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LIBRARY OF THE
UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
EXPLURIBUS UNUM
TUEBOR
SI-QUERIS-PENINSULAM
-AMENAM
CIRCUMSPICE
;
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AV ROT
NOVEMBRE. 1734
LIGIT
SPARGIT
Papillo
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
Cez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC.
XXXIV.
Avec
Approbation & Privilege du Roy.
50
540.6
A VIS
.
358
1734-
Nov,
L' ADRESSE
generale eft à
و
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets -
chetez aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voys
pour lesfaire venir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nos
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qi
Les envoyent , celui , non-feulement de r
pas voir paroître leurs Ouvrages , mas
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pay
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auron
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fan
yerie de temps, de les faire porterfu
theure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'o
Lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
NOVEMBRE.
1734
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LES
FUREURS DE
L'AMOUR.
ODE
A M. *
Uelle est cette yvresse
sublime ,
Qui tout à coup dompte mes sens
C'est
Calliope qui
m'anime
Mortels ,
écoutez mes
accense..
Indifference , je
t'invoque ,
Fais voir la douceur équivoque
A ij Qui
2338 MERCURE DE FRANCE
Qui suit les plaisirs de l'Amour ;
Dépeins la candeur et les feintes ,
L'espoir, les soucis et les craintes
Qui se succedent tour à tour.
M
Dieux ou suis -je ? est - ce là Cithere
Quel est cet assemblage affreux ?
Je vois la Discorde et Megere ,
Suivre les Amours et les Jeux ;
Le Parjure , la Jalousie ,
Le Remors , la Rage et l'Envie
Sont tributaires de ses Loix ;
Troupe infâme vouée aux crimes ;
Qui va se chercher des victimes
Jusques sur le Trône des Rois.
Pour qui ce bucher ! cette flâme i
Et tout ce lugubre appareil
Est-ce un malheureux , un infàme ;
Qui touche à son dernier Soleil ?
Non , c'est la Reine de Carthage,
Qui passe le sombre Rivage
Pour prix de sa fidelité.
'Amour , dis-moi , quel est son crime
Pourquoi la rend- tu la victime
D'une tendre crédulité ?
Nature
NOVEMBRE. 1734. 2339
Nature , es tu donc sans deffense ?
Tes cris sont-ils d'un vain secours ?
Médée assouvit sa vengeance
Sur l'ouvrage de ses Amours,
Pleine de sa ffâme amoureuse ,
Scilla , d'une main furieuse,
Coupe la trame de Nisus :
Et par un ascendant funeste ;
Biblis se prépare à l'inceste
Par de fraternelles vertus
Perfide Amour , suspens ta rage ;
Laisse la fille de Leda .
Quels Ruisseaux de sang ! quel carnage
Pour le Pasteur du Mont Ida !
O Dieux ! pour l'impudique Helene ,
La vertueuse Polixene
Descend dans la nuit du tombeau .
Le fier Destructeur de sa Ville ,
Quoique mort , est toujours Achille ;
Son Ombre est encor son bourreau.
C'est toi , qui du sein de la gloire
Nous arraches les deini-Dieux ,
Qui fais mépriser la victoire
Pour les attraits de deux beaux yeux;
Hercule , appuy de la Justice ,
A iij
Fus
2340 MERCURE DE FRANCE
Fut digne en terrassant le vice ,
DeDe nos cultes , de nos Autels ;
Atteint d'une fleche fatale ,
Ce Héros , filant près d'Omphale
Devient le dernier des Mortels.
Mais pour comble de ta malice ,
Voulant tromper tous les Humains,
Tu sçais masquer de la Justice
Tes plus détestables desseins .
Un Jupiter , un Dieu suprême
Adultere et foible lui - même ,
Place le vice dans les Cieux ;
Alors la Vertu devient Fable.
Ce n'est qu'en se rendant coupable
Que l'Homme croit chérir ses Dieux
M
Pardonne-moi , divine Muse 2.
Le désordre de mes Chansons
Je sens que mon coeur se refuse
A dépeindre les trahisons .
Permets que d'un ton plus paisible
Je trace d'un crayon sensible ,
Des traits moins remplis de fureurs ,
Et que maniant l'Ironie ,
J'ôte à jamais de mon génie ,
L'impression de ces horreurs.
NOVEMBRE. 1734 234%
*
Il est peu de Femmes fidelles,
L'Amour y perdront de ses droits,
C'est à l'inconstance des Belles ,
Qu'il doit le soutien de ses Loix.
Ne croyons point que Penelope
Conserve au Vainqueur du Cyclope
La conjugale chasteté ;
De l'assoupissement d'Homére
Je reconnois le caractere
Aux vingt ans, de fidelité.
Pour prix d'une unique tendresse
Philis m'a quitté sans effort ;
J'ai vu ma perfide Maîtresse
Changer au premier coup du sort.
En vain , quand le penchant l'emporte
La raison se croit la plus forte ,
Tout cede à des besoins pressants,
Philis amoureuse et brulaate
Ne pouvoit supporter l'attente
Du moindre intervale de temps.
Mais ne crois pas , volage Amante
Qu'ingenieux dans mon tourment ,
J'aille d'une voix menaçante
Te reprocher ton changement.
Non ,pour me vanger d'une ingrate
T
A iiij 39
2342 MERCURE DE FRANCE
Je fuis ce courroux qui la flate ;
Pour elle je me sens glacer ;
Ainsi libre d'un soin frivole ,
Je me ris de la vaine Idole
Que l'Amour m'a fait encenser,
'Ami , je dois à ta prudence
L'heureuse fin de mes soupirs ;
C'est toi , qui dans l'indifference
Me fais trouver de vrais plaisirs.
Ennemi des folles tendresses ,
Venus , en vain par mille adresses
Tu me rappelles dans tes fers ;
Je te fuis , perfide Pandore ,
Dont les caresses font éclore ,
Des maux inconnus aux Enfers.
Par M. Lépicier , Graveur ordinaire du Roy .
ᎣᎣᎣ
888888
LETTRE écrite d'Auxerre , à M. Maillart
, Avocat au Parlement de Paris , pour
soutenir la verité du fond de l'Histoire du
Chien de Montargis.
L
Ily a longtems,Monsieur , que je vous dois une réponse touchant un
article du Journal Litteraire de la Haye
* Tome XIX. Partie I. p. 259.
de
NOVEMBRE. 1734 2343
de l'an 1732.sur lequel vous m'avez cɔm.
muniqué vos doutes . Il est juste de vous
satisfaire après tant de délais . Cet article
regarde le R. P. Dom Bernard de Montfaucon
que le Journaliste veut nous avoir
donné dans ses Monumens de la Monarchie
Françoise une Fable pour une verité,
et d'avoir fait entrer dans un Livre de
cette conséquence,ce qui ne convient que
dans un Almanach.
Cette Fable prétendue est l'Histoire
du Chien de Montargis . Je l'appelle ainsi ,
parce qu'on le connoît plus communément
sous ce nom. Mais est- ce une Fable
que ce qu'on débite de ce Chien ? et peuton
soutenir sans craindre de se tromper
que c'en soit une ? C'est ce que je ne sçaurois
me persuader. Un Chien qui reste
un tems considérable sur le lieu où son
Maître a été mis en terre par celui qui
l'a tué un Chien qui reconnoît ensuite
l'auteur du meurtre ; fait- il une chose
qui soit incroyable ? Est- il impossible
qu'un animal de cette espece, étant, pour
ainsi - dire, pénetré des corpuscules émanez
du meurtrier et de ceux du corps mort ,
soit incapable de se jetter sur ce meurtrier
dès qu'il le voit ? Ou faut- il crore qu'on
lui prête tout cela ? La matiere est importante,
comme vous le voyez : il s'agit
A v
de
2344 MERCURE DE FRANCE
de me rendre l'Avocat d'un Chien . Per
sonne ne doute que ce Chien ne soit un
héros dans sa race s'il a fait ce qu'on lui
attribue . Mais la question est de sçavoir
s'il a pû le faire et s'il l'a fait réellement ?
J'ai parlé depuis un certain tems de cette
Histoire à bien des gens difficiles à persuader
, qui tous m'ont dit qu'on a vû
en ces derniers tems dans les Animaux
de cette espece des choses aussi prodigieuses.
Nous ne sommes pas dans un siécle
où l'on donne communément dans la
fable sur le chapitre des Animaux , et où
l'on se laisse fasciner les yeux lorsqu'il
est question de les voir agir. Le trait rapporté
par le P. deMontfaucon ne pourroit
donc être traité de fable que parce qu'il
seroit denué de garants , et qu'aucun
personnage grave n'y auroit ajouté foi. Ik
est vrai que nous n'avons point d'Ecrivain
du siécle même de l'Evenement qui
en ait fait mention . Mais il est ordinaire
que les Histoires les plus singulieres ne
sont pas celles qui sont écrites le plutôt.
On suppose qu'elles ont tellement frappé
, qu'on ne les oubliera jamais , et qu'il
est inuti de les écrire . C'est beaucoup
que malgré cette négligence on ait retenu
les noms des deux Chevaliers qui
font le sujet de l'Histoire
>
NOVEMBRE. 1734 2345
Le premier Ecrivain que je connois
parmi ceux qui nous les ont transmis , est
Olivier de la Marche qui , né en Franche-
Comté , avoit été amené à la Cour de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne dès
Fan 1437. ainsi qu'il le dit lui- même au
I. volume de ses Memoires , chapitre 4.
et qui fut l'un des Officiers de ce Prince .
Il rapporte dans son Traité des Duels ( a )
'Histoire en question , comme tirée par
lui - même des anciennes Chroniques. Il
pouvoit avoir écrit ce Traité vers l'an
1450. Mais il ne nomme point le Roy
Sous lequel l'Histoire étoit arrivée , et
peut-être qu'alors on ne s'en souvenoit
plus . C'est pour cela que j'ai de la peine
à croire que ce soit sous Charles V. Il n'y
a pas d'apparence qu'Olivier de la Marche
qui se piquoit d'écrire exactement ,
eut donné le nom d'ancienne Chronique à
un Manuscrit fait soixante ans auparavant.
Il y avoit lû , que le Chevalier tué
s'appelloit AUBRY DE MONTDIDIER , et
que le meurtrier s'appelloit le Chevalier
MACHAIRE que l'assassinat avoit été
commis dans la Forêt de Bondis proche
Paris , et que le lieu où l'on avoit voule
faire l'essai du Chien sur le meurtrier
fut l'Isle de Nôtre - Dame au-dessus de la
( a ) Edition de Paris , 1586. p. 6.
A vi
Cite
2346 MERCURE DE FRANCE
Cité de Paris. Mais cet Evenement étoit
passé dans tant de bouches, et avoit été si
souvent raconté , qu'à la suite du tems il
s'y étoit mêlé des choses contraires à la
verité. On vit naître des differences sur
le lieu du combat du Chien et sur la maniere
dont avoit été posté le champion.
Le fait fut representé en Peinture au
Château de Montargis où quelques-uns
de nos Rois se sont retirez : et le Peintre,
au lieu de représenter le meurtrier des
deux manieres dont on rapportoit la chose
, s'est contenté de lui donner l'attitude
des anciens Athletes du Paganisme
lorsqu'ils se battoient contre les bêtes..
Mais ces diversitez ne détruisent assurément
point le fond de l'Histoire , non
plus que ce qu'il a plû au Peintre de représenter
concernant les habits des Spectateurs
et les Edifices voisins.
Il semble , au reste , que l'Auteur Critique
du Journal Litteraire se contredise
lui-même tantôt il regarde le fait comme
fabuleux ; et tantôt il se contente de
dire que c'est la représentation qui lui
en paroît être de pure fantaisie ; et en admettant
le fait , il veut seulement qu'on
avoie que la Peinture est faite dans un
tems fort posterieur à l'Evenement. Mais
Monsieur , n'y auroit- il pas moyen de
conNOVEMBRE.
1734 2347
concilier tout cela ? En disant 1 °. Qu'en
effet l'Histoire est plus ancienne que
Charles V. et que c'est seulement sous
son Regne qu'elle a été peinte à fresque
pour la premiere fois , étant auparavant
représentée sur quelques Vignettes de
Livres que nous n'avons plus. 2 Qu'il
y auroit eu deux combats du Chien contre
le meurtrier. Que dans le premier
spectacle donné dans l'Isle au- dessus de
Paris qui étoit alors inhabitée , le Chevalier
Machaire auroit été enfoüi dans terre
à moitié corps , et qu'ayant été facilement
atteint , mordu et presque étranglé par
le Chien , parce qu'il ne pouvoit pas se
servir si adroitement de son bâton , il
auroit demandé à se battre une seconde
fois en plus grande liberté. Ce qui lui auroit
été accordé : et c'est ce second combat
donné apparemment ailleurs que dans
l'Isle de Nôtre Dame,qui auroit été représenté
à Montargis par un Peintre qui
croyoit que les Dames avoient été habillées
de tout tems comme il les voyoit
alors. Que sçavons- nous si ce combat
n'auroit point été donné à Montargis
même ou à Melun , ou en quelque autre
lieu de plaisance de nos Rois : et si ce ne
fut point cent ou cent- cinquante ans
avant le Regne de Charles V. par exem
ple
348 MERCURE DE FRANCE
ple sous Philippe Auguste ? Ce Prince ,
pour le dire en passant , pour être
payé des Droits de Relief des Comtez de
Nevers et d'Auxerre , retint Montargis ,
qui lui fut délaissé par Pierre de Courtenay
II , Mari d'Agnès , Comtesse de
Nevers et d'Auxerre. La Charte , qui en
fait foi , est datée de l'an 1184. au fol.
81. du Regître du Roy Philippe Auguste
, dontil y a deux Exemplaires dans
La Bibliothèque du Roy.
>
Ceux qui croyent que Fontainebleau
tire son nom d'un Chien appellé Bliand,
se persuaderont aisément que ce pourroit
être d'un Chien de la réputation dont a
été celui - ci. Mais sans vouloir deviner
dans une chose si obscure et si cachée
je me contenterai , pour appuyer la réalité
du fait , de rapporter le témoignage d'un
Personnage qui certainement ne passoit
point pour crédule , et qui ne donnoit
pas dans la fable , c'est Jules Scaliger
mort en 1558. ce célébre Ecrivain , le
rapporte ainsi . Exercitatione 202. num. 6.
Edition de 1557. fol. 272.
Est et altera Historia Gallia peculiaris:
Offensus amici sive potentia sive perfidia
quidam Regis aulicus , eum ex insidiis ob
wuncat atque in avio agro sepelit . Venatipus
canis ibi tum comes hero fuerat. Is amon
NOVEMBRE. 1734 2349
>
re victus din sedit in tumulo. Postea quàm
fames pietatem superavit , atque in aulam
sine Domino reversus est , rati illius contubernales
bestiam temerè vagari , ei cibum:
dari jubent. Satur ille ad tumulum redit ;
et redit toties , ut primùm suspicio invaderet
animos incerta quædam et fluctuans mox
etiam certi esse sibi viderentur heri id fieri
desiderio. Abeuntem prosecuti , deprehenso
telluris tumore effossum cadaver, atque agnitum
afficiunt sepultura. Canis, exequiis peractis
, socius fit eorum quibus fuerat dux adi
investigandum. Tandem aliquando in aulam
ubi homicida rediisset , eum canis conspicatus
, magnis illicò editis latratibus agrè:
ab impetu cohibetur Quo tanquam indice
aucta suspicio in multorum animis certa fides
evasit. Cæterum bestia perseverantia in:
illius odio atque prosecutione etiam regem:
movit , ut juberet hominem causam dicere..
Ille negare factum , persistere infitiatione..
Canis ejus orationem latratibus atque assul
tibus obturbare ut eam interpellationem pro
facinoris exprobratione quoiquot aderant
interpretarentur. Edres deducta est , utjussu
Regis , homicida cum Provocatore singulari
certamine decertaret. Picta est canis historia
in coenaculo quodam Regio. Pictura vetustate
dilutior atque obscuriorfacta , Regum man
dato semel atque iteruminstaurata estz Digni
рказий
2350 MERCURE DE FRANCE
prorsus Gallica magnanimitate , qua arefisili
assequatur perennitatem.
Le fait étant donc avoué en general
par un Critique du premier rang , il ne
pourroit être récusable que du côté de
quelques- unes de ses circonstances. J'ai
tâché de concilier ci - dessus la varieté des
traditions touchant la maniere et le lieu
du combat. Il n'est question que de sçavoir
pourquoi on avoit cru que c'étoit
sous Charles V. seulement , que l'Histoire
étoit arrivée . J'ai déja dit que la
maniere dont Olivier de la Marche en
parle , insinuë qu'elle est plus ancienne.
Le témoignage de Scaliger me confirme
dans cette pensée , puisque dès son tems
la Peinture avoit été renouvellée déja
plusieurs fois. Comme Charles V. fut un
Prince très-curieux qui aima fort Montargis
, qu'il est sûr qu'il y fit rebâtir le
Château , qu'il y fit bâtir une Sale trèsconsidérable
, ( a ) et qu'il y fit quelques
fois un séjour de plusieurs mois , ( b ) il
( a ) Vie de Charles V. par Christine de Pisan,
fille de son Medecin , Partie 3. chap. XI. Moult
fit redifier notablement de nouvel le Chastel de
Saint Germain en Laye Creel , Montargis où fit
faire moult noble sale , le Chastel de Meleun et
maints autres notables édifices.
( b ) On connoît plusieurs achats faits par ce
Roy étant à Montargis ou aux environs les 9. 10.
est
NOVEMBRE. 1734: 2357
est fort probable que ce fut sous son
Regne que le fait fut représenté dans ce
Château pour la premiere fois , ou au
moins que la Peinture en fut retracée.
Mais puisqu'il y a une seconde tradi.
tion insinuée dans Sauval ,
(c ) par laquelle
on prétend que prétend que la grande Sale
telle qu'elle est aujourd'hui , a été bâtie
par Charles VIII. Il peut se faire que ce
dernier Prince , ait fait réformer les che
minées qu'on y voit , et qu'alors la Peinture
ait été refaite à neuf sur le manteau
de la plus grande qui est à l'un des bouts
de la Sale du côté du midi , où je l'ai
vû en 1726. Mais certainement c'est
Charles V. qui a fait construire ce qu'il
ya de plus notable en ce Château. Ily
a même sujet de croire que ce qu'on attribue
à Charles VIII . touchant la Sale ;
11. 12. 27. Fevrier et 22. Mars 1379. Chartes
du Roy , Layette Montargis. Blanchard en sa
Compilation d'Ordonnances nous apprend que la
fondation de la Sainte Chapelle de Vincennes est
datée de Montargis en Novembre 1379. Item
une Déclaration contre les Juifs du 20 Novembre ,
une autre au sujet des Aydes et Gabelles &c. 21
Novembre , et un Edit sur les Aydes du 26 Nov.
De plus les Lettres Patentes pour les Chartreux de
Ligueil , du 26. Nov. Tout cela est de 1379.
Montargis.
(c ) Hist, et Antiq. de Paris Edit. de 17240
pag 578.
ne
2332 MERCURE DE FRANCE
ne soit pas plus veritable que ce que ceux
de Montargis disent aujourd'hui touchant
la Cloche de l'Horloge de ce Château
, sur laquelle ils ont cru lire le nom
de ce Prince , pendant que c'est celui de
Charles V. qui y est dans ces especes de
rimes , que Morin , Historien du Gati
nois , y a lûës en ces termes :
Charles le Quint Roy de France pour Montar
gis ,
Ains pour remembrande pour advis
Faire me fit par Jehan Jouvente ,
L'An Mil CCC. cinquante et trente.
Il est facile de se méprendre dans
FEcriture Gothique et de lire huit où it
a quint , principalement sur une Cloche
où les caractéres ne sont pas ordinalrement
bien formez. Mais Pannée et le
nom du Fondeur levent toute difficulté ,
parce que le nom du même Jehan Jouvente
, se trouve sur la Cloche du Palais
à Paris , fondue Pan 1371.
Il résulte de tout cela que c'est Charles
V. dont le nom a dû être plus célebre
à Montargis, que celui d'aucun autre de
nos Rois , et que c'est pour cela qu'on a
cru que c'étoit de son tems qu'étoit arrivée
l'Histoire représensée , ou renouvelléc
NOVEMBRE . 1734 2353
Tée par son ordre. Mais on ne pourra
jamais sçavoir veritablement sous quel
Regne elle arriva , qu'on n'ait découvert
dans quelques Chartes le nom d'un
Alberic ou Aubry de Montdidier de monte
desiderii, et celui d'unChevalier Machai ,
re dans des monumens du même tems.
Ces sortes de noms n'étoient pas rares
au XIII. et XIV. siécles ainsi qu'on
peut s'en convaincre à l'ouverture des
anciens titres. ( a )
›
Je ne me suis point arrêté à faire remarquer
que Belleforêt parle fort au
long de cette Histoire en deux endroits,
de son Livre des Histoires prodigieuses ;
que Claude Expilly , Président au Parlement
de Grenoble la rapporte en son
plaidoyer sur l'Edit des Duels de 1609 .
Edition de 1612. page 343. et Guillaume
Ribier dans ses Memoires imprimez
en 1666. pag. 31. Tous avoient puisé
dans la même source , ou bien ils se sont
contentez d'écrire la tradition populaire .
Mais Olivier de la Marche cite une ancienneChronique
qu'il avoit sous les yeux,
laquelle est peut- être perdue aujourd'hui,
ou qui ne se retrouvera que par les re-
"( a ) J'ai trouvé un Machaire de Sainte Menehould
, Chevalier François , vivant en 1204. T
I. Thes. Anecdot. pag. 784.
cher2354
MERCURE DE FRANCE
cherches que l'on fera dans les Manuscrits
qui ont été peu visitez jusqu'à présent.
Je souhaite que cela arrive pour
confondre les adversaires du P. de Montfaucon
et confirmer ma pensée. Mais je
ne croi pas que Ribier soit d'une autorité
suffisante pour attribuer l'Histoire au
Regne de Charles V. Premierement parce
que c'est un Ecrivain trop récent. Secondement
, parce que , transcrivant Olivier
de la Marche, il s'est donné la liberté
d'ajouter à son texte le nom de ce
Roy , et qu'au lieu de debuter comme
lui par ces mots : et trouverez ès anciennes
Chroniques , il met et trouverez en
quelques Chroniques , ce qui fait croire
à ceux qui n'ont pas cet Olivier , qu'il
s'est servi du terme vague de quelques ,
et non pas de l'épithete d'anciennes.
Je ne vous ai point ron plus renvoyé ,
Monsieur , à ce qu'on lit dans Pline
Liv. 8. chap. 40. dans Aldrovandus
dans Juste Lipse , Epist. 44. Cent. I. ad
Belgas dans les Essais de Montagne
Liv. 2. chap. 12. Edit. de Paris 1636.
Vous sçavez qu'il y a des Personnes qui
doutent des Histoires des derniers siècles,
lorsqu'elles ressemblent à d'autres des
siécles reculez , croyant que les unes ont
pû servir de moule pour fondre les autres.
Je suis &c.
RENOVEMBRE.
1734 2355
REMERCIEMENT
A M. Travenol , au sujet de son Bouquets
CHer ami tu prends trop de peine ,
A me célebrer en ce jour ;
Pour de plus hauts sujets puise dans Phy
crêne ;
Mais après tout le Pinde est-ton séjour ;
Et quelque chose que tu chantes
Apollon t'obéït et son secours t'est hocg
Et les Muses , ses neuf Infantes
Te regardent comme leur Cocq.
Ta description du Parnasse
Est parfaite en son moindre mot ;
Et j'ai cru voir le caffé de Gradot
En lisant ce Portrait peint avec tant de grace
Ta modestie est fort peu de saison ,
Ton esprit méthodique et ta saine raison
Dont la justesse est avérée ,
Démentent trop l'opinion
7
Que tu voudrois m'en avoir inspirée ;
Sans doute que voulant égayer tes discours ;
Tu m'as exprès décriton penible voyage ;
La fiction m'en plaît , mais je dirai toujours ,
Que, qui des Dieux ainsi sçait parler le langage;
Est
2358 MERCURE DE FRANCE
Est digne de leur amitié.
Et que , lorsque montant sur la céleste voûte ,
Tu voudras que Phoebus t'écoute ,
Jamais de son cheval tu n'auras coup de pié.
J'ai cru voir Phaëton sur le Char de son Pere
A l'aspect du Tableau que tu m'as fait de toi ,
pauvre Diable , hélas ! donna du nez en terre,
Et tomba dans le Pô ; mais à ce que je voi
Tu n'as pas fait la même culebutte ,
Et lorsque comme toi l'on enfante des Vers ,
On n'a pas l'air d'avoir fait une châte
Ni de chevaucher de travers.
Sur le dos de Pegaze où tu te tiens en Maître ,
Peux -tu le croire échapé de tes mains ?
Tout ce que tu me dis , ce sont Contes badine,
Il me souvient d'un certain Raître
Qui monté sur son bouriquet
Le cherchoit à grands cris , et n'y croyoit plus
êực ,
Tu lui ressemblois fort , quand tu fis mon bouquete
M. C.
LET
NOVEMBRE. 1734 2357
LETTRE à M. le Marquis de Bauf
fremont , Mestre de Camp du Régiment ,
de Dragons de son nom à l'Armée
d'Allemagne.
MONSIE ONSIEUR ,
J'ai lû avec un extrême plaisir la Let
tre qui vous a été écrite par l'Auteur de
la Tragédie d'Enée et Didon . Cette Piece
mérite les éloges qu'elle a reçûs et
fait honneur à notre siecle , où le goûc
est plus exact et plus délicat qu'il n'a
jamais été. Je me fais un sensible plaisir
de revoir cette Piece avec vous , et je le
souhaite avec bien de l'empressement.
Vous verrez Didon et je ne serai plus au
moins pour quelques mois dans l'inquié
tude où je suis car je vous avoue que
quoique la Philosophie ne m'empêche
de m'interesser à votre gloire , je
voudrois cegendant n'avoir rien à crain
dre pour vous , je voudrois vous couvrir
de l'Egide , ou vous avoir trempé
dans les eaux du Styx , je n'aurois pas
oublié le talon. En un mot je sens que
pas
558 MERCURE DE FRANCE
ce ne sont pas les Meres seules qui dé
testent la guerre.
Bella matribus detestata . Hor. Od . x.
pour titre
Enée et Didon a été suivi d'une petite
Piece qu'on a aussi extrémement applaudie
, et puisque nous sommes vous et
moi , Monsieur , dans l'usage de nous
avoüer mutuellement nos foiblesses , je
vous dirai que cette Piece a pensé déconcerter
ma Philosophie. Elle a
la Pupile. Une jeune personne qu'on retire
du Convent pour la marier
préfere
par gout un homme âgé à un jeune
homme ; le Printemps n'est pas pour elle
la belle saison , elle aime mieux l'Automne.
Il y a à la fin de la Piece un Divertissement
et.des Chansons dont le
refrain est :
L'Amour est de tout âge.
Je vous avoüe , Monsieur , que toutes
les fois que l'aimable Pupile parloit à
l'homme prude pour lui faire entendre
les sentimens de son coeur , je croyois
que c'étoit à moi qu'elle parloit. Je revins
occupé de cette pensée , je me jetrai
dans mon fauteuil , je regardai mes Livres
en soupirant , le seul Ovide me parut
convenir à ma situation , je le pris ,
ct
NOVEMBRE: 1734 2359
et par bonheur je tombai sur ce Vers de
l'Elegie IX. du premier Livre.
Turpe senex miles , turpe senilis amor.
Il est indécent à un certain âge d'être
Soldat , il est indécent à un certain âge
d'avoir de l'amour.
Ce Vers fut pour moi un Mentor secourable
. Je le répetai mille fois en me
faisant tous les reproches ausquels j'allois
être exposé. Ce ne fut pas sans peine que
je me trouvai enfin rendu à moi- même ;
mais nous devons sacrifier nos goûts aux
usages de la societé où nous vivons . Me
voilà donc rendu à la Philosophie et à
mes Livres ; mais du moins qu'il me soit
permis de philosopher un moment avec
vous sur ce Vers d'Ovide :
Turpe senex miles , turpe senílis amor.
Pour quelle raison veut- on qu'il soit
honteux à un certain âge d'avoir de l'amour
, si notre coeur en ressent encore ?
Pourquoi nous est - il même deffendu d'en
parler comme de chose à quoi nous pouvons
prendre part , si nous avons encore
des désirs à vaincre ? Je ne suis pas satisfait
de la raison qu'Ovide donne de cette
indécence ; l'âge , dit- il , où il convient
B de
2360 MERCURE DE FRANCE
de faire l'amour , c'est celui où l'on est
propre à faire la guerre.
Que bello est habilis , Véneri quoque convenit atas.
Si c'étoit là le vrai motif de l'indécence
, bien des hommes qui ne sont plus
jeunes se croiroient exceptez de la regle,
parce que par les ménagemens qu'ils ont
gardez dans les premieres années de leur
jeunesse , il arrive souvent qu'ils ont besoin
de leur miroir pour avouer qu'ils
ne sont plus dans leur printemps : cependant
quoiqu'ils puissent dire , comme
ils ne peuvent se faire voir que par
les rayons de lumiere qu'une chair fanée
renvoye aux yeux de ceux qui les regardent
, si par malheur ils ont l'imprudence
de parler d'amour , ils n'excitent dans
les autres qu'un sentiment qui doit les
couvrir de confusion , on leur dit avec
Ovide :
Turpe senex miles , turpe senílis amor.
Les hommes ne jugent et même.ne peu
vent juger des objets que selon l'effet
que les impressions qu'ils en reçoivent
font sur eux. Le sentiment qui nous affecte
dépend de notre disposition intérieure
et de la cause extérieure qui meur
l'organe du sentiment. Ce sentiment est
comme
NOVEMBRE . 1754: 236#
comme le son d'un Instrument de Ma
sique , il dépend de l'état où se trouve
la corde et de la main qui la touche.
Les rayons de lumiere qui partent d'un
objet blanc , sont differens de ceux qui
nous sont renvoyez par un objet qui est
autrement coloré ; ainsi la sensation que
l'objet blanc produit en nous ne doit pas
être la même que celle qui nous est causée
par les objets qui ont un autre arrangement
de parties ; les unes de ces impressions
nous affectent plus agréablement
que les autres , selon notre disposition
interieure , selon qu'elles nous conviennent
, selon qu'elles sont à notre
unisson , et nous donnons ensuite aux
objets dont nous recevons les impressions,
des noms conformes , non à ce qu'ils sont
en eux - mêmes , mais aux affections qu'ils
excitent en nous. Ce qui nous affecte
agréablement , nous l'appellons agréable:
Ce qui n'excite pas en nous des émotions
douces , ce qui n'est pas à un certain
unisson , nous blesse , nous choque ; les
esprits animaux qui sont à l'extrémité
des organes de nos sens sont renvoyez
de façon que nous sommes affectez dé
sagréablement , alors nous disons que les
objets sont désagréables , qu'ils ne sont
pas convenables , qu'ils sont indécens
Bij qu'ils
4
2 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ont enfin de mauvaises qualitez ,
et cela uniquement parce qu'ils n'excitent
pas en nous des sensations agréables, c'est.
leur faute ; car après tout nous ne pou- .
vons juger que selon ce que nous sentons-
Des fleurs fraiches et des Aeurs fanées
ne sont traitées differemment que parce
qu'elles font des impressions differentes ;
le musc n'est qu'un sang corrompu , ceux
qui en aiment l'odeur lui font un trai
tement honorable , tandis qu'ils rejettent
avec dégoût les autres objets de même
espece : encore un coup le traitement que
nous faisons aux objets se regle sur l'impression
qu'ils font sur nous.
Les impressions que nous recevons
d'un jeune visage sont , pour ainsi - dire
à l'unisson de certains sentimens intérieurs
dont ils réveillent en nous l'idée s
ainsi nous trouvons de la convenance
entre ces visages- là et ces sentimens ; mais
une personne qui se présente à nous avec
une face ridée , ne renvoye pas les rayons
de lumiere de façon à exciter les sentimens
dont je parle ; ainsi n'ayant pas
un visage qui soit à l'unisson de ces
sentimens , elle ne nous les excite pas ,
nous croyons qu'elle ne doit pas les avoir;
et si elle parle comme les ayant , nous
sommes blessez de la dissonnance que
nous
NOVEMBRE 1734 230
魇
nous trouvons entre ses discours et les
sentimens que nous disons qu'elle doit
avoir; cela est si vrai qua si nous voyions
tous dans la nuit , ce ne seroit plus par
les yeux que nous jugerions de cette sor-
: te de convenance .
Ainsi, quand on est parvenu à un cer
tain âge , on peut bien maintenir par le
mérite personnel des liaisons commencées
dans une saison plus favorable ; mais
con ne doit pas se flater que les seules
qualitez du coeur et de l'esprit puissent
en former de nouvelles , ni qu'elles excitent
d'autres sentimens que l'estime . Nos
sentimens interieurs ont chacun une cause
exterieure destinée à les exciter . Les
bonnes qualitez de l'esprit et du coeur
ne gâtent rien en amour , mais ce n'est
pas là la cause propre destinée à en exciter
le sentiment. Tout y sert , dit Montagne
, mais je puis dire avoir vu souvent
que nous avons excusé dans les femmes la
foiblesse de leur esprit en faveur de leurs
beautez corporelles ; mais je n'ai point encore
vu qu'en faveur de la beauté de l'esprit
, tant rassis et mûr soit-il , elles veuillent
prêter la main à un corps qui tombe tanı
soit peu en décadence. Montagne n'avoit
point vû la Pupille ; mais cet exemple ne
doit point tirer à conséquence.
B iij De
2364 MERCURE DE FRANCE
De la Comédie passons un moment à
'Opera. On joue Acis et Galatée. Je suis
Toujours enchanté de la Musique de Lully.
Je la trouve faite pour les oreilles
des honnêtes gens , il y a une noblesse
et une facilité qui me charme , elle est
à l'unisson de mes sentimens , je n'aime
point une Musique qui me fatigue et qui
me fait aller par sauts et par bonds , où
je sens un travail dont je souffre et où
je trouve je ne sçai quoi de discordant
entre les sons et les organes de mes sentimens
intérieurs. Je crois que c'est de
ce rapport entre les sons et les organes
du sentiment que vient la difference des
goûts dans la Musique ; le caractere et le
goût different des Nations ne vient aussi
de cette difference dans les organes.
Quel dommage que les paroles de cet
Opera ne répondent point à la noblesse
et à l'harmonie de la Musique ! Quelle
difference de Quinaut à Campistron ! Permettez-
moi à ce sujet une refléxion , c'est
qu'il y a deux Langues differentes dans
la même Societé. Il y a le langage des
esprits nobles , élevez , délicats , et le langage
du Peuple et des ames communes.
que
Le même fond de pensée se peut rendre
également en l'une et en l'autre de
ces Langues ; mais quand on est accoutumé
NOVEMBRE. 1734 2365
fumé à la Langué des personnes qui pen-"
sent avec noblesse , on est blessé de trouver
une pensée énoncée dans la Langue
commune ; les personnes qui ont une
certaine élevation et une certaine finesse
dans l'esprit , se servent de termes propres
qui écartent les idées étrangeres et
qui ne réveillent que celles qu'elles veulent
exciter ; elles disent ce qu'il faut et
ne disent que ce qu'il faut , enfin elles
ont un langage et des expressions qui répondent
à leur maniere de penser. Qu'un
homme du Peuple dise à sa Maîtresse
qu'il la demandera en mariage à son père ,
qu'il en fera la demande , je trouve qu'il
parle bien , telle est sa Langue ; mais je
n'aime pas que Polypheme se serve de ce
terme de demande pour dire à Galatée qu'il
obtiendra le consentement de son pere.
Ma demande sera suivie , &c.
Le fond de pensée et sur tout l'expres
sion ne me paroissent pas être du langage
des Dieux .
Qu'un Ecolier dise à son Camarade allons
nous divertir, il parle son langage ;
mais je n'aime point qu'Apollon nous
dise et nous dise deux fois qu'il ne sçauroit
mieux faire que de divertir le plus
grand des Héros. D'ailleurs est - il bien
B iiij conve366
MERCURE DE FRANCE
Convenable que le Dieu s'occupe à di
vertir le Héros !
D'ailleurs combien
d'expressions prosaïques
et peu convenables à la Poësie.
A mon visage , à ma suite ordinaire &c.
Que vous peut importer a
Combien de mots dont les rapports
ne sont pas justes.
Et la rigueur de l'inhumaine
Change en Hyvers tous mes jours les plus beaux.
L'opposition entre les hyvers et les beaux
jours n'est pas bien juste. Quinaut oppose
l'Hyver au Printemps. Le Printemps,.
dit- il , écarte les jeux et les amours , et c'est
Hyver qui les rassemble. Revenons à
Campistron .
Qu'au bruit de nos Chansons la plus fiere Beauté
Ne puisse un seul moment garder sa liberté.
Ce n'est pas le bruit des Chansons qui
fait perdre la liberté , le bruit étourdit ,
c'est je ne sçai quoi de plus doux que
du bruit.
Je craignois pour vos jours sa fureur vengeresse.
Il veut dire sa jalouse fureur ; car il ne
s'agit là que de la jalousie de Polypheme
et nullement de sa vengeance. Polypheme
་
NOVEMBRE 1734 2367
me ne sçavoit point encore qu'il eût un
Rival.
Mais je vois le Cyclope , il prévient mon attente.
Attente n'est pas le mot convenable
en cet endroit- là , ce n'étoit pas le Cyclope
que Galatée attendoit.
Pour hâter mon bonheur je vais tout entreprendre
Votrepere connoît ma force et mon pouvoir ,
Et sçait trop ce qu'on doit attendre
D'un Amant tel que moi réduit au désespoir
Attendre n'est pas non plus le mot
qui convient à desespoirs craindre auroit
été plus juste ; mais d'ailleurs cette menace
est déplacée dans la bouche d'un,
Amant qui dit à sa Maîtresse qu'il va
demander l'agrément du pere.
1
L'imprécation que Polypheme fait
contre Jupiter n'est pas non plus à sa
place. Acis et Galatée s'enfuyent ; donc
Jupiter s'interesse pour eux et Polypheme
entassera Montage sur Montagne
pour aller faire trembler l'Olympe ; cela
n'est pas fondé.
Je ne finirois point si je vous disois
toutes les observationss que j'ai faites sur
set Opera, je ne vous en dirai plus qu'una
seule qui justifie bien une Remarque de
PAuteur des Considerations sur les causes
B de
2368 MERCURE DE FRANCE
de la grandeur des Romains ot de leur décadence.
Il y a , dit- il , de certaines ac-
>> tions qui ne paroissent pas de consé-
» quence dans un tems et qui le sont dans
» un autre. Les premiers Empereurs Romains
ont fait mourir des Citoyens sur
» des titres d'accusation qui nous parois-
> sent aujourd'hui ridicules . Domitien fit
» condamner à mort une femme pour,
» s'être déshabillée devant son image
» c'est, dit- il , que ces actions réveilloient
» dans l'esprit des Romains par raport à
>> leur gouvernement , des idées qu'elles
>> ne nous donnent pas aujourd'hui.
Ainsi dans les premiers tems du Christianisme,
lorsqu'il s'agissoit de détruire le
culte des Idoles , on n'auroit pas souffert
dans des Assemblées de Chrétiens on
que
se fut amusé à faire des Sacrifices à Junon
ni qu'on cût chanté :
Apollon flatte nos voeux
D'un succès heureux.
Nous connoissons sa puissance™
Il remplira notre espérance.
Mais aujourd'hui ce ne sont là
que des
amusemens qui ne tirent point à conséquence.
A propos de ce Livre des Considérations
sur les causes dela grandeur des Romains et
de
NOVEMBRE. 1734 2369,
de leur décadence , je ne doute pas que ,
vous n'ayez la curiosité de le lire et je
vous y exhorte. Vous y trouverez de
grandes vues de politique , et une grande
connoissance du coeur humain , vous aimez
à penser grandement , vous aurez
là dequoi vous satisfaire , on est heureux
de lire de bonne heure les Livres qui éle
vent l'Ame , qui nous donnent des vûës
de gouvernement, de droit Public, et qui
nous aident à connoître les hommes. La
Comédie et l'Opera ne doivent que nous
délasser , gardons- nous bien d'en être
occupez. Que notre ame n'en soit point
amolie , songens que nous sommes hommes
, que nous sommes citoyens , que
nous avons une famille et une Patrie et
que nous nous devons à l'une et à l'autre.
Mais comment remplir ces differents devoirs
, si les amusemens ne nous laissent
pas même le tems de nous en instruire
et de nous en occuper ? Je suis ravi ,
Monsieur , que vous n'ayez pas besoin de
leçon sur ce point , le gout de la lecture
est une grande ressource dans toutes les
- situations de la vie .
"'*
Au reste je ne sçai si les Romains ont
eu toutes les vues que l'Auteur des Considérations
leur prête . Il pourroit bien se
faire que nous leur donnassions des vuës
B vj
2370 MERCURE DE FRANCE
et des projets qu'ils n'ont point eûs , et
que les Evenemens ayent amené leur
grandeur comme ils ont amené leur décodence.
Vous connoissez les sentimens avec
lesquels j'ai l'honneur d'être &c. D. M.
LE CHAT ET LE SERIN ,
S Ans
FABLE.
cage
Ans cesse autour d'une
Rodoit un Chat avide de butin
Dans la cage étoit un serin
Qui charmoit tout le voisinage ,
Par la douceur de son ramage.
Le Chat, comme vous jugez bien,,
De ses desseins , ne laissoit rien
A soupçonner , et la maligne bête
Plus elle avoit de noirceur dans la tête ,
Et plus elle montroit d'innocence en ses jeux ;
Le maître et le serin y furent pris tous deux.
Fai la perle des Chats; disoit notre bon homme ;
Je ne crois pas que de Paris à Rome
On en trouve un plus doux et plus accort ;
A s'y tromper, il fait le mort,
Saure pour le Roy, pour la Reine,
Et
NOVEMBRE. 1734. 2378
Et s'enfuit quand il faut sauter pour l'Empereur,.
Comme si l'on crioit ; Robin à l'écorcheur ,
Fait le boiteux d'une jambe qu'il traîne ,
Ajurer en effet qu'il n'en a plus que trois.
Ce n'est pas toutjavec ces tours adroits ,
Il n'est point carnassier , mange ce qu'on lui
donne ,
Mais rien de plus. Il ne vole personne .
N'ayez pas peur qu'il soit tenté
De gruger mon Serin,il est en sureté ,
Mon Chat et lui vivent ensemble
In bons amis qu'un même toît rassemble ;
Mon Chat au travers des barreaux,
Reçoit un coup de bec et rend' un coup
pate ,
Qui blesse bien moins qu'il ne fatte .
Oh ! mon Chat aime les oiseaux.
Pendant ce beau discours notre homme ouvre la
Cage ,
.
Et tourne la tête un instant ;
Son Chat en quatre coups de dents
Croque l'oiseau qu'il aimoit tant
Ce Chat pourtant n'aimoit
point
k carnage
.
Peres, trop confiants
; cette Fable est pour vous ,
Tous les Amans sont chats ; redoutez
le plus
sage ;
Précipitez le mariage ,
Et fermez toujours les verroux
D. L. M.
372 MERCURE DE FRANCE
NOUVEL OUVRAGE de M. Titon
du Tillet. Lettre de M. R. L. D. sur
ce sujet , écrite à M *** le 6. Novem
bre 1734.
L vient , Monsieur , de paroître encore
un Ouvrage de M. Titon du Tillet
, qui me paroît digne de votre attention
, et dont je me fais un plaisir de
vous rendre compte avant même qu'il
soit répandu dans le Public. En voici les
Titre.
*
ESSAIS sur les Honneurs et sur les
Monuments accordez aux Illustres Sçavants
pendant la suite des siécles , où l'on
donne une legere idée de l'Origine et du
Progrès de toutes les Sciences et de tous
les Beaux Arts , 1. vol. in 12. d'environfoo
pag. par M. Titon du Tillet , Maître
d'Hôtel de feue Madame la Dauphine
Mere du Roy, et Commissaire Provincial
des Guerres.
Cet Ouvrage est divisé en quatre Discours
, outre la Préface , dans laquelle
P'Auteur fait connoître le Dessein qu'il
s'est proposé et donne des marques
éclatantes de son Amour et de son Żele
,
pour
NOVEMBRE. 1734. 2373
pour la Gloire des Grands Hommes dans
tous les differents Etats.
PREMIER DISCOURS. Des Honneurs rendus
aux Personnes qui ont fait fleurir les
Sciences et les Arts , parmi les plus anciens
Peuples de la Terre ; les Hebreux, les Assyriens
, les Egyptiens , les Pheniciens , &c.
Comme notre Auteur fait remonter sa
premiere Epoque jusqu'au tems d'Adam,,
il parle d'abord de cette maniere : Les
premiers Hommes qui ont donné naissance
aux Arts , furent les plus conside
rez et les plus respectez parmi le premier
Peuple de la terre , auquel ils avoient
appris à subvenir aux besoins etaux commoditez
de la vie , à connoître les pro
ductions et les merveilles de la nature
et à glorifier le Seigneur. Adam , ajoutetil
, depuis son peché fut obligé de cultiver
la terre ; Caïn s'appliqua aussi à
PAgriculture , et bâtit la premiere Ville
appellée Enochée du nom de son fils
Enoch. Jubal fils de Lamech fut pere de
ceux qui chantent et jouent de l'Orgue
et de la Harpe . Tulbacain son frere eut
l'Art de travailler avec le Marteau , et fut
habile en toutes sortes d'Ouvrages d'Airain
et de Fer. Nohema soeur de Jubal
et de Tulbacain , inventa l'Art de filer
d'ourdir pour fabriquer des Etoffes.
Les
2374 MERCURE DE FRANCE
Les Payens ont fait de Jubal , leur Apollon
, de Tulbacain , leur Vulcain
Nohema , leur Minerve.
de
Enoch fils de Seth et petit- fils d'Adam,
commença d'invoquer le nom du Seigneur
, ce qu'on doit entendre par un
culte extérieur et même par des Hymnes.
et par des Cantiques à la Gloire de Dieu ,
car on ne peut pas douter qu'Adam et
Seth n'ayent prié et invoqué le Seigneur
intérieurement et en particulieur , avant
Enos . Noë construisit l'Arche avant le
Deluge. On pourroit donc dire que Caïn
et Noë ont été les premiers Architectes,
et qu'ils ont donné naissance à la Géometrie
et aux Mechaniques , et que Noë
est aussi l'Inventeur de la Navigation .
Moyse a transmis à la Posterité les
noms fameux de ces premiers Hommes. ,
qui inventérent les Arts dont on vient
de faire mention . L'Auteur parle ensuite
des Hommes Célebres qui parurent après
le Deluge.
Nemrod , arriere - petit fils de Noë ,
homme ambitieux , se rendit recommandable
par son sçavoir dans l'Astronomie ,
Science en grande estime de son temps ,
par laquelle il imposa au Peuple , et qui
contribua beaucoup à le faire reconnoître
pour le premier Monarque de la Terre.
Ayant
NOVEMBRE. 1734. 2375
Ayant fondé l'Empire des Babyloniens
et des Assyriens , le plus ancien du
Monde , il fit élever la fameuse Tour de
Babel ; il bâtit Babylone et quelques autres
Villes. Après sa mort , les Peuples
sur lesquels il avoit étendu sa Domination
, lui érigerent des Statues et lui consacrérent
des Temples sous le nom de
Belus , et ils furent les premiers Auteurs
de la funeste Idolâtrie.
Ninus Empereur des Assyriens , et la
fameuse Semiramis son Epouse, qui regna
après lui , ont leur place dans ce premier
Discours. On y voit la Magnificence avec
laquelle Semiramis orna la Ville de Babylone
, et on remarque d'après Diodore)
de Sicile , que les superbes Remparts de
deux lieües et demi de circuit , dont elle
l'avoit entourée , étoient revêtus de briques
peintes avant que d'être cuites , qui
représentoient diverses sortes d'Animaux :
Le même Historien dit aussi , que cette
Princesse fit élever des Jardins sur les
Murailles ou Remparts de cette Ville ,
et qu'elle avoit fait bâtir des Aqueducs
pour y conduire des Faux.
Les Rois d'Egypte paroissent ensuite
, sur tout , ceux qui se sont rendus
célébres par leur Science et qui ont
donné de justes Loix et policé les Peuples
,
2376 MERCURE DE FRANCE
ples sur lesquels ils étendoient lenr Empire.
Osiris et Isis sa femme n'y sont pas
oubliez , non plus que Mercure Trismegiste
, qui furent si cheris de leurs sujets
et qui furent mis au nombre des Dieux.
On parle ensuite des Arts qui étoient
exercez chez les Egyptiens et de la magnificence
de ces Peuples , de la superbe
Ville de Memphis , de celle de Thebes à
cent portes , des Pyramides , du vaste et
magnifique Labyrinte de Maris et de
quelques autres grands Edifices , élevez
avant le tems de Moyse , qui font connoître
que l'Architecture , la Sculpture ,
et la Peinture , brilloient chez ces Peuples,
qui s'apliquoient aussi aux Sciences
de Méditation , telle que la Philosophie,
la Medecine et les Mathematiques.
,
,
On fait paroître encore dans ce Discours
divers Sçavants dont plusieurs
ont été placez sur le Trône par les Peuples
qu'ils avoient instruits des Sciences,
et des Arts qui leur étoient utiles . David
et Salomon y sont distinguez parmi tous
les autres. Zoroastre Roy des Bactriens ,
Janus Roy des Latins , Cecrops , Minos,
Phænix et Cadmus , y tiennent aussi des
premiers rangs Dedale et Memnon ,
ces Artistes si ingénieux y sont encore
placez. On voit les honneurs qui ont été
accorNOVEMBRE
1734 2377
accordez à ces Hommes Illustres . On les
élevoit sur le Trône , on frapoit des Medailles
en leur honneur , on leur élevoit
des Statues , on donnoit leurs noms à
des Provinces , à des Villes et à des
mois de l'année on les Deifioit quelquefois
, et on leur bâtissoit des Temples.
Je n'ai pû , Monsieur , éviter de
m'étendre un peu surle premier Discours,
pour vous faire voir le plan que l'Auteur
s'est fait en parlant de l'Origine des
Arts et des Sciences, dont il donne, d'une
maniere concise , une idée nette , et qui
peut contenter la curiosité des Lecteurs.
SECOND DISCOURS. Du Progrès
des Sciences et des Beaux Arts en Grece
et des Honneurs et des Monuments accor
dez aux Sçavants. Quoiqu'on vienne de
dire à l'avantage des Peuples plus anciens
que les Grecs , et qu'on ait fait connoître
qu'ils sont les premiers Inventeurs des
Sciences et des Arts ; cependant Ciceron ,
Horace , Quintilien , et la plus grande
partie des Sçavants Romains , reconnoissent
les Grecs pour les Peres des Sciences
et des Beaux Arts , sans doute parce qu'ils
les ont augmentez par de nouvelles découvertes
, qu'ils les ont encore perfectionnez
, qu'ils en ont donné les plus
justes regles , et qu'ils en ont laissé les
plus
2378 MERCURE DE FRANCE
plus excellents modéles. L'Auteur fait
connoître , en effet , que les Grecs ont
donné les premiers modéles de tous les
differents genres ou caractéres de Poësies,
et rapporte les noms de ceux qui les ont
traitez . Il parle aussi des plus anciens
Musiciens de la Grece , il fait paroître
les Sages , les Philosophes , les Orateurs :
il dit enfin après Ciceron , qu'Herodote
est le Pere de l'Histoire.
On voit dans ce Discours ceux qui parmi
les Grecs ont inventé ou perfectionné
quelque Science , ceux qui ont imaginé
quelque systême et qui ont trouvé quelque
instrument ou quelque machine
propre à le démontrer . On y parle du
progrès des Beaux Arts,de l'Architecture,
de la Peinture , de la Sculpture , et de
plusieurs beaux Ouvrages dans ce genre.
On vient ensuite aux honneurs et aux
Monuments qui ont été accordez aux
personnes qui ont excellé dans les Sciences
et dans les Beaux Arts. On fait connoître
qu'on les élevoir quelquefois aux
premieres Dignitez de l'Etat , qu'on leur
donnoit des présens et des pensions considérables
, qu'on leur accordoit des Brevets
pour être nourris dans les Hôtels de
Ville aux dépens du Public et pout
avoir place aux Spectacles et aux Assem
,
blées
NOVEMBRE . 1734 2379
blées generales dans le premier rang ;
que les Rois , les Héros , et tout ce qu'il
y avoit de plus grand en Grece
visitoient
les Sçavants , leur écrivoient des
Lettres obligeantes , et leur envoyoient
des Ambassadeurs pour les inviter à venir
à leur Cour : On gravoit les noms
des célebres Ecrivains sur le Marbre et
sur l'Airain , et on les inseroit dans des
Registres consacrez à l'immortalité .
Leurs Ouvrages , principalement ceux
des Poëtes , étoient gravez en beaux Caractéres
et en Lettres d'or , dans les Temples
et dans les Edifices publics . On les
lisoit aussi par des Decrets des Magistrats,
dans les Assemblées de ces Jeux publics ,
si vantez dans la Grece , pour faire honneur
à leur mémoire. On accordoit des
Privileges et des Prééminences aux Villes ,
et on les rebâtissoit pour honorer le Lieu
de leur naissance. Dans les Jeux publics
célebrez en l'honneur des Dieux et des
Héros , on couronnoit les Ecrivains Illustres
avec l'Olivier , le Laurier, l'Ache,
et differents autres feüillages , au milieu
des acclamations du Peuple. On les faisoit
ensuite entrer en Triomphe dans les
Villes. Les Rois , les Republiques , leur
donnoient aussi des Couronnes d'or : les
Pierres précieuses étoient employées à
gras
2380 MERCURE DE FRANCE
graver leurs Portraits. On trouve des
Medailles et des Medaillons de quelques
Sçavants de la Grece , et même des Monnoyes
où leurs Têtes sont gravées , lesquelles
avoient cours dans le Commerce.
Enfin la véneration qu'on avoit pour eux
étoit si grande , qu'on leur érigeoit des
Statues , des Pyramides , des Colonnes
des Tombeaux , et jusqu'à des Temples.
et
On donne dans ce même Discours des
exemples de tous les honneurs accordez
aux Sçavants . On y remarque aussi que
les Grecs les plus distinguez par la valeur
et par les grands Emplois , donnoient
non seulement des témoignages de leur
estime particuliere aux Sçavants , mais
qu'ils vouloient se signaler eux- mêmes
par leurs Ecrits. On raporte là- dessus les
noms de plusieurs personnes qui ont également
brillé du côté de l'Erudition
par leurs belles actions. Periclés , Alcibiade
, Epaminondas , Xenophon , Alexandre
Ptolomée , sont de ce nombre.
Dans le même Discours il est encore parlé
des Grands Architectes , des fameux
Peintres et des excellents Sculpteurs , des
honneurs et des récompenses qu'ils reçûgent.
On y fait la Description des Jeux
Gymniques ou publics, tels que les Olym
piques en l'honneur de Jupiter , les
IsthNOVEMBRE.
1734. 2385
·
Isthmeens en l'honneur de Neptune
les Pythiens en l'honneur d'Apollon
les Neméens en l'honneur d'Hercule & c.
On y fait enfin la Description du Mont
Parnasse , et de la Pleiade des Grecs , et
aussi celle de leur Bibliothéque , où l'on
fait connoître en quoi consistoit leur
Papier et leur Encre , et la maniere dont
ils s'en servoient , de même que la forme
de leurs volumes,
La suite pour
le Mercure prochain.
ののの
LETTRE de M. le Chevalier de..¿
à M. D. S.
J''AAii quatre-vingt six ans complets et revolus,
Vous en avez , m'a t'on dit , six de plus.
Bien loin d'être jaloux d'un si rare avantage ,
Comme votre Cadet , je viens vous rendre hom
mage.
Je le fais , Monsieur , d'autant plus
volontiers qu'il n'est bruit ici que des
jolis Vers que vous enfantés dans vo
tre retraite , en l'âge auquel la nature
est ordinairement sterile . Ils sont , ces
Vers charmans , l'admiration des Connois
seurs les plus renommez. Les Rousseaux
2382 MERCURE DE FRANCE
et les Voltaires , s'ils les avoient faits ne
les désa voüeroient
pas.
J'en ai lu quelques - uns et j'en suis enchanté.
Quel feu , quelle vivacité ,
Ne voit-on pas briller dans ces rares ouvrages
Mais n'avez vous pas pris , dites en vetité .
Quelque jeune Muse à vos gages ?
Ou si vorre Maître Apollon
Vous aprit le secret qui rajeunit Eson ?
Quoiqu'il en soit , rien n'égale l'heureux
talent que vous avés pour tous les
Genres de Poësies . Pour égayer ma vieillesse
je m'amuse assez souvent à faire des
Vers. Mais quand je veux chercher quel
que Analogie entre vos Chants divins et
mes timides Chansons , il me semble entendre
:
Argatos inter strepere Anser olores.
Cependant, si vous voulez , Monsieur,
que nous nous communiquions réciproquement
ce que nous inspirerent nos
vieilles Muses , je ferai céder sans peine.
l'amour propre au plaisir d'avoir de vos
ouvrages , pour me servir de modele , et
je ne ferai point de difficulté de vous
envoyer les rêveries de ma caduque et
tremblante Muse,
Ce
NOVEMBRE. 1734. 238.3
Ce commerce à compter nos ans ,
Ne sera pas un jeu d'Enfans .
Je suis Monsieur , &c.
A Paris le 10. Novembre 1734:
ttttttttu
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Villeneuve
, lez Avignon , le 6. Octobre 1734
au sujet d'une nouvelle Chapelle & c.
C
Omme les Exemples de pieté, d'une
certaine dépense , sont assez rares ,
on ne doit pas les laisser dans l'oubli ,
afin de donner par là une sainte émulation
aux personnes qui sont en état d'en
faire. On trouve à deux lieües d'Avignon
un Village appellé Rochefort, bâti au pied
d'un Rocher , dont l'Eglise Paroissiale ,
qui est unique , se trouve sur une hauteur
si escarpée , que les avenuës en ont
toujours été impraticables aux vieillards,
que dans les rigueurs des Saisons , elles
le sont même aux personnes les plus robustes
; les vents qui sont très - forts et
très- fréquents ici , les pluyes d'Hyver qui
produisent du verglas , rendent ces che
mins très-dangereux ,et exposent bien des
personnes à ne pas entendre la Messe los
jours même d'obligation. Les Habitans.se
C. sont
2384 MERCURE DE FRANCE
sont plaints long-tems inutilement de la
difficulté qu'ils trouvoient à remplir leur
devoir de Paroissiens . Enfin le Seigneur
a exaucé leurs voeux , et on vient de leur
procurer un moyen facile pour pouvoir
entendre la Messe commodément tous
les jours de la semaine, quelque tems qu'il
fasse. M. Pierre Paligeai , riche Bourgeois
de ce Lieu, vient de faire bâtir au bas du
Village une Chapelle d'un très -bon gout
à l'honneur de la Sainte Famille. Comme
il s'agissoit d'un Monument destiné pour
la gloire de Dieu et pour la dévotion des
Fideles , il n'a rien épargné pour le ren
dre digne de celui à qui il devoit l'offrir.
Il a pris toute tendue que le terrain a
pû lui permettre , choisi la plus belle
pierre des environs , et les plus habiles
ouvriers y ont été employez ; la propreté
des ornements , la finesse de la Sculpture
et du boisage , une Cloche enfin d'une
grosseur raisonnable , tout répond parfaitement
à la beauté de l'Edifice . Je n'entrerai
dans aucun détail là- dessus il
suffira de dire que Dimanche dernier
troisième jour d'Octobre consacré à la
Fête de N. D. du Saint Rosaire , la Bénediction
en fut faite par l'Archevêque
d'Avignon avec beaucoup de solemnité ;
ce digne Prélat qui marque chaque jour
de
NOVEMBRE 1734 2385
de sa vie par quelque action de piete
envers la Religion ou envers les Pauvres,
pour témoigner au Fondateur combien
cette bonne oeuvre lui étoit ag table
woulut en faire la Cérémonie lui -même.
Un chemin de quatre lieues des plus impratiquables
aux carrosses ne le rebuta
point . Par le moyen d'une Chaise ce Prélat
arriva la veille à la Chapelle aux ac
clamations d'un Peuple infini . La Fête
commença le soir par des Feux de joye
et par un grand nombre de fusées , et la
Bénédiction solemnelle se fit le lendemain."
Elle finit sur les dix heures du matin
après laquelle M. Paligeai fit donner un
repas general à tous les Paroissiens pour
éviter la confusion ; il fit distribuer à tous
les Chefs de famille autant de portions
de viande , de pain et de vin qu'il y avoit
de Personnes dans chaque maison. Ily
eut ensuite un grand dîner pour tous les
Notables duLieu et un troisième magnifique
pour l'Archevêque et pour le Clergé
qui s'étoit rassemble des Paroisses voisines
; une partie de l'après midi se passa
à la Bénédiction de la Cloche , après la
quelle le Prélat jetta au Peuple par les
fenêtres toutes sortes de sucreries et des
pieces d'argent.
Le zele , au reste, de M. Paligeai ne
Cij bor2386
MERCURE DE FRANCE
borne pas à la simple construction d'une
Chapelle , il va établir un fond considérable
pour l'entretien d'un Prêtre qui y
célébrera journellement la Messe . Le Seigneur
ne lui ayant point donné d'Enfans,
il a cru ne pouvoir mieux disposer d'une
partie de son bien qu'en l'honneur de
Dieu et de la Sainte Famille , en érigeant
un Autel sous son invocation , pour satisfaire
à la dévotion de ces pauvres habitans
qui ne désesperent pas de voir un
jour transferer leur Paroisse dans ce nouvel
Edifice.
A Cantate suivante est de la composition
de M. de Nizors , Licutenant
dans le Regiment de Poitou , fils
de M. de Lagrange Chancel , connu par
ses Ouvrages Dramatiques.
L'AMANT GUERRIER,
CANTATE.
L'Aigle qui m'a donné le jour
S'éleve au-dessus du tonnerre ,
de la terre,
Et c'est en vain que ,
Le tâche comme lui de quitter le séjour ,
S'il
NOVEMBRE. 1714. 2387
S'il faut qu'aux perils de ma vie
Je suive les chemins qui me seront tracés ,
J'ai de la force assez pour servir ma patrie :
Pour chanter ses exploits je n'en ai point assez.
S'il faut d'une belle
Chanter les appas
Ma Lire fidelle
Ne me manque pasi
Que Mars se contente
Du bruit des tambours
Les sons qu'elle enfante
Sont pour les amours.
Mais l'airain bruyant qui m'appelle
D'une Guerre sanglante a donné le signal .
Nos Guerriers sont armez d'une audace nouvelle
Contre l'imitateur des ruses d'Annibal :.
N voit nos Bataillons animez par la gloire,
De ses plus forts ramparts saper les fondemens.
Et le vainqueur des Ottomans
Est témoin de notre victoire .
3 En vain le Rhin épouvanté ,
Contre nos Guerriers intrépides
Déchaîne ses vagues rapides
Pour deffendre sa liberté ..
C iij Rien
2388 MERCURE DE FRANCE
Rien ne retarde nos conquêtes ;
Nous bravons la fureur du Rhin ,'
Tandis que cent bouches d'airain
Font voler la mort sur nos têtes
En vain le Rhin épouvanté &c.
Mais parmi les perils où la gloire me guide ,
Je me souviens toujours des yeux qui m'ont
charmé;
On ne peut imiter Alcide ,
Sans chercher comme lui le plaisir d'être aimé .
Entre Delphine et la Victoire
Je me partage tour à tour ;
Je donne mon bras à la gloire ;
Et garde mon coeur pour
l'Amour.
On voit souvent près d'une Belle
Le renom d'Amant courageux ,
Produire un succès plus heureux
Que le titre d'Amant fidelle.
On dit que l'aimable Cipris
Trouva plus d'apas dans l'audace
Du terrible Dieu de la Thrace
Que dans les respects d'Adonis.
On voit souvent près d'une Belle
Le renom d'Amant courageux ,
Fro
NOVEMBRE. 1734. 2389
Produire un succès plus heureux
Que le titre d'Amant fidelle.
LETT RÉ écrite de Rome le 30. Septem
bre 1734. par M. B. G. J. contenant
Pexplication d'un Principe de Descartes,
et Réponse à une objection & c.
E sçavant et délicat Auteur du Pa
Lrallele de la Philosophie Cartésien
ne et de la Philosophie Newtonniene
dit dans un de vos derniers Journaux
qu'il ne peut gouter ce Principe de Descartes
, que si dans le monde la quantité du
mouvement n'étoit pas toujours la même , ily
auroit de l'inconstance en Dieu. Hajoute que
le P. Daniel a déja suffisament détruit ce
principe. Je ne m'arrête point ici à répon
dre,du moins quant à présent,à ce qu'a dit
le P. Daniel là dessus, soit parce qu'il y a
déja long-tems que sonLivre a paru, et que
sans doute on y aura répondu ; soit parce
que toute la preuve du P. Daniel consiste
dans un fait , et que tous les faits , même
les plus simples , ont toujours beaucoup
d'obscurité , que leur explication dépend
d'une infipité d'observations , et qu'enfin
il est toujours aisé à chacun de les expli-
C iiij quer
2350 MERCURE DE FRANCE
quer de quelque maniere que ce soit ,
selon son systême. Je m'attache ici uniquement
à la parité qu'on fair des figures
avec le mouvement. Je m'y attache d'autant
plus volontiers que cette objection
est neuve , specieuse, capable d'imposer,
et qu'elle nous donnera occasion d'approfondir
et de développer la pensée de Des
cartes.
Si la quantité du mouvement dans le
monde n'étoit pas toujours la même , il'
y auroit en Dieu du changement et de
l'inconstance ; et il n'y a en Dieu ni changement
ni inconstance , quoique la quantité
des figures ne soit jamais la même.
La raison de cette difference est que le
plus ou le moins de mouvement dans le
Monde demande de la part de Dieu plus
ou moins d'action , ce que ne demande
pas le plus ou le moins de figures. Pour
entrer dans la preuve de cette verité
nous commencerons par une chose avouée
de tous les Philosophes ; delà , par analogie
, nous viendrons au point qu'on nous
dispute , et enfin en troisiéme lieu nous
détruirons la parité qu'on nous oppose.
On conçoit que le Monde materiel ,
consideré dans sa totalité , est comme une
vaste et admirable Machine très - simple
et très-féconde , toujours constante et
uniNOVEMBRE.
1734 2391
uniforme dans ses Principes , et toujours
variée dans ses effets . Cette admirable
Machine ne peut ni subsister ni jouer par
elle- même , mais seulement par l'action
de Dieu , et dans cette action de Dieu
très simple , très- constante et très- uniforme
on peut distinguer comme deux
actions ; la premiere est celle par laquelle
il conserve toutes les parties de la matieres
et la seconde est celle par laquelle il leur
donne le mouvement.
eet
1º. Cette premiere action de Dieu par
faquelle il soutient la matiere dans l'Etre
s'appelle conservation , et n'est autre
chose qu'une crêation continuée . Cette
action de Dieu ne croît point et ne diminuë
point , parce que la quantité de la
matiere ne croît ni ne diminuë . Si pour
conserver et faire aller la Machine de
cer Univers il falloit que Dieu tantôt
créat un Astre et tantôt qu'il en détruisit
un autre &c . l'action de Dieu par laquelle
il conserve , ne seroit plus uniforme er
la même. Car il faut plus d'action conservatrice
pour conserver plus de matiere,
et il en faut moins pour en conserver
moins. Dieu alors seroit semblable à um
Horloger , qui ayant fait une très- belle
Horloge , seroit néanmoins obligé tantor
d'ajouter une roue , tantôt d'en ôter une
C v autre
2392 MERCURE DE FRANCE
la
autre, tantôt d'en substituer une plus peti
te à une plus grande , tantôt une plus gran .
de à une plus petite &c. Qui ne voit que
par- là l'ouvrage perdroit tout son prix, et:
l'ouvrier toute sa gloire ? que ce ne seroit
plus une seule et même Machine , mais:
differentes Machines qui se succederoient,
et que l'Auteur ne se soutiendroit pas
lui- même ? Or cet inconvénient que
raison nous dit , ne pouvoir tomber sur
l'ouvrage de Dieu , parce qu'il retomberoit
sur Dieu même , est une raison suffisante
à tout Philosophe pour assurer que
la quantité de la matiere est toujours la
même. Et c'est la premiere chose que
nous avons dit, que personne ne dispute..
Suivons donc cette route et allons plus.
loin , au point disputé.
2º. La seconde action de Dieu dans la
Monde materiel , est celle par laquelle
il imprime et conserve le mouvement à
toute la matiere. La matiere n'a pas plus
le mouvement par elle-même qu'elle a
l'être ; et elle ne le peut non plus recevoir
des autres créatures , dont par sa nature
elle ne dépend pas. Elle ne peut le
recevoir que de Dieu ; le mouvement dans
le Monde est donc une action de Dieu ,
et cette même action de Dieu qui l'a
d'abord imprimé, est la même qui le con
serve
NOVEMBRE. 1734. 2393
serve. Si le mouvement croît ou diminue
dans le Monde , il faut que l'action de
Dieu croisse ou diminuë ; car il faut plus
d'action motrice pour produire plus de
mouvement , et il en faut moins pour en
produire moins. Or cette action de Dieu
qui fait le mouvement , ne doit
pas
moins porter le caractére de constance
d'égalité , d'uniformité , que celle qui
conserve la matiere. Donc si l'on rejette
toute variation dans l'action de Dieu qui
conserve la matiere , en soutenant que la
quantité de la matiere est toujours la
même ; on ne peut pas plus en admettre
dans l'action de Dieu qui fait le mouvement
, et l'on doit soutenir que la quan
tité du mouvement est toujours la même.
Si la Machine de l'Univers étoit telle
ment construite que le mouvement y
fûe tantôt plus grand et tantôt moindre ,
tous les inconvénients que nous avons
rapportez ci-dessus , en parlant de la
quantité de la matiere , se retrouveroient
ici. Dieu-seroit semblable à cet Horloger,
Lequel, à la verité, pour faire représenter
à sa Machine ce qu'il voudroit , ne changeroit
rien aux roles et aux piéces qui
la composent , mais qui cependant tan
tôt augmenteroit et tantôt diminueret
la force des poids ou des ressorts qui the
و
C wj
four
I
* 394 MERCURE DE FRANCE
font mouvoir ; ce qui ne nuiroit pas
moins à la beauté de la Machine et au
mérite de l'inventeur , que s'il étoit obligé
de toucher aux roues ou de les changer.
Donc on ne peut admettre cette inégalité
de mouvement dans le Monde sans
être forcé d'avouer en même tems que .
l'ouvrage de Dieu dans ses principes n'est
ni constant ni uniforme , et que l'action
de Dieu est sujette aux variations
changement , à l'inconstance. Ce qui ne
pouvant être admis d'aucun Philosophe
il faut donc avouer que dans le Monde
la quantité du mouvement est toujours.
la même . Et c'est là , ce me semble , le
sens du principe de Descartes.
>
au
Mais il n'en est pas ainsi des figures
et cette difference servira encore à éclaircir
ce que nous venons de dire. Les figures
peuvent croître ou diminuer ; leur
nombre peut -être ou plus grand ou plus
petit , sans que l'action de Dieu change ;
et par conséquent sans qu'il y ait de
changement ou d'inconstance en Dieu ..
La raison de cela , c'est que les figures ne
dépendent point d'une action particuliere
de Dieu , distincte des deux précedentes
dont nous avons parlé ; et que par conséquent
elles peuvent varier sans que
L'action de Dieu varie. Pour bien com
pren
NOVEMBRE. 1734 2395
prendre cela , on peut considerer les
figures en deux états.
1. Dans un état stable et permanent
et alors elles appartiennent à l'action de
la conservation. Or dans une masse de
matiere il peut y avoir plus ou moins
de figures , sans que la masse croisse ou
diminuë. Supposez donc que la masse ou
la quantité de la matiere soit toujours là
même , l'action conservatrice sera toujours
la même aussi ,sans augmentation ni
diminution , quelque nombre de figures,
grand ou petit , que vous y veüilliez
supposer.
2
2. Les figures peuvent être considerées
dans un état de changement actuel
comme lorsque de plusieurs petits quarrez
, il ne s'en fait qu'un seul grand , ou
que d'un seul grand il s'en fait plusieurs
petits : les figures considerées dans cet
état, appartiennent à l'action motrice.Or
la même quantité de mouvement peut
également servir ou à faire de plusieurs
figures une seule . ou d'une seule
plusieurs , sans qu'il soit nécessaire pour
cela qu'elle augmente cu diminue. Sup
posé donc que la quantité du mouvement
soit toujours la même dans le Monde
L'action de Dieu sera toujours la même ,
soit qu'il se fasse plus ou moins de figu-
>
Les
2396 MERCURE DE FRANCE
res. Par conséquent le plus ou le moins
de figures dans le Monde ne prouve pas
qu'il y ait en Dieu , ou en son action
ni variation , ni changement , ni inconstance
, au lieu que tout cela s'y trouveroit
si la quantité du mouvement ,
ainsi que la quantité de la matiere, n'étoit
pas toujours la même .
