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MERCURE
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROY
AVRIL 1740.
URICOLLIGIT
SPARGIT
BIBLIOTHEQUE
S. I.
Les Fontaines
60 - CHANTILLY
Chés
Hapillon
A PARIS ,
SEM
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC. XL.
Aves Aprobation & Privilege du Roy.
ROD
SJA
LUC
Son
A VIS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca- .
chetés aux Libraires qui vendent le Mereure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de´ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SaLs.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT AV
AVRIL. 1740 .
PIECES
FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
ARGANT ET TANCREDE.
S.
CANTATE.
Ur les bords du Jourdain , en proye a
ses douleurs ,
Tancrede déteftoit une inhumaine
gloire ,
Pleuroit Clorinde & fa victoire ;
Un souvenir cruel faifoit couler fes pleurs ;
Sous les armes d'Argant cette Amante couverte
A ij
1
618 MERCURE DE FRANCE
Par les coups de Tancrede avoit perda le jour,
Et ce Héros pénétré de fa perte ,
Déploroit en ces mots ſa peine & fon amour ,
Gloire inhumaine , ámbition funefte ,
Faut-il payer fi cher vos barbares faveurs ?
Un deſeſpoir affreux eft,tout ce qui me reſte ;
Du vain espoir de vos honneurs .
Gloire inhumaine , ambition funeſte ,
Faut- il payer fi cher vos barbares faveurs ?
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore ;
Une éternelle nuit nous sépare tous deux
Et me rend le plus malheureux ;
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore ,
Que mon deftin eft rigoureux !
Rien ne peut adoucir l'ennui qui me devore ;
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore,
C'eſt moi , c'eſt ton Amant qui t'a ravi le jour.
Barbare souvenir , vien m'accabler encore ;
Tu ne peux trop venger & Clorinde & l'Amour,
Je
ne te verrai plus , cher objet que j'adore ;
Une éternelle nuit nous sépare tous deux ,
Et me rend le plus malheureux .
On souffre une douleur extrême ,
Lorsque l'on voit l'objet qu'on aime
Paffor
4
A VRIE 612
1740
Paffer fous les loix du trépas ;
Mais , quand le fort inéxorable.
Force d'en être feul coupable ','
Quels tourmens n'éprouve- t-on pas ?
Ah ! ne m'accufe pas , chere ombre ,
Si je ne te fuis point fur le rivage fombre ;
Je me rendrois à mon jufte tranfport ;
Et par ce fer à mes maux fecourable ,
Je finirois mon déplorable fort ;
Mais je fuis trop certain qu'un amour miſerable
Te vengera plus que ma mort.
Argant , que la fureur entraîne' ,
Du malheureux Tancrede interrompt les fanglots ;
Sa tendreffe irritée éclate par ces mots ,
Qu'arrachent de fon coeur fa colere & ſa haine.
Tant de regrets font fuperflus ;
Barbare , Clorinde n'eft plus ,.
Et fon trepas eft ton ouvrage.
Ton fang ou le mien font les pleurs
Que fou ombre attend de ma rage ,
Pour la venger de tes fureurs.
Au fanglant tranfport qui m'anime
Ta mort même ne fuffit pas ;
Pour égaler la peine au crime ,
A iij Jc
20 MERCURE DE FRANCE
Je voudrois , vengeur légitime ,
Sans ceffe enfanglanter mon bras ,
Et n'avoir que toi pour victime .
Il dit. Le fer brille à l'inſtant ;
Tancrede , plein d'un couroux menaçant ,
Opose à son Rival un Rival redoutable ;
• Leurs coups font redoublés , le fang coule à longs
Яots ;
'Argant fe trouble , il tombe , & la fiere Atropos
Arme contre les jours fa main inexorable .
'Amour , tes attraits dangereux
Servent d'écueil au malheureux
Que tu fais paffer dans tes chaînes
Trop excités par les defirs ,
Tu mets un terme à leurs plaiſirs ,
Sans en marquer un pour leurs peines.
P.M.L.C.
M. Fulletot travaille à la Musique.
LET
AVRIL 1740 62
LETTRE de M. Maillart , Avocat au
Parlement de Paris à M. Rafficod ,
Avocat au même Parlement , fur le Frans-
Aleu.
A
Yant , Monsieur , à traiter une question
du Franc - Aleu , j'eus recours au
Sçavant Ouvrage que M. Charles du Molin ,
fe plus diftingué de nos Docteurs François ,
a fait sur la Coûtume de Paris , rédaction de
1510. je trouvai que la matiere du Franc-
Aleu y eft discutée en plufieurs endroits
& fpécialement sur l'Article 46. n° . 12. &
suivans.
Pour exemple des Aleus confiderables ,
insignia Alodia , du Molin y cite ut caftrum
de VILLE ACOUBLEY , apartenant alors à
François de Monceaux , Chevalier , son ancien
Ami , lequel l'y avoit mené au mois de
Septembre 1539. pour recouvrer fa fanté
& d'où il revint à Paris achever cet important
Volume.
J'ai trouvé que Jean de Monceaux , Chevalier
Seigneur de Villacoubley , comparut
au Procès verbal de la seconde rédaction de
la Coûtume de Paris , commencée le 22 .
Fevrier 1580.
M. Antoine Mornac , sur le Digefte 8. 2.
A iiij คน
12
MERCURE DE FRANCE
au Titre de Servitutibus urbanorum prædiorm
Lege 23. m'a deplus apris que le Pratorium
de Villacoubley avoit été acheté par Pierre su
Lac , Avocat au Parlement. J'ai trouvé aufli
Villacoupley , inscrit dans les Tables indicatives
des Lieux régis par la Coûtume de
Paris.
Ignorant la fituation de cette Maison de
Plaisance , je m'adressai à vous , Monfieur ,
pour sçavoir fi elle ne seroit pas mentionnée
dans les
difcuffions laborieuses que vous
avez faites sur les Oeuvres de du Molin , &
qui sont dignes de voir le jour : mais pour
répondre à ma queſtion , vous avez renvoyé
ma curiosité à mes recherches .
Je me crois donc obligé , M. , de vous
communiquer ce que j'ai trouvé sur Viliacoupley.
Le sol de cette Maison exifte dans
la Paroiffe de Velizy , subrogée à celle de
Perfine , dans le Parc de Meudon, au Midi ,'
& proche de la Porte du Parc , nommée de
Trivaux , où sont posés les Relais de Chasse
, quand le Roy en prend le divertissement.
M. de Louvois ayant acquis Meudon ,
acquit auffi Villacoupley , qui étoit à sa bienséance
; le tout eft paffe au Dauphin , Louis
de France , les délices du Royaume , né le
premier
Novembre 1661 & décedé au
Château de Meudon , le 14. Avril 1711 .
,
Vous
AVRIL. 1740. 623
, Vous reconnoiffez par là , M. › que l'ancien
Caftrum , ou Pratorium de Villacoupley,
célebré par du Molin , & Mornac , ne subfifte
plus , & que le terrain fait actuellement
partie du Domaine de Meudon :
Jam feges eft , ubi Troja fuit.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 22. Mars 1-740.
CANTATILLE
Chantée à Sceaux le premier jour de Mars
devant S. A. S. Mad. la Duchesse du
Maine , après une représentation de Menzis
koff du Fat puni .
Souveraine de ces beaux Lieux ,
Quel bonheur de chanter tes vertus & ta gloire
Quel plaifir de fe voir inſpirer par les Cieux ,
Pour célebrer ton nom au- Temple de Mémoire !
Digne Sang de nos Rois , des plus fameux Héros ,
Ton génie eſt encore égal à ta naiſſance ;
Immense sans orgueil , sublime avec prudence .
Il étonne, il surprend , même dans son repos;
Jouis dans une paix profonde .
De tes Plaiſirs , de tes Grandeurs ;
A-V
24 MERCURE DE FRANCE
Il est beau de régir le Monde ,
Il eft doux d'enchaîner les coeurs.
Heureux qui vit sous ton empire !
Heureux qui fe rend à ta voix !
Chéris ce que ton coeur t'inſpire ,
Tes voeux feront toujours des loix,
Jojis dans une paix profonde
De tes Plaifirs , de tes Grandeurs ;
Il eſt beau de régir le Monde ,
Il eft doux d'enchaîner les coeurs .
Mais quel Aftre brillant sur tes pas nous éclaire ?
Peut-on le voir sans l'admirer ?
L'Amour sçait dans fes yeux prescrire l'art de plaire.
Hebé , par ses attraits , fçait se faire adorer.
De Minerve vivante image ,
La Gloire eft son suprême bien ;
Et de tant de vertus fon coeur eft l'affemblage ,
: Qu'il eft en tout semblable au tien.
Que de Jeux volent fur les traces ,
Soumis à fes jeunes defirs !
< Préfentés par la main des Graces
Qu'il en va naître de Plaiſirs !
Zéphir même & la jeune Flore
Dans fes voeux trouvent leur devoir ;
Pour
AVRIL:
628 1740.
Pour l'orner ils vont faire éclore
Mille fleurs , leur plus doux efpoir.
Que de Jeux volent fur fes traces
Soumis à fes jeunes defirs !
Préfentés par la main des Graces ,
Qu'il en va naître de Plaifirs
ののね
IV. LETTRE contenant la suite des abus
introduits dans la Typographie , & la suite.
des avis nécessaires pour s'en garantir,
39°.
L
>
Es Maîtres , Monfieur , ne doivent jamais
perdre de vûë le principe géneral qui distingue
la doctrine des yeux , et celle de l'oreille ,
cette attention est nécessaire non feulement pour
les lettres , pour les sons , mais encore pour les
mots et pour les parties du discours . Par exemple
, on donne à l'Enfant les mots unique , coque
je supose qu'il range un , i , que , co , que ; quoique
les yeux de la méthode vulgaire soient contents
ceux de la Typographie ne le sont pas ; il faut mettre
u , ni , qu , e , co , qu , e , parce que la premiere
syllabe est l'u voyele et non la nazale un ,
derniere carte que est le pronom relatif , il faut séparer
que. Les Enfans avec semblables fautes
de pure Typographie font voir leur memoire , ils
se ressouviennent des cartes et des especes qu'ils
ont souvent parcourues dans chaque logette : par
exemple un Enfant mit un jour sur la Table du Bureau
l'interjection ecce en latin , et le mot françois
›
A vj
et la
lent T
626 MERCURE DE ERANCE
Tent , pour la copie du thême , ou du mot dicté
excellent
; on rit de cela , on corrige
l'Enfant
, qui
s'aplaudit
de sa sçavante
faute , et de la correction
& c .
rres ,
•
40°. Un Maître obligé de tirer parti de tout , ne
doit pas négliger de montrer à l'Enfant la maniere
de décomposer le thême , et d'en distribuer les letles
sons , et les mots , nommant le tout à
haute voix avant que de le remettre dans les logettes.
Il faut inspirer de l'ardeur et du goût , mais .
surtout la fidelité et l'exactitude , pour ne pas mettre
dans une logette ce qui apartient à une autre.
Suposé qu'on rencontre quelque carte , qui ne soit
pas à sa veritable logette , sur le champ il faudra
Ja mieux placer. De temps en temps on fera la
revûë du Bureau , et l'on prendra garde que des
mains étrangeres n'y dérangent rien. Il y a des
Enfans très-attentifs à faire obferver cet ordre .
Quand on est pressé de fermer le Bureau , on met
le thême dans la logette magazin , ou bien on aide
à l'Enfant &c. On en trouve qui ne veulent pas
qu'on les aide , ils veulent avoir le plaisir de remettre
les cartes à leurs places , ils craignent que
d'autres ne le fassent pas bien. Les Enfans paresseux
voudroient tous être dispensés de remettre les
lettres dans leslogettes , ils laissent cet emploi à leur
cadet ou à leur cadette, qui attendent ce benefice avec
mpatience. Un bon Maître tire avantage de tout.
41 % Les Parens mieux intentionnés que le commun
pour l'éducation de leurs Filles , trouveront
dans les exercices du Bureau bien pratiqués , des
moyens d'éducation inconnus dans les Ecoles et
dans les Convens. A la honte des hommes et du
siécle , ne tombe- t- on point dans la contradiction ,
quand d'un côté on est indifferent sur l'éducation
des Filles , et qu'ensuite on exige que ces mêmes-
Filles
AVRIL. 1745. A 627
Filles négligées , et devenues Religieuses , donnent
une meilleure éducation que celle qu'elles ont reçûë
, aux Pensionaires qu'on voudra leur confier
Sommes-nous bien aises de ne pouvoir déchiffrer
La Lettre d'une Dame qui nous donne des commissions
? C'est donc faute de bonne éducation , qu'une
Dame parle mal , et qu'elle écrit de même. Comme
il n'y a point de regles sans exceptions , ontrouve
des Dames , dont les Lettres bien pensées ,
bien peintes , et bien ortographiées feroient rougir
un grand nombre d'hommes. On ne fait plus gloire
de Pignorance ; la science n'exclut pas la valeur , ni
Tes bonnes qualités morales. Donc la Méthode du
Bureau Typographique sera d'une grande utilité
pour les Enfans de l'un et de l'autre Sexe , mais
surtout pour les Filles , qui n'ont ni Colleges , mi
Universités ni Régentes .
•
42°. J'ai vû beaucoup de Personnes s'impatien
ter , lorsque l'Enfant lit et compose à rebours les
mots , ou quelques syllables de ces mêmes mots ,
comme s'il lisoit , par exemple , Sirap ou Parsi le´
mot Paris. On ne doit pas y faire trop d'attention ,
parce que d'un côté ou d'autre , c'est lire ; & si l'on
a quelque scrupule là - dessus , il n'y a qu'à obliger
l'Enfant à lire à rebours des lignes entieres , pour
Tui aprendre ce que c'est que lire à rebours , comme
les Hébreux ; cette varieté , bien loin d'être
nuisible , doit fortifier l'Enfant dans la lecture la
plus difficile ; non seulement on doit tolerer à
l'Enfant cette maniere de lire , mais il est encore
bon de faire lire du françois en latin, et du latin en
françois . Cette varieté plaît et instruit , il ne faut
pas se mettre en peine de ce que diront les Gens
prévenus , ennemis de toute nouveauté , et incapables
par eux -mêmes de distinguer et d'apercevoir
les bonnes méthodes.
43
628 MERCURE DE FRANCE
;
43 °. Il est bon que le Maître trouve en arri-
Fant un thême fait sur le Bureau pour le corriger ;
mais le Domestique , ou l'Ami , qui font le thême
pour l'Enfant , lui font un grand tort ils
trompent d'ailleurs le Maître et les Parens. Quand
on va voir un Enfant typographe , il est bon de
lui dicter soi même , pour bien juger des progrès
qu'il fait. Les Parens ne doivent pas se contenter
de voir et d'admirer ce qui est sur la Table du
Bureau , ils doivent se défier des Domestiques ,
et quelquefois des Maîtres ; le plus sûr , est de
dicter soi- même quelques mots à l'Enfant , ou
de lui donner quelques mots écrits sur une carte
pour juger de ses progrès par raport aux yeux , &
par raport à l'oreille.
44. Il est juste d'aider l'Enfant indolent , mol,
et paresseux on doit l'animer , en faisant travailler
quelque autre Enfant pour lui , ou en
faisant soi-même quelques mots , pour l'exciter à
faire de même , et à doubler , ou à tripler la ligne
du même mot , &c . Mais c'est pousser la complaisance
trop loin , que de faire ou faire faire les
thêmes à un autre , de chercher et de fournir les
cartes à l'Enfant typographe . Cet abus le retarde
beaucoup ; c'est même là une des raisons pourquoi
les Enfans des Princes et des grands Seigneurs
avancent moins que les Enfans des simples Bourgeois
, dont l'oreille , les yeux et les mains s'unissent
et s'associent pour l'instruction élémen
taire , sans citer les Enfans , ni ceux qui les environnent
et qui tombent dans le cas ; profitera de
Pavis qui voudra. Les Enfans des Princes ne voudroient
pas qu'un autre dinâ pour eux.
4. L'usage des terminaisons des noms et des
verbes en françois et en latin , dispose peu à peu
Enfant à sentir les parties du discours , et à comprendre
AVRIL 1749. 629
prendre la suite des déclinaisons et des conjugai
sons. Les Maîtres ne sont pas exacts , lorsqu'ils employent
indifferemment les terminaisons du nom
pour celle d'un verbe , ou celle du verbe pour celle
d'un nom Chique carte étant étiquetée , l'étiquette '
instruit l'Enfant ; il est donc important de suivre
Pavis et la leçon de l'étiquette , si on ne veut pas
brouiller les idées de l'Enfant ; par exemple , la terminaison
ique , du mot lirique , ou inique , ne doit
jamais être employée pour le verbe j'indique &c.
46°. Les Enfans , encore plus que les Hommes
aiment la varieté , c'est pourquoi les Maîtres qui
saisissent l'esprit de la méthode du Bureau , donnent
tous les jours de la nouveauté aparente à l'Enfant ,
mais toujours pour la même instruction , par exemple
, un Enfant qui a composé tout au long le mot
immortalitatem sous le mot immortalité , verra avec
plaisir qu'il suffit de mettre la terininaison atem
sous la derniere syllabe du mot françois , il y a beau
coup d'occasions où l'on peut abreger utilement ; ce
seul exemple en doit faire entrevoir quantité d'au
tres dans chaque thême , et sur chaque partie du
discours. La terminaison touge en caracteres manuscrits
, fait plus d'impression à l'Enfant , que si
le mot étoit composé tout au long ; l'experience a
donné lieu à cette remarque.
47° . Le Maître doit préparer à loisir un cours
de petits thêmes pour son Enfant , en suivant l'or
dre du système chronologique et grammatical , indiqué
dans la Préface du Rudiment pratique , et
choisir les phrases et les exemples dans l'Hiftoire
de la Bible , et ensuite dans l'Histoire universelle ,
et relativement à l'âge , à la condition , et aux progrès
de l'Enfant . On peut aussi donner des phrases
Fur le Journal de "' Hôtel de la Ville , de la France
et de l'Europe , car on doit viser à mettre l'Enfant
le
630 MERCURE DE FRANCE
le plûtôt qu'on pourra dans le courant du nouvelfisme
litteraire et politique ; c'est au Maître a bien
choisir , en variant toujours ses thêmes .
*
>
48 ° . Le Public , sans trop aprofondir les principes
de la Typographie , s'est d'abord aperçu , que
pour la lecture et l'ortographe , on n'avoit rien
qui aprochât des Exercices du Bureau typographi
que . On s'est aperçû en même temps , qu'il y a
peu de Maîtres capables de donner des phrases sur
des cartes sans aucune faute d'ortographe ; des
Enfans de cinq à fix ans ont corrigé des Maî
tres de la Méthode vulgaire. Les Parens sont agréa
blement surpris , de voir leurs Enfans sçavoir
mieux l'ortographe qu'eux. Les Maîtres doivent
donc avoir plus d'attention , en écrivant sur des
cartes les thêmes que les Enfans doivent copier
sur la Table du Bureau , et convenir que la Mé→
thode du Bureau est superieure à la Méthode vulgaire.
Tous les Gens sensés et non prévenus , con
viennent de cette verité ; mais la difficulté de trouver
des Maîtres capables de suivre exactement la
nouvelle Méthode , fait qu'on livre ses Enfans à la
Méthode vulgaire.
?
49°. Les Maîtres bien attentifs au progrès de
PEnfant , ne manqueront pas de temps en temps ,
de lui faire lire et arranger sur la Table du Bureau,
des cartes numerotées contenant la suite des
Patriarches , des Pontifes , des Juges , des Rois
d'Israël et de Juda , des Empereurs Romains , des
Papes , des Rois , des Empereurs d'Orient , et
d'Occident ; des suites de Géographie , d'Epoques
et de Chronologies d'Histoire Sainte , d'Histoire
Prophane , d'Histoire Naturelle , de la Fable , enfin
, des suites des Déclinaisons et des Conjugaisons
, après avoir travaillé long- temps sur les
lignes interlinéaires du Rudiment - pratique Ou
surAVRIL.
1740. 631
sur un Texte élémentaire , historique , chronologique
, et grammatical.
50°. Les Maîtres qui aiment tant à endoctriner
les Enfans sur les Regles des Concordances ,
de la Syntaxe , et des Particules , pourront s'exereer
, en les mettant sur des cartes , avec de petits
Exemples , pour garnir les trente logettes du
rang des Regles , quand même ils devroient copier
en latin' et en françois la plupart des Gloses
du Despautere. Pour lors quand l'Enfant fera
quelque solécisme , on lui cherchera la carte contenant
la Regle , qu'on raprochera de la faute,
avant que de la corriger . Il y en a qui copient
les Regles de la Méthode de Port - Royal sur des
cartes , pour les mettre dans Tes logettes , et les
faire lire et relire si souvent à l'Enfant , qu'il
les aprend par coeur , & en fait l'aplication en les
citant.
51 °. Quand l'Enfant aura travaillé affés longtemps
au Bureau et que par l'exercice des themes
inter iréaires il aura apris quelques milliers
de mots latins , on pourra essayer de lui faire
exp iquer ' Evangile de S. Luc , ou les Actes des
Apôtres , et encore , mieux le commencement de
la Genese , en se servant pour la construction de
la touche que j'ai dit inutile dans l'art d'épeler
, à moins que ce ne soit sous la dictée , et
sur le carton élémentaire , ainsi qu'on l'a déja dit
ailleurs. L'Enfant ne verra d'abord que peu de
Versets , et ensuite des Chapitres , qu'il lira en
françois , à la seule inspection du latin.
52° On a déja dit plufieurs fois , que de so. liv.
pesant , la Méthode vulgaire en met 45. sur le dos
de l'Enfant , et 5. sur le dos du Maître . La Méthode
typographique fait le contraire ; elle donne les épines
aux Maîtres , et les roses aux Enfans ; mais si
lcs+
632 MERCURE DE FRANCE
les Parens n'y prennent garde , les Maîtres se re
lâchent , et soupirent quelquefois après les douceurs
et l'oisiveté de la Méthode ' ordinaire , et pour
lors négligent d'écrire de nouveaux thêmes aux
Enfans de leur garnir peu à peu leur Dictionaire
typographique , de leur donner la quantité nécessaire
, pour imprimer des Vers latins avec les brẻ-
ves et les longues , de leur donner sur des cartes
des suites historiques et géographiques à ranger sur
la Table du Bureau &c. J'ai l'honneur d'être &c.
2
VERS adreffés à M. M***** à l'occafion
d'un Déjeuné qu'il avoit proposé par défi à
Mad. Le B **** qu'elle a accepté , chi
par laquelle l'Auteur a été prié de faire un
Remerciment en Vers pour elle , à M.M***
fur fon Déjeuné.
}
FAire un Remerciment en Vers ,
C'eft trop exiger , Uranie ,
Car je n'eus jamais la manie
De mettre pour rimer , mon eſprit à l'envers
Mais fans monter fur le Parnaffe ,
Il faut que je vous fatisfaffe ;
Je fçais bien qu'il m'en' coûtera ;
Qu'importe , Uranie en rira .
Dûffai-je donc encourir la difgrace
Dont peut- être en fecret Apollon me menace ,
Ba
AVRIL.
6339 1740.
En dépit des neuf Soeurs , même en dépit de lui ,
Je prétens rimer aujourd'hui.
De l'aimable Uranie , en qui chacun admire
Ce que vous adorez dans la jeune Themire ,
Ceque plus d'une fois vous nous avez vanté ,
Je veux dire l'Esprit , la Vertu , la Beauté.
M*****, qui poffedez l'heureux talent de plaire,
Recevez donc publiquement
Le fincere Remerciment
Que je fuis chargé de vous faire ,
Et dont , sans autre compliment ,
Je m'acquitte dans ce moment ,
Je vous parle ici fans myſtere ;
C'eft au fujet du Déjeûner
Qu'à l'aimable Uranie il vous a plu donner .. ?
Petits Pâtés , Poularde froide , Olives ,
Voilà les Mets qui flaterent mon goût ;
It s'il vous en souvient , je fus un des Convives
Qui bût très-peu , mais qui mangea beaucoup.
Par *** de Rowen.
POUR
634 MERCURE DE FRANCE
POUR
faire plus eftimer par les Ecoliers
la Vertu diftinguée , que les Talens
diftingués.
Ldre les Enfans qui y sont élevés , d'un
côté
beaucoup plus vertueux & de l'autre
beaucoup plus capables de réuffir dans les
talens des differentes
Profeffions de l'Etat-auquel
ils sont destinés pour augmenter leur
bonheur , & le bonheur de leur Patrie.
Es Colleges sont institués afin de ren
Il eft
incomparablement plus important,
pour augmenter ce bonheur , & pour leur
faire obtenir le bonheur de la vie future , de
cultiver & de fortifier leurs habitudes à tou
tes les parties de la justice & de la charité
, que d'augmenter les talens de leures
· prit.
méchant , l'hom L'homme vicieux
me injuste peut employer ses connoissances
& ses talens à
augmenter ses propres
malheurs & les malheurs de sa Patri ; témoin
Catilina , témoins les autres méchans ,
célebres dans l'Hiftoire ; au lieu que l'homme
vertueux , juste & bienfaisant ne sçauroit
employer ses vertus & ses talens , qu'à
augmenter son propre bonheur , celui de sa
Famille & de sa Patrie.
Ainfi
AVRIL
1740. 635
Ainfi il est très- important que les Précepteurs
& les Régens employent plus
d'heures par jour à fortifier dans les Enfans
les habitudes aux vertus de l'ame , qu'à fortifier
les habitudes aux talens de l'esprit.
Je sçais bien que l'éducation de nos Colleges
peut se perfectionner incessamment
du côté des Maurs , comme du côté des
Talens ; mais nous pouvons commencer à
donner aux Enfans plus d'estime pour les
Vertus que pour les Talens.
PREMIER MOYEN ,
Afin de donner plus
d'émulation aux Ecoliers
de la même Classe , pour devenir plus
vertueux les uns que les
autres ,
il est à propos
de leur proposer tous les mois la premiere
place de la Classe, qui est celle de Dictateur
, & un Prix chaque mois
d'entre eux qui sera nommé par Scrutin ( qui
pour celui
sera fait entre eux & par
écrit entre les mains
du Régent pour avoir été pendant le mois
le plus juste & le plus sage
c'est-àdire
le plus doux , le plus pieux , le plus po
fi , le plus indulgent , le plus modeste , le
plus
pardonnant, pour plaire à Dieu ; & qui
aura été le moins
pétulant , le moins impoli ,
le moins fier , le moins
méprisant , le moins
impatient.
Pour les exciter à se surpasser les uns les
autres
36 MERCURE DE FRANCE
›
autres du côté des Talens il faut leur
proposer la seconde Place , & un Prix pour
celui qui aura étudié avec le plus de succès ,
au jugement du Régent & du Principal du
College , à condition que le même Ecolier.
ne pourra avoir les Prix plus de deux mois de
suite.
Les Régens & le Principal sont les meilleurs
Juges des Talens ; mais les Ecoliers
qui vivent ensemble , sont les meilleurs Juges
du degré de justice & d'injustice , de
politesse & d'impolitesse , de douceur &
d'aigreur , de patience & d'impatience .
Pour leur faire connoître combien il leur
est plus important d'acquerir des Vertus ,
que des Talens , il faut que les Prix des Ver
tus soient moitié plus considerables que les
Prix des Talens , & leur faire sentir que ce
qu'il y a de plus précieux dans ces Prix
pour celui qui les a remportés , ce n'est pas
leur valeur mais c'est l'honneur d'avoir
surpassé tous ses Camarades , ou en Vertus ,
ou en Talens ; honneur qui sera assûré à l'Ecolier
victorieux par le Certificat imprimé ,
signé du Principal du College.
,
Le Principal du College doit indiquer
dans deux ou trois ans , un jour de la semaine,
comme le Lundi , pour être employé
tout entier aux exercices qui peuvent faire
eſtimer
AVRIL 1740 339
estimer les Vertus , & en faire desirer l'ac
quisition , tel que seroit le récit des Vies des
Grands Hommes , en faisant remarquer aux
Ecoliers avec éloquence, la grandeur des récompenses
, des talens qu'ils ont employés
, pour procurer de grands bienfaits
à leur Patrie. Ils fera auffi remarquer avec
éloquence , la grandeur des malheurs que se
sont attirés les méchans par leurs injustices.
Parmi ces exercices , je compte les déclamations
publiques des Scénes vertueuses , &
des belles maximes de Morale. Le Principal
aura soin de préparer ces exercices
c'est le second Moyen pour faire
de plus en plus estimer & desirer la Vertu ;
mais en attendant , il est à souhaiter que dès
cette année,on commence à donner dans chaque
Classe la premiere Place , & les Prix des
Vertus en même temps que les Prix des Ta
lens .
Il faudroit qu'à la fin de l'année , dans
une Assemblée publique , les deux de
chaque Classe qui auroient eû un plus
grand nombre de Prix pendant l'armée ,
fant en Vertus qu'en Talens , en reçûssent
encore chacun un ce jour là sur le Théatre
à la fin de la Tragédie , & que l'un de
ees Prix , c'eft- à- dire le Prix de Vertu , fût le
triple en valeur du Prix des Talens . On ne
sçauroit trop honorer la Vertu distinguée deyant
38 MERCURE DE FRANCE
vant les Enfans , & on ne peut trop la mettre
au-dessus de l'esprit distingué, parce que l'esprit
distingué ne vaut rien que lorsqu'il est
dirigé & employé par la Vertu.
Pourquoi les Ecoliers , au sortir du College
, cherchent ils tous à être distingués du
côté de l'Esprit & des Talens parmi ceux avec
qui ils ont à vivre? Pourquoi n'y en a -t-il point,
ou pourquoi y en a-t-il si peu qui cherchent à
se distinguer parmi leurs voisins & leurs amis
du côté de la justice, & du côté de l'esprit bienfaisar
? Pourquoi ne cherchent-ils point la
premiere Place d'eftime dans leurs societés ;
dans leur voisinage , du côté de la Vertu ? C'eſt
que dans leur College on leur a apris à estimer
superieurement les Talens de l'Esprit par
des préséances & par des Prix , & qu'il n'y
avoit au College , ni préséance , ni Prix superieurs
pour ceux qui avoient la superiorité
du côté de la Vertu .
›
Cependant combien les Hommes seroientils
plus heureux si avec le secours d'une
éducation plus vertueuse , ils disputoient
tous les jours à qui seroit le plus juſte & le
plus porté à bien faire envers fes Parens, envers
fes Voifins , & envers fa Patrie, pour plaire à
Dieu , & pour en obtenir le Paradis
SON
AVRIL: 1740. 639
SONNET
Sur les Bouts - Rimés proposés dans le premier
Volume du Mercure de Decembre 1739.
Imitation de l'Ode d'Horace : Beatus ille&c.
H
Eureux qui fçait jouir des doux fruits de fa
Qui méprisant le ton d'un Critique
Livre fon coeur aux traits d'un séduisant
Sans craindre de l'Amour nulle fatale em-
Ruche ,
Sournois ,
Minois,
buche!
Heureux, qui peut en paix vuider fouvent la Cruche,
Qui préfere la Chaffe aux plus brillans Tournois ,
Qui, fans or,ni clinquant, content fous fon Harnois,
A du vin dans fa cave , & du pain dans fa Huchet
Qui n'a pour tout ſuivans qu'un Valet & qu'unChien,
Et qui poffede tout en ne defirant Rien !
Heureux , qui de la Cour ne recherche aucun Poſte !
Qui regarde l'orage en l'air , comme
crevé !
Heureux , qui de la mort ne craint point la Ripofte !
Dans le Temple des Dieux fon
nom fera gr- avé.
J. B. D. D. N.
B RE640
MERCURE
DE FRANCE
REPONSE au Dialogue inséré dans le
Mercure de Decembre 1739. 1. Vol. sur la
question ,fi les anciens Gaulois parloient Grec
&c.
I
L paroît dans le Mercure de Decembre
un Ecrit en forme de Dialogue entre deux
Interlocuteurs , désignés , l'un par la lettre A,
l'autre par la lettre B. C'eft au sujet d'une
Réponse (a) à l'Auteur des Observations sur
les Ecrits modernes , contre sa Critique sur
un petit Ouvrage intitulé : Paradoxe sur la
Langue Grecque.
ils
L'Auteur de ce Dialogue a donné dans le
même travers , que l'Auteur des Observations
ils m'attaquent l'un & l'autre de façon
, que loin d'affoiblir mon sentiment ,
me fournissent au contraire un nouveau genre
de preuve , qui le confirme. Je m'en raporte
au Public.
Pour quelle raison ces deux Agreffeurs ne
se présentent -ils pas de bonne grace ? Pourquoi
biaiser , & ne chercher qu'à harceler ?
Ne fentent- ils pas qu'il y a un point d'apui
d'où l'Ouvrage qu'ils attaquent , tire toute sa
force ; & que tant que ce point fubfiftera
leurs efforts feront inutiles , & porteront
(a) Dans le Mercure d'Août 1739 .
touAVRIL
1740. 641
toujours à faux ? Ou bien leur intention seroit-
elle de faire perdre de vûë le retranchement
où je les attends , rebutés de la difficulté
de m'y forcer ? En tout cas , quoique
je me fois déja mis assés à découvert pour
qu'ils ne puiffent , ce me femble , faire illusion
fur leurs prétendus avantages , je vais
tâcher à me mettre encore , s'il est poffible ,
dans un plus grand jour , afin que tout le
monde puiffe reconnoître s'ils reculent , ou
si réellement ils en viennent aux mains , &
qu'il ne refte de part ni d'autre aucun fauxfuyant
fur le fort du combat.
Le principe fur lequel je fonde le fentiment
en litige , roule fur trois Faits également
constans : sçavoir , 1 °. qu'il n'y avoit originairement
parmi les Gaulois qu'une feule &
même Langue. (a) 2°. que cette Langue étoit
l'Allemand , ou le Belgique ; la Langue Breronne
, ou la Langue Grecque. 3 °. que les
Gaulois étoient répandus dans les diverses
Parties de l'Europe , & même en Asie .
Or c'eſt de- là que je conclus que la Lan
(a ) Sidon. Apollin. Epift . l . 3. Lucian. in Hercul.
Gal.
Unam eandemque Linguam antiquiffimis temporibus
fuiffe per univerfam Hifpaniam , Galliam , Britannicas
Infulas , Germaniam , & Illyricum , omnesque
has Nationes in universum dictos fuisse Celtas....
tam ex sacris quàm Gentilibus dispicio Auctòribus.
Lib. 2. & 3. Geogr. Cluvier.
Bij guc
642 MERCURE DE FRANCE
gue Grecque étoit la Langue Celtique , Lan- ,
gue maternelle des Gaulois. Sur quel fonde- ,
ment ? Sur ce que j'en trouve des veftiges
dans tous les Pays qu'habitoient ces Peuples;
& qu'il n'en eft pas ainfi de l'Allemand ”, ni
du Belgique , ni de la Langue Bretonne ;
voilà quel est mon principe , & non pas celui
d'où me fait partir l'Auteur du Dialogue
en queftion. ( Dialog. r. 9. ) Je fçais bien
qu'avec les mêmes caracteres on peut écrire
en differentes Langues : que je puis , par
exemple, écrire en Grec avec les mêmes caracteres
dont nous nous servons en François;
& de même que je puis auffi écrire en François
avec des caracteres Grecs. C'eſt ce que
perfonne ne peut ignorer. Mais il falloit que
le Dialogifte me fit raisonner à fa guife pour
fe donner carriere. Il n'en eft cependant pas
moins vrai que je ne fais paffer l'Alphabet
Celtique fous le titre de preuve , qu'acceffoirement
au principe dont je viens de parler ;
que ce n'est que fur ce principe que j'inſiſte,
& que je conclus ; enfin que c'eft la base qui
fait toute la ftabilité de mon plan : qu'on la
renverse , je mets bas les armes , & me rends,
Il n'y a pas à douter de la validité du principe,
me dira-t- on, il ne s'agit que d'en démontrer
la réalité. C'eft ce que je vais entreprendre
, quoique je l'aye déja fait dans ma
Réponse à l'Auteur des Obfervations. Mais
comme
AVRIL 1740. ·643
comme c'eft la Piéce d'importance , on ne
peut trop la produire .
Je dis donc que dans toutes les diverfes
Régions de l'Europe , où il y avoit des Gaulois
, il fe trouve des Monumens qui démontrent
que ces Peuples parloient Grec ; sçavoir,
dans la Gaule , en Germanie , en Italie , &
en Espagne .
Que l'on parlât Grec dans la Gaule , c'eft
-Lucien qui l'affûre , ( Luci. Hercul. Gall. ) en
difant que la Langue Grecque étoit naturelle
aux Gaulois. C'eft auffi ce que donne à entendre
Leon Trépuce , ( L. Trépu. Celtolinis . )
lorfqu'il dit que dans la Gaule les Enfans parloient
cette Langue. Deplus , c'est ce que
soûtient Budé , (a) & nombre d'autres Auteurs
avec lui , dont le fentiment fur cette
matiere doit être d'un poids considerable.
Le Dialogifte B. ( Dialog. Rép. 1. ) convient
lui -même que le Grec a été fort commun
dans certaines Contrées de la Gaule . » Sur-
"tout , dit-il , dans celle qui est arrofée du
» Rhône & de la Méditerranée « Il veut
parler , sans doute , de Lyon & de Marfeille .
Il auroit pû ajoûter l'Aquitaine , où cette
Langue étoit aufli familiere , pour le moins,
que dans ces deux Villes. Fera- t- il ici la
même exclamation qu'il a faite ( Dial . Rép. 3- )
(a) Bud. L. de Affe. Pandect, in Leg. 1. de
fervo corrupto. §. Quod ait Prator.
B iij
au
644 MERCURE DE FRANCE
au fujet de Tréves , où j'ai avancé qu'on parloit
la même Langue que dans la Galatie ?
Criera- t- il de même à l'erreur ? Au refte il y
feroit également fondé : car l'autorité de
Strabon , ( Strab. Liv. 4. ) dont je me fers ici,
n'eft pas fuperieure à celle de S. Jerôme , (a)
fur la garantie duquel je foûtiens dans ma
Lettre à l'Auteur des Obfervations , que le
Grec a été Langue vulgaire à Tréves : garantie
qui doit me faire d'autant moins foupçonner
d'erreur , que S. Jerôme parle de visu
& auditu ; ce que je ne pourrois pas dire de
Strabon à l'égard de l'Aquitaine ; au lieu
que le premier ayant demeuré long-temps à
Tréves , ainsi qu'il le raporte lui - même , (b).
on ne doit pas balancer à l'en croire fur la
Langue qu'on parloit en cette Ville. Que dit
cet Auteur ? Qu'à Tréves on parloit la même
Langue que dans la Galatic , l'Hellespont
, l'Ocolie & l'lonie . Refte à fçavoir
quelle Langue on parloit dans ces Contrées
de l'Asie , si c'étoit le Grec ; queſtion que je
laiffe à décider à notre Dialogifte. En attendant
je vais le pourfuivre fur un autre Article
, où il prétend que dans les Commentaires
de César il ne se trouve rien qui puiffe
en aucune façon favoriser le fentiment qu'il
combat.
>
(a) Hieronin. in Epift . D. Pauli ad Galatas.
(b) Hieronim. Epift. ad Florentium
S'il
AVRIL 1740 645
"
S'il ne s'agiffoit , ainsi qu'il l'assûre , ( Dialog.
Rép. 2. ) que de l'Alphabet Grec dans le
1. & VI. Liv. de ces Commentaires , il n'y
auroit à la verité rien à répliquer. Mais ,
quoi ! In caftris Helvetiorum Tabula reperta
sunt litteris græcis confecta , veut dire seulement
que les Regiftres trouvés dans le
Camp des Helvétiens étoient écrits en caracteres
Grecs ; & on ne doit non plus entendre
par ces paroles : Quum in reliquis fere rebus
publicis privatifque rationibus , gracis lit.
teris utantur , que le fimple usage de ces mêmes
caracteres. Il en eft donc de même de
Chaldaicis literis eruditus dans Ciceron ; Litteris
gracis & latinis docta , dans Salufte ,
(Saluft . in Catilin . ) Romanos pueros Græcis ita
Hetruscis litteris erudiri solitos , dans Tite Live.
(Tit.L.1.9 . ) Cela signifie uniquement sçavoir
former des caracteres Chaldaïques , Grecs
Latins & Hetrufques , & rien de plus . C'eſt
donc auffi en ce sens que l'on doit prendre
ce qu'on lit dans César au V. Livre de ses
Commentaires , au sujet de la Lettre que ce
Géneral envoya à Q. Ciceron , affiegé par
Ambiorix , Hanc græcis conscriptam litteris
mittit. Sans doute que le Dialogiste donne
à ces paroles tout un autre sens. Mais quelle
raison peut- il rendre de cette disparité ? La
voici : C'est qu'en interprétant dans un fens
contraire au sien le texte des Commentaires
Biiij
de
846 MERCURE DE FRANCE
au
de César aux deux endroits cités , l'un au
1. Livre , & l'autre au VI . il y auroit à en tirer
deux inductions plus absurdes l'une que l'autre
à son avis. 1º . Il s'ensuivroit qu'on parloit
Grec dans la Grande Bretagne , puifque , ditil
, elle étoit l'Académie ordinaire des Druides.
N'est- ce pas là donner des armes pour
être battu Ignoreroit- il que les Druides
dans la Grande Bretagne étoient Gaulois ;
qu'il n'y a nulle difficulté sur la Langue que
ces Prêtres parloient ; que tout le monde
convient que c'étoit le Grec : Donc le Grec
étoit en usage dans la Grande Bretagne
moins autant que dans la Gaule , » puisque
» c'étoit l'Académie ordinaire des Druides.«
Y a-t-il là quelqu'absurdité ? 2 ° . S'il en eft
de même de l'autre induction , que penser
de l'air triomphant avec lequel le Dialogiſte
la propose ? Selon lui , ou les Registres trouvés
par les Soldats de César dans le Camp
des Suiffes , n'étoient écrits qu'en caractères
Grecs , ou autrement il faudroit dire que
» les Suiffes parloient Grec. « Ne diroit- on
pas , à l'entendre , ( Dialog. Rép . 2. ) que
c'est- là un Paradoxe à révolter tout le genre
humain ? Les Suiffes parler Grec ! Mais cette
Langue ayant été naturelle aux Gaulois , suivant
Lucien , ( Lucian . in Her. Gall. ) il n'étoit
pas alors plus difficile aux Suiffes ,
Helvétiens , de la parler , que l'Allemand
qu'ils
ou
'A VRIL 1740. 647
qu'ils parlent à présent. D'ailleurs il n'eft
pas douteux qu'elle étoit en usage à Tréves
du temps de S. Jerôme , & d'où vient ne
l'auroit- elle pas été de même en Suiffe ? N'y
Forle- t- on pas à présent comme à Tréves ?
Après cela les Regiftres même , dont il
s'agit , ne deviennent- ils pas une preuve démonstrative
de la Langue en laquelle ils
étoient écrits ?
Cependant notre Antagoniste propose un
nouveau Cartel; ( Dialog.Rép.3 . ) c'est à l'occasion
de la Lettre de César à Q. Ciceron . Mais
comme je le tiens pour vaincu à cet égard ,
jusqu'à ce qu'il ait fait voir que la Lettre de
César étoit écrite en Grec , & non pas seulement
en caracteres Grecs , je vais l'attaquer
par l'endroit qu'il croit lui être le plus avantageux
, & où il a déja élevé des trophées ,
pour y avoir fait échouer son Interlocuteur
A.
César sçavoit-il le Grec , demande - t- il
dans son Dialogue ? ( Dialog. Rép . 4. ) Et
comme on lui répond affirmativement , il se
donne gain de cause par la conséquence qu'il
en tire : César , conclut- il , n'avoit donc pas..
besoin de Truchement dans la Gaule. La
conséquence accordée , & le Condialogiste
au bout de son rôlet : » C'est- là , lui dit- il
» où je vous attendois . » Comme ſi un oži
ou un non lâché au hazard sur un sentiment,
B v
>
étoit
648 MERCURE DE FRANCE
étoit de quelque avantage pour s'en préva
loir. Ce n'est que lorsque le oui ou le non eſt
prononcé avec connoiffance de cause.
:
Oui , je veux bien auffi que César sçût le
Grec. Mais le sçavoit- il assés pour conferer
avec quelqu'un qui ne parloit que cette Langue
? Quelle preuve peut- on en avoir ?Sontce
ces deux ou trois mots qu'on dit qu'il
adreffa à Brutus , ( Sueton. in Cesar . ) lorsqu'il
le vit du nombre de ses Conjurés ?
καὶ σὺ εἶ ἐκείνων , καὶ σὺ τέκνον . Vous en
» êtes auffi , mon fils ! » { Casar. Comm. L. 5. )
Car pour la Lettre à Q. Ciceron étoit- elle
en Grec , n'y étoit - elle pas ? Problême à résoudre
ainfi nullité de ce côté - là. Mais
quand César auroit sçû parfaitement le Grec,
ne pouvoit- il pas se faire que dans la Gaule ,
au moins en quelques Contrées , le Grec se
prononçât d'une maniere à ne pouvoir être
entendu par les Romains ; ainfi qu'un Fran- -
çois n'entend rien au Latin comme on le
prononce en Irlande ? Je me sers de cette
comparaison pour ce qui m'eft arrivé : Un
jour me trouvant avec un jeune Prêtre Irlandois
, qui n'étoit que depuis peu en France ,
& voulant l'un & l'autre nous lier de conversation
, nous nous parlâmes Latin ; mais à
sa prononciation , il est sûr que j'aurois eû
autant besoin d'Interprete , que pour la Langue
qui m'est la plus inconnue. Or César
pouvoir
AVRIL 1740. 649
pouvoit être dans le mème embaras avec
Divitiac , ou Divitiac avec César. ( Ca:ar.
Comm. Lib. 2. ) Au surplus , fi cette raison
ne satisfait pas , en voici une autre .
du
Qu'on faffe attention qu'il n'y avoit point
de Peuples plus anciens que les Gaulois ;
que leur origine remontoit jusqu'aux fiécles
les plus reculés : alors on ne sera nullement
surpris que chés la plûpart de ces Peuples ,
leur Langue primordiale ne fût plus la même
temps de César , quand elle y auroit été
corrompuë , à n'y plus rien reconnoître . La
Grece n'a - t- elle pas été sujette à la même
viciffitude ? Quelle Langue y parle- t - on " autjourd'hui
? Et sans les Ouvrages qui restent
des Grands Hommes qu'elle a produits , s'y
trouveroit- il plus de Monumens , que dans
la Gaule , du beau Langage qu'on y parloit
autrefois ? Oui , répliquera le Dialogifte , le
Grec vulgaire d'à présent manifefte son origine
à ne s'y pas tromper : mais le Celtique
reffemble au Grec , comme un Coq à un
Elephant. ( Dialog. Rép. 5. ) Et venant aux
exemples , quel raport , dira-t-il , entre Brivas
, qui fignifie un Pont en Celtique , &¨
gearpa ( Guéonra ) qui signifie la même chose
en Grec ; ou entre pagos ( Ramphos ) &
Beccos ? Par droit de représailles , je lui demanderai
à mon tour, quelle peut être l'analogie
B vj
650 MERCURE DE FRANCE
logie entre Livadie ( a ) & Hellas , ou entré
Morée & Péloponese ; & fi Beccos (b) étoit
moins Grec chés les Gaulois que chés les
Phrygiens. Ce n'est pas que j'élude la difficulté
en la retorquant de la sorte : c'eſt au
contraire un moyen bien direct que j'inſinuë,
& sur lequel il est important d'apuyer.
Je veux dire que notre Dialogiste prend
le change ; qu'il parle d'une Langue altérée
& corrompuë , en usage du temps de
César , entre la Garonne , la Seine , & la
Marne , & differente de l'Allemand du
›
,
Belgique , & du Breton , sans néanmoins
avoir plus de reffemblance avec le Celtique ,
dont il s'agit , à l'exception du nom , qui eft
le même . Ainfi , afin de le mettre sur la
voye , diftinguons chés les Gaulois deux
Epoques : la premiere, lors qu'ils ne parloient
qu'une seule & même Langue , & qu'ils
étoient tous généralement connus sous le
nom de Celtes . La seconde , lorsque la confufion
s'introduifit dans leur Langue maternelle
, & qu'ils changerent leur premier nom
générique en celui de Gaulois ; ce qui n'ar
(a) Livadie , nom de la Grece proprement dite ,
qui s'apelloit autrefois Hellas .
(b) Bixxos ou Bixos . Les Phrygiens parloient Grec,
fuivant le Dialogifte B.
Herodot. L. 2. in Psammetichum ..
riva
AVRIL. 1740%
ة ر ف
tiva que tard , dit Paufanias. ( Pausan. in
Atticis. ) Alors on ne connut plus dans la
Gaule , fous le nom de Celtes , ( La Gaute
Celtique ) que les Peuples qui habitoient entre
la Garonne , la Seine & la Marne ;
( Casar Bell. Gall. ) & comme ces Peuples
avoient leur Dialecte particulier , ce Dialecte
s'apella Celtique. Et c'est ce qu'on
voudroit nous faire paffer pour cette Langue,
(a) qui n'avoit ceffé d'être cultivée pendant.
un grand nombre de fiécles , par des hommes
occupés par état aux Belles - Lettres ,
ainſi qu'aux Arts & aux Sciences , & qui y
avoient fait les plus grands progrès. Bon
pour la Langue qu'on parloit encore du temps
de César dans l'Aquitaine , à Marseille , à
Lyon , à Tréves. Mais qui s'imaginera que
Brivas , Osea , Dun , ( b) soit le fruit d'une
étude si longue & si suivie , plûtôt que
Bruk , Platz & Stadt ? (c) Il n'en eft pas de
même de Dis , nom que les Gaulois ( Cesar
Comm. Lib. 6. ) donnoient à leur Fondateur,
non plus que des noms de leurs Prêtres ou
Philosophes , les Samothées , les Saronides,
les Druides. Et tout le monde sçait qu'ils
(a) Unam eandemque Linguam antiquiffimis temparibus
fuiffe , & c. Cluvier Geog. Liv. 2.
(b) Un Pont , un Clos , une Montagne ou Fortereffe
en Gaulois.
(c) Les mêmes noms en Allemand.
apel652
MERCURE DE FRANCE
у
apelloient Dieu Theut , ( a) ce qui revient att
Theos des Grecs , ainsi qu'au Tau des Hebreux
preuve que si leurs Contrats , : dont
parle César , ou seulement les Regiftres que
ce Général trouva dans le Camp des Helvétiens
, étoient parvenus jusqu'à nous , il
auroit bien d'autres exemples à raporter ;
quoique la garantie que nous avons , suplée
au défaut des Piéces juftificatives qui nous
manquent. Quand nous en serions munis ,
feroient - elles foi , sans ces mêmes autorités
qui les atteſtent ? Deplus , notre Langue seule
ne démontre- t- elle pas , de reste , que le
Grec a été commun dans la Gaule ? N'y a - telle
pas pris naiffance ? Ses termes sont à la
verité dérivés duLatin : mais n'est- ce pas sur
le Grec
que s'est formé fon génie, son carac
tere , sa diction , jusqu'à ses élisions ? Et ne
s'ensuit-il pas que lors de son origine , le
Grec étoit foncierement d'usage dans la Gaule
, & qu'il y étoit de plus ancienne date
que le Latin ? Encore , à bien examiner la
Langue Françoise , je crois qu'on n'y trouveroit
guere moins de termes empruntés du
Grec , que du Latin : quelques exemples feront
juger du refte : élaguer , égayer , écouter,
(a) Lucanus illorum Deum Teutatem memorat.
Cluv. Geog. Liv . 3. Ch . 6 .
Teutates horrensque feris atturibus hesus . Lucan.
Lib.
our
AVRIL. 1740. 655
guir , sont des verbes qui viennent certainement
du Grec. (a) Oida eft tout Grec , de
même que Tai ou Tué , (b) que l'on crie aux
chiens que l'on veut animer. Al, alie, (c) cris
des Chaffeurs , lorsque la Bête est aux abois :
bien plus , le En , le Dia , & le Eureo , des
Chartiers. Or de qui nos Chartiers tiennentils
ce Langage , si ce n'eft des Gaulois ? II
falloit donc que le Grec fût bien commun
dans la Gaule. Ne pourroit- on pas auffi inferer
de- là , que de ces mêmes Peuples nous
eft venu ce grand nombre de termes Grecs ,
tant dans les Sciences , que dans les Arts
puisqu'il est de fait que c'étoit en Grec qu'ils
les professoient ? Que le Dialogiste suive
cette reflexion ; il n'y a point là de recherches
à faire à perte de vûë ; ( Dialog.
Rép . 5. ) ou qu'il s'explique sur le nombre
d'hirondelles , requis pour annoncer le
Printemps.
A présent il s'agit de voir fi dans les autres
Contrées de l'Europe , où il y avoit
des Gaulois , il se trouve , comme dans la
Gaule , des vestiges de la Langue Grecque.
A s'en raporter à Lucien & à Trépuce ,
( Lucian. in Her. Gall. Trep. Celtolinis. ) le
(a). Oidu , as , & ab яıda je sçais .
(b) T , ou rás. pille prés , Imperatif du Verbe
Τάω .
( ε) Αλαλή , η . Dorig. Αλαλιά,
Grec
54 MERCURE DE FRANCE
Grec a été en usage en Germanie , en Italie ,
& en Espagne , puisqu'il y a eu des Gaulois,
ainfi qu'en font foi les anciens Hiftoriens ,
tant Grecs que Latins , & que la Langue
Grecque étoit naturelle à ces Peuples . Mais
outre cette raison générale , venons à des
Faits particuliers.
1º. Pour ce qui regarde la Germanie , Tacite
(a) raporte que de son temps on y voyoit
encore d'anciens Tombeaux,& autres Monumens,
avec des Inscriptions en Grec. Que les
Germains (b) se disoient descendus du Dieu
Theut, & de son fils Man , suivant d'ancien- .
nes Annales qu'ils avoient en Vers. L'Auteur
ne dit pas,à la vérité, en quelle Langue étoient
ces Vers , mais il le fait affés entendre par
les Inscriptions des Tombeaux dont il parle.
Deplus , les Registres des Suiffes , leurs voisins
, dont César fait mention , ne laiffent
aucun lieu d'en douter.
2º. Au sujet de l'Italie , il y a encore un
Paffage de Solin , que le Dialogiste trouvera,
je pense , auffi important que celui que j'ai
allégué touchant la Galatie : c'eft au huitiéme
Chapitre de fon Hiftoire Univerfelle , (c)
(a ) Tumulos quosdam gracis litteris inscriptos Tacit.
de Moribus Germanor .
(b) Tacit. ibid .
(c) Bocchus absolvit Gallorum veterem propaginem
Umbros effe. M. Antonius affeverat eosdem quòd tempore
aquosa cladis imbribus superfuerunt Umbros
gracè nominatos. Solin . Un . Hift. c. 8.
AVRIL. 1740 3
y
>
où , fur des Autorités qu'il aporte , cet Auteur
tire l'origine des Gaulois , d'anciens
Peuples d'Italie , apellés Ombres , d'un Déluge
dont ils s'étoient sauvés. Or l'Ombrie,
suivant Cluvier, ( a) s'étendoit anciennement
depuis la Mer deToscane jufqu'à la Mer
Adriatique. Et au raport de Pline , (b) les caracteres
qui y étoient en usage, reffembloient
à ceux de Cadnus , ce qui se vérifie par la
Table aportée de Delphes à Rome
& qui
étoit encore du temps de Pline , à la Bibliothèque
de Minerve. Mais ce n'eft pas
affés ; il faut du Grec ; en voici. 1 °. fur une
Table de cuivre que Suetone (c) dit avoir été
trouvée quelque temps avant la mort de
César , dans le Tombeau du Fondateur de
Capouë. 2 °. fur une Colomne de Bronze ,
élevée sous les ordres de Tullus Hoftilius,
troifiéme Roy de Rome, et fur laquelle ceRoy,
avoit fait graver l'Acte de Fondation du
Temple de Diane , suivant Denis d'Halicar
naffe , qui en parle pour l'avoir vûë, ( Dionif
Hal. Antiq. Rom. Ľ. 4. )
(a) Tufcis jungebantur ad Tiberim Fl. Umbri. Sed
hi ab initio ad utrumque mare late incoluerunt. Cluv.
Geogr. 1. 3. c. 26.
(b ) Plin. Hift. Nat.
Polydor . Virgil . de rerum inventoribus. 1. 1. c . 6.
(c) Tabula anea in monumento , in
quo dicebatur
Capys conditor Capua sepultus , inventa eft confcripta
litteris gracis. Sueton .
OF
56 MERCURE DE FRANCE
Or je voudrois bien sçavoir de quelle
maniere il faudroit s'y prendre pour découvrir
la Langue que l'on parloit en Italie , lors
de la Fondation de Capoue , & du Temple
de Diane ; il n'y a nulle aparence que ce fût
le Latin , vû qu'il n'étoit encore que dans
son enfance , & qu'un pitoyable patois du
temps d'Ennius. Suis-je donc fi mal fondé
à conclure que la Langue qui y regnoit alors
étoit la même que le Grec , & par ses caracteres
, & par fa diction ; d'autant plus que
le Latin même n'eft qu'un Dialecte du
Grec ?
Enfin quant à l'Espagne , tout y eft plein
de Titres de la Langue Grecque ; outre les
Mémoires des Celtibériens , ( Strab. L. 4. )
en Vers Grecs , les Villes de ces Peuples ,
ainfi que des autres Celtes Espagnols , leurs
Montagnes , leurs Fleuves portoient encore
des noms Grecs du temps de Strabon , comme
la Ville d Tyde , (a) les Pyrennées , une
autre Vilie sur les frontieres d'Espagne ,
apellée Pyrenea Venus ; (b ) le Mont Hydrus,
& sur le Détroit de Gibraltar , le Mont
Calpe , une des Colomnes d'Hercule , avec
la Ville au pied de cette Montagne ; de même
que les Fleuves Iberus & Anus , aujour
(a) Tudu Пupkovn. Ptolom. Stepan.
(b) Pompo Mela.
S. Hieronim, in Prafat . l. 2. in Epiſt. ad Galat.
d'hu
AVRIL 657 1740.
d'hui l'Ebre & la Guadianne , ( Dupleix. Mé- ·
moir. des Gaules. L. 4. ) sans parler des 1200 .
Dictions Grecques , ou dérivées du Grec ,
que Dupleix dit avoir extraites du Langage
Gascon , ou des Basques , ( Báoxer
aller vite. ) qui , sous Pompée , pafferent de
la Celtiberie dans la Gaule . A juger de ces
Observations par le mot de Basques, que
Dupleix
(Mémoir. des Gaules L.
4.) donne pour
étiquette, c'eſt à coup sûr du Grec, & du bon ;
au refte les Hiftoriens sont d'accord sur ce
Point. Mais d'où le Grec s'étoit - il ainfi introduit
en Espagne ? Voilà la queftion ; non pas
pour le Dialogifte , car de son côté l'affaire
eft toute décidée. Cependant fi le nom d'Ibérie
, qu'à porté l'Espagne , & qui conftam- ,
ment eft Grec , vient des Gaulois , & non
des Grecs , pourquoi les noms de 7yde &
de Pyrenées n'en viendroient- ils pas de même
? Je n'argumente point sur un principe
douteux , j'en apelle à Strabon , ( Strab . L. 3. ):
qui affûre que dans la Gaule , les Peuples
qui habitoient entre le Rhône & les Pyrenées
, s'apelloient Ibériens. Nonnus (a) eſt
auffi de ce sentiment , & dit même quelquechoſe
de plus , car il comprend sous le
nom d'Ibériens , tous les Gaulois depuis le
Rhin jusqu'aux confins de l'Espagne. Ce
( a ) Nonnus Panopolita Lib . 23. Dionif. Pivos
feroit
5 MERCURE DE FRANCE
seroit sans fondement qu'on oposeroit ici l'au
torité du Poëte Silius , qui sur le nom de Tyde,
Ville des Celtibériens , conclut que des Grecs
avoient habité parmi ces Peuples ; & qui ,
pour éviter l'embarras où le mettoit le nom
des Habitans de cette Ville , ( a) a dit Graïorum
pour Graviorum ; c'eft que ce Poëte
ignoroit qu'il y eût des Gaulois apellés
Gravii. Il y en avoit non seulement en Espagne
, mais encore dans la Gaule ; ( b) de
plus en Germanie . (c) Et sans doute que
c'eft d'eux , & non pas des Grecs , qu'à été
dénommée une partie des Alpes. (d)
(a ) Et quos nunc Gravios violato nomine Graium.
Venere mifere domus . Silius Ital . 1. 8.
(b) Gravia , Grave , Ville du Brabant.
( c) Bamberg , en Franconie , apellée Grave.
(d) Les Alpes Grecques , qui font les Montagnee
depuis Suze jusqu'au petit Saint Bernard.
BOUTS
AVRIL: 1740.
ة ر و
患患患患患患患患
BOUT S- RIME'S ,
Colloque de deux Payfans,
Es Abeilles, dis -moi , quittent- elles leur Ruche
Ne puis -je point sçavoir qui te rend fi Sournois
Je ne te connois plus sous ce triſte
Minois ;
Tu me parois , Lucas , auffi fec qu'une
Conte -moi ton chagrin , & pose - là ta
A-t-on porté la main sur tes écus
Ton fils de la Milice a- t-il pris le
Buche.
Cruche;
Tournois ?
Harnois?
Le segle ou le millet défaut- il dans ta Huche
REPONSE,
Ah! Blaife, c'en eft fait : Robin n'eft plus ; ce Chien,
Près de qui mon Troupeau ne craignoit jamais Rien,
Dans le sombre manoir vient de descendre en Pofte.
J'eus beau crier haro , lui voyant l'oeil
Par la main d'un Paſſant ; le brutal
D'un coup de piftolet l'étend sur le
pour
Crevé
Ripofte,
Pavé
E. R.S. S. L. de Bayonne,
EX260
MERCURE DE FRANCE
*****************
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. L... !
de l'Académie Royale des Belles Lettres ,
par M. J..... le jeune . ( Paris 16. Mars,
1740 .
Observations sur l'Article des Flambards
Mercure de France , mois de Fevrier
dernier , p. 266.
,
A Fête ou Cérémonie des Flambards eft
LAen usage dans la Normandie ; mais , du
moins quant à préſent , c'eſt fans l'apareil ,
ni la participation des Prêtres , ni des Magistrats
, dont il eft fait mention, qu'il s'eft pratiqué
à Dreux. Je n'ai jamais oui dire dans
la Province dont je parle , qu'un Cortege de
Perſonnages fi impofans y ait présidé. Voici
en détail comme j'ai vû qu'on y procede.
1º. A Caën , les jeunes Ecoliers & les Enfans
de 7. 8. jufqu'à 12. ans , célebrent feuls
cette Fête. Leurs Flambards à la main , ils
courent dans les rues , guidés par leur seule
fantaisie , & au hazard ; c'est - à- dire , sans
observer aucun ordre proceffionel , chantant
Noël , Noël , comme il eft dit dans le Mercure.
Cela fe termine par accumuler les
bouts de Flambards en un tas , qui forme
Nota. Le Dictionaire de Trévoux, écrit Flambart.
une
AVRIL 1740 661
ne forte de feu de joye , autour duquel
tous ces jeunes Enfans fautent , chantent ,'
dansent & poliffonnent. Dans cette grande
Ville , composée de onze Paroiffes , il s'assemblera
pour faire ces Feux , plufieurs bandes
de cette Jeuneffe , fuivant qu'elle fe rencontrera,
chacun dans fon quartier , Experto
crede Roberto : j'ai cu des Flambards qui me
revenoient jufqu'à 15. & 20. fols. 2 ° . Dans
les campagnes , ( furtout des environs d'Argentan
, Falaise , Séez , & dans tout ce qu'-
on apelle le Pays d'Auge ) si l'on ſe ſert de
Flambards , on fe fert auffi d'une espece de
Gaulette , ou Perche , longue d'environ 7.
ou 8 pieds , autour de laquelle on lie du
glen , ou paille , gros comme la cuiffe. On
nomme cette efpece de Torche , une Couling
ou Counigne. On met le feu à cette paille
& armé de cette Couline , on va dans les
Herbages , Enclos , & Jardins , chacun de
fon côté , à tous les grands Arbres fruitiers
paffer cette flamme autour du tronc & aux
branches , chantant cette efpece de phrase
rimée :
Taupes , & Mulots ,
Sortez de nos Clos.
Sinon je vous brûlerai la barbe & les os.
Les Peres , les Meres , Servantes & Valets ;
y conduifent les petits Enfans qui peuvent
déja
862 MERCURE
DE FRANCE
déja marcher. Cette course dure une grande i
l'insdemi
-heure . Il eft aisé de fe figurer que
tant de ce cérémonial forme une espece de
fpectacle, car vous voyez dans les Villages
voifins , à une & deux lieuës , plus ou moins,'
fuivant la difpofition des afpects , briller
dans l'obfcurité de la nuit , des feux fans
nombre , épars çà & là , & dans un mouve
ment perpetuel.
Au refte , je n'ai jamais pû fçavoir l'ori
gine , la caufe , ni le but d'une coûtume
auffi finguliere. On peut , je crois , conjecturer
qu'elle a fa fource dans la fuperftition
la plus reculée & la plus digne du Paganiſme
de l'ancien Gaulois , & de l'Amériquain
le
plus plongé dans les ténebres de l'Idolâtrie.
Auroit- elle quelque raport , quelque analogie
à l'ancienne cérémonie du Gui -l'an- neuf
de nos anciens Druides ? Je laiffe aux Sçavans
le foin de ces recherches profondes.
Depuis longtemps la penfée m'étoit venuë
de leur propoſer le Fait que je raporte ; mais
j'aurois peut-être négligé éternellement
de
le raporter
,
file Mercure n'eût été un
véhicule , & ne m'eût fourni l'occafion de
me ſouvenir du deffein que j'avois jadis formé.
Je dois obferver deux circonftances
;
la premiere , que je foupçonne le Peuple
d'attribuer
des Cantons de la Normandie
,
encore quelques vertus à cette cérémonie
dans
AVRIL.. 1740. 663"
dans le fens des Vers raportés ci - deffus.
Quoi qu'il en foit , il en pratique exactement
les Rits , mais fans aucune idée , que je
fçache , de dévotion , & ne fongeant qu'à
folâtrer. La feconde , c'eft qu'il me femble
qu'au retour de cette efpece de Proceffion ,
il eft d'ufage de mettre au foyer de la cheminée
, ce qui s'apelle la Buche de Noël
qui eft un gros tronc d'Arbre. Quand elle
eft prefque confumée , & qu'il n'en refte
qu'un charbon gros comme la forme d'un
chapeau , on le retire du feu , on l'éteint
avec de l'eau , on le conferve foigneufement
dans la Maiſon , & c'eft un gage auquel
on attribue la vertu de préferver du
Tonnerre.
7
·
********************
LE LIBERTIN CONVERTI
Enfin je romps mes fers , pour reprendre tos Ε chaînes :
Amour , Divin Amour , je me livre à tes peines.
Captive tous mes fens , décide de mon fort.
Dois-je par la langueur me livrer à la mort ?
Ou par les prompts effets d'un rigoureux fuplice
Faut-il pour te venger m'offrir en facrifice
Parle mon coeur eft prêt ; & s'il fut criminel ,
S'il ofa fe fouftraire aux Loix de l'Eternel ,
C Ce
664 MERCURE DE FRANCE
Ce coupable aujourd'hui, témoin contre lui-même,
Adore avec frayeur la Majefté fuprême.
Mais fi de inon retour l'humble fincerité
Peut adoucir un Dieu justement irrité ,.
Amour , qui dans fon fein vivant avec empire ,
Scûs pour moi l'engager à fubir ton martyre ,
Sonde mon trifte coeur , & connoi ſes defirs :
Voi qu'il ne reste en lui de tous fes vains plaiſirs ,
Que les fages regrets , qui de ſon eſclavage
Le ramenent à Dieu fans feinte & fans partage.
Ah ! de ce Dieu fi faint , fi jufte , fi jaloux ,
Arrête donc le glaive & fufpends (a) le courroux .
C'est un Pere outragé ; mais c'eft toujours un Pere.
Pour un fils criminel s'il peut être sévere , ...
Il peut auffi t'entendre , offre-lui ma douleur ;
Et d'un fils pénitent , Amour , fois le Sauveur.
Mais qui peut m'infpirer cette douce efperance ?
Qui du Seigneur encor me promet la clémence
Avant que de brifer mes funeftes liens ,
Je n'ofois efperer ni chercher d'autres biens,
Que le bonheur fatal de vivre dans le crime ,
Et d'être de mes feux plus longtemps la victime .
J'entendois malgré moi le langage des Cieux :
Du nom de mon Auteur je détournois les yeux.
( a ) Domine ne in furore tuo arguas me : neque in
ira tua corripias me..
Cc
AVRIL: 665
1740.
Ce nom me gênoit trop ; j'aurois , dans ma mifere ,
Defiré que la foi ne fût qu'une chimere.
Non , Dieu n'eft point , difois - je ... ( Eft- il bien
vrai , mon coeur ?
Ai-je à te reprocher ce dernier trait d'horreur ? )
Divine Verité , tur me fais violence ;
Oui , je l'ai dit , Grand Dieu , mais toujours e
filence.
Le Blafphême en mon fein , conçu de mon effroi ,
Etoit au même inftant étouffé par la foi.
Du Blafphême étouffé renaiffoit la contrainte ;
Je ne pouvois pécher , croire & vivre fans crainte
J'effayois de nouveau d'incredules efforts ;
Pour n'avoir plus de Dieu j'attentois fur les morts
Et l'affreux fouvenir d'une peine éternelle ,
Me portoit à douter fi l'ame eft immortelle.
Tel étoit de mes jours le cercle vicieux.
Infidele , Chrétien , timide , audacieux ,
Je n'ofois mourir homme : & de mon ame impure
J'ofois à l'animal comparer la nature.
Par l'amour du bonheur j'allois au defeſpoir ;
Je ne pouvois ; hélas ! ni me fuir, ni me voir;
J'abhorrois de mon coeur le fentiment intime ;
J'y cherchois le plaifir , & j'y trouvois le crime,
Dont la voix me difoit que Dieu fçait condamner,
Et ne me difoit pas qu'il aime à pardonner.
Amour , tu pouvois feul me fauver du naufrage ;
Cij San
666 MERCURE DE FRANCE
Sans toi je périffois , tu m'as mis au rivage ,
En réveillant la foi qui me fait efperer ,
En ranimant l'espoir qui me fait refpirer.
Mais fi la Verité dénonce ma malice ,
Et preffe avec rigueur l'Arrêt de ta Juſtice;
Si l'Equité prononce , & dit à ta Bonté
De laiffer ta fureur punir l'iniquité ;
Si , le Tonnerre en main , ta fuprême Puiflance
Veut à ta Sainteté m'immoler par vengeance ;
Si l'amour de ta Gloire eft ton unique loi ;
S'il agit dans ton fein & parle contre moi ; 16
Si tu ne peux enfin te renoncer toi même ,
Ni par un faux amour ternir ton Diadême :
Grand Dieu ! fur un Mortel qui n'a que des forfaits,
Qui peut avoir encore attiré tes bienfaits ?
Ah ! je le vois , Seigneur ; ton Fils s'eft fait mon
frere ,
Et pour moi s'eft offert aux coups de ta colere.
Tu meſures fon fang , tu pefes fes douleurs ;
Ce que je te devois eft payé par fes pleurs,
Ta Juftice eft contente , & voit que la Balance
Exige encor de toi (a) la pitié , la clémence.
Ta Veriré l'avoue & dit à ta Bonté :
Agi donc , JESUS - CHRIST te met en liberté.
O divin Rédempteur acheve ton ouvrage ,
Acheve d'effacer cette odieufe image ,
(a) Miferere , mei Domine.
Dont
AVRIL . 1740.
667
Dont ma chair & mon coeur portent encor des
traits ;
A te repréfenter je réduis mes fouhaits.
Mais mon efprit chancelle , & ma chair (b ) est
-tremblante ;
Ta Croix m'eft néceffaire & me paroît pefante.
Soûtien de mon amour les timides efforts ,
Et de mon foible coeur anime les refforts.
Dieu fort , diffipe enfin ce refte de mollesse ,
Qui tient trop de mon crime & qui fait ma fóis
blesse.
Accorde (c)un feul regard à mon coeur pénitent.
Ce coeur qui dans le mal fut toujours fi conftant ,
Ne reviendroit jamais s'il retournoit au vice ;
Arrête donc fa pente , & que ta main propice
Empêche des Démons le Triomphe nouveau.
Le crime (d) eft une mort , l'habitude un tombeau,
Ou bientôt captivé par mon impénitence ,
Je n'aurois plus pour toi qu'un coupable filence .
Ah ! ne le permets pas , Seigneur ; & que mes yeux
Par d'éloquens regards , adressés vers les Cieux ,
(b) Quoniam infirmus fum : fana me , Domine ;
quoniam conturbata funt offa mea.
Et anima mea turbata eft valdè : fed tu , Domine,
ufquequò ?
(c) Convertere Domine & eripe animam meam :
faluum mefac propter mifericordiam tuam.
(d) Quoniam non eft in morte qui memor fit tui :
in inferno autem quis confitebitur tibi ?
Ciij
Ne
668 MERCURE DE FRANCE
Ne cessent d'exprimer (e) mes regrets , mes allar
mes ,
Les maux & les bienfaits qui font couler mes larmes
,
Mes crimes, ton pardon , mes beſoins, ten amour………
Oui , dans cet entretien je veux passer le jour;
Et lorfque le Soleil terminant fa carriere ,
Cessera d'éclairer mon humide paupiere , ( f)
Plus libre en fon abfence , & tout à ma douleur ,
Au- tourment de l'amour , à fa jufte fureur ,
Je veux que le fommeil cede à ma violence ;
Et que mes yeux en pleurs préviennent la préſence
De l'Aftre qui revient me reprocher l'abus
Que j'ai fait de fes feux & d'un temps qui n'eft plus.
J'ai (g) vieilli dans le mal ; puis-je aimer trop las
peine ?
Heureux , si de ma mort l'heure fixe , incertaine
Trouve mes yeux éteints , mon corps crucifié ,
Le viel homme détruit , mon coeur purifié
Et le céleste amour vivant feul dans mon ame !
Vien , Pere des foûpirs , vien par ta fàinte flamme
Confumer d'un pécheur toutes les paffions ;
Les larmes qu'il répand, font fes libations.....
(e) Laboravi ingemitu meo.
(f) Lavabo per fingulas noctes lectum weum : las
chrymis meis ftratum meum rigabo.
Turbatus eft àfurore oculus meus :
(g) Inveteravi inter omnes inimicos meos.
EloiAVRIL
1740.
669
Eloignez-vous (b) de moi , vous de qui la malice
Sous mes pas malheureux creusa le précipice ;
A la voix de mes pleurs le Ciel eft attentif.
Avec vous trop longtemps je vécus en captif,
De mes fers,fans rougir, traînant par tout la honte;
Mais dans ce jour enfin la pudeur me furmonte .
Allez , vous n'êtes plus que de vrais ennemis ,
De cruels affaffins fous le faux nom d'amis.
Puiffe mon changement les preffer de fe rendre
Au Dieu qui les apelle & qui veut (1) bien m'entendre
!
Amour , va les pourfuivre & te faire fentir ;
Comme tu m'as fauvé , daigne les convertir.
Confonds , trouble leur ame,abbats - les par la crainte
Que l'espoir les prépare à ta derniere atteinte .
Domine- les enfin , ne permets à leur coeur
Ni honte de changer , ni délai , ni langueur.
Qu'il ne fçache rougir (1) que de vivre coupable ,
És d'adorer fi tard le feul objet aimable.
(h)Difcedite à me omnes qui operamini iniquitatem:
quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.
(i) Exaudivit Dominus deprecationem meam : Dominus
orationem meam fufcepit.
(1) Erubefcant conturbentur vehementer omnes
inimici mei : convertantur & erubefcans valde ve
lociter.
€ iiij LET
670 MERCURE DE FRANCE
1
LETTRE du R. P. Dom Jacques Duval ,
Bénédictin de la Congrégation de S. Maur,
à M. Pierre Defrasnay , au sujet de son
Effai sur l'Hiftoire du Nivernois , imprimé
dans les Mercures de Septembre & Decembre
1738 .
Icerte Leurre , d'une Souscription du pre-
L s'agit principalement , Monfieur , dans
mier Concile d'Arles , de l'an 314. dont
vous faites ufage dans l'Effai sur l'Hiftoire
du Nivernois : Ex eâdem Provincia Civitate
Niveduno Evotius Epifcopus. Cette Soufcription
m'ayant parû auffi intereffante par raport
à differens Points de notre Hiſtoire ,
qu'elle vous l'avoit femblé , pour relever
l'antiquité de l'Eglife de Nevers , je cûs
devoir la vérifier fur les Editions des PP .
Sirmond , Labbe & Hardouin : mais elle
ne s'y trouve point , non plus que dans le
Recueil des Lettres des Papes , où Dom
Couftant a imprimé de nouveau les Souscriptions
du Concile d'Arles , après les avoir
conferées & corrigées fur un Mf. de la Bibliothéque
de M. Colbert .
Comme vous n'aviez point indiqué où
vous aviez pris cette Soufcription , je pris
la réfolution de vous demander où on la
trouve :
AVRIL. 1740. 671
trouve : c'eft ce qui m'a procuré de la part
d'un Anonyme , une Lettre imprimée dans
le Mercure de Fevrier dernier. J'aurois voulu
que vous euffiez vous -même pris la peine
de répondre à ma queftion ; l'Anonyme se
feroit , fans doute , difpensé d'écrire ; il eft
vrai que vous auriez été privé des Eloges Alateurs
qu'il donne à votre Effai sur l'Hiftoire
du Nivernois : mais en revanche vous auriez
bien mérité du Public , en lui épargnant la
lecture d'un Ouvrage , où les fautes font en
trop grand nombre pour être excusées dans
une production de trois ou quatre pages . Je
n'en releve une partie , que pour vous engager
à donner vous -même une Réponfe plus
fatisfaifante.
Eft-il pardonnable , par exemple , dans un
Homme de Lettres , & dans un fiècle auffi
éclairé que le nôtre , d'établir quelque Point
d'Hiftoire que ce foit , fur les Editions des
Conciles publiées dans le XVI. fiécle , préférablement
à celles qui ont fuivi ? Perfonne
n'ignore le jugement que le Cardinal Baro
nius portoit de leur peu d'exactitude : elles
ont été faites fur un petit nombre de Mss.
Crabbe , Auteur de l'Edition de 1538. citée
par l'Anonyme , comptoit lui - même ſi peu
fur ceux qu'il avoit fous les yeux, pour donner
les Soufcriptions du Concile d'Arles ,
qu'il avertit de n'en faire usage qu'avec pré-
Cv caution,
671 MERCURE DE FRANCE
1
caution , pour conftater le nom & l'exiften
ce des Evêchés qui s'y trouvent : Prafcripto
rum Epifcoporum ad Dioceses suas affignatio
pofita eft in quantum hujus Concilii exemplaria
miniftrarunt : nemo ergo indignetur ,fi videatur
nonnunquam haud ad amuſlim facta.
Eh ! comment ne pas fe prévenir contre
ces Soufcriptions telles qu'on les lit dans
Crabbe , les trouvant inserées à la tête des
Canons du fecond Concile d'Arles , de l'an
452. Canons confondus eux - mêmes avec
plusieurs autres Canons des Conciles pofterieurs
? Au moins n'auroit - on pas dû diffimuler
que dans les Editions même de Crabbe
& de Binius , où on lit Civitate Niveduno
, on a eû foin d'inferer à la marge Helviduno
comme variante , ou plûtôt comme
une marque que n'ayant pû déchiffrer le
véritable nom dans le MS. dont on s'eft fervi
, on en a ſubſtitué un autre par conjecture.
Ce que les premiers Editeurs n'ont pû
faire , les modernes l'ont fait ; ils ont tous lû,,
& j'ai lû comme eux dans trois MSS . deuxde
la Bibliothéque du Roy , & un de la Bibliothèque
de S. Germain des Prés , qui eft:
du VI. fiécle , Vocius Epifcopus , Petulinus
Exorcifta de Civitate LUGDUNENSIUM , leçon
qui s'accorde avec tous les Catalogues de
Eglife de Lyon , avec les Editions du Gallia
Chriftiana.
AVRIL 1740 673
Chriftiana de Mrs de Ste Marthe & des Bénédictins
: mais l'Anonyme, qui choifit toujours
par prédilection les Editions anciennes,
cite pour fon fentiment , celle de Claude
Robert , quoiqu'eftimée la moins parfaite.
Confultons donc , puifqu'il le veut , cette
Edition : mais que dit Claude Robert ? rien
de pofitif en faveur de l'Eglise de Nevers
quoiqu'il fupofe l'autenticité de la Soufcription.
Evotius in Concilio Arelatenfi 314. alii
tamen interpretantur Nivedunům cujus fuit
Epifcopus, Civitatem Equeftrem vulgò Nyon.
Auffi n'y a- t-il rien de plus incertain que
l'Epoque de la fondation de l'Eglife de Nevers.
On n'apuye fon exiſtence en 314. que
fur une Soufcription du premier Concile :
d'Arles ; & quand je n'en aurois pas démontré
la fupofition , elle fauteroit aux yeux , par
le peu d'aparence qu'il y eût un Évêque à
Nevers , fous l'Empire de Conftantin . Nevers
n'étoit alors qu'une Bourgade , ou fi
l'on veut , une petite Ville. Du moins Ptolemée
, la Table de Peutinger , & l'Itineraire
d'Antonin , n'en donnent pas une idée plusavantageufe.
Je ne fçais où M. de la Martiniere
, dans fon Dictionaire , a pris que Nevers
avoit été érigée en Citéfous Antonin ,
mise dans la IV. Lionnoise , fous la Métropole
de Sens , par la Divifion d' Honorius. II
feroit étrange qu'il se fût laiffé tromper par
Cvj les
™
#
674 MERCURE DE FRANCE
les Notices, que tous ceux qui fe piquent de
Litterature Hiftorique,eftiment fauffes & interpolées.
Il n'y en a qu'une feule autentique
& fans alteration , qui eft celle que le P.
Sirmond a donnée à la tête du premier Volume
des Conciles : mais dans l'énumération
des Cités des Gaules , il n'y eft fait aucune
mention de Nevers. Or , on fçait combien
les Evêques étoient rares pour lors dans les
Gaules ; beaucoup de grandes Villes n'en
avoient point encore . Tours étoit fans contredit
l'une des Cités les plus confidérables
de la Celtique ; cependant l'Evêché vaqua
pendant 37. ans, c'eft à- dire depuis S. Gatien,
premier Evêque , mort vers l'an 300. juſqu'à
l'élection de S. Lidoire en 338.
-
›
Il eft auffi -peu vraisemblable que Nevers
ait eû des Evêques depuis 314. jufqu'à l'établiffement
des Francs dans les Gaules. Je
défie qu'on en nomme un juſqu'à l'an 517.
dont l'exiſtence foit conftatée par des monumens
autentiques. Seroit ce Eulalius
dont on fixe l'Epifcopat à l'an 507 ? Mais on
eit d'abord révolté d'un intervalle de près
de 200. ans. Quoique vous en difiez , M ,
dans l'Effai fur l'Hiftoire du Nivernois ; on
n'en fçauroit rejetter la faute fur les Rois de
Bourgogne , qui étoient Ariens , parce que
ces Princes n'ayant été Ariens qu'environ
Fespace de 20. ans , n'ont pû influer dans une
fi
AVRIL. 1740. 678
fi longue vacance ; & d'ailleurs , vous ne
prouvez point du tout l'Epifcopat d'Eulalius
; car c'eft fe moquer que de citer les faux
Actes de S. Severin , dont le P. Mabillon
dans fes Annales ( Tom. I. pag. 28. ) a relevé
les bévûës & les anacronismes. Revenons à
l'Anonyme .
>
Il eft prefque toujours malheureux en fait
de citations le P. Sirmond ( Concil. Gall.
Tom. I. ) donne pour Epoque du Concile
d'Arles Fannée 3 F4. fous le Pontificat du Pape
Silveftre : il lui fait dire qu'il s'eft tenu fous le
Pape Melchiade en 312. Iauroit pû citer
pour lui Coquille , & il le cite comme contraire
à fon fentiment. C'eft , fans doute , liri
faire plaifir que de l'avertir ici que dans l'Edition
de l'Hiftoire du Nivernois , faite à
Paris en 1612. il y a un Catalogue d'Evêques
de Nevers , en forme d'Appendix , où fe
trouve le nom d'Evotius . Ce Catalogue eft de
Coquille ; mais de quel poids peut être for
fentiment , dès qu'il ne l'apuye que fur des
Editions fautives , contredites par les Editions
qui ont fuivi, & par tous les MSS. dont
on a connoiffance ?
Au refte Coquille , quelque habile homme
qu'il fût , n'étoit point en état de donner rien
de folide fur les commencemens de notre
Hiftoire. Il a réüff , je crois , autant qu'il
étoit poffible, dans un temps, où les monumens
676 MERCURE DE FRANCE
mens litteraires étoient encore rares , & n'a
voient point été fuffifamment éclaircis par
les Sçavans qui les ont publiés depuis : mais
il faut convenir avec l'Auteur de l'Hiftoi.
re Critique de la Monarchie Françoise ,
que ce n'est que depuis l'an 1670. ou
environ , qu'on a eû avec quelque abondance
les fecours néceffaires pour perfectionner
notre Histoire . Cependant , comme il n'eſt
pas jufte de cenfurer Coquille , fans témoi--
gner qu'on l'a lû , ouvrons au hazard , j'y
confens , l'Hiftoire du Nivernois.
