etoiles qui étoient effacées
dans un an par fon'paffage , & ils furent en
état de défigner fa route dans le Ciel.
L'ayant enfin reconnuë , ils n'eurent plus
qu'à la diviser en parties à peu près égales.
Čette divifion leur étoit absolument nécessaire
pour fixer le commencement & la fin de
l'année , & pour regler le tems de toutes les
opérations de la campagne. Pouvoient- ils s'y
prendre avec plus d'adreffe & de précaution'
que de la maniere dont ils s'y prirent, au raport
d'Empiricus? Ils étoient affûrés d'avoir dans la
premiere quantité d'eau qu'ils laifferent écouler
d'un foir à l'autre , la jufte mesure de la
révolution de tout le Ciel & des Etoiles que
le
AVRIL 17417
345
le Soleil couvre dans un an. Ils ne l'étoient
pas moins que la douzième partie de cette
quantité d'eau leur donnoit la mesure de la
douzième partie de la révolution céleste .
On voit par- là que la feconde démonſtration
du Pere le Mire n'eft pas auffi convaincante
qu'il l'a pensé . Il fupose que les Chaldéens
fe fervirent des moyens dont nous avons
parlé pour reconnoître exactement la Ligne
que le Soleil décrit dans un an , & il démontre
que cette connoiffance n'a pû être
l'effet de l'opération qu'ils employerent ,
mais que tout le fruit qu'on peut en retirer
c'eft de partager le Firmament , l'Equateur ,
le Zodiaque même , & tous les paralleles en
2. portions, fans que l'on puiffe jamais connoître
par- là fi le Soleil paffe fous une fuite
d'Etoiles plû-tôt que fous une autre ; mais
auffi ce n'étoit pas ce qu'ils cherchoient ,
puisqu'ils connoiffoient déja , comme j'ai dit,
& le mouvement propre du Soleil & les bornes
de fa route. Leurs idées auroient été
bien extraordinaires , s'ils avoient entrepris
de trouver cette route par le moyen proposé.
Quel étoit donc leur but & leur deffein ?
C'étoit de diviser la route du Soleil , déja
connue , en 12. portions égales , & dès-lors
leur opération étoit très -jufte . Au refte , il
eft facile de voir que M. Pluche ne leur attribuë
pas d'autre vûë , par ce qu'il dit immédiatement
642 MERCURE DE FRANCE
diatement avant que de rapeller le récit de
S. Empiricus
. Voici donc , dit il , comme on
partagea la route du Soleil en 12. portions on
amas d'Etoiles. Il ne dit pas qu'on la reconnut
, mais qu'on la partagea .
Cependant ces premiers Habitans de Chaldée
n'avoient pas besoin pour leur deffein de
reconnoître avec la derniere précifion , fi la
route du Soleil étoit invariablement la même
, s'il coupoit toujours l'Equateur précisément
aux mêmes points , & s'il s'en écartoit
toujours également; il leur fuffisoit de fçavoir
que la pofition de l'Ecliptique eft fenfiblement
la même à l'Equateur ; & il faut bien
que la difference , s'il y en a , foit très- inſenfible
, puisque la fagacité de nos plus habiles
Aftronomes n'a encore pû s'en affûrer , &
cependant nous ne laiffons pas de connoître
fuffisamment la Ligne que le Soleil décrit fous
le Ciel dans fes déplacemens perpétuels .
2º. Le P. le Mire tire de l'Hiftoire des Argumens
pofitifs , qui lui paroiffent plus que
fuffisans pour renverser l'Epoque de M. Pluche
; les noms, dit - il , que nous donnons aujourd'hui
aux Signes du Zodiaque , font differens
de ceux dont fe fervoient les Aftronomes
Chaldéens , c'eft Achilles - Tatius , Evêque
d'Alexandrie , bien inftruit dans l'Aftronomie
des Chaldéens , & des Egyptiens, qui
le dit expreffément. D'ailleurs, notre langage
AftronoAVRIL
1741 643
Aftronomique nous vient des Grecs , & les
noms que ceux - ci donnerent aux Conftellations
, étoient fondés fur leur Mythologie &
fur les Avantures de leers Dieux ou demi-
Dieux. Donc on ne peut dire que les Chal
déens ayent défigné les Signes du Zodiaque
par les noms qui font aujourd'hui en ufage .
Donc les noms & la divifion du Zodiaque
ne nous viennent pas des premiers enfans
de Noë.
S'il étoit bien prouvé que les Grecs ne
s'accordent pas avec les Chaldéens fur les
noms & les marques des Signes du Zodiaque
, on pourroit peut - être en conclure
que ceux- ci n'en font pas les Auteurs. Mais
il s'en faut bien que cela ne foit. Tous les
Sçavans qui ont examiné l'Aftronomie des
Grecs , fe font réunis à penfer que les Egypriens
avoient été leurs Maîtres . Achilles
Tatius , dans le Livre cité par le P. le Mire ,'
dit expreffément ( 1 ) que les Egyptiens ont
été les premiers à mefurer le Ciel & la Terre.
Et Higin déclare nettement que les figu
res & les marques que les Aftronomes donnent
aux Aftres & aux Planettes ,viennent des
Chaldéens & des Egyptiens. Il eft vrai que
le tems , les vûës & le génie de chaque Ñation
peuvent avoir mis quelque difference
dans les noms & dans les formes de quel
(1) Ifagoge ad Arati phanomena ,
•
ques
$44 MERCURE DE FRANCE
ques Conftellations ; mais cette difference
ne fait que mieux fentir à qui eft dûë la gloire
de la premiere invention , & c'eſt tout ce
qu'a voulu dire Achilles Tatius , dont voici
les termes : » Les Conſtellations du Dragon ,
» de l'Ourſe & de Cephée ne fe trouvent , ni
» dans la Sphere des Chaldéens, ni dans celle
» des Egyptiens , mais à leur place il y en a
» d'autres qui portent d'autres noms. Au reſte,
» ajoûte -t - il , les Grecs ont donné aux
» Conftellations des noms tirés de l'Hiftoi
» re de leurs Héros afin qu'on pût les re-
» connoître plus aifément. » On voit qu'Achilles
Tatius ne parle que de trois Conf
tellations , & qu'il ne dit pas un mot des
Signes du Zodiaque . Il nous découvre en
même tems pourquoi les Grecs ne s'accor
dent pas entierement avec les Anciens.
Les premiers Aftronomes de la Grece
ayant reçû des Egyptiens , comme nous le
montrerons , les figures d'Animaux qu'ils
attribuent à chaque Signe du Zodiaque & à
la plupart des Conftellations , & ne comprenant
pas ce qu'elles pouvoient fignifier ,
chercherent eux-mêmes à leur donner un
fens. Dans cette difpofition , l'amour de la
Patrie , la gloire de la Nation , & peut - être
l'envie de fe donner pour Inventeurs , les
porterent bien- tôt à donner à leurs Conftellations
les noms de leurs Héros . Ils étoient
affûrés
A V R 1 L. 645 1741.
affûrés de les immortalifer en les plaçant
dans le Ciel , & en les expofant à la vûë de
tous les fiécles. On fçait comment , trompés
par la double fignification du mot Dubbé ,
ils allerent imaginer la Fabie de la Nymphe
Calliftho, changée en Ourfe. Mais quoiqu'ils
ayent ainfi travefti les Figures Egyptiennes
en celles de leurs Dieux , ils en ont affés
refpecté la fubftance , furtout dans les fignes
du Zodiaque que nous avons encore aujour
d'hui , prefque fous les mêmes figures que
leur donnerent les premiers Aftronomes de
Chaldée .
Ce qui termine tout doute là deffus , c'eſt
que , comme le remarque M. Pluche , on
trouve fréquemment les figures entieres des
Signes céleftes dans les Monumens Egyptiens
, qu'on fçait être d'un tems peu éloigné
du Déluge. On peut s'en raporter au
fçavant P. Kirker qui avoit fi bien étudié
ces Monumens. Il démontre dans fon dipe
( 1 ) que les Grecs n'ont fait qu'altérer
ce qu'ils avoient reçû des Egyptiens , que
malgré la difference qu'ils ont voulu y mettre
, on reconnoît encore l'ouvrage des premiers
Autcurs jufque dans les Notes abregées
dont nous nous fervons. Pour former
là - deffus une entiere conviction , il raporte
le Planifphere des anciens Egyptiens , & le
(1 ) Oedip. Egyphiacus, tom, 2. cl . 7. c. 1. ý 2 .
com
48 MERCURE DE FRANCE
comparant avec celui des Grecs , qui eſt
auffi le nôtre , il fait voir qu'il n'y a entre
l'un & l'autre , que la difference que nous
avons marquée . Obfervons ici que fi l'ufage
de ces figures , pour défigner les douze portions
du Ciel & de l'année , a paffé à la plûpårt
des Peuples , c'eft une preuve qu'il provient
, comme eux tous , de la fource commune
du Genre humain.
.Ceci nous conduit à examiner le fecond
argument du Pere le Mire , dont voici le
précis : l'invention du Zodiaque & la dénoinination
de fes Signes ont une antiquité à
peu près égale , & les mêmes Auteurs . Or ,
felon Pline & Diogène Laërce , les Grecs ,
Auteurs de notre Aftronomie , ne commencerent
à avoir ces connoiffances que plus de
1500. ans après le Déluge : & elles ne furent
chés eux que le fruit de leur propre travail ,
qui , par un progrès lent & fucceffif, & par
une fuite d'obfervations faites de loin en
loin , forma après quelques fiécles le corps
de leur Aftronomie.
Nous avons vû en quel fens les Grecs
étoient Auteurs de notre langage Aftronomique.
Tout le fervice qu'ils nous ont rendu
en cela , c'eſt de nous avoir donné leurs Fables
& de nous avoir fait perdre les verités
d'Hiftoire naturelle que les Egyptiens avoient
cachées fous leurs Hieroglyphes. Mais , pour
L'AftroAVRIL
1741: 849
Aftronomie , elle étoit cultivée bien avant
que les Grecs s'apliquaffent aux Sciences ,
& même avant le tems de leurs Héros . Ils
étoient encore fans Loix , fans Police, & errans
dans leurs Forêts , lorfque l'Aftronomie
fleuriffoit depuis plufieurs fiécles dans la
Chaldée .
Sans rapeller ici ce que nous avons dit au
fujet des Aftronomes de ce Pays , Pline raporte
qu'ils avoient gravé fur des carreaux
de brique des obfervations de 720. ans ; &
Ecriture nous aprend , L. 4. des Rois , c. 20.
qu'au tems d'Ezéchias , Roy de Juda , l'ombre
du Soleil ayant reculé de dix lignes à la parole
d'Ifaïe fur le Cadran de ce Prince le
Roy de Babylone lui envoya une Ambaſſade.
célebre , pour s'informer du prodige qui
étoit arrivé en Judée. Soit que les Aftronomes
de Chaldée s'en fuffent aperçus dans le
Ciel , foit qu'ils l'euffent apris par
mée , c'eſt toujours une preuve non fufpecte
de l'attachement qu'ils avoient à étudier
le Ciel & les mouvemens du Soleil plus de
*. 100. ans avant le tems de Thalès ; & dèslors
peut-on leur refufer la connoiffance du
Zodiaque & de l'obliquité de l'Ecliptique ?
Tout cela nous oblige à reconnoître qu'ils
ont été fans conteftation les premiers Obfervateurs
des Aftres , auffi - bien que les
Auteurs du Genre humain, Comme ils vi
la renomvoient
848 MERCURE DE FRANCE
voient dans un Pays fort uni & fous un Ciel
toujours ferain , ils profitoient du loifir que
feur donnoit la garde de leurs Troupeaux ,
pour obferver l'ordre & le mouvement des
Cieux.
Il faut en dire autant des Egyptiens , chés
qui l'Aftronomie n'eft guére moins ancienne
au raport de Platon in Epinom. Primus , dit - il,
barum rerumfpectator , barbarus fuit, antiqua
enim regio illos aluit qui propter aftivi temporis
ferenitatemprimi hac infpexerunt . Talis Ægypthus
& Syria fuit ubi ftella omnes clarè cernuntur
, quoniam Cali confpectum nec pluvie
intercipiunt , nec nubes . Quoniam vero magis
quam barbari ab aftivâ diftamus ferenitate ,
fiderum ordinem tardiùs intelleximus . Il n'y a
que la force de la verité qui ait pû tirer de
ce grand Homme un aveu fi fincere , malgré
l'amour de la Patrie naturel à tous les
hommes. L'attention qu'eurent les Egyptiens
en bâtiffant leurs Pyramides , d'en diriger
les quatre faces vers les quatre points
cardinaux , eft une preuve du foin qu'ils
donnoient dès - lors à l'étude du Ciel. Or, on
fçait de quelle antiquité font ces Pyramides.
Hermès furnommé Trismegifte , qui fit luimême
plufieurs découvertes , fixa le corps
de leur Aftronomie , divifa le Ciel en 48 .
Conſtellations & regla l'année par la connoiffance
exacte qu'il acquit de la révolution
an
AVRIL. 1741. 649
annuelle du Soleil . Les fix heures qu'il met
à remplir cette révolution , outre les 365.
jours , n'échaperent pas à Hermès ; il écrivit
ces principes d'Aftronomie & plufieurs fecrets
d'Hiftoire naturelle dans 12. Livres ,
qui furent depuis fi refpectés en Egypte .
Dans le même tems,Atlas , Roy de Mauritanie
& d'Ethiopie , fe rendit fi fameux dans
la fcience des Aftres , qu'on lui a attribué lo
foin d'en regler le mouvement. Auffi Virgile,
qui remonte affés fûrement à la véritable
origine des chofes , fait chanter à Jopas
dans le Feftin de Didon
Docuit que maximus Atlas
Hiccanit errantem Lunam Solifque labores. Æneid.1.
1
Lucien dans fon Traité de l'Aftrologie
reconnoît que les Ethiopiens ( qu'il confond
aparemment avec les Egyptiens ) ont été
les premiers à découvrir que la Lune n'avoit
point de lumiere propre , & qu'elle
l'empruntoit du Soleil , quoique les Grecs
ayent voulu faire honneur de cette découverte
à Thalès de Milet ou à fes Diſciples .
C'eft fur toutes ces preuves que le Pere
Kirker , dans l'endroit cité , après avoir raporté
les monumens qui nous reftent de cette
premiere antiquité , & le témoignage des
Auteurs Arabes & Syriens , plus inftruits que
Aes Grecs de l'Hiftoire & des Sciences de
PE=
650 MERCURE DE FRANCE
Egypte , conclut par ces paroles remarqua
bles. » Il n'y a donc rien de plus mal fondé
que d'attribuer à Anaximandre ou à Thalès
la découverte de l'obliquité de l'Ecliptique
& la divifion du Zodiaque. Ces
» connoiffances étoient communes en Egyp
te , lorfque les Grecs étoient encore dans
une profonde ignorance , & il s'eft paffé
bien du tems avant qu'ils les en ayent ti-
" rées. " Après cela n'y a- t'il pas lieu de
s'étonner de ce que dit Pline L. 2. G., 28.
qu'Anaximandre de Milet & Cleoftrate de
Tenedos , furent les premiers à découvrir ,
l'un , l'obliquité du Zodiaque , & l'autre , les
Signes du Belier & du Sagittaire, Comme
Thalès , inftruit par les Pheniciens , aprit le
premier aux Grecs à faire ufage de l'obfervation
des deux Ourfes fur Mer , on lui a attribué
, ou à fes Difciples les commencemens
de l'Aftronomie , & avec raiſon , fi on parle
de l'Aftronomie chés les Grecs. Il paroît que
Pline ne l'entend pas autrement , puifqu'il
ajoûte tout de fuite qu'Atlas avoit obfervé
la Sphere des Cieux long- tems auparavant ,
Spharam ipfam multò ante Atlas , & par-là il
revient à ce que nous avons dit.
11 eft fi vrai que les Grecs ne font pas Inventeurs
en Aftronomie , que leurs plus anciens
Philofophes ont tous voyagé en Egypte
, pour y puifer les connoiffances du Ciel
dans
AVRIL 1741 65*
dans leur fource . C'eft ce que Diogene
Laërce , cité par le P. le Mire , atteſte dans
Les Vies de Pytagore , de Thalès , d'Eudoxe
& de plufieurs autres ; & on a remarqué que
ces Voyageurs Grecs raportoient dans leur
Pays plus de connoiffances , à mesure qu'ils
avoient fait plus de féjour en Egypte . Pytagore
qui y demeura fept ans avec les Prêtres ,
alla le plus loin en Géométrie , & fit
noître le premier en Grece le vrai fyftême
du Monde.
52
con-
» Rien n'eft plus décifif là deffus que le
témoignage de Strabon ( L. 17. de fa Géographie.
) Platon & Eudoxe , dit- il , de-
» meurerent long- tems en Egypte avec les
» Prêtres qui étoient fort habiles dans la
» connoiffance des chofes céleftes , mais qui
» en faifoient un fecret aux Etrangers . Cependant
avec le tems ces Barbares ne pu-
» rent refufer aux affiduités des Voyageurs
» Grecs de leur communiquer quelques-
» unes de leurs connoiffances , mais ils en
» cacherent toujours la meilleure partie. Ils
» leur aprirent à ajoûter quelques heures aux
trois cent foixante cinq jours de l'année
pour la rendre complette . On ne connoif-
» foit pas alors en Grece la grandeur préciſe
» de l'année , comme bien d'autres chofes
jufqu'à ce que les Aftronomes nouveaux
» les cuffent aprifes par la traduction qu'on a
و د
»faite
352 MERCURE DE FRANCE
faite en Grec des Livres des Prêtres Egyp
» tiens ; & ils continuent encore aujourd'hui
» à tirer d'eux & des Chaldéens plufieurs
» découvertes. » Cette réſerve des Prêtres
d'Egypte envers les Etrangers nous fait comprendre
pourquoi l'Aſtronomie est allée ſi
fentement chés les Grecs , enforte qu'elle
fembloit être le fruit de leur propre travail
& d'une longue fuite d'expériences. Car ces
Prêtres ne dévoiloient pas toutes leurs découvertes
aux Voyageurs de la Grece , comme
nous pourrions aujourd'hui démontrer
le fyftême complet du Ciel à une troupe
d'Iroquois qui viendroient en France. Ils fe
contentoient de les mettre fur les voyes ,
comme ils ne s'expliquoient qu'à demi , il
n'eft pas étonnant que les Grecs ayent été
long- tems à comprendre toute la fuite de
leurs principes , en y joignant leurs propres
obfervations. Mais il ne feroit pas plus rai
fonnable de leur attribuer la première connoiffance
des Signes du Zodiaque , que d'attribuer
à Sulpitius Gallus la premiere connoiffance
des Eclipfes , parce qu'il a été le
premier à la communiquer aux Romains.
&
Je n'ajoûterai à cela qu'une remarque que
nous fournit le P. le Mire lui- même au fujet
de la Conſtellation des deux Gemeaux. Elle
fut d'abord marquée par deux Chevreaux , à
quoi les Grecs fubftituerent dans la fuite
Caftor
AVRIL. 1741 653
Caftor & Pollux. N'eft- ce pas là une preuve
évidente que l'envie d'immortalifer leurs
Héros leur a fait changer les figures qu'ils
avoient reçûës des Egyptiens ?
11 eft donc conftant que l'Aftronomie ;
c'eft à dire la connoiffance exacte de la Ligne
que le Soleil décrit dans le Ciel , la divifion
de cette route , & la dénomination de
fes parties , eft plus ancienne dans le monde
que les premieres études des Grecs , & puifqu'ils
font parvenus fi tard à connoître toutes
ćes chofes , il eft clair qu'ils n'ont pû en être
les Inventeurs . La Grece a été le féjour des
Sciences , le Lieu où elles ont acquis une
forte de perfection , mais non pas
celui de
leur naiffance.
30.
3°. Après avoir fuivi le P. le Mire dans les
argumens qu'il tire de l'Hiftoire , voyons
celui que lui fournit l'Aftronomie : en voici
Ja fubftance. Les Etoiles du Belier ( & il en
eft de même des autres ) ont avancé depuis
la premiere conſtruction de la Sphere de
degrés d'Occident en Orient , ce qui fait la
12. partie d'une révolution célefte . Cela
étant , il faut de deux choſes l'une , ou que
les Etoiles foient au commencement de leur
feconde révolution depuis la conftruction de
la Sphere , & alors le Monde fera ancien de
27300. ans ; ou elles feront au commencement,
à la 12. partie de leur premiere révolu
B tion ,
54 MERCURE DE FRANCE
tien , & alors il n'y a d'aujourd'hui jufqu'au
premier arrangement de la Sphere que 2100 ,
ans , donc l'époque de cette invention revient
environ à 300 , ans avant Jefus Chriſt .
Ce dilemme feroit fans replique fi l'invention
du Zodiaque n'étoit pas plus ancienne
que la Sphere. Mais il paroît certain
qu'on a long- tems étudié le Ciel en lui - même,
avant que de le repréfenter par des Globes
ou par des Spheres. La fimplicité de ces
premiers tems ne s'accorde pas avec le grand
art que nous voyons dans ces Machines . Le
P. le Mire ne peut en difconvenir , puifque ,'
felon lui , Anaximandre découvrit le premier
le Zodiaque , & que la Sphere n'a été mife
dans l'état où nous l'avons aujourd'hui , que
vers le tems d'Archimede & d'Hipparque ,
c'eſt à dire tout au plus 200. avant J. C,
ainfi , quoique l'avancement de 30. degrés
vers l'Orient nous oblige à reconnoître qu'il
ne s'eft paflé que 2100. ans depuis la conftruction
de la Sphere , on n'en peut rien
conclure pour la divifion du Zodiaque , qui
eft beaucoup plus ancienne , Mais comme
j'ai prouvé que l'Aftronomie étoit de la premiere
antiquité chés les Egyptiens , il eft
naturel de penfer qu'ils ont inventé quelque
forte de Sphere dans cette longue fuite
d'années. En effet ils en attribuent l'invention
à leur Mercure ; & Aratus dans fes
Phé
AVRIL 1741 . 655
Phénomènes s'accorde avec eux là- deffus :
ils le repréfenrent ordinairement avec une
Sphere à la main , mais moins compofée
que celle des Grecs.
le
Quoiqu'il en foit , une preuve déciſive
que les Signes du Zodiaque & les Points des
Equinoxes & des Solftices étoient connus
bien avant la conftruction de la Sphere .
eft ce que raporte Saint Clement Alexandrin,
fçavoir que Chiron qui étoit de l'expedition
des Argonautes , obferva l'Equinoxe du
Printems au milieu du Belier , & celui d'Automne
au milieu de la Balance , & que Me- ›
thon , un an avant la Guerre du Peloponefe
obferva que le Solftice d'Eté paffoit par
huitiéme degré du Cancer. Or l'expédition
des Argonautes et arrivée vers le tems du
Siége de Troye , c'cft - à- dire vers l'an 2800 .
du Monde ; donc l'invention du Zodiaque
eft au moins de cette antiquité & mille ans
avant la conftruction de la Sphere . On reconnoîtra
fans doute qu'elle eft beaucoup
plus ancienne , fi on fait attention que Chiron
, occupé de cette fameuſe expédition ,
ne penfoit pas à découvrir pour la premiere
fois les Points où l'Ecliptique coupe l'Equateur
, mais qu'il ne faifoit qu'employer
des connoiffances qu'il avoit déja acquifes
par le commerce des Phéniciens .
Quant à la préceffion des Equinoxes
Bij elle
1
656 MERCURE DE FRANCE
elle ne nous eft connuë que depuis Ptolomée,
qui obferva les changemens arrivés dans
le Ciel depuis qu'Hipparque en avoit dreffé
l'Etat. Mais il paroît difficile que les Egyptiens
, qui obfervoient avec foin & depuis
tant de ficcles, ce qui fe paffoit dans le Ciel,
ne fe foient pas aperçûs d'un fi grand changement.
C'eft aparemment parce qu'ils l'avoient
connu , qu'ils établirent cette grande
année après laquelle la révolution des Cieux
étant finie , toutes chofes devoient retourner
dans leur premier état. Cette année ou ré--
volution étoit , felon eux , de 36000. parcel
qu'ils croyoient , faute d'obfervations affés
exactes , que les Etoiles n'avançoient d'un
degré vers l'Orient , que dans l'efpace de
cent ans.
Vous verrez , Monfieur , par tout ce détil
, que M. Pluche n'eft pas moins fondé
fur l'époque où il place l'invention du Zodiaque
, que fur les autres points qu'il traite
fi heureuſement dans fes Ouvrages. Partout
vous trouverez même exactitude & même
folidité. Cependant je m'aperçois que cette
Lettre eft devenue plus longue que je ne
penfois. Je craindrois même qu'elle ne le fût
trop , fi je n'étois affuré de votre bonté pour
celui qui a l'honneur d'être, &c. J. B. d'Aix,
Le 25. Janvier 1741 .
ODE
AVRIL 1741 657
*******:
ODE fur la mort du R. P. PORE'e Jésuite
Profeffeur de Rhétorique au College de
LOUIS LE GRAND , adreffée à M. l'Abbé
PHILIPPE . Par M. des Forges Maillard.
(
LE front fec & noirci , ceint de paille allumée ;
La Mort roulant fa faux , en traverſant les airs ,
Dévance , fuit , réveille , éteint la Renommée ,
Et terraffe la gloire & fes héros divers.
Le Monde, à fon afpect, garde un morne filence ;
Son fceptre d'offemens préſage ſa fureur.
La Brute , comme l'Homme , évite fa préſence :
Son image fuffit pour les glacer d'horreur.
Rien ne peut écarter fa foudre & les tempêtes ;
Les Lauriers d'Apollon , & les Lauriers de Mars
N'en ont point garanti les plus illuftres têtes.
Ses traits ont mis en poudre & Porée & Villars.
• Philippe , avec raiſon tu regrettes Porée ,
Immortel ornement de fa Societé ;
Au feu du vrai foleil fa fageffe épurée ,
Au - deffus des grandeurs plaçoit l'integrité.
Quelque illuftré qu'il ſoit , qu'eft - ce en effer
qu'un homme ,
B iij
Aux
58 MERCURE DE FRANCE
Aux yeux de l'Equité , qu'une vaine fourmi ,
Qu'éleve ie hazard fur un vil brin de chaume ,
S'il n'eft
par la vertu dans fon rang affermia
Si le corps eft de boue , & l'ame une étincelle
Des rayons de Dieu même un vif écoulement ,
Commune aux Animaux , la naiffance doit - elle ,
Ou l'efprit , operer notre annobliffement ?
Tu vis dès fon aurore , Eloquence Romaine ,
Reparoître l'éclat de ton aftre éclipſé :
De Sophocle tonant l'inimitable veine ,
Pour modele eût choifi fon délire fenfé.
Dans le champ de Pallas il fournit fa carriere
Athlete infatigable ; & dans fes derniers ans ,
Son efprit conferva fa feve , & la lumiere
Dont la fame animoit les fleurs de fon printems.
Le talent le plus rare eft quelquefois ſemblable
A certains fruits brillans , dont la couleur féduit , *
Mais dont le fein renferme un poiſon déteſtable ,
Qui court de veine en veine , & que la Parque fuit,
Vit- on jamais le fien coloré d'impofture ,
Bleffer d'un trait fatal les moeurs , la charité ,
* On trouve de ces fruits dans l'Amérique , tels
que les pommes du Machemillier , &c.
Stilet
AVRIL
. 1741.
659
Stilet pernicieux , qui , cachant fa bleffure ,
Gliffe fon fer aigu chés la Pofterité ?
Heureux l'homme de bien , qui , fans prendre le
change ,
Du faux goût de fon fiécle immuable vainqueur,
Recevra comme lui , cette jufte louange :
Son efprit n'ajamais deshonoré fon coeur!
La Perfuafion s'écouloit de fa bouche ;
Le vrai , le pur , l'honnête accompagnoit
le beau
Frémiffant de courroux , le vice à l'oeil farouche ,
Se plongeoit à la voix dans l'ombre du tombeau .
Que de fois on a vû les Cygnes de la Seine ,
Regler fur fes accords , leurs tons mélodieux ,
Et dans fes entretiens , mieux que dans l'Hipocrene
,
Puifer le doux nectar du langage des Dieux !
Que de fois tout Paris, accouru pour l'entendre ,
L'admira , le couvrit d'un encens mérité !
Il brilloit par devoir , & toujours , fans attendre
Ailleurs que dans les Cieux , fon immortalité .
Que d'Eleves fameux fur la fcêne du monde
Dans les divers états fes leçons ont produits ,
Comme autant de rameaux d'une tige féconde ,
Dont les uns ont des fleurs , & les autres des fruits
В iiij
Mon
360
MERCURE DE
FRANCE
Mon cher Philippe , ô toi , dont les trop juftas
larmes
Payent fon amitié d'un fidele retour ,
C'est à lui que tu dois la fcience & les charmes
D'où ton ame formée acquit un nouveau jour.
Seche tes pleurs j'ai vû les vertus fur leurs aîles ,
L'ardente pieté, l'innocente candeur ,
L'emporter au fommet des voutes éternelles ,
Et la verité fainte annoncer fon bonheur.
Né près du froid rivage , où je vis folitaire ;
* La Sante , de Porée éleve , ami , rival ,
Couroit à fes côtés dans le champ litteraire ,
Vif, fubtil , abondant & prefque fon égal.
Vannes avec tranſport vit fa Minerve éclore ;
Mais Paris de bonne heure en priva les Bretons.
C'est cet homme excellent , c'eſt lui qui , jeun@
encore ,
Peut long-tems remplacer celui que nous perdons.
* Le Pere de la Sante eft né près de Rhedon en
Bretagne , Ville qui eft éloignée du Croific d'environ
dix lieuës.
M. l'Abbé Philippe nous prie d'inftruire
le Public qu'il prépare actuellement une édition
complette de tous les Ouvrages du R.
P. PORE'E , Nous fçavons de lui - même ,
qu'éAVRIL
1741 661
qu'étant en poffeffion de la plus grande
quantité des Manufcrits de ce célebre Profeffeur
, on ne peut guére s'empêcher d'avoir
recours à lui , furtout pour les dernieres copies
des Piéces de Théatre que le P. Porée
retouchoit toutes les fois qu'il les faifoit
jouer de nouveau. Outre cinq Harangues en
original , non imprimées , qui ne feront pas
aifées à trouver , M. l'Abbé Philippe eft ,
dit- il , en état de démontrer en tems & lieux
que fans fon fecours , on ne pourra jamais
donner que des éditions imparfaites , par la
raifon qu'il poffede plufieurs morceaux uniques
; il offre de faire part de tout ce qu'il a.'
Ôn doit fouhaiter que la République des
Lettres foit bien-tôt enrichie de cette collection
qui , par fon utilité , doit exciter
l'empreffement de tous ceux qui fe confacrent
à l'éducation de la Jeuneſſe .
QUESTION importante jugée au Parlement
de Paris.
ود
ود
Spe
I , en Artois , un Ayeul , parent de fa
petite fille dans la ligne & côté mag
» ternels, fuccede aux propres du même cô
té , à l'exclufion d'un collateral plus prò
» chain du même côté.
23
Bv FAIT,
662 MERCURE DE FRANCE
FAIT.
Le 24. Août 1738. Marie-Eugenie - Jofeph
Caucheteur , mourut à S. Omer , Lieu de
fon domicile , y laiffant des biens-meubles ,
acquêts & propres.
Le fieur le Sergeant , fon ayeul maternel
& plus proche parent, habile à lui fucceder,
d'abord heritier des meubles & ac- fe
porta
quêts.
Le fieur Defcamps d'Inglebert , Lieutenant
Géneral au Bailliage de S. Omer , fe
prétendit heritier des propres maternels .
L'ayeul maternel réclama ces mêmes propres
; mais étant mort avant le jugement de
cette conteftation , fes enfans reprirent en
fon lieu & place , & obtinrent au Confeil
Provincial d'Artois une Sentence par défaut ,
qui leur adjugea les propres en queftion.
Le fieur d'Inglebert ayant apellé de cette
Sentence , la Caufe fut plaidée en la Grand'-
Chambre du Parlement .
On difoit pour l'Appellant que dans la
fucceflion des propres , on fuit un ordre different
de celui que l'on fuit pour les autres
biens , foit meubles ou acquêts ; ceux- ci
apartiennent au plus proche parent, fans diftinction
du côté d'où ils font provenus au
défunt , au lieu que les propres fuivent leur
ligne & apartiennent au plus prochain lignager
AVRIL 1741
663
ger du côté d'où ils font provenus , quand
même il ne feroit pas le plus proche parent
du défunt. On ne confidere point le degré
de parenté , mais feulement celui du lignage
, & le raprochement de parenté , qui fe
forme par quelque alliance furvenante entreperfonnes
de la même ligne , ne change rien
quant à l'ordre de fucceder aux propres de
cette ligne.
Ce principe eft établi par l'Auteur des
Notes fur Artois , Art. 105. N. 20. & fuiv.
& la Queſtion a été ainfi jugée par plufieurs
Arrêts , notamment par un Arrêt rendu en
forme de Reglement le 3. Septembre 1734-
Cet Arrêt , quoique rendu dans la Coûtume
de Paris , doit être obfervé dans toutes les
Coûtumes femblables , c'eft -à - dire qui font
de côté & ligne , telles que celle d'Artois .
On difoit au contraire pour les Intimés ,
fi on confidere le Droit commun , on
trouve que dans tous les tems & chés toutes
les Nations , un premier principe eft que la
fucceffion d'un défunt eft dévolue à fon plus
proche parent , fuivant cette maxime des
Romains, proximus agnatus familiam habeto.
que
Il n'y avoit qu'une forte de patrimoine
chés les Romains ; la diftinction des propres
n'a été introduite dans le Droit coûtumier ,
que pour perpétuer les familles , & y conferver
les biens , en affectant à chaque ligne
В vj
ceux
664 MERCURE DE FRANCE
ceux qui en feroient provenus .
Pour remplir ces vûës , les Coûtumes ont
pris des routes differentes ; les unes , que
nous nommons foucheres , exigent pour que
l'on recueille un propre , qu'on foit defcendu
de l'acquereur ; d'autres , que l'on apelle de
côté & ligne , comme celle d'Artois , veulent
feulement qu'on foit le plus proche du
côté & ligne , dont l'heritage eft échû au
défunt.
En accordant aux Intimés les propres en
queftion , ils ne fortiront point de la ligne s
le voeu des Coûtumes pour la conſervation
des propres , eft rempli.
D'ailleurs , l'ayeul maternel a pour lui le
Droit commun , l'équité naturelle , & la
volonté préfumée de la défunte ; confiderations
que l'on doit concilier , autant qu'il eft
poffible , avec le Droit coûtumier fur les
propres.
S'il y a de la difficulté fur la fucceffion
des propres , ce n'eft point une Coûtume
étrangere qu'il faut confulter ; il faut s'arrêter
aux termes & à l'efprit de celle où font fitués
les biens contentieux ; il faut donc écarter
les inductions que l'on tire de la Coûtume
de Paris , & des Arrêts intervenus dans
cette Coûtume.
La Coûtume d'Artois , Articles 105. 107 .
& 108. porte que tous heritages patrimoniaux
Suivent
AVRIL: 1741. 665
Juivent côté & ligne , ce qui fait voir que le
voeu de cette Coûtume fe borne à empêcher
que les propres ne fortent de la ligne : enforte
que quand l'afcendant eft de la ligne
il doit fucceder à l'exclufion des collatefuivant
la Note de Dumolin fur
l'Art. 107. de la Coûtume d'Artois , lequel
fur ces mots de l'Article , PROPRES NE REMONTENT
POINT , dit , nè labantur in lineam
diverfam , fecùs , fi parentes fint de lineâ &
proximiores.
>
Par ce mot proximiores , Dumolin n'a
pas entendu le plus proche par la ligne
comme le prétend l'Apellant , mais le plus
proche parent , qui fe trouve en même tems
de la ligne. C'eft ainfi que Dumolin luimême
s'en explique dans fes Notes fur les
Coûtumes d'Auvergne & de Montfort ; &
c'eft ainfi que fa Note a été entenduë par
Chopin & par plufieurs autres Auteurs.
Les Intimés citoient auffi en leur faveur
plufieurs Arrêts , entr'autres , deux des 2r.
Mai & 30. Juillet 1718. & un du 21. Mai
1738. rendus dans la Coûtume d'Artois ,
& deux autres rendus dans la Coûtume d'A
miens , voiſine de celles d'Artois & de
S. Omer.
Nonobftant tous ces moyens propofés
par les Intimés , par Arrêt contradictoire du
19. Decembre 1740. conforme aux Conclufions
666 MERCURE DE FRANCE
clufions de M. l'Avocat Géneral Joly de
Fleury , la Sentence du Confeil Provincial
d'Artois dont étoit apel , fut infirmée , émendant
; les propres en queftion furent adjugés
au fieur d'Inglebert parent collateral plus
prochain du côté & ligne, dont les heritages
étoient venus à la défunte.
Cette Queſtion eft amplement traitée par
M. Maillart en fes Notes fur les Articles
105. & 107. de la Coûtume d'Artois , Edition
de 1739.
LETTRE de M. S.... à M. Leubo , écrite
de Ly.... le Mars 1741.
3.
Dans le cours de la Quarantaine
Accompagnerez-vous le gracieux C....
Qu'au tendre Anacréon Saphos eût préferé ,
Et dont le beau minois eût pû charmer Helene ?
De ce plaifir puis- je bien me flater ?
Ah ! que n'a t'il fcellé votre promeffe !
Pardonnez , cher ami , fi j'en ofe douter ;
"
-Mon doute naît de ma tendreffe.
Venez , venez , couple charmant ,
Satisfaites bien-tôt mon vif empreffement.
Ce qu'eft à toute la Nature
Le retour du Printems couronné de verdure ,
Après
A V RIL 669 1741.
Après un hiver rigoureux ;
Ce qu'eftaux tendres fleurs qui s'empreffent d'éclore
L'haleine des Zéphirs , ou les pleurs de l'Aurore
Tel à mon coeur fera ce jour heureux
Qui pourra vous rendre à mes voeux.
Si Dame Fortune indulgente
Sur qui fçait vous aimer le mieux
Verfoit fes bienfaits précieux ,
J'aurois pour vous loger une maifon riante.
Tout s'embelliroit à vos yeux ;
De fes mains l'active abondance
Orneroit nos feftins de mêts délicieux ,
Et l'empreflée Intempérance
Verferoit à grands flots du vin digne des Dieux,
Sourde à ma voix , la Déeffe ennemie,
Porte loin de moi fes faveurs ;
Mais malgré les âpres rigueurs
Nous tirerons bon parti de la vie.
Amateurs de la liberté ,
Oui , ( je m'en fate , Amis , ) la médiocrité
Dans mon taudis, par l'amitié fervie ,
Contentera toujours votre philofophie .
REPONSE de M. Leubo. A Villefr...
le 8. Mars 1741 .
Jamais les Vergiers , les Courtins , Ami
charmant
568 MERCURE DE FRANCE
charmant , n'ont chanté leurs Io Bacche !
de meilleure grace. Je viens de communiquer
votre joyeuſe fommation à notre riant
Ĉ.... & il a trouvé , comme moi , qu'il faut
aller tâter de votre frugalité. Attendez - nous
demain. Je voulois que ce pareffeux vous en
fît lui-même la promeffe , mais il n'y a pas
eu moyen de l'y déterminer . Il m'a vû fans
pitié froter l'occiput & le finciput , pour vous
répondre. Vous fentirez aifément combien
Vous y perdez.