Quoique dans une Horloge il sonne
dans un certain tems un certain nombre
de Timbres ; que dans un autre tems il
en sonne plus , et dans un autre moins
cela ne dénote aucune imperfection ou
variation , ni dans l'ouvrage , ni dans.
Fouvrier parce que cette difference est
Peffet de l'action de la Machine toujours
composée des mêmes piéces , et toujours.
mue par les mêmes forces . Effet varié
mais sans variation dans les principes
effet nécessaire , conséquent , prévû
ordonné , qui fait la perfection de la Machine
et le mérite de son inventeur..
Voilà , Monsieur les Réflexions que
j'ai cru devoir vous communiquer, et que
Vous pourrez , si vous le jugez à propos ,
donner au Public. Que le Dieu , notre
Pere Auteur de ce bel Univers , vous
donne sa grace et nous rende dignes de le
posseder un jour lui - même , après l'avoir
admiré dans ses Ouvrages. J'ai l'honneur
d'être &c. ER L
و
و
"
3 NOVEMBRE. 1734 2397
EPITRE
De M.de R*** , Capitaine d'Infanterie,
à M. l'Abbé✶ to
LoOin de ces Montagnes ,
Ami d'Apollon ,
Tu fais tes Campagnes
Au sacré Vallon ;
Ce Dieu t'y couronne
Des mêmes Lauriers
Qu'à ses fiers Guerriers :
Dispense Bellone..
Quels plus doux attraits 2
Le sanglant Cyprès ,
Qui fuit ta victoire ,
Epargne à ta gloire.
De cruels regrets ..
Philosophe
Arbitre :
Des illustres Fous 91
D'un fastueux titre-
Tu n'es point jaloux..
!
Aux droits d'an Monarques
Immolant le cours
De ce peu de jours
Que le sort nous marque
Non , tu n'iras pas
I
398 MERCURE DE FRANCE
D'un noble trépas
Défier la Parque.
Paisible Héros ,
Dans ton doux azile-
Feuillete en repos
Horace et Virgile.
Joüis sans danger
D'un loisir solide .
Que mon coeur avide
Cherche à partager..
Bien -tôt les haleines
Des froids Aquilons
Suspendront nos peines
Loin de ces Vallons
Déja la Nature ,
Vieillie en ces lieux ;
Dérobe à nos yeux
Sa jeune parure.
Loin de nos frimats
L'aimable Zéphire
Pour Flore soupire.
Dans d'autres climats ,
Déja de Pomone
Les soins s'épuisant !
Offrent de l'Automne
Les derniers présens..
La tardive Aurore
Craint avec raison
De paroître
encore
03
NOVEMBRE, 1734 2399
Sur notre horison ;
Les pleurs inutiles
Qu'elle va verser >
;.
Bien- tôt vont glacer
Nos Voutes mobiles.
L'humide Orion
Nous dérobe et noye
Un tiede rayon
Que Phébus
envoye.
Mars , du tendre Amour
L'inquiete
Mere
Attend à Cythere
Ton heureux retour.
Rival de Bellone ,
Le plaisir flateur
C
Déja t'y couronne
D'un Myrte enchanteur.
Sa voix séduisante
Rappelle à Paris
La Troupe brillante-
De tes Favoris.
Tendre Amour , ramene
Dans mes bras heureux :
L'aimable Climene ,
Fidelle à sa chaîne ,
Sensible à mes feux ;-
Qu deux fois volage ,
Qu'un égal partage
Chasse en ma faveur
1400 MERCURE DE FRANCE
Le Consolateur
D'un trop long veuvage.
Sous tes douces Loix
Troupe redoutable ,
Loin du Sexe aimable ,
Suspend tes exploits ..
Rendez-nous les armes
Rivaux trop heureux
;
Qu'un soin genereux
Eclipse vos charmes
Fuyez promptement ,
Et de l'Hirondelle
Prenez pour modele
Le départ prudent.
Quand Mars implacable
Fera sur le Rhin
Bruire de l'airain
Le son formidable ;
Paroissez soudain.
Par plus d'un chemin
On suit la Victoire..
De retour , Zéphir
Nous mene à la gloire
Et vous au plaisir ,
Empruntez ses aîles
Dans le temps des Fleurs ,
Heureux Successeurs ,
Venez de nos Belles.
Essuyer les pleurs..
1
NOVEMBRE. 1734. 240
LETTRE de M .... sur la Dissertation
de M. l'Abbé le Beuf, Chanoine d'Au
· xerre , qui a remporté le Prix de l'A
cadémie des Belles- Lettres.
L
A Dissertation dont vous m'obli
gez , Monsieur , de vous rendre uni
compte sommaire , a été imprimée ici
chez Guérin , Libraire , petit in - donzer
d'environ 100. pages , sous ce titre :>
DE L'ETAT des Sciences dans l'étendue
de la Monarchie Françoise sous Charlemagne.
DISSERTATION qui a rem
porté le Prix fondé dans l'Académie Royale
dee Inscriptions et Belles- Lettres , par M. le
Président Durey de Noinville , et propose
par la même Académie pour l'année 173.4
Par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre,
Je crois d'abord devoir observer que
cette Dissertation est la premiere qui ait
remporté le Prix de l'Académie des Bel
les- Lettres , parce que la Fondation n'a
été faite , ou au moins n'a été connuë ,
qu'en 1733. ainsi qu'on a pû le voir
dans le Mercure du mois d'Avril de la
même année.
L'Auteur fait remarquer au commen
cement
1
2492 MERCURE DE FRANCE
cement jusqu'à quel point l'ignorance
éroit parvenue , lorsque Charlemagne
choqué du mauvais style d'une Requête
que des Religieux lui présenterent , se
détermina à rétablir les Etudes dans toutes
les Cathédrales et dans les principaux
Monasteres ; qu'Alcuin , qui étoit
Anglois , Théodulph , Italien , et Let
drade , Allemand , furent ceux que le
Prince employa pour inspirer aux François
le goût des Sciences ; que l'on commença
par redresser la mauvase maniere
d'écrire , d'où dépend celle de lire ; et
que la chose réussit en peu de temps.
3
La Bible fut un des premiers Livres
qu'on s'appliqua à transcrire corectement
en tout ou en partie ; ensuite vinrent
des Homélies choisies dans les Saints Peres.
Tout cela exigea dans Alcuin une
vigilance infatigable. H y avoit dans les
Monasteres un lieu particulier où l'on
ne travailloit qu'à transcrire les Livres
Sacrez; c'est ce que , dans les Ordres établis
depuis ce temps - là , on appella l'Eoritoire
, Scriptorium.
L'Eglise de Lyon fut une des premieres
où l'on ressentit des effets du zele
de Charlemagne . On y vit des Enfans
bien inferieurs en âge aux jeunes Clercs
de nos jours , qui sçavoient plus que
trans
NOVEMBRE. 1734. 2403
transcrire , puisqu'ils étoient en état d'expliquer
l'Evangile , les Prophetes , les Livres
Sapientiaux , les Pseaumes et Job.
L'Archevêque qui écrivoit ceci , n'entendoit
, sans doute , parler que d'une
Explication Litterale. Au reste , en revoyant
les Livres Saints et en les transcrivant
, on n'en changea pas la latinité ;
on s'attacha au contraire uniquement à
être d'une très- grande fidélité envers les
premiers Traducteurs. La multiplication
des Exemplaires devint une grande facilité
pour les Laïques et même pour les
Femmes. La connoissance des saints Livres
devenant plus commune , on vit
plusieurs Membres du Clergé rentrer en
eux - mêmes , et la nécessité où ils se trouvoient
d'éclaircir aux Laïques plusieurs
difficultez , les obligea de les étudier
mieux qu'ils n'avoient encore fait, On
vit cependant proposer aux Sçavans de
ce temps- là des questions sur de simples
minuties , et lorsque les femmes voulu.
rent penetrer jusques dans les Explications
données par les Saints Peres , elles
furent obligées d'avouer la foiblesse de
leurs lumieres . Les Sçavans se proposoient
aussi quelquefois mutuellement
des questions assez pueriles , et passant
d'une extrémité à l'autre , ils ne craigni
rent
2494 MERCURE DE FRANCE
Tent pas de se servir de leurs connoissances
Théolog ques pour essayer de penetrer
dans l'avenir .
Le meilleur Ouvrage en fait de Critique
qui parût alors , fut celui des Livres
Carolins , quoique le Compilateur
qui les composa ne puisse pas passer pour
irrépréhensible. Il s'en falloit de beaucoup
que les Traitez sur le Baptême, que
plusieurs Evêques envoyerent au Prince,
comme un Essay de leur plume , lui ressemblassent.
Charlemagne voulant se mettre en
état de parler sur toutes sortes de Sujets ,
fit composer des Traitez de Rhéthorique
et de Dialectique . Mais Alcuin ne se borna
pas là ; il lui inspira du goût pour
l'Astronomie. Plusieurs Courtisans voulurent
aussi s'appliquer à cette Science ;
et le fâcheux pour Alcuin , fut que l'on
écouta souvent une autre personne que
lui , qui avoit étudié cette Science selon
un Systême different de celui qu'il avoit
appris des Disciples de Bede. Le Rival
d'Alcuin étoit un Ecossois qui causa beaucoup
de jalousie à ce premier Sçavant.
M. le Beuf cite ici là - dessus quelques Manuscrits
qu'il a entre les mains,Chacun sait
ce qu'il doit penser des idées qu'on avoit
alors sur la Lumiere Boreale , sur le Sault
de
NOVEMBRE. 1734 2405
de la Lune , & c. Mais il est bon de remarquer
que ce fut sous Charlemagne
que l'on commença en France à ne plus
douter que les Eclipses ne pussent être
prédites et qu'elles ne provinssent de
l'interposition des objets. Les Poëtes de
ce temps - là appelloient quelquefois Astrologues
ceux que nous nommons Astronomes.
La Géographie ne fut pas si fort cultivée
que l'Astronomie ni que le Compus
ou Compôt qui en étoit une dépendance.
Mais on donna beaucoup dans l'étude de
la Grammaire et des Humanitez , aussibien
que dans celle du Chant. C'est sur
quoi M. le Beuf s'étend assez au long .
rapportant toujours fidelement les preuves
de ce qu'il avance. Il ne paroît pas
gouter ceux qui par notas du Concile
d'Aix- la- Chapelle , entendent l'Ecriture,
non plus que ceux qui par le terme Computum
ont entendu l'Arithmétique en
general , Il y a un endroit dans ce qu'il
dit touchant la Musique , qui pourroit
servir dans la dispute que M. Burette et
le P. Du Cerceau ont eue sur la Mus
şique des Anciens.
1
Il ne faut pas oublier ici que dès le
temps de Charlemagne,les Princes s'amusoient
aux Enigmes et aux Logogryphes
comme
2406 MERCURE DE FRANCE
comme à d'agréables passe - temps. Il n'est
pas non plus indifferent de remarquer
après M. le Beuf , qu'Alcuin , nonobstant
la répugnance qu'il avoit à se servir du
langage des Auteurs profanes , a cependant
emploé aussi -bien que Théodulphe
, en parlant de Dieu , le mot de
Tonans , ce que quelques Ecclesiastiques
ont critiqué dans Santeüil .
Les Romans prirent naissance à peu
près dans le même temps , s'il faut entendre
à la lettre ce que dit M. le Beuf
des Poësies vulgaires , qui furent composées
alors sur les Batailles et sur les
Conquêtes des anciens Rois des Païs - Bas,
dont quelques-unes se chantoient comme
les Vaudevilles de nos jours. Les
grosses voix étoient communes dans la
partie Septentrionale des Etats de Charlemagne.
Ce fut pour les former à la
délicatesse du Chant Romain , que le
Prince les attira dans deux Villes de la
Gaule Belgique , Metz et Soissons . Mais
l'Histoire dit nettement que ces voix , qui
étoient naturellement rudes et dures à Aé
chir , ne purent faire de grands progrès.
Une legere teinture des Instrumens fit
beaucoup plus d'effet à la Cour et servit
à trouver les accords à la tierce , qui sont
comme le Ruisseau d'où a coulé le vaste
torrent
NOVEMBRE. 1734. 2407,
torrent qui forme la Musique d'aujourd'hui
. On disoit de ceux qui faisoient
ces accords , qu'ils organoient ou organisoient
le Chant. Les Personnes qui travaillent
aujourd'hui aux nouveaux Bréviaires
, appercevront avec plaisir qu'on
leur donne le celebre Alcuin pour l'un
des premiers qui ait imaginé un arrangement
de Prieres,different de l'ordre des
Livres Liturgiques anciens .
Si la Critique sur l'Histoire ne fut point
alors en vogue , c'est que l'on n'avoit
pas encore vû naître la multitude des
Fables qui parut dans les siecles suivans.
On scut proscrire tout ce qui avoit l'air
d'être supposé , et même , si l'on envisage
le Corps des Décretales , il paroît qu'on
scut dissimuler pour un temps , à l'égard
de celles qui étoient sujettes à caution ,
en attendant que le moment favorable
vint de s'élever hautement contre leur
génuinité. Le Droit , tant Civil que Canonique
, n'a pas beaucoup occupé l'Auteur
de la Dissertation , par la stérilité de
la matiere. La Médecine fut cependant
fort recommandée. On vouloit que la
Jeunesse s'y appliquât de bonne heure.
Il semble , au reste , que c'étoit la Chirur
gie dont on entendoit parler. Il y avoit
ne Apoticairerie à la suite de la Cour ;
Det
2408 MERCURE DE FRANCE
et Alcuin en parle formellement.
L'Architecture fut aussi mise en usage
, mais sans beaucoup de regles. L'Auteur
renvoye là- dessus à quelques Edifices
qui restent de ce temps- là , lesquels
surpassent en ancienneté nos Eglises Gothiques.
.
Non- content enfin de parler des Sciences
qu'on cultiva alors , il dit aussi un
mot d'une de celles qui étoient inconnuës
, c'est celle des Médailles et des Antiques
; ce qu'il en dit fait voir que le
temps de cultiver cette Etude n'étoit pas
encore venu . On peut dire que l'Auteur
n'a point flatté le siecle de Charlemagne,
et il avoue en finissant que tout ce qui
parut en differens genres d'écrire , n'étoit
que des commencemens de sciences ;
ensorte que la Litterature n'étoit encore
alors que dans le Berceau. Il na point oublié
une observation curieuse touchant
l'origine des noms, prétendus mystérieux ,
que les Ecrivains d'alors donnoient aux
Personnages dont ils parloient, et que les
personnes prenoient elles -mêmes dans
l'occasion.La blancheur attachée au visage
des Anglois porte à croire qu'Alcuin n'avoit
été surnommé Albinus que par rapport
à cela , au lieu que d'autres personages
dont le teint étoit plus rembruni ;
NOVEMBRE . 1734. 2409
se laissoient qualifier de Niger , de Manrus
, de Corvinianus. D'autres noms
étoient fondez sur l'emploi qu'on exerçoit
, et il n'y avoit pas jusqu'aux Offi
ders de la Cour qui n'eussent le leur ,
souvent tiré des Livres Sacrez .
A cette occasion M. L. B. a fait imprimer
à la fin de sa Dissertation une
Piece de Vers qu'Alcuin adressa à Bernerad
, Archevêque de Sens , qui est qualifié
du titre de Samuel , par rapport à la
Dignité qu'il remplissoit. CettePiece avoit
été inconnuë aux Editeurs des Ouvrages
d'Alcuin . Elle est d'une latinité semblable
aux autres Poësies du même Auteur.
C'est une plainte qu'Alcuin fait de la
mauvaise maniere dont il étoit servi par
les Officiers que le Prince lui assignoit , se
persuadant que l'Archevêque étoit beaucoup
mieux partagé que lui , et vivoit
sans inquiétude de ce côté-là. La Ville
de Sens y est nommée Sennis ; la Riviere
d'Yonne Igana , et la Seine Sigona.
Je suis , au reste, persuadé , Monsieur ,
que cet Ouvrage a coûté à l'Auteur bien
des Recherches , même parmi les Manuscrits
et les Monuments les plus autentiques
; ces Recherches l'ont en mêmetemps
engagé par un esprit d'ordre et
d'exactitude , à mettre plusieurs Notes
Dij
et
2410 MERCURE DE FRANCE
•
et diverses Citations au bas des pages ,
pour servir d'explication et comme de
Supplément à ce qu'il étoit impossible
de faire entrer dans un Ecrit, dont la lecture
ne devoit être que d'une bonne heure
au plus. On lit , par exemple , au bas
de la page 30. que l'Ordonnance par laquelle
Charlemagne avoit exempté les
Evêques de porter les Armes , afin qu'ils
fussent plus en état de vaquer à l'étude ,
&c. fut produite par Fulbert , Evêque de
Chartres , au XI . siecle , &c. Je suis ,
Monsieur , &c.
A Paris le 20. Octobre 1734
IMITATION de la XIII. Ode du
Livre des Epodes d'Horace.
Q Vel épouventable Orage
Nous fait sentir son courroux ?
On diroit que dans sa rage
Le Ciel va fondre sur nous ;
Neige , frimats , pluye et grêle ;
Avec la Terre en querelle
Forment un bruit furieux ;
Par tout les Forêts gémissent ,
Le
NOVEMBRE. 1734 2431
Les Mers affreuses mugissent
Sous les vents imperieux.
L'occasion se présente ,
Ne songeons qu'à la saisir ;
Dans la jeunesse riante
Tout est fait pour le plaisir
Emoussons de la tristesse
La pointe aride et traitresse ,
Egayons- nous , chers Ainis ,
Et dans la liqueur vermeille
Du Dieu charmant de la Treille ,
Noyons nos pâles soucis,
BIG
Qu'on ne parle que de boire
Laissons au Maître des Rois
Le soin de Rome et sa gloire ;
Bannissons nos vains effrois ;
D'un Nard exquis d'Arabie
( Bacchus lui- même y convie )
Parfumons- nous largement ,
Et dans nos fougueux délires ,
Faisons redire à nos Lyres
Notre heureux enchantement.
雅
D iij Ainsi
2412 MERCURE DE FRANCE
Ainsi le Centaure habile ,
Formoit la fiere raison ;
Du jeune et bouillant Achille ,
Son illustre Nourrisson ,
သ
Je vois , Mortel indomptable ;
» Disoit ce Maître admirable ,
» Genereux Fils de Théthis ;
Je vois la Grece t'attendre
» Aux bords de l'étroit Scamandre
Et du bruyant Simois,
M
Les fatales Destinées ;
» Ces Maîtresses de nos jours à
Là , de tes belles années
» Ont déja borné le cours ;
Contre la Parque sévere
93 Que peut ta divine Mere ?
Chasse donc le triste deüil.
Chante , boi ; ce Spécifique
» De l'humeur mélancholique
Est l'infaillible Cercueil.
D. B.
11.
NOVEMBRE. 1734. 2413
II. LETTRE d'un Méedcin de
Montpellier , écrite à un Médecin de
Paris.
' Ay déja eu l'honneur de vous dire ,
Monsieur , au sujet de la Critique du
Traité de Chimie de M. Malouin , qu'on
y prêtoit souvent à l'Auteur , ou qu'on
supprimoit de son Ouvrage , des mots ,
des propositions, et quelquefois même des
questions entieres ; je vous en ai donné
dans ma derniere Lettre des preuves convaincantes
; il n'est pas difficile de vous
en produire encore plusieurs . Par exemple
, le Critique , pour faire entendre que
M. Malouin , ne dit sur l'origine de la
Chimie , que ce que divers Auteurs en
ont écrit , choisit ce que l'Auteur en dit
de plus connu pour le rapporter après
l'avoir détaché absolument de ce qui précede
et de ce qui suit ; et non content
de cela , il en a encore supprimé des
mots et une phrase entiere , et il a retranché
ce qui faisoit la liaison des proposi
tions , pour ôter tout ce qui rend la chose
particuliere et propre à l'Auteur du Traité
de Chimie, L'Auteur observe , dit le
Cri- D iiij
2414 MERCURE DE FRANCE
Critiqne , page 1808. qu'Etienne de Bysance
nomme l'Egypte la Terre de Vulcain ,
que Vulcain se rendit fameux dans ce Payslà
par son Art de travailler les Métaux
qu'on lui éleva un Temple dans Memphis .
Cela n'est point placé de cette façon et
ne se lit point ainsi dans le Traité de
Chimie . L'Auteur , après avoir montré
les rapports qu'il y a entre le Tubalcain
de l'Histoire sacrée et le Vulcain de l'Histoire
profane , dit , p . 3. » le mot Vulcain
west fait de Tubalcain , par le retran-
» chement de la premiere syllabe . Les
» Grecs nommoient Vulcain pass ; les
» Hebreux l'ont nommé Valcan ; les La-
>> tins ont a cûté à ce mot la terminaison
us , et en ont formé le nom Valcanus
et Volcanus , qui se lit encore dans les
» anciens Poëtes Latins . Etienne de Bysance
nomme l'Egypte y pasía , la yñ
>> Terre de Vulcain ; ce seroit donc dans
» ce Pays- là où la Chimie paroîtroit avoir
>> pris naissance , parce que Vulcain s'y
» est rendu fameux par son Art de tra-
» vailler les Métaux , ce qui fit qu'on lui
» bâtit un Temple dans Memphis , au-
» jourd'hui le Grand -Caire .
L'Auteur joint à cela des Notes qui
font bien connoître qu'il a puisé dans
les sources mêmes , et qu'il ne s'en est
pas
NOVEMBRE. 1734 24T5
pas rapporté aux Auteurs les plus respectables
, même dans les choses qu'il diɛ
avec eux .
Le Ctitique a supprimé ces deux mots
asia , pour faire entendre que
M. Malouin ne cite Etienne de Bysance
que d'après d'autres Auteurs , et comme
si Etienne de Bysance avoit écrit en
François.
M. Boerhaave , dans ses Prolegomenes
de Chimie , dit qu'Etienne de Bysance
nomme l'Egypte Oepunxula , sans dire
dans lequel des Livres de l'Auteur qu'il
nomme il a lû ces paroles : M. Malouin
n'ayant trouvé cela dans aucun endroit
des Ouvrages d'Etienne de Bysance , ne
l'a point fait dire à cet Auteur , comme
fait M. Boerhaave ; il a trouvé seulement
qu '' Etienne de Bysance nomme l'Egypte
ipaisia, dans son Livre De Urbibus et
Locis , que M. Malouin a indiqué. Cela
fait connoître que c'est injustement que
le Critique accuse l'Auteur du Traité de
Chimie de s'être conformé dans ce qu'il
dit sur l'origine de la Chimie , à ce qui
se lit dans deux feuilles écrites sur ce
sujet , et qu'on avoit attribuées à M. Boerbhaave,
et qui par consequent sont conformes
à ce qu'il en dit dans ses Prolegomenes
de Chimie. M. Malouin m'a mê-
Dy me
1416 MERCURE DE FRANCE
me avoué sincerement n'avoir eu aucune
connoissance de ces deux feuilles , auparavant
que le Critique lui eût reproché
de les avoir suivies.
Le Critique n'a pas moins d'adresse
à prêter des mots à l'Auteur , qu'il en
a à en supprimer ; c'est ce qu'on voit
dans le même endroit que nous venons
de citer. On lit dans le Traité de Chimie
qu'un Orphévre, sans être Chimiste , sçait
réduire l'or en chaux ; le Critique qui
ne peut pas combattre cela , et qui a lû
quelque part que cette opération est difficile
, a senti qu'il ne pouvoit tirer du
ridicule de cet endroit , qu'en faisant dire
à l'Auteur ce qu'il ne dit pas ; sçavoir ,
que les moindres Orphévrès la sçavenu
faire.
que
L'Auteur prend occasion , dit le Critique
, p. 1808. de parler de Moyse , qui
pour avoir réduit le Veau d'or en poudre et
Pavoir fait boire aux Israëlites , a passé
·dans l'esprit de quelques Auteurs pour un
Chimiste , sur quoi il a soin d'avertir
le moindre Orphévre sans sçavoir la Chimie
sçait réduire l'or en chaux. Ce sont-là
les paroles du Critique : voici celles de
l'Auteur du Traité de Chimie , p . 3. » il
ne s'ensuit pourtant pas qu'on doive
» pour cela regarder Vulcain ou Tubal-
» cain
NOVEMBRE. 1734. 2417
cain comme un Philosophe Chimiste ;
» il est plus vrai- semblable qu'il ait été
» seulement un grand Forgeron . On doit
» porter un pareil jugement sur ce que
pensent plusieurs qui croyent que Moy-
» se doit être reconnu pour un Chimiste ,
» parce qu'il sçût réduire le Veau d'or
en poudre et le faire boire aux Israë
» lites ; un Orphévre , sans être Chimiste ,
» sçait réduire l'or en chaux et le travail-
» ler de differentes manieres.
On voit aisément que c'est là défigurer
l'Ouvrage et prêter à l'Auteur des expressions
contraires à ce qu'il pense. C'est
aussi de cette façon que le Critique , p.
1843. lui fait dire que la crême de Tartre
cristallisée est moinsEmétique;ce qui ne se
lit dans aucun endroit du Traité de Chi-
-mie ; il paroît au contraire que l'Auteur
pense qu'elle n'est point du tout émétique
, qu'elle ne l'est jamais , à moins
qu'elle ne soit mêlée avec l'Antimoine ,
qui donne toute l'éméticité à la préparation
dans laquelle elle entre. D'ailleurs
l'Auteur suppose par tout qu'on n'a point
de crême de Tartre pure , qui ne soit
cristallisée. Ainsi on voit par toutes sortes
de raisons que l'Auteur n'a jamais
voulu dire que la crême de Tartre cris
Tallisée est moins émétique . Peut- être le
Dvj Critique
2418 MERCURE DE FRANCE
Critique a- t'il pris la crême de Tartre pour
le Tartre Stibié, comme il a pris depuis peu
la Plante nommée Mélisse pour l'Arbre
nommé Meleze. Il faut nécessairement
qu'il soit tombé dans cette erreur
qu'il ait voulu prêter à l'Auteur un langage
qu'il sçait qu'il n'a pas tenu .
ou
Ce n'est pas- là la seule querelle que le
Critique fait à l'Auteur au sujet de la
crême de Tartre ; il l'accuse de ne l'avoir
jamais faite , parce que le procédé
qu'il en donne n'est point conforme à
la façon de la faire dans les Manufactures
de Languedoc. Si cette raison avoit lieu,
M M. Stahl , Lemery , Charras , Glaser ,
et les autres Chimistes , pourroient être
accusez de ne l'avoir jamais faite , ni même
essayé de la faire , dit le Critique ,
puisqu'ils ne décrivent pas cette opération
comme on la fait en Languedoc .
L'Auteur du Traité de Chimie l'a certainement
faite suivant la Méthode qu'il
en prescrit dans son Livre , et quiconque
voudra la faire suivant cette Méthode
, le peut à très- peu de frais , pour en
faire l'experience .
Il y a lieu d'être surpris que le Critique
ait épargné l'Auteur sur la préparation
des Fleurs de Souffre , de l'Huille
de Vitriol , &c. parce qu'il donne pour
préparer
NOVEMBRE 1734 2419
préparer ces Drogues , la Méthode
que doivent suivre les Apoticaires ,
et non pas celle que suivent les Distillateurs.
Lorsque l'Auteur a donné la maniere
de faire la crême de Tartre , il n'igno
roit pas que quelques uns se servent de
la chaux , que d'autres employent des
Terres absorbantes ; il sçavoit comment
on la fait proche de Montpellier ; il n'tgnoroit
pas non plus que les Apoticaires
trouvent mieux leur compte à acheter
la crême de Tartre toute faite dans
ces Manufactures , que de la préparer
eux mêmes. Mais les Médecins et les
Apoticaires , attentifs à l'utilité publique
, n'entrent point dans ces vûes d'in
terêt .
Nul Artiste , dit le Critique , p. 1839.
n'a pu faire par une telle Méthode la crême
de Tartre ; c'est - à - dire , que M M. Glaser
et Lemery , qui sont reconnus pour
bons Artistes , n'ont pû faire la crême
de Tartre , puisqu'ils suivent pour la
faire la même Méthode que M. Malouin .
Et il faut , dit le Critique , p. 1841. pour
la prescrire, ne l'avoir jamais essayée . Tout
ce qui se trouve dans la Critique est de
cette nature ; je vous ferai part de ce qui
me reste à observer dans la prochaine
Lettre
2420 MERCURE DE FRANCE
Lettre
que
j'aurai l'honneur de vous écri
re. Je suis , &c.
Ce 11. Novembre 1734.
Eurid
SONNE T.
Uridice fuyant la poursuite lascive
D'un Berger importun qui l'aimoit sans retour
Cherchoit au fond d'un Antre un innocent séjour
,
Eidelle à son Epoux , tremblante et fugitive.
Quand on évite un mal , un autre mal arrive ;
Un Serpent la mordit , elle en perdit le jour.
L'inconsolable Orphée animé par l'Amour
Osa l'aller chercher sur l'infernale Rive.
Qu'en eut-il ? hélas ! rien. Sa curiosité
Gâta ce qu'il avoit heureusement tenté .
Du Tartare entre eux deux on referma la porte.
Pour moi quand j'examine un si rare Tableau,
Je conclus qu'un Mary , lorsque sa Femme cst
morie ,
Doit en paix , pour son bien la laisser au
tombeau,
LETNOVEMBRE
1734. 242%
LETTRE à M. l'Abbé LE BEUF,
Chanoine d'Auxerre, sur la nouvelle Dénomination
des Lettres , selon le Systême
du Bureau Typographique.
V
Ous êtes connu , Monsieur , depuis
si long-temps pour un Auteur célebre
dans la République des Lettres ,
que par là vous avez donné au Public
la confiance , pour ne pas dire le droit
de vous consulter. Ma confiance augmente
quand je pense que vous prîtes la peine
il y a environ deux ans , de m'honorer
de votre visite , pour voir la Machine
du Bureau Typographique , et le droit
me paroît encore plus acquis , depuis
que j'ai lû votre sçavante Dissertation
de l'Etat des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise sous Charlemagne
, Dissertation , qui , à juste titre , a
remporté cette année le Prix fondé dans
l'Académie Royale des Inscriptions et des
Belles-Lettres.
Vous sçavez , M. que l'A , B , C. est
la clef des Sciences , et vous n'ignorez pas
de quelle importance il seroit d'en ôter
les épines, que Charlemagne et ses Docteurs
2422 MERCURE DE FRANCE
teurs y ont laissées. Ce Prince fit venir
Alcuin d'Angleterre , Théodulphe d'Italie,
et Leidrade d'Allemagne quel plaisir
pour ce Monarque , s'il eût trouvé parmi
ses Sujets un Inventeur du Bureau
Typographique? Charlemagne n'ignoroit
pas que les récompenses sont le plus
puissant motif qui fasse agir les hommes
; il ne manqua jamais d'en accorder
au mérite ; ses Augustes Successeurs ont
renchéri de nos jours sur la protection
et les récompenses qu'ils daignent accorder
aux Arts et aux Sciences . D'où vient
donc , M. que les Sujets une fois honorez
et récompensez , ne répondent pas
toujours aux loüiables desseins du Prince ?
Alcuin ne fut pas peu étonné de la né
gligence des Ecrivains François ; et sans
le préjugé vulgaire , ne seroit- on pas encore
plus étonné de voir aujourd'hui
non-seulement la négligence , mais l'ignorance
, et qui pis est , l'indifference
des Maîtres sur la premiere institution de
l'enfance , ou dans la maniere de monatrer
aux petits Enfans les premiers élémens
des Lettres ?
Et d'où vient que depuis tant de siecles
la plupart des Ecrivains François
ignorent ou négligent encore la valeur
des e et des sons de notre Langue , qu'ils
no
NOVEMBRE. 1734. 2423
ne sçavent pas seulement le nombre de
nos voyelles , ni de nos consonnes ? dirat'on
que l'usage suffit en dépit de l'oreille
et des yeux ? Charlemagne auroit
donc eu tort de condamner le goût Gothique
et Barbare il falloit donc aussi
écrire sans voyelles comme les Hébreux,
ne point séparer les mots , ne pas marquer
les versets , les périodes , mais aller
tout de suite comme les Anciens ; il falloit
aussi s'opposer à l'introduction des
bares qui marquent et comptent les mesures
de la Musique. Devons - nous aujourd'hui
en ingrats nous mocquer de
Cadmus et de Simonides , curieux de la
menuë Litterature , et de Gui Aretin
parce qu'il trouva des noms pour les Notes
de la Musique en chantant l'Hymne
de S. Jean ? Pourquoi donc les Maîtres
s'élevent-ils contre l'utilité et la nécessité
de la vraye dénomination des Lettres
et de la vraye syllabisation des mots , dans
le temps même qu'ils devroient les pratiquer
?
Vous remarquez , Monsieur , fort ju
dicieusement combien il étoit difficile
d'apprendre le Chant dans le siecle de
Charlemagne ; faute de signes certains et
déterminez , il falloit que les Enfans appliquassent
aux syllabes les sons que le
Maître
2424 MERCURE DE FRANCE
Maître proféroit. On ne chantoit alors
que par routine ou de mémoire, parce que
les signes du Chant étoient fort équivoques
, et que malgré le goût qu'on
avoit pour cette Science , on ne pouvoit
gueres l'apprendre par principes. Je dis
la même chose de la Méthode vulgaire
pour apprendre à lire. J'ai démontré combien
cette Méthode est imparfaite dans
l'article X. de la Bibliotheque des Enfans
in 4. Par exemple , pour faire lire
ou prononcer à un Enfant les lettres
les syllabes ou les sons du mot Cornouaille
, on lui donne pour modele les sons
inutiles , faux et captieux de ce , o , erre,
enne , o , u , a , i , elle , elle , e ; au lieu de
lui donner , selon la Méthode Typogra
phique , les sons vrais , utiles et non équivoques
de Ke , o re , ne , ou, a, lhe , et
ainsi de toute la lecture , où l'Enfant doit
faire l'écho.
>
Du temps de Charlemagne , on s'opposa
au mauvais usage pour en introdui
re un bon. Il n'est donc pas si tyran que
l'autorité du Roy , et l'attention du Ma
gistrat , n'en puissent détruire la tyrannie
quand l'utilité publique le demande !
D'où vient donc qu'on nous cite toujours
le mauvais usage de la dénomination
des lettres et de la syllabisation des
mots
NOVEMBRE . 1734 2425
mots contre la nouvelle Méthode du Bu
reau Typographique ? Faut -il attendre
quelqu'autre Charlemagne pour remedier
à cet abus ? Si Mrs de l'Académie
Françoise étoient curieux de fixer un peu
plus la Langue et sa prononciation , ne
faudroit il pas commencer par l'Alphabet
François Bien des Sçavans croyent
par une supposition naturelle le sçavoir ,
qui s'en trouvent très- éloignez quand on
leur parle de plus de 15. voyelles , des
cinq sons differens donnez au caractere
e , de trois i de suite dans le présent
subjonctif de plusieurs Verbes , des diphtongues
à l'oeil ou à l'oreille , des lettres
seches , mouillées , liquides , aspirées ,
muettes , foibles , fortes , simples, redou
blées, nazales , consonnes , ouvertes , fermées,
longues , bréves, moyennes , & c. et
des syllabes phisiques et grammaticales
distinguées differemment dans la Prose et
dans la Poësie .
La maniere de former l'Ecriture fut un
des points auquel Charlemagne songea
aussi à pourvoir. On commença à donner
aux Caracteres une forme plus agréable
et bien differente de celle qu'ils
avoient auparavant. D'où vient qu'au
jourd'hui on commence à décheoir , et
qu'on employe des lettres imparfaites ,
équivo2426
MERCURE DE FRANCE
équivoques et bizares ; des liaisons fausses,
inutiles, et des traits trop longs pour
les têtes et les queües ? D'où vient qu'on
embarrasse et défigure l'écriture de telle
sorte qu'on est conduit par le sens plutôt
que par les lettres pour en déchiffrer
les mots D'où vient que des Copistes
publics confondent encore l'usage de certaines
lettres et les placent mal- à- propos,
lorsqu'ils mettent au commencement ou
au milieu des mots des r'de lettre ronde
qui ont la figure d'un v italique consonne
, comme dans les motrs vanger , ranger
; couvent , courant ; qu'il pleuve , qu'il
pleure ; il se voit , il seroit ; vive , rire ; il
pouvoit , il pouroit ; en François ; et en Latin
ovatio , oratio ; ovis , oris ; ovo , oro , &c.
Si l'usage des lettres initiales , médiales
et finales , est fondé en raison , deit - on
confondre l'usage de ces mêmes Lettres ?
Et ne doit- on pas regarder au contraire
comme une perfection de la Langue et
de l'écriture d'avoir plusieurs caracteres
pour un même son , pendant qu'on est
obligé d'exprimer avec un seul caractere
équivoque et captieux , plusieurs sons
differens de la Langue Françoise ? A quoi
bon le superflu ou l'abondance inutile ,
quand on manque du nécessaire ? D'où
vient que mille gens mal instruits , et
même
1
NOVEMBRE . 1734 2427
même des gens de Lettres , prodiguent
sans nécessité les lettres capitales , qu'ils
en mettent jusques dans le milieu des
mots et qu'ils confondent encore l'usage
des i et des u voyelles , avec celui des j
ct des consonnes ? Exemples , jl , ie ,
vn , uous , au lieu de il , je , un ; vous.
re Ligieux , inConstance , au lieu de reli
gieux , inconstance , &c.
F
Permettez - moi donc , M. de vous de
mander à présent s'il n'y auroit pas moyen
de faire pratiquer dans les Ecoles de votre
Diocèse la nouvelle Dénomination
des Lettres dont vous avez pû lire bien
des fois la Table dans les Mercures de
France , et qui est expliquée bien au long
dans la Bibliotheque des Enfans , in 4.
et pratiquée dans l'A, B, C, Latin et l'A,
B , C , François , en vente chez P. Witte,
ruë S. Jacques , et chez P. Simon , ruë de
la Harpe. Vous verrez dans la Préface du
second volume , page XIX. que la So
cieté des Arts , après l'examen du Systême
Typographique , donna un Certificat
raisonné sur cette matiere le 17. Septembre
1730.Et dans le premier volume, que
M. le Grand- Chantre de l'Eglise de Paris
ayant nommé des Commissaires pour l'examen
de ce Systême , sur leur rapport
avoit permis d'en introduire l'usage dans
les
A
2428 MERCURE DE FRANCE
les Ecoles de sa Jurisdiction , et par son
Jugement du 24. Novembre 1732. avoit
exhorté les Maîtres et Maîtresses à pratiquer
cette nouvelle maniere de montrer
aux Enfins les premiers élémens des Lettres.
Le 30. Août de la même année on
présenta une Requête au Tribunal de
M.le Recteur de l'Université contre l'Auteur
et les Partisans du Bureau Typographique.
Le Tribunal nomma trois Commissaires
pour l'examen du Systême et
de la dispute , et après leur rapport , il
jugea à propos de laisser tomber cette Requête
et de n'y avoir point d'égard .
M. Rollin , par esprit de Religion et par
charité pour
pour les Enfans , dans le Supplé
ment qu'il vient de donner au Traité de
la Maniere d'enseigner et d'étudier les Belles-
Lettres , convient , page I I. des avantages
de cette nouvelle Méthode. Des
Maîtres de Pension et de petite Ecole
sentent déja et pratiquent avec succès
cette maniere de montrer aux Enfans les
premiers élémens des Lettres. J'ai l'hon
meur d'être , &c.
TRANOVEMBRE.
1934. 2429
TRADUCTION de la troisiéme
Ode du quatriéme Livre d'Horace .
Quem tu, Melpomene semel.
L'
E Mortel bien aimé dont l'heureuse naissance
,
Muse , reçoit de vous une douce influence ;
Du Ceste méprisant les dangereux Combats
Ne brulera jamais d'y signaler son bras ;
Jamais on ne le voit d'une adresse guerriere
Dans un Char triomphant se couvrir de pousa
siere ;
Jamais pour couronner ses illustres Exploits ,
Vainqueurs de l'insolence et de l'orgueil des Rois,
Le front ceint de Lauriers, ornement de sa gloire
On ne le voit monter au Temple de Victoire.
Les plus sombres Forêts font seules son désir
Et les Eaux de Tibur occupent son loisir.
Là coule de bons Vers une source féconde ;
Déja Rome , déja la Maîtresse du Monde ,
Me daigne mettre au rang des Enfans d'Apollon
Déja l'affreuse envie attaque moins mon nom .
O Muse , qui reglez par un charmant Empire
Les sons harmonieux dont retentit ma Lyre ,
Vous , qui même , pourriez aux plus tendres
Chansons ,
Pa
2430 MERCURE DE FRANCE
Par un nouveau prodige animer les Poissons
Si de premier Lyrique on me donne la gloire ,
Si je n'ai pas encor traversé l'Onde noire ,
De plaire quelquefois si j'aspire à l'honneur ,
C'est de vous que je tiens cette triple faveur.
P. L. J. de D.
LETTRE de M... écrite à l'Auteur
du Traité des Superstitions , & c. sur la
peine qu'on a d'être Treize à Table.
J
E ne doute pas , Monsieur , que vous
ne fassiez un Chapitre bien complet
de cette Opinion , aussi vulgaire que mal
fondée , que quand on se trouve treize
à table il meurt un des Convives dans
l'année . J'ai vû cette vieille Tradition
s'insinuer dans de très - bons Esprits et les
effrayer jusqu'au point de sortir de table,
ou de prétexter une affaire imprévûë pour
éviter de s'y mettre; quelle foiblesse ! Eh !
peut-on recevoir une telle impression
contre la maxime que le nombre et la
figure non sunt principia activa , Ni l'un
ni l'autre n'étant pas des causes capables
de pouvoir faire de soy ni bien ni mal ?
Je ne sçai par quelle fatalité on a chargé
ce
NOVEMBRE. 1734 2431
nombre de Treize de tant d'iniquité , jusqu'à
lui imputer d'être meurtrier et homicide
par rapport à la table.
Le nombre de Treize est composé de
dix , qu'on regarde comme un nombre
parfait , et de celui de trois , qui passe
pour l'être encore davantage. Or la condition
d'un tout ne doit pas être inférieure
à celle de ses parties , et ce qui
est parfait ne doit pas être pris pour être
d'un mauvais augure.
Ciceron remarque dans son Oraison
pour S. Roscius , que son Pere lui avoit
laissé treize Domaines , qui touchoient
presque tous le Tibre. Fundos decem et
tres reliquit , qui Tiberim ferè omnes tangebant
; et que ces grands Domaines furent
enlevez par Chrysogone , au préju
dice du fils héritier du Pere. Mais ce ne
fut la malignité du nombre de Treize
, qui dépouilla Roscius de ce riche
Patrimoine. Ces héritages étoient trèsfertiles
par leur situation auprès d'un
Fleuve qui les engraissoit de son limon,
et les arrosoit de ses eaux ; et cette bonté
pas
particuliere d'un fond abondant , excita
la cupidlté de Chrysogone , en qui , et
non dans le nombre de Treize , résidoit
le principe du malheur de l'héritier . Si
le nombre y fit quelque chose , c'est par
E CR
2482 MERCURE DE FRANCE
ce qu'il étoit grand , et s'il eut été encore
plus grand , comme de quatorze ou de
quinze , &c. ce méchant homme auroit
explus d'avidité de s'en emparer et de s'en
rendre le Maître.
La coutume d'assembler treize pieces
de Monnoye pour la ceremonie du Mariage
, est établie depuis long - temps.
L'Histoire remarque que l'Ambassadeur
de Clovis , chargé d'aller , au nom de
son Maître , fiancer Clotilde , offrit un
sou et un denier , c'est- à-dire 13. pieces ,
per solidum et denarium desponsavit. Si ce
nombre étoit aussi fatal que le vulgaire
le croit , ce seroit une grande imprudendence
d'en faire usage dans le Mariager
mais bien loin que le nombre de 13. soit ,
comme des arrhes pour le tombeau , on
prétend s'en servir pour l'engagement
d'une sainte Societé , établie pour la propagation
du genre humain.
Le nombre de 13. se rencontre dans le
Zodiaque, où le Soleil est accompagné de
douze Signes, Cependant cet Astre brillant
, quoique dans le nombre de 13 .
anime toute la Nature et éclaire l'Univers.
Les scrupuleux ne trouveroient- ils
pas
à propos que le Créateur changeât
ce nombre , crainte qu'il ne portât malheur
au Monde ?
Mais,
NOVEMBRE. 1734. 2437
Mais , diront- ils , il s'agit seulement de
13. à table. Hé bien ! pourquoi ce nombre
seroit- il plus à craindre là qu'ailleurs!
Y fait- il quelque figure dangereuse ? On
a déja dit que la figure , non- plus que
le nombre , n'étoient pas une cause efficiente.
Seroit- ce que là où se trouve le
nombre 13. six y sont en societé par 2 .
à 2. et que le treiziéme demeure seul ?
Va soli , dit l'Ecriture , malheur à celui
qui est seul. Mais à le prendre ainsi , partout
où l'on seroit treize , il y auroit du
danger.. Il y auroit autant à craindre
pour treize en se promenant dans un bois,
que pour treize assis dans un festin ; pour
treize étant dans un Navire, que pour trei
ze étant à table ; pour treize Chanoines ou
treize Moines dans un Choeur.
Les Anciens qui ont voulu regler le
nombre des personnes à table , ont dit
qu'il falloit y être trois , selon le nom
bre des Graces , ou neuf , selon le nombre
des Muses. Les Pythagoriciens l'augmentoient
jusqu'à dix dans le Festin de
Xénophon , où Socrate parle souvent ; et
dans celui des Sept Sages , décrit par Plutarque
, où d'autres se trouvent avec eux , le
nombre est plus grand ; mais enfin dans
les Saturnales de Macrobe , il y est parlé
d'un repas où Vectius déclare que l'on
E ij Y
2434 MERCURE DE FRANCE
y
étoit dans le nombre des Graces et des
Muses ensemble ; Hac prasentia vestra
Gratias et Musas implemus : et ajoûtant
à ces douze le Roy de la Fête , qu'il ne
comproit pas , Rege excepto , dit - il , cela
fait treize , et ce nombre de treize , loin
de lui faire de la peine , lui fait plaisir
à rapporter.
Où peut-on done prendre la cause de cette
terreur panique sur le nombre de 13. à
table ? Car enfin plus d'une Nation en est
frappée. Il n'y a pas long- temps quelis ant
la Vie de Jean Wibert,Comte de Rochester
, j'y vis un endroit marqué exprès ,
d'un soupé chez Madame Warre , Belle-
Mere de ce Lord , où l'on étoit treize
à table. Une jeune Demoiselle en fit appercevoir
le Chapelain , qui comme s'il
cût senti d'abord qu'il devoit être la victime
prise des treize , se retira après le
soupé dans sa Chambre , tout troublé ,
et le lendemain on le trouva mort dans
son lit. Mais quelques exemples qu'on
puisse ajoûter de surcroît , exemples de
foiblesse d'esprit qui blessent mortellement
le coeur , ou exemples de l'heure
venue pour sortir du Monde , il n'y a
pas là une raison qui satisfasse,
Il semble que quelques uns cherchent
le mystere dans cet endroit de l'Evangile
,
1
NOVEMBRE. 1734 2435
où il est dit que le Sauveur du Monde
faisant la Pâques , se mit sur le soir à
table avec les douze Disciples , Vesperè
autem facto discumbebat cum duodecim Discipulis
suis. Ainsi le Sauveur et ses Disciples
faisoient le nombre treize ; et il
arriva que l'un de ces treize mourut bientôt
après , sçavoir Judas Iscariot ; mais ce
méchant mourut , non pas parce qu'on
étoit treize à table , mais parce qu'il étoit
un traitre , qui ayant été si malheureux
que de conspirer contre l'Auteur de la
vie,fut poussé par le désespoir à se défaire
lui- même. Ce fur , non le nombre de
treize , mais son coeur perfide qui lui
donna la mort.
> Au reste quelle
induction
peut- on
tirer de cet exemple ? Dans ce repas de
la Pâques on étoit treize à table. De ces
treize , l'un mourut un peu après . Donc
on doit craindre
pour quelqu'un
dans
Pannée , quand
on se rencontre
treize
ensemble
à manger. S'il étoit permis de
raisonner
de la sorte , on pourroit
dire
avec une autre exemple
de l'Evangile
,
que le mauvais
Riche étant seul à table
mourut la même nuit. Donc il y a sujet
de craindre
qu'on ne meure bientôt
lorsqu'on
mange seul.
On ne doute pas qu'il ne meure assez
E iij
Sou
2436 MERCURE DE FRANCE
souvent dans le cours d'une année , quelqu'un
de ceux qui se sont trouvez à table
, douze , ou onze , ou dix , ou neuf,
ou huit & c. Peut - on inférer delà qu'il y
a un principe de mort dans ces nombres ?
La conclusion n'en est pas plus vrai - semblable
pour le nombre de treize.
La mort arrive par une action naturelle
ou violente. Or le nombre eu égard aux
repas et à la table , n'agit pas là davantage
qu'en un autre lieu , il n'a pas là un
droit cedé de la mort , plus qu'autre part.
S'il y avoit à table quelque chose à craindre
du nombre , ce seroit plutôt de celui
de 14. que de celui de treize ; car il
y a de l'apparence que plus le nombre de
personnes est grand , plus la mort y a
de prise. De plus, on fait une attention fâcheuse
au nombre de treize , au lieu que
la famille d'Hypocrate et de Galien rend
redoutable le nombre de Quatorze , auquel
elle tient que les malades sont en
grand danger , et que même plusieurs
meurent au 14. jour.
On doit enfin observer qu'au repas
auquel le Sauveur du Monde et ses douze
Disciples avec lui faisoient treize à table ,
ce nombre de treize à table étoit pour
lui et pour eux un nombre ordinaire .
C'étoit le nombre de la famille à tous les
repas,
NOVEMBRE . 1734. 2437
,
repas , comme d'un Pere qui a douze
enfans ; de même que lorsque Jacob
mangeoit avec ses douze fils , on étoit
treize à table . Or ce ne sont que les choses
extraordinaires où il y a du prodige
et quelque idée de singularité , qui étonnent
et qui fassent craindre un accident
funeste.
Je m'imagine donc que celui qui a fait
le premier un pronostic du prétendu
danger pour un des treize qui se trouvent
à table , a moins pensé au nombre précis
de treize , qu'à ce que ce nombre là est
plus grand que celui qui est ordinaire
aux repas. Or dans un nombre considérable
de personnes , il se rencontre des infirmes
comme des robustes , des intemperans
, comme des sobres , des vieux
comme des jeunes : enfin des constitutions
differentes, soit de nature, soit par l'âge et
il ne se peut guere que dans cette diver
sité de gens , il n'y ait quelqu'un de ce
nombre qui dans l'année paye le tribut
de la mortalité . Car on peut dire qu'il en
est de la mort à peu près comme de la
Dixme de quelques Seigneurs. Elle prend ,
pour le dire ainsi , quelquefois le treiziéme
, d'autre fois le douzième , tantôt
le septième , et tantôt le dixième , quelquefois
même le quint. Ainsi il n'y a
E iiij point
2438 MERCURE DE FRANCE
point de nombre,quel qu'il soit, qui fasse
une exception. Si bien que la peine qu'on
se fait de se trouver 13. à table est une
erreur , une superstition et une foiblesse
très- populaire. Je suis Monsieur , & c.
La Lettre T. et Pépin , sont les mots
des deux Enigmes du Mercure d'Octobre
, on a dû expliquer les deux Logogryphes
par Orange et Barbeau.
ENIGM E.
Uvrage du sçavoir humain ,
Je reçois en mon sein
Celui de qui j'ai reçû l'être.
Je m'offre à son secours dès qu'il vient à paroître
Sur certain Elément
Je le change de place ,
Sans pour cela que je me lasse,
Je lui sers à chaque moment.
Contre l'effort de celui qui me porte ,
Une ligne me tient , son mouvement m'emporte :
On me quitte d'abord ,
Content d'être conduit au Port.
J. C. Fontaine , de Pontoise
AUTRE
NOVEMBRE. 1734. 2439
AUFR E.
G Rands et petis s'empressent de me voir ;
Je ne fais que tourner, même sans le vouloir .
On m'éleve toûjours au milieu de la nuë ,
Ce n'est que pour mieux être vûë ;
Car dans mon agitation ,
J'ai plus d'une occupation :
Je tiens les quatre coins du Monde ,
Je sers autant sur Terre que sur l'Onde .
Le Philosophe en me voyant
N'en sçait pas plus qu'un lourd Manant ♬
L'un et l'autre raisonne
Sur le lieu que me donne
Un Agent plus puissant que moy ,
Enfin du Temps je suis la Loy .
J. C. Fontaine , de Pontoise.
***********************
LOGOGRYPHE.
DEquatre pieds förmé , je suis par ma Nature
Symbole de legereté,
Quoique j'aye la tête dure
Et dont chaque Mortel a toujours redouté
La haute chevelure.
Jadis de curiosité
Un fier Chasseur guni , reçut mon encolure ,
Er bientôt métamorphosé
Ev
2440 MERCURE DE FRANCE
De mon pareil cut la figure ,
Et comme moi se vit forcé
De servir de pâture.
Voilà comme on se plaît à me voir maltraité ,
On cherche à me donner bien de la tablature.
Le plaisir est goûté
Par les maux que j'endure .
Ce n'est pas tout ; de mon nom renversé
Je forme ce qui fait la plus forte structure
Et par l'Art rafiné ,
Je suis matiere dure ,
Dont le Forçat est garotté
Et fermé dans demeure sûre.
Vous trouverez encor un son bien usité ,,
Et qui dans le Chant fait mesure.
C'est-là toute ma qualité.
J. C. Fontaine , de Pontoise.-
AUTR E.
E donne bien souvent , Lecteur , le coup
mortel
JE
Aux Etres les plus doux , sans m'échauffer la bile;
Ainsi , quoique je sois utile ,
Peut- être parois-je cruel.
Sept lettres de mon nom font toute la structure,
Un , deux , trois , quatre , cinq , six , sans com
binaison ,
En moi l'on voit la preuve sûre
Si. mon tout est utile ou non.
NOVEMBRE . 1734 244T
Un, trois, quatre, cinq , six , sept, l'appareil fatal,,
Dont se sert mainte fois ce fameux Tribunal
Qu'on refusa toujours en France.
1. 3. 4. 5. 6. je suis en conscience ,
Nécessaire en tout temps et sur tout en hyver
3. 2. 4. 5. 6. aussi dur que le fer.
4. 5. 6. 7. ce qu'est à sa Belle
Un Amant aimable et fidele.
7. 2. 3. 6. un supplice usité ,
7.3 . et 6. chemin fort fréquenté,
1. 2. 3. 6. ce qu'on amasse dans les rues
4. 2. 3 , un membre que les Gruës ,
Ont plus long que les Animaux
De l'Air , de la Terre ou des Eaux.
En 1. 2. 3. 4. je suis l'image
D'un impur , 4. 2. 7. qui me sent enrage :
Car il ne peut guérir sans se faire couper.
F. 7. 2. 4. 5. et 6. sans te tromper ,
Les gens qui sont dans l'indigence
Me font tourner fort rarement ;
7. 3. 4. 5. 6. diable emporte qui ment ,
Du miel j'ay chez moi l'abondance .
L'Abbé Poncy , d'Avignon
I vj NOW
2442 MERCURE DE FRANCE
į į į į į g s į į į į į į
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
RAITE DE LA NOBLESSE et de tou
ТTres les differentes especes . Nouvelle
Edition , augmentée des Traitez du Blazon
des Armoiries de France , de l'Ori
gine des Noms , Surnoms , et du Ban es
Arriereban. Par M. de la Roque. A
Rouen , chez Pierre le Boucher , et fore
Pere et Fils. 1734. in 4..
Ce Livre se trouve à Paris , Quay des
Augustins , chez Bauche , et chez d'Es
pilly , rue S. Jacques.
RECUEIL de diverses Pieces sur la Philosophie
, les Mathématiques , l'Histoire:
&c. Par M. Leibnitz , avec deux Lettres
où il est traité de la Philosophie et de la
Mission Chinoise , envoyées à M. Leibnitz
par le P. Bouvet , Jesuite à Pekin , publiées
avec des Remarques sur la Correction
de la Philosophie Scholastique , selon
les Principes de M. Leibnitz, par
Chrétien Kortholt. in 8. de 114. pages
sans la Préface , 1734. A Hambourg , et
se trouve à Paris , rue S. Jacques , chez
Briasson
NOVEMBRE. 1734 244
TRE'SOR des Medailles Suedoises - Gotiques
, recueillies par Henri Brenner, avec
des Explications. A Stockolm , chez Jean-
Laurent Horn , et à Paris chez le Breton ,
Quay des Augustins , à la Fortune , 173 L.
in 4. pp. 270. L'Ouvrage est en Latin.
L'ART de bien enseigner à lire , fondé
sur l'usage et sur les Principes des plus
sçavans Grammairiens , tant Anciens que
Modernes. Ce Traité servira aussi à regler
Le Chant. A Paris , chez Nyon Fils , Quay
des Augustins,à l'Occasion . M. DCC XXXIV.
Le nouveau Syllabaire , à l'usage des Ecoles
, se vend séparément.
EXPLICATION de la Prophetie d'Isaïe ,.
où selon la Methode des Saints Peres on
s'attache à découvrir les Mysteres de J
C. et les Regles des Moeurs , renfermées
dans la Lettre même de l'Ecriture. A
Paris , ehez François Babuty , rue Saint
Facques. 1734. in 12. 5. vol . auquel on en
a joint un sixième , contenant 1 ° . l'Explication
de 5. Chapitres du Deuterono
me , depuis le 29. jusqu'au 33. 2 °. La
Traduction de l'Explication , suivie dela
Prophetic d'Abacuc. 3 °. l'Explication.
de la Prophetie de Jonas . 4° . la Traduc
tion de quelques Versets du Chapitre 12.
de l'Ecclesiaste sur la Vieillesse.
ABREGE
2444 MERCURE DE FRANCE
ABREGE ' de l'Anatomie du Corps Humain
, où l'on donne une Description
courte et exacte des parties qui le composent
, avec leurs usages. Par M.....
Chirurgien Juré. A Paris , de l'Imprimerie
de P. G. le Mercier fils 1734. in 12. 2%
vol. tom. 1. pp. 272. tom. 2. pp . 380 .
HISTOIRE DES REVOLUTIONS D'ESPAGNE ,
depuis la Destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragonen
une seule Monarchie. Par le Pere Joseph
d'Orleans , de la Compagnie de Jesus
, et publiée par les Peres Rouillé et
Brumoy 1734. A Paris chez Rollin fils ,
trois vol. in 4. tom. 1. pp. 579. ton. 2.
pp. 644 tom. 3. pp . 655 .
RECUEIL DE DIVERS TRAITÉZ DE PIETE",
Tome premier , de l'Amour de Dieu. De
Amour de nous - mêmes , et de l'Amour
du Prochain . Autre Discours de l'Amour
du Prochain. De l'Amour des Ennemis.
De l'obligation d'annoncer l'Amour de
J. C. pour édifier nos freres. De l'Amour
des souffrances pour servir l'Eglise . De
Fobligation de souffrir pour achever ce
que J. C. a commencé. De l'Amour de
la Croix de J. C. Tome second où l'on
verra les principales Maximes de la Mo
3
rale
NOVEMBRE . 1734. 2445
rale Chrétienne excellemment établies-
Nouvelle Edition. A Paris , chez Jean-
Baptiste Delespine , et CharlesJean- Baptiste
Delespine , rue S. Jacques 1734. in 12. 20
volumes.
ENTRETIENS sur la cause de l'inclinaison
des Orbites des Planetes , où l'on répond à
a question proposée par l'AcadémieRoïale
des Sciences, pour le sujet du Prix des années
1732. et 1734. par M. Bouguér, de la
même Académie, et Hydrographe du Roi,
au Havre de Grace . A Paris , rue S. Jacques ,
chez Claude Jombert 173.4.
REFLEXIONS sur les défauts d'autrui ..
Par M. l'Abbé de Villiers , quatriéme Edirion
revûë et corrigée . Chez Jacques Col-
Lombat, rue S.Jacques 1734. in 12. 2. vol
LIVRES qui se trouvent chez Despilly ,
Libraire, rue S. Jacques , dans la Cour
de la Vieille Poste , à Paris : Sçavoir.
Les Loix Civiles , augmentées par
Mrs d'Hericourt et Boucheuret , Avocats
in-folio.
Mabillonii Prefationes in 4.
Lettre sur la Biere in 8.
20
Description de l'Entrée des Evêques
d'Orleans , et des cérémonies qui l'accom
pagnent
2445 MERCURE DE FRANCE
pagnent , avec des Remarques Historiques
, par M. Polluche , in 8.
Les Epitres et Evangiles , par Demandes
et Réponses , in 12. 2. vol...
Prieres pendant la Messe
2
, avec les Prieres
du matin
et du soir , et les Sen. timens
touchant
la Confession
et la Communion
, en forme de Prieres
, in 18. gros caractéres
. Et autres sur toutes sor- tes de matieres
.
Charles Osmont à l'Olivier , rue Saint
Jacques, imprime actuellement les Poësiës
de Mlle de Malcrais de la Vigne . Ce Livre
paroîtra les premiers jours du mois
prochain
ESSAIS DE THEODICE'E Sur la bonté de
Dieu , la Liberté de l'Homme et l'Origine
du Mal , par M. Leibnitz . Nouvelle
Edition , augmentée de l'Histoire , de
La Vie et des Ouvrages de l'Auteur , avec
des Réfléxions sur l'Ouvrage de M. Hubbe
, de la liberté , de la necessité et du
hazard , et un Discours Latin qui a pour
titre : Causa Dei asserta per justitiam ejus
1734, in 12. 2 vol . A Amsterdam , chez
François Changnions.
LA VIE DE PHILIPPE II. Roy d'Espa
gne
NOVEMBRE. 1734. 2447
gne,traduite de l'Italien de Gregorio Letti.
Amsterdam, chez P. Mortier 1734. 6 vol.
in 12.
RECUEIL DES MARBRES ANTIQUES , qui
se trouvent dans la Galerie de l'Electeur
de Saxe ,
à Dresde. A Leipsig , chez
Weldman 1733. in folio . C'est un Ouvra❤
ge magnifique , consistant en 220. grandes
Planches, très - bien gravées en Taille
douce .
DEUX TRAITEZ DES URINES , dans le
premier desquels on examine en general,
si par
la seule inspection des urines on
peut parvenir à connoître la nature des
Maladies , et le traitement qui leur con
vient ; et dans le second , quelles consé
quences on peut tirer en particulier des
divers changements qui arrivent aux
urines , soit en santé , soit en maladie.
Par H. J. Rega , Docteur et Professeur
en Medecine dans l'Université de Lous
vain. A Louvain de l'Imprimerie de
Martin Van- Overbeke 1733. vol . in 12.
Premier Traité pp. 46. Second pp. 132 .
L'Ouvrage est en Latin.
>
ACTA ERUDITORUM Anno M. D CC XXI.
publicata & c. 1. vol. 4. Lipsia & c. pag.
$47.
JA
2448 MERCURE DE FRANCE
JACOBI SAURINI Dissertationes &c.
Amstelodami 1. vol. 8. apud Henr. du
Sauzet 1720. C'est -à- dire , Dissertations
Historiques , Critiques , Theologiques et
Morales de Jacques Saurin , sur les principales
Histoires du Vieux et du Nouveau
Testament. Tom. I. et II. concernant le
Pentateuque , avec des Figures .
M. Saurin a entrepris dans ces deux
volumes d'éclaircir les principaux points
d'Histoire qui sont contenus dans les
cinq Livres de Moyse ; ce qui fait la matiere
de 70. Dissertations dont la
' premiere
concerne la Création du Monde.
La V. le Meurtre de Caïn . La XIII . Mel.
chisedec. La XVIII. la Destruction de
Sodôme. La XLI. la Benediction de Jacob
sur ses Fils. La XLVI. les Prodiges
des Magiciens. La LIII . le Veau d'or.
La LIV. le Tabernacle construit par
Moyse. La LXIII . le Serpent d'Airain .
Et la LXX . la mort de Moyse. Nous ne
faisons qu'indiquer ces Dissertations
lesquelles parmi ce grand nombre ont le
plus merit l'attention de nos Journa
listes . Ils rapportent de chacune un petit
Sommaire qui suffit pour en donner une
bonne idée aux Lecteurs capables d'en
juger. Cet Ouvrage a d'abord été écrit
en Anglois , sous le titre de Discours His
Doriques , Critiques &c.
NOVEMBRE. 1734. 2449
>
Ph. et
GEORGII Antonii Volckmanni
Med. Doct. & c. Silesia subterranea . 1. vol.
4. Lipsia 1720. La Silesie Souterraine
c. écrit enAllemand avee des Figures.
و
y
Chaque Pays a ses Richesses naturelles
et des Trésors de toute espece cachez
dans les entrailles de la terre . M. Volckman
, appliqué depuis l'âge de 15. ans à
l'Etude de la Nature nous présente
dans cet Ouvrage ce qu'il a découvert de
plus curieux , en tout genre de Fossiles
dans le sein de la Silesie sa Patrie , après
en avoir parcouru au moins sept fois
les plus hautes Montagnes , les Valées
les plus profondes , et pénetré les cavernes
les plus obscures , souvent au péril
de sa vie et toujours avec des frais considérables.
>
Il a partagé en deux Parties le fruit de
son travail. La premiere comprend plusieurs
Chapitres , dont le premier traite
des Pierres précieuses , le second des
Pierres ordinaires , comme le Marbre
le Plâtre , le Tuf , le Jais ou le Jayet
dont la Silesie abonde particulierement
&c. Le troisiéme des Pierres qui représentent
quelque chose d'étranger par
leurs configurations , ou sur lesquelles
on voit l'empreinte de quelque autre
corps , ce qui donne lieu à l'Auteur de
Bai2450
MERCURE DE FRANCE
raisonner en bon Philosophe et en Physicien
religieux , persuadé de l'universalité
du Deluge , dont ces productions
sont dit-il , un témoignage certain . Le
quatriéme Chapitre renferme les Arbres
et les autres végétaux avec leurs fleurs , et
leurs fruits qui ont été petrifiez , ce qu'il
rapporte encore aux effets d'un Deluge
universel , quoiqu'il ne nie pas que quelques-
unes de ces Métamorphoses n'ayent
pû arriver depuis , même de notre tems .
Entre un très - grand nombre de Plantes
petrifiées , découvertes et décrites par
notre Auteur, celle qui mérite , selon lui ,
le plus d'attention , est un Rameau entier
du Figuier d'Inde qui se trouve parfaitement
bien gravé dans son Livre ;
production entiere et si parfaitement petrifiée
qu'on pourroit , dit - il , penser
qu'elle a été apportée dans la Silesie de
quelqu'autre partie fort éloignée de la
Terre. On aura peut-être de la peine à
croire qu'on tire aussi du Corail des
mines de Silesie , ce que M. Volckman a
experimenté plus d'une fois , et ce qu'on
ne peut attribuer , selon lui , qu'à là même
cause du Deluge , qui a transporté
dans les terres cette Plante marine. Parmi
les fruits terrestres pétrifiez et trouvez
dans des Grottes de Silesie , on remarque
sur
NOVEMBRE . 1734 245 1
>
sur tout l'Orange qui a conservé toute
sa figure naturelle et qu'on ne peut
cesser d'admirer. Il n'est gueres moins
curieux d'y voir aussi des Pommes de Pin
et de Melese.
Les Parties pétrifiées de plusieurs Animauxqui
se trouvent dans le même Pays
font la matiere du V. Chapitre . On y
fait mention sur tout de certains ossements
d'une grandeur énorme qu'on croit
communément être des anciens Geants ,
mais que l'Auteur soutient être ceux des
Monstres Marins ou Aquatiques que les
Eaux du Deluge portérent sur laTerre &c.
et à cette occasion , il n'oublie pas les divers
coquillages répandus dans toute la
Silesie , dont l'espece vient constamment
de la Mer , et qui sont, dit- il , autant de
témoins ou de preuves de cette inondation
generale .
Dans la seconde Partie il traite en plusieurs
Chapitres des Métaux et des Mineraux
que produit la Silesie , ce Pays , selon
notre Auteur , abonde en Terre sigillée
de plusieurs especes , et on y trouve
aussi des Eaux chaudes et minerales dont
la nature et les vertus sont particulierement
décrites dans le Chapitre XIV . Le
Chapitre suivant est employé au Dénombrement
et à la Description des Urnes
sépul2452
MERCURE DE FRANCE
sépulcrales et autres Vases antiques de
cette espece , qui ont été trouvez en
grand nombre et qui appartiennent de
droit aux Richesses souterraines de la
Silesie.
DE POTU vini calidi Dissertatio , Authore
Johanne Baptista Davini Sereniss.
RAYNALDI. Mutina & c. Ducis , Medico.
Muting Typis Capponi 1. vol. 4. 1720.
c'est- à dire Dissertation sur l'usage du
vin chaud. Par Jean- Baptiste Davini
Premier Medecin du Duc de Modéne.
9
M. Davini persuadé que les Remedes
simples et domestiques sont souvent les
meilleurs , du moins qu'ils péchent rarement
contre la grande maxime d'Hypocrate
, Ne saltem noceas , se déclare dans
cette Dissertation pour l'usage du vin
chaud , capable , selon lui , de guérir
plusieurs sortes de malades, de quoi il rap
porte deux exemples mémorables choisis
entre plusieurs autres . Le premier d'un
Homme très distingué dans la Magistra--
ture qu'il nomme Simon Tamburin
quel étant tourmenté depuis long - tems
par de cruelles douleurs de ventricule et
d'intestins , qu'aucun remede ne pût jamais
appaiser , fut gueri presque subitement
par quelques Potions de vin
chaud, ensorte qu'en continuant cet usage
•
leil
NOVEMBRE 1734 2453
›
Havoit repris sa premiere santé à l'âge de
plus de 80. ans. L'autre exemple regarde
'Illustrissime et Reverendissime Etienne
Folien , ci - devant Archiprêtre de Carpi,
actuellement Evêque de Modéne , lequel
étant attaqué d'un Asthme convulsif
dès son enfance , ne pouvoit plus à l'âge
de soixante ans coucher dans un lit
tant la difficulté de respirer s'étoit augmentée
, ensorte qu'il ne faisoit plus que
languir , s'attendant enfin de mourir de
pure consomption ou de ptisie. Cependant
M. Davini appellé lui conseilla de tenter
l'usage du vin chaud dans ses repas ,
ce qui ne manqua pas de réussir de ma
niere qu'après un soulagement très- considérable
, le Malade ayant été nommé à
l'Evêché de Modéne , entreprit le voyage
de Rome qu'il exécuta heureusement en
plein Hyver , et que de retour il se trou
va en état de remplir toutes les fonctions
Episcopales. Nous obmettons plusieurs
raisonnemens Physiques de l'Auteur sur
l'usage et les opérations du vin chaud ;
il finit sa Dissertation en parlant du re
gime qu'il faut observer , de la qualité
du vin dont il faut se servir , et de plusieurs
autres choses qui ne sont pas indifferentes
pour rendre le remede plus
certain et plus efficace .
Doc2454
MERCURE DE FRANCE
DOCTRINA SORTIS , seu Methodus computandi
probabilitatem Eventuum in ludis.
Autore Abrahamo de Moivre R. S. S.
Londini sumptibus Autoris . 1. vol. 4. 1718 .
c'est-à- dire , La Science du Sort , on Méshode
de compter dans le Jeu la Probabilité
des Evenements . Par Abrah. de Moivre
de la Societé Royale des Sciences & c. écrit
en Anglois.
Ceux qui connoissent l'Essai d'Analyse
de M. Raymond de Montmort , appli
quée auxEvenements des Jeux de hazard,
qui parut à Paris en 1708. sçavent qu'à
Poccasion de ce Livre, François Robartes
publia peu de tems après en Angleterre
des Problêmes sur le même sujet . Ils
étoient addressez à M.de Moivre ; celui - ci
s'appliqua à les résoudre et ajouta à leur
résolution la Méthode qui compose la
principale partie du Livre dont il s'agit
ici. Les Personnes qui avec le loisir convenable
, ont du gout pour la Science
fatigante et aride des Nombres , et qui.
par les nombres et leurs combinaisons
mystérieuses se Aattent de parvenir à la
découverte de certaines veritez Physiques,
trouveront certainement de quoi se contenter
dans ce Livre
ANTIQUITATES Selecta Septentrionales et
Celtica & c. Autore Joh. Georgio Keyslero
NOVEMBRE. 1734. 2455
lero , Societ. Regia Londin. Socio. I. vol.
8. Hannovera 1720. cum Fig.c'est- à- dire,
Choix d'Antiquitez Septentrionales et Celtiques.
ParJean George Keysler , Membre
de la Societé Royale de Londres & c. aver
des Figures.