Arles , dit Coquille ( page 27. ) sous la domination
des Romains , étoit Mere Cité de
la Viennoife feconde. Cela n'eſt pas exact ; la
Province de Vienne ne fubfitoit point , comme
Province particuliere du temps de César,
ni même du temps d'Augufte ; elle faisoit
partie de la Narbonnoife. Depuis l'érection
de la Viennoise , la Ville d'Arles y fut en
clavée ; mais non dans la feconde , la Viennoiſe
n'étant point divifée en deux Provinces
sous l'Empire d'Honorius , mort en 423. nisous
Valentinien III. mor en 455 ; néanmoins
fi l'on entend parler d'une divifion
purement Eccléfiastique , on peut dire qu'il
s'en fit une en 450 , lorsque le Pape S. Leon,
pour terminer les differends qui étoient entre
les Eglifes d'Arles & de Vienne , attribua à
chacune d'elles un certain nombre de suffraAVRIL.
1746. 6749
fragans mais tout le monde sçait que la
plus grande partie de la Viennoife étoit dès-¨
lors paffée aux Vifigots.
Même page. Coquillé prétend que le département
des Provinces est le même dans
Ammien Marcellin , que dans la Notice de
l'Empire , ce qui eft faux . Ammien attribuë
la Ville d'Avenches aux Alpes Grecques &
Pennines ; la Notice la donne à la Sequanoife.
Bourges , felon Ammien , étoit fous
la premiere Lionnoise ; felon la Notice , elle
apartenoit à l'Aquitaine premiere ; & ainfi
d'un grand nombre d'endroits differens.
Voilà fuffifamment dequoi faire connoître
Coquille : cependant je reprends encore en
lui un défaut d'exactitude sur le nombre desannées
du Roy Henri I. parce que cette faute
me donne occafion de propofer au Public
une conjecture affés importante sur l'Epoque
de la mort de ce Prince. La méprife de Coquille
, confifte en ce que ( page 61. ) il
compte pour la quinziéme année du Regne
de Henri , l'an 1047 , mais la quinziéme année
tombe l'an 1041. ou 1042. en comptant '
depuis son Sacre : elle tombe en 1045. ou
1046. fi l'on compte depuis la mort du Roy
Robert.
Voici ma conjecture. Les Nécrologes cités
dans l'Hiftoire Généalogique de la Maifon
de France , fixent tous la mort du Roy
Henri
678 MERCURE DE FRANCE
Henri au 4 , au´s , ou au 1-2 . du mois d'Août
1060 ; ne la doit - on pas reculer jusqu'au 29.
du même mois ? Pour établir cette Epoque ,
je cite ( Spicil. Tom. 10. p. 395. ) le témoi
gnage de Foulques , Comte d'Anjou , qui ,
dans l'Abregé qu'il a donné de l'Hiftoire des
Comtes fes prédeceffeurs , & de la fienne
dit formellement que Henri mourut lejour
natal de S. Jean- Baptifte de l'année 1060 ;
or, on fçait que c'eft le nom que les anciens
Martyrologes, du nom de S. Jérôme , ont donné
à la Fête qu'on a connue depuis fous le titre
de la Décollation , Fête toujours folemnisée
le 29. Août ; Fête clairement diftinguée par
Foulques , de celle qu'on célebre au mois do
Juin , & qu'il apelle à la page 394. Feftivitas
Sancti Johannis : Je demande donc si
F'autorité du Comte d'Anjou ne doit pas être.
préférée à celle des Nécrologes , qui ne s'accordent
pas ? Foulques étoit contemporain ,
il avoit 17. ans , & venoit d'être armé Chevalier
, quand le Roy mourut : il me femble.
qu'une Epoque de cette nature eft frapante.
pour un homme de ce rang , & qu'il ne peut
s'y méprendre auffi aisément , qu'un Particulier
, chargé du foin d'écrire un Nécrologe.
Quoiqu'il en foit , voici les paroles de
Foulques : Atas mea decem & septem erat
annorum , quando ( Gofridus Mariellus ) me
fecit militem: in eodem porrò anno ( 1060. ) Rex
HenAVRIL.
679
1740.
Henricus obiit in nativitate SanƐti Johannis .
Mais revenons encore une fois à la Souscription
du Concile d'Arles : Ex eâdem Provincia
Civitate Niveduno , & accordons- en
pour un moment l'autenticité : mais fi , com
me l'Anonyme le fupose , & comme le dit
formellement l'Auteur d'une Differtation
imprimée dans les Mémoires de Trévoux ,
du mois d'Août 1739. on entend par ces
mots , ex Provinciâ Galliarum , & par ceuxci
, ex eâdem Provinciâ , la Province de Lyon;
quel fonds , je vous prie , peut- on faire fur
ce Monument , pour juger sous quelle Province
étoient les Evêques qui ont souscrit ?
Rheims , Cologne , & le prétendu Nivedus
num font confondus fous ce même titre , ex
Provincia Galliarum , quoique Rheims fît
partie de la Belgique , & que Cologne apartint
à la Germanie inferieure. Puisque mon
sujet m'a deja engagé à parler plufieurs fois
de la pofition de nos anciennes Cités , permettez-
moi , M. , de vous représenter que
vous-même n'avez pas toujours été exact
sur ce point.
Par exemple , sur quelle autorité , dans
votre premiere Differtation , soumettez-vous
à la République des Eduens , les Peuples apellés
Ambarri & Vadicaffes ? César dit des premiers
( L. 1. n. xj. ) qu'ils étoient les alliés
les amis des Eduens : Ambarri quoque necessarii
680 MERCURE DE FRANCE
sarii & consanguinei Aduorum , ce qui ne'
fignific point qu'ils fuffent de leur diſtrict.
On croit qu'ils habitoient le Pays apellé aujourd'hui
le Charolois , éloigné de Bibracte,
Ville principale des Eduens , d'environ cinquante
milles Romains ; il - eft bien moins
vraisemblable qu'ils fiffent partie des Eduens ,
fi ce font ceux que Ptolemée ( L. 2. ) place
ou dans la Belgique , ou fur les confins de la
Belgique : Poft quos ad Belgicam Vadicaffis
Civitas Noemagus. Quoiqu'il en soit
Nevers n'étoit point , comme vous le dites
originairement Cité , ou Ville capitale d'aueun
Peuple , Civitas : la preuve en eft senfible
dans les Commentaires de César : No
viodunum duorum Oppidum , c'est - à-dife '
Ville dans le territoire , sous la jurisdiction ,
sous le diftrict de la Cité principale des
Eduens.
Bien d'autres objets s'offrent à mes remar→
ques: mais il vaut mieux abandonner à la
critique judicieuse des Auteurs du Gallia"´
Chriftiana , lorsqu'ils donneront la Province
de Sens , tout ce qui concerne l'Hiftoire des
Evêques de Nevers , dans Cotignon , dans
Coquille , & dans votre Effaifur l'Hiftoire du
Nivernois . Cependant, avant que de finir, je
prie le Differtateur anonyme d'exposer deformais
mes sentimens avec plus de jufteffe , ou de
bonne foy, qu'il ne fait, ceux de tous les Auteurs
AVRIL 1740. 681
seurs qu'il cite : c'eſt à Nion , felon lui , que
je place ce qu'on apelle Civitas Equeftris. Je
vous en faisjuge, M. voici mes paroles : Suposé
qu'on vint à bout de démontrer que NIVEDUNUS
, dont il eft parlé dans la Souscription , füt'
Nion , CIVITAS EQUESTRIUM NOIODUNUS
Cité de la Province Sequanoise , il faudroit
paffer sur cette foule d'autorités , qui prouvent
que la Province Sequanoise avoit été détachée
de Lyon sous Augufte. Eft - ce là , je vous demande
, prendre parti & se décider sur la
pofition de Civitas Equeftrium ?
Je suis avec respect , & c.
AS.Germain des Prés le 19. Mars 1740,
EG LOGUE.
Daphnis & Jolas.
Daphnis.
Enfin , cher Jolas , les triftes Aquilons
Ne defolent plus nos campagnes ;
Flore regne dans nos Valons.
A l'ombre des Forêts , Diane & fes compagnes
Accordent chaque jour leurs danfes à leurs voix ;
Et les Bergers aprennent aux Montagnes
Arépeter les fons de leurs Hautbois.
Jolasi
682 MERCURE DE FRANCÉ
Jolas.
Qu'heureux étoit le temps où fous les loix d'Aftréè
Tout fléchiffoit dans l'Univers !
Flore & Ceres ne voyoient point Borée
Forcer la Terre à quitter leur livrée ;
Les Bois étoient peuplés d'Arbriffeaux toujours
.verds ;
L'Aurore voyoit avec elle'
Zephir fe lever tous les jours ,
Et la plaintive Philomele
Ne ceffoit de chanter fes innocens amours.
Daphnis.
Non dans les premiers temps du Monde en fon
enfance
L'Hyver comme aujourd'hui ravageoit les moiffons;
Ce n'étoit qu'en amour , je penſe ,
Que l'on ne voyoit point regner quatre faifons.
Folas.
En ce cas, l'âge d'or , âge heureux & tranquille ,
Revit pour moi , pour Amarilie,
Daphnis.
La conftance & l'Amour font en guerre aujourd'hui ;
Du Papillon leger chacun fait fon modele ;
Crois-moi , mon cher , va comme lui
Faire ta cour de Belle en Belle .
Jolas.
Non , j'adore Amarille , & n'adorerai qu'elle ;'
La
AVRIL
683
1740 .
La Vigne ceffera d'épouser les ormeaux ,
Le Myrthe d'aimer les ruiffeaux
Si je lui deviens infidele .
Daphnis.
Quand hier dans ce Bois toufu ,
Nous oüimes la Tourterelle ,
Qui l'eût crû , Berger , qui l'eût crû ,
Que tu dûffes gémir comme elle ?
A peine ce matin l'Aurore au teint vermeil
Avoit femé de fleurs la route du Soleil ,
Affife à l'ombre d'un Bocage
Amarille chantoit Hylas ;
Les Oifillons en leur langage ,
Les Ruiffeaux dans leur cours , enfin , cher Jolas,
Les Echos du voisinage ,
Répetoient le nom d'Hylas.
Jolas.
Amarille m'eft infidelie !
Frayez -vous , Ruiffeaux innocens ,
Vers votre fource 9une route nouvelle ;
Tout eit poffible en notre temps ,
Amarille m'eft infidelle.
Daphnis.
Tu t'en ferois douté , cher Ami , files Dieux
Ne t'euffent fafciné les yeux ;
Quand l'autre jour tu gravojs fur le fable
Le
684 MERCURE DE FRANCE
4
Le nom d'Amarille & le tien ,
Un Zephire defagréable
En fe jouant n'en laiſſa rien .
Jolas.
M'en douter , cher Daphnis , après que la cruelle
M'avoit juré de me refter fidelle,
Tant qu'au Printemps on verroit les Zephirs
Soûpirer pour la jeune Flore ?
Je ne fuis plus aimé : cependant dès l'Aurore
L'air retentit toujours de leurs soupirs.
Daphnis.
Quand des Vents l'haleine legere ,
Emporte les fermens que fait une Bergere ,
porter ailleurs fes pas.
Il faut
Jette les yeux fur l'Hirondelle ;
Dès que l'Hyver attriſte nos Climats ,
Elle va dans un autre où le Printemps l'apelle.
Jolas.
Il eſt aisé de donner des avis ;
De les fuivre il n'eſt pas fi facile.
Si pour les charmes d'Amarille ,
Gomme le mien ton coeur étoit épris ,
Tu dirois comme moi : Ta remontrance eſt vaine.
fi fon nom échape à mes efprits , On verra
Le Tibre s'unir à la Seine ,
Et venir arrofer les remparts de Paris.
Mike Duchêne , âgée de 16. aas.
AVRIL 1749: 685
LETTRE sur les Révolutions de Hongrie
Ji
'ai lû , Monfieur comme vous l'avez
fouhaité , l'Hiftoire anonyme des Révo
lutions de Hongrie , imprimée à la Haye
en 1739. en fix volumes . Si j'ai eû de la fatisfaction
d'y aprendre plufieurs Anecdotes
très- intéreffantes , je ne fuis pas moins embaraflé
de rendre compte de ma lecture à
une Perfonne auffi éclairée que vous , M. qui
réfidez dans le Pays , où cet Ouvrage vient
de paroitre , & qui devez par les Emplois
que votre Souverain vous a confiés en differentes
Cours de l'Europe , avoir une connoissance
exacte du sujet de cette Hiftoire.
•
Comme je me fuis fait une loi de vous
obéir , je vous fais part de mes Réflexions
sur cet Ouvrage , quoique perfuadé qu'elles
méritent peu l'honneur de votre attention ,
& encore moins votre fuffrage ; j'ai remar
qué dans cette Hiftoire , que fi la Bataille de
Hofchtet eût été favorable aux Bavarois , le
Prince Ragotsky, Chef de la Conféderation,
devenoit Roy de Hongrie , & le Comte de
Berechini Grand Général & Lieutenant Ducal
des Etats du Royaume auroit été proba
blement élû Prince de Tranfylvanie ; que
rien n'eft plus dangereux que de vouloir changer
686 MERCURE DE FRANCE
1
geries anciennes Conſtitutions d'un Royaume
, & de traiter comme Pays de Conquête,
ceux qui fe font donnés & foûmis volontairement
à un Prince Etranger. On difpute depuis
Ariftote jufqu'à préfent, & on disputera encore
longtemps furda meilleure forme de Gouvernement,
adhuc sub Judice, lis eft. La perver
fité & l'inconftance du coeur humain , font
qu'il n'y en a point de parfait ni de folide
ils ont tous leurs inconvéniens ; le meilleur
eft celui qui concilic les moeurs & les coûtumes
des Peuples : s'il y eût jamais un Gouvernement
parfait , ce fut celui du Peuple
Juif; cependant ce Peuple dur & ingrat , fe
laffa bien-tôt de la forme , & Dieu , pour
ainfi dire , fût obligé de leur donner un Roy,
conformément aux autres Nations.
;
>
Les Partifans de la Cour de Vienne soûtiennent
que le Bien public de l'Europe , &
les Interêts de la République Chrétienne
demandoient que l'EmpereurLeopold en agît
comme il a fait avec les Hongrois ; la fitua
tion de la Hongrie , qui sépare la Chrétienté
de l'Empire Ottoman , vouloit , disentils
, que l'Empereur se rendît maître absolu
de ce Royaume , comme il eſt dans les
Pays Héréditaires , afin d'être par là à portée
d'y faire executer les Décifions du Confeil
de Vienne , fans dépendre de Fattache des
Grands du Royaume , dans les differentes
K
con
AVRIL 1740. 687
conjonctures où les Intrigues & les mouvemens
de la Porte peuvent intereffer la Ré
publique Chrétienne , & confequemment
S. M. I. qui en eft en quelque forte le défenfeur
; mais cette raison peut - elle être
un Titre légitime pour dépouiller une Nation
entiere de fes Privileges & de fes Prérogatives
? Les Politiques conviennent tous
que la conservation de ce Royaume a dépendu
de la Bataille de Hoschtet, & croyent,'
comme cet Auteur le raporte , que les Bénéfices
, les Dignités , & les Terres de Hongrie
, ont bien autant de part aux Résolutions
du Miniftere Imperial , que tout autre
prétexte qu'on a pû répandre dans le Public.
LaNation Hongroife eft à préfent fi abbaiffée,
qu'elle ne feroit plus en état de faire ce que les
Rois Nationaux ont fçû faire à la tête de
leur Nobleffe , fans le fecours d'aucune autre
Puiffance , c'est - à - dire de repouffer l'Ennemi
du nom Chrétien jusque fur les bords
du Pont-Euxin .
Ainfi , M. le Public , pour qui les Hongrois
, par raport à leur fituation , font , Antemurale
Christianorum , a beaucoup d'obligation
au Gentilhomme Hongrois qui nous
a donné l'Hiftoire de fa Nation ; elle
doit lui fçavoir gré d'avoir détrompé par
des Actes authentiqnes la plupart des
Européens, qui n'étant pas inftruits des Loix
D da
>
688 MERCURE DE FRANCE
du Royaume , attribuoient plûtôt les mouvemens
des Hongrois à un efprit de rébellion
, qu'à l'amour de la Patrie.
A l'égard de la feconde Partie de cet Ouvrage,
qui a pour titre les Mémoires du Prin
ce François Ragoftki, je ne les crois point du
Prince dont ils portent le nom , c'eſt plutôt
l'Ouvrage d'une perfonne qui étoit attachée
à ce Prince ; en effet , on ne remarque point
dans la narration une certaine dignité que les
Princes quittent difficilement ; on y trouve
une Critique génerale contre tous ceux qui
avoient fuivi le parti du Prince ; ce manque
de reconnoiffance, dont il n'étoit pas capable,
me paroît une raison affés forte pour ne les
lui point attribuer; d'ailleurs , eft- il à préfumer
que ce Prince fe fût blâmé lui -même , en
blamant non feulement fes Géneraux , mais
encore ceux de l'Empereur , afin de faire entendre
au Public qu'il étoit un grand Capitaine
& qu'il en poffedoit toutes les qualités,
pendant qu'il eft dit à la page 127. qu'il n'étoit
alors âgé que de 26. ans , fans experience
militaire & fuperficiellement inftruit des
affaires politiques ? Il paroît même qu'il n'étoit
pas plus expérimenté à la fin de la guerre
qu'au commencement . On y trouve auffi
plufieurs contradictions qui montrent que
l'Auteur a travaillé d'imagination , ou fur leṣ
Mémoires d'autrui. Je vous avouërai que
celles
AVRIL 1740 6891
celles qui m'ont le plus frapé , regardent le
Comte Berechiny , le Lecteur ne le fera pas
moins , pour peu qu'il faffe attention à ce
qui eft raporté dans les pages 22. 23. 47. 48.
58. 59. 62.63.88 . 89. 150. 151. 201. 244.
329. 330. &c. où il eft démontré , 1 °. que
le Prince , pour s'attirer plus sûrement la
confiance de la Nation Hongroiſe dans une
entrepriſe auffi délicate , ne fignoit & n'agissoit
que conjointement avec le Comte Berechini.
2 ° . Que ce Comte , par fon habileté
& contre toute efperance , amena des Troupes
de Varfovie & aporta de l'argent , & que
le Prince regardoit fes Etendarts communs
avec ce Seigneur. 3. Que le nom de ce
Comte faifoit autant de bruit que celui du
Prince, pour déterminer les Habitans à prendre
les Armes. 4°. Sa capacité pour les Entrepriſes
Militaires les plus délicates & pour
la réüffite. 5º. Son activité dans l'execution
de fes projets . 6°. Son attention à ne point
laiffer échaper le moindre mouvement des
Ennemis pour en tirer avantage ; que ce
grand General fe rendit maître de la Ville
d'Olaffy , Siége des Raçiens & très important
, qu'il prit le Château de Naifol , contraignit
le Comte de Fergatz , pour lors attaché
au service de l'Empereur , de fe retirer
avec fa Troupe en défordre , qu'il a battu le
Géneral Richan , fait prifonnier & enlevé
Dij
for
190 MERCURE DE FRANCE
>
fon bagage & fon Artillerie , & fait plufieurs
autres Actions. 7° . Que ce Seigneur
par fon génie fupérieur , uniffoit à la quali
té de grand Capitaine , celle de la folidité
pour le travail du Cabinet ; vous ne ferez
peut-être pas fâché , M. d'aprendre à ce fujet
une anecdote qui m'a été certifiée par
un de mes amis avec qui j'ai conferé
fur cette Hiftoire , & qui m'a dit que
P'Empereur Léopold étoit tellement perfuadé
de la grande étenduë de fon efprit , qu'il difoit
hautement qu'il craignoit plus l'efprit &
la capacité du Comte Berechini , qu'une Armée
entiere : fes négociations en font une
preuve , de-même que la réplique aux propofitions
de la Cour de Vienne , imprimée
fous le nom de Constantius Veracius , que
l'on m'a affuré être de ce Seigneur.
Pour ne point fortir des bornes d'une Lettre
, je ne vous rapellerai que ce que l'Auteur
dit,page 113. & 114. où après avoir parlé
du Clergé, il ajoûte : » Que le second Ètat
» eft celui des Grands, compofé de ceux qui
font de la Baffe Hongrie & des onze Com-
» tés qui font fur le Vaag , ou enfin des trei-
» ze Comtés de la Haute Hongrie , que plu-
» fieurs des premiers & des feconds avoient
époufé des femmes de l'Autriche ou de
» la Stirie , que les autres , élevés à Vienne ,
poffedoient des biens héreditaires fur les
" confins
25
AVRIL 1740. 691
confins de la Stirie , de l'Autriche , ou de
» la Moravie, & que ces motifs étoient cauſe
» qu'ils favorifoient de coeur les Autri-
» chiens , parce qu'ils ne vouloient pas expofer
au hasard leurs biens & leurs fortunes
, ou bien parce qu'ils faifoient peu de
cas de la Famille & de la Perfonne du
Comte Berechini , & que par ces motifs
» ils avoient de la peine à embraffer le parti
» du Prince , crainte de fe mettre dans un
" rang inférieur à celui du Comte Berechini.
»
>
Paffant fous filence les autres endroits où
l'Auteur , au lieu d'une Hiftoire , fait pluttôt
une Satyre fur la conduite & l'humeur de
ce grand Capitaine dont nous avons , fi je ne
me trompe , un fils en France , Maréchal de
Camp & Meftre de Camp d'un Régiment de
Huffars , qui ne dégenere point de la valeur
de fes Ayeux ; je vous obferverai que le Prinće
Ragoftki dit dans fes Mémoires , ou du
moins on lui fait dire , qu'il a choifi le Comte
Berechini pour compagnon de fon entreprife
, que ce n'eft que par ce Seigneur qu'il
a été connu de la Nobleffe Hongroife , étant
encore fort jeune , lorfqu'il a commencé la
guerre contre les Impériaux , & ayant presque
toujours été prifonnier ou exilé.
La Nation affemblée en Confédération à
Onod , auroit- elle élû le Comte Berechini
pour Lieutenant Ducal , fi la grande Nobles-
D iij se
91 MERCURE DE FRANCE
se avoit crû les Berechini inférieurs aux au
tres Grands du Royaume ? & par quel endroit
le Comte Berechini eût- il été moindre
que les autres , lui qui fortant d'une noble
& ancienne Maifon , reconnuë telle par quatre
Empereurs confécutifs , & élevé depuis
plus d'un fiécle à la dignité de Grand du
Royaume , & qui avoit remporté plufieurs
victoires fur les Turcs ? L'Auteur devoit fe
contenter des premiers motifs pour rendre
raifon de l'indifference que plufieurs témoi
gnoient pour le parti du Prince Ragoftki ,
fans en imaginer un qui n'a pas même de
vrai femblance , puisque l'Empereur Léopold
, dans l'Inftruction qu'il infére dans fa
Lettre à l'Archevêque de Colocza , du 11.
Février 1704. pour les fieurs Talvay & Jezansky
, nommés pour renoüer la négocia
tion de la Pacification avec le Comte Berechini
, les avertit , » que les Hongrois armés,
» demandent avant toutes chofes des fûretés
» que le Traité à faire avec eux fera obfervé ; -
» cela fupofé , ils s'adrefferont au Comte Berechini
de ma part , comme Palatin du
Royaume , & fur fes plaintes & fur celles
de fes adhérans , comme fur les prétentions
qu'ils font des garanties & sûretés des
» Traités à faire , ils lui repréfenteront , & c.
Tome 2. liv. 6. pag. 153. 154.
و د
Qui eft-ce qui croira jamais que l'Empereur
,
1
AVRIL. 1740. 693
reur , preffé comme il étoit alors , & cherchant
tous les moyens imaginables pour pacifier
la Hongrie , eût nommé Palatin du
Royaume , c'est - à - dire Médiateur entre fa
Nation & fon Roy , le Comte Berechini ,
qui avoit les Armes à la main contre S. M. I.
& qui étoit Grand Géneral de la Confédération
, s'il eût été vrai que la grande Nobleffe
Hongroife l'eût regardé comme leur inferieur
? il n'en eût pas fallu d'avantage pour
les irriter contre la Cour de Vienne , ainfi
l'Auteur des Mémoires trouvera bon que le
Public ait plus d'égard à ce que cette Cour
penfoit fur l'état & la Maifon du Comte Berechini
, que pour ses idées particulieres .
La troifiéme Partie contient les Mémoires
'd'un Gentilhomme Transylvain de l'illuftre
Maifon de Berlem , nommé le Comte Berlem
Niklos , ils m'ont paru auffi intereffans
qu'amufans , ils nous donnent quelques idées
d'une Nation qui ne nous eft pas plus connuë
que les Daces l'étoient autrefois des Romains
; les fentimens tendres & conftans de
l'Auteur pour la Princeffe de Transylvanie ,
raprochent dans mon idée les Sables brulans
d'Afrique avec les Montagnes de Nége de
ce Pays Septentrional , c'eft - à - dire , felon
le proverbe Italien , Tutto il Mondo e paëse!
Je fuis , Monfieur , &c.
Di
LA
854 MERCURE DE FRANCE
LA BREBIS ET LE CHIEN.
FABLE.
Une Brebis sous la garde d'un Chien
Qu'elle croyoit veiller pour sa défense ,
Fut'un beau jour par ce maître vaurien
Houspillée avec violence ;
Dieu sçait quelle fut sa douleur .
C'étoit un infâme , un barbare ,
Un traître , au lieu d'un défenseur ,
Qui méritoit cent coups de barre.
Pendant qu'elle pleure son sort ,
Un Loup qui l'entend de son fört ,
Accourt au bruit & la hape à la fesse ,
Si vertement qu'il emporte la piéce ;
Car Messieurs les Loups sur ce cas
Sont gens qui ne badinent pas ;
Cependant la pauvre pécore ,
و ی ش
Sans rien dire du Loup , du Chien se plaint encore
Si bien que le Berger , qui , quoique d'assés loin ,
De l'un & l'autre fait avoit été témoin ,
Dit d'un ton de surprise à la Brebis dolente ,
Pourquoi du Loup es- tu moins mécontente
Que de ce Chien ? Il t'a mordu
Une
1
AVRI L 699
1740.
Une fois , il est vrai , mais il t'a défendu
Au moins cent fois avec courage
De ce Loup dont tu viens de ressentir la rage ;
C'est , dit- elle , qu'un coup que porte un ennemi
Ne se fait sentir qu'à demi ;
Mais quand on est blessé par quelqu'un que l'on
aime ,
La douleur est toûjours extrême.
Par M. Luneau , d'Issoudun , en Berry:
j j j f f f f ų
のの
888888
LETTRE de M. Cantwel , M. D. écrite
de Paris le 6. Avril 1740. à M. D. L. R.
sur les Remedes pour la Pierre &
l'Hydropisie.
P
pour
Our feconder , Monfieur , l'attention
que vous avez d'inftruire le Public de
tout ce qui peut lui procurer quelque utilité,
je vous envoye la fuite du fuccès des Remedes
de Mlle Stephens , & en même -temps le
Secret du Médecin Arabe , tant vanté depuis
peu à Paris.
SUITE du succès des Remedes de Mlle Stephens,
tirée des Lettres de M.Hartley, datées
de Londres du 17.
31. Mars N.S. 1740 ..
Le 16. de ce mois , les trente Commiffai-
D v rës
696 MERCURE DE FRANCE
res nommés
par le Parlement
pour l'examen
des Remedes
de Mlle Stephens , s'affemblerent
dans la Chambre
, dite du Prince , attenante
à la Chambre
Haute. On y produiſit
:
cinq Perfonnes
qu'on avoit fondées avant & saprès l'ufage de ces Remedes. L'existence
de la Pierre avoit été vérifiée chés tous , &:
les mêmes Chirurgiens
qui les avoient fondés
, les ont déclarés guéris. Quatre de ces-
Pierreux
étoient préfens à l'Affemblée
, le einquiéme
étoit en campagne
. Tous les Commiffaires
ont parû fatisfaits , & le Certificat
expedié à Mlle Stephens
a été figné par vinge: des Commiffaires
ce jour - là , elle a reçû lescinq
mille livres Sterlings le 28. Mars . On en:
publiera dans peu un détail plus circonftan--
cié , avec les Certificats
, &c. que j'aurais
l'honneur
de vous envoyer
pour le mois prochain,
avec les circonftances
d'une Cure fin--
guliere , qui fe fait actuellement
à Paris.
SECRET du Médecin Arabe рожк
Hydropisie.
On etoit fort furpris ici que les Médecins
de Paris n'euffent pas connu ce Remede . Je:
fuis perfuadé qu'il n'y en a point qui ne con
noiffentlesDrogues qui y entrent, & les cas où
il faut s'en fervir , quoiqu'ils en ignorent
peut être la combinaiſon qu'en faifoit M. Do
var, Médecin Anglois. Il y fix ans que je l'ai lûs
dans
>
AVRIL 697 1740:
'dans fon Livre & m'en fuis fervi une fois fans
fuccès. En voici la Recette .
ر و ن
» Prenez de la Limaille d'acier préparée
» avec du Souphre , une once ; Antimoine
crud , une once ; Diagrede , quatre onces ;
faites - en une poudre très- fine , & avec une
» fuffifante quantité de quelque Sirop , for-
» mez un Electuaire mol ; il veut dire une
» boisson épaisse.
Prenez -en une grande cuillerée en vous
couchant , & une autre le matin. Il faut le
bien remuer avant que de le prendre , & en
augmenter ou diminuer la dofe , comme le
cas le demandera.
Il faut s'abftenir de boire durant l'Opéra--
tion de cé Remede , parce que cela pourroit
en empêcher l'effet.
Quand les eaux feront vuidées , on ne
prendra le Remede que deux fois la femaine;
puis une fois ; enfuite de quinze en quinze
jours, & enfin une fois le mois , jufques à ce
qu'on ait rétabli le ton du fang.
Il faut éviter toute cfpece de fruit , d'herbage
, de potage & alimens liquides , & ne
jamais exceder trois demi-feptiers de boiffon
par jour.
M. Dovar eftimoit fort ce Remedé , qu'il
difoit infaillible dans la Tympanite & l'Anasarque.
II en avoit un autre dont il faifoit grand
A
D- vj Cas
698 MERCURE DE FRANCE
cas dans l'Ascite & l'Hydropisie de poitrine
qu'il n'a pas jugé à propos de léguer à fest
Compatriotes , comme il a fait de fes autres
Secrets . On croit cependant que ce n'étoit
que l'huile de Genievre , ou bien une for
te infufion des bayes de cet Arbriffeau , brûlées
, comme l'on fait le Caffé. Je fuis , &c.
A
REMERCIMENT
A M. le Tonnelier , Médecin.
›
U milieu des transports d'une fievre allumée ,
De fantômes affreux la tête embarassée ,
Je croyois entendre Caron
Crier , ne te fais pas attendre ;
Et le voir de fon aviron
Me faire signe de descendre-
Aux sombres Etats de Pluton.
Frapé de cette noire image ,
Qui de mes jours traçoit la fin ,
Déja je prenois le chemin.
Qui mene au funeste Rivage ,
Lorsque pour rompre le voyage ,
Le Docte TONNELIER parut ,
Bui , qui du ténebreux passage
Aime à reculer le tribut ;
Le
AVRIL. 1740. 699
Le vieux Nocher qui l'aperçut ,
Transi d'un regard qui l'accable ,
Dans le moment fila du cable ,
Et ma fievre avec lui sur le champ disparut..
,
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure de Mars , font les Cartes du Piquet
& Email. On trouve dans ce Logogryphe
, Ame , Ami , Mail , Miel , Mil , Ail
Lie , Lime , Mai , Mi , La , & Mal.
T
ENIGM E.
MA figure n'est pas
constante ';
Ma grandeur l'est encore moins ;
Quiconque à me forger veut employer ses soins ,
Dune matiere transparente ,
1
Et d'un Métal , se doit munir ;-
Si-cela·manque , son Ouvrage
Jamais , ne se pourra finir ;
Pendant la nuit je suis d'un grand usage ;
Mais dès que le Soleil abandonnant le sein
De la Déesse qu'il adore ,
Vient éclairer le Lapon & le More ;
Je deviens inutile , & mon secours est vain.
Je regle du voleur la marche criminelle .
Souvent
700 MERCURE DE FRANCE
Souvent aussi je la trahis ;
Enfin , Lecteur , je te la donne belle ,
Tous les hyvers on me pend à Paris .
N. B.
LOGOGRYPHE
..
Dans les Jardins délicieux®,
Où regne la divine Flore ,
Et sous ses pas majestueux
Je nais au lever de l'Aurore ,
'A'ce portrait , déja tu dis , c'est une fleur ; :
Je le suis en effet , mais ma progeniture ,
En me cherchant , mon cher Lecteur,
Va te donner bien de la tablature . ·
De mes dix pieds faisant maintes combinaisons ,
Tu peux me retourner de cinquante façons ;
Tu trouveras d'abord trois tons de la Musique , -
Un Fleuve , un Grain , un Element ,
>
Une Toison , un Instrument , ›
Et de notre Monarque un séjour magnifique ; :
? Un Arbre , une Plante un Oiseau ;
Ce qu'on voit dans mes Vers , un Emploi Militaire,
La Mere de l'Enfant qui n'eut pas de berceau ,
Et qui naquit dans la misere ;
Deux Villes d'Italie , un Titre souverain ;
Un
AVRIL.
TOT! 1740.
Un Animal féroce , un Mois , une Riviere ;
Ce qui donne toûjours un visage serein ,
Et l'Outil qui polit la plus dure matiere ;
Un Titre rare , avec l'ornement de ton chef ,
Le nom d'un Saint ; un jeu de pénible exercice ;
Deux Fruits que l'on prise fort ; bref,
Un Etat que souvent l'homme prend par caprice.
Voilà , tous bien comptés , trente de mes enfans ;
Tu pourras aisément trouver mes vingt restans.
Par H..... F....... L ..... de Tonneinss
AUTRE
Ans mon entier, je suis toujours mystérieux,
Composé de dix pieds , admire ma structure ;
J'occupe quelques fois maint & maint Curieux
A foüiller dans mon corps pour trouver ma- nature;
Elle est telle , Lecteur , que l'on peut voir en moi
Un Grain, un Instrument , un ton de la Musique ;
Ce que cherche un Guerrier qui combat pour son
Roi ;
Et ce qu'à bien juger , un Pilote s'aplique.
De mes dix , prends-en sept, sans être le Destin , ›
Remarques- en l'effet , & qu'elle est ta misere ; ›
J'annonce à tout Mortel le moment de sa fin ,,
Et je marque le cours de sa triste carriere .
Je puis produire encor , en me bien combinant ,
Ce qui pourroit gâter un excellent breuvage ,
Eri
702 MERCURE DE FRANCE
Et ce qui nécessairement
Te sert à lire mon Ouvrage ;
Voilà, mon cher Lecteur , tout ce que je contiens
Aisément tu pourras déveloper mon être ,
On ne sçauroit me méconnoître ,
Et je suis sûr que tu me tiens .
Par le même:-
NOUVELLES LITTERAIRES ,
E
DES BEAUX - ARTS , &c.
XAMEN du Sentiment des Saints Peres
& des anciens Juifs , fur la durée
des fiécles ; où l'on traite de la converfion
des Juifs , & où l'on réfute deux Traités ,
l'un de la fin du Monde , & l'autre du retour
des Juifs. A Paris , chés Philipe - Nicolas
Lottin, Imprimeur- Libraire , ruë S. Jacques,
à la Vérité , Volume in- 12 . 1739.
TRAITE DES NOMS DIVINS", ou des
Perfections Divines. Ouvrage de S. Denis
PAréopagite , propre à donner des idées su →
Blimes de Dieu , & à faire naître de grands
fentimens de Religion , traduit du Grec en
François, avec des Notes Critiques, Philofophiques
AVRIL 1740. 703
+
phiques , Théologiques & Dogmatiques. Par
le R. P. Pierre- Jofeph Cortasse , de la Compagnie
de Jefus. A Lyon, chés Deville, Freres,
1739. in-4°
LETTRE PASTORALE de l'Evêque de
Londres aux Fideles de fon Diocèfe , fur
tout à ceux de Londres & de Westminster
, pour les prémunir contre la tiedeur d'un
côté , & de l'autre contre l'enthouſiaſme.
A Londres , chés S. Bucley , 1739. in - 8 °.
L'Ouvrage est en Anglois.
LA VIE DE DIEU dans l'Ame de l'Homme
, ou la Nature & l'Excellence de la Religion
Chrétienne , avec les Méthodes ou
les voyes d'obtenir le bonheur qu'elle propoſe.
On y a joint un Traité des commencemens
& des progrès de la Vie Spirituelle .
Dans la même Ville. L'Ouvrage est aussi en
Anglois.
OBSERVATIONS MISCELLANE'ES ,
principalement de Philologie & de Théologie
, par lesquelles on répand fur beaucoup
d'endroits de la Sainte Ecriture une lumiere
ou nouvelle , ou plus abondante , Livre I.
in-4. 1739. A Leuwarden , par M. Em. Euc.
Vriemoet , Docteur en Théologie & Professeur
des Langues Orientales . L'Ouvrage est
en Latin.
LES
704 MERCURE DE FRANCE
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES de la
France , depuis le commencement de la
Monarchie jufqu'à préfent . Par M. d'Auvigny.
Tome second . A Amfterdam , & se
vend à Paris , Grand Salle du Palais , chés
Le Gras . 1739.
&
Le premier Volume de cet Ouvrage , con
nant seize Vies , nous nous foimmes arrêtés
dans l'Extrait que nous en avons donné
dans le fecond Volume du Mercure de Decembre
dernier , à l'Article de Guillaume de
Blois , dit le Cardinal de Champagne , Premier
Miniftre , fous Philipe Augufte , fans
parler de Suger , Abbé de S. Denis , Régent
du Royaume fous Louis VII ; de Guerin ,
Chevalier de S. Jean de Jerusalem , depuis
Evêque de Senlis , Chancelier de France ,
Principal Miniftre fous Louis VIII ; de Pierre
de Villebeon, Chambélan & Principal Ministre
fous Louis IX ; de Mathieu de Vendôme
Abbé de S. Denis , Régent du Royaume fous
le même Regne , & Principal Miniftre fous
Philipe le Hardi ; d'Enguerrand de Marigny ,
Comte de Longueville , Principal Miniftre
fous Philipe le Bel ; de Pierre de la Forest ,
Archevêque de Rouen , Chancelier , Cardinal
, & Premier Miniftre fous le Regne du
Roy Jean ; de Jean de la Grange , dit le
Cardinal d'Amiens , Sur - Intendant des Finances
, & Premier Miniftre fous le Regne
de
1
AVRIL
705 1740.
de Charles V ; de Jean de Montagu , Sur- Inrendant
des Finances fous Charles VI ; de
Pierre des Effars , Sur- Intendant des Finances
sous le même Regne ; de Georges de la Tremouille
, Miniftre d'Etat fous Charles VII ;;
de Jacques Coeur , Sur- Intendant des Finan
ees fous le même ; de Jean de la Baluë ,
Evêque d'Evreux , Cardinal & Principal Miniftre
d'Etat fous Louis XI ; de Guillaume
Briçonnet , Cardinal & Miniftre fous Charles
VIII ; & de Florimond Robertet , Secre
taire d'Etat & des Finances fous Charles :
VIII , Louis XII , & François I.
Dans ce fecond Volume nous allons donner
l'Abregé de la Vie de Georges d'Amboise,
Evêque de Valence , puis Archevêque de
Narbonne , ensuite de Rouen ; Lieutenant
Géneral , puis Gouverneur de Normandie
Cardinal , Légat perpetuel du S. Siége en
France , Premier Miniftre sous Louis XII .
Il nâquit l'an 1460. Il étoit Fils de Pierre
d'Amboife , Seigneur de Chaumont fur
Loire , dont les Ancêtres , qui auparavant
portoient le nom de Berrie , venant à succeder
aux biens de la Maifon d'Amboife , en
prirent le nom & les armes pour eux & leurs
defcendans en 1256. Ce Pierre d'Amboise
étoit premier Gentilhomme de la Chambre
de Louis XI. II cut neuf garçons , qui se
diftinguerent tous par leur mérite , & par les
places
706 MERCURE DE FRANCE
places qu'ils occuperent . Celui dont nous
parlons étoit le neuvième , ou , felon quelques
uns , le penultiéme . Par fon excellent
naturel , il ne rendit pas infructueux les foins
d'une mere habile , & les préceptes d'un'
Gouverneur attentif. Après quelques études
fuperficielles , telles qu'on les faisoit dans ces
temps d'ignorance , il fut reçû , pour la for-
Docteur en Droit Canonique , fuivant
les intentions de ses Parens , qui le deſtinoient
à la Prélature , Etat qu'on ne croyoit
pas alors exiger beaucoup de science . Il tarda
peu en effet à être Evêque , & il n'étoit
encore que dans sa quatorzième année , lorfque
Louis XI , en confideration de Charles
d'Amboife , fon frere aîné , le nomma à l'Evêché
de Montauban , & peu de temps après
le mit au nombre de fes Aumôniers. La sa
geffe & la modeftie du jeune Prélat le rendirent
agréable au Roy. Le celebre Robert
Guaguin , & Philipe de Comines , étoient
en crédit, lorsqu'il parut à la Cour. Ils s'apliquerent
à lui former l'efprit , & lui donnerent
d'excellentes leçons de conduite , dont
il fçût bien profiter dans la fuite.
A
Georges avoit un efprit plus folide que
brillant , plus judicieux que délicat . Sans
goût pour les Belles Lettres , ni pour aucune
Science , dépourvû même de ces connoiffances
médiocres , auxquelles se bornent aujour
AVRIL 1740 707
jourd'hui la plupart des Perfonnes de fon
rang , il avoit , en revanche , toutes les qualités
qui font réuffir dans le monde , & qui
conduifent à une haute Fortune . Il étoit sça
vant dans la science de la Cour , auffi modeste
que modéré , fçachant parler & fe taire
, fatisfaire fon reffentiment ou le facrifier ;
fous un exterieur d'indifference & de franchife
, vif , ambiticux , souple & intriguant ;
dans le fond religieux , pieux même , mais
avec l'art de le paroître plus qu'il ne l'étoit ;
laborieux , vigilant , peu fenfible à la volup
té , toujours poli & affable , & s'énonçant
avec grace ; ayant enfin un air doux & serein,
& une phifionomie de bon augure ,
peint fon beau naturel , fon efprit fin , &
en quelque forte , cette fortune à laquelle il
étoit apellé.
où étoit
Le jeune Evêque de Montauban , ayant un
parfait raport avec le Duc d'Orleans , pour
l'âge & les inclinations , devint un des plus
zélés ferviteurs de ce Prince , qui l'honora
de fon amitié , & en fit son confident. Ses
Freres , auffi politiques que lui , s'attacherent,'
les uns au Duc d'Orleans , les autres à Madá
de Beaujeu.
me
Louis XI. étant mort , & Charles VIII .
fon fils , âgé à peine de 14. ans , lui ayanc
succedé , le parti du Duc d'Orleans , qui
s'étoit tenu couvert jufqu'alors , commença à
78 MERCURE DE FRANCE
se produire ouvertement , & à disputer la
Régence à la Faction contraire . Mais les
Etats affemblés à Tours déclarerent qu'il n'y
auroit point de Regent , conformément à
Edit irrévocable du Roy Charles V. pour
la
Majorité des Rois : il fut décidé , que le Roy
feroit inceffamment sacré , & que tout le
feroit en son nom. La Dame de Beaujeu sa
Soeur , n'ayant que 22. ans , fut chargée du
soin de son éducation , & on composa un
Conseil des Princes du Sang & de douze
personnes choifies & aprouvées par les Etats,
pour la conduite & l'expédition des affaires
d'Etat.
Le Duc d'Orleans , qui avoit alors 23. ans,'
peu satisfait d'un Reglement qui lui donnoit
trop peu de diftinction & d'autorité , jugea
propos d'attendre à faire éclater son ambition
& son reffentiment , que son parti se
fût fortifié . L'Evêque de Montauban , que
sa qualité d'Aumônier du Roy rendoit affidu
à la Cour , donnoit secretement au Roy
des conseils & des impreffions contre Madame
de Beaujeu , tandis qu'il parloit toujours
avec éloge du Duc d'Orleans. Enfin il vint
à bout de persuader au jeune Monarque
qu'il étoit à propos qu'il secouât le joug de
sa Soeur, & qu'il s'échapât de fes mains.
›
Le Prélat ne vit pas plûtôt le Roy disposé
à faire ce qu'il souhaitoit , qu'il en donna
avis
f
+
AVRIL
709 1740
avis au Comte de Dunois , Bâtard d'Orleans ,
& à quelques autres , avec qui il étoit d'intelligence.
Les mefures étoient fi bien concertées
, que l'entrepriſe n'auroit pas manqué
de réuffir , fi le courier que d'Amboife avoit
chargé de fes lettres , ne l'eût trahi par infidelité
, & ne les eût remifes à Madame de
Beaujeu . L'Evêque de Montauban fut auffitôt
arrêté , avec Buffi , fon frere , & quelques
autres complices de la conspiration
entre- autres , Pompadour , Evêque de Périgueux
, & Philipe de Comines , qui fut mis
fix mois dans une cage , fuivant l'ufage de ce
temps là , & reſta long- temps prifonnier . Les
deux Evêques & Buffi furent traités moins
rigoureusement.
fait
Quoique d'Amboife eût fuffisamment
prouvé devant fes Juges , qu'il n'avoit rien
que du confentement du Roy , qui ayant
alors 17. ans , étoit en état de juger de fes
démarches , il ne sortit de prifon que deux
ans après . Pendant cet intervalle , le Duc
d'Orleans , informé des ordres qu'on avoit
donnés pour le faire arrêter lui-même , se
refugia en Bretagne , où ayant joint ſes troupes
à celles du Duc , qui pour lors étoit en
guerre avec la France , il tourna fes armes
contre fa Patric , ou plûtôt contre la Cour.
Il perdit la Bataille de Saint Aubin du Cormier
, qu'il livra à l'armée Royale commandée
Jio MERCURE DE FRANCE
dée par la Trémoüille , qui avoit 25. ans, &
fut fait prifonnier.
Cette trifte nouvelle confterna l'Evêque
de Montauban, tout dévoué à ce Prince. Ce
qui augmentoit fa douleur , étoit l'impuissance
où il fe voyoit de le fervir , étant privé
de fa liberté. Il fit d'inutiles efforts pour
fortir de prifon. La Ducheffe de Bourbon ,
c'eft ainfi qu'on l'apelloit depuis peu , parce
que le Prince fon mari avoit fuccedé au Duché
, & aux autres biens de la Branche ainée
de Bourbon , fut inexorable. Enfin Louis
Evêque d'Albi , frere de d'Amboife , qui
n'osoit s'employer ouvertement pour lui , de
crainte de s'attirer lui-même une disgrace ,
trouva le moyen de lui faire obtenir fon pardon
, fans fe compromettre. Il fit agir un
Cordelier , nommé Malerne , Confeffeur de
la Princeffe. Ce Religieux fçut la difpofer
peu à peu à relâcher un peu de sa séverité ,
& à pardonner aux Prélats.
L'Evêque d'Albi , informé par Malerne des
difpofitions de la Ducheffe , écrivit fecretement
en Cour de Rome , & engagea le Saint
Pere à reclamer l'Evêque de Montauban , &
celui de Périgueux , arrêtés tous deux pour
le même sujet. Ce moyen réüffit : la Princeffe
vivement follicitée par fon Confeffeur
& par le Nonce , que le Pape nomma pour
connoître de cette affaire , rendit enfin la
liberté
AVRIL 71% 1740
fiberté aux deux Evêques , à condition qu'ils
se retireroient chacun dans leurs Diocèses.
C'étoit un châtiment continué , quoiqu'adouci
, pour des Prélats de Cour. En effet
d'Amboife , joüiffant de fa liberté , n'avoit
que la moindre partie de ce qu'il fouhaitoit.
Il fit de nouvelles inftances , pour avoir
celle de revenir à la Cour ; mais , malgré
toutes ses démarches , il ne put obtenir cette
grace , que quinze mois après ; encore fallut
il que fes freres fe rendiffent responsables de
la conduite qu'il tiendroit à l'égard du Gouvernement.
Il promit tout , bien résolu de
ne rien tenir , & de s'employer tout entier
pour la délivrance du Duc d'Orleans , dong
les interêts lui étoient plus chers que les fiens
propres.
Les conjonctures n'étoient guére favora¬
bles à fes projets. Les affaires de Bretagne
paroiffoient en très - mauvais état. Le fuccès
de la Bataille de Saint Aubin , & là priſe du
Duc d'Orleans avoient fait perdre courage
aux Bretons , & ils demandoient la paix , que
la Ducheffe de Bourbon étoit d'autant moins
difposée à leur accorder , que la délivrance
du Duc d'Orleans devoit être le principal
article du Traité. François II . Duc de Bretagne
, qui voyoit que les fuites de cette affai
re alloient lui devenir funeftes , s'il ne s'ac
commodoit à quelque prix que ce fût , con-
E sentia
12 MERCURE DE FRANCE,
sentit enfin que le Duc d'Orleans ne fût
point compris dans le Traité , & il obtint la
paix à cette condition.
D'Amboiſe voyant qu'il n'avoit plus rien
à efperer de la part du Duc de Bretagne , mit
tout en ufage pour fléchir la Ducheffe de
Bourbon. Pour cet effet , il engagea dans
fes interêts , Louis Malet , Sire de Graville
qui avoit tout pouvoir fur l'efprit de cette
Princeffe. Il perfuada même à Jeanne de
France , de folliciter l'élargiffement du Duc
d'Orleans , fon époux , quoiqu'elle en fût
peu fatisfaite, Mais tous ces mouvemens furent
inutiles. La Gouvernante ne donna que
des promeffes , qui n'aboutirent à rien . La
mort du Duc de Bretagne , qui arriva fur
ces entrefaites , la rendit encore moins trai
table.
Elle redoubla fes inftances , pour engager
le Roy à conquerir cette Province ; mais ni
le Roy , ni fon Chancelier ne furent point de
ce fentiment. Le Chancelier même proposa
dans le Conseil le mariage du Roy avec
P'héritiere de Bretagne , comme un moyen
plus légitime de réunir ce Pays à la France.
D'Amboise le defiroit ardemment , perfuadé
que cette alliance procureroit infailliblement
la liberté au Duc ; c'étoit lui qui avoit preffé
le Chancelier d'en faire la propofition dans le
Confeil.
Anne,
AVRIL. 1740.
713
Anne , Ducheffe de Bretagne , Princeffe
auffi belle que riche & puiſſante
pas
>
n'écouta
favorablement le Comte de Dunois , que
le Roy lui députa pour ce fujet. Il ne put
vaincre la répugnance qu'elle avoit à se donner
à un Prince , qui après avoir fait la guerre
au Duc fon pere , étoit encore armé contre
elle. Ayant d'ailleurs beaucoup de fierté &
de délicateffe , elle craignoit que Charles ne
recherchât plûtôt fon Duché que fa person
ne. Le Comte tenta vainement de la raffûrer
; elle ne voulut rien entendre , desorte
que ce Prince fut obligé de faire avertir le
Roy , qu'il n'y avoit rien à efperer , fi le Duc
d'Orleans , pour qui la jeune Ducheffe avoit
une eftime particuliere , ne fe rendoit luimême
le négociateur de cette affaire.
Ce fut d'Amboife qui preffa le Roy de
donner les mains pour l'élargiffement du Duc
d'Orleans. Selon plufieurs Hiftoriens , le
Roy , fans avoir communiqué fa réſolution
à la Ducheffe de Bourbon , alla lui-même
tirer le Duc d'Orleans de fa priſon.
,
Ce Prince , qui aimoit la Princeſſe de Bretagne
, & qui en étoit aimé , auroit bien
voulu parler pour lui-même ; mais vaincu
par la néceffité , il fit taire fon amour , & fe
fervit de l'afcendant qu'il avoit fur le coeur
de la jeune Ducheffe , pour la faire conſentir
à fon mariage avec le Roy , qu'elle épousa
enfin à Langeais. E ij
14 MERCURE DE FRANCE
D'Amboiſe voyoit avec plaifir son crédit
augmenter avec celui de fon Protecteur. On
le traitoit partout avec diftinction , & l'on
avoit pour lui tous les égards qu'il pouvoit
defirer. La mort du Comte de Dunois , arrivée
peu de jours avant le mariage du Roy
le laiffa unique poffeffeur de la confiance &
de l'affection du Duc d'Orleans.
De fi grands avantages ne lui furent pas
moins utiles qu'honorables, Chacun cherchoit
à s'apuyer de son crédit à la Cour. Lẹ
Chapitre de Narbonne le choifit dans le même
temps pour fon Archevêque. Peu après ,
il fut fait Lieutenant Général de la Province
de Normandie , & c.
Depuis la réconciliation du Duc d'Orleans
avec la Cour , la Ducheffe de Bourbon
apréhendoit que ce Prince ne fongeât dans
la fuite à fe venger des mauvais traitemens
qu'il avoit reçûs , & affectoit dans toutes les
occafions de fe montrer autant fon amie
qu'elle s'étoit déclarée fon ennemie. Ce fut
dans cet efprit qu'elle lui fit donner le Gouvernement
de Normandie. Le Duc , qui n'aimoit
pas le détail des affaires , & qui avoit
coûtume de se livrer entierement à ceux qui
avoient sçû lui plaire , fut charmé de trouver
dans l'Archevêque de Narbonne un homme
sur qui il pût se reposer. II le nomma ;
Avec l'agrément du Roy , son Lieutenant
Général
AVRIL 1740. 715
Général , & lui remit toute son autorité en
tre les mains. L'Archevêché de Rouen ayant
vaqué quelques années après , il tâcha de le
faire élire , afin qu'il fût plus à portée de
remplir les devoirs de sa Charge. Le Roy se
joignit au Duc d'Orleans , & fit solliciter
vivement le Chapitre de Rouen pour cette
élection. Georges d'Amboise fut donc nommé
Archevêque de Rouen. Dans l'Acte de
son élection , il n'eft qualifié que Prêtre ;
ce qui fait juger qu'il n'avoit jamais été sacré
, ni Evêque de Montauban , ni Arche
vêque de Narbonne. La Normandie , infectée
depuis plusieurs années d'une multitude
de Brigands qui la desoloient , avoit besoin
d'un Liberateur tel que d'Amboise . Comme
Lieutenant Général , il donna de si bons or
dres, & les fit exécuter avec tant de vigueur,
qu'en moins d'un an il rétablit la tranquillité
dans la Province.
Ce fut en ce temps- là que le Roy résolut
de passer en Italie avec une armée , pour
conquerir le Royaume de Naples , sur lequel
il avoit de justes prétentions. Ast ayant été
marqué pour le rendez - vous général des
troupes , le Duc d'Orleans , à qui cette Ville
apartenoit , & qui s'y étoit rendu de bonne
heure , y attendit l'arrivée du Roy. L'Archevêque
ne put partir avec lui , comme il
Fauroit desiré parce qu'avant que d'entre-
E iij pren716
MERCURE DE FRANCE
prendre un si long voyage , il voulut mettre
son Diocèse en état de ne point souffrir de
son absence. Quelques personnes pieuses
lui firent un scrupule d'abandonner les fonctions
de son Ministere , pour suivre l'armée,
où sa présence étoit peu nécessaire ; mais
l'Archevêque trouva sans peine d'autres Casuistes
plus commodes , qui lui permirent
de préferer le métier de Courtisan à celui
de Pasteur , & l'honneur de gouverner le
premier Prince du Sang , à celui de gouverner
son Troupeau.
L'Archevêque, délivré de ses scrupules, partit
donc , & alia joindre le Duc d'Orleans
en Italie . Il y arriva assés à temps , pour être
le témoin d'une victoire signalée que le Duc
remporta sur la Flotte Napolitaine. La nouvelle
de cette défaite répandit la terreur dans
toute l'Italie , & les plus puissantes Villes
ouvrirent leurs portes au Roy , qui après
avoir fait son entrée dans Florence & dans
Rome , parut devant Naples le 22. Fevrier
1494. Il s'en rendit le maître , & de tout le
Royaume en moins de huit jours.
Le Duc d'Orleans ne se trouva point à
cette expédition . Etant tombé malade peu
,
de temps après sa victoire , il avoit été obligé
de retourner à Ast avec son confident
bien fâché de laisser échaper une si belle
occasion de cueillir de nouveaux lauriers.
D'AmAVRIL
1740. 717
D'Amboise avoit encore un autre sujet de
chagrin. Il s'étoit flaté d'obtenir le Chapeau
de Cardinal , si le Duc eût pû accompagner
S. M. jusqu'à Rome. Il ne put s'empêcher
d'en témoigner son mécontentement à ce
Prince , qui dans la suite se plaignit au Roy,
de ce que dans son entrevûe avec le Pape
Alexandre VI . il avoit oublié d'Amboise
pendant qu'il avoit fait donner la pourpre
Briçonner , & c.
Aussi - tôt après que le Roy fut parti d'Ast,
où il étoit venu se mettre à la tête de son
armée , le Duc d'Orleans qui avoit moins
de déference pour ses ordres que pour les
avis de son confident , forma le dessein
d'assiéger Novarre , Place Forte dans le Milanès.
Il avoit des prétentions sur ce Duché,
dont l'Usurpateur Ludovic Sforce s'étoit em
paré. Il crut que pendant que le Roy étoit
occupé à se faire restituer le Royaume de
Naples , il pouvoit songer de son côté à
rentrer dans un bien qui lui apartenoit.
Pour cet effet , au lieu de faire filer vers l'armée
Royale les troupes de renfort qui venoient
de France , il les retint pour s'en servir
à executer le dessein qu'il méditoit.
Il assiégea Novarre , & après l'avoir emporté
sans beaucoup de résistance , il s'y
renferma imprudemment avec d'Amboise ,
pour y attendre de nouveaux secours . Ils y
E iuj furens
718 MERCURE DE FRANCE
furent bientôt investis par l'armée de Sforce
& ils auroient été exposés à y perir de faim.
si les assiégeans n'eussent d'eux-mêmes con
senti à une Tréve , pendant laquelle il fure
accordé au Duc de pouvoir sortir de la Ville
avec ses troupes.
5
>
Le Duc d'Orleans & son favori auroient
bien souhaité , que le Roy après la victoire
de Fornouë . eût songé à la conquête du
Duché de Milan . Peut- être ce Prince , cédant
à leurs sollicitations , seroit-il entré
dans leurs vûës , mais effrayé par un renfort
de 20000. Suiffes , qui arriva dans le même
temps à l'armée ennemie , il fut obligé de
signer le Traité de Paix dans lequel fut
comprise la restitution de la Ville & du
Château de Novarre , malgré ce que purent
faire le Duc & d'Amboise pour rompre
Traité. Le Duc témoigna du ressentiment
contre ceux qu'il croyoit avoir été les auteurs
de ce conseil ; & ceux- ci persuadés qu'il n'y
avoit que l'Archevêque de Rouen qui aigrissoit
l'esprit de ce Prince , s'efforcerent de
le mettre mal en Cour , & de le faire releguer
dans son Diocèse.
le
L'occasion s'en présenta bientôt. Le Roy
ayant été sollicité par quelques Princes d'Italie
de reprendre Naples , d'où Ferdinand ,
Roy d'Arragon , avoit chassé les François
peu de temps après qu'ils s'y furent établis
,
AVRIL 1740.
7.19
par
il don na la conduite de cette seconde expédition
au Duc d'Orleans. Le premier Article
du Traité , étoit que l'on commenceroit
la conquête du Milanès , qui devoit revenir
à ce Prince. Cette entreprise , qui quelques
années auparavant auroit été si agréable au
Duc , fut alors si peu de son goût , qu'il refusa
de passer en Italie. Ce refus lui attira
l'indignation du Roy , & d'Amboise fut
compris dans sa disgrace , parce que l'on
crut que c'étoit lui qui avoit détourné le Duc
de ce voyage , auquel il avoit paru d'abord
si disposé. On ne se trompoit pas ; d'Amboise
avoit fait comprendre à ce- Prince
qu'il avoit un interêt personel à ne pas s'éloigner
de la Cour , par raport à la foible
santé du Roy ; étant , par la mort toute récente
du Dauphin , apellé à la succession de
la Couronne ; & en effet , à la mort du Roy,'
arrivée le 7. Avril 1498. il monta sur le
¡Trône.
Le nouveau Roy par l'avis de d'Amboise ,.
qu'il fit aussi-tôt son premier Ministre , ordonna
de magnifiques funerailles pour son
prédecesseur. Il se fit ensuite sacrer avec
beaucoup de pompe , & proclamer Roy de :
France, des deux Siciles, & de Jérusalem, &
Duc de Milan. Le Ministre qui connoissoit
la génerosité naturelle de Louis & sa tendresse
pour le Peuple , lui représenta , qu'afin
Ev de:
720 MERCURE DE FRANCE
de donner des impressions favorables em
montant sur le Trône , il devoit prendre sur
ses propres deniers les frais de l'une & l'autre
cérémonie , ce qu'il n'eut pas de peine à
obtenir. La France charmée d'une genérosité
si peu attenduë , le fut encore davantage
lorsque contre la coûtume , on n'exigea rien
pour le joyeux avénement à la Couronne. De
si heureux commencemens firent augurer
favorablement & du Regne & du Ministere
.
Le Roy & le Ministre avoient les mêmes
intentions. Louis ne songeoit qu'à rendre
ses Sujets heureux , persuadé que c'est le
premier & le seul devoir d'un Roy. D'Amboise
ne s'étoit chargé de la conduite des
affaires publiques , que pour les rétablir &
seconder les vûes de son Maître. On peut
dire que c'est à d'Amboise , que Louis XII.
est redevable de ce glorieux Titre de Pere
du Peuple , qu'il porte dans nos Annales ;
Titre que presqu'aucun de ses prédécesseurs
n'avoit merité , & auquel peu de ses successeurs
ont paru aspirer . D'Amboise commença
par retrancher le dixiéme de tous les Impôts
, & les réduisit enfin aux deux tiers . Ce
qu'il y a de remarquable , c'est qu'en quelque
nécessité que l'Etat pût se trouver sous son
Ministere , il ne rétablit jamais ce qu'il avoit
une fois suprimé ; par où l'on peut juger de
sa
AVRIL. 1740. 721
sa prudence , dans la dispensation des Deniers
publics. Mais cette oeconomie n'eut
jamais rien de sordide : elle tourna au profit
des Sujets , sans avilir le Thrône. Zelée &
judicieuse, elle ne permit point que des hommes
de néant s'engraissassent du sang du
Peuple , & accumulassent des richesses immenses
par des brigandages autorisés ; elle
ne mit point la Noblesse épuisée , ( sur qui
tombent par contre-coup toutes les impositions
faites sur ceux qui cultivent la Terre, )
hors d'état de porter les armes pour la défense
de la Patrie. D'Amboise , homme de
condition , aima & protegea toujours la Noblesse.
Il aima aussi les Sçavans & les hom
mes de Lettres.
lės
Il fit confirmer dans leurs Charges les
Officiers d'Epée , de Judicature & de Finan
ces , que le Roy Charles VIII. avoit établis,
& fçût par ce moyen s'en faire autant de
créatures ; mais il tint la main à ce que
uns & les autres s'acquitassent avec exactitude
des emplois qu'il avoit bien voulu leur
laisser. Il s'apliqua surtout à faire revivre la
discipline parmi les Gens de Guerre , &
reprima , comme il avoit fait en Normandie
, les violences qu'ils exerçoient impuné
ment dans tout le Royaume. De -là il tourna
ses soins vers l'administration de la Justice
, & ayant reformé , suivant l'avis des
E vj plus
722 MERCURE DE FRANCE
plus habiles Jurisconsultes , ce qu'il y avoit:
de défectueux dans les anciennes Ordonnances
, il abrégea la longueur des procès
diffipa les tenebres de la chicane , & fit ren
dre la Justice avec autant d'équité que de diligence
, &c..
Comme la plus forte ambition de d'Amboise
étoit de mériter les louanges qu'on lui
donnoit , & de regner sur les coeurs ,
il eut
lieu d'être satisfait de la maniere dont on le
reçût à Rouen. Le bon état où il trouva son
Diocèse , ne lui donna pas moins de contentement.
Après avoir premierement pourvû
à ce qui regardoit son Eglise , il convoqua
les trois Etats de la Province , & répondit à
toutes les plaintes qu'on lui fit. Sur les remontrances
de plusieurs Personnes de consideration
, il rendit pour la plus grande con
modité des Parties , l'Echiquier perpetuel ,
( il ne se tenoit auparavant que deux fois
Pannée , ) & le fixa pour toujours à Rouen.
L'Echiquier étoit une Cour Superieure, composée
d'Ecclésiastiques , de Gens d'Epée , &
de Gens de Loi , qui jugeoit en dernier ressort
les Apels interjettés des Sentences renduës
par les Tribunaux inferieurs de la Province.
François I. lui a depuis donné le nom
de Parlement.
Pendant qu'il recherchoit soigneusement
tout ce qui pouvoit contribuer à la tranquillité.
AVRIL: *1740. 723
,
fité des Peuples de son Diocèse & de son
Gouvernement de nouvelles affaires le
rapellerent à Paris. L'Université de cette
Ville s'étant oposée aux Ordonnances
que le Ministre avoit fait publier , comme
donnant atteinte à la plûpart de ses Privilé--
ges , & la Cour n'ayant point eû égard à ses
plaintes , les mécontens s'échaufferent à un
tel point , que le Recteur , de l'avis de toutes
les Facultés , prit le parti d'interdire les
Exercices publics dans les Colléges , & de
défendre aux Prédicateurs de monter en
Chaire. Le Roy par le conseil du Cardinal,fit
avancer des troupes vers Paris , pour mettre
les rebelles à la raison ; mais on n'eut pas .be
soin de tirer l'épée. Les mutins envoyerent
des députés pour implorer la clemence du
Roy, & firent paroître alors autant de crainte
qu'ils avoient montré d'insolence.
D'Amboise , après avoir calmé cette tem
pête Scholastique , songea à exécuter le dessein
que son Maître & lui avoient formé des
puis longtemps , de conquerir le Milanès.
Pour cet effet il commença par négocier
avec les Princes voisins , afin qu'ils ne tra
versassent point cette entreprise . Il obligea
le Duc de Loraine à renoncer aux droits
.
qu'il croyoit avoir sur la Provence , fit rendre
hommage au Roy par l'Archiduc d'Au
triche , pour les Comtés de Flandres ,
d'Art015
3
724 MERCURE DE FRANCE
tois & de Charolois , ménagea une Tréve
avec l'Empereur , & sçûr si bien calmer la
crainte ou la jalousie des Princes Italiens
qu'il les engagea à concourir eux-mêmes à la
conquête de Milan.
Toutes les mesures étant prises , il fit partir
les troupes sous la conduite de trois Généraux
, Ligni , d'Aubigni , & Trivulce
Milanois d'origine . Pour lui , il fut obligé
de rester encore quelque temps en France ,
tant pour attendre le départ du Roy , que
parce que le Pape Alexandre , par un trait
de politique , lui envoya dans cette circonstance
un Bref, par lequel il l'établissoit son
Légat dans toute l'étendue du Royaume
Dignité qui paroissoit incompatible à plusieurs
avec le Ministere ; mais il trouva le
moyen de les allier , & de contenter le Pape
& le Roy, quoique leurs interêts fussent si
contraires.
"
La conquête du Milanès ne coûta presque
rien au Roy. L'Usurpateur Ludovic , qui
étoit généralement haï , effrayé de la prise
de ses meilleures Places , se sauva de Milan.
La Ville ouvrit aussi- tôt fes portes au Roy
qui y fit son entrée avec le Cardinal au mois
d'Octobre de 1499. & tourna ensuite ses
armes contre Genes, qui fut soûmise en peu
de temps
.
Le Roy , qui avoit dessein de rendre sa
domination
AVRIL.
1740. 725
domination agréable à ses nouveaux Sujets ,
conserva aux Etats de Genes & de Milan
tous leurs anciens Privileges , & leur ent
accorda même de nouveaux. Il établit , par
le conseil du Cardinal , des Ecoles de Théologie
, de Droit & de Medecine à Milan
avec une Cour de Justice , où les Parties
pourroient plaider sans frais. Il diminua tous
les Impôts d'un
quart , mit peu de garnisons
dans les Places , nomma Trivulce , qui
étoit du Pays , pour en être le Gouverneur
& lui associa d'Aubigni.
De si sages précautions furent inutiles.
Peu après le départ du Roy & du Cardinal ,
Trivulce homme cruel & d'un orgueil insuportable
, se fit tellement hair , tant par ses
exactions,que par la licence qu'il toleroit dans
ses Soldats , que la Noblesse & le Peuple de
Milan conspirerent ensemble pour fecoüer le
joug de sa tyrannie.
La révolte de Milan causa autant de chagrin
que de furprise au Roy & au Cardinal,
moins pour la perte de ce Duché , que parce
qu'elle leur fermoit le chemin pour la conquête
du Royaume de Naples ; on murmuroit
hautement contre le Miniftre , qui avoit
dû mieux connoître le caractere de Trivulce.
On ne pouvoit comprendre qu'il eût affocié
à un homme fi féroce d'Aubigni , qui ne l'étoir
pas moins. Les plus grandes fautes que
les
726 MERCURE DE FRANCE
•
les Miniftres commettent , font d'ordinaire
dans la diftribution des Emplois . Ils devroient
s'attacher principalement à connoître les Sujets
, & ne pas s'en raporter à leur préjugé ,
ou à la recommandation de leurs Favoris.
Tout le monde regardoit la disgrace du
Cardinal , comme prochaine & ilible ;
fes Amis & fes Créatures trembloient d'avance.
Mais fans faire attention à tous ces
vains discours , il ne fongea qu'à juftifier fa
conduite dans l'efprit du Roy , & à chercher
du remede au malheur qu'il n'avoit pas prévû.
Il commença par lever de nouvelles
Troupes , qu'il fit paffer en Italie , fous la
conduite de la Trémoüille, & il obtint pour
lui- même , fans qu'il parût le demander , le
Titre de Géneraliffime ,, avec le pouvoir d'agir
à fà volonté.
Trivulce & d'Aubigni n'eurent pas plûtôt
apris fon arrivée à Verceil , qu'ils vinrent l'y
trouver. Le prudent Miniftre , loin de leur
témoigner aucun reffentiment , les reçût avec
douceur , & réconcilia même ces deux ennemis
implacables , qui par leurs querelle, leurs
jaloufies & leur peu de modération , avoient
causé la perte de Milan . Cependant , quoique
le Roy l'eût déclaré Géneraliffime , il
affecta de n'en point exercer les fonctions ,
de peur d'exciter l'envie des autres Géneraux.
Cette prudente conduite eut l'effet qu'il en
devoit
AVRIL 1740. 727
Hevoit attendre , chacun s'empreffa de lui
obéir & de fuivre fes confeils.
On avoit réfolu d'abord d'aller droit à Mifan;
mais quand on eut apris que Ludovic y
avoit jetté une nombreuse garnison , on trou
va qu'il valoit mieux aller le chercher luimême
, & lui livrer bataille. Il étoit campé
fous le canon du Château de Novarre. Les
deux Armées ne furent pas plûtôt en présence
, qu'on fe disposa au combat de part &
d'autre. Mais le fage d'Amboise , qui avoit
d'autres vûës , & qui ne vouloit pas s'en raporter
à l'évenement incertain d'une bataille,
trouva le moyen d'empêcher les deux Armées
d'en venir aux mains l'expédient
dont il s'étoit fervi l'année précédente , pour
fe rendre maître du Château de Milan , lui
paroiffoit beaucoup plus sûr. Il réfolut donc
de le mettre en ufage , pour fe faire livrer le
Château de Novarre , & le Duc Sforce , luimême.
Comme les Suiffes qui étoient dans
l'Armée de ce Duc , étoient mal payés & par
conséquent très-disposés à le trahir , il leur
fit proposer une fomme confidérable , s'ils
vouloient lui livrer la Place avec le Duc. Le
marché fut bien- tôt conclu.
י
Le malheureux Sforce s'apercevant que
les
Suiffes de fon Armée étoient d'intelligence
avec l'ennemi , leur fit toutes les inftances
poffibles , & les plus magnifiques promeffes,
pour
728 MERCURE DE FRANCE
pour
pa
les engager à ne point l'abandonner
mais comme il ne leur donnoit que des
roles , ces ames venales n'eurent point d'oreilles
pour fes prieres. La Place fut remise
au pouvoir des François , & le malheureux
Duc arrêté , lorsqu'il tâchoit de se fauver en
habit déguisé , parmi les Soldats de la garnifon
, que l'on faisoit fortir deux à deux.
>
Cette nouvelle jetta une telle frayeur dans
f'esprit des Milanois, qu'ils députerent promptement
vers le Cardinal , pour lui présen
ter les clefs de leur Ville , & tâcher de le fléchir
par leurs foumiffions. Ce n'étoient plus
ces mêmes hommes , qui , peu de jours auparavant
fe vantoient de le faire enlever luimême
dans Verceil. Le Cardinal les reçût
avec une froideur , qui leur fit perdre toute
esperance de pardon, & les renvoya fans leur
faire aucune réponse . Il s'avança ensuite vers
la Ville , où il fit fon entrée à la tête des
Troupes. Les Milanois fe feroient crûs per-
'dus fans reffource , s'ils n'avoient connu la
génerofité & la bonté du Cardinak, qui en
effet , auffi touché de leur repentir, qu'il avoit
été irrité de leur perfidie , voulut bien leur
pardonner au nom du Roy. Ce fut le Vendredi
- Saint 17. Avril 1500. qu'il leur accorda
cette grace , affis fur un Trône qu'on lui
avoit élevé dans la Cour de l'Hôtel de Ville,
où tous les principaux Habitans s'étoient
#endus par fon ordre.
AVRIL- 1749. 729
Après qu'il eut ainfi réparé la faute qu'un
manquement de prévoyance lui avoit fait
commettre , il donna le commandement géneral
des Troupes & le Gouvernement de la
Place à Chaumont d'Amboise , fon neveu ,
qui fe montra digne du choix de fon oncle .
Il mit ensuite de fortes garnisons dans les
Châteaux , fit de nouveaux Reglemens pour
contenir les Gens de guerre , & de séveres
Ordonnances contre les Infracteurs. Mais,
afin d'avoir une Armée toute prête en cas de
besoin , il laiffa la meilleure partie de fes
Troupes en Italie , au fervice des Florentins ,
& du Duc de Valentinois , qui avoient demandé
du ſecours au Roy de France ; ceuxlà
,, pour reconquérir Pise, que Charles VIIL
en allant à l'Expédition de Naples,avoit foustraite
à leur domination ; celui- ci pour fe
rendre maître des Villes de la Romagne. On
n'étoit cependant guére disposé en France à
fournir des Troupes au Duc de Valentinois ,
efprit fourbe & inconftant , fur lequel on
ne pouvoit compter ; on n'étoit pas plus fatisfait
du Pape Alexandre, fon Pere, qui loin
d'aider à la conquête du Milanès , felon fa
promeffe , étoit foupçonné , au contraire ,
d'avoir contribué au rétabliffement de Sforce
, & c.
D'Amboise revint en France après de fr
glorieux Exploits , & fit une Entrée magnifique
730 MERCURE DE FRANCE
fique à Lyon , à Paris , à Rouen, &c. Iltra-
Vailla peu de temps après , pour mettre tout
en état pour la conquête du Milanès & du
Royaume de Naples , dont il vint à bout eri
peu de temps ; le Roy de Naples fut amené
à Paris , &e,
Cet Extrait , déja trop étendu , ne nous
permet pas d'entrer dans le long détail de la
Ligue de Cambray , de la guerre contre les
Vénitiens , de la Bataille d'Aignadel , des Intrigues
du Pape & des Vénitiens , dont le
prudent Cardinal triompha , &c. Il partit
avec le Roy pour cette nouvelle guerre d'Italie
, & fe trouva très-mal à Lyon. Une fievre
lente , qui ne le quittoit point depuis un
an , s'augmenta ; la goutte & la colique , qui
fui donnoient ordinairement peu de relâche,
le reprirent avec tant de violence , qu'il fe
vit en peu de jours près de fa fin. Le Roy;
qui l'aimoit fincerement , fut moins tou
ché du retardement que cette maladie
alloit aporter aux affaires , que de la crain
te qu'il eut de perdre un fi fidele Minisftre.
Il repandit beaucoup de larines dans
le dernier entretien qu'ils eurent ensemble
, & il ne put fe féparer de lui , qu'avec
une violence qui fit bien voir combien leur
nion étoit étroite.
و
D'Amboise conserva dans ces derniers momens
cette présence d'esprit & cette égalité
d'ame ,
AVRIL 1740
735
d'ame , qui ne l'avoient jamais abandonné .
Il mourut comme il avoit vécu , en grand
homme & en vrai Chrétien , le 25. May
1510. la 12. de fon Miniftere , &la so . de
fon âge. On fit au Cardinal d'Amboise de
magnifiques funérailles à Lyon & à Rouen,
Le Roy affifta à celles de Lyon. Son Gendre
le Comte d'Angoulême, qui regna depuis fous
le nom de François I ; le Duc de Loraine
& le Chancelier de France y menerent le
deüil. Son coeur & fes entrailles furent inhumés
à Lyon , au pied du grand Autel de PEglise
des Celeftins. Son corps fut porté à
Rouen , & enterré dans l'Eglise Cathédrale
où l'on voit fon magnifique Tombeau de
Marbre , dans la Chapelle de la Vierge. Le
plus grand ornement de fa Pompe funebre ,
fut la mémoire de fes vertus , & la douleur
fincere de tous les Ordres du Royaume. Il
fut en effet regretté de toute la France , dont
procura le bonheur & la gloire. Modele
des vrais Miniftres , il ne fut ni avare , nį
diffipateur. Il ne fit tomber les graces de fon
Maître que fur des Sujets qui en étoient dignes
, & ne fut jamais la dupe des femmes
& des hypocrites. Eclairé & judicieux , il
ne fe laiffoit point prévenir par les Flateurs
de la Cour, il s'étudia furtout à faire de bons
choix pour remplir les Bénefices ; il ne don
noit point fa confiance à des ames viles, à de
زا
faux
732 MERCURE DE FRANCE
faux dévots. Il eftimoit & aimoit les Sçavans
, qui honorent leur Patrie . Il ne regardoit
pas les Lettres & les Beaux - Arts , comme
inutiles à l'Etat . Sous fon Miniftere les
Gens de bien ne furent point malheureux ;
en un mot , il fut un très - grand Miniftre
non feulement parce qu'il ne fit point de mal,
mais parce qu'il fit beaucoup de bien.
L'ESi
nous n'avons raporté que ce qu'il a fait
en qualité de Miniftre , ce n'eft pas qu'il ait
rempli avec moins de fidélité & d'exactitude
les devoirs de l'Episcopat. Au milieu des
grandes & continuelles occupations que
tat lui causoit , il ne perdoit point fon Diocèse
de vûë. Il fe faisoit rendre un compte
exact de tout ce qui s'y paffoit . Il feroit trop
long de faire ici l'énumération des avantages
fpirituels & temporels qu'il lui a procurés.
Il fit à fon Eglise Cathédrale de Rouen les
présens les plus magnifiques . Cette fameuse
Cloche qui porte fon nom , & qu'il lui don
na en 1501, eft , pour ainfi dire , une voix
éclatante, qui publie depuis plus de 200. ans
fa magnificence & fa libéralité . Comme Légat
du S. Siege , il réforma une infinité d'abus
, que la licence avoit introduits dans le
Clergé , & furtout dans quelques Maisons
Religieuses. Quoique l'Univerfité de Paris
fe fût oposée aux Bulles de fa Légation , il
ne répondit à fon opofition qu'avec une mo
deftie qui édifia
AVRIL. 1740.
733
Entre autres biens que fon Miniftere produifit
au-dedans de l'Etat , nous n'oublirons
pas l'abolition du Privilege abufif des Aziles ,
qui ne tendoit qu'a favoriser le vice . Son zele
invariable pour fa Patrie , fon attachement
fincere à la Personne de fon Roy , fa conduite
prudente & modérée avec les Grands,
& pleine de bonté avec les petits , fon amour
conftant pour l'équité , fon habileté dans le
maniement des affaires , fon oeconomie dans
la dispensation des deniers de l'Etat , qui fur
cause qu'il ne furchargea jamais les Provin
ces , le mettent autant au -deffus des plus
grands Miniftres , que le titre de Pere du
Peuple qu'il fit mériter à Louis XII , furpaſſe
les titres les plus glorieux .
LA DOCTRINE DE S. POLICARPE , touchant les
principaux Articles de la Foi Chrétienne ; on y a
ajoûté une démonftration de la verité & de l'origine
divine des Livres du Nouveau Teſtament
prise des témoignages que S. Clement de Rome
rend aux Apôtres. Par M. Jacques- Henri Balthasare
. Docteur en Théologie , & Profeffeur dans
l'Académie de Griswald , &c. à Jéne ', 1738. in- 8 °,
L'Ouvrage eft en Latin.
PRONONCIATION DE LA LANGUE ANGLOISE
avec un Traité de fon accent & de fa prosodie à
l'usage des François , par M. Mather Flint , 1740 .
' in-12. A Paris , chés Didot , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Bible d'or.
Hou
734 MERCURE DE FRANCE
HEURES NOUVELLES , ou Exercice fpirituel , tirées
de l'Ecriture Sainte , contenant plufieurs Prietes
, remplies d'onction , avec des Refléxions trèsédifiantes.
Dédiées à fa Sacrée Majefté l'Imperatrice
Regnante. Ouvrage fuperbe , enrichi de Figures
en Taille -douce . 1. vol. int4°. A Vienne ,
en Autriche , chés E. Briffaut , Libraire de l'Univerfité
, à l'Enseigne de l'Olivier , 1735 .
La qualification d'Ouvrage superbe, n'eft point
ici une expreffion hyperbolique , c'eſt la juſtice
qu'on doit rendre aux diferentes Personnes qui ont
concouru à la perfection d'un Livre , dont nous venons
de voir un Exemplaire , Livre vraiment digne
de la Religion & de la Pieté de l'Augufte Princeffe
pour laquelle il a été composé, & dont on voit
le Portrait après le premier Frontispice . Il eſt à la
tête d'une Epitre Dédicatoire , qui lui eft adreffée
par le Libraire , dans laquelle il n'y a rien qui foit
exageré , & qui ne convienne parfaitement à une
Imperatrice Chrétienne , & remplie des plus belles
& grandes qualités.
par-
Suit une courte Préface , mais fort Chrétienne ,
et qui peut paffer elle feule pour un bon Ouvrage
de pieté; on y remarque que ce Livre a ceci de
ticulier , qu'il eft imprimé en Caracteres magnifiques
, beau papier , orné et enrichi de Figures et
Eftampes en Taille -douce , placées dans un bel ordre.
Revenant à la Morale et aux Refléxions contenuës
dans cette Préface , on y reconnoît tous les
caracteres d'une pieté folide et éclairée . En parlant
des differentes dispofitions qu'on aporte à la priere ,
et de fes differens effets. Cette difference , dit
l'Auteur, eft bien marquée dans l'Evangile , entre
la priere du Pharifien fuperbe et présomptueux ,
» et celle du Publicain , l'un raconte fes vertus
Pautre déplore fes foibleſſes ; l'un remercie Dieu
» des
>
AVRIL.
1740 735
des bonnes oeuvres qu'il a faites , l'autre s'accuse
des fautes qu'il a commifes. La juftice de l'un fe
trouve confondue,tandis que l'autre eft purifié . & c.
LE SAINT EXERCICA de la Présence de Dieu , divisé
en XX. Chapitres , où l'on propose quelques
moyens pour en faciliter la pratique , et fur tout ,
comme le plus efficace , la confidération des Attributs
divins ; dédié . à S. A. Madame la Princeffe de
Schwartzenberg , Ducheffe de Lobkowitz . 1. vol .
in- 8°. de 336. pages. A Vienne , ex Autriche , chés
le même Libraire , 1737.
On peut dire de ce Livre , dont nous avons auffi
vû un Exemplaire , tout ce que nous avons dit du
précedent. Le fond ne respire que la pieté la plus
folide , et une doctrine faine , et c'est d'ailleurs un
petit Chef d'oeuvre pour la forme & Pexecution.
LIVRES NOUVEAUX qui sa
trouvent chés Cavelier , Libraire , ruë
S. Jacques à Paris.
OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Chaulieu
nouvelle Edition , 2. vol. in- 8 ° . Londres , 1740 .
ISNTRUCTIONS pour les Jardins Fruitiers et Potagers
, avec un Traité des Orangers , et des Reflexions
fur l'Agriculture , par M. de la Quintinye ,
Directeur des Jardins Fruitiers et Potagers du Roy,
Nouvelle Edition , augmentée d'une Inftruction
pour la culture des Fleurs , in- 4°. avec figures , 2 .
vol. Paris 1739 .
METHODE et Invention nouvelle pour dreffer les
Chevaux , par le très- noble Prince Guillaume ,
Marquis et Comte de Newcastle. OEuvre où on
aprend à travailler les Chevaux felon la Nature , et
à parfaire la Nature par la fubtilité de l'Art , traduit
de l'Anglois de l'Auteur par fon commandement , et
enrichi de plus de quarante belles figures en Taille-
F douce
736 MERCURE DE FRANCE
douce , feconde Edition , in fol. Londres , 1737.