Oiii fans doute , Ami loyal ,
Quiconque comme nous penſe ,
Préfere un repas frugal
'Aux dégoûts de l'abondance ,
Et laiffe à l'intempérance
Le choix des vins & des mêts.
L'éclat des verres bien news , ( 1)
Où le délicat Convive
De fa joye & pure & vive
Voyoit briller tous les traits :
D'une viande ordinaire ( 2 )
La quantité néceſſaire ,
Mife dans des plats petits ,
( 1 ) Cantarus & lanx oftendat tibi te. Hor
Ep.`s . L. 1 .
(2 ) Nec modica coenare times olus omne patella ;
Ibid..
BorAVRIL
1741 669
Bornoient d'Horace jadis
La voluptueule chere .
Toujours couronné de fleurs
Entouré d'amis fideles ,
Ce favori des neuf Soeurs ,
Sur le vin & fur les Belles
Donnoit fes tendres leçons ,
Qu'Amour même fur fes aîles
Portoit à fes nourriffons.
Tel , ami toujours aimable ,
Enfant de la liberté ,
L'Horace de notre table ช่
A notre efprit enchanté
Sur de pareffeufes rimes ,
Vous chanterez les maximes
D'une fage volupté
Ah ! fi jamais la Fortune
Réunifloit , cher ami ,
Nos goûts , notre amour commune
Dans un riant Tivoli ,
*
Pour nous toujours fans nuages
Le Soleil fe leveroit ;
Tout fous de douces images
Anous fe préfenteroit.
* Sed vacuum Tibur placet, aut imbelle Tarentum.
Hor. Ep. 7. L. I.
Dans
70 MERCURE DE FRANCE
Dans le fein de la molleffe
Sur nos jours pleins de douceurs ,
Tour-à-tour, chere Pareffe ,
Et vous , Aateuſes erreurs ,
Du délicieux Permeffe ,
Vous parfemeriez des fleurs.
Áinfi, remplis d'allegreſſe ,
Nos coeurs érreroient fans ceffe
Au gré des plus chers plaifirs ,
Et pafferoient leurs années
Comme de courtes journées ,
De la faifon des Zéphirs.
糖鼎鼎鼎鰻鼎惠
REPONSE à la Lettre de M. T** écrite
à M. Desbarbalieres , Commis au Bureau
de la Guerre , au fujet de fes Réflexions fur
le mauvais goût , inferées dans le Mercure
de Novembre dernier.
Sue. * avoit bien fait attention à la
queftion für la caufe du mauvais goût ,
& à tout ce qu'y a répondu M. Desbarbalieres
, il auroit vû que l'inconftance & l'amour
propre parmi les hommes , contribuoient
à la deftruction du bon goût cn
general , & n'étoient pas , comme il l'a interprété
, les caufes premieres du mauvais
goût
Á VRIL. 671 1741.
goût précisément ; cela n'exigeoit pas , ce
femble , des diftinctions de la morale & de
la Phyfique perfonne n'ignore que par la
conftitution differemment organifée de
l'homme , fe font les differentes opérations
de fon efprit ; mais il s'agit auffi du mobile
qui meut cette organiſation , & qui felon le
fiécle eft plus ou moins en butte à la défectuofité
; il peut s'affoiblir , fe vitier & por
ter à faux ; malgré cette exacte & riche difpofition
de la nature , on fe laiffe aller au
torrent du mauvais exemple , & l'amour
propre eft le premier ecüeil.
M. T... eût dû à fon tour premierement
diftinguer l'amour propre ; celui qui eft défectuofité
dans l'homme , n'eft pas celui qui
eft l'éguillon dont il a befoin pour cette
émulation à qui il doit fes plus belles opérations
, qui lui eft abfolument néceffaire ,
& qui enfin, loin d'être un vice , cft une qualité
effentielle pour lui . On devoit entendre
par l'amour propre dont on a parlé , celui
qui eft porté au- delà de fes bornes , & qui
eft précisément un défaut trop commun aujourd'hui
, le premier illuftre l'homme , &
celui- ci le fait méprifer. Bien loin donc que
M. Desbarbalieres ait penfé que l'amour
propre , pris du bon côté , fût incompatible
avec les autres , comme l'a crû M. T... il
affûre qu'il en eft abfolument inféparable ,
qu'elles
572 MERCURE DE FRANCE
lui ,
qu'elles n'ont d'éclat que par
, que fans
lui tout feroit dans l'indolence & l'anéan
tiflement , l'homme d'efprit feroit morne ,
le véritable héros ( fi fans lui il en pouvoit
être ) n'affronteroit pas les périls pour la
fimple gloire , l'homme profond & fans interêt
s'épargneroit la peine d'enfanter de
bonnes productions ; pourquoi ne veut - on
donc pas ,
fi celui ci eft fi utile , que l'autre
produife quelque défordre ?
Ne peut- on pas , dit M. T ... faire une
bonne Tragédie & avoir de l'amour propre ?
Oui fans doute , on le peut , mais qu'il fça .
the au li qu'on la feroit encore meilleure
fi on n'avoit pas cet amour propre , d'où réfultent
la prévention , la préfomption & la
précipitation , chofes très - contraires à un
Auteur. Il en eft un fameux , par exemple ,
de nos jours , qui fans ce dernier défaut fe
rendroit encore plus célebre.
M. T... prétend que l'amour
propre eft
caufé par le mauvais goût , & ne veut pas
que ce même amour propre porte atteinte
au bon goût ; c'cft un fait cependant
moralement
plauſible
, qu'en géneral le mauvais
gâte le bon.
Enfin , felon M. T... l'origo malorum ne ſe
peut trouver que dans la Phyſique ; je ne
fçais fi en qualité de Théologien on n'auroit
pas plus d'objections à lui faire qu'en qualité
AVRIL: 1747. 673
lité de naturalifte , mais ce feroit toucher
une autre corde .
On répond donc à fa derniere objection ;
& on affûre que quand même la nature produiroit
deux hommes de la trempe de Corneille
& de Racine , organifés de même !
( ce qu'il eft naturel de croire qu'elle a
déja fait dans le nombre de fes opérations )
il ne s'enfuivroit pas de- là que le goût dramatique
devînt le même qu'il étoit du tems
de ces deux célebres Auteurs , par les raifons
qu'on a déja déduites dans la premiere
Lettre fur ce fujet ; on y ajoûte que
ce prétendu Corneille, nouvellement créé
foit qu'il n'eût pas auffi beau jeu que le
premier , par la difette de la matiere déja
épuifée , foit que ne fe contentant pas de
l'égaler , ( qui eft pourtant tout ce qu'il
pourroit faire ) voulant le furpaffer , il lui
Teroit inférieur,
EPITRE
674 MERCURE DE FRANCE
EPITRE
AM. P. M. L. G. D. L. Auteur de celle qui
eft adreffée à Mlle Julie , dans le Mercure
dAoût dernier , page 1778. Par M. des
Forges Maillard dont on a vu l'Ode Anacréontique
à Mlle Julie du V✶ ✶ , du
Croific , dans le Mercure de Mars, p. 512.
Comment votre Julie eft- elle ,
Monfieur , qui vantez les attraits
La mienne eft petite , mais belle ,
Et tout l'Art du Pinceau d'Apelle ,
Qui peignit les Dieux , n'eut jamais
Au jufte imité de fes traits
La beauté vive & naturelle ,
Dont voici l'ébauche à peu près.
Loin que fon regard foit farouche ,
Quand elle gronde fon Amant ;
Les Graces regnent fur fa bouche ,
Et fon courroux même eft charmant ;
Qu'on prenne garde cependant,
La Sageffe en forme d'Abeille ,
Empêche avec ſon éguillon
Qu'un téméraire Papillon
N'éfleure fa levre vermeille
AVRIL 678
1741 .
Et fçait repouffer le fripon .
L'or de fa chevelure blonde ,
Sans l'importun fecours du feu ,
Eft annelé , defcend
par onde ,
Et le Zéphir s'en fait un jeu .
Son front , uni comme une glace ,
N'eft point de ces fronts , où les ris
Et les chagrins font la grimace ,
Et qui n'ont pas certaine grace
Trop étendus ou trop petits.
Sur ce front tapiffé de Lys
Brille l'exacte bienséance
Qui permet des égards polis ,
Le plaifir que fuit l'innocence
Et la vertu fans arrogance .
Son nez eft railleur & bien fait ;
Son teint , figurez - vous du lait
Où l'on eût éfeüillé des Rofes .
La vôtre a des talens divers ,
Rime & fçait les
Métamorphofes.
La mienne ne fait point de Vers
Mais elle dit d'aimables choſes.
Nature , mere de l'efprit ,
?
Sans fard & fans chercher des glofes ,
Lui dice tout ce qu'elle dit.
Or , fatisfaites mon envie ,
Déclarez -moi , galant Auteur ,
Jufqu'où va , fidele vainqueur ,
yotte
7 MERCURE DE FRANCE
Votre amour pour votre Julie ?
La mienne eft fi chere à mon coeur ,
Que je l'aime autant que ma vie ;
Croyez- vous l'emporter fur moiz
Qui dit plus , dit une hiperbole ;
On ne peut aimer plus que foi ;
Le refte eft un conte frivole ,
Qui ne mérite point de foi.
La mienne n'a point de richeffe ,
La vôtre n'en a point auffi ,
Et rarement PHymen fe preffe
Quand il trouve ce fâcheux si.
Les Belles , qu'on nomme Julie ,
Naissent- elles toutes fans bien ,
Depuis celle dont l'Italie
Soupçonna l'amoureux lien
Avec l'Auteur , qui chés les Getes
Subit un fort pareil au mien
fes Mufes indifcrettes
•
Et que
Firent
jufqu'à
fon dernier
jour
Chés une Nation groffiere
Pleurer la douceur passagere
De fon audacieux amour ?
Si Plutus , qui m'eft fi contraire ,
Vous a fait riche assés pour deux ;
Unissez-vous par de doux noeuds
A la Belle qui vous eft chere .
Pour moi , qui dans ces triftes lieux ;
N'ai
AVRIL
377 17412
N'ai qu'un modique nécessaire ,.
Que j'ai reçû de mes Ayeux ,
Je ne veux qu'adorer la mienne
Dans un célibat précieux ,
Comme Petrarque fit la fienne ;
Et comme lui pour fes beaux
Rimer mes foupirs & mes feux.
D
yeux ,
Conftant pour l'objet qui m'infpire
Les tendres accords de ma Lyre
Rendront ces bords auffi fameux
Que la Fontaine de Vauclufe
Et que la Source d'Aréthufe ,
Que dans fes Vers à Lycoris ,
Du Poëte ami d'Alexis ,
Célebra la naissante Muſe.
Au furplus , aimable Inconnu ,
Recevez la fincere excufe
D'un curieux trop ingénu.
C'eſt avec plaifir que j'ai lû
Votre élégante Poëfie ;
Et ce que vous a répondu
Le bon coeur de votre Julie.
An Croific,en Bretagne le 29. Octobre 1740)
C LETTRE
678 MERCURE DE FRANCE
L
LETTRE de M. le Tors , Lieutenant Cris
minel au Bailliage d'Avallon , écrite à
M. Lebeuf , Chanoine & Sous- Chantre
de l'Eglife Cathédrale d'Auxerre , au ſujet
de la Relique de S. Lazare , Ami de J. C.
qui eft dans l'Eglife Collégiale de Notre-
Dame, S. Lazare , d'Avallon,
Uoique L. A. Bocquillot ait écrit , M.
à M.de Tillemont une Lettre qui a été
imprimée,dans laquelle il expofe fes fentimens
fur la Relique de S. Lazare, Ami de J. C. qui
eft dans la Collégiale d'Avallon , dont il étoit
Chanoine , j'ai cru ne pas manquer au refpect
que j'ai pour la mémoire de ce pieux & fçavant
homme , & à l'attachement que j'ai eû
pour lui pendant fa vie , en ajoûtant à fes Reflé
xions & même en le contredifant fur des Faits
qu'il eft furprenant qu'il n'ait pas connus .
quoiqu'il ait lû les Piéces du Procès quefon
Églife a foûtenu au quinziéme fiécle , contre
la Cathédrale d'Autun , au fujet de cette Relique
, dont il a eû principalement en vûë
de faire l'Hiftoire.
Pierre Foreftier , Chanoine de la même
Eglife & fon Contemporain , dans un de fes
Ouvrages intitulé , les Vies des SS. Patrons ;
Martyrs Evêques d'Autun ,.au Panégyrique
AVRIL 1741. 679
ود
وو
·
»
que de S. Lazare, fixe comme L. A. Bocquillot
, la Tradition de cette Eglife fur cette
Relique , à l'an Mille ; il dit que l'Eglife
" ( Collégiale d'Avallon " ) dont il a l'honneur
d'être Chanoine , avoit des Reliques de
» S. Lazare dès la fin du dixiéme fiécle , qui
» lui furent données par Henri I. Duc de
Bourgogne , lequel mourut en IOCI , ce
» qui lui a fait ajoûter à fon ancien Titre de
» Notre - Dame , celui de S. Lazare ; elle en
» honore la Tranflation le 30. Avril , & elle
» portoit ce Titre avec celui de la Vierge ,
» dès le commencement du douziéme fiécle,
» comme on le lit dans les anciens Titres de
» fes Archives ; il dit à peu près la même
chofe dans fa Notice manufcrite d'Avallon¸
compofée depuis.
Ils ne difent ni l'un ni l'autre , & je n'ai pû
découvrir , M. de quel Pays le Duc Henri
avoit eû cette Relique ; je fuis bien affûré
que ces deux Chanoines ont crû qu'elle étoit
venue de Conftantinople , étant attachés à
F'opinion des Grecs , à laquelle des Auteurs ,
tels que M. de Tillemont & vous , M. qui
l'avez adoptée l'un & l'autre fur le témoignage
des Auteurs Grecs & même Latins ,
donnez bien du poids.
On voit bien Charlemagne en Relation
avec les Princes d'Orient, & fuivant la Chronique
de Moyen- Monftiers , il y avoit en ce
C ij Mo680
MERCURE DE FRANCE
*
Monaftere des Reliques de S. Lazare au
commencement du X. ficcle ; le Patriarche
Fortunat , venu de Jérufalem , depuis Abbé
de Moyen-Monſtiers , les y aporta en 903 .
ce qui apuye la Tradition des Grecs , qui
probablement ont eû encore depuis le Corps
de S. Lazare , puifque Fortunat n'en aporta
qu'une partie on croit communément que
le Corps de S. Lazare n'a été aporté en France
que vers le dixiéme fiécle , ce qui s'accordant
avec la Tradition de l'Eglife d'Avallon,'
me feroit douter que le Duc Henri l'avoit
cû de Conftantinople , mais il faudroit ſçavoir
quelles étoient fes relations , fes alliances
, les voyages qu'il a pû faire , les guerres
qu'il a foûtenues , &c. peut- être la tenoit- il
d'Orient , par le moyen d'un autre Prince ;
peut être auffi l'avoit - il eû de quelqu'un de
fes Ancêtres ; quoiqu'il en foit , la Tradition
de l'Eglife d'Avallon étant fixe & conftatée
par une fuite non interrompuë de Monumens
anciens & modernes , on peut fonder l'autorité
de la Relique fur celle d'un Prince que
Dom Plancher , dans fon Hiftoire de Bourgogne
, charge d'éloges , n'étant pas à pré-
Tumer qu'il aura voulu tromper ou qu'il aura
été trompé fur un pareil fait.
le Dic-
Je crois devoir placer ici , M.
M. que
tionaire de Morery fait douter fi ce Prince
ne mourut pas à Avallon , je ne fçais d'où ce
Fait
AVRIL 1741 681
donc
Fait a été tiré,puifque la petite Chronique de
Vezelay le fait mourir à Pouilly fur - Saone ,
auffi - bien que Glaber , qui ajoûte qu'il fue
enterré à S. Germain d'Auxerre ; if y
aparence que fi ce n'eft pas une faute , celui
d'après lequel on l'a avancé , aura fait cette
équivoque, parce que le voyage de ce Princé
à Avallon , pour y aporter la Relique , étoit
peu avant la mort.
un
Le plus ancien Titre que je connoiffe où il
foit fait mention de S. Lazare d'Avallon , eft
la Donation qui fut faite de cette Eglife aux
Moines de Clugny en 1077. inférée dans le
Spicilege de Dom Dachery , T. 3. p. 412 .
Edit. de 1723. Dom Plancher , qui l'a cité ,
p. 273. L. 6. T. 1. obſerve à l'occafion du
Bufte d'or de S. -Lazare, dont il eft fait mention
parmi les Ornemens de cette Eglife , que
cela eft digne de remarque : Imago fandte
Maria cum aurea corona & armillis aureis.
Imago fancti Lazari aurea. Il y eft auffi
parlé des Reliques des SS . & la Repréfentation
de S. Lazare, qui eft à côté de l'ancienne
Patronne , fait juger que la Relique étoit dans
cette Eglife & renfermée dans ce Bufte , dont
la matiere annonce une figure creufe & capable
de la contenir ; car quel autre motif
cette Eglife , qui a pris le Titre de S. Lazare ,
auroit- elle eû de conferver fon Buſte , fi elle
n'en avoit pas eû des Reliques ? Pourquoi le
diftinguer Ĉ iij
82 MER CURE DE FRANCE
diftinguer & le mettre au- deffus des autres
Saints dont on a des Reliques & qu'on ne
nomme feulement pas ? Les expreffions de
ce Titre n'apuyent- elles pas autant la Tradition
de cette Eglife , que cette Tradition lui
donne ce même fens ?
Trente- neuf ans après , une Bulle de Pafcal
II. de l'an 1116. donne à cette Eglife les
deux Titres de Notre- Dame & de S. Lazare;
ce fecond Titre ne paroît pas lui avoir été
donné par aucune délibération , puiſqu'on
voit que dans ce tems-là même , l'Eglife a
quelquefois pris le feul Titre de fon ancien
nom , d'autres fois tous les deux enſemble ,
ce qui me fait croire que le Titre de S. Lazare
ne lui a été donné que par la voix publià
caufe de la célebrité de la Relique &
du concours des Peuples , qui ont donné à
cette Eglife le nom du Saint dont ils alloient
reclamer l'interceffion.
que ,
Etienne , Evêque d'Autun , dans un Jugement
rendu en faveur du Chapitre , contre
Anfelme de Chatelchinon , en 1134. lui donne
les deux Titres de Notre - Dame & dė
S. Lazare. Ce dernier , donné par le Pape &
par l'Evêque à cette Eglife , laquelle ne l'avoit
pas porté auparavant, n'eft- il pas une
aprobation au moins indirecte , de la Relique
& du culte qu'on lui rendoit , puifqu'il
en étoit la caufe ou l'objet ?
·
UBE
A ÝR Í L. 1741. • 683
Une obfervation que je ne crois pas devoir
négliger ici , M. c'eft que cette Eglife céle-
-bre la Fête de la Tranflation de S. Lazare le
30. Avril; la Fête de fa Réfurrection , le Ven
dredi avant le Dimanche de la Paffion ; la
grande Fête de S. Lazare le premier Septem
bre ; la Révélaffe ou la découverte de fes Re
liques , que les Grecs célebrent le 17. Octobre
, le 20. du même mois , enfin le 17. Déz
cembre , fa feconde Mort.
D'ailleurs de huit Foires qu'il y a à Avallon
, il y en a quatre fixées aux differentes
Fêtes qui fe célebrent pour S. Lazare, au jour
que la Relique a été aportée , au premier
Septembre , au jour de la Fête de fa Réfur
rection , & à celui de fa feconde Mort. On
fçait que ces Foires fe font fouvent établies
à l'occafion du Peuple qui s'affembloit pour
la célebration de quelque Fête ou pour la
dévotion à quelque Saint , que même elles
s'apelloient Meffes ; & il eft arrivé que ces
Foires, qui fe tenoient principalement le jour
de la Fête qui y a avoit donné lieu , ont été
fixées à la veille ou autre jour prochain, pour
ne pas troubler la folemnité.
En 1170. Hugues III . Duc de Bourgogne ,
avant fon départ pour Jérufalem,donne à perpétuité
à l'Eglife Notre Dame S. Lazare d'Avallon
, pour le falut de fon ame & de fes
Prédeceffeurs , la moitié des revenus an-
Cij
nuels
684 MERCURE DE FRANCE
nuels de deux Foires , dont l'une eſt celle
de S. Lazare du premier Septembre.
Je crois qu'on peut tirer quelques conféquences
des Enquêtes qui furent faites dans
le tems & à l'occafion du fameux Procès
dont L. A. Bocquillot a fait l'Hiftoire , je
les ai lûës , & vous jugerez , M. fi elles ne
méritent pas un peu plus d'attention qu'il
ne l'a penſé.
J'y ai remarqué que Philipe , Duc de Bourgogne
, étoit venu voir la Relique ; les "Témoins
qui dépofent de ce Fait, affûrent avoir
vû qu'on aporta le Chef au devant de lui.
Louis XI. vint auffi en perfonne voir la
même Relique ; les Témoins qui l'y ont vû,
ajoûtent qu'il donna trente- un écus à l'Eglife,
& avoir vû les Orfévres, qu'il envoya depuis,
pour travailler à un Reliquaire d'or pour
mettre la Relique , ce qui n'eut pas lieu &
fut le motif du Procès .
D'autres dépofent de plufieurs préfens que
les Rois & les Ducs de Bourgogne ont faits à
cette Eglife , en confidération de la Relique ,
que ces Rois & Princes font peints à côté de
l'Armoire où elle eft dépofée , avec plufieurs
marques des Miracles qui y ont été operés.
Ils ajoûtent que la Relique fut d'abord
tée dans un Reliquaire , que l'on a confervé,
& qu'ils ont vû , dans lequel elle a repofé ,
jufqu'à ce qu'une Dame de Bretagne , ayant
aporété
AVRIL. 1741. 685
été guérie par l'interceffion de S.Lazare d'Avallon
, envoya un Reliquaire de vermeil , &
que dans l'un & l'autre il eft écrit , hoc eft
Caput Beati Lalari quod attulit Avallon ,
Henricus cui Burgundia obediebat.
Ils disent que cette Dame de Bretagne avoie
composé par reconnoiffance un Cantique ,
Carmen quoddam , en l'honneur de ce Saint ,
qu'il eft dans la bouche de tous les Pelerins ,
& qu'il commence par ces mots , Sire Saint
Ladre d'Avallon .
Un Chanoine de Langres , fort âgé , qu ;
l'avoit été auparavant de l'Eglife d'Avallon
& un Avocat de Montargis , dépofent avoir,
vû deux Martyrologes fort anciens , fains &
entiers , mais que l'un eft plus ancien que
l'autre , qu'on y lit au 30. d'Avril , Hac die
celebraturfeftum Allationis Beati Lazari quod
attulit Avallon. Henricus. Dux Burgundia ,
& à la fin de l'autre feüillet , l'Hiftoire de la
Ducheffe ou Dame de Bretagne , qui donna
le Reliquaire en 1274.
les
C'eft dans ce Reliquaire où la Relique a
repofé jufqu'au 30. Avril 15.3.5 . que le Chapitre
en ayant fait faire un autre de vermeil ,
qui eft celui où elle eft préfentement ,
Chanoines firent , fuivant l'Acte qu'ils en ont
dreffé, une grande folemnité , à laquelle préfida
Philibert de Beaujeu , Evêque de Bethléem
,Chanoine & depuis Doyen d'Avallon ,
Cv qui
686 MERCURE DE FRANCE
qui le dépofa dans le nouveau Bufte , & ils y
affûrent , après que par dix jours fuivans ,fut
ledit précieux Chef démontré à nud dévotement
& magnifiquement à tous allans & venans de
tous Pays & autres en grand nombre, tellement
qu'il fut raporté & certifié qu'en cinq jours entre-
fuivans furent en ladite Eglife par dévotion
environ cent mille perfonnes , tant grands que
petits allans & venans.
Il eft vrai que dans cet Acte ils font vivre
la Dame de Bretagne au quatorziéme fiécle
& lui font donner le Reliquaire la veille de
la Nativité 1303. & ils difent que c'eft Blanche
de Bretagne , contaminée de Lepre , qui fit
la Chanfon, Sire Saint Ladre d'Avallon , laquelle
fut depuis femme de Philipe d'Artois.
Mais je préfere la date que l'Enquête donne
à ce Préfent , parce qu'elle eft plus ancienne
que cet Acte , & qu'elle eft fondée ſur le témoignage
de deux Témoins qui dépofent fur
la lecture des Martyrologes où ce Fait eft raraporté
& daté.
Ces Enquêtes font compofées de Témoins
de Vezelay , de Clamecy , de Cofne , de
Gien, d'Orléans & du Diocèfe ;de Montargis,
de Sens , de Joigny , d'Auxerre, de Chablis ,
de Langres , de Beaune , & de quelques
Endroits des Environs d'Avallon .
Toutes les dépofitions des Témoins concourent
à prouver que l'Eglife d'Avallon eft
са
AVRIL. 1741. 687
en poffeffion de montrer la Relique , qu'ils
ont toujours oui dire à leurs peres , à ceux
avec qui ils ont vécu , que la Relique de
S. Lazare eft à Avallon , qu'on vient la refpecter
de Normandie , de Bretagne , de Picardie
, de Touraine , de Poitou , de Paris ,
&c. d'Allemagne même & d'autres Pays
Etrangers ; à ces Faits qu'ils détaillent & fur
lefquels ils donnent raifon de leur dépofition
, ils ajoûtent avoir oui dire par Tradition,
que c'étoit Henri Duc de Bourgogne qui avoit
donné la Relique à cette Eglife.
A trés -peu de Témoins près , tous dépofent
avoir oui dire qu'il s'y étoit operé des
Miracles, d'autres en raportent qu'ils ont vûs
ou qui ont été operés fur eux-mêmes , &
beaucoup , à peu près dans le tems du Procès
de la Cathédrale d'Autun ; je n'en raporterai
que deux ou trois , fans m'attribuer le
droit d'en juger.
Le Curé de Quarrée- les -Tombes & plufieuss
de fes Paroiffiens , dépofent avoir vû un Enfant
de quelques mois , tenu pour mort, enseveli
pour être enterré , qui ayant été voué à Saint
Lazare d' Avallon , commença à refpirer &
fut guéri après la priere de fes Parens.
Un des Témoins dépofe , qu'ayant perdu
l'ufage d'un oeil , parce que une petite pierre
y êtoit entrée , elle tomba à l'aproche de la
Relique.
C vj Les
388 MERCURE DE FRANCE
Les Habitans de Vezelay en Corps , Prê
tres , Cordeliers , & c. dépofent que la Ville
de Vezelay ayant été affligée d'une pefte fi
dangereufe , que tous ceux qui en étoient atteints
, mouroient auffi- tôt ; qu'avec la per
miffion de l'Official , il firent unanimement un
voeu à S. Lazare d'Avallon , où étant venus
en proceffion , la pefte ceffa & les Malades
furent guéris Illicò , c'eft le terme.
' La Ville d'Auxerre , votre Patrie , M. a
toujours eû une dévotion particuliere à cette
Relique , & les Auxerrois n'ont pas ceffé d'y
venir, à l'exemple de leurs Peres. Vous m'avez
apris , M. que votre Eglife Cathédrale
avoit accordé en 1522. trois jours de vacance
à Germain de Charmoy , Chanoine , pour
aller à S. Lazare & à Sainte Magdeleine , ce
qui doit néceffairement s'entendre d'Aval-
Ion & de Vezelay. Voilà un Pelerinage bien
autorisé par une Eglife célebre , & les regles
obfervées de ne pas s'abfenter fans permiffion
du Chapitres les Statuts de celui d'Avallon
portent la même Regle : Nemo prafumat
abfens effe ,five parum five diu, nifi petitâ venia
à Capitulo aut poft reditum veniam petat.
Pourroit- on m'objecter que la vérité de la
Tradition ne prouve pas la vérité de la Reli
que , qu'il eft poffible qu'une Relique , mêine
fauffe , ait un culte célebre pendant plufieurs
fiécles , que les feuls Miracles n'étant
pas
AVRIL: 1741. 689
pas une preuve de la fainteté , n'en font pas
une de la vérité de la Relique , que par conféquent
on peut douter fi la Relique d'Aval
lon eft du Saint Ami de J. C ?
Je fçais bien que les Miracles opérés par
une Relique , ne prouvent pas toujours la
vérité de la Relique , ni la fainteté de celui
qu'on invoque. C'eſt un principe que Dom
Mabillon a puifé dans Guibert , dont il cite
le Paffage dans fa Lettre de Cultu Sanctorum
ignotorum , N. 18. parce que la foi de celui
qui prie , étant raportée à Dieu , ne doit pas
être privée de fon effet , par une erreur de
fait , à laquelle le Miracle accordé n'induit
pas. Mais dans le cas particulier de l'objection
, quand ces Miracles font joints à une
Tradition certaine , ancienne , univerſelle &
dont on connoît l'origine , ils font une preuve
ajoûtée à celle qu'on tire de la Tradition ,
de-même que pour la Canonifation d'un
Saint , les feuls Miracles ne fuffifent pas pour
en décider; on exige auffi des preuves de las
fainteté de la vie , & c . alors les Miracles font
regardés comme le moyen par lequel Dieu.
dicte à fon Eglife le Jugement qu'elle doit
porter.
J'ajoûte , M. que la Tradition étant, qu'un
grand Prince a aporté cette Relique , on ne.
peut pas fupofer qu'il aura fait cette démarche
éclatante pour une Relique dont il n'aura pas
été
65 MERCURE DE FRANCE
été affûré. L'autorité Eccléfiaftique inftruite
de ce Préfent, auroit- elle fouffert le Culte qui
a fuivi la Relique ? Ft on a vû par ce que j'ai
dit , que ce Culte a été expreffément autorisé
par des faits , comme il l'a été par le filence
qu'elle a gardé , deforte qu'on peut dire que
le confentement des deux Puiffances eft le
principe fur lequel le Cuite eft apuyé.
A peine la Relique eft - elle à Avallon , que
le Vaiffeati de l'Eglife eft augmenté par raport
au grand concours des Peuples ; le Por
tail que Dom Plancher démontre être du onziéme
fiécle , portoit , quand il étoit entier ,'
l'Hiftoire du Saint dont on poffede la Relique
; ainfi les Chanoines du XVI . fiécle s'en
raportoient au témoignage des yeux , pour
la donner en preuve de leur Tradition , le
Culte eft foûtenu pendant pluſieurs fiécles.
perfonne ne s'y opofe , & tous au contraire
concourent à l'établir.
Quoique le Bufte de S. Lazare , qui eft fur
le milieu du grand Portail , foit moins ancien
que ce Portail , on voit à côté une Infcription
qui date de l'an mille ,fans chiffres ; enfin .
on peut aporter en preuves les Monumens
modernes comme les plus anciens, puifqu'ils
s'accordent enſemble à faire voir la fuite non
interrompuë de la Tradition .
Il ne faut pas conclure de ce que je dis ,'
qu'on ne doit pas examiner les Reliques; mais
jo
AVRIL: 1741. bgr
•
je penfe qu'il faut les examiner dans le tems
qu'elles commencent à paroître, & que ce font
celles qui ayant certainement échapé à la vigilance
des Magiftrats & des Paſteurs , portent
toujours avec elles un caracteré de fauffeté, qui
entraîne dans un abus vifible , qui ne fe prefcrit
pas & qu'on ne fupofe pas avoir fubi les
loix d'un examen juridique ; par exemple ,
une Relique d'un Saint inconnu ou douteux,
mais quand il s'agit d'une Relique que la
Tradition nous aprend avoir été aportée exprès
par un Prince Souverain , je crois qu'une
telle Relique porte avec elle des preuves fuffifantes
pour être jugée véritable ; l'équité ;
d'ailleurs , femble exiger qu'on refpecte le
jugement de l'antiquité , qu'on doit préferer
aux doutes d'une Critique outrée , qui voulant
demander raifon de tout , conduiroit à
enlever à quantité d'Eglifes les Reliques les
plus refpectées , & pourroit faire tort au
Culte des Reliques en géneral , fi on laiffe
entrevoir aux Peuples qu'il y a une trop grande
liberté de les examiner. N'eft- il pas plus
fage de la refferrer dans les bornes des cas
abfolument néceffaires ?
L'Eglife d'Avallon , qui a plufieurs Reliques
dont elle ignore , pour la plûpart , de
quels Saints elles font , a toujours eû la fageffe
des les garder avec décence , & ne
montre avec éclat que celle de S. Lazare Ce
difcer
792 MERCURE DE FRANCE
diſcernement eft d'un grand fecours pour
lever bien des doutes , puifqu'on ne croira
pas qu'un Corps de Chapitre , animé de cet
efprit , aura violé les regles fur celle qu'il expofe
aux Fideles , pendant qu'il juge avec
difcrétion , & qu'il tient les autres en fecret,
fans les condamner. Auffi cette Eglife ,la plus
ancienne Collégiale du Diocèſe d'Autum , at'elle
eû en differens tems des Hommes recommandables
par la pieté , les lumieres, &
quelques uns par la naiffance , qu'on peut
regarder comme de fideles Témoins de cette
Tradition , & qu'on ne peut accufer d'avoir
mis cette Relique, pour ainfi- dire , à l'encan ,
en laiffant croire au Peuple, que c'est un moyen
d'obtenir d'un Saint , de faire des dons aux
Miniftres de l'Eglife où fes Reliques repofent.
La conduite de ce Chapitre eft fondée fur
le principe de S. Martin de Tours , qui fic
tomber le Culte d'un faux Martyr, parce que,
Nihilcerti conftansfibi majorum memoria tradidiffet.
S. Martin ne demandoit pas d'autres
Titres que le témoignage des Anciens , &
les Anciens dépofent ici que la Relique de
S. Lazare eft à Avallon , & que c'eft Henri I.
qui l'a aportée ; ce feroit donc une témerité
de venir après environ fept fiécles ; accufer
l'Antiquité & lui reprocher fon Jugement ,
auquel , fuivant la regle de S. Martin , il faut
plûtôt s'en raporter , que de lui faire un procès
AVRIL 1741. 691
cês fur des doutes injurieux. C'eft auffi le
parti que prend Dom Plancher en parlant du
Procès du XV . fiécle : Cette Cathédrale d'Autun
& la Collégiale d'Avallon font demeurée ,
chacune en la poff ffion où elle étoit avant les
troubles ; & de dire qu'elle a une Reliqu: de
S. Lazare , & de lui rendre un culte public ,
& de l'expofer à la vénération des Fideles.
Ce fentiment de refpect pour l'Antiquité ,
apuyé fur l'autorité de S. Martin, eft conforme
à l'efprit des Loix , la Loi 20. ff. de
Legibus , Non omnium quæ à majoribus noftris
conftituta funt ratio reddi poteft .... Traditio
vim Legis accipit , &c. Tertullien a penſé de
même quand il a dit , Traditio eft , nihil amplius
quæras. Enfin , Tacite , L. 4. Annal .
Majoribus etiam noftris nullâ ratione redditâ
rationis eft credere . Si un Payen a eû ces fentimens
pour d'autres Payens qui l'avoient
précedé , combien ne devons - nous pas avoir
plus de confiance à nos Prédeceffeurs Chrétiens
, pour des Faits qui regardent le Culte
& la Religion ?
Vous me direz peut - être, M. que plufieurs
Eglifes croyant avoir des Reliques de S. Lazare
, Ami de J. C. & ces Reliques étant
dans quelques unes des mêmes portions quí
ne peuvent avoir fait partie d'un même corps,
il en résulte qu'il y a au moins du doute fur
chacune de ces Reliques, puifqu'il eft certain
qua
94 MERCURE DE FRANCE
que quelqu'une de ces Eglifes n'a pas une
Relique de S. Lazare ?
On prétend , il eft vrai , M. avoir des Rcliques
de ce Saint à Autun , à Marſeille , à
Finfidlen , en Suiffe , à Plaifance , en Italie ,
à Andlaw , en Alface ; à Moyen - Monſtiers ;
Vezclay même croyoit avoir . le Corps de ce
Saint , Epift. Coron . A. S. L. Hift Vezel. L.
1. Cependant l'Abbé de Vezelay affifta à la
cérémonie de l'ouverture de la Châffe de
S. Lazare d'Autun au XII . fiécle , auffi les .
Chanoines d'Avallon difoient dans les Piéces
de leur Procès , qu'il y avoit un bras de ce
Saint à Vezelay . M. Gerntain , Théologal
d'Autun , m'aprend que M. de Bliſterwich de
Montcley, Evêque d'Autun, mortArchevêque
de Besançon , avoit donné une Vertebre de
ce Saint, tirée de fa Cathédrale, à l'Eglife de
Marſeille.Ces prétentions,quoique contraires ,
prouvent l'ancienne & univerfelle croyance
dans laquelle la France eft, d'avoir ces précieufes
Reliques. La confufion peut venir de ce.
qu'il y a eû plufieurs Saints de ce nɔm ; S. Lazare,
Evêque d'Aix, un autre du même nom, qui
fe retira à Moyen - Montiers , venu d'Orient
avec fa fille Aza , & peut - être d'autres.
Il ne feroit pas jufte que cette obfcurité fit
porter un même jugement fur toutes les Reliques
attribuées à S. Lazare , puifqu'on s'expoferoit
à condamner les véritables avec celles
AVRIL. 1741:
ةور
les qui ne le font pas. Il faudroit examiner
l'original de chacune de ces Reliques , la
Tradition des Eglifes , le tems auquel leur
Culte a été établi , s'il a été plus ou moins
célebre , le raport des differentes parties de
ces Reliques, &c. Il vaut mieux en attendant
tolerer la bonne foi des Eglifes , en confervant
à chacune fa poffeffion , que de donner
dans l'excès aveugle d'une décifion , qui n'étant
pas fondée fur l'évidence ni fur les regles
,feroit injufte & témeraire , puifque l'Eglife
n'a fuprimé aucun des Chefs de S. Jean
Baptifte , ni le Culte qu'on leur rend .
Je fuis furpris , & vous ne le ferez pas
moins que moi , M. quand vous fçaurez que
L.A.Bocquillot & P. Foreftier, n'ont pas connû"
la Relique de leur Eglife , puifqu'ils ont fait
entendre qu'elle ne poffe de qu'une partie du
Crâne , qui , fuivant le témoignage de Saulnier
dans fon Autun Chrétien , p.162 . & celui
du Grand - Vicaire Dufen , cité dans la Lettre
à M. de Tillemont , s'accordoit avec ce qui
manquoit à Autun, dont le Chef, felon eux,
n'étoit pas non plus entier.
Mais les Piéces du Procès du XV. fiécle ;
faifant voir que chacune des Eglifes d'Autun
& d'Avallon, prétendoit avoir le Chef entier
de S.Lazare , à chacun defquels il ne manquoit
que la mâchoire inférieure ; je crus devoir
examiner de plus près ce que nos Chanoines
d'Autum
898 MERCURE DE FRANCE
d'Autun & d'Avallon avoient avancé ; je rea
connus d'abord l'erreur de Saulnier & du
Grand-Vicaire Dufeu , à la vûë du Procès
verbal fait cn 1727. à l'occafion de la découverte
du Corps de S. Lazare à Autun ; j'en
écrivis même à M. Germain , Théologal , qui
penfa comme moi, qu'il n'y avoit pas moyen
d'excufer ces Certificats particuliers , que
P'évidence
& le Procès verbal de 1727. détruifoient
, puifque l'Eglife d'Autun a un Chef,
auquel il ne manque que la mâchoire inférieure
.