Ce Livre contient six Dissertations
dans lesquelles on éclaircit plusieurs Endroits
des Conciles et des Capitulaires
on y
>
discute aussi les Dogmes de la Théologie
des Celtes et des Peuples du Septentrion
, sans oublier les Coutûmes et les
Rites de nos Anciens à l'égard des Idoles
, des Autels , des Temples , des Ora
cles , des Bois sacrez , des Prêtres , des
Elections des Rois , des Assemblées generales
, des Tombeaux et autres Antiquitez
Funebres. Toutes ces choses sont appuyées
de preuves authentiques et illustrées
par des Monuments dont quelquesuns
ont déja paru , et les autres paroissent
ici pour la premiere fois. T
La seconde de ces Dissertations roule
sur la Déesse Nehalennia , Divinité Topique
des anciens Valachres , Numine
veterum Walachrorum topico. Elle avoit
déja été publiée à Zell.en 1717. Le Pere
de Montfaucon , disent nos Journalistes .
a fait mention de cette Dissertation dans
les Additions de son deuxième volume
F des
2456 MERCURE DE FRANCE
des Antiquitez &c. mais de maniere que
par l'Inscription tronquée qu'il rapporte,
il est aisé de voir qu'il ne l'a pas lû. Le
Lecteur y trouvera toutes les Inscriptions
qui regardent cette Déesse du Pays
dont les unes n'avoient jamais paru , et
les autres n'avoient pas été expliquées à .
cause de leur obscurité. L'Auteur dans
ce petit ouvrage s'est particulierement
appliqué à discuter la créance dogmata
des anciens Peuples Septentrionaux suṛ
des Nymphes et les autres Dieux ou Demons
Aquatiques , et à prouver enfin
que Nehalennia n'est autre chose que
Neham particulierement adorée dans un
Lieu nommé Halle. Nous n'obmettrons
pas ce que nos Journalistes n'oublient
jamais en pareille occasion ; sçavoir, que
M. Keisler sur la fin de sa Dissertation
fait quelques Remarques sur la pieuse
Fraude,pia fraude, ou l'ignorance des Catholiques
qui ont entrepris d'expliquer
les Inscriptions des Anciens. Reste à sçavoir
si on en croira l'Auteur sur sa paro➡
le. La République des Lettres seroit bien
malheureuse , sur tout la Partie qui regarde
l'Antiquariat , s'il n'y avoit que
des Protestans qui pussent donner la veritable
intelligence de ces Inscriptions,
On trouve à la fin de la Dissertation le
•
Pros
NOVEMBRE. 1734. 2457
Prospectus d'un Ouvrage que le même
Auteur promet sous le titre de Germania
Gentilis , sive de Diis veterum Celtarum
Gentiumque Septentrionalium , nominibus
Deorum hactenus incognitorum.
A l'occasion de ce qui est dit ci - dessus
du P. de Montfaucon , que nos Journaliste
, après M. Keysler , croyent n'avoir
pas lû la Dissertation de ce dernier sur la
Deèsse Nehalennia , fondez sur la prétenduë
Inscription mal rapportée par ce
Sçavant Benedictin ; à cette occasion ,
dis je , qu'il nous soit permis en faveur
de la verité de déclarer ici deux ou trois
choses qui nous sont parfaitement connues.
La premiere , que le P. de Montfaucon
a vû et examiné la Dissertation
de M. Keisler sur la Divinité en question,
imprimée à Zell en 1717. et que c'est
dans le Cabinet de ce Pere que nous l'avons
vu pour la premiere fois.
En second lieu,il n'est pas moins constant
qu'en rapportant Inscription dont
il s'agit ici , il a fidelement copié son
original , qui est Wrée dans son Histoire
des Comtes de Flandres. Il est vrai qu'en
produisant la même Inscription › selon
M. Keysler , qui ne s'accorde pas luimême
avec Wrée , on voit dans l'impression
du P. de Montfaucon le caractére
Fij
3.
2458 MERCURE DE FRANCE
3. un peu défectueux , la queuë d'en bas
n'étant pas assez allongée pour représenter
aussi la Lettre L comme cela est dans
'Inscription ..Mais le Graveur a bien reparé
cette défectuosité dans la Page sui
vante , en formant cette double Lettre
telle qu'elle doit être , et telle qu'on là
trouve au bas de la Figure de la Déesse
Nehalennia. On diroit,au reste, par l'expression
des Journalistes ita ut ex mutila
quam refert Inscriptione & c. qu'on a tronqué
, mutilé quelque chose de considérable
de quoi s'agit- il ? d'une Inscription
qui ne contient précisément que
deux mots , et dans ces deux mots de la
queue d'une Lettre.
,
Il nous reste à dire à cette occasion
qu'aux sept Figures differentes de cette
Déesse données par le P. de Montfaucon
avec leurs Inscriptions , il en a ajouté
une huitième qui n'est pas la moins cu
rieuse tirée d'une Mosaïque trouvée
auprès de Nîmes dans une Maison de
Campagne de M. Graverol , Sçavant
Antiquaire. Cet habile Homme , après
avoir fait exactement dessiner et graver
çe Monument , composa là - dessus une
Dissertation qu'il adresse à M. Ciampini,
Romain, et l'ayant fait imprimer depuis
Toulouze avec la gravûre , il voulut
bien
NOVEMBRE 1734. 2459
bien nous en faire part. C'est peut- êtrè
le seul Exemplaire qui restoit de cette
Piece fugitive , lorsque la Publication
du grand Projet du R. P. de Montfaucon
paruë , et nous engagea à la lui mettre
entre les mains . Les Curieux verront
Pusage qu'il en a fait dans la deuxième
Partie du second tome, page 444.
こLe Gui des Druides fait la matiere de
la III. Dissertation ; elle est adressée à
Jacques Douglas , sçavant Medecin de
Londres ; on y trouve les differents noms
que donnoient les Druides à cette production
et toutes leurs superstitions à cet
égard On y traite aussi par occasion du
Baptême des anciens Germains avant la
naissance du Christianisme et de quelques
Chesnes célebres de la Basse Saxe.
Nous voudrions bien pouvoir suivre
l'Auteur dans sa cinquiéme Dissertation
intitulée de Mulieribus Fatidicis veterum
Celtarum Gentiumque Septentrionalium.
Mais cela nous meneroit trop loin . Nous
nous contenterons de remarquer avec,
nos Journalistes qu'on y explique près
de 70 Inscriptions , dont la plûpart
n'avoient point encore paru , et qu'on y
traite sous differents titres de Matribus
et Matronis , Mair , Druidibus foeminis ,
Volis , Genis , Samnitis , Alirunis , Velle--
F iij
da
1
2460 MERCURE DE FRANCE
le
da , Aurinia , Ganna , Jetha , sifa¸Thrudur,
et de tout ce qui est resté du Paganisme
sur cette matiere parmi les Chrêtiens.
Les Fables qui concernent les Sorcieres
, les charmes par lleess yyeeuuxx , l'excię
tation des Tempêtes , les Loups garoux ,
la vertu magique de certaines herbes
Demon du midy , les Spectres , les Oracles
&c. tout cela est agréablement discuté
et accompagné d'une critique sensée . On
trouve de tems en tems quelques curieusesObservations
que l'occasion fait naîtres
celle , par exemple , qui regarde l'éloge
qu'on trouve dans certaines Inscriptions
de la Maison Divine , Domus Divina , et
l'aveugle ambition des Empereurs Romains
qui souffroient ces titres. Une autre
sur la coutume des Payens de pendre
aux Statues des Dieux la figure des membres
qui se trouvoient affligés de quelque
maladie. Coutûme , qui , selon l'Auteur
, a été en quelque façon imitée par
les Chrêtiens .
Il faut convenir que M. Keysler a épuisé
son sujet et qu'il l'a traité habilement.
Cette Dissertation peut dédommager la
Republique des Lettres du Traité assez.
mal digeré que nous avons de Druidibus
et de Fatuis Foeminis , de Janus Cæcilius
Frey , Auteur crédule et peu versé dans
la
NOVEMBRE 1734. 2461
La Critique , comme on l'a déja remarquê
dans le Mercure de Juin, pag. 347.
Noere Auteur acheve de remplir son
Plan en parlant des choses suivantes, qu'il
est difficile de faire bien entendre dans
notre langue. De somniis vetularum , do
Dusiis et concubitu dæmonum cum Mulieribus
, de Litteris Runicis , et incantationibus
veterum septentrionalium , de Bructerorum
, Finonum , et Marsorum denominationibus.
De Jure Cunnagii et Marcheta, On
cite à la page 3 80. de cetteDissertation un
Manuscrit intitulé Antiquitates Gallia
dont on fait Auteur Dagerath ; les Journalistes
croyent devoir avertir que cet
Ouvrage est de Gudius , et que l'illustre
Jean - GeorgeEccard qui l'a communiqué
à M. Keysler, en conserve l'original dans
sa Bibliothèque.
A la fin des VI . Dissertations on trou
ve la Description d'une Urne sépulcrale
déterrée au mois de Septembre 1719. dans
un champ aux environs de Neilingen dans
F'ancienne Marche , dont on voit aussi la
figure gravée- Cette Urne est de plusieurs
piéces , et contient divers petits vases et
d'autres curiositez , partie d'argent , partie
de bronze , qui au sentiment de l'Anteur
ont servi d'ornement aux chevaux.
Tout l'ouvrage est fondu , orné de quan
Fiiij
tité
3462 MERCURE DE FRANCE
tité de figures et du poids de six livres de
Brunswik.
Jo. GEORGII ECCARDI Epistola de Numis
quibusdam sub regimine Theoderici
Ostrogothorum Regis in honorem Imperatorum
Zenonis et Anastasii cusis ad maxime
R. D. Anselmum Bandurum M. B. & Cà
Hanovera 1720. 4. cum tab. an. c'està-
dire , Lettre de Jean - George Eccard au
R. P. Anselme Banduri , Benedictin & c.
sur quelques Medailles frappées en l'honneur
des Empereurs Zenon et Anastase.
sous le Regne de Theodoric Roy des
Ostrogoths.
>
*
Sous le nom modeste d'une Lettre
M. Eccard dont nous avons déja faic
remarquer l'érudition ailleurs nous
donne une Dissertation fort travaillée
et très-curieuse sur trois Medailles du bas
Empire , dont la singularité et la rareté
doivent réveiller l'attention des Antiquaires.
Notre Sçavant Anglois les produit
ici , principalement pour augmenter le
Trésor des Medailles du bas Empire recueilli
avec beaucoup de soin par le R.
P. Banduri , Benedictin , à qui il adre se
sa Dissertation.
. Ces Medailles sont singulieres par trois
* Medaille d'Atila , donnée et expliquée par
M. Eccard.
en
NOVEMBRE . 1734. 2463
endroits. 1 ° . En ce que les Legendes
qu'on y trouve tant du côté de la Tête
que sur le Revers sont en Lettres barbares
et inusitées dans les Medailles des Empereurs
, même dans celles du plus bas
âge ; ces Lettres participent des caracté
res Grecs et des caractéres Latins , et demandent
une sagacité particuliere pour
les déchiffrer. 2 °. La Fabrique en est de
même toute Barbare et d'un gout aussi
dépravé que celui des caractéres. 3 *, Par
les symboles qu'on y trouve , nous pouvons
ajouter une autre singularité qui
renferme en soi les trois autres , si elle
est une fois bien prouvée ; sçavoir , que
ces Medailles ont été frappées sous le
Regne , dans les Etats et par l'ordre de
Theodoric Roy des Ostrogoths : c'est le
sentiment de M.Eccard , qu'il appuye par
des passages choisis de divers Auteurs ,
et par des raisons qui sont plus que vrai
semblables. Il y a plaisir à l'entendre discourir
sur cette matiere , et à le suivre
dans l'explication naturelle et bien autorisée
qu'il donne , tant des Legendes que
des figures qui paroissent sur ces Medail
les . Elles sont toutes trois d'or , la prez
miere de la grandeur ordinaire et les deux
autres de la grandeur des Quinaires : les
deux premieres sont du Cabinet de l'Ab
F v .be
2464 MERCURE DE FRANCE
bé Gerhard , et la troisiéme de celui du
R. P. Callenberg.
,
Notre Antiquaire a aussi fait graver
dans la même Dissertation la figure d'une
Cuillier , qui fut autrefois trouvée à
Novogrod dans le Tombeau d'HELENE
Premiere Princesse Chrétienne de la Nation
Moscovite sur laquelle il y a des
caractéres gravez , lesquels ont assez de
rapport à ceux des trois Medailles Gothiques
, ce qui sert à fortifier les preuves
de M. Eccard , qui ne doute point que
les mêmes Lettres n'ayent passé des
Goths ou des Ostrogoths aux Russiens.
Cette Cuillier est d'argent,d'une figure
assez singuliere , ornée au bout du manche
d'une perle de prix et dorée sur tous
ses bords. Ces mots aussi étranges en apparence
que les Lettres qui les composent
sont gravez en dedans autour de la Cuillier.
Woima Otzai sina 1 Swetago Ducha,
Amin : c'est-à-dire , selon l'Auteur de la
Dissertation. In nomine Patris et Filii et
Spiritus Sancti. Amen . Dans la largeur du
creux on lit ce seul mot , en pareilles.
Lettres. ELENA, qui est le nom de la Princesse
, à qui elle a servi pour recevoir la
SteEucharistie dans le tems que l'usage de
la donner de cette maniere étoit établi .
* Abbatis Luccensis Gerhardi et R. P. Callenbergii
S. J. Monasterii.
NOVEMBRE . 1734. 2465
M. Eccard nous apprend que cette
Picce trouvée , comme nous l'avons dit
après lui , dans le Tombeau de cette Princesse
, étant enfin tombée entre les mains
d'un Seigneur Allemand , qui étoit Officier
General dans les Armées du Czar ,
il trouva dans la courtoisie de ce Seigneur
le moyen de la voir , de l'examiner et de
la faire dessiner pour en régaler le Public,
Nos Sçavans de Lipsic l'ont aussi fait
graver avec les trois Medailles en quesrion
dans leur Journal du mois d'Août
1721. page 352 .
THE HISTORY and Antiquities of the
University of Cambridge & c. c'est - à- dire
Histoire et les Antiquitez de l'Université
de Cambridge I. vol. 8 ° . A Londres, che
Batemann , Nicks et Boreham 1721.
Nous avons d'abord été surpris à la
lecture de ce Titre de voir annoncer
'Histoire d'une ancienne et célebre Université
, écrite autrement qu'en Langue
Latine à quelle appartiennent de
droit et par préference tous les Ouvrages
de cette espece : Mais la surprise cesse
quand on apprend de nos Journalistes
que ce n'est ici que la Traduction Angloise
de deux petits Traitez Latins publiez
à la suite de deux Ouvrages plus
considérables par M. Hearne , l'un ets
F vj L'an
2456 MERCURE DE FRANCE
l'année 1716. l'autre en 1720. Le premier,
dont l'Auteur est Richard Parker
intitulé . Description desColleges de l'Université
de Cambridge , et le second composé
par Nicolas Cantelou , porte pour
titre , de l'Antiquité et de l'origine de
l'Université de C.
*
M. Hearne a joint quelque chose du
sien à ces deux Traitez , et le tout ensemble
forme un petit corps d'Histoire qui
pourra servir , en attendant qu'il se forme
une entreprise plus considérable en
faveur de cette Université. M. Hearne
seroit lui- même très - capable de l'entreprendre
, étant tout ensemble , et bon
Historien et bon Antiquaire. Nous avons
en France un modéle à suivre dans ce
genre de composition . C'est Cesar Egasse
du Boulay qui en l'année 1665.a donné
au Public l'Histoire de l'Université de
Paris en 6. vol. in-folio . l'Auteur de la
Dissertation Historique sur l'ancienne
Académie de Marseille imprimée en 1727 .
l'appelle Bouillaud , quoique son nom du
Bulay soit connu de tout le monde et
qu'il soit aussi imprimé à la fin de l'Epître
* Cantalupus , ordine Carmelita &c. Diem
suum obiit A. 1441 ,
* Cesar Egasse du Boulay , Ancien Recteur de
PUniversité , mort en 1700.
Dédi
NOVEMBRE . 1734. 2464
·
Dédicatoire Latine adressée au feu Roy
Louis XIV. Le même Auteur est tombé
dans une autre méprise , en faisant deux
personnes differentes d'un seul Ecrivain ,
tel qu'est Ubbo Emmins qui a fait quel
ques Traitez sur l'ancienne Grece &c.
MEDICINA FLAGELLATA . Londini, apud ·
J. Batemann et J. Nicks 1721. 8 .
Voici encore un Livre Anglois , dont
le titre rendu en Latin par nos Journalistes
paroîtra peut-être un peu singulier.
La Medecine Flagellée est , si nous en
croyons l'Auteur, un fruit de son amour
pour le Genre Humain. Il prétend dans
ce Traité instruire les Hommes non- seulement
des moyens de prolonger la vie
et de prévenir les maladies , mais encore
les avertir qu'ils doivent s'abstenir de
tous les remedes frauduleux et suspects ,
son intention est d'abolir ce qu'il appelle
les abus de la Pratique Medecinale d'aujourd'hui
, et de rétablir la simplicité de
l'ancienne , sur quoi il fait diverses observations.
Les Apoticaires dont la piûpart
, dit- il , ignorent la Langue Latine
et l'efficace des remedes , sont ici repris
avec beaucoup de chaleur , on les accuse
de vendre des Medicaments trop longtems
gardez , et qui n'ont plus aucune
vertu , de préparer fort mal ceux qui
sont
2458 MERCURE DE FRANCE
ble
sont d'une bonne qualité, d'en augmenter
de beaucoup le prix ; en un mot, se mêler
d'une Pratique qu'ils ne sçavent pas
assez. Il reprend les Medecins avec la
même liberté , du moins ceux qui s'entendent
, dit- il , avec les Apoticaires
et qui abusent du nom et de la profession
de Medecin . Après ces reproches , suit
une Instruction generale , en faveur principalement
des jeunes Etudiants Anglois,
sur la bonne maniere d'étudier et d'apprendre
la Medecine. Il leur conseille
sur tout de prendre un tems convenapour
voyager , et de parcourir à cette
intention la France , l'Italie , la Suisse
Allemagne, de conférer avec les plus habiles
Professeurs , et de ne pas négliger
les Antiquitez qui se présenteront . On
doit convenir que cet Auteur a les meil
leures intentions du monde , mais il faut
aussi avouer qu'il a quelquefois des
idées singulieres . Entre les remedes qu'on
employe , et qu'il juge n'avoir aucune
vertu il compte le bezoard , les perles ,
l'or , l'or potable et fulminant , les Pilules
argento obductas ,les Pierres précieuses,
la Salsepareille , la Mumie , les Parties
molles des Animaux,la poudre de Vipere,
Je Crane humain , les nids d'Hirondelle
la peau de Serpent &c. Il finit en faisang
,
remaNOVEMBRE
. 1734 2469
remarquer certaines erreurs , dans lesquelles
il prétend que sont tombez quel
ques Medecins de son Pays , en écrivant
sur la Peste.
QUESTION.
Nous sommes priez de proposer aux
Experts cette Question de Medecine , et
de les inviter à répondre par la même
voye.
,
Un Aliment moins bon pris avec délice
est- il aussi profitable à la santé qu'un Aliment
beaucoup meilleur, mais que l'Estomach
me reçoit qu'avec repugnance ?
Nous avons reçû un peu tard la Copie
d'une Lettre écrite de Florence par
M. Antoine- François Gori , Auteur du
grand Ouvrage intitulé Museum Florentinum
. Voici la Traduction de cette Lettre
qui est adressée à un Seigneur Italien.
» Je vous envoye le Plan du III. Tome
» de mon Ouvrage sur le Cabinet du
» G. Duc de Florence , auquel je travaille
» actuellement , et que je sçai être atten
» du du Public avec empressement . J'es
pere de publier l'année prochaine la
seconde Partie des Inscriptions des
>> Villes de Toscane , accompagnée des
Tables et Indices necessaires & c.
n Je
2470 MERCURE DE FRANCE
Je prépare encore avec toute l'appli
cation dont je suis capable un Ouvrage
» considérable sur les Sepulcres de nos
> anciens Toscans , avec un grand nom-.
» bre d'Inscriptions Etrusques , Monu-
» mens que je ferai graver et qui contiendront
au moins cent Planches.
» Comme je veux faire imprimer ce
Livre à mes dépens , j'ai besoin d'un
» Mecéne , qui veuille bien proteger effi-
» cacement l'Ouvrage , et aussi de Sous-
» cripteurs , qui m'aident à en soutenie
» la dépense . Je puis dire par avance que
» cet Ouvrage doit être regardé comme
» la suite et comme unSupplement néces-
» saire à celui de Dempster.
"Notre Ville a perdu avec tout le
Monde Litteraire , un Homme rare , et
un grand Maître dans toutes les matie-
» res d'Antiquité ; sçavoir , M. le Sena-
» teur Buonarotti qui est décedé le 8 Novembre
1733 .
Four ce qui est des Portraits des Pein :
tres Illustres , j'ai dessein de faire gra-
» ver sur la même Planche un petit Eloge
» de chacun d'eux , qui marquera le
tems auquel ila vêcu , celui de sa mort,
» de quelle Ecole il étoit, et en quel genre
il a excellé, Comme je ne puis pas m'étendre
là - dessus , il faut que je dise
⚫ beaucoup en peu de paroles.
NOVEMBRE. 1734. 247
» J'ai déja XXIV. Planches gravées
» pour les Monumens Etrusques.
ALEXANDRI Xaverii Panelii è Societate
Jesu, Presbyteri de Cistophoris. Brochure
-in 4º . de 117. pp. A Lyon , et se trouve
Paris , chez H. L. Guerin , Libraire , rue
S. Facques.
Il y a beaucoup de recherches et de
détail dans ce curieux Ouvrage , ce qui
nous empêche d'en entreprendre un Extrait
, qui nous jetteroit , sans doute , audelà
de nos bornes. Mais nous nous fai
sons un devoir d'annoncer aux Sçavans
un autre Ouvrage du même Auteur , et
d'une grande importance dans le Genre
Antique. Voici comment il parle luimême
de cet Ouvrage sur la fin de sa
Dissertation des Cistophores.
In eo Numismata quacumque vetera ;
Graca, Egyptiaca , Latina , cujuslibet meduli
ac metalli, Regum , Virorum Illustrium,
Populorum, ac Urbium, Gentium , seu Familiarum
Romanarum et Imperatorum , Casarum
, &c. accuratè et singulatim descripta
notis ad Historiam , Chronologiam , Geogra
phiam , & c. spectantibus illustrata, sub proprio
possessaris nomine appellata , reperire
erit. Opus immensum sanè
ita pridem à Cl. Morellio et in suo Ret
›
♪
tentatum non
num2472
MERCURE DE FRANCE
nummaria specimine jam delibatum , ab eru»
dita Antiquitatis cultoribus diù expectatum ,
exequendum tandem molimur nos , eruditione
licet Cl. Morellio impares , animo tamen et
Constantia non inferiores. Itaque rogatos
etiam atque etiam volumus eos omnes qui
Antiquitatis studio tenentur , et nummariam
supellectilem habent , omnium suorum veterum
, et indubitata fidei nummorum indices
perquam accuratos ad me Massiliam aut
Lugdunum transmittant , ita tamen ut quod
in nummorum inscriptionibus temporum inju
riâ , aliove casu detritum fuerit , non suppleatur
, sed interpositis asteriscis indicetur s
quid in nummorum area , in ima parte ,
lateribus observandum occurret , observeturs
designentur etiam quo habitu ,
• qua veste
qua parte conversa
fuerint
figura , ita et modulus
, et metallum
cujuslibet
numismatis
. Et quoniam
omnes et singulos
Regum
, Viro- rum Illustrium
, Populorum
ac Urbium
,
Gentium
Romanarum
nummi
, et quotquot
etiam sunt Imperatorum
maximi
moduls
, et in Coloniis
, Municipiisque
signati
ari in cidi curaturi
sumus,si quis hujuscemodi
mum mos nondum
vulgatos
, ant à vulgatis
ali- quatenus
dissimiles
penes se habeat , rogamus quoque
ut delineatos
illos , aut ichthycolla
expressos
nobiscum
communicare
velit. Quit quid autem nobis communicandum
censebitur
,
alia
NOVEMBRE. 1734. 2473
alia quàm Tabellarii publici viâ communi
cum per vita institutum pecuniarių
Sumptus nobis non liceant.
Cetur >
Le R- P. Panel n'ignore pas,sans doute
que le grand Ouvrage projetté et commencé
par André Morel , a éte entrepris
et executé par M. Havercamp , et que
Westein et Smith l'ont publié cette année
1734. à Amsterdam , en 2. vol. fol. dont
le premier contient 184 Planches avec
des Nôtes de l'Editeur &c. Il y a un bel
Extrait de cet Ouvrage , qui se trouve
aussi à Paris chez Cavelier , dans le Jour
nal des Sçavans du mois de Septembre
dernier.
LES OEUVRES DE SALVIEN
Prêtre de Marseille , contenant ses Lettres
, et ses Traitez sur l'Esprit d'Interêt
et sur la Providence , avec des Notes.
Traduites en François , par le_Reverend
Pere *** , de la Compagnie de
Jesus. A Paris , chez Jean- Baptiste Delespine
, Imprimeur - Libraire du Roy
rue S. Jacques , 1735 .
Jacques Colombat Libraire et Imprimeur
à Paris , rue S. Jacques , a publié
depuis peu une quatriéme Edition des
Re
1474 MERCURE DE FRANCE
Réflexions sur les Deffauts d'Autrui. Par feu
M. l'Abbé de Villiers 2. vol. 12. 173 4:
Charles - Jean - Baptiste Delespine le
fils , Libraire rue S. Jacques , a aussi publié
les Memoires du Chevalier d' Arvieux ,
Envoyé Extraordinaire du Roy à la Porte
Consul d'Alep & c. contenant ses Voyages à
Constantinople , dans l'Asie , la Syrie & c.
recueillis de ses Memoires Originaux et mis
en ordre avec des Réflexions par le R. P.
Jean- Baptiste Labat , de l'Ordre des Freres
Précheurs , VI . vol. 12. 1735.
L'Académie Royale des Inscriptions
et Belles Lettres , recommença ses Séances
le Vendredy 12 de ce mois , par une
Assemblée publique suivant la coutume.
M. le Cardinal de Polignac y présida ,
la Séance fut ouverte par la Lecture que
fit M. l'Abbé Sallier , d'une Dissertation
du R. P. de Montfaucon sur les Armes
des anciens Gaulois et des Nations voi- .
sines. Ce Pere avoit apporté plusieurs de
ces Armes tirées de son Cabinet qui furent
montrées à l'Assemblée.
M. Hardion lût ensuite une troisième
Dissertation sur l'Origine et les Progrès
de la Rhetorique chez les Grecs , dans
la-
A
2 NOVEMBRE
. 1734. 2475
laquelle il établit les principes de l'harmonie
des Vers, et de la Prose , et les appuya
sur des exemples tirez de Poëtes
François. La Séance fut terminée par une
Dissertation Critique que lût M. Fourmont
l'aîné , sur l'Epoque de la Ponctuation
du Texte Hebreu des Livres sacrez
et de la Mazore , Epoque enfin determinée
par un excellent Manuscrit de la
Bibliothéque du Roy.
Le Samedy 13 Novembre , l'Académie
Royale des Sciences , tint son Assemblée
publique, à laquelle M. l'Abbé
Bignon présida. M. de Fontenelle ouvrit
la Séance par l'Eloge de M. de Lagni ,
Pensionaire Géometre vétéran mort
dans le dernier semestre.
>
M.Cassini lut ensuite un Memoire, dans
-lequel il rendit compte des observations
et opérations qu'il a faites cette année
par ordre du Roy , pour décrire sur la
surface de la terre une ligne perpendiculaire
sur la Meridiene de l'Observatoire
Royal de Paris ; cette ligne perpendiculaire
fut décrite l'année derniere par
M. Cassini depuis Paris jusqu'à S. Malo ,
extrémité Orientale du Royaume ; et
cette année , elle vient d'être prolongée
depuis Paris jusqu'au Rhin près de
Stras
2476 MERCURE DE FRANCE
Strasbourg extrémité Occidentale.
M. Geofroi lut après cela un Memoire
de Chimie , sur l'Emetique et le Kermés.
M. Godin finit la Séance par la lecture
d'un Memoire d'Astronomie qui regarde
la Théorie des Planetes , et particulierement
celle de leurs noeuds , en conséquence
de la mutabilité de l'Ecliptique ;
M. Godin fait voir que ce Cercle se meut
effectivement sur les points des Equinoles
noeuds des Planetes sont
xes , et que
immobiles.
Nous donnerons des Extraits de tous ces
Memoires.
OUVERTURE du College Royal.
Les Professeurs du College Royal de
France , fondé à Paris par le Roy François
I. le Pere et le Restaurateur des
Lettres, reprirent leurs Exercices et commencérent
leur année Académique le
Lundir5.Nov.Voici les noms des Sçavans
Hommes , qui remplissent actuellement
les Chaires de ce fameux College , sous
l'inspection de M. Lancelot , de l'Acadé
mie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , Censeur Royal des Livres.
Pour la Langue Hebraïque.
Mrs Sallier et Henry.
Pour
NOVEMBRE. 1734. 2477
Pour la Langue Grecque.
Mrs Capperonnier et Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs Chevallier et Privat de Molieres,
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres,
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin er Souchay .
,
Pour la Medecine la Chirurgie , la
Pharmacie et la Botanique .
Mrs Andri , Burette , Astruc et du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire , Interprete
ordinaire du Roy pour les Langues
Orientales , et Fourmont.
Pour le Droit Canon .
Mrs Cappon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque:
Mr l'Abbé Fourmont.
M. Frigot , dont on a parlé plus d'une
fois dans ce Journal , nous écrit du's . de
ce mois , d'auprès de Montebourg , dans
la Basse - Normandie ce qui suit .
Voici une nouvelle toute nouvelle et qui
allarme tout ce petit Canton . La nuit der
nierę
478 MERCURE DE FRANCE
niere , vers les quatre heures du matin ,
on a été reveillé par une violente secousse
de tremblement de Terre , qui a duré
environ une minute . Pour moi , je ne
m'en suis presque pas apperçu , étant alors
enseveli dans le sommeil ; il est vrai que
je ne sçai à quelle heure j'ai été éveillé
par un bruit sourd , que j'ai pris pour un
coup de Tonnerre éloigné , et je me suis
rendormi sur le champ. En cas que ce
tremblement de Terre , qui a été trèsréel
, ait été particulier à ce Canton , je
pourrai vous en faire le détail plus au
long , lorsque j'aurai été pleinement informé.
De tems immemorial la presqu'-
Isle du Cotentin passe pour être à couvert
de cet accident , à cause disent
nos Physiciens , de la grande quantité de
Puits et de Fontaines qu'il y a , ce qui
fait, pour ainsi dire , éventer la Terre &c.
cette nuit vient de leur donner un démenti
. Au reste,vous avez pû voir comme
nous , presque toutes les nuits éclairées
depuis trois semaines par des Phenomenes
, à peu près pareils à celui du mois
d'Octobre 1727.
>
Nous ajouterons à ce narré de M. Frigot,
et en attendant ce qu'il fait esperer,
que suivant quelques Lettres d'Angleperre
écrites du même tems , la même ou
unc
NOVEMBRE. 1714 2475
une pareille secousse , s'y est fait sentir
sur les Côtes qui regardent la Normandie.
Nous aurons soin de faire part
au Public de ce qui pourra être digne
de sa curiosité ; une circonstance bien
remarquable , selon les Lettres d'And
gleterre , c'est que le Tremblement
de Terre dont elles font mention
étoit tel que diverses personnes couchées
dans leurs lits ont éprouvé un mouvement
de bascule de la tête aux pieds ,
et les autres une espece de bercement
selon que les lits étoient situez relative
ment à la direction du Tremblement de
Terre .
EUVRES D'ESTAMPES , d'après les Tableaux
et Desseins originaux de feu ANTOIMB WATTEAU
, Peintre Flamand , de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture. Tirez du Cabinet du
Roy et des plus beaux de l'Europe .
Il n'est pas necessaire de s'étendre sur le mérite
de feu WATTEAU , pour en faire souhaiter
les Ouvrages. Son genre de dessiner et de peindre
est présentement si goûté dans toute l'Europe,
que les Curieux ne pouvant posseder de ses Tableaux
, à cause de leur rareté , se font un plairir
d'en avoir les Estampes , que l'on continue
de graver depuis plus de 18. années.
Une entreprise aussi étendue , et d'une aussi
forte dépense , à laquelle le Roy a bien voulu
accorder sa protection , auroit pû être proposée
par Souscriptions ; mals la délicatesse qu'on a cije
G de
2480 MERCURE DE FRANCE
de ne point prendre des engagemens , qu'il n'est
pas toujours été possible de remplir au temps
marqué , par la difficulté de jouir des Graveurs,
a fait qu'on a préféré de mettre au jour chacune
de ces Estampes à mesure qu'elles ont été gravées.
Le succès a si bien rempli l'idée qu'on s'é
toit proposée , qu'elle a engagé de faire graver ,
non seulement tous les Tableaux de cet excellent
Peintre , qui sont tant en France que dans
les Pays Etrangers , mais encore plusieurs de ses
plus beaux Desseins d'Ornemens et d'Etudes d'après
nature; et il y a présentement tout lieu d'esperer
que cet Ouvrage paroîtra dans sa perfection
à la fin de la présente année 1734.
Comme l'on connoît la délicatesse des Curieux
sur le choix des Epreuves , et qu'on n'ignore
pas les soins qu'ils se donnent pour rassembler
tout ce qui vient d'après un même Maître
, lorsqu'il est excellent ; on a crû que ce se-
Loit flater agréablement leur goût que de faire
imprimer avec toute l'attention dont on pouvoit
être capable, de premieres Epreuves géneralement
de toutes les Planches que differentes personnes
ont fait graver d'après les Tableaux et les Dessems
de Watteau. De cet amas d'Estampes
l'on à formé des OEuvres qui seront d'autant plus
précieuses pour les vrais Amateurs , qu'on n'en
a imprimé que cent Exemplaires , qui par la beauté
du grand Papier uniforme que l'on y a employé
, autant que par l'ordre régulier qui y a
été observé et le soin qu'on s'est donné pour
la perfection de l'impression , méritent de tenir
une place dans les Cabinets et dans les Bibliotheques
les plus distinguées. C'est même ce qui a
déja engagé Sa Majesté à retenir dix de ces Cu
vres à sa disposition,
Chacune
NOVEMBRE . 1734 248r
Chacune sera composée de quatre Volumes,
qui contiendront plus de six cent Estampes differentes
, gravées par les plus habiles Artistes. L'on
y trouvera à la tête la Vie de l'Auteur.
Ceux qui voudront acquérir de ces OEuvres ,
pourront s'adresser à M.de JULIENNE ,aux Gobelins
à Paris. Il a pris le soin de faire graver la
plus grande partie des Planches qui entrent
dans cet OEuvre et de former ces Collections ,
et il recevra dès- à- présent les soumissions des
Amateurs .
Le prix de chaque OEuvre sera de cinq cent li
vres pour ceux qui se seront adressez à lui dans
le courant de l'année 1735. passé lequel temps il
ne sera délivré aucun Exemplaire desdits Euvres
, que pour la somme de huit cent livres au
cas qu'il en reste.
Desdites cinq cent liv . on en payera, en faisant
sa soumission la somme de deux cent cinquante
livres , et le restant en retirant l'Exemplaire
que l'on aura retenu .
Il est à propos d'avertir le Public , que
comme on a imité depuis quelques années les
Tableaux de Watteau , l'on a aussi gravé et même
copié dans les Pays Etrangers , plusieurs Estampes
qui avoient été gravées à Paris d'après
les Tableaux et Desseins originaux. Le sieur de
JULIENNE , pour éviter qu'on y soit trompé, signera
chacune des OEuvres qu'il délivrera et certifiera
le tout gravé d'après les Originaux . En
donnant ces Ouvrages dans leur perfection , il
a eu autant en vue la satisfaction des Curieux
que la réputation de Watteau qui étoit son ami.
Si par hazard on découvroit dans la suite quel,
ques Tableaux de Watteau , et qu'on les fir gra
ver , le sieur de JULIENNE fournira , autant
qu'il G
2482 MERCURE DE FRANCE
1
qu'il sera en sa disposition , des Exemplaires des
premieres Epreuves imprimées sur le grand Papier
, en payant à proportion du prix que lesdits
Exemplaires auront été vendus dans le détail .
On fera les envois dans les Provinces et les
Pays Etrangers , suivant les adresses qui seront
indiquées.
Il paroît deux nouvelles Vues de Paris , en Estampes
, dont nous croyons que le Public aura
lieu d'être très- content ; l'une du Pavillon de
Madame la Duchesse du Maine , à la pointe de
l'Arcenal , et l'autre du Clocher de l'Eglise de
Chaillot ,dessinées fort proprement et avec grand
soin,d'après nature, par le sieur Milcent, Ingenieur
du Roy pour la Marine , et gravées par lui-même.
Ces deux Morceaux sont d'une grande
précision et d'un détail admirable , ayant chacun
trois pieds de long , sur un pied de haut
Ils se trouvent à Paris , ehez le sieur Desrochers
Graveur du Roy , et de son Académie , ruë du Foin,
près la rue S. Jacques , avec deux Vües de Malte ,
dessinées sur les lieux et gravées par ledit sieur
Milcent , qui espere donner incessamment d'autres
Vûes de Paris , entre autres une dessinée de la
Terrasse de Meudon , qui sera très - interessante
ét très- agréable par la varieté et la beauté du
Paysage , et differentes Vues de Villes , Ports de
Mer , et Sujets Maritimes , le tout dessiné sur
les Lieux avec précision et grande intelligence ,
par le même Auteur.
Le sieur Luillier a composé un Cadran trèscurieux
, gravé et collé sur Carton . Outre l'heu
re qu'il marque au Soleil , il a beaucoup d'autres
proprietez qui n'ont pas encore été renduës sen-
Sibles dans cette espece ; ce sont :
NOVEMBRE 1734. 2483
1. De marquer les Crépuscules du matin et
du soir.
2. Les lever et coucher du Soleil.
3. Dans quel Signe se trouve le Soleil , et de
combien de dégrez il décline .
4. Dans quels climats se trouve chaque Pays
et la difference des dégrez de chaque Climat ,
& c.
Une partie de ces Opérations se font sans Soleil
, sans changer de lieu , et pour toute la Terre
habitable. Le prix est de cinquante sols .
Plus , un Calendrier Perpétuel , qui marque les
Lunaisons , les Eclipses , les Epactes et les Fêtes
Mobiles , durant dix années . Il est très - simple ,
et se distribúë en feuille pour la commodité de
ceux qui voudront l'envoyer dans les Provinces
par la Poste. Le prix est de dix sols ..
Ils se vendent à Paris , chez l'Auteur , ruë et
vis- à- vis S. Victor , et chez la veuve Danet , Pont
Notre Dame, à la Sphere Royale , et chez la venve
Spé , rue S. Jacques , à la Visitation .
On écrit d'Allemagne , qu'on y a appris de
Clagensurt , Capitale de la Carinthie , que le
jeune Comte Rudolphe de Goessen , fis aîné du
Comte de Goessen , Conseiller d'Etat de Sa Ma-'
jesté Impériale et Gouverneur de cette Province ,
y avoit soutenu le 28. Juin dernier un Examen'
public sur tous les Auteurs Historiques , tant
Grecs que Latins et François , sur l'Histoire ge
nerale , tant Sacrée que Profane , sur la Chronologie
et sur la Géographie universelle . Tous les
Evêques , Prélats et autres Seigneurs et Etats de
la Province , assisterent à cet Examen , qui dura
près de 5. heures , et ce jeune Seigneur qui n'a
pas encore 13. ans accomplis , et qui avoit ache-
G iij
vé
2484 MERCURE DE FRANCE
·
vé ses Humanitez et sa Réthorique en trois ans
et demi , y fut déclaré Maître ès Arts , avec un
applaudissement general de tous les Gens de Lettres
et autres Personnes de distinction , et couronné
en cette qualité d'une Couronne de Laurier
par S. A. le Prince et Evêque de Lavemunde.
Le Comte de Goessen , qui est un Seigneur des
plus Lettrez qu'il y ait dans les Provinces Héréditaires
, et reconnu pour tel par toute l'Allema--
gne , s'est donné tous les soins imaginables pour
l'éducation du Comte son fils , ce qui a beaucoup
contribué aux rápides progrès qu'il a faits dans
les Sciences dans un âge si tendre. Il a les mêmes
soins pour l'éducation de la Comtesse san
fille , qui , au Latin près , n'a pas moins de mérite
que le jeune Comte son frere.
On apprend d'Amsterdam , que la veuve de E.
Picart a commencé à y débiter le premier de ce
mois les Impostures innocentes , ou Recueil de
80. Estampes d'après Raphaël , le Guide , Poussin,
Rembrandi, &c. gravées à leur imitation et selon
le goût particulier de chacun de ces Maîtres , et
accompagnées d'un Discours sur les Préjugez de
certains Curieux touchant la Gravûre , par B.
Picart , avec un Abregé de sa Vie , son Portrait
et le Catalogue de ses Ouvrages en un volume.
in folio. On le donnera aux premiers Acheteurs
comme par une espece de Souscription , selon les
conditions imprimées qu'on trouvera chez Mad .
Picart, à Amsterdam , qui continue le Commer.
ce des Estampes , comme du vivant de son Mari.
On nous prie de Londres , d'avertir le Public.
que dans le mois de Janvier prochain on y fera la
Vente à l'encan , de tous les Tableaux du feu
Chevalier
NOVEMBRE. 1734 2485
Chevalier JACQUES THORNHILL , premier Peintre
de S. M. Britannique , Membre du Parlement
et de la Societé Royale. Hy a dans ce
Recueil plusieurs Tableaux des plus fameux
Maîtres d'Italie et de Flandre ; il y en a plusieurs
aussi de la main du Chevalier Thornhill
particulierement sept grands Tableaux d'après
les fameux Cartons de RAPHAEL , qui sont à
Hamptoncourt , de même dimention que les Originaux
, et presque aussi estimez que lės Origi
naux même par lesConnoisseurs les plus difficiles.
Cette Vente se fera vers le milieu de Janvier
prochain,à la Maison du feuChevalier Thornhill,
dans le Covent Garden à Londres. On donnera
avis du jour de la Vente , qui se fera par le sieur
Cock , Crieur public.
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de
S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un seizième OEuvre , intitulé les Petits Concerts ,
Duo pour les Violons , Flutes , Hautbois , Viel
les ou Muzettes , et une nouvelle Edition de son
premier Livre de Sonates , avec des corrections et
des augmentations considerables , et toutes les
Basses chiffrées avec grand soin et ajustées à la
portée du Violoncelle et du Basson. L'Auteur
donnera dans le courant de l'Hyver un Livre de
Concerto à quatre Violons , Violoncelle et Basse-
Continue ; cet Ouvrage sera le premier en ce
genre qui soit sorti de la plume d'un François.
On trouve tous ceux de l'Auteur , ruë S. Hono
ré , chez la veuve Boivin , à la Regle d'or , ruë
du Roule , chez le sieur le Clerc , à la Croix d'or ,
et chez l'Auteur , rue S. Honoré , vis- à-vis la rue
de Grenelle.
Giiij On
2486 MERCURE DE FRANCE
On donnera en Janvier prochain la nouvelle
Ecole Militaire , in 8. ornée de 150. Planches en
Taille- douce , qui se distribuera chez P. G. le
Mercier , rue S.Jacques.
Papillon , Graveur en Bois , et de la Societé des
'Arts , demeurant à Paris , au milieu du Pont
S. Michel , donne avis que son petit Almanach
de Paris pour l'année mil sept cent trente- cinq ,
est parfait de toutes les grandes Planches des
mois , et qu'il est augmenté de plusieurs choses
curieuses.
********** !! *************
J
CHANSON.
Eunes Guerriers , courez à la victoire ,
Volez sur les traces de Mars ;
C'est en bravant mille hazards
Que l'on s'immortalise au Temple de Mémoire,
Qu'à Cythere , sans cesse on dresse des Autels ;
Que la Fortune aveugle éprouve les Mortels ,
Je méprise l'Amour , la Fortune et la Gloire ;
Sur les pas du fameux Grégoire ,
Bacchus va me couvrir de Lauriers immortels.
M. de Villeneuve.
J
AUTRE CHANSON.
E ne sçais plus de Chansonnetes
Mon tendre coeur n'aime que les soupirs
Et s'il a des désirs
C'est pour voler avec eux où vous êtes.
SPEC
2487.
DRE,
entée sur
au
mois
teur au
e , nous
de
prone
Sce-
Sujet.
a
comphile
,
a
quitur
tout
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Fleuve
eux de
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e ; dans
parler,
vû dans
r char
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2486
M
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On dona
Ecole
Militai
Taille
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Mercier
, rue
Papillon
, C 'Arts
, demer
S. Michel
,
de Paris
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, et qu' curieuses
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*******
J
Eunes
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Volcz s
C'est en
Que l'on s'i
Qu'à Cythe
Que la Fort
Je méprise
Sur les
Bacchus va
JE
E ne sçai
Mon tendr
C'est
SPECS
NOVEMBRE. 1734. - 2487
鼎鼎鼎鼎
SPECTACLES.
LE FLEUVE SCAMANDRE ,
Comédie en Vaudevilles , représentée sur
le Théatre de l'Opera Comique , au mois,
de Septembre 1734. Extrait.
P
Our mieux mettre le Lecteur au
fait de l'intrigue de cette Piece , nous
avons crû qu'il ne seroit pas hors de propos
de commencer par la troisiéme Scene
, qui contient l'exposition du Sujet.
Pamphile et son Valet Dave , la commencent
; on y apprend que Pamphile ,
à l'insçû de Chrysante , son Pere , a quitté
sa Patrie pour voyager , et sur tout
pour voir les ruines de la celebre Ville
de Troye ; c'est sur les bords du Fleuve
Scamandre qu'il devient amoureux de
Callirbée , Fille de Dircé. Une conversation
que Callirhée a avec sa Confidente ,
donne lieu à Dave de faire l'imposture
à laquelle cette Piece doit son Titre ; dans
la conversation dont on vient de parler,
Callirhée dit à Phrosine qu'elle a vû dans
un songe un Dieu tendre , jeune et char
mant , qui vouloit l'épouser ; Dave ne
Gov manque
2488 MERCURE DE FRANCE
manque pas de se prévaloir de la foiblessee
de Callirhé , et croit ne le pou
voir mieux faire qu'en lui persuadant que
son Maître est un Dieu ; un Oracle prononcé
par Calchas , à la priere de Callirhé
,ou plutôt inspirée par Dave à un faux
Calchas , vient à l'appui du songe ; voicy
comme le prétendu Calchas s'explique :
Oracle.
སཔ
Un Epoux Mortel ne doit pas
Prétendre à tes jeunes appas ;
Je t'apprends que ta destinée
Te garde un partage plus doux ; -
Par un éclatant hymenée ,
Un Dieu deviendra ton Epoux.
C'est de ce songe et de cet Oracle que
procede l'entêtement de Callyrhée ; cer
entêtement la fait passer pour folle aux
yeux des Spectateurs , au lieu qu'elle:
n'est que crédule et dupe ; ce n'est
pas qu'on prétende ici condamner cette
transposition de Scenes ; quoique dans
l'ordre naturel la cause doive préceder
l'effet ; ce déplacement a quelquefois sonn
érite , ne servit- il qu'à picquer la cu
riosité ; mais il faut en user sobrement.
Revenons aux deux premieres Scenes.
Dircé témoigne à sa Fille qu'elle voudroit
NOVEMBRE. 1734. 2489
droit bien qu'elle acceptât un Epoux
qu'un de ses anciens Amis lui offre dans
la personne de son Fils ; ce Fils est le
même Pamphile dont nous venons de
parler , et en faveur duquel Dave a imaginé
l'imposture en question,
Callirhée , entêtée du Dieu que le
Songe et l'Oracle lui ont promis , ne
peut se résoudre à renoncer à l'immortalité
dont elle se flate , Dircé ne veut
pas heurter son sentiment de front ; elle
a déja chargé Phrosine , sa Confidente
de la tirer de son erreur avec adresse.
Dave a disposé touces choses à servir
le stratagême , il a lui - même interêt à le
faire réussir ; il est amoureux de Phrosine
, Suivante de Callirhée.
Le moment propre à l'exécution étant
arrivé , Pamphile et lui se présentent à
Cllirhée et à Phrosine , et se donnent
l'un pour le Fleuve Scamandre , et l'autre
pour un Ruisseau de la suite de
ce Fleuve ; le Songe et l'Oracle ont disposé
la crédule Callirhée à donner rête
baissée dans tout ce que Pamphile et Dave'
lui disent ; Phrosine même qui devoit la
tirer d'erreur , s'y trouve entraînée ; et
quoiqu'elle n'ait qu'un peti
Ruisseau
pour Amant , elle ne laisse pas d'ê re ra
vie de devenir Fontaine. Voici le pre-
Govj mier
2490 MERCURE DE FRANCE
mier compliment que Pamphile fait à
Callirhée , et la réponse de son Amante.
Reconnoissez le Dieu , qu'un Songe favorable
Vous fit voir l'autre nuit rangé sous votre Loi.
Callirhée.
C'est vous , Dieu trop aimable ,
C'est vous , qu'icy je voy è
Pamphile.
Ouy , Nymphe incomparable ,
C'est moy.
Voicy les Titres et la Généalogie que
Dave donne à son Maître . Oni , mon
Maître est le Dieu Scamandre , souverain
Seigneur de toutes les Eaux que vous voyez,
Fils de Triton , Cousin de Neptune et Neven
de l'Ocean à la mode de Bretagne..
Phrosine ne se rend pas si - tôt que Calfirhée
; elle veut des preuves plus réelles
; Dave acheve de la convaincre par
une Fête qu'il a préparée ; et qui est
composée de Fleuves, Ruisseaux et Nayades
, qui viennent attester la divinité de
Scamandre..
Cette Fête a fait beaucoup de plaisir .
Voici un Couplet chanté par une Nayade .
Des Dieux vous êtes les images ;
Jeunes Beauicz , vous méritez nos voeux;
Les
NOVEMBRE . 1734. 249
Les Immortels sont trop heureux
Quand vous acceptez leurs hommages.
Profitez bien des faveurs des Amours ;
Joüissez de vos avantages.-
On est tendre dans tous les âges ;
Mais on ne charme pas toujours.
L'imposture n'est pas consommée
Chrysante , Pere de Phamphile , arrives
à peine a -t'il vû Calli hée dans les accès de
sa folie , qu'il est prêt de rompre le Mariage
dont il a fait la proposition à Dircé;
mais trouvant enfin le faux Scamandre,
dans le vrai Pamphile , il pardonne à son
Fils toutes les fautes qu'il a faites , et rcmercie
les Dieux d'avoir fait prévenir
par l'Amour un Hymen qu'il avoit projetté
avant que ni lui ni son Fils eussent
vû Callirhée.La Piece finit par un second
Divertissement . Voici deux Couplets du
Vaudeville .
Dans tous les lieux , dans tous les
L'Amour fit des déguisemens ;
L'Histoire est pleine d'avantures ;
L'origine de tout est là ;
Et dans toutes les conjonctures ,
On trouve toujours de cela.
temps,
Cléon , qui de ses revenusy
N'a
2492 MERCURE DE FRANCE
N'a jamais touché deux écus ,
Tous les jours en a plein sa bourse ;
Je gagerai ce qu'on voudra
Que dans ce qui fait sa ressource ,
If entre un tantet de cela. ·
LIS BOURGEOISES A LA MODE
Comédie en cinq Actes , en Prose, représentée
dans sa nouveauté le 15. Novembre 1692. et
très-bien remise au Théatre sur la fin du mois
dernier , avec un applaudissement general . Cette
Piece est imprimée dans le second tome des Euvres
de M. Dancourt ; cependant elle n'est pas
tout-à-fait de lui , si l'on en doit croire des gens
qui sont au fait des veritables origines. M. Saintion
, premier Auteur de cette charmante Comédie
, s'en est déclaré le Pere , et a revendiqué son →
Ouvrage d'une maniere à faire honneur à celui
qui se l'est approprié , puis qu'il a avoué de
bonne foi qu'il en devoit le succès aux agrémens
que M. Dancourt y avoit répandus et à quelques
changemens qu'il y avoit faits ; voicy de quoi
il s'agit dans la Piece en question.
Le premier Acte n'est presqu'employé qu'à
Projetter l'Action théatrale , et qu'à établir les
Caracteres des Personnages qui doivent agir . Ce
n'est pas qu'il soit tout à- fait sans action , mais
il n'y en a qu'autant qu'il en faut pour servir de
pierre d'attente.
Frontin , Valet prétendu et vrai Confrere de
Janot en fripponnerie , commence la Piece avec
ce même Janot , qui porte le nom de Chevalier.
Ils tab. ssent tous deux leurs qualitéz èt font
leurs conventions réciproques. Janot doit travailler
6
NOVEMBRE. 1734. 2593 °
vailler à épouser Mariane , Fille unique d'un
riche Notaire , nommé M. Simon , il charge
Frontin de rendre un Billet à sa Maîtresse , à qui
il n'a point encore parlé de son amour ; Frontin
consent de bon coeur à être le Porteur des
cette déclaration , dont il attend une heureuse issue
pour la societé établie entre Janot et lui. Ils
font eux -mêmes leurs Portrains et celui de chaque
Personnage qui doit paroître . Celui de Ja
not est fait par Frontin , et n'est point flatté
Le Public équitable n'a pû voir sans peine qu'il
fût heureux à la fin de la Piece ; l'Auteur s'est , sansdoute,
flatté qu'on lui passeroit ses friponneries
en faveur de l'amendement qu'il fait esperer par
ces mots: Si le dessein que j'ai peut reüssir ,je répa
rerai cela quelquejour .Mais quel est le libertin qui
n'en dise autant ? Passons au Caractere d'Ange
lique , femme de M. Simon , qui fait le plus
grand Rôle dans la Piece. Frontin l'annonce en
Peu de mots , par opposition au plan de fortune
que le Chevalier se fait en épousant Mariane ,
fille de M. Simon , comme un des plus riches par➡
tis qu'il y ait à Paris ; et sa Belle Mere , ajoûte
Frontin , une des plus grandes dépensieres qu'il y
ait au monde. Pour ce qui concerne M. son Mary
, le Chevaller se contente de dire : lui , c'est
un bon homme qui n'a presque pas le sens communz
on annonce seulement Araminte , comme temme
d'un Commissaire ; le Portrait de ce dernier :
se fait connoître dans la Piece par ses actions ; c'est
pour rassembler toutes ces differentes actions
dans un même lieu , que l'Auteur prend soin de
mettre la Scene chez Angelique ; c'est aussi pour
établir cette unité de lieu , qu'il projette de faire
jouer chez elle , et c'est le Chevalier Janot , qui
doit y assembler des Joueurs ; jamais expositions
fut-
2
1494 MERCURE DE FRANCE
fut-elle mieux placée que celle- cy, l'est dans la
premiere Scene ¿
La seconde ne sert qu'à rappeller les conven→
tions secretes entre Frontin et son Camarade
Janot. Lisette vient faire la troisiéme Scene avec
Frontin, qui l'a chargé du Billet , &c . Angelique
arrive , Frontin lui donne une Lettre d'Araminte,
femme du Commissaire Griffard , qui lui apprend
que M. Simon , son Mary , est amoureux d'elle ;
elle n'y fait point de réponse , parce que sa Rivalè
étant la meilleure de ses Amies , doit venir dans
un moment la recevoir de bouche.
Angélique expose sa situation ; elle est très
fachée de n'être que la femme d'un Notaire , qui
pour surcroît d'humiliation s'appelle M. Simon .
Elle auroit grand besoin d'argent, Mad Amelin,
Marchande et sa Créanciere , se fait annoncer ;
Angelique , au lieu de se préparer à la payer ,
forme la résolution de lui emprunter sur nouveaux
frais dix - huit cent livres dont elle a besoin
, mais c'est en lui remertant une Bague de
mille écus qu'elle a volée à son Mary , & c Le
Chevalier Janot arrive ; il est très- déconcerté de
trouver sa Mere chez Madame Amelin ; il la prie
de ne l'appeller point du nom de son Fils , attendu
que sous celui de Chevalier , il va faire un
Mariage avantageux; Madame Amelin lui promet
tout en faveur de l'établissement dont il lui
parle. Lisette vient et Madame Amelin lui promet
de lui compter 1800. livres sur la Bague
qu'elle lui apportera
Au second Acte , Angelique fait connoître au
Chevalier qu'elle est ravie de l'amour de son
Mary pour Araminte parce qu'elle se promet
qu'Aaminte partagera avec elle le batin que
Cette ayant pourra produire , & c,
Araminte
NOVEMBRE. 1734. 2495
Araminte arrive ; Angelique lui fait compli
ment sur sa nouvelle conquête ; Lisette se joint
elles dans un petit conseil qu'elles . tiennent , de
ruiner M. Simon , & c.
Lisette donne à Mariane le Billet doux dont
le Chevalier l'a chargée ; Mariane sort pour y
aller faire réponse .
Toutes ces Scenes ne sont que pour lier l'action
; celle dont nous allons parler est plus essentielle.
M , Griffard , Commissaire , et Amoureux
d'Angelique , vient faire l'aveu de sa passion à
Lisette,et ne se rend intelligible qu'après lui avoir
donné sa bourse ; la fine Soubrette l'accepte et
lui promet de parler en sa faveur à sa Maîtresse,
L'arrivée de M. Simon oblige M. Griffard à se
retirer. M. Simon querelle Lisette , comme complice
de la conduite irréguliere de sa Maîtresse ;
Lisette lui promet de le servir dans le dessein
qu'il a de fixer sa femme dans sa maison où il
ne la voit presque jamais . Lisette ravie de voir
que M. Simon veut quereller sa femme pour en
obtenir une chose qu'elle souhaite encore plus
que lui , attendu le jeu qu'elle veut établir chez
finit le second Acte par ce court Monoelle
;
logue.
Allezvous préparer , Monsieur , allez, Ah ! que
les pauvres Maris sont bien nez pour être dupes !
il va quereller sa femme pour une chose qu'elle soubaite
et dont il aura peut- être plus à enrager que
de tout ce qu'elle a jamais pu faire.
Au troisiéme Acte , Mariane prie Lisette de ne
point rendre sa réponse au Billet du Chevalier ,
qu'elle ne soit bien sûre de son amour. Lisette se
charge de tour , & c.
Madame Amelin , intriguée au sujet du Diamant
que Lisette lui a apporté en nantissement
des
1
2496 MERCURE DE FRANCE
des six cent écus qu'elle a prêtez , vient lui demander
si elle la véritablement laissé chez elle ;
Lisette est offensée de cette demande , Madame
Amelin ne doute point que ce ne soit un destours
ordinaires que Janot lui joue et prie Lisette de
n'en point faire de bruit. Frontin vient demander
la réponse au Billet du Chevalier , Lisette la lui
met entre les mains ; elle l'instruit de l'amour de
M. Griffard pour Angelique . Frontin lui apprend
que M. Simon est amoureux d'Araminte ; ils se
proposent de tirer parti de cette double intrigue,
dont ils sont les Agents . Angelique et Araminte
arrivent à propos , Lisette leur fait part de sa
nouvelle découverte et les trouve également disposées
à ruiner leurs Maris et à profiter des coups
que Frontin et Lisette se chargent de porter a
leurs bourses. C'est Lisette qui commence par
M. Griffard , qui, après qu'Angelique, Araminte
et Frontin se sont retirez , vient lui demander si
elle a fait quelque chose pour lui auprès de sa
Maitresse. Cette Scene est tout-à- fait originale
et traitée avec beaucoup d'art. Lisette fait entendre
à M. Griffard qu'elle n'a pas trouvé à propos
d'agir pour lui , parce qu'Angelique lui a paru
être dans une très-fâcheuse situation ; M. Griffard
fait des offres de service , la fine Soubrette
féint de n'y vouloir pas prêter l'oreille , quoiqu'elle
ne souhaite rien tant que de mettre sa
générosité à contribution ; enfin à force de se
faire presser, elle lui dit qu'Angélique a perdu
deux cens pistoles au jeu ; M. Griffard , quoique
d'abord effrayé de la somme , se détermine
à la donner à sa chère Angélique ; Lisette lui dit
qu'elle ne l'acceptera jamais de sa main , et après
avoir examiné bien des manieres de la faire consentir
à la récevoir , elle n'en trouve point de
meilleure
NOVEMBRE. 1734. 2497"
meilleure qu'une façon de restitutión . Voicy
comment elle s'explique.-
Il n'y a qu'un bon tour à prendre pour lui faire
accepter cette somme , c'est- la le difficile ; de vous
emprunter , c'est ce qu'elle ne fera pas ; de la prendre
à titre de présent , il n'y a pas d'apparence ; et
pour moi, je voi qu'il n'y a qu'une façon de restitu
tion dont on puisse se servir utilement, &c. Oïï ‚·
Monsieur , les Joueurs sont un peu sujets à caution,
comme vous sçavez , et Madame n'a pas toujours
joué avec les personnes les plus honnêtes . Voulez
vous lui faire plaisir , sans effaroucher sa pudeur ?
Envoyez- lui de l'argent qu'elle puisse recevoir comme
un remors de conscience de quelque fripon converti
, il n'y a pas de maniere plus sûre et plus ga
lante que celle- là. Cette proposition , accompa
gnée d'une promesse que Lisette fait à M. Grif--
fard , de faire sçavoir un jour à Angélique d'où
lui vient cette prétendue restitution , le détermine
à y souscrire aveuglément , il se retire
pour aller chercher la somme.
Frontin vient sçavoir de Lisette comment elle
s'est acquittée de la commission dont elle partage
la gloire avec lui , elle l'instruit de tout ce qui
s'est passé ; Frontin se propose de décharger de
quelque petite restitution la conscience de M.Si
mon. Le Chevalier vient dire à Lisette que la
réponse que Mariane a faite à sa- Lettre est toute
des plus obligeantes, et qu'il a lieu d'en tout és◄
perer.
- Frontin, voyant que son Maitre prétendu est
prêt d'être heureux , songe de son côté à assurer
sa petite fortune ; il impose des conditions
au Chevalier qu'il faut qu'il accepte , sous peine
d'être décelé . İl faut de l'argent pour terminer
cette grande affaire; Frontin se charge d'en trouver
2498 MERCURE DE FRANCE
ver sur le Diamant que Janot a volé à Madame
Amelin sa mere &c. la soubrette finit l'Acte par
cette réponse : non vrayment , j'ai ici de l'argent
à recevoir . En attendant la restitution , allons sça
voir de ma Maitresse quand elle aura la commodité
d'être querellée.
Les sept ou huit premieres Scenes du quatriéme
'Acte, ne sont pas assez considérables pour nous
y arrêter , quoiqu'elles soient nécessaires à la
marche de l'action ; dans la cinquième il s'agit
de tirer de l'argent de M. Sunon ; Frontin jaloux
de la gloire de Lisette, qui a déja expedié M. Griffard
, veut réparer par la somme la honte d'avoir
été prévenu ; et ne s'y prend pas avec moins
d'adresse, il vient tout éssoufflé trouver sa Dupe;
il lui demande avec un zele hypocrite s'il aime
bien cette Araminte à qui il vient d'écrire ; assuré
de la violence de son amour , il le conjuré .
de la maniere du monde la plus pathetique de
se défaire d'une passion si fatale à son repos ;
après avoir mis M: Simon dans une grande perplexité
, il lui dit qu'il faut se résoudre à
ne la
revoir jamais , attendu qu'elle va se jetter dans
an Convent, et qu'elle l'a chargé de lui aller
chercher un Carrosse . Il lui expose le sujet de
cette brusque retraite , et lui fait entendre que
pour la tirer de l'embarras où elle se trouve , il
ne lui faudroit pas moms de mille écus ; M. Simon
après quelque résistance se détermine à
payer les créanciers d'Araminte de ses propres
mains ; Frontin est un peu déconcerté par cette
résolution qu'il n'a pas prévûë , il feint d'abord
d'en admirer la prudence ; mais en homme à ressource
il dit à M. Simon ce sont des gens
qui Madame votre femme doit aussi ; il ne seroit
pas dans la bienséance qu'on vous vit acquitter les
dettes
NOVEMBRE 1734. 2499
sienncs .
dettes des autres , quand vous ne payez pas les
Cette réflexion ferme la bouche au
Notaire amoureux , il cherche un autre moyen
de faire tenir un Billet de trois mille livres à
Araminte ; Frontin s'offre à en être le porteur ;
et sur la premiere démonstration de défiance
veut absolument aller chercher un Carrosse pour
conduire Araminte au Convent. M. Simon se
résout à remettre le Billet entre les mains de
Frontin . Cet Acte finit par une Scene entre le
Chevalier et Frontin & c.
>
Le Chevalier apprend à son fidele compagnon
de Fortune , que Lisette a eu Pindiscretion de
parler à Angélique et à Araminte de son amour
pour Mariane , et qu'elles doivent proposer son
mariage à M. Simon . Frontin lui répond qu'il
faut parer un coup si fatal ; qu'on viendroit aux
enquêtes ; et que la naissance et la réputation de
M. Janot feroient tort à M. le Chevalier.
La premiere moitié du cinquiéme Acte n'étant
gueres plus nécessaire pour l'intelligence de l'action
principale que celle de l'Acte précedent
nous l'abregerons aussi . Lisetse fait entendre à
Mariane qu'il n'est pas encore temps de parler
de son mariage à son Pere , et qu'il se fera plus
surement , sans qu'il en soit instruit , Mariane
défere aveuglément, à ses conseils et rentre pour
empêcher qu'on ne mette cette affaire sur le tapis .
M. Griffard vient demander à Lisette comment
Madame Simon a reçû la restitution des deux
cent louis , et si elle lui a fait entrevoir la galanterie
qu'il lui a faite , Lisette lui répond qu'elle
a entamé cette matiere , mais que sa maîtresse
a commencé à prendre un certain air qui l'a empêché
de poursuivre ; Madame Simon arrive
elle-même , elle fait connoître à M. Griffard
qu'elle
MERCURE DE FRANCE
qu'elle se doute d'une supercherie très-galante
qu'il lui a faite ; mais qu'il gagnera plus à l'en
laisse douter. Le pauvre Griffard est si déconcerté
qu'il ne fait que lui répondre d'une maniere
embarrassée , sans oser articuler un seul mor
elle s'en défait sous quelque prétexte , pour concerter
avec Lisette les mesures qu'elles doivent
prendre au sujet du Billet que Frontin a attrappé
pour le compre d'Araminte ; Lisette trouve que
le moyen le plus sûr et le plus prompt , c'est
d'en donner la commission à Madame Amelin.
Angélique approuve l'expédient, et envoye chercher
Madame Amelin , dont l'Auteur avoit toutà-
fait besoin pour le dénouement, et qui ne pouvoit
être ramené sur la Scene d'une maniere
phs naturelle.
M. Josse , Marchand Jouaillier vient montrer
à M. Simon , un Diamant qu'on lui a apporté
qui lui paroît semblable à celui quon lui a
volé et pour lequel il a pris soin de faire courir
des billets , comme on l'a dit dès le premier
Acte. M. Simon reconnoît sa bague ; il dit à
M. Josse qu'il devoit arrêter le porteur du vol ;
le Lecteur devine bien ici que ce doit être Frontin
à qui le Chevalier l'a cedé dans le quatrième
Acte. En effet , c'est lui - même ; il viental est un
peu surpris de trouver M. Josse chez M. Simon,
il demande plaisamment à ce dernier s'il s'est mis
dans le gout de la Pierrerie ; M. Simon l'accuse
de lui avoir volé le Diamant en question ; il
congédie M. Josse , en lui promettant de reconnoître
son zele. Ce soupçon de friponnerie , qui
n'est que trop bien fondé , le fait trembler pour
de Billet de mille écus dont il a chargé le même
Fripon ; Frontin soutient que le Diamant est à
lui et qu'il a exactement rendu le Billet à qui il
étoit
NOVEMBRE. 1734 2501
étoit destiné ; M. Simon s'échauffe jusqu'à vouloir
étrangler Frontin ; ce dernier appelle au secours
; toute la maison vient , jusqu'à M. Griffard,
à qui Angelique avoit dit de ne point sortir
, qu'elle ne lui cut parlé. M. Simon demande
à Angelique si ce n'est pas là le Diamant qu'elle
a perdu ; Madame Simon feint de ne le pas reconnoître
; Frontin désesperant de le rattrapper,
prend enfin la résolution de ne le céder qu'à la
personne à qui on l'a volé , c'est justement Madame
Amelin qui arrive , mandée par Madame
Simon ; Frontin lui dit que le Diamant qu'on
lui a volé est retrouvé et qu'il est entre les mains
de M. Simon ; elle paroît ravie qu'il soit en de
si bonnes mains ; mais M. Simon lui soûtenant
qu'il n'est pas à elle , et que par conséquent elle
n'y a aucun droit elle répond que véritablement
elle n'a à y prétendre que six cents écus
qu'elle a pretez à Lisette par ordre d'Angélique;
M. Simon s'emporte contre sa femme qui lui répond
: Je rougis de vos manieres , Monsieur et
J'ai bonte pour vous que l'excèt de votre avarice
me réduise à mettre en gage mes Pierreries . Vous
m'auriez épargné cette confusion , en me donnant
ce Billet de mille écus dont vous avezfait
présent à Madame. Ce double coup frappé va
jusqu'à M. Griffard qui paroît fort irrité que sa
femme ait accepté un Billet de mille écus , mais
elle le fait taire , en lui disant : Ne vous mettez
point en colere , Monsieur , je ne l'ai pris , je vous
assure , que pour vous dédommager des deux cent
Louis que vous avez envoyez tantôt à Madame,
L'arrivée du Chevalier acheve le dénouement ; sa
propre mere le démasque. Voilà la Piece finie ;
on a cru que l'Auteur devoit s'en tenir là , mais
il a voulu finir sa Comédie , comme on finit tou
>
tes
2502 MERCURE DE FRANCE
tes les autres , c'est - à- dire par un mariage. Et le
Public judicieux n'a pas trouvé bon qu'on rendit
heureux un petit fripon tel que Janot; cela n'empêche
pas que cette Piece , aux moeurs près , ne
passe pour une des meilleures du Théatre Fran
çois. Elle est , au reste , très - bien representée.
On a remis au Théatre presque en
même tems , la Femme Juge et Partie ,
ancienne Comédie de Monfleury , qui a
fait beaucoup de plaisir. Le Sr Poisson et
la Dlle d'Angeville en homme , y joüent
les principaux rôles
La Comédie nouvelle du Petit Maître
corrigé , fut jouée le 6. de ce mois sur le
Theatre François. Elle n'a eu que deux
Représentations ; non plus que Lucas et
Perette , petite Comédie en Prose en un
Acte avec un Divertissement, qu'on joiia
quelques jours après.
Les mêmes Comédiens préparent une
autre Comédie nouvelle , en Vers et en
trois Actes , avec un Prologue et un Divertissement
sous le titre des Mécontens
dont nous parlerons plus au long si elle
est bien reçûe du Public.
Le 4. Novembre les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la
Tragédie de Marie Stuart , qui avoit été
jouée à Paris pour la premiere fois le troisiéme
May dernier. Le Roy qui n'avoit
point
NOVEMBRE . 1734 2503
point encore été à la Comédie à Fontainebleau
, a honoré de sa présence la Représentation
de cette Piece. Suivant ce qu'on
nous a mandé l'Auteur y a fait plusieurs
changemens , sur tout au cinquiéme
Acte. Il y a lieu d'espérer que les Comédiens
la remettront au Théatre à leur retour
; nous serons alors en état d'en donner
un détail plus exact que celui qui est
dans le Mercure du mois de Juin dernier.
La Piece ne nous ayant point été communiquée
, et l'Auteur l'ayant retirée après la
septiéme Représentation , il ne feroit pas
étonnant que nous nous fussions trompez
dans l'Analise que nous en avons donnée.
Le 29. Octobre , la Dlle Feld , nouvelle
Actrice , qui n'avoit jamais paru
sur aucun Theatre , chanta pour la premiere
fois sur celui de l'Opera le rolle de
Venus , dans le Prologue de Philomele ,
le Public la fort aplaudie ; elle a la voix
douce et harmonieuse , belle cadence ,
et tous les talens convenables pour de
venir un très - bon sujet.
Le 11 Novembre on remit au Theatre
le Ballet des Elemens , pour être joüé
tous les Mardis et les Jeudis , auquel on`
a ajouté le Pas de six , dont on a déja par
lé. La nouvelle Actrice a chanté le rolle'
H de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Venus dans le Prologue ; Elle est toujours
plus goutée du Public.
Le même jour Fête de S. Martin , on
donna le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on continue
pendant differents jours , jusqu'à
Avent. On le reprend ordinairement
à la Fête des Rois jusqu'au Carême.
On prépare actuellement l'Opéra d'Iphigenie
en Tauride pour être remis au
Theatre au mois de Decembre.
Faute de place on ne parlera de l'Opera
de Philomele que dans le prochain Mer
cure.
NOUVELLES ETRANGERES.
O
RUSSIE .
Na appris de Petersbourg que tout y
ayant été reglé pour le départ des Troupes
Françoises qui avoient été transportées à Cronstadt
, M. de la Motte qui les commande , étoit
allé avec plusieurs des principaux Officiers de
ces Troupes , prendre congé de la Czarine .
Les mêmes avis portent que la Fregate Moscovite
le Mittau , qui avoit été prise par les
François dans la Mer Baltique , étoit arrivée à
Revel.
On apprend en dernier lieu qué les Troupes
FranNOVEMBRE:
1734 2505
Françoises dont on vient de parler , et qui étoient,
à Cronstadt , étoient allées à Nerva afin de s'y
embarquer pour retourner en France.