ETAT DE LA FRANCE , dans lequel on voit tout
ce qui regarde le Gouvernement Ecclefiaftique , le
Militaire , la Juftice , les Finances , le Commerce
les Manufactures , le nombre des Habitans , & en
géneral tout ce qui peut faire connoître à fond cette
Monarchie , avec des Memoires Hiftoriques fur
fon ancien Gouvernement jufqu'à Hugues Capet
par M. le Comte de Boulainvilliers , in- fol . 3. vol.
Londres , 1727. et 1737.
AD NOVA ACTA Eruditorum qua Lipfia publican
tur Suplementa , Tomus III. in-4°. Lipfiæ , 1739 .
LEIBNITII ( G. ) Tentamina Theodicaa de boni
tate Dei , libertate hominis & origine mali. Verfio
nova , vitâ Auctoris Catologo operum & variis obfervationibus
aucta , in- 8 °. Lipfiæ , 1739.
MUSSCHENBROCCK ( Petri ) Elementa Phyfica, in
8°. cum figuris. Lugduni Batavorum , 1736,
LIBRI MEDICI.
MAZINI ( Joannis ) Mechanices Morborum de
fumpta à motu fanguinis , in- 4°. Offenbaci , 1731.
HEISTERI ( Laur. ) Inftitutiones Chirurgica , in
quibus quicquid ad Rem Chirurgicam pertinet , optitima
noviffima ratione pertractatar , in-4°. 2.
vol. cum figuris. Amftelodami , 1739.
BOERHAAVE ( Herm. ) Pralectiones Academica in
proprias Inftitutiones Rei Medica ; edidit, & notas addidit
Albert. Haller . vol . 1. Chylificatio , in-8 °. Got
tinga , 1739.
FIZE ( Ant. ) Differtatio Medico chirurgica de Tumoribus
in genere , ac potiffimum de Inflammatione ,
in- 4. Monspelii , 1739 .
DISSERATIO Medico Chirurgica de Phlegmone
Erysipelate , in-4°. Monspelii , 1739 .
HOFFMANNI ( Friderici ) Confultationum & Respoforum
Medicinalium Centuria tres , de Morbis Capitis
>
AVRIL. 1740.
737
pitis & Pectoris , de abdominis & de Morbis externis,
in- 8 °. 3. vol. Amftelodami , 1736. et 1737.
-OPUSCULA varii argumenti, in-4° . Hala , 1739.
LANZONI (Jofephi ) Opera omnia Medica & Philologica
de Venenis, Citrologia , Zoologia, de Clyfteribus
, de Lachrymis , de Febre quartana , de Saliva
humana , de Medici officio , de Allio , Confultationes
medica, de Balfamatione cadaverum , in- 4. 3.
vol . Lauſannæ , 1738.
•
HOFFMANNI ( Gafpari ) de Medicamentis offici
nalibus , tam fimplicibus quam compofitis libri duo
quibus accefferunt remedia medicinalia. Editio novisfima
auctior & emendatior , in- 4° . Lugduni Batavorum
, 1738.
ETTMULLERI Michaelis ) Opera omnia Medica ;
Editio noviffima , quam pluribus Commentationibus ,
variarum materiarum connexionibus , correctionibus ,
notis illuftravit Joa. Jac. Mangetus. in-fol . 4. vol.
Geneva , 1736.
MANGETI ( Joannis ) Bibliotheca Medico -practica ,
qua omnes humani corporis morbosa Affectiones ordine
alphabetico explicantur , in- fol. 8. vol . Genevæ.1739 .
PROGRAMME pour un Traité des
Fossiles on Petrifications.
N fe propofe d'imprimer à Neuchâtel par
Souscription,un rite des Follilesou Péri
fications , dont voici le Projet.
?
On donnera les Figures qui font jointes à l'His
toire des Pierres figurées de la Suifle & des Lieux voia
fins, par M. Charles-Nicolas Lang, imprimée à Venife
l'an 1708. & écrite en Latin ; ce Recueil en
12. Tables ou Planches , étant ce que nous avons
de plus méthodique & même de plus complet fur
Jes Pierres figurées de la Suiffe ; mais on y fera les
changemens fuivans. Fij I
738 MERCURE DE FRANCE
I. On en retranchera les Figures qui n'apartienment
pas aux Corps Marins , comme celles de la feconde
Planche, de la troifiéme , quatrième , huitiétiéme
, & de quelques autres , où l'on trouve des
Cristaux , des Stalactites , des Feuilles empreintes fur
du Tuf, des Dendrites , des Plantes terreftres , c.
II. On remplacera ces Planches par d'autres qui
repréfenteront des Plantes Marines , ou des Coquillages
pétrifiés.
III. On préferera les Figures qui feront plus nettes
& mieux deffinées dans les Planches que feu M..
Scheuchzer a jointes à fa Meteorologie & Oryctogra
phie ; en telle forte pourtant que l'on y trouve tou
tes les efpeces de Plantes Marines & de Coquillages
pétrifiés , que M. Lang a données , qui compofoient
le Cabinet de M. le Comte de Trautmansdorf,
& que M. Falkenier , Envoyé Extraordinaire
de Leurs Hautes Puiffancés en Suiffe , avoit beaucoup
enrichis.
IV. Les Tailles - douces ne contiendront pas les
noms des Pétrifications , mais chaque Figure aura
fon Numero , & elles feront nommées & expliquées
dans le corps de l'Ouvrage , fous les mêmes Numeros.
V. Ce Recueil fera augmenté de huit Planches ,
& par- là il fera plus complet que celui de M. Lang;
contiendra LX. Tailles - douces. Ce qui fera ajouté
ou fubftitué aux Figures données par le Sçavant
de Lucerne , fera deffiné correctement , & gravé
avec tout le foin poffible .
VI . On donnera enfuite un Traité qui indiquera
les Claffes , les genres , & les espèces auxquels on doit
raporter les Fofiles , & ce qu'on peut apeller les
Elemens de cette Science . On y trouvera une idée
des diférentes Hipotètes des Sçavans , des Philofo
phes & Phificiens fur ces Fétrifications ; & on y établira
AVRIL
738
1748
blira par diverfes raifons , celle de Woodward, qui
les raporte au Déluge .
On y verra les noms des Lieux où ces Foffiles fe
trouvent , & en particulier de ceux de la Principauté
de Neuchâtel & Valangin , avec le Catalogue
des efpeces qui y ont été découvertes .
Cet Ouvrage contiendra des Obfervations nouvelles
fur les Montagnes , Valées , Fonds , Ravins ,
Eboulemens , Creux & Marnieres , où se trouvent
les Pétrifications , & des Indices pour les chercher
fuccès.
avec
On y aprendra à connoître les Auteurs qui ont
traité des Foffiles , & on y verra une idée génerale
ou un Catalogue de leurs Ouvrages. On y trouvera
auffi ce qu'il y a de plus curieux dans l'Ouvrage de
M. Lang , dont on vient de parler , & dans un
Traité Latin in- 4° du même Auteur , imprimé à
Lucerne en 1709 Enfin on s'engage à ne rien insérer
dans ce Recueil qui n'ait paffé fous les yeux de
M. BOURGUET , Profeffeur en Philofophie dans
cette Ville , qui eft parfaitemet au fait de ces matieres.
On peut juger par- là que l'Editeur pourroit mettre
fon Ouvrage au Prix de celui de M. Lang, qui s'eft
vendu deux Ecus blancs , mais il fe contentera de la
moitié , c'eſt-à dire de trois Francs , argent de Saiffe ;
ce qui n'eft que la valeur des Tailles - douces , puisqu'on
les payeroit à raifon d'un sol la pièce , quand
elles feroient feules. Le tiers du prix fe payera en
fouscrivant , & les deux tiers reftans , lorsque l'Ouvrage
ſe diſtribuëra ; ce qui doit fe faire au commencement
ou pour le plus tard , fur la fin d'Avril
1740.
On fouferira à Neuchâtel ; chés M. A. L. Brandt,
Graveur des Planches , & en France , chés Briaſſon ,
Libraire à Paris , rúë S. Jacques , à la Science:
Fiij On
740 MERCURE DE FRANCE
que
la
On fe croit , au refte , obligé d'avertir ici
connoiffance des Pétrifications , qui s'étend chaque
jour , eft beaucoup plus utile qu'elle ne femble Pêtre
à une premiere vûë . Ces Corps Marins pétrifiés
peuvent , par exemple , convaincre les plus incrédules
qu'il s'eft fait un bouleverſement entier dans
notre Globe , & confirmer ce que la Révelation
nous enfeigne de la Deftruction de l'ancien Monde ;
les preuves que les Foffiles nous fourniffent de cette
catastrophe , étant au- deffus de toute expreffion ,
comme on le fera voir dans l'Ouvrage que l'on
annonce .
La connoiffance de ces Pétrifications peut fervir
encore à découvrir les tréfors que la Suiffe renferme
dans fon fein ; des Terres propres à divers Artifans
; des Pierres qui égaleront en beauté le Marbre
, le Porphire & l'Agathe ; des Mines de Métaux
, de Mineraux ; des Eaux Minerales ; de nouvelles
Sources , capables d'abreuver les Villages &
Is Métairies qui manquent d'eau. On eft perfuadé
encore que les Obfervations que l'on fera, excitant
les recherches de plufieurs Curieux , feront découvrir
les efpeces d'Animaux Marins qui n'ont pas encore
parú , & qui manquent dans leurs Collections .
Le 19. de ce mois , le Pere de la Sante , l'un des
Profeffeurs de Réthorique du College de Louis le
Grand , y prononça un Difcours Latin très éloquent
, dont le Sujet étoit , Combien l'Empire de
l'Opinion a de force & peu de ftabilité. L'Àffemblée
étoit composée du Nonce , de plufieurs
Prélats , & d'un grand nombre de Perfonnes de
diftinction. 1
Les Perfonnes qui ont foufcrit pour le dernier
OEuvre de Sonates à Violon feul , & la Baffe- continuë
AVRIL 1740. 741
tinuë de M. Geminiany , gravées en 1738. font
averties de s'adreffer à M. de la Bergerie , à la Croix
de Fer , rue de Savoye , attenant la rue des grands
Auguftins & la rue Pavée , au premier Apartement;
& à M. le Clerc , Marchand de Dorures , à l'Enſeigne
du Comte de Toulouſe , rue du Roule ; lefquels
leur remettront leurs Exemplaires en achevant de
payer la fomme mentionnée dans leur Souscription.
1
M. Bouvard , vient de donner fa Cantate de
l'Amour Champêtre , annoncée dans le Mercure du
mois de Janvier dernier. Elle eft dédiée à Madame
la Princeffe de Rohan ; elle ſe vend deux liv. 8. fols .
Il vient encore de donner une Paraphrafe du
Pleaume Ufque quo Domine , &c . qu'il a travaillée
dans le goût des Oratorio d'Italie. Il l'a dédiée à
M. Languet de Gergy , Curé de la Paroiffe de saint
Sulpice. Elle fe vend trente sols .
LETTRE écrite de Paris à un Horloger
de Province sur les Cadrans d'Email.
Ous me priez , Monfieur , de fçavoir des Manufacturiers
en Porcelaine , s'ils pourroient vous
faire un Cadran de Pendule d'un pied de diametre ,
parce que vous fçavez , dites -vous , qu'il eft imposfible
d'en faire de cette grandeur , tout d'Email ,
comme font les Cadrans des Montres . Il eft vrai
qu'il y a peu de temps qu'on étoit encore dans cette
prévention à la Ville & même à la Cour , en voici
un exemple. Le Roy commanda une Pendule ,
& S. M. fouhaita que le Cadran fût tout d'une piéce
en Email ; & de 14. pouces de diametre . Celui
qui reçut l'ordre de la faire , ne put répondre que
de la tentative à l'égard du Cadran , & non de la
réüffice. Le Sr Martiniere , Emailleur , ruë Dau-
Fiiij phine,
42 MERCURE DE FRANCE
phine , l'entreprit , et réüffit fi bien à tous égards ;
qu'il eut l'honneur de le préfenter lui- même à Sa
Majefté , qui en fut agréablement furpriſe , et Elle
lui donna des marques de fa fatisfaction avec tant de
bonté , qu'il revint à Paris , charmé d'un fi heureux
fuccès , et réfolu de faire de nouvelles études pour
aller auffi loin dans fon Art , qu'il feroit poffible.
Il y a d'autant plus lieu d'efperer que le Sr Martiniere
pourra y faire encore de nouveaux progrès ,
qu'il réunit en lui les differens talens qui font nécessaires
pour y parvenir ; Eleve de Mrs Bouffeau &
Couftou l'aîné, Sculpteurs du Roy , il a long temps
deffiné à l'Académie ; il y a même remporté trois
Prix , deux en 1727. et le troifiéme en 1728. d'ailleurs
il eft fils d'un habile Emailleur . Vous jugez
bien , M. qu'avec de tels fecours il produira au jour
des Ouvrages de goût , comme Cadrans de Pendules
de Is. à 16. pouces de diametre , Armes blafonnées,
Cartouches numérotés pour les Bibliotheques,
même des Cadrans pour des Horloges d'Eglife ,
composés de differentes piéces , et ne paroiffant
que d'une feule , de leur point de vûë ; il fè propoſe
de plus d'orner des Bronzes et autres Ouvrages avec
des Emaux de couleur , incruftés d'or. Je fuis perfuadé
, M. que vous me fçaurez gré de l'avis que
j'ai l'honneur de vous donner. Je fuis , &c.
Le degré de perfection où le feu Sr Roffignol , avoit
pouffé l'Ecriture , a rendu fa perte bien fenfible à
tous les Amateurs de cet Art ; cependant nous
croyons qu'elle eft entierement réparée par le Sieur
Vincent , Admirateur des talens de ce grand Maître,
jequel n'a rien négligé pour faifir fon goût et fon
caractere en tout genre ; fes Ouvrages font aprouvés
des Connoiffeurs les plus difficiles , ils font frapés
de la parfaite imitation , et nous n'avons rien a
ajoûter
AVRIL. 1740. 743
ajoûter àleurs éloges Ceux qui voudront en juger
par eux-mêmes , lui feront honneur et plaifir de
l'aller voir ; il demeure rue des Foureurs , à l'Enfei
de la Picarde .
gne
On aprend de Lisbonne , que le 28. Fevrier, l'Académie
Royale de l'Hiftoire tint au Palais une Assemblée
, dans laquelle Don Manuel de Maya , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , Brigadier des Armées
du Roy et Garde des Archives de la Maifon de Bragance
, et le Pere Philipe Tavares , de la Congrégation
de S. Philipe de Neri , furent reçûs Académiciens
, et prononcerent leurs Difcours de remerciment.
Don Louis-Cesar de Menezes , Don François-
Louis Pimentel , et Don Manuel de Azevedo Fortes
, rendirent compte de l'état des Ouvrages qu'ils
ont entrepris , et l'on élut pour Académiciens Don
Manuel Freire de Andrade , Gentilhomme de la
Maifon de S. M. et Sergent Major du Régiment de
Cavalerie de Moura , et le Pere Jofeph Gaëtan , do
la Compagnie de Jesus , Profeffeur de Théologie
dans le College de S. Patrice de Lisbonne.
La Suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes Illuftres dans les Arts et dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole .
H vient de mettre en vente , de la même grandeur :
DAGOBERT II. XVIII . Roy de France , mort en
715. après 4. ans de Regne , deffiné par Boizot , et
gravé par J. G. Will.
JEAN OU HANNS HOLBEIN , Peintre , né à Basle ,
en Suiffe , en 1498. mort à Londres en 1554 peint
par lui-même , et gravé à l'Eau forte par Wenceslas
Hollar.
E v NICOLAS
744 MERCURE DE FRANCE
NICOLAS COPERNIC , né à Thorn , le 19. Fevrier
1473. mort à Warmie le 24. May 1543. peint par
A. C. et gravé par C. B.
TYCHO BRAHE' , Aftronome , né à Knud- Strup ;
près d'Helsinborg , en Dannemarck, le 19.Decembre
1546. mort à Prague le 24. Octobre 1601 .
Il paroît depuis peu une Carte Géographique , que
la fituation préſente des affaires d'Eſpagne et d'Angleterre
rend intereffante ; c'eft celle des Ifles de
Majorque , Minorque et Yvice , dreffée par M.
Bellin , Ingénieur au Dépoft des Cartes et Plans de
la Marine , et dédiée à M. le Comte de Maurepas . II
paroît en même temps une Lettre de cet Ingénieur
M. * * * de l'Académie Royale des Sciences , par
laquelle il rend compte des principales Remarques
et Obfervations dont il s'eft fervi pour dreffer fa
Carte , et du peu d'exactitude qu'on trouve dans
une Carte de ces Ifles , que les Jurats de la Ville
de Majorque ont fait graver , il y a environ une
vingtaine d'années.
La Carte de M. Bellin doit faire d'autant plus de
plaifir , qu'aucun de nos Géographes n'a travaillé
fur ces Inles en particulier , et qu'il eft à portée , au
moyen du Dépoft de la Marine , d'avoir des connoiffances
plus sûres et plus fideles que ce qui fe ré
pand communément dans le Public ; d'ailleurs il
paroît n'avoir rien négligé pour rendre fa Carte
curieufe et utile ; il y a joint une petite partie de la
Mer Méditerranée , depuis le Détroit de Gibraltar ,
pour faire voir la fituation des Ifles de Majorque
Minorque et Yvice , par raport aux Côtes de France
et d'Espagne , et celles de Barbarie ; il y a joint
auffi un Plan particulier du Port et Ville de Mahon;
ce Port , un des plus beaux de l'Europe , et fur lequel
tout le monde a les yeux aujourd'hui , y pa-
Loft
AVRIL 1740 .
745
roît détaillé avec beaucoup de foin , de-même que
fes Forts et les Batteries qui le défendent .
Cette Carte fe trouve chés l'Auteur , ruë Bertinpoirée
, du côté de la rue Betifi , attenant la Coupe
d'or , & chés le Sr Jailliot, Géographe du Roy , Quay
Auguftins.
Le Sr Bunon , reçû à S. Côme pour la confervation
des dents et des gencives , exerce fon
Art à Paris , rue S. Honoré , vis-à - vis celle de Grenelle
, à la fatisfaction du Public. Comme on perd
les dents , faute de connoître les foins qu'elles demandent
et les moyens de les conferver , on eft reçû
chés lui, fans interêt , à le faire vifiter la bouche ,
et lorfqu'elle a befoin de fon fecours , il pratique
toutes les Opérations convenables , foit pour les
conferver , foit pour prévenir ou remedier aux accidens
qui leur furviennent : les Perfonnes dont il
a l'honneur d'avoir la confiance , ont lieu d'être
contentes de la maniere dont il gouverne leur bouche
; il donne un Opiate et une Poudre pour blanchir
les dents , des Racines et Eponges pour la propreté
; il a une excellente fabrique de Dents artifi
cielles très-folides , qui imitent les naturelles .
M. Brasquet ayant refté 40. ans en Portugal, et demeurant
à Parir rue du Temple , vis- à- vis la ruë des
Rofiers, poffede les fecrets de guérir le Mal Caduc,et
l'Hydropifie de quelque genre qu'elle puiffe être.
Il a fait l'experience du premier fur un jeune gar
çon , âgé de 12. ans , apartenant à M. Stella ,
dant de M. Venier , Ambaffadeur de Venife , qu'il
a guéri radicalament ; et du fecond , fur d'autres
Perfonnes , avec le même fuccès , ce qu'il prouve
par des Certificats autentiques.
F vj
Inten-
AIR ,
746 MERCURE DE FRANCE
AIR
IMmense & sombre nuage ;
Dont tous les Cieux sont couverts
Par ta fuite rens hommages
A la Beauté que je fers.
En faveur de son voyage
Suspens tes Eaux dans les Airs ;
Ou s'il n'est pas en toi de retirer l'orage ;
Dirige sur moi seul tous tes petits Ruisseaux ;
Ne crains point de percer ni ma peau ni mes os
Pénetre - moi , si tu veux , jusqu'à l'ame .
Quand sur mon coeur tu devrois t'épuiser
Tu ne suffirois pas pour éteindre la flamme.
Dont ses yeux ont sçû m'enflammer.
LE RETOUR D'IRIS
J'Ai
MUSETTE
' Ai vû les Ris & la Jeunesse
Les Jeux , les Plaisirs & l'Amour •
Qui suivoient les pas de ma belle Maîtresse
Zephire & Flore annonçoient son retour
Le Rossignol par son ramage,
Be
!
47
SPEC
746
Он S
Dirig
Ne C
Péne
Quar
Tu n
L
Qui s
Zephi
Le Rossignol par son ramage ,
A VRTL.
17401 747
Le faisoit sçavoir dans les Airs ;
Echo redisoit aux Bergers du Village
L'heureux retour de celle que je sers.
*
Chacun disoit , voilà l'Aurore ,
Elle sort du sein de Thetis ;
On disoit qu'Iris seroit plus belle encore ,
Si la cruelle aimoit un jour Tircis .
*
Venus paroît avec sa Suite ;
Elle cherche partout son Fils ;
Elle l'aperçoit qui redouble sa fute ,
Et qui s'attache au Char de mon Iris .
*
Tout est desert chés vous , Cythere ;
Tandis qu'un gros essain d'Amours
Est toujours auprès de ma jeune Bergere ,
C'est elle enfin , qui fait tous les beaux jours.
SPEC
748 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragédie d'Edouard III.
par M. Greffet , représentée au Théatre
François le 22. Janvier 1740.
ACTEURS.
Edouard III.Roy d'Angleterre , le SrGrandval
Alzonde , héritiere du Royaume d'Ecosse ,
sous le nom d'Aglaé , la Dlle Dumesnil.
Le Duc de Vorcestre , Ministre , le Sr Sar
razin.
la Dlle Gaussin.
le Sr Dufresne.
Eugenie , fille de Vorcestre, veuve du Comte
de Salisbury ,
Le Comte d'Arondel ,
Volfax, Capitaine des Gardes, le Sr le Grand.
Ismene, Confidente d'Eugenie,laDlleJouvenot
Glaston, Officier de la Garde, le Sr Dubreuil.
Amelie,Suivante d'Alzonde , la Dlle Dubreuil,
La Scene est à Londres.
Qdu Public d'une maniere à faire hon-
Uoique cette Tragédie ait été reçûë
neur à la plume de l'Auteur , on ne peut pas
absolument dire qu'elle ait réussi ; nos Lecteurs
vont juger à quoi on doit en attribuer
la cause. En voici le Sujet , tel que M. Gresset
nous le dicte lui - même dans un Avertissement.
On
AVRIL: 1740%
749
On ne trouvera ici de vrai historique , que
l'amour d'Edouard III. pour la Comtesse de
Salisbury; l'héroïque résistance de cette Femme
illustre & le renouvellement des prétentions
d'Edouard I. sur l'Ecosse , tout le reste , ajoûté
à ces Faits principaux , est de pure invention
&c. Nous allons exposer Acte par Acte &
Scene par Scene , en quoi consiste ce que
l'Auteur y a mis du sien ; c'est au Public à
prononcer.
>
Au premier Acte , Alzonde , heritiere du
Royaume d'Ecosse , déguisée sous le nom.
d'Aglaé , ouvre la Scene avec Amelie , sa
Suivante. Voici comment l'Auteur lui fait
faire l'exposition de la Piéce :
Par de foibles conseils cesse de m'arrêter ;
Au comble du malheur que peut- on redouter ?
Oui, je vais terminer ou mes jours ou mes peines
Qui n'ose s'affranchir , est digne de ses chaînes .
Depuis que , rapellée où regnoient mes Ayeux,
J'ai quitté la Norvege , & qu'un sort odieux
A la Cour d'Edouard & me cache & m'enchaîne ;
Que de jours écoulés ! jours perdus pour ma haine.
L'Ecosse cependant éleve en vain sa voix
Vers ces bords , où gémit la Fille de ses Rois ;
Pour chasser ses Tyrans, pour servir ma vengeance;
Pour renaître , Edimbourg n'attend que ma présence
;
D'un
750 MERCURE DE FRANCE
D'un vil déguisement c'est trop long - temps souf
frir ;
Il faut fuir , Amelie , & regner , ou mourir.
Amelie n'oublie rien pour la détourner du
dessein qu'elle a formé de partir de Londres;
elle lui répond qu'il y va de sa gloire ; &
continuant à exposer le Sujet , elle ajoûte :
>
Fugitive au berceau , quand mon malheureux Pere
Au glaive du vainqueur prétendant me soustraire ,
Au Prince de Norvege abandonna mon sort ,
M'éloigna des Etats que me livroit sa mort ,
Pensoit-il qu'unissant tant de titres de haîne ,
Devant poursuivre un jour sa vengeance & l
mienne ,
Héritiere des Rois , Eleve des Héros ,
Je perdrois un instant dans un lâche repos ?
Dans l'azile étranger qui cacha mon enfance ·
J'ai pû , sans m'avilir , suspendre ma vengeance ,.
La sacrifier même à l'espoir de la paix` ,
Tandis qu'on m'a flattée ainsi que mes Sujets ,
Qu'Edouard, pour finir les malheurs de la guerre,
Pour unir à jamais l'Ecosse & l'Angleterre ,
Alloit m'offrir sa main , & par ce juste choix
Réunir nos Drapeaux , nos Sceptres & nos droits ;
Mais , pour tant de délais dès long - temps trop cer
taine ,
Que l'on osoit m'offrir une esperance vaine,
Quand
KVRIL 1740. 752
Quand ce nouvel outrage ajoûte à mon malheur ,
Attends- tu la prudence où regne la fureur ?
Dans le reste de cette belle Scene, Alzonde
fait entendre que Volfax , Capitaine des Gar
des , qu'elle a mis dans ses interêts , n'est qu'un
traître & qu'un ambitieux , qui n'ayant point
de vertus , cherche à s'élever par le crime.
Volfax vient ; il dir à Alzonde qu'il est
temps qu'elle parte pour l'Ecosse , & que
tout conspire à la rétablir dans ses droits. I
ajoûte qu'il ne craint que Vorcestre, Ministre
d'Angleterre ; mais qu'il trame sa perte , en
le rendant suspect à Edouard. Alzonde le
renvoye , en lui disant qu'un plus long entretien
pourroit le rendre suspect.
Elle est plus résoluë que jamais à partir
avec d'autant plus de raison , qu'elle vient
d'aprendre qu'Arondel est arrivé secretement
dans le Port , & qu'elle pourroit en être reconnue
, attendu qu'il l'a vûë souvent en
Norvege ; mais la plus grande raison qu'elle
allegue pour presser son départ , c'eft que ce.
même Edouard qui avoit promis de l'épouser,
pour terminer la guerre , en aime un autre.
Amelie veut l'irriter contre Edouard ,
qu'elle apelle du nom d'usurpateur & de
tyran ; Alzonde l'arrête , & après avoir rendu
à Edouard la juftice qui lui eft duë , elle
avoue qu'elle l'aime . On a apris dans cette
même
752 MERCURE DE FRANCE
même Scene pourquoi Alzonde eft cachée
sous le nom d'Aglaé. Elle a été priie dans
un Vaiffeau sur lequel elle étoit partie pour
paffer de Norvege en Ecoffe, & pour épouser
Edouard.
Vorceftre vient. Alzonde le prie d'obtenir
du Roy , dno il cft Miniftre , qu'elle puiffe revoir
les Lieux où elle areçû le jour. Vorceftre
la conjure de ne point quitter des Lieux où
elle a trouvé un azile, dont elle a sujet d'être
satisfaite , & sur tout de ne point abandonner
Eugenie , à qui les noeuds de l'amitié
doivent l'unir à jamais ; il ajoûte , en tendre
Pere , que cette malheureuse veuve de Salisbury,
nourrit une douleur mortelle , & qu'el
le veut s'éloigner de Londres pour l'entretenir
sans témoins ; il attribue cette douleur à
la mort de son Epoux . Alzonde ne lui promet
rien & se retire à l'aproche d'Edouard .
Edouard , en entrant , ordonne à Volfax
de tou: préparer pour la guerre. Vorceftre ,
en fidele Miniftre , tâche de le détourner
d'un deffein si contraire au bonheur de son
Peuple ; Edouard ne consent à faire regner
la paix qu'en faisant regner Eugenie , fille
de Vorceftre; ce digne Favori de son Maître;
loin d'être aveuglé par l'ambition , se refuse
à l'honneur de voir regner sa fille , & représente
à Edouard ce qu'il doit à son Peuple
& à la parole qu'il a donnée aux Ecoffois
d'épouser
AVRIL: 1740. 753
d'épouser Alzonde , & ne pouvant le détourner
du deffein d'élever Eugenie au Trône
d'Angleterre , il porte la fermeté jusqu'à
lui dire :
Je connois Eugenie , & j'ose attendre d'elle
Qu'à tous mes sentimens elle sera fidelle , &c.
Mais , si , trompant mes , soins ma fille obéissoit,
Si , changé jusque- là , son coeur se trahissoit ,
Un exit éternel · ·
Edouard l'empêche de poursuivre , & l¢
menace de sa colere. Vorceftre finit cet Acte
par un Monologue qu'il termine par ces
Vers :
Allons sur un Héros faire un dernier effort ;
S'il n'est plus qu'un Tyran, allons chercher la mort.
Au second Acre , Eugenie ayant revelé le
secret de son amour pour Edoiiard à Ismene,
dans l'entracte , se confirme dans le deffein
de quitter des Lieux , où elle ne peut plus
soûtenir la vûë de son Vainqueur ; elle attend
son Pere, pour le prier de consentir à sa retraite.
Vorceftre vient déclarer à sa fille ce
qu'Edouard exige de lui ; il s'y prend avec
adresse ; voici comme il lui parle pour la déterminer
à refuser la Couronne , que l'Amour
lui offre.
Connoissez
54 MERCURE DE FRANCE
Connoissez vous le sang dont vous êtes sortie ,
Et le nom des Héros que lui doit la Patrie ? &c.
Eugenie fait voir à son Pere qu'elle ne dé
genere point de la vertu de ses Ayeux , &
Vorceftre poursuit": "
Laissez de vains sermens ; j'en crois votre vertu ;
J'en crois mon sang.Montrez cette ame magnanime ;
Vous pouvez , par l'effort d'une vertu sublime ,
Dans nos fastes brillans , préceder les Héros ;
Quelque degré d'honneur qu'atteignent leurs trag:
vaux ,
&c.
Au delà de leur sort la gloire vous apelle ;
Le Ciel a fait pour vous une vertu nouvelle ;:
Même au- dessus du Trône , il est encore un rang
Et ce rang est à vous , si vous êtes mon sang ,
Un mot va vous juger. Si , détruisant nos droits ,
Et la foi des Traités , & le respect des Loix ,
Le sort à votre Pere offroit un Diadême ;
Et qu'entre la Patrie & le pouvoir suprême
Il parût balancer à choisir son destin ,
Que conseilleriez -vous à son coeur incertain ?
Eugenie lui ayant répondu qu'elle préfe
reroit la Patrie au Trône . Il continuë :
La vertu même ici par ta bouche a parlé ;
C'est ton propre destin que ton choix a reglé ;
C'est le sort de l'Etat , genereuse Eugenie ;
AVRIL 1740 .
-757
Il faut , du Peuple Anglois tutelaire Génie ,
Faire plus qu'affermir , plus qu'immortaliser ,
Plus qu'obtenir le Trône ; il faut le refuser.
Eugenie ne dément point l'attente de son
Pere ; elle subir l'Arrêt qu'elle vient de prononcer
elle - même. Vorceftre l'aplaudit de
cette victoire qu'elle vient de remporter sur
l'ambition , sans sçavoir qu'elle s'étend mê
me sur l'Amour,
Eugenie , dans un court Monologue , déplore
sa situation. Son devoir l'emporte sur
son amour.
Edouard vient déclarer son amout à Euge
nie ; elle se refuse au don qu'il fait briller à
ses yeux ; Edouard attribue ce refus à Vorceftre
; elle lui dit en le quittant , qu'il n'en
doit accuser qu'elle , & que son Pere n'y a
point de part . Edouard s'irrite contre Vorceftre
; Volfax vient attiser le feu de sa colere
; il lui fait connoître avec adreffe que
Vorceftre eft plus criminel qu'il ne pense .
Vorceftre vient prier Edouard de lui permettre
de se retirer , & de faire succeder
une heureuse tranquillité aux soins du Miniftere
. Edouard lui répond froidement qu'il
lui fera bien - tôt sçavoir sa volonté suprême;
Vorceftre se retire. Volfax acheve de rendre
suspect Vorceftre . Edouard finit le second
Acte par ces Vers ;
,
C'en
756 MERCURE DE FRANCE
C'en est trop ; prévenons des ingrats ,
Je m'en fie à ton zele ; observons tous leurs pas ;
Je veux dès ce moment m'éclaircir de son crime ;
Et s'il n'est que trop vrai que, trompant mon estime,
Il s'armoit contre moi de mes propres bienfaits ,
Je n'aurai pas long- temps à craindre des forfaits.
Alzonde & Volfax commencent le troisié
me Acte. Volfax aprend à Alzonde que Vorcefte
eft arrêté , & qu'il ne doute point que
son Ennemi ne succombe , par le soin qu'il
a pris de le rendre suspect , de trahison aux
yeux d'Edouard . Il lui dit que ce Prince irrité
, veut lui parler. Edouard vient ; il prie
Alzonde de parler en faveur de son amour à
Eugenie , & d'employer auprès d'elle tout
ce que son amitié lui donne de pouvoir sur
son coeur.
Alzonde , confirmée dans les soupçons
qu'elle avoit déja conçûs sur sa Rivale , se
détermine à la perdre.
Eugenie vient prier Alzonde , toujours ca
chée sous le nom d'Aglaé , d'obtenir d'Edouard
qu'elle puiffe voir son Pere dans sa
prison, Alzonde la preffe de quitter des Lieux
où la vertu est tyrannisée & la quitte sans lui
rien promettre. Volfax vient ; Eugenie demande
à Volfax les sécours qu'elle n'a pû
obtenir d'Alzonde . Volfax lui répond d'une
maniere si injurieuse à son Pere , qu'elle
commence
AVRIL 1740 757
commence à le soupçonner d'impoſture &
de perfidie. Volfax se retire après lui avoir
dit qu'Edouard défend de parler à Vorceftre
, & qu'elle n'eft pas exceptée de cette
défense . Eugenie ne sçait plus à qui avoir recours
, si ce n'eſt à Edouard lui- même.
Arondel , dont il a été parlé dès le premier
Acte , se présente à Eugenie , & se fait
connoître à elle , pour le plus fidele ami de
; voici comme il s'annonce :
son Pere
Madame , à vos regards je parois sans mystere.
Vous voyez Arondel , l'ami de votre Pere ,
Tandis qu'on ne l'a vû que puissant & qu'heureux,
J'ai fui de la faveur le secours fastueux ,
Et je n'ai point grossi cette foule importune
Qui venoit à ses pieds adorer la Fortune ;
Mais lorsque tout s'éloigne & qu'il est oublié ,
Je reviens , & voici le jour de l'Amitié.
Arondel proteſte à Eugenie qu'il n'oublie
ra rien pour confondre les Ennemis de Vor
ceftre , & qu'il périra le premier , s'il ne peut
le sauver. Eugenie finit le troisiéme Acte par
ce Monologue :
Allons , puisqu'il le faut , tâchons de voir encore
Celui que je devrois haïr , & que j'adore ;
fait
Il me rendra mon Pere; oui , son coeur n'est pas
Pour commander le meurtre & souscrire au forfait ;
Mais
75 MERCURE DE FRANCE
Mais si , pour le fléchir , pour vaincre l'imposture,
Ce n'étoit point assés des pleurs de la nature ,
Toi , dont jamais je n'eusse imploré le secours ,
Si je ne l'implorois pour l'Auteur de mes jours ,
Amour , viens dans son coeur guider ma voix tremblante
,
Et prête ta puissance aux larmes d'une Amante.
Dans le quatrième & cinquième Acte , Alzonde
, instruite par Edouard même , de l'amour
qu'il a pour Eugenie , ne respire plus
que vengeance . Elle preffe Volfax de faire
périr Vorceftre ; & fait voir par-là , combien
La vertu eft foible , quand on eft agité d'une
paffion auffi funeſte que celle de la jaloufic ;
elle se reproche sa fureur en ces termes :
Il est temps de fraper. Pour combler tes rigueurs
N'étoit-ce point assés d'unir tous les malheurs ?
Ciel , falloit-il aussi rassembler tous les crimes ?
Et devois-tu m'offrir d'innocentes victimes ?
Vengeance , desespoir , vertus des malheureux ,
Je n'espere donc plus que ces plaisirs affreux ,
Que présente à la haine , à la rage assouvie ,
L'aspect d'un ennemi qu'on arrache à la vie.
Volfax vient aprendre à Alzonde
que tout
eft prêt pour condamner & livrer Vorceſtre
au glaive d'un Boureau. Elle y consent & le
preffe de remplir ce projet . On a critiqué cer
endroit
AVRIL. 1749.
759
endroit avec d'autant plus de raison , que la
mort de Vorceftre étoit déraisonnable pour
elle , puisqu'il étoit le seul qui empêchoit
l'Hymen d'Edouard & d'Eugenie ; l'Auteur
peut répondre à cette objection & la réfuter
en disant que la mort d'un Pere étoit encore
un plus grand obftacle à cet Hymen , auprès
d'une Fille auffi vertueuse qu'Eugenie ,
Volfax fait entendre qu'un Etranger demande
à entretenir Vorceftre ; il veut profiter
de cet entretien , en les écoutant sans
être vû. Il ordonne qu'on faffe venir Vorceftre.
Ce malheureux Captif eſt amené .
Volfax lui dit qu'on veut l'entretenir , &
qu'il y consent. Vorceftre se prépare à la
mort , après avoir dit :
Quelque soit l'inconnu que je vais voir paroître ,
Dieu juste, fais du moins qu'il ne soit pas un traître;
Que je puisse par lui détruire un attentat
Non , pour sauver mes jours , mais pour sauver
l'Etat.
L
>
Vorceftre embraffe, tendrement Arondel .
Ce fidele ami vient s'offrir à tenir sa place
dans la prison , tandis qu'à la faveur d'un
heureux traveftiffement , il se sauvera dans
une Barque préparée pour sa fuite . Vorces-
Are eft trop genereux pour accepter le secours
que l'amitié vient lui offrir. Arondel lui en
G présente
·
760 MERCURE DE FRANCE
présente un second ; c'eft un poignard , qu'il
refuse de même fondé sur
cipe :
-
>
ce prin
;
Quelque honneur qu'à ce sort la multitude attache,
Se donner le trépas , est le destin d'un lâche
Sçavoir souffrir la vie , & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage , & ce sera mon sort,
Il charge Arondel de remettre entre les
mains du Roy un Ecrit qui eft tombé dans
les siennes un moment avant son emprisonnement.
Volfax , qui les entend , sort & ordonne
qu'on les saisiffe tous deux ; Arondel
l'en punit sur le champ par un coup du même
poignard dont on vient de parler , coup
de Théatre dont un aplaudiffement géneral
& réïteré à chaque Représentation , a juſtifié
la hardieffe , même sur notre Théatre.
Ce qui nous refte à dire en peu de mots ;
c'eft qu'Eugenie fait d'inutiles efforts auprès
d'Edouard pour sauver son Pere ; le Roy n'y
veut consentir qu'à condition qu'elle l'épousera
; elle n'ose esperer que fon pere y confente
jamais.
Des Gardes amenent Arondel , par ordre
d'Edouard. Ce génereux ami juftifie Vorcestre
, en accusant & convaincant Volfax de
sa perfidie par un Billet de ce traitre qu'il
montre au Roy.
Tout
AVRIL 17401 761
Tout semble annoncer un dénouement
heureux. Vorceftre remis en grace , donne
lieu plus que jamais à Alzonde de craindre
l'Hymen d'Edouard avec sa Rivale , réduite
au désespoir ; elle vient déclarer son état &
promet de se punir de tous ses crimes ; la
mort qu'elle se donne derriere le Theatre ,
fait ceffer les raisons qui s'oposoient au bonheur
des deux Amans , pour qui les Spectateurs
s'étoient intereffés ; mais l'empoisonne
ment d'Eugenie , ordonné par cette Rivale
désesperée , détruit de si belles espérances.
Eugenie vient expirer sur le Théatre , & fait
connoître à Edouard qu'il perd une Amante
dont il eft tendrement aimé.
Le 2. Avril , les mêmes Comédiens firent la
clôture de leur Théatre par la Comédie des Dehors
Trompeurs ou l'Homme du jour , & par la petite
Piéce de l'Oracle , avec un concours extraordinaire.
Le feur de Fierville prononça le Discours
suivant.
MESSIEURS ,
L'année derniere j'eus l'honneur de vous rendre
Phommage annuel que nous vous devons , comme à
nos Juges à nos protecteurs . Après une légere
apologie du paffé , je vous promis que nous allions redoubler
nos efforts pour mériter vos bontés , je vous
fupliai de nous accorder la continuation de cette indulgence
, qui nous eft fi néceſſaire & dont nous avons
reçû tant de preuves.De votre part, Mrs, nous n'avons
rien à défirer , nos fouhaits font comblés , mais nous
Gij avons
?
762 MERCURE DE FRANCE
avons-nous rempli nos engagemens ? Si nous osions
nous laiffer féduire par les aparences , nous penferions
que nos foins ont réussi , & que nous avons cû le bonheur
de contribuer à vos plaifirs . Vous nous avez fouventhonoré
de votre préfence ; nous ne nous sommes presque
pas aperçu de la rigueur des faifons ; les nouveautes
que nous vous avons données ont parû être de votre
goût, & vos aplaudiffemens ont été tels, que les principan
Acteurs ont eu peut-être lieu de croire qu'ils partageoient
avec les Auteurs la gloire de la reüffite . Que
de raifons de nous flater que vous êtes un peu contens
de nous ! De grace , Mrs , laiſſez- nous cette idée ; ne
eraignez pas qu'elle ait de mauvaises fuites. L'amour
propre eft un mouvement naturel , l'excès feul peut le
rendre condamnable ; mais , lorfqu'il eft ménagé , il
ne fert qu'à donner de nouvelles forces & à augmenter
le défir de faire mieux ; nous n'en reffentons pas moins
les obligations que nous vous avons , & nous vous en
rendons de très - humbles graces.
Ne m'accufez point de témérité , Mrs , fi deux années
de fuite j'ai accepté la commiffion dont je m'acqui
te aujourd'hui ; quelque difficile qu'elle foit , j'ai cru
qu'il étoit de mon devoir de ne la pas refufer. Ceux
qui ont le plus de part à vos bontés & qui en reffentent
le plus fouvent les effets , doivent , préferablement
aux autres, fe charger du remerciment , & je fuis de
ce nombre. Parmi nous il eft des Sujets à qui la Nature
& l'étude du Théatre ont donné les talens requis
pour vous plaire , vous les fouhaitez , vous les voyez
avec plaisir paroître fur la Scéne , vous leur aplaudissex,
& en cela vous laiſſez agir votre goût & votre
équité ; mais il en eft d'autres, tels que moi , qui malheureusement
, malgré tous leurs efforts , n'ont encore
pú acquerir les qualités néceffaires pour mériter vos
fuffrages , cependant vous daignez nous écouter , vous
pous souffrez, vous nous encourage même quelquefoir ;
c'eft
AVRIL. 1740% 76$
eft un excès de bonté dont nous vous sommes d'autant
plus redevables ; notre reconnoiffance en doit être bien
plus grande ; auffi puis -je vous affûrer qu'elle est audeffus
de toutes les expreffions ; plus les fentimens font
wifs , plus il eft difficile de trouver des termes pour les
exprimer.
Le même jour , l'Académie Royale de Mufique
donna pour la clôture du Théatre , une feconde
Représentation de l'Opera de Pirame & Thisbé ,
pour les Acteurs , fuivie du Pas de fix , dont on a
déja parlé.
Le même jour les Comédiens Italiens firent la
clôture de leur Théatre par la Tragi - Comédie de
Samfon. Cette P.éce fut fuivie d'un Pas de fix ,
compofé d'un Arlequin & d'une Arlequine , d'un
Pierrot , d'une Perrette , d'un Polichinelle & d'un
Scaramouche , il fut très- bien executé par les Acteurs
de la Troupe ; les Airs avoient été parodiés
fur ceux qui furent danfés à l'Opera au mois de
Septembre 1734. compofés par M. Rebel , le Pere .
Le Sr Antonio Catolini , l'Arlequin Franço's , fut
chargé de complimenter le Public , felon la courume
; il s'exprima en ces termes :
MESSIEURS ,
Mes Camarades m'ayant chargé de remercier le
Public des bontés qu'il a eues pour la Troupe pendant
le cours de cette année , je n'ai accepté cette commiſſion,
qu'autant que je l'ai crûë favorable pour m'acquiter
d'un devoir perfonnel. Mon frere aîné a mérité vos
Suffrages par un talent particulier & rare ; pour moi ,
Mrs ,forméfur un modele different , je fais tous mes
efforts pour vous plaire dans un genre tout oposé ; ce
modele étoit la Nature même , & fes Imitateurs ne
font que de foibles copies . Encouragez moi , Mrs , à
& iij marcher
764 MERCURE DE FRANCE
marcher fur les traces de l'excellent Acteur , dont le
Jouvenir vous est encore agréable. Que ne puis -je vous
en offrir un jour une image qui en aproches Oferaije
m'en flater ? Rien n'eft impoffible au zele ardent de
vous plaire , fecondé par les juftes lumieres d'un Public
indulgent , aux Arrêts duquel je me conformerai toujours
.. A propos , il faut que je finiffe mon Compliment
par un Apologue qui revient parfaitement
mon fujet. Le voici.
...
Un Jardinier fameux cultivoit un Parterre ,
Qu'il varioit d'éclatantes couleurs ;
Au milieu des plus simples fleurs,
Brilloit mainte Plante étrangere ;
L'Art à la Nature étoit joint ,
Et tous deux ne s'offusquoient point.
L'Artiste meurt , la carriere est ouverte ;
L'Italien , le François ,
Viennent faire leurs essais ,
Pour réparer cette perte ;
Tous deux fort differens ; le premier n'entend pas
A cultiver les fleurs de nos climats ;
A l'autre ce seroit folie
De vouloir cultiver les fleurs de l'Italie.
Que faire dans un pareil cas ?
Messieurs, conservez - les tous deux , je vous suplie
Ils travailleront sous vos yeux ,
It leurs soins divisés n'en agiront que mieux ;
Tous deux pourront vous satisfaire
Avec vos conseils & le temps ;.
C'est
3
AVRIL 765 1740
C'est vous qui formez les talens ;
Vous en êtes le but ; heureux qui peut vous plaire !
On s'eft trompé dans le Mercure de Fevrier, page
330. quand on a dit que la Comédie nouvelle du
Théatre Italien , intitulée , l'Amant Auteur & Valet
, étoit de M. Cerou ; elle eft de M. Seron , Etudiant
en Droit.
Le 7. l'Opera Comique , qui a continué ses Repréfentations
jufqu'au 10. donna une Piéce nouvelle
d'un Acte , avec des Intermedes , intitulée , la
Barriere du Parnaffe , ou la Critique de toutes les
Piéces qui ont été données fur les autres Théatres
de Paris , fur la fin de l'année derniere & au commencement
de celle - ci ; on continua la même
Piéce , qui fut très -goûtée , jufques & compris le
9. jour de la clôture du Théatre. Le jeune Acteur
& la jeune Actrice qui avoient joué dans la Parodie
de l'Oracle , Piéce du Théatre François ; & qui
avoient rempli avec toute l'intelligence poffible les
Rôles de Charmant & de Lucinde , furent chargés
de faire le Compliment qu'on fait ordinairement
au Public , & s'en acquiterent avec beaucoup de
grace & d'intelligence , par des Vaudevilles convenables
à la Parodie.
L'ORACLE , petite Comédie en Prose & en
un Acte , représentée au Théatre François,
le 22. Mars dernier.
ACTEURS.
La Fée Souveraine , La Dlle Quinault.
Alcindor , Fils de la Fée , Le Sr Grandval .
Lucinde , jeune Princeffe , La Dlle Gauffin.
La Scene eft dans le Palais de la Fée
Giii
766 MERCURE DE FRANCE
Na interrompu cette, Piéce à la clôture du
Théatre , & par le peu de Repréfentations
qu'on en a donné , avec un très-grand concours , il
feroit très difficile d'en pouvoir faire un Extrait
bien détaillé . Cependant , pour fatisfaire l'impatience
du Public , à qui cette Piéce a fait un extrême
plaifir , en voici un petit Argument , fauf à parler
plus au long de l'Action Théatrale & citer quelques
traits qui donnent une idée diftincte de la Piéce.
Une Fée qu'on apelle Souveraine , ayant confulté
les Dieux fur le fort d'un Fils qu'elle venoit de
mettre au monde , en reçût cet Oracle.
Le Fils de la Fée eft menacé des plus grands malheurs
; mais il les évitera , & fera même heureux, s'il
peut parvenir à se faire aimer d'une jeune Princeffe
qui le croira fourd , muet , & infenfible.
>
La Fée , pour faire un heureux fort à fon Fils ,
prend foin d'élever une jeune Princeffe , à qui elle
fait croire que toutes les Créatures de l'Univers
hors elles deux, ne font que des Machines fourdes,
muettes & infenfibles . Le Prince fon Fils , devient
amoureux de l'innocente Princeffe ; il eft réduit à
l'entretenir dans cette erreur ; il parvient à s'en faire
aimer fans le fecours de la parole & du fentiment
, & par- là il devient heureux. La Piéce a parû
très-bien écrite , remplie d'efprit & de fentiment.
M. de S. F. déja connu par d'autres Ouvrages , estimés
, eft l'Auteur de celui - ci.
Le Public a rendu juſtice à l'Art infini avec lequel
les trois Acteurs , qu'on vient de nommer , rempliffent
les trois Perfonnages de cette Piéce , par leur
jeu , par leur intelligence précife & délicate , & par
toutes les fineffes de l'Art ; ils méritent bien d'avoir
part à la gloire de l'Auteur , comme le Sr de Fierville
l'a très- bien fait remarquer dans le Discours
prononcé & aplaudi à la clôture du Théatre. Mais
fur
AVRIL- 1740. 767
furtout le caractere de la Dlle Gauffin, qu'elle rend
d'une maniere abfolument inimitable ; & dans ce
genre , nous ne croyons pas que perfonne puiffe
L'égaler pour le vrai , le naturel, le fimple & le naïf.
A l'ouverture du Théatre , lequel repréſente un
Jardin délicieux , trois Statues en Marbre , fur des
piédeftaux , paroiffent dans le fond . Elles font animées
par la Fée, & auffi-tôt les deux des côtés , qui
font des Génies de la Mufique , dont l'un tient un
Violon & un Archet , & l'autre une Flute Allemande
, jouent enſemble. Celle du milieu , qui eft la
Dile Cammaffe en Terpficore , ornée de Guirlandes ,
dont le piédeſtal s'abaiffe jufqu'au niveau du Théatre
, commence fon Entrée par des mouvemens de
furpriſe & d'admiration , & forme fes pas fur une
Sarabande , joüée par le Violon & la Flute . Après
la Sarabande , tout l'Orqueftre , en fourdine , fe
joint au Violon & à la Flute , & joüë un Air guai &
coulé , fur lequel la Statue s'anime par degrés &
danfe enfuite un Tambourin très - animé & très-vif
par lequel l'Entrée finit , & les Scenes de la Comédie
fe continuënt.
Cette petite & charmante Comédie eft terminée
par une autre Entrée de la Dlle Cammaffe. Elle
danfe un Rondeau , dans lequel divers caracteres de
Danfe font exprimés avec un art, qu'on peut encore
apeller inimitable dans une perfonne d'onze ans ,
dont les talens paroiffent encore plus dévelopés &
plus admirables depuis environ deux ans d'ablence.
Les Airs de Symphonie font de la compofition de
M. de Grandval , le Pere , auffi grand Muficien que
Poëte fingulier & original.
Le 25. les mêmes Comédiens firent l'ouverture
du Théatre par la Tragédie d'Athalie , & par la petite
Comédie des Vandanges de Surêne. Dans le
Divertiffement de cette derniere Piéce la Dlle Cam-
G v maffe
768 MERCURE DE FRANCE
.
maffe danſa deux Entrées fur deux Airs de Symphonie
du même M. de Grandval , d'un caractere bien .
opofé , le premier en Vieille , avec un bâton , & le
fecond en Bacchante , tenant un Tambour de Basque
, fur lequel les batteries des mains & des pieds
ne font point épargnées , & avec toute la legereté,
la force & les graces imaginables. Cette aimable
Danfeufe eft Eleve de M. de Malterre , l'aîné , qui
y donne tous fes foins & qui a la fatisfaction de
voir tous les jours de nouveaux progrès.
Le même jour , à l'ouverture , le Sr de Fierville,
qui avoit fait le Discours qu'on a lû plus haut ,
prononça celui-ci avec beaucoup d'intelligence &
de décence.
MESSIEURS ,
Nous venons aujourd'hui contracter avec vous un
nouvel engagement , pour l'année courante , nous
vous fuplions que ce foit aux mêmes claufes & condi
tions que les années précedentes ; de notre côté étude ,
Joins zele de votre part , indulgence & bontés ,
nous ne nous laffons point de vous les demander ; nos
befoins nous y autorifent , & ce n'est qu'après les avoir
obtenus, qu'on peut parvenir à les mériter. Il eft impos
fible de décrire , Mrs , la trifte fituation où se trouve
un Acteur qui entre fur la Scene , craignant de n'avoir
pas le bonheur de vous plaire ; la peur offusque fa
voix ; il bégaye , ou ne parle qu'en tremblant ; fes atitudes
font forcées , fes geftes font contraints ; le moindre
bruit , le moindre mouvement , l'étonne ,
&le déconcerte ; il ne peut se remettre qu'en fe flatant
qu'il a affaire à des Juges indulgens . Ne vous laffex
donc point de l'être , Mrs , cette faveur nous donnera
du courage des forces , que nous employerons
rendre par la fuite dignes de vos fuffrages . Je ne vous
parlepoint des nouveautés que nous vous préparons ;
l'interdit
nous
les
AVRIL: 1740 769
les effets , mieux que mes paroles , vous prouveront que
toute notre ambition eft de contribuer à vos divertiffemens
, & de vous engager à nous honorer de votre
présence.
Le même jour 25. les Comédiens Italiens firent
anffi l'ouverture de leur Théatre par la Comédie
Italienne du Double Dénoûment , on Arlequin Scanderberg
, jouée par l'Arlequin Italien , & dont on a
déja parlé .
Le 26. l'Académié Royale de Mufique fit l'ouverture
du Théatre par la Tragédie de Pirame &
Thisbé , & on prépare le Ballet des Sens , pour être
remis inceffamment ; il avoit été donné dans fa
nouveauté en Juin 1732. Le Poëme eft de M. Roy,
& la Mufique du Feu Sr Mouret.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris que Bengli Girey , Kan des Tartares
de Crimée , étoit mort au commencement
du mois de Fevrier dernier dans la Ville de
Biacçasaray , Capitale de fes Etats , & que le Sultan
Kalga Achmet Girey , fon fils , lui avoit fuccedé.
ALLEMAGNE,
Es dernieres Lettres de Vienne , portent que
Fimperatrice Douairiere , ayant refolu de passer
le refte de fes jours dans la retraite , a remis
à l'Impératrice la Grande-Maîtrise de l'Ordre
de la Croifade.
G vj
Ces
770 MERCURE DE FRANCE
Ces Lettres ajoûtent , que la fonte des neiges
ayant fait enfiler confidérablement les Eaux du Da
nube , ce Fleuve a débordé en plufieurs endroits , &
que l'inondation a causé beaucoup de dommage.
Les Villes de Crembs , de Stein & de Mantern", ont
le plus fouffert , & dans la derniere , l'eau a monté
jusqu'aux toits des maifons . Quelques Villages vorfins
ont été entierement fubmergés , & un grand
nombre de Payfans a été noyé. La plupart des
maifons d'un quartier de la Ville de Stein ont été
abattues par les eaux , & le Convent des Capucins ,
qui y font établis , eft presque entierement détruit .
ITALIE.
N aprend de Rome , que la Maiſon Farneſe ;
Triomphe au Campo Vaccino , lorsque les nouveaux
Papes prennent poffeffion du Pontificat , le
Roy des deux Sicles , comme Héritier de cette
Maifon , fe dispose à remplir cet engagement , &
que S. M. Sic. s'étoit déja fait préfenter divers
Deffeins.
On mande de Venife , que le 2. de ce mois le
Prince Electoral de Saxe fe rendit à l'Arfenal , &
qu'il s'y embarqua fur une Félouque magnifiquement
ornée , tant en -dedans qu'en- dehors , & conduite
par dix Rameurs , vétus de drap bleu galonné
d'argent , avec des Veſtes de damas jaune , & des
bonnets de velours noir. Cette Félouque , dont un
Capitaine de Vaiffeau de Guerre tenoit le Gouvernail
, étoit commandée par le Grand- Amiral , lequel
avoit la Robe de céremonie qu'il porte le jour
de la Fête de l'Ascenfion , lorsqu'il accompagne le
Doge. Le Grand - Amiral conduifit d'abord le Prin
ce Electoral de Saxe à l'endroit où font les Vaisseaux
AVRIL 1740. 77*
par
seaux de Guerre , & où l'on avoit conftruit un degré
fpacieux , orné de Statues des deux côtés ,
lequel le Prince monta fur un des Vaiffeaux , dont
on avoit éclairé l'intérieur avec une grande quantité
de bougies , afin qu'il pût en examiner plus facilement
toutes les parties . Le Prince Electoral les
confidera toutes avec beaucoup d'attention , & il fit
le tour de chacun des autres Bâtimens , pour en
remarquer la forme exterieure. De- là il alla à la
Fonderie , où il vit jetter un Canon en fonte , en
percer un autre , & en fcier un troifiéme par le milieu
. Il vifita enfuite les Forges , dans lesquelles on
fabriqua eu la préfence une très-groffe Ancre ; &
le Magafin de Chanvre , où il vit travailler à un
Cable deftiné pour un Vaiffeau du premier rang.
Le Grand-Amiral montra au Prince toute l'Artillerie
, tant de bronze que de fer ; les Magazins
où l'on conferve les chofes néceffaires pour construire
& pour équiper des Vaiffeaux & des Galeres ;
la Manufacture des Voiles ; le Plan de la Ville &
de la Citadelle de Corfou , & les Plans des Fortifications
de quelques Places de la Dalmatie .
Après que ce Prince cut vifité toutes les Sales de
l'Arſenal , il vit lancer à l'eau une Galere nouvellement
conftruite , après quoi ce Prince alla voir le
Bucentaure , dont il admira la grandeur & beauté.
Le Prince étant rentré dans une des Sales de l'Arfenal
, il vit d'une des fenêtres , payer le prêt des
Ouvriers, qui étoient au nombre de 3000. Il remonta
ensuite fur la Félouque qui l'avoit conduit à l'Arfenal
, & il retourna au Palais qu'il occupe , où il
retint à fouper les quatre Nobles que le Sénat a
nommés pour l'accompagner.
Ce Prince a fait préfent de deux Bagues de 2000 .
Ducats chacune au Grand- Amiral & au Provediteur
de l'Arfenal ; d'une Montre d'or au Capitaine du
Vaiffeau
2 MERCURE DE FRANCE
Vaiffeau de Guerre dans lequel il étoit entré , d'une
Tabatiere d'or au Capitaine de Vaiffeau qui tenoit
le Gouvernail de la Félouque , d'une Médaille d'or
au Conftructeur , & de 50. Sequins aux Rameurs
& il a fait diftribuer 3000. Sequins aux Ouvriersde
l'Arfenal.
Les quatre Nobles , nommés par le Sénat pour
accompagner ce Prince ,
de ce l'inviterent le 4.
mois à fe rendre à l'Hôpital des Incurables , &
après lui avoir fait voir les endroits les plus remarquables
de la Maiſon , ils le conduifirent dans une
Sale tapiffée de velours à fond d'or , & éclairée d'une
grande quantité de lumieres , dans laquelle les
Religieufes executerent en fa préfence un Concert
de la compofition du Sr Carcano. Le Prince en
parut extrêmement fatisfait , & il donna cent Sequins
pour les Pauvres de l'Hôpital .
'
Le lendemain , il affifta dans l'Hôpital des Mendians
, à un autre Concert ,
ont la Mufique étoit
du Sr Paradies , Napolitain . La Sale où ce Concert
fut executé , n'étoit pas ornée avec moins de magnificence
que celle de l'Hôpital des Incurables
& l'on y avoit dreffé un Théatre , des deux côtés
duquel étoient plufieurs guéridons d'argent maffif.
La Cour , le grand Efcalier & les Terraffes , étoient
bordés d'Orangers & de Girandoles , qui faifoient
un très bel effet .
ISLE DE CORSE.
Na reçû avis qu'on avoit fait embarquer à
Calvi un Parent du Baron de Neuhoff , lequel
avoit épousé clandeftinement une Fille de la Maiſon
Colonne.
On affûre que le Neveu de ce Baron a été abandonné
de la plus grande partie de ceux qui étoient
avec
AVRIL 1740 . 773
avec lui , & qu'il s'eft retiré dans les Montagnes de
Conca , fituées entre Calenzana & Portovecchio ,
où il n'a été fuivi que de 7. ou 8. hommes . Il y a
aparence que fon deffein eft de chercher l'occafion
de s'embarquer , mais les mesures qu'on a prifes ,
pour l'en empêcher, font croire qu'il ne réüffira pas
dans ce projet.
Un Ingenieur François , que le Marquis de Maillebois
a envoyé à Calvi , pour examiner les Fortications
de la Ville & du Château , a dreffé un Plan
pour établir trois nouvelles Batteries , qui ferviront
à défendre l'entrée & les aproches du Port , & l'on
n'attend que les ordres du Marquis de Maillebois ,
& du Marquis Mari , pour mettre ce Projet à execution.
On prétend qu'ils font convenus de prendre
les mêmes précautions pour les autres principa
les Villes Maritimes de l'Ifle.
Le Neveu du Baron de Neuhoff eft toûjours errant
dans les Montagnes avec un petit nombre de
vagabonds , & comme on lui a dreffé des embuscades
de tous côtés , il n'y a point d'aparence qu'il
évite d'être pris , à moins qu'il ne périffe de mifere.
On mande de Florence , que le premier de ce
mois , le Sénateur Rizzi avoit fait dans l'Eglife des
Religieux de S. Ambroife , au nom du Grand Duc ,
qui lui avoit envoyé des pouvoirs pour cet effet , la
cérémonie de recevoir le Prince d'Elbeuf , Cheva
lier de l'Ordre de S. Etienne .
NAPLES.
E 28. Fevrier , M. d'Egmond Nyembourg
Envoyé de la République d'Hollande , eut fa
premiereAudience publique du Roy.Il arriva auPalais
en grand cortege, & fut conduit avec les cérémonies
accoûtu774
MERCURE DE FRANCE
accoûtumées ; il harangua S. M. en François , & lui
dit que les Etats Géneraux des Provinces - Ūnies , non
contens de l'avoir déja félicité ſur ſon avenement au
Trône & furfon Mariage , avoient voulu lui témoigner
encore d'une façon plus particuliere leur defir
d'entretenir avec elle une parfaite union , en lui envoyant
un nouveau Miniftre , pour lui réiterer les assurances
de la fincerité de leurs fentimens , & qu'ils
defiroient que le Tout- Puissant comblat de fes bénedictions
les plus précieuſes , le Mariage de S. M. qu'il
rendit de plus en plus fon Regne glorieux , & qu'il en
perpetuât la durée dans fa Maiſon par une longue &
heureuse profperité.
Ce Miniftre eut enfuite Audience de la Reine , &
il l'affûra que les Etats Géneraux des Provinces Unies
étoient ravis de trouver une occafion de rendre à la
Reine un témoignage public de leur haute eftime pour
Sa perfonne Royale pour ses vertus éminentes; qu'ils
l'avoient chargé de féliciter S. M. fur fon Mariage ,
qui affûre auxdeux Sicile une fource abondante defélicités
; qu'ils efperoient que la Reine , par un effet de
fa bonté , voudroit bien affifter de fon crédit leur Miniftre
dans les affaires qu'il auroit à négocier en cette
Cour,& qu'ils feroient attentifs à lui en témoigner
leur reconnoiffance.
Pendant les Réjouiffances publiques qu'on a faites
à l'occafion de la groffeffe de la Reine , S. M. a
fait diftribuer des Dots à cent pauvres filles .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid , qu'on y avoit reçû avis
que le 22. Octobre dernier , trois Vaiffeaux
de Guerre Anglois , de 60. à 70. Canons , s'étoient
préfentés à la vûë du Port de la Guayra , & qu'ils
avoient canonné les Forts qui en défendent l'entrée,
mais
AVRIL 1740 779
thais que les Forts avoient fait un fi grand feu d'artillerie
fur ces Bâtimens , & avoient tellement maltraité
l'Amiral , que les Ennemis avoient été obligés
de fe retirer avec beaucoup de précipitation .
Le mois dernier , on a publié à Cadix , une nouvelle
Ordonnance qui porte que non seulement les
denrées & les Marchandifes du crâ , ou des Fabriques
de la Grande-Bretagne feront confifquées , ainfi
qu'il eft marqué dans le Decret concernant la
défenſe du Commerce avec les Anglois , mais encore
que ceux qui en introduiront dans les Etats dự
Roy d'Espagne , foit directement , foit par le canal
des Nations Alliées ou Neutres feront punis de
mort ; que ceux qui vendront aux Anglois , ou qui
transporteront en Angleterre , à Gibraltar ou à
Port Mahon , des denrées & des Marchandises d'Es
pagne ou des Indes , feront fujets à la même peine ;
que toutes Marchandises qui feront conduites dans
les Ports de ce Royaume, ou par des Eſpagnols , ou
par des Etrangers , ne pourront en fortir qu'après
qu'ils auront donné caution pardevant les Intendans
des Ports, ou les Juges Subdelegués, de raporter
des Certificats que les Marchandiſes auront été
débarquées dans les Lieux de leur deſtination ; que
celles qui viendront des Pays des Nations Aliiées
ou Neutres , ne feront point reçûës dans les Ports
d'Efpagne , à moins que les Proprietaires ne puissent
juftifier par des Certificats des Miniftres ou des
Confuls , qui réfident de la part de S. M. dans ces
Pays , qu'elles y ont été fabriquées ; que par raport
aux Marchandiles qu'on aportera des endroits où il
n'y a point de Miniftre ni de Conful d'Eſpagne , les
Négocians feront obligés de fe munir de Certificats
des Magiftrats du Lieu d'où elles viendront , &
qu'il faudra que ces Certificats foient fcellés da
Sceau de la Ville où fe fera fait l'embarquement.
GRANDE
776 MERCURE DE FRANCE
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres , que le 24. du mois
paffé , le Roy a apris que l'Amiral Vernon
s'étoit rendu maître de Porto Bello & des Forts qui
en dépendent. Ces Lettres contiennent le détail
fuivant.
L'Amiral Vernon étant parti de la Jamaïque le
26. Novembre dernier avec fept Vaiffeaux de Guerre
, il en détacha un pour croifer devant Cartagene
, & il fit voile avec les fix autres vers Porto
Bello , où il n'arriva que le premier Décembre
parce qu'il avoit été retardé par les vents contraires.
Le 2. au matin , l'Amiral Vernon s'avança en ordre
de bataille jufqu'à l'entrée du Port , & il fit attaquer
le Fort de Fer par trois des Vaiffeaux de fon
Efcadre , après avoir mis une partie de fes Troupes
dans des Chaloupes , pour qu'elles fuffent à portée
par le feu de leur Moufqueterie , de faire ceffer celui
des Batteries baffes du Fort . Ces Chaloupes s'étant
avancées jusqu'au pied des murailles du Fort ,
les Eſpagnols furent forcés d'abandonner les Batteries
baffes , & ils fe retirerent au haut du Fort.
Dans le temps qu'ils arboroient le Drapeau blanc
pour demander à capituler , les Soldats qui étoient,
débarqués efcaladerent le Fort , où ils ne trouverent
que cinq Officiers & trente- cinq Soldats .
L'Amiral Vernon , après la prife du Fort de Fer ,
s'aprocha du Fort de la Gloire , dont la Garnison
fit feu fur lui jufqu'à la nuit fans beaucoup de
fuccès.
Le 3. au matin , l'Amiral ſe préparoit à attaquer
ce Fort , lorfque les Efpagnols , qui avoient beaucoup
fouffert du feu de l'Efcadre Angloife , envoye-
Fent deux Officiers , pour demander à capituler.
L'Amiral
AVRIL 1740. 777
L'Amiral ayant dreffé les Articles qu'il vouloit leur
accorder , il renvoya les Officiers Efpagnols , & net
donna au Gouverneur du Fort que très - peu de
temps pour le déterminer.
,
La Capitulation , par laquelle les Efpagnols ont
obtenu de fortir avec deux pièces de canon &
avec les honneurs de la guerre , ayant été fignée
les Anglois prirent poffeffion du Fort de la Gloire &
de celui de S. Jerôme , qui avoit été compris dans.
la même Capitulation . On a trouvé dans les Forts
quarante piéces de gros canons , dix piéces de campagne
, quatre Mortiers & dix- huit Pierriers , &
PAmiral Vernon s'eft emparé de deux Vaiffeaux de
vingt canons & d'un Brigantin , qui étoient dans le
Port. Il a fait diftribuer à fes Soldats & aux Matelors
de l'Escadre 10000. Piaftres que le Gouverpeur
de Porto Bello avoit reçûës depuis quelques
jours pour le payement de la Garnifon , & après
avoir fait fauter les Ouvrages de la Ville & des
Forts , il remit à la voile le 24. Decembre , pour
retourner à la Jamaïque.
Les deux Chambres du Parlement ayant réfolur
de s'unir pour féliciter le Roy fur l'expédition de
PAmiral Vernon , elles préfenterent conjointement
le 29. du mois dernier à S. M. une Adreffe qui por
te que le fuccès d'une entrepriſe fi fagement concertée
& exécutée avec tant de valeur , ne peut
manquer de caufer toute la joye poffible aux fideles
Sujets du Roy , puifqu'il leur donne lieu d'esperer
que Dieu répandra fes benedictions fur les Armes
de S. M. & que ce premier avantage ſera ſuivi
d'autres plus importans , lefquels contribueront à
obtenir des fûretés pour la Navigation & le commerce
des Anglois. Le Roy répondit :
MYLORDS ET MESSIEURS , je vous rem‹ Ÿ»
sie de la part que vous prenez à un fuccès qui importe
778 MERCURE DE FRANCE
•
fi fort à l'honneur à l'intérêt de ma Couronne , ai
la fatisfaction que vous témoignez avoir des mesures .
que j'ai prifes , m'eft fort agréable.
Neuf Bâtimens de transport partirent le 31. pour
porter des munitions à Port Mahon & à Gibraltar,
d'où l'on a apris que le Contre- Amiral Haddock
avoit fait voile avec huit Vaiffeaux de guerre , pour
s'opofer aux entrepriſes des Eſpagnols contre Port
Mahon.
Le Capitaine Rentone , qui a aporté au Roy la
nouvelle de la prise de Porto Bello , a reçû une
gratification de soo. livres Sterlings , & S. M. lui a
promis le Commandement du premier Vaiffeau de
Guerre qui fera mis en Commiffion .
Les Commiffaires de l'Amirauté ont mandé à
l'Amiral Vernon , de faire transporter à Londres les
canons qu'il a trouvés à Porto Bello.
Le 28. Fête de S. Patrice , Patron du Royaume
d'Irlande, les Bouchers de Clarmarket ayant fuspendu
une Figure pour repréfenter ce Saint , plufieurs
Irlandois prirent querelle avec eux & en blefferent
quelques- uns. Ils auroient commis de plus grands
excès , fi un détachement des Gardes à pied , qui
alla pour apaifer le défordre , n'en eût arrêté cinq,
qui font en prifon .
Les Lettres de Corck , en Irlande , marquent
qu'on avoit embarqué depuis quelque temps dans
plufieurs Ports de ce Royaume 28500. Boeufs pour
la France.
Les dernieres Lettres de l'Amiral Vernon , du
13. Fevrier dernier , ont détruit le bruit qui couroit
qu'il avoit bloqué Cartagene , & l'on a apris par
ces Lettres , qu'ayant été obligé de détacher plufieurs
Vaiffeaux de fon Efcadre , pour donner des
eſcortes aux Vaiffeaux Marchands Anglois qui trafiquent
en Amérique , il ne pourroit fe remettre
en Mer qu'après leur retour .
FRANCE
AVRIL: 1740 778
hhhhhhhhhhhh
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c
L
E Gouvernement de la Province d'Anjou
, vacant par la démiffion volontaire
de Louis de Lorraine , Prince de Lambesc ;
a été donné à . . . . de Lorraine , Comte de
Brionne , son fils , né en 1725. fait Gentil
homme à Drapeau au Régiment des Gardes
Françoises , au mois de Février dernier , &
marié le 3. du même mois avec Louise-Charlotte
de Grammont , née le 11. Juillet 1725!
seconde fille de Louis Armand Duc de
Grammont , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses
Armées , Colonel du Régiment des Gardes
Françoises , Gouverneur de Navarre , & de
Bearn , & des Ville , Château & Citadelle
de Bayonne , & de Louise - Françoise d'Aumont
de Crevant d'Humieres.
L'Intendance de Bourgogne , Breffe , Bugey
& Gex , vacante par la mort de Pierre-
Arnaud de la Briffe ; a été donnée à François
- Dominique Barberie , Seigneur de Saint-
Conteſt , Maître des Requêtes de l'Hôtel du
Roy , depuis 1729. Intendant de Pau &
d'Ausch , depuis 1737.
Celle
780 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Géneralité de Caën, a été don
née à Louis - Arnaud de la Briffe , né le 5 .
Janvier 1705. reçû Conseiller au Parlement
de Dijon le 14. Juillet 1727. Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy en 1734.
& Président au Grand Conseil le 25. Janvier
1738.
La Survivance de la Charge d'Intendant
des Finances , dont eft pourvû Henri - François
de Paule le Fevre d'Ormeſſon , Seigneur
d'Amboisle , Conseiller d'Etat ordinaire , depuis
le mois de Mars 1722. a été donnée à
Marie- François de Paule le Fevre d'Ormesson
d'Amboisle , ſon fils aîné , né le 18. Octobre
1710. Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , depuis 1733. Président
au Grand Conseil en 1738. & auparavant
Conseiller au Parlement de Paris , & Commiffaire
aux Requêtes du Palais à la premiere
Chambre , reçû à cette Charge le 16. Mars
1731 .
La place de Conseiller d'Etat , vacante par
la mort de Pierre Arnaud de la Briffe, Intendant
en Bourgogne , a été donnée à Gabriel
Taschereau , Seigneur de Baudry & de Lignieres
, Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du Roy , & Intendant des Finances
depuis le mois de Mars 1722 .
La Charge d'Intendant du Commerce , vacante
par la mort de Jean Aniffon d'Hauteroche
AVRIL. 1740. 751
roche, a été donnée à Gaspard Henri Caze de
la Bove , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , depuis 1736. & auparavant
reçû Conseiller au Parlement de Paris , &
Commillaire aux Requêtes du Palais , à la
seconde Chambre, le premier Sepembre 1731 .
Le 3. de ce mois , Dimanche de la Passion
, le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Versailles , la
Meffe chantée par la Mufique . L'après- midi,
L.M. affifterent à la Prédication du Pere de
Neuville de la Compagnie de Jefus.
Le 10. Dimanche des Rameaux , le Roy
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin , assifterent dans la même Chapelle
à la Bénédiction des Palmes , qui fut
faite par l'Abbé Broffeau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Mufique , lequel en
préfenta au Roy , à la Reine & à Monfeigneur
le Dauphin. Leurs Majeftés assifterent
à la Procession , & après l'Evangile , Elles
adorerent la Croix. Le Roy & la Reine entendirent
enfuite la Grande Meffe , célébrée
par le même Chapelain & chantée par la
Mufique. L'après-midi , le Roy & la Reine ,
accompagnés de Monseigneur le Dauphin ,
entendirent le Sermon du même Prédicateur.
Le 11. la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château , & S. M. y communia
par
1
+
782 MERCURE DE FRANCE
par les mains du Cardinal de Fleury , for
Grand Aumônier.
Le 13. Mercredi Saint , Leurs Majeftés
entendirent dans la même Chapelle l'Office
des Tenebres , qui fut chanté par la Mufique.
Le 14. Jeudi Saint , le Roy entendit le Ser
mon de la Cene de l'Abbé Froquieres , Curé
de Bornel , Diocèse de Beauvais , après quoi
P'Evêque de Meaux fit l'Absoute . Ensuite le
Roy lava les pieds à douze Pauvres , & S. M.
les fervit à table. Le Comte de Charolois !
faisant les fonctions de la Charge de Grand
Maître de la Maiſon du Roy , étoit à la tête
des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les Plats étoient portés par Monfeigneur
le Dauphin , par le Duc de Chartres
, par le Comte de Clermont , par le
Prince de Conty , par le Prince de -Dombes ,
parle Comte d'Eu , par le Duc de Penthie .
vre , & par les principaux Officiers de S. M.
Après cette cérémonie , le Roy & la Reine
entendirent la Grande Meffe célebrée par
l'Abbé Broffeau , & L. M. affifterent à la
Proceffion & aux Vêpres.
L'après midi , la Reine entendit le Sermon
de la Cene de l'Abbé de Ciceri , fon Prédicateur
ordinaire , & l'Evêque de Meaux
ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les pieds à
douze pauvres Filles , & les fervit à table.
LG
AVRIL.
783 1749.
Le Marquis de Chalmazel , Premier Maître
d'Hôtel de la Reine , précédoit le Service ,
dont les Plats étoient portés par Madame
Adélaide , par Mademoifelle de Clermont ,
& par les Dames du Palais .
.
Le foir , L. M. affifterent dans la Chapelle.
du Château , à l'Office des Tenebres , qui
fut chanté par la Mufique .
Le 15. Vendredi Saint , le Roy & la Reine ,
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin ,
entendirent dans la même Chapelle le Sermon
de la Paffion du P. de Neuville. L. M.
affifterent enfuite à l'Office , & Elles allerent
à l'Adoration de la Croix . L'après -midi , le
Roy & la Reine entendirent l'Office des
Tenebres.
Le 16. Samedi Saint , L. M. accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , affifterent dans
la même Chapelle aux Complies & au Salut,
pendant lequel l'O Filii fut chanté par la
Mufique.
Le 17. Fête de Pâques , le Roy & la Rei
ne , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, entendirent dans la même Chapelle la
Grande Meffe , célébrée Pontificalement par
P'Evêque de Meaux & chantée par la Mufique.
L'après- midi L. M. accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , affifterent à la
Prédication du P. de Neuville , & enfuite
H
›
1
784 MERCURE DE FRANCE
aux Vêpres , auxquelles le même Prélat officia.
Le 24. les Députés des Etats de Bourgo
gne eurent audience du Roy. Ils furent préfentés
par le Comte de Saint Florentin , Sécretaire
d'Etat , & conduits en la maniere
accoûtumée par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies , & par M. Defgranges
, Maître des Cérémonies . La Députation
étoit composée pour le Clergé, de l'Abbé de
Grosbois , Doyen de la Sainte Chapelle de
Dijon , qui porta la parole ; du Comte de
Rouffillon pour la Nobleffe , de M. le Vayer ,
Député du Tiers Etat, & de M.Rouget, Syndic
Géneral de la Province. Ces Députés
eurent enfuite audience de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , & de Meldames
de France.
,
Le 2. Avril , la Reine entendit pour Concert
fpirituel , Lauda Jerusalem , Motet à
grand Choeur du Sr de Mondonville , qui
fut fuivi d'une Sonate , après laquelle on
chanta O Jesu , Motet du S. Sacrement , de
la compofition de M. Destouches , Sur - Intendant
de la Mufique du Roy, en Semeſtre,
Le Sr Guignon exécuta un Concerto , après
lequel la Reine entendit le Motet Venite
exultemus , de l'Auteur du premier Motet.
La
AVRIL.
1740. 785
La Dlle Huguenot chanta avec une grande
expreffion , le Récit Venite adoremus , ſuivi
d'un Choeur fur les mêmes paroles , dont
toute la Cour parut très - fatisfaite .
Le 25. le 27. & le 30. on concerta l'Opera
de Dardanus , de la compofition de M. Rameau
, dont les principaux Rôles furent
remplis avec succès par les Dlles Huguenot
& Rameau , & par les Srs Benoît & Jeliot.
¡
Le 3. Dimanche de la Paffion , l'Académie
Royale de Mufique donna le premier Concert
Spirituel au Château des Tuilleries , le
quel a été continué pendant differens jours
des trois Semaines de Pâques , jufques &
compris le Dimanche de Quafimodo. On ya
executé plufieurs excellens Motets à grands
Choeurs de Mrs de la Lande , Bernier &
Gilles , & des Srs Cheron & Mondonville ;
on y a chanté auffi differens petits Motets à
voix feule , avec accompagnement , des Srs
Mouret , le Maire , Dubouffet & Cordeler.
Les Srs Blavet , Guignon , & Mondonville
ont executé differens Concerto fur la Flûte &
le Violon , avec une préciſion admirable ; le
dernier Concert fut terminé par un nouveau
Motet du Sr Mondonville , qui fut fort
aplaudi par une très -nombreufe affemblée .
H'ij
A
7786 MERCURE DE FRANCE
**************************
A SON EMINENCE
M. LE CARDINAL DE FLEURY,
Par M. de la Soriniere , en Anjou,
FLEURY , P'on voit "en ta Personne
Par un assemblage divin ,
Briller Richelieu , Mazarin ;
Et le Monde entier qui s'étonne ,
Quand par un concours fi puissant
Le Ciel en toi seul les rassemble ,
Conclus que tu dois vivre autant
?
Qu'ils ont vécu tous deux ensemble .
Ainsi soit-il.
?
LETTRE écrite d'Orleans le 28. Mars
1740, au sujet du choix que le Roy afait
de M. Pajot , Intendant de Montauban
pour remplacer feu M. de Baussan , dans
P'Intendance d'Orleans , & de l'arrivée de ce
nouvel Intendant dans cette derniere Ville.
N
Ous avons vu , M. , dans le Mercure de France
de Fevrier , l'Article qui concerne la mort
fubite de M. de Bauffan , arriveé le 26. Fevrier. La
Lettre de M.L. C. D. exprime parfaitement & au vrai
la trifteffe génerale répandue dans notre Ville à la
nouvelle de cette mort , & les regrets de tous nos
Çitoyens
A V R Í L. 17403 787
Citoyens fur une fi grande pèrte ; elle ne pouvoir
être mieux réparée que par le choix que le Roy a
fait de M. Pajot, pour remplacer cet illuftre Magistrat.
Les grandes qualités de notre nouvel Intendant
font fi géneralement connues & lui ont mérité
une préference fi marquée , que je n'entrerai dans
aucun détail à ce fujet ; il fuffira de vous dire qu'il
arriva en cette Ville avanthier au foir , où , fuivant
l'uſage , il reçût les Complimens de tous les Corps;
les Chefs des Compagnies qui ont porté la parole ,
s'en font parfaitement bien acquittés . M. Vandebergue,
Lieutenant Géneral de Police & Prévôt , vient
de fe diftinguer à ſon ordinaire , à la tête de fa Compagnie
, par l'éloquence qui lui eft fi naturelle , &
dont il a tant de fois donné des preuves dans la
Place d'Avocat du Roy du Préfidial , qu'il a remplie
avec aplaudiffement.
Son Compliment a été fort goûté ; j'étois préfent
, & ma mémoire s'eft trouvée affés heureufe
pour le pouvoir retenir . Le caractere de feu M. de
Bauffan & celui de fon digne fucceffeur , m'ont
paru rendus dans ce petit Difcours avec tant de vé
rité , de précifion & d'élegance , que je l'ai crû digne
de l'impreffion ; je vous l'envoye pour en faire
part au Public par la voye du Mercure de France ,
fi vous en jugez comme moi. Pour revenir à M. notre
Intendant , il a reçû ces Complimens avec toute
l'affabilité & la po iteffe imaginable ; il a fait .
l'accueil le plus favorable & le plus gracieux à tous
ceux qui lui ont rendu leurs devoirs . Un tel début
ne doit- il pas nous faire efperer l'avenir le plus
heureux & le plus agréable fous fon Adminiſtra¬
tion › J'ai l'honneur d'être , &c.
H iij
COM788
MERCURE DE FRANCE
COMPLIMENT fait le 28. Mars 1740
à M. Pajot , par M. Vandebergue , Licutenant
General de Police & Prévôt d'Orleans
, à la tête de sa Compagnie.
MONSIEUR ,
ne
La perte précipitée que nous venons de faire d'un
Magifirat que nous chériffions & qui nous aimoit ,
pouvoit être plus heureufement réparée que par le choix
que le Roy a fait de votre Perfonne, pour le remplacer;
nous allons retrouver en vous fa douceur , fon humanité
, fes foins actifs , prévenans officieux , for
amour pour le bien public.
Supérieur comme lui , M. , au nombre , au poids ,
à l'embarras des affaires , nous avons déja apris avec
quel degré de lumieres vous les aprofondiffez , avec
quelle égalité vous les pefez , avec quelle diligence
vous les expediez.