Nos deux Chanoines d'Avallon , trompés
fur le raport d'autrui , ont fait la même faute
fur leur propre Relique , puifqu'ils ont auffi
un Chef entier , auquel il ne manque de même
que la mâchoire inférieure ; je l'ai vû
moi-même cette année , & il leur étoit facile
de s'en éclaircir la même voye ,
par
au lieu
de n'en juger que par ce qu'on en peut voir
fans le fortir du Buſte , ce qui , à la vérité
ne fe doit faire que rarement & avec précaution
, parce qu'on rifque de le voir tomber
én pouffiere.
J'ai même fait refléxion que fi les Reliques
des deux Eglifes avoient pû s'accorder,
le Procès du XV. fiécle n'auroit pas été fi
loin ; la convenance auroit fuffi pour conferver
la paix & l'union.
Quoiqu'il en foit de l'état actuel de ce
Che
AVRIL 1741 797
Chef d'Avallon , il s'accorde avec ce que
Vincent de Beauvais en raporte dans fon Miroir
Moral, L.1 . p.130 . diftinct. 14. prob. x1 ,
où aprés avoir dit que le Corps de S. Lazare
eft à Autun , il attribue fon Chefà l'Egliſe
d'Avallon , in Villa Avalone Caput ejus
effe perhibetur. On voit fur le Bufte le Duc
Henri préfentant à l'Eglife un Chef tel que
je le décris , & qu'il eft raporté dans les Piéces
du Procès , & dans l'Acte de 1535 .
J'oubliois,M.de remarquer que ce Chef de
S. Lazare eft de couleur brune , & d'une légereté
furprenante , ce qui prouve combien
il eft ancien , puifque ce n'eft que par vétufté
qu'il peut s'être ainfi noirci & deffeché.
C'est ce qui me fit obferver qu'un Offement
qui eft au- devant du Bufte , & qu'on
voit par une petite ouverture ronde , fermée
d'un verre , n'a pas. fait partie du Chef qu'on
voit par une autre ouverture ronde au - deſſus
de la tête , parce que cet Os n'eft pas de même
couleur ; il y a cependant écrit au deffus
Portio Capitis Beatiffimi Lazari.
Je ne fçais que penfer de cet Offement, finon
que les deux Eglifes fe feront accordées
fous la condition tacite que celle d'Autun
donneroit cet Offement à celle d'Avallon
au moyen de quoi elle continueroit de dire
qu'elle avoit le Chef de S. Lazare , & il n'importoit
plus à l'Eglife d'Autun de flécrir la
Tradition
98 MERCURE DE FRANCE
Tradition ni la Relique d'Avallon , puifqu'en
Jui donnant une portion de la fienne , il étoit
vrai , felon elle , qu'elle avoit ce qu'elle lui
avoit contefté , & elle avoit même cet avantage
, en finiflant un long Procès qui avoit
beaucoup coûté, & qui expofoit fa Relique,
d'intéreffer l'Eglife d'Avallon à défendre la
Relique d'Autun .
L'Eglife d'Avallon , d'un autre côté , gagnoit
en tout fens , puifqu'on convenoit de
la Tradition , de la poffeffion & de la vérité
de la Relique qu'elle continuoit d'expoſer ,
&, en acquerant celle d'Autun, fon ancienne
Relique ne perdoit rien de fon autenticité.
Ce que je dis ne paffera peut -être pas pour
une fimple conjecture , quand on fçaura qu'il
n'eft pas fait mention de cetOffement dans les
Piéces du Procès , & quand on raprochera
tout ce qui concourt à conftater ces Faits..
On voit tout d'un coup un gros Procès fort
animé , fe terminer fans autre condition aparente,
que chacun demeurera en la poffeffion
où il étoit avant les troubles.
Comment d'ailleurs l'Eglife d'Autun auroit-
elle pû convenit de la Tradition & de la
vérité de la Relique d'Avallon , qu'elle avoit
contredite fi vivement , s'il ne s'étoit pas
paffé quelque chofe de fecret entre l'une
& l'autre Eglife ? La Cathédrale crut ne pas
fe démentir en donnant un confentement
aparent
AVRIL 1741. B99
parent à la Relique qu'elle avoir conteſtée ,
& qui ne portoit , felon elle , que fur celle
qu'elle donnoit , la Collégiale , qui ne vouloit
rien perdre de fes avantages , n'acceptoit
ce confentement, qu'en l'apliquant à fon ancienne
Relique , & ne recevant la nouvelle ,
que pour faire ceffer un Procès fur l'ancienne.
Ce procedé , je l'avoue , eft loin de la fincerité
, mais il ne faut pas toujours juges des
affaires , même Eccléfiaftiques , par les regles
ordinaires; il eft bon de chercher quelquefois
à démêler ce qui s'eft fait , & il paroît que
cès bonnes gens ne crurent pas faire un mal,
en ufant d'un ménagement qu'ils regardoient
comme une fineffe permife , parce qu'ayant
de part & d'autre une Relique , il importoir
peu pour les Peuples qu'une partie du Crâne
d'Autun fût à Avallon avec l'ancienne Relique.
Que perfonne ne trouve mauvais que je
les falle penfer & agir ainfi ; les Piéces du
Procés les convainquent d'une ignorance
craffe & ftupide ; fi elles méritoient de voir
le jour, on ritoit des raifons qu'ils employent
dans leurs Ecritures , où l'on chercheroit in
utilement du bon fens & de la raifon.
Cette portion de Relique que je tire d'Autun,
ne contredit pas l'intégrité du Chef con-
Tervé dans l'Eglife d'Autun , puifqu'elle eft fi
peu confiderable , qu'on peut toujours dire
qu'il
Yoo MERCURE DE FRANCE
qu'il n'y manque que la mâchoire inférieure,
quoique cer Offement en foit détaché ; je
n'empêche cependant pas,fi cette conjecture
n'eft pas goûtée , qu'on ne croye qu'elle
vient de quelqu'autre Eglife , en tout cas
celle d'Avallon a cete affûrance de plus , d'avoir
une Relique de S. Lazare.
- Vousjugez,fans doute, M.que la découverte
qui a été faite à Autun en 1727. ne fait aucun
préjudice à Avallon , ni aux autres Eglifes,
qui croyent avoir des Reliques de S.Lazare
; chacune a fa Tradition pour elle , &
celle d'Autun ne peut fe prévaloir de la plus
grande quantité de Reliques , dont l'autenticité
dépend des mêmes raifons que fi etle
en avoit moins.
Je finis , on obfervant que je n'ai prétendu
rien changer à ce que L. A. Boquil
lot a dit fur le Procès du XV. fiécle ; il eſt
exact fur ce que je n'ai pas relevé , & ma
Lettre n'eft qu'un fuplément de la fienne ,
qui peut toujours avoir ſon utilité.
Je vous opoſerai vous - même , M. à notre
fçavant Chanoine , qui fut embaraffé du filence
d'Honorius ; lequel parlant de S. Lazare
dans un Sermon du Dimanche des Rameaux
, ne fit pas mention de ses Reliques
ni à Autun ni à Avallon , quoiqu'il convint
que cet Argument négatif fût plus concluant
Contre Autun, que contre Avallon , mais il a
fuivt
AV RIL. 1741 .
701
fuivi en ce point M. de Launoy , qui s'eft
trompé , en croyant Honorius Prêtre de l'Eglife
d'Autun , comme vous l'avez prouvé
dans une fçavante Differtation , où vous faites
voir que cet Auteur apartient à l'Allemagne
& non pas à la France.
J'ai l'honneur d'être , &c.
A Avallon ce 28. Décembre 1740 .
LETTRE du Roy Louis XI. à M. le
Cardinal Rolin , Evêque d'Autun.
A notre Amé & féal Confeiller le Cardinal
Evêque d'Autun. Monfieur le Cardinal , j'ai
puis naguieres envoyé à Oftun & pareillement
à Avallon , pour fçavoir au vrai fe le
Corps & le Chef de Monfieur Saint Ladre
il font , & comme ils furent aportés. On
m'a fait le raport de ce qu'on y a treuvé
mais pour la diverfité & differens qui font à
caufe du Chef , que les uns dient être en l'Eglife
dudit Oftun & les autres en l'Eglife
d'Avallon , ja ne fçai bonnement à quoi m'en
arrefter , ou pour ce que je veux par que incontinent
à toute diligence , vous mandiez à
Vos Vicaires, que on face le Procès pour ſçavoir
à la vérité où ledit Chef eft , & vousmême
enquerra vous & en faites que la Sentence
en foit donnée & qu'on n'y abuſe plus,
& s'il vous plaît qu'il n'y ait point de faulte ,
D car
702 MERCURE
DE FRANCE
car j'ai grand defir de le favoir à la vérité .
Adieu , Monfieur le Cardinal. Efcrit à Notre-
Dame de Clery , Signé , Louis , & du Sécre
taire Parent
Juin 1482.
LETTRE du même Roy à l'Evêque
d'Avefnes.
A notre Amé & féal Confeiller & Aumofnier
l'Evêque d'Avefnes . Depar le Roy . Notre
Amé & féal, vous avez bien fçû que comme
puis naguieres nous avons envoyé à Oftun
& à Avallon , pour favoir la vérité où est le
Chef & auffi le Corps M. S. Ladre , dont
on nous a fait le raport de ce qui en a été
treuvé , & pour cela il y a quelques differenss
nous écrivons à notre très cher & grand
Ami le Cardinal d'Oftun , que incontinent
ce face & face faire par fes Vicaires , au vrai
le Procès pour en déclarer la vérité , & à
cette caufe , auffi que vous êtes fon Vicaire ,
nous vous prions que de votre part
vafquer & entendre à toute bonne juftice &
équité , fans y avoir ni donner faveur d'une
part ne d'autre , car nous défirons très - fort
favoir la vérité de cette matiere , fi gardez
qu'il ne ayt faulte. Donné à Clery. Signé ,
Louis , & du Sécretaire Parent.
Juin 1482 .
il vouslut
LETTRE
AVRIL, 1741. 703
LETTRE du Cardinal Rolin , Evêque
d'Autun , àfes Officiers.
A mes chers Freres & Amis mes Officiers
ordinaires à Oftun. Très- chers Freres & bons
Amis ,fe tous les plaiſirs & fervices que ja
mais defires à me faire incontinent & toutes
chofes arrieres miſes , fans y épargner aulcunes
chofes ; procedés & befongnés en la
commiffion , felon que le Roy le me mande
par fes Lettres , & pour cette caufe vous
envoye haftivement-mon Familier & Servi
teur le Curé de Vandeneffe , Porteur de cette,
à vous folliciter d'y befongner à toute diligence
; portés vous y tellement que le Roy
doye être content de moy , & y befongnés
en telle façon que y ayés honneur , fe vous
n'y faictes bon devoir , vous en bailleray la
charge , & fe ne fuft cette mortalité qui eft
à Oftun , y fuffe allé noi même
-
pour cetto
caufe. Tout ce que je fçay & puis principalement
& devant toute autre chofe vous recommander
cette matiere , & prie que toute
poffibilité
y faffiés , comme ay dict au préfent
Meffager pour le vous dire & raporter,
Notre Seigneur foit garde de vous. Efcript à
Paris bien haftivement
le 28. jour de Juin
1482. Le vostre , J. CARDINAL
D'OSTUN.
Dij
LETTRE
704 MERCURE DE FRANCE
LETTRE du même Cardinal. A Monfieur
mon Official d'Oftun , Maître Jean
Saulnier , Docteur ès Droits.
Très-cher & bon Ami , envoye ce Porteur
de cette par de - là , ainfi que le Roy
mande par fes Lettres ,lefquelles vous envoye ,
vous prie donc , tant que faire le puis , que y
befongniés de plus diligement que pourrez ,
toutes autres chofes arriere mifes , vous en
prie encore de rechef, & tellement vous y
employes que en foyes terme à vous & plutôt
que vous pourrez dépêcher l'euvre , vous
en prie , & faire le fault pour obéïr au Roy.
Notre Seigneur foit garde de vous. Eſcript à
Paris haftivement le 28. jour de Juin l'an
148 2. le voftre , J. CARDINAL D'OSTUN .
ETRENNES EN VAUDEVILLES ,
A M. le Duc de **
Air : Du Cap de bonne esperance.
$ Eigneur , recevez l'hommage
Qui vous est dû par mon coeur ;
Il ofe fuivre un uſage
Qui fait fon plus grand bonheur ;
Je vous fouhaite une année
Pa
Y
1741. 705
Par les Plaifirs couronnée ;
Afin
que je fois heureux ,
Le Ciel comblera mes voeux .
Air : Réveillez- vous belle endormie !
Oui , j'ai la plus douce eſpérance
Que vos jours feront gracieux ;
Si- tôt qu'ils font chers à la France ,
Ils doivent l'être à tous les Dieux.
Air : Quel plaifir de voir Claudine !
Ma gloire fut non commune
Quand je parus devant vous ;
C'eſt le jour où la Fortune
Me promit un fort plus doux.
Air : De tous les Capucins du monde.
Depuis ce jour rempli de charmes ,
Contre elle j'ai reçu des armes
Qui la captivent dans mon coeur ;
Oui , mon allegreffe eft extrême ;-
Je joüis d'un deftin flateur ,
Et je ne le dois qu'à vous- même .
Air : Trois freres gueux , &c.
Ne pouvant pas vous faire aucun préfent
Digne de vous , Seigneur, pour vos Etrennes ,
Permettez- moi que , dans ce même inftant ,
Je puisse ici vous demander les miennes.
D iij Air :
MERC! DE FINANCE
7
Air: Du haut en bas.
Votre Portrait ,
De la plus fçavante Gravûre ,
Votre Portrait
M'a parû fi beau, fi parfait ,
Que mon envie eft fans meſure
De poffeder dans fa bordure
Votre Portrait. *
'Air : Tu croyois , en aimant Colette
Si j'obtiens ce que je defire ,
Quel Mortel fera plus heureux
D'Apollon la brillante Lyre
Ne fatteroit pas tant mes voeux.
Air : Que faites- vous , Marguerite &
Avec ce Portrait aimable
Je ferai toujours joyeux ;
Un Tableau fi refpectable
Occupera tous les yeux.
Air : Folies d'Efpagne.
Si votre main me refufe le gage
Qui peut aider à faire mon bonheur ,
Aurai -je moins pour cela votre image ?
Le zéle a ſçû la graver dans mon coeur .
* L'Auteur a obtenu fa demande.
•
D iiij
Air :
AVRIL. 1741. 707
Air :Ton himeyr eft Cathereine,
Jouiffez toute l'année
D'une parfaite ſanté ;
Je prierai la Deſtinée
Pour votre félicité ;
Pour vous dans trente ans encore
Puiffai- je former des voeux ,
Et Paris qui vous adore
Sous vos Loix fe voir heureux !
Laffichard.
****************
SEANCE de MM. les Maréchaux de
France , tenue à la Connétablie
le 23. Mars 1741 .
M
Effieurs les Maréchaux de France ont
à Paris deux Tribunaux ; l'un eft celui
de la Connétablie & Maréchauffée de
France au Siége géneral de la Table de Marbre
du Palais , qui fe tient dans la Galerie
des Prifoniers ; l'autre , qu'on apelle communément
le Tribunal du Point d'honneur ,
fe tient chés le plus ancien de ces Meffieurs .
La Connétablie eft la premiere des trois
Jurisdictions féantes au Siége Géneral de la
Table de Marbre du Palais à Paris ; ce Siege
D iiij
de
708 MERCURE DE FRANCE
de la Table de Marbre eft une des plus ifluftres
& des plus anciennes Jurifdictions du
Royaume ; il eft ainfi nommé , parce qu'il fe
tenoit autrefois dans la Grand' - Salle du Palais
, fur une grande Table de Marbre , où le
Connétable , l'Amiral , & le Grand Forestier ,
aujourd'hui repréſenté par les Grands- Martres
des Eaux & Forêts , donnoient leurs
Audiences.
Préfentement ce qui refte du pouvoir de
ce Siége Géneral eft partagé en trois Jurisdictions
, qui s'exercent en trois Chambres
differentes & connoiffent de différentes matieres.
Celle de la Connétablie avoit autrefois pour
Chef le Connétable , mais après la mort du
Connétable de Lesdiguieres , Louis XIII .
ayant en 1627. fuprimé cette Charge , MM .
les Maréchaux de France font préfentement
les Chefs de cette Jurisdiction , qui a tou
jours confervé le même nom de Connétablie
Maréchauffée de France , & les Sentences
qui s'y rendent font encore intitulées , Les
Connétable & Maréchaux de France , à tous
préfens & avenir , c. quoiqu'il n'y ait plus
de Connétable , parce qu'il eft repréfenté par
le plus ancien des Maréchaux de France ,
apellé premier Maréchal de France , ou, comme
on dit communément , Doyen des Maxéchaux
de France , lefquels ne font enfemble
AVRIL. 1741.
709
ble qu'un Corps , dont il eft le Chef, & en
cette qualité il jouit de tous les droits &
honneurs du Connétable.
La Connétablie connoît en premiere inftance
dans toute l'étenduë du Royaume des
actions perfonnelles que les Gens de Guerre
peuvent avoir l'un contre l'autre pour le fait
de la guerre , & de tous Contrats , Cédules
& Obligations à ce fujet , payement de gages
, foldes , foldes , & malverfatians des Tréforiers
& Payeurs. Elle connoît auffi par apel des
Sentences des Prévôts des Maréchaux.
Le Doyen de M M. les Maréchaux de
France préfide à la Connétablie ; après lui fićgent
M M. les Maréchaux de France , fuivant
l'ordre de leur promotion , enfuite les Officiers
de Robe - Longue de ce Tribunal ; fçavoir
, le Lieutenant Géneral , le Lieutenant
Particulier , & le Procureur du Roy.
Les Prévôts des Maréchaux & les Commiffaires
des Guerres ont droit d'y fiéger en Epée,
immédiatement après M M. les Maréchaux
de France , & y ont voix délibérative .
M M. les Maréchaux de France viennent
fiéger à la Connétablie , quand ils le jugent
મે propos ; ordinairement le Doyen y vient
une fois à fon avenement au décanat . M. le
Maréchal de Villars étoit le dernier qui y
étoit venu , il y a environ 18. ans , lorfqu'il
faifoit les fonctions de Doyen en l'ab-
D Y fence
710 MERCURE DE FRANCE
fence de M. le Maréchal de Villeroy.
Ils y vinrent le Jeudi 23. Mars dernier , à
l'occafion de la Réception qu'ils devoient
faire du Prévôt Géneral de la Maréchauffée
de Dijon , lequel , à ce qu'on prétend , a le
droit d'être reçû par M M. les Maréchaux de
France eux-mêmes.
M M. les Maréchaux de Puyfegur , de
Noailles , de Montmorency , de Coigny, de
Brancas , de Chaulnes , de Nangis , d'Ifenghien
& de Duras , fe rendirent pour cet effet
le matin chés M. le Maréchal de Biron
Doyen , avec lequel ils partirent pour fe ren .
dre au Palais , dans leurs caroffes , avec cha.
cun un caroffe de fuite , marchant fuivant
leur rang.
›
Ils étoient tous en Manteau de velours
noir , avec le Chapeau en forme de Tocque,
garni de Plumes.
Les Valets de pied de M. le Maréchal de
Biron , marchoient à pied des deux côtés de
fon caroffe .
Un détachement de cinq hommes, fçavoir,
un Officier & quatre Gardes de la Compagnie
de la Connétablie, marchoit à cheval audevant
du Caroffe de M. le Maréchal de
Biron ; un détachement pareil fermoit la
marche. Les Gardes étoient armés de leurs
Moufquets , & revêtus de leurs Hoquetons.
Un autre détachement de la même Com-
>
pagnie
AVRIL.
1741. 711
pagnie étoit à pied fous les Armes , pofté au
bas de l'Efcalier de la Ste Chapelle . Il y
avoit auffi quelques Gardes aux deux portes
de la Chambre de la Connétablie .
Cette Compagnie de la Connétablie , qui
eft aux ordres de M M. les Maréchaux de
France , & qui monte tous les jours la garde
chés le Doyen , eft proprement la Compagnie
Colonelle du Corps des Maréchauffées &
Gendarmeries de France.
Devant
Lorfque M.le Maréchal de Biron defcendit
de caroffe dans la Cour du Palais , les Officiers
& Gardes de la Connétablie , tinrent
lui l'Epée nue , comme on faifoit pour le
Connétable qu'il repréfente , & ils remirent
l'Epée dans le fourreau , auffi - tôt qu'il fut paſſé .
M M. les Maréchaux de France monterent
par l'Escalier de la Ste Chapelle , pafferent
par la Salle Merciere & par la Galerie des
Prifoniers.
Ils étoient précedés des deux Trompettes
de la Connétablie , qui fonnerent diverfes
Fanfares jufqu'à la porte de l'Auditoire ; enfuite
marchoient les Valets de Pied de
M. le Maréchal de Biron ; les Officiers de la
Connétablie ; MM . les Maréchaux de France
; M. le Prévôt Géneral des Monnoyes , &
celui de l'Ile de France ; les Gardes marchoient
des deux côtés & fe rangerent en
haye dans la Galerie des Prifonniers.
D vj
Les
712 MERCURE DE FRANCE
Les Officiers de Robe- Longue de la Con
nétablie , précedés de leurs Huiffiers , fortirent
de la Chambre pour recevoir M M. les
Maréchaux de France.
Lorsqu'ils eurent pris féance , il firent ou
vrir l'Audience ; il y eut une Caufe plaidée
devant eux par trois Avocats , après quoi le
Lieutenant Particulier , en l'absence du Lieutenant
Géneral , recueillit les opinions & prononça
la Sentence en leur nom .
Ils reçûrent enfuite celui qui fe préfentoit
pour la Charge de Prévôt Géneral de la Maruffée
de Dijon; après quoi ils repartirent
le même ordre qu'ils étoient venus.
" IIs dînerent ce jour - là chés M.le Maréchal
de Biron, & après dîner ils tinrent chés lui
Tribunal du Point d'honneur, comme ils ont
coûtume de faire tous les Jeudis Ils y con
noiffent par eux- mêmes & fans apel de tous
les differends mûs entre les Gentilshommes
& Gens faifant profeffion des Armes , pour
raifon de leurs engagemens de paroles , points
& billets d'honneur ; les Requêtes que l'on
y préfente font fur papier commun en
forme de Placets ; on les donne d'abord au
Sécretaire Géneral des Affaires , qui les remet
enfuite au Confeiller d'Etat ou Maître
des Requêtes, nommé par le Roy pour affifrer
à toutes les Affemblées de MM . les Maréchaux
de France , auxquels il fait le rapor
des Requêtes , &c. Quand
AVRIL. 1741. 713
Quand le Doyen de MM. les Maréchaux
de France eft en même- tems Duc & Pair
& qu'en cette derniere qualité il vient pren.
dre féance au Parlement , il eft ordinairement
accompagné des Officiers & Gardes de
la Connétablie , mais fans Trompettes , &
les Gardes reftent dans la Grand'- Salle en
dehors du Parquet des Huiffiers.
CANTIQUE DE MOYSE ,
Après le paffage de la Mer Rouge.
Qo
V. I. 2.
Ue nos voix célebrent la gloire
Du Dieu de la Terre & des Mers ;
Du Souverain de l'Univers
Qu'elles annoncent la victoire .
Il a ſubmergé dans les flots
Les Guerriers & leurs Chariots ;,
Je dois la vie à fa puissance .
Il fut le Dieu de mes Ayeux ;
C'eft le mien ; ma reconnoissance
Doit le chanter à mes Neveux .
$ 3. 4. 5 .
En Guerrier il vient de paroêtre,
714 MERCURE DE FRANCE
Mais fous le nom de Tout - Puissant ,
Que tout un Peuple en périssant
S'eſt vû forcé de reconnoître.
Suprême Arbitre des Combats ,
Il abîme Chef & Soldats ,
Pharaon , fon Char , fon Armée ;
Ses plus habiles Géneraux ,
Comme une masse inanimée
Sont defcendus au fond des Eaux.
4.6.7.
Seigneur , de ta main triomphante
Que les traits marquent de grandeur !
fous ton bras vengeur ,
Tu frapes
Toute l'Egypte eft impuissante.
Ta gloire n'a plus d'Ennemis ;
Ta force te les a foûmis ...
Dieu , que ta fureur eft rapide !
En proye à ce feu confumant
Un Peuple eft une paille aride ,
Qui n'eft que cendre en un moment.
. 8. 9.
La Mer à ton foufle eft docile ;
Ta colere assemble les Eaux ,
( Pour nous c'étoient deux murs nouveaux ;
Le fluide étoit immobile ...
A llons , dit le Perfécuteur ,
Que
1
AVRIL. 719 1741.
Que rien n'échape à ma fureur ;
Que ma main fume de carnage .
Des Hébreux j'aurai les tréſors ,
Et je veux que l'autre rivage
Soit inondé du fang des Morts. )
V. 10 .
Ton foufle s'éleve . . . & l'Impie ,
Surpris dans les gouffres profonds ,
Se trouve accablé par deux Monts ,
Sans pouvoir difputer fa vie .
Veut- il lutter contre tes Loix ?
Il tombe de fon propre poids
Couvert de vagues furieuſes ,
Et ce Tiran fi redouté ,
Eft , avec les Troupes nombreuſes ,
Le jouet de ton équité.
V. II. 12 .
Saint , quand tu lances le Tonnerre
Adorable dans ta fureur ,
Qui peut imiter ta Grandeur ?
Qui le peut des Dieux de la Terre ?
Toujours digne de notre encens ,
Tu furprens notre coeurs & nos fens ;
Quand tu frapes tes adverſaires,
Tu ne fais qu'étendre la main ...
Pour
716 MERCURE DE FRANCE
Pour dévorer ces témaires
La Terre ouvre & ferme fon fein.
.
13.
Ton amour , grand Dieu , nous dégage
D'une dure captivité ;
Ces merveilles de ta bonté
D'un parfait bonheur font le gage.
Ifraël a passé les Mers ,
Il traverfera les Deferts ,
Conduit , porté par ta Sagesse ,
Et malgré tous fes Ennemis ,
Il entrera plein d'allegresse
Au féjour que tu lui promis.
V. 14. 15. 16.
La douleur , l'effroi , la colere ,
Arment les Peuples & leurs Rois ;
Contre nous , qui fuivons tes Loix ,
Que peut cette poudre légere ?
Enfans de Cham , Iduméens ,
Moabites , Chananéens ,
Pâlissez , reftez immobiles . ..
Passe , Peuple que Dieu foutient ... )
Aprenez , Guerriers inutiles ,
A quel Roy Jacob apartient.
*.
AVRIL 717 1741.
V. 17. 18.
Ainfi , Grand Dieu , par ta Puissance
S'ouvrira le facré féjour ,
Ce Mont gardé par ton amour
Aux Enfans de ton Alliance.
Ta main le fit en un moment ,
En affermit le fondement ;
C'eft ton éternel héritage.
Là , du Regne de ta douceur ,
Après les jours du dernier âge ,
Jacob goûtera le honheur.
* . 19.
Oui , Mortels , de cette promesse
L'Onde annonce la vérité.
Conduit par fa témerité ,
Pharaon nous fuit & nous preffe.
Ses Efeadrons audacieux ,
Bravans & la Mer & les Cieux ,
Entrent . les flots fe réunissent ...
Et nous , fauvés par le chemin
Où nos fiers Ennemis périssent ,
Nous chantons le fecours divin.
;
LET TRE
718 MERCURE DE FRANCE
jkjkakakakakakakakakakakakakak
LETTRE de M. *** à M... Avocat
à Meaux , touchant une Maiſon Religieufe
de la dépendance du Paraclet.
V
de Ous me permettrez , Monfieur ,
vous propofer un ſcrupule que j'ai touchant
un endroit de votre Hiftorien Eccléfiaftique
moderne. Je fais profeffion de reconnoître
fon habileté à dreffer des Pouillés.
Celui de Meaux me paroît être un des mieux
faits que j'aye vûs ; mais ne lui feroit- il point
arrivé de donner à ce Diocèfe des Bénefices
qui n'y font pas? Je m'en raporterai à vous fur
le cas que je vais vous énoncer.
Cet Auteur croit à la page 156. de fon
premier Volume, que le Diocèfe de Meaux à
cû une Maifon dépendante du Paraclet,& il
donne à cette Maiſon le nom de Triangle.
que
Ce qui me fait foupçonner quelque mépri
fe, c'eſt que je crois qu'il n'a pas fait refléxion
s'il y a une Communauté du nom Latin
de Triangulum dans le Poüillé du Paraclet,
c'eft Trainel , du Diocèfe de Sens , qu'il faut
entendre par ce Triangulum .
Trainel eft dit en Latin Triangulus ou
Triangulum. Les Seigneurs de Triangulo
font fort connus. Un Prieuré du Paraclet
fubfift oit autrefois dans le Bourg du même
non
AVRIL. 1741 . 919
nom , proche Nogent- fur- Seine. On trouve
dans Defguerrois, Hiftorien de Troyes, feüillet
80. recto de la Sainteté Chrétienne, impref
fion de 1637, cette petite Notice. Le Mos
naftere de Pommeraije , les Prieurés de Sainte
Magdelaine de Trainel , de Léavalle , an Dios
cèfe de Sens ; celui de Neofort , au Diocèfe de
Meaux celui de Beaurain , Diocèfe de Beauvais
, dépendent du Paraclet. Vous voyez
par-là , Monfieur , que la Paraclet n'a pas de
Maifon du nom de Triangle ou Trainel à re
vendiquer dans le Diocèle de Meaux. J'attendrai
là - deffus votre avis , dont je ferai
tout le cas qu'il mérite.
Ce feroit une choſe triviale de remarquer
que c'eft de ce Bourg de Trainel, au Diocèſe
de Sens , qu'ont été tansferées au Fauxbourg
de S.Antoine- lès- Paris,les DamesReligieufes,
dites de la Magdelaine de Traine
Je fuis , &c.
**************
SONNET, fur les Rimes propofees dam
le Mercure de Janvier 1743 .
N
On ,je ne puis parler Théatre ni Couliffe ,
Ni vous tracer en Vers de gracieux Devis
Du Palais de Phébus j'ignore le
Parvis ,
Et mon efprit boiteux auroit beſoin d'Ecliffe.
Votre
720 MERCURE DE FRANCE
Votre fatal Sonnet me donne la
3 . Il expofe à mes yeux fossés &
Puis au fortir de -là , m'entraîne
L'Herboriste Lucas , le Marchand de
J'aimerois mieux crier Rainette &
Jauniffe ;
Pont -Levis ,
Vis-à-vis
Regliffe.
Cabendss ,
Que fur vos Bouts-Rimés me trouver Morfondu ;
Un Roquet rifque moins , pourſuivi par un Dogue.
La Critique fur moi fondroit comme un Vautour ,
Et des Rimeurs jaloux l'altiere
Armeroit contre moi Sifflets , Fifre ,
Sinagogue
Tambour.
Le Maire.
3
On a dû expliquer l'Enigme & le Logogryphe
de Mars par l'Ombre & Germain . On
trouve dans le Logogryphe , Mer , Jean ,
Ire , Magie , Marne , Remi , Grain , Rime
Agen , Niger , Riga , Ame , Amer , Manie ,
Ange , Maine , Main , le Mein , An , Rame,
Ane , Maigre , Rage , Jaën , Rien , Marie ,
Gain , Air , Mine , Aire , Aigre , Age", Mire,
Image , Manger , Nager , & Mari.
ENIGME
AVRIL. 1741. 721
Atetett
もんもんむ
ENIGM E.
ON peut, fans déroger, avec art me conftuire,
Brulant, quand on me fait , il faut encor me cuire,
Avant qu'on me touche du doigt :
On fouffle enfin , je deviens froid ,
Et plus froid qu'une fouche ;
J'ai très-fouvent le pied plus petit que la bouche ;
Comme un Cameleon , je change de couleur ;
Sans crainte des jaloux , je donne avec douceur
Un baiſer amoureux à la fage Climene ,
Je la foulage dans la peine ,
Je recommence au gré de ſon défir ;
Et je fuis infenfible à ce charmant plaifir.
Dans un combat je brille & je me fais entendre."
Par accident , par divertissement ,
On me détruit impitoyablement ;
Mais , comme le Phénix , je renais de ma cendre,
Gueroult, de Fécamp, en Normandie.
XXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXXX
LOGOGRYPHE.
P Rends mon non & l'article ; en combinant les
deux ,
Tu trouveras un Saint , un Conquerant fameux ;
Une
22 MERCURE DE FRANCE
Une Ville , & s'il faut t'en dire davantage ,
La mesure du tems , la mefure de l'âge ;
Jadis une Tribu qu'on chérit en tous Lieux ;
Un Oifeau , dont le vol penetre jufqu'aux Cieux ;
Prefque à tous les Humains Liqueur très- agréables
Un apas féduifant , un bien , feul défirable ;
Ragoût pour un Gafcon des plus apétissans ;
Un mal qui fait gratter bon gré , malgré les gens;
Fille par fa laideur célebre dans l'Hiſtoire ;
Un efprit qui jouit d'une immortelle gloire.
Parcours le Languedoc , Lecteur embarrassé ,
Ceft - là que fur trois pieds tout mon cops eft placé,
Par M. Desjardins de la Bonnardiere.
AUTRE.
C Haque Mortel me porte avec fon Chef ;
Cinq pieds forment mon corps , dont je donne la
clef.
Prends - les , Lecteur , par acrostiche
Tu trouveras , fi tu ne triche ,
Cinq Enfans , tous auffi puissans que moi
Et par ce régulier emploi
L'angle d'abord d'une chofe folide :
Un Ruisseau ; ce qui fert fur la Plaine liquide ;
Un Poisson qu'on ne voit d'ordinaire qu'en Mer ;
Un Inftrument , qui ne fert qu'en Hyver .
Par Duchemin , Mufiçien à Angers.
NOUAVRIL.
1741.
723
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX - ARTS , &c.
IBLIOTHEQUE Germanique , &c.
BTome XXXIV. 4 Amsterdam , &c.
1736 .
MEMOIRES sur la Vie & les Ecrits des
Sçavans de l'Europe , qui sont actuellement
en vie , soigneusement raffemblés par M,
Gabriel - Guillaume Gotten . I. vol . 8 ° 1735 .
Ce Volume eft divisé en cinq Chapitres
qui renferment. 1.Les Sçavans de Hambourg,
de Lubec & de Kiel . 2. Ceux de Mekclenbourg
, 3. Ceux des Etats de S. M. Pruffienne
, 4. Ceux de Lunebourg , de Zell , de
Hanover , de Gottingen , & de Wolfenbutel
, & 5. ceux d'Hildeshein & d'Alfeld.
Tout cela renferme un détail curieux & intéreffant
pour l'Hiftoire Littéraire du Siécle
paffé & de celui où nous vivons.
MEMOIRES de Charles Louis , Baron de
Pollnitz , &c. Seconde Edit. 4. Vol. 8º. A
Amfterdam 1735. Le Journaliſte affûre que
Auteur de cet Ouvrage eft un Homme de
naiffance & d'esprit , qui a vû le monde
qui a parcouru la meilleure partie de l'Europe,
& &
qui s'eft soigneusement informé
de
24 MERCURE DE FRANCE
de ce que chaque Pays a de plus remarquable
, & surtout du caractere des Personnes
qui composent les principales Cours , en
conservant pour les Princes ,le respect & les
ménagemens qui leur sont dûs , ne faisant
paroître aucun penchant pour la Satyre , & c.
On a mis dans cette nouvelle Edition faite
fix mois après la premiere , un morceau particulier
, intitulé l'Etat de la Cour de Saxe ,
sans parler de plufieurs Additions confidérables
, tant dans les Notes que dans le corps
de l'Ouvrage , & plufieurs détails curieux.
L'Auteur commence par les Etats du
Roy de Pruffe. Il parle de l'Arsenal de Berlin
, comme d'un des plus parfaits Bâtimens
de l'Europe , lequel a été élevé , dit il , sur
des Deffeins de M. Bot , François de Nation,
& qui a fait en cette occafion tout ce que
le célebre C. Bernin auroit pû faire.
>
Meiffen eft la Capitale de la Misnie ; l'Auteur
s'y arrête , à cause de la Fabrique des
Porcelaines , lesquelles par la beauté de la
Peinture & la maniere dont l'or y eft
incrufté , surpaffe la Porcelaine du Japon
, auffi eft - elle beaucoup plus chere ;
on en doit l'invention à un Alchimiste qui
avoit persuadé qu'il sçavoit faire de l'Or. Le
Roy de Pologne l'avoit crû , & pour s'affûrer
de sa personne , il l'avoit fait mettre au
Château de Konigstein , à trois milles de
Dresde ,
AVRIL. 1741. 725
رو
Dresde : » Là , dit notre Voyageur , au lieu
» de faire de l'Or , ce métal solide & pré-
» cieux , qui fait faire tant de folies aux.
hommes , il inventa la fragile Porcelaine ;
» par où , en quelque maniere , il faisoit de
» l'Or , puisque le grand débit qui s'en fait ,
» attire beaucoup d'especes dans le Pays .
""
"
Drefde , suivant la même Relation , Capitale
de l'Electorat de Saxe , peut être mise
au rang des plus belles Villes du Monde. Le
Palais des Indes eft de trois étages ; dans
toutes les chambres sont autant de cabinets
de Porcelaines du Japon & de la Chine ;
on en fait monter la valeur à un million
d'écus. Tous les meubles de cette Maison
sont des Indes . Il y a un ameublement par- .
ticulier de plumes de differentes couleurs
& toutes naturelles , mises en oeuvre avec
tant d'art , qu'on le prend pour un beau Satin
à bouquets. Ce magnifique Palais eft accompagné
d'un Jardin qui à la vûë sur l'Elbe
, & qui eft orné de Statues de Marbre
blanc, venues de Rome.
Le Journaliſte finit son Extrait du Livre
de M. le Baron de Pollnitz , en disant qu'on
ne sçauroit guere lire de Relation plus variée
& plus intéreffante que la fienne.
On trouve dans les Nouvelles Litteraires
de ce même XXXIV . Tom. Art. de Petersbourg,
que M. le Profeffeur Kher travaille à
E une
726 MERCURE DE FRANCE
une Hiftoire des Peuples Orientaux , Arabés,
Persans , Turcs , Tartares & Indiens. Il enrichira
cet Ouvrage de Médailles & de Monnoyes
Orientales qui se trouvent au nombre
de plus de cinq mille dans le Cabinet de
S. M. Czarienne. Le même Auteur compose
auffi une Hiftoire Litteraire de l'Orient
qu'il intitulera Polyhiftor Orientalis Litterarius.
De Vienne. M. Salomon Kleiner , Ingé
nieur de S. A. E. de Mayence , & le fieur
Jérémie-Jacques Seldemair , habile Graveur,
ont entrepris de publier les Descriptions en
Tailles-douces du magnifique Bâtiment de la
Bibliothèque Impériale. Ces Gravûres seront
accompagnées de Descriptions en Latin &
en Allemand , & divisées en trois parties.
Cet Ouvrage proposé par souscriptions , doir
être à présent achevé , &c.