L
POLOGNE.
Es Lettres de la fin du mois dernier , porcent
qu'un Détachement des Troupes de la
Couronne s'étant avancé le long de la Vistule
jusqu'à Praage et étant entré dans ce Bourg , il y
pilla les Maisons de plusieurs Gentilshommes
attachez au parti de l'Electeur de Saxe. Le Commandant
de la Garnison Saxone qui est à Varsovie
, en ayant eu avis , fit marcher quelques
Troupes pour attaquer ce Détachement , mais
elles ne purent arriver assez - tôt pour le joindre ,
et il se retira avec beaucoup de butin. Ce Détachement
ne perdit en cette occasion que trois
hommes et quelques chevaux , tuez par les Domestiques
d'un Gentilhomme qui voulut les empêcher
d'entrer dans sa Maison.
Le Castellan de Cerzski a fait publier par
Ordre du Roy des Universaux , pour assembler
la Noblesse du Palatinat de Polocz.
La Noblesse du Palatinat de Czersk s'est as
semblée à Czersko , Capitale de la Province , et
après avoir fait en faveur du Roy une Conféde
ration dont le Staroste Kestrows a été élû Maréchal,
elle s'est engagée par serment à ne four
nir aucune subsistance aux Troupes Saxones :
elle a reglé en même temps qu'on leveroit dix
pour cent sur tous les revenus tant des Ecclesiastiques
que des Séculiers pour l'entretien des
Troupes de S- M. et que les Juifs, outre les impositions
ordinaires , seroient obligez de payer
ane Taxe par tête.
Le principal Corps des Troupes de la Cou
Hij ronne
506 MERCURE DE FRANCE
ronne , commandé par le Staroste Jacisiski , est
toujours campé dans les environs de Leopold
pour observer les mouvements des Troupes Moscovites
, que le General Keit et le Comte de
Wiesbach ont amené de l'Ukraine.
م
Le Palatin de Lublin qui s'est avancé du côté
d'Osvecim , continue de faire des courses dans
les Provinces de Sator et de Severie , et de tirer
toutes sortes de contributions des Gentilshommes
qui sont attachez aux interêts de l'Electeur
de Saxe.
Un Détachement des Troupes qui sont sous
les ordres du Castellan de Czersk , entra sur la
fin du mois passé dans Praage , et après avoir
obligé les Magistrats de lui remettre tous les
Actes faits par les Opposants lorsqu'ils s'y retiferent
pendant la Diette d'Election , il enleva
tous les grains et les fourages qu'il y trouva
dans les Magasins ; il s'empara de l'argent des
contributions que les Troupes Saxones avoient
exigé de plusieurs Palatinats , et il se retira sans
avoir perdu un seul homme. Le Commandant
de ce Détachement a menacé les habitants de
Praage de bruler leur Ville s'ils continuoient de
fournir des vivres aux Saxons et aux Mos¬
covites.
Les dernieres Lettres de Pologne marquent
que les Seigneurs et les Gentilshommes de plusieurs
Palatinats se sont rendus à Niska dans le
Palatinat de Sandomir , où la plus grande partic
de la Noblesse , qui est demeurée fidele au Roy,
doit s'assembler pour former une nouvelle Conféderation
generale en faveur de Sa Majesté.
Le Comte Potocki , Palatin de Volhinie , le
Comte de Tarlo, Staroste de Jusielski, et M. Ker..
mani Ozarowski , se sont déja mis sur les rangs
pous
NOVEMBRE . 1734. 2507
pour obtenir la place de Maréchal de la Conféderation
, et il y a apparence que le dernier aura
la pluralité des suffrages.
La Noblesse du Palatinat de Czersk , qui s'est
engagée par son Acte de Conféderation à ne
fournir aucune subsistance aux Troupes Saxones,
a exigé que tous les Habitans de la Province
, de quelque condition qu'ils fussent , prétassent
le même serment , et après avoir réglé de
quelle maniere on leveroit les nouvelles impositions
établies pour l'entretien des Troupes du
Roy,et pour les autres dépenses de la elte
guerre,
a pris les Armes et elle est allée camper sous les
ordres du Staroste Kestrows , à quelque distance
de Czersko
ALLEMAGNE
'Electeur de Baviere fait toujours travailler
L'degrandspréparatifs de guerre , malgré
l'inquiétude que l'Empereur lui a marqué à ce sujet
, et il a donné ordre qu'on construisit des lignes
du côté de Schellemberg , et qu'on augmentât
les Garnisons de toutes les Places du
Haut- Palatinat .
Le Ministre de l'Electeur de Cologne a réiteré
ses instances pour que les Troupes Prussiennes ,
qui ont pris des quartiers dans les Etats du Prin
cc son Maître, se retirassent en Prusse.
L'Empereur a nommé Major General , le Com
te Charles de Palfi , Colonel d'un Régiment de
Cuirassiers. Celui qu'avoit le Comte de Mercy ,
a étédonné auMargrave de Brandebourg Onoltzbach,
On écrit de Dresde , que l'Electeur de Saxe en
étoit parti le 3. de ce mois avec l'Electrice son
Epouse , pour retourner à Warsovie.
H iij ITALIE
2508 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
N mande de Rome ,que le mois passé un
Religieux du Convent des Minime,,mit le
feu pendant la nuit à l'appartement du General
de son Ordre , de qui il croyoit avoir lieu de se
plaindre , et qui auroit péri dans les flammes si
l'on ne s'étoit apperçû assez tôt du danger où il
étoit , pour le secourir.
Un des fils du Prince Ragotzki , qui a été longtemps
à la Cour de Vienne , arriva de Bologne
à Rome le 23. du mois passé , et il alla le lendemain
rendre visite à l'Evêque de Cordouë ce
au Cardinal Alexadre Albani .
Les Lettres de Génes , portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , ont déclaré qu'ils étoient
résolus de n'écouter aucune proposition de la
part de la République , à moins qu'on ne leur
promit de rendre aux Habitans tous leurs anciens
Privileges , et ils demandent qu'excepté l'un
des cinq Evêchez de leur Isle , et la place de Gouverneur
, les Benefices et tous les Emplois ne
puissent être possédez que par des Naturels du
Pays.
DE NAPLES ET SICILE.
de Na Cy
Na appris que le Comte de Sastago , cydevant
Viceroy de Sicile , s'étoit sauvé
pendant la nuit sur une Barque qui l'avoit conduit
à la rade d'Agosta , où un Vaisseau l'attendoit
, et l'on a sçu qu'il s'étoit retiré à Malthe ,
d'où on a appris depuis qu'il étoit allé à Génes
sur le même Vaisseau qui l'avoit amené de Malthe
à Civitavecchia.
Un Bâtiment chargé d'une somme considerable
NOVEMBRÉ. 1734. 2509
ble , que le Roy d'Espagne envoye au Roy , est
arrivé à Baye , sous l'escorte de deux Vaisseaux
de guerre , d'où l'on à fait apporter à Naples par
Félouques , 70. mille marcs d'argent , qu'on a
remis au Directeur de la Monnoye , pour être
convertis en nouvelles Especes frappées au coin
de S. M.
ESPAGNE.
Na appris par un Courrier dépêché de
Carthagene , que la nuit du 12. au 13. du
mois dernier , Don Gabriel d'Alderete , Chef
d'Escadre , qui revenoit de Naples à Cadix , avoit
rencontré quatre Vaisseaux de guerre Algeriens
qu'il avoit attaqué , que malgré la vigoureuse
résistance des Barbares , il s'étoit rendu maître
de deux de ces Bâtimens , qui ont été conduits à
Carthagene , qu'il poursuivoit les deux autres ,
et que les Espagnols n'avoient eu en cette occa
sion que six hommes de tuez et 14. de blessez.
GRANDE BRETAGNE.
LE
virent
E 9. de ce mois , le Roy et la Reine ,
au Théatre du Marché au Foin , la premiere
Représentation d'un nouvel Opera , dans lequel
M. Farinelli , celebre Musicien d'Italie , chanta
et fut fort applaudi.
Par un Vaisseau arrivé le 9. de ce mois aux
Dunes , on a appris que le nombre des Negres
rebelles augmentoit tous les jours à la Jamaïque,
qu'ils avoient détruit plusieurs habitations et tué
les Anglois à qui elles appartenoient , que le Capitaine
Shuttleworth . qui avoit été envoyé avec
un Détachement de 500. hommes pour les atta
quer , étoit tombé dans une embuscade , que la
plupart des Soldats de son Détachement avoient
Hiiij été
1
2510 MERCURE DE FRANCE
été tuez , et les autres faits prisonniers ; que les
Habitans de l'Isle n'osoient presque plus sortir.
de leurs maisons , et qu'ils attendoient avec beaucoup
d'impatience le nouveau renfort de Troupes
qui étoit parti de Gibraltar .
**************:*
MORTS DES PAYS ETRANGERS .
N écrit de Londres , que le sieur Guillaume
Strutton de Tradengton , mourut il y a
quelque temps à Holdernits , dans le Comté
d'York , âgé de 97. ans ; il avoit été marié deux
fois , et il avoit eu 28. Enfans de sa premiere
femme , et 17. de sa seconde ; lorsqu'il est mort
il étoit aycul de 86. personnes, bisay eul de 98. et
trisayeul de 23.
La Duchesse de S. Aignan , Epouse du Duc de
ce nom , Ambassadeur du Roy de France auprès
de S. S. mourut à Rome le 15. du mois passé, et
le lendemain son Corps fut porté à l'Eglise de
S. Louis , où il a été mis en dépôt jusqu'au 20.
qu'on fit un Service solemnel pour le repos
de son ame. L'Eglise étoit entierement tenduë
et éclairée par une grande quantité de lumieres.
La Messe fut celebrée par l'Abbé de Canillac ,
Auditeur de Rote pour la France .
Le a 1. Octobre , mourut à Madrid , à l'âge de
FI. ans , D. Jean- Baptiste Ovendayn , Marquis
de la Paz , Chevalier de l'Ordre de S. Jacques ,
Commandeur de Segura de la Sierra , du même
Ordre , du Conseil d'Etat du Roy , et
cretaire des Dépêches universelles d'Etat , dans
lequel Employ , ainsi que dans celui de Secretaire ,
des Dépêches universelles des Finances, qu'il avoit
son Seexercé
NOVEMBRE. 1734 2511
>
exercé , il avoit donné des marques de son desinteressement
, de son grand zele et de son dévouement
au service du Roy. Etant Secretaire
de S. M. et chargé de l'Expedition des Decrets
dans la premiere Secretairerie d'Etat , et dans
celle des Dépêches , il fut choisi au mois de Novembre
1721. pour Secretaire du Conseil de l'Expedition
des Affaires Etrangere, qui après avoir
été interrompu pendant deux ans , fut alors rétabli.
Le Roy Philippe V. en abdiquant la Couronne
, le nomma au mois de Janvier 1724. pour
faire les fonctions de la Charge de Secrétaire des
Dépêches universelles d'Etat , et après la mort
du Roy Louis I. arrivée le 31. Août suivant , il
fut nommé pour exercer la même Charge en
l'absence ou durant l'indisposition du Marquis
de Grimaldi , avec les mêmes honneurs et prérogatives
dont joirissoit ce Marquis , qui en étoit
Titulaire. It fat employé et eut beaucoup de
part dans la Négotiation du Traité de Paix qui
fut conclu à Vienne entre la Cour d'Espagne et
la Cour Imperiale le 30. Avril 1725 ; et le Roy
Catholique , pour récompense du zele et de fa
fidelité qu'il avoit fait paroître dans le manie
ment de cette affaire , lui accorda le 18. May de
la même année un Titre de Castille , avec la dénomination
de Marquis de la Paz , ou de la Paix ,
pour conserver la mémoire du motif pour lequel
cet honneur lui fut accordé. Après la disgrace
du Duc de Riperda , il fut rétabli au mois
de May 1726. dans l'Employ de Secretaire des
Dépêches pour ce qui regardoit l'execution du
Traité de Vienne , et il fut chargé en mêmeemps
d'une partie de l'administration des Finan
ces. Au mois d'Octobre suivant , la Charge de
Secretaire des Dépêches universelles d'Etat ,
bd v qu'il
2512 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'avoit exercée jusqu'alors que par Commission
, lui fut conferée à titre de proprieté.
NOUVELLES DE LA GUERRE.
E Duc de Wirtemberg , qui commande les
Troupes Imperiales que le Prince Eugene
jugé à props de laisser pendant l'hyver à Heydelberg
et aux environs , fit entrer dans Worms sur
la fin du mois dernier un Corps de 600c . hommes,
et il fit occuper Oppenheim par un Détachement
d'Infanterie de 3000. hommes , et par
deux Escadrons de Hussards , et il distribua
d'autres Escadrons de Cavalerie et de Hussards
dans des Villages près de Mayence et le long
de la Montagne. Ce General se rendit
Worms le 26. Octobre , et pendant les deux
jours qu'il y resta , il donna ses ordres pour faire
quelques travaux aux environs de cette Place et
pour relever les fossez qui entourent le Fauxbourg
du côté du Rhin.
à
Le Maréchal Duc de Noailles , ayant été informé
de la marche des Imperiaux , donna aussi-
tôt ses ordres pour rassembler les Troupes qui
étoient dans le Spireback , et afin d'être plus à
portée de prendre les mesures nécessaires pour
s'opposer aux entreprises des Ennemis , il se rendit
à Landau. Il arriva le 6. de ce mois à Philisbourg
et le lendemain à Spire , d'où il marcha à
Worms ; le Comte de Belleisle s'étant avancé de
son côté avec un Corps de Troupes , pour être à
portée de joindre en une marche le Maréchal
Duc de Noailles , lequel a avec lui 35. Bataillons
, 30. Escadons et quelques Pieces de Canon.
Les Ennemis , qui après avoir pris le parti de
faire ocs per par un Corps de Troups avez
ca..stNOVEMBRE
1734. 2513
considerable Worms et Oppenheim , paroissoient
vouloir conserver ces deux Postes , les ont abandonnez
aussi - tôt qu'ils ont été informez de la
marche du Maréchal de Noailles pour les attaquer.
Le 6. de ce mois et le lendemain ils retirerent
leurs Troupes de Worms , une partie retourna
à Mayence et l'autre repassa de l'autre côté du
Rhin pour rejoindre le Corps de Troupes avec
lequel le Duc de Wirtemberg est à Schwetzinguen
.
Le Maréchal de Noailles ayant appris que les
Imperiaux s'étoient retirez de Worms , y a envoyé
pour l'occuper les trois Bataillons du Régiment
de Bourbonnois , 2. de celui de Choiseul,
le Régiment de Bretagne , celui du Perche et celui
d'Angoumois , et le Régiment de Dragons
de Vitri. Il fit marcher un autre Détachement
de 2. Bataillons et de z . Escadrons à Frankendal
, et il se rendit le 9. de ce mois à Spire, pour
être à portée de donner les ordres nécessaires à
l'établissement des quartiers qu'il veut faire
prendre à ses Troupes dans ce Pays .
Le 29. du mois dernier , les Imperiaux quitterent
leur Camp de Rodiga pour s'avancer à Gazoldo
, où ils avoient établi leur quartier general
; leur droite , où ils ont mis leur Cavalerie ,
s'étendoit vers Piubega ; leur gauche , où étoit
l'Infanterie , étoit à Rodoldesco , Le Corps de
leurs Hussards étoit campé en arriere à San-
Genesco ; leur Canon et leurs Pontons étoient
à Goito.
Par les Lettres du premier de ce mois, on a ap
pris que l'Armée des Alliez en Italie étoit toujours
cantonnée dans les Postes qu'elle occupe
depuis quinze jours ou trois semaines . On ap-
H vj Prend
2514 MERCURE DE FRANCE
prend par les Lettres du 8. que nos Generaux
ont fait avancer à Calvatone et à Piadana , trois
Brigades de l'Infanterie qui étoit à leur gauche,
Selon les Lettres du 8. de ce mois , les Imperiaux
ont fait un mouvement pour s'approcher
de l'Oglio ; ils se sont cantonnez dans les Villages
qui sont sur la gauche de cette Riviere depuis
Volengo jusqu'à Marcaria , et ils se sont
étendus par leurs derrieres vers Rodiga , et jusques
à Castiglione de Stivere. Le Comte de Konigseg
a son quartier à Gazoldo , et le General
Wallis a établi le sien à Rodoldesco , où est
l'Artillerie.
Le Baron de Schiffer , Colonel du Régiment
de Furstembusch , Infanterie , et le Comte Char
les de Kinski , Lieutenant Colonel de celui de
Veterani , Cuirassiers , sont morts à Mantoüe ,
des blessures qu'ils avoient reçûës à la Bataille
de Guastalla .
OFFICIERS GENERAUX
dont le Roy a résolu de se servir
pendant l'hyver sur les Frontieres
du Rhin , de la Meuze , de la
Mozelle et de la Sarre , sous les ordres
du Maréchal du Bourg et du Maréchal
Duc de Noailles.
Département d'Alsace et des Frontieres
du Palatinat.
E Marquis de Dreux ; M. de Quadt ; le
Marquis de Leuville ; le Chevalier de Givry ,
et le Marquis de Balincourt , Lieutenans - Gene-
Tal
M
NOVEMBRE . 1734 255
M. d'Hérouville ; M. Phelipes ; le Marquis du
Chayla ; le Comte de Grammont ; le Comte de
Vaudray ; le Comte de Baviere ; le Comte de
Chastelux ; M. de Malan ; le Comte de Chaban➡
nes , et M. de Varennes , Maréchaux de Camp...
Le Chevalier de S. Vallier ; M. de Salieres ,
M. Diesbach ; M. de Paysac , et M. de Moncelot
, Brigadiers d'Infanterie.
Mrs du Moulins et de Raigecourt , Brigadiers
de Cavalerie .
Département des Trois- Evêchez et Frontieres
de Champagne , de la Mozelle ,
de la Sarre et de l'Electorat de Tréves ,
y compris le Honsruck.
Le Comte de Belleisle ; M. de la Billarderie ,
Lieutenant des Gardes du Corps ; le Comte de .
Laval - Montmorency ; le Comte d'Aubigné , et
le Chevalier de Roccozel, Lieutenants Generaux.
Le Comte de Polastron ; M. de Lutteaux ; M. de
Cherisey , M. Lenck , et le Chevalier de Marcieu
, Maréchaux de Camp .
M. de Thiers , le Marquis de Rosnyvinen ;
M. Courten , et le Comte de la Baume Montrevel
, Brigadiers d'Infanterie .
M. de Kleinholl ; M. de lá Bazeque ; le Che
valier de Beaucaire ; le Chevalier de Belleisle , et
M. des Bournais , Brigadiers de Cavalerie et de
Dragons..
Département du Comté de Bourgogne.
Le Duc de Duras , Lieutenant General ; et le
Marquis d'Houdetot , Maréchal de Camp..
FRANCE
2516 MERCURE DE FRANCE
.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &e.
L
A Cour de France conserve toujours
avec raison la réputation qu'elle a
depuis long tems d'être la plus galante et
la plus florissante de l'Europe. Dès le
commencement de ce mois elle a paru
encore plus nombreuse et plus brillante
par le retour des Princes , des Seigneurs
et des Officiers qui s'y sont rendus après
la séparation des Armées. Les Plaisirs y
sont marquez pour chaque jour, et sont
variez par la Chasse , le Jeu , la Promenade
, les Concerts chez la Reine , et la
Comedie Françoise et Italienne.
Le 31 du mois dernier , veille de la
Fête de tous les Saints , le Roy revêtu
du Grand Collier de l'Ordre du Saint
Esprit , se rendit à la Chapelle du Château
de Fontainebleau , où S. M. communia
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand - Aumônier de France. S. M.
toucha ensuite un grand nombre de malades.
Le
NOVEMBRE. 1734. 2517
Le même jour , la Reine entendit la
:Messe dans la Chapelle de la Cour Ovale,
et S. M. communia par les mains du
Cardinal de Fleury , son Grand-Aumô
nier .
L'après midy le Roy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres qui furent chantées
par la Musique , et auxquelles l'Evêques
de Die officia pontificalement.
Le premier de ce mois , jour de la Fête,
Leurs Majestez assistérent dans la même
Chapelle à la Grand'Messe qui fut célebrée
pontificalement par l'Evêque de
Die , et chantée par la Musique.
L'après midy le Roy et la Reine entendirent
le Sermon de l'Abbé Poncet de la
Riviere , et ensuite les Vêpres auxquelles
le même Prélat officia. Leurs Majestez
assistérent aussi aux Vêpres des Morts.
Le Roy a accordé à Mademoiselle de
Charolois le Titre de M A DEMOISELLE.
S. M. a declaré en même tems qu'à l'avenir
la premiere Princesse du Sang
mariée , portera ce Titre.
non
Le 6 de ce mois , la Reine accompa
gnée des Dames de sa Cour , alla à l'Hôpital
de la Sainte Famille , et S. M. y
assista
2518 MERCURE DE FRANCE
assista au Salut , auquel l'Archevêque de
Sens officia , et à la Benediction du Saint
Sacrement.
Le même jour le Maréchal d'Asfeldt
arriva à Fontainebleau , et il eut l'honneur
de saluer le Roy , qui le reçut trèsfavorablement.
Le 15. ce Maréchal
prêta entre les
mains du Roy le serment
de fidelité
dont M. d'Angervilliers
, Ministre
et
Sécretaire
d'Etat , ayant le département
de la Guerre
, fit la lecture:
,
Le 11. après midy , le Prince de
Soubise auquel le Roy avoit accordé
au mois de Juillet dernier , la Charge
de Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire
du Roy , dont le Prince de Røhan
s'est démis en sa faveur , fut reçu à
la tête de cette Compagnie.
Le Roy a accordé la place de Conseiller
d'Etat, vacante par la mort de M. Lebrer,
à M. de Bernage de S. Maurice , Interdant
de Languedoc , et celle dont M. de
Bernage s'est démis , à M. Daguesseau de
Fresnes , Maître des Requêtes,
S.
NOVEMBRE. 1734 2519
S. M. a donné l'agrément de la Charge
de Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de Flandres , au
Chevalier Daguesseau , Capitaine - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Anjou , et S. M. a accordé
l'agrément de cette derniere Compagnie
au Marquis de Blet , qui en étoit Sous-
Lieutenant.
Le 12. l'ouverture du Parlement se
fit à Paris avec les cérémonies accoutu
mées , par une Messe solemnelle , célébrée
dans la grand'Sal e du Palais , par
l'Evêque d'Evreux , à laquelle M. Portail
, Premier Président et les Chambres
assistérent.
Le 25. Octobre les Concerts de la Reine
furent commencés à Fontainebleau
M. de Blamont Sur- Intendant de la Musique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Armide
, qui fut continué le 27. du même
mois , et le 3. Novembre il fut fini par
le quatrième et le cinquiéme Acte. Les
Dlles Lenner , et les Srs d'Angerville et
Petillot , chantérent les principaux rôles.
Les 8.10 et 17 du même mois ,on concerta
le Ballet des Fêtes Grecques et Romaines, mis
en Musique par M. de Blamont. Les Dlles
Lenner
2520 MERCURE DE FRANCE
Lenner et Mathieu , et les Srs Dubourg
Je Prince , Ducros et Petillot , exécuterent
les principaux rôles , avec une trèsgrande
précision .
Le 22. et le 24. on chanta le Prologue
et les trois premiers Actes d'Endimion,du
même Auteur , dont les principaux rôles
furent chantés par les mêmes Acteurs
qu'on vient de nommer , et par la Dlle
Pelissier , et les Srs Godeneche et Jeliote.
Le 4. Novembre, les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la
Tragédie de Marie Stuard, qui fut suiviet
de la petite Pićce de l'Avare Amoureux.
Le 11. Les Femmes Sçavantes et le Florentin
, la Dlle Conel, nouvelle Actrice ,
qui avoit déja debuté à Paris , joia le
rôle d'Amoureuse dans la derniere
Piéce et fit beaucoup de plaisir .
Le 16. la Tragédie de Zaire et la Pu
pille.
Le 18. le Glorieux et la Famille Extravagante.
Le 23. la Reconciliation Normande , et
P'Eté des Coquetes.
Le 25. Medée et les Fourberies de Scapin.
Le Roy et la Reine ont honoré de
leurs présences ces deux dernieres Repré
sentations.
Le
NOVEMBRE. 1734. 252
Le 6. Novembre les Comédiens Italiens
jouerent aussi à la Cour le Petit Mar
tre Amoureux , Comédie du Sr Romagne
sy. Le Sr Deshayes , Hollandois , nouveau
Comédien , joüa pour la premiere
fois le rôle de Valet avec aplaudissement,
cette Piece fut suivie de la petite Piece
du Bouquet.
Le 13. les Amusemens à la mode , et la
Parodie de l'Opera de Roland. Le même
Acteur joüa le rôle de Valet dans la premiere
Piece.
Le 20. le feu de l'Amour et du Hazard,
et la Comédie des Billets Doux.
Le 27. les Amans Réunis et les Enfans
Trouvez, Parodie de la Tragédie de Zaïre,
que L. M. honorérent de leurs présences.
Le premier de Novembre , Fête de la
Toussaint , il y eut Concert Spirituel au
Château des Thuilleries ; on y chanta
l'Exurgat Deus , Motet de M. de Lalande,
dans lequel la Dlle Feld chanta pour la
premiere fois differents récits avec beaucoup
d'applaudissement , de même que
la Dlle Petitpas et le Sr Jeliote dans un
autre Motet à deux voix. Un nouveau
Joueur de violon éleve du Sr Somis
exécuta un Concerto avec beaucoup de précision
. Le Concert fut terminé par le
DomiJaz
MERCURE DE FRANCE
Dominus regnavit , précedé de differences
Piéces de Symphonie.
Nous venons de recevoir une autre
Lettre de M. Frigot, datée de Montebourg
le 20. de ce mois , au sujet du tremblement
de Terre dont il a été parlé ci - dessus
pag. 2478. Voici ses termes. Nous m
sçavons encore précisement jusqu'où s'est
étendu l'effet du tremblement de Terre arrivi
le 5. de ce mois , dont je vous ai parlé dans
ma derniere Lettre. Les Villes de Caën ;
de Bayeux , de S. Lo , de Coutances et d'Avranches
, l'ont certainement ressenti comme
nous , et même plus vivement. On m'a assuré
qu'il en a couté la vie à quelques Person
nes de S. Lo et d'Avranches par la chûte
de leurs Maisons . On en a été quitte ici
pour une Grange qui a été renversée , mais
la peur y subsiste encore , et comme le dit
si naivement Lucrece
..... Ancipiti trepidant terrore per urbes
Tecta superna timent, metuunt inferna, cavernas
Terraï ne dissolvat, natura repentè ,
Neu distracta suum latè dispandat hiatum ,
Adque suis confusa velit complere ruinis.
Lib. VI.
MORTS
NOVEMBRE . 1734 2528
MORTS, NAISSANCES, &c.
,
E 15Septembre dernier, François- Ale-
Lxandre le Vayer , Sr de Vandoeuvre
Sous- Doyen des Conseillers de la Cour
des Aydes de Paris , où il avoit été reçu
le 14 Juin 1686. mourut âgé d'environ
So ans étant né en 1654. Il n'a point
été marié , et il étoit fils de feu Jacques
le Vayer , Sr de la Curie Lieutenant
General en la Sénéchaussée du Maine
pendant près de 60 ans , mort en 1706.
à l'âge de 84 ans , et de Marie Sevin , fille
d'un Lieutenant General de Beaumont.
›
M. Antoine Herlau , Prêtre Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris de la
Maison Royale de Navarre , et Doyen
de la Faculté mourut dans la Maison
des Docteurs de Navarre , le 1 4.Octobre
dernier. Nous apprenons que ce Docteur
recommandable par sa solide pieté
et par son amour pour les Pauvres , a fait
pendant sa vie et à sa mort de grandes
Aumônes. Il n'a jamais eu de Benefice
et n'en a jamais desiré. Il a fini à l'âge de
84 ans une vie trés- édifiante par une
mort toute Chrétienne,
Le
2524 MERCURE DE FRANCE
Le 1s Octobre , D. Marie Geneviéve
de Monle un de Besmaux , Epouse de
Paul-Hyppolite de Beauvilliers , Duc de
S. Aignan , Pair de France , Comte de
Montresor , Baron de la Ferté- Hubert ,
de la Salle-lès Clery et de Chemeri , Chevalier
des Ordres du Roy , son Ambassa
deur extraordinaire à Rome , et Maréchal
de ses Camps et Armées , Gouverneur et
Lieutenant-General pour S. M. des Ville
et Citadelle du Havre-de-Grace et Pays
en dépendant , Gouverneur des Ville et
Châteaux de Loches et de Beaulieu , Bailli
d'Epée du Pays de Caux , et l'un des 40.
de l'Académie Françoise , ci- devant Premier
Gentilhomme de la Chambre du feu
Duc de Berri , Conseiller au Conseil de
Régence , et Ambassadeur extraordinaire
en Espagne , mourut après une longue
maladie à Rome , âgée d'environ 43 ans,
ayant été mariée à l'âge de 16 ans , le 22
Janvier 1707.elle laisse un grand nombre
d'enfans,dont les noms et les dates de leur
naissance sont raportez dans le 4 tome de
Ja nouvelle Histoire des Grands Officiers
de la Couronne , pag. 724. l'aîné des fils
appellé le Marquis de S. Aignan a été
nommé Mestre de Camp du Régiment
de Cavalerie ci-devant Cayeux , le 20
Fevrier dernier, Un autre appellé l'Abbé
›
de
NOVEMBRE . 1734 2525
de Beauvilliers , est Abbé Commandataire
de l'Abbaye de S. Pierre de Lagny , O.
S. B. Dioc, de Paris , depuis le mois de
Fevrier 1733. la Duchesse de S. Aignan
étoit fille unique de Jean - Baptiste - François
de Monlezun , Marquis de Besmaux,
Mestre de Camp de Cavalerie , et Premier
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Garde du Roy , mort le 10
Octobre 1696. et de Marguerite - Geneviéve
Colbert de Villacerf , morte le 28.
Decembre de la même année 1696. et petite-
fille et seule héritiere de François de
Monlezun , Seigneur de Besmaux et du
Bose , Maréchal des Camps et Armées du
Roy , et Gouverneur du Château de la
Bastille à Paris , et du Fort de Notre-
Dame de la Garde à Marseille , mort le
17 Decembre 1697. âgé de 86 ans.
,
Le 27. Octobre , Gabriël Simon ;
Marquis d'ọ Colonel Lieutenant du
Regiment d'Infanterie de Toulouse , par
Commission du 15 Mars 1718. et Brigadier
des Armées du Roy de la Promotion
du 20 Fevrier dernier , mourut à Paris
en l'Hôtel de Toulouse , dans la 37 année
de son âge presque accomplie. Il étoit fils
de feu Gabriel Claude , Marquis d'O et
de Franconville , Lieutenant- General des
Armées Navales du Roy , et Commandeur
1527 MERCURE DE FRANCE
deur de l'Ordre Militaire de S. Loüis
mort le 17 Mars 1728. âgé de 72 ans
et de Marie- Anne de la Vergne de Guilleragues,
sa veuve, Dame duPalais de feuë
Madame la Dauphine, mere du Roy Louis
XV. le Marquis d'O , qui vient de mourir
étoit veuf d'Anne-Loüise de Madaillan
de Lesparre , morte le 2. Octobre
1723. dans la 27. année de son âge. H
ne laisse d'elle qu'Adelaïde- Genevieve-
Felicité d'O, qui a été mariée le 27. Août
1731. avec Louis de Brancas , Duc de
Lauraguais , Pair de France , né le
né le 7.
Mars 1714. et nommé Colonel du Regiment
d'Artois , le vingt Fevrier dernier.
›
Le 2. de ce mois , Dlle Anne- Julie de
'Melun d'Espinoy , fille de feu Alexandre-
Gulllaume de Melun , Prince d'Espinoy,
Marquis de Roubais , Vicomte de Gand ,
Baron d'Antoing , Connétable et Sénéchal
héréditaire de Flandres , Sénéchal
de Haynaut , Gouverneur de Tournay
Chevalier des Ordres du Roy , mort le 16.
Fevrier 1679. et de Jeanne Pelagie Chabot
de Rohan morte le 18. Août 1698,
mourut à Paris sans avoir été mariée
dans la 63. année de son âge , étant nég
Le 11. Août 1672 ,
,
,
Le
INOVEMBRE. 1734 2427
>
de
Le 2. Novembre 1734. D. Anne - Elizabeth
Roujault , épouse de Guillaume De lamoignon ,
Seigneur de Blanciménil , de Malesherbes
Cerisay , &c. Président au Parlement de Paris ,
dont elle étoit la deuxième femme , et qui l'avoit
épousée le 4. Mars 1715. mourut à Paris , après
être accouchée d'une fille , morte incontinent
après avoir été ondoyée. Elle étoit dans la 43 .
année de son âge , étant née le 21. Juillet 1692 .
Elle a eu pour Enfans Marie- Elizabeth Delamoignon
, née le 10. Mars 1716. et mariée le
3. Août 1733. avec Cesar. Antoine de la Luzerne
, Comte de Beusseville , Seigneur de Houllebec
, et de Moulin- Chapelle , Mestre de Camp
Lieutenant du Regiment des Cuirassiers du Roy,
et Chevalier de l'Ordre de S. Louis qui vient
d'être nommé Maréchal de Camp à la Promotion
du 18. Octobre dernier , étant Brigadier du
20. Fevrier précedent ; Barbe-Nicole Delamoignon
, née le 25. Juin 1717. Anne- Nicole Delamoignon
, née le 6. Juin 1718. Marie- Louise
Delamoignon , née le 16. Juillet 1719. un Fils
né et mort le 23. Novembre 1720. sans avoir
été nommé ; Chrétien - Guillaume Delamoignon
de Malesherbes , né le 6. Decembre 1721. et
Agathe- Françoise de Lamoignon , née le 4. Fevrier
1723. La Présidente de Blancménil étoit
fille de feu Nicolas- Etienne Roujault , Seigneur
de Villemain , mort Maître des Requêtes hoão,
raire de l'Hôtel du Roy , le 6. May 1723. après
avoir été Intendant à Bourges , à Maubeuge , à
Poitiers et à Rouen , et en dernier lieu , Conseiller
au Conseil du Commerce et de Barbe-
Madeleine Maynon , sa veuve.
?
Le 3. D. Marie - Françoise d'Albert de Luynes,
ci-devant Dame du Palais de feuë Madame la
I Day228
MERCURE DE FRANCE
Dauphine , mere du Roy régnant , et veuve depuis
le 9. May dernier , de Charles- Eugene de
Levis , Duc de Levis , Pair de France , Comte
de Charlus et de Saignes , &c. Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses Armées
, et au Gouvernement de la Province de
Bourbonnois , Commandant en Chef pour S.
M. dans le Comté de Bourgogne , et Gouvermeur
de Bergue , S. Vinox , mourut à Paris dans
la 57. année de son âge , étant née le 15. Avril
1678. on a dit de qui elle étoit fille , et l'on a
rapporté les enfans qu'elle avoit eus dans le
Mercure du mois de May dernier , pag. 1033 ,
en annonçant la mort du feu Duc de Levis , son
mari.
La Mere Theodore de Chareisien , Religieuse
de l'Ordre Reformé de Sainte Claire , mourut
à Lyon le 3. de ce mois , âgée de 100, ans er
six mois.
Le 3. de ce mois , D. Marie- Roze Tessier
épouse de Jacques Brissart , Ecuyer Conseiller
Sécretaire du Roy , Maison Couronne de France
et de ses Finances , accoucha heureusement d'une
fille qui fut baptisée le lendemain , la mere
mourut le 9. âgée de 31. ans et demi , et fut
inhumée le 10. à S. Roch sa Paroisse,
>
Le cinq , Dame Gabrielle du Gué , fille
de Pierre du Gué , Seigneur de Méridon
Montabé , les Troux , &c. actuellement vivant
dans un âge fort avancé et de feuë D. Anne
Millet , morte le 22. Janvier 1727. à l'âge de
8o. ans , et veuve depuis le 18. Octobre 1717.
de Leonor , Comte de Mornay , Marquis de
Monchevreuil , Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur et Capitaine des Chasses
de S, Germain en Laye , qu'elle avoit épousé
NOVEMBRE 1724. 2529
au mois de Janvier 1696. mourut à Paris en son
Appartement de l'Abbaye de Bonsecours au
Fauxbourg S. Antoine , laissant des Enfans.
>
>
Le 6. D. Anne - Marie -Françoise de Sainte
Hermine , Comtesse de Mailly , fille de Helie de
Sainte Hermine , Seigneur de la Leigne , et du
Rozeau , et d'Anne Madeleine de Valois de Villette
, mourut en son Appartement du Prieuré
de Poissy , Diocèse de Chartres , dans la 67.
année de son âge. Elle avoit été mariée le 9 .
Juillet 1687. avec Louis , Comte de Mailly , Seigneur
de Rubempré , de Rieux , d'Haucourt ,
S. Remi , de Bolhard , du Coudray , & c . alors
Menin du Dauphin , Ayeul du Roy Louis XV.
et Colonel du Regiment Royal des Vaisseaux
puis fait Brigadier en 1691. Mestre de Cimp
General des Dragons de France en 1692. et
Maréchal des Camps et . Armées du Roy le 30.
Mars 1693. Elle devint veuve par sa mort le 6.
Avril 1699. Elle avoit été faite au mois de Fevrier
1692. Dame d'atours de la Duchesse de
Chartres , depuis Duchesse d'Orleans . Elle fut
choisie au mois de Septembre 1696. pour remplir
pareille Charge auprès de la Duchesse
de Bourgogne , morte Dauphine , elle fut aussi
nommée Dame d'Atours de la Reine le 27. Avril
1725. Elle se démit de Cette change en faveur
de la Duchesse de Mazarin sa fille , au mois
d'Août 1731. et elle se retira ensuite au Prieuré
de Poissy , où elle a fait bâtir un fort bel Appartement.
Elle laisse six enfans , trois fils et
trois filles. Les fils sont Louis,Comte de Mailly ,
ci- devant Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecossois , et Commandant la
Gendarmerie de France , qui a été marié le
May 1726. avec Louise - Julie de Mailly de
I ij
3 I.
Néelle,
2530 MERCURE DE FRANCE
Néelle , sa niéce à la mode de Bretagne , nommée
Dame du Palais de la Reine au lieu de feuë
la Marquise de Néelle sa mere au mois d'Octobre
1729. Louis de Mailly , Comte de Rubempré
, Chevalier des Ordres de N, D. du Mont-
Carmel , et de S. Lazare ds Jerusalem , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Ecossois , et
Commandant la Gendarmerie de France , par la
démission de son frère aîné le 25. Juillet 1733 ,
celui-ci a épousé en 1731. une fille de François.
Louis Arbaleste , Vicomte de Melun , Seigneur
de la Borde et de Champigny , er de Marie-
Anne Moufle , sa deuxième femme ; et Louis-
Alexandre de Mailly , Chevalier non-profès de
P'Ordre de S. Jean de Jerusalem , et Capitaine
de Dragons. Les filles sont Françoise de Mailly,
Duchesse Douairiere de Mazarin aujourd'hui
Dame d'Atours de la Reine , Loüise - Françoise,
de Mailly , veuve du Marquis de Listenay ; er
Françoise de Mailly , Comtesse de Folignac ,
belle-soeur du Cardinal de ce nom .
M. Pierre de Vienne de la Valliere , Curé de
l'Eglise Collegiale et Paroissiale de S. Benoît ,
et premier Chapelain de cette Eglise , Docteur
ès Droits de la Faculté de Paris , mourut le 7,
âgé d'environ 47. ans .
Le 10. D. Anne- Henriette Brice , épouse de
Nicolas Henin, Conseiller du Roy en son Grand
Conseil , mourut à Paris âgée de soixante -quinze
ans 7 jours,étant née le 3 Novembre mil six cens
cinquante-neuf. Elle laisse pour enfans Nicolas
Henin , Conseiller au Parlement de Paris , de
la premiere Chambre des Enquêtes , où il a été
reçû le 31. Decembre 1717. Claude Henin , Capiaine
de Cavalerie dans le Regiment de Noail
Les
es ; et D. Anne Radegonde Henin , mariée le
11
NOVEMBRE . 1734 253 2
1. Septembre 1727. avec François - Bernard
Boulin , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris.
>
Au commencement de ce mois , Louis
Comte de Bethune de Selles , Lieutenant Geheral
des Armées Navales du Roy , et Com
mandeur de l'Ordre Royal et Militaire de
Saint Louis , mourut à Rochefort âgé d'environ
soixante et quinze ans Il avoit été
fait Capitaine de Vaisseau en 1689. Il obtint
au mois de Septembre 1705. une Pension de
iooo . livres sur la Marine , fut mis au mois
de Novembre 1706. au nombre des Capitaines
de Vaisseau à la haute paye , et fait Chef
d'Escadre le 28. Octobre 1720. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis par expectative le 27.
Mars 1728. et enfin Lieutenant General des
Armées Navales le 10. Mars dernier. Il étoit
fils aîné de feu Henri de Bethune , Comte de
Selles, &c. mort en 1696 et de feuë Marie- Anne
Dauvet des Marests , et il avoit été marié le 31 .
Octobre 1708. avec Marie- Therese Pollet de la
Combe , veuve de Pierre le Moyne , Seigneur
d'Iberville , Capitaine de Vaisseau , et Che
valier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint
Louis .
-
Le President de Bernieres , dont on a rappotté
la mort dans le Mercure d'Octobre dernier pag.
2312. se nommoit Gilles Henri Maignart ,
Marquis de Bernieres , Seigneur de la Riviere,
Bourdot , Quevillon , Rouville , Houguemare
le Bosquier , & c. Il avoit été reçû Conseiller au
Parlement de Rouen , le 25. May 1705. et Président
à Mortier le 28. Juillet 1787. Il obtint
des Lettres de Président honoraire le 21. May
# 718 . Il étoit fils de feu Maignart de Bernieres ,
I iii Sei
2132 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Bautot , Procureur General au même
Parlement de Rouen et de Marguerite-
Françoise le Cornu de Bimorel , sa premiere
femme.
Le 12 Novembre , l'Archevêque de Besançon ,
Prince du S. Empire Romain , est mort subitement
dans son Diocèse. Il se nommoit Antoine-
François de Blittersvvick de Monckley , et il étoit
natit du Diocèse de Besançon , d'une Maison
ancienne , er d'une Noblesse Militaire , originaire
du Duché de Gueldres , mais établie depuis
plusieurs siecles dans le Comté de Bourgogne. Il
avit eu pour Pere et Mere Gaspard de Blitterswick
, Seigneur de Monckley , dont il fit hommage
au Roy d'Espagne au mois de Juin 1662,
et Claude - Marguerite de Montoniche , fille de
Jean de Montoiche , Noble Citoyen de la Ville
de B sançon . Il fut reçû Chanoine de l'Eglise
Métropolitaine de Besançon au mois de Mars
1687. depuis il fut aussi Grand- Chantre de la
même Eglise , et Vicaire-General du Diocèse.
L'Abbaye de Charlieu , Ordre de Cîreaux , dans
le même Diocèse de Besançon , lui fut donnée le
27. Décembre 1694. Il fut nommé le 8. Janvier
1721 à l'Evêché d'Autun , qui fut préconisé er
proposé pour lui à Rome les 14. Janvier 1722.
et 20. Décembre 1723. ensuite de quoi il fut sacré
le 9. Mars 1724. dans l'Eglise du Noviciat
des Jesuites à Paris , par- le Cardinal de Rohan ,
Evêque et Prince de Strasbourg , assisté de l'Evêque
de S. Papoul , nommé à l'Evêché de Mende
et de l'Evêque deChâlons - sur - Marne . Il prêta
serment de fidélité entre les mains du Roy le 12 .
du même mois. L'Abbaye de Fontenay , Ordre
de Cîteaux , Diocèse d'Autun , lui fut encore aç.
cordée au mois de Juin 1729.et il fut transferé av
mois
NOVEMBRE. 1734. 2133
mois deJanvier12 à l'Archevêché de Besançon
vacan : par la demission volontaire de François-
Honore Grimaldi de Monaco. Cette Eglise ayant
été préconisée et proposée pour lui à Rome les
et 31. Mars suivans . Il prêta un nouveau serment
de fi elité entre les mains du Roy le 20. Avril
Il étoit le dernier de sa Famille , et il en avoit
recueilli tous les biens . Il avoit donné il y a longtemps
la Terre de Monckley au Comte de Vau→
drey , son Neveu , Maréchal des Camps et Armécs
du Roy. Il avoit eu encore les Terres de
Boulot , de Chevigné , de Sauvagné , d'Estu, &c.
mais il les avoit vendues pour la plupart pour
payer les dettes du feu Marquis de Monckley ,
son Frere , mort Colonel au service du Roy .
Le 14. D. Louise - Renée de Penancoët de Kéroualle
, Duchesse de Portsmouth en Angleterre ,
et d'Aubigny en France , mourut à Paris , âgée
de 85. ans , 2. mois , et le 16. elle fut inhumée
dans l'Eglise des Carmes Déchaussez , dans la
Chapelle de la Maison de Rieux , dont elle descendoit
par son Ayeule maternelle . Elle étoit fille
de Guillaume de Penancoët , Comte de Kéroualle
, Seigneur de Kerboronné , de la Villeneufve ,
et du Chef- du- Bois , Commandant l'Arrlereban
de l'Evêché de Leon , mort en 1690. et de Marie
de Ploeuc du Timeur , morte au mois de Janvier
1709. et qui avoit eu pour Mere Marie de
Rieux de Sourdeac. La Duchesse de Porstmouth
fut d'abord Fille d'honneur de Henriette- Anne
Stuart , premiere femme de Philippe , Fils de
France , Duc d'Orleans , qu'elle accompagna au
Voyage qu'elle fit en Angleterre en 1670 après
la mort de cette Princesse , arrivée le 30. de Juin
de la même année , elle repas ,a en Angleterre , e
fut faite d'abord Fille d'honneur de Catherine de
I iiij Portu
2534 MERCURE DE FRANCE
*
Portugal , Reine d'Angleterre , et ensuite Dame *
de son Palais. Charles II. Roy d'Angleterre , la
créa Baronne de Beteisfoild , puis Duchesse de
Porstmouth en 1673. et à la priere de ce Prince ,
le Roy Louis XIV. lui donna la Terre d'Aubigny-
sur- Nierre en Berry , par Lettres Patentes
du mois de Décembre 1673. Registrées au Parlement
de Paris le 14 Avril 1674 et en la Chambre
des Comptes le 26. Mars 1683. Par autres
Lettres Patentes du mois de Janvier 1684. cette
Terre d'Aubigny fut érigée en titre de Duché
Pairie de France en faveur de la Duchesse de
Porstmouth , et après son décès , de Charles Lenox
, fils naturel de Charles II . Roy d'Angleterre
, et de la Duchesse de Porstmouth ; mais ces
dernieres Lettres n'ont point été enregistrées.
Ces Pieces sont rapportées dans le 5. Tome de
P'Histoire des Grands Officiers de la Couronne ,
Art. des Duchez non registrez , page 920. elles
sont suivies de la Genealogie de la Maison de
Penancoët , par laquelle on voit que son ancien
nom étoit de Penhoat ou Penhoët , et qu'elle
étoit une des quatre premieres de l'Evêché de
Leon , suivant l'ancien Proverbe fort commun
dans la Basse- Bretagne Antiquité de Penhoët ,
vaillance de Châtel , richesse de Kerman , et Chevalerie
de Kergournadec . François de Penhoat
fut marié le 10. May 1330. avec Jeanne de Penancoët
, Dame de Keroualle , et en vertu d'une
clause expresse de son Contrat de Mariage , ses
Enfans prirent le nom et les Armes de leur Me
re , que leurs descendans ont depuis conservez .
La Duchesse de Porstmouth , qui s'étoit retirée
du Monde depuis bien des années , faisoit sa ré-)
sidence la plus ordinaire dans son Duché d'Au →
bigny , où elle s'occupoit de bonnes - oeuvres , et
:
prin
NOVEMBRE. 1734. 2535
principalement du soin des Pauvres , qu'elle soulageoit
de toutes façons. Elle a fondé et établi
dans sa Ville d'Aubigny un Convent de Religieuses
Hospitalieres , qui se partagent égaleiment
entre le soin des malades et l'instruction de
la jeunesse. Elle a aussi beaucoup donné pour la
décoration des Eglises et principalement de celle
de la Paroisse . Elle étoit venue à Paris en dernier
lieu pour chercher dans les avis des meilleurs
Médecins quelques remedes à une maladie
qui la faisoit souffrir depuis un peu de temps ,
mais son grand âge les a rendus inutiles . Charles
Lenox , Duc de Richmond , et de Lenox , Comte
de March , et de Denreley , Baron de Setrington
, et de Torbolton , Pair d'Angleterre et d'E
cosse , fils de la Duchesse de Portsmouth , étoit
né à Londres , le 11. Juillet 1672. Il fut Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere, Grand - Ecuyer du
Roy, son Pere , et Grand- Amiral d'Ecosse. Après
la mort du Roy Charles II. il passa en France
avec sa Mere , et il y fut naturalisé en 1685. II
repassa en Angleterre en 1692. et il y mourut le
le 8. Juin 1723. laissant d'Anne Brudenell , fille
du Comte de Cardigan , qu'il avoit épousé le
10 Janvier 1693. et qui mourut le 21. Décembre
1722. Louise Lenox , morte au mois de Janvier
1717.étant mariée avecJaquesComte de Berkeley
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere et Vice-
'Amiral d'Angleterre ; et Charles Lenox , Duc de
Richmond et de Lenox , Comte de March et de
Danteley , Baron de Setrington et de Torbolton,
Pair de la Grande- Bretagne , né à Londres le
29. May 1701. qui est Chevalier de l'Ordre de
la Jarretiere , Ayde de Camp et Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Angleterre ;
Capitaine dans le Régiment de ses Gardes à che
Iy yal
2536 MERCURE DE FRANCE
4. val , et qui a été marié le Décembre 1719 .
avec Sara de Cadogan , fille aînée de feu Guillaume
, Comte de Cadogan , Chevalier de l'Ordre
de S. André d'Ecosse , Conseiller du Conseil
de Cabinet du Roy d'Angleterre , Colonel du
premier Regiment de ses Gardes , Grand- Maître
de l'Artillerie, Gouverneur de l'Isle de Whigt,
&c. de laquelle il n'a jusqu'à présent que des filles
, les deux garçons qu'il en a eu étant morts
au berceau .
Le 17. Jacques-Vincent Languet , Comte de
Gergy , Seigneur de Montchanu , Onay , Raconay
, Bougerot et des quatre Villeneuves , cydevant
Ambassadeur ordinaire du Roy auprès de
la République de Venise , mourut à Paris , dans
la 68. année de son âge , ayant été baptisé en la
Paroisse de S. André des Arcs à Paris le 29.
Avril 1667. Il fut d'abord Gentilhomme ordinaire
de la Maison du Roy , et étant revêtu de
cette Charge , il fut choisi par le feu Roy au
mois de Novembre 1697. pour son Envoyé Extraordinaire
à Stutgard auprès du Duc de Wirtemberg.
Il fut nommé au mois de Juillet 1702.
pour passer en Italie avec la même qualité auprès
des Ducs de Mantoue et de Parme. Ayant
été nommé une seconde fois au mois de Décembre
1704. Envoyé Extraordinaire auprès du
Duc de Mantoue , il fit son Entrée à Mantoüe
au mois d'Avril 1706. Il fut nommé au mois de
Juillet 1709. pour passer avec le même Caractere
auprès du Grand- Duc de Toscane , et il fit
son Entrée à Florence le premier Octobre 1710
il y résida jusqu'en 1715. qu'il fut nommé au
mois de Janvier, Envoyé Extraordinaire et Pléni,
potentiaire à la Diette de Ratisbonne, Il occupoit
encore ce Poste lorsqu'il fut nommé au
mois
NOVEMBRE. 1734 2537
mois d'Avril 1721. à l'Ambassade de Venise, on
il arriva le 5. Décembre 1723. il y fit son Entrée
publique le 4. Novembre 1726. et il eut le
lendemain sa premiere Audience publique du Doge
et du Sénat . El obtint en 173 1. un congé pour
venir faire un tour en France pour le rétablissement
de sa santé. Il arriva à Paris le 7. Janvier
1732. mais sa santé ne se remettant point , il fut
déchargé la même année de son Ambassade. Il
étoit second fils de feu Denis Languet , Comte
de Rochefort , Marquis d'Alerey , Baron de Saffre
, de Gergy , S. Côme , la Villeneuve et Montigny
- sur- Vingeaune , Procureur General au
Parlement de Dijon pendant vingt- six ans
mort le 20. Août 1680. et de feue Marie
Robelin , et frere de Jean - Baptiste-Joseph Languet
de Gergy, Curé de la Paroisse de S. Sulpi
ce à Paris , de Jean - Joseph Languet de la Vil
leneuve , Archevêque de Sens , &c. Il avoit été
marié le 21. Octobre 1715. avec Anne Henry
soeur puînée de la Dame Regnault ,
et fille de Jeai Baptiste Henry , cy - devani
Trésorier General des Galeres de France , et
de Marie- Anne le Large du Moulon . Il ne laisse
d'elle des filles.
que
Le 18. D. Genevieve Colbert , fille de Michel
Colbert, Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hô
tel du Roy , mort en 1694. et de Genevieve Baudouin
, sa femme , morte le 17. Mars 1684-
mourut à Paris , âgée d'environ 76. ans. Elle
étoit veuve depuis le de Paul Août 1717 . 19
Etienne Brunet de Rancy, Seigneur d'Esvry - les-
Châteaux , Egrenay , Gomblaville , Vauth-
Reyne , Naucelles , Varennes , & c. Conseiller-
Secretaire du Roy , Maison Couronne de Fran
ce er de ses Finances , Fermier General des Fer-
1 vj
25 ; 8 MERCURE DE FRANCE
•
mes-Unies de S. M. &c . qu'elle avoit épousé le
15. Juin 1678. elle en laisse Jean - Baptise Brunet
Gilles Brunet , Seigneur d'Esvry »
Maitie des Requêtes honoraire de l'Hôtel du
Roy , cy- devant Intendant à Moulins , marié
au mois d'Août 1715. avec Françoise Susanne
Bignon , fille de feu Armand Rolland Bignon ,
Seigneur de Blanzy , Conseiller d'Etat et Intendant
de Paris , et d'Agnès- Françoise Hebert du
Buc , sa veuve ; Joseph Brunet de Rancy , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie Colonelle
du Réginient des Gardes Françoises , et Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du
20. Février dernier , Françoise - Marguerite Brunet
, de Rancy , mariée au mois de Février
mil sept cens- trois avec Pierre Arnaud de la
Briffe , Conseiller d'Etat , et Intendant à Dijon ,
et Marie Brunet de Rancy , Marié le 30, Dé
cembre 1711 , avec Edouard Colbert , Comte de
Croissy , Lieutenant General des Armées du
Roy , Lieutenant- General pour S. M. au Comté
et Evêché de Nantes , Gouverneur de Créci en
Brie , et Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis.
-
Claude André Courtin , Ecuyer , Sieur de
Crouy , Seigneur des trois Fiefs de Cormeil en
Parisis , Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , an
cien Officier des Vaisseaux de Sa Majesté , mourut
le 18. de ce mois , âgé de 73. ans environ .
Le 21. de ce mois , le nommé Daniel Beguin
mourut à Reims , âgé de 103. ans.
I
Le 3. Novembre , Charles de Marnais , Com.
te de Vercel , Exempt des Gardes du Corps du
Roy , et Gouverneur de Dole en Franche- Com
té , fils de feu Jean- Baptiste de Marnais , Comte
de
NOVEMBRE. 1934. 2539
de Vercel , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Lieutenant des Gardes du Corps du
Roy , Maréchal des Camps et Armées de S. M.
et Gouverneur de Dole , mort le 12. Janvier
1732. et neveu de .... de Marnais , S. André
de la Bastie , Gouveneur de Die en Dauphiné
Lieutenant de Roy de P'Hôtel Royal des Inva
lides , Inspecteur General de Cavalerie , et Maréchal
des Camps et Armées du Roy , de la Promotion
du 20. Février dernier , fut marié à Paris
dans l'Eglise du même Hôtel des Invalides ,
avec D. Claude - Jacqueline- Françoise Petit de
Passy veuve sans enfans de Jacques - Etienne
Canaye , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô
tel du Roy , mort le 2. Juillet 1732. et fille de
feu François Petit , Seigneur de Passy , Serilly ,
Hébécouit, &c. Lieutenant General d'Epée au
Bailliage et Siege Présidial de Sens , et de D. Jacqueline
- Margueritte Richer, sa veuve.
Le 4. de ce mois , Charles- François de Mon
tholon , Conseiller au Parlement de Paris , veuf
depuis le 4. Juin dernier , de D. Marie - Louise-
Charlotte Desvieux , qu'il avoit épousé le 22 .
Février précedent , épousa en secondes Nôces
avec dispense , la Cousine germaine de sa premiere
femme , fille d'Eustache - François le Cous
turier , Seigneur de Mauregard et du Mesnil ,
Frésident au Grand - Conseil, et de feuë D. Marie-
Margueritte Bosc , sa premiere femme. On a
annoncé dans le précedent Mercure le Mariage
en troisiémes nôces du Président le Cousturic
avec la Dlle du Chastelet , l'aînée,
2540 MERCURE DE FRANCE
**
ARRESTS NOTABLES
Octobre , pour faire fournir du Pain de
munition aux Troupes qui seront dans les Places
frontieres d'Allemagne , du Pays Messin , de
Flandres , Comté de Bourgogne , Picardie et
Soissonnois , pendant l'hiver prochain.
ARREST du 13. Octobre , par lequel il est
dit
que le Roy étant informé qu'il a été fait une
saisie considerable de Livres coutraires à l'Eglise
et à l'Etat, appartenant au nommé Jorre fils, qui
a obtenu la survivance de l'Imprimerie de son
pere à Rouen , et qu'il a même été trouvé des
factures qui prouvent évidemment le commerce
illicite que fait ledit Jorre en Hollande , des Ouvrages
les plus prohibez , ainsi qu'il résulte de
deux procès verbaux du Commissaire Regnard
l'alné , des 9. Juin et 7. Juillet de la présente
année 1734. Sa Majesté étant pareillement Instruite
que le nommé René Josse , Libraire à Pasis
, a imprimé sans qualité , dans une Imprimerie
clandestine chez le nommé Coubray , Maître
Papetier de cette Ville , les Lettres intitulées , Lettres
Philosophiques par M. de V. à Amsterdam,
chez E. Lucas , au Livre d'or , 1734- supprimées
par Arrêt du Parlement du 10. Juin dernier ; ce
qui est prouvé par les Interrogatoires de Margueritte
Laferriere , femme Guillain , et de Louie
Guillain , femme Coubray , du 28. May de la
prér
NOVEMBRE. 1734 254%
présente année 1734. et par l'évasion même du →
dit Josse, qui en effet n'a plus reparu depuis dans
sa boutique , et que le nommé Duval , dir le
Granadier , Imprimeurà Bayeux , a quitté ladite
Ville pour venir travailler à Paris dans des Imprimeries
clandestines ; toutes lesquelles contraventions
méritent d'autant plus d'être punies
que rien jusqu'icy n'a été capable d'arrêter la
licence avec laquelle on distribuë dans la Ville
de Paris et dans tout le Royaume , des Libelles si
souvent flétris par les Arrêts du Conseil et ceux
des Parlemens. Sur quoi le Roy a destitué et destitue
les nommez Jorre fils , reçû Imprimeur en
survivance de son pere à Rouen , René Josse ,
Libraire à Paris , et Duval , dit le Grenadier ,
Imprimeur à Bayeux , de la qualité de Maîtres
Imprimeurs et Libraires , leur fait très- expresses
inhibitions et deffenses , à peine de punition
exemplaire , de s'immiscer directement ni
indirectement dans l'Imprimerie , ni de fatre
aucun commerce de Librairie , sous quelque titre
ou en quelque qualité que ce soit , & c.
ARREST du 24. Octobre , qui ordonne
qu'en payant par le Clergé de Metz la somme de
Cinquante-cinq mille livres , ses biens seront dis--
pensez de l'execution de la Déclaration du 17+
Novembre 1733. au sujet de la levée du Di
xiéme , &c.
AUTRE du même jour , portant aussi pareille
exemption en payant par le Clergé de
Toul la somme de 12000. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemp
2542 MERCURE DE FRANCE
1
exemption en payant par le Clergé de Verdun la
tomme de 2875o livres.
ARREST du 26. Octobre , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1735. le prix des an
ciennes Especes & matieres d'or et d'argent.
ORDONNANCE de Police du 27, Octobre
qui enjoint de nouveau à tous ceux qui donnent
à loger en Maisons ou Chambres garnies , de
tenir deux Registres pour y inscrire les noms
des personnes qui iront y loger , leurs Pays et
leurs qualitez , conformément à l'Arrêt du Conseil
du 22. Decembre 1798.
ORDONNANCE du Roy , du 31. Octobre
qui renouvelle les deffenses des Libelles , de l'Etalage
des Livres . et Boutiques portatives , sur
les Quais , Carrefours , et même dans les Mai
sons Royales , à peine de mille livres d'amende ,
de confiscation , de prison , même de punition
exemplaire, &c.
ORDONNANCE DU ROY , du 2. Novem
bre , par laquelle S. M. enjoint très- expressement
à tous les Irlandois , Anglois et Ecossois,
qui sont dans sa bonne Ville de Paris , et dans
les autres villes et lieux de son Royaume , sans
vacation et sans employ , âgez depuis dix - huit
ans ou environ , jusqu'à cinquante et en état
de porter les armes , soit qu'ils ayent été ci- devant
, ou non , dans les Regimens Irlandois qui
sont au service de Sa Majesté , de se rendre in
cessamment aux Garnisons marquées par l'état
qui est à la fin de ladite Ordonnance , où sont
actuck
NOVEMBRE . 1734 2543
actuellement lesdits Regimens , pour les joindre
ét y prendre parti ; à peine à ceux qui y ont
déja servi , d'être traitez comme Déserteurs
suivant la rigueur des Ordonnances , et aux autres
, d'être punis comme vagabonds , èt con
damnez aux Galeres . Ordonne très- expressement
Sa Majesté à tous les Prevôts des Maréchaux
et autres Officiers de Robe- courte,de s'employer
à la recherche et capture de ceux desdites nations ,
qui au préjudice de la présente , se trouveront
encore dans Paris ou dans les autres villes et
lieux de son Royaume , quinze jours après
qu'elle y aura été publiée , pour être procedé
contre eux suivant ce qu'elle contient : Sa Ma
jesté voulant bien , pour faciliter auxdits Irlandois
, Anglois et Ecossois , les moyens d'alleg
joindre lesdits Regimens où ils sont , leur permettre
de se rendre dans ledit temps de quinze
jours après la publication de la présente , près
des Intendans en ses Provinces , pour recevoir
les ordres de ce qu'ils auront à faire ; mais Elle
entend aussi que ceux qui après les avoir reçûs,
manquerout à les suivre, soient severement puniscomme
Déserteurs .
>
ARREST du 3. Novembre , concernant les
Rentes viageres en forme de Tontine . Par lequel
il est dit que S. M. expliquant en tant que de
besoin est ou seroit , les articles IX. et XIV .
de l'Edit du mois d'Août dernier a ordonné
et ordonne que ceux qui voudront acquerir des
dites Rentes, et qui ne pourront produire, pour la
justification de leurs noms et âge , des Extraits
Baptistaires en la forme prescrite par ledit Edit,y
seront admis en justifiant par eux de leurs
moms et âge , par des actes de notorieté , qui
scrone
2544 MERCURE DE FRANCE
seront passez devant Notaires ou autres personnes
publiques en présence de quatre témo us
notables et domiciliez des Lieux où lesdits actes
seront passez , qni attesteront les noms , sur .
noms , ages , qualitez et demeures des personnes
sur la tête desquelles lesdites Rentes devront être
constituées ; lesquels actes seront dûement légalisez
et certifiez par les Ambassadeurs Envoyez,
Résidens ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours , Etats ou Villes Etrangeres of
les acquereurs demeureront , ou à leur deffaut,
par les principaux Magistrats ou juges des Villes
et lieux de la résidence desdits Acquereurs.
Veut Sa Majesté que le payement des arrerages
desdites Rentes , ensemble de celles de même
nature , créées par Edit du mois de Novembre
1733. soit fait sans difficulté par les payeurs
d'icelles aux Etrangers demeurant hors du
Royaume , en justifiant par eux de l'existence
des personnes dénommées dans les Contrats
sur la tête desquelles lesdites Rentes ont été ou
seront constituées par des certificats de vie
qui seront passez devant Notaires , ou autres
personnes publiques des Villes et Lieux de leur
résidence , en présence de deux témoins , qui
attesteront les avoir vûs et leur avoir parlé dans
le jour ; lesdits certificats légalisez par les Ambassadeurs
, Envoyez , Résidens on Consuls de
la nation Françoise , dans les Cours Etats et
Villes Etrangeres on lesdits Rentiers seront
demeurans
, ou à leur défaut , par les principaux
Magistrats ou Juges des Villes et lieux de leur
résidence & c.
>
>
›
ORDONNANCE du Roy , du 4. Novembre
qui regle que les Capitaines des Compagnies dé
tachées
?
NOVEMBRE. 1734 2545
" tachées de la Garde - côte
commissions de Sa Majesté.
seront pourvûs de
ORDONNANCE du Roy , du 6. Novembre,
portant Amnistie generale en faveur des Déserteurs
des Troupes de Sa Majesté , jusqu'au premier
Novembre 1734. à condition de prendre
parti avant le premier May de l'année prochaine
173 5. dans celles de son Armée d'Italie , dont
les Regimens d'Infanterie, Cava erie et Dragons,
qui y sont actuellement, sont dénommez au bas
de ladite Ordonnance .
On donnera deux Volumes du Mercure
le mois prochain , pour avoir lieu d'employer
les Pieces qui n'ont pù trouver place
Pendant le cours de cette année. On trou
vera à la fin la Table Generale qu'on 4
coûtume de donner.
APPROBATION.
Ay la par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Novembre,et j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le 6. Dés mbre 1734.
HARDION
TABLE
IECES FUGITIVES , les Fureurs de
Pramour , Ode , 2337
Lettre sur l'Histoire du Chien de Montargis ,
Remerciement sur un Bouquet donné ,
2342
2359
Lettre sur la Tragédie d'Enée et Didon , 23 $7
Le Chat et le Serin , Fable , 2370
Nouvel Ouvrage de M. Titon du Tiller , 2372
Lettre du Chevalier de G. à M. de S. 2381
Extrait d'une Lettre au sujet d'une nouvelle Chapelle
,
L'Amant Guerrier , Cantate ,
2383
2386
Lettre écrite de Rome , au sujet d'un principe
de Descartes , 2389
Epitre de M. de R *** ภM. l'Abbé * * *
2397
Lettre sur la Dissertation de M. le Beuf, 240f
Ode d'Horace , Imitation ,
Deuxième Lettre d'un Médecin de Montpelier ,
&c.
Sonnet ,
24:0
2413
2420
Letere sur la dénomination des Lettres du Bureau
Typographique ,
Traduction d'une Ode d'Horace ,
2421
2429
Lettre à l'Auteur du Traité des Superstitions sur
le nombre de treise à table , 2430
Enigmes et Logogryphes , 2438
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c.
2442
Acta Eruditorum, ¿s. 2447
Question ,
2469
Plan du troisiéme Tome du Musaum Florenti
num ,
De Cistophoris , c .
ibid
247
Ouverture des Académies et du College Royal ;
Tremblement de Terre extraordinaire ,
2474
2477
Euvre d'Estampes de Watteau , & ç ,
2479
Nouvelles Estampes gravées ,
2482
Chansons notées , 2486
Spectacles. Le Fleuve Scamandre , Comédie ,
& c .
2487
La Bourgeoise à la mode , 2494
Nouvelles Etrangeres, de Russie ,
2504
De Pologne, 2508
D'Allemagne , 2507
DItalie , Naples et Sicile ? 2508
D'Espagne et Angleterre , 2509
Morts des Pays Etrangers ,
1510
Nouvelles de la Guerre , 2512
Officiers Generaux servant pendant Phyver ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c ,
Morts , Naissances , & c.
Arrêts notables
2516
2533
2540
Errata d'Octobre.
PAge 2126. ligne 4. trouverez
lisez tro
>
P. 23 10. 1. 29. avant le mot President , ajout
premier.
P. 313. 1. 7- Negret , . Neyret . Même 1 , il en
l.
laisse
laisse des enfans l . il n'en laisse point d'en
fans.
Même pag 1. 8. de Varini , l. Varany. 1. 10.
S. Maur , l . Sainte Maure. 1. 16. Josaly
1. Issa y .
P. 2184. 10. Yvoix , l. Ynorts.
P. 2307. 1. 27. 1734. l. 1724.
Ibid. 1. 28. Fille unique &c. l. Fille de &c.
P. 2334. 1. 9. d'un , I de.
Fautes à corriger dans ce Livre .
PAge 2346. ligne s . differences , lisez differens
.
P. 2407. 1. 22. genuinité , l . ingenuité.
P. 2459. 1. s . paruë , 1. parut.
La Chanson notée doit regarder la pago 2486
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Henaut et Forest ,
Bordeaux , chez, Raymond Labottiere , et cher
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes , chez Julien Maillard , et chez du Verger.
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guil
laume Jouanet Vatar et la veuve Garnier,
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon,
Rouen , chez Herault.
Châlons- sur - Marne , chez Seneuze,
Amiens , chez la veuve François et Godard,
Arras , shez C. Duchamp.
Orleans, chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste .
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux ,
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste,
Versailles , chez Monnier,
Besançon , chez Briffaut , à la Poste,
Sant Germain , chez Doré,
Lyon , à la Poste,
Reims , chez Disain,
A Vitry-le -François , chez Vitalis,
Beauvais , chez De Saint,
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin ,
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne- sur-Mer , chez Parasol,
Nancy, chez Nicolas.
CATALOGUE des Mercures de France;
depuis l'anné: 1721. jusqu'à present.
Uin et Juillet 1721
Août , Septembre , Octobre, Novembre
2. voľ
et Decembre ,
Mars
1722.
Janvier et Fevrier 1722
·S. vol.
2. vol.
Avril ,
2. vol.
May,
I. vol.
Juin , Juillet et Aodt ,
2. vol.
3. vol.
Septembre ,
2. vol.
Octobre ,
Novembre ,
I. vol.
2. vol.
Decembre , I. vol.
Année 1725. les mois de Juin , de Septembre
et Decembre doubles ,
Année 1723
Année 1724. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
le mois de Decembre double, 13 . vol.
14. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
14. vol. Année 1727. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol,
Année 1728. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol,
Année 1729. les mois de Juin ,
de Septembre
et Decembre doubles , Is. vol.
Année 1730. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
et de Decembre doubles , IS. vol. Année 1732. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol.
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
Janvier 1734, I. vol.
180. vol,
DO NOT CIRCULATE
UNIVERSITY
OF
MICHIGAN
EXPLURIBUS UNUM
TUEBOR
SI-QUERIS-PENINSULAM
-AMENAM
CIRCUMSPICE
;
MERCURE
DE FRANCE ,
DEDIE AV ROT
NOVEMBRE. 1734
LIGIT
SPARGIT
Papillo
A PARIS ,
GUILLAUME CAVELIER
ruë S. Jacques.
Cez LA VEUVE PISSOT , Quay de
Conty , à la descente du Pont-Neuf.
JEAN DE NULLY , au Palais
M. DCC.
XXXIV.
Avec
Approbation & Privilege du Roy.
50
540.6
A VIS
.
358
1734-
Nov,
L' ADRESSE
generale eft à
و
Monfieur MOREAU , Commis an
Mercure vis - à - vis la Comedie Frangoife
, à Paris, Ceux qui pour leur commodité
voudront remettre leurs Paquets -
chetez aux Libraires qui vendent le Mercure,
à Paris , peuventſe ſervir de cette voys
pour lesfaire venir.
On prie très-inflamment , quand on adreſſe
des Lettres ou Paquets par la Pofte , d'avoir
foin d'en affranchir le Port , comme cela s'eft
toûjours pratiqué , afin d'épargner , à nos
Le déplaifir de les rebuter , & à ceux qi
Les envoyent , celui , non-feulement de r
pas voir paroître leurs Ouvrages , mas
même de les perdre , s'ils n'en ont pas garé
de copie.
Les Libraires des Provinces & des Pay
Etrangers , ou les Particuliers qui fouhaite
ront avoir le Mercure de France de la pre
miere main , & plus promptement , n'auron
qu'à donner leurs adreſſes à M. Moreau
qui aura foin de faire leurs Paquets fan
yerie de temps, de les faire porterfu
theure à la Pofte , ou aux Meffageries qu'o
Lui indiquera.
PRIX XXX, SOLS,
MERCURE
DE
FRANCE ,
DÉDIÉ
AU
ROT.
NOVEMBRE.
1734
PIECES
FUGITIVES ,
en Vers et en Prose.
LES
FUREURS DE
L'AMOUR.
ODE
A M. *
Uelle est cette yvresse
sublime ,
Qui tout à coup dompte mes sens
C'est
Calliope qui
m'anime
Mortels ,
écoutez mes
accense..