Ces rares & précienfes qualités , qui ont percé à
travers l'éloignement des lieux qui nous en déroboit
Péclat , raprochées maintenant de leur centre & de
leur séjour naturel , vont croître encore & fe reproduire
parmi nous avec plus de force & de vivacité que
jamais .
Permettez- nous , M. , de leur envier pour quelque
temps les hautes récompenfes qui leur font destinées ,
Afin d'en mieux goûter le prix & les douceurs , de les
voir plus long temps faire les délices & l'ornement
de notre Patrie , y graver dans la memoire
de nos Citoyens le modele parfait d'un Gouvernement
beureux.
SUPLE
AVRIL 789 17407
SUPLEMENTà l'Article de la Pompe
Funebre , &c. du Duc de BOURBON.
Pour remplides obrequés du Duc de
Our achever de remplir nos engagemens à l'oc
Bourbon, nous commencerons par donner ici l'Inscription
que nous avons reçûë un peu tard , gravée
fur une lame de cuivre , pour être mife fur le Caveau
deſtiné à la fépulture de ce Prince , dans l'E
glife Collégiale de S. Martin.
ICI EST LE CORPS DE TRES-HAUT
TRES-PUISSANT ET TRES -EXCELLENT PRINCE
MONSEIGNEUR LOUIS - HENRI DUC DE BOURBON,
PRINCE DE CONDE' , PRINCE DU SANG ,
DUC D'ENGUIEN ET DE GUISE ,
PAIR ET GRAND -MAÎTRE DE FRANCE ,
GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GENERAL
POUR LE ROY EN SES PROVINCES
DE BOURGOGNE ET DE BRESSE ,
CHEVALIER COMMANDEUR DES ORDRES DU ROY
ET CHEVALIER DE LA TOISON D'OR ,
DECEDE' A CHANTILLY LE XXVII. JANVIER
M. DCC. XL.
AGE DE XLVII . ANS , V. MOIS ET IX. JOURS.
Requiescat in pace.
Avant que d'entrer dans quelque détail au fujet
de l'Eglife où s'eft faite cette inhumation , il eſt à
propos de parler de la Ville , nommée aujourd'hui
Enguyen-Montmorency , de laquelle l'Eglife , qu'on
vient de nommer , fait le principal ornement .
Hiiij La
790 MERCURE DE FRANCE
La Ville de Montmorency , qui a donné le nom
à l'une des plus anciennes & des plus grandes Maifons
du Royaume , eft fituée fur une Eminence
environ à quatre lieues de Paris & à deux de Saint
Denis, bornée d'un côté par une Forêt de fix lieuës
d'étendue , & d'un autre par une belle & longue
Vallée très- fertile , connue fous le nom célebre de
Vallée de Montmorency ; la Vallée eft environnée
d'un grand nombre de Villages , qui dépendent
tous de la Haute , Moyenne & Baffe Juftice du
Seigneur de Montmorency.
Cette grande & importante Seigneurie , dont le
Chef Lieu a toujours paffé pour l'une des principa
les Places de tout le Parifis , a porté de temps immémorial
le Titre de Baronie , relevant immédiatement
de la Couronne , fous la Redevance d'un
Faucon d'or. Plus de 600. Fiefs ont relevé continuellement
de fon Domaine , dès l'établiffement
des Fiefs aux Us & Coûtumes de France & du Vexin,
Elle a Châtellenie , Prévôté , & tous les autres
Droits qui apartiennent aux plus Hauts- Seigneurs.
Montmorency eft auffi le Siege du premier Doyen.
Rural du Diocèse de Paris , lequel a plus d'étendue
qu'aucun des autres Doyennés , ayant plus de 100 .
Paroiffes dans fon District . "
Il y a à Montmorency une Eglife Collegiale & Paroiffiale
, dédiée à S. Martin , fondée depuis fi longtemps
, dit un célebre Hiftorien , par un Seigneur
du Lieu , que la révolution des siécles a fait perdre
la mémoire du nom du Fondateur. Il eft cependant
certain que par cette Fondation le droit de donner
les Canonicats & Prébendes de cette Eglife a depuis
paffé à tous fes Succeffeurs , Seigneurs de
Montmorency. Nous allons parler bien- tôt de la
même Eglise avec plus d'étendue .
On voit tout auprès les ruines d'un vieux Château ,
autrefois
AVRIL 1740. 791
autrefois renommé & réputé l'un des plus forts de
tout le Pays. Selon quelques Auteurs , ce Château
arrêta l'Armée de l'Empereur Othon II. lequel en
l'année 998. venoit affiéger Paris. Environ cent ans
après il foutint les efforts de celle du Roy Louis le
Gros. Les Anglois le ruinerent , ainfi que les nurs
de la Ville , pendant la prifon du Roy Jean .
Il y a dans le Territoire de Montmorency plufieurs
anciens Prieurés , Hôpitaux , & c . de la Fondation
des Seigneurs de ce nom entre lesquels le
Prieuré de Dueil doit pour reconnoiffance aux quatre
Fêtes Solemnelles rendre certains devoirs . Enfin
cette importante Baronie , la premiere & la plus
grande de tout le Royaume , fut érigée en Duché
& Pairie par le Roy Henry II . en faveur d'Anne de
Montmorency , Maréchal , puis Grand -Maître , &
Connétable de France. Les Lettres d'Erection , datées
de Nantes au mois de Juillet 155 1. portent
qu'elles furent données en préſence du Cardinal de
Loraine , de Jean Bertrand , Chevalier , Confeiller
au Confeil Privé, & Garde des Sceaux, du Seigneur
de Sedan, Chevalier de l'Ordre , Maréchal de France
, & autres Seigneurs .
Mais revenons à l'Eglife de Montmorency , tells
qu'on la voit aujourd'hui .
Elle a été bâtie , ou plûtôt rebâtie , dans le XVI .
fiécle , fur une bute formée par les ruines & des
décombres d'une autre très-ancienne Eglife & peutêtre
de l'ancien Château , par les foins de Guillau
me de Montmorency , Confeiller & Chambellan
des Rois Charles VIII . Louis XI . & François I. Chevalier
d'honneur de Louife de Savoye , Mere du
Roy , Gouverneur de la Baftille , de Vincennes , &
de S. Germain en Laye , lequel étoit fils unique de
Jean de Montmorency II . du Nom , Grand Chambellan
de France , & c. et de Margueritte d'Orge- >
Hv mont.
792 MERCURE DE FRANCE
mont , fa feconde femme . En fouillant la terre
pour conftuire le Caveau deftiné à la Sépulture da
Duc de Bourbon , on a trouvé des veftiges de la
premiere Eglife , fçavoir , la naiffance de la voûte ,
& de gros Piliers qui la soûtenoient.
"
L'Hiftoire remarque que ce Seigneur , après avoir
dignement fervi l'Etat , principalement pendant la
prifon de François I. et dans le Traité fait à cette
occafion entre Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et Louiſe de Savoye , fa Mere , Régente
de France , ne s'occupa plus que de la Religion et
des Ouvrages de pieté ; c'eft dans cet efprit qu'il fit
rebâtir l'Eglife de Saint Martin de Montmorency..
On y voit partout l'Ecu de fes Armes , au Portail
aux Voutes, aux Vîtres et aux Sieges desChanoines ,
parti de Montmorency , et parti de Pot , à cauſe
'Anne Pot , fon Epouſe.
De plus , à l'un des Piliers du Choeur eft attaché
le Portrait du même Reftaurateur de cette Eglife ,
peint fur bois à demi corps , et affés bien peint dans
une attitude toute dévote , les mains jointes , & le
vifage abattu d'une pieufe trifteffe , fon habit eft
une Robe fourée , à manches étroites , fendues au
milieu du bras , avec le Colier de l'Ordre du Roy ;
duquel pend l'Ecu de S. Michel. Au haut du Tableau
font écrits ces mots : DIEV AYDE AV
PREMIER XPIEN. Au bas du Tableau , entre
le Bufte et la bordure , font écrits ces Vers en caracteres
prefque Gothiques.
Le Baron de Montmorency
Nommé Guillaume pres ainfi
Queft cy pourtrait & l'an mil en date
Cinq cent vingt & cing pour bon acte
Rediffya ce Temple jci.
Co
AVRIL. 1740. 793
Ce Portrait fut gravé en 1622. par Jean Picart ,
pour entrer dans l'Hiftoire de la Maiſon de Montmorency
, à laquelle travailloit alors le fçavant André
Duchesne. Il y eft placé , Liv. V. Chap . I. p .
362. Ce Seigneur mourut le 24. May 1531. et fat
inhumé dans le Chocur de l'Eglife dont nous parlons
, avec Anne Pot , fon Epoufe. On y voit leur
Maufolée élevé dans le milieu. Il eft de Marbre
noir , avec les ornemens convenables , et au-deffus
font leurs Figures de grandeur naturelle en Marbre
blanc. Autour du Marbre noir , fur lequel ces deux
Figures font couchées , on lit cette double Infcription
en Lettres d'or . D'un côté : Cy gift haut d
puiffant Seigneur Monseigneur Meffire Guillaume de
Montmorency , premier Baron de France , jadis Seigneur
dudit Montmorency , d'Escouen de Chantilly,
Confeiller & Chambellan ordinaire du Roy notre
Sire , & Chevalier de fon Ordre , qui trépaffa le
XXIIII . jour de May , l'an mil cinq cent trente - ung.
Et de l'autre côté : Cy gift noble Dame Madame
Anne Pot, femme dudit Seigneur , jadis Dame de
Château-Neufde la Roche de Thorcy de la Prune-au-
Pot & de Damville , qui trépaffa le XXIII . jour
de Fevrier , l'an mil VC & dix. Priez pour tous.
.
Guillaume de Montmorency ne vécut pas affés
pour l'entiere perfection de cette Eglife. Cela étoit
réservé à la pieté de fon fecond Fils , Anne de
Montmorency , l'un des plus grands Hommes de
fa Maifon , et qui l'a le plus illuftrée. En l'année
1617. fon Petit- fils Henry II. Duc de Montmorency
, Pair et Maréchal de France , Gouverneur et
Lieutenant Géneral de Languedoc , donna la mê
me Eglife aux Prêtres de la Congrégation de l'O
ratoire , qui forment encore aujourd'hui le Chapitre
de la Collegiale , & deffervent la Paroiffe .
Notre deffein n'eft pas de parler de tous les Tom-
H vj beaux:
794 MERCURE DE FRANCE
beaux et autres Monumens funebres , qui font élevés
dans le Choeur , et dans la Nef de cette Eglife ,
qui eft toute remplie de Statues , de Devifes , d'Armoiries,
de Cris de guerre des Seigneurs de Montmorency
, fans parler du Vitrage , qui eft parfaitement
beau , et tout hiftorié. On y diftingue furtout
Guillaume de Monmorency , les fils et fes filles
, Odet , Cardinal de Châtillon , Anne de Montmorency
, V. Connétable , fa nombreuſe Famille ,
et quelques Seigeurs des branches Collatérales . Ce
détail nous meneroit trop loin.
' Mais nous ne fçaurions nous dispenser , avant
que de finir ce Mémoire, de donner une attention finguliere
à ce qui regarde le Grand Connétable que
nous venons de nommer , tant à caufe de la part
qu'il a eue au rétabliſſement & à la perfection de
l'Eglife de Montmorency , que parce qu'on ne fçauroit
omettre une Description particuliere de fon
Maufolée , le plus grand et le plus fuperbe qu'on
puiffe voir en France , et le principal ornement de
I'Eglife dont il eft ici queftion . Ce que nous réfervons
pour la derniere Partie de notre Suplément
aux Obfeques du Duc de Bourbon , dans un autre
Mercure .
PROMOTION de Maréchaux de Camp
de Brigadiers , faite le 15. Mars dernier.
J
MARECHAUX DE CAMP.
Ean-Gabriel de Fay d'Athies , Comte de Silly ,
Lieutenant-Colonel du Régiment Colonel Géneral
de Dragons , Brigadier du 20. Fevrier 1734.
N. de Zurlauben , du Canton de Zug , Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment des Gardes
Suiffes ,
AVRIL. 1740 795
Juiffes , du 9. Janvier 1709. Brigadier du premier
Août 1734.
N. de la Queffe, Sr de Valcourt, Meftre de Camp,
Commandant une des Brigades du Régiment Royal
des Carabiniers , du nrois d'Octobre 1733. & Brigadier
du premier Août 1734.
Louis-François de Gautier , Marquis de Chiffre
ville , en Normandie , Premier Sous Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires de la
Garde du Roy , Brigadier du premier Août 1734.
Louis- Denis de Brizay de Denonville , apellé le
Comte de Brizay , Premier Cornette de la Compagnie
des Chevau- Legers de la Garde , Brigadier du
premier Août 1734.
François- Louis-Martial de Montiers , Comte de
Merinville , Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Reine , du 26. Mars 1719.
Brigadier du premier Août 1734.
- Nicolas de Bay - Damas , Marquis de Digoine ,
fucceffivement Cornette en 1695. Capitaine de Cavalerie
en 1701. & Major en 1708. Exempt des
Gardes du Corps en 1709. Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis en 1713. Meftre de Camp de
Cavalerie , à Brevet en 1718. Ayde- Major de la
Compagnie des Gardes du Corps d'Harcourt , En--
feigne de cette Compagnie au mois de Mars 1733 .
& enfin Lieutenant en 1734. Brigadier du Premier
Août 1734.
Claude d'Anjony de Foix , Baron d'Anjony & de
la Nobre , Enfeigne des Garles du Corps , du 13.
Janvier 1731. Brigadier du premier Août 1734 .
Gilbert-Honoré de Chabannes Saignes , Seigneur
de Mario !, en Bourbonnois, de Genfac , Lieutenant:
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
depuis le mois de Decembre 1738. & auparavant:
Enfeigne , Brigadier du premier Août 1734 .
N.
796 MERCURE DE FRANCE
N. de Montgibaut, Enfeigne des Gardes du Corps
Brigadier du premier Août 1734.
Jean -Claude de Laftic , Marquis de S. Jal , Vicomte
de Beaumont , Seigneur de Chambouline , Gabriac
, Lieutenant des Gardes du Corps , depuis le
mois de Fevrier 1727. auparavant Mestre de Camp
de Cavalerie , Brigadier du premier Août 1734.
Charles de Martel d'Emalleville , apellé le Chevalier
de Martel , Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Chevau-Legers de Bretagne , Brigadier du premier
Août 1734.
Theophile de Maupeou , Seigneur des Sablonieres
, Colonel du Régiment de Bigorre , du 6. Mars-
1719. Brigadier du premier Août 1734 .
Emeric Caflagnet de Tilladet Lomagne Narbonne ,
Marquis de Fimarcon , Colonel- Lieutenant du Régiment
de Bourbon , Infanterie , du 6. Mars 1719%
Brigadier du premier Août 1734.
$ Paul-Jerôme Phelypeaux , Marquis de Pontchartrain
, Capitaine- Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , Brigadier du prem. Août 1734-
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, de Fontenillet , Colonel du Régiment de
Navarre , du 6. Mars 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
Louis René- Edouard Colbert , Comte de Maulévrier
, Colonel du Régiment de Piémont , Infanterie
, du 6. Mars , 1719. Brigadier du premier Août
1734.
Jean- Baptifte -Joachim Colbert, Marquis de Croissy
, Capitaine des Gardes de la Porte du Roy , Colonel
du Régiment Royal , Infanterie , du 6. Marst
1719. Brigadier du premier Août 1734 .
Pierre-Jofeph Chapelle , Marquis de Jumilhac , en
Perigord , Capitaine - Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde , du z3 .
Mai
AVRIL. 1740. 797
Mai 1738. après en avoir été fucceffivement , depuis
1719. Cornette , Enfeigne & Sous- Lieutenant ,
Brigadier du premier Août 1734.
Louis Engelbert , Comte de la Marck Lumain ,
Marquis de Vardes , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, du 10. Juillet 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
• Emmanuel - Dieudonné , Marquis d'Hautefort ,
Colonel - Lieutenant du Régiment de Condé , Infanterie
, du premier Octobre 1719. Brigadier du
premier Août 1734.
Paul-François de l'Hospital , de la Branche des
Comtes de Choify , aînée de la Maiſon , apellé cidevant
le Marquis de Vitry & à prefent le Marquis
de l'Hospital, nommé Ambaffadeur du Roy auprès
du Roy des deux Siciles , au mois de Juillet de l'année
derniere , ci - devant Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons , par commiffion du 29. Mai
1725. & auparavant Enfeigne des Gendarmes de la
Garde du Roy , depuis 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
N. de Monnin, Brigadier du premier Août 1734.
Colonel d'un Régiment Suiffe , du 16. Août 1739.
dont il étoit auparavant Lieutenant- Colonel , avec
Brevet de Colonel.
Louis-Charles Gouffier , Marquis d'Heilly , apellé
le Marquis de Gouffier , Meftre de Camp Lieute →
nant du Régiment de Condé , Cavalerie , du 24.
Novembre 1719. Brigadier du premier Août 1734
Raoul-Antoine de Saint Simon , Comte de Courtaumer
, Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
, du 22. Decembre 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
Jofeph-André d'Ancezune d'Oraison de Caderousse
, du Comtat Venaiffin, apellé le Marquis d'Ancezune,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie,
798 MERCURE DE FRANCE
valerie , Brigadier du premier Août 1734.
Gui -Michel de Durfort de Lorges , Duc de Randan
, Lieutenant Géneral au Comté de Bourgogne ,`
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , Brigadier
du premier Août 1734.
Jean- Paul Bochart , Comte de Champigny , Capitaine
d'une des Compagnies des Grenadiers du Régiment
des Gardes Françoiſes , du 2. Mai 1733. 8
auparavant Capitaine d'une Compagnie ordinaire
dans le même Régiment , du 25. Avril 1720. Brigadier
du premier Août 1734.
Louis-Marie de Sainte Maure , Marquis de Chaux
d'Archiac , apellé le Comte de Sainte Maure
Premier Ecuyer, Commandant la Grande- Ecurie du
Roy , Meftre de Camp du Régiment Royal Etranger
, du 5 , Mai 1720. Brigadier du premier Août
1734.
Louis-Leon Potier , Comte de Tresmes , Meſtre de
Camp du Régiment de Cavalerie de Gêvres , depuis
1726. & auparavant Lieutenant de Vaiffeaux.
Jofeph-Marie Duc de Boufflers , Pair de France ,
Gouverneur & Lieutenant Géneral de la Flandres
Francoife & du Hainault , Gouverneur des Ville &
Citadelle de Lille , Grand- Bailly de Beauvais , &
Lieutenant Géneral du Beauvoifis , Colonel du Régiment
de Bourbonnois , du premier Juillet 1727 .
& auparavant d'un autre Régiment d'Infanterie ,
Brigadier du premier Août 1734 .
Anne de Montmorency - Luxembourg , apellé le
Comte de Montmorency , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie du premier Janvier 1721.
Erafine de Contade , Colonel du Régiment d'Auvergne
, & auparavant de celui de Flandres , ci- devant
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment
des Gardes Françoifes , Brigadier du 18. Octobre
1734:
JeanAVRIL.
1740. 799
Jean- Baptifte- François de Villemeur , Colone! du
Régiment de Baffigny , du 5. Octobre 1730. & auparavant
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Grenadiers
à cheval, Brigadier du 18. Octobre 1734.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
N. de Vigier , du Canton de Soleure , Capitaine
d'une des Compagnies du Régiment des Gardes
Suiffes , du 7. Mai 1712. 7
Armand-Gabriel Comte de Razilly, fucceffivement
Enfeigne , Sous Lieutenant , Lieutenant , & enfi
Capitaine dans le Régiment des Gardes Françoises ,
reçû le 30. Mai 1726 .
Gui- Marie de Lopriac de Coetmadeuc , Comte de
Donges , Colonel du Régiment de Soiffonnois , par
Commiflion du 24. Fevrier 1738. , & auparavant
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Courtanvaux
, avec Commiffion de Meftre de Camp.
Cefar Phoebus François Comte de Bonneval ,
fuc
ceffivement Lieutenant de Cavalerie dans le Régiment
de Toulouſe le 16. Janvier 1719. Capitaine
dans le même Régiment le 7. Avril fuivant , & Colonel
du Régiment de Poitou , le 19. Fevrier 1723 .
La Généalogie de la Maifon de Bonneval a été rendue
publique pour la premiere fois dans le Suplément
du Dictionaire Hiftorique de Moreri de 1735+
Louis François Damas , Marquis d'Anlezy , Colonel
du Régiment de Nice par Commiffion du
Avril 1724. Premier Gentilhomme de la Chambre du
feu Duc de Bourbon & à prefent du Prince de Condé .
2.
Jean François de Marnieres , Chevalier de Guer ,
Breton , fucceffivement Enfeigne, Sous - Lieutenant,
Lieutenant, & enfin Capitaine dans le Regiment des
Gardes Françoises , reçû le 10. Décembre 1725.
Louis - Gabriel des Acres , Comte de l'Aigle , en Normandie
, Colonel- Lieutenant du Régiment d'Enghien
,
800 MERCURE DE FRANCE
ghien , par Commiffion du 15. Avril 1726 .
N. Guerin , Sieur de la Motte, fucceffivement!
Enfeigne , Sous - Lieutenant , Lieutenant , & enfin
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment des
Gardes Françoifes , reçu les . Mai 1726.
N. Baron de Travers d'Ortenftein , Colonel d'un
Régiment de Grifons , créé le premier Juin 1734.
Louis Cefar de la Baume le Blanc , Duc de la
Valliere , Pair de France , Gouverneur & Sénéchał
de Bourbonnois , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, par Commiffion du premier Juillet , 1727.
Charles de Beziade , Marquis d'Avarey , fur Loi
re , d'abord Capitaine de Dragons dans le Régiment
d'Armenonville , puis fecond Cornette de la
premiere Compagnie des Moufquetaires de la Garde
du Roy , au mois de Janvier 1729. & enfuite
Colonel du Régiment de Nivernois , par Commisfion
du 12. Octobre 1734, au lieu & place de feu
Jean de Beziade , Marquis d'Avarey , fon frere aîné ,
mort des bleffures qu'il avoit reçûtes à la Bataille de
Guaftalla.
Edouard Fitz-James , apellé le Comte de Fitz-
James , Colonel du Régiment de Berwick , Irlandois
, par Commiffion du 22. Decembre 1729.
N. Vicomte de Dillon , Lord d'Irlande , Colonel
d'un Régiment Irlandois , par Commiffion du s.
Fevrier 1733.
Charles -Michel - Gafpard , Comte de Saulx-Tavannes
Colonel du Régiment de Quercy , par
Commiffion du 10. Janvier 1731.
Charles -François - Chriftian de Montmorency - Luxembourg
, Prince de Tingry , d'abord Colonel du
Régiment de Soiffonnois , par Commiffion du 2 .
Fevrier 1731. puis du Régiment de Touraine , par
autre Commiffion du 24. Fevrier 1738 .
Arnaud de Bourbon , Comte de Malaufe , Colonel
du
AVRIL. 1740. 801
du Régiment d'Agenois , par Commiffion du mois
d'Août 1731.
René-Marie de Froulay , Marquis de Teffé , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , le 25. Septembre
1731. puis de celui de la Reine , Premier Ecuyer
de la Reine .
Charles-Augufte Duc de Rochechouart- Mortemar,
Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ,
par Commiffion du 15. Decembre 1731.
N. d'Audibert , Marquis de Luffan , Premier Gen-,
tilhomme de la Chambre du Comte de Charolois ,
Colonel du Régiment de la Saarre , par Commisfion
du premier Decembre 1734.
N. du Terme du Saux , Lieutenant-Colonel dư
Régiment de l'ile de France.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Gafpard de Sabran , des Comtes de Forcalquier
apellé le Marquis de Sabran , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S Louis , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , par Commiſſion du 24. Fevrier
1738. ayant auparavant Commiſſion de Meſtre de
Camp , ci-devant Lieutenant des Gardes de feuë la
Ducheffe de Berry.
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courte→
bonne , Lieutenant pour le Roy en la Province
d'Artois, Meftre de Camp de Cavalerie , Sous-Licutenant
des Gendarmes de la Reine.
>
Louis-Jean-Jacques de l'lfle , Marquis de Marivaux
fait fucceffivement fecond , puis premier
Cornette des Chevau- Legers Dauphins , Meftre de
Camp de Cavalerie , Sous-Lieutenant des Gendarmes
de Bretagne , & epuis le 15. Avril 1738 Capitaine-
Lieutenant de cette derniere Compagnie .
Louis- Imbert de Beaumont d'Aurichamp , apellé
"
le
302 MERCURE DE FRANCE
le Chevalier de Beaumont , Exempt des Gardes de
Corps du Roy , dans la Compagnie de Villeroy , &·
Meftre de Camp de Cavalerie.
N. de Vendeuil , Enfeigne des Gardes du Corps
du Roy dans la Compagnie d'Harcourt, auparavant
Exempt , avec Brevet de Meftre de Camp. Il eft fils
d'Albert- François Clerambault de Vendeüil , Seigneur
de Dieudonné , S. Germain , &c . Gouverneur
de Pecquais , en Languedoc , Grand-Bailly
d'Orleans , & Meftre de Camp du Régiment Dauphin
, Cavalerie , mort le 5. Avril 1712. âgé de
26. ans , & de Magdeleine- Elizabeth de Meulles ,
Dame de la Source , près d'Orleans , morte le 30.
Mai de la même année 1712 .
Alexandre de Johanne , Chevalier de Saumery ,
Exempt des Gardes du Corps du Roy dans la Conpagnie
de Villeroy , Mcftre de Camp de Cavalerie ,
& Gouverneur de Mezieres , du mois de Sep. 1738.
N. de Montbel , Chevalier de Champeron , fuccèsfivement
Exempt des Gardes du Corps , Ayde-Ma-.
jor de la Compagnie Ecoffoife , Meſtre de Camp de
Cavalerie , & Ayde-Major des Gardes du Corps du
Roy , depuis le mois de Juillet 1729 .
Louis-Antoine de Bernage , Seigneur de Chaumont
, Capitaine-Lieutenant des Chevau- Legers de
Berry , depuis le mois de Mars 1734. & auparavant
Sous-Lieutenant des Gendarmes d'Anjou , &
Meftre de Camp de Cavalerie.
>
N. Comte de Relingue, Enfeigne de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , Meftre de Camp de Cavalerie .
René-Ismidon-Nicolas de Prunier , Marquis de
S. André de Virieu , Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevau- Legers Dauphins , depuis
le mois d'Avril 1738. & auparavant Enfeigne de
celle des Gendarmes de Berry , & Meſtre de Camp
de Cavalerie .
Jacques
A V RI L. 803
1740.
Jacques Tannegui le Veneur, Marquis de Tillieres ,
fucceffivement Guidon des Gendarmes d'Orleans ,
Premier Cornette & enfuite Sous-Lieutenant des
Chevau-Legers de la Reine , Capitaine-Lieutenant
des Chevau- Legers de Bretagne , le 25. Mars 1734.
& en dernier lieu des Gendarmes Dauphins , le 15,
Avril 1738 .
Henri- Louis Chevalier d'Agueffeau , fucceffivement
Cornette de Cavalerie dans le Régiment de
la Reine , Guidon des Gendarmes d'Anjou , en Fevrier
1721. Meftre de Camp de Cavalerie au mois
de Juin fuivant , Eufeigne de la même Compagnie,
Sous-Lieutenant de celle des Gendarmes d'Orleans,
Capitaine-Lieutenant de celle des Chevau- Legers
d'Anjou , le 25. Mars 1734. & enfuite de celle des
Gendarmes de Flandres , au mois de Novembre de
la même année.
Charles-Armand de Pons , Comte de Roquefort ,
apellé Vicomte de Pons , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , depuis le mois de Juiller
1735. & auparavant Meftre de Camp réformé.
Charles -Maximilien de Fiennes , des Vicomtes de
Fruges Comtes de Lumbres , apellé le Marquis de
Fiennes , Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
depuis le mois de Juin 1735. & auparavant
Meftre de Camp de Cavalerie à Brevet , & Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment Royal des
Cuiraffiers .
N. de Fougeres , Metre de Camp de Cavalerie.
Philipe- François de Montmorency , Comte de Loi
gny, Seigneur de Coify , Meftre de Camp à Brevet,
& Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Penthievre
, ci- devant Toulouse.
François- Marie de Fouilleuse, Marquis de Flavacourt
, Meftre de Camp de Cavalerie , Grand - Bailly
de Gravelines , Bourbourg , Gifors , les Andelis , &
Vernon.
N,
804 MERCURE DE FRANCE
N. de Ronty , Vicomte de Suzy , Enfeigne des Gardes
du Corps du Roy dans la Compagnie Ecoffoife,
dont il étoit ci - devant Exempt , avec Commiſſion
de Meftre de Camp de Cavalerie.
Jacques- Charles Marquis de Crequy , Chef du
Nom & Armes de fa Maiſon , Seigneur de Souverain-
Moulin , Baron de Benchen , Meftre de Camp
de Cavalerie de 1722. Commandant une des Brigades
du Régiment Royal des Carabiniers depuis le
mois de Mar 1735. Chambellan du Duc d'Orleans .
Michel- Charles- Dorothée de Roncherolles , Marquis
de Pont S. Pierre , Meftre de Camp du Régiment
Royal des Cravates Commiffion du 12 .
Avril 1725. auparavant Lieutenant dans le Régi
ment du Roy.
, par
Arnaud- Paul de Fieubet , Seigneur de Sivry , En
feigne & auparavant Guidon de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde du Roy en 1726. & Mestre
de Camp de Cavalerie. Il avoit été auparavant
Officier dans le Régiment du Roy.
François-Charles de Levis , Marquis de Châteaumorand,
apellé le Comte de Levis, Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion du
4. Mars 1727 .
René- Huges Timoleon Comte de Coffé , d'abord
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie de Brissac
, puis Meftre de Camp de ce Régiment , par la
démiffion du feu Duc de Briflac , fon frere , le 6.
Septembre 1727. & enfuite Mestre de Camp du Ré
giment Royal Piémont.
N. de Molettes , Marquis de Monangiez , Premier
Sous- Lieutenant des Gendarmes de la Garde , Mestre
de Camp de Cavalerie.
N. de Grouches , Comte de Chepy , en Picardie ,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , par
Commiflion du 7. Août 1728,
Louis
AVRIL 805 1740.
Louis- Marie-Auguftin d'Aumont de Roche - Baron,
Duc d'Aumont , Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion du
14. Août 1728 .
Anne- Armand Marquis de Rofen , Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie , par Commission
du 14. Avril 1729 .
Charles Emmanuel de Vaffé, apellé le Vidame du
Mans- Vaffé , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , par Commiſſion du 4. Mars 1730.
Louis de Noailles , Duc d'Ayen , Gouverneur Gé
neral des Comtés & Vigueries de Rouffillon , Conflans
, & Cerdaigne , Gouverneur particulier des
Ville , Château & Citadelle de Perpignan , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de S. Germain en
Laye , & Capitaine de la Premiere Compagnie des
Gardes du Corps du Roy , le tout en furvivance ,
Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie de
Noailles , par Commiffion du 4. Mars 1730.
Leon François Le Gendre de Lormoy , Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment Colonel Général de
la Gavalerie , par Commiffion du premier Septembre
1730. & auparavant Capitaine de Dragons.
François- Emmanuel de Cruffol d'Usez , apellé le
Marquis de Cruffol de Salles , Mestre de Camp
Lieutenant du Régiment de Bourbon , Cavalerie,
par Commiffion du premier Octobre 1730. & auparavant
Capitaine dans le même Corps.
N. de Casaux , Chevalier de Neftier , Enfeigne
des Gardes du Corps du Roy dans la Compagnie
de Villeroy , depuis le mois d'Août 1731. & aupa
ravant Lieutenant Colonel du Régiment de Cavale
rie de Lambefc , depuis Beaucaire , avec Commifsion
de Meftre de Camp .
Charles de Roban , Prince de Soubise , Capitaine-
Lieutenant
806 MERCURE DE FRANCE
Lieutenant des Gendarmes de la Garde du Roy ;
reçu à cette Charge le 11. Novembre 1734. Il étoit
auparavant Guidon de cette Compagnie , depuis le
mois de Mai 1732.
N. Baron d'Efcayeul , qui , étant Lieutenant Colonel
du Régiment du Roy , Cavalerie , avec Commiffion
de Mestre de Camp , fut fait Enfeigne des
Gardes du Corps dans la Premiere Compagnie au
mois de Mars 1733. Il en devint Lieutenant au
mois d'Avril 1735 .
Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly , Duc de Picquiny
, Pair de France , d'abord Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , par Commiffion du 22. Juillet
1731. puis Cornette des Chevau- Legers de la Garde
du Roy au mois de Mai 1733. & enfin Capitaine- Lieutenant
de cette Compagnie , par la démiffion dų
Duc de Chaunes , fon Pere , le 19. Fvrier 1735 .
BRIGADIERS DE DRAGONS.
Henri -Claude Chevalier d'Harcourt , Meſtre de
Camp d'un Régiment de Dragons , par Commiffion
du premier Septembre 1728.auparavant Cornette de
la Compagnie des Chevau- Legers de Berri . Il eft frere
du Duc d'Harcour , du Comte de Beuvron , &
de l'Abbé d'Harcourt.
N. de la Pierre , Marquis de Fremur , Maloüin ,
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment Colonel
Général des Dragons , par Commiffion du 27. Fevrier
1717. & auparavant Capitaine dans ce kégiment.
Jean - Baptifte Fleuriau , Marquis d'Armenonville,
Gouverneur & Grand Bailly de Chartres , Bailly
d'Epée de Bar fur Seine , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons , par Commiffion du 14,
Décembre 1727.
Louis Marquis de Baufremont , Gouverneur de
Seiffel
AVRIL: 1749. 807
Seiffel , Meftre de Camp d'un Régiment de Dra
gons , par Commiffion du 4. Decembre 1730 .
Michel Chamillart , Comte de la Suse , au Maine,
Grand Maréchal des Logis de la Maifon du Roy ,
d'abord Capitaine d'une Compagnie de Cavalerie
au Régiment de Montrevel , au mois de Décembre
1726. puis Meftre de Camp d'un Régiment de Dra
gons , le 3. Mai 1731 .
Antoine - Chrétien Nicolaï , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons , par Commiffion du 2. Juillet
1731. & auparavant Capitaine dans le même
Régiment .
André- Hercule de Roffet , Duc de Fleury , Pair de
France , Seigneur de Floranges , fucceflivement
Enfeigne dans le Régiment d'Angoumois le 4. Août
1726. Lieutenant dans le même Régiment le 11.
Fevrier 1727. Lieutenant dans celui de la Marine le
15. Fevrier 1728. Capitaine dans le même Comps
le 2. Fevrier 1730. Colonel de celui d'Angoumois
le 27. Decembre 1731. & enfin Meſtre de Camp
du Régiment Royal Dragons le 10. Mars 1734.
Sénéchal de Carcaffonne , de Limoux & de Beziers
le 24.Juin fuivant , & Gouverneur d'Aigues- mortes,
en furvivance le 2. Septembre de la même année.
DISPOSITION des Régimens vacans
par la Promotion du 15. Mars 1740.
faite le même jour.
INFANTERIE.
L'agrément du Régiment de Navarre a été don
ně à Jean- Victor de Rochechouart , Comte de Mortemart
, Colonel de celui de Dauphiné , du 20 .
Fevrier 1734
Celui du Régiment de Piémont , à ..... Am-
I... proux
808 MERCURE DE FRANCE
proux , Comte de la Maiffais , Capitaine dans le Régiment
du Roy , Infanterie , fils de feu Henri Amproux
, Comte de la Maffais & du Parc de Soubife,
Vicomte d'Aulnay & de Chisé , Brigadier des Armées
du Roy , Lieutenant Géneral au Gouverne
ment du Bas Poitou , ci- devant Colonel du Régiment
de l'Isle de France , & Inspecteur Général
d'Infanterie , mort au mois de Janvier 1706. & de
Marie - Anne Frezón , fille d'un Confeiller au Par◄
lement de Paris .
de
Celui du Régiment de Bourbonnois à .... ,
Grammont , Duc de Lesparre , Capitaine d'une
Compagnie dans le Régiment des Gardes Françoifes
depuis le 23 , Fevrier 1738 , & auparavant Gentilhomme
à Drapeau dans le même Régiment depuis
le 13. Novembre 1735.
Celui du Régiment Royal , Infanterie , à François
Michel- Cefar le Tellier , Marquis de Courtanvaux ,
& de Montmirel , Comte de Tonnerre & de la
Ferté - Gaucher , Capitaine- Colonel de la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde ordinaire du
Corps du Roy.
Celui du Régiment de Bigorre , à . . .. Chevalier
de Maupeou , Capitaine dans le même Régiment
fecond fils de René - Charles de Maupeou , fecond
Préfident du Parlement de Paris .
Celui du Régiment de Dauphiné , à .
de Nettancourt
, Comte de Vaubecourt , de la Branche des
Seigneurs de Paffayant & de Neuville , & Gendre
du Maréchal de Puilegur.
CAVALERIE.
L'agrément du Régiment Royal Etranger de Cavalerie,
a été donné à Adrien - Robert de Fremont
d'Auneuil de Charleval , fecond fils de Nicolas de
Fremont d'Auncüil , Sous- Doyen des Maîtres des
Requêtes de l'Hôtel du Roy, Celui
AVRIL. 809 1745.
- Celui du Régiment d'Ancezune , à .... le Vi
Comte, Comte de Rumain, dans l'Evêché de S. Brieux,
en Baffe Bretagne , Major du Régiment de Cavalerie
de Rohan , ci- devant Villars , qui a épousé
le 20. Mai 1739. la Dlle Butaut de Marzan , Soeur
de la Comteffe de Lorges.
Celui du Régiment de Gêvres , à . . . . Marquis
de Clermont-Tonnerre , fils de Gafpard de Clermont,
Marquis de Vauvillars , dit de Clermont , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant Géneral de fes
Armées , Meſtre de Camp Géneral de la Cavalerie
Legere de France , & Gouverneur de Béfort , en
Alface.
Et celui du Régiment de Randan , à .... Fou
quet de la Bouchefoliére , fils d'un Conſeiller au Parlement
de
Bretagne .
Les CHARGES Vacantes dans la Gendarmerie
par la Promotion du 15. Mars 1740. ont
été remplacées ainsi qu'il suit :
COMPAGNIE S.
Celle des
Gendarmes Anglois , qu'avoit Paul- Jemôme
Phelypeaux , Marquis de Pontchartrain , fair
Maréchal de Camp , a été donnée à Alexandre de
Saint Quintin, Comte de Blet , Capitaine-Lieutenantdes
Chevau-Legers d'Anjou, depuis le 20. Mai 1734.
Celle des Gendarmes de la Reine , qu'avoit François-
Louis-Martial de Montiers , Comte de Merinville
, fait Maréchal de Camp , à Cefar- Gabriel de
Choijeul , Marquis de Choiseul-la Riviere , Capitaine
Lieutenant des Chevau- Legers de Bretagne ,
mois d'Avril 1738.
Celle des Chevau-Legers de Bretagne , à Marie-
Charles- Antoine de Faudoas , Marquis de Canisy-
I ij
Fandoas
10 MERCURE DE FRANCE
Faudoas , Sous- Lieutenant de celle des Chevau-Legers
de la Reine , depuis 1734. & auparavant pre
mier Cornette des Chevau- Legers Dauphins .
Et celle des Chevau-Legers d'Anjou , à ... d'Hallencourt
, Marquis de Dromenil , Sous- Lieutenant de
celle des Gendarmes Bourguignons , depuis le mois
de Janvier 1735. & auparavant premier Cornette
des Chevau Legers de la Reine.
SOUS - LIEUTENANS .
Celle de la Compagnie des Gendarmes Bourgui
gnons , à Comte de Poulpry , Enseigne des
Gendarmes d'Anjou.
•
Celle des Chevau - Legers de la Reine , à Jacques-
Philipe-Sebaftien le Preftre , Comte de Vauban , Enfeigne
des Gendarmes de Flandres , & auparavant
Guidon des Gendarmes d'Orleans .
Celle des Chevau-Legers de Bretagne , à François-
Armand de Montiers , Marquis de Merinville ,
Comte de Rieux , Baron des Etats de Languedoc ,
Gouverneur de la Ville & Diocèſe de Narbonne
Enſeigne des Gendarmes de Bretagne , du 25. Mars
1734. & auparavant Capitaine de Cavalerie.
ENSEIGNES CORNETTES ET GUIDONS.
>
L'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Flandres , à .... de Lancy , Chevalier de Raray ,"
fecond Cornette des Chevau-Legers de Bretagne, du
25. Mars 1734.
Celle des Gendarmes de Bretagne , à ... Marquis
de Folleville , fecond Cornette des Chevau-
Legers Dauphins.
·· • Et celle des Gendarmes d'Anjou , à Mar
quis de Lesperoux , Guidon de celle des Gendarmes
de Berry.
La Place de fecond Cornette de la Compagnie
des
AVRIE 1740
des Chevau-Legers Dauphins, a été donnée à Eus
tache-Louis le Veneur , des Seigneurs de Ceffeville ,
Cadets des Marquis de Tillieres , apellé le Comte
le Veneur.
Ceile de Guidon de la Compagnie des Gendar
mes de Bretagne , vacante par la nomination de....
Marquis de la Guiche- Sivignon , à la Charge de
Meftre de Camp-Lieutenant du Régiment de Con*
dé , Cavalerie , à .. ... d'Audibert , Chevalier de
Luffan , frere du Colonel du Régiment de la Sarre
qui vient d'être fait Brigadier.
Celle de fecond Cornette de la Compagnie des
Chevau-Legers de Bretagne , à ..... Marquis de
Beauvau- Lescherolle.
Et Celle de Guidon de la Compagnie des Gen
darmes de Berry , à ..... de Salignac , Marquis
de Fenelon , fils du Chevalier des Ordres du Roy ,
& Ambaffadeur en Hollande.
B
14
MORTS , BAPTESMES ,
& Mariages.
Arthelemy Marquis de la Valette- Parifot , Chef
du Nom & Armes de la Maifon qui a donné
un des plus fameux Grands - Maîtres de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem , qui fit bâtir la Ville de la
Valette à Malthe , & un Chevalier des Ordres du
Roy fous le Regne d'Henri III . duquel Jean -Louis
de la Valette , Duc d'Epernon , prétendoit defcendre
, eft mort dans fes Terres en Quercy le 22.
Fevrier dernier , âgé de 84. ans. Il avoit fervi
avec diſtinction dans les Guerres de Piémont , où
il avoit été honoré de plufieurs Commandemens
I iij dans
812 MERCURE DE FRANCE
dans les Places de Figuieres & autres, étant Lieua
tenant - Colonel du Régiment de Bournafel. Il laiffe
trois garçons , Jean- Baptifte , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Capitaine de Grenadiers
dans le Régiment de Duras ; Charles - Louis , Doyen
de l'Eglife de Montpezat , Député cette année à
PAflemblée Générale du Clergé de la Province
d'Alby , & Jean Louis , Chanoine de Rheims.
Nous avons parlé de cette Maifon dans le Mercure
de Fevrier 1735. à l'occafion du mariage de
Chriftophe Louis Comte de Bullion , avec Antoi
nette de Rouget , qui fe fit à Peyrune , en Rouergue
, à caufe des Alliances qu'il y a entre les Maifons
de la Valette & de Rouget . Helene de Rouget
fut mariée en 1442. à Bernard de la Valette ,
Seigneur des Tolonjac ; Jean de Rouger , Seigneur
de Novialle , comme Seigneur de la Ville de
Fons , époufa en 1561. par Contrat paflé dans le
Château de Parifot , en Rouergue , le 20. Avril
Antoineté de la Valette , fille de Jean de la Valette,
Seigneur de Parifot & de Cornuffon , qui étoit
Sénéchal & Gouverneur de Toulouze ; jean de
Rouget , Seigneur de Novialle & de Fons , fut marié
par Contrat du 18. Avril 1599. à Suzanne de la
Valette , fille de Jean de la Valette , Seigneur de
Majac , de la Branche de Cornuffon , dont étoit le
fameux Grand-Maître de Malthe en 1557. mort en
1568. qui a fait bâtir la Ville de la Valette à Malthe.
Les Armes de la Maifon de la Valette , font de
Gueule au Gerfaut d'argent au pied levé , parti de
Gueule au Lion d'or ; pour Cimier , un Bras armé,
pour Devife : Plus quam valorem valeta Valette .
La Maifon de Rouget porte pour Armes , de Gueu-
Je au Roc d'Echiquier d'or , écartelé d'azur , à la
Rofe d'argent de fix feuilles , ainsi qu'on les voit
posées dans l'Eglife de Tolonjac en 1432. Sculptées
Lun
AVRIL 1740 815
fur la clef de la voute de la Chapelle des Seigneurs
de Rouget , dans l'Eglife Paroiffiale de Villeneuve,
en Rouergue.
Les. Mars , François Poterat , de la Ville de
Troyes , l'un des douze Confeillers Maîtres d'Hôtel
du Roy , fervants par quartier, mourut à Paris , âgé
de 56. ans , laiffant deux filles de feue Marie- Anne
Mongin de Richebourg , fa femme , morte depuis
environ un an . Le défunt étoit frere de Pierre Poterat
, Confeiller au Grand Confeil , où il a été reçû
le 17. Fevrier 1720. & de Claude Poterat , Chevalier
des Ordres Royaux & Militaires de S. Louis ,
& de S. Lazare de Jerufalem , & Capitaine au Régiment
de Cavalerie d'Orleans.
Le 7. Jean - Louis de Leftendart , Marquis de Bully,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
Gouverneur de Neufchâtel , en Normandie , & cidevant
de Menin , en Flandres , mourut à Paris dans
la 68. année de fon âge , étant né le 26. Août 1672 .
Il avoit été Cornerte de la Compagnie des Chevau
Legers de Berri en 1691. puis Sous Lieutenant de
celle des Gendarmes de Berri en 1699. Il eut au
mois de Mai 1701. la Commiffion de Meftre de
Camp de Cavalerie , & au mois d'Avril 1704. il
obtint le Gouvernement de Menin , & la Croix de
l'Ordre de S. Louis. Il perdit fon Gouvernement
de Menin par la prise de cette Place , qui fe rendit
le 22. Août 1706. aux Anglois & Hollandois , après
18. jours de tranchée ouverte. Il étoit fils de feu
Jean Louis de Leftendart , Marquis de Bully , &
de feue Chrétienne Tardieu de Maleyffie ; & il
avoit épousé en premieres noces au mois d'Août
1698. Marguerite de Montfort , veuve de Henri-
Alexandre de Fautereau , Marquis de Meinieres , &
fille de Dominique de Montfort , Seigneur de Ste
Foi , Marquis de Tourny , Maître des Requêtes or
Į üiij dinaire
ร
$ 14 MERCURE DE FRANCE
-
•
dinaire de l'Hôtel du Roy , auparavant Confeiller
au Parlement de Normandie , mort le 19. Octobre
1693. & de ... Bertaut. Le Marquis de Bully
s'étoit remarié au mois de Mai 1737. avec Marie
– Geneviève - Gabrielle - Nicole de Grouches ,
fille de Nicolas- Antoine de Grouches , Marquis de
Chepy , Maréchal des Camps & Armées du Roy' ,
& Infpecteur de Cavalerie ; & de Genevieve Becquin
, mais il n'en laiffe point d'enfans , non plusque
de fa premiere femme.
laif-
Le même jour , Armand Gabriel de Crux , Seigneur
Marquis de Montaigu , de Vieille - Vigne , de
Grand-Lieu , ancien Colonel d'Infanterie , mourut
dans fon Château de Montaigu , en Poitou ,
fant pour fille unique & feule héritiere la Comteffe
de Mortemart , comme on l'a déja ci - devant
marqué , en raportant la mort de la mere de cetre
Dame dans le Mercure de Mars 1739. p . 611 .
Le 1. Charles - Jean de la Fond , Seigneur de la
Ferté- Lazenay , la Beuvriere , & Marquis de Paudy
en Berri , Seigneur Patron du Breüil , & d'Ouillyle-
Vicomte en Normandie , Baron d'Oulmes en
Poitou , de Criqueville & de Victor en Normandie,
Confeiller au Grand Confeil, où il avoit été reçû le s .
Decembre dernier , mourut à Paris , âgé de 20. ans,
trois mois , & quelques jours , fans avoir été marié
Il étoit fils unique de feu Claude - Adrien de la
Fond , Seigneur de la Ferté - Lazenay , la Beuvriere ,
Marquis de Paudy &c . ci- devant Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roy ; mort le 17 Juillet 1726. à
l'âge de 46. ans , & de D. Marie Anne Louite- Célefte
de la Riviere de Ploeuc de Paulmy , fa veuve .
Il avoit recueilli en 1734. la riche fucceffion de
Jeanne- Philipe Bence , fon ayeule Paternelle , Baronne
d'Oulmes , Dame de Criqueville , du Breüil ',
&de Victor , veuve de Claude de la Fond , Seigneur
de
AVRIL. 1740 815
de la Beuvriere , S. Georges , Lazenay , Diou , Paudy
, & la Ferté en Berri , Limesy , Brunville en
Normandie , & des Laiffes , près de la Rochelle ,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , & Intendant
en differentes Provinces , mort le 23. Avril 1719 .
Son petit-fils, qui vient de mourir , laiffe pour heritiers
du côté & ligne des la Fond, Marie - Henriette le
Hardy de laTrouffe, veuve depuis le 4.Octobre 1698 .
d'Amedée Alphonse del Pozzo , Prince de la Cifterne ,
dans l'Aftefan , Marquis de Vogliere , en Piémont ,
Grand Veneur & Grand Fauconier du Duc de Savoye
&c. comme fille unique de Philipe- Augufte le
Hardy , Marquis de la Troufle , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général de fes Armées
& Gouverneur d'Ypres , & de Marguerite de la
Fond,foeur de l'ayeul de celui qui vient de mourir ;
& du côté & ligne des Bence, D. Marie - Antoinette
Jacquier , veuve depuis le 29. Juillet 1693. de Joseph
d'Efpinay , Seigneur de Ligneris , Lieutenant
des Gardes du Corps du Roy, Maréchalde fes Camps
& Armées , & Gouverneur de Peronne , Montdidier
& Roye ; & Hugues - François Jacquier
frere de cette Dame , Seigneur de Villeblevin & de
Bobigny , comme enfans de François Jacquier , &
de Philipe de Chastillon , fa femme , foeur de Jeanne
de Chastillon , femme d'Adrien Bence , & mere
de Jeanne- Philipe Bence , ayeule Paternelle de celui
de la fucceffion duquel il s'agit.
Le même jour,Marguerite- Françoise Huart ,veuve
depuis 30. ans 6. mois de François-Paul Hay , Seigneur
de Bouteville & de la Montagne , mourut au
Château de la Montagne , Evêché de Rennes , dans
Ja 70. année de fon âge. Elle étoit fille de feu
François Huart , Seigneur du Bochet , Confeiller
au Parlement de Bretagne , & de Marie- Anne du
Breil , & elle laiffe trois enfans , qui sont Joachim
LV:
Daniel
$ 16 MERCURE DE FRANCE
Daniel- René Hay, Seigneur de Bouteville, reçû Con
feiller au Parlement de Bretagne, le 26 Août 1723-
d'une & marié avec Marguerite - Anne de Boiseon ,
bonne & ancienne Nobleffe de Bretagne , Maurille→
Pierre Jean Hay de Bouteville , Prêtre , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , du 13. Aoûr.
1732. Chanoine , & premier Dignitaire de l'Eglise
de S. Pierre de Rennes , duquel il a été parlé dans
le Mercure du mois d'Octobre 1731. P. 2469. &
Gervais Hay de Bouteville , Capitaine au Régiment
de Montmorency , fervant actuellement en Corse.
Cette Famille de Hay se vante d'être sortie il y a
plus de 600. ans , de la Famille de Hay , une des
plus anciennes & des plus illuftres d'Ecoffe , dont
étoient les Comtes de Carlisle , & en dernier lieu
les Comtes d'Evrol. Il eft parlé de l'origine de cet-
Famille de Hay , Ecossoise , dans les Dictionaires
de Bayle & de Morery , au mot Hay , & encore
dans le Dictionaire de Moreri , au mot Châtelet ,
l'article du célebre Paul Hay du Châtelet , Conseiller
d'Etat , & l'un des premiers 40. de l'Académie
Françoise , mort le s . Avril 1636. âgé de 43
ans & 5. mois .
Le 14. Jean Baudouin , Sr d'Eftavigny , qui avoit
été Page du Roy en fa grande Ecurie en 1711. &
qui étoit fils de feu Jean Baudouin , Préfident en la
Cour des Aydes de Paris , mort le 16. Octobre
1712. à l'âge de 56. ans , & de Catherine Chevré ,
fa veuve , qui vit encore , mourut à Paris , dans la
47. année de fon âge , étant né le 21. Juin 1693 .
Il avoit épousé au mois de Septembre 1719. la fille
de feu Antoine Daquin, Seigneur de Cafteaurenard,
Conseiller Honoraire en la Grand- Chambre du
Parlement de Paris , & Préfident au Grand-Conseil,
veuve d'Anne de Balene , Seigneur de Boisbeton , le
Pomeray, & le Fay, Ecuyer ordinaire de la Duches
Se
AVRIL
817
1740.
se Douairiere d'Orleans , & Gouverneur de Pontsur-
Yone. Il en laiffe des enfans .
Le même jour , Dominique -François Hamon des
Roches , Clerc tonsuré du Diocèse de Paris , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de S. Georges des
Bois , Ordre de S. Auguftin , Diocèse du Mans , qui
lui fut donnée au mois de Janvier 1721. Prieur de
Chaumont fur Loire , & auffi Penfionaire de 800 .
liv . fur l'Evêché de Saint- Pons , mourut à Blois
dans la 78. année de fon âge , étant né le 4. Juin
1662. Il étoit fils de Jean Hamon , Sr des Roches
Exempt des Gardes du Corps de Gafton Fils de
France , Duc d'Orleans , puis Maître d'Hôtel de
Marguerite de Loraine , Ducheffe Douairiere d'Orleans
, & Commandant fes Gardes Françoiſes & Suif
fes , & de Marguerite Hache .
Le 17. D. . . . . le Gorlier de Verneüil , veuve
de Georges Thierri Fagnier de Viaixnes , Seigneur
du Breuil , ancien Lieutenant Général , & Préfident
du Bailliage & Siége Préfidial de Châlons en Champagne
, dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1735. Vol . 2 . page 1437. mourut à Paris
fans enfans .
D. Magdeleine d'Audibert , époule de Timoleon
Guillaume Parfaict , Chevalier Seigneur de Fontenay,
avec lequel elle avoit été mariée au mois
d'Avril 1697. mourut à Paris le 19. Mars 1740.
âgée de 69. ans & huit mois , laiffant deux fils. Elle
étoit fille de Pierre d'Audibert, Ecuyer Seigneur de
- Favas , & de Catherine Sire.
Le 20. Jacques- Etienne Hallée , Confeiller au
Grand Confeil , où il avoit été reçû le 5. Mai 1719.
mourut, âgé d'environ 48. ans . Il étoit fils d'Etienne
Hallée , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sécretaire du Roy honoraire , & ci- devant Premier
Commis du Trésor Royal , & de feue Françoise
I vi Lazure
;
818 MERCURE DE FRANCE
Lazure , fa premiere femme , morte le 25. Fevrier
1703. & il avoit épousé au mois d'Octobre 1719 .
Magdeleine Pellé , morte à l'âge de 32. ans , le 240
Juin 1726. Elle étoit fille d'Edme Pellé , Conseiller-
Sécretaire du Roy , & de ses Finances , mort en
1694. & d'Anne le Clerc. Il n'en laife point
d'enfans.
Le 21. Chriftophe de Braque , Comte de Loches,
Seigneur de S. Brice , la Motte , Châteauvert , ancien
Capitaine , Exempt des Gardes du Corps du.
Roy , mourut en fa Terre de S. Brice , dans la 76 .
année de fon âge , étant né le 4. Juillet 1664. Son
corps fut aporté le 23. au soir à Paris , & inhumé
dans la Chapelle de fa famille , en l'Eglife des PP .
de la Merci , apellée autrefois la Chapelle de Braque,
fondée par ceux de cette famille dans le XIV . siécle,
comme on l'a déja plusieurs fois remarqué , & en
dernier lieu dans le Mercure de Novembre 1739..
page 2719. à l'occasion de la mort de Paul- Benoît
de Braque , Seigneur du Luat , frere puîné du Comte
de Loches. Ils étoient fils l'un & l'autre de Fran--
çois de Braque , Comte de Loches , Seigneur du
Luat , Châteauvert , la Mothe , S. Brice , & c. Chef
du Confeil , & Surintendant des Maison & Finances
de Marguerite de Loraine , Ducheffe Doüairiere
d'Orleans , mort le 28. Fevrier 1691. & d'Elilizabeth
de la Barre , morte le 7. Septembre 1701.
Le Comte de Loches , qui vient de mourir , avoit
été Page du Roy en fa grande Ecurie en 1680. Depuis
il fe trouva en qualité de Volontaire au Bom◄
bardement d'Alger ; & au retour de cette expedition
, il entra dans la seconde Compagnie des
Moufquetaires , & fut fait enfuite Capitaine de
Dragons dans le Régiment Dauphin . Ce Régiment
s'étant trouvé du nombre de ceux qui furent envoyés
au secours du Duc de Savoye en 168.6 pour
soûmete
AVRIL: 1740.
soumettre les Vaudois de la Vallée de Lucerne , le
Comte de Loches se distingua dans cette expédition
, & à son retour en France , le Roy lui donna
un Bâton d'Exempt de fes Gardes du Corps . Il avoit
été marié le 27. Decembre 1698. avec Marie- Therefe
de Guiry , fille d'Hector de Guiry , Seigneur
de Roncieres , Lieutenant Général de la Province
& Pays d'Aulnis , & Capitaine des Tours , de la
Chaîne , Port & Havre de la Rochelle , & de Claire
Guillory. Il en avoit eu plufieurs enfans , qui
font morts jeunes , auffi -bien que Marie-Therese
de Braque , leur fille , qui avoit été mariée le 8 .
Fevrier 1720. avec Maximilien-Bruno-Joseph Foreſt,
Seigneur du Coudray & de Bellefontaine, & laquelle
mourut trois ans après.
Le 23. D. Gabrielle- Victoire de Rochechouart ;
veuve fans enfans , depuis le 5. Août 1911. d'Alphonse
de Blanchefort de Bonne de Crequy , dernier
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , Comte
de Canaples , avec lequel elle avoit été mariée le
12. Septembre 1702. mourut à Paris , âgée d'environ
69. ans. Elle étoit soeur de Louise- Françoise
de Rochechouart, Abbeffe de Fontevraud , & derniere
fille de Louis-Victor de Rochechouart , Duc de Vivonne-
Mortemart , Pair , Maréchal , & Général
des Galeres de France , Gouverneur de Champagne
& de Brie , mort le 15. Septembre 1688. &
d'Antoinette- Louise de Mesmes , morte le 10
Mars
1709.
黑
Le 27. Pierre- Hector le Guerchois , Seigneur de
Sainte- Colombe , Drozé , Percy , Conelle , la Garenne
, S. Germain , & S. Martin de Vareville , Foucarville
, Averton , Courcité , &c. Confeiller d'Etat
ordinaire , mourut à Paris , âgé de 69. ans & 4
mois. Il avoit été reçû d'abord Conseiller au Parlement
de Rouen le 19. Mai 1691. puis Maître des
Requêtes ,
320 MERCURE DE FRANCE
•
Requêtes de l'Hôtel du Roy , le 4. Avril 1699. I
fut fait Intendant de la Généralité d'Alençon au
mois de Mars 1795. & de Franche Comté au mois
de Juin 1708. Ayant été nommé Conſeiller d'Etat
au mois de Juillet 1717. il quitta son Intendance au
mois d'Octobre suivant,pour venir servir auConseil.
Il étoit second fils de Pierre le Guerchois , Proçureur
Général au Parlement de Normandie , après y
avoir été Avocat Général pendant 28. ans , mort
le 10. Fevrier 1692. & de Barbe de Becdeliévre
de Hocqueville , & il avoit été marié le 6. Septembre
1700. avec D. Magdeleine Daguesseau , soeur
de Henri François Daguesseau , Chancelier de
France , & fille de feu Henri Daguesseau , Conseiller
d'Etat ordinaire & au Conseil Royal des Finances
, & de D. Claire-Eugenie le Picart. Il n'en
laiffe point d'enfans. On a raporté dans le Mercure
du mois d'Août 1734. page 1888. la mort de son
frere aîné , Lieutenant Général des Armées du Roy,
qui avoit été bleffé à la Bataille de Parme .
Che-
Le même jour , Claude la Tour S. Paulet ,
valier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
& ci-devant Lieutenant d'Artillerie , mourut à Saint
Paulet, Diocèse de S. Papoul , Frovince de Languedoc
, âgé de roo. ans.
On mande de Nîmes , que M. de Montfalcot ,
Major Commandant à Nîmes , ci-devant Brigadier
des Gardes du Corps , y étoit mort sur la fin du
mois de Mars , âgé de 106. ans .
On aprend aussi que la nommée Peschet , de la
Paroisse de S. Vigor d'Athis , Diocèse de Bayeux ,
y étoit morte âgée de 110. ans.
Le 2. Avril D. Marie - Louise Bechameil , veuve
depuis le 2. Juillet 1709. d'Artus-Timoleon- Louis
de Cossé , Duc de Brissac , Pair , & Grand Pannesier
de France , Comte de Chateaugiron , de Martigne
AVRIL (1740% 2 萬
rigné-Briant, Marquis d'Ormeilles, de Thouarcé &
de Foy , Baron de Montreuil- Bellay , Brigadier des
Armées du Roy , avec lequel elle avoit été mariée
an mois d'Avril 1692. mourut à Paris , âgée de 79.
ans , & fut inhumée le 4. aux Célestins dans la
Chapelle d'Orleans , lieu de la Sepulture de la Maifon
de Brissac. Cette Dame étoit fille de Louis Bechameil
, Marquis de Nointel , Surintendant des
Maison , Domaine & Finances de feu Philipe ,
Fils de France , Duc d'Orleans , mort le 4. Mars
1703. & de Marie Colbert , morte le 3 Avril 1686.
Elle laiffe trois fils , qui sont Emmanuel - Henri-
Timoleon de Cossé de Briffac , Evêque de Condom
, Abbé de Fontfroide , Diocèse de Narbonne,
& de S. Urbain , Diocèse de Châlons ; Jean- Paul
de Coffé , Duc de Brissac , Pair & Grand Pannetier
de France , Mestre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , & Brigadier des Armées du Roy , marié
avec Marie-Joseph Durey de Sauroy , dont il
des enfans ; & René - Hugues , Comte de Cossé
Mestre de Camp du Régiment Royal Piémont , Cavalerie.
La Duchesse de Brissac , qui vient de mourir
, avoit eu pour fils aîné , Charles Timoleon-
Louis de Cossé , Duc de Brissac , Pair , & Grand
Pannetier de France , mort le 18. Avril 1732. dans
la
40. année de son âge. De lui , & de D. Caterine-
Magdeleine Pecoil , sa veuve , il ne reste que Catherine-
Françoise - Charlotte de Cossé de Brissac fille
unique, qui a été mariée à l'âge de 13. ans , le 25 .
Fevrier 1737. avec Louis de Noailles, Duc d'Ayen ,
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , qui
vient d'être fait aussi Brigadier à la derniere promotion.
Le 6.Jacques- Charles- Alexandre Lallemant,Evêque
de Séez , Abbé Commandataire de l'Abbaye de S.
Martin des Aires, Ordre de S. Augustin, Diocèse de
Troyes
22 MERCURE
DE FRANCE
Troyes , depuis le mois de Juillet 1732. Prieur du
Moustier de Jaligny , & Docteur en Théologie de
Ja Faculté de Paris , du 23. de Mars 1716. & cidevant
Vifiteur Général des Carmelites en France ;
mourut à Paris , âgé d'environ 5o . ans. Il avoit été
nommé le 27. Mars 1728. à l'Evêché de Séez , qui
fut préconisé & proposé pour lui à Rome les 10. Mai & 1. Decembre de la même année . Il
fut sacré le 23. Janvier 1729. dans l'Eglise des
Religieuses de l'Assomption à Paris , par l'Archevêque
de Rouen , son Métropolitain , assisté
des Evêques d'Angers & d'Avranches , & le 30. du
même mois il prêta serment de fidelité entre les
mains du Roy. On a raporté la mort de la Dame
Lallemant , sa mere , dans le Mercure de Fevrier
dernier. •
Le 7. mourut à Dijon Pierre Arnaud de la Brife,
Conseiller d'Etat ordinaire , Intendant de Juftice ,
Police , Finances , & de la Marine , en Bourgogne,
Bresse , Bugey & Gex , dans la 62. année de sou
âge , étant né le 21. Juillet 1678. Il avoit commencé
par être Subftitut du Procureur Général au Parlement
de Paris le 26. Janvier 1697. ensuite il y fut
reçû Conseiller le 27. Janvier 1700. puis Maître
des Requêtes de l'Hôtel du Roy le 18. Avril 1704
Il fut fait Intendant de la Généralité de Caën au
mois d'Août 1709. Il fut transferé à celle de Bourgogne
au mois de Decembre 1711. & fait Conseilfer
d'Etat de Semeftre le 27. Janvier 1723. ayant
obtenu une expectative pour cette Place dès le mois
de Juillet 1721. Il venoit d'être fait Conseiller d'Etat
ordinaire par Brevet du 30. Mars 1740. Il étoit fils aîë
né d'Arnaud de la Briffe, Marquis de la Ferriere , en
Brie , Procureur Général du Parlement de Paris ,
mort le 24 Septembre 1700 .
âgé de SI. ans , & de
Marthe- Agnès Potier de Novion , fa premiere:
fem
AVRIL. 1740. 823
femme , morte le 28. Mai 1686. & il avoit épousé
au mois de Fevrier 1703. Françoise Marguerite
Brunet , fille de feu Paul - Etienne Brunet , Seigneur
de Rancy , Conseiller Sécretaire du Roy & de ses
Finances , & l'un des Fermiers Généraux de S. M.
& de Géneviève Colbert. Il en laiffe six enfans ,
qui font , Soeur Marguerite de la Briffe , Religieuse
Chanoineffe de S. Auguftin , au Convent de Picpus,
Fauxbourg S. Antoine à Paris ; Louis Arnaud de la
Briffe , Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , &
Président au Grand Conseil , qui vient d'être nommé
à l'Intendance de Caen , & qui a épousé en
1736 Magdeleine Thoynard , fille de Barthelenti
Thoynard , Fermier Général , & de Marie de Saint-
Pierre , de laquelle il a un fils & une fille ; Arnaud-
Gilles de la Briffe , apellé le Chevalier , Lieutenant
au Régiment des Gardes Françoises ; Marguerite-
Genevieve ' de la Briffe, veuve de Charles de Choiseul,
Marquis d'Esguilly, Capitaine de Cavalerie ; Henri-
François de la Briffe , Prêtre du Diocèse de Bayeux,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , Abbé de
N.D. d'Obasine,Ordre de Cîteaux, Diocèse de Limoges,&
Vicaire Général du Diocèse de Dijon ;&Marie-
Victoire de la Briffe , mariée en 1732. avec Claude-
François Roux Deagent de Pontherieu , Comte
de Morges , & d'Alliere , Chevalier d'Honneur au
Parlement de Grenoble , duquel mariage sont nés
deux garçons & deux filles . M. de la Briffe , qui
vient de mourir , a été universellement regretté ,
particulierement dans la Province de Bourgogne .
dont il a exercé l'Intendance pendant 28. ans , avec
toute l'integrité poffible .
On mande de Ste Pereuse dans le Nivernois ,
Terre apartenante au Comte d'Aunay , que le nom
mé Beautemps , Vigneron , & sa soeur Catherine' ,,
Y étoient morts depuis peu , le premier âgé de 108;.
ans
24 MERCURE DE FRANCE
ans ,ayant travaillé dans les champs jusqu'à la veille
de fa mort ; & sa soeur âgée de 105. ans .
Le 12 , mourut à Paris Zacharie Titon de Chaman;
Seigneur de l'Ormois , Conseiller du Roy en son
Grand Conseil , âgé de 40. ans , sans avoir été ma
rié. Il étoit le troisiéme fils de Jean - Jacques Titon,
Seigneur du Pleffis , & c. Conseiller du Roy , Maî
tre ordinaire en sa Chambre des Comptes , & c.
mort le 6. du mois précédent , & dont on a fait une
mention plus étendue dans le Mercure du mois de
Mars dernier ,
P. 612 .
Le 16. Jean Aniffon , Seigneur de Hauteroche .
Conseiller Honoraire en la Grand' - Chambre du
Parlement de Paris , & l'un des quatre Intendans du
Commerce , Charge dont il avoit été revêtu au
mois de Juin 1724. lors de sa création , mourut à
Paris , âgé de 62. ans . Il avoit été reçû Conseiller
au Parlement à la quatrième Chambre des Enquê
tes le 30. Avril 1704. & il étoit monté à la Grand'
Chambre le 29. Juillet 1732. ensuite dequoi il s'étoit
defait de sa Charge , & avoit obtenu des Lettres
d'Honoraire. Il étoit fils de Jean Aniffon , Seigneur
de Hauteroche , Chevalier de l'un des Ordres du
Roy , Député au Conseil du Commerce , ci -devant
Directeur de l'Imprimerie Royale du Louvre , &
auparavant célebre Libraire , & Imprimeur à Lyon,
mort le 13. Novembre 1721. âgé de 77. ans , & de
Jeanne Rigaud , morte le 19. Avril 1694.
Le 20. Charles Louis-Henri Bouchard d'Esparbes
de Lujan , Marquis d'Aubeterre , mourut à Paris ,
dans la 58. année de son âge , étant né le 6. Juin
1682. Il avoit été élevé Page du Roy en fa grande
Ecurie , où il fut reçû le premier Mai 1700. Il entra
en 1703. dans le Régiment du Roy , Infanterie,
où il servit pendant 6. ans , y ayant eu une Compagnie,
Il étoit depuis plufieurs années dans la haute
piere
AVRIL 1740. 829
pieté. Il étoit fils aîné de feu Louis Bouchard d'Es
parbez de Luffan , Marquis d'Aubeterre , Sénéchal
& Gouverneur d'Agenois & de Condomois , & de
défunte Henriette- Dorothée Bouchard d'Aubeterre
, Dame de S. Martin de la Coudre , & de Gemosac
enSaintonge, & il avoit été marié le 1.Mai 1713 ,
avec Marie -Anne - Françoise Jay , ci - devant Dame
d'Honneur de la Ducheffe II . Douairiere de Bour
bon , & fille de Joseph Jay , Seigneur de Montonneau
, en Angoumois , & de Marie-Anne- Françoise
de Ferriere , Dame Champigny , en Mirebalais. Il
en laifle Henry-Joseph Bouchard d'Esparbez de
Luffan , Vicomte d'Aubeterre , né le 24. Janvier
1714. Colonel du Régiment de Provence du 154
Avril 1738. & marié avec Marie- Françoise Bou
chard d'Eſparbez de Luffan d'Aubeterre de Jonzac ,
sa cousine , ainsi qu'on l'a remarqué dans le Mers
cure de Juillet 1738. p. 1666. & quelques filles.
Le même jour Jerôme-Joſeph Goujon , Marquis de
Thuisy , Sénechal héréditaire de Rheims , Baron de
Challerange, & de Pacy ,en Valois , Seigneur de S.Re
mi-sur-Buffi,Herpon, Tors - sur-Marne, &c.Maître des
Requêtes honoraire de l'Hôtel du Roy , mourut à
Paris , âgé d'environ 74. ans . Il avoit été Confeiller
au Parlement de Paris , pendant plus de 17. ans , y
ayant été reçû le 14. Décembre 1689. Il fut fait
Maître des Requêtes au mois de Fevrier 1707. Il
s'étoit démis de cette Charge depuis quelques an
nées , et avoit obtenu des Lettres d'Honoraire. Il
étoit fils aîné de Jerôme-Ignace Goujon, Marquis de
Thuify , Sénechal héreditaire de Rheims , Comte
d'Autry , Baron de Pacy , Maître des Requêtes de
l'Hôtel du Roy, & auparavant Conſeiller au Grand
Confeil , mort le 6. Novembre 1704. et d'Anne-
Françoiſe de Nettancourt de Hauffonville , morte
le 21. May 1727. âgée de 80.ans . Elle étoit fille
de
B26 MERCURE DE FRANCE.
de Nicolas de Nettancourt de Hauffonville , Comte
de Vaubecourt , Baron d'Orne , et de Choiſeul ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , et am
Gouvernement des Villes et Evêchés de Mets et de
Verdun , Gouverneur de Châlons ; et de Charlotte
le Vergeur S. Souplet , fa premiere femme , Dame
de Chalerange , et de Pacy. Le Sieur de Thuisy ,
qui vient de mourir , avoit été marié le 28. Fevrier
1702. avec Marie- Louise Melanie le Febvre de
Caumartin , morte le 5. Janvier 1717. cinquiéme
fille de Louis-François le Febvre , Seigneur de Caumartin
, Confeiller d'Etat ordinaire , et Intendant
en Champagne , et de Catherine-Magdeleine dé
Verthamon , fa feconde femme . Il en laiffe deux
Fils , qui font Jerôme-Charles Goujon , à préfent
Marquis de Thuisy , Sénéchal hereditaire de Rheims;
reçû Confeiller au Parlement de Paris , et Commis .
saire aux Requêtes du Palais à la feconde Chambre
Je 9. Jun 1728. et Louis-François Goujon de Thuisy,
Baron de Pacy, auffi reçû Confeiller au même Par-
Tement , à la cinquiéme Chambre de Enquêtes , le
28. May 1737. On a raporté le Mariage de ce dernier
dans le Mercure de May 1737. page 1043.
On mande de Châlons , que la Dame Choifin ,
Epoufe d'un Tréforier de France de la même Ville ,
étoit accouchée d'une fille , qui a été portée à Vertus
, pour être tenue fur les Fons de Baptême par
M.de la Mothe, Maréchal de Camp, & par la D. le
Maître , trisayeule de l'Accouchée , étant âgée de
99. ans & ro. mois . L'Abbé le Maître , fils de cette
Dame , & grand-oncle de la Mere de l'Enfant , à
fait la cérémoie du Baptême.
Le 29. du mois paffé , Jacques Bertrand de Sce
peaux , Marquis de Beaupreau , Seigneur de la Ro
shenoyant, &c. Colonel du Régiment Lionnois
fils
A VR 1 L: 1740. 827
Als de Guy- Michel de Scepeaux , Seigneur de la
Rochenoyant , de la Gravoyere , & de la Corbiniere
, en Anjou , mort le 29. Juin 1720. & de Magdeleine-
Marguerite Chotard , fut marié avec Dile
Elizabeth- Louife Duché , fille unique de Jean - Baprifte
Duché , Seigneur de Paffy , en Brie , Chevalier
d'Honneur au Bureau des Finances de la Rochelle ,
& de Marie Mouchard.
Le 30. Louis -François du Pouget , Comte de Na
daillac , Baron de la Farge , Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Chabrillant , fils de François
du Pouget , Marquis de Nadaillac , Seigneur de la
Villeneuve , le Roc , Cufor , &c. Gentilhomme :
d'une ancienne Nobleffe du Pays de Quercy , & de
défunte Dame Aimée - Léonore de Plas , épousa Dlle
Adelaïde-Claude- Françoife du Pille , âgée de 19.
ans , fille de Jacques- André du Pille , Vicomte de
Monteil , Baron de la Boffe , Tréforier Géneral de
l'Ordinaire des Guerres , de la Gendarmerie , & des
Troupes de la Maiſon du Roy , & de D. Marie-
Anne-Chriftine Rollot de la Tour,
Le 7. Avril François, des Comtes de Baschi, Comte
de Baschi- Saint - Efteve , fils de Daniel, des Comtes
de Baschi , qui obtint du Roy en Novembre 1715 .
l'Erection en Comté des Terres de Saint Efteve
Thoard , Barras , Tournefort , situées dans les
Diocèses de Digne & de Gap en Provence, qui avoit
été Capitaine dans le Régiment d'Esclainvilliers , &
qui mourut à Thoard le 13. Novembre 1717 , & de
Jeanne de Juge, Dame de la Roche & de Vofve , en
Orleanois , sa veuve , épousa Charlotte - Victoire
le Normant , fille d'Hervé-Guillaume le Normant,
Tréſorier Géneral des Monnoyes de France , & de-
Elizabeth Francini , & Niéce de Charles-Jofeph le
Normant, La Généalogie de la Maifon de Baschi
Le trouve dans le Dictionaire de Moreri , depuis l'Edities
828 MERCURE DE FRANCE
dition de 1725. fous l'Article Aubaïs , & les Ance
tres du Comte de Baschi y font raportés jusques à
Charles de Baschi , Seigneur de Saint - Efteve , qui
époufa Marthe de Reynard , & qui fut Pere de Balthafard
de Baschi , Seigneur de Saint-Eſteve , Major
du Régiment de Cavaletie du Baron d'Aubaïs, mort
le 20. Mars 1659. & de Suſanne de Montcalm de
Saint Veran , morte le 2. Décembre 1695. & grand
peré de Daniel , des Comtes de Baschi , Pere du
nouveau Marié. La Généalogie de le Normant fe
trouve dans le premier Volume de l'Armorial du
fieur d'Hozier. Elle eft auffi raportée par la Thau
maffiere , dans fon Hiftoire de Berry , p . 1093. mais
nullement fûre & peu exacte.
L'Hyver , qui a été fi long & fi rigoureux en Fance &
dans toute l'Europe , fe fait encore fentir à Paris à la
fin d'Avril & au commencement de Mai ; perſonne
n'a encore quitté les habits qu'on portoit au mois
de Janvier , ni le Manchon ; on n'a pas ceflé d'avoir
bon feu chés foi , & l'on voit encore les pauvres
en allumer dans les rues & dans les carrefours pour
fe fecher & fe foulager du froid extrêmement fenfible
, caufé par une pluye abondante , mêlée d'une
grande quantité de neige , de grêle & de frimats.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur de Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'Avril , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Mai 1740 .
HARDION.
TABLE
P
TABL E.
IECES FUGITIVES . Argant & Tancrede , Can
tate ,
Lettre de M. Maillart , fur le Franc - Aleu ,
Cantatille , &c.
617
621
622
IV. Lettre , sur les abus introduits dans la Typo →
graphie , & c.
Vers sur un Déjeuner ,
Pour faire estimer la Vertu , &c.
Sonnet , Bouts . Rimés remplis ,
625
632
634
639
Réponse au Dialogue sur la Question , si les anciens
Gaulois parloient Grec ,
Colloque de deux Paysans , Bouts - Rimés ,
Extrait de Lettre sur les Flambards , & c,
Le Libertin converti , Poëme
640
6591
660
663
Lettre de Dom Jacques Duval , sur l'Hiftoire du
Nivernois ,
Eglogue ,
Lettre sur les Révolutions de Hongrie ,
La Brebis & le Chien , Fable ,
670
680
685
694
695
698
699
Lettre sur les Remedes pour la Pierre & l'Hydropisie
,
Remerciment en Vers à un Médecin ,
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. 70%
La Vie des Hommes Illuftres de la France, &c. 704
Heures nouvelles , ou Exercice de pieté , 734
Livres nouveaux de Médecine , &c.
Programme pour un Traité de Fossiles ou Pétrifi
cations ,
735
737
Lettre d'un Horloger, sur les Cadrans en Email,741
Portraits des Hommes Illustres , &c.
743
Nouvelle
鬓
Nouvelle Carte de Géographie , ou Théatre de la
Guerre d'Espagne ,
Air noté , Musette , & c.
Spectacles , Tragédie d'Edouard , Extrait ,
744
746
748
Clôture des Théatres , Discours prononcés , &
' Oracle , petite Comédie nouvelle
Fable , & c .
Rentrée du Théatre & Discours ,
Italie , Rome , Venise , & c.
761
765
7.68
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Allemagne, 769
Isle de Corse , Genes , Naples , & c,
Espagne & Grande- Bretagne ,
770
772
774
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 779
Concerts , & c.
Jers à S. E. M. le Cardinal de Fleury ,
784
786
Lettre écrite d'Orleans sur le nouvel Intendant , &
Compliment ,
ibid.
Suplément à l'Article de la Pompe Funebre du Duc
de Bourbon à Enghyen , & c.
Promotion de Maréchaux de Camp , &c.
De Brigadiers d'Infanterie ,
De Brigadiers de Cavalerie ,
De Brigadiers de Dragons ,
des Maréchaux de Camp ,
789
794
799
801
8.06
807
Dispositions de Régimens vacans par la Promotion
Charges vacantes dans la Gendarmerie , remplacées
>
Morts , Baptêmes & Mariages ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
809
811
PAge 626. ligne 27. benefice , lisex , amuse ment.
Ibid. 1. 29. commun , l. vulgaire.
La Chanson notée doit regarder la page 245
Nouvelle Carte de Géographie , ou Théatre de la
Guerre d'Espagne ,
Air noté , Musette ,, & c.
744
746
Spectacles , Tragédie d'Edouard , Extrait , 748
Clôture des Théatres , Discours prononcés , &
Fable , & c .
Oracle , petite Comédie nouvelle
Rentrée du Théatre & Discours ,
761
765
7.68
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Allemagne, 769
Italie , Rome , Venise , & c.
Isle de Corse , Genes , Naples , & c,
Espagne & Grande- Bretagne ,
7,70
772
774
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 779
Concerts , & c.
Jers à S. E. M. le Cardinal de Fleury ,
784
786
Lettre écrite d'Orleans sur le nouvel Intendant , &
Compliment ,
ibid.
Suplément à l'Article de la Pompe Funebre du Duc
de Bourbon à Enghyen , & c.
Promotion de Maréchaux de Camp , &c.
789
794
De Brigadiers d'Infanterie , 799
De Brigadiers de Cavalerie ,
801
De Brigadiers de Dragons ,
8.06
Dispositions de Régimens vacans par la Promotion
des Maréchaux de Camp ,
807
Charges vacantes dans la Gendarmerie , remplacées
Morts , Baptêmes & Mariages ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
809
811
PAge 626. ligne 27. benefice , lisez , amuse
ment.
Ibid. 1. 29. commun , l. vulgaire .
La Chanson notée doit regarder la page
745
DE FRANCE ,
1
DEDIE AU ROY
AVRIL 1740.
URICOLLIGIT
SPARGIT
BIBLIOTHEQUE
S. I.
Les Fontaines
60 - CHANTILLY
Chés
Hapillon
A PARIS ,
SEM
GUILLAUME CAVELIER ;
ruë S. Jacques.
La Veuve PISSOT , Quai de Conty ,
à la descente du Pont- Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais,
M. DCC. XL.
Aves Aprobation & Privilege du Roy.
ROD
SJA
LUC
Son
A VIS.
L
>
'ADRESSE generale eft à
Monfieur MOREAU , Commis au
Mercure vis - à - vis la Comédie Françoife
, à Paris. Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets ca- .
chetés aux Libraires qui vendent le Mereure,
à Paris , peuvent fe fervir de cette voye
pour les faire tenir.
On prie très-inftamment , quand on adreffe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toujours pratiqué , afin d'épargner , à nous
le déplaifir de les rebuter , & à ceux qui
les envoyent , celui , non -feulement de´ne
pas voir paroître leurs Ouvrages , mais
même de les perdre , s'ils n'en ont pas gardé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pays
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaiteront
avoir le Mercure de France de la
premiere
main , & plus promptement , n'auront
qu'à donner leurs adreffes à M. Moreau ,
qui aura foin de faire leurs Paquets fans
perte de temps , & de les faire porter sur
L'heure à la Pofte , on aux Meffageries qu'on
lui indiquera.
PRIX XXX. SaLs.
MERCURE
DE FRANCE ,
DÉDIÉ AU ROT AV
AVRIL. 1740 .
PIECES
FUGITIVES;
en Vers et en Prose.
ARGANT ET TANCREDE.
S.
CANTATE.
Ur les bords du Jourdain , en proye a
ses douleurs ,
Tancrede déteftoit une inhumaine
gloire ,
Pleuroit Clorinde & fa victoire ;
Un souvenir cruel faifoit couler fes pleurs ;
Sous les armes d'Argant cette Amante couverte
A ij
1
618 MERCURE DE FRANCE
Par les coups de Tancrede avoit perda le jour,
Et ce Héros pénétré de fa perte ,
Déploroit en ces mots ſa peine & fon amour ,
Gloire inhumaine , ámbition funefte ,
Faut-il payer fi cher vos barbares faveurs ?
Un deſeſpoir affreux eft,tout ce qui me reſte ;
Du vain espoir de vos honneurs .
Gloire inhumaine , ambition funeſte ,
Faut- il payer fi cher vos barbares faveurs ?
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore ;
Une éternelle nuit nous sépare tous deux
Et me rend le plus malheureux ;
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore ,
Que mon deftin eft rigoureux !
Rien ne peut adoucir l'ennui qui me devore ;
Je ne te verrai plus , cher objet que j'adore,
C'eſt moi , c'eſt ton Amant qui t'a ravi le jour.
Barbare souvenir , vien m'accabler encore ;
Tu ne peux trop venger & Clorinde & l'Amour,
Je
ne te verrai plus , cher objet que j'adore ;
Une éternelle nuit nous sépare tous deux ,
Et me rend le plus malheureux .