De Stetin. M. le Capitaine Humbert travaille
à une Hiftoire Critique des Cartes Géographiques
: Ouvrage très- utile à ceux qui s'apliquent
à la Géographie. Il sera précedé
d'une Préface très - utile , &c,
RECUEIL de Piéces d'Hiftoire & de Litterature.
Tome IV. A Paris , chés Chaubert
1741 .
Après avoir parlé des trois précedens Volumes
de cette nouvelle Collection , il ne
nous
AVRI L. RIL. 1741. 727
nous refte qu'à marquer les Piéces qui font
contenues dans ce quatriéme Volume. Il eft
précedé d'un Avertiffement qui aprend au
Public que l'Auteur promet de donner un
femblable Volume tous les trois mois.
La premiere Piéce de ce dernier Tome
eft du Pere Oudin , Jéfuite de Dijon , Auteur
de la fçavante Differtation fur l'Afcia ,
imprimée à la fin du Recueil de M. l'Abbé
Lebeuf. Cet Ecrivain y recherche tout ce que
les anciens Auteurs ont dit fur les Ambrons ,
Peuples de la Gaule Celtique. Quelques Crisiques
s'étoient imaginés que Ambro en Latin
n'étoit pas un nom de Peuple , mais une injure
, & que les Ambrons n'étoient pas un
Peuple fixe , mais une troupe de Brigands .
Cette fauffe opinion n'eft fondée que für uno
équivoque grammaticale , & le P. Oudin
après s'être affûré que les Ambrons faifoient
un Peuple , marque qu'ils habitoient le Pays
qui fut depuis occupé par les Sebufiens , c'eftà-
dire qu'ils étoient les premiers ennemis
que les Romains avoient au- delà du Rhône.
Ĉet Article du P. Oudin fervira à enrichir les
Dictionaires Géographiques où le nom d'Ambrons
s'eft trouvé manquer , & on y puifera
tout ce qu'on peut fçavoir fur ces anciens
Peuples .
On voit enfuite des confidérations écrites
fur la Vie de Ciceron, traduites de l'Anglois.
E ij La
7728 MERCURE DE FRANCE
La troifiéme Piéce eft une Lettre pour justifier
Pomponius Atticus de la Cenſure de
M. l'Abbé de S. Réal , déguifé fous le nom
de Cafarion . Cette Lettre eft datée du mois
de Juin 1686. On trouve à la fuite dans ce
Recueil, plufieurs Lettres Latines de M.François
Atterburi , Evêque de Rochefter à M.
des
Jean de Serres , Marquis de Caumont ,
années 1730. & 1731. fur l'origine de la Rime
dans la Poëfie , & fur d'autres ſujets qui
concernent les Belles Lettres . La derniere
Lettre eft adreffée à Franciſco Granet , Aụ-
teur de ce Recueil de Piéces de Litterature ,
&c.
Elle eft fuivie de la Traduction d'un Difcours
d'Isocrate , fur la conduite d'un honnête
homme , faite par M. l'Abbé Regnier
des Marais , Secrétaire perpétuel de l'Académie
Françoise. La Piéce fuivante regarde
quelques uns des Poëtes François du dernier
fiécle. On a fait après cela la comparaifon de
deux Odes faites par deux Auteurs differens.
pour le Cardinal de Richelieu ; fçavoir , M.
D *** & M. Chapelain.
Après ces Morceaux , déja anciens , fuit le
Compliment fait à M. M. de l'Académie des
Belles - Lettres de la Rochelle , par M. Des-
Landes , Commiffaire Géneral de la Marine ;
& enfin une Differtation fur l'Hiftoire de
Sainte Ursule , où l'on dės aporte preuves
que
$
AVRI L. 1741 . 729
que , dès le neuviéme fiécle , Vandalbert ,
Diacre de Pruin , commoiffoit une Tradition
qui admettoit à Cologne le Martyre d'un
nombre de Vierges que l'on comptoit par
milliers. L'Auteur de cette Differtation après
avoir rejetté , ainfi qu'il convient , les vifions
de Sainte Elifabeth de Sehonaug , au
fujet de ces Saintes , rend fort probable l'opinion
qu'elles furent martyrisées en 451.
fous Attila, comme l'a crû Robert d' Auxerre,
en fa Chronique , écrite à la fin du XII .
fiécle.
LIVRE DE PIETE ', par M. Picard de Sant
Adon , Docteur de Sorbonne , Doyen - Chanoine
de l'Eglise Royale de Sainte Croix
d'Eftampes. A Paris , chés la veuve Brocas ,
rue S. Jacques , au Chef S. Jean , 1741 .
LETTRE de M. de Mairan , Secretaire petpétuel
de l'Académie Royale des Sciences ',
& c. à Madame *** , fur la Queſtion des
Forces vives , en réponse aux objections qu'el-
Te lui fait fur ce fujet dans fes Inftitutions de
Phyfique .
DISSERTATION fur l'eftimation & la me-
´sure des Forces motrices des Corps , par
le même Auteur , nouvelle Edition .
NOUVELLE REFUTATION de l'Hypotéfe
Eij
des
1
730 MERCURE DE FRANCE
des Forces vives , par M. l'Abbé Deidier.
Ces trois Ouvrages brochés ensemble , se
trouvent à Paris chés Charles- Antoine Jombert
, Libraire du Roy pour l'Artillerie &
le Génie , ruë S. Jacques , à l'Image Notre-
Dame , 1741 .
HISTOIRE DE LA GUERRE , avec des Refléxions
fur l'origine & les progrès de cet
Art , par M. Beneton de Morange de Perrin.
In 12. à Paris , chésle Mercier & Bondet ,
Imprimeurs & Libraires ordinaires de lá
Ville , ruë S. Jacques au Livre d'Or , 1741 .
L'Auteur de cet Ouvrage déclare que fon
deffein , en le faifant , a été d'offrir à fes Lecteurs
unTableau qui , quoiqu'en racourci , leur
préfente la plupart des chofes exécutées à la
Euerre , les difpenfe par- là de lire beaucoup
de Livres qui nefont que contenir plus
au long ce qui n'eft raporté qu'en abregé dans
celui- ci.
Il fait enfuite l'éloge de l'Art de la Guerre.
Il'établit quatre âges dans lefquels il partage
tout le tems qui s'eft écoulé depuis le commencement
du Monde jufqu'à préfent , pour
montrer comment l'Art de la Guerre a acquis
par degrés la perfection où il eft aujourd'hui
; chacun de ces âges s'ouvre par
une Bataille mémorable , & par la defcription
de chacune de ces Batailles on aprend
quelle
A V.R I L. 1741 .
731
quelle étoit ( lorfqu'elles fe donnerent ) la
maniere d'arranger une Armée pour combattre
; on explique à cette occafion ce que
c'étoit que les Corps particuliers qui compofoient
une Armée ancienne ; les princi
paux de ces Corps s'apelloient chés les Grecs
Phalanges , & chés les Romains Légions. A
cette explication fe trouvent jointes des Refléxions
fur le fort & le foible de ces Corps ,
& des paralleles entre ces mêmes Corps &
ceux qui compofent les Armées d'à préfent ;
tels que les Bataillons pour l'Infanterie , &
les Efcadrons pour la Cavalerie ; ce que M.
Beneton dit fur cela eft curieux,de même que
ce qu'il dit fur la maniere de faire marcher
& camper les Armées. L'ufage des Romains
de ne camper que dans des Camps fortifiés ,
lui fournit encore niatiere à d'autres Refléxions
; il montre le tort qu'ont eû prefque
toutes les Nations connues depuis les Romains
d'avoir abandonné cet ufage . On voit
à la page 63. la figure d'un Camp propre
contenir une Armée dans un arrangement
nouveau , qui eft de l'invention de l'Auteur.
à
Differens endroits du Livre annoncé font
employés à décrire avec foin les differentes
Ordonnances qu'on a pû faire obferver aux
Armées , & fur lefquelles on a combattu
dans les quatre âges de la Tactique ; ces Ordonnances
font nommées chacune de fon
E iiij nom
I
732 MERCURE DE FRANCE
nom particulier , & pour celles fuivies par
les Nations de l'Europe qui ont paru depuis
les Romains , elles font offertes au moyen
d'une fuite chronologiquement raportée des
principales Batailles qui fe font données depuis
le commencement de notre Monarchie
jufqu'au fiécle paffé , que l'ancienne Ordonnance
Romaine a reparu , & a prévalu fur
toutes les autres. La Defcription de ces Batailles
donne non -feulement des exemples
pour l'intelligence de chacune de ces Ordonninces
intermédiaires entre l'Ordonnance
Romaine quittée & reprife , mais encore
inftruifent des rufes & des ftratagêmes qui
ont pû contribuer à faire tourner chacune
de ces Batailles à l'avantage de ceux qui les
ent remportées. Cela fait connoître le
tems à peu près de l'invention de chacune
des Ordonnances d'Armées , qui nous ont
été propres , ainfi que le tems où la plupart
des ftratagêmes de Guerre , ufités à préfent ,
ont auffi
paru.
Le Lecteur fuffifainment inftruit fur ces
deux chofes , l'Auteur en vient à la déduc
tion de quelques- unes des évolutions qu'exécutoient
les Phalanges & les Légions ;
celles de ces évolutions qui fe faifoient en
défenfive , s'apelloient Tortues ; plufieurs de
ces Tortues étoient admirables ; M. Beneton
s'eſt attaché à en décrire quelques- unes. Il
parle
AVRIL. 1741 . 733
parle enfuite des Grades Militaires , & entre
dans un affés grand détail fur l'étymologic
des noms portés par les Officiers , en prouvant
que ces noms viennent des fonctions
qu'exerçoient ces Officiers dans les Corps.
auxquels ils étoient attachés ; l'étymologic
de chaque Corps eft aufli raportée.
L'endroit qui concerne les Dieux , Patrons
de la Guerre , eft un des plus curieux de
P'Ouvrage , de même que celui qui regarde`
l'Origine de quelque Nation ; le Gérie particulier
de chaque Peuple d'à préfent eft affes
bien dévelopé , furtout en ce qui a rap it
à la Guerre ; enfin l'Ouvrage eft neuf & fingulier
en fon genre ; il contient des étymɔlogies
nouvelles , & beaucoup de chofes que
les Guerriers, tant de Terre que de Mer, qui
aiment leur Profeffion , ne peuvent ignorer ,
& fon Auteur le termine par la maniere
dont la valeur a été récompenfee & la lâcheté
punie dans tous les tems.
EXAMEN Réfutation des Leçons de
Phyfique , expliquées par M. de Molieres , au
College Royal de France. Par M. Sigorne.
1. Vol. 8°. d'environ. ; 00 . pages . A Paris ,
chés Jacques Cloufier , rue S. Jacques , à l'Ecu
de France. 1741 .
Ce titre préfente d'abord quelque chofe
de defobligeant à l'égard de- l'Auteur contre-
Ev le734
MERCURE DE FRANCE
lequel l'Ouvrage eft entrepris. Il eft vrai que
le terme dur de Réfutation n'eft point employé
dans l'Aprobation de M. de Montcarville
; le titre y eft autrement énoncé ,
& tel aparemment qu'il a été préfenté dans
le Manufcrit qu'il s'agiffoit d'aprouver.
Deux choses sont à diftinguer dans ce
Livre , la matiere & la forme. Pour la matiere
, ce n'eft gueres qu'un Recueil des objections
qu'on a accoûtumé de proposer
dans les Théses de Philosophie &c .
A l'égard de la forme , il paroît que l'Auteur
Critique a voulu donner à son Ouvrage
un air de nouveau syftême , dans lequel il
tâche de renverser tous les Principes de la
Phyfique.
,
On trouve à la page 417. une Remarque
dans laquelle l'Auteur de l'Examen dit que
M. de Molieres a eû communication de son
Manuscrit , avant qu'il lui fût permis de le
faire imprimer , & qu'il s'étoit efforcé de
répondre à deux Articles fondamentaux
par lesquels il attaquoit son fiftême : mais
c'eft de quoi M. de Molieres ne convient
nullement , soûtenant au contraire que rien
n'eft plus frivole qu'une pareille allégation.
Nous renvoyons au jugement du Public
éclairé la décifion de ce Procès Litteraire.
L'CRIGINE & les progrès des Arts & des
Sciences.
A VR II . 1741. 735
Sciences . On verra auffi à la fin de ce petit
Traité l'invention des Lettres de l'Alphabet '
la matiere sur laquelle on écrivoit ancienne
ment & l'inſtrument dont on se servoit pour
écrire. On y fait mention des premieres Bibliothèques
& des plus fameuses qui subfistent
aujourd'hui , & de l'Hiftoire véritable
de l'Imprimerie. Par M. NOBLOT . I. Vol. 8 °.
de 428. pages . A Paris , chés Hypolite- Louis
Guerin , rue S. Jacques à S. Thomas d'Aquin .
M. DCC. XL.
L'Auteur expose dans une courte Préface
que ce Traité de l'origine & des progrès des
Arts & des Sciences seroit déja imprimé ,
s'il n'avoit apris qu'il devoit inceffamment
paroître quelque chose de pareil sur cette
matiere. Après trois mois d'attente , les
Effais de M. Juvenel de Carlencas sur l'Histoire
des Belles - Lettres , des Sciences & des
Arts , ont enfin paru . Ses Recherches sont ,
dit-il , curieuses , mais quoique fort courtes ,
elles ne laiffent pas de faire connoître son
génie & son goût pour les Sciences . Aucune ,
non plus qu'aucun Art ne lui a échapé : il a
cependant semblé à notre nouvel Hiftorien.
que M. de Carlencas n'étoit pas entré affés
avant dans l'origine des unes & des autres ,
ce qu'il croit qu'on remarquera aisément
fi on prend la peine de lire le Livre qu'il
donne au Public . Par exemple , le premier
E vj
n'a
736 MERCURE DE FRANCE
n'a rien dit de l'origine de la Pofie Françoise
, dont il fait cependant un affés long
détail ; pourquoi , continue- t'il , paffer sous
filence les Troubadours de Provence , qui
en sont sans contredit les premiers Auteurs ?
Nous paffons le , refte de la Critique de
M. Noblot sur l'Ouvrage de son Emule ,
Critique qui nous paroît également solide.
& moderée . A l'égard de l'ordre , dans l'Ouvrage
dont il s'agit ici , on a suivi celui des
tems ; & comme l'Agriculture & l'Architecture
sont les deux premiers Arts dont:
Ecriture nous donne connoiffance , c'eft.
par eux qu'on a commencé cet Ouvrage .
Après ces deux Arts , suivent la Sculpture.
& la Peinture . Puis on vient à la Grammaire.
& à la Poëfie . Ce dernier Article eft d'une:
grande étendue & contient des choses curieuses
qui marquent l'esprit de sagacité &.
d'exactitude d'un Auteur laborieux , heureux
dans ses recherches & solide dans ses.
Refléxions ..
Il reconnoît pour les plus anciens Poëmes ,
qui nous reftent , ceux de Moïse , de Job , de
David & des autres Prophétes , ajoûtant
qu'il y a beaucoup de raison de croire qu'Adam
, n'a pas ignoré la Poëfie , & qu'il en a
inftruit ses enfans & ses petits- enfans , avec
lesquels il a fi long- tems vécu : ce qui s'ac-
Gorde avec le sentiment du célebre M. Huet,,
scaAVRIL
1741 737
sçavoir qu'avant Moïse , avant même le Déluge
, il y a eû des Hommes qui ont mis en
Vers ce qui leur étoit arrivé de grand par la
protection de Dieu , pour être chanté en
esprit de reconnoiffance à la gloire de cesouverain
Etre . Vollius a pensé la même.
chose .
Enfin , dit fort sensément M. Noblot , fi
Jubal eft le Pere de la Mufique , comme il
eft dit dans le 4 Chap. de la Genéfe , il falloit
que les Poëmes & les Cantiques fuffentavant
la Mufique : car il ne peut l'avoir inventée
, ou pour mieux dire , plus particu
lierement cultivée, que pour mettre en chant
les Compofitions mesurées de la Poëfie ,.
que la Mufique supose néceffairement ,
puisqu'on n'invente les Airs , qu'après les
Paroles ..
Notre Auteur n'oublie pas dans cet Article
de dire & de prouver par de bonnes-
& respectables Autorités , que les Poëtes .
ont été les premiers Théologiens , les premiers
Philosophes , & les premiers Hiftoriens
. Descendant ensuite dans le détail des
diverses opérations de la Poëfie , il parle én
particulier de la Comédie , de la Tragédie ,
& de tous les autres Genres de Poëmes , &c.
détail très-curieux à lire & agréablement
inftructif.
Pour ce qui concerne la Poëfie Françoise ,,
“
738 MERCURE DE FRANCE
il en fait remonter la premiere origine à nos
anciens Poëtes Provençaux nommés Troubadours
, & donne là deffus un morceau
d'Hiftoire très curieux ; ces Troubadours ont
fait une grande figure dans l'onziéme & le
douziéme fiécles à la Cour de plufieurs Princes
, fingulierement à celle des Comtes de
Provence. Il n'oublie pas les gayes & agréables
Queſtions traitées par ces fameux Poëtes
. On auroit pû les nommer Theses d'Amour
, comme les grandes Affemblées , tenus
à Aix pour prononcer juridiquement
sur ces Queſtions , étoient nommées Parlement
d'Amour , & les Décifions honorées
du nom d'Arrêts.
,
En examinant ce que differens Auteurs
raportent de ces Troubadours ; on en trouve ,
dit M. Noblot , jusqu'à fix vingt & plus ,
entre lesquels il y a des Empereurs , des
Rois , des Marquis , des Comtes , non qu'ils
cuffent composé des Poëmes entiers en Provençal
, mais quelques Epigrammes , &c.
Notre Auteur en attribuant l'origine de
la Poëfie Françoise aux Troubadours , auroit
pû fortifier son sentiment de celui du célebre
& sçavant M. Huet , qui soûtient dans
une de ses Differtations , que la premiere ,
» véritable , & presque unique source de la
» Poësie Françoise ne se trouve qu'en Pro-
» vence dans les Ouvrages des anciens
>>
>>> TrouAVRIL.
1741 . 739
» Troubadours , qu'on peut rencontrer en-
» core , dit- il , dans les Archives des an-
» ciens Monafteres de la Province , où ils
» sont négligés . Cette découverte , ajoûte-
» t'il , se peut faire fingulierement dans
l'Abbaye de S. Victor de Marseille , où
» ont vécû Roftang de Brignolles & Hilaire
» des Martins , tous deux Poëtes & Auteurs
» de l'Hiftoire des Trouveres & des Chan-
ود
""
» teres.
ןכ
L'Article de la Poëfie mene fort loin
comme nous l'avons déja dit , & on y voit
de fort beaux traits ; il le finit en disant que
la vénération qu'on avoit pour les grands &
excellens Poëtes , alla fi loin "
qu'on leur
» dreffoit des Statues , des Pyramides , des
» Colomnes , des Tombeaux , & jusqu'à des
Temples , comme il eft arrivé à Homere
» dans Smyrne & dans Alexandrie : on dit
» même qu'on lui fit des Sacrifices à Argos ,
» & qu'on l'invoquoit de même qu'Apollon .
Les Médailles frapées en l'honneur d'Homere
, dont notre Auteur ne parle point ,
sont , ce semble , des Monumens plus certains
& plus réels , témoin la belle Médaille
de ce Prince des Poëtes Grecs , dont nous
avons donné la Gravûre avec une Diflertation
, dans le Mercure de Juillet 1724. P.
1454. sur l'Original tiré du Cabinet de M.
le Préfident de Mazaugues .
Nos
740 MERCURE DE FRANCE
Nos bornes ne nous permettent pas de
nous arrêter sur les autres Articles , lesquels
concernent l'Hiftoire , la Rhétorique , les
Mathématiques & ses dépendances , la Philosophie
, toutes ses Sectes & Ecoles , la
Médecine , l'invention des Lettres , & les
Bibliothéques . Nous sommes fâchés d'être .
obligés de finir sans rien entamer sur ces
matieres , que l'Auteur a traitées avec beaucoup
d'ordre & de netteté , en disant avec
autant de juftice que de verité qu'il n'avoit
parû depuis long- tems un Ouvrage dans ce
genre , auffi utile , auffi agréable à lire que
celui- ci , & qu'à tous égards on peut l'apeller
un bon Livre..
COUTUMES des Duché , Bailliage & Pré
vôté d'Orléans , avec les Notes de M. Henri
Fornier , Conseiller au Préfidial d'Orléans ,
les Notes de Dumoulin sur l'ancienne Coùtume
d'Orléans , & des Observations nouvelles
où l'on a renfermé tout ce qui a parû néceffaire
pour faire connoître le fens & l'aplication des
Articles , les maximes autorisées par l'usage
du Palais , les derniers pr grès de la Jurisprudence.
On y a joint un Discours préliminaire
sur la Coutume d'Orléans , un Traité
des Profits & Droits Seigneuriaux , l'éloge de
M. de Lalande & des Observations sur son
Commentaire. 2. V. in- 12. A Orléans , chés
François
AVRIL. 1741 . 745
1
François Rouzeau , Imprimeur du Roy ,
de S. A. S. M. le Duc d'Orléans de
la Ville. M. DCC. XL. Prix , 4. liv.
10. f.
Tel eft le titre de l'Ouvrage qu'on annonce
ici au Public. Les Observations nouvelles
qui en font la principale partie , sont
dûës aux travaux réunis de quelques Conseillers
au Préfidial d'Orléans , qui ont entrepris
d'y renfermer comme en un tableau
racourci tout ce qui a parû néceffaire pour
l'intelligence la plus pleine & l'aplication la
plus féconde des Articles de la Coûtume
d'Orléans. Ils se sont apliqués surtout à
marquer exactement les derniers progrès de
la Jurisprudence reçûë au Parlement , les
Arrêts qui l'ont fixée , les nouvelles Ordonnances
qui l'ont étendue , & enfin les maximes
que l'usage du Palais a perfectionnées.
S'ils ont rempli ces vûës , ce Livre , quelque
court qu'il paroiffe , sera peut - être regardé
comme un espece de Corps affés
complet du Droit Coûtumier , & POuvrage
ne sera pas moins intéreffant ni moins.
utile à Paris qu'à Orléans. La Coûtume d'Orléans
eft faire sur le modele de celle de Pale
même fond & le même esprit y regnent
, & les mêmes dispofitions y sont répetées
dans tous les Titres . Ainfi tout ce que
les Observations dont il s'agit ici , nous
ris ;
apren
742 MERCURE DE FRANCE
raports ,
aprennent sur les grandes matieres de la
communauté , du doüaire , des prescriptions
, des donations , des teftamens , des
de la contribution aux
propres , des
dettes , des saifies réelles , des profits de
fiefs & autres droits seigneuriaux , a son
usage naturel & son aplication toute entiere
à Paris. Les Juges & les Avocats de cette
grande Ville auront donc le plaifir en lisant
ce nouvel Ouvrage , de s'y rapeller sans
peine toutes les idées des choses qui leur
ont tant coûté à sçavoir, d'y apercevoir comme
d'un coup d'oeil toute la suite des Décifions
les plus sûres & les plus autorisées , &
de ces maximes qui sont d'un usage continuel
dans les Affaires & dans le Barreau.
ELEMENS D'ASTRONOMIE ET DE GEOGRAPHIE
à l'usage des Négocians. Par A. J.
Panckouke , 1739. & Elémens de Géographie
auffi à l'usage des Négocians , par
le même. A Lille 1740. Ces deux Livres se
vendent à Paris chés Piget & Gandouin
Quai des Auguftins , & leur prix ensemble
eft de cinquante sols .
On ne peut guere présenter au Public
d'Ouvrage plus utile en son genre que celui
ci , non- seulement pour les Négocians
que l'Auteur semble avoir principalement
en vûë , mais encore pour une infinité d'au
tics
AVRIL.
1741. 743
es personnes auxquelles il doit être hon
teux d'ignorer certaines choses dont on parle
tous les jours dans le Monde ; nous n'en
produirons ici qu'un exemple , & qui eft
du tems .
Comme les Espagnols , dit cet Auteur
p. 161 , en parlant du Commerce de l'Amérique
, ont donné de tout tems une entiere
exclufion aux autres Nations pour tous les
Lieux qui apartiennent à la Couronne d'Espagne
, il y a trois sortes de Vaiffeaux Espagnols
qui font le commerce en ces Pays - là .
le
1º. La Flote qui eft composée d'un certain
nombre de Vaiffeaux , tant du Roy que
des Marchands. Elle eft destinée pour
Méxique , & décharge ses Marchandises à
la Vera Crux. Elle part de Cadix vers le mois
d'Août , & met 18. à 19. mois dans son
voyage.
Ce qu'on apelle la Flotille eft une Frégate
où deux , quelquefois davantage , qui précede
l'arrivée des Galions & de la Flote , &
qui en aporte des nouvelles.
2º. Les Galions ou Vaiffeaux de Guerre
deftinés pour Porto- Bello , sont ordinairement
8. ou 10. servant de convoi à 12. ou
15. Navires Marchands. Ils paffent à Carthagene
, où il se tient une premiere Foire
pour recueillir les richeffes du Popayan &
de la Côte , de là à Porto Bello , où se tient
la
742 MERCURE DE FRANCE
aprennent sur les grandes matieres de 1
communauté , du doüaire , des prescriptions
, des donations , des teftamens , des
propres , des de la contribution aux raports ,
dettes , des saifies réelles , des profits de
fiefs & autres droits seigneuriaux , a son
usage naturel & son aplication toute entiere
à Paris. Les Juges & les Avocats de cette
grande Ville auront donc le plaifir en lisant
ce nouvel Ouvrage , de s'y rapeller sans
peine toutes les idées des choses qui leur
ont tant coûté à sçavoir, d'y apercevoir comme
d'un coup d'oeil toute la suite des Décifions
les plus sûres & les plus autorisées ,
de ces maximes qui sont d'un usage continuel
dans les Affaires & dans le Barreau.
&
ELEMENS D'ASTRONOMIE ET DE GEOGRAPHIE
à l'usage des Négocians. Par A. J.
Panckouke , 1739. & Elémens de Géographie
auffi à l'usage des Négocians , par
le même. A Lille 1740. Ces deux Livres se
vendent à Paris chés Piget & Gandouin ,
Quai des Auguftins , & leur prix ensemble
eft de cinquante sols.
On ne peut guere présenter au Public
d'Ouvrage plus utile en son genre que celui
ci , non -seulement pour les Négocians
que l'Auteur semble avoir principalement
en vûë , mais encore pour une infinité d'autics
AVRIL.
1741. 743
es personnes auxquelles il doit être hon
teux d'ignorer certaines choses dont on parle
tous les jours dans le Monde ; nous n'en
produirons ici qu'un exemple , & qui eft
du tems.
Comme les Espagnols , dit cet Auteur
p. 161 , en parlant du Commerce de l'Amérique
, ont donné de tout tems une entiere
exclufion aux autres , Nations pour tous les
Lieux qui apartiennent à la Couronne d'Espagne
, il y a trois sortes de Vaiffeaux Espagnols
qui font le commerce en ces Pays - là .
1º. La Flote qui eft composée d'un certain
nombre de Vaiffeaux , tant du Roy que
des Marchands. Elle eft destinée pour le
Méxique , & décharge ses Marchandises à
la Vera Crux. Elle part de Cadix vers le mois
d'Août , & met 18. à 19. mois dans son
voyage .
Ce qu'on apelle la Flotille eft une Frégate
ou deux , quelquefois davantage , qui précede
l'arrivée des Galions & de la Flote , &
qui en aporte des nouvelles.
2º. Les Galions ou Vaiffeaux de Guerre
deftinés pour Porto -Bello , sont ordinairement
8. ou 10. servant de convoi à 12. Ou
15. Navires Marchands. Ils paffent à Carthagene
, où il se tient une premiere Foire
pour recueillir les richeffes du Popayan &
de la Côte , de là à Porto Bello , où se tient
la
744 MERCURE DE FRANCE
i
la plus célebre Foire de l'Univers , pour ra
maffer celles du Perou & de la Terre Ferme.
Les Galions reviennent de nouveau à Carthagene
, où se tient une autre Foire ,
après laquelle ils reviennent en Espagne par
la route de la Havane.
Après l'arrivée à Porto Bello , on en détache
un , qu'on apelle Patache Royale , qui
va recueillir le tribut de la Côte , à la Marguerite
, à la Hacha , à Ponta-Guiare , &c..
3. Les Navires de Regître , c'est- à - dire ,
ceux que la Chambre des Indes permet
des Marchands particuliers de fréter , dont
les uns vont à Porto- Cavallo pour les Honduras
, à Macaraibo pour la Venezuella ,
aux Caraques , à Buenos- Ayres , &c.
રે
Les Affogues peuvent être mis dans cette
derniere claffe ; ce sont ordinairement deux
Bâtimens Royaux deftinés pour Buenos-
Ayres , & qui transportoient autrefois en
Amérique le Mercure pour le compte du
Roy.
Quoique l'Espagne tire de grandes richesses
de l'Amérique , il eft certain , continue
M. Panckouke , que sur le pied où sont les
choses , les Galions & les Flotes reviendront
toujours moins richement chargés , & que
le commerce des Anglois à la Jamaique ,
celui de la Compagnie de Hollande à Suvinam
& à Curaçao , & des Danois à S. Tho
mas,
AVRIL. 1741.
745:
mas , affoiblira toujours de plus en plus
celui de Cadix & de tous les Négocians de .
l'Europe , qui sont intéreffés avec les Espagnols.
Quand on veut entrer dans quelque Port
Espagnol , on feint des besoins d'eau , de
bois , de vivres ; on présente un Placet ;
c'eft un Mât craqué ; c'eft une voye d'eau
qu'on ne peut étancher ; on aveugle par
présens. On se défait cependant de ses Marchandises
on se remplit de Caiffes d'Indigo
, de Cochenille , d'Argent en Barres &
en Monnoye , Tabac & autres , sans parler
des intelligences que les Officiers du Roy
d'Espagne lient avec ces Etrangers , pour
leur faciliter l'entrée de leurs Marchandises,
Souvent on se tient aux embouchures des
Rivieres ; on tire un coup de Canon pour
aviser l'arrivée ; les Négocians viennent avec
des Canots ; on ne parle point alors de crédit
, & ce commerce se fait la nuit , on
apelle cette maniere de trafiquer , traiter à
la pique , &c.
LE CHEVALIER BAYARD , Comédie
Héroïque en, Vers & en cinq Actes , par
M. Autreau. A Paris , chés Briaffon , Libraire
rue S Jacques , à la Science & à
l'Ange Gardien. Brochure de 84. pages ,
avec une courte Préface au sujet de la
com746
MERCURE DE FRANCE
compofition des Comédies , qu'on lit avec
plaifir.
M. Autreau a donné d'autres Piéces aux
Théatres François & Italien qui ont eû également
du succès ; celle dont nous annonçons
l'impreffion , fut représentée au Théatre
François le 23. Novembre 1731. On y
trouve plufieurs beaux Caractéres bien soûtenus
, & beaucoup d'interêt , ce qui nous
engagea ( dans la nouveauté de cette Piece)
d'en donner un Extrait très - circonftancié
dans le second Vol. de Decembre de la
même année , pag. 3024. auquel nous renvoyons.
DESCRIPTION de toutes les Cérémonies
qui se sont observées à Rome depuis la
mort du Pape Clement XII . jusqu'au Couronnement
de Notre Saint Pere le Pape Benoît
XIV. son Succeffeur au S. Siége , suivie
de la Lifte de tous les Cardinaux qui composent
présentement le Sacré College , le
tout recueilli très - exactement , & arrangé
par M. Amand de la Chapelle , se vend à
Paris , Chés Michel Gandouin , Libraire ,
Quai de Conty , 1741 .
LES MEMOIRES du Marquis de Maffei,
écrits
par lui- même , & nouvellement traduits
de l'Italien : cet Ouvrage qui eft enrichi
AVRIL. 1741 .
747
richi de Notes Critiques , Hiftoriques &
Géographiques , renferme un détail trèscirconftancié
de tous les mouvemens qui
ont agité l'Europe depuis 1683. jusqu'en
1720. & des traits d'Hiftoire qu'on ne trouve
point ailleurs. Il se vend à Paris chés la
Veuve Ganean , Libraire , aux Armes de
Dombes , & chés David le fils , à la Plume
d'Or , ruë S. Jacques 1741 .
>
DISSERTATION fur deux Pallages d'Origene
, au sujet des mesures de l'Arche de
Noé.
Cette Differtation qui fait le CXIII . Article
du Journal de Trévoux du mois de
Decembre 1740. mérite d'être lûë dans son
entier. Elle eft curieuse , solide , & bien
écrite.
REFLEXIONS CRITIQUES sur la Poëfie
& sur la Peinture , par M. l'Abbé Dubos
l'un des Quarante , & Sécretaire perpétuel
de l'Académie Françoife. IV. Edition , revûë
, corrigée & augmentée par l'Auteur,
A Paris , chés P. T. Mariette , ruë S. Jacques
, 1740. in 12. Trois Volumes . Dans
cette quatrième Edition , la Diſſertation fur
les Représentations Théatrales des Anciens
occupe toute la troifiéme Partie de l'Ouvrage
; auffi eft - elle confidérablement augmen748
MERCURE DE FRANCE
mentée , & elle fuffit à un juſte Volume .
HISTOIRE SAINTE des deux Alliances ,
compofée du feul Texte des Livres Hiftoriques
, Prophétiques & Moraux de l'Ecritare
, d'où l'on a tiré ce qui a raport à l’Hiſtoire
, pour le mettre dans l'ordre naturel
& chronologique , en fe fervant uniquement
des paroles de l'Ecriture même , avec des
Reflexions fur chaque Livre de l'Ancien &
du Nouveau Teftament , & un fuplément
qui conduit l'Hiftoire des Machabées jufqu'à
la Naiffance de J. C. A Paris , chés
Didot , Quai des Auguftins , à la Bible d'Or.
1741. Sept Volumes in - 12 .
On a dans cet Ouvrage , non une Traduction
dans notre Langue de chacun des
Livres Hiftoriques de l'Ecriture ; c'eſt ce
qui fe trouve dans les Bibles Françoiſes ; mais
une Hiftoire fuivie & complette du Peuple
de Dieu , où les Faits & leurs circonstances
répandus dans les Livres Saints , font réunis
& racontés fuivant l'ordre des tems , fans
rien omettre ni rien répeter. Pour conferver
le refpect , & n'affoiblir en rien la créance
qui eft due à la Parole de Dieu , l'Auteur
n'a pas crû devoir fe permettre de mêler fes
penfées à celles que le S. Efprit a dictées.
Cette Hiftoire n'eft donc compoféc que du
feul Texte Sacré , excepté quelques mots
inAVRIL.
1741 .
749
inferés pour la liaiſon ou pour l'integrité
la clarté & l'intelligence du Difcours ; encore
a t'on porté l'exactitude jufqu'à mettre
ces mots en Italique .
,
HISTOIRE LITTERAIRE de la France , où
l'on traite de l'origine & du progrès , de la
décadence & du rétabliffement des Sciences
parmi les Gaulois & parmi les François ; du
goût & du génie des uns & des autres pour
les Lettres en chaque ficcle ; de leurs anciennes
Ecoles ; de l'établiffement des Univerfités
en France ; des principaux Colleges ;
des Académies des Sciences & des Belles-
Lettres ; des meilleures Bibliothèques anciennes
& modernes ; des plus célebres Imprimeries
, & de tout ce qui a un raport particulier
à la Litterature. Avec les Eloges
Hiftoriques des Gaulois & des François qui
s'y font fait quelque réputation ; le Catalogue
& la Chronologie de leurs Ecrits ; des
Remarques Hiftoriques & Critiques fur les
principaux Ouvrages ; le dénombrement des
principales Editions , le tout juftifié par les
Citations des Auteurs originaux , par des
Religieux Bénédictins de la Congrégation dé
S. Maur . Tome V. qui comprend la fuite
du neuviéme fiécle jufqu'à la fin. A Paris ,
chés Chaubert, Quai des Auguftins , & Compagnie
, 1740. in - 4° . de 717. pages , y com
F pris
750 MERCURE DE FRANCE
pris la Table Chronologique , fans l'Avertiffement
qui eft de 39. pages , en y comprenant
la Table des Citations , & fans une
troifiéme Table fort ample des Auteurs &
des Matieres , qui finit le Volume.
RECUEIL de Piéces d'Hiftoire & de Litterature
. Tome IV. A Paris , chés le même
Libraire , 1741. in 12. Cet Ouvrage
qui fert de fuite à la Continuation des
Mémoires de Litterature de Salengre , avoit
été interrompu pendant quelque tems , mais
on affûre qu'on en donnera à l'avenir un
nouveau Tome tous les trois mois , & qu'on
n'y inferera que des Ecrits annoncés dans la
Préface du premier. A l'égard des Piéces
qu'on a fait entrer dans celui ci , elles font
au nombre de 9. toutes curieufes & utiles .
Jofeph Rigaccius , Libraire à Florence ,
fe propofe d'imprimer par Soufcription une
Collection confidérable de Lettres écrites
par divers Auteurs du XV. fiècle . La plûpart
de ces Lettres n'avoient pas encore été
imprimées ; & celles qui l'avoient été , outre
qu'elles font devenues rares , font fi pleines
de fautes , qu'il n'eft preſque pas poffible
de les entendre . Le fçavant M. Laur
Meheus s'eft chargé de l'Edition de cet Ouvrage
. En conféquence , il vient de tirer des
BiAVRIL.
1741 751
Bibliothèques de Florence , très - riches en
ce genre de Litterature , les Lettres de ces
Auteurs , qui n'avoient jamais prû , & à
l'égard de celles qui avoient été publiées cidevant,
il les a revûës & corrigées fur les Manufcrits
, pour former un Corps entier des
unes & des autres . M. Meheus mettra à la
tête du Recueil de Lettres de chaque Auteur
, un Abregé de la Vie du même Auteur
, tirée de fes Ecrits & des Auteurs contemporains.
Il ajoûtera de courtes remarques
pour faire connoître , autant qu'il eft
poffible , l'Hiftoire de ceux à qui ces Lettres
ont été écrites. L'Imprimeur en donnera
de trois mois en trois inois un Volume
imprimé en beaux Caracteres & fur de beau
Papier en grand in 8 °. Le premier Volume
qu'il comptoit de donner dans le courant du
mois de Janvier 1741. contiendra le Recueil
des Lettres de Leonard Arétin , revûës fur
huit Manufcrits , & augmentées de plus de
90. Lettres qui manquent dans l'Edition de
Fabricius de 1724.
ACTA SANCTORUM Augufti ex Latinis &
Gracis , aliarumque Gentium Monumentis ;
fervata primi genud veterum Scriptorum phrafi
; collecta , digefta , commentariifque & obfervationibus
illuftrata à Joanne Pinio
Guillelmo Cupero , è Societate Jefu Presbyte-
Fij ris
752 MERCURE DE FRANCE
ris Theologis. Tomus IV. quo dies vicefimu
primus , vicefimus fecundus , vicefimus tertius
&vicefimus quartus continentur. Antuerpiæ
apud Bernardum Albertum Vender Pasche ,
in folio , 1739.
De Rome. Il a parû ici une fçavante Differtation
fur deux anciennes Pierres gravées ,
elle porte pour titre : Differtatio Geographica
; five Gemma dua Graco Artificis nomine
infignita , que extant Roma in Muſeo Victorio,
explicata & illuftrata. Roma , 1739. in 4°.