Indifference , je
t'invoque ,
Fais voir la douceur équivoque
A ij Qui
2338 MERCURE DE FRANCE
Qui suit les plaisirs de l'Amour ;
Dépeins la candeur et les feintes ,
L'espoir, les soucis et les craintes
Qui se succedent tour à tour.
M
Dieux ou suis -je ? est - ce là Cithere
Quel est cet assemblage affreux ?
Je vois la Discorde et Megere ,
Suivre les Amours et les Jeux ;
Le Parjure , la Jalousie ,
Le Remors , la Rage et l'Envie
Sont tributaires de ses Loix ;
Troupe infâme vouée aux crimes ;
Qui va se chercher des victimes
Jusques sur le Trône des Rois.
Pour qui ce bucher ! cette flâme i
Et tout ce lugubre appareil
Est-ce un malheureux , un infàme ;
Qui touche à son dernier Soleil ?
Non , c'est la Reine de Carthage,
Qui passe le sombre Rivage
Pour prix de sa fidelité.
'Amour , dis-moi , quel est son crime
Pourquoi la rend- tu la victime
D'une tendre crédulité ?
Nature
NOVEMBRE. 1734. 2339
Nature , es tu donc sans deffense ?
Tes cris sont-ils d'un vain secours ?
Médée assouvit sa vengeance
Sur l'ouvrage de ses Amours,
Pleine de sa ffâme amoureuse ,
Scilla , d'une main furieuse,
Coupe la trame de Nisus :
Et par un ascendant funeste ;
Biblis se prépare à l'inceste
Par de fraternelles vertus
Perfide Amour , suspens ta rage ;
Laisse la fille de Leda .
Quels Ruisseaux de sang ! quel carnage
Pour le Pasteur du Mont Ida !
O Dieux ! pour l'impudique Helene ,
La vertueuse Polixene
Descend dans la nuit du tombeau .
Le fier Destructeur de sa Ville ,
Quoique mort , est toujours Achille ;
Son Ombre est encor son bourreau.
C'est toi , qui du sein de la gloire
Nous arraches les deini-Dieux ,
Qui fais mépriser la victoire
Pour les attraits de deux beaux yeux;
Hercule , appuy de la Justice ,
A iij
Fus
2340 MERCURE DE FRANCE
Fut digne en terrassant le vice ,
DeDe nos cultes , de nos Autels ;
Atteint d'une fleche fatale ,
Ce Héros , filant près d'Omphale
Devient le dernier des Mortels.
Mais pour comble de ta malice ,
Voulant tromper tous les Humains,
Tu sçais masquer de la Justice
Tes plus détestables desseins .
Un Jupiter , un Dieu suprême
Adultere et foible lui - même ,
Place le vice dans les Cieux ;
Alors la Vertu devient Fable.
Ce n'est qu'en se rendant coupable
Que l'Homme croit chérir ses Dieux
M
Pardonne-moi , divine Muse 2.
Le désordre de mes Chansons
Je sens que mon coeur se refuse
A dépeindre les trahisons .
Permets que d'un ton plus paisible
Je trace d'un crayon sensible ,
Des traits moins remplis de fureurs ,
Et que maniant l'Ironie ,
J'ôte à jamais de mon génie ,
L'impression de ces horreurs.
NOVEMBRE. 1734 234%
*
Il est peu de Femmes fidelles,
L'Amour y perdront de ses droits,
C'est à l'inconstance des Belles ,
Qu'il doit le soutien de ses Loix.
Ne croyons point que Penelope
Conserve au Vainqueur du Cyclope
La conjugale chasteté ;
De l'assoupissement d'Homére
Je reconnois le caractere
Aux vingt ans, de fidelité.
Pour prix d'une unique tendresse
Philis m'a quitté sans effort ;
J'ai vu ma perfide Maîtresse
Changer au premier coup du sort.
En vain , quand le penchant l'emporte
La raison se croit la plus forte ,
Tout cede à des besoins pressants,
Philis amoureuse et brulaate
Ne pouvoit supporter l'attente
Du moindre intervale de temps.
Mais ne crois pas , volage Amante
Qu'ingenieux dans mon tourment ,
J'aille d'une voix menaçante
Te reprocher ton changement.
Non ,pour me vanger d'une ingrate
T
A iiij 39
2342 MERCURE DE FRANCE
Je fuis ce courroux qui la flate ;
Pour elle je me sens glacer ;
Ainsi libre d'un soin frivole ,
Je me ris de la vaine Idole
Que l'Amour m'a fait encenser,
'Ami , je dois à ta prudence
L'heureuse fin de mes soupirs ;
C'est toi , qui dans l'indifference
Me fais trouver de vrais plaisirs.
Ennemi des folles tendresses ,
Venus , en vain par mille adresses
Tu me rappelles dans tes fers ;
Je te fuis , perfide Pandore ,
Dont les caresses font éclore ,
Des maux inconnus aux Enfers.
Par M. Lépicier , Graveur ordinaire du Roy .
ᎣᎣᎣ
888888
LETTRE écrite d'Auxerre , à M. Maillart
, Avocat au Parlement de Paris , pour
soutenir la verité du fond de l'Histoire du
Chien de Montargis.
L
Ily a longtems,Monsieur , que je vous dois une réponse touchant un
article du Journal Litteraire de la Haye
* Tome XIX. Partie I. p. 259.
de
NOVEMBRE. 1734 2343
de l'an 1732.sur lequel vous m'avez cɔm.
muniqué vos doutes . Il est juste de vous
satisfaire après tant de délais . Cet article
regarde le R. P. Dom Bernard de Montfaucon
que le Journaliste veut nous avoir
donné dans ses Monumens de la Monarchie
Françoise une Fable pour une verité,
et d'avoir fait entrer dans un Livre de
cette conséquence,ce qui ne convient que
dans un Almanach.
Cette Fable prétendue est l'Histoire
du Chien de Montargis . Je l'appelle ainsi ,
parce qu'on le connoît plus communément
sous ce nom. Mais est- ce une Fable
que ce qu'on débite de ce Chien ? et peuton
soutenir sans craindre de se tromper
que c'en soit une ? C'est ce que je ne sçaurois
me persuader. Un Chien qui reste
un tems considérable sur le lieu où son
Maître a été mis en terre par celui qui
l'a tué un Chien qui reconnoît ensuite
l'auteur du meurtre ; fait- il une chose
qui soit incroyable ? Est- il impossible
qu'un animal de cette espece, étant, pour
ainsi - dire, pénetré des corpuscules émanez
du meurtrier et de ceux du corps mort ,
soit incapable de se jetter sur ce meurtrier
dès qu'il le voit ? Ou faut- il crore qu'on
lui prête tout cela ? La matiere est importante,
comme vous le voyez : il s'agit
A v
de
2344 MERCURE DE FRANCE
de me rendre l'Avocat d'un Chien . Per
sonne ne doute que ce Chien ne soit un
héros dans sa race s'il a fait ce qu'on lui
attribue . Mais la question est de sçavoir
s'il a pû le faire et s'il l'a fait réellement ?
J'ai parlé depuis un certain tems de cette
Histoire à bien des gens difficiles à persuader
, qui tous m'ont dit qu'on a vû
en ces derniers tems dans les Animaux
de cette espece des choses aussi prodigieuses.
Nous ne sommes pas dans un siécle
où l'on donne communément dans la
fable sur le chapitre des Animaux , et où
l'on se laisse fasciner les yeux lorsqu'il
est question de les voir agir. Le trait rapporté
par le P. deMontfaucon ne pourroit
donc être traité de fable que parce qu'il
seroit denué de garants , et qu'aucun
personnage grave n'y auroit ajouté foi. Ik
est vrai que nous n'avons point d'Ecrivain
du siécle même de l'Evenement qui
en ait fait mention . Mais il est ordinaire
que les Histoires les plus singulieres ne
sont pas celles qui sont écrites le plutôt.
On suppose qu'elles ont tellement frappé
, qu'on ne les oubliera jamais , et qu'il
est inuti de les écrire . C'est beaucoup
que malgré cette négligence on ait retenu
les noms des deux Chevaliers qui
font le sujet de l'Histoire
>
NOVEMBRE. 1734 2345
Le premier Ecrivain que je connois
parmi ceux qui nous les ont transmis , est
Olivier de la Marche qui , né en Franche-
Comté , avoit été amené à la Cour de
Philippe le Bon , Duc de Bourgogne dès
Fan 1437. ainsi qu'il le dit lui- même au
I. volume de ses Memoires , chapitre 4.
et qui fut l'un des Officiers de ce Prince .
Il rapporte dans son Traité des Duels ( a )
'Histoire en question , comme tirée par
lui - même des anciennes Chroniques. Il
pouvoit avoir écrit ce Traité vers l'an
1450. Mais il ne nomme point le Roy
Sous lequel l'Histoire étoit arrivée , et
peut-être qu'alors on ne s'en souvenoit
plus . C'est pour cela que j'ai de la peine
à croire que ce soit sous Charles V. Il n'y
a pas d'apparence qu'Olivier de la Marche
qui se piquoit d'écrire exactement ,
eut donné le nom d'ancienne Chronique à
un Manuscrit fait soixante ans auparavant.
Il y avoit lû , que le Chevalier tué
s'appelloit AUBRY DE MONTDIDIER , et
que le meurtrier s'appelloit le Chevalier
MACHAIRE que l'assassinat avoit été
commis dans la Forêt de Bondis proche
Paris , et que le lieu où l'on avoit voule
faire l'essai du Chien sur le meurtrier
fut l'Isle de Nôtre - Dame au-dessus de la
( a ) Edition de Paris , 1586. p. 6.
A vi
Cite
2346 MERCURE DE FRANCE
Cité de Paris. Mais cet Evenement étoit
passé dans tant de bouches, et avoit été si
souvent raconté , qu'à la suite du tems il
s'y étoit mêlé des choses contraires à la
verité. On vit naître des differences sur
le lieu du combat du Chien et sur la maniere
dont avoit été posté le champion.
Le fait fut representé en Peinture au
Château de Montargis où quelques-uns
de nos Rois se sont retirez : et le Peintre,
au lieu de représenter le meurtrier des
deux manieres dont on rapportoit la chose
, s'est contenté de lui donner l'attitude
des anciens Athletes du Paganisme
lorsqu'ils se battoient contre les bêtes..
Mais ces diversitez ne détruisent assurément
point le fond de l'Histoire , non
plus que ce qu'il a plû au Peintre de représenter
concernant les habits des Spectateurs
et les Edifices voisins.
Il semble , au reste , que l'Auteur Critique
du Journal Litteraire se contredise
lui-même tantôt il regarde le fait comme
fabuleux ; et tantôt il se contente de
dire que c'est la représentation qui lui
en paroît être de pure fantaisie ; et en admettant
le fait , il veut seulement qu'on
avoie que la Peinture est faite dans un
tems fort posterieur à l'Evenement. Mais
Monsieur , n'y auroit- il pas moyen de
conNOVEMBRE.
1734 2347
concilier tout cela ? En disant 1 °. Qu'en
effet l'Histoire est plus ancienne que
Charles V. et que c'est seulement sous
son Regne qu'elle a été peinte à fresque
pour la premiere fois , étant auparavant
représentée sur quelques Vignettes de
Livres que nous n'avons plus. 2 Qu'il
y auroit eu deux combats du Chien contre
le meurtrier. Que dans le premier
spectacle donné dans l'Isle au- dessus de
Paris qui étoit alors inhabitée , le Chevalier
Machaire auroit été enfoüi dans terre
à moitié corps , et qu'ayant été facilement
atteint , mordu et presque étranglé par
le Chien , parce qu'il ne pouvoit pas se
servir si adroitement de son bâton , il
auroit demandé à se battre une seconde
fois en plus grande liberté. Ce qui lui auroit
été accordé : et c'est ce second combat
donné apparemment ailleurs que dans
l'Isle de Nôtre Dame,qui auroit été représenté
à Montargis par un Peintre qui
croyoit que les Dames avoient été habillées
de tout tems comme il les voyoit
alors. Que sçavons- nous si ce combat
n'auroit point été donné à Montargis
même ou à Melun , ou en quelque autre
lieu de plaisance de nos Rois : et si ce ne
fut point cent ou cent- cinquante ans
avant le Regne de Charles V. par exem
ple
348 MERCURE DE FRANCE
ple sous Philippe Auguste ? Ce Prince ,
pour le dire en passant , pour être
payé des Droits de Relief des Comtez de
Nevers et d'Auxerre , retint Montargis ,
qui lui fut délaissé par Pierre de Courtenay
II , Mari d'Agnès , Comtesse de
Nevers et d'Auxerre. La Charte , qui en
fait foi , est datée de l'an 1184. au fol.
81. du Regître du Roy Philippe Auguste
, dontil y a deux Exemplaires dans
La Bibliothèque du Roy.
>
Ceux qui croyent que Fontainebleau
tire son nom d'un Chien appellé Bliand,
se persuaderont aisément que ce pourroit
être d'un Chien de la réputation dont a
été celui - ci. Mais sans vouloir deviner
dans une chose si obscure et si cachée
je me contenterai , pour appuyer la réalité
du fait , de rapporter le témoignage d'un
Personnage qui certainement ne passoit
point pour crédule , et qui ne donnoit
pas dans la fable , c'est Jules Scaliger
mort en 1558. ce célébre Ecrivain , le
rapporte ainsi . Exercitatione 202. num. 6.
Edition de 1557. fol. 272.
Est et altera Historia Gallia peculiaris:
Offensus amici sive potentia sive perfidia
quidam Regis aulicus , eum ex insidiis ob
wuncat atque in avio agro sepelit . Venatipus
canis ibi tum comes hero fuerat. Is amon
NOVEMBRE. 1734 2349
>
re victus din sedit in tumulo. Postea quàm
fames pietatem superavit , atque in aulam
sine Domino reversus est , rati illius contubernales
bestiam temerè vagari , ei cibum:
dari jubent. Satur ille ad tumulum redit ;
et redit toties , ut primùm suspicio invaderet
animos incerta quædam et fluctuans mox
etiam certi esse sibi viderentur heri id fieri
desiderio. Abeuntem prosecuti , deprehenso
telluris tumore effossum cadaver, atque agnitum
afficiunt sepultura. Canis, exequiis peractis
, socius fit eorum quibus fuerat dux adi
investigandum. Tandem aliquando in aulam
ubi homicida rediisset , eum canis conspicatus
, magnis illicò editis latratibus agrè:
ab impetu cohibetur Quo tanquam indice
aucta suspicio in multorum animis certa fides
evasit. Cæterum bestia perseverantia in:
illius odio atque prosecutione etiam regem:
movit , ut juberet hominem causam dicere..
Ille negare factum , persistere infitiatione..
Canis ejus orationem latratibus atque assul
tibus obturbare ut eam interpellationem pro
facinoris exprobratione quoiquot aderant
interpretarentur. Edres deducta est , utjussu
Regis , homicida cum Provocatore singulari
certamine decertaret. Picta est canis historia
in coenaculo quodam Regio. Pictura vetustate
dilutior atque obscuriorfacta , Regum man
dato semel atque iteruminstaurata estz Digni
рказий
2350 MERCURE DE FRANCE
prorsus Gallica magnanimitate , qua arefisili
assequatur perennitatem.
Le fait étant donc avoué en general
par un Critique du premier rang , il ne
pourroit être récusable que du côté de
quelques- unes de ses circonstances. J'ai
tâché de concilier ci - dessus la varieté des
traditions touchant la maniere et le lieu
du combat. Il n'est question que de sçavoir
pourquoi on avoit cru que c'étoit
sous Charles V. seulement , que l'Histoire
étoit arrivée . J'ai déja dit que la
maniere dont Olivier de la Marche en
parle , insinuë qu'elle est plus ancienne.
Le témoignage de Scaliger me confirme
dans cette pensée , puisque dès son tems
la Peinture avoit été renouvellée déja
plusieurs fois. Comme Charles V. fut un
Prince très-curieux qui aima fort Montargis
, qu'il est sûr qu'il y fit rebâtir le
Château , qu'il y fit bâtir une Sale trèsconsidérable
, ( a ) et qu'il y fit quelques
fois un séjour de plusieurs mois , ( b ) il
( a ) Vie de Charles V. par Christine de Pisan,
fille de son Medecin , Partie 3. chap. XI. Moult
fit redifier notablement de nouvel le Chastel de
Saint Germain en Laye Creel , Montargis où fit
faire moult noble sale , le Chastel de Meleun et
maints autres notables édifices.
( b ) On connoît plusieurs achats faits par ce
Roy étant à Montargis ou aux environs les 9. 10.
est
NOVEMBRE. 1734: 2357
est fort probable que ce fut sous son
Regne que le fait fut représenté dans ce
Château pour la premiere fois , ou au
moins que la Peinture en fut retracée.
Mais puisqu'il y a une seconde tradi.
tion insinuée dans Sauval ,
(c ) par laquelle
on prétend que prétend que la grande Sale
telle qu'elle est aujourd'hui , a été bâtie
par Charles VIII. Il peut se faire que ce
dernier Prince , ait fait réformer les che
minées qu'on y voit , et qu'alors la Peinture
ait été refaite à neuf sur le manteau
de la plus grande qui est à l'un des bouts
de la Sale du côté du midi , où je l'ai
vû en 1726. Mais certainement c'est
Charles V. qui a fait construire ce qu'il
ya de plus notable en ce Château. Ily
a même sujet de croire que ce qu'on attribue
à Charles VIII . touchant la Sale ;
11. 12. 27. Fevrier et 22. Mars 1379. Chartes
du Roy , Layette Montargis. Blanchard en sa
Compilation d'Ordonnances nous apprend que la
fondation de la Sainte Chapelle de Vincennes est
datée de Montargis en Novembre 1379. Item
une Déclaration contre les Juifs du 20 Novembre ,
une autre au sujet des Aydes et Gabelles &c. 21
Novembre , et un Edit sur les Aydes du 26 Nov.
De plus les Lettres Patentes pour les Chartreux de
Ligueil , du 26. Nov. Tout cela est de 1379.
Montargis.
(c ) Hist, et Antiq. de Paris Edit. de 17240
pag 578.
ne
2332 MERCURE DE FRANCE
ne soit pas plus veritable que ce que ceux
de Montargis disent aujourd'hui touchant
la Cloche de l'Horloge de ce Château
, sur laquelle ils ont cru lire le nom
de ce Prince , pendant que c'est celui de
Charles V. qui y est dans ces especes de
rimes , que Morin , Historien du Gati
nois , y a lûës en ces termes :
Charles le Quint Roy de France pour Montar
gis ,
Ains pour remembrande pour advis
Faire me fit par Jehan Jouvente ,
L'An Mil CCC. cinquante et trente.
Il est facile de se méprendre dans
FEcriture Gothique et de lire huit où it
a quint , principalement sur une Cloche
où les caractéres ne sont pas ordinalrement
bien formez. Mais Pannée et le
nom du Fondeur levent toute difficulté ,
parce que le nom du même Jehan Jouvente
, se trouve sur la Cloche du Palais
à Paris , fondue Pan 1371.
Il résulte de tout cela que c'est Charles
V. dont le nom a dû être plus célebre
à Montargis, que celui d'aucun autre de
nos Rois , et que c'est pour cela qu'on a
cru que c'étoit de son tems qu'étoit arrivée
l'Histoire représensée , ou renouvelléc
NOVEMBRE . 1734 2353
Tée par son ordre. Mais on ne pourra
jamais sçavoir veritablement sous quel
Regne elle arriva , qu'on n'ait découvert
dans quelques Chartes le nom d'un
Alberic ou Aubry de Montdidier de monte
desiderii, et celui d'unChevalier Machai ,
re dans des monumens du même tems.
Ces sortes de noms n'étoient pas rares
au XIII. et XIV. siécles ainsi qu'on
peut s'en convaincre à l'ouverture des
anciens titres. ( a )
›
Je ne me suis point arrêté à faire remarquer
que Belleforêt parle fort au
long de cette Histoire en deux endroits,
de son Livre des Histoires prodigieuses ;
que Claude Expilly , Président au Parlement
de Grenoble la rapporte en son
plaidoyer sur l'Edit des Duels de 1609 .
Edition de 1612. page 343. et Guillaume
Ribier dans ses Memoires imprimez
en 1666. pag. 31. Tous avoient puisé
dans la même source , ou bien ils se sont
contentez d'écrire la tradition populaire .
Mais Olivier de la Marche cite une ancienneChronique
qu'il avoit sous les yeux,
laquelle est peut- être perdue aujourd'hui,
ou qui ne se retrouvera que par les re-
"( a ) J'ai trouvé un Machaire de Sainte Menehould
, Chevalier François , vivant en 1204. T
I. Thes. Anecdot. pag. 784.
cher2354
MERCURE DE FRANCE
cherches que l'on fera dans les Manuscrits
qui ont été peu visitez jusqu'à présent.
Je souhaite que cela arrive pour
confondre les adversaires du P. de Montfaucon
et confirmer ma pensée. Mais je
ne croi pas que Ribier soit d'une autorité
suffisante pour attribuer l'Histoire au
Regne de Charles V. Premierement parce
que c'est un Ecrivain trop récent. Secondement
, parce que , transcrivant Olivier
de la Marche, il s'est donné la liberté
d'ajouter à son texte le nom de ce
Roy , et qu'au lieu de debuter comme
lui par ces mots : et trouverez ès anciennes
Chroniques , il met et trouverez en
quelques Chroniques , ce qui fait croire
à ceux qui n'ont pas cet Olivier , qu'il
s'est servi du terme vague de quelques ,
et non pas de l'épithete d'anciennes.
Je ne vous ai point ron plus renvoyé ,
Monsieur , à ce qu'on lit dans Pline
Liv. 8. chap. 40. dans Aldrovandus
dans Juste Lipse , Epist. 44. Cent. I. ad
Belgas dans les Essais de Montagne
Liv. 2. chap. 12. Edit. de Paris 1636.
Vous sçavez qu'il y a des Personnes qui
doutent des Histoires des derniers siècles,
lorsqu'elles ressemblent à d'autres des
siécles reculez , croyant que les unes ont
pû servir de moule pour fondre les autres.
Je suis &c.
RENOVEMBRE.
1734 2355
REMERCIEMENT
A M. Travenol , au sujet de son Bouquets
CHer ami tu prends trop de peine ,
A me célebrer en ce jour ;
Pour de plus hauts sujets puise dans Phy
crêne ;
Mais après tout le Pinde est-ton séjour ;
Et quelque chose que tu chantes
Apollon t'obéït et son secours t'est hocg
Et les Muses , ses neuf Infantes
Te regardent comme leur Cocq.
Ta description du Parnasse
Est parfaite en son moindre mot ;
Et j'ai cru voir le caffé de Gradot
En lisant ce Portrait peint avec tant de grace
Ta modestie est fort peu de saison ,
Ton esprit méthodique et ta saine raison
Dont la justesse est avérée ,
Démentent trop l'opinion
7
Que tu voudrois m'en avoir inspirée ;
Sans doute que voulant égayer tes discours ;
Tu m'as exprès décriton penible voyage ;
La fiction m'en plaît , mais je dirai toujours ,
Que, qui des Dieux ainsi sçait parler le langage;
Est
2358 MERCURE DE FRANCE
Est digne de leur amitié.
Et que , lorsque montant sur la céleste voûte ,
Tu voudras que Phoebus t'écoute ,
Jamais de son cheval tu n'auras coup de pié.
J'ai cru voir Phaëton sur le Char de son Pere
A l'aspect du Tableau que tu m'as fait de toi ,
pauvre Diable , hélas ! donna du nez en terre,
Et tomba dans le Pô ; mais à ce que je voi
Tu n'as pas fait la même culebutte ,
Et lorsque comme toi l'on enfante des Vers ,
On n'a pas l'air d'avoir fait une châte
Ni de chevaucher de travers.
Sur le dos de Pegaze où tu te tiens en Maître ,
Peux -tu le croire échapé de tes mains ?
Tout ce que tu me dis , ce sont Contes badine,
Il me souvient d'un certain Raître
Qui monté sur son bouriquet
Le cherchoit à grands cris , et n'y croyoit plus
êực ,
Tu lui ressemblois fort , quand tu fis mon bouquete
M. C.
LET
NOVEMBRE. 1734 2357
LETTRE à M. le Marquis de Bauf
fremont , Mestre de Camp du Régiment ,
de Dragons de son nom à l'Armée
d'Allemagne.
MONSIE ONSIEUR ,
J'ai lû avec un extrême plaisir la Let
tre qui vous a été écrite par l'Auteur de
la Tragédie d'Enée et Didon . Cette Piece
mérite les éloges qu'elle a reçûs et
fait honneur à notre siecle , où le goûc
est plus exact et plus délicat qu'il n'a
jamais été. Je me fais un sensible plaisir
de revoir cette Piece avec vous , et je le
souhaite avec bien de l'empressement.
Vous verrez Didon et je ne serai plus au
moins pour quelques mois dans l'inquié
tude où je suis car je vous avoue que
quoique la Philosophie ne m'empêche
de m'interesser à votre gloire , je
voudrois cegendant n'avoir rien à crain
dre pour vous , je voudrois vous couvrir
de l'Egide , ou vous avoir trempé
dans les eaux du Styx , je n'aurois pas
oublié le talon. En un mot je sens que
pas
558 MERCURE DE FRANCE
ce ne sont pas les Meres seules qui dé
testent la guerre.
Bella matribus detestata . Hor. Od . x.
pour titre
Enée et Didon a été suivi d'une petite
Piece qu'on a aussi extrémement applaudie
, et puisque nous sommes vous et
moi , Monsieur , dans l'usage de nous
avoüer mutuellement nos foiblesses , je
vous dirai que cette Piece a pensé déconcerter
ma Philosophie. Elle a
la Pupile. Une jeune personne qu'on retire
du Convent pour la marier
préfere
par gout un homme âgé à un jeune
homme ; le Printemps n'est pas pour elle
la belle saison , elle aime mieux l'Automne.
Il y a à la fin de la Piece un Divertissement
et.des Chansons dont le
refrain est :
L'Amour est de tout âge.
Je vous avoüe , Monsieur , que toutes
les fois que l'aimable Pupile parloit à
l'homme prude pour lui faire entendre
les sentimens de son coeur , je croyois
que c'étoit à moi qu'elle parloit. Je revins
occupé de cette pensée , je me jetrai
dans mon fauteuil , je regardai mes Livres
en soupirant , le seul Ovide me parut
convenir à ma situation , je le pris ,
ct
NOVEMBRE: 1734 2359
et par bonheur je tombai sur ce Vers de
l'Elegie IX. du premier Livre.
Turpe senex miles , turpe senilis amor.
Il est indécent à un certain âge d'être
Soldat , il est indécent à un certain âge
d'avoir de l'amour.
Ce Vers fut pour moi un Mentor secourable
. Je le répetai mille fois en me
faisant tous les reproches ausquels j'allois
être exposé. Ce ne fut pas sans peine que
je me trouvai enfin rendu à moi- même ;
mais nous devons sacrifier nos goûts aux
usages de la societé où nous vivons . Me
voilà donc rendu à la Philosophie et à
mes Livres ; mais du moins qu'il me soit
permis de philosopher un moment avec
vous sur ce Vers d'Ovide :
Turpe senex miles , turpe senílis amor.
Pour quelle raison veut- on qu'il soit
honteux à un certain âge d'avoir de l'amour
, si notre coeur en ressent encore ?
Pourquoi nous est - il même deffendu d'en
parler comme de chose à quoi nous pouvons
prendre part , si nous avons encore
des désirs à vaincre ? Je ne suis pas satisfait
de la raison qu'Ovide donne de cette
indécence ; l'âge , dit- il , où il convient
B de
2360 MERCURE DE FRANCE
de faire l'amour , c'est celui où l'on est
propre à faire la guerre.
Que bello est habilis , Véneri quoque convenit atas.
Si c'étoit là le vrai motif de l'indécence
, bien des hommes qui ne sont plus
jeunes se croiroient exceptez de la regle,
parce que par les ménagemens qu'ils ont
gardez dans les premieres années de leur
jeunesse , il arrive souvent qu'ils ont besoin
de leur miroir pour avouer qu'ils
ne sont plus dans leur printemps : cependant
quoiqu'ils puissent dire , comme
ils ne peuvent se faire voir que par
les rayons de lumiere qu'une chair fanée
renvoye aux yeux de ceux qui les regardent
, si par malheur ils ont l'imprudence
de parler d'amour , ils n'excitent dans
les autres qu'un sentiment qui doit les
couvrir de confusion , on leur dit avec
Ovide :
Turpe senex miles , turpe senílis amor.
Les hommes ne jugent et même.ne peu
vent juger des objets que selon l'effet
que les impressions qu'ils en reçoivent
font sur eux. Le sentiment qui nous affecte
dépend de notre disposition intérieure
et de la cause extérieure qui meur
l'organe du sentiment. Ce sentiment est
comme
NOVEMBRE . 1754: 236#
comme le son d'un Instrument de Ma
sique , il dépend de l'état où se trouve
la corde et de la main qui la touche.
Les rayons de lumiere qui partent d'un
objet blanc , sont differens de ceux qui
nous sont renvoyez par un objet qui est
autrement coloré ; ainsi la sensation que
l'objet blanc produit en nous ne doit pas
être la même que celle qui nous est causée
par les objets qui ont un autre arrangement
de parties ; les unes de ces impressions
nous affectent plus agréablement
que les autres , selon notre disposition
interieure , selon qu'elles nous conviennent
, selon qu'elles sont à notre
unisson , et nous donnons ensuite aux
objets dont nous recevons les impressions,
des noms conformes , non à ce qu'ils sont
en eux - mêmes , mais aux affections qu'ils
excitent en nous. Ce qui nous affecte
agréablement , nous l'appellons agréable:
Ce qui n'excite pas en nous des émotions
douces , ce qui n'est pas à un certain
unisson , nous blesse , nous choque ; les
esprits animaux qui sont à l'extrémité
des organes de nos sens sont renvoyez
de façon que nous sommes affectez dé
sagréablement , alors nous disons que les
objets sont désagréables , qu'ils ne sont
pas convenables , qu'ils sont indécens
Bij qu'ils
4
2 MERCURE DE FRANCE
qu'ils ont enfin de mauvaises qualitez ,
et cela uniquement parce qu'ils n'excitent
pas en nous des sensations agréables, c'est.
leur faute ; car après tout nous ne pou- .
vons juger que selon ce que nous sentons-
Des fleurs fraiches et des Aeurs fanées
ne sont traitées differemment que parce
qu'elles font des impressions differentes ;
le musc n'est qu'un sang corrompu , ceux
qui en aiment l'odeur lui font un trai
tement honorable , tandis qu'ils rejettent
avec dégoût les autres objets de même
espece : encore un coup le traitement que
nous faisons aux objets se regle sur l'impression
qu'ils font sur nous.
Les impressions que nous recevons
d'un jeune visage sont , pour ainsi - dire
à l'unisson de certains sentimens intérieurs
dont ils réveillent en nous l'idée s
ainsi nous trouvons de la convenance
entre ces visages- là et ces sentimens ; mais
une personne qui se présente à nous avec
une face ridée , ne renvoye pas les rayons
de lumiere de façon à exciter les sentimens
dont je parle ; ainsi n'ayant pas
un visage qui soit à l'unisson de ces
sentimens , elle ne nous les excite pas ,
nous croyons qu'elle ne doit pas les avoir;
et si elle parle comme les ayant , nous
sommes blessez de la dissonnance que
nous
NOVEMBRE 1734 230
魇
nous trouvons entre ses discours et les
sentimens que nous disons qu'elle doit
avoir; cela est si vrai qua si nous voyions
tous dans la nuit , ce ne seroit plus par
les yeux que nous jugerions de cette sor-
: te de convenance .
Ainsi, quand on est parvenu à un cer
tain âge , on peut bien maintenir par le
mérite personnel des liaisons commencées
dans une saison plus favorable ; mais
con ne doit pas se flater que les seules
qualitez du coeur et de l'esprit puissent
en former de nouvelles , ni qu'elles excitent
d'autres sentimens que l'estime . Nos
sentimens interieurs ont chacun une cause
exterieure destinée à les exciter . Les
bonnes qualitez de l'esprit et du coeur
ne gâtent rien en amour , mais ce n'est
pas là la cause propre destinée à en exciter
le sentiment. Tout y sert , dit Montagne
, mais je puis dire avoir vu souvent
que nous avons excusé dans les femmes la
foiblesse de leur esprit en faveur de leurs
beautez corporelles ; mais je n'ai point encore
vu qu'en faveur de la beauté de l'esprit
, tant rassis et mûr soit-il , elles veuillent
prêter la main à un corps qui tombe tanı
soit peu en décadence. Montagne n'avoit
point vû la Pupille ; mais cet exemple ne
doit point tirer à conséquence.
B iij De
2364 MERCURE DE FRANCE
De la Comédie passons un moment à
'Opera. On joue Acis et Galatée. Je suis
Toujours enchanté de la Musique de Lully.
Je la trouve faite pour les oreilles
des honnêtes gens , il y a une noblesse
et une facilité qui me charme , elle est
à l'unisson de mes sentimens , je n'aime
point une Musique qui me fatigue et qui
me fait aller par sauts et par bonds , où
je sens un travail dont je souffre et où
je trouve je ne sçai quoi de discordant
entre les sons et les organes de mes sentimens
intérieurs. Je crois que c'est de
ce rapport entre les sons et les organes
du sentiment que vient la difference des
goûts dans la Musique ; le caractere et le
goût different des Nations ne vient aussi
de cette difference dans les organes.
Quel dommage que les paroles de cet
Opera ne répondent point à la noblesse
et à l'harmonie de la Musique ! Quelle
difference de Quinaut à Campistron ! Permettez-
moi à ce sujet une refléxion , c'est
qu'il y a deux Langues differentes dans
la même Societé. Il y a le langage des
esprits nobles , élevez , délicats , et le langage
du Peuple et des ames communes.
que
Le même fond de pensée se peut rendre
également en l'une et en l'autre de
ces Langues ; mais quand on est accoutumé
NOVEMBRE. 1734 2365
fumé à la Langué des personnes qui pen-"
sent avec noblesse , on est blessé de trouver
une pensée énoncée dans la Langue
commune ; les personnes qui ont une
certaine élevation et une certaine finesse
dans l'esprit , se servent de termes propres
qui écartent les idées étrangeres et
qui ne réveillent que celles qu'elles veulent
exciter ; elles disent ce qu'il faut et
ne disent que ce qu'il faut , enfin elles
ont un langage et des expressions qui répondent
à leur maniere de penser. Qu'un
homme du Peuple dise à sa Maîtresse
qu'il la demandera en mariage à son père ,
qu'il en fera la demande , je trouve qu'il
parle bien , telle est sa Langue ; mais je
n'aime pas que Polypheme se serve de ce
terme de demande pour dire à Galatée qu'il
obtiendra le consentement de son pere.
Ma demande sera suivie , &c.
Le fond de pensée et sur tout l'expres
sion ne me paroissent pas être du langage
des Dieux .
Qu'un Ecolier dise à son Camarade allons
nous divertir, il parle son langage ;
mais je n'aime point qu'Apollon nous
dise et nous dise deux fois qu'il ne sçauroit
mieux faire que de divertir le plus
grand des Héros. D'ailleurs est - il bien
B iiij conve366
MERCURE DE FRANCE
Convenable que le Dieu s'occupe à di
vertir le Héros !
D'ailleurs combien
d'expressions prosaïques
et peu convenables à la Poësie.
A mon visage , à ma suite ordinaire &c.
Que vous peut importer a
Combien de mots dont les rapports
ne sont pas justes.
Et la rigueur de l'inhumaine
Change en Hyvers tous mes jours les plus beaux.
L'opposition entre les hyvers et les beaux
jours n'est pas bien juste. Quinaut oppose
l'Hyver au Printemps. Le Printemps,.
dit- il , écarte les jeux et les amours , et c'est
Hyver qui les rassemble. Revenons à
Campistron .
Qu'au bruit de nos Chansons la plus fiere Beauté
Ne puisse un seul moment garder sa liberté.
Ce n'est pas le bruit des Chansons qui
fait perdre la liberté , le bruit étourdit ,
c'est je ne sçai quoi de plus doux que
du bruit.
Je craignois pour vos jours sa fureur vengeresse.
Il veut dire sa jalouse fureur ; car il ne
s'agit là que de la jalousie de Polypheme
et nullement de sa vengeance. Polypheme
་
NOVEMBRE 1734 2367
me ne sçavoit point encore qu'il eût un
Rival.
Mais je vois le Cyclope , il prévient mon attente.
Attente n'est pas le mot convenable
en cet endroit- là , ce n'étoit pas le Cyclope
que Galatée attendoit.
Pour hâter mon bonheur je vais tout entreprendre
Votrepere connoît ma force et mon pouvoir ,
Et sçait trop ce qu'on doit attendre
D'un Amant tel que moi réduit au désespoir
Attendre n'est pas non plus le mot
qui convient à desespoirs craindre auroit
été plus juste ; mais d'ailleurs cette menace
est déplacée dans la bouche d'un,
Amant qui dit à sa Maîtresse qu'il va
demander l'agrément du pere.
1
L'imprécation que Polypheme fait
contre Jupiter n'est pas non plus à sa
place. Acis et Galatée s'enfuyent ; donc
Jupiter s'interesse pour eux et Polypheme
entassera Montage sur Montagne
pour aller faire trembler l'Olympe ; cela
n'est pas fondé.
Je ne finirois point si je vous disois
toutes les observationss que j'ai faites sur
set Opera, je ne vous en dirai plus qu'una
seule qui justifie bien une Remarque de
PAuteur des Considerations sur les causes
B de
2368 MERCURE DE FRANCE
de la grandeur des Romains ot de leur décadence.
Il y a , dit- il , de certaines ac-
>> tions qui ne paroissent pas de consé-
» quence dans un tems et qui le sont dans
» un autre. Les premiers Empereurs Romains
ont fait mourir des Citoyens sur
» des titres d'accusation qui nous parois-
> sent aujourd'hui ridicules . Domitien fit
» condamner à mort une femme pour,
» s'être déshabillée devant son image
» c'est, dit- il , que ces actions réveilloient
» dans l'esprit des Romains par raport à
>> leur gouvernement , des idées qu'elles
>> ne nous donnent pas aujourd'hui.
Ainsi dans les premiers tems du Christianisme,
lorsqu'il s'agissoit de détruire le
culte des Idoles , on n'auroit pas souffert
dans des Assemblées de Chrétiens on
que
se fut amusé à faire des Sacrifices à Junon
ni qu'on cût chanté :
Apollon flatte nos voeux
D'un succès heureux.
Nous connoissons sa puissance™
Il remplira notre espérance.
Mais aujourd'hui ce ne sont là
que des
amusemens qui ne tirent point à conséquence.
A propos de ce Livre des Considérations
sur les causes dela grandeur des Romains et
de
NOVEMBRE. 1734 2369,
de leur décadence , je ne doute pas que ,
vous n'ayez la curiosité de le lire et je
vous y exhorte. Vous y trouverez de
grandes vues de politique , et une grande
connoissance du coeur humain , vous aimez
à penser grandement , vous aurez
là dequoi vous satisfaire , on est heureux
de lire de bonne heure les Livres qui éle
vent l'Ame , qui nous donnent des vûës
de gouvernement, de droit Public, et qui
nous aident à connoître les hommes. La
Comédie et l'Opera ne doivent que nous
délasser , gardons- nous bien d'en être
occupez. Que notre ame n'en soit point
amolie , songens que nous sommes hommes
, que nous sommes citoyens , que
nous avons une famille et une Patrie et
que nous nous devons à l'une et à l'autre.
Mais comment remplir ces differents devoirs
, si les amusemens ne nous laissent
pas même le tems de nous en instruire
et de nous en occuper ? Je suis ravi ,
Monsieur , que vous n'ayez pas besoin de
leçon sur ce point , le gout de la lecture
est une grande ressource dans toutes les
- situations de la vie .
"'*
Au reste je ne sçai si les Romains ont
eu toutes les vues que l'Auteur des Considérations
leur prête . Il pourroit bien se
faire que nous leur donnassions des vuës
B vj
2370 MERCURE DE FRANCE
et des projets qu'ils n'ont point eûs , et
que les Evenemens ayent amené leur
grandeur comme ils ont amené leur décodence.
Vous connoissez les sentimens avec
lesquels j'ai l'honneur d'être &c. D. M.
LE CHAT ET LE SERIN ,
S Ans
FABLE.
cage
Ans cesse autour d'une
Rodoit un Chat avide de butin
Dans la cage étoit un serin
Qui charmoit tout le voisinage ,
Par la douceur de son ramage.
Le Chat, comme vous jugez bien,,
De ses desseins , ne laissoit rien
A soupçonner , et la maligne bête
Plus elle avoit de noirceur dans la tête ,
Et plus elle montroit d'innocence en ses jeux ;
Le maître et le serin y furent pris tous deux.
Fai la perle des Chats; disoit notre bon homme ;
Je ne crois pas que de Paris à Rome
On en trouve un plus doux et plus accort ;
A s'y tromper, il fait le mort,
Saure pour le Roy, pour la Reine,
Et
NOVEMBRE. 1734. 2378
Et s'enfuit quand il faut sauter pour l'Empereur,.
Comme si l'on crioit ; Robin à l'écorcheur ,
Fait le boiteux d'une jambe qu'il traîne ,
Ajurer en effet qu'il n'en a plus que trois.
Ce n'est pas toutjavec ces tours adroits ,
Il n'est point carnassier , mange ce qu'on lui
donne ,
Mais rien de plus. Il ne vole personne .
N'ayez pas peur qu'il soit tenté
De gruger mon Serin,il est en sureté ,
Mon Chat et lui vivent ensemble
In bons amis qu'un même toît rassemble ;
Mon Chat au travers des barreaux,
Reçoit un coup de bec et rend' un coup
pate ,
Qui blesse bien moins qu'il ne fatte .
Oh ! mon Chat aime les oiseaux.
Pendant ce beau discours notre homme ouvre la
Cage ,
.
Et tourne la tête un instant ;
Son Chat en quatre coups de dents
Croque l'oiseau qu'il aimoit tant
Ce Chat pourtant n'aimoit
point
k carnage
.
Peres, trop confiants
; cette Fable est pour vous ,
Tous les Amans sont chats ; redoutez
le plus
sage ;
Précipitez le mariage ,
Et fermez toujours les verroux
D. L. M.
372 MERCURE DE FRANCE
NOUVEL OUVRAGE de M. Titon
du Tillet. Lettre de M. R. L. D. sur
ce sujet , écrite à M *** le 6. Novem
bre 1734.
L vient , Monsieur , de paroître encore
un Ouvrage de M. Titon du Tillet
, qui me paroît digne de votre attention
, et dont je me fais un plaisir de
vous rendre compte avant même qu'il
soit répandu dans le Public. En voici les
Titre.
*
ESSAIS sur les Honneurs et sur les
Monuments accordez aux Illustres Sçavants
pendant la suite des siécles , où l'on
donne une legere idée de l'Origine et du
Progrès de toutes les Sciences et de tous
les Beaux Arts , 1. vol. in 12. d'environfoo
pag. par M. Titon du Tillet , Maître
d'Hôtel de feue Madame la Dauphine
Mere du Roy, et Commissaire Provincial
des Guerres.
Cet Ouvrage est divisé en quatre Discours
, outre la Préface , dans laquelle
P'Auteur fait connoître le Dessein qu'il
s'est proposé et donne des marques
éclatantes de son Amour et de son Żele
,
pour
NOVEMBRE. 1734. 2373
pour la Gloire des Grands Hommes dans
tous les differents Etats.
PREMIER DISCOURS. Des Honneurs rendus
aux Personnes qui ont fait fleurir les
Sciences et les Arts , parmi les plus anciens
Peuples de la Terre ; les Hebreux, les Assyriens
, les Egyptiens , les Pheniciens , &c.
Comme notre Auteur fait remonter sa
premiere Epoque jusqu'au tems d'Adam,,
il parle d'abord de cette maniere : Les
premiers Hommes qui ont donné naissance
aux Arts , furent les plus conside
rez et les plus respectez parmi le premier
Peuple de la terre , auquel ils avoient
appris à subvenir aux besoins etaux commoditez
de la vie , à connoître les pro
ductions et les merveilles de la nature
et à glorifier le Seigneur. Adam , ajoutetil
, depuis son peché fut obligé de cultiver
la terre ; Caïn s'appliqua aussi à
PAgriculture , et bâtit la premiere Ville
appellée Enochée du nom de son fils
Enoch. Jubal fils de Lamech fut pere de
ceux qui chantent et jouent de l'Orgue
et de la Harpe . Tulbacain son frere eut
l'Art de travailler avec le Marteau , et fut
habile en toutes sortes d'Ouvrages d'Airain
et de Fer. Nohema soeur de Jubal
et de Tulbacain , inventa l'Art de filer
d'ourdir pour fabriquer des Etoffes.
Les
2374 MERCURE DE FRANCE
Les Payens ont fait de Jubal , leur Apollon
, de Tulbacain , leur Vulcain
Nohema , leur Minerve.
de
Enoch fils de Seth et petit- fils d'Adam,
commença d'invoquer le nom du Seigneur
, ce qu'on doit entendre par un
culte extérieur et même par des Hymnes.
et par des Cantiques à la Gloire de Dieu ,
car on ne peut pas douter qu'Adam et
Seth n'ayent prié et invoqué le Seigneur
intérieurement et en particulieur , avant
Enos . Noë construisit l'Arche avant le
Deluge. On pourroit donc dire que Caïn
et Noë ont été les premiers Architectes,
et qu'ils ont donné naissance à la Géometrie
et aux Mechaniques , et que Noë
est aussi l'Inventeur de la Navigation .
Moyse a transmis à la Posterité les
noms fameux de ces premiers Hommes. ,
qui inventérent les Arts dont on vient
de faire mention . L'Auteur parle ensuite
des Hommes Célebres qui parurent après
le Deluge.
Nemrod , arriere - petit fils de Noë ,
homme ambitieux , se rendit recommandable
par son sçavoir dans l'Astronomie ,
Science en grande estime de son temps ,
par laquelle il imposa au Peuple , et qui
contribua beaucoup à le faire reconnoître
pour le premier Monarque de la Terre.
Ayant
NOVEMBRE. 1734. 2375
Ayant fondé l'Empire des Babyloniens
et des Assyriens , le plus ancien du
Monde , il fit élever la fameuse Tour de
Babel ; il bâtit Babylone et quelques autres
Villes. Après sa mort , les Peuples
sur lesquels il avoit étendu sa Domination
, lui érigerent des Statues et lui consacrérent
des Temples sous le nom de
Belus , et ils furent les premiers Auteurs
de la funeste Idolâtrie.
Ninus Empereur des Assyriens , et la
fameuse Semiramis son Epouse, qui regna
après lui , ont leur place dans ce premier
Discours. On y voit la Magnificence avec
laquelle Semiramis orna la Ville de Babylone
, et on remarque d'après Diodore)
de Sicile , que les superbes Remparts de
deux lieües et demi de circuit , dont elle
l'avoit entourée , étoient revêtus de briques
peintes avant que d'être cuites , qui
représentoient diverses sortes d'Animaux :
Le même Historien dit aussi , que cette
Princesse fit élever des Jardins sur les
Murailles ou Remparts de cette Ville ,
et qu'elle avoit fait bâtir des Aqueducs
pour y conduire des Faux.
Les Rois d'Egypte paroissent ensuite
, sur tout , ceux qui se sont rendus
célébres par leur Science et qui ont
donné de justes Loix et policé les Peuples
,
2376 MERCURE DE FRANCE
ples sur lesquels ils étendoient lenr Empire.
Osiris et Isis sa femme n'y sont pas
oubliez , non plus que Mercure Trismegiste
, qui furent si cheris de leurs sujets
et qui furent mis au nombre des Dieux.
On parle ensuite des Arts qui étoient
exercez chez les Egyptiens et de la magnificence
de ces Peuples , de la superbe
Ville de Memphis , de celle de Thebes à
cent portes , des Pyramides , du vaste et
magnifique Labyrinte de Maris et de
quelques autres grands Edifices , élevez
avant le tems de Moyse , qui font connoître
que l'Architecture , la Sculpture ,
et la Peinture , brilloient chez ces Peuples,
qui s'apliquoient aussi aux Sciences
de Méditation , telle que la Philosophie,
la Medecine et les Mathematiques.
,
,
On fait paroître encore dans ce Discours
divers Sçavants dont plusieurs
ont été placez sur le Trône par les Peuples
qu'ils avoient instruits des Sciences,
et des Arts qui leur étoient utiles . David
et Salomon y sont distinguez parmi tous
les autres. Zoroastre Roy des Bactriens ,
Janus Roy des Latins , Cecrops , Minos,
Phænix et Cadmus , y tiennent aussi des
premiers rangs Dedale et Memnon ,
ces Artistes si ingénieux y sont encore
placez. On voit les honneurs qui ont été
accorNOVEMBRE
1734 2377
accordez à ces Hommes Illustres . On les
élevoit sur le Trône , on frapoit des Medailles
en leur honneur , on leur élevoit
des Statues , on donnoit leurs noms à
des Provinces , à des Villes et à des
mois de l'année on les Deifioit quelquefois
, et on leur bâtissoit des Temples.
Je n'ai pû , Monsieur , éviter de
m'étendre un peu surle premier Discours,
pour vous faire voir le plan que l'Auteur
s'est fait en parlant de l'Origine des
Arts et des Sciences, dont il donne, d'une
maniere concise , une idée nette , et qui
peut contenter la curiosité des Lecteurs.
SECOND DISCOURS. Du Progrès
des Sciences et des Beaux Arts en Grece
et des Honneurs et des Monuments accor
dez aux Sçavants. Quoiqu'on vienne de
dire à l'avantage des Peuples plus anciens
que les Grecs , et qu'on ait fait connoître
qu'ils sont les premiers Inventeurs des
Sciences et des Arts ; cependant Ciceron ,
Horace , Quintilien , et la plus grande
partie des Sçavants Romains , reconnoissent
les Grecs pour les Peres des Sciences
et des Beaux Arts , sans doute parce qu'ils
les ont augmentez par de nouvelles découvertes
, qu'ils les ont encore perfectionnez
, qu'ils en ont donné les plus
justes regles , et qu'ils en ont laissé les
plus
2378 MERCURE DE FRANCE
plus excellents modéles. L'Auteur fait
connoître , en effet , que les Grecs ont
donné les premiers modéles de tous les
differents genres ou caractéres de Poësies,
et rapporte les noms de ceux qui les ont
traitez . Il parle aussi des plus anciens
Musiciens de la Grece , il fait paroître
les Sages , les Philosophes , les Orateurs :
il dit enfin après Ciceron , qu'Herodote
est le Pere de l'Histoire.
On voit dans ce Discours ceux qui parmi
les Grecs ont inventé ou perfectionné
quelque Science , ceux qui ont imaginé
quelque systême et qui ont trouvé quelque
instrument ou quelque machine
propre à le démontrer . On y parle du
progrès des Beaux Arts,de l'Architecture,
de la Peinture , de la Sculpture , et de
plusieurs beaux Ouvrages dans ce genre.
On vient ensuite aux honneurs et aux
Monuments qui ont été accordez aux
personnes qui ont excellé dans les Sciences
et dans les Beaux Arts. On fait connoître
qu'on les élevoir quelquefois aux
premieres Dignitez de l'Etat , qu'on leur
donnoit des présens et des pensions considérables
, qu'on leur accordoit des Brevets
pour être nourris dans les Hôtels de
Ville aux dépens du Public et pout
avoir place aux Spectacles et aux Assem
,
blées
NOVEMBRE . 1734 2379
blées generales dans le premier rang ;
que les Rois , les Héros , et tout ce qu'il
y avoit de plus grand en Grece
visitoient
les Sçavants , leur écrivoient des
Lettres obligeantes , et leur envoyoient
des Ambassadeurs pour les inviter à venir
à leur Cour : On gravoit les noms
des célebres Ecrivains sur le Marbre et
sur l'Airain , et on les inseroit dans des
Registres consacrez à l'immortalité .
Leurs Ouvrages , principalement ceux
des Poëtes , étoient gravez en beaux Caractéres
et en Lettres d'or , dans les Temples
et dans les Edifices publics . On les
lisoit aussi par des Decrets des Magistrats,
dans les Assemblées de ces Jeux publics ,
si vantez dans la Grece , pour faire honneur
à leur mémoire. On accordoit des
Privileges et des Prééminences aux Villes ,
et on les rebâtissoit pour honorer le Lieu
de leur naissance. Dans les Jeux publics
célebrez en l'honneur des Dieux et des
Héros , on couronnoit les Ecrivains Illustres
avec l'Olivier , le Laurier, l'Ache,
et differents autres feüillages , au milieu
des acclamations du Peuple. On les faisoit
ensuite entrer en Triomphe dans les
Villes. Les Rois , les Republiques , leur
donnoient aussi des Couronnes d'or : les
Pierres précieuses étoient employées à
gras
2380 MERCURE DE FRANCE
graver leurs Portraits. On trouve des
Medailles et des Medaillons de quelques
Sçavants de la Grece , et même des Monnoyes
où leurs Têtes sont gravées , lesquelles
avoient cours dans le Commerce.
Enfin la véneration qu'on avoit pour eux
étoit si grande , qu'on leur érigeoit des
Statues , des Pyramides , des Colonnes
des Tombeaux , et jusqu'à des Temples.
et
On donne dans ce même Discours des
exemples de tous les honneurs accordez
aux Sçavants . On y remarque aussi que
les Grecs les plus distinguez par la valeur
et par les grands Emplois , donnoient
non seulement des témoignages de leur
estime particuliere aux Sçavants , mais
qu'ils vouloient se signaler eux- mêmes
par leurs Ecrits. On raporte là- dessus les
noms de plusieurs personnes qui ont également
brillé du côté de l'Erudition
par leurs belles actions. Periclés , Alcibiade
, Epaminondas , Xenophon , Alexandre
Ptolomée , sont de ce nombre.
Dans le même Discours il est encore parlé
des Grands Architectes , des fameux
Peintres et des excellents Sculpteurs , des
honneurs et des récompenses qu'ils reçûgent.
On y fait la Description des Jeux
Gymniques ou publics, tels que les Olym
piques en l'honneur de Jupiter , les
IsthNOVEMBRE.
1734. 2385
·
Isthmeens en l'honneur de Neptune
les Pythiens en l'honneur d'Apollon
les Neméens en l'honneur d'Hercule & c.
On y fait enfin la Description du Mont
Parnasse , et de la Pleiade des Grecs , et
aussi celle de leur Bibliothéque , où l'on
fait connoître en quoi consistoit leur
Papier et leur Encre , et la maniere dont
ils s'en servoient , de même que la forme
de leurs volumes,
La suite pour
le Mercure prochain.
ののの
LETTRE de M. le Chevalier de..¿
à M. D. S.
J''AAii quatre-vingt six ans complets et revolus,
Vous en avez , m'a t'on dit , six de plus.
Bien loin d'être jaloux d'un si rare avantage ,
Comme votre Cadet , je viens vous rendre hom
mage.
Je le fais , Monsieur , d'autant plus
volontiers qu'il n'est bruit ici que des
jolis Vers que vous enfantés dans vo
tre retraite , en l'âge auquel la nature
est ordinairement sterile . Ils sont , ces
Vers charmans , l'admiration des Connois
seurs les plus renommez. Les Rousseaux
2382 MERCURE DE FRANCE
et les Voltaires , s'ils les avoient faits ne
les désa voüeroient
pas.
J'en ai lu quelques - uns et j'en suis enchanté.
Quel feu , quelle vivacité ,
Ne voit-on pas briller dans ces rares ouvrages
Mais n'avez vous pas pris , dites en vetité .
Quelque jeune Muse à vos gages ?
Ou si vorre Maître Apollon
Vous aprit le secret qui rajeunit Eson ?
Quoiqu'il en soit , rien n'égale l'heureux
talent que vous avés pour tous les
Genres de Poësies . Pour égayer ma vieillesse
je m'amuse assez souvent à faire des
Vers. Mais quand je veux chercher quel
que Analogie entre vos Chants divins et
mes timides Chansons , il me semble entendre
:
Argatos inter strepere Anser olores.
Cependant, si vous voulez , Monsieur,
que nous nous communiquions réciproquement
ce que nous inspirerent nos
vieilles Muses , je ferai céder sans peine.
l'amour propre au plaisir d'avoir de vos
ouvrages , pour me servir de modele , et
je ne ferai point de difficulté de vous
envoyer les rêveries de ma caduque et
tremblante Muse,
Ce
NOVEMBRE. 1734. 238.3
Ce commerce à compter nos ans ,
Ne sera pas un jeu d'Enfans .
Je suis Monsieur , &c.
A Paris le 10. Novembre 1734:
ttttttttu
EXTRAIT d'une Lettre écrite de Villeneuve
, lez Avignon , le 6. Octobre 1734
au sujet d'une nouvelle Chapelle & c.
C
Omme les Exemples de pieté, d'une
certaine dépense , sont assez rares ,
on ne doit pas les laisser dans l'oubli ,
afin de donner par là une sainte émulation
aux personnes qui sont en état d'en
faire. On trouve à deux lieües d'Avignon
un Village appellé Rochefort, bâti au pied
d'un Rocher , dont l'Eglise Paroissiale ,
qui est unique , se trouve sur une hauteur
si escarpée , que les avenuës en ont
toujours été impraticables aux vieillards,
que dans les rigueurs des Saisons , elles
le sont même aux personnes les plus robustes
; les vents qui sont très - forts et
très- fréquents ici , les pluyes d'Hyver qui
produisent du verglas , rendent ces che
mins très-dangereux ,et exposent bien des
personnes à ne pas entendre la Messe los
jours même d'obligation. Les Habitans.se
C. sont
2384 MERCURE DE FRANCE
sont plaints long-tems inutilement de la
difficulté qu'ils trouvoient à remplir leur
devoir de Paroissiens . Enfin le Seigneur
a exaucé leurs voeux , et on vient de leur
procurer un moyen facile pour pouvoir
entendre la Messe commodément tous
les jours de la semaine, quelque tems qu'il
fasse. M. Pierre Paligeai , riche Bourgeois
de ce Lieu, vient de faire bâtir au bas du
Village une Chapelle d'un très -bon gout
à l'honneur de la Sainte Famille. Comme
il s'agissoit d'un Monument destiné pour
la gloire de Dieu et pour la dévotion des
Fideles , il n'a rien épargné pour le ren
dre digne de celui à qui il devoit l'offrir.
Il a pris toute tendue que le terrain a
pû lui permettre , choisi la plus belle
pierre des environs , et les plus habiles
ouvriers y ont été employez ; la propreté
des ornements , la finesse de la Sculpture
et du boisage , une Cloche enfin d'une
grosseur raisonnable , tout répond parfaitement
à la beauté de l'Edifice . Je n'entrerai
dans aucun détail là- dessus il
suffira de dire que Dimanche dernier
troisième jour d'Octobre consacré à la
Fête de N. D. du Saint Rosaire , la Bénediction
en fut faite par l'Archevêque
d'Avignon avec beaucoup de solemnité ;
ce digne Prélat qui marque chaque jour
de
NOVEMBRE 1734 2385
de sa vie par quelque action de piete
envers la Religion ou envers les Pauvres,
pour témoigner au Fondateur combien
cette bonne oeuvre lui étoit ag table
woulut en faire la Cérémonie lui -même.
Un chemin de quatre lieues des plus impratiquables
aux carrosses ne le rebuta
point . Par le moyen d'une Chaise ce Prélat
arriva la veille à la Chapelle aux ac
clamations d'un Peuple infini . La Fête
commença le soir par des Feux de joye
et par un grand nombre de fusées , et la
Bénédiction solemnelle se fit le lendemain."
Elle finit sur les dix heures du matin
après laquelle M. Paligeai fit donner un
repas general à tous les Paroissiens pour
éviter la confusion ; il fit distribuer à tous
les Chefs de famille autant de portions
de viande , de pain et de vin qu'il y avoit
de Personnes dans chaque maison. Ily
eut ensuite un grand dîner pour tous les
Notables duLieu et un troisième magnifique
pour l'Archevêque et pour le Clergé
qui s'étoit rassemble des Paroisses voisines
; une partie de l'après midi se passa
à la Bénédiction de la Cloche , après la
quelle le Prélat jetta au Peuple par les
fenêtres toutes sortes de sucreries et des
pieces d'argent.
Le zele , au reste, de M. Paligeai ne
Cij bor2386
MERCURE DE FRANCE
borne pas à la simple construction d'une
Chapelle , il va établir un fond considérable
pour l'entretien d'un Prêtre qui y
célébrera journellement la Messe . Le Seigneur
ne lui ayant point donné d'Enfans,
il a cru ne pouvoir mieux disposer d'une
partie de son bien qu'en l'honneur de
Dieu et de la Sainte Famille , en érigeant
un Autel sous son invocation , pour satisfaire
à la dévotion de ces pauvres habitans
qui ne désesperent pas de voir un
jour transferer leur Paroisse dans ce nouvel
Edifice.
A Cantate suivante est de la composition
de M. de Nizors , Licutenant
dans le Regiment de Poitou , fils
de M. de Lagrange Chancel , connu par
ses Ouvrages Dramatiques.
L'AMANT GUERRIER,
CANTATE.
L'Aigle qui m'a donné le jour
S'éleve au-dessus du tonnerre ,
de la terre,
Et c'est en vain que ,
Le tâche comme lui de quitter le séjour ,
S'il
NOVEMBRE. 1714. 2387
S'il faut qu'aux perils de ma vie
Je suive les chemins qui me seront tracés ,
J'ai de la force assez pour servir ma patrie :
Pour chanter ses exploits je n'en ai point assez.
S'il faut d'une belle
Chanter les appas
Ma Lire fidelle
Ne me manque pasi
Que Mars se contente
Du bruit des tambours
Les sons qu'elle enfante
Sont pour les amours.
Mais l'airain bruyant qui m'appelle
D'une Guerre sanglante a donné le signal .
Nos Guerriers sont armez d'une audace nouvelle
Contre l'imitateur des ruses d'Annibal :.
N voit nos Bataillons animez par la gloire,
De ses plus forts ramparts saper les fondemens.
Et le vainqueur des Ottomans
Est témoin de notre victoire .
3 En vain le Rhin épouvanté ,
Contre nos Guerriers intrépides
Déchaîne ses vagues rapides
Pour deffendre sa liberté ..
C iij Rien
2388 MERCURE DE FRANCE
Rien ne retarde nos conquêtes ;
Nous bravons la fureur du Rhin ,'
Tandis que cent bouches d'airain
Font voler la mort sur nos têtes
En vain le Rhin épouvanté &c.
Mais parmi les perils où la gloire me guide ,
Je me souviens toujours des yeux qui m'ont
charmé;
On ne peut imiter Alcide ,
Sans chercher comme lui le plaisir d'être aimé .
Entre Delphine et la Victoire
Je me partage tour à tour ;
Je donne mon bras à la gloire ;
Et garde mon coeur pour
l'Amour.
On voit souvent près d'une Belle
Le renom d'Amant courageux ,
Produire un succès plus heureux
Que le titre d'Amant fidelle.
On dit que l'aimable Cipris
Trouva plus d'apas dans l'audace
Du terrible Dieu de la Thrace
Que dans les respects d'Adonis.
On voit souvent près d'une Belle
Le renom d'Amant courageux ,
Fro
NOVEMBRE. 1734. 2389
Produire un succès plus heureux
Que le titre d'Amant fidelle.
LETT RÉ écrite de Rome le 30. Septem
bre 1734. par M. B. G. J. contenant
Pexplication d'un Principe de Descartes,
et Réponse à une objection & c.
E sçavant et délicat Auteur du Pa
Lrallele de la Philosophie Cartésien
ne et de la Philosophie Newtonniene
dit dans un de vos derniers Journaux
qu'il ne peut gouter ce Principe de Descartes
, que si dans le monde la quantité du
mouvement n'étoit pas toujours la même , ily
auroit de l'inconstance en Dieu. Hajoute que
le P. Daniel a déja suffisament détruit ce
principe. Je ne m'arrête point ici à répon
dre,du moins quant à présent,à ce qu'a dit
le P. Daniel là dessus, soit parce qu'il y a
déja long-tems que sonLivre a paru, et que
sans doute on y aura répondu ; soit parce
que toute la preuve du P. Daniel consiste
dans un fait , et que tous les faits , même
les plus simples , ont toujours beaucoup
d'obscurité , que leur explication dépend
d'une infipité d'observations , et qu'enfin
il est toujours aisé à chacun de les expli-
C iiij quer
2350 MERCURE DE FRANCE
quer de quelque maniere que ce soit ,
selon son systême. Je m'attache ici uniquement
à la parité qu'on fair des figures
avec le mouvement. Je m'y attache d'autant
plus volontiers que cette objection
est neuve , specieuse, capable d'imposer,
et qu'elle nous donnera occasion d'approfondir
et de développer la pensée de Des
cartes.
Si la quantité du mouvement dans le
monde n'étoit pas toujours la même , il'
y auroit en Dieu du changement et de
l'inconstance ; et il n'y a en Dieu ni changement
ni inconstance , quoique la quantité
des figures ne soit jamais la même.
La raison de cette difference est que le
plus ou le moins de mouvement dans le
Monde demande de la part de Dieu plus
ou moins d'action , ce que ne demande
pas le plus ou le moins de figures. Pour
entrer dans la preuve de cette verité
nous commencerons par une chose avouée
de tous les Philosophes ; delà , par analogie
, nous viendrons au point qu'on nous
dispute , et enfin en troisiéme lieu nous
détruirons la parité qu'on nous oppose.
On conçoit que le Monde materiel ,
consideré dans sa totalité , est comme une
vaste et admirable Machine très - simple
et très-féconde , toujours constante et
uniNOVEMBRE.
1734 2391
uniforme dans ses Principes , et toujours
variée dans ses effets . Cette admirable
Machine ne peut ni subsister ni jouer par
elle- même , mais seulement par l'action
de Dieu , et dans cette action de Dieu
très simple , très- constante et très- uniforme
on peut distinguer comme deux
actions ; la premiere est celle par laquelle
il conserve toutes les parties de la matieres
et la seconde est celle par laquelle il leur
donne le mouvement.
eet
1º. Cette premiere action de Dieu par
faquelle il soutient la matiere dans l'Etre
s'appelle conservation , et n'est autre
chose qu'une crêation continuée . Cette
action de Dieu ne croît point et ne diminuë
point , parce que la quantité de la
matiere ne croît ni ne diminuë . Si pour
conserver et faire aller la Machine de
cer Univers il falloit que Dieu tantôt
créat un Astre et tantôt qu'il en détruisit
un autre &c . l'action de Dieu par laquelle
il conserve , ne seroit plus uniforme er
la même. Car il faut plus d'action conservatrice
pour conserver plus de matiere,
et il en faut moins pour en conserver
moins. Dieu alors seroit semblable à um
Horloger , qui ayant fait une très- belle
Horloge , seroit néanmoins obligé tantor
d'ajouter une roue , tantôt d'en ôter une
C v autre
2392 MERCURE DE FRANCE
la
autre, tantôt d'en substituer une plus peti
te à une plus grande , tantôt une plus gran .
de à une plus petite &c. Qui ne voit que
par- là l'ouvrage perdroit tout son prix, et:
l'ouvrier toute sa gloire ? que ce ne seroit
plus une seule et même Machine , mais:
differentes Machines qui se succederoient,
et que l'Auteur ne se soutiendroit pas
lui- même ? Or cet inconvénient que
raison nous dit , ne pouvoir tomber sur
l'ouvrage de Dieu , parce qu'il retomberoit
sur Dieu même , est une raison suffisante
à tout Philosophe pour assurer que
la quantité de la matiere est toujours la
même. Et c'est la premiere chose que
nous avons dit, que personne ne dispute..
Suivons donc cette route et allons plus.
loin , au point disputé.
2º. La seconde action de Dieu dans la
Monde materiel , est celle par laquelle
il imprime et conserve le mouvement à
toute la matiere. La matiere n'a pas plus
le mouvement par elle-même qu'elle a
l'être ; et elle ne le peut non plus recevoir
des autres créatures , dont par sa nature
elle ne dépend pas. Elle ne peut le
recevoir que de Dieu ; le mouvement dans
le Monde est donc une action de Dieu ,
et cette même action de Dieu qui l'a
d'abord imprimé, est la même qui le con
serve
NOVEMBRE. 1734. 2393
serve. Si le mouvement croît ou diminue
dans le Monde , il faut que l'action de
Dieu croisse ou diminuë ; car il faut plus
d'action motrice pour produire plus de
mouvement , et il en faut moins pour en
produire moins. Or cette action de Dieu
qui fait le mouvement , ne doit
pas
moins porter le caractére de constance
d'égalité , d'uniformité , que celle qui
conserve la matiere. Donc si l'on rejette
toute variation dans l'action de Dieu qui
conserve la matiere , en soutenant que la
quantité de la matiere est toujours la
même ; on ne peut pas plus en admettre
dans l'action de Dieu qui fait le mouvement
, et l'on doit soutenir que la quan
tité du mouvement est toujours la même.
Si la Machine de l'Univers étoit telle
ment construite que le mouvement y
fûe tantôt plus grand et tantôt moindre ,
tous les inconvénients que nous avons
rapportez ci-dessus , en parlant de la
quantité de la matiere , se retrouveroient
ici. Dieu-seroit semblable à cet Horloger,
Lequel, à la verité, pour faire représenter
à sa Machine ce qu'il voudroit , ne changeroit
rien aux roles et aux piéces qui
la composent , mais qui cependant tan
tôt augmenteroit et tantôt diminueret
la force des poids ou des ressorts qui the
و
C wj
four
I
* 394 MERCURE DE FRANCE
font mouvoir ; ce qui ne nuiroit pas
moins à la beauté de la Machine et au
mérite de l'inventeur , que s'il étoit obligé
de toucher aux roues ou de les changer.
Donc on ne peut admettre cette inégalité
de mouvement dans le Monde sans
être forcé d'avouer en même tems que .
l'ouvrage de Dieu dans ses principes n'est
ni constant ni uniforme , et que l'action
de Dieu est sujette aux variations
changement , à l'inconstance. Ce qui ne
pouvant être admis d'aucun Philosophe
il faut donc avouer que dans le Monde
la quantité du mouvement est toujours.
la même . Et c'est là , ce me semble , le
sens du principe de Descartes.
>
au
Mais il n'en est pas ainsi des figures
et cette difference servira encore à éclaircir
ce que nous venons de dire. Les figures
peuvent croître ou diminuer ; leur
nombre peut -être ou plus grand ou plus
petit , sans que l'action de Dieu change ;
et par conséquent sans qu'il y ait de
changement ou d'inconstance en Dieu ..
La raison de cela , c'est que les figures ne
dépendent point d'une action particuliere
de Dieu , distincte des deux précedentes
dont nous avons parlé ; et que par conséquent
elles peuvent varier sans que
L'action de Dieu varie. Pour bien com
pren
NOVEMBRE. 1734 2395
prendre cela , on peut considerer les
figures en deux états.
1. Dans un état stable et permanent
et alors elles appartiennent à l'action de
la conservation. Or dans une masse de
matiere il peut y avoir plus ou moins
de figures , sans que la masse croisse ou
diminuë. Supposez donc que la masse ou
la quantité de la matiere soit toujours là
même , l'action conservatrice sera toujours
la même aussi ,sans augmentation ni
diminution , quelque nombre de figures,
grand ou petit , que vous y veüilliez
supposer.
2
2. Les figures peuvent être considerées
dans un état de changement actuel
comme lorsque de plusieurs petits quarrez
, il ne s'en fait qu'un seul grand , ou
que d'un seul grand il s'en fait plusieurs
petits : les figures considerées dans cet
état, appartiennent à l'action motrice.Or
la même quantité de mouvement peut
également servir ou à faire de plusieurs
figures une seule . ou d'une seule
plusieurs , sans qu'il soit nécessaire pour
cela qu'elle augmente cu diminue. Sup
posé donc que la quantité du mouvement
soit toujours la même dans le Monde
L'action de Dieu sera toujours la même ,
soit qu'il se fasse plus ou moins de figu-
>
Les
2396 MERCURE DE FRANCE
res. Par conséquent le plus ou le moins
de figures dans le Monde ne prouve pas
qu'il y ait en Dieu , ou en son action
ni variation , ni changement , ni inconstance
, au lieu que tout cela s'y trouveroit
si la quantité du mouvement ,
ainsi que la quantité de la matiere, n'étoit
pas toujours la même .
Quoique dans une Horloge il sonne
dans un certain tems un certain nombre
de Timbres ; que dans un autre tems il
en sonne plus , et dans un autre moins
cela ne dénote aucune imperfection ou
variation , ni dans l'ouvrage , ni dans.
Fouvrier parce que cette difference est
Peffet de l'action de la Machine toujours
composée des mêmes piéces , et toujours.
mue par les mêmes forces . Effet varié
mais sans variation dans les principes
effet nécessaire , conséquent , prévû
ordonné , qui fait la perfection de la Machine
et le mérite de son inventeur..