On souffre une douleur extrême ,
Lorsque l'on voit l'objet qu'on aime
Paffor
4
A VRIE 612
1740
Paffer fous les loix du trépas ;
Mais , quand le fort inéxorable.
Force d'en être feul coupable ','
Quels tourmens n'éprouve- t-on pas ?
Ah ! ne m'accufe pas , chere ombre ,
Si je ne te fuis point fur le rivage fombre ;
Je me rendrois à mon jufte tranfport ;
Et par ce fer à mes maux fecourable ,
Je finirois mon déplorable fort ;
Mais je fuis trop certain qu'un amour miſerable
Te vengera plus que ma mort.
Argant , que la fureur entraîne' ,
Du malheureux Tancrede interrompt les fanglots ;
Sa tendreffe irritée éclate par ces mots ,
Qu'arrachent de fon coeur fa colere & ſa haine.
Tant de regrets font fuperflus ;
Barbare , Clorinde n'eft plus ,.
Et fon trepas eft ton ouvrage.
Ton fang ou le mien font les pleurs
Que fou ombre attend de ma rage ,
Pour la venger de tes fureurs.
Au fanglant tranfport qui m'anime
Ta mort même ne fuffit pas ;
Pour égaler la peine au crime ,
A iij Jc
20 MERCURE DE FRANCE
Je voudrois , vengeur légitime ,
Sans ceffe enfanglanter mon bras ,
Et n'avoir que toi pour victime .
Il dit. Le fer brille à l'inſtant ;
Tancrede , plein d'un couroux menaçant ,
Opose à son Rival un Rival redoutable ;
• Leurs coups font redoublés , le fang coule à longs
Яots ;
'Argant fe trouble , il tombe , & la fiere Atropos
Arme contre les jours fa main inexorable .
'Amour , tes attraits dangereux
Servent d'écueil au malheureux
Que tu fais paffer dans tes chaînes
Trop excités par les defirs ,
Tu mets un terme à leurs plaiſirs ,
Sans en marquer un pour leurs peines.
P.M.L.C.
M. Fulletot travaille à la Musique.
LET
AVRIL 1740 62
LETTRE de M. Maillart , Avocat au
Parlement de Paris à M. Rafficod ,
Avocat au même Parlement , fur le Frans-
Aleu.
A
Yant , Monsieur , à traiter une question
du Franc - Aleu , j'eus recours au
Sçavant Ouvrage que M. Charles du Molin ,
fe plus diftingué de nos Docteurs François ,
a fait sur la Coûtume de Paris , rédaction de
1510. je trouvai que la matiere du Franc-
Aleu y eft discutée en plufieurs endroits
& fpécialement sur l'Article 46. n° . 12. &
suivans.
Pour exemple des Aleus confiderables ,
insignia Alodia , du Molin y cite ut caftrum
de VILLE ACOUBLEY , apartenant alors à
François de Monceaux , Chevalier , son ancien
Ami , lequel l'y avoit mené au mois de
Septembre 1539. pour recouvrer fa fanté
& d'où il revint à Paris achever cet important
Volume.
J'ai trouvé que Jean de Monceaux , Chevalier
Seigneur de Villacoubley , comparut
au Procès verbal de la seconde rédaction de
la Coûtume de Paris , commencée le 22 .
Fevrier 1580.
M. Antoine Mornac , sur le Digefte 8. 2.
A iiij คน
12
MERCURE DE FRANCE
au Titre de Servitutibus urbanorum prædiorm
Lege 23. m'a deplus apris que le Pratorium
de Villacoubley avoit été acheté par Pierre su
Lac , Avocat au Parlement. J'ai trouvé aufli
Villacoupley , inscrit dans les Tables indicatives
des Lieux régis par la Coûtume de
Paris.
Ignorant la fituation de cette Maison de
Plaisance , je m'adressai à vous , Monfieur ,
pour sçavoir fi elle ne seroit pas mentionnée
dans les
difcuffions laborieuses que vous
avez faites sur les Oeuvres de du Molin , &
qui sont dignes de voir le jour : mais pour
répondre à ma queſtion , vous avez renvoyé
ma curiosité à mes recherches .
Je me crois donc obligé , M. , de vous
communiquer ce que j'ai trouvé sur Viliacoupley.
Le sol de cette Maison exifte dans
la Paroiffe de Velizy , subrogée à celle de
Perfine , dans le Parc de Meudon, au Midi ,'
& proche de la Porte du Parc , nommée de
Trivaux , où sont posés les Relais de Chasse
, quand le Roy en prend le divertissement.
M. de Louvois ayant acquis Meudon ,
acquit auffi Villacoupley , qui étoit à sa bienséance
; le tout eft paffe au Dauphin , Louis
de France , les délices du Royaume , né le
premier
Novembre 1661 & décedé au
Château de Meudon , le 14. Avril 1711 .
,
Vous
AVRIL. 1740. 623
, Vous reconnoiffez par là , M. › que l'ancien
Caftrum , ou Pratorium de Villacoupley,
célebré par du Molin , & Mornac , ne subfifte
plus , & que le terrain fait actuellement
partie du Domaine de Meudon :
Jam feges eft , ubi Troja fuit.
J'ai l'honneur d'être , &c.
Ce 22. Mars 1-740.
CANTATILLE
Chantée à Sceaux le premier jour de Mars
devant S. A. S. Mad. la Duchesse du
Maine , après une représentation de Menzis
koff du Fat puni .
Souveraine de ces beaux Lieux ,
Quel bonheur de chanter tes vertus & ta gloire
Quel plaifir de fe voir inſpirer par les Cieux ,
Pour célebrer ton nom au- Temple de Mémoire !
Digne Sang de nos Rois , des plus fameux Héros ,
Ton génie eſt encore égal à ta naiſſance ;
Immense sans orgueil , sublime avec prudence .
Il étonne, il surprend , même dans son repos;
Jouis dans une paix profonde .
De tes Plaiſirs , de tes Grandeurs ;
A-V
24 MERCURE DE FRANCE
Il est beau de régir le Monde ,
Il eft doux d'enchaîner les coeurs.
Heureux qui vit sous ton empire !
Heureux qui fe rend à ta voix !
Chéris ce que ton coeur t'inſpire ,
Tes voeux feront toujours des loix,
Jojis dans une paix profonde
De tes Plaifirs , de tes Grandeurs ;
Il eſt beau de régir le Monde ,
Il eft doux d'enchaîner les coeurs .
Mais quel Aftre brillant sur tes pas nous éclaire ?
Peut-on le voir sans l'admirer ?
L'Amour sçait dans fes yeux prescrire l'art de plaire.
Hebé , par ses attraits , fçait se faire adorer.
De Minerve vivante image ,
La Gloire eft son suprême bien ;
Et de tant de vertus fon coeur eft l'affemblage ,
: Qu'il eft en tout semblable au tien.
Que de Jeux volent fur les traces ,
Soumis à fes jeunes defirs !
< Préfentés par la main des Graces
Qu'il en va naître de Plaiſirs !
Zéphir même & la jeune Flore
Dans fes voeux trouvent leur devoir ;
Pour
AVRIL:
628 1740.
Pour l'orner ils vont faire éclore
Mille fleurs , leur plus doux efpoir.
Que de Jeux volent fur fes traces
Soumis à fes jeunes defirs !
Préfentés par la main des Graces ,
Qu'il en va naître de Plaifirs
ののね
IV. LETTRE contenant la suite des abus
introduits dans la Typographie , & la suite.
des avis nécessaires pour s'en garantir,
39°.
L
>
Es Maîtres , Monfieur , ne doivent jamais
perdre de vûë le principe géneral qui distingue
la doctrine des yeux , et celle de l'oreille ,
cette attention est nécessaire non feulement pour
les lettres , pour les sons , mais encore pour les
mots et pour les parties du discours . Par exemple
, on donne à l'Enfant les mots unique , coque
je supose qu'il range un , i , que , co , que ; quoique
les yeux de la méthode vulgaire soient contents
ceux de la Typographie ne le sont pas ; il faut mettre
u , ni , qu , e , co , qu , e , parce que la premiere
syllabe est l'u voyele et non la nazale un ,
derniere carte que est le pronom relatif , il faut séparer
que. Les Enfans avec semblables fautes
de pure Typographie font voir leur memoire , ils
se ressouviennent des cartes et des especes qu'ils
ont souvent parcourues dans chaque logette : par
exemple un Enfant mit un jour sur la Table du Bureau
l'interjection ecce en latin , et le mot françois
›
A vj
et la
lent T
626 MERCURE DE ERANCE
Tent , pour la copie du thême , ou du mot dicté
excellent
; on rit de cela , on corrige
l'Enfant
, qui
s'aplaudit
de sa sçavante
faute , et de la correction
& c .
rres ,
•
40°. Un Maître obligé de tirer parti de tout , ne
doit pas négliger de montrer à l'Enfant la maniere
de décomposer le thême , et d'en distribuer les letles
sons , et les mots , nommant le tout à
haute voix avant que de le remettre dans les logettes.
Il faut inspirer de l'ardeur et du goût , mais .
surtout la fidelité et l'exactitude , pour ne pas mettre
dans une logette ce qui apartient à une autre.
Suposé qu'on rencontre quelque carte , qui ne soit
pas à sa veritable logette , sur le champ il faudra
Ja mieux placer. De temps en temps on fera la
revûë du Bureau , et l'on prendra garde que des
mains étrangeres n'y dérangent rien. Il y a des
Enfans très-attentifs à faire obferver cet ordre .
Quand on est pressé de fermer le Bureau , on met
le thême dans la logette magazin , ou bien on aide
à l'Enfant &c. On en trouve qui ne veulent pas
qu'on les aide , ils veulent avoir le plaisir de remettre
les cartes à leurs places , ils craignent que
d'autres ne le fassent pas bien. Les Enfans paresseux
voudroient tous être dispensés de remettre les
lettres dans leslogettes , ils laissent cet emploi à leur
cadet ou à leur cadette, qui attendent ce benefice avec
mpatience. Un bon Maître tire avantage de tout.
41 % Les Parens mieux intentionnés que le commun
pour l'éducation de leurs Filles , trouveront
dans les exercices du Bureau bien pratiqués , des
moyens d'éducation inconnus dans les Ecoles et
dans les Convens. A la honte des hommes et du
siécle , ne tombe- t- on point dans la contradiction ,
quand d'un côté on est indifferent sur l'éducation
des Filles , et qu'ensuite on exige que ces mêmes-
Filles
AVRIL. 1745. A 627
Filles négligées , et devenues Religieuses , donnent
une meilleure éducation que celle qu'elles ont reçûë
, aux Pensionaires qu'on voudra leur confier
Sommes-nous bien aises de ne pouvoir déchiffrer
La Lettre d'une Dame qui nous donne des commissions
? C'est donc faute de bonne éducation , qu'une
Dame parle mal , et qu'elle écrit de même. Comme
il n'y a point de regles sans exceptions , ontrouve
des Dames , dont les Lettres bien pensées ,
bien peintes , et bien ortographiées feroient rougir
un grand nombre d'hommes. On ne fait plus gloire
de Pignorance ; la science n'exclut pas la valeur , ni
Tes bonnes qualités morales. Donc la Méthode du
Bureau Typographique sera d'une grande utilité
pour les Enfans de l'un et de l'autre Sexe , mais
surtout pour les Filles , qui n'ont ni Colleges , mi
Universités ni Régentes .
•
42°. J'ai vû beaucoup de Personnes s'impatien
ter , lorsque l'Enfant lit et compose à rebours les
mots , ou quelques syllables de ces mêmes mots ,
comme s'il lisoit , par exemple , Sirap ou Parsi le´
mot Paris. On ne doit pas y faire trop d'attention ,
parce que d'un côté ou d'autre , c'est lire ; & si l'on
a quelque scrupule là - dessus , il n'y a qu'à obliger
l'Enfant à lire à rebours des lignes entieres , pour
Tui aprendre ce que c'est que lire à rebours , comme
les Hébreux ; cette varieté , bien loin d'être
nuisible , doit fortifier l'Enfant dans la lecture la
plus difficile ; non seulement on doit tolerer à
l'Enfant cette maniere de lire , mais il est encore
bon de faire lire du françois en latin, et du latin en
françois . Cette varieté plaît et instruit , il ne faut
pas se mettre en peine de ce que diront les Gens
prévenus , ennemis de toute nouveauté , et incapables
par eux -mêmes de distinguer et d'apercevoir
les bonnes méthodes.
43
628 MERCURE DE FRANCE
;
43 °. Il est bon que le Maître trouve en arri-
Fant un thême fait sur le Bureau pour le corriger ;
mais le Domestique , ou l'Ami , qui font le thême
pour l'Enfant , lui font un grand tort ils
trompent d'ailleurs le Maître et les Parens. Quand
on va voir un Enfant typographe , il est bon de
lui dicter soi même , pour bien juger des progrès
qu'il fait. Les Parens ne doivent pas se contenter
de voir et d'admirer ce qui est sur la Table du
Bureau , ils doivent se défier des Domestiques ,
et quelquefois des Maîtres ; le plus sûr , est de
dicter soi- même quelques mots à l'Enfant , ou
de lui donner quelques mots écrits sur une carte
pour juger de ses progrès par raport aux yeux , &
par raport à l'oreille.
44. Il est juste d'aider l'Enfant indolent , mol,
et paresseux on doit l'animer , en faisant travailler
quelque autre Enfant pour lui , ou en
faisant soi-même quelques mots , pour l'exciter à
faire de même , et à doubler , ou à tripler la ligne
du même mot , &c . Mais c'est pousser la complaisance
trop loin , que de faire ou faire faire les
thêmes à un autre , de chercher et de fournir les
cartes à l'Enfant typographe . Cet abus le retarde
beaucoup ; c'est même là une des raisons pourquoi
les Enfans des Princes et des grands Seigneurs
avancent moins que les Enfans des simples Bourgeois
, dont l'oreille , les yeux et les mains s'unissent
et s'associent pour l'instruction élémen
taire , sans citer les Enfans , ni ceux qui les environnent
et qui tombent dans le cas ; profitera de
Pavis qui voudra. Les Enfans des Princes ne voudroient
pas qu'un autre dinâ pour eux.
4. L'usage des terminaisons des noms et des
verbes en françois et en latin , dispose peu à peu
Enfant à sentir les parties du discours , et à comprendre
AVRIL 1749. 629
prendre la suite des déclinaisons et des conjugai
sons. Les Maîtres ne sont pas exacts , lorsqu'ils employent
indifferemment les terminaisons du nom
pour celle d'un verbe , ou celle du verbe pour celle
d'un nom Chique carte étant étiquetée , l'étiquette '
instruit l'Enfant ; il est donc important de suivre
Pavis et la leçon de l'étiquette , si on ne veut pas
brouiller les idées de l'Enfant ; par exemple , la terminaison
ique , du mot lirique , ou inique , ne doit
jamais être employée pour le verbe j'indique &c.
46°. Les Enfans , encore plus que les Hommes
aiment la varieté , c'est pourquoi les Maîtres qui
saisissent l'esprit de la méthode du Bureau , donnent
tous les jours de la nouveauté aparente à l'Enfant ,
mais toujours pour la même instruction , par exemple
, un Enfant qui a composé tout au long le mot
immortalitatem sous le mot immortalité , verra avec
plaisir qu'il suffit de mettre la terininaison atem
sous la derniere syllabe du mot françois , il y a beau
coup d'occasions où l'on peut abreger utilement ; ce
seul exemple en doit faire entrevoir quantité d'au
tres dans chaque thême , et sur chaque partie du
discours. La terminaison touge en caracteres manuscrits
, fait plus d'impression à l'Enfant , que si
le mot étoit composé tout au long ; l'experience a
donné lieu à cette remarque.
47° . Le Maître doit préparer à loisir un cours
de petits thêmes pour son Enfant , en suivant l'or
dre du système chronologique et grammatical , indiqué
dans la Préface du Rudiment pratique , et
choisir les phrases et les exemples dans l'Hiftoire
de la Bible , et ensuite dans l'Histoire universelle ,
et relativement à l'âge , à la condition , et aux progrès
de l'Enfant . On peut aussi donner des phrases
Fur le Journal de "' Hôtel de la Ville , de la France
et de l'Europe , car on doit viser à mettre l'Enfant
le
630 MERCURE DE FRANCE
le plûtôt qu'on pourra dans le courant du nouvelfisme
litteraire et politique ; c'est au Maître a bien
choisir , en variant toujours ses thêmes .
*
>
48 ° . Le Public , sans trop aprofondir les principes
de la Typographie , s'est d'abord aperçu , que
pour la lecture et l'ortographe , on n'avoit rien
qui aprochât des Exercices du Bureau typographi
que . On s'est aperçû en même temps , qu'il y a
peu de Maîtres capables de donner des phrases sur
des cartes sans aucune faute d'ortographe ; des
Enfans de cinq à fix ans ont corrigé des Maî
tres de la Méthode vulgaire. Les Parens sont agréa
blement surpris , de voir leurs Enfans sçavoir
mieux l'ortographe qu'eux. Les Maîtres doivent
donc avoir plus d'attention , en écrivant sur des
cartes les thêmes que les Enfans doivent copier
sur la Table du Bureau , et convenir que la Mé→
thode du Bureau est superieure à la Méthode vulgaire.
Tous les Gens sensés et non prévenus , con
viennent de cette verité ; mais la difficulté de trouver
des Maîtres capables de suivre exactement la
nouvelle Méthode , fait qu'on livre ses Enfans à la
Méthode vulgaire.
?
49°. Les Maîtres bien attentifs au progrès de
PEnfant , ne manqueront pas de temps en temps ,
de lui faire lire et arranger sur la Table du Bureau,
des cartes numerotées contenant la suite des
Patriarches , des Pontifes , des Juges , des Rois
d'Israël et de Juda , des Empereurs Romains , des
Papes , des Rois , des Empereurs d'Orient , et
d'Occident ; des suites de Géographie , d'Epoques
et de Chronologies d'Histoire Sainte , d'Histoire
Prophane , d'Histoire Naturelle , de la Fable , enfin
, des suites des Déclinaisons et des Conjugaisons
, après avoir travaillé long- temps sur les
lignes interlinéaires du Rudiment - pratique Ou
surAVRIL.
1740. 631
sur un Texte élémentaire , historique , chronologique
, et grammatical.
50°. Les Maîtres qui aiment tant à endoctriner
les Enfans sur les Regles des Concordances ,
de la Syntaxe , et des Particules , pourront s'exereer
, en les mettant sur des cartes , avec de petits
Exemples , pour garnir les trente logettes du
rang des Regles , quand même ils devroient copier
en latin' et en françois la plupart des Gloses
du Despautere. Pour lors quand l'Enfant fera
quelque solécisme , on lui cherchera la carte contenant
la Regle , qu'on raprochera de la faute,
avant que de la corriger . Il y en a qui copient
les Regles de la Méthode de Port - Royal sur des
cartes , pour les mettre dans Tes logettes , et les
faire lire et relire si souvent à l'Enfant , qu'il
les aprend par coeur , & en fait l'aplication en les
citant.
51 °. Quand l'Enfant aura travaillé affés longtemps
au Bureau et que par l'exercice des themes
inter iréaires il aura apris quelques milliers
de mots latins , on pourra essayer de lui faire
exp iquer ' Evangile de S. Luc , ou les Actes des
Apôtres , et encore , mieux le commencement de
la Genese , en se servant pour la construction de
la touche que j'ai dit inutile dans l'art d'épeler
, à moins que ce ne soit sous la dictée , et
sur le carton élémentaire , ainsi qu'on l'a déja dit
ailleurs. L'Enfant ne verra d'abord que peu de
Versets , et ensuite des Chapitres , qu'il lira en
françois , à la seule inspection du latin.
52° On a déja dit plufieurs fois , que de so. liv.
pesant , la Méthode vulgaire en met 45. sur le dos
de l'Enfant , et 5. sur le dos du Maître . La Méthode
typographique fait le contraire ; elle donne les épines
aux Maîtres , et les roses aux Enfans ; mais si
lcs+
632 MERCURE DE FRANCE
les Parens n'y prennent garde , les Maîtres se re
lâchent , et soupirent quelquefois après les douceurs
et l'oisiveté de la Méthode ' ordinaire , et pour
lors négligent d'écrire de nouveaux thêmes aux
Enfans de leur garnir peu à peu leur Dictionaire
typographique , de leur donner la quantité nécessaire
, pour imprimer des Vers latins avec les brẻ-
ves et les longues , de leur donner sur des cartes
des suites historiques et géographiques à ranger sur
la Table du Bureau &c. J'ai l'honneur d'être &c.
2
VERS adreffés à M. M***** à l'occafion
d'un Déjeuné qu'il avoit proposé par défi à
Mad. Le B **** qu'elle a accepté , chi
par laquelle l'Auteur a été prié de faire un
Remerciment en Vers pour elle , à M.M***
fur fon Déjeuné.
}
FAire un Remerciment en Vers ,
C'eft trop exiger , Uranie ,
Car je n'eus jamais la manie
De mettre pour rimer , mon eſprit à l'envers
Mais fans monter fur le Parnaffe ,
Il faut que je vous fatisfaffe ;
Je fçais bien qu'il m'en' coûtera ;
Qu'importe , Uranie en rira .
Dûffai-je donc encourir la difgrace
Dont peut- être en fecret Apollon me menace ,
Ba
AVRIL.
6339 1740.
En dépit des neuf Soeurs , même en dépit de lui ,
Je prétens rimer aujourd'hui.
De l'aimable Uranie , en qui chacun admire
Ce que vous adorez dans la jeune Themire ,
Ceque plus d'une fois vous nous avez vanté ,
Je veux dire l'Esprit , la Vertu , la Beauté.
M*****, qui poffedez l'heureux talent de plaire,
Recevez donc publiquement
Le fincere Remerciment
Que je fuis chargé de vous faire ,
Et dont , sans autre compliment ,
Je m'acquitte dans ce moment ,
Je vous parle ici fans myſtere ;
C'eft au fujet du Déjeûner
Qu'à l'aimable Uranie il vous a plu donner .. ?
Petits Pâtés , Poularde froide , Olives ,
Voilà les Mets qui flaterent mon goût ;
It s'il vous en souvient , je fus un des Convives
Qui bût très-peu , mais qui mangea beaucoup.
Par *** de Rowen.
POUR
634 MERCURE DE FRANCE
POUR
faire plus eftimer par les Ecoliers
la Vertu diftinguée , que les Talens
diftingués.
Ldre les Enfans qui y sont élevés , d'un
côté
beaucoup plus vertueux & de l'autre
beaucoup plus capables de réuffir dans les
talens des differentes
Profeffions de l'Etat-auquel
ils sont destinés pour augmenter leur
bonheur , & le bonheur de leur Patrie.
Es Colleges sont institués afin de ren
Il eft
incomparablement plus important,
pour augmenter ce bonheur , & pour leur
faire obtenir le bonheur de la vie future , de
cultiver & de fortifier leurs habitudes à tou
tes les parties de la justice & de la charité
, que d'augmenter les talens de leures
· prit.
méchant , l'hom L'homme vicieux
me injuste peut employer ses connoissances
& ses talens à
augmenter ses propres
malheurs & les malheurs de sa Patri ; témoin
Catilina , témoins les autres méchans ,
célebres dans l'Hiftoire ; au lieu que l'homme
vertueux , juste & bienfaisant ne sçauroit
employer ses vertus & ses talens , qu'à
augmenter son propre bonheur , celui de sa
Famille & de sa Patrie.
Ainfi
AVRIL
1740. 635
Ainfi il est très- important que les Précepteurs
& les Régens employent plus
d'heures par jour à fortifier dans les Enfans
les habitudes aux vertus de l'ame , qu'à fortifier
les habitudes aux talens de l'esprit.
Je sçais bien que l'éducation de nos Colleges
peut se perfectionner incessamment
du côté des Maurs , comme du côté des
Talens ; mais nous pouvons commencer à
donner aux Enfans plus d'estime pour les
Vertus que pour les Talens.
PREMIER MOYEN ,
Afin de donner plus
d'émulation aux Ecoliers
de la même Classe , pour devenir plus
vertueux les uns que les
autres ,
il est à propos
de leur proposer tous les mois la premiere
place de la Classe, qui est celle de Dictateur
, & un Prix chaque mois
d'entre eux qui sera nommé par Scrutin ( qui
pour celui
sera fait entre eux & par
écrit entre les mains
du Régent pour avoir été pendant le mois
le plus juste & le plus sage
c'est-àdire
le plus doux , le plus pieux , le plus po
fi , le plus indulgent , le plus modeste , le
plus
pardonnant, pour plaire à Dieu ; & qui
aura été le moins
pétulant , le moins impoli ,
le moins fier , le moins
méprisant , le moins
impatient.
Pour les exciter à se surpasser les uns les
autres
36 MERCURE DE FRANCE
›
autres du côté des Talens il faut leur
proposer la seconde Place , & un Prix pour
celui qui aura étudié avec le plus de succès ,
au jugement du Régent & du Principal du
College , à condition que le même Ecolier.
ne pourra avoir les Prix plus de deux mois de
suite.
Les Régens & le Principal sont les meilleurs
Juges des Talens ; mais les Ecoliers
qui vivent ensemble , sont les meilleurs Juges
du degré de justice & d'injustice , de
politesse & d'impolitesse , de douceur &
d'aigreur , de patience & d'impatience .
Pour leur faire connoître combien il leur
est plus important d'acquerir des Vertus ,
que des Talens , il faut que les Prix des Ver
tus soient moitié plus considerables que les
Prix des Talens , & leur faire sentir que ce
qu'il y a de plus précieux dans ces Prix
pour celui qui les a remportés , ce n'est pas
leur valeur mais c'est l'honneur d'avoir
surpassé tous ses Camarades , ou en Vertus ,
ou en Talens ; honneur qui sera assûré à l'Ecolier
victorieux par le Certificat imprimé ,
signé du Principal du College.
,
Le Principal du College doit indiquer
dans deux ou trois ans , un jour de la semaine,
comme le Lundi , pour être employé
tout entier aux exercices qui peuvent faire
eſtimer
AVRIL 1740 339
estimer les Vertus , & en faire desirer l'ac
quisition , tel que seroit le récit des Vies des
Grands Hommes , en faisant remarquer aux
Ecoliers avec éloquence, la grandeur des récompenses
, des talens qu'ils ont employés
, pour procurer de grands bienfaits
à leur Patrie. Ils fera auffi remarquer avec
éloquence , la grandeur des malheurs que se
sont attirés les méchans par leurs injustices.
Parmi ces exercices , je compte les déclamations
publiques des Scénes vertueuses , &
des belles maximes de Morale. Le Principal
aura soin de préparer ces exercices
c'est le second Moyen pour faire
de plus en plus estimer & desirer la Vertu ;
mais en attendant , il est à souhaiter que dès
cette année,on commence à donner dans chaque
Classe la premiere Place , & les Prix des
Vertus en même temps que les Prix des Ta
lens .
Il faudroit qu'à la fin de l'année , dans
une Assemblée publique , les deux de
chaque Classe qui auroient eû un plus
grand nombre de Prix pendant l'armée ,
fant en Vertus qu'en Talens , en reçûssent
encore chacun un ce jour là sur le Théatre
à la fin de la Tragédie , & que l'un de
ees Prix , c'eft- à- dire le Prix de Vertu , fût le
triple en valeur du Prix des Talens . On ne
sçauroit trop honorer la Vertu distinguée deyant
38 MERCURE DE FRANCE
vant les Enfans , & on ne peut trop la mettre
au-dessus de l'esprit distingué, parce que l'esprit
distingué ne vaut rien que lorsqu'il est
dirigé & employé par la Vertu.
Pourquoi les Ecoliers , au sortir du College
, cherchent ils tous à être distingués du
côté de l'Esprit & des Talens parmi ceux avec
qui ils ont à vivre? Pourquoi n'y en a -t-il point,
ou pourquoi y en a-t-il si peu qui cherchent à
se distinguer parmi leurs voisins & leurs amis
du côté de la justice, & du côté de l'esprit bienfaisar
? Pourquoi ne cherchent-ils point la
premiere Place d'eftime dans leurs societés ;
dans leur voisinage , du côté de la Vertu ? C'eſt
que dans leur College on leur a apris à estimer
superieurement les Talens de l'Esprit par
des préséances & par des Prix , & qu'il n'y
avoit au College , ni préséance , ni Prix superieurs
pour ceux qui avoient la superiorité
du côté de la Vertu .
›
Cependant combien les Hommes seroientils
plus heureux si avec le secours d'une
éducation plus vertueuse , ils disputoient
tous les jours à qui seroit le plus juſte & le
plus porté à bien faire envers fes Parens, envers
fes Voifins , & envers fa Patrie, pour plaire à
Dieu , & pour en obtenir le Paradis
SON
AVRIL: 1740. 639
SONNET
Sur les Bouts - Rimés proposés dans le premier
Volume du Mercure de Decembre 1739.
Imitation de l'Ode d'Horace : Beatus ille&c.
H
Eureux qui fçait jouir des doux fruits de fa
Qui méprisant le ton d'un Critique
Livre fon coeur aux traits d'un séduisant
Sans craindre de l'Amour nulle fatale em-
Ruche ,
Sournois ,
Minois,
buche!
Heureux, qui peut en paix vuider fouvent la Cruche,
Qui préfere la Chaffe aux plus brillans Tournois ,
Qui, fans or,ni clinquant, content fous fon Harnois,
A du vin dans fa cave , & du pain dans fa Huchet
Qui n'a pour tout ſuivans qu'un Valet & qu'unChien,
Et qui poffede tout en ne defirant Rien !
Heureux , qui de la Cour ne recherche aucun Poſte !
Qui regarde l'orage en l'air , comme
crevé !
Heureux , qui de la mort ne craint point la Ripofte !
Dans le Temple des Dieux fon
nom fera gr- avé.
J. B. D. D. N.
B RE640
MERCURE
DE FRANCE
REPONSE au Dialogue inséré dans le
Mercure de Decembre 1739. 1. Vol. sur la
question ,fi les anciens Gaulois parloient Grec
&c.
I
L paroît dans le Mercure de Decembre
un Ecrit en forme de Dialogue entre deux
Interlocuteurs , désignés , l'un par la lettre A,
l'autre par la lettre B. C'eft au sujet d'une
Réponse (a) à l'Auteur des Observations sur
les Ecrits modernes , contre sa Critique sur
un petit Ouvrage intitulé : Paradoxe sur la
Langue Grecque.
ils
L'Auteur de ce Dialogue a donné dans le
même travers , que l'Auteur des Observations
ils m'attaquent l'un & l'autre de façon
, que loin d'affoiblir mon sentiment ,
me fournissent au contraire un nouveau genre
de preuve , qui le confirme. Je m'en raporte
au Public.
Pour quelle raison ces deux Agreffeurs ne
se présentent -ils pas de bonne grace ? Pourquoi
biaiser , & ne chercher qu'à harceler ?
Ne fentent- ils pas qu'il y a un point d'apui
d'où l'Ouvrage qu'ils attaquent , tire toute sa
force ; & que tant que ce point fubfiftera
leurs efforts feront inutiles , & porteront
(a) Dans le Mercure d'Août 1739 .
touAVRIL
1740. 641
toujours à faux ? Ou bien leur intention seroit-
elle de faire perdre de vûë le retranchement
où je les attends , rebutés de la difficulté
de m'y forcer ? En tout cas , quoique
je me fois déja mis assés à découvert pour
qu'ils ne puiffent , ce me femble , faire illusion
fur leurs prétendus avantages , je vais
tâcher à me mettre encore , s'il est poffible ,
dans un plus grand jour , afin que tout le
monde puiffe reconnoître s'ils reculent , ou
si réellement ils en viennent aux mains , &
qu'il ne refte de part ni d'autre aucun fauxfuyant
fur le fort du combat.
Le principe fur lequel je fonde le fentiment
en litige , roule fur trois Faits également
constans : sçavoir , 1 °. qu'il n'y avoit originairement
parmi les Gaulois qu'une feule &
même Langue. (a) 2°. que cette Langue étoit
l'Allemand , ou le Belgique ; la Langue Breronne
, ou la Langue Grecque. 3 °. que les
Gaulois étoient répandus dans les diverses
Parties de l'Europe , & même en Asie .
Or c'eſt de- là que je conclus que la Lan
(a ) Sidon. Apollin. Epift . l . 3. Lucian. in Hercul.
Gal.
Unam eandemque Linguam antiquiffimis temporibus
fuiffe per univerfam Hifpaniam , Galliam , Britannicas
Infulas , Germaniam , & Illyricum , omnesque
has Nationes in universum dictos fuisse Celtas....
tam ex sacris quàm Gentilibus dispicio Auctòribus.
Lib. 2. & 3. Geogr. Cluvier.
Bij guc
642 MERCURE DE FRANCE
gue Grecque étoit la Langue Celtique , Lan- ,
gue maternelle des Gaulois. Sur quel fonde- ,
ment ? Sur ce que j'en trouve des veftiges
dans tous les Pays qu'habitoient ces Peuples;
& qu'il n'en eft pas ainfi de l'Allemand ”, ni
du Belgique , ni de la Langue Bretonne ;
voilà quel est mon principe , & non pas celui
d'où me fait partir l'Auteur du Dialogue
en queftion. ( Dialog. r. 9. ) Je fçais bien
qu'avec les mêmes caracteres on peut écrire
en differentes Langues : que je puis , par
exemple, écrire en Grec avec les mêmes caracteres
dont nous nous servons en François;
& de même que je puis auffi écrire en François
avec des caracteres Grecs. C'eſt ce que
perfonne ne peut ignorer. Mais il falloit que
le Dialogifte me fit raisonner à fa guife pour
fe donner carriere. Il n'en eft cependant pas
moins vrai que je ne fais paffer l'Alphabet
Celtique fous le titre de preuve , qu'acceffoirement
au principe dont je viens de parler ;
que ce n'est que fur ce principe que j'inſiſte,
& que je conclus ; enfin que c'eft la base qui
fait toute la ftabilité de mon plan : qu'on la
renverse , je mets bas les armes , & me rends,
Il n'y a pas à douter de la validité du principe,
me dira-t- on, il ne s'agit que d'en démontrer
la réalité. C'eft ce que je vais entreprendre
, quoique je l'aye déja fait dans ma
Réponse à l'Auteur des Obfervations. Mais
comme
AVRIL 1740. ·643
comme c'eft la Piéce d'importance , on ne
peut trop la produire .
Je dis donc que dans toutes les diverfes
Régions de l'Europe , où il y avoit des Gaulois
, il fe trouve des Monumens qui démontrent
que ces Peuples parloient Grec ; sçavoir,
dans la Gaule , en Germanie , en Italie , &
en Espagne .
Que l'on parlât Grec dans la Gaule , c'eft
-Lucien qui l'affûre , ( Luci. Hercul. Gall. ) en
difant que la Langue Grecque étoit naturelle
aux Gaulois. C'eft auffi ce que donne à entendre
Leon Trépuce , ( L. Trépu. Celtolinis . )
lorfqu'il dit que dans la Gaule les Enfans parloient
cette Langue. Deplus , c'est ce que
soûtient Budé , (a) & nombre d'autres Auteurs
avec lui , dont le fentiment fur cette
matiere doit être d'un poids considerable.
Le Dialogifte B. ( Dialog. Rép. 1. ) convient
lui -même que le Grec a été fort commun
dans certaines Contrées de la Gaule . » Sur-
"tout , dit-il , dans celle qui est arrofée du
» Rhône & de la Méditerranée « Il veut
parler , sans doute , de Lyon & de Marfeille .
Il auroit pû ajoûter l'Aquitaine , où cette
Langue étoit aufli familiere , pour le moins,
que dans ces deux Villes. Fera- t- il ici la
même exclamation qu'il a faite ( Dial . Rép. 3- )
(a) Bud. L. de Affe. Pandect, in Leg. 1. de
fervo corrupto. §. Quod ait Prator.
B iij
au
644 MERCURE DE FRANCE
au fujet de Tréves , où j'ai avancé qu'on parloit
la même Langue que dans la Galatie ?
Criera- t- il de même à l'erreur ? Au refte il y
feroit également fondé : car l'autorité de
Strabon , ( Strab. Liv. 4. ) dont je me fers ici,
n'eft pas fuperieure à celle de S. Jerôme , (a)
fur la garantie duquel je foûtiens dans ma
Lettre à l'Auteur des Obfervations , que le
Grec a été Langue vulgaire à Tréves : garantie
qui doit me faire d'autant moins foupçonner
d'erreur , que S. Jerôme parle de visu
& auditu ; ce que je ne pourrois pas dire de
Strabon à l'égard de l'Aquitaine ; au lieu
que le premier ayant demeuré long-temps à
Tréves , ainsi qu'il le raporte lui - même , (b).
on ne doit pas balancer à l'en croire fur la
Langue qu'on parloit en cette Ville. Que dit
cet Auteur ? Qu'à Tréves on parloit la même
Langue que dans la Galatic , l'Hellespont
, l'Ocolie & l'lonie . Refte à fçavoir
quelle Langue on parloit dans ces Contrées
de l'Asie , si c'étoit le Grec ; queſtion que je
laiffe à décider à notre Dialogifte. En attendant
je vais le pourfuivre fur un autre Article
, où il prétend que dans les Commentaires
de César il ne se trouve rien qui puiffe
en aucune façon favoriser le fentiment qu'il
combat.
>
(a) Hieronin. in Epift . D. Pauli ad Galatas.
(b) Hieronim. Epift. ad Florentium
S'il
AVRIL 1740 645
"
S'il ne s'agiffoit , ainsi qu'il l'assûre , ( Dialog.
Rép. 2. ) que de l'Alphabet Grec dans le
1. & VI. Liv. de ces Commentaires , il n'y
auroit à la verité rien à répliquer. Mais ,
quoi ! In caftris Helvetiorum Tabula reperta
sunt litteris græcis confecta , veut dire seulement
que les Regiftres trouvés dans le
Camp des Helvétiens étoient écrits en caracteres
Grecs ; & on ne doit non plus entendre
par ces paroles : Quum in reliquis fere rebus
publicis privatifque rationibus , gracis lit.
teris utantur , que le fimple usage de ces mêmes
caracteres. Il en eft donc de même de
Chaldaicis literis eruditus dans Ciceron ; Litteris
gracis & latinis docta , dans Salufte ,
(Saluft . in Catilin . ) Romanos pueros Græcis ita
Hetruscis litteris erudiri solitos , dans Tite Live.
(Tit.L.1.9 . ) Cela signifie uniquement sçavoir
former des caracteres Chaldaïques , Grecs
Latins & Hetrufques , & rien de plus . C'eſt
donc auffi en ce sens que l'on doit prendre
ce qu'on lit dans César au V. Livre de ses
Commentaires , au sujet de la Lettre que ce
Géneral envoya à Q. Ciceron , affiegé par
Ambiorix , Hanc græcis conscriptam litteris
mittit. Sans doute que le Dialogiste donne
à ces paroles tout un autre sens. Mais quelle
raison peut- il rendre de cette disparité ? La
voici : C'est qu'en interprétant dans un fens
contraire au sien le texte des Commentaires
Biiij
de
846 MERCURE DE FRANCE
au
de César aux deux endroits cités , l'un au
1. Livre , & l'autre au VI . il y auroit à en tirer
deux inductions plus absurdes l'une que l'autre
à son avis. 1º . Il s'ensuivroit qu'on parloit
Grec dans la Grande Bretagne , puifque , ditil
, elle étoit l'Académie ordinaire des Druides.
N'est- ce pas là donner des armes pour
être battu Ignoreroit- il que les Druides
dans la Grande Bretagne étoient Gaulois ;
qu'il n'y a nulle difficulté sur la Langue que
ces Prêtres parloient ; que tout le monde
convient que c'étoit le Grec : Donc le Grec
étoit en usage dans la Grande Bretagne
moins autant que dans la Gaule , » puisque
» c'étoit l'Académie ordinaire des Druides.«
Y a-t-il là quelqu'absurdité ? 2 ° . S'il en eft
de même de l'autre induction , que penser
de l'air triomphant avec lequel le Dialogiſte
la propose ? Selon lui , ou les Registres trouvés
par les Soldats de César dans le Camp
des Suiffes , n'étoient écrits qu'en caractères
Grecs , ou autrement il faudroit dire que
» les Suiffes parloient Grec. « Ne diroit- on
pas , à l'entendre , ( Dialog. Rép . 2. ) que
c'est- là un Paradoxe à révolter tout le genre
humain ? Les Suiffes parler Grec ! Mais cette
Langue ayant été naturelle aux Gaulois , suivant
Lucien , ( Lucian . in Her. Gall. ) il n'étoit
pas alors plus difficile aux Suiffes ,
Helvétiens , de la parler , que l'Allemand
qu'ils
ou
'A VRIL 1740. 647
qu'ils parlent à présent. D'ailleurs il n'eft
pas douteux qu'elle étoit en usage à Tréves
du temps de S. Jerôme , & d'où vient ne
l'auroit- elle pas été de même en Suiffe ? N'y
Forle- t- on pas à présent comme à Tréves ?
Après cela les Regiftres même , dont il
s'agit , ne deviennent- ils pas une preuve démonstrative
de la Langue en laquelle ils
étoient écrits ?
Cependant notre Antagoniste propose un
nouveau Cartel; ( Dialog.Rép.3 . ) c'est à l'occasion
de la Lettre de César à Q. Ciceron . Mais
comme je le tiens pour vaincu à cet égard ,
jusqu'à ce qu'il ait fait voir que la Lettre de
César étoit écrite en Grec , & non pas seulement
en caracteres Grecs , je vais l'attaquer
par l'endroit qu'il croit lui être le plus avantageux
, & où il a déja élevé des trophées ,
pour y avoir fait échouer son Interlocuteur
A.
César sçavoit-il le Grec , demande - t- il
dans son Dialogue ? ( Dialog. Rép . 4. ) Et
comme on lui répond affirmativement , il se
donne gain de cause par la conséquence qu'il
en tire : César , conclut- il , n'avoit donc pas..
besoin de Truchement dans la Gaule. La
conséquence accordée , & le Condialogiste
au bout de son rôlet : » C'est- là , lui dit- il
» où je vous attendois . » Comme ſi un oži
ou un non lâché au hazard sur un sentiment,
B v
>
étoit
648 MERCURE DE FRANCE
étoit de quelque avantage pour s'en préva
loir. Ce n'est que lorsque le oui ou le non eſt
prononcé avec connoiffance de cause.
:
Oui , je veux bien auffi que César sçût le
Grec. Mais le sçavoit- il assés pour conferer
avec quelqu'un qui ne parloit que cette Langue
? Quelle preuve peut- on en avoir ?Sontce
ces deux ou trois mots qu'on dit qu'il
adreffa à Brutus , ( Sueton. in Cesar . ) lorsqu'il
le vit du nombre de ses Conjurés ?
καὶ σὺ εἶ ἐκείνων , καὶ σὺ τέκνον . Vous en
» êtes auffi , mon fils ! » { Casar. Comm. L. 5. )
Car pour la Lettre à Q. Ciceron étoit- elle
en Grec , n'y étoit - elle pas ? Problême à résoudre
ainfi nullité de ce côté - là. Mais
quand César auroit sçû parfaitement le Grec,
ne pouvoit- il pas se faire que dans la Gaule ,
au moins en quelques Contrées , le Grec se
prononçât d'une maniere à ne pouvoir être
entendu par les Romains ; ainfi qu'un Fran- -
çois n'entend rien au Latin comme on le
prononce en Irlande ? Je me sers de cette
comparaison pour ce qui m'eft arrivé : Un
jour me trouvant avec un jeune Prêtre Irlandois
, qui n'étoit que depuis peu en France ,
& voulant l'un & l'autre nous lier de conversation
, nous nous parlâmes Latin ; mais à
sa prononciation , il est sûr que j'aurois eû
autant besoin d'Interprete , que pour la Langue
qui m'est la plus inconnue. Or César
pouvoir
AVRIL 1740. 649
pouvoit être dans le mème embaras avec
Divitiac , ou Divitiac avec César. ( Ca:ar.
Comm. Lib. 2. ) Au surplus , fi cette raison
ne satisfait pas , en voici une autre .
du
Qu'on faffe attention qu'il n'y avoit point
de Peuples plus anciens que les Gaulois ;
que leur origine remontoit jusqu'aux fiécles
les plus reculés : alors on ne sera nullement
surpris que chés la plûpart de ces Peuples ,
leur Langue primordiale ne fût plus la même
temps de César , quand elle y auroit été
corrompuë , à n'y plus rien reconnoître . La
Grece n'a - t- elle pas été sujette à la même
viciffitude ? Quelle Langue y parle- t - on " autjourd'hui
? Et sans les Ouvrages qui restent
des Grands Hommes qu'elle a produits , s'y
trouveroit- il plus de Monumens , que dans
la Gaule , du beau Langage qu'on y parloit
autrefois ? Oui , répliquera le Dialogifte , le
Grec vulgaire d'à présent manifefte son origine
à ne s'y pas tromper : mais le Celtique
reffemble au Grec , comme un Coq à un
Elephant. ( Dialog. Rép. 5. ) Et venant aux
exemples , quel raport , dira-t-il , entre Brivas
, qui fignifie un Pont en Celtique , &¨
gearpa ( Guéonra ) qui signifie la même chose
en Grec ; ou entre pagos ( Ramphos ) &
Beccos ? Par droit de représailles , je lui demanderai
à mon tour, quelle peut être l'analogie
B vj
650 MERCURE DE FRANCE
logie entre Livadie ( a ) & Hellas , ou entré
Morée & Péloponese ; & fi Beccos (b) étoit
moins Grec chés les Gaulois que chés les
Phrygiens. Ce n'est pas que j'élude la difficulté
en la retorquant de la sorte : c'eſt au
contraire un moyen bien direct que j'inſinuë,
& sur lequel il est important d'apuyer.
Je veux dire que notre Dialogiste prend
le change ; qu'il parle d'une Langue altérée
& corrompuë , en usage du temps de
César , entre la Garonne , la Seine , & la
Marne , & differente de l'Allemand du
›
,
Belgique , & du Breton , sans néanmoins
avoir plus de reffemblance avec le Celtique ,
dont il s'agit , à l'exception du nom , qui eft
le même . Ainfi , afin de le mettre sur la
voye , diftinguons chés les Gaulois deux
Epoques : la premiere, lors qu'ils ne parloient
qu'une seule & même Langue , & qu'ils
étoient tous généralement connus sous le
nom de Celtes . La seconde , lorsque la confufion
s'introduifit dans leur Langue maternelle
, & qu'ils changerent leur premier nom
générique en celui de Gaulois ; ce qui n'ar
(a) Livadie , nom de la Grece proprement dite ,
qui s'apelloit autrefois Hellas .
(b) Bixxos ou Bixos . Les Phrygiens parloient Grec,
fuivant le Dialogifte B.
Herodot. L. 2. in Psammetichum ..
riva
AVRIL. 1740%
ة ر ف
tiva que tard , dit Paufanias. ( Pausan. in
Atticis. ) Alors on ne connut plus dans la
Gaule , fous le nom de Celtes , ( La Gaute
Celtique ) que les Peuples qui habitoient entre
la Garonne , la Seine & la Marne ;
( Casar Bell. Gall. ) & comme ces Peuples
avoient leur Dialecte particulier , ce Dialecte
s'apella Celtique. Et c'est ce qu'on
voudroit nous faire paffer pour cette Langue,
(a) qui n'avoit ceffé d'être cultivée pendant.
un grand nombre de fiécles , par des hommes
occupés par état aux Belles - Lettres ,
ainſi qu'aux Arts & aux Sciences , & qui y
avoient fait les plus grands progrès. Bon
pour la Langue qu'on parloit encore du temps
de César dans l'Aquitaine , à Marseille , à
Lyon , à Tréves. Mais qui s'imaginera que
Brivas , Osea , Dun , ( b) soit le fruit d'une
étude si longue & si suivie , plûtôt que
Bruk , Platz & Stadt ? (c) Il n'en eft pas de
même de Dis , nom que les Gaulois ( Cesar
Comm. Lib. 6. ) donnoient à leur Fondateur,
non plus que des noms de leurs Prêtres ou
Philosophes , les Samothées , les Saronides,
les Druides. Et tout le monde sçait qu'ils
(a) Unam eandemque Linguam antiquiffimis temparibus
fuiffe , & c. Cluvier Geog. Liv. 2.
(b) Un Pont , un Clos , une Montagne ou Fortereffe
en Gaulois.
(c) Les mêmes noms en Allemand.
apel652
MERCURE DE FRANCE
у
apelloient Dieu Theut , ( a) ce qui revient att
Theos des Grecs , ainsi qu'au Tau des Hebreux
preuve que si leurs Contrats , : dont
parle César , ou seulement les Regiftres que
ce Général trouva dans le Camp des Helvétiens
, étoient parvenus jusqu'à nous , il
auroit bien d'autres exemples à raporter ;
quoique la garantie que nous avons , suplée
au défaut des Piéces juftificatives qui nous
manquent. Quand nous en serions munis ,
feroient - elles foi , sans ces mêmes autorités
qui les atteſtent ? Deplus , notre Langue seule
ne démontre- t- elle pas , de reste , que le
Grec a été commun dans la Gaule ? N'y a - telle
pas pris naiffance ? Ses termes sont à la
verité dérivés duLatin : mais n'est- ce pas sur
le Grec
que s'est formé fon génie, son carac
tere , sa diction , jusqu'à ses élisions ? Et ne
s'ensuit-il pas que lors de son origine , le
Grec étoit foncierement d'usage dans la Gaule
, & qu'il y étoit de plus ancienne date
que le Latin ? Encore , à bien examiner la
Langue Françoise , je crois qu'on n'y trouveroit
guere moins de termes empruntés du
Grec , que du Latin : quelques exemples feront
juger du refte : élaguer , égayer , écouter,
(a) Lucanus illorum Deum Teutatem memorat.
Cluv. Geog. Liv . 3. Ch . 6 .
Teutates horrensque feris atturibus hesus . Lucan.
Lib.
our
AVRIL. 1740. 655
guir , sont des verbes qui viennent certainement
du Grec. (a) Oida eft tout Grec , de
même que Tai ou Tué , (b) que l'on crie aux
chiens que l'on veut animer. Al, alie, (c) cris
des Chaffeurs , lorsque la Bête est aux abois :
bien plus , le En , le Dia , & le Eureo , des
Chartiers. Or de qui nos Chartiers tiennentils
ce Langage , si ce n'eft des Gaulois ? II
falloit donc que le Grec fût bien commun
dans la Gaule. Ne pourroit- on pas auffi inferer
de- là , que de ces mêmes Peuples nous
eft venu ce grand nombre de termes Grecs ,
tant dans les Sciences , que dans les Arts
puisqu'il est de fait que c'étoit en Grec qu'ils
les professoient ? Que le Dialogiste suive
cette reflexion ; il n'y a point là de recherches
à faire à perte de vûë ; ( Dialog.
Rép . 5. ) ou qu'il s'explique sur le nombre
d'hirondelles , requis pour annoncer le
Printemps.
A présent il s'agit de voir fi dans les autres
Contrées de l'Europe , où il y avoit
des Gaulois , il se trouve , comme dans la
Gaule , des vestiges de la Langue Grecque.
A s'en raporter à Lucien & à Trépuce ,
( Lucian. in Her. Gall. Trep. Celtolinis. ) le
(a). Oidu , as , & ab яıda je sçais .
(b) T , ou rás. pille prés , Imperatif du Verbe
Τάω .
( ε) Αλαλή , η . Dorig. Αλαλιά,
Grec
54 MERCURE DE FRANCE
Grec a été en usage en Germanie , en Italie ,
& en Espagne , puisqu'il y a eu des Gaulois,
ainfi qu'en font foi les anciens Hiftoriens ,
tant Grecs que Latins , & que la Langue
Grecque étoit naturelle à ces Peuples . Mais
outre cette raison générale , venons à des
Faits particuliers.
1º. Pour ce qui regarde la Germanie , Tacite
(a) raporte que de son temps on y voyoit
encore d'anciens Tombeaux,& autres Monumens,
avec des Inscriptions en Grec. Que les
Germains (b) se disoient descendus du Dieu
Theut, & de son fils Man , suivant d'ancien- .
nes Annales qu'ils avoient en Vers. L'Auteur
ne dit pas,à la vérité, en quelle Langue étoient
ces Vers , mais il le fait affés entendre par
les Inscriptions des Tombeaux dont il parle.
Deplus , les Registres des Suiffes , leurs voisins
, dont César fait mention , ne laiffent
aucun lieu d'en douter.
2º. Au sujet de l'Italie , il y a encore un
Paffage de Solin , que le Dialogiste trouvera,
je pense , auffi important que celui que j'ai
allégué touchant la Galatie : c'eft au huitiéme
Chapitre de fon Hiftoire Univerfelle , (c)
(a ) Tumulos quosdam gracis litteris inscriptos Tacit.
de Moribus Germanor .
(b) Tacit. ibid .
(c) Bocchus absolvit Gallorum veterem propaginem
Umbros effe. M. Antonius affeverat eosdem quòd tempore
aquosa cladis imbribus superfuerunt Umbros
gracè nominatos. Solin . Un . Hift. c. 8.
AVRIL. 1740 3
y
>
où , fur des Autorités qu'il aporte , cet Auteur
tire l'origine des Gaulois , d'anciens
Peuples d'Italie , apellés Ombres , d'un Déluge
dont ils s'étoient sauvés. Or l'Ombrie,
suivant Cluvier, ( a) s'étendoit anciennement
depuis la Mer deToscane jufqu'à la Mer
Adriatique. Et au raport de Pline , (b) les caracteres
qui y étoient en usage, reffembloient
à ceux de Cadnus , ce qui se vérifie par la
Table aportée de Delphes à Rome
& qui
étoit encore du temps de Pline , à la Bibliothèque
de Minerve. Mais ce n'eft pas
affés ; il faut du Grec ; en voici. 1 °. fur une
Table de cuivre que Suetone (c) dit avoir été
trouvée quelque temps avant la mort de
César , dans le Tombeau du Fondateur de
Capouë. 2 °. fur une Colomne de Bronze ,
élevée sous les ordres de Tullus Hoftilius,
troifiéme Roy de Rome, et fur laquelle ceRoy,
avoit fait graver l'Acte de Fondation du
Temple de Diane , suivant Denis d'Halicar
naffe , qui en parle pour l'avoir vûë, ( Dionif
Hal. Antiq. Rom. Ľ. 4. )
(a) Tufcis jungebantur ad Tiberim Fl. Umbri. Sed
hi ab initio ad utrumque mare late incoluerunt. Cluv.
Geogr. 1. 3. c. 26.
(b ) Plin. Hift. Nat.
Polydor . Virgil . de rerum inventoribus. 1. 1. c . 6.
(c) Tabula anea in monumento , in
quo dicebatur
Capys conditor Capua sepultus , inventa eft confcripta
litteris gracis. Sueton .
OF
56 MERCURE DE FRANCE
Or je voudrois bien sçavoir de quelle
maniere il faudroit s'y prendre pour découvrir
la Langue que l'on parloit en Italie , lors
de la Fondation de Capoue , & du Temple
de Diane ; il n'y a nulle aparence que ce fût
le Latin , vû qu'il n'étoit encore que dans
son enfance , & qu'un pitoyable patois du
temps d'Ennius. Suis-je donc fi mal fondé
à conclure que la Langue qui y regnoit alors
étoit la même que le Grec , & par ses caracteres
, & par fa diction ; d'autant plus que
le Latin même n'eft qu'un Dialecte du
Grec ?
Enfin quant à l'Espagne , tout y eft plein
de Titres de la Langue Grecque ; outre les
Mémoires des Celtibériens , ( Strab. L. 4. )
en Vers Grecs , les Villes de ces Peuples ,
ainfi que des autres Celtes Espagnols , leurs
Montagnes , leurs Fleuves portoient encore
des noms Grecs du temps de Strabon , comme
la Ville d Tyde , (a) les Pyrennées , une
autre Vilie sur les frontieres d'Espagne ,
apellée Pyrenea Venus ; (b ) le Mont Hydrus,
& sur le Détroit de Gibraltar , le Mont
Calpe , une des Colomnes d'Hercule , avec
la Ville au pied de cette Montagne ; de même
que les Fleuves Iberus & Anus , aujour
(a) Tudu Пupkovn. Ptolom. Stepan.
(b) Pompo Mela.
S. Hieronim, in Prafat . l. 2. in Epiſt. ad Galat.
d'hu
AVRIL 657 1740.
d'hui l'Ebre & la Guadianne , ( Dupleix. Mé- ·
moir. des Gaules. L. 4. ) sans parler des 1200 .
Dictions Grecques , ou dérivées du Grec ,
que Dupleix dit avoir extraites du Langage
Gascon , ou des Basques , ( Báoxer
aller vite. ) qui , sous Pompée , pafferent de
la Celtiberie dans la Gaule . A juger de ces
Observations par le mot de Basques, que
Dupleix
(Mémoir. des Gaules L.
4.) donne pour
étiquette, c'eſt à coup sûr du Grec, & du bon ;
au refte les Hiftoriens sont d'accord sur ce
Point. Mais d'où le Grec s'étoit - il ainfi introduit
en Espagne ? Voilà la queftion ; non pas
pour le Dialogifte , car de son côté l'affaire
eft toute décidée. Cependant fi le nom d'Ibérie
, qu'à porté l'Espagne , & qui conftam- ,
ment eft Grec , vient des Gaulois , & non
des Grecs , pourquoi les noms de 7yde &
de Pyrenées n'en viendroient- ils pas de même
? Je n'argumente point sur un principe
douteux , j'en apelle à Strabon , ( Strab . L. 3. ):
qui affûre que dans la Gaule , les Peuples
qui habitoient entre le Rhône & les Pyrenées
, s'apelloient Ibériens. Nonnus (a) eſt
auffi de ce sentiment , & dit même quelquechoſe
de plus , car il comprend sous le
nom d'Ibériens , tous les Gaulois depuis le
Rhin jusqu'aux confins de l'Espagne. Ce
( a ) Nonnus Panopolita Lib . 23. Dionif. Pivos
feroit
5 MERCURE DE FRANCE
seroit sans fondement qu'on oposeroit ici l'au
torité du Poëte Silius , qui sur le nom de Tyde,
Ville des Celtibériens , conclut que des Grecs
avoient habité parmi ces Peuples ; & qui ,
pour éviter l'embarras où le mettoit le nom
des Habitans de cette Ville , ( a) a dit Graïorum
pour Graviorum ; c'eft que ce Poëte
ignoroit qu'il y eût des Gaulois apellés
Gravii. Il y en avoit non seulement en Espagne
, mais encore dans la Gaule ; ( b) de
plus en Germanie . (c) Et sans doute que
c'eft d'eux , & non pas des Grecs , qu'à été
dénommée une partie des Alpes. (d)
(a ) Et quos nunc Gravios violato nomine Graium.
Venere mifere domus . Silius Ital . 1. 8.
(b) Gravia , Grave , Ville du Brabant.
( c) Bamberg , en Franconie , apellée Grave.
(d) Les Alpes Grecques , qui font les Montagnee
depuis Suze jusqu'au petit Saint Bernard.
BOUTS
AVRIL: 1740.
ة ر و
患患患患患患患患
BOUT S- RIME'S ,
Colloque de deux Payfans,
Es Abeilles, dis -moi , quittent- elles leur Ruche
Ne puis -je point sçavoir qui te rend fi Sournois
Je ne te connois plus sous ce triſte
Minois ;
Tu me parois , Lucas , auffi fec qu'une
Conte -moi ton chagrin , & pose - là ta
A-t-on porté la main sur tes écus
Ton fils de la Milice a- t-il pris le
Buche.
Cruche;
Tournois ?
Harnois?
Le segle ou le millet défaut- il dans ta Huche
REPONSE,
Ah! Blaife, c'en eft fait : Robin n'eft plus ; ce Chien,
Près de qui mon Troupeau ne craignoit jamais Rien,
Dans le sombre manoir vient de descendre en Pofte.
J'eus beau crier haro , lui voyant l'oeil
Par la main d'un Paſſant ; le brutal
D'un coup de piftolet l'étend sur le
pour
Crevé
Ripofte,
Pavé
E. R.S. S. L. de Bayonne,
EX260
MERCURE DE FRANCE
*****************
EXTRAIT d'une Lettre écrite à M. L... !
de l'Académie Royale des Belles Lettres ,
par M. J..... le jeune . ( Paris 16. Mars,
1740 .
Observations sur l'Article des Flambards
Mercure de France , mois de Fevrier
dernier , p. 266.
,
A Fête ou Cérémonie des Flambards eft
LAen usage dans la Normandie ; mais , du
moins quant à préſent , c'eſt fans l'apareil ,
ni la participation des Prêtres , ni des Magistrats
, dont il eft fait mention, qu'il s'eft pratiqué
à Dreux. Je n'ai jamais oui dire dans
la Province dont je parle , qu'un Cortege de
Perſonnages fi impofans y ait présidé. Voici
en détail comme j'ai vû qu'on y procede.
1º. A Caën , les jeunes Ecoliers & les Enfans
de 7. 8. jufqu'à 12. ans , célebrent feuls
cette Fête. Leurs Flambards à la main , ils
courent dans les rues , guidés par leur seule
fantaisie , & au hazard ; c'est - à- dire , sans
observer aucun ordre proceffionel , chantant
Noël , Noël , comme il eft dit dans le Mercure.
Cela fe termine par accumuler les
bouts de Flambards en un tas , qui forme
Nota. Le Dictionaire de Trévoux, écrit Flambart.
une
AVRIL 1740 661
ne forte de feu de joye , autour duquel
tous ces jeunes Enfans fautent , chantent ,'
dansent & poliffonnent. Dans cette grande
Ville , composée de onze Paroiffes , il s'assemblera
pour faire ces Feux , plufieurs bandes
de cette Jeuneffe , fuivant qu'elle fe rencontrera,
chacun dans fon quartier , Experto
crede Roberto : j'ai cu des Flambards qui me
revenoient jufqu'à 15. & 20. fols. 2 ° . Dans
les campagnes , ( furtout des environs d'Argentan
, Falaise , Séez , & dans tout ce qu'-
on apelle le Pays d'Auge ) si l'on ſe ſert de
Flambards , on fe fert auffi d'une espece de
Gaulette , ou Perche , longue d'environ 7.
ou 8 pieds , autour de laquelle on lie du
glen , ou paille , gros comme la cuiffe. On
nomme cette efpece de Torche , une Couling
ou Counigne. On met le feu à cette paille
& armé de cette Couline , on va dans les
Herbages , Enclos , & Jardins , chacun de
fon côté , à tous les grands Arbres fruitiers
paffer cette flamme autour du tronc & aux
branches , chantant cette efpece de phrase
rimée :
Taupes , & Mulots ,
Sortez de nos Clos.
Sinon je vous brûlerai la barbe & les os.
Les Peres , les Meres , Servantes & Valets ;
y conduifent les petits Enfans qui peuvent
déja
862 MERCURE
DE FRANCE
déja marcher. Cette course dure une grande i
l'insdemi
-heure . Il eft aisé de fe figurer que
tant de ce cérémonial forme une espece de
fpectacle, car vous voyez dans les Villages
voifins , à une & deux lieuës , plus ou moins,'
fuivant la difpofition des afpects , briller
dans l'obfcurité de la nuit , des feux fans
nombre , épars çà & là , & dans un mouve
ment perpetuel.
Au refte , je n'ai jamais pû fçavoir l'ori
gine , la caufe , ni le but d'une coûtume
auffi finguliere. On peut , je crois , conjecturer
qu'elle a fa fource dans la fuperftition
la plus reculée & la plus digne du Paganiſme
de l'ancien Gaulois , & de l'Amériquain
le
plus plongé dans les ténebres de l'Idolâtrie.
Auroit- elle quelque raport , quelque analogie
à l'ancienne cérémonie du Gui -l'an- neuf
de nos anciens Druides ? Je laiffe aux Sçavans
le foin de ces recherches profondes.
Depuis longtemps la penfée m'étoit venuë
de leur propoſer le Fait que je raporte ; mais
j'aurois peut-être négligé éternellement
de
le raporter
,
file Mercure n'eût été un
véhicule , & ne m'eût fourni l'occafion de
me ſouvenir du deffein que j'avois jadis formé.
Je dois obferver deux circonftances
;
la premiere , que je foupçonne le Peuple
d'attribuer
des Cantons de la Normandie
,
encore quelques vertus à cette cérémonie
dans
AVRIL.. 1740. 663"
dans le fens des Vers raportés ci - deffus.
Quoi qu'il en foit , il en pratique exactement
les Rits , mais fans aucune idée , que je
fçache , de dévotion , & ne fongeant qu'à
folâtrer. La feconde , c'eft qu'il me femble
qu'au retour de cette efpece de Proceffion ,
il eft d'ufage de mettre au foyer de la cheminée
, ce qui s'apelle la Buche de Noël
qui eft un gros tronc d'Arbre. Quand elle
eft prefque confumée , & qu'il n'en refte
qu'un charbon gros comme la forme d'un
chapeau , on le retire du feu , on l'éteint
avec de l'eau , on le conferve foigneufement
dans la Maiſon , & c'eft un gage auquel
on attribue la vertu de préferver du
Tonnerre.
7
·
********************
LE LIBERTIN CONVERTI
Enfin je romps mes fers , pour reprendre tos Ε chaînes :
Amour , Divin Amour , je me livre à tes peines.
Captive tous mes fens , décide de mon fort.
Dois-je par la langueur me livrer à la mort ?
Ou par les prompts effets d'un rigoureux fuplice
Faut-il pour te venger m'offrir en facrifice
Parle mon coeur eft prêt ; & s'il fut criminel ,
S'il ofa fe fouftraire aux Loix de l'Eternel ,
C Ce
664 MERCURE DE FRANCE
Ce coupable aujourd'hui, témoin contre lui-même,
Adore avec frayeur la Majefté fuprême.
Mais fi de inon retour l'humble fincerité
Peut adoucir un Dieu justement irrité ,.
Amour , qui dans fon fein vivant avec empire ,
Scûs pour moi l'engager à fubir ton martyre ,
Sonde mon trifte coeur , & connoi ſes defirs :
Voi qu'il ne reste en lui de tous fes vains plaiſirs ,
Que les fages regrets , qui de ſon eſclavage
Le ramenent à Dieu fans feinte & fans partage.
Ah ! de ce Dieu fi faint , fi jufte , fi jaloux ,
Arrête donc le glaive & fufpends (a) le courroux .
C'est un Pere outragé ; mais c'eft toujours un Pere.
Pour un fils criminel s'il peut être sévere , ...
Il peut auffi t'entendre , offre-lui ma douleur ;
Et d'un fils pénitent , Amour , fois le Sauveur.
Mais qui peut m'infpirer cette douce efperance ?
Qui du Seigneur encor me promet la clémence
Avant que de brifer mes funeftes liens ,
Je n'ofois efperer ni chercher d'autres biens,
Que le bonheur fatal de vivre dans le crime ,
Et d'être de mes feux plus longtemps la victime .
J'entendois malgré moi le langage des Cieux :
Du nom de mon Auteur je détournois les yeux.
( a ) Domine ne in furore tuo arguas me : neque in
ira tua corripias me..
Cc
AVRIL: 665
1740.
Ce nom me gênoit trop ; j'aurois , dans ma mifere ,
Defiré que la foi ne fût qu'une chimere.
Non , Dieu n'eft point , difois - je ... ( Eft- il bien
vrai , mon coeur ?
Ai-je à te reprocher ce dernier trait d'horreur ? )
Divine Verité , tur me fais violence ;
Oui , je l'ai dit , Grand Dieu , mais toujours e
filence.
Le Blafphême en mon fein , conçu de mon effroi ,
Etoit au même inftant étouffé par la foi.
Du Blafphême étouffé renaiffoit la contrainte ;
Je ne pouvois pécher , croire & vivre fans crainte
J'effayois de nouveau d'incredules efforts ;
Pour n'avoir plus de Dieu j'attentois fur les morts
Et l'affreux fouvenir d'une peine éternelle ,
Me portoit à douter fi l'ame eft immortelle.
Tel étoit de mes jours le cercle vicieux.
Infidele , Chrétien , timide , audacieux ,
Je n'ofois mourir homme : & de mon ame impure
J'ofois à l'animal comparer la nature.
Par l'amour du bonheur j'allois au defeſpoir ;
Je ne pouvois ; hélas ! ni me fuir, ni me voir;
J'abhorrois de mon coeur le fentiment intime ;
J'y cherchois le plaifir , & j'y trouvois le crime,
Dont la voix me difoit que Dieu fçait condamner,
Et ne me difoit pas qu'il aime à pardonner.
Amour , tu pouvois feul me fauver du naufrage ;
Cij San
666 MERCURE DE FRANCE
Sans toi je périffois , tu m'as mis au rivage ,
En réveillant la foi qui me fait efperer ,
En ranimant l'espoir qui me fait refpirer.
Mais fi la Verité dénonce ma malice ,
Et preffe avec rigueur l'Arrêt de ta Juſtice;
Si l'Equité prononce , & dit à ta Bonté
De laiffer ta fureur punir l'iniquité ;
Si , le Tonnerre en main , ta fuprême Puiflance
Veut à ta Sainteté m'immoler par vengeance ;
Si l'amour de ta Gloire eft ton unique loi ;
S'il agit dans ton fein & parle contre moi ; 16
Si tu ne peux enfin te renoncer toi même ,
Ni par un faux amour ternir ton Diadême :
Grand Dieu ! fur un Mortel qui n'a que des forfaits,
Qui peut avoir encore attiré tes bienfaits ?
Ah ! je le vois , Seigneur ; ton Fils s'eft fait mon
frere ,
Et pour moi s'eft offert aux coups de ta colere.
Tu meſures fon fang , tu pefes fes douleurs ;
Ce que je te devois eft payé par fes pleurs,
Ta Juftice eft contente , & voit que la Balance
Exige encor de toi (a) la pitié , la clémence.
Ta Veriré l'avoue & dit à ta Bonté :
Agi donc , JESUS - CHRIST te met en liberté.
O divin Rédempteur acheve ton ouvrage ,
Acheve d'effacer cette odieufe image ,
(a) Miferere , mei Domine.
Dont
AVRIL . 1740.
667
Dont ma chair & mon coeur portent encor des
traits ;
A te repréfenter je réduis mes fouhaits.
Mais mon efprit chancelle , & ma chair (b ) est
-tremblante ;
Ta Croix m'eft néceffaire & me paroît pefante.
Soûtien de mon amour les timides efforts ,
Et de mon foible coeur anime les refforts.
Dieu fort , diffipe enfin ce refte de mollesse ,
Qui tient trop de mon crime & qui fait ma fóis
blesse.
Accorde (c)un feul regard à mon coeur pénitent.
Ce coeur qui dans le mal fut toujours fi conftant ,
Ne reviendroit jamais s'il retournoit au vice ;
Arrête donc fa pente , & que ta main propice
Empêche des Démons le Triomphe nouveau.
Le crime (d) eft une mort , l'habitude un tombeau,
Ou bientôt captivé par mon impénitence ,
Je n'aurois plus pour toi qu'un coupable filence .
Ah ! ne le permets pas , Seigneur ; & que mes yeux
Par d'éloquens regards , adressés vers les Cieux ,
(b) Quoniam infirmus fum : fana me , Domine ;
quoniam conturbata funt offa mea.
Et anima mea turbata eft valdè : fed tu , Domine,
ufquequò ?
(c) Convertere Domine & eripe animam meam :
faluum mefac propter mifericordiam tuam.
(d) Quoniam non eft in morte qui memor fit tui :
in inferno autem quis confitebitur tibi ?
Ciij
Ne
668 MERCURE DE FRANCE
Ne cessent d'exprimer (e) mes regrets , mes allar
mes ,
Les maux & les bienfaits qui font couler mes larmes
,
Mes crimes, ton pardon , mes beſoins, ten amour………
Oui , dans cet entretien je veux passer le jour;
Et lorfque le Soleil terminant fa carriere ,
Cessera d'éclairer mon humide paupiere , ( f)
Plus libre en fon abfence , & tout à ma douleur ,
Au- tourment de l'amour , à fa jufte fureur ,
Je veux que le fommeil cede à ma violence ;
Et que mes yeux en pleurs préviennent la préſence
De l'Aftre qui revient me reprocher l'abus
Que j'ai fait de fes feux & d'un temps qui n'eft plus.
J'ai (g) vieilli dans le mal ; puis-je aimer trop las
peine ?
Heureux , si de ma mort l'heure fixe , incertaine
Trouve mes yeux éteints , mon corps crucifié ,
Le viel homme détruit , mon coeur purifié
Et le céleste amour vivant feul dans mon ame !
Vien , Pere des foûpirs , vien par ta fàinte flamme
Confumer d'un pécheur toutes les paffions ;
Les larmes qu'il répand, font fes libations.....
(e) Laboravi ingemitu meo.
(f) Lavabo per fingulas noctes lectum weum : las
chrymis meis ftratum meum rigabo.
Turbatus eft àfurore oculus meus :
(g) Inveteravi inter omnes inimicos meos.
EloiAVRIL
1740.
669
Eloignez-vous (b) de moi , vous de qui la malice
Sous mes pas malheureux creusa le précipice ;
A la voix de mes pleurs le Ciel eft attentif.
Avec vous trop longtemps je vécus en captif,
De mes fers,fans rougir, traînant par tout la honte;
Mais dans ce jour enfin la pudeur me furmonte .
Allez , vous n'êtes plus que de vrais ennemis ,
De cruels affaffins fous le faux nom d'amis.
Puiffe mon changement les preffer de fe rendre
Au Dieu qui les apelle & qui veut (1) bien m'entendre
!
Amour , va les pourfuivre & te faire fentir ;
Comme tu m'as fauvé , daigne les convertir.
Confonds , trouble leur ame,abbats - les par la crainte
Que l'espoir les prépare à ta derniere atteinte .
Domine- les enfin , ne permets à leur coeur
Ni honte de changer , ni délai , ni langueur.
Qu'il ne fçache rougir (1) que de vivre coupable ,
És d'adorer fi tard le feul objet aimable.
(h)Difcedite à me omnes qui operamini iniquitatem:
quoniam exaudivit Dominus vocem fletus mei.
(i) Exaudivit Dominus deprecationem meam : Dominus
orationem meam fufcepit.
(1) Erubefcant conturbentur vehementer omnes
inimici mei : convertantur & erubefcans valde ve
lociter.
€ iiij LET
670 MERCURE DE FRANCE
1
LETTRE du R. P. Dom Jacques Duval ,
Bénédictin de la Congrégation de S. Maur,
à M. Pierre Defrasnay , au sujet de son
Effai sur l'Hiftoire du Nivernois , imprimé
dans les Mercures de Septembre & Decembre
1738 .
Icerte Leurre , d'une Souscription du pre-
L s'agit principalement , Monfieur , dans
mier Concile d'Arles , de l'an 314. dont
vous faites ufage dans l'Effai sur l'Hiftoire
du Nivernois : Ex eâdem Provincia Civitate
Niveduno Evotius Epifcopus. Cette Soufcription
m'ayant parû auffi intereffante par raport
à differens Points de notre Hiſtoire ,
qu'elle vous l'avoit femblé , pour relever
l'antiquité de l'Eglife de Nevers , je cûs
devoir la vérifier fur les Editions des PP .
Sirmond , Labbe & Hardouin : mais elle
ne s'y trouve point , non plus que dans le
Recueil des Lettres des Papes , où Dom
Couftant a imprimé de nouveau les Souscriptions
du Concile d'Arles , après les avoir
conferées & corrigées fur un Mf. de la Bibliothéque
de M. Colbert .
Comme vous n'aviez point indiqué où
vous aviez pris cette Soufcription , je pris
la réfolution de vous demander où on la
trouve :
AVRIL. 1740. 671
trouve : c'eft ce qui m'a procuré de la part
d'un Anonyme , une Lettre imprimée dans
le Mercure de Fevrier dernier. J'aurois voulu
que vous euffiez vous -même pris la peine
de répondre à ma queftion ; l'Anonyme se
feroit , fans doute , difpensé d'écrire ; il eft
vrai que vous auriez été privé des Eloges Alateurs
qu'il donne à votre Effai sur l'Hiftoire
du Nivernois : mais en revanche vous auriez
bien mérité du Public , en lui épargnant la
lecture d'un Ouvrage , où les fautes font en
trop grand nombre pour être excusées dans
une production de trois ou quatre pages . Je
n'en releve une partie , que pour vous engager
à donner vous -même une Réponfe plus
fatisfaifante.
Eft-il pardonnable , par exemple , dans un
Homme de Lettres , & dans un fiècle auffi
éclairé que le nôtre , d'établir quelque Point
d'Hiftoire que ce foit , fur les Editions des
Conciles publiées dans le XVI. fiécle , préférablement
à celles qui ont fuivi ? Perfonne
n'ignore le jugement que le Cardinal Baro
nius portoit de leur peu d'exactitude : elles
ont été faites fur un petit nombre de Mss.
Crabbe , Auteur de l'Edition de 1538. citée
par l'Anonyme , comptoit lui - même ſi peu
fur ceux qu'il avoit fous les yeux, pour donner
les Soufcriptions du Concile d'Arles ,
qu'il avertit de n'en faire usage qu'avec pré-
Cv caution,
671 MERCURE DE FRANCE
1
caution , pour conftater le nom & l'exiften
ce des Evêchés qui s'y trouvent : Prafcripto
rum Epifcoporum ad Dioceses suas affignatio
pofita eft in quantum hujus Concilii exemplaria
miniftrarunt : nemo ergo indignetur ,fi videatur
nonnunquam haud ad amuſlim facta.
Eh ! comment ne pas fe prévenir contre
ces Soufcriptions telles qu'on les lit dans
Crabbe , les trouvant inserées à la tête des
Canons du fecond Concile d'Arles , de l'an
452. Canons confondus eux - mêmes avec
plusieurs autres Canons des Conciles pofterieurs
? Au moins n'auroit - on pas dû diffimuler
que dans les Editions même de Crabbe
& de Binius , où on lit Civitate Niveduno
, on a eû foin d'inferer à la marge Helviduno
comme variante , ou plûtôt comme
une marque que n'ayant pû déchiffrer le
véritable nom dans le MS. dont on s'eft fervi
, on en a ſubſtitué un autre par conjecture.
Ce que les premiers Editeurs n'ont pû
faire , les modernes l'ont fait ; ils ont tous lû,,
& j'ai lû comme eux dans trois MSS . deuxde
la Bibliothéque du Roy , & un de la Bibliothèque
de S. Germain des Prés , qui eft:
du VI. fiécle , Vocius Epifcopus , Petulinus
Exorcifta de Civitate LUGDUNENSIUM , leçon
qui s'accorde avec tous les Catalogues de
Eglife de Lyon , avec les Editions du Gallia
Chriftiana.
AVRIL 1740 673
Chriftiana de Mrs de Ste Marthe & des Bénédictins
: mais l'Anonyme, qui choifit toujours
par prédilection les Editions anciennes,
cite pour fon fentiment , celle de Claude
Robert , quoiqu'eftimée la moins parfaite.
Confultons donc , puifqu'il le veut , cette
Edition : mais que dit Claude Robert ? rien
de pofitif en faveur de l'Eglise de Nevers
quoiqu'il fupofe l'autenticité de la Soufcription.
Evotius in Concilio Arelatenfi 314. alii
tamen interpretantur Nivedunům cujus fuit
Epifcopus, Civitatem Equeftrem vulgò Nyon.
Auffi n'y a- t-il rien de plus incertain que
l'Epoque de la fondation de l'Eglife de Nevers.
On n'apuye fon exiſtence en 314. que
fur une Soufcription du premier Concile :
d'Arles ; & quand je n'en aurois pas démontré
la fupofition , elle fauteroit aux yeux , par
le peu d'aparence qu'il y eût un Évêque à
Nevers , fous l'Empire de Conftantin . Nevers
n'étoit alors qu'une Bourgade , ou fi
l'on veut , une petite Ville. Du moins Ptolemée
, la Table de Peutinger , & l'Itineraire
d'Antonin , n'en donnent pas une idée plusavantageufe.
Je ne fçais où M. de la Martiniere
, dans fon Dictionaire , a pris que Nevers
avoit été érigée en Citéfous Antonin ,
mise dans la IV. Lionnoise , fous la Métropole
de Sens , par la Divifion d' Honorius. II
feroit étrange qu'il se fût laiffé tromper par
Cvj les
™
#
674 MERCURE DE FRANCE
les Notices, que tous ceux qui fe piquent de
Litterature Hiftorique,eftiment fauffes & interpolées.
Il n'y en a qu'une feule autentique
& fans alteration , qui eft celle que le P.
Sirmond a donnée à la tête du premier Volume
des Conciles : mais dans l'énumération
des Cités des Gaules , il n'y eft fait aucune
mention de Nevers. Or , on fçait combien
les Evêques étoient rares pour lors dans les
Gaules ; beaucoup de grandes Villes n'en
avoient point encore . Tours étoit fans contredit
l'une des Cités les plus confidérables
de la Celtique ; cependant l'Evêché vaqua
pendant 37. ans, c'eft à- dire depuis S. Gatien,
premier Evêque , mort vers l'an 300. juſqu'à
l'élection de S. Lidoire en 338.
-
›
Il eft auffi -peu vraisemblable que Nevers
ait eû des Evêques depuis 314. jufqu'à l'établiffement
des Francs dans les Gaules. Je
défie qu'on en nomme un juſqu'à l'an 517.
dont l'exiſtence foit conftatée par des monumens
autentiques. Seroit ce Eulalius
dont on fixe l'Epifcopat à l'an 507 ? Mais on
eit d'abord révolté d'un intervalle de près
de 200. ans. Quoique vous en difiez , M ,
dans l'Effai fur l'Hiftoire du Nivernois ; on
n'en fçauroit rejetter la faute fur les Rois de
Bourgogne , qui étoient Ariens , parce que
ces Princes n'ayant été Ariens qu'environ
Fespace de 20. ans , n'ont pû influer dans une
fi
AVRIL. 1740. 678
fi longue vacance ; & d'ailleurs , vous ne
prouvez point du tout l'Epifcopat d'Eulalius
; car c'eft fe moquer que de citer les faux
Actes de S. Severin , dont le P. Mabillon
dans fes Annales ( Tom. I. pag. 28. ) a relevé
les bévûës & les anacronismes. Revenons à
l'Anonyme .
>
Il eft prefque toujours malheureux en fait
de citations le P. Sirmond ( Concil. Gall.
Tom. I. ) donne pour Epoque du Concile
d'Arles Fannée 3 F4. fous le Pontificat du Pape
Silveftre : il lui fait dire qu'il s'eft tenu fous le
Pape Melchiade en 312. Iauroit pû citer
pour lui Coquille , & il le cite comme contraire
à fon fentiment. C'eft , fans doute , liri
faire plaifir que de l'avertir ici que dans l'Edition
de l'Hiftoire du Nivernois , faite à
Paris en 1612. il y a un Catalogue d'Evêques
de Nevers , en forme d'Appendix , où fe
trouve le nom d'Evotius . Ce Catalogue eft de
Coquille ; mais de quel poids peut être for
fentiment , dès qu'il ne l'apuye que fur des
Editions fautives , contredites par les Editions
qui ont fuivi, & par tous les MSS. dont
on a connoiffance ?
Au refte Coquille , quelque habile homme
qu'il fût , n'étoit point en état de donner rien
de folide fur les commencemens de notre
Hiftoire. Il a réüff , je crois , autant qu'il
étoit poffible, dans un temps, où les monumens
676 MERCURE DE FRANCE
mens litteraires étoient encore rares , & n'a
voient point été fuffifamment éclaircis par
les Sçavans qui les ont publiés depuis : mais
il faut convenir avec l'Auteur de l'Hiftoi.
re Critique de la Monarchie Françoise ,
que ce n'est que depuis l'an 1670. ou
environ , qu'on a eû avec quelque abondance
les fecours néceffaires pour perfectionner
notre Histoire . Cependant , comme il n'eſt
pas jufte de cenfurer Coquille , fans témoi--
gner qu'on l'a lû , ouvrons au hazard , j'y
confens , l'Hiftoire du Nivernois.
Arles , dit Coquille ( page 27. ) sous la domination
des Romains , étoit Mere Cité de
la Viennoife feconde. Cela n'eſt pas exact ; la
Province de Vienne ne fubfitoit point , comme
Province particuliere du temps de César,
ni même du temps d'Augufte ; elle faisoit
partie de la Narbonnoife. Depuis l'érection
de la Viennoise , la Ville d'Arles y fut en
clavée ; mais non dans la feconde , la Viennoiſe
n'étant point divifée en deux Provinces
sous l'Empire d'Honorius , mort en 423. nisous
Valentinien III. mor en 455 ; néanmoins
fi l'on entend parler d'une divifion
purement Eccléfiastique , on peut dire qu'il
s'en fit une en 450 , lorsque le Pape S. Leon,
pour terminer les differends qui étoient entre
les Eglifes d'Arles & de Vienne , attribua à
chacune d'elles un certain nombre de suffraAVRIL.
1746. 6749
fragans mais tout le monde sçait que la
plus grande partie de la Viennoife étoit dès-¨
lors paffée aux Vifigots.
Même page. Coquillé prétend que le département
des Provinces est le même dans
Ammien Marcellin , que dans la Notice de
l'Empire , ce qui eft faux . Ammien attribuë
la Ville d'Avenches aux Alpes Grecques &
Pennines ; la Notice la donne à la Sequanoife.
Bourges , felon Ammien , étoit fous
la premiere Lionnoise ; felon la Notice , elle
apartenoit à l'Aquitaine premiere ; & ainfi
d'un grand nombre d'endroits differens.