Cet Ouvrage eft fans nom d'Auteur , mais
on l'attribue à M, le Chevalier François Vittori
, qui donna ici en 1737. un autre Ouvrage
également eftimé , fous ce titre :
Nummus areus veterum Chriftianorum, Roma,
in 4° .
VINDICIE Canonicarum Scripturarum
vulgata Latina Editionis , feu vetera Sacrorum
Bibliorum Fragmenta , juxta Græcam vulgatam
, & Hexaplarem Latinam antiquam Italam
, duplicemque S. Euf. Hieronimi tranflationem
; nunc primùm in lucem edita , atque
illuftrata operâ & ftudio Jofephi Bianchini
Veronenfis , Presbyteri Congregationis Oratorii
Romani. Ex Typographia Sancti Michaëlis ,
fumptibus Hieronimi Mainardi. Ce Volume
contient 736. pages , avec 20. Planches , qui
répré-
>
AVRIL. 1741. 753
repréfentent fidelement . les formes des caracteres
des anciens Manufcrits , gravés en
cuivre. A Rome , 1740. in fol.
MEMOIRES pour fervir à l'Hiftoire & au
progrès de l'Aftronomie , de la Géographie
& de la Phyfique , recueillis de plufieurs
Differtations lûes dans les Affemblées de
l'Académie Royale des Sciences de Paris
& de celle de Petersbourg , qui n'ont point
encore été imprimées , comme auffi de plufieurs
Piéces nouvelles , Obfervations &
Refléxions raffemblées pendant plus de 25.
années par M. de l'Ifle , Profeffeur de Mathématique
au College Royal de France ,
Membre des Académies Royales , & c . De
I'Imprimerie de l'Académie des Sciences.
A Petersbourg, 1740. in-4°.
CORFUS Juris Germanici antiqui , quo continentur
Leges Francorum Salica & Ripuariorum
, Alamannarum , Bajuvariorum , Burgundionum
, Frifiorum , Angliorum & Werinorum
, Saxonum , Langobardorum , Wifigothorum
, Ostrogothorum , necnon Capitularia
Regum Francorum , unà cum Libris Capitularium
ab Anfegifo Abbate & Benedict, Le !
vita collectis. Opus in gratiam Juris Germanici
ftudioforum , poft Clar. Virorum Bas .
Joannis Heroldi , Friderici Lendenbrogii ,
F iij
Ste754
MERCURE DE FRANCE
Stephani Baluzii , Joannis Georgii Eccardi ,
Lud. Ant. Muratorii , aliorumque praftantiffimos
labores diligentiùs recognitum ; variantibus
lectionibus & indice uberrimo tam rerum
quam verborum inftructum , confilio Joannis
Gotlieb. Heineccii Pruff. Reg. à Confil . Sanc
tior. cujus Præfatio pramiffa eft , adornavit
Petrus Georgifch J. V. D. Hala Sax. in-4°.
Colomn. 2236. Nouvelle Edition , plus correcte
& plus complette que toutes celles qui
ont parû jufqu'ici.
SPICILEGIORUM Hiftorico - Chronologicorum
Leonardi Offerhaus Libri tres , quibus
Chronologia Sacra , Origines & Fata Regnorum
per Orientem , ut & Græcorum migratio-
·nes exhibentur. Accedunt Differtationes dua
de Ptolemao Aulete , & Vita Salvatoris privata
& publica ; necnon Diſſertatio D. Ten
Cate , qua dubiorum & difficilium quorumdam
è Prophetis locorum explicatio Evangelica
Hiftoria congruens traditur. A Groningue ,
1739. in 4°. L'Auteur s'eft proposé pour
regle de ne fuivre que le Texte Hébreu , &
de n'attaquer que très- rarement l'opinion.
d'autrui , lorfqu'elle eft apuyée du témoignage
de quelque Auteur digne de foi .
Cet Ouvrage eft terminé par la Differtation
de M. Ten Care , dans laquelle on explique
plufieurs endroits des Prophêtes , où l'on
croit
AVRI L.
1741. 755
croit qu'il s'agit du Meffie , & on en fait
voir la conformité avec l'Hiftoire de l'Evangile
.
MEMOIRES inftructifs fur la Vacance du
Trône Impérial , fur les Droits des Electeurs
& de l'Empire , fur la Capitulation Impériale
, fur l'Election , le Serment & le Couronnement
, & fur l'addition de la Capitulation
perpétuelle & du Suffrage de Boheme
, par le Baron de ** , Miniſtre à la Diette
de Ratisbonne. A Amfterdam , chés Pierre
Mortier , 741. in - 12.
RECUEIL CHOISI des Antiquités Romaines
de M. Heineccius , pour l'intelligence du
Droit , fuivant l'ordre des Inftituts de Juftinien.
A Strasbourg. Cinquiéme Edition ,
plus ample & plus correcte. 2. Vol . in- 8°.
1741 .
EXPERIENCES PHYSIQUES fur la maniere
de rendre l'Eau de Mer potable , fur la maniere
de conferver l'Eau douce , le Biſcuit
& le Bled , & fur la maniere de fabler les
Animaux , lûës dans les Affemblées de la
Societé Royale de Londres par M. Hales ,
Membre de cette Societé , in- 8 °. avec des
Figures. A Paris , chés Rollin , Libraire ,
Quai des Auguftins .
F iiij
OEU756
MERCURE DE FRANCE
CUVRES de Ciceron , avec des Commentaires
choifis , par M. l'Abbé d'Olivet , trois
Volumes. Le premier contient les Ouvrages
de Rhétorique de Ciceron ; le fecond & le
troifiéme , fes Philosophiques . Cette Edition
eft très -belle , foit pour le papier & les caractéres
, foit pour la diftribution . A Paris ,
chés J. B. Coignard , H. L. Guerin , J. Desaint
, & Jacques Guerin.
On trouve dans un nouveau Catalogue ,
publié en 1740. par Henri Albert Goffe &
Compagnie , Libraires & Imprimeurs à Geneve
, les Livres fuivans.
,
HISTOIRE des Eaux de Schwalbach , des
Bains de Wisbaden & de Schlangenbad ;
avec deux Relations curieuses , l'une de la
nouvelle Jérusalem , & l'autre d'une partie
de la Tartarie indépendante , &c. 1. vol . in-
8. Liege , avec figures.
HISTOIRE de l'origine & des premiers
progrès de l'Imprimerie . 1. vol. in- 4°. à la
Haye , 1740.
REMARQUES Hiftoriques fur les Médailles
& les Monnoyes . Par M. J. D. Koehler.
1. vol. in-4°. Berlin.
NOUVELLE Bibliothèque ou Hiftoire Litceraire
AVRIL. 1741 . 757
teraire des principaux Ecrits qui fe publient ,
commencée en Octobre 1738. jusqu'en Juillet
1740. in- 12 . La Haye , 1740 .
HISTOIRE de Thamas Kouli - Kan , Sophi
de Perse. 1. vol. in- 12 . Amfterdam , 1740.
ABREGE' de l'Effai de M. Locke , fur l'Entendement
humain , traduit de l'Anglois par
J. P. Boffet. 1. vol. in - 8 ° . Geneve , 1741 .
troifiéme Edition.
Le Programme qui fuit regarde un Ouvrage
important ; fa brieveté nous engage de
le donner en fon entier & tel qu'il nous a
été envoyé .
CULTORIBUS Erudite Antiquitatis
Auctores Editionis Muser Florentini.
I
N Prodromo , qui in lucem editus eft anno
MDCCXXXVI . promifimus quamprimum
daturos in manus doctorum hominum
quartum Volumen Mufei Florentini , complectens
Numifmata omnia maximi , ut aiunt,
moduli , numquam antea edita , quæ in Regio
Magni Ducis Etruria Thesauro exftant,
atque adfervantur. Singulari Volumine tunc
cenfuimus Tabulas omnes unà cum Observationibus
Cl . V. Antonii Francisci Gorii
Publici Hiftoriarum in patrio Lyceo Profes-
F v foris
,
*
758 MERCURE DE FRANCE
foris , exhiberi poffe . Sed quum he Observationes
non adeo breves , fed pleniores ,
longe quàm putabamus , fuerint : re poftea
bene perfpecta , coacti fumus in tria Volumina
juftæ quidem molis , universum opus
diftribuere ac dispescere. Interim quem duo
Volumina jam absoluta fint , ne diutius inutili
mora hoc opus Cultoribus eruditæ Antiquitatis
optatiflimum longeque gratiffimum,
retardetur , quinpotius Litteraria Reipublica
bono tandem prodeat , decrevimus in lucem
dare hæc ipsa duo Volumina , eodem chartarum
& typorum nitore , atque elegantia ,
ut reliqua , impreffa : tertium vero facile intra
hunc ipsum annum , ut fperamus , vel anni
vertentis primo vere.
Igitur Volumen primum & fecundum
( quæ in ordine reliquorum funt IV. & v . )
in lucem proferentur & diftribuentur à Typographo
noftro Francifco Moücke , proximo
menfe Februario hujufce anni MDCCLI.
In altero ex his primum exhibentur Tabula
omnes , non centum , ut antea fcriptum fuerat
, fed cxxxi . In fingulis hiscè Tabulis tria
Numismata maximæ formæ expreffa funt accuratiffime,
egregieque æri incifa , & quidem
longe emendatiffima , quum in iisdem conferendis
cum archetypis docti viri laboris temporisque
plurimum impenderint. In altero
vero Volumine , nimiruni v . adferuntur Ob--
fervationes
AVRIL. 1741. 759
fervationes & Fxplicationes fingulorum Numismatum
CLXXVI. que definunt in Commodo
Inperatore inclufive ; præmiffa fingu
Jocam Numismatum , quæ explicantur , descriptione.
Quidquid laboris , ftudii , ac didiligentiæ
in his Numismatis , quæ , ut diximus,
nunc primum evulgantur & illuftrantur
, impensum fuerit , in Præfatione Auctor
declarat.
Tertium Volumen in ordine Musei Florentini
fextum , mox , ut diximus , pervulgandum
, complectetur reliquorum Numismatum
maximorum Descriptionem , necnon
Observationes ejusdem Auctoris , & in fine
Indicem rerum locupletiffimum , exordio
facto à Numismate Septimii Severi Imperatoris.
Decembri mense elapfi anni MDCCXL. hæc
duo descripta Volumina jam absoluta , quum
in lucem proditura effent , inopinato & incredibili
casu accidit 111. Nonas ejusdem
menfis, quod nimia aquarum copia exundante
Arno , maximoque & irreparabili damno,
ut jam pervulgatum eft, majorem ultra citraque
urbis partem adluente, ea aquis fubmersa
, vel omnino perierunt , vel miserandum
in modum deformata , & corrupta jacuere.
Ducenta tantum exemplaria tum i v . tum v.
oluminis forte fortuna intacta fuperfuerunt,
uæ ex aquarum irruentium vi eripi , & fal-
F vj
vari
760 MERCURE DE FRANCE
vari ftatim potuerunt. Hæc interim in lucem
emittuntur ; & quia pauca funt , ut Sociis
noftris fiat fatis , integrum opus prelo iterum
committi mandavimus.
Igitur Sociis noftris , qui editis fuperioribus
Voluminibus Musei Florentini perhumaniter
fubscripsere , tum hæc duo Volumina , tum
etiam tertium , mox pervulgandum , dabimus
pretio Scutatorum xv . monetæ Florenrinæ
; adeoque pro duobus hisce Voluminibus
mense Februario à Typographo noftro
diftribuendis , folvent Scutata x . ejusdem
monetæ pro tertio poftmodum Scutata v .
dum illud accipient. Integrum hunc annum
fubscriptioni legitimum tempus ftatuimus &
adfignamus : hoc elapso , qui non fubcripserint
, pro tribus hifce voluminibus folvent
Scutata xx . monetæ Florentina ; adeoque
pro descriptis Voluminibus Iv . & v. Scutata
XIV. pro VI . vero Scutata fex . Hæc funt
quæ
Socios noftros fcire volumus . Bene valete.
Florentia XVIII . Kal. Februar. A. MDCCXLI.
Desbordes , Libraire à Amfterdam , débite
actuellement les Voyages du Chevalier d'Oliveira
, imprimés en Portugais fous le titre
de Memorias das Viagens de Francisco Xavier
de Olivier. Tomo I. Dans peu il débitera auſſi
un autre Ouvrage du même Auteur fous le
nom
AVRIL. 761 1741 .
nom de Mémoires de Portugal , avec la Eibliothéque
Portugaise , T. I.
CAMPAGNES PHILOSOPHIQUES , ou Mémoires
de M. de Montcal, Aide de Camp de
M. le Maréchal de Schonberg , contenant
l'Hiftoire de la Guerre d'Irlande , par l'Auteur
des Mémoires d'un Homme de Qualité. 4 .
Volumes in- 12 . Le premier , de 169. pages ;
le fecond , de 176. le troifiéme de 175. & le
quatrième , de 162. A Amfterdam , chés
Desbordes , près la Bourse , 1741 .
ELEGIE LATINE par M. le Comte de Mirabel
, Ingénieur ordinaire du Roy , mise en
Vers François par M. Majfon , de la Societé
Litteraire d' Arras. Brochure in 4° . M. DCCXL .
Cette Elegie porte pour titre , Atrebatum
Queftus. Ces Plaintes ont pour objet les
fleaux qui ont affligé la France cette année
derniere , déreglemens des Saisons
ftérilité , mortalité , &c. L'Auteur s'exprime
partout d'une maniere patétique , touchante
& cependant noble , & majestueuse
En quoi le Traducteur François
l'a heureusement imité. Nos Lecteurs en
jugeront par un Morceau ou deux, que nous
nous contentons de raporter ici , pour ne
pas nous jetter au - delà de nos bornes ordinaires.
Le Poëte commence ainfi .
Infandas
762 MERCURE DE FRANCE
Infandos liceat verbis aperire dolores ,
$ Non nunquam curas fallere verba valent.
Ne pudeat largos imo de pectore fletus
Fundere , quis lacrymis debeat effe modus !
Alme Pater , Nati partos tibi fanguine fervos ,
O pietas ! celfs protegat umbra manus.
Nate , Patri fimilis , fonti data victima mundo ,
O amor ! urgentis fis medicina mali.
Qui facro cacas recreati lumine Gentes ,
O perfectafalus ! Spiritus , affer opem .
Tot perpella Neces , Nati morientis amore ,
Virgofave , natos nos quoque mater amas .
therei Proceres , noftri quo cura receffit ?
Agnatum miferè languet , adefte , genus .
&c.
TRADUCTION.
PLAINTES du Peuple d' Arras..
De nos calamités traçons ici l'image ;
En parlant de fes maux fouvent on les foulage ,
Si le Ciel n'a point mis de borne à nos malheurs ,
Ne mettons pas auffi de mesure à nos pleurs.
Grand Dieu ! Pere immortel de tout ce qui respire ,
A l'ombre de ton bras , fous ton puissant Empire ,
Protege des Sujets rachetés par ton Fils ;
De notre liberté tout fon Sang fut le prix .
Et toi , Fils adorable , en tout égal au Pere ,
Des coupables Mortels Victime volontaire ,
Daigne
AVRIL. 1741. 763
Daigne du haut des Cieux nous tendre encor la
main .
Esprit , Saint , Feu facré , dont le fouffle divin
Fit prendre à l'Univers une nouvelle face ,
Laisse tomber fur nous un rayon de ta grace.
Vierge, qui par l'amour d'un Fils mourant en Croix
Souffiîtes , fans mourir , inille moits à la fois ,
Nous fommes vos Enfans , vous êtes notre Mere ,
Donnez -nous à ce titre un fecours nécessaire .
Et vous Hommes heureux , magnanimes Heros ,
Qui goûtez dans le Ciel un glorieux repos ,
Auriez- vous oublié que nous fommes vos freres ,
En ne ferez- vous pas touchez de nos miferes
& c.
Après l'énumération des calamités publiques
& génerales , le Poëte s'arrête & donne
ce nom à un Evénement qui regarde particulierement
la Ville d'Arras. Voici le lande
la Religion & de la pieté de l'Auteur.
gage
Prob dolor ! infauftos mala jam graviora fequuntur,
Quis novus attonitâ furgit in Urbe fragor !
Delicia, tutela, comes , virtufque fuperftes
⭑
>
* Le Calvaire d'Arras eft placé fur la Porte d'une
Tour de l'ancien Rempart qui fépare la Ville d'avec
la Cité. On en avoit com nencé la démolition ,
ce qui auroit occafionné la Tranflation de la Croix ,
lorfque M. le Maréchal d'A‹fal// reçû le la part
du Roy l'offre que fit M. PEvéqueras , de le
réparer à fes deperis . Cela a été exatu , avec magnificence
.
RUX
764 MERCURE DE FRANCE
CRUX procul hofpitiis exulat acta fuis .
Nec prohibere pii gemitus , fuspiria , planētus ,
Nec repetita valent nectere vota moras.
O Fortunatos tanto fub fydere cives !
Te fine quam miferos afpera fata manent !
Eneus ignito ferpentum vulnere lafis ,
Serpens Isacidis vifus , & orta falus .
Crux , in te pendens , vitiorum vulnere lafis
Chriftus Chriftiadis vifus , & orta falus .
Crux facro geminos fecernit limite cives >
Et facro geminos vincit amore fui.
Janua pandit iter populis adeuntibus urbem ,
Et Parafiliacumj inua pandit iter.j
Crux karet mediis in manibus infita tectis ,
Haret & in mediis infita pectoribus .
Certatim properat meritos impendere honores
Civis uterque , vocat civis uterque fuam .
O lux Chriftiadum ! gentis fpes fida redempta ,
Regia Crux , omnis fumma modufque boni ,
Ara falutifero litantis tincta cruore !
Eternum infolita pignus amicitia !
Tanta ne ceperunt antiqua tadia fedis ?
Quis nova follicitat quarere tecta locus ?
Dulces relliquia ! Cæli pretiofa fupellex !
Nata Deo & confors ! qua duce vera Fides !
Inclyta prodigiis Crux fecuriffima Turris ,
Prafidium patria , gloria , vita , falus !
Quid
AVRI L.
1741. 765.
Quid tantum potuere nefas committere cives ?
&.c.
Quo raperis tuus eft , quem fugis , ifte locus .
TRADUCTION.
Mais quel nouveau tumulte épouvente nos fens !
Sommes nous réservés à des fleaux plus grands ?
Objet de notre amour , richesse précieuſe ,
De graces , de vertus , fource mystérieuse
,
Croix Sainte ! en quel exil veux -tu te tranſporter
?
Quoi ! nos voeux empressés
ne peuvent
t'arrêter
?
Tu fuis , & tu parois infenfible
à nos larmes ,
Tu fuis , & c'eft en vain que tu vois nos allarmes
,
Citoyens
trop heureux
fous un Aftre fi beau !
Si nous perdons jamais ce radieux flambeau
,
Qu'allons-nous devenir ? que d'affreufes
tempêtes ,
Quel déluge de maux va fondre fur nos têtes !
Autrefois
un Serpent fauvoit le Peuple Hébreu ,
Mortellement
blessé par des Serpens de feu.
Aujourd'hui
tout couvert des blessures
du vice ,
Le Chrétien
dans la Croix trouve un fecours propice
.
O Porte , qui foutiens ce fardeau glorieux ,
Tu conduis à la Ville & tu conduis aux Cieux.
Par deux Peuples voifins fans cesse réverée ,
La Croix à deux Cités fert de borne facrée.
Ce beau Signe eft placé ( quel comble de douceurs)
Au milieu de nos murs , au milieu de nos coeurs .
Chacun
766 MERCURE DE FRANCE
Chacun vient à l'envi lui rendre fon hommage,
Chacun brigue fous elle un illuftre eſclavage ,
Chacun le veut pour foi. Lumiere du Chrétien ,
Prodige de faveurs , principe de tout bien ,
Du Monde racheté douce & ferme espérance ,
Bouclier des Elus , leur force , leur puissance ,
D'un Dieu Prêtre & Victime inébranlable Autel ,
D'un amour fans égal Monument immortel ,
O Croix ! mépriſez- vous le féjour où vous êtes ?
Qui vous porte à chercher de nouvelles retraites ?
Guide de notre Foi , riche tréfor des Cieux ,
Des tourmens de JESUS Inftrument glorieux ,
Miraculeufe Croix , l'apui de la Patrie ;
Sa gloire , fon falut , fa victoire , ſa vie ,
Reftez , où fuyez -vous ? le Lieu que vous quittez ,
Ce Lieu vous apartient , il eſt à vous , reftez .
&c.
mais Nous obmettons le refte à regret ,
nous ne sçaurions finir fans remercier publiquement
l'illuftre Auteur , qui a bien voulu
enrichir ce Journal d'une fi belle Piéce.
AVIS fur l'Armorial General de France.
M. d'Hozier , Juge d'Armes de France ,
Conseiller du Roy en fes Confeils , Maître ,
des Comptes , & c . chargé du grand Ouvrage
qui a pour titre Armorial General de
France ,
A VRI L. 1741. 767
France , ou Regiftres Géneraux de la Nobleſſ
du Royaume, donne avis au Public que le fe
cond Regiftre qu'il avoit compté publier au
mois de Janvier dernier , ne pourra paroître
qu'au commencement de Mai , parce qu'il a
été arrêté dans le cours de l'impreffion par
une grande quantité de Familles diftinguées
qui ont défiré avec empreffement d'être
comprises dans le Regiftre prêt à paroître ;
& ainfi au lieu d'un jufte Volume que
faire ce fecond Regiftre, à caufe des augmentations
confidérables que l'on y fait , il fera
en deux Parties , comme le premier.
devoit
On espere que le Public fera content & du
fond de l'Ouvrage & de la forme. La Nobleffe
de chaque Famille y eft remontée à fa
plus haute Epoque , & les Articles ont toute
l'étenduë qu'ils peuvent avoir . Les Faits
Hiftoriques des Familles y font détaillés
auffi bien que leurs Services, leur Illuſtration
& leurs Alliances. S'il fe trouve dans une
Famille un homme dont la vie ait parû digne
de la curiofité du Public , on en donne un
abregé , dans lequel on touche légerement
les Faits les plus confidérables ; & il y a aussi
plufieurs Observations Critiques, foit pour
l'Hiftoire Génerale , foit pour la réformation
des Ouvrages Genealogiques qui ont précedé
celui du Juge d'Armes .
A la fuite de la Préface , où l'on rendra
un
768 MERCURE DE FRANCE
fait
un compte plus particulier de ce que l'on a
pour perfectionner l'Ouvrage , on mettra
une Differtation contenant plufieurs Recherches
intereffantes fur laNobleffe . On y traitera
à fond des anciennes qualités des Nobles
, de leur origine , du tems où elles fe
font établies , de ce qui fert à défigner la
vraye Nobleffe d'extraction dans les differentes
Provinces , & felon les Coûtumes , &c.
En un mot on n'omet rien de ce qu'on croit
pouvoir aprendre quelque chose & faire
plaifir au Public.
EXTRAIT d'une Lettre écrite par M.
Barrere , Docteur & Profeffeur Royal en
Médecine de l'Univerfité de Perpignan , au
R. P. C. Docteur de Sorbonne.
I mé
E ne fçais , M. R. P. fi vous êtes inforque
mon petit Ouvrage fur la Botanique
, lequel vous avez eû la bonté de faire
insérer dans le fecond Volume du Mercure
du mois de Décembre dernier , page 2893 .
a été attaqué par un véritable Libelle , de la
compofition d'un jeune Médecin de notre
Univerfité , ci- devant mon Ecolier. Ce procedé
a parû fi extraordinaire , que je crus devoir
en porter mes plaintes à M. le Chancelier
, à qui je pris la liberté d'envoyer & ma
Differtation , & la Réponse du jeune Médecin
,
AVRIL.
769 1741 .
eut
cin , que j'ai raison de qualifier de Libelle.
En effet , M. R. P. M. le Chancelier ayant
jugé là - deffus avec fon équité ordinaire ,
la bonté d'écrire auffitôt à M. le Premier Préfident
& à M. le Procureur Géneral du Conseil
Souverain de Rouffillon , leur mandant
de faire ordonner par un Arrêt la fupreffion
de cette Critique fcandaleufe, qui porte pour
titre , Réponse à une Quftion de Médecine
dans laquelle on examine fi la Théorie de la
Botanique , ou la connoiffance des Plantes eft
néceffaire à un Médecin ? Par J. B. Garçon
Apotiquaire.
Le Conseil Souverain rendit le 2. Septembre
dernier un Arrêt fur les Conclufions de
M. le Procureur Géneral , qui ordonne la
fupreffion de cet Ouvrage , avec défenses de
le vendre , diftribuer , & c . fous les peines y
portées.
A Perpignan le 6. Février 1741 .
On écrit d'Angers du 25. Février , qu'il y
a eû un concours des plus habiles Jurisconsultes
des Provinces voisines , qui ont disputé
publiquement dans l'Univerfité de cette
Ville , une Chaire de Profeffeur en Droit de
4000. livres de rente , & que le 9. de ce mois
les Officiers du Préfidial , les Profeſſeurs en
Droit & les Anciens des Facultés de Théolo
gie & de Médecine , après avoir juré fur le
Saint
770 MERCURE DE FRANCE
Saint Evangile, d'élire celui qu'ils jugeroient
en être le plus digne par fa capacité, avoient
donné la Palme à M. Dubois , Avocat au
Parlement de Bretagne.
Le Mercredi 12. Avril , l'Académie Royale des
Sciences tint fon Affemblée publique , à laquelle
M. d'Argenfon , Confeiller d'Etat & Intendant de
Paris, préfida, comme Préſident de l'Académie pour
cette année .
Mrs le Chancelier , le Cardinal de Polignac , les
Comtes de Maurepas & de S. Florentin , Honorai
res de cette Académie , s'y trouverent
M. de la Peyronie , premier Chirurgien du Roy ,
ouvrit la Séance par la lecture d'un Mémoire , dans
lequel , après avoir réfuté les differens fentimens
des Anciens fur la partie de notre corps à laquelle
les principales fonctions de l'ame font unies , il effaya
de prouver par plufieurs Obfervations Anatomiques
fort curieufes , que la partie du cerveau nommée
le Corps Caleux , eft celle qui a la proprieté ,
tant qu'elle eft faine , de conferver cette faculté dé
l'ame , quoique toutes les autres parties du cerveau
foient affectées de maladies , & qu'au contraire lors.
que cette partie feule eft affectée , les autres étaat
faines , on perd auffi tôt la connoiffance & le raifonnement.
M le Monier , fils , lút enfuite un Mémoire , dans
lequel il annnonça une Hiftoire du Ciel , qui s'imprime
& qui eft fur le point de paroître ; cette Histoire
eft un Recueil de toutes les Obfervations Aftronom
ques, qui ont été faites à l'Obfervatoire Royal,
depuis fon établiffement , par Mrs Picard de la
Hire , &c auquel M. Monier a joint les fieunes ,
lefquelles lui ont fait faire une découverte impor-
Laute
AVRIL.. 1741 .
771
[
ante pour l'Aftronomie Cette découvere eft que
les rayons de lumiere éprouvent une variation de
réfraction du froid au chaud .
M. Duhamel út une Differtation fur les fractures
des Os & prouva que le Cal ou Calus , qui rejoint
les s rompus , tire fa fubftance du Periofte .
M. de Reaumur termina la Séance par une Disfertation
fur la Mouche nommée Araignée , qui
produit des Mouches auffi grofles qu'elle , au moment
de leur naiffance.
Le Mardi 11. Avril , l'Académie Royale des Inscriptions
& Belles Lettres , tint auffi fon flemblée pupblique
d'après Pâques . M. le Comte de Maurepas ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , y préfida M. de Boze ,
Secretaire Perpétuel , déclara d'abord que l'Acadé
mie avoit adjugé le Prix , dont nous avons expofé
le Sujet en fon tems , à M. l'Abbé Venuti de Cro
tonne , de l'Académie de la Crufca , & de celle
de Crotonne , Grand- Vicaire de S. Jean de Latran
.
M. de Boze ouvrit la Séance par l'Eloge de feu
M. Lancelot , Académicien & Infpecteur du College
Royal , lequel fut extrêmement goûté.
M. l'Abbé Vatry lût enfuite une Differtation
fur l'origine de la Comédie Grecque.
M. de Foncemagne lût la Vie d'un fameux Troubadour
, ou Poëte Provençal , nomme Guillaume de
Cabeftin , dont la fin fut très malheureuſe , & c.
Et M. l'Abbé Gedoin remplit le refte de la Séance
par l'Hiftoire de la Ville & des Tyrans d'Heraclée
, traduite des Extraits de Memnon qui fe trouvent
dans la Bibliothéque de Photius, & accompagnée
de Remarques.
Le Lundi 10. Avril , l'Académie Royale de Soisſons
772 M C
JETNANCE URE
fons tint fon Affemblée publique dans la Grande
Sale du Palais Epifcopal . M. Goffet , Doyen de l'Eglife
Cathédrale , Directeur , en fit l'ouverture par
un Difcours , dans lequel il déclara que c'étoit encore
M. l'Abbé Lebeuf , Chanoine & Sous - Chantre
d'Auxerre , qui avoit remporté le Prix de la Diflertation
fur P'Hiftoire de France , dont l'Académie
avoit propofé le Sujet . Il déclara auffi que c'eft pour
la derniere fois que M. l'Abbé Lebeuf feroit couronné
, fon Affciation récente à l'Académie des Inscriptions
& Belles- Lettres ne le lui permettant plus.
On fit enfuite la lecture de cette Diflertation fur
differens endroits qui concernent les Enfans de Clovis
, & en particulier fur la Chevelure des anciens
Francs . A la fin de cette lecture , l'Auteur , placé
immédiatement à côté de M. le Duc de Fit james,
Evêque de Soiffons , reçut de fes mains le Prix en
queftion , qui eft une Médaille d'or du prix de trois
cent livres , laquelle eft décrite dans plufieuis Mer-
& fingulierement dans celui du mois de Mai
1735 page 957. C'eft , au refte , la cinquième Médaille
que M. l'Abbé Lebeuf a reçû dans l'Académie
de Soiffons .
cures ,
Le 25. du mois de Mars dernier , l'Académie établie
à Rome pour faire des techerches fur les Rites
& fur la Liturgie , tint une Affemblée publique à
laquelle les Cardinaux de Boflu , Firrao & Spinola,
affifterent avec plufieurs perfonnes de diftinction ,
& Don Antoine Galli , Chanoine Régulier de Saint
Sauveur , & l'un des douze Académiciens , Y
une Differtation , dans laquelle il donna des preuves
de fon Erudition .
lût
SUITE
1
THE
FI
PULLIC
CRK
LARY
ARTOR
, LENOX
AND TILDEN
FOUNDATIONS
.
*
XV
.
REX
LUD
.
GEN
MDCCXXXVIII
NEVENSIS
PACATA
CHRISTI
AVRIL
773 1741.
SUITE des Médailles du Roy.
Ivers incidens , qui nous font étrangers ,
Davoient interrompu la suite des Méda lles du
Roy dans ce Journal ; nous la reprenons avec le
même zele. La Médaille' dont on voit ici la Gravûre
, a été frapée fur la pacification des troubles
de Geneve . D'un côté c'est le Portrait du Roy en
Bufte , avec l'Infcription ordinaire LUD. XV . REX
CHRISTIANISS . Et fur le Revers , le Génie de la
France , caracteriſé par les attributs & par l'Ecu de
fes Armes , paroît defcendre du Ciel , aportant une
branche d'Olivier à la Ville de Geneve , repréſentée
fous la figure d'une Femme , couronnée de Tours ,
dans le goût antique , & affife fur un Cube où les
Armes de Geneve font gravées . Pour Légende :
RESPUB. GENEVENSIS PACATA , & dans l'Exergue,
M. DCC . XXXVIII . Les Coins de cette Médaille
ont été gravés par M. Duvivier , Graveur du Roy
de l'Académie Royale , &c. connû depuis longtems
par fa grande capacité & particulierement par
la maniere heureuſe dont il a toujours exécuté les
Médailles du Roy.
>
Prefque en même tems la Ville de Geneve marqua
fa reconnoiffance par deux Médailles qu'elle
fit fraper. Dans la premiere , l'Infcription fuivante
enfermée dans une Couronne de Chêne , en occupe
un côté : DISSIDIA GENEV. COMPOSITA OFFICIIS
ET ARBITRIO LUDOVICI XV. REGIS CHRISTIANISS.
ET HELVET. CIVITATUM TIGURIN. ET BERNENS.
M. DCC. XVIII . De l'a tre côté , la Paix & la
Juftice , avec leurs Symboles , font debout , terrasfant
la Difcorde , avec un Autel au milieu , fur lequel
eft un feu allumé , & ces deux mots , SALUS
KEIPUBLICÆ.
L'autre , Médaille repréſente d'un côté le Comte
G
de
774 MERCURE DE FRANCE
de Lautrec en Bufte , avec cette Infcription : D. F.
COMES A LAUTREC , LEGAT. AD PAC. GENEV . Et
fur le Revers font caractériſées par leurs Symboles ,
la Force , la Prudence & la Juftice . Pour Legende
FORTITUDO PRUDENTIA ÆQUITAS . Et dans l'E- 、
xergue , CONSPICUÆ IN UNO .
Le St Maffe , l'un des Vingt- quatre de la Muſique
de la Chambre du Roy , vient de faire graver
un quatriéme Livre de Sonates à deux Violonchelles
ou deux Baffons , beaucoup plus aifé que les premiers
, que le Public a reçûs très - favorablement ; il
fe vend fix livres , aux adreffes ordinaires.
M. Bouvard vient de donner au Public un cinquiéme
Recueil d'Airs férieux & à boire , à une &
deux voix , avec accompagnement de Flûte , Violon
& la Baffe continue , mêlé de Brunettes , Mufettes
, Récits de Baffes , Ariettes & Vaudevilles .
Prix trois livres.
NANETTE , Cantatille à voix feule , avec accompagnement
de Mufette & la Baffe- continue , & un
Air Italien avec des Couplets. Prix 24. fols,
Ces deux Livres fe vendent à Paris , chés l'Auteur
, Cour du Dragon Ste Marguerite , Fauxbourg
S. Germain ;. la.veuve Boivin , à la Regle d'or , ruë
S. Honoré , le Sr le Clerc , rue du Roulle , à la Croix
d'or ; & chés le Sr Hue , Graveur de Muſique , attenant
le Palais Royal , chés un Bonnetier , vis- àvis
le Caffé du Sr Dupuis,
On a parlé dans le Mercure du mois dernier d'un
Ouvrage de M. Rameau , pour le Clavecin ; en voici
un autre à peu près dans le même genre qui
commence à faire du bruit. M. Geminiani vient de
propofer par Soufcription un Livre qui a pour titre
Guide
AVRIL. 1741. 775
Guide Harmonique , ou Combinaison fimple & fenfible
de tous les Raports que les fons peuvent avoir entre
eux , Ouvrage par le fecours duquel , fans avoir
aucune connoiffance de la Musique & fans cependant
fortir des regles de la Compofition , on pourra dans
l'inftant compofer de la façon la plus exacte & la plus
harmonique, & varier cette compofition à l'infini, infolio
gravé. Le nom de l'Auteur femble faire l'éloge
de cet Ouvrage. D'ailleurs ceux que nous avons
déja de lui font affés connus pour efperer beaucoup
de ce dernier. Ce n'eft point un Traité de théorie ;
tant de grands Maîtres nous en ont donné , qu'il
femble qu'on n'ait plus rien à fouhaiter de ce côtélà
; tout le fecret de celui- ci eft fous les yeux , il ne
s'agit que d'operer ; au moyen de cette efpece de
Dictionaire , vous vous trouvez conduit par des
exemples fenfibles & fûrs dans tous les accords
dont un ton peut être fufceptible , foit dans le naturel
, foit dans l'accidentel . Les Amateurs de Mu
fique , & furtout ceux qui s'adonnent à la Compofition
, ne peuvent trop s'intereffer au fuccès d'un
Ouvrage qui femble enfin nous dévoiler ce qu'un
Art, auffi agréable & auffi utile , a parû avoir juſqu'à
préfent de difficile & d'obfcur . Il a fait d'avance
l'étonnement de ceux à qui l'Auteur a bien voulu
le communiquer. C'eft un de ces Phénomenes
qu'on voit de tems - en-tems fortir du fein des Arts,
lefquels ont les leurs , ainfi que la Nature.
Les Soufcriptions fe délivrent chés Prault , fils ,
Libraire , Quai de Conty , vis -à- vis la defcente du
Pont- Neuf, à la Charité.
ESTAMPES NOUVELLES.
Dans le goût prefque univerfel qui s'eſt répandu
en France pour les Beaux-Arts , pour les Tableaux,
Gij
les
776 MERCURE DE FRANCE
lesEftampes& géneralement pour tout ce qui peut piquer
la curiofité des Gens de goût, le fieur Odieuvre ,
Marchand d'Eftampes , qui a déja fait paroître depuis
quelques années tant de Portraits intereffans ,
s'eft faté que le Public recevroit avec plaisir les
nouveaux foins qu'il s'eft donné pour faire paroître
trois nouvelles Eftampes d'après trois des plus beaux
Tableaux du Correge.
Lorfque les trois Sujets font fortis de la main
de ce fameux Peintre , ils repréfentoient Leda, Da
naé&Io, & on ne pourroit difcon venir qu'ils ne fusfent
admirables à tous égards , fi on en exceptoit un
peu trop de licence dans la compofition , qui empêcheroit
de les faire paroître aujourd'hui tels qu'on
les a vûs autrefois .
C'est par cette unique raifon que le fieur Odieuvre
s'eft déterminé à faire faire fur les anciennes
Planches quelques légers changemens par une habile
main , & qui d'ailleurs eft un des grands Admirateurs
pour tout ce qu'a produit le Pinceau du célebre
Antoine Correge .
Le fieur Sornique a gravé avec beaucoup d'intelligence
les nouveaux changemens qu'on a été obligé
de faire ; à peine s'aperçoit - on de quelque difference
dans le Burin ; & ces Morceaux , qu'on peut
placer hardiment partout , fans crainte d'offenfer la
plus grande délicateffe , forment aujourd'hui une
efpece de Suite de l'Hiftoire de Diane.
Dans l'un , cette Déeffe eft repréſentée , prenant
le Bain ; dans l'autre , elle rend à l'Amour les traits
dont ce Dieu l'a bleffée , & dans le troifiéme , on
la voit prefque endormie , & elle paroît attendre
l'arrivée d'Endimion.
LA FAMILLE DU MARECHAL , Payfage en large.
On voit une Forge fur le devant , Figures &
Chevaux
AVRIL. 1741 . 777
Chevaux qu'on ferre , &c. C'eft la 40. Eftampe
que le fieur Moyreau a gravée avec beaucoup d'in
telligence d'après Philipe Vauvremens , excellent
Peintre Hollandois , & d'après le Tableau original du
Cabinet de M. Porlier , Maître des Comptes. Elle eft
de la même grandeur que le Tableau , & fe vend chés
le fieur Moyreau , Graveur du Roy , rue Galande ,
vis- à-vis S. Blaiſe , 1741 .
LE MATIN , Payfage en large , d'un caractére
varié & admirable , avec Figures & Animaux , gravé
par Jacques- Philipe le Bas , d'après le Tableau
original de Berghem , 1741. fe vend à Paris ,
chés l'Auteur , Graveur du Roy , rue de la Harpe ,
vis- à vis la ruë Percée . Cette Eftampe fait également
honneur à la grande réputation du Peintre &
à l'habileté du Graveur.