Voilà , Monsieur les Réflexions que
j'ai cru devoir vous communiquer, et que
Vous pourrez , si vous le jugez à propos ,
donner au Public. Que le Dieu , notre
Pere Auteur de ce bel Univers , vous
donne sa grace et nous rende dignes de le
posseder un jour lui - même , après l'avoir
admiré dans ses Ouvrages. J'ai l'honneur
d'être &c. ER L
و
و
"
3 NOVEMBRE. 1734 2397
EPITRE
De M.de R*** , Capitaine d'Infanterie,
à M. l'Abbé✶ to
LoOin de ces Montagnes ,
Ami d'Apollon ,
Tu fais tes Campagnes
Au sacré Vallon ;
Ce Dieu t'y couronne
Des mêmes Lauriers
Qu'à ses fiers Guerriers :
Dispense Bellone..
Quels plus doux attraits 2
Le sanglant Cyprès ,
Qui fuit ta victoire ,
Epargne à ta gloire.
De cruels regrets ..
Philosophe
Arbitre :
Des illustres Fous 91
D'un fastueux titre-
Tu n'es point jaloux..
!
Aux droits d'an Monarques
Immolant le cours
De ce peu de jours
Que le sort nous marque
Non , tu n'iras pas
I
398 MERCURE DE FRANCE
D'un noble trépas
Défier la Parque.
Paisible Héros ,
Dans ton doux azile-
Feuillete en repos
Horace et Virgile.
Joüis sans danger
D'un loisir solide .
Que mon coeur avide
Cherche à partager..
Bien -tôt les haleines
Des froids Aquilons
Suspendront nos peines
Loin de ces Vallons
Déja la Nature ,
Vieillie en ces lieux ;
Dérobe à nos yeux
Sa jeune parure.
Loin de nos frimats
L'aimable Zéphire
Pour Flore soupire.
Dans d'autres climats ,
Déja de Pomone
Les soins s'épuisant !
Offrent de l'Automne
Les derniers présens..
La tardive Aurore
Craint avec raison
De paroître
encore
03
NOVEMBRE, 1734 2399
Sur notre horison ;
Les pleurs inutiles
Qu'elle va verser >
;.
Bien- tôt vont glacer
Nos Voutes mobiles.
L'humide Orion
Nous dérobe et noye
Un tiede rayon
Que Phébus
envoye.
Mars , du tendre Amour
L'inquiete
Mere
Attend à Cythere
Ton heureux retour.
Rival de Bellone ,
Le plaisir flateur
C
Déja t'y couronne
D'un Myrte enchanteur.
Sa voix séduisante
Rappelle à Paris
La Troupe brillante-
De tes Favoris.
Tendre Amour , ramene
Dans mes bras heureux :
L'aimable Climene ,
Fidelle à sa chaîne ,
Sensible à mes feux ;-
Qu deux fois volage ,
Qu'un égal partage
Chasse en ma faveur
1400 MERCURE DE FRANCE
Le Consolateur
D'un trop long veuvage.
Sous tes douces Loix
Troupe redoutable ,
Loin du Sexe aimable ,
Suspend tes exploits ..
Rendez-nous les armes
Rivaux trop heureux
;
Qu'un soin genereux
Eclipse vos charmes
Fuyez promptement ,
Et de l'Hirondelle
Prenez pour modele
Le départ prudent.
Quand Mars implacable
Fera sur le Rhin
Bruire de l'airain
Le son formidable ;
Paroissez soudain.
Par plus d'un chemin
On suit la Victoire..
De retour , Zéphir
Nous mene à la gloire
Et vous au plaisir ,
Empruntez ses aîles
Dans le temps des Fleurs ,
Heureux Successeurs ,
Venez de nos Belles.
Essuyer les pleurs..
1
NOVEMBRE. 1734. 240
LETTRE de M .... sur la Dissertation
de M. l'Abbé le Beuf, Chanoine d'Au
· xerre , qui a remporté le Prix de l'A
cadémie des Belles- Lettres.
L
A Dissertation dont vous m'obli
gez , Monsieur , de vous rendre uni
compte sommaire , a été imprimée ici
chez Guérin , Libraire , petit in - donzer
d'environ 100. pages , sous ce titre :>
DE L'ETAT des Sciences dans l'étendue
de la Monarchie Françoise sous Charlemagne.
DISSERTATION qui a rem
porté le Prix fondé dans l'Académie Royale
dee Inscriptions et Belles- Lettres , par M. le
Président Durey de Noinville , et propose
par la même Académie pour l'année 173.4
Par M. le Beuf, Chanoine d'Auxerre,
Je crois d'abord devoir observer que
cette Dissertation est la premiere qui ait
remporté le Prix de l'Académie des Bel
les- Lettres , parce que la Fondation n'a
été faite , ou au moins n'a été connuë ,
qu'en 1733. ainsi qu'on a pû le voir
dans le Mercure du mois d'Avril de la
même année.
L'Auteur fait remarquer au commen
cement
1
2492 MERCURE DE FRANCE
cement jusqu'à quel point l'ignorance
éroit parvenue , lorsque Charlemagne
choqué du mauvais style d'une Requête
que des Religieux lui présenterent , se
détermina à rétablir les Etudes dans toutes
les Cathédrales et dans les principaux
Monasteres ; qu'Alcuin , qui étoit
Anglois , Théodulph , Italien , et Let
drade , Allemand , furent ceux que le
Prince employa pour inspirer aux François
le goût des Sciences ; que l'on commença
par redresser la mauvase maniere
d'écrire , d'où dépend celle de lire ; et
que la chose réussit en peu de temps.
3
La Bible fut un des premiers Livres
qu'on s'appliqua à transcrire corectement
en tout ou en partie ; ensuite vinrent
des Homélies choisies dans les Saints Peres.
Tout cela exigea dans Alcuin une
vigilance infatigable. H y avoit dans les
Monasteres un lieu particulier où l'on
ne travailloit qu'à transcrire les Livres
Sacrez; c'est ce que , dans les Ordres établis
depuis ce temps - là , on appella l'Eoritoire
, Scriptorium.
L'Eglise de Lyon fut une des premieres
où l'on ressentit des effets du zele
de Charlemagne . On y vit des Enfans
bien inferieurs en âge aux jeunes Clercs
de nos jours , qui sçavoient plus que
trans
NOVEMBRE. 1734. 2403
transcrire , puisqu'ils étoient en état d'expliquer
l'Evangile , les Prophetes , les Livres
Sapientiaux , les Pseaumes et Job.
L'Archevêque qui écrivoit ceci , n'entendoit
, sans doute , parler que d'une
Explication Litterale. Au reste , en revoyant
les Livres Saints et en les transcrivant
, on n'en changea pas la latinité ;
on s'attacha au contraire uniquement à
être d'une très- grande fidélité envers les
premiers Traducteurs. La multiplication
des Exemplaires devint une grande facilité
pour les Laïques et même pour les
Femmes. La connoissance des saints Livres
devenant plus commune , on vit
plusieurs Membres du Clergé rentrer en
eux - mêmes , et la nécessité où ils se trouvoient
d'éclaircir aux Laïques plusieurs
difficultez , les obligea de les étudier
mieux qu'ils n'avoient encore fait, On
vit cependant proposer aux Sçavans de
ce temps- là des questions sur de simples
minuties , et lorsque les femmes voulu.
rent penetrer jusques dans les Explications
données par les Saints Peres , elles
furent obligées d'avouer la foiblesse de
leurs lumieres . Les Sçavans se proposoient
aussi quelquefois mutuellement
des questions assez pueriles , et passant
d'une extrémité à l'autre , ils ne craigni
rent
2494 MERCURE DE FRANCE
Tent pas de se servir de leurs connoissances
Théolog ques pour essayer de penetrer
dans l'avenir .
Le meilleur Ouvrage en fait de Critique
qui parût alors , fut celui des Livres
Carolins , quoique le Compilateur
qui les composa ne puisse pas passer pour
irrépréhensible. Il s'en falloit de beaucoup
que les Traitez sur le Baptême, que
plusieurs Evêques envoyerent au Prince,
comme un Essay de leur plume , lui ressemblassent.
Charlemagne voulant se mettre en
état de parler sur toutes sortes de Sujets ,
fit composer des Traitez de Rhéthorique
et de Dialectique . Mais Alcuin ne se borna
pas là ; il lui inspira du goût pour
l'Astronomie. Plusieurs Courtisans voulurent
aussi s'appliquer à cette Science ;
et le fâcheux pour Alcuin , fut que l'on
écouta souvent une autre personne que
lui , qui avoit étudié cette Science selon
un Systême different de celui qu'il avoit
appris des Disciples de Bede. Le Rival
d'Alcuin étoit un Ecossois qui causa beaucoup
de jalousie à ce premier Sçavant.
M. le Beuf cite ici là - dessus quelques Manuscrits
qu'il a entre les mains,Chacun sait
ce qu'il doit penser des idées qu'on avoit
alors sur la Lumiere Boreale , sur le Sault
de
NOVEMBRE. 1734 2405
de la Lune , & c. Mais il est bon de remarquer
que ce fut sous Charlemagne
que l'on commença en France à ne plus
douter que les Eclipses ne pussent être
prédites et qu'elles ne provinssent de
l'interposition des objets. Les Poëtes de
ce temps - là appelloient quelquefois Astrologues
ceux que nous nommons Astronomes.
La Géographie ne fut pas si fort cultivée
que l'Astronomie ni que le Compus
ou Compôt qui en étoit une dépendance.
Mais on donna beaucoup dans l'étude de
la Grammaire et des Humanitez , aussibien
que dans celle du Chant. C'est sur
quoi M. le Beuf s'étend assez au long .
rapportant toujours fidelement les preuves
de ce qu'il avance. Il ne paroît pas
gouter ceux qui par notas du Concile
d'Aix- la- Chapelle , entendent l'Ecriture,
non plus que ceux qui par le terme Computum
ont entendu l'Arithmétique en
general , Il y a un endroit dans ce qu'il
dit touchant la Musique , qui pourroit
servir dans la dispute que M. Burette et
le P. Du Cerceau ont eue sur la Mus
şique des Anciens.
1
Il ne faut pas oublier ici que dès le
temps de Charlemagne,les Princes s'amusoient
aux Enigmes et aux Logogryphes
comme
2406 MERCURE DE FRANCE
comme à d'agréables passe - temps. Il n'est
pas non plus indifferent de remarquer
après M. le Beuf , qu'Alcuin , nonobstant
la répugnance qu'il avoit à se servir du
langage des Auteurs profanes , a cependant
emploé aussi -bien que Théodulphe
, en parlant de Dieu , le mot de
Tonans , ce que quelques Ecclesiastiques
ont critiqué dans Santeüil .
Les Romans prirent naissance à peu
près dans le même temps , s'il faut entendre
à la lettre ce que dit M. le Beuf
des Poësies vulgaires , qui furent composées
alors sur les Batailles et sur les
Conquêtes des anciens Rois des Païs - Bas,
dont quelques-unes se chantoient comme
les Vaudevilles de nos jours. Les
grosses voix étoient communes dans la
partie Septentrionale des Etats de Charlemagne.
Ce fut pour les former à la
délicatesse du Chant Romain , que le
Prince les attira dans deux Villes de la
Gaule Belgique , Metz et Soissons . Mais
l'Histoire dit nettement que ces voix , qui
étoient naturellement rudes et dures à Aé
chir , ne purent faire de grands progrès.
Une legere teinture des Instrumens fit
beaucoup plus d'effet à la Cour et servit
à trouver les accords à la tierce , qui sont
comme le Ruisseau d'où a coulé le vaste
torrent
NOVEMBRE. 1734. 2407,
torrent qui forme la Musique d'aujourd'hui
. On disoit de ceux qui faisoient
ces accords , qu'ils organoient ou organisoient
le Chant. Les Personnes qui travaillent
aujourd'hui aux nouveaux Bréviaires
, appercevront avec plaisir qu'on
leur donne le celebre Alcuin pour l'un
des premiers qui ait imaginé un arrangement
de Prieres,different de l'ordre des
Livres Liturgiques anciens .
Si la Critique sur l'Histoire ne fut point
alors en vogue , c'est que l'on n'avoit
pas encore vû naître la multitude des
Fables qui parut dans les siecles suivans.
On scut proscrire tout ce qui avoit l'air
d'être supposé , et même , si l'on envisage
le Corps des Décretales , il paroît qu'on
scut dissimuler pour un temps , à l'égard
de celles qui étoient sujettes à caution ,
en attendant que le moment favorable
vint de s'élever hautement contre leur
génuinité. Le Droit , tant Civil que Canonique
, n'a pas beaucoup occupé l'Auteur
de la Dissertation , par la stérilité de
la matiere. La Médecine fut cependant
fort recommandée. On vouloit que la
Jeunesse s'y appliquât de bonne heure.
Il semble , au reste , que c'étoit la Chirur
gie dont on entendoit parler. Il y avoit
ne Apoticairerie à la suite de la Cour ;
Det
2408 MERCURE DE FRANCE
et Alcuin en parle formellement.
L'Architecture fut aussi mise en usage
, mais sans beaucoup de regles. L'Auteur
renvoye là- dessus à quelques Edifices
qui restent de ce temps- là , lesquels
surpassent en ancienneté nos Eglises Gothiques.
.
Non- content enfin de parler des Sciences
qu'on cultiva alors , il dit aussi un
mot d'une de celles qui étoient inconnuës
, c'est celle des Médailles et des Antiques
; ce qu'il en dit fait voir que le
temps de cultiver cette Etude n'étoit pas
encore venu . On peut dire que l'Auteur
n'a point flatté le siecle de Charlemagne,
et il avoue en finissant que tout ce qui
parut en differens genres d'écrire , n'étoit
que des commencemens de sciences ;
ensorte que la Litterature n'étoit encore
alors que dans le Berceau. Il na point oublié
une observation curieuse touchant
l'origine des noms, prétendus mystérieux ,
que les Ecrivains d'alors donnoient aux
Personnages dont ils parloient, et que les
personnes prenoient elles -mêmes dans
l'occasion.La blancheur attachée au visage
des Anglois porte à croire qu'Alcuin n'avoit
été surnommé Albinus que par rapport
à cela , au lieu que d'autres personages
dont le teint étoit plus rembruni ;
NOVEMBRE . 1734. 2409
se laissoient qualifier de Niger , de Manrus
, de Corvinianus. D'autres noms
étoient fondez sur l'emploi qu'on exerçoit
, et il n'y avoit pas jusqu'aux Offi
ders de la Cour qui n'eussent le leur ,
souvent tiré des Livres Sacrez .
A cette occasion M. L. B. a fait imprimer
à la fin de sa Dissertation une
Piece de Vers qu'Alcuin adressa à Bernerad
, Archevêque de Sens , qui est qualifié
du titre de Samuel , par rapport à la
Dignité qu'il remplissoit. CettePiece avoit
été inconnuë aux Editeurs des Ouvrages
d'Alcuin . Elle est d'une latinité semblable
aux autres Poësies du même Auteur.
C'est une plainte qu'Alcuin fait de la
mauvaise maniere dont il étoit servi par
les Officiers que le Prince lui assignoit , se
persuadant que l'Archevêque étoit beaucoup
mieux partagé que lui , et vivoit
sans inquiétude de ce côté-là. La Ville
de Sens y est nommée Sennis ; la Riviere
d'Yonne Igana , et la Seine Sigona.
Je suis , au reste, persuadé , Monsieur ,
que cet Ouvrage a coûté à l'Auteur bien
des Recherches , même parmi les Manuscrits
et les Monuments les plus autentiques
; ces Recherches l'ont en mêmetemps
engagé par un esprit d'ordre et
d'exactitude , à mettre plusieurs Notes
Dij
et
2410 MERCURE DE FRANCE
•
et diverses Citations au bas des pages ,
pour servir d'explication et comme de
Supplément à ce qu'il étoit impossible
de faire entrer dans un Ecrit, dont la lecture
ne devoit être que d'une bonne heure
au plus. On lit , par exemple , au bas
de la page 30. que l'Ordonnance par laquelle
Charlemagne avoit exempté les
Evêques de porter les Armes , afin qu'ils
fussent plus en état de vaquer à l'étude ,
&c. fut produite par Fulbert , Evêque de
Chartres , au XI . siecle , &c. Je suis ,
Monsieur , &c.
A Paris le 20. Octobre 1734
IMITATION de la XIII. Ode du
Livre des Epodes d'Horace.
Q Vel épouventable Orage
Nous fait sentir son courroux ?
On diroit que dans sa rage
Le Ciel va fondre sur nous ;
Neige , frimats , pluye et grêle ;
Avec la Terre en querelle
Forment un bruit furieux ;
Par tout les Forêts gémissent ,
Le
NOVEMBRE. 1734 2431
Les Mers affreuses mugissent
Sous les vents imperieux.
L'occasion se présente ,
Ne songeons qu'à la saisir ;
Dans la jeunesse riante
Tout est fait pour le plaisir
Emoussons de la tristesse
La pointe aride et traitresse ,
Egayons- nous , chers Ainis ,
Et dans la liqueur vermeille
Du Dieu charmant de la Treille ,
Noyons nos pâles soucis,
BIG
Qu'on ne parle que de boire
Laissons au Maître des Rois
Le soin de Rome et sa gloire ;
Bannissons nos vains effrois ;
D'un Nard exquis d'Arabie
( Bacchus lui- même y convie )
Parfumons- nous largement ,
Et dans nos fougueux délires ,
Faisons redire à nos Lyres
Notre heureux enchantement.
雅
D iij Ainsi
2412 MERCURE DE FRANCE
Ainsi le Centaure habile ,
Formoit la fiere raison ;
Du jeune et bouillant Achille ,
Son illustre Nourrisson ,
သ
Je vois , Mortel indomptable ;
» Disoit ce Maître admirable ,
» Genereux Fils de Théthis ;
Je vois la Grece t'attendre
» Aux bords de l'étroit Scamandre
Et du bruyant Simois,
M
Les fatales Destinées ;
» Ces Maîtresses de nos jours à
Là , de tes belles années
» Ont déja borné le cours ;
Contre la Parque sévere
93 Que peut ta divine Mere ?
Chasse donc le triste deüil.
Chante , boi ; ce Spécifique
» De l'humeur mélancholique
Est l'infaillible Cercueil.
D. B.
11.
NOVEMBRE. 1734. 2413
II. LETTRE d'un Méedcin de
Montpellier , écrite à un Médecin de
Paris.
' Ay déja eu l'honneur de vous dire ,
Monsieur , au sujet de la Critique du
Traité de Chimie de M. Malouin , qu'on
y prêtoit souvent à l'Auteur , ou qu'on
supprimoit de son Ouvrage , des mots ,
des propositions, et quelquefois même des
questions entieres ; je vous en ai donné
dans ma derniere Lettre des preuves convaincantes
; il n'est pas difficile de vous
en produire encore plusieurs . Par exemple
, le Critique , pour faire entendre que
M. Malouin , ne dit sur l'origine de la
Chimie , que ce que divers Auteurs en
ont écrit , choisit ce que l'Auteur en dit
de plus connu pour le rapporter après
l'avoir détaché absolument de ce qui précede
et de ce qui suit ; et non content
de cela , il en a encore supprimé des
mots et une phrase entiere , et il a retranché
ce qui faisoit la liaison des proposi
tions , pour ôter tout ce qui rend la chose
particuliere et propre à l'Auteur du Traité
de Chimie, L'Auteur observe , dit le
Cri- D iiij
2414 MERCURE DE FRANCE
Critiqne , page 1808. qu'Etienne de Bysance
nomme l'Egypte la Terre de Vulcain ,
que Vulcain se rendit fameux dans ce Payslà
par son Art de travailler les Métaux
qu'on lui éleva un Temple dans Memphis .
Cela n'est point placé de cette façon et
ne se lit point ainsi dans le Traité de
Chimie . L'Auteur , après avoir montré
les rapports qu'il y a entre le Tubalcain
de l'Histoire sacrée et le Vulcain de l'Histoire
profane , dit , p . 3. » le mot Vulcain
west fait de Tubalcain , par le retran-
» chement de la premiere syllabe . Les
» Grecs nommoient Vulcain pass ; les
» Hebreux l'ont nommé Valcan ; les La-
>> tins ont a cûté à ce mot la terminaison
us , et en ont formé le nom Valcanus
et Volcanus , qui se lit encore dans les
» anciens Poëtes Latins . Etienne de Bysance
nomme l'Egypte y pasía , la yñ
>> Terre de Vulcain ; ce seroit donc dans
» ce Pays- là où la Chimie paroîtroit avoir
>> pris naissance , parce que Vulcain s'y
» est rendu fameux par son Art de tra-
» vailler les Métaux , ce qui fit qu'on lui
» bâtit un Temple dans Memphis , au-
» jourd'hui le Grand -Caire .
L'Auteur joint à cela des Notes qui
font bien connoître qu'il a puisé dans
les sources mêmes , et qu'il ne s'en est
pas
NOVEMBRE. 1734 24T5
pas rapporté aux Auteurs les plus respectables
, même dans les choses qu'il diɛ
avec eux .
Le Ctitique a supprimé ces deux mots
asia , pour faire entendre que
M. Malouin ne cite Etienne de Bysance
que d'après d'autres Auteurs , et comme
si Etienne de Bysance avoit écrit en
François.
M. Boerhaave , dans ses Prolegomenes
de Chimie , dit qu'Etienne de Bysance
nomme l'Egypte Oepunxula , sans dire
dans lequel des Livres de l'Auteur qu'il
nomme il a lû ces paroles : M. Malouin
n'ayant trouvé cela dans aucun endroit
des Ouvrages d'Etienne de Bysance , ne
l'a point fait dire à cet Auteur , comme
fait M. Boerhaave ; il a trouvé seulement
qu '' Etienne de Bysance nomme l'Egypte
ipaisia, dans son Livre De Urbibus et
Locis , que M. Malouin a indiqué. Cela
fait connoître que c'est injustement que
le Critique accuse l'Auteur du Traité de
Chimie de s'être conformé dans ce qu'il
dit sur l'origine de la Chimie , à ce qui
se lit dans deux feuilles écrites sur ce
sujet , et qu'on avoit attribuées à M. Boerbhaave,
et qui par consequent sont conformes
à ce qu'il en dit dans ses Prolegomenes
de Chimie. M. Malouin m'a mê-
Dy me
1416 MERCURE DE FRANCE
me avoué sincerement n'avoir eu aucune
connoissance de ces deux feuilles , auparavant
que le Critique lui eût reproché
de les avoir suivies.
Le Critique n'a pas moins d'adresse
à prêter des mots à l'Auteur , qu'il en
a à en supprimer ; c'est ce qu'on voit
dans le même endroit que nous venons
de citer. On lit dans le Traité de Chimie
qu'un Orphévre, sans être Chimiste , sçait
réduire l'or en chaux ; le Critique qui
ne peut pas combattre cela , et qui a lû
quelque part que cette opération est difficile
, a senti qu'il ne pouvoit tirer du
ridicule de cet endroit , qu'en faisant dire
à l'Auteur ce qu'il ne dit pas ; sçavoir ,
que les moindres Orphévrès la sçavenu
faire.
que
L'Auteur prend occasion , dit le Critique
, p. 1808. de parler de Moyse , qui
pour avoir réduit le Veau d'or en poudre et
Pavoir fait boire aux Israëlites , a passé
·dans l'esprit de quelques Auteurs pour un
Chimiste , sur quoi il a soin d'avertir
le moindre Orphévre sans sçavoir la Chimie
sçait réduire l'or en chaux. Ce sont-là
les paroles du Critique : voici celles de
l'Auteur du Traité de Chimie , p . 3. » il
ne s'ensuit pourtant pas qu'on doive
» pour cela regarder Vulcain ou Tubal-
» cain
NOVEMBRE. 1734. 2417
cain comme un Philosophe Chimiste ;
» il est plus vrai- semblable qu'il ait été
» seulement un grand Forgeron . On doit
» porter un pareil jugement sur ce que
pensent plusieurs qui croyent que Moy-
» se doit être reconnu pour un Chimiste ,
» parce qu'il sçût réduire le Veau d'or
en poudre et le faire boire aux Israë
» lites ; un Orphévre , sans être Chimiste ,
» sçait réduire l'or en chaux et le travail-
» ler de differentes manieres.
On voit aisément que c'est là défigurer
l'Ouvrage et prêter à l'Auteur des expressions
contraires à ce qu'il pense. C'est
aussi de cette façon que le Critique , p.
1843. lui fait dire que la crême de Tartre
cristallisée est moinsEmétique;ce qui ne se
lit dans aucun endroit du Traité de Chi-
-mie ; il paroît au contraire que l'Auteur
pense qu'elle n'est point du tout émétique
, qu'elle ne l'est jamais , à moins
qu'elle ne soit mêlée avec l'Antimoine ,
qui donne toute l'éméticité à la préparation
dans laquelle elle entre. D'ailleurs
l'Auteur suppose par tout qu'on n'a point
de crême de Tartre pure , qui ne soit
cristallisée. Ainsi on voit par toutes sortes
de raisons que l'Auteur n'a jamais
voulu dire que la crême de Tartre cris
Tallisée est moins émétique . Peut- être le
Dvj Critique
2418 MERCURE DE FRANCE
Critique a- t'il pris la crême de Tartre pour
le Tartre Stibié, comme il a pris depuis peu
la Plante nommée Mélisse pour l'Arbre
nommé Meleze. Il faut nécessairement
qu'il soit tombé dans cette erreur
qu'il ait voulu prêter à l'Auteur un langage
qu'il sçait qu'il n'a pas tenu .
ou
Ce n'est pas- là la seule querelle que le
Critique fait à l'Auteur au sujet de la
crême de Tartre ; il l'accuse de ne l'avoir
jamais faite , parce que le procédé
qu'il en donne n'est point conforme à
la façon de la faire dans les Manufactures
de Languedoc. Si cette raison avoit lieu,
M M. Stahl , Lemery , Charras , Glaser ,
et les autres Chimistes , pourroient être
accusez de ne l'avoir jamais faite , ni même
essayé de la faire , dit le Critique ,
puisqu'ils ne décrivent pas cette opération
comme on la fait en Languedoc .
L'Auteur du Traité de Chimie l'a certainement
faite suivant la Méthode qu'il
en prescrit dans son Livre , et quiconque
voudra la faire suivant cette Méthode
, le peut à très- peu de frais , pour en
faire l'experience .
Il y a lieu d'être surpris que le Critique
ait épargné l'Auteur sur la préparation
des Fleurs de Souffre , de l'Huille
de Vitriol , &c. parce qu'il donne pour
préparer
NOVEMBRE 1734 2419
préparer ces Drogues , la Méthode
que doivent suivre les Apoticaires ,
et non pas celle que suivent les Distillateurs.
Lorsque l'Auteur a donné la maniere
de faire la crême de Tartre , il n'igno
roit pas que quelques uns se servent de
la chaux , que d'autres employent des
Terres absorbantes ; il sçavoit comment
on la fait proche de Montpellier ; il n'tgnoroit
pas non plus que les Apoticaires
trouvent mieux leur compte à acheter
la crême de Tartre toute faite dans
ces Manufactures , que de la préparer
eux mêmes. Mais les Médecins et les
Apoticaires , attentifs à l'utilité publique
, n'entrent point dans ces vûes d'in
terêt .
Nul Artiste , dit le Critique , p. 1839.
n'a pu faire par une telle Méthode la crême
de Tartre ; c'est - à - dire , que M M. Glaser
et Lemery , qui sont reconnus pour
bons Artistes , n'ont pû faire la crême
de Tartre , puisqu'ils suivent pour la
faire la même Méthode que M. Malouin .
Et il faut , dit le Critique , p. 1841. pour
la prescrire, ne l'avoir jamais essayée . Tout
ce qui se trouve dans la Critique est de
cette nature ; je vous ferai part de ce qui
me reste à observer dans la prochaine
Lettre
2420 MERCURE DE FRANCE
Lettre
que
j'aurai l'honneur de vous écri
re. Je suis , &c.
Ce 11. Novembre 1734.
Eurid
SONNE T.
Uridice fuyant la poursuite lascive
D'un Berger importun qui l'aimoit sans retour
Cherchoit au fond d'un Antre un innocent séjour
,
Eidelle à son Epoux , tremblante et fugitive.
Quand on évite un mal , un autre mal arrive ;
Un Serpent la mordit , elle en perdit le jour.
L'inconsolable Orphée animé par l'Amour
Osa l'aller chercher sur l'infernale Rive.
Qu'en eut-il ? hélas ! rien. Sa curiosité
Gâta ce qu'il avoit heureusement tenté .
Du Tartare entre eux deux on referma la porte.
Pour moi quand j'examine un si rare Tableau,
Je conclus qu'un Mary , lorsque sa Femme cst
morie ,
Doit en paix , pour son bien la laisser au
tombeau,
LETNOVEMBRE
1734. 242%
LETTRE à M. l'Abbé LE BEUF,
Chanoine d'Auxerre, sur la nouvelle Dénomination
des Lettres , selon le Systême
du Bureau Typographique.
V
Ous êtes connu , Monsieur , depuis
si long-temps pour un Auteur célebre
dans la République des Lettres ,
que par là vous avez donné au Public
la confiance , pour ne pas dire le droit
de vous consulter. Ma confiance augmente
quand je pense que vous prîtes la peine
il y a environ deux ans , de m'honorer
de votre visite , pour voir la Machine
du Bureau Typographique , et le droit
me paroît encore plus acquis , depuis
que j'ai lû votre sçavante Dissertation
de l'Etat des Sciences dans l'étendue de
la Monarchie Françoise sous Charlemagne
, Dissertation , qui , à juste titre , a
remporté cette année le Prix fondé dans
l'Académie Royale des Inscriptions et des
Belles-Lettres.
Vous sçavez , M. que l'A , B , C. est
la clef des Sciences , et vous n'ignorez pas
de quelle importance il seroit d'en ôter
les épines, que Charlemagne et ses Docteurs
2422 MERCURE DE FRANCE
teurs y ont laissées. Ce Prince fit venir
Alcuin d'Angleterre , Théodulphe d'Italie,
et Leidrade d'Allemagne quel plaisir
pour ce Monarque , s'il eût trouvé parmi
ses Sujets un Inventeur du Bureau
Typographique? Charlemagne n'ignoroit
pas que les récompenses sont le plus
puissant motif qui fasse agir les hommes
; il ne manqua jamais d'en accorder
au mérite ; ses Augustes Successeurs ont
renchéri de nos jours sur la protection
et les récompenses qu'ils daignent accorder
aux Arts et aux Sciences . D'où vient
donc , M. que les Sujets une fois honorez
et récompensez , ne répondent pas
toujours aux loüiables desseins du Prince ?
Alcuin ne fut pas peu étonné de la né
gligence des Ecrivains François ; et sans
le préjugé vulgaire , ne seroit- on pas encore
plus étonné de voir aujourd'hui
non-seulement la négligence , mais l'ignorance
, et qui pis est , l'indifference
des Maîtres sur la premiere institution de
l'enfance , ou dans la maniere de monatrer
aux petits Enfans les premiers élémens
des Lettres ?
Et d'où vient que depuis tant de siecles
la plupart des Ecrivains François
ignorent ou négligent encore la valeur
des e et des sons de notre Langue , qu'ils
no
NOVEMBRE. 1734. 2423
ne sçavent pas seulement le nombre de
nos voyelles , ni de nos consonnes ? dirat'on
que l'usage suffit en dépit de l'oreille
et des yeux ? Charlemagne auroit
donc eu tort de condamner le goût Gothique
et Barbare il falloit donc aussi
écrire sans voyelles comme les Hébreux,
ne point séparer les mots , ne pas marquer
les versets , les périodes , mais aller
tout de suite comme les Anciens ; il falloit
aussi s'opposer à l'introduction des
bares qui marquent et comptent les mesures
de la Musique. Devons - nous aujourd'hui
en ingrats nous mocquer de
Cadmus et de Simonides , curieux de la
menuë Litterature , et de Gui Aretin
parce qu'il trouva des noms pour les Notes
de la Musique en chantant l'Hymne
de S. Jean ? Pourquoi donc les Maîtres
s'élevent-ils contre l'utilité et la nécessité
de la vraye dénomination des Lettres
et de la vraye syllabisation des mots , dans
le temps même qu'ils devroient les pratiquer
?
Vous remarquez , Monsieur , fort ju
dicieusement combien il étoit difficile
d'apprendre le Chant dans le siecle de
Charlemagne ; faute de signes certains et
déterminez , il falloit que les Enfans appliquassent
aux syllabes les sons que le
Maître
2424 MERCURE DE FRANCE
Maître proféroit. On ne chantoit alors
que par routine ou de mémoire, parce que
les signes du Chant étoient fort équivoques
, et que malgré le goût qu'on
avoit pour cette Science , on ne pouvoit
gueres l'apprendre par principes. Je dis
la même chose de la Méthode vulgaire
pour apprendre à lire. J'ai démontré combien
cette Méthode est imparfaite dans
l'article X. de la Bibliotheque des Enfans
in 4. Par exemple , pour faire lire
ou prononcer à un Enfant les lettres
les syllabes ou les sons du mot Cornouaille
, on lui donne pour modele les sons
inutiles , faux et captieux de ce , o , erre,
enne , o , u , a , i , elle , elle , e ; au lieu de
lui donner , selon la Méthode Typogra
phique , les sons vrais , utiles et non équivoques
de Ke , o re , ne , ou, a, lhe , et
ainsi de toute la lecture , où l'Enfant doit
faire l'écho.
>
Du temps de Charlemagne , on s'opposa
au mauvais usage pour en introdui
re un bon. Il n'est donc pas si tyran que
l'autorité du Roy , et l'attention du Ma
gistrat , n'en puissent détruire la tyrannie
quand l'utilité publique le demande !
D'où vient donc qu'on nous cite toujours
le mauvais usage de la dénomination
des lettres et de la syllabisation des
mots
NOVEMBRE . 1734 2425
mots contre la nouvelle Méthode du Bu
reau Typographique ? Faut -il attendre
quelqu'autre Charlemagne pour remedier
à cet abus ? Si Mrs de l'Académie
Françoise étoient curieux de fixer un peu
plus la Langue et sa prononciation , ne
faudroit il pas commencer par l'Alphabet
François Bien des Sçavans croyent
par une supposition naturelle le sçavoir ,
qui s'en trouvent très- éloignez quand on
leur parle de plus de 15. voyelles , des
cinq sons differens donnez au caractere
e , de trois i de suite dans le présent
subjonctif de plusieurs Verbes , des diphtongues
à l'oeil ou à l'oreille , des lettres
seches , mouillées , liquides , aspirées ,
muettes , foibles , fortes , simples, redou
blées, nazales , consonnes , ouvertes , fermées,
longues , bréves, moyennes , & c. et
des syllabes phisiques et grammaticales
distinguées differemment dans la Prose et
dans la Poësie .
La maniere de former l'Ecriture fut un
des points auquel Charlemagne songea
aussi à pourvoir. On commença à donner
aux Caracteres une forme plus agréable
et bien differente de celle qu'ils
avoient auparavant. D'où vient qu'au
jourd'hui on commence à décheoir , et
qu'on employe des lettres imparfaites ,
équivo2426
MERCURE DE FRANCE
équivoques et bizares ; des liaisons fausses,
inutiles, et des traits trop longs pour
les têtes et les queües ? D'où vient qu'on
embarrasse et défigure l'écriture de telle
sorte qu'on est conduit par le sens plutôt
que par les lettres pour en déchiffrer
les mots D'où vient que des Copistes
publics confondent encore l'usage de certaines
lettres et les placent mal- à- propos,
lorsqu'ils mettent au commencement ou
au milieu des mots des r'de lettre ronde
qui ont la figure d'un v italique consonne
, comme dans les motrs vanger , ranger
; couvent , courant ; qu'il pleuve , qu'il
pleure ; il se voit , il seroit ; vive , rire ; il
pouvoit , il pouroit ; en François ; et en Latin
ovatio , oratio ; ovis , oris ; ovo , oro , &c.
Si l'usage des lettres initiales , médiales
et finales , est fondé en raison , deit - on
confondre l'usage de ces mêmes Lettres ?
Et ne doit- on pas regarder au contraire
comme une perfection de la Langue et
de l'écriture d'avoir plusieurs caracteres
pour un même son , pendant qu'on est
obligé d'exprimer avec un seul caractere
équivoque et captieux , plusieurs sons
differens de la Langue Françoise ? A quoi
bon le superflu ou l'abondance inutile ,
quand on manque du nécessaire ? D'où
vient que mille gens mal instruits , et
même
1
NOVEMBRE . 1734 2427
même des gens de Lettres , prodiguent
sans nécessité les lettres capitales , qu'ils
en mettent jusques dans le milieu des
mots et qu'ils confondent encore l'usage
des i et des u voyelles , avec celui des j
ct des consonnes ? Exemples , jl , ie ,
vn , uous , au lieu de il , je , un ; vous.
re Ligieux , inConstance , au lieu de reli
gieux , inconstance , &c.
F
Permettez - moi donc , M. de vous de
mander à présent s'il n'y auroit pas moyen
de faire pratiquer dans les Ecoles de votre
Diocèse la nouvelle Dénomination
des Lettres dont vous avez pû lire bien
des fois la Table dans les Mercures de
France , et qui est expliquée bien au long
dans la Bibliotheque des Enfans , in 4.
et pratiquée dans l'A, B, C, Latin et l'A,
B , C , François , en vente chez P. Witte,
ruë S. Jacques , et chez P. Simon , ruë de
la Harpe. Vous verrez dans la Préface du
second volume , page XIX. que la So
cieté des Arts , après l'examen du Systême
Typographique , donna un Certificat
raisonné sur cette matiere le 17. Septembre
1730.Et dans le premier volume, que
M. le Grand- Chantre de l'Eglise de Paris
ayant nommé des Commissaires pour l'examen
de ce Systême , sur leur rapport
avoit permis d'en introduire l'usage dans
les
A
2428 MERCURE DE FRANCE
les Ecoles de sa Jurisdiction , et par son
Jugement du 24. Novembre 1732. avoit
exhorté les Maîtres et Maîtresses à pratiquer
cette nouvelle maniere de montrer
aux Enfins les premiers élémens des Lettres.
Le 30. Août de la même année on
présenta une Requête au Tribunal de
M.le Recteur de l'Université contre l'Auteur
et les Partisans du Bureau Typographique.
Le Tribunal nomma trois Commissaires
pour l'examen du Systême et
de la dispute , et après leur rapport , il
jugea à propos de laisser tomber cette Requête
et de n'y avoir point d'égard .
M. Rollin , par esprit de Religion et par
charité pour
pour les Enfans , dans le Supplé
ment qu'il vient de donner au Traité de
la Maniere d'enseigner et d'étudier les Belles-
Lettres , convient , page I I. des avantages
de cette nouvelle Méthode. Des
Maîtres de Pension et de petite Ecole
sentent déja et pratiquent avec succès
cette maniere de montrer aux Enfans les
premiers élémens des Lettres. J'ai l'hon
meur d'être , &c.
TRANOVEMBRE.
1934. 2429
TRADUCTION de la troisiéme
Ode du quatriéme Livre d'Horace .
Quem tu, Melpomene semel.
L'
E Mortel bien aimé dont l'heureuse naissance
,
Muse , reçoit de vous une douce influence ;
Du Ceste méprisant les dangereux Combats
Ne brulera jamais d'y signaler son bras ;
Jamais on ne le voit d'une adresse guerriere
Dans un Char triomphant se couvrir de pousa
siere ;
Jamais pour couronner ses illustres Exploits ,
Vainqueurs de l'insolence et de l'orgueil des Rois,
Le front ceint de Lauriers, ornement de sa gloire
On ne le voit monter au Temple de Victoire.
Les plus sombres Forêts font seules son désir
Et les Eaux de Tibur occupent son loisir.
Là coule de bons Vers une source féconde ;
Déja Rome , déja la Maîtresse du Monde ,
Me daigne mettre au rang des Enfans d'Apollon
Déja l'affreuse envie attaque moins mon nom .
O Muse , qui reglez par un charmant Empire
Les sons harmonieux dont retentit ma Lyre ,
Vous , qui même , pourriez aux plus tendres
Chansons ,
Pa
2430 MERCURE DE FRANCE
Par un nouveau prodige animer les Poissons
Si de premier Lyrique on me donne la gloire ,
Si je n'ai pas encor traversé l'Onde noire ,
De plaire quelquefois si j'aspire à l'honneur ,
C'est de vous que je tiens cette triple faveur.
P. L. J. de D.
LETTRE de M... écrite à l'Auteur
du Traité des Superstitions , & c. sur la
peine qu'on a d'être Treize à Table.
J
E ne doute pas , Monsieur , que vous
ne fassiez un Chapitre bien complet
de cette Opinion , aussi vulgaire que mal
fondée , que quand on se trouve treize
à table il meurt un des Convives dans
l'année . J'ai vû cette vieille Tradition
s'insinuer dans de très - bons Esprits et les
effrayer jusqu'au point de sortir de table,
ou de prétexter une affaire imprévûë pour
éviter de s'y mettre; quelle foiblesse ! Eh !
peut-on recevoir une telle impression
contre la maxime que le nombre et la
figure non sunt principia activa , Ni l'un
ni l'autre n'étant pas des causes capables
de pouvoir faire de soy ni bien ni mal ?
Je ne sçai par quelle fatalité on a chargé
ce
NOVEMBRE. 1734 2431
nombre de Treize de tant d'iniquité , jusqu'à
lui imputer d'être meurtrier et homicide
par rapport à la table.
Le nombre de Treize est composé de
dix , qu'on regarde comme un nombre
parfait , et de celui de trois , qui passe
pour l'être encore davantage. Or la condition
d'un tout ne doit pas être inférieure
à celle de ses parties , et ce qui
est parfait ne doit pas être pris pour être
d'un mauvais augure.
Ciceron remarque dans son Oraison
pour S. Roscius , que son Pere lui avoit
laissé treize Domaines , qui touchoient
presque tous le Tibre. Fundos decem et
tres reliquit , qui Tiberim ferè omnes tangebant
; et que ces grands Domaines furent
enlevez par Chrysogone , au préju
dice du fils héritier du Pere. Mais ce ne
fut la malignité du nombre de Treize
, qui dépouilla Roscius de ce riche
Patrimoine. Ces héritages étoient trèsfertiles
par leur situation auprès d'un
Fleuve qui les engraissoit de son limon,
et les arrosoit de ses eaux ; et cette bonté
pas
particuliere d'un fond abondant , excita
la cupidlté de Chrysogone , en qui , et
non dans le nombre de Treize , résidoit
le principe du malheur de l'héritier . Si
le nombre y fit quelque chose , c'est par
E CR
2482 MERCURE DE FRANCE
ce qu'il étoit grand , et s'il eut été encore
plus grand , comme de quatorze ou de
quinze , &c. ce méchant homme auroit
explus d'avidité de s'en emparer et de s'en
rendre le Maître.
La coutume d'assembler treize pieces
de Monnoye pour la ceremonie du Mariage
, est établie depuis long - temps.
L'Histoire remarque que l'Ambassadeur
de Clovis , chargé d'aller , au nom de
son Maître , fiancer Clotilde , offrit un
sou et un denier , c'est- à-dire 13. pieces ,
per solidum et denarium desponsavit. Si ce
nombre étoit aussi fatal que le vulgaire
le croit , ce seroit une grande imprudendence
d'en faire usage dans le Mariager
mais bien loin que le nombre de 13. soit ,
comme des arrhes pour le tombeau , on
prétend s'en servir pour l'engagement
d'une sainte Societé , établie pour la propagation
du genre humain.
Le nombre de 13. se rencontre dans le
Zodiaque, où le Soleil est accompagné de
douze Signes, Cependant cet Astre brillant
, quoique dans le nombre de 13 .
anime toute la Nature et éclaire l'Univers.
Les scrupuleux ne trouveroient- ils
pas
à propos que le Créateur changeât
ce nombre , crainte qu'il ne portât malheur
au Monde ?
Mais,
NOVEMBRE. 1734. 2437
Mais , diront- ils , il s'agit seulement de
13. à table. Hé bien ! pourquoi ce nombre
seroit- il plus à craindre là qu'ailleurs!
Y fait- il quelque figure dangereuse ? On
a déja dit que la figure , non- plus que
le nombre , n'étoient pas une cause efficiente.
Seroit- ce que là où se trouve le
nombre 13. six y sont en societé par 2 .
à 2. et que le treiziéme demeure seul ?
Va soli , dit l'Ecriture , malheur à celui
qui est seul. Mais à le prendre ainsi , partout
où l'on seroit treize , il y auroit du
danger.. Il y auroit autant à craindre
pour treize en se promenant dans un bois,
que pour treize assis dans un festin ; pour
treize étant dans un Navire, que pour trei
ze étant à table ; pour treize Chanoines ou
treize Moines dans un Choeur.
Les Anciens qui ont voulu regler le
nombre des personnes à table , ont dit
qu'il falloit y être trois , selon le nom
bre des Graces , ou neuf , selon le nombre
des Muses. Les Pythagoriciens l'augmentoient
jusqu'à dix dans le Festin de
Xénophon , où Socrate parle souvent ; et
dans celui des Sept Sages , décrit par Plutarque
, où d'autres se trouvent avec eux , le
nombre est plus grand ; mais enfin dans
les Saturnales de Macrobe , il y est parlé
d'un repas où Vectius déclare que l'on
E ij Y
2434 MERCURE DE FRANCE
y
étoit dans le nombre des Graces et des
Muses ensemble ; Hac prasentia vestra
Gratias et Musas implemus : et ajoûtant
à ces douze le Roy de la Fête , qu'il ne
comproit pas , Rege excepto , dit - il , cela
fait treize , et ce nombre de treize , loin
de lui faire de la peine , lui fait plaisir
à rapporter.
Où peut-on done prendre la cause de cette
terreur panique sur le nombre de 13. à
table ? Car enfin plus d'une Nation en est
frappée. Il n'y a pas long- temps quelis ant
la Vie de Jean Wibert,Comte de Rochester
, j'y vis un endroit marqué exprès ,
d'un soupé chez Madame Warre , Belle-
Mere de ce Lord , où l'on étoit treize
à table. Une jeune Demoiselle en fit appercevoir
le Chapelain , qui comme s'il
cût senti d'abord qu'il devoit être la victime
prise des treize , se retira après le
soupé dans sa Chambre , tout troublé ,
et le lendemain on le trouva mort dans
son lit. Mais quelques exemples qu'on
puisse ajoûter de surcroît , exemples de
foiblesse d'esprit qui blessent mortellement
le coeur , ou exemples de l'heure
venue pour sortir du Monde , il n'y a
pas là une raison qui satisfasse,
Il semble que quelques uns cherchent
le mystere dans cet endroit de l'Evangile
,
1
NOVEMBRE. 1734 2435
où il est dit que le Sauveur du Monde
faisant la Pâques , se mit sur le soir à
table avec les douze Disciples , Vesperè
autem facto discumbebat cum duodecim Discipulis
suis. Ainsi le Sauveur et ses Disciples
faisoient le nombre treize ; et il
arriva que l'un de ces treize mourut bientôt
après , sçavoir Judas Iscariot ; mais ce
méchant mourut , non pas parce qu'on
étoit treize à table , mais parce qu'il étoit
un traitre , qui ayant été si malheureux
que de conspirer contre l'Auteur de la
vie,fut poussé par le désespoir à se défaire
lui- même. Ce fur , non le nombre de
treize , mais son coeur perfide qui lui
donna la mort.
> Au reste quelle
induction
peut- on
tirer de cet exemple ? Dans ce repas de
la Pâques on étoit treize à table. De ces
treize , l'un mourut un peu après . Donc
on doit craindre
pour quelqu'un
dans
Pannée , quand
on se rencontre
treize
ensemble
à manger. S'il étoit permis de
raisonner
de la sorte , on pourroit
dire
avec une autre exemple
de l'Evangile
,
que le mauvais
Riche étant seul à table
mourut la même nuit. Donc il y a sujet
de craindre
qu'on ne meure bientôt
lorsqu'on
mange seul.
On ne doute pas qu'il ne meure assez
E iij
Sou
2436 MERCURE DE FRANCE
souvent dans le cours d'une année , quelqu'un
de ceux qui se sont trouvez à table
, douze , ou onze , ou dix , ou neuf,
ou huit & c. Peut - on inférer delà qu'il y
a un principe de mort dans ces nombres ?
La conclusion n'en est pas plus vrai - semblable
pour le nombre de treize.
La mort arrive par une action naturelle
ou violente. Or le nombre eu égard aux
repas et à la table , n'agit pas là davantage
qu'en un autre lieu , il n'a pas là un
droit cedé de la mort , plus qu'autre part.
S'il y avoit à table quelque chose à craindre
du nombre , ce seroit plutôt de celui
de 14. que de celui de treize ; car il
y a de l'apparence que plus le nombre de
personnes est grand , plus la mort y a
de prise. De plus, on fait une attention fâcheuse
au nombre de treize , au lieu que
la famille d'Hypocrate et de Galien rend
redoutable le nombre de Quatorze , auquel
elle tient que les malades sont en
grand danger , et que même plusieurs
meurent au 14. jour.
On doit enfin observer qu'au repas
auquel le Sauveur du Monde et ses douze
Disciples avec lui faisoient treize à table ,
ce nombre de treize à table étoit pour
lui et pour eux un nombre ordinaire .
C'étoit le nombre de la famille à tous les
repas,
NOVEMBRE . 1734. 2437
,
repas , comme d'un Pere qui a douze
enfans ; de même que lorsque Jacob
mangeoit avec ses douze fils , on étoit
treize à table . Or ce ne sont que les choses
extraordinaires où il y a du prodige
et quelque idée de singularité , qui étonnent
et qui fassent craindre un accident
funeste.
Je m'imagine donc que celui qui a fait
le premier un pronostic du prétendu
danger pour un des treize qui se trouvent
à table , a moins pensé au nombre précis
de treize , qu'à ce que ce nombre là est
plus grand que celui qui est ordinaire
aux repas. Or dans un nombre considérable
de personnes , il se rencontre des infirmes
comme des robustes , des intemperans
, comme des sobres , des vieux
comme des jeunes : enfin des constitutions
differentes, soit de nature, soit par l'âge et
il ne se peut guere que dans cette diver
sité de gens , il n'y ait quelqu'un de ce
nombre qui dans l'année paye le tribut
de la mortalité . Car on peut dire qu'il en
est de la mort à peu près comme de la
Dixme de quelques Seigneurs. Elle prend ,
pour le dire ainsi , quelquefois le treiziéme
, d'autre fois le douzième , tantôt
le septième , et tantôt le dixième , quelquefois
même le quint. Ainsi il n'y a
E iiij point
2438 MERCURE DE FRANCE
point de nombre,quel qu'il soit, qui fasse
une exception. Si bien que la peine qu'on
se fait de se trouver 13. à table est une
erreur , une superstition et une foiblesse
très- populaire. Je suis Monsieur , & c.
La Lettre T. et Pépin , sont les mots
des deux Enigmes du Mercure d'Octobre
, on a dû expliquer les deux Logogryphes
par Orange et Barbeau.
ENIGM E.
Uvrage du sçavoir humain ,
Je reçois en mon sein
Celui de qui j'ai reçû l'être.
Je m'offre à son secours dès qu'il vient à paroître
Sur certain Elément
Je le change de place ,
Sans pour cela que je me lasse,
Je lui sers à chaque moment.
Contre l'effort de celui qui me porte ,
Une ligne me tient , son mouvement m'emporte :
On me quitte d'abord ,
Content d'être conduit au Port.
J. C. Fontaine , de Pontoise
AUTRE
NOVEMBRE. 1734. 2439
AUFR E.
G Rands et petis s'empressent de me voir ;
Je ne fais que tourner, même sans le vouloir .
On m'éleve toûjours au milieu de la nuë ,
Ce n'est que pour mieux être vûë ;
Car dans mon agitation ,
J'ai plus d'une occupation :
Je tiens les quatre coins du Monde ,
Je sers autant sur Terre que sur l'Onde .
Le Philosophe en me voyant
N'en sçait pas plus qu'un lourd Manant ♬
L'un et l'autre raisonne
Sur le lieu que me donne
Un Agent plus puissant que moy ,
Enfin du Temps je suis la Loy .
J. C. Fontaine , de Pontoise.
***********************
LOGOGRYPHE.
DEquatre pieds förmé , je suis par ma Nature
Symbole de legereté,
Quoique j'aye la tête dure
Et dont chaque Mortel a toujours redouté
La haute chevelure.
Jadis de curiosité
Un fier Chasseur guni , reçut mon encolure ,
Er bientôt métamorphosé
Ev
2440 MERCURE DE FRANCE
De mon pareil cut la figure ,
Et comme moi se vit forcé
De servir de pâture.
Voilà comme on se plaît à me voir maltraité ,
On cherche à me donner bien de la tablature.
Le plaisir est goûté
Par les maux que j'endure .
Ce n'est pas tout ; de mon nom renversé
Je forme ce qui fait la plus forte structure
Et par l'Art rafiné ,
Je suis matiere dure ,
Dont le Forçat est garotté
Et fermé dans demeure sûre.
Vous trouverez encor un son bien usité ,,
Et qui dans le Chant fait mesure.
C'est-là toute ma qualité.
J. C. Fontaine , de Pontoise.-
AUTR E.
E donne bien souvent , Lecteur , le coup
mortel
JE
Aux Etres les plus doux , sans m'échauffer la bile;
Ainsi , quoique je sois utile ,
Peut- être parois-je cruel.
Sept lettres de mon nom font toute la structure,
Un , deux , trois , quatre , cinq , six , sans com
binaison ,
En moi l'on voit la preuve sûre
Si. mon tout est utile ou non.
NOVEMBRE . 1734 244T
Un, trois, quatre, cinq , six , sept, l'appareil fatal,,
Dont se sert mainte fois ce fameux Tribunal
Qu'on refusa toujours en France.
1. 3. 4. 5. 6. je suis en conscience ,
Nécessaire en tout temps et sur tout en hyver
3. 2. 4. 5. 6. aussi dur que le fer.
4. 5. 6. 7. ce qu'est à sa Belle
Un Amant aimable et fidele.
7. 2. 3. 6. un supplice usité ,
7.3 . et 6. chemin fort fréquenté,
1. 2. 3. 6. ce qu'on amasse dans les rues
4. 2. 3 , un membre que les Gruës ,
Ont plus long que les Animaux
De l'Air , de la Terre ou des Eaux.
En 1. 2. 3. 4. je suis l'image
D'un impur , 4. 2. 7. qui me sent enrage :
Car il ne peut guérir sans se faire couper.
F. 7. 2. 4. 5. et 6. sans te tromper ,
Les gens qui sont dans l'indigence
Me font tourner fort rarement ;
7. 3. 4. 5. 6. diable emporte qui ment ,
Du miel j'ay chez moi l'abondance .
L'Abbé Poncy , d'Avignon
I vj NOW
2442 MERCURE DE FRANCE
į į į į į g s į į į į į į
NOUVELLES LITTERAIRES
DES BEAUX ARTS , &c.
RAITE DE LA NOBLESSE et de tou
ТTres les differentes especes . Nouvelle
Edition , augmentée des Traitez du Blazon
des Armoiries de France , de l'Ori
gine des Noms , Surnoms , et du Ban es
Arriereban. Par M. de la Roque. A
Rouen , chez Pierre le Boucher , et fore
Pere et Fils. 1734. in 4..
Ce Livre se trouve à Paris , Quay des
Augustins , chez Bauche , et chez d'Es
pilly , rue S. Jacques.
RECUEIL de diverses Pieces sur la Philosophie
, les Mathématiques , l'Histoire:
&c. Par M. Leibnitz , avec deux Lettres
où il est traité de la Philosophie et de la
Mission Chinoise , envoyées à M. Leibnitz
par le P. Bouvet , Jesuite à Pekin , publiées
avec des Remarques sur la Correction
de la Philosophie Scholastique , selon
les Principes de M. Leibnitz, par
Chrétien Kortholt. in 8. de 114. pages
sans la Préface , 1734. A Hambourg , et
se trouve à Paris , rue S. Jacques , chez
Briasson
NOVEMBRE. 1734 244
TRE'SOR des Medailles Suedoises - Gotiques
, recueillies par Henri Brenner, avec
des Explications. A Stockolm , chez Jean-
Laurent Horn , et à Paris chez le Breton ,
Quay des Augustins , à la Fortune , 173 L.
in 4. pp. 270. L'Ouvrage est en Latin.
L'ART de bien enseigner à lire , fondé
sur l'usage et sur les Principes des plus
sçavans Grammairiens , tant Anciens que
Modernes. Ce Traité servira aussi à regler
Le Chant. A Paris , chez Nyon Fils , Quay
des Augustins,à l'Occasion . M. DCC XXXIV.
Le nouveau Syllabaire , à l'usage des Ecoles
, se vend séparément.
EXPLICATION de la Prophetie d'Isaïe ,.
où selon la Methode des Saints Peres on
s'attache à découvrir les Mysteres de J
C. et les Regles des Moeurs , renfermées
dans la Lettre même de l'Ecriture. A
Paris , ehez François Babuty , rue Saint
Facques. 1734. in 12. 5. vol . auquel on en
a joint un sixième , contenant 1 ° . l'Explication
de 5. Chapitres du Deuterono
me , depuis le 29. jusqu'au 33. 2 °. La
Traduction de l'Explication , suivie dela
Prophetic d'Abacuc. 3 °. l'Explication.
de la Prophetie de Jonas . 4° . la Traduc
tion de quelques Versets du Chapitre 12.
de l'Ecclesiaste sur la Vieillesse.
ABREGE
2444 MERCURE DE FRANCE
ABREGE ' de l'Anatomie du Corps Humain
, où l'on donne une Description
courte et exacte des parties qui le composent
, avec leurs usages. Par M.....
Chirurgien Juré. A Paris , de l'Imprimerie
de P. G. le Mercier fils 1734. in 12. 2%
vol. tom. 1. pp. 272. tom. 2. pp . 380 .
HISTOIRE DES REVOLUTIONS D'ESPAGNE ,
depuis la Destruction de l'Empire des
Goths , jusqu'à l'entiere et parfaite réunion
des Royaumes de Castille et d'Arragonen
une seule Monarchie. Par le Pere Joseph
d'Orleans , de la Compagnie de Jesus
, et publiée par les Peres Rouillé et
Brumoy 1734. A Paris chez Rollin fils ,
trois vol. in 4. tom. 1. pp. 579. ton. 2.
pp. 644 tom. 3. pp . 655 .
RECUEIL DE DIVERS TRAITÉZ DE PIETE",
Tome premier , de l'Amour de Dieu. De
Amour de nous - mêmes , et de l'Amour
du Prochain . Autre Discours de l'Amour
du Prochain. De l'Amour des Ennemis.
De l'obligation d'annoncer l'Amour de
J. C. pour édifier nos freres. De l'Amour
des souffrances pour servir l'Eglise . De
Fobligation de souffrir pour achever ce
que J. C. a commencé. De l'Amour de
la Croix de J. C. Tome second où l'on
verra les principales Maximes de la Mo
3
rale
NOVEMBRE . 1734. 2445
rale Chrétienne excellemment établies-
Nouvelle Edition. A Paris , chez Jean-
Baptiste Delespine , et CharlesJean- Baptiste
Delespine , rue S. Jacques 1734. in 12. 20
volumes.
ENTRETIENS sur la cause de l'inclinaison
des Orbites des Planetes , où l'on répond à
a question proposée par l'AcadémieRoïale
des Sciences, pour le sujet du Prix des années
1732. et 1734. par M. Bouguér, de la
même Académie, et Hydrographe du Roi,
au Havre de Grace . A Paris , rue S. Jacques ,
chez Claude Jombert 173.4.
REFLEXIONS sur les défauts d'autrui ..
Par M. l'Abbé de Villiers , quatriéme Edirion
revûë et corrigée . Chez Jacques Col-
Lombat, rue S.Jacques 1734. in 12. 2. vol
LIVRES qui se trouvent chez Despilly ,
Libraire, rue S. Jacques , dans la Cour
de la Vieille Poste , à Paris : Sçavoir.
Les Loix Civiles , augmentées par
Mrs d'Hericourt et Boucheuret , Avocats
in-folio.
Mabillonii Prefationes in 4.
Lettre sur la Biere in 8.
20
Description de l'Entrée des Evêques
d'Orleans , et des cérémonies qui l'accom
pagnent
2445 MERCURE DE FRANCE
pagnent , avec des Remarques Historiques
, par M. Polluche , in 8.
Les Epitres et Evangiles , par Demandes
et Réponses , in 12. 2. vol...
Prieres pendant la Messe
2
, avec les Prieres
du matin
et du soir , et les Sen. timens
touchant
la Confession
et la Communion
, en forme de Prieres
, in 18. gros caractéres
. Et autres sur toutes sor- tes de matieres
.
Charles Osmont à l'Olivier , rue Saint
Jacques, imprime actuellement les Poësiës
de Mlle de Malcrais de la Vigne . Ce Livre
paroîtra les premiers jours du mois
prochain
ESSAIS DE THEODICE'E Sur la bonté de
Dieu , la Liberté de l'Homme et l'Origine
du Mal , par M. Leibnitz . Nouvelle
Edition , augmentée de l'Histoire , de
La Vie et des Ouvrages de l'Auteur , avec
des Réfléxions sur l'Ouvrage de M. Hubbe
, de la liberté , de la necessité et du
hazard , et un Discours Latin qui a pour
titre : Causa Dei asserta per justitiam ejus
1734, in 12. 2 vol . A Amsterdam , chez
François Changnions.
LA VIE DE PHILIPPE II. Roy d'Espa
gne
NOVEMBRE. 1734. 2447
gne,traduite de l'Italien de Gregorio Letti.
Amsterdam, chez P. Mortier 1734. 6 vol.
in 12.
RECUEIL DES MARBRES ANTIQUES , qui
se trouvent dans la Galerie de l'Electeur
de Saxe ,
à Dresde. A Leipsig , chez
Weldman 1733. in folio . C'est un Ouvra❤
ge magnifique , consistant en 220. grandes
Planches, très - bien gravées en Taille
douce .
DEUX TRAITEZ DES URINES , dans le
premier desquels on examine en general,
si par
la seule inspection des urines on
peut parvenir à connoître la nature des
Maladies , et le traitement qui leur con
vient ; et dans le second , quelles consé
quences on peut tirer en particulier des
divers changements qui arrivent aux
urines , soit en santé , soit en maladie.
Par H. J. Rega , Docteur et Professeur
en Medecine dans l'Université de Lous
vain. A Louvain de l'Imprimerie de
Martin Van- Overbeke 1733. vol . in 12.
Premier Traité pp. 46. Second pp. 132 .
L'Ouvrage est en Latin.
>
ACTA ERUDITORUM Anno M. D CC XXI.
publicata & c. 1. vol. 4. Lipsia & c. pag.
$47.
JA
2448 MERCURE DE FRANCE
JACOBI SAURINI Dissertationes &c.
Amstelodami 1. vol. 8. apud Henr. du
Sauzet 1720. C'est -à- dire , Dissertations
Historiques , Critiques , Theologiques et
Morales de Jacques Saurin , sur les principales
Histoires du Vieux et du Nouveau
Testament. Tom. I. et II. concernant le
Pentateuque , avec des Figures .
M. Saurin a entrepris dans ces deux
volumes d'éclaircir les principaux points
d'Histoire qui sont contenus dans les
cinq Livres de Moyse ; ce qui fait la matiere
de 70. Dissertations dont la
' premiere
concerne la Création du Monde.
La V. le Meurtre de Caïn . La XIII . Mel.
chisedec. La XVIII. la Destruction de
Sodôme. La XLI. la Benediction de Jacob
sur ses Fils. La XLVI. les Prodiges
des Magiciens. La LIII . le Veau d'or.
La LIV. le Tabernacle construit par
Moyse. La LXIII . le Serpent d'Airain .
Et la LXX . la mort de Moyse. Nous ne
faisons qu'indiquer ces Dissertations
lesquelles parmi ce grand nombre ont le
plus merit l'attention de nos Journa
listes . Ils rapportent de chacune un petit
Sommaire qui suffit pour en donner une
bonne idée aux Lecteurs capables d'en
juger. Cet Ouvrage a d'abord été écrit
en Anglois , sous le titre de Discours His
Doriques , Critiques &c.
NOVEMBRE. 1734. 2449
>
Ph. et
GEORGII Antonii Volckmanni
Med. Doct. & c. Silesia subterranea . 1. vol.
4. Lipsia 1720. La Silesie Souterraine
c. écrit enAllemand avee des Figures.
و
y
Chaque Pays a ses Richesses naturelles
et des Trésors de toute espece cachez
dans les entrailles de la terre . M. Volckman
, appliqué depuis l'âge de 15. ans à
l'Etude de la Nature nous présente
dans cet Ouvrage ce qu'il a découvert de
plus curieux , en tout genre de Fossiles
dans le sein de la Silesie sa Patrie , après
en avoir parcouru au moins sept fois
les plus hautes Montagnes , les Valées
les plus profondes , et pénetré les cavernes
les plus obscures , souvent au péril
de sa vie et toujours avec des frais considérables.
>
Il a partagé en deux Parties le fruit de
son travail. La premiere comprend plusieurs
Chapitres , dont le premier traite
des Pierres précieuses , le second des
Pierres ordinaires , comme le Marbre
le Plâtre , le Tuf , le Jais ou le Jayet
dont la Silesie abonde particulierement
&c. Le troisiéme des Pierres qui représentent
quelque chose d'étranger par
leurs configurations , ou sur lesquelles
on voit l'empreinte de quelque autre
corps , ce qui donne lieu à l'Auteur de
Bai2450
MERCURE DE FRANCE
raisonner en bon Philosophe et en Physicien
religieux , persuadé de l'universalité
du Deluge , dont ces productions
sont dit-il , un témoignage certain . Le
quatriéme Chapitre renferme les Arbres
et les autres végétaux avec leurs fleurs , et
leurs fruits qui ont été petrifiez , ce qu'il
rapporte encore aux effets d'un Deluge
universel , quoiqu'il ne nie pas que quelques-
unes de ces Métamorphoses n'ayent
pû arriver depuis , même de notre tems .
Entre un très - grand nombre de Plantes
petrifiées , découvertes et décrites par
notre Auteur, celle qui mérite , selon lui ,
le plus d'attention , est un Rameau entier
du Figuier d'Inde qui se trouve parfaitement
bien gravé dans son Livre ;
production entiere et si parfaitement petrifiée
qu'on pourroit , dit - il , penser
qu'elle a été apportée dans la Silesie de
quelqu'autre partie fort éloignée de la
Terre. On aura peut-être de la peine à
croire qu'on tire aussi du Corail des
mines de Silesie , ce que M. Volckman a
experimenté plus d'une fois , et ce qu'on
ne peut attribuer , selon lui , qu'à là même
cause du Deluge , qui a transporté
dans les terres cette Plante marine. Parmi
les fruits terrestres pétrifiez et trouvez
dans des Grottes de Silesie , on remarque
sur
NOVEMBRE . 1734 245 1
>
sur tout l'Orange qui a conservé toute
sa figure naturelle et qu'on ne peut
cesser d'admirer. Il n'est gueres moins
curieux d'y voir aussi des Pommes de Pin
et de Melese.
Les Parties pétrifiées de plusieurs Animauxqui
se trouvent dans le même Pays
font la matiere du V. Chapitre . On y
fait mention sur tout de certains ossements
d'une grandeur énorme qu'on croit
communément être des anciens Geants ,
mais que l'Auteur soutient être ceux des
Monstres Marins ou Aquatiques que les
Eaux du Deluge portérent sur laTerre &c.
et à cette occasion , il n'oublie pas les divers
coquillages répandus dans toute la
Silesie , dont l'espece vient constamment
de la Mer , et qui sont, dit- il , autant de
témoins ou de preuves de cette inondation
generale .
Dans la seconde Partie il traite en plusieurs
Chapitres des Métaux et des Mineraux
que produit la Silesie , ce Pays , selon
notre Auteur , abonde en Terre sigillée
de plusieurs especes , et on y trouve
aussi des Eaux chaudes et minerales dont
la nature et les vertus sont particulierement
décrites dans le Chapitre XIV . Le
Chapitre suivant est employé au Dénombrement
et à la Description des Urnes
sépul2452
MERCURE DE FRANCE
sépulcrales et autres Vases antiques de
cette espece , qui ont été trouvez en
grand nombre et qui appartiennent de
droit aux Richesses souterraines de la
Silesie.
DE POTU vini calidi Dissertatio , Authore
Johanne Baptista Davini Sereniss.
RAYNALDI. Mutina & c. Ducis , Medico.
Muting Typis Capponi 1. vol. 4. 1720.
c'est- à dire Dissertation sur l'usage du
vin chaud. Par Jean- Baptiste Davini
Premier Medecin du Duc de Modéne.
9
M. Davini persuadé que les Remedes
simples et domestiques sont souvent les
meilleurs , du moins qu'ils péchent rarement
contre la grande maxime d'Hypocrate
, Ne saltem noceas , se déclare dans
cette Dissertation pour l'usage du vin
chaud , capable , selon lui , de guérir
plusieurs sortes de malades, de quoi il rap
porte deux exemples mémorables choisis
entre plusieurs autres . Le premier d'un
Homme très distingué dans la Magistra--
ture qu'il nomme Simon Tamburin
quel étant tourmenté depuis long - tems
par de cruelles douleurs de ventricule et
d'intestins , qu'aucun remede ne pût jamais
appaiser , fut gueri presque subitement
par quelques Potions de vin
chaud, ensorte qu'en continuant cet usage
•
leil
NOVEMBRE 1734 2453
›
Havoit repris sa premiere santé à l'âge de
plus de 80. ans. L'autre exemple regarde
'Illustrissime et Reverendissime Etienne
Folien , ci - devant Archiprêtre de Carpi,
actuellement Evêque de Modéne , lequel
étant attaqué d'un Asthme convulsif
dès son enfance , ne pouvoit plus à l'âge
de soixante ans coucher dans un lit
tant la difficulté de respirer s'étoit augmentée
, ensorte qu'il ne faisoit plus que
languir , s'attendant enfin de mourir de
pure consomption ou de ptisie. Cependant
M. Davini appellé lui conseilla de tenter
l'usage du vin chaud dans ses repas ,
ce qui ne manqua pas de réussir de ma
niere qu'après un soulagement très- considérable
, le Malade ayant été nommé à
l'Evêché de Modéne , entreprit le voyage
de Rome qu'il exécuta heureusement en
plein Hyver , et que de retour il se trou
va en état de remplir toutes les fonctions
Episcopales. Nous obmettons plusieurs
raisonnemens Physiques de l'Auteur sur
l'usage et les opérations du vin chaud ;
il finit sa Dissertation en parlant du re
gime qu'il faut observer , de la qualité
du vin dont il faut se servir , et de plusieurs
autres choses qui ne sont pas indifferentes
pour rendre le remede plus
certain et plus efficace .
Doc2454
MERCURE DE FRANCE
DOCTRINA SORTIS , seu Methodus computandi
probabilitatem Eventuum in ludis.
Autore Abrahamo de Moivre R. S. S.
Londini sumptibus Autoris . 1. vol. 4. 1718 .
c'est-à- dire , La Science du Sort , on Méshode
de compter dans le Jeu la Probabilité
des Evenements . Par Abrah. de Moivre
de la Societé Royale des Sciences & c. écrit
en Anglois.
Ceux qui connoissent l'Essai d'Analyse
de M. Raymond de Montmort , appli
quée auxEvenements des Jeux de hazard,
qui parut à Paris en 1708. sçavent qu'à
Poccasion de ce Livre, François Robartes
publia peu de tems après en Angleterre
des Problêmes sur le même sujet . Ils
étoient addressez à M.de Moivre ; celui - ci
s'appliqua à les résoudre et ajouta à leur
résolution la Méthode qui compose la
principale partie du Livre dont il s'agit
ici. Les Personnes qui avec le loisir convenable
, ont du gout pour la Science
fatigante et aride des Nombres , et qui.
par les nombres et leurs combinaisons
mystérieuses se Aattent de parvenir à la
découverte de certaines veritez Physiques,
trouveront certainement de quoi se contenter
dans ce Livre
ANTIQUITATES Selecta Septentrionales et
Celtica & c. Autore Joh. Georgio Keyslero
NOVEMBRE. 1734. 2455
lero , Societ. Regia Londin. Socio. I. vol.
8. Hannovera 1720. cum Fig.c'est- à- dire,
Choix d'Antiquitez Septentrionales et Celtiques.
ParJean George Keysler , Membre
de la Societé Royale de Londres & c. aver
des Figures.