Voilà fuffifamment dequoi faire connoître
Coquille : cependant je reprends encore en
lui un défaut d'exactitude sur le nombre desannées
du Roy Henri I. parce que cette faute
me donne occafion de propofer au Public
une conjecture affés importante sur l'Epoque
de la mort de ce Prince. La méprife de Coquille
, confifte en ce que ( page 61. ) il
compte pour la quinziéme année du Regne
de Henri , l'an 1047 , mais la quinziéme année
tombe l'an 1041. ou 1042. en comptant '
depuis son Sacre : elle tombe en 1045. ou
1046. fi l'on compte depuis la mort du Roy
Robert.
Voici ma conjecture. Les Nécrologes cités
dans l'Hiftoire Généalogique de la Maifon
de France , fixent tous la mort du Roy
Henri
678 MERCURE DE FRANCE
Henri au 4 , au´s , ou au 1-2 . du mois d'Août
1060 ; ne la doit - on pas reculer jusqu'au 29.
du même mois ? Pour établir cette Epoque ,
je cite ( Spicil. Tom. 10. p. 395. ) le témoi
gnage de Foulques , Comte d'Anjou , qui ,
dans l'Abregé qu'il a donné de l'Hiftoire des
Comtes fes prédeceffeurs , & de la fienne
dit formellement que Henri mourut lejour
natal de S. Jean- Baptifte de l'année 1060 ;
or, on fçait que c'eft le nom que les anciens
Martyrologes, du nom de S. Jérôme , ont donné
à la Fête qu'on a connue depuis fous le titre
de la Décollation , Fête toujours folemnisée
le 29. Août ; Fête clairement diftinguée par
Foulques , de celle qu'on célebre au mois do
Juin , & qu'il apelle à la page 394. Feftivitas
Sancti Johannis : Je demande donc si
F'autorité du Comte d'Anjou ne doit pas être.
préférée à celle des Nécrologes , qui ne s'accordent
pas ? Foulques étoit contemporain ,
il avoit 17. ans , & venoit d'être armé Chevalier
, quand le Roy mourut : il me femble.
qu'une Epoque de cette nature eft frapante.
pour un homme de ce rang , & qu'il ne peut
s'y méprendre auffi aisément , qu'un Particulier
, chargé du foin d'écrire un Nécrologe.
Quoiqu'il en foit , voici les paroles de
Foulques : Atas mea decem & septem erat
annorum , quando ( Gofridus Mariellus ) me
fecit militem: in eodem porrò anno ( 1060. ) Rex
HenAVRIL.
679
1740.
Henricus obiit in nativitate SanƐti Johannis .
Mais revenons encore une fois à la Souscription
du Concile d'Arles : Ex eâdem Provincia
Civitate Niveduno , & accordons- en
pour un moment l'autenticité : mais fi , com
me l'Anonyme le fupose , & comme le dit
formellement l'Auteur d'une Differtation
imprimée dans les Mémoires de Trévoux ,
du mois d'Août 1739. on entend par ces
mots , ex Provinciâ Galliarum , & par ceuxci
, ex eâdem Provinciâ , la Province de Lyon;
quel fonds , je vous prie , peut- on faire fur
ce Monument , pour juger sous quelle Province
étoient les Evêques qui ont souscrit ?
Rheims , Cologne , & le prétendu Nivedus
num font confondus fous ce même titre , ex
Provincia Galliarum , quoique Rheims fît
partie de la Belgique , & que Cologne apartint
à la Germanie inferieure. Puisque mon
sujet m'a deja engagé à parler plufieurs fois
de la pofition de nos anciennes Cités , permettez-
moi , M. , de vous représenter que
vous-même n'avez pas toujours été exact
sur ce point.
Par exemple , sur quelle autorité , dans
votre premiere Differtation , soumettez-vous
à la République des Eduens , les Peuples apellés
Ambarri & Vadicaffes ? César dit des premiers
( L. 1. n. xj. ) qu'ils étoient les alliés
les amis des Eduens : Ambarri quoque necessarii
680 MERCURE DE FRANCE
sarii & consanguinei Aduorum , ce qui ne'
fignific point qu'ils fuffent de leur diſtrict.
On croit qu'ils habitoient le Pays apellé aujourd'hui
le Charolois , éloigné de Bibracte,
Ville principale des Eduens , d'environ cinquante
milles Romains ; il - eft bien moins
vraisemblable qu'ils fiffent partie des Eduens ,
fi ce font ceux que Ptolemée ( L. 2. ) place
ou dans la Belgique , ou fur les confins de la
Belgique : Poft quos ad Belgicam Vadicaffis
Civitas Noemagus. Quoiqu'il en soit
Nevers n'étoit point , comme vous le dites
originairement Cité , ou Ville capitale d'aueun
Peuple , Civitas : la preuve en eft senfible
dans les Commentaires de César : No
viodunum duorum Oppidum , c'est - à-dife '
Ville dans le territoire , sous la jurisdiction ,
sous le diftrict de la Cité principale des
Eduens.
Bien d'autres objets s'offrent à mes remar→
ques: mais il vaut mieux abandonner à la
critique judicieuse des Auteurs du Gallia"´
Chriftiana , lorsqu'ils donneront la Province
de Sens , tout ce qui concerne l'Hiftoire des
Evêques de Nevers , dans Cotignon , dans
Coquille , & dans votre Effaifur l'Hiftoire du
Nivernois . Cependant, avant que de finir, je
prie le Differtateur anonyme d'exposer deformais
mes sentimens avec plus de jufteffe , ou de
bonne foy, qu'il ne fait, ceux de tous les Auteurs
AVRIL 1740. 681
seurs qu'il cite : c'eſt à Nion , felon lui , que
je place ce qu'on apelle Civitas Equeftris. Je
vous en faisjuge, M. voici mes paroles : Suposé
qu'on vint à bout de démontrer que NIVEDUNUS
, dont il eft parlé dans la Souscription , füt'
Nion , CIVITAS EQUESTRIUM NOIODUNUS
Cité de la Province Sequanoise , il faudroit
paffer sur cette foule d'autorités , qui prouvent
que la Province Sequanoise avoit été détachée
de Lyon sous Augufte. Eft - ce là , je vous demande
, prendre parti & se décider sur la
pofition de Civitas Equeftrium ?
Je suis avec respect , & c.
AS.Germain des Prés le 19. Mars 1740,
EG LOGUE.
Daphnis & Jolas.
Daphnis.
Enfin , cher Jolas , les triftes Aquilons
Ne defolent plus nos campagnes ;
Flore regne dans nos Valons.
A l'ombre des Forêts , Diane & fes compagnes
Accordent chaque jour leurs danfes à leurs voix ;
Et les Bergers aprennent aux Montagnes
Arépeter les fons de leurs Hautbois.
Jolasi
682 MERCURE DE FRANCÉ
Jolas.
Qu'heureux étoit le temps où fous les loix d'Aftréè
Tout fléchiffoit dans l'Univers !
Flore & Ceres ne voyoient point Borée
Forcer la Terre à quitter leur livrée ;
Les Bois étoient peuplés d'Arbriffeaux toujours
.verds ;
L'Aurore voyoit avec elle'
Zephir fe lever tous les jours ,
Et la plaintive Philomele
Ne ceffoit de chanter fes innocens amours.
Daphnis.
Non dans les premiers temps du Monde en fon
enfance
L'Hyver comme aujourd'hui ravageoit les moiffons;
Ce n'étoit qu'en amour , je penſe ,
Que l'on ne voyoit point regner quatre faifons.
Folas.
En ce cas, l'âge d'or , âge heureux & tranquille ,
Revit pour moi , pour Amarilie,
Daphnis.
La conftance & l'Amour font en guerre aujourd'hui ;
Du Papillon leger chacun fait fon modele ;
Crois-moi , mon cher , va comme lui
Faire ta cour de Belle en Belle .
Jolas.
Non , j'adore Amarille , & n'adorerai qu'elle ;'
La
AVRIL
683
1740 .
La Vigne ceffera d'épouser les ormeaux ,
Le Myrthe d'aimer les ruiffeaux
Si je lui deviens infidele .
Daphnis.
Quand hier dans ce Bois toufu ,
Nous oüimes la Tourterelle ,
Qui l'eût crû , Berger , qui l'eût crû ,
Que tu dûffes gémir comme elle ?
A peine ce matin l'Aurore au teint vermeil
Avoit femé de fleurs la route du Soleil ,
Affife à l'ombre d'un Bocage
Amarille chantoit Hylas ;
Les Oifillons en leur langage ,
Les Ruiffeaux dans leur cours , enfin , cher Jolas,
Les Echos du voisinage ,
Répetoient le nom d'Hylas.
Jolas.
Amarille m'eft infidelie !
Frayez -vous , Ruiffeaux innocens ,
Vers votre fource 9une route nouvelle ;
Tout eit poffible en notre temps ,
Amarille m'eft infidelle.
Daphnis.
Tu t'en ferois douté , cher Ami , files Dieux
Ne t'euffent fafciné les yeux ;
Quand l'autre jour tu gravojs fur le fable
Le
684 MERCURE DE FRANCE
4
Le nom d'Amarille & le tien ,
Un Zephire defagréable
En fe jouant n'en laiſſa rien .
Jolas.
M'en douter , cher Daphnis , après que la cruelle
M'avoit juré de me refter fidelle,
Tant qu'au Printemps on verroit les Zephirs
Soûpirer pour la jeune Flore ?
Je ne fuis plus aimé : cependant dès l'Aurore
L'air retentit toujours de leurs soupirs.
Daphnis.
Quand des Vents l'haleine legere ,
Emporte les fermens que fait une Bergere ,
porter ailleurs fes pas.
Il faut
Jette les yeux fur l'Hirondelle ;
Dès que l'Hyver attriſte nos Climats ,
Elle va dans un autre où le Printemps l'apelle.
Jolas.
Il eſt aisé de donner des avis ;
De les fuivre il n'eſt pas fi facile.
Si pour les charmes d'Amarille ,
Gomme le mien ton coeur étoit épris ,
Tu dirois comme moi : Ta remontrance eſt vaine.
fi fon nom échape à mes efprits , On verra
Le Tibre s'unir à la Seine ,
Et venir arrofer les remparts de Paris.
Mike Duchêne , âgée de 16. aas.
AVRIL 1749: 685
LETTRE sur les Révolutions de Hongrie
Ji
'ai lû , Monfieur comme vous l'avez
fouhaité , l'Hiftoire anonyme des Révo
lutions de Hongrie , imprimée à la Haye
en 1739. en fix volumes . Si j'ai eû de la fatisfaction
d'y aprendre plufieurs Anecdotes
très- intéreffantes , je ne fuis pas moins embaraflé
de rendre compte de ma lecture à
une Perfonne auffi éclairée que vous , M. qui
réfidez dans le Pays , où cet Ouvrage vient
de paroitre , & qui devez par les Emplois
que votre Souverain vous a confiés en differentes
Cours de l'Europe , avoir une connoissance
exacte du sujet de cette Hiftoire.
•
Comme je me fuis fait une loi de vous
obéir , je vous fais part de mes Réflexions
sur cet Ouvrage , quoique perfuadé qu'elles
méritent peu l'honneur de votre attention ,
& encore moins votre fuffrage ; j'ai remar
qué dans cette Hiftoire , que fi la Bataille de
Hofchtet eût été favorable aux Bavarois , le
Prince Ragotsky, Chef de la Conféderation,
devenoit Roy de Hongrie , & le Comte de
Berechini Grand Général & Lieutenant Ducal
des Etats du Royaume auroit été proba
blement élû Prince de Tranfylvanie ; que
rien n'eft plus dangereux que de vouloir changer
686 MERCURE DE FRANCE
1
geries anciennes Conſtitutions d'un Royaume
, & de traiter comme Pays de Conquête,
ceux qui fe font donnés & foûmis volontairement
à un Prince Etranger. On difpute depuis
Ariftote jufqu'à préfent, & on disputera encore
longtemps furda meilleure forme de Gouvernement,
adhuc sub Judice, lis eft. La perver
fité & l'inconftance du coeur humain , font
qu'il n'y en a point de parfait ni de folide
ils ont tous leurs inconvéniens ; le meilleur
eft celui qui concilic les moeurs & les coûtumes
des Peuples : s'il y eût jamais un Gouvernement
parfait , ce fut celui du Peuple
Juif; cependant ce Peuple dur & ingrat , fe
laffa bien-tôt de la forme , & Dieu , pour
ainfi dire , fût obligé de leur donner un Roy,
conformément aux autres Nations.
;
>
Les Partifans de la Cour de Vienne soûtiennent
que le Bien public de l'Europe , &
les Interêts de la République Chrétienne
demandoient que l'EmpereurLeopold en agît
comme il a fait avec les Hongrois ; la fitua
tion de la Hongrie , qui sépare la Chrétienté
de l'Empire Ottoman , vouloit , disentils
, que l'Empereur se rendît maître absolu
de ce Royaume , comme il eſt dans les
Pays Héréditaires , afin d'être par là à portée
d'y faire executer les Décifions du Confeil
de Vienne , fans dépendre de Fattache des
Grands du Royaume , dans les differentes
K
con
AVRIL 1740. 687
conjonctures où les Intrigues & les mouvemens
de la Porte peuvent intereffer la Ré
publique Chrétienne , & confequemment
S. M. I. qui en eft en quelque forte le défenfeur
; mais cette raison peut - elle être
un Titre légitime pour dépouiller une Nation
entiere de fes Privileges & de fes Prérogatives
? Les Politiques conviennent tous
que la conservation de ce Royaume a dépendu
de la Bataille de Hoschtet, & croyent,'
comme cet Auteur le raporte , que les Bénéfices
, les Dignités , & les Terres de Hongrie
, ont bien autant de part aux Résolutions
du Miniftere Imperial , que tout autre
prétexte qu'on a pû répandre dans le Public.
LaNation Hongroife eft à préfent fi abbaiffée,
qu'elle ne feroit plus en état de faire ce que les
Rois Nationaux ont fçû faire à la tête de
leur Nobleffe , fans le fecours d'aucune autre
Puiffance , c'est - à - dire de repouffer l'Ennemi
du nom Chrétien jusque fur les bords
du Pont-Euxin .
Ainfi , M. le Public , pour qui les Hongrois
, par raport à leur fituation , font , Antemurale
Christianorum , a beaucoup d'obligation
au Gentilhomme Hongrois qui nous
a donné l'Hiftoire de fa Nation ; elle
doit lui fçavoir gré d'avoir détrompé par
des Actes authentiqnes la plupart des
Européens, qui n'étant pas inftruits des Loix
D da
>
688 MERCURE DE FRANCE
du Royaume , attribuoient plûtôt les mouvemens
des Hongrois à un efprit de rébellion
, qu'à l'amour de la Patrie.
A l'égard de la feconde Partie de cet Ouvrage,
qui a pour titre les Mémoires du Prin
ce François Ragoftki, je ne les crois point du
Prince dont ils portent le nom , c'eſt plutôt
l'Ouvrage d'une perfonne qui étoit attachée
à ce Prince ; en effet , on ne remarque point
dans la narration une certaine dignité que les
Princes quittent difficilement ; on y trouve
une Critique génerale contre tous ceux qui
avoient fuivi le parti du Prince ; ce manque
de reconnoiffance, dont il n'étoit pas capable,
me paroît une raison affés forte pour ne les
lui point attribuer; d'ailleurs , eft- il à préfumer
que ce Prince fe fût blâmé lui -même , en
blamant non feulement fes Géneraux , mais
encore ceux de l'Empereur , afin de faire entendre
au Public qu'il étoit un grand Capitaine
& qu'il en poffedoit toutes les qualités,
pendant qu'il eft dit à la page 127. qu'il n'étoit
alors âgé que de 26. ans , fans experience
militaire & fuperficiellement inftruit des
affaires politiques ? Il paroît même qu'il n'étoit
pas plus expérimenté à la fin de la guerre
qu'au commencement . On y trouve auffi
plufieurs contradictions qui montrent que
l'Auteur a travaillé d'imagination , ou fur leṣ
Mémoires d'autrui. Je vous avouërai que
celles
AVRIL 1740 6891
celles qui m'ont le plus frapé , regardent le
Comte Berechiny , le Lecteur ne le fera pas
moins , pour peu qu'il faffe attention à ce
qui eft raporté dans les pages 22. 23. 47. 48.
58. 59. 62.63.88 . 89. 150. 151. 201. 244.
329. 330. &c. où il eft démontré , 1 °. que
le Prince , pour s'attirer plus sûrement la
confiance de la Nation Hongroiſe dans une
entrepriſe auffi délicate , ne fignoit & n'agissoit
que conjointement avec le Comte Berechini.
2 ° . Que ce Comte , par fon habileté
& contre toute efperance , amena des Troupes
de Varfovie & aporta de l'argent , & que
le Prince regardoit fes Etendarts communs
avec ce Seigneur. 3. Que le nom de ce
Comte faifoit autant de bruit que celui du
Prince, pour déterminer les Habitans à prendre
les Armes. 4°. Sa capacité pour les Entrepriſes
Militaires les plus délicates & pour
la réüffite. 5º. Son activité dans l'execution
de fes projets . 6°. Son attention à ne point
laiffer échaper le moindre mouvement des
Ennemis pour en tirer avantage ; que ce
grand General fe rendit maître de la Ville
d'Olaffy , Siége des Raçiens & très important
, qu'il prit le Château de Naifol , contraignit
le Comte de Fergatz , pour lors attaché
au service de l'Empereur , de fe retirer
avec fa Troupe en défordre , qu'il a battu le
Géneral Richan , fait prifonnier & enlevé
Dij
for
190 MERCURE DE FRANCE
>
fon bagage & fon Artillerie , & fait plufieurs
autres Actions. 7° . Que ce Seigneur
par fon génie fupérieur , uniffoit à la quali
té de grand Capitaine , celle de la folidité
pour le travail du Cabinet ; vous ne ferez
peut-être pas fâché , M. d'aprendre à ce fujet
une anecdote qui m'a été certifiée par
un de mes amis avec qui j'ai conferé
fur cette Hiftoire , & qui m'a dit que
P'Empereur Léopold étoit tellement perfuadé
de la grande étenduë de fon efprit , qu'il difoit
hautement qu'il craignoit plus l'efprit &
la capacité du Comte Berechini , qu'une Armée
entiere : fes négociations en font une
preuve , de-même que la réplique aux propofitions
de la Cour de Vienne , imprimée
fous le nom de Constantius Veracius , que
l'on m'a affuré être de ce Seigneur.
Pour ne point fortir des bornes d'une Lettre
, je ne vous rapellerai que ce que l'Auteur
dit,page 113. & 114. où après avoir parlé
du Clergé, il ajoûte : » Que le second Ètat
» eft celui des Grands, compofé de ceux qui
font de la Baffe Hongrie & des onze Com-
» tés qui font fur le Vaag , ou enfin des trei-
» ze Comtés de la Haute Hongrie , que plu-
» fieurs des premiers & des feconds avoient
époufé des femmes de l'Autriche ou de
» la Stirie , que les autres , élevés à Vienne ,
poffedoient des biens héreditaires fur les
" confins
25
AVRIL 1740. 691
confins de la Stirie , de l'Autriche , ou de
» la Moravie, & que ces motifs étoient cauſe
» qu'ils favorifoient de coeur les Autri-
» chiens , parce qu'ils ne vouloient pas expofer
au hasard leurs biens & leurs fortunes
, ou bien parce qu'ils faifoient peu de
cas de la Famille & de la Perfonne du
Comte Berechini , & que par ces motifs
» ils avoient de la peine à embraffer le parti
» du Prince , crainte de fe mettre dans un
" rang inférieur à celui du Comte Berechini.
»
>
Paffant fous filence les autres endroits où
l'Auteur , au lieu d'une Hiftoire , fait pluttôt
une Satyre fur la conduite & l'humeur de
ce grand Capitaine dont nous avons , fi je ne
me trompe , un fils en France , Maréchal de
Camp & Meftre de Camp d'un Régiment de
Huffars , qui ne dégenere point de la valeur
de fes Ayeux ; je vous obferverai que le Prinće
Ragoftki dit dans fes Mémoires , ou du
moins on lui fait dire , qu'il a choifi le Comte
Berechini pour compagnon de fon entreprife
, que ce n'eft que par ce Seigneur qu'il
a été connu de la Nobleffe Hongroife , étant
encore fort jeune , lorfqu'il a commencé la
guerre contre les Impériaux , & ayant presque
toujours été prifonnier ou exilé.
La Nation affemblée en Confédération à
Onod , auroit- elle élû le Comte Berechini
pour Lieutenant Ducal , fi la grande Nobles-
D iij se
91 MERCURE DE FRANCE
se avoit crû les Berechini inférieurs aux au
tres Grands du Royaume ? & par quel endroit
le Comte Berechini eût- il été moindre
que les autres , lui qui fortant d'une noble
& ancienne Maifon , reconnuë telle par quatre
Empereurs confécutifs , & élevé depuis
plus d'un fiécle à la dignité de Grand du
Royaume , & qui avoit remporté plufieurs
victoires fur les Turcs ? L'Auteur devoit fe
contenter des premiers motifs pour rendre
raifon de l'indifference que plufieurs témoi
gnoient pour le parti du Prince Ragoftki ,
fans en imaginer un qui n'a pas même de
vrai femblance , puisque l'Empereur Léopold
, dans l'Inftruction qu'il infére dans fa
Lettre à l'Archevêque de Colocza , du 11.
Février 1704. pour les fieurs Talvay & Jezansky
, nommés pour renoüer la négocia
tion de la Pacification avec le Comte Berechini
, les avertit , » que les Hongrois armés,
» demandent avant toutes chofes des fûretés
» que le Traité à faire avec eux fera obfervé ; -
» cela fupofé , ils s'adrefferont au Comte Berechini
de ma part , comme Palatin du
Royaume , & fur fes plaintes & fur celles
de fes adhérans , comme fur les prétentions
qu'ils font des garanties & sûretés des
» Traités à faire , ils lui repréfenteront , & c.
Tome 2. liv. 6. pag. 153. 154.
و د
Qui eft-ce qui croira jamais que l'Empereur
,
1
AVRIL. 1740. 693
reur , preffé comme il étoit alors , & cherchant
tous les moyens imaginables pour pacifier
la Hongrie , eût nommé Palatin du
Royaume , c'est - à - dire Médiateur entre fa
Nation & fon Roy , le Comte Berechini ,
qui avoit les Armes à la main contre S. M. I.
& qui étoit Grand Géneral de la Confédération
, s'il eût été vrai que la grande Nobleffe
Hongroife l'eût regardé comme leur inferieur
? il n'en eût pas fallu d'avantage pour
les irriter contre la Cour de Vienne , ainfi
l'Auteur des Mémoires trouvera bon que le
Public ait plus d'égard à ce que cette Cour
penfoit fur l'état & la Maifon du Comte Berechini
, que pour ses idées particulieres .
La troifiéme Partie contient les Mémoires
'd'un Gentilhomme Transylvain de l'illuftre
Maifon de Berlem , nommé le Comte Berlem
Niklos , ils m'ont paru auffi intereffans
qu'amufans , ils nous donnent quelques idées
d'une Nation qui ne nous eft pas plus connuë
que les Daces l'étoient autrefois des Romains
; les fentimens tendres & conftans de
l'Auteur pour la Princeffe de Transylvanie ,
raprochent dans mon idée les Sables brulans
d'Afrique avec les Montagnes de Nége de
ce Pays Septentrional , c'eft - à - dire , felon
le proverbe Italien , Tutto il Mondo e paëse!
Je fuis , Monfieur , &c.
Di
LA
854 MERCURE DE FRANCE
LA BREBIS ET LE CHIEN.
FABLE.
Une Brebis sous la garde d'un Chien
Qu'elle croyoit veiller pour sa défense ,
Fut'un beau jour par ce maître vaurien
Houspillée avec violence ;
Dieu sçait quelle fut sa douleur .
C'étoit un infâme , un barbare ,
Un traître , au lieu d'un défenseur ,
Qui méritoit cent coups de barre.
Pendant qu'elle pleure son sort ,
Un Loup qui l'entend de son fört ,
Accourt au bruit & la hape à la fesse ,
Si vertement qu'il emporte la piéce ;
Car Messieurs les Loups sur ce cas
Sont gens qui ne badinent pas ;
Cependant la pauvre pécore ,
و ی ش
Sans rien dire du Loup , du Chien se plaint encore
Si bien que le Berger , qui , quoique d'assés loin ,
De l'un & l'autre fait avoit été témoin ,
Dit d'un ton de surprise à la Brebis dolente ,
Pourquoi du Loup es- tu moins mécontente
Que de ce Chien ? Il t'a mordu
Une
1
AVRI L 699
1740.
Une fois , il est vrai , mais il t'a défendu
Au moins cent fois avec courage
De ce Loup dont tu viens de ressentir la rage ;
C'est , dit- elle , qu'un coup que porte un ennemi
Ne se fait sentir qu'à demi ;
Mais quand on est blessé par quelqu'un que l'on
aime ,
La douleur est toûjours extrême.
Par M. Luneau , d'Issoudun , en Berry:
j j j f f f f ų
のの
888888
LETTRE de M. Cantwel , M. D. écrite
de Paris le 6. Avril 1740. à M. D. L. R.
sur les Remedes pour la Pierre &
l'Hydropisie.
P
pour
Our feconder , Monfieur , l'attention
que vous avez d'inftruire le Public de
tout ce qui peut lui procurer quelque utilité,
je vous envoye la fuite du fuccès des Remedes
de Mlle Stephens , & en même -temps le
Secret du Médecin Arabe , tant vanté depuis
peu à Paris.
SUITE du succès des Remedes de Mlle Stephens,
tirée des Lettres de M.Hartley, datées
de Londres du 17.
31. Mars N.S. 1740 ..
Le 16. de ce mois , les trente Commiffai-
D v rës
696 MERCURE DE FRANCE
res nommés
par le Parlement
pour l'examen
des Remedes
de Mlle Stephens , s'affemblerent
dans la Chambre
, dite du Prince , attenante
à la Chambre
Haute. On y produiſit
:
cinq Perfonnes
qu'on avoit fondées avant & saprès l'ufage de ces Remedes. L'existence
de la Pierre avoit été vérifiée chés tous , &:
les mêmes Chirurgiens
qui les avoient fondés
, les ont déclarés guéris. Quatre de ces-
Pierreux
étoient préfens à l'Affemblée
, le einquiéme
étoit en campagne
. Tous les Commiffaires
ont parû fatisfaits , & le Certificat
expedié à Mlle Stephens
a été figné par vinge: des Commiffaires
ce jour - là , elle a reçû lescinq
mille livres Sterlings le 28. Mars . On en:
publiera dans peu un détail plus circonftan--
cié , avec les Certificats
, &c. que j'aurais
l'honneur
de vous envoyer
pour le mois prochain,
avec les circonftances
d'une Cure fin--
guliere , qui fe fait actuellement
à Paris.
SECRET du Médecin Arabe рожк
Hydropisie.
On etoit fort furpris ici que les Médecins
de Paris n'euffent pas connu ce Remede . Je:
fuis perfuadé qu'il n'y en a point qui ne con
noiffentlesDrogues qui y entrent, & les cas où
il faut s'en fervir , quoiqu'ils en ignorent
peut être la combinaiſon qu'en faifoit M. Do
var, Médecin Anglois. Il y fix ans que je l'ai lûs
dans
>
AVRIL 697 1740:
'dans fon Livre & m'en fuis fervi une fois fans
fuccès. En voici la Recette .
ر و ن
» Prenez de la Limaille d'acier préparée
» avec du Souphre , une once ; Antimoine
crud , une once ; Diagrede , quatre onces ;
faites - en une poudre très- fine , & avec une
» fuffifante quantité de quelque Sirop , for-
» mez un Electuaire mol ; il veut dire une
» boisson épaisse.
Prenez -en une grande cuillerée en vous
couchant , & une autre le matin. Il faut le
bien remuer avant que de le prendre , & en
augmenter ou diminuer la dofe , comme le
cas le demandera.
Il faut s'abftenir de boire durant l'Opéra--
tion de cé Remede , parce que cela pourroit
en empêcher l'effet.
Quand les eaux feront vuidées , on ne
prendra le Remede que deux fois la femaine;
puis une fois ; enfuite de quinze en quinze
jours, & enfin une fois le mois , jufques à ce
qu'on ait rétabli le ton du fang.
Il faut éviter toute cfpece de fruit , d'herbage
, de potage & alimens liquides , & ne
jamais exceder trois demi-feptiers de boiffon
par jour.
M. Dovar eftimoit fort ce Remedé , qu'il
difoit infaillible dans la Tympanite & l'Anasarque.
II en avoit un autre dont il faifoit grand
A
D- vj Cas
698 MERCURE DE FRANCE
cas dans l'Ascite & l'Hydropisie de poitrine
qu'il n'a pas jugé à propos de léguer à fest
Compatriotes , comme il a fait de fes autres
Secrets . On croit cependant que ce n'étoit
que l'huile de Genievre , ou bien une for
te infufion des bayes de cet Arbriffeau , brûlées
, comme l'on fait le Caffé. Je fuis , &c.
A
REMERCIMENT
A M. le Tonnelier , Médecin.
›
U milieu des transports d'une fievre allumée ,
De fantômes affreux la tête embarassée ,
Je croyois entendre Caron
Crier , ne te fais pas attendre ;
Et le voir de fon aviron
Me faire signe de descendre-
Aux sombres Etats de Pluton.
Frapé de cette noire image ,
Qui de mes jours traçoit la fin ,
Déja je prenois le chemin.
Qui mene au funeste Rivage ,
Lorsque pour rompre le voyage ,
Le Docte TONNELIER parut ,
Bui , qui du ténebreux passage
Aime à reculer le tribut ;
Le
AVRIL. 1740. 699
Le vieux Nocher qui l'aperçut ,
Transi d'un regard qui l'accable ,
Dans le moment fila du cable ,
Et ma fievre avec lui sur le champ disparut..
,
Les mots de l'Enigme & du Logogryphe
du Mercure de Mars , font les Cartes du Piquet
& Email. On trouve dans ce Logogryphe
, Ame , Ami , Mail , Miel , Mil , Ail
Lie , Lime , Mai , Mi , La , & Mal.
T
ENIGM E.
MA figure n'est pas
constante ';
Ma grandeur l'est encore moins ;
Quiconque à me forger veut employer ses soins ,
Dune matiere transparente ,
1
Et d'un Métal , se doit munir ;-
Si-cela·manque , son Ouvrage
Jamais , ne se pourra finir ;
Pendant la nuit je suis d'un grand usage ;
Mais dès que le Soleil abandonnant le sein
De la Déesse qu'il adore ,
Vient éclairer le Lapon & le More ;
Je deviens inutile , & mon secours est vain.
Je regle du voleur la marche criminelle .
Souvent
700 MERCURE DE FRANCE
Souvent aussi je la trahis ;
Enfin , Lecteur , je te la donne belle ,
Tous les hyvers on me pend à Paris .
N. B.
LOGOGRYPHE
..
Dans les Jardins délicieux®,
Où regne la divine Flore ,
Et sous ses pas majestueux
Je nais au lever de l'Aurore ,
'A'ce portrait , déja tu dis , c'est une fleur ; :
Je le suis en effet , mais ma progeniture ,
En me cherchant , mon cher Lecteur,
Va te donner bien de la tablature . ·
De mes dix pieds faisant maintes combinaisons ,
Tu peux me retourner de cinquante façons ;
Tu trouveras d'abord trois tons de la Musique , -
Un Fleuve , un Grain , un Element ,
>
Une Toison , un Instrument , ›
Et de notre Monarque un séjour magnifique ; :
? Un Arbre , une Plante un Oiseau ;
Ce qu'on voit dans mes Vers , un Emploi Militaire,
La Mere de l'Enfant qui n'eut pas de berceau ,
Et qui naquit dans la misere ;
Deux Villes d'Italie , un Titre souverain ;
Un
AVRIL.
TOT! 1740.
Un Animal féroce , un Mois , une Riviere ;
Ce qui donne toûjours un visage serein ,
Et l'Outil qui polit la plus dure matiere ;
Un Titre rare , avec l'ornement de ton chef ,
Le nom d'un Saint ; un jeu de pénible exercice ;
Deux Fruits que l'on prise fort ; bref,
Un Etat que souvent l'homme prend par caprice.
Voilà , tous bien comptés , trente de mes enfans ;
Tu pourras aisément trouver mes vingt restans.
Par H..... F....... L ..... de Tonneinss
AUTRE
Ans mon entier, je suis toujours mystérieux,
Composé de dix pieds , admire ma structure ;
J'occupe quelques fois maint & maint Curieux
A foüiller dans mon corps pour trouver ma- nature;
Elle est telle , Lecteur , que l'on peut voir en moi
Un Grain, un Instrument , un ton de la Musique ;
Ce que cherche un Guerrier qui combat pour son
Roi ;
Et ce qu'à bien juger , un Pilote s'aplique.
De mes dix , prends-en sept, sans être le Destin , ›
Remarques- en l'effet , & qu'elle est ta misere ; ›
J'annonce à tout Mortel le moment de sa fin ,,
Et je marque le cours de sa triste carriere .
Je puis produire encor , en me bien combinant ,
Ce qui pourroit gâter un excellent breuvage ,
Eri
702 MERCURE DE FRANCE
Et ce qui nécessairement
Te sert à lire mon Ouvrage ;
Voilà, mon cher Lecteur , tout ce que je contiens
Aisément tu pourras déveloper mon être ,
On ne sçauroit me méconnoître ,
Et je suis sûr que tu me tiens .
Par le même:-
NOUVELLES LITTERAIRES ,
E
DES BEAUX - ARTS , &c.
XAMEN du Sentiment des Saints Peres
& des anciens Juifs , fur la durée
des fiécles ; où l'on traite de la converfion
des Juifs , & où l'on réfute deux Traités ,
l'un de la fin du Monde , & l'autre du retour
des Juifs. A Paris , chés Philipe - Nicolas
Lottin, Imprimeur- Libraire , ruë S. Jacques,
à la Vérité , Volume in- 12 . 1739.
TRAITE DES NOMS DIVINS", ou des
Perfections Divines. Ouvrage de S. Denis
PAréopagite , propre à donner des idées su →
Blimes de Dieu , & à faire naître de grands
fentimens de Religion , traduit du Grec en
François, avec des Notes Critiques, Philofophiques
AVRIL 1740. 703
+
phiques , Théologiques & Dogmatiques. Par
le R. P. Pierre- Jofeph Cortasse , de la Compagnie
de Jefus. A Lyon, chés Deville, Freres,
1739. in-4°
LETTRE PASTORALE de l'Evêque de
Londres aux Fideles de fon Diocèfe , fur
tout à ceux de Londres & de Westminster
, pour les prémunir contre la tiedeur d'un
côté , & de l'autre contre l'enthouſiaſme.
A Londres , chés S. Bucley , 1739. in - 8 °.
L'Ouvrage est en Anglois.
LA VIE DE DIEU dans l'Ame de l'Homme
, ou la Nature & l'Excellence de la Religion
Chrétienne , avec les Méthodes ou
les voyes d'obtenir le bonheur qu'elle propoſe.
On y a joint un Traité des commencemens
& des progrès de la Vie Spirituelle .
Dans la même Ville. L'Ouvrage est aussi en
Anglois.
OBSERVATIONS MISCELLANE'ES ,
principalement de Philologie & de Théologie
, par lesquelles on répand fur beaucoup
d'endroits de la Sainte Ecriture une lumiere
ou nouvelle , ou plus abondante , Livre I.
in-4. 1739. A Leuwarden , par M. Em. Euc.
Vriemoet , Docteur en Théologie & Professeur
des Langues Orientales . L'Ouvrage est
en Latin.
LES
704 MERCURE DE FRANCE
LES VIES DES HOMMES ILLUSTRES de la
France , depuis le commencement de la
Monarchie jufqu'à préfent . Par M. d'Auvigny.
Tome second . A Amfterdam , & se
vend à Paris , Grand Salle du Palais , chés
Le Gras . 1739.
&
Le premier Volume de cet Ouvrage , con
nant seize Vies , nous nous foimmes arrêtés
dans l'Extrait que nous en avons donné
dans le fecond Volume du Mercure de Decembre
dernier , à l'Article de Guillaume de
Blois , dit le Cardinal de Champagne , Premier
Miniftre , fous Philipe Augufte , fans
parler de Suger , Abbé de S. Denis , Régent
du Royaume fous Louis VII ; de Guerin ,
Chevalier de S. Jean de Jerusalem , depuis
Evêque de Senlis , Chancelier de France ,
Principal Miniftre fous Louis VIII ; de Pierre
de Villebeon, Chambélan & Principal Ministre
fous Louis IX ; de Mathieu de Vendôme
Abbé de S. Denis , Régent du Royaume fous
le même Regne , & Principal Miniftre fous
Philipe le Hardi ; d'Enguerrand de Marigny ,
Comte de Longueville , Principal Miniftre
fous Philipe le Bel ; de Pierre de la Forest ,
Archevêque de Rouen , Chancelier , Cardinal
, & Premier Miniftre fous le Regne du
Roy Jean ; de Jean de la Grange , dit le
Cardinal d'Amiens , Sur - Intendant des Finances
, & Premier Miniftre fous le Regne
de
1
AVRIL
705 1740.
de Charles V ; de Jean de Montagu , Sur- Inrendant
des Finances fous Charles VI ; de
Pierre des Effars , Sur- Intendant des Finances
sous le même Regne ; de Georges de la Tremouille
, Miniftre d'Etat fous Charles VII ;;
de Jacques Coeur , Sur- Intendant des Finan
ees fous le même ; de Jean de la Baluë ,
Evêque d'Evreux , Cardinal & Principal Miniftre
d'Etat fous Louis XI ; de Guillaume
Briçonnet , Cardinal & Miniftre fous Charles
VIII ; & de Florimond Robertet , Secre
taire d'Etat & des Finances fous Charles :
VIII , Louis XII , & François I.
Dans ce fecond Volume nous allons donner
l'Abregé de la Vie de Georges d'Amboise,
Evêque de Valence , puis Archevêque de
Narbonne , ensuite de Rouen ; Lieutenant
Géneral , puis Gouverneur de Normandie
Cardinal , Légat perpetuel du S. Siége en
France , Premier Miniftre sous Louis XII .
Il nâquit l'an 1460. Il étoit Fils de Pierre
d'Amboife , Seigneur de Chaumont fur
Loire , dont les Ancêtres , qui auparavant
portoient le nom de Berrie , venant à succeder
aux biens de la Maifon d'Amboife , en
prirent le nom & les armes pour eux & leurs
defcendans en 1256. Ce Pierre d'Amboise
étoit premier Gentilhomme de la Chambre
de Louis XI. II cut neuf garçons , qui se
diftinguerent tous par leur mérite , & par les
places
706 MERCURE DE FRANCE
places qu'ils occuperent . Celui dont nous
parlons étoit le neuvième , ou , felon quelques
uns , le penultiéme . Par fon excellent
naturel , il ne rendit pas infructueux les foins
d'une mere habile , & les préceptes d'un'
Gouverneur attentif. Après quelques études
fuperficielles , telles qu'on les faisoit dans ces
temps d'ignorance , il fut reçû , pour la for-
Docteur en Droit Canonique , fuivant
les intentions de ses Parens , qui le deſtinoient
à la Prélature , Etat qu'on ne croyoit
pas alors exiger beaucoup de science . Il tarda
peu en effet à être Evêque , & il n'étoit
encore que dans sa quatorzième année , lorfque
Louis XI , en confideration de Charles
d'Amboife , fon frere aîné , le nomma à l'Evêché
de Montauban , & peu de temps après
le mit au nombre de fes Aumôniers. La sa
geffe & la modeftie du jeune Prélat le rendirent
agréable au Roy. Le celebre Robert
Guaguin , & Philipe de Comines , étoient
en crédit, lorsqu'il parut à la Cour. Ils s'apliquerent
à lui former l'efprit , & lui donnerent
d'excellentes leçons de conduite , dont
il fçût bien profiter dans la fuite.
A
Georges avoit un efprit plus folide que
brillant , plus judicieux que délicat . Sans
goût pour les Belles Lettres , ni pour aucune
Science , dépourvû même de ces connoiffances
médiocres , auxquelles se bornent aujour
AVRIL 1740 707
jourd'hui la plupart des Perfonnes de fon
rang , il avoit , en revanche , toutes les qualités
qui font réuffir dans le monde , & qui
conduifent à une haute Fortune . Il étoit sça
vant dans la science de la Cour , auffi modeste
que modéré , fçachant parler & fe taire
, fatisfaire fon reffentiment ou le facrifier ;
fous un exterieur d'indifference & de franchife
, vif , ambiticux , souple & intriguant ;
dans le fond religieux , pieux même , mais
avec l'art de le paroître plus qu'il ne l'étoit ;
laborieux , vigilant , peu fenfible à la volup
té , toujours poli & affable , & s'énonçant
avec grace ; ayant enfin un air doux & serein,
& une phifionomie de bon augure ,
peint fon beau naturel , fon efprit fin , &
en quelque forte , cette fortune à laquelle il
étoit apellé.
où étoit
Le jeune Evêque de Montauban , ayant un
parfait raport avec le Duc d'Orleans , pour
l'âge & les inclinations , devint un des plus
zélés ferviteurs de ce Prince , qui l'honora
de fon amitié , & en fit son confident. Ses
Freres , auffi politiques que lui , s'attacherent,'
les uns au Duc d'Orleans , les autres à Madá
de Beaujeu.
me
Louis XI. étant mort , & Charles VIII .
fon fils , âgé à peine de 14. ans , lui ayanc
succedé , le parti du Duc d'Orleans , qui
s'étoit tenu couvert jufqu'alors , commença à
78 MERCURE DE FRANCE
se produire ouvertement , & à disputer la
Régence à la Faction contraire . Mais les
Etats affemblés à Tours déclarerent qu'il n'y
auroit point de Regent , conformément à
Edit irrévocable du Roy Charles V. pour
la
Majorité des Rois : il fut décidé , que le Roy
feroit inceffamment sacré , & que tout le
feroit en son nom. La Dame de Beaujeu sa
Soeur , n'ayant que 22. ans , fut chargée du
soin de son éducation , & on composa un
Conseil des Princes du Sang & de douze
personnes choifies & aprouvées par les Etats,
pour la conduite & l'expédition des affaires
d'Etat.
Le Duc d'Orleans , qui avoit alors 23. ans,'
peu satisfait d'un Reglement qui lui donnoit
trop peu de diftinction & d'autorité , jugea
propos d'attendre à faire éclater son ambition
& son reffentiment , que son parti se
fût fortifié . L'Evêque de Montauban , que
sa qualité d'Aumônier du Roy rendoit affidu
à la Cour , donnoit secretement au Roy
des conseils & des impreffions contre Madame
de Beaujeu , tandis qu'il parloit toujours
avec éloge du Duc d'Orleans. Enfin il vint
à bout de persuader au jeune Monarque
qu'il étoit à propos qu'il secouât le joug de
sa Soeur, & qu'il s'échapât de fes mains.
›
Le Prélat ne vit pas plûtôt le Roy disposé
à faire ce qu'il souhaitoit , qu'il en donna
avis
f
+
AVRIL
709 1740
avis au Comte de Dunois , Bâtard d'Orleans ,
& à quelques autres , avec qui il étoit d'intelligence.
Les mefures étoient fi bien concertées
, que l'entrepriſe n'auroit pas manqué
de réuffir , fi le courier que d'Amboife avoit
chargé de fes lettres , ne l'eût trahi par infidelité
, & ne les eût remifes à Madame de
Beaujeu . L'Evêque de Montauban fut auffitôt
arrêté , avec Buffi , fon frere , & quelques
autres complices de la conspiration
entre- autres , Pompadour , Evêque de Périgueux
, & Philipe de Comines , qui fut mis
fix mois dans une cage , fuivant l'ufage de ce
temps là , & reſta long- temps prifonnier . Les
deux Evêques & Buffi furent traités moins
rigoureusement.
fait
Quoique d'Amboife eût fuffisamment
prouvé devant fes Juges , qu'il n'avoit rien
que du confentement du Roy , qui ayant
alors 17. ans , étoit en état de juger de fes
démarches , il ne sortit de prifon que deux
ans après . Pendant cet intervalle , le Duc
d'Orleans , informé des ordres qu'on avoit
donnés pour le faire arrêter lui-même , se
refugia en Bretagne , où ayant joint ſes troupes
à celles du Duc , qui pour lors étoit en
guerre avec la France , il tourna fes armes
contre fa Patric , ou plûtôt contre la Cour.
Il perdit la Bataille de Saint Aubin du Cormier
, qu'il livra à l'armée Royale commandée
Jio MERCURE DE FRANCE
dée par la Trémoüille , qui avoit 25. ans, &
fut fait prifonnier.
Cette trifte nouvelle confterna l'Evêque
de Montauban, tout dévoué à ce Prince. Ce
qui augmentoit fa douleur , étoit l'impuissance
où il fe voyoit de le fervir , étant privé
de fa liberté. Il fit d'inutiles efforts pour
fortir de prifon. La Ducheffe de Bourbon ,
c'eft ainfi qu'on l'apelloit depuis peu , parce
que le Prince fon mari avoit fuccedé au Duché
, & aux autres biens de la Branche ainée
de Bourbon , fut inexorable. Enfin Louis
Evêque d'Albi , frere de d'Amboife , qui
n'osoit s'employer ouvertement pour lui , de
crainte de s'attirer lui-même une disgrace ,
trouva le moyen de lui faire obtenir fon pardon
, fans fe compromettre. Il fit agir un
Cordelier , nommé Malerne , Confeffeur de
la Princeffe. Ce Religieux fçut la difpofer
peu à peu à relâcher un peu de sa séverité ,
& à pardonner aux Prélats.
L'Evêque d'Albi , informé par Malerne des
difpofitions de la Ducheffe , écrivit fecretement
en Cour de Rome , & engagea le Saint
Pere à reclamer l'Evêque de Montauban , &
celui de Périgueux , arrêtés tous deux pour
le même sujet. Ce moyen réüffit : la Princeffe
vivement follicitée par fon Confeffeur
& par le Nonce , que le Pape nomma pour
connoître de cette affaire , rendit enfin la
liberté
AVRIL 71% 1740
fiberté aux deux Evêques , à condition qu'ils
se retireroient chacun dans leurs Diocèses.
C'étoit un châtiment continué , quoiqu'adouci
, pour des Prélats de Cour. En effet
d'Amboife , joüiffant de fa liberté , n'avoit
que la moindre partie de ce qu'il fouhaitoit.
Il fit de nouvelles inftances , pour avoir
celle de revenir à la Cour ; mais , malgré
toutes ses démarches , il ne put obtenir cette
grace , que quinze mois après ; encore fallut
il que fes freres fe rendiffent responsables de
la conduite qu'il tiendroit à l'égard du Gouvernement.
Il promit tout , bien résolu de
ne rien tenir , & de s'employer tout entier
pour la délivrance du Duc d'Orleans , dong
les interêts lui étoient plus chers que les fiens
propres.
Les conjonctures n'étoient guére favora¬
bles à fes projets. Les affaires de Bretagne
paroiffoient en très - mauvais état. Le fuccès
de la Bataille de Saint Aubin , & là priſe du
Duc d'Orleans avoient fait perdre courage
aux Bretons , & ils demandoient la paix , que
la Ducheffe de Bourbon étoit d'autant moins
difposée à leur accorder , que la délivrance
du Duc d'Orleans devoit être le principal
article du Traité. François II . Duc de Bretagne
, qui voyoit que les fuites de cette affai
re alloient lui devenir funeftes , s'il ne s'ac
commodoit à quelque prix que ce fût , con-
E sentia
12 MERCURE DE FRANCE,
sentit enfin que le Duc d'Orleans ne fût
point compris dans le Traité , & il obtint la
paix à cette condition.
D'Amboiſe voyant qu'il n'avoit plus rien
à efperer de la part du Duc de Bretagne , mit
tout en ufage pour fléchir la Ducheffe de
Bourbon. Pour cet effet , il engagea dans
fes interêts , Louis Malet , Sire de Graville
qui avoit tout pouvoir fur l'efprit de cette
Princeffe. Il perfuada même à Jeanne de
France , de folliciter l'élargiffement du Duc
d'Orleans , fon époux , quoiqu'elle en fût
peu fatisfaite, Mais tous ces mouvemens furent
inutiles. La Gouvernante ne donna que
des promeffes , qui n'aboutirent à rien . La
mort du Duc de Bretagne , qui arriva fur
ces entrefaites , la rendit encore moins trai
table.
Elle redoubla fes inftances , pour engager
le Roy à conquerir cette Province ; mais ni
le Roy , ni fon Chancelier ne furent point de
ce fentiment. Le Chancelier même proposa
dans le Conseil le mariage du Roy avec
P'héritiere de Bretagne , comme un moyen
plus légitime de réunir ce Pays à la France.
D'Amboise le defiroit ardemment , perfuadé
que cette alliance procureroit infailliblement
la liberté au Duc ; c'étoit lui qui avoit preffé
le Chancelier d'en faire la propofition dans le
Confeil.
Anne,
AVRIL. 1740.
713
Anne , Ducheffe de Bretagne , Princeffe
auffi belle que riche & puiſſante
pas
>
n'écouta
favorablement le Comte de Dunois , que
le Roy lui députa pour ce fujet. Il ne put
vaincre la répugnance qu'elle avoit à se donner
à un Prince , qui après avoir fait la guerre
au Duc fon pere , étoit encore armé contre
elle. Ayant d'ailleurs beaucoup de fierté &
de délicateffe , elle craignoit que Charles ne
recherchât plûtôt fon Duché que fa person
ne. Le Comte tenta vainement de la raffûrer
; elle ne voulut rien entendre , desorte
que ce Prince fut obligé de faire avertir le
Roy , qu'il n'y avoit rien à efperer , fi le Duc
d'Orleans , pour qui la jeune Ducheffe avoit
une eftime particuliere , ne fe rendoit luimême
le négociateur de cette affaire.
Ce fut d'Amboife qui preffa le Roy de
donner les mains pour l'élargiffement du Duc
d'Orleans. Selon plufieurs Hiftoriens , le
Roy , fans avoir communiqué fa réſolution
à la Ducheffe de Bourbon , alla lui-même
tirer le Duc d'Orleans de fa priſon.
,
Ce Prince , qui aimoit la Princeſſe de Bretagne
, & qui en étoit aimé , auroit bien
voulu parler pour lui-même ; mais vaincu
par la néceffité , il fit taire fon amour , & fe
fervit de l'afcendant qu'il avoit fur le coeur
de la jeune Ducheffe , pour la faire conſentir
à fon mariage avec le Roy , qu'elle épousa
enfin à Langeais. E ij
14 MERCURE DE FRANCE
D'Amboiſe voyoit avec plaifir son crédit
augmenter avec celui de fon Protecteur. On
le traitoit partout avec diftinction , & l'on
avoit pour lui tous les égards qu'il pouvoit
defirer. La mort du Comte de Dunois , arrivée
peu de jours avant le mariage du Roy
le laiffa unique poffeffeur de la confiance &
de l'affection du Duc d'Orleans.
De fi grands avantages ne lui furent pas
moins utiles qu'honorables, Chacun cherchoit
à s'apuyer de son crédit à la Cour. Lẹ
Chapitre de Narbonne le choifit dans le même
temps pour fon Archevêque. Peu après ,
il fut fait Lieutenant Général de la Province
de Normandie , & c.
Depuis la réconciliation du Duc d'Orleans
avec la Cour , la Ducheffe de Bourbon
apréhendoit que ce Prince ne fongeât dans
la fuite à fe venger des mauvais traitemens
qu'il avoit reçûs , & affectoit dans toutes les
occafions de fe montrer autant fon amie
qu'elle s'étoit déclarée fon ennemie. Ce fut
dans cet efprit qu'elle lui fit donner le Gouvernement
de Normandie. Le Duc , qui n'aimoit
pas le détail des affaires , & qui avoit
coûtume de se livrer entierement à ceux qui
avoient sçû lui plaire , fut charmé de trouver
dans l'Archevêque de Narbonne un homme
sur qui il pût se reposer. II le nomma ;
Avec l'agrément du Roy , son Lieutenant
Général
AVRIL 1740. 715
Général , & lui remit toute son autorité en
tre les mains. L'Archevêché de Rouen ayant
vaqué quelques années après , il tâcha de le
faire élire , afin qu'il fût plus à portée de
remplir les devoirs de sa Charge. Le Roy se
joignit au Duc d'Orleans , & fit solliciter
vivement le Chapitre de Rouen pour cette
élection. Georges d'Amboise fut donc nommé
Archevêque de Rouen. Dans l'Acte de
son élection , il n'eft qualifié que Prêtre ;
ce qui fait juger qu'il n'avoit jamais été sacré
, ni Evêque de Montauban , ni Arche
vêque de Narbonne. La Normandie , infectée
depuis plusieurs années d'une multitude
de Brigands qui la desoloient , avoit besoin
d'un Liberateur tel que d'Amboise . Comme
Lieutenant Général , il donna de si bons or
dres, & les fit exécuter avec tant de vigueur,
qu'en moins d'un an il rétablit la tranquillité
dans la Province.
Ce fut en ce temps- là que le Roy résolut
de passer en Italie avec une armée , pour
conquerir le Royaume de Naples , sur lequel
il avoit de justes prétentions. Ast ayant été
marqué pour le rendez - vous général des
troupes , le Duc d'Orleans , à qui cette Ville
apartenoit , & qui s'y étoit rendu de bonne
heure , y attendit l'arrivée du Roy. L'Archevêque
ne put partir avec lui , comme il
Fauroit desiré parce qu'avant que d'entre-
E iij pren716
MERCURE DE FRANCE
prendre un si long voyage , il voulut mettre
son Diocèse en état de ne point souffrir de
son absence. Quelques personnes pieuses
lui firent un scrupule d'abandonner les fonctions
de son Ministere , pour suivre l'armée,
où sa présence étoit peu nécessaire ; mais
l'Archevêque trouva sans peine d'autres Casuistes
plus commodes , qui lui permirent
de préferer le métier de Courtisan à celui
de Pasteur , & l'honneur de gouverner le
premier Prince du Sang , à celui de gouverner
son Troupeau.
L'Archevêque, délivré de ses scrupules, partit
donc , & alia joindre le Duc d'Orleans
en Italie . Il y arriva assés à temps , pour être
le témoin d'une victoire signalée que le Duc
remporta sur la Flotte Napolitaine. La nouvelle
de cette défaite répandit la terreur dans
toute l'Italie , & les plus puissantes Villes
ouvrirent leurs portes au Roy , qui après
avoir fait son entrée dans Florence & dans
Rome , parut devant Naples le 22. Fevrier
1494. Il s'en rendit le maître , & de tout le
Royaume en moins de huit jours.
Le Duc d'Orleans ne se trouva point à
cette expédition . Etant tombé malade peu
,
de temps après sa victoire , il avoit été obligé
de retourner à Ast avec son confident
bien fâché de laisser échaper une si belle
occasion de cueillir de nouveaux lauriers.
D'AmAVRIL
1740. 717
D'Amboise avoit encore un autre sujet de
chagrin. Il s'étoit flaté d'obtenir le Chapeau
de Cardinal , si le Duc eût pû accompagner
S. M. jusqu'à Rome. Il ne put s'empêcher
d'en témoigner son mécontentement à ce
Prince , qui dans la suite se plaignit au Roy,
de ce que dans son entrevûe avec le Pape
Alexandre VI . il avoit oublié d'Amboise
pendant qu'il avoit fait donner la pourpre
Briçonner , & c.
Aussi - tôt après que le Roy fut parti d'Ast,
où il étoit venu se mettre à la tête de son
armée , le Duc d'Orleans qui avoit moins
de déference pour ses ordres que pour les
avis de son confident , forma le dessein
d'assiéger Novarre , Place Forte dans le Milanès.
Il avoit des prétentions sur ce Duché,
dont l'Usurpateur Ludovic Sforce s'étoit em
paré. Il crut que pendant que le Roy étoit
occupé à se faire restituer le Royaume de
Naples , il pouvoit songer de son côté à
rentrer dans un bien qui lui apartenoit.
Pour cet effet , au lieu de faire filer vers l'armée
Royale les troupes de renfort qui venoient
de France , il les retint pour s'en servir
à executer le dessein qu'il méditoit.
Il assiégea Novarre , & après l'avoir emporté
sans beaucoup de résistance , il s'y
renferma imprudemment avec d'Amboise ,
pour y attendre de nouveaux secours . Ils y
E iuj furens
718 MERCURE DE FRANCE
furent bientôt investis par l'armée de Sforce
& ils auroient été exposés à y perir de faim.
si les assiégeans n'eussent d'eux-mêmes con
senti à une Tréve , pendant laquelle il fure
accordé au Duc de pouvoir sortir de la Ville
avec ses troupes.
5
>
Le Duc d'Orleans & son favori auroient
bien souhaité , que le Roy après la victoire
de Fornouë . eût songé à la conquête du
Duché de Milan . Peut- être ce Prince , cédant
à leurs sollicitations , seroit-il entré
dans leurs vûës , mais effrayé par un renfort
de 20000. Suiffes , qui arriva dans le même
temps à l'armée ennemie , il fut obligé de
signer le Traité de Paix dans lequel fut
comprise la restitution de la Ville & du
Château de Novarre , malgré ce que purent
faire le Duc & d'Amboise pour rompre
Traité. Le Duc témoigna du ressentiment
contre ceux qu'il croyoit avoir été les auteurs
de ce conseil ; & ceux- ci persuadés qu'il n'y
avoit que l'Archevêque de Rouen qui aigrissoit
l'esprit de ce Prince , s'efforcerent de
le mettre mal en Cour , & de le faire releguer
dans son Diocèse.
le
L'occasion s'en présenta bientôt. Le Roy
ayant été sollicité par quelques Princes d'Italie
de reprendre Naples , d'où Ferdinand ,
Roy d'Arragon , avoit chassé les François
peu de temps après qu'ils s'y furent établis
,
AVRIL 1740.
7.19
par
il don na la conduite de cette seconde expédition
au Duc d'Orleans. Le premier Article
du Traité , étoit que l'on commenceroit
la conquête du Milanès , qui devoit revenir
à ce Prince. Cette entreprise , qui quelques
années auparavant auroit été si agréable au
Duc , fut alors si peu de son goût , qu'il refusa
de passer en Italie. Ce refus lui attira
l'indignation du Roy , & d'Amboise fut
compris dans sa disgrace , parce que l'on
crut que c'étoit lui qui avoit détourné le Duc
de ce voyage , auquel il avoit paru d'abord
si disposé. On ne se trompoit pas ; d'Amboise
avoit fait comprendre à ce- Prince
qu'il avoit un interêt personel à ne pas s'éloigner
de la Cour , par raport à la foible
santé du Roy ; étant , par la mort toute récente
du Dauphin , apellé à la succession de
la Couronne ; & en effet , à la mort du Roy,'
arrivée le 7. Avril 1498. il monta sur le
¡Trône.
Le nouveau Roy par l'avis de d'Amboise ,.
qu'il fit aussi-tôt son premier Ministre , ordonna
de magnifiques funerailles pour son
prédecesseur. Il se fit ensuite sacrer avec
beaucoup de pompe , & proclamer Roy de :
France, des deux Siciles, & de Jérusalem, &
Duc de Milan. Le Ministre qui connoissoit
la génerosité naturelle de Louis & sa tendresse
pour le Peuple , lui représenta , qu'afin
Ev de:
720 MERCURE DE FRANCE
de donner des impressions favorables em
montant sur le Trône , il devoit prendre sur
ses propres deniers les frais de l'une & l'autre
cérémonie , ce qu'il n'eut pas de peine à
obtenir. La France charmée d'une genérosité
si peu attenduë , le fut encore davantage
lorsque contre la coûtume , on n'exigea rien
pour le joyeux avénement à la Couronne. De
si heureux commencemens firent augurer
favorablement & du Regne & du Ministere
.
Le Roy & le Ministre avoient les mêmes
intentions. Louis ne songeoit qu'à rendre
ses Sujets heureux , persuadé que c'est le
premier & le seul devoir d'un Roy. D'Amboise
ne s'étoit chargé de la conduite des
affaires publiques , que pour les rétablir &
seconder les vûes de son Maître. On peut
dire que c'est à d'Amboise , que Louis XII.
est redevable de ce glorieux Titre de Pere
du Peuple , qu'il porte dans nos Annales ;
Titre que presqu'aucun de ses prédécesseurs
n'avoit merité , & auquel peu de ses successeurs
ont paru aspirer . D'Amboise commença
par retrancher le dixiéme de tous les Impôts
, & les réduisit enfin aux deux tiers . Ce
qu'il y a de remarquable , c'est qu'en quelque
nécessité que l'Etat pût se trouver sous son
Ministere , il ne rétablit jamais ce qu'il avoit
une fois suprimé ; par où l'on peut juger de
sa
AVRIL. 1740. 721
sa prudence , dans la dispensation des Deniers
publics. Mais cette oeconomie n'eut
jamais rien de sordide : elle tourna au profit
des Sujets , sans avilir le Thrône. Zelée &
judicieuse, elle ne permit point que des hommes
de néant s'engraissassent du sang du
Peuple , & accumulassent des richesses immenses
par des brigandages autorisés ; elle
ne mit point la Noblesse épuisée , ( sur qui
tombent par contre-coup toutes les impositions
faites sur ceux qui cultivent la Terre, )
hors d'état de porter les armes pour la défense
de la Patrie. D'Amboise , homme de
condition , aima & protegea toujours la Noblesse.
Il aima aussi les Sçavans & les hom
mes de Lettres.
lės
Il fit confirmer dans leurs Charges les
Officiers d'Epée , de Judicature & de Finan
ces , que le Roy Charles VIII. avoit établis,
& fçût par ce moyen s'en faire autant de
créatures ; mais il tint la main à ce que
uns & les autres s'acquitassent avec exactitude
des emplois qu'il avoit bien voulu leur
laisser. Il s'apliqua surtout à faire revivre la
discipline parmi les Gens de Guerre , &
reprima , comme il avoit fait en Normandie
, les violences qu'ils exerçoient impuné
ment dans tout le Royaume. De -là il tourna
ses soins vers l'administration de la Justice
, & ayant reformé , suivant l'avis des
E vj plus
722 MERCURE DE FRANCE
plus habiles Jurisconsultes , ce qu'il y avoit:
de défectueux dans les anciennes Ordonnances
, il abrégea la longueur des procès
diffipa les tenebres de la chicane , & fit ren
dre la Justice avec autant d'équité que de diligence
, &c..
Comme la plus forte ambition de d'Amboise
étoit de mériter les louanges qu'on lui
donnoit , & de regner sur les coeurs ,
il eut
lieu d'être satisfait de la maniere dont on le
reçût à Rouen. Le bon état où il trouva son
Diocèse , ne lui donna pas moins de contentement.
Après avoir premierement pourvû
à ce qui regardoit son Eglise , il convoqua
les trois Etats de la Province , & répondit à
toutes les plaintes qu'on lui fit. Sur les remontrances
de plusieurs Personnes de consideration
, il rendit pour la plus grande con
modité des Parties , l'Echiquier perpetuel ,
( il ne se tenoit auparavant que deux fois
Pannée , ) & le fixa pour toujours à Rouen.
L'Echiquier étoit une Cour Superieure, composée
d'Ecclésiastiques , de Gens d'Epée , &
de Gens de Loi , qui jugeoit en dernier ressort
les Apels interjettés des Sentences renduës
par les Tribunaux inferieurs de la Province.
François I. lui a depuis donné le nom
de Parlement.
Pendant qu'il recherchoit soigneusement
tout ce qui pouvoit contribuer à la tranquillité.
AVRIL: *1740. 723
,
fité des Peuples de son Diocèse & de son
Gouvernement de nouvelles affaires le
rapellerent à Paris. L'Université de cette
Ville s'étant oposée aux Ordonnances
que le Ministre avoit fait publier , comme
donnant atteinte à la plûpart de ses Privilé--
ges , & la Cour n'ayant point eû égard à ses
plaintes , les mécontens s'échaufferent à un
tel point , que le Recteur , de l'avis de toutes
les Facultés , prit le parti d'interdire les
Exercices publics dans les Colléges , & de
défendre aux Prédicateurs de monter en
Chaire. Le Roy par le conseil du Cardinal,fit
avancer des troupes vers Paris , pour mettre
les rebelles à la raison ; mais on n'eut pas .be
soin de tirer l'épée. Les mutins envoyerent
des députés pour implorer la clemence du
Roy, & firent paroître alors autant de crainte
qu'ils avoient montré d'insolence.
D'Amboise , après avoir calmé cette tem
pête Scholastique , songea à exécuter le dessein
que son Maître & lui avoient formé des
puis longtemps , de conquerir le Milanès.
Pour cet effet il commença par négocier
avec les Princes voisins , afin qu'ils ne tra
versassent point cette entreprise . Il obligea
le Duc de Loraine à renoncer aux droits
.
qu'il croyoit avoir sur la Provence , fit rendre
hommage au Roy par l'Archiduc d'Au
triche , pour les Comtés de Flandres ,
d'Art015
3
724 MERCURE DE FRANCE
tois & de Charolois , ménagea une Tréve
avec l'Empereur , & sçûr si bien calmer la
crainte ou la jalousie des Princes Italiens
qu'il les engagea à concourir eux-mêmes à la
conquête de Milan.
Toutes les mesures étant prises , il fit partir
les troupes sous la conduite de trois Généraux
, Ligni , d'Aubigni , & Trivulce
Milanois d'origine . Pour lui , il fut obligé
de rester encore quelque temps en France ,
tant pour attendre le départ du Roy , que
parce que le Pape Alexandre , par un trait
de politique , lui envoya dans cette circonstance
un Bref, par lequel il l'établissoit son
Légat dans toute l'étendue du Royaume
Dignité qui paroissoit incompatible à plusieurs
avec le Ministere ; mais il trouva le
moyen de les allier , & de contenter le Pape
& le Roy, quoique leurs interêts fussent si
contraires.
"
La conquête du Milanès ne coûta presque
rien au Roy. L'Usurpateur Ludovic , qui
étoit généralement haï , effrayé de la prise
de ses meilleures Places , se sauva de Milan.
La Ville ouvrit aussi- tôt fes portes au Roy
qui y fit son entrée avec le Cardinal au mois
d'Octobre de 1499. & tourna ensuite ses
armes contre Genes, qui fut soûmise en peu
de temps
.
Le Roy , qui avoit dessein de rendre sa
domination
AVRIL.
1740. 725
domination agréable à ses nouveaux Sujets ,
conserva aux Etats de Genes & de Milan
tous leurs anciens Privileges , & leur ent
accorda même de nouveaux. Il établit , par
le conseil du Cardinal , des Ecoles de Théologie
, de Droit & de Medecine à Milan
avec une Cour de Justice , où les Parties
pourroient plaider sans frais. Il diminua tous
les Impôts d'un
quart , mit peu de garnisons
dans les Places , nomma Trivulce , qui
étoit du Pays , pour en être le Gouverneur
& lui associa d'Aubigni.
De si sages précautions furent inutiles.
Peu après le départ du Roy & du Cardinal ,
Trivulce homme cruel & d'un orgueil insuportable
, se fit tellement hair , tant par ses
exactions,que par la licence qu'il toleroit dans
ses Soldats , que la Noblesse & le Peuple de
Milan conspirerent ensemble pour fecoüer le
joug de sa tyrannie.
La révolte de Milan causa autant de chagrin
que de furprise au Roy & au Cardinal,
moins pour la perte de ce Duché , que parce
qu'elle leur fermoit le chemin pour la conquête
du Royaume de Naples ; on murmuroit
hautement contre le Miniftre , qui avoit
dû mieux connoître le caractere de Trivulce.
On ne pouvoit comprendre qu'il eût affocié
à un homme fi féroce d'Aubigni , qui ne l'étoir
pas moins. Les plus grandes fautes que
les
726 MERCURE DE FRANCE
•
les Miniftres commettent , font d'ordinaire
dans la diftribution des Emplois . Ils devroient
s'attacher principalement à connoître les Sujets
, & ne pas s'en raporter à leur préjugé ,
ou à la recommandation de leurs Favoris.
Tout le monde regardoit la disgrace du
Cardinal , comme prochaine & ilible ;
fes Amis & fes Créatures trembloient d'avance.
Mais fans faire attention à tous ces
vains discours , il ne fongea qu'à juftifier fa
conduite dans l'efprit du Roy , & à chercher
du remede au malheur qu'il n'avoit pas prévû.
Il commença par lever de nouvelles
Troupes , qu'il fit paffer en Italie , fous la
conduite de la Trémoüille, & il obtint pour
lui- même , fans qu'il parût le demander , le
Titre de Géneraliffime ,, avec le pouvoir d'agir
à fà volonté.
Trivulce & d'Aubigni n'eurent pas plûtôt
apris fon arrivée à Verceil , qu'ils vinrent l'y
trouver. Le prudent Miniftre , loin de leur
témoigner aucun reffentiment , les reçût avec
douceur , & réconcilia même ces deux ennemis
implacables , qui par leurs querelle, leurs
jaloufies & leur peu de modération , avoient
causé la perte de Milan . Cependant , quoique
le Roy l'eût déclaré Géneraliffime , il
affecta de n'en point exercer les fonctions ,
de peur d'exciter l'envie des autres Géneraux.
Cette prudente conduite eut l'effet qu'il en
devoit
AVRIL 1740. 727
Hevoit attendre , chacun s'empreffa de lui
obéir & de fuivre fes confeils.
On avoit réfolu d'abord d'aller droit à Mifan;
mais quand on eut apris que Ludovic y
avoit jetté une nombreuse garnison , on trou
va qu'il valoit mieux aller le chercher luimême
, & lui livrer bataille. Il étoit campé
fous le canon du Château de Novarre. Les
deux Armées ne furent pas plûtôt en présence
, qu'on fe disposa au combat de part &
d'autre. Mais le fage d'Amboise , qui avoit
d'autres vûës , & qui ne vouloit pas s'en raporter
à l'évenement incertain d'une bataille,
trouva le moyen d'empêcher les deux Armées
d'en venir aux mains l'expédient
dont il s'étoit fervi l'année précédente , pour
fe rendre maître du Château de Milan , lui
paroiffoit beaucoup plus sûr. Il réfolut donc
de le mettre en ufage , pour fe faire livrer le
Château de Novarre , & le Duc Sforce , luimême.
Comme les Suiffes qui étoient dans
l'Armée de ce Duc , étoient mal payés & par
conséquent très-disposés à le trahir , il leur
fit proposer une fomme confidérable , s'ils
vouloient lui livrer la Place avec le Duc. Le
marché fut bien- tôt conclu.
י
Le malheureux Sforce s'apercevant que
les
Suiffes de fon Armée étoient d'intelligence
avec l'ennemi , leur fit toutes les inftances
poffibles , & les plus magnifiques promeffes,
pour
728 MERCURE DE FRANCE
pour
pa
les engager à ne point l'abandonner
mais comme il ne leur donnoit que des
roles , ces ames venales n'eurent point d'oreilles
pour fes prieres. La Place fut remise
au pouvoir des François , & le malheureux
Duc arrêté , lorsqu'il tâchoit de se fauver en
habit déguisé , parmi les Soldats de la garnifon
, que l'on faisoit fortir deux à deux.
>
Cette nouvelle jetta une telle frayeur dans
f'esprit des Milanois, qu'ils députerent promptement
vers le Cardinal , pour lui présen
ter les clefs de leur Ville , & tâcher de le fléchir
par leurs foumiffions. Ce n'étoient plus
ces mêmes hommes , qui , peu de jours auparavant
fe vantoient de le faire enlever luimême
dans Verceil. Le Cardinal les reçût
avec une froideur , qui leur fit perdre toute
esperance de pardon, & les renvoya fans leur
faire aucune réponse . Il s'avança ensuite vers
la Ville , où il fit fon entrée à la tête des
Troupes. Les Milanois fe feroient crûs per-
'dus fans reffource , s'ils n'avoient connu la
génerofité & la bonté du Cardinak, qui en
effet , auffi touché de leur repentir, qu'il avoit
été irrité de leur perfidie , voulut bien leur
pardonner au nom du Roy. Ce fut le Vendredi
- Saint 17. Avril 1500. qu'il leur accorda
cette grace , affis fur un Trône qu'on lui
avoit élevé dans la Cour de l'Hôtel de Ville,
où tous les principaux Habitans s'étoient
#endus par fon ordre.
AVRIL- 1749. 729
Après qu'il eut ainfi réparé la faute qu'un
manquement de prévoyance lui avoit fait
commettre , il donna le commandement géneral
des Troupes & le Gouvernement de la
Place à Chaumont d'Amboise , fon neveu ,
qui fe montra digne du choix de fon oncle .
Il mit ensuite de fortes garnisons dans les
Châteaux , fit de nouveaux Reglemens pour
contenir les Gens de guerre , & de séveres
Ordonnances contre les Infracteurs. Mais,
afin d'avoir une Armée toute prête en cas de
besoin , il laiffa la meilleure partie de fes
Troupes en Italie , au fervice des Florentins ,
& du Duc de Valentinois , qui avoient demandé
du ſecours au Roy de France ; ceuxlà
,, pour reconquérir Pise, que Charles VIIL
en allant à l'Expédition de Naples,avoit foustraite
à leur domination ; celui- ci pour fe
rendre maître des Villes de la Romagne. On
n'étoit cependant guére disposé en France à
fournir des Troupes au Duc de Valentinois ,
efprit fourbe & inconftant , fur lequel on
ne pouvoit compter ; on n'étoit pas plus fatisfait
du Pape Alexandre, fon Pere, qui loin
d'aider à la conquête du Milanès , felon fa
promeffe , étoit foupçonné , au contraire ,
d'avoir contribué au rétabliffement de Sforce
, & c.
D'Amboise revint en France après de fr
glorieux Exploits , & fit une Entrée magnifique
730 MERCURE DE FRANCE
fique à Lyon , à Paris , à Rouen, &c. Iltra-
Vailla peu de temps après , pour mettre tout
en état pour la conquête du Milanès & du
Royaume de Naples , dont il vint à bout eri
peu de temps ; le Roy de Naples fut amené
à Paris , &e,
Cet Extrait , déja trop étendu , ne nous
permet pas d'entrer dans le long détail de la
Ligue de Cambray , de la guerre contre les
Vénitiens , de la Bataille d'Aignadel , des Intrigues
du Pape & des Vénitiens , dont le
prudent Cardinal triompha , &c. Il partit
avec le Roy pour cette nouvelle guerre d'Italie
, & fe trouva très-mal à Lyon. Une fievre
lente , qui ne le quittoit point depuis un
an , s'augmenta ; la goutte & la colique , qui
fui donnoient ordinairement peu de relâche,
le reprirent avec tant de violence , qu'il fe
vit en peu de jours près de fa fin. Le Roy;
qui l'aimoit fincerement , fut moins tou
ché du retardement que cette maladie
alloit aporter aux affaires , que de la crain
te qu'il eut de perdre un fi fidele Minisftre.
Il repandit beaucoup de larines dans
le dernier entretien qu'ils eurent ensemble
, & il ne put fe féparer de lui , qu'avec
une violence qui fit bien voir combien leur
nion étoit étroite.
و
D'Amboise conserva dans ces derniers momens
cette présence d'esprit & cette égalité
d'ame ,
AVRIL 1740
735
d'ame , qui ne l'avoient jamais abandonné .
Il mourut comme il avoit vécu , en grand
homme & en vrai Chrétien , le 25. May
1510. la 12. de fon Miniftere , &la so . de
fon âge. On fit au Cardinal d'Amboise de
magnifiques funérailles à Lyon & à Rouen,
Le Roy affifta à celles de Lyon. Son Gendre
le Comte d'Angoulême, qui regna depuis fous
le nom de François I ; le Duc de Loraine
& le Chancelier de France y menerent le
deüil. Son coeur & fes entrailles furent inhumés
à Lyon , au pied du grand Autel de PEglise
des Celeftins. Son corps fut porté à
Rouen , & enterré dans l'Eglise Cathédrale
où l'on voit fon magnifique Tombeau de
Marbre , dans la Chapelle de la Vierge. Le
plus grand ornement de fa Pompe funebre ,
fut la mémoire de fes vertus , & la douleur
fincere de tous les Ordres du Royaume. Il
fut en effet regretté de toute la France , dont
procura le bonheur & la gloire. Modele
des vrais Miniftres , il ne fut ni avare , nį
diffipateur. Il ne fit tomber les graces de fon
Maître que fur des Sujets qui en étoient dignes
, & ne fut jamais la dupe des femmes
& des hypocrites. Eclairé & judicieux , il
ne fe laiffoit point prévenir par les Flateurs
de la Cour, il s'étudia furtout à faire de bons
choix pour remplir les Bénefices ; il ne don
noit point fa confiance à des ames viles, à de
زا
faux
732 MERCURE DE FRANCE
faux dévots. Il eftimoit & aimoit les Sçavans
, qui honorent leur Patrie . Il ne regardoit
pas les Lettres & les Beaux - Arts , comme
inutiles à l'Etat . Sous fon Miniftere les
Gens de bien ne furent point malheureux ;
en un mot , il fut un très - grand Miniftre
non feulement parce qu'il ne fit point de mal,
mais parce qu'il fit beaucoup de bien.
L'ESi
nous n'avons raporté que ce qu'il a fait
en qualité de Miniftre , ce n'eft pas qu'il ait
rempli avec moins de fidélité & d'exactitude
les devoirs de l'Episcopat. Au milieu des
grandes & continuelles occupations que
tat lui causoit , il ne perdoit point fon Diocèse
de vûë. Il fe faisoit rendre un compte
exact de tout ce qui s'y paffoit . Il feroit trop
long de faire ici l'énumération des avantages
fpirituels & temporels qu'il lui a procurés.
Il fit à fon Eglise Cathédrale de Rouen les
présens les plus magnifiques . Cette fameuse
Cloche qui porte fon nom , & qu'il lui don
na en 1501, eft , pour ainfi dire , une voix
éclatante, qui publie depuis plus de 200. ans
fa magnificence & fa libéralité . Comme Légat
du S. Siege , il réforma une infinité d'abus
, que la licence avoit introduits dans le
Clergé , & furtout dans quelques Maisons
Religieuses. Quoique l'Univerfité de Paris
fe fût oposée aux Bulles de fa Légation , il
ne répondit à fon opofition qu'avec une mo
deftie qui édifia
AVRIL. 1740.
733
Entre autres biens que fon Miniftere produifit
au-dedans de l'Etat , nous n'oublirons
pas l'abolition du Privilege abufif des Aziles ,
qui ne tendoit qu'a favoriser le vice . Son zele
invariable pour fa Patrie , fon attachement
fincere à la Personne de fon Roy , fa conduite
prudente & modérée avec les Grands,
& pleine de bonté avec les petits , fon amour
conftant pour l'équité , fon habileté dans le
maniement des affaires , fon oeconomie dans
la dispensation des deniers de l'Etat , qui fur
cause qu'il ne furchargea jamais les Provin
ces , le mettent autant au -deffus des plus
grands Miniftres , que le titre de Pere du
Peuple qu'il fit mériter à Louis XII , furpaſſe
les titres les plus glorieux .
LA DOCTRINE DE S. POLICARPE , touchant les
principaux Articles de la Foi Chrétienne ; on y a
ajoûté une démonftration de la verité & de l'origine
divine des Livres du Nouveau Teſtament
prise des témoignages que S. Clement de Rome
rend aux Apôtres. Par M. Jacques- Henri Balthasare
. Docteur en Théologie , & Profeffeur dans
l'Académie de Griswald , &c. à Jéne ', 1738. in- 8 °,
L'Ouvrage eft en Latin.
PRONONCIATION DE LA LANGUE ANGLOISE
avec un Traité de fon accent & de fa prosodie à
l'usage des François , par M. Mather Flint , 1740 .
' in-12. A Paris , chés Didot , Libraire , Quai des
Auguftins , à la Bible d'or.
Hou
734 MERCURE DE FRANCE
HEURES NOUVELLES , ou Exercice fpirituel , tirées
de l'Ecriture Sainte , contenant plufieurs Prietes
, remplies d'onction , avec des Refléxions trèsédifiantes.
Dédiées à fa Sacrée Majefté l'Imperatrice
Regnante. Ouvrage fuperbe , enrichi de Figures
en Taille -douce . 1. vol. int4°. A Vienne ,
en Autriche , chés E. Briffaut , Libraire de l'Univerfité
, à l'Enseigne de l'Olivier , 1735 .
La qualification d'Ouvrage superbe, n'eft point
ici une expreffion hyperbolique , c'eſt la juſtice
qu'on doit rendre aux diferentes Personnes qui ont
concouru à la perfection d'un Livre , dont nous venons
de voir un Exemplaire , Livre vraiment digne
de la Religion & de la Pieté de l'Augufte Princeffe
pour laquelle il a été composé, & dont on voit
le Portrait après le premier Frontispice . Il eſt à la
tête d'une Epitre Dédicatoire , qui lui eft adreffée
par le Libraire , dans laquelle il n'y a rien qui foit
exageré , & qui ne convienne parfaitement à une
Imperatrice Chrétienne , & remplie des plus belles
& grandes qualités.
par-
Suit une courte Préface , mais fort Chrétienne ,
et qui peut paffer elle feule pour un bon Ouvrage
de pieté; on y remarque que ce Livre a ceci de
ticulier , qu'il eft imprimé en Caracteres magnifiques
, beau papier , orné et enrichi de Figures et
Eftampes en Taille -douce , placées dans un bel ordre.
Revenant à la Morale et aux Refléxions contenuës
dans cette Préface , on y reconnoît tous les
caracteres d'une pieté folide et éclairée . En parlant
des differentes dispofitions qu'on aporte à la priere ,
et de fes differens effets. Cette difference , dit
l'Auteur, eft bien marquée dans l'Evangile , entre
la priere du Pharifien fuperbe et présomptueux ,
» et celle du Publicain , l'un raconte fes vertus
Pautre déplore fes foibleſſes ; l'un remercie Dieu
» des
>
AVRIL.
1740 735
des bonnes oeuvres qu'il a faites , l'autre s'accuse
des fautes qu'il a commifes. La juftice de l'un fe
trouve confondue,tandis que l'autre eft purifié . & c.
LE SAINT EXERCICA de la Présence de Dieu , divisé
en XX. Chapitres , où l'on propose quelques
moyens pour en faciliter la pratique , et fur tout ,
comme le plus efficace , la confidération des Attributs
divins ; dédié . à S. A. Madame la Princeffe de
Schwartzenberg , Ducheffe de Lobkowitz . 1. vol .
in- 8°. de 336. pages. A Vienne , ex Autriche , chés
le même Libraire , 1737.
On peut dire de ce Livre , dont nous avons auffi
vû un Exemplaire , tout ce que nous avons dit du
précedent. Le fond ne respire que la pieté la plus
folide , et une doctrine faine , et c'est d'ailleurs un
petit Chef d'oeuvre pour la forme & Pexecution.
LIVRES NOUVEAUX qui sa
trouvent chés Cavelier , Libraire , ruë
S. Jacques à Paris.
OEUVRES DIVERSES de M. l'Abbé de Chaulieu
nouvelle Edition , 2. vol. in- 8 ° . Londres , 1740 .
ISNTRUCTIONS pour les Jardins Fruitiers et Potagers
, avec un Traité des Orangers , et des Reflexions
fur l'Agriculture , par M. de la Quintinye ,
Directeur des Jardins Fruitiers et Potagers du Roy,
Nouvelle Edition , augmentée d'une Inftruction
pour la culture des Fleurs , in- 4°. avec figures , 2 .
vol. Paris 1739 .
METHODE et Invention nouvelle pour dreffer les
Chevaux , par le très- noble Prince Guillaume ,
Marquis et Comte de Newcastle. OEuvre où on
aprend à travailler les Chevaux felon la Nature , et
à parfaire la Nature par la fubtilité de l'Art , traduit
de l'Anglois de l'Auteur par fon commandement , et
enrichi de plus de quarante belles figures en Taille-
F douce
736 MERCURE DE FRANCE
douce , feconde Edition , in fol. Londres , 1737.
ETAT DE LA FRANCE , dans lequel on voit tout
ce qui regarde le Gouvernement Ecclefiaftique , le
Militaire , la Juftice , les Finances , le Commerce
les Manufactures , le nombre des Habitans , & en
géneral tout ce qui peut faire connoître à fond cette
Monarchie , avec des Memoires Hiftoriques fur
fon ancien Gouvernement jufqu'à Hugues Capet
par M. le Comte de Boulainvilliers , in- fol . 3. vol.
Londres , 1727. et 1737.
AD NOVA ACTA Eruditorum qua Lipfia publican
tur Suplementa , Tomus III. in-4°. Lipfiæ , 1739 .
LEIBNITII ( G. ) Tentamina Theodicaa de boni
tate Dei , libertate hominis & origine mali. Verfio
nova , vitâ Auctoris Catologo operum & variis obfervationibus
aucta , in- 8 °. Lipfiæ , 1739.
MUSSCHENBROCCK ( Petri ) Elementa Phyfica, in
8°. cum figuris. Lugduni Batavorum , 1736,
LIBRI MEDICI.
MAZINI ( Joannis ) Mechanices Morborum de
fumpta à motu fanguinis , in- 4°. Offenbaci , 1731.
HEISTERI ( Laur. ) Inftitutiones Chirurgica , in
quibus quicquid ad Rem Chirurgicam pertinet , optitima
noviffima ratione pertractatar , in-4°. 2.
vol. cum figuris. Amftelodami , 1739.