Le même fieur Odieuvre , Marchand d'Eftampes ,
Quai de l'Ecole , vis - à - vis la Samaritaine , à la
Belle Image , vient de mettre en vente "
TROPHEES DE CHASSE , en fix Piéces en hauteur ,
deffinés par le feur C. Huet , & gravés par le fieur
Guelard , de très - bon goût..
Il vient auffi de mettre en vente les Portraits de
CHARLES III. DIT LE GRAS , Empereur, XXVIII .
Roy de France , mort en Souabe le 8. Janvier 888 .
après trois ans de Regne , deffiné par A. Boizot , &
gravé par J. G. de Will.
DOM BERNARD DE MONTFAUCON , Religieux
de la Congrégation de S. Maur , né au Château de
Soulage , Diocèfe de Narbonne , le 16: Janvier
1655. gravé par Tardieu , le fils,
On nous affûre que M. Chycoineau , Confeiller
d'Etat , Premier Médecin du Roy , ayant vû la gué-
Gij rifon
778 MERCURE DE FRANCE
1
I.
ifon d'un grand Prélat , qui avoit des Boutons ,
Rougeurs & Dartres au vifage depuis plus de huit
ans , & ayant apris d'ailleurs la guérifon de plufieurs
autres Perfonnes confidérables , par les Remedes
compofés & débités depuis plus de 40. ans
par Mad. de Leftrade , a bien voulu , pour l'utilité
& le foulagement du Public , donner fon Aprobation
pour les débiter.
Ces Remedes font une Eau pour la guérison des
Dartres vives & farineufes , Boutons , Rougeurs
Taches de rouffeur , & autres Maladies de la Peau.
Et un Baume blanc , en confiftance de Pomade
qui ôte les cavités & les rougeurs après la petite
vérole ; les taches jaunes & le hâle , unit & blanchit
le teint.
Ces Remedes fe gardent tant que l'on veut , &
peuvent fe tranfporter partout. Les Bouteilles de
cette Eau font de 2. 3. 4. 6. livres & au- deffus
felon la grandeur. Les Pots de Baume blanc , font
de 3. livres 10. fols , & les demi Pots d'une livre
15. fols.
Mad. de Leftrade , demeure à Paris , ruë de la
Comédie Françoife , chés un Grainetier , au premier
Etage. 11 y a une Affiche au- deffus de la porte.
Le Prélat dont on vient de parler , a gratifié la
De de Leftrade d'une Penfion fa vie durant.
›
CHANSON.
CHer Amant , pour pleurer ton abſence ;
Je cherche une retraite auſſi trifte que moi.
Ah ! trop heureuſe encor , fi ta perfeverance
Etoit le prix des pleurs que je répands pour toi !
LE
AVRIL. 1741. 779
LE PLAISIR DE RIRE ,
P
VAUDEVILLE.
Ourquoi ne chanter que le vin ,
Et le Dieu qui fait qu'on foupire ?
Pourquoi ne pas chanter fans fin
Le doux plaifir de rire ?
*
Un Yvrogne , qui nuit & jour
Jouit d'un bacchique délire ,
Procure à chacun tour à
Le doux plaifir de rire .
*
tour
Un Avare , qui meurt de faim ,
Pour épargner fa tirelire ,
Infpire à tout le Gente humain
Le doux plaifir de rire.
*
Un Amant épris des apas
De Célimene , ou de Thémire ;
Tous les jours ne donne - t'il pas
Le doux plaifir de rire ?
*
Un Petit- Maître turbulent ,
Lorfque fon vertigo l'infpire ,
Gij
Nous
780 MERCURE DE FRANCE
Nous fait goûter à chaque inſtant
Le doux plaifir de rire.
*
Un jeune Abbé lefte & poupin ,
Qui près de Climene foupire ,
Nous excite foir & matin
•
Au doux plaifir de rire .
*
Quand on voit un vieux Magiftrat
Qui conte fon tendre martyre ,
Il inſpire avec fon rabat
Le doux plaifir de rire.
XX
Lays , avec un-air badin ,
Range fous fon aimable empire.
L'homme fage & la Calotin ,
Amis , il en faut rire .
L'Affichard.
SPECTHE
1
PUBLICA
ASTOR , LENOX AND
TILDEN FOUNDATIONS.
THE
NEW
YORK
PUBLIC
LIPSARY
.
ABTOR
, LENOX
AND
TILDEN
FOUNDATORE
I
AVRIL. 1741. 781
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Comédie de l'Echo du
Public , Piéce en un Acte & en Vers. Par
les fieurs Romagnesi & Riccoboni, repréſentée
au Théatre Italien le 7. Mars dernier.
ACTEURS.
, La Critique
Un Suivant d'Apollon ,
Belife ,
L'Arlequin François ,
L'Arlequin Italien ,
Le Marquis ,
Philemon
L'Auteur >
la Dlle Silvia.
le Sr Sticoti.
la Dile Riccoboni.
le Sr Terodat.
le Sr Conftantini.
.
le Sr Rochart.
• le Sr Deshayes.
le Sr Riccoboni.
La Scene eft au Château de : Tuilleries .
UN Suivant d'Apollon ouvre la Scéne
avec la Critique , par un ordre exprès
d'Apollon , qui veut qu'elle devienne l'Echo
du Public, & qu'en cette qualité , elle réforme
les abus. La Critique a beau refuſer un
Emploi dont elle prévoit l'inutilité , elle eft
forcée d'obéir au Dieu du Parnaffe. Le bruit
de fa nouvelle dignité s'étant déja répandu
par tout , Belife eft la premiere qui vient la
trouver pour fçavoir ce qui fe paffe dans tou-
G v tes
782 MERCURE DE FRANCE
tes les Conditions ; la nouvelle Sybile ne
lui aprend rien dont elle ne foit déja informée
, & fur quoi elle n'ait déja fait des refléxions
critiques. Voici ce que le nouvel
Echo du Public lui aprend fur ce que ce
même Public penſe d'elle.
Ils difent que
les traits d'une fecrette envie
Contre tout votre Sexe animent vos difcours
Et que pour décrier une femme jolie ,
De cent propos malins empruntant le fecours ,
D'un ridicule affreux vous noirciffez ſa vie ;
Que vous n'épargnez point votre meilleure amie ;
Qu'à peine de chés vous quelqu'un s'en eſt allé ,
Que de cent traits mordans on le voit accablé ;
Que ce goût pour la raillerie
Vous fait fouvent calomnier ,
Et qu'on n'eft à l'abri de la plaifanterie
Qu'en fe retirant le dernier
Que cet étrange caractere
Eloigne de chés vous la fincere amitié
>
Et que fi vous traitez l'Univers fans pitié ,
Sur ce qui vous regarde il ne s'épargne guere .
La médifante Belife s'étant retirée , peu
fatisfaite de la fincerité dont l'Echo du Public
vient de faire profeffion , l'Arlequin
François vient la confulter à fon tour ; après
s'être défini lui- même , il n'aprouve pas la
définition
4.
783 AVRIL. 1741.
définition que la Critique fait de l'efprits
voici quelle eft la fienne.
A votre jugement vous donnez une entorfe ;
Un mot fuffit à pareil jeu ,
Er comme l'efprit eft un feu ,
On doit fentir le coup , voyant partir l'amorce.
Il fe plaint de la défertion des Spectateurs ,
qui venoient en foûle quand on ne les entendoit
pas ; l'Echo du Public lui répond
que c'eft précisément parce qu'ils font entendus
, qu'on ceffe de les venir voir . L'Arlequin
François veut fçavoir de la Critique , non
ce que l'Echo public dit de lui ; mais il veut
feulement aprendre d'elle ce qu'on dit de
l'Arlequin Italien;voici ce qu'elle lui répond :
L'Italien eft vieux , le François ne vaut rien .
Et pour le corriger de la curiofité qu'il a
de fçavoir ce qu'on penfe de fon Antagoniste
, préférablement à ce qu'on dit de lui mê
me , elle parle ainſi :
Voilà comme on penſe aujourd'hui ;
Chacun n'eft occupé que des défauts des autres;,
Je le pardonnerois , fi les fautes d'autrui
Pouvoient nous corriger des nôtres 9
Mais cela ne fe peut , & par bonne raiſon ;
Nos defauts & l'amour l'on
que
Qut une intime liaison
a
pour
foi-même
G. vij
784 MERCURE DE FRANCE
Et comme l'on ne peut condamner ce qu'on aime ,
On blâme fon voifin , fans y connoître même
Et notre exemple & fa comparaison.
L'Arlequin Italien qui furvient , interrompt
la converfation qui commençoit à s'échauffer
entre l'Arlequin François & la Critique.
Ces deux Arlequins fe traitent d'abord
avec beaucoup de politeffe & ſe difent
avec la même hypocrifie ce qu'ils ne pensent
nullement l'un de l'autre. L'Arlequin Italien
demande à la Critique ce que l'Echo duPublic
décide de fes talens ; la Critique lui demande
s'il veut fçavoir les défauts qu'on lui impute;
il lui répond , qu'il ne veut rien aprendre qui
lui déplaife. L'Arlequin François répond
C'eſt des Comédiens l'uſage accoûtumé ;
Ils font comme le Petit- Maître ,
Qui , du moment qu'il eft aimé ,
Ne s'embarraffe pas s'il mérite de Pêtre .
La Critique défaprouve cet ufage & en fait
sonnoître les pernicieuſes fuites par ces Vers :
C'eſt le Public qui cauſe ce malheur.
Par la même raison qui le rend favorable
Aux talens d'un paffable Acteur ,
S'il abufe de fa faveur ,
Il lui doit être inexorable , & c .
Les deux Arlequins, après avoir affés longtems
AVRIL 17410
785
tems diffimulé , jufqu'à fe loüer réciproquement
, en viennent enfin aux menaces &
aux coups . La Critique les congédie par cette
réponſe déciſive :
Les complimens que l'un à l'autre
En arrivant vous vous êtes pouffés ,
De la façon dont ils étoient penſés ,.
Font votre portrait & le vôtre.
Un Marquis des plus fats qu'il en fût jamais
, fuccede aux deux . Arlequins . Il demande
à l'Echo du Public ce que la Renommée
publie fur fon compte, & il le demande
avec une entiere confiance , parce qu'il ne
doute point qu'on ne lui ait rendu juſtice ,
tant dans les Champs de Mars , que dans :
ceux de l'Amour. La Critique lui dit que
toutes les belles proüeffes dont il s'aplaudit
avec tant de fécurité , font ignorées dans le
monde; pour achever de rabattre fon orgueil,"
elle lui parle ainfi :
D'après moi je vais vous parler
Avec une exacte franchife.
Une vertu qu'on veut trop étaler
Ne mérite pas qu'on la prife ;
Elle fe fait timpanifer ,
Pour peu qu'elle foit fanfaronne ,
Et le Public malin , fe plaît à refufer
Ce
786 MERCURE DE FRANCE
Ce qu'à foi-même l'on fe donne.
Rabatez donc de cette vanité
A tant d'honnêtes gens
Joignez à l'intrépidité
funefte ;
L'heureux talent d'être modefté ;
Si de vous faire aimer vous trouvez le fecret ,
Dans votre coeur renfermez cette gloire ,
Et fçachez qu'en amour un vainqueur indiſcret ,
Bien loin de triompher , avilit fa victoire ,
Puifqu'on en mépriſe l'objet.
Nous pafferons légerement fur les deux
dernieres Scénes. L'une eft avec un Mifantrope
qui s'ennuye de tout ; l'autre eft avec
un Auteur qui veut fe fingularifer par une
nouvelle maniere de compofer pour le Théatre.
Le premier s'apelle Philemon. LaCritique ,
au fujet de fon dégoût outré pour tout ce
qui n'a pas la grace de la nouveauté , lui fait
cette fage remontrance :
Je voi que votre efprit s'occupe
A chercher toujours du nouveau ;
Mais de ce fentiment on eft toujours la dupe ,
Le nouveau n'eft pas toujours beau.
Ne vaut- il pas bien mieux voir ces divins Ouvrages,
Qu'on a de tout tems admirés ,
Qui font le défeſpoir de ces Auteurs peu fages ;
Dont les pas chancelans & fouvent égarés ,
Courent
AVRIL 787 1741.
Courent après l'efprit dans leurs Vers bigarés ,
Et ne font que rimer les ennuyeufes pages
Des Romans les plus ignorés ?
Philemon infifte par cette réponſe :
Quoi ? ne faire plus rien ! j'en fuis inconfolable.
Reveillez les Auteurs de l'assoupiffement ,
Déeffe , & le Spectacle à mes yeux plus aimable ,
Fera tout de nouveau mon feul amuſement.
La Critique lui répond :
Je ne puis feconder le défir qui vous guide.
Par une Critique folide
J'effraye les Auteurs , loin de les animer ;
C'est mon Emploi de les tenir en bride ,
Mais vainement mon oeil les intimide ,
Leur amour propre a foin de rallumer ,
Malgré ma cenfure rigide ,
La fureur qu'ils ont de rimer.
Quant au Perſonnage de la derniere Scéne
qui nous peint le caractere d'un Auteur
qui ne travaille que pour fe fingularifer , on
voit bien qu'on veut faire tomber la Critique
fur l'ingénieux Auteur de l'Oracle , qui a été
du goût de tout Paris ; on prétend même
obfcurcir la gloire du fuccès par ces Vers
qu'on met dans la bouche de la Critique :
Une Actrice agréable & finement placée ,
L'an
788 MERCURE DE FRANCE
L'an paffé , foûtint le bonheur
D'une Piéce flateufe , où toûjours la penſée ,
Sans éblouir l'efprit , arrivoit droit au coeur , &c.
L'Auteur dans cette derniere Scéne veut
faire voir le ridicule d'une Piéce à trois ou à
deux Acteurs , par un plan de Comédie où
il prétend qu'il n'y ait qu'un feul Acteur , &
dont les Avantures de Robinfon peuvent faire
le Sujet. La Critique eft bien loin d'aprouver
ce nouveau deffein de fe fingularifer ,
finit cette ingénieufe Comédie par un remerciment
qu'elle adreffe au Public , & par
l'annonce d'une Fête ; voici comme elle s'exprime
:
A corriger les foibleffes humaines
Le Seigneur Apollon perdra toujours fon tems ;
Mes démarches ont été vaines ,
&
Mais quel bonheur , Meffieurs , quel doux fruit de
mes peines ,
Si j'ai pu vous flater pendant quelques inftans !
Enfans de Terpficore ,
Venez former des pas
badins ,
Et que vos Jeux dans ces Jardins
Annoncent le retour de Flore.
Le 10. Avril les mêmes Comédiens firent
l'ouverture de leur Théatre par une Piéce
Italienne en Profe & en trois Actes , intitulée
,
AVRIL. 1741 . 789
lée, Arlequin muet par crainte , dans laquelle
le fieur Carlo Bertinazzi , né à Turin , âgé
de près de 28. ans , joüa pour la premiere
fois avec aplaudiffement le Rôle d'Arlequin ,
qui eft le principal Perfonnage de la Piéce.
Cette Piéce , qui eft de M. Riccoboni ,
retiré du Théatre & toujours fort regretté
, avoit été joüée dans fa nouveauté le
16. Décembre 1717. par l'Auteur , & par le
fameux Thomaffin , d'une maniere à ne
laiffer rien à défirer par le jeu , le naturel
& la précision de ces deux incomparables
Sujets.
Le fieur Rochart , qui avoit fait le Compliment
au Public à la clôture du Thêatre , fit
auffi celui de l'ouverture , il s'exprima en ces
termes.
Mrs, ce jour, qui renouvelle nos foins & nos
hommages, devoit être marqué par une nouveauté
, que nous vous avions préparée ; mais
l'Acteur qui va avoir l'honneur de paroître
devant vous , pour la premiere fois , avoit
trop d'interêt & d'impatience d'aprendre fon
fort , pour nous permettre de reculer fon
début.
Si votre nouvauté tombe ( nous a - t'il dit )
j'aprendrai comme le Public fiffle , & c'est ce
que je ne veux point fçavoir ; fi elle réüſſit , je
Içaurai comme on aplaudit , & ferai peut - être
une funefte comparaison de fa réception à la
mienne :
790 MERCURE DE FRANCE
mienne ; & pour ne donner au nouvel Acteur
aucun lieu de reproche , nous nous fommes
entierement conformés à fes intentions .
Il fçait , Mrs , non -feulement ce qu'il a
à craindre en paroiffant devant vous , mais
en y paroiffant encore après l'excellent Acteur
que nous avons perdu , dont il va jouer
le même Rôle. Les ſujets d'une fi jufte crainte
, feroient balancés dans fon efprit , s'il
connoiffoit les reffources qu'il doit trouver
dans votre indulgence. Mais eft en vain
que nous avons effayé de le raffûrer ; il ne
peut être convaincu de cette vérité que par
vous- mêmes,& nous efperons , Mrs, que vous
voudrez bien foufcrire aux promeffes que
nous lui avons faites de votre part.Elles font
fondées fur une fi longue & fi heureuſe expérience
, que nous fommes auffi fürs de vos
bontés , que vous devez l'être de notre zele,
& de notre profond respect.
Le 18. les mêmes Comédiens remirent au
Théatre Belphegor , Comédie - Ballet , en
Profe et en trois Actes , avec trois Intermedes
de Chants et de Danfes. Cette Piéce
qui eft de la compofition du feu Sr le Grand
Comédien du Théatre François , avoit été
donnée dans fa nouveauté le 24. Août
1721. avec fuccès . On l'a revûë encore avec
beaucoup de plaifir.
Le 20, ils donnerent une Piéce nouvelle
Italienne
AVRIL. 1741. 791
Italienne qui n'avoit jamais été joie à l'Hôtel
de Bourgogne . Elle eft en trois Actes
et a pour titre , le Défi d' Arlequin & de
Scapin. C'eft une Piéce dans le vrai goût
Italien , avec un Jeu de Théatre continuel ,
exécuté par le nouvel Arlequin et Scapin ,
qui jouent les Rôles de Valets , de Mario
et de Lelio : ces deux fourbes fe diſputent
chacun la gloire de réuffir dans leur entreprife
pour tromper Pantalon & le Docteur ,
dont la fille et la niéce font les Amantes de
Mario et de Lelio ; les deux Amans obtiennent
enfin ( pour finir la Piéce ) le confentement
des deux Vieillards , et épouſent
leurs Maîtreffes . Cette Comédie eft terminée
par un fort joli Divertiffement , dont
l'exécution a fait beaucoup de plaifir.
Le Théatre François vient de faire une perte
des plus confidérables . Le Sieur Dufresne
qui , quoique dans un âge peu avancé , fe
trouve le Doyen de tous fes Camarades , &
géneralement regretté , le Sieur Duchemin,la
Dlle Quinaut Dufrefne , & la Dlle Jouvenot,
ayant obtenu la permiffion de fe retirer.
Le 10. Avril , les Comédiens François
firent auffi l'ouverture de leur Théatre par
la Tragédie d'Abfalon , tirée de l'Ecriture
Sainte de feu M. Duché , de l'Académie
Royale des Infcriptions et Belles- Lettres.
Cette
792 MERCURE DE FRANCE
Cette Piéce n'avoit pas été donnée depuis le
12. Juillet 1730. qu'elle fut remife au Théatre
avec un très -grand fuccès. Les Rôles de
David , d'Abfalon d'Achitophel , de foab ,
&c. étoient remplis par les Sieuts Sarrazin ,
Dufresne , Legrand , & Dubreüil . Le Sieur
Grandval remplace aujourd'hui le Sieur Dufrefne
, & la Dlle Gauffin joue le Rôle de
Tharez que jouoit la Dlle Dufrefne. On a
parlé amplement de cette Piéce , par l'Extrait
circonftancié que nous en avons donné
dans le Mercure d'Août 1730. page 1832.
Le même jour , le Sieur Grandval fit le Compliment
qu'on adreffe ordinairement au Public
à l'ouverture du Théatre , lequel fut
aplaudi.
Le 18. ils repréfenterent la Tragédie de
Phedre & d' Hippolite , dans laquelle le Sieur
d'Angeville , âgé d'environ 18. ans , qui n'a
jamais parû fur aucun Théatre public , joüa
pour la premiere fois le Rôle d'Hippolite
avec beaucoup d'intelligence , & fort au grét
du Public. Il eft frere de la Dlle d'Angeville,
dont les talens font fi connus du Public .
Il a encore joué depuis avec plus de fuccès
le Rôle de Xipharés dans la Tragédie de
Mithridate.
Le 11. Avril , l'Académie Royale de Mufique
fit l'ouverture du Théatre par la Tragédie
A V RIL. 793 1741 .
و ا
gédie de Nitetis , Piéce nouvelle , dont le
Poëme eft de M. de la Serre mis en Mufique
par M. Mion , Compofiteur de Mufique.
Nous parlerons plus au long de cet
Ouvrage le mois prochain , ayant été reçû
favorablement du Public.
Le 27. on donna , par extraordinaire , une
Repréſentation de Proferpine , pour la Capitation
des Acteurs , comme cela fe pratique
toutes les années. La Dlle le Maure remplit
le Rôle de Cérès , au grand contentement
du Public,
Les Vers qu'on va lire font adreffés à la
Dile le Maure , à l'occafion du Rôle de
Cérès qu'elle avoit joué dans cet Opera.
De fard & de pompons la nature accablée ,
Par la main des Auteurs en Coquette affublée ,
Se dégoûta du coeur pour faire de l'efprit :
Le langage , ou plutôt le jargon qu'elle prit ,
Fut un cabos luifant de phraſes hazardées ,
Un corps abftrait d'analyfe d'idées .
Le fentiment fi fimple & fi naïf ,
Devint un faifeur d'Epigrammes.
La Mufique , d'un ton rétif 1
Exprimoit de l'amour les langueurs & les flâmes ;
Et l'Actrice , en venant déplorer fon malheur ,
Et reprocher au fort fa cruelle injuſtice ,
Jettoit fur le Parterre un re rd de Couliffe,
Et
794 MERCURE DE FRANCE
Et faifoit minauder le coeur.
Ces faux brillans féduifoient la nature ;
Lorfque les partifans de fes premiers attraits ,
S'écrierent en Choeur , pour venger cette injure :
Cérès , favorable Cérès ,
Ecoutez nos triftes regrets.
Cérès paroît , la voix ſe fait entendre ,
Elle répand le trouble dans nos fens ;
Nos coeurs font les échos qui s'empreffent de rendre
La tendreffe de fes accens.
Ses flambeaux verfent moins de terreur & de
flâmes ,
Que l'immensité de fes fons
N'en répand au fond de nos ames ;
C'eft nos coeurs qu'elle brûle , & non pas les
moiffons.
O toi , Divinité fi tendre & fi terrible ,
Ne te laffe jamais de triompher de nous ;
Fais frémir l'envie en courroux ; `
Des éclats de ta voix perce fon antre horrible , ~
Et vois tomber à tes genoux
Et le monde penfant , & le monde ſenſible.
Jadis le don des coeurs , aux yeux des immortels
Renfermoit tout le prix des hommages fuprêmes ;
*
Nous n'ofons pas t'élever des Autels ,
Mais nos offrandes font les mêmes .
Allufion aux flambeaux avec lesquels Cérès paroit
au troifiéme Acte.
NOUAVRIL.
1741.
795
NOUVELLES ETRANGERES .
TURQUIE.
N mande de Conftantinople que les Séditieux
qui demandoient la dépofition de Sa Hauteffe
ou celle du Grand Vifir , avoient été obligés de rentrer
dans le devoir , & qu'on en avoit fait mourir
trente des plus mutins .
A
nou-
Il y eut le onze Janvier dernier une
velle Sédition , qu'on apaifa avec bien de la peine
, les Séditieux . vouloient mettre fur le Trône
le Fils du Sultan Achmet , à qui les Japisfaires
ont ôté l'Empire il y a quelques années ;
le parti qui défire la guerre vouloit profiter
de la circonftance pour déterminer le Grand
Seigneur à rompre la Paix avec la Reine de Hongrie
& avec le Czar , mais Sa Hauteffe a refufé de
faire aucune démarche contraire, aux engagemens
qu'elle a pris par les derniers Traités .
On a apris depuis , qu'il y avoit toujours
de fort grands troubles , qu'il continuoit de
regner beaucoup de divifion dans le Divan , & que
Sa Hautefle avoit dépofé le Reys Effendy ou Grand
Chancelier , & fait trancher la tête au Premier Interprete
de la Porte .
Le Grand Seigneur a été obligé pour fatisfaire .
ceux des fes Sujets qui veulent que Sa Hauteffe fasfe
affembler un Corps de Troupes dans la Servie ,
d'ordonner que 30000. Janiffaires & 10000. Spahis
fe rendiffent dans les environs de Belgrade , pour y
former un Camp , mais Sa Hauteffe a fait affûrer
en même tems le Comte d'Uhlefeldt , Ambasfadeur
796 MERCURE DE FRANCE
fadeur de la Reine de Hongrie , qu'elle perfiftoit
dans le deffein d'obferver fidelement le dernier
Traité de Paix conclu avec le feu Empereur.
TRIPOLI.
Es lettres reçûës de cette Ville du s. du mois
L'de Fevrier dernier , marquent que Dom Hyacinte
Vofchi y eft arrivé de Naples avec caractére
¡
de Miniftre Plénipotentiaire du Roy des deux Siciles
, pour figner le Traité de Paix & de Commerce
entre S. M. Sic. & la Régence de cet Etat ; qu'il a
aporté plufieurs préfens pour le Bey & pour les Cors
feillers du Divan , & que le Roy des deux Siciles a
envoyé en même- tems au Pays une Tartane chargée
de grains , dont l'arrivée a fait d'autant plus de
plaifir, que le bled étoit à un prix exceffif.
RUSSIE
Na apris du 20. de Février dernier , que le
Comte Erneft Jean de Biron étant toujours
fort malade à Schlieffelbourg , on n'a pu encore le
transferer dans la Citadelle de Pétersbourg , & que
jufqu'à préfent on ne lui a point prononcé fon jugement
. Les Commiffaires qui ont été chargés
d'inftruire fon procès & celui des autres prifonniers,
ont fait fubir un nouvel interrogatoire à quelquesuns
de ces prifonniers , & en particulier à M. de
Beftuchef, qu'on affûre s'être juftifié de la plupart
des accufations formées contre lui.
Le Czar a fait remettre en liberté les filles du
Comte Wolinsky , Miniftre du Cabinet , qui a eû la
tête tranchée quelque tems avant la mort de la Cza
rine , & S. M. Cz. leur a permis de fe retirer dans
une de leurs Terres.
Le
AVRIL
1741. 797.
Le Feldt Maréchal Lefcy n'eft point allé en Curlande
, comme le bruit en avoit couru.
Les Etats de Curlande doivent s'affembler incesfamment
, pour procéder à l'Election d'un nouveau
Souverain , & on affûré qu'ils éliront un frere du
Prince de Brunſwick Bevern .
On a apris d'Ukraine , que Donduck Ombro ,
Kan des Calmouques , Tributaires de S. M. Cz lequel
avoit refufé de fe foûmettre à la difpofition
teftamentaire par laquelle la feuë Czarine avoit déclaré
le Comte Erneſt Biron , kégent de Moſcovie,
avoit non-feulement reconnû l'autorité de la Princeffe
actuellement Régente , mais qu'il devoit lui
envoyer un de fes principaux Officiers , pour l'affûrer
qu'il rechercheroit avec empreffement toutes les
occaſions de lui marquer fon zele & fon attachement.
Le 3. du mois dernier , quatre Sénateurs allerent
à la Fortereffe de Schliffelbourg pour lire au Comte
Ernest Biron le jugement prononce contre lui, &
le Czar lui fit annoncer enfuite par un de fes Chambellans
, qu'il vouloit bien lui accorder la vie .
La mauvaiſe fanté du Feldt Maréchal Comte de
Munich ne lui permettant pas de vacquer aux affaires
dont il étoit chargé , ce Premier Miniftre a donné
fa démiffion de tous fes Emplois , & la Princeffe
Régente , qu'on affûre n'y avoir confenti qu'avec
peine , lui a fait accorder par le Czar une Penfion
de 15000. Roubles.
On a apris depuis peu de Pétersbourg , que le
Comte Erneft Biron , qui paroît un peu plus tranquille,
depuis qu'on lui a annoncé que le Czar avoit
bien voulu lui accorder la vie , fera conduit en Siberie
, dès que la Maiſon qu'on conftruit à Tenifes
koy , pour l'y enfermer avec fa femme & fes enfans
, fera achevée. Lorsqu'ü a apris dans fa prifon ,
H que
798 MERCURE DE FRANCE
que le Feldt Maréchal Comte de Munich s'étoit
démis de tous fes Emplois , il a crû que ce changement
pourroit rendre fa fituation " differente ,
& qu'il obtiendroit quelque adouciffement à fon
exil , mais il paroît qu'il s'eft flaté à cet égard d'une
vaine efperance. La Princeffe Régente lui a fait di
re par le Sénateur Cruschoff , qu'il auroit la liberté
d'emporter avec lui tous les meubles dont il croiroit
avoir befoin.
Le Jugement prononcé contre ce prifonnier n'a
point encore été rendu public , & il ne le fera que
lorfque le Manifefte , qui doit expliquer les crimes
- dont il a été déclaré convaincu , fera en état de
roître .
pa.
Le Gouvernement fait des recherches fur la conduite
de plufieurs perfonnes qu'on accuſe d'avoir
commis des malverfations fous le dernier Regne ,
particulierement dans l'Emploi des fommes deftinées
aux dépenfes de la guerre contre les Turcs, &
l'on a arrêté M. Fennin , Maître des Requêtes , &
ci-devant Premier Commis du Bureau de la Guerie,
lequel a été Sécretaire du Feldt- Maréchal Comté
de Munich.
ALLEMAGNE.
N mande de Vienne , que le Comte de Neuperg
a dû partir le 4. du mois dernier pour aller
prendre le commandement des troupes qui font
affemblées en Moravie , d'où on a apris que cent
Huffards de la Garniſon de Glatz , en Siléfie , avoient
entierement défait un Eſcadron des troupes du
Roy
de Prufe , & qu'ils avoient pris aux Ennemis deux
Etendarts , deux paires de Timbales & environ 60.
-chevaux .
Le Géneral Braun a mandé à la Reine qu'un ause
détachement de Huffards , de la Garnifon de
Brieg ,
AVRIL. 1741.
Brieg, ayant attaqué 400. Pruffiens qui conduifoient
un Convoy , il les avoit mis en fuite , & qu'il s'étoit
emparé d'un grand nombre de chariots chargés
de munitions .
S. M. a rendu à la Nobleffe du Royaume de
Hongrie plufieurs privileges qui lui avoient été ôtés
fous les derniers Empereurs , & cette Nobleffe, en reconnoiffance
de cette grace, s'eft engagée à monter à
cheval dès que la Reine aura befoin de fes fervices .
Sur l'avis qu'on a reçû que les Turcs paroiffoient
être dans le deffein de faire rétablir les fortifications
de Belgrade , la Reine a envoyé ordre au Comte
d'Uhlefeldt , fon Ambaffadeur auprès du Grand Seigneur
, de faire des repréfentations à Sa Hauteffe
fur ce fujet.
Le Comte de Braun a fait fçavoir à la Reine qu'i
avoit fait entrer du fecours dans la Ville de Neiff ,
& qu'il avoit mis en déroute un Corps de 7. à 800 .
hommes des troupes du Roy de Pruffe . Ce Géneral
a en même-tems informé S. M. que le Feldt Maréchal
de Schwerin s'étant avancé à la tête d'un dé.
tachement des troupes Pruffiennes , pour reconnoître
le Pays entre Jagerfdorff & Troppau , le Régiment
de Huffards de Deloffi l'avoit attaqué , &
qu'on avoit fait en cette occafion so. prifonniers.
La Reine de Hongrie a ordonné que le Prince
dont elle accoucha le 1. du mois dernier , portật
le nom d'Archiduc , fuivant l'ufage établi pour les
Princes Fils des Souverains de l'Archiduché d'Autriche
. ཚ་སི །
Le Comte de Neuperg , qui a pris le commandement
des troupes affemblées en Moravie , a mandé
à S.M.que lesPruffiens avoient abandonné le Fort
de Jablunka , & que le Feldt-Maréchal de Schwerin
, qui s'étoit avancé dans les environs de Tefchen
& de Jagerndorff , s'étoit retiré du côté de Breſlaw.
Hij Le
800 MERCURE DE FRANCE
Le Duc d'Uzeda a été condamné à mort, mais la
Reine lui a fait grace de la vie & S. M. a ordonné
qu'il fût transferé de Neuftadt à Gratz , en Stirie,
pour y demeurer dans la Citadelle le refte de fes
jours.
On aprend de Vienne du premier de ce mois ,
qu'il y paroît un nouveau Mémoire par lequel la
Keine répond à des Ecrits que le Roy de Pruffe a
fait publier depuis quelque tems.
Cette Réponse porte que S. M. n'a eû que trop
de
ménagement pour ce Prince , & que fi elle a quelque
chofe à fe reprocher , c'eft de s'être fié trop
légerement aux affûrances flateules qu'elle en a reçûës
; que la modération de la Reine a éclaté dans
tous les Ecrits qui ont été publiés en fon nom , &
que la Déclaration remife de fa part au Comte de
Gotter & au Baron de Borck, en eft une preuve qui
ne peut paroître équivoque ; que S. M. y a requis
très- inftamment le Roy de Pruffe, & qu'elle l'a conjuré
par toutes les confidérations capables de faire
impreffion fur le coeur d'un grand Prince , de retirer
les troupes de Siléfie ; qu'elle a offert en mêmetems
de faire tout ce qu'on pourroit raiſonnablement
attendre d'elle , pour parvenir à un accommodement
; qu'un pareil langage eft fort different
des hauteurs que le Roy de Pruffe lui reproche , &
qu'on ne trouve pas le même caractere dans les
Écrits de la Cour de Berlin ; que bien loin qu'on
puiffe accufer la Reine de n'avoir pas confervé les
égards convenables , elle les a pouffés fi loin , que
fa modération pendant quelque tems l'a rendû fufpecte
à plufieurs autres Puiflances ; que S. M. ne ſe.
repent pas cependant d'avoir tenu cette conduite ,
& qu'elle a formé une réſolution invariable de pren
dre la vérité & la droiture pour les guides , & d'avoir
pour le Roy de Pruffe toute l'attention que les
Têtes
A V.RIL. 801
1741.
Têtes couronnées fe doivent mutuellement , même
en tems de guerre .
Ce Mémoire finit par une Réponse de la Reine à
P'Ecrit que le Roy de Pruffe a adreffé en dernier
lieu à fes Miniftres , pour être communiqué à
ceux des Cours Etrangeres.
.
L'Univerfité de Vienne a fait célebrer un Service
pour le repos de l'ame de l'Empereur dans l'Eglife
Métropolitaine , au milieu de laquelle elle avoit
fait élever un magnifique Catafalque.
O
FRANCFORT.
N aprend de cette Ville du 6. de ce mois que
les principaux Articles fur lefquels on doit déliberer
dans les Conférences qui fe tiendront à
Offenbach avant l'ouverture de la Diette d'Election,
font les difficultés concernant le Vicariat General
qu l'Electeur de Baviere & l'Electeur Palatin exercent
conjointement , & le College du Vicariat qu'ils
ont établi en conféquence à Ausbourg ; le droit que
le Prince slectoral de Saxe prétend avoir de repréfenter
Pelecteur de Boheme dans la Diette ; la forinule
de la Capitulation qu'on fera figner au nouvel
Empereur après fon Election ; le redreffement
des griefs de plufieurs Princes & Etats de l'Empire,
& la décifion des autres affaires qui peuvent intereffer
la tranquillité de l'Allemagne.
RATISBONNE.
Na apris du 16 du mois dernier que le Roy
porte, que S. M. Pr. a été informée avec beaucoup
de déplaifir, que l'entrepriſe qu'elle a été obligée de
former pour le maintien de fes droits ſur la Siléſie ,
Hiij donnoit
1
To2 MERCURE DE FRANCE
donnoit quelque inquiétude à plufieurs Princes &
Etats Catholiques de l'Empire , lefquels croyent
avoir lieu d'apréhender que les habitans de ce Duehé
, qui font de lear Communion , ne puiffent plus
profeffer leur Religion avec liberté fous un Prince
Proteftant. Le Roy de Pruffe déclare dans ce Ref
erit , qu'il eft très - éloigné de rien faire qui puifle
autorifer cette crainte , & qu'il eft réfolu au contraire
de maintenir les Catholiques de Silésie , auffi
bien que le refte des habitans de cette Province ,
dans la joiffance de tous leurs privileges ; qu'il
tiendra à leur égard la même conduite qu'il tient à
Pégard des Catholiques de fes autres Etats , & qu'il
évitera toujours avec une extrême a tention tout ce
qui pourroit lui attirer le titre odieux de Perfecuteur.
I paroît à Ratisbonne un Mémoire au ſujet du
droit que le Prince Electoral de Saxe prétend avoir
de donner fa voix pour le Royaume de Boheme dans
la Diette qui doit le tenir pour l'Election d'un Empereur.
Le Miniftre qui réude en cette Ville de la part du
Roy de Pruffe , a remis à la Diette de l'Empire un
nouveau Mémoire intitulé Raifons qui prouvent ένια
demment que l'entrée des troupes de S. M. Pr . en Siléfie
ne met point la Cour de Vienne en droit de reclamer
lefecours des Puiffances, garantes de la Pragmatique
Sanction..
Ce Mémoire porte que la Pragmatique Sanction
eft une difpofition de Famille , faite par le feu Empereur,
pour établir l'ordre de fucceffion de fes defcendans
, & que les Puiffances qui ont garanti l'execution
de cette difpofition , fe font engagées feulement
à empêcher que cet ordre de fucceffion ne
fût troublé ; que l'Empereur , en demandant la garantie
de la Pragmatique Sanction , n'a pû prétendre
que les Puiffances , qui fe chargoient de cette
garantie ,
AVRIL. 1741. 803
garantie , s'impofaffent la loi de maintenir la Maifon
d'Autriche dans la poffeffion des biens qui ne
lui apartiendroient pas , & que les Puiffances garantes
, en promettant de faire executer la Fragmatique
Sanction , n'ont pu avoir pour but de s'opofer
aux démarches des Souverains , qui ayant de
juftes prétentions fur quelques- unes des Provinces
dont la Maifon d'Autriche le trouve en poffeffion ,
feroient leurs efforts pour fe faire rendre les biens
qui leur apartiennent ; que ce feroit avancer un paradoxe
infoûtenable , que de dire qu'il fuffit à un
Prince , pour annuller les droits de ceux qui font
fondés à reclamer une partie de fes poffeffions ,
d'ordonner que ces poffeffions ne foient point partagées
; que le Roy de Prufle n'eft nullement dans
le deffein de renverfer l'ordre de fucceffion , établi
dans la Maifon d'Autriche par le feu Empereur ;
qu'il n'eft pas moins éloigné de vouloir favorifer
les Puiffances qui entreprendroient de donner atteinte
à la difpofition faite pour établir cet ordre
de fucceffion ; qu'il fé borne à poursuivre les droits
particuliers , & qu'il employe pour cela les moyens
que les coûtumes de toutes les Nations autorifent
entre les Princes qui ne reconnoiffent point de Juges
; qu'ainfi la Reine de Hongrie n'a aucun droit
d'exiger que les Puiffances , qui ont garanti l'execution
de la Pragmatique Sanction , lui fourniffent
des fecours contre S. M. Pr. & que ces Puiffances ,
fi elles veulent s'en tenir aux engagemens qu'elles
ont pris par leur garantie , ne peuvent offrir que
leur entremife , pour procurer un accommodement
entre la Cour de Vienne & celle de Berlin , puifque
ni ces Puiffances ,ni même la Pragmatique Sanétion,
dont elles fe font rendues garantes, ne fouffrent aucun
préjudice par les prétentions particulieres que
le Roy de Pruffe peut avoir fur une petite étendue
de Pays. Hij Les
804 MERCURE DE FRANCELes
dernieres Lettres de Ratisbonne portent, que
la Reine de Hongrie avoit fait remettre aux Miniftres
qui compofent la Diette de l'Empire , un
fort long Mémoire , dans lequel elle entreprend de
réfuter les raiſons fur lefquelles le Roy de Pruffe fe
fonde pour juftifier fon entrepriſe fur la Siléfie.