Ce Livre contient six Dissertations
dans lesquelles on éclaircit plusieurs Endroits
des Conciles et des Capitulaires
on y
>
discute aussi les Dogmes de la Théologie
des Celtes et des Peuples du Septentrion
, sans oublier les Coutûmes et les
Rites de nos Anciens à l'égard des Idoles
, des Autels , des Temples , des Ora
cles , des Bois sacrez , des Prêtres , des
Elections des Rois , des Assemblées generales
, des Tombeaux et autres Antiquitez
Funebres. Toutes ces choses sont appuyées
de preuves authentiques et illustrées
par des Monuments dont quelquesuns
ont déja paru , et les autres paroissent
ici pour la premiere fois. T
La seconde de ces Dissertations roule
sur la Déesse Nehalennia , Divinité Topique
des anciens Valachres , Numine
veterum Walachrorum topico. Elle avoit
déja été publiée à Zell.en 1717. Le Pere
de Montfaucon , disent nos Journalistes .
a fait mention de cette Dissertation dans
les Additions de son deuxième volume
F des
2456 MERCURE DE FRANCE
des Antiquitez &c. mais de maniere que
par l'Inscription tronquée qu'il rapporte,
il est aisé de voir qu'il ne l'a pas lû. Le
Lecteur y trouvera toutes les Inscriptions
qui regardent cette Déesse du Pays
dont les unes n'avoient jamais paru , et
les autres n'avoient pas été expliquées à .
cause de leur obscurité. L'Auteur dans
ce petit ouvrage s'est particulierement
appliqué à discuter la créance dogmata
des anciens Peuples Septentrionaux suṛ
des Nymphes et les autres Dieux ou Demons
Aquatiques , et à prouver enfin
que Nehalennia n'est autre chose que
Neham particulierement adorée dans un
Lieu nommé Halle. Nous n'obmettrons
pas ce que nos Journalistes n'oublient
jamais en pareille occasion ; sçavoir, que
M. Keisler sur la fin de sa Dissertation
fait quelques Remarques sur la pieuse
Fraude,pia fraude, ou l'ignorance des Catholiques
qui ont entrepris d'expliquer
les Inscriptions des Anciens. Reste à sçavoir
si on en croira l'Auteur sur sa paro➡
le. La République des Lettres seroit bien
malheureuse , sur tout la Partie qui regarde
l'Antiquariat , s'il n'y avoit que
des Protestans qui pussent donner la veritable
intelligence de ces Inscriptions,
On trouve à la fin de la Dissertation le
•
Pros
NOVEMBRE. 1734. 2457
Prospectus d'un Ouvrage que le même
Auteur promet sous le titre de Germania
Gentilis , sive de Diis veterum Celtarum
Gentiumque Septentrionalium , nominibus
Deorum hactenus incognitorum.
A l'occasion de ce qui est dit ci - dessus
du P. de Montfaucon , que nos Journaliste
, après M. Keysler , croyent n'avoir
pas lû la Dissertation de ce dernier sur la
Deèsse Nehalennia , fondez sur la prétenduë
Inscription mal rapportée par ce
Sçavant Benedictin ; à cette occasion ,
dis je , qu'il nous soit permis en faveur
de la verité de déclarer ici deux ou trois
choses qui nous sont parfaitement connues.
La premiere , que le P. de Montfaucon
a vû et examiné la Dissertation
de M. Keisler sur la Divinité en question,
imprimée à Zell en 1717. et que c'est
dans le Cabinet de ce Pere que nous l'avons
vu pour la premiere fois.
En second lieu,il n'est pas moins constant
qu'en rapportant Inscription dont
il s'agit ici , il a fidelement copié son
original , qui est Wrée dans son Histoire
des Comtes de Flandres. Il est vrai qu'en
produisant la même Inscription › selon
M. Keysler , qui ne s'accorde pas luimême
avec Wrée , on voit dans l'impression
du P. de Montfaucon le caractére
Fij
3.
2458 MERCURE DE FRANCE
3. un peu défectueux , la queuë d'en bas
n'étant pas assez allongée pour représenter
aussi la Lettre L comme cela est dans
'Inscription ..Mais le Graveur a bien reparé
cette défectuosité dans la Page sui
vante , en formant cette double Lettre
telle qu'elle doit être , et telle qu'on là
trouve au bas de la Figure de la Déesse
Nehalennia. On diroit,au reste, par l'expression
des Journalistes ita ut ex mutila
quam refert Inscriptione & c. qu'on a tronqué
, mutilé quelque chose de considérable
de quoi s'agit- il ? d'une Inscription
qui ne contient précisément que
deux mots , et dans ces deux mots de la
queue d'une Lettre.
,
Il nous reste à dire à cette occasion
qu'aux sept Figures differentes de cette
Déesse données par le P. de Montfaucon
avec leurs Inscriptions , il en a ajouté
une huitième qui n'est pas la moins cu
rieuse tirée d'une Mosaïque trouvée
auprès de Nîmes dans une Maison de
Campagne de M. Graverol , Sçavant
Antiquaire. Cet habile Homme , après
avoir fait exactement dessiner et graver
çe Monument , composa là - dessus une
Dissertation qu'il adresse à M. Ciampini,
Romain, et l'ayant fait imprimer depuis
Toulouze avec la gravûre , il voulut
bien
NOVEMBRE 1734. 2459
bien nous en faire part. C'est peut- êtrè
le seul Exemplaire qui restoit de cette
Piece fugitive , lorsque la Publication
du grand Projet du R. P. de Montfaucon
paruë , et nous engagea à la lui mettre
entre les mains . Les Curieux verront
Pusage qu'il en a fait dans la deuxième
Partie du second tome, page 444.
こLe Gui des Druides fait la matiere de
la III. Dissertation ; elle est adressée à
Jacques Douglas , sçavant Medecin de
Londres ; on y trouve les differents noms
que donnoient les Druides à cette production
et toutes leurs superstitions à cet
égard On y traite aussi par occasion du
Baptême des anciens Germains avant la
naissance du Christianisme et de quelques
Chesnes célebres de la Basse Saxe.
Nous voudrions bien pouvoir suivre
l'Auteur dans sa cinquiéme Dissertation
intitulée de Mulieribus Fatidicis veterum
Celtarum Gentiumque Septentrionalium.
Mais cela nous meneroit trop loin . Nous
nous contenterons de remarquer avec,
nos Journalistes qu'on y explique près
de 70 Inscriptions , dont la plûpart
n'avoient point encore paru , et qu'on y
traite sous differents titres de Matribus
et Matronis , Mair , Druidibus foeminis ,
Volis , Genis , Samnitis , Alirunis , Velle--
F iij
da
1
2460 MERCURE DE FRANCE
le
da , Aurinia , Ganna , Jetha , sifa¸Thrudur,
et de tout ce qui est resté du Paganisme
sur cette matiere parmi les Chrêtiens.
Les Fables qui concernent les Sorcieres
, les charmes par lleess yyeeuuxx , l'excię
tation des Tempêtes , les Loups garoux ,
la vertu magique de certaines herbes
Demon du midy , les Spectres , les Oracles
&c. tout cela est agréablement discuté
et accompagné d'une critique sensée . On
trouve de tems en tems quelques curieusesObservations
que l'occasion fait naîtres
celle , par exemple , qui regarde l'éloge
qu'on trouve dans certaines Inscriptions
de la Maison Divine , Domus Divina , et
l'aveugle ambition des Empereurs Romains
qui souffroient ces titres. Une autre
sur la coutume des Payens de pendre
aux Statues des Dieux la figure des membres
qui se trouvoient affligés de quelque
maladie. Coutûme , qui , selon l'Auteur
, a été en quelque façon imitée par
les Chrêtiens .
Il faut convenir que M. Keysler a épuisé
son sujet et qu'il l'a traité habilement.
Cette Dissertation peut dédommager la
Republique des Lettres du Traité assez.
mal digeré que nous avons de Druidibus
et de Fatuis Foeminis , de Janus Cæcilius
Frey , Auteur crédule et peu versé dans
la
NOVEMBRE 1734. 2461
La Critique , comme on l'a déja remarquê
dans le Mercure de Juin, pag. 347.
Noere Auteur acheve de remplir son
Plan en parlant des choses suivantes, qu'il
est difficile de faire bien entendre dans
notre langue. De somniis vetularum , do
Dusiis et concubitu dæmonum cum Mulieribus
, de Litteris Runicis , et incantationibus
veterum septentrionalium , de Bructerorum
, Finonum , et Marsorum denominationibus.
De Jure Cunnagii et Marcheta, On
cite à la page 3 80. de cetteDissertation un
Manuscrit intitulé Antiquitates Gallia
dont on fait Auteur Dagerath ; les Journalistes
croyent devoir avertir que cet
Ouvrage est de Gudius , et que l'illustre
Jean - GeorgeEccard qui l'a communiqué
à M. Keysler, en conserve l'original dans
sa Bibliothèque.
A la fin des VI . Dissertations on trou
ve la Description d'une Urne sépulcrale
déterrée au mois de Septembre 1719. dans
un champ aux environs de Neilingen dans
F'ancienne Marche , dont on voit aussi la
figure gravée- Cette Urne est de plusieurs
piéces , et contient divers petits vases et
d'autres curiositez , partie d'argent , partie
de bronze , qui au sentiment de l'Anteur
ont servi d'ornement aux chevaux.
Tout l'ouvrage est fondu , orné de quan
Fiiij
tité
3462 MERCURE DE FRANCE
tité de figures et du poids de six livres de
Brunswik.
Jo. GEORGII ECCARDI Epistola de Numis
quibusdam sub regimine Theoderici
Ostrogothorum Regis in honorem Imperatorum
Zenonis et Anastasii cusis ad maxime
R. D. Anselmum Bandurum M. B. & Cà
Hanovera 1720. 4. cum tab. an. c'està-
dire , Lettre de Jean - George Eccard au
R. P. Anselme Banduri , Benedictin & c.
sur quelques Medailles frappées en l'honneur
des Empereurs Zenon et Anastase.
sous le Regne de Theodoric Roy des
Ostrogoths.
>
*
Sous le nom modeste d'une Lettre
M. Eccard dont nous avons déja faic
remarquer l'érudition ailleurs nous
donne une Dissertation fort travaillée
et très-curieuse sur trois Medailles du bas
Empire , dont la singularité et la rareté
doivent réveiller l'attention des Antiquaires.
Notre Sçavant Anglois les produit
ici , principalement pour augmenter le
Trésor des Medailles du bas Empire recueilli
avec beaucoup de soin par le R.
P. Banduri , Benedictin , à qui il adre se
sa Dissertation.
. Ces Medailles sont singulieres par trois
* Medaille d'Atila , donnée et expliquée par
M. Eccard.
en
NOVEMBRE . 1734. 2463
endroits. 1 ° . En ce que les Legendes
qu'on y trouve tant du côté de la Tête
que sur le Revers sont en Lettres barbares
et inusitées dans les Medailles des Empereurs
, même dans celles du plus bas
âge ; ces Lettres participent des caracté
res Grecs et des caractéres Latins , et demandent
une sagacité particuliere pour
les déchiffrer. 2 °. La Fabrique en est de
même toute Barbare et d'un gout aussi
dépravé que celui des caractéres. 3 *, Par
les symboles qu'on y trouve , nous pouvons
ajouter une autre singularité qui
renferme en soi les trois autres , si elle
est une fois bien prouvée ; sçavoir , que
ces Medailles ont été frappées sous le
Regne , dans les Etats et par l'ordre de
Theodoric Roy des Ostrogoths : c'est le
sentiment de M.Eccard , qu'il appuye par
des passages choisis de divers Auteurs ,
et par des raisons qui sont plus que vrai
semblables. Il y a plaisir à l'entendre discourir
sur cette matiere , et à le suivre
dans l'explication naturelle et bien autorisée
qu'il donne , tant des Legendes que
des figures qui paroissent sur ces Medail
les . Elles sont toutes trois d'or , la prez
miere de la grandeur ordinaire et les deux
autres de la grandeur des Quinaires : les
deux premieres sont du Cabinet de l'Ab
F v .be
2464 MERCURE DE FRANCE
bé Gerhard , et la troisiéme de celui du
R. P. Callenberg.
,
Notre Antiquaire a aussi fait graver
dans la même Dissertation la figure d'une
Cuillier , qui fut autrefois trouvée à
Novogrod dans le Tombeau d'HELENE
Premiere Princesse Chrétienne de la Nation
Moscovite sur laquelle il y a des
caractéres gravez , lesquels ont assez de
rapport à ceux des trois Medailles Gothiques
, ce qui sert à fortifier les preuves
de M. Eccard , qui ne doute point que
les mêmes Lettres n'ayent passé des
Goths ou des Ostrogoths aux Russiens.
Cette Cuillier est d'argent,d'une figure
assez singuliere , ornée au bout du manche
d'une perle de prix et dorée sur tous
ses bords. Ces mots aussi étranges en apparence
que les Lettres qui les composent
sont gravez en dedans autour de la Cuillier.
Woima Otzai sina 1 Swetago Ducha,
Amin : c'est-à-dire , selon l'Auteur de la
Dissertation. In nomine Patris et Filii et
Spiritus Sancti. Amen . Dans la largeur du
creux on lit ce seul mot , en pareilles.
Lettres. ELENA, qui est le nom de la Princesse
, à qui elle a servi pour recevoir la
SteEucharistie dans le tems que l'usage de
la donner de cette maniere étoit établi .
* Abbatis Luccensis Gerhardi et R. P. Callenbergii
S. J. Monasterii.
NOVEMBRE . 1734. 2465
M. Eccard nous apprend que cette
Picce trouvée , comme nous l'avons dit
après lui , dans le Tombeau de cette Princesse
, étant enfin tombée entre les mains
d'un Seigneur Allemand , qui étoit Officier
General dans les Armées du Czar ,
il trouva dans la courtoisie de ce Seigneur
le moyen de la voir , de l'examiner et de
la faire dessiner pour en régaler le Public,
Nos Sçavans de Lipsic l'ont aussi fait
graver avec les trois Medailles en quesrion
dans leur Journal du mois d'Août
1721. page 352 .
THE HISTORY and Antiquities of the
University of Cambridge & c. c'est - à- dire
Histoire et les Antiquitez de l'Université
de Cambridge I. vol. 8 ° . A Londres, che
Batemann , Nicks et Boreham 1721.
Nous avons d'abord été surpris à la
lecture de ce Titre de voir annoncer
'Histoire d'une ancienne et célebre Université
, écrite autrement qu'en Langue
Latine à quelle appartiennent de
droit et par préference tous les Ouvrages
de cette espece : Mais la surprise cesse
quand on apprend de nos Journalistes
que ce n'est ici que la Traduction Angloise
de deux petits Traitez Latins publiez
à la suite de deux Ouvrages plus
considérables par M. Hearne , l'un ets
F vj L'an
2456 MERCURE DE FRANCE
l'année 1716. l'autre en 1720. Le premier,
dont l'Auteur est Richard Parker
intitulé . Description desColleges de l'Université
de Cambridge , et le second composé
par Nicolas Cantelou , porte pour
titre , de l'Antiquité et de l'origine de
l'Université de C.
*
M. Hearne a joint quelque chose du
sien à ces deux Traitez , et le tout ensemble
forme un petit corps d'Histoire qui
pourra servir , en attendant qu'il se forme
une entreprise plus considérable en
faveur de cette Université. M. Hearne
seroit lui- même très - capable de l'entreprendre
, étant tout ensemble , et bon
Historien et bon Antiquaire. Nous avons
en France un modéle à suivre dans ce
genre de composition . C'est Cesar Egasse
du Boulay qui en l'année 1665.a donné
au Public l'Histoire de l'Université de
Paris en 6. vol. in-folio . l'Auteur de la
Dissertation Historique sur l'ancienne
Académie de Marseille imprimée en 1727 .
l'appelle Bouillaud , quoique son nom du
Bulay soit connu de tout le monde et
qu'il soit aussi imprimé à la fin de l'Epître
* Cantalupus , ordine Carmelita &c. Diem
suum obiit A. 1441 ,
* Cesar Egasse du Boulay , Ancien Recteur de
PUniversité , mort en 1700.
Dédi
NOVEMBRE . 1734. 2464
·
Dédicatoire Latine adressée au feu Roy
Louis XIV. Le même Auteur est tombé
dans une autre méprise , en faisant deux
personnes differentes d'un seul Ecrivain ,
tel qu'est Ubbo Emmins qui a fait quel
ques Traitez sur l'ancienne Grece &c.
MEDICINA FLAGELLATA . Londini, apud ·
J. Batemann et J. Nicks 1721. 8 .
Voici encore un Livre Anglois , dont
le titre rendu en Latin par nos Journalistes
paroîtra peut-être un peu singulier.
La Medecine Flagellée est , si nous en
croyons l'Auteur, un fruit de son amour
pour le Genre Humain. Il prétend dans
ce Traité instruire les Hommes non- seulement
des moyens de prolonger la vie
et de prévenir les maladies , mais encore
les avertir qu'ils doivent s'abstenir de
tous les remedes frauduleux et suspects ,
son intention est d'abolir ce qu'il appelle
les abus de la Pratique Medecinale d'aujourd'hui
, et de rétablir la simplicité de
l'ancienne , sur quoi il fait diverses observations.
Les Apoticaires dont la piûpart
, dit- il , ignorent la Langue Latine
et l'efficace des remedes , sont ici repris
avec beaucoup de chaleur , on les accuse
de vendre des Medicaments trop longtems
gardez , et qui n'ont plus aucune
vertu , de préparer fort mal ceux qui
sont
2458 MERCURE DE FRANCE
ble
sont d'une bonne qualité, d'en augmenter
de beaucoup le prix ; en un mot, se mêler
d'une Pratique qu'ils ne sçavent pas
assez. Il reprend les Medecins avec la
même liberté , du moins ceux qui s'entendent
, dit- il , avec les Apoticaires
et qui abusent du nom et de la profession
de Medecin . Après ces reproches , suit
une Instruction generale , en faveur principalement
des jeunes Etudiants Anglois,
sur la bonne maniere d'étudier et d'apprendre
la Medecine. Il leur conseille
sur tout de prendre un tems convenapour
voyager , et de parcourir à cette
intention la France , l'Italie , la Suisse
Allemagne, de conférer avec les plus habiles
Professeurs , et de ne pas négliger
les Antiquitez qui se présenteront . On
doit convenir que cet Auteur a les meil
leures intentions du monde , mais il faut
aussi avouer qu'il a quelquefois des
idées singulieres . Entre les remedes qu'on
employe , et qu'il juge n'avoir aucune
vertu il compte le bezoard , les perles ,
l'or , l'or potable et fulminant , les Pilules
argento obductas ,les Pierres précieuses,
la Salsepareille , la Mumie , les Parties
molles des Animaux,la poudre de Vipere,
Je Crane humain , les nids d'Hirondelle
la peau de Serpent &c. Il finit en faisang
,
remaNOVEMBRE
. 1734 2469
remarquer certaines erreurs , dans lesquelles
il prétend que sont tombez quel
ques Medecins de son Pays , en écrivant
sur la Peste.
QUESTION.
Nous sommes priez de proposer aux
Experts cette Question de Medecine , et
de les inviter à répondre par la même
voye.
,
Un Aliment moins bon pris avec délice
est- il aussi profitable à la santé qu'un Aliment
beaucoup meilleur, mais que l'Estomach
me reçoit qu'avec repugnance ?
Nous avons reçû un peu tard la Copie
d'une Lettre écrite de Florence par
M. Antoine- François Gori , Auteur du
grand Ouvrage intitulé Museum Florentinum
. Voici la Traduction de cette Lettre
qui est adressée à un Seigneur Italien.
» Je vous envoye le Plan du III. Tome
» de mon Ouvrage sur le Cabinet du
» G. Duc de Florence , auquel je travaille
» actuellement , et que je sçai être atten
» du du Public avec empressement . J'es
pere de publier l'année prochaine la
seconde Partie des Inscriptions des
>> Villes de Toscane , accompagnée des
Tables et Indices necessaires & c.
n Je
2470 MERCURE DE FRANCE
Je prépare encore avec toute l'appli
cation dont je suis capable un Ouvrage
» considérable sur les Sepulcres de nos
> anciens Toscans , avec un grand nom-.
» bre d'Inscriptions Etrusques , Monu-
» mens que je ferai graver et qui contiendront
au moins cent Planches.
» Comme je veux faire imprimer ce
Livre à mes dépens , j'ai besoin d'un
» Mecéne , qui veuille bien proteger effi-
» cacement l'Ouvrage , et aussi de Sous-
» cripteurs , qui m'aident à en soutenie
» la dépense . Je puis dire par avance que
» cet Ouvrage doit être regardé comme
» la suite et comme unSupplement néces-
» saire à celui de Dempster.
"Notre Ville a perdu avec tout le
Monde Litteraire , un Homme rare , et
un grand Maître dans toutes les matie-
» res d'Antiquité ; sçavoir , M. le Sena-
» teur Buonarotti qui est décedé le 8 Novembre
1733 .
Four ce qui est des Portraits des Pein :
tres Illustres , j'ai dessein de faire gra-
» ver sur la même Planche un petit Eloge
» de chacun d'eux , qui marquera le
tems auquel ila vêcu , celui de sa mort,
» de quelle Ecole il étoit, et en quel genre
il a excellé, Comme je ne puis pas m'étendre
là - dessus , il faut que je dise
⚫ beaucoup en peu de paroles.
NOVEMBRE. 1734. 247
» J'ai déja XXIV. Planches gravées
» pour les Monumens Etrusques.
ALEXANDRI Xaverii Panelii è Societate
Jesu, Presbyteri de Cistophoris. Brochure
-in 4º . de 117. pp. A Lyon , et se trouve
Paris , chez H. L. Guerin , Libraire , rue
S. Facques.
Il y a beaucoup de recherches et de
détail dans ce curieux Ouvrage , ce qui
nous empêche d'en entreprendre un Extrait
, qui nous jetteroit , sans doute , audelà
de nos bornes. Mais nous nous fai
sons un devoir d'annoncer aux Sçavans
un autre Ouvrage du même Auteur , et
d'une grande importance dans le Genre
Antique. Voici comment il parle luimême
de cet Ouvrage sur la fin de sa
Dissertation des Cistophores.
In eo Numismata quacumque vetera ;
Graca, Egyptiaca , Latina , cujuslibet meduli
ac metalli, Regum , Virorum Illustrium,
Populorum, ac Urbium, Gentium , seu Familiarum
Romanarum et Imperatorum , Casarum
, &c. accuratè et singulatim descripta
notis ad Historiam , Chronologiam , Geogra
phiam , & c. spectantibus illustrata, sub proprio
possessaris nomine appellata , reperire
erit. Opus immensum sanè
ita pridem à Cl. Morellio et in suo Ret
›
♪
tentatum non
num2472
MERCURE DE FRANCE
nummaria specimine jam delibatum , ab eru»
dita Antiquitatis cultoribus diù expectatum ,
exequendum tandem molimur nos , eruditione
licet Cl. Morellio impares , animo tamen et
Constantia non inferiores. Itaque rogatos
etiam atque etiam volumus eos omnes qui
Antiquitatis studio tenentur , et nummariam
supellectilem habent , omnium suorum veterum
, et indubitata fidei nummorum indices
perquam accuratos ad me Massiliam aut
Lugdunum transmittant , ita tamen ut quod
in nummorum inscriptionibus temporum inju
riâ , aliove casu detritum fuerit , non suppleatur
, sed interpositis asteriscis indicetur s
quid in nummorum area , in ima parte ,
lateribus observandum occurret , observeturs
designentur etiam quo habitu ,
• qua veste
qua parte conversa
fuerint
figura , ita et modulus
, et metallum
cujuslibet
numismatis
. Et quoniam
omnes et singulos
Regum
, Viro- rum Illustrium
, Populorum
ac Urbium
,
Gentium
Romanarum
nummi
, et quotquot
etiam sunt Imperatorum
maximi
moduls
, et in Coloniis
, Municipiisque
signati
ari in cidi curaturi
sumus,si quis hujuscemodi
mum mos nondum
vulgatos
, ant à vulgatis
ali- quatenus
dissimiles
penes se habeat , rogamus quoque
ut delineatos
illos , aut ichthycolla
expressos
nobiscum
communicare
velit. Quit quid autem nobis communicandum
censebitur
,
alia
NOVEMBRE. 1734. 2473
alia quàm Tabellarii publici viâ communi
cum per vita institutum pecuniarių
Sumptus nobis non liceant.
Cetur >
Le R- P. Panel n'ignore pas,sans doute
que le grand Ouvrage projetté et commencé
par André Morel , a éte entrepris
et executé par M. Havercamp , et que
Westein et Smith l'ont publié cette année
1734. à Amsterdam , en 2. vol. fol. dont
le premier contient 184 Planches avec
des Nôtes de l'Editeur &c. Il y a un bel
Extrait de cet Ouvrage , qui se trouve
aussi à Paris chez Cavelier , dans le Jour
nal des Sçavans du mois de Septembre
dernier.
LES OEUVRES DE SALVIEN
Prêtre de Marseille , contenant ses Lettres
, et ses Traitez sur l'Esprit d'Interêt
et sur la Providence , avec des Notes.
Traduites en François , par le_Reverend
Pere *** , de la Compagnie de
Jesus. A Paris , chez Jean- Baptiste Delespine
, Imprimeur - Libraire du Roy
rue S. Jacques , 1735 .
Jacques Colombat Libraire et Imprimeur
à Paris , rue S. Jacques , a publié
depuis peu une quatriéme Edition des
Re
1474 MERCURE DE FRANCE
Réflexions sur les Deffauts d'Autrui. Par feu
M. l'Abbé de Villiers 2. vol. 12. 173 4:
Charles - Jean - Baptiste Delespine le
fils , Libraire rue S. Jacques , a aussi publié
les Memoires du Chevalier d' Arvieux ,
Envoyé Extraordinaire du Roy à la Porte
Consul d'Alep & c. contenant ses Voyages à
Constantinople , dans l'Asie , la Syrie & c.
recueillis de ses Memoires Originaux et mis
en ordre avec des Réflexions par le R. P.
Jean- Baptiste Labat , de l'Ordre des Freres
Précheurs , VI . vol. 12. 1735.
L'Académie Royale des Inscriptions
et Belles Lettres , recommença ses Séances
le Vendredy 12 de ce mois , par une
Assemblée publique suivant la coutume.
M. le Cardinal de Polignac y présida ,
la Séance fut ouverte par la Lecture que
fit M. l'Abbé Sallier , d'une Dissertation
du R. P. de Montfaucon sur les Armes
des anciens Gaulois et des Nations voi- .
sines. Ce Pere avoit apporté plusieurs de
ces Armes tirées de son Cabinet qui furent
montrées à l'Assemblée.
M. Hardion lût ensuite une troisième
Dissertation sur l'Origine et les Progrès
de la Rhetorique chez les Grecs , dans
la-
A
2 NOVEMBRE
. 1734. 2475
laquelle il établit les principes de l'harmonie
des Vers, et de la Prose , et les appuya
sur des exemples tirez de Poëtes
François. La Séance fut terminée par une
Dissertation Critique que lût M. Fourmont
l'aîné , sur l'Epoque de la Ponctuation
du Texte Hebreu des Livres sacrez
et de la Mazore , Epoque enfin determinée
par un excellent Manuscrit de la
Bibliothéque du Roy.
Le Samedy 13 Novembre , l'Académie
Royale des Sciences , tint son Assemblée
publique, à laquelle M. l'Abbé
Bignon présida. M. de Fontenelle ouvrit
la Séance par l'Eloge de M. de Lagni ,
Pensionaire Géometre vétéran mort
dans le dernier semestre.
>
M.Cassini lut ensuite un Memoire, dans
-lequel il rendit compte des observations
et opérations qu'il a faites cette année
par ordre du Roy , pour décrire sur la
surface de la terre une ligne perpendiculaire
sur la Meridiene de l'Observatoire
Royal de Paris ; cette ligne perpendiculaire
fut décrite l'année derniere par
M. Cassini depuis Paris jusqu'à S. Malo ,
extrémité Orientale du Royaume ; et
cette année , elle vient d'être prolongée
depuis Paris jusqu'au Rhin près de
Stras
2476 MERCURE DE FRANCE
Strasbourg extrémité Occidentale.
M. Geofroi lut après cela un Memoire
de Chimie , sur l'Emetique et le Kermés.
M. Godin finit la Séance par la lecture
d'un Memoire d'Astronomie qui regarde
la Théorie des Planetes , et particulierement
celle de leurs noeuds , en conséquence
de la mutabilité de l'Ecliptique ;
M. Godin fait voir que ce Cercle se meut
effectivement sur les points des Equinoles
noeuds des Planetes sont
xes , et que
immobiles.
Nous donnerons des Extraits de tous ces
Memoires.
OUVERTURE du College Royal.
Les Professeurs du College Royal de
France , fondé à Paris par le Roy François
I. le Pere et le Restaurateur des
Lettres, reprirent leurs Exercices et commencérent
leur année Académique le
Lundir5.Nov.Voici les noms des Sçavans
Hommes , qui remplissent actuellement
les Chaires de ce fameux College , sous
l'inspection de M. Lancelot , de l'Acadé
mie Royale des Inscriptions et Belles-
Lettres , Censeur Royal des Livres.
Pour la Langue Hebraïque.
Mrs Sallier et Henry.
Pour
NOVEMBRE. 1734. 2477
Pour la Langue Grecque.
Mrs Capperonnier et Vatry.
Pour les Mathématiques.
Mrs Chevallier et Privat de Molieres,
Pour la Philosophie.
Mrs Terrasson et Privat de Molieres,
Pour l'Eloquence Latine.
Mrs Rollin er Souchay .
,
Pour la Medecine la Chirurgie , la
Pharmacie et la Botanique .
Mrs Andri , Burette , Astruc et du Bois.
Pour la Langue Arabe.
Mrs de Fiennes , Secretaire , Interprete
ordinaire du Roy pour les Langues
Orientales , et Fourmont.
Pour le Droit Canon .
Mrs Cappon et le Merre.
Pour la Langue Syriaque:
Mr l'Abbé Fourmont.
M. Frigot , dont on a parlé plus d'une
fois dans ce Journal , nous écrit du's . de
ce mois , d'auprès de Montebourg , dans
la Basse - Normandie ce qui suit .
Voici une nouvelle toute nouvelle et qui
allarme tout ce petit Canton . La nuit der
nierę
478 MERCURE DE FRANCE
niere , vers les quatre heures du matin ,
on a été reveillé par une violente secousse
de tremblement de Terre , qui a duré
environ une minute . Pour moi , je ne
m'en suis presque pas apperçu , étant alors
enseveli dans le sommeil ; il est vrai que
je ne sçai à quelle heure j'ai été éveillé
par un bruit sourd , que j'ai pris pour un
coup de Tonnerre éloigné , et je me suis
rendormi sur le champ. En cas que ce
tremblement de Terre , qui a été trèsréel
, ait été particulier à ce Canton , je
pourrai vous en faire le détail plus au
long , lorsque j'aurai été pleinement informé.
De tems immemorial la presqu'-
Isle du Cotentin passe pour être à couvert
de cet accident , à cause disent
nos Physiciens , de la grande quantité de
Puits et de Fontaines qu'il y a , ce qui
fait, pour ainsi dire , éventer la Terre &c.
cette nuit vient de leur donner un démenti
. Au reste,vous avez pû voir comme
nous , presque toutes les nuits éclairées
depuis trois semaines par des Phenomenes
, à peu près pareils à celui du mois
d'Octobre 1727.
>
Nous ajouterons à ce narré de M. Frigot,
et en attendant ce qu'il fait esperer,
que suivant quelques Lettres d'Angleperre
écrites du même tems , la même ou
unc
NOVEMBRE. 1714 2475
une pareille secousse , s'y est fait sentir
sur les Côtes qui regardent la Normandie.
Nous aurons soin de faire part
au Public de ce qui pourra être digne
de sa curiosité ; une circonstance bien
remarquable , selon les Lettres d'And
gleterre , c'est que le Tremblement
de Terre dont elles font mention
étoit tel que diverses personnes couchées
dans leurs lits ont éprouvé un mouvement
de bascule de la tête aux pieds ,
et les autres une espece de bercement
selon que les lits étoient situez relative
ment à la direction du Tremblement de
Terre .
EUVRES D'ESTAMPES , d'après les Tableaux
et Desseins originaux de feu ANTOIMB WATTEAU
, Peintre Flamand , de l'Académie Royale
de Peinture et Sculpture. Tirez du Cabinet du
Roy et des plus beaux de l'Europe .
Il n'est pas necessaire de s'étendre sur le mérite
de feu WATTEAU , pour en faire souhaiter
les Ouvrages. Son genre de dessiner et de peindre
est présentement si goûté dans toute l'Europe,
que les Curieux ne pouvant posseder de ses Tableaux
, à cause de leur rareté , se font un plairir
d'en avoir les Estampes , que l'on continue
de graver depuis plus de 18. années.
Une entreprise aussi étendue , et d'une aussi
forte dépense , à laquelle le Roy a bien voulu
accorder sa protection , auroit pû être proposée
par Souscriptions ; mals la délicatesse qu'on a cije
G de
2480 MERCURE DE FRANCE
de ne point prendre des engagemens , qu'il n'est
pas toujours été possible de remplir au temps
marqué , par la difficulté de jouir des Graveurs,
a fait qu'on a préféré de mettre au jour chacune
de ces Estampes à mesure qu'elles ont été gravées.
Le succès a si bien rempli l'idée qu'on s'é
toit proposée , qu'elle a engagé de faire graver ,
non seulement tous les Tableaux de cet excellent
Peintre , qui sont tant en France que dans
les Pays Etrangers , mais encore plusieurs de ses
plus beaux Desseins d'Ornemens et d'Etudes d'après
nature; et il y a présentement tout lieu d'esperer
que cet Ouvrage paroîtra dans sa perfection
à la fin de la présente année 1734.
Comme l'on connoît la délicatesse des Curieux
sur le choix des Epreuves , et qu'on n'ignore
pas les soins qu'ils se donnent pour rassembler
tout ce qui vient d'après un même Maître
, lorsqu'il est excellent ; on a crû que ce se-
Loit flater agréablement leur goût que de faire
imprimer avec toute l'attention dont on pouvoit
être capable, de premieres Epreuves géneralement
de toutes les Planches que differentes personnes
ont fait graver d'après les Tableaux et les Dessems
de Watteau. De cet amas d'Estampes
l'on à formé des OEuvres qui seront d'autant plus
précieuses pour les vrais Amateurs , qu'on n'en
a imprimé que cent Exemplaires , qui par la beauté
du grand Papier uniforme que l'on y a employé
, autant que par l'ordre régulier qui y a
été observé et le soin qu'on s'est donné pour
la perfection de l'impression , méritent de tenir
une place dans les Cabinets et dans les Bibliotheques
les plus distinguées. C'est même ce qui a
déja engagé Sa Majesté à retenir dix de ces Cu
vres à sa disposition,
Chacune
NOVEMBRE . 1734 248r
Chacune sera composée de quatre Volumes,
qui contiendront plus de six cent Estampes differentes
, gravées par les plus habiles Artistes. L'on
y trouvera à la tête la Vie de l'Auteur.
Ceux qui voudront acquérir de ces OEuvres ,
pourront s'adresser à M.de JULIENNE ,aux Gobelins
à Paris. Il a pris le soin de faire graver la
plus grande partie des Planches qui entrent
dans cet OEuvre et de former ces Collections ,
et il recevra dès- à- présent les soumissions des
Amateurs .
Le prix de chaque OEuvre sera de cinq cent li
vres pour ceux qui se seront adressez à lui dans
le courant de l'année 1735. passé lequel temps il
ne sera délivré aucun Exemplaire desdits Euvres
, que pour la somme de huit cent livres au
cas qu'il en reste.
Desdites cinq cent liv . on en payera, en faisant
sa soumission la somme de deux cent cinquante
livres , et le restant en retirant l'Exemplaire
que l'on aura retenu .
Il est à propos d'avertir le Public , que
comme on a imité depuis quelques années les
Tableaux de Watteau , l'on a aussi gravé et même
copié dans les Pays Etrangers , plusieurs Estampes
qui avoient été gravées à Paris d'après
les Tableaux et Desseins originaux. Le sieur de
JULIENNE , pour éviter qu'on y soit trompé, signera
chacune des OEuvres qu'il délivrera et certifiera
le tout gravé d'après les Originaux . En
donnant ces Ouvrages dans leur perfection , il
a eu autant en vue la satisfaction des Curieux
que la réputation de Watteau qui étoit son ami.
Si par hazard on découvroit dans la suite quel,
ques Tableaux de Watteau , et qu'on les fir gra
ver , le sieur de JULIENNE fournira , autant
qu'il G
2482 MERCURE DE FRANCE
1
qu'il sera en sa disposition , des Exemplaires des
premieres Epreuves imprimées sur le grand Papier
, en payant à proportion du prix que lesdits
Exemplaires auront été vendus dans le détail .
On fera les envois dans les Provinces et les
Pays Etrangers , suivant les adresses qui seront
indiquées.
Il paroît deux nouvelles Vues de Paris , en Estampes
, dont nous croyons que le Public aura
lieu d'être très- content ; l'une du Pavillon de
Madame la Duchesse du Maine , à la pointe de
l'Arcenal , et l'autre du Clocher de l'Eglise de
Chaillot ,dessinées fort proprement et avec grand
soin,d'après nature, par le sieur Milcent, Ingenieur
du Roy pour la Marine , et gravées par lui-même.
Ces deux Morceaux sont d'une grande
précision et d'un détail admirable , ayant chacun
trois pieds de long , sur un pied de haut
Ils se trouvent à Paris , ehez le sieur Desrochers
Graveur du Roy , et de son Académie , ruë du Foin,
près la rue S. Jacques , avec deux Vües de Malte ,
dessinées sur les lieux et gravées par ledit sieur
Milcent , qui espere donner incessamment d'autres
Vûes de Paris , entre autres une dessinée de la
Terrasse de Meudon , qui sera très - interessante
ét très- agréable par la varieté et la beauté du
Paysage , et differentes Vues de Villes , Ports de
Mer , et Sujets Maritimes , le tout dessiné sur
les Lieux avec précision et grande intelligence ,
par le même Auteur.
Le sieur Luillier a composé un Cadran trèscurieux
, gravé et collé sur Carton . Outre l'heu
re qu'il marque au Soleil , il a beaucoup d'autres
proprietez qui n'ont pas encore été renduës sen-
Sibles dans cette espece ; ce sont :
NOVEMBRE 1734. 2483
1. De marquer les Crépuscules du matin et
du soir.
2. Les lever et coucher du Soleil.
3. Dans quel Signe se trouve le Soleil , et de
combien de dégrez il décline .
4. Dans quels climats se trouve chaque Pays
et la difference des dégrez de chaque Climat ,
& c.
Une partie de ces Opérations se font sans Soleil
, sans changer de lieu , et pour toute la Terre
habitable. Le prix est de cinquante sols .
Plus , un Calendrier Perpétuel , qui marque les
Lunaisons , les Eclipses , les Epactes et les Fêtes
Mobiles , durant dix années . Il est très - simple ,
et se distribúë en feuille pour la commodité de
ceux qui voudront l'envoyer dans les Provinces
par la Poste. Le prix est de dix sols ..
Ils se vendent à Paris , chez l'Auteur , ruë et
vis- à- vis S. Victor , et chez la veuve Danet , Pont
Notre Dame, à la Sphere Royale , et chez la venve
Spé , rue S. Jacques , à la Visitation .
On écrit d'Allemagne , qu'on y a appris de
Clagensurt , Capitale de la Carinthie , que le
jeune Comte Rudolphe de Goessen , fis aîné du
Comte de Goessen , Conseiller d'Etat de Sa Ma-'
jesté Impériale et Gouverneur de cette Province ,
y avoit soutenu le 28. Juin dernier un Examen'
public sur tous les Auteurs Historiques , tant
Grecs que Latins et François , sur l'Histoire ge
nerale , tant Sacrée que Profane , sur la Chronologie
et sur la Géographie universelle . Tous les
Evêques , Prélats et autres Seigneurs et Etats de
la Province , assisterent à cet Examen , qui dura
près de 5. heures , et ce jeune Seigneur qui n'a
pas encore 13. ans accomplis , et qui avoit ache-
G iij
vé
2484 MERCURE DE FRANCE
·
vé ses Humanitez et sa Réthorique en trois ans
et demi , y fut déclaré Maître ès Arts , avec un
applaudissement general de tous les Gens de Lettres
et autres Personnes de distinction , et couronné
en cette qualité d'une Couronne de Laurier
par S. A. le Prince et Evêque de Lavemunde.
Le Comte de Goessen , qui est un Seigneur des
plus Lettrez qu'il y ait dans les Provinces Héréditaires
, et reconnu pour tel par toute l'Allema--
gne , s'est donné tous les soins imaginables pour
l'éducation du Comte son fils , ce qui a beaucoup
contribué aux rápides progrès qu'il a faits dans
les Sciences dans un âge si tendre. Il a les mêmes
soins pour l'éducation de la Comtesse san
fille , qui , au Latin près , n'a pas moins de mérite
que le jeune Comte son frere.
On apprend d'Amsterdam , que la veuve de E.
Picart a commencé à y débiter le premier de ce
mois les Impostures innocentes , ou Recueil de
80. Estampes d'après Raphaël , le Guide , Poussin,
Rembrandi, &c. gravées à leur imitation et selon
le goût particulier de chacun de ces Maîtres , et
accompagnées d'un Discours sur les Préjugez de
certains Curieux touchant la Gravûre , par B.
Picart , avec un Abregé de sa Vie , son Portrait
et le Catalogue de ses Ouvrages en un volume.
in folio. On le donnera aux premiers Acheteurs
comme par une espece de Souscription , selon les
conditions imprimées qu'on trouvera chez Mad .
Picart, à Amsterdam , qui continue le Commer.
ce des Estampes , comme du vivant de son Mari.
On nous prie de Londres , d'avertir le Public.
que dans le mois de Janvier prochain on y fera la
Vente à l'encan , de tous les Tableaux du feu
Chevalier
NOVEMBRE. 1734 2485
Chevalier JACQUES THORNHILL , premier Peintre
de S. M. Britannique , Membre du Parlement
et de la Societé Royale. Hy a dans ce
Recueil plusieurs Tableaux des plus fameux
Maîtres d'Italie et de Flandre ; il y en a plusieurs
aussi de la main du Chevalier Thornhill
particulierement sept grands Tableaux d'après
les fameux Cartons de RAPHAEL , qui sont à
Hamptoncourt , de même dimention que les Originaux
, et presque aussi estimez que lės Origi
naux même par lesConnoisseurs les plus difficiles.
Cette Vente se fera vers le milieu de Janvier
prochain,à la Maison du feuChevalier Thornhill,
dans le Covent Garden à Londres. On donnera
avis du jour de la Vente , qui se fera par le sieur
Cock , Crieur public.
Le sieur Aubert, Intendant de la Musique de
S. A. S. M. le Duc , vient de donner au Public
un seizième OEuvre , intitulé les Petits Concerts ,
Duo pour les Violons , Flutes , Hautbois , Viel
les ou Muzettes , et une nouvelle Edition de son
premier Livre de Sonates , avec des corrections et
des augmentations considerables , et toutes les
Basses chiffrées avec grand soin et ajustées à la
portée du Violoncelle et du Basson. L'Auteur
donnera dans le courant de l'Hyver un Livre de
Concerto à quatre Violons , Violoncelle et Basse-
Continue ; cet Ouvrage sera le premier en ce
genre qui soit sorti de la plume d'un François.
On trouve tous ceux de l'Auteur , ruë S. Hono
ré , chez la veuve Boivin , à la Regle d'or , ruë
du Roule , chez le sieur le Clerc , à la Croix d'or ,
et chez l'Auteur , rue S. Honoré , vis- à-vis la rue
de Grenelle.
Giiij On
2486 MERCURE DE FRANCE
On donnera en Janvier prochain la nouvelle
Ecole Militaire , in 8. ornée de 150. Planches en
Taille- douce , qui se distribuera chez P. G. le
Mercier , rue S.Jacques.
Papillon , Graveur en Bois , et de la Societé des
'Arts , demeurant à Paris , au milieu du Pont
S. Michel , donne avis que son petit Almanach
de Paris pour l'année mil sept cent trente- cinq ,
est parfait de toutes les grandes Planches des
mois , et qu'il est augmenté de plusieurs choses
curieuses.
********** !! *************
J
CHANSON.
Eunes Guerriers , courez à la victoire ,
Volez sur les traces de Mars ;
C'est en bravant mille hazards
Que l'on s'immortalise au Temple de Mémoire,
Qu'à Cythere , sans cesse on dresse des Autels ;
Que la Fortune aveugle éprouve les Mortels ,
Je méprise l'Amour , la Fortune et la Gloire ;
Sur les pas du fameux Grégoire ,
Bacchus va me couvrir de Lauriers immortels.
M. de Villeneuve.
J
AUTRE CHANSON.
E ne sçais plus de Chansonnetes
Mon tendre coeur n'aime que les soupirs
Et s'il a des désirs
C'est pour voler avec eux où vous êtes.
SPEC
2487.
DRE,
entée sur
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Sujet.
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Que l'on s'i
Qu'à Cythe
Que la Fort
Je méprise
Sur les
Bacchus va
JE
E ne sçai
Mon tendr
C'est
SPECS
NOVEMBRE. 1734. - 2487
鼎鼎鼎鼎
SPECTACLES.
LE FLEUVE SCAMANDRE ,
Comédie en Vaudevilles , représentée sur
le Théatre de l'Opera Comique , au mois,
de Septembre 1734. Extrait.
P
Our mieux mettre le Lecteur au
fait de l'intrigue de cette Piece , nous
avons crû qu'il ne seroit pas hors de propos
de commencer par la troisiéme Scene
, qui contient l'exposition du Sujet.
Pamphile et son Valet Dave , la commencent
; on y apprend que Pamphile ,
à l'insçû de Chrysante , son Pere , a quitté
sa Patrie pour voyager , et sur tout
pour voir les ruines de la celebre Ville
de Troye ; c'est sur les bords du Fleuve
Scamandre qu'il devient amoureux de
Callirbée , Fille de Dircé. Une conversation
que Callirhée a avec sa Confidente ,
donne lieu à Dave de faire l'imposture
à laquelle cette Piece doit son Titre ; dans
la conversation dont on vient de parler,
Callirhée dit à Phrosine qu'elle a vû dans
un songe un Dieu tendre , jeune et char
mant , qui vouloit l'épouser ; Dave ne
Gov manque
2488 MERCURE DE FRANCE
manque pas de se prévaloir de la foiblessee
de Callirhé , et croit ne le pou
voir mieux faire qu'en lui persuadant que
son Maître est un Dieu ; un Oracle prononcé
par Calchas , à la priere de Callirhé
,ou plutôt inspirée par Dave à un faux
Calchas , vient à l'appui du songe ; voicy
comme le prétendu Calchas s'explique :
Oracle.
སཔ
Un Epoux Mortel ne doit pas
Prétendre à tes jeunes appas ;
Je t'apprends que ta destinée
Te garde un partage plus doux ; -
Par un éclatant hymenée ,
Un Dieu deviendra ton Epoux.
C'est de ce songe et de cet Oracle que
procede l'entêtement de Callyrhée ; cer
entêtement la fait passer pour folle aux
yeux des Spectateurs , au lieu qu'elle:
n'est que crédule et dupe ; ce n'est
pas qu'on prétende ici condamner cette
transposition de Scenes ; quoique dans
l'ordre naturel la cause doive préceder
l'effet ; ce déplacement a quelquefois sonn
érite , ne servit- il qu'à picquer la cu
riosité ; mais il faut en user sobrement.
Revenons aux deux premieres Scenes.
Dircé témoigne à sa Fille qu'elle voudroit
NOVEMBRE. 1734. 2489
droit bien qu'elle acceptât un Epoux
qu'un de ses anciens Amis lui offre dans
la personne de son Fils ; ce Fils est le
même Pamphile dont nous venons de
parler , et en faveur duquel Dave a imaginé
l'imposture en question,
Callirhée , entêtée du Dieu que le
Songe et l'Oracle lui ont promis , ne
peut se résoudre à renoncer à l'immortalité
dont elle se flate , Dircé ne veut
pas heurter son sentiment de front ; elle
a déja chargé Phrosine , sa Confidente
de la tirer de son erreur avec adresse.
Dave a disposé touces choses à servir
le stratagême , il a lui - même interêt à le
faire réussir ; il est amoureux de Phrosine
, Suivante de Callirhée.
Le moment propre à l'exécution étant
arrivé , Pamphile et lui se présentent à
Cllirhée et à Phrosine , et se donnent
l'un pour le Fleuve Scamandre , et l'autre
pour un Ruisseau de la suite de
ce Fleuve ; le Songe et l'Oracle ont disposé
la crédule Callirhée à donner rête
baissée dans tout ce que Pamphile et Dave'
lui disent ; Phrosine même qui devoit la
tirer d'erreur , s'y trouve entraînée ; et
quoiqu'elle n'ait qu'un peti
Ruisseau
pour Amant , elle ne laisse pas d'ê re ra
vie de devenir Fontaine. Voici le pre-
Govj mier
2490 MERCURE DE FRANCE
mier compliment que Pamphile fait à
Callirhée , et la réponse de son Amante.
Reconnoissez le Dieu , qu'un Songe favorable
Vous fit voir l'autre nuit rangé sous votre Loi.
Callirhée.
C'est vous , Dieu trop aimable ,
C'est vous , qu'icy je voy è
Pamphile.
Ouy , Nymphe incomparable ,
C'est moy.
Voicy les Titres et la Généalogie que
Dave donne à son Maître . Oni , mon
Maître est le Dieu Scamandre , souverain
Seigneur de toutes les Eaux que vous voyez,
Fils de Triton , Cousin de Neptune et Neven
de l'Ocean à la mode de Bretagne..
Phrosine ne se rend pas si - tôt que Calfirhée
; elle veut des preuves plus réelles
; Dave acheve de la convaincre par
une Fête qu'il a préparée ; et qui est
composée de Fleuves, Ruisseaux et Nayades
, qui viennent attester la divinité de
Scamandre..
Cette Fête a fait beaucoup de plaisir .
Voici un Couplet chanté par une Nayade .
Des Dieux vous êtes les images ;
Jeunes Beauicz , vous méritez nos voeux;
Les
NOVEMBRE . 1734. 249
Les Immortels sont trop heureux
Quand vous acceptez leurs hommages.
Profitez bien des faveurs des Amours ;
Joüissez de vos avantages.-
On est tendre dans tous les âges ;
Mais on ne charme pas toujours.
L'imposture n'est pas consommée
Chrysante , Pere de Phamphile , arrives
à peine a -t'il vû Calli hée dans les accès de
sa folie , qu'il est prêt de rompre le Mariage
dont il a fait la proposition à Dircé;
mais trouvant enfin le faux Scamandre,
dans le vrai Pamphile , il pardonne à son
Fils toutes les fautes qu'il a faites , et rcmercie
les Dieux d'avoir fait prévenir
par l'Amour un Hymen qu'il avoit projetté
avant que ni lui ni son Fils eussent
vû Callirhée.La Piece finit par un second
Divertissement . Voici deux Couplets du
Vaudeville .
Dans tous les lieux , dans tous les
L'Amour fit des déguisemens ;
L'Histoire est pleine d'avantures ;
L'origine de tout est là ;
Et dans toutes les conjonctures ,
On trouve toujours de cela.
temps,
Cléon , qui de ses revenusy
N'a
2492 MERCURE DE FRANCE
N'a jamais touché deux écus ,
Tous les jours en a plein sa bourse ;
Je gagerai ce qu'on voudra
Que dans ce qui fait sa ressource ,
If entre un tantet de cela. ·
LIS BOURGEOISES A LA MODE
Comédie en cinq Actes , en Prose, représentée
dans sa nouveauté le 15. Novembre 1692. et
très-bien remise au Théatre sur la fin du mois
dernier , avec un applaudissement general . Cette
Piece est imprimée dans le second tome des Euvres
de M. Dancourt ; cependant elle n'est pas
tout-à-fait de lui , si l'on en doit croire des gens
qui sont au fait des veritables origines. M. Saintion
, premier Auteur de cette charmante Comédie
, s'en est déclaré le Pere , et a revendiqué son →
Ouvrage d'une maniere à faire honneur à celui
qui se l'est approprié , puis qu'il a avoué de
bonne foi qu'il en devoit le succès aux agrémens
que M. Dancourt y avoit répandus et à quelques
changemens qu'il y avoit faits ; voicy de quoi
il s'agit dans la Piece en question.
Le premier Acte n'est presqu'employé qu'à
Projetter l'Action théatrale , et qu'à établir les
Caracteres des Personnages qui doivent agir . Ce
n'est pas qu'il soit tout à- fait sans action , mais
il n'y en a qu'autant qu'il en faut pour servir de
pierre d'attente.
Frontin , Valet prétendu et vrai Confrere de
Janot en fripponnerie , commence la Piece avec
ce même Janot , qui porte le nom de Chevalier.
Ils tab. ssent tous deux leurs qualitéz èt font
leurs conventions réciproques. Janot doit travailler
6
NOVEMBRE. 1734. 2593 °
vailler à épouser Mariane , Fille unique d'un
riche Notaire , nommé M. Simon , il charge
Frontin de rendre un Billet à sa Maîtresse , à qui
il n'a point encore parlé de son amour ; Frontin
consent de bon coeur à être le Porteur des
cette déclaration , dont il attend une heureuse issue
pour la societé établie entre Janot et lui. Ils
font eux -mêmes leurs Portrains et celui de chaque
Personnage qui doit paroître . Celui de Ja
not est fait par Frontin , et n'est point flatté
Le Public équitable n'a pû voir sans peine qu'il
fût heureux à la fin de la Piece ; l'Auteur s'est , sansdoute,
flatté qu'on lui passeroit ses friponneries
en faveur de l'amendement qu'il fait esperer par
ces mots: Si le dessein que j'ai peut reüssir ,je répa
rerai cela quelquejour .Mais quel est le libertin qui
n'en dise autant ? Passons au Caractere d'Ange
lique , femme de M. Simon , qui fait le plus
grand Rôle dans la Piece. Frontin l'annonce en
Peu de mots , par opposition au plan de fortune
que le Chevalier se fait en épousant Mariane ,
fille de M. Simon , comme un des plus riches par➡
tis qu'il y ait à Paris ; et sa Belle Mere , ajoûte
Frontin , une des plus grandes dépensieres qu'il y
ait au monde. Pour ce qui concerne M. son Mary
, le Chevaller se contente de dire : lui , c'est
un bon homme qui n'a presque pas le sens communz
on annonce seulement Araminte , comme temme
d'un Commissaire ; le Portrait de ce dernier :
se fait connoître dans la Piece par ses actions ; c'est
pour rassembler toutes ces differentes actions
dans un même lieu , que l'Auteur prend soin de
mettre la Scene chez Angelique ; c'est aussi pour
établir cette unité de lieu , qu'il projette de faire
jouer chez elle , et c'est le Chevalier Janot , qui
doit y assembler des Joueurs ; jamais expositions
fut-
2
1494 MERCURE DE FRANCE
fut-elle mieux placée que celle- cy, l'est dans la
premiere Scene ¿
La seconde ne sert qu'à rappeller les conven→
tions secretes entre Frontin et son Camarade
Janot. Lisette vient faire la troisiéme Scene avec
Frontin, qui l'a chargé du Billet , &c . Angelique
arrive , Frontin lui donne une Lettre d'Araminte,
femme du Commissaire Griffard , qui lui apprend
que M. Simon , son Mary , est amoureux d'elle ;
elle n'y fait point de réponse , parce que sa Rivalè
étant la meilleure de ses Amies , doit venir dans
un moment la recevoir de bouche.
Angélique expose sa situation ; elle est très
fachée de n'être que la femme d'un Notaire , qui
pour surcroît d'humiliation s'appelle M. Simon .
Elle auroit grand besoin d'argent, Mad Amelin,
Marchande et sa Créanciere , se fait annoncer ;
Angelique , au lieu de se préparer à la payer ,
forme la résolution de lui emprunter sur nouveaux
frais dix - huit cent livres dont elle a besoin
, mais c'est en lui remertant une Bague de
mille écus qu'elle a volée à son Mary , & c Le
Chevalier Janot arrive ; il est très- déconcerté de
trouver sa Mere chez Madame Amelin ; il la prie
de ne l'appeller point du nom de son Fils , attendu
que sous celui de Chevalier , il va faire un
Mariage avantageux; Madame Amelin lui promet
tout en faveur de l'établissement dont il lui
parle. Lisette vient et Madame Amelin lui promet
de lui compter 1800. livres sur la Bague
qu'elle lui apportera
Au second Acte , Angelique fait connoître au
Chevalier qu'elle est ravie de l'amour de son
Mary pour Araminte parce qu'elle se promet
qu'Aaminte partagera avec elle le batin que
Cette ayant pourra produire , & c,
Araminte
NOVEMBRE. 1734. 2495
Araminte arrive ; Angelique lui fait compli
ment sur sa nouvelle conquête ; Lisette se joint
elles dans un petit conseil qu'elles . tiennent , de
ruiner M. Simon , & c.
Lisette donne à Mariane le Billet doux dont
le Chevalier l'a chargée ; Mariane sort pour y
aller faire réponse .
Toutes ces Scenes ne sont que pour lier l'action
; celle dont nous allons parler est plus essentielle.
M , Griffard , Commissaire , et Amoureux
d'Angelique , vient faire l'aveu de sa passion à
Lisette,et ne se rend intelligible qu'après lui avoir
donné sa bourse ; la fine Soubrette l'accepte et
lui promet de parler en sa faveur à sa Maîtresse,
L'arrivée de M. Simon oblige M. Griffard à se
retirer. M. Simon querelle Lisette , comme complice
de la conduite irréguliere de sa Maîtresse ;
Lisette lui promet de le servir dans le dessein
qu'il a de fixer sa femme dans sa maison où il
ne la voit presque jamais . Lisette ravie de voir
que M. Simon veut quereller sa femme pour en
obtenir une chose qu'elle souhaite encore plus
que lui , attendu le jeu qu'elle veut établir chez
finit le second Acte par ce court Monoelle
;
logue.
Allezvous préparer , Monsieur , allez, Ah ! que
les pauvres Maris sont bien nez pour être dupes !
il va quereller sa femme pour une chose qu'elle soubaite
et dont il aura peut- être plus à enrager que
de tout ce qu'elle a jamais pu faire.
Au troisiéme Acte , Mariane prie Lisette de ne
point rendre sa réponse au Billet du Chevalier ,
qu'elle ne soit bien sûre de son amour. Lisette se
charge de tour , & c.
Madame Amelin , intriguée au sujet du Diamant
que Lisette lui a apporté en nantissement
des
1
2496 MERCURE DE FRANCE
des six cent écus qu'elle a prêtez , vient lui demander
si elle la véritablement laissé chez elle ;
Lisette est offensée de cette demande , Madame
Amelin ne doute point que ce ne soit un destours
ordinaires que Janot lui joue et prie Lisette de
n'en point faire de bruit. Frontin vient demander
la réponse au Billet du Chevalier , Lisette la lui
met entre les mains ; elle l'instruit de l'amour de
M. Griffard pour Angelique . Frontin lui apprend
que M. Simon est amoureux d'Araminte ; ils se
proposent de tirer parti de cette double intrigue,
dont ils sont les Agents . Angelique et Araminte
arrivent à propos , Lisette leur fait part de sa
nouvelle découverte et les trouve également disposées
à ruiner leurs Maris et à profiter des coups
que Frontin et Lisette se chargent de porter a
leurs bourses. C'est Lisette qui commence par
M. Griffard , qui, après qu'Angelique, Araminte
et Frontin se sont retirez , vient lui demander si
elle a fait quelque chose pour lui auprès de sa
Maitresse. Cette Scene est tout-à- fait originale
et traitée avec beaucoup d'art. Lisette fait entendre
à M. Griffard qu'elle n'a pas trouvé à propos
d'agir pour lui , parce qu'Angelique lui a paru
être dans une très-fâcheuse situation ; M. Griffard
fait des offres de service , la fine Soubrette
féint de n'y vouloir pas prêter l'oreille , quoiqu'elle
ne souhaite rien tant que de mettre sa
générosité à contribution ; enfin à force de se
faire presser, elle lui dit qu'Angélique a perdu
deux cens pistoles au jeu ; M. Griffard , quoique
d'abord effrayé de la somme , se détermine
à la donner à sa chère Angélique ; Lisette lui dit
qu'elle ne l'acceptera jamais de sa main , et après
avoir examiné bien des manieres de la faire consentir
à la récevoir , elle n'en trouve point de
meilleure
NOVEMBRE. 1734. 2497"
meilleure qu'une façon de restitutión . Voicy
comment elle s'explique.-
Il n'y a qu'un bon tour à prendre pour lui faire
accepter cette somme , c'est- la le difficile ; de vous
emprunter , c'est ce qu'elle ne fera pas ; de la prendre
à titre de présent , il n'y a pas d'apparence ; et
pour moi, je voi qu'il n'y a qu'une façon de restitu
tion dont on puisse se servir utilement, &c. Oïï ‚·
Monsieur , les Joueurs sont un peu sujets à caution,
comme vous sçavez , et Madame n'a pas toujours
joué avec les personnes les plus honnêtes . Voulez
vous lui faire plaisir , sans effaroucher sa pudeur ?
Envoyez- lui de l'argent qu'elle puisse recevoir comme
un remors de conscience de quelque fripon converti
, il n'y a pas de maniere plus sûre et plus ga
lante que celle- là. Cette proposition , accompa
gnée d'une promesse que Lisette fait à M. Grif--
fard , de faire sçavoir un jour à Angélique d'où
lui vient cette prétendue restitution , le détermine
à y souscrire aveuglément , il se retire
pour aller chercher la somme.
Frontin vient sçavoir de Lisette comment elle
s'est acquittée de la commission dont elle partage
la gloire avec lui , elle l'instruit de tout ce qui
s'est passé ; Frontin se propose de décharger de
quelque petite restitution la conscience de M.Si
mon. Le Chevalier vient dire à Lisette que la
réponse que Mariane a faite à sa- Lettre est toute
des plus obligeantes, et qu'il a lieu d'en tout és◄
perer.
- Frontin, voyant que son Maitre prétendu est
prêt d'être heureux , songe de son côté à assurer
sa petite fortune ; il impose des conditions
au Chevalier qu'il faut qu'il accepte , sous peine
d'être décelé . İl faut de l'argent pour terminer
cette grande affaire; Frontin se charge d'en trouver
2498 MERCURE DE FRANCE
ver sur le Diamant que Janot a volé à Madame
Amelin sa mere &c. la soubrette finit l'Acte par
cette réponse : non vrayment , j'ai ici de l'argent
à recevoir . En attendant la restitution , allons sça
voir de ma Maitresse quand elle aura la commodité
d'être querellée.
Les sept ou huit premieres Scenes du quatriéme
'Acte, ne sont pas assez considérables pour nous
y arrêter , quoiqu'elles soient nécessaires à la
marche de l'action ; dans la cinquième il s'agit
de tirer de l'argent de M. Sunon ; Frontin jaloux
de la gloire de Lisette, qui a déja expedié M. Griffard
, veut réparer par la somme la honte d'avoir
été prévenu ; et ne s'y prend pas avec moins
d'adresse, il vient tout éssoufflé trouver sa Dupe;
il lui demande avec un zele hypocrite s'il aime
bien cette Araminte à qui il vient d'écrire ; assuré
de la violence de son amour , il le conjuré .
de la maniere du monde la plus pathetique de
se défaire d'une passion si fatale à son repos ;
après avoir mis M: Simon dans une grande perplexité
, il lui dit qu'il faut se résoudre à
ne la
revoir jamais , attendu qu'elle va se jetter dans
an Convent, et qu'elle l'a chargé de lui aller
chercher un Carrosse . Il lui expose le sujet de
cette brusque retraite , et lui fait entendre que
pour la tirer de l'embarras où elle se trouve , il
ne lui faudroit pas moms de mille écus ; M. Simon
après quelque résistance se détermine à
payer les créanciers d'Araminte de ses propres
mains ; Frontin est un peu déconcerté par cette
résolution qu'il n'a pas prévûë , il feint d'abord
d'en admirer la prudence ; mais en homme à ressource
il dit à M. Simon ce sont des gens
qui Madame votre femme doit aussi ; il ne seroit
pas dans la bienséance qu'on vous vit acquitter les
dettes
NOVEMBRE 1734. 2499
sienncs .
dettes des autres , quand vous ne payez pas les
Cette réflexion ferme la bouche au
Notaire amoureux , il cherche un autre moyen
de faire tenir un Billet de trois mille livres à
Araminte ; Frontin s'offre à en être le porteur ;
et sur la premiere démonstration de défiance
veut absolument aller chercher un Carrosse pour
conduire Araminte au Convent. M. Simon se
résout à remettre le Billet entre les mains de
Frontin . Cet Acte finit par une Scene entre le
Chevalier et Frontin & c.
>
Le Chevalier apprend à son fidele compagnon
de Fortune , que Lisette a eu Pindiscretion de
parler à Angélique et à Araminte de son amour
pour Mariane , et qu'elles doivent proposer son
mariage à M. Simon . Frontin lui répond qu'il
faut parer un coup si fatal ; qu'on viendroit aux
enquêtes ; et que la naissance et la réputation de
M. Janot feroient tort à M. le Chevalier.
La premiere moitié du cinquiéme Acte n'étant
gueres plus nécessaire pour l'intelligence de l'action
principale que celle de l'Acte précedent
nous l'abregerons aussi . Lisetse fait entendre à
Mariane qu'il n'est pas encore temps de parler
de son mariage à son Pere , et qu'il se fera plus
surement , sans qu'il en soit instruit , Mariane
défere aveuglément, à ses conseils et rentre pour
empêcher qu'on ne mette cette affaire sur le tapis .
M. Griffard vient demander à Lisette comment
Madame Simon a reçû la restitution des deux
cent louis , et si elle lui a fait entrevoir la galanterie
qu'il lui a faite , Lisette lui répond qu'elle
a entamé cette matiere , mais que sa maîtresse
a commencé à prendre un certain air qui l'a empêché
de poursuivre ; Madame Simon arrive
elle-même , elle fait connoître à M. Griffard
qu'elle
MERCURE DE FRANCE
qu'elle se doute d'une supercherie très-galante
qu'il lui a faite ; mais qu'il gagnera plus à l'en
laisse douter. Le pauvre Griffard est si déconcerté
qu'il ne fait que lui répondre d'une maniere
embarrassée , sans oser articuler un seul mor
elle s'en défait sous quelque prétexte , pour concerter
avec Lisette les mesures qu'elles doivent
prendre au sujet du Billet que Frontin a attrappé
pour le compre d'Araminte ; Lisette trouve que
le moyen le plus sûr et le plus prompt , c'est
d'en donner la commission à Madame Amelin.
Angélique approuve l'expédient, et envoye chercher
Madame Amelin , dont l'Auteur avoit toutà-
fait besoin pour le dénouement, et qui ne pouvoit
être ramené sur la Scene d'une maniere
phs naturelle.
M. Josse , Marchand Jouaillier vient montrer
à M. Simon , un Diamant qu'on lui a apporté
qui lui paroît semblable à celui quon lui a
volé et pour lequel il a pris soin de faire courir
des billets , comme on l'a dit dès le premier
Acte. M. Simon reconnoît sa bague ; il dit à
M. Josse qu'il devoit arrêter le porteur du vol ;
le Lecteur devine bien ici que ce doit être Frontin
à qui le Chevalier l'a cedé dans le quatrième
Acte. En effet , c'est lui - même ; il viental est un
peu surpris de trouver M. Josse chez M. Simon,
il demande plaisamment à ce dernier s'il s'est mis
dans le gout de la Pierrerie ; M. Simon l'accuse
de lui avoir volé le Diamant en question ; il
congédie M. Josse , en lui promettant de reconnoître
son zele. Ce soupçon de friponnerie , qui
n'est que trop bien fondé , le fait trembler pour
de Billet de mille écus dont il a chargé le même
Fripon ; Frontin soutient que le Diamant est à
lui et qu'il a exactement rendu le Billet à qui il
étoit
NOVEMBRE. 1734 2501
étoit destiné ; M. Simon s'échauffe jusqu'à vouloir
étrangler Frontin ; ce dernier appelle au secours
; toute la maison vient , jusqu'à M. Griffard,
à qui Angelique avoit dit de ne point sortir
, qu'elle ne lui cut parlé. M. Simon demande
à Angelique si ce n'est pas là le Diamant qu'elle
a perdu ; Madame Simon feint de ne le pas reconnoître
; Frontin désesperant de le rattrapper,
prend enfin la résolution de ne le céder qu'à la
personne à qui on l'a volé , c'est justement Madame
Amelin qui arrive , mandée par Madame
Simon ; Frontin lui dit que le Diamant qu'on
lui a volé est retrouvé et qu'il est entre les mains
de M. Simon ; elle paroît ravie qu'il soit en de
si bonnes mains ; mais M. Simon lui soûtenant
qu'il n'est pas à elle , et que par conséquent elle
n'y a aucun droit elle répond que véritablement
elle n'a à y prétendre que six cents écus
qu'elle a pretez à Lisette par ordre d'Angélique;
M. Simon s'emporte contre sa femme qui lui répond
: Je rougis de vos manieres , Monsieur et
J'ai bonte pour vous que l'excèt de votre avarice
me réduise à mettre en gage mes Pierreries . Vous
m'auriez épargné cette confusion , en me donnant
ce Billet de mille écus dont vous avezfait
présent à Madame. Ce double coup frappé va
jusqu'à M. Griffard qui paroît fort irrité que sa
femme ait accepté un Billet de mille écus , mais
elle le fait taire , en lui disant : Ne vous mettez
point en colere , Monsieur , je ne l'ai pris , je vous
assure , que pour vous dédommager des deux cent
Louis que vous avez envoyez tantôt à Madame,
L'arrivée du Chevalier acheve le dénouement ; sa
propre mere le démasque. Voilà la Piece finie ;
on a cru que l'Auteur devoit s'en tenir là , mais
il a voulu finir sa Comédie , comme on finit tou
>
tes
2502 MERCURE DE FRANCE
tes les autres , c'est - à- dire par un mariage. Et le
Public judicieux n'a pas trouvé bon qu'on rendit
heureux un petit fripon tel que Janot; cela n'empêche
pas que cette Piece , aux moeurs près , ne
passe pour une des meilleures du Théatre Fran
çois. Elle est , au reste , très - bien representée.
On a remis au Théatre presque en
même tems , la Femme Juge et Partie ,
ancienne Comédie de Monfleury , qui a
fait beaucoup de plaisir. Le Sr Poisson et
la Dlle d'Angeville en homme , y joüent
les principaux rôles
La Comédie nouvelle du Petit Maître
corrigé , fut jouée le 6. de ce mois sur le
Theatre François. Elle n'a eu que deux
Représentations ; non plus que Lucas et
Perette , petite Comédie en Prose en un
Acte avec un Divertissement, qu'on joiia
quelques jours après.
Les mêmes Comédiens préparent une
autre Comédie nouvelle , en Vers et en
trois Actes , avec un Prologue et un Divertissement
sous le titre des Mécontens
dont nous parlerons plus au long si elle
est bien reçûe du Public.
Le 4. Novembre les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la
Tragédie de Marie Stuart , qui avoit été
jouée à Paris pour la premiere fois le troisiéme
May dernier. Le Roy qui n'avoit
point
NOVEMBRE . 1734 2503
point encore été à la Comédie à Fontainebleau
, a honoré de sa présence la Représentation
de cette Piece. Suivant ce qu'on
nous a mandé l'Auteur y a fait plusieurs
changemens , sur tout au cinquiéme
Acte. Il y a lieu d'espérer que les Comédiens
la remettront au Théatre à leur retour
; nous serons alors en état d'en donner
un détail plus exact que celui qui est
dans le Mercure du mois de Juin dernier.
La Piece ne nous ayant point été communiquée
, et l'Auteur l'ayant retirée après la
septiéme Représentation , il ne feroit pas
étonnant que nous nous fussions trompez
dans l'Analise que nous en avons donnée.
Le 29. Octobre , la Dlle Feld , nouvelle
Actrice , qui n'avoit jamais paru
sur aucun Theatre , chanta pour la premiere
fois sur celui de l'Opera le rolle de
Venus , dans le Prologue de Philomele ,
le Public la fort aplaudie ; elle a la voix
douce et harmonieuse , belle cadence ,
et tous les talens convenables pour de
venir un très - bon sujet.
Le 11 Novembre on remit au Theatre
le Ballet des Elemens , pour être joüé
tous les Mardis et les Jeudis , auquel on`
a ajouté le Pas de six , dont on a déja par
lé. La nouvelle Actrice a chanté le rolle'
H de
2504 MERCURE DE FRANCE
de Venus dans le Prologue ; Elle est toujours
plus goutée du Public.
Le même jour Fête de S. Martin , on
donna le premier Bal public qu'on donne
tous les ans à pareil jour , et qu'on continue
pendant differents jours , jusqu'à
Avent. On le reprend ordinairement
à la Fête des Rois jusqu'au Carême.
On prépare actuellement l'Opéra d'Iphigenie
en Tauride pour être remis au
Theatre au mois de Decembre.
Faute de place on ne parlera de l'Opera
de Philomele que dans le prochain Mer
cure.
NOUVELLES ETRANGERES.
O
RUSSIE .
Na appris de Petersbourg que tout y
ayant été reglé pour le départ des Troupes
Françoises qui avoient été transportées à Cronstadt
, M. de la Motte qui les commande , étoit
allé avec plusieurs des principaux Officiers de
ces Troupes , prendre congé de la Czarine .
Les mêmes avis portent que la Fregate Moscovite
le Mittau , qui avoit été prise par les
François dans la Mer Baltique , étoit arrivée à
Revel.
On apprend en dernier lieu qué les Troupes
FranNOVEMBRE:
1734 2505
Françoises dont on vient de parler , et qui étoient,
à Cronstadt , étoient allées à Nerva afin de s'y
embarquer pour retourner en France.
L
POLOGNE.
Es Lettres de la fin du mois dernier , porcent
qu'un Détachement des Troupes de la
Couronne s'étant avancé le long de la Vistule
jusqu'à Praage et étant entré dans ce Bourg , il y
pilla les Maisons de plusieurs Gentilshommes
attachez au parti de l'Electeur de Saxe. Le Commandant
de la Garnison Saxone qui est à Varsovie
, en ayant eu avis , fit marcher quelques
Troupes pour attaquer ce Détachement , mais
elles ne purent arriver assez - tôt pour le joindre ,
et il se retira avec beaucoup de butin. Ce Détachement
ne perdit en cette occasion que trois
hommes et quelques chevaux , tuez par les Domestiques
d'un Gentilhomme qui voulut les empêcher
d'entrer dans sa Maison.