BOERHAAVE ( Herm. ) Pralectiones Academica in
proprias Inftitutiones Rei Medica ; edidit, & notas addidit
Albert. Haller . vol . 1. Chylificatio , in-8 °. Got
tinga , 1739.
FIZE ( Ant. ) Differtatio Medico chirurgica de Tumoribus
in genere , ac potiffimum de Inflammatione ,
in- 4. Monspelii , 1739 .
DISSERATIO Medico Chirurgica de Phlegmone
Erysipelate , in-4°. Monspelii , 1739 .
HOFFMANNI ( Friderici ) Confultationum & Respoforum
Medicinalium Centuria tres , de Morbis Capitis
>
AVRIL. 1740.
737
pitis & Pectoris , de abdominis & de Morbis externis,
in- 8 °. 3. vol. Amftelodami , 1736. et 1737.
-OPUSCULA varii argumenti, in-4° . Hala , 1739.
LANZONI (Jofephi ) Opera omnia Medica & Philologica
de Venenis, Citrologia , Zoologia, de Clyfteribus
, de Lachrymis , de Febre quartana , de Saliva
humana , de Medici officio , de Allio , Confultationes
medica, de Balfamatione cadaverum , in- 4. 3.
vol . Lauſannæ , 1738.
•
HOFFMANNI ( Gafpari ) de Medicamentis offici
nalibus , tam fimplicibus quam compofitis libri duo
quibus accefferunt remedia medicinalia. Editio novisfima
auctior & emendatior , in- 4° . Lugduni Batavorum
, 1738.
ETTMULLERI Michaelis ) Opera omnia Medica ;
Editio noviffima , quam pluribus Commentationibus ,
variarum materiarum connexionibus , correctionibus ,
notis illuftravit Joa. Jac. Mangetus. in-fol . 4. vol.
Geneva , 1736.
MANGETI ( Joannis ) Bibliotheca Medico -practica ,
qua omnes humani corporis morbosa Affectiones ordine
alphabetico explicantur , in- fol. 8. vol . Genevæ.1739 .
PROGRAMME pour un Traité des
Fossiles on Petrifications.
N fe propofe d'imprimer à Neuchâtel par
Souscription,un rite des Follilesou Péri
fications , dont voici le Projet.
?
On donnera les Figures qui font jointes à l'His
toire des Pierres figurées de la Suifle & des Lieux voia
fins, par M. Charles-Nicolas Lang, imprimée à Venife
l'an 1708. & écrite en Latin ; ce Recueil en
12. Tables ou Planches , étant ce que nous avons
de plus méthodique & même de plus complet fur
Jes Pierres figurées de la Suiffe ; mais on y fera les
changemens fuivans. Fij I
738 MERCURE DE FRANCE
I. On en retranchera les Figures qui n'apartienment
pas aux Corps Marins , comme celles de la feconde
Planche, de la troifiéme , quatrième , huitiétiéme
, & de quelques autres , où l'on trouve des
Cristaux , des Stalactites , des Feuilles empreintes fur
du Tuf, des Dendrites , des Plantes terreftres , c.
II. On remplacera ces Planches par d'autres qui
repréfenteront des Plantes Marines , ou des Coquillages
pétrifiés.
III. On préferera les Figures qui feront plus nettes
& mieux deffinées dans les Planches que feu M..
Scheuchzer a jointes à fa Meteorologie & Oryctogra
phie ; en telle forte pourtant que l'on y trouve tou
tes les efpeces de Plantes Marines & de Coquillages
pétrifiés , que M. Lang a données , qui compofoient
le Cabinet de M. le Comte de Trautmansdorf,
& que M. Falkenier , Envoyé Extraordinaire
de Leurs Hautes Puiffancés en Suiffe , avoit beaucoup
enrichis.
IV. Les Tailles - douces ne contiendront pas les
noms des Pétrifications , mais chaque Figure aura
fon Numero , & elles feront nommées & expliquées
dans le corps de l'Ouvrage , fous les mêmes Numeros.
V. Ce Recueil fera augmenté de huit Planches ,
& par- là il fera plus complet que celui de M. Lang;
contiendra LX. Tailles - douces. Ce qui fera ajouté
ou fubftitué aux Figures données par le Sçavant
de Lucerne , fera deffiné correctement , & gravé
avec tout le foin poffible .
VI . On donnera enfuite un Traité qui indiquera
les Claffes , les genres , & les espèces auxquels on doit
raporter les Fofiles , & ce qu'on peut apeller les
Elemens de cette Science . On y trouvera une idée
des diférentes Hipotètes des Sçavans , des Philofo
phes & Phificiens fur ces Fétrifications ; & on y établira
AVRIL
738
1748
blira par diverfes raifons , celle de Woodward, qui
les raporte au Déluge .
On y verra les noms des Lieux où ces Foffiles fe
trouvent , & en particulier de ceux de la Principauté
de Neuchâtel & Valangin , avec le Catalogue
des efpeces qui y ont été découvertes .
Cet Ouvrage contiendra des Obfervations nouvelles
fur les Montagnes , Valées , Fonds , Ravins ,
Eboulemens , Creux & Marnieres , où se trouvent
les Pétrifications , & des Indices pour les chercher
fuccès.
avec
On y aprendra à connoître les Auteurs qui ont
traité des Foffiles , & on y verra une idée génerale
ou un Catalogue de leurs Ouvrages. On y trouvera
auffi ce qu'il y a de plus curieux dans l'Ouvrage de
M. Lang , dont on vient de parler , & dans un
Traité Latin in- 4° du même Auteur , imprimé à
Lucerne en 1709 Enfin on s'engage à ne rien insérer
dans ce Recueil qui n'ait paffé fous les yeux de
M. BOURGUET , Profeffeur en Philofophie dans
cette Ville , qui eft parfaitemet au fait de ces matieres.
On peut juger par- là que l'Editeur pourroit mettre
fon Ouvrage au Prix de celui de M. Lang, qui s'eft
vendu deux Ecus blancs , mais il fe contentera de la
moitié , c'eſt-à dire de trois Francs , argent de Saiffe ;
ce qui n'eft que la valeur des Tailles - douces , puisqu'on
les payeroit à raifon d'un sol la pièce , quand
elles feroient feules. Le tiers du prix fe payera en
fouscrivant , & les deux tiers reftans , lorsque l'Ouvrage
ſe diſtribuëra ; ce qui doit fe faire au commencement
ou pour le plus tard , fur la fin d'Avril
1740.
On fouferira à Neuchâtel ; chés M. A. L. Brandt,
Graveur des Planches , & en France , chés Briaſſon ,
Libraire à Paris , rúë S. Jacques , à la Science:
Fiij On
740 MERCURE DE FRANCE
que
la
On fe croit , au refte , obligé d'avertir ici
connoiffance des Pétrifications , qui s'étend chaque
jour , eft beaucoup plus utile qu'elle ne femble Pêtre
à une premiere vûë . Ces Corps Marins pétrifiés
peuvent , par exemple , convaincre les plus incrédules
qu'il s'eft fait un bouleverſement entier dans
notre Globe , & confirmer ce que la Révelation
nous enfeigne de la Deftruction de l'ancien Monde ;
les preuves que les Foffiles nous fourniffent de cette
catastrophe , étant au- deffus de toute expreffion ,
comme on le fera voir dans l'Ouvrage que l'on
annonce .
La connoiffance de ces Pétrifications peut fervir
encore à découvrir les tréfors que la Suiffe renferme
dans fon fein ; des Terres propres à divers Artifans
; des Pierres qui égaleront en beauté le Marbre
, le Porphire & l'Agathe ; des Mines de Métaux
, de Mineraux ; des Eaux Minerales ; de nouvelles
Sources , capables d'abreuver les Villages &
Is Métairies qui manquent d'eau. On eft perfuadé
encore que les Obfervations que l'on fera, excitant
les recherches de plufieurs Curieux , feront découvrir
les efpeces d'Animaux Marins qui n'ont pas encore
parú , & qui manquent dans leurs Collections .
Le 19. de ce mois , le Pere de la Sante , l'un des
Profeffeurs de Réthorique du College de Louis le
Grand , y prononça un Difcours Latin très éloquent
, dont le Sujet étoit , Combien l'Empire de
l'Opinion a de force & peu de ftabilité. L'Àffemblée
étoit composée du Nonce , de plufieurs
Prélats , & d'un grand nombre de Perfonnes de
diftinction. 1
Les Perfonnes qui ont foufcrit pour le dernier
OEuvre de Sonates à Violon feul , & la Baffe- continuë
AVRIL 1740. 741
tinuë de M. Geminiany , gravées en 1738. font
averties de s'adreffer à M. de la Bergerie , à la Croix
de Fer , rue de Savoye , attenant la rue des grands
Auguftins & la rue Pavée , au premier Apartement;
& à M. le Clerc , Marchand de Dorures , à l'Enſeigne
du Comte de Toulouſe , rue du Roule ; lefquels
leur remettront leurs Exemplaires en achevant de
payer la fomme mentionnée dans leur Souscription.
1
M. Bouvard , vient de donner fa Cantate de
l'Amour Champêtre , annoncée dans le Mercure du
mois de Janvier dernier. Elle eft dédiée à Madame
la Princeffe de Rohan ; elle ſe vend deux liv. 8. fols .
Il vient encore de donner une Paraphrafe du
Pleaume Ufque quo Domine , &c . qu'il a travaillée
dans le goût des Oratorio d'Italie. Il l'a dédiée à
M. Languet de Gergy , Curé de la Paroiffe de saint
Sulpice. Elle fe vend trente sols .
LETTRE écrite de Paris à un Horloger
de Province sur les Cadrans d'Email.
Ous me priez , Monfieur , de fçavoir des Manufacturiers
en Porcelaine , s'ils pourroient vous
faire un Cadran de Pendule d'un pied de diametre ,
parce que vous fçavez , dites -vous , qu'il eft imposfible
d'en faire de cette grandeur , tout d'Email ,
comme font les Cadrans des Montres . Il eft vrai
qu'il y a peu de temps qu'on étoit encore dans cette
prévention à la Ville & même à la Cour , en voici
un exemple. Le Roy commanda une Pendule ,
& S. M. fouhaita que le Cadran fût tout d'une piéce
en Email ; & de 14. pouces de diametre . Celui
qui reçut l'ordre de la faire , ne put répondre que
de la tentative à l'égard du Cadran , & non de la
réüffice. Le Sr Martiniere , Emailleur , ruë Dau-
Fiiij phine,
42 MERCURE DE FRANCE
phine , l'entreprit , et réüffit fi bien à tous égards ;
qu'il eut l'honneur de le préfenter lui- même à Sa
Majefté , qui en fut agréablement furpriſe , et Elle
lui donna des marques de fa fatisfaction avec tant de
bonté , qu'il revint à Paris , charmé d'un fi heureux
fuccès , et réfolu de faire de nouvelles études pour
aller auffi loin dans fon Art , qu'il feroit poffible.
Il y a d'autant plus lieu d'efperer que le Sr Martiniere
pourra y faire encore de nouveaux progrès ,
qu'il réunit en lui les differens talens qui font nécessaires
pour y parvenir ; Eleve de Mrs Bouffeau &
Couftou l'aîné, Sculpteurs du Roy , il a long temps
deffiné à l'Académie ; il y a même remporté trois
Prix , deux en 1727. et le troifiéme en 1728. d'ailleurs
il eft fils d'un habile Emailleur . Vous jugez
bien , M. qu'avec de tels fecours il produira au jour
des Ouvrages de goût , comme Cadrans de Pendules
de Is. à 16. pouces de diametre , Armes blafonnées,
Cartouches numérotés pour les Bibliotheques,
même des Cadrans pour des Horloges d'Eglife ,
composés de differentes piéces , et ne paroiffant
que d'une feule , de leur point de vûë ; il fè propoſe
de plus d'orner des Bronzes et autres Ouvrages avec
des Emaux de couleur , incruftés d'or. Je fuis perfuadé
, M. que vous me fçaurez gré de l'avis que
j'ai l'honneur de vous donner. Je fuis , &c.
Le degré de perfection où le feu Sr Roffignol , avoit
pouffé l'Ecriture , a rendu fa perte bien fenfible à
tous les Amateurs de cet Art ; cependant nous
croyons qu'elle eft entierement réparée par le Sieur
Vincent , Admirateur des talens de ce grand Maître,
jequel n'a rien négligé pour faifir fon goût et fon
caractere en tout genre ; fes Ouvrages font aprouvés
des Connoiffeurs les plus difficiles , ils font frapés
de la parfaite imitation , et nous n'avons rien a
ajoûter
AVRIL. 1740. 743
ajoûter àleurs éloges Ceux qui voudront en juger
par eux-mêmes , lui feront honneur et plaifir de
l'aller voir ; il demeure rue des Foureurs , à l'Enfei
de la Picarde .
gne
On aprend de Lisbonne , que le 28. Fevrier, l'Académie
Royale de l'Hiftoire tint au Palais une Assemblée
, dans laquelle Don Manuel de Maya , Chevalier
de l'Ordre de Chrift , Brigadier des Armées
du Roy et Garde des Archives de la Maifon de Bragance
, et le Pere Philipe Tavares , de la Congrégation
de S. Philipe de Neri , furent reçûs Académiciens
, et prononcerent leurs Difcours de remerciment.
Don Louis-Cesar de Menezes , Don François-
Louis Pimentel , et Don Manuel de Azevedo Fortes
, rendirent compte de l'état des Ouvrages qu'ils
ont entrepris , et l'on élut pour Académiciens Don
Manuel Freire de Andrade , Gentilhomme de la
Maifon de S. M. et Sergent Major du Régiment de
Cavalerie de Moura , et le Pere Jofeph Gaëtan , do
la Compagnie de Jesus , Profeffeur de Théologie
dans le College de S. Patrice de Lisbonne.
La Suite des Portraits des Grands Hommes et
des Personnes Illuftres dans les Arts et dans les
Sciences , continuë de paroître avec fuccès chés
Odieuvre , Marchand d'Eftampes , Quai de l'Ecole .
H vient de mettre en vente , de la même grandeur :
DAGOBERT II. XVIII . Roy de France , mort en
715. après 4. ans de Regne , deffiné par Boizot , et
gravé par J. G. Will.
JEAN OU HANNS HOLBEIN , Peintre , né à Basle ,
en Suiffe , en 1498. mort à Londres en 1554 peint
par lui-même , et gravé à l'Eau forte par Wenceslas
Hollar.
E v NICOLAS
744 MERCURE DE FRANCE
NICOLAS COPERNIC , né à Thorn , le 19. Fevrier
1473. mort à Warmie le 24. May 1543. peint par
A. C. et gravé par C. B.
TYCHO BRAHE' , Aftronome , né à Knud- Strup ;
près d'Helsinborg , en Dannemarck, le 19.Decembre
1546. mort à Prague le 24. Octobre 1601 .
Il paroît depuis peu une Carte Géographique , que
la fituation préſente des affaires d'Eſpagne et d'Angleterre
rend intereffante ; c'eft celle des Ifles de
Majorque , Minorque et Yvice , dreffée par M.
Bellin , Ingénieur au Dépoft des Cartes et Plans de
la Marine , et dédiée à M. le Comte de Maurepas . II
paroît en même temps une Lettre de cet Ingénieur
M. * * * de l'Académie Royale des Sciences , par
laquelle il rend compte des principales Remarques
et Obfervations dont il s'eft fervi pour dreffer fa
Carte , et du peu d'exactitude qu'on trouve dans
une Carte de ces Ifles , que les Jurats de la Ville
de Majorque ont fait graver , il y a environ une
vingtaine d'années.
La Carte de M. Bellin doit faire d'autant plus de
plaifir , qu'aucun de nos Géographes n'a travaillé
fur ces Inles en particulier , et qu'il eft à portée , au
moyen du Dépoft de la Marine , d'avoir des connoiffances
plus sûres et plus fideles que ce qui fe ré
pand communément dans le Public ; d'ailleurs il
paroît n'avoir rien négligé pour rendre fa Carte
curieufe et utile ; il y a joint une petite partie de la
Mer Méditerranée , depuis le Détroit de Gibraltar ,
pour faire voir la fituation des Ifles de Majorque
Minorque et Yvice , par raport aux Côtes de France
et d'Espagne , et celles de Barbarie ; il y a joint
auffi un Plan particulier du Port et Ville de Mahon;
ce Port , un des plus beaux de l'Europe , et fur lequel
tout le monde a les yeux aujourd'hui , y pa-
Loft
AVRIL 1740 .
745
roît détaillé avec beaucoup de foin , de-même que
fes Forts et les Batteries qui le défendent .
Cette Carte fe trouve chés l'Auteur , ruë Bertinpoirée
, du côté de la rue Betifi , attenant la Coupe
d'or , & chés le Sr Jailliot, Géographe du Roy , Quay
Auguftins.
Le Sr Bunon , reçû à S. Côme pour la confervation
des dents et des gencives , exerce fon
Art à Paris , rue S. Honoré , vis-à - vis celle de Grenelle
, à la fatisfaction du Public. Comme on perd
les dents , faute de connoître les foins qu'elles demandent
et les moyens de les conferver , on eft reçû
chés lui, fans interêt , à le faire vifiter la bouche ,
et lorfqu'elle a befoin de fon fecours , il pratique
toutes les Opérations convenables , foit pour les
conferver , foit pour prévenir ou remedier aux accidens
qui leur furviennent : les Perfonnes dont il
a l'honneur d'avoir la confiance , ont lieu d'être
contentes de la maniere dont il gouverne leur bouche
; il donne un Opiate et une Poudre pour blanchir
les dents , des Racines et Eponges pour la propreté
; il a une excellente fabrique de Dents artifi
cielles très-folides , qui imitent les naturelles .
M. Brasquet ayant refté 40. ans en Portugal, et demeurant
à Parir rue du Temple , vis- à- vis la ruë des
Rofiers, poffede les fecrets de guérir le Mal Caduc,et
l'Hydropifie de quelque genre qu'elle puiffe être.
Il a fait l'experience du premier fur un jeune gar
çon , âgé de 12. ans , apartenant à M. Stella ,
dant de M. Venier , Ambaffadeur de Venife , qu'il
a guéri radicalament ; et du fecond , fur d'autres
Perfonnes , avec le même fuccès , ce qu'il prouve
par des Certificats autentiques.
F vj
Inten-
AIR ,
746 MERCURE DE FRANCE
AIR
IMmense & sombre nuage ;
Dont tous les Cieux sont couverts
Par ta fuite rens hommages
A la Beauté que je fers.
En faveur de son voyage
Suspens tes Eaux dans les Airs ;
Ou s'il n'est pas en toi de retirer l'orage ;
Dirige sur moi seul tous tes petits Ruisseaux ;
Ne crains point de percer ni ma peau ni mes os
Pénetre - moi , si tu veux , jusqu'à l'ame .
Quand sur mon coeur tu devrois t'épuiser
Tu ne suffirois pas pour éteindre la flamme.
Dont ses yeux ont sçû m'enflammer.
LE RETOUR D'IRIS
J'Ai
MUSETTE
' Ai vû les Ris & la Jeunesse
Les Jeux , les Plaisirs & l'Amour •
Qui suivoient les pas de ma belle Maîtresse
Zephire & Flore annonçoient son retour
Le Rossignol par son ramage,
Be
!
47
SPEC
746
Он S
Dirig
Ne C
Péne
Quar
Tu n
L
Qui s
Zephi
Le Rossignol par son ramage ,
A VRTL.
17401 747
Le faisoit sçavoir dans les Airs ;
Echo redisoit aux Bergers du Village
L'heureux retour de celle que je sers.
*
Chacun disoit , voilà l'Aurore ,
Elle sort du sein de Thetis ;
On disoit qu'Iris seroit plus belle encore ,
Si la cruelle aimoit un jour Tircis .
*
Venus paroît avec sa Suite ;
Elle cherche partout son Fils ;
Elle l'aperçoit qui redouble sa fute ,
Et qui s'attache au Char de mon Iris .
*
Tout est desert chés vous , Cythere ;
Tandis qu'un gros essain d'Amours
Est toujours auprès de ma jeune Bergere ,
C'est elle enfin , qui fait tous les beaux jours.
SPEC
748 MERCURE DE FRANCE
SPECTACLES.
EXTRAIT de la Tragédie d'Edouard III.
par M. Greffet , représentée au Théatre
François le 22. Janvier 1740.
ACTEURS.
Edouard III.Roy d'Angleterre , le SrGrandval
Alzonde , héritiere du Royaume d'Ecosse ,
sous le nom d'Aglaé , la Dlle Dumesnil.
Le Duc de Vorcestre , Ministre , le Sr Sar
razin.
la Dlle Gaussin.
le Sr Dufresne.
Eugenie , fille de Vorcestre, veuve du Comte
de Salisbury ,
Le Comte d'Arondel ,
Volfax, Capitaine des Gardes, le Sr le Grand.
Ismene, Confidente d'Eugenie,laDlleJouvenot
Glaston, Officier de la Garde, le Sr Dubreuil.
Amelie,Suivante d'Alzonde , la Dlle Dubreuil,
La Scene est à Londres.
Qdu Public d'une maniere à faire hon-
Uoique cette Tragédie ait été reçûë
neur à la plume de l'Auteur , on ne peut pas
absolument dire qu'elle ait réussi ; nos Lecteurs
vont juger à quoi on doit en attribuer
la cause. En voici le Sujet , tel que M. Gresset
nous le dicte lui - même dans un Avertissement.
On
AVRIL: 1740%
749
On ne trouvera ici de vrai historique , que
l'amour d'Edouard III. pour la Comtesse de
Salisbury; l'héroïque résistance de cette Femme
illustre & le renouvellement des prétentions
d'Edouard I. sur l'Ecosse , tout le reste , ajoûté
à ces Faits principaux , est de pure invention
&c. Nous allons exposer Acte par Acte &
Scene par Scene , en quoi consiste ce que
l'Auteur y a mis du sien ; c'est au Public à
prononcer.
>
Au premier Acte , Alzonde , heritiere du
Royaume d'Ecosse , déguisée sous le nom.
d'Aglaé , ouvre la Scene avec Amelie , sa
Suivante. Voici comment l'Auteur lui fait
faire l'exposition de la Piéce :
Par de foibles conseils cesse de m'arrêter ;
Au comble du malheur que peut- on redouter ?
Oui, je vais terminer ou mes jours ou mes peines
Qui n'ose s'affranchir , est digne de ses chaînes .
Depuis que , rapellée où regnoient mes Ayeux,
J'ai quitté la Norvege , & qu'un sort odieux
A la Cour d'Edouard & me cache & m'enchaîne ;
Que de jours écoulés ! jours perdus pour ma haine.
L'Ecosse cependant éleve en vain sa voix
Vers ces bords , où gémit la Fille de ses Rois ;
Pour chasser ses Tyrans, pour servir ma vengeance;
Pour renaître , Edimbourg n'attend que ma présence
;
D'un
750 MERCURE DE FRANCE
D'un vil déguisement c'est trop long - temps souf
frir ;
Il faut fuir , Amelie , & regner , ou mourir.
Amelie n'oublie rien pour la détourner du
dessein qu'elle a formé de partir de Londres;
elle lui répond qu'il y va de sa gloire ; &
continuant à exposer le Sujet , elle ajoûte :
>
Fugitive au berceau , quand mon malheureux Pere
Au glaive du vainqueur prétendant me soustraire ,
Au Prince de Norvege abandonna mon sort ,
M'éloigna des Etats que me livroit sa mort ,
Pensoit-il qu'unissant tant de titres de haîne ,
Devant poursuivre un jour sa vengeance & l
mienne ,
Héritiere des Rois , Eleve des Héros ,
Je perdrois un instant dans un lâche repos ?
Dans l'azile étranger qui cacha mon enfance ·
J'ai pû , sans m'avilir , suspendre ma vengeance ,.
La sacrifier même à l'espoir de la paix` ,
Tandis qu'on m'a flattée ainsi que mes Sujets ,
Qu'Edouard, pour finir les malheurs de la guerre,
Pour unir à jamais l'Ecosse & l'Angleterre ,
Alloit m'offrir sa main , & par ce juste choix
Réunir nos Drapeaux , nos Sceptres & nos droits ;
Mais , pour tant de délais dès long - temps trop cer
taine ,
Que l'on osoit m'offrir une esperance vaine,
Quand
KVRIL 1740. 752
Quand ce nouvel outrage ajoûte à mon malheur ,
Attends- tu la prudence où regne la fureur ?
Dans le reste de cette belle Scene, Alzonde
fait entendre que Volfax , Capitaine des Gar
des , qu'elle a mis dans ses interêts , n'est qu'un
traître & qu'un ambitieux , qui n'ayant point
de vertus , cherche à s'élever par le crime.
Volfax vient ; il dir à Alzonde qu'il est
temps qu'elle parte pour l'Ecosse , & que
tout conspire à la rétablir dans ses droits. I
ajoûte qu'il ne craint que Vorcestre, Ministre
d'Angleterre ; mais qu'il trame sa perte , en
le rendant suspect à Edouard. Alzonde le
renvoye , en lui disant qu'un plus long entretien
pourroit le rendre suspect.
Elle est plus résoluë que jamais à partir
avec d'autant plus de raison , qu'elle vient
d'aprendre qu'Arondel est arrivé secretement
dans le Port , & qu'elle pourroit en être reconnue
, attendu qu'il l'a vûë souvent en
Norvege ; mais la plus grande raison qu'elle
allegue pour presser son départ , c'eft que ce.
même Edouard qui avoit promis de l'épouser,
pour terminer la guerre , en aime un autre.
Amelie veut l'irriter contre Edouard ,
qu'elle apelle du nom d'usurpateur & de
tyran ; Alzonde l'arrête , & après avoir rendu
à Edouard la juftice qui lui eft duë , elle
avoue qu'elle l'aime . On a apris dans cette
même
752 MERCURE DE FRANCE
même Scene pourquoi Alzonde eft cachée
sous le nom d'Aglaé. Elle a été priie dans
un Vaiffeau sur lequel elle étoit partie pour
paffer de Norvege en Ecoffe, & pour épouser
Edouard.
Vorceftre vient. Alzonde le prie d'obtenir
du Roy , dno il cft Miniftre , qu'elle puiffe revoir
les Lieux où elle areçû le jour. Vorceftre
la conjure de ne point quitter des Lieux où
elle a trouvé un azile, dont elle a sujet d'être
satisfaite , & sur tout de ne point abandonner
Eugenie , à qui les noeuds de l'amitié
doivent l'unir à jamais ; il ajoûte , en tendre
Pere , que cette malheureuse veuve de Salisbury,
nourrit une douleur mortelle , & qu'el
le veut s'éloigner de Londres pour l'entretenir
sans témoins ; il attribue cette douleur à
la mort de son Epoux . Alzonde ne lui promet
rien & se retire à l'aproche d'Edouard .
Edouard , en entrant , ordonne à Volfax
de tou: préparer pour la guerre. Vorceftre ,
en fidele Miniftre , tâche de le détourner
d'un deffein si contraire au bonheur de son
Peuple ; Edouard ne consent à faire regner
la paix qu'en faisant regner Eugenie , fille
de Vorceftre; ce digne Favori de son Maître;
loin d'être aveuglé par l'ambition , se refuse
à l'honneur de voir regner sa fille , & représente
à Edouard ce qu'il doit à son Peuple
& à la parole qu'il a donnée aux Ecoffois
d'épouser
AVRIL: 1740. 753
d'épouser Alzonde , & ne pouvant le détourner
du deffein d'élever Eugenie au Trône
d'Angleterre , il porte la fermeté jusqu'à
lui dire :
Je connois Eugenie , & j'ose attendre d'elle
Qu'à tous mes sentimens elle sera fidelle , &c.
Mais , si , trompant mes , soins ma fille obéissoit,
Si , changé jusque- là , son coeur se trahissoit ,
Un exit éternel · ·
Edouard l'empêche de poursuivre , & l¢
menace de sa colere. Vorceftre finit cet Acte
par un Monologue qu'il termine par ces
Vers :
Allons sur un Héros faire un dernier effort ;
S'il n'est plus qu'un Tyran, allons chercher la mort.
Au second Acre , Eugenie ayant revelé le
secret de son amour pour Edoiiard à Ismene,
dans l'entracte , se confirme dans le deffein
de quitter des Lieux , où elle ne peut plus
soûtenir la vûë de son Vainqueur ; elle attend
son Pere, pour le prier de consentir à sa retraite.
Vorceftre vient déclarer à sa fille ce
qu'Edouard exige de lui ; il s'y prend avec
adresse ; voici comme il lui parle pour la déterminer
à refuser la Couronne , que l'Amour
lui offre.
Connoissez
54 MERCURE DE FRANCE
Connoissez vous le sang dont vous êtes sortie ,
Et le nom des Héros que lui doit la Patrie ? &c.
Eugenie fait voir à son Pere qu'elle ne dé
genere point de la vertu de ses Ayeux , &
Vorceftre poursuit": "
Laissez de vains sermens ; j'en crois votre vertu ;
J'en crois mon sang.Montrez cette ame magnanime ;
Vous pouvez , par l'effort d'une vertu sublime ,
Dans nos fastes brillans , préceder les Héros ;
Quelque degré d'honneur qu'atteignent leurs trag:
vaux ,
&c.
Au delà de leur sort la gloire vous apelle ;
Le Ciel a fait pour vous une vertu nouvelle ;:
Même au- dessus du Trône , il est encore un rang
Et ce rang est à vous , si vous êtes mon sang ,
Un mot va vous juger. Si , détruisant nos droits ,
Et la foi des Traités , & le respect des Loix ,
Le sort à votre Pere offroit un Diadême ;
Et qu'entre la Patrie & le pouvoir suprême
Il parût balancer à choisir son destin ,
Que conseilleriez -vous à son coeur incertain ?
Eugenie lui ayant répondu qu'elle préfe
reroit la Patrie au Trône . Il continuë :
La vertu même ici par ta bouche a parlé ;
C'est ton propre destin que ton choix a reglé ;
C'est le sort de l'Etat , genereuse Eugenie ;
AVRIL 1740 .
-757
Il faut , du Peuple Anglois tutelaire Génie ,
Faire plus qu'affermir , plus qu'immortaliser ,
Plus qu'obtenir le Trône ; il faut le refuser.
Eugenie ne dément point l'attente de son
Pere ; elle subir l'Arrêt qu'elle vient de prononcer
elle - même. Vorceftre l'aplaudit de
cette victoire qu'elle vient de remporter sur
l'ambition , sans sçavoir qu'elle s'étend mê
me sur l'Amour,
Eugenie , dans un court Monologue , déplore
sa situation. Son devoir l'emporte sur
son amour.
Edouard vient déclarer son amout à Euge
nie ; elle se refuse au don qu'il fait briller à
ses yeux ; Edouard attribue ce refus à Vorceftre
; elle lui dit en le quittant , qu'il n'en
doit accuser qu'elle , & que son Pere n'y a
point de part . Edouard s'irrite contre Vorceftre
; Volfax vient attiser le feu de sa colere
; il lui fait connoître avec adreffe que
Vorceftre eft plus criminel qu'il ne pense .
Vorceftre vient prier Edouard de lui permettre
de se retirer , & de faire succeder
une heureuse tranquillité aux soins du Miniftere
. Edouard lui répond froidement qu'il
lui fera bien - tôt sçavoir sa volonté suprême;
Vorceftre se retire. Volfax acheve de rendre
suspect Vorceftre . Edouard finit le second
Acte par ces Vers ;
,
C'en
756 MERCURE DE FRANCE
C'en est trop ; prévenons des ingrats ,
Je m'en fie à ton zele ; observons tous leurs pas ;
Je veux dès ce moment m'éclaircir de son crime ;
Et s'il n'est que trop vrai que, trompant mon estime,
Il s'armoit contre moi de mes propres bienfaits ,
Je n'aurai pas long- temps à craindre des forfaits.
Alzonde & Volfax commencent le troisié
me Acte. Volfax aprend à Alzonde que Vorcefte
eft arrêté , & qu'il ne doute point que
son Ennemi ne succombe , par le soin qu'il
a pris de le rendre suspect , de trahison aux
yeux d'Edouard . Il lui dit que ce Prince irrité
, veut lui parler. Edouard vient ; il prie
Alzonde de parler en faveur de son amour à
Eugenie , & d'employer auprès d'elle tout
ce que son amitié lui donne de pouvoir sur
son coeur.
Alzonde , confirmée dans les soupçons
qu'elle avoit déja conçûs sur sa Rivale , se
détermine à la perdre.
Eugenie vient prier Alzonde , toujours ca
chée sous le nom d'Aglaé , d'obtenir d'Edouard
qu'elle puiffe voir son Pere dans sa
prison, Alzonde la preffe de quitter des Lieux
où la vertu est tyrannisée & la quitte sans lui
rien promettre. Volfax vient ; Eugenie demande
à Volfax les sécours qu'elle n'a pû
obtenir d'Alzonde . Volfax lui répond d'une
maniere si injurieuse à son Pere , qu'elle
commence
AVRIL 1740 757
commence à le soupçonner d'impoſture &
de perfidie. Volfax se retire après lui avoir
dit qu'Edouard défend de parler à Vorceftre
, & qu'elle n'eft pas exceptée de cette
défense . Eugenie ne sçait plus à qui avoir recours
, si ce n'eſt à Edouard lui- même.
Arondel , dont il a été parlé dès le premier
Acte , se présente à Eugenie , & se fait
connoître à elle , pour le plus fidele ami de
; voici comme il s'annonce :
son Pere
Madame , à vos regards je parois sans mystere.
Vous voyez Arondel , l'ami de votre Pere ,
Tandis qu'on ne l'a vû que puissant & qu'heureux,
J'ai fui de la faveur le secours fastueux ,
Et je n'ai point grossi cette foule importune
Qui venoit à ses pieds adorer la Fortune ;
Mais lorsque tout s'éloigne & qu'il est oublié ,
Je reviens , & voici le jour de l'Amitié.
Arondel proteſte à Eugenie qu'il n'oublie
ra rien pour confondre les Ennemis de Vor
ceftre , & qu'il périra le premier , s'il ne peut
le sauver. Eugenie finit le troisiéme Acte par
ce Monologue :
Allons , puisqu'il le faut , tâchons de voir encore
Celui que je devrois haïr , & que j'adore ;
fait
Il me rendra mon Pere; oui , son coeur n'est pas
Pour commander le meurtre & souscrire au forfait ;
Mais
75 MERCURE DE FRANCE
Mais si , pour le fléchir , pour vaincre l'imposture,
Ce n'étoit point assés des pleurs de la nature ,
Toi , dont jamais je n'eusse imploré le secours ,
Si je ne l'implorois pour l'Auteur de mes jours ,
Amour , viens dans son coeur guider ma voix tremblante
,
Et prête ta puissance aux larmes d'une Amante.
Dans le quatrième & cinquième Acte , Alzonde
, instruite par Edouard même , de l'amour
qu'il a pour Eugenie , ne respire plus
que vengeance . Elle preffe Volfax de faire
périr Vorceftre ; & fait voir par-là , combien
La vertu eft foible , quand on eft agité d'une
paffion auffi funeſte que celle de la jaloufic ;
elle se reproche sa fureur en ces termes :
Il est temps de fraper. Pour combler tes rigueurs
N'étoit-ce point assés d'unir tous les malheurs ?
Ciel , falloit-il aussi rassembler tous les crimes ?
Et devois-tu m'offrir d'innocentes victimes ?
Vengeance , desespoir , vertus des malheureux ,
Je n'espere donc plus que ces plaisirs affreux ,
Que présente à la haine , à la rage assouvie ,
L'aspect d'un ennemi qu'on arrache à la vie.
Volfax vient aprendre à Alzonde
que tout
eft prêt pour condamner & livrer Vorceſtre
au glaive d'un Boureau. Elle y consent & le
preffe de remplir ce projet . On a critiqué cer
endroit
AVRIL. 1749.
759
endroit avec d'autant plus de raison , que la
mort de Vorceftre étoit déraisonnable pour
elle , puisqu'il étoit le seul qui empêchoit
l'Hymen d'Edouard & d'Eugenie ; l'Auteur
peut répondre à cette objection & la réfuter
en disant que la mort d'un Pere étoit encore
un plus grand obftacle à cet Hymen , auprès
d'une Fille auffi vertueuse qu'Eugenie ,
Volfax fait entendre qu'un Etranger demande
à entretenir Vorceftre ; il veut profiter
de cet entretien , en les écoutant sans
être vû. Il ordonne qu'on faffe venir Vorceftre.
Ce malheureux Captif eſt amené .
Volfax lui dit qu'on veut l'entretenir , &
qu'il y consent. Vorceftre se prépare à la
mort , après avoir dit :
Quelque soit l'inconnu que je vais voir paroître ,
Dieu juste, fais du moins qu'il ne soit pas un traître;
Que je puisse par lui détruire un attentat
Non , pour sauver mes jours , mais pour sauver
l'Etat.
L
>
Vorceftre embraffe, tendrement Arondel .
Ce fidele ami vient s'offrir à tenir sa place
dans la prison , tandis qu'à la faveur d'un
heureux traveftiffement , il se sauvera dans
une Barque préparée pour sa fuite . Vorces-
Are eft trop genereux pour accepter le secours
que l'amitié vient lui offrir. Arondel lui en
G présente
·
760 MERCURE DE FRANCE
présente un second ; c'eft un poignard , qu'il
refuse de même fondé sur
cipe :
-
>
ce prin
;
Quelque honneur qu'à ce sort la multitude attache,
Se donner le trépas , est le destin d'un lâche
Sçavoir souffrir la vie , & voir venir la mort ,
C'est le devoir du Sage , & ce sera mon sort,
Il charge Arondel de remettre entre les
mains du Roy un Ecrit qui eft tombé dans
les siennes un moment avant son emprisonnement.
Volfax , qui les entend , sort & ordonne
qu'on les saisiffe tous deux ; Arondel
l'en punit sur le champ par un coup du même
poignard dont on vient de parler , coup
de Théatre dont un aplaudiffement géneral
& réïteré à chaque Représentation , a juſtifié
la hardieffe , même sur notre Théatre.
Ce qui nous refte à dire en peu de mots ;
c'eft qu'Eugenie fait d'inutiles efforts auprès
d'Edouard pour sauver son Pere ; le Roy n'y
veut consentir qu'à condition qu'elle l'épousera
; elle n'ose esperer que fon pere y confente
jamais.
Des Gardes amenent Arondel , par ordre
d'Edouard. Ce génereux ami juftifie Vorcestre
, en accusant & convaincant Volfax de
sa perfidie par un Billet de ce traitre qu'il
montre au Roy.
Tout
AVRIL 17401 761
Tout semble annoncer un dénouement
heureux. Vorceftre remis en grace , donne
lieu plus que jamais à Alzonde de craindre
l'Hymen d'Edouard avec sa Rivale , réduite
au désespoir ; elle vient déclarer son état &
promet de se punir de tous ses crimes ; la
mort qu'elle se donne derriere le Theatre ,
fait ceffer les raisons qui s'oposoient au bonheur
des deux Amans , pour qui les Spectateurs
s'étoient intereffés ; mais l'empoisonne
ment d'Eugenie , ordonné par cette Rivale
désesperée , détruit de si belles espérances.
Eugenie vient expirer sur le Théatre , & fait
connoître à Edouard qu'il perd une Amante
dont il eft tendrement aimé.
Le 2. Avril , les mêmes Comédiens firent la
clôture de leur Théatre par la Comédie des Dehors
Trompeurs ou l'Homme du jour , & par la petite
Piéce de l'Oracle , avec un concours extraordinaire.
Le feur de Fierville prononça le Discours
suivant.
MESSIEURS ,
L'année derniere j'eus l'honneur de vous rendre
Phommage annuel que nous vous devons , comme à
nos Juges à nos protecteurs . Après une légere
apologie du paffé , je vous promis que nous allions redoubler
nos efforts pour mériter vos bontés , je vous
fupliai de nous accorder la continuation de cette indulgence
, qui nous eft fi néceſſaire & dont nous avons
reçû tant de preuves.De votre part, Mrs, nous n'avons
rien à défirer , nos fouhaits font comblés , mais nous
Gij avons
?
762 MERCURE DE FRANCE
avons-nous rempli nos engagemens ? Si nous osions
nous laiffer féduire par les aparences , nous penferions
que nos foins ont réussi , & que nous avons cû le bonheur
de contribuer à vos plaifirs . Vous nous avez fouventhonoré
de votre préfence ; nous ne nous sommes presque
pas aperçu de la rigueur des faifons ; les nouveautes
que nous vous avons données ont parû être de votre
goût, & vos aplaudiffemens ont été tels, que les principan
Acteurs ont eu peut-être lieu de croire qu'ils partageoient
avec les Auteurs la gloire de la reüffite . Que
de raifons de nous flater que vous êtes un peu contens
de nous ! De grace , Mrs , laiſſez- nous cette idée ; ne
eraignez pas qu'elle ait de mauvaises fuites. L'amour
propre eft un mouvement naturel , l'excès feul peut le
rendre condamnable ; mais , lorfqu'il eft ménagé , il
ne fert qu'à donner de nouvelles forces & à augmenter
le défir de faire mieux ; nous n'en reffentons pas moins
les obligations que nous vous avons , & nous vous en
rendons de très - humbles graces.
Ne m'accufez point de témérité , Mrs , fi deux années
de fuite j'ai accepté la commiffion dont je m'acqui
te aujourd'hui ; quelque difficile qu'elle foit , j'ai cru
qu'il étoit de mon devoir de ne la pas refufer. Ceux
qui ont le plus de part à vos bontés & qui en reffentent
le plus fouvent les effets , doivent , préferablement
aux autres, fe charger du remerciment , & je fuis de
ce nombre. Parmi nous il eft des Sujets à qui la Nature
& l'étude du Théatre ont donné les talens requis
pour vous plaire , vous les fouhaitez , vous les voyez
avec plaisir paroître fur la Scéne , vous leur aplaudissex,
& en cela vous laiſſez agir votre goût & votre
équité ; mais il en eft d'autres, tels que moi , qui malheureusement
, malgré tous leurs efforts , n'ont encore
pú acquerir les qualités néceffaires pour mériter vos
fuffrages , cependant vous daignez nous écouter , vous
pous souffrez, vous nous encourage même quelquefoir ;
c'eft
AVRIL. 1740% 76$
eft un excès de bonté dont nous vous sommes d'autant
plus redevables ; notre reconnoiffance en doit être bien
plus grande ; auffi puis -je vous affûrer qu'elle est audeffus
de toutes les expreffions ; plus les fentimens font
wifs , plus il eft difficile de trouver des termes pour les
exprimer.
Le même jour , l'Académie Royale de Mufique
donna pour la clôture du Théatre , une feconde
Représentation de l'Opera de Pirame & Thisbé ,
pour les Acteurs , fuivie du Pas de fix , dont on a
déja parlé.
Le même jour les Comédiens Italiens firent la
clôture de leur Théatre par la Tragi - Comédie de
Samfon. Cette P.éce fut fuivie d'un Pas de fix ,
compofé d'un Arlequin & d'une Arlequine , d'un
Pierrot , d'une Perrette , d'un Polichinelle & d'un
Scaramouche , il fut très- bien executé par les Acteurs
de la Troupe ; les Airs avoient été parodiés
fur ceux qui furent danfés à l'Opera au mois de
Septembre 1734. compofés par M. Rebel , le Pere .
Le Sr Antonio Catolini , l'Arlequin Franço's , fut
chargé de complimenter le Public , felon la courume
; il s'exprima en ces termes :
MESSIEURS ,
Mes Camarades m'ayant chargé de remercier le
Public des bontés qu'il a eues pour la Troupe pendant
le cours de cette année , je n'ai accepté cette commiſſion,
qu'autant que je l'ai crûë favorable pour m'acquiter
d'un devoir perfonnel. Mon frere aîné a mérité vos
Suffrages par un talent particulier & rare ; pour moi ,
Mrs ,forméfur un modele different , je fais tous mes
efforts pour vous plaire dans un genre tout oposé ; ce
modele étoit la Nature même , & fes Imitateurs ne
font que de foibles copies . Encouragez moi , Mrs , à
& iij marcher
764 MERCURE DE FRANCE
marcher fur les traces de l'excellent Acteur , dont le
Jouvenir vous est encore agréable. Que ne puis -je vous
en offrir un jour une image qui en aproches Oferaije
m'en flater ? Rien n'eft impoffible au zele ardent de
vous plaire , fecondé par les juftes lumieres d'un Public
indulgent , aux Arrêts duquel je me conformerai toujours
.. A propos , il faut que je finiffe mon Compliment
par un Apologue qui revient parfaitement
mon fujet. Le voici.
...
Un Jardinier fameux cultivoit un Parterre ,
Qu'il varioit d'éclatantes couleurs ;
Au milieu des plus simples fleurs,
Brilloit mainte Plante étrangere ;
L'Art à la Nature étoit joint ,
Et tous deux ne s'offusquoient point.
L'Artiste meurt , la carriere est ouverte ;
L'Italien , le François ,
Viennent faire leurs essais ,
Pour réparer cette perte ;
Tous deux fort differens ; le premier n'entend pas
A cultiver les fleurs de nos climats ;
A l'autre ce seroit folie
De vouloir cultiver les fleurs de l'Italie.
Que faire dans un pareil cas ?
Messieurs, conservez - les tous deux , je vous suplie
Ils travailleront sous vos yeux ,
It leurs soins divisés n'en agiront que mieux ;
Tous deux pourront vous satisfaire
Avec vos conseils & le temps ;.
C'est
3
AVRIL 765 1740
C'est vous qui formez les talens ;
Vous en êtes le but ; heureux qui peut vous plaire !
On s'eft trompé dans le Mercure de Fevrier, page
330. quand on a dit que la Comédie nouvelle du
Théatre Italien , intitulée , l'Amant Auteur & Valet
, étoit de M. Cerou ; elle eft de M. Seron , Etudiant
en Droit.
Le 7. l'Opera Comique , qui a continué ses Repréfentations
jufqu'au 10. donna une Piéce nouvelle
d'un Acte , avec des Intermedes , intitulée , la
Barriere du Parnaffe , ou la Critique de toutes les
Piéces qui ont été données fur les autres Théatres
de Paris , fur la fin de l'année derniere & au commencement
de celle - ci ; on continua la même
Piéce , qui fut très -goûtée , jufques & compris le
9. jour de la clôture du Théatre. Le jeune Acteur
& la jeune Actrice qui avoient joué dans la Parodie
de l'Oracle , Piéce du Théatre François ; & qui
avoient rempli avec toute l'intelligence poffible les
Rôles de Charmant & de Lucinde , furent chargés
de faire le Compliment qu'on fait ordinairement
au Public , & s'en acquiterent avec beaucoup de
grace & d'intelligence , par des Vaudevilles convenables
à la Parodie.
L'ORACLE , petite Comédie en Prose & en
un Acte , représentée au Théatre François,
le 22. Mars dernier.
ACTEURS.
La Fée Souveraine , La Dlle Quinault.
Alcindor , Fils de la Fée , Le Sr Grandval .
Lucinde , jeune Princeffe , La Dlle Gauffin.
La Scene eft dans le Palais de la Fée
Giii
766 MERCURE DE FRANCE
Na interrompu cette, Piéce à la clôture du
Théatre , & par le peu de Repréfentations
qu'on en a donné , avec un très-grand concours , il
feroit très difficile d'en pouvoir faire un Extrait
bien détaillé . Cependant , pour fatisfaire l'impatience
du Public , à qui cette Piéce a fait un extrême
plaifir , en voici un petit Argument , fauf à parler
plus au long de l'Action Théatrale & citer quelques
traits qui donnent une idée diftincte de la Piéce.
Une Fée qu'on apelle Souveraine , ayant confulté
les Dieux fur le fort d'un Fils qu'elle venoit de
mettre au monde , en reçût cet Oracle.
Le Fils de la Fée eft menacé des plus grands malheurs
; mais il les évitera , & fera même heureux, s'il
peut parvenir à se faire aimer d'une jeune Princeffe
qui le croira fourd , muet , & infenfible.
>
La Fée , pour faire un heureux fort à fon Fils ,
prend foin d'élever une jeune Princeffe , à qui elle
fait croire que toutes les Créatures de l'Univers
hors elles deux, ne font que des Machines fourdes,
muettes & infenfibles . Le Prince fon Fils , devient
amoureux de l'innocente Princeffe ; il eft réduit à
l'entretenir dans cette erreur ; il parvient à s'en faire
aimer fans le fecours de la parole & du fentiment
, & par- là il devient heureux. La Piéce a parû
très-bien écrite , remplie d'efprit & de fentiment.
M. de S. F. déja connu par d'autres Ouvrages , estimés
, eft l'Auteur de celui - ci.
Le Public a rendu juſtice à l'Art infini avec lequel
les trois Acteurs , qu'on vient de nommer , rempliffent
les trois Perfonnages de cette Piéce , par leur
jeu , par leur intelligence précife & délicate , & par
toutes les fineffes de l'Art ; ils méritent bien d'avoir
part à la gloire de l'Auteur , comme le Sr de Fierville
l'a très- bien fait remarquer dans le Discours
prononcé & aplaudi à la clôture du Théatre. Mais
fur
AVRIL- 1740. 767
furtout le caractere de la Dlle Gauffin, qu'elle rend
d'une maniere abfolument inimitable ; & dans ce
genre , nous ne croyons pas que perfonne puiffe
L'égaler pour le vrai , le naturel, le fimple & le naïf.
A l'ouverture du Théatre , lequel repréſente un
Jardin délicieux , trois Statues en Marbre , fur des
piédeftaux , paroiffent dans le fond . Elles font animées
par la Fée, & auffi-tôt les deux des côtés , qui
font des Génies de la Mufique , dont l'un tient un
Violon & un Archet , & l'autre une Flute Allemande
, jouent enſemble. Celle du milieu , qui eft la
Dile Cammaffe en Terpficore , ornée de Guirlandes ,
dont le piédeſtal s'abaiffe jufqu'au niveau du Théatre
, commence fon Entrée par des mouvemens de
furpriſe & d'admiration , & forme fes pas fur une
Sarabande , joüée par le Violon & la Flute . Après
la Sarabande , tout l'Orqueftre , en fourdine , fe
joint au Violon & à la Flute , & joüë un Air guai &
coulé , fur lequel la Statue s'anime par degrés &
danfe enfuite un Tambourin très - animé & très-vif
par lequel l'Entrée finit , & les Scenes de la Comédie
fe continuënt.
Cette petite & charmante Comédie eft terminée
par une autre Entrée de la Dlle Cammaffe. Elle
danfe un Rondeau , dans lequel divers caracteres de
Danfe font exprimés avec un art, qu'on peut encore
apeller inimitable dans une perfonne d'onze ans ,
dont les talens paroiffent encore plus dévelopés &
plus admirables depuis environ deux ans d'ablence.
Les Airs de Symphonie font de la compofition de
M. de Grandval , le Pere , auffi grand Muficien que
Poëte fingulier & original.
Le 25. les mêmes Comédiens firent l'ouverture
du Théatre par la Tragédie d'Athalie , & par la petite
Comédie des Vandanges de Surêne. Dans le
Divertiffement de cette derniere Piéce la Dlle Cam-
G v maffe
768 MERCURE DE FRANCE
.
maffe danſa deux Entrées fur deux Airs de Symphonie
du même M. de Grandval , d'un caractere bien .
opofé , le premier en Vieille , avec un bâton , & le
fecond en Bacchante , tenant un Tambour de Basque
, fur lequel les batteries des mains & des pieds
ne font point épargnées , & avec toute la legereté,
la force & les graces imaginables. Cette aimable
Danfeufe eft Eleve de M. de Malterre , l'aîné , qui
y donne tous fes foins & qui a la fatisfaction de
voir tous les jours de nouveaux progrès.
Le même jour , à l'ouverture , le Sr de Fierville,
qui avoit fait le Discours qu'on a lû plus haut ,
prononça celui-ci avec beaucoup d'intelligence &
de décence.
MESSIEURS ,
Nous venons aujourd'hui contracter avec vous un
nouvel engagement , pour l'année courante , nous
vous fuplions que ce foit aux mêmes claufes & condi
tions que les années précedentes ; de notre côté étude ,
Joins zele de votre part , indulgence & bontés ,
nous ne nous laffons point de vous les demander ; nos
befoins nous y autorifent , & ce n'est qu'après les avoir
obtenus, qu'on peut parvenir à les mériter. Il eft impos
fible de décrire , Mrs , la trifte fituation où se trouve
un Acteur qui entre fur la Scene , craignant de n'avoir
pas le bonheur de vous plaire ; la peur offusque fa
voix ; il bégaye , ou ne parle qu'en tremblant ; fes atitudes
font forcées , fes geftes font contraints ; le moindre
bruit , le moindre mouvement , l'étonne ,
&le déconcerte ; il ne peut se remettre qu'en fe flatant
qu'il a affaire à des Juges indulgens . Ne vous laffex
donc point de l'être , Mrs , cette faveur nous donnera
du courage des forces , que nous employerons
rendre par la fuite dignes de vos fuffrages . Je ne vous
parlepoint des nouveautés que nous vous préparons ;
l'interdit
nous
les
AVRIL: 1740 769
les effets , mieux que mes paroles , vous prouveront que
toute notre ambition eft de contribuer à vos divertiffemens
, & de vous engager à nous honorer de votre
présence.
Le même jour 25. les Comédiens Italiens firent
anffi l'ouverture de leur Théatre par la Comédie
Italienne du Double Dénoûment , on Arlequin Scanderberg
, jouée par l'Arlequin Italien , & dont on a
déja parlé .
Le 26. l'Académié Royale de Mufique fit l'ouverture
du Théatre par la Tragédie de Pirame &
Thisbé , & on prépare le Ballet des Sens , pour être
remis inceffamment ; il avoit été donné dans fa
nouveauté en Juin 1732. Le Poëme eft de M. Roy,
& la Mufique du Feu Sr Mouret.
NOUVELLES ETRANGERES.
TURQUIE.
Na apris que Bengli Girey , Kan des Tartares
de Crimée , étoit mort au commencement
du mois de Fevrier dernier dans la Ville de
Biacçasaray , Capitale de fes Etats , & que le Sultan
Kalga Achmet Girey , fon fils , lui avoit fuccedé.
ALLEMAGNE,
Es dernieres Lettres de Vienne , portent que
Fimperatrice Douairiere , ayant refolu de passer
le refte de fes jours dans la retraite , a remis
à l'Impératrice la Grande-Maîtrise de l'Ordre
de la Croifade.
G vj
Ces
770 MERCURE DE FRANCE
Ces Lettres ajoûtent , que la fonte des neiges
ayant fait enfiler confidérablement les Eaux du Da
nube , ce Fleuve a débordé en plufieurs endroits , &
que l'inondation a causé beaucoup de dommage.
Les Villes de Crembs , de Stein & de Mantern", ont
le plus fouffert , & dans la derniere , l'eau a monté
jusqu'aux toits des maifons . Quelques Villages vorfins
ont été entierement fubmergés , & un grand
nombre de Payfans a été noyé. La plupart des
maifons d'un quartier de la Ville de Stein ont été
abattues par les eaux , & le Convent des Capucins ,
qui y font établis , eft presque entierement détruit .
ITALIE.
N aprend de Rome , que la Maiſon Farneſe ;
Triomphe au Campo Vaccino , lorsque les nouveaux
Papes prennent poffeffion du Pontificat , le
Roy des deux Sicles , comme Héritier de cette
Maifon , fe dispose à remplir cet engagement , &
que S. M. Sic. s'étoit déja fait préfenter divers
Deffeins.
On mande de Venife , que le 2. de ce mois le
Prince Electoral de Saxe fe rendit à l'Arfenal , &
qu'il s'y embarqua fur une Félouque magnifiquement
ornée , tant en -dedans qu'en- dehors , & conduite
par dix Rameurs , vétus de drap bleu galonné
d'argent , avec des Veſtes de damas jaune , & des
bonnets de velours noir. Cette Félouque , dont un
Capitaine de Vaiffeau de Guerre tenoit le Gouvernail
, étoit commandée par le Grand- Amiral , lequel
avoit la Robe de céremonie qu'il porte le jour
de la Fête de l'Ascenfion , lorsqu'il accompagne le
Doge. Le Grand - Amiral conduifit d'abord le Prin
ce Electoral de Saxe à l'endroit où font les Vaisseaux
AVRIL 1740. 77*
par
seaux de Guerre , & où l'on avoit conftruit un degré
fpacieux , orné de Statues des deux côtés ,
lequel le Prince monta fur un des Vaiffeaux , dont
on avoit éclairé l'intérieur avec une grande quantité
de bougies , afin qu'il pût en examiner plus facilement
toutes les parties . Le Prince Electoral les
confidera toutes avec beaucoup d'attention , & il fit
le tour de chacun des autres Bâtimens , pour en
remarquer la forme exterieure. De- là il alla à la
Fonderie , où il vit jetter un Canon en fonte , en
percer un autre , & en fcier un troifiéme par le milieu
. Il vifita enfuite les Forges , dans lesquelles on
fabriqua eu la préfence une très-groffe Ancre ; &
le Magafin de Chanvre , où il vit travailler à un
Cable deftiné pour un Vaiffeau du premier rang.
Le Grand-Amiral montra au Prince toute l'Artillerie
, tant de bronze que de fer ; les Magazins
où l'on conferve les chofes néceffaires pour construire
& pour équiper des Vaiffeaux & des Galeres ;
la Manufacture des Voiles ; le Plan de la Ville &
de la Citadelle de Corfou , & les Plans des Fortifications
de quelques Places de la Dalmatie .
Après que ce Prince cut vifité toutes les Sales de
l'Arſenal , il vit lancer à l'eau une Galere nouvellement
conftruite , après quoi ce Prince alla voir le
Bucentaure , dont il admira la grandeur & beauté.
Le Prince étant rentré dans une des Sales de l'Arfenal
, il vit d'une des fenêtres , payer le prêt des
Ouvriers, qui étoient au nombre de 3000. Il remonta
ensuite fur la Félouque qui l'avoit conduit à l'Arfenal
, & il retourna au Palais qu'il occupe , où il
retint à fouper les quatre Nobles que le Sénat a
nommés pour l'accompagner.
Ce Prince a fait préfent de deux Bagues de 2000 .
Ducats chacune au Grand- Amiral & au Provediteur
de l'Arfenal ; d'une Montre d'or au Capitaine du
Vaiffeau
2 MERCURE DE FRANCE
Vaiffeau de Guerre dans lequel il étoit entré , d'une
Tabatiere d'or au Capitaine de Vaiffeau qui tenoit
le Gouvernail de la Félouque , d'une Médaille d'or
au Conftructeur , & de 50. Sequins aux Rameurs
& il a fait diftribuer 3000. Sequins aux Ouvriersde
l'Arfenal.
Les quatre Nobles , nommés par le Sénat pour
accompagner ce Prince ,
de ce l'inviterent le 4.
mois à fe rendre à l'Hôpital des Incurables , &
après lui avoir fait voir les endroits les plus remarquables
de la Maiſon , ils le conduifirent dans une
Sale tapiffée de velours à fond d'or , & éclairée d'une
grande quantité de lumieres , dans laquelle les
Religieufes executerent en fa préfence un Concert
de la compofition du Sr Carcano. Le Prince en
parut extrêmement fatisfait , & il donna cent Sequins
pour les Pauvres de l'Hôpital .
'
Le lendemain , il affifta dans l'Hôpital des Mendians
, à un autre Concert ,
ont la Mufique étoit
du Sr Paradies , Napolitain . La Sale où ce Concert
fut executé , n'étoit pas ornée avec moins de magnificence
que celle de l'Hôpital des Incurables
& l'on y avoit dreffé un Théatre , des deux côtés
duquel étoient plufieurs guéridons d'argent maffif.
La Cour , le grand Efcalier & les Terraffes , étoient
bordés d'Orangers & de Girandoles , qui faifoient
un très bel effet .
ISLE DE CORSE.
Na reçû avis qu'on avoit fait embarquer à
Calvi un Parent du Baron de Neuhoff , lequel
avoit épousé clandeftinement une Fille de la Maiſon
Colonne.
On affûre que le Neveu de ce Baron a été abandonné
de la plus grande partie de ceux qui étoient
avec
AVRIL 1740 . 773
avec lui , & qu'il s'eft retiré dans les Montagnes de
Conca , fituées entre Calenzana & Portovecchio ,
où il n'a été fuivi que de 7. ou 8. hommes . Il y a
aparence que fon deffein eft de chercher l'occafion
de s'embarquer , mais les mesures qu'on a prifes ,
pour l'en empêcher, font croire qu'il ne réüffira pas
dans ce projet.
Un Ingenieur François , que le Marquis de Maillebois
a envoyé à Calvi , pour examiner les Fortications
de la Ville & du Château , a dreffé un Plan
pour établir trois nouvelles Batteries , qui ferviront
à défendre l'entrée & les aproches du Port , & l'on
n'attend que les ordres du Marquis de Maillebois ,
& du Marquis Mari , pour mettre ce Projet à execution.
On prétend qu'ils font convenus de prendre
les mêmes précautions pour les autres principa
les Villes Maritimes de l'Ifle.
Le Neveu du Baron de Neuhoff eft toûjours errant
dans les Montagnes avec un petit nombre de
vagabonds , & comme on lui a dreffé des embuscades
de tous côtés , il n'y a point d'aparence qu'il
évite d'être pris , à moins qu'il ne périffe de mifere.
On mande de Florence , que le premier de ce
mois , le Sénateur Rizzi avoit fait dans l'Eglife des
Religieux de S. Ambroife , au nom du Grand Duc ,
qui lui avoit envoyé des pouvoirs pour cet effet , la
cérémonie de recevoir le Prince d'Elbeuf , Cheva
lier de l'Ordre de S. Etienne .
NAPLES.
E 28. Fevrier , M. d'Egmond Nyembourg
Envoyé de la République d'Hollande , eut fa
premiereAudience publique du Roy.Il arriva auPalais
en grand cortege, & fut conduit avec les cérémonies
accoûtu774
MERCURE DE FRANCE
accoûtumées ; il harangua S. M. en François , & lui
dit que les Etats Géneraux des Provinces - Ūnies , non
contens de l'avoir déja félicité ſur ſon avenement au
Trône & furfon Mariage , avoient voulu lui témoigner
encore d'une façon plus particuliere leur defir
d'entretenir avec elle une parfaite union , en lui envoyant
un nouveau Miniftre , pour lui réiterer les assurances
de la fincerité de leurs fentimens , & qu'ils
defiroient que le Tout- Puissant comblat de fes bénedictions
les plus précieuſes , le Mariage de S. M. qu'il
rendit de plus en plus fon Regne glorieux , & qu'il en
perpetuât la durée dans fa Maiſon par une longue &
heureuse profperité.
Ce Miniftre eut enfuite Audience de la Reine , &
il l'affûra que les Etats Géneraux des Provinces Unies
étoient ravis de trouver une occafion de rendre à la
Reine un témoignage public de leur haute eftime pour
Sa perfonne Royale pour ses vertus éminentes; qu'ils
l'avoient chargé de féliciter S. M. fur fon Mariage ,
qui affûre auxdeux Sicile une fource abondante defélicités
; qu'ils efperoient que la Reine , par un effet de
fa bonté , voudroit bien affifter de fon crédit leur Miniftre
dans les affaires qu'il auroit à négocier en cette
Cour,& qu'ils feroient attentifs à lui en témoigner
leur reconnoiffance.
Pendant les Réjouiffances publiques qu'on a faites
à l'occafion de la groffeffe de la Reine , S. M. a
fait diftribuer des Dots à cent pauvres filles .
O
ESPAGNE.
N mande de Madrid , qu'on y avoit reçû avis
que le 22. Octobre dernier , trois Vaiffeaux
de Guerre Anglois , de 60. à 70. Canons , s'étoient
préfentés à la vûë du Port de la Guayra , & qu'ils
avoient canonné les Forts qui en défendent l'entrée,
mais
AVRIL 1740 779
thais que les Forts avoient fait un fi grand feu d'artillerie
fur ces Bâtimens , & avoient tellement maltraité
l'Amiral , que les Ennemis avoient été obligés
de fe retirer avec beaucoup de précipitation .
Le mois dernier , on a publié à Cadix , une nouvelle
Ordonnance qui porte que non seulement les
denrées & les Marchandifes du crâ , ou des Fabriques
de la Grande-Bretagne feront confifquées , ainfi
qu'il eft marqué dans le Decret concernant la
défenſe du Commerce avec les Anglois , mais encore
que ceux qui en introduiront dans les Etats dự
Roy d'Espagne , foit directement , foit par le canal
des Nations Alliées ou Neutres feront punis de
mort ; que ceux qui vendront aux Anglois , ou qui
transporteront en Angleterre , à Gibraltar ou à
Port Mahon , des denrées & des Marchandises d'Es
pagne ou des Indes , feront fujets à la même peine ;
que toutes Marchandises qui feront conduites dans
les Ports de ce Royaume, ou par des Eſpagnols , ou
par des Etrangers , ne pourront en fortir qu'après
qu'ils auront donné caution pardevant les Intendans
des Ports, ou les Juges Subdelegués, de raporter
des Certificats que les Marchandiſes auront été
débarquées dans les Lieux de leur deſtination ; que
celles qui viendront des Pays des Nations Aliiées
ou Neutres , ne feront point reçûës dans les Ports
d'Efpagne , à moins que les Proprietaires ne puissent
juftifier par des Certificats des Miniftres ou des
Confuls , qui réfident de la part de S. M. dans ces
Pays , qu'elles y ont été fabriquées ; que par raport
aux Marchandiles qu'on aportera des endroits où il
n'y a point de Miniftre ni de Conful d'Eſpagne , les
Négocians feront obligés de fe munir de Certificats
des Magiftrats du Lieu d'où elles viendront , &
qu'il faudra que ces Certificats foient fcellés da
Sceau de la Ville où fe fera fait l'embarquement.
GRANDE
776 MERCURE DE FRANCE
GRANDE - BRETAGNE.
N mande de Londres , que le 24. du mois
paffé , le Roy a apris que l'Amiral Vernon
s'étoit rendu maître de Porto Bello & des Forts qui
en dépendent. Ces Lettres contiennent le détail
fuivant.
L'Amiral Vernon étant parti de la Jamaïque le
26. Novembre dernier avec fept Vaiffeaux de Guerre
, il en détacha un pour croifer devant Cartagene
, & il fit voile avec les fix autres vers Porto
Bello , où il n'arriva que le premier Décembre
parce qu'il avoit été retardé par les vents contraires.
Le 2. au matin , l'Amiral Vernon s'avança en ordre
de bataille jufqu'à l'entrée du Port , & il fit attaquer
le Fort de Fer par trois des Vaiffeaux de fon
Efcadre , après avoir mis une partie de fes Troupes
dans des Chaloupes , pour qu'elles fuffent à portée
par le feu de leur Moufqueterie , de faire ceffer celui
des Batteries baffes du Fort . Ces Chaloupes s'étant
avancées jusqu'au pied des murailles du Fort ,
les Eſpagnols furent forcés d'abandonner les Batteries
baffes , & ils fe retirerent au haut du Fort.
Dans le temps qu'ils arboroient le Drapeau blanc
pour demander à capituler , les Soldats qui étoient,
débarqués efcaladerent le Fort , où ils ne trouverent
que cinq Officiers & trente- cinq Soldats .
L'Amiral Vernon , après la prife du Fort de Fer ,
s'aprocha du Fort de la Gloire , dont la Garnison
fit feu fur lui jufqu'à la nuit fans beaucoup de
fuccès.
Le 3. au matin , l'Amiral ſe préparoit à attaquer
ce Fort , lorfque les Efpagnols , qui avoient beaucoup
fouffert du feu de l'Efcadre Angloife , envoye-
Fent deux Officiers , pour demander à capituler.
L'Amiral
AVRIL 1740. 777
L'Amiral ayant dreffé les Articles qu'il vouloit leur
accorder , il renvoya les Officiers Efpagnols , & net
donna au Gouverneur du Fort que très - peu de
temps pour le déterminer.
,
La Capitulation , par laquelle les Efpagnols ont
obtenu de fortir avec deux pièces de canon &
avec les honneurs de la guerre , ayant été fignée
les Anglois prirent poffeffion du Fort de la Gloire &
de celui de S. Jerôme , qui avoit été compris dans.
la même Capitulation . On a trouvé dans les Forts
quarante piéces de gros canons , dix piéces de campagne
, quatre Mortiers & dix- huit Pierriers , &
PAmiral Vernon s'eft emparé de deux Vaiffeaux de
vingt canons & d'un Brigantin , qui étoient dans le
Port. Il a fait diftribuer à fes Soldats & aux Matelors
de l'Escadre 10000. Piaftres que le Gouverpeur
de Porto Bello avoit reçûës depuis quelques
jours pour le payement de la Garnifon , & après
avoir fait fauter les Ouvrages de la Ville & des
Forts , il remit à la voile le 24. Decembre , pour
retourner à la Jamaïque.
Les deux Chambres du Parlement ayant réfolur
de s'unir pour féliciter le Roy fur l'expédition de
PAmiral Vernon , elles préfenterent conjointement
le 29. du mois dernier à S. M. une Adreffe qui por
te que le fuccès d'une entrepriſe fi fagement concertée
& exécutée avec tant de valeur , ne peut
manquer de caufer toute la joye poffible aux fideles
Sujets du Roy , puifqu'il leur donne lieu d'esperer
que Dieu répandra fes benedictions fur les Armes
de S. M. & que ce premier avantage ſera ſuivi
d'autres plus importans , lefquels contribueront à
obtenir des fûretés pour la Navigation & le commerce
des Anglois. Le Roy répondit :
MYLORDS ET MESSIEURS , je vous rem‹ Ÿ»
sie de la part que vous prenez à un fuccès qui importe
778 MERCURE DE FRANCE
•
fi fort à l'honneur à l'intérêt de ma Couronne , ai
la fatisfaction que vous témoignez avoir des mesures .
que j'ai prifes , m'eft fort agréable.
Neuf Bâtimens de transport partirent le 31. pour
porter des munitions à Port Mahon & à Gibraltar,
d'où l'on a apris que le Contre- Amiral Haddock
avoit fait voile avec huit Vaiffeaux de guerre , pour
s'opofer aux entrepriſes des Eſpagnols contre Port
Mahon.
Le Capitaine Rentone , qui a aporté au Roy la
nouvelle de la prise de Porto Bello , a reçû une
gratification de soo. livres Sterlings , & S. M. lui a
promis le Commandement du premier Vaiffeau de
Guerre qui fera mis en Commiffion .
Les Commiffaires de l'Amirauté ont mandé à
l'Amiral Vernon , de faire transporter à Londres les
canons qu'il a trouvés à Porto Bello.
Le 28. Fête de S. Patrice , Patron du Royaume
d'Irlande, les Bouchers de Clarmarket ayant fuspendu
une Figure pour repréfenter ce Saint , plufieurs
Irlandois prirent querelle avec eux & en blefferent
quelques- uns. Ils auroient commis de plus grands
excès , fi un détachement des Gardes à pied , qui
alla pour apaifer le défordre , n'en eût arrêté cinq,
qui font en prifon .
Les Lettres de Corck , en Irlande , marquent
qu'on avoit embarqué depuis quelque temps dans
plufieurs Ports de ce Royaume 28500. Boeufs pour
la France.
Les dernieres Lettres de l'Amiral Vernon , du
13. Fevrier dernier , ont détruit le bruit qui couroit
qu'il avoit bloqué Cartagene , & l'on a apris par
ces Lettres , qu'ayant été obligé de détacher plufieurs
Vaiffeaux de fon Efcadre , pour donner des
eſcortes aux Vaiffeaux Marchands Anglois qui trafiquent
en Amérique , il ne pourroit fe remettre
en Mer qu'après leur retour .
FRANCE
AVRIL: 1740 778
hhhhhhhhhhhh
FRANCE.
NOUVELLES DE LA COUR, DE PARIS , &c
L
E Gouvernement de la Province d'Anjou
, vacant par la démiffion volontaire
de Louis de Lorraine , Prince de Lambesc ;
a été donné à . . . . de Lorraine , Comte de
Brionne , son fils , né en 1725. fait Gentil
homme à Drapeau au Régiment des Gardes
Françoises , au mois de Février dernier , &
marié le 3. du même mois avec Louise-Charlotte
de Grammont , née le 11. Juillet 1725!
seconde fille de Louis Armand Duc de
Grammont , Pair de France , Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses
Armées , Colonel du Régiment des Gardes
Françoises , Gouverneur de Navarre , & de
Bearn , & des Ville , Château & Citadelle
de Bayonne , & de Louise - Françoise d'Aumont
de Crevant d'Humieres.
L'Intendance de Bourgogne , Breffe , Bugey
& Gex , vacante par la mort de Pierre-
Arnaud de la Briffe ; a été donnée à François
- Dominique Barberie , Seigneur de Saint-
Conteſt , Maître des Requêtes de l'Hôtel du
Roy , depuis 1729. Intendant de Pau &
d'Ausch , depuis 1737.
Celle
780 MERCURE DE FRANCE
Celle de la Géneralité de Caën, a été don
née à Louis - Arnaud de la Briffe , né le 5 .
Janvier 1705. reçû Conseiller au Parlement
de Dijon le 14. Juillet 1727. Maître des Requêtes
Ordinaire de l'Hôtel du Roy en 1734.
& Président au Grand Conseil le 25. Janvier
1738.
La Survivance de la Charge d'Intendant
des Finances , dont eft pourvû Henri - François
de Paule le Fevre d'Ormeſſon , Seigneur
d'Amboisle , Conseiller d'Etat ordinaire , depuis
le mois de Mars 1722. a été donnée à
Marie- François de Paule le Fevre d'Ormesson
d'Amboisle , ſon fils aîné , né le 18. Octobre
1710. Maître des Requêtes ordinaire
de l'Hôtel du Roy , depuis 1733. Président
au Grand Conseil en 1738. & auparavant
Conseiller au Parlement de Paris , & Commiffaire
aux Requêtes du Palais à la premiere
Chambre , reçû à cette Charge le 16. Mars
1731 .
La place de Conseiller d'Etat , vacante par
la mort de Pierre Arnaud de la Briffe, Intendant
en Bourgogne , a été donnée à Gabriel
Taschereau , Seigneur de Baudry & de Lignieres
, Maître des Requêtes Honoraire de
P'Hôtel du Roy , & Intendant des Finances
depuis le mois de Mars 1722 .
La Charge d'Intendant du Commerce , vacante
par la mort de Jean Aniffon d'Hauteroche
AVRIL. 1740. 751
roche, a été donnée à Gaspard Henri Caze de
la Bove , Maître des Requêtes ordinaire de
l'Hôtel du Roy , depuis 1736. & auparavant
reçû Conseiller au Parlement de Paris , &
Commillaire aux Requêtes du Palais , à la
seconde Chambre, le premier Sepembre 1731 .
Le 3. de ce mois , Dimanche de la Passion
, le Roy & la Reine entendirent dans
la Chapelle du Château de Versailles , la
Meffe chantée par la Mufique . L'après- midi,
L.M. affifterent à la Prédication du Pere de
Neuville de la Compagnie de Jefus.
Le 10. Dimanche des Rameaux , le Roy
& la Reine , accompagnés de Monfeigneur
le Dauphin , assifterent dans la même Chapelle
à la Bénédiction des Palmes , qui fut
faite par l'Abbé Broffeau , Chapelain ordinaire
de la Chapelle de Mufique , lequel en
préfenta au Roy , à la Reine & à Monfeigneur
le Dauphin. Leurs Majeftés assifterent
à la Procession , & après l'Evangile , Elles
adorerent la Croix. Le Roy & la Reine entendirent
enfuite la Grande Meffe , célébrée
par le même Chapelain & chantée par la
Mufique. L'après-midi , le Roy & la Reine ,
accompagnés de Monseigneur le Dauphin ,
entendirent le Sermon du même Prédicateur.
Le 11. la Reine fe rendit à l'Eglife de la
Paroiffe du Château , & S. M. y communia
par
1
+
782 MERCURE DE FRANCE
par les mains du Cardinal de Fleury , for
Grand Aumônier.
Le 13. Mercredi Saint , Leurs Majeftés
entendirent dans la même Chapelle l'Office
des Tenebres , qui fut chanté par la Mufique.
Le 14. Jeudi Saint , le Roy entendit le Ser
mon de la Cene de l'Abbé Froquieres , Curé
de Bornel , Diocèse de Beauvais , après quoi
P'Evêque de Meaux fit l'Absoute . Ensuite le
Roy lava les pieds à douze Pauvres , & S. M.
les fervit à table. Le Comte de Charolois !
faisant les fonctions de la Charge de Grand
Maître de la Maiſon du Roy , étoit à la tête
des Maîtres d'Hôtel , & il précédoit le Service
, dont les Plats étoient portés par Monfeigneur
le Dauphin , par le Duc de Chartres
, par le Comte de Clermont , par le
Prince de Conty , par le Prince de -Dombes ,
parle Comte d'Eu , par le Duc de Penthie .
vre , & par les principaux Officiers de S. M.
Après cette cérémonie , le Roy & la Reine
entendirent la Grande Meffe célebrée par
l'Abbé Broffeau , & L. M. affifterent à la
Proceffion & aux Vêpres.
L'après midi , la Reine entendit le Sermon
de la Cene de l'Abbé de Ciceri , fon Prédicateur
ordinaire , & l'Evêque de Meaux
ayant fait l'Abfoute , S. M. lava les pieds à
douze pauvres Filles , & les fervit à table.
LG
AVRIL.
783 1749.
Le Marquis de Chalmazel , Premier Maître
d'Hôtel de la Reine , précédoit le Service ,
dont les Plats étoient portés par Madame
Adélaide , par Mademoifelle de Clermont ,
& par les Dames du Palais .
.
Le foir , L. M. affifterent dans la Chapelle.
du Château , à l'Office des Tenebres , qui
fut chanté par la Mufique .
Le 15. Vendredi Saint , le Roy & la Reine ,
accompagnés de Monfeigneur le Dauphin ,
entendirent dans la même Chapelle le Sermon
de la Paffion du P. de Neuville. L. M.
affifterent enfuite à l'Office , & Elles allerent
à l'Adoration de la Croix . L'après -midi , le
Roy & la Reine entendirent l'Office des
Tenebres.
Le 16. Samedi Saint , L. M. accompagnées
de Monfeigneur le Dauphin , affifterent dans
la même Chapelle aux Complies & au Salut,
pendant lequel l'O Filii fut chanté par la
Mufique.
Le 17. Fête de Pâques , le Roy & la Rei
ne , accompagnés de Monfeigneur le Dauphin
, entendirent dans la même Chapelle la
Grande Meffe , célébrée Pontificalement par
P'Evêque de Meaux & chantée par la Mufique.
L'après- midi L. M. accompagnées de
Monfeigneur le Dauphin , affifterent à la
Prédication du P. de Neuville , & enfuite
H
›
1
784 MERCURE DE FRANCE
aux Vêpres , auxquelles le même Prélat officia.
Le 24. les Députés des Etats de Bourgo
gne eurent audience du Roy. Ils furent préfentés
par le Comte de Saint Florentin , Sécretaire
d'Etat , & conduits en la maniere
accoûtumée par le Marquis de Brezé , Grand
Maître des Cérémonies , & par M. Defgranges
, Maître des Cérémonies . La Députation
étoit composée pour le Clergé, de l'Abbé de
Grosbois , Doyen de la Sainte Chapelle de
Dijon , qui porta la parole ; du Comte de
Rouffillon pour la Nobleffe , de M. le Vayer ,
Député du Tiers Etat, & de M.Rouget, Syndic
Géneral de la Province. Ces Députés
eurent enfuite audience de la Reine , de
Monfeigneur le Dauphin , & de Meldames
de France.
,
Le 2. Avril , la Reine entendit pour Concert
fpirituel , Lauda Jerusalem , Motet à
grand Choeur du Sr de Mondonville , qui
fut fuivi d'une Sonate , après laquelle on
chanta O Jesu , Motet du S. Sacrement , de
la compofition de M. Destouches , Sur - Intendant
de la Mufique du Roy, en Semeſtre,
Le Sr Guignon exécuta un Concerto , après
lequel la Reine entendit le Motet Venite
exultemus , de l'Auteur du premier Motet.
La
AVRIL.
1740. 785
La Dlle Huguenot chanta avec une grande
expreffion , le Récit Venite adoremus , ſuivi
d'un Choeur fur les mêmes paroles , dont
toute la Cour parut très - fatisfaite .
Le 25. le 27. & le 30. on concerta l'Opera
de Dardanus , de la compofition de M. Rameau
, dont les principaux Rôles furent
remplis avec succès par les Dlles Huguenot
& Rameau , & par les Srs Benoît & Jeliot.
¡
Le 3. Dimanche de la Paffion , l'Académie
Royale de Mufique donna le premier Concert
Spirituel au Château des Tuilleries , le
quel a été continué pendant differens jours
des trois Semaines de Pâques , jufques &
compris le Dimanche de Quafimodo. On ya
executé plufieurs excellens Motets à grands
Choeurs de Mrs de la Lande , Bernier &
Gilles , & des Srs Cheron & Mondonville ;
on y a chanté auffi differens petits Motets à
voix feule , avec accompagnement , des Srs
Mouret , le Maire , Dubouffet & Cordeler.
Les Srs Blavet , Guignon , & Mondonville
ont executé differens Concerto fur la Flûte &
le Violon , avec une préciſion admirable ; le
dernier Concert fut terminé par un nouveau
Motet du Sr Mondonville , qui fut fort
aplaudi par une très -nombreufe affemblée .
H'ij
A
7786 MERCURE DE FRANCE
**************************
A SON EMINENCE
M. LE CARDINAL DE FLEURY,
Par M. de la Soriniere , en Anjou,
FLEURY , P'on voit "en ta Personne
Par un assemblage divin ,
Briller Richelieu , Mazarin ;
Et le Monde entier qui s'étonne ,
Quand par un concours fi puissant
Le Ciel en toi seul les rassemble ,
Conclus que tu dois vivre autant
?
Qu'ils ont vécu tous deux ensemble .
Ainsi soit-il.
?
LETTRE écrite d'Orleans le 28. Mars
1740, au sujet du choix que le Roy afait
de M. Pajot , Intendant de Montauban
pour remplacer feu M. de Baussan , dans
P'Intendance d'Orleans , & de l'arrivée de ce
nouvel Intendant dans cette derniere Ville.
N
Ous avons vu , M. , dans le Mercure de France
de Fevrier , l'Article qui concerne la mort
fubite de M. de Bauffan , arriveé le 26. Fevrier. La
Lettre de M.L. C. D. exprime parfaitement & au vrai
la trifteffe génerale répandue dans notre Ville à la
nouvelle de cette mort , & les regrets de tous nos
Çitoyens
A V R Í L. 17403 787
Citoyens fur une fi grande pèrte ; elle ne pouvoir
être mieux réparée que par le choix que le Roy a
fait de M. Pajot, pour remplacer cet illuftre Magistrat.
Les grandes qualités de notre nouvel Intendant
font fi géneralement connues & lui ont mérité
une préference fi marquée , que je n'entrerai dans
aucun détail à ce fujet ; il fuffira de vous dire qu'il
arriva en cette Ville avanthier au foir , où , fuivant
l'uſage , il reçût les Complimens de tous les Corps;
les Chefs des Compagnies qui ont porté la parole ,
s'en font parfaitement bien acquittés . M. Vandebergue,
Lieutenant Géneral de Police & Prévôt , vient
de fe diftinguer à ſon ordinaire , à la tête de fa Compagnie
, par l'éloquence qui lui eft fi naturelle , &
dont il a tant de fois donné des preuves dans la
Place d'Avocat du Roy du Préfidial , qu'il a remplie
avec aplaudiffement.
Son Compliment a été fort goûté ; j'étois préfent
, & ma mémoire s'eft trouvée affés heureufe
pour le pouvoir retenir . Le caractere de feu M. de
Bauffan & celui de fon digne fucceffeur , m'ont
paru rendus dans ce petit Difcours avec tant de vé
rité , de précifion & d'élegance , que je l'ai crû digne
de l'impreffion ; je vous l'envoye pour en faire
part au Public par la voye du Mercure de France ,
fi vous en jugez comme moi. Pour revenir à M. notre
Intendant , il a reçû ces Complimens avec toute
l'affabilité & la po iteffe imaginable ; il a fait .
l'accueil le plus favorable & le plus gracieux à tous
ceux qui lui ont rendu leurs devoirs . Un tel début
ne doit- il pas nous faire efperer l'avenir le plus
heureux & le plus agréable fous fon Adminiſtra¬
tion › J'ai l'honneur d'être , &c.
H iij
COM788
MERCURE DE FRANCE
COMPLIMENT fait le 28. Mars 1740
à M. Pajot , par M. Vandebergue , Licutenant
General de Police & Prévôt d'Orleans
, à la tête de sa Compagnie.
MONSIEUR ,
ne
La perte précipitée que nous venons de faire d'un
Magifirat que nous chériffions & qui nous aimoit ,
pouvoit être plus heureufement réparée que par le choix
que le Roy a fait de votre Perfonne, pour le remplacer;
nous allons retrouver en vous fa douceur , fon humanité
, fes foins actifs , prévenans officieux , for
amour pour le bien public.
Supérieur comme lui , M. , au nombre , au poids ,
à l'embarras des affaires , nous avons déja apris avec
quel degré de lumieres vous les aprofondiffez , avec
quelle égalité vous les pefez , avec quelle diligence
vous les expediez.