PRUSSE.
A Reine de Pruffe a apris le 11. du mois der-
Lnier ,que le Roy étant informé qu'il y avoit
encore dans le Grand Glogaw des vivres & des
munitions pour trois femaines , & ne voulant pas
s'arrêter fi long tems devant cette Place , S. M. s'étoit
déterminée à tâcher de s'en emparer par furpri
fe ; que la nuit du 9. au 1o. de ce mois , par fa
grande obfcurité , s'étoit trouvée favorable au desfein
du Roy , & que S. M. ayant fait une fauffe attaque
du côté dont la Place eft plus foible , elle
avoit en même- tems fait donner l'affaut dans un
endroit par lequel les Affiégés ne devoient pas pré
fumer naturellement qu'ils feroient attaqués : que
comme le Comte de Wallis avoit pris la fauffe attaque
pour la véritable , il avoit mis toute fon attention
à repouffer de ce côté les Affiégeans , & qu'il
avoit dégarni de troupes les endroits où il croyoit
avoir moins à craindre ; qu'ainfi les troupes du Roy,
commandées pour la véritable attaque , étoient entrées
par efcalade dans la Place, fans éprouver pres
que de réfiftance , & qu'elles avoient contraint
le Comte de Wallis de fe rendre prifonnier de
guerre avec tous les Officiers & les Soldats de la
Garnifon .
La Reine a été informée en même tems que 70.
Dragons du Régiment de Schullenbourg, ayant été
attaqués près de Beaumgarden par 5oo. Huffards
des
AVRIL. 805 1741.
des troupes de la Reine de Hongrie , s'étoient défendus
avec tant de valeur , malgré leur petit nombre
, qu'ils s'étoient fait jour au travers des ennemis
, après leur avoir tué beaucoup plus de monde
qu'ils n'en ont perdu.
On a apris depuis que le Roy n'étoit point, comme
on l'avoit publié , à la tête des troupes qui ont
emporté d'affaut le Grand Glogaw. Cette Place a
été prise par le Prince Léopold d'Anhalt Deffau ,
qui commandoit le blocus , & on n'a été inftruit
exactement de la maniere dont cette entreprife a
été exécutée , que par une Relation qui contient les
particularités fuivantes .
S. M. ayant envoyé le 7. du mois dernier un Officier
au Prince Leopold ' Anhalt Deflau , pour lui
ordonner d'attaquer le Grand Glogaw l'épée à la
main , le Prince Leopold fit affembler le lendemain
de grand matin les principaux Officiers des troupes
qui étoient fous les ordres , & il leur déclara qu'il
falloit dès le foir même donner l'affaut Après leur
avoir donné par écrit la difpofition des differentes.
attaques , il marqua aux Capitaines , deftinés à con
duire les premiers détachemens , les endroits par
lefquels ils devoient entrer dans la Ville. Tout
étant prêt pour l'affaut , les troupes commencerent
vers les huit heures du foir à fe mettre fous les Armes
Une heure après , elles défilerent de leurs differens
quartiers , pour fe rendre aux lieux qui
avoient été marques aux Commandans , & étant
arrivés fur les dix heures à mille ou 1200. pas de
la Piace chaque Bataillon prit fon pofte , en obfervant
un grand filence. A minuit , on avança juſqu'au
pied du Glacis , & dans le même moment
toutes les troupes monterent aux premieres Palisfades
, qu'elles franchirent , pour fe jetter dans le
cheinin couvert.
Ну Pendang
806 MERCURE DE FRANCE
•
Pendant que les détachemens , chargés d'en chasfer
les ennemis , executoient leurs ordres , les troupes
, commandées pour les attaques , defcendirent
dans le Foffé , malgré le grand feu que les Affiegés
firent du Rempart, & s'étant reformées en très -peu
de tems , elles fe préparerent à attaquer le Corps
de la Place. Le rempart étant haut de 34. pieds , &
n'ayant que 10. pieds de talus , il étoit difficile de
monter ce rempart , d'autant plus qu'il geloit depuis
deux jours , & que le chemin étoit fort glisfant
, mais cet obftacle ne rallentit point l'ardeur
des troupes.
Le Prince Leopold & le Margrave Charles , lesquels
étoient à la tête de celles deſtinées pour la
principale attaque , furent des premiers qui arriverent
au haut de la Courtine , par laquelle , fuivant
le plan concerté avec le Roy , ils devoient tenter
d'entrer dans la Ville , & ils furent bientôt fuivis
par le fecond Bataillon du Régiment de Leopold &
par quatre Compagnies de Grenadiers , dont deux
prirent , l'une à droite , & l'autre à gauche , pour
s'emparer des deux Baſtions võifips .
Lorfque le Prince Leopold s'en fut rendu maître,
il marcha droit au Château , à la porte duquel il
mit douze Charpentiers pour la rompre . Les Géneraux
Wallis & Raysky , qui étoient accourus avec
des Grenadiers pour la détendre , firent faire un feu
très- vif fur les troupes commandées par le Prince
Leopold , mais le Géneral Raysky ayant reçû deux
coups de fufil dans le bas ventre , les Grenadiers
qui défendoient la porte, abandonnerent leur pofte,
& le Géneral Wallis fut obligé de les fuivre. Auftôt
la porte fut ouverte , & le Prince Leopold, à la
ête du Corps de troupes qu'il commandoit , entra
dans le Château & de - là dans la Ville .
Outre l'attaque commandée par le Prince Leopold,
A V RI L. 1941. 807
pold , il y a eû deux autres attaques , & les têtes do
toutes les Colonnes font arrivées à peu près en même-
tems dans les rues de la Place , laquelle a été
emportée en une heure de tems. La confternation
que jetta parmi les Affiegés la vivacité avec laquel
le ils furent attaqués , fut fi grande , que quatre
Grenadiers du Régiment de Glafenap , qui avoient
été des derniers à monter fur le rempart , & qui
cherchoient leur Compagnie dont ils s'étoient féparés
, s'étant préfen és à la gorge d'un Baftion ,
où il y avoit un Capitaine avec 52. Soldats , & leur
ayant crié hardiment de mettre les armes bas , ceuxtrompés
aparemment par l'obfcurité de la nuit ,
& croyant les ennemis en plus grand nombre , fe
rendirent prifonniers de guerre , & trois des Grenadiers
les garderent , pendant que le quatrième alla
chercher du fecours .
M. Buer , Capitaine d'une des Compagnies de
Grenadiers du Régiment de Leopold , eft un des
Officiers des troupes du Roy qui fe font le plus distingués
, s'étant ouvert le chemin au travers de deux
rangs de Chevaux de frife & de trois rangs dePalifades
, ayant grimpé un flanc garni de quelques piéces
de canon dont il effuya une décharge à cartouche
, étant entré par les embrafures , & ayant enrompu
une des portes de la Ville a fuite
hache.
}
coups
de
La Garnifon , qui a été faite prifonniere de guerre
, étoit de 1000. hommes , & il y avoit 28. Offi- ly
ciers , outre ceux de l'Etat Major. On ne fçait pas
encore au jufte quelle perte ont fait les affiegés ,
mais du côté des Pruffiens il n'y a eû que neuf
hommes de tués & trente- huit de bleffés , parmi
lefquels on compte deux Officiers.
Le Prince Leopold,avant que de monter à l'affaut ,
avoit défendu aux troupes le maffacre & le pillage
N vj
7
&
808 MERCURE DE FRANCE
& fes ordres ont été fi bien obfervés , qu'aucun
Soldat n'eft entré dans les maifons de la Ville , jus- :
qu'à ce qu'on eut diftribué les logemens aux troupes,
La Reine a apris par un Courier
› que le 15. du
mois dernier M. de Jeetz , Major General , s'étoit
emparé de la petite Ville de Zackmantel , & que
le Comte de Hacken , à la tête de 140. Huffards ,
avoit battu un détachement de 300. hommes des
ennemis , dont 20. avoient été tués & 27. faits prifonniers.
Le Géneral Wallis , qui a été fait prifonnier de
guerre dans le grand Glogaw , arriva le 24. à Berlin
, & les Officiers de la Garnifon de la même
Place , ont été conduits à Stettin .
On a apris de Siléfie que les Habitans de Troppau
& de Newftadt ont payé , les uns 24000. Florins
, & les autres 6000 pour ſe racheter du pillage,
& que le Roy de Pruffe avoit donné ordre de fortifier
la premiere de ces deux Villes. Les mêmes
lettres portent que le Major Géneral Jeetz a fait
mettre le feu à celle de Zuckmantel.
Le Miniftre qui réfide à Berlin de la part de l'Electeur
de Baviere , a diſtribué plufieurs copies d'un
Mémoire touchant les prétentions du Prince fon
Maître fur la fucceffion de l'Empereur.
SILESIE.
Lbs pone lesportes de
Es derniers avis de Siléfie , portent que les Ha
leur Ville aux troupes que le Roy de Pruffe avoit
voulu y mettre en garnifon ; que S. M. Pr . avoit
fait arrêter le Cardinal de Sinzendorf , & qu'elle
avoit fait déclarer à tous les Miniftres Etrangers , que
malgré les égards qu'elle a eûs pour ce Cardinal &
malgré les avertiffemens réiterés qu'elle lui a fair
donner
AVRIL: 809
1741
"
donner de ne point fortir de fon caractere & de ne
point le mêler de ce qui pouvoit regarder les diffe .
rends de la Cour de Berlin avec celle de Vienne ,
ce Cardinal s'étoit oublié au point d'entretenir une
correfpondance reglée avec le Commandant de la
Ville de Neiff; de lui donner des avis fur la marche
des troupes Pruffiennes , & fur les moyens de fe
faifir de leurs Convois , d'envoyer à Neiff tous les
vivres & les fecours qu'il a pú y faire entrer , &
d'empêcher , autant qu'il a dépendu de lui , qu'on
n'en portât dans les endroits où font les troupes du
Roy ; que S. M. juftement irritée d'un procedé fi
peu convenable, avoit crû devoir s'affûrer de la perfonne
du Cardinal de Sinzendorf, & l'avoit fait conduire
au Château d'Otmachow ; qu'au refte S. M.
avoit recommandé qu'on le traitât avec toute la
diſtinction dûë à une perfonne de fon rang.
O
ITALIE.
Na apris de Malthe , que le nouveau Grand-
Maître avoit nommé le Bailly de Tencin pour
aller réfiler à Rome en qualité d'Ambaffadeur de
la Religion, & que ce Prince avoit donné au Bailly
Colonne , Frere du Maître de Chambre du Pape , la
Charge de Géneral des Galeres de la Keligion ,
qu'avoit le Bailly de Tencin.
tint le
Sa Sainteté dans le dernier Confiftoire qu'elle,
S. du mois dernier , déclara au Sacré College
, qu'elle n'avoit pú aprendre fans chagrin que la
Reine de Hongrie , à l'exemple du feu Empereur ,
ne vouloit point reconnoître que les Duchés de
Parme & de Plaifance fuffent des Fiefs du Saint Siége
; qu'étant comptable des Droits de l'Eglife à Jefus
- Chrift qui en eft le Chef, il fe croyoit obligé
de fe conformer à la conduite que le feu Pape Cle
ment
810 MERCURE DE FRANCE
ment XII. a tenue , lorfque les troupes Impériales
font entrées dans ces Duchés ; que les traces de ce
Souverain Pontife font trop gloricafes , pour que
Sa Sainteté ne fe faffe pas un devoir de les fuivre ,
qu'ainfi elle n'a garde de ne pas défaprouver hietement
& folemnellement tour ce qui a pû être fait
de contraire aux prétentions du Saint Siége par les
Miniftres de la Reine de Hongrie. Le Pape ajoû :a
qu'il ne doutoit point que les Cardinaux ne partageaffent
avec lui la douleur que cette affaire lui
caufe , & il les affûra qu'il ne celferoit point de
remplir les devoirs de la follicitude Apoftolique ;
qu'il enverroit à fes Nonces toutes les inftructions
néceffaires , & qu'il prendroit toutes les autres mefures
convenables , dans l'efpérance que le Pere des
Miféricordes accorderoit à fes foins un heureux
fuccès.
Les Médailles d'or , qui ont été mifes dans les
fon.lemens du Portail de la Bafilique de Sainte Marie
Majeure , portent d'un côté cette Infcription ,
Benedictas XIV. anteà Profper Lambertinus , Tituli
Sancta Crucis in Jerufalem , Sacra Romana Ecclefia
Presbiter Cardinalis , primarium hunc Lapidem
folemni Ritu benedixit , & fundamentis iftius Bafili
ca Pontificio are conftruenda locavit , quarta Nonas
Martii , anno 1741. Pontificatus fui primo , & fur
l'autre , on lit ces paroles , Templum roboravit &
Atrium erexit Benedictus XIV .
En fouillant dans la terre auprès de l'Eglife de
Saint Etienne in Piſcivola , on a trouvé trois ført
belles Colonnes de Granit d'Egypte.
ESPACNE.
A
811
AVRIL VR . 1741
L
ESPAGNE.
Es lettres de Madrid du 14. du mois dernier ,
portent que le Brigantin Anglois nommé le
Bolton , de 1o. tonneaux , lequel étoit parti de la
Caroline le 4. Janvier dernier , & dont la charge e
eftimée 10000. Piaftres, fut pris le 18. Février der
nier par la Frégate la Notre - Dame du Rofaire , entre
le 49. & le so . degré de Latitude Septentrionale .
L'Armateur Don Antoine Lafarga a conduit à
S. Sébastien deux prifes Angloifes qu'il a faites ,
l'une à 23. lieuës des Ifles Sorlingues , & l'autre fur
les côtes du Royaume d'Angleterre .
Le Vaiffeau le Saint Elme , commandé par le Capitaine
François Barrere , s'eft emparé du Brigantin
le Poly , qui portoit des marchandiſes d'Angleterre
à Porto , en Portugal.
Un Armateur Espagnol s'eft emparé du Vaiffeau
Matchand la Marie Snow , commandé par le Capitaine
Beft.
On mande d'Alicante du 22. du mois dernier ,
que Don Antoine Vilar , Enfeigne de Vaiffeau , lequel
en étoit forti le 13. avec fix petits Bâtimens
pour aller en courfe fur les côtes de Valence & de
La Catalogne , avoit conduit dans ce Port un Pinque
d'Alger , dont il s'étoit emparé le 18. à la hanteur
du Cap de S. Antoine après un combat dans lequel
il y a eû huit Maures de tués ; on a fait 37.
efclaves fur ce Pinque , & l'on y a trouvé huit canons
& dix pierriers .
NAPLES.
N mande de Naples , que le s . du mois dernier
,jour de l'anniverlaire de l'infant d'Espagne
Don Philipe , les Miniftres Etrangers & tous
les
812 MERCURE DE FRANCE
les Seigneurs qui étoient en cette Ville , allerent au
Palais , pour rendre leurs refpects à l'Infante , &
que le foir on fit une falve génerale de l'artillerie
des Châteaux .
Le Duc de Caftro Pignano , Ambaffadeur de
S. M. auprès du Roy de France , & qui a été nommé
il y a déja quelque tems Capitaine Géneral des
Armes du Royaume de Naples , y retournera dans
peu pour prendre poffeffion de cet Emploi, & le bruit
court que le Prince d'Ardore le remplacera à la
Cour de France .
Les Commiffaires , nommés pour inftruire le procès
du nommé Giannini , fe rendirent le 15. du
mois dernier dans les prifons de la Cour de la Vicairerie
, pour interroger ce prifonnier , auquel on a
permis de prendre un Avocat. On affûre qu'on a
déja découvert pour plus de 200000 Ducats de faux
billets de banque , qu'il a répandus dans le Public.
Un Secretaire de la Junte Royale s'eft rendu chés ,
plufieurs Banquiers & Marchands de Naples , pour
leur ordonner de la part du Roy, de payer au Tré
for Royal dans les differens terines des échéances ,'
toutes les lettres de change que le nommé Giannini
a tirés fur eux.
On a amené en cette Ville de Catanzaro , un
homme qu'il y avoit envoyé avec une lomme condérable,
pour y acheter des marchandifes.
O
PORTUGAL.
N mande de Coppenhague , que le Roy de
Dannemarck a nommé le Comte de Rantzau
Aschberg , fon Ambaffadeur Extraordinaire & Pié.
nipotentaire à la Diette qui doit fe tenir à Francfort
pour l'Election d'un Empereur.
Les Allemands établis à Lisbonne , firent célebres
AVRIL. 1741. 813
brer le 9. du mois dernier dans l'Eglife des Chanoines
Réguliers de S. Auguftin , un Service folemnel
pour le repos de l'ame de l'Empereur , dont l'Oraifon
Funebre fut prononcée par le Pere François-
Xavier de Ste Thérefe , Chronologifte de l'Ordre
de l'Obfervance .
GENES ET ISLE DE CORSE.
Es derniers avis de cette Ifle , portent que
Lle Marquis de Maillebois avoit reçu la nouvelle
de la Promotion , dans laquelle il a été nommé
Maréchal de France.
On a apris en même- tems que trois détachemens
compofés de troupes reglées & de Payfans armés ,
tenoient la campagne par ordre de ceMaréchal, pour
tâcher de fe faifir des deux Bandits de Lento , mais
qu'on n'avoit encore pû rejoindre ces Bandits depuis
qu'ils s'étoient fauvés de la Grotte où on les
avoit attaqués. En les cherchant dans cette Grotte
on y a trouvé quelques hardes qu'on dit avoir apartenu
au Capitaine du Régiment de Flandres , qu'ils
ont affaffiné..
Un Armateur Catalan , qui croifoit depuis quel
ques jours à la hauteur de Portofino , conduifit à
Genes le 15. du mois dernier un Vaiffeau Anglois
de 20. canons & de 30. à 40. hommes d'équipage ,
dont la charge eft eftimée 50000. Piaftres.
Les équipages de quelques Bâtimens venant des
côtes de l'Etat Ecclefiaftique, ont raporté qu'un autre
Armateur Espagnol s'étoit emparé d'un Brigantin
Anglois dans les environs du Canal de Piombino.
Un Vaiffeau Anglois qui a été conduit à Genes
par un Armateur Catalan , a été déclaré de boune
prife , & il fera vendu à l'enchere avec fa charge
eftimée 35000. Piaftres. Comme il avoit été allûré
à
14 MERCURE DE FRANCE
à Londres , fa prife ne caufera aucun préjudice ni
au Capitaine , ni aux Proprietaires .
Le Vaiffeau le San Salvador , commandé par
François Montada , Armateur Catalan , entra le 15 .
du mois dernier dans le Port de Genes avec une
prife Angloife qu'il a faite dans les environs de Portofino
, & dont la charge eft eftimée 35000. Piastres.
Il y avoit fur le Bâtiment Anglois dix - huit
canons & fix pierriers , & fon équipage étoit de
32. hommes .
Cet Armateur , qui eft un jeune homme de 23 .
ans, avoit fait voile de Barcelonne le 21.du mois de
Janvier dernier , & après avoir croifé pendant quelque
tems fur les côtes de l'Ile de Mayorque , il étoit
allé fur celles de Corfe & enfuite fur celles de Sardaigne
, près defquelles il avoit été attaqué par un
Corfaire Afriquain : il alloit à Genes, pour faire réparer
le dommage que fon Vaiffeau avoit fouffert
dans le combat avec ce Corfaire , lorfqu'il a rencontré
le Bâtiment Anglois dont il s'eft rendu maître,
$
GRANDE BRETAGNE.
Na apris de Londres , qu'un Armateur Aglois
avoit fait fauter un Armateur Efpagnol ,
qu'on croit être le même qui a fait un grand
nombre de prifes dans les environs de S. Euflache ,
Le Vaifleau Marchand le Bolton , a été pris par
n Armateur Efpagnol , en revenant de la Caroline
.
Le Poly , autre Vaiffeau Marchand , commandé
par le Capitaine Packer , a été pris par un Armateur
de la même Nation .
MORTS
AVRIL. 1741. 813
********************** ! **
MORT'S DES PAYS ETRANGERS.
L
E nommé Louis Torge , eft mort à Lisbonne ,
âgé de 108. ans & quelques mois.
Le nommé Mathieu , Domeftique du College
que les Jéfuites ont dans la Ville de Bragance , y
mourut le 27. Janvier dernier , âgé de 120. ans, un
mois & cinq jours , étant né le 22. Décembre
1520. à Seixas.
Dom
i
On mande de Naples du 15. Février , que
Matheo Egizio, célebre Antiquaire & Bibliothecaire
du Roy des deux Siciles , ci - devant Sécretaire d'Ambaffade
en France , y étoit mort regretté de tous les
Sçavans.
Le 14. Mars Jean - François Fouquet , natif de
Vezelay , Diocèfe d'Autun en Bourgogne , Evêque
d'Eleuteropolis , dans la Paleſtine , & Evêque Alfiftant
au Trône Pontifical , ci- devant Jéfuite ,
Millionnaire à la Chine pendant vingt - quatre
ans , mourut, âgé de 77. à 78. ans à Rome dans
te College de Propaganda fide , où le Pape Innocent
XIII. lui avoit donné un apartement au mois
de Juin 1723 , à fon retour de la Chine. Le Pape
Benoît XIII. propofa pour lui en Confiftoire le Titre
d'Evêque d'Eleuteropolis , le 21. Mars 1725. &
le facra enfuite le 25. du même mois dans la Chapelle
de S. Pie du Vatican . Il le déclara aufi Evêque
Affiftant le to Mars 1725. Le défunt a difposé
du peu
de bien qu'il avoit en faveur du College de
Propagandafide, & il a legué au Pape tous les Ecrits ,
ainfi que ceux de Claude de Visdelou , fon Confrere,
Evêque de Claudiopolis , qui traitent des Affaires de
la Chine, & qui compofent environ 20.gros vo'umes,
que le Pape a fait d'abord tranſporter au Vatican.
Le
816 MERCURE DE FRANCE
Le dix-fept , Jean- Baptifte Rouſſeau , natif de`
Paris , Poëte François , célebre par les Ouvrages ,
qui l'ont fait regarder comme un des premiers
Poëtes de fon tems , mourut âgé de 72. ans , à.
Bruxelles en Brabant , où il a paffé les 30 dernierés
années de fa vie . Il y fut enterré le lendemain
dans l'Eglife des Carmes Déchauffés
On aprend de Rome que la Marquise d'Ornano
y étoit morte le 17. du mois dernier. Cette Famille ,
eft originaire de Corfe , d'où elle a été tranfportee
en France : il y a eu de cette Maiſon deux Maréchaux
de France.
CONVALESCENCE ,
OU REMERCIMENT.
LA Fièvre de ma vie alloit borner le cours ,
Quand l'amitié , pour me défendre ,
D'Efculape à l'inftant implore le fecours.
Car c'étoit l'attaquer cette amitié fi tendre ,
Que de vouloir attenter à mes jours.
Le monstre , à fon vainqueur obligé de fe rendre ,
Sous la main fe replonge au ténébreux manoir.
Auffi-tôt à nos yeux la Santé le fait voir.
Quoique rempli de fa divine flâme ,
Un fentiment plus vif s'empara de mon ame.
J'élevai deux autels dans mon premier tranſport ;
Sur chacun d'eux , ces mots fe préfentoient d'abord.
A LA SANTE' fi digne qu'on l'adore .
A L'AMITIE' plus précieuſe encore.
De
A. VRIL. 817
1741 .
De ce culte divin les Miniftres facrés ,
L'obligeante Fouquet * Blamont ** plein de tendreffe,
Offrant leurs voeux réïterés ,
Encenfoient à l'envi l'une & l'autre Déeffe.
Tous leurs traits à la fois font entrés dans mon
coeur ,
Mais l'Amitié fidele y regne avec ardeur ;
Elle comble mon allegreffe ,
Et j'éprouve , en goûtant fa`douce volupté ,
Qu'il eft un Bien plus grand que la fanté.
Rivale de l'Amour , Divinité charmante ,
Plus fincere que lui , moins vive , & plus conftante ,
Fille de la candeur , digne préfent des Dieux ,
Non , cet âge fi cher à nos premiers ayeux ,
Où , de tous les humains l'ame étoit fatisfaite ,
Ne te vit point plus pure & plus parfaite
Que je te contemple en ces lieux.
La Simplicité fuit tes traces.
Mêmes attraits & mêmes graces
Accompagnent mille bienfaits
Confiés à des mains fideles ;
Généreux inftrument de tes faveurs nouvelles ,
Qui prodigue tes dous , & ne tarit jamais .
Ta beauté me ravit , me penetre & m'enflâme.
Comme un torrent de feux tu palles dans mon ame.
* Soeur de M. de Blamout.
** Surintendant de la Musique du Roy.
Im818
MERCURE DE FRANCE
D
Immortelles ardeurs , que prompte à me charmer,
Ta préfence en mon fein pouvoit feule allumer !
Dieux quels font mes tranfports , lorsque je me
rapelle
+
Ces fecours affidus , ces foins , ce noble zele ,
Que l'on m'a prodigués en cent & cent façons
Dans cet afile ou tout refpire
Et ta ferveur , & ton empire !
Tel Voltaire autrefois fut malade à Maifons.
En faveur des amis que m'acquit ta puiffance ,
Et qui font ma félicité ,
Confacre à l'immortalité
Et ma tendreffe , & ma reconnoiffance.
M. Tanevoi.
FRANC E.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c.
L
E 19. du mois dernier, Dimanche de la Paffion,
le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château de Versailles ,laMeffe chantée par la Mufique.
L'après midi , Leurs Majeftés accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , affifterent au Sermon
du Pere Hericourt , Superieur des Théatins,
Le 17. le Roy & la Reine avoient entendu le
Sermon de ce même Prédicateur.
Le 25. Fête de l'Annonciation de la Ste Vierge.
le
AVRIL. 1741 . 819
le Roy & la Reine entendirent dans la même
Chapelle , la Meffe chantée par la Mufique , &
Leurs Majeftés affifterent aux Vêpres .
L'après - midi , le Roy & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin , entendirent la Prédication
du Pere Hericourt
Le 26. Dimanche des Rameaux , Leurs Majeftés ,
accompagnées de Monfeigneur le Dauphin , affit
rerent dans la même Chapelle à la Benediction des
Palmes , qui fut faite par l'Abbé Broffeau , Chape
Jain Ordinaire de la Chapelle de Mufique , lequel
en préfenta une au Roy , à la Reine & à Monfeigneur
le Dauphin. Leurs Majeftés allifterent à la
Proceffion , & après l'Evangile elles adorerent la
Croix. Le Roy & la Reine entendirent enfuite la
Grande Meffe .
L'après midi , Leurs Majeftés entendirent le
même Prédicateur .
Le 27. la Reine fe rendit à l'Eglife de la Paroiffe
du Château , & S. M. Y communia par les mains
du Cardinal de Fleury ,fon Grand Aumônier.
A
Le 29. Mercredi Saint , Leurs Majeftés entendirent
dans la Chapelle du Château l'Office des Ténebres ,
qui fut chanté par la Mufique .
Le 30. Jeudi Saint , le Roy entendit le Sermon
de la Cêne , du Pere Imbert , Religieux Théatin
après quoi l'Archevêque d'Embrun fit l'Abfoute .
Enfuite le Roy lava les pieds à douze Pauvres , &
S. M. les fervit à table. Le Comte de Charolois ,
faifant les fonctions de la Charge de Grand Maître
de la Maiſon du Roy , étoit à la tête des Maîtres-
'd'Hôtel , & il précedoit le Service , dont les Plats
étoient portés par Monfeigneur le Dauphin , par le
Duc de Chartres , par le Comte de Clermont , par
le Prince de Conty , par le Prince de Dombes ,
par le Comte d'Eu , par le Duc de Penthiévre , &
par
820 MERCURE DE FRANCE
pat les Principaux Officiers de S. M. Après cette
Cérémonie , le Roy & la Reine , accompagnés de
Monfeigneur le Dauphin , fe rendirent à la Chapelle
du Château , où Leurs Majeftés entendirent la
Grande Meffe , & affifterent à la Proceffion. Madame
& Madame Adélaïde entendirent la même
Meffe , & affifterent à l'Office .
L'après- midi , la Reine entendit le Sermon de
l'Abbé de Cicery , fon Prédicateur Ordinaire , &
l'Archevêque d'Embrun ayant fait l'Abfoute , S. M.
lava les pieds à douze pauvres filles , & les fervit
atable. Le Marquis de Chalmazel , premier Maîtred'Hôtel
de la Reine , précedoir le Service , dont
les Plats étoient portés par Madame , par Madame
Adélaïde , par Mademoiſelle de Clermont . & par
les Dames du Palais. Le foir , Leurs Majeſtés afſiſterent
dans la Chapelle du Château à l'Office des
Ténebres.
Le 31. Vendredi Saint , le Roy & la Reine , accompagnés
de Monfeigneur le Dauphin , entendirent
dans la même Chapelle le Sermon de la Paf-
Gon , du Pere Hericourt. Leurs Majeftés affifterent
enfuite à l'Office , & Elles alierent à l'Adoration
de la Croix. L'après - midi , le Roy & la Reine entendirent
l'Office des Ténebres.
Le premier de ce mois , Samedi Saint , Leurs
Majeftés , accompagnées de Monfeigneur le Dauphin
& de Madame , entendirent dans la même
Chapelle la Grande Meffe , célebrée pontificale -
ment par l'Archevêque d'Embrun & chantée par la
Mufique ; l'après- midi , Leurs Majeftés , accompaguées
comme le matin , affifterent au Sermon du
même Prédicateur , & enfuite aux Vêpres , auxquelles
le même Prélat officia .
Le 8. de ce mois , Monfeigneur le Dauphin fe
rendit à l'Eglife de la Paroiffe du Château , & il y
-fit
AVRIL
821
1741 .
fit fa premiere Communion par les mains du Cardinal
de Rohan , Grand Aumônier de France.
Le Roy a accordé au Duc de la Tremoille le
Gouvernement de l'ifle de France , vacant par la
démiffion volontaire du Comte d'Evreux , & au
Comte de Trefmes , le Gouvernement du Pont-
Audemer , & la Lieutenance de Roy du Pays de
Caux & au Bailliage de Rouen.
S. M. a donné le Régiment Dauphin , Dragons ,
dont le feu Maquis de Vaffé étoit Colonel- Lieute
nant , au Vidame de Vaffé , fon frere , & l'agrément
du Régiment de Cavalerie de Vaffé , au Chevalier
de Broglie , Capitaine de Cavalerie dans le
Régiment de Chepy..
Le Comte de Lanoy , Capitaine de Cavalerie dans
le Régiment de S. Simon , a été nommé fecond
Cornette de la Compagnie des Chevau- Legers
Dauphins.
Le 9. l'Evêque de Quebec fut facré dans la Chapelle
de l'Archevêché par l'Evêque de Saint Brieux ,
affifté des Evêques d'Agen & de Bethleem .
On a apris de Malthe , que le Bailly de Froulay
avoit été nommé Ambaffadeur Extraordinaire de
la Religion de Malthe auprès du Roy.
On Le neuf , Dimanche de Quasimodo ,
célebra dans l'Eglife des RR. PP . Cordeliers du
Grand Couvent de Paris , la Céremonie ordinaire
de la Confrerie des Chevaliers , Voyageurs Palmiers
du S. Sépulcre de Jérusalem. Les Confreres
s'affemblerent à huit heures du matin dans cette
Eglife, d'où ils partirent avec la Proceffion , pour
rendre à l'Eglife du S. Sépulchre rue S. Denis , en
I paffant
fe
822 MERCURE DE FRANCE
paffant par le Grand Châtelet ; où ( fuivant le pieux
ufage de cette Confrerie , commencé en 1727.
& heureuſement continué jufqu'à préfent ) ils delivrerent
plufieurs Prifonniers pour dettes , lefquels
accompagnerent la Proceffion .
Au retour de l'Eglife du S Sepulchre à celle des'
Cordeliers , la Mefle fur chantée au Grand Autel
en Grec , fuivant la coûtume. Après l'Offertoire ,
il y eut un Sermon prononcé en François par M.,
l'Abbé Regnault , Docteur en Théologie , & Confrere
de l'Archiconfrerie . Toute cette Céremonie
fut terminée avec beaucoup de folemnité.
·VERS adreſſes à Mlle Deschamps , de la
Mufique de la Reine.
N E fuffit- il pas des yeux de ma Bergere,
Pour triompher de tous les coeurs ?
Quel charme offre fa bouche : & quels accens
vainqueurs
semblent nous tranfporter fur les bords de Cytherel
Sa voix allume en nous les plus vives ardeurs.
Et Fair qui retentit de fes fans agréables
Portés fur l'aile des Zéphirs ,
Se plaît à redoubler fes échos innombrables
Pour multiplier nos plaifirs.
M. Tanevot
Le 1. le Roy & la Reine entendirent dans la Chapelle
du Château , la Meffe de Requiem , pendant
laquelle le De profundis fut chanté par la Mufique ,
pour l'Anniverfaire de Manfeigneur le Dauphin ,
Ayeul de S. M.
Le
AVRIL. 1741. 823
Le 17. pendant la Meffe du Roy , l'Evêque de
Quebec, prêta ferment de fidelité entre les mains
de S. M.
Le 18. le Bailly de Froulay , Ambaffadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe , eut fa premiere
Audience particuliere du Roy . Il donna part
à S. M. de la mort du Grand- Maître Raymond
Defpuig , & de l'Election unanime du Bailly Don
Emmanuel Pinto , duquel il préfenta une Lettrê
au Roy. Le Bailly de Froulay eut enfuite Audience
de la Reine , de Monfeigneur fe Dauphin , de
Mefdames de France , & il fut conduit à toutes ces
Audiences par M. de Verneuil , Introducteur des
Ambaffadeurs.
1
La Loterie Royale établie par Arrêt du Conseil
du 22. Janvier 1741. en faveur des Pauvres , tur
tirée pour la premiere fois dans la Grande Salle de
l'Hôtel de Ville , en préfence du Prevôt des Marchands
& Echevins le Mardi 28. Mars 1741 La
Lifte Generale des Billets gagnans fut publiée le
lendemain . Le grot Lot qui eft de 60000. liv. eft
échú au No. 246. fous la Devife de Molines, freres
de Nimes & fes Alloc. Lé fecond Lot , qui eft de
30000. liv . eſt échû au No. 989. fous la Devife ,
Argent perdu.
AM. Roy, Chevalier de l'Ordre de S. Michel.
1 Toi ,dont le front eft couronné ,
Et placé de nos jours au Temple de Mémoire ,
J'admire la nouvelle gloire
Dont je te vois environné.
Mais, crois-moi, ce n'eſt point cette faveur infigne,
I ij Qui
824 MERCURE DE FRANCE
Qui tranfmettra ton nom à la Pofterité ;
Tes Vers feuls t'en ont rendu digne ,
Et tu jouis déja de l'Immortalité .
Par l'Abbé de Fuvigny!
MORTS & MARIAGES.
E 25. Janvier,D.Antoinette de Lattre, veuve de-
Lusie 19
puis le 19 Fevrier 1740 de Pierre Robert,Confeiller
Sécretaire du Roy, Maifon, Couronne de France
& de fes Finances , mourut à Paris , ayant eu pour
fille unique défunte Jeanne- Antoinette Robert, qui
avoit été mariée avec feu Martin d'Alegre , vivant
Gendarme de la Garde du Roy , duquel Mariage il
reſta un fils , & une fille nommée Marie -Jeanne-
Antoinette d'Alegre , & mariée le 2. Juillet 1739,
avec Jean-Baptifte le Tourneur, Confeiller au Parlement
de Paris&Commiffaire auxRequêtes du Palais.
Le 27. Alexandre Gabriel Blondel de Joigny de
Bellebrune , Gentilhomme à Drapeau dans le Régiment
des Gardes Françoifes , & ci-devant Page
du Roy dans fa petite Ecurie pendant fix années ,
mourut à Paris dans la 20. année de fon âge , étant
né le 23. Mars 1721. Il étoit fils aîné de Gabriel
Blondel de Joigny de Bellebrune , Seigneur de la
Belluë en Guyenne, à quatre lieues de Blaye , d'une
ancienne Nobleffe , Originaire de la Province
de Boulonnois , & Capitaine Géneral Garde - côte
au Département de Moron en Guyenne, & de Jeanne
de Coffon de l'Ifle , fon Epoufe , d'une Nobleffe
de Périgord , auxquels par cette mort il ne refte
plus qu'un fils , qui eft Charles- Claude Blondel de
Joigny
AVRIL. 825 L 1741.
1
Joigny de Bellebrune , né le 22. Avril 1725. & actuellement
Page du Roy en fa petite Ecurie , & trois
filles.
Le 2. Février , Frere Jean-Jacques de Mefmes ,
Chevalier , Bailly , Grand - Croix de l'Ordre de S.
Jean de Jérufalem , Commandeur des Commanderies
de Boncourt , de Sommereux, & de Haute-
Avelne , Abbé Commandataire de l'Abbaye Royale
de la Valroy , O. de Cit . Dioc . de Rheims , du 17 .
Mai 17 : 0. auffi Prieur Commandataire du Prieuré
de S. Denis de Leftrée , O. S. B. Dioc . de Paris ,
du mois d'Avril 1721. Ambaſſadeur Extraordinaire
de la Religion de Malthe auprès du Roy , mourut
à Paris dans la 66. année de fon âge , étant
né le 23. Avril 1675. Il avoit été reçû Chevalier
de minorité au Grand Prieuré de France le 12.
Avril 1676. Il fut nommé à l'Ambaffade de Malthe
à la place du Bailly Jean de la Vieuville , mort
Je 26. Octobre 1714. Il fit fon Entrée publique à
Paris le 24. Février 1715. & il eut fa premiere Audience
publique du Koy le 26. fuivant . Il affifta en
cette qualité au Sacre de S. M. regnante le 25 , Octobre
1722. Il étoit troifiéme fils de Jean-Jacques
de Mefmes , Comte d'Avaux , Vicomte de Neufchâtel
, Seigneur de Cramayel , Marquis de S.
Etienne , Commandeur des Ordres du Koy , Préfident
du Parlement de Paris , mort le 9. Janvier
1688. âgé de 58. ans , & de D, Marguerite Bertrand
de la Baziniere , morte le 27. Septembre de
la même année 1688. âgée de 43. ans.
Le 4. D. Jeanne - Genevieve Perrele , veuve de
François-Antoine de Verthamon de Villemenon ,
Seigneur d'Ambloy , S. Amant & Poutines , Confeiller
au Parlement de Paris , dont on a raporté la
mort dans le Mercure de Decembre 1735 Vol . 2 .
P. 2944. mourut à Paris , âgée d'environ 42 ans .
I j Elle
826 MERCURE DE FRANCE
Elle étoit fille de feu Pierre Perrelle , Payeur des
Rentes de l'Hôtel de Ville de Paris , & de défunte
Marie Jeanne le Maigre , & foeur de feu André- Robert
Perrelle , dont on a parlé avec, éloge en annonçant
fa mort dans le Mercure de Decembre
1735. premier volume , page 2742. & ſecond volume
, page 2939. Elle étoit mere de feuë la Dame
Angran d'Alleray , morre le 20. Novembre dernier,
comme on l'a marqué dans le Mercure du mois de
Decembre , premier volume.
Le . D. Jeanne de Coffan de l'Ile , épouſe de Gabriel
Blondel de Joigny de Bellebrune , Seigneur de
Ja Belluë , Capitaine Géneral Garde- Côte au Département
de Moron en Guyenne , mourut à Bourdeaux
, âgée d'environ 47. ans , n'ayant furvécu
que dix jours à fon fils aîné , dont la mort eft ci- devant
raportée.
Le Jean Baptifte- Robert Auget , Seigneur &
Baron de Monthy on , Joffigny , Minerval , Chambry
, &c Confeiller du Roy en fes Confeils , Maître
ordinaire en fa Chambre des Comptes de Paris,
reçû à cette Charge le 13. Février 1718. mourut à
Paris dans la 46 année de fon age , étant né le 22.
Juillet 1695. Il étoit fils de Jean Auget , Seigneur &
Baron de Monthyon , Joffigny , Minerval , Ptéfident
Honoraire au Bureau des Finances & Chambre
du Domaine de la Generalité de Paris , mort le 29 .
Avril 1722. & de Louife- Geneviève Coufiner , fille
d'un Maître des Comptes à Paris , morte le 27. Avail
1736. & il avoit été marié deux fois , la premiere
le 18 Mars 1727 avec Catherine- Marie - Françoile
Sutirey de S. Remy , morte le 28 Avril 1728. dans
la 19 année de fon âge , laquelle étoit fille de Michel
Surirey, Seigneur de S. Kemy & Pottival , Tréforier
des Ponts & Chauffées de France , & de Ma.
rie-Louife Vacherot ; & la feconde , le 7. Juillet
3
1732.
AVRIL 1741 . 827
1732. avec Marie- Anne Pajot , fille de feu Henty
Pajot , Seigneur du Bouchet , Confeiller Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de fes
Finances , & d'Anne Geoffroy de Coiffy. De la
premiere , il laiffe une fille unique , dont on a ra
porté le mariage dans le Mercure de Decembre
dernier , vol. 1. p . 2758. & de la feconde , deux
fils qui font , Antoine Jean- Baptifte - Robert Auget,
né le 16 Decembre 1733. & Jacques- Chriftophe-
Louis Auget né le 14. Fevrier 1735.
Le 26. Nicolas - François de Simiane , Seigneur
de Bayard , Villars Benoist , S. Maximin , la Chapelle
Blanche , la Terraffe , S. Jean d'Avallon ,
Bernin , S. Bernard Lumbin en Dauphiné , &c .
apellé le Comte de Simiane , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis . Maréchal des Camps & Armées
du Roy , ci - devant premier Ecuyer de feue
S. A. R. Madame Ducheffe Douaitiere d'Orléans
au mois d'Octobre 171. & enfuite fon Chevalier
d'Honneur au mois de Mars 1720 mourut à Paris
en fon apartement au Palais Royal , âgé d'environ
70. ans. Il avoit commencé à fervir dès l'âge. de
15. ans dans le Régiment de Cavalerie du Marquis
de Langallerie , fon beau-pere , dans lequel il fut
d'abord Cornette , & enfuite Capitaine pendant 10.
années. Il fut fait Meftre de Camp de ce Régiment
au mois de Janvier 1702. par la démiſſion du Marquis
de Langallerie , devenu Maréchal de Camp.
Il fut fait Brigadier le 7. Mars 1706. & Maréchaf
de Camp à la Promotion du 8. Mars 1718. Il s'eft
trouvé aux Batailles & Combats de Fleurus en 1690.
De Leuze en 1691. De Steinkerque en 1692. & de
Nerwindes en 1693. Il fervit en Italie à la tête de
fon Régiment depuis 1702. jufqu'en 1706. s'étant
trouvé au Siége de Turin , où il donna des marque's
de valeur & de prudence dans la retraite des Trou
I iiij pes ,
828 MERCURE DE FRANCE
C
pes , lorfqu'on leva ce Siége. Il paffa de- là en Efpagne
fous les ordres du Duc d'Orléans , & fervit
au Siége de Lérida en 1707. & à celui de Tortofe
en 1708. Il paffa la même année en Flandres pendant
le Siége de Lille , & il fit les cinq dernieres
Campagnes dans le même Pays de Flandres , où il
fe diftingua dans toutes les occafions où il fe rencontra
. Il étoit fils aîné de feu François de Simianela
Cofte , Seigneur de Montbivos , Préfident á
Mortier du Parlement de Dauphiné , & de Marie-
Anne de Pourroy de Voyffene , Gouvernante des
Filles d'Honneur de feue Madame Ducheffe d'Orléans
, morte le 12. Janvier 1708. alors femme en
fecondes nôces de Philipe le Gentil , Marquis de
Langallerie , Lieutenant Géneral des Armées du
Roy. Le Comte de Simiane étoit veuf depuis 1717.
de Marie-Sufanne Guyhou , fille de Paul- Bernard
Guyhou , Ingénieur des Armées du Roy , & de
Barbe Collet , fa femme . Il l'avoit épousée le s Mai 1714. & il en avoit eu deuoufée le s
fils , morts au
berceau , & une fille nommée Marie - Françoife-
Pauline de Simiane , née à Paris & baptifée à S.
Roch le 14. Avril 1715 laquelle eft reſtée feule &
unique héritiere du Comte de Simiane qui vient de
mourir. Elle a été mariée le 25. Juillet 173. avec
Jacques Bernard Durey de Noinville , Seigneur de
Prefle Bierry , Magny , Eftrées , Saintry , &c.
Maître des Requêtes Honoraire de l'Hôtel du Roy ,
& Préfident Honoraire au Grand Confeil , dont ily
a plufieurs enfans. V. le Mercure de Juiller 1735.
P. 1670. Dans l'Histoire des Grands Officiers de la
Couronne , Tom. 2. où eft raportée la Génea ogie
de la Maifon de Simiane , l'on dit p. 256. que la
femme du Comte de Simiane , qui donne lieu à
cet article , eft morte fans enfans , ce qui eft une
erreur de fait démontrée par ce qu'on vient de raporter
ci-deffus, Le
AVRIL 1741. 829
Le même jour , D. Marie-Loüife Pouynet de la
Bliniere , époule de Jean- Baptifte- François Durey ,
Seigneur de Meinieres , Préfident en la Seconde
Chambre des Requêtes du Palais du Parlement de
Paris , avec lequel elle avoit été mariée le 4. Fevrier
1733. mourut âgée de 14. ans , après être
accouchée le 14. précèdent d'une fille , fon troifiéme
enfant. Elle étoit fille aînée de Louis Pouynet,
Sieur de la Bliniere , Confeiller au Grand Confeil.
Le même jour , D. Anne - Remiette - Sophie
Langlois de la Fortelle , époufe d'André Potier de
Novion , Marquis de Grignon , Préfident du Parlement
de Paris , avec lequel elle avoit été mariée
le 3. Decembre 1739. mourut das la 19. année de
fon âge , après être accouchée à fix mois le 16.
précedent d'un garçon , fon premier enfant , mort
auffi-tôt après avoir reçû le Baptême. Elle étoit fille
de Robert Lang'ois Seigneur de la Fortelle , Nefles,
Richebourg , &c. Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , & de défunte D. Geneviève-
Sophie Cherré , morte le s . Novembre 1738 .
Le 2. Mars , Dlle Pauline d'Eftampes , fille aînée
de feu Philipe- Charles d'Eftampes , Marquis dela
Ferté Imbaud Sallebris , Brigadier des Armées du
Roy, ci-devant Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, & Capitaine des Gardes du Corps du feu
Duc d'Orléans , Régent de France , & mort le
11. Mars 1737. & de D. Jeanne- Marie du Pleffis
de Chaftillon de Nonant , fa veuve , mourut à
Paris , âgée d'environ 19. ans. Cette Dlle étoit
accordée en mariage depuis peu avec le fecond
fils de Barthelemi Thoynard , Baron du Vouldy ,
de Montfuzain , Voüé , S. Remy & S. Martin
Seigneur de Monçay , Cendre , Ligny & Jouy ,
l'un des Fermiers Géneraux des Fermes du Roy.
On nous a envoyé les Vers fuivans au fujer de
D'EL cette mort.
Iv
830 MERCURE DE FRANCE
D'Estampes meurt, fes beaux yeux pour toujours
Sont couverts d'épaiffes tenebres ;
2
Le Flambeau de l'Hymen & celui des Amours
Pour elle font changés en des torches funebres a
Les graces , les vertus pleurent fur fon cerceuil
Quel plus jufte fujet de deuil !
Les vertus perden, un exemple ,
Et les graces leur plus beau Temple.
Par M. de Benville:
Le 3. Louis le Boulanger , Seigneur de Hacqueville
, Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hôtel
du Roy , mourut à Paris , âgé d'environ 80. ans.
Il avoit été d'abord Confeiller au Parlement de
Paris , où il fut reçû le 29. Avril 1682. Il fut enfuite
reçû Maître des Requêtes en furvivance de fon
pere le 8. Janvier 1686. mais il n'entra en exercice
que le 23 Fevrier 1692 létoit encore actuellement
revêtû de cette Charge. Il étoit fils aîné de Louis
le Boulanger , Seigneur de Hacqueville , Maître
des R. quêtes de l'Hôtel du Roy , mort le 18. Septembre
1701. & de Marie- Catherine le Mairat ,
morte le 22. Mai 1693. Il avoit été marié , 1º . au
mois d'Avril 1690 , avec Marguerite Guyet , morte
fans enfans le 31. Mai 1702. laquelle étoit fille
d'Antoine Guyet , Maître des Comptes à Paris , &
de Marie Vincent ; 2 ° . au mois d'Août 1704. avec
Marie Magdeleine Parent , morte le 21. Août 17 30.
fille unique de Louis Parent , Correcteur des
Comptes à Paris , & de Marie Charpentier . Il avoit
eu de celle - ci deux fils , après la mort defquels fe
voyant fans enfans , il fe maria pour la troifiémẹ
fois le 31. Mars 1732. avec Dlle Giraud ,
fille de Jacques Giraud , Sieur de Miron , Chevalier
·
des
A VRI L. 17412 831
des Ordres de N. D. du Mont Carmel , & de S.
Lazare de Jérufalem , Ecuyer ordinaire de Marie-
Françoise de Bourbon , Ducheffe Douairiere d'Orléans
, & d'Eleonore de Moucy, Il la laiffe veuve
& mere de deux fils.
Le 5. Palamede - Paulin- Thelefphore de Forbin
d'Oppede , Prêtre , du Diocêfe d'Aix , Docteur en
Théologie , Abbé Commandataire de l'Abbaye de
Larivour , O. Cit . Dioc . de Troyes , depuis le mois
d'Août 1726. mourut à Troyes en Champagne
âgé d'environ 46. ans . Il avoit affifté à l'Affemblée
Génerale du Clergé de France , tenue à Paris en
1723. en qualité de Député du fecond Ordre de la
Province d'Arles . Il n'étoit alors que Soûdiacre &
Recteur de la Chapelle de S. Jean - Baptiste dans
Ferrieres- lès - Martigues . Il fut fait Aumônier du
Roy au mois de Novembre 1725. mais il fe retira
de la Cour en 1728. & fa Charge d'Aumônier du
Roy fut donnée à André - Conftance- Bernard de
Forbin d'Oppede , fon fiere aîné , Prêtre , Chanoine
de l'Eglife Métropolitaine d'Aix , qui a été
pommé au mois de Novembre 1730. Abbé de l'Abbaye
de S. Florent-lès - Saumur , O. S. B. Dioc .
d'Angers . Ils font fils P'un & l'autre de défunt
Jean- Baptifte de Forbin de Maynier,Marquis d'Oppede
, Préfident à Mortier du Parlement de Provence
, & de Charlotte - Marie Marin, laquelle étoit
fille de Denis Marin , Seigneur de la Chaftaigneraye
, Confeiller d'Etat , & Intendant des Finances
, & de Marguerite Colbert , fa feconde femme.
Le 6. Hilaire- Jean- Baptiste Marcés , Seigneur de
Villers le Rigault , Correcteur Ordinaire en la
Chambre des Comptes de Paris , reçû en cette
Charge le 27. Avril 1700. mourut à Paris , dans la
65. année de fon âge , étant né le 10. May 1676 .
Il étoit fils d'Hilaire Marcés , Maître ordinaire en
I vj
la
832 MERCURE DE FRANCE
la même Chambre des Comptes , mort le 16. Mar?
1685. & de Marie Efmery , morte le 28. Mal
1691. & il avoit été marié le 14. Fevrier 1713 , avee
Jeanne-Catherine Guy , de laquelle il laiffe Jeanne.
Françoife Marcés , fille unique , née le 27. Janvier
1714. & mariée le 10. Mars 1739. avec Nicolas
du Port , Maître ordinaire en la Chambre des
Comptes de Paris .
Le 7. D. Magdelaine- Anne de Surbeck , veuve
fans enfans depuis le 24. Septembre 1710. de Charles
de Beranger du Gua , apellé le Comte de Beranger
, Colonel du Régiment du Bugey , Infanterie,
avec lequel elle avoit été mariée au mois de
Fevrier 1708 , inourut à Paris dans la 1 année de fon
âge , étant née le 28. Juillet 1690. Elle étoit fille
de Jean- Jacques de Surbeck , du Canton de Soleure
en Suiffe , Lieutenant Géneral des Armées du Roy ,
Colonel d'un Régiment d'Infanterie de fa Nation
& Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
mort le 4. Mai 1714. & de Marie - Magdelaine
Chappellier , fa feconde femme , morte le 21. Fevrier
1712 & foeur d'Eugene- Pierre de Surbeck ,
Seigneur de Garlande , Capitaine- Lieutenant Commandant
la Compagnie Génerale du Régiment des
Gardes Suifles , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , & Brigadier des Armées du Roy du 1 .
Mars 1738. Académicien Honoraire Etranger de
l'Académie Royale des Infcriptions & Belles Let
tres , né d'une premiere femme.
Le même jour , D. Marie Charlotte de Thubieres
de Caylus , veuve depuis le 11. Mai 1733. de Jofeph
Robert , Marquis de Lignerac , Seigneur ,
Comte de S. Chamans , Brigadier des Armées du
Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de S. Louis ,
Grand-Bailly, Lieutenant Géneral , & Commandant
pour S. M. au Gouvernement de la Haute
AuAVRIL
1741. 833
•
un fils
Auvergne , avec lequelle elle avoit été mariée je
25. Août 1699. mourut à Paris dans la Communauté
des Filles de S. Thomas , où elle s'étoit retirée
depuis quelques années , âgée de 69. ans. Elle
étoit foeur de l'Evêque actuel d'Auxerre , & fille
de Charles Henry de Thubieres de Grimoard de
Peitels de Levis , Comte de Caylus , de Salmioch
& de Landores , mort le 28. Decembre 1679 & de
Claude de Fabert , Marquife d'Efternay , en Brie ,
fille du Maréchal de Fabert , morte le premier Avril
1718. à l'âge de 83. ans . La Marquife de Lignerac
laiffe , outre trois ou quatre filles mariées ,
qui eft Charles -Jofeph Robert , Marquis de Lignerac
, Grand Bailly , Lieutenant Géneral & Com
mandant pour le Roy dans la Haute Auvergne ,
Meftre de Camp de Cavalerie , & Enfeigne de la
Compagnie des Gendarmes de la Garde de S. M.
qui a été marié le 18. Août 1732. avec Marie-
Françoise de Broglio , fille de Charles- Guillaume
Marquis de Broglio , Lieutenant General des Ar
mées du Roy , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Gouverneur de Gravelines , & de Marie-
Magdeleine Voyfin .
Le huit , D. Marie- Anne - Françoiſe Commeau,
Comteffe d'Ufez , mourut à Paris dans la 52. année
de fon âge . Elle avoit été mariée , 1º. au mois de
Mai 1707. avec Pierre de Bailleul , Seigneur ,
Marquis de S. Maclou , Capitaine au Régiment des
Gardes Françoifes , & 2 ° . avec François - Charles de
Cruffol d'Ufez , Marquis de Montauzier , Lieutenant
General des Armées du Roy , Gouverneur de
Landrecie , dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Mai 1736. p. 1021. où l'on a marqué de
qui la Comtefle d'Uſez ſa veuve, qui vient de monzir
, étoit fille .
Le 9. D. Marie-Anne de Maupeon , veuve de
Prof.
834 MERCURE DE FRANCE
Profper- Nicolas Bruyn , Seigneur d'Angervilliers ,
Miniftre & Secretaire d'Etat , ayant le Département
de la Guerre , dont on a annoncé la mors
dans le Mercure du mois de Fevrier 1740. p. 396.
mourut à Paris âgée de 65 ans . On a marqué dans
le même Mercure de qui cette Dame étoit fille
& l'on y verra qu'elle ne laiffe qu'une fille qui eft
la Marquife de Ruffec .
Le 11. François-Jofeph . Honorat de Laubefpine ,
apellé le Marquis d'Hauterive , fecond fils de Char
les - François de Laubefpine , Seigneur de Varize ,
Sivery , Bazoches en Dunois , &c & de D. Marie-
Françoife de Beauvilliers de S. Aignan , fon épouse ,
mourut à Paris , dans la 19. année de fon âge.
étant né le 22 Avril 1722. Il venoit de finir fes
Exercices Académiques & il étoit reçû Moufquetaire
dans la feconde Compagnie. Par fa mott ,
François - Charles de Laubefpine , fou frere aîné ,
né le 17 Septembre, 1719. le trouve unique.
Lers. mourut D. Françoife- Gabrielle Machet ,
époufe de Robert Machet , du Canton de Soleure ,
Lieutenant General des Armées du Roy , Chevalier
de l'Ordre Militaire de S. Louis , ci -devant
Capitaine & Lieutenant - Colonel du Régiment des
Gardes Suiffes ,
Le 20 D Catherine - Agnès Langlois ,
veuve de
puis le 11 Fevrier 1718. de Barthelemi Rolland ,
Seigneur de Champbaudouin , Confeiller Secretaire
du Roy , Maifon , Couronne de France & de ſes
Finances , mourut âgée de 81. ans , laiffant pour
enfans Pierre - Barthelemi Rolland , Seigneur de
Champbaudouin & de Charmont , Confeiller en la
Grand' - Chambre du Parlement de Paris veuf de
Marie-Catherine Pichon morte le 2. Fevrier 1737 .
de laquelle il a des enfans ; &.. ... Rolland , Sieus
d'Aubreüil , l'un des Fermiers Géneraux du Roy
•
veuf
AVRIL. 1741 835
veuf de Louiſe- Bonne Defvieux , morte fans enfans
le 3. Mai 1731. La Dame Rolland qui vient de
mourir , étoit fille de Pierre Langlois & de Catherine
Olivet , & tante de Robert Langlois , Seigneur
de la Fortelle , Préfident en la Chambre des
Comptes de Paris , pere de la défunte Préfidente
de Novion.
Le 23. Jean-Etienne Merlier , Prêtre , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , de la Maifon
& Societé de Sorbonne , du 9. Decembre 1727. &
Maître au Spirituel de l'Hôtel- Dieu de Paris , y
mourut âgé de 42. ans.
Le 26. Sicaire Antonin- Armand- Augufte d'Aydie,
Comte de Rions , Gouverneur de la Ville de Coignac
en Saintonge , Meftre de Camp de Dragons , mourut
à Paris dans la 49. année de fon âge , étant né
en Périgord le 22. Septembre 1692. Il avoit commencé
à fervir dans la Gendarmerie, où il fut fait en
1716. Soûlieutenant de la Compagnie des Gendarmes
de la Reine . I obrint au mois de Mars
1718. le Régiment Dauphin de Dragons , dont il
fe démit au mois de Decembre 1725. Il avoit été
fait auffi Lieutenant des Gardes du Corps de feue
S. A. R. la Ducheffe de Berri dès le mois de Novembre
171f . Depuis , il fut premier Ecuyer de
certe Princeffe au mois d'Août 1717. & il eut au
mois de Novembre fuivant le Gouvernement de
Coignac. Il n'a point été marié. Il étoit fecond filş
de Blaife d'Aydie , Comte de Benauges , Seigneur -
des Bernardieres & de Montchel , Baron de
Rions , mort le 27. Juin 1710. & de D. Marguerite-
Louife-Therefe Diane de Bautru de Nogent ,
morte le 6. Fevrier 1732 remariée en fecondes
nôces avec Chrétien Louis , Prince Souverain
d'Arco , Comte du S. Empire , Lieutenant - Colonel
au Service du feu Electeur Duc de Baviere,
-
Le
836 MERCURE DE FRANCE
Le même jour , Claude Lebas de Montargis ,
Marquis du Bouchet , Confeiller d'Etat , ancien
Garde du Tréfor Royal , ci devant Commandeur
& Secretaire des Ordres du Roy , mourut en fon
Château du Bouchet , près d'Estampes , dans la 83.
année de fon âge , étant né le 29. Janvier 1659.
Il avoit été fucceffivement Receveur des Confignations
des Requêtes du Palais du Parlement de Paris
, Tréforier Général de l'Extraordinaire des
Guerres & Cavalerie Légere de France , tant de çà
que
de-là les Monts , en 1701. Garde du Tréfor
Royal en 1708. & Sécretaire - Greffier des Ordres
du Roy en 1716. Il fe démit de cette derniere
Charge au mois de Mars 1724. & il obtint en même
tems un Brevet pour en conferver les honneurs
fa vie durant . Il étoit troifiéme fils de François Lebas
, Confeiller- Sécretaire du Roy & de fes Finances
, & Tréforier des Ponts & Chauffées en Chainpagne
, mort au mois de Mars 1666. & de Catherine
Roger , morte le 14. Juillet 1711. veuve alors
en fecondes nôces de Charles , Renouard , Sr de la
Touanne, Tréforier Gén . de l'Extraord. des Guerres
& Cavalerie Légere de France. Le Sr de Montargis
avoit épousé en 1693. Catherine Henriette Hardoüin
Manfart , fille aînée de feu Jules Hardoüin
Manfart , alors Infpecteur Géneral , & depuis Surintendant
General des Bâtimens du Roy , Arts &
Manufactures de France , Chevalier de l'Ordre de
S. Michel , Comté de Sagonne , & d'Anne Bodin ;
il n'en laiffe qu'Anne - Charlotte Lebas de Montargis
, fon unique heritiere , Dame du Palais de la
feue Ducheffe de Berry , & veuve depuis le 21.
Août 1736. de Louis Marquis d'Arpajon , Lieutenant
Général des Armées du Roy , Grand - Bailly
& Gouverneur de S. M. de la Province & Duché
du Haut & Bas Berry , Gouverneur Particulier des
Villes
AVRIL 1741 . 837
Villes de Bourges & d'iffoudun . La Marquise d'Arpajon
avoit pour four aînée Catherine - Henriette
Lebas de Montargis , époufe de Jean - François Hénault
, Préfident Honoraire aux Enquêtes du Parlement
de Paris , & l'un des 40. de l'Académie
Françoife , laquelle mourut fans enfans le 17. Juin
1728.
Le 27. D. Elizabeth- Michelle de Guiry , veuve
de Claude-Henry le Pelletier de la Houflaye , Seigneur
de S. Laurent , mourut à Paris dans la 70 .
année de fon âge , étant née le 16. Septembre 1671..
Elle étoit fille aînée d'André Marquis de Guiry ,
Seigneur du Perchay en Vallée , de Gouzangré ,
&c. mort le 16. Septembre 1722. & d'Aone- Sufanne
Lamy. Elle laiffe pour enfans Michel le Pel
letier de la Houffaye , Lieutenant au Régiment des
Gardes Françoifes , marié le Fevrier 1716. avec
Angelique du Gué , fille de feu François du Gué ,
Préfident en la Chambre des Comptes de Paris , &
de Françoife de Paris , & Claire Elizabeth le Pelletier
de la Houffaye , mariée avec Alexandre-
Edme le Riche' , Seigneur de la Cheveigne , le Per
ché , Prefle , Gouzangré , Valliere , Confeiller au
Parlement de Paris.
Le même jour , D. Elizabeth de Juigné , veuve,
depuis l'année 1676. de Jean - Baptifte Tronchot .
Treforier Payeur des Rentes de l'Hôtel de Ville de
Paris , mourut âgée d'environ 88. aus fans pofterité.
Elle étoit fille de Gilles de Juigné , Ecuyer ,
auffi Receveur General & Payeur des Rentes de
l'Hôtel de Ville de Paris , & de Marie Vaudin .
Le 30. D. Marie- Anne Jacqueline d'Arncllet de
Lochefontaine , époufe d'André de Colomber , Seigneur
de Bourgbaudouin , Vicomte de Peny , Mef..
tre de Camp de Cavalerie , ancien Lieutenant- Colonel
du Régiment de Beringhen , Cavalerie , Che-.
valier
838 MERCURE DE FRANCE
valier de l'Ordre Militaire de S. Louis , & Chambellan
du feu Duc de Berry , avec lequel elle avoit
été mariée le 30. Juin 1707. mourut à Paris , âgée
d'environ 69. ans , fans lailler d'enfans . Elle étoit
fille de feu Jean - Baptifte d'Arnollet de Lochefontaine
Rochefontaine, Marquis de Buffy d'Amboife ,
Vicomte de Peny , Préfident en la Cour des Monnoyes
de Paris , & auparavant Confeiller au Parle
ment de Metz , mort le 2. Decembre 1706. &
d'Elizabeth de Creil. Elle laiffe pour heritiers les
enfans de fes deux foeurs aînées , dont on a raporté
la mort dans les Mercures de Janvier & Juin 1739.
vol . p. 182. & 1462 .
2.
Le 22. Decembre dernier . Jean-Baptifte de Crosville
, Seigneur & Patron de Crofvile , Biniville ,
Jourlaville , S. Nazaire , &c. Préfident en la Cour
des Comptes . Aydes & Finances de Normandie ,
reçû à cette Charge le 23. Decembre 1715. fils de
feu Hervé de Crofville . Seigneur des mêmes Lieux,
mort Doyen des Confeillers du Parlement de Normandie
, & d'Angélique Boyvia de Bonnetot , fut
marié à Rouen , à l'âge de 74. ans , avec Dile Géneviève
le Diacre des Effars , âgée de 14. ans , fille
de Jacques - Guillaume le Diacre , Seigneur des Esfars
, Lieutenant de Noffeigneurs les Maréchaux
de France pour le point d'honneur à Rouen , & de
D. Marie - Anne Bonne Aimable de Bailleul de Va.
tetot. Le Marié eft l'aîné d'une Famille noble du
Cotentin , dont l'ancien nom étoit Boudet,
Le 16. Janvier , le Marquis de Sabran , nouvelle
ment Colonel - Lieutenant du Régiment de Condé
, Infanterie , & auparavant Capitaine de Cavalerie
, fils unique de jean Honoré de Sabran , de
la Branche des Seigneurs du Biofc , ci devant premier
Chambellan du feu Duc d'Orleans , Régent ,
&
AVRIL. 1741. 835
"
& de D. Magdelaine - Louife Charlotte de Foix de
Rabat , épousa à Paris Dlle Agathe - Françoiſe de
Coetlogon , âgée de 16. ans , fille de Charles-
Elizabeth de Coetlogon, Seigneur de Romilly-fur-
Seine , & de D. Marie - Catherine-Françoife de Veteris
du Reveft . Les Maifons de Sabran & de Coët
logon font d'une grande ancienneté , & fort connuës.
La Généalogie de la premiere , qui eft de
Provence , fe trouve dans les Généalogies Hiftorique
des Maifons Souveraines, tome 4. p. 517. Table
102. & fuivantes . Celle de la feconde , qui eft
de Bretagne, eft raportée dans l'Hiftoire des Grands
Officiers de 1. Couronne , tome 7. p. 717,
·
Le 18. Fevrier , Emmanuel de Croy , Comte de
Solre , Baron de Beaufort & de Maldeghem , Seigneur
de Condé , &c . apellé le Prince de Croy ,
né le 23. Juin 1718. Mestre de Camp du Régiment
Royal Koufillon , Cavalerie per Commiflion du
15. Avril 1738. fils unique de feu Philipe Alexandre
- Emmanuel Prince de Croy , Comte de
Solre , Baron de Beaufort & de Maldeghem , Seigneur
de Condé, Grand Veneur héreditaire du Pays .
de Haynault , Lieutenant General des Armées du
Roy , mort à Condé le 31. Octobre 1723. âgé de
47. ans , & de D. Marie Marguerite Louife , née
Comteffe de Millendonck , fa veuve , époufa Dlle
Gabrielle Lidie d'Harcourt , née le 21. Decembre
1722. troifiéme fille de François d'Harcourt- Beuvron
, Duc d'Harcourt , Pair de France , Chevalier
des Ordres du Roy , Capitaine d'une Compagnie
de fes Gardes du Corps , Lieutenant Général de
fes Armées , & Gouverneur & Lieutenant Géneral
de la Ville , Château & Principauté de Sedan , &
de défunte D. Marie- Magdeleine le Tellier de
Barbefieux , fa feconde femme , morte le 10. Mars
1735. âgée de 37. ans .
Ce
$40 MERCURE DE FRANCE
Ce mariage a été célebré dans la Chapelle de
l'Hôtel du Comte de Belleifle , à preſent Maréchal
de France. La Bénediction Nuptiale a été donnée
aux nouveaux Mariés par Louis- Abraham d'Harcourt
, Doyen de l'Eglife de Paris , Onele de la
Mariée , qui a deux foeurs aînées , dont la premiere
fut mariée au mois de Juillet 1738. avec le Mar
quis d'Hautefort , Maréchal de Camp des Armées
du Roy du 15. Mars 1740. & la feconde au mois
de Mai 1745. avec le Comte de Guerchy , Colonel
du Régiment Royal Vaiffeaux , fils du Marquis de
Guerchy , Lieutenant Géneral des Armées du Roy.
Le 4. Avril Jean- Baptifte-François de Barral de
Montferra , Marquis de la Baftie d'Arvillar , Confeiller
au Parlement de Dauphiné , veuf fans enfans
de D. Marie-Dominique Peirenc de S. Cyr , & fils
aîné de Jofeph de Barral , fecond Préfident à Mortier
du même Parlement , & de D. Marie - Françoife
Blondel épousa à Paris Dlle Marie- Charlotte-
Françoile Antoinette de Chaumont , née le 11 .
Avril 1719. fille aînée de Jacques - Antoine de
Chaumont , Marquis de Guitry & d'Orbec , & de
feue D. Renée- Françoife de la Pallu du Mefnil-
Habert , fa premiere femme . Ce mariage a été célebré
dans la Chapelle de l'Hôtel du Duc de la
Force , proche parent de la Mariée , & qui a donné
le repas de nôce..
Le marié eft neveu à la mode de Bretagne de
Pierre Guerin de Tencin , Cardinal , Archevêque
de Lyon , par Loüife Guerin , fon Ayeule paternelle
, femme de François de Barral , fon Ayeul ,
mort Doyen du Parlement de Dauphiné . La Mariée
eft de l'ancienne & illuftre Maifon de Chaumont ,
fortie des anciens Comtes du Vexin. L'Abbé le
Laboureur en a compofé l'Hiftoire génealogique
qui eft reftée manufcrite , mais on en trouve un
extrait
AVRIL. 1741. 841
extrait imprimé dans le Nobiliaire de Champagne ,
grand in- fol. par lequel on voit que cette Maifon
eft connue dès le commencement du 10. fiécle ,
& qu'elle a donné trois Connétables de France
dont le premier a été Walo de Chaumont qui fur
tué au Siége d'Antioche en 1098. au raport de
Guibert , Abbé de Nogent , Auteur contemporain.
le fecond , Gafce de Chaumont , Seigneur de Poif
fy , qui l'étoit en 1107. fous le Regne de Philipe
1. & le troifiéme , Hugues de Chaumont ,
furnommé le Borgne , qui foufcrivit plufieurs
Chartres en cette qualité de Connétable de France
depuis 1108 jufqu'en 1134. Guillaume premier du
nom , Seigneur de Chaumont & de Guitry , duquel
la nouvelle Mariée defcend en ligne directe , eft
qualifié Gendre du Roy par Orderic Vitalis , ce qui
fait préfumer à l'Abbé le Laboureur qu'il avoir
époufé une fille du Roy Philipe 1. & de Ber
trade de Montfort . Outre la Génealogie de cette
Maifon qui eft imprimée dans le Nobiliaire de
Champagne , on la trouve encore dans l'Hiftoire
des Grands Officiers de la Couronne , Tom. 6. p.
42. & Tom . 8. p . 885. & dans le Dictionaire de
Moreri , Edit . de 1725. & de 1732.
Nombre des Baptêmes , Mariages , Enfans
Trouvés & Morts de la Ville & Fauxbourgs
de Paris pendant l'année 1740 , fçavoir ,
Baptêmes , 18632
Mariages , 4917
Enfans Trouvés . 3150
Morts ,
Au Cimetiere des Etrangers
MaifonsReligieufes, hommes &femmes320 25284
Partant le nombre des Morts de l'année
1740. excede celui des Baptêmes de
249497
IS
6652
*Le
842 MERCURE
DE FRANCE
Le nombre des Baptêmes de Pannee 1740 .
elt diminué de celui de 1739. de
Celui des Mariages eft diminué de
Celui des Morts eft augmenté de
Celui des Enfans Trouvés eft diminué de
1149
95
3298
139
On a fait une omiffion confidérable en parlant
de la mort de la D. Angélique -Françoife Tarta-
Fin ,dans le Mercure de Mars , page 627. Il n'eft
parlé dans cet Article que de Pierre & Guillaume
Tartarin , fes Enfans , cependant cette Dame en a
laiffé fix ; les quatre autres dont on n'a pas parlé ,
font Jacques Tartario , Capitaine de Grenadiers du
Régiment de Picardie , Chevalier de S. Louis ; Re-
Dlle Marie- An- né Tartarin , Jéfuite Miffionnaire ;
gélique Tartarin , fille ; & D. Anne- Françoiſe Tartarin,
veuve de M. Julien de Prunay , ancien Avocat
au Parlement , Controlleur de la Marine , de la
mort duquel il a été parlé dans le Mercure de Mars
1736.
La Vente de la Bibliothéque de feu M. Lancelot,
de l'Académie des Belles Lettres , & Inspecteur du
Colege Royal , fe fera en détail après les Fêtes de
la Pentecôte . Cette Bibliothèque, dont la principale
& la plus confidérable partie confifte en un Corps
d'Hiftoire de France très- furivie, & remplie de Piéces
fingulieres & curieufes , eft compofée de près
de neuf mille Volumes. Le Catalogue imprimé le
trouve chés Martin ,Libraire à Paris , ruë S. Jacques.
P
TABLT
.
IECES FUGITIVES. Ode , tirée du Pfeaume
V. Verba, ¿c. 631
Lettre à M. D. R. fur le Zodiaque ,
634
Ode fur la mort du P. Porée , à l'Ab. Philipe , 657
Queſtion
Queftion importante , jugée au Parlem.de Paris , 66 17
Le tre de M. S ... à M Leubo , 666
670
Réponse à la Let de M. T à M. Desbarbalieres ,
Epitre à M... Auteur de celle adreffée àMlle Julie , 674
Lettre de M. le Tors à M. Lebeuf, fur S. Lazare , 678
Etrennes en Vaudevilles ,
704
Séance des Maréch . de France ,à la Connétablie,707
Cantique de Moyſe , 713
719
Lettre deM.à M.touchant uneMaifonReligieufe , 718
Sonnet fur les nouveaux Bouts Rimés ,
Enigme , Logogryphes , & c .
721
730
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. Bibliotheque Germanique,Tome xxxiv. 723
Hiftoire de la Guerre , par M. Beneton ,
Examen & Réfutation des Leçons de l'hyfique, 733
L'Origine & les progrès des Arts & des Sciences ,7 34
Coûtumes du Duché d'Orléans avec les Notes , 740
Elélemens d'Aftronomie & de Géographie ,
Le Chevalier Bayard , Comédie , &c.
742
745
ibid.
747
Ceremonies obfervées à Rome depuis Clem XII.746
Mémoires du Marquis de Maffei , &c.
Differtation fur deux Paffages d'Ovide ,
RefléxionsCritiques fur la Poëfie & la Peinture. ibid.
Hiftoire Sainte des deux Alliances ,
L'Hiftoire Littéraire de France ,
748
749
Recueil de Piéces d'Hiftoire & de Littérature , 750
Mémoires fur la Vacance du Trône Impérial , 755
Recueil d'Antiquités Romaines , ibid.,
Expériences Phyfiques pour rendre l'Eau de la Mer,
*** potable ,
Plufieurs Livres imprimés à Genêve ,
ibid.
786
Programme fur un Ouvrage important , Cultoribus
, &c.
Campagnes Philofophiques ,
Elégie Latine, par le Comte de Mirabel ,
Avis fur l'Armorial Géneral de France ,
Extrait de Lettre écrite par M. Barere ,
757
761
ibid.
766
768
Académics
Académies des Sciences & des Belles- Lettres , 770
Académies de Soiffons & de Rome , 772
Suite des Médailles du Roy , 773
775
ibid.
778
781
Guide Harmonique , Mufique , &c.
Eftampes nouvelles ,
Chanfon notée
2
Spectacles , l'Echo du Public ,
Nouv . Acteur aux Italiens ,ouverture du Théatre, 788
Théatre François , Abfalon , nouvel Acteur , &c . 792
Nitetis , Tragédie nouvelle à l'Opera ,
Vers à la Dlle le Maure ,
ibid.
793
Nouvelles Etrangeres , Turquie Ruffie , Allemagne
, &c .
Morts des Pays Etrangers
Convalescence ou Remerciment ,
795
815
816
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 818
Proceffion des PP. Cordeliers à l'Eglife du S. Sépul
chre ,
Vers à Mlle Deſchamps ,
821
822
Vers adreflés à M. Roy ,
Loterie Royale , tirée le 28. Mars ,
823
ibid
824
830
Morts & Mariages ,
Epitaphe de Mlle d'Eſtampes ,
Nombre des Baptêmes , Morts , Mariages , & c .
pendant 1740:
Fautes à corriger dans ce Livre.
841
PAge 694. lignes . Finfidlen , lifez Einſidlen.
P. 715. 1. 21. notre , l. nos.
P. 717.1. 10. honheur , l. bonheur .
P. 729. 1.7 Sehonaug , I. Schonaug.
P. 791. 1. 3. Défi , 1. Déf.
La Médaille gravée doit regarder lapage
La Chanson notée , la page
77
77
Qualité de la reconnaissance optique de caractères