Le Castellan de Cerzski a fait publier par
Ordre du Roy des Universaux , pour assembler
la Noblesse du Palatinat de Polocz.
La Noblesse du Palatinat de Czersk s'est as
semblée à Czersko , Capitale de la Province , et
après avoir fait en faveur du Roy une Conféde
ration dont le Staroste Kestrows a été élû Maréchal,
elle s'est engagée par serment à ne four
nir aucune subsistance aux Troupes Saxones :
elle a reglé en même temps qu'on leveroit dix
pour cent sur tous les revenus tant des Ecclesiastiques
que des Séculiers pour l'entretien des
Troupes de S- M. et que les Juifs, outre les impositions
ordinaires , seroient obligez de payer
ane Taxe par tête.
Le principal Corps des Troupes de la Cou
Hij ronne
506 MERCURE DE FRANCE
ronne , commandé par le Staroste Jacisiski , est
toujours campé dans les environs de Leopold
pour observer les mouvements des Troupes Moscovites
, que le General Keit et le Comte de
Wiesbach ont amené de l'Ukraine.
م
Le Palatin de Lublin qui s'est avancé du côté
d'Osvecim , continue de faire des courses dans
les Provinces de Sator et de Severie , et de tirer
toutes sortes de contributions des Gentilshommes
qui sont attachez aux interêts de l'Electeur
de Saxe.
Un Détachement des Troupes qui sont sous
les ordres du Castellan de Czersk , entra sur la
fin du mois passé dans Praage , et après avoir
obligé les Magistrats de lui remettre tous les
Actes faits par les Opposants lorsqu'ils s'y retiferent
pendant la Diette d'Election , il enleva
tous les grains et les fourages qu'il y trouva
dans les Magasins ; il s'empara de l'argent des
contributions que les Troupes Saxones avoient
exigé de plusieurs Palatinats , et il se retira sans
avoir perdu un seul homme. Le Commandant
de ce Détachement a menacé les habitants de
Praage de bruler leur Ville s'ils continuoient de
fournir des vivres aux Saxons et aux Mos¬
covites.
Les dernieres Lettres de Pologne marquent
que les Seigneurs et les Gentilshommes de plusieurs
Palatinats se sont rendus à Niska dans le
Palatinat de Sandomir , où la plus grande partic
de la Noblesse , qui est demeurée fidele au Roy,
doit s'assembler pour former une nouvelle Conféderation
generale en faveur de Sa Majesté.
Le Comte Potocki , Palatin de Volhinie , le
Comte de Tarlo, Staroste de Jusielski, et M. Ker..
mani Ozarowski , se sont déja mis sur les rangs
pous
NOVEMBRE . 1734. 2507
pour obtenir la place de Maréchal de la Conféderation
, et il y a apparence que le dernier aura
la pluralité des suffrages.
La Noblesse du Palatinat de Czersk , qui s'est
engagée par son Acte de Conféderation à ne
fournir aucune subsistance aux Troupes Saxones,
a exigé que tous les Habitans de la Province
, de quelque condition qu'ils fussent , prétassent
le même serment , et après avoir réglé de
quelle maniere on leveroit les nouvelles impositions
établies pour l'entretien des Troupes du
Roy,et pour les autres dépenses de la elte
guerre,
a pris les Armes et elle est allée camper sous les
ordres du Staroste Kestrows , à quelque distance
de Czersko
ALLEMAGNE
'Electeur de Baviere fait toujours travailler
L'degrandspréparatifs de guerre , malgré
l'inquiétude que l'Empereur lui a marqué à ce sujet
, et il a donné ordre qu'on construisit des lignes
du côté de Schellemberg , et qu'on augmentât
les Garnisons de toutes les Places du
Haut- Palatinat .
Le Ministre de l'Electeur de Cologne a réiteré
ses instances pour que les Troupes Prussiennes ,
qui ont pris des quartiers dans les Etats du Prin
cc son Maître, se retirassent en Prusse.
L'Empereur a nommé Major General , le Com
te Charles de Palfi , Colonel d'un Régiment de
Cuirassiers. Celui qu'avoit le Comte de Mercy ,
a étédonné auMargrave de Brandebourg Onoltzbach,
On écrit de Dresde , que l'Electeur de Saxe en
étoit parti le 3. de ce mois avec l'Electrice son
Epouse , pour retourner à Warsovie.
H iij ITALIE
2508 MERCURE DE FRANCE
ITALIE.
N mande de Rome ,que le mois passé un
Religieux du Convent des Minime,,mit le
feu pendant la nuit à l'appartement du General
de son Ordre , de qui il croyoit avoir lieu de se
plaindre , et qui auroit péri dans les flammes si
l'on ne s'étoit apperçû assez tôt du danger où il
étoit , pour le secourir.
Un des fils du Prince Ragotzki , qui a été longtemps
à la Cour de Vienne , arriva de Bologne
à Rome le 23. du mois passé , et il alla le lendemain
rendre visite à l'Evêque de Cordouë ce
au Cardinal Alexadre Albani .
Les Lettres de Génes , portent que les Rebelles
de l'Isle de Corse , ont déclaré qu'ils étoient
résolus de n'écouter aucune proposition de la
part de la République , à moins qu'on ne leur
promit de rendre aux Habitans tous leurs anciens
Privileges , et ils demandent qu'excepté l'un
des cinq Evêchez de leur Isle , et la place de Gouverneur
, les Benefices et tous les Emplois ne
puissent être possédez que par des Naturels du
Pays.
DE NAPLES ET SICILE.
de Na Cy
Na appris que le Comte de Sastago , cydevant
Viceroy de Sicile , s'étoit sauvé
pendant la nuit sur une Barque qui l'avoit conduit
à la rade d'Agosta , où un Vaisseau l'attendoit
, et l'on a sçu qu'il s'étoit retiré à Malthe ,
d'où on a appris depuis qu'il étoit allé à Génes
sur le même Vaisseau qui l'avoit amené de Malthe
à Civitavecchia.
Un Bâtiment chargé d'une somme considerable
NOVEMBRÉ. 1734. 2509
ble , que le Roy d'Espagne envoye au Roy , est
arrivé à Baye , sous l'escorte de deux Vaisseaux
de guerre , d'où l'on à fait apporter à Naples par
Félouques , 70. mille marcs d'argent , qu'on a
remis au Directeur de la Monnoye , pour être
convertis en nouvelles Especes frappées au coin
de S. M.
ESPAGNE.
Na appris par un Courrier dépêché de
Carthagene , que la nuit du 12. au 13. du
mois dernier , Don Gabriel d'Alderete , Chef
d'Escadre , qui revenoit de Naples à Cadix , avoit
rencontré quatre Vaisseaux de guerre Algeriens
qu'il avoit attaqué , que malgré la vigoureuse
résistance des Barbares , il s'étoit rendu maître
de deux de ces Bâtimens , qui ont été conduits à
Carthagene , qu'il poursuivoit les deux autres ,
et que les Espagnols n'avoient eu en cette occa
sion que six hommes de tuez et 14. de blessez.
GRANDE BRETAGNE.
LE
virent
E 9. de ce mois , le Roy et la Reine ,
au Théatre du Marché au Foin , la premiere
Représentation d'un nouvel Opera , dans lequel
M. Farinelli , celebre Musicien d'Italie , chanta
et fut fort applaudi.
Par un Vaisseau arrivé le 9. de ce mois aux
Dunes , on a appris que le nombre des Negres
rebelles augmentoit tous les jours à la Jamaïque,
qu'ils avoient détruit plusieurs habitations et tué
les Anglois à qui elles appartenoient , que le Capitaine
Shuttleworth . qui avoit été envoyé avec
un Détachement de 500. hommes pour les atta
quer , étoit tombé dans une embuscade , que la
plupart des Soldats de son Détachement avoient
Hiiij été
1
2510 MERCURE DE FRANCE
été tuez , et les autres faits prisonniers ; que les
Habitans de l'Isle n'osoient presque plus sortir.
de leurs maisons , et qu'ils attendoient avec beaucoup
d'impatience le nouveau renfort de Troupes
qui étoit parti de Gibraltar .
**************:*
MORTS DES PAYS ETRANGERS .
N écrit de Londres , que le sieur Guillaume
Strutton de Tradengton , mourut il y a
quelque temps à Holdernits , dans le Comté
d'York , âgé de 97. ans ; il avoit été marié deux
fois , et il avoit eu 28. Enfans de sa premiere
femme , et 17. de sa seconde ; lorsqu'il est mort
il étoit aycul de 86. personnes, bisay eul de 98. et
trisayeul de 23.
La Duchesse de S. Aignan , Epouse du Duc de
ce nom , Ambassadeur du Roy de France auprès
de S. S. mourut à Rome le 15. du mois passé, et
le lendemain son Corps fut porté à l'Eglise de
S. Louis , où il a été mis en dépôt jusqu'au 20.
qu'on fit un Service solemnel pour le repos
de son ame. L'Eglise étoit entierement tenduë
et éclairée par une grande quantité de lumieres.
La Messe fut celebrée par l'Abbé de Canillac ,
Auditeur de Rote pour la France .
Le a 1. Octobre , mourut à Madrid , à l'âge de
FI. ans , D. Jean- Baptiste Ovendayn , Marquis
de la Paz , Chevalier de l'Ordre de S. Jacques ,
Commandeur de Segura de la Sierra , du même
Ordre , du Conseil d'Etat du Roy , et
cretaire des Dépêches universelles d'Etat , dans
lequel Employ , ainsi que dans celui de Secretaire ,
des Dépêches universelles des Finances, qu'il avoit
son Seexercé
NOVEMBRE. 1734 2511
>
exercé , il avoit donné des marques de son desinteressement
, de son grand zele et de son dévouement
au service du Roy. Etant Secretaire
de S. M. et chargé de l'Expedition des Decrets
dans la premiere Secretairerie d'Etat , et dans
celle des Dépêches , il fut choisi au mois de Novembre
1721. pour Secretaire du Conseil de l'Expedition
des Affaires Etrangere, qui après avoir
été interrompu pendant deux ans , fut alors rétabli.
Le Roy Philippe V. en abdiquant la Couronne
, le nomma au mois de Janvier 1724. pour
faire les fonctions de la Charge de Secrétaire des
Dépêches universelles d'Etat , et après la mort
du Roy Louis I. arrivée le 31. Août suivant , il
fut nommé pour exercer la même Charge en
l'absence ou durant l'indisposition du Marquis
de Grimaldi , avec les mêmes honneurs et prérogatives
dont joirissoit ce Marquis , qui en étoit
Titulaire. It fat employé et eut beaucoup de
part dans la Négotiation du Traité de Paix qui
fut conclu à Vienne entre la Cour d'Espagne et
la Cour Imperiale le 30. Avril 1725 ; et le Roy
Catholique , pour récompense du zele et de fa
fidelité qu'il avoit fait paroître dans le manie
ment de cette affaire , lui accorda le 18. May de
la même année un Titre de Castille , avec la dénomination
de Marquis de la Paz , ou de la Paix ,
pour conserver la mémoire du motif pour lequel
cet honneur lui fut accordé. Après la disgrace
du Duc de Riperda , il fut rétabli au mois
de May 1726. dans l'Employ de Secretaire des
Dépêches pour ce qui regardoit l'execution du
Traité de Vienne , et il fut chargé en mêmeemps
d'une partie de l'administration des Finan
ces. Au mois d'Octobre suivant , la Charge de
Secretaire des Dépêches universelles d'Etat ,
bd v qu'il
2512 MERCURE DE FRANCE
qu'il n'avoit exercée jusqu'alors que par Commission
, lui fut conferée à titre de proprieté.
NOUVELLES DE LA GUERRE.
E Duc de Wirtemberg , qui commande les
Troupes Imperiales que le Prince Eugene
jugé à props de laisser pendant l'hyver à Heydelberg
et aux environs , fit entrer dans Worms sur
la fin du mois dernier un Corps de 600c . hommes,
et il fit occuper Oppenheim par un Détachement
d'Infanterie de 3000. hommes , et par
deux Escadrons de Hussards , et il distribua
d'autres Escadrons de Cavalerie et de Hussards
dans des Villages près de Mayence et le long
de la Montagne. Ce General se rendit
Worms le 26. Octobre , et pendant les deux
jours qu'il y resta , il donna ses ordres pour faire
quelques travaux aux environs de cette Place et
pour relever les fossez qui entourent le Fauxbourg
du côté du Rhin.
à
Le Maréchal Duc de Noailles , ayant été informé
de la marche des Imperiaux , donna aussi-
tôt ses ordres pour rassembler les Troupes qui
étoient dans le Spireback , et afin d'être plus à
portée de prendre les mesures nécessaires pour
s'opposer aux entreprises des Ennemis , il se rendit
à Landau. Il arriva le 6. de ce mois à Philisbourg
et le lendemain à Spire , d'où il marcha à
Worms ; le Comte de Belleisle s'étant avancé de
son côté avec un Corps de Troupes , pour être à
portée de joindre en une marche le Maréchal
Duc de Noailles , lequel a avec lui 35. Bataillons
, 30. Escadons et quelques Pieces de Canon.
Les Ennemis , qui après avoir pris le parti de
faire ocs per par un Corps de Troups avez
ca..stNOVEMBRE
1734. 2513
considerable Worms et Oppenheim , paroissoient
vouloir conserver ces deux Postes , les ont abandonnez
aussi - tôt qu'ils ont été informez de la
marche du Maréchal de Noailles pour les attaquer.
Le 6. de ce mois et le lendemain ils retirerent
leurs Troupes de Worms , une partie retourna
à Mayence et l'autre repassa de l'autre côté du
Rhin pour rejoindre le Corps de Troupes avec
lequel le Duc de Wirtemberg est à Schwetzinguen
.
Le Maréchal de Noailles ayant appris que les
Imperiaux s'étoient retirez de Worms , y a envoyé
pour l'occuper les trois Bataillons du Régiment
de Bourbonnois , 2. de celui de Choiseul,
le Régiment de Bretagne , celui du Perche et celui
d'Angoumois , et le Régiment de Dragons
de Vitri. Il fit marcher un autre Détachement
de 2. Bataillons et de z . Escadrons à Frankendal
, et il se rendit le 9. de ce mois à Spire, pour
être à portée de donner les ordres nécessaires à
l'établissement des quartiers qu'il veut faire
prendre à ses Troupes dans ce Pays .
Le 29. du mois dernier , les Imperiaux quitterent
leur Camp de Rodiga pour s'avancer à Gazoldo
, où ils avoient établi leur quartier general
; leur droite , où ils ont mis leur Cavalerie ,
s'étendoit vers Piubega ; leur gauche , où étoit
l'Infanterie , étoit à Rodoldesco , Le Corps de
leurs Hussards étoit campé en arriere à San-
Genesco ; leur Canon et leurs Pontons étoient
à Goito.
Par les Lettres du premier de ce mois, on a ap
pris que l'Armée des Alliez en Italie étoit toujours
cantonnée dans les Postes qu'elle occupe
depuis quinze jours ou trois semaines . On ap-
H vj Prend
2514 MERCURE DE FRANCE
prend par les Lettres du 8. que nos Generaux
ont fait avancer à Calvatone et à Piadana , trois
Brigades de l'Infanterie qui étoit à leur gauche,
Selon les Lettres du 8. de ce mois , les Imperiaux
ont fait un mouvement pour s'approcher
de l'Oglio ; ils se sont cantonnez dans les Villages
qui sont sur la gauche de cette Riviere depuis
Volengo jusqu'à Marcaria , et ils se sont
étendus par leurs derrieres vers Rodiga , et jusques
à Castiglione de Stivere. Le Comte de Konigseg
a son quartier à Gazoldo , et le General
Wallis a établi le sien à Rodoldesco , où est
l'Artillerie.
Le Baron de Schiffer , Colonel du Régiment
de Furstembusch , Infanterie , et le Comte Char
les de Kinski , Lieutenant Colonel de celui de
Veterani , Cuirassiers , sont morts à Mantoüe ,
des blessures qu'ils avoient reçûës à la Bataille
de Guastalla .
OFFICIERS GENERAUX
dont le Roy a résolu de se servir
pendant l'hyver sur les Frontieres
du Rhin , de la Meuze , de la
Mozelle et de la Sarre , sous les ordres
du Maréchal du Bourg et du Maréchal
Duc de Noailles.
Département d'Alsace et des Frontieres
du Palatinat.
E Marquis de Dreux ; M. de Quadt ; le
Marquis de Leuville ; le Chevalier de Givry ,
et le Marquis de Balincourt , Lieutenans - Gene-
Tal
M
NOVEMBRE . 1734 255
M. d'Hérouville ; M. Phelipes ; le Marquis du
Chayla ; le Comte de Grammont ; le Comte de
Vaudray ; le Comte de Baviere ; le Comte de
Chastelux ; M. de Malan ; le Comte de Chaban➡
nes , et M. de Varennes , Maréchaux de Camp...
Le Chevalier de S. Vallier ; M. de Salieres ,
M. Diesbach ; M. de Paysac , et M. de Moncelot
, Brigadiers d'Infanterie.
Mrs du Moulins et de Raigecourt , Brigadiers
de Cavalerie .
Département des Trois- Evêchez et Frontieres
de Champagne , de la Mozelle ,
de la Sarre et de l'Electorat de Tréves ,
y compris le Honsruck.
Le Comte de Belleisle ; M. de la Billarderie ,
Lieutenant des Gardes du Corps ; le Comte de .
Laval - Montmorency ; le Comte d'Aubigné , et
le Chevalier de Roccozel, Lieutenants Generaux.
Le Comte de Polastron ; M. de Lutteaux ; M. de
Cherisey , M. Lenck , et le Chevalier de Marcieu
, Maréchaux de Camp .
M. de Thiers , le Marquis de Rosnyvinen ;
M. Courten , et le Comte de la Baume Montrevel
, Brigadiers d'Infanterie .
M. de Kleinholl ; M. de lá Bazeque ; le Che
valier de Beaucaire ; le Chevalier de Belleisle , et
M. des Bournais , Brigadiers de Cavalerie et de
Dragons..
Département du Comté de Bourgogne.
Le Duc de Duras , Lieutenant General ; et le
Marquis d'Houdetot , Maréchal de Camp..
FRANCE
2516 MERCURE DE FRANCE
.
FRANCE ,
Nouvelles de la Cour , de Paris , &e.
L
A Cour de France conserve toujours
avec raison la réputation qu'elle a
depuis long tems d'être la plus galante et
la plus florissante de l'Europe. Dès le
commencement de ce mois elle a paru
encore plus nombreuse et plus brillante
par le retour des Princes , des Seigneurs
et des Officiers qui s'y sont rendus après
la séparation des Armées. Les Plaisirs y
sont marquez pour chaque jour, et sont
variez par la Chasse , le Jeu , la Promenade
, les Concerts chez la Reine , et la
Comedie Françoise et Italienne.
Le 31 du mois dernier , veille de la
Fête de tous les Saints , le Roy revêtu
du Grand Collier de l'Ordre du Saint
Esprit , se rendit à la Chapelle du Château
de Fontainebleau , où S. M. communia
par les mains du Cardinal de Rohan
, Grand - Aumônier de France. S. M.
toucha ensuite un grand nombre de malades.
Le
NOVEMBRE. 1734. 2517
Le même jour , la Reine entendit la
:Messe dans la Chapelle de la Cour Ovale,
et S. M. communia par les mains du
Cardinal de Fleury , son Grand-Aumô
nier .
L'après midy le Roy et la Reine entendirent
dans la Chapelle du Château
les premieres Vêpres qui furent chantées
par la Musique , et auxquelles l'Evêques
de Die officia pontificalement.
Le premier de ce mois , jour de la Fête,
Leurs Majestez assistérent dans la même
Chapelle à la Grand'Messe qui fut célebrée
pontificalement par l'Evêque de
Die , et chantée par la Musique.
L'après midy le Roy et la Reine entendirent
le Sermon de l'Abbé Poncet de la
Riviere , et ensuite les Vêpres auxquelles
le même Prélat officia. Leurs Majestez
assistérent aussi aux Vêpres des Morts.
Le Roy a accordé à Mademoiselle de
Charolois le Titre de M A DEMOISELLE.
S. M. a declaré en même tems qu'à l'avenir
la premiere Princesse du Sang
mariée , portera ce Titre.
non
Le 6 de ce mois , la Reine accompa
gnée des Dames de sa Cour , alla à l'Hôpital
de la Sainte Famille , et S. M. y
assista
2518 MERCURE DE FRANCE
assista au Salut , auquel l'Archevêque de
Sens officia , et à la Benediction du Saint
Sacrement.
Le même jour le Maréchal d'Asfeldt
arriva à Fontainebleau , et il eut l'honneur
de saluer le Roy , qui le reçut trèsfavorablement.
Le 15. ce Maréchal
prêta entre les
mains du Roy le serment
de fidelité
dont M. d'Angervilliers
, Ministre
et
Sécretaire
d'Etat , ayant le département
de la Guerre
, fit la lecture:
,
Le 11. après midy , le Prince de
Soubise auquel le Roy avoit accordé
au mois de Juillet dernier , la Charge
de Capitaine - Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de la Garde ordinaire
du Roy , dont le Prince de Røhan
s'est démis en sa faveur , fut reçu à
la tête de cette Compagnie.
Le Roy a accordé la place de Conseiller
d'Etat, vacante par la mort de M. Lebrer,
à M. de Bernage de S. Maurice , Interdant
de Languedoc , et celle dont M. de
Bernage s'est démis , à M. Daguesseau de
Fresnes , Maître des Requêtes,
S.
NOVEMBRE. 1734 2519
S. M. a donné l'agrément de la Charge
de Capitaine- Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes de Flandres , au
Chevalier Daguesseau , Capitaine - Lieutenant
de la Compagnie des Chevaux-
Legers d'Anjou , et S. M. a accordé
l'agrément de cette derniere Compagnie
au Marquis de Blet , qui en étoit Sous-
Lieutenant.
Le 12. l'ouverture du Parlement se
fit à Paris avec les cérémonies accoutu
mées , par une Messe solemnelle , célébrée
dans la grand'Sal e du Palais , par
l'Evêque d'Evreux , à laquelle M. Portail
, Premier Président et les Chambres
assistérent.
Le 25. Octobre les Concerts de la Reine
furent commencés à Fontainebleau
M. de Blamont Sur- Intendant de la Musique
du Roy , fit chanter l'Opera d'Armide
, qui fut continué le 27. du même
mois , et le 3. Novembre il fut fini par
le quatrième et le cinquiéme Acte. Les
Dlles Lenner , et les Srs d'Angerville et
Petillot , chantérent les principaux rôles.
Les 8.10 et 17 du même mois ,on concerta
le Ballet des Fêtes Grecques et Romaines, mis
en Musique par M. de Blamont. Les Dlles
Lenner
2520 MERCURE DE FRANCE
Lenner et Mathieu , et les Srs Dubourg
Je Prince , Ducros et Petillot , exécuterent
les principaux rôles , avec une trèsgrande
précision .
Le 22. et le 24. on chanta le Prologue
et les trois premiers Actes d'Endimion,du
même Auteur , dont les principaux rôles
furent chantés par les mêmes Acteurs
qu'on vient de nommer , et par la Dlle
Pelissier , et les Srs Godeneche et Jeliote.
Le 4. Novembre, les Comédiens François
représenterent à Fontainebleau la
Tragédie de Marie Stuard, qui fut suiviet
de la petite Pićce de l'Avare Amoureux.
Le 11. Les Femmes Sçavantes et le Florentin
, la Dlle Conel, nouvelle Actrice ,
qui avoit déja debuté à Paris , joia le
rôle d'Amoureuse dans la derniere
Piéce et fit beaucoup de plaisir .
Le 16. la Tragédie de Zaire et la Pu
pille.
Le 18. le Glorieux et la Famille Extravagante.
Le 23. la Reconciliation Normande , et
P'Eté des Coquetes.
Le 25. Medée et les Fourberies de Scapin.
Le Roy et la Reine ont honoré de
leurs présences ces deux dernieres Repré
sentations.
Le
NOVEMBRE. 1734. 252
Le 6. Novembre les Comédiens Italiens
jouerent aussi à la Cour le Petit Mar
tre Amoureux , Comédie du Sr Romagne
sy. Le Sr Deshayes , Hollandois , nouveau
Comédien , joüa pour la premiere
fois le rôle de Valet avec aplaudissement,
cette Piece fut suivie de la petite Piece
du Bouquet.
Le 13. les Amusemens à la mode , et la
Parodie de l'Opera de Roland. Le même
Acteur joüa le rôle de Valet dans la premiere
Piece.
Le 20. le feu de l'Amour et du Hazard,
et la Comédie des Billets Doux.
Le 27. les Amans Réunis et les Enfans
Trouvez, Parodie de la Tragédie de Zaïre,
que L. M. honorérent de leurs présences.
Le premier de Novembre , Fête de la
Toussaint , il y eut Concert Spirituel au
Château des Thuilleries ; on y chanta
l'Exurgat Deus , Motet de M. de Lalande,
dans lequel la Dlle Feld chanta pour la
premiere fois differents récits avec beaucoup
d'applaudissement , de même que
la Dlle Petitpas et le Sr Jeliote dans un
autre Motet à deux voix. Un nouveau
Joueur de violon éleve du Sr Somis
exécuta un Concerto avec beaucoup de précision
. Le Concert fut terminé par le
DomiJaz
MERCURE DE FRANCE
Dominus regnavit , précedé de differences
Piéces de Symphonie.
Nous venons de recevoir une autre
Lettre de M. Frigot, datée de Montebourg
le 20. de ce mois , au sujet du tremblement
de Terre dont il a été parlé ci - dessus
pag. 2478. Voici ses termes. Nous m
sçavons encore précisement jusqu'où s'est
étendu l'effet du tremblement de Terre arrivi
le 5. de ce mois , dont je vous ai parlé dans
ma derniere Lettre. Les Villes de Caën ;
de Bayeux , de S. Lo , de Coutances et d'Avranches
, l'ont certainement ressenti comme
nous , et même plus vivement. On m'a assuré
qu'il en a couté la vie à quelques Person
nes de S. Lo et d'Avranches par la chûte
de leurs Maisons . On en a été quitte ici
pour une Grange qui a été renversée , mais
la peur y subsiste encore , et comme le dit
si naivement Lucrece
..... Ancipiti trepidant terrore per urbes
Tecta superna timent, metuunt inferna, cavernas
Terraï ne dissolvat, natura repentè ,
Neu distracta suum latè dispandat hiatum ,
Adque suis confusa velit complere ruinis.
Lib. VI.
MORTS
NOVEMBRE . 1734 2528
MORTS, NAISSANCES, &c.
,
E 15Septembre dernier, François- Ale-
Lxandre le Vayer , Sr de Vandoeuvre
Sous- Doyen des Conseillers de la Cour
des Aydes de Paris , où il avoit été reçu
le 14 Juin 1686. mourut âgé d'environ
So ans étant né en 1654. Il n'a point
été marié , et il étoit fils de feu Jacques
le Vayer , Sr de la Curie Lieutenant
General en la Sénéchaussée du Maine
pendant près de 60 ans , mort en 1706.
à l'âge de 84 ans , et de Marie Sevin , fille
d'un Lieutenant General de Beaumont.
›
M. Antoine Herlau , Prêtre Docteur
en Théologie de la Faculté de Paris de la
Maison Royale de Navarre , et Doyen
de la Faculté mourut dans la Maison
des Docteurs de Navarre , le 1 4.Octobre
dernier. Nous apprenons que ce Docteur
recommandable par sa solide pieté
et par son amour pour les Pauvres , a fait
pendant sa vie et à sa mort de grandes
Aumônes. Il n'a jamais eu de Benefice
et n'en a jamais desiré. Il a fini à l'âge de
84 ans une vie trés- édifiante par une
mort toute Chrétienne,
Le
2524 MERCURE DE FRANCE
Le 1s Octobre , D. Marie Geneviéve
de Monle un de Besmaux , Epouse de
Paul-Hyppolite de Beauvilliers , Duc de
S. Aignan , Pair de France , Comte de
Montresor , Baron de la Ferté- Hubert ,
de la Salle-lès Clery et de Chemeri , Chevalier
des Ordres du Roy , son Ambassa
deur extraordinaire à Rome , et Maréchal
de ses Camps et Armées , Gouverneur et
Lieutenant-General pour S. M. des Ville
et Citadelle du Havre-de-Grace et Pays
en dépendant , Gouverneur des Ville et
Châteaux de Loches et de Beaulieu , Bailli
d'Epée du Pays de Caux , et l'un des 40.
de l'Académie Françoise , ci- devant Premier
Gentilhomme de la Chambre du feu
Duc de Berri , Conseiller au Conseil de
Régence , et Ambassadeur extraordinaire
en Espagne , mourut après une longue
maladie à Rome , âgée d'environ 43 ans,
ayant été mariée à l'âge de 16 ans , le 22
Janvier 1707.elle laisse un grand nombre
d'enfans,dont les noms et les dates de leur
naissance sont raportez dans le 4 tome de
Ja nouvelle Histoire des Grands Officiers
de la Couronne , pag. 724. l'aîné des fils
appellé le Marquis de S. Aignan a été
nommé Mestre de Camp du Régiment
de Cavalerie ci-devant Cayeux , le 20
Fevrier dernier, Un autre appellé l'Abbé
›
de
NOVEMBRE . 1734 2525
de Beauvilliers , est Abbé Commandataire
de l'Abbaye de S. Pierre de Lagny , O.
S. B. Dioc, de Paris , depuis le mois de
Fevrier 1733. la Duchesse de S. Aignan
étoit fille unique de Jean - Baptiste - François
de Monlezun , Marquis de Besmaux,
Mestre de Camp de Cavalerie , et Premier
Cornette de la Compagnie des Chevaux-
Legers de la Garde du Roy , mort le 10
Octobre 1696. et de Marguerite - Geneviéve
Colbert de Villacerf , morte le 28.
Decembre de la même année 1696. et petite-
fille et seule héritiere de François de
Monlezun , Seigneur de Besmaux et du
Bose , Maréchal des Camps et Armées du
Roy , et Gouverneur du Château de la
Bastille à Paris , et du Fort de Notre-
Dame de la Garde à Marseille , mort le
17 Decembre 1697. âgé de 86 ans.
,
Le 27. Octobre , Gabriël Simon ;
Marquis d'ọ Colonel Lieutenant du
Regiment d'Infanterie de Toulouse , par
Commission du 15 Mars 1718. et Brigadier
des Armées du Roy de la Promotion
du 20 Fevrier dernier , mourut à Paris
en l'Hôtel de Toulouse , dans la 37 année
de son âge presque accomplie. Il étoit fils
de feu Gabriel Claude , Marquis d'O et
de Franconville , Lieutenant- General des
Armées Navales du Roy , et Commandeur
1527 MERCURE DE FRANCE
deur de l'Ordre Militaire de S. Loüis
mort le 17 Mars 1728. âgé de 72 ans
et de Marie- Anne de la Vergne de Guilleragues,
sa veuve, Dame duPalais de feuë
Madame la Dauphine, mere du Roy Louis
XV. le Marquis d'O , qui vient de mourir
étoit veuf d'Anne-Loüise de Madaillan
de Lesparre , morte le 2. Octobre
1723. dans la 27. année de son âge. H
ne laisse d'elle qu'Adelaïde- Genevieve-
Felicité d'O, qui a été mariée le 27. Août
1731. avec Louis de Brancas , Duc de
Lauraguais , Pair de France , né le
né le 7.
Mars 1714. et nommé Colonel du Regiment
d'Artois , le vingt Fevrier dernier.
›
Le 2. de ce mois , Dlle Anne- Julie de
'Melun d'Espinoy , fille de feu Alexandre-
Gulllaume de Melun , Prince d'Espinoy,
Marquis de Roubais , Vicomte de Gand ,
Baron d'Antoing , Connétable et Sénéchal
héréditaire de Flandres , Sénéchal
de Haynaut , Gouverneur de Tournay
Chevalier des Ordres du Roy , mort le 16.
Fevrier 1679. et de Jeanne Pelagie Chabot
de Rohan morte le 18. Août 1698,
mourut à Paris sans avoir été mariée
dans la 63. année de son âge , étant nég
Le 11. Août 1672 ,
,
,
Le
INOVEMBRE. 1734 2427
>
de
Le 2. Novembre 1734. D. Anne - Elizabeth
Roujault , épouse de Guillaume De lamoignon ,
Seigneur de Blanciménil , de Malesherbes
Cerisay , &c. Président au Parlement de Paris ,
dont elle étoit la deuxième femme , et qui l'avoit
épousée le 4. Mars 1715. mourut à Paris , après
être accouchée d'une fille , morte incontinent
après avoir été ondoyée. Elle étoit dans la 43 .
année de son âge , étant née le 21. Juillet 1692 .
Elle a eu pour Enfans Marie- Elizabeth Delamoignon
, née le 10. Mars 1716. et mariée le
3. Août 1733. avec Cesar. Antoine de la Luzerne
, Comte de Beusseville , Seigneur de Houllebec
, et de Moulin- Chapelle , Mestre de Camp
Lieutenant du Regiment des Cuirassiers du Roy,
et Chevalier de l'Ordre de S. Louis qui vient
d'être nommé Maréchal de Camp à la Promotion
du 18. Octobre dernier , étant Brigadier du
20. Fevrier précedent ; Barbe-Nicole Delamoignon
, née le 25. Juin 1717. Anne- Nicole Delamoignon
, née le 6. Juin 1718. Marie- Louise
Delamoignon , née le 16. Juillet 1719. un Fils
né et mort le 23. Novembre 1720. sans avoir
été nommé ; Chrétien - Guillaume Delamoignon
de Malesherbes , né le 6. Decembre 1721. et
Agathe- Françoise de Lamoignon , née le 4. Fevrier
1723. La Présidente de Blancménil étoit
fille de feu Nicolas- Etienne Roujault , Seigneur
de Villemain , mort Maître des Requêtes hoão,
raire de l'Hôtel du Roy , le 6. May 1723. après
avoir été Intendant à Bourges , à Maubeuge , à
Poitiers et à Rouen , et en dernier lieu , Conseiller
au Conseil du Commerce et de Barbe-
Madeleine Maynon , sa veuve.
?
Le 3. D. Marie - Françoise d'Albert de Luynes,
ci-devant Dame du Palais de feuë Madame la
I Day228
MERCURE DE FRANCE
Dauphine , mere du Roy régnant , et veuve depuis
le 9. May dernier , de Charles- Eugene de
Levis , Duc de Levis , Pair de France , Comte
de Charlus et de Saignes , &c. Chevalier des
Ordres du Roy , Lieutenant General de ses Armées
, et au Gouvernement de la Province de
Bourbonnois , Commandant en Chef pour S.
M. dans le Comté de Bourgogne , et Gouvermeur
de Bergue , S. Vinox , mourut à Paris dans
la 57. année de son âge , étant née le 15. Avril
1678. on a dit de qui elle étoit fille , et l'on a
rapporté les enfans qu'elle avoit eus dans le
Mercure du mois de May dernier , pag. 1033 ,
en annonçant la mort du feu Duc de Levis , son
mari.
La Mere Theodore de Chareisien , Religieuse
de l'Ordre Reformé de Sainte Claire , mourut
à Lyon le 3. de ce mois , âgée de 100, ans er
six mois.
Le 3. de ce mois , D. Marie- Roze Tessier
épouse de Jacques Brissart , Ecuyer Conseiller
Sécretaire du Roy , Maison Couronne de France
et de ses Finances , accoucha heureusement d'une
fille qui fut baptisée le lendemain , la mere
mourut le 9. âgée de 31. ans et demi , et fut
inhumée le 10. à S. Roch sa Paroisse,
>
Le cinq , Dame Gabrielle du Gué , fille
de Pierre du Gué , Seigneur de Méridon
Montabé , les Troux , &c. actuellement vivant
dans un âge fort avancé et de feuë D. Anne
Millet , morte le 22. Janvier 1727. à l'âge de
8o. ans , et veuve depuis le 18. Octobre 1717.
de Leonor , Comte de Mornay , Marquis de
Monchevreuil , Lieutenant General des Armées
du Roy , Gouverneur et Capitaine des Chasses
de S, Germain en Laye , qu'elle avoit épousé
NOVEMBRE 1724. 2529
au mois de Janvier 1696. mourut à Paris en son
Appartement de l'Abbaye de Bonsecours au
Fauxbourg S. Antoine , laissant des Enfans.
>
>
Le 6. D. Anne - Marie -Françoise de Sainte
Hermine , Comtesse de Mailly , fille de Helie de
Sainte Hermine , Seigneur de la Leigne , et du
Rozeau , et d'Anne Madeleine de Valois de Villette
, mourut en son Appartement du Prieuré
de Poissy , Diocèse de Chartres , dans la 67.
année de son âge. Elle avoit été mariée le 9 .
Juillet 1687. avec Louis , Comte de Mailly , Seigneur
de Rubempré , de Rieux , d'Haucourt ,
S. Remi , de Bolhard , du Coudray , & c . alors
Menin du Dauphin , Ayeul du Roy Louis XV.
et Colonel du Regiment Royal des Vaisseaux
puis fait Brigadier en 1691. Mestre de Cimp
General des Dragons de France en 1692. et
Maréchal des Camps et . Armées du Roy le 30.
Mars 1693. Elle devint veuve par sa mort le 6.
Avril 1699. Elle avoit été faite au mois de Fevrier
1692. Dame d'atours de la Duchesse de
Chartres , depuis Duchesse d'Orleans . Elle fut
choisie au mois de Septembre 1696. pour remplir
pareille Charge auprès de la Duchesse
de Bourgogne , morte Dauphine , elle fut aussi
nommée Dame d'Atours de la Reine le 27. Avril
1725. Elle se démit de Cette change en faveur
de la Duchesse de Mazarin sa fille , au mois
d'Août 1731. et elle se retira ensuite au Prieuré
de Poissy , où elle a fait bâtir un fort bel Appartement.
Elle laisse six enfans , trois fils et
trois filles. Les fils sont Louis,Comte de Mailly ,
ci- devant Capitaine Lieutenant de la Compagnie
des Gendarmes Ecossois , et Commandant la
Gendarmerie de France , qui a été marié le
May 1726. avec Louise - Julie de Mailly de
I ij
3 I.
Néelle,
2530 MERCURE DE FRANCE
Néelle , sa niéce à la mode de Bretagne , nommée
Dame du Palais de la Reine au lieu de feuë
la Marquise de Néelle sa mere au mois d'Octobre
1729. Louis de Mailly , Comte de Rubempré
, Chevalier des Ordres de N, D. du Mont-
Carmel , et de S. Lazare ds Jerusalem , Capitaine-
Lieutenant des Gendarmes Ecossois , et
Commandant la Gendarmerie de France , par la
démission de son frère aîné le 25. Juillet 1733 ,
celui-ci a épousé en 1731. une fille de François.
Louis Arbaleste , Vicomte de Melun , Seigneur
de la Borde et de Champigny , er de Marie-
Anne Moufle , sa deuxième femme ; et Louis-
Alexandre de Mailly , Chevalier non-profès de
P'Ordre de S. Jean de Jerusalem , et Capitaine
de Dragons. Les filles sont Françoise de Mailly,
Duchesse Douairiere de Mazarin aujourd'hui
Dame d'Atours de la Reine , Loüise - Françoise,
de Mailly , veuve du Marquis de Listenay ; er
Françoise de Mailly , Comtesse de Folignac ,
belle-soeur du Cardinal de ce nom .
M. Pierre de Vienne de la Valliere , Curé de
l'Eglise Collegiale et Paroissiale de S. Benoît ,
et premier Chapelain de cette Eglise , Docteur
ès Droits de la Faculté de Paris , mourut le 7,
âgé d'environ 47. ans .
Le 10. D. Anne- Henriette Brice , épouse de
Nicolas Henin, Conseiller du Roy en son Grand
Conseil , mourut à Paris âgée de soixante -quinze
ans 7 jours,étant née le 3 Novembre mil six cens
cinquante-neuf. Elle laisse pour enfans Nicolas
Henin , Conseiller au Parlement de Paris , de
la premiere Chambre des Enquêtes , où il a été
reçû le 31. Decembre 1717. Claude Henin , Capiaine
de Cavalerie dans le Regiment de Noail
Les
es ; et D. Anne Radegonde Henin , mariée le
11
NOVEMBRE . 1734 253 2
1. Septembre 1727. avec François - Bernard
Boulin , Conseiller en la Cour des Aydes de
Paris.
>
Au commencement de ce mois , Louis
Comte de Bethune de Selles , Lieutenant Geheral
des Armées Navales du Roy , et Com
mandeur de l'Ordre Royal et Militaire de
Saint Louis , mourut à Rochefort âgé d'environ
soixante et quinze ans Il avoit été
fait Capitaine de Vaisseau en 1689. Il obtint
au mois de Septembre 1705. une Pension de
iooo . livres sur la Marine , fut mis au mois
de Novembre 1706. au nombre des Capitaines
de Vaisseau à la haute paye , et fait Chef
d'Escadre le 28. Octobre 1720. Commandeur
de l'Ordre de S. Louis par expectative le 27.
Mars 1728. et enfin Lieutenant General des
Armées Navales le 10. Mars dernier. Il étoit
fils aîné de feu Henri de Bethune , Comte de
Selles, &c. mort en 1696 et de feuë Marie- Anne
Dauvet des Marests , et il avoit été marié le 31 .
Octobre 1708. avec Marie- Therese Pollet de la
Combe , veuve de Pierre le Moyne , Seigneur
d'Iberville , Capitaine de Vaisseau , et Che
valier de l'Ordre Royal et Militaire de Saint
Louis .
-
Le President de Bernieres , dont on a rappotté
la mort dans le Mercure d'Octobre dernier pag.
2312. se nommoit Gilles Henri Maignart ,
Marquis de Bernieres , Seigneur de la Riviere,
Bourdot , Quevillon , Rouville , Houguemare
le Bosquier , & c. Il avoit été reçû Conseiller au
Parlement de Rouen , le 25. May 1705. et Président
à Mortier le 28. Juillet 1787. Il obtint
des Lettres de Président honoraire le 21. May
# 718 . Il étoit fils de feu Maignart de Bernieres ,
I iii Sei
2132 MERCURE DE FRANCE
Seigneur de Bautot , Procureur General au même
Parlement de Rouen et de Marguerite-
Françoise le Cornu de Bimorel , sa premiere
femme.
Le 12 Novembre , l'Archevêque de Besançon ,
Prince du S. Empire Romain , est mort subitement
dans son Diocèse. Il se nommoit Antoine-
François de Blittersvvick de Monckley , et il étoit
natit du Diocèse de Besançon , d'une Maison
ancienne , er d'une Noblesse Militaire , originaire
du Duché de Gueldres , mais établie depuis
plusieurs siecles dans le Comté de Bourgogne. Il
avit eu pour Pere et Mere Gaspard de Blitterswick
, Seigneur de Monckley , dont il fit hommage
au Roy d'Espagne au mois de Juin 1662,
et Claude - Marguerite de Montoniche , fille de
Jean de Montoiche , Noble Citoyen de la Ville
de B sançon . Il fut reçû Chanoine de l'Eglise
Métropolitaine de Besançon au mois de Mars
1687. depuis il fut aussi Grand- Chantre de la
même Eglise , et Vicaire-General du Diocèse.
L'Abbaye de Charlieu , Ordre de Cîreaux , dans
le même Diocèse de Besançon , lui fut donnée le
27. Décembre 1694. Il fut nommé le 8. Janvier
1721 à l'Evêché d'Autun , qui fut préconisé er
proposé pour lui à Rome les 14. Janvier 1722.
et 20. Décembre 1723. ensuite de quoi il fut sacré
le 9. Mars 1724. dans l'Eglise du Noviciat
des Jesuites à Paris , par- le Cardinal de Rohan ,
Evêque et Prince de Strasbourg , assisté de l'Evêque
de S. Papoul , nommé à l'Evêché de Mende
et de l'Evêque deChâlons - sur - Marne . Il prêta
serment de fidélité entre les mains du Roy le 12 .
du même mois. L'Abbaye de Fontenay , Ordre
de Cîteaux , Diocèse d'Autun , lui fut encore aç.
cordée au mois de Juin 1729.et il fut transferé av
mois
NOVEMBRE. 1734. 2133
mois deJanvier12 à l'Archevêché de Besançon
vacan : par la demission volontaire de François-
Honore Grimaldi de Monaco. Cette Eglise ayant
été préconisée et proposée pour lui à Rome les
et 31. Mars suivans . Il prêta un nouveau serment
de fi elité entre les mains du Roy le 20. Avril
Il étoit le dernier de sa Famille , et il en avoit
recueilli tous les biens . Il avoit donné il y a longtemps
la Terre de Monckley au Comte de Vau→
drey , son Neveu , Maréchal des Camps et Armécs
du Roy. Il avoit eu encore les Terres de
Boulot , de Chevigné , de Sauvagné , d'Estu, &c.
mais il les avoit vendues pour la plupart pour
payer les dettes du feu Marquis de Monckley ,
son Frere , mort Colonel au service du Roy .
Le 14. D. Louise - Renée de Penancoët de Kéroualle
, Duchesse de Portsmouth en Angleterre ,
et d'Aubigny en France , mourut à Paris , âgée
de 85. ans , 2. mois , et le 16. elle fut inhumée
dans l'Eglise des Carmes Déchaussez , dans la
Chapelle de la Maison de Rieux , dont elle descendoit
par son Ayeule maternelle . Elle étoit fille
de Guillaume de Penancoët , Comte de Kéroualle
, Seigneur de Kerboronné , de la Villeneufve ,
et du Chef- du- Bois , Commandant l'Arrlereban
de l'Evêché de Leon , mort en 1690. et de Marie
de Ploeuc du Timeur , morte au mois de Janvier
1709. et qui avoit eu pour Mere Marie de
Rieux de Sourdeac. La Duchesse de Porstmouth
fut d'abord Fille d'honneur de Henriette- Anne
Stuart , premiere femme de Philippe , Fils de
France , Duc d'Orleans , qu'elle accompagna au
Voyage qu'elle fit en Angleterre en 1670 après
la mort de cette Princesse , arrivée le 30. de Juin
de la même année , elle repas ,a en Angleterre , e
fut faite d'abord Fille d'honneur de Catherine de
I iiij Portu
2534 MERCURE DE FRANCE
*
Portugal , Reine d'Angleterre , et ensuite Dame *
de son Palais. Charles II. Roy d'Angleterre , la
créa Baronne de Beteisfoild , puis Duchesse de
Porstmouth en 1673. et à la priere de ce Prince ,
le Roy Louis XIV. lui donna la Terre d'Aubigny-
sur- Nierre en Berry , par Lettres Patentes
du mois de Décembre 1673. Registrées au Parlement
de Paris le 14 Avril 1674 et en la Chambre
des Comptes le 26. Mars 1683. Par autres
Lettres Patentes du mois de Janvier 1684. cette
Terre d'Aubigny fut érigée en titre de Duché
Pairie de France en faveur de la Duchesse de
Porstmouth , et après son décès , de Charles Lenox
, fils naturel de Charles II . Roy d'Angleterre
, et de la Duchesse de Porstmouth ; mais ces
dernieres Lettres n'ont point été enregistrées.
Ces Pieces sont rapportées dans le 5. Tome de
P'Histoire des Grands Officiers de la Couronne ,
Art. des Duchez non registrez , page 920. elles
sont suivies de la Genealogie de la Maison de
Penancoët , par laquelle on voit que son ancien
nom étoit de Penhoat ou Penhoët , et qu'elle
étoit une des quatre premieres de l'Evêché de
Leon , suivant l'ancien Proverbe fort commun
dans la Basse- Bretagne Antiquité de Penhoët ,
vaillance de Châtel , richesse de Kerman , et Chevalerie
de Kergournadec . François de Penhoat
fut marié le 10. May 1330. avec Jeanne de Penancoët
, Dame de Keroualle , et en vertu d'une
clause expresse de son Contrat de Mariage , ses
Enfans prirent le nom et les Armes de leur Me
re , que leurs descendans ont depuis conservez .
La Duchesse de Porstmouth , qui s'étoit retirée
du Monde depuis bien des années , faisoit sa ré-)
sidence la plus ordinaire dans son Duché d'Au →
bigny , où elle s'occupoit de bonnes - oeuvres , et
:
prin
NOVEMBRE. 1734. 2535
principalement du soin des Pauvres , qu'elle soulageoit
de toutes façons. Elle a fondé et établi
dans sa Ville d'Aubigny un Convent de Religieuses
Hospitalieres , qui se partagent égaleiment
entre le soin des malades et l'instruction de
la jeunesse. Elle a aussi beaucoup donné pour la
décoration des Eglises et principalement de celle
de la Paroisse . Elle étoit venue à Paris en dernier
lieu pour chercher dans les avis des meilleurs
Médecins quelques remedes à une maladie
qui la faisoit souffrir depuis un peu de temps ,
mais son grand âge les a rendus inutiles . Charles
Lenox , Duc de Richmond , et de Lenox , Comte
de March , et de Denreley , Baron de Setrington
, et de Torbolton , Pair d'Angleterre et d'E
cosse , fils de la Duchesse de Portsmouth , étoit
né à Londres , le 11. Juillet 1672. Il fut Chevalier
de l'Ordre de la Jarretiere, Grand - Ecuyer du
Roy, son Pere , et Grand- Amiral d'Ecosse. Après
la mort du Roy Charles II. il passa en France
avec sa Mere , et il y fut naturalisé en 1685. II
repassa en Angleterre en 1692. et il y mourut le
le 8. Juin 1723. laissant d'Anne Brudenell , fille
du Comte de Cardigan , qu'il avoit épousé le
10 Janvier 1693. et qui mourut le 21. Décembre
1722. Louise Lenox , morte au mois de Janvier
1717.étant mariée avecJaquesComte de Berkeley
Chevalier de l'Ordre de la Jarretiere et Vice-
'Amiral d'Angleterre ; et Charles Lenox , Duc de
Richmond et de Lenox , Comte de March et de
Danteley , Baron de Setrington et de Torbolton,
Pair de la Grande- Bretagne , né à Londres le
29. May 1701. qui est Chevalier de l'Ordre de
la Jarretiere , Ayde de Camp et Premier Gentilhomme
de la Chambre du Roy d'Angleterre ;
Capitaine dans le Régiment de ses Gardes à che
Iy yal
2536 MERCURE DE FRANCE
4. val , et qui a été marié le Décembre 1719 .
avec Sara de Cadogan , fille aînée de feu Guillaume
, Comte de Cadogan , Chevalier de l'Ordre
de S. André d'Ecosse , Conseiller du Conseil
de Cabinet du Roy d'Angleterre , Colonel du
premier Regiment de ses Gardes , Grand- Maître
de l'Artillerie, Gouverneur de l'Isle de Whigt,
&c. de laquelle il n'a jusqu'à présent que des filles
, les deux garçons qu'il en a eu étant morts
au berceau .
Le 17. Jacques-Vincent Languet , Comte de
Gergy , Seigneur de Montchanu , Onay , Raconay
, Bougerot et des quatre Villeneuves , cydevant
Ambassadeur ordinaire du Roy auprès de
la République de Venise , mourut à Paris , dans
la 68. année de son âge , ayant été baptisé en la
Paroisse de S. André des Arcs à Paris le 29.
Avril 1667. Il fut d'abord Gentilhomme ordinaire
de la Maison du Roy , et étant revêtu de
cette Charge , il fut choisi par le feu Roy au
mois de Novembre 1697. pour son Envoyé Extraordinaire
à Stutgard auprès du Duc de Wirtemberg.
Il fut nommé au mois de Juillet 1702.
pour passer en Italie avec la même qualité auprès
des Ducs de Mantoue et de Parme. Ayant
été nommé une seconde fois au mois de Décembre
1704. Envoyé Extraordinaire auprès du
Duc de Mantoue , il fit son Entrée à Mantoüe
au mois d'Avril 1706. Il fut nommé au mois de
Juillet 1709. pour passer avec le même Caractere
auprès du Grand- Duc de Toscane , et il fit
son Entrée à Florence le premier Octobre 1710
il y résida jusqu'en 1715. qu'il fut nommé au
mois de Janvier, Envoyé Extraordinaire et Pléni,
potentiaire à la Diette de Ratisbonne, Il occupoit
encore ce Poste lorsqu'il fut nommé au
mois
NOVEMBRE. 1734 2537
mois d'Avril 1721. à l'Ambassade de Venise, on
il arriva le 5. Décembre 1723. il y fit son Entrée
publique le 4. Novembre 1726. et il eut le
lendemain sa premiere Audience publique du Doge
et du Sénat . El obtint en 173 1. un congé pour
venir faire un tour en France pour le rétablissement
de sa santé. Il arriva à Paris le 7. Janvier
1732. mais sa santé ne se remettant point , il fut
déchargé la même année de son Ambassade. Il
étoit second fils de feu Denis Languet , Comte
de Rochefort , Marquis d'Alerey , Baron de Saffre
, de Gergy , S. Côme , la Villeneuve et Montigny
- sur- Vingeaune , Procureur General au
Parlement de Dijon pendant vingt- six ans
mort le 20. Août 1680. et de feue Marie
Robelin , et frere de Jean - Baptiste-Joseph Languet
de Gergy, Curé de la Paroisse de S. Sulpi
ce à Paris , de Jean - Joseph Languet de la Vil
leneuve , Archevêque de Sens , &c. Il avoit été
marié le 21. Octobre 1715. avec Anne Henry
soeur puînée de la Dame Regnault ,
et fille de Jeai Baptiste Henry , cy - devani
Trésorier General des Galeres de France , et
de Marie- Anne le Large du Moulon . Il ne laisse
d'elle des filles.
que
Le 18. D. Genevieve Colbert , fille de Michel
Colbert, Maître des Requêtes Ordinaire de l'Hô
tel du Roy , mort en 1694. et de Genevieve Baudouin
, sa femme , morte le 17. Mars 1684-
mourut à Paris , âgée d'environ 76. ans. Elle
étoit veuve depuis le de Paul Août 1717 . 19
Etienne Brunet de Rancy, Seigneur d'Esvry - les-
Châteaux , Egrenay , Gomblaville , Vauth-
Reyne , Naucelles , Varennes , & c. Conseiller-
Secretaire du Roy , Maison Couronne de Fran
ce er de ses Finances , Fermier General des Fer-
1 vj
25 ; 8 MERCURE DE FRANCE
•
mes-Unies de S. M. &c . qu'elle avoit épousé le
15. Juin 1678. elle en laisse Jean - Baptise Brunet
Gilles Brunet , Seigneur d'Esvry »
Maitie des Requêtes honoraire de l'Hôtel du
Roy , cy- devant Intendant à Moulins , marié
au mois d'Août 1715. avec Françoise Susanne
Bignon , fille de feu Armand Rolland Bignon ,
Seigneur de Blanzy , Conseiller d'Etat et Intendant
de Paris , et d'Agnès- Françoise Hebert du
Buc , sa veuve ; Joseph Brunet de Rancy , Capitaine-
Lieutenant de la Compagnie Colonelle
du Réginient des Gardes Françoises , et Brigadier
des Armées du Roy , de la Promotion du
20. Février dernier , Françoise - Marguerite Brunet
, de Rancy , mariée au mois de Février
mil sept cens- trois avec Pierre Arnaud de la
Briffe , Conseiller d'Etat , et Intendant à Dijon ,
et Marie Brunet de Rancy , Marié le 30, Dé
cembre 1711 , avec Edouard Colbert , Comte de
Croissy , Lieutenant General des Armées du
Roy , Lieutenant- General pour S. M. au Comté
et Evêché de Nantes , Gouverneur de Créci en
Brie , et Chevalier de l'Ordre Militaire de saint
Louis.
-
Claude André Courtin , Ecuyer , Sieur de
Crouy , Seigneur des trois Fiefs de Cormeil en
Parisis , Chevalier de l'Ordre de S. Lazare , an
cien Officier des Vaisseaux de Sa Majesté , mourut
le 18. de ce mois , âgé de 73. ans environ .
Le 21. de ce mois , le nommé Daniel Beguin
mourut à Reims , âgé de 103. ans.
I
Le 3. Novembre , Charles de Marnais , Com.
te de Vercel , Exempt des Gardes du Corps du
Roy , et Gouverneur de Dole en Franche- Com
té , fils de feu Jean- Baptiste de Marnais , Comte
de
NOVEMBRE. 1934. 2539
de Vercel , Chevalier de l'Ordre Militaire de
S. Louis , Lieutenant des Gardes du Corps du
Roy , Maréchal des Camps et Armées de S. M.
et Gouverneur de Dole , mort le 12. Janvier
1732. et neveu de .... de Marnais , S. André
de la Bastie , Gouveneur de Die en Dauphiné
Lieutenant de Roy de P'Hôtel Royal des Inva
lides , Inspecteur General de Cavalerie , et Maréchal
des Camps et Armées du Roy , de la Promotion
du 20. Février dernier , fut marié à Paris
dans l'Eglise du même Hôtel des Invalides ,
avec D. Claude - Jacqueline- Françoise Petit de
Passy veuve sans enfans de Jacques - Etienne
Canaye , Maître des Requêtes ordinaire de l'Hô
tel du Roy , mort le 2. Juillet 1732. et fille de
feu François Petit , Seigneur de Passy , Serilly ,
Hébécouit, &c. Lieutenant General d'Epée au
Bailliage et Siege Présidial de Sens , et de D. Jacqueline
- Margueritte Richer, sa veuve.
Le 4. de ce mois , Charles- François de Mon
tholon , Conseiller au Parlement de Paris , veuf
depuis le 4. Juin dernier , de D. Marie - Louise-
Charlotte Desvieux , qu'il avoit épousé le 22 .
Février précedent , épousa en secondes Nôces
avec dispense , la Cousine germaine de sa premiere
femme , fille d'Eustache - François le Cous
turier , Seigneur de Mauregard et du Mesnil ,
Frésident au Grand - Conseil, et de feuë D. Marie-
Margueritte Bosc , sa premiere femme. On a
annoncé dans le précedent Mercure le Mariage
en troisiémes nôces du Président le Cousturic
avec la Dlle du Chastelet , l'aînée,
2540 MERCURE DE FRANCE
**
ARRESTS NOTABLES
Octobre , pour faire fournir du Pain de
munition aux Troupes qui seront dans les Places
frontieres d'Allemagne , du Pays Messin , de
Flandres , Comté de Bourgogne , Picardie et
Soissonnois , pendant l'hiver prochain.
ARREST du 13. Octobre , par lequel il est
dit
que le Roy étant informé qu'il a été fait une
saisie considerable de Livres coutraires à l'Eglise
et à l'Etat, appartenant au nommé Jorre fils, qui
a obtenu la survivance de l'Imprimerie de son
pere à Rouen , et qu'il a même été trouvé des
factures qui prouvent évidemment le commerce
illicite que fait ledit Jorre en Hollande , des Ouvrages
les plus prohibez , ainsi qu'il résulte de
deux procès verbaux du Commissaire Regnard
l'alné , des 9. Juin et 7. Juillet de la présente
année 1734. Sa Majesté étant pareillement Instruite
que le nommé René Josse , Libraire à Pasis
, a imprimé sans qualité , dans une Imprimerie
clandestine chez le nommé Coubray , Maître
Papetier de cette Ville , les Lettres intitulées , Lettres
Philosophiques par M. de V. à Amsterdam,
chez E. Lucas , au Livre d'or , 1734- supprimées
par Arrêt du Parlement du 10. Juin dernier ; ce
qui est prouvé par les Interrogatoires de Margueritte
Laferriere , femme Guillain , et de Louie
Guillain , femme Coubray , du 28. May de la
prér
NOVEMBRE. 1734 254%
présente année 1734. et par l'évasion même du →
dit Josse, qui en effet n'a plus reparu depuis dans
sa boutique , et que le nommé Duval , dir le
Granadier , Imprimeurà Bayeux , a quitté ladite
Ville pour venir travailler à Paris dans des Imprimeries
clandestines ; toutes lesquelles contraventions
méritent d'autant plus d'être punies
que rien jusqu'icy n'a été capable d'arrêter la
licence avec laquelle on distribuë dans la Ville
de Paris et dans tout le Royaume , des Libelles si
souvent flétris par les Arrêts du Conseil et ceux
des Parlemens. Sur quoi le Roy a destitué et destitue
les nommez Jorre fils , reçû Imprimeur en
survivance de son pere à Rouen , René Josse ,
Libraire à Paris , et Duval , dit le Grenadier ,
Imprimeur à Bayeux , de la qualité de Maîtres
Imprimeurs et Libraires , leur fait très- expresses
inhibitions et deffenses , à peine de punition
exemplaire , de s'immiscer directement ni
indirectement dans l'Imprimerie , ni de fatre
aucun commerce de Librairie , sous quelque titre
ou en quelque qualité que ce soit , & c.
ARREST du 24. Octobre , qui ordonne
qu'en payant par le Clergé de Metz la somme de
Cinquante-cinq mille livres , ses biens seront dis--
pensez de l'execution de la Déclaration du 17+
Novembre 1733. au sujet de la levée du Di
xiéme , &c.
AUTRE du même jour , portant aussi pareille
exemption en payant par le Clergé de
Toul la somme de 12000. livres.
AUTRE du même jour , portant pareille
exemp
2542 MERCURE DE FRANCE
1
exemption en payant par le Clergé de Verdun la
tomme de 2875o livres.
ARREST du 26. Octobre , qui proroge jusqu'au
dernier Decembre 1735. le prix des an
ciennes Especes & matieres d'or et d'argent.
ORDONNANCE de Police du 27, Octobre
qui enjoint de nouveau à tous ceux qui donnent
à loger en Maisons ou Chambres garnies , de
tenir deux Registres pour y inscrire les noms
des personnes qui iront y loger , leurs Pays et
leurs qualitez , conformément à l'Arrêt du Conseil
du 22. Decembre 1798.
ORDONNANCE du Roy , du 31. Octobre
qui renouvelle les deffenses des Libelles , de l'Etalage
des Livres . et Boutiques portatives , sur
les Quais , Carrefours , et même dans les Mai
sons Royales , à peine de mille livres d'amende ,
de confiscation , de prison , même de punition
exemplaire, &c.
ORDONNANCE DU ROY , du 2. Novem
bre , par laquelle S. M. enjoint très- expressement
à tous les Irlandois , Anglois et Ecossois,
qui sont dans sa bonne Ville de Paris , et dans
les autres villes et lieux de son Royaume , sans
vacation et sans employ , âgez depuis dix - huit
ans ou environ , jusqu'à cinquante et en état
de porter les armes , soit qu'ils ayent été ci- devant
, ou non , dans les Regimens Irlandois qui
sont au service de Sa Majesté , de se rendre in
cessamment aux Garnisons marquées par l'état
qui est à la fin de ladite Ordonnance , où sont
actuck
NOVEMBRE . 1734 2543
actuellement lesdits Regimens , pour les joindre
ét y prendre parti ; à peine à ceux qui y ont
déja servi , d'être traitez comme Déserteurs
suivant la rigueur des Ordonnances , et aux autres
, d'être punis comme vagabonds , èt con
damnez aux Galeres . Ordonne très- expressement
Sa Majesté à tous les Prevôts des Maréchaux
et autres Officiers de Robe- courte,de s'employer
à la recherche et capture de ceux desdites nations ,
qui au préjudice de la présente , se trouveront
encore dans Paris ou dans les autres villes et
lieux de son Royaume , quinze jours après
qu'elle y aura été publiée , pour être procedé
contre eux suivant ce qu'elle contient : Sa Ma
jesté voulant bien , pour faciliter auxdits Irlandois
, Anglois et Ecossois , les moyens d'alleg
joindre lesdits Regimens où ils sont , leur permettre
de se rendre dans ledit temps de quinze
jours après la publication de la présente , près
des Intendans en ses Provinces , pour recevoir
les ordres de ce qu'ils auront à faire ; mais Elle
entend aussi que ceux qui après les avoir reçûs,
manquerout à les suivre, soient severement puniscomme
Déserteurs .
>
ARREST du 3. Novembre , concernant les
Rentes viageres en forme de Tontine . Par lequel
il est dit que S. M. expliquant en tant que de
besoin est ou seroit , les articles IX. et XIV .
de l'Edit du mois d'Août dernier a ordonné
et ordonne que ceux qui voudront acquerir des
dites Rentes, et qui ne pourront produire, pour la
justification de leurs noms et âge , des Extraits
Baptistaires en la forme prescrite par ledit Edit,y
seront admis en justifiant par eux de leurs
moms et âge , par des actes de notorieté , qui
scrone
2544 MERCURE DE FRANCE
seront passez devant Notaires ou autres personnes
publiques en présence de quatre témo us
notables et domiciliez des Lieux où lesdits actes
seront passez , qni attesteront les noms , sur .
noms , ages , qualitez et demeures des personnes
sur la tête desquelles lesdites Rentes devront être
constituées ; lesquels actes seront dûement légalisez
et certifiez par les Ambassadeurs Envoyez,
Résidens ou Consuls de la Nation Françoise
dans les Cours , Etats ou Villes Etrangeres of
les acquereurs demeureront , ou à leur deffaut,
par les principaux Magistrats ou juges des Villes
et lieux de la résidence desdits Acquereurs.
Veut Sa Majesté que le payement des arrerages
desdites Rentes , ensemble de celles de même
nature , créées par Edit du mois de Novembre
1733. soit fait sans difficulté par les payeurs
d'icelles aux Etrangers demeurant hors du
Royaume , en justifiant par eux de l'existence
des personnes dénommées dans les Contrats
sur la tête desquelles lesdites Rentes ont été ou
seront constituées par des certificats de vie
qui seront passez devant Notaires , ou autres
personnes publiques des Villes et Lieux de leur
résidence , en présence de deux témoins , qui
attesteront les avoir vûs et leur avoir parlé dans
le jour ; lesdits certificats légalisez par les Ambassadeurs
, Envoyez , Résidens on Consuls de
la nation Françoise , dans les Cours Etats et
Villes Etrangeres on lesdits Rentiers seront
demeurans
, ou à leur défaut , par les principaux
Magistrats ou Juges des Villes et lieux de leur
résidence & c.
>
>
›
ORDONNANCE du Roy , du 4. Novembre
qui regle que les Capitaines des Compagnies dé
tachées
?
NOVEMBRE. 1734 2545
" tachées de la Garde - côte
commissions de Sa Majesté.
seront pourvûs de
ORDONNANCE du Roy , du 6. Novembre,
portant Amnistie generale en faveur des Déserteurs
des Troupes de Sa Majesté , jusqu'au premier
Novembre 1734. à condition de prendre
parti avant le premier May de l'année prochaine
173 5. dans celles de son Armée d'Italie , dont
les Regimens d'Infanterie, Cava erie et Dragons,
qui y sont actuellement, sont dénommez au bas
de ladite Ordonnance .
On donnera deux Volumes du Mercure
le mois prochain , pour avoir lieu d'employer
les Pieces qui n'ont pù trouver place
Pendant le cours de cette année. On trou
vera à la fin la Table Generale qu'on 4
coûtume de donner.
APPROBATION.
Ay la par ordre de Monseigneur le Garde
des Sceaux , le Mercure de France du mois de
Novembre,et j'ay crû qu'on pouvoit en permettre
l'impression. A Paris , le 6. Dés mbre 1734.
HARDION
TABLE
IECES FUGITIVES , les Fureurs de
Pramour , Ode , 2337
Lettre sur l'Histoire du Chien de Montargis ,
Remerciement sur un Bouquet donné ,
2342
2359
Lettre sur la Tragédie d'Enée et Didon , 23 $7
Le Chat et le Serin , Fable , 2370
Nouvel Ouvrage de M. Titon du Tiller , 2372
Lettre du Chevalier de G. à M. de S. 2381
Extrait d'une Lettre au sujet d'une nouvelle Chapelle
,
L'Amant Guerrier , Cantate ,
2383
2386
Lettre écrite de Rome , au sujet d'un principe
de Descartes , 2389
Epitre de M. de R *** ภM. l'Abbé * * *
2397
Lettre sur la Dissertation de M. le Beuf, 240f
Ode d'Horace , Imitation ,
Deuxième Lettre d'un Médecin de Montpelier ,
&c.
Sonnet ,
24:0
2413
2420
Letere sur la dénomination des Lettres du Bureau
Typographique ,
Traduction d'une Ode d'Horace ,
2421
2429
Lettre à l'Auteur du Traité des Superstitions sur
le nombre de treise à table , 2430
Enigmes et Logogryphes , 2438
NOUVELLES LITTERAIRES , DES BEAUX - ARTS,
&c.
2442
Acta Eruditorum, ¿s. 2447
Question ,
2469
Plan du troisiéme Tome du Musaum Florenti
num ,
De Cistophoris , c .
ibid
247
Ouverture des Académies et du College Royal ;
Tremblement de Terre extraordinaire ,
2474
2477
Euvre d'Estampes de Watteau , & ç ,
2479
Nouvelles Estampes gravées ,
2482
Chansons notées , 2486
Spectacles. Le Fleuve Scamandre , Comédie ,
& c .
2487
La Bourgeoise à la mode , 2494
Nouvelles Etrangeres, de Russie ,
2504
De Pologne, 2508
D'Allemagne , 2507
DItalie , Naples et Sicile ? 2508
D'Espagne et Angleterre , 2509
Morts des Pays Etrangers ,
1510
Nouvelles de la Guerre , 2512
Officiers Generaux servant pendant Phyver ,
France , Nouvelles de la Cour , de Paris , &c ,
Morts , Naissances , & c.
Arrêts notables
2516
2533
2540
Errata d'Octobre.
PAge 2126. ligne 4. trouverez
lisez tro
>
P. 23 10. 1. 29. avant le mot President , ajout
premier.
P. 313. 1. 7- Negret , . Neyret . Même 1 , il en
l.
laisse
laisse des enfans l . il n'en laisse point d'en
fans.
Même pag 1. 8. de Varini , l. Varany. 1. 10.
S. Maur , l . Sainte Maure. 1. 16. Josaly
1. Issa y .
P. 2184. 10. Yvoix , l. Ynorts.
P. 2307. 1. 27. 1734. l. 1724.
Ibid. 1. 28. Fille unique &c. l. Fille de &c.
P. 2334. 1. 9. d'un , I de.
Fautes à corriger dans ce Livre .
PAge 2346. ligne s . differences , lisez differens
.
P. 2407. 1. 22. genuinité , l . ingenuité.
P. 2459. 1. s . paruë , 1. parut.
La Chanson notée doit regarder la pago 2486
LISTE DES LIBRAIRES
qui débitent le Mercure dans les
Provinces du Royaume , &c.
A Toulouse , chez Henaut et Forest ,
Bordeaux , chez, Raymond Labottiere , et cher
Chapui , fils , au Palais , et à la Poste.
Nantes , chez Julien Maillard , et chez du Verger.
Rennes , chez Joseph Vatar , Julien Vatar , Guil
laume Jouanet Vatar et la veuve Garnier,
Blois , chez Masson .
Tours , chez Gripon,
Rouen , chez Herault.
Châlons- sur - Marne , chez Seneuze,
Amiens , chez la veuve François et Godard,
Arras , shez C. Duchamp.
Orleans, chez Rouzeaux.
Angers , chez Fourreau et à la Poste .
Chartres , chez Fetil , et chez J. Roux ,
Dijon , chez la veuve Armil , et à la Poste,
Versailles , chez Monnier,
Besançon , chez Briffaut , à la Poste,
Sant Germain , chez Doré,
Lyon , à la Poste,
Reims , chez Disain,
A Vitry-le -François , chez Vitalis,
Beauvais , chez De Saint,
Douay , chez Willerval.
Charleville , chez P. Thesin ,
Moulins , chez Faure.
Mâcon , chez De Saint , fils ,
Mets , chez la Veuve Barbier.
Boulogne- sur-Mer , chez Parasol,
Nancy, chez Nicolas.
CATALOGUE des Mercures de France;
depuis l'anné: 1721. jusqu'à present.
Uin et Juillet 1721
Août , Septembre , Octobre, Novembre
2. voľ
et Decembre ,
Mars
1722.
Janvier et Fevrier 1722
·S. vol.
2. vol.
Avril ,
2. vol.
May,
I. vol.
Juin , Juillet et Aodt ,
2. vol.
3. vol.
Septembre ,
2. vol.
Octobre ,
Novembre ,
I. vol.
2. vol.
Decembre , I. vol.
Année 1725. les mois de Juin , de Septembre
et Decembre doubles ,
Année 1723
Année 1724. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
le mois de Decembre double, 13 . vol.
14. vol.
Année 1726. les mois de Juin et de De-
15. vol.
cembre doubles ,
14. vol. Année 1727. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol,
Année 1728. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol,
Année 1729. les mois de Juin ,
de Septembre
et Decembre doubles , Is. vol.
Année 1730. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
Année 1731. les mois d'Avril , de Juin
et de Decembre doubles , IS. vol. Année 1732. les mois de Juin et de Decembre
doubles ,
14. vol.
Année 1733. les mois de Juin et de Decembre
doubles , 14. vol.
Janvier 1734, I. vol.
180. vol,
DO NOT CIRCULATE
Qualité de la reconnaissance optique de caractères