Ces rares & précienfes qualités , qui ont percé à
travers l'éloignement des lieux qui nous en déroboit
Péclat , raprochées maintenant de leur centre & de
leur séjour naturel , vont croître encore & fe reproduire
parmi nous avec plus de force & de vivacité que
jamais .
Permettez- nous , M. , de leur envier pour quelque
temps les hautes récompenfes qui leur font destinées ,
Afin d'en mieux goûter le prix & les douceurs , de les
voir plus long temps faire les délices & l'ornement
de notre Patrie , y graver dans la memoire
de nos Citoyens le modele parfait d'un Gouvernement
beureux.
SUPLE
AVRIL 789 17407
SUPLEMENTà l'Article de la Pompe
Funebre , &c. du Duc de BOURBON.
Pour remplides obrequés du Duc de
Our achever de remplir nos engagemens à l'oc
Bourbon, nous commencerons par donner ici l'Inscription
que nous avons reçûë un peu tard , gravée
fur une lame de cuivre , pour être mife fur le Caveau
deſtiné à la fépulture de ce Prince , dans l'E
glife Collégiale de S. Martin.
ICI EST LE CORPS DE TRES-HAUT
TRES-PUISSANT ET TRES -EXCELLENT PRINCE
MONSEIGNEUR LOUIS - HENRI DUC DE BOURBON,
PRINCE DE CONDE' , PRINCE DU SANG ,
DUC D'ENGUIEN ET DE GUISE ,
PAIR ET GRAND -MAÎTRE DE FRANCE ,
GOUVERNEUR ET LIEUTENANT GENERAL
POUR LE ROY EN SES PROVINCES
DE BOURGOGNE ET DE BRESSE ,
CHEVALIER COMMANDEUR DES ORDRES DU ROY
ET CHEVALIER DE LA TOISON D'OR ,
DECEDE' A CHANTILLY LE XXVII. JANVIER
M. DCC. XL.
AGE DE XLVII . ANS , V. MOIS ET IX. JOURS.
Requiescat in pace.
Avant que d'entrer dans quelque détail au fujet
de l'Eglife où s'eft faite cette inhumation , il eſt à
propos de parler de la Ville , nommée aujourd'hui
Enguyen-Montmorency , de laquelle l'Eglife , qu'on
vient de nommer , fait le principal ornement .
Hiiij La
790 MERCURE DE FRANCE
La Ville de Montmorency , qui a donné le nom
à l'une des plus anciennes & des plus grandes Maifons
du Royaume , eft fituée fur une Eminence
environ à quatre lieues de Paris & à deux de Saint
Denis, bornée d'un côté par une Forêt de fix lieuës
d'étendue , & d'un autre par une belle & longue
Vallée très- fertile , connue fous le nom célebre de
Vallée de Montmorency ; la Vallée eft environnée
d'un grand nombre de Villages , qui dépendent
tous de la Haute , Moyenne & Baffe Juftice du
Seigneur de Montmorency.
Cette grande & importante Seigneurie , dont le
Chef Lieu a toujours paffé pour l'une des principa
les Places de tout le Parifis , a porté de temps immémorial
le Titre de Baronie , relevant immédiatement
de la Couronne , fous la Redevance d'un
Faucon d'or. Plus de 600. Fiefs ont relevé continuellement
de fon Domaine , dès l'établiffement
des Fiefs aux Us & Coûtumes de France & du Vexin,
Elle a Châtellenie , Prévôté , & tous les autres
Droits qui apartiennent aux plus Hauts- Seigneurs.
Montmorency eft auffi le Siege du premier Doyen.
Rural du Diocèse de Paris , lequel a plus d'étendue
qu'aucun des autres Doyennés , ayant plus de 100 .
Paroiffes dans fon District . "
Il y a à Montmorency une Eglife Collegiale & Paroiffiale
, dédiée à S. Martin , fondée depuis fi longtemps
, dit un célebre Hiftorien , par un Seigneur
du Lieu , que la révolution des siécles a fait perdre
la mémoire du nom du Fondateur. Il eft cependant
certain que par cette Fondation le droit de donner
les Canonicats & Prébendes de cette Eglife a depuis
paffé à tous fes Succeffeurs , Seigneurs de
Montmorency. Nous allons parler bien- tôt de la
même Eglise avec plus d'étendue .
On voit tout auprès les ruines d'un vieux Château ,
autrefois
AVRIL 1740. 791
autrefois renommé & réputé l'un des plus forts de
tout le Pays. Selon quelques Auteurs , ce Château
arrêta l'Armée de l'Empereur Othon II. lequel en
l'année 998. venoit affiéger Paris. Environ cent ans
après il foutint les efforts de celle du Roy Louis le
Gros. Les Anglois le ruinerent , ainfi que les nurs
de la Ville , pendant la prifon du Roy Jean .
Il y a dans le Territoire de Montmorency plufieurs
anciens Prieurés , Hôpitaux , & c . de la Fondation
des Seigneurs de ce nom entre lesquels le
Prieuré de Dueil doit pour reconnoiffance aux quatre
Fêtes Solemnelles rendre certains devoirs . Enfin
cette importante Baronie , la premiere & la plus
grande de tout le Royaume , fut érigée en Duché
& Pairie par le Roy Henry II . en faveur d'Anne de
Montmorency , Maréchal , puis Grand -Maître , &
Connétable de France. Les Lettres d'Erection , datées
de Nantes au mois de Juillet 155 1. portent
qu'elles furent données en préſence du Cardinal de
Loraine , de Jean Bertrand , Chevalier , Confeiller
au Confeil Privé, & Garde des Sceaux, du Seigneur
de Sedan, Chevalier de l'Ordre , Maréchal de France
, & autres Seigneurs .
Mais revenons à l'Eglife de Montmorency , tells
qu'on la voit aujourd'hui .
Elle a été bâtie , ou plûtôt rebâtie , dans le XVI .
fiécle , fur une bute formée par les ruines & des
décombres d'une autre très-ancienne Eglife & peutêtre
de l'ancien Château , par les foins de Guillau
me de Montmorency , Confeiller & Chambellan
des Rois Charles VIII . Louis XI . & François I. Chevalier
d'honneur de Louife de Savoye , Mere du
Roy , Gouverneur de la Baftille , de Vincennes , &
de S. Germain en Laye , lequel étoit fils unique de
Jean de Montmorency II . du Nom , Grand Chambellan
de France , & c. et de Margueritte d'Orge- >
Hv mont.
792 MERCURE DE FRANCE
mont , fa feconde femme . En fouillant la terre
pour conftuire le Caveau deftiné à la Sépulture da
Duc de Bourbon , on a trouvé des veftiges de la
premiere Eglife , fçavoir , la naiffance de la voûte ,
& de gros Piliers qui la soûtenoient.
"
L'Hiftoire remarque que ce Seigneur , après avoir
dignement fervi l'Etat , principalement pendant la
prifon de François I. et dans le Traité fait à cette
occafion entre Henry VIII. Roy d'Angleterre
, et Louiſe de Savoye , fa Mere , Régente
de France , ne s'occupa plus que de la Religion et
des Ouvrages de pieté ; c'eft dans cet efprit qu'il fit
rebâtir l'Eglife de Saint Martin de Montmorency..
On y voit partout l'Ecu de fes Armes , au Portail
aux Voutes, aux Vîtres et aux Sieges desChanoines ,
parti de Montmorency , et parti de Pot , à cauſe
'Anne Pot , fon Epouſe.
De plus , à l'un des Piliers du Choeur eft attaché
le Portrait du même Reftaurateur de cette Eglife ,
peint fur bois à demi corps , et affés bien peint dans
une attitude toute dévote , les mains jointes , & le
vifage abattu d'une pieufe trifteffe , fon habit eft
une Robe fourée , à manches étroites , fendues au
milieu du bras , avec le Colier de l'Ordre du Roy ;
duquel pend l'Ecu de S. Michel. Au haut du Tableau
font écrits ces mots : DIEV AYDE AV
PREMIER XPIEN. Au bas du Tableau , entre
le Bufte et la bordure , font écrits ces Vers en caracteres
prefque Gothiques.
Le Baron de Montmorency
Nommé Guillaume pres ainfi
Queft cy pourtrait & l'an mil en date
Cinq cent vingt & cing pour bon acte
Rediffya ce Temple jci.
Co
AVRIL. 1740. 793
Ce Portrait fut gravé en 1622. par Jean Picart ,
pour entrer dans l'Hiftoire de la Maiſon de Montmorency
, à laquelle travailloit alors le fçavant André
Duchesne. Il y eft placé , Liv. V. Chap . I. p .
362. Ce Seigneur mourut le 24. May 1531. et fat
inhumé dans le Chocur de l'Eglife dont nous parlons
, avec Anne Pot , fon Epoufe. On y voit leur
Maufolée élevé dans le milieu. Il eft de Marbre
noir , avec les ornemens convenables , et au-deffus
font leurs Figures de grandeur naturelle en Marbre
blanc. Autour du Marbre noir , fur lequel ces deux
Figures font couchées , on lit cette double Infcription
en Lettres d'or . D'un côté : Cy gift haut d
puiffant Seigneur Monseigneur Meffire Guillaume de
Montmorency , premier Baron de France , jadis Seigneur
dudit Montmorency , d'Escouen de Chantilly,
Confeiller & Chambellan ordinaire du Roy notre
Sire , & Chevalier de fon Ordre , qui trépaffa le
XXIIII . jour de May , l'an mil cinq cent trente - ung.
Et de l'autre côté : Cy gift noble Dame Madame
Anne Pot, femme dudit Seigneur , jadis Dame de
Château-Neufde la Roche de Thorcy de la Prune-au-
Pot & de Damville , qui trépaffa le XXIII . jour
de Fevrier , l'an mil VC & dix. Priez pour tous.
.
Guillaume de Montmorency ne vécut pas affés
pour l'entiere perfection de cette Eglife. Cela étoit
réservé à la pieté de fon fecond Fils , Anne de
Montmorency , l'un des plus grands Hommes de
fa Maifon , et qui l'a le plus illuftrée. En l'année
1617. fon Petit- fils Henry II. Duc de Montmorency
, Pair et Maréchal de France , Gouverneur et
Lieutenant Géneral de Languedoc , donna la mê
me Eglife aux Prêtres de la Congrégation de l'O
ratoire , qui forment encore aujourd'hui le Chapitre
de la Collegiale , & deffervent la Paroiffe .
Notre deffein n'eft pas de parler de tous les Tom-
H vj beaux:
794 MERCURE DE FRANCE
beaux et autres Monumens funebres , qui font élevés
dans le Choeur , et dans la Nef de cette Eglife ,
qui eft toute remplie de Statues , de Devifes , d'Armoiries,
de Cris de guerre des Seigneurs de Montmorency
, fans parler du Vitrage , qui eft parfaitement
beau , et tout hiftorié. On y diftingue furtout
Guillaume de Monmorency , les fils et fes filles
, Odet , Cardinal de Châtillon , Anne de Montmorency
, V. Connétable , fa nombreuſe Famille ,
et quelques Seigeurs des branches Collatérales . Ce
détail nous meneroit trop loin.
' Mais nous ne fçaurions nous dispenser , avant
que de finir ce Mémoire, de donner une attention finguliere
à ce qui regarde le Grand Connétable que
nous venons de nommer , tant à caufe de la part
qu'il a eue au rétabliſſement & à la perfection de
l'Eglife de Montmorency , que parce qu'on ne fçauroit
omettre une Description particuliere de fon
Maufolée , le plus grand et le plus fuperbe qu'on
puiffe voir en France , et le principal ornement de
I'Eglife dont il eft ici queftion . Ce que nous réfervons
pour la derniere Partie de notre Suplément
aux Obfeques du Duc de Bourbon , dans un autre
Mercure .
PROMOTION de Maréchaux de Camp
de Brigadiers , faite le 15. Mars dernier.
J
MARECHAUX DE CAMP.
Ean-Gabriel de Fay d'Athies , Comte de Silly ,
Lieutenant-Colonel du Régiment Colonel Géneral
de Dragons , Brigadier du 20. Fevrier 1734.
N. de Zurlauben , du Canton de Zug , Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment des Gardes
Suiffes ,
AVRIL. 1740 795
Juiffes , du 9. Janvier 1709. Brigadier du premier
Août 1734.
N. de la Queffe, Sr de Valcourt, Meftre de Camp,
Commandant une des Brigades du Régiment Royal
des Carabiniers , du nrois d'Octobre 1733. & Brigadier
du premier Août 1734.
Louis-François de Gautier , Marquis de Chiffre
ville , en Normandie , Premier Sous Lieutenant de
la feconde Compagnie des Moufquetaires de la
Garde du Roy , Brigadier du premier Août 1734.
Louis- Denis de Brizay de Denonville , apellé le
Comte de Brizay , Premier Cornette de la Compagnie
des Chevau- Legers de la Garde , Brigadier du
premier Août 1734.
François- Louis-Martial de Montiers , Comte de
Merinville , Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Reine , du 26. Mars 1719.
Brigadier du premier Août 1734.
- Nicolas de Bay - Damas , Marquis de Digoine ,
fucceffivement Cornette en 1695. Capitaine de Cavalerie
en 1701. & Major en 1708. Exempt des
Gardes du Corps en 1709. Chevalier de l'Ordre
Militaire de S. Louis en 1713. Meftre de Camp de
Cavalerie , à Brevet en 1718. Ayde- Major de la
Compagnie des Gardes du Corps d'Harcourt , En--
feigne de cette Compagnie au mois de Mars 1733 .
& enfin Lieutenant en 1734. Brigadier du Premier
Août 1734.
Claude d'Anjony de Foix , Baron d'Anjony & de
la Nobre , Enfeigne des Garles du Corps , du 13.
Janvier 1731. Brigadier du premier Août 1734 .
Gilbert-Honoré de Chabannes Saignes , Seigneur
de Mario !, en Bourbonnois, de Genfac , Lieutenant:
de la premiere Compagnie des Gardes du Corps ,
depuis le mois de Decembre 1738. & auparavant:
Enfeigne , Brigadier du premier Août 1734 .
N.
796 MERCURE DE FRANCE
N. de Montgibaut, Enfeigne des Gardes du Corps
Brigadier du premier Août 1734.
Jean -Claude de Laftic , Marquis de S. Jal , Vicomte
de Beaumont , Seigneur de Chambouline , Gabriac
, Lieutenant des Gardes du Corps , depuis le
mois de Fevrier 1727. auparavant Mestre de Camp
de Cavalerie , Brigadier du premier Août 1734.
Charles de Martel d'Emalleville , apellé le Chevalier
de Martel , Sous- Lieutenant de la Compagnie
des Chevau-Legers de Bretagne , Brigadier du premier
Août 1734.
Theophile de Maupeou , Seigneur des Sablonieres
, Colonel du Régiment de Bigorre , du 6. Mars-
1719. Brigadier du premier Août 1734 .
Emeric Caflagnet de Tilladet Lomagne Narbonne ,
Marquis de Fimarcon , Colonel- Lieutenant du Régiment
de Bourbon , Infanterie , du 6. Mars 1719%
Brigadier du premier Août 1734.
$ Paul-Jerôme Phelypeaux , Marquis de Pontchartrain
, Capitaine- Lieutenant de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , Brigadier du prem. Août 1734-
Louis-Antoine de la Roche , Marquis de Rambures
, de Fontenillet , Colonel du Régiment de
Navarre , du 6. Mars 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
Louis René- Edouard Colbert , Comte de Maulévrier
, Colonel du Régiment de Piémont , Infanterie
, du 6. Mars , 1719. Brigadier du premier Août
1734.
Jean- Baptifte -Joachim Colbert, Marquis de Croissy
, Capitaine des Gardes de la Porte du Roy , Colonel
du Régiment Royal , Infanterie , du 6. Marst
1719. Brigadier du premier Août 1734 .
Pierre-Jofeph Chapelle , Marquis de Jumilhac , en
Perigord , Capitaine - Lieutenant de la premiere
Compagnie des Moufquetaires de la Garde , du z3 .
Mai
AVRIL. 1740. 797
Mai 1738. après en avoir été fucceffivement , depuis
1719. Cornette , Enfeigne & Sous- Lieutenant ,
Brigadier du premier Août 1734.
Louis Engelbert , Comte de la Marck Lumain ,
Marquis de Vardes , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, du 10. Juillet 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
• Emmanuel - Dieudonné , Marquis d'Hautefort ,
Colonel - Lieutenant du Régiment de Condé , Infanterie
, du premier Octobre 1719. Brigadier du
premier Août 1734.
Paul-François de l'Hospital , de la Branche des
Comtes de Choify , aînée de la Maiſon , apellé cidevant
le Marquis de Vitry & à prefent le Marquis
de l'Hospital, nommé Ambaffadeur du Roy auprès
du Roy des deux Siciles , au mois de Juillet de l'année
derniere , ci - devant Meftre de Camp d'un Régiment
de Dragons , par commiffion du 29. Mai
1725. & auparavant Enfeigne des Gendarmes de la
Garde du Roy , depuis 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
N. de Monnin, Brigadier du premier Août 1734.
Colonel d'un Régiment Suiffe , du 16. Août 1739.
dont il étoit auparavant Lieutenant- Colonel , avec
Brevet de Colonel.
Louis-Charles Gouffier , Marquis d'Heilly , apellé
le Marquis de Gouffier , Meftre de Camp Lieute →
nant du Régiment de Condé , Cavalerie , du 24.
Novembre 1719. Brigadier du premier Août 1734
Raoul-Antoine de Saint Simon , Comte de Courtaumer
, Capitaine au Régiment des Gardes Françoifes
, du 22. Decembre 1719. Brigadier du premier
Août 1734.
Jofeph-André d'Ancezune d'Oraison de Caderousse
, du Comtat Venaiffin, apellé le Marquis d'Ancezune,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie,
798 MERCURE DE FRANCE
valerie , Brigadier du premier Août 1734.
Gui -Michel de Durfort de Lorges , Duc de Randan
, Lieutenant Géneral au Comté de Bourgogne ,`
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , Brigadier
du premier Août 1734.
Jean- Paul Bochart , Comte de Champigny , Capitaine
d'une des Compagnies des Grenadiers du Régiment
des Gardes Françoiſes , du 2. Mai 1733. 8
auparavant Capitaine d'une Compagnie ordinaire
dans le même Régiment , du 25. Avril 1720. Brigadier
du premier Août 1734.
Louis-Marie de Sainte Maure , Marquis de Chaux
d'Archiac , apellé le Comte de Sainte Maure
Premier Ecuyer, Commandant la Grande- Ecurie du
Roy , Meftre de Camp du Régiment Royal Etranger
, du 5 , Mai 1720. Brigadier du premier Août
1734.
Louis-Leon Potier , Comte de Tresmes , Meſtre de
Camp du Régiment de Cavalerie de Gêvres , depuis
1726. & auparavant Lieutenant de Vaiffeaux.
Jofeph-Marie Duc de Boufflers , Pair de France ,
Gouverneur & Lieutenant Géneral de la Flandres
Francoife & du Hainault , Gouverneur des Ville &
Citadelle de Lille , Grand- Bailly de Beauvais , &
Lieutenant Géneral du Beauvoifis , Colonel du Régiment
de Bourbonnois , du premier Juillet 1727 .
& auparavant d'un autre Régiment d'Infanterie ,
Brigadier du premier Août 1734 .
Anne de Montmorency - Luxembourg , apellé le
Comte de Montmorency , Colonel d'un Régiment
d'Infanterie du premier Janvier 1721.
Erafine de Contade , Colonel du Régiment d'Auvergne
, & auparavant de celui de Flandres , ci- devant
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment
des Gardes Françoifes , Brigadier du 18. Octobre
1734:
JeanAVRIL.
1740. 799
Jean- Baptifte- François de Villemeur , Colone! du
Régiment de Baffigny , du 5. Octobre 1730. & auparavant
Sous-Lieutenant de la Compagnie des Grenadiers
à cheval, Brigadier du 18. Octobre 1734.
BRIGADIERS D'INFANTERIE.
N. de Vigier , du Canton de Soleure , Capitaine
d'une des Compagnies du Régiment des Gardes
Suiffes , du 7. Mai 1712. 7
Armand-Gabriel Comte de Razilly, fucceffivement
Enfeigne , Sous Lieutenant , Lieutenant , & enfi
Capitaine dans le Régiment des Gardes Françoises ,
reçû le 30. Mai 1726 .
Gui- Marie de Lopriac de Coetmadeuc , Comte de
Donges , Colonel du Régiment de Soiffonnois , par
Commiflion du 24. Fevrier 1738. , & auparavant
Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Courtanvaux
, avec Commiffion de Meftre de Camp.
Cefar Phoebus François Comte de Bonneval ,
fuc
ceffivement Lieutenant de Cavalerie dans le Régiment
de Toulouſe le 16. Janvier 1719. Capitaine
dans le même Régiment le 7. Avril fuivant , & Colonel
du Régiment de Poitou , le 19. Fevrier 1723 .
La Généalogie de la Maifon de Bonneval a été rendue
publique pour la premiere fois dans le Suplément
du Dictionaire Hiftorique de Moreri de 1735+
Louis François Damas , Marquis d'Anlezy , Colonel
du Régiment de Nice par Commiffion du
Avril 1724. Premier Gentilhomme de la Chambre du
feu Duc de Bourbon & à prefent du Prince de Condé .
2.
Jean François de Marnieres , Chevalier de Guer ,
Breton , fucceffivement Enfeigne, Sous - Lieutenant,
Lieutenant, & enfin Capitaine dans le Regiment des
Gardes Françoises , reçû le 10. Décembre 1725.
Louis - Gabriel des Acres , Comte de l'Aigle , en Normandie
, Colonel- Lieutenant du Régiment d'Enghien
,
800 MERCURE DE FRANCE
ghien , par Commiffion du 15. Avril 1726 .
N. Guerin , Sieur de la Motte, fucceffivement!
Enfeigne , Sous - Lieutenant , Lieutenant , & enfin
Capitaine d'une Compagnie dans le Régiment des
Gardes Françoifes , reçu les . Mai 1726.
N. Baron de Travers d'Ortenftein , Colonel d'un
Régiment de Grifons , créé le premier Juin 1734.
Louis Cefar de la Baume le Blanc , Duc de la
Valliere , Pair de France , Gouverneur & Sénéchał
de Bourbonnois , Colonel d'un Régiment d'Infanterie
, par Commiffion du premier Juillet , 1727.
Charles de Beziade , Marquis d'Avarey , fur Loi
re , d'abord Capitaine de Dragons dans le Régiment
d'Armenonville , puis fecond Cornette de la
premiere Compagnie des Moufquetaires de la Garde
du Roy , au mois de Janvier 1729. & enfuite
Colonel du Régiment de Nivernois , par Commisfion
du 12. Octobre 1734, au lieu & place de feu
Jean de Beziade , Marquis d'Avarey , fon frere aîné ,
mort des bleffures qu'il avoit reçûtes à la Bataille de
Guaftalla.
Edouard Fitz-James , apellé le Comte de Fitz-
James , Colonel du Régiment de Berwick , Irlandois
, par Commiffion du 22. Decembre 1729.
N. Vicomte de Dillon , Lord d'Irlande , Colonel
d'un Régiment Irlandois , par Commiffion du s.
Fevrier 1733.
Charles -Michel - Gafpard , Comte de Saulx-Tavannes
Colonel du Régiment de Quercy , par
Commiffion du 10. Janvier 1731.
Charles -François - Chriftian de Montmorency - Luxembourg
, Prince de Tingry , d'abord Colonel du
Régiment de Soiffonnois , par Commiffion du 2 .
Fevrier 1731. puis du Régiment de Touraine , par
autre Commiffion du 24. Fevrier 1738 .
Arnaud de Bourbon , Comte de Malaufe , Colonel
du
AVRIL. 1740. 801
du Régiment d'Agenois , par Commiffion du mois
d'Août 1731.
René-Marie de Froulay , Marquis de Teffé , Colonel
d'un Régiment d'Infanterie , le 25. Septembre
1731. puis de celui de la Reine , Premier Ecuyer
de la Reine .
Charles-Augufte Duc de Rochechouart- Mortemar,
Pair de France, Premier Gentilhomme de la Chambre
du Roy , Colonel d'un Régiment d'Infanterie ,
par Commiffion du 15. Decembre 1731.
N. d'Audibert , Marquis de Luffan , Premier Gen-,
tilhomme de la Chambre du Comte de Charolois ,
Colonel du Régiment de la Saarre , par Commisfion
du premier Decembre 1734.
N. du Terme du Saux , Lieutenant-Colonel dư
Régiment de l'ile de France.
BRIGADIERS DE CAVALERIE.
Gafpard de Sabran , des Comtes de Forcalquier
apellé le Marquis de Sabran , Chevalier de l'Ordre
Militaire de S Louis , Meftre de Camp d'un Régiment
de Cavalerie , par Commiſſion du 24. Fevrier
1738. ayant auparavant Commiſſion de Meſtre de
Camp , ci-devant Lieutenant des Gardes de feuë la
Ducheffe de Berry.
Louis-Jacques de Calonne , Marquis de Courte→
bonne , Lieutenant pour le Roy en la Province
d'Artois, Meftre de Camp de Cavalerie , Sous-Licutenant
des Gendarmes de la Reine.
>
Louis-Jean-Jacques de l'lfle , Marquis de Marivaux
fait fucceffivement fecond , puis premier
Cornette des Chevau- Legers Dauphins , Meftre de
Camp de Cavalerie , Sous-Lieutenant des Gendarmes
de Bretagne , & epuis le 15. Avril 1738 Capitaine-
Lieutenant de cette derniere Compagnie .
Louis- Imbert de Beaumont d'Aurichamp , apellé
"
le
302 MERCURE DE FRANCE
le Chevalier de Beaumont , Exempt des Gardes de
Corps du Roy , dans la Compagnie de Villeroy , &·
Meftre de Camp de Cavalerie.
N. de Vendeuil , Enfeigne des Gardes du Corps
du Roy dans la Compagnie d'Harcourt, auparavant
Exempt , avec Brevet de Meftre de Camp. Il eft fils
d'Albert- François Clerambault de Vendeüil , Seigneur
de Dieudonné , S. Germain , &c . Gouverneur
de Pecquais , en Languedoc , Grand-Bailly
d'Orleans , & Meftre de Camp du Régiment Dauphin
, Cavalerie , mort le 5. Avril 1712. âgé de
26. ans , & de Magdeleine- Elizabeth de Meulles ,
Dame de la Source , près d'Orleans , morte le 30.
Mai de la même année 1712 .
Alexandre de Johanne , Chevalier de Saumery ,
Exempt des Gardes du Corps du Roy dans la Conpagnie
de Villeroy , Mcftre de Camp de Cavalerie ,
& Gouverneur de Mezieres , du mois de Sep. 1738.
N. de Montbel , Chevalier de Champeron , fuccèsfivement
Exempt des Gardes du Corps , Ayde-Ma-.
jor de la Compagnie Ecoffoife , Meſtre de Camp de
Cavalerie , & Ayde-Major des Gardes du Corps du
Roy , depuis le mois de Juillet 1729 .
Louis-Antoine de Bernage , Seigneur de Chaumont
, Capitaine-Lieutenant des Chevau- Legers de
Berry , depuis le mois de Mars 1734. & auparavant
Sous-Lieutenant des Gendarmes d'Anjou , &
Meftre de Camp de Cavalerie.
>
N. Comte de Relingue, Enfeigne de la Compagnie des
Gendarmes Anglois , Meftre de Camp de Cavalerie .
René-Ismidon-Nicolas de Prunier , Marquis de
S. André de Virieu , Sous- Lieutenant de la
Compagnie des Chevau- Legers Dauphins , depuis
le mois d'Avril 1738. & auparavant Enfeigne de
celle des Gendarmes de Berry , & Meſtre de Camp
de Cavalerie .
Jacques
A V RI L. 803
1740.
Jacques Tannegui le Veneur, Marquis de Tillieres ,
fucceffivement Guidon des Gendarmes d'Orleans ,
Premier Cornette & enfuite Sous-Lieutenant des
Chevau-Legers de la Reine , Capitaine-Lieutenant
des Chevau- Legers de Bretagne , le 25. Mars 1734.
& en dernier lieu des Gendarmes Dauphins , le 15,
Avril 1738 .
Henri- Louis Chevalier d'Agueffeau , fucceffivement
Cornette de Cavalerie dans le Régiment de
la Reine , Guidon des Gendarmes d'Anjou , en Fevrier
1721. Meftre de Camp de Cavalerie au mois
de Juin fuivant , Eufeigne de la même Compagnie,
Sous-Lieutenant de celle des Gendarmes d'Orleans,
Capitaine-Lieutenant de celle des Chevau- Legers
d'Anjou , le 25. Mars 1734. & enfuite de celle des
Gendarmes de Flandres , au mois de Novembre de
la même année.
Charles-Armand de Pons , Comte de Roquefort ,
apellé Vicomte de Pons , Meftre de Camp d'un
Régiment de Cavalerie , depuis le mois de Juiller
1735. & auparavant Meftre de Camp réformé.
Charles -Maximilien de Fiennes , des Vicomtes de
Fruges Comtes de Lumbres , apellé le Marquis de
Fiennes , Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie
depuis le mois de Juin 1735. & auparavant
Meftre de Camp de Cavalerie à Brevet , & Capitaine
d'une Compagnie dans le Régiment Royal des
Cuiraffiers .
N. de Fougeres , Metre de Camp de Cavalerie.
Philipe- François de Montmorency , Comte de Loi
gny, Seigneur de Coify , Meftre de Camp à Brevet,
& Capitaine de Cavalerie dans le Régiment de Penthievre
, ci- devant Toulouse.
François- Marie de Fouilleuse, Marquis de Flavacourt
, Meftre de Camp de Cavalerie , Grand - Bailly
de Gravelines , Bourbourg , Gifors , les Andelis , &
Vernon.
N,
804 MERCURE DE FRANCE
N. de Ronty , Vicomte de Suzy , Enfeigne des Gardes
du Corps du Roy dans la Compagnie Ecoffoife,
dont il étoit ci - devant Exempt , avec Commiſſion
de Meftre de Camp de Cavalerie.
Jacques- Charles Marquis de Crequy , Chef du
Nom & Armes de fa Maiſon , Seigneur de Souverain-
Moulin , Baron de Benchen , Meftre de Camp
de Cavalerie de 1722. Commandant une des Brigades
du Régiment Royal des Carabiniers depuis le
mois de Mar 1735. Chambellan du Duc d'Orleans .
Michel- Charles- Dorothée de Roncherolles , Marquis
de Pont S. Pierre , Meftre de Camp du Régiment
Royal des Cravates Commiffion du 12 .
Avril 1725. auparavant Lieutenant dans le Régi
ment du Roy.
, par
Arnaud- Paul de Fieubet , Seigneur de Sivry , En
feigne & auparavant Guidon de la Compagnie des
Gendarmes de la Garde du Roy en 1726. & Mestre
de Camp de Cavalerie. Il avoit été auparavant
Officier dans le Régiment du Roy.
François-Charles de Levis , Marquis de Châteaumorand,
apellé le Comte de Levis, Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion du
4. Mars 1727 .
René- Huges Timoleon Comte de Coffé , d'abord
Capitaine dans le Régiment de Cavalerie de Brissac
, puis Meftre de Camp de ce Régiment , par la
démiffion du feu Duc de Briflac , fon frere , le 6.
Septembre 1727. & enfuite Mestre de Camp du Ré
giment Royal Piémont.
N. de Molettes , Marquis de Monangiez , Premier
Sous- Lieutenant des Gendarmes de la Garde , Mestre
de Camp de Cavalerie.
N. de Grouches , Comte de Chepy , en Picardie ,
Meftre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , par
Commiflion du 7. Août 1728,
Louis
AVRIL 805 1740.
Louis- Marie-Auguftin d'Aumont de Roche - Baron,
Duc d'Aumont , Pair de France , Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy , Meftre de Camp
d'un Régiment de Cavalerie , par Commiffion du
14. Août 1728 .
Anne- Armand Marquis de Rofen , Mestre de
Camp d'un Régiment de Cavalerie , par Commission
du 14. Avril 1729 .
Charles Emmanuel de Vaffé, apellé le Vidame du
Mans- Vaffé , Meftre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , par Commiſſion du 4. Mars 1730.
Louis de Noailles , Duc d'Ayen , Gouverneur Gé
neral des Comtés & Vigueries de Rouffillon , Conflans
, & Cerdaigne , Gouverneur particulier des
Ville , Château & Citadelle de Perpignan , Gouverneur
& Capitaine des Chaffes de S. Germain en
Laye , & Capitaine de la Premiere Compagnie des
Gardes du Corps du Roy , le tout en furvivance ,
Meftre de Camp du Régiment de Cavalerie de
Noailles , par Commiffion du 4. Mars 1730.
Leon François Le Gendre de Lormoy , Mestre de
Camp Lieutenant du Régiment Colonel Général de
la Gavalerie , par Commiffion du premier Septembre
1730. & auparavant Capitaine de Dragons.
François- Emmanuel de Cruffol d'Usez , apellé le
Marquis de Cruffol de Salles , Mestre de Camp
Lieutenant du Régiment de Bourbon , Cavalerie,
par Commiffion du premier Octobre 1730. & auparavant
Capitaine dans le même Corps.
N. de Casaux , Chevalier de Neftier , Enfeigne
des Gardes du Corps du Roy dans la Compagnie
de Villeroy , depuis le mois d'Août 1731. & aupa
ravant Lieutenant Colonel du Régiment de Cavale
rie de Lambefc , depuis Beaucaire , avec Commifsion
de Meftre de Camp .
Charles de Roban , Prince de Soubise , Capitaine-
Lieutenant
806 MERCURE DE FRANCE
Lieutenant des Gendarmes de la Garde du Roy ;
reçu à cette Charge le 11. Novembre 1734. Il étoit
auparavant Guidon de cette Compagnie , depuis le
mois de Mai 1732.
N. Baron d'Efcayeul , qui , étant Lieutenant Colonel
du Régiment du Roy , Cavalerie , avec Commiffion
de Mestre de Camp , fut fait Enfeigne des
Gardes du Corps dans la Premiere Compagnie au
mois de Mars 1733. Il en devint Lieutenant au
mois d'Avril 1735 .
Michel Ferdinand d'Albert d'Ailly , Duc de Picquiny
, Pair de France , d'abord Colonel d'un Régiment
d'Infanterie , par Commiffion du 22. Juillet
1731. puis Cornette des Chevau- Legers de la Garde
du Roy au mois de Mai 1733. & enfin Capitaine- Lieutenant
de cette Compagnie , par la démiffion dų
Duc de Chaunes , fon Pere , le 19. Fvrier 1735 .
BRIGADIERS DE DRAGONS.
Henri -Claude Chevalier d'Harcourt , Meſtre de
Camp d'un Régiment de Dragons , par Commiffion
du premier Septembre 1728.auparavant Cornette de
la Compagnie des Chevau- Legers de Berri . Il eft frere
du Duc d'Harcour , du Comte de Beuvron , &
de l'Abbé d'Harcourt.
N. de la Pierre , Marquis de Fremur , Maloüin ,
Meftre de Camp Lieutenant du Régiment Colonel
Général des Dragons , par Commiffion du 27. Fevrier
1717. & auparavant Capitaine dans ce kégiment.
Jean - Baptifte Fleuriau , Marquis d'Armenonville,
Gouverneur & Grand Bailly de Chartres , Bailly
d'Epée de Bar fur Seine , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons , par Commiffion du 14,
Décembre 1727.
Louis Marquis de Baufremont , Gouverneur de
Seiffel
AVRIL: 1749. 807
Seiffel , Meftre de Camp d'un Régiment de Dra
gons , par Commiffion du 4. Decembre 1730 .
Michel Chamillart , Comte de la Suse , au Maine,
Grand Maréchal des Logis de la Maifon du Roy ,
d'abord Capitaine d'une Compagnie de Cavalerie
au Régiment de Montrevel , au mois de Décembre
1726. puis Meftre de Camp d'un Régiment de Dra
gons , le 3. Mai 1731 .
Antoine - Chrétien Nicolaï , Chevalier de l'Ordre
de S. Jean de Jerufalem , Meftre de Camp d'un
Régiment de Dragons , par Commiffion du 2. Juillet
1731. & auparavant Capitaine dans le même
Régiment .
André- Hercule de Roffet , Duc de Fleury , Pair de
France , Seigneur de Floranges , fucceflivement
Enfeigne dans le Régiment d'Angoumois le 4. Août
1726. Lieutenant dans le même Régiment le 11.
Fevrier 1727. Lieutenant dans celui de la Marine le
15. Fevrier 1728. Capitaine dans le même Comps
le 2. Fevrier 1730. Colonel de celui d'Angoumois
le 27. Decembre 1731. & enfin Meſtre de Camp
du Régiment Royal Dragons le 10. Mars 1734.
Sénéchal de Carcaffonne , de Limoux & de Beziers
le 24.Juin fuivant , & Gouverneur d'Aigues- mortes,
en furvivance le 2. Septembre de la même année.
DISPOSITION des Régimens vacans
par la Promotion du 15. Mars 1740.
faite le même jour.
INFANTERIE.
L'agrément du Régiment de Navarre a été don
ně à Jean- Victor de Rochechouart , Comte de Mortemart
, Colonel de celui de Dauphiné , du 20 .
Fevrier 1734
Celui du Régiment de Piémont , à ..... Am-
I... proux
808 MERCURE DE FRANCE
proux , Comte de la Maiffais , Capitaine dans le Régiment
du Roy , Infanterie , fils de feu Henri Amproux
, Comte de la Maffais & du Parc de Soubife,
Vicomte d'Aulnay & de Chisé , Brigadier des Armées
du Roy , Lieutenant Géneral au Gouverne
ment du Bas Poitou , ci- devant Colonel du Régiment
de l'Isle de France , & Inspecteur Général
d'Infanterie , mort au mois de Janvier 1706. & de
Marie - Anne Frezón , fille d'un Confeiller au Par◄
lement de Paris .
de
Celui du Régiment de Bourbonnois à .... ,
Grammont , Duc de Lesparre , Capitaine d'une
Compagnie dans le Régiment des Gardes Françoifes
depuis le 23 , Fevrier 1738 , & auparavant Gentilhomme
à Drapeau dans le même Régiment depuis
le 13. Novembre 1735.
Celui du Régiment Royal , Infanterie , à François
Michel- Cefar le Tellier , Marquis de Courtanvaux ,
& de Montmirel , Comte de Tonnerre & de la
Ferté - Gaucher , Capitaine- Colonel de la Compagnie
des Cent- Suiffes de la Garde ordinaire du
Corps du Roy.
Celui du Régiment de Bigorre , à . . .. Chevalier
de Maupeou , Capitaine dans le même Régiment
fecond fils de René - Charles de Maupeou , fecond
Préfident du Parlement de Paris .
Celui du Régiment de Dauphiné , à .
de Nettancourt
, Comte de Vaubecourt , de la Branche des
Seigneurs de Paffayant & de Neuville , & Gendre
du Maréchal de Puilegur.
CAVALERIE.
L'agrément du Régiment Royal Etranger de Cavalerie,
a été donné à Adrien - Robert de Fremont
d'Auneuil de Charleval , fecond fils de Nicolas de
Fremont d'Auncüil , Sous- Doyen des Maîtres des
Requêtes de l'Hôtel du Roy, Celui
AVRIL. 809 1745.
- Celui du Régiment d'Ancezune , à .... le Vi
Comte, Comte de Rumain, dans l'Evêché de S. Brieux,
en Baffe Bretagne , Major du Régiment de Cavalerie
de Rohan , ci- devant Villars , qui a épousé
le 20. Mai 1739. la Dlle Butaut de Marzan , Soeur
de la Comteffe de Lorges.
Celui du Régiment de Gêvres , à . . . . Marquis
de Clermont-Tonnerre , fils de Gafpard de Clermont,
Marquis de Vauvillars , dit de Clermont , Chevalier
des Ordres du Roy , Lieutenant Géneral de fes
Armées , Meſtre de Camp Géneral de la Cavalerie
Legere de France , & Gouverneur de Béfort , en
Alface.
Et celui du Régiment de Randan , à .... Fou
quet de la Bouchefoliére , fils d'un Conſeiller au Parlement
de
Bretagne .
Les CHARGES Vacantes dans la Gendarmerie
par la Promotion du 15. Mars 1740. ont
été remplacées ainsi qu'il suit :
COMPAGNIE S.
Celle des
Gendarmes Anglois , qu'avoit Paul- Jemôme
Phelypeaux , Marquis de Pontchartrain , fair
Maréchal de Camp , a été donnée à Alexandre de
Saint Quintin, Comte de Blet , Capitaine-Lieutenantdes
Chevau-Legers d'Anjou, depuis le 20. Mai 1734.
Celle des Gendarmes de la Reine , qu'avoit François-
Louis-Martial de Montiers , Comte de Merinville
, fait Maréchal de Camp , à Cefar- Gabriel de
Choijeul , Marquis de Choiseul-la Riviere , Capitaine
Lieutenant des Chevau- Legers de Bretagne ,
mois d'Avril 1738.
Celle des Chevau-Legers de Bretagne , à Marie-
Charles- Antoine de Faudoas , Marquis de Canisy-
I ij
Fandoas
10 MERCURE DE FRANCE
Faudoas , Sous- Lieutenant de celle des Chevau-Legers
de la Reine , depuis 1734. & auparavant pre
mier Cornette des Chevau- Legers Dauphins .
Et celle des Chevau-Legers d'Anjou , à ... d'Hallencourt
, Marquis de Dromenil , Sous- Lieutenant de
celle des Gendarmes Bourguignons , depuis le mois
de Janvier 1735. & auparavant premier Cornette
des Chevau Legers de la Reine.
SOUS - LIEUTENANS .
Celle de la Compagnie des Gendarmes Bourgui
gnons , à Comte de Poulpry , Enseigne des
Gendarmes d'Anjou.
•
Celle des Chevau - Legers de la Reine , à Jacques-
Philipe-Sebaftien le Preftre , Comte de Vauban , Enfeigne
des Gendarmes de Flandres , & auparavant
Guidon des Gendarmes d'Orleans .
Celle des Chevau-Legers de Bretagne , à François-
Armand de Montiers , Marquis de Merinville ,
Comte de Rieux , Baron des Etats de Languedoc ,
Gouverneur de la Ville & Diocèſe de Narbonne
Enſeigne des Gendarmes de Bretagne , du 25. Mars
1734. & auparavant Capitaine de Cavalerie.
ENSEIGNES CORNETTES ET GUIDONS.
>
L'Enfeigne de la Compagnie des Gendarmes de
Flandres , à .... de Lancy , Chevalier de Raray ,"
fecond Cornette des Chevau-Legers de Bretagne, du
25. Mars 1734.
Celle des Gendarmes de Bretagne , à ... Marquis
de Folleville , fecond Cornette des Chevau-
Legers Dauphins.
·· • Et celle des Gendarmes d'Anjou , à Mar
quis de Lesperoux , Guidon de celle des Gendarmes
de Berry.
La Place de fecond Cornette de la Compagnie
des
AVRIE 1740
des Chevau-Legers Dauphins, a été donnée à Eus
tache-Louis le Veneur , des Seigneurs de Ceffeville ,
Cadets des Marquis de Tillieres , apellé le Comte
le Veneur.
Ceile de Guidon de la Compagnie des Gendar
mes de Bretagne , vacante par la nomination de....
Marquis de la Guiche- Sivignon , à la Charge de
Meftre de Camp-Lieutenant du Régiment de Con*
dé , Cavalerie , à .. ... d'Audibert , Chevalier de
Luffan , frere du Colonel du Régiment de la Sarre
qui vient d'être fait Brigadier.
Celle de fecond Cornette de la Compagnie des
Chevau-Legers de Bretagne , à ..... Marquis de
Beauvau- Lescherolle.
Et Celle de Guidon de la Compagnie des Gen
darmes de Berry , à ..... de Salignac , Marquis
de Fenelon , fils du Chevalier des Ordres du Roy ,
& Ambaffadeur en Hollande.
B
14
MORTS , BAPTESMES ,
& Mariages.
Arthelemy Marquis de la Valette- Parifot , Chef
du Nom & Armes de la Maifon qui a donné
un des plus fameux Grands - Maîtres de l'Ordre de
S. Jean de Jerufalem , qui fit bâtir la Ville de la
Valette à Malthe , & un Chevalier des Ordres du
Roy fous le Regne d'Henri III . duquel Jean -Louis
de la Valette , Duc d'Epernon , prétendoit defcendre
, eft mort dans fes Terres en Quercy le 22.
Fevrier dernier , âgé de 84. ans. Il avoit fervi
avec diſtinction dans les Guerres de Piémont , où
il avoit été honoré de plufieurs Commandemens
I iij dans
812 MERCURE DE FRANCE
dans les Places de Figuieres & autres, étant Lieua
tenant - Colonel du Régiment de Bournafel. Il laiffe
trois garçons , Jean- Baptifte , Chevalier de l'Ordre
Militaire de Saint Louis , Capitaine de Grenadiers
dans le Régiment de Duras ; Charles - Louis , Doyen
de l'Eglife de Montpezat , Député cette année à
PAflemblée Générale du Clergé de la Province
d'Alby , & Jean Louis , Chanoine de Rheims.
Nous avons parlé de cette Maifon dans le Mercure
de Fevrier 1735. à l'occafion du mariage de
Chriftophe Louis Comte de Bullion , avec Antoi
nette de Rouget , qui fe fit à Peyrune , en Rouergue
, à caufe des Alliances qu'il y a entre les Maifons
de la Valette & de Rouget . Helene de Rouget
fut mariée en 1442. à Bernard de la Valette ,
Seigneur des Tolonjac ; Jean de Rouger , Seigneur
de Novialle , comme Seigneur de la Ville de
Fons , époufa en 1561. par Contrat paflé dans le
Château de Parifot , en Rouergue , le 20. Avril
Antoineté de la Valette , fille de Jean de la Valette,
Seigneur de Parifot & de Cornuffon , qui étoit
Sénéchal & Gouverneur de Toulouze ; jean de
Rouget , Seigneur de Novialle & de Fons , fut marié
par Contrat du 18. Avril 1599. à Suzanne de la
Valette , fille de Jean de la Valette , Seigneur de
Majac , de la Branche de Cornuffon , dont étoit le
fameux Grand-Maître de Malthe en 1557. mort en
1568. qui a fait bâtir la Ville de la Valette à Malthe.
Les Armes de la Maifon de la Valette , font de
Gueule au Gerfaut d'argent au pied levé , parti de
Gueule au Lion d'or ; pour Cimier , un Bras armé,
pour Devife : Plus quam valorem valeta Valette .
La Maifon de Rouget porte pour Armes , de Gueu-
Je au Roc d'Echiquier d'or , écartelé d'azur , à la
Rofe d'argent de fix feuilles , ainsi qu'on les voit
posées dans l'Eglife de Tolonjac en 1432. Sculptées
Lun
AVRIL 1740 815
fur la clef de la voute de la Chapelle des Seigneurs
de Rouget , dans l'Eglife Paroiffiale de Villeneuve,
en Rouergue.
Les. Mars , François Poterat , de la Ville de
Troyes , l'un des douze Confeillers Maîtres d'Hôtel
du Roy , fervants par quartier, mourut à Paris , âgé
de 56. ans , laiffant deux filles de feue Marie- Anne
Mongin de Richebourg , fa femme , morte depuis
environ un an . Le défunt étoit frere de Pierre Poterat
, Confeiller au Grand Confeil , où il a été reçû
le 17. Fevrier 1720. & de Claude Poterat , Chevalier
des Ordres Royaux & Militaires de S. Louis ,
& de S. Lazare de Jerufalem , & Capitaine au Régiment
de Cavalerie d'Orleans.
Le 7. Jean - Louis de Leftendart , Marquis de Bully,
Chevalier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis
Gouverneur de Neufchâtel , en Normandie , & cidevant
de Menin , en Flandres , mourut à Paris dans
la 68. année de fon âge , étant né le 26. Août 1672 .
Il avoit été Cornerte de la Compagnie des Chevau
Legers de Berri en 1691. puis Sous Lieutenant de
celle des Gendarmes de Berri en 1699. Il eut au
mois de Mai 1701. la Commiffion de Meftre de
Camp de Cavalerie , & au mois d'Avril 1704. il
obtint le Gouvernement de Menin , & la Croix de
l'Ordre de S. Louis. Il perdit fon Gouvernement
de Menin par la prise de cette Place , qui fe rendit
le 22. Août 1706. aux Anglois & Hollandois , après
18. jours de tranchée ouverte. Il étoit fils de feu
Jean Louis de Leftendart , Marquis de Bully , &
de feue Chrétienne Tardieu de Maleyffie ; & il
avoit épousé en premieres noces au mois d'Août
1698. Marguerite de Montfort , veuve de Henri-
Alexandre de Fautereau , Marquis de Meinieres , &
fille de Dominique de Montfort , Seigneur de Ste
Foi , Marquis de Tourny , Maître des Requêtes or
Į üiij dinaire
ร
$ 14 MERCURE DE FRANCE
-
•
dinaire de l'Hôtel du Roy , auparavant Confeiller
au Parlement de Normandie , mort le 19. Octobre
1693. & de ... Bertaut. Le Marquis de Bully
s'étoit remarié au mois de Mai 1737. avec Marie
– Geneviève - Gabrielle - Nicole de Grouches ,
fille de Nicolas- Antoine de Grouches , Marquis de
Chepy , Maréchal des Camps & Armées du Roy' ,
& Infpecteur de Cavalerie ; & de Genevieve Becquin
, mais il n'en laiffe point d'enfans , non plusque
de fa premiere femme.
laif-
Le même jour , Armand Gabriel de Crux , Seigneur
Marquis de Montaigu , de Vieille - Vigne , de
Grand-Lieu , ancien Colonel d'Infanterie , mourut
dans fon Château de Montaigu , en Poitou ,
fant pour fille unique & feule héritiere la Comteffe
de Mortemart , comme on l'a déja ci - devant
marqué , en raportant la mort de la mere de cetre
Dame dans le Mercure de Mars 1739. p . 611 .
Le 1. Charles - Jean de la Fond , Seigneur de la
Ferté- Lazenay , la Beuvriere , & Marquis de Paudy
en Berri , Seigneur Patron du Breüil , & d'Ouillyle-
Vicomte en Normandie , Baron d'Oulmes en
Poitou , de Criqueville & de Victor en Normandie,
Confeiller au Grand Confeil, où il avoit été reçû le s .
Decembre dernier , mourut à Paris , âgé de 20. ans,
trois mois , & quelques jours , fans avoir été marié
Il étoit fils unique de feu Claude - Adrien de la
Fond , Seigneur de la Ferté - Lazenay , la Beuvriere ,
Marquis de Paudy &c . ci- devant Maître des Requêtes
de l'Hôtel du Roy ; mort le 17 Juillet 1726. à
l'âge de 46. ans , & de D. Marie Anne Louite- Célefte
de la Riviere de Ploeuc de Paulmy , fa veuve .
Il avoit recueilli en 1734. la riche fucceffion de
Jeanne- Philipe Bence , fon ayeule Paternelle , Baronne
d'Oulmes , Dame de Criqueville , du Breüil ',
&de Victor , veuve de Claude de la Fond , Seigneur
de
AVRIL. 1740 815
de la Beuvriere , S. Georges , Lazenay , Diou , Paudy
, & la Ferté en Berri , Limesy , Brunville en
Normandie , & des Laiffes , près de la Rochelle ,
Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , & Intendant
en differentes Provinces , mort le 23. Avril 1719 .
Son petit-fils, qui vient de mourir , laiffe pour heritiers
du côté & ligne des la Fond, Marie - Henriette le
Hardy de laTrouffe, veuve depuis le 4.Octobre 1698 .
d'Amedée Alphonse del Pozzo , Prince de la Cifterne ,
dans l'Aftefan , Marquis de Vogliere , en Piémont ,
Grand Veneur & Grand Fauconier du Duc de Savoye
&c. comme fille unique de Philipe- Augufte le
Hardy , Marquis de la Troufle , Chevalier des Ordres
du Roy , Lieutenant Général de fes Armées
& Gouverneur d'Ypres , & de Marguerite de la
Fond,foeur de l'ayeul de celui qui vient de mourir ;
& du côté & ligne des Bence, D. Marie - Antoinette
Jacquier , veuve depuis le 29. Juillet 1693. de Joseph
d'Efpinay , Seigneur de Ligneris , Lieutenant
des Gardes du Corps du Roy, Maréchalde fes Camps
& Armées , & Gouverneur de Peronne , Montdidier
& Roye ; & Hugues - François Jacquier
frere de cette Dame , Seigneur de Villeblevin & de
Bobigny , comme enfans de François Jacquier , &
de Philipe de Chastillon , fa femme , foeur de Jeanne
de Chastillon , femme d'Adrien Bence , & mere
de Jeanne- Philipe Bence , ayeule Paternelle de celui
de la fucceffion duquel il s'agit.
Le même jour,Marguerite- Françoise Huart ,veuve
depuis 30. ans 6. mois de François-Paul Hay , Seigneur
de Bouteville & de la Montagne , mourut au
Château de la Montagne , Evêché de Rennes , dans
Ja 70. année de fon âge. Elle étoit fille de feu
François Huart , Seigneur du Bochet , Confeiller
au Parlement de Bretagne , & de Marie- Anne du
Breil , & elle laiffe trois enfans , qui sont Joachim
LV:
Daniel
$ 16 MERCURE DE FRANCE
Daniel- René Hay, Seigneur de Bouteville, reçû Con
feiller au Parlement de Bretagne, le 26 Août 1723-
d'une & marié avec Marguerite - Anne de Boiseon ,
bonne & ancienne Nobleffe de Bretagne , Maurille→
Pierre Jean Hay de Bouteville , Prêtre , Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris , du 13. Aoûr.
1732. Chanoine , & premier Dignitaire de l'Eglise
de S. Pierre de Rennes , duquel il a été parlé dans
le Mercure du mois d'Octobre 1731. P. 2469. &
Gervais Hay de Bouteville , Capitaine au Régiment
de Montmorency , fervant actuellement en Corse.
Cette Famille de Hay se vante d'être sortie il y a
plus de 600. ans , de la Famille de Hay , une des
plus anciennes & des plus illuftres d'Ecoffe , dont
étoient les Comtes de Carlisle , & en dernier lieu
les Comtes d'Evrol. Il eft parlé de l'origine de cet-
Famille de Hay , Ecossoise , dans les Dictionaires
de Bayle & de Morery , au mot Hay , & encore
dans le Dictionaire de Moreri , au mot Châtelet ,
l'article du célebre Paul Hay du Châtelet , Conseiller
d'Etat , & l'un des premiers 40. de l'Académie
Françoise , mort le s . Avril 1636. âgé de 43
ans & 5. mois .
Le 14. Jean Baudouin , Sr d'Eftavigny , qui avoit
été Page du Roy en fa grande Ecurie en 1711. &
qui étoit fils de feu Jean Baudouin , Préfident en la
Cour des Aydes de Paris , mort le 16. Octobre
1712. à l'âge de 56. ans , & de Catherine Chevré ,
fa veuve , qui vit encore , mourut à Paris , dans la
47. année de fon âge , étant né le 21. Juin 1693 .
Il avoit épousé au mois de Septembre 1719. la fille
de feu Antoine Daquin, Seigneur de Cafteaurenard,
Conseiller Honoraire en la Grand- Chambre du
Parlement de Paris , & Préfident au Grand-Conseil,
veuve d'Anne de Balene , Seigneur de Boisbeton , le
Pomeray, & le Fay, Ecuyer ordinaire de la Duches
Se
AVRIL
817
1740.
se Douairiere d'Orleans , & Gouverneur de Pontsur-
Yone. Il en laiffe des enfans .
Le même jour , Dominique -François Hamon des
Roches , Clerc tonsuré du Diocèse de Paris , Abbé
Commandataire de l'Abbaye de S. Georges des
Bois , Ordre de S. Auguftin , Diocèse du Mans , qui
lui fut donnée au mois de Janvier 1721. Prieur de
Chaumont fur Loire , & auffi Penfionaire de 800 .
liv . fur l'Evêché de Saint- Pons , mourut à Blois
dans la 78. année de fon âge , étant né le 4. Juin
1662. Il étoit fils de Jean Hamon , Sr des Roches
Exempt des Gardes du Corps de Gafton Fils de
France , Duc d'Orleans , puis Maître d'Hôtel de
Marguerite de Loraine , Ducheffe Douairiere d'Orleans
, & Commandant fes Gardes Françoiſes & Suif
fes , & de Marguerite Hache .
Le 17. D. . . . . le Gorlier de Verneüil , veuve
de Georges Thierri Fagnier de Viaixnes , Seigneur
du Breuil , ancien Lieutenant Général , & Préfident
du Bailliage & Siége Préfidial de Châlons en Champagne
, dont la mort eft raportée dans le Mercure
de Juin 1735. Vol . 2 . page 1437. mourut à Paris
fans enfans .
D. Magdeleine d'Audibert , époule de Timoleon
Guillaume Parfaict , Chevalier Seigneur de Fontenay,
avec lequel elle avoit été mariée au mois
d'Avril 1697. mourut à Paris le 19. Mars 1740.
âgée de 69. ans & huit mois , laiffant deux fils. Elle
étoit fille de Pierre d'Audibert, Ecuyer Seigneur de
- Favas , & de Catherine Sire.
Le 20. Jacques- Etienne Hallée , Confeiller au
Grand Confeil , où il avoit été reçû le 5. Mai 1719.
mourut, âgé d'environ 48. ans . Il étoit fils d'Etienne
Hallée , Chevalier de l'Ordre de S. Michel
Sécretaire du Roy honoraire , & ci- devant Premier
Commis du Trésor Royal , & de feue Françoise
I vi Lazure
;
818 MERCURE DE FRANCE
Lazure , fa premiere femme , morte le 25. Fevrier
1703. & il avoit épousé au mois d'Octobre 1719 .
Magdeleine Pellé , morte à l'âge de 32. ans , le 240
Juin 1726. Elle étoit fille d'Edme Pellé , Conseiller-
Sécretaire du Roy , & de ses Finances , mort en
1694. & d'Anne le Clerc. Il n'en laife point
d'enfans.
Le 21. Chriftophe de Braque , Comte de Loches,
Seigneur de S. Brice , la Motte , Châteauvert , ancien
Capitaine , Exempt des Gardes du Corps du.
Roy , mourut en fa Terre de S. Brice , dans la 76 .
année de fon âge , étant né le 4. Juillet 1664. Son
corps fut aporté le 23. au soir à Paris , & inhumé
dans la Chapelle de fa famille , en l'Eglife des PP .
de la Merci , apellée autrefois la Chapelle de Braque,
fondée par ceux de cette famille dans le XIV . siécle,
comme on l'a déja plusieurs fois remarqué , & en
dernier lieu dans le Mercure de Novembre 1739..
page 2719. à l'occasion de la mort de Paul- Benoît
de Braque , Seigneur du Luat , frere puîné du Comte
de Loches. Ils étoient fils l'un & l'autre de Fran--
çois de Braque , Comte de Loches , Seigneur du
Luat , Châteauvert , la Mothe , S. Brice , & c. Chef
du Confeil , & Surintendant des Maison & Finances
de Marguerite de Loraine , Ducheffe Doüairiere
d'Orleans , mort le 28. Fevrier 1691. & d'Elilizabeth
de la Barre , morte le 7. Septembre 1701.
Le Comte de Loches , qui vient de mourir , avoit
été Page du Roy en fa grande Ecurie en 1680. Depuis
il fe trouva en qualité de Volontaire au Bom◄
bardement d'Alger ; & au retour de cette expedition
, il entra dans la seconde Compagnie des
Moufquetaires , & fut fait enfuite Capitaine de
Dragons dans le Régiment Dauphin . Ce Régiment
s'étant trouvé du nombre de ceux qui furent envoyés
au secours du Duc de Savoye en 168.6 pour
soûmete
AVRIL: 1740.
soumettre les Vaudois de la Vallée de Lucerne , le
Comte de Loches se distingua dans cette expédition
, & à son retour en France , le Roy lui donna
un Bâton d'Exempt de fes Gardes du Corps . Il avoit
été marié le 27. Decembre 1698. avec Marie- Therefe
de Guiry , fille d'Hector de Guiry , Seigneur
de Roncieres , Lieutenant Général de la Province
& Pays d'Aulnis , & Capitaine des Tours , de la
Chaîne , Port & Havre de la Rochelle , & de Claire
Guillory. Il en avoit eu plufieurs enfans , qui
font morts jeunes , auffi -bien que Marie-Therese
de Braque , leur fille , qui avoit été mariée le 8 .
Fevrier 1720. avec Maximilien-Bruno-Joseph Foreſt,
Seigneur du Coudray & de Bellefontaine, & laquelle
mourut trois ans après.
Le 23. D. Gabrielle- Victoire de Rochechouart ;
veuve fans enfans , depuis le 5. Août 1911. d'Alphonse
de Blanchefort de Bonne de Crequy , dernier
Duc de Lefdiguieres , Pair de France , Comte
de Canaples , avec lequel elle avoit été mariée le
12. Septembre 1702. mourut à Paris , âgée d'environ
69. ans. Elle étoit soeur de Louise- Françoise
de Rochechouart, Abbeffe de Fontevraud , & derniere
fille de Louis-Victor de Rochechouart , Duc de Vivonne-
Mortemart , Pair , Maréchal , & Général
des Galeres de France , Gouverneur de Champagne
& de Brie , mort le 15. Septembre 1688. &
d'Antoinette- Louise de Mesmes , morte le 10
Mars
1709.
黑
Le 27. Pierre- Hector le Guerchois , Seigneur de
Sainte- Colombe , Drozé , Percy , Conelle , la Garenne
, S. Germain , & S. Martin de Vareville , Foucarville
, Averton , Courcité , &c. Confeiller d'Etat
ordinaire , mourut à Paris , âgé de 69. ans & 4
mois. Il avoit été reçû d'abord Conseiller au Parlement
de Rouen le 19. Mai 1691. puis Maître des
Requêtes ,
320 MERCURE DE FRANCE
•
Requêtes de l'Hôtel du Roy , le 4. Avril 1699. I
fut fait Intendant de la Généralité d'Alençon au
mois de Mars 1795. & de Franche Comté au mois
de Juin 1708. Ayant été nommé Conſeiller d'Etat
au mois de Juillet 1717. il quitta son Intendance au
mois d'Octobre suivant,pour venir servir auConseil.
Il étoit second fils de Pierre le Guerchois , Proçureur
Général au Parlement de Normandie , après y
avoir été Avocat Général pendant 28. ans , mort
le 10. Fevrier 1692. & de Barbe de Becdeliévre
de Hocqueville , & il avoit été marié le 6. Septembre
1700. avec D. Magdeleine Daguesseau , soeur
de Henri François Daguesseau , Chancelier de
France , & fille de feu Henri Daguesseau , Conseiller
d'Etat ordinaire & au Conseil Royal des Finances
, & de D. Claire-Eugenie le Picart. Il n'en
laiffe point d'enfans. On a raporté dans le Mercure
du mois d'Août 1734. page 1888. la mort de son
frere aîné , Lieutenant Général des Armées du Roy,
qui avoit été bleffé à la Bataille de Parme .
Che-
Le même jour , Claude la Tour S. Paulet ,
valier de l'Ordre Royal & Militaire de S. Louis ,
& ci-devant Lieutenant d'Artillerie , mourut à Saint
Paulet, Diocèse de S. Papoul , Frovince de Languedoc
, âgé de roo. ans.
On mande de Nîmes , que M. de Montfalcot ,
Major Commandant à Nîmes , ci-devant Brigadier
des Gardes du Corps , y étoit mort sur la fin du
mois de Mars , âgé de 106. ans .
On aprend aussi que la nommée Peschet , de la
Paroisse de S. Vigor d'Athis , Diocèse de Bayeux ,
y étoit morte âgée de 110. ans.
Le 2. Avril D. Marie - Louise Bechameil , veuve
depuis le 2. Juillet 1709. d'Artus-Timoleon- Louis
de Cossé , Duc de Brissac , Pair , & Grand Pannesier
de France , Comte de Chateaugiron , de Martigne
AVRIL (1740% 2 萬
rigné-Briant, Marquis d'Ormeilles, de Thouarcé &
de Foy , Baron de Montreuil- Bellay , Brigadier des
Armées du Roy , avec lequel elle avoit été mariée
an mois d'Avril 1692. mourut à Paris , âgée de 79.
ans , & fut inhumée le 4. aux Célestins dans la
Chapelle d'Orleans , lieu de la Sepulture de la Maifon
de Brissac. Cette Dame étoit fille de Louis Bechameil
, Marquis de Nointel , Surintendant des
Maison , Domaine & Finances de feu Philipe ,
Fils de France , Duc d'Orleans , mort le 4. Mars
1703. & de Marie Colbert , morte le 3 Avril 1686.
Elle laiffe trois fils , qui sont Emmanuel - Henri-
Timoleon de Cossé de Briffac , Evêque de Condom
, Abbé de Fontfroide , Diocèse de Narbonne,
& de S. Urbain , Diocèse de Châlons ; Jean- Paul
de Coffé , Duc de Brissac , Pair & Grand Pannetier
de France , Mestre de Camp d'un Régiment de
Cavalerie , & Brigadier des Armées du Roy , marié
avec Marie-Joseph Durey de Sauroy , dont il
des enfans ; & René - Hugues , Comte de Cossé
Mestre de Camp du Régiment Royal Piémont , Cavalerie.
La Duchesse de Brissac , qui vient de mourir
, avoit eu pour fils aîné , Charles Timoleon-
Louis de Cossé , Duc de Brissac , Pair , & Grand
Pannetier de France , mort le 18. Avril 1732. dans
la
40. année de son âge. De lui , & de D. Caterine-
Magdeleine Pecoil , sa veuve , il ne reste que Catherine-
Françoise - Charlotte de Cossé de Brissac fille
unique, qui a été mariée à l'âge de 13. ans , le 25 .
Fevrier 1737. avec Louis de Noailles, Duc d'Ayen ,
Mestre de Camp d'un Régiment de Cavalerie , qui
vient d'être fait aussi Brigadier à la derniere promotion.
Le 6.Jacques- Charles- Alexandre Lallemant,Evêque
de Séez , Abbé Commandataire de l'Abbaye de S.
Martin des Aires, Ordre de S. Augustin, Diocèse de
Troyes
22 MERCURE
DE FRANCE
Troyes , depuis le mois de Juillet 1732. Prieur du
Moustier de Jaligny , & Docteur en Théologie de
Ja Faculté de Paris , du 23. de Mars 1716. & cidevant
Vifiteur Général des Carmelites en France ;
mourut à Paris , âgé d'environ 5o . ans. Il avoit été
nommé le 27. Mars 1728. à l'Evêché de Séez , qui
fut préconisé & proposé pour lui à Rome les 10. Mai & 1. Decembre de la même année . Il
fut sacré le 23. Janvier 1729. dans l'Eglise des
Religieuses de l'Assomption à Paris , par l'Archevêque
de Rouen , son Métropolitain , assisté
des Evêques d'Angers & d'Avranches , & le 30. du
même mois il prêta serment de fidelité entre les
mains du Roy. On a raporté la mort de la Dame
Lallemant , sa mere , dans le Mercure de Fevrier
dernier. •
Le 7. mourut à Dijon Pierre Arnaud de la Brife,
Conseiller d'Etat ordinaire , Intendant de Juftice ,
Police , Finances , & de la Marine , en Bourgogne,
Bresse , Bugey & Gex , dans la 62. année de sou
âge , étant né le 21. Juillet 1678. Il avoit commencé
par être Subftitut du Procureur Général au Parlement
de Paris le 26. Janvier 1697. ensuite il y fut
reçû Conseiller le 27. Janvier 1700. puis Maître
des Requêtes de l'Hôtel du Roy le 18. Avril 1704
Il fut fait Intendant de la Généralité de Caën au
mois d'Août 1709. Il fut transferé à celle de Bourgogne
au mois de Decembre 1711. & fait Conseilfer
d'Etat de Semeftre le 27. Janvier 1723. ayant
obtenu une expectative pour cette Place dès le mois
de Juillet 1721. Il venoit d'être fait Conseiller d'Etat
ordinaire par Brevet du 30. Mars 1740. Il étoit fils aîë
né d'Arnaud de la Briffe, Marquis de la Ferriere , en
Brie , Procureur Général du Parlement de Paris ,
mort le 24 Septembre 1700 .
âgé de SI. ans , & de
Marthe- Agnès Potier de Novion , fa premiere:
fem
AVRIL. 1740. 823
femme , morte le 28. Mai 1686. & il avoit épousé
au mois de Fevrier 1703. Françoise Marguerite
Brunet , fille de feu Paul - Etienne Brunet , Seigneur
de Rancy , Conseiller Sécretaire du Roy & de ses
Finances , & l'un des Fermiers Généraux de S. M.
& de Géneviève Colbert. Il en laiffe six enfans ,
qui font , Soeur Marguerite de la Briffe , Religieuse
Chanoineffe de S. Auguftin , au Convent de Picpus,
Fauxbourg S. Antoine à Paris ; Louis Arnaud de la
Briffe , Maître des Requêtes de l'Hôtel du Roy , &
Président au Grand Conseil , qui vient d'être nommé
à l'Intendance de Caen , & qui a épousé en
1736 Magdeleine Thoynard , fille de Barthelenti
Thoynard , Fermier Général , & de Marie de Saint-
Pierre , de laquelle il a un fils & une fille ; Arnaud-
Gilles de la Briffe , apellé le Chevalier , Lieutenant
au Régiment des Gardes Françoises ; Marguerite-
Genevieve ' de la Briffe, veuve de Charles de Choiseul,
Marquis d'Esguilly, Capitaine de Cavalerie ; Henri-
François de la Briffe , Prêtre du Diocèse de Bayeux,
Docteur en Théologie de la Faculté de Paris , Abbé de
N.D. d'Obasine,Ordre de Cîteaux, Diocèse de Limoges,&
Vicaire Général du Diocèse de Dijon ;&Marie-
Victoire de la Briffe , mariée en 1732. avec Claude-
François Roux Deagent de Pontherieu , Comte
de Morges , & d'Alliere , Chevalier d'Honneur au
Parlement de Grenoble , duquel mariage sont nés
deux garçons & deux filles . M. de la Briffe , qui
vient de mourir , a été universellement regretté ,
particulierement dans la Province de Bourgogne .
dont il a exercé l'Intendance pendant 28. ans , avec
toute l'integrité poffible .
On mande de Ste Pereuse dans le Nivernois ,
Terre apartenante au Comte d'Aunay , que le nom
mé Beautemps , Vigneron , & sa soeur Catherine' ,,
Y étoient morts depuis peu , le premier âgé de 108;.
ans
24 MERCURE DE FRANCE
ans ,ayant travaillé dans les champs jusqu'à la veille
de fa mort ; & sa soeur âgée de 105. ans .
Le 12 , mourut à Paris Zacharie Titon de Chaman;
Seigneur de l'Ormois , Conseiller du Roy en son
Grand Conseil , âgé de 40. ans , sans avoir été ma
rié. Il étoit le troisiéme fils de Jean - Jacques Titon,
Seigneur du Pleffis , & c. Conseiller du Roy , Maî
tre ordinaire en sa Chambre des Comptes , & c.
mort le 6. du mois précédent , & dont on a fait une
mention plus étendue dans le Mercure du mois de
Mars dernier ,
P. 612 .
Le 16. Jean Aniffon , Seigneur de Hauteroche .
Conseiller Honoraire en la Grand' - Chambre du
Parlement de Paris , & l'un des quatre Intendans du
Commerce , Charge dont il avoit été revêtu au
mois de Juin 1724. lors de sa création , mourut à
Paris , âgé de 62. ans . Il avoit été reçû Conseiller
au Parlement à la quatrième Chambre des Enquê
tes le 30. Avril 1704. & il étoit monté à la Grand'
Chambre le 29. Juillet 1732. ensuite dequoi il s'étoit
defait de sa Charge , & avoit obtenu des Lettres
d'Honoraire. Il étoit fils de Jean Aniffon , Seigneur
de Hauteroche , Chevalier de l'un des Ordres du
Roy , Député au Conseil du Commerce , ci -devant
Directeur de l'Imprimerie Royale du Louvre , &
auparavant célebre Libraire , & Imprimeur à Lyon,
mort le 13. Novembre 1721. âgé de 77. ans , & de
Jeanne Rigaud , morte le 19. Avril 1694.
Le 20. Charles Louis-Henri Bouchard d'Esparbes
de Lujan , Marquis d'Aubeterre , mourut à Paris ,
dans la 58. année de son âge , étant né le 6. Juin
1682. Il avoit été élevé Page du Roy en fa grande
Ecurie , où il fut reçû le premier Mai 1700. Il entra
en 1703. dans le Régiment du Roy , Infanterie,
où il servit pendant 6. ans , y ayant eu une Compagnie,
Il étoit depuis plufieurs années dans la haute
piere
AVRIL 1740. 829
pieté. Il étoit fils aîné de feu Louis Bouchard d'Es
parbez de Luffan , Marquis d'Aubeterre , Sénéchal
& Gouverneur d'Agenois & de Condomois , & de
défunte Henriette- Dorothée Bouchard d'Aubeterre
, Dame de S. Martin de la Coudre , & de Gemosac
enSaintonge, & il avoit été marié le 1.Mai 1713 ,
avec Marie -Anne - Françoise Jay , ci - devant Dame
d'Honneur de la Ducheffe II . Douairiere de Bour
bon , & fille de Joseph Jay , Seigneur de Montonneau
, en Angoumois , & de Marie-Anne- Françoise
de Ferriere , Dame Champigny , en Mirebalais. Il
en laifle Henry-Joseph Bouchard d'Esparbez de
Luffan , Vicomte d'Aubeterre , né le 24. Janvier
1714. Colonel du Régiment de Provence du 154
Avril 1738. & marié avec Marie- Françoise Bou
chard d'Eſparbez de Luffan d'Aubeterre de Jonzac ,
sa cousine , ainsi qu'on l'a remarqué dans le Mers
cure de Juillet 1738. p. 1666. & quelques filles.
Le même jour Jerôme-Joſeph Goujon , Marquis de
Thuisy , Sénechal héréditaire de Rheims , Baron de
Challerange, & de Pacy ,en Valois , Seigneur de S.Re
mi-sur-Buffi,Herpon, Tors - sur-Marne, &c.Maître des
Requêtes honoraire de l'Hôtel du Roy , mourut à
Paris , âgé d'environ 74. ans . Il avoit été Confeiller
au Parlement de Paris , pendant plus de 17. ans , y
ayant été reçû le 14. Décembre 1689. Il fut fait
Maître des Requêtes au mois de Fevrier 1707. Il
s'étoit démis de cette Charge depuis quelques an
nées , et avoit obtenu des Lettres d'Honoraire. Il
étoit fils aîné de Jerôme-Ignace Goujon, Marquis de
Thuify , Sénechal héreditaire de Rheims , Comte
d'Autry , Baron de Pacy , Maître des Requêtes de
l'Hôtel du Roy, & auparavant Conſeiller au Grand
Confeil , mort le 6. Novembre 1704. et d'Anne-
Françoiſe de Nettancourt de Hauffonville , morte
le 21. May 1727. âgée de 80.ans . Elle étoit fille
de
B26 MERCURE DE FRANCE.
de Nicolas de Nettancourt de Hauffonville , Comte
de Vaubecourt , Baron d'Orne , et de Choiſeul ,
Lieutenant Géneral des Armées du Roy , et am
Gouvernement des Villes et Evêchés de Mets et de
Verdun , Gouverneur de Châlons ; et de Charlotte
le Vergeur S. Souplet , fa premiere femme , Dame
de Chalerange , et de Pacy. Le Sieur de Thuisy ,
qui vient de mourir , avoit été marié le 28. Fevrier
1702. avec Marie- Louise Melanie le Febvre de
Caumartin , morte le 5. Janvier 1717. cinquiéme
fille de Louis-François le Febvre , Seigneur de Caumartin
, Confeiller d'Etat ordinaire , et Intendant
en Champagne , et de Catherine-Magdeleine dé
Verthamon , fa feconde femme . Il en laiffe deux
Fils , qui font Jerôme-Charles Goujon , à préfent
Marquis de Thuisy , Sénéchal hereditaire de Rheims;
reçû Confeiller au Parlement de Paris , et Commis .
saire aux Requêtes du Palais à la feconde Chambre
Je 9. Jun 1728. et Louis-François Goujon de Thuisy,
Baron de Pacy, auffi reçû Confeiller au même Par-
Tement , à la cinquiéme Chambre de Enquêtes , le
28. May 1737. On a raporté le Mariage de ce dernier
dans le Mercure de May 1737. page 1043.
On mande de Châlons , que la Dame Choifin ,
Epoufe d'un Tréforier de France de la même Ville ,
étoit accouchée d'une fille , qui a été portée à Vertus
, pour être tenue fur les Fons de Baptême par
M.de la Mothe, Maréchal de Camp, & par la D. le
Maître , trisayeule de l'Accouchée , étant âgée de
99. ans & ro. mois . L'Abbé le Maître , fils de cette
Dame , & grand-oncle de la Mere de l'Enfant , à
fait la cérémoie du Baptême.
Le 29. du mois paffé , Jacques Bertrand de Sce
peaux , Marquis de Beaupreau , Seigneur de la Ro
shenoyant, &c. Colonel du Régiment Lionnois
fils
A VR 1 L: 1740. 827
Als de Guy- Michel de Scepeaux , Seigneur de la
Rochenoyant , de la Gravoyere , & de la Corbiniere
, en Anjou , mort le 29. Juin 1720. & de Magdeleine-
Marguerite Chotard , fut marié avec Dile
Elizabeth- Louife Duché , fille unique de Jean - Baprifte
Duché , Seigneur de Paffy , en Brie , Chevalier
d'Honneur au Bureau des Finances de la Rochelle ,
& de Marie Mouchard.
Le 30. Louis -François du Pouget , Comte de Na
daillac , Baron de la Farge , Capitaine de Cavalerie
au Régiment de Chabrillant , fils de François
du Pouget , Marquis de Nadaillac , Seigneur de la
Villeneuve , le Roc , Cufor , &c. Gentilhomme :
d'une ancienne Nobleffe du Pays de Quercy , & de
défunte Dame Aimée - Léonore de Plas , épousa Dlle
Adelaïde-Claude- Françoife du Pille , âgée de 19.
ans , fille de Jacques- André du Pille , Vicomte de
Monteil , Baron de la Boffe , Tréforier Géneral de
l'Ordinaire des Guerres , de la Gendarmerie , & des
Troupes de la Maiſon du Roy , & de D. Marie-
Anne-Chriftine Rollot de la Tour,
Le 7. Avril François, des Comtes de Baschi, Comte
de Baschi- Saint - Efteve , fils de Daniel, des Comtes
de Baschi , qui obtint du Roy en Novembre 1715 .
l'Erection en Comté des Terres de Saint Efteve
Thoard , Barras , Tournefort , situées dans les
Diocèses de Digne & de Gap en Provence, qui avoit
été Capitaine dans le Régiment d'Esclainvilliers , &
qui mourut à Thoard le 13. Novembre 1717 , & de
Jeanne de Juge, Dame de la Roche & de Vofve , en
Orleanois , sa veuve , épousa Charlotte - Victoire
le Normant , fille d'Hervé-Guillaume le Normant,
Tréſorier Géneral des Monnoyes de France , & de-
Elizabeth Francini , & Niéce de Charles-Jofeph le
Normant, La Généalogie de la Maifon de Baschi
Le trouve dans le Dictionaire de Moreri , depuis l'Edities
828 MERCURE DE FRANCE
dition de 1725. fous l'Article Aubaïs , & les Ance
tres du Comte de Baschi y font raportés jusques à
Charles de Baschi , Seigneur de Saint - Efteve , qui
époufa Marthe de Reynard , & qui fut Pere de Balthafard
de Baschi , Seigneur de Saint-Eſteve , Major
du Régiment de Cavaletie du Baron d'Aubaïs, mort
le 20. Mars 1659. & de Suſanne de Montcalm de
Saint Veran , morte le 2. Décembre 1695. & grand
peré de Daniel , des Comtes de Baschi , Pere du
nouveau Marié. La Généalogie de le Normant fe
trouve dans le premier Volume de l'Armorial du
fieur d'Hozier. Elle eft auffi raportée par la Thau
maffiere , dans fon Hiftoire de Berry , p . 1093. mais
nullement fûre & peu exacte.
L'Hyver , qui a été fi long & fi rigoureux en Fance &
dans toute l'Europe , fe fait encore fentir à Paris à la
fin d'Avril & au commencement de Mai ; perſonne
n'a encore quitté les habits qu'on portoit au mois
de Janvier , ni le Manchon ; on n'a pas ceflé d'avoir
bon feu chés foi , & l'on voit encore les pauvres
en allumer dans les rues & dans les carrefours pour
fe fecher & fe foulager du froid extrêmement fenfible
, caufé par une pluye abondante , mêlée d'une
grande quantité de neige , de grêle & de frimats.
J
APROBATION.
'Ai lû par ordre de Monseigneur de Chancelier ,
le Mercure de France du mois d'Avril , & j'ai
crû qu'on pouvoit en permettre l'impression. A
Paris , le premier Mai 1740 .
HARDION.
TABLE
P
TABL E.
IECES FUGITIVES . Argant & Tancrede , Can
tate ,
Lettre de M. Maillart , fur le Franc - Aleu ,
Cantatille , &c.
617
621
622
IV. Lettre , sur les abus introduits dans la Typo →
graphie , & c.
Vers sur un Déjeuner ,
Pour faire estimer la Vertu , &c.
Sonnet , Bouts . Rimés remplis ,
625
632
634
639
Réponse au Dialogue sur la Question , si les anciens
Gaulois parloient Grec ,
Colloque de deux Paysans , Bouts - Rimés ,
Extrait de Lettre sur les Flambards , & c,
Le Libertin converti , Poëme
640
6591
660
663
Lettre de Dom Jacques Duval , sur l'Hiftoire du
Nivernois ,
Eglogue ,
Lettre sur les Révolutions de Hongrie ,
La Brebis & le Chien , Fable ,
670
680
685
694
695
698
699
Lettre sur les Remedes pour la Pierre & l'Hydropisie
,
Remerciment en Vers à un Médecin ,
Enigme , Logogryphes , & c .
NOUVELLES LITTERAIRES DES BEAUX - ARTS ,
&c. 70%
La Vie des Hommes Illuftres de la France, &c. 704
Heures nouvelles , ou Exercice de pieté , 734
Livres nouveaux de Médecine , &c.
Programme pour un Traité de Fossiles ou Pétrifi
cations ,
735
737
Lettre d'un Horloger, sur les Cadrans en Email,741
Portraits des Hommes Illustres , &c.
743
Nouvelle
鬓
Nouvelle Carte de Géographie , ou Théatre de la
Guerre d'Espagne ,
Air noté , Musette , & c.
Spectacles , Tragédie d'Edouard , Extrait ,
744
746
748
Clôture des Théatres , Discours prononcés , &
' Oracle , petite Comédie nouvelle
Fable , & c .
Rentrée du Théatre & Discours ,
Italie , Rome , Venise , & c.
761
765
7.68
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Allemagne, 769
Isle de Corse , Genes , Naples , & c,
Espagne & Grande- Bretagne ,
770
772
774
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 779
Concerts , & c.
Jers à S. E. M. le Cardinal de Fleury ,
784
786
Lettre écrite d'Orleans sur le nouvel Intendant , &
Compliment ,
ibid.
Suplément à l'Article de la Pompe Funebre du Duc
de Bourbon à Enghyen , & c.
Promotion de Maréchaux de Camp , &c.
De Brigadiers d'Infanterie ,
De Brigadiers de Cavalerie ,
De Brigadiers de Dragons ,
des Maréchaux de Camp ,
789
794
799
801
8.06
807
Dispositions de Régimens vacans par la Promotion
Charges vacantes dans la Gendarmerie , remplacées
>
Morts , Baptêmes & Mariages ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
809
811
PAge 626. ligne 27. benefice , lisex , amuse ment.
Ibid. 1. 29. commun , l. vulgaire.
La Chanson notée doit regarder la page 245
Nouvelle Carte de Géographie , ou Théatre de la
Guerre d'Espagne ,
Air noté , Musette ,, & c.
744
746
Spectacles , Tragédie d'Edouard , Extrait , 748
Clôture des Théatres , Discours prononcés , &
Fable , & c .
Oracle , petite Comédie nouvelle
Rentrée du Théatre & Discours ,
761
765
7.68
Nouvelles Etrangeres , Turquie & Allemagne, 769
Italie , Rome , Venise , & c.
Isle de Corse , Genes , Naples , & c,
Espagne & Grande- Bretagne ,
7,70
772
774
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c. 779
Concerts , & c.
Jers à S. E. M. le Cardinal de Fleury ,
784
786
Lettre écrite d'Orleans sur le nouvel Intendant , &
Compliment ,
ibid.
Suplément à l'Article de la Pompe Funebre du Duc
de Bourbon à Enghyen , & c.
Promotion de Maréchaux de Camp , &c.
789
794
De Brigadiers d'Infanterie , 799
De Brigadiers de Cavalerie ,
801
De Brigadiers de Dragons ,
8.06
Dispositions de Régimens vacans par la Promotion
des Maréchaux de Camp ,
807
Charges vacantes dans la Gendarmerie , remplacées
Morts , Baptêmes & Mariages ,
Fautes à corriger dans ce Livre.
809
811
PAge 626. ligne 27. benefice , lisez , amuse
ment.
Ibid. 1. 29. commun , l. vulgaire .
La Chanson notée doit regarder la page
745